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Nouvelles découvertes des Russes entre l'Asie et l'Amérique : avec l'histoire de la conquête de la… Coxe, William, 1747-1828 1781

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Array      THE LIBRARY
THE UNIVERSITY OF
BRITISH COLUMBIA N.
NOUVELLES
DÉCOUVERTES
DES RUSSES
ENTRE
VASIE ET  L'AMÉRIQUE.
/ '
à
jÈ Jtviérfï'jb*
a  NOUVELLES
DÉCOUVERTES
DES RUSSES
EN     T     R     E
L'ASIE ET L'AMERIQUE,
AVEC
VHijloire de la conquête de la Sibérie
& du commerce des Rujfes & des
Chinois.
Ouvrage traduit de l'anglois de M. Coxe.
A   NEUCHATEL,
De l'Imprimerie de la Société Typographique*
«n>-
~=C7-—wvfc	
3f*
M. DCC. LXXXI.
JjM  AVERTISSEMENT
DU TRADUCTEUR.
ÈJouvrage que Von traduit ici 3 parle
feulement des voyages faits par les Ruf
fes depuis I74f / cejl-à-dire . qu'il commence où finit celui de M. Millier. Il
a le double mérite de renfermer des cho*
fes nouvelles & injîruclives.
Nous avons une idée imparfaite des
expéditions que les Rujfes forment cha-
que année aux isles fituées entre V*Amétrique & le Kamtchatka. On fera fans
doute étonné de la multitude d'hommes
qui périment dans ces voyages. Les na-
vires ne s'en reviennent guère fans avoir
majfacré un grand nombre d'infulaires *
& fans avoir perdu dans les combats une
partie de leurs matelots & de leurs chaf
feurs. Les négocians particuliers veulent
exiger des tributs des naturels ; & ceux-
ci les regardant comme des ufurpateurs |
cherchent toutes les occafions pojjïbles d&
a ii) vj    AVERTISSEMENT.
les détruire. Efl ce donc un avantage po
la RuJJie m de foumettre ces péuplad
pauvres & d'en arracher quelques pell
ter le s ?
Il faut avouer que ces navigateurs Rul
fes font peu humains 3 & qu'ils tuent légt
rement les habitans des isles où ils von
aborder. Nous devons dire, à Vhonnem
d'une nation ennemie * que les jlngloiï
envoyés pour découvrir de nouvelles ter\
res j, ne fe comportent pas ainfi.
Nous invitons les géographes de pro\
fefjion & les faifeurs de cartes à prof ter
des découvertes que renferme cet ouvrage J
*& à les inférer dans la partie du globe qui\
ejl entre Vextrémité orientale de Unifie &
ae V Amérique. Cet avis ef d'autant plus
nécejfaire „ qu'on fabrique encore aujourd'hui à Paris > des globes où Von ne
marque point les découvertes du célèbre
capitaine Cook.
J'ai fait des changemens à Voriginal +
afin de mettre de Vordre & de la netteté
dans V ouvrage j & je me fuis vu forcé d'y
ajouter plufieurs notes* vi]
PRÉFACE
DE    HAUTEUR.
jbES découvertes faites par les Rufles
entre l'Amérique & TAfie y occupent
depuis quelque tems l'attention des
curieux ,-& fur-tout depuis que l'Hif-
toire d'Amérique du Dr. Robertfon eft
publiée. Le célèbre auteur de cet excellent ouvrage a commencé à inftruire
l'Europe fur cette matière j avec l'exactitude .& la fagacité qui diftinguent fes
écrits. Pendant mon féjour à Péters-
bourg L je me fuis occupé de cet objet
intéreffant, & j'ai tâché de recueillir
tout ce qui peutfintéreffer la navigation, la pofition & le commerce des
isles fituées à l'orient du Kamtchatka ;
je n'ai rien négligé pour raflembler les
différens journaux des voyages qui ont
fuivi f expédition de Bering & de Tfchi-
rikoff en 17411 époque où M. Millier
a fini lli relation des premières découvertes des Ruffes.
a îv i
mr
wt
gg| PREFACE.
J'appris alors qu'un ouvrage allemand , imprimé à Hambourg & à
Leipfic en 1776. donnoit une relation
authentique & prefque complète des
Voyages faits parles RufTes , depuis
I_74f jufqu'en 1770 Ça). Je craignoîs
d'ajouter foi à un livre anonyme ; mais
des perfbnnes inftruites m'avertirent
que cet ouvrage a été rédigé fur des
mémoires originaux, & voici comment
Je m'en fuis affuré. M. Mulîer, qui travaille par ordre de l'impératrice fur les
mémoires des navigateurs, ayant comparé cette production de l'auteur Allemand aux véritables journaux qui font
au dépôt de la couronne à Pétersbourg,
m'en attefta l'authenticité &: l'exactitude dans les termes fuivans : " Vous fe-
i, rez bien de traduire, pour l'ufage de
5, vos compatriotes, le petit livre fur les
95 isles fituées entre le Kamtchatka &
( a ) Voici le titre de cet ouvrage : Neue Nach-
richten von denen neuendeckten Infiln in der S ce
1(Wifchen AJia und Amerika . aus mitgetheilten Ur-
kundm und Azifougen verjaffet y on /. L. S. PREFACE.
IX
55
55
55
55
55
l'Amérique. Il n'y a point de doute
que l'auteur n'ait été pourvu de bons
mémoires & qu'il ne s'en foit fervi
fidèlement. J'ai confronté les livres
avec les originaux. „ D'après cette
autorité refpe&able, j'ai cru pouvoir
faire ufage de l'ouvrage allemand. Je
l'ai fondu dans celui-ci, en y ajoutant
les chofes qui m'ont paru néceffaires.
Mais il ne forme pas la moitié de mon
travail.
Je me fuis procuré à Pétersbourg
trois journaux qui n'ont encore été
publiés dans aucune langue ( a ). L'un
d'eux, celui de Krenitzin & de Levas-
heff, avoit été communiqué au Dr.
Robertfon, avec une carte du voyage ,
par ordre de l'impératrice de Riiffie.
Cet hiftorien, fi juftement admiré, a
eu la bonté de me permettre de l'inférer dans cette colle&ion. Cette expédition , faite aux dépens de la couronne,
Ça ) Celui de Krenitzin & de Levasheff, l'abrégé du voyage du lieutenant Synd , & la relation de l'expédition de ShalauroC x PREFACE.
confirme l'authenticité des découvertes
des négocians particuliers.
C'eft au leéteur à juger ce que je dis
fur la pofition de l'archipel découvert
par les Ruffes , la proximité de l'Amérique , &c. Pour ne rien oublier de ce
qui peut jeter du jour fur les matières
traitées dans cet ouvrage, j'ai rafiem-
blé à Pétersbourg les meilleures cartes connues jufqu'ici, & j'en ai donné
la lifte. J'aurai du moins le mérite de
publier la relation la plus authentique
& la plus circonftanciée du progrès &
de l'étendue des découvertes des Ru£
fès : elle fervira d'introduélion à une
partie du journal du célèbre & malheureux capitaine Cook, lorfque ce journal fera imprimé. Ça)
( <z ) On fait déjà que le capitaine Cook, en
eflayant le paflage au nord-eft, a reconnu la plupart des isles fituées entre l'Amérique & TAfie,
& , à ce qu'on croit ? la côte du Nouveau-Monde :
ittais il ne s'eft pas arrêté fur toutes ces terres ; &
ïe livre que nous traduifons acquerra un nouveau
degré d'utilité lorfque le dernier voyage du plus
grand de tous les navigateurs fera publié. PREFACE.
xj
Toutes les fourrures qu'on tire des
isles nouvellement découvertes, fe vendant aux Chinois, j'ai fait des recherches fur le commerce entre la Ruffie &,
la Chine. Comme j'ai trouvé cette branche beaucoup plus importante qu'on ne
le croit communément, j'ai ctu devoir
parler de fon état actuel, & de tout
ce qui peut y avoir rapport.
La conquête de la Sibérie ayant ouvert une communication avec la Chine
& occafîonné toutes les découvertes
intérefîàntes que je vais racohter, elle
entroit dans mon plan, & j'ai penfé que
cette hiftoire, peu connue, ne déplai-
roit pas aux lecteurs.
J'ai compofé cette féconde partie,
ainfi que les obfervations préliminaires fur le Kamtchatka, d'après les ouvrages de M. Muller & de M. Pallas,
dont le public connoît l'exaétitude &
la fidélité , & d'après les renfeigne-
mens que je me fuis procurés à Pétersbourg touchant le commerce de la
Ruffie avec la Chine.
Comme on a fait peu d'obfervations i
I
X1J
PREFACE.
agronomiques pendant les voyages
dont parle cette colleéiion, on ne doit
pas compter abfoJument fur la longitude & la latitude que les journaux
affignent aux isles nouvellement découvertes. On a lieu de croire que le
troifieme voyage du capitaine Cook
diffîpera bien des doutes.
Je ne puis finir cette préface fans
payer à l'impératrice de Ruffie le tribut d'éloges que mérite fi juftement
Ion elprit généreux & éclairé. Depuis
fol avènement au trône, elle a encouragé toutes les découvertes utiles, &
les iavans ont obtenu d'elle les fecours
qu'ils lui ont demandés. Elle a fait ranger par ordre les papiers de tous les
départemens, & l'on permet à chacun
de les confulter. Elle a envoyé des fa-
vans dans les parties les plus éloignées
defesvaftes domaines, & l'Europe &
l'Afié lui doivent une foule de con-
noifïànces nouvelles & importantes
fur la géographie & i'iiiftoire naturelle de ces contrées lointaines. Enfin cette grande princefTe a plus con-
i PREFACE.
Xll)
tribue à la civilifation & au progrès des
lumières dans fon empire, que tous fes
prédécefîeurs depuis le règne glorieux
de Pierre le Grand. XlV
-***» de m pas répéter I, .■
m&m cuidanTZtZ S^ ^ Sf*
m fuis fervt "dations dont je
IgsfiSi I # t&xm
volume & delà page. aVec indication du
J'ai fait fur-tout ufage des inïÀ
den an dem Flu&Àrnur'     J'*"*** der Gegen-
II y a une traduction Euiâ&Ef j
porte Je titre d'Hi/îoire T, J       de Ce traifé, qui
Amfterdam, i7"f   1      ^^ Slfë*»
JNÉ|| II' Pag'  | '  &C Na<hrichten von Sec-
» y a une traduction anrioife J
Çoife de cet ouvrage • h nrf ° Une aUtre fra»-
;*-4°. Londres, i76/uZ ÉP*  §S
%t t ^^i-^sr4i j- ^H
! vol; &Kj&*^$àM "^5«
|ffg
Patlas Reife durch verfchiedene Provinyen des
Rujfifchen Reichs, en trois parties in-$° , Pétersbourg , 1771, 1773& 1776, ainfi cité , P allas
Reife.
Georgi Bemerkungen einer Reife in das Ruffifche
Reich , im Jahre 1772 , trois vol. in-a®. Pétersbourg , 1775 ■> cité : Georgi Reife.
Fi/cher Siberifche Gefchichte , deux vol. in-%0 y
Pétersbourg , cité : Fif Sib. Gef
Gmelin Reife durch Sibérien, tom. IV , in-89 ,
Gôttingue ,  1772 , cité : Gmelin Reife.
Il y a une traduftion françoife de cet ouvrage 9
qui porte le titre de Voyage en Sibérie 9 par M.
Gmelin , Paris , 1767.
Neuefle Nachrichten von Kamtchatka. aufgejet^t
im Junius des ijy$ Jarhs, von dem dafigen
Befehls-Haber Herrn Capitain Smalew.
Ans denen Abhandlungen der freyen Rufjîfchen
Gefellfchaft %u Moskau.
Le journal de Saint - Pétersbourg , du mois
d'avril 1775 , eft cité : Journal de Saint-Pétersbourg. xvj
EXPLICATION
De quelques   mots   ruffes employés  dans cet
om>rage.
JtjA I da Rmun petit bateau.
Guba 9 une baie.
Kamen 3 un rocher.
Kotche j un petit navire.
Krepofl^ une fortereffe régulière.
No/s, un cap,
OJlrog m une forterefle environnée de paliffades*
OJlroff, une isle.
Ojtrova^ isles.
Quafs , efpece de liqueur fermentée.
Reka, une rivière.
Les Ruffes font ufage des patroniiniques dans
leurs noms propres. Ces patronimiques fe forment
dans quelques cas, en ajoutant vitch au nom de
baptême du père ; dans d'autres m en ajoutant off
ou effi Offne fe donne qu'aux perfonnes de qualité , effet, celles d'un rang inférieure. Par exemple 9
on dit :
Pour les perfonnes de qualité ?1
Michel Alexiovitch i Michel , fils
Et pour celles d'un rang infé- f d'Alexis.
rieur ? Michel Alexeeff. J
On ajoute quelquefois Je furnom ? par exemple 9 Jvan Ivanovïtçh Romanoff.
TABLE XVlj
TABLE
Des poids y des mefures de longueur, 6*  de la
valeur des monnaies de Ruffie*, \
Poids.
\J N poude pefe 40 livres de Ruffie = 336
d'Angleterre > Oc environ 3 2 livres poids de marc
de France.
Mefures de longueur.
Seize versheks = une archine.
Une archine =28 pouces d'Angleterre : le
pouce d'Angleterre eil un peu plus petit que celui
de France.
Trois archines ou 7 pieds = une braffe ( a )
un fazshen.
Cinq cents fazskens £=s une verfte.
Un degré de longitude comprend 104 | verftes
égales à 69 \ milles anglois. Un mille anglois
forme donc 515 parties d'une verfte : deux milles
anglois peuvent être évalués à trois verftes, en
retranchant une petite fraâion.
(a) La braffe de Ruffie , pour mefurer la profondeur 9e Peau, eft la même que la*braffe angloife :
«lie eft également de iix pieds.
b XViiJ
Valeur des Monnoies de Ruffie.
Le rouble, qui vaut 100 copecs, vaut en Angleterre , fuivant le change, de 3 fchelings 8 pen-»
ces à 4 fchelings 2 pences ; environ 4 livres
20 fols tournois» • XIX
«SSH8HHSSHH
T  A
L   E
DES   CHAPITRES.
§. I. V/JB S E RVATI ON s préliminaires fur H
Kamtchatka ; découverte & conquête de cette
péninfule ; fon état actuel ; fa population & fes
productions ; tributs qiten tire la Ruffie.   page i
§. IL Idée générale du commerce qu!on fait aux
isles nouvellement découvertes 5" équipement des
navires ; rifques quon court, bénéfices ^ &c.     6
^, III. Fourrures & peaux quon tire du Kamtchatka & des isles nouvellement découvertes.     9
PREMIERE    PARTIE.
CHAPITRE PREMIER. Commencement & progrès
des découvertes des Ruffes dans la mer du Kamtchatka ; divifion générale des isles nouvellement
découvertes. 14
CHAP. H. Voyages faits en 1745 ; premières découvertes des isles Aleiitiennes + par Michel Ne-
vodtfikojf. 24
CHAP. III. Voyages faits de I747 à 175 3 , dans
les parages de Visle de Bering. de celle de Cuivre , & des isles Aleiitiennes ; remarques fur
les habitans. 31
b ij TABLE
CHAP.  IV".   Voyages faits de 175*3  à IJ<;(>. Le
navire de Serebranikoff relâché fur quelques-unes
des isles Aleiitiennes les plus éloignées 9 ou fur
les isles des Renards. Remarques fur Us infu-
laires. yffe-î Page 4r
CHAP. V. Voyages depuis 175 6/ufquen 1758. 47
CHAP.  VI.   Voyages aux isles des Renards  en
17585  17<)9 & lj6Q.  Expédition du Saint-
Uldamir , équipé par Trapefrùkoff ; du Gabriel 9
par Betshevin : ce navire 9 commandé par Push-
kareff \ va à Alakfu ou Alachskak , Cune des
isles orientales les plus éloignées. Remarques fur
fes habit ans ; fes productions g différentes de
celles des isles fituées plus à lyoueJl. 5 4
CHAP. VIL Voyage d'André Tolflyk fur le navire le Saint-André & Natalie. Découvertes de
quelques isles nouvellesg appellées Andréanoifs-
kye - Oftrawa. Defcription de Jix isles de ce
gro uppe.    |       \ 63
CHAP. VIII. Voyage du navire le Zacharie &
PEli&beth i équipé par Kulkoff, & commandé
par Drufinin ; il cingle du côté d'Umnak &
cTUnalashka, & hiverne fur cette dernière isle ;
le bâtiment détruit, & tout £ équipage, excepté
quatre hommes \ maffacres par les injulaires ; les
aventures de ces quatre Ruffes & les dangers quils
coururent. 72
CHAP. IX. Voyage du navire la Trinité , fous le
commandement de Korovin ; ilfe rend aux isles
des Renards ; ilpaffe l'hiver à Unalashka ; il
remet en mer le printems fuivant ; le bâtiment
échoue dans une baie de Pisle d'Umnak , & DES   CHAPITRES.     xxj
P équipage eft attaqué par les naturels ; plu fleurs
Ruffes tués , d? autres meurent de maladie ; ils
fe trouvent dans une grande détreffe ; ils font réduits au nombre de douqe , & foulages par G lot"
toff. Defcription d'Umnak & d^Unalaska. p. SI
ChAP. X. Voyage d'Etienne Glottoff; il arrive
aux isles des Renards ; il va au - delà cTUna-
lashkajufqità Kadyak ; il paffe £ hiver fur cette
isle ; les naturels effaient à différentes reprifes de
tuer l'équipage. ils font repouffés ; ils fe réconcilient ^ & ils commercent avec les Ruffes. Def
cription de Kadyak. Remarques fur fes habi-
tans 9 fes animaux \ fes productions. Glottoff
retourne à Umnak ; il y paffe un fécond hiver ; fon retour au Kamtchatka ; journal de
fon voyage. ^fe 97
CHAP. XL Voyage de Solovioff; il arrive à Una-
lashka & paffe F hiver fur cette isle ; récit de ce
qui lui arriva. Les naturels effaient infruclueufe-
ment de détruite Véquipage. Retour de Solovioff
au Kamtchatka. Journal de fon retour. Defcription des isles d* Umnak & d'Unalashka.
Productions ; habitaàs ; leurs mœurs 9 leurs
ufageSy&c. 122
CHAP; XIL Voyage d7Otcheredin ; il paffe l'hiver
a Umnak ; arrivée de Levasheff à Unalashka ;
retour d'Otcheredin à Ochotsk. 145
CHAP. XIII.   Extrait du journal du voyage du
capitaine Krenitzin & du lieutenant Levasheff
aux isles des Renards en ïjôS & 1769 ; départ
du Kamtchatka ; arrivée aux isles de Bering & pbki)
TABLE
de Cuivre ; aux isles des Renards. Krenitzin
paffe l'hiver à Alaxa, Levasheff à l/nalashka*
Productions d'Unalashka. Remarques fur les
habitans des isles aux Renards ; leurs mœurs 9
leurs ufages , &c. page   i 5 ï -
CHAP. XIV. Voyage du lieutenant Synd au nord"
efl de la Sibérie ; il découvre un grouppe d'isles 9
& un promontoire qui lui paroît appartenir au
continent de P Amérique 9 & qui efl Jîtuée près
de la côte de Tfchutski. iji
Chap. XV. Pojition des isles Aleiitiennes & des
isles aux Renards ; diflance de ces deux group-
pes. Petit vocabulaire de la langue des Aleiitiens.
Supplément général aux remarques faites dans
les chapitres précédens fur les vêtemens _, les
mœurs , les ufages des infulaires ; leurs fêtes 9
leurs cérémonies 9 &c. 174
Chap. XVI. De la longitude du Kamtchatka, &
de l'extrémité orientale de FAjîe 9 telle qu'elle efl
marquée par les géographes Ruffes. 1 g ç
Chap. XVII. Pofîtion des isles Andréanoffsky ;
nombre des isles Aleiitiennes. 195
CHAp. XVIII. Lijle des isles nouvellement découvertes , donnée par un chef Aleiitien. Catalogue
des isles appellées de différens noms dans les
journaux des navigateurs Ruffes. l97
Chap. XIX. Conj ecluresfur la proximité des isles
aux Renards & du continent d*Amérique.     200
Chap. XX. Ré fumé des preuves qui annoncent
que Bering & Tfchit$içff ont toucfié fur la côte
d'Amérique en 1741 , ou qu'ils s'en font beaucoup approchés. %o% DES   CHAPITRES,   xxiij
CHAP. XXI. Des Tfchutski ; les traditions de
ces peuples fur la proximité de leur côte de celle
de VAmérique ^femblent avoir été confirmées par
hs journaux des derniers navigateurs. Plenifner
envoyé pour vérifier cette idée ; réfultat de fon
voyage. page 205
CHAP. XXII. Tentatives des Ruffes pour découvrir
le paffage au nord-ejl. Navires partis dArchan*
gel pour cingler du côté de la Lena ; autres partis
de la Lena pour gagner le Kamtchatka. Extrait
du voyage de Defchneff autour de Tfchukotskoi-
^fofs i tel qu'il efl raconté par Muller. Voyage
de Shalauroff, depuis la Lénajufquà Shelats-
koi-Nofs. 209
Chap. XXIII. Lijle des principales cartes fur lesquelles font tracées les découvertes des Ruffes.
236
PARTIE    IL
CONTENANT l'hiftoire de la conquête de la Sibérie î & du commerce qui fe fait entre la Ruffie & la Chine. 245
CHAPITRE PREMIER. Première irruption des Ruffes dans la Sibérie. Seconde irruption. Yermac
chaffé des environs du Volga par le C^ar de
Mofcovie 3fe retire à Orel, établiffement Ruffe ;
il entre dans la Sibérie avec une artftée de Cofarques ; fes progrès & fes exploits ; il défait Kut-
chun-Chan ; il fait la conquête de fes domaines ;
U Us cède au Cçar ; il eflfurpris par Kutchun** XXIV
TABLE.
Chan ; fa défaite & fa mort ; refpecl pour fa
mémoire ; les troupes Ruffes évacuent la Sibérie ;
elles y rentrent & foumettent tout le pays ; leurs
progrès arrêtés par les Chinois. Page   24S
CHAP. II. Commencement des hoflilitês entre les
Ruffes & les Chinois ; difputes fur les limites
des deux empires. Traité de Nershinsk. Am-
baffadeurs envoyés à Pékin par la cour de Ruffie* ^
Traité de Kiachta ; établiffement du commerce
entre les deux nations. z6z
CHAP. III; Description des établiffemens ruffes &
chinois fur les frontières de la Sibérie. Defcrip-
tion de Kiachta..' ville frontière appartenante
aux Ruffes ; de Zuruchaitu 9 ville frontière
appartenante aux Chinois ; fes bâtimens , fes
pagodes , &c. iyf
CHAP. IV. Commerce entre les Chinois & les Ruffes. Etat des principales exportations & importations. Droit de la douane. Èflimation générale
du commerce fait par les Ruffes. 295
CHAP. V.   Defcription de Zuruchaitu ; fon commerce ; tranj port d s marchandées dans  F intérieur de la Sibérie. 306
Chap. VI. Rhubarbe de la Tartarie 9 qu'amènent à
Kiachta les négocians de la Bucharie ; manière
dont on examine & dont on acheté les racines §
différentes efpeces de rheum qui donnent la plus
belle rhubarbe.   Prix de  la rhubarbe en RuJJîe.
Exportation ;fupèrïorité de la rhubarbe de Tartane fur celle de l'Inde.    'MZk                       3 11
NOUVELLES NOUVELLES
FAITES
PAR   LES   RUSSES,
ENTRE
L'ASIE   ET   L'AMÉRIQUE.
§- |
O B SERVATI O NS préliminaires fur le Kamtchatka ; découverte & conquête de cette pênin-
fuie ; fon état actuel ; fa population & fes
productions ; tributs qu'en tire la Ruffie.
JLéES Ruffes ne découvrirent la péninfule du
Kamtchatka que fur la fin du dernier fiecle. La
première expédition entreprife vers cette partie du
globe , eut lieu en 1696 : feize Cofaques 5 fous
le commandement de Saemenoff Morosko \ envoyés contre les Koriaques de la rivière Opooka *
A z Nouvelles
par Volodimir Atlaffoff 9 gouverneur d'Anadirsk 9
s'avancèrent jufqu'à quatre jours de chemin de la
rivière du Kamtchatka y & retournèrent à Ana-
dirsk, après avoir rendu tributaire un village
Kamtchadale Ça),
L'année fuivante , AtlaffofF pénétra dans la
péninfule à la tête d'un corps plus nombreux ;
il prit poffeffion de la rivière du Kamtchatka, en
plantant une croix fur {es bords, & il conftruifit
quelques cabanes à l'endroit où fe trouve aujourd'hui Yofirog ou fort (b) fupérieur de Kamt-
chatkoi.
Dès ce moment, la cour de Ruffie continua
ces expéditions ; on bâtit l'oftrog inférieur de
Kamtchatkoi : on ût la conquête de la partie méridionale de la péninfule \ on y établit une colonie, &en 1711 la péninfule toute entière étoit
fotimife au Czar.
Si l'on excepte un léger tribut de fourrures que
payoient les habitans , cet établiffement rapporta
pendant quelques années très - peu de cho/è à la
couronne. Les Ruffes y alloient par intervalles
faire la chaffe du renard, du loup , de l'hermine,
de la zibeline & d'autres animaux, dont les fourrures précieufes forment un  commerce étendu
(a) S. R. G. V. III, pag. 72.
(6) Le mot iïojtrog, ne fîgnifie pas feulement .un
village, mais un fort: il y a beaucoup de forts dans
le Kamtchatka, & il y a des bourgade? fans forts,
qu'on appelle aufli ojlrogs.K DÉCOUVERTES. j
chez les peuples de l'orient. Cette branche n'eft
devenue importante qu'à l'époque où les isles
fituées entre l'Afie & l'Amérique furent découvertes dans une fuite de voyages dont nous publions ici les journaux en abrégé. On tire de
ces isles une fi grande quantité de belles fourrures , que le commerce du Kamtchatka eft pins
.confidérable qu'on ne le croit, & procure à la
métropole beaucoup de richeffes.
Le Kamtchatka eft fi tué entre le 51 tk.62 deg.
de latitude nord & le 173 & 182 de longitude,
mefures de l'isîe de Fer Çz). Il eft borné à l'orient
& au fud par la mer du Kamtchatka, à l'occident par les mers d'Ochotsk & de Penshinsk, ÔC
au nord par le pays des Koriaques.
Il eft divifé en quatre diftri&s : celui de Bol-
cheresk ; Tigilskaia ; Krepoft ; Verchney ou
l'oftrog fupérieur de Kamtchatkoi. & Nishney ou
l'oftrog inférieur de Kamtchatkoi. Le gouvernement réfide dans % chancellerie de Bolcheresk r
laquelle eft foumife à l'infpediion de celle d'Ochotsk. Il n'y a pas plus de trois cents hommes de
troupes Rufles cantonpés fur cette péninfule (£}.
La population aduelle eft très-petite; on y
(a) L'auteur Anglois dit Fisle de Fero, quoiqu'il
y ait au nord des Weiternes & de l'Irlande, une isle
de Fero qui appartient au roi de Danemarck; il veut
fans doute parler de Lisle de Fer , Tune des Canaries.
( h ) Journal de Saint-Pétersbourg, du mois d'avril
1777-
A i) 4
Nouvelles
compte à peine quatre mille âmes : elle étoît
plus confidérable autrefois ; mais en 176g , la
petite vérole emporta cinq mille trois cents foi-
xante-huit perfonnes. Le dénombrement ne porte
qu'à fept cents fix les mâles tributaires de la Ruffie , & feulement à cent quatorze les infulaires
des Kouriles fournis à la Czarine.
Le tribut annuel eft fixé à deux cents foixante &
dix- neuf zibelines , quatre cents foixante - quatre
renards rouges , cinquante groffes loutres de mer
& trente-huit petites. Toutes les fourrures exportées du Kamtchatka paient de plus un droit
de dix pour cent. Les négocians remettent auffi
aux douanes le dixième des cargaifons tirées des
isles nouvellement découvertes.
On voit plufieurs traces de volcans dans cette
péninfule, & des montagnes y brûlent encore.
Le plus gros de ces volcans eft fitué près de l'oftrog inférieur. En 1762, un bruit fouterrein annonça qu'il étoit en travail , & il vomit des flammes de différens côtés. Ce feu fut immédiatement
fuivi d'un vafte torrent de neige fondue, qui prit
fon écoulement dans la vallée voifine, & engloutit deux Kamtchadales qui fe trouvoient à la
chaffe. Les cendres & les matières combuftibles
s'étendirent à trois cents verftes de circonférence.
En 1767, il y eut une autre éruption, mais
moins forte : tous les foirs on obfervoit des traînées de feu qui jailliffoient de la montagne ; l'éruption qui les accompagna , caufa des pertes considérables aux habitans de l'oftrog inférieur. De- DÉCOUVERTES. f
puis ce moment on n'a point remarqué de flammes ; mais le volcan jette fans ceffe de la fumée,
^infi qu'un autre appelle Tabactshinskïan.
Le pays eft plein de montagnes ; il produit
en quelques endroits, du bouleau , des peupliers,
des aunes, des faules , des broffailles & des fruits
fauvages de différentes efpeges ; les choux blancs ,
les navets, les radis, les betteraves, les carottes , les concombres & les herbages y croiffent
avec beaucoup de facilité. L'agriculture eft très-
négligée, ce qu'il faut attribuer fur - tout à la
nature du fol & des gelées blanches très-âpres.
On a effayé la culture du bled , de l'avoine,
de l'orge & du feigle ; mais la quantité ni la qualité de la récolte n'ont jamais répondu aux avances. Cependant le chanvre a réuffi ces dernières
années (a).
Un vaiffeau de la couronne fe rend, chaque
année , d'Ochotsk au Kamtchatka , chargé de
fel, de provifions de bled & de marchandifes
des manufa&ures Ruffes , & il rapporte aux mois
de juin & de juillet des peaux & des fourrures.
(a) Journal de Saint-Pétersbourg.
"J Nouvelles
§-    IL
IDEE générale du commerce qiFon fait aux isles
nouvellement découvertes ; équipement des navires ; rifques qu'on court, bénéfices % &c.
JL^EPUIS le voyage de Bering , fait aux dépens
de la couronne , les découvertes ont été continuées prefque toujours par des particuliers , 6k
fur-tout par des négocians d'Yrkutsk, Yakutsk ,
& des autres endroits de la Sibérie, qui forment
de petites compagnies, & équipent des navires
qu'ils envoient à la découverte des isles fituées
entre l'Afie & l'Amérique, dans Peipérance d'y
trouver des fourrures.
La plupart des bâtimens deftinés à ces expéditions portent deux mâts ; ils font ordinairement
conftruits fans fer , & en général fi mauvais qu'on
a peine à concevoir comment ils peuvent affronter des mers auffi orageuies : on les appelle en
langue ruffe fitiki, ou navires dont les borda-
ges font couiiis ; & en effet, toutes les parties
font affemblées avec des lanières de cuir. On
en conftruit quelques - uns dans la rivière du
Kamtchatka, mais le plus grand nombre eft travaillé au havre d'Ochotsk. Les plus gros ont
foixante & dix hommes d'équipages , & les
moindres quarante, dont une moitié eft Rufïe &
■ Découvertes. 7
l'autre Kamtchadale. Comme on donne peu de
chofes aux Kamtchadales , on les prend p^r économie ; d'ailleurs ils réfiftent plus aifément aux
attaques du fcorbut. Mais les matelots Mofcovi-
tes font plus entreprenans, &c dans les dangers
on peut compter davantage fur eux. Ils font ainii
néceffaires pour ces voyages.
Les frais de conftruftion Se d'équipement
font très-confidérables ; car Ochotsk ne fournit
que le bois ; il faut faire venir d'Yakutsk fur des
chevaux , les cordages , la voilure & les provisions. La cherté du bled &c dçs différens grains
qu'on eft obligé de tirer des environs-de la Léna5
ne permet pas d'en embarquer autant qu'il en
faudroit pour ces voyages, qui durent deux oui
trois ans. On fe contente donc de charger les
♦navires de ce qui eft néceffaire pour que les matelots Ruffes aient toujours du quafs, ou une
autre liqueur fermentée.
Le bétail eft rare à Ochotsk & au Kamtchatka {a) , & ce;» cantons fourniffent peu de
viande ; mais l'équipage fait provifion de qua-
(à) En 1772 il n'y avoit que cinq cents foixante
& dix têtes de bétail dans toute la péninfule^ Une
vache s'y vend de cinquante à foixante roubles, &un
bœuf depuis foixante jufqu'à cent. Le prix moyeu
d'une livre de bœuf frais eft de douze copecs & demi.
~Ce£te cherté eft d'autant plus grande qu'à Molcow
la livre de bœuf ne coûte que trois copecs. Journal
de Saint-Pétersbourg.
À iv Nouvelles
II.
«Irupedes marins ou de pojffons qui fe prennent
Se qui fe iàlent fur l'isle de Bering, où la plupart des bâfimens paffent l'hiver.
Les frais d'équipemens d'un de ces navires
montent pour l'ordinaire de quinze à vingt mille
roubles , & quelquefois ils vont à trente. Cette
fbmme fè divife en aérions. La mife totale eft de
trente à cinquante actions , dont chacune eft de
trois cents à cinq cents roubles.
Les rifques font très-grands ; car il arrive de
fréquens naufrages dans la mer orageuïe & pleine
<îe rochers du Kamtchatka ; d'ailleurs les équipages font fouvent furpris & maiîacrés par les
in/ulaires, qui de plus détruisent les navires. En
revanche, les bénéfices de ces expéditions font
fort considérables 9 & forment une forte de corn-
peniation ; car fi un bâtiment revient, après une
expédition heureufe % le profit calculé fur un taux
médiocre, eft de cent pour cent, &c iouvent du
•double ; & lorfqu'il peut faire un fécond voyage ,
cela diminue les frais de mife & par conféquent
les a étions.
On peut fe former une idée de ces bénéfices , d'après la vente d'une riche cargaifon de
fourrures , amenée au Kamtchatka , le 2 de juin
1772, par un bâtiment qui venoitxdes isles nouvellement découvertes , & qui appartenoit à Ivan
Popoff.
La dixième partie des fourrures prélevée à la
douane , chacune des cinquante-cinq aérions rapporta vingt loutres de mer, feize renards noirs Découvertes    9
& brffîrs, dix renards rouges, trois queues dé
loutres : toutes ces portions fe vendirent fur-le-
champ de huit cents à mille roubles ; ainfi la
cargaifon entière valoit environ cinquante mille
roubles (a).
*A&Sii
àddJkm
§. I I I.
Fourrures & peaux qu'on tire du Kamtchatka
& des isles nouvellement découvertes.
ï
JL/ES principales fourrures qu'on tire du Kamtchatka & des isles nouvellement découvertes,
font des loutres de mer, des renards , des zibelines , des hermines , des loups, des renards
blancs : on les tranfporte à Ochotsk fur mer ,
& de là on les conduit par terre à Kiachta (£) ,
fur les frontières de la Sibérie , où la plus grande
partie fe vend très-cher aux Chinois.
Les robes des loutres de mer font les plus
précieufes de ces fourrures. On trouve un grand
nombre de ces animaux fur les isles Aleiitiennes , & fur celles des Renards : les Ruffes leur
donnent  le  nom de bobry morski, ou de caf-
(d) Georgi Reife, tom. I, pag. 23 & fuiv. Journal
de Saint-Pétersbourg*
(fi) Nous parlerons plus bas de Kiachta. I
io Nouvelles
tors de mer, & quelquefois de caftors du Kamtchatka , à caufe de la reffemblance de leur fourrure à celle du caftor ordinaire. C'eft ce qui a
induit en erreur plufieurs auteurs qui placent cet
animal dans la claffe des caftors ; c'eft véritablement la loutre de mer Ça).
Les femelles font appellées matka, & les pe^
tits qui n'ont pas cinq mois medviedki , ce qui
fîgnifie ourfins, parce que leur robe reffemble à
celle des ours. A cinq mois ils changent de robe,
& on les appelle alors kofchloki.
Les fourrures de la plus belle qualité font
d'un poil épais & long* d'une couleur brune &
hîiiante. On prend les loutres de quatre manières : on les harponne avec des dards , au moment où elles dorment couchées fur le dos ; on
les fuit en bateau , jufqu'à ce quelles foient fatiguées ; on les furprend dans des cavernes, ou
on les enlace dans des pièges.
Les fourrures font de différens prix, fuivant la
qualité.
Au Kamtchatka (b) , les plus belles fe vendent de  30a4orou,
Celles d'une qualité moyenne de 20 à 30.
Et les plus mauvaifes de .  .  . . 15 à 25.
A Kiachta ( c ) la peau des loutres vieilles ou
(a) S. R. G. III', pag. $jp.'
( b ) Journal de Saint-Pétersbourg.
( c) Pallas Reife, part. g, pag. 137*
il! D É  C  O  U  V  E  R"T ES. li
-d'un moyen âge fe vend aux Chinois de §0 à ioo
rouble?. Celles de la dernière qualité de 30 à 40.
Les Chinois les payant fi cher, on n'en apporte guère en Ruflie pour les vendre ; plufieurs
de celles que les douanes envoient à Mofcow*
s'y achètent 30 roubles ; on les renvoie de là
fur les frontières de la Chine ; & malgré les frais
du voyage, les négocians gagnent encore beaucoup.
On tranfporte du Kamtchatka en Sibérie & en
Ruffie , plufieurs efpeces de peaux de renards ;
les principales font celles des renards noirs, des
petfi ou renards arériques, & des renards roux (a)9
Les plus beaux renards noirs fe prennent
dans les différentes parties de la Sibérie 5 &. plus
ordinairement dans les cantons du nord fitués
entre la Lena, l'Indigirka , & la Kovyma ( b ).
La fourrure de ceux qu'on trouve fur les isles
les plus orientales, découvertes par les Ruffes f
& auxquelles on donne le nom de Liffie Oflrova ,
n'eft pas fi précieufe : ils font très - noirs & très-
grands ; mais leur robe a communément la grof-
(à) L'auteur Anglois donne à ces derniers le nom
de red and font foxes ,• peut-être entend-il par les
Jîone foxes, des renards gris qui approchent de la
couleur de la pierre. Il appelle arêiic foxes les petit
que nous avons appelles renards du nord. Il leur
donne auflî le nom de j ce foxes, ou renards des pays
de glace, & renards bleus\ mais nous ignorons fi c'eft
le renard bleu dont parlent nos naturaliftes.
(b)S. R. G.V. j.Pallas Reife. m\B
1% N O  U  V^E  L  L  E   S
Jîéreté de celle du loup. S'ils font moins beaux
que ceux de Sibérie , voici probablement quelle
en eft la caufe. Le froid eft moins rigoureux fur
ces isles ; & comme il n'y a point de bois, les
renards y vivent dans les trous & les cavernes des
rochers , au lieu que la Sibérie eft couverte de
vaftes forêts qui leur offrent des repaires. Cependant on prend quelquefois des renards noirs
dans les isles les plus proches de l'Amérique ; &
ces terres n'étant pas abfolument privées-de bois ,
la fourrure de ceux - ci eft d'une grande valeur.
&£ais les Chinois , qui paient fi cher les fourrures noires, ne donnent pas plus de vingt à trente
roubles d'un renard noir des isles nouvellement
découvertes.
Les renards arétiques, ou des pays de glace,
fcnt très - communs fur quelques - unes des isles
nouvellement découvertes ; les Ruffes les appellent petfi', & les Allemands renards bleus (a).
jkeur couleur naturelle eft cendrée, ou d'un gris
bleu^re ; mais ils en changent fuivant l'âge & à
différentes faifons de l'année. En général ils font
gris au moment de leur naiffance, blancs pendant
l'hiver & gris en été ; & comme leur poil tombe
fêu à peu, le printems & l'automne ils font
marquetés & croifés.
A Kiachta (£), le prix moyen de ces diffé-
( a ) Voyez la Synopjis de Pennant.
(6) Voyage de PaUas.
tli ; I DÉCOUVERTE
S.            IJ
rentes variétés vendues aux Chinois efl
de 50copecs, à	
if roublÉ*
3
Au Kamtchatka celui des renards
couleur de pierre , flone foxes , de . ,
làif
Celui des renards roux, de	
ï  rouble à
80 copecs.
A Kiachta, de    .    80 copecs à
9 roubles.
Les^peaux de loups ordinaires.. •
2
Celles de la meilleure qualité de ..
8 à 16
Les plus belles zibelines de * . .
%|àiO
Un poude des plus belles dents de
cheval marin (a) fe vend à Yakutsk
10 roubles*
D'une qualité moyenne    .
8
De la dernière qualité de
1 à 7
Quatre, cinq ou fix dents pefent or
dinairement
un poude ; &: quelquefois, mais rarement , trois
fuffifent pour en former un. Les dents fe ven
dent aux Chinois, aux Mongols & aux Calmou-
ques.
(a) S. R G. vol. 3.
iSfHÉ^
^^^^^^^\ m
Nouvelles
^^s^p-
=ÏK
PREMIERE  PARTIE.
Il
I
1
CHAPITRE  PREMIER.
Commencement & progrès des découvertes des
•   Ruffes dans la mer du Kamtchatka ; divifion
générale des isles nouvellement découvertes Ça).
Y ...       \&
JL-iA foif des richeffes fut le principal motif qui
excita les Efpagnols à la découverte de l'Amérique , & tourna les vues des autres puiffances
maritimes vers le Nouveau - Monde. La même
pafîion occafîonna ; au milieu du feizieme fiecle ,
la découverte & la conquête de la partie fepten-
trionale de l'Afie , qui jufqu'alors étoit auffi inconnue pour nous que Thulé l'étoit pour les
anciens. Le fameux Yermac Çb) , à la tête d'une
bande d'aventuriers moins civilifés , mais moins
inhumains que les compagnons de Cortez & de
Pizarre , commencèrent cette conquête. L'acqui-
fition de cette vafte contrée, qu'on appelle au-
(<z) C'eft ici que commence l'ouvrage allemand
dont M. Coxe parle dans fa préface.
C b ) Le lecteur trouvera l'hiftoire de Ja conquête
de la Sibérie dans la féconde partie de cet ouvrage,
chap. I. DÉCOUVERTES.
M
jourd'hui Sibérie , a donné aux Ruffes un empire
plus étendu que celui d'aucune autre nation.
Le Czar Pierre , le plus grand fouverain qui
ait paru fur le trône de Ruffie avant l'impératrice aétuelle , conçut le premier projet (a) de
foire des découvertes dans cette mer orageufe,
fituée entre le Kamtchatka & l'Amérique. Les relations de M. Muller ont affez inftruit le public
de la nature & du fuccès des expéditions qu'on
fit fur cette partie de l'océan , fous les fucceffeurs
immédiats   du  Czar.   Dès  que Bering (b) &;
(a) Pour fentir la liaifon de cet alinéa avec la fin
du précédent, il faut remarquer que la conquête de
la Sibérie conduifit les Ruffes jufqu'aux bords de
l'Océan oriental ou de la mer du Kamtchatka, où l'on
a fait les nouvelles découvertes.
t b ) Bering avoit déjà fait, par ordre de la couronne, plufieurs expéditions dans la mer du Kamtchatka, avant le voyage dont on parle ici.  I
En 1728, il partit de l'embouchure de la rivière
du Kamtchatka, accompagné de Tfchirikoff, Le but
de ce voyage étoit de déterminer fi les deux conti-
nens de l'Amérique & de l'Afie font féparés. Pierre
premier, peu de tems avant fa mort, avoit écrit de
fa propre main les inftructions deftinées à ces navigateurs. Bering longea la côte orientale de la Sibérie, jufqu'à 67 deg. ig min. de latitude, fans découvrir la partie du Nouveau - Monde qui fe trouve
en face.
En 1728 , il fit un fécond voyage avec les mêmes
vues, mais cette nouvelle tentative n'eut pas plus de
fuccès. î M Nouvelles
Tfchirikoff eurent ouvert la route de ces isles |
qui offrent des fourrures précieufes en abondance , des négocians entreprirent avec ardeur
de femblables voyages ; & dans l'efpace de dix
ans , de fimples particuliers firent à leurs propres frais des découvertes plus importantes que
n'en avoient fait jufqu'alors tous les efforts dif-
pendieiix de la couronne.
Après que l'équipage fut revenu de l'isle où
ce malheureux navigateur fit naufrage & mourut, les habitans du Kamtchatka fe hafarderent
à naviguer jufqu'à cette terre , où l'on trouvoit
un grand nombre de loutres &c d'autres animaux
marins. On ne tarda pas à découvrir Mednoi Of-
troff ou l'isle de Cuivre , qui fe voit de l'isle
Bering , & qui eft amfi appellée à caufe des gros
morceaux de cuivre natif qu'on trouve fur la
grève.
Ces deux petites isles inhabitées furent pendant
quelque tems les feules connues dans cette mer.
En 1741, Bering & Tfchirikoff commencèrent leur
célèbre expédition vers les côtes d'Amérique, dont
on parle fouvent dans le cours de cet ouvrage. C'eft
cette expédition qui a mis fur la voie de toutes les
découvertes importantes faites depuis par les Ruffes.
l .Le. vaiffeau de Bering périt dans un naufrage au
mois de décembre delà même année, Se Tfchirikoff
débarqua au Kamtchatka le 9 octobre 1742.
Voyez la Coll. de Muller & l'Hiitoire d'Àmerque de
M. Robertfon, voL I, pag. 273 & fuiv. de l'original.
Enfuite DÉCOUVERTES. IJ
Enfuite les chaffeurs Ruffes ayant rendu très-
rares les animaux de terre & de mer, il fallut
bien , pour trouver des fourrées, entreprendre
d'autres expéditions. Plufieurs des navires envoyés
ainfi à la découverte, furent chaffés au fud - efl:
par la tempête, & ils rencontrèrent les isles
Aleiitiennes , qui giflent aux environs du 195;
deg. Ça) de longitude & qui font médiocrement
peuplées.
Depuis 1745 9 époque où il paroît qu'on def-
ceridit fur ces isles pour la première fois , jufqu'à
17^0, année où l'on en tira le premier tribut
de fourrures, le gouvernement ne femble pas
avoir été complètement informé de leurs découvertes. En 17)0, Lebedeff étoit gouverneur du
Kamtchatka, & de 1755 à 1760, le capitaine
Tsheredoff & le lieutenant Kashkareff furent
fes fucceffeurs. En 1760, Foédor Ivanovitch
Soimonoff, commandant de Toboîsk, tourna fes
vues du côté des isles dont on vient de parler ;
& la même année le capitaine Rtfiftsheff, qui
commandoit à Ochotsk, donna des inftruérionç
(a) L'auteur Allemand que fuit ici M. Coxe,
compte la longitude du méridien de l'isle de Fer, La
longitude & la latitude qu'il donne aux isles des
Renards , correfpondent exactement avec la pofrtion:
qu'elles ont dans les cartes générales de la Ruffiçv
La longitude de l'isle de Bering, de l'isle de Cuivre
& des isles Aleiitiennes, en différent un peu. Noms
reviendrons plus bas fur cette différence,, ~mf-
I 11)1
1
i
i8
Nouvelle
au lieutenant Shmaleff, le même qui fut enfuite
gouverneur du Kamtchatka , pour diriger & encourager toutes les expéditions qu'on voudroit
faire dans ces, mers. Jufqu'ici toutes les découvertes poftérieures au voyage de Bering s'étoient
faites fans l'intervention de la cour, fur de petits
navires équipés aux frais de négocians particuliers.
L'impératrice aétuelle , zélée pour tout ce qui
peut donner de l'agrandiffement à l'empire de
Ruffie , a ranimé le goût des découvertes ; elle
a encouragé par des récompenfes les négocians
qui entreprennent des voyages dans ces mers.
Elle a ordonné à fes frais une expédition difpen-
dieufe Ça) , pour déterminer la véritable pofitîon
des différentes isles, & les reffources qu'elles offrent au commerce.
En attendant que le journal & les relevemens
de ce voyage foient publiés avec tous leurs détails , on peut aflurer que plufieurs géographes
modernes avancent l'Amérique trop à l'orient,
ciinfi que nous le dirons dans la fuite , & que la
Sibérie ne s'étend pas à l'E. auffi loin que le marquent les cartes ruffes. Les defcriptions & même
les conjeélures du célèbre Muller fe confirment
de jour en jour par   les faits. De  plus , on a
(<z) L'expédition fecrete du capitaine Krenitzin
Se de Levasheff, dont le journal & les cartes ont été
envoyés au docteur llobertfon , par l'impératrice :
wyez l'Hiiîoire d'Amérique. C'eft d'après ce journal
t^ue nous avons cornpofé le chap, XIII. DÉCOUVERTES.
m
feconnu dernièrement Ça) h jufteffe de fà fup-
pofition touchant la forme de la côte de la mer
d'Ochotsk. Quant à l'étendue de la Sibérie, il
paroît inconteftable, d'après les obfervations les
plus récentes , que fon extrémité orientale s'étend
par-delà ( b ) le 200 deg. de longitude ; & pour
ce qui regarde les côtes occidentales de l'Amérique, tous les voyages faits aux isies nouvellement découvertes, prouvent d'une manière évidente, que le continent n'a pas, entre les fo
& les 60 degrés de latitude, de pointe plus proche de l'Afie, que la côte où touclierent Bering & Tfchirikoff(c) par les 236 deg. de longitude.
La carte qui fe trouve dans le calendrier géographique de Pétersbourg 1774, donne une position très - fautive aux isles nouvellement découvertes ; l'ancienne carte des nouvelles découvertes ,
publiée par l'académie impériale, & qui femble
avoir été faite fur de fimples oui - dires, ne nié:,
rite pas plus d'attention. Nous reviendrons ailleurs
( d ) fur l'exaétitude ou les défauts des cartes
(a) M. Muller, en publiant fa collection, conjecture que la côte de la mer d'Ochotsk s'étend au
S. E. vers la rivière d'Ud , & de là au S. E. jufqu'à
l'embouchure du fleuve d'A|^pur; le voyage du capi*
taine Synd a prouvé depuis qu'il ne fe trompoit pas.
( b ) Voyez le chap. XV de cet ouvrage.
(c) Voyez le chap.  XVI.
(d) Dans le chap. XVIL
Bi; s
Nouvelles
<ju'on a gravées touchant la partie du globe qui
fe trouve entre l'Amérique & l'Afie.
Les derniers navigateurs donnent aux grouppes
d'isles qu'on y voit, une pofition bien différente
de celle qu'on leur afîîgnoit. Suivant eux , l'isle de
Bering gît directement à TE. de Kamtchatkoi Noïs,
par le 18 5 deg. de longitude. L'isle de Cuivre eft
tout proche ; & à quelque diftance de là , à TE.
S. E. il y a trois petites isles , nommées par les
habitans Attak , Semitshy & Shemiya : ce font
proprement les isles Aleiitiennes. Elles s'étendent
de J'O. N. O.  du côté de l'E.  S.   E. dans la
même  direction que les isles  de Bering &  de
Cuivre , par le 155 deg. de longitude, & le 54
de latitude.
Dans le nord & à la diftance de fix à huit
cents verftes , on rencontre un autre grouppe de
fîx isles ou davantage , connues fous le nom
d 'Andreanoffski   OJlrova.
Au S. E. ou à TE. S. de celles - ci, à la diftance d'environ 1 f deg. au nord quart N. E. des
isles Aleiitiennes, commence la chaîne de Lyftie
Oftrova ou des isles des Renards ; cette chaîne
d'isles & de rochers  s'étend à l'E. N. E. entre
les f6 & les 61 .deg. de  latitude N. depuis   le
211 deg. de longitude , fuivant toute apparence ,
jufqu'au continent d'Amérique , & dans une ligne
de direction qui   fe croiie  avec   celle  des isles
Aleutiehnes.  Umnak ,,Aghunalashka, ou comme
on dit ordinairement'pour abréger , Unalashka,
Kadyak & Alagshak , Tant les plus grandes & les
plus remarquables. DÉCOUVERTES. XI
La diftance & la pofttion de ces isles-, ainfi
que des Aleiitiennes, font affez bien déterminées par l'eftime des vaiffeaux &: les latitudes
qu'ont pris les pilotes. La pofition du grouppe
d'Andreanoffsky eft à peu près fûre maintenant ;
elles giflent entre les Aleiitiennes &: les isles aux
Renards, & complètent la chaîne entre le Kamtchatka &: l'Amérique Ça).
Aucun des navires n'a touché au continent
d'Amérique dans les dernières expéditions ; mais il
eft probable que les navigateurs Ruffes , qui courent les isles fituées entre l'Afie & le Nouveau-
Monde , ne tarderont pas à y aborder ( b ). Au
nord des isles qu'on connoît jufqu'à préfent ,
c'eft-à-dire, aux environs du 70 deg. de latitude *
il eft poffible que le continent d'Amérique fe rapproche davantage de la côte des Tfchutski ; il
forme peut-être un large promontoire environné
d'isles , qui n'ont aucune liaifon avec les group-
pes qu'on voit fur la carte générale, placée à la
tête de cet ouvrage. Il paroît, du moins d'après
le rapport des navigateurs les plus récens , qu'il
y a réellement un promontoire qui s'approche
de  très - près de Tîchiikotskoi Nofs ( c ) : mais
( a )  Voyez le chap. XIX.
Çb) Voyez le chap. XVIII. M. Sthaelin,^dans,
fon petit ouvrage fur les isles nouvellement découvertes par les Ruffes, donne à ces isles d'Andréa-
noffski le nom d'Anadirski, parce qu'il les fuppofoit
voîfines de la rivière d'Anadyr.
(c)  Voyez le chap. XX de cet ouvrage,
B i 0 Nouvelles
cette prolongation de l'Amérique, que le géographe de Lisle étend à l'O* précifément en
face du Kamtchatka , entre les 50 & 60 deg.
de latitude y eft abfolument fauffe ; car plufieurs
des navigateurs dont je vais parler dans cette
colleérion , ont fait route fur les parages où l'on
plaçoit ce continent imaginaire.
II eft probable que les Aleiitiennes, & quelques-unes des isles aux Renards , font les mêmes
terres rencontrées par Bering à fon retour ; mais
fo route fut fi orageufe , qu'on n'a pas pu déterminer leur véritable giffement dans la carte de
fon expédition (a).
La mer du Kamtchatka eft aujourd'hui fi fréquentée , que ces incertitudes fe diffiperont bientôt ; mais je defire qu'on faffe des expéditions
au N. E. afin qu'on découvre les côtes d'Amérique les plus proches de l'Afie ; il ne faut pas
attendre de découverte heureufe fi l'on fuit une
autre direction : en effet , tous les navires qui
cinglent plus au S. trouvent une mer ouverte,
fans aucun ligne de terre.
On a lieu d'efpérer du célèbre M. Muller (b) ,
(a) Cependant l'erreur eft peu confidérable ; car
fi les côtes Se les isles les plus orientales qui fe trouvent dans la carte de Bering , tels que le cap Hermoge-
nés , Toomanoi, l'isle de Shumagain Se la montagne de
Saint-Doîmat étoient placées fur la carte générale de
Ruffie, qui eft à la tête de cet ouvrage , elles coïncide-
roient avec la chaîne des isles des Renards.
( b ) M. Muller a déjà mis en ordre Se envoyé à DÉCO U~V E K T E Si
if
une defcription très - complète & très -détaillée
de toutes les découvertes faites jufqu ici dans la
partie de l'océan qui eft à TE. de l'Afie. En attendant, j'efpere que cet abrégé, rédigé furies
journaux des navigateurs &C fur des pièces originales , fera bien reçu du public, & qu'il engagera les Ruffes à imprimer ce que j'aurai oublié.
L'ouvrage qu'o'n va lire eft plus authentique >
plus vrai & plus étendu , que celui de M. Sthaelin Ça), qu'on a imprimé dans le calendrier de
Pétersbourg, dont je relevé ici plufieurs erreurs.
l'amirauté de S. Pétersbourg plufieurs des journaux v
avec les cartes, des derniers voyages ; il y a lieu de
croire qu'il enrichira l'Europe de fon travail.
( a ) Le petit ouvrage de M. Sthaelin, confeillet
d'état de l'impératrice de Ruffie, a été publié en
allemand Se traduit en -anglois ; il contient à peine
40 pages, & il ne donne aucun extrait des journaux
& de la route des navigateurs ; il dit quelques mots
très- vagues fur les isles nouvellement découvertes ;
la carte qui le précède eft d'ailleurs fautive, & le public-ne le comparera jamais avec l'ouvrage que nous
publions ici. M. Sthaelin ayant envoyé fon ouvrage
au docteur Maty, on en a parlé dans les Tranfactions
philofophiques de 1774, fous le titre de Nouvelle
carte è? defcription préliminaire du nouvel archu
pel découvert U y a peu d'années par les Ruffes,
au N. E. du, Kamtchatka.
B iv iii
24
Nouvelles
*&&*S5f^2ai2£dA
CHAPITRE   IL
VOYAGES faits en 174^ ; premières découvertes
des isles Aleiitiennes , /?#/* Michel Nevodtfikoff.
JlLmilianBassof fit un voyage en 174? : mais
il mérite à peine qu'on en parle ; car il ne vit
que l'isle de Bering & deux autres plus petites
iîtuées au S. de celle - ci ; il fut de retour le 3 I
juillet  1746. Ipii
Le premier voyage digne d'attention fut entrepris en 1745*. Le navire appelle YEudoxie , &
équipé aux frais d'Aphanaffei Tfebaefskpi, Jacob
*!Pfiuproff & d'autres affociés , fit voile de la rivière du Kamtchatka , le 19 feptembre , fous le
commandement de Michel Nevodtfikoff, natif de
Tobolsk. Il découvrit trois isles nouvelles, fur
l'une de/quelles il pafîa l'hiver à la chaffe des loutres ,de mer , dont il y avoit une grande quantité. Ces isles étoient fans doute les plus proches
des Aleiitiennes Ça). Un interprète que le commandant avoit pris au Kamtchatka , ne comprît
( a ) Les véritables Aloutiennes font le petit grouppe
d'isles qui giflent au S. E. de celles de Bering; on
les appelle quelquefois les Aleiitiennes les plus, voifi-
n.es , en donnanc le nom d'A/eùtiennes les plus éloignées aux isles des Renards. DÉCOUVERTES
m
pas la langue des habitans : afin d'entendre cette
langue, il emmena avec lui un des infulaires, &
il le préfenta à la chancellerie de Bolcheretsk ,
avec une relation fauffe de (es découvertes &
de fon expédition. Cet infulaire fut interrogé dès
qu'il fut un peu le ruffe , & il dit qu'il s'appelloit
Temnac ; que fon isle porte le nom S Au ; qu'à
quelque diftance de celle-ci il y en a une autre plus
confidérable, appellée Sabyfi, dont les naturels
portent le nom de Kogii. D'après le rapport de
l'Indien , les Ruffes crurent apprendre que cette
dernière peuplade fait des croix , qu'elle a des
livres & des armes à feu , & qu'elle navigue fur
des baidars ou canots affemblés avec des bandes
de cuir. L'Indien ajouta qu'à peu de diftance de
l'isle où Nevodtfikoff hiverna, il y en a deux
autres bien peuplées ; la première giflant à l'E. S.
E. Se au S. E. quart S. & la féconde à l'E. &
à l'E. quart S. E. Il fut baptifé fous le nom de
Paul & envoyé à Ochotsk.
Nevodtfikoff ayant perdu plufieurs de (es gens 9
& les Ruffes de Péquipape dépofint qu'on avoit
maltraité les infulaires, on inftruifit le procès du
commandant & de ceux qui étoient fur fon bord 5
& voici ce qu'on découvrit.
Après fix jours de navigation , ils apperçurent
une isle, le 24 feptembre à midi ; ils la côtoyèrent , & fur le foir ils en découvrirent une féconde , où ils mouillèrent jufqu'au lendemain.
Le 28, plufieurs habitans parurent fur îa côte ^
&: le pilote defeendit avec la chaloupe dans Kn- %6
Nouvelles
tention de débarquer ; mais comme le nombre de£ |
infulaires s'accrut jufqu'à plus de cent, il craignit
de fe hafàrder parmi eux, malgré les invitations
qu'il reçut : il fe contenta de leur jeter quelques
préfens ; on lui jeta en retour un oifeau de mer de
J'eipece des cormorans. Il effaya, par l'entremife
des interprètes, de lier une converfation ; mais
il ne fut pas pofîible de fe faire entendre. Le capitaine voulut remettre en mer, & le vent con-ê
traire le porta fur l'autre côté de l'isle, où il
mouilla.
Le 26% Tfiuproff ayant débarqué avec quelques perfonnes de l'équipage, afin de chercher
une aiguade , rencontra plufieurs habitans : il leur
donna du tabac & des pipes de la Chine, & il
reçut en préfent un bâton fur lequel on avoit
fculpté un veau marin. Les Indiens a voient grande
envi* de fon fufil ; & comme il ne voulut pas le
leur accorder, ils coururent après lui au moment
où il fe rembarquoit, & ils faillirent la corde de
la chaloupe attachée fur la côte. Cette attaque
l'obligea de faire feu. Ayant bleffé un Indien, les
autres renoncèrent à leur entreprife, & il arriva
fain & fauf à bord du navire. Dès que les fau-
vages virent un de leurs camarades bleffé, ils le
déshabillèrent ainfî qu'eux-mêmes, & ils le portèrent nu dans la mer , où ils le lavèrent. Après
cette hoftilité , l'équipage n'oiant pas hiverner à
cet endroit, YEudoxie fe rendit à l'autre isle*
où on j jeta l'ancre.
Dès le lendemain , Tfiuproff & Shaffirin dé- DÉCOUVERTES,
*7
barquerent à la tête d'un détachement affez confidérable. Ils obferverent que l'isle étoit habitée v
mais comme ils ne rencontrèrent aucun infulaire,
ils retournèrent à bord &: longèrent la côte. Le
jour fuivant, le Cofaque Shekurdin defcendit à
terre, accompagné de cinq matelots ; il en renvoya deux avec les futailles pleines , & il refta,
ainfi que les trois autres , po'ùr chaffer des loutres
marines ; le foir, il fe trouva au milieu d'une
bourgade qu'habitoient cinq familles ; à fon approche les naturels s'enfuirent précipitamment*
& allèrent fe cacher au fond des rochers. Shekurdin fut à peine de retour à bord , qu'on le chargea d'aller une féconde fois à terre avec plus de
monde, afin de découvrir un mouillage où l'on
pût retirer le navire pendant l'hiver. Chemin fai~
fant, il apperçut quinze infulaires fur une colline ,
& il leur jeta quelques morceaux de poiffon fec ,
pour les engager à s'approcher de lui. Comme cet
expédient ne réufliffoit pas , Tfiuproff, qui étoit
du détachement, ordonna à l'un de (es gens de
monter fur la hauteur & de faifir un desv Indiens ,
dont il fe propofoit d'apprendre la langue : cet
ordre fut exécuté, malgré la réfiftance des infulaires qui fe défendirent avec leurs piques armées
d'os ; les Ruffes emmenèrent leur prifonnier au
vaiffeau. Une tempête violente les jeta bientôt
en mer : obligés du 2 au 9 o&obre de s'abandonner au gré des vents , ils perdirent leur ancre &C
leur chaloupe ; mais ils revinrent enfin à la même
isle , où ils pafferent l'hiver. il
*s
N O   U   V  E   L   L   E   I
En débarquant, ils trouvèrent dans une hutte
voifine le cadavre de deux Indiens qui, fuivarçt
toute apparence, avoient été tués dans la dernière
aérion ; & ils" rencontrèrent une vieille femme
qu'ils avoient d'abord faite prifonniere, mais qu'ils
avoient remife en liberté. Elle étoit accompagnée
de trente - quatre infulaires des deux fexes , qui
tous s'avançoient au fon du tambour; ils firent
un préfent de différentes terres colorées à Tfiuproff, qui leur donna de fon côté des morceaux
d'étoffe , des dés à coudre , des^aiguilles ; l'entrevue fut amicale. Avant la fin d'oétobre, les mêmes
Indiens, toujours accompagnés de la vieille fem-r
me & de plufieurs enfàns , revinrent en dânfànt
comme la première fois, & apportèrent des oi-
fèaux, du poiffon & d'autres provifions. Après
avoir paffé la nuit au milieu des Ruffes , ils s9en
retournèrent. Tfiuproff, Shaffyrin & Nevodtfikoff les ayant fui vis à la tête de fèpt hommes ,
les trouvèrent dans des rochers ; cette féconde
entrevue fut encore pacifique, les infulaires échangèrent un baidar ou canot & des peaux contre
deux chemifes ; on remarqua qu'ils avoient des
haches de pierre & des aiguilles d'os; on leur
vit manger des loutres, des veaux & des lions
marins , qu'ils tuent à coups de maffues & de
piques.
Depuis le 24 oétobre Tfiuproff avoit chargé
dix hommes, fous Laryon Belayeff, d'aller recon-
noître le pays. Ce détachement maltraita les infulaires qui fe défendirent comme ils purent P avec Découverte»;  25-
leurs lances ; cette réfiftance fournit aux Ruffes
un prétexte de tirer deffus. Ils finirent par tuer
toute la troupe , compofée de quinze hommes *
afin de jouir de leurs femmes.
Cette atrocité révolta Shekurdin , qui retourna
au vaiffeau fans être apperçu, & dit au commandant ce qui venoit de fe paffer. Tfiuproff,
au lieu de punir les coupables , leur fut bon
gré en fecret ; car il étoit irrité contre les infulaires, qui lui avoient refufé un verrou de fer
qu'il vit entre leurs mains. Depuis ce refus , il
commit plufieurs aétes d'hoftilité, & même il
forma l'abominable projet de les empoifonner
avec du fublimé corrofif. Cependant, pour montrer de la juftice en apparence, il ordonna à She?
kurdin & à Nevodtfikoff d'aller faire des reproches à Belayeff : il leur envoya par la même
occafion de la poudre & des balles ; c'eft-à-dire ,
qu'il leur donna des moyens de recommencer
de pareils attentats. >--,,*
Les Ruffes prirent fur cette isle une grande
quantité de loutres de mer , & ils y relièrent juf-
qu'au 14 feptembre 1746. Ne s'y croyant plus
en fureté , ils appareillèrent, dans l'intention de
chercher quelque terre inhabitée. Une tempête
violente les ballotta jufqu'au 30 oéfobre, que leur
navire toucha & périt fur une côte de roches.
Ils perdirent la plus grande partie de leurs fourrures , &,prefque tout ce qu'ils avoient à bord.
Accablés de fatigue & de froid, ils pénétrèrent
dans l'intérieur du pays, qui eft inégal & rempli go
Nouvelles
de rochers. Des Indiens , qu'ils trouvèrent dans
des huttes, leur apprirent que Fisle s'appelle Ka-
raga : les habitans, qui font tributaires de la Ruffie & de la race des Koriaques, les traitèrent
amicalement, jufqu'au moment où Belayeff eut
l'imprudence de faire des propofitions à la femme
du chef. L'Indienne courut en avertir fon mari ;
& toute la peuplade enflammée de colère, menaça les Ruffes de les exterminer jufqu'au dernier :
cependant la paix fe rétablit, & tout fe paffa tranquillement de part & d'autre.
Le 30 mai 1747, un détachement d'Olotu-
riens , divifé fur trois canots , defcendit dans l'isle
& attaqua lf s habitans : ils fe rembarquèrent après
avoir maffacré plufieurs infulaires, & perdu quelques - uns des leurs. Ils ne tardèrent pas à revenir avec des forces plus confidérables ; mais ils
furent repouffés de nouveau : comme ils mena-
çoient de reparoître dans peu pour la troifieme
fois , & de tuer tous ceux qui payoient tribut
à la Czarine , les naturels confeillerent aux Ruffes de s'en aller , 6k les aidèrent à conftruire
deux petits bârimens. Tfiuproff & fon monde mit
donc en mer le 27 juin , & débarqua le 21 juillet
au Kamtchatka, avec le refte de fa cargaifon ,
compofée feulement de 320 loutres de mer,
dont il remit la dixième partie à la douane pour
les droits du fouverain. Cette expédition coyta
douze hommes.
w
ira Découvertes.
S*
•*
CKAPITRE   III.
Voyages faits de 1747 à 1753 > </d/2* &$
parages de F isle de Bering, <& ce//e dfe Cuivre ,
6* *&* i$/e5 Aleiitiennes ; remarques fur les
habitans.
£,N 1747, deux navires firent voile de la rivière du Kamtchatka , munis d'une permiflion de
la chancellerie de Bolcheresk, pour aller à la chaffe
des loutres de mfcr ; l'un , qui fut équipé aux frais
d'André "WTevidoff, portoit quarante-fix hommes ,
& de plus huit Cofaques ; l'autre appartenoit à
Féodor Cholodiloff, André Tolftyk & compagnie, & avoit un équipage de quarante-un Ruffes
ou Kamtchadales & de fix Cofaques.
Ce dernier bâtiment appareilla le 20 o&obre ,
& fut obligé, par la tempête & d'autres contre-
tems , d'hiverner dans l'isle de Bering ; il en
partit le 31 mai 1748 , & toucha à urua autre
petite terre, afin de faire de l'eau & de prendre
des munitions ; il gouverna enfuite S. E. fur un
efpace affez confidérable, fans découvrir de nouvelles isles ; & comme il manquoit de vivres,
il fut de retour dans la rivière du Kamtchatka le
14 août avec une charge de 250 vieilles loutres ,
plus de 100 jeunes, 148 renards bleus : tous
ces animaux furent tués fur l'isle de Bering. «g Nouvelles
Nous n'avons qu'une connoiffance imparfaite
du voyage de WTevidoff : on fait feulement qu'il
fut de retour le 23 juillet 1749 , après avoir
touché , fuïvant toute apparence, fur l'une des
isles Aleiitiennes les plus proches , qui étoit inhabitée ; il rapporta 1040 loutres de mer & 20OO
renards bleus.
Emilien Yugoff, négociant d'Yakutsk, obtint
du fénat de Pétersbourg la permifîîon d'équiper
quatre navires pour fon compte 6k pour celui
de fes affociés. Il fe procura en même tems le
privilège exclufif de la chaffe des loutres fur les
isles de Bering 6k de Cuivre , pendant ces expéditions. Pour jouir de ce monopole, il s'éfoit
engagé de remettre à la douane le dixième de
toutes les fourrures.
Le 6 octobre 1750, il appareilla de Bolche-
resk fur le sloupe Jean , monté par vingt-cinq
Ruffes ou Kamtchadaîes & deux Cofaques : une
tempête jeta bientôt le navire à la côte entre les
embouchures des rivières de Kronotsk & de
Tfchalininsk. \ *tkwk
Il remit à la voile au mois d'octobre 1751*
On lui avoit ordonné de prendre à bord quelques officiers de la marine. Ruffe ; & comme il
ne le ût pas, la chancellerie d'Yrkutsk expédia
une lettre qui confifquoit le navire 6k la cargaison , îorfqu'Yugoff feroit de retour. Le navire
arriva le 23 juillet au nouveau fort du Kamtchatka, avec 7$ 5 vieilîes# loutres de mer , *«
jeunes 3 447 ourfms  de   mer & 7044 renarde
aréliques % DÉCOUVERTES.
m
ârftiques, parmi lefquels il y en avoit 2000 de
bleus & 1765* de noirs; tous ces animaux furent
pris fur l'isle de Bering & fur celle de Cuivre.
Yugoff mourut fur cette dernière terre. D'après
les lettres dont je viens de parler, on mit le
(celle fur la cargaifon ; l'impératrice ayant reconnu
enfuite que des aélionnaires avoient confié de
"l'argent à Yugoff, pour équiper un fécond navire , rendit la cargaifon confifquée, en prélevant
les droits de la douane.
Cette efpece de compagnie , fî l'on peut l'ap-
peller ainfi, étant diffoute par la mauvaife admi-
niftration du chef & le manque de fonds , on
accorda à d'autres négocians, même avant le retour du bâtiment d'Yugoff, le privilège d'équiper
vdes navires ; ceux - ci furent plus heureux, &C
firent de nouvelles découvertes.
Nikiphor Trapefnikoff, négociant d'Yrkutsk ,
obtint la permiflion d'expédier un navire appelle
le Boris & le Glebb, à condition de remettre à
la douane le dixième de toutes les fourrures ,
outre les tributs que l'équipage pourroit obtenir
des naturels. Le Cofaque Sila Shaffyrin s'embarqua fur ce bâtiment afin de recueillir les tributs.
L'équipage appareilla au mois d'août 1749, de
la rivière du Kamtchatka ;&ily rentra le 16 du
même mois 1753 , avec une cargaifon confidérable de fourrures. Il avoit relâché au printesns
de cette dernière fur une isle inconnue, probablement l'une des Aleiitiennes , où il vint à bout
de faire payer aux habitans un tribut de loutre? m
34
Nouvelles
^marines : les infulaires qui fe conftituerent tribu-**
taires , s'appelloient Jgya > Oeknu , Ogogoektack 9
Shabukiauck, Alak , Tutun 9 Ononushan, Roto-
gei, Tfchinitu, Vatfch , Ashagat, Avyjanishaga ,
Unashayupu , Z#&, Yanshugalik , Umgalikan ,
Shati) Kyipago & Oloshkot.Ça) Un autre Aleùtien,
dont on ne dit pas le nom , eut aufli la bonté de
payer une contribution de trois loutres de mer. Le
Boris & le Glebb rapporta 3,20 loutres marines de
la première qualité , 480 de la féconde , & 400
de la troifieme, 500 d'un moyen âge ou femelles,
.& 220 mewedki ou jeunes.
André Tolftyk, négociant de Selenginsk, ayant
obtenu une permiffion de la chancellerie de Bol-
cheretsk, équipa une féconde fois le navire qui
avoit fait le premier voyage. Il appareilla du Kamtchatka le 19 août 1749 , 6k il fut de retour le
3 juillet 1752.
D'après le rapport du commandant, le navire
refta mouillé, depuis le 6 feptembre 1749 9 jui-
qu'au 20 mai 1750 , devant l'isle de Bering, 6k
l'équipage prit feulement quarante - fept loutres
de mer. Tolftyk fe rendit enfuite à celles des
isles Aleiitiennes qui avoient été découvertes par
Nevodfikoff, ( b ) où l'on tua feize cents foixante-
( a) L'auteur Allemand , d'après lequel on a rédigé
ce chapitre, remarque dans une note, que ces noms
des infulaires, ainfi que d'autres dont parlent les dif-
férens voyageurs, ont une reffembiance parfaite, dans
le fon Se la terminaifon , avec ceux des Groënîandois.
.  {b) Voyez le chapitre précédent.
m DÉCOUVERTES.
35
deux loutres marines vieilles & d'un moyen âge ,
& cent dix-neuf jeunes. Le refte de la cargaifon étoit compofé de fept cents vingt renards
bleus & de huit cents quatre - vingt ourfins de
mer.
Suivant la defcription que fit*Tolftyk , les habitans de ces isles ne paroiffoient pas avoir payé
jufqu'alors de tribut. Leur race ferable approcher
de celle des Tfchuktky ; leurs femmes portent
différentes figures imprimées fur la peau , comme
les Tfchuktsky & les Tongufes de la Sibérie; ils
en différent cependant en ce qu'ils ont la lèvre
inférieure percée de deux trous , dans chacun def-
quels ils mettent un morceau , de dent de cheval
marin, travaillé comme la dent d'un homme ,
avec un petit bouton en-dedans de la bouche,
pour la tenir en place. Ils tuèrent, fans y être
provoqués , deux Kamtchadales de l'équipage.
Quelques habitans d'une troifierne isle payèrent
aufli des tributs ; ils s'appelloient Anitin, Alta-
kukor, Aleshkut&L Atfchelap. Toutes les armes
de l'isle confiftoient en douze piques armées de
pierre épointée , & d'un dard d'os épointé de la
même manière. Les Ruffes virent parmi les naturels deux figures de bois fculptées, reffémbîant
à des lions marins.
Le 3 août 1750, le navire le Siméon & le
Jean, équipé par Vdevidoff, dont on a déjà
parlé, agent de Ribenskoy, négociant Ruffe, &»
monté par quatorze Ruffes, marchands ou chaf-
feur$, & par trente Kamtchadales, alla à la dé«
Ç ïy OUVELLES
couverte de quelques isles nouvelles, fous le commandement du Cofaque Vorobieff. Le bâtiment
fut jeté, par le courant 6k la tempête, fur une
petite terre déferte , dont la pofition n'eft pas
déterminée ; c'eft probablement une de celles qui
giflent près de l'isle de Bering. Le navire fe trouva
fi délabré alors , qu'il ne put plus tenir la mer :
Vorobieff en conftruifit un autre avec des bois
flottans , auquel il donna le nom de Jérémie ; il
arriva au Kamtchatka dans l'automne 17^2.
On prit fur cette isle déferte 700 vieilles loutres 6k 120 jeunes, 1900 renards bleus , 5700
ours de mer noirs, 6k 1310 kotiki, ou petits
ourfins de mer.
Un navire parti d'Anadirsk, fit dans le même
tems un voyage qui mérite d'être cité.
Le 24 août 1749 * Siméon Novikoff, d'Yr-
kutsk, 6k Ivan Bacchoff, d'Uftyug , agens de
Ivan Silkin, fe rendirent d'Anadirsk dans la rivière du Kamtchatka : la route par terre leur
parut fi dangereufe , qu'ils fe décidèrent à aller
par mer d'Anadirsk au Kamtchatka ; ils employèrent deux ans 6k cinq mois à conftruire un navire
3130 verftes au-defliis d'Anadirsk.
Voici la relation du voyage. En 1748, ils
defcendirent la rivière d'Anadirsk, en traverfant
deux baies appellées Kopeiki/ia 6k Onemenskaya.
Ils trouvèrent plufieurs bancs de fable qu'ils paf-
ferent fans peine en les tournant. Ils gouvernèrent enfuite dans le golfe extérieur, 6k attendirent un vent favorable : ils apperçurent plufieurs DÉCOUVERTES.
37
Xfchutski, qui s'avançoient fur les hauteurs, feuls
ou en petites troupes , comme pour reconnoître 5
ce qui rendit les Ruffes défians. Le navire def-
cendit la rivière & traverfa en neuf jours les baies
qu'elle contient. En dépaffant la large ouverture
de la baie extérieure , le commandant gouverna
entre la grève qui gît à gauche, &: un rocher qui
en eft proche ; à environ 120 verges du rocher ,
la profondeur de l'eau étoit de trois à quatre
braffes ; de cette ouverture il porta le cap à l'E.
S. E.Tefpace d'environ 50 verftes, la fonde
rapportant à peu près quatre braffes ; il doubla
enfuite une pointe fablonneufe, qui fe projette
direéfement contre la côte des Tfchutski, &C il
atteignit ainfi la pleine mer.
Du 10 au 30 juillet,.les Ruffes furent pour-
fuivis par des orages qui ne leur permirent pas
de s'éloigner beaucoup de l'embouchure de l'A-
nadirsk; ils remontèrent la rivière Katirka, fur
les bords de laquelle habitent les Koriaques ,
peuple tributaire de la Ruffie ; l'embouchure de
cette rivière , qui a foixante à quatre-vingt verges
de large, & de trois à quatre braffes de profondeur, abonde en poiffons; de là ils remirent en
mer , & après avoir effuyé un gros tems , ils
atteignirent enfin l'isle de Bering. Ils y relièrent
à l'ancre du 15 feptembre jufqu'au 30 ôftobre,
jour où une tempête violente qui venoit directement de la haute mer , jeta le navire fur les
rochers & le mit en pièces. L'équipage fe fauva
& fit tout de fuite h recherche des débris du
C iij %2 Nouvelles
navire de Bering, afin de les employer à la cônf-
truétion d'une chaloupe : il trouva en effet quelques vieux débris , mais prefqu'entiérement pourris , 6k des ferrures mangées de rouille. Après
avoir choifi les cordages 6k le fer le moins gâtés.
il raffembla des bois flottans pendant l'hiver , &
conftruifit avec beaucoup de peine une petite
chaloupe qui fut nommée Capiton , 6k dont la
quille avoit feulement dix - fept aunes ■& demie
de Ruffie. Les Ruffes appareillèrent alors , 6k
fe mirent à chercher une isle inconnue , qu'ils j
croyoient voir dans le N. E. Mais ayant reconnu leur méprife , ils revirerent de bord 6k
portèrent fur l'isle de Cuivre ; de la ils cinglèrent
vers le Kamtchatka , ou ils arrivèrent fains 6k
• feufs à l'époque dont j'ai parlé tout à l'heure.
Le navire le Capiton fut donné en propriété
à Ivan Shilkin, pour le dédommager de fes pertes ;
& la cour de Ruffie lui accorda de plus le privilège de l'employer dans une autre expédition
aux isles nouvellement découvertes. Shilkin le
monta en effet le 7 oétobre 1757 , avec un
équipage de vingt Ruffes 6k de vingt Kamtchadales ; il fut accompagné du Cofaque Studentzoff,
envoyé par la couronne pour percevoir d<?s tributs. Nous donnerons ailleurs un abrégé de ce
voyage. Ça)
Au mois d'août 1754, Nikiphor Trapefnikôrï
( a ) Voyez le chapitre V. DÉCOUVERTES.
39
équipa le shitik le Saint-Nicolas, qui appareilla
du Kamtchatka fous le commandement du Cofa-
que Kodion Durneff. Il relâcha d'abord fur deux
isles Aleiitiennes , & enfuite fur une troifieme ,
qui étoit une découverte nouvelle. Il retourna
au Kamtchatka en 1747 \ avec une cargaifon de
1220 loutres marines mâles ,'410 femelles &C
665 petites. L'équipage en avoit de plus acquis
des infulaires en échange 652 autres, 30 femelles & 50 jeunes.
D'après les dépolirions que firent, le 3 mai
1758 , Durneff & Sheffyrin , envoyés en quâlité-
de colleéteurs des tributs£ il paroît qu'ils allèrent
en dix jours à Ataku , l'une des Aleiitiennes ,
qu'ils y refterent jufqu'en 17 5 7, & vécurent en
bonne intelligence avec les naturels du pays.
La féconde isle qui eft la plus proche d'A-
taku l 6k qui contient le plus d'habitans , porte
le nom dAgataku ; la troifieme, celui de She-
mya : elles giflent à quarante ou cinquante verftes
Tune de l'autre. Il n'y avoit fur les trois isles
que foixante mâles, fans compter les enfans , qu'ils
rendirent tributaires. Ces infulaires*vivent de racines fauvages & d'animaux marins. Ils ne font
point la pêche, quoique les rivières foient remplies de faunsons de toute efpece, & la mer de
turbots. Ils s'habillent avec des peaux d'oifeaux
& de loutres marines. Le toigon ou chef de la
première isle apprit aux Ruffes, par l'entremife
d'un jeune homme qui entendoit la langue ruffe,
qu'à l'E. on rencontre trois isles, grandes &c bien
Ç iv I
M
Nouvelles
peuplées , Ybiya. Kiska & Olas $ dont les naturels parlent un langage différent. Shefryrin 6k
Durneff trouvèrent dans cette dernière isle trois
plats ronds de cuivre, fur lesquels étoient quelques lettres gravées 6k des ornemens en feuillages : les vagues les avoient jetés fur la côte ; le
commandant les rapporta au nouveau fort du
Kamtchatka , avec des bagatelles qu'il avoit achetées des infulaires.
Un autre navire fait de bois de laryx, équipé
aux frais du même Trapefhikoff, appareilla en
1752, fous la conduite d'Alexis Drufinin , marchand de Kursk, 6k effuya un naufrage fur l'isle
de Bering : l'équipage ayant conftruit avec les
débris un petit bâtiment qui fut appelle Abraham ,
mit à la voile pour fe rendre aux isles les plus
éloignées; mais Drufinin fut ramené par les vents
contraires fur la même isle, 6k rencontrant le
Saint - Nicolas, qui étoit prêt à fe rendre aux
isles Aleiitiennes, il s'embarqua avec Durneff 6k
Shefryrin , après avoir abandonné Y Abraham aux
foins de quatre matelots. Drufinin avoit tué fur
l'isle de Bering 5 loutres de mer, 1222 renards
bleus & 2500 ours de mer ; il eut pour fà part,
pendant l'expédition qu'il fit fur le Saint'Nicolas,
500 groffes loutres 6k 300 petites, outre 200
autres qu'il fe procura par échange,.
m
*c*
'# DÉCOUVERTES.
Ai
•^^f^f^»^-^**
CHAPITRE   IV.
VOYAGES faits ^1753 à 1756. Le navire de
Serebramkoff relâché fur quelques - unes des
isles Aleiitiennes les plus éloignées , ou fur les
isles des Renards. Remarques fur les infulaires.
JL ROIS navires furent envoyés en 17^3* aux
isles qui fe trouvent entre l'Amérique & l'Afie ;
l'un par Cholodiloff, un fécond par Serebranikoff,
agent du négociant Rybenskoy , & le troifieme
par Ivan Kraffilnikoff, négociant du Kamtchatka*
Le navire de Cholodiloff appareilla du Kamt»
chatka, le 19 août, avec 34 hommes d'équipage ;il mouilla le 28 devant l'isle de Bering*
où il fe propofoit de paffer l'hiver , pour y
prendre des provifions. Au moment où les Ruffes
entreprirent de débarquer , la chaloupe chavira ,
& trois hommes fe noyèrent.
Le 30 juin 1754, Cholodiloff remit en mer,
cherchant à découvrir de nouvelles terres. Le
tenps étant devenu orageux & couvert de brume ,
& le navire ayant une voie d'eau , il manqua
de périr avec tout fon monde. Il gagna cependant, contre fon efpair, l'une des isles Aleiitiennes , où il refta mouillé du 15 feptembre au
9 juillet 175Ç. Pendant l'automne de 1754 » un
Kamtchadale &: un Koriaque vinrent le joindre* 4*
Nouvelles
«PIM.
Ces deux hommes , accompagnés de quatre ,
avoient déferte le bord de Trapefnikoff 6k étoient
demeurés fur l'isle afin de prendre des loutres de
mer pour leur compte. Les infulaires tuèrent quatre
de ces déferteurs, qui vouloient débaucher les femmes du pays : ils en fournirent volontairement au
Kamtchadale 6k au Koriaque, qui n'avoient pris
aucune part à cet attentat, 6k ils vécurent avec
eux en bonne intelligence. Le navire de Cholodiloff tua fur cette isle plus de 1600 loutres de mer ,
& il arriva au Kamtchatka dans l'automne de
«755-     \ ] \
Le navire de Serebranikoff appareilla au mois
de juillet 1753, avec trente - quatre Ruffes ou
Kamtchadales ; il découvrit plufieurs isles nouvelles , qui étoient probablement quelques - unes
des Aleiitiennes les plus éloignées ; mais il ne fut
pas aufli heureux à la chaffe des loutres marines
que celui de Cholodiloff. Il gouverna S. E. 6k
mouilla le 17 août au - deflbus d'une isle inconnue , dont les habitans parloient une langue -
inintelligible à l'équipage. Le commandant chercha un havre où il pût refter en fureté ; mais il
fut emporté par une tempête fubite, qui le fit
chaffer fur fes ancres. Ayant été entraîné plufieurs
jours du côté de l'E. il découvrit, non loin de
la première isle , quatre terres ; 6k plus loin à l'E.
H en apperçut trois autres; mais il ne put débarquer fur aucune. Le navire fut ainfi dans un dérivé forcé jufqu'au 2 feptembre ; il étoit très-
délabré lorfqu'il gagna heureufement la côte. Le DÉCOUVERTES.
43
commandant mouilla | mais il fut bientôt rejeté
en mer ; il vit périr fon bâtiment , & il eut beaucoup de peine à fauver l'équipage.
Cette isle lui parut être dire&ement par le
travers de Katyrskoi , cap de la péninfule du
Kamtchatka ; il en vit trois autres. Sur la fin de
feptembre, Demetrius Trophin, accompagné de
neuf hommes , alla fur la chaloupe reçonnoître
le pays & chaffer. Ce détachement fut attaqué par
un corps nombreux d'habitans qui jetoient des
dards avec une petite machine de bois , &c qui
blefferent un Ruffe. Le premier feu les difiipa;
mais ils revinrent plufieurs fois à la charge en
troupes nombreufes, & ils furent toujours re-
pouffes fans beaucoup de peine.
Ces fauvages colorent leurs vifages &: y gravent des figures, comme les infulaires dont on a
parlé tout à l'heure ; ils placent aufli des os dans
les trous de leurs lèvres inférieures.
Peu de tems après, les Ruffes virent arriver dix
naturels du pays, qui leur apportaient amicalement de la chair d'animaux marins , & particulièrement des loutres ; ce préfent venoit d'autant
plus à propos, que l'équipage n'ayant depuis
quelque tems d'autre nourriture que des coquillages & des racines, fouffroit extrêmement de la
faim. On leur donna en retour différentes bagatelles. Les Ruffes demeurèrent fur l'isle jufqu'au
mois de juin 1754; alors ils fe remirent en mer
fur une petite embarcation qu'ils conftruifirent
des débris de leur premier navire. & qu'ils ap- 44
Nouvelles
pellerent Saint-Pierre & Saint - Paul. 11$ débarquèrent enfin à Katyrskoi-Nofs , où après avoir
raffemblé 140 dents de cheval marin, ils arrivèrent fains 6k faufs à l'embouchure de la rivière du
Kamtchatka.
Douze Kamtchadales déferrèrent pendant ce
voyage : fix d'enrr'eux furent maffacrés , ainfi
qu'une femme du pays, fur une des isles les
plus éloignées. On fit le procès aux autres, dè$
qu'ils furent de retour au Kamtchatka , 6k on en
apprit les circonftances fuivantes. L'isle près de
laquelle périt le navire, a environ foixante - dix
verftes de long & vingt de large. Il y a tout autour douze autres terres de différentes grandeurs ,
éloignées entr'elles de huit à dix verftes : huit
-de celles-ci ne paroiffent pas avoir plus de cinq
verftes de long : en tout elles contiennent environ cent mille âmes. Les naturels n'ont d'autres
meubles que des bancs 6k des nattes d'herbages ;
leur habillement eft une efpece de chemife de
peau d'oifeau & un manteau d'inteftins d'animaux coufus enfemble ; ils portent des chapeaux
de bois ornés d'une petite planche qui fe projette en-avant, 6k qui, pareille à la vifiere d'un
cafque, femble deftinée à les garantir des traits.
Ils ont tous des couteaux de pierre ; quelques-
uns , mais en petit nombre, en ont de fer. Les
feules armes qu'on remarqua parmi eux , font
des traits armés d'os ou de cailloux épointés ,
qu'ils lancent à l'aide d'un inftrument de bois.
On ne voit point d'arbre fur l'isle, mais elle DÉCOUVERTE S.
41
produit Yheracleum qui croît au Kamtchatka. Le
climat n'eft pas rigoureux ; car la terre n'eft couverte de neige qu'un mois de l'année.
Le navire de Kraffilnikoff appareilla en 1754*
& mouilla le 18 oétobre devant l'isle de Bering ,
où tous les navires qui fe rendent aux isles nou*-
^/ellement découvertes ont coutume d'hiverner,
afin de faler des vaches marines & d'autres animaux amphibies qu'on y trouve en grande abondance. Le capitaine y radouba fon bâtiment qui
avoit effuyé des avaries en chaffant fur fon ancre ;
& dès qu'il eut embarqué une quantité fuffifantç
de provifions, il appareilla le premier août 1754.
Le 10, il fe trouva à la vue d'une terre dont la
côte étoit bordée d'un fi grand nombre d'habitans ,
qu'il n'ofa pas defcendre. Il continua donc fa
route; & furpris par une tempête, le manque
d'eau le mit dans un grand embarras ; à la fin ,
il fut porté fur l'isle de Cuivre, où il débarqua ;
& après avoir fait de l'eau & du bois, il remit
à la voile. Les vents contraires J'y ramenèrent,
& il y mouilla une féconde fois : l'orage ayant
augmenté pendant la nuit , les deux cables furent
brifés , & le navire mis en pièces contre le rivage.
Heureufement il ne périt perfonne, & on trouva
moyen de fauver les voiles, les agrêts, les munitions , les armes , Se plufieurs bois. La plupart
des provifions furent gâtées. Les Ruffes effuye-
rent dans cette relâche toutes fortes de malheurs :
trois fe noyèrent le 15 oélobre en allant à la
chaffe ; d'autres moururent prefque de faim., & m
il
m
**
Nouvelles
ne vécurent pendant long-tems que de coquillages & de racines. Le 20 décembre , les voiles,
les cordages & les bois qu'ils avoient fauves au
moment du naufrage , furent emportés dans les
flots par une groffe mer. Malgré ces accidens ,
ils continuèrent leurs chaffes , 6k tuèrent 103
loutres marines 6k  1390 renards bleus.
Au printems , ils s'embarquèrent fur deux bateaux pour l'isle de Bering, emportant avec eux
les armes à feu, les munitions 6k ce qui reftoit
des débris du naufrage. Ils trouvèrent en y arrivant
le petit navire Y Abraham , monté par les quatre
matelots à qui Trapefnikoff en avoit donné la
conduite ; mais comme cette embarcation ne pou-
voit pas contenir tous les Ruffes avec leurs car-
gaifons de fourrures , ils attendirent l'arrivée çles
bâtimens de Serebranikoff & de Tolftyk, Ceux-
ci emmenèrent onze perfonnes de l'équipage Ide
Kraffilnikoff, & une partie des fourrures. Doujze
autres refterent dans l'isle de Bering , où ils tàe- *
rent un grand nombre de renards bleus, & retournèrent au Kamtchatka fur Y Abraham , à la
réferve de deux qui s'en allèrent avec l'équipage
de Shilkin. (a)
(û)  Voyez le chapitre précédent. DÉCOUVERTES. 4t
CHAPITRE   V.
Voyages depuis 1756 jufquen i7f8«
iUE 17 feptembre 17^6, le navire Y André Na-
talie, équipé par André Tolftyk, négociant dç
Selenginsk, & monté par trente-huit Ruffes ou
Kamtchadales , appareilla de l'embouchure de la
rivière du Kamtchatka. Comme les tempêtes
d'automne approchoient, & que d'ailleurs il man->
quoit de vivres , il fe rendit à l'isle de Bering,
où l'équipage demeura jufqu'au 14 juin 1757*
U ne vint aucune loutre marine fur la côte pendant cet hiver , &c les Ruffes ne tuèrent que des
veaux, des lions & des vaches de mer. La chair
leur fervit de provifions, & ils couvrirent leurs
canots avec les peaux.
Ils levèrent l'ancre le IJ juin 1757, & après
un jour de navigation , ils arrivèrent à l'isle
d'Attaku , l'une des Aleiitiennes, découverte par
Nevodfikjoff. Us y trouvèrent affemblés les naturels , ainfi que ceux de deux autres isles voi-
fines ; ces infulaires venoient de faire leurs adieux
à l'çquipage du navire de Trapefnikoff, qui re-
tounioit au Kamtchatka. Les Ruffes faifirent cette
occafion, pour leur perfuader de payer un tribut;
à la couronne. Dans cette vue , ils allèrent rendra u#e vifitç au chef, qui s'appelloit Tunulgafen : m
Nouvelles
ce chef reconnut un homme de l'équipage, un
ïCoriaque , qu'on avoit laiffé jadis fur une de ces
isles , & qui entendoit un peu la langue de cet
archipel. Le commandant du navire donna un
i chauderon de cuivre, une fourrure & un manteau de drap , des culottes , des bas & des bottes
au chef, que ces préfens déterminèrent à payer
le tribut. Cet Indien, en retournant fur fon isle,
laiffa parmi l'équipage trois femmes & un petit
garçon, afin qu'on leur apprît la langue ruffe ;
1 enfant la iut en très-peu de tems.
Les Ruffes pafferentl'hiver fur cette isle, & fe
diviferent, comme à l'ordinaire , en plufieurs dé-
tachemens de chaffeurs. Le tems orageux les contraignit d'y refter jufqu'au 17 juin -1758 .-avant
leur départ, le chef revint avec fa famille, &
paya le tribut d'une année.
■ De retour au Kamtchatka, ils firent des isles
Aloutiennes une defcription plus détaillée que
celle qu'on connoiffoit.
Il V avoit à cette époque , fur les deux plus
grandes , environ cinquante mâles , avec qui les
Ruffes vécurent en très-bonne intelligence. On
leur parla d'une quatrième isle, appellée Iviya,
qui gît à quelque diftance de la troifieme ; mais
le tems orageux les empêcha d'y aborder.
La première isle a environ cent verftes de
long & vingt-cinq de large. La diftance de la
première à la féconde , qui gît à l'E. quart S. E.
fut effamee de trente verftes ; celle de la féconde
a. la troifieme, qui eft fituée au S. E. à peu près
de DÉCOUVERTES.
49
de quarante. L'habit du pays eft fait de peaux
d'oifeaux , de loutres & de veaux marins tannées ;
mais la plus grande partie des infulaires portoient
des manteaux de peaux de chiens & des efpeces
de veftes de peaux de moutons, qui leur avoient
été données par différens navigateurs. On dit
qu'ils font naturellement babillards, très-timides,
&: fort attachés aux Ruffes. Ils habitent dans des
trous creùfésen terre «& couverts de toits de bois :
ces jourtes reffemblent aux huttes de la péninfule
du Kamtchatka. Ils fe nourriffent principalement
d'animaux marins , qu'ils harponnent avec leurs
lances armées d'os. Ils mangent aufli différentes
efpeces de racines' & de fruits fauvages , des mûres , des fruits du cormier & d'autres Ça). Les
ruiffeaux font remplis de faumons & d'autres
poiffons, de Tefpece de la truite, femblables à
ceux du Kamtchatka ; & la mer eft également
remplie de turbots qu'on prend avec des hameçons de bois.
Ces.isles produifent beaucoup de petits ofiers,
de fous-bois & de broffailles, mais on n'y trouve
point de grands arbres ; les flots apportent cependant fur les côtes affez de bois de fapin & de
bouleau pour la conftruâion des huttes. On
rencontre une multitude de renards bleus fur la
première, isle, ainfi que des loutres de mer ; Se
(a) Rubus chamaemorus-empetrum^ myrtillus
Jbrbus.
D fo
Nouvelles
II
m
les côtes , lorfque le tems eft orageux, font couvertes d'oies 6k de canards fàuvages.
Les Ruffes , fuivant les ordres de la chancellerie de Bolcheretsk , voulurent perfuader au
chef de ces isles de les accompagner au Kamtchatka ; mais leurs efforts furent inutiles : en partant ils diftribuerent parmi les infulaires, de la
toile , treize filets deftinés à la pêche des loutres
marines. Les naturels reçurent ces préfens avec
beaucoup de reconnoiffance.
Ce navire apporta au Kamtchatka 5030 loutres
marines vieilles 6k jeunes, 1040 renards bleus
petits 6k gros, 6k 330 mewedki ou loutres marines très - petites.
En 1757? Ivan Nikiphoroff, négociant de
Mofcow, envoya un navire dans cet. archipel ;
mais, on ne fait rien de cette expédition s finpn
que le bâtiment atteignit les isles des Renarjds ; il
alla du moins jufqu'à Umnak.
Le Capiton, petit navire qui fut conftruit à
l'isle de Bering, 6k qui fut donné au négociant
Ivan Shilkin pour le dédommager d'une partie
de fes pertes, comme nous l'avons dit plus haut
Ça) , appareilla au mois de feptembre 1757 j
ayant fur fon bord le Cofaque Ignace Student-
foff, qui a donné la relation du voyage.
A peine fut-il en mer que le mauvais tems le
rejeta fur la côte du Kamtchatka, 6k le fit échouer :
( a ) Voyez le chapitre III.
m Découver
tes.
5i
cet accident, qui emporta le gouvernail & noya
un homme, empêcha le commandait de remettre
à la voile avant l'année fuivante , & même à
cette époque il n'emmena que trente - neuf hommes d'équipage, laiffant les autres malades : il
cingla directement fur l'isle de Bering, où il prit
fur fon bord deux hommes de l'équipage de Kraffilnikoff Ça) qui s'y trouvoient depuis leur naufrage. Il appareilla pour la féconde fois au mois
d'août de la même année , & il toucha aux isles
Aleùtiennes les plus proches , après avoir été
beaucoup tourmenté par les gros tems : il continua enfuite fa route vers les isles plus éloignées ,
qui giflent entre l'E. & le S. E. Il paffa près
de la première, & mouilla devant la féconde.
L'équipage d'une chaloupe qu'on envoya à terre ,
fut attaqué fi brufquement par un corps nombreux d'infulaires , qu'il eut à peine le tems de
fe rembarquer tx de retourner à bord. Dès que
la chaloupe fut de retour , un grain violent, qui
foufRoit de la côte, rompit le cable, & rejeta
le navire en mer. Le tems devint tout-à-coup
épais & brumeux, & le bâtiment, entraîné au
gré des vents, alla fe brifer fur une petite isle
peu éloignée de celle dont il venoit de partir.
Les Ruffes fe fauverent après beaucoup d'efforts ;
mais ils ne purent rien emporter que leurs armes
à feu &c leurs munitions.
Ça) Voyez le chapitre III.
D Nouvelles
Au moment où ils dépendirent à terre, ils fe
virent environnés d'une multitude de fauvages qui
arrivoient en canots de la pointe occidentale de
l'isle : cette attaque étoit d'autant plus redoutable ,
que la plupart des gens de l'équipage tranfis de
froid, 6k mouillés jufqu'aux os, n'avoient pas la
force de fe défendre ; quinze hommes feulement
fe trouvèrent en état de prendre les armes : ceux-
ci s'avancèrent fans héfiter contre les naturels ;
& Nicolas Tfiuproff, qui avqit une connoîf-
fance imparfaite de la langue du pays, les aborda
& effaya de les calmer. Mais fes tentatives furent
inutiles ; car au même inftant les fauvages remplirent l'air de leurs cris , 6k lancèrent une volée
de dards , dont quelques - uns portèrent coup.
Les Ruffes alors firent feu, tuèrent deux des af-
faillans, 6k forcèrent les autres à fe retirer : quoiqu'ils viffent paroître un nouveau ^détachement
qui fembloit venir au fecours de leurs camarades ,
le combat ne recommença point : bientôt après,
les fauvages abandonnèrent l'isle, & ramèrent à
travers le détroit.
Du 6 feptembre au 23 avril, les Ruffes effuye-
rent toutes les horreurs de la famine ; 6k pendant cet intervalle , les coquillages 6k les racines
furent leur meilleure nourriture : ils furent obligés quelquefois de manger du cuir que les flots ,
en achevant de détruire le navire, apportoient
fur la côte : dix-fept moururent de faim ; les autres
aur oient également fuccombé, s'ils rf a voient pas
découvert une baleine morte, jetée par la mesr Découvertes;
Î3
ïur. le rivage. Ils pafferent fur cette isle un fécond
hiver, &t tuèrent 630 loutres.
Après avoir conftruit un petit navire , des débris du premier, ils mirent à la voile au commencement de l'été 1760 ; arrivés par le travers
d'une des Aleiitiennes, où le navire de Serebranikoff mouilloit, ils firent naufrage une féconde
fois, fans pouvoir rien fauver de leur cargaifon
ni de leurs effets. De tout l'équipage, il ne ref-
toit plus que feize hommes , qui arrivèrent au
Kamtchatka au mois de juillet 1761 , fur le bâtiment dont on vient de parler.
Diij 54 N OU   V E L L E  S
»
CHAPITRE   VI.
VOYAGES aux isles des Renards en 17?$ , I7Î9
& 1760. Expédition du Saint - Uladimir ,
équipé par Trapejhikoff ; du Gabriel, par
Betshevin ; ce navire , commandé par Pushka*
reff 9 va à Alakfu ou Alachskak , Pune des
isles orientales les plus éloignées. Remarques
fur fes habitans ; Jes productions, différentes
de celles des isles fîtuées plus à Voueft.
jrku mois de feptembre 1758 , le négociant
Sirnéon Krafilnikoff 6k Nikiphor Trapefnikoff
équipèrent deux navires pour la chaffe des {outres marines : l'un , appelle le Saint - Uladimir ,
appareilla le 28, fous le commandement de De-
metrius Paîkoff, avec un équipage de quarante-
cinq hommes, 6k le Cofaque Sila Shaffyrin ,
chargé de percevoir les tributs ; en 24 heures il
atteignit l'isle de Bering % où il pafla l'hiver. Le
16 du mois de juillet 1759, Paikoff gouverna
vers le S. afin de découvrir de nouvelles terres ;
mais fe voyant trompé dans fon attente, il cingla au nord pour gagner les isles Aleiitiennes.
Les vents contraires l'empêchant d'y aborder , il
marcha directement fur les isles les plus éloignées,
qu'on connoît à préfent fous le nom de Liffe
Ojîrava ou des isles des Renards.  Le premier DÉCOUVERTES.
if
Septembre , il fe trouva par le travers de la première isle de ce grouppe, à laquelle les naturels
donnent le nom cY Atchu 6k les Ruffes celui de
Goreloi ou cYisle Brûlée ; mais la côte étant efcar-r
pée & remplie de rochers , il fe rendit à Amlach ,
qui en eft peu éloignée, où il fe propofoit de
paffer l'hiver. Il partagea fon monde en trois dé-
tachemens ; le premier, qui avoit Alexis Dru-
linin à fa tête , alla defcendre fur une petite isle
appellée Sitkin dans le journal ; le Cofaque Shaf-
fyrin fe rendit avec dix hommes à -Atach, 8ç
Siméon Polevoi demeura à bord avec le refte*
^Toutes ces terres étoient très-peuplées : les
infulaires avoient les oreilles, les lèvres inférieures &c les cartilages du nez percés de trous; le
vifage des femmes étoit bariolé de bandes noirâtres , faites avec une aiguille & du fil introduit dans la peau : un Cofaque de l'équipage dit
qu'il avoit obfervé la même chofe parmi les femmes des Tfchutski. On n'apperçut point de fer
entre les mains des habitans ; leurs dards & leurs
lances étoient armés d'os & de cailloux épointés.
Les Ruffes crurent d'abord Amlach inhabitée ;
mais dans une de leurs chaffes, ils rencontrèrent un petit garçon de huit ans, qu'ils emmenèrent avec eux ; ils lui donnèrent le nom de Her-
molai & lui apprirent le ruffe , afin qu'il pût
leur fervir d'interprète. En pénétrant plus avant,
ils découvrirent une hutte , dans laquelle il y
avoit deux femmes, quatre hommes & quatre
enfans, qu'ils traitèrent d'une manière amicale.
D iv wf
m
Nouvelles
Cet accueil attira d'autres infulaires, qui vinrent
leur rendre de fréquentes vifites 6k échangèrent
du poiffon 6k de la^chair, contre du poil de
chèvre , du crin de cheval 6k des grains de verre.
Quatre naturels 6k leurs femmes confentirent à
recueillir des racines pour l'équipage j 6k l'hiver
fe paffa ainfi fans aucun trouble.
4 Les détachemens de chaffeurs revinrent au
printems. Pendant ces excurfions, il n'y eut de
tué qu'un homme fur l'isle d'Atchu ; Ça) les
naturels avoient commencé par lui enlever fes
armes à feu. Au mois de juin 1760, les chaffeurs
retournèrent fur les isles où ils avoient paffé le
premier hiver. Shaffyrin, qui étoit à la tête d'un
des partis , fut maffacré , avec onze de fes gens ,
par les habitans d'Atchu ; on ignore à quelle occasion. Drufinin apprenant ce malheur de quelques infulaires de Sitkin, où il fe trouvoit , fe
rembarqua tout de fuite, ainfi que le refte des
chaffeurs, pour retourner à fon bord, où il arriva
fain 6k fauf ; mais il lui reftoit peu de monde,
& fa pofition paroiffoit très-dangereufe. Heureusement que le bâtiment du négociant Betshevin
aborda bientôt à l'isle d'Atchu. Les lieux équipages ayant fait une affociation , s aidèrent mutuellement 6k fe diftribuerent fur les deux navires*
(a) Cette isle efl aufïï appellée Atach\ Se nous
avons déjà dit que les Ruffes lui dorment le nom de
Gardai4 ou à'isle Brûlée. DÉCOUVERTE
57
Le Éaint -Uladimir paffa l'hiver à Amlach ,
l'autre continua de mouiller devant Atchu.
Ce dernier navire , équipé aux frais de Betshe-
vin , négociant d'Yrkutsk , s'appelloit le Gabriel :
il appareilla de Bolshaia-Reka le 31 juillet 1760 ;
il montoit quarante Ruffes 6k vingt Kamtchadales,
& de plus il avoit à bord Gabriel Pushkareff,
officier de la garnifon d'Ochotsk, André Shdanoff,
Jacob Sharypoff, Prokopei Lobashkoff, Niki-
phor Golodoff & Aphanaffei Oskoloff, agens de
Betshevin.
Après avoir pafïe le fécond détroit des isles
Kuriles, Pushkareff fe trouva par le travers des
isles Aleiitiennes le 24 août : de là voulant faire
de nouvelles découvertes , il cingla vers les isles
les plus éloignées, qui forment une chaîne continue dans l'efpace de 15 degrés de longitude.
Le 2 5 feptembre, il atteignit Atchu ou l'isle
Brûlée, & il trouva, à trente verftes de cette
isle, devant Amlach, le Saint-Uladimir en danger
d'être attaqué par les infulaires ; il fit alors l'affo-
ciation dont on vient de parler, avec l'engagement de partager les prifes entre les deux navires.
Pendant l'hiver , les deux équipages tuèrent ,
principalement fur l'isle de Siguyam, environ 800
loutres de mer de différentes grandeurs, & 100
medwedki ou loutrins ; quelques loutres de rivière , plus de 400 renards roux, gris & noirs ; &
ils raffemblerent douze poudes de dents de cheval
marin.
Au mois de juin de l'année fuivante, les deux ?*
N O U V ELLES
équipages fe partagèrent également fur les deut
navires ; celui de Kraffilnikoff refta à Amlach ,
dans l'intention de retourner au Kamtchatka, 6k
celui de Betshevin appareilla d'Atchu pour découvrir cle nouvelles isles.
Pushkareff relâcha d'abord à Umnak , où il
trouva le bâtiment de Nikiphoroff; il y fit du
bois 6k de l'eau, 6k répara fà voilure. Il cingla
enfuite vers l'isle très-éloignée d'Alakfu Ça) ou
d'Alachshak : après y avoir amarré dans une baie ,
il conftruïfit des huttes 6k fe prépara à y paffer
l'hiver. Cette isle étoit très-peuplée, 6k les naturels fe comportèrent d'abord d'une manière très-
amicale ; ils trafiquèrent avec les Ruffes, 6k livrèrent neuf de leurs enfans en qualité d'otages :
mais l'équipage commit tant de défordres , que
les infulaires furieux ! ne tardèrent pas à commencer les hoftilités.
Au mois de janvier 1762 , Golodoff 6k Pushkareff firent une expédition le long de la côte à là
tête de vingt hommes ; 6k voulant attenter à la
pudeur de quelques filles de l'isle de Unyumga ,
ils furent fur pris par un corps nombreux de naturels : Golodoffck un fécond Ruffe furent tués ,
& trois autres bleffés. Peu de tems après, les
infulaires fondirent tout - à - coup fur ceux qui
montoient la garde dans les environs des huttes
( a ) C'eft probablement la même isle que celle
qui fe trouve dans la carte de Krenitzin , fous le
nom à'Alaxa. $$$m DÉCOUVERTES.
59
de l'équipage, maffacrerent quatre hommes | en
blefferent quatre, & réduifirent en cendres les
huttes.
Le à mai, Lobafchokoff & un autre Ruffe
furent tués au moment où ils alloient fe baigner
dans des fources chaudes , fituées à environ cinq
verftes du havre ; le commandant irrité fit égorger
fept des otages. Le même mois, les naturels entreprirent de furprendre les Ruffes dans leurs
huttes ; mais heureufement on les découvrit, St
on les repouffa. Pushkareff fe voyant de toutes
parts environné de dangers preffans , leva l'ancre
& fe rendit à Umnak , où il prit deux infulaires ,
avec leurs femmes & leurs enfans, pour lui fervir
de guides dans la reconnoiffance des autres isles.
Le tems orageux l'empêcha d'aborder fur aucune
terre, le jeta dans l'oueft & emporta toutes fes
voiles. Enfin, le iy> feptembre , il toucha contre
une terre qu'il prit pour la péninfule du Kamtchatka : c'étoit le détroit de Stobolskoi-Oftrog :
ûx hommes descendirent fur - le - champ à terre ,
emmenant avec eux , dans la chaloupe & deux
canots , plufieurs filles qu'ils avoient prifes aux
isles nouvellement découvertes, & qu'ils chargèrent de cueillir des fruits fauvages. Sur ces entrefaites , l'équipage s'efforça de mettre le navire
au plus près du vent. Lorfque la chaloupe revint,
ceux qui étoient à bord du navire eurent toutes
les peines du monde, à caufe du gros tems, de,
manœuvrer & de faifir la corde qu'on leur jetoit.
Deux hommes qui relièrent en-arriere avec les fco
Nouvelles
canots, furent enfuite conduits par quelques Kamtchadales au nouveau fort de Kamtchatkoi. Le navire
n'ayant plus aucune voile , fut entraîné le long
de la côte vers Awatcha , 6k à environ foixante-
dix verftes de ce havre ; il gagna la baie de Ka-
latzofflè 2f feptembre. Sa cargaifon confiftoit en
900 loutres de mer vieilles ou jeunes, & 3 50
renards.
Pushkarreff 6k fon équipage avoient exercé
tant de cruautés envers les infulaires , qu'on inf-
truifit leur procès en 1764 , 6k le récit qu'on
vient de lire eft tiré des dépofitions des témoins.
On reconnut qu'ils avoient enlevé à Atchu 6k à
Amleg deux infulaires 6k trois petits garçons,
outre Ivan , interprète , & plus de vingt femmes
ou filles qu'ils firent fervir à leur débauche. Ivan
& un jeune homme auquel ils donnèrent le nom
de Moyfe, furent les feuïs qui arrivèrent au Kamtchatka. Dès que les Ruffes fe virent près de cette
côte, ils débarquèrent quatorze femmes , en leur
ordonnant de cueillir des racines 6k des fruits fauvages : deux de ces femmes prirent la fuite ; une
troifieme fut tuée par un nommé Gorelin, au
moment où elle retournoît au navire. A la vue
de ce meurtre, lés autres, tranfportées de défef-
poir, fe jetèrent dans .la mer 6k fe noyèrent ; &
au même moment ce qui reftoit des infulaires fut
précipité au milieu des flots 9 par ordre de Pushkareff, excepté les deux dont on vient de parler.
Les détails fui vans, quoiqu'atteftés par les témoins , ne méritent peut-être pas d'être crus dans
leur entier. DÉCOUVERTES.
6t
Les habitans des isles où relâcha Pushkareff,
font grands & forts ; ils portent des vêtemens de
peaux d'oifeaux ; ils ont les lèvres inférieures
percées de trous où ils mettent des os, croyant
les embellir. Les Ruffes dirent à leur retour, que
ces peuplades fe frappent le nez jufqu'à fe faire
faigner , afin d'en fucer le fang. Mais les navigateurs poftérieurs nous apprennent qu'elles fe
frappent ainfi le nez par un autre motif ; qu'elles
font dans l'ufage d'égorger leurs enfans afin d'en
boire le fang : & cette calomnie fut fûrement
inventée par les criminels , qui s'efforçoient de
noircir les Indiens afin de s'excufer. Ça)
Leurs yourtes fouterreines reffemblent à celles
des Kamtchadales ; elles ont fur les côtés plufieurs
ouvertures, par lefquelles ils s'échappent i^rfque
l'ennemi en afliege l'entrée principale. Leurs armes
font des traits & des lances garnis d'un os épointé ;
ils les jetent à une diftance confidérable.
On dit qu'il y a fur l'isle d'Alakfu , des rennes,
des ours , des fangliers, des loups , des loutres,
& une efpece de chiens à longues oreilles , qui
eft très-farouche & très-fauvage. Comme la plupart de ces animaux ne fe trouvent pas fur les
isles des Renards fituées plus à l'oueft , on eft tenté
de croire qu'Alakfu eft peu éloigné du continent
(a) On verra plus bas, que ces infulaires collent
avec du fang la pointe de leurs dards, &%que c'eft
pour cela qu'ils fe font faigner le nez- 6i
Nouvelles
fi in
d'Amérique, Il y a une fi grande quantité de renards roux , noirs 6k gris , qu'on en voit fou-
vent des troupes de dix à vingt à la fois. La mer
jette beaucoup de bois fur la côte. L'isle ne produit pas de gros arbres ; il y croît feulement des
fous - bois , des broffailles 6k une variété confidérable de plantes , de racines, d'arbriffeaux qui
donnent des fruits fauvages. Le rivage eft rempli
de volées nombreufes d'oifeaux maritimes, les
mêmes qu'on obferve aux bords de la mer de
Penshink.
Le 4 août 17595 le Pierre & le Paul, équipé
aux frais du négociant Rybenskoi , par André
Serebranikoff fon agent, 6k montant trente - trois
hommes, appareilla de l'embouchure de la rivière
du Kamtchatka. Il gouverna au fud jufqu'au 20
fepte&tbre, fans appercevoir aucune terre ; à cette
époque, il cingla vers les Aleiitiennes, 6k le 27
feptembre il fe trouva par le travers de l'une de
ces isles. Le commandant y relâcha jufqu'au 24
juin 1761; 6k pendant cet intervalle, il y tua,
ainfi que fur deux terres voifines , 1900 loutres
marines vieilles 6k jeunes , 6k il en acheta 45a
autres des infulaires. Le Cofaque Minyachin, qui
étoit à bord en qualité de collecteur des tributs ^
appelle dans fa relation la première isle du nom
de Krugloi, ou d'isle Ronde , 6k il fuppofe qu'elle
a environ foixante verftes de circonférence. La
plus grande isle , qui gît à trente verftes de celle-
ci ^ eft à peu près de cinquante verftes de tour ;
la plus petite, éloignée d'une trentaine de verftes Découvertes.
6*
de la plus étendue, femble avoir quarante verftes
de circonférence. Ces trois isles renferment plufieurs hautes montagnes de roches. Les Ruffes
n'y comptèrent que quarante-deux hommes, outre
les femmes & les eîi&ns.
«C '    ^s
,**&&!
Jtétâ4km
CHAPITRE   VIL
VOYAGE d'André Tolflyk fur le navire le Saint-
André & Natalie. Découvertes de quelques isles
nouvelles, appellées Andréanoffskye-Oftrawa.
Defcription de fix isles de ce grouppe.
J^E voyage du navire le Saint - André & Natalie eft plus remarquable encore que ceux dont
on vient de lire un extrait. La relation abrégée
que je vais en faire, eft tirée des journaux de
deux Cofaques , Pierre "Wafyntinskoi & Maxime
Lafaroff. Ce bâtiment expédié aux frais d'André
Tolftyk , que j'ai déjà cité plus haut, appareilla de
l'embouchure de la rivière du Kamtchatka le 27
feptembre 1760 ; ilfingla directement à l'eft , Se
le 29 il atteignit l'isle de Bering. Le commandant
jeta l'ancre dans une baie, & fit porter l'équipement &C les munitions à terre : une tempête vio- v
lente d'automne, jeta bientôt le bâtiment fur la
côte, fans autre dommage que la perte d'une ancre.
Les Ruffes refterent ici l'hiver, & ayant remis
en mer le 24 juin i*jJSjjt, ils pafferent près de é>4
Nouvelles
II
l'isle de Cuivre, qui gît à environ cent cinquante
verftes de la première ; ils mirent enfuite le cap
au S, E. vers les isles Aleiitiennes , où ils n'arrivèrent que le 6 août : ils mouillèrent dans une
baie ouverte près d'Attak , afin d'obtenir du chef
Tunulgafen un interprète. Ce chef étant mort,
ils envoyèrent des préfens dans la même vue à
Bakutun qui lui avoit fuccédé ; comme il y avoit
déjà trois navires partis du Kamtchatka à l'ancre
devant cette isle, ils appareillèrent le 19, projetant d'aborder à des terres plus éloignées & d'y
exiger des tributs. Ils eurent foin de prendre des
ijnftru&ions du chef Bakutun, qui favoit un peu
la langue ruffe.
Le commandant fit route au N. E. & N. E.
quart E. Un coup de vent le jeta , le 28 > par le
travers d'une isle devant laquelle il mouilla : le
lendemain deux Cofaques , à la tête de huit hommes , defcendirent à terre pour reconnoître le
pays ; ils n'apperçurent aucun habitant. Le 30
août, le navire fut conduit dans une baie fûre :
le jour fuivant , quelques perfonnes de l'équipage
allèrent fur la côte, afin de chercher des bois
pour réparer le bâtiment ; mais ils ne trouvèrent
point de gros arbres dans toute l'étendue de l'isle.
Lafaroff, qui étoit du détachement, 6k qui avoit
déjà fait un voyage fur le navire de Serebranikoff, donne à cette isle le nom d'Ayagh ou de
Kayachu, 6k à une féconde qui en eft éloignée
d'environ vingt verftes , celui de Kanaga. En
retournant à bord , il apperçut deux infulaires
SEP qui
I D É  C O U V  E ROT fe  S.
6§
«jui ramoient fur des canots du côté de Kanaga *
comme il reconnut l'un de ces deuxSommes ,
qui avoit fervi d'ihterprete dans une expédition
précédent»-* il lui fit un pnéfent de provifions
feaîches, & A «ttaverferent enfemble le détroit
jufqu'à Kanaga. Lafaroff defcendit fur cette isle
avec le détachement ; ayaht engagé le chef du
pays, qui étoit psuieût de l'interprète , à veiiâ:
voir les Ruffes à Kayachu , il fe rendit à hor4
du Saint-André & Natalie.
Près du mouillage du navire, un ruiffeau tombe
dans la baie ; il fort d'un lac qui a environ deux
ou trois verftej& de circonférence, & qui provient
de la réunion de plufieurs petites fources. Son
cours eft long à peu près de huit verftes, & en
été différentes efpeces de faumons & d'autres
poiffons, pareils à ceux qu'on trouve au Kamtchatka, remontent le courant jufqu'au lac.
Lafaroff étoit occupé à y pêcher, lorfque le
chef de Kanaga, accompagné d'un nombre confidérable d?infulaires qui montoient quinze canots ,
arriva à bord ; il fut bien reçu, & on lui fit des pré-
fens. Les Ruffes faifirent cettje «occafion pour per-
fuader aux naturels de fe reconnoître fujets de
l'impératrice &: de lui payer régulièrement un
tribut. La peuplade y consentit fans beaucoup de
peine. Par l'entremife de l'interprétée on apprit
les détails fuivans du chef. Les naturels vivent
principalement de poiffons fecs & de quadrupèdes marins. Ils prennent des turbots très-gros 66
Nouvelles
I j M
■s
Ça) & des veaux marins, avec des harpons aux*
cruels ils attachent des veflies. Hs>pêehent la morue avec des hameçons d'os & des lignes d'una
efpece d'algue marine , longue & ferme, qu'ils
fempent dans de>l'eau douce, ,& qu'ils filent
idrafuite de la groffeur d'une fidélisons*!
Dès que le na*ykeAtiamarréniàas un endroit
fur , Tolftyk , Wafyntinskoi, Lafaroff & plufieurs autres i de l'équipage , montèrent quatre
baidars & fe rendirent à Kanaga. Le premier
a-efta dans cette isle ; mais le fécond 6k le troi-
iieme partirent chacun fur un cahot pour Tfet-
china , qui eft féparé de Kanaga par un détroit
large d'environ fept verftes ; les infulaires les
accueillirent & proinirent de payer des tributs*
Les différens partis revinrent fains .& faufs à
Kayachu , fans s'être procuré de fourrures. Bientôt après, Tdlftyfc* envoya des chsffems fur quatre baidars à Tagalak, Atchu & Amlach, isles
•iîtuées à l'eft de Kayachu :.ce détacBément ne
rencontrant aucun obftacle de la part des?<éatu-
rels, refta avec feai^je^up de tranquillité fur ces
différentes tefcces^ ^{qvCen ;iip>4 : fa chaffe ne
fut cependant pas^très.* beure^fe, car il prit feulement i88<à^groffes loutress£ 778. d'une taille
moyenne & 372 petites.? >
(a) L'auteur Allemand-- qui a rédigé le premier
ces détails, dit que ces turbots (paîtus) pefent
^xâqfuefSs^l^Wô fftHt poudes ; ce 'qui iéft* bien-coriè
fidérable^ s'il ne fe trompe pas. DÉCOUVÊRtES.
67
Lafaroff fait la defcription fui vante des fix islés
Ça) dont on a parlé : elles forment une chaîne
un peu au N. O. des isles des Renards, avec
lefquelles il ne faut pas les confondre. Le navire
le Saint - André & Natalie fut le premier qui en
donna des détails fûrs ; voilà pourquoi on les appelle Andréanoffskye ou isles de Saint-André.
Ayagh a environ 150 verftes de cirçggférence.
Elle contient plufieurs hautes montagnes de roches, & dans les intervalles on jae voit«ffJjL^une
bruyère ftérile & des marécages ; on ne trouve
pas un feul grand arbre fur toute l'isle. La plupart des végétaux font les «paries que ceux du
Kamtchatka : il y a différentes fortes de fruits
fauvages ( b ) ; mais la terre gïpduit affez de racines de pimprenelle & de j biftorte de toutes
fortes , pour offrir, en cas de néceflité , des ref
fources abondantes aux infulaires. Le -petit ruif-
feau dont j'ai parlé eft le, feul. Le nombte des
habitans ne peut pas être déterminé, parce qu'ils
paffent continuellement d'une isle à l'autre far
leurs baidars. fefflmjffil
Kanaga, qui gît à PO, d'Ayagh , a deux cents
verftes de tour ; elle renferme un volcan élevé ,
(a) M. Sthaelin a déjà donnné dans-fa defcription
du Nouvel archipel découvert par les Ruffes, une
defcription de ces fix isles : nous ferons plus bas un
chapitre particulier fur leur poflion.
( b ) Empetrum^ vaccin. Vliginofum, fanguiforba
& bijîorta.
Eij Nouvelles
cù les naturels amaffént du foufre en été : au
pied de cette montagne, il y a des fources chaudes , où ils font cuire quelquefois leurs provifions :
on n'y trouve point de ruiffeaux , &: les terreins
bas reffemblent à ceux d'Ayagh ; la population
peut être évaluée à deux cents âmes.
Tfetchina gît à Peft & à environ quarante verftes de Kanaga : fa circonférence eft à peu près
de quatre-vingt ; elle eft remplie de montagnes
de roches, p$r%ii lèfquelles le Bielaia Sopka ou le
Pic blanc eft la plus élevée. On trouve dans la
vallée quelqués3fé&ft:es chaudes ; mais aucun ruif-
feau n'offre du poiffon. L'isle contient feulement
quatre familïë&<
Tagalak, qui eft à Peft de Tfetchina, a quarante verftes de circonférence j on y voit un petit
nombre de rochers , mais on ne trouve point de
poiffons dans les ruiffeaux, ni dans les champs de
productions végétales qu'on puiffe manger. Les
côtes font efcarpées, 6k il eft dangereux d'en
approcher en baidars. La population n'eft encore
que de quatre familles.
Atchu gît dah$cla même pofition, à quarante
verftes de Tagalak ; fa circonférence eft à peu près
de trois cents.^elle offre un havre où les vaiffeaux
peuvent mouiller en fureté ; on y trouve un grand
nombre de montagnes de roches, & plufieurs
petits ruiffeaux qui tombent dans la mer; l'un
de ces ruifleaux, qui a fa direction à Peft, eft
rempli de poiffons. Les champs font couverts de
ces racines dont j'ai déjà parlé, 6c d'oignons de DÉCOUVERTES.
09
lys blarics. Le nombre des ||tilaires e^d'une
foixantaine.
Amlach eft une isle pleicMP de montagne£w*gi£-
fant à Peft à un peu plus de fept verftes «Ç^Mjp
& dont la circonférence eft égale à celle d'^îchu ;
elle contient aufli le même nombre d'habitar^g
elle a un havre commode, & elf produit des
racines en abondance. Parmi plufieurs petits ruj|*
féaux, un feul qui coule vers le nord offre du poif-
fon. Indépendamment de ce grouppe, Tolftyk
en obferva un autre plus loin à Peft, fur lequel il
n'aborda point* IsIbs :
Les habif^ns de ces fix isles font tributaire? de
la Ruffie; ils vivent dans des jourtes ou trous
creufés en terre, & ils n'y font pas memeifô
feu pendant l'hiver. Leurs vêtemens, qui ont la
forme d'une chemife, font de peaux de plongeons
de mer & d'autres oifeaux ( a ) , qu'ils prennent
avec des lacets ; dans les tems de pluie ils portent par-deffus une efpece de manteau de ve^s
& de boyaux defféchés de veaux & de lif>^^^
rins , huilés & coufus^ enfçfpble. Ils prennent des
morues 6k des turbots avec des %ntÇ°^3i§^
& ils les mangent cruds : comme ils ne font;j|*
mais de provifions , ils fbuffirent ^Qmco^wM
faim, qu^pjl les orages les empêchent d'aller à la
pêche; i^|bnt alors réduits à des coquillages &
du varech, qu'ils recueillent fur la grève & qu'ils
(a) Colimbus troile i alca arëtica.
E ïij 1
N a U~V ELLES
ne font point cuire. Aux mois de mai & de juin,
ils tuent des loutres marines. de cette manière :
Aès que le tems eft cltme, ils fe réunifient plufieurs & s'embarquent furSÈfférens baidars : après
avoir trouvé l'animal, ils le bleffent à coups de
harpons, 6k|jts ïe.,fuivent de fi près qu'il lui eft
très-difficile de s'échapper. Ils prennent des chiens
de mer de la même façon. Au milieu des froids
rigoureux, ils ne portent que leur habit ordinaire.
J5|i gelé très-rfbrt, afin de fe réchauffer , ils brûlent des herbes feches , ils s'accroupiffent autour
& recueillent la chaleur fous leurs habits. Les
femmes & les enfans portent des vêtemens de la
même forme que ceux des hommes , mais de
peaux de loutres. S'ils paffent la nuit à quelque
diftance de leur jourte, ils creufent un trou en
terre, & ils s'y tapiflent, n'ayant d'autre couverture que leurs vêtemens 6k des nattes d'herbes
treffées. Ils ne s'occupent jamais que du moment
actuel ; ils n'ont aucune idée de religion, ni de
*&cehce^ & ils ne font guère au-deffus des brutes.
Jpès que les différens baidars envoyés à la
chaffe furent de retour, & que le navire fut prêt
à appareiller, les chefs de ces isles, excepté
celui Se Kanaga, fe rendirent en canots auprès
de Tolftyk, accompagnés d'un grand'r^Rbre de
naturels : ces chefs s'appelloient Tfarkùlmi, Tshu~~
nila y Kayugotsk 6k Mayatok : ils lui apportèrent un tribut, volontaire , &C ils lui donnèrent
d'ailleurs des morceaux de faumons falés, en témoignant d'une manière unanime, combien ils D É  CÀ^SV%''-1L-T E È
m
étoient fatisfaits <3g|Ja bonne coq.jjjgj^^f^ %fe
(es. Tolftyk lèW donna de fon'côté, des joujoux & d'autres bagatelles, & il les gria^de recommander auxhabîtans des &u&eAsles le^ même
accueil à l'égard des navigateurs qui viendroient
$fôh$ ces parages ; Se al les avertit que les?i^Wsitèi
ne fer oient pas trakssdoucerî|^
à cette condition. ÈâS-Si
^wjLe 14 juin 1764, TcAÔylc\ ^parèilla peur
retourner au Kamtchatka, & moinlÔ le 19 devant Shemiya , l'une des isles Aleutiénnes. Le 21 ,
des vents forts firent chafferV^fô navire fur fon
ancre 6k le jetèrent contre urle, côte de.rocbas :
cet accident obligea les RufjTes de débarquer la
cargaifon & tout ce qui fe trouvoit ibbord, &.
d'échouer le bâtiment à terre, afin de le réparer ;
ce qui leur coâtîkibepucoupbJjç^ine. Le 18 août,
ils remirenb^tl, mer &: cingle^ifcovers Atchu,
^pft^ls attej|©ine||f 4e 20. Conwè ils^voienî une
voie d'eau * il fallut travaillerqd%jhe^gau au radoub. Tolftyk, après avoir,|iTO^veclu^ l'équipage du bâtim^llcgui avoit fait r)âu|rage quelque
tems auparavant $ içingla dire ftem&$vt du çêté du
Kamtchatka. Le 14 feptembr&n i\ -#ut la vue (de
cette péninfule aux environs de Tzafchminskoi-
Oftrog : une tempête le fit échouer fur la côte au
moment où il s'efforçoit d'entrer dans* Pembou-
chure de la rivière du Kamtchatka* Jif^vire périt,
& la plis grande partie de la cargaifonjfot perdue,;
^
E iy N O&t V B ÉÉÉ E s
iSAMkSs^S^sJUJU.
^
C H A P I T Ri   V I I L
IVûYAGE du navire le Zacharie & PElifabeth*
équipé par^Kulkôff^ & caàtihandé par Drufi-*
fùn ; il cingle du côté d'Umnak & d'Unalash-
ka9& hiverne fur cette dernière isle ; le bâtiment
détruit9 &r toutefiquipage , excepté quatre hom«
mes , maffacréspar tes infulaires ; les aventures
de ces quatre RuJfèS\& les dangers qu'ils cou-
:   Turent.
JE me contenterai de dire ici qu'un navire expédié au mois d'août 1760, aux dépens de Tfe-
baèffskoi, fit urle expédition ; je m'étendrai davantage fur ptofreiït^âmres qui entreprirent des voyages les années fuivantes : quoiqu'ils aient été malheureux pour la plupart , il^ nous offrent des
détails plus circônfianciés qu#4es précédens. s§^f|
En 1762 , quatre navires pàltifgnt pour les
fefesdes Renarde"-5- un feul revint au Kamtchatka.
Le premier b nommé le Zacharie & l'Elifa*
heth, équipé par Kulkoff, & commandé par
Drufinin, avoit un équipage de trente - quatre
Ruffes & trois Kamtchadales.
Le 6 feptercibre , il appareilla d'Ochotsk, &
arriva le il oâobre au havre de Saint-Pierre
& Saint-Paul, où il pafla l'hiver. Le 24 juin
[1763 , Drufinin remit à la voile, & ayant atteint, DÉCOUVERT É »
n
iprès onze jours de navigation, la plus proche
des isles Aleiitiennes, il mouilla devahtAtach ;
il y relâcha environ 14 jours, & prit à fon bord
fept Ruffes qui avoient effuyé un naufrage fur
cette côte. Koreliri, qui étoit du rl^riibre des fept,
fit à fon retour au Kamtchadày le; rdjfât fuivant
du voyage du Zacharie.
Le 17 juillet, Drufinin partit d'Atach pour les
isles les plus éloignées : il débarqua le même mois
fur une terre où Péquipage du navire Y André &
Natalie faàfcit la chaffe ; & après avoir rempli fes
futailles, il continua fon voyage.
Au commencement de fepteinbre, il arriva à
Umnak , l'une des isles des Renards , &: il jeta
l'ancre à environ une verfte delà côte. Il y trouvai
le navire de Glottoff, dont on racontera plus bas
le voyage Ça). Il ordonna tout de fuite à MaeC*
nifc fon fécond & à Korelirif de débarquer ; ils
fe rendirent par mer à l'extrémité orientale de
l'isle, éloignée d'environ 70 verftes du mouil«*
lage, & ils revinrent fains &t faufs le il feptèrar
bre. Us virent pendant cette expédition , plufieurs
reftes des trappes de renards que les Ruffes avoient
établies, & ils rencontrèrent quelques naturels qui
montroient des quittances du colle&eur de tributs. Le même jour, les infulaires apportèrent
des lettres de Medvedeff & Korovin /Çb)y qm
Voyez^chap. X.
Voyez le #àpitre fuivant îNêWU V E L  L E  S
■■
Stiéftoîent d'arrhçer'àUmnak & Unalashka, avec
jleux havires éqtôpés par les négociants PrôtafforT
Se Trapeféiko|r.v Drufinin fit imponfe par les mêmes meffagerskî/
Le 22 , Drufimî'n fe rendit,.a'faïq&ïÈnte fepfens
trionaîe d'JtJnafes^tkà, qui -gît' à environ i 5 verftf»
d'Umnak ; l'équipage , aprèsavoir «amarré le navire dans un havre fur, & porté fesi munitions
à terre , fe mit à cdnftruire des Jhu$tès. Deiixr
chefs du village :Iéi plus proche amenèrent bientôt des otages de leur propre mouvement, &
plufieurs autres des bourgades les plus éloignées
fuivirent leur exeôiple. Les Rufifes. eurent ici des
jfrdùvelles d'un détachement de chaffeurs envoyés
par le navire de Trapefnikoff. Maefnik dépêcha
trois partis différens ; l'un compofé de onze hommes , parnai lsfquels fe trouvoit Korelin, 6k commande par Pierre Tfekaleff; leriecond, du même
lîpmbre, fous-rMiéfeel Kudyakoff; & le troifieme^
de tr$i£-bofrifties, fous Yepjiim Kaskytfin. La
^ivifion de TfekàlefT eft la feule des trois dont
on ait eu desinouvelles; car aucun homme des
deux autres ïdivifions , ni de ceux qui é.toient
reftés à bord dû navire , n'a revu le Kamtchatka.
Kaskytfigjjdemeura aux environs du havre,
& les dejftx litres détachemens furent envoyés
vers la pointedeptentrionale de l'isle. Kudyakoff
s'arrêta à une bourgade appellée Kalaktok, qui
contenorHrpetrprès quarante habitans ; Tfeka5-
leff fe rendit dans les alentours du village de
Inalok , fitué à e$$iron trente vérités de Kalak-
1 DÉCOUVERTES*
75
tak : il y trouva foixante & dix habitans,auxquels
il fit un bon accueil ; il conftruifit une hutte pour
lui & fes compagnons, & il eut foin d entretenir une garde vigilante. -
Le 4 décembre, fix hommes de ce détache*»
ment ayant été envoyés à la levée d^trappes,
il n'en refta que cinq autour de la cabane % Êivoir ,
Pierre Tfekaleff, Etienne Korelin, Demetrius
Bragin, Grégoire Shaffyrin & Ivan Kqrovin;
les infulaires profitèrent, de l'oççafion .jtoii§*fe livrer à des projets d'hoftilité , qu'ils avoient cachés jufqu'alors. Tfekaleff & Shaffyrin, étant
allés leur rendre urie vifite, le premier reçut
brufquement & fânsaucune provocation, un cc^g
de maffue fur la tête , enfuite plufieurs coups de
couteau : Shaffyrin , qui fut attaqué dans le même
inftant, fe défendit avec une hache, & quoi*
que bleffé dangereufement, il fe fit jour à travers
les fauvages & fe^raîna auprès de ^s ç^marade^
JBkagin & Koreft%qui fe trouvoient dans la hutûs^
tirèrent tout de fuite lgf|rs armes à feu. Korovin ,
qui étoit à quelque diftance de là, fe vit ei^y|r
ronné & fuccomba fojus les coups de l'ennemi;
ils l'affaflinoient avec des couteaux & des dards ;
mais Korelin , qui vint à fon fecours , ayant bleffé
deux infulaires & diflipé les autres, le porta à
demi-mort dans la cabane.
Les naturels environnèrent bientôt la cabane,
X>ù les Ruffes avoient eu la précaution de faire
des canonnières. Le fiege dura quatre jours fans
interruption. Lesiafvilaires , arrêtés par les armes 7<5
ftf   O   U  V  E  L  L  E  S
à feu, repurent l'emporter d'affaut; mais dès
que les afliégés fe montroient, ils, étoient affail-
Ks cPifiîèi* grêle de dards & de traits , de façon
qu'ils ne pouvoient fortir pour aller chercher de
l'eau. Lôrf^ue Shaffyrin & Korovin furent revenus de leWii premières douleurs, ils s'armèrent
de piftoi#i&r& de lances , & ils firent une fortie
©ôntre les infulaires : ils en tuèrent trois, ils en
blefferent plufieurs 9 & mirent en fuite le refte.
Pencfaôt le fiege , on vit les fauvages, à peu
de diftance de là , apportant des armes & des
bonnets1, qu'ils élevoient en Yzit comme des trophées ; V&oiént les armes & les bonnets des fix
tînmes envoyés à la lë^ëe des trappes, qu'ils
avoient maffacrés.
Dès que les Ruffes ëufcèSit remporté cette vic-
tdife*^ ils mirent leur canot à la mer , &c forti-
rent fâm être attaqués, dIPÏa baie , laquelle a dix
verftes de largeur. Ils débarquèrent enfuite près
d?unèi petite habitation : comme il n'y avoit per-
{qj^ne, ils traînèrent le baidar fur le rivage, 6k
armés-de fufils 6k de lances ^ ils fe rendirent à
travers les montagnes vers Kalaktak , où ils
avoient laiffé le détachement de Kudyakoff. En
approchant le foir de cette bourgade, ils tire-
idéït quelques coups de deffus les hauteurs ; mais
on ne répondit point à ce fignal, 6k ils conclurent avec rai fon, que ce parti avoit été détruit
par les habitans. Ils échappèrent avec peine à la
même deftinée ; car au bruit des fufils , des troupes nombreufes d'infulaires fe narrent à leui^pour- D É  C O V VER TE S*
77
fiiite. Comme la nuit furvint, ils trouyerentÉÎPyen
de fe fauver à travers la grève fablonneufe d'une
baie , fur un rocher , où ils fe virent à l'abri &
en état de fe défendre. Ils firent un fi bon ufage
de leurs armes à feu , que la troupe des fauvages jugea à propos de fe retirer : dès qu'ils s^en
apperçurent, ils profitèrent du moment pour
retourner au havre où mouilloit le navire ; ils
pafferent la nuit à courir à toutes jambes. A la
pointe du jour, ils n'en étoient plus .qu'à trois
verftes; mais ils apperçurent des pièces du bâtiment qui avoient été traînéesfur la côte ; alarmés
par cette découverte , ils fe fàuvefer& prédpii
tamment fur les montagnes, d'où ils■-'yirefMrt'plfctt
fieurs infulaires qui ramôient dànsî leurs pirpgues.
Ils jugèrent que leur navire étoit détruit ou perdm
Ils fe cachèrent foigneufement tiwtfk la journée,
& ils n'oferent pas retourner au havre avant le
foir. En y arrivant, ils trouvèrent le vaiiSeau en
pièces, Ë£ les cadavres de leurs compagnon^ couverts de meurtrifltuiei rfttr la grève. Après avotÉ
raffemblé les previfioi^ auxquelles les infulaires
n'a voient pas touché^ ils fe) réfugièrent fer les
montagnes. . 0*4 Wmw^
Le lendemain Us crè^fert^rii^'efpgcede Courte
au pied d'une'montagne fîtuée à environ trois
verftes du havre, & ils la couvrirenfeavec une
voile. Le foir ils retournèrent encore au havre,
ils n'en rapportèrent que l'image d'un faîht & un
livre de prières. Les agrêts, les munitions ôc la 7*
Nouvelles
cargaifon, tout avoit été enlevé, excepté les feos
de provifions de bouche, i
StSëfc fàcs étoient de cuirç les naturels les avoient
fendus , probablement pour voir s'ils ne renfer-
moient pais du fer, & ils les avoient îaiffés comme
des chofe^ inutiles. Korovin 6k fes camarades raf-
femblerent totis les débris 6k traînèrent tout ce
qu'ils purent dans leur retraite , où ils pafferent
les jours les plus déplorables depuis le 9 décembre
jufqu'au 2. février 1764.
Ils employèrent cet intervalle à conftruire un
petit baidar prpi'ils couvrirent avec le cuir des
facs. Après l'avoir traîné la nuit, des montagnes
à la mer 9 ils ramèrent fans attendre la pointe du
jour , le long de la bande feptentrionale d'Una-
lashka, afin d'arriver au bâtiment de Trapefnikoff*
qui leur fembloit devoir mouiller quelque part fur
la côte. Comme ils prirent un peu le large , ils
pafferent devant trois habitations fans être apper-
çus. Le jour fuivant, cinq infulaires qui parurent
à quelque diftance dans un baidar , les découvrirent & fe rendirent à Makushinsk, par où les
Ruffes dévoient paffer. A la faveur des ténèbres ,
ceux-ci débarquèrent fur un rocher & y demeurèrent 4:oute la ntfedEïès la pointe du jour i
voyant les infulaires qui partoient de la baie de
Makushinsk pour s'avaheer *ëontr'eux, ils occupèrent un pofte avantageux & fe préparèrent à fe
défendre.
Les fauvages ramoient tout près de la grève.
Une partie ayant débarqué, tandis que l'autre D Ê  C OU VER T Ê  S.
79
iàemeura dans les baidars, commença- l'attaqué
par une volée de dards ; &t malgré les terribles
effets des armes à feu , Pefcàr^ïOtftftie dura toute
la journée. Vers le foir, l'ennemi fe retira, &
ils s'embarquèrent fur leur canot afin de gagner
une caverne voifine. Le combat recommença la
nuit, & les Ruffes étoient placés fi avantageu-
fement, qufils repoufferent les affailkns fans be^S^
coup de peine. Bragin fut bleffé légèrement. Ils
refterent trois jours à cet endroit ; mais une haute
marée amenant les \ flots fur ce rocher, les obligea à fe réfugier au fond d'une caverne voifine ,
où ils arrivèrent heureufement, malgré l'oppdg*
tion des infulaires.
Us furent emprifonnés cinq feniàlftes dans cette
caverne, montant la garde chacun à leur tour.
Pendant cet intervalle, ils oferent à peine s'éloigner de vingt verftes de l'entrée, & ils furent
réduits à étancher leur foif avec de l'eau de neige
& des gouttes qui fuintoient du rocher. Ils fouf-
frirent aufli extrêmement de la faim, n'ayant d'autre nourriture qi$|des coquillages qu'ils ramai-
foient fur la grève. Lorfque les derniers befoins
fe firent fentir, ils fe hafarderent une nuit à mettre
leur baidar à la mer, & ils eurent le bonheur
d'échapper fans être découverts.
Après avoir ramé toute la nuit , dès les premiers rayons du jour ils fe cachèrent fur la côte :
ils fe fauverent ainfi de la baie de Makushinsk,
qui fait partie de Pisîe d'Unalashka, & ils atteignirent le navire de Trapefnikoff le 3 mars 1764. ïîf'jD'jU V E L X E s^
On verra dans le chapitre fuivant, la route que
fit enfuite ce bâtiment, & ce qui lui arriva. ShafTy-
mourut de maladie pendant le voyage; 6k
fes trois compagnons d'infortune, Korelin , Ko-
rovin 6k Bragin Ça) retournèrent au Kamtchatka.
Ces braves gens méritent notre admiration , pour
le courage & la confiance avec lefquels ils ont
fupporté les dangers les plus imminens.
(a) Ces Ruffes étoient connus de plufieurs per±
fonnes dignes de foi, qui m'ont confirmé ces détails.
Le célèbre natm^Uftç Pallas, qui vit Bragin à Yrkutslc
Se lui fit raconter fes aventures, m'a affûté qu'il lui
dit tout ce que contient la relation qu'on vient de
lire, laquelle eft tirée du journal de Korelin. Note
de Vauteur Anglois.
CHAPITRE DÉCOUVERTES.
*±^£^^2AU~
C H A P ITRE   I X.
Vo Y A G E du navire la Trinité , fous le corn*
mandement de Korovin ; il fe rend aux isles
des Renards ; il paffe l'hiver à Unalashka ; il
remet en mer le printems fuivant ; le bâtiment
échoue dans une baie de tisle d'Umnak9 &
réquipage efl attaqué par les naturels ; plufieurs
Ruffes tués , d'autres meurent de maladie ; Us
fe trouvent dans une grande détreffe ; ils font
réduits au nombre de dôme, & foulages par
Glottoff. Defcription d'Umnak & d?Unalashka*
iiE fécond navire qui partit du Kamtchatka en
I762, portoit le nom de la Trinité : il fut équipé
par Nikiphor Trapefnikoff, négociant d'Yrkutsk;
il montoit trente-huit Ruffes & fix Kamtchadales,
Ivan Korovin,.qui le commandoit, defcendit
la rivière du Kamtchatka le 15 feptembre, Se
porta en mer le 29 :des vents contraires l'entraînèrent au large pendant dix jours. Enfin , le S
oftobre, il eut vue de l'isle de Bering & de
celle de Cuivre, 6k il mouilla devant la côte
méridionale de la première ; comme l'hiver appro*
choit, il fe décida à y refter jufqu'au printems.
En conféquence il fit touer le j navire dans un
havre fur, & décharger tout ce qui étoit à bord,
Les Ruffes y relâchèrent jufqu'au premier ao*k
F 8i
Nouvelles
1763 , & pendant cet intervalle ils tuèrent environ 500 renards arctiques 6k 20 loutres de
mer. Les animaux de cette dernière efpece arrivent moins fréquemment fur cette isle, à caufe
de la pourfuite qu'en font les chaffeurs des navires de commerce.
Korovin, après avoir raffemblé une quantité
fufBfante de provifions , plufieurs peaux de vaches marines 9 deftinées à la couverture de fes
baidars , 6k des ferrures , reftes du navire de
Bering , il fe difpofa à partir. En arrivant à Pisle
de Bering , l'automne précédent, il y trouva un
bâtiment équipé par Jacob Protaffoff, négociant
de Tiumen ,. 6k commandé par Denys Medve-
deff Ça). Korovin ayant figné un contrat avec
Medvedeff pour le partage des fourrures , il prit
fur fon bord dix hommes du navire de Protaffoff,
& en échange il lui en donna fept des fiens.
Le premier août, Korovin mit à la voile de
l'isle de Bering, avec trente-fept hommes, St
Medvedeff avec quarante - neuf : dans leur route
ils n'apperçurent point les Aleiitiennes. Le 1 5 ,
Korovin eut vue d'Unalashka , où Glottoff mouil-
îoit, 6k Medvedeff gagna Umnak. Korovin apprit
que fon compagnon y étoit arrivé fain 6k fauf :
quelques infulaires 6k enfuite des lettres confirme-
(a) Ce navire eft le quatrième qui partit en 1762.
Comme tout l'équipage fut maffacré par les iauvagesjlï
il ne refte aucun journal de cette expédition. On dit
un mot de ce maffacre dans ce chapitre Se les fui vans.
I
il [|| DÉCOUVERTES.
«1
rent cette nouvelle : les navires de Korovin &
celui de Medvedeff ne fe trouvoient pas à plus
de ifo verftes, en les mefurant par une ligne
droite tirée d'une pointe à l'autre à travers le
détroit
Korovin étoit dans une baie fûre , à 60 verges
de la côte. Le 16, il débarqua à la tête de quatorze
hommes , & n'ayant rien rencontré qu'un han*.
gard vuide , il retourna fur fon bord. Après avoir
pris un renfort, il defcendit une féconde fois afin
de voir quelques-uns des naturels. A environ fept
verftes du havre, il atteignit deux habitations &
trouva trois cents infulaires raffemblés, Il y avoit
dans cette troupe , trois chefs , qui reconnurent
&C  accueillirent Barnasheff,   natif de Tobolsk^
qui avoit déjà relâché fur cette terre   lors   â@
l'expédition de Glottoff; ils montrèrent des quit^
tances de tribut, que leur avoit expédiées depujs
peu le   Cofaque Sabin Ponomareff.  Deug des
chefs donnèrent chacun en otage un jeune homj|p
de douze ans, qui paffoit pour leur fils ; & le
troifieme livra fon véritable fils , âgé de quingg
ans, qui avoit déjà été confié à Glottoff. J£or.,Q*
vin appella ce troifieme otage du nom d'Alexis?
Arrivé fur fon navire, il fe fit touer à l'embout
chure d'une rivière , après  avoir  débarqué les
provifions & tout ce qui étoit à bord. Les trois
chefs vinrent bientôt voir les otages ; ils informèrent les Ruffes que le bâtiment de Medvedefï
jnouilloit tranquillement devant Umnak.
Le 15 feptembre, lorfque les préparatifs po$r
'    F i) wêm
84
Nouvelles
l'hivernage furent commencés , Korovin & Bar-
nasheff s'embarquèrent fur deux baidars, chacun
avec neuf hommes & un des otages , qui avoit
une légère connoiffance de la langue ruffe. Ils
longèrent la bande nord de l'isle du côté de fon
extrémité occidentale , afin de chaffer 6k de
demander des nouvelles d'un interprète appelle
Kashmak, que Glottoff avoit employé dans fon
voyage. Après avoir fait environ vingt verftes ,
ils pafferent devant un village, 6k dépendirent
près d'un fécond, fitué cinq verftes plus loin :
mais le nombre des habitans paroiffant monter à
deux cents , ils n'oferent pas s'avancer jufqu'aux
cabanes , & ils ne s'éloignèrent pas du baidar ;
alors le chef de l'endroit s'approcha d'eux , accompagné de fa femme 6k de fon fils ; il montra
une quittance de tribut, 6k ayant livré en otage
fon fils , âgé de treize ans, auquel Korovin donna
le nom de Stepanka 5 il reçut un préfent de
corail.
Korovin continuant fa route , parvint à un
troifieme village fitué à environ quinze verftes
du premier , & il y trouva l'interprète Kashmak :
cet Indien le conduifit vers deux chefs qui accueillirent les Ruffes 6k montrèrent leurs quittances de tribut : on vit paroître peu de naturels ;
les chefs prétendirent que les autres étoient allés
à la pêche. Le lendemain, chacun d'eux livra un
jeune garçon en otage ; Korovin donna à l'un
de ces otages le nom de Grégoire , 6k à l'autre
celui cY Alexis.  Une tempête violente le retint DÉCOUVERTES.
85
deux jours à cet endroit ; pendant cet intervalle ,
un Aleiitien lui apporta une lettre de Medvedeff ,
à laquelle il fit réponfe. Le vent s'étant calmé , il
fe rendit aux bourgades voifines, & il y paffa
deux nuits fans aucune crainte de la part des fauvages. Enfin il retourna fain & fauf fur fon navire 1
emmenant fes otages.
Au commencement d'oftobre 5 il conftruifit
pour l'hiver une grande baraque avec du bois &
des peaux de veaux marins, 6k il fe prépara d'ailleurs à faire les chaffes. Le 14 , deux détache-
mens, chacun d'onze hommes , furent envoyés
vers la pointe orientale de Pisle : ils revinrent
quatre jours après avec des otages. A environ
foixante verftes du havre , ils avoient rencontré
vingt - cinq Ruffes 6k Drufinin à leur tête. A peu
près dans le même tems , quelques chefs du pays
apportèrent à Korovin un préfent d'efturgeons
& d'huile de baleine, 6k on leur donna en retour des grains de verre 6k quelques comeftibles.
Korovin croyant n'avoir plus à craindre d'hof-
tilités de la part des naturels, détacha , fous le
commandement de Barnasheff, en deux baidars ,
vingt-trois hommes qui allèrent à la chaffe du
côté de la pointe occidentale de Pisle : les baidars
portaient ifeize fufils, un piftolet m. une lance
pour chaque homme, & une quantité fufïifantè
de munitions & de provifions. Le lendemain, il
reçut deux meffagers de Barnasheff & des lettres
du navire de Protaffoff. Du 9 novembre au 8
décembre , les Ruffes qui demeurèrent à bord ,
F iij 86
Nouvelles
tuèrent 4g renards de couleur fauve, 6k 1Ï7 de
î'efpece commune ; mais ils perdirent un de leurs
camarades dans les expéditions. Les naturels vinrent de tems en tems en baidars, échanger des
loutres de mer 6k des peaux de renards contre
du corail. Le 8 décembre , Korovin reçut des
lettres de Barnasheff 6k du bâtiment de Protaffoff,
& il répondit par les mêmes meffagers.
Après le départ des meffagers , la mère d'Alexis , envoyée par le chef fon mari, vint dire
qu'un nombre confidérable d'infulaires s'avançoit
du côté du navire. Korovin ordonna alors à fes
gens de prendre les armes , 6k bientôt foixante-di&
Naturels s'approchèrent en élevant dans les airs
des peaux de loutres marines. Les Ruffes leur
crièrent de ne pas paffer plus de dix à la fois le
f uiffeau qui étoit autour de leur baraque , fur quoi
les Indiens laiffant leurs peaux à Korovin , s'en
retournèrent fans fe livrer à aucune hoftilité. La
érainte des Ruffes étoit un peu calmée ; mais
elle fe ranima à l'arrivée de trois Kamtchadales
du navire de Kulkoff, qui venoient réclamer
leur protection. Ils apportèrent la fâcheufe nouvelle que leurs camarades avoient été tués par les
fauvages , 6k le navire détruit. Il parut certain
que les foixante-dix , dont on a parlé tout-à^
l'heure , étoient venus dans de mauvais deffeins*
Cet accident répandit une il grande frayeur parmi
l'équipage , que plufieurs matelots proposèrent
de brûler le navire , 6k de chercher à découvrir
kurs compagnons qui étoient allés à la chaffe. DÉCOUVERTES.
87
La journée s'étoit paffée fans combattre ;
mais fur le foir du 10 décembre , les fauvages
fe réunirent en corps nombreux , & invertirent
la baraque de toutes parts ; pendant quatre jours
& quatre nuits , ils ne ceflerent point de lancer
des dards qui tuèrent deux hommes ; le refte
des afliégés étoit prefqu'épuifé de fatigue. Le
cinquième jour, les infulaires prirent pofte dans
une caverne voifine , d'où ils firent une .garde
fi vigilante , qu'aucun des Ruffes n'ofa s'éloigner
à cinquante pas. Korovin, fort embarraffé, ordonna de détruire la baraque ; il fe retira enfuite
fur fon navire, & pour plus de fureté, il le
conduifit de l'embouchure du ruiffeau à environ
cinquante verges de la grève. Il y refta mouillé
du 5. mars au 26 avril, & durant cet intervalle
il fouffrit beaucoup de la famine & particulièrement du fcorbut.
Il y fut même attaqué par les naturels, qui
s'avancèrent fur quarante canots, dans l'efpérance
de furprendre le navire. Comme il avoit été
averti par un des Indiens qui étoit parent de l'interprète Kashmak, il s'étoit donc préparé à les
recevoir : les fauvages s'approchèrent en brandif-
fant leurs dards & commençant le combat ; mais
dès qu'ils virent le feu des Ruffes tuer un homme ,
ils furent frappés de terreur 6k ramèrent au large.
Ce mauvais fuccès les irrita tellement qu'ils maf-
facrerent fur-le-champ les deux Indiens qui les
avoient trahis. Bientôt après, le père d'Alexis
vint redemander fon fils, & on le lui  rendit.
F iv SB
Nouvel l es
Le 3 O mars, Korelin 6k fes trois compagnons ,
dont on a parlé dans le chapitre précédent, arrivèrent ; ce qui fit monter à dix-huit le nombre
âes Ruffes.
Le 26 avril , Korovin partit d'Unalashka,
emmenant onze otages ; fon navire ballotté par
les vents contraires jufqu'au 28 , échoua dans une
baie de l'isle d'Umnak. Il fauva avec beaucoup
âe peine fes munitions , fes voiles & les peaux
deftinées à la conftruction des baidars. Pendant le
débarquement § un des malades fe 110373, un autre
mourut dès qu'il fut à terre , 6k huit des otages
profitèrent de la confufion générale pour s'enfuir.
II teftoit à Korovin le fidèle Kashmak fon
interprète & trois otages ; tout fon monde étoit
réduit à quinze perfonnes , 6k même il y en avoit
trois malades du fcorbut ; il fe réfugia , avec
fes compagnons d'infortune, entre un canot 6k
quelques futailles vuides, qu'il couvrit de peaux
de veaux marins ; il étendit fes voiles paç-deffus^
tn forme de tente. Deux hommetgfirent fenti-
nelle ; 6k comme rien n'annonçoit Parrjfée des
infulaires , les autres fe mirent à dormir.
Avant la pointe du jour , cent fauvages s'avancèrent fecrétement des bords de la mer, 6k arrivés à deux verges de diftance , lancèrent leuri
dards avec tant de force, que plufieurs percèrent le canot 6k les peaux, & d'autres fe firent
jour par en-haut à travers les voiles. Cette première décharge tua les deux fentinelles, les trois
Otages, tx bleffa tous les Ruffes. L'attaque fut fi DÉCOUVERTES.
9$
bfufque & fi imprévue, que Korovin & fes gens
n'eurent pas le tems de recourir à leurs armes à
feu ; quoique bleffé, il fit une fortie à la tête de
quatre hommes qui perdoient leur fang comme
lui, & il fondit fur Pennemi à coups de lances.
Il tua deux fauvages & mit le r'efte en fuite ; mais
ayant reçu de nouvelles bleffures , aiM que fes
braves camarades , il leur reftoit à péni^ affez de
force pour fe tramer à la tente.
La nuit, il furvint une tempêtç qui mit le na-
vire en pièces. Prefque tous les débris que les
flots jetèrent fur la cote, furent emportés par les
infulaires , qui d'ailleurs vuiderent les facs de pfo-
vifion, 6k détruifirent les barriis de graiffe & la
plupart des fourrures. L'ennemi ne reparut pas
avant le 30 avril. Korovin raffembla les, miféra-
bles reftes qu'avoient laiffés les fauvages , & que
les vagues apportèrent fur le rivage depuis leur
départ.
Le 3 o avril, cent cinquante naturels s'avancèrent de la pointe orientale de Pisle vers la tente ;
ils tirèrent fur les Ruffes avec des armes à feu, à
la diftance de cent verges : heureufement que leur
décharge ne fit point de mal. Ils incendièrent aufli
l'herbe des champs, & le vent porta les flammes
contre la tente. Korovin & fes gens, plus intrépides & plus adroits , forcèrent Pennemi à fe
retirer , & ils eurent le tems d'éteindre l'incendie.
Les maladies & la néceflité retinrent Korovin
dans cet endroit jufqu'au 21 juillet, mais ce fut
la dernière attaque. A cette époque , il fe mit en 90
Nouvelles
mer fur un baidar long de huit verges Ça), qu'il
avoit conftruit dans le deffein de fe rendre au
navire de Protaffoff, dont il ne fàvoit pas encore la deftinée : fon monde étoit alors réduit à
douze perfonnes , parmi lefquelles il y avoit fix
Kamtchadales.
Après avoir ramé dix jours , il débarqua fur la
grève de la même isle d'Umnak; il y apperçut
les débris d'un navire brûlé, des vêtemens 5 des
voiles 6k des cordages mis en pièces. Il trouva
à peu de diftance une baraque vuide, qui avoit
fervi à fes compatriotes, 6k dans les environs
une chambre de bain, où il eut la douleur de voir
vingt Ruffes encore revêtus de leurs habits. Chacun d'eux avoit autour du col une lanière de cuir ,
ou une ceinture , avec laquelle on l'avoit étranglé
& traîné à cet endroit; c'étoient des hommes
du navire de Protaffoff, & parmi ces cadavres
il y avoit celui du commandant Medvedeff. Il ne
découvrit aucun veftige de leurs camarades ; 6k
comme on n'en a jamais revu un feul, on ignore
les détails de cette déplorable cataftrophe.
Après avoir enterré les vingt cadavres, Korovin travailla à la conftruction d'une barraque ;
elle n'étoit point encore achevée 5 lorfqu'il vit
Etienne Glottoff Çb) qui arrivoit par terre à la
( cl) Les fept neuvièmes de l'aune de Paris font la
verge d'Angleterre.   L'aune  de Paris  contient trois
pieds fept pouces huit lignes.
( b ) Voyez le chapitre fuivant. DÉCOUVERTES.
91
tête d'un petit détachement. Glottoff l'emmena
le lendemain fur fon bord, ainfi que fes .compagnons.
Korovin fut enfuite chargé , avec vingt hommes , de côtoyer Pisle d'Umnak, &c d'examiner
fi une partie de l'équipage de Medvedeff avoit
échappé au maffacre général; mais il ne découvrit rien. Pendant cette expédition, comme il
étoit à l'ancre devant une petite isle entre Um1
nak & Unalashka, quelques fauvages s'avancèrent contre lui fur deux grands canots ; mais ils
fe retirèrent dès que les Ruffes eurent fait feu.
Le même foir il entra dans une baie de l'isle d'Um*
liai:, afin de paffer la nuit à terre. Comme il s'ap-
prochoit du rivage, une multitude de fauvages ,
montés fur environ cent canots, l'environnèrent
en lançant une volée de dards. Korovin les ayant
bientôt difperfés à coups de fufil, il marcha vers
un gros canot qu'il Vôyoit à quelque diftance,
comptant y trouver quelques - uns de fes camarades : il fe trompoit ; les infulaires qui étoient fur
cette embarcation defcendirent à terre & fe retirèrent dans les montagnes, après avoir tiré des
armes à feu.
Korovin cependant trouva un canot vuide,
Ijffil reconnut pour celui où Barnasheff s'étoit embarqué en allant à la chaffe. Il n'y avoit que deux
haches , & des pointes de fer taillées en forme de
dards ; il faifit trois femmes , & maffacra deux naturels "qui refirfererrt de fe rendre. Il arriva enfuite
à une habitation déferte, & il y trouva des mor- 92
Nouvelles
ceaux de cuir de Ruffie, des lames de petits couteaux , des chemifes 6k d'autres chofes qui avoient
appartenu à des Ruffes. Il ne put rien apprendre
des femmes qu'il détenoit prifonnieres , finon que
l'équipage avoit été tué, 6k que le butin avoit
été enlevé par les habitans du pays , qui s'étoient
retirés à l'isle d'Unalashka. Korovin remit en liberté ces Indiennes, 6k retourna au havre, de peur
d'effuyer de nouvelles attaques.
A l'approche de l'hiver , Korovin, à la tête
de vingt - deux hommes , fit une expédition de
chaffe à la pointe occidentale d'Unalashka ; il étoit
accompagné d'un interprète Aleùtien , nommé
Ivan Glottoff. Apprenant des infulaires qu'un bâtiment Rufie, commandé par Ivan Solovioff Ça)
mouilloit devant UnalashJ^, il fe rendit t<|j§t de
fuite au havre où fe trouvoient fes compatriotes.
Pendant fa route, il eut une efcarmouche très-
vive avec les naturels, qui voulurent Pemp/gg-,-
cher de débarquer ; il en tua dix , le refte prit la
fuite , laiffant par - derrière des femmes &L des
enfans.
Korovin paffa trois jours à bord du navire de
Solovioff, 6k retourna à l'endroit où on Pavoit
attaqué la dernière fois : les naturels ne s'oppo-
ferent plus à, fa defcente ; ils le reçurent au contraire d'une manière amicale, 6k lui permirent
de chaffer ; ils lui livrèrent même des otages,
échangèrent  paifiblement  des  fourrures  contre
( a ) Voyez le chapitre XL DÉCOUVERTES.
93
des grains de verre ; ils fe déterminèrent aufli à
rendre des fufils & d'autres chofes enlevées aux
Ruffes qui avoient été maffacrés.
Peu de tems avant fon départ, les habitans du
pays recommencèrent les hoftilités ; trois d'en-
tr'eux fondirent brufquement fur une fentinelle
Ruffe à coups de couteaux ; la fentinelle parvint
à fe dégager, 6k ils fe retirèrent dès qu'ils la virent
prendre le chemin de la baraque. Les chefs du
village protefterent qu'ils n'avoient aucune con-
noiffance de cet attentat : les coupables furent
bientôt après découverts & punis. Lorfque Korovin s'en retournoit auprès dé Glottoff, il fut
obligé de fe battre contre des infulaires d'Unalashka , & une féconde fois contre des naturels
d'Umnak , qui s'oppoferent à fon débarquement.
Sur la fin de l'année, un coup de vent jeta le
baidar fur la grève de la dernière isle ; & la fai-
fon des orages étant furvenue , il fut retenu dans
ce parage jufqu'au 6 avril 1765. Durant cet intervalle il fut réduit, ainfi que fes compagnons,
à fe nourrir de varech & de petits coquillages.
Le 22 , il arriva auprès de Glottoff; & la chaffe
n'ayant pas été heureufe , il rapporta peu de
fourrures. Trois jours après il quitta Glottoff, &
accompagné de cinq Ruffes, il alla trouver Solovioff, avec lequel il retourna l'année fuivante
au Kamtchatka. Les fix Kamtchadales du détachement de Korovin arrivèrent dans leur pays fur
ie navire de Glottoff.
Suivant le journal de Korovin, les isles d'Um- 94
Nouvelles
nak 6k d'Unalashka ne font guère jplus au nord
que l'embouchure de la rivière du Kamtchatka;
& d'après l'eftime du vaifleau 9 elles en font éloignées de 1700 verftes à Peft. La circonférence
de la première eft d'environ 250 verftes. La fe*
conde eft beaucoup plus grande. Elles manquent
d'arbres toutes les deux, mais la mer y jette une
quantité confidérable de bois flottans. Il y a cinq
lacs fur la côte feptentrionale d'Unalashka, 6k un
feul à Umnak : aucun de ces lacs n'excède dix
verftes de tour ; ils donnent naiffance à plufieurs
petits ruiffeaux qui coulent l'efpace de peu de
verftes avant de fe jeter dans la mer. Le poif-
fon entre dans ces ruiffeaux en avril, monte dans
les lacs en juillet, 6k y demeure jufqu'au mois
d'août. Les loutres 6k les autres animaux marins
fréquentent rarement ces isles , mais il y a une
multitude de renards roux 6k noirs. Au nord-eft
d'Unalashka, l'on apperçoit deux isles de cinq à
dix verftes de diftance ; mais Korovin ne toucha
point fur ces dernières terres.
Les habitans de ces isles fe rendent d'une terre
à l'autre fur leurs petits baidars. La population
paroît fi confidérable , 6k leur vie fi errante , qu'on
ne peut pas exactement en déterminer le nombre..
Voici la manière dont ils conftruifent leurs j ourdies , qui ne font pas toutes de la même grandeur.
Ils creufent d'abord un trou en terre de vingt ,
trente ou quarante verges de longueur , 6k de fix:
à dix de large. Ils établiffent enfuite au bord, dqs
perches de bouleau, de fapin oc de frêne, jetés DÉCOUVERTES.
95
fur la côte par les flots : fur le haut de ces perches , ils pofent en - travers des planches qu'ils
couvrent d'herbages & de terre : ils laiffent au
fommet des trous par lefquels ils defcendent au
moyen d'une échelle. Cinquante, foixante &C
même cent cinquante perfonnes demeurent en-
femble dans une de ces jour tes. Ils n'y allument
point de feu , ou du moins ils en allument un
très-petit; ce qui rend ces habitations plus propres que celles des Kamtchadales. L'hiver, lorf-
qu'ils veulent fe chauffer , ils brûlent des herbes
feches, dont ils font provifion l'été , & ils s'ac-
croupiffent autour. Un petit nombre de ces infulaires portent des fourrures autour de leurs jambes quand le froid eft rigoureux ; mais la plupart
vont nus pieds, & aucun d'eux ne porte des
culottes. Les peaux des cormorans Se des plongeons de mer fervent de vêtemens aux hommes ,
& ceux des femmes font de peaux d'ours, de
veaux & de loutres de mer. Ils couchent fur
des nattes épaiffes, faites d'une herbe très-molle ,
qui croît près de la côte ; la nuit, ils n'ont d'autre couverture que leurs vêtemens ordinaires.
Plufieurs hommes ont cinq ou fix femmes, & celui qui eft le meilleur chaffeur & le pêcheur le
plus adroit en a davantage. Les aiguilles des femmes font faites avec les os de l'aile des oifeaux,
& les nerfs des mêmes oifeaux leur fervent de fiL
Ils ont pour armes des arcs & des traits, des
lances & des dards, qu'ils jettent, comme les
Gro'énlandois, à la diftance de foixante verges, 9*
Nouvelles
verges au moyen d'une petite machine ; les dards
& les traits font empennés ; la longueur des premiers eft d'environ une aune 6k demie ( a ). Le
trait qui eft bien fait, vu leur manque d'inftru-
mens, eft fou vent compofé de deux pièces ; la
pointe eft un caillou qu'ils aiguifent en le frottant entre deux pierres. Les dards , ainfi que les
lances, étoient autrefois armés d'os : mais aujourd'hui ils le font communément de fer; car ils
favent travailler le fer qu'ils tirent des Ruffes , 6k
ils en font de petites haches 6k des couteaux à
deux tranchans ; ils donnent à ce métal la forme
qui leur convient, en le frottant contre deux
pierres 6k Phumectant fouvent de l'eau de mer.
Ces inftrumens 6k les haches de pierre font tous
leurs outils. C'eft parmi eux un ufage univerfel
de fe faire des trous à la lèvre inférieure 6k au cartilage du nez : ils placent dans la lèvre deux petits*
os en forme de dents qui fe projettent à quelques
pouces en-avant du vifage, 6k dans leur nez un
os en-travers. Ils enterrent les morts avec leurs
canots, leurs armes 6k leurs vêtemens. Çb)
(a) Entre quatre Se cinq pieds,
(6) Quelques-uns de ces détails font une répétition de ce qu'on a déjà dit plus haut ; mais le plan
de cet ouvrage nous y oblige, pour ne rien oublier
des remarques des différens navigateurs : d'ailleurs
tous les voyageurs n'abordant pas au même canton
d'une isle, il eft à propos de rapporter leurs remarques fur les infulaires qu'ils ont vus.
*<*>!
CHAPITRE c
DÉCOUVERTES.
*&s.sz^ajuu+.
97
CHAPITRE   X.
Vo Y A G E d'Etienne Glottoff; il arrive aux isles
des Renards ; il va au - delà d'Unalashka jufqu'à Kadyak ; il paffe Vhiver fur cette isle £
les naturels effaient à différentes reprifes de
tuer Véquipage , ils font repouffés ; ils fe récon*
cilient, & ils commercent avec les Ruffes. Defcription de Kadyak. Remarques fur fes habitans , fes animaux, fes productions. Glottoff
retourne à Umnak ; il y paffe un fécond hiver ; fon retour au Kamtchatka ; journal de \
fon voyage.
<L^E voyage mémorable s'étendit plus loin, & fe
termina plus heureufement que les expéditions
précédentes.
Tfebaeffskoy & d'autres négocians de Lalsk
ayant équipé Y André & Natalie, ils en donnèrent le commandement à Etienne Glottoff, marin
habile & expérimenté, natif d'Yarensk. Ce navire partit de la baie de la rivière du Kamtchatka ,
le premier\)6fobre 1762, avec un équipage de
trente-huit Ruffes & de huit Kamtchadales : en
huit jours il atteignit Mednoi-Oftroff ou l'isle de
Cuivre. Après avoir cherché un havre convenable , Glottoff* fit décharger le bâtiment & fe prépara à y paffer l'hiver. Son premier foin fut de
— Car 9»
Nouvelles
fe fournir de provifions ; il tua enfuite une grande
quantité de renards bleus 6k de loutres de mer.
Il fe décida à prendre à bord toutes les ferrures
& les agrêts qui reftoient du navire de Bering
fur Pisle de ce nom ; il fe propofoit d'en faire
ufage au befoin, ou de les remettre dans les ar-
fenaux de la couronne. D'après cette réfolution.
il envoya, le 27 mai, Jacob Malevinskoi, qui
mourut enfuite ,' à la tête de treize hommes,
fur cette isle éloignée de foixante-dix verftes de
celle de Cuivre ; ce détachement rapporta vingt-
deux poudes de fer , dix de vieux cordages encore bons pour du fil de caret, du plomb 6k
du cuivre , & plufieurs milliers de grains de
verre.
L'isle de Cuivre, comme on l'a déjà dit, tire
fon nom du cuivre natif qu'on trouve fur la côte ,
fur-tout à la pointe oueft de la bande méridionale. Malevinskoi recueillit entre ce rocher 6k la
mer , fur une grève d'environ douze verges de
large , deux gros morceaux de ce métal, du poids
de douze livres. Parmi les corps que les flots ap^-
portent fur le rivage, on rencontre quelquefois
le véritable bois de camphre , 6k une autre efpece
de bois très-blanc, tendre 6k d'un parfum agréable.
Glottoff fe voyant en état de continuer fon
voyage , appareilla de l'isle de Cuivre le 26 de
juillet 1763 , & cingla du côté des isles d'Umnak
& d'Agunalashka, où il avoit trouvé autrefois un
grand nombre de renards noirs. Comme il effuya
des tempêtes & des vents contraires, il n'arrivai DÉCOUVERTES.
99
à Umnak qu'après cinquante jours de navigation.
On étoit au 24 d'août, & fans mouiller & fans
perdre de tems, il continua fa route , afin de
découvrir de nouvelles terres ; il en dépaffa huit
contiguës l'une à l'autre & féparées par des détroits qui, d'après fon eftime, lui parurent avoir
de vingt à cent verftes de large : il ne débarqua
cependant pas avant d'arriver à la dernière & la
plus orientale. Les naturels lui donnent le nom de
Kadiak, & ils difent qu'elle n'eft pas éloignée
d'un vafte continent couvert de bois. Cependant
les Ruffes n'apperçurent aucune terre depuis une
petite isle appellée Aktunak par les naturels,
laquelle gît environ trente verftes plus à l'efit
que Kadyak.
Èe 4 Septembre, le navire remonta une crique
qui eft au S. E. d'Aktunak , & à travers laquelle
un ruiffeau fe décharge dans la mer. Ce ruiffeaiï
vient d'un lac long de fix verftes , large d'une,
ex où la fonde donne environ cinquante braffes.
Le reflux laiffa le bâtiment à fec, mais le flux le
remit en mer. Il y avoit près de la côte, quatre
grandes jourtes fi remplies d'infulaires, qu'il nV
eut pas moyen de les compter : tous ces naturels
abandonnèrent bientôt leur demeure & s'enfuirent
avec précipitation. Le lendemain , quelques-uns
d'entr'eux approchèrent du navire en baidars 9 &
effayerent de parler aux Ruffes. Voyant que Glottoff ni l'interprète Aleùtien n'entendoient pas leur
langage, ils allèrent chercher un petit garçon qu'ils
avoient jadis fait prifonnier fur Ifanak , l'une d&$
G ij 100 Nouvelles
isles fituées à l'occident de Kadyak. L'interprété
Aleiitien entendit parfaitement celui - ci, 6k les
Ruffes obtinrent ainfi tous les éclairciffemens qu'ils
pouvoient délirer.
En converfant avec les fauvages, ils effayerent
de leur perfuader de fe rendre tributaires ; ils employèrent d'ailleurs toutes les raifons poflibles pour
les engager à livrer à Glottoff, en qualité d'interprète , le jeune homme de l'isle d'Ifanak, dont
j'ai parlé tout-à-Pheure ; mais leurs prières furent très - inutiles pour le moment. Les naturels
retournèrent fur leurs canots au rocher appelle
Aktalin, qui gît à environ trois verftes au fud
de Kadyak, & où ils fembloient avoir leurs habitations.
Le 6 feptembre , Kaplin fut envoyé fur ce
rocher à la tête de treize hommes, afin de traiter
avec les infulaires. Il y trouva dix huttes", d'où
il vit fbrtir environ cent naturels', qui fe comportèrent d'une manière amicale en apparence,
& répondirent à Pinterprete des Ruffes , par Pen-
tremilë du jeune homme , qu'ils n'avoient per-
fonne de propre à être remis en otage , mais qu'ils
livreroient le jeune homme, puifque Glottoff le
defiroit. Kaplin le reçut, 6k après les avoir beaucoup remerciés, il l'amena à bord , où l'on en
prit un grand foin ; il fut enfuite conduit au Kamtchatka 6k baptifé fous le nom cY Alexandre Popoff
Il avoit alors treize ans. Quelques jours après
cette conférence, les jinfulaires arrivèrent en troupes de cinq , dix, vingt èc trente. On leur permit DÉCOUVERTES.
IOI
de monter à bord , mais en petit nombre à la
fois, & on les accueillit bien, toujours en les
furveillant.
Le 8 feptembre , le navire remonta la crique
plus haut fans décharger fa cargaifon ; & le 9 ,
Glottoff à la tête de dix hommes, fe rendit à
un village neuf, fitué fur la côte à environ deux
cents verges du bâtiment, où les naturels com-
mençoient à demeurer. Il étoit compofé de trois
jourtes d'été, couvertes feulement d'une herbe
longue : ces habitations avoient de huit à dix verges de large, douze de long & à peu près quatre
de hauteur ; ils y virent une centaine d'hommes
fans femmes ni enfans.
Comme il étoit impoflible de perfuader aux
naturels de livrer des otages , Glottoff réfolut de
ne pas divifer fon monde, & d'entretenir une
forte garde.
Les infulaires continuoient à venir voir les
Ruffes en petites troupes ; mais on s'appercevoit
chaque jour qu'ils avoient de mauvaifes intentions.
Enfin, le premier octobre , à la pointe du jour ,
une troupe confidérable s'étant afîemblée dans les
parties éloignées de Pisle , traverfa brufquement
le pays. Ils s'approchèrent très - près, fans être
découverts par les feminelles, & ne voyant fur
le pont que ceux qui étoient en faftion, ils lancèrent une grêle de traits ; les fentinelîes fe cachèrent derrière les cordages & donnèrent l'alarme
fans lâcher leur feu. Glottoff fit tirer une volée
de petites armes par-deffus les têtes des infulaires,
G iij il-
102
Nouvelles
qui, au bruit de l'explofion , fe retirèrent en hâte*
Dès qu'il fut grand jour 9 on ne vit plus Pennemi ; mais on découvrit des échelles, des amas
de foin, dans lefquels les naturels avoient mis du
ibufre , & une affez grande quantité d'écorces de
bouleau, qu'ils avoient abandonnés au moment
de leur fuite.
Glottoff fentit alors qu'il ne devoir pas ceffer
un inftant de le tenir fur fes gardes contre les
entreprifes de ces incendiaires ; la conduite pofté-
rïeure des naturels accrut fes foupçons ; quoiqu'ils vinffent au navire en petites troupes , ils
examinoient tout avec attention , 6k fur-tout les
Sentinelles, 6k ils s'en retournoient toujours fans
aucun égard pour les  propofitions amicales des
Le 4 octobre , on apperçut environ deux
cents infulaires , qui portoient des boucliers de
bois, & qui préparoient leurs armes 6k leurs traits
pour une attaque. Glottoff employa d'abord la
perfuafion, afin de les détourner de leur projet ;
mais voyant qu'ils s'avançoient de plus en plus ,
il réfolut de hafarder une fortie. Cette intrépidité
les déconcerta , 6k ils fe retirèrent fur-le-champ
fans faire la moindre réfiftance.
Le 26 octobre , ils exécutèrent une troifieme
attaque : les fentinelles les voyant s'approcher du
navire au lever de l'aurore , donnèrent l'alarme
à tems, 6k tout l'équipage courut aux armes. A
mefure que la lumière du jour augmentoit, on
apperçut différens détachemens qui s'avançoient DÉCOUVERTES.
103
derrière des remparts de bois. On compta fept
de ces remparts mouvans, & derrière chacun
trente ou quarante hommes armés. Outre cette
avant-garde, une foule d'autres infulaires armés
venoient prendre part au combat : les uns portaient des mâchoires de baleine, & les autres
des boucliers de bois. Comme les traits commen-
çoient à tomber à bord du navire , & que les
remontrances de Glottoff étoient inutiles, il ordonna de faire feu. Les balles des fufils n'ayant
pas affez de force pour percer les remparts , &
les naturels continuant à s'approcher fans s'émouvoir , il fit une fortie à la tête de fon équipage
armé de fufils & de lances. A Pinftant les fauvages laifferent tomber leurs remparts, s'enfuirent
avec précipitation auprès de leurs canots, où ils
fe jetèrent pêle-mêle, & gagnèrent le large. Ils
avoient dix-fept grands baidars & un affez bon
nombre de petits. Les remparts mobiles qu'ils
abandonnèrent étoient trois rangs de pieux placés
perpendiculairement & joints enfemble avec de
l'algue & de l'ofier ; ils avoient douze pieds de
large & plus d'une demi-verge d'épaiffeur.
Les naturels paroiffant affez intimidés , les Ruffes commencèrent à bâtir une baraque d'hiver
avec des bois flottans ; ils eurent la précaution
de ne pas trop fe féparer, & ils attendirent ainfi
la belle faifon fans être attaqués de nouveau. Ils
ne virent perfonne avant le 2 5 décembre. Glottoff, qui tenoit toujours fon monde réuni, en-
voyoit feulement de  petits détachemens à  la
G iv 104
Nouvelles
châffe & à la pêche fiir le lac fitué à environ
cinq verftes de la crique. Ce lac lui fournit pendant tout l'hiver différentes efpeces de truites 6k
de faumons, de foies 6k de harengs d'une palme I
& demie de long , 6k même du turbot & de la
morue, qui remontoient avec la marée.
Enfin , le-2f , deux infulaires arrivèrent près
du navire, 6k converferent de loin par l'entre-
mife des interprètes. On leur fit des propositions de paix & de commerce , avec toutes les
démonftrations poflibles d'amitié ; mais ils s'en
allèrent fans montrer beaucoup de confiance dans
ces offres, 6k on n'en vit reparoître aucun avant
le 4 avril 1764. L'équipage ne faifant pas affez
d'exercice, fut attaqué du fcorbut, 6k cette maladie emporta neuf hommes.
Le 4 avril, quatre naturels fe rendirent auprès
des Ruffes , & écoutèrent avec plus de docilité
les propositions qu'on leur fit ; enfin l'un d'eux
s'approcha, 6k offrit d'échanger deux peaux de
renards contre des verroteries. Us ne mettaient
pas le moindre prix aux autres marchandifes ; ils
ne vouloient ni chemifes , ni toiles , ni nankins ;
ils préféroient à tout les grains de verre de différentes couleurs ; 6k quand on leur en donnoit,
ils cédoient volontiers leurs fourrures. Ces échan-_
ges 6k les prières affectueufes de Glottoff furent
d'un fi grand effet, qu'après avoir délibéré avec
l«urs compatriotes, ils revinrent déclarer , d'une
manière folemnelle, qu'ils ne commettroient plus DÉCOUVERTES.
IOS
à l'avenir d'hoftilités. Depuis cette époque, jufqu'au départ du navire , il y eut un commerce
régulier entre l'équipage & les naturels , qui apportaient, des peaux de renards &c des loutres
marines , & qui recevoient en retour un nombre
jfepulé de grains de verre. On vint même à bout
de perfuader à quelques-uns d'entr'êux de payer
le tribut, & on leur expédia des quittances.
Entr'autres chofes , les Ruffes fe procurèrent
deux petits tapis travaillés d'une manière curieufe.
Les poils de caftor étoient fi bien arrangés qu'ils
formoient un velouté agréable : Glottoff ne put
pas favoir s'ils avoient été réellement faits par les
infulaires. Ils apportèrent aufli des peaux de loutres
marines bien apprêtées ; ils avoient coupé le poil
très-près avec des pierres aiguës ; la fourrure étoit
d'un brun jaunâtre , & avoit le poli moelleux du
velours. Leurs bonnets étoient décorés d'une façon finguliere, & quelquefois très-belle : plufieurs
portoient fur le front des peignes ornés de crins,
pareils à nos cafques ; d'autres, & fur - tout les
femmes , en portoient d'inteftins coufus enfemble
avec, des poils & des nerfs de renne, & relevés
au fommet par de longues touffes de cheveux
d'un rouge éclatant ; cette parrure avoit une forte
d'élégance. Glottoff rapporta au Kamtchatka des
échantillons de ces ouvrages. Ça)
(a) Ces ouvrages & plufieurs autres pareils, fe
confervent au cabinet de curiofités de l'académie des
fciences de Pétersbourg : ce muf&um mérite Patten» ïoS
N O  U  V E L t E  f
Les naturels différent beaucoup des autres ha*
bitans des isles des Renards, en ce1 qui regarde
le vêtement & le langage. On trouve à Kadyak
plufieurs efpeces. d'animaux qu'on ne rencontre
pas fur les autres terres ; tels que l'hermine, la
zibeline, le caftor , la loutre de rivière , le loup ,
le fanglier 6k l'ours. Les Ruffes n'ont pas réellement vu ce dernier quadrupède , mais ils ont reconnu l'empreinte de fes pieds.. Quelques - uns
des habitans avoient des habits de peaux de rennes
& de jévras : le jévras eft une efpece de mar-
moiè. Ces peaux venoient probablement du continent d'Amérique Ça). Il y a une multitude de
renards noirs , bruns 6k roux, 6k la côte eft remplie de chiens, d'ours , de lions 6k de loutres de
mer. Les oifeaux font des grues , des oies , des
canards, des mouettes , des corneilles 6k des
pies ; jufqu'ici on n'y a pas découvert de nouvelles efpeces. Les productions végétales y font
peu confidérables ; on diftingue trois ou quatre
im ii
tion des voyageurs ; car il renferme une collection
nombreufe de vêtemens des peuples orientaux. On y
trouve fur-tout une multitude de vêtemens , d'armes
Se de meubles, qui viennent des isles nouvellement
découvertes.
( a ) Cette conjecture eft affez probable ; cependant,
fi le lecteur veut fe rappeller qu'il y a, dit-on, des
rennes dans l'isle d'Alakfu, il verra que les infulaires
de Kadyak ont pu tirer de là leurs peaux : quant aux
jévras, je ne fuis pas abfolument fur que ce foit une
efpece de marmofe.
Mil DÉCOUVERTES.
ÏOJ
efpeces de petits fruits qui croiffent fur des arbrif-
feaux, & des lys fauvages, dont les naturels mangent les racines. Il croît d'ailleurs à Kadyak des
faules & des aunes , ce qui femble annoncer la
proximité du continent d'Amérique. On ne peut
pas déterminer d'une manière exafte l'étendue de
cette isle ; les Ruffes craignant les infulaires, n'ont
pas ofé pénétrer bien avant pour reconnoître le
pays.
Les habitans, comme ceux des Aleiitiennes Se
des isles les plus proches , fe font des trous à la
lèvre inférieure 6k au cartilage du nez,.§£ ils placent des os d'oifeaux & de quadrupèdes travaillés
dans la forme d'une dent. J'ai dit tout-à-l'heure
que leurs habits font de peaux de rennes &- de
marmofes Ça) ; ils en portent aufli de peaux d'oifeaux , de renards & de loutres marines. Les nerfs
leur tiennent lieu de fil pour les coudre. Ils s'enveloppent quelquefois les jambes avec la fourrure
des rennes ; mais ils ne connoiffent pas les culottes. Ils n'ont d'autres armes que des arcs, des
traits & des lances , dont les pointes font de cailloux aiguifés comme leurs petites haches : quelques - uns font des couteaux & des pointes de
lance avec des os de renne. Ils donnent à leurs
boucliers de bois le nom de kuyaki, ce qui figni-
( a ) Le mot anglois eft marmofets : les dictionnaires difent que le marmofet eft une efpece de finge; '
mais ils fe trompent fûrement \ Si je préfume  que
marmofet doit être traduit par marmofe. ïo8
Nouvelles
fie un petit canot chez les Groénlandois. Ils font
très-groffiers : ils n'ont point de penchant à accueillir les étrangers , 6k l'on n'apperçoit entr'eux
aucune marque de déférence ni de foumiffiori.
Quelques-unes de leurs pirogues font fi petites ,
qu'elles contiennent feulement une ou deux perfonnes. Mais ils ont de grands baidars femblables
aux canots des Groénlandois. Ils fe nourriffent
principalement de poiffon crud 6k fec, qu'ils prennent en mer avec des hameçons d'os, ou dans
des ruiffeaux avec des filets de nerfs. Us fe donnent
le nom de Kanagijl, ce qui approche de Karalit,
nom que portent les Groénlandois 6k les Efqui-
maux de la côte de Labrador. * La différence de
ces deux noms eft peut - être un effet du changement de prononciation, ou une méprife des
navigateurs Ruffes qui auront mal écrit. Leur population paroiffoit affez confidérable fur cette partie de l'isle, où ils avoient leurs habitations fixes.
L'isle de Kadyak Ça) forme, avec celles
d'Agunalashka , d'Umnak 6k les petites terres
fituées aux environs , un archipel continu , qui
s^étend au nord-eft & à Peft-nord-eft vers l'Amérique : d'après l'eftime du vaiffeau , elle gît par
230 deg. de longitude ; ainfi elle n'eft pas éloi-
( a ) Kadyak ne fe trouve fur aucune carte des isles
nouvellement découvertes ; car nous n'avons point la
carte du voyage de Glottoff, Se c'eft le feul navigateur
îtuffe qui y ait relâché.
J DÉCOUVERTE
logr
gnée de la côte du Nouveau-Monde, où il pa-
roît que toucha Bering.
La grande isle d'Alakfu, fituée au nord de
Kadyak p où Pushkareff paffa l'hiver ( a ) , doit
être encore plus voifine du Nouveau-Monde ; &C
il y a lieu de croire, comme le difent les naturels du pays , qu'un grand promontoire du continent de l'Amérique s'étend au nord-eft d'Alakfu.
Quoique les infulaires fuffent devenus plus fo-
ciables & plus difpofés à la paix , leur nombre
était fi confidérable que Glottoff n'ofà pas paf-
fer un fécond hiver à Kadyak : il fe prépara donc
à partir. Il manquoit de cerceaux pour fes futailles , §£ ayant appris des naturels que l'isle produit des arbres à peu de diftance de la baie, il
chargea, le 2 5 avril, Lucas Ftoruskin d'aller à
la tête de onze hommes couper du bois. Ftoruskin , qui revint le même jour , dit qu'après avoir
longé la côte méridionale de Pisle jufqu'à quarante ou cinquante verftes du havre, il apperçut
à une demi-verfte du rivage, dans des vallées entre des rochers , un nombre confidérable d'aunes
pareils à ceux qui croiffent au Kamtchatka. Les
plus gros troncs avoient de deux à quatre vers-
hocks de diamètre ; il en abattit autant qu'il voulut ; il n'apperçut ni infulaire ni habitation.
Glottoff defcendit la crique au mois de mai,
& après avoir embarqué toutes fes pelleteries ÔC 1
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fes munitions, il partit de Kadyak le 24. Les
vents contraires le retardèrent ,& il fut jeté près
de l'isle d'Alakfu. Son eau étant prefqu'épuifée,
il defcendit fur une autre isle, appellée Saktunak ,
afin d'en faire de la nouvelle. Enfin , le 3 juillet,
il mouilla pour la féconde fois à Umnak , au fond
d'une baie que Glottoff avoit reconnue dans le
premier voyage. Il monta tout de fuite un baidar pour defcendre à terre , & il trouva bientôt
les ruines d'une baraque qu'il avoit conftruite anciennement.   Il apperçut aux environs  une baraque conftruite par d'autres navigateurs pendant
fon abfence ; il y trouva le cadavre d'un Ruffe
affafliné, que perfonne de fon équipage ne put
reconnoître. Voulant fe procurer des éclairciffe-
mens fur ce meurtre , il traverfa Pisle le 5 juillet,
accompagné de feize hommes.  Il rencontra les
reftes d'un navire qui avoit été brûlé, des livres
de prières, des images : on avoit emporté les
ferrures &c les cordages. A peu de diftance de là ,
il entra dans  une chambre de bain remplie de
Ruffes affaflinés, qui étoient encore couverts de
leurs habits. Il jugea, d'après le rapport de quelques Indiens, que ces malheureux faifoient partie
de l'équipage du navire de Protaffoff : il ne fe
trompoit pas dans fes conjeftures.4
Effrayé du fort de fes compatriotes , il retourna
à fon navire, & délibéra touchant les mefures
-qu'il devoit prendre. Il fut décidé d'une voix unanime , qu'on tâcheroit d'acquérir de nouvelles
informations fur le bâtiment qui avoit effuyé ce
malheur. Sur ces entrefaites 7 fept infulaires arri- DÉCOUVERTES.
lit
verent dans des baidars, & demandèrent à faire
des échanges. Ils montrèrent des peaux de loutres de loin , mais ils n'oferent point fe hafarder
à monter à bord ; l'interprète dit qu'ils vouloient
que Glottoff & deux de fes gens defcendiffent
à terre avec des marchandifes. Le commandant
ayant de bonnes raifons de fe défier des infulaires, ne les écouta point. Alors les fauvages
débarquèrent eux-mêmes fur la côte & tirèrent
contre le vaiffeau des armes à feu, qui heureu-
fement ne firent aucun mal ; ils eurent même la
hardieffe de remonter fur leurs canots une féconde fois, & de ramer tout près des Ruffes,
Afin de favoir quelque chofe d'eux , Glottoff
recommanda aux interprètes d'employer toute
leur éloquence pour les engager à la paix : un
d'eux vint enfin fous la chambre du navire Se
demanda des alimens. On lui en jeta , & il monta
fur le pont. Il raconta que fes compatriotes s'étoient
rendu maîtres du navire brûlé ; qu'un petit nombre de Ruffes avoit échappé ( c'étoit fans doute
Korovin & fes camardes) Ça). Il avoua que le
deffein des naturels étoit d'attirer Glottoff à terre
& de le tuer; que d'après ce projet, une trentaine d'entr'eux fe tenoient en embufcade derrière
les rochers voifins. Ils comptoient qu'ayant maf-
facré le chef, il leur feroit aifé de fe faifir du
bâtiment. Dès que Glottoff eut appris ces détails ,
il retint le naturel à bord, &  débarquant à la
Ça) Voyez le chapitre IX. ii2 Nouvelles
tête d'un détachement confidérable, il attaqua les
fauvages ; ceux - ci lancèrent des traits 6k même
fe fervirent des fufils qu'ils avoient enlevés, mais
ils furent forcés en peu de tems de fe retirer fur
leurs pirogues.
Le 14 juillet, il furvint une tempête violente ,
qui rompit le cable du navire de Glottoff, 6k
le ût échouer fur la côte , fans autre perte que
celle d'une ancre. L'équipage manquant de provifions fraîches, tomba malade 6k devint incapable de fe défendre. Glottoff cependant fe rendit,
le 28 juillet, à la tête de dix hommes , vers
cette partie de l'isle où, fuivant ce qu'on lui
avoit dit, il comptoir trouver Korovin. Mais il
n'en découvrit aucune trace, 6k il crut que les Ruffes qu'il cherchoit avoient fini par fuccomber fous
la multitude des infulaires. Le 2 août, au moment où il retournoit fur fon bord, cinq naturels
s'approchèrent de lui en canots ; ils lui demandèrent d'où il venoit, 6k l'avertirent que de l'autre
côté de l'isle il rencontreroit Korovin & fes camarades , qui conftruifoient une baraque au bord
d'un ruiffeau. Glottoff, fuivi de fon détachement,
fe rendit.fur-le-champ par terre à Pendroit qu'on
lui indiquoit, 6k il y trouva effectivement Korovin qui ne s'attendoit plus à ce bonheur. J'ai déjà
dit comment il fe réunit à Glottoff pour s'en
féparer enfuite. Ça)
(a)  Voyez le chapitre précédent.
Glottoff DÉCOUVERTES.
IIJ
Çlottoff fe décidant à paffer Phiver à Umnak ,
chercha un mouillage convenable. Le % feptem-
bre, Korovin, ainfi qu'on Pa vu plus haut, fit
une expédition de chaffe avec deux baidars. A
fon retour, au mois de mai 1765 , il apprit l'arrivée du navire de Solovioff, qui relâchoit devant
Unalaska (nous en parlerons bientôt) Ça). Aucun
des infulaires ne fe montra près du havre pendant
l'hiver : il eft probable qu'alors cette terre étoit inhabitée , car les Ruffes firent des excurfions de tous
les côtés , & même ils achevèrent une fois le tour
de l'isle ; ils examinèrent les habitations des naturels , ainfi que tout le pays, & ils firent une recherche exa&e des débris du navire pillé par les
fauvages.
Suivant le journal de Glottoff, Umnak a environ trois cents verftes de circonférence ; on y
trouve plufieurs petits ruiffeaux qui viennent des
lacs & qui tombent dans la mer , après un cours
de peu d'étendue : on ne voit point d'arbres fur
l'isle, & les productions végétales y font les
jjiêmes que celles du Kamtchatka.
On apperçut Pété de petits grouppes d'habitans ,
mais ils prenoient la fuite à l'approche des Ruffes :
des follicitations preffantes en déterminèrent quelques-uns à aborder Glottoff, & même à lui payer
un tribut ; Se il obtint de cette manière les armes ,
les ancres & les ferrures du navire qui avoit été
Ça) Voyez le chapitre fuivant
H ïi4
Nouvelles
pillé ; il employa aufli toute la belle faifon à échanger des grains de verre contre des peaux de
renards & des loutres de mer.
L'hiver fuivant, il envoya des détachemens de
chaffeurs à Unalashka 6k dans l'intérieur de l'isle
d'Umnak, & au mois de juillet 1766 il appareilla pour retourner au Kamtchatka. Nous allons
donner, à la fuite de cette narration, une copie
du journal tenu à bord du navire l'André & Na-
talie, qui pourra fournir des indu&ions fur la
pofition des différentes isles.
Journal de Glottoff\ abord de /'André & Natalie.
1762.
Octobre. T. Appareillé de la baie du Kamtchatka.
2. Vent du fud. Le cap entre Peft & le fud-eft
pendant trois heures.
Vent de fud-eft. Manœuvré au nord-eft pendant feize heures.
Depuis minuit le cap à Peft avec un bon vent
pendant dix-huit heures.
A fix heures du matin, vue de l'isle de Bering , à la diftance d'environ dix-huit verftes.
A une heure, mouillé à la pointe fud-eft de
l'isle de Cuivre.
A huit heures du matin, appareillé vers la
côte méridionale de Pisle, où nous mouillâ-
.   mes à dix heures.
ï763.
Juillet. z6. Appareillé de Pisle de Cuivre à cinq
heures du foir»
L DÉCOUVERTES. ÎIÇ
tj. Un bon vent de fud-fud-oueft pendant dix-
fept heures.
28. Nous fîmes peu de chemin.
29. Nous allâmes en dérive.  Le vent au nord*
nord-eft.
30. Ditto. P^fc*
31. Ditto. ; ISUgp
Août. 1. Ditto..
2. A onze heures du matin, le vent nord-eft. Le
cap à Peft.
3. Le vent à l'oueft-fud-oueft. Nous fîmes huit
nœuds par heure & 250 verftes.
4. Vent du fud. Nous fîmes 150 verftes.
ç. Même vent. Nous fîmes 126 verftes.
6. Même vent. Trois nœuds par heure, 4 5 {\*erftes.
7. Calme. jÉ&ÉM
g. Pendant la nuit, petit vent dii fud-eft. Le
cap au nord-eft. Deux nœuds \ par heure.
9. Avant midi, calme. A deux heures, petit
vent de nord-eft. Le cap entre l'eft-nord-eft
& le fud-eft. Trois nœuds par heure. <^f
10. Le matin vent d'eft-nord-eft. Enfuite du
fud-fud-oueft, avec lequel nous portâmes
le cap au nord-eft.
ïi. A cinq heures, vent fud-fud-eft. Le cap à
l'eft-nord-eft. Trois nœuds par heure.
12. Vent du fud. Le cap à Peft. Deux nœuds |
par heure. Nous fîmes 50 verftes.
13. Vent de fud-fud-eft. Le cap à Peft. Quatre nœuds \ par heure. Nous fîmes 90
verftes.
m lié
Nouvelles
Vent d'oueft-nord-oueft. Deux nœuds par
heure. Nous fîmes 30 verftes.
Le vent finiffoit. Quatre nœuds par heure.
Nous fîmes 6ô verftes.
Vent du nord-nord-eft. Cap à Peft-fud-eft.
Trois nœuds par heure. Nous fîmes 30
verftes.
Vent eft-fud-eft & fud-eft. Brifes légères
variables.
Vent fud-eft. Cap au nord-eft. Trois nœuds |
par heure. En douze heures nous fîmes 22
verftes.
Vent de fud 6k brifes légères. Cap à Peft,
Trois nœuds. Nous fîmes 11 verftes en
huit heures.
Calme avant la pointe du jour. Trois heures après le lever du foleil une brife fouffla
du fud-eft. Cap à l'eft-nord-eft. Trois nœuds.
Nous fîmes 20 verftes.
Calme.
Vent de fud-fud-eft pendant la faéit. Deux
nœuds. Le vent tourna enfuite au fud-fud-
oueft 6k le navire fit cinq ou fix nœuds.
150 verftes pendant vingt-quatre heures.
Vent de la terre à la pointe du jour. Trois
nœuds. 45 verftes.
Vent de Poueft-fud-oueft ; cinglé le long de
la côte. En vingt-quatre heures 50 verftes.
Vent  nord-oueft.   Cap au nord-eft.   Cinq
nœuds. 100 verftes.
Vent eft-n©rd-eft. Le bâtiment dériva vers D  É  C O X^rV'ETH^T  Ë  S.
ïï7
28
29
30
3i
la terr^iiabh^elle on defcoiivsfc imé^ute
montagne. ^^PP^o Biè^Afb
Vent nord-eft & otageiife f> ht vaiffeau. en
dérive. fa^n^       kwf^^^w'
Vent de nord-oueft. Qip à Peft*&Qrd-eft.
Trois nœuds. b3K«fâ&âf       Wff j4 ?
Vent ||d-fud-eft. Six noeuds. Le cap mis dfe
nouveau fur la terre. ;v|BB^
Tempête violente. Vent d'çfoeft.      WÈi&&
Septembre.  1. Vent d'oueft. Cap nord-eft fur la
terre. Trois noeuds.
2. Vent de fud-oueft. Cap nord-eft fur la terrée
Cinq nœuds» |§| r&^BÉfft^'^Bj»?
Vent de fud-oueft. Dérive au nord-nàrS-efl
le long de la côte.. i^^^-^S^I^^^Î^f*
Vent d'oueftrlîfîrd-oueft. Cap au -nOK&ew
Quatre nœuds. Nous fîmes 100 vejrfteS. >
Vent du nord-oueft. Cap à&d'eft-nordlFefl:.
Trois nœuds. Npus mouillâmes furie foir en
travers de Pisle de Kadyak. 1  V^|C r?Cî
^764- fâfi
Mai. 24. Apparefié de Kadyak.     "'^w     | :
2f. Vent de nord-oueft. Fait peu de chemin a
Poueftrfij^oûeft.: -fMbfs* : ?mê .u
26. Vent de l'oueft. Le vaiffeau en <|êrive dans
la partie du fud-eft.
Vent de Poueft-fud-pueft. Le vaiffeau en
dérive vers Peft- fud-eft. Le même jour ïe
vent tourna au fud , & noU$ÉK>îmes le cap
du côté de Kadyak. ÉIm
^mm *m H B>
3
*
27 *9
30
31.
Juin
1ÛW&F E t<%% S
eûàfiid-aeft. Rencontre de la terre
d'Alakfu.
fSS&tvd&îfuda^eft. (S&p' au nord-oueft.
Vent de l'oueft-nord-ouéft. Le bâtiment en
idérivéïfilruà cfe- miitefé^b* -
Vent de Poueft. En dérive art fud.
I^fVent d^Pdueft-fudAKieftï* Débarqué fur
Pisle de Saktunak pour y faite? de1'eau.r
2. Vent de fb&èft. Le cap au fud-oueft le long
de lïïslè. Tr^fcs nœ^
Vent de nord-eft.  Cap à  l'oueft-fud-oueft.
Trois ou^piàtre nœu<3s«pàr heure. Nous fîmes
IOO verftes en vingt-quatre heures,
^5-Gafene.
ç. A huit heures du matin , petite brife de fud-eft.
f§ Vent de Peft. Enfuke calme.  Le vent fouffîa
dtf"fud-eft fur le foir. Le cap au fud-oueft.
V»J^bis nœuds. Nous découvrîmes terre à l'a-
vaîôrsfens nous y attendre.1* 3&
Du 7  au   10,  mouillé en - travers d'un  petit
rocher.
Vent fort du fud. Le bâtribènt chaffe fur fon
ancre. Porté en mer^kP^ïp-à Peft.
Mouillé une fécondé fois à peu de diftance
de la terre.
Vent du fud-fud-oueft, porté en meiK,  le
cap à l'efttfud-eft.
î 4. Vent de Poueft-fud-oueft. Cap au fud-fud-eft.
qp^Un nœud.
1 5. Calme.
16. Vend du* fud. Cap à Poueft. Un nœud. Le
bâtiment dérive un peu au nord.
ïo.
11.
*3 DÉCO VzV E R T ï S;        ÏÏ9
17. Vent dufud-fud-eft* Cap à Poueft-fud-oueft.
-M    Trois nœuds.
18. Calme.
19. Ditto..
20. Vent de nord-eft. Cap au fud-oueft. Nous
fîme$£ce jour environ 87 verftes.
21. Le vent fouffloit droit de Pavant; mouillé
en - travers d'une isle inconnue , où nous
reftâmes jufqu'au 2^.
25. Mis en mer dès le grand matin.
26. Vent d'oueft-nord-oueft, enfuite oueft. Cap
au fud-eft.
27. Calme. La nuit une brife légère, mais favorable, ^jigjo
28. Vent du nord-oueft, notre route continuée.
Deux à trois nœuds.
29. Vent du nord-eft. Cap à Poueft. Trois à
quatre nœucfe/Nous apperçûmes terre*
•3 b.. Vent du nord-eflv Cap au fud-oueft. Sept
nœuds.
Juillet. 1.  Même   vent  & même route. Cinq
nœuds. Nous fîmes  200 verftes.   -&M
2. Approché de Pisle d'Umnak & mouillé au-
deflbus d'une petite isle jufqu'aur lendemain :
alors nous fîmes entrer le bâtiment dans le
havre, & on le vira en flanc.
1766.
Le 13 juin le navire remis dans le havre & viré
en quille. Nous reftâmes mouillés jufqu'au 3
de juillet.
Juillet. 3. Appareillé.
Hiy  II Un vent du fud-oueft jeta le bâtiment en dé-
environ 50 verftes au nord-eft.
6. Vent du fud. Nous fîmes environ 60 verftes
à Poueft.
7. Vent de Poueft-fud-oueft. Le bâtiment jeté
en dérive au nord. |
8. Vent de nqrd-oueft. Le cap au fud. Un nœud.
9. Vent du nord-oueft. Cap à Poueft-fud-oueft
tout le jour.
Vent du fud-fud-oueft. Nous fîmes environ
40 verftes à Poueft-nord-oueft.
Vent du fud - oueft.  Nous  continuâmes la
même route, mais nous ne fîmes que cinq
verftes.
La même route continuée. Nous fîmes f 5
verftes. WjÊf:
Calme la plus grande partie du jour.
Vent de Poueft-nord-oueft & orageux. Le
bâtiment jeté en dérive fous la mifaine.
Vent du fud. Nous fîmes 100 verftes de
bonne route. ^Ite^îl
Vent de Peft-fud-eft. Le cap à Poueft-fud-
oueft., Six nœuds. Nous fîmes 100 verftes.
Vent du nord-nord-oueft. Le cap au fud-
oueft. Deux nœuds par heure. Nous fîmes
30 verftes.
jB\ Vent du fud. Le cap à Poueft. Cinq nœuds.
Nous fîmes 130 verftes.   -^|
19. Vent du fud-oueft. Le bâtiment jeté en dérive fous la mifaine. uËk Di c ou ver tï s;     lit
LO. Vent de  l'eft-nord-eft.  Le câp à Poueft-
RHf ■ nord-oueft. Trois nœuds.
il. Vent de l'eft-nord-eft. Quatre à cinq nœuds.
Nous fîmes loo verftes.
12. Vent de Peft - nord - eft. Quatre nœuds f.
Nous fîmes 150 verftes.
13. Vent de Peft-nord-êS. Le cap, à l'ouefté Trois
nœuds. Nous fîmes 100 verftes.
24. Vent de Peft* Le cap à Poueft. Trois nœuds.
I Nous fîmes  5 o verftes.
25. Vent de nord-eft. Le cap à Poueft. Cinq
nœuds. Nous ffraes  100 verftes.
16. Le vent continua au nord-eft, & fraîchit.
Le cap à Poueft. Sept nœuds. Nous fîmes
200 velftes.
27* Petite brife du nôrd-nord-oueft, avec laquelle
nous fîmes cependant 150 verftes.
28* Vent de Poueft-fud-oueft. Le bâti^fent vingfe-
quatre heures en dérive, à mâts & à cordes.
29. Vent du fud. Le cap à Poueft. Deux nœud&
Nous fîmes 48 verftes. Ce jour noi$*i3pper>
çûmes la terre.   |||0/§|;
30. Vent de fud-fud~eft. Quatre noepls. Nous
fîmes 96 verftes, & nous approchâmes de
la terre, que nous reconnectes pour l'isle
de Karaga. Du premier au 13 août, nous
continuâmes notre route p^%remboufcjb|g|ê
de la rivière du Kamtchatka , quelquefois
louvoyant au vent, quelquefois allant' en
dérive. Enfin nous arrivâmes heureufement
avec une riche cargaifon» , i 32£
•N-O U V E L L E S
^^^pf8*"-
CHAPITRE   XL
VùYA G E de Solovioff ; il arrive à Unalashkâ^m
& paffe l'hiver fur cette isle ; récit de ce qui
lui arriva. Lès naturels  effaient infructueufe-m
ment de détruire l'équipage. Retour de Solovioff
au Kamtchatka^ Journal de fon retour. Def-1
É   cription des isles dUmMak  & d'Unalashka*
Productions ;   habitans ; leurs mœurs , leurs 1
ufages, &c.
jtifN Î764, Jacob Uledmkoff, négociant dlr-
kutsk^ ^équipa le navire le Saint-Pitfre & le
Saint-Pàm* Ce bâtiment, commandé par Ivan
Solovioff, partit de l'embouchure de la rivière
du Kârfitchaf&^le 5 août , avec cinquante-cinq
hommes j parmi lefquels il y avoit quelques-uns
des propriétaires , & trekfè "Kamtchadales.
Il porta d'abord le cap au fud-eft avec un vent
de nord^ë&eft; mais approchant du fud, il diri-B
gea fâ route à Peft - nord - eft.'Le 27, un des
matelots IRuffes mourut en-travers de la pointe
du Kaîiitdiatka. Le 31 , Solovioff eut vue de
^HPâêCëHÂg , qu'il laiffa à fa* gauche. Le pre-|
mier & le 2 feptembrè, il ëtit calme , & le vent
fe levant enfuite à Poueft-fud-oueft, il continua,
fa première route. Il cingla jufqu'au 5 avec ur|
vent du fud , mais le 5 & le 6 des b*4fes variables D é e o v y ï r t i s;
îï3
& des èalmes tout pîits l'empêchèrent d'avancer. Du 7'aTa T3 il marcha à l'eft-fud^eft avec
des vents du fud & de Poueft, & depuis ce jour
jufqu'au if il fit route à Peft avec%i vent de
Poueft.
Le î 6 feptembre , il apperçut l'èsle d'Umnak ,
où Solovioff avoit relâché autrefois fur le'navifê
de Nikiphoroff. Comme il longeoit la côte fepten-
trionale, trois infulaires arrivèrent près de lui§m
des baidars ; mais l'équipage n'ayant point d^5
terprete , ils ne voulurent pas monter à bord. Le
commandant ne ttsôuva point de baie fur e dans
§ëtte partie, & il continua fa route à travers un
détroit large ^environ une verfJS, qui féptt»
l'isle d'Umnak de celle d'Un^siikaÛ^l mit en
panne pendant la nuit-, &C dès le grand matini^B
17 il laiffa tomber l'ancre , à environ deux cents
verges de la cote, dans une baie de la bandé
feptentrionale de la dernière isle.
Le capitaine chargea enfuite Grégoire Kore-
noff de monter un baidar avec vingt hommes ,dé
débarquer , de reconnoître le pays ^ de fe rendre
aux habitations les plus prochg£^i*§£ d'examiner
les difpofitions ~des infulaires.^K^f^ioff revint le
même jour dire qu'il avoit découvert une jourte,
mais qu'elle étoit déferte Sfcfep*'ruine , & qu'il
y avoit trouvé une ceinture & une gibecière qui
ne pouvoient venir que des Ruffes.
D'après ce ^rapport, Solovioff rapprocha le
navire^e là côte, & s'efforça de gagner l'em-*
bouchure de la rivière appellée par les naturel^
r~ 124
N O  U#EL LES
il
iti
\M
il ;
Tjikanok , &: par les Ruffes Ofernia ; mais Peau
baffe l'en empêcha. Il débarqua cependant fes
fggêts & fes provUtons. Les infulaires ne parurent
pas avant le 22 : deux d'entr'eux arrivèrent ce
jour-là &C témoignèrent aux rtuffes qu'ils étaient
les bien - venus. Ils dirent leurs noms & furent
reconus par Solovioff, Il les avoit vus dans une
première expédition, & Àgiak l'un deux lui avoit
fervi d'inte£prete ; l'autre, qui s'appelloit Kashmak , avoit paffé quelque tems de fa propre volonté avec l'équipage Ruffe.
Ces deux infukires racontèrent en détail les
défaftres & les malheurs arrivés aux navires de
Kulkoff, de Protaffoff & de Trapefnikoff. Kashmak , qui fe troufgoit fur ce dernier , avoit eu
peine de fauver fes jours en prenant la fuite.
Agiak, qui;fervokid'interprete à celui de Pro-
Éwff, dit q^àles naturels du pays, après avoir
affafliné les détaehemens Ruffes envoyés à la
chaffe, vinrent dans le havre & montèrent à bord
d'un navire a$tee des difpofitions pacifiques en
apparence ; qu'ils attaquèrent brufquement & maf-
facrerent l'équipage &: le commandant, qui fe
Cfoyoit ditenune ^parlwte fécurité ; qu'il s'étoit
caché fous um banc jufqu'au départ des meurtriers ; & que depuis ce moment il avoit mené ,
ainfi que Kashmak, une vie errante. Ils ajou|fyj
rent que pendant leurs courfes fecretes dans l'intérieur de Pisle, ils avoient appris des femmes
qui cueilloient des fruits fauvages dsftijs les champs ^
que les chefs d'Umnak, Akutan & Toshkolo, T
DÉCOUVERTES. IIÇ
de concert avec leurs parens d'Unalashka, avoient
formé june confpiration ; qu'ils étoient convenus
de ne pas inquiéter Solovioff & fes gens à leur
premier débarquement, mais de les laiffer partir
pour différentes expéditions de chaffe ; que lorfque les Ruffes feroient ainfi diyifés & affoiblis ,
on viendroit les attaquer & les exterminer tous
à la fois, fans qu'ils puffent fe fecourir les uns
les autres. Ils avertirent en outre de l'arrivée de
Glottoff à Umnak. ^PPI
Cette fâcheufe nouvelle alarma Solovioff ; il
doubla fes gardes & prit toutes les précautions
qui dépendoient de lui , pour fe mettre à l'abri
des attaques des fauvages ; mais ayant befoin de
bois pour réparer fon navire , & defirant recon-
noître l'isle d'une manière plus particulière, il
envoya le 29 dans la partie de Poueft un détachement de trente hommes avec l'interprète dont
on a parlé tout - à - l'heure. En trois ou quatre
heures le détachement arriva à Ankonom , pointe
de terre, où il apperçut un village compofé de
deux grandes jourtes, & vis-à-vis &cà peu de
diftance une petite isle. Dès que les infulaires les
découvrirent, ils montèrent fur leurs baidars, Scie mirent en mer , abandonnant leurs habitations.
Les Ruffes y trouvèrent plufieurs cadavres : Pin-
terprete vit que c'étaient ceux de dix matelots du
navire de Trapefnikoff qui avoient été affaflinés*
On vint à bout de perfuader aux naturels de
retourner dans leurs jourtes qu'ils avoient abandonnées : ils s'approchèrent cependant avec cir« 1
îi€
Nouvelles
confpeétion ,i§jfcgarderent leurs armes à tout événement. fiiÉi      "&$S$H
Solovioff entreprenant de couper leur retraite ,
afin de s'emparer, s'il étoit poflible, de quelques
otages, les naturels prirent l'alarme 6k commencèrent eux-mêmes le combat. Alors les Ruffes
firent feu 6k les pourfuivirent ; ils en tuèrent quatre
& firent fept prifonhiers, & parmi ceux-ci le chef
de la petite isle de Sédak. Dès que ces prifonniers
furent liés,ils avouèrent qu'une partie de l'équipage
de Korovin avoit été maffacrée en cet endroit ;
& le chef envoya chercher des fufils, des cha#iJ
derons & des agrêts , que les naturels avoient
enlevés dans cette occafion. Les naturels dirent
aufli que Korovin , avec un détachement monté
fur deux baidars , s'étoit réfugié à un endroit appelle Inalga : d'après cette information , le commandant écrivit tout de fuite à Korovin , le 2.
octobre, qui vint rejoindre fes compatriotes dès
qu'il eut reçu la lettre. :$ïWA *W$#|
Au moment où Korovin arrivoit, les fauvages
fondirent fur les fentinelles de Solovioff à coups
de couteaux : les fentinelles fe défendirent à coups
de fufils & tuèrent fix hommes. Le chef captif
voulut excufer cette entreprife de fes compatrio-<
tes , en l'attribuant à la crainte qu'ils avoient qne|
Korovin, par efprit de vengeance, ne maffacrâ6§
tous les prifonniers; il dit qu'en  attaquant tes|
gardes, les naturels fe propofoient feulement de
délivrer les captifs. Le capitaine, pour plus de
fureté j envoya les captifs par tetatou havre ^ D é c o u verte s.
.12'
tandis que Korovin Se. fon détachement fe rendirent au navire par mer. Le chef cependant étoit
bien traité ; on lui permit même de s'en retourner chez lui, à condition qu'il laifferoit fon fils
en otage. Les habitans*de trois autres villages ,
appelles Agulak, Kutchlog &c Makuki, féduits
par la douceur &. la modération des Ruffes , présentèrent des otages de leur propre volonté.
Avec les débris de la vieille baraque ruffe ,
dont on a parlé tout - à - l'heure , Solovioff en
conftruifit une nouvelle, & le 14 on amarra le
bâtiment pour l'hiver. Korenoff alla reconnoître
la partie méridionale de l'isle, qui en cet endroit
n'avoit pas plus de cinq ou fix verftes de large.
Il continua enfuite fon chemin avec fes camarades ,
quelquefois fur fon canot, d'autres fois voyageant
par terre & traînant le canot à bras. A fon retour ,
le vingtième jour, il dit qu'il avoit trouvé une
habitation déferte fur la côte la plus éloignée de
Sl'isle ; que de là il fit route à Peft par mer, le
long du rivage , & que derrière la première
pointe de terre il aborda à une isle dans la baie
voifine. Il y avoit environ quarante inftilaires des
deux fexes logés un peu au - deffous de leurs
baidars ; il les traita avec tant de douceur que les
naturels lui livrèrent trois otages ; ils allèrent en-
fuite s'établir dans la cabane vuide dont on vient
de parler, d'où il fe rendoit fréquemment au
havre.
Le 28 o&obre, Solovioff à la tête d'un dé-
Ittdbment, alla de foncàté reconnoître l'isle le
m Î28
Nouvelles
long de la bande feptentrionale, vers Pextrêmité
nord-eft; il fit route du premier promontoire à
travers la baie , & il trouva fur la pointe de terre
oppofée, une bourgade appellée Agulok, qui gît
à environ quatre heures de rames du havre. Il
y vit treize hommes 6k quarante femmes ou en-
fans, qui rendirent plufieurs barrils de poudre 6k
des munitions du navire, & qui parlèrent de deux
Ruffes de l'équipage de Korovin, qui avoient
è%è maffacrés. MÉ)I$$
Le 5 feptembre il s'avança plus loin, &
après avoir ramé cinq ou fix heures, il apperçut
fur une pointe de terre une autre bourgade appellée Ikutchlok , derrière laquelle l'interprète lui
montra le havre où mouilloit le bâtiment de Korovin. Sur une isje qu'on voit en-dedans de cette
baie , appellée Makushinshy , il rencontra deux
chefs noUlmés Itchadak 6k Kagumaga, & environ cent quatre-vingt perfonnes des deux fexes
qui chaffoient des ours de mer : ces naturels ne
montrant point de difpofitions aux hoftilités , Solovioff s'efforça d'établir 6k de maintenir des liai-
fons pacifiques avec eux. Il y refta jufqu'au io ,
jour où les chefs l'invitèrent à leurs demeures
d'hiver, qui étoient environ cinq heures de navigation plus loin à Peft ; il y trouva deux jourtes,
chacune de quarante verges en quarré, près d'un
ruiffeau qui tomboit d'un lac dans une petite baie,
& qui étoit remplie de poiffon. Il y a aux environs de ce village , au - deffous de la marque
de la marée > une fource chaude, qu'on ne voit
qu'au DÉCOUVERTES
129
qu'au moment du reflux. Il en partit le 2 5 ; mais
il y fut ramené par les tempêtes, & il y féjourna
jufqu'au 6 de décembre.
Kagumaga l'accompagna pendant cet intervalle
à une autre bourgade appellée Totfikala ; le chef
& l'interprète l'avertirent de fe défier des naturels qu'ils peignirent comme des fauvages ,. ennemis jurés des Ruffes & affaflins de neuf hommes
de l'équipage de Kulkoff. Solovioff, d'après ce
confeil, paffa la nuit dans un endroit de la côte
qui étoit ouvert de toutes parts, 6k le lendemain
il détacha le chef en - avant, afin d'infpirer aux
naturels des difpofitions de paix. Quelques - uns
d'entr'eux écoutèrent les remontrances ; mais la
plupart s'enfuirent à l'approche de Solovioff ; de
forte qu'il ne trouva pe.rfonne dans la bourgade ,
compofée de quatre grandes jourtes , & il s'y établit avec des précautions convenables. Il y avoit
trois cents dards & dix arcs-.-'avec dès-traits* Il dé-
truifit toutes ces armes , iljgarda feulement un arc
& dix-fept traits, comme des objets de curiofité.
Il preffa par les démonftrations les plus affeétueufes
le petit nombre d'infulaires qu'il put aborder, de
renoncer aux fentiraens de haine qui les égaroient,
& de perfuader à leurs chefs & à leurs parens de
revenir tranquillement dans leurs jourtes.
Le 10 , environ cent hommes & un plus grand
nombre de femmes revinrent. Mais les plus belles
harangues ne produifirent aucun effet fur eux. Ils
fe tinrent éloignés, & fe préparèrent à dq nouvelles hoftilités, qu'ils recommencèrent en effet
I 130
Nouvelles
le i 7, par une 'attaque très - vive. Les Ruffes en
tuèrent dix-neuf, entr'autres Inlogufak , l'un des
chefs du pays , 6k l'ennemi le plus ardent de tous
les navigateurs ; un autre chef, nommé Aguladock^
qui fut pris , 6k avoua qu'en recevant les premières nouvelles de l'arrivée de Solovioff, ils
avoient réfolu d'attaquer l'équipage 6k de brûler
le navire. Comme on ne lui fit point de mal ,
il fut touché de ce bon traitement ; il confentit
à livrer fon fils en otage, & il ordonna à fes compatriotes de vivre en bonne intelligence avec les
Ruffes. Dans le courant du mois de janvier, les
naturels rendirent trois ancres 6k une affez grande
quantité d'agrêts 6k de munitions, qu'on avoit
fauves d'un navire jadis naufragé fur la côte ; ils
amenèrent en même tems deux jeunes filles ,
comme des otages pour^jpfureté de leurs perfonnes.
1 Le 25 janvier, Solovioff retourna au havre où
étoit fon navire ; avant fon départ, les chefs de
Makushinsk payèrent de leur propre volonté un
double tribut. - • ' j
Le premier février, Kagumaga de Makushinsk ,
Agidalok de Totzikala, 6k Imaginak d'Uugamitzi,
chefs du pays , vinrent trouver Solovioff avec un
grand nombre de le irs parens ; ils l'informèrent
de l'arrivée d'un navi Auffe à Uhimak, la fixieme
isle à Peft d'Agunalashka ; ils ajoutèrent qu'ils
ne connoiffoient perfo.nne de l'équipage, exceptw
un Kamtchadale , appelle Kirilko, qui étoit déjà
yenuiiir cesisjs^ltis lui dirent auffi que les na-
m DÉCOUVERTES. M»
turels, après avoir maffacré une partie de l'équipage détachée fur deux baidars, avoient trouvé
moyen de vaincre le refte & de détruire le navire. Le nom du Kamtchadale fit conjeéfurer aux
Ruffes que c'était un autre bâtiment équipé par
Nikiphor Trapefnikoff, dont on n'a jamais rien
appris de plus. Solovioffvoulant acquérir de nouveaux éclairciffemens fur les malheurs arrivés à
ce navire , effaya de perfuader aux chefs d'envoyer quelques-uns de leurs gens fur l'isle que
je viens de nommer ; mais ils répondirent que,
Pisle étoit trop éloignée , &. qu'ils redoutoient les
infulaires.
Le 16 février , Solovioff fe rendit une feconde
fois à l'extrémité occidentale de Pisle, où il avoit
jadis fait prifonnier & enfuite mis en liberté le
chef de Sédak. De là il arriva à Ikolga , bourgade
fituée dans la baie & compofée d'une feule jourte.
Le 26 il atteignit Takamiska, bourgade où Pou
ne trouva non plus qu'une feule hutte fur une
pointe de terre aux bords d'un ruiffeau qui tombe
des montagnes dans la mer. Il y rencontra Korovin , avec lequel il coupa la laite d'une baleine ,
que les vagues avoient jetée fur la côte, Korovin
fe rendit enfuite à Umnak à travers le golfe, Ô£
il s'avança jufqu'à Ikaltshinsk, où le 9 un homme
de fon détachement mourut de maladie.
Le 15 mars, il revint au havre , fans avoir
rencontré   d'obftacles  de la part  des infulaires.
durant fon excurfion.  A fon retour, il trouva
un homme de  l'équipage mort,-& les autres
Ni ip
Nouvelles
attaqués d'un violent fcorbut ; cinq moururent
de cette maladie en mars, huit autres 6k un Kamtchadale en avril,'6k fix de plus en mai. A cette
époque les infulaires firent de fréquentes vifi-
tes aux otages; 6k en recherchant quel pouvoit
être leur motif, on découvrit que les habitans
de Makushinsk avoient formé le projet de maf-
fàcrer les Ruffes 6k de s'emparer du navire. La
pofition ' de Solovioff étoit critique ; il avoit tant
de fcorbutiques , qu'il ne lui reftoit que douze
hommes en état de fe défendre. Les naturels qui
avoient fait cette remarque , voulurent profiter
de Poccafion pour recommencer les hoftilités.
Le 27 mai, les Ruffes apperçurent près de
la côte le chef d'Itchadak , qui avoit payé jadis
un tribut volontaire ; il étoit accompagné de plufieurs infulaires qui le fuivoient fur trois baidars.
Ce chef, folîicité par l'interprète de Solovioff,
vint fur la côte ; mais il fe tint à quelque diftance ,
demandant à parler à fes parens. Solovioff donna
ordre de le faifir, 6k il eut le bonheur de le faire
prifonnier, ainfi que deux de fes camarades. Le
hef avoua fur-le-champ, qu'il étoit venu dans
le deffein d'apprendre des otages combien il reftoit encore de Rufles ; que d'après ce qu'on lui
diroit, les naturels du pays projetaient de fur-
prendre les fentinelles dans un moment favorable,
& de mettre enfuite le feu au navire. Le commandant voyant plufieurs infulaires ramer au
même inftant devant le havre, 6k le chef captif
formant qu'ils s'affembloient pour exécuter le DÉCOUVERT TE  S.
133
f^ojet doht on vient de parler, il réfolut de fe
tenir fur fes gardes. Les naturels fe retirèrent cependant , fans fe livrer à aucune hoftilité.
Le 5 juin, Glottoff vint au havre voir fe$
compatriotes ; & le 8 , il retourna far fon bord.
Le chef prifonnier fut alors mis en liberté , après
qu'on Peut exhorté bien férieufement à ne pas
fe comporter en ennemi. Deux autres Ruffes
moururent dans le courant de ce mois ; de forte
que Korovin, qui vint joindre Solovioff avec deux
de fes gens & deux autres de l'équipage de Kul-
koff, arriva fort à propos. Les malades commencèrent peu à peu à fe rétablir.
Le 22 juillet, Solovioff, fuivi d'un détachement diftribué fur deux baidars, fit une autre
excurfion au nord ; il paffa près des bourgades
dont on a parlé plus haut, St il s'avança jufqu'à
Igonok, fitué dix verftes au-delà de Totzikala :
la bourgade d'Igonok eft compofée d'une feule
jourte , au bord d'un ruiffeau qui tombe des montagnes & porte fes eaux dans la mer. Les habitans montaient à environ trente hommes, qui
vivoient avec leurs femmes tx leurs enfans. De
là Solovioff continua à longer la côte jufques
dans une baie ; il trouva , cinq verftes plus loin ,
un autre ruiffeau qui prend fa fource dans les
collines, tx qui traverfe une plaine.
Sur la côte de cette même baie , en face de
l'embouchure. de ce ruiffeau , il y avoit deux
villages , dont un feul* étoit habité ; il portoit le
nom çYUkunadok ; il étoit compofé de fix jourtes ;
mi *>4
Nouvelles
environ trente-cinq des habitans pêchoîent du
faumon dans le ruiffeau; le navire de Kulkoff
avoit mouillé à deux milles de là , mais il n'en
reftoit pas de débris. Après avoir débouqué la
baie , Solovioff s'avança jufqu'à Umgaina, village
d'été, fitué à fept ou huit lieues de là, au bord
d'un ruiffeau qui prend fa fource dans un lac
rempli de faumons. Il y trouva le chef Amaganak
avec dix de fes compatriotes occupés à la pêche.
Quinze verftes plus loin , le long de la côte , il
rencontra un autre village d'été , appelle Kalak-
tak | arrofé de même par un ruiffeau qui defi-
cendoit des collines : les habitans étoient au nombre de foixante hommes & de cent foixante-dix
femmes 6k enfans ; ils firent à Solovioff un très-
bon accueil , 6k ils lui livrèrent deux otages qui
étoient de Pisle d'Akutan , voifine de cet endroit.
Les Ruffes retournèrent à bord , le 6 août, avec
ces deux otages.
Le 11 , Solovioff alla dans l'isle d'Umnak ,
accompagné de Korovin , afin d'y prendre différentes chofes que ce dernier y avoit laiffées : ils
furent de retour au havre le 17. Le 31, Shaffyrin mourut : c'eft le même dont on a déjà raconté les aventures.
Le 19 feptembre, Korenoff conduifit un dé-»
tachement de chaffeurs dans la partie du nord ;
il ne revint que le 30 janvier 1766. Les Ruffes
qui demeurèrent au havre pendant fon abfence,
n'eurent point à fe plaindre des naturels; mais
lui & fes compagnons furent attaqués à  diffé- DÉCOUVERTES.
ïlî
rentes reprifes.  Après avoir diftribué aux habi-
tans des villages où il paffa, des filets pour prendre des loutres de mer, il pouffa fes chafles dans
la partie orientale de l'isle jufqua Kalatak. Il y
arriva le 31   oftobre, & an même  inftant les
habitans s'enfuirent avec précipitation ; & comme
tous fçs efforts pour les ramener furent inutiles,
il fe tint fur fes gardes. Il avoit raifon; car des
le jour fuivant ils revinrent, formant un corps
confidérable, armés de lances faites avec le ter
des navires qu'ils avoient pilles. korenoff fie les
camarades , qui s'étoient préparés à les recevoir,
en tuèrent vingt-fix & en prirent plufieurs ; après
cette défaite, les autres furent plus imitables.
Le 10 novembre , Korenoff, en retournant au
havre , paffa à Makushinsk , où il fut bien accueilli
| du chef appelle Kulumanga; quant a Itchadak,
on reconnut clairement qu'il méditoit des projets
d'hoftilités. Au lieu de rendre compte des mets
qu'on lui avoit confiés, il fe retira fecrétement;
& le 19 janvier, fuivi d'une nombreule troupe
d'infulaires, il effaya de furprendre les Runes.
La viftoire fe déclara en faveur de Korenoft, «
quinze des aflaillans, parmi lefquels fe trouvent
Itchadak, refterent morts fur le champ de bataille : Kulumanga affura le commandant, qu il
n'avoir aucune connoiffance de la confpiration,
&c qu'il avoit fouvent  empêché fon ami, au*
que fes autres compatriotes , de fe livrer à des
hoftihtés.
Korenoff fut de retour au havre le 3 c janvier ,
I iv 136
N 6 u v
ELLE
m
il
wiiil
& le 4 février il partit pour une nouvelle chaffe;
Vers «la pointe occidentale de Pisle. Il trouva uA
détachement envoyé par Glottoff, à un end$É|
appelle Takamitka ; il fe rendit enfuite à Umnak, où il perçut quelques tributs, 6k il fut de
retour le 3 mars. Pendant fon abfence , Kygi-
nik , fils de Kulumanga , vint voir les Ruffes.
Il demanda à être baptifé, 6k à s'embarquer fur le
navire Ruffe ; on confentit à ce qu'il defiroit.
Le 13 mai, Korovin alla, fuivi de onze hommes , chercher à Umnak une ancre qui étoit enterrée dans le fable. Dès qu'il fut de retour à
bord, on fit des préparatifs pour l'appareillage.
Avant Parrivée de Korovin, les chaffeurs avoient
tué 150 renards noirs & roux, 6k le même nombre de loutres de mer jeunes 6k vieilles ; depuis
ils avoient pris 350 renards roux, le même nombre de renards ordinaires, & I f o loutres, de différentes groffeurs.
Solovioff mit en mer le premier de juin, par
un vent d'eu, après avoir rendu la liberté à l'interprète Kashmak : on lui donna des préfens 6k
un certificat de fidélité, & on rendit les otages
à leurs parens ou aux chefs du pays. Avant de
quitter Pisle, il reçut une lettre de Glottoff y
qui Pinformoit qu'il fe préparoit auffi à retourner
au Kamtchatka. m®
Journal du retour de Solovioff.
Juin. 2. Le vent étant contraire , le navire s'éloigna peu de la terre* DÉCOUVERTES. I37
5. Le cap remis vers la côte ; mouillé & envoyé
à l'aiguade une chaloupe qui revint fans avoir
vu perfonne.
6é Appareillé, & le cap mis à Poueft par un
vent du fud-eft.
7. Vent favorable du nord-eft , & dans l'après*
midi du nord.
8. Vent du nord-oueft & orageux. Le vaiffeau
en dérive fous la mifaine.
9 &  10. Cinglé au nord, avec un vent d'oueft.
11. Calme jufqu'à midi ; enfuite il s'éleva une
brife du fud, avec laquelle nous gouvernâmes
oueft jufqu'au lendemain à midi : à cette époque le vent tournant à Poueft, nous changeâmes de route & mîmes le cap au nord-
oueft.
12. Calme pendant la nuit.
13. Petite brife du nord, avec laquelle nous gouvernâmes à Poueft l'après-midi ; il y eut un
calme qui dura jufqu'au 16.
16 a midi. A cette époque il s'éleva une brife
de Peft. Gouverné à Poueft. Nous continuâmes cette route le 16, par un vent du fud*
fud.eft.
Du 19 au 22 le vent fut variable du fud-oueft
au nord-oueft , avec lequel nous changeâmes de direction pour gagner Poueft.
13. Le vent de Peft , le cap mis entre le nord &
Poueft. Nous continuâmes cette route les 24 ,
25 & 26 avec un vent du nord.
ij. Avant midi, le vent paffa au fud-oueft. «3*
Nouvelles
28, 29, 30. Vent de Poueft.
Juillet. 1. Le vent paffa a Peft , 6k nous mîmd|
le cap entre Poueft 6k le fud - oueft , avec
de petits changemens de route jufqu'au 3.
Le 4, arrivée à Kamtchatkoi-Nofs ; & le  5 , le
navire entra en bon état,dans la rivière du
Kamtchatka.
Les remarques faites par Solovioff fur les isles
aux Renards 6k leurs habitans , étant plus détaillées que  celles des premiers navigateurs ,  elles
méritent  qu'on   les  infère  ici dans  leur entiçri|
Suivant   fon   eftime ,- Unalashka eft éloigné   de
ï 500 & 2000 verftes directement à Peft de l'embouchure de la rivière du Kamtchatka ; les autres isles s'étendent à Peft vers le nord-eft. Il
évalue à 8a verftes la  longueur d'Akutan, à
ifO celle d'Umnak, & à 200 celle d'Unalashl^Jj
On ne voit point de grands arbres fur aucune
des terres où il toucha. Elles produifent des fous-
bois , de petits buiffons & des plantes , fembla-
bles pour la plupart aux efpeces communes du
Kamtchatka. L'hiver eft beaucoup plus doux qu«
dans  les parties orientales de la Sibérie ,   6k  il
dure feulement depuis le mois de novembre jufqu'à la fin de mars. La neige ne demeure guesjj
fur la terre. $
Les rennes, les ours , les loups & les renards
aréliques ne fe voient point fur ces isles; mais
il y a beaucoup de renards noirs, gris, bruns &
roux. C'eft pour cela qu'on leur a donné le nom
de LyJJîe - Ofirava , ou d'isles aux renards. Ces Décowvsiteî;
*19
renards font plus gros que ceux d'Yakutsk, &
leur poil eft beaucoup plus groflier. Ils fe tiennent le jour dans les cavernes & les fentes des
rochers , le foir , ils vont fur la côte chercher de
la pâture. Ils ont détruit depuis long-tems la race
des fouris & des autres -petits animaux. Les naturels ne leur infpirent aucune frayeur ; mais ils
fentent les Ruffes à la trace, parce qu'ils ont
éprouvé l'effet de leurs armes à feu. Le nombre
des quadrupèdes marins , tels que les lions , les
ours & les loutres qui defcendent fur ces rivages, eft très - confidérable : on trouve fur quelques - unes des isles, des fources chaudes & du
foufre natif.
Les isles aux Renards font en général très-
peuplées ; Unalashka, qui eft la plus étendue ,
paroît contenir plufieurs milliers d'habitans. Ces
fauvages vivent en petites communautés féparées ,
chacune de cinquante & quelquefois de deux cents
perfonnes. Us vivent fous terrre dans des jourtes
qui ont quatre - vingts verges de long, fix à
huit de large, & quatre à cinq de hauteur : le
toit eft une efpece de grillage de bois, pofé
d'abord fur une couche d'herbages &C recouvert
enfuite de terre. Il y a au fommet plufieurs ouvertures , par où les habitans montent & defcendent avec des échelles : les plus petites de ce%
jourtes ont deux ou trois de ces entrées, m les
plus grandes cinq ou fix; chaque jourte eft di~
vifée en différentes chambres appropriées aux
différentes familles ; elles n'ont d'autres cloifons l;49
Nouvelles
que des pieux fichés en terre. Les hommes &
les femmes s'affeyent à terre, 6k les enfans fe
couchent, ayant les jambes repliées fous les cuit
fes ; on leur apprend ainfi à être accroupis.
Quoiqu'on ne faffe jamais de feu dans ces jourtes , Ça) elles font en général fi chaudes , que
les infulaires des deux fexes y reftent nus. Ils
fui vent fans honte tous les mouvemens de la
•nature , 6k ils n'ont aucune idée de la décence*
Ils fe lavent d'abord avec leur urine , enfuite avec
de Peau. L'hiver ils vont toujours nus pieds ; 6k
s'ils veulent fe réchauffer , ce qui leur arrive fur-
tout avant de fe coucher, ils allument des herbes
feches , 6k ils fe promènent autour 6k par - deffus
la flamme. Leurs habitations étant très-obfcures,
ils fe fervent de lampes, particulièrement l'hiver.
Ces lampes font une pierre creufée , dans laquelle
il y a une mèche de jonc 6k de l'huile de baleine:
ils leur donnent le nom de tfaaduck. Ils ont des
cheveux noirs , des vifages applatis , & leur taille
eft affez haute. Les hommes fe rafent avec une
pierre aiguifée ou avec un couteau le fommet
de la tête ; ils laiffent flotter le refle des cheveux.
Les femmes coupent les leurs en ligne droite fur
(a) De toutes les demeures choifies par les peuples fauvages, la jourte paroit la plus lieureufement
Imaginée Se la plus fmguïiere. Ces efpeces de caves
fouterreines conviennent à un pays froid, on il n'y a
point de bois ; Se toute la bourgade habitant ainfi la
même maifen, ne peut être furprife par Pennemi. DÉCOUVERTES.
Ï4I
le froi^; elles les laiffent parvenir derrière à toute
leur longueur , & elles les nouent dans une feule
touffe. Quelques hommes laiffent croître leur
barbe, d'autres la rafent ou l'arrachent.
Ils gravent différentes figures fur leurs vifages
& le dos de leurs mains ; pour cela ils font d'abord de petits trous avec la pointe d'une aiguille ,
& ils les frottent enfuite avec de Pargille noire. Ils
fe font trois incifions dans la lèvre inférieure ;
ils placent dans celle du milieu un os plat ou une
petite pierre colorée , 6k dans celles des côtés,
un long morceau d'os pointu , qui fe recourbe
& va prefque jufqu'aux oreilles. Ils fe percent auflî
le cartilage du nez, & ils y mettent un os cjf&
tient les narines très - ouvertes ; ils fufpendent à
leurs oreilles tous les petits ornemens qu'ils peuvent fe procurer.
Leur habillement eft un bonnet & une jaquette
qui defcend jufqu'aux genoux : leurs bonnets ordinaires font quelquefois d'une peau d'oifeau , qui
a les ailes & la queue; ils mettent fur le devant
de leurs bonnets de chaffe & de pêche une petite
planche qui les garantit du foleil, ou qui fert peut-
être à diriger leur vue : cette planche eft ornée"
de mâchoires d'ours de mer, & de grains de verre
qu'ils achètent des Ruffes. Dans leurs fêtes & leurs
danfes, ils portent un troifieme bonnet beaucoup
plus enjolivé. La jaquette qui les couvre "a la
forme d'une chemife ; elle eft fermée devant &:
derrière, & elle fe met par-deffus la tête. L'habit
des hommes eft de peaux d'oifeaux, & celui des ï42
Nouvelle s
femmes de loutres & d'ours de mer ; ils teignémj
ces peaux avec une terre rouge ; ils les coufent
avec des nerfs, 6k pour les embellir , ils y ajoutent diverfes bandes de peaux de loutres de mer
& des franges de cuir. Ils ont en outre des manteaux d'inteftins des plus gros veaux 6k lions
marins.
- Ils ont des navires de deux efpeces; les plus
grands font des bateaux ou baidars de cuir , garnis
de rames des deux côtés , 6k qui contient trente
ou quarante perfonnes. Les plus petits fe manœuvrent avec une pagaye double , 6k reffemblent aux
canots des Groënlandoifes : il ne portent pas plus
d'une ou deux perfonnes. Ces embarcations n'étant qu'une charpente très-mince, recouverte
de cuir, ne pefent jamais plus de trente livres.
Elles leur fervent cependant à paffer d'une isle
à l'autre, 6k même ils prennent le large à une
grande diftance. Dans un tems calme, ils s'embarquent pour aller à la pêche du turbot 6k de
la morue ; ils fe fervent pour cette pêche d'hameçons d'os 6k de lignes de nerfs ou d algues-
marines. Ils harponnent le poiffon dans les ruiffeaux à coups de dards ; ils recherchent foigneu-
fement les baleines 6k les autres animaux marins , jetés fur la côte par les flots , 6k ils en
' recueillent toutes les parties. La quantité de provifions que leur fourniffent la chaffe 6k la pêche,
ne fuffit pas à leurs befoins ; ils fe nourriffent ,
la plus grande partie du tems , de varech & dé
coquillages qu'ils trouvent fur le rivage. DÉCOUVERTES.
m
Ils ne permettent pas à un étranger de chaffer
ni de pêcher près d'un village , non plus que
d'emporter aucun comeftible ; quand ils font en
voyage, & que leurs provifions font épuifées,
ik mendient de bourgade en bourgade, & ils
demandent des fecours à leurs parens & à leurs
amis.
Ils mangent crue la chair de tous les animaux
marins : s'ils apprêtent quelquefois leurs alimens,
ils font ufage d'une pierre creufe, où ils mettent le poiffon ou la viande qu'ils veulent cuire ;
ils la couvrent avec une autre pierre plate, &C
ils en ferment les interfaces avec de l'argille ou
du limon : ils couchent enfuite cette marmite horizontalement fur deux cailloux , & ils allument
du feu deffous. Ils fechent à Pair , fans les faler,
les provifions qu'ils veulent garder. Ils recueillent des baies de différentes fortes, & des racines de lys, pareilles à celles qui croiffent fpon-
tanément au Kamtchatka ; ils ne connoiffent
point la manière dont les Kamtchadales apprêtent le panais fauvage, non plus que Part d'en
tirer de l'eau-de-vie, ou une autre liqueur forte.
Ils aiment paflionnément le tabac que les Ruffes
ont introduit parmi eux. Ëpj?
On n'apperçoit fur ces isles aucune trace de
religion, Sx les infulaires ne paroiffent pas.avoir
de forciers Ça). Si par hafard une baleine eft jetée
( a ) D'autres navigateurs difent qu'ils ont des forciers, comme on le verra plus bas. Encore une fois^ 144
Nouvelles
fur la côte , ils s'affemblent avec de grandes marques de joie , tx font une multitude de cérémonies fingulieres. Ils danfent en battant du tambour ; ils coupent enfuite l'animal par morceaux ,
& ils en mangent fur - le - champ la meilleure
partie. Dans ces occafions, ils portent leurs bonnets de parure ; quelques-uns danfent nus 6k avec
des mafques de bois qui defcendent jufqu'aux
épaules, & repréfentent différens animaux marins : leur danfe eft très - fimple , ils font deux
pas très-courts en-avant 6k ils les accompagnent
de plufieurs geftes grotefques.
Ils ne connoiffent point les cérémonies du
j mariage, 6k chaque homme prend autant de femmes qu'il peut en entretenir, mais ils n'en ont
pas ordinairement plus de quatre. Ils permettent
de tems en tems à ces femmes d'habiter avec
d'autres hommes, 6k ils les échangent fouvent,
ainfi que leurs enfans , contre des objets de commerce. Si Pun des infulaires meurt, on lie fon
corps avec des courroies, & enfuite on Pexpofe
à Pair dans un berceau de bois fufpendu à une
perche foutenue par des fourches Ça). Ils pouffent alors des cris 6k des lamentations.
Ils choififlent pour chefs ceux qui ont de nom-
malgré quelques répétitions , on rapporte les remarques des différens voyageurs , parce que chacun d'eux
a examiné des bourgades différentes.
I ( a) C'eft peut-être la manière dont on difpofe des
corps ûqs riches^ comme on le verra plus bas.
breufes DÉCOUVERTES.
M?
ibreufes familles, Se qui font habiles à la chaffe
l& à la pêche. Quoique ces infulaires mènent une
[vie fauvage , ils ont de la docilité dans Pefprit, &
Iles enfans que les navigateurs emmènent comme
[otages, apprennent en peu de tems la langue
rruffe.
JLiLU
CHAPITRE   XII.
IV O Y A G E d'Otckeredin ; il paffe l'hiver à Umnak ; arrviée de Levasheff à Unalashka ; retour
d'Otckeredin à Ochotsk.
JlLn 176? , trois négocians, Orechoff de la ville
d'Yula , Lapin de celle de Solikamsk, Se Shiloff
d'Uftyug , équipèrent le navire le Saint - Paul.
Ce bâtiment, conftruit dans le havre d'Ochotsk 9
avoit foixante-deux Ruffes Se Kamtchadales d'équipage , 6k en outre deux infulaires des isles aux
Renards , Jean Se Timothée Surgeff, qui avoient
été amenés Se baptifés au Kamtchatka.
Aphanaffei Otcheredin, qui le commandoit,
partit d'Ochotsk le 10 feptembre, 6k il arriva le
22 dans la baie de Bolcheresk, où il paffa l'hiver.
Le premier août 1766 , il continua fon voyage;
Se après avoir dépaffé la féconde des isles Kuriles ,
il gouverna le 6 en pleine mer. Le 24 il atteignit la
plus proche des isles aux Renards, à laquelle les»
K Ï4<5
Nouvelles
interprètes donnèrent le nom cYAtchak Ça), &®
comme il furvint une tempête , il mouilla dans-une
baie fans voir d'habitans fur la côte. Le 26 il remit à la voile , Se le 27 il découvrit Sagaugamak ,
terre qu'il longea au nord - eft ; 6k le 31 il fe
trouva à fept milles de Pisle d'Umnak, où la
faifon avancée 6k le manque d'eau Se de pro-
vifiôj^le déterminèrentiLpaffer l'hiver. Le premier feptembre, de l'avis des interprètes , il
remorqua le navire dans une baie, près d'une
pointe de terre qui gît au nord-oueft , 6k il le fit
amarrer fur la cote.
En débarquant, il découvrit plufieurs débris
d'un naufrage ; 6k deux infulaires , habitans des
bords d'un ruiffeau qui débouche dans la baie,
lui apprirent rque c'étoient les reftes d'un navire
ruffe dont le commandant s'appelloit Denys.^Jm
en conclut que c'étoit le bâtiment de Protaffoff,
équipé à Ochotsk. Les habitans réunis d'Umnak,
d'Unalashka 6k des Cinq-montagnes avoient maf-
iàcrê l'équipage , lorfqu'il étoit divifé en détache-
inens de chaffeurs. Les naturels lui racontèrent
auffi les malheurs arrivés aux navires de Kulkoff
& de Trapefnikoff fur Pisle d'Unalashka. Cette
nouvelle alarma Otcheredin ; mais il n'avoit d'autre reffource que de tirer fon navire fur la côte
Se de prendre des précautions pour ne pas être
furpris. Il entretint une garde vigilante ; il fit des
(a) On a vu plus haut, que des navigateurs antérieurs à Otcheredin l'appellent Atchu. Df COUVERTES, Î47
préfens aux chpis Se aux principaux habitans d\%
pays-, Se il demanda des enfans en otages. Les
naturels fe conduifirent d'une manière très-paifi-
ble, jufqu'au moment où on leur perfuada de fe
rendre tributaires ; car alors ils donnèrent des
preuves fi réitérées de leurs mauvaifes intentions ,
que l'équipage fe trouva dans des craintes continuelles. Au commencement de feptembre , les
Ruffes apprirent qu'un navire équipé par Ivan
Popoff, négociant de Lalsk, étoit arrivé à Una*
lashka.
Sur la fin de ce mois, le chef des Cinq-montagnes fe rendit auprès d'Otcheredin, Se il fut
fi content de l'accueil qu'il reçut, qu'il arnen^
des otages, avec des démonftrations d'amitié ,
Se affura de plus le commandant qu'il emploie-
roit fon crédit auprès des chefs fes compatriotes ,
pour qu'ils ne troublaffent point la paix. Les autres chefs, loin de montrer des égards pour fes
remontrances, eurent la barbarie de tuer l'un de
fes enfans. Cette atrocité augmenta la frayeur
des Ruffes., qui n'oferent pas s'éloigner du havre
dans leurs chaffes. Ils manquèrent bientôt de pro,-
vifions ; Se la faim * jointe à des attaques violentes de fcorbut, fit un grand ravage parmi eux ;
fix moururent, Se ceux qui furvécurent fe trouvèrent fi foibles, qu'ils avoient à peine la force
de fe remuer.
Leur fanté s'étant rétablie au printems, vingt-
trois hommes s'embarquèrent * le 2 f juin , fur
deux chaloupes 9 pour les Cinq-montagnes ? où
Kij Nouvelles
ils fe propofoient d'engager les infulaires à payer
un tribut. Le 26, ils débarquèrent fur Pisle
d'Ulaga, où ils furent attaqués vivemçnt par un
corps nombreux de naturels : il y eut trois Ruffes
bleffés; mais les fauvages, repouffés avec une
perte confidérable , furent fi épouvantés de cette
défaite, qu'ils fuirent devant l'équipage d'Otche-
redin auffi long - tems que ce capitaine demeura
dans Pisle. Il y fut retenu par les tems orageux %
jufqu'au 9 juillet ; durant cette relâéhe, il trouva
deux fufils rouilles, qui provenoient du navire
de Protaffoff. Le 1 o, il retourna au havre, Se il
fe décida à envoyer tout de fuite des détache-
mens de cl^ffeurs.
Le premier août, Matthieu Poloskoff, né à
Ilinsk, s'embarqua fur deux chaloupes, à la tête
de vingt - huit nommes, pour fe rendre à Una«
lashka ; Otcheredin lui ordonna, fi le tems Se les
circonftances étoient favorables, de defcendre à
Akutan Se Akun, les deux isles les plus proches
à Peft, mais de ne pas aller plus loin. Poloskoff
aborda à Akutan vers la fin du mois; Se ayant
été bien reçu des infulaires, il y laiffa fix chaffeurs.
Il mena le refte à Akun , fitué à environ deux
verftes d'Akutan. Il détacha de là cinq hommes
fur les isles voifines, où les interprètes lui avoient
dit qu'on trouve une grande quantité de renards.
Poloskoff Se fes camarades pafferent toute l'automne à Alçun fans être troublés par les infulaires ;
mais le 12 décembre , les habitans de différentes
isles réunis formèrent un corps nombreux, Se les
L DÉCOUVERTES.
*49
I attaquèrent par terre Se par mer. Ils apprirent à
Poloskoff, par Pentremife des interprètes, que
les Ruffes envoyés fur les isles voifines avoient
été tués ; que les deux navires qui fe trouvoient
à Umnak Se à Unàlashka, avoient été pillés Se
l'équipage mis à mort, Se qu'ils étoient venus
pour maffacrer également fa troupe. Les armes à
feu continrent les fauvages, qui fe difperferent le
foir. La même nuit, l'interprète déferta, fans doute
à Pinftigation de fes compatriotes , qui cependant
le tuèrent bientôt
Le 16 janvier, les fauvages vinrent faire une
féconde attaque. Après avoir furpris les fentinelles
pendant la nuit, ils mirent en pièces le toit de la
baraque, Se ils tirèrent dans l'intérieur en pouffant de grands cris. Quatre Ruffes périrent dans
cet affaut imprévu, Se il y en eut trois de bleffés.
Mais Pennemi, épouvanté par les armes à feu ,
prit la fuite. Sur ces entrefaites, un autre corps
de naturels effaya fans fuccès de s'emparer de deux
chaloupes. Les fix hommes laiffés par PoloskofF
à Akutan, ainfi que les cinq chaffeurs envoyés
fur les isles voifines, Se deux Ruffes de l'équipage de Popoff, qui étoient fur la pointe occidentale d'Unalaska, furent tués.
Poloskoff demeura dans l'isle d'Akun , courant
les plus grands dangers jufqu'au 20 février. Comme
les bleffés fe trouvèrent guéris à cette époque ,
il fe rendit par un bon vent près du navire de
Popoff qui étoit à Unàlashka, Se le 10 il retourna
fur le bord d'Otcheredin,
Kiij i^ô
Nouvelles
Le navire de Popoff étant prêt à appareiller
au mois d'avril, il remit à Otcheredin fes otages,
qui étoient au nombre de quarante. Le 30 juillet,
un autre bâtiment qui appartenoit au même négociant Popoff, arriva de l'isle de Bering, Se jeta
l'ancre dans la baie où mouilloit le Saint-Paul;
& les deux équipages s'affocierent pour la chaffe,
a condition de partager les bénéfices. Otcheredin
armé de ce renfort, détermina un affez grand
nombre d'habitans à payer le tribut. Le 22 août 1
le lieutenant d'Otcheredin alla chaffer à Unalashla*
Se Akutan , avec fix bateaux Se cinquante - huit
hommes : trente hommes refterent à bord des
deux navires dans le havre, Se montèrent la garde
avec foin.
Otcheredin Se le commandant de l'autre navire
reçurent bientôt une lettre, datée du 11 feptem-j
bre 1768 , de Levasheff, capitaine-lieutenant de
la marine impériale, qui avoit accompagné le capitaine Krenitzin dans une expédition fecrete fur
ces isles. Il leur àpprenoit qu'il étoit arrivé fur le
Saint-Paul a Unàlashka, Se qu'il mouilloit dans la
baie où le navire de Kulkoff avoit péri ; il leur de-
inandoit une relation circonftanciée de leur voyage*
Le 24, il envoya auprès d'Otcheredin chercher
quatre des principaux otages, 6k il lui ordonna de
lui envoyer le tribut de fourrures qu'on avoit
obtenu des infulaires. Comme le tems eft en général fort orageux à cette faifon de l'année , Otcheredin ne fit partir les fourrures qu'au printems. Le
31 mai, Levasheff appareilla pour \e Kamtchatka; DECOUVERTES.
Xfï
Se en 177Î, il fe rendit à Saint-Pétersbourg.
Otcheredin Se l'autre navire demeurèrent à
Umnak jufqu'en 1770, Se pendant le refte de
cette relâche les équipages n'eurent aucun démêlé
avec les infulaires. Us continuèrent leurs chaffes
qui furent très - heureufes ; car la part du navire
d'Otcheredin, dont on abrège ici le journal, monta
à 530 groffes loutres de mer, 40 petites Se 30
jeunes, 656 beaux renards noirs ,100 de qualité
inférieure, Se environ 12^0 renards roux.
Otcheredin partit d'Umnak le 22 mai 1770 |
avec cette cargaifon confidérable ; il y laiffa le navire de Popoff. Peu de tems avant fon appareillage , l'autre interprète , Ivan Surgeff, déferta à
l'inftigation de fes parens.
Après avoir touché fur les plus proches des isles
Aleiitiennes, Otcheredin arriva le 24 juillet à
Ochotsk ; il amenoit avec lui deux infulaires qui
furent baptifés. L'un fut nommé Alexis Solovioff^
Se l'autre Boris Otcheredin. Us moururent l'un Se
l'autre en allant à Pétersbourg ; le premier entre
Yakutsk , Se le fécond à Yrkutsk, où il arriva le
premier février 177I0
Kiv O  U  V  E IL E  S
CHAPITRE   XIII.
EXTRAIT du journal du voyage du capitaine
Krenitzin & du lieutenant Levasheff aux isles
des Renards en 1768 & 1769 ; départ du
Kamtchatka ; arrivée aux isles de Bering & de
Cuivre, aux isles des Renards. Krenitzin paffe
l'hiver à A taxa , Levasheff à Unàlashka. Pro*
duciions d'Unalashka, Remarques fur les habitans des isles aux Renards ; leurs mœurs,
leurs ufages, &c
•y
JL OUTES les expéditions dont nous avons parlé
jufqu'ici ont été formées par des négocians qui
penfoient d'abord à s'enrichir par le commerce
des fourrures 6k enfuite à faire des découvertes ;
celle-ci a été faite aux frais de l'impératrice, Se le
premier objet étoit de découvrir ou de recon-
noître de nouvelles isles , Se de foumettre des
tributaires.
Le 2^ juill.1768 , le capitaine Krenitzin appareilla
fur la galiote la Sainte-Catherine, de l'embouchure
de la rivière du Kamtchatka ; il étoit accompagné \
du lieutenant Levasheff, qui montoit le hourque I
le Saint - Paul. Leurs iiuîruclions furent réglées
d'après les lumières que procura l'expédition de I
Bering en 1741. Voulant fuivre une route un peu I
différente de celle de ce navigateur malheureux,
ii DÉCOUVERTES.
155
ils fe trouvèrent plus au nord qu'ils ne le comptaient , Se les négocians Se les chaffeurs Ruffes
leur dirent qu'il y a effectivement des erreurs de
pofitioaO) dans la carte de l'expédition de Bering.
Ces négocians accoutumés depuis plus de vingt
ans à fe rendre aux isles éloignées afin d'en rapt
porter des fourrures, dirent à Krenitzin qu'elles
étoient beaucoup plus au fud Se plus loin à Peft
qu'on ne l'imaginoit. Le 27 , il eut vue de Pisle
du Commodore ou de Bering, qui eft baffe Se
remplie de rochers , fur-tout dans la partie du
fud-oueft. Il apperçut de ce côté un petit havre
remarquable par deux collines qui reffemblent à
des bateaux, Se il trouva non loin de là un lac
d'eau douce.
Il y a au fud-eft une autre isle, appellée par
les Ruffes Mednoi-Oflroffou isle de Cuivre, parce
qu'on trouve une grande quantité de cuivre fur
la côte nord-eft, la feule partie connue des Ruffes.
Ce métal, que les flots viennent laver, eft en
(a) Ce paffage eft obfcur. Peut-être faut-il, pour
en découvrir le véritable fens, comparer la carte de
Krenitzin avec celle du voyage de Bering , placée à
la tête de la relation des découvertes faites par les
Ruffes, de M. Muller. La route de Krenitzin fut beaucoup plus au nord que celle de Bering & de Tfchirikoff. Par conféquent il navigua au milieu du parage
où Pon fuppofoit un continent, Se il n'y trouva qu'une
mer ouverte. Voyez YHiJioire d Amérique % de Robert-»
fon, à la fin du premier volume de l'original, Se le
chapitre premier de Pouvragé que nous publions ici. *H
Nouvelle
fi grande abondance fur le rivage , que plufieurs
vaiffeaux pourroient s'en charger ; ( a ) un navire
qui en porteroit à la Chine , où ce métal a beaucoup de débit, feroit peut - être une excellente
fpéculation. La plus grande partie de ce cuivre eft
naturelle, Se on diroit de plufieurs morceaux qu'ils
ont été en fufion. L'isle n'eft pas élevée ; mais on|
y voit différentes collines, dont chacune paroît
avoir été autrefois le cratère d'un volcan.
Obfervons une fois pour toutes que ces isles
font remplies de bouches à feu éteintes, auxquelles!
les Ruffes donnent le nom de Sopka ; on en ap*-
perçoit fur chacune des isles, même fur la plus
petite ; Se il y en a plufieurs dont toutes les montagnes font des volcans épuifés.
En un mot, cette chaîne d'isles peut être re-j
gardée comme une fuite de terres créées depuis
peu"par des volcans. Tout ce qu'on y voit annonce une exiftence peu ancienne, 6k autorife
cette conjefture. Les produirions végétales, qui
font en affez grande quantité, ne forment pas
une objeftion difficile à réfoudre; car lorfque les
Hollandois eurent conquis fur la mer le diftriét
(a) Les journaux des navigateurs qui relâchent
à l'isle de Cuivre , ne remarquent pas que les capitaines en prennent ; fans doute ce métal n'a point de
débit en Sibérie, Se les frais de tranfporten RuffieaM
forberoient les bénéfices : mais , comme le dit l'auteurJ|
£& fer oie une très-bonne fpéculation d'en charger des
navires qu'on enverroit à la Chine. Découvertes.     15c
Inférieur de la province de Zutphen, la Campagne
fut couverte de moutarde fauvage l'été fuivant.
Toutes ces isles font pleines de foufre, Se la terre
y tremble fouvent d'une manière violente. L'auteur du journal ne nous apprend pas fi on y rencontre de la lave ; mais il parle d'une pierre co-r
lorée, qui eft aufli pefante que le fer. On en
peut conclure , avec vraifemblance , que le cuivre
dont j'ai fait mention tout-à-Pheure , a été fondu
dans une éruption.
Après avoir dépaffé l'isle de Bering, les deux
navires qui s'étoient féparés dans une brume, ne
virent pas de terre avant la chaîne d'isles Ou de
promontoires marqués fur la carte , dans la partie
fud-eft de leur route. En général, ces terres pâ-
roiffent baffes, les côtes en font dangereufes ,
fans criques, Se la mer femble baffe dans les intervalles de l'une à l'autre. Krenitzin eut des brumes fréquentes depuis ce parage jufqu'au point
le plus éloigné de fa navigation, ainfi que pendant fon retour. Le journal St le rapport des
chaffeurs annoncent qu'il eft très-rare, même
pendant Pété , d'avoir un ciel clair cinq jours de
fuite.
La Sainte-Catherine paffa Phiver dans le détroit d'Alaxa , où elle fut chaffée fur un bas-fond.
Les inftruftions du capitaine lui apprenoient qu'un
navire appartenant à des particuliers, y avoit
trouvé un havre commode ; mais Krenitzin le
chercha en vain. L'entrée nord-eft de ce détroit
eft extrêmement difficile ? à caufe des bancs de Nouvelles
fable 6k des courans qui fe font fentir pendant le
flux Se4e reflux : celle du fud-eft eft beaucoup
plus facile, Se la fonde n'y rapporte pas moins
de cinq braffes Se demie. En reconnoiffant ce
détroit Se la côte d'Alaxa, les Ruffes apperçurent
plufieurs cratères éteints dans les terres baffes
près du rivage , où le fol produifoit peu de plan*
tes. Cette obfervation ne fuppofe-t-elle pas que
la côte a effuyé des bouleverfemens considérables depuis 1762? On ne trouve du bois que
fur un petit nombre de ces isles, Se alors les
arbres font dans les vallées aux bords des ruiffeaux. C'eft à Unalga ou Alaxa qu'il y en a le
plus ; ces deux terres offrent beaucoup de courans d'eau douce Se même de petites rivières;
ce qui prouve que leur étendue eft confidérable. Le fol eft en général rempli de fondrières
& couvert de moufle ; celui d'Alaxa offre plus
de terreau, Se produit plus d'herbages.
- Le Saint-Paul paffa Phiver à Unàlashka. La
latitude de l'endroit où il fut amarré, fut obfer-
vée de Ç3 deg. 29 min. nord; Se fa longitude,
mefurée de l'embouchure de la rivière du Kamtchatka , fut eftimée, d'après le journal de route ,
de 27 deg. f min. eft. Ça)
(a) Suivant la carte générale de Ruffie , l'embouchure de la rivière du Kamtchatka git par 178
deg. 2$ min. de l'isle de Fer. D'après l'eftime de
route de Levasheff, la longitude d'Unalashka eft donc
de 205 deg. $0 min. comptés du méridien de l'isle
d Découvertes.
*?7
Unàlashka a env&on cinquante milles de long
du nord-eft au fud-oueft ; Se dans la bande du
nord-eft, on trouve trois baies. L'une d'elles ,
appellée Udagha, s'étend Pefpace de trente milles
eft - nord - eft Se oueft - fud - oueft, à peu près à
travers le milieu de Pisle. Une autre qui porte le
nom cYIgunck Se court nord-nord-eft Se fud-fud-
eft, eft un affez bon havre, où la fonde rapporte
trois braffes Se demie à la marée haute , fond de*
fable. Des rochers qui font à l'entrée, Se dont
quelques-uns ne découvrent pas , le mettent à
l'abri de la houle du nord. La marée s'élève de
cinq pieds dans les pleines Se les nouvelles lunes ; Se la côte eft en général efcarpée Se remplie
4§$rochers, excepté dans la baie à l'embouchure
d'une petite rivière. H y a fur cette isle deux
montagnes brûlantes ; l'une s'appelle Ayaghish y
Se les Ruffes donnent à l'autre le nom. de Montagne rugiffante. On trouve près de la première ,
une fource chaude très - abondante. La campagne
eft prefque par-tout remplie de rochers , Se recouverte d'un peu de terre grafle Se d'argille,
l'herbe qui y croît eft très-grofliere, Se le bétail
ne pourroit pas la manger. Oa y rencontre très-
peu -d arbres : on y diftingue Je xylojleum de Tour-
nefort, ( c'eft la lonicera pyrenaica de Linnaeus )
ie vaccinium uliginofum de Linnaeus , le fram-
boifier , le farana Se le shikshu du Kamtchatka ,
de Fer, ou de 187 deg. 5$ min. iç fec. du méridien
de Greenvich. îçS
Nouvelles
le kutage, le larix, le peuplier blanc , le pin Se
le bouleau. Ça)
Les quadrupèdes de terre font des renards de
différentes couleurs, des fouris Se des belettes.
Il y a des caftors { b), des chats Se des lions
de mer comme au Kamtchatka. On y trouve en
poiffons la morue, la perche, la pélamide , l'éper-
lan, le rouget, l'aiguille, le terpugh, Se le tcha-
fitcha. Les oifeaux font des aigles, des perdrix,
des canards, des fàrcelles , des uriii, des ari 6k
des gadi. Les animaux d'Unalashka , dont j'ai
confervé les noms ruffes , fe trouvent décrits, èîËm
cepté Y ari, dans Phiftoire du Kamtchatka, de
Krashininikoff, ou dans la relation de Steller ,
inférée4 au fécond volume des Mémoires de Pa^|
demie de Pétersbourg.
Les habitans d'Alaxa , d'Umnak, d'UnalasMÉB
8e des isles voifines , font d'une ftature moyenne,
d'un teint bruni 6k couleur de tan ; ils ont les
(a) Les journaux des autres navigateurs difent
tous qu'il ne croit à Unàlashka que du fous - bois ou
des brouffailles ; mais il faut fuppofer que les arbres,
dont parle Levasheff, font petits & bas; en effet,
Levasheff a dit plus haut qu'on y voie très-peu
d'arbres.
( b ) Le journalifte entend furement ici par caftorS|
les loutres de mer, que les Ruffes appellent caftori
de mer. Voyez la part. III des obfervations prélii^B
naires. On trouve une defcription de la loutre de mer ,
lutra marina, appellée par Linnaeus muftela lutris
dans les Nov. Comm. Petr. vol. II, pag. 567 & fum
A DÉCOUVERTES.   15^
cheveux noirs. En été ils portent des vêtemens
(le journal ditparki) Ça) de peaux d'oifeaux*
Lorfqu'il fait mauvais tems , ou qu'ils font dans
leurs canots, ils jettent par-deffus des manteaux
d'inteftins de baleine, appelles kamli. Leur tète
eft couverte d'un bonnet de bois Çb) orné de
plumes de canards, Se d'oreilles d'un quadrupède
marin, du fchivutcha ou du lion de mer. Afin
de fe parer davantage, ils y ajoutent des grains
de verre de différentes couleurs, Se de petites
figures d'os ou de pierre : ils placent dans le
cartilage du nez un os, ou la tige d'une plante
noire, d'environ quatre pouces de long Se mince
comme une groffe épingle : les jours de beau
tems ou les^ours de fêtes, ils fufpendent aux
deux extrémités de cette épingle, des cercles
de grains de verre, pofés les uns au-deffus des
autres. Ils fe font des trous à la lèvre inférieure,
Se ils y mettent des grains de verre Se de petits
cailloux taillés en forme de dents. Us attachent
à leurs oreilles des cordons de verroterie, &
des morceaux d'ambre, qu'ils achètent à Alaxa
pour des traits 6k des kamli.   |
Leurs cheveu^ ne defeendent fur les tempes
(a) Parki, en langue ruffe, fignifie une chemife.
Les vêtemens de ces infulaires ont la forme d'une
chemife.
( b ) Outre ces bonnets de bois , il eft probable
.qu'ils en ont d'autres de peaux d'oifeaux; du moins
çwlques navigateurs, le difent. Nouvelles
que jufqu'aux yeux, Se quelques-uns fe rafent le
fommet de la tête, comme les moines. Ils les
laiffent flotter par-derriere. L'habit des femmes
ne diffère guère de celui des hommes ; mais il
eft de peaux de poiffons, Se non pas de peaux
d'oifeaux : elles ont des aiguilles* d'os, 6k des in-
teftins de poiffons découpés leur fervent de fil ;
lorfqu'elles travaillent, elles attachent leur ouvrage à terre ; elles ont la tête découverte ; elliH
coupent leurs cheveux fur le devant, ainfi que les
hommes, mais elles les relèvent par-derriere 6k
elles en forment un gros nœud. Elles appliquent
fur leurs joues du bleu Se du rouge ; elles portent des épingles dans le cartilage du nez , Se
des pendans d'oreilles de la même façon que
les hommes.: elles ont de plus des colliers de
grains de verre , Se des bracelets bariolés de différentes couleurs autour des bras Se des jambes.
Ils font très- fales fur leurs perfonnes : ils mangent la vermine dont leur corps eft couvert, 6k
la morve qui tombe de leur nez. Ils fe lavent
d'abord avec de l'urine, enfuite de Peau. QuanS
ils font malades, ils reftent couchés trois ou
quatre jours fans prendre de nourriture ; s'ils ont
befoin d'être faignés , ils s'ouvrent la veine avec
une lancette de pierre Se ils fucent le fang.
Ils fe nourriffent principalement de poiffons 6k
d'huile de baleine ; il eft rare qu'ils faffent cuire
leurs alimens ; ils mangent aufli du varech Se des
racines , fur - tout le fara, qui eft une efpece de
lys ; pour relever le goût du poiffon ou de l'huile
de
wM Découvertes.
161
de baleine , ils l'afperfent d'une herbe appellée
kutage, qui eft aigre. Ils allument quelquefois du
feu en laiffant tomber une étincelle fur des feuilles
feches Se de la poudre de foufre ; mais la méthode
la plus commune eft de frotter deux morceaux de
bois l'un contre Pautre, ainfi que le pratiquent les
Kamtchadales Ça). Vakfel, lieutenant de Bering r
reconnut que les habitans du canton de l'Amérique
fepténtrionale, qu'il vit en 1741, fuivent le même
ufage. Ils aiment paflionnément l'huile & le*bemre
ruffes , mais ils ne veulent pas manger de pain ;
on ne put les déterminer à goûter du fuere, avant
que Krenitzin leur en donnât l'exemple. Dès qu'ils
reconnurent qu'il étoit d'un goût douçâtre, ils le
cachèrent dans leurs vêtemens pour le porter à
leurs femmes.
Les habitations de ces infulaires font des jourtes
conftruites de la même manière que celles des
Kamtchadales : on y entre par un trou fait au
milieu du toit. Une feule de ces jourtes fuffit à
trente ou quarante perfonnes de différentes familles. Pour fe réchauffer, ils brûlent de l'huile de
baleine dans dés coquilles  qu'ils mettent entre
(a) L'inftrument dont fe fervent les Kamtchadales pour allumer du feu, eft une planche qui a plufieurs trous ; ils mettent un bâton dans un de ces
trous ,-& ils le tournent très-vîte jufqu'à ce que l'intérieur du trou commence à brûler ; ils approchent;
enfuite des matières combuftibles de l'étincelle. S. R. G.
III, pag. 205. Nouvelles
leurs jambes ; les femmes fe tiennent féparées des*
hommes. Ça)
' Six ou fept de ces jourtes comprennent un
village, 6k il y a feize villages à Unàlashka. En
général ces isles paroiffent affez peuplées ; c'eft du
moins ce qu'on peut conjecturer d'un grand nombre de canots qu'on voit naviguer fans celle le I
long de la côte. Il y a plus de mille habitans à
Unàlashka | Se les naturels dirent aux Ruffes que
jadis la population étoit plus confidérable. Depuis
que les navires marchands Ruffes vont y chercher
des fourrures , leur nombre eft diminué ; 6k en f
effet, on a vu que dans toutes les expéditions on
en tue plufieurs : d'ailleurs ils ont eiïuyé une famine terrible en 1762. Mécontens de la vie fim-
ple qu'ils menoient jadis , ils ont pris du goût pour
les objets de luxe que leur apportent les navigateurs : afin d'obtenir quelques bagatelles qui fe con-
fomment ou fe détruifent bientôt, ils emploient
la plus grande partie de leur tems à chafler pour
vendre les fourrures ; ils négligent ainfi de faire 1
des provifions de racines ou de poiffons , Se il eft
très - commun de les voir laiflèr mourir de faimj
leurs enfans.
j (a) Il ne faut pas donner une trop grande éten-t
due à cette phrafe de Fauteur du journal; car les*
navigateurs difent que les infulaires des deux fexesx*
habitent péîe-mêle. Peut-être Krenitzin veut-il dire^
que, lorfqu'ils font dans leurs jourtes, les femmes fe.
tiennent toutes d'un côté, Se les hommes d'un autre t
I DÉCOUVERTES*
16 j
Ils pèchent ave# des hameçons d'os ; leurs canots, fur lefquelsïïs naviguent à une grande diftance
de la terre, font, comme ceux des Innuets ou des
Efquimaux, de peaux Se de légers morceaux de bois
joints enfemble ; ces- peaux couvrent le deffus St
les côtés de l'embarcation , Se ferrent de très-près
la ceinture du rameur. Ça) Leur pagaye eft plus
large aux deux extrémités que dans la pale. Quelques -uns de ces Canots tiennent deux hommes ,
dont un pêche tandis que l'autre rame : ces derniers
femblent appartenir aux chefs. Ils ont d'autres baidars qui tiennent quarante perfonnes. Ils tuent des
oifeaux Se des quadrupèdes avec des dards d'os ou
de bois, armés d'une pierre épointée. Ils fe fervent
de ces dards dans les combats ; lorfque le coup
porte , la pointe fe brife Se refte au fond de la
bleffure. |
Ces peuplades ont toute la groffiéreté Se la férocité naturelles à leur pofition : les infulaires d'Unalashka font un peu moins barbares entr'eux , &
plus civils à l'égard des étrangers, que les naturels
des autres isles ;. cependant ils ont des querelles
fréquentes ; alors ils fe battent à outrance, Se ils
commettent des meurtres fans remords. Ils paffent
leur vie dans un état continuel de guerres, Se ils
(a) C'eft-à-dire qu'il n'y a de place que pour un
homme ou deux, Se que l'ouverture n'eft pas plus
large que le corps d'un homme. Le deffus sft couvert
de peaux, afin qu'il y entre de Peau en moindre
quantité.
L ij emploient toujours des ftratagémes pour devenir
vainqueurs. Les habitans d'Umnak font très - re-,
doutés; ils font des invafîons fréquentes fur les
autres terres, 6k ils enlèvent des femmes, car c'eft
là le premier objet de leurs hoftilités. Leurs incur-
fions fe portent principalement fur Alaxa, ( a )
fuivant toute apparence, parce que cette isle eft
la plus peuplée Se la plus étendue. Mais ils fe
réunifient tous pour détefter les Ruffes , qu'ils regardent comme des ufurpateurs qui veulent fou-
mettre tout l'archipel ; Se ils ne manquent jamais
de les affaflîner dès qu'ils en trouvent l'occafion.
Je viens de dire que la haine des habitans d'Unalashka eft un peu moins vive. Le lieutenant Levasheff ayant appris qu'un navire de fa nation relâ-
choit au détroit d'Alaxa, détermina quelques-uns
dentr'eux à y porter une lettre : ils la rendirent
effectivement, malgré le danger qu'ils coururent ;
ils auroient été maffacrés par leurs compatriotes,
s'ils avoient été furpris.
L'auteur du journal ajoute que ces peuplades
n'ont aucune idée de Dieu, 6k que toute efpece
de culte leur eft étranger. Peut-être fe trompe-t-il :
on obferve parmi eux des indices de religion ; car
ils ont des difeurs de bonne aventure, qui prédifent
les événemens d'après des lumières que leur inf-
pirent les kugans ou les démons. Ces devins qu'on
(a) Cette phrafe n'eft peut-être point exacte,
somme on le verra plus bas. DÉCOUVERTES.
m
\ confulte particulièrement les jours de fête, mettent des mafques de bois qu'ils varient fuivant la
f forme , où ils difent que le kugan leur a apparu ;
ils danfent enfuite Se fe livrent à des mouvemens
très -vifs ; ils frappent en même tems fur un tambour qui eft couvert de peaux de poiffons. Afin
de fe garantir des diables, les naturels portent aufli
de petites figures fur leurs bonnets, ou ils les placent autour de leurs jourtes. Cela fuffit pour prouver qu'ils ont une forte de religion.
C'eft une chofe très-commune de voir un de
ces infulaires qui a deux , trois ou quatre femmes :
quelques - uns, livrés au goût contre nature,
ont un amanf habillé en femme. Ces époufes ne
vivent point enfemble ; mais, comme celles des
Kamtchadales, elles habitent différentes jourtes.
Ils >font un échange de leurs femmes ; Se dans les
tems de difette, ils les vendent pour une veflie
pleine de graiffe. Le mari s'efforce enfuite de reprendre fa femme, s'il l'aime un peu, Se il fe
tue quelquefois, s'il n'en vient pas à bout. Lorfque des étrangers arrivent, les femmes font dans
l'ufage d'aller à leur rencontre , tandis que les
hommes reftent au fond de la jourte : cette démarche eft regardée comme un témoignage d'amitié , Se une fauve - garde. Si un homme meurt
dans la hutte appartenante à fa femme, celle-ci
fe retiré dans une caverne fombre , où elle paffe
quarante jours. Le mari fait une retraite aufli longue , fi fa favorite meurt. Si le père Se la mère
meurent, perfonne ne prend foin de leurs enfans:
Liij Nouvelles
ces malheureux orphelins font abandonnés à eux-
mêmes. Plufieurs vinrent prier les Ruffes de les
acheter.
Il y a dans chaque village une efpece de chef
appelle Tookoo Ça), qui ne jouit prefque d'au-
tune autorité. Il décide les différends par arbitrage,
Se les infulaires voifins mettent en exécution fa
fentence. Lorfqu'il va en mer, il eft difpenfé de
travailler ; Se il a , pour manœuvrer fon canot,
un domeftique qui porte le nom de Kalé\ c'eft
la feule marque de diftinétion dont il jouiffe ; il-
travaille d'ailleurs comme tout le monde. Sa dignité n'eft pas héréditaire ; on la donne à celui*
qui eft le plus remarquable par fes qualités per-
fonnelles ( b ), ou à celui qui a le plus d'amis,
£e par confisquentle plus d'influence. Voilà pourquoi il arrive fréquemment que l'on choifit celui
qui a la famille la plus nombreufe.
Ils célèbrent des fêtes en avril, après que la
faifon de la pêche eft finie. Alors les hommes 6k
les femmes chantent des chanfons. Les femmes
danfent feules , ou deux à deux , tenant dans leurs
mains des veffies gonflées. Leurs pas font d'abord
tranquilles Se doux, Se ils finiffent par être fort
vifs.
Les habitans d'Unalashka portent dans le pays
(a) Les autres navigateurs l'appellent Toigon.
(b) D'autres navigateurs difent fimplement qu'on
îa confère à celui qui a le plus d'enfans : peut-être
cela fe fait-il ainfi fur quelques isles. DÉCOUVERTES
l6$
le nom de Kogholaghi ; ceux d'Akutan Se des
isles fituées plus à Peft, jufqu'à Unimak, s'appellent Kighigufi ; Se ceux d'Unimak Se d'Alaxa p
Katagkayekiki. Ils ne peuvent pas dire d'où viennent ces noms. Ils commencent à s'appeller du
nom général d'Aleyut, qui leur eft donné par
les Ruffes, Se qui a été emprunté des isles Ku-
riles ( a ), Quand on les interroge fur leur origine , ils répondent qu'ils ont toujours habité ces
isles, Se qu'ils ne connoiffent pas d'autres pays
que le leur. On n'a rien découvert fur les migrations de ces peuplades , fi ce n'eft que le plus
grand nombre eft venu d'Alaxa Çb). Ils ne connoiffent pas les bornes de cette terre. Krenitzin
a fait la reconnoiffance de cette isle très-loin au
nord-eft ; il employa quinze jours en canots à
cette excurfion, Se il planta une croix au port où
il s'arrêta. Les canots des infulaires reffemblent à
ceux des fauvages de l'Amérique ; mais leurs ufages Se leur manière de vivre, dans tout ce qui
n'eft pas un effet naturel de leur pofition, fem-
blent annoncer qu'ils viennent du Kamtchatka (c).
(a) On ne voit pas, dans le catalogue des isles
Kuriles, donné par M. Muller, S. R. G. III, pag.
86- 92, qu'aucune de ces terres foit appellée Aleyut;
Se Pon ne trouve point ce mot dans les cartes ruffes.
( b ) Cette isle d'Alaxa eft très-voifine de l'Amérique , Se il fembleroit que ces peuplades font une colonie venue originairement du Nouveau-Monde.
( c ) Il refte toujours à favoir p les Kamtchadales
Liv x6S Nouvelle s
Leurs jourtes, leur manière d'allumer du feu Se
leur penchant à la j pédéraftie , autorifent cette
conjefture. J'ajouterai que les vents foufflant pref
que continuellement de Poueft, il eût été très-
difficile à ces peuplades de fe tranfplanter d'orient
en occident. Bering 6k Tfchirikoffne purent ren- ;
contrer des vents d'eft qu'en cinglant au fud.
On fait que les Ruffes vont, depuis quelques
années , chercher des fourrures fur ces isles , Se
qu'ils obligent les infulaires à en fournir à la couronne , par forme de tributs. Les navires fe rendent , en automne, à l'isle de Bering Se à celle
de Cuivre, où ils paffent l'hiver. Us chaffent
d'abord le chat de mer, 6k enfuite le fchivutcha
ou le lion marin ; les équipages mangent la chair
de ce dernier animal, quoiqu'elle foit très-grof-
fiere. Ils portent les peaux aux isles fi tuées plus
à Peft. L'été fuivant, ils vont aux isles des Re-,
nards, où ils paffent un fécond hiver. Ils tâchent,
par perfuafion ou par force, d'obtenir en otages
des enfans, fur-tout ceux des Tookoos ou des
•chefs. Ils donnent enfuite aux naturels, des trappes
de renards, Se des peaux pour leurs canots, Se
ils les obligent, en retour, à leur apporter des
fourrures 8e des provifions pendant rle courant de
Phi ver. Ils exigent d'ailleurs que les naturels paient
eux-mêmes ne viennent pas d'Amérique. Lorfqu'on
veut rechercher l'origine d'une peuplade , il faut rapprocher bien d'autres objets, Se les examiner avec
plus de profondeur. Découvertes.
î6*9
un tribut de fourrures, 6k ils délivrent des quittances. Les Ruffes en achètent aufli qu'ils paient
en grains de verre, en perles fauffes, en poils
de chèvres, chauderons de cuivre , haches, Sec.
Au printems , ils reprennent leurs trappes , Se
rendent les otages. Ils n'ofent pas chaffer feuls ni
en petites troupes Ça). Ces peuplades ont été
long-tems à comprendre pourquoi les navigateurs
exigent des tributs au nom d'une perfonne abfente ,
car leurs chefs ne jouiffent d'aucun revenu ; Se ils
ne pouvoient pas concevoir qu'il y eût d'afutres
Ruffes que ceux qu'ils voyoient. En effet, chez
eux tous les habitans d'une isle partent lorfqu'il
fe fait une expédition. Ils ont aujourd'hui quel-
qu'idée du Kamtchatka, parce qu'ils font accoutumés à voir des Kamtchadales Se des Koriaques
fur les navires marchands : comme les Kamtchadales Se les Koriaques ont une manière de vivre
qui reffemble à la leur , les infulaires recherchent
leur fociété plutôt que celle des Ruffes.
Krenitzin Se Levasheff furent de retour à Pem-
bouchure de la rivière du Kamtchaka dans l'automne de 1769. Çb)     :fS|||
(a) Tous ces détails, qui ne font pas rigoureufe-
ment vrais, ne s'accordent point avec ce que l'on a
dit plus haut, en parlant des autres expéditions. Ils
chaffent en petites troupes, mais ils font très-fou-
vent attaqués.
(6) Bientôt après fon retour, Krenitzin fe noya au
Kamtchatka, ftjr un canot appartenant aux naturels. Nouvelles
Voici les obfervations que Krenitzin Se Le|
vasheff firent fur la déclinaifon de l'aimant.
Latitude.
Longitude.
Pointes.
S4d  40'
204d .....
. . .  2 Eft
51    to
201. ..;.-.
. .    i h
5*   5°
198.
.. M
53    i0
191    30'.  . .
.. 1
É  40
188.
.. 1
54   p
182     30, . .
. .    o|
*5    0
180    30. . .
. 1 m DÉCOUVERTES.
*-*^S^Z^U-
17*
m
CHAPITRE   XIV.
Vo Y A G E du lieutenant Synd au nord - efl de
la Sibérie ; il découvre un grouppe d'isles, &
un promontoire qui lui paroît appartenir au
continent de P Amérique , & qui efl fitué pus
de la côte de Tfchutski.
m
jlLn 1764, le lieutenant Synd appareilla d'O**
chotsk pour une expédition vers le continent de
l'Amérique Ça). On lui ordonna de prendre une
route différente de celle des navires marchands
ruffes , qui citjglent direftement à Peft du Kamt*
chatka. Comme il porta le cap plus au nord-eft
qu'aucun des navigateurs avant lui, Se que d'après
tous les voyages dont nous avons parlé jufqu'ici *
l'on voit qu'il faut chercher dans ces parages le
promontoire d'Amérique, qui approche davantage de PAfie , le journal détaillé de cette navigation ne peut manquer d'être intéreffant» Je
fuis fâché de ne pouvoir pas fatisfaire complète-*
ment la curiofité du le&eur fur ce point. Voici
tout ce que j'en ai pu recueillir.
( a ) Ce voyage, ainfi que le précédent, a été faits
par ordre de la, couronne , & par des officiers de la
marine impériale. N o u
ELLES
Synd, qui partit en ÎJ64 du port d'Ochotsk,
comme nous l'avons dit tout-à-l'heure, ne dé*
paffa point le cap, méridional du Kamtchatka &
de Shushu, la première des isles Kuriles , avant
1766 ; des accidens qu'on ignore , cauferent fans
doute ce retard. Il gouverna enfuite au nord , à
peu de diftance de la côte de la péninfule ; mais
il ne fit guère de chemin cette année, car il paffa
Phi ver au fud de la rivière Uka.
L'année fui vante, il appareilla de la pointe
Ukinski Se cingla directement à Peft Se au nord-
eft, jufqu'au moment où il trouva un grouppe
d'isles Ça) qui s'étendent entre le 61 Se 62 deg.
de latitude, Se le 195 6k 202 de longitude. Ces
isles giflent au fud 6k à Peft du pays des Tfchutski,
Se plufieurs qui en font trps-proches. Outre ces
petites isles , il découvrit une côte montueufe à
un degré de la côte des Tfchutski, entre les 64 &
les 66 degrés de latitude nord. Son extrémité la
plus occidentale gît par 38 degrés 15 min, de
longitude du méridien d'Ochotsk, ou 199 deg.
une min. de celui de l'isle de Fer. Cette terre
eft marquée dans la carte de Synd , comme fài-
fânt partie du continent de l'Amérique Çb). Mais
(a) Il paroît que ces isîes font les isles aux Renards, Se c'eft fur ces terres qu'abordent les Tfchutski
dans leur route à la côte qu'ils appellent le continent
de VAmérique.
( b ) On ne fait pas encore fi c'eft une méprife de
Synd; Se cette côte qu'il a prife pour le contiri|ËM Découvertes.
tej
avant que l'on ait donné au public une relation
circonftanciée du voyage, nous ne pouvons pas
décider fur quelles preuves il fonde fon affertion»
Synd paroît avoir fait peu de féjour à terre ; au
lieu d'en reconnoître les côtes ou de gouverner
plus à Peft, il changea de route Se .porta le cap
directement à Poueft, vers le pays des Tfchutski ;
enfuite il cingla au fud Se au fud-oueft , jufqu'à ce
qu'il atteignit le travers de Chatyrskoi-Nofs. De
cette pointe il continua à longer la péninfule du
Kamtchatka, doubla le cap,Se fut de retour à
Ochotsk en 1768.
de l'Amérique, pourrait bien être l'isle d'Alaxa, dé-
tachée du Nouveau-Monde. Nouvelles
J^SSgSteJUdA
CHAPITRE   XV.
POSITION des isles Aleiitiennes & des isles aux
Renards ; diftance de ces deux grouppes. Petit
vocabulaire de la langue des Aleiitiens. Supplément général aux remarques faites dans les
chapitres précédens fur les vêtemens, les mœurs1
les ufages des infulaires ; leurs fêtes, leurs cérémonies , &c.
X% OUS avons déjà donné les remarques particulières de chaque navigateur fur les isles où ils ont
abordé ; nous allons recueillir ici ce qui peut compléter la defcription de ces terres nouvellement
découvertes ; nous aurons foin d'éviter les répétitions.
Les voyages d'Otcheredin 6k de Popoff nous
ont appris que la pointe nord-oueft de Comman-
dorskoi - Oftroffou de l'isle de Bering gît directement à Peft de la rivière du Kamtchatka 6k à
la diftance de deux cents cinquante verftes. Elle a
de foixante 6k dix à quatre-vingt verftes de long,
Se s'étend du nord-oueft au fud-eft, dans la même
direction que l'isle de Cuivre. Cette dernière gît
à environ foixante ou foixante 6k dix verftes Ça)
muent une diftance DÉCOUVERTES.        Î75?
de la pointe fud de Pisle de Bering, Se fa longueur
eft à peu près de cinquante verftes.
Les isles Aleiitiennes Ça) giflent à environ trois
cents verftes à Peft - quart - fud - eft de Pisle de
Cuivre. Celle d'Attak qui eft la plus proche , eft
un peu plus grande que celle de Bering : fa forme
eft la même, Se elle court de Poueft au fud-eft. A
Peft d'Attak, 8e à peu près à vingt verftes de diftance , on trouve Semitsh! qui s'étend de Poueft à
Peft ; 8c il y a près de fa pointe orientale une autre
petite isle. Au fud du détroit qui fépare les deux
dernières isles, Se à la diftance de quarante verftes
l'une de l'autre, on rencontre Shémiya, qui fe
prolonge enfuite de Poueft à Peft, Se qui n'a pas
plus de vingt-cinq verftes de longueur. Toutes ces
terres occupent Pefpace qui eft entre le f 4 Se le
5 j* degrés de latitude nord.
Voici un petit vocabulaire de la langue dès
habitans des Aleiitiennes. ( b )
un peu différente ; mais il paroît qu'Otcheredin &
Popoff ont obfervé avec plus d'exactitude.
(a) Nous avons déjà remarqué plus haut, qu'on
ignore d'où vient ce nom d'isles Aleiitiennes : on avoit
dîvifé jufqu'ici les isles nouvellement découvertes, en
trois grouppes, les Oloturiennes , les Aleiitiennes, Se
les Anadirskiennes.
( b ) Krenitzin Se Levasheff difent que les habitans
des isles aux Renards commencent à s'appeller Aleyut^
comme ceux des isles plus au fud : nous ignorons
quelles font précifément les isles où ce vocabulaire
eft en ufage. On a vu dans l'abrégé "des différens jour- Nouvelles
Petit vocabulaire de la langue des Aleiitiens.
Soleil.
Agaiya.
Un.
Tagatak. ~
Lune.
Tughilak.
Deux.
Alag.
Vent.
Katshik.
Trois.
Kaukoos.
Eau.
Tana.
Quatre
. Setfchi.
Feu.
Kighenag. -
Cinq.
Tshaw.
Jourte.
Oollae.
Six.
Atoo.
Chef.
Toigon.
Sept.
Ooloo.
Hommes.
Taigaya.
Huit.
Kapoé.
Bois.
Yaga.
Neuf.
Shifet.
Bouclier.
Kuyak.
Dix.
AÇok.
Loutre de
mer.
Tfcholata.
Nom de la
4
nation.
Kanagifl Ça).
Il eft à remarquer qu'aucun de ces mots n'a
la moindre reffemblance avec ceux de la même'
fignification, qu'on trouve dans les différens dia-
ledes que parlent les Koriaques, les Kamtchadales , Se les habitans des isles Kuriles.
Les isles aux Renards giflent à l'eft-nord-eft des
Aleiitiennes : la plus proche, qu'on appelle Atchak?
naux, que  quelquefois les  habitans des isles affez
proches l'une de l'autre ne parlent pas la même langue,
(a ) Ce mot pourroit faire croire que ce vocabulaire appartient à la langue des infulaires de Kanaga.
en Découvertes.      177
en eft éloignée d'environ huit cents verftes, ( a )
8c fe trouve par 56 deg. de latitude nord , Se elle
s'étend de Poueft-fud-oueft vers Peft - nord - eft.
Elle reffemble beaucoup à Pisle de Cuivre, Se elle
a dans la partie du nord un havre commode. Depuis celle-ci, toutes les autres isles de la chaîne
courent dans la direction du nord-eft-quart-eft.
Amlak fuit Atchak, Se elle en eft éloignée d'environ quinze verftes ; elle eft à peu près de la
même grandeur, Se on y trouve un havre dans la
partie méridionale.^Vient enfuite à la même diftance, Sagaugamak qui eft plus petite. D'ici à
Amuchta , petite isle remplie de rochers, Pou
compte cinquante verftes ; Se le même -efpace
d'Amuchta à Yunakfan autre petite isle. A vingt
verftes d'Yunakfan , on voit une grouppe de cinq
petites isles ou plutôt de montagnes; Kigalghf^
Kàganila, Tfigulak, Ulaga Se Tana-Unok, auxquelles les uns donnent le nom de Pat-Sopki ou
des Gnq-montagnes. Tana - Unok eft la plus au
nord-eft , Se la pointe occidentale d'Umnak n'en
eft éloignée que de vingt verftes.
Umnak court du fud - oueft im nord - eft. Sa
longueur eft de CQnt cinquante vérités : à l'extrémité occidentale de la côte nord , on trouve une
baie étendue, dans laquelle il y a une petite isle
ou rocher qui s'appelle Adugak ; Se au côté mé-
( a ) Nota. Les pofiticms Se les diftances dont on
parle dans ce chapitre, font tirées des journaux des
navigateurs. or
M N o u
E  S
ridional on rencontre Shemalga, autre rocher. Là
pointe occidentale d'Agunalashka ou d'Unalashka
eft féparée de l'extrémité eft d'Umnak par un dé*
troit large de près de vingt verftes. La pofition dé
ces deux isles eft pareille ; mais Agunalashka eft
bien plus confidérable , Se fa longueur eft de deux
cents verftes. Elle eft divifée vers le nord-eft en
trois promontoires, dont l'un fe prolonge dans h I
direction de Poueft, formant un côté d'une large
baie fur la côte feptentrionale de Pisle ; le fécond
cbiart nord-eft , fe termine en trois pointes 8c?JM
réuni à Pisle par une petite langue de terre ; le
ÉfiÉSfieme où le plus au fud , eft féparé du fécond
par une baie profonde. Il y a proche d'Unalashka
dans Peft, une autre petite isle appellée Skirkim
A'environ vingt verftes du promontoire nord*
eft d'Agunalashka giflent quatre isles : la première
appellée Akutan, paroît avoir la moitié de la grof-
feur d'Umnak ; une verfte plus loin on trouve la
petite isle d'Akun, Se un peu au-delà Akunok , &
enfin Kigalga , qui eft la plus petite de ces quatre
terres, & qui relativement à Akun Se Akunok, fe
prolonge prefique du nord au fud. Kigalga eft fitué
par 61 deg. de latitude ; à cents verftes de là on
rencontre Unimak ; Ç a ) les naturels difent qu$|
y a par-delà une grande étendue de pays appelle.
AJaskka, Çb) dont ils ne connoiffentpas les bornes.
( a) Il pourvoit bien y avoir de l'inexactitude dans-
cette affertion.
( i ) Cette isle d'Alakfà ou d'Alashka eft en effet y^
Découvertes.
l79
Les isles aux Renards font en général remplies
de rochers, fans offrir aucune montagne d'une
hauteur remarquable : il n'y croît point de bois ;
mais on y trouve un grand nombre. de ruiffeaux
8e de lacs dont la plupart manquent de poiffons-
L'hiver y eft beaucoup plus doux-qu'en Sibérie ;
la neige ne commence 'guère à tomber avant le
mois de janvier* Se elle couvre la terre jufqu'à la
fin de mars.
U y a un volcan à Amuchla ; Se à Kamila on
trouve du foufre fur une montagne. Tana - Unok
renferme des fburces affez chaudes pour cuire de
la viande Se des légumes ; Se on apperçoit de tems
en tems des flammes de foufre fur les montagnes
d'Unalashka 8e d'Akutan.
Les isles aux Renards font affez peuplées à proportion de leur étendue ; les habitans font entièrement libres Se ne paient de tribut à perfonne ; ils
font d'une ftature moyenne, Se ils paffent l'hiver
Se l'été fous terre dans des jourtes. On a remarqué
plus haut, que de toutes les habitations choifies
par les peuples fauvages, celles-ci étoient les plus
fingulieres Se les mieux imaginées,:
Les efpeces de forciers Se de devins, qu'on
trouve parmi eux, fe vantent de connoître le paffé
Se l'avenir. Ils font très-révérés ; mais ce qu'il y a
la plus étendue de ce grouppe ; Se il eft poflible que
les habitans de la partie fud-oueft ©e connoiffent
point fes bornes au nord-eft.
Mij LES
d'extraordinaire, ils ne revivent aucun émolument.
Ces peuples manquent de piété-lfiliale 6k de ref-
pecl à l'égard des vieillards. Ils ont cependant de
la fidélité les uns envers les j^trés. Leur caractère
eft vif Se gai, mais violent 6k porté à la colère.
Ils n'ont aucune idée de la décence , 6k ils fatisfëB
tous les befoins de la nature publiquement 6k fans
la moindre réferve.
On a vu plus haut quelle eft leur nourriture :
la racine des lys fauvages ou de quelques autres
plantes, les fruits qui croiffent fur des arbriffea&jB
font pour eux des friandifes. Lorfqu'ils ont de£
provifions, ils mangent à toutes les heures de la
journée ; mais s'ils fe trouveiife&îl|îS le befoin, ijj
paffent plufieurs jours fans prendre de nourriture.
1 Ils nourriffent avec de la chahifjjïofliere Se ordinairement crue, leurs enfansjdès leur bas-âge:
fi ces enfans crient, la mère les porte tout de fuite
au bord de la mer, 6k l'hiver comme Pété elle
les plonge dans Peau > Se elle les y tient jufqu'à
ce qu'ils fe taifent. Cet ufage, loin deftjeur nuire,
les endurcit contre le froid ; on les accoutume ainfi
à marcher pieds mis 6k fans incommodité dans la
faifon la plus rigouueufe. On les habitue d'ailleurs
à fe baigner f auvent dans la mer ; 6k c'eft une
opinion générale parmi les infulaires, que cette
méthode donne dé la hardieffe aux jeunes gens,
& les renql âieureiix à la pêche.
-Tout le commerce qu'ils font entr'eux, fe borne
à échanger des loutres Se des ours de mer, des DÉtDU  V E R TES. ÏSt
vêtemens de peaux d'oifeaux 8e d'inteftins deffé-
chés , des peaux de lions ou de veaux marins, avec
lesquelles ils couvrent leurs baidars, des mafques
de bois , des dards, du fil ou de la ficelle faite de
nerfs ou de poils de rennes.
Ils n'ont guère d'autres meubles que des cru-
ches quarrées 8c de grandes auges, qu'ils,creufent
dans les bois que les flots jettent fur la côte.
Les vieillards d'Umnak Se d'Unalashka dirent
qu'ils ne fe fouvenoient pas d'avoir vu les deux
isles en guerre , Se que de leur vivant il n'y
avoit eu qu'une guerre avec les infulaires d'AIashka.
Voici quelle en fut Poccafion. Le fils du chef
d'Umnak étoit eftropié d'une main : des naturels
d'AIashka, qui fe trouvoient à Umnak , attache*
rent, par moquerie, un tambour au bras eftro-
pié du jeune homme , Se l'invitèrent à danfer. Le
chef Se fes parens furent offenfés de cette infulte ;
il en réfulta une querelle : depuis cette époque
les deux peuplades ont vécu ennemies l'une de
l'autre, s'attaquant Se fe pillant réciproquement.
Ces mêmes vieillards ajoutèrent que, dans leurs
incu riions fur Alashka, ils avoient rencontré des
montagnes 8e des forêts d'une grande étendue
à quelque diftance de la côte.
Les terres fituées au - delà d'AIashka paroif-
fent inconnues aux habitans des isles des Renards.
Il y a fouvent des fêtes parmi eux, 6k fur-tout
lorfqu'il arrive des habitans d'une isle étrangère.
Les hommes de la bourgade vont à la rencontre
de leurs hôtes en  battant du  tambour , Se les
M ii) femmes qui les précèdent, chantent 6k danfent
Lorfque les danfes font finies, les étrangers demandent à prendre part à la fête, 6k on ne manque
pas d'y confentir ; ils s'en retournent tous enfembjj
au village : alors ceux du pays couvrent la terre,
ou la jourte , de nattes, Se fervent un repas : oà
fe met à manger ; 6k quand tout le monde eft
raffafié, les divertiflemens commencent.
D'abord les enfans danfent, cabriolent Se frappent en même terris fur leurs petits tamboulM
fur ces entrefaites les propriétaires de la cabane*
hommes 6k femmes , fe mettent à chanter ; en? |
fuite les hommes, prefque nus, fautent les uns
après les autres , frappent fur des tambours plus
gros ; quand ils font fatigués, les femmes prennent leurs places fans fe déshabiller, 6k tandif
qu'elles faut&it, les hommes chantent en battant
du tambou&dl faut remarquer qu'un feu brûle
-pendant la cérémonie , 6k qu'on l'éteint dès le
moment qu'elle eft achevée.
S'il s'y trouve des forciers, ils fe livrent, dans
les ténèbres , mteins gambades myftérieufes ; s*m
n'y en a poirJr|piiÉ&>étrangers fe retirent fur-^jjB
fbktnp da^s  des ^habitations qu'on leur a préparées, avec des canots 6k des nattes. Les infulaires, qui ont plufieurs femmes, en offrent quelques-unes à leurs hôtes, Se s'ils n'en ont qu'une
feule, ils leur offrent des filles.
|jjfar:.fâifbn de la chaffe dure principalement de
la fin d'octobre  au commencement de décembre. Ils paffent tout ce dernier, mois en fêtes 6k Découvertes.      i8j
réjouiffances pareilles à celles qu'on vient de décrire ; avec cette différence , cependant, que les
hommes danfent alors en mafques de bois, qui
repréfentent différens animaux marins, Se qui font
peints en rouge , gris, ou noir, avec des terres
colorées qu'on trouve fur ces isles.
Pendant ces fêtes, les différentes bourgades fe
vont voir, Se les naturels font des vifites d'une
isle à l'autre. A la fin des réjouiffances , on met
les mafques Se les tambours en pièces , ou on
les dépofe dans des cavernes au fein des rochers,
8e l'on ne s9en fert plus.
Ces tambours reffemblent à ceux dont fe fervent les forciers du Kamtchatka. J'en ai vu un
de ces derniers au cabinet de curiofités de Pétersbourg. Il eft de forme ovale , d'environ deux
pieds de long Se d'un de large. Il eft couvert
feulement à une des extrémités , comme le tambour de bafque, Se on le porte à fon bras, ainfi
qu'un bouclier.
Au printems, ils vont tuer de vieux ours de
mer, des lions marins Se des baleines. L'été Se
même l'hiver , lorfque le tems eft calme, ils s'embarquent Se vot\t pêcher de la morue Se d'autres
poiffons. On a déjà dit que leurs hameçons font
d'os ; un algue qui a de la ténacité Se quelquefois cent foixante verges de longueur, leur fert
de ligne. \$fjj&A
S'ils reçoivent une bleffure dans les combats ,
ou par quelqu'accident , ils appliquent une racine jaune fur la plaie, Se ils jeûnent pendant
M iv *•
lll
11
III
ï§4 Nouvelles
quelque tems. S'ils ont mal à la tête, ils s'ouvrent une des veines de la tempe avec une lancette de pierre.
S'ils veulent coller une pointe fur la tige de
leurs traits, ils fe frappent le nez jufqu'à ce qu'il
fàigne, Se lé fang leur tient lieu de colle.
Us ne puniffent point l'affaffinat, car ils n'ont
point de juges.
Voici les cérémonies qu'ils pratiquent à l'enterrement des morts. Us enveloppent les cadavres des pauvres dans leurs propres habits, ou
dans des nattes ; ils les mettent enfuite dans>ÉM
foffe qu'ils recouvrent de terre. Ils dépofent les
corps des riches , entourés de leurs armes Se de
leurs habits , dans un petit canot de bois ; ils fuf-
perident ce canot fur des perches, 6k ils les laiffent
ainfi pourrir en plein air.
Les ufages Se les mœurs des habitans des isles
Aleiitiennes approchent beaucoup de ceux des
naturels des isles des Renards : les premiers font
fournis 6k paient des tributs à la couronne de
Ruffie ; la plupart fa vent quelques mots de la langue ruffe ; ils les ont appris des équipages des navires marchands qui abordent fur leurs  terres.
ni
■fr
Jr CHAPITRE   XVI.
De la longitude du Kamtchatka, & de textrê*
mité orientale de PAfie, telle quelle efl marquée
par Us géographes Ruffes.
JLiES plus célèbres géographes font fi peu d'accord fur la longitude de l'extrémité orientale de
l'Afie, qu'il ne fera pas inutile de traiter cette
matière , Se d'indiquer les principaux ouvrages
qui en parlent. Les preuves qui ont engagé M*
Muller 8e les géographes Ruffes à placer cette
longitude au - delà de 200 degrés du méridien
de l'isle de Fer, ou de 180 deg. 6 min. 15 fec.
du méridien de Paris , font tirées des obfervations
des fatellites de Jupiter, faites par Kraffilnikoff,
au Kamtchatka Se en différentes parties de la Sibérie , 8c des expéditions qu'ont fait les Ruffes
par terre 8c par mer du côté de Tfchukotskoi*
Nofs.
M. Engeî révoque en doute l'exa£ritude de
ces obfervations , Se il fixe à 29 degrés de moins
que les Ruffes, la longitude du Kamtchatka, Il
a configné fon fyftême dans les ouvrages fuivans :
1. Mémoires Se obfervations géographiques
8e critiques fur la fituation des pays Septentrionaux
de l'Afie 8c de l'Amérique. A Laufanne, 176c.
2. Geographifche uiîd critifche Nachricht itber L L E  S
die lage der noerdlichen Gege'nden von Ajie uni
America. Mittaw, 1772.
M. de Vaugondi croit que M. Engel a tort de
faire une diminution fi extraordinaire , Se il ne
raccourcit le continent de l'Afie que d'onze degrés de longitude. 11 a Jlnné à cette occafion
deux traités :
1. Lettre au fujet d'une carte fyftématique des
pays feptentrionaux de PAfie 8e de l'Amérique.
Paris, 1768.
2. Nouveau fyftéme géographique, par lequel
on concilie les anciennes connoiffances fur les
pays au nord-oueft de l'Amérique. Paris , 1774.
M. Buache a publié, contre ces deux auteurs,
un excellent traité, intitulé : Mémoires fur les pays
de l'Afie & de P Amérique. Paris, 17 $$\
II fe déclare dans ce mémoire contre les opinions de MM. Engel Se Vaugondi, Se il défend
le fyftéme des géographes Ruffes de cette manière.
M. Maraîdi, après avoir comparé avec les cartes les obfervations des fatellites de Jupiter,
faites au Kamtchatka par Kraffilnikoff, a déterminé ainfi la longitude d'Ochotsk , Bolcheresk,
Se port de Saint - Pierre Se Saint - Paul, à compter du premier méridien de Paris.
1   Longitude  Ça) d'Ochotsk. 9h 23' 30"
:   De Bolcheresk. 10  17  17
Du port S. Pierre Se S. Paul. 10 25     5
( a) Kraffilnikoff compara fes obfervations avec les »11<
DÉCOUVERTES. ï$?
i latitude d'Ochotsk eft  59 dég.1 22 mb. •
de Bolcheresk de 5 2 deg. 15 min. Se celle
du port Saint-rierre Se Saint-Paul de 53 deg. une
minute.
Les réfultats fuivans , déduits des obfervations
correfpondantes Ça) des éclipfes des fatellites de
obfervations correfpondantes faites à Pétersbourg, &
il eut les réfultats fuivans : *;f\l
En comparant une obfervation du premier fatellîte
de Jupiter, faite à Ochotsk le 17 janvier 174;, avec
fobfervatiori d'une éclipfe du même fatellîte, faite à
Pétersbourg le iç janvier de la même aimée, il recon*
nut que la différence de longitude entre Pétersbourg^
& Ochotsk eft de 7 h. 51 min. 29 fec. En comparant
deux autres obfervations femblables, la différence de
longitude fut de 7 h. 31 min. 3 fec. Le tems moyen
eft 7 h. 31 min. 34. fec. En ajoutant la différence de
longitude entre Pétersbourg & Paris, laquelle eft "d'une
heures min. 2c fec. la longitude d'Ochotsk à compter du méridien de Paris , fera de.9 h. 25 min. ^9 fec.
réfultat qui diffère feulement de 29 fec. de M. Maraldi.
21ov. Comm. Petr. vol. III, pag. 470.
D'après des obfervations correfpondantes, faites, à
Bolcheresk Se à Pétersbourg, il paroit que là longitude
de,Bolcheresk eft de 10 h. 20 min. 22 fec. ce qui diffère d'environ 2 min. ç fec. de celles qu'a faites M.
IVlaraldi. Nov Comm. pag. 469.
Mais la longitude du port Saint-Pierre & Saint-Paul,
déterminée de la même manière, d'après des obfervations correfpondantes, ne diffère que de 20 fec. de
celle qu'à donnée M. Maraldi, pag. 469.
(a)Obf. Ajïr. Ecc. Sàt. Jovïs, g? Nov. Comm.
/'iT;11!' Pag 4Ç2 S & M* 4flr. Pekini faEtœ.
Att. tiallerJèein-CuranteMax. Bell. Vendibonœ, 1768. I
'IIP'
ir
,
'*
m
Nouvelles
l JWprter, faîtes à Bolcheresk 6k au port Saint-PS^B
Se Saint-Paul par Kraffilnikoff, 6k à Pékin par
les millionnaires Jéfuites, approchent tellement
les unes des autres , que les obfervations doiv«M
avoir été faites avec beaucoup de foin ; Se il y û
lieu de croire qu'on foupçonne mal - à - propos
Kraifilnikoff d'inexactitude.
1741 , vieil ftyle.-
1211     <f    aj/
9    20    i{
g    4#    fo
Jan. 27, émerfîon
du prem. fatellite.
Diffé. du mérid. de
Pékin 6k de celui
du port S. Pierre
Se S. Paul    .    .
Jmv. 3 o, imm, du
3 e fatellite. . . .
Diffé. du méridien.
rév.  ^ J   premier
[{Satellite	
Diffé. du méridien.
fév. 12 , émerfion
premier fatellite.   10    28
yâ    39
au
Port S. Pierre
Se S. Paul
à Pékin. I
12       5     30    au Port, &c.
9    gf    30    à Pékin.
2    49      O
S    33     16    au port, &c.
5    63    45    à Pékin.
2    49    41
49
20
49    20 DÉCOttVEJElTES.
189
La différence de
longitude de Paris
à Pékin étant de .
La différence des
mérid. de Paris Se
du Port S. Pierre
6k S. Paul fera.
7    36    23
IQh
W   3 6"
Ce qui diffère feulement d'une minute Se demie
de celle qu'a découvert M. Maraldi.
1741 , vieil ftyle.
Mars 23 , émerfion
du fécond fatellite.  1 ch   55*      ifl à Bolcheresk*
8     14      e    à Pékin.
Différence.   ...    2 41 2
Décem. 31 , imm.
" du premier fatell.  10 51 58    à Bolcheresk*
8 9 4^    à Pékin.
Différence des méridiens de  Pékin
_ & de Bolcheresk.
En prenant un terme moyen, la différence de longi-
. tude entre Bolcheresk Se Pékin
fera de. . . ..^. .    2    41     37
Entre Bolcheresk
8c Pékin de. . . xo    i§      Q
41     13 Nouvelles f-
Ce qui diffère feulement d'une minute 6k demie
de celle qu'a découvert M. Maraldi.
Pour jeter des doutes fur les conféquences tirées
des obfervations de M. Kraffilnikoff, M. de Vau-
gondy prétend que les inftrumens Se les pendules
dont ce voyageur fe fervitau Kamtchatka avoient
été beaucoup endommagés par la longueur de la
route, 6k que l'ouvrier chargé de les raccommoder
étoit mal habile ; mais cette affertion ne paroît paè
affez fondée. A la vérité, Kraflilnikok ( a ) convient que fa pendule s'arrêtoit quelquefois au moment où il falloit déterminer le tems vrai de l'ob-
fervation ; il avoue qu'il ne faut pas compter fur.
les obfervations qu'il a faites alors , quand il n'a
pas pu les corriger par des obfervations antérieures oufubféquentes du foleil 6k des étoiles; 6kil
les a diftinguées par un.^aftérifque. Mais il y en a
un grand nombre d'autres fur lefquelles cette objection ne porte point , 6k celles que je viens de
rapporter font de cette claffe.
Si ces raifons ne paroiffent pas fuffifantes:, *jH
citerai le témoignage de M. Muller qui étoit*gH
Sibérie Se au Kamtchatka en même tems que Kraffilnikoff, Se qui eft le feul juge compétent de cettw|
matière, aujourd'hui vivant. Ce refpeâable auteur
m'a affuré de la façon la plus pofitive , qnpj?«H
inftrumens n'avoient pas été endommagés de manière à influer fur les obfervations , quand elles
étoient faites par un habile aftronome.
(a) Nov. Comm. Petr. Vol III, pag, 444. Découvertes.
191
On reconnoîtra l'exactitude des géographes
Ruffes , fi on compare la longitude qu'ils aflignent
au Kamtchatka avec celle d'Yakutsk : car cette
dernière ayant été établie d'une manière incon-
teftable par une multitude d'obfervations faites à
différens tems Se par différentes perfonnes ; fi c'eft
à tort qu'on place le Kamtchatka fi loin à Peft ,
on reconnoîtra cette erreur dans la différence de
longitude qui fe trouvera entre Yakutsk Se Bolcheresk. En rapprochant les obfervations faites à
Yakutsk de celles qu'à faites Kraffilnikoff au Kamtchatka , on voit que cet aftronome a mérité à
jufte titre le nom d'habile obfervateur.
Kraffilnikoff, en revenant du Kamtchatka, ob-
ferva à Yakutsk plufieurs éçlipfes des fatellites de
Jupiter : il dit que les obfervations fuivantes font
les plus exactes.
1744, vieil ftyle.
Ça) Fév. 7, imm. iT fat.   11
22 , imm. 2e* fat. io
29 , imm. 2e* fat.   13
1 , imm.   ir fat.  11
j   18'
31
6
Mars
^3
->*?l    un   peu
2        douteufe,
,. I      Toutes
P# Lces obiers
O f   vations
Avril 9, émer.   ir fat.   12    23     50J exci&cs-
Les mêmes éçlipfes calculées par les tables de
M. Wargentin pour le méridien de Paris, donnent les réfultats fuivans :
Ça) Nov. Comm. Petr. Jom. III, 460, Nouvelles
Différence des merii de Paris & d'Yakutsk,
Fév. 7, imm. ir fat. 2r
27, imm. ir fat. 2
29, imm. 1d fat. 4
Mars 1 ,imm. ir fat. 3
Avril 9,émer. ir fat. 3
49'
3
38
'y
y
S4
o
10
37
12
8h
8
8
29'
8
28
29
29
35
1
37
25
4e
Épi Terme moyen 5    29
Les obfervations de M. Islenieff, Ça) faites à
Yakutsk en 1769, où il avoit été envoyé pour
obfervèr le paffage de Vénus, ont reçu la fanâion
de l'académie impériale. La longitude qu'il afligne
à Yakutsk eft de 8 heures 29 minutes 34 fécondes ; ce qui correfpond d'une mamiere affez exacte
avec celle qu'ont donné les obfervations de Kraf*
filnikoff.
Ainfi la longitude d'Yakutsk , comptée du fn£|
ridien de Paris, étant de 8 heur. 29 min. 4 fec.
ou de 127 deg. 16 min. 6k celle de Bolcheresk
de 10 heur. 17 min. 17 fec. ou de 150 deg. IM
min, 15 fécond, la différence de longitude entre
Yakutsk 6k Bolcheresk , déterminée par des obfervations aftronomiques, eft d'une heure 48 min.
min. La latitude de Bolcheresk eft de 52 deg. 5 5 min. 6k celle d'Yakutsk
lifférence des
( a )■ Pour ce qui regarde les obfervations d'Yslenieff
à Yakutsk , voyez Nov. Cçmrn. tom. XIV, part. III,
page 268 à 321.
longitudes DÉCOUVERT
longitudes étant, comme on vient de le dire, de
17 deg. 3 min. la diftance de ces deux places
mefurée fur un grand cercle du globe fuivant les
règles de la trigonométrie ,fera de 16 deg. 57 m.
ou d'environ 1773 verftes, en comptant 104I
verftes par degré. Cette diftance eft un efpace de
terre 8c de mer, Se ces deux places entretiennent
une correfpondance perpétuelle au moyen d'Ochotsk , qui eft fitué fur la route. L'eftime des vaif-
feau% porte à 1254 verftes la diftance par mer de
Bolcheresk à Ochotsk ; la diftance par terre d'Ochotsk à Yakutsk eft de 927, ce qui donne 2181
pour le total. La diftance directe déduite par la trigonométrie , en fuppoiant que la différence de longitude entre Bolcheresk Se Yakutsk eft de 29 deg.
le 1773 , 8e la route ordinaire de 218 i,
fférence eft de 408 : 8c il ne faut pas s'en
étonner, puifqu'il n'y a point de chemin par terre,
8c que les vaiffeaux ne cinglent jamais précifément
fur un grand cercle de la terre.
Le rapport qu'on trouve entre la diftance
évaluée par l'eftime, Se celle qu'on déduit des
obfervations, donne lieu de croire qu'il ne peut
pas y avoir une erreur de plufieurs degrés dans
ces calculs aftronomiques.
la longitude entre Pisle de Fer Se Peft reconnue de 48 deg. celle qui eft
g 8e Yakutsk de 99 deg. 21 min.
eft entre Yakutsk Se Bolcheresk
peut pas être moindre de 27 deg. 3 min. il
igitude de Bolcheresk, comptée
N
3 m. étant d
la di
Puifo
ire retersDou
oue celle oui
:it que la lor E   S
de Pisle de Fer, n'eft pas inférieure à 174 deg.
24 min. Et alors comment croire à l'erreur de 27
ou de 11 deg. que M. Engel 6k M. de Vaugondy
reprochent aux géographes Ruffes fur la longitude
du Kamtchatka ?
En comptant de Pisle de Fer.
147e1
160
o'   o
7    o
10    o.
If
Longitude d'Yakutsk.
D'Ochotsk.
De Bolcheresk. 174
Du port S. Pierre, Sec.  176 ^^
Comme on n'a pas fait d'obfervations aftronomiques plus à Peft que le port Saint-Pierre 6k Saint*
Paul, il eft impoffible de déterminer avec quelque
degré de certitude , la longitude du promontoire-
nord-eft de l'Afie. Il paroît cependant, d'aprèslj
navigations faites par Bering 6k Synd le long dés
côtes vers Tfchukotskoi-Nofs, 6k d'après d'auli^H
expéditions faites par terre 64 par mer en d'autres
endroits du Kamtchatka, du pays des Koriaques
Se de la Sibérie , que la cote d'Afie par le 64 pa?-
rallele, s'avance au moins jufqu'à 23 deg. 2 min.
30 fec. du port Saint - Pierre Se Saint - Paul, ou
jufqu'à environ 200 deg. de longitude de l'isle de
Fer. DÉCOUVERTES.
î95
ii
CHAPITRE
XVII.
POSITION des isles Andréanoffsky ; nombre des
>Mm/ isles Aleiitiennes.
JuO R S Q U E Pauteur Allemand, dont j'ai parlé
dans la préface, publia en 1766 fon ouvrage fur
les découvertes des Ruffes entre l'Afie Se l'Amérique , la pofition des isles Andréanoffsky n'étoït
pas déterminée. On croy oit généralement quelles
font partie du grouppe rencontré pat Synd ( a )
dans fa route vers Tfchukotskoi-Nofs. M. de Buffon
( b ) les fuppofe les mêmes que celles qui font
dans la carte de Staehlin, fous le nom d'Anadirsky.
L'auteur Allemand que je viens de citer les place
au nord - eft des isles Aleiitiennes , « à la diftance
de fix cents ou quatre - vingt verftes. » Il ajoute,
« leur direction eft probablement eft Se oueft ; 8c
» quelques - unes peuvent être unies à celles des
» isles aux Renards, qui font le plus contiguës
» au continent oppofé. » Il avançoit cette con-
ieâure d'après la fuppofition que les isles Andréa-
offsky giflent près de la côte des Tfchutski, Se
que
quelques - unes des isles aux Renards font
(a) Voyez le chapitre XIV.
{b) Voyez le tom X, iruiz , des fupplémens à
Phiftoire naturelle.
Nij Nouvelles
fituées par 61 deg. de latitude , ainfi qu'on les voit
marquées fur la carte générale de Ruffie. Mais les
navigateurs ont reconnu depuis , qu'elles fe trouvent entre les Aleiitiennes Se les isles aux Renards,
& qu'elles complètent la chaîne entre le Kamtchatka 6k l'Amérique. Ça) On croit que ce grouppe
commence à environ 5 3 deg. de latitude, près de
la plus orientale des Aleiitiennes , Se qu'elles s'étendent vers les isles aux Renards. On dit que la
plus nord - eft eft fi près de la plus méridionale
des isles aux Renards , qu'on l'a prife quelquefois
pour une terre de ce dernier grouppe , comme on
peut le voir au commencement du chapitre VI
de cet ouvrage ; Paikoff y met Atchu 6k Amlach
au nombre des isles aux Renards. Il eft probable
cependant que ces deux terres font partie d'un
grouppe appelle Negho par un chef Aleùtien , Çb)
& auquel les Ruffes ont donné le nom (YAndréa-
jioffsky, parce qu'on a cru qu'il avoit été découvert pour la première fois par André Tolftyk,
dont on a rapporté le voyage au chapitre VI.
J'ajouterai que l'auteur Allemand, en décrivant
les i^les Aleiitiennes, n'en fuppofe que trois, Attak,
Semitshy Se Shemiya. Çc) Mais leur nombre eft
(a ) Voyez le chapitre V. Le commandant du na-'
yére-YAndré' &. Nataiie a rapporté qu'il y a des isles à
Fert Se au fud-eft des Aleùtiennes :. elles doivent faire
partie du grouppe d'AndréanofFsky, ou des plus me»
ridionales des isles aux Renards.
(b) Voyez le chapitre fuivant.
( c)  Nous n'en avons indiqué non plus que trois DÉCOUVERTES.
197
beaucoup plus confidérable , Se leur chaîne comprend toutes les isles dont le chef Aleiitien fait les
deux grouppes de Khao Se Safignan. Ça) Il y en
a plufieurs autres marquées fur la carte générale
de Ruffie ; Se les journaux des navigateurs, dont
nous avons donné l'abrégé, en parlent quelquefois. Çb)
CHAPITRE   XVII L
LISTE des isles nouvellement découvertes, donnée
par un chef Aleiitien. Catalogue des isles, ap-
pellées de différens noms dans les journaux des
navigateurs Ruffes*
Y
Jua lifte fuivante a été donnée par un chef Aleiitien amené à Pétersbourg en 1771, Se interrogé
d'après un ordre de l'impératrice. M. Muller qui
eut avec lui de longues conférences, divife en
quatre grouppes principaux les isles nouvellement
découvertes ; il s'eft réglé dans cette divifion fur
au chapitre XV , parce que la pofition des autres n'eft
pas déterminée d'une manière affez précife.
( a ) Voyez le chapitre fuivant.
(b) Voyez le chapitre II, & particulièrement le
chapitre III, où l'on fait mention de quelques-unes
de ces isles, fous les noms de Tbiga, Kiska & Glas*
Niij *S>8
N o
B   V  E  L  L
■Il
p»
■Il
l'i
H:'
le langage que parlent les naturels, Se fur la proximité des différentes terres.
Lé premier grouppe, Ça) auquel Pinfulaire don-
noit le nom de Safignan, comprend , i. l'isle de
Bering; 2. l'isle de Cuivre ; 3. Otma ; 4. Samiya
ou Shemiya; 5. Anakta.
Le fécond grouppe, appelle Khao, comprend
huit isles ; 1. Imnak; 2. Kiska ; 3. Tchetchina;
4. A va; f. Kavia ; 6. Tfchagulak; 7. Ulagama;
8. Amtfchidga.
Le troifieme appelle Negho^ comprend les isles
connues des Ruffes, fous le nom d'Andréanoffsku
Oflrova. L'AIeùtien en çomptoit feize ; 1. Amatki-
nak ; 2. Ulak ;  3.   Unalga ; 4. Navotsha ;   J.
Uliga ; 6. Anagin ; 7. Kagulak ; 8. Ulask ou Illak;
9. Takavanga , qui renferme un volcan ;  10. Kanaga , qui a auffi un volcan ; 11. Leg ; 12. Shets-
huna ; 13, Tagaloon. Près des côtes des trois dernières terres, il y a plufieurs islots de rocher ;
14. une isle fans nom, appellée par les Ruffes
Goreloi Çb); 15. Atchu; 16. Amla.
Le quatrième grouppe appelle Kavalang, corrlM
prend feize isles ; les Ruffes leur donnent le nom
de Lyffîe Oflrova ou d'isles aux Renards ; 1. Amuchta ; 2. Tfchigama ; 3. Tfchegula ; 4. Uniftra;
5. Ulaga; 6. Tanagulana; 7. Kagamin ; 8. Kigalga ; 9. Schelmaga ; 10. Umnak ;   1 r. Aghun-
( a ) Il efl probable que les deux premiers grouppes
dépendent des isles Aîeùtiennes.
(b) Les navigateurs Ruffes fuppofent que Goreloi • Découvertes.      199
Alasha ; 11. Unimaga. A peu de diftance d'Uni-
maga vers le nord, il y a un promontoire appelle
par les infulaires la terre des Renards noirs , avec
une petite rivière nommée Alashka, qui Te vuide
en face de la dernière isle, dans un golfe dont
on peut faire un havre. Qkne connoît pas Péten-
due de cette terre. Au fud-eft de ce promontoire
on trouve quatre petites isles. 13. Uligan ; 14»
Antun-Duffume ; 15. Semidit ; 16. Senagak.
On ne trouve ni dans les journaux, ni dans les
cartes, la plupart de ces noms : il ne faut pas s'en
étonner ; car les noms des isles ont été fûrement
altérés Se corrompus par les navigateurs Ruffes,.
Quelquefois le même nom a été donné à différentes isles par les différens capitaines : d'autres
fois la même isle a été appellée de différens noms»
Je vais citer plufieurs exemples de cette altération
Se de ces changemens.
ATT, Attak Se Ataku.
Shemiya ou Sebiya.
Atchu , Atchak , Atach, Goreloi ou Isle
Amlach , Amlak, Amleg.
AYAGk , Kayachu. f*$^
Alaksu , Alagshak , Alackfak.
AGHVNALASKA , Unàlashka.
eft la même isle qu'Atchu, & ils la comptent parmi
les isles aux Renards. Voyez le chapitre VI, & le cha>
pure précédent.
N iv N°'*'VB   L  L  E   S
CHAPITRE   XIX.
CONJECTURES fur la proximité des isles aux
Renards & du continent dAmérique.
LUSIEURS preuves tirées de Phiftoire naturelle
Se rapportées dans les chapitres précédens, annoncent que les isles aux Renards font à peu de
-diftance du continent d'Amérique ; 6k il y a lieu
de croire que les navigateurs Ruffes ne tarderont
pas à rencontrer la côte du Nouveau-Monde.
Les faules 6k les aunes que Glottoff trouva a
Kadyak, étoient en trop petite quantité 6k d'une
taille trop peu confidérable pour prouver d'une
manière certaine  la proximité de   cette isle de
l'Amérique. Les loutres de rivières , les loups,
les ours Se les langliers, qu'on a rencontrés fur la
même terre , font des indices plus probables d'un
continent voifin : on y a pris auffi des martes,
animal qui eft inconnu dans les parties orientales
de Ja Sibérie, 6k qu'on ne voit fur aucune des
autres isles. Tous les quadrupèdes que je viens de
citer, les martes exceptées, fe trouvent à Alakfu,
terre fituée plus au nord-eft que Kadyak ; 6k il y
a aufli des rennes 6k des chiens fauvages. J'ajou-
t rai que c'eft une opinion commune parmi les in-
^'aires d'Alakfu ou d'AbcM-   ■ DÉCOUVERTES.
20T
grand promontoire appelle Atachtak , gît plus au
nord-eft.
Quoiqu'on ait déjà fait ufage de ces indices dans
les chapitres précédens , ( a ) j'ai cru devoir les
récapituler ici, afin de les réunir fous un même
point de vue. Plufieurs annoncent d'une manière
inconteftable une mer moins ouverte , & la proximité du continent du Nouveau - Monde. C'eft au
îefteur à juger combien on peut évaluer fa diftance ; 8c les navigateurs ne tarderont pas à la déterminer d'une manière plus précife. Ç b)
On fait feulement aujourd'hui que dans tous les
parages où les Ruffes ont navigué jufqu'à prefent,
il fe trouve une chaîne d'isles , qui fe prolonge à
i'eît 8c au nord - eft \ eft du Kamtckatka du côté
de l'Amérique. On n'a encore reconnu qu'une
partie de cet archipel, Se l'on ne peut former que
des conjectures fur le refte.
(a) Voyez le chapitre VI, X, £?c.
(6) Les vaiffeaux la Réfolution Se la Lifcovery^
fur lefquels font morts les capitaines Cook Se Clerke ,
viennent d'arriver en Angleterre an mois de feptembre
1780 ; & le journal de ce grand voyage nous donnera
de nouvelles lumières fur cet objet.
%€Mi 202
w
i wtl '
CHAPITRE   XX.
RESUME des preuves qui annoncent que Bering
& Tfchirikoff ont touché fur la côte d'Amérique   en   1741 , ou qu'Us s'en font beaucoup
approchés.
v
JL#A côte dont Bering atteignit le travers , & qu'il
appella cap Sainte-Lucie , gît, fuivant fon eftime,
par 58 deg. 28 min. de latitude nord , 6k 236
deg. de longitude, comptée de Pisle de Fer; la
côte où aborda Tfchirikoff eft fituée par 5 6 deg.
de latitude 6k 241 deg. de longitude. Ça)
Sfeller, qui accompagna Bering dans fbiiexpé-
dition vers l'Amérique , s'efforce de prouver que
ce navigateur découvrit le continent du Nouveau*
Monde, 6k il emploie les raifons fuivantes. Çb)
Bering vit des côtes efcarpées, 6k qui préfentoient
des chaînes continues de hautes montagnes , dont
quelques-unes avoient tant d'élévation que leurs
jfommets étoient couverts de neiges ; leurs flancs
étoient revêtus du fommet jufqu'eri bas, de bois
( a ) On trouve la relation des voyages de Bering
Se de Tfchirikoff, dans l'ouvrage de M. Muller fur
les découvertes Ruffes. S.R. G. vol. III, pag. 19$ , &c.
( b ) Voyez la defcription du Kamtchatka de Kraffilnikoff \ chapitre X de la traduction françoife* DÉCOUVERTE  S. 20}
épais d'une grande étendue Se d'une grande hauteur. Ça)
Steller defcendit à terre, où il refta quelques
heures. Il y obferva plufieurs efpeces d'oifeaux
qu'on ne connoît pas en Sibérie, Se entr'autres
l'oifeau décrit par Catesby ,.(£) fous le nom de
geai bleu, Se qu'on n'a encore trouvé nulle part
que dans l'Amérique feptentrionale. Le fol diffé-
roit de celui des isles voifines Se du Kamtchatka,
Se il cueillit plufieurs plantes qui, fuivant les bo-
taniftes, font particulières à l'Amérique.
M. Pallas m'a donné la lifte de ces plantes ; je
l'infère ici, fans vouloir décider fi elles ne croif-,
fent que dans l'Amérique feptentrionale. C'eft aux
naturaliftes à fixer notre opinion fur cette matière.
(a) Les dernières navigations donnent une nouvelle force à cet argument : car toutes les isles nouvellement découvertes manquent en général d'arbres;
la plus grande ne produit que du fous-bois : il faut feulement en excepter Kadyak , où il croit de petits
fautes & des aunes dans les vallées, à quelque diftance de la côte. Voyez le chapitre X.
( b ) Voyez PHiftoire naturelle de la Caroline & de
la Floride, par Catesby. Linné donne à cetoifeau le
nom de corvuscriftatus : j'en ai vu une exacte defcription dans Thiftoire manufçrite des animaux, des oifeaux, &c. de l'Amérique feptentrionale, Se de Phé-
jmifphere nord , jufqu'au 6oedegré de latitude, par M.
Pennant Lorfque cet auteur ingénieux, à qui nous
devons tant d'ouvrages.intéreffans, publiera cette par-
ces travaux , on n'aura plus rien à defirer fur
la
pa 204 Nouvelle
Trillium erectum. _
Fumaria cucullaria.
Une efpece de dracontium qui a des feuilles
qui reffemblent à celles de la cana Indica.
Uvularia perfoliata.
Heuchera Americana.
Mimulus luteus, plante du Pérou.
Une efpece de rubus ; probablement une variété du rubus idœus , mais qui porte des graines
plus groffes, Se un grand calice rouge découpé.
On ne trouve aucune de ces plantes au Kamtchatka , ni fur les isles voifines. Ça)
Quoique ces raifons ne prouvent pas d'une
( a ) Suivant M. Pallas,  les plantes de ces isles
nouvellement découvertes font alpines , pour la plupart , comme celles de la Sibérie ; il en trouve la caufe
dans la brièveté Se la fraîcheur de l'été. Voici comm
ment il s'énonce : cc Quoique les hivers de ces isles
^ foient affez tempérés par l'air de la mer, de façon
„ que les neiges ne couvrent jamais la terre que par
„ intervalles, la plupart des plantes y font alpfnctâH
„ par la raifon que l'été y eft court & froid à caufe
„ des vents de nord qui y régnent. „ Ce paffage eft
tiré d'un'manufcrit fur les isles nouvellement découvertes. Cet ouvrage , écrit en françois, m'a été communiqué par mon digne & favant ami M. Palias, profef-
feur d'hiftoire naturelle à Pétersbourg, qui ma d'ailleurs donné beaucoup d'autres inftructions relativement
aux isles nouvellement découvertes. Ce traité a été
envoyé à M. de BufFon , qui en a fait beaucoup d'ufage
dans le cinquième volume zrt-4?. de fes fupplémens à
l'hiftoire naturelle. Découverte
205
manière décifive que Bering ait touché à la côte
d'Amérique, on peut en conclure avec probabilité que ce navigateur s'eft approché beaucoup de
ce continent.
Je dois ajouter que les naturels des isles où
touchèrent Bering Se Tfchirikoff préfenterent aux
Ruffes le calumet ou la pipe de paix, qui eft un
fymbole d'amitié chez toutes les peuplades de l'Amérique feptentrionale , Se je remarquerai que cet
ulage arbitraire leur eft particulier. Ça)
*&':
ag=^^|p^^s
CHAPITRE   XXL
DES Tfchutski; les traditions de ces peuples fur
la proximité de leur côte de celle de P Amérique , femblent avoir été confirmées par les journaux des derniers navigateurs. Plenïfner envoyé pour vérifier cette idée ; réfultat de fon
voyage.
V/N fait que les Tfchutski habitent la partie
nord-eft de la Sibérie ; leur pays peu étendu eft
borné au nord par la mer Glaciale , à Peft par
l'Océan oriental, au fud par la rivière d'Anadyr,
Se par celle de Kovyma à Poueft. Le cap nord-eft
(a)  Voyez PHiftoire d'Amérique de Robertfon,
toL I, pag. 376 de l'original S. R. G. III, pag. su4. N ô u
E  S
de cette contrée porte le nom de Tfchukotskoi-
Nofs , ou du promontoire des Tfchutski : fes habitans font les feules peuplades de la Sibérie que
les Ruffes n'aient pas fubjugué.
L'auteur Allemand, dont j'ai parlé tant de félj
fuppofe avec M. Muller , que l'Amérique eft peu
éloignée de la côte des Tfchutski ; 6k il eft dit que
cette fuppofition eft confirmée par les voyageJH
les plus récens.
Les Tfchutski, en commerçant avec les Ruffes,
donnèrent la première idée du voifinage de YÀÊÊ
8e de l'Amérique. Des affertions vagues , faites
par un peuple barbare, font peu dignes de foi;
mais comme les habitans de ces régions les ont
répandues d'une manière uniforme 6k invariable,
depuis le milieu du dernier fiecle jufqu'à ce jour j'-
elles méritent quelqu'attention.
Cette idée confignée pour la première fois dans
Pouvrage de M. Muller fur les découvertes des
Ruffes, a été préfentée de nouveau par M. Ro-
bertfon dans fon Hiftoire d'Amérique. Ça) Voici
plufieurs raifons qui ajoutent encore à fa probabi-1
lité. Plenifher, natif de Courlande, fut nommé,
en 1760 gouverneur d'Ochotsk, 6k ayant reçu
ordre de la cour de s'avancer jufqu a Anadyrsk
Çb) 8e de fe procurer tous  les renfeignemlËM
(a) Hiftoire d'Amérique, voî. I, pag. 274-277
de l'original.
( b ) Anadyrsk a été détruit depuis par les Ruffes
eux-mêmes.. VERTES.
20:
D t C  O  U   V   i,  k   1   r.  o. m\j/
poflibles fur la partie nord - eft de la Sibérie, Se
du continent du Nouveau-Monde qu'on fuppofe
en face , il fe rendit à Anadirsk, Se de là à Ko-
vimskoi-Oftrog ; le premier de ces établiffemens
Ruffes eft fitué près des limites méridionales,
& le fécond près des limites oueft du pays des
Tfchutski. Non content de recueillir des informa-.
fions des Koriaques voifins , qui entretiennent un
commerce avec les Tfchutski, il envoya Daurkin
auprès de cette dernière peuplade. Ce Daurkin,
Tfchutski d'origine ,, avoit été fait prifonnier Se
élevé par les Ruffes ; il paffa deux années avec fes
compatriotes, Se il les accompagna dans plufieurs
expéditions fur les isles voifines, qui" giffent entravers de la côte orientale de la Sibérie.
Il découvrit que Tfchukotskoi-Nofs eft une
péninfule très-étroite ; que les Tfchutski font un
commerce d'échange avec les habitans de l'Amérique ; qu'ils traverfent dans fix jours le détroit
qui fépare les deux continens ; que dans cette
navigation ils abordent dlsle en isle ; Se que la diftance d'une de ces isles à l'autre eft fi petite, qu'ils
peuvent coucher toutes les nuits à terre ; que plus
au nord , les deux continens fe rapprochent encore davantage ^8e qu'à cette latitude plus élevée 9
le détroit n'offre que de petites isles.
Cette découverte s'accordoit avec les informations que les Koriaques donnèrent à Plenifner.
Plenifner fut de retour à Pétersbourg en 1776 ,
8c il rapporta des plans Ça) Se des cartes des
.a; La plus importante de ces cartes embraffe le ao8
Nouvel
■s
11. J!
LES
parues nord - eft de la Sibérie, dont l'acadéJ
de Pétersbourg a fait ufage dans fa carte genél
de 1 empire de Ruffie, publiée en  R9§■
Ainfi la pofinon du pays des Tfchutski le trouv
déterminée d'une .namere plus exafte qu'elle „
1 avoit. ete jufqu'alors. 4 e
pays des Tfchutski & des peuplades limitrophes • I
fut dreffee principalement pendant une fecnnH ' '
dition que fit le major Pauloffsky  contre les Tfchn»
qu'à Trchukotskoi-Nof. £:ZLeneUa al°ri.JUt
defa féconde, pendant laquelle" eu™ Sfcfiïi
Plufieurs efcarmouches.dont il fortit vSoneuT• - H
a fon retour, il fut fnrpris | m^f0I^J m«
dmon ett de l'année .730. "^Cre- Cette expe. I
. a ; J'ai appris ces détails à Pétersbnnm   a0   i
fieurs perfonnes dignes de foi    „, ; sb0.urS''?e plU/
couverte avec PlenifiS »M J«aB
taie, où il eft mortà M de/7?8 *      ^
CHAPITRE Découvertes.
2.0«>
CHAPITRE   XXII.
TENTATIVES des Ruffes pour découvrir le paf-
fage au nord-ejl. Navires partis d'Archangel
pour cingler du côté de la Lena ; autres partis
de la Lena pour gagner le Kamtchatka. Extrait
du voyage de Defchneff autour de Tfchukots*
koi- Nefs, tel quil efl raconté par Muller.
Voyage de Shalauroff, depuis la Lena jufquïa
Shelatskoi - Nbfs.
jL,À feule route établie ]ufqu'à préfent entre l'Océan Atlantique Se la mer du Sud, & entre l'Europe 6c les Indes Orientales , eft celle (lu cap de
Bonne-Efpérance , ou celle du cap dëÇîorn ; mais
comme ces navigations font longues "'Se dange-
reufes 9ona fait dans ces derniers tems une multitude d'expéditions pour découvrir-un paffage au
nord-eft ou au nord-oueft. Cet ouvrage ne traitant que des découvertes des Ruïïès", tout ce qui
regarde le paffage au nord - oueft eft étranger i
hotre pian; Se même dans "ce qui a rapport au
paffage du nord - eft , nous ne nous arrêterons
que (ur les voyages des Ruffes.
Ceux qui foutiennent la poflibilité du paffage
au nord - eft, divifent cette navigation. en„trois
portions principales; Se après s'être efforcés de
prouver que chacune de ces portions a été tra-
O !■
tlO
N o
m
i   V  E   L   L
E   S
verfée à différentes  époques , ils en concluent
que le paffage entier eft praticable.
Ces trois divifions font: i. d'Archangel à la
Lena ; 2• de la Léqa au Kamtchatka ; 3. du Kam-
chatka au Japon. Quant à cette dernière, la communication entre les mers du Kamtchatka 8e fe'
Japon eft démontrée par des vaiffeaux Japonois
qu'on trouva naufragés fur la côte du Kamtchatka,
an commencement de ce fiecle, Se par les différens voyages que les Ruffes partis du Kamtchatka
ont faits au Japon. Ça )
Aucun géographe n'a foutenu que le premier
pafïàge d'Archangel à la Lena s'eft fait dans une
feule expédition; mais plufieurs ayant foutenu
que les Ruffes ont achevé cette navigation en
différentes fois, il devient néceffaire de traiter
cette matière.
En 1734, le lieutenant Morovieff appareilla
d'Archangel par le fleuve d'Oby. La première
année, il ne dépaffa point l'embouchure de Pet-
chora ; l'été fuivant, il traverfà le détroit de Wei*
gatz, 8e il arriva/îans la mer de Kara; il longea
îa côte orientale de cette mer jufqu'à 32 deg.
30 min. de latitude; mais il ne doubla point le
promontoire qui fépare la mer de Kara d'avec la
baie d'Oby.
En 1738, les lieutenans Melgyin 8e Skura-
koff doublèrent ce promontoire après beaucoup
{a) S. R, G. III, pag. 78-166, &ç. DÉCOUVERTES.
III
de peines, 8c ils entrèrent dans la baie d'Oby.
Durant ces expéditions, les glaces offrirent de
grands dangers 8c de grands obftacles aux navi«
gateurs. I
On avoit fait plufieurs tentatives infruciueufes
pour paffer de la baie d'Oby à l'Yeniffei ; mais
deux navires, commandés par les lieutenans Off-
2in Se KoskelefF, effe&uerent enfin cette traversée en 1738.
La même année, le pilote Féodor Menin ,
parti de l'Yeniffei, cingla vers la Lena ; il porta
le cap au nord jufqu'au 73 deg. if min. de
latitude. Lorfqu'il fut arrivé à l'embouchure du
Piafida, les glaces l'arrêtèrent ; Se ne pouvant pas
venir à bout de forcer fon paffage r il retourna
à l'Yeniffei. Ça) | ||JK
Au mois de juillet 1735 > "e lieutenant Pront-
shiftsheff partit d'Yakutsk, Se remonta la Eténa
"jufqu'à fon embouchure \ afin de fe rendre par
mer à l'Yeniffei. Les bouches .oueft de la Lena
étoient fi remplies de glaces, qu'il fe vit obligé
de débouquer paf la plus orientale , Se les vents
contraires l'empêchèrent d'atteindre la haute mer
avant le 13 août. Après avoir gouverné au nord-oueft le long des isles qui font éparfes devant
les bouches de la Lena > il fe trouva par 30 deg.
4 min. de latitude , Se il apperçut beaucoup de
glaces au nord 8c au nord - eft, Se des montagnes
(a)Page 145 à 149 de l'ouvrage cité dans la note
précédente* it      Jé^    (
Oij Nouvelles
de glace de 24 à 60 pieds de hauteur. Il porta le
cap entre ces glaces 9 qui ne laiffoient nulle part
im paffage libre de plus de 100 à 200 verges de
largeur. Son bâtiment ayant effuyé des avaries
confidérables , il remonta , le premier feptembre,
l'embouchure de l'Olenek, qui, fuivant fon efti-
me, gît par 72 deg. 30 min. de latitude ,& il
paffa l'hiver à peu de diftance de là. Ça)
Il débouqua l'Olenek au commencement d'août
de Tannée fuivante ; le 3 , il arriva à l'embouchure
de l'Anabara, dont il trouva la pofition de 73 deg
une min. de latitude ; il y refta jufqu'au 1 o. Pen
dant cet intervalle 1 quelques perfonnes de TéjB
page pénétrèrent dans le pays, afin d'y chenil
des mines. Le 10, il remit en mer ; mais avant
d'atteindre l'embouchure du Chatariga, il fut tellement enfermé par les glaces, qu'il manqua de
périr ; il ne soÊt debarraffa qu'avec beaucoup de
peine. Il obferva enfuite une vafte plaine de glace,
qui fe prolongeoit au large ; ce qui l'obligea à fe
tenir près de la côte | tx à remonter le Chatanga,
L'embouchure de cette rivière gît par 74 degrés
3 min. de latitude ; de là changeant de route, il
xingla principalement au nord le long de la côte,
■& il atteignit l'embouchure du Taimura le 18 ; il
s'avança encore plus loin , Se fui vit la côte vers
Je Piafida. Il y a ^rès de là plufieurs petites isles
féparé&è de la grande terre par des détroits où la
glace étoit abfolurnentammobile. Alors il gouverna
(a) Gmelin Reife II, pag. 425 à 427. DieoovER t-e s.      ^f|
au large, afin de doubler la chaîne d'isles. Il trouva
d'abord la mer plus praticable au nord des isles ,
quoiqu'il vît toujours beaucoup de glaces de 1 une
à l'autre. Il gagna enfin le travers de la dernière *
qui gît par 77 deg. 25 min. de latitude. La mer
étoit prife par-tout, Se la glace immobile entre
cette isle Se la grande terre , ainfi que du côté
de l'isle qui eft plus au nord. Il effaya néanmoins
de s'élever davantage vers le pôle ; Se dès qu'il
eut Eût environ fix milles, une brume épaiffe
l'empêcha d'avancer : quand cette brume fut difi-
fipée, il n'apperçut que de la glace tout autour
8c devant lui. Celle qu'il voyoit au large, n'étoit
pas fixe; mais les maffçs., accumulées les unes
fur les autres, étoient fi ferrées, que le plus petit
navire n'auroit pas pu paffer dans les intervalles. Redoublant d'efforts pour pafp| au nord, il
fat arrêté par les glaces du nord-eft, Se craignant
d'être enfermé, il retourna au Taimura; Se de
là il fe rendit, à tièvers une multitude d'obfta-
cles Se de dangers/l.ïOiehek qu'il attégnit le
29 août. «à*
Cet abrégé de Pexpédition de Prontshiftsheff eft
tiré de l'ouvrage du profeffeur Gmelin Ça). Suivant M. Muller, qui a donné une relation fom-
maire du même voyage ( b ) , Prontshiftsheff n'atteignit pas tout-à-fcit l'embouchure du Taimura ,
ttl F"^8^'VoL H' paS- ^7 à 4Î4-
(b) b. k. {j. m, pag. 14.9 & !ç0.
o i nH
iti
N o u V E
L  t E   s
■|l||l
parce qu'il y trouva une chaîne d'isles, qui fe
prolonge du continent fort avant dans la mer. Ce
dernier navigateur dit que les canaux entre les isles
étoient fi embarraffés par les glaces, qu'il n'y eut
pas moyen de forcer le paffage ; qu'après s'être
élevé jufqu'à 77 deg. 25 min. de latitude , il fut
arrêté par une immenfe plaine de glace fixe.
Chariton Laptieff effaya aufïï inutilement, en
1739 , de paffer de la Lena à l'Yeniffei. Ce navigateur raconte qu'entre les rivières de Piafida
ôc de Taimura, il y a un promontoire qu'il ne
put pas doubler, parce que la mer fe trouva entièrement prife dans les environs.
On doit en conclure que Fefpace qui eft entre
Archangel & la Lena n'a pas encore été traverfé;
car, en allant à l'eft de l'Yeniffei, les Ruffes n'ont
pu dépaffer l'embouchure du Piafida ; Se en venant
à l'oueft de la Lena,41s ont été arrêtés, fuivant
Gmelin , au nord du Piafida, 8e fuivant M. Muller à l'eft dtf Iràimura Ça)
Les navires Ruffes, qui vont prefque toutes les
années d'Archangel 8e des autres villes, à la Nouvelle - Zemble, afin d'y prendre des lions, des
veaux marins Se des ours blancs, fè rendent à la
côte occidentale, Se aucun bâtiment n'a encore
doublé l'extrémité nord-eft de cette terre. Çb)
(a) Gmelin Reife , pag. 440. M. Muller dit feule»
ment que Laptieff rencontra les mêmes obftacles qui
obligèrent ProntshiftshefF à revenir fur fes pas. S. R.-G.
yol. III, pag. iço.
(ô) Quoique les découvertes des Ruffes entrent DÉCOUVERTES
Iti
Examinons maintenant ce qui regarde la navigation de la Lena au Kamtchatka. Si Ton en croit
feulement dans le plan de cet ouvrage ; comme le paffage au nord-eft occupe tous les favans, il eft à propos de dire ici que pluftetars navires Anglois Se Hol-
landoisont paffé, par le détroit de Weigatz, dans la
mer de Kara ; qu'ils ont tous rencontré beaucoup de
glaces , & qu'ils ont eu des peines infinies d'effectuer
leur paffage. Voyez l'Hiftoire générale des voyages,
tome XV ipajjim.
En 1696, Heemskirk & Barenfz, après avoir longé la
côte occidentale de la Nouvelle-Zemble, doublèrent
le cap nord-eft, qui git par 77 deg. 20 min. de iatfcA
tude, & cinglant le long de la côte orientale , ne dé?
pafferent pas. le 76 degré. ÉlK
Voyezln relation de ce voyage remarquable, dans la
Vraie defcription de trois voyages de mer, par Girard
le Ver, pag. 13 à 45 ; & P Hiftoire générale des voya*
ges, tome XV, pag. 111 à 139.
Les navires d'aucune nation n'ont doublé le cap qui
s'étend au nord du Piafida, & qui eft marqué dans
les cartes Ruffes à environ 78 degrés de latitude :
nous avons déjà vu que les bâtimens Ruffes ne font
jamais allés du Piafida au Chatanga, ou du Chatanga
au Piafida. Cependant quelques auteurs affurent, d'une
manière pofitive , que ce promontoire a été doublé, &
pour répondre aux relations qui attellent le contraire *
ils prétendent que Gmelin Se Muller ont caché à def-
fein quelques parties des journaux tenus par les navigateurs Ruffes : mais fans difcuter cette affertion , je
Contiens qu'elle n'eft fondée fur aucune preuve ; Se
jufqu'à ce qu'on en fourniffe d'inconteftables l il n'eft
I pas poffible de nier des faits clairs, & d'adopter des
oui-dire, plutôt que des relations authentiques & bien
circonftanciées.
Oiv u6
N o tr.'V-r îles
quelques auteurs, cette navigation a lieu depuis
un fiecle 8e demi ; Se plufieurs vaiffeaux ont, à
On trouve dans l'ouvrage de M. Engel, intitulé:
EJJai fur une route par le nord-eft, un paffage qu'il
eft à propos d'examiner ici. Cet écrivain affure, de la
manière la plus ^ofitive, que deux navires Ruffes
s'avancèrent anciennement à trois cents lieues au nord-
eft de la Nouvelle-Zemble ; Se il conclut qu'ils doiveB
avoir doublé ce cap, qui s'étend au nord du Piafida,
Se même qu'ils s'avancèrent à l'eft, au moins jufqw
l'embouchure de l'Olenek. Voici comment il s'exprime?
Ci L'illuftre fociété royale, fous l'an 1679, rapport»
,, ce voyage, Se dit que peu d'années auparavant?^»
„ fociété de marchands d'Amfterdam avoit fait un|f
5, tentative pour chercher le paffage du nord-eft, &
§ équipé deux vaiffeaux, lefquels étant paffés ai»
„ 79 ou 80 degrés de latitude, avoient pouffé, felorf
)5 "Wood, jufqu'à trois cents lieues de la Nouvelle-
g Zemble ; que par conféquent la route d'Archangel
„ à la Lena a été faite, &c. „ Il cite, comme on voit,
les Tranfactions philofophiques & le capitaine Wood,
qui en 1676 fit un voyage pour découvrir le paffa§|
au nord-eft. Ce navigateur expofe dans fa relation plufieurs argumens qui le portoient à croire la poffibilité
du paffage au nord-eft. La raifon qu'il allègue eft la
même qui eft confignée dans les Tranfacrions philofophiques , Se qu'on vient de rapporter avec les expret
fions de M. Engel ; il ajoute que les deux navires
Hollandois auroient pouffé plus loin leurs découvertes,
s'il n'étoit pas furvenu un différend entre les armateurs
Se la compagnie des Indes Orientales. M. Wood n'a
d'autre garant de ce fait que les Tranfactions philofophiques. La relation imprimée dans ce recueil fe
trouve au neuvième volume, page 209, à l'article DiCOUVERTES.
wm
différentes époques, doublé l'extrémité nord-eft
de l'Afie. Il eft fur à la vérité, d'après les rela-
du mois de décembre 1674. On V lit des u Obferva-
L tions curieufes % faites pendant plufieurs voyages
, entrepris pour trouver la route des Indes Orientales
L par le nord, avec les inftrudflons données parla
L compagnie Holtandoife pour la découverte de la
„ fameufe terre de Jeffo, près du Japon. | Ces inf-
tructions furent données en 1643 à Martin Geritfes-
Vries , capitaine du vaiffeau le Cajiricum, qui " fut
L chargé de découvrir la côte orientale de la Tarta-
L rie, le royaume de Catay, & la côte occidentale
55 de l'Amérique, avec les isles fituées à l'eft du Ja-
„ pon, Si renommées pour l'or Se, l'argent qu'on y
„ trouve. „ Ces inftructions ne difent rien des deux
bàtimens, qu'on dit s'être élevés à trois cents lieues à
l'eft de la Nouvelle - Zemble. On y parle de deux navires renvoyés en 1639, cc fous le capitaine Kwaft,
w pour découvrir la côte orientale de la Grande-Tar-
» tarie, fur-tout les isles où l'on fuppofe des mines
9) d'or & d'argent, 8e que des accidens divers oblige-
„ rent de s'en revenir re infeSta. 53 On rapporte en-
fuite un abrégé du journal de Kwaft, avec les notes
lues par les négocians qui étoient avec lui. On y
t
dit
cc
que dans la mer du Sud, par 37 degrés Se
n demi de latitude nord , ou à environ quatre cents
,3 milles efpagnols, ou trois cents quarante-trois mil-
5> leshollandois, c'eft-à-dire à'28 degrés de longitude
,5 eft du Japon, il y a une isle très-grande & très-éle-
n vée, habitée par des peuples blancs, d'une belle
5> figure, d'un caradtere hofpitalier & affez civilifés;
33 que cette terre eft très-riche en or & en argent, &c. „
On voit d'après ces extraits que, dans l'Abrégé des
journaux des deux navires Hollandois, il n'eft pas quef. nB
Nouvelles
i
tions des Ruffes, qu'on a fait des expéditions^BB
quentes de la Lena à la Kovyma ; mais il eft fur
également que de la Kovyma on n'eft allé qu'une
fois dans l'Océan oriental, en doublant Tfchu-
tion de longitude à l'eft de la Nouvelle-Zemble ; que
Kwaftfit ces découvertes dans la mer du Sud, Se que
pour y arriver, il doit avoir doublé le cap de Bonne.
Efpérance, ainfi que le capitaine Vries, qui fit un
voyage après celui-ci. A la vérité, l'auteur de l'Abrégé
des journaux prétend que le paffage au nord-eft eft
praticable. cc Pour revenir des Indes Orientales en
,3 Europe par le nord, il faut, dit-il, cingler à Poueft
„ du Japon, le long de la Corée , pour voir jufqu'où les
33 côtes de la mer fe prolongent au nord de cette der-
33 niere terre , ou de quelle manière on peut naviguer
33 jufqu'à'la Nouvelle-Zemble, & la doubler au nordvl
,3 Après avoir dépaffé l'extrémité feptentrionale de la I
33 Nouvelle-Zemble, ou en fuivant le détroit de Wei-
33 gatz, après avoir dépaffé l'extrémité nord de la terre
,3 d'Yeîmer, on trouvera fûrement qu'on peut conri-
33 nuer fa route au fud-eft, & terminer heureufement '
33 fon voyage. «. Mais les conjectures ne font pas des
faits. N'ayant rien découvert de pofitif, malgré nos
recherches, fur ces deux navires Hollkndois , qui fe
font avancés à trois cents lieues de la Nouvelle-Zemble,
j'attendrai, pour le croire , qu'on cite des preuves. Je
perfifte donc à perifer qu'il n'eft pas encore prouvé
d'une manière authentique, qu'aucun navire ait jamais
doublée Veûâe la Nouvelle-Zemble le cap qui git au
nord de la rivière Piafida. Voyez îa relation du voyage
de Wood, dans la Collection des divers voyages & des
découvertes faites au fud Se au nord, à Londres , 1694,
en anglois, page 148 ; Se Mémoires Se obfervations
géographiques de M. Engel, pages 231 Se 234.
■y      ,  1
1. il DÉCOUVERTE».'
**£
fôtskoi-Nofs. Suivant M. Muller, ce cap formidable fut doublé en 1648 : voici comme il parle
de ce voyage remarquable. .
a Ça )En 1648 , fept navires partirent de Pem-
bouchure de la Kovyma Çb)9 afin de pénétrer
dans l'Océan oriental. On n'a jamais entendu par*
1er de quatre de ces bâtimens ; les trois autres
étoient commandés par Simon Deshneff, Gerar-
fim Ànkudinoff, deux chefs de Cofaques,"8eFedor
Alexeffrchef des Promyshleniques. DeshneffSt
Ankudinoff fe difputerent avant leur départ ; le
premier ne vouloit pas que le fécond partageât
avec lui la gloire Se le profit qu'il fe promettait des
découvertes qu'il ailoit entreprendre. Chaque bâtiment pouvoit avoir trente matelots d'équipage ;
du moins on fait que celui d'Ankudinoff étoit de
ce nombre. Deshneff promit d'avance un tribut
de fept zibelines, qu'il s'engageoit de faire payer
aux habitans des bords de l'Anadyr, tant il comp-
toit arriver à cette rivière. Il y parvint en effet y
mais plus tard 8c avec plus de peine qu'il ne
1 avoit cru. »
« Le 20 juin 1748, les trois navires appareillèrent de la rivière de Kovyma pour cette expédition
remarquable. Comme on ne connoît pas l'extrémité de l'Afie , il eft à regretter qu'on n'ait pas
une relation circonftanciée de tous les incidens du
( a ) S. R. G. III, pag. 8-20.
(b) M. Muller l'appelle dSolimoi 120
NoO?
ELLES
lié
voyage. Deshneff C#), dans une efpece de journal qu'il envoya à Yakutsk, parle légèrement de
(a j Je remarquerai que îe voyage de Deshneff fufc
entièrement oublié jufqu'en i7?6, époque où M. Muller trouva, dans les archives d'Yakutsk , les journaux
des navigateurs Ruffes dans la mer Glaciale.
Après l'avoir fait extraire fous fes yeux à YakutsilB
il les envoya à Pétersbourg, où ils fe confervent dans
la bibliothèque de l'académie impériale des fciences ;
ils confiftent en plufieurs volumes in folio. Les détails
relatifs à Deshneff, fe trouvent au fécond volume. So-
liverftoff & Stadukin, en réclamant la découverte du
pays qui eft à l'embouchure  de PAnadyr, affurent
qu'ils y étoient arrivés par mer, après avoir doublé
Tfchukotskoi - Nofs. Deshneff envoya des mémoires,
des requêtes &des plaintes au gouverneur d'Yakutsk,
contre Soliverftoff Se Stadukin ; effayant de prouver
qu'il devoit jouir feul de la gloire de cette découverte,
il réfute les argumens de fes adverfaires. M. Muller
a tiré de ces mémoires l'abrégé du voyage de Deshneff.
Pendant fon féjour à Pétersbourg, j'eus occafion de
voir ces papiers ; Se comme ils font écrits en langue
ruffe , je priai M. PaiJas, mon ami, d'examiner ce qui
avoit rapport à Deshneff. M. Pallas eue la bonté de
comparer ces mémoires avec l'extrait de M. Muller,
Se même il prit la peine de copier les paffages les plus
effentiels. J'ajoute ici ces extraits, parce qu'ils confirment l'exactitude de M. Muller, & qu'ils jettent du
jour fur des endroits obfcurs de fon ouvrage. Deshneff dit, dans un de fes mémoires : a Pour aller de
33 la rivière Kovyma à i'Anadyr, il faut doubler un
33 grand promontoire qui s'étend fort avant dans la
33 mer; ce n'eft pas le promontoire qui gît le plus
33 près de la rivière Tfchukotskia ; Stadukin n'a jamais DÉCOUVERTES. 121
ce qui lui arriva en mer. Il femble qu'il n'ait mis
aucune importance à ces détails nautiques. Il ne
33 atteint ce grand promontoire, près duquel on trouve
3, des isles dont les habitans fe percent les lèvres in-
33 férieures & y mettent des défenfes de cheval de mer,
,3 travaillées en forme de dents. Ce cap fe prolonge
,3 entre le nord & le nord-eft. On le reconnoit, du
„ côté qui appartient à la Ruffie, par la petite rivière
33 de Stanovie, qui coule dans la mer, près de l'en-
33 droits où les Tfchutski ont élevé un amas d'os de
33 baleines, qui reffemble à une tour. De ce promon-
33 toire, la côte court vers l'Anadyr ; Se il eft poflible,
3, en trois jours Se trois nuits, avec un bon vent, de fe
33 rendre de là a cette rivière. 11 n'eft pas plus long d'y
3, aller par terre. „ Deshneff dit, dans un autre mémoire : " Qu'on lui ordonna d'aller par mer de l'In-
,3 digirka à la Kovyma, Se de là au fleuve d'Anadyr,
33 qu'on venoit alors de découvrir ; que la première
5s fois qu'il appareilla de la Kovyma, il fut forcé par les
33 glaces, de retourner à l'endroit d'où il étoit parti ;
,3 que l'année fuivante il remit à la voile, Se qu'il ar-
,3 riva enfin à l'embouchure de l'Anadyr, après beau-
33 coup de dangers, d'accidens & la perte d'une partie
,3 de fon équipage, Stadukin ayant effayé en vain d'y
33 aller par mer, fe hafardaà traverfer des chaînes de
3i montagnes alors inconnues ; Se de cette manière
33 il atteignit l'Anadyr. Soliverftoff & fon équipage,
» qui fe querellèrent avec Deshneff, partit de la Ko-.
3, vyma Se fe rendit aufli à l'Anadyr par terre. Il en-
3» voya enfuite les fourrures de tribut à la Kovyma,
33 à travers les montagnes, qu'il étoit dangereux de
33 paffer au milieu des peuplades de Koriaques Se de
* Yukagirs, que les Ruffes venoient de foumettre. 33
D*ns un troifieme mémoire, Deshneff fe plaint amé- ^r^00^î.
ilBlilllilllM
E  L  L  E  5   "jH^
fait point d'obfervations utiles aux marins , avant
d'avoir atteint le grand promontoire des Tfchutski.
^11 ne dit pas qu'il fut arrêté par les glaces, 8c probablement il n'en rencontra point ; car il obfèrvë
dans une autre occafion, que la mer n'eft pas
toujours auffi libre qu'elle le fut cette année. Il
commence fon journal par une defcription du grand
promontoire. « Il eft très - différent, dit - il, cje
i celui qui gît à Poueft de la Kovyma, près de
» la rivière Tfchukotskia, Il fe trouve entre le
» nord 8e le nord-eft, Se il fe plie dans une di-
È recfîon circulaire du côté de l'Anadyr. On le
py reconnoît du côté qui appartient à la Ruffie dj
I ( c'eft le côté occidental ) par un ruiffeau qui
rement de Soliverftoff, & il affure  cc que  SéverskaiM
3, gagné par Soliverftoff, fut envoyé à Yakutsk; qu'ijB
33 y débita que Soliverftoff avoir découvert les côte»
33 qui font  au nord de l'Anadyr, où l'on trouve un
33 grand nombre de chevaux marins. „ Deshneff ajoute
à cette occafion, cc que Soliverftoff & Stadukin n'ont
,3 jamais atteint le promontoire de rocher, qui eft
33 habité par des peuplades nombreufes de Tfchutski,
33 Se en travers duquel il y a des isles, dont les na*
3, turels portent des dents artificielles dans des trous
33 qu'ils fe font à la lèvre inférieure. Ce n'eft pas le
33 cap appelle Svatoi-Nofs, qu'on rencontre en venant
33 de la rivière Kovyma, mais un autre plus confidé-
33 rable , dont je connois très-bien.la pofition; on y
33 trouva le bâtiment d'Ankudinoff, qui y avoit péri
33 par un naufrage ; Se je fis prifonniers quelques habi-
33 tans qui voguoient fur des canots. Il eft très-fûr qu'il
a, y a eneqre.loin de ce cap au» fleuve d'Auadvr. & r DÉCOUVERTE  M       22J
» tombe dans la mer. Les Tfchutski ont élevé
n près delà un amas dos de baleines, qui reffem-
3, ble à une tour. Vis-à-vis de ce promontoire 9
» Deshneff ne dit pas de quel côté il y a deux
» isles, fur lefquelles j'apperçus des habitans de la
» tribu des Tfchutski, qui portoient des défenfes
pf de cheval marin, aufli travaillées en forme de
n dents , dans les trous de leurs lèvres inférieures.
» Il eft poffible d'aller en trois jours avec un* bon
M vent, de ce promontoire au fleuve Anadyr ;
» 8e on peut s'y rendre par terre dans le même
» efpace de tems. » Le navire d'Ankudinoff fit
naufrage fur ce promontoire, Se l'équipage fut
diftribué à bord des deux autres bâtimens. Le 20
feptembre ? Deshneff Se Fedor Alexeff dépendirent à terre ; il y eut une efcarmouche avec les
Tfchutski, où Alexeff fut bleffé. Les deux navires
fe féparerent bientôt, Se ne fe revirent plus. Celui de Deshneff fut entraîné par des vents orageux
jufqu'au mois d'oftobre 3 époque où il fit naufrage
bien au fud de l'Anadyr , non loin de la rivière
Clôtura. Nous dirons plus bas ce que devinrent
Fedor Alexeff 6c fon monde. Deshneff Se fes
compagnons, au nombre de vingt-cinq , cherchèrent alors à retrouver l'Anadyr • mais ne connoif-,
(ant aucunement l'intérieur du pays, il s'écoula dix
femaines avant qu'ils puffent arriver aux bords de
ce fleuve, à peu de diftance de fon embouchure*
Ils n'y trouvèrent ni bois ni habitans.
L'année fuivante, Deshneff remonta la rivière *
& bâtit Anadirskoi-Oftrog. Le 25 avril 1751, L  L  Ê  S
quelques Ruffes qui étoient venus par terre de la
rivière Kovyma, arrivèrent près de lui. En 1652,
ayant conftruit un navire, il defcendit l'Anadyr
jufqu'à fon embouchure, Se il trouva fur la côté
feptentrionale un banc de fable qui fe prolonge
bien avant dans la mer. Les habitans de la Sibérie
donnent le nom de korga à ces fortes de bancs ;
il remarque qu'un grand nombre de chevaux marins fréquentent l'embouchure de l'Anadyr. Deshneff raffembla des dents de ces quadrupèdes ; &
ces richeffes lui parurent un ample dédommagjH
Hient des peines de fon expédition. L'année fui-
vante, il fit couper des bois pour conftruire uh
navire, dans lequel il fe propofoit d'envoyer pat
mer à Yakutsk ( a) les tributs qu'il avoit exigés;
mais manquant des autres chofes néceffaires pour
équiper le bâtiment, il renonça à ce projet. D'ailleurs on lui dit que la mer aux environs de TfchdB
kotskoi-Nofs n'eft pas libre de glaces toutes les
années.
En 1654 , on fit un autre voyage au Korga,
afin d'y charger des dents de cheval marin. Un
Cofaque , nommé Yusko Soliverftoff\ étoit de
l'expédition ; il avoit accompagné peu de tems
auparavant Michel Stadukin dans un voyage entrepris pour faire des découvertes dans la mer
(a ) C'eft-à-dire, par mer, depuis l'embouchure de
l'Anadyr, autour de Tfchukotskoi-Nofs, jufqu'à la
Lena, Se enfuite de remonter cette rivière jufqu'à
Yakutsk.
Glaciale. DÉCOUVERTES; 225
Glaciale. Soliverftoff partit d'Yakutsk avec ordre
de rapporter des dents de cheval de mer pour le
compté dé la couronne. Ses iiiftrùôions fâifarit
mention d'une rivière Yentshendon, qui tombe
dans la baie de Penshinsk Se de l'Aiiadyr, on le
chargea cf exiger un tribut des habitans des bords
de ces rivières ; car on ignoroit encore à Yakutsk
les fuites de l'expédition de Deshneff. Ceci occa-
fionna de nouveaux méèontentemens. Soliverftoff
réclama la découverte du Korga, il dit qu'il y
avoit abordé en 16*49, lors de fon voyage avec
Stadukin. Mais Deshneff prouva que Soliverftoff
n'avoit pas même atteint Tfchukotskoi - No'fs ;
qu'on le voyoit clairement à la manière dont ix
parloit « Tfchukotskoi - Nofs , ajoute Deshneff \
» n'eft pas le" premier promontoire qui s'offre fous
f> le nom de Svatoi-Nofs. Ça) On le reconnoit à
(a) Les ménlôires de Deshneff annoncent que Soliverftoff, en s'efforcant de prouver qu'il avoit iïa'vi*
gué autour de l'extrêmité orientale de l'Afie, prenôit
Svatoi-Nofs pour Tfohukotskoi-Nofs ; fans cela , pourquoi Deshneff, -en le réfutant, commenccroit-il par
érablir que Svatoi-Nofs n'eft pas le même cap que
Tfchukotskoi-Nofs ? Le feul cap marqué dans les cartes
ruffes, fous le nom de Svaioi-Nofs, gît à 25 degrés
à Poueft de la Kovyma ; mais eil cinglant de la Ko*
"vyma ^ers l'Anadyr, le premier promontoire qui fe
pré lente .eft jiéeèffai rement à l'eft de la Kovyma. Svav
toi-Nofs, en langue ruffe , k&n\§epromoiitoitefacrc£
& les Ruffes donnent quelquefois ce npm à cous les
caps qu'il eft -drffkïle de doubler. 22(5
Nouvelles
Il deux isles fituées en face Se dont les habitans,
» ainfi qvy|ri l'a déjà dit, mettent un morceau de
»> dent de cheval Iparin dans les trous de leurs
» lèvres inférieures. J'ai vu feul ces peuplades ; Se
» ni Stakudin ni Soliverftoff ne les ont jamais
» apperçues ; le Korga ou le banc de fable qui eft à
» l'embouchure de l'Anadyr, fe trouve à quel-
» que diftance de ces isles* » -J&M
Tandis que Deshneff faifoit le relèvement de JH
côte, il rencontra dans une habitation des Koriaques , une femme qu'il fe reffouvint d'avoir vue
à la fuite de Fedor Alexeff. Il lui demanda des
nouvelles de fon maître , & elle répondit « que
» Fedor Se Gerafim ( Ankudinoff) étoient morts!
» du fcorbut ; qu'une partie de l'équipage avoit
» été tuée ; que les autres Ruffes avoient pris la
» fuite fur de petits navires , Se qu'on n'en avoit
>> jamais entendu parler. » On en a retrouvé depuis quelques - uns au Kamtchatka , où ils étoient
probablement arrivés avec un vent favorable , en
fuivant la côte Se remontant la rivière qui porte
le même nom que cette péninfule.
Lorfque Volodimir Atlaffoff, en 1697 , pénétra
dans le Kamtchatka pour le foumettfe, il s'ap-
perçut que les habitans avoient déjà quelques con-
noiffances des Ruffes : aujourd'hui même c'eft
une tradition commune parmi eiix qu'avant l'expédition d'Atlaffoff, un nommé Fedoroff, Ça) qui
étoit probablement le fils de Fedor Alexeff, &
( a ) FeJL* jff, en langue ruffe, fxgnifie fils de Fedor i DÉCOUVERTES.
227
jfès compagnons avoient paffe quelque tems parmi
eux , Se avoient époufé des femmes du pays. On
lui montra l'endroit qu'habitoient ces Ruffes , Se
les débris de leurs cabanes, à l'embouchure de la
petite rivière de Nikul, qui tombe dans celle du
Kamtchatka , Se que les Ruffes appellent Fedo-
tika ; mais Atlaffoff ne trouva aucun de ces Ruffes |
il reconnut queles naturels avoient eu beaucoup
de vénération pour eux , qu'ils les avoient pref-
que mis au rang des dieux. Les gens du pays crurent d'abord qu'aucune puiffance humaine ne pou-
voit faire du mal à ces mortels privilégiés ; mais
ils fe détrhmpèrent en voyant les Ruffes fe battre
éntr'eux t Se le fâng couler dé leurs bleffures.
Fedoroff Se fes camarades fe. féparerent à^cette
occafion ; plufieurs furent tués par les Koriaques
au moment où ils fe rend oient à la mer .dé Penf-
hinsk, Se le refte fut maffacré par lès Kàffitcha^
dales. La rivière Fedotika tombe dans celle de
Kamtchatka, environ cent quatre - vingt verftes
au-deffous de TOftrog fupérieur de Kamtchatkoi;
On ne peut citer aucun navigateur Ça) pofté-
( à) M. Engel prétend à la vérité que le lieutenant:
Laptieff doubla en. 1739 Tfchukotshoi Nofs. Il fonde"
fon affertion fur l'autorité de Gmelin. ( Suivant ce
dernier auteur, Laptieff pâflài dé la Kovyma à Ana-^
dirsk; il fit une partie de cette route par mer, Se
l'autre par terre. ) Il foutienc enfuite qu'il èftinipofli-
ble d'aller de lai Kovyma à Ânadirsk par terre à par
met; fans traverser de là Kovyma à l'embouchure âè
" Pi ±i$ Nouvelles
rieur à Deshneff, qui ait réellement doublé Yéifc
rrêmité nord - eft de l'Afie , malgré toutes les
tentatives qu'on a faites pour effectuer ce paffage ■
en partant du Kamtchatka Ça) ainfi que de la merl
Glaciale.
M
l'Anadyr fur un navire, Se de là à Anadirsk fur terre*
Mais Àî. Muller, qui raconte cette expédition d'une
manière plus circonftanciée, nous apprend que Laptieff
Se fon équipage, après avoir paffé l'hiver près de l'Indi-
girka , s'embarqua à l'embouchure de cette rivière , Se
fe rendit à la Kovyma fur de petits canots ; Se comme il
étoit dangereux, à caufe des Tfchutski, de longer la
côte plus loin par  mer ou le long du rivage, il fe
rendit par l'intérieur du pays à Anadirsk, & de là à
l'embouchure de l'Anadyr. Gmelin, R eife, vol U, pag.
440. S. R. G. III, pag. 157.
Gmelin parle auffi d'un homme qui partit de la Kovyma fur un canot, Se atteignit la mer de Kamtchatka,
en doublant Tfchukotskoi-Nofs : M. Engel n'a pas man-   ;
que de citer ce nouveau fait à l'appui de fon fyftéme }   i
feulement il fe fonde fur l'autorité de Muller, au lieu  1
de fe fonder fur celle de Gmelin ; mais comme nous   ]
n'avons pas le journal de cette expédition , Se que îa   ]
manière dont s'exprime Gmelin fuppofe qu'il n'avoit
d'autres garans que des oui-dire , on ne peut pas compter fur une tradition aulîl vague Se aufli incertaine.
Voyez Gmelin, Reife, vol. II, page 437- Mém. &
Obferv. géogr. &c. page 10.
(a) Bering qui navigua en 1628, du Kamtchatka ^
vers Tfchukotskoi-Nofs, longea la côte des Tfchutski
Jufqu'à 67 deg. 18 min. de latitude ; Se obfervant quç m
la.côte prenoit !a direction de l'oueft, il en a conclu
trop promptement qu'il avoit dépaffé l'extrémité nord-
eft de l'Afie. Craignant d'être enfermé par les glaces y DÉCOUVERTES,'
22$
Shalauroff, après avoir conftruit un shitik à fes
propres frais , defcenclit la Lena en 17^1. Il étoit
accompagné d'un officier de la marine impériale
exilé, qu'il trouva en Sibérie , Se à qui nous
devons la carte de cette expédition. Shalauroff dé-
bouqua par la bouche méridionale de la Lena au
mois de juillet ; mais les glaces lui oppoferent tant
d'obftacles , qu'il conduifit fon navire à l'embouchure de l'Yana, où il fut détenu par les glaces
jufqu'au 29 août, jour où il remit à la voile. Les
glaces l'empêchèrent de nouveau de tenir la haute
mer ; il longea la côte,Se après avoir doublé Svatoi-
Nofs le 6 feptembre, il découvrit à peu de diftance au nord, une terre montueufe qui eft probablement une isle inconnue de la mer Glaciale ;
il paffa huit jours du 7 au 15 àtraverfer le détroit
qui eft entre l'isle de Diomede Se la côte de la
Sibérie ; il en vint à bout, mais avec des peines
exceflives. Depuis le 16, il rencontra une mer
libre Se un bon vent du fud-eft , qui le porta en
vingt - quatre heures par - delà l'embouchure de
l'Indigirka. Cette brife favorable continua, Se le
18 il dépaffa Alaska. Bientôt après le navire s'approchant trop de la côte , fe trouva preffé de tous
s'il s'avancoit plus loin, il retourna au Kamtchatka.
S'il avoit continué fa route, il auroit reconnu que ce
qu'il prenoit pour la merj du Nord étoit feulement
une baie profonde, Se que la côte des Tfchutski, qui
lui paroiflbit tourner conftamment à l'oueft , reprend
la direction du nord. S. R. G. III, page 117-
P iii tio
Nouvelles
i
côtés par d'énormes glaces flottantes entre queï^
crues isles ( a ) Se la grande terre. L'approche de 1^
tnauvaife faifon obligea Shalauroff à chercher une
plaœ d'hivernage, 8e il échoua fon bâtiment dans
une des bouches de la Kovyma L'équipage conf;
truiiît une barque qu'il environna d'un rempart
de neige glacée , appuyé contre une batterie
de petits canons. Les rennes fauvages fe rendant
-H cet endroit en troupeaux nombreux, les Ruffes
en tuèrent une grande multitude du haut de leurs
(a) Ces isles portent le nom de Medviedkie-Of
trova ou d'isles aux Ours ; on les appelle aufli Ifreffs-
ioffskie - Oftrova, parce qu'elles giflent en-travers
de l'embouchure de la petite rivière de Kreftova. On a
fépandu, pendant long-tems, que le continent de
l'Amérique s'étend le long de la mer Glaciale, très-
près de la Sibérie. Quelques perfonnes prétendent.
3'avoir apperçu non loin des rivières de Kovyma & de
Kreftova; mais la fauffeté de ces traditions populaires
â été démontrée en 1764, par des officiers Ruffes
qu'envoya dans ces parages Denys Ivanovitch Tfchit-
çherin , gouverneur de Tobolsk. Ces officiers partirent
de l'embouchure de la Kreftova, fur des traîneaux
conduits par des chiens, au moment que la mer étoit
gelée. Ils ne découvrirentque cinq petites isles remplies de rochers, appellées depuis Isles aux Ours. Elles
étoient inhabitées ; mais on y trouva des cabanes en
ruines': ils apperçurent de plus, fur une de ces terres,'
une efpece de plate-forme de bois flotté, qui fembîoit.
avoir été une redoute. Ils pénétrèrent affez avant fur'
la mer Glaciale ; mais ils ne virent aucune trace de
Continent. Des montagnes élevées de glaces les ayanÇ
frétés, ils furent obligés de s'en revenir.
III DÉCOUVERTES. 23 ï
remparts. Avant que l'hiver commençât, différentes efpeces defaumons Se de truites remontèrent la rivière; ces poiffons procurèrent aux
Ruffes une fubfiftance abondante Se les préfer-
verent du fcorbut. Ça)
L'embouchure de la Kovyma ne fut pas débar-
raffée des glaces avant le 21 juillet 1762 : à cette
époque , Shalauroff remit à la voile , Se porta le
cap au nord-eft \ nord, Se au nord - eft | eft jufqu'au 28. 11 obferva la déclinaifon de l'aimant à
terre ; Se il reconnut qu'elle étoit de 11 deg. I pn.
eft. Le 28 i un vent contraire qui fut fuivi d'un
calme, l'obligea de mouiller Se le retint à l'ancre
jufqu'au 10 août, qu'il fit voile avec une brife
favorable ; il s'efforça alors de gouverner à quelque diftance de la côte, en cinglant plus à l'eft
Se au nord-eft \ eft. Mais il en fut empêché par
d'énormes glaces flottantes , Se un courant fort >
qui fembloit avoir fa direction a l'oueft Se faire
une verfte par heure. Il fut ainfi beaucoup retardé
dans fa route. Le 18, le tems étant épais Se brumeux , il rencontra près de la côte , au moment
où il ne s'y attendoit pas, une multitude d'isles
de glaces qui l'enfermèrent le 19 de toutes parts.
Il demeura dans cette pofîtion Se au milieu d5une
brume continuelle jufqu'au 23 , qu'il fe débarraffa
Se s'efforça de gouverner nord-eft pour gagner la
haute mer, qui étoit moins remplie de glaces que
{a) Les habicans de ces pays du Nord regardent le
poiffon crud comme un préfervarif contre le fcorbut.
Piv i
£32
Nouvelles
le voifinage de la côte. Mais des vents contraire^
le jetèrent au fud-eft Se à l'eft , parmi des glaces
flottantes très-groffes. Après avoir dépaffé ce ra*
deau de glaces, il remit le cap au nord - eft, afin
de doubler Shelatskoi - Nofs ; Ça) mais avant de
gagner les isles qui gifi#ipt près de ce cap, les
vents contraires lui firent perdre un fi long tems,
que la faifon avancée l'obligea de chercher une
place d'hivernage. En çonféquence, il cingla au
fud vers une baie ouverte, qui gît fur le côté
oueft de Shelatskoi - Nofs, Se qui n'avôit été rer
connue par aucun navigateur avant lui. Il y entra
|.e 2f , & il toucha contre un bas-fond fitué
entré une petite isle Se une pointe de terre qui
fe projette de la côte orientale de cette baie. I!
eut toutes les peines du monde à fe remettre à)
flot. Il fit route pendant quelque teins au fud-eft,.
Se enfuite ii tourna au fud-oueft. U débarqua alors
afin de découvrir un lieu propre à y conftruire
des baraques d'hiver ; il trouva deux petits ruif-
fêgux ; mais il if apperçut ni arbres, ni bois flot-
tans. Le navire fut remorqué le long de la côte
méridionale de la baie, jufqu'à l'isle de Sabadei.
( a ) S'il ne pouffa pas plus ayant, il ne paroît point
que ce fût à raifon des difficultés qu'il rencontra en
doublant Shelatskoi-Nof$ ; & s'il revira de bord , ce fut
uniquement parce que la faifon s'avançoit. Shelatskoi-
Nofs tire fon nom de Skel&gen, tribu des Tfchutski.
0n a fuppofé que ce cap eft le même que Tfchukotskoi*
Hpfs. S, R. G. III3 page 5$.
M DÉCOUVERTES,
"a3î
te 5 feptembre , il apperçut des huttes de Tfchutski , près du canal étroit qui eft entre Sabadei Se
la grande terre ; les naturels s'enfuirent à fon approche.
N'ayant pas découvert de pofition convenable f
il remit en mer 9 Se cingla autour de l'isle d®
Sabadei le 8 , jour où il amarra le navire à une
îiiaffe énorme de glaces ; mais le bâtiment fut
entraîné dans l'oueft - fud - oueft par un courant
qui faifoit cinq verftes par heure. Le *G, il vit
dans le nord-eft I nord fort loin une montagne ,
Se il gouverna le |i & le 12 vers l'endroit de
la rivière de Kovyma, où il avoit paffé le premier hiver. Shalauroff fe propofoit l'année fui-
vante de doubler Shelatskoi-Nofs ; mais le défaut
de provifions Se la mutinerie de fon équipage
Fobligerent de retourner à la Lena en 1763. Il eft
à obferver que, durant tout le voyage, il trouva
les courans venans prefqu'uniformément de f eft.
Il apperçut deux rochers remarquables près de la
pointe où la côte tourne au nord- eft3 vers le
canal qui fépare l'isle Sabadei du continent. Ces
rochers peuvent fervir de guides aux navigateurs.
L'un eft Saetsaie-Kamen ou Rocker de Lièvre ; il
s'élève comme une corne recourbée ; Se l'autre
Baranei-Kamen ou Rocher de Mouton.; il eft de
la forme d'une poire, plus étroit au pied qu'au
fomrnet ; fon élévation eft de vingt-neuf verges
au - deffws de la marque de 4a marée haute.
Quoique Shalauroff n'eût pas réufîi dans fa
première tentative, il refta perfuadé cependant Nouvelles
qu'il étoit abfolument poffible, malgré les obftar-
clés , de doubler Tchukotskoi - Nofs ; Se il forma,
une féconde expédition. Il équipa de nouveau le
même shitik, Se en 1764 il partit de la Lena
comme dans fon précédent voyage. Nous n'avons
aucun détail pofitif de celui-ci , car on n'a jamais
revu Shalauroff ni perfonne de fon équipage. Il y
a lieu de croire que la troifieme année de fon
départ de la Lena , il fut tué avec tout fon monde
proche de l'Anadyr par les Tfchutski. A peu près
dans ce tems les Koriaques de l'Anadyr refuferent
d'acheter des Ruffes la farine qu'on leur portoit
chaque année ; Se le gouverneur d'Anadyrsk
ayant fait des recherches , il reconnut que les
Tfchutski leur en avoient vendu une affez grande
quantité : ceux-ci l'avoient tirée, fuivant toute apparence , du navire de Shalauroff De ces faits qui;|
ont été confirmés depuis par les dépofitions des
Koriaques Se des Tfchutski , on a conclu que
Shalauroff avoit doublé le cap nord-eft de l'Afie.
Mais cette affertion n'eft fondée que fur une conjecture ; car l'arrivée des Ruffes à l'embouchure
de l'Anadyr ne prouve pas d'une manière décisive , qu'ils avoient doublé l'extrémité nord-eft
de l'Afie. Ils pou voient avoir gagné les bords de
ce fleuve, en venant du côté occidental de Tfchukotskoi -Nofs.
En examinant ce qu'on a écrit des différens
voyages des Ruffes dans la mer Glaciale, Se de
leurs tentatives pour découvrir le paffage au nord-
eft , il réfulte que le cap qui fe prolonge au nord DÉCOUVERTES, 235
du Piafida n'a jamais été doublé , Se que l'exif-
tence d%n paffage autour de Tfchukotskoi- Nofs
n'eft fondée que fur l'autorité de Deshneff. Mais
à fuppofer que la navigation foit praticable autour
de ces deux promontoires , quand on réfléchit fur
les obftacles Se les dangers qu'ont rencontré les
Ruffes dans les parages de la mer Glaciale qu'ils
ont réellement parcourus, fur le long eipace de
tems qu'ils ont employé pour faire peu de chemin , Se fur l'inutilité de la plupart des tentatives ;
lorfqu'on examine d'ailleurs qu'on ne peut entreprendre ces voyages qu'au milieu d'un été très-
cdùrt. Se feulement dans les intervalles où des
vents particuliers chaffent les glaces vers la haute
mer Se laiffent les côtes moins obftruées, on eft
en droit de conclure que jamais la route du commerce ne s'établira le long des côtes de la mer
Glaciaje.
Pour que la navigation dans la mer Glaciale fût
d'une utilité générale, il faudroit qu'on pût l'effectuer à quelque diftance de la Nouvelle - Zemble
Se de la Sibérie ; Se quand on conviendroit de la
poffibilité de faire voile au nord-eft Se à l'eft de
la Nouvelle - Zemble, fans que la terre ou les
glaces offriffent des obftacles infurmontables , la
route des Indes ou de l'Amérique par le nord-eft
ne feroit pas encore prouvée ; elle dépendroit
d'ailleurs d'un paffage libre Ça) entre la côte des
(a) Y ai dit un paffage libre; car, en concluant de
la relation du voyage ds Deshneff, que ce paffage N o u
ELLES
Tfchutski Se le continent d'Amérique. Mais cas
difcufîions n'entrent pas dans le. plan de cet ou-*
vrage ; je me propofe de raconter des faits, &çi
non d établir des hypothèfes.
Je me fuis borné aux relations des Ruffes ,
Se je me fuis abftenu de rien dire des découvertes
qu'on prétend avoir été faites par les capitaines
Cook & Clarke dans la mer qui eft entre l'Amérique Se l'Afie. Le troifieme voyage de Cook ne
tardera pas a paroître, i! éclaircira probablement
nos doutes fur les queftions géographiques traitées dans cet ouvrage, & il nous donnera la ve%
ritable pofition des côtes occidentales du Nouveau-Monde.
^»*SdL££%%&£&d+    ,       ...
:?&•
CHAPITRE   XXIII.
LISTE des principales cartes fur lefquelles font j
tracées les découvertes des Ruffes.
E cfqîs devoir dire un mot clés cartes publiées
jufqu'ici ( en 1780) touchant les découvertes des]
Ruffes. On peut compter fur l'exactitude de cette
lifte ; je l'accompagnerai de quelques remarques.
exifte réellement ; fi les navires ne purent l'effectuer J
que par intervalles , ( les Ruffes ne prétendent pad
l'avoir achevé plus d'une fois ) il ne fera jamais utile
au commerce. DÉCOUVERTES.      '   237
î. Carte des nouvelles découvertes au nord de
la mer du Sud, tant à Peft de la Sibérie & du
Kamtchatka 9 qu'à Poueft de la Nouvelle-France f
dreffée fur les mémoires de M. Delisle $ par Philippe Buache , 1750. L'auteur publia bientôt après
Un mémoire relatif à cette carte, avec le titre
fuivant : Explication de la carte des nouvelles dé~
couvertes au nord de la mer du Sud, par M. Delisle. Paris, 1752 , in-4*.
Le chapitre premier de cet ouvrage fait allu-
fion à cette carte.
2. Carte des nouvelles découvertes entre la partie
orientale de UAfie & occidentale de P Amérique ,
avec des vues fur la grande terre reconnue par les
Ruffes en 1741 , par Philippe Buache \ 1752.
3. Nouvelle carte des découvertes faites par des
Vaiffeaux Ruffes aux côtés inconnus de P Amérique
feptentrionale, avec les pays adjacens , dreffée fur
les mémoires authentiques de ceux qui ont ajfîflé
à ces découvertes, & fur d'autres connoiffances *
dont on rend raifon dans un mémoire féparé. A
Saint - Pétersbourg , à l'académie impériale des
Sciences, 17543 1758.
Cette carte a été publiée fous Yinfpeftion de
M: Muller | Se fe trouve à la tête de fon ouvrage
fur les découvertes des Ruffes. Ça) La partie qui
(a) Cette carte a été publiée par Jefferys à Londres,
avec ce titre : cc Carte des découvertes faites par les
j, Ruffes autour de la côte nord-oueft de l'Amérique,
j* publiée par l'académie royalç^fes feiences de Pé* m r
23g
Nouvelles
Offre les isles nouvellement découvertes Se la côte
d'Amérique, a été tirée principalement de la carte
de l'expédition de Béringi Le continent y eft re>
préfenté comme s'avançant entre les 50 Se 6b deg.
de latitude, à peu de diftance du Kamtchatka.
Lorfqu'elle fut publiée, on rie foupçonnoit pas que
des navigateurs aufli habiles que Bering Se Tfchirikoff euffent pris cette chaîne d'isles pour des
promontoires du Nouveau-Monde ; mais des navigateurs poftérieurs, en cinglant au milieu des
parages où l'on fuppofoit la projeétion du Nouveau-Monde , ont reconnu cette erreur.   â8|
4. Une féconde carte publiée par FacadémiqH
impériales; Elle porte le même titre que la précé^B
dente ; mais Mi Muller n'a pas préfidé à fa coitï- §
pofitiôn.
Nouvelle carte des découvertes faites par des
vaiffeaux Rufjiens aux côtés inconnus de PAmé-jÊ
tique 3 &c. 1773.
C'eft, dans fa plus grande partie, une copie™
d'une carte manufcrite , connue en Ruffie fous le 1
nom de Carte des Promyshleniques, ou des hé- %
gocians aventuriers, Se faîte fur les fimples rap- i
ports dé ceux qui ont navigué au milieu des isles i
nouvellement découvertes. Cette carte de Faca-fl
demie eft très-fautive, relativement à la grandeur *
Se à la pofitiôn des nouvelles terres ; mais la côte
d'Amérique n'y eft pas, comme dans toutes les1
33 tersbourg,& publiée de nouveau par Thomas Jeffel
$ tp.9 géographe de Sa JMajefté, 1761.1
\wfr D  É   C  O  U  V  E
s.
$m
Ï9
cartes antérieures , prefque contigu'é au Kamtchatka , entre le cinquantième Se le foixantieme
parallèle. De plus, elle éloigne du deux cent
dixième au deux cent vingt - quatrième degré de
longitude la partie du Nouveau - Monde qui gît
par 66 deg; de latitude ; Se elle marque à la place
une grande isle qui fe prolonge entre les 64 deg.
& les71 deg. 30 min; de latitude, du 207medeg.
de longitude au 2i8me, aune petite diftance des
deux continens. C'eft aux navigateurs à venir à
décider fi cette féconde altération eft aufli bien
fondée que la première. Ça)
^. Carte du nouvel archipel du Nord \ découvert
par les Ruffes dans là mer du Kamtchatka & de
PAnadyr. ittj{;'
Cette carte eft à la tête de la defcription du
( a ) M. Muller a reconnu depuis long-tems, de la
manière la plus franche , que la première carte repré-
fente mal-à-propos l'Amérique comme contiguë au
Kamtchatka; mais il foutienc toujours le voifinagé des
deux continens dans une latitude plus élevée. 11 écri-
Voiten i7H: "La poftérité jugera fi là fécondé carte
33 de l'académie, qui éloigne le confinent d'Amérique,
33 doit être préférée à la première qui le fuppofe près
33 de la côte des Tfchutski. Synd, que l'on doit croire
33 plutôt que les Promyshleniques, perfifte dans Fan-
a, cien fyftéme; il rapproche l'Amérique de Tfchukots-
,3 koi-Nofs , comme le faifoîent autrefois les géogra-
1 phes;& il ne connoît point cette grande isle , ap-
,3 pellée Jlashka, qu'on met à la place de la pointe
33 du continent, Se à laquelle il faut afligner une
>3 pofirion plus au fud ou au fud-eft. ,3 240 Nouvelles
àonvel archipel   du   Nord , par  M.   Stcehlin :
dans la traduction angloife de cet ouvrage $ elle,'
[po-Ete le. nom de « Carte du nouvel archipel dit
>* Nord | découvert par  les Ruffes , entre  lés
w mers- du Kamtchatka Se de l'Anadyr. » Elle
ne diffère de la quatrième que dans la grandeur
& la pofitiôn d'un petit nombre tfisles, Se dans
faddition de fix nouvelles : elle eft auffi mcorrerd-èV
Les isles nouvellement découvertes y font diviféé^i
ètî trois grouppes , qui  portent  le nom d'isles
SAnadyr ( a) , isles Oloturiennes Çb) Se isles
I (et) M. deBuffon, dans fa carte des deux régions
polaires, publiée dernièrement, (voyez le tome ÉÊË
in-i% , des fupplémens à l'Hiftoire naturelle ) a adopté
la dénomination Se la fauffe pofitiôn des isles d'Ânadyr.
( b ; Les fsîes"CTÎoturiennes tirent leur nom de li
|?étite rivière d'Olàtura, qui a fon *eénbouchïrre »d&ni|
la mer du Kamtchatka , par environ &\ degrés de ]&> -j
titude. Les remarques fui vantes, touchant ce grou$p§™
font titémahurie lettre 'de M; Muller, citée dans lffj
note précédente,   f Cette dénomination d'iste Olo-
33 timëimés .n'eft pas en ufage au K^mfcdratka. tÉH
33 isles appelles Oloturiennes giffent, fuivant la cartel
33 des Promyahleniques & la carte de FacSMfémiè,trèâM|
33 loin de la 'rivière Clôtura ; Se ilïelftble qu'on les i
*& iapprochéVs du Kamtchatka pour leur donner le I
nom de dette rivière. Il parofc fur qû^èSes ne fôrâsjB
33 pas fitaées fî près de la côte, puîft{u'elies n'ont été J
33 vues ni par Bering en 172-p , ni par les négocians
3^ Novikoff Se Facehoff quand i'fs .cinglèrent en 174$
33 de l'Anadyr à l'isle de'Seringa  Voyez le chapitre III de cet ouvrage,
Aleiitiennes. D É
OUVERTE   S.
24t
sAleutiennes. On fait allufion aux cartes quatre Se
cinq au chapitre premier de cet ouvrage.
6. Une excellente carte de l'erripire de Ruffie,
publiée, en 1776 ,' par le département géographique de l'académie des fciences de Saint-Pétersbourg 3 comprend la plus grande partie des isks
nouvellement découvertes;
7. Carte des découvertes ruffes dans là mer
Orientale Se en Amérique , pour fervir à Feffat
Ça) fur le commercé de Ruffie, 17789 Amf-
( a ) Le douzième chapitre de cet effai traite des
découvertes & du commerce des Ruffes dans l'Océan!
Oriental. Ce que dit l'auteur des terres découvertes
par les Ruffes, eft une traduction de l'ouvrage de M;
Sthaelin ; il y a joint par forme de fupplément, une
defcription du Kaq$£hatka, Se quelques £>ages fur le
(Commercé que font lés Ruffes* aux isles, nouvellement
découvertes, & en Amérique. Si ori Fert-croit; hs
Ruffes ont abordé en Amérique,fè même ils forment
bhaque atinée fur ce continent, des é.tabîiffemens pa£
fagers, pareils à ceux des Européens furje banc de
Terre-Neuve. Voici comment il s'exprime : " Il eft
^ donc certain que les Ruffes ont découvert le con«
p, tinent de l'Amérique; mais on peut affurer qu'ils
„ n'y ont encore aucun port, aucun comptoir. II en
„ eft des étabîiffemens de cette nation dans la Grande-
„ Terre, comme de ceux des nations Européenne^ dans
„ l'isle de Terre-Neuve. Ses vaiffeaux ou frégates ar-
,, rivent eri Amérique; les équipages Se les Cofacjues
3,- chaffeurs s'établiifent fur là cote ; les uns fe r'etrari-
„ client, Se les autres y font ,1a chaffe Se la pêche du
„ chien marin & du narval ; ils reviennent enfuite au
ii Kamtchatka >■ après avoir été relevés par d'autres
• Q N o u
ELLES
terdam. Il fer oit naturel de fuppofer qu'une carte
fi récente eft meilleure que toutes les précédentes ; mais elle eft infiniment plus incorre&e
Se plus inexacle que toutes lçs autres.
„ frégates fur les mêmes parages, ou à des diftances
„ plus ou moins éloignées. „ Voyez FEffai fur le com4
merce de la Ruffie, pag. 292-295. C'eft ainfi qu'on]
trompe le public par des affertions fauffes Se exagérées» PARTIE  II,    '
CoMêtenant VHiftoire de là conquête
de la Sibérie , & du commerce qui je
fait entre la RuJJie 0 là Chine*
Qij  DÉCOUVERTES.   24^
•^SX£}fr2éd*m
CHAPITRE   PREMIER-
jPjtEMIERE, irruption des Ruffes dans la Sibérie.
Seconde irruption. Yermac chaffé des environs
du Volga par le Cçar de Mofcovie , fe retire à
Orel , étabMement Ruffe ; il entre dans la
Sibérie avec une armée de Cofaques ; fes progrès
& fes exploits ; il défait Kutchun-Chan ; il
fait la conquête de fes domaines ; il les cède*
au C\ar ; il efl futpris par Kutchun - Chan ;
fa défaite & fia mort ; refpecl pour fa mémoire ;
les troupes Jmffes évacuent la Sibérie; elles y
rentrent & fioumettent tout le pays ; leurs pro*
grès arrêtés par les Chinois.
T
JL*E§.Ijtuffes ne connurent guère la Sibérie avant
le milieu dû feizieme fiecle Ça) , quoiqu'ils euffent
pénétré fous le règne d'Ivan Vaflilietvich premier, dans les parles nord-oueft de ce pays jusqu'au fleuve d'Oby 3 quoiqu'ils euffent rendu tributaires plufieurs tribus de Tartares , Se amené
prifonniers à Mofcow quelques-uns de leurs chefs*
Cette expédition reffembla plus à une incurfion
paffagere faite par des barbares , qu'a un établiffe-
ment permanent Épt par une nation çivilifée. En
(a) S. R. G. VI, pag. 199-311. Fif. Sib. Gef. tom. L
mê
I çffet, les fuites de cette conquête ne tardèrent
pas à s'évanouir ; Se on ne trouve dans l'hiftoire
Môfcovite aucune trace de communication avec
la Sibérie $vant le règne d'Ivan Vaffilietvich IIV
À cette époque cette contrée attira l'attention des
Czars. |g;
Ànika Strogonoff, négociant Ruffe, qui venoit
d'établir des falines à Solvytshegodskaia, ville du
gouvernement d'Archangel 3 commença un corn-?
merce d'échange avec les habitans des parties nord*
oueft de la Sibérie : ces habitans apportaient chaque année à la ville dont on vient de parler,
une quantité confidérable de belles fourrures. Stro*
gonoff renvoyohravec eux des agens qui travers
foient les montagnes Se commerçoient dans Fin-?
térieur du pays. I?  obtenoit ainfi des fourrures
précieufes à très-bas prix , car il les payoit avec
des bagatelles  Se des marchandifes d§ peu de; I
valeur.
• Ce trafic ayant duré plufieurs années fans au-»
cune interruption, Strogonoff fit en peu de tems I
une brillante fortune Ça). Le Czar Ivan WaififiSfB
vich II, prévoyant alors les avantages fans nom-?
bre que procurer oit à fes fujets un commerce plu'sS
étendu Se plus régulier avec ces peuplades, s'ô^H
cupa vivement de cet objet. Il envoya un corpsI
de troupes dans la Sibérie; les foldats fuivirent la
route découverte par les Ruffes dans la première
expédition, Se pratiquée par les négocians de Sol?
;(a) S. R, G. VI, pag, 220*223. Fif. SibsGefip, ig3« DÉCOUVERTES. 247
vytshegoskia ; ils longèrent d'abord les~~rives de
la Petchora Se traverferent enfuite les montagnes
Yugoriennes, qui forment les limites nord - eft
de l'Europe ; ils ne paroiffent pas avoir paffé l'Yr-
tish, ou pénétré au-delà de la branche occidentale du fleuve Oby. Quelques tribus Tartares furent à la vérité foumifes à des contributions, Se un
chef nommé Yediger confentit^le payer annuellement un tribut de mille zibelines. Mais cette efpece
de conquête ne produifit pas d'effet durable ; car
bientôt après Yediger fut battu Se fait prifonnier
par Kutchun-Chan , defcendant du célèbre Zengis
Kan, qui venoit d'établir fon empire dans ces
contrées.
On peut fixer au milie^du feizieme fiecle le
tems de cette féconde incurfion, puifque le Czar
Waffilietvich II prenoit, dès Fan 1558 , le titre
de prince de toutes les terres de la Sibérie, avant
la conquête que fit Yermac de ce royaume ; ( a )
mais il eft probable que é^ qu'on appelloit alors
la Sibérie comprenoif feulement le diftrift rendu
tributaire. A mefure que les Ruffes étendirent leurs
conquêtes, cette dénomination fut enfuite appliquée à toute l'étendue du pays qui le porte aujourd'hui.
On a lieu de croire que le Czar laiffa paffer
quelque tems avant de faire des tentatives pour
recouvrer l'autorité que lui avoit enlevé Kutchun-
(<z) S. R. G. VI, pag. 217.
Q iv Nov
Ë   S
Chan dans ces régions éloignées. Son attention
fe reporta vers cette partie du globe, par une
fuite d'incidëns auxquels il ne prit d'abord aucune
part, mais qui finirent par lui procurer des domaines immenfes.
Strogonoff, qui avoit le premier ouvert uri
commerce avec les habitans de la Sibérie, obtint
rJu Czar de vaftes conceffiôns ; il fonda des colonies fur les bords des rivières de Kama Se de,
Tehùffovaia ; Se ces établiffemens, en offrant un
afyleà Yermac Timofeeff, produisirent la fournil-
fion entière de la Sibérie.
Yérmac étoit un Cofaque du Don , fugitif &
chef d'une troupe de bandits qui infeftoient les
tètes de ta mer Cafpienne ; mais comSe il a
réuni à l'empire de Ruffie des contrées fi vaftes ,
H ne fera pas inutile de développer les circonstances qui Famélierent des environs de la mer
Cafpienne fur les bords de la Kama , Se de fuivre
fes progrès dans l'inférieur de la Sibérie.
Les' victoires qu.Tyan ' Waffilietvich remporta
fur les Tartares de Cafan Se d'Aftracan , reculèrent
jufqu'à la mer Cafpienne les domaines de ce
rnonârquê , Se établirent un commerce avec les
Perfans Se les habitans de la Bucharie. Mais les
négocians qui aîloieht dans ces contrées , étant
pillés continuellement par les Cofaques du Don g
& les chemins pratiqués fur les bords de ce fleuve'
& du. Volga fe .trouvant. iufeftés par çgs_hâlldits ,
\e Czar envoya une armée confidérable ; les
Tartarçs furent attacjues Se vaincus y tout ce qi^ DÉCOUVERTES. 249
échappa au fer Se à la captivité prit la fuite : fix
mille Cofaques , commandés par Yermac Timo-
|eeff, fe trouvèrent au nombre des fuyards. Ça)
Ce célèbre aventurier conduifit fa troupe dans
l'intérieur de la province de Cafan ; il fuivit en-
fuite les bords de la Kama jufqu'à Orel. Çb)
Cette colonie Ruffe, nouvellement établie, étoit
gouvernée par Maxime , petit - fils d'Anika Strogonoff, Au lieu de faire le fiege de la place Se de
piller les habitans, Yermac fe comporta avec une
modération qu'on n'attendoit pas d'un chef de
bandits ; comme il fut accueilli par le gouverneur
qui lui fournit tout ce dont il avoit befoin pour la
fubfiftance de fes troupes, il fixa fes quartiers
d'hiver à Orel. Mais fon caractère inquiet Se entreprenant ne lui permit pas de demeurer long-
tems inaétif ; Se ayant pris des éclairciffemens fur
fes forces des Tartares voiftns de la Sibérie 3 il
dirigea fes armes contr'eux.
Une partie de la Sibérie étoit alors foumife à
différens princes ; le refte étoit habité par des hor-?
des de Tartares indépendans. Kutchun-Chan étoit
le plus puiffant de ces princes ; il poffédoit l'étendue de pays qui forme aujourd'hui la partie fud-
oueft de la province de Tobolsk ; Se fes domaines s etendoient des^bords de FIrtish Se de FOby ,
à ceux de Tobol Se de la Tura. Il faifoit fa réfi-
flence principale à Sibir, (c) petite fortereffe fur
(a) S. R. G. VI, pag. 232 FifiSib. Gef.nag. 18*.
(6) S. R. G. VI, pag. 2)3.
( c) Plufieurs auteurs croient que la Sibérie prit ce jJf'Vl
2fO
N   O  U  V  E   L   L
E  S
rirtïsh , non loin de la ville actuelle de Tobolsk ;
on en vci: encore des ruines. Quoiqu'il fût puif-
fant, quelques circonftances lui étoient défavorables. Uvenoit de conquérir une grande partie de
fes états , Se fon zèle intolérant pour la religion
mahométane Ça) avoit aliéné le cœur de fes fu-
jets idolâtres.
Strogonoff ne manqua pas d'avertir Yermac de:
tous ces détails ; il vouloit d'abord fe débarraffer
de ce chef d'aventuriers, 8c fe venger de Kutchun-
Chan qu'il haïffoit : celui-ci avoit excité fecréte-
ment un corps nombreux de Tartares à envahir
les établiffemens ruffes fur la rivière de Tfchuffo-
vaia, Se il avoit envoyé contre la nouvelle colonie des troupes fous le commandement de Mehe-
met Kul fon coufîn. Ces deux tentatives n'eurent
pas de fuite, Se l'ennemi avoit commis des ravages
Se des dévaftations qu'on ne pouvoit oublier ÇbfM
nom de cette fortereffe, peu de tems après que les
Ruffes s'en furent emparés fous Yermac ; mais cetteja
opinion eft deftituée de fondement; car cette dénomination de Sibir étoit inconnue aux Tartares, qui
appelloient le fort Isher. D'ailleurs la partie méridionale
de la province de Tobolsk, à laquelle on donna originairement le nom de Sibérie, étoit ainfi appellée par
les Ruffes, avant l'invaflon d'Yermak. Il eft probable
que Je nom de Sibérie vient des Permiens Se des Sir-
janiens , qui portèrent chez les Ruffes les premières
nouvelles de l'exiftence de la Sibérie. S. R. G. VI,'
pag.  180.
(a) S. R. G. ibid.
{bjFif.Sib. Gef.l, pag. 187. DÉCOUVERTES* 2? t
Yermac enchanté de cette découverte, ne penfà
plus qu'à fèire des conquêtes. Après avoir emu
ployé l'hiver aux préparatifs de fon expédition, il
entra en campagne l'été de l'année fuivante i 578 j
Se il s'avança le long des bords de Tfchuffovaia,
Comme il manquoit de guides, Se qu'il n'avoit
pas pris d'ailleurs toutes les précautions néceffai-
res, fa marche fut retardée, Se il fe vit fur pris
par l'hiver avant d'avoir pénétré bien avant. A
l'approche du printems, fes provifions épuifées
l'obligèrent de retourner à Orel.
Ce mauvais fuccès ne diminua point fon ardeur
pour là même entreprife; feulement il prit mieux
fes précautions. A force de menaces, il obtint de
Strogonoff tous les fecours qu'exigeoit fon expédition ; il emmena une quantité fuffifante de vivres.
Il donna des fufils, des balles Se de la poudre à
Ces foldats, qui jufqu'alors n'avoient pas eu d'armes à feu ; Se afin que fes troupes reffemblaffent
davantage à une armée régulière , il diftribua à'
chaque compagnie des drapeaux ornés, comme
ceux des Ruffes, d'images de faints.
Se croyant alors fur de réuffir, il fe mit en route
pour la féconde fois, au mois de juin 1 579 9 fon
armée étoit eompofée de cinq mille hommes ,
aventuriers endurcis à la fatigue, Se ne craignant
point les dangers. Ses foldats avoient en lui une
confiance fans bornes, Se ils étoient animés du
même efprit. Il fit route par terre Se par eau ; mais
il trouva la navigation des rivières fi longue , èc
les chemins fi mauvais Se fi difficiles, qu'il n'arriva
yuMm^ -
252
Nouvelles
qu'après dix - huit mois à Tchingi, petite ville
fituée fur les bords de la Tura. Ça)
Il y fit la revue de fes troupes , qui étoient
confidérablement diminuées ; la fatigue, les maladies Se les efcarmouches contre les Tartares en
avoient fait périr un grand nombre. Il ne lui ref-
toit plus qu'environ quinze cents hommes effectifs ;
Se avec cette poignée de foldats, il n'héfita point
de marcher contre Kutchun-Chan. Ce prince,
qui avoit eu le tems de fe préparer à la défenfe ,
étoit d'ailleurs réfolu de garder fa couronne jufqu'à la dernière extrémité. Ayant raffemblé fes
forces , il détacha plufieurs corps volans contre
Yermac, Se il fe mit à la tête de fes meilleurs
guerriers ; ces détaçhemens furent repouffés avec
une perte confidérable , Se battus en différentes
occafions. Le brave Yermac s'avançoit hardiment 9
triomphant de tous les obftacles, Se il parvint au
centre des états de fon ennemi.
Il avoit payé cher fes fuccès ; car il ne lui ref-
toit plus que huit cents hommes. Kutchun-Chan
étoit campé (b) à peu de diftance, fur les bords
de FIrtish, avec des forces très-fupérieures, Se
déterminé à livrer bataille. Yermac , que la fupé-
riorité de fon ennemi n'effrayoit point, l'attendit
I (a) S. R. G. VI, pag. 243-248-262.
( b ) L'armée Tartare étoit campée à un endroit
appelle Tfchuvatch $ c'eft une langue de terre lavée
par l'Irtish, près de l'embouchure de la Toboiks, dans
ce fleuve. Fif Sib. Gef. pag. 203. mm
Découvertes.
•51
avec une confiance qui ne l'abandonna jamais. Ses
groupes defiroient impatiemment le moment dé
l'a&ion, Se ne vouloient que vaincre ou mourir^
L'événement répondit à leur courage. Après ut\
combat Opiniâtre , fait dans toutes les règles de la
taérique, la viéfoire fe décida en faveur d'Yer-
mac; les Tartares effuyerent la déroute la plus
Complète ; Se le carnage fut fi général , que
Kutchun - Chan eut les plus grandes peines de
s'échapper.
Cette défaite fut décinve. Kutchun-Chan fe vit
abandonné de fes"fujets; Se Yermac, qui favoit
profiter de la victoire, aufli bien que la fixer en
fa faveur, marcha fans délai à Sibir, réfidence des
princes Tartares. Il favoit bien que le feul moyen
de conferver fa conquête étoit de s'emparer de
cette fortereffe importante ; il comptoit y trouver
une garnifon nombreufe, déterminée à périr plutôt
que d'abandonner la place ; mais le bruit de &
Vi&oire avoit répandu une confte'rnation générale ,
Se Sibir étoit entièrement défert. Il fit donc fon
entrée triomphante dans la ville, Se il s'affit fur
le trône fans rencontrer la moindre oppofition. Il
y établit fa demeure , Se il reçut le ferment de
fidélité des peuplades voifines qui 9 ayant appris
cette révolution inattendue, arrivoient de toutes
parts. Les Tartares furent fi frappés de fon intrépidité Se de fes brillans exploits, qu'ils né balancèrent point à fe foumettre à fon autorité , Se à
lui payer le tribut accoutumé.
Ainfi 3 ce Cofaque entreprenant, ce chef de
_MuM o u
ELLES
bandits , s'éleva tout - à - coup au rang de prince
fouverain; L'hiftoire ne nous apprend pas fi , en
pénétrant dans la Sibérie, fon deffein étoit réellement de la conquérir, ou d'amaffer un butin
confidérable. Il eft probable que fes defirs fe bor-
noient d'abord à ce dernier objet. Ses rapides fuccès , Se la défaite entière de Kutchun-Chan, étendirent enfuite fes vues & accrurent fon ambition.
Quels que fuffent fes projets, il mérita , par fa
valeur Se fa prudence, de les voir couronnés. Il
ne s'enorguillit point de fa profpérité inattendue ,
Se Fétat fubit dune couronne ne Féblouit point*
Il avoit dans le maintien une dignité aufli naturelle & aufli affurée que s'il étoit né fur le trône,
Il commençoit à jouir , ainfi que fes braves
compagnons, des récompenfes qu'ils avoient achetées par des fatigues Se des victoires incroyables*
Les hordes des environs de Sibir lui témoignèrent
une foumiffion entière. Les princes eux - mêmes
venoient des cantons les plus éloignés fe recon-
noître fes tributaires , Se réclamer fa protection.
Mais ce calme fut de peu de durée; Kutchun-
Chan fomentoit des foulevemens ; Se quoique
Chaffé de fes états , il confervoit encore beau-*
coup d'influence fur fes anciens fujets.
Yermac fentit combien fa grandeur étoit précaire ; le petit nombre de fes foldats qui avoient
échappé à tant de combats , fe trou voit diminué
par clés erribufcàdes de l'ennemi ; Se ne pouvant
pas compter lur l'affection de fes nouveaux fujets,
de demander des fecours étran- DÉCOUVERTES.
•5f
gers 3 ou d'abandonner fa conquête. Dans cet
embarras, il eut recours au Czar de Mofcovie ;
il lui offrit les pays qu'il venoit de conquérir 9
à condition qu'on lui enverroit fur-ie-champ des
renforts. La manière adroite dont il conduifit cette
négociation, annonce fon habileté dans Fart de
la politique comme dans celui de la guerre.
Il dépêcha à Mpfcow, à la tête de cinquante
Cofaques , un de fes compagnons les plus affidés :
il lui ordonna de repréfenter à la cour le progrès
que les troupes Ruffes , commandées par Yermac,
avoient fait dans la Sibérie ; d'ajouter qu'elles ve-
noient de conquérir un empire étendu au nom du
Czar ; que les habitans du pays, forcés dç prêter
ferment de fidélité à la couronne de Ruffie, con-
fentoient à payer un tribut annuel. Cette dépu-
tation étoit accompagnée d'un préfent des fourrures les plus précieufes Ça). Le Czar reçut cette
ambaffade avec les marques de fatisfaélion les plus
diftinguées. Il fit rendre à Dieu des actions de
grâces dans la cathédrale ; il vanta publiquement
les fervices 0?Yermac ; il lui accorda un pardon
général ; Se pour lui témoigner fa faveur , il envoya des récompenfes à lui Se à fes foldats. Parmi ceux qui furent deftinés à Yermac, il y avoit
Une fourrure que le Czar lui-même avoit portée ,
ce qui étoit la plus grande faveur qui s'accordât
à un fujet. Il y joignit une fomme d'argent, &
(a) S. R. G. IV, pag. 394- k§é
Nouvelles
la proirieffe de lui faire paffer proinpteinent des
troupes Se des munitions;
En attendant le retour de fon député , Yermac $
malgré l'infériorité de fa petite armée , ne demeura pas inàctif dans la fortereffe de Sibir. Il
arrêta toutes les tentatives que forma Kutchun-
Chan pour recouvrer fa couronne, Se il fit pri-
ïbnnier le plus habile général de ce prince. Il pénétra dans les provinces voifines ; il étendit fes
conquêtes d'un côté jufqu'à la fource de la Taffda |
Se de l'autre jufqu'au diftrict fitué fur le fleuve
Oby, au-deffus de fà réunion avec l'Irtish.
Enfin les fecpurs promis par le Czar arrivèrent
a Sibir ; ils confiftoient en cinq cents Ruffes, fous
le commandement du prince Bolkoski, qui étoit
nommé wayvode ou gouverneur de la Sibérie.
Avec ce renfort, Yermac continua fes conquêtes ,*
déployant fon activité ordinaire. Il remporta plufieurs victoires fanglantesiur différens fouverains
qui vouloient maintenir leur indépendance.
Dans une de ces expéditions , il mit le fiege devant Kuîlara, petite fortereffe fur les bords de l'Irtish, qui appartenoit encore à Kutchun-Chan ; mais
il la trouva fi bien défendue par ce monarque, que
tous fes efforts pour l'emporter d^affaut furent'
inutiles. A fon retour à Sibir, l'ennemi le fui vit,~
prêt à l'attaquer au premier moment favorable I
& il ne tarda pas à trouver un heureux moment
pour cela. Les Ruffes, au nombre d'environ trois
cents, étoient poftés fans précautions , dans une
petite isle que forment deux branches de l'Irtish;
Là Découverte
257
La nuit étoit obfcurè Se pluvieufe, Se les troupes fatiguées d'une longue marché, dormoient j
iie penfànt point aux dangers. Dès que Kutchun-
Çhan l'eut appris , il s'avança vers lé milieu de
la nuit , avec un détachement d'élite ; Se après
avoir paffé la rivière au gué, il fondit fur eux avec
tant d'impétuofité , qu'ils ne purent pas recourir à
leurs armes. Les ténèbres Se la confufion achevèrent de nuire aux Ruffes, qui furent taillés en
pièces , prefque fans réfiftance ; Se ces ennemis ,
qu'ils avoient coutume dé vaincre Se de méprifer,
les maffacrerent comme;.daqs une boucherie; on
dit qu'il ne s'échappa qu'un homme, lequel porta
a Sibir la nouvelle de cette cataftrophe.
Yermac lui-même périt dans la déroute, mais
non par le fer de FennerruVAu milieu du boule-
verfement, effet ordinaire de la furprife, il garda
fon fang-froid , Se les dangers de fa pofitiôn augmentèrent fon intrépidité, loin de la ralentir: après
les actes d'héroïfme les plus défefpérés, il s'ouvrit un chemin à travers les troupes qui Fenviron-
ftoient, Se il fe rendit fur les bords de FIrtish. Ça)
( a ) On a beaucoup difputé fur la branche de l'Irtish, dans laquelle Yermac fe noya. On convient aujourd'hui qu'il périt dans, un canal qu'il avoit fait
pratiquer lui-même, peu de tems avant fa mort, non
loin de l'endroit où le Vagat tombe dans l'Irtish : celui-ci
forme un coude de fix verftes ; en coupant un canal
en ligne droite des deux extrémités de cette courbure,'
il abrégea là navigation. SY R. G. pag. }6i-$66.
R: F|ur
2j-8 Nouvelles
Gomme  on  le fuivoit de près , il voulut fe jeter   dans un bateau qui   étoit fur la côte ; mais
n'ayant pas eu la force de fauter affez avant, il I
tomba dans le fleuve , où le poids de fon armure 1
le précipita tout de fuite au fond Ça).
Son corps fut peu de tems après retrouvé au
milieu de l'Irtish, Se expofé par l'ordre de KuH
chun-Chan à toutes les infultes que la vengeance
infpire à des barbares dans la phrénéfie du fuccès.
Ces premiers tranfports de reffentiment furent à
peine calmés , que les Tartares témoignèrent l'indignation la plus vive contre la férocité lâche de
leur chef< Les exploits d'Yermac , fa valeur Se fa
magnanimité, vertus auxquelles ces peuples mettent un grand prix, s'offrirent à leur mémoire ; Se
paffant brufquement d'une extrémité à l'autre , ils
reprochèrent à leur prince d'avoir outragé le cadavre d'un héros fi refpectable. Leur imagination
échauffée en vint jufqu'à confacrer fa mémoire ;
ils l'enterrèrent avec toutes les cérémonies du pa-
ganifme, Se ils offrirent des facrifices à fes mânes.
(a) Cyprien fut nommé premier archevêque de
Sibérie en 1621. A fon arrivée à Tobolsk, il demanda
des nouvelles de plufieurs des compagnons d'Yermac,
qui vivoient encore ; Se il apprit d'eux les principales
circonftances de l'expédition de ce Cofaque Se de la
conquête de la Sibérie. 11 en écrivit tous les détails,
Se l'hiftoire de la Sibérie eft fondée fur ces mémoires.
Sava Yefimoff, qui fut un des compagnons d'Yermac,
eft un des annaiiftes les plus exacts de cette époque.
Son hiftoire va jufqu'en 1636. Fif.Sib. Gef.l, p. 430.
££i. DÉÇÔtJVEfefÈS«
M0
Ils répandirent bientôt fur fon compte une multitude d'hiftôires miraeuleufés , qui furent crues
aveuglément* Ils dirent que l'attouchement de fes
os guériffoit à l'inftant toutes les maladies | Se que
fes vêteitieris Se fes armes avoient la même propriété; Ils ajoutèrent que des flammes sfélévoient
par intervalles autour de fa tombe. Se partoient
de là quelquefois pour's'élancer en faifceàux lumineux vers le ciel. On attribua à fon efprit une
influence prépondérante dans les opérations de la
ehaffe Se de la guerre : chaque jour la foulé alioit
fe précipiter fur fon tombeau Se implorer fes fe-
Cours. Si ces vaines fables annoncent la crédulité
fuperMtieufe des Tartares , elles prouvent eri
même teffis leur vénération pour la mémoire
d'Yermaé ; Se cette vénération contribua fingu-
lérement aux progrès que firent enfuite les Ruffes
dans cette partie du monde. Ça)
L'autorité des Ruffes en Sibérie s'éteignit pendant quelque tems avec Yermac. Dès que la gar-
nifon de Sibir fut inftruite de fa défaite Se de fe
(à) Vers le milieu dû dernier fiecle, la vénération
pour la mémoire d'Yermac fubfiftoit encore. On dit
qu'Allai, fouvérain puiffant des Calmouqùes r ie guérit
d'une maladie dangereufe* en buvant de Feau infuféè
dans de lat terre prife fur la tombe de ce héros; on
ajoute que ce prince portoit toujours avec lui un peu
de cette terre facrée, dès qu'il formoit une entreptlfe
importante; il étoit perfuadé qu'avec cetalifman, fes
affaires ne pouvoierit manquer de bien réuffir. S. R. G*
vol. VI, pag. 391»
Ri}
mw 2éb
Nouvelles
mort, cent cinquante foldats , refte de cette armée terrible qui avoit remporté une fuite de victoires qu'on a peine à concevoir, fe retirèrent
de la fortereffe, Se évacuèrent la Sibérie. Malgré
ce défaftre , la cour de Mofcow n'abandonna pas
fes projets fur ce pays, que des circonftances favorables lui montrèrent comme facile à conquérir.
La fagacité d'Yermac avoit découvert des chemins
nouveaux S^commodes pour la marche des troupes, à travers ces régions fauvages. La rapidité
avec laquelle il parcourut en vainqueur les états
ce Kutchun-Chan , apprit aux Ruffes à croire les
Tartares aifés à vaincre. La plupart des hordes
rendues tributaires par'Yermac , s'étoient foumifes
de bonne heure à l'autorité du Czar, Se elles pa-
roiffoient difpofëes à rentrer au premier moment
fous là domination. D'autres , convaincues de
l'inutilité de leur réfifiance , trembloient au nom
d'un Ruffe. La force naturelle du pays , qui n'avoit
pu fe fouftraire au joug lorfque les habitans des
différens cantons réunirent leurs efforts , fe trou-
voit affoiblie par des divifions inteftines.
Dès que la garnifon de Sibir fe fut retirée,
Seyidyak, fils du premier fouvérain que Kutchun-
Chan avoit détrôné Se mis à mort, s'empara de
cette fortereffe, ainfi que du pays adjacent. D'autres princes profitèrent de la confufion générale
pour rétablir leur indépendance ; Se Kutchun-
Chan eut peine à recouvrer une légère portion des
domaines que lui avoit enlevés Yermac.
Sur ces entrefaites, la cour de Mofcow envoya mmmm
DÉCOUVERTES.
1G1
en Sibérie trois cents hommes, qui pénétrèrent
prefque fans oppofition aux b3rds de la Tura
ipfqu'à Tfchingi. Ils y conftruifirent le fort de
Tumen , Se reprirent leur autorité fur le pays des
environs. Renforcés enfuite par des nouvelles troupes , ils étendirent leurs opérations , Se ils conftruifirent les fortereffes de Tobolsk, Sirgut Se
Tara. Dès qu'ils eurent bâti ces citadelles. Se plufieurs autres, ils ne tardèrent pas à reconquérir tous
les cantons qu'Yermac avoit fournis au joug de
la Ruffie.
Ce fuccès promettoit des acquifitions plus importantes : les Ruffes pouffèrent leurs conquêtes
bien avant dans le pays : ils fournirent ou exterminèrent par - tout les Tartares ; ils bâtirent de
nouvelles bourgades, Se ils établirent des colonies de tous les côtés. En moins d'un fiecle, cette
vafte étendue de pays, appellée aujourd'hui Sibérie 9 qui s'étend des confins de l'Europe jufqu'à
l'Océan Oriental, Se de la mer Glaciale jufqu'aux
frontières actuelles de la Chine , fut réunie aux
domaines de la Ruffie.
Il eft probable que les Czars auroient acquis un
territoire encore plus étendu , Se que toutes les
hordes de la Tartarie indépendante , qui habitent
entre l'extrémité fud-eft de liempire de Ruffie, Se
la muraille de la Chine ? auroient éprouvé le fort
de celles de la Sibérie, fi l'empereur de la Chine
n'étoit pas venu tout-à-coup arrêter leurs progrès.
Riij CHAPITRE   ï I.
Commencement des hoflilués entre les Ruffes
& les Chinois ; difputes fur les limites des deux
empires. Traité de Nershinsk. Ambaffadeurs
envoyés à Pékin par la cour de Ruffie. Traité
de Kiachta ; établiffernent du commerce^ entre
les deux nations.
J\v milieu du dix-feptierne fiecle, les Ruffes
s'étendoient rapidement à l'eft , du côfé des pro-?
vinces importantes, fituées de chaque côté du
fleuve d'Amoor Ça), ils réduifirent en peu de
terris plufieurs hordes de Tungufes indépendans,
& ils conftruifirent une chaîne de petites forte^
reffes le long des bords du fleuve dont on vient
de parler. Les principales de ces fôrtereffes portent
aujourd'hui le nom cYAlbafon Se de KamarskoU
OJlrog. Camhi ( b ), errjpereur de la Chine , ne
(çù Les Ruffes donnent à ce fleuve le nom d'Amoor ;
les Manshurs lui donnent celui de Sakalin-Ula , & il
étoit autrefois appelle Karamuran ou h rivière Noire
par les Mongols. S. R. G. II, pag. 293.
( b ) Camhi fut le fécond empereur de la race desM
Manshurs, qui fe rendit maître de la Chine en 1624, :
J^es Manshurs étoient originairement une tribu ob£
cure de Tartares Tungufes, qui habitoient au fud du DÉCOUVERTES. 263
tarda pas à former de fon côté le projet de
fubjuguer les mêmes hordes de Tongufes; les
deux formidables puiffances de la Ruffie Se de la
Chine afpirant l'une Se l'autre à la même conquête , s'entre-choquerent néceffairement; Se après
une multitude d'intrigues Se d'actions de jaloufie,
elles en vinrent à des hoftilités ouvertes vers Fan
1680. Les Chinois mirent le fiege devant Kamarf-
koi - Oftrog : ils furent repoufles , mais ils vinrent
à bout de tailler en pièces plufieurs détachemens
épars des Ruffes. Cette efpece de guerre engagea
le Czar Alexis Michaëlovitz à envoyer à Pékin
une ambaffade qui ne produifit pas l'effet qu'il
en attendoit. Les Chinois attaquèrent Albafin avec
des forces confidérables. Ayant obligé la garnifon
à capituler, ils démolirent ce fort, ainfi que tous
fleuve d'Amoor, & dont le pays bordoit le royaume
de Corée Se la province de Léaotong. Ils commencèrent
à forrir de leur obfcurité au commencement du dix-
feptieme fiecle. A cette époque, Aifchin Gior, leur
chef, réduifit plufieurs hordes voifines, Se après les
avoir incorporées avec fa propre tribu , il fe rendit
formidable même aux Chinois. Shuntfchi, petit-fils de
ce guerrier, fut, par une réunion extraordinaire de
circonftances, élevé au trône de la Chine, étant enfant ; & fes fucceffeurs y régnent encore aujourd'hui.
Shuntfchi mourut en 1662, Se il eut pour fucceffeur
Camhi, fi connu dans les relations des millionnaires
Jéfuites.
On peut lire, fur la révolution de la Chine, Duhalde,
Defcription de la Chine, Voyage de Bell à Pékin, Se
Fif. Sir. Gef. tom. I,pag. 463.
R iv o u y e
les aurres conftruits par les Ruffes fur le fleuyq
d'Amoor , &c ils emmenèrent dans leur patrie un
grand nombre de prifonniers.
A peine fûrent-ils partis, que feize cents Ruf-
jfès parurent le long des bords de FAmoor, Se
confirmèrent un nouveau fort auquel ils donnèrent l'ancien nom cYAlbafin. Les Chinois , en
apprenant cette nouvelle, fe mirent en marche
vers ce fleuve, afliégerent de nouveau AlbRiiii-
avec une armée de fept mille hommes, & un train
Nombreux d'artillerie. Ils^canonnerent la fortereffe
pendant plufieurs femaines, fans pouvoir y faire
une brèche Se fans èffayer de l'emporter d'affaut.
Quoique les afîiégés fouffriffent peu des canonnades mal-adroites de Fennemi, les maladies Se la famine avoient épûifé leurs forces : ils continuoient
cependant à faire une vigoureufe réfiftance ; mais
ils n auroient pas tardé à fuccomber, fi les Chinois ne s'etoient retirés, lorfque les négociations
commencèrent entre les deux cours cle Pékin Se
de Mofcôw, Golowin\ ambafl^deur de Ruffie 3
eroit parti de Mofçow dès Fan 1685, accompagné d'un corps de troupes nombreux, afin de
mettre en fureté fa perfonne Se de rendre fa
négociation plus impofante. La. difficulté de fe,
procurer, dans ces contrées ftériles , de la fubfif-
îance pour une fi grande multitude, jointe à Fef-
carpement Se à là mauvaiie qualité des chemins
§c à la longueur de la route, ne lui permirent
pas 4d'arriver à Sélengisk avant Fan 1687. De la
il expédia des députées qui portoient des ouver- DÉCOUVERTES.
16%
tures de paix au gouvernement Chinois de Pékin,
- Après plufieurs délais , fuites de la politique Se
deJa pofitiôn des affaires dans le pays des Tartares,
par où ils dévoient paffer , les ambaffadeurs Chinois partirent de Pékin au commencement de juia
1689. Golowin avoit propofé de les recevoir à
Albafin ; mais tandis qu'il fe rendoit à cette fortereffe , les envoyés de la Chine fe préfenterent
aux portes de Nershinsk , efccfrtés d'une groffe
armée , Se d'un train d'artillerie fi formidable, que
la frayeur obligea Golqvin de conclure la négociation aux termes qu'ils voulurent,
Les conférences fe. tinrent fous des tentes , dans
une plaine ouverte près de la ville de Nershinsk ;
les plénipotentiaires des deux cours lignèrent Se
fcellerent le traité. Lorfqu'il fut qneftion de le
ratifier par ferment, les ambaffadeurs Chinois offrirent de jurer fur le crucifix ; mais Golowin aima
mieux qu'ils le fiffent au nom des dieux de leur
pays.
Ce traité arrêta les progrès des Ruffes dans ces
contrées lointaines , Se il pofa les fondemens d'un
commerce important entre les deux nations.
Par le premier Se le fçcond article , les limites
fud-eft de l'empire de Ruffie furent fixées à uner
chaîne de montagnes qui fe prolongent au nord
du fleuve Amoor, depuis la mer d'Ochotsk jufqu'à la fource de^la petite rivière de Gorbitza ;
Ça)enfuite de cette rivière jufqu'à fon embou-
Ça ) Il y a deux rivières de Gorbkza ; l'une tombe
MMm i66
Nouvelles
chure dans FAmoor , Se enfin à FArgoon depuis
fa jonction avec la Shilka jufqu'à fa fource.
Le cinquième article accorde une liberté réciproque de commerce à tous les fujets des deux
empires, pourvus de paffeports de leurs cours. Ça)
Ce traité fut ligné le 27 août 1689 , fous le
règne divan Se de Pierre Alexievitch. Il enleva aux
Ruffes , indépendamment d'un territoire étendu,
la navigation du fleuve d'Amoor. On ne fentoit
pas alors l'importance de cette perte ; on Fa reconnue feulement depuis la découverte du Kamtchatka Se des isles fituées entre l'Afie Se l'Amérique. Les productions de ces nouvelles terres
pourront être conduites fur le fleuve d'Amoor
dans le diftrict de Nershinsk, de là le tranfport
par terre eft facile ; au lieu qu'on eft obligé de
dans J'Amoor, près le confluent de l'Argoon Se de la
Shilka; Se Fautre fe jette dans la Shilka. Les Ruffes
ayant voulu appliquer à la première cet article du
traité, les Chinois ont foutenu qu'il étoit queftion de
la féconde, Se ils font venus à bout de le perfua-
der. Les limites actuelles font un peu différentes de
celles que le texte' du traité femble établir. Elles
commencent aujourd'hui au point où le Shilka Se
l'Argoon fe réunifient pour former le fleuve d'Amoor ;
elles fe prolongent à Poueft le long de la Shilka, jufqu'à
l'embouchure de la Gorbitza occidentale : de là elles
vont jufqu'à la fource de cette dernière rivière, en fuivant les chaînes de montagnes fpécifiées dans le traité.
Par ce changement, la cour de Ruffie a perdu du
terrein.
(a) S. R. G. II, pag. 43c. DÉCOUVERTES. %6j
les débarquer à Ochotsk, Se de les traîner en->
fuite à travers une vafte étendue de pays fur des
rivières d'une navigation difficile , ou fur des che*
jrfins efcarpés Se prefqu'im praticables.
Les Ruffes obtinrent par forme de compenfa-
tion, ce qu'ils defiroient depuis long - tems, un
commerce permanent Se régulier avec les Chinois.
Les premiers échanges entre les deux peuples fe
firent au commencement du dix - feptieme fiecle„
Ça) A cette époque , les négocians de Tomsk Se
des autres villes adjacentes achetèrent des Cal-
mouques une petite quantité de productions Chi-
noifes, brutes ou manufacturées. La vente rapide
Se lucrative de ces marchandifes engagea les
vayvodes de Sibérie à établir cette branche de
corrimerçe directement avec les Chinois. Pour
cela ils envoyèrent à Pékin à différens intervalles
plufieurs députations de Tobolsk , Tomsk Se des
autres établiffemens Ruffes : ces députations n'ob-^
tinrent pas tout ce qu'elles demandoient , mais
elles eurent des fuites importantes. L'accueil qu'on
leur fit 3 excita les négocians Ruffes à envoyer de
tems en tems des agens à la capitale de la Chine.
Ils entretinrent ainfi de foibles liaifons avec cette
métropole ; les Chinois apprirent à çonnoître les
avantages du commerce de Ruffie , Se les efprits
fe difpoferent infenfiblement aux conventions des
deux cours. Les hoftilités fur le fleuve d'Amoor
fufpendirent entièrement ces premières  liaifons,
(a) | R, G. VIII, pag, 504 & fuiv. >68
Nouvelles
If
Mais dès que le traité de Nershinsk fut fïgné , les
Ruffes fe livrèrent avec une ardeur extraordinaire
à cette branche de commerce. Elle offroit des
avantages fi confidérables, que Pierre le Grand
conçut le projet de lui donner encore plus d'étendue. Dans cette vue, il fît partir en 1692 pour
Pékin , Isbrand Ives, Hollandois , qui étoit à fon
fervice. Ce député obtint pour les caravanes la
liberté du commerce de la Chine, que le dernier
traité accordoit aux particuliers.
D'après cet arrangement , des caravanes fe
rendirent de Ruffie à Pékin. On leur accorda un
caravanferay, &e l'empereur de la Chine les défraya pendant leur féjour dans cette métropole. La
couronne jouiffoit feule du droit de les envoyer,,
Se des bénéfices qu'elles rapportaient. Sur ces entrefaites , des négocians particuliers continuoient 3
comme auparavant, leurs échanges avec les Chinois , non-feulement à Pékin, mais aufli dans les
quartiers généraux des Mongols. Le camp de ces
Tartares errans étoit ordinairement placé près du
confluent de FOrchon Se de la Tola entre les
frontières méridionales de la Sibérie , Se le défert
des Mongols. Les marchands Ruffes Se Chinois
tenoiént dans cet endroit une efpece de foire annuelle ; chacun d'eux y amenoit fes marchandifes ,
Se y demeuroit jufqu'à ce qu'il les eût vendues.
La confufion Se le défordre troublèrent bientôt
cet entrepôt, Se l'empereur de la Chine reçut
des plaintes multipliées de l'ivrognerie Se de la
niauvaife conduite des Ruffes. Ces plaintes firent DÉCOUVERTES
269
d'autant plus d'impreffion , que les Ruffes qui fe
trouvoient à Pékin s'y livroient à de femblables
excès.
Camhi, frappé des remontrances journalières
de fes fujets, menaça de chaffer les Ruffes de fes
états 3 Se de leur interdire tout commerce dans
fon empire Se dans le pays des Mongols.
Ces différends Occafionnerent une autre ambaf
fade à Pékin en 1719. Leff "Waflilievitch Ifmaï-
loff 3 capitaine des gardes Ruffes , chargé de la
négociation, la termina heureufement Se à la fatis-
faction des deux cours. A fon départ de la capitale de la Chine, on lui permit d'y laiffer Laurent
Lange avec le titre d'agent des caravanes Se le
droit de veiller fur la conduite des Ruffes. Sa résidence dans cette métropole fut de'peu de durée;
car les Chinois l'obligèrent bientôt à retourner
dans fa patrie. Son renvoi fut l'effet d'un caprice
fubit de ce peuple défiant, Se de la méfintelli-
gence qui venoit d'éclater entre les deux nations,
relativement à quelques hordes Mongoles, limitrophes de la Sibérie. Un petit nombre de ces
Mongols qui s'étoient mis fous la protection du
Czar, ayant été réclames par la cour de Pékin ,
la Ruffie refufa de les abandonner , fous prétexté
qu'on ne pouvoit étendre aux Mongols aucun
article du traité de Nershinsk. L'empereur de la"
Chine fut irrité de ce refus ; fon reffentiment
devint plus vif en voyant la conduite défordonnée
des marchands Ruffes, qui n'étant plus contenus
par leur réfident, fe livrèrent fans contrainte à tjo
Nouvelles
a jufqù'en 1727: alors le
leurs excès accoutumés. Camhi expédia en 1722
Tordre de chaffer tous les Ruffes de (es domaines
& du pays des Mongols, On l'exécuta à la rigueur ; & dès ce moment, toute communication
entre les deux empires ceffa.
Cette rupture fubfift
comte Sava Vladislavitch Ragufinski, Dalmate au
fervice de la Ruffie , fut envoyé à Pékin. Il avoit
0rdréde terminer, à quelque prix que ce fût , le
différend qui régnoit entre les deux cours rêla-
. tivement aux tribus Mongoles, Se de fixer les
limites méridionales de l'empire de Ruffie dans
cette partie du globe : on le chargeoit d'ailleurs
de renouer les liaifons de commerce avec la Chine.
Cet ambaffadeur préfênta à Yundfchin, fils Se
fiicceffeur de Camhi, le plan d'un nouveau traité
touchant les bornes Se le commerce des deux pays ;
il propofa de fixer les frontières telles qu'elles
exiftent aujourd'hui ; il y ajouta des réglemens
pour rétablir le commerce fur une bafe folide , Se
prévenir à l'avenir, autant qu'il étoit poffible ,
toutes les fources de divifion. L'empereur de la
Chine ayant approuvé ce plan , nomma dés eom-
miffaires, qui allèrent traiter avec l'envoyé de Ruffie fur les bords de la Bura, pc t te rh ïere qui coule
au fud des confins de la Sibérie , dans FOrchon É
près de la jonction de celle-ci avec la Selenga.
A cette conférence, les anciennes limites mentionnées clans le traité de Nershinsk furent prolongées de l'embouchure de l'Argoon à Foueft ,
jufqu'à la montagne de Sabyntaban, qui fe trouve
P P DÉCOUVERTES.
27Ï
a peu de diftance de l'endroit où le confluent de
l'Uleken Se du Kemtzak forme le fleuve Yeniffei.
Ces nouvelles bornes féparent les domaines de la
Ruffie du territoire des Mongois qui eft fous la
protection de la Chine.
Il fut ftipulé de plus, qu'à l'avenir toutes les
négociations feroient conduites entre le tribunal
des affaires étrangères de Pékin Se le bureau des
affaires étrangères de Pétersbourg ; Se pour les
matières moins importantes , entre les comman-
dans des frontières. Ça)
Voici les articles les plus effentiels de ce traité
touchant le commerce.
Il fut réglé qu'une caravane Ruffe iroit tous
les trois ans à Pékin , mais qu'elle ne 1er oit pas
compofée de plus de deux cejnts perfonnes ; que
pendant fa réfidence dans cette capitale, elle feroit
défrayée par l'empereur de la Chine ; qu'immédiatement après fon arrivée fur les frontières , elle
en informeroit la cour ; Se qu'un officier Chinois
iroit là prendre pour l'accompagner à Pékin.
Le privilège, dont jouiffoient auparavant les
particuliers de faire toute forte de commerce dans
les territoires Chinois Se Mongols , fut aboli; Se
l'on convint que les marchandifes appartenantes
à des particuliers, ne pafferoient pas les fron-
(a) Cet article fut inféré, parce que l'empereur
de la Chine, d'après une idée ridicule de fa fupéric*
rite, refufa avec hauteur d'entretenir aucune corret.
pondance. avec la cour de Ruffie. 271
N   O   U   V   E   L   L
E i
tieres. Mais pour conferver aux individus le privilège de commercer, on nomma fur les confins
de la Sibérie , deux places où ils pouvoient fe
rendre ; l'une qui feroît appellée Kiachta \ du nom
d'un ruiffeau qui coule aux environs ; & l'autre
qui feroit nommée Zuruchaitu. Les fujets des deux
nations obtinrent la liberté de commercer à ces
deux endroits.     j\'?JÎR*
On permit aux Ruffes de bâtir une égîife dans
l'enceinte de leur caravanferay à Pékin ; Ça) d'y
entretenir quatre prêtres pour l'exercice de leur culte , Se même des Ruffes Çb) chargés d'apprendre
. ( a ) La première églife Ruffe qu'on ait vue à Pékin,
fut bâtie en faveur des prifonniers de cette nation ]
pris à Albafin. Ils furent conduits dans cette capitale
on les logea dans une rue qui fut appeliée rue des
Mufles, nom qu'elle conferve encore. Ils furent fi bien
traités des Chinois, qu'à la prife de Nershink, ifs^re-
fuferent de retourner dans leur patrie ; Se comme ils
épouferent des femmes du pays, leurs defcendans font
aujourd'hui naturalifés, & là plupart ont adopté la langue & même la religion de la Chine. Quoique leur première églife ne foit pas démolie, on n'y célébré plus
le fervice grec ; le prêtre qui en avoit la direction, a
paffé au temple bâti depuis dans l'enceinte du caravanferay.
( b ) On apperqoit déjà les bons effets de cette
inftitution. Un Ruffe, nommé Le'ontieff', après avoir
féfidé dix ans à Pékin, eft revenu à S..Pétersbourg. U
a donné des tr ductions & des extraits de quelques
ouvrages chinois intéreffans, tels que, une partie de
YHifioire de la Chines le Code des loix chinoifes; m DÉCOUVERTES. gg£$
la langue chinoife, Se deftiné à fervir d'interprètes entre les deux nations.
Ce traité, qui porte le nom de Kiachta, fut
figné Se ratifié le 4 juin 1728 ,par le comte Ra-
gufinski Se trois plénipotentiaires Chinois , à l'endroit où l'on a bâti depuis la ville de Kiachta :
c'eft la bafe de toutes les opérations entre les
deux peuples. Ça)
Il eft à propos de rapporter ici une innovation
dans le commerce de la Chine 3 qui s'eft introduite
depuis l'avènement de l'impératrice actuelle , Catherine II3 au trône. Dès Fan 175" 5 , on n'a pas
envoyé de caravanes à Pékin. Une méfintelli-
gence furvenue en 1759 entre les deux cours >
les a fait ceffer. On ne les a point rétablis après
le raccommodement, Çb) par les raifons que voici*
L'exportation Se l'importation des principaux articles de commerce 3 Se fur-tout des fourrures les
Defcription des villes & des revenus de Vempire de
la Chine ^ extrait d'un Traité de géographie, imprimé
dernièrement à Pékin. Le journal de Saint-Pétersbourg^
du mois d'avril 1779, a publié une analyfe de cet
extrait.
(a) S. R. G. VIII, pag. 313.
( b ) On vient de rétablir les caravanes, cette année 1780; Se les papiers publics annoncèrent, il y a
peu de tems , au mois de juillet, que les différends
relatifs au commerce , entre les cours de Pétersbourg
& de Pékin, ont été terminés ; mais je ne fais pas fi
les caravanes vont à Péjkin, ou feulement à Kiachta.
Note du traducteur. 174
Nouvelles
Ejf
plus précieuiës , étoient interdites aux particuliers
Se réfervées aux caravanes 5 dont la couronne tiroit
le bénéfice. Cette reftriction nuifoit beaucoup aux
négocians ; la Czarine, qui parmi tant de régle-
mens fages qui caractérifent fon règne a toujours
montré du zèle pour étendre le commerce de fes
fujets, abolit en 1762 le monopole des fourrures , Se renonça en faveur de (es fujets , au privilège exclufif qu'elle avoit d'envoyer des caravanes à. Pékin. Ça) Cette conceffion généreufe a
confidérablement augmenté les bénéfices du commerce. Les énormes crépenfes , les dangers Se le
délai qu'entraînoit le tranfport des marchandifes
des frontières de la Sibérie à Pékin, n'ont plus
lieu, Se Kiachta eft dévenu le centre du commerce
des Ruffes Se des Chinois.
Ça) S. R. G. VIII, pag. $20.
_ I?
DÉCOUVERTES. IJÎ
CHAPITRE   III.
DESCRIPTION des établijfemens ruffe f & chinois fur les frontières de la Sibérie. Defcription de Kiachta, ville frontière appartenante
aux Ruffes ; de Zuruchaitu, ville frontière
appartenante aux Chinois ; fes bâtimens , fies
pagodes 3 &c.
V
jL*E dernier traire ayant ftipulé que le commerce
entre la Ruffie- Se la Chine fe feroit aux confins
de la Sibérie, près du défert des Mongols jj à
Kiachta Sr à Zuruchaitu , je vais donner dans ce
chapitre la defcription de ces deux villes.
Elles font fituées dans une vallée pittorefque
environnée de mohtagnes élevées , remplies de
rochers Se bien couvertes de bois. La vallée eft
coupée par le ruiffeau de Kiachta 9 qui a fa fource
en Sibérie, Se qui après avoir lavé les murailles
de la ville Ruffe Se de la ville Chinoife , fe jette
dans la Bura , à peu de diftance des frontières.
J'ai déjà dit que la ville des Ruffes s'appelle
Kiachta du nom du ruiffeau : elle eft fituée par
124 deg. 18 min. de longitude du méridien de
l'isle de Fer, Se 3 f deg. de latitude nord , à 5 5 14
verftes de Mofcow & à 1 5 3 2 de Pékin.
Il y a une fortereffe bâtie fur une petite élévation ; c'eft un quarré enfermé de paliffades , &
Sij 275
Nouvelles
garni de baftions de bois en différens angles : les
trois portes font gardées par des foldats : l'une fait
face au nord ; une féconde au fud regarde les frontières de la Chine 3 Se la troifieme eft à l'eft 3 tout
près du ruiffeau de Kiachta. Les principaux bâti—
mens publics font une églife de bois, la maifon du
gouverneur, la douane, le magafin des provifions
Se le corps-de-garde. Elle renferme aufli une rangée de boutiques , de magafins, de baraques pour
la garnifon, plufieurs maifons qui appartiennent
à la couronne. Celles - ci font ordinairement habitées par les principaux négocians. La plupart de
ces édifices font de bois.
La ville  qui eft environnée de remparts de
bois , couverts au fommet de chevaux de frife , ne
«contient pas plus de cent vingt   maifons très-
irrégulieres ; on y trouve le même nombre de
portes que dans la fortereffe, Se il y a aufli des
fentinelles. En-dehors des murailles, fur le grand
chemin qui conduit à Selenginsk, on voit un petit
nombre de maifons Se le magafin de la rhubarbe.
Cet établiffement n'a pas beaucoup d'eau , Se
elle eft d'une affez mauvaife qualité ; quoique le
/uiffeau de Kiachta lave les murailles de la fortereffe , il eft fi bas en été, qu'il ne fuffit à la pro-
vifion des habitans qu'après des pluies abondantes.
L'eau y eft trouble Se mal-faine, Se les fources
qu'il y a aux environs font fales Se faumâtres ;
les principaux habitans envoient chercher la leur
à une fontaine du diftrict , qui appartient aux
Chinois. Le fol des environs eft prefque par- ■■
DÉCOUVERTES.
2 77
tout de fable ou de rocher , Se extrêmement
ftérile. Si les frontières de la Ruflie s'étendoient
environ neuf verftes plus au fud du ruiffeau de
Bura , la ville de Kiachta auroit une bonne eau 9
un fol fertile , Se du poiffon en abondance ; les
Chinois feuls jouiffent de cet avantage.
La garnifon de Kiachta confifte en une compagnie régulière de foldats Se un certain nombre
de Cofaques : les premiers changent de tems en
tems , mais les derniers habitent toujours cette
ville. Le commandant a l'infpection des frontie*
res, Se il eft ch
de concert avec le préfi-
dent des négocians Chinois , de décider toutes
les affaires fubalternés : dans celles qui ont de l'importance , il faut recourir à la chancellerie de Se-
lenginsk Se au gouverneur d'Irkutsk. Il n'y a
guère à Kiachta que les négocians Ruffes Se les
agens de la compagnie du commerce de Ruffie*
Les limites qui s'étendent à Foueft de cet éta-
bliffement | jufqu'à la rivière du Selenga, Se à
l'eft
celle  de Tchikoi, font garnies   de
chevaux de frife 3 deftinés à empêcher la contrebande du bétail, dont l'exportation paie un droit
confidérable à la couronne. Tous les poftes avancés , le long des frontières à Foueft 3 jufqu'au
gouvernement de Tobolsk , Se à l'eft jufqu'aux
montagnes de neige 7 dépendent du gouverneur
de Kiachta.
La plus élevée des montagnes qui environnent
la vallée de Kiachta, Se que le Mogols appellent
S iij 278
Nouvelles
Jîurgultei, commande la ville frontière des Ruffes
ainfi que celle des Chinois ; c'eft pour cela
que les Chinois , lors des négociations du dernier traité touchant les confins, en demandèrent
la ceflion ; ils donnèrent pour prétexte que quelques - uns de leurs ancêtres, mis aux rang des
dieux , étoient enterrés au fommet. Les Ruffes les
leur accordèrent Se fouffrirent la rétrogeffion des
bornes *au côté feptentrional de la montagne.
La ville Se frontière Chinoife eft appellée, à la
Chine Se dans le pays des Mongols , Maimatfchin^
ce qui fignifie ville de commerce. Les Ruffes lui
donnent le nom de village Chinois Ç Kitaiskaia
Sloboda). Se de Nàimatfchin, expreflîon corrompue de Maimatfchin. Elle a environ cent quarante verges au fud de la fortereffe de Kiachta,
dans une pofitiôn qui lui eft prefque parallèle.
A mi - chemin entre cette place & la fortereffe
des Ruffes, on trouve deux poteaux élevés d'environ dix pieds , qui marquent les confins des deux
empires ; l'un porte une infeription ruffe, Se l'autre
une infeription en caractères manshurs, Ça)
Maimatfchin n'a d'autre fortification qu'un
rempart de bois & un petit fofîé large de trois
pieds, creufé en 1756, pendant la guerre entre
(a) Sur la montagne a Foueft de Kiachta, hs
confins font encore marqués , du côté de la Ruffie,
par un amas de pierres Se de terre , furmoneé d'un
écrit, Se du côté de la Chine , par un tas de pierres
en forme de pyramide. Pallas Reif, JII, pag. 110. DÉCOUVERTES.
279
les Chinois Se les Calmouques. La ville eft d'une
forme oblongue ; fa longueur eft de fix cents verges , Se fa largeur de quatre cents. Il y a aux quati e
côtés une grande porte en face des principales
rues 3 & fur chacune de ces portes , un eorps-de-
garde en bois, habité par la garnifon Chinoife 9
compofée de Mongols, qui portent des habits déguenillés Se des maffues. En-dehors de la porte
qui regarde les frontières de la Ruflie, Se à environ huit verges de l'entrée , les Chinois ,ont
élevé un parapet de bois, qui empêche de voir
ce qui fe paffe dans les rues.
Cette ville contient deux cents maifons, Se
environ douze cents habitans ; elle a deux tues
principales , larges d'environ huit verges, qui fe
coupent Fune Se l'autre vers le milieu à angles
droits, Se deux autres plus petites , qui fe prolongent du nord au fud. Elles ne font pas pavées 3
mais couvertes de gravier Se d'une propreté fin-
guliere.
Les maifons , qui font fpacieufes Se bâties en
bois d'une manière uniforme 3 ont un feul étage 3
-Se leur hauteur n'excède pas quatorze pieds ; elles
font enduites de plâtre Se peintes en blanc ; elles
ont toutes au milieu une cour de foixante-dix
pieds en quarré, parfemée de gravier, Se elles
paroiffent fort propres : elles contiennent une falle,
quelques magafins Se une cuifine. Le toit de celles
vqui appartiennent aux gens les plus riches, eft de
planches; mais le toit des autres eft de lattes recouvertes de terre. Du côté de la rue * la plu-
Siv Nouvelles
part de ces édifices ont des arcades de bois, fou-
tenues par de gros poteaux. Les fenêtres font
grandes, ainfi qu'en Europe ; mais comme le verre
Se* le talc de Ruffie font chers , elles font ordinairement de papier, avec quelques carreaux de
vitre dans la falle.
Cette falle a rarement vue fur la rue : c'eft une
efpece de boutique , où les différens échantillons
des marchandifes font placés clans des armoires
garnies de rayons, Se fermées avec des portes de
papier pour en écarter la poufïîere. Les fenêtres
font communément ornées de petites peintures,
Se les murailles tendues en papier de la Chine.
Une moitié du plancher eft d'une argiiîe bien battue , & l'autre eft couverte de planches Se s'élève
d'environ un pied. C'eft là que la famille s'affied
le jour Se dort la nuit. A côté de cette efpece d'ef-
trade, Se à peu près fur le même niveau, il y a
un poêle quarré de briques, furmonté d'une excavation cylindrique droite Se perpendiculaire ; on
le chauffe avec de petits morceaux de bois. Le
tuyau'de fumée fort du fond du poêle , Se fe prolongeant en zig-zag au-deffous de Feftrade, aboutit à une cheminée , laquelle débouche dans la
rue. Ainiî, quoique le poêle foit toujours ouvert
& la flamme vifîble , jamais la chambre n'eft remplie de fumée. On ne trouve prefqu'aucun meuble clans l'intérieur de la maifon , excepté une
grande table à manger , Se deux autres petites,
verniffées, fur Feftrade ; l'une de celles-ci porte DÉCOUVERTES* l8l
4;jfoujours un réchaud rempli de feu 9 où on allume
les pipes quand le poêle n'eft pas chaud.
On voit dans la grande pièce plusieurs petites
niches couvertes de rideaux de foie, devant lef-
quelles il y "a des lampes qu'on allume les jours de
fête :ces niches renferment des idoles de papier
peint, un vafe de pierre ou de métal 9 où l'on raf-
femble les cendres de l'encens ; plufieurs petits or-
nemens Se des fleurs artificielles ; les Chinois permettent volontiers aux étrangers de tirer ces rideaux Se de regarder leurs idoles.
Les négocians de Bucharie Ça) habitent le
quartier fud-oueft de Maimatfchin; leurs maifons
ne font ni aufli grandes ni aufli commodes que
celles des Chinois , cependant la plupart font uri
* commerce confidérable.
Le Surgutfchei, ou gouverneur de Mâimatf-
chin, eft chargé de la police Se de là direction
de toutes les affaires relatives au commerce ; il efl
ordinairement d'un rang diftingué; quelquefois
c'eft un mandarin qui s'eft mal comporté dans
une autre place, Se qu'on envoie ici pour le punir. On le reconnoît au bouton de cryftal de fon
(a) Les principales marchandifes que les Bucha-
riens emmènent en Ruffie, font, le coton,les étoffes
de demi foie, le coton filé, les peaux d'agneaux, les
pierres précieufes, la poudre d'or, le nitre non préparé , le fel ammoniac, Sec. Voyez le livre intitulé :
RuJJîa, or the compleate account of ail the nations
that compofethat empire , vol. II, p. 141. Ouvrage
curieux & intéreffant, publié dernièrement à Londres. 282
Nouvelles
chapeau Sraux plumes de paon Ça) qui pendent
par-derriere. Les Chinois lui donnent le titre d'am-
ban , ce qui fignifie commandant en chef. Se per-
fonne ne paroît devant lui fans plier le genou ;
celui qui vient préfenter une requête, doit demeurer dans cette pofture jufqu'à ce qu'il reçoive la
réponfe. Les honoraires de ce gouverneur ne font
pas confidérables ; mais les préfens que lui font les
négocians montent très-haut.
Les bâtimens publics les plus remarquables de
Maimatfchin, font la maifon du gouverneur , le
théâtre Se les deux pagodes.
La maifon du gouverneur eft plus grande que
les autres Se mieux meublée. On la reconnoît d'ailleurs à une chambre où fe tient la juftice , Se à
deux grands   poteaux furmontés d'un pavillon 9 '
qui font à l'entrée.
Le théâtre eft au pied de la muraille de la ville,
près de la grande pagode ; c'eft une efpece de
hangard proprement peint, ouvert fur le devant,
Se qui n'a que Fefpace néceffaire pour contenir
les acteurs ; les fpectateurs fe tiennent dans la rue.
(a) A la Chine, les princes du fang portent trois
plumes de paon ; les nobles de diftindtion , deux ; &
la claffe inférieure de la nobleffe, une. C'eft aufli une
marque d'un rang élevé d'avoir une voiture à quatra
roues. Le gouverneur de Maimatfchin fort dans une
qui n'en a -q.ue deux. Tous les Chinois portent des
boutons de différentes couleurs à leurs chapeaux; ces
boutons dénotent leur rang. Pallas Reif. 111, p. iz6.
T DÉCOUVERTES. 285
Il y a aufli à côté du théâtre deux poteaux élevés,
fur lefquels on arbore les jours de fêtes, de grands
pavillons qui portent des infcriptions chinoifes.
Alors les domeftiques des négocians jouent de
petites farces burleiques en l'honneur de leurs
idoles.
, La plus petite des deux pagodes eft un bâtiment
de bois foutenu par deux poteaux au centre de la
ville , à l'endroit où fe croifent les deux principales
rues. C'eft une tour chinoife de deux étages ,
ornée à l'extérieur de petites colonnes, de peintures Se de petites cloches de fer, Sec. Le premier étage eft quarré Se le fécond octogone. Dans
celui qui eft le plus bas, on voit un tableau du
dieu Tien, mot qui, fuivant l'explication des plus
habiles Chinois , fignifie le Dieu tout-puiffant qui
dirige les trente - deux cieux. On dit que les
Manshurs donnent à cette idole le nom cYAbcho y
Se les Mongols celui de Tingharu 3 ou de Dieu du
ciel ; il eft repréfenté affis, la tête découverte ,
Se environnée d'une couronne Ça) pareille à celle
(a) Le gouverneur de Maimatfchin , qui donna à
M. Pallas la permiflion de voir ce temple , l'affura que
les Jéfuites de Pékin & leurs profélytes adoroient
cette idole. L'écrivain Ruffe conjecture que la reffem-
blance entre cette idole Se les portraits de J. C. chez
les catholiques, a donné lieu à cette affertion ; ou
quelles Jéfuites, afin d'exciter la dévotion de leurs
convertis, ont donné , par politique, à la figure de
J. C. une reffemblance à celle du Tien des Chinois,
dallas Reif. III, pag, 119.      . 284 Nouvelles
qui environne la tête de Jéfus-Chrift dans quelques peintures des catholiques : fes cheveux font
longs 6e flottans j il tient en fa main droite un
fabre nu , Se il étend la gauche, comme s'il don-
noit la bénédiction. A l'un des côtés de cette
figure, on a peint deux jeunes gens ; Se à l'autre
tme jeune fille Se un vieillard qui a les cheveux
L'étage le plus élevé renferme la figure d'une
autre idole qui porte un chapeau rayé de noir Se
de blanc , Se qui eft également entourée de trois
jeunes perfonnes Se d'un petit vieillard. On ne
voit point d'autels dans ce temple, Se il n'y a pas
d'autres ornemehs que leurs peintures Se leurs
chaflïs : il s'ouvre feulement les jours de fête , Se
les étrangers ne peuvent pas le voir fans per-
miffion.
La grande pagode, fituée devant la maifon
du gouverneur , & près de la principale porte qui
regarde au fud , eft plus vafte ck plus magnifique
ïfue la première. Les étrangers la voient en tout
tems fans la moindre difficulté , pourvu qu'ils
foient en compagnie d'un des prêtres, qui fe
trouve toujours au milieu de la cour. Cette cour
eft environnée de chevaux de frife : on y entre
du côté du fud ; il y a deux -portes avec un petit
bâtiment entr'elîes. L'extérieur de ce petit bâtiment offre deux niches défendues par des grillages,
au fond defquelles on trouve deux chevaux d'ar-
gille de grandeur naturelle , groffiérement faits. Ils
font fellés Se bridés : à côté d'eux il y a deux **
■■■
DÉCOUVERTES.
285
hommes habillés comme deux palefreniers. Le
cheval à droite eft châtain ; l'autre eft plus haut 3
fa crinière Se fa queue font noires. Le premier eft
dans l'attitude du galop , Se le fécond dans l'attitude du pas. On apperçoit, près de chacun , une
bannière déployée d'étoffe de foie jaune avec des
dragons d'argent en broderie.
Deux tours de bois environnées de galeries,
font au milieu de cette cour; la tour orientale
contient une groffe cloche de fer 3 qu'on frappe de
tems en tems avec un maillet de bois ; l'autre renferme deux tymbales d'une grandeur énorme, pareilles à celles dont les Calmouks fe fervent dans
leurs cérémonies religieufes. Des bâtimens habités,
par les prêtres du temple ? régnent tout autour
de la cour.
Cette cour extérieure communique par une
belle porte, à la cour intérieure ; celle - ci eft
bordée de chaque côté de petits compartimens
ouverts fur le devant Se défendus par un grillage :
ces compartimens offrent les légendes des idoles
reprefentées dans une fuite de tableaux hiftoriques.
A l'extrémité la plus éloignée de cette féconde
cour, on voit un grand bâtiment conftruit du même
ftyle que l'architecture du temple. Er-dedans il a
foixante pieds de.long Se trente de large ; il eft
rempli d'anciennes armes Se d'inftrumens de guerre
d'une groffeur prodigieufe, telles que des lances 3
des faux , de longues piques qui ont un large
fer 3 des boucliers, des cottes d'armes Se des tro- 286
Nouvelles
phées militaires qui repréfentent des mains, ( a )
des têtes de dragons, Se d'autres figures fculptées.
Tous ces inftrumens de guerre font bien dorés,
Se rangés par ordre fur des échafauds le long de
la muraille. En face de l'entrée, on voit flotter un
grand étendard jaune, orné de broderies qui repréfentent des feuillages Se des dragons d'argent :
au - deffous, il y a fur une efpece d'autel, une
fuite de petites tables oblongues qui portent des
infcriptions chinoifes.
Une galerie ouverte, ornée des deux côtés de
pots de fleurs , conduit de la porte de derrière de
ï'arfenal à la colonnade du temple. On remarque
dans les entrecolônnemens deux tablettes d'ardoife
entourées de cadres de bois d'environ fix pieds de
haut Se larges de deux ; on y lit de longues infcriptions relatives à la bâtiffe du temple. Devant
l'une de ces tablettes , on voit par terre une petite
idole d'une forme hideufe, enfermée dans une
caiffe de bois.
Le temple eft un édifice élégant dans le goût
chinois. Il eft richement décoré à l'extérieur de
colonnes verniffées, de fculptures dorées , de
petites cloches Se d'autres ornemens particuliers à
l'architecture chinoife. Il règne en - dedans une
grande profufion de dorures qui répondent à la
parure de l'extérieur. Les murailles fontprefque
(a) Ces mains reffemblent aux étendards manipu*
laires des Romains. ■M
DÉCOUVERTES. 287
j'Routes couvertes de peintures qui repréfentent les
exploits les plus célèbres de la principale idole.
Ce temple renferme cinq idoles d'une ftature
coloffale, aflifes les jambes croifées fur des piédef-
taux, dans trois niches qui rempliffent tout le
côté du nord.
La principale idole eft aflife feule dans la niche
du milieu entre deux colonnes , autour clefquelles
font entortillés des dragons couverts de dorure :
de grands drapeaux de foie qui pendent du plafond 3 voilent la partie fupérieure de cette idole.
Elle porte le nom de Ghefur ou Gheffur-Chan.
Ça) Les Chinois l'appellent Loo-ye ou le premier
& le plus ancien ; Se les Manshurs, Guanloe ou
le dfteu fupêrieur : fa taille gigantefque excède de
plus de quatre fois la ftature humaine ; fon vif âge
eft brillant comme de l'or, Se fes cheveux Se fa
( a ) Ce font les Mongols Se les Calmouques qui lui
ont donné le nom de Ghejfur-Chan $ Se quoiqu'ils ne
le comptent pas parmi leurs divinités, ils le regardent
comme un grand héros, le Bacchus Se l'Hercule de la
Tartarie orientale, qui naquit à la fource du Choango,
Se qui défit plufieurs monftres. Ils ont une très-longue
hiftoire de fes exploits héroïques. Voici le titre de
ces ouvrages écrits en langue mongole : Arbdn Zeeghi
ejjîn Ghejfur bogdo Chan : le roi des dix points du
compas, ouïe monarque Gheffur-Chan.
Je poffede une copie de ce manufcrit mongol, dont
M. Pallas m'a fait jiréfent ; je le communiquerois
avec plaifir à un favatit verfé dans les langues orientales. 288
Nouvelles
barbe font noirs. Il porte une couronne fur la tête,
Se les Chinois difent qu'il eft vêtu fort richement;
fes vêtemens ne font pas modelés en argille, mais
ils font d'une étoffe de foie très - fine. Il tient
dans fes mains une efpece de tablette qu'il paroît
lire avec beaucoup d'attention. Deux petites figures de femmes, qui reffemblent à de jeunes perfonnes d'environ quatorze ans, font debout de
chaque côté de l'idole fur le même piédeftal ;
l'une d'elles empoigne un rouleau de papier. A
droite de l'idole on voit fept traits d'or , Se à fa
gauche un arc.
Il y a devant Fidole un affez grand efpace , enfermé d'un grillage, en-dedans duquel fe trouve
un autel avec quatre figures coloffales qui repré-
fentent probablement les principaux mandarins de
Gheffur qu'on a déifié. Deux de ces figures portent des robes de juges, Se tiennent de petites
tablettes pareilles à celles qui font dans les mains
de Fidole. Les deux autres font revêtues d'une
armure complète ; Fune porte un turban, Se fur
l'épaule gauche un grand fabre dans fon fourreau ;
la dernière qui a un vifage hideux, couleur de
cuivre, 8e un gros ventre , tient dans fa main
droite une lance dont le fer eft très - large.
Quoique toutes les idoles du temple foient
d'une grandeur énorme, celle de Gheffur-Chan
l'eft bien davantage.
La première idole , qui eft dans la niche à
droite 9 s'appelle Maorang, ou FObfchibanni des
Mogols ; elle a trois vifages effarés, couleur de
cuivre, mmm
ï) I
COUVERTES.
à 89
fcuivre, Se fix bras ; deux de fes bras agitent ^u-
Ueffus de fa tête deltx fàbrès qui fe croifent ; uri
troifieme tient uii itliroir ; uri quatrième une tablette qtiarréè qui paroît être d'ivoire. Les deux
autres bras font occupés à bander un arc arme
d'une flèche qui eft prête à partir. Cette idole a
la poitrine couverte d'un miroir. Se un œil au**
nombril ; elle â près d'elle dèut petites figures £
dont la première tient un trait Se la feôndè uni
petit animal.
L'idole qui vient enfuite Se qiii èft dans îa
mênrfe niche, eft appellée, par les Chinois,
Tfaudfing ou lé dieii cî'or & d'argent, Se par
les Mongols Tfagrin-Dfàmbâla. Elle à un chapeau
noir , Se elle porte de magnifiques robes , i telles
qu'on les met à la Chine les jours d'appareil ; elle
tient à îa main une petite cavffettè de bijoux. Elle
â aufli près d'elle deux petites figurés debout |
dont l'une tient une branche d'arbre coupée.
Dans la niche à gauche 3 on voit le dieu
Cusho 3 auquel lès Manshurs donnent le nom de
Chuà - Scharî, Se les Mongols celui dé Galdi ou
de dieu du feu. Son vifàgè Coloré dé rouge, eft
farouche Se effrayant; il eft revêtu d'une armure
Complète ; il tient tin fàbrè à moitié tire du fourreau , Se il paroît fur le point de s'élanèér de fort
fiege. Il eft accompagné de deux! petits hallebar-
diers, dont l'un à l'air de crier ?; Se l'autre porté fui
fa main un oifeau qui rèffemble à un faifan de ïrier;
L'autre idole de îa même niche eft Niu-o9 le
ëlètt des bœufs : H eft affis ; fon maintien eft très-
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Nouvelle
compofé; il eft habillé comme un mandarin ,&
porte une couronne fur la tête : fa poitrine, ainfi
que celle des autres idoles, eft couverte d'un
miroir. Les Chinois croient que c'eft le même
dieu que FYmandaga des Mongols : on dît que
chez les Manshurs ils s'appellent Chain-Killova ;
Se chez les Mongols Bars-Batir, le héros des tigres, dénomination qui lui donne quelqu'analo-
gie avec Gheffur.
Devant ces différentes idoles on voit des tables
ou des autels, fur lefquels on place, les j^irs. de
fêtes Se de prières , des confitures, de la pâtifi-
ferie , des fruits fecs Se de la viande : il y a même
des occafions où Fon y met des moutons tout
entiers ; des flambeaux Se des lampes y brûlent
jour Se nuit. Le plus remarquable des uftenfiles
du temple eft un vafe de la forme d'un carquois
rempli de pièces plates de rofeaux , fur îefquelles
il y a de petites devifes chinoifes. Les Chinois
vont tirer ces devifes le jour du nouvel an ; ce font
pour eux des oracles qui annoncent ce qui leur arrivera de bien ou dç mal pendant l'année qui va
s'écouler. On voit aufli fur une table, un cafque
de bois verniffé en noir, que tous les dévots
ne manquent point de frapper avec un morceau de
•bois, lorqu'ils entrent dans le temple. Ce cafque
eft fi facré qu'on ne permet pas aux étrangers de
le toucher 3 quoiqu'on ne les empêche point de
toucher les idoles.
On pratique les cérémonies du culte, le premier jour de ' la nouvelle Se de la pleine lune» —
DÉCOUVERTES.   %Q)t
Les Chinois fe rendent au moins une fois dans
le temple 3 chacune de ces fêtes ; ils y entrent
fans ôter leurs chapeaux Ça). Us joignent les
mains devant leur vifage ; ils font cinq ou fiât
révérences à chacune des idoles, Se après avoir
touché avec leur front le piedeftal fur lequel elles
font affiles, ils fe retirent. Les principales fêtes