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Les nouvelles découvertes des Russes, entre l'Asie et l'Amérique, avec l'histoire de la conquête de… Coxe, William, 1747-1828 1781

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Array         LES NOUVELLES
DECOUV
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DES RUSSES,
-      ■ ENTRE        ';   •  ■ |jr- ,
L'ASIE ET L'AMÉRIQUE,
• fl;' a v e c        .\-   M-
VHlSTOIRE de la conquête de la SIBÉRIE,
éC du Commerce des RUSSES ÔG des CHINOIS.
Ouvrage traduit  de f Anglois de M.  Coxe.
A   PARIS,
HOTEL DE THOU, RUE DES POITEVINS.
M. D C C. L X X X I. ■    -Mi
fer
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jhji>; if      jWii! «ar.ii  iiViii T«
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AVERTISSEMENT
:      DU TRADUCTEUR. ||J|
L'Ouvrage que l'on traduit ici parle
feulement des Voyages faits par les Ruffes
depuis 1745, c'eft-à-dire, qu'il commence
où finit celui de M. Muller. Il a le double
mérite de renfermer des%hofes nouvelles &
inftrucjives.
Nous avons une idée imparfaite des expéditions que les Ruffes forment, chaque année,
aux Ifles fituées entre Y Amérique & le Kamtchatka. On fera fans doute étonné de la multitude d'hommes qui périffent dans ces Voyages. Les Navires ne^en reviennent guères
fans avoir maffacré un grand nombre d'In-
fulaires, & fans avilir perdu, dans les combats , une partie de leurs Matelots & de leurs
ChafTeurs. Les Négocians particuliers veulent
exiger des Tributs les Naturels ; & ceux-ci
les regardant comme des Ufurpateurs, cher-
a ■ '•■M
«P!
e*>i
/*
ij    AVERTISSEMENT.
client toutes les occafîons pofTibles de les
détruire. Eft-ce donc un fî gnnïd avantage
pour la RuJJîe de foumettre ces peuplades
pauvres & d'en arracher quelques pelleteries ?
Il faut avouer que ces Navigateurs
Rufïès font inhumains, & qu'ils tuent légèrement les Habitans des Ifles où ifc vont
aborder. Il eft probable que la Czarine ne
pçut empêcher ces meurtres puifqu'elle ne
les empêche pas. Nous devons dire, à l'honneur d'une Najion ennemie, que les Anglois
envoyés à la découverte des nouvelles terres
ne fe comportent pas ainfi.
Nous invitons les Géographes de pro-
fefïlon & les faifeurs de Cartes à profiter des
découvertes que renferme cet Ouvrage, <St
à les inférer dans la partie du globe qui eft
entre l'extrémité orientale de YAJîe & Y Amérique. Cet avis eft d'autant plus néceflaire
qu'on fabrique encore aujourd'hui, à Paris,
des globes où l'on ne marque point les découvertes du célèbre Capitaine Cook.
J'ai fait des changemens à l'original,
afin de mettre de l'ordre & de la netteté dans
l'Ouvrage, & je me fuis vu forcé d'y ajouter plufieurs notes. w
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L'A UT E U
Les Découvertes faites par les Rufles, entre
Y Amérique ôclAJie, occupent, depuis quelque
temps, l'attention des Curieux j & fur-tout depuis
que l'Hiftoire & Amérique du D.r Robertfon eft
publiée. Le célèbre Auteur de cet excellent Ouvrage a commencé à inftruire l'Europe fur cette
matière, avec l'exactitude & la fagacité qui distinguent fes écrits. Pendant mon féjour à Peters-
bourg y je me fuis occupé de cet objet intéreffant,
& j'ai taché de recueillir tout ce qui peut intéref-
fer la Navigation, la pofition & le Commerce des
Iiles fituées à l'Orient du Kamtchatka; je n'ai
rien négligé pour ranembler les difTérens Journaux
des Voyages qui ont fuivi l'expédition de Bering
& de TfchirikofF, en 17417 époque où M. Muller
a fini fa relation des premieres Découvertes des
Ruffes.
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iv    g P  R   É  F Aj E
J'appris alors qu'un Ouvrage Allemand, imprimé à Hambourg ôc à Leipjic. en 1776, donnoit
une Relation authentique Ôc prefque complète des
Voyages faits par les Ruffes, depuis 1745 jufqu'eli
1770 (a). Je craignois d'ajouter foi à un livre anonyme, mais des perfonnes inftruites m'avertirent
que cet Ouvrage a été rédigé fur des Mémoires
originaux '■> ôc voici comment je m'en fuis allure.
M. Muller, qui travaille par ordre de l'Impératrice furies Mémoires des Navigateurs, ayant comparé cette production de l'Auteur Allemand aux véritables Joùniaux qui font au dépôt de la Couronne
\ Péter sbourg, m'en attefta l'authenticité & fexac-
titude dans les termes fui vans. « Vous ferez bien
33 de traduire j pour l'ufage de vos Compatriores,
sa le petit Livre fur les Mes fituées entre le Kamt-
« chatka ôc Y Amérique. Il n'y a point de doute
33 que l'Auteur n'ait été pourvu de bons Mémoires
» ôc qu'il ne s'en foit fervi fidèlement. J'ai con-
" fronté le Livre avec les originaux. » D'après cette
autorité refpe&able,   j'ai cru pouvoir faire ufàge
( a ) Voici le Titre de cet Ouvrage : Neve nachricbten von Denen
nevendeck Ten infuln in der fee Zwischen Ana und Amerika aus
Mitgethelten urkunden und aufzuegen verfafîet von J. L. S. DE    L'AUTEUR.        v
de l'Ouvrage Allemand. Je l'ai fondu dans celui-ci.
en y ajoutant les chofes qui m'ont paru néceifaires.
Mais il ne forme pas la moitié de mon travail.
Je me suis procuré , à Pétersbourg, trois Journaux qui n'ont encore été publiés dans aucune
langue (a). L'un d'eux, celui de Krenitzin ôc de
Levasheff, avoit été communiqué au D.r Robertfon,
avec une Carte du Voyage, par ordre de l'Impératrice de RuJJîe. CetHiftorien, fi juftement admiré, a eu la bonté de me permettre de l'inférer dans
cette Collection. Cette expédition, faite aux dépens de la Couronne, confirme l'authenticité dés
Découvertes des Négocians particuliers.
C'est au Lecteur à juger ce que je dis fur-fa.
pofition de l'Archipel découvert par les Ruffes, la
proximité de Y Amérique, ôcc. Pour ne rien oublier
de ce qui peut jper du jour fur les matières traitées
dans cet Ouvrage, j'ai raffemblé, l\ Pétersbourgy
les meilleures Cartes connues jufqu'ici, ôc j'en ai
donné la lifte.  J'aurai du  moins  le  mérite de
(a) Celui de Krenitzin & de LevashefT-, r Abrégé du Voyage
du Lieutenant Synd, & la Relation de l'expédition de Shalauroô. n
Ml
Vj
PREFACE
publier la Relation la plus authentique & la plus
ckconftanciée du progrès ôc de l'étendue des Découvertes des Ruffes : elle fer vira d'Introduction à\
une partie du Journal du célèbre Ôc malheureux Capitaine Cook, lorfque ce Journal fera imprimé (a).
Toutes les fourrures qu'on tire des Mes nouvellement découvertes, fe vendant aux Chinois,
j'ai fait des recherches fur le commerce entre la
RuJJîe ôc la Chine. Comme j'ai trouvé cette branche beaucoup plus importante qu'on ne le croit
communément, j'ai cru devoir parler de fon état
actuel, ôc de tout ce qui peut y avoir rapport.
La conquête de la Sibérie ayant ouvert une
communication av$$ la Chine, & occafionné toutes les découvertes intéreiTantes que je vais raconter , elle entrait dafcs mon plan ; ôc j'ai penfé que
cette hiftoire, peu cojÉiue, ne dçplairoit pas aux
Lecteurs.
. (a) Oa fait d^jà que le Capitaine Cook, en effarant le paiTage
au Nord-Eft, a reconnu la plupart des Mes fîtuées entre \'Amérique & l'AJte, &, à ce qu'on croit, la côte du Nouveau-Monde ;
mais il ne s'eft pas arrêté fur toutes ces terres ; & le Livre que
nous traduifons acquerra un nouveau degré d'utilité lorfque le dernier Voyage du plus grand de tous les Navigateurs fera publié. DE    L'A U T E U R.      vij
J'ai composé cette féconde Partie, ainfî que
les Obfervations préliminaires fur le Kamtchatka,
d'après les Ouvrages de M. Muller & de M. Pallas,
dont le Public connoît l'exactitude êc la fidélité,
Se d'après les renfeignemens que je me fuis procuré à Pétersbourg , touchant le commerce de la
RuJJîe avec la Chine.
Comme on a fait peu d'Obfêrvations Agronomiques pendant les Voyages dont parle cette Collection , on ne doit pas compter abfolument fur
la longitude & la latitude que les Journaux & les
Cartes alignent aux Mes nouvellement découvertes.
Quoique j'aie dit un mot fur cette matière au Chapitre où je donne la lifte des différentes Cartes
publiées jufqu'à préfent, j'avertis ici que la pofïtion
des Mes aux Renards , fur la Carte générale
de RuJJie , diffère beaucoup de celle de la Carte
de Krenitzin & de Levasheff On a lieu de croire
que le troifième Voyage du Capitaine Cook diftî-
pera la plupart de ces doutes.
Je ne puis finir cette Préface fans payer, à
l'Impératrice de RuJJîe , le tribut d'éloges que
mérite fi juftement fon efprit généreux &c éclairé.
Depuis fon avènement au Trône, elle a encou- M&
viij  |PRÉFACE,&
ragé toutes les découvertes utiles , ôc les Sa vans
ont obtenu d'elle les fecours qu'ils lui ont demandes.
Elle a fait ranger par ordre les papiers de tous les
Départemens, ôc on permet à chacun de les conful-
ter. Elle a envoyé des Savans dans les parties les
plus éloignées de fes vaftes Domaines ; ôc Y Europe
ôc YAJîe lui doivent une foule de connoiffances
nouvelles ôc importantes fur la Géographie ôc l'Hif-
toire Naturelle, de ces Contrées lointaines. Enfin
cette grande Princefîe a plus contribué à la civili-
fation ôc au progrés des lumières dans fon Empire,
que tous fes Prédéceffeurs, depuis le règne glorieux de Pierre-le-Grand,
JW»*i
Afin
r IX
asei^raB:^3B2pfe!352aâa^E
Afin de ne pas répéter le Titre entier des
Livres que j'ai cités dans cet Ouvrage , je
vais en donner le Catalogue , avec les abréviations dont je me fuis Jèrvi.
JML u l l e r's Samlung Ruffifcher Gefchichte, IX Vol.
in- 8.°, imprimés à Pétersbourgy en 17 7 %, tc les
années fuivantes. Lorfque je le cite, j'abrévie de
cette manière. S. R. G. avec l'indication du volume
ôc de la page.
J'ai fur tout.:fait ufage des Traités que voici.
Vol. II, pag. 195, &c. Gefchchite der Gegenden
an dem fluffe amur. jj^j
Il y a une Traduction Françoife de ce Traité,
qui porte le titre de ce Hiftoire du Fleuve Amur '■> »
in -1 z , Amjîerdam,  1766.
Vol. III, pag. 1, &c. Nachrichten von fee
Reifen, &c.
Il y a une Traduction Angloife ôc une autre
Françoife de' cet Ouvrage : la premiere appellee
« Voyages from Afîa to America for compleating
« the difcoveries of the north weft coaft of Ame-
I rica, &c. É in-a..0, Londres, 1764; la féconde
porte le titre de « Voyages ôc Découvertes faites
b « par les Ruffes, &c. » in-11, Agi/lerdam, 1766 ;
_pag: 415. Nachrichten von der hanlung in Sibirien.
Vol. VI, pag.  109, Sibirifche Geshchte.
Vol. VIII, pag. 504, Nachricht vonderRuf-
fichen handlug nach China.
Pallas Reife durch verfchiedene provinzen des
Ruffifchen reichs, en trois Parties, in-a..0. Peters-
bourg. 1771, 1775&1776,. ainfi cité, Pallas Reife
Georgi Bemerkungen einer Reife in Rufïifcheti
Reich in Iahre, 1772 , 5 vol. z/z-4.0, Pétersbourg,
17 7j , cité : Georgi Reife.
Fifcher Sibirifche Gefchichte, 2, vol. in-B. ^
Pétersbourg, cité : Fif Sib. Gef
Gmelin reife durch Sibirien, Tom. IV, zn-8. ^
Gottingue, 1772., cité: Gmelin Reife.
Il y a une Traduction Françoife de cet Ouvrage ^
qui porte le titre de « Voyage en Sibérie m | par
M. Gmelin, Paris.  1767.
Nevefte Nachrichten von Kamtchatka aufgefetftr
im Junius des 1773, yahren von dem dafigei?
Befehls - haber herrn Kapitafn Smalew.
Aus dem abhandlungen der freyen Ruiîîfehen»
Gefcllfchaft Moskau.
Le Journal de Saint-Pétersbourg, du mois d'Avril
1776 , eft cité ^ Journal de Saint-Pétersbourg, .
t
■ ¥.* Ml XJ
""   EXPLICATION
De quelques Mots  Rujjes "employés dans cet
■ Ouvrage.
DAiDARj un petit bateau.
Guba, une baie.
Kamen, un rocher.
Kotche,  un petit navire.
Krepqfl, une fortereffe régulière.
Nojf, un Cap.
OJlrog, une fortereffe environnée de paliffades.
OJlroff. une Me. '. ; y
Ojh'ova, Ifles.
Quajj', elpèce de liqueur fermdïtée.
Reka, une riviere.
Les Rufïès font ufàge des patronimiques dans
leurs noms propres. Ces patronimiques fe forment,
dans quelques cas, en ajoutant vitch au nom de
baptême du père *, dans d'autres, en ajoutant off
ou eff. Offncic donne qu'aux perfonnes de qua-
f        I       b'i HP
Fib;
ii I
If
xij
dite : ejfa celles d'un rangrtfériëtft*: par exemple;
on dit :
Pour les perfonnes de qualité, (
Michel Alexiovitch j Michel,  fils
Et pour celles d'un rang infé- j d'Alexis,
rieur , Michel Alexeeff. [
On ajoute quelquefois le furnom; par exemple , Ivan Ivanovitch Romanoff
IP
lin
p,
ufà
m Xllj
TAB L E
Des Poids . des Mefures de longueur. & de la
valeur des Monnoies de RuJJîe.
Poids*
Un Poude pefe 40 livres de Rufïie, — à. 56
d'Angleterre, ôc environ $z livres poids de marc
de France.
Mefures de longueur.
16 Vershcks = une Arçhine.
1 Archine = z 8 pouces d'Angleterre : le pouce
d'Angleterre eft un peu plus petit que celui de.
France.
3 Archines ou 7 pieds g $ne brafîe (a) un
Sazshen.
500 Sazshens = une verfte.
Un degré de longitude comprend 1047 verftes
= égales à 691 milles Anglois. Un mille Anglois
( a ) La Braflê de Rulïïe , pour meiiirer la profondeur de
l'eau , eft la même que la Braffe Angloife : elle eft également
de fix pieds. Urn
xiv
forme done y15 panics d'une verfte : deux milles
Anglois peuvent être_ évalués à trois verftes en
retranchant une petite fraction.
Valeur des Monnoies de RuJJîe.
La rouble, qui vaut i oo copecs, vaut en Angleterre, fuivant le Change, de 3 fchelings 8 pences
à 4 fchel. z pences : environ 4 livres 10 fofs
tournois.
il 4È
•au.
xV
}.\l|Hj A|B L E  il
DES    CHAPITRES.
$. INOBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES
fur le Kamtchatka ,• Découverte & conquête de cette
Péninfule ,• fort Etat acluel; fa Population & fcy
Productions,-  Tributs qu'en tire ta Ruflïe,   Page i.
§. 11. Idée générale du Commerce qu'on fait aux lfles
nouvellement découvertes ,* équipement des Navires :
rifques qu'on court> bénéfices. &c. 6.
$. III. Fourrures & Peaux qu'on tire du Kamtchatka
& des ljles nouvellement découvertes > y.
PREMIERE    PARTIE
Chapitre Premier. Commencement & progrès des
Découvertes des Rujfes dans la mer du Kamtckatka;
divijion générale des If es nouvellement découvertes y 13.
Chap. II. Voyages faits en 1745 > Premieres découvertes des If es Aleiïtiennes , par Michel Nevodt-
fikoff. zj. M
I
xvj TABLE :;V
Chapitre III. Voyages faits, de 1747, à 175$, dans
les parages de l'ifle de Bering, de celle de Cuivre,
0 des If es Aleûciennes j Remarques fur les Habitans , Page 30
Chap. IV. Voyages faits de 1753 a 17^6'. te Navire
de Sérébranikojf relâche fur quelques - unes des If es
Aleùtiennes les plus éloignées 3 ou fur les If es des
^Renards ; Remarques fur les Infulaires, 40
Chap. V.   Voyages depuis 1756" jufqu'en 1758,   46.
Chap. VI. Voyages aux If es des Renards en 1758',
1759 &■ 1760; Expédition du Saint - Uladimir, équipé
par lrapefnikoff ,• du Gabriel , par Betshevin ; ce
Navire, commandé par Pushkareff, va a Alakfu ou
Alachskak, l'une des If es orientales les plus éloignées ,• Remarques fur fes Habitans ,• fe s Productions , différentes  de celtes  des If es f tuées plus  à
VOUtflm ■$??*$$&■'    " 53.
Chap. VIL Voyage d'André Tolftyk fur le Navire
le Saint - André & Natalie, j Découvertes de quelques If es nouvelles, appellees AndréanofFskye oftrowa j
Defcaption de fx If es de ce grouppe. 6z.
Chap. VIII. Voyage du Navire le Zacharie & /'Eli-
fabeth, équipé par Kulkoff' & commandé par Drufi-
nin; il cingle du côté ^Umnak &  «f'Unalashka, ô
• hiverne fur cette dernière Ife; le bâtiment détruit.
ô H D E S   CHAPITRES,   xvij
& tout l'équipage, excepté quatre hommes, maf acres
par les Infulaires ; les avantures de ces quatre Ruffes
& les dangers qu'ils courent. Page 71.
Chapitre IX. Voyage du Navire la Trinité, fous le
commandement de Korovin ,* il fe rend aux If es
des Renards •. il paffe l'hiver à Unalashka; il remet
en mer le printemps fuivant ; le Bâtiment échoue
dans- une baie de l'ifle d'Umnak , & l'équipage ejl
attaqué par les Naturels ,• plufeurs Ruffes tués >
d'autres meurent de maladie ; ils fe trouvent dans
une grande détreffe ,• ils font réduits au nombre
de   dou^e ,*   Defcription ^Umnak  &  ûf'Unalashka ,
79-
Chap. X. Voyage d'Etienne Glottoff; il arrive aux
If es des Renards ; il va au - délit ^'Unalashka juf-
qu'a Kadyakj il paffe Vhiver fur cette Ifle ; les Naturels ejfaient, a différentes reprifes. de tuer l'équipage ,• ils font repouffés ,• ils fe reconcilient, & ils
commercent avec les Ruffes y Defcription de Kadyak ;
Remarques fur fes Habitans . fes animaux , fes
productions ; Glottoff retourne a Umnak ; il y paffe
un fécond hiver y fon retour au Kamtchatka j Journal
de fon Voyage. 95.
Chap. XL Voyage de Soloyioff ,• il arrive a Una-
lashka, & paffe l'hiver fur cette Ifle I  récit de ce
c I  II!
KHI1
m
îviij        t    TABLE     I
qui lui arriva y les Naturels effajignt influMueufe-
ment de détruire l'équipage.- retour de Solovioff au
Kamtchatka 3 Journal de fon retour y Defcription des
Ifles ^Umnak ô ^'Unalashka ; Productions y Habitans; leurs Mœurs y leurs  Ufages x &c.     Page 120.
Chapitre XII. Voyage d'Otcheredin-. U paffe l'hiver a
Umnak ;   arrivée de LevasAeff à Unalashka ; retour .
d'Otcheredin a Ochotsk, 142.
Chap. XIII. Extrait du Journal du Voyage du Capitaine Krenitzin & du Lieutenant Levasheff aux
Ifles des, Renards en 176% & 1769 j départ du Kamtchatka •. arrivée aux Ifles de Bering & de Cuivre j
aux Ifles des Renards ; Krenitzin paffe l'hiver a
Alaxa ; Levasheff a Unalashka ; Productions d'Una-
lashka j Remarques fur les Habitans des Ifles aux
Renards ; leurs Mœurs y  leurs   Ufages, ôcc.      145?..
Chap. XIV. Voyage du Lieutenant Synd au N&td-
Efl de ta Sibérie ; // découvre un grouppe d'Ifles y
ô un Promontoire qui lui paroît appartenir au continent de /'Amérique 3 & qui eft fitué près de la
côte des Tfchutski, 1 s7.
Chap, XV. Pofition des Ifles Aleiitiennes & des Ifles
aux Renards j diftance de ces deux grouppes. Petit
Vocabulaire de la langue des Aleûtiens. SdppMment
général  aux   remarques faites  dans   les  Chapitres DES   CHAPITRES,    xix
précédens fur les Vêtemens } les Mœurs, les Ufages
des Infulaires ; leurs Fêtes y  leurs Cérémonies , &c.
Page 170.
Chapitre. XVI. De la Longitude du Kamtchatka, & de
l'extrémité orientale de /'Afîe, telle qu'elle  eft marquée par les Géographes Ruffes , i8i.
Chap. XVII. Pofition des Ifles AndréanofFsky ; nombre des Ifles Aléiitiennes, 191.
Chap. XVIII. Lifte des Jfles nouvellement découvertes . donnée par un Chef Aleûtien y Catalogue
des Ifles appellees de différens noms dans les Journaux des Navigateurs  Ruffes. 194.
Chap. XIX. ConjecluresMur la proximité des Ifles
aux Renards & du continent d'Amérique y 197.
Lf?fl
a&
Chap. XX. Réfumé des preuves qui annoncent que
Bering & Tschirikoff ont touché fur la côte ^'Amérique, en 1741, ou qu'ils s'en font beaucoup approchés _, I-99»
Chap. XXI. Des Tschutski y les Traditions de ces
Peuplades fur la proximité de leur côte, de celle de
/'Amérique , femblent avoir été confirmées par les
Journaux des derniers Navigateurs y P lénifier envoyé
pour vérifier cette idée y réfultat de fon Voyage . 203.
cij IL if
'*>i H
XX
TABLE
Chapitre XXII. Tentatives des Ruffes pour dé^smki rie
pajfage au Nord- Eft y Noires partis d'Archangel
pour cingler du côté de la Lena -, autres partis de la
Lena pour gagner le Kamtchatka ; Extrait du Voyage
de Defshneff autour de Tfchukotskoi-nofT, tel qu'il
eft raconté par Muller y Voyage de Shalaurojf,
depuis la Lena jufqu'a Shelatskoi-nofL     Page zo6.
Chap.  XXIII.  Liftes des principales Cartes fur lefl
quelles font tracées les découvertes des Ruffes.   230.
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1 -    I 1
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«•1
SECONDE PARTIE
Contenant l'Hiftoire de- la Conquête de la Sibérie ;
& du Commerce qui fe fait entre la Ru/fie ô la
Chine, 237.
Chapitre Premier. Premiere irruption des Ruffes
dans la Sibérie ', féconde irruption y Yermac chaffe
des environs du Volga par le C^ar de Mofcovie , Je
retire à Orel Établiffement Ruffe y il entre dans
la Sibérie avec une armée de Cofaques y fes progrès
& fes exploits y il défait Kutchun - Chan y il fait
la conquête de fes Domaines y // les cède au Crar y
il eft furpris par Kutchun - Chan y fa défaite & fa
mort y reflect pour fa mémoire y les Troupes Ruffes DES   CHAPITRES.
xxl
évacuent la Sibérie -, elles y rentrent & foumettent
tout le pàfs1; leictf progrès*?arrêtés par les Chinois 3
Page 239.
Chapitre 11. Commencement des hoftilités entre les Ruffes
ô les Chinois y difputes fur les limites des deux
Empires y Traité de Nershinsk ; Ambaffadeurs envoyés a Pékin par la Cour de Ruflie •. Traité de
Kiachta ; établiffement du Commerce entre les deux
Nations, 2 $ £.
Chap. III. Defcription des Etabliffemens Ruffes ô
Chinois t fiir les frontières de la Sibérie \ Defcription
de Kiachta, ville frontière appartenante aux Ruffes y
de Zuruchaitu, ville frontière appartenante aux Chinois y fes Bâtimens , fes Pagodes . &c. 268.
Chaf. IV. Commerce entre les Chinoise tes Ruffes^
Etat des principalcsyBxportations & Importations y
Droit de la Douane y Eftimation générale du Commerce fait par les Ruffes , 286
Chap.  V. Defcription de Zuruchaitu j fon Commerce i
tranfport des   marchandifes   dans   l'intérieur de la
Sibérie, 29 g.
Chap. VI. Rhubarbe de la Tartarie , qu'amènent ii
Kiachta les Négocians de la Buchariej manière dont
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xxii T A B L E, &c.
on examine & dont on acheté les racines y différentes efpèces de Rheum qui donnent la plus belle
Rhubarbe y Prix de la Rhubarbe en Ruflie -, Exportation -, fupériorité de la Rhubarbe de Tartarie fur
. celle de /'Inde, Page 303.
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NOUVELLES DÉCOUVERTES «N
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11 NOUVELLES DECOUVERTES
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P^i? Z£\S R US S ES,
L'ASIE   ET   L'AMÉRIQUE.
A i ■■'"-•■-•■ ttÉl R E M I E R. ^^^ffi
Observations préliminaires fur
le Kamtchatka ; découverte & conquête de cette
Péninfule ; fon Etat actuel; fa Population &
fes Productions ; Tributs qu'en tire la Rufïïe.
Les Russes ne découvrirent la Péninfule du Kamtchatka que fur la fin du dernier fiécle. La premiere expé- Découverte
dition, entreprifê vers cette partie du globe, eut lieu en Kamtchatka.
1-696 : feize Cofaques, fous le commandement de Saeme-
floli Morosko, envoyés contre les Koriaques de la riviere
A
Premiere I Hi
SI
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68 1:
Kamtchatka.
2      NOUVE^ES   DÉCOUVERTES
Opooka^ par Volodimir AtlaflofF, GouverneuràAnadirsk,
s'avancèrent jufqu'à quatre jours de chemin de la riviere
du Kamtchatka, & retournèrent à Anadirsk 3 après avoir
rendu tributaire un village Kamtchadale ( a ).
m
L'année â2yante , AtlaflbfFpénétra dans la Péjoihfuîe
à la tête d'un corps plus nombreux ; il prit pofleflion de
la riviere du Kamtchatka en plantant une Croix fur fês
bords, & il conftraifit quelques cabanes à l'endroit où
fe trouve aujourd'hui l'Oftrog ou Fort ( b ) fupérieur de
Kamtchatkoi.
Les Ruffes     Dès ce moment, la Cour de Ruffie continua ces expe-
font la con- Citions. on bâcic l'Oftrog inférieur de Kamtchatkoi : on
quête de cet- '  ■   . ^ . , ,
te Péninfule fie la conquête de la partie méridionale de la Péninfule,
feiKui^Co- on y établit une Colonie : &, en 171 r, la Péninfule toute
lonie. entière étoit foumife au Czar.
Si l'on excepte un léger tribut de fourrures que
payoient les habitans, cet établiflement rapporta , pendant
quelques années, très-peu de chofe à la Couronne. Les
Ruffes y alloient par intervalles faire la chafle du renard j
du loup , de l'hermine , de la zibeline & d'autres animaux, dont les fourrures précieufes forment un commerce
étendu chez les peuples cte l'Orient. Cette branche n'eft
(a) S. R. G. V.   III, pag. 71.
(b) Le mot d'Oftrog ne fignifie pas feulement un Village, mais un
Fort : il y a beaucoup de Forts dans le Kamtchatka , & il v a des
Bourgades fans Forts qu'on appelle auiïï Oifrogs. entre l'Asie et l'Amérique.    3
devenue importante qu'à l'époque où  les Ifles,  fituées
entre ÏÂfie & .Amérique, furent découvertes, dans une *wawtt#
fuite de voyages dont nous publions ici les Journaux en
abrégé. On tire de ces Ifles une fi grande quantité de
belles fourrures, que le commerce du Kamtchatka eft plus
confiderable qu'on ne le croit, & procure à la Métropole
beaucoup de richefTes.
Le KAMTCHATKA eft fitué entre le 5 i.me & 6z.me degrés de latitude nord & le I73.me & i8z.me de longitude,
mefurés de l'ifle- de Fer (a). Il eft borné à l'Orient & au
Sud par la mer du Kamtchatka. à l'Occident par les mers
à'Ocho-tsk & de Penshinsk , & au Nord par le Pays des
Ko r laques.
Il est divisé en quatre Diftrids : celui de Bolcheresk;   Diviflon du
Tigilskaia y Krepoft y Verchney ou l'Oftrog fupérieur de c
Kamtchatkoi ,• & Nishney t-u l'Oftrog inférieur de Kamtchatkoi. Le Gouvernement réfide dans la Chancellerie de   Gouverne-
Bolcheresk , laquelle eft foumife à l'infpe&ion de celle
êtOchotsk. Il n'y a pas plus de 300 hommes de Troupes
Ruffes cantonnées fur cette Péninfule ( b ).
"La population a&uelle eft très-petite-, on y compte Population»
à peine quatre mille amesj elle étoit plus confiderable
(a) L'Auteur Anglois dit l'lfle de Fero; quoiqu'il ySaft, au Nord des
îVefîemes & de l'Irlande, une Ifle de Fero qui appartient au Roi de Da~
tumarck ; il veut fans doute parler de l'ifle de Fer, Tune des Canaries.
(b) Journal de Saint-Péterfbourgj du mois d'Ayril 1777.
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4    Nouvelles découvertes
n j autrefois; mais, en 1768, la petite vérole emporta cinq
Kamtchatka. mj]|e trojs cens foîxante - huit perfonnes '. le dénombrement ne porte qu'à fept cens fix les mâles tributaires de
la Ruffle y & feulement à cent quatorze les Infulaires des
Kouriles fournis à la Czarine.
Tributs. Le tribut annuel eft fixé à deux cens foîxante-&-dix-
neuf zibelines, quatre cens foixante-quatre renards rouges»
cinquante groffes loutres de mer & trente-huit petites.
Toutes les fourrures, exportées du Kamtchatka 3 paient
de plus un droit de dix pour cent. Les Négocians remettent
auffi aux Douanes le dixième âes cargaifons tirées des
Ifles nouvellement découvertes.
Volcans. On voit plufïeurs traces de volcans dans cette Péninfule , & des montagnes y brûlent encore. Le plus gros de
ces volcans eft fitué près de l'Oftrog inférieur. En 1761,
un bruit fbuterrain annonça qu'il étoit en travail , & il
vomit des flammes de différens côtés. Ce feu fut immédiatement fuivi d'un vafte torrent de neige fondue , qui
prit fon écoulement dans la vallée voifîne , & engloutit
deux Kamtchadales qui fe trouvoient à la chaiîe. Les cendres & les matières combuftibles s'étendirent à trois cens
verftes de circonférence. En 1767, il y eut une autre
éruption , mais moins forte : tous les foirs, on obfervoit
des traînées de feu qui jâTilifToient delà montagne: l'éruption qui les accompagna, caufa des pertes confidérables
aux habitans de l'Oftrog inférieur. Depuis ce moment on
n'a point remarqué de flammes ; mais le volcan jette fans Kamtchatka.
entre l'Asie et l'Amérique.     I
ceffe de la fumée ainfi   qu'un  autre , appelle   Tabaci-
shinskian.
Le Pays eft plein de montagnes ; il produit en quel- Prociu&ion.
ques endroits du bouleau, des peupliers, des aunes, des
faules, des broffailles & des fruits fauvages de différentes
efpècesj les choux blancs, les navets, les radis, les betteraves, les carottes, les concombres & les herbages y croif
fent avec beaucoup de facilité. L'agriculture eft trcs-négli-
gée, ce qu'il faut attribuer fur-tout à la nature du fol &
à des gelées blanches très - âpres. On a eflayé la culture
du bled, de l'avoine, de l'orge & du feigle •. mais la quantité ni la qualité de la récolte n'ont jamais répondu aux
avances. Cependant le chanvre a réuffi ces dernières ajç£-'
nées {a).
Un vaisseau de la Couronne fe rend, chaque année,
d'Ochotsk au Kamtchatka , chargé de fêl ,-de provifions de
bled & de marchandifes des Manufactures Ruflès, & il.
rapporte aux mois de Juin & de Juillet des peaux & des
fourrures. f?£»
(c) Journal de Saint-Péterlbourg. I
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6
Nouvelles découvertes
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§.   I I.
Idée générale du Commerce qu'on fait aux
Mes nouvellement découvertes ; équipement des
Navires ; rifques qu'on court, bénéfices, &c.
'epuis le voyage de Bering, fait aux dépens de la
Kamtchatka. Couronne , les découvertes ont été continuées prefque
toujours par des Particuliers, & fur-tout par des Négociais de Yrkutsk, Yakutsk , & des autres endroits de la
Sibérie \ qui forment de petices Compagnies, & équipent
des Navires qu'ils envoient à la découverte des Ifles fituées
entre lAfte & [Amérique , dans l'efpérance d'y trouver
des fourrures.;
Equipement La plupart des Bâtimens deftinés à ces expéditions
des Navires. p0rtent deux mâts •. ils font ordinairement conftruits fans
fer, & , en général, fi mauvais qu'on a peine à concevoir
comment ils peuvent affronter des mers aufli orageufes:
on les appelle en Langue Ruflè Sitiki . ou Navires dont
les bordages font coufus j &, en effet, toutes les parties
font affemblées avec des lanières de cuir. On en confirait
quelques-uns dans la rivière du Kamtchatka, mais le plus
grand nombre eft travaillé au Havre d'Ochotsk. Les plus
gros ont foixante-dix hommes d'équipages, & les moindres quarante, dont une frî&tié eft Ruffe &' l'autre Kamt-
chadale. Comme on donne peu de chofes aux Kamtcha-
dales, on les prend par économie* d'ailleurs ils réfiftent
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B 1 IP J entre l'Asie et l'Amérique.    7
plus aifément aux attaques du fcorbut. Mais les Matelots ■■•■-""        -
Mofcovites font plus entreprenans, &, dans les dangers,
on peut compter davantage fur eux. Ils font ainfi nécefr
faires pour ces voyages.
Les frais de conftruélion & d'équipement font très-
confîdérablesj car Ochotsk ne fournie que le bois, il faut
faire venir ^Yakutsk fur des chevaux, les cordages, la
voilure & les provifîons. La cherté du bled, & des différens
grains qu'on eft obligé de tirer des environs de la Léna3
ne permet pas d'en embarquer autant qu'il en fâudroit
pour ces voyages, qui durent deux ou trois ans. On fe
contente donc de charger les Navires de ce qui eft nécefc
faire pour que les Matelots Ruffes aient toujours du quafs
ou une autre liqueur fermentée.
Le bétail eft rare à Ochotsk &c au Kamtchatka (a).
& ces cantons fourniffent peu de viande i mais l'équipage
fait provifion de quadrupèdes marins ou de poifîons qui
fe prennent & qui fe falent fur l'ifle de Bering, où la
plupart des bâtimens panent l'hiver.
Les frais d'équipement d'un de ces Navires, montent,
pour^'ordinaire, de quinze à vingt mille roubles, & quel-
(a) En 1771,il n'y avoir que cinq cens foixante-dix têtes de bétail
dans toute la Péninfule. Une vache s'y vend de cinquante à foixante
roubles, & un bœuf depuis loixante jufqu'à cent. Le prix moyen d'une
livre de bœuf frais eft de douze copecs & demi. Cette cherté eft d'autant plus grande qu'à; Mofcow la livre de boeufne coûte que trois copecs.
Journal de Saint-Péterlbourg.
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8    Nouvelles découvertes
_ qucfois ils vont à trente. Cette fomme fê divïfeen a&ions.
Kamtchatka.- La mife totale eft de trente à cinquante a&ions , dont
chacune eft de trois cens à cinq cens roubles.
Les risques font très-grands ; car il arrive de fréquens
naufrages dans la mer orageufe & pleine de rochers du
Kamtchatka ; d'ailleurs les équipages font fbuvent furpris
& maffacrés par les Infulaires, qui de plus détriment les
Bénéfices. Navires. En revanche les bénéfices des ces expéditions font
fort corriidaérables, & forment une forte de compenfation ;
car fi un Bâtiment revient, après une expédition heureufev
le profit calculé , fur un taux médiocre, eft de cent pour
cent, & fouvent du double•. & lorfqu'il peut faire un fécond
voyage, cela diminue les frais de mife & par conféquent
les a&ions.
On peut fe former une idée de ces bénéfices, d'après
la vente d'une riche cargaifon de fourrures, amenée au
Kamtchatka y le z Juin 1771, par un Bâtiment qui venoit
des Ifles nouvellement découvertes, & qui appartcnoit à
Ivan Popoff.
La dixième partie des fourrures prélevée à la Douane,"
chacune des cinquante-cinq actions rapporta vingt loutres
de mer, feize renards noirs & bruns, dix renards rouges*
trois queues de loutres : toutes ces portions fe vendirent
fur-le-champ de huit cens à mille roubles i ainfi, la cargaifon
entière valoit environ cinquante mille roubles (a).
(«) Georgi Reife, Tom. I, pag. z} 6-/«V. Journal de St. Péterfbourg.
§. III.
■H entre l'Asie et l'Amérique.    9
«g       -■      ^^^ ■    ^
Fourrures & Peaux qu'on tire du Kamtchatka
& des Ifles nouvellement découvertes.
Les principales fourrures qu'on tire du Kamtchatka
& des Mes nouvellement découvertes, font des loutres de
mer, des renards, des zibelines, des hermines,des loups,
des renards blancs : on les tranfporte à Ochotsk fur mer ;
& de-là on les conduit par terre à Kiachta (a) l fur les
frontières de la Sibérie, où la plus grande partie fe vend
très-cher aux Chinois.
Les robes des loutres de mer font les plus précieufes de
ces fourrures. On trouve un grand nombre de ces animaux
fur les Ifles Aleûtiennes, & fur celles des Rendras : les
Hufïès leur donnent le nom de bobry morsky ou de
caftors de mer, & quelquefois de caftors du Kamtchatka J
à caufe de la reffemblancc de leur fourrure à celle du
caftor ordinaire. C'eft ce qui a induit en erreur pluficurs
Auteurs, qui placent cet animal dans la çlaflè des caftors -,
c'eft véritablement la loutre de mer (b).
Les femelles font appellees Matka, & les petiés qui
n'ont pas cinq mois Medviedki. ce qui fignifie ourfins,
(a) Nous parlerons plus bas de Kiachta. Nous donnerons le plan de
cette Ville.
(b) S. R. G. III, pag. 01
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Loutres
de mer. :   I
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io    Nouvelles découvertes
parce que  leur robe reflèmble à celle des ours. A cinq
mois ils changent de robe, & on les appelle alors Koschloki.
Les fourrures de la plus belle qualité, font d'un poil
épais 5c long, d'une couleur brune & luifante. On prend
les loutres de quatre manières ; on les harponne avec des
darts, au moment où elles dorment couchées fur le dos;
on les fuit en hateau, jufqu'à ce qu'elles foient fatiguées;
on les furprend dans des cavernesj ou on les enlace dans
des pièges.
Les fourrures font de différens prix, fuivant la
qualité.
Au Kamtchatka (a) , les plus belles fe vendent
de    | o à 40 roubles.
Celles d'une qualité moyenne de. .   zo à 30.
Et les plus mauvaifes de    15 à z j.
A Kiachta (^),Ia peau des loutres vieilles ou d'un
moyen âge fe vend aux Chinois de. . .   80 à  100 roubles.
Et celles de la dernière qualité de.   30a    40.
Les Chinois les payant fi cher, on n'en apporte guères
en Ruffle pour les vendre ; plufieurs de celles que les
Douanes envoient à Mofcow , s'y achètent 30 roubles ;
on les renvoie de - là fur les frontières de la Chine 3 &
malgré les frais du voyage, les Négocians gagnent encore
beaucoup.
Différentes      On transporte du Kamtchatka en Sibérie & en
rlnardsd<;   Ruffle > plufieurs efpèces de peaux de renard j les princi-
*—  mi
(a) Journal de Saint-Péterfbourg.
(b) Pallas Reife3 Part. 3' pag. 137. entre l'Asie et l'Amérique,    ii
pales font celles des renards noirs ; des petft ou renards
arctiques, & des renards* roux (a).
Les plus beaux renards noirs fe prennent dans les différentes parties de la Sibérie ,• & plus ordinairement dans
les cantons du Nord, fitués entre la Lena 3 XIndigirka .
ôc la Kovyma [b). La fourrure de ceux qu'on trouve fur
les Ifles les plus orientales, découvertes par les Ruffes,
& auxquels on donne le nom de Lyffle Oftrova } n'eft
pas fi précieufê; ils font très-noirs & très-grands; mais
leur robe a communément là groflièreté de celle du loup.
S'ils font moins beaux que ceux de Sibérie s voici probablement quelle en eft la caufe. Le froid eft moins rigoureux fur ces Mes ; &C, comme il n'y a point de bois, les
renards y vivent dans les trous & les cavernes des rochers,
au lieu que la Sibérie eft couverte de vaftes forêts , qui
leur offrent des repaires. Cependant on prend quelquefois
des renards noirs dans les Ifles les plus proches de l'Amérique y & ces terres n'étant pas abfolument privées de
bois, la fourrure de ceux-ci eft d'une grande valeur. Mais
les Chinois qui paient fi cher les fourrures noires , ne
donnent pas plus de vingt à trente roubles d'un renard
noir des Ifles nouvellement découvertes.
ii
ta) L'Auteur Anglois donne à ces derniers le nom de red and fione
foxes i peut-être entend - il par les fione foxes , des renards gris qui
approchent de la couleur de la pierre. Il appelle arctic foxes les petfî que
nous avons appelles renards du Nord. Il leur donne auffi le nom de
jce foxes, ou renard des pays de glace & renards bleus j mais nous
ignorons fi c'eft le renard bleu dont parlent nos Naturaliftes.
U S. R. G. V. 3. Pallas Reife.
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Ht t». » ii
iz Nouvelles découvertes., SGc.
Les renards arctiques ou des pays de glace, font très-
communs fur quelques-unes des Ifles nouvellement découvertes ; les Ruffes les appellent petfî , ôc les Allemands
renards bleus ( a ). Leur couleur naturelle eft cendrée, ou
d'un gris bleuâtre ; mais ils en changent fuivant fâffe ÔC
à différentes faifons de l'année. En général, ils font gris au
moment de leur naiflance; blancs pendant l'hiver, ôc gris
en été ; ôc comme leur poil tombe peu-à-peu, le printemps
& l'automne ils font marquetés ôc croifés.
A Kl AC HT J (b) _, le prix moyen de ces différentes
variétés vendues aux Chinois eft de 50 copecs ai- roubles.
Au Kamtchatka celui des renards couleur
de pierre, (ftone foxes) de. .    1 à z~.
Celui des renards roux de. . . .   1 rouble à 80 copecs.
A Kiachta de    80 copecs à 9 roubles.
Les peaux de loups ordinaires ..   2,
Celles de la meilleure qualité de.......   8 à 16.
Les plus belles zibelines de ' %\ à 1 q.
Un poude des plus belles dents de cheval
marin (c) fe vend, à Yakutsk,   ..,   ro roubles.
D'une qualité moyenne      8.
De la dernière qualité de      5 à 7.
Quatre, cinq ou fix dents pefent ordinairement un
poude; ôc quelquefois, mais rarement, trois fuffifent pour
en former un. Les dents fe vendent aux Chinois, aux Mongols & aux Calmouques.
(a) Voyei la Synopfis de Pennant.
( b ) Voyage de Pallas,
(c) S. R.  G.   Val. u
Will DÉCOUVERTES
FAITES     - ■   , $|j
PARLES RU S S* ""
ENTRE
LE KAMTCHATKA ET L'AMÉRIQUE.
PREMIERE   PARTIE.
=>
CHAPITRE  PREMIER.
Commencement & progrés des découvertes des
Ruffes dans la Mer du Kamtchatka; divifion
générale des If es nouvellement découvertes (a).
La soif des richeffes fut le principal motif qui excita
les Efpagnols à la découverte de .Amérique. ôc tourna les
vues des autres Puifîànces maritimes vers   le Nouveau»
m
( a) C'eft ici que commence TOuyrage Allemand dont M» Coxe parle
dans fà Préface. i4    Nouvelles xDécouvertes
Monde. La même paffion occafionna, au milieu du fêizième
fiécle, la découverte ôc la conquête de la partie fepten-
trianîde de XAfte , qui jufqu'alors étoit auflï inconnue
pour nous y^ue Thulé t'etoic pour les Anciens. Le fameux
Conquête Yermac (a) y à la tête d'une bande d'Aventuriers moins
de la Sibérie, civilifés, mais moins inhumains que les Compagnons do
Cortez ôc de Pizarre, commencèrent cette conquête. L'ac-
quifition de cette vafte contrée, qu'on appelle aujourd'hui
Sibérie , a donné aux Ruffes un Empire plus étendu que
celui d'aucune autre Nation.
Commence- ^e Czar Pierre , le plus grand Souverain qui ait paru
mentdesnou- fur leTrône de Rufîle, avant l'Impératrice actuelle, con-
vçrtes. ^ çut le premier projet (b)de faire des découvertes dans
cette mer orageufe, fituée entre le Kamtchatka ôc l'Amérique. Les relations de M. Muller ont afîèz inftruit le
Public de la nature ôc du fuccès des expéditions qu'on fit
fur cette partie de l'Océan, fous les Succefïèurs immédiats
du Czar. Dès que Bering (c) ôc Tfçhirikoff eurent ouvert
(<x ) Le Lecteur trouvera THiftoire de la conquête de la Sibérie dans
la féconde partie de cet Ouvrage, Chap. I.
(b) Pour fentir la liaifon de cet alinéa avec la fin du précédent, il
faut remarquer que la conquçte de la Sibérie conduifît les Ruffes juf-
qu'aux bords de l'Océan oriental ou de la mer du Kamtchatka, où l'on
a fait les nouvelles découvertes.
(c) Bering avoit déjà fait, par ordre de la Couronne, plufieurs expéditions dans la mer du Kamtchatka, avant le voyage dont on parle ici.
En 1728 y il parfit de l'embouchure de la nviere du Kamtchatka,
accompagné de Tfçhirikoff. Le but de ce voyage étoit. de déterminer G.
les deux continens de l'Amérique & de VAfie font féparés. Pierre Premier,
peu de temps avant fa mort, avoit écrit de fa propre main les inftru&ions ENTRE lAsIE ET L'AmÉRIQUE. 1^
la route de ces Ifles, qui offrent des fourrures précieufes
en abondance , des Négo'cians entreprirent avec ardeur Progrès des
de femblables voyages; ôc. dans l'efpace de dix ans , de découvertes/
:iimples Particuliers firent, à leurs propres frais, des découvertes plus importantes que n'en avoient fait jufqu'àlors
cous les efforts difpendieux de la Couronne.
Après que l'équipage fut, revenu de l'ifle où ce malheureux. Navigateur fit naufrage ôc mourut, les habitans
du Kamtchatka fe hafarderent à Mviguer jufqu'à cette
terre, où l'on trou voit un grand nombre de loutres ôc
d'autres animaux marins. On rie tarda pas à découvrir
Mednoi Oftroff, ou l'ifle de Cuivre , qui fe voit de l'ifle
Bering, ôc qui eft ainfi appellee à caufe des gros morceaux de cuivre natif qu'on trouve fur la grève.
Ces deux petites Ifles inhabitées furent, pendant quel-
deftinées à ces Navigateurs. Bering longea la côte orientale de la Sibérie,
jufqu'à 67 degrés 18 minutes de latitude , fans découvrir la partie du
Nouveau-Monde qui fe trouve en face.
En 1718, il fit un fécond voyage avec les mêmes vues, mais cette
nouvelle tentative n'eût pas plus de fuccès.
En 1741, Bering & Tfchirikoff commencèrent leur célèbre expédition
vers les côtes d'Amérique , dont on parle fouvent dans le cours de
cet Ouvrage. C'eft cette expédition qui a mis fur la voie de toutes les
découve/tes importantes faites depuis par les Ruffes.
Le vaiffeau de Bering périt dans un naufrage au. mois de Décembre
de la même année, & Tfchirikoff débarqua au Kamtchatka le 9 Octobre 1741.
Voyei la Coll. de Muller & l'Hiftoire d'Amérique de M. Robertfon,
Vol. I ,pag. Z73 St fùiv. de l'original. &f I
1
ï6    Nouvelles découvertes
que-temps, les feules connues dans cette mer. Enfuite les
Chafîeurs Ruffes ayant rendu très-rares les animaux de
terre & de mer, il fallut bien, pour trouver des fourrures , entreprendre d'autres expéditions. Plufieurs des Navires envoyés ainfi à la découverte, forent chaflés au Sud-
Eft par la tempête, ôc ils rencontrèrent les Ifles Aleiltien-
nes. qui giflent aux environs du 19 j .d ( a ) de longitude
& qui font médiocrement peuplées.
Depuis 1745, époque où il paroît qu'on defccndit fiir
ces Ifles pour la premiere fois, jufqu'à 1750 , année où l'on
en tira le premier tribut de fourrures, le Gouvernement ne
fêmble pas avoir été complètement informé de leurs découvertes. En 1750 , Lébedeff étoit Gouverneur du Kamtchatka. &, de 1755 à 1760, le Capitaine Tsheredoff ôç
le Lieutenant Kashkareff, furent les Succefleurs. En 1760,
JFbédor Ivanovitch Soimonoff, Commandant de Tobolsk ,
tourna fes vues du côté des Ifles dont on vient de parler,
& la même année le Capitaine Rtfîftsheff, qui cornman-
doit à Ochotsk , donna des inftru&ions au Lieutenant
ShmalefF, le même qui fut enfuite Gouverneur du Kamtchatka , pour diriger & encourager toutes les expéditions
qu'on voudroit faire   dans ces mers, Jufqu'ici toutes les
-:lii!ili:
(a) L'Auteur Allemand que fuit ici M. Coxe, compte la longitude du
méridien de ïljle de Fer. La longitude & la latitude qu'il donne aux
Ifles des Renards, correfpondent exactement avec la pofition qu'elles
ont dans les Cartes générales de la Ruffle. La longitude de l'ifle" de
Bering, de l'ifle de Cuivre, & des Ifles Aleiitiennes, en different un
pe.u. Nous reviendrons plus bas fur cette différence.
découvertes ENTRE lAsIE ET L'AMÉRIQUE. \J
découvertes poftérieures au voyage de Bering s'étoient
faites fans l'intervention de la Cour ,_fur de petits Navires équipés aux frais des Négocians particuliers.
L'Impératrice actuelle, zélée pour tout ce qui peut     L'impéra-
donner de l'agrandiffement à l'Empire de Ruffie, a rani- favcorjfe \on.
mé le goût des découvertes; elle a encouragé par des ré- tescesexpé-
°r    .     _T/ . j ditions.
compenfes les Négocians qui entreprennent des voyages
'dans ces mers. Elle a ordonné, à fes frais, une expédition
difpendieufe (a), pour déterminer la véritablepofition des
différentes ifles, ôc les reffources qu'elles offrent au commerce.
En attendant que le Journal ôt les relèvement de ce
voyage foient publiés, avec tous leurs détails, on peut affu-
rer que plufieurs Géographes modernes avancent ïAmérique trop à l'Orient, ainfi que nous le dirons dans la
fuite, ôc que la Sibérie ne s'étend pas à l'Eft aufîî loin que
le marquent les Cartes Ruffes. Les defcriptions ôc même
les conjectures du célèbre MullBf, fe confirment de jour
en jour par les faits. De plus , on a reconnu dernièrement (b) la jufteffede fa fuppofition touchant la forme
de la côte de la mer d'Ochotsk. Quant à l'étendue de la
         -   —'       -■■■    — ■ —- - -
( a ) L'expédition fecrete du Capitaine Krenitzin & de Levasheff, dont
le Journal & les Cartes ont été envoyés au Docteur Robertfon, par i'Ih|s
pératrice ; ( Voye\ l'Hiftoire d'Amérique. ) C'eft d'après ce Journal que
nous avons compofç le Chap. XIII.
{b) M. Muller, en publiant fa Collection, conjecture que la côte de
la mer à'Ochotsk s'étend au Sud-Eft vers là riviere aUd} & de-là au
Sud-Eft jufqu'à l'embouchure du fleuve Amour; le voyage du Capitaine
Synd a prouvé depuis qu'il ne fe trompoit pas. si!
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18    Nouvelles découvertes
Sibéfte , il paroît inconteftable, d'après les obfervations les
plus récentes, que fon extrémité orientale s'étend par delà (a) le ioo.me degré dé longitude;&, pou. ce qui regarde les côtes occidentales de XAmérique, tous les voyages faits aux Ifles nouvellement découvertes prouvent, d'une
manière évidente, que le continent n'a pas, entre les 50
ôc les 60 degrés de latitude, de pointe plus proche de
l'Afte, que la côte où touchèrent Bering ôc Tfchirikofï ( b ),
par les 236 degrés de longitude.
La Carte, qui fe trouve dans le Calendrier Géographique de Pétersbourg 1774 , donne une pofition très-
fautive aux Ifles nouvellement découvertes ; l'ancienne
Carte des nouvelles découvertes, publiée par l'Académie Impériale, ÔC qui femble avoir été faite fur cL fijfi-
ples oui - dires , ne mérite pas plus d'attention. Nous reviendrons ailleurs ( c ) fur l'exactitude ou les défaut?
des Cartes qu'on a gravées touchant la partie du globe
qui fe trouve entre Y Amérique ôc ïAfte.
Pofition des -  Les derniers Navigateurs donnent, aux grouppes
Ifles nouvel- ,-f Ifles qu'on y voit, une pofition bien différente de celle
ment decou- ^ / . .
qu'on leur aflignoit. Suivant eux , l'ifle de Bering gît
directement à l'Eft de Kamtchatkoi Nofs> par le 185,me
degré de longitude. L'ifle de Cuivre eft tout proche ; ôc
vertes.
( a) Voyei le Chap. XV de cet Ouvrage.
(b) Voyei le Chap. XVI.
(c) Dans le Chap. XVII.
m
m entre l'Asie et l'Amérique,   ig
à quelque diftance de-là, à l'Eft Sud -Eft , il y a trois
petites Ifles nommées par les habitans Attak, S emit shy
ôc Shemiya : ce font proprement les Ifles Aleudennes.
Elles s'étendent de l'Oueft Nord-Oueft du côté de l'Eft
Sud-Eft, dans la même direction que les Ifles de Bering
ôc de Cuivre, par le i $ 5 ,me degré de longitude, ôc le
54.me de latitude.
Dans le Nord & à la diftance de 6 à 8 cens verftesi
on rencontre un autre grouppe de fix Ifles ou davantage,
connues fous le nom d'Andreanoffsky Oftrova.
Au Sud-Est ou à l'Eft-Sud de celles-ci, à la diftance
d'environ 15 degrés ôc au Nord quart Nord-£ft des Ifles
Aleudennes , commence la chaîne de Lyffie Oftrova ou
des Ifles des Renards : cette chaîne d'Ifles ôc de rochers
s'étend à l'Eft Nord-Eft, entre les 56 ôc les 61 degrés de
latitude Nord, depuis le zi i.me degré de longitude, fuivant
toute apparence, jufqu'au continent d'Amérique, ôc dans
une ligne de direction qui fe croife avec celle de#ïfles
Aleudennes. Umnak, Aghunalashka, ou comme on dit
ordinairement pour abréger , Unalashka , Kadyak ôc
Alagshak (ont les plus grandes & les plus remarquables.
La distance ôc la pofition de ces Ifles, ainfi que des
Aleudennes9 font affez bien déterminées par l'eftime des
vaiffeaux ôc les latitudes qu'ont pris les Pilotes. La pofition
du grouppe d3Andreanoffsky eft à-peu-près sûre maintenant ; elles giflent entre les Aleudennes ôc les Ifles aux
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20    Nouvelles découvertes
Renards, ôc complètent la chaîne entre le Kamtchatka
ôc ïAmérique (a).
Aucun des navires n'a touché au continent di Amérique dans les dernières expéditions ; mais il eft probable
que les Navigateurs Ruffes, qui courent les Ifles fituées
entre lAJie & le Nouveau Monde, ne tarderont pas à y
aborder (b). Au Nord des Ifles qu'on connoît jufqu'à prefent, c'eft-à-dire, aux environs du 70.me degré de latitude,
il eft poflUble que le continent d'Amérique fe rapproche
davantage de la côte des Tschutski ; il forme peut être un
large Promontoire environné d'Ifles, qui n'ont aucune liai-
fon avec les grouppes qu'on voit fur la Carte générale
placée à la tête de cet Ouvrage. Il parole, du moins d'après
le rapport des Navigateurs les plus récens, qu'il y a réellement un ^Promontoire qui s'approche de très- près de
Tschukotskoi nofs ( c ),. mais cette prolongation de ï Amérique, que le Géographe de Lifle étend à l'Oueft, préci-
fément en face du Kamtchatka î entre les <o & 60 degrés
delagjude, eft abfolument faufïè; car plufieurs des Navigateurs , dont je vais parler dans cette collection, ont fait
route fur les parages^pù l'on plaçoit ce continent ima?
ginaire.
(a) Voyeile Chap, XIX.
(b ) Voyei le Chap. XVIII. M. Sthaeîin, dans fon petit Ouvrage fur l'es
Ifles nouvellement découvertes par les.Ruffes, donne à ces Ifles d'An,
dreanoffsky le nom d'Anadirsky , parce qu'il ks fuppofok voifines
de la riviere d"Anadyr.
(c ) Voyei le Chap. XX de cet Ouvrage. entre l'Asie et l'Amérique,    21
Il est probable que les Aleudennes, ôc quelques-unes
des Ifles aux Renards, font les mêmes Terres rencontrées
par Bering à fon retour; mais fa route fut fi orageufe qu'on
n'a pas pu déterminer leur véritable giffement dans la Carte
de fon expédition ( a ).
La mer du Kamtchatka eft aujourd'hui fi fréquentée ;
que ces incertitudes fe difïïperont bientôt ; mais je defire
qu'on fafle des expéditions au Nord-Eft, afin qu'on découvre les côtes & Amérique les plus proches de l'Afte ;
il ne faut pas attendre de découverte heureufe fi l'on
fuit une autre direction: en effet, tous les navires qui cinglent plus au Sud, trouvent une mer ouverte , fans au-,
cun figue de terre.
On a lieu d'efpérer du célèbre M. Muller (b) , une
defcription très-complète ôc très -détaillée de toutes les
découvertes faites jufqu'ici y dans là partie de l'Océan qui
eft à l'Eft de VAfte. En attendant j'efpere que cet Abrégé ,
rédigé fur les Journaux des Navigateurs ôc fur des pièces
originales, fera bien reçu du Publiera: qu'il engagera les
(a) Cependant l'erreur eft peu confiderableï car fî les côtes & les
Ifles les plus orientales qui fe trouvent dans la Carte de Bering, tels
que le Cap Hermogenes, Toomanoi, l'ifle de Shumagain & la montagne
àeSaint-Dolmat étoient placées fur la. Carte générale de Rufjie, qui effr
à la tête de cet Ouvrages elles coincideroient avec la. chaîne des Ifles
des Renards,
(b) M. Muller a déjà mis en ordre & envoyé à l'Amirauté de Pétersbourg plufieurs des Journaux, avec les Cartes des derniers voyages?
il y a lieu de croire qu'il enrichira. l'Europe de fon travail. M
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22    Nouvelles découvertes
Ruffes à imprimer ce que j'aurai oublié. L'Ouvrage qu'on
va lire eft plus authentique , plus vrai & plus étendu,
que celui de M. Sthaelin ( a ) qu'on a imprimé dans le
Calendrier de Pétersbourg, dont je relève ici plufieurs
erreurs,
(i) Le petit Ouvrage.de M. Sthaelin , Confeiller d'Etat de l'Impératrice de RuJJîe, a été publié en Allemand & traduit en Anglois; il contient à peine 40 pages \ & il ne donne aucun extrait des Journaux & de
la route des Navigateurs ; il dit quelques mots très-vagues fur les Ifles
nouvellement découvertes; la Carte qui le précède eft d'ailleurs fautive,
& le Pub' c ne le comparera jamais avec l'Ouvrage que nous publions
ici. M. jx.iaelin ayant envoyé fon Ouvrage-au Do6teurMaty> on en a parlé
dans les Tranfaétions Philofophiques de 1774, fous le titre de Nouvelle
Carte & Defcription préliminaire du nouvel Archipel découvert il y a peu.
d'années, par les Rujjïs, au Nord-Efi du Kamtchatka.
IW entre l'Asie et l'Amérique    23
CHAPITRE   IL
Voyj G es faits en 1745 > premieres découvertes
des If es Aleuciennes, par Michel Nevodtfkoff.
Emilian Bassof fît un voyage en 1745 ; mais il mérite à peine qu'on en parle ; car il ne vit que rifle de
Bering ôc deux autres plus petites fituées au Sud de celle-
ci j il fut de retour le 3 1 Juillet 1746".
Le premier voyage digne d'attention fut entrepris en   voyage de
1745. J-e navu'e appelle  YEudoxie, ôc équipé aux frais      j°7l!°
d'Aphanaffei Tfèbaefskoi, Jacob Tfiuproff ôc d'autres Affo-
ciés, fit voile de la riviere du Kamtchatka, le 19 feptem-
i>re , fous le commandement de Michel Nevodtfikoff,
natif de Tobolsk. Il découvrit  trois Ifles nouvelles, fur   Découver-
fune defquelles il pafïà l'hiver à la chaffe des loutres de te ^e.s  Ifles
.        ., . 1 • ' r^    -m      >    •        Aleiitiennes.
mer, dont il y avoit une grande quantité. Ces Ifles etoient
fans doute les plus proches des Aleudennes {a): un Interprête que le Commandant avoit pris au Kamtchatka ,
ne comprit pas la langue des habitans: afin d'entendre
(a ) Les véritables Aleiitiennes font le petit grouppe d'Ifles qui gif-
fent au Sud-Eft de celles de Bering ; on les appelle quelquefois les
Aleiitiennes les plus voifines , en donnanç le nom d'Aleiitiennes les plus
éloignées aux Ifles des Renards. 1 » si. •!
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24    Nouvelles découvertes
cette langue, il emmena avec lui un des Infulaires ; ôc il
le préfenta à la Chancellerie de Bolcheretsk, avec une
relation faufîe de fes découvertes ôc de fon expédition.
Cet Infulaire fut interrogé dès qu'il fut un peuleRufle,
ôc il dit qu'il s appelloit Temnac , que fon Ifle porte le
nom dAitk qu'à quelque diftance de celle-ci il y en a
une autre plus confiderable, appellee Sabya , dont les
Naturels portent le nom de Kogii. D'après le rapport de
l'Indien , les Ruffes crurent apprendre que cette dernière
peuplade fait des Croix, qu'elle a des livres ôç des armes-
à- feu, ôc qu'elle navigue fur des baidars ou des canops
affemblés avec des bandes de cuir. L'Indien ajouta qu'à
peu de diftance de l'ifle où Nevodtfikoff hiverna, il y en
a deux autres bien peuplées ; la premiere giflant à l'Eft
Sud-Eft &c au Sud-Eft quart-Sud, ôc la féconde à l'Eft ôc
à l'Eft quart-Sud-Eft. Il fut baptifé fous le nom de Paul
&: envoyé à Ochotsk.
Nevodtsikoef ayant perdu plufieurs de Ces gens, ôc
les Rufïès de l'équipage dépofaht qu'on avoir maltraité
les Infulaires, on inftruifit le procès du Cpmmandant
ôc de ceux qui étoiçnt fur fon bord , ôc voici ce qu'où
découvrit,
livénemens -   Après fix jours de navigation, ils apperçurent une
voy gCf   Ifle, le i4 Septembre à midi ; ils la côtoyèrent, ôc , fur
le foir, ils en découvrirent une féconde, où ils mouillèrent
jufqu'au lendemain.
Le z8, plufieurs habitans parurent fur Ja côte, ôc le
Pilote entre lAsie et l'Amérique,    içh
Pilote defceadit avec la chaloupe dans l'mEenrion de débarquer; mais, comme le nombre des Infebô.res s'accrut
jufqu'à plus de cent, il craignit de fe hafarder parmi eux,
malgré les invitations qu'il reçut : il fe contenta de leur
jeter quelques préfens ; on hà jeta en retour un oifea»
de mer de l'efpèce des cormorans. Il effaya, par Tcntre-
mife des Interprètes, de lier une converfation, mais ii ne
fut pas poffible de fê faire entendre. Le Capitaine voulut
remettre en mer , & le vent contraire le porta fur l'autre
côté dé l'ifle où il y mouilla.
Le z6, Tfiuproff ayant débarqué avec quelques per-
fonnes de l'équipage , afin de chercher une aiguade,
rencontra plufieurs habitans, il leur donna  du tabac &
des pipes de la Chine , & il reçut en préfent un bâton,
fur lequel  on avoit fculpté un veau marin. Les Indiens
avoient grande envie de fon fufil ; & comme il ne voulut pas le leur accorder, ils coururent après lui au moment
où il Ce   rembarquait,  & il faifîrent le cordage de la
chaloupe  attachée fur  la cote. Cette attaque   l'obligea
de faire feu : ayant bleffé un Indien les autres renoncèrent à leur  entreprife , &  il arriva fain   &   fauf à
bord du navire. Dès que les Sauvages virent un de leurs
camarades bleffé, ils le déshabillèrent ainfî qu'eux-mêmes,
ôc ils le portèrent nud dans la mer, où ils le lavèrent.
Après cette hoftilité , l'équipage n'ofant pas hiverner à
cet endroit, l'Eudoxie fe rendit à l'autre Ifle, où on jeta
l'ancre.
Dès le lendemain, Tfiuproff Ôc Shaffirin débarquèrent
à la tête d'un détachement aflfez confiderable ; ils obfèr-
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26    Nouvelles   découvertes
verent que l'ifle étoit habitée; mais, comme ils ne rencontrèrent aucun Infulaire, ils retournèrent à bord ôc
longèrent la côte. Le jour fuivant, le Cofaque Shekurdin
defcendit à terre , accompagné de cinq Matelots ; il en
renvoya deux avec les futailles pleines ; ôc il refta, ainfi que
les trois autres, pour chaffer des loutres marines ; le foir,
il fe trouva au milieu d'une bourgade qu'habitoient cinq
familles ; à fon approche, les Naturels s'enfuirent précipitamment , ôc allèrent fe cacher au fond des rochers.
Shekurdin fut à peine de retour à bord , qu'on le chargea d'aller une féconde fois à terre avec plus de monde ,
afin de découvrir un mouillage où l'on pût retirer le
navire pendant l'hiver. Chemin faifant, il apperçut quinze
Infulaires fur une colline ; ôc il leur jeta quelques morceaux de poiffon fee pour les engager à s'approcher de
lui; comme cet expédient ne réuffiffoit pas, Tfiuproff,
qui étoit du détachement, ordonna à un de fes gens de
monter fur la h?uteur, ôc de faifîr un des Indiens, dont
il fe propofoit d'apprendre la langue : cet ordre fut exécuté,
malgré la réfiftance des Infulaires qui fe défendirent avec
leurs piques armées d'os ; les Ruffes emmenèrent leur
prifonnier au vaifleau. Une tempête violente les jeta bientôt en mer; obligés du z au 9 Octobre de s'abandonner
au gré des vents, ils perdirent leur ancre ôc leur chac
loupe ; mais il revinrent enfin à la même Ifle, où ils
payèrent l'hiver.
En débarquant , ils trouvèrent dans une hutte voifine
le cadavre de deux Indiens, qui, fuivant toute apparence,
avoient été tués dans la dernière action ; ôc ils rencon- entre l'Asie et l'Amérique.    27
trerent une vieille femme qu'ils avoient d'abord faite pri-
lonniere, mais qu'ils avoient remife en liberté. Elle étoit
accompagnée de 34 Infulaires des deux fexes , qui tous
s'avançoient au fon du tambour ; ils firent un préfent de
différentes terres colorées à Tfiuproff, qui leur donna, de
fon côté, des morceaux d'étoffe, des dés à coudre, des
aiguilles : l'entrevue fut amicale. Avant la fin d'Odobre,
les mêmes Indiens, toujours accompagnés de la vieille
femme ôc de plufieurs enfàns, revinrent en danfant comme
la premiere fois, ôc apportèrent des oifeaux, du poiffon
& d'autres provifions. Après avoir paffé la nuit au milieu
des Ruffes, ils s'en retournèrent. Tfiuproff, Shaffyrin ôc
Névodtfikoff les ayant fuivi à la tête de fept hommes,
les trouvèrent dans des rochers : cette féconde entrevue
fut encore pacifique ; les Infulaires échangèrent un baidar,
ou canot ÔC des peaux contre deux chemifes ; on remarqua
qu'ils avoient des haches de pierre ôc des aiguilles d'os ;
on leur vit manger des loutres, des veaux ôc des lions
marins, qu'ils tuent à coups de maffue ôc de piques.
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Depuis le 2.4 Octobre Tfiuproff avoit chargé dix
hommes, fous Laryon Bélayeff, d'aller reconnoitre le pays.
Ce détachement maltraita les Infulaires qui fe défendirent,
comme ils purent, avec leurs lances; cette réfiftance fournit
aux Ruffes un prétexte de tirer deffus. Ils finirent par tuer
toute la troupe, eompofee de 15 hommes, afin de jouir
de leurs femmes.
Cette atrocité révolta Shekurdin, qui retourna au
yaiffeau fans  être apperçu , ôc  dit au Commandant ce
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28    Nouvelles découvertes
qui venoit de fe pafîèr. Tfiuproff, au lieu de punir les
coupables, leat fut bon' gt>é en fecret; car il étoit trmœ
contre les fjhfulafljes -qui lui avoient refuie un verrou de
fer qu'il vit entre leurs mains. Depuis ce refus, il commit plufieurs actes dthofiàiité ; ôc même il forma l'abo-
Màiable projet de les empoifonner avec du fublimé cor-
rofîf. Cependant, pour montrer de la j&ftice en apparence,
il ordonna à Shekurdin ôc à NévoddÉkofF, d'aller faire
des reproches à Bélayeff : il leur envoya par la même
occafîon de-la poudre ÔC des balles; c'eft-à-dire, qu'il
leur donna des moyens de recommencer de pareils
attentats.
Les Russes prirent fur cette Ifle une grande quantité
de loutres de mer , & ils y relièrent jufqu'au 14 Septembre 1746; ne s'y croyant plus en sûreté , ils appareillèrent
dans l'intention dé chercher quelque terre inhabitée. Une
tempête violente les ballota jufqu'au 30 Octobre , que
leur navire toucha & périt fur une côte de roches; ils
perdirent la plus grande partie de leurs fourrures , ôc
prefque tout ce qulls avoient à bord. Accablés de fatigue
ôc de froid, ils pénétrèrent dans l'intérieur du pays, qui
eft inégal & rempli de rochers. Des Indiens, qu'ils trouvèrent dans des huttes, leur apprirent que l'ifle s'appelle
Karaga : les habflfens, qui font tributaires de la Ruffle
ôc de la race des Koriâques, les traitèrent amicalement y
jufqu'au moment où Bélayeff eut l'imprudence de faire
des propofitions à la femme du Chef. L'Indienne courut
en avertir fon mari; & toute la peuplade enflammée de
colère, menaçâmes Ruffes de les exterminer ju%u'au der-
II!; 1 entre l'Asie et l'Amérique.     2^
niex; cependant la ptaix fe sésskiit, ôc tout Ce paua tranquillement de part ôc d'autre.
Le 30 Mai 1747, un détachemeat d'Oloturiens, divifé
fur trois canots, defoendit dans l'ifle & attaqua les habitans •: ils fe rembarquèrent après avoir maffaeré plufieuFs
Infulaires» ôc per-dfu quelques-uns des leurs. Ils ne tardèrent pas à reyenir avec des forces plus eonfïdérables;
mais ils furent repouffés de nouveau ; comme ils mena-
çoient de reparoître dans peu pour la troifième fois, & de
tuer tous ceux qui payoient tribut à la Czarine, les Naturels
confeillerent aux Ruffes de s'en aller , Ôc les aidèrent
à conftruire deux petits bâtimens. Tfiuproff ôc fon monde
mit donc en mer le 2.7 Juin , & débarqua le 2.1 Juillet
au Kamtchatka , avec le refte de fa cargaifon, compofée
feulement de 310 loutres de mer, dont il remit la
dixième partie à la Douane , pour les droits du Souverain.
Cette expédition coûta iz hommes.
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30 Nouvelles découvertes
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CHAPITRE   III.
Voyages faits, de iy4y à iy$3 > dans les
parages de l3Ife de Bering, de celle de Cuivre \
& des If es Aleiitiennes? Remarques fur les
Habitans-
E n 1747 -, deux navires firent voile de la riviere du
Kamtchatka, munis d'une permiffion de la Chancellerie
de Bolcheresk pour aller à la chaffe des loutres de mer ;
l'un, qui fut équipé au frais d'André Wfevidoff, portoit
46 hommes , & de plus huit Cofaques; l'autre apparte-
noit à Féodor Cholodiloff, André Tolftyk ôc Compagnie ,
ôc avoit un équipage de 41 Ruffes ou Kamtchadales ôc
de fix Cofaques.
Ce dernier bâtiment appareilla le 2,0 Octobre , ôc
fut obligé, par la tempête & d'autres contre-temps, d'hiverner dans l'ifle de Bering ; il en partit le 3 1 Mai 1748,
ôc toucha à une autre petite Terre, afin de faire de l'eau ôc
de prendre des munitions ; il gouverna enfuite Sud-Eft
fur un efpace affez confiderable , fans découvrir de nouvelles Ifles; ôc , comme-il manquoit de vivres, il fut de j
retour dans la riviere du Kamtchatka le 14 Août, avec
une charge de Z50 vieilles loutres, plus de 100 jeunes,
14$ renards bleus: tous ces animaux furent tués fur l'ifle
de Bering.
I!
IllHi entre l'Asie et l'Amérique. 31
Nous n'avons qu'une connoifïànce imparfaite du
voyage de Wfevidoft : on fait feulement qu'il fut de j
retour le 23 Juillet 1749 ; après avoir touché, fuivant
toute apparence , fur l'une des Ifles Aleudennes , les plus
proches, qui étoit inhabitée ; il rapporta 1040 loutres
de mer ôc 2000 renards bleus.
Ëmilien Yugoff , Négociant d'Yakutsk , obtint du v°yage
Sénat de Pétersbourg la permiffion d'équiper quatre navi- yugoff.
res pour fon compte, ôc celui de fes Affociés. Il fe procura en même temps le privilège exclufif de la chaffe des
loutres fur les Ifles de Bering ôc de Cuivre, pendant
ces expéditions. Pour jouir de ce monopole, il s'étoit engagé de remettre à la Douane le dixième de toutes les
fourrures.
Le 6 Octobre 1750 , il appareilla de Bolcheresk fur le
Sloupe Jean, monté par 2, 5 Ruffes ou Kamtchadales ôc
deux Cofaques : une tempête jeta bientôt le navire à la
côte entre les embouchures des rivieres de Kronotsk ôc
de Tfchafminsk.
Il remit à la voile au mois d'Octobre 1751. On lui
avoit ordonné de prendre à bord quelques Officiers de
là Marine Rufïe; ôc, comme il ne le fit pas, la Chancellerie d'Yrkutsk expédia une Lettre qui confifquoit le
navire ôc la cargaifon , lorfque Yugoff feroit de retour.
Le navire arriva, le 13 de Juillet, au nouveau Fort du
Kamtchatka, avec785 vieilles loutres de mer, 35 jeunes,
447 ourfins de mer ôc 7044 renards arctiques, parmi
■ma III!
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Voyage du
navire le
Boris & le
Clebb.
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32     Nouvelles découvertes
lefquels il y en avoit 2000 de bleus & [765 de noirs ;
tijus ces animaux furent pris fur l'ifle de Bering & fui
celle de Cuivre. Yugoff mourut fur cette dernière Terre;
d'après les Lettres dont je viens de parler, on mit le
fêellé fur la cargpàfo-n ; l'Impératrice ayant reconnu enfuite
que des Actionnaires avoient confié de l'argent à Yugoff,
pour équiper un fécond navire, rendit la cargaifon con-
fifquée, en prélevant les droits de la Douane.
Cette espèce de Compagnie , fi on peut l'appellet
ainfi, étant difibute , par la mauvaife adminiftration du
Chef ôc le manque de fonds, on accorda à d'autres Négocians, même avant le retour du bâtiment d'Yugoff, le
privilège d'équiper des navires ; cedx-ci farent plus heureux, ôc firent de nouvelles découvertes.
NikiphorTrapesnikoff, Négociant d'Yrktttsk, obtint
la permiffion d'expédier un navire appelle le Boris ôc le
Glebb , à condition de remettre à la Douane le dixième
de toutes les fourrures, outre les tributs que l'équipage
pourroit obtenir des Naturels. Le Cofaque Sila Shaffyrin
s'embarqua fur ce bâtiment afin de recueillir les tributs.
L'équipage appareilla, au mois d'Août 1749, de la riviere
du Kamtchatka y ôc il y rentra le 16 du même mois 1753,
avec une cargaifon confiderable de fourrures. Il avoit relâché au printemps de cette dernière année fur une Ifle
inconnue , probablement l'une des Aleiitiennes , où ^
vint à bout de faire payer aux habitans un tribut de
loutres marines : les Infulaires qui fê Conftituerent Tributaires , s'appelloient Jgya, Oeknu , Ogogoektack, Shabu-
Jçiaucfc, Voyage
d'André
entré lAsie et l'Amérique,   33
kiauck, Alak, Tutun , Ononushan , Rotogei, Tfchinitu ,
Vatfch , Ashagat , Avyjanishaga , Unashayupu , Lak ,
Yanshugalik, Umgalikan, Shati, Kyipago & Oloshkot ( a ).
Un autre Aleiitien, dont on ne dit pas le nom , eut aufîî
la bonté de payer une contribution de trois loutres de
mer. Le Boris ôc le Glebb rapportèrent 32,0 loutres marines de la premiere qualité , 480 de la féconde , ôc
400 delà troifième, 500 d'un moyen-âge ou femelles,
& zio Mewedki ou jeunes.
André Tolstyk , Négociant de Selenginsk, ayant
obtenu une permiffion de la Chancellerie de Bolcheretsk, Tolftyk ;
équipa une féconde fois le navire qui avoit fait le pre-   . s   Aleu~
Sj   r ^ r       tiennes, en
mier voyage. Il appareilla  du Kamtchatka, le 19 Août 174?*
1749, ôc il fut de retour le 3 Juillet 1751.
D'après le rapport du Commandant, le navire refta
mouillé, depuis le 6 Septembre 1749 , jufqu'au zo Mai
1750 , devant l'ifle de Bering, ôc l'équipage prit feulement 47 loutres de mer ; Tolftyk fe rendit enfuite à
celles des Ifles Aleiitiennes qui avoient été découvertes par
Névodfikoff(^), où l'on tua \66z loutres marines vieilles
ôc d'un moyen-âge , ôc 119 de jeunes. Le refte de la
cargaifon étoit compofée de 72,0 renards bleus ôc 840
ourfins de mer.
( a ) L'Auteur Allemand, d'après lequel on a rédigé ce Chapitre, remarque, dans une note, que ces noms des Infulaires, ainfi que d'autres
dont parlent les différens Voyageurs, ont une reflemblance parfaite .
dans le fon & la terminaifon,'avec ceux des Groënlandois.
{ b ) Voyei le Chapitre précédent. [M
34    Nouvelles découvertes
Suivant la defcription que fit Tolftyk , les habitans
de ces Ifles ne paroiffoient. pas avoir payé jufqu'alors de
tribut; leur race femble approcher de celle desTfchuktsky;
leurs femmes portent différentes figures imprimées fur la
peau, comme les Tfchuktski ôc les Tongufes de la Sibérie ;
ils en different cependant, en ce qu'ils ont la lèvre inférieure percée de deux trous, dans chacun defquelîes ils
mettent un morceau de dent de cheval marin , travaillé
comme la dent d'un homme , avec un petit bouton en
dedans de la bouche, pour la tenir en place. Ils tuèrent,
fans y être provoqués, deux Kamtchadales de l'équipage.
Quelques habitans d'une troifième Ifle, payèrent auflî
des tributs; ils s'appelloient Anitin , Altakukor, Aleshkut
ôc Atschelap : toutes les armes de l'ifle confiftoient en
iz piques armées de pierre épointée^, ôc d'un dart d'os
épointé de la même manière. Les Rufles virent, parmi les
Naturels, deux figures de bois fculptées, refïemblantà des
lions marins.
lf#'S
Voyage de      Le 3 Août 1750 , le navire le Siméon ôc le Jean ;
Vorobien,en .
17/0.      équipé par Wdévidoff, dont on a déjà parlé, Agent de
Ribenskoy , Négociant Ruffe , ôc monté par 14 Ruffes,
Marchands ou Chaffeurs , ôc par 30 Kamtchadales, alla
à la découverte de quelques Ifles nouvelles, fous le commandement du Cofâque Vorobieff. Le bâtiment fut jeté,
par le courant ôc la tempête, fur une petite Terre défêrte,
dont la pofition n'eft pas déterminée; c'eft probablement
une de celles qui giflent près de l'ifle de Bering. Le
navire fe trouva fi délabré alors qu'il ne put plus tenir entre l'Asie et l'Amérique.    3^
la mer : Vorobieff en conftruifit un autre avec des bois
flottans, auquel il donna le nom de Jérémie y il arriva
au Kamtchatka dans l'automne de 1752-
On prit, fur cette Ifle déferte, 700 vieilles loutres ÔC
\xo jeunes, 1900 renards bleus, 5700 ours de mer noirs,
& 131 o Kotiki, ou petits ourfins de mer.
Un navire parti d'Anadirsk fît, dans le même temps ]
un voyage qui mérite d'être cité.
Le Z4 Août 1749 , Siméon Novikoff, d'Yrkutsk , & Voyage de
IvahBacchoff, d'Uftyug, Agents de Ivan Shilkin,fe ren- £ov£crfhog
dirent dAnadirsk dans la riviere du Kamtchatka : la route
par terre leur parut fi dangereufê, qu'ils fe décidèrent
à aller par mer dAnadirsk au Kamtchatka ; ils employèrent deux ans ôc cinq mois à conftruire un navire
à 130 verftes au-deffus d'Anadirsk.
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Voici la Relation du voyage. En 1748, ils dépendirent
la riviere dAnadirsk, en traverfant deux bayes appellees
Kopéikina ôc Onémenskaya. Ils trouvèrent plufieurs bancs
de fable qu'ils parlèrent fans peine en les tournant. Ils
gouvernèrent enfuite dans le golfe extérieur, ôc attendirent-
un vent favorable: ils apperçurent plufieurs Tfchutski ,
qui s'avançoient fur les hauteurs , feuls ou en petites
troupes, comme pour reconnoitre ; ce qui rendit les Ruffes
défiants. Le navire defcendit la riviere ôc traverfa en neuf
jours les baies qu'elle contient; en dépaflant la large ouverture de la baie extérieure, le Commandant gouverna entre
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Relacion du
Voyage.
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36    Nouvelles   découvertes
la grève qui gît à gauche ÔC un rocher qui en eft proche;
à environ izo verges du rocher , la profondeur de l'eau
étoit de trois à quatre braffes ; de cette ouverture il porta
le cap à l'Eft-Sud-Eft, l'efpace d'environ 50 verftes,
la fonde rapportant à-peu-près quatre braffes; il doubla enfuite une pointe fablonneufe, qui fe projette directement contre la côte des Tfchutski, ôc il atteignit ainfï
la pleine mer.
Du 10 au 30 Juillet, les Ruffes furent pourfuivis par des
orages, qui ne leur -permirent pas de s'éloigner beaucoup
de l'embouchure de f Anadirsk y ils remontèrent "la riviere
Kadrka fur les bords de laquelle habitent les Koriaques,
peuple tributaire de la Ruffle; l'embouchure de cette riviere,
qui a de 60 à 8 o verges de large, ôc de trois à quatre braffes
de profondeur , abonde en poiffons; de-là ils remirent en
mer, ôc, après avoir effuyé de gros temps, ils atteignirent
Naufrage fur en&n l'ifle de Bering. Ils y réitèrent à l'encre du 15 Sep-
l'ifle de Bé- tembre jufqu'au 30 Octobre, jour où une tempête violente,
qui venoit directement de la haute mer , jeta le navire
fur les rochers ôc le mit en pièces. L'équipage fe fauva ôc
fit tout.de fuite la recherche des débris du navire de Benne *
afin de les employer à la construction d'une chaloupe r
il trouva en effet quelques vieux débris, mais prefque
entièrement pourris, ôc des ferrures mangées de rouille.»
Après avoir choifî les cordages, ôc le fer le moins gâté,
il raffembla des bois fîottans pendant l'hiver, ôc conftruifit
avec beaucoup de peine , une petite chaloupe , qui fut
nommée Capiton,. ôc dont la quille avoit feulement dix-
fopt aunes Ôc demie de Ruffle. Les Ruffes appareillèrent
nag, entre l'Asie et l'Amérique.    37
alors, ôc Ce rrjrtéént à chercher une Ifle inconnue, qu'iS
croyoient voir dans le Nord Eft; mais, ayant reconnu leur?
méprife, ils revirerent de bord ôc portèrent fur l'ifle de
Cuivre ; de-là ils cinglèrent vers le Kamtchatka , où ils
arrivèrent fâins ôc faufs à l'époque dont j'ai parlé tout -1§
l'heure.
Le navire le Capiton fut donné en propriété à Ivan
Shilkin , pour le dédommager de fes pertes ; ôc la Cour
de RuJJîe lui accorda de plus le privilège de l'employer
dans une autre expédition aux Ifles nouvellement découvertes. Shilkin le monta, en effet, le 7 Octobre 1757,
avec un équipage de vingt Ruffes ôc de vingt Kamtchadales; il fut accompagné du Cofaque Studentzoff, envoyé
par la Couronne, pour percevoir des tributs. Nous donnerons ailleurs un abrégé de ce voyage ( a ).
Au mois d'Août 1754 , Nikiphor Trapefnikoff équipa    voyage de
le Shitik le Saint-Nicolas , qui appareilla du Kamtchatka Purneff > /ur
le Saint -Nico*
fous le commandement du Cofaque Kodion Durneff. Il las,en 1717.
relâcha d'abord fur deux Ifles Aleiitiennes, ôc enfuite fur
une troifième, qui étoit une découverte nouvelle. Il retourna au Kamtchatka en 1747, avecnme cargaifon de
izzo loutres marines mâles ,410 femelles & 665 petites..
L'équipage en avoit de plus acquis des Infulaires , en
échange, 65 z autres, 30 femelles & 50 jeunes.
D'après les dépolirions que firent, le 3 Mai 1758 ,. Relational
11
(a)  Voyei le Chapitre V.
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38    Nouvelles découvertes
Durneff & Sheffyrin envoyés en qualité de Collecteurs des
tributs , il paroît qu'ils allèrent en dix jours à Ataku ,
l'une des Aleiitiennes, qu'ils y réitèrent jufqu'en 17.57, ÔC
vécurent en bonne intelligence avec les Naturels du pays.
Defcription      La seconde Ifle, qui eft la plus proche dlAtaku , &C
des Ifles.   qUj contient le plus d'habitans, porte le nom dlAgataku ;
la troifième celui de Shemya, elles giflent à quarante ou
cinquante verftes l'une de l'autre. Il n'y avoir fur les trois
Mes que foixante mâles, fans compter les enfans, qu'ils
Remarques rendirent Tributaires. Ces Infulaires vivent de racines faur
fur les Habi- g     ,,    . .       T. c .       A 1
tans. vages ôc d animaux marins. Ils ne font point la pecne ,
quoique les rivieres foient remplies de faumons de toute
efpèce, ôc la mer de turbot. Ils s'habillent avec des peaux
d'oifeaux ôc de loutres marines. Le Toigon ou Chef de
la premiere Ifle apprit aux Ruffes, par l'entremife d'un
jeune homme qui entendoit la langue Rufîe, qu'à l'Eft
on rencontre trois Ifles, grandes ôc bien peuplées, Ybiya3
Kiska ÔC Olas, dont les Naturels parlent un langage différent : Sheffyrin & Durneff trouvèrent, dans cette dernière Ifle, trois plats ronds de cuivre, fur lefquels étoient
quelques lettres gravées ôc des ornemens en feuillages :
les vagues les avoient jeté for la cote ; le Commandant
les rapporta au nouveau fort du Kamtchatka, avec des
bagatelles qu'il avoit achetées des Infulaires.
Un autre navire fait de bois de laryx, équipé aux
frais du même Trapesnikoff, appareilla, en 175Z, fous la
conduite d'Alexis Drufinin, Marchand de Kursk , ôc effuya
un naufrage fur l'ifle de Bering : l'équipage ayant conftruit.
IhlMÈ 1 EiP'RE l'Asie et l'Amérique.    39
avec les débris, un petit bâtiment qui fut appelle Abraham,
mit à la voile pour fe rendre aux Ifles les plus éloignées ;
mais Drufinin fut ramené par les vents contraires fur la
même Ifle, ôc rencontrant le Saint-Nicolas, qui étoit
prêt à fe rendre aux Ifles Aleiitiennes, il s'embarqua avec
Durneff ÔC Sheffyrin , après avoir abandonné VAbraham
aux foins de quatre Matelots. Drufinin avoit tué fur l'ifle
de Bering cinq loutres de mer , izzz renards bleus ôc
a 500 ours de mer ; il eut pour fa part, pendant l'expé*
dition qu'il fit fur le Saint-Nicolas , 500 grofles loutres
ôc 300 petites, outre zoo autres qu'il fe procura par
échange. I
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CHAPITRE   IV.
[Voyages faits de iyfâ à iy$6; le Navire
de Sérébranikojf relâche fur quelques-unes des
Ifles Aleiitiennes les plus éloignées, ou fur les
If es des Renards; Remarques fir les Infulaires.
Xrois navires furent envoyés, en 1753 , aux Ifles
qui fe trouvent entre ï Amérique ôc l'Afte | l'un par Cho-
lodiloff, un fécond par Sérébranikoff, Agent du Négociant Rybenskoy, ôc le troifième par Ivan Kraflilnikoff,
Négociant du Kamtchatka.
Voyage de
Le navire de Cholodiloff appareilla du Kamtchatka,
eni7°;/.° ' ^e l9 Août, avec 34 hommes d'équipage; il mouilla, le
z8, devant l'ifle de Bering, où il fè propofoit de paner
l'hiver, pour y prendre des provifions ; au moment où les
Ruflès entreprirent de débarquer, la chaloupe chavira Ôc
trois hommes fe noyèrent.
Le 30 Juin 1754, Cholodiloff remit en mer, cherchant
à découvrir de nouvelles Terres. Le temps étant devenu
orageux ôc couvert de brume, ôc le navire ayant une voie
d'eau, il manqua de périr avec tout fon monde. Il gagna
cependant, contre fon efpoir , l'une des Ifles Aleiitiennes ,
-où il refta mouillé du 15 Septembre au 9 Juillet 1755.
Pendant l'automne 1754, un Kamtchadale ôc un Koriaque
vinrent entre l'Asie et l'Amérique.     41
vinrent le joindre. Ces deux hommes , accompagnés de
qmtre, avoient deferté le bord deTrafpénikoff & ctoient
demeurés fur l'ifle afin de prendre des loutres de mer
pour leur compte. Les Infulaires tuèrent quatre de ces
Déferteurs, qui vouloient débaucher les femmes du pays :
ils en fournirent volontairement au Kamtchadale ôc au
Koriaque, qui n'avoient pris aucune part à cet attentat,
ôc ils vécurent avec eux en bonne intelligence. Le navire
de Cholodiloff tua fur cette Ifle plus de 1600 loutres de
mer, ôc il arriva au Kamtchatka dans l'automne de 1755.
Le navire de Sérébranikoff appareilla au mois de
Juillet 1753 , avec 54 Ruffes ou Kamtchadales ; il découvrit plufieurs Ifles nouvelles, qui étoient probablement
quelques-unes des Aleiitiennes les plus éloignées, mais il
ne fut pas auffi- heureux à la chaffe des loutres marines
que celui de Cholodiloff. Il gouverna Sud-Eft & mouilla,
le 17 Août, au-deffous d'une Ifle inconnue, dont les habi-   Départ du
tans parloient une langue inintelligible à  l'équipage. Le navire .<fe Se-
r 11, s rébratutorT.
Commandant chercha un havre ou il put reftcr en sûreté,
mais il fut emporté par une tempête fubite, qui le fit
chaffer fur fes ancres. Ayant été entraîné plufieurs jours
du côté de l'Eft, il découvrit , non loin de la premiere
Ifle, quatre Terres ; ôc plus loin à l'Eft, il en apperçut
trois autres ; mais il ne put débarquer fur aucune. Le
navire fut ainfi dans un dérive forcé , jufqu'au z Septembre; il étoic très - délabré , lorfqu'il gagna heureufe- Naufrage du
ment la côte. Le Commandant mouilla ; mais il fut bien- fill 1"r.
.,      •       i •     r      , a • „    -, unedesAleu-
tot rejeté en mer ; il vit périr Ion bâtiment ,  ôc il eut tiennes les
beaucoup de peine à fauver l'équipage,
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plus éloi-
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tans.
42      Nouvelles découvertes
Cette Isle lui parut être directement par le travers de
Katyrskoi, cap de la Péninfule du Kamtchatka ; il en
vit trois autres. Sur la fin de Septembre, Démétrius Tro-
phin, accompagné de neuf hommes, alla fur la chaloupe
reconnoitre le pays ôc chaffer. Ce détachement fut atta^
que par un corps nombreux d'habitans, qui jetoiènfc des
darts avec une petite machine de bois, ôc qui bleflerentun
Ruffe. Le premier feu les diffipa ; mais ils revinrent plufieurs fois à la charge en troupes nombreufes, ôc ils furent
toujours repouffés fans beaucoup de peine.
Remarques      Ces Sauvages colorent leurs vifages ôc y gravent des
les Ha*"~ figures comme les Infulaires dont on a parlé tout-à-1'heure ;
tans. & r *
ils placent auffi des os dans  les trous  de leurs  lèvres
inférieures.
Peu de temps après, les Ruffes virent arriver dix Naturels du pays, qui leur apportoient amicalement de la
chair d'animaux marins, ôc particulièrement des loutres;
ce préfent venoit d'autant plus à propos, que l'équipage
n'ayant depuis quelque temps d'autres nourritures que des
coquillages ôc des racines , fouffroit extrêmement de
la faim. On leur donna en retour différentes bagatelles.
Les Ruffes demeurèrent fur l'ifle jufqu'au mois de Juin 17 5^
alors ils fe remirent en mer fur une petite embarcation
qu'ils conftruifirent des débris de leur premier navire , &
qu'ils appelèrent Saint-Pierre ôc Saint- Paul. Ils débar-
querent enfin à Katyrskoi noff, où, après avoir raffem-
blé 140 dents de cheval marin , ils arrivèrent fains &
faufs à l'embouchure de la riviere du Kamtchatka. entre l'Asie et l'Amérique.  43
Douze Kamtchadales déferrèrent pendant ce voyage:
fix d'entr'eux furent maffacrés , ainfi qu'une femme du
pays, fur une des Ifles les plus éloignées. On fie le procès
aux autres, dès qu'ils furent de retour au Kamtchatka,
ôc on en apprit! les circon fiances fuivantes. L'ifle près de
laquelle périt le navire a environ 70 verftes de long ôc
zo de large •. Il y a tout autour 1 z autres Terres de différentes grandeurs, éloignées entr'elles de huit à dix verftes :
huit de celles-ci ne paroiffent pas avoir plus de cinq verftes
de long : en tout elles contiennent environ cent mille
âmes. Les Naturels n'ont d'autres meubles que des bancs
& des nattes d'herbages ; leur habillement eft une efpèce
de chemife de peau d'oifeau ôc un manteau d'inteftins d'animaux , coufus enfemble ; ils portent des chapeaux de bois
ornés d'une petite planche qui fe projeté en avant, ôc qui,
pareille à la vifiere d'un cafque , fembie deftinée à les
garantir des traits. Ils ont tous des couteaux de pierre ;
quelques- uns, mais en petit nombre, en ont de fer. Les
feules armes qu'on remarqua parmi eux, font des traits
armés d'os ou de cailloux épointés, qu'ils lancent à l'aide
d'un inftrument de bois. On ne voit point d'arbres fur
l'ifle , mais elle produit YHéracleum qui croît au Kamtchatka. Le climat n'eft pas rigoureux ; car la terre n'eft
couverte de neige qu'un mois de l'année.
Le navire de Kraflilnikoff appareilla, en 1754, &    Départ da
mouilla, le 18 Odobre, devant l'ifle de Bering, où tous Kraffilnikoff.:
les navires qui fe rendent aux Ifles nouvellement découvertes , ont coutume d'hiverner, afin de faler des vaches
marines ôc d'autres animaux amphibies qu'on y trouve eu
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li œffi -:'! 1
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44    Nouvelles découvertes
grande abondance. Le Capitaine y radouba fon bâtiment,1
qui avoit eûuyé des avaries en chaffant fur fon ancre; &,
dès qu'il eut embarqué une quantité fuffifante de provifions,
il appareilla le premier Août 1754. Le 10, il fe trouva
à la vue d'une Terre, dont la côte étoit bordée d'un fi grand
nombre d'habitans, qu'il n'ofa pas defcendre. Il continua
donc fa route; ôc, furpris par une tempête, le manque d'eau
le mit dans un grand embarras ; à la fin, il fut porté fur
rifle de Cuivre, où il débarqua; ôc, après avoir fait de
l'eau ôc du bois, il remit à la voile. Les vents contraires
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fra^e fur"" ^Y amenèrent, ôc il y mouilla une féconde fois : l'orage
rifle de Cui- ayant augmenté pendant la nuit , les deux cables furent
brifés, ôc le navire mis en pièces contre le rivage. Heureu-
fement il ne périt perfonne, ôc on trouva moyen de fauver
les voiles, les agrêts , les munitions, les armes, & plufieurs
bois. La plupart des provifions furent gâtées. Les Ruffes
efluyetent dans cette relâche toutes fortes de malheurs :
trois Ce noyèrent le 15 Octobre en allant à la chaffe ;
d'autres moururent prefque de faim, & ne vécurent pendant long- temps que de coquillages ôc de racines. Le
zo Décembre, les voiles, les cordages ôc les bois qu'ils
avoient fauves au moment du naufrage, furent emportés
dans les flots par une groffe mer. Malgré ces accidens,
ils continuèrent leurs chaffes, ôc tuèrent 103 loutres marines ôc 1390 renards bleus.
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caLgneUI?ifle      ^ u PRINTEMPS>^S s embarquèrent fur deux bateaux
de Bering [m pour l'ifle de Bering, emportant avec eux les armes-à-
teaux.   a" feu> ^es munitions ôc ce qui reftoit des débris du naufrage. Ils trouvèrent ? en y arrivant, le petit navire CAbra-
i entre l'Asie et l'Amérique.   45
ham, monté par les quatre Matelots, à qui Trapefnikoff
en avoit donné la conduite -y mais comme cette embardâ?
tion ne pouvoit pas contenir tous les Ruffes, avec leurs
cargaifons de fourrures, ils attendirent l'arrivée des bâti-
mens de Sérébranikoff ôc deTolfttyk. Ceux-ci emmenèrent
onze perfonnes de l'équipage de Kraffilnikoff, ôc une Artie
des fourrures. Douze autres refterent dans l'ifle de Bering,
où ils tuèrent un grand nombre de renards bleus , ôc
retournèrent au Kamtchatka fur Y Abraham, à la réferve
de deux qui s'en allèrent avec l'équipage de Shit^in[a).
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(a) Voyei le Chapitre précédent.
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3fox*iAï" V III :
46    Nouvelles découvertes
<% ••«'  :  C H A P I T R E   V. >
Voyages depuis iy$6 jufqu'en iy$8.
Voyageaux Le 17 Septembre 1756% le navire Y André Natalie, équipé
Ifles y4/ea-   par |g^| Tolftyk, Négociant de Séleneinsk, ôc montant
tiennes > fait,  y /    »        o. » '
par André 38 Ruffes ou Kamtchadales , appareilla de l'embouchure
171 sf ' en de la risiere du Kamtchatka. Comme les tempêtes d'automne approchoient, ôc que d'ailleurs il manquoit de
vivre, il fe rendit à l'ifle de Bering, où l'équipage de-
' meura jufqu'au 14 Juin 1757. Il ne vint aucune loutre
marine for la côte pendant cet hiver , ôc les Ruffes ne
tuèrent que des veaux, des lions ôc des vaches de mer.
La chair leur fervit de provifions , ôc ils couvrirent leurs
canots avec les peaux.
Ils levèrent l'ancre, le 13 Juin 1757 , ôc, après un
jour de navigation, ils arrivèrent à flfle d'Attaku, l'une
des Aleiitiennes, découverte par Névodfikoff. Ils y trouvèrent affemblés les Naturels, ainfî que ceux de deux
autres Ifles voifines; ces Infulaires venoient défaire leurs
adieux à l'équipage du navire de Trapefnikoff, qui retour-
noit au Kamtchatka. Les Ruffes faifirent cette occafion ,
pour leur perfuader de payer un tribut à la Couronne.
Dans cette vue , ils allèrent rendre une vifite au Chef,
qui s'appelloit Tunulgafen : ce Chef reconnut un homme
de l'équipage, un Koriaque, qu'on ayoit laiflé jadis fur une
I entre l'Asie et l'Amérique.   47
de ces Ifles , & qui entendoit un peu la langue de cet
Archipel. Le Commandant du navire donna un chauderon
de cuivre , une fourrure ôc un manteau de drap , des
culottes, des bas"& des bottes au Chef, que ces préfens
déterminèrent à payer le tribut. Cet Indien, en retournant fur fon Ifle, laiflà parmi l'équipage trois femmes &
un petit garçon, afin qu'on leur apprit la lange Ruffe ;
l'enfant le fut en très-peu de temps.
Les Russes pafferent l'hiver fur cette Ifle , & fe divi-
forent,comme à l'ordinaire, en plufieurs détachemens de
Chafîeurs. Le temps orageux les contraignit d'y relier jufqu'au 17 Juin 1758: avant leur départ, le Chef revint avec
fa famille, ôc paya le tribut d'une année.
De retour au Kamtchatka , ils firent des Ifles Aleiitiennes une defcription plus détaillée que celle qu'on
connoiffoit.
Il y avoit à cette époque, fur les deux plus grandes,   Defcription
environ 50 mâles, avec qui les Rufïes^ vécurent en très- Aleiitiennes.
bonne intelligence. On leur parla d'une quatrième Ifle,
appellee Iviya, qui gît à quelque diftance de la troifîème
mais le temps orageux les empêcha d'y aborder. *
La premiere Isle a environ cent verftes de long ôc
Z5 de large. La diftance de la premiere à la féconde ,
qui gît à l'Eft quart Sud-Eft , fut eftimée de 3 o verftes ;
celle de la féconde à la troifîème, qui eft fituée au Sud-
Eft , d'à-peu-près quarante. L'habit du pays eft fait de ni ifi
Si!
48    Nouvelles découvertes
peaux d'oifeaux, de loutres & de veaux marins tannées;
mais la plus grande partie des Infulaires portoient des manteaux de peaux de chiens ôc des efpèces de veftes de peaux
de moutons, qui leur avoient été données par différens
Navigateurs. On dit qu'ils font naturellement babillards,
très-timides, ôc fort attachés aux Ruffes. Ils habitent dans
des trous creufés en terre, ôc couverts de toits de bois:
ces jourtes reffemblent aux huttes de la Péninfule du
Kamtchatka ; ils fe nourriffent principalement d'animaux
marins , qu'ils harponnent avec leurs lances armées d'os.
Bsjmangent auffi différentes efpèces de racines ôc de fruits
fauvages, des mûres, des fruits du eormier ôc d'autres (a).
Les ruiffeaux font remplis de faumons ôc d'autres poiflons,
de l'efpèce de la truite, femblables à ceux du Kamtchatka ;
ôc la mer eft également remplie de turbots qu'on prend
avec des hameçons de bois.
Ces Isles produifent beaucoup de petits ofiers, de
fous-bois ôc de brouffailles, mais on n'y trouve point de
grands arbres; les flots apportent cependant fur les côtes
affez de bois .de fapin & de bouleau , pour la conftruc-
tion des huttes. On rencontre une multitude de renards
bleus fur la premiere Ifle, ainfi que des loutres de mer ;
ôc les côtes, lorfque le temps eft orageux , font couvertes
d'oies ôc de canards fauvages.
Les Russes , fuivant les ordres de la Chancellerie de
Bolcheretsk, voulurent perfuader au Chef de ces Ifles de
Ça)Rubus Chamaemorii-Empetrum} Myrtillus Sorbus.
les accompagner entre l'Asie et l'Amérique,    49
les accompagner au Kamtchatka, mais leurs efforts furent
inutiles : en partant ils diâribuerent parmi les Infulaires de
la toile, treize filets défîmes à la pêche des loutres marines : les Naturels reçurent ces préfens avec beaucoup de
reconnoiffance.
Ce navire apporta au Kamtchatka 5030 loutres marines vieilles ôc jeunes; 1040 renards bleus petits & gros,
ôc 330 Mewedki ou loutres marines très-petites.
En 1757, Ivan Nikiphoroff, Négociant de Mofcow,
envoya un navire dans cet Archipel ; mais on ne fait rien
de cette expédition, finon que le bâtiment atteignit les
Jfes des Renards; il alla du moins jufqu'à Umnak.
Le CAPITON, petit navite qui fut conftruit à l'ifle de     Voyage
Bering, ÔC  qui fut donné au Négociant Ivan Shilkin , ^vanfu^ ^
pour le dédommager d'une partie de fes pertes, comme Capiton, en
nous l'avons dit plus haut ( a ), appareilla au mois de
Septembre 1757, ayant fur fon bord le Cofaque Ignace
Studentfoff, qui a donné la relation du Voyage.
A peine fut-il en mer que le mauvais temps le rejeta
fur la côte du Kamtchatka, ôc le fit échouer : cet accident , qui emporta le gouvernail ôc noya un homme, •
empêcha le Commandant de remettre à la voile, avant
l'année fuivante;  ôc même, à cette époque, il-n'emmena
(a)Voyei le Chapitre III.
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jo    Nouvelles découvertes
que 3 9 hommes d'équipage, laiffant les autres malades î
il cingla directement fur l'ifle de Bering, où il prit fur
fon bord deux hommes de l'équipage de Kraurilnikoff(a)
qui s'y trouvoient depuis leur naufrage : il appareilla pour
la féconde fois au mois d'Août de la même année, ôc il
-       toucha aux Ifles Aleiitiennes les plus proches, après avoit
été beaucoup tourmenté par les gros temps : il continua
enfuite fa route vers les Ifles plus éloignées, qui giflent
entre l'Eft ôc le Sud-Eft. Il paffa près de la premiere &
mouilla devant la féconde. L'équipage  d'une  chaloupe
qu'on envoya à terre, fut attaqué fi brufquement par un
corps nombreux d'Infulaires, qu'il eut à peine le temps
de fe rembarquer ôc de retourner à bord. Dès que la cha*
loupe fut de retour, un grain violent, qui fouffloit de la
côte, rompit le  cable ,   ôc rejeta le navire en mer. Le
temps devint tout-à-coup épais ôc brumeux, ôc le bâtiment, entraîné  au gré   des vents, alla fe jbrifer fur une
petite Ifle peu éloignée de celle dont il venoit de partir.
Les Ruffes fe fauverent après beaucoup d'efforts, mais ils
ne purent rien  emporter que leurs armes-à-feu & leurs
munitions.
Le navire      A u    moment où ils   defcendirent à terre ,   ils  Ce
fait naufrage     . /     i> i •     t      i     r •
fur une des virent environnes dune multitude de bauvages  qui arn-
ifles des Re- vojetlt en canots, de la pointe occidentale de l'ifle : cette
attaque étoit d'autant plus redoutable, que la plupart des
gens de l'équipage tranfis de froid, ôc mouillés jufqu'aux
(a)   Voyei le Chapitre III, entré l'Asie et l'Amérique.    <$ t
©s, n'avoient pas la force de fe défendre; quinze hommes
feulement fe trouvèrent en état de prendre les armes :
ceux-ci s'avancèrent fans héfiter contre les Naturels, ôc
Nicolas Tfiiroroff, qui avoit une connoiffance imparfaite
de la langue du pays, les aborda ôc effaya de les calmer ;
mais Ces tentatives furent inutiles; car, au même inftant,
les Sauvages remplirent l'air de leurs cris, ôc lancèrent
une volée de darts, dont quelques-uns portèrent coup.
Les Ruffes alors firent feu, tuèrent deux des Affaillans,
& forcèrent les autres à fe retirer : quoiqu'ils viffent pa-
roître un nouveau détachement, qui fembloit venir au
fecours de leurs Camarades, le combat ne recommença
point : bientôt après , les Sauvages abandonnèrent l'ifle,
ôc ramèrent à travers le détroit.
Du 6 Septembre au Z3 Avril, les Ruffes effuyerent
toutes les horreurs de la famine ; ôc, pendant cet intervalle, les coquillages ôc les racines furent leur meilleure
nourriture ; ils forent obligés quelquefois de manger du
cuir, que les flots , en achevant de détruire le navire,
apportoient fur la côte ; .dix-fept moururent de faim ;
les autres auroient fuccombé également, s'ils n'avoient pas
découvert une baleine morte jetée par la mer fur le rivage.
Ils panèrent fur cette Ifle un fécond hiver, ôc tuèrent
630 loutres.
a        \ • n.    ' • j      j m   •     1        L'équipage
Apres avoir conltruit un petit navire, des dehns du conftruit un
premier , ils mirent à la voile , au   commencement de Eetr .nav,rej
* ,   , ' . . <*  ralt  nau*
fete 1760; arrivés par le travers d'une des Aleiitiennes> frageune/e-
Gconde fois.
1
J
m
m Ill
<.%    Nouvelles découvertes
où le navire de Sérébranikoff mouilloit , ils firent naufrage une féconde fois, fans pouvoir rien fauver de leur
cargaifon ni de leurs effets. De tout l'équipage , il ne
reftoit plus que feize hommes, qui arrivèrent au Kamtchatka, au mois de Juillet 1761, fur le bâtiment dont
on vient de parler.
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entre l'Asie et l'Amérique.   ^3
=^fc^
C H A P I T R E   V L
VoYA G es aux Ifles des Renards en iy$8 3 ty$9
&iy6o; Expédition du Saint-Uladirnir, équipé
par Trapefnikojf; du Gabriel > par Betshevin;
ce navire . commandé par Pushkareff ? va a
Alakfu ou Alachskak, l'une des Ifles orienta-*,
les les plus éloignées ; Remarques fur fes Habitons; fes Productions . différentes de celles
des Ifles fituées plus à VOuefl.
Au mois de Septembre 1758 , le Négociant Siméon   Voyage ou
Krafilnikoff ôc Nikiphor Trapefnikoff équipèrent deux c0'mmandé *
navires pour la chaffe des fourres marines ; l'un appelle Par Pa&°" »
le Saint-Uladimir appareillage z8 , fous le commandement de Démétrius Paikoff, avec un équipage de quarante-cinq hommes, ôc le Cofaque Sila Shaffyrin , chargé
de percevoir les tributs ; en Z4 heures il atteignit l'ifle de
Bering, où il paffa l'hiver. Le \6 Juillet 1759, Paikoff
gouverna vers le Sud , afin de découvrir de nouvelles
Terres; mais, fe voyant trompé dans fon attente, il cingla
au Nord pour gagner les Ifles Aleiitiennes. Les vents contraires l'empêchant d'y aborder, il marcha directement fur
les Ifles les plus éloignées, qu'on connoît à préfent fous   *rr^ée ™x
le nom de Lyffle Oftrova ou des If es des Renards. nuS»." iii
<J4    Nouvelles   découvertes
Le premier Septembre, il fe trouva par le travers de la
premiere de ce grouppe, à laquelle les Naturels donnent le
nom dAtcku ôc les Ruffes celui de Goreloi ou d'/fe brûlée;
mais la côte étant efcarpée ôc remplie de rochers, il Ce
rendit à Amlach, qui en eft peu éloignée, où il fe pro-
pofoit de paffer l'hiver. Il partagea fon monde en trois
détachemens ; le premier, qui avoit Alexis Drufinin à fa
tête, alla defoendre fur une petite Ifle, appellee Sitkin
dans le Journal ; le Cofaque Shaffyrin fe rendit , avec
dix hommes, à Atach, ôc Siméon Polevoi demeura à bord
avec le refte.
I
If!1
tel
III! il
.A
Toutes ces Terres étoient très-peuplées'; les Infulaires
avoient les oreilles, les lèvres inférieures ôc les cartilages
du nez percés de trous; le vifage des femmes étoit bariolé
de bandes noirâtres, faites avec une aiguille ôc du fil introduit dans la peau : un Cofaque de l'équipage dit qu'il
avoit obfervé la même chofe parmi les femmes desTfchutski.
On n'apperçut point de fer entre les mains des habitans;
leurs darts ôc leurs lances étoient armés d'os & de cailloux épointés.
Les Russes crurent d'abord Amlach inhabitée; mais;
dans une de leurs chaffes, ils rencontrèrent un petit garçon
de huit ans, qu'ils emmenèrent avec eux ; ils lui donnèrent le nom de Hermolai & lui apprirent le Ruffe,
afin qu'il pût leur fervir d'Interprète. En pénétrant plus
avant, ils découvrirent une hutte, dans laquelle il y avoit
deux femmes, quatre hommes ôc quatre enfans , qu'ils
traitèrent d'une manière amicale. Cet accueil attira d'autres entre l'Asie et l'Amérique.    iM
-Infulaires, qui vinrent leut rendre de fréquentes vifites,
& échangèrent du poiflbn ôc de la chair , contre du poil
de chèvre, du crin de cheval ôc des grains de verre.
Quatre Naturels ÔC leurs femmes confentirent à recueillir
des racines pour l'équipage, ôc l'hiver fe paffa ainfi fans
aucun trouble.
Les détachemens de Chaffeurs revinrent au printemps.
Pendant ces excurfîons, il n'y eut de tué qu'un homme
fur l'ifle d'Atchu {a) ; les Naturels avoient commencé
par lui enlever fes armes-à-feu. Au mois de Juin 1760 ,
les Chaffeurs retournèrent fur les Ifles où ils avoient pafle
le premier hiver. Shaffyrin , qui étoit à la tête d'un des
partis, fut maffacré avec onze de fes gens, par les habitans dAtchu ; on ignore à quelle occafion. Drufinin apprenant ce malheur, de quelques Infulaires de Sitkin , où il
fe trouvoit, fe rembarqua tout de fuite , ainfi que le
refte des Chaffeurs , pour retourner à fon bord, où il
arriva fain ôc fauf ; mais il lui rcftoit peu de monde ,
ôc fa pofition paroiffoit très - dangereufe. Heureufe-
ment que le bâtiment du Négociant Betshevin aborda
bientôt à l'ifle dAtchu. Les deux équipages ayant fait une
aflbciation , s'aidèrent mutuellement ôc Ce diftribuerent
for les deux navires. Le Saint-Uladimir paflà l'hiver à
Amlach j ôc l'autre continua de mouiller devant Atchu.
Ce dernier navire, équipé aux frais de Betshevin ,   Voyage de
• Pushkareff,
WWM
''<m.
en 1760.
(a) Cette Ifle eft auffl appellee Atach; & nous avons déjà dit que
les Ruffes lui donnent le nom de Qoreloi, ou d'Ifle Brûlée.
I
E&fi ill
Il II It»
ill
^6     Nouvelles découvertes
Négociant d'Yrkutsk , s'appelloit le Gabriel : il appareilla de Bolshaia réka le 31 Juillet 1760; il montoit
quarante Ruffes ôc vingt Kamtchadales , & de plus il
avoit à bord Gabriel Pushkareff, Officier de la garnifon
d'Ochotsk, André Shdanoff, Jacob Sharypoff, Prokopei
Lobashkoff, Nikiphor Golodoff ôc Aphanaffei Oskoloff,
Agents de Letshevin.
Après avoir paflé le fécond détroit des Ifles Kurdes,
Pushkareff Ce trouva par le travers des Ifles Aleiitiennes
Iez4 Août : de-là, voulant faire de nouvelles découvertes,
il cingla vers les Ifles les plus éloignées, qui forment une
chaîne continue dans l'efpace de 15 degrés de longitude.
Pushkareff     Le z 5 Septembre, il atteignit Atchu ou l'ifle Brûlée ,
ïnviciAtchu & \\ trouva , à trente verftes de cette Ifle, devant Amlach ,
lune des mes . T . ,
des Renards, le Saint- Uladimir en danger q'etre attaque par les Infulaires ; il fit alors l'affociation dont on vient de parler ,
avec l'engagement de partager les prifes entre les deux
navires.v Pendant l'hiver, les deux équipages tuèrent, principalement fur l'ifle de Siguyam , environ 8oo loutres de
mer de différentes grandeurs, & 100 medwedki ou lou-
trins; quelques loutres de rivieres, plus de 400 renards
roux, gris ôc noirs ; & ils raffemblerent douze poudes de
dents de cheval marin.
Au mois de Juin de l'année fuivante, les deux équipages fe partagèrent également fur les deux navires ; celui
de Kraffilnikoff refta à Amlach , dans l'intention de re«
touruer au Kamtchatka, ôc celui de Betshevin appareilla
d'Atchu pour découvrir de nouvelles Ifles.
PlJSHKAREFE entre l'Asie et l'Amérique.    *\y
Pushkareff relâcha d'abord à Umnak, ' où il trouva   Pushkareff
le bâtiment de Nikiphoroff ; il y fit du bois ôc de l'eau, p r
ôc répara fa voilure. Il cingla enfuite vers rifle très-éloi-
gnée dAlakfu ( a ) ou dAtachshak : après y avoir amarré   n hiverne
dans une baie, il conftruifit des huttes ôc Ce prépara à y a AlakJu'
pafler l'hiver. Cette Ifle étoit très-peuplée , ôc les Naturels fe comportèrent d'abord d'une manière très-amicale ;
ils trafiquèrent avec les Ruffes, ôc livrèrent neuf de leurs
enfans en qualité d'otages : mais l'équipage commit tant
de défordres, que les Infulaires furieux ne tardèrent pas
à commencer les hoftilités.
Au mois de Janvier ij6z , Golodoff ôc Pushkareff
firent une expédition le long de la côte à la tête de
zc hommes ; & , voulant attenter à la pudeur de quelques filles de l'ifle de Unyumga, ils furent forpris par
un corps nombreux de Naturels : Golodoff ÔC un fécond
Ruffe furent tués, ôc trois autres bleffés. Peu de temps
après, les Infulaires fondirent tout-à-coup fur ceux qui
montoient la garde aux environs des huttes de l'équipage, maffacrerent quatre hommes, en blefferent quatre
ôc réduifirent en cendres les huttes.
'lira
Le 3 Mai , Lobafchkoff ôc un autre Ruffe furent tués
au moment où ils alloient fe baigner dans des fources*
(a) C'eft probablement la même Ifle que celle qui fe trouve dans
la Carte de Krenitzin, fous le nom d'Alaxa,
H *8     Nouvelles découvertes
chaudes, fituéfs à environ cinq verftes du havre; le Commandant irrité   fie égorger  fept des  otages. Le même
mois, les Naturels entreprirent de furprendre les Ruffes
dans leurs huttes , mais heureufement  on les découvrit
ôc on les repouffa. Pushkareff fe voyant de toutes parts
environnés de dangers preffans, leva l'ancre ôc Ce rendit
à Umnak , où il prit deux Infulaires, avec leurs femmes
ôc leurs enfans, pour lui fervir de guide dans la recon-
noiffance des autres Ifles. Le temps orageux l'empêcha
d'aborder for aucune Terre, le jeta dans l'Oueft & emporta toutes Ces voiles : enfin, le Z3 Septembre, il toucha contre une Terre qu'il prit pour la Péninfule du
Kamtchatka : c'étoit le détroit de Stobolskoi oftrog : fix
hommes defeendirent fur-le-champ à terre ,  emmenant
avec eux , dans la chaloupe & deux canots , plufieurs
filles qu'ils avoient prifes aux Ifles nouvellement découvertes , ôc qu'ils chargèrent de cueillir   des  fruits fauvages. Sur ces entrefaites l'équipage s'efforça de mettre
le navire au plus près du vent. Lorfque la chaloupe revint ,  ceux qui étoient à bord du navire eurent toutes
les peines du monde , à caufe du gros temps, de manœuvrer ôc de faifir la corde qu'on leur jetoit. Deux hommes
qui refterent en arrière avec les  canots, furent enfuite
conduits par quelques Kamtchadales au nouveau Fort de
Kamtchatkoi. Le navire , n'ayant plus aucune voile   fut
entraîné le long de la côte vers Awatcha, ôc, à environ
70 verftes de ce havre, il gagna la baye de Kalat^offy
le Z5 Septembre. Sa cargaifon confiftoit en 900 loutres
de mer vieilles ou jeunes & 350 renards. entre l'Asie et l'Amérique.     ^9
Pushkareff ôc fon équipage avoient exercé tant de
cruautés envers les Infulaires, qu'on inftruifit leur procès
en 1764, ôc le récit qu'on vient de lire eft tiré des dé-
pofitions des témoins. On reconnut qu'ils avoient enlevé
à Atchu ôc à Amleg deux Infulaires ôc crois petits garçons,
outre Ivan, Interprête, ÔC plus de zo femmes ou filles
qu'ils firent fervir à leur débauche. Ivan ôc un jeune homme
auquel ils donnèrent le nom de Moïfe , furent les feuls
qui arrivèrent au Kamtchatka. Dès que les Ruffes fe virent
près de cette côte , ils débarquèrent quatorze femmes,
en leur ordonnant de cueillir des racines ôc des fruits
fauvages : deux de ces femmes prirent la fuite ; une
troifîème fut tuée par un nommé Gorelin , au moment
où elle retournoit au navire; à la vue de ce meurtre, les
autres, tranfportées de défefpoir, fe jetèrent dans la mer
ôc Ce noyèrent; ôc, au même moment, ce qui reftoit des
Infulaires fut précipité au milieu des flots, par ordre de
Pushkareff, excepté les deux dont on vient de parler.
Les détails fuivans, quoique atteftés par les témoins, ne
méritent peut-être pas d'être crus dans leur entier.
Les habitans des Ifles où relâcha Pushkareff, font   Remarques
grands ôc forts ; ils portent des vêtemens de peaux d'oi- tans d'Alack-
féaux ; ils ont les lèvresrinférieures percées de trous, où fu'
ils mettent des os croyant les embellir. Les Ruffes dirent
à leur retour que ces peuplades fe  frappent le nez jufqu'à fe faire faigner , afin d'en fucer le. fang ; mais les
Navigateurs poftérieurs nous apprennent qu'elles fe frap- fjf
pent ainfi le nez par un autre motif: qu'elles font dans
1  Hi;
I!
# <5o    Nouvelles  découvertes
l'ufage d'égorger leurs enfans afin d'en boire le fang ;
ôc cette calomnie fut sûrement inventée par les Criminels , qui s'efforçoient de noircir les Indiens afin de
s'excufer (a).
Leurs yourtes fouterraines reffemblent à, celles des
Kamtchadales; elles ont fur les côtés plufieurs ouvertures,
par lefquelles ils s'échappent lorfque l'ennemi en affiége
l'entrée principale. Leurs armes font des traits ôc des
lances garnis d'un os épointé; ils les jetent à une diftance confiderable.
On dit qu'il y a fur l'ifle dAlakfu des rennes , des
ours, des fangliers, des loups , des loutres , ôc une
efoèce de chiens à longues oreilles, qui eft très - farouche ôc très - fauvage. Comme la plupart de ces animaux
ne fe trouvent pas fur les Ifles des Renards , ficuées
plus à l'Oueft , on eft tenté de croire qu'Alakfu eft
peu éloigné du continent dl Amérique. Il y a une Ci grande
quantité de renards roux, noirs ôc gris, qu'on en voit
fouvent des troupes de dix à vingt à-la-fois. La mer
jeté beaucoup de bois fur la Çfëçe. L'ifle ne produit pas
de gros arbres; il y croit feulement des fous-bois, des
brouffailles ôc une variété confiderable de plantes , de
racines ,  d'arbriffeaux qui donnent des fruits fauvages.
(a) On verra j plus bas, que ces Infulaires colent avec du fang la
pointe de leurs darts, & que c'eft pour cela qu'ils fe font faigner
le nez. ENTRE LJAsiE ET l'AmÉRIQUE. 6l
Le rivage eft rempli de volées nombreufes d'oifeauX
maritimes, les mêmes qu'on obferve aux bords de la
mer de Penshink.
Le 4 Août 1759, le Pierre ôc le Paul, équipé aux    Voyage da
frais du Négociant Rybenskoi, par André Sérébranikoff pierre & le
fon Agent, ôc montant trente-trois hommes, appareilla Paul aux ifles
.-, -, . Aleunennes,
de l'embouchure de la rivière du Kamtchatka ; il gou- en 17*9.
verna au Sud jufqu'au zo Septembre, fans appercevoir
aucune Terre ; à cette époque , il cingla vers les Aleiitiennes ; ôc, le zj Septembre , il fe trouva par le travers de l'une de ces Ifles. Le Commandant y relâcha
jufqu'au Z4 Juin 1761 ; ôc , pendant cet intervalle,
il y tua, ainfi que fur deux Terres voifines, 1900 loutres marines vieilles & jeunes, ôc il en acheta 450 autres
des Infulaires. Le Cofaque Minyachin, qui étoit à bord
en qualité de Collecteur des tributs , appelle, dans fa
Relation , la premiere Ifle du nom de Krugloi, ou d'Ifle
Ronde , ôc il fuppofe qu'elle a environ foîxante verftes
de circonférence. La plus grande Ifle, qui gît à trente
verftes de celle-ci, eft à-peu-près de Gent cinquante
verftes de tour ; la plus petite, éloignée d'une trentaine
de verftes de la plus étendue , femble avoir quarante
verftes de circonférence. Ces trois Ifles renferment plu>
fieurs hautes montagnes de roches. Les Ruffes n'y comptèrent que quarante - deux hommes outre les femmes ôc
les enfans.
fa
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61    Nouvelles découvertes
'%*
CHAPITRE   V IL
Voyage d André Tol/fyk fur le navire le
Saint-André & Natalie; Découvertes de quelques Ifles nouvelles} appellees Andre'anofTskye
oftrow a ; Defcription de fix Ifles de ce grouppe.
Voyage du JLe voyage du navire le Saint-André& Natalie eft
Saint - André     « _ 11 j • 1    r
& Natalie en P*us remar9iUable encore que ceux dont on vient de lire
1760. un extrait : La Relation abrégée que je vais en faire, eft
tirée des Journaux de deux Cofaques, Pierre Wafyntinskoi
& Maxime Lafaroff. Ce bâtiment, expédié aux frais d'André Tolftyk, que j'ai déjà cité plus haut, appareilla de
l'embouchure de la riviere du Kamtchatka , le zj Septembre 1760 ; il cingla directement à l'Eft, ôc, le zp,il
atteignit l'ifle de Bering; le Commandant jeta l'ancre
dans une baie, & fit porter l'équipement & les munitions
à terre : une tempête violente d'automne , jeta bientôt
le bâtiment for la côte, fans autre dommage que la perte
d'un ancre. Les Ruffes réitèrent ici l'hiver, ôc ayant
remis en mer le Z4 Juin 1761, ils pafferent près de l'ifle
de Cuivre , qui gît à environ 150 verftes de la premiere ;
ils mirent enfuite le Cap au Sud-Eft vers les Ifles Aleiitiennes , où ils n'arrivèrent que le 6 Août ; ils mouillèrent dans une baie ouverte près dlAttak, afin d'obtenir
du Chef Tunulgafen un Interprête; ce Chef étant mort.
g entre l'Asie et l'Amérique.     63
ils envoyèrent des préfens dans la même vue à Bakutun
qui lui avoit fuccédé : comme il y avoit déjà trois navires
partis du Kamtchatka à l'ancre devant cette Ifle, ils appa-
reillerent le 19 , projetant d'aborder à des Terres plus
éloignées ôc d'y exiger des tributs. Ils eurent foin de
prendre des inftructions du Chef Bakutun, qui favoit un
peu la langue Ruffe.
Le Commandant fit route au Nord-Eft ôc Nord-Eft
quart-Eft; un coup de vent le jeta, le z8, par le travers
d'une Ifle devant laquelle il mouilla : le lendemain'deux
Cofaques, à la tête de huit hommes, dépendirent à terre -
pour reconnoitre le pays ; ils n'apperçurent aucun habitant. Le 36 Août, le navire fut conduit dans une baie
sûre ; le jour fuivant, quelques perfonnes de l'équipage
allèrent for la côte, afin de chercher des bois pour répa«
rer le bâtiment ; mais ils ne trouvèrent point de gros
arbres dans toute l'étendue de l'Iile. Lafarofï, qui étoit
du détachement, & qui avoit déjà fait un voyage fur le
navire de Sérébranikoff, donne à cette Ifle le nom d'Ayagh     Arrivée à
ou de Kayachu , ôc à une féconde, qui en eft éloignée jy^K^ae
1»'      • n t   •    1      t^ 6 des Ifles An-
d environ zo verftes, celui de Kanaga. En retournant >dreanoffs-
à bord, il apperçut deux Infulaires, qui ramoient fur des kye'
canots du côtés de Kanaga ; comme il reconnut l'un
de ces deux hommes, qui avoit fervi d'Interprète dans
une expédition précédente, ii lui fit un préfent de provifions fraîches ; Ôc ils traverferent enfemble le détroit jufqu'à Kanaga. Lafaroff defcenditfur cette Ifle avec le détachement ; ayant engagé le Chef du pays, qui étoit parent
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64    Nouvelles découvertes
de l'Interprète, à venir voir les Ruffes à Kayachu, il Ce
rendit à bord du Saint-André & Natalie.
Près du mouillage du navire, un ruiffeau tombe dans
la baie ; il fort d'un lac qui a environ deux ou trois verftes
de circonférence, ôc qui provient de la réunion de plufieurs petites fources. Son cours eft long à-peu-près de
huit verftes, & en été différentes efpèces de faumons &
d'autres poifîons, pareils à ceux qu'on trouve au Kamtchatka, remontent le courant jufqu'au lac.
Lasaroff étoit occupé à y pêcher, lorfque le Cher
de Kanaga, accompagné d'un nombre confiderable d'In-
fulaires, qui montoient 1 5 canots, arriva à bord ; il fut bien
reçu , ÔC on lui fit des préfens. Les Ruffes faifirent cette
occafion pour perfuader aux Naturels de fe reconnoitre
fujets de l'Impératrice ôc de lui payer régulièrement un
tribut. La peuplade y confentit fans beaucoup de peine.
Par l'entremife de l'Interprète , on apprit les détails fui-
vans du Chef : les Naturels vivent principalement de
poiffons fees, ôc de quadrupèdes marins. Ils prennent des
turbots très-gros (a) ôc des veaux marins, avec des harpons , auxquels ils attachent des veflies. Ils pèchent la
morue avec des hameçons d'os ôc des lignes d'une efoèce
d'algue marine, longue ôc ferme qu'ils trempent dans de
( a. ) L'Auteur Allemand , qui a rédigé le premier ces détails, dit
que ces turbots ( Paitus ) pefent quelquefois fept ou huit poudes >
ce qui eft bien confiderable, s'il ne fe trompe pas.
l'eau ENTRE L'A S I# ET L'AMÉRIQUE. 6^
l'eau doSte , ÔC qu'ils filent enfuite de la groffeur d'une
ficelle.
Dès que le navire fut amarré dans un endroit sûr,
Tolftyk , Wafyntinskoi, Lafaroff ôc plufieurs autres de
l'équipage , montèrent quatre baidars ôc Ce rendirent a
Kanaga. Le premier refta. dans cette Ifle; mais le fécond
& le troifîème partirent chacun fur un canot pour Tfet-
china, qui eft féparé de Kanaga par un détroit large
d'environ fept verftes ; les Infulaires les accueillirent ôc
promirent de payer des tributs. Les difterens partis revinrent fains ôc faufs à Kayachu, fans s'être procuré de
fourrures. Bientôt après, Tolftyk envoya des Chaffeurs
fur quatre baidars à Tagalak , Atchu ôc Amlach, Ifles
fituées à l'Eft de Kayachu : ce détachement ne rencontrant aucun obftacle de la part des Naturels, refta avec
beaucoup de tranquillité fur ces différentes Terres, ju£
qu'en 1764: fa chaffe ne fut cependant pas très-heureufe,
car il prit feulement 1880 grofles loutres, 778 d'une taille
moyenne ôc 37Z petites.
Lasaroff fait la defcription fuivante des fix Ifles (a),   Defcription
dont on a parlé : elles forment une chaîne un peu au d"!*1
l r l r dre
Nord-Oueft des Ifles des Renards , avec lefquelles il ne kye
faut pas les confondre. Le navire le Saint-André & Natalie
fut le premier qui en donna des détails sûrs ; voilà M>ur-
( ^M- Sthaelin a déjà donné, dans fa Defcription du Nouvel Archipel
découvert par les Ruffes, une Deicription de ces fix Ifles : nous ferons,
plus bas, un Chapitre particulier fur leur pofition.
réanoifs- il
Hi
l!.jil|
ill
il
'i 11
Ayagh.
66    Nouvelles   découvertes
quoi on les appelle Andreanoffsky e ou Ifles de Saint-
André.
AyAGH a environ 150 verftes de circonférence. Elle
contient plufieurs hautes montagnes de roches ; Ôc, dans
les intervalles, on ne voit qu'une bruyère ftérile &: des
marécages; on ne trouve pas un feul grand, arbre fur
toute l'ifle. La plupart des végétaux font les mêmes que
ceux du Kamtchatka y il y a différentes fortes de fruits
fauvages (a); mais la terre produit affez de racines de
pimprenelle ôc de biftorte, de toutes fortes, pour offrir,
en cas de nécefîité, des reffources abondantes aux Infulaires. Le petit ruifîeau , dont j'ai parlé, eft le feul. Le
nombre des habitans ne peut pas être déterminé, parce
qu'ils paffent continuellement d'une Ifle à l'autre fur leurs
baidars.
Kanaga. KANAGA, qui gît à l'Oueft d'Ayagh, a deux cens!
verftes de tour ; elle renferme un volcan éievé, où les
Naturels amaffent du foufre en été : au pied de cetto
montagne, il y a des fources chaudes, où ils font cuire
quelquefois leurs provifions : on n'y trouve point de ruif-
feaux ; ôc les terreins bas reffemblent à ceux à!Ayagh ;
la population peut être évaluée à zoo âmes.
Tfetchina. TsETCHlNA gît à l'Eft ôc à environ quarante verftes
de Kanaga : fa circonférence eft à-peu-près de 80 ; elle
eft remplie de montagnes de roches, parmi lefquelîes le
Bielaia Sopka ou le Pic blanc eft la plus élevée : on
(a) Empetrum, vaccin. Uifginojum, fanguiforba & bifiorta.
W
j I
m entre l'Asie et l'Amérique.   6y
trouve dans la vallée quelques fources chaudes ; mais aucun ruiffeau n'offre du poiffon. L'ifle contient feulement
quatre familles.
TagALAK , qui eft à l'Eft de Tfetchina, a quarante Tagalak.
verftes de circonférence ; on y voit un petit nombre de
rochers ; mais on ne trouve point de poiflbns dans les
ruiffeaux , ni dans les champs de productions végétales
qu'on puiffe manger. Les côtes font efcarpées , & il eft
dangereux d'en approcher en baidars. La population n'eft
encore que de quatre familles.
Atchu gît dans la même pofition, à quarante verftes Atchu.
de Tagalak ; fa circonférence eft à-peu-près de 300 ; elle
offre un havre où les vaiffeaux peuvent mouiller en sûreté;
on y trouve un grand nombre de montagnes de roches,
& plufieurs petits ruiffeaux qui tombent dans la mer ; l'un
de fes ruiffeaux, qui a fa direction à l'Eft, eft rempli de
poiflbns. Les champs font couverts de ces racines dont
j'ai déjà parlé ôc d'oignons de lys blancs. Le nombre des
Infulaires eft d'une foixantaine.
AMLACH. eft une Ifle pleine de montagnes, giflant à Amlach.
l'Eft à un peu plus de fept verftes dAtchu , ôc dont la
circonférence eft égale à celle dAtchu ; elle contient
aufli le même nombre d'habitans ; elle a un havre commode, Ôc elle produit des racines en abondance. Parmi
plufieurs petits ruiffeaux, un feul, qui coule vers le Nord,
offre du poiffon. Indépendamment de ce grouppe ,
Tolftyk en obferva un autre plus loin à l'Eft, fur lequel
il n'aborda point.
luis Pltffi
an
Remarques
fur les Habitans.
68    Nouvel les découvertes
Les habitans de ces ûx Ifles font Tributaires de fa
Ruffle; ils vivent dans des jourtes ou trous creufés en
terre, ôc ils n'y font pas même de feu pendant l'hiver.
Leurs vêtcmens, qui ont la forme d'une chemife , font de
peaux de plongeons de mer ôc d'autres oifeaux (a), qu'ils
prennent avec des lacets; dans les temps de pluie ils portent pardeffus une efpece de manteau de veffies ôc de
boyaux defïéchés de veaux ôc de lions marins, huilés ôc
coufus enfemble. Ils prennent des morues ôc des turbots
avec des hameçons d'os, & ils les mangent cruds : comme
ils ne font jamais de provifions , ils fou firent beaucoup
de la faim, quand les orages les empêchent d'aller à la
pêche; ils font alors réduits à des coquillages ôc du varech, qu'ils recueillent for la grève & qu'ils ne font point
cuire. Aux mois de Mai ôc de Juin , ils tuent des loutres
marines de cette manière : dès que le temps eft calme,
ils fe réunifient plufieurs ôc s'embarquent for différens
baidars: après avoir trouvé i animal, ils le bleffent à coups
de harpons, ÔC ils le fuivent de fi près qu'il lui eft très-
difficile de s'échapper. Ils prennent des chiens de mer de
la même façon. Au milieu des froids rigoureux , ils ne
portent que leur habit ordinaire. S'il gelé très - fort ,,
afin de fe réchauffer, ils brûlent des herbes feches, ils
s'accroupiffent autour ôc recueillent la chaleur fous leurs
habits. Les femmes ôc les enfans portent des vêtemens
de la même forme que ceux des hommes, mais de peaux
de loutre. S'ils paffent la nuit à quelque diftance de leur
jourte, ils creufent un trou en terre, & ils s'y tapiffent».
( a ) Colimbus Troile} alca arâica.
Illlllll
* Imp entre l'Asie et l'Amérique.    6g
n'ayant d'autre couverture que leurs vêtemens ôc des nattes
d'herbes treffées. Ils ne s'occupent jamais que du moment
actuel; ils n'ont aucune idée de Religion, ni de décence,
ôc ils ne font guères au-deffus des brutes.
Dès que les différens baidars envoyés à la chafle
furent de retour, ôc que le navire fut prêt à appareiller,
les Chefs de ces Ifles, ( excepté celui de Kanaga ), fe
rendirent en canots auprès de Tolftyk, accompagnés d'un
grand nombre de Naturels : ces Chefs s'appelloient Tfar-
kulini, Tshunila, Kayugotsk ôc Mayatok : ils lui apportèrent un tribut volontaire ; ôc ils lui donnèrent d'ailleurs
des morceaux de faumons falés, en témoignant, d'une manière unanime , combien ils étoient fatisfaits de la bonne
conduite des Ruffes. Tolftyk leur donna, de fon côté, des
joujoux ôc d'autres bagatelles, ôc il les pria de recommander aux habitans des autres Ifles le même acceuil à l'égard des Navigateurs qui viendroient dans ces parages ;
& il les avertit que les Infulaires ne'fer oient pas traités
doucement, s'ils manquoient à cette condition.
Le 14 Juin 1764, Tolftyk appareilla pour retourner
au Kamtchatka , Ôc mouilla , le i y , devant Shemiya ,
l'une des Ifles Aleiitiennes ; le z i, des vents fort firent
chaffer le navire fur fon ancre & le jetèrent contre une
côte de roches : cet accident obligea les Ruffes de dé-
barquer la cargaifon Ôc tout ce qui fe trouvoit à bord , ÔC
d'échouer le bâtiment à terre, afin de le réparer ; ce qui
leur coûta beaucoup de peine. Le 18 Août, ils remirent
en mer ôc cinglèrent vers Atchu. qu'ils atteignirent le zo. I III'
70    Nouvelles découvertes
Comme ils avoient une voie d'eau, il fallut travailler de
nouveau au radoub ; Tolftyk , après avoir pris avec lui
l'équipage du bâtiment qui avoit fait naufrage quelques
temps auparavant, cingla directement du côté du Kamtchatka. Le 14 Septembre, ii eut la vue de cette Péninfule aux environs de T^afchminskoi oftrog : une tempête
le fit échouer for la côte au moment où il s'efforçoit
d'entrer dans l'embouchure de la riviere du Kamtchatka.
Le navire périt, ôc la plus grande partie de la cargaifon
fut perdue.
11)1 B
entre l'Asie et l'Amérique.    71
-îùifc
SA>Ai-
CHAPITRE   VIIL    J
Voyage du Navire le Zacharic & PElifabcth
équipé par Kulkojf & commandé par Drufinin ; il cingle du côté J'Umnack & <f Unalashka , & hiverne fur cette dernière Ifle ; le
'bâtiment détruit, & tout l'équipage ? excepté
quatre hommes, maffacres par les Infulaires ;
les avantures de ces quatre Ruffes & les dangers
qu'ils coururent.
Je me contenterai de dire ici qu'un navire expédié au
mois d'Août 1760, aux dépens de TfebaëfBkoi, fit une
expédition ; je m'étendrai davantage fur plufieurs autres
qui entreprirent des voyages les années fuivantes ; quoiqu'ils aient été malheureux pour la plupart, ils nous
offrent des détails plus circonftanciés que les précédens.
En 176Z, quatre navires partirent pour les Ifles des
Renards ; un feul revint au Kamtchatka.
Le premier, nommé le Zacharie ÔC YÊUfabeth,   Voyage de
équipé par Kulkoff, ôc commandé par Drufinin , avoit ^charte'
un équipage de 34 Ruffes & trois Kamtchadales. ,&  TÉliza-
beth ,  en
Le 6 Septembre, il appareilla dt Ochotsk ÔC artfva, le
u Octobre, au havre de Saint-Pierre ôc Saint-Parti s fi
Arrivée à
Umnak.
72    Nouvelles découvertes
où il paffa l'hiver. Le Z4 Juin 1763 , Drufinin remit à la
voile, & ayant atteint, après onze jouns de navigation,
la plus proche des Ifles Aleiitiennes, il mouilla devant
Atach; ii y relâcha environ 14 jours, ôc prit, à fon bord,
fept Ruffes qui avoient effuyé un naufrage fur cette côte;
Korelin, qui étoit du nombre des fept, fit, à fon retour
au Kamtchatka, le récit fuivant du voyage du -Xacharie.
Le 17 Juillet, Drufinin partit dlAtach pour les Ifles
les plus éloignées : il débarqua le même mois fur une
Terre où l'équipage du navire XAndré ôc Natalie faifoit
la chaffe ; ôc, après avoir rempli Ces futailles, il continua
fon voyage.
Au commencement de Septembre, il arriva à Umnak ,
l'une des Ifles des Renards , ôc il jeta l'ancre à environ
une Verfte de la cote : il y trouva le navire de Glottoff,
dont on racontera plus bas le voyage ( a ), il ordonna
tout de fuite à Maefnik, fon fécond, ôc à Korelin de débarquer; ils fe rendirent par mer à l'extrémité orientale de
l'ifle, éloignée d'environ 70 verftes du mouillage , ôc ils
revinrent fains ôc faufs le rz Septembre; ils virent, pendant cette expédition , plufieurs reftes des trappes de
renards qu'avoient établi les Ruffes, ôc ils rencontrèrent
quelques Naturels qui montroient des quittances du Collecteur de tribut. Le même jour , les Infulaires' apportèrent des lettres de Medvedeff ôc Korovin (b),quï venoient
(a)  Voye\ le   Chapitre X,
{b) Voyei le Chapitre fuivant,;
d'arrivé ill!
enItjre l'Asie et l'Amérique.    73
d'arriver à Umnak ôc Unalashka, avec deux navires
équipés par les Négocians Protaffoff ôc Trapefnikoff.
Drufinin fit réponfe par les mêmes Meffagers.
Le zz, Drufinin fe rendit à la pointe fèptentrionale d'U-    5rufi!Mn
. , paffe l'hiver
nalashka, qui gît à environ 15 verftes d'Umnak; l'equi- à Unalashka.
page, après avoir amarré le navire dans un havre sûr,
& porté fes munitions à terre , fe mit à conftruire des
huttes. Deux Chefs du village le plus proche, amenèrent
bientôt des otages de leur propre mouvement, ôc plufieurs autres des bourgades les plus éloignées fuivirent leur
exemple. Les Ruffes eurent ici des nouvelles d'un détachement de Chaffeurs envoyés par le navire de Trapefnikoff : Maefnik dépêcha trois partis différens ; l'un corn-
pofé de onze hommes, parmi lefquels fe trouvoit Korelin,
ôc commandé par Pierre Tfekaleff; le fécond, du même
nombre, fous Michel Kudyakoff ; ôc le troifîème, de trois
hommes, fous Yephim Kaskytfyn. La divifion de Tfekaleff
eft la feule des trois dont on ait eu des nouvelles; car
aucun homme des deux autres divifions, ni de ceux qui
étoient reftés à bord du navire, n'a revu le Kamtchatka.
Kaskytsin demeura aux environs du havre, ôc les deux
autres détachemens furent envoyés vers la pointe feptentrionale de l'ifle. Kudyakoff s'arrêta à une bourgade, appellee Kalaktak, qui contenoit à-peu-près quarante habitan?, :
Tfekaleff fe rendit dans les alentours du village de Inalok,
fitué à environ trente verftes de Kalaktak : .il y trouva
70 habitans, auxquels il fit un bon accueil ; il conftruifit
une hutte pour lui ôc Ces compagnons, ôc il eut foin d entretenir une garde vigilante.
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74       NOUVELLES  DECOUVERTES
Tout réqui-     Le 4 Décembre , fix hommes de ce détachement ayant
page3excep- ^ env0y^s ^ ]a levée des trappes, il n'en refta que cinq
te   quatre / r r     ' T ^
Rufles. maf- autour de la cabane ; favoir, Pierre Tfekaleff, Etienne
Nawr/lï " Korelin, Démétrius Bragin, Grégoire Shaffyrin , & Ivan
Korovin ; les Infulaires profitèrent de l'occafion pour fe
livrer à des projets d'hoftilité, qu'ils avoient cachés ju£
qu'alors. Tfekaleff & Shaffyrin, étant allés leur fendre une
vifite , le premier reçut brufquement, Ôc Cans aucune provocation , un coup de maffue for la tête, Ôc enfuite plufieurs coups de couteau : Shaffyrin, qui fut attaqué dans
le même inftant, fe défendit avec une hache, ôc, quoique bleffé dangereufement , il fe -fit jour à travers le&
Sauvages ôc Ce traîna auprès de fes Camarades. Bragin ÔC
Korelin, qui fe trouvoient dans la hutte, tirèrent tout de
1 fuite leurs armes-à-feu; Korovin, qui étoit à quelques
diftance de- là , Ce vit environné , ôc fuccomba fous les
coups de l'ennemi ; ils l'aflaflinoient avec des couteaux
& des drrts; mais Korelin, qui vint à fon fecours, ayant
bleffé deux Infulaires ôc difïïpé les autres, le porta à demi-
mort dans la cabane.
lifilii
liilil
Avanrares        Les Naturels environnèrent bientôt la cabane où les
de quatre de Ru{fe& aVoient eu la précaution de faire des cannonieres,
ces Runes. * r
Le fiége dura quatre jours fans interruption ; les Infulaires,,
arrêtés par les armes-à-feu, ne purent l'emporter d'affaut^
mais dès que les Affiégés femontroient* ils étoient affail-
lis d'une grêle de darts ôc de traits , de façon qu'ils ne
pouvoient fortir pour  aller chercher de l'eau. Lorfque
Shaffyrin ÔC Korovin furent revenus de leurs premieres
douleurs, ils s'armèrent de piftolets ôc de lances>& ils
i! entre l'Asie et l'Amérique.   7^
firent une fortie contre les Infulaires ; ils en tuerent'trois,
ils en blefferent plufieurs ôc mirent en fuite le refte. Pendant le fiége, on vit les Sauvages, à peu de diftance delà , apportant des armes ôc des bonnets, qu'ils élevoient
en l'air comme des trophées ; c'étoient les armes ôc les
bonnets des fix hommes envoyés à la levée des trappes,
qu'ils avoient maffacrés.
Dès que les Ruffes eurent remporté cette victoire, ils
mirent leur canot à la mer, ôc fortirent fans être attaqués,
de ia baie, laquelle a dix verftes de largeur. Ils débarquèrent enfuite près d'une petite habitation ; comme il
n'y avoit perfonne , ils traînèrent le bâidar for le rivage,
&, armés de fufils ôc de lances, ils fe rendirent à travers
les montagnes vers Kalaktak, où ils avoient laiffé le détachement de Kudyakoff. En approchant le foir de cette
bourgade, ils tirèrent quelques coups de deffus les hau*
teurs ; mais on ne répondit point à ce lignai; ôc ils conclurent , avec raifon, que ce parti avoit été détruit par
les habitans. Ils échappèrent avec peine à la même deftinée ;
car, au bruit des fufils, des troupes nombreufes d'Infu-
lahes fe mirent à leur pourfuite. Comme la nuitfurvint,
ils trouvèrent moyen de fe fauver à travers la grève
fâblonneufe d'une baie , fur un rocher, où ils fe virent à
l'abri cV en état de fe défendre. Ils firent un Ci bon ufage
de leurs armes-à feu, que la troupe des Sauvages jugea à
propos de fe retirer : dès qu'ils s'en apperçurent, ils profitèrent du moment pour retourner au havre où mouilloit
le navire; ils pafferent la nuit à courir à toutes jambes:
a la pointe du jour, ils n'en étoient plus qu'à trois verftes ;
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76    Nouvelles   découvertes
mais ils apperçurent des pièces du bâtiment qui avoient
été traînées fur la côte ; alarmés par cette découverte ,
ils fe fauverent précipitamment fur les montagnes , d'où ils
virent plufieurs Infulaires qui ramoient dans leurs pirogues.
Ils jugèrent que leur navire étoit détruit ou perdu. Ils fe
cachèrent foigneufement toute la journée, & ils n'oferent
pas retourner au havre avant le foir. En y arrivant , ils
trouvèrent le vaifïeau en pièces, ôc les cadavres de leurs
Compagnons couverts de meurtriffures fur la grève. Après
avoir raffemblé les provifions, auxquelles les Infulaires
n'avoient pas touché, ils fe réfugièrent fur les montagnes.
Le lendemain, ils creuferent une efpèce de jourte au
pied d'une montagne, fituée à. environ trois verftes du
havre , ôc ils la couvrirent avec une voile. Le foir , "ils
retournèrent encore au havre ; ils n'en rapportèrent que
l'image d'un Saint ôc un livre de prières. Les agrêts, les
munitions, Ôc la cargaifon, tout avoit été enlevé, excepté
les facs de provifions de bouche.
Ces sacs étoient de cuir, les Naturels les avoient
fendu , probablement pour voir s'ils ne renfermoient pas
du fer, ôc ils les avoient làiffé comme des chofes inutiles.
Korovin ôc fes Camarades rafîemblerent tous les débris ôc
traînèrent tout ce qu'ils purent dans leur retraite, où ils
pafferent les jours les plus déplorables depuis le 9 Décembre jufqu'au z Février 1764.
Ils employèrent cet intervalle à conftruire un petit
baidar qu'ils couvrirent avec le cuir des facs. Après l'avoir entre l'Asie et l'Amérique,   77
traîné, la nuit, des montagnes à la mer , ils ramèrent,
fans attendre la pointe du jour, le long de la bande fepten-
trionale d!Unalashka, afin d'arriver au bâtiment de Tra-
pefnikoff, qui leur fembloit devoir mouiller quelque
part fur la côte; comme ils prirent un peu le large , ils
panèrent devant trois habitations fans être apperçus. Le
jour fuivant, cinq Infulaires, qui parurenjc à quelque diftance, dans un baidar, les découvrirent ôc Ce rendirent
à Makushinsk, par où les Ruffes dévoient paffer. A la
faveur des ténèbres, ceux-ci débarquèrent fur un rocher
& y demeurèrent toute la nuit. Dès la pointe du jour,'
voyant les Infulaires qui partoient de i& baie de Makuf
hinsk pour s'avancer contr'eux , ils occupèrent un pofte
avantageux ôc Ce préparèrent à fe défendre.
INK
"M»!
Les Sauvages ramoient tout près de la grève. Une
partie ayant débarqué , tandis que l'autre demeura dans
les baidars, commença l'attaque par une volée de dartsj
ôc , malgré les terribles effets des armes^à-feu, l'efcarmou-
che dura toute la journée. Vers le foir, l'ennemi fe retira,
ôc ils s'embarquèrent fur leur canot afin de gagner une
caverne voifine. Le combat recommença la nuit, &
les Ruffes étoient placés fi avantggeufement, qu'ils repouf-
ferent les Aflaillans fans beaucoup de peine. Eragin fut
bleffé légèrement. Us réitèrent trois jours à cet endroit ;
mais une haute marée, amenant les flots fur ce rocher,
les obligea de fe réfugier au fond d'une caverne vdifîne,
où ils arrivèrent heureufement , malgré l'oppofition des
Infulaires.
'"•m
W:
'Mi
M 'ff:N8*f:
e
78      Nouvelles découvertes
Ils furent emprisonnés cinq femaines dans cette
caverne, montant la garde chacun à leur tour. Pendant
cet intervalle, ils oferent à peine s'éloigner de zo verges
de l'entrée; ôc ils furent réduits à étancher leur foif avec
de l'eau de neige ôc des gouttes qui fuintoient du rocher;
ils fouffrirent auffi extrêmement de la faim, n'ayant d'autre nourriture que des coquillages, qu'ils ramaffoient fur
la grève. Lorfque les derniers befoins fe firent fentir, ils
fe hafarderent une nuit à mettre leur baidar à la mer, ôc ils
eurent le bonheur d'échapper fans être découverts.
Us arrivent j   AprÉs avoir ramé toute la nuit, dès les premiers rayons
enfin au Na-   \    • ..    r , r     1       a -i    r   r •   r
vire de Tra- du )om "s fe cachèrent lur la cote : ils le lauverent ainfi
pefnikoff. ^ ja Daje de Makushinsk, qui fait partie de l'ifle d'Unalashka , ôc ils atteignirent le navire de Trapefnikoff le
3 Mars 1764. On verra, dans le Chapitre fuivant, la route
que fit enfuite ce bâtiment, ÔC ce qui lui arriva. Shaffyrin
„ mourut de maladie pendant le voyage; ôc Ces trois Compagnons d'infortune, Korelin , Korovin ôc Bragin (a) retournèrent au Kamtchatka : ces braves gens méritent notre
admiration, pour le courage ôc la confiance avec Iefquels
ils ont fupporté les dangers les plus imminens.
kÉiii'iiél
(_a) Ces Ruifes étoient connus de plufieurs perfonnes dignes de foi,
qui m'ont confirmé ces détails. Le célèbre Naturaliste Pallas , qui vit
Bragin à Yrkutsk, & lui fit raconter fes avantures, m'a affliré qu'il lui
dit tout ce que contient la Relation qu'on vient de lire, laquelle efl: tirée
du Journal de Korelin.   Note de l'Auteur Anglois.
**&#* "«fê
entre l'Asie et l'Amérique.   79
sis^rSkëSJu^
-       CHAPITRE   IX.
Voyage du navire la Trinité7 3 fous le commandement de Korovin.' il fe rend aux Ifles des
Renards j il paffe l'hiver à Unalashka ; il remet
en mer le printemps fuivant ; le Bâtiment
échoue dans une haie de l'ifle cTUmnak y &
l'équipage eft attaqué par les Naturels ; plufieurs Ruffes tués . d'autres meurent de maladie ; ils je trouvent dans une grande détrejfe;
ils font réduits au nombre de ix & foulages par
Glottoff; Defcription ^Umnak & ^Unalashka.
LiE second navire, qui partit du Kamtchatka en 176"2,,    Voyage de
.    , JIT'-'      -i c   ■ '     ■   ' tvtm •  1       Korovin, en
portoit le nom de la Inmte : il fut équipe parNikiphor i7<j2.
Trapefnikoff, Négociant dlYrkutsk; ii montoit 38 Ruffes
ôc fix Kamtchadales.
Ivan Korovin, qui le commandoit, defoendit la rivière   Départ dp
du Kamtchatka, le 15 Septembre , ôc porta en mer le Kamtchatka.
19 : d^s vents contraires l'entraînèrent au large pendant
dix jours. Enfin , le 8 Octobre , il eut vue de l'ifle de '
Bering ôc de celle de Cuivre ; Ôc il mouilla devant la
côte méridionale de la premiere : comme l'hiver appro-
çhoit, il fe décida à y refter jufqu'au printemps. £n con-
H pi
ykjij*
j-:
.p» I
!P
iiii
80    Nouvelles découvertes
féquence, il fit touer le navire  dans un havre sûr , ôc
décharger tout ce qui étoit à bord.
Les Russes y relâchèrent jufqu'au premier Août 1763,
ôc, pendant cet intervalle, ils tuèrent environ 500 renards
arctiques ÔC 2.0 loutres de mer. Les animaux de cette
dernière efpèce arrivent moins fréquemment fur cette lue,
à caufe de la pourfuite qu'en font les Chaffeurs des navires
de commerce.
Korovin , après avoir^raffemblé une quantité foffifante
de provifions, plufieurs peaux de vaches marines, deftinées
à la couverture de fes baidars, ôc des ferrures, relies du
navire de Bering , il fe difpofa à partir. En arrivant à l'ifle
de Bering, l'automne précédent, ijry trouva un bâtiment
équipé par Jacob Protaffoff, Négociant de Tiumen , ôc
commandé par Denys Medvedeff ( a ). Korovin ayant figné
un contrat avec Medvedeff, pour le partage des fourrures,
il prit fur fon bord dix hommes du navire de Protaflofî,
&, en échange, il lui en donna fept des liens.
Le premier Août, Korovin mit à la voile de l'ifle de
Bering , avec 37 hommes, & Medvedeff avec 45» : dans
leur route ils n'apperçurent point les Aleiitiennes. Le r y,
•Arrivée à   Korovin eut vue dlUnalashka , où Glottoff mouilloit ; ôc
Unalashka.  Medvedeff gagna Umnak. Korovin apprit que fon Corn-
Un I
Kl !
(a) Ce navire eft le quatrième qui partit en 17*2.. Comme tout
l'équipage fut maffacré par les Sauvages, il ne refte aucun Journal de
cette expédition. On &t un mot de ce maffacré dans ce Chapitre &les
Mvans.
pagnor*
BSB entre l'Asie et l'Amérique.   81
ipagnon y étoit arrivé fain ôc fauf : quelques Infulaires ÔC
enfuite des lettres confirmèrent cette nouvelle : les navires
de Korovin ôc celui de Medvedeff ne fe trouvoient pas à
plus de 15 o verftes, en les mefurant par une ligne droite
tirée d'une pointe à l'autre à travers le détroit.
Korovin étoit dans une baie sûre, à 60 verges de la
côte. Le 16 , il débarqua à la tête de 14 hommes ; ôc,
n'ayant rien rencontré qu'un hangard vide, il retourna
fur fon bord. Après avoir pris un renfort, il defeendit une
féconde fois afin de voir quelques-uns des Naturels. A environ fept verftes du havre, il atteignit deux habitations
ôc trouva 300 Infulaires raffemblés. Il y avoit, dans cette
troupe, trois Chefs, qui reconnurent ôc accueillirent Bar-
nasheft , natif de Tobolsk , qui avoit déjà relâchédlur cette
Terre, lors de l'expédition deGlottoff; ils montrèrent des
quittances de tribut que leur àvoit expédié, depuis peu,
le Cofaque Sabin Ponomareff. Deux des Chefs donnèrent
chacun en otage un jeune-homme de 1 z ans, qui pafîbit
pour leur fils; & le troifîème livra fon véritable fils, âgé
de 15 ans, qui avoit déjà été confié à Glottoff. Korovin
appella ce troifîème otage du nom d'Alexis. Arrivé for fon
navire , il fe fit touer à l'embouchure d'une riviere, aprqfc
avoir débarqué les provifionà; ÔC tout ce qui éto# à bord.
Les trois Chefs vinrent bientôt voir les otages ; ils informèrent les Ruffes que le bâtiment de Medvedeff mouilloit
tranquillement devant Umnak.
Le i 5 Septembre ; lorfque les préparatifs pour l'hiver-
Korovin ôc Barnasheff s'embar-
L
nage furent commencés
'M'j N
il
iii
W
Sz    Nouvelles découvertes
querent fur deux baidars, chacun avec neuf hommes ôc
un des otages, qui avoit une légère connoiffance de la,
langue Ruffe. Us longèrent la bande nord de l'ifle du
côté de fon extrémité occidentale, afin de efaaffer ôc de
demander des nouvelles d'un Interprête appelle Kashmak^
que Glottoff avoit employé dans fon voyage. Après avoir
fait environ vingt verftes, il paflerent devant un village,
& defcendirent près d'un C&conè^ fitué cinq vecftes plus,
loin : mais le nombre des habitans paroiffant monter à
deux cens, ils n'oferent pas s'avancer jufqu'aux cabanes£
& Us ne s'éloignèrent pas du baidar : alors le Chef de
l'endroit s'approcha d'eux , accompagné de fa femme ôc
de fon fils; il moatra une quittance de tribut, ôc, ayant
livré en otage fon fils, âgé de 15  ans, auquel Korovïft
donna le nom de Stepanka, il reçut un préfent de corail.
Korovin , cotkjnuant fa^&îrte, parvint à un troifîème
village, fitué à enviçpBr'i 5 verftes du premier, & il y
trouva l'Interprète Kashmak : cer Indien le condiiifit vers
deux Chefs, qui accueillirent les Ruffes ôc montrèrent
leurs (quittances de tfibut : on vit parole peu de Naturels ; les Chefs prétendirent que les autres étoient allés
à la pêche. Le lendemain, chacun deux livra un jeune
garçon en otage ;>QiKorôvm donna à l'an de ces otages le
nom de Grégofee, ôc à l'autre c'efufoi'Alexis. Une tempête
vioîëïfte le retînt detiî* $&at$ à cet endroit : pendant cet
intervalle, un Aleutien lui apporta une lettre de Medvedeff, à laquelle il fit réponfe. Le vent s'étant calmé , il
fe rendit aux bourgades voifines, ôc il y paffa deux nuits
fans aucune disante de la   part des Sauvages : enfin U fil
entre l'Asie et l'Amérique.    83
retqufua  fâin ôc fauf fiji? fon  navire,   emmenant Ces
otages.
AU COMMENCEMENT d'O&obre * jl ÇQnfëlAlCk |>OUr l'hi-    Il conftrui
.     .    . * j    fit une ca
ver une grande baraque, avec du pois & des peaux de bane pour
veaux ma&ns; ôc il fe ^çpaB»c4'a*fleurs à'feireides chaffes. 1k#er-
Le 14, deuxiietaehemens, chaerittrd'onze hommes, fureik
envoyés vers la pointe orientale de KIfle ; ils revinrent
quatre jours après avec des otagesi A environ foixante
verftes dti havre, :ilx avoiera: Rencontré zj Ruffes & Dru>
finin à leur tête. A-peu-près dans le même temps, quelques Chefs du pays apportèrent à Korovin un préfent
d'efturgeons ôc d'huile de baleine, ôc on>ieur donna en
retour des grains de verre ôc quelques comefliblesu |
- Korovin croyant nîavoir pliis à craindre d'hoftitièés de la
part des Naturels, détacha, fous le commandement de
iBarnasheff, en deux baickscs, z 3 hommes qui allèrent à la
chaffe du côté de la pointe occidentale de l'ifle : l^s
sbaidars poecèient'cfeize fufils , un piftolet & Une iance
pour chaque homme, & une quantit&JSffrifante de munitions ôc de provifions. Le lendemauB^fhreçut deux Meilà-
gers de Barnasheff & des lettres du navire de Protaifoff.
Du 9 Novembre au 8 Décembre, les Ruffes, qui demeurèrent à bord, tuèrent 48 renards de coulettÉ feuve,'
& 117 de l'espèce commune : & ils perdirent un de Ieûës
Camarades dans lêâ expéditions. Les Naturels vtertebt de
temps en temps en baidats, échanger des loutres de mer
Se des peaux de renards contre du corail. Le 8 Décembre , Korovin reçut des lettres de Barnasheff ôc du bât$-
m
ii 1
M
HîtHiiwi Iii
p
W\
84     Nouvelles découvertes
ment de Protaffoff, & il répondîif par les mêmes Mef-
fagers.
Après le départ des Meflàgers, la mere d'Alexis, envoyée par le Chef, fon mari, vint dire qu'un nombre
confiderable d'Infulaires s'avançoit du côté du navire.
Korovin ordonna alors à fes gens de prendre les armes ;
ôc bientôt foixante-dix Naturels s'approchèrent en élevant
dans les airs des peaux de loutres marines. Les Rufïes leur
crièrent de ne pas paffer plus de 4jx à-la-fois le ruifleau
qui étoit autour de leur baraque ; fur quoi les Indiens
laifîant leurs peaux à Korovin , s'en retournèrent fans fe
livrer à aucune hoftilité. La crainte des Ruffes étoit un
peu calmée; mais elle Ce ranima à l'arrivée de trois Kamtchadales du navire de Kulkofï, qui venoient réclamer leur
protection. Ils apportèrent la fâcheufe nouvelle que leurs
Camarades avoient été tués par les Sauvages, ôc le navire
détruit. Il parut certain que les foixante-dix, dont on a
parlé tout-fjrj'heute, étoient venus dans de mauvais deC-
é§W& Cet accident répandit une fi grande frayeur parmi
l'équipage, que plufieurs Matelots propoferent de brûler
le navire, ôc de chercher à découvrir leurs Compagnons,,
qui étoient  allés à la chaffe.
Les Ruffes La journée s'étoit paffée fans combattre ; mais for le
par k^Natu- ^*0'r ^u l ° Décembre, les Sauvages fe réunirent en corps
nombreux , & invertirent la baraque de toutes parts y
pendant quatre jours ôc quatre nuits, ils ne ceiferent point
de lancer des darts qui tuèrent deux hommes ; le refte
des Affiégés étoit prefque épuifé de fatigues. Le cinquième
rels. entre l'Asie et l'Amérique.     8^
jour, les Infulaires prirent pofte dans une caverne voi-
fine, d'où ils firent une garde fi vigilante, qu'aucun des
Ruffes n'ofa s'éloigner à 50 pas. Korovin, fort embarraflé,
ordonna de détruire la baraque ; il fe retira enfuite fur
fon navire, &, pour plus de sûreté , il le conduifit de
l'embouchure du ruifîeau à environ cinquante verges de
la grève. Il y refta mouillé du 5 Mars au z6 Avril, &, '
durant cet intervalle, il fouffrit beaucoup de la famine
& particulièrement du fcorbut.
Il y fut même attaque par les Naturels, qui s'avancèrent fur quarante canots, dans l'efpérance de furpren-
dre le navire. Comme il avoit été averti par un des Indiens
qui étoit parent de l'Interprète Kashmak, il s'ëtoit donc
préparé à les recevoir : les Sauvages s'approchèrent en
brandifîant leurs darts ôc commençant le combat; mais,
dès qu'ils virent le feu des Ruffes tuer un homme, ils
furent frappés de terreur ôc ramèrent au large. Ce mauvais Cuccès les irrita tellement qu'ils mafïaererent for-Ie-
champ les deux Indiens qui les avoient trahi. Bientôt
après, le père d'Alexis vint redemander fon fils, & on le
lui rendit. Le 50 Mars, Korelin ôc Ces trois Compagnons,
dont on a parlé dans le Chapitre précèdent, arriérent;
ce qui fit monter à dJXrhuit le nombre des Ruffes.
Le 16 Avril,Korovin partit d'Unalashka, emmenant   T      .   .
r -LU', • I* navire de
onze otages; ion navire, ballotte par les vents contraires    Korovin
jufqu'au z8, échoua dans une baie de l'ifle d'Umnak. Il tt-fumn^f"
fauva, avec beaucoup-de peine, fes munitions, fes voiles,
&: les peaux deftinées à la construction des baidars. Peï$- L*-
il
$ï    Nouvelles découvertes
dant le débarquement, un des malades fe noya; un autre
mourut, dès qu'il fut à terre ; ôc huit des otages profitèrent de la confufion générale pour s'enfuir. Il reftoit à
Korovin le fidèle Kashmak, fon Interprète, ôc -*rois otages ;
tout fon monde étoit réduit à quinze perfonnes, ôc même
il y en avoit trois de-malades du fcorbut ; iife réfugia,
avec fes Compagnons d'infortune, entre un canot ôc quelques futailles vuides, qu'il couvrit de peaux de veau marin ; il étendit fes voiles pardeffus en forme de tente.
Deux hommes firent fentinelle, & comme rien n'anrionçoit
$i\twrée des Infulaires, les autres fe mirent à dormir.,
« i
iH>
IIP
Les Ruffes    ..Avant la pointe du jour, cent Sauvages s'avancèrent
courent rif-   -     v jljji „ /    \  j
que d'être  •iecretement des bords delà mer; ôc, arrives a deux verges
tous maffa- ^ diftance , lancèrent leurs darts avec  tarit de force,
cres.
que plufieurs percèrent le canot ôc les peaux, ôc d autres
fe lisent jour par en-haut à travers les voiles. Cette premiere décharge tua les deux fentinelles, les trois otages,
ôc blefîà^tous les Ruffes. L'attaque fut fi brufque & fi imprévue , que Korovin ôc fes gens n'eurent pas le temps
de recourir à leurs armes-à-feu ; quoique blefïé > il fis une
rfortie à la tète de quatre hommes qui perdoient leur fang
comme lui, ôc il fonldit fur l'ennemi à coup de lances;
Les Sauvages il tua deux Sauvages ôc mit les autres en fuite ; mais, ayant
reçu de nouvelles bleflures , ainfi que fes braves Camarades, il leur reftoit à peine affezde force pour fe traîner
à la tente.
La nuit, il forvint une tempête, qui mit le navire en
pièces. Prefque tous les débris que les flots jetèrent fur entre l'Asie et l'Amérique.     87
la côte, furent emportés par les Infulaires, qui d'ailleurs
vuiderent les facs de provifion, ôc détruifirent les barils
de graifle ÔC la plupart des fourrures. L'ennemi ne reparut
pas avant le 30 Avril. Korovin raflëmbla les miférables
tsQés qu'avoient laiffé les Sauvages , & que les Vogues
apportèrent fur le rivage depuis leur départ.
Le 30 Avril, cent cinquante Naturels s'avancèrent de
la pointe orientale de l'ifle vers la tente ; ils tirèrent fur
les Ruffes avec des armes-à-feu , à la diftance de cent
verges: heureufement que'leur décharge ne fit point de
mal. Ils incendièrent aufli l'fegrbe des champs, ôc le vent
porta les flammes contre la tente; Korovin ôc Ces gens,
plus intrépides ôc plus adroits , forcèrent l'ennemi à fe
retirer, ôc ils eurent le temps d'éteindre l'incendie.
Les MAL&piES Ôc la néceffité retinrent Korovin dans
cet endroit jufqu'au z 1 Juillet ; mais ce fut la dernière
attaque. A cette époque, il fe mit en mer for un baidar
long de huit verges ( a ), qu'il avoit conftruit dans le
deffein de fe rendre au navire de ProtafToff, dont il ne
favoit pas encore la deftinée : fon monde étoit alors réduit à douze perfonnes , parmi lefquelles il y avoit fix
Kamgcliadales.
Après avoir ramé dix jours, il débarqua fur la grève   les Ruffes
de la même Ifle d'Umnak ; il y apperçut les débris d'un SSedef".
taffoff, &
' —■ — ■ - ■ trouvent l'é
quipage maf-
I (a) Les fept neuvièmes de Taune de Taris , font la verge d'An- "cr<^
gleterrc. L'aune de Paris contient 3 pieds 7 pouces s lignes.
ÏVk%
m 88    Nouvelles découvertes
navire brûlé ; des vêtemens, des voiles ôc des cordages mis
en pièces. Il trouva à peu de diftance une baraque vide,
qui avoit fervi à Ces Compatriotes, ôc dans les environs
une chambre de bain, où iJ eut la douleur devoir vingt
Ruffes encore revêtus de leurs habits. Chacun d'eux avoit
autour du col une lanière de cuir, ou une ceinture, avec
lefquels on l'avoit étranglé ôc traîné à cet endroit ; c'étoient
des hommes de l'équipage du navire de Protaffoff, ôc parmi
ces cadavres il y avoit celui du Commandant Medvedeff.
Il ne découvrit aucun vertige de leurs Camarades, ôc
comme on n'en a jamais revu un feul, on ignore les détails de cette déplorable cataftrophe.
L'arrivée de     Apres avoir enterré les vingt cadavres, Korovin tra-
Glottoft iau- vaj|]a à la conftru6tion  d'une baraque ;   elle n'étoit pas
ve enfin Ko- ... *■
rovin & fes encore achevée , lorfqu'il vit Etienne Glottoff (a) qui
gnons?" arrivoit par terre à la tête d'un petit détachement. Glottoff
l'amena le lendemain fur fon bord, ainfi que Ces Compagnons.
Korovin fut enfuite chargé, avec vingt hommes,
de côtoyer l'ifle d'Umnak , ôc d'examiner Ci une partie
de l'équipage de Medvedeff avoit échappé au maflacre
général; mais il ne découvrit rien. Pendant cette expédition , comme il étoit à l'ancre devant une petite Ifle
entre Umnak ôc Unalashka, quelques Sauvages s'avancèrent contre lui, fur deux grands canots ; mais ils fe
retirèrent dès que les Ruffes eurent fait feu. Le même
(g) Voye\ le Chapitre fuivant.
fait entre l'Asie '-et l'Amérique.   89
foir il entra dans une baie de l'ifle d'Umnak, afin de paffer
la nuit à terre. Ccmime il s'approchoit du rivage , une
multitude de Sauvages montés fur environ cent canots,
l'environnèrent en lançant une volée de darts ; Korovin
les ayant bientôt difpetfé à coups de fufil, il marcha vers
un gros canot, qu'il voyoit à quelque diftance, comptant
y trouver quelques-uns de fes Camarades; il fe trompoit;
les Infulaires, qui étoient for cette embarcation , dépendirent à terre ôc Ce retirèrent dans les montagnes, après
avoir tiré des armes-à-feu.
Korovin cependant trouva un canot vide , qu'il reconnut pour celui dans lequel Barnasheff s'étoit embarqué
en allant à la chaffe. Il n'y avoit que deux haches , ôc
des pointes de fer taillées en forme de darts ; il faifît trois
femmes, ôc mafïacra deux Naturels qui refuferent de Ce
rendre. Il arriva enfuite à une habitation déferte, ôc il y
trouva des morceaux de cuir de Rufïie, des lames de petits
couteaux , des chemifçs ôc d'autres cjaofes qui avoient
appartenu à des Ruffes. Il ne put rien apprendre des
femmes qu'il détenoit prifonnieres, finon que l'équipage
. avoit été tué , ôc que le butin avoit été enlevé par les
habitans du pays, qui s'étoient retirés à l'ifle d'Unalashka.
Korovin remit en liberté ces Indiennes, ôc retourna au
havre de peur d'eifuyer de nouvelles attaques.
A l'approche de l'hiver, Korovin, à-la tête de vingt-
deux hommes, fit une expédition de chaffe à la pointe
occidentale di Unalashka; il étoit accompagné d'un Interprête Aleutien, nommé Ivan Glottoff. Apprenant des
M
■IP#
W:
mm ço    Nouvelles  découvertes
Infulaires qu'un Bâtiment RufjÇa, commandé par Ivan
Solovioff (a) mouilloit devant Unalashka, ii Ce renqjft-
tout de fuite au havre, où fe trouvoient fes Compatriotes.
Pendant fa route, il eut une efcarmouche très-vive, avec
les Naturels, qui voulurent l'empêcher de débarquer; it
en tua dix ; le refte pit la fuite, Ja-$ant parderriere des
femmes ôc des enfans.
Korovin paffa trois jours à bord du navire de Solovioff, ôc retourna à l'endroit où on l'avoit attaqué la
dernière fois : les Naturels ne s'oppofêrent plus à fa def-
cente ; ils le reçurent au contraire d'une manière amicale,
ôc lui permirent de chaffer ; ils lui livrèrent même des
otages, ôc échangèrent paifiblement des fourrures contre
des grains de verre ; ils fe déterminèrent aufîi à rendre des
fufils ôc d'autres chofes enlevées aux Ruffes qui ayoient
été maffacrés.
Peu de temps avant fon départ, les habitans du pays
recefàï#iëncerent les hoftilités ; trois d'entr'eux fondirent
brufquemeMî'fur une Sentinelle Ruffe à coups de couteaux:
la Sentinelle parvint à fe dégager, ôc ils fe retirèrent dès
qu'ils la virent prendre le chemin de la baraque. Les
Chefs du village protefterent qu'ils n'avoient aucune con-
noiflance de cet attentat : les coupables furent bientôt
après découverts ôc punis. Lorfque Korovin s'en retour-
noit auprès de Glottoff, il fut obligé de fe battre contre des Infulaires à?Unalashka, ôc une féconde fois contre
(a) Voyei le Chapitre XI. <îf
ENTRE   lAsIE  ET  l'AmÉRIQUE.     QI
des Naturels dl Umnak, qui s'oppoferent à fon débarquement;- Sur la fin de l'aïtëîée , un coup de vent jeta le
baidar fur la preve de la deïniere Ifle ; ôc la faifon des
orages étant furvenue, ii fut retenu dans ce parage juf-
jqu'au 6 Avril 1765. Durant cet intervalle, il fi* réduit,
•aàbfi que fes Compagnons, à fe nourrir de varech ôc de
petits coquiftàgès. Lezz, il arriva auprès de Glottoff; ôc
la dbàffe n'ayant pas été heurétèfe , il rapporta peu de
fourrures. Trois jours après, il-quitta Glottoff; ôc, accompagné de cinq Jlttffes, U alla trouver Solovioff, avec lequel il retourna, l'amasée fuivanife, au Kamtchatka. Les fix
Kamtchadales du détachement de Korovin amyerent dans
leurtipays C&ê le navire de tHottoff.
Suivant le Journal de korovin, les Ifles d'Umnak ÔC    Remarques
d'Unalashka , ne font guères plus au Nord que l'em- j? J$oroV1
,  . & r ^ furUmnak &
bouehure de la Riviere du Kamtchatka ; ôc, d'après l'eftime Unalashka.
du vaifïèaU , elles en font éloignées de 1700 verftes à
l'Eft. La ciïoonférence de la premiétïc)tèft$eriviron 150
verftes. La féconde eft beaucoup plus grande. EHfes màf|
queht d5t?rbres toutes les deuxVJCûSrts ^Tner y jette une
quantité cohwdétable de bois flottans. Il y a cinq lacs fur
la côte feptentflbnale d'Unalashka ,& un feul à Umnak:
aucun de ces lacs n'excède dii'verftes de tour;' as donnèrfi
naiffance à plufieurs petits ruifteaux, qui courerjrt^'èfpace
de peu -de verftes, aforit ctef"fe jeter dàUs la mer. Le
poiffon entre dans ces ruiffeaux en Avril, monte dans
les lacs en guillet ôc y demeure jufqu'au mois d'Août. Les
loutres ôc les autres animaux marinsntiéquentent rarement
ces Ifles, mais il y a une multitude de renards roux ôc
Mij I
& I
mm
fm
II
!ilj!lill'l
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:
III ; a
Remarques
fur les Habitans.
01    Nouvelles découvertes
noirs. Au Nord-Eft d'Unalashka, on apperçoit deux Ifles
de cinq à dix verftes de diftance; mais Korovin ne toucha point fur ces dernières Terres.
Les habitans de ces Ifles fe rendent d'une Terre à
l'autre fur leurs petits baidars; la population paroît fi confiderable, ôc leur vie fi errante, qu'on ne peut'pas exactement en déterminer le nombre. Voici la manière dont ils
conftruifent leurs jourtes , qui ne font pas toutes de la
même grandeur. Ils creufent d'abord un trou en terre de
zo , 30 ou 40 verges de longueur , ôc de 6 à 10 de
large. Ils établiffent enfuite au bord des perches de bouleau , de fapin ôc de frêne, jetés fur la côte par les flots :
fur le haut de ces perches, ils pofent en travers des planches qu'ils couvrent d'herbages ôc de terre : ils laiffent au
fommet des trous par lefquels ils defcendent au moyen
d'une échelle. Cinquante, foixante ôc même cent cinquante
perfonnes demeurent enfemble dans une de ces jourtes.
Us n'y allument point de feu , ou du moins ils en allument un très-petit ; ce qui rend ces habitations plus propres que celles cfâ; Kamtchadales. L'hiver, lorfqu'ils veulent fe chauffer, ils brûlent des herbes feches , dont ils
font provifion l'été, ôc ils s'accroupifient autour. Un petit
nombre de ces Infulaires portent des fourrures autour de
leurs jambes, quand le froid eft rigoureux ; mais la plupart
vont nuds pieds, ôc aucun d'eux ne porte de culottes.
Les peaux des cormorans ôc des plongeons de mer fervent de vêtemens aux hommes; ôc ceux des femmes font
de peaux d'ours, de veaux ôc de loutres de mer. Ils
couchent fur des nattes épaiffes, faites d'une herbe très-
II
111H entre l'Asie et l'Amérique.   03
molle, qui croit près de la côte ; la nuit, ils n'ont d'autre couverture que leurs vêtemens ordinaires. Plufieurs
hommes ont cinq ou fix femmes, Ôc celui qui eft le meilleur chaffeur ôc le pêcheur le plus adroit, en a davantage. Les aiguilles des femmes font faites avec les os de
l'aile des oifeaux , ôc les nerfs des mêmes oifeaux leur
fervent de fil.
Ils ont pour armes des arcs ôc des traits, des lances
& des darts, qu'ils jetent comme les Groè'nlandois, à la
diftance de 60 verges, au moyen d'une petite machine ;
les darts ôc les traits font empennés ; la longueur des premiers eft d'environ une aune ôc demie (a). Le trait, qui
eft bien fait, vu leur manque d'inftrumens, eft fouvent
compofé de deux pièces; la pointe eft un caillou qu'ils
aiguifent en le frottant entre deux pierres. Les darts, ainfi
que les lances, étoient autrefois armés d'os ; mais, aujourd'hui, ils le font communément de fer; car ils fâvent
travailler le fer qu'ils tirent des Ruffes, ôc ils en font de
petites haches ôc des couteaux à deux tranchans ; ils
donnent à ce métal la forme qui leur convient, en le
frottant contre deux pierres & l'humectant fouvent de
l'eau de mer. Ces inftrumens ôc les haches de pierre font
tous leurs outils. C'eft parmi eux un ufage univerfel de
fe faire des trous à la lèvre inférieure & au cartilage du
nez : ils placent dans la lèvre deux petits os en forme de
dent qui fe projetent  à quelques pouces en avant du
(a) Entre quatre & cinq pieds.
"if
ii'-nfi!
S i
04    Nouvelles découvertes
vifage, ôc dans leur nez un os en travers. Us enterrent les
sports avec leurs canots, leurs armes ôc leurs vêtemens^a ).
( a ) Quelques-uns de ces détails font une répétition de ce qu'on a
déjà dit plus haut j mais le plan de cet Ouvrage nous y oblige, pour
ne rien -oublier des remarques des différens Navigateurs : d'ailleurs tous
les Voyageurs n'abordant pas au même canton d'une Iflëvil elt à propos de rapporter leurs remarques fur les Infulaires qu'ils ont vus. ENTRE   L
As
IE   ET L
Ame
«&
^^sf^/^àèk
ERIÇÎUE.      ^|î
W   CHAPITRE   X.
Voyage d'Etienne Glottoff; il arrivé aux Ifles
des Renards ; il va au-delà ^/'Unalashka jufqu'à
Kadyak ; il paffe l'hiver fur cette Ifle ; les Naturels effayent à différentes reprifes de tuer
l'équipage ; ilswfont repouf]es ; ils fe réconcilient . & ils commercent avec les Ruffes ;
Defcription de Kadyak ; Remarques fur fes
Habitans, [es animaux, fes productions ; Glottoff retourne à Umnak; il y paffe un fécond
hiver ; fon retour au Kamtchatka 5 Journal de
fon Voyage.
CjE Voyage  mémorable s'étendit plus loin, ÔC Ce ter-    Voyage de
mina plus heureufement que les expéditions précédentes,    r André '^
Natalie, en
Tsebaeffskoy ôc d'autres Négocians de Lalsk ayant
équipé Y André ô Natalie , ils en donnèrent le commandement à Etienne Glottoff, Marin habile ôc expérimenté,
natif d'Yarensk. Ce navire partit de la baie de la riviere
du Kamtchatka., le premier Octobre \j6z, avec un équipage de 38 Ruffes ôc de huit Kamtchadales : en huit jours
il atteignit Mednoi oftroff ou l'ifle de Cuivre. Après avoir
cherché un havre convenable", Glottoff fit décharger le ItHII
m
m
m
96    Nouvelles   découvertes
il hiverne  bâtiment & fe prépara à y paffer l'hiver. Son premier
â l'ifle deCui*
vre. foin fut de fe fournir de provifions ; il tua enfuite une
grande quantité de renards bleus & de loutres de mer.
Il se décida à prendre à bord routes les ferrures, ô£
les agrêts qui reftoient du navire de Bering, fur l'ifle de
ce nom ; il fe propofoit d'en faire ufage au befoin, ou de
les remettre dans les Arfenaux de la Couronne. Diaprés
cette réfolution, il envoya, le zj Mai, Jacob Malevinskoi,
( qui mourut enfuite ) à la tête de 13 hommes , fur cette
Ifle, éloignée de 70 verftes de celle de Cuivre; ce détachement rapporta vingt-deux ppudes de fer, dix de
vieux cordages encore bons pour du fil de caret, du
plomb ôc du cuivre, ôc plufieurs milliers de grains de
verre.
L'Isle de Cuivre, comme on l'a déjà dit, tire fon nom
du cuivre natif qu'on trouve fur la côte, fur - tout à la
pointe oueft de la bande méridionale. Malevinskoi recueillit,
entre ce rocher & la mer, fur une grève d'environ douze
verges de large , deux gros morceaux de ce metal , du
poids de douze livres. Parmi les corps que les flots apportent fur le rivage, on rencontre quelquefois le véritable
bois de camphre, & un autre efpèce de bois très-blanc^
tendre & d'un parfum agréable.
Glottoff fe     Glottoff fe voyant en état de continuer fon vpyage \
>   rendauxlfles •«       1     \%1(\      s     r>   • 1        , T  -,i c'
des Renards, appareilla, de lille  de Cuivre , le 16 Juillet 1763 , ôc
cingla du côté des Ifles d'Umnak ôc dfAgunalashka , où
il avoit  trouvé autrefois un grand nombre de renards
Hoirs. Comme il çut des tempêtes & des vents contraires,
il n'arriva entre l'Asie et l'Amérique.    97
il n'arriva à Umnak qu'après cinquante jours de navigation. On étoit au 2.4 d'Août ; ôc, fans mouiller &L fans
perdre de temps, il continua fa route , afin de découvrir
de nouvelles Terres; il en dépaffa huit Contigues l'une à
l'autre &'féparées par des détroits qui, d'après fon eftime,
lui parurent avoir de 10 à 100 verftes de large : il ne débarqua cependant pas avant d'arriver à la dernière ôc la
plus orientale. Les Naturels lui donnent le nom de Kadyak; Jaff^* *
ôc ils difent qu'elle n'eft pas éloignée d'un vafte continent couvert de bois. Cependant les Ruffes n'apperçurent
aucune Terre depuis une petite Ifle , appellee Aktunak
par les Naturels , laquelle gît environ 30 verftes plus à
l'Eft que Kadyak.
P
1ÊK/&
WL
Le 4 Septembre, le navire remonta une crique, qui eft
au Sud - Eft d'Aktunak, ôc à travers laquelle un ruiffeau
fe décharge dans la mer. Ce ruiffeau vient d'un lac long
de fix verftes, large d'une, ôc où la fonde donne environ
5 o braffes. Le reflux laiflà le bâtiment à fee, mais le
flux le remit en mer : il y avoit, près de la côte, quatre
grandes jourtes, fi remplies d'Infulaires, qu'il n'y eut pas
moyen de les compter : tous ces Naturels abandonnèrent
bientôt leur demeure ôc s'enfuirent avec précipitation. Le
lendemain, quelques-uns d'entr'eux approchèrent du navire
en baidars, ôc effayerent de parler aux Ruffes : voyant
que Glottoff ni l'Interprète Aleùtien n'entendoient pas
leur langage, ils allèrent chercher un petit garçon qu'ils
avoient jadis fait prifonnier fur Ifanak , lune des Ifles
fituées à l'Occident de Kadyak. L'Interprète Aleiitien
entendit parfaitement celui - ci, ôc  les Ruffes obtinrent
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ii
98    Nouvelles découvertes
ainfi  tous les éclairciflemens  qu'ils pouvoicnt  defirer.
En conversant avec les Sauvages ', ils effayerent de
leur perfoader de fe rendre tributaires ; ils employèrent
jrBœlleurs toutes les raifons poffibles, pour les engagera
livrer à Glottoff, en qualité d'Interprète, le jeune homme
de l'ifle dllfanak, dont j'ai parlé tout-à-l'heure ; mais
leurs prières furent très - inutiles pour le moment. Les
Naturels retournèrent fur leurs canots au rocher, appelle
Aktalin , qui ^gît à environ trois verftes au Sud de Kor
dyak, ôc ou ils fembloient avoir leurs habitations.
Le 6 Septembre , Kaplin fut envoyé fur ce rocher à
la tête de 13 hommes, afin de traiter avec les Infulaires.
Il y trouva dix huttes , d'où il vit fortir environ cent
Naturels, qui fe comportèrent d'une manière amicale en
apparence , ôc répondirent à l'Interprète des Ruffes, par
f entremife du jeune homme, qu'ils n'avoient perfonnc de
propre à être remis en otage ; mais qu'ils livreroicnt le
jeune homme, puifque Glottoff le defiroit. Kaplin le
reçut, & après les avoir beaucoup remercié, il l'amena
a bord, où l'on en prit un grand foin; il fut enfuite conduit au Kamtchatka ôc baptifé fous le nom d'Alexandre
Popoff. Il avoit alors 13 ans. Quelques jours après cette
conférence, les Infulaires arrivèrent en troupes de 5, 10
20 & 30. On leur permit, de monter à bord, mais en
petit nombre à-la-fois, ôc on les accueillit bien, toujours
en les Surveillant.
Le 8 Septembre , le navire remonta la crique plus haut
fans décharger fa cargaifon ; ôc le 9, Glottoff, à la tête
_J entre l'Asie et l'Amérique.   99
de dix hommes, fe rendit à un village neuf, fitué fur la
côte à environ zoo verges du bâtiment, où les Naturels
commençoient à demeurer. Il étoit compofé de trois jourtes d'été, couvertes feulement d'une herbe longue : ces
habitations avoient de huit à dix verges de large, douze
de long ôc à'peu-près quatre de hauteur; ils y virent une
centaine d'hommes fans femmes ni enfàns.
Comme il étoit impofïibîe de perfuader aux Naturels
de livrer des otages, Glottoff réfolut de ne pas divifer fon.
, monde, ôc d'entretenir une forte garde.
Les Insulaires continuoient à venir voir les Ruffes  Les Naturels
, .,.,.,    attaquent les
en petites troupes; mais on s-appercevoit chaque jour qu us Ruffes & font
avoient de mauvaifes intentions : enfin, le premier Octobre, défaits.
à la pointe du jour, une troupe confiderable s'étant affem>
blée dans les parties éloignées de l'ifle, traverfa brufque-
ment le pays. Ils s'approchèrent très-près, fans être découverts par les fentinelles, ôc ne voyant fur le, pont que
ceux qui étoient en faction , ils lancèrent une grêle de
traits ; les fentinelles fe cachèrent derrière les cordages ôc
donnèrent l'alarme fans lâcher leur feu. Glottoff fit tirer
une volée de petites armes pardeffus les têtes des Infulaires,
qui, au bruit de l'explofion, fe retirèrent en hâte. Dès
qu'il fut grand jour , on ne vit plus l'ennemi ; mais on
découvrit des échelles, des amas de foin dans lefquels les
Naturels avoient mis du foufre, ôc une affez grande quantité d'écorces de bouleau, qu'ils avoient abandonné au
moment de leur fuite.
Glottoff fentit alors qu'il ne devoit pas ceffer un
Nij ill
J.
Emm
ioo   Nouvel les dec ouvertes
inftant de fe tenir fiir fes gardes contre les entreprifes de
ces Incendiaires ; la conduite poftérieure des Naturels
accrut fes foupçons ; quoiqu'ils vinrent au navire en
petites troupes, ils examinoient tout avec attention , ôc
fur-tout les fentinelles, ôc ils s'en retournoient toujours
fans aucun égard pour les propofitions amicales des Ruffes.
Le 4 Octobre, on apperçut environ zoo Infulaires,
qui portoient devant eux des boucliers de bois, ôc qui
préparoient leurs armes ôc leurs traits pour une attaque.
Glottoff employa d'abord la perfuafion afin de les détourner de leur projet ; mais, voyant qu'ils s'avançoient
de plus en plus, il réfolut de hafarder une fortie : cette
intrépidité les déconcerta, & ils fe retirèrent fot-le-champ
fans faire la moindre réfiftance.
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P II!
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il
Le 2,6 Octobre, ils exécutèrent une troifîème attaque :
les fentinelles les voyant s'approcher du navire au lever
de l'aurore, donnèrent l'alarme à temps, & tout l'équipage courut aux armes. A mefore que la lumière du jour
augmentoit, on apperçut différens détaçhemens, qui s'avançoient derrière des remparts de bois. On compta fept
de ces remparts mouvans, ôc derrière chacun trente ou
quarante hommes armés. Outre cette avant-garde , une
foule d'autres Infulaires armés venoir prendre part au
combat : les uns portoient des mâchoires de baleine, ôc
les autres des boucliers de bois. Comme les traits com-
mençoient à tomber à bord du navire , ôc que les remontrances de Glottoff étoient inutiles, il ordonna de
faire feu. Les -balles des fufils n'ayant pas affez de force
|te entre l'Asie et l'Amérique,  ioi
pour percer les remparts, & les Naturels continuant à Défaite des
s'approcher, fans s'émouvoir, il fit une fortie à la tête de Nature.s.
fon équipage armé de fufils ôc de lances. A l'inftant les
Sauvages laifferent tomber leurs remparts, s'enfuirent avec
précipitation auprès de leurs canots , où ils fe jetèrent
pèle - mêle , ôc gagnèrent le large. Ils avoient dix - fept
grands baidars ôc un affez bon nombre de petits. Les
remparts mobiles qu'ils abandonnèrent étoient trois rangs
de pieux placés perpendiculairement ôc joints enfemble
avec de l'algue ôc de l'ofier ; ils avoient douze pieds de
large ôc plus d'une demi-verge d'épaiffeur.
Les Naturels paroiflant affez intimidés, les Ruffes    Les Ruffes
S n, a • , " -p, • j      l       paffent   l'hi-
commencerent a bâtir une baraque d hiver, avec des bois ver a Kadyak.
flottans ; ils eurent la précaution de ne pas trop fe féparer,
ôc ils attendirent ainfi la belle faifon, fans être attaqués
de nouveau. Ils ne virent perfonne avant le zj Décembre; Glottoff, qui tenoit toujours fon monde réuni, en-
voyoit feulement de petits détachemens à la chaffe ôc à
la pêche fur le lac fitué à environ cinq verftes de la
crique. Ce lac lui fournit, pendant tout l'hiver, différentes
efpèces de truites ôc de faumons, de foies & de harengs,
d'une palme ôc demie de long, ôc même du turbot ôc de
la morue, qui remontoient avec la marée.
Enfin , le z 5, deux Infulaires arrivèrent près du navire,
ôc converferent de loin par l'entremife des Interprêtes.
On leur fit des propositions de paix ôc de commerce,
avec toutes les démonftrations poffibles d'amitié \ mais ils
s'en allèrent fans montrer beaucoup de confiance dans ces
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102      INOUVELLES DECOUVERTES
offres ; ôc on n'en vit reparoître aucun avant le 4 Avril
1764. L'équipage nefaifant pas affez d'exercice, fut attaqué du fcorbut, ôc cette maladie emporta neuf hommes.
Les Naturels Le 4 Avril , quatre Naturels fe rendirent auprès des
le reconci-^ Rufl-es ^ gg écoutèrent avec plus de docilité les propofi-
Ruffes. tions qu'on leur fit; enfin l'un d'eux s'appfodtaa, & offrit
d'échanger deux peaux de renards contre des verroteries.
Ils ne mettaient pas le moindre prix aux autres mar-
chandifes ; ils ne vouloient ni chemifes, ni toiles , ni
nankins, ils préféroient à tout, les grains de verre de différentes couleurs, ôc, quand on leur en donnoit,ils cédoient
volontiers leurs fourrures. Ces échanges, ôc les prières
affectueufes de Glottoff, furent d'un Ci grand effet, qu'après avoir délibéré avec leurs Compatriotes, ils revinrent
déclarer, d'une manière folemnelle, qu'ils ne commettroient
plus à l'avenir d'hoftilités. Depuis cette époque, jufqu'au
départ du navire , il y eut un commerce régulier entre
l'équipage ôc les Naturels, qui apportoient des peaux de
renards & des loutres marines, & qui recevoient en retour
un nombre ftipulé de grains de verre. On vint même à
bout de perfuader à quelques-uns d'entr'eux de payer le
tribut, ôc on leur expédia des quittances.
Entr'autres choses les Ruffes fe procurèrent deux
petits tapis travaillés d'une manière curieufe. Les poils de
caftor étoient fi bien arrangés qu'ils formoient un velouté
agréable : Glottoff ne put pas favoir s'ils avoient été réellement faits par les Infulaires. Ils, apportèrent aufîî des
peaux de loutres marines bien apprêtées; ils avoient coupé entre l'Asie et l'Amérique.   103
le poil très-près avec des pierres aiguës; la fourrure étoit
d'un brun jaunâtre, ôc avoit le poli moelleux du velours.
Leurs bonnets étoient décorés d'une façon finguliere, ôc
quelquefois très-belle : plufieurs portoient fur le front des
peignes ornés de crins, pareils à nos cafques; d'autres, ôc
fur-tout les femmes, en portoient d'inteftins coufus enfem-
ble avec des poils ôc des nerfs de renne , & relevés au
fommet par de longues touffes de cheveux d'un rouge
éclatant ; cette parure avoit une forte d'élégance. Glottoff rapporta au Kamtchatka des échantillons de ces
ouvrages ( a ).
Les Naturels différent beaucoup des autres habitans
des Ifles des Renards, en ce qui regarde le vêtement ôc
le langage ; on trouve à Kadyak plufieurs efpèces d'ani- Animaux de
maux, qu'on ne rencontre pas fur les autres Terres; tels g^dyak.
que l'hermine, la zibeline, le caftor, la loutre de riviere »
le loup, le fanglier ôc l'ours. Les Ruffes n'ont pas réellement vu ce dernier quadrupède , mais ils ont reconnu
l'empreinte de Ces pieds. Quelques-uns des habitans avoient
des habits de peaux de renne ôc de jévras : le Jévras
eft une efpèce de marmofe? Ces peaux venoient probablement du continent dl Amérique (b). Il y a une mulr
( a ) Ces Ouvrages & plufieurs autres pareils, fe confervent an
Cabinet de Curiofités de l'Académie des Sciences de Pétersbourg : ce
Mufœum mérite l'attention des Voyageurs , car il renferme une collection nombreufe de vêtemens des Peuples Orientaux. On y trouve
fur-tout une multitude de vêtemens, d'armes & de meubles qui viennent
des Ifles nouvellement découvertes.
(b) Cette conjecture eft affe* probable, cependant, fi le Lecteur veut
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104    Nouvelles découvertes
titude de renards noirs, bruns ôc roux, & la côte eft remplie de chiens, d'ours > de lions , ôc de loutres de mer.
Les oifeaux font des grues, des oies, des canards , des
mouettes, des corneilles ôc des pies ; jufqu'ici on n'y a pas
Productions découvert de nouvelles efpèces. Les productions végétales
végétales. ■ r r   • °
font peu confidérables ; on diftingue. trois ou quatre efpèces
de petits fruits qui croiffent fur des arbriffeaux, ôc des lys
fauvages, dont les Naturels mangent les racines. Il croit
d'ailleurs à Kadyak des faules ôc des aunes, ce qui. fem-
ble annoncer la proximité du continent dl Amérique. On
ne peut pas déterminer, d'une manière exacte, l'étendue
de cette Ifle ; les Ruffes craignant les Infulaires, n'ont pas
ofé pénétrer bien avant pour reconnoitre le pays.
Remarques
fur les Habitans.
Les habitans , comme ceux des Aleiitiennes ôc des
Ifles les plus proches, Ce font des trous à la lèvre inférieure ôc au cartilage du nez, ôc ils placent des os d'oifeaux
ôc de quadrupèdes travaillés dans la forme d'une dent. J'ai
dit tout-aJ'heure que leurs habits font de peaux de rennes
ôc de marmofes (a) ; ils en portent auffi de peaux d'oifeaux,
de renards ôc de loutres marines. Les nerfs leur tiennent
lieu de fil pour les coudre. Ils s'enveloppent quelquefois
les jambes avec la fourrure des rennes ; mais ils ne con-
fe rappeller qu'il y a, dit-on, des rennes dans l'ifle à'Alakfu , il verra
que fes Infulaires de $adyak ont pu tirer de-là leurs peaux : quant aux
Jévras , je ne fuis pas absolument sûr que ce fpit une efpèce de
Marmofe.
( a ) Le mot. Anglois eft Marmofets : les Dictionnaires difent que
le Marmofet eft une efpèce de finge : mais ils fe trompent sûrement;
& je prçfume que i%armofet doit être traduit par Marmofe.
noiffent
lllilil
ffllllft!
_J entre  l'Asie et l'Amérique,   io^
noiffent pas les culottes. Ils n'ont d'autres armes que des
arcs, des traits ôc des lances, dont les pointes font de
cailloux aiguifés comme leurs petites haches : quelques-
uns font des couteaux ôc des pointes de lance avec des
os de renne. Ils donnent à leurs boucliers de bois le nom
de Kuyaki, ce qui fignifie un petit eanot chez les Groè'n-
landois. Ils font très-groffiers : ils n'ont point de penchant
à accueillir les étrangers , ôc on n'apperçoit entr'eux
aucune marque de déférence ni de foumifïion.
Quelques-unes de leurs pirogues font fi petites,
qu'elles contiennent feulement une ou deux perfonnes.
Mais ils ont de grands baidars femblahles aux canots des
Groenlandois. Ils fe nourriffent principalement de poiffon
crud ôc fee , qu'ils prennent en mer avec des hameçons
d'os, ou dans des ruiffeaux avec des filets de nerfs. Ils
fe donnent le nom de Kanagift, ce qui approche de
Karalit, nom que portent les Groenlandois ôc les Efqui-
maux de la côte de Labrador. La différence de ces deux
noms eft peut - être un effet du changement de prononciation, ou une méprife des Navigateurs Ruffes qui auront
mal écrit. Leur population paroiffoit affez confiderable
fur cette partie de l'ifle, où ils avoient leurs habitations
fixes.
"L'Isle de Kadyak (a) forme, avec celles dAghuna-
lashka, d'Umnak ôc les petites Terres fituées aux envi-
1
(a) Kadyak ne fe trouve fur aucune Carte des Ifles nouvellement
découvertes ; car nous n'avons point la Carte du voyage de Glottoff;
£c c'eft le feul Navigateur Ruffe qui y ait relâché. '
O.
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106    Nouvelles   découvertes
rons,un Archipel continu, cjui s'étend aux Nord-Eft ôc
à l'Eft Nord-Eft, vers ïAmérique : d'après l'èftime du
vaiffeau, elle gît par 130 degrés de longitude; ainfi, elle
n'eft pas éloignée de la cote du Nouveau -Monde, où fl
paroît que toucha Bering.
La grande lsiidAlakfu,£kaée aui>Nord de Kadyak,
où Pushkareff paffa l'hiver ( a), doit être encore plus
voifine du Nouveau-Monde ; ôc il y a Keu de croire,
comme le difent les Naturels du Pays, qu'un grand Promontoire du continent de C Amérique, s'étend au Nord-
Eft dAlakfu.
Quoique les Infulaisefs fuffent devenus -plus fociables
ôc plus difpofés à la paix , leur nombre étoit fi confido-
rable que Glottoff n'ofa pas paffer un fécond hiver à
Kadyak : il Ce prépara donc à partir. Il manquoit de
cerceaux pour fes futailles , ôc ayant appris des Naturels
que l'ifle produit des arbres à peu de diftance de la baie,
il chargea, le 15 Avril, Lucas Ftoruskin d'aller à la tête
de onze hommes couper du boas. Ftoruskin , qui revint
le même jour, dit qu?après avoir longé la côte méridionale de l'ifle, jufqu'à 40 ou 50 verftes du havre, il apperçut , à une demi - verfte du rivage, dans des vallées entre
des rochers, un nombre confiderable d'aunes pareils à
ceux qui croisent au Kamtchatka. Les plus gros troncs
avoient de deux à quatre vershocks de diamètre ; il en
abattit autant qu'il voulut ; il n'apperçut ni ftifûlaire , ni
habitation.
(a)   Voye\ le Chapitre VI. entre l'Asie et l'Amérique.     107
Glottoff dépendit la crique au mois de Mai, ôc s    Départ de
après avoir embarqué toutes fes pelleteries ôc Ces mué& Kad7a^ a" .
r a f mois de Mai
rions, il partit de Kadyak le 14. Les vents contrai- 17U4.
res le retardèrent ôc il fut jeté près de l'ifle dAlakfu.
Son eau étant prefque épuifée, il defeendit fur usé autre
Ifle, apj&pllée Saktunak , afin d'en faire de la nouvelle.
Enfin, le 3 Juillet, il mouilla pour la féconde fois à
Umnak, au fond d'une baie que Glotcojf avoit reconnue Arrivée à
dans le premier voyage. Il monta tout de fuite un baidar
pour deicendre à terre, ôc il trouva bientôt les ruinent
d'une baraque qu'il avoit conftruit anciennement. Il apperçut aux environs une baraque conftruite par d'autres Navigateurs , pendant fon abfence ; il y trouva le cadavre
d'un Ruffe affafliné , que perfonne de fon équipage ne
put reconnoitre. Voulant fe procurer des éclaircifïennens
fur ce meurtre , il traverfa l'ifle, le 5 Juillet , accompagné de feize hommes. Il rencontra les reftes d'un navire
G
qui avoit été brûlé, des livres dé prières, des images :
on avoit emporté les ferrures ôc les cordages. A peu de
diftance de-là, il entra dans une chambre de b^in remplie
de Ruffes affafîînés, qui étoient encore couverts de leurs
habits. Il jugea, d'après le rapport de quelques Indiens ,
que ces malheureux fai^foient partie de l'équipage du navirj$
de Protaffoff : il ne fe trompoit pas dans fes conjjgctutes.
Effrayé du fort de fes Compatriotes, il retourna à
fon navire , ôc délibéra touchant les mefures qu'il devoit
prendre. Il fut décidé, d'une voix unanime, qu'on tâche-
roit d'acquérir de nouvelles informations fur le bâtiment,
qui avoit effuyé ce malheur.  Sur ces entrefaites , fept
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108    Nouvelles découvertes
Inïulaires arrivèrent dans des baidars, ôc derffenderent à
faire des échangeons montrèrent des peaux de loutrfer
de loin , mais ils n'oferent point fe hafarder à monter
à bord ; l'Interprète dit qu'ils vouloient que Glottoff ôc
deux de fes gens defeendiffent à tefte avec des marchan-
difes. Le Commandant ayant de bonnes raifons de fe défier des Infulaires, ne les écouta point. Alors les Sauvages débarquèrent eux-mêmes for la cote, & tirèrent
contre le vaiffeau des armes-à-feu, qui heureufement ne
firent aucun mal ; ils eurent même la haTdieffe de remonter fur leurs canojs une féconde fois, ôc de ramer
tout près des Ruffes. Afin de favoir quelque chofe d'eux,
Glottoff recommanda aux Interprêtes d'employer toute
leur éloquence pour les engager à la paix : un d'eux vint
enfin fous la chambre du navire ôc demanda des alimens.
On lui en jeta, ôc il monta fur le pont. Il raconta que*
fes Compatriotes s'étoient rendu maîtres du navire brûlé ;
qu'un petit nombre des Ruffes s'étoit échappé, (c'étoiéni
fans doute Korovin & fes Camarades ) (a). Il avoua que
le deffein des Naturels étoit d'attirer Glottoff à terre &
dele tuer; que, d'après ce projet, une trentaine d'entr'eux
fe tenoient en embufcade derrière les rochers voifins.
Ils comptoient qu'ayant maffacré le Chef, ils leur feroît
aifé de fe faifir du bâtiment. Dès que Glottoff eut appris
ces détails, il retint le Naturel à bord; ôc débarquant à la
tête d'un détachement confiderable , il attaqua les Sauvages ; ceux-ci lancèrent des traits & même fe fervirent
( a ) Voye\ le   Chapitre IX,
HUl»
; i. «iy« entre l'Asie et l'Amérique,    109
des fufils qu'ils avoient enlevés, mais ils furent forcés en
peu de temps à fe retirer fur leurs pirogues.
Le 14 Juillet , il furvint une tempête violente, qui
rompit le cable du navire de Glottoff, & le fit échouer
for la côte, fans autre perte que celle d'un ancre. L'équipage manquant de provifions fraîches, tomba malade ôc
devint incapable de fe défendre. Glottoff cependant fe
rendit, le z8 Juillet, à la tête de dix hommes, vers cette
partie de l'ifle, où, fuivant ce qu'on lui avoit dit, il comptait trouver Korovin. Mais il n'en découvrit aucune trace,
ôc il crut que les Ruffes qu'il cherchoit avoient fini par
fuccomber fous la multitude des Infulaires. Le z Août |
au moment où il retournoit fur fon bord , cinq Naturels
s'approchèrent de lui en canots ; ils lui demandèrent d'où
ilvenoit, ôc favertirent que de l'autre côté de l'ifle il ren-
contreroit Korovin ôc Ces Camarades, qui conftruifoient
une baraque aux bords d'un ruiffeau. Glottoff, fuivi de
fon détachement, fe rendit fur-le-champ par terre à
l'endroit qu'on lui indiquoit, ôc il y trouva effectivement
Korovin qui ne s'attendoit plus à ce bonheur. J'ai déjà
dit comment il fe réunit à Glottoff, pour s'en féparer
enfuite (a).        %^tl
Glottoff fe décidant à paffer l'hiver à Umnak,    Glottoff
chercha un mouillage convenable. Le z Septembre, Ko- \ umnak
rovin, ainfi qu'on l'a vu plus haut , fit une expédition
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( a ) Voyei le Chapitre précédera.
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no    Nouvelles découvertes^
de chaffe avec deux baidars. A fon retour, au mois de
Mai 1765, il apprit l'arrivée du navire de Solovioff, qui
relâchoif devant Unalashka. ( Nous en parlerons bientôt ) (a). Aucun des Infulaires ne fe montra près du havre
pendant l'hiver; il eft probable qu'alors cette Terre étoit
inhabitée, car les Ruffes firent des excursions de tbos les
côtés, ôc même ils achevèrent une fois le tour de l'Ille;
ils examinèrent les habitations des Naturels , ainfi que
tout le pays, &ils firent une recherche exacte des débris
du navire pillé par les Sauvages.
Suivant le Journal de Glottoff, Umnak a environ
300 verftes de circonférence ; on y trouve plufieurs petits
ruiffeaux qui viennent des lacs, ÔC qui tombent dans la
mer, après un cours de peu d'étendue : on ne voit point
d'arbres fur l'ifle, ôc les productions végétales y font les
mêmes que celles du Kamtchatka.
On apperçut l'été de petits grouppes cThabitans;
mais ils prenoient la fuite à l'approche des Ruffes : des
follickations preffantes en déterminèrent quelques - uns à
aborder Glottoff, ôc même à lui payer un tribut; & il
obtint, de cette manière , les armes, les ancres & les
ferrures du navitfe qui avoit été pillé ; il employa auflî toute
la belle faifon à échanger des grains de verre contre des
peaux de renards ôc des loutres de mqri.J
) Voye\ le Chapitre fuivant. entre l'Asie et l'Amérique,   iiî
L'hiver fuivant, if envoya des détachemens de Chaffeurs à Unalashka Ôc dans l'intérieur de l'ifle àl Umnak;
ôc, au mois de Juillet 1766 , il appareilla pour retourner au Kamtchatka. Nous allons donner, à la fuite de
cette Narration, une copie du Journal tenu à bord du
navire XAndré & Natalie, qui pourra fournir des inductions for la pofition des différentes Ifles.
Départ
d'Umnak.
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112   Nouvelles découvertes
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Glottoff,
A bord de l'Andïé &c Natalie.
iy6z.
Octobre.    i.erApp areillé de la baie du Kamtchatka.
z. Vent du Sud. Le Cap entre l'Eft ôc le Sud-Eft pendant trois heures.
3. Vent de Sud-Eft. Manœuvré au Nord-Eft pendant
feize heures.
4. Depuis minuit le Cap à l'Eft avec un bon  vent
pendant dix-huit heures.
5. A fix heures du matin, vue de rifle de Bering ,
à la diftance d'environ dix huit verftes.
6. A une heure, mouillé à la pointe Sud I Eft de l'ifle
de Cuivre.
7. A huit heures du matin , appareillé vers la côte
méridionale de l'ifle , où nous mouillâmes à dix heures.
1763.
juillet. z6, Appareillé de l'ifle de Cuivre à cinq heures du foir.
zj. Un bon vent de Sud Sud-Oueft pendant 17 heures.
2.8. Nous fîmes peu de chemin.'
2-9. Nous allâmes en dérive.-—Le vent au N. N. Eft.
30. Ditto.
31. Ditto.
Août.
el
Ditto.
z. A onze heures du matin, le vent Nord-Eft, le Cap
JM'Eft. 3. Le vent entre l'Asie et l'Amérique. 113
3. Le vent à l'Oueft-Sud-Oueft. Nous fîmes huit nœuds
pat heure ôc 150 verftes,
4. Vent de Sud.—Nous fîmes 150 verftes.
• 5. Même vent.— Nous fîmes iz6 verftes.
6. Même vent, —Trois nœuds par heure.—-45 yerftes.
7. Calme.
8. Pendant la nuit, petit vent du Sud Eft. — Le Cap
au Nord-Eft, deux nœuds} par heure.
9. Avant midi, calme. — A deux heures, petit vent de
Nord-Eft , le Cap entre l'Eft-Nord-Eft Ôc le Sud - Eft,
trois nœuds par heure.
10. Le matin vent d'Eft-Nord-Eft, — Enfoite du Sud-
Sud-Oueft , avec lequel nous portâmes le Cap au N. E.
11. A cinq heures , vent Sud-Sud-Eft, le Cap à l'Eft-
NordEft, trois nœuds par heure.
1 z. Vent du Sud, le Cap à l'Eft. — Deux nœuds | par
heure.—Nous fîmes  50 verftes.
1.3. Vent de Sud-Sud-Eft , le Cap à l'Eft.—Quatre
nœuds | par heure.— Nous fîmes 90 verftes.
14. Vent d'Oueft-Nord-Oueft. — Deux nœuds par
heure. — Nous fîmes 3 o verftes.
15. Le vent finiflbit. — Quatre nœuds par heure.—
Nous fîmes 60 verftes.
16. Vent de Nord-Nord - Eft , Cap à l'Eft-Sud-Eft.—
Trois nœuds par heure. — Nous fîmes 30 verftes.
17. Vent Eft-Sud-Eft & Sud-Eft. Brifes légères ôc variables.
ï8. Vent Sud-Eft; Cap au Nord-Eft. — Trois nœuds ~
par heure. — En douze heures nous fîmes zz verftes.
19. Vent de Sud  ôc brifes légères, — Cap à l'Eft. —
P
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114    Nouvelles découvertes
Trois nœuds. —Nous fîmes 11 verftes en huit heures.
1 o. Calme avant la pointe du jour. — Trois heures après
le lever du Soleil Une ^fife fouffla du Sud-Eft.— Cap a
l'Eft-Nord-Eft.—Trois nœudts.—Nous fîmes 10 verftes.
zz. Calme.
2,3. Vent de Sud-Sud-Eft pendant la nuit.—Deux nœuds;
— Le vent tourna enfuite au Sud Sud-Oueft. ôc le navire
fit cinq ou fix nœuds. — 150 verftes pendant,Z4 heures.
z 4. Vent de la terre à la pointe du jour. — Trois nœuds.
•— 45 verftes.
Z5 Vent de l'Oueft-Sud-Oueft ; cinglé le long de la
cote. — En Z4 heures 50 verftes.
z6. Vent Nord-Oueft.—Cap au Nord - Eft. -- Cinq
nœuds. —100 verftes.
zy. Vent Eft-Nord-Eft. Le bâtiment dériva vers la
terre, fur laquelle on découvrit une haute moaeâsne.
zS. Vent Nord-Eft ôc orageux.— Le vaiffeau en dérive.
gjgjj Vent de Nord-Oueft. Cap à l'Eft-Nord Eft. —Trois
nœuds.
3 o Vent Sud Sud-Eft. — Six nœuds. —> Le Cap mis de
nouveau for la terre.
3 t. Tempête viqlejite.— Vent d'Oueft.
Septembre.       i.cr Vent d'Oueft. —Cap Nord-Eft fur la terre.— Trois
nœuds.
z. Vent de $ud-Oueft. — Cap Nord-Eft fur la terre.—
Cinq noeuds.
3. Vent de Sud-Oueft.— Dérive au Nord-Nord-Eft le
long de la côte.
4- y^nt d'Oueft-Nord-Oueft.— Cap au Nord-Eft. —
Ii.
ftit (Il If l''.'PII
entre l'Asie et l'Amérique, ii^
Quatre nœuds. — Nous fîmes   100   verftes.
5. Vent de Nord-Oueft. — Cap à l'Eft-Nord-Eft. —
Trois nœuds. — Nous mouillâmes^ for le foir en travers
de l'ifle de Kadyak.
176-4.
Z4. Appareillé de Kadyak. Mai.
zj. Vent deNord-Oueft.—Fait peu de chemin à l'Oueft-
Sud-Oueft. |
z6\ Vent de l'Oueft. —Le vaiffeau en dérive dans k
partie du Sud-Eft.
zy. Vent de l'Oueft Sud-Oueft. — Le vaiffeau en dérive
vers l'Eft-Sud-Eft. Le même jout, le vent tourna au Sud ,
ôc nous mîmes le Cap du côté de Kadyak.
z8. Vent de l'Eft-Sud-Eft. Renesucte de la Terre d'Alaska ou dlAlakfu.
19. Vent du Sud-Oueft. Cap au Nord-Oueft.
30. Vent de l'Oueft-Nord-Oueft. Le bâtiment en dérive
fous la mifaine.
3 1. Vent de TOueft. — En dérivé au Sud.
i.er Vent de l'Oueft-Sud-Oueft. Débarqué for l'ifle de   Juin.
Saktunak pour y faire de l'eau.
z. Vent de Sud-Eft.— Le Cap au Sud-Oueft le long de
l'ifle. — Trois nœuds.
3. Vent de Nord -Eft.— Cap à l'Oueft-Sud-Oueft.—
Trois ou quatre nœuds par heure.—Nous fîmes 100 verftes
en 14 heures.
4. Calme.
5. A huit heures du matin, petite bfcjfe de Suê-Eft.
6. Vent de;IEfl.—Enfoite calme. Le vent fouffia du
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116    Nouvelles découvertes
Sud-Eft fur le foir. — Le Cap au Sud-Oueft.—Trois nœuds.
.— Nous découvrîmes terre à l'avant fans nous y attendre.
Du 7 au 10 , mouillé en travers d'un petit rocher.
10. Vent fort du Sud.— Le bâtiment chaffe fur fon
ancre. — Porté en mer le Cap à l'Eft.
11. Mouillé  une féconde fois à peu  de diftance de
la terre.
13. Vent du Sud Sud-Oueft, porté en mer. — Le Cap
à l'Eft-Sud-Eft.
14. Vent de l'Oueft-Sud-Oueft. Cap au Sud-Sud Eft. M
un nœud.
15. Calme.
i6 Vent du Sud. — Cap à l'Oueft. —Un nœud. — Le
bâtiment dérive un peu au Nord.
v 17. Vent du Sud-Sud-Eft. — Cap à l'Oueft-Sud-Oueft.—:
Trois nœuds.
18. Calme.
19. Ditto.
zo. Vent de Nord- Eft. —Cap au Sud-Oueft. Nous
fîmes ce jour environ 87 verftes.
z 1. Le vent fouffloit droit de l'avant ; mouillé en travers
d'une Ifle inconnue, où nous reliâmes jufqu'au zj.
z$. Mis en mer dès le grand matin.
z6. Vent d'Oueft-Nord* Oueft, enfuite Oueft.—Cap
au Sud-Eft.
Z7. Calme.— La nuit une brife légère, mais favorable.
z8. Vent du Nord-Oueft, notre route continuée.—
Deux à trois nœuds.
Z9. Vent du Nord - Eft, fej Cap à l'Oueft. É Trois
Pi Juin.'
entre l'Asie et l'Amérique.   117
à quatre nœuds. — Nous  apperçûmes terre.
30. Vent du Nord-Eft.—Cap au Sud-Oueft. — y nœuds.
i.er Même vent ôc même route. —Cinq nœuds. — Nous   juillet,
fîmes zoo verftes.
z. Approché de l'ifle d'Umnak ôc mouillé au-deffous
d'une petite Ifle jufqu'au lendemain : alors nous fîmes entrer le bâtiment dans le havre, ôc on le vira en flanc.
iy66.
13. Le navire remis dans le havre ôc viré en quille.
Nous reftâmes mouillés jufqu'au 3 de Juillet.
3. Appareillé.
4. Vent de l'Eft.
5. Un vent du Sud-Oueft jeta le bâtiment en dérive,1
à environ 50 verftes au Nord-Eft.
6. Vent du Sud, nous fîmes environ 60 verftes à l'O.
7. Vent de l'Oueft-Sud-Oueft. Le bâtiment jeté en dérive au Nord.
8. Vent de Nord-Oueft. Le Cap au Sud. —Un nœud.
9. Vent de Nord-Oueft. Cap à l'Oueft-Sud-Oueft tout
le jour.
1 o. Vent du Sud - Sud - Oueft. Nous fîmes environ
40 verftes à l'Ouçft-Nord-Oueft.
11. Vent du Sud-Oueft. Nous continuâmes la même
route, mais nous ne fîmes que cinq verftes.
iz. La même route continuée. Nous fîmes 55 verftes;
13. Calme la plus grande partie du jour.
14. Vent de l'Oueft-Nord Oueft ôc orageux. Le bâtir,
ment jeté en dérive fous la mifaine.
15. Veut du Sud. Nous fîmes ico verftes de bonne
route.
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ji8  Nouvelles découvertes   -
16. Vent de l'Eft-Sud-Eft. — Le Cap à l'Oueft-Sud-OuefL
— Six nœuds. — Nous fîmes 100 verftes.
17. Vent du Nord-Nord-Oueft. — Le Cap au Sud-Oueft.
— I)eux nœuds par heure.—Nous fîmes 30 verftes.
18. Vent de Sud.— Le Cap à l'Oueft.—Cûkj nœuds.
— Nous fîmes 13 o verftes.
19. Vent du Sud-Oueft. Le bâtiment jeté en ■èéwm
fous la mifaine.
zo. Vent de l'Eft-Nord-Eft.—Le Cap à l'Oueft-Nord-
Oueft.— Trois nœuds.
zi. Vent de l'Eft -Nord-Eft.— Quatre à cinq nœuds.
Nous fîmes zoo verftes.
zz. Vent du Nord-Eft. — Quatre nœuds \. — Nous
fîmes 150 verftes.
z 3. Vent de l'Eft-Nord-Eft. — Le Cap à l'Oueft. — Trois
nœuds. — Nous fîmes 100 vendes.
Z4. Vent de l'Eft. — Le Cap à l'Oueft. — Trois nœuds.
— Nous fîmes 5 o verftes.
Z5. Vent de Nord-Eft.— Le Cap à l'Oueft.—Cinq
nœuds. — Nous fîmes 100 verftes.
-z6. Le Vent continua au. Nord - Eft , ôc fraîchit.— Le
Cap à l'Oueft. — Sept nœuds. — Nous fîmes zoo verftes.
Z7. Petite brife du Nord-Nord-Oueft, avec laquelle
nous fîmes cependant 15 o verftes.
z8. Vent de l'Oueft-Sud-Oueft. Le Bâtkneiat Z4 heures
en dérive, à mâts ôc à cordes.
Z9. Vent du Sud. — Le Cap à l'Oueft. — Deux nœuds..
Nous fîmes 48 vetftes.^ Ce jour nous apperçûmes la
terre.
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entre l'Asie-et l'Amérique,  iiç
30. Vent du Sud - Sud-Eft. — Quatre nœuds.— Nous
fîmes 96 verftes ôc nous approchâmes de la terre, que
nous reconnûmes pour l'ifle de Karaga. Du premier au
13 Août, nous continuâmes notre route pour l'embouchure de la riviere du Kamtchatka ; quelquefois louvoyant au vent, quelquefois allant en dérive. — Enfin
Sious arrivâmes heureufement avec une riche cargaifon.
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no    Nouvelles  découvertes
CHAPITRE   XL        'M
Voyage de Solovioff; il arrive à Unalashka, &
paffe l'hiver fur cette Ifle ; récit de ce qui lui
arriva; les Naturels effaient infruchieufement
de détruire l'équipage ; retour de Solovioff au
Kamtchatka; Journal de fon retour; Defcription des Ifles *fUmnak & ^Unalashka ; Productions ; Habitans ; leurs Mœurs ; leurs
Ufages
&c.
Voyage de £jn   1764 , Jacob Ulednikoff, Négociant   d'Irkutsk ,
Solovioff, fur,.. •      1     c   ■       r> • r    /     c   •        n     1   r*
le Saint-Pierre eQ,ulPa Ie navire le oaint-t terre t? Le oatnt-raut. Le
& le Saint-   bâtiment, commandé par Ivan Solovioff, partit de l'em-
Paul 3   en .  .      r 7     / »    a
176+., bouchure de la riviere du Kamtchatka , le 5 Août, avec
55 hommes , parmi lefquels'il y avoit quelques-uns des
Propriétaires, Se 13 Kamtchadales.
Il porta d'abord le Cap au Sud-Eft avec un vent de
Nord-Oueft ; mais, approchant du Sud, il dirigea fa route
à l'Eft-Nord-Eft. Le Z7, un des Matelots Ruffes mourut
en travers de la pointe du Kamtchatka. Le 3 1 , Solovioff
eut vue de l'ifle de Bering , qu'il laifla à fa gauche. Le
premier & le z Septembre, il eut calme; & le vent fe
levant enfuite à l'Oueft-Sud-Oueft, il continua fa premiere
route. — Il cingla jufqu'au 5  avec un vent du Sud, mais 1
entre l'Asie et l'Amérique.  121
le 5 ôc le 6 des brifes variables ôc des calmes tout plats
l'empêchèrent d'avancer. Du y au 13 il marcha à l'Eft-
Sud-Eft avec des vents du Sud ôc de l'Oueft; ôc, depuis
ce jour jufqu'au 15, il fît route à l'Eft avec un vent de
l'Oueft.
Le 16 Septembre, il apperçut l'ifle dlUmnak, où
Solovioff avoit relâché autrefois fur le navire de Niki-
phoroff. Comme il longeoit la côte feptentrronale, trois
Infulaires arrivèrent près de lui fur des baidars ; mais l'équipage n'ayant point d'Interprète, ils ne voulurent pas
monter à bord. Le Commandant ne trouva point de baie
sûre dans cette partie , ôc il continua fa route à travers
un détroit, large d'environ une verfte , qui fépare flfle
d! Umnak de celle d'Unalashka. Il mit en. panne pendant Arrivée à
la nuit, ôc, dès le grand matin du 17, il laiffa tomber Una1^3'
l'ancre, à environ zoo verges de la cote, dans une baie
de la bande feptentrionale de la dernière Ifle.
Le Capitaine chargea enfuite Grégoire Korenoff de
monter un baidar avec 2.0 hommes , de débarquer; de
reconnoitre le pays; de fe rendre aux habitations les plus
proches, ôc d'examiner les difpofïtions des Infulaires. Korenoff revint le même jour dire, qu'il avoir découvert
une jourte, mais quelle étoir déferte ôc en ruine ; ôc qu'il
y avoit trouvé une ceinture ôc une gibecière qui ne
pouvoient venir que des Ruffes.
D'après ce rapport, Solovioff rapprocha le navire
de la côte ôc s'efforça de gagner l'embouchure de la
riviere, appellee, par les Naturels, Tftkanok, ôc, par les
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122    Nouvelles découvertes
Ruffes, Ofernia ; mais l'eau baffe l'en empêcha. Il débarqua cependant fes agrêts & fes provifions. Les Infolàiv
res ne parurent pas avant le z z : deux cfentr eux arrivèrent
ce jour-là ôc témoignèrent aux Ruffes qu'ils étoient les
bien-venus. Ils dirent leurs noms & furent reconnus pat
Solovioff, Il les avoit vu dans une premiere expédition,
& Agiak, l'un d'eux, lui avoit fervi d'Interprète; l'autre,
qui s'appelloit Kashmak, avoit paflé quelque temps, de
fâ propre volonté, avec Téquipage Rufle.
Ces deux Insulaires racontèrent, en détail, les dé-
faftres ôc les malheurs arrivés aux navires de Kulkoff, de
Protaffoff ôc de Trapefhikoff. Kashmak, qui fe trouvoit
for ce dernier, avoit eu peine de fauver fes jours en prenant la fuite. Agiak , qui fervoit d'Interprète à celui de
Protaffoff, dit que les Naturels du pays, après avoir
affafliné les Détachemens Ruffes envoyés à la chaffe,
vinrent dans le havre ôc montèrent à bord d'un navire,
avec des difpofïtions pacifiques en apparence, qu'ils attaquèrent brufquement ôc maffacrerent l'équipage & le
Commandant, qui fe croyoit dans une parfaite fécurité ;
qu'il s'étoit caché fous un banc, jufqu'au dépars, des Meurtriers; &: que, depuis ce moment, il avoit mené , ainfi
que Kashmak, une vie errante. Ils.a#3*yje£ent que pendant
leurs qourfes fecretes dans l'intérieur de l'ifle, ils avoient
appris des femmes qui cueilloient des fru^çj, fauvages dans
les champs, que les Chefs d''Umnak, Akutan ôc Toshkolo,
de concert avea leurs parens dl Unalashka , ato'ient formé
une confpira&fca ; qu'ils étoient convenus de ne pas kk
quiéter Solovioff & fes gens à leur premier débarquement,
jiWuiîif; Hi
entre l'Asie et l'Amérique.  123
;fltuis de les laiffer partir pour différentes expéditions de
chaife; que lorfque les Ruffes feroient ainfi divifés &
affoiblis, on viendrait les attaquer ôc les exterminer tous
£-la-ibis, fans qu'ils puffent fe fecourir les uns les autres.
Ils avertirent en outre de l'arrivée de Glottoff à Umnak.
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Cette fâcheuse nouvelle alarma Solovioff; il doubla
Ces gardes Ôc prit toutes les précautions qui dépendoient
de lui, pour fe mettre à l'abri des attaques des Sj$foyages ;
mais, ayant befein de bois pour réparer fon navire, ôc
defîrant reconnoitre l'ifle d'une manière plus particulière,
il envoya, le Z9, dans la partie de l'Oueft, un détachement de 30 hommes avec l'Interprète dont on a parlé
tout-à-l'heure. -Mi trois ou quatre heures le détachement
arriva à Ankonom, pointe de terre , où il apperçut un
village compofé de deux grandes jourtes; ôc vis-à-vis,
ôc à peu de diftance , une petite Ifle. Dès que les Infulaires lèSjjiécouvrirent, ils:-montèrent fur leurs baidars ,
ôc Ce mirent en .mer <, abandonnant leurs habitations. Les
R-uffes y trouvèrent plufieurs cadavres : l'Interprète vit
que c'étoit ceux de dix Matelots du navire de Trapef
nikoff qui avoient été afïàflinés. On vintiibbout de per-
fuader aux Naturels de^retouîner dans leurs jourtes, jsju'ils
avoient abandonnées : ils s'approchèrent cependant avec
jcircoufpection, ôc gardèrent leurs armes à tout événement
ilSêiLOvioFF entreprenant de couper leur retraite, afin    Hoftiîirés
de s'emparer, s'il étoit pdffible, de quelques otages, les e"^ £°\°'
Naturels pilent l'alarme  ôc commencèrent eux-mêmes Naturels.
le combat. Alors les Rufles firent feu ôc les pourfuiviient;
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124    Nouvelles   découvertes
ils en tuèrent quatre ôc firent fept Prifonniers, ôc parmi
ceux-ci le Chef de la petite Ifle de Sédak. Dès que ces
Prifonniers furent liés, ils avouèrent qu'une partie de l'équipage de Korovin avoir été maffacré en cet endroit ;
ôc le Chef envoya chercher des fufils, des chauderons ôc
des agrêts, que les Naturels avoient enlevés dans cette
occafion ; les Naturels dirent aufli que KorOtVÏn, avec un
détachement monté fur deux baidars, s'étoit réfugié à
un endroit appelle Inalga : d'après cette information , le
Commandant écrivit tout de foite à Korovin, ( le z Octobre, ) qui vint rejoindre Ces Compatriotes dès qu'il eut
reçut la lettre.
Au moment où Korovin arrivoit, les Sauvages fondirent fur les Sentinelles de Solovioff à coups de couteaux : les Sentinelles fe défendirent à coups de fufils ôc
tuèrent fix hommes. Le Chef captif voulut excufer cette
entreprife de fes Compatriotes, en l'attribuant à la crainte
qu'ilifavoient que Korovin, par efprit de vengeance,
ne maffacrât tous les Prifonniers ; il dit qu'en attaquant
les Gardes, les Naturels fe propofoient feulement de dé>-
livrer les Captifs. Le Capitaine, pour plus de sûreté, envoya les Captifs par terre au havre, tandis que Korovin ôc
fon détachement fe rendirent au navire par>imer. Le Chef
cependant étoit bien traité; on lui permit même de s'en
retourner chez lui, à condition qu'il laifferoit fon fils en
otage. Les habitans de trois autres villages?, appelles
Agulak , Kutchlog ôc Makuski, féduits pa&-la douceur
ôc la modération des Ruffes, préfenterent des otages de
leur propre volonté. entre l'Asie et l'Amérique.  12^
Avec les. débris de la vieille Baraque Rufle, dont on    Solovioff
paffe rhivej
à Unalashka.
a parlé tout-à-1'heure, Solovioff en conltruifit une nou- P      .rh.lver
velle,&, le 14, on amarra le bâtiment pour l'hiver. Ko-
renoff alla reconnoitre la partie méridionale de l'ifle, qui
en cet endroit n'avoit pas plus de cinq ou fix verftes de
large. Il continua enfuite fon chemin avec fes Camarades,
quelquefois for fon canot, d'autre fois voyageant par terre
ôc traînant le canot à bras. A fon retour, le vingtième
jour, il dit qu'il avoit trouvé une habitation déferte fur
la côte la plus éloignée de l'lfle ; que de - là il fît rou$e
à-l'Eft par mer ; le long du rivage , ôc que derrière la
premiere pointe de terre , il aborda à une Ifle dans la
;baie voifïne. Il y avoit environ 40 Infulaires des deux
fexes logés un peu au-deffous de leurs baidars; il les traita
avec tant de douceur que les Naturels lui livrèrent trois
otages ; ils allèrent enfuite s'établir dans la cabane vide,
dont on vient de parler , d'où ils fe rendoient fréquemment au havre.
Le z8 Octobre, Solovioff, à la tête d'un détachement^
alla de fon côté reconnoitre l'ifle le long de la bande
feptentrionale, vers Fextrémité Nord-Eft; il fit route du
premier Promontoire à travers la baie, ôc il trouva fur la
pointe de terre oppofée, une bourgade, appellee Agulo,fc$,
qui gît à environ quatre heures de rames du havre. Il y
vit 13 hommes ôc 40 femmes ou enfans, qui rendirent
plufieurs barils de poudre ôc des munitions du navire ,
& qui parlèrent de deux Ruffes de l'équipage de Korovin , qui avoient été maffacrés. S»1.
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0UVELLE5    DECOUVERTES
Le 5 Septembre , il-^favança pfas loin, ôc, après avoir
ramié eiîHj ou fix heures, il appèrçat, fur nue pointe de
terre , une autre bourgade appellee Ikutçhlok, derrière
laquelle l'Interprète lui montra le havre où mouittMt le
b«tS*iènt de Kor#viiSbSur une Ifle qu?on vok Ten - dedans
de cette baie, appellee MakiùshàtS-ky , il rencontra deux
Chefs nommés Itchadak ôc Kaguiîiaga, ôc envùren 180 per-
fonnes des deux fexes qui cfaâfïbifinC des ours de mer :
ces Naturels ne montrant poiïtt? de ^Kfpofîtioii; aux ho£-
tôlkés, Solot4ofî* s'efforça d'établir ôc de mamteaiè des
ifeifons pacifi^ids avec efox. Il y refta jufquau 1 o, jour
où les Chefs l'in*ÎÉÀ<aaS-r-à leuXB demeures d'hiver , qui
étoient entâïon cinq heures de navigation plus loin à
l'Eft; il y trouva detJÉ£ jourtes, chacune de 40 verges en
quarré , près d'un ruMe&u qtii îomboiojà'un lac danssune
petite traie , ôc qui étoit reti*p&e -de*, poiffon. Il y a aux
environs de ce viflage , au-defïbus de la marque de la
marée, une fourcechaude, qu'on ne voit qu'au moment
du reflux. Il en partit le Z5, mais il y fut ramené par les
tempêtes & il y féjoùrnà jufqu'au 63de Décembre.
Kagumaga Ifyebrnpagna, pendant cet intetssalle , à
une-autre bourgade^'a^pellée Totyïkaàa ; le Chef & l'Ia-^
terpr^e.Ifevewfeent de fe défier des Naturels, qu'ils pei-
gnirentvêOmme des Sauvages, enncmâsfijurés des Ruffes
ôc aifiaffins dec«euf diommes de lîaquipase de Kulkoff.
Solovioff, d'après ce coiifeil, pafîà ia nuit dans un es»
droit delà côte qui ètoit ouvetc de toutes parts, ôc, le
lendemain, il détacha le Chef en avant, afin dînfpjrer aux
> ':i[ #1
i|?tre l'Asie et l'Amérique. %ij
Naturels des difpofirions de paJx^Qfclqnes-uns d'entr'eux
écoutèrent les remontrances; mais la plupart s'enïuirent à
l'approche de Solovioff; de forte qu'il ne trouva perfonne
dans la bourgade, compofée de quatre grandes jourtes,
ôc il s'y établit avec des précautions convenables. Il y avoit
300 darts ôc maîtres1'avec deirznuts. Il détfuint toutes
ces armes", il garda feulement un arc ôc if traits, comme
des objets de curiofîté. Il preffa, par les démonftrations
les plus affectueufes, le:*j8étit nombre d'Infumiies, qu'il
■mît aborder, de renoncer aux fèntimens de naine qui les
égaroient ; ôc de perfuader à leurs Chefs ôc à!JPeurs PSréns
de revenir tranquillement dans leurs jourtîés/
Le 10, environ roo hommes ôc un plus grand nom-   Les hoftiii-
t        1    1  ' ihmhh 11 • Mi i tlSL.   1   nt tés recom-
bre de femmes revinrent. Mais les plus belles harangues mencent.
ne produifirent aucun effet fur eux. Us Ce tinrent éloignés , ôc Ce préparèrent à de nouvelles hofftrités, qu'ils
recommencèrent, en effet, le i7,;"fear une attaque très-
vive. Les Ruffes en tuèrent $9, Ôc entr'autres Inlogufak,
l'un des" Chefs du pays, ôc l'ennemi le plus ardent de
tous les Navigateurs; un autre Chef, nommé Aguladock,
qui fut pris, avoua qu'en recevant les premieres nouvelles
de l'arrivée de Solovioff, ils avoient réfolu d'attaquer
l'équipage ÔC de brûler le navire. Comme^'on ne lui fit
point de mal : il fut touché de ce bon traitement, il
confentit à livrer fon fils en otage , ôc il ordonna à Ces
Compatriotes de vivre en" bonne intelligence avec les
Ruffes. Dans le courant du mois de Janvier, les Naturels
rendirent trois ancres, ôc une afîezgrande quantité d'agrêts
ôc de munitions, qu'on avoit fauve d'un navire jadis nau.
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128    Nouvelles découvertes
fragié fur la cote ; ils amenèrent en même temps deux
jjeunes -Mes, comme des otages pour la sûreté  de leurs
perfonnes.
Le Z5 Janvier, Solovioff retourna au havre où étoit
fon navire ; avant fon départ, les Chefs de Makushinsk
payèrent, de leur propre volonté, un double tribut.
Le premier Février , Kagumaga de Makushinsk ,
Agidalok de Tot^ikala , ôc Imaginak dl Uugamiffi, Chefs
du pays, vinrent trouver Solovioff avec un grand nombre de leurs parens; ils l'informèrent de l'arrivée d'un
Navire Ruffe à Unimak , la fixième Ifle à l'Eft dlAgu-
nalashka; ils ajoutèrent qu'ils ne connoiffoient perfonne
de.l'équipage, excepté un Kamtchadale, appelle Kirilko,
qui étoit déjà venu fur ces Ifles ; ils lui dirent aufîî que
les Naturels , après avoir maffacré une partie de l'équipage , détachée fur deux baidars, avoient trouvé moyen
de vaincre le.&efte ôc de détruire le navire. Le nom du
Kamtchadale:fit conjecturer aux Rufïès que c'étoit un
autre bâtiment équipé par Nikiphor Trapefnikoff, dont
onn'a jamais rien appris de plus. Solovioff, voulant acquérir
de nouveaux éclairciffemens fur les malheurs arrivés à ce
navire , eflàya de perfuader aux Chefs d'envoyer quelques-uns de leurs gens fur l'ifle que je viens de nommer ; mais ils répondirent que l'ifle étoit trop éloignée
ôc qu'ils redoutoient les Infulaires,-
Le 16 Février, Solovioff fê rendit une féconde fois
jà l'extrémité occidentale de l'ifle j où il avoit jadis fait
prifonnier entre l'Asie et l'Amérique.   129
prifonnier ôc enfuite mis en liberté, le Chef de Sédak.
De-là il arriva à Ikolga, bourgade fituée dans la baie &:
compofée d une feule jourte. Le z 6 , il atteignit Taka-
miska, bourgade où l'on ne trouva non plus qu'une feule
hutte, fur une pointe de terre, aux bords d'un ruifleau,
qui tombe des montagnes dans la mer. Il y rencontra
Korovin, avec lequel il coupa la laite d'une baleine, que
les vagues avoient jeté fur la côte. Korovin fe rendit en-
fuite à Umnak, à travers le golfe, ôc il s'avança jufqu'à
Ikaltshinsk, où, le 9, un homme de fon détachement
mourut de maladie.
Le i «j Mars , il revint au havre, fans avoir rencontré
d'obftacles de la, part des Infulaires, durant fon excurfion.
A fon retour, il trouva un homme de l'équipage mort,
& les autres attaqués d'un violent foorbut; cinq mourus
rent de cette maladie en Mars, huit autres & un Kamt-
chadale en Avril, ôc fix de plus en Mai. A cette époque,
les Infulaires firent de fréquentes vifîtes aux otages ; ôc,
en recherchant quel pouvoir être leur motif, on découvrit que les habitans de Makushinsk avoient formé le
projet de maffacrer les Ruffes ôc de s'emparer du navire.
La pofition de Solovioff étoit critique , il avoit tant de
fcorbutiques, qu'il ne lui reftoit que douze hommes en
état de fe défendre. Les Naturels, qui avoient fait cette
remarque, voulurent profiter de l'occaflon pour recommencer les hoftilités.
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Le Z7 Mai, les Ruffes apperçurent, près de la côte,
le Chef dltchadak , qui avoit payé jadis un tribut volon-
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130   Nouvelles  découvertes
taire; il étoit accompagné de plufieurs Infulaires, qui le
fuivoient fur trois baidars. Ce Chef, follicité par l'Interprète de Solovioff, vint fur la côte, mais il fe tint à quelque
diftance, demandant à parier à fes parens. Solovioff doneat
ordre de le fàifir, ôc il eut le bonheur de le faire prifon-
nier, ainfi que deux de fes Camarades. Le Chef avoua
fur-le-ehamp, qu'il étoit venu dans le deffein d'apprendre
des otages, combien il reftoit encore de Ruffes ; que d'après ce qu'on lui dïroit, les Naturels du pays projetoient
de furprendre les fentinelles dans un moment favorable,
ôc de mettre enfuite le feu au navire. Le Commandant
voyant plufieurs Infulaires ramer au même inftant devant
le havre, ôc le Chef captif l'informant qu'ils s'aflembloient
pour exécuter le projet dont on vient de parler, il réfolut
de fe tenir fur fes gardfes. Les Naturels fe retirèrent cependant fans fe livrer à aucune hoftilité.
Le 5 Juin , Glottoff vint au havre voir fes Compa*
triotes; ôc, le 8, il retourna fur fon bord. Le Chef pri-
fonnier fut alors mis en liberté, après qu'on l'eut exhorté
bien férieufement à ne pas fe comporter en ennemi. Deux
autres Ruffes moururent dans le courant de ce mois, de
forte que Korovin , qui vint joindre Solovioff avec deux
de fes gens ôc deux autres de l'équipage de Kulkoff, arriva
fort à propos. Les malades commencèrent peu-à-peu à
fe rétablir.
Le zz Juillet , Solovioff, fuivi d'un détachement distribué fur deux baidars, fit une autre excurfion au nord ;
il paffa près des bourgades dont on a parlé plus haut,
ôc il s'avança jufqu'à Igonok^ fitué 10 verftes au «delà de entre l'Asie et l'Amérique.  131
Toffikala ; la bourgade d'fgonok eft compofée d'une
feule jourte, aux bords d'un ruiffeau qui tombe des montagnes ôc porte fes eaux dans la mer. Les habitans mon-
toient à. environ 30 hommes, qui vivoient avec leurs
femmes ôc leurs enfans. De-là Solovioff continua à longer
la cote jufques dans une baie, il trouva, cinq verftes plus
loin, un autre ruiffeau, qui prend fa fource dans les collines,
ôc qui traverfe une plaine.
Sur la côte de cette même baie, en face de l'embouchure de ce ruiffeau, il y avoit deux villages , dont un
feul étoit habité ; il portoit le nom d'Ukunadok, ôc il
étoit compofé de fix jourtes : environ 3 5 des habitans
pêchoient du faumon dans le ruiffeau ; le navire de
Kulkoff avoit mouillé à deux milles de:là, mais il n'en
reftoit pas de débris. Après avoir débouqué la baie, Solovioff s'avança jufqu'à Umgaina -, village d'été, fitué à fept
ou huit lieues de là, aux bords d'un ruiffeau, qui prend
fa fource dans un lac rempli de faumon. Il y trouva le
Chef Amaganak, avec dix de fes Compatriotes occupés
à la pêche. Quinze verftes plus loin, le long de la cote,
il rencontra un autre village d'été , appelle Kalaktak y
arroféde même par un ruiffeau qui defcendoit des collines:'
les habitans étoient au nombte de foixante hommes ôc de
cent foixante-dix femmes ôc enfans ; ils firent à Solovioff
un très-bon accueil ; ôc ils livrèrent deux otages , qui
étoient de l'ifle dAkutan , voifîne de cet endroit. Les
Ruffes retournèrent à bord, le 6 Août, avec ces deux
otages.
Le 11, Solovioff alla dans l'ifle dlUmnak, accompi-
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132   Nouvelles découvertes
gné de Korovin, afin d'y prendre différentes chofes que
ce dernier y avoit laifle : ils furent de retour au havre
le 17. Le 31, Shaflfyrin mourut : c'eft4e même dont on
a déjà raconté les avantures.
Le i 9 Septembre , Korenoff conduifit un détachement
de Chaffeurs dans la partie du nord; il ne revint que le
30 Janvier 1766. Les Ruffes qui demeurèrent au havre,
pendant fon abfence , n'eurent point à fe plaindre des
Naturels; mais lui ôc Ces Compagnons furent attaqués à
différentes reprifès. Après avoir diftfibué aux habitans des
villages où il paffa, des filets pour prendre des loutres de
mer, il pouffa fes chaffes dans la partie orientale de l'ifle
jufqu'à Kalaktak. Il y arriva le 31 Octobre, & au même
inftant les habitans s'enfuirent avec précipitation ; & comme
tous fes efforts pour les ramener furent inutiles, il fè tint
fur fes gardes. Il avoit raiifon ; car, dès le jour fuivant,
ils revinrent formant un corps confiderable , armés de
lances, faites, avec le fer des navires qu'ils avoient pillé.
Korenoff ôc Ces Camarades, qui s'étoient préparé à les
recevoir, en tuèrent z6, ôc en prirent plufieurs ; après
cette défaite, les autres furent plus traitables.
Le 19 Novembre, Korenoff, en retournant au havrel
jpafla à Makushinsk , où il fut bien accueilli du Chef,
appelle Kulumanga; quant à Itchadak, on reconnut clairement qu'il méditoit des projets d'hoftilités. Au-lieu de
rendre compte des filets qu'on lui avoit confiés, il fe
retira fecrètement ; Ôc , le 19 Janvier, luivi d'une nom-
breufe troupe d'Infulaires , il  effaya de furp rendre les
ill entre l'Asie et l'Amérique.   133
Ruffes. La victoire fe déclara en faveur de Korenoff, ôc
1-5 des Affaillans , parmi lefquels fe trouvoit Itchadak,
relièrent morts fur le champ de bataille : Kulumanga affûta
le Commandant, qu'il n'avoit aucune connoiflance de la
confpiration , ôc qu'il avoit fouvent empêché fon ami,
ainfi que fes autres Compatriotes, de fe livrer à des hoftilités.
Korenoff fut de retour au havre le 30 Janvier; ôc;
le 4 Février , il partit pour une nouvelle chaffe vers fa
pointe occidentale de l'ifle. Il trouva un détachement
envoyé par Glottoff, à un endroit appelle Takamitka ;
il fe rendit enfuite à Umnak, où il perçut quelques tributs,
& il fut de retour le 3 Mars. Pendant fon abfence, Kygi-
nik, fils de Kulumanga, vint voir les Ruffes. Il demanda
à être baptifé, ôc à s'embarquer fur le Navire Ruffe; on
confentit à ce qu'il defîroit.
Le 13 Mai, Korovin alla, foivi de onze hommes,
chercher, à Umnak, une ancre qui étoit enterrée dans le
fable. Dès qu'il fut de retour à bord , on fit des préparatifs pour l'appareillage. Avant l'arrivée de Korovin , les
Chaffeurs avoient tué 150 renards noirs &n|oux , & le.
même nombre de loutres de mer jeunes ôc vieilles; depuis
ils avoient pris 350 renards roux, le même nombre de
renards ordinaires ôc 15 o loutres de différentes groffeurs.
Solovioff mit en mer le premier de Juin , par un
vent d'Eft, après avoir rendu la liberté à l'Interprète
Kashmak: on lui donna des préfens ôc un certificat de
fidélité, 6V on rendit les otages à leurs parens ou aux
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134    Nouvelles découvertes
Chefs du pays. Avant de quittèrï'Ifle, il reçut une lettre
de Glottoff, qui Pinformoit qu'il fe pçéparof$78ufïi à retourner au Kamtchatka.
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juia. z. Le vent étant contraire, le navire sefojgna peu de
Journal du Ja terre.'
retour de _ . ,        A mi'    », '   x
Solovioff.        5. Le Cap remis vers la cote; mouille  ôc envoyé a
l'aiguade une chaiôupe qui revint fans avoir vu perfonne.
6. Appareillé, ôc le Cap mis à l'Oueft par un vent du
Sud-Eft.
7. Vent favorable du Nord - Eft , ôc dans l'après midi
du No éd. :
8. Vent du Nord-Oueft ôc orageux.— Le vaiffeau en
dérive fous la mifaine.
9 ôc 10. Cinglé..au Nord, avec un vent d'Oueft.
11. Calme jufqu'à midi; enfttke il s'éleva une hrife du
Sud, avec laquelle nous gouvernâmes Oueft jufqu'au lendemain à midi : à cette époque le ^ènt tournant à l'Oueft,
nous changeâmes de route ôc mîmes le Cap au Nord-
Oueft.
1 z. Calme pendant la nuit.
13. Petite brife du Nord, avec laquelle nous gouvernâmes à l'Oueft l'après midi, il y eut un calme qui dura
jufqu'au  1 6.
16 A midi. A cette époque il s'éleva une brife de
l'Eft.— Gouverné à l'Oueft. Nous continuâmes cette route
le 16, par un vent de Sud Sud-Eft.
Du 19 au zz le vent fut variable du Sud-Oueft au
Nord-Oueft, avec kquel nous changeâmes de direction
pour gagner l'Oueft.
;    Il entre l'Asie et l'Amérique.     13c,
Le Z3. Vent de l'Eft, le Cap mis entre le Nord ôc
l'Oueft. Nous continuâmes cette route les Z4 , z$  ôc z6
avec un vent du Nord.
zy. Avant midi, le vent paffa au Sud-Oueft.
z8, z5>, 30. Vent de l'Oueft.
r.er Le vent paffa à l'Èft, & nous mîmes le Cap entre   Juillet.
l'Oueft ôc le Sud-Oueft, avec de petits changemens de
route jufqu'au 3.
Le 4, arrivée à Kamtchatkoi noff; ôc,le 5, le navire
entra en bon état dans la riviere du Kamtchatka.
Les Remarques faites par Solovioff, for les Ifles aux Defcription
Renards ôc leurs habitans, étant plus détaillées que celles Renards,
des premiers Navigateurs, elles méritent qu'on les imere
ici dans leur entier. Suivant fon eftime, Unalashka eft
éloigné de 1500 ôc zooo verftes directement à l'Eft de
l'embouchure de la riviere du Kamtchatka ; les autres Ifles
s'étendent à l'eft vers le Nord-Eft. Il évalue à 80 verftes la
longueur dAkutan ; à 1 50 celle d'Umnak ; ôc à zoo celle
d Unalashka. On ne voit point de grands arbres for
aucune des Terres où il toucha. Elles produifent des
fous - bois, de petits buiffons ÔC des plantes, femblables
pour la plupart aux efpèces communes du Kamtchatka.
L'hiver eft beaucoup plus doux que dans les parties orientales de la Sibérie, ôc il dure feulement depuis le mois
de Novembre jufqu'à la fin de Mars. La neige ne demeure guères fur la terre.
Les rennes, les ours, les letups, ôc les renards arctiques
ne fe voient point for ces Ifles, mais il y a beaucoup de lill'll!
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3
6   N
OUVELLES   DÉCOUVERTES
renards noirs, gris, bruns ôc roiflc. C'eft pour cela qu'on
leur a donné le nom de Lyffit oftrova , ou d'Iflcs aux
Renards. Ces renards font plus gros que ceux d Yakutsk,
ôc leur poil eft beaucoup plus groflier. Ils fe tiennent le
jour dans les cavernes ôc les fentes des rochers; le foir, ils
vont fur la côte chercher de la pâture. Ils ont détruit
depuis long-temps la race dès fou ris ôc des autres petits
animaux. Les Naturels ne leur infpirent aucune frayeur,'
mais ils fentent les Ruffes à la trace , parce qu'ils ont
éprouvé l'effet de leurs armes-à-feu. Le nombre des quadrupèdes marins, tels que les lions, les ours, & les loutres
qui defcendent fur ces rivages , eft très - confiderable : on
trouve , fur quelques-unes des Ifles, des fources chaudes
ôc du foufrc natif.
jilli
Mœurs &
ufages des
habitans.
• Les Isles aux Renards font en général très-peuplées;
Unalashka, qui eft la plus étendue, paroît contenir plufieurs milliers d'habitans. Ces Sauvages vivent en petites
communautés féparées, chacune de 50 & quelquefois de
zoo perfonnes. Ils vivent fous terre dans des jourtes qui
ont 80 verges de long, de fix à huit de large & quatre
à cinq de hauteur : le toit eft une efpèce de grillage de
bois, pofé d'abord fur une couche d'herbages ôc recouvert enfuite de terre. Il y a au fommet plufieurs ouvertures, par où les habitans montent ôc defcendent avec
des échelles : les plus petites de ces jourtes ont deux ou
trois de ces entrées, ôc les plus grandes cinq ou fix ;
chaque jourte eft divifée en différentes chambres, appropriées aux différentes familles : elles n'ont d'autres cloifons
que des pieux fjchés en terre. Les hommes ôc les femmes
s'affeyent
■ entrée l'Asie et l'Amérique,    137
s'affeyent à terre, ôc les enfans fe couchent, ayant les
jambes repliées fous les cuiffes ; on leur apprend ainfi à
être accroupis.
Quoiqu'on ne faffe jamais de feu dans ces jourtes (a);
elles font en général fi chaudes , que les Infulaires des
deux fexes y reftent nuds. Ils fuivent fans honte tous les
mouvemens de la Nature, ôc ils n'ont aucune idée de la
décence. Ils fe lavent d'abord avec leur urine, & enfuite
avec de l'eau. L'hiver, ils vont toujours nuds pieds ; ôc
s'ils veulent fe réchauffer, ce  qui leur arrive  for - tout
avant de Ce coucher, ils allument des herbes lèches, ôc
ils fe promènent autour &: pardeffus la flamme.  Leurs
habitations étant très-obfcures, ils fe fervent de lampes,
particulièrement l'hiver. Ces lampes font une pierre creu-
Cée, dans laquelle il y a une mèche de jonc ôc de l'huile
de baleine : ils leur donnent le nom de Tfaaduck. Ils
ont des cheveux noirs, des vifages applatis, ôc leur taille
eft affez haute. Les hommes fe rafent, avec une pierre
aiguifée ou avec un couteau , le fommet de la tête ; ils
Jaiffent flotter le refte des cheveux. Les femmes coupent
les leurs en ligne droite fur le front ; elles les laiffent parvenir derrière à toute leur longueur, ôc elles les nouent
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M
'(a) De toutes les demeures choifîes par les peuples fauvages, la
jourte paroît la pLus heureufement imaginée & la plus fînguliere. Ces
efpèces de caves fouterraines conviennent à un pays froid, où il n'y a
point de bois ; & toute la bourgade, habitant ainfi la même maifon,
ne peut être furprife par l'ennemi. my
lifci
138   Nouvelles découvertes
dans une feule touffe. Quelques hommes laiflent croître
leur barbe, d'autres la rafent ou f arrachent.
Il
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Ils gravent différentes figures fur leurs vifâges ôc le
dos de leurs mains; pour cela, ils font d'abord de petits
trous avec la pointe d'une aiguille, ôc ils les frottent en-
fuite avec de l'aroille noire. Ils fe font trois incluons dans"
la lèvre inférieure; ils placent dans celle du milieu un os
plat ou une petite pierre colorée; &, dans celles des côtés,
un long morceau d'os pointu, qui fe recourbe & va pref-
que jufqu'aux oreilles. Ils fe percent aufîi le cartilage du
nez , ôc ils y mettent un os qui tient les narines très-
ouvertes ; ils fufpendent à leurs oreilles tous les petits
ornemens qujijs peuvent Ce procurer.
Leur habillement eft un bonnet & une jaquette
qui defcend jufqu'aux genoux : leurs bonnets ordinaires
font quelquefois d'une peau d'oifeau, qui à les ailes & la
queue ; ils mettent fur le devant de leurs bonnets de
chaffe ôc de pêche une petite planche qui les garantit du
foleil, ou qui fort peut-être à diriger leur vue ; cette
planche eft ornée de mâchoires d'ours de mer , ôc de
grains de verre qu'ils achètent des Ruffes. Dans leurs
. fêtes ôc leurs danfes, ils portent un rroifîème bonnet,
beaucoup plus enjolivé. La jaquette, qui les couvre, a la
forme d'une chemife; elle eft fermée devant ôc derrière ,
& elle fe met pardeffus la tète. L'habit des hommes eft
de peaux d'oifeaux, & celui des femmes de loutres ôc
d'ours de mer ; ils teignent ces peaux avec une terre
f entre l'Asie et l'Amérique.   139
rouge; ils les coufent avec des nerfs, ôc, pour les embellir,
ils y ajoutent diverfes bandes de peaux de loutres de mer
ôc des franges de cuir. Ils ont en outre des manteaux
d'inteftins des plus gtos veaux ôc lions marins.
Ils ont des navires de deux efpèces ; les plus grands
font des bateaux ou baidars de cuir , garnis de rames
des deux côtés, ôc qui contiennent 30 ou 40 perfonnes.
Les plus petits fe manœuvrent avec une pagaye double, ôc
reffemblent aux* canots des Groënlandoifes : ils ne portent
pas plus d'une ou deux perfonnes. Ces embarcations ,
n'étant qu'une charpente très-mince, recouverte de cuir,
elles nepefent jamais plus de 30 livres. Elles leur fervent
cependant à paffer d'une Ifle à l'autre, & même ils prennent
le large à une grande diftance. Dans un temps calme, ils
s'embarquent pour aller à la pêche du turbot ôc de la
morue ; ils fe fervent pour cette pêche d'hameçons d'os
& de lignes de nerfs ou d'algues marines. Ils harponnent
le poiffon dans les ruiffeaux à coups de darts ; ils recherchent foigneufoment les baleines ôc les autres animaux
marins, jetés for la côte par les flots, ôc ils en recueillent toutes les parties. La quantité de provifions que leur
fourniflent la chaffe ôc la pêche, ne fuffic pas à leurs
befoins ; .ils fe nourriffent, la plus grande partie du temps,
de varech ôc de coquillages qu'ils trouvent fur le rivage.
Ils ne permettent pas à un étranger de chaffer ni
de pêcher près d'un village , non plus que d'emporter
aucun comeftible-, quandrHls font en voyage, ôc que leurs
provifions font épuifées, ils mandient de bourgade en
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140    Nouvelles découverte*'
bourgade, ôc ils demandent des fêcours  à leurs parens
& à leurs amis.
Ils mangent crue la chair de tous les animaux marins*
s'ils apprêtent quelquefois leurs alimens, ils font ufage
d'une pierre creufe, où ils mettent le poiffon ou la viande
outils veillent cuire; ils la eouvrent avec-une autre pierre
plate ; ôc ils en ferment les interiHces avec de l'argillc ou
du limon : ils couchent enfuite cette marmite horizontalement fur deux cailloux , ôc ils allument du feu au-
deflbus. Ils féchent à l'air, fans les faler, les provifions
qu'ils veulent garder. Ils recueillent des baies de différentes
fortes, ôc des racines de lys pareilles à celles qui croif-
fent foontanément au Kamtchatka ; ils ne connoiffent
point la manière dont les Kamtchadales apprêtent le
panais fauvage, non plus que l'art d'en tirer de l'eau-de-
vie , ou une autre liqueur forte. Ils aiment paftîonnément
le tabac que les Ruffes ont introduit parmi eux.
On n'apperçoit fur ces Ifles aucune trace de Religion ;
ôc les Infulaires ne paroiflent pas avoir de Sorciers (a).
Si par hafard une baleine eft jetée fur la côte, ils s'affem-
blent avec de grandes marques de joie, ôc font une multitude de cérémonies fingulieres. Us danfent en battant du
tambour ; ils coupent enfuite l'animal en morceaux, &
ils en mangent fur-Ie-champ la meilleure partie. Dans
(a) D'autres Navigateurs difent qu'ifs ont des SOBcàçrs,.comme on
le verra plus bas. Encore une fois, malgré quelques répétitions, ou
rapporte les remarques des différens Voyageurs, parce que chacun d'eux
a examiné des bourgades différentes.
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'■■'>% fell ES entre l'Asie et l'Amérique.  141
ces occafîons, ils portent leurs bonnets de parure; quelques-uns danfent nuds ôc avec des mafques de bois
qui defcendent jufqu'aux épaules, ôc repréfentent diffé-
rens animaux marins : leur danfe eft très-fimpîe : ils font
deux pas très-courts en avant ôc ils les accompagnent de
plufieurs geftes grotefques.
Ils ne connoissent point les cérémonies du mariage,'
ôc chaque homme prend autant de femmes qu'il peut en
entretenir ; mais ils n'en n'ont pas ordinairement plus de
quatre. Ils permettent de temps en temps à ces femmes
d'habiter avec d'autres hommes ; &: ils les échangent
fpuvent, ainfi que leurs enfans, contre des objets de
commerce. Si l'un des Infulaires meurt, on lie fon corps
avec des courroies, ôc enfuite on l'expofe à l'air dans un
berceau de bois fufpendu à une perche foutenue par des
fourches (a ). Us pouffent alors des cris & des lamentations.
Ils choisissent pour Chefs ceux qui ont de nom-
breufes familles, ôc qui font habiles à la chaffe & à la
pêche. Quoique ces Infulaires mènent une vie fauvage ,
ils ont de la docilité dans l'efprit, ôc les erifàns, que les
Navigateurs emmènent comme otages, apprennent en
peu de temps la Langue Ruffe.
il
( a ) c'eft peut-être la manière dont on difpofe des corps des riches,
comme on k verra plus bas.
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142    Nouvelles découvertes
en 17^4.
CHAPITRE  XIL        1
VoYA G E d'Otcheredin; il paffe l'hiver à Umnak;
arrivée de Levasheff à Unalashka i retour d'Otcheredin à Ochotsk.
Voyage   JJN I7£.   trojs Négocians, Orechoff de la ville dYula,
d'Otchere- S    ; b . *
din, fur le Lapin de  celle  de Solikamsk ,   Se Shiloff d'Uftyug ,
Samt-Paul, équipèrent le navire le Saint - Paul. Ce bâtiment, conf-
truit dans le havre d Ochotsk, avoit 4z Ruffes & Kamtchadales d'équipage, ôc en outre deux Infulaires des Ifles
aux Renards , Jean ôc Thimotée Surgeff, qui avoient été
amenés ôc baptifés au Kamtchatka.
Aphanasséi OTCHEREDiN,qui le commandoit, partit
d Ochotsk le 10 Septembre, ôc il arriva, le zz, dans la-
baie de Bolcheresk, où il paffa l'hiver. Le premier Août
1766', il continua fon voyage; & ; après avoir dépaffé
la féconde des Ifles Kurdes , il gouverna le 6 en pleine
mer. Le z.\ , il atteignit la plus proche des Ifles aux
Renards , auquel les Interprêtes donnèrent le nom d'At-
chak (a),ôc, comme il furvint une tempête, il mouilla
dans une baie fans voir d'habitans fur la côte. Le z6 , il
remit à la voile ; ôc, le zy, il découvrit Sagaugamak |
( a ) On a vu, plus haut, que des Navigateurs antérieurs à Otchere-
din l'appellent Atchu.
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USÉ I-
F* ™! fill"'fit
liili'iSilii
131 entre l'Asie et l'Amérique. 143
Terre qu'il longea au Nord-Eft; ôc, le 3 1 , il fe trouva à
fept milles de l'ifle oV Umnak,'où la faifon avancée & le v^éti
manque d'eau Ôc de provifions le déterminèrent à paffer
l'hiver. Le premier Septembre, de l'avis des Interprêtes,
il remorqua le navire dans une' baie , près d'une pointe
de terre qui gît au  Nord - Oueft , & il le fît amarrer
for la côte.
En débarquant , il découvrit plufieurs débris d'un
naufrage ; ôc deux Infulaires, habitans des bords d'un
ruiffeau, qui débouche dans la baie, lui apprirent que
cetoient les reftes d'un Navire Ruffe dont le Commandant s'appelloit Denys. Il en conclut que c'étoit le bâtiment de Protaffoff, équipé à Ochotsk. Les habitans réunis-
d Umnak, d Unalashka ôc des Cinq montagnes avoient
maffacré l'équipage, lorfqu'il étoit divifé en détachemens
de Chaffeurs. Les Naturels lui racontèrent aufîî les malheurs arrivés aux navires de Kulicoff ôc de Trapefhikoff
fur l'ifle d'Unalashka. Cette nouvelle alarma Otchere-
din, mais il  n'avoit d'autre reiîource que de tirer fon
navire for la cote Ôc de prendre des précautions pour
ne pas être forpris. Il entretint une garde vigilante; il fie
des préfens aux Chefs ôc aux principaux habitans du pays,
ôc il demanda des enfans en otages. Les Naturels fe cqjv*
duifîrent d'une manière très-paifîble, jufqu'au moment où
on leur perfuada de fe rendre tributaires; car alors ils
donnèrent des preuves fî réitérées de leurs mauvaifes intentions , que l'équipage fe trouva dans des craintes continuelles. Au commencement de Septembre, les Ruffes
apprirent qu'un navire équipé par Ivan Popoff, Négociant de Lalsk _, étoit arrivé à Unalashka.
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144    Nouvelles  découvertes
Sur la fin de ce mois, le Chef des Cinq montagnes
Ce rendit auprès d'Otcheredin , ôc il fut fî content de
l'accueil qu'il reçut , qu'il amena des otages , avec des
demonstrations d'amitié, ôc affura de plus le Commandant qu'il emploieroit fon crédit auprès des Chefs, fes
Compatriotes , pour qu'ils ne troublaffent point la paix.
Les autres Chefs, loin de montrer des égards pour Ces
remontrances, eurent la barbarie de tuer fun de fes enfans.
Cette atrocité augmenta la frayeur des Ruffes, qui n'o-
ferent pas s'éloigner du havre dans leurs chaffes. Us manquèrent bientôt de provifions ; & la faim, jointe à des
attaques violentes de fcorbut, fit un grand ravage parmi
eux ; fix moururent, ôc ceux qui- furvécurent fe trouvèrent fî foibles, qu'ils ayoient à peine la force de
fe remuer.
*»
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Leur santé s'étant rétablie au printemps, z 3 hommes
s'embarquèrent , le 15 de Juin , fur deux chaloupes, pour
les Cinq montagnes, où ils fe propofoient d'engager les
Infulaires à payer un tribut. Le z6, ils débarquèrent for
l'ifle dUlaga , où ils furent attaqués vivementpar un
corps nombreux de Naturels : il y eut trois Ruffes de
blefïes; mais les Sauvages ,repouffés avec une perte confiderable , furent fi épouvantés de cette défaite , qu'ils
fuirent devant l'équipage d'Otcheredin aufli long-temps
que ce Capitaine demeura dans l'ifle. Il y fut retenu, par
les temps orageux , jufqu'au 9 de Juillet ; durant cette
relâche, il trouva deux fufils rouilles ,vqui provenoient du
navire de Protaffoff. Le t o, il retourna au havre, ôc il fe décida à envoyer ^put de fuite des détachemens de Chaffeurs.
Le premier
iMH entre l'Asie et l'Amérique.   14^
Le premier Aoust, Matthieu Poloskofï, né à Ilinsk,
s'embarqua fur deux chaloupes, à la tête de zS hommes,
pour fe rendre à Unalashka ; Otcheredin lui ordonna, fi
le temps ôc les circonftances étoient favorables, de defcen-
dré à Akutan Ôc Akun, les deux Ifles les plus proches à l'Eft;
mais de ne pas aller plus loin. Poloskoff aborda à Akutan
vers la fin du mois; ôc, ayant été bien reçu des Infulaires ,
il y laiffa fix Chaffeurs. Il mena le refte à Akun , fitué à
environ deux verftes d Akutan. Il détacha de - là cinq
hommes fur les Ifles voifines, où les Interprêtes lui avoient
dit qu'on trouve une .grande quantité de renards.
Poloskoff ôc Ces Camarades parlèrent tout l'automne
à Akun fans être troublés par les Infulaires ; mais, le
1 z Décembre , les habitans de différentes Ifles réunis ;
formèrent un corps nombreux ôc les attaquèrent par terre
ôc par mer. Us apprirent à Poloskoff, par l'entremife des
Interprêtes, que les Ruffes envoyés fur les Ifles voifines
avoient été tués; que les deux navires, qui fe trou voient
à Umnak ôc Unalashka, avoient été pillés ôc l'équipage
mis à mort, & qu'ils étoient venus pour mafïacrer également fa troupe. Les armes à feu continrent les Sauvages,
qui Ce difperferent le foir. La même nuit, l'Interprète
déferta, fans doute à l'inftigation de fes Compatriotes,
qui cependant le tuèrent bientôt.
Le \6 Janvier, les Sauvages vinrent faire une fecofïde
attaque. Après avoir furpris les Sentinelles pendant la nuit,
ils mirent en pièces le toit de la baraque, ôc ils tirèrent
ail
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14e    Nouvelles découvertes
dans l'intérieur en pouffant de grands cris. Quatfe Rafles
péritéht dans cet affaut impréw, & il y en eut trois de
bleffés. Mais l'ennemi, épouvanté par les armes-à-feu,
prit la fuite. Sur ces entrefaites, un autre corps de Naturels effaya, fans fuccès,de s'emparer des deux chaloupes.
Les fix hommes laiffés par Poloskoff à Akutan , ainfi
que les cinq Chaffeurs envoyés fur les Ifles voifines, ôc
deux Ruffes de l'équipage de Popoff, qui étoient fur la
pointe occidentale d'Unalaska, furent tués.
Poloskoff demeura dans CIÛ& dAkun , courant Vs3(
plus grands dangers jufqu'au zo Février. Comme les bleffés-
fe trouvèrent guéris à cette époque , il fe rendit par un
bon vent, près du navire de Popoff, qui étoit hUnatashka>
ôc, le 10, il retourna fur le bord d'Otcheredin.
Le navire de Popoff étant prêt à appareiller au mois
d'Avril, il remit à Otcheredin fes otages, qui étoient au
nombre de 40. Le 30 Juillet, un autre bâtiment, qui
appartenoit au même Négociant Popoff, arriva de l'ifle
de Bering, & jeta l'ancre dans la baie où mo^îUolt le
Saint-Paul ; ôc les deux équipages s'affocierent pour la
chaffe, à condition de partager les bénéfices. Otcheredin,
armé de ce renfort, détermina un affez grand nombre
d'habitans à payer le tribut. Le zz Août, le Lieutenant
d'Otcheredin alla chaffer à Unalashka ôc Akutan, avec
fix bateaux ôc cinquante - huit hommes : trente hommes
réitèrent à bord des deux navires dans le havre, & montèrent la garde avec foin.
Jé'lMtlÉjif lilll
IB in ij
ENTRE   lA.SÏE   ET  L'AMÉRIQUE.    147
Otcheredin ôc le Commandant de l'autre navire, otcheredin
reçurent bientôt une lettre, datée du 11 Septembre 1768 , ^^"d^Le-
de Levasheff, Capitaine-Lieutenant de la Marine Impé- vasheffàUna-
rMe , qui avoit accompagné le Capitaine Krenitzin, dans
une expédition fecrette , fur ces Ifles. Il leur appreiioit
qu'il étoit arrivé, fur le Saint-Paul, à Unalashka , ôc
qu'il mouilloit dans la baie où le navire de Kuîkoff avoit
péri ; il leur demandoit une relation circonftanciée de
leur voyage. Le z~\, il envoya, auprès d'Otcheredin ,
chercher quatre des principaux otages, & il lui ordonna
de lui envoyer le tribut de fourrures qu'on avoit obtenu
des Infulaires. Comme le temps eft en général fort orageux à cette faifon de l'année, Otcheredin ne fit partir
les fourrures qu'au printemps. Le 3 1 Mai, Levasheff appareilla pour le Kamtchatka ; ôc , en 1771, il fe rendit
à Saint - Pétersbourg.
Otcheredin ôc l'autte navire demeurèrent à Umnak
jufqu'en 1770 , ôc, pendant le refte de cette relâche, les
équipages n'eurent aucun démêlé aveê! les Infuses. Us
continuèrent leurs chatTes, qui furent très-heureufes ; car
la part du navire d'Otcheredin, ( dont on abèrge ici le
Journal, ) monta à 530 groffes loutres de mer, 40 petites
ôc 30 jeunes, 656 beaux renards noirs , 100 de qualité
inférieure, ôc environ 1x50 renards roux.
Otcheredin partit d'Umnak, le 2Z Mai 177c, avec
cette cargaifon confiderable ; il y laiffa le navire de Popoff.
Peu de temps avant fon appateillage, l'autre Interprête,
Ivan Surgeff, déferta à l'inftigation de fes parens.
T ij
Hfl
l'M Ill
148  Nouvelles découvertes
Retour Après avoir touché fur les plus proches des Ifles
d'Otchere-  Aleiitiennes, Otcheredin arriva, le 24 Juillet, à Ochotsk ;
dm  a # 1 . . .f,
Ochotsk.   il amenoit avec lui deux Infulaires qui furent baptifes.
L'un fut nommé Alexis Solovioff ôc l'autre Boris Otcheredin. Us moururent l'un ôc l'autre en allant à Pétersbourg;
le premier entre Yakutsk ôc Yrkutsk , ôc le fécond à
Yrkutsk y où il arriva le premier Février .1771.
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■ifWItfi nJPi
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mm entre l'Asie et l'Amérique. 149
CHAPITRE   XIII|;.'■■;,       :
Extrait du Journal du Voyage du Capitaine
Krenitzin & du Lieutenant Levasheff aux Ifles
des Renards en ty68 & ijfy ; dépaft du
Kamtchatka ; arrivée aux Ifles de Bering & de
Cuivre; aux Ifles des Renards; ICrenifnn paffe
l'hiver à Alaxa ; Levasheff à Unalashka » Pro*
auctions ^Unalashka ; Remarques fur les Habitans dés Ifles aux Renards ; leurs Mœurs ;
leurs  Ufiges, &c.
J. outes les expéditions dont nous avons parlé jufqu'ici,
ont été formées par des Négocians, qui penfoient d'abord
à s'enrichir par le commerce des fourrures ôc enfuite à
faire des découvertes : celle - ci a été faite aux frais de
l'Impératrice ; & le premier objet étoit de découvrir ou
de reconnoitre de nouvelles Ifles, ôc de foumettre des
Tributaires,
Le 2 3 Juillet , le Capitaine Krenitzin appareilla, fur   Krenitzin &
la galiote la Sainte • Catherine ,  de l'embouchure de la partent de la
rivière du Kamtchatka ; il étoit accompagné du Lieute- Krmtertf r1
nant Levasheff, qui montoit le hourque le Saint- Paul,   en 176&.
Leurs inftruètions furent réglées d'après les lumières que
procura l'expédition de Bering en 1741. Voulant fuivre
fi:
il
1
1:5 S ml
i^o    Nouvelles  découvertes
une route un peu différente de celle de ce Navigateur
malheureux; ils fe trouvèrent plus au Nord qûps ne le
comptoient, & les Négocians & les Chaffeurs Ruffes leur
dirent, qu'il y a effectivement des erreurs de pofition (a)
dans la Carte de l'expédition de Bering. Ces Négocians,
accoutumés depuis plus de vingt ans à fe  rendre ardl|
Ifles éloignées, afin d'en rapporter des fourrures, dirent à
Krenitzin qu'elles étoient beaucoup plus au Sud & plus loin
à l'Eft qu'on ne l'imaginoit. Le 27 , il eut vue de l'ifle du
Arrivée à   Commodore ou de Bering, qui eft baffe ôc remplie de
rifle de Bé- rochers, fur-tout dans la partie du Sud-Oueft. Il apperçut,
de ce côté, un petit havre remarquable par deux collinesf
qui reffemblent à des bateaux, ôc il trouva, non loin delà, un lac d'eau douce.
a l'ifle de II y a au Sud - Eft une autre Ifle \ appellee par les
Cuivre. Ruffes Mednoi oftroff, ou Ifle de Cuivre , parce qu'on
trouve une grande quantité de cuivre fur la côte Nord-
Eft , la feule partie connue des Ruffes. Ce métal, que
les flots viennent laver, eft en fi grande abondance fur le
rivage, que plufieurs vaiffeaux pourroient s'en charger ( b) ;
il*1
m
(a) Ce paffage eft obfcur.-Peut-être faut-il, pour en découvrir le
véritable fens, comparer la Carte de Krenitzin avec celle du Voyage
de Bering, placée à la tête de la Relation des découvertes faites par les
Ruffes de M. Muller. La route de Krenitzin fut beaucoup plus au Nord
que celle de Bering & de Tfchirikoff. Par conféquent il navigua au
milieu du parage où Ton fuppofoit un continent ; & if n'y trouva
qu'une mer ouverte. Voye\ l'Hiftoire d'Amérique de Robertfon, à la
fin du premier volume de l'original ; & le Chapitre premier de l'Ouvrage que nous publions ici.
O) Les Journaux des Navigateurs, qui relâchent à l'iHe àe Cuivre, ne entre l'Asie et l'Amérique. 151
un navire qui en porteroit à la Chine, où ce métal a
beaucoup de débit, feroit peut-être une excellente fpécu-
lation. La plus grande partie de ce cuivre eft naturelle,
& on diroit de plufieurs morceaux qu'ils ont été en fufîon.
L'ifle n'eft pas élevée ; mais on y voit différentes collines,
dont chacune parok avoir été autrefois le cratère d'un
volcan. Obfervons une fois pour toutes que les Ifles marquées dans la Carte, qui eft à la tête de ce Journal, font
remplies de bouches à feu éteintes, auxquelles les Ruffes
donnent le nom de Sopka ; on en apperçoit fur chacune
des Ifles, même fur la plus petite; & il y en a plufieurs
dont toutes les montagnes font des volcans épuifés. En
un mot, la chaîne d'Ifles tracées fur cette Carte, peut
être regardée comme une fuite de terres créées-depuis peu
par des volcans. Tout ce qu'on y voit annonce une
exiftence peu ancienne, ôc autorife cette conjecture. Les
productions végétales, qui font en affez grande quantité,
ne forment pas une objection difficile à réfoudre. Car lorfque les Hollandois eurent conquis fur la mer le DiftricT:
inférieur de la Province de Zutphen , la campagne fut
couverte de moutarde fâuvage l'été fuivant. Toutes ces
Ifles font pleines de foufre ôc la terre y tremble fouvent
d'une manière violente. L'Auteur du Journal ne nous
apprend pas fi on y rencontre de la lave ; mais il parle
d'une pierre colorée, qui eft aufli pefânte que le fer. On
'.if*
I
stp
mm
remarquent pas que fes Capitaines en prennent j fans doute ce métal njis
point de débit en Sibérie; & les frais de tranfport en Rulîîe abforbe-
roient les bénéfices : mais, comme le dit l'Auteur, ce feroit une très-    i
bonne Speculation d'en charger des navires qu'on enverroit à la Chine?
wm Arrivée am
Ifles des Re
nards.
1^2    Nouvelles découvertes
en peut conclure, avec vraifemblance , que le cuivre dont
j'ai fait mention tout - à - l'heure, a été fondu dans une
éruption.
Après avoir dépaffé l'ifle de Bering, les deux navires
• QUi s'étoient féparés dans une brume, ne virent pas de
terre avant la chaîne d'Ides ou de Promontoires marques
fur la Carte dans la partie Sud-Eft de leur route En
général ces Terres paroiffent baffes, les cotes en font
dangereufes, fans criques; ôc la mer femble baffe dans
les intervalles de l'une à l'autre. Krenitzin eut des brumes
fréquentes depuis ce parage jufqu'au point le plus éloigné de fa navigation , ainfi que pendant fon retour. Le
Journal ÔC le rapport des Chaffeurs annoncent qu'il eft
très-rare, même en été, d'avoir un ciel clair cinq jours
de fuite.
La Sainte-Catherine pafla l'hiver dans le détroit
JÊËm $ Alaxa, où elle fut chaffée fur un bas-fond. Les inltruc,
ï Alaxa.       t-ons du Capitaine lui apprenoient qu'un navire , appartenant à des Particuliers, y avoit trouvé un havre com-
- mode; mais Krenitzin le chercha envain. L entree Nord-
Eft de ce détroit eft extrêmement difficile, a caufe des
bancs de fable ôc des courants qui fe font fentir pendant
le flux ôc le reflux : celle du Sud-Eft eft beaucoup plus
facile, ÔC la fonde n'y rapporte pas moins de cinq braffes
ôc demie. En reconnoiffant ce détroit ôc la côte d Alaxa,
les Ruffes apperçurent plufieurs cratères éteints dans les
terres baffes près du rivage, où lc.fol produifoit peu de
plantes. Cette obfervation ne fuppofe-t-elle pas que la
côte a effuyé des bouleyerfemens confidéraples depuis
1762 s entre l'Asie et l'Amérique.  1^3
1762? On ne trouve du bois que for un petit nombre
de ces Ifles; ôc alors les arbres font dans les vallées aux
bords des ruiffeaux. C'eft à Unalga ou Alaxa qu'il y en a
le plus; ces deux Terres offrent beaucoup de courans d'eau
douce ôc même de petites rivieres ; ce qui prouve que leur
étendue eft confiderable. Le fol eft en général rempli de
fondrières ôc couvert de moufle ; celui d Alaxa offre plus
de terreau, & produit plus d'herbages.
Le Saint-Paul paffa l'hiver à Unalashka. La   L«v**?ff
r sir ' pane 1 hiver
latitude de l'endroit où il fut  amarré, fut obfer.vée de à Unalashka^
53d 29' Nord, ôc fa longitude, mefurée de l'embouchure
de la riviere du Kamtchatka , fut eftimée , d'après le
Journal de route, de 27d 5'Eft (a).
UNALASHKA a environ 50 milles de long du Nord-Eft
au Sud-Oueft; ôc, dans la bande du Nord-Eft, on trouve
trois baies. L'une d'elles, appellee Udagha , s'étend l'ef-
pace de 30 milles Eft-NordEft ôc Oueft-Sud-Oueft, à
peu-près à travers le milieu de l'ifle. Une autre , qui porte
le nom dlgunck , ôc court Nord-Nord-Eft & Sud Sud-Eft,
eft un affez bon havre, où la fonde rapporte trois braffes
& demie à la marée haute , fond de fable. Des rochers
qui font à l'entrée, ôc dont quelques-uns ne découvrent
( a ) Suivant la Carte générale de RuJJîe, l'embouchure de la riviere
du Kamtchatka gît par i78d z?' de l'ifle de Fer. D'après l'eftime de
route de'-Levasheff, la longitude à'Unalashka eft donc de 20 r*130' comp>
tés du Méridien de l'ifle de Fer, ou de 187e* n' ÉÉ du Méridien de
Creenvich,
y, \tm
IN
1^4    Nouvelles   découvertes
pas, le mettent à l'abri de la houle du Nord. La marée
: s'élève de cinq pieds  dans les pleines & les nouvelles
Lunes ; ôc la core eft en^ général efcarpée ôc remplie de
rochers, excepté dans la baie à l'embouchure d'une petite
rivière. Il y a, fur cette Ifle, deux montagnes brûlantes;
l'une s'appelle Ayaghish , ôc les Ruffes donnent à l'autre
le nom de Montagne rugiffante. On trouve , près de
la premiere , une fource chaude très-abondante. La campagne eft prefque par-tout remplie de rochers, ôc recouverte d'un peu de terre graffe ôc d'argile; l'herbe qui y
croît eft très - grofliere ôc le bétail ne pourroit pas la
manger. On y rencontre très-peu d'arbres : on y diftin-
Produ£Hon gue le xylofleum de Tournefort, ( c'eft la lonicera pyre-
tfUnalashka.       •      ,    T • \i • /•   •    r      j   t •
naica de Linnams, ) le vaccimum uliginojum de Linnaeus*
le franboifier, le farana ôc le shïkshu du Kamtchatka x
le kutage, le larix^ le peuplier blanc, le pin ôc le bouleau ( a ).
mm
Les quadrupèdes de terre font des renards de différentes couleurs, des fouris ôc des belettes. Il y a des
caftors ( b ), des chats ôc des lions de mer comme au
3 II 11
(a) Les Journaux des autres Navigateurs difent tous qu'il ne croît à
Unalashka que du fous-bois ou des brouffailles ; mais il faut fuppofer
que les arbres, dont parle Levasheff, font petits & bas j en effet, Levasheff
a dit plus" haut qu'on y voit très-peu d'arbres.
(b) Le Journalifte entend sûrement ici par caftors, les loutres de
mer que les Ruffes appellent caftors de mer. Voye{ la Part. III des
Obfervations préliminaires. On trouve une defcription de la loutre de
mer, Lutra marina, appellee par Linnauis Mufltla lutris dans les Now
Comm. Petr. Vol. II, pag. 367 &fuiv*
Iff
I
SIF entre l'Asie et l'Amérique, i^
Kamtchatka. On y trouve en poiflbns la morue, la perche,
la pélamide, l'éperlan , le roujet, l'aiguille, le terpugh,
ôc le tchafttcha. Les oifeaux font des aigles, des perdrix,
des canards, des farcelles, des urili, des ari ôc des gadi.
Les animaux d Unalashka , dont j'ai confervé les noms
ruffes, fe trouvent décrits, excepté Y ari} dans l'Hiltoire
du Kamtchatka de Krashihinikoff, ou dans la Relation de
Steller, inférée au fécond volume des Mémoires de l'Académie de Pétersbourg.
Les habitans  d'Alaxa , dTÏKmnak , d Unalashka ÔC   Remarques
des Ifles voifines, font d'une ftature moyenne, d'un teint tans desifl
bruni ôc couleur de tan; ils ont des cheveux noirs. En été, ^es Renar<*s'
ils portent des vêtemens ( le Journal dit Parki){a) de
peaux d'oifeaux. Lorfqu'il fait mauvais temps ,  ou qu'ils
font dans leurs canots, ils jettent pardeffus des manteaux
d'inteftins de baleine, appelles Kamli. Leur tête eft couverte d'un bonnet de bois (b), orné de plumes de canards,
& d'oreilles d'un quadrupède marin, du fchivutcha ou du
lion de mer. Afin de fe parer davantage, ils y ajoutent
des grains de verre de différentes couleurs, ôc de petites
figures d'os ou de pierres : ils placent, dans le cartilage
du nez, un os, ou la tige d'une plante noire, d'environ
quatre pouces de long ôc mince comme une groffe épingle : les jours de beau temps ou les jours de fêtes , ils
(a) Parki, en Langue Ruffe, fignine une chemife. Les vêtemens de
ces Infulaires ont la forme d'une chemife.
(b) Outre ces bonnets de bois, il eft probable qu'ils en ont d'autres
de peaux d'oifeaux : du moins quelques Navigateurs le difent.
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hi.«liP>
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M»       il
1^6    Nouvelles découvertes
fofpendent, aux deux extrémités de cette épingle, des
cercles de grains de verre , pofés les uns au-deffus des
antres. Ils fe font des trous à la lèvre inférieure, p ils y
mettent des grains de verre ôc de petits cailloux taillés en
forme de dents. Ils attachent à leurs oreilles des cordons
de verroterie, ôc des morceaux d'ambre, qu'ils achètent
à Alaxa pour des traits ôc des Kamli.
Leurs cheveux ne defcendent fur les tempes que
jufqu'aux yeux, ôc quelques-uns fe rafent le fommet de
la tête comme les Moines. Ils les laiffent flotter parder-
ricre. L'habit des femmes ne diffère guères de celui des
hommes, mais il eft de peaux de poiffons ôc non pas de
peaux d'oifeaux \ elles ont des aiguilles d'os, ôc des intef-
tins de poiflbns découpés leur fervent de fil ; lorfqu'elles
travaillent, elles attachent leur ouvrage à terre; elles ont
la tête découverte ; elles coupent leurs cheveux fur le
devant, ainfi que les hommes ,. mais elles les relèvent
par-derriere ôc elles en forment un gros nœud. Elles
appliquent fur leurs joues du bleu ôc du rouge ; eiles portent des épingles dans le cartilage du nez , ôc des pen-
dans d'orejiles de la même façon que les hommes : elles
ont de plus des colliers de grains de verre, ôc des bracelets bariolés de différentes couleurs autour des bras ôc
des jambes.
Ils sont très-fates fur leurs perfonnes : ils mangent
la vermine dont leur corps eft couvert, ôc la morve qui
tombe de leur nez. Ils fe lavent d'abord avec de l'urine,
& enfuite ayee de l'eau. Quand ils font malades, ils reftent
K"   . entre l'Asie et l'Amérique.  1^7
couchés trois ou quatre jours fans prendre de nourriture ;
s'ils ont befoin d'être faignés, ils s'ouvrent la veine avec
une lancette de pierre, & ils fucent le fang.
Ils se nourrissent principalement de poiffons ôc
d'huile de baleine ; il eft rare qu'ils faffent cuire leurs
alimens ; ils mangent aufli du varech , ôc des racines,
fur-tout le Sara, qui eft une efpèce de lys; pour relever
le goût du poiffon ou de l'huile de baleine , ils l'afper-
fent d'une herbe appellee Kutage, qui eft aigre. Ils allument quelquefois du feu en laiiTant tomber une étincelle
for des feuilles feches Ôc de la poudre de foufre; mais
la méthode la plus commune, eft de frotter deux morceaux de bois l'un contre l'autre, ainfi que le pratiquent
les Kamtchadales (a). Vakfel, Lieutenant de Bering, reconnut que les habitans du canton de Y Amérique fepten-
trionale, qu'il vit en 1741 , fuivent le même ufage. Ils
aiment paflïonnément l'huile ôc le beurre Ruffe ; mais ils
ne veulent pas manger de pain ; on ne put les déterminer à goûter du focre, avant que Krenitzin leur en donnât l'exemple. Dès qu'ils reconnurent qu'il étoit d'un goût
douceâtre, ils le cachèrent dans leurs vêtemens pour le
porter à leurs femmes.
Les habitations de ces Infulaires font des jourtes
«<«!
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Hl
{a) L'inftrument dont fe fervent les Kamtchadales pour allumer du
feu, eft une planche qui a plufieurs trous : ils mettent un bâton dans"
un de ces trous; & ils le tournent très-vîte jufqu'à ce que l'intérieur
du trou commence à brûler, ils approchent enfuite des matières coro-
buftibles de l'étincelle. S. R. G. III, pag. zor. Ill
k.'M
1^8   Nouvelles  découvertes
conftruites de la même manière que celles des Kamtchadales : on y entre par un trou fait au milieu du toit. Une
feule de ces jourtes fuffit à 30 ou 40 perfonnes de différentes familles. Pour fe réchauffer , ils brûlent de l'huile
de baleine, dans des coquilles qu'ils mettent entre leurs
jambes ; les femmes fe tiennent féparées des hommes (a).
Il
Six ou fept de ces jourtes comprennent un village J
& il y a feize villages à Unalashka. En général, ces Ifles
paroiffent affez peuplées ; c'eft du moins ce qu'on peut
conjecturer d'un grand nombre de canots qu'on voit
naviguer fans cefle le l©ng de la côte. Il y a plus de mille
habitans à Unalashka, ôc les Naturels dirent aux Ruffes
que jadis la population étoit plus confiderable. Depuis
que les Navires Marchands Ruffes vont y chercher des
fourrures, leur nombre eft diminué ; ôc, en effet, on a
vu que dans toutes les expéditions, on en tue plufieurs :
d'ailleurs ils ont effuyé une famine terrible en 1762. Mé-
contens de la vie fîmple qu'ils menoient jadis, ils ont pris
du goût pour les objets de luxe que leur apportent les
Navigateurs : afin d'obtenir quelques bagatelles qui Ce con-
fomment ou fe détruifent bientôt, ils emploient la plus
grande partie de leur temps à chaffer, pour vendre les
fourrures; ils négligent ainfi de faire des provifions  de
i
(a) Il ne faut pas donner une trop grande étendue à cette phrafe
de l'Auteur du Journal ; car les Navigateurs difent que les Infulaires
des deux fexes habitent pêle-mêle. Peut-être Krenitzin veut-il dire que
lorfqu'ils font dans leurs jourtes les femmes fe tiennent toutes d'un
côté, & les hommes d'un autre.
.mm)
i- ENTRE lAsIE ET l'AmÉRIQUE. I ^ 9
racines ou de poiflbns ; ôc il eft très-commun de les voir
laiffer mourir de faim leurs enfans.
Ils pèchent avec des hameçons d'os ; leurs canots,
for lefquels ils naviguent à une grande diftance de la terre,
font comme ceux des Innuets ou des Efquimaux, de peaux
ôc de légers morceaux de bois joints enfemble ; ces peaux
couvrent le deffus ôc les cotés de l'embarcation, Ôc ferrent de très-près la ceinture du rameur (a). Leur pagaye
eft plus large aux deux extrémités que dans la pale. Quelques-uns de ces canots tiennent deux perfonnes, dont l'un
pêche tandis que l'autre rame : ces derniers femblent
appartenir aux Chefs. Ils ont d'autres baidars, qui tien*
nent quarante perfonnes. Ils tuent des oifeaux Se des quadrupèdes avec des darts d'os ou de bois, armés d'une
pierre épointée. Ils Ce fervent de ces darts dans les combats ; lorfque le coup porte, la pointe Ce hrife ôc refte
au fond de la hleffure.
Ces peuplades ont toute la grofnereté ôc la férodité
naturelles à leur pofition : les Infulaires d'Unalashka font
un peu moins barbares entr'eux , ôc plus civils à l'égard
des étrangers, que les Naturels des autres Mes ; cependant
ils ont des querelles fréquentes; alors ils fe battent à
outrance, ôc ils commettent des meuterei fans remords.
ai)
Ii*
(a) C'eft-à-dire qu'il n'y a de place que pour un homme ou deux,
& que l'ouverture n'eft pas plus large que le corps d'un homme. Le
deffus eft couvert de peaux, afin qu'il y entre de l'eau en moindre
quantité.
Mf
i!y 111»'!
?»
III
Été
i
il?
iéo    Nouvelles découvertes
Ils parlent leur vie dans un état continuel de guerres ; ôc
ils emploient toujours des ftratagemes pour devenir vainqueurs. Les habitans d! Umnak font très-redoutés ; ils font
des invafions fréquentes fur les autres Terres ; ôc ils;
enlèvent des femmes, car c'eft là le premier objet de leurs
hoftilités. Leurs incurfions fe portent principalement fur
Alaxa ( a), fuivant toute apparence, parce que cette Ifle
eft la plus peuplée ÔC la plus étendue. Mais ils fe réu-
niffent tous pour détefter les Ruffes, qu'ils regardent
comme des Ufurpateurs qui veulent foumettre tout l'Archipel ; ôc ils ne manquent jamais de les aflafîiner dès
qu'ils en trouvent l'occafion. Je viens de dire que la haine
des habitans d Unalashka eft un peu moins vive; le Lieutenant Levasheff ayant appris qu'un navire de fa Nation
relâchoit au détroit d Alaxa , détermina quelques - uns
d'entr'eux à.y porter une lettre : ils la rendirent effectivement , malgré le danger- qu'ils coururent ; ils auroient été
maflac,rés par leurs Compatriotes, s'ils avoient été furpris.
L'Auteur du Journal ajoute que ces peuplades n'ont
aucune idée de Dieu, ôc que toute efpèce de culte leur
eft étranger. Peut-être fe trompe-t-il: on obferve, parmi
eux, des indices de Religion : car ils ont des difeurs de
bonne avanture qui prédifent les événemens d'après les
lumières que leur infpirent les Kugans ou les Démons.
Ces devins qu'on confolte particulièrement les jours de
fête, mettent des mafques de bois, qu'ils varient fuivant
(a) Cette phrafe n'eft peut-être pas exacte, comme on le verra
plus bas.
la forme.; entre l'Asie et l'Amérique.   i6ï
. la forme, où ils difent que le Kugan leur a apparu ; ils
danfent enfuite ôc Ce livrent à des mouvemens très-vifs ;
ils frappent en même temps fur un tambour, qui eft
couvert de peaux de poiflbns. Afin de fe garantir des
Diables, les Naturels portent aufli de petites figures for
leurs bonnets , où ils les placent autour de leurs
jourtes. Cela fuffit pour prouver qu'ils ont une forte de
Religion.
C'est une chofe très - commune de voir un de ces
Infulaires qui a deux, trois ou quatre femmes : quelques-
uns, livrés au goût contre nature, ont un amant habillé
en femme. Ces Epoufes ne vivent pas enfemble, mais,
comme celles des Kamtchadales, elles habitent différentes
jourtes. Ils font un échange de leurs femmes; ôc, dans
les temps de difette ,  ils  les vendent pour une veflie
pleine de graiffe. Le mari s'efforce enfuite de reprendre
fa femme s'il l'aime un peu , ôc il fe tue quelquefois, s'il
n'en vient pas à bout. Lorfque-des étrangers arrivent ;
les femmes font  dans l'ufage d'aller à leur rencontre ,
tandis   que les hommes reftent au fond de la jourte ;
cette démarche eft regardée comme un témoigxiap-e d'à-
mitié, ôc une faave-garde. Si un homme meurt dans la
hutte appartenante à fa femme, celle-ci fe  retire dans
une caverne fombre , où elle paile quarante jours. Le
mari fait une retraite aufli longue fi fa favorite meurt.
Si le père ôc la mere meurent, perfonne ne prend foin
de leurs enfans : ces malheureux orphelins font abandonnés à eux-mêmes. Plufieurs vinrent prier les Ruffes de
les acheter.
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162   Nouvel les dec ouvertes
Il y a , dans chaque village, une efpèce de Chef,
appelle Toolcoo (a), qui ne jouit prefque d'aucune autorité. Il décide les diffefens par arbitrage ; ôc les Infulaires voifîns mettent en exécution fa Sentence. Lorfqu'il
va en mer , il eft difpenfé de travailler; & il a, pour
manœuvrer fon canot, un Domeftique, qui porte le
nom de Kalé ; c'eft la feule marque de diftinction dont
il jouiffe ; il travaille d'ailleurs comme tout le monde. Sa
dionité n'eft pas héréditaire ; on là donne à celui qui eft
le plus remarquable par fes qualités perfonnelles (b), ou
à celui qui a le plus d'amis, ôc, par conféquent, le plus
d'influence. Voilà pourquoi il arrive fréquemment qu'on
choifit celui qui a la famille la plus nombreufe.
Ils célèbrent des fêtes en Avril, après que la faifon
de la pêche eft finie. Alors les hommes ôc les femmes
chantent des chanfons. Les femmes danfent feules ou
deux à deux, tenant dans leurs mains des veflies eon-
fiées. Leurs pas font d'abord tranquilles ôc doux , ôc ils
finiffent par être très-vifs.
Les habitans d Unalashka portent dans le pays îe
nom de Kogholaghi ; ceux d Akutan ôc des Ifles fituées
plus à l'Eft, jufqu'à Unimak, s'apppellent Kighiguft; ÔC
ceux  dUunimak  ôc d Alaxa ,  Kataghayekiki.   Us ne
(a) Les autres Navigateurs l'appellent Toigon.
(b) D'autres Navigateurs difent Amplement qu'on la confère à c^Iui
qui a le plus d'enfans : peut-être cela fe fait-il ainfi fur quelques
Ifles.
ri entre l'Asie et l'Amérique.   163
peuvent pas dire d'où"" viennent ces noms. Us commencent à s'appeller du nom général dAleyut, qui leur eft
donné par les Ruffes , ôc qui a été emprunté des Ifles
Kuriles (a). Quand on les interroge for leur origine, ils
répondent-qu'ils ont toujours habité ces Ifles, ôc qu'ils
ne connoiffent pas d'autres pays que le leur. On n'a
rien découvert fur les migrations de ces peuplades, fî
ce n'eft que le plus grand nombre eft venu d Alaxa [b).
Us ne connoiffent pas les bornes de cette Terre. Krenitzin a fait la reconnoiffance de cette Ifle très-loin au Nord-
Eft; il employa quinze jours en canots à cette excurfion,
ôc il planta une Croix au port où il s'arrêta. Les canots
des Infulaires reffemblent à ceux des Sauvap-es de CAmé-
rique ; mais leurs ufages ôc leur manière de vivre , dans
tout ce qui n'eft pas un effet naturel de leur pofition,
femblent annoncer qu'ils viennent du Kamtchatka (c).
Leurs jourtes, leur manière d'allumer du feu ôc leur penchant à la pédéraftie, autorifent cette conjecture. J'ajouterai que les vents foufflant prefque  continuellement de
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( a ) On ne voit pas dans le Catalogue des Ifles Kuriles , donné par
M. Muller, S. R. G. III, pag. Stf-92, qu'aucune de ces Terres foit
appellee Aleyut; & on ne trouve point ce mot dans les Cartes Ruffes.
(b) Cette Ifle à'Alaxa eft très-voifine de l'Amérique, & il ferri-
bleroit que ces peuplades font une colonie venue originairement du
Nouveau - Monde.
( c ) Il refte toujours à favoir fi les Kamtchadales eux - mêmes ne
viennent pas d'Amérique. Lorlqu'on veut rechercher l'origine d'une
peuplade, il faut rapprocher bien d'autres objets & les examiner avec
plus de profondeur.
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164    Nouvelles découvertes;
l'Oueft, il eût été très - difficile à ces peuplades de fe
tranfplanter d'Orient en Occident. Bering ôc Tfchirikoff
ne purent rencontrer des vents d'Eft qu'en cinglant au.
Sud.
On sait que les Ruffes vont, depuis quelques années;
chercher des fourrures for ces Ifles, & qu'ils obligent les
Infulaires à en fournir à la Couronne, par forme de tributs.
Les navires fe rendent, en automne, à l'ifle de Bering ôc
à celle de Cuivre, où ils paffent l'hiver. Ils chaffent d'abord
le chat de mer ôc enfuite le fchivutcha ou le lion marin ;
les équipages mangent la chair de  ce dernier  animal,
quoiqu'elle foit très - grofîiere. Ils portent les peaux aux
Ifles fituées plus à f eft. L'été fuivant, ils vont aux Ifles
des Renards -, où ils paffent un fécond hiver. Ils tâchent,1
par  perfuafion ou par force , d'obtenir en  otages  des
enfans , fur - tout ceux des Tookoos ou des Chefs.  Us
donnent enfuite aux naturels des trappes de renards, ôc
des peaux pour leurs canots, ôc ils les obligent en retour
à leur apporter des fourrures ôc des provifions pendant le
courant de l'hiver. Us exigent d'ailleurs que les Naturels
paient un tribut de fourrures : ôc ils délivrent des quittances. Les Ruffes en achètent aufli qu'ils paient en grains
de verre, en perles fauffes, en poils de chèvres, chau-
derons de cuivre, haches, ôcc. Au printemps, ils reprennent leurs trappes, ôc rendent les otages. Us n'ofent pas
chaffer fouls ni en petites troupes ( a ). Ces peuplades
(a) Tous ces détails, qui ne font pas rigoureufeœént vrais, ne s'ac- 'ill
entre l'Asie et l'Amérique.  16$
ont été long-temps à comprendre pourquoi les Navigateurs exigent des tributs au nom d'une perfonne abfente;
car leurs Chefs ne jouiffent d'aucun revenu ; ' & ils ne
pouvoient pas concevoir qu'il y eût d'autres Ruffes que
ceux qu'ils voyoient; en effet, chez eux tous les habitans
d'une Ifle partent lorfqu'il fe fait une expédition. Us ont
aujourd'hui quelque idée du Kamtchatka , parce qu'ils font
accoutumés à voir des Kamtchadales ôc des Koriaques for
les Navires Marchands : comme les Kamtchadales ôc les
Koriaques ont une manière de vivre qui reffemble à la
leur, les Infulaires recherchent leur fociété plutôt que
celle des Ruffes.
Krenitzin ôc Levasheff furent de retour à l'embouchure de la riviere du Kamtchatka dans l'automne de i "769.
La Carte qui accompagne ce;Jsp'Urnal a été compofée
par le Pilote Jacob Yakoff, fous l'inipection de Krenitzin ( a ) ôc de Levasheff. La route du Saint- Paul, dans
l'allée ôc le retour, y eft marquée. La pofition du havre
de Saint - Paul, fur l'ifle d'Unalashka , ôc du détroit
d Alaxa , eft déterminée d'après des obfervations faites
pendant l'hiver de 1768 ; ôc la chaîne des Ifles marquée
d'après des relèvemens pris dans deux croifîeres du Saint-
Paul.
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)cordent point avec ce qu'on a dit plus haut, en parlant des autres
expéditions. Ils chaffent en petites troupes, mais ils -£>nt fouvent
attaqués.
( a ) Bientôt après fon retour, Krenitzin fe noya au Kamtchatka 3
fur un canot appartenant aux Naturels.
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166    Nouvelles découvertes
Voici les Obfetvarions que Krenitzin ôc Levasheff
firent fur la déclinaifon de l'aimant.
Latitude, Longitude. Pointes.
54*    40' Z04d     Z   Eft.
5Z      ZO " ZOI      I S
5Z 50 198. .  1 j.
53 zo 19Z      30'  I.
53 40 188  I.
54 50 182.     30  of.
55 O l8o       30 O-,
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i entre l'Asie et l'Amérique,    167
CHAPITRE  XIV.
Vo Y age du Lieutenant Synd au Nord-EJl de
la Sibérie; il découvre un grouppe d'If es ; &
un Promontoire qui lui paroît appartenir au
continent de /'Amérique ? & qui efl fitué près
de la côte des Tfchutski.
IliN 1764, le Lieutenant Synd appareilla d'Ochotsk pour
une expédition vers le continent d Amérique (a). On lui
ordonna de prendre une route différente de celle des
Navires Marchands Ruffes , qui cinglent directement à
l'Eft du Kamtchatka. Comme il porta le Cap plus au
Nord-Eft qu'aucun des Navigateurs avant lui, ôc que
d'après tous les voyages dont nous avons parlé jufqu'ici,
on voit qu'il faut chercher dans ces parages le Promontoire d Amérique, qui approche davantage de ïAfie, le
Journal détaillé de cette navigation ne peut manquer
d'être intéreffant. Je fuis fâché de ne pouvoir pas fatis-
faire complètement la curiofité du Lecteur fur ce point.
Voici tout ce que j'en ai pu recueillir. J'y joins une
Carte authentique, ôc qui mérite de la confiance.
{a) Ce Voyage, ainfi que le précédent, a été fait par ordre de
la Couronne, & par des Officiers de la Marine Impériale.
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168   Nouvelles découvertes
Synd, qui partit, en 1764, du port d Ochotsk, comme
nous l'avons dit tout-à-l'heure, ne dépaffa point le cap
méridional du Kamtchatka ôc de Shushu, la premiere des
Ifles Kuriles , avant 1766; des accidens, qu'on ignore;
cauferent fans doute ce retard. U gouverna enfuite au
Nord , à peu de diftance de la côte de la Péninfule ;
mais il ne fit guères de chemin cette année , carii pafîà
l'hiver au Sud de la riviere Uka.
L'Année fuivante, il appareilla de la pointe Ukinski
ôc cingla directement à l'Eft ôc au Nord - Eft, jufqu'au
moment où il trouva un grouppe d'Ifles ( a ) qui s'étendent entre le 61 ôc 6z degrés de latitude , ôc 19 5d &
202, de longitude. Ces Ifles giflent au Sud ôc à l'Eft du
pays des Tschutski , ôc plufieurs qui en font très-proches.
Outre ces petites Ifles, il découvrit une côte montueufo
à un degré de la côte des Tschutski, entre les 64 ôç
les 66A de latitude Nord. Son extrémité la plus occidentale , gît par 38d 15' de longitude du méridien d Ochotsk,
ou i99d 1' de celui de l'ifle de Fer. Cette Terre eft
marquée dans la Carte de Synd, comme faifant partie
du continent d Amérique ( b ). Mais, avant qu'on ait donné
au Public une Relation circonstanciée du Voyage, nous
( a ) Il paraît que ces Ifles font les Ifles aux Renards , & c'eft fur
«es Terres qu'abordent les Tfchutski dans leur route à la côte qu'ils
appellent le continent de l'Amérique,
{b) On ne fait pas encore fi c'eft une méprife de  Synd ; & cette
côte qu'il a pris pour le continent d'Amérique pourroit bien être l'ifle
d'Alakfa, détachée du Nouveau-Monde, comme on peut le voir dans:
la Carte qui çft à la tête de cet Ouvrage.
ne pouvons
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m t- entre l'Asie et l'Amérique.   169
ne pouvons pas décider fur quelles preuves il fonde fon
affertion. Synd paroît avoir fait peu de féjour à terre ;
au lieu d'en reconnoitre les côtes ou de gouverner plus
à l'Eft, il changea de route ôc porta le Cap directement
à l'Oueft, vers le pays des Tfchutski ; enfuite *il cingla
au Sud ôc au Sud-Oueft, jufqu'à ce qu'il atteignit lé travèE?
de Chatyrskoi nqff. De cette pointe il continua à longer
la Péninfule du Kamtchatka , doubla le Cap ôc fut de
retour à Ochotsk en 1768.
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-   ■';  CHAPITRE  XV- W
Position des If es Aleiitiennes & des If es aux
Reflgirds ; diftance de ces deux grouppes. Petit
Vocabulaire de la langue des Aleûùens. Supplément général aux remarqués faites dans
Us Chapitres précédens fur les Vêtemens , les
Mœurs, les Ufages des Infulaires.' leurs l'êtes ;
leurs Cérémonies. &c.
ous avons déjà donné les remarques particulières de
rifle de Be- chaqlie Navigateur fut les Ifles où ils ont abordé ; nous
Tins  & oc
celle de Cui- allons recueilHfici ce qui peut compléter la defcription
qui peut compléter la aeicnpt
de  ces Terres nouvellement découvertes ; nous aurons
foin d'éviter les répétitions.
Les Voyages d'Otcheredin ôc de Popoff nous ont
appris que la pointe Nord - Oueft de Commandorskoi
Oflroff ou de l'ifle de Bering, gît directement à l'Eft
de la riviere du Kamtchatka Si à la diftance de z 5 0 verftes.
Elle a de 70 à 80 verftes de long, ôc s'étend du Nord-
Oueft au Sud-Eft, dans la même direction que l'ifle de
Cuivre. Cette dernière gît à environ 60 ou 70 verftes [a)
{a) D'autres Navigateurs lui donnent une diftance un peu différente j
mais il paroît qu'Otcheredin Se Popoff ont obfervé avec plus d'exactitude. entre l'Asîë et l'Amérique. 171
de la pointe Sud  de l'ifle de Bering ; ôc fa longueur
eft à-peu-près de 50 verftes.
Les Isles Aleiitienn.es (a) giffent à environ 300 verftes   p«.Ifles
ÀlClltLCLlliCS
à l'Eft-quart-Sud-Eft de l'ifle 4e Cuivre. Celle dAttak ,
qui eft la plus proche, eft un peu plus grande que celle
de Bering ; fa forme eft la même, ÔÊ'ellé court de
l'Oueft au Sud-Eft. A l'Eft dAttak, ôc à-pgij-près à zo
verftes de diftance, on trouve Semitshi , qui s'étend de
l'Oueft à l'Eft; & il y a, près 4e fa ppiiite orientale, une
autre petiièatffle. Au Sud du détroit qui fépase les deux
dernières Ifles, ôc à la diftance de quarante verftes d'une
de l'autre, on rencontre Shémiya, qufi fe èrolonge en-
fuite Be l'Oueft à l'Eft, ôc qui n'a pas plus de z<$ verftes
de longueur. Toutes ces Terres j occupent l'efpace qui eft
entre le 54 ôfle 55^ degrés de latitude Nordr~
Voici un petit Vocabulaire de la langue des habitans
des Aleiitiennes ( b ).
( a ) Nous avons déjà remarqué, plus haut , qu'on ignore d'où,
vient ce nom d'Ifles Aleiitiennes : on avoit divifé jufqii'ici les Ifles
nouvellement découvertes, en trois grouppes 5 les Oloturiennes , les
Aleiitiennes & les Anadirskiennes. La Carte générale, qui eft à la tête
de cet Ouvrage , leur donne d'autres noms & détermine la divifeui
des grouppes d'une manière beaucoup plus exacte : nous reviendrons
eneoïe-fur cette matière.
(è ) ,jKrgajyin & Levasheff difent que les habitans des Ifles aux
Renards commencent à s'appeller Aleyut, comme ceux des Ifles plus
au Sud : nous ignorons quelles font préçifément les Ifles où ce Vocabulaire eft en ufage. On a vu, dans l'Abrégé des différens Journaux,
que quelquefois les habitans des Ifles affez proches l'une de l'autre
ne parlent pas la même langue.
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172   Nouvelles découvertes
Petit Vocabulaire de la Langue des Aleûtiens.
Soleil.. . .
Agaiya.
Un. . .
Tagatak.
Lune....
Tughilak.
Deux. .
Alag.
Vent. . . .
Katshik.
Trois. .
Kaukoos.
Tana.
Quatre.
Setfchi.
Kighenag.
Cinq. .
Tshaw.
Jourte. . .
Oollae.
Six.. . .
Atoo.
Chef. . ..
Toigon.
Sept.. .
Ooloo.
Hommes.
Taigaya.
Huit. .
Kapoë.
Bois.... ;
Yaga.
Neuf. .
Shifet.
Bouclier. .
Kuyak.
Dix. . .
Afok.
Loutre de
mer. ..
Tfcholata.
Nom de la
5 Nation.
Kanagift ( a
}•
1
Des Ifles des
Renards.
Il est à remarquer qu'aucun de ces mots n'a la moindre reffemblance avec ceux de la même lignification,
qu'on trouve dans les différens dialectes que parlent les
Koriaques, les Kamtchadales, ôc les habitans des Ifles
Kuriles.
Les Isles aux Renards giflent à fEft - Nord - Eft des
Aleiitiennes : la plus proche qu'on, appelle Atchak , en
eft éloignée d'environ 800 verftes (b), ôc Ce trouve par
(a) Ce mot pourroit faire croire que ce Vocabulaire appartient
à la langue des Infulaires de Kanaga.
( b ) Nota. Les pofîtions & les diftances dont on parle dans ce Chapitre /font tirées des Journaux des Navigateurs ; & il faut les comparer
à la Carte générale, qui eft à la tête de cet Ouvrage , & fur-tout à la Carte
de Krenitzin, will
entre l'Asie et l'Amérique.  173
56 degrés de latitude Nord, & elle s'étend de l'Oueft-
Sud-Oueft vers l'Eft-Nord-Eft. Elle reffemble beaucoup à
l'ifle de Cuivre ; ôc elle a, dans la partie du Nord, un
havre commode. Depuis celle-ci , toutes les autres Ifles de
la chaîne courent dans la direction du Nord-Eft-quart-Eft.
AmlAK fuit Atchak, ôc elle en eft éloignée d'environ 15 verftes ; elle eft à-peu- près de la même grandeur,
& on y trouve un havre dans la partie méridionale. Vient
enfuite, à la même diftance, Sagaugamak, qui eft plus
petite. D'ici à Amuchta 3 petite Ifle remplie de rochers ,
on compte 50 verftes; ôc le même efpace d Amuchta à
Yunakfan , autre petite Ifle. A zo verftes dYunakfan ,
on voit un grouppe de cinq petites Ifles ou plutôt de
montagnes; Kigal gift, Kaganila , Tfigulak , Ulaga,
ôc Tana- Unok , auxquels les uns donnent le nom de
Pat Sopki, ou des Cinq Montagnes. Tana Unok eft
la phVs au Nord-Eft; ôc la pointe occidentale d Umnak
n'en eft éloignée que de zo Vérités.
Umnak coutt du Sud-Oueft au Nord-Eft. Sa longueur
eft de 15 c verftes jj à l'extrémité occidentale de la côte nord 1
on trouve une baie étendue, dans laquelle il y a une petite
Ifle ou rocher quis'appelle Adugak ; ôc, au côté méridien-
nal, on rencontre Shemalga, autre rocher. La pointe
occidentale d'Aghunalaska, ou d Unalashka eft féparée
de l'extrémité Eft d'Umnak, par un détroit large de près
de zo verftes. La pofition de ces deux Ifles eft pareille;
mais Aghunalashka eft bien plus confiderable, ôc Ca. Ion- ■
sueur eft de zoo verftes. Elle eft divifée vers le Nord-Eft
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174  Nouvelles découvertes
en trois Promontoires, dont l'un fe prolonge dans la
direction de l'Oueft, formant un côté d'une large baie ,
fur la côte feptentrionale de l'ifle; le fécond court Nord-
Eft , fe termine en trois pointes ôc eft réuni à l'ifle par
une petite langue de terre; le troifîème, ou le plus au
Sud, eft féparé du fécond par une baie profonde.. Il y a,
proche d Unalashka dans l'Eft, une autre petite Ifle,
appellee Skirkin.
A environ zo verftes du Promontoire Nord-Eft:
d'Agunalashka , giffenr quatre Ifles : la premiere, appelée
Akutan, paroît avoir la moitié de la groffeur d Umnak ;
une verfte plus loin on trouve. la petite Ifle dAkun.,
ôc un peu au-delà Akunok ; & enfin Kigalga.,^qu\ eft;
la plus petite de ces quatre terref.., &qui, relativement
à Akun ôc Akunok, Ce prolonge prefque du Nord au
Sud. Kigalga eft fitué par 61 degrés de latitude; à ijôo
verftes de-là on rencontre Unimak (a) : les Natutels
difent qu'il y a par^elà une grande, étendue de Pays,
appelle Alashka (b), dont ils ne connoiffent pas less
bornes.
Les Isles aux Renards font en général remplies de
rochers , fans offrir aucune montagne d'une hauteur
remarquable ; il n'y croît point de bois ; mais on y trouve
il P: il
( a ) Il pourroit bien y avoir de l'inexactitude dans cette affertion ,
& nous renvoyons encore une fois à la Carte générale, qui eft à la tête
de cet Ouvrage., & à la Carte du Voyage de Kœtmtzin.
( b ) Cette Ifle d'Alakfa ou d'Alashka eft en effet la plus étendue de
ce grouppe 5 & il eft poffible que les habitans de la partie Sud-Oueft
«e connoiffent point fes bornes au Nord-Eft.
Pllfï
II
lin entre l'Asie et l'Amérique.   17^
un grand nombre de ruiffeaux ôc de lacs dont la plupart
manquent de poiflbns. L'hiver y eft beaucoup plus doux
qu'en Sibérie ; la neige ne commence guères à tomber
avant le mois de Janvier, ôc elle couvre la terré jufqu'à
la fin d§ Mars.
Il y a un volcan à Amuchta ; ôc à Kamila on
trouve du foufre fur une montagne. Tana-unok renferme
des fources affez chaudes pour cuire de la viande ôc des
légumes ; ôc on apperçoit de temps en temps des flammes
de foufre fur les montagnes d Unalashka ôc d Akutan.
Les Isles aux Renards font affez peuplées à proportion   Remarques
de leur étendue ; les Habitans font entièrement libres ôc tans des ifles
ne paient de tribut à perfonne;ilsfont d'un ftature moyenne, aux Renards.
ôc ils paffent l'hiver ôc Y été fous terre, dans des jourtes. On
a remaqué, plus haut, que de toutes les habitations, choifïes
par les Peuples fauvages , celles-ci étoient les plus fingu-
lieres ôc les mieux imaginées.
Les espèces de Sorciers ôc de Devins , qu'on trouve
parmi eux , fe vantent de connoître le paffé & l'avenir ; ils
font très-révérés ; mais, ce qu'il y a d'extraordinaire, ils ne
reçoivent aucun émolument.
Ces Peuples manquent de piété filiale ôc de refpect à
l'égard des vieillards. Ils ont cependant de la fidélité les
uns envers les autres. Leur caractère eft vif Se gai, mais -
violent ôc porté à la colère. Ils n'ont aucune*idée de la
décence; ôc ils fatisfont tous les befoins de la Nature,
publiquement ôc fans la moindre réferve.
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1767    Nouvelles découvertes
Nourriture. On a vu plus haut quelle eft leur nourriture : la racine
des lys fauvages, ou de quelques autres plantes, les fruits
qui croiffent fur des arbriffeaux, font pour eux des frian-
difes. Lorfqu'ils ont des provifions, ils mangent à toutes
les heures de la journée ; mais, s'ils fe trouvent dans le
befoin , ils paffent plufieurs jours fans prendre de nourriture, m
Education
des enfans.
Ils nourrissent avec de la chair grofliere ôc ordinairement crue, leurs enfans dès leur bas-âge : fî ces enfans
crient, la mere les porte tout de fuite aux bords de la mer,
ôc l'hiver comme l'été, elle les plonge dans l'eau, ôc elle
les y tient, jufqu'à ce qu'ils fe taifent. Cet ufage , loin de
leur nuire, lés endurcit contre le froid ; on les accoutume ainfi à marcher nuds pieds, ôc fans incommodité,
dans la faifoii la plus rigoureufe. On les habitue d'ailleurs
à fe baigner fouvent dans la mer; ôc c'eft une opinion
générale, parmi les Infulaires, que cette méthode donne
de la hardieffe aux jeunes gens, ôc les rend heureux à
la pêcrie.
Tout le commerce qu'ils font entr'eux , fe borne
à échanger des loutres ôc des ours de mer , des vêtemens
de peaux d'oifeaux ôc d'inteftins defféchés, des peaux de
lions ou de veaux marins , avec lefquelles ils couvrent leurs
baidars, des mafques de bois, des darts, du fil ou de la
ficelle, faite de nçrf ou de poils de rênes.
Meubles. Ils n'ont gueres d'autres meubles que des cruches
quarrées, ôc de grands auges, qu'ils creufent dans les
bois que les flots jettent fur la Côte.
Les yiEiLLARDs
Commerce
entr'eux.
M**' entre l'Asie et l'Amérique.  177
Les vieillards d! Umnak ôc d Unalashka dirent qu'ils Guei
ne fe fouvenoient pas d'avoir vu les deux Ifles en guerre;
ôc que , de leur vivant, il n'y avoit eu qu'une guerre
avec les Infulaires d Alashka. Voici qu'elle enfutl'occafion.
Le fils du Chef d Umnak étoit eftropié d'une main :
des Naturels d Alashka , qui Ce trouvoient à Umnak ,
attachèrent, par moquerie, un tambour au bras eftropié
du jeune-homme, & l'invitèrent à danfer. Le Chef ôc fes
parens furent offenfés de cette infulte ; il en réfulta une
querelle : depuis cette époque les deux peuplades ont
vécu ennemies l'une de l'autre, s'attaquant ôc Ce pillant
réciproquement. Ces mêmes vieillatds ajoutèrent que, dans
leurs incurfions fur Alashka, ils avoient rencontré des
montagnes ôc des forêts d'une grande étendue à quelque
diftance de la Côte.
Les terres , fîtuées   au-delà d Alashka ,   paroiffent
inconnues aux Habitans des Ifles des Renards.
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Il y a souvent des Fêtes parmi eux, ôc fur-tout lorf- Fêtes,
qu'il arrive des Habitans d'une Ifle étrangère. Les hommes
de la Bourgade vont à la rencontre de leurs hôtes en
battant du tambour , ôc les femmes, qui les précèdent,
chantent ôc danfent. Lorfque les danfes font finies, les
étrangers demandent à prendre part à la fête , on ne
manque pas d'y confentir; ils s'en retournent tousenfemble
au village : alors ceux du pays couvrent la terre, ou
la jourte, de nattes, & fervent un repas : on fe met à
manger, & quand tout le monde eft raffafié , les diver-:
pffemens commencent,
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178    Nouvelles  découvertes
D'abord les enfans danfent, cabriolent & frappent en
même-temps fijr leurs petits tambours : for ces entrefaites
les Propriétaires de la cabane , hommes & femmes , fe
mettent à chanter; enfuite les hommes, prefque nuds,
fautent les uns après les autres, frappent fur des tamboutà
plus gros ; quand ils font fatigués les femmes prennent leurs
places fans fe déshabiller; ôc tandis qu'elles fautent, les
hommes chantent en battant du tambour. Il faut remarquer" qu'un feu brûle pendant la cérémonie, & qu'on
l'éteint dès le moment qu'elle eft achevée.
S'il s'y trouve des.Sorciers, ils fe livrent, dans les
ténèbres, à leurs gambades myftérieufes ; s'il n'y en a
point, les étrangers Ce retirent, fur-le-champ, dans des
habitations, qu'on leur a préparées, avec des canots ôc des
nattes. Les Infulaires, qui ont plufieurs femmes, en offrent
quelques-unes à leurs hôtes; ôc s'ils n'en ont qu'une feule;
ils leur offrent des filles.
La saison de la chaffe dure principalement de la fin
d'Octobre , au commencement de Décembre. Ils paffent
tout ce dernier mois en fêtes ôc réjouifïânces pareilles à
celles qu'on vient de décrire ; avec cette différence, cependant, que les hommes danfent alors en mafques de bois,
qui repréfentent différens animaux marins , & qui font
peints en rouge, gris, ou noir, avec des terres colorées
qu'on trouve fur ces Ifles.
vifîtes.       Pendant ces Fetes , les différentes bourgades fe vont
voir, ôc les Naturels font des vifïtes d'une Ifle à l'autre. A
m entre l'Asie et l'Amérique.     179
h fin des réjouifïânces, on met les mafques ôc les tambours en pieces, ou on les dépofé dans des cavernes au
fein des rochers, ôc on ne s'en fert plus.
Ces tambours reffemblent à ceux dont fe fervent les Tambours.
Sorciers du Kamtchatka. J'en ai vu de ces derniers au
Cabinet de curiofités de Pétersbourg. Il eft de forme
ovale, d'environ deux pieds de long & d'un de large.
Il eft couvert feulement, à une des extrémités, comme le
tambour de bafque, ôc on le porte à fon bras, ainfi qu'un/
bouclier.
Au printemps , ils vont tuer de vieils ours de mer, pêche,
des lions marins ôc des baleines. L'été Ôc même l'hiver,
lorfque le temps eft calme, ils s'embarquent & vont pêcher de la morue ôc d'autres poiflbns. On a déjà dit que
leurs hameçons font d'os ; une algue, qui a de la ténacité ôc quelquefois 160 verges de longueur, leur fert de
ligne.
S'ils reçoivent une bleffure dans les combats, ou par   Médecine-:
quelque accident, ils appliquent une racine jaune for la
plaie, ôc ils jeûnent pendant quelque temps. S'ils ont mal
à la tête, ils s'ouvrent une des veines de la tempe avec
une lancette de pierre.
S'ils veulent coller une pointe fur la tige de leurs
traits, ils fe frappent le nez jufqu'à ce qu'il faigne, ôc le
fang leur tient lieu de colle.
Ils ne punissent point l'affaffinat, car ils n'ont point  Meurtre.
m
de Juges.
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illil
il
11
v ■
H   m MB»
Ente.rreïnenSi
iii
180    Nouvelles découvertes
Voici les cérémonies qu'ils pratiquent à l'enterrement des morts. Ils enveloppent les cadavres des pauvres
dans leurs propres habits , ou dans des nattes; ils les
mettent enfuite dans une foffe qu'ils recouvrent de terre.
Ils dépofent les corps des riches, entourés de leurs armes
ôc de leurs habits, dans un petit canot de bois ; ils fuf-
pendent ce canot fur des perches ; ôc ils les laiffent ainfi
pourrir en plein air.
Les usages & les mœurs des Habitans des Ifles Aleiitiennes approchent beaucoup de ceux des Naturels des
Ifles des Renards : les premiers font fournis ôc paient
des tributs à la Couronne de Ruffle ; la plupart favent
quelques mots de la langue Ruffe ; ils les ont appris des
équipages des navires marchands qui abordent fur leurs
terres.
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mm
/
M
y
iii
j entre l'Asie et l'Amérique. 181
CHAPITRE   XVL|
De la longitude du Kamtchatka, & de
l'extrémité orientale de l'Afic, telle quelle efl
marquée par les Géographes Ruffes.
Ijes   plus célèbres   Géographes  font fî peu   Longitude
/  . / *Wr    ^e*extremi_
d'accord fur la longitude de l'extrémité Orientale de l'A ne. té orientale
. .A    \'Af
qu'il ne fera pas inutile de traiter cette matière, ôc d'in-   e     ie*
diquer les principaux Ouvrages qui en parlent. Les preuves
qui ont engagé M. Muller ôc les Géographes Ruffes à     Suivant
placer cette longitude au-delà de deux cens degrés du ^ M"jIer &
* " & les Geogra-
ÎVléridien de l'ifle de Fer, ou de cent quatre-vingt de- phes Ruffes.
grés fix minutes quinze fécondes du Méridien de Paris ,,'îM
font tirées des Obfervations des Satellites de Jupiter, faites
par Krafîilnikoff, au Kamtchatka ÔC en différentes parties
de la Sibérie ,  & des expéditions qu'ont fait les Ruffes,
par terre ôc par mer, du côté de Tfchukotskoi noff.
M. Fngel révoque en doute l'exactitude de ces Obfër-    Suivant
vations; ôc il fixe à vingt-neuf degrés de m&ihs que les M" En§e1,
Ruffes, la longitude du Kamtchatka. Il a configné Con       ^
fyftême dans les Ouvrages fuivans.
i. Mémoires ôc Obfervations géographiques ôc critiques
fur la fituation des Pays Septentrionaux de ÏÀfie ôc de
ïAmérique. A Laufanne. 1765-
i 1 fc't
llm
M*
lib
II
182    Nouvelles  découvertes
z. Geographisce und Critische nachricht veber die
lage der noerdlichen gegenden von Afie und Amarica.
Mhittaw. 1772..
Suivant       M. de Vaugondy croit que M. Engel a tort de faire
M. de Vau- ,.    .      .       r ,.    . .. .     .
eondy: une diminution fi extraordinaire , ôc il ne raccourcit fe
Continent de YAfe que d'onze degrés de longitude. Il a
donné à cette occafion deux Traités.
1. Lettre au fujet d'une Carte fyftématique des Pays
Septentrionaux de YAfe ôc de C Amérique. Paris, 176%.
z. Nouveau système géographique , par lequel on
concilie les anciennes connoiffances for les Pays au Nord-
Oueft de l'Amérique. Paris, 1774.
M.Baache,      M. Buache  a publié, contre ces deux Auteurs, un
de 1 opinion A '
des Géogra- excellent Traité, intitulé :
phes Rufles.
Mémoires fur les Pays de YAfe  ôc de 1'Amérique?
Paris, 1755.
Il se déclare dans ce Mémoire contre les opinions
de MM. Engel ôc Vaugondy, ôc il défend le fyftême des
Géographes Ruffes , de cette manjere. M. Maraldi, après
avoir comparé , avec les cartes, les Obfervations des
Satellites de Jupiter, faites au Kamtchatka pat Krafîïl-
nikoff, a déterminé ainfi la longitude d'Ochotsk, Bol-
cheresk , ôc Port de Saint-Pie/re ôc de Saint-Paul. à
compter du premier Méridien de Paris,
ft
/ ENTRE   lAsïE   ET   l'AmÉRIQUE.     183
Longitude (a) d Ochotsk      9h 2.3' 30.'"
De Bolcheresk    10    17   17.
Du Port Saint-Pierre & S.1 Paul.  10   2.5     5.
La latitude d Ochotsk eft 5s>d 'ém celle de Bolcheresk
de 52/ 5 5', ôc celle du Port Saint-Pierre & Saint-Paul
àcî 1/
Les résultats suivans , déduits des Obfetvations
corrèfpondantes (b) des éclipfe&ides Satellites de Jupiter,
faites à Bolcheresk ôc au Port Saint-Pierre ôc Samt-Paul,
par Kraflïinikoff, ôc à Pékin , par les Millionnaires Jéfuites.,
approchent tellement les unes des autres, que les obferva-
(a) Kraffilnikoff compara fes-Obfervations  avec les Obfervations
corrèfpondantes faites à Pétersbourg, Se il eut les réfultats fuivans.
En comparant une Obfervation du premier Satellite de Jupiter > faite
à Ochotsk le 17 Janvier 1743^ avec l'Obfervation d'une Eclipfe du même
Satellite, faite à Pétersbourg le iy Janvier de la même année, il reconnut
que la différence de longitude entre Pétersbourg & Ochotsk eft de 7h 31'
29*. En comparant deux autres Obfervations femblables, la différence
de longitude fut de 7h )i' 3". KL temps moyen eft 7h 31' %<£. En
ajoutant la différence de longitude entre Pétersbourg & Paris , laquelle
<ft d'une heure jz' 2;" , la longitude d'Ochotsk , à compter du Méridien de Paris , fera de ?h 23' 59* , réfultat qui diffère feulement de
29* de celui de M. Maraldi. Nov. Comm. Petr. Vol. III, pag. 470.
D'après des Obfervations correfpondantqst, faites à Bolcheresk & à.
Pétersbourg^, il paroît que la longitude de Bolcheresk eft de ioh 20' 22",
ce qui diffère d'environ 2' j" de celles qu'a faites M. Maraldi. Nov.
Comm. pag. 4.69.
Mais la longitude du Port Saint-Pierre & Saint-Paul, déterminée de
ïa même manière, d'après des Obfervations corrèfpondantes, ne diffère
que de 20 fécondes de celle qu'a donnée M. Maraldi, pag. 469.
(b) Obf. Aftr. Ecc. Sat. Jovis , & Nov. Comm. Petr. Vol. III,
pag. 4f2j & obf. Aftr. Pekini Fadte. Att. Hallerftein - Curante Max.
Hell. Vindibona?, 171? 8.
si!
ijpi M
iL-lllï
f--11
l%illilf:
i»
I
184   Nouvelles découvertes
tions doivent avoir été faites avec beaucoup de foin ; ôc
il y a lieu de croire qu'on foupçonne mal-à-propos Kraffilnikoff d'inexactitude.
1741, vieil ftyle.
. c , ,,  au Port de
Janv. z7,Emerfion du i.er bat.  ui>   9     Z5    s. Pierre &
S. Paul.
9    zo    zj  à Pékin.
Différence du Méridien de Pékin
ôc de celui du VotzSaint-Pierre
& Saint-Paul      z    48    50;
Janv. 3 o, Immer. du 3 .me Satellite.  1 z       5    3 o au P. & c.
9     16    30 a Pékin.
Différence du Méridien ••"-7; •
Fév. 5, i.er Satellite. ......
Différence du Méridien. t~. .
49
o.
8    33    z6 au P. &c:
5     £3    45   à Pékin.
mmmm————     11    1    1   mi
z    49    41.
Fév. iz, Emerfion i.er Satellite.  10    z8    49,
7    39    2.9.
49
zo.
La différence de longitude de
Paris à Pékin étant de....     7     $6    z$.
La différence des Méridiens de
Paris ôc du Port Saint-Pierre
ô Saint - Paul fera. ,    10    zj     36.
Ce qui diffère feulement d'une minute & demie de
celle qu'a découvert M. Maralcli.
Î741 j
PKI
J entre l'Asie et l'Amérique, 18^
1741, vieil  ftyle. sagi'
Mars Z3, Emerfion z.d Satellite. i'oh   55' ^^Bolch.
8     14 .91 à Pékin.
Différence. ...... .v..-.-.i^felr    z    41       z.
Décemb. 31, Immer. i.er Satell.  10     51 58  à Botch.
8       9 45  à Pékin.
im
Différence des Méridiens de Pékin ôc de Bolchereslfë      z    4Z     13:
En prenant un terme moyen, la
différence de longitude entre
Bolcheresk ôc Pékin fera de.
Entre Bolcheresk ôc Pékin de..
*$h$<~< bi.-fD .jn/vft
z    41     17:
10    18      o;
Ce qui diffère feulement d'une minute ôc demie de
celle qu a découvert M. Maraldi.
iliîôXJR jetter des doutes fur les conféquences tirées
<les Obfervations de M. Kraflilnikoff, M. de Vaugondy
prétend que les inftrumens ôc les pendules dont ce Voyageur fe fervit au Kamtchatka , avoient été beaucoup
endommagés par la longueur de la route , rÊc-. que l'Ouvrier chargé de les raccommoder étoit mal habile. Mais
cette affertion ne paroît pas affez fondée. A la vérité, Kraflilnikoff (a) convient que fa pendule s'arrêtoit quelquefois au
moment où il fallait déterminer le temps vrai de l'Ob-
fervation ; il avoue, qu'il ne faut pas compter for les
Obfervations qu'il a faites ajors, quand il n'a pas pu les
( a ) Nov. Comm. Petr.   Vol. III, pag. 444.
iiv
mw<4
Hi
Ira
il
A a lit
iff
ml
ill!,
«Hi'
Mr-
186    Nouvelles   découvertes
corriger par des Obfervations antérieures ou fubféquentes
dufoleil&: des étoiles; ôc il les a diftinguées par un aftérifque.
Mais il y en a un grand nombre d'autres , fur lefquelles
cette objection ne porte point, ôc celles que je viens de
rapporter font de cette claffe. . .
Si ces raisoi&s ne paroiffent pas fuffifantes, je citerai le
témoignage de M. Muller qui étoit en Sibérie ôc au
Kamtchatka, en même-temps que Krafîilnikoff, ôc qui
eft le feul*juge competent de cette matière, aujourd'hui
vivant. Ce refpectable Auteur m'a afluré, de la façon
la plus pofitive, que les mftrumens n'avoient pas été endommagés de manière à influer for les Obfervations, quand
elles étoient faites par un habile Aftronome.
VtfFîîïi
Exactitude      ^N REconnoîtra l'exactitude des Géographes Ruffes ;
des Géogra- fi on compare la longitude qu'ils afîlonent au Kamtchatka .
phes Ruffes. . .
avec ceBe d Yakutsk : cat cette dernière ayant été établie
d'une manière inconteftable, par une multitude d'Obfer-
vations, faites à différais temps ôc par différenrasperfonnes i
fi c'eft à tort qu'on place le Kamtchatka fi loin à l'Eft,
on reconnoîtra cette erreur dansnia différence de longitude
qui fe trouvera entre Yakutsk ôc Bolc&eftèsk. En rapprochant les Obfervations faites à Yakutsk de xstlfes qu'a faites1
Kraflilnikoff au Kamtchatka g on voit que cet Aftronome
a mérité , à jufte titre, le nom d'habîfe Observateur.
KRASsiiisfrKOFF, en revenant du KécrtitâCatka, obferva;
à Yttktttsk, plufiews éelipfes-des SateUwes de Jupiter : il
dit que les Obfervations fuivantes font les plus exactes.
I !«•■   I '    I • If
M "mw
entre l'Asie et l'Amérique. 187
1744, vieil ^ftylc.
(a)Fév. 7,Immer. i.er Sat. nh
zz, Immet. z.d Sat. 10
Z9, Immer. z.d Sat. 13
Mars 1, Immer. 1. Satel. 11
Avril 9, Emerfion 1. Sat. 1 z
18 35    un peu deuteufe.
31 il
6 54
Z J o
*3 yo
Toutes ces
Obfervations
exactes.
Les mêmes éclipses, calculées par les fables de
M. Wargentin, pour le Méridien de Paris, donnent les
réfulfeats fuivans:
Fév. 7, Immer. 1.« Sat. zh 49'
Z7, Immer. 1. Sat. z 3
Z9, Immer. z.dSat. 4 38
Mars 1, Immer. 1. Sat. 3 3
Avril 9, Emer. 1. Sat. 3 54
o
ji
différence
8h z9'
10   W%kWM 8
des Men-
8
35
1
//
iy  diens  de   8    z8     37
Paris   &
37   dTtf*H«Jfc. 8     Z9
IZ
8
*5
*9   46
Terme moyen 8   Z9      5
Les Observations de M. Islenieff ( b ) , faites à
Yakutsk , en 17 69 , où il avoit été envoyé pour obferver
le paffage de Vénus, ont reçu la fanction de l'Académie
Impériale. La, fongitude qu'il afîîgne à Yakutsk eft de 8
heures Z9 minutes 34 fécondes; ce qui correfpond, d'une
manière affez exacte, avec celle «jujont dpnné les Obfervations de Kraflilnikoff.
(a) Nov. Comm. Petr. Tom.  Ill, pag. 460.
( b ) Pour ce qui regarde les Obfervations d'Yflenieff, 3 Yakutsk ,
voyei Nov. Comm. Tom. XIV, Part. III, pag. 168 à 3 m.
A a i j
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188     Nouilles DÉCOUVERTES
Ainsi la longitude d'Yakutsk, comptée du Méridien
de Paris , étant de 8 heures z? minutes 4 fécondes , ou
de izydeg. 16 min. ,'& celle de Bolcheresk de 10 heur.
17 minutes 17 fécondes, ou de 150 degrés 19 minutes
15 fécondes, la différence de longitude, encre Yakutsk
ôc Bolcheresk ,1 âétermmée par des Obfervations Aftro"*
nomiques, eft d'ufte heure 48 minutes 8 fécondes, ou de
Z7 degrés 3 minutes. La latitude de Bolcheresk eft de
51 degrés 55 minutes, ôc celle d'Yakutsk de éz degrés
une minute 5 o fécondes ; ôc la différence des longitudes,
étant, comme on vient de le dire, de Z7 degrés 3 minutes , la diftance de ces deux Places, mefurée for un
grand cercle du globe, fuivant les régies de la Trigonométrie , fera de 16 degrés 57 minutes, ou d'environ 1773
verftes^en comptant 104 ^verftes par degré. Cette diftance eft un efpace de terre ôc de mer ; ôc ces deux places
entretiennentuue correfpondance perpétuelle, au moyen
d Ochotsk I qui eft fitué fur la route. L'eftime des vaif
féaux porte à 1254 verftes, la diftance par mer de Bol-
chereslcï' Ochotsk ; ôc la diftance par terre d Ochotsk
à Yakutsk , eft de 9Z7, ce qui donne z 181 pour le total.
La diftlûce directe déduite?'par la Trigonométrie ( en
fuppofant que la différence de longitude entre Bolcheresk ôc Yakutsk, eft de z$ degrés 3 minutes,) étant de
1773 , ôc la toute ordinaire de z 181 , la différence eft de
-4c 8 : ôc il ne faut pas s'en étonner puifqu'il n'y a point
de chemin par .terre , ôc que les vajffeaux ne,cinglent
jamais précifément fur un grand cercle de la terre.
Le rapport qu'on trouve entre la diftance, évali^ entre l'Asie et l'Amérique.  18^
parl'eftime, & celle qu'on déduit des Obfervations, donne
lieu de croire, qu'il ne peut pas y avoir une erreur de
pfojfieurs degrés dans ces calculs aftronomiques.'
m\
Puisque la longitude entre l'ifle deafer ôc Pétefà
bourg eft reconnue de 48 degrés; celle qui eft entras
Pétersbourg ôc Yakutsk de 99 degrés zi minutes; ôc
que celle qui eft entre Yakutsk ôc Bolcheresk , ne peut
pas être moindre de Z7 degrés 3 minutes, il s'enfuit que
la longitude de Bolcheresk , comptée de l'ifle de Fer,
n'eft pas inférieure à "Ï74 degrés 24 minutes. Et alors
comment croire à l'erreur de Z7 ou de 11 degrés que
M. Engel ôc M. de Vaugondy, reprochent aux Géographes
Ruffes for la longitude du Kamtchatka ?
JP1P<1L !,bl> *
MIEpiWUISidlilIlW
iOEllf? IP1- r™
En comptant  de l'ifle de Fer.
Longitude dYakutsk      147d     o'     o".
D'Ochotsk      160      7      o.
De Bolcheresk      174    13      o.
Du Port S. Pierre, &c.   .176   &PÉN   o.
twm
Comme on n'a pas fait d'Obfervations Aftronomiques   Longitude
plus à l'Eft que le Port Saint-Pierre &  Saint Paul, il JSî'Afifî
eft impoflible de déterminer , avec quelque degré de cer- fuivant les
111        •     1      1    t» •      t.t      1 i-n   1      ,, *r     Géographes
titude,la longitude du rromontoire Nord-£ft de  lAJie. Ruffes.
Il paroît cependant d'après les navigations faites par Bering ôc Synd, le long des Côtes, vers Tchukotskoi noff,
ÔC d'après d'autres expéditions, faites par terre ôc par mer,
é£c urn
M
iff»
190  Nouvelles découvertes
en d'autres^ndroits du Kamtchatka, du Pays des Koriaques ôc de la Sibérie , que la Côte dAJîe, par le
'64.™ parallèle , s'avance au -moins jufqu'à Z3 degrés
z minutes 3 o fécondes du Port Saint-Pierre ô Saint-Paul,
ou jufqu'à environ zoo dèî*fés de longitude de l'ifle de
Fer.
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Mali é I
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If entre l'Asie et l'Amérique,  ici
^,   C HAPITRE   XVII.
Positlon des If es Andreanoffsky» nombre
des  Ifles Aleiitiennes.
Lorsque l'Auteur Allemand , dont j'ai parlé dans
la Préface, publia , en 1766 , fon Ouvrage for les décou-,
vertes des Ruffes entre YAfe ôc Y Amérique , la pofition
des Ifles Andreanoffsky n'étoit pas détetminée. On croyoit
généralement qu'elles font partie du grouppe, rencontré par Synd (a), dans fa route vers Tfchutskoi nqff.
M. de Buffon (b) les>«fuppofe les Mêmes que celles qui
font dans la Catte de Stadhlin , fous le nom dAnadirsky.
L'Auteur Allemand, que je viens de citer, lessiplace au
Nord-Eft des Ifles Aleiitiennes « à la diftance de 600 Ou
» 800 verifees. » Il ajoute, « leur direction eft probafile-
» ment Eft ôc Oueft ; ôc quelques - unes peuvent être
» ujàçs à celles des Ifles aux Renards, qui font le plus
» contigues au Continent oppofé. » Il avançoit cette conjecture d'après la fuppofîtion que les Ifles Andreanoffsky /
giflent près de la Côte des Tfchutski., ôc que quelques-
unes des Ifles aux Renards font fitaées par 61 degrés de
fatitude, ainfi qu'on les voit marqués for la Carte géné-
(a) Voyei le Chapitre XIV.
(b) Voye\ le Tome X,in-iz, des Supplémens à l'Hiftoire Naturelle.
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îStjiiiû;
192 Nouvelles   découvertes-
rale de Ruffle. Mais les Navigateurs ont reconnu depuis , qu'elles fe trorrvent entre les Aleiitiennes ôc les
Ifles aux Renards ÔC qu'elles complètent la chaîne entre
le Kamtchatka ôc l'Amérique (a). On croit que ce
grouppe commence à environ 53 degrés de latitude, près
de la plus Orientale des Aleiitiennes , ôc qu'elles détendent
vers les Ifles aux Renards. On dit que la plus Nord-Eft,
eft fî près de la plus Méridionale des Ifles aux Renards,
qu'on l'a prife quelquefois pour une terre de ce dernier
grouppe, comme on peut le voir au commencement
du Chapitre VI de cet Ouvrage ; Paikoff y met Atchu
ôc Amlach au nombre des Ifles aux Renards. Il eft probable cependant que ces deux terres font partie d'un
grouppe, appellee Negho , par un Chef Aleiitien (b),
ôc auquel les Ruffes ont donné le nom d Andreanoffsky ,
parce qu'on a cru qi$î avoit été découvert , pour la préfets , par André Tolftyk, dont on a rapporté le Voyage
au ChapitrSîVL
J'ajouterai que l'Auteur Allemand, en décrivant les
Ifles Aleiitiennes , n'en fuppofe que trois, Attak, Se-
mitshy ôc Shemiya (c). Mais leur nombre eft beaucoup
«,|f
Ilillli
(a) Voyei lè^Çhapitre V. Le Commandant du Navire l'André & Natalie a rapporté qu'il y a des Ifles à l'Eft & au Sud-Eft des Aleué&nnes .-
elles doivent faire partie du grouppe d'Andreanoffsky e , ou des pljjs
méridionales des Ifles aux Renards.
( b ) Voye\ le Chapitr&juivajaEj^,
(c) Nous n'en n'avons indiqué nonplus que trois au Chapitre XV,
parce que la pofition des autres n'eft paS^déterminée d'une manière
affez précife.
plus
|,liPKj% entre l'Asie et l'Amérique.   193
plus confiderable, ôc leur chaîne comprend toutes les
Ifles dont le Chef Aleûtien fait les deux grouppes de
Khao ôc Safignan (a). Il y en a plufieurs autres de marquées fur la Carte générale de Ruffle ; & les Journaux
des Navigateurs, dont .nous avons donné l'abrégé, en.
parlent quelquefois (b).
\m
( a ) Voyei le Chapitre fuivant.
( b ) Voyei le Chapitre II, & particulièrement le Chapitre III, qà
Ton fait mention de quelques-unes de ces Ifles ^ fous les noms de
Ybiga , Kiska Se Ohs.
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%04  Nouvelles découvertes
■Aii&tofSEgZUj-
3fr
111
il
IIW
M!
;     C H AP IT R E  XVIII.|;
Liste des Ifles nouvellement découvertes,
donnée par un Chef Aleùiien ; Catalogue des
Ifles appellees de différens noms dans les
Journaux des Navigateurs RuJJes.
M. Muller   -Là liste suivante a été donnée par un Chef Aleiï-
divife  les    tjen  amené à Pétersbourg en 1771 , ôc interrogé, d'après
Ifles nouvel- ,       . . .
lement dé-   un ordre de  l'Impératrice. M. Muller, qui eut avec lui
enUVquatre    ^e l°ngues conférences-, divife en quatre grouppes prin-
grouppes.     cipaux les Ifles nouvellement découvertes ; il s'eft réglé
dans cette divifîon fur le langage que parlent les Naturels,
ôc for la proximité des différentes terres.
Premier Le premier grouppe (a) auquel l'Infolaire donnoit
pelle Safi- le nom de Sajignan , comprend 1. l'ifle de Bering.
gnan. z. l'Iflé de Cuivre.  3.   Otma. 4. Samiya bu Shemiya,
5. Anakta.
Khao,lefe-      Le second grouppe, appelle Khao, comprend huit
on  g o p   yÇ[qs. 1. Imnak. z. Kiska 3. Tchetchina. 4. Ava. $.Kavia.
6. Tfchagulak. 7. Ulagama. 8. Amtschidga.
Negho, le     Le troisième , appelle  Negho , comprend les Ifles
troifîème
grouppe.      j  r
( a ) H eft probable que les deux premiers grouppes dépendent des
Ifles Aleiitiennes.
mm\ entre l'Asie et l'Amérique,    19^
connues&jies Ruffes, fous le nom dAndreanoffskie  Of
trova. L'Aleùtien en comptoit feize.
1. Au AT KINAK. z. Ulak. 3. Unalga. 4. Na-
votsha. 5. Uliga. 6. Anagin. 7. Kagulak. 8. Illask ou
Jllak. p. Takavanga , qui renferme un volcan. 10. Kanaga, qui a aufli un volcan. 11. Leg. iz. Shetshuna. 13.
Tagaloon. Près des Côtes des trois dernières terres, il
y a plufieurs Iflots de rocher. 14. Une Ifle fans nom,
appellee par les Ruffes Goreloi (a). 15. Atchu. 16.
Amla.
Le quatrième grouppe,appelle Kavalang, comprend , KavaJang,
m 1      t»   rr     i i « i       t   rr   Ie quatrième
16 Ifles ; les Rulies leur donnent le nom de Lyffie grouppe.
Oftrova ou d'Ifles aux Renards.
1. Amuchta. z. Tfchigama. 3. Tfchegula. 4. Uniflra.
5. Ulaga. 6. Tanagulana. 7. Kagamini'%. Kigalga. 9.
Schelmaga. 10. Umnak. 11. Aghun-Alasha. iz. Unimaga.
A peu de diftance d'Unimaga , vers le Nord, il y a un
Promontoire, appelle par les Infulaires la terre des Renards noirs, avec une petite riviere, nommée Alashka,
qui fe vide , en face de la dernière Ifle , dans un golfe
dont on peut faire un havre. On ne connoît pas l'étendue
de cette terre. Au Sud-Eft de ce Promontoire on trouve
quatre petites Ifles. 13. Uligan. 14. Antun - Dujfume. 1 y.
Semidit.  16. Senagak.
'" ilfii.il
II
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( a ) Les Navigateurs Ruffes fuppofent que Goreloi eft la même If!e
qu' Atchu, & ils la comptent parmi les Ifles aux Renards. Voye\ le Chapitre VI, page première, & le Chapitre précédent.
Bbij 1
swill
Ills
iJles appellees de diffé-
rens   noms
dans les Journaux Ruffes.
.rfiliil
196    Nouvelles découvertes
On ne trouve ni dans les Journaux, ni dans les Cartes;
la plupart de ces noms ; il ne faut pas s'en étonner, car
les noms des Ifles ont été sûrement altérés & corrompus
par les Navigateurs Ruffes. Quelquefois le même nom
a éré donné à différentes Ifles, par les différens Capitaines:
d'autres fois la même Ifle a été appellee de différens noms.
Je vais citer plufieurs exemples de cette altération ôc de
ces changemens.
Att , Attak ôc Ataku.
ShÉMIYA ou Sebiya.
Atchu ,  Atchak, Atach, Goreloi ou Ife brûlée.
Amlach , Amlak, Amie g.
AyAGH , Kayachu.
ALAKSU , Alagshak , Alachfak.
AGHUNALASKA, Unalashka,
|P|II
iili
M entre l'Asie et l'Amérique. 197
CHAPITRE  XIX*| f
Conjectures fur la proximité des Ifles aux
Renards & du continent d'Amérique.
Plusieurs preuves, tirées de l'Hiftoire Naturelle ôc
rapportées dans les Chapitres précédens, annoncent que
les Ifles aux Renards font à peu de diftance du Continent
d'Amérique y & il y a lieu de croire que les Navigateurs
Ruffes ne tarderont pas à rencontrer la Côte du Nouveau
Monde.
Les saules & les aulnes que Glottoff trouva à Kadyak, , Preuves de
i.  /        ,» .., -'la proximité
étoient en trop petite quantité ôc d une taule trop peu con- des ifles aux
iidérable pour prouver, d'une manière certaine, la proxi- ^"continent
mité de cette Ifle de Y Amérique. Les loutres de rivieres, d'Amérique.
les loups, les ours ôc les fangliers, qu'on a rencontrés for
la même terre, font des indices plus probables d'un Continent voifin : on y a pris aufli des martes, animal qui eft
inconnu dans les parties Orientales de la Sibérie , ôc qu'on
ne voit for aucune des autres Ifles. Tous les quadrupèdes que
je viens de citer, les martes exceptées, fe trouvent à Alakfu,
Terre fituée plus au Nord-Eft que Kadyak; & il y a
aufli des rennes ôc des chiens fauvages. J'ajouterai que c'eft
une opinion commune parmi les Infulaires d Alakfu ou
d Alashka ôc de Kadyak, qu'un pays montueux, couvert de forêts, ôc un grand Promontoire, appelle Atachtak,
gît plus au Nord-Eft,
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19&    Nouvelles découvertes
Quoiqu'on ait déjà fait ufage de ces indices dans les
Chapitres précédens (a), j'ai cru devoir les récapituler
ici, afin de les réunir fous un même point de vue. Plufieurs
annoncent, d'une manière inconteftable, une mer moins
ouverte, &la proximité du Continent du Nouveau Monde.
C'eft au Lecteur à juger à combien on peut évaluer fa
diftance ; ôc les Navigateurs ne tarderont pas à la déterminer d'une manière plus précife (b).
On sait feulement aujourd'hui que dans tous les parages où les Ruffes ont navigué jufqu'à préfent, il fe trouve
une chaîne d'Ifles, qui fe prolonge à l'Eft & au Nord-Eft
~ Eft du Kamtckatka du côté de Y Amérique. On n'a
encore reconnu qu'une partie de cet Archipel, ôc l'on ne
peut former que des conjectures fur le refte.
(a) Voyei les Chapitres VI, X, fo.
(b) Les Vaiffeaux la Réfolution & la Difcovéry, fur lefquels fout
morts les Capitaines Cook & Clerke, viennent d'arriver en Angleterre
au mois de Septembre 1780 î & le Journal de ce grand Voyage nous
donnera de nouvelles lumières fur cet objet.
T,!l#'lil entre l'Asie et l'Amérique.   199
^-    «CHAPITRE   XX. ■    ,:    ,|   "fj
Résumé des preuves qui annoncent que Bering & Tschirikojf ont touché fur la côte d'Amérique, en IJ41, ou qu'ils s'en font beaucoup approches.
JL a Côte dont Bering atteignit le travers, ôc qu'il appella
Cap Sainte-Lucie , gît, fuivant fon eftime, par 58 degrés
z8 minutes de latitude Nord ,ôcz$6 degrés de longitude,
comptée de l'ifle de Fer ; la Côte où aborda TfehBikoff
èft lituée par 56 degrés de latitude & Z41 degrés de
longitude (a).
Steller, qui accompagna Bering dans fon expédition Preuves allé-
vers l'Amérique, s'efforce de prouver que ce Navigateur stelîer.
découvrit le Continent du Nouveau Monde, ôc il emploie
les raifons fuivantes (b). Bering vit des Côtes efoarpées %
ôc qui préfentoient des chaînes continues de hautes montagnes , dont quelques-unes avoient tant d'élévation que
leurs fommets étoient  couverts   de neige ; leurs flancs
( a ) On trouve la Relation des Voyages de Bering & de Tfchirikoff
dans l'Ouvrage de M. Muller, fur les découvertes Ruffes. S. R. G. Vol.III,
pag. 19 3 j &c.
( b ) Voyei la defcription du Kamtchatka de Kraflilnikoff, Chapitre X
de la Traduction Françoife.
Mi» B"T'
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*
200   Nouvelles $écouvertes
étoient revêtus, du fommet jufques en bas, de bois épais 1
d'une grande étendue ôc d'une grande hauteur (a).
Steller defcen'dit à terre où il refta quelques heures;
Il y obferva plufieurs efpèces d'oifeaux qu'on ne connoît
pas en Sibérie, ôc entr'autres l'oifeau décrit pat Catesby (b),
fous le nom de geai-bleu, ôc qu'on n'a encore trouvé nulle
part que dans Y Amérique Septentrionale. Le fol différoit
de celui des Ifles voifines ôc du Kamtchatka , ôc il cueillit
plufieurs plantes qui, fuivant les Botaniftes, font particulières à Y Amérique.
M. Pallas m'a donné la lifte de ces plantes ; je l'infère
ici, fans vouloir décider , fi elles ne croiffent que dans
Y Amérique Septentrionale. C'eft aux Naturalises à fixer
notre opinion fur cette matière,
( a ) Les dernières navigations donnent une nouvelle force à cet
argument : car toutes les Ifles nouvellement découvertes manquent en
général d'arbres ; la plus grande ne produit que du fous-bois : il faut
feulement en excepter Kadyak, où il croît de petits failles & des
aulnes dans les vallées, à quelque diftance de la côte. Voyelle Chapitre X.
(b) Voyei THiltoire Naturelle de la Caroline &'de la Floride, par
Catesby. Linnée donne, à cet oifeau > le nom de Corvus Criftatus : j'en
ai vu une exa&e defcription dans l'Hiftoire manufcrite des Animaux *
des Oifeaux, &c. de l'Amérique Septentrionale, & de l'Hémifphere Nord,
jufqu'au foixantième degré de latitude, par M. Pennant. Lorfque cet
Auteur ingénieux , à qui nous devons tant d'Ouvrages intéreffans ,
publiera cette partie de ces (r$yf ux, on n'aur| plus rien à 4eflrer fur
la Zoologie de ces Pays.
TRlLLiyAf entre l'Asie et l'Amérique.  201
Trillium Çrectum.
Fumaria Cucullarké?
Une espèce de Draconçfom qui a des feuilles qui ref-
femblent à -celles de la Canna Indica,
Uvularia Perfoliata.
Heuchera Americana.
Mimulus Luteus, plante du- Pérou.
Une espèce de rubus ; probablement une variété du
Rubus Idieus, mais qui porte des graines plus grofles, ôc
un grand calice rouge découpé.
On ne trouve aucune de ces plantes au Kamtchatka ,
ni for les Ifles voifines (a).
Quoique ces plaisons ne prouvent pas d'une manière
décifive que Bering ait touché à la Côte d Amérique , on
(a) Suivant M. Pallas, les plantes de ces Ifles nouvellement découvertes font alpines, pour la plupart, comme celles de la Sibérie ; il en
trouve la caufe dans- la brièveté & la fraîcheur de l'été. Voici comment
il s'énonce : « Quoique les hivers de ces Ifles foient affez tempé-
'p rés par l'air de la mer, de façon que les neiges ne couvrent jamais
» la terre que par intervalles, la plupart des plantes y font alpines ,
» par la raifon que l'été y eft court & froid , à caufe des vents de
» Nord qui y régnent. » Ce paffage eft tiré d'un Manufcrit fur fes Ifles
nouvellement découvertes. Cet Ouvrage, écrit en françois , m'a été
communiqué par mon digne & favant ami M. Pallas, Profeffenr d'Hif-
toire Naturelle à Pétersbourg, qui m'a d'ailleurs donné beaucoup d'autres
inftruftions relativement aux Ifles nouvellement découvertes. Ce Traité
a été envoyé à M. deBuffon, qui en a fait beaucoup d'ufage dans
Je cinquième Volume ï'n-4.0 de fes Supplémens à l'Hiftoire Naturelle.
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202    Nouvelles découvertes
peut en conclure , avec probabilité, que ce Navigateur
s'eft approché beaucoup de ce Continent.
Je dois AJOUTERque les Naturels des Ifles où touchèrent
Bering ôc Tfchirikoff préfenterent aux Ruffes le calumet
ou la pipe de paix , qui eft un fymbole d'amitié chez toutes
les Peuplades de Y Amérique Septentrionale, & je remar-,
querai que cet ufâge arbitraire leur eft particuler (a).
{a ) Voyez l'Hiftoire d'Amérique de Robertfonj Vol, I,
l'original S. R.. G. III, pag. u*.
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CHAPITRE   XXI.
Des Tschutski ; les Traditions de ces
Peuples fur la proximité de leur côte, de celle '
de /'Amérique; fèmblent avoir été. confirmées
par les Journaux des derniers Navigateurs ;
Plenifner envoyé pour vérifier cette idée ;
réfultat de fon   Voyagé.
\j n sait que les Tfchutski habitent la partie Nord- Des Tschup
Eft de la Sibérie ; leur pays peu étendu eft borné- au S
Nord par la mer glaciale ; à l'Eft par l'Océan Oriental $t
au Sud par la riviere d Anadyr, ôc par celle de Kovyma
à l'Oueft. Le Cap Nord-Eft de cette Contrée porte le
nom de Tfchukotskoi - noff , ou du Promontoire des
Tfchutski : fes habitans font les feules peuplades de la
Sibérie que les Ruffes n'aient-pas fubjugué.
L'A uteur Allemand, dont j'ai parlé tant de
fois, fuppofe, avec M. Muller , que l'Amérique eft peu
éloignée de la Côte des Tfchutski ; & il dit que cette
fuppofition eft confirmée par les Voyageurs les phni
récens.
Les Tschutski, en commerçant avec les Ruffes,donnèrent
la premiere idée du voifinage de YAfe ôc de Y Amérique*
Des aflertions vagues, faites par un Peuple barbare, font
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204    Nouvelles   découvertes
peu dignes de foi ; mais comme les habitans de ces région^
les ont répandues d'une manière uniforme ôc invariable,.
depuis le milieu du dernier fiécle jufqu'à ce jour y elles.-
méritent quelque attention*
Cette idée , confignée pour la premiere fois dans
l'Ouvrage de M. Muller fur les découvertes des Ruffes,
a été préfentée de nouveau par M. Robertfon, dans fon
Hi flaire d'Amérique (a). Voici plufieurs raifons qui ajoutent
encore à fa probabilité. Plenifner, natif de Courtaude,
fut nommé, en 1760 , Gouverneur dOchots k, & ayant reçu
un ordre de la Cour de s'avancer jufqu'à Anadyrsk (b) ,
Ôc de Ce procurer tous les renfeignemens pofîibles fur la
partie Nord-Eft de la Sibérie , ôc du Continent du Nouveaux-Monde qu'on fuppofe%i face , il fe rendit à Ana~
dirsk,. ôc de-là à Kovimskoi- OJlrog ; le premier de ces
établiffemens Ruffes eft fitué près des limites Méridionales,.
ôc le fee^nd près des limites Oueft du Pays des Tschutski..
Non-content de recueillir des informations des Koriaques
voifibs, qui entretiennent un commerce avec les Tfchutski,.
il envoya Daurkin auprès de cette dernière Peuplade. Ce
Daurkin , Tfehutski d'origine, avoit été fait prifonnier ÔC
élevé par les Ruffes; il pafîa deux années avec Ces Compatriotes , & il les accompagna dans plufieurs expéditions
fur les Ifles volfifîês, qui giflent en travers de la Côte
Orientale de la Sibérie.
{a) Hiftoire d'Amérique, Vol.I, pag. 174- 277- de l'original!
( b ) Anadirsk a été détruit depuis par les Ruffes eux-mêmes.. entre l'Asie et l'Ame'riqueM   20c
Il découvrit que Tfchukotskoi-noff eft une Péninfule
très-étroite ; que les Tfchutski font un commerce d'échange avec les habitans deYAmérique ; qu'ils traverfent
dans fix jours le détroit qui fépare les deux Continens;
que dans cette navigation, ils abordent d'ifle en Ifle ; &
-«ji|e là diftance d'une de ces Ifles à l'autre eft fi petite ,
qu'ils peuvent coucher toutes les nuits à terre; que plus au
Nord , les deux Continens fe rapprochent encore davantage ; ôc qu'à cette latitude plus élevée, le détfoit n'offre
que de petites Ifles.
Cette découverte s'accordoit avec les informations
que les Koriaques donnèrent à Plenifner. Plenifner fut de
retour à Pétersbourg en 1776 ; ôc il rapporta des Plans (a)
ÔC des Cartes des parties Nord-Eft de la Siaérie , dont
l'Académie de Pétersbourg a fait ufage dans fa Carte générale de l'Empire de Ruffle , publiée en 1776' (b). Ainfi,
la pofition du pays des Tfchutski Ce trouve déterminée
d'une manière plus exacte qu'elle ne 1 avoit été jufqu'alors.
( a ) La plus importante de ces Cartes embraffe le pays des Tfchutski &
des peuplades limitrophes ; elle fut dreffée principalement pendant
une féconde expédition que fit le Major Paulorfsky , confire les
Tfchutski : on y trouve fa route au milieu de leur pays. M. Muller,
S. R. G. III, pag. 134-!38, rapporte la premiere expédition de cet
Officier Rufle , qui pénétra alors ju/qu'à Tfchukotskoi-nofJ. Nous n'avons
aucun détail de fa féconde, pendant laquelle il eut avec, les Tfchutski-
plufieurs efcarmouches, dontfl fortitvictorieux5 mais, à fon retour, il
futfurpris & maffacré. Ceite expédition eft de l'année 1730.
( b ) J'ai appris ces détails, à Pétersbourg , de plufieurs perfonnes
«lignes de foi, qui avoient fouvent converfé avec Plenifner après foa
retour dans la Capitale, où il eft mort à la fin de 177*:
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206    Nouvelles  découvertes
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APITRE   XXII.    i
Te nt AT IVES des Ruffes pour découvrir le
paffage au Nord - Eft ; Navires partis d'An-
changel pour cingler du côté de la Lena»
autres partis de la Lena pour gagner le Kamtchatka ; Extrait du Voyage de Defchneff autour de Tfchukotskoi-nofF, tel qu'il eft raconté
par Muller ; Voyage de Shalauroff§ depuis
la Lena jufqu'à Shelatskoi - nolT.
LiA seule route établie jufqu'à préfent entre l'Océan
Atlantique ôc la mer du Sud , ôc entre l'Europe ôc les
Indes Orientales , eft celle du Cap de Bonne-Efpérance,
ou celle du Cap de Horn; mais, comme ces navigations font longues & dangereufes, on a fait, dans ces derniers temps, une multitude d'expéditions pour découvrir
un paffage au Nord-Eft ou au Nord-Oueft. Cet Ouvrage
ne traitant que dés découvertes des Ruffes, tout ce qui
regarde le paffage au Nord-Oueft eft étranger à notre
plan ; ôc même dans ce qui a rapport au paffage du Nord-
Eft , nous ne nous arrêterons que fur les voyages des
Ruffes.
Ceux  qui foutiennent  la pofîîbilité   du paffage au
Notd-Eft , 4ivifent cette navigation en trois portions prin* 131
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JSftrutr. Deartcpertej- dkrJ&ùAs&r Ifoe'2p6.
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ENTRE lAsïE ET l'AmÉRIQUE» 20^
cipales; ÔC, aptes s'être efforcés de prouver que chacune
de ces portions a été traverfée à différentes époques, ils
en concluent que le pafîage entier eft praticable.
Ces trois divisions font: i. d'Archangel à. la Lena.
z. De la Lena au Kamtchatka. 3. Du Kamtchatka
au Japon. Quant à cette dernière, la communication
entre les mers du Kamtchatka ôc le Japon eft démonrrée,
par des vaiffeaux Japonois qu'on trouva naufragés for la
côte du Kamtchatka , au commencement de ce fîécle,
& par les différens voyages que les Ruffes, partis du
Kamtchatka , ont fait au Japon (a).
Aucun Géographe n'a foutenu que le premier
pafîage d Archangel à la Lena s'eft fait dans une feule
expédition; mais plufieurs ayant foutenu que les Ruffes
ont achevé cette navigation en différentes fois, il devient
néceffaire de traiter cette matière.
En 1734, le Lieutenant Morovieff appareilla dAr-    voyage
ehangel par le fleuve d'O^y. La premiere année , il ne ? Arck*"S.e*
, . J , ,     . a 1 Yernffei.
depafla point l'embouchure du Petchora ; l'été foivant, il
traverfâ le détroit de Weigat\, ôc il arriva dans la mer
de Kara; il longea la côte orientale de cette mer jufqu'à
'32/ 30' de latitude; mais il ne doubla point le Promontoire qui fépare la mer de Kara d'avec la Baie dOby.
En 1738, les Lieutenans Melgyin & SkuraJkoff doublèrent ce Promontoire, après beaucoup de peines, ôc iîs
(a) S. R. G. III, pag. 7%-Us , W, Il»
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20 8      NOUVELLES   DÉCOUVERTES
entrèrent dans la baie d'Oby. Durant ces?expéditions, les
glaces offrirent de gtands dangers & de grands obftacles
aux Navigateurs.
On avoit fait plufîêuts tentatives infruétueufes pour
paffer de la baie d'Oby à YYeniffei ; mais deux Navires,
commandés par les Lieutenans Offein ôc Koskeleff, effectuèrent enfin cette traverfée en 1738.
Tentatives       La même année , le Pilote Féodor Menin , parti de
infruétueufes XYeèàffei, diigla vers la Lena ; il porta le cap au Nord,
pour arriver
del'Yeniffeià jufqu'au 73d 15' de latitude. Lorfqu'il fut arrivé à l'embouchure du Piafida, les glaces l'arrêtèrent ; ôc ne pouvant pas venir à boût°de forcer fon paffage, il retourna
à YYeniffei (a).
Voyage de ; Au mois de JuiiXET 17 3 5, le Lieutenant PronssJfiftsheff
sheffde m P31^ d Yakutsk , ôc remonta la Lena jufqu'à fon embou-
^éna.ilv.ers chure, afin de fe rendre par mer à YYeniffei. Les bouches
Oueft de la Lena étoient fi remplies de glaces, qu'il fe
vit obligé de débouquer par la plus orientale; ôc les vents
contraires l'empêchèrent d'atteindre la haute mer avatit le
13 Août. Après avoir gouverné au Nord-Oùtft , le long
des Ifles qui font éparfes devant les bouches de la Lena ,
il fe trouva par 3 od 4' de latitude, ôc il apperçut beaucoup de glaces au Nord ôc au Nord-Eft, ôc des montagnes
de glace de 14 à 60 pie4s de hauteur. Il porta le cap
entre ces glaces, qui ne laiffoient nulle part un paffage
{a) Pag. 14y à 149 de l'Ouvrage cité dans la note précédente
libre
"■
umm\
fill' '!,;! entre l'Asie et l'Amérique. 209
libre de plus de roo à 2,00 verges de largeur. Son bâtiment ayant effuyé des avaries confidérables, il remonta ,
le premier Septembre , l'embouchure de YOlenek, qui,
fuivant fon eftime, gît par 7%* 30' de latitude, ôc il parla
l'hiver à peu de diftance de-là (a).
Il débouqua YOlenek au commencement d'Août de
l'année foivante; le 3, il arriva à l'embouchure de 1' Ana-
bara, dont il trouva la pofition de73d 1' de latitude; il y
refta jufqu'au 1 o. Pendant cet intervalle, quelques perfonnes
de l'équipage pénétrèrent dans le pays, afin d'y chercher
des mines. Le 10, il remit en mer ; mais, avant d'atteindre
l'embouchure du Chatanga , il fut tellement enfermé par
les glaces , qu'il manqua de périr ; il ne s'en débarrafla
qu'avec beaucoup de peine. Il obferva enfuite une vafte
plaine de glace, qui fe prolongeoit au large ; ce qui l'obligea à fe tenir près de la côte , ôc à remonter le Chatanga. L'embouchure de cette riviere gît par 74e1 3' de
latitude ; de-là, changeant de route, il cingla principalement au Nord le long de la côte, ôc il atteignit l'embouchure du Taimura le 18; il s'avança encore plus loin,
ôc fuivit la côte vers le Piafida. Il y a près delà plufieurs
petites Ifles, féparées de la grande Terre par des détroits
où la glace étoit abfolument immobile. Alors il gouverna
au large , afin de doubler la chaîne d'Ifles. Il trouva d'abord
la mer plus praticable au Nord des Ifles, quoiqu'il vit toujours beaucoup de glaces de l'une à l'autre. Il gagna enfin
le travers de la dernière, qui gît par 77* 15' de latitude.
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(a) Gmelin Reife II, pag. 4ZJ à 417.
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210   Nouvelles découvertes
La mer étoit iprife par-tout, ôc la glace immobile entre
cette Ifle ôc la grande Terre, ainfi que du côté de l'ifle
qui eft plus au Nord. Il effaya néanmoins de s'élever davantage vers le Pôle; &, dès qu'il eut fait environ fix
Une chaîne milles, une brume épaifïe l'empêcha d'avancer: quand cette
d'ifles & la brume fut diflipée, il napperait que delà slace tout-autour
glace   1 em- r ,3.. ,,    . c
pèchentd'ar- ôi devant lui. Celle quu vovoit au large, netoit pas fixe;
niffti * ^' ma*s *es m2iC£cs > accumulées les unes entre les autres, étoient
fi ferrées, que le plus petit navire n'auroit pas pu paffer
dans les intervalles. Redoublant d'efforts pour paffer au
Nord, il fut arrêté par les glaces du Nord-Eft; &, craignant d'être enfermé, il retourna au Ta/mura; ôc de là ,
il fe rendit \ à travers d'une multitude d'obftacles ôc de dangers, à YOlenek qu'il atteignit le 2.9 Août,
Cet abrégé de l'expédition de Prontshiftsheff eft tiré
de l'Ouvrage du Profefleur Gmelin ( ). Suivant M. Muller,
qui a donné une relation fommaire du même voyage (b) ,
Prontshiftsheff n'atteignit pas tout-à fait l'embouchure du
Taimura , parce qu'il y trouva une chaîne d'ifles, qui fe
prolonge du Continent fort avant dans la mer. Ce dernier
Navigateur dit que les canaux entre les Ifles étoient fi
embarraffés par les glaces, qu'il n'y eût pas moyen de forcer
le paffage; qu'après s'être élevé jufqu'à 77* 2.5' de latitude,
il fut arrêté par une immenfe plaine de glace fixe.
Chariton Laptieff effaya,aufli inutilement,en 1739,
de paffer de la Lena à YYeniffei. Ce Navigateur raconte
(a) Gmelin Reife 3 Vol. II, pag. 417 à 434.
(b) S. R.  G. III, pag. 149 & i)o.
f lil ill!
entre l'Asie et l'Amérique. 211
qu'entre les rivieres de Piafida ôc de Taimura, il y a un
promontoire qu'il ne put pas doubler, parce que la mer
fe trouva entièrement prife dans les environs.
On doit en conclure  que l'efpace qui eft entre Ar-    cap entre
changei ôc la Lena n'a pas encore été traverfé ; car , en çhJznaPsc
allant à l'Eft de YYeniffei,  les Ruffes n'ont pu dépaffer Piafida, qui
l'embouchure du Piafida ; ôc,  en venant à l'Oueft de doublé?1"
la LénayWs ont été arrêtés, fuivant Gmelin, au Nord du
Piafida; ôc, fuivant M. Muller, à l'Eft du Taimura (a).
Les navires Russes , qui vont prefque toutes les années
d Archangel ÔC des autres Villes, à la Nouvelle Xemble, afin
d'y prendre des lions, des veaux marins ôc des ours blancs,
Se rendent à la côte occidentale; ôc aucun bâtiment n'a
encore doublé l'extrémité Nord-Eft de cette Terre (b).
(a) Gmelin Reife , pag. 440. M. Muller dit feulement que Laptieff
rencoatra les mêmes obftacles qui obligèrent Prontshiftheff à revenir
fur fes pas. S. R. G.   Vol. III, pag.  ijo.
( b ) Quoique les découvertes des Ruffes entrent feulement dans le
plan de cet Ouvrage; comme le paffage au Nord-Eft occupe tous les
Savans , il eft à propos de dire ici que plufieurs Navires Anglois &
Hoilandois ont paffé, par le détroit' de Weigat\, dans la mer de Kara,
qu'ils ont tous rencontré beaucoup de glaces , & qu'^ ont eu des
peines iniraies d'effeét^er leur paffage. Voye\ l'Hiftoire Générale des
Voyages , Tome XV, paflim.
En 1696, Heemskirk & Barensz > après avoir longé la côte occidentale de la Nouvelle-Zemble, doublèrent le Cap Nord-Eft, qui gît par
77 degrés 2.0 minutes de latitude, & cinglant le long de la côte orientale , ne dépafferent pas le 76 degré.
Voyei la Relation de ce Voyage  remarquable, dans la Vraie Defcription de trois   Voyages   de mer,   par Girard le  Ver, pag. 13 à 4J ;
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in   Nouvelles découvertes
Examinons maintenant ce qui regarde la navigation
de la Lena au Kamtchatka. Si l'on en croit quelques Au-
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II
13
éà>.
& l'Hiftoire Générale des Voyages, Tome XV, pag. ni à  139-
Les navires d'aucune Nation n'ont doublé le Cap qui s'étend au-
Nord du Piafida, & qui eft marqué dans les Cartes Ruffes à environ
78 degrés de latitude : nous avons déjà vu que les Bâtimens Ruffes
ne font jamais allés du Piafida au Chatanga, ou du Chatanga au Piafida.
Cependant quelques Auteurs affurent, d'une manière pofi-tive, que ce
Promontoire a été doublé; &, pour répondre aux Relations qui attellent
le contraire, ils prétendent que Gmelin Se Muller ont caché , à deffein ,
quelques parties des Journaux tenus par les Navigateurs Ruffes ; mais ,
fans difeuter cette affertion, je foutiens qu'elle n'eft -fondée fur aucune preuve ; & jufqu'à ce qu'on en fourniffe d'inconteftables , il
n'eft pas poffible de nier des faits clairs, & d'adopter des oui-dire,
plutôt que des Relations authentiques & bien circonftanciées.
On trouve , dans l'Ouvrage de M. Engel, intitulé : Eftai fur une
Route par le Nord-Eft, un paffage qu'il eft à propos d'examiner ici.
Cet Ecrivain affure , de la manière la plus pofitive , que deux Navires
Ruffes s'avancèrent anciennement à 300 lieues au Nord-Eft de la Nouvelle
Zemble ; & il en conclut qu'ils doivent avoir doublé ce Cap > qui s'étend au Nord du Piafida, & même qu'il? s'avancèrent à l'Eft, au moins
jufqu'à l'embouchure de YOlenek. Voici comment il s'exprime, ce L'il-
» luftre Société Royale , fous l'an 167 j , rapporte ce voyage, & dit que
35 peu d'années auparavant une fociété de Marchands d'Amfterdam avoit
S3 fait une tentative pour chercher le paflàge du Nord-Eft, & équippé
» deux vaiffeaux, lefquels étant paffés aux feptante-neuf ou huitantieme
«degrés de latitude, avoient pouffé, felon Wood, jufqu'à 300 lieues
:» de la Nouvelle-Zemble ; que par conféquent la route d'Archangel à la
y> Lena a été faite, &c. » Il cite, comme on voit, les Tranfaétions
Philofophiques & le Capitaine Vood, qui, en 1676, fît un voyage
pour découvrir le paffage au Nord-Eft. Ce Navigateur expofe dans fa
relation plufieurs argumens, qui le portoient à'eroire la poffibilité du
paffage au Nord-Eft. La raifon qu'il allègue, eft la même qui eft con-
fignée dans les Tranfaétions Philofophiques, & qu'on vient de rapporter
aveç_Ies expreffions de M. Engel ; il ajoute qi.e les deux navires Hol-
Jandois auroient pouffé plus loin leurs découvertes, s'il n'étoit pas fur*
■■
H entre l'Asie et l'Amérique. 213
teurs, cette navigation a lieu depuis un fiécle ÔC demi ;
ôc plufieurs vaiffeaux ont, à différentes époques, doublé
riiH
venu un différent entre les Armateurs & la Compagnie des Indes Orientales. M. Wood n'a d'autre garant de ce fait que les Tranfaclions Philofophiques. La relation, imprimée dans ce Recueil, fe trouve au s>.m<s
vol. pag. 109, à l'article du mois de Décembre 1674. On y lit-des
« Obfervations curienfes faites pendant plufieurs voyages, entrepris pour
» trouver la route des Indes Orientales par le Nord , avec les inftructions
» données par la Compagnie Hollandoife pour la découverte de la fameufe
33 terre de Jejfo , près du Japon. <» Ces inftruérions furent données en
1643, à Martin- Geritfes-Vries, Capitaine du vaiffeau le Caftrkum, qui
ce fut chargé de découvrir la côte orientale de la Tartarie, le royaume
33 de Catay, & la côte occidentale de l'Amérique, avec les Ifles fituées
» à l'Eft du Japon, & renommées pour l'or & l'argent qu'on y trouve. 33
Ces inftruétions ne difent rien des deux bâtimens, qu'on dit s'être élevé
à 300 lieues à l'Eft de la Nouvelle-Zemble. On y parle de deux navires
renvoyés en 1639 , « fous le Capitaine Kwaft, pour découvrir la côte
33 orientale de la Grande-Tartarie, fur-tout les Ifles où l'on fuppofe des
33 mines d'or & d'argent, & que des accidens divers obligèrent de s'en
» revenir re infeââ. » On rapporte enfuite un abrégé du Journal de
Kxsraft, avec les notes tenues par les Négocians qui étoient avec lui.
On y dit : ce que dans la mer du Sud, par 37 degrés & demi de latitude
33Nord, ou à environ 400 milles Efpagnols, ou 343 milles Hollandois;
33 c'eft-à-dire, à 2.8 degrés de longitude Eft du Japon , il y a une Ifle
33 très-grande & très-élevée, habitée par des Peuples blancs, d'une belle
33 figure, d'un caractère hofpitalier & affez civilifés ; que cette terre
33 eft très-riche en or & en argent, &c. 33
On voit, d'après ces extraits que, dans l'abrégé des Journaux des
deux navires Hollandois, il n'eft pas queftion de longitude à l'Eft delà
Nouvelle-Zemble ; que Kwaft fit ces découvertes dans la mer du Sud ; &
que, pour y arriver, il doit avoir doublé le Cap de Bonne-Ejpérance,
ainfi que le Capitaine Vries > qui fit un voyage après celui-ci. A la
vérité, l'Auteur de l'Abrégé des Journaux prétend'que le paffage au
Nord-Eft eft praticable, ce Pour revenir des Indes Orientales en Europe ,
s»par le Nord, il faut, dit-il, cingler à l'Oueft du Jap»n , le long de la
» Corée, pour voir jufqu'où les côtes de la mer fe prolongent au Nord WW
''Iflill*;]
ami
iiii
«Ill
Si Deshneff
a doublé
Tfchukots-
koi-noff.
214    Nouvelles découvertes
l'extrémfié Nord-Eft de YAfe. Il eft fur à la vérité, oV'arprès
les relations des Ruffes , qu'on a fait des expéditions fréquentes de la Lena à la Kovyma ; mais il eft fur également que de la Kovyma, on n'eft allé qu'une fois dans
l'Océan oriental, en doublant Tfchukotskoi - noff. Suivant
M. Muller , ce Cap formidable fut doublé en r 648 : voici
comme il parle de ce voyage, remarquable.
« (a) En i 648 , fept navires partirent de l'embouchure
de la Kovyma (b) , afin de pénétrer dans l'Océan oriental.
On n'a jamais entendu parler de quatre de ces bâtimens»
les trois autres étoient commandés par Simon Deshneff,
Gerarfîm Ankudinoff, deux Chefs de Cofaques x ôc Fedor
Alexeff, Chef des Promyshleniques. Deshneff ôc Anku-
33 de cette dernière terre , ou de quellf; manière on peut naviguer juf-
» qu'à la Nouvelle-Zemble, & la doufcler au Nord. Après avoir dépaffé
33 l'extrémité feptentrionale de la NouveMe^Zemblç, ou en fuivant le dé-
33 troit de Weigat{ , après avoir dépaffé l'çgtxéjiwftéeNord de la Terre
3> d'Yelmer, on tijo^vera fû/ejeenc qu'on peut continuer fa route au Sud-
33£ft, & term#açr hetS;eft£e?ient fon voyage.^» Mais les conjectures ne
font pas des faits. N'ayant rien découvert de pofitsf-> malgré nos recherches, fur ces deux navires Hollandois, quàfe font avancés à 30°
lieues de la Nouvelle Zemble, j'attendrai, pour le croire, qu'on cite des
preuves. Je perfifte donc à penfer, qu'il n'eft pas encore prouvé, d'une
manière authentique, qu'38£.un navire î& jamais doublé, à l'Eft de la
Nouvelle-Zemble, le Cap qpi- gît au Nord de la riviere Piafida. Voye% la.
relation dn Voyage de "Woo.d, dans la colleâàoa des divers voyages &'
des découvertes faites au Sud & au.Nord, à Londres, 1694, en Anglois,
page 148 ; & Mémoires & Obfervations géographiques de M. Engel,
pages 131 6t 234-
- (a) S. R. G. III, pag. 8-zo.
(b) M. Muller fappelle Kolyma.
!» i entre  lAsie  et l'Amérique.   21^
ilinoff fe difputerent avant leur départ; le'premier ne
vouloir pas que le fécond partageât avec lui la gloire ôc
le profit qu'il fe promettoit des découvertes qu'il alloic
entreprendre. Chaque bâtiment pouvoit avoir trente matelots d'équipage; du moins on fait que celui d'Ankudinoff
étoit de ce nombre. Deshneff promit d'avance un tribut de
fept zibelines , qu'il s'engageoit à faire payer aux habitans
des bords de Y Anadyr, tant il comptoit arriver à cette
riviere. Il y parvint en effet, mais plus tard, ôc avec plus
de peine qu'il ne l'avoit cru. »
« Le 20 Juin 1748, les trois navires appareillèrent de
la riviere de Kovima, pour cette expédition remarquable.
Comme on ne connoît pas l'extrémité de Y A fie , il eft à
regretter qu'on n'ait pas une relation circonftanciée de tous
les incidens du voyage. Deshneff (a), dans une efpèce de
lÉÉii
111
(a) Je remarquerai que le voyage de Deshneff fut entièrement oublié
jufqu'en 1736 , époque où M. Muller trouva, dans les archives d'Yakutsk,
les Journaux- des navigations Ruffes dans la Mer glaciale.
Après l'avoir'ait extraire fous fes yeux, à Yakutsk, il les envoya à
Pétersbourg 3 où ils fe confervent dans la Bibliothèque de l'Académie Impériale des Sciences ; ils confiftent en "plufieurs volumes in-folio. Les
détails relatifs à Deshneff, fe trouvent au fécond volume. Soliverftoff &
Stadtdein 3 en réclamant la découverte du pays qui eft à l'embouchure
de Y Anadyr, afliirent qu'ils y étoient arrivés par mer, après avoir doublé
UJchukotskoi-noJf- Deshneff envoya des mémoires , des requêtes & des
plaintes au Gouverneur ({'Yakutsk, contre Soliverftoff & Stadukin; ef-
fayant de prouver qu'il devoit jouir feul de la gloire de cette découverte,
il réfute les argumens de fes adverfaires. M. Muller a tiré de ces Mémoires l'abrégé du voyage de Deshneff Pendant fon féjour à Pétersbourg,
j'eus occafion de voir ces papiers; & comme ils font écrits en langue
Ruffe, je priai M. Pallas, mon ami, d'examiner ce qui ayoit rapport à ii6  Nouvelles  découvertes
Journal, qu'il envoya à Yakutsk, parle légèrement de ce
qui lui arriva en mer. Il femble qu'il n'ait mis aucune im-
Deshneff. M. Pallas eut la bonté de comparer ces Mémoires avec l'extrait de M. Muller, & même il prit la peine de copier les paffages les
plus effentiels. J'ajoute ici ces extraits, parce qu'ils confirment l'exactitude de M. Muller, & qu'ils jettent du jour fur des endroits obfcurs
de fon Ouvrage. Deshneff dit, dans un de fes Mémoires : ce Pour aller
» de la riviere Kovyma à Y Anadyr, il faut doubler un grand promon-
33 toire , qui s'étend fort avant dans la mer ; ce n'eft pas le promontoire
33 qui gît le plus près de la riviere Tfckukotskia ; Stadukin n'a jamais
33 atteint ce grand promontoire , près duquel on trouve des Ifles dont
» les habitans fe percent les lèvres inférieures, & y mettent des défenfes
33 de cheval de mer, travaillés en forme de dent. Ce Cap fe prolonge
33 entre le Nord & le Nord-Eft. On le reconnoît, du côté qui appartient
33 à la Ruffie, par la petite riviere de Stanovie, qui coule dans la mer,
33 près de l'endroit où les Tfchutski ont élevé un amas d'os de baleines,
33 qui reffemble à une tour. De ce promontoire, la côte court vers
33 Y Anadyr ; & il eft poffible, en trois jours & trois nuits, avec un bon
33 vent, de fe rendre de-là à cette riviere. Il n'eft pas plus long d'y aller
w par terre. 33 Deshneff dit, dans un autre Mémoire : '$ Qu'on lui ordonna
» d'aller par mer del'Indigirka à la Kovyma, & de-là au fleuve d'Ana-
"^dyr, qu'on venoit alors de découvrir; que la premiere fois qu'il ap-
33 pareilla de la Kovyma, il fut forcé, par les glaces, de retourner à
33 l'endroit d'où, il étoit parti ; que, l'année fuivante , il remit à la voile ,
33 & qu'il arriva enfin à l'embouchure de Y Anadyr, après beaucoup de
33 dangers > d'accidens & la perte d'une partie de fon équipage. Sta-
ssdukin ayant effayé envain d'y aller par mer, fe hafarda à traverfe*
3>des chaînes de montagnes alors inconnues; &, de cette manière,
33 il atteignit Y Anadyr. Soliverftoff & fon équipage, qui.fe querellèrent
93 avec Deshneff, partit de Ja Kovyma & fe rendit auffi à Y Anadyr cm
33 terre. Il envoya enfuite les fourrures de tribut à la Kovyma, à travers
33 les montagnes, qu'il étoit dangereux de paffer au milieu des peu^
aoplades de Koriaques & de Yukagirs, que les Ruffes venoient de fou-
"33 mettre. 33
Dans un Jroifième   Mémoire ,  Deshneff fe plaint amèrement de
Soliverftoff, & il affure , « Que Séversfta Martémianoff, gagné par
portance entre l'Asie et l'Amérique. 217
portance à ces détails nautiques. Il ne fait point d'obferva-
tions utiles aux Marins, avant d'avoir atteint le grand promontoire des Tfchutski. Il ne dit pas qu'il fut arrêté par
les glaces, ôc probablement il n'en rencontra point ; car
il obferve, dans une aurre occafion , que la mer n'eft pas
toujours aufli libre qu'elle le fût cette année. Il commence
fon Journal par une defcription du grand promontoire.
« Il eft très-différent, dit-il, de celui qui gît à l'Oueft-de
» la.Kovyma, près de la riviere Tfchukotskia. Il fe trouve
» entre le Nord ôc le Nord-Eft, ôc il fe plie dans une
» direction circulaire du côté de Y Anadyr. On le recon-
3» noît du côté qui appartient à la Ruffle , (c'eft le côté
» occidental ) par un ruiffeau qui tombe dans la mer. Les
a Tfchutski ont élevé près de-là.un amas d'os de baleine,
» qui reffemble à une tour. Vis-à-vis de ce promontoire,
» (Deshneff ne dit pas de quel côté ) il y a deux Ifles, fur
a» lefquels j'apperçus des habitans de la tribu des Tfchutski,
» qui portoient des défenfes de cheval marin aufli travail-.
!«î
33 Soliverftoff, fut envoyé.,^Yakutsk ; qu'il y débita que Soliverftoff avoit
33 découvert les côtes qui font au Nord de Y Anadyr, où on trouve un
33grand nombre de chevaux marins. s> Deshneff ajoute, à cette occafion : « que Soliverftoff & Stadukin n'ont iamaip atteint le promontoire
33 de rocher, qui eft habité par des peuplades nombreufes de Tfçfuitski,
33 &en travers duquel il y a des Ifles, dont les Naturels portent des dents
33 artificielles, dans des trous qrt'ils'fe font à la lèvre inférieure. Ce n'eft pas
s» leCapappellé.iWitu-nq/r, qu'on rencontre en venant de la riviere Kovyma,
33 mais un autre beaucoup plus confiderable , dont je connois très-bien
33 la pofition ; on y trouva le bâtiment d'Ankudinoff, qui y avoit péri
33par un naufrage; & je fis prifonnier quelques habitans, qui voguoient
«fjfur des canots. Il eft très-fur qu'il y a encore loin, de ce Cap au fleuve
33 d'Anadyr, ii
Ee
M jjfjliï!
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2t8    Nouvelles découvertes
» en forme de dents, dans les trous de leurs lèvres infi>
» rieures. II eft poffible d'aller en trois jours, avec un bon
» vent, de ce promontoire au fleuve Anadyr; ôc on
» peut s'y rendre par terre dans le même efpace de tems. »
Le navire d'A nkudinoff ^t naufrage fur ce promontoire,
Ôc l'équipage fut diftribué à bord des deux autres batimens.
Le 20 Septembre, Desnneff ôc Fedot Alexeeff defcenâirent
à terre ; il y eut une efcarmouëne avec les Tfchutski où
Alexeeff fut bleffé. Les deux navires fe féparerent bientôt,
ôc ne fe revirent plus. Celui de Deshneff fut entraîné pat
des vents orageux jufqu'au mois d'Octobre, époque on il
fit naufrage bien au Sud de Y Anadyr, non loin de la riviere Olotura. Nous dirons plus bas ce que devinrent
Fedot Alexeehv& fon monde. Deshneff & fes compagnons,
au nombre de vingt-cinq \ cherchèrent alors à retrouver
Pnnadyr ; mais, ne connoiflant aucunement l'intérieur du
pays, $ s'écoula dix femaines avant quils puffent arriver
aux bords de ce fleuve, à peu de diftance de fon embouchure. Ils n'y-trouvèrent ni bois, ni habitans.
L'année suivantV, Deshneff remonta la riviere, &:
bâtit Anadirskoi-Ofirog. Le 15 Avril 1751, quelques Ruffes,
qui étoient venus par terre de la riviere Kovyma, arri«
verent près de lui. En 1652., ayant conftruit un navire,
il defeendit Y Anadyr jufqu'à fon embouchure , ôc il trouva
fur la côte feptentrionale un banc de fable, qui fe prolonge
bien avant dans la mer. Les habitans de la Sibérie donnent
le nom de korga à ces fortes de bancs ; il remarque qu'un
grand nombre de chevaux matins fréquentent l'embouchure de Y Anadyr. Deshneff raflembla des dents de Ces entre l'Asie et l'Amérique.  219
quadrupèdes; ôc ces richeffes lui parurent mat ample dédommagement des peines de fon expédition. L'année fui-
vante, il fit couper des bois pour conftruire un navire,
dans lequel il fe propofoit d'envoyer par mer à Yakutsk (a)
les tributs qu'il avoit exigés ; mais, manquant des autres
chofe& nécefïaires pour équiper le bâtiment, il renonça à
ce projet. D'ailleurs on lui dit que la mer aux environs
de Tfchukotskoi-noffn'eft pas libre de glaces toutes les
années.
En 1654, on fît un autre Voyage au Korga, afin d'y
charger des dents de cheval marin. Un Cofaque, nommé
Yusko Soliverftoff, étoit,de l'expédition; il avoit accompagné peu de temps auparavant, Michel Stadnkin , dallas
un Voyage entrepïis pour faire des découvertes dans la
mer glaciale. Soliverftoff paritit dlYatcktsk, avec ordre de
rapporter des denude cheval de mer pour le compte delà
Couronne. Ses inftru^Hons faifant mention d'une riviere
Yentshendon, qui tombe dans la Baie de Penshinsk ôc de
Y Anadyr , on le chargea d'exiger un tribut des Habicans
des bords de cesirivieres ; carqaa ignoroit encore à Yakutsk
les fuites de l'expédition de Deshneff. Ceci occafionna de
nouveaux mécontentemens. Soliverftoff réclama la découverte du Korga, il dit qu'il y avoit abordé, en 1649,
lors de fon Voyage avec Stadukin. Mais Deshneff prouva
que Soliverftoff n'avoit pas même atteint  Tfchukotskoi-
\W
(a) C'eft-à-dire, par mer, depuis l'embouchure de Y Anadyr, autour
de Tfchukotskoi-noff, jufqu'à la Lena, & enfuite de remonter cette riviere jufqu'à Yakutsk.
E eij !*;]|f
iii
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Sill1
220    Nouvelles   découvertes
noff; qu'on le voyoit clairement à la manière dont il
parloit « Tfchukotskoi-noff', ajoute Deshneff, n'eft pas
» le premier Promontoire qui s'offre, fous le nom de
» Svatoi-noff(a). On le reconnoît à deux Ifles fituées
» en face ôc dont les Habitans, ainfi qu'on l'a déjà dit,
» mettent un morceau de dent de cheval marin dans les
33 trous de leurs lèvres inférieures. J'ai vu feul ces Peu-
33 plades; ôc ni Stakudin , ni Soliverftoff, ne les ont jamais
3> apperçues ; le Korga , ou le banc de fable qui eft à
s> l'embouchure de Y Anadyr, Ce trouve à quelque dif-
»  tance de ces Ifles. »
Tandis que Deshneff faifoit le relèvement de la Côte,,
il rencontra, dans une habitation des Koriaques, une femme
qu'il fe reffouvint d'avoir vu , à la fuite de Fedot Alexeeff.
HMui demanda des nouvelles de fon Maître, ôc elle répondit
« que Fedot ôc Gerafîm ( Ankudinoff ) étoient morts
•• du fcorbut ; qu'une partie de l'équipage avoit été tué ;.
m que les autres Ruffes avoient pris la fuite fur de petits
» navires, ôc qu'on n'en avoit jamais entendu parler. »
On en a retrouvé depuis quelques-uns au Kamtchatka ,
lillil
lllf
(a) Les Mémoires de Deshneff annoncent que Soliverftoff, en s'ef-
forçant de prouver qu'il avoit navigé autour de l'extrémité orientale de
l'Afie , prenoit Svatoi-noff pour Tfchukotskoi-noff; fans cela , pourquoi
Deshneff, en le réfutant, commeneer'oit-il par établir que Svatoi-noff,
n'eft pas le même Cap que Tfchukotskoi-noft'? Le feul Cap marqué dans
les Cartes Ruffes, fous le nom de'Svutoi-noff, gît 'à~xy degrés à l'Oueft
de la Kovyma; mais, en cinglant de la. Kovyma vers Y Anadyr, le premier promontoire qui fe préfente , eft néceffairement à l'Eft de la Kovyma.
Svatoinojf, en langue Ruffe, figriine promontoire facré; & les Ruffes
donnent quelquefois ce nom à tous les Caps qu'il eft difficile de doubler»
:ï [«BU   .  p
-■WWKï
iKtUhiii
«ii ff'nii, Il'fl
entre l'Asie et l'Amérique. 22.1
où ils étoient probablement arrivés avec un vent favorable,
en fuivant la Côte ôc remontant la riviere qui porte le
même nom que cette Péninfule.
Lorsque Volodimir Âtlaffoff, en 1697, pénétra dans
le Kamtchatka pour le foumettre, il s'apperçut que les
Habitans avoit déjà quelques connoiffances des Ruffes :
aujourd'hui même c'eft une tradition commune parmi eux
qu'avant l'expédition d'Atlaffoff, un nommé Fedotoff (a),
( qui étoit probablement le fils de Fedot Alexeeff ) ôc Ces
Compagnons avoient  paflé quelques-temps parmi eux,
& avoient époufé  des femmes du Pays. On lui montra
l'endroit qu'habitoient ces Ruffes, ôc les débris de leurs
cabanes, à l'embouchure de la petite rivière de Nikul,
. qui tombe dans celle du Kamtchatka , ôc que les Ruffes
appellent Fedotika ;   mais  Atlaffoff ne trouva   aucun
de ces Ruffes ; il reconnut que les Naturels avoient eu
beaucoup de vénération pour eux, qu'ils les avoient prefque
mis au rang des Dieux; les gens du pays crurent d'abord
qu'aucune puiffance humaine ne pouvoit faire du mal à
ces mortels privilégiés; mais ils fe détrompèrent en voyant
les Ruffes fe battre entr'eux, ôc le fang couler de leurs
bleffures, Feodotoff ôc Ces camarades fe féparerent à cette
occafion; plufieurs furent tués par les Koriaques au rnj$f
•ment où ils fe rendoient à la mer de Pênskinsk, &lereftc
fut maffacré par les Kamtchadales. La riviere Fedotika
tombe dans celle de Kamtckatka, environ 180 verftes
au-deffous de l'Oftrog fupérieur de Kamtchatkoi.
(a) Fedotoff, en langue Ruffe, lignifie fils de Fedot,
liiili
ill
fc'.fl m   Nouvelles  découvertes
On ne peut citer aucun Navigateur (a) poftérif^
à Deshneff, qui ait réellement doublé l'extrémité Nord-
Eft de YAfie , malgré toutes les tentatives qu'on a faites
pour effectuer ce paffage, en partant du Kamtchatka (b)
ainfi que de la mer glaciale.
lltiiC
îrWt
U)' » r.
(a) M. Engel prétend à la vérité que le Lieutenant Laptieff doubla,
en 1739 , Tfckiikotskoi-nojr, Il fonde fon affertion fur l'autorité de Gmelin.
( Suivant ce dernier Auteur, Laptieff paffa de la Kovyma à Anadirsk,
& il fit une partie de cette route par mer, & l'autre par terre. ) Il fou-
tient enfuite qu'il eft impoffible d'aller de la Kovyma à Anadirsk par
terre & par mer, fans traverfer de fa Kovyma à l'embouchure de Y Anadyr,
fur un navire, & de-là à Anadirsk, fur terre. Mais M. Muller, qui raconte cette expédition d'une manière plus circonftanciée , nous apprend que Laptieff & fon équipage, après avoir paffé l'hiver prés
de Ylndigirk'a, s'embarqua à l'embouchure de cette riviere, & fe rendit
à la Kovyma fur de petits canots ; & comme il étoit dangereux, à caufe
des Tfchutski, de longer Ja côte plus loin, par mer ou le long du rivage,
il fe rendit, par l'intérieur du pays, à Anadirsk , & de-là à l'embouchure de Y Anadyr. Gmelin, Reife. vol. II, page 440. S. R. G. III,
page ij/.
Gmelin parle aufli d'un homme qui partit de la Kovyma fur un canot,
& atteignit la mer de Kamtchatka, en doublant Tj'chukotskoi-noJJ': M. Engel
n'a pas manqué de citer ce nouveau fait à l'appui de fon fyftême ;'Salement il fe fonde fur l'autorité de Muller , au lieu de fe fonder fur
celle de Gmelin ; mais, comme nous n'avons pas le Journal de cette
expédition, &'que la manière dont s'exprime Gmelin, fuppofe qu'A
n'avoit d'autres garants que des oui-dire , on ne peut pas compter fuir
une tradition aulfi vague & aufli incertaine. Voye\ Gmelin, Reife. vol. II,
page 437. Mém. & Obferv. géogr. &c. page 10.
(b) Bering) qui navigua, en 1628, du Kamtchatka sers Tfchukotskoi-noff,
longea la côte des Tfchutski jrrfqu'à 67 degrés 18 minutes de latitude;
& obfervant que la côte prenoic la direction de l'Oueft, il en a conclu
trop promptement qu'il avoit dépaffé l'extrémité Nord-Eft d.£ YAfie.
Craignant d'être enfermé par les glaces, s'il s'avançoit plus loin, H
retourna au Kamtchatka. S'il avoit continué fa route, ilàuroic reconnu
K mm Shalauroff
entre l'Asie et l'Amérique.  223
Shalauroff , après avoir conftruit un Shitik à Ces Voyage^ de
propres frais, defcendit IzLéna, en 176t. Il étoit accompagné d'un Officier de la Marine Impériale exilé, qu'il
trouva en Sibérie , & à qui nous devons la Carte de
cette expédition. Shalauroff débouqua par la bouche Méridionale de la Lena, au mois de Juillet, mais les glaces
lui oppoferent tant d'obftacles, qu'il conduifit fon navire
à l'embouchure de Y Y ana , où il fut détenu par les
glaces jufqu'au 2,9 Août, jour où il remit à la voile. Les
glaces l'empêchèrent de nouveau d&tenir la haute mer; il
longea la Côte ôc après avoir doublé Svatoi-noff, le 6
Septembre, ii découvrit, à peu de diftance, au Nord,
une terre montueufe, qui eft probablement une Ifle
inconnue de la mer glaciale ; il paffa 8 jours du 7 au 1 5
à traverfer le détroit qui eft entre l'ifle de Diomede ôc la
Côte de la Sibérie ; il en vint à bout, mais avec des peines
excefïîves. Depuis le 16, il rencontra une mer libre ôc un
bon vent de Sud-Oueft, qui le porta en vingt-quatre
heures par-delà l'embouchure de Ylndigirka. Cette brife
favorable continua, ôc , le 18 , il dépaffa Alaska. Bientôt
après le navire, s'approchant trop de la Côte, fe trouva
preffé de tous côtés, par d'énormes glaces flottantes entre
quelques Ifles (a) ôc la grande terre. L'approche  de la
imm,
que ce qu'il prenoit pour la Mer du Nord, étoit feulement une baie
profonde, & que la côte des Tfchutski, qui lui paroiffoit tourner conf-
tamment à l'Oueft , reprend la direction du Nord. S. R. G. III, page
117.
(a) Ces Ifles portent le nom de Medviedkie-oftrova ou d'ifles eux ours;
on les appelle auffi Kreffstojfskye-oftrova, parce qu'elles giflent en travers
de l'embouchure de la petite riviere de Krejtova. On a répandu, pen-
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M
' iffiMii
224    Nouvelles découvertes
maiwaife faifon obligea Shalauroff à chercher une place
U paffe l'hi- d'hivernage ; ôc il échoua fon bâtiment dans une des bouches
bouchuredê ^e ^  kovyma. L'équipage conftruifit une barque qu'il
la Kovyma.   environna d'un rempart de neige glacée , appuyé contre.
une batterie de petits canons. Les rennes fauvages fe ren->
dant à cet endroit en grands troupeaux, les Ruffes en
tuèrent une grande multitude du haut de leurs remparts^
Avant que l'hiver commençât, différentes efpèces de fau-
mons ôc de truites remontèrent la riviere ; ces poiflbns
procurèrent aux Ruffes une fubfiftance abondante ôc les
préferverent du fcorbut (a).
il remet à j L'embouchure de la Kovyma ne fut p3£,débarralTée
moîs°deJuil- ^es g^accs avant le 11 Juillet 176x1 à cette époque,
let.
|iiï[
dant long-temps, que le Continent de l'Amérique s'étend le long de la
Mer glaciale, très-près de la Sibérie. Quelques perfonnes prétendent l'avoir
apperçu non loin des rivieres de Kovyma & de Kreftova; mais la fauf-
feté de ces traditions populaires a été démontrée en 1764 , par des
Officiers Ruffes , qu'envoya dans ces parages Denys Ivanovitcjh Tfchit-
cherin, Gouverneur de Tobolsk. Ces Officiers partirent de l'embouchure
de la Kreftova , fur des traînaux, conduits par des chiens, au moment que
la mer étoit gelée. Ils ne découvrirent que cinq petites Ifles, remplies
de rochers, appelles depuis Ifles aux Ours. Elles étoient inhabitées ; mais
on y trouva des cabanes en ruines ; ils apperçurent de plus, fur une de
ces terres, une efpèce de plate-forme de bois flotté, qui ferffblbit avoir
été une redoute. Ils pénétrèrent affez avant fur fa mer glaciale ; mais
ils ne virent aucune trace de Continent. Des montagnes élevées de
glace les ayant arrêtés, ils furent obligés.de s'en revenir. Voye\ la route
de cette expédition'fur la carte du voyage de Shalauroff, qui eft à la
tête de ce Chapitre.
(a) Les habitans de ces Pays du Nord regardent le poiffon cru comme
un préfervatif contre le fcorbut,
Shalauroff
iiiiÉ entre l'Asie et l'Amérique,   22<$
Shalauroff remit à la voile, & porta le cap au Nord-Eft
\ Nord, ÔC au Nord - Eft f Eft jufqu'au z8. Il obferva la
déclinaifon de f aimant, à terre ; ôc il reconnut qu'elle
étoit d'onze degrés quinze minutes Eft. Le z8, un vent
contraire, qui futfuivi d'un calme, l'obligea de mouiller &
le retint à l'ancre  jufqu'au 10 Août, qu'il fit voile avec
une brife  favorable ; il s'efforça   alors de gouverner à
quelque diftance de la Côte, en cinglant plus à l'Eft ÔC
au Nord-Eft j Eft. Mais il en fut empêché par d'énormes
glaces flottantes, ôc un courant fort, qui fembloit avoir
fa direction à l'Oueft ôc Cuite une verfte par heure. Il fut
ainfi  beaucoup retardé  dans fa route. Le 18 , le temps
étant épais ôc brumeux, il rencontra,  près  de la Côte,
devant lui,   au moment où il ne   s'y attendoit   pas ,
une mulrituded'Ifles de glaces qui l'enfermèrent le 19 de
toutes parts. Il demeura dans cette pofition, ôc au milieu
d'une brume continuelle, jufqu'au z 3, qu'il Ce débarrafïà
& s'efforça de gouverner Nord-Eft pour gagner la haute
mer, qui étoit moins remplie de glaces que le voifinage
de la  Côte.  Mais des vents contraires   le  jetterent au
Sud-Eft ôc à l'Eft, parmi des glaces flottantes très-groffes.
'Après avoir dépaflé ce radeau de glaces, il remit le cap
au Nord-Eft , afin de doubler Shelatskoi-noff (a) ; mais,
avant de gagner les Ifles qui giflent près de ce Cap, les
{a) S'il ne pouffa pas plus avant, il ne paroît point que ce fût à raifon
des difficultés qu'il rencontra en doublant Shelatskoi-noff; Se s'il revira de
bord, ce fut uniquement parce que la faifon s'avançoit. Shelatskoi-noff
tire fon nom de Shelagen , tribu des Tfchutski.  On a fuppofé que ce
Cap eft le même que Tfchukotskoi-nof. S. R. G. III, page y 2.
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Shelatskoi-
noff, il retourne vers
la Kovyma.
226 Nouvelles dé couvertes
vents conttaires lui firent perdre un fi long-temps, que
la faifon avancée l'obligea de chercher une place d'hivernage. En confequence, il cingla au Sud vers une Baie ou-
Ne pouvant verte , qui gît, fur le côté Oueft de Shelatskoi-noff, ôc
pas  doubler       .    ,       .    ,   , AT    . .  .
•      -   qui n avoit ete reconnue par aucun Navigateur avant lui.
Il y entra le 25 , Ôc il toucha contre un bas-fond, fitué
entre une petite Ifle ôc une pointe de terre, qui fe projette de la Côte Orientale de cette Baie. Il eut toutes les
peines du monde à fe remettre à flot. Il fit route pendant
quelque-temps au Sud-Eft, ôc enfuite il tourna au Sud-
Oueft. Il débarqua alors afin de découvrir un lieu propre
à y conftruire des baraques d'hiver , il trouva deux petits
ruiffeaux ; mais il n apperçut ni arbres, ni bois fîottans.
Le navire fut remorqué le long de la Côte Méridionale de
la Baie, jufqu'à l'ifle de Sabadei. Le 5 Septembre, il apperçut
des huttes de Tfchutski, près du canal étroit qui eft entre
Sabadei ôc la grande terre ; les Naturels s'enfuirent à fon
approche.
Il
N'ayant pas découvert de pofition convenable, ii
remit en mer, ôc cingla autour de l'ifle de Sab-adei le
8, jour où il amarra le navire à une maffe énorme de
glaces; mais le bâtiment fut entraîné dans l'Oueft-Sud-
Oueft par un courant qui faifoit cinq verftes par heure»
Le 10 il vit, dans le Nord-Eft^ Nord, fort loin, une
1       montagne, ôc il gouverna le 11 ôc le 12 vers l'endroit de
II paffe un .  ,&    | & ï ~3   1 •     C
fécond hiver la riviere de Kovyma, ou il avoit pane le premier hiver,
re^eVovy- Shalauroff fe propofoit, l'année fuivante, de doubler She-
ma, &il re- latskoi-noff; mais le défaut de provifions ôc la mutinerie
tourne  à la   ;     -       ,     . ,  , .. v v _ ,
Lérîa. de Ion equipage 1 obligèrent a retourner a la Lena > en entre l'Asie et l'Amêiuq>ûe. 227
Ï763. H eft à obferver que, durant tout le Voyage , il
trouva les courans venans prefque uniformément de l'Eft.
11 apperçut deux rochers remarquables, près de la pointe
où la Côte tourne au Nord-Eft, vers le canal qui fépare
l'ifle Sabadei du Continent. Ces rochers peuvent fervir
de guides aux Navigateurs. L'un eft Saetshie Kamen , ou
Rocher du Lièvre ; il s'élève comme une corne recourbée,
Se l'autre Baranei Kamen, ou Rocker du Mouton ; il eft
de la forme d'une poire , plus étroit au pied qu'au fommet ;
fon élévation eft de vingt-neuf verges au-deffus de la marque
de la marée haute.
Quoique Shalauroff n'eût pas $réufîï dans fa pre-    Seconde
•1       n. r   J' j »-i    /    •     expédition
mierfL tentative , il refta perluade  cependant quil ctoit de Shalauroff.
abfolument poffible, malgré les obftacles, de doublet
Tchukotskoi-noff ; ôc il forma une féconde expédition.
H équipa de nouveau le même Shitik, ôc, en 1764, il
partit de la Lena comme dans fon précédent Voyage.
Nous n'avons aucun détail pofitif de celui-ci, car on n'a
jamais revu Shalauroff ni perfbnne de fon équipage. Il y
a lieu de croire que , la troifieme année de fon départ
de la Lena , il fut tué, avec tout fon monde, proche de
Y Anadyr par les Tfchutski. A-peu-près dans ce temps
les Koriaques de Y Anadyr refuferent d'acheter, des Ruffes,
la farine qu'on leur portoit à chaque année ; ôc le Gouverneur d'Anadyrsk ayant fait des recherches, il reconnut
que les Tfchutski leur en avoient vendu une affez grande
quantité : ceux-ci l'avoient tirée, fuivant toute apparence,
du navire de Shalauroff. De ces faits, qui @nt été confirmés depuis par les  dépofirions des Koriaques ôc des
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111 til.
228    Nouvelles découvertes
Tfchutski, on a conclu que Shalauroff avoit doublé le
Cap Nord-Eft de YAfie. Mais cette afferfcibn n'eft fondée
que fur une conjecture, car l'arrivée des Ruffes à l'embouchure de YAHadyr ne prouve pas d'une manière
décifive, qu'ils avoient double l'extrémité Nord-Eft de
YAfie. Ils pouvoient avoir gagné les bords de ce fleuve,
en venant du côté Occidental de Tfchukotskoi-noff..
En examinant ce qu'on a écrit des différens Voyages
des Ruffes dans la mer glaciale, ôc dans leu¥s tentatives
pour découvrir le paffage au Nord-Eft, il réfulte que le
Cap qui fe prolonge au Nord du Piafida n'a jamais été
doublé, ôc que léxîftence d'un paffage autour deTfchukats-
koi-nojf, n'eft fondée que fur l'autorité de Deshneff. Mais\
à fuppofer que la navigation foir praticable autour de
ces detf^lRfbmOTtoires, quand on réfléchit fur les obftacles
ôc les dangers qu'ont rencontré les Ruffes dans les parages
de la mer glaciale, qu'ils ont réellement parcourus; fur le
long efpaee de temps, qu'ils ont employé pour faire peu
de chemin, ôc fur l'inutilité de la plupart des tentatives,
lorfqu'on examine d'ailleurs qu'on ne ne peut entreprendre
ces voyages qu'au milieu d'un été très-court, ôc feulement
dans les intervalles , où des vents particuliers chaffent les
glaces vers la haute mer , ôc laiffent les côtes moins
obftruées , on eft en droit de conclure que jamais la
route du commerce ne s'établira le long des Côtes de
la mer glaciale.
Pour que la navigation dans h mer glaciale fût d'une
«ttîlité générale, il faudre# qu'on pût l'effectuer à quelque
if
.  MM ErëfRE l'Asie et l'Ame riquA   22$
diftance de la Nouvelle-Zemble ôc delà Sibérie , & quand
on conviendroit de la poffibilité de faire voile au Nord-
Eft ôc à l'Eft de la Nouvelle-Zemble , fans que la terre ou
les glaces offriffent des obftacies infurmontables, la route
des Indes ou de l'Amérique par le Nord- Eft ne feroit
pas encore prouvée; elle dépendroit d'ailleurs d'un paffage
libre (a) , entre la Côte des Tfchutski ôc le Continent
d Amérique. Mais ces difcuflîons n'entrent pas dans le
plan de cet Ouvrage , je me propofe de raconter des faits,
ôc non d'établir des hypothèfes.
%
Je me suis borné aux Relations des Ruffes, ôc je me
fuis abftenu de rien dire des découvertes qu'on prétend
avoir été faites par les Capitaines Cook ôc Clarke dans
la mer qui eft entre l'Amérique ôc YAfie. Le troifîème
.Voyage de Cook ne tardera pas à paroître, il éclaircira
probablement nos doutes fur les queftions géographiques
traitées dans cet Ouvrage, ÔC il nous donnera la véritable
pofition des Côtes Occidentales du Nouveau-Monde.
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lut»1
(a) J'ai dit un pajjage libre ; car, en concluant de la rel^on du
voyage de Deshnef, que ce paffage exifte réellement; fi les navires ne
purent Feffe&uer que par intervales , ( les Ruffes ne prétendent pas
l'avoir achevé plus d'une fois) il ne fera jamais utile au commerce.
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230    NoUVELiy&S DÉCOUVERTES
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•f    CHAPITRE  XXIII.
Listes des principales Cartes fir le/quelles
font tracées les découvertes des Ruffès.
Je crois devoir dire un mot des Cartes publiées juf
qu'ici (en 1780) touchant les découvertes des Ruffes.
On peut compter fur l'exactitude de cette lifte; je l'accompagnerai de quelques Remarques.
1. Carte des nouvelles Découvertes au Nord de la
Mer du Sud, tant a l'Eft de la Sibérie & du Kamtchatka, qu'a- l'Oueft de la Nouvelle-France , dreffée
fur les Mémoires de M. Delifle, par Philippe Buache,
1750. L'Auteur publia bientôt après un Mémoire relatif
à cette Carte, avec le titre fuivant : Explication de la
Carte des nouvelles Découvertes au Nord de la Mer du.
Sud, par M. Delifle, Paris 1752, in-^.°
Le Chapitre premier de cet Ouvrage fait allufion à
cette Carte.
2. Carte des nouvelles Découvertes entre la partie
Orientale de l'Afie & Occidentale de l'Amérique,
avec des vues fur la grande Terre, reconnue par les
Ruffes j en 1741 , par Philippe Buache, 1752.
3. Nouvelle C art je des Découvertes faites par
des vaiffeaux Ruffes aux côtés- inconnus de l'Amérique
11 IHHW
entre l'Asie et l'Amérique. 231
Septentrionale, avec les Pays adjacens, dreffée fur les
Mémoires authentiques de ceux qui ont affifté a ces découvertes , & fur d'autres connoiffances , dont on rend
raifon dans un Mémoire fépare : à Saint-Pétersbourg, à
^Académie Impériale des Sciences. 1754, 1758.
Cette Carte a été publiée fousl'infpection de M. Muller 2
& fe trouve à la tête de fon C^jrage fur les découvertes
des Ruffes (a). Lu partie qui offre les Ifles nouvellement
découvertes ôc la Côte d'Amérique, a été tirée principalement de la Carte de l'expédition de Bering. Le Continent y eft repréfenté comme s'avançant entre les 50 &
60 degrés de latitude, à peu de diftance du Kamtchatka.
Lorfqu'elle fut publiée, on ne foupçonnoit pas que des
Navigateurs aufli habiles que Bering & Tfchirikoff euffent
pris cette chaîne d'ifles pour des Promontoires du Nouveau-Monde; mais des Navigateurs poftérieurs, en cinglant au milieu des parages où l'on fuppofoit la projection
du Nouveau-Monde, ont reconnu cette erreur.
4. Une seconde Carte , publiée par l'Académie Impériale : elle porte le même titre que la précédente : mais
M. Muller n'a pas préfidé à fa compofition.
Nouvelle Carte des Découvertes faites par des
vaiffeaux Rufflens aux côtés inconnus de l'Amérique, ôcc.
1773.
(a) Cette Carte a été publiée par Jefferys, à Londres, avec ce titre:
« Carte des Découvertes faites par les Ruffes autour de la côte Nord-
» Oueft ^.l'Amérique, publiée par l'Académie Royale des Sciences de
» Pétersbourg, & publiée de nouveau par Thomas Jefferys\ Géograpàe
»de SaMajefté, 1761.-»
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II
232    Nouvelles découvertes
C'est , dans fa plus grande partie, une copie d'une
Carte manufctite connue en Ruffle , fous le nom de
Carte des Promyshleniques, ou des Négocians Aventuriers , ôc faite fur les fimples rapports de ceux qui ont
navigé au milieu des Ifles nouvellement découvertes. Cette
Carte de l'Académie eft très-fautive, relativement à la
grandeur & à la pofition des nouvelles terres ; mais la
Côte d Amérique n'y eft pas '( comme dans toutes les
Cartes antérieures ) prefque contigue au Kamtchatka ,
entre le cinquantième ôc le foixancième parallèle. De
plus, elle éloigne du deux cens dixième au deux cens
vingt-quatrième degré de longitude , la partie du Nouveau-
Monde , qui gît par 66 degrés de latitude ; ôc elle marque
à la place une grande Ifle qui fe prolonge entre les 64
degrés ôc les 71 degrés 30 minutes de latitude , du 207."*
degrés de longitude au 2i8.me , à une petite diftance
des deux Continens. C'eft aux Navigateurs à venir à décider fi cette féconde altération eft aufli bien fondée que
la ptemiere (a).
H
la
(a) M. Muller a reconnu, depuis long-temps, de la manière la plus
franche, que la premiere Carte repréfente mal-à-propos l'Amérique comme
contigue au Kamtchatka; mais il foutient toujours le voifinage des deux
Continens dans une latitude plus élevée. Il écrivoit , en 1774 : « la
s> poftérité jugera fi la féconde Carte de l'Académie , qui éloigne le
» Continent d'Amérique , doit être préférée à la premiere , qui le fup-
wpofe près de la côte des Tfchutski. Synd , qu'on doit croire plutôt
» que les Promyshleniques, perfifte dans l'ancien fyftême, il rapproche
» l'Amérique de Tfchukotskoi-noff, comme le faifoient autrefois les Géo-
» graphes j & il ne connoît point cette grande Ifle, appellee Alashka,
■» qu'on met à la place de la pointe du Continent, & à laquelle il faut
» affigner -une pofition plus au Sud ou au Sud-Eft.
5. Carte
\mh entre l'Asie et l'Amérique. 233
5. CARTE du nouvel Archipel du Nord découvert par
les Ruffes dans la mer du Kamtchatka & de U Anadyr.
Cette Carte eft à la tête de la defcription du nouvel
Archipel du Nord , par M. Sthadin : dans la Traduction
rAngloife de cet Ouvrage, elle porte le nom de « Carte
a» du 'nouvel Archipel du Nord, découvert par les Ruffes,
» entre les mers du Kamtchatka eft de Y Anadyr. » Elle
ne diffère de la quatrième que dans la grandeur ôc la pofition d'un petit nombre d'ifles, ôc dans l'addition de
fix nouvelles : elle eft aufli incorrecte. Les Ifles nouvellement découvertes y font divifées en trois grouppes qui
portent le nom d'ifles d'Anadyr (a) Ifles Oloturiennes (b)
ôc Ifles Aleiitiennes. On fait allufion aux Cartes quatre ôc
cinq au Chapitre premier de cet Ouvrage.
il
1»
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il
( a ) M. de Buffon, dans fa Carte des deux Régions polaires, publiée
dernièrement, ( Voye\ le Tome X , in-iz, des Supplémens à l'Hiftoire
Naturelle, ) a adopté la dénomination & la fauffe pofition des Ifles
d'Anadyr.
(6) Les Ifles Oloturiennes tirent leur nom delà petite riviere d'Olotura,
quia fon embouchure dans la mer du Kamtchatka, par environ Si degrés
de latitude. Les remarques fuivantes, touchant ce grouppe, font tirées
d'une Lettre de M. Muller , citée dans la note précédente. « Cette
» dénomination d'ifles Oloturiennes n'eft pas en ufage au Kamtchatka.
» Les Ifles apellées Oloturiennes giflent, fuivant la Carte des Promys-
aihleniques & la Carte de l'Académie, très-loin de la riviere Olotura ;
» & il femble qu'on les a rapprochées du Kamchatka pour leur donner
»fe nom de cette riviere. Il paroît sûr qu'elles ne font pas fituées fi
35 près de la côte, puifqu'elles n'ont été vues ni par Bering, en 172-8,
» ni par les Négocians Novikoff & Bacchoff, quand ils cinglèrent, en
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234    Nouvelles  découvertes
6. Une excellente Carte de l'Empire de Ruffle;
publiée , en 1776' , par le Département Géographique
de l'Académie des Sciences de Saint-Pétersbourg, comprend la plus grande partie des Ifles nouvellement découvertes. Celle qui fe trouve à la tête de cet Ouvrage;
en étant une copie réduite, je dirai feulement fur quelle
autotité on y a marqué les Ifles nouvellement découvertes. Les Ifles Aleiitiennes , font prifes en partie de celle
d'Otcheredin (a), dans fon Voyage , ôc rapporté au
Chapitre II , ainfi que d'autres Cartes manufcrites des
différens Navigateurs. Les Ifles fituées près de la Côte
des Tfchutski ont été copiés fur la Carte de Synd ; ôc
celles aux Renards, Cut la Carte d'Otcheredin. Le Lecteur obfêrvera que la pofition de ces dernières terres,
fur la Carte générale de Ruffle, diffère beaucoup de celle
que leur affigne la Carte du Voyage de Krenitzin ôc de
Levasheff: elles y font marquées comme Ce prolongeant
entre les 56" degrés 61 minutes de latitude Nord ôc les.
210 ôc 230 degrés de longitude, comptés de l'ifle de
1; Il JFjHÎJB
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»i748, de Y Anadyr à l'ifle de Bering, n  Voye\ le  Chapitre III de
cet Ouvrage.
(a) Je pofsède une copie'manufcrite de la Carte d'Otcheredin,- la
Carte générale de l'Empire de Rujfîe y a pris la pofition des Ifles aux
•Renards. L'Auteur Allemand, dont j'ai fondu l'Ouvrage dans celui-ci,
femble avoir fuivi, en plufieurs points , la Carte d'Otcheredin, & le
Journal de ce Navigateur , pour ce qui regarde la longitude, la latitude , la grandeur & le giffement des Ifles nouvellement découvertes.
Je n'ai pas cru devoir faire graver la Carte, qui eft à la tête de l'Ouvrage Allemand, puifque la Carte réduite de l'Empire général de RuJJîç
peut y fuppléer. entre l'Asie et l'Amérique.    23^
Fer ; ôc dans la Carte de Krenitzin & de Levasheff elles
fe trouvent entreaty degré®o,o minutes de latitude, ôc
199 degrés 30 minutes, Ôc 207 degrés 30 menâtes de
longitude. Suivant les derriieres nouvelles de Péterf
bourg (a), la Carte générale de Ruffie leur donne une
pofition beaucoup trop au Nord ôc à l'Eft, ôc il paroît
qu'il faut compter davantage fur celle de Krenitzin.
•yrèxrft
7. Carte des découvertes Ruffes dans la mer Orientale ôc en Amérique , pour fervir à l'effai (b) fur le com-
(a) Ceci a été écrit en 1780.
(b) Le douzième Chapitre de cet Effai traite des découvertes & du
commerce des Ruffes dans l'Océan oriental. Ce que dit l'Auteur des
Terres découvertes par les Ruffes, eft une traduction de l'Ouvrage de
M. Sthaelin; il y a joint, par forme de fupplément, une defcription
du Kamtchatka, fy quelques pages fur le commerce que font les Ruffes
aux Ifles nouvellement découvertes 5 & en Amérique. Si on l'en croit,
les Ruffes ont abordé en Amérique, & même ils forment chaque année ,
fur ce Continent, des établiffemens paffagers, pareils à ceux des Européens , fur le Banc de Terre - Neuve. Voici comment il s'exprime :
jjccll eft donc certain que les Ruffes ont découvert le Continent de
»r'Amérique; mais on peut affurer qu'ils n'y ont encore aucun port,
a» aucun comptoir. Il en eft des étàt)liffemens de cette Nation, dans la
«grande Terre, comme de ceux des Nations Européennes dans l'ifle
s» de Terre-Neuve. Ses vaiffeaux ou frégates arrivent en Amérique ; les
so équipages & les Cofaques chaffeurs s'établiffent fur la côte ; les uns
99 fe retranchent, & les autres y font la chaffe & la pêche du chien
v> marin & du narval; ils reviennent enfuite au Kamtchatka, après avoir
39 été relevés par d'autres frégates fur les mêmes parages, ou à desi"
y> diftances plus ou moins éloignées. » Voye\ l'Eflai fur le commerce
de la Ruffie, pag. 292-293. C'eft ainfi qu'on trompe le Public par des
affertions fauffes & exagérées.
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236* Nouvelles découvertes,^.
merce de Ruffle, 1778 , Amfierdam. Il feroit naturel de
fûppofer qu'une Carte fi récente eft meilleure que toutes
les précédentes ; mais elle eft infiniment plus incorrecte
ôc plus inexacte que toutes les autres.
Fin de la premiere Partie»
m 1 ;
4 SECONDE PARTIE
CONTENANT   '■'"'"
L'Hl STOIR E delà Conquête de la
SIBÉRIE, ÔQ du Commerce qui fe
fait entre la RUSSIE <5G la. CHINE.
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;■'"■   CHAPITRE   PREMIER.     ;     |f^.
Premiere irruption des Ruffes dans jÊÊjttB.
r     ■"       7 de la Sibérie.
la Sibérie ? féconde irruption-; Yermac chaffe
des environs du Volga par le C%ar de Mofco-
vie, fc retire à Orel, Etabliffement Ruffe ;
il entre dans la Sibérie avec une année  de
Cofaques; fes progrès & fes exploits ; il défait Kutchun- Chan ;  il fait la conquête de
fes Domaines ; il les cède au Ç%ar ;  il ejl
furpris par Kutchun ^Chan ; fa défaite & fa-
mort ; refpecl pour fa mémoire ; les Troupes
Ruffes évacuent la Sibérie j elles y rentrent &
foumettent tout le Pays ; leurs progrès arrêtés
par les Chinois.
JLes Russes  ne connurent guères la Sibérie avant le Premiere'
milieu du feizieme fiècle (a) quoiqu'ils  euffent pénétré, wjg"0" dse*
fous  le Règne d'Ivan Wafîîliéfitch  premier , dans les hérie \ fous
parties Nord-Oueft de  ce Pays jufqu^au fleuve dOby, Van^"ffilie-
quoiqu'ils   euffent   rendu   tributaires  plufieurs tribus   de v"c^ S
Tartares, ôc amenés prifonniers à Mofcow quelques-uns
de leurs Chefs. Cette  expédition reffembla plus à une
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0 S. R. G. VI, pag. 19?-211. Fis. Sib. Gef. Tom. I.
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240    Nouvelles découvertes
incurfïon paflagere faite par des Barbares, qu'à un établifïe-'
ment permanent fait par une Nation civilifée. En effet,
les fûitende cette conquête, ne tardèrent pas à s'évanouir ;
ôc on ne trouve dans l'Hiftoire Moîcovite , aucune trace
de communication avec la Sibérie ayant le règne d'Ivagl
Waflllievitch II. À cette époque cette contrée attira l'attention des Czars.
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Strogonoff       Ânika   Strogonoff , Négociant  Ruffe ,  qui venoit
commence à d'établir des falines à Solvytshegodskaia, Ville du Gouver-
établir tin ., Â    , 7 y j"  u
commerce   nement d Archangel, commença un commerce a échange
avec les ha- ayec jes Habitans des parties Nord-Oueft de la Sibérie :
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Sibérie,        ces Habitans apportoient chaque année a la ville dont on
vient  de parler, une   quantité confiderable   de   belles
fourrures. Strogonoff renvoyoit avec eux des agents, qui
traverfoient les montagnes ôc commerçoient  dans l'inté-
rieur du pays. Il obtenoit ainfi des fourrures précieufes à
très-bas prix, car il les payoit avec des bagatelles ôc des
marchandifes de peu de valeur.
Ce trafic ayant duré plufieurs années fans aucune In*
tertuption . Strogonoff fit, en peu de temps, une brillante
fortune (a). Le Czar Ivan Wafïilievitch II, prévoyant alors
Seconde jr- les  avantages fans  nombre que procureroit à fes fujets
?^ff°a j "  un commerce plus étendu ôc plus régulier avec ces peu-
a Sibérie >   plades , s'occupa vivement de cet objet. Il envoya un corps
fous le règne   , j        1     c ■ z. - •        1      r u ..   r • • t
d'Ivan waf- de troupes dans Ja liberté ;  les loldats iuivirent la route
ftlievitch % découverte   par les Ruffes dans la premiere expédition,
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(«)-S. R. G. VI, pag. 220-213. Fif. S$. Gef. p. 182.
ôc pratiquée
raiiii entre l'Asie et l'Amérique. 24*
ôc pratiquée par les Négocians de Solvytshegodskaia ;
ils longèrent, d'abord les rives de la Petchora ôc traver-
ferent enfuite les montagnes Yugoriennes , qui forment
les limites Nord-Eft de Y Europe ; ils ne paroiffent pas
avoir paffé YYrtish, ou pénétré au-delà de la branche
Occidentale du fleuve Oby. Quelques tribus Tartares
furent à la vérité foumifes à des contributions, ÔC un
Chef nommé Yediger confentit à payer annuellement
un tribut de mille zibelines. Mais cette efpèce de conquête
ne produifit pas d'effets durables ; car bientôt après Yediger
fut battu ôc fait prifonnier par Kutchun Kan, defcendant
4u célèbre Zengis Kan, qui venait d'établir fon Empire
dans ces Contrées.
On peut fixer ; au milieu du feizième fîécle, le temps
de cette féconde incurfion ; puifque le Czar Wafplietvich
II, prcnoit, dès l'an 15'S.S , fe titre de Prince de toutes
les terres de la Sibérie, avant la conquête que fit Yer-
mac de ce Royaume (a) ; mais il eft probable que ce
qu'on appelloit alors la Sibérie , comprenoit feulement
le diftrict rendu tributaire : à mefure que les Ruffes étendirent leurs conquêtes, cette dénomination fut enfuite
appliquée à toute l'étendue du Pays qui le porte aujourd'hui. ||
On a lieu de croire que le Czar laifîa paffer quelques-
temps , avant de faire des tentatives pour recouvrer l'autorité qui lui avoit enlevé Kutchun Chan dans ces régions
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(a) S. R. G. VI, pag. 217.
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242     .[.NOUVELLES    DECOUVERTES
éloignées. Son attention Ce reporta vers cette partie du
globe , par une fuite d'incidens auxquels il ne prit d'abord
aucune part, mais qui finirent par lui procurer des Domaines immenies.
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strogonoff      Strogonoff , qui avoit le premier ouvert un commerce
forme   des | ^ o-r >  ■
établiffe- avec les Habitans de la Sibérie , obtint du Czar de vaftes
Kama & la concef&ois ; il fonda des Colonies fur les bords des rivieres
Tchuffovaia. fe Kama ôc de Tchuffbvaia,   ôc ces  éirJàbliffemens, en
offrant une afyle à Yermac Timofeeff, produisirent la
foumiâBn entière de la Sibérie.
Yermac étoit un Cofaque du Don, fugitif ôc Chef
d'une troupe de bandits qui infeftoient les Côtes de la
mer Cafpienne f mais comme il a réuni à l'Empire de
Ruffle des Contrées fi vaftes, il ne fera pas irïStile de
développer les^irconftances- qui l'amenèrent des environs
de la mer Cafpienne fur les bords de la Kama , ôc de fuivre
fes progrès dans l'intérfeur de la Sibérie.
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Les victoires qu'Ivan Waffilietvich remporta fur les
Tartares de Cafan ôc dAflracan , reculèrent jufqu'à la mer
Cafpienne les Domaines de ce Monarque, & établirent un
Yermac    commerce avec  les Perfans ôc les Habitans de la Bu-
côtes de la charie. Mais  les Négocians, qui alloient dans ces Con-
merCafpien-.trees, étant  pillés continuellement  par les  Cofaques du
ae1 an 1177- g r . .     ,
Don , ôc les chemins pratiqués fur les bords de ce fleuve
ôc du Volga, Ce trouvant infeftés par ces bandits, le Czar
envoya une armée confiderable ; les Tartares furent attaqués
ôc vaincus ; tout ce qui échappa au fer ôc à la captivité Il
entre l'Asie et l'Amérique. 243
prit la fuite : fix mille Cofaques, commandés par Yermac
Timofeeff, fe trouvèrent au nombre des fuyards (a).
Ce célèbre Avanturier conduifît fa troupe dans
l'intérieur de la Province de Cafan f il fuivit enfuite les
bords de la Kama , jufqu'à Orel ( b ). Cette Colonie Ruffe,
nouvellement établie, étoit gouvernée par Maxime, petit-
fils d'Anika Strogonoff. Au-lieu de faire le fiége de la
place ôc de piller les habitans, Yermac fe comporta avec
une modération qu'on n'attendoit pas d'un Chef de bandits ;
comme il fut accueilli par le Gouverneur, qui lui fournit
tout ce dont il avoir befoin pour la fubfiftance de fes
troupes , il fixa fes quartiers d'hiver à Orel. Mais fon
caractère inquiet ôc entreprenant, ne lui permit pas de
demeurer long-temps inactif ; ôc ayant pris des éclairciffe-   n fe déter-
mens fur les forces  des Tartares voifins de la Sibérie, il ^f fueP^a'
5     hurla Sibérie;
dirigea fes armes contr'eux. W;M
Une partie de la Sibérie étoit alors fbumife à
4ifférens Princes ; le refte étoit habitée par des hordes
de Tartares indépendans. Kutchun Chan étoit le plus puif-
fant de ces Princes ; il poffédoit l'étendue de pays qui forme
aujourd'hui la partie Sud-Oueft de la Province de Tobolsk ;
ôc Ces Domaines s'étendoient des bords de C Irtish ôc de
i'Oby,o. ceux de Tobol ôc de la Tura. Il faifoit fa réfi-
dence principale à Sibir(c), petite Fortereffe fur f'Irtish,
Etat de la
Sibérie.
(a) S. R. G. VI, p. i3Î Fif. Sib. Gei.p. iSj.
\b) S. R. G. VI, p. 2.33.
{c ) Plufieurs Auteurs croient que Ja Sibérie prit ce nom de cette
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non loin de la ville actuelle de Tobolsk $ on en voit encore
des ruines. Quoiqu'il fût puiffant, quelques circonftances
lui étoient défavorables. Il venoit de conquérir une grande
partie de fes Etats ;ôc fon zèle intolérant pour la Religion
Mahométane ( a ) avoit aliéné le cœur de Ces Sujets
Idolâtres.
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Strogonoff ne manqua pas d'avertir Yermac de tous?
ces détails j il vouloit d'abord fe débarraffer de ce Chef
d'Avanturiers, ÔC Ce venger de Kutchun Chan qu'il haïffoit :
celui - ci avoit excité fecrètement un corps nombreux de
.Tartares à envahir les établiffemcns Ruffes fur- la riviere
de Tfchuffbvaia $ ôc il avoit envoyé contre la nouvelle
Colonie des troupes fbus le commandement de Mehemet
Kul fon coufin. Ces deux tentatives n'eurent pas de fuite, ôc
l'ennemi avoit commis des ravages ôc des dévaluations qu'on
-     ne pouvoit oublier (b). Yermac enchanté de cette décou-
contre les   verte, ne penfa phis qu'à faire des conquêtes. Après avoir
"sibérie? * employé l'hiver aux préparatifs de fon expédition, il entra?
en campagne l'été de l'année fuivante, 1578, ôc il s'avança
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Fortereffe, peu dé temps après que les Ruffes s'en furent emparés fous
Yermac j mais cette opinion eft deftituée de fondement; car cette dénomination de Sibir étoit inconnue aux Tartares, qui appellbient le Fort
Isker. D'ailleurs la partie méridionale de la province de Tobolsk , à
laquelle on donna originairement le nom de Sibérie , étoit ainfi appellee
par les Ruffes, avant Tinvafion d'Yermac. H eft probable que le nom
de Sibérie vient des. Permiens & des Sirjaniens, qui portèrent chez les
Ruffes les premieres nouvelles de f exiftence delà Sibérie. S. R. G. VI,
p. 180.
(a) S. R. G. ibid]
{b) Fif. Sib. Gef. L, p. i%&. entre l'Asie et l'Amérique,   24^
le long des bords de la Tfchuffbvaia. Comme il manquoitde
guides, Ôc qu'il n'avoit pas pris d'ailleurs toutes les précautions néceffaires, fa marche fut retardée , ôc il fe vit
fûrpris par l'hiver avant d'avoir pénétté bien avant. A l'approche du printemps, fes provifions épuifées, l'obligèrent u retourne
de retourner à Orel, ■- a °rel-
Ce mauvais succès ne diminua point fon ardeur pout
la même entreprife ; feulement il prit mieux fes précautions. A force de menaces, il obtint de Strogonoff tous
les fecours qu'exigeoit fon expédition ; il emmena une
quantité fuffifante de vivres. II donna des fufils, des balles
ôc de la poudre à fes foldats, qui jufqu'alors n'avoient pas
eu d'armes à feu ; ôc afin que fes troupes reffemblaffent
davantage à une armée régulière , il diftribua à chaque
compagnie des drapeaux, ornés > comme ceux des Ruffes y
d'images de Saints.
Se croyant alors fur  de réufîîr, il fe mit en route   sa féco