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La chasse aux animaux marins et les pêcheries chez les indigènes de la côte nord-ouest d'Amérique Pinart, A. L. (Alphonse Louis), 1852-1911 1875

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Array LA CHASSE
AUX    ANIMAUX    MARINS
ET
LES PECHERIES
CHEZ LES INDIGENES
DE LA COTE NORD-OUEST D'AMERIQUE,
Par M. Alph.  PINART
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BOULOGNE-SUR-ME.R.
IMP.   DE    CHARLES    AIGRE,   4,   RUE    DES   VIEILLARDS.
1875.  LA CHAS
AUX   ANIMAUX    MARINS
ET
LES PECHEEIES
CHEZ LES INDIGENES
DE LA COTE NORD-OUEST D'AMERIQUE,
Par M. Alph.  PINART
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■J®
BOULOGNE-SUR-MER
IMP.  DE   CHARLES   AIGRE,  4,  RUE   DES   VIEILLARDS.
1875.
I  LA
CHASSE AUX ANIMAUX MARINS
ET LES
PECHERIES   CHEZ  LES   INDIGENES
DE LA COTE NORD-OUEST D'AMERIQUE,
Par M.  Alph. PINART.i
■^XAAAA-
Appele* par la bienveillance de quelques collogues
Boulonnais a prendre aujourd'hui la parole, je ne crois
pas pouvoir mieux faire, dans cette cite* qui a pousse* si
loin toutes les industries qui se rapportent a Fexploita-
tion de la mer, dans cette enceinte surtout ou se de-
battent quotidiennenient les int^rets si considerables
de nos grandes pe^cheries francaises, que d'exposer fort
simplement, a Faide de mes notes, l'histoire des peches
et des chasses maritimes que j'ai eu l'occasion d'etudier
pendant le long voyage dans le nord de FAm^rique,
que je viens de terminer heureusement.
Je place sous vos yeux les engins nombreux et varies
employes   par les   populations   demi-barbares de  la~
c6te N.-O. de FAm&ique. En vous les decrivant, je
m'efforcerai de vous en demontrer Fusage, et je tache-
rai d'en faire ressortir les particularit^s.
Avant de commencer cette courte exposition, je crois
bon de dire quelques mots de la distribution geogra-
phique des populations dont je vais vous entretenir. Sans — 4 —
entrer dans une enumeration d^taillee, je me bornerai
a rappeler que la longue etendue de cotes qui va nous
occuper, embrasse depuis la limite nord des Etata-Unis,
vers la Colombie anglaise, du cap Flattery et du Puget
Sound jusqu'a FOcean glacial, et comprend, par consequent, toutes les lies de Vancouver, de la Reine Charlotte, du roi Georges, ainsi que Fimmense chaine des
iles aleoutiennes, et que ce littoral est habite" par des
populations qui peuvent §tre divis^es, sous le point
de vue qui nous occupe, en deux grands groupes, que
nous allons £tudier Fun apres Fautre. L'un est le groupe
Esquimau-Aleoute qui s'etend depuis la mer Glaciale,
le long de la mer de Behring, jusqu'aux environs de
Mont St-Elie, renfermant toutes les iles aleoutiennes;
Fautre est le groupe Koloche-Nootkan, comprenant:
les Koloches, Haidas, Stekines, etc., et les Nootka-
Colombiens. Je laisserai de c6te les quelques tribus
de la famille Tinneh qui s'avancent jusqu'a la mer dans
le golfe de Kenay (Cook's Innt), et en maint autre en-
droit de la cote du Pacifique, parce que le poisson n'est
pour eux qu'un objet secondaire, et qu'elles ne s'adon-
nent qu'aecessoirement a la chasse des animaux marins.
Les cetaces sont cbez les tribus appartenant au premier groupe, esquimau-al^oute, ainsi que chez quelques
tribus de la seconde categorie, Fobjet de poursuites contumelies. Ces animaux sont pour ces pauvres sauvages
une tres-grande ressource; ils savent ingenieusement
en utiliser les fanons,le cuir, les os meme, et la chair leur
fournit un aliment qui vient ameliorer quelque peu leur
maigre ordinaire, habituellement compose* de poisson
s£che au soleil, qu'ils appellent isakam (joukali). Chez
les Esquimaux et chez les Aleoutes, ceux qui se livraient
a cette chasse dangereuse ^taient hautement considered et regardes meme comme des especes d'etres surhu-
mains, en communication avec les mauvais esprits.
Ces peuples ne s'attaquent qu'aux petites especes de
cetaces; et bien que celles-ci soient tres varices dans
ces mers, les differentes tribus esquimaux qui habitent
les cotes de la mer Behring ne chassent que ce que Fon
nomme baleine blanche ou beluga ( sisonouk), un
delphinide* dont Fespece n'a pas encore ete* d^terminee
scientifiquement. Les habitants des iles Aleoutiennes et
les Esquimaux de la cote m^ridionale s'attaquent au
megaptera versabilis,humpback (Cope), ou balcenoptera
velifera finnback (Cope), ainsi qu'a plusieurs especes
de la famille des delphinidce, tels que le glabrocephalus
scaynmonii ( Cope), blackfish et Yorca rectipinna
killer (Cope). Nous aliens a present indiquer succinc-
tement la maniere de chasser ces differentes especes,
suivant les tribus, en commencant par les populations
de la partie septentrionale du territoire de FAlaska.
Sur les cotes de la mer de Behring, nous trouvons une
maniere unique de chasser, et un seul animal a la pour-
suite duquel on se livre, c'est le beluga (sisonouk), ou
baleine blanche, qui, bien qu'appelee baleine, appartient,
comme nous Favons dit, a la famille des delphinidoe.
L'Esquimau qui s'est decide a aller faire cette chasse,
ayant reve^tu son costume impermeable ou kamleika, en
intestins de phoque ou d'ours, part seul dans son canot
ou baidarka (kayak). Aussitot qu'il apergoit sa proie,
il dispose l'appareil que voici : cette planchette est fixde
sur le devant du kayak, le chasseur y place la vessie a
air gonflee, elle-meme retenue par une longue courroie;
qui tient d'ailleurs a la lance et a la planchette. Le tout
etant ainsi dispose, notre Esquimau fixe la lance sur
ce petit instrument a projection qu'il tient de la main droite, et dormant a plusieurs reprises un fort mou-
vement d'avant en arriere, il lache les doigts qui rete-
naient sur la planchette la lance qui se trouve ainsi
jet^e avec violence, et va frapper au but. Aussitot
que la pointe de la lance est entree dans le corps du
beluga, un agencement habile fait que cette pointe se
detache en restant ^x.6e a la longue courroie attach^e
elle-m&ne a la vessie, qui sert alors de flotteur, le
corps de la lance remontant de lui-m&ne a la surface:
Fanimal, aussit6t frapp^, plonge en d^roulant la courroie
et reparait, quelquefois a une grande distance de Fen-
droit ou il a ete frappe. Le chasseur alors de se dinger
aussi rapidement que possible de ce cote et de frapper
Fanimal d'un autre coup; mais generalement, le flotteur employe etant assez puissant, le beluga ne peut
guere Fentrainer, et reparait presque a Fendroit du.
il a ete d'abord atteint. H est bon d'aj outer que
Fesquimau n'attaque jamais son ennemi que quand il
le rencontre dans quelque endroit peu profond, par
exemple, a Fembouchure d'une riviere. H ne le pour-
suit jamais en mer.
L'instrument que j'ai l'honneur de vous montrer
provient de labaie de Norton (Norton Sound) au nord
de la mer de Behring ; une autre piece, faisant Foffice
de harpon, e3t employee quand Fanimal remonte a la
surface ; elle est aussi lancee a Faide d'une planchette
a levier, bien plus forte que celle que je mets sous vos
yeux. La piece que je vous presente provient de File
de Nounivak, a Fembouchure du fleuve Kuskaquim?
dans la mer de Behring.
Je passe maintenant aux procedes de chasse maritime employes chez les Aieoutes et chez les Esquimaux
de la cote meridionale de FAlaska : je decrirai simul- tanement la maniere de chasser chez ces deux tribus,
parce qu'elle est la meme chez Fune et chez Fautre, la
seule difference consistant dans la matiere employee a
fabriquer les pointes de la lance.
Avant d'aller plus loin, il est bon de dire que la chasse
a la baleine appartenait autrefois chez ces populations
h une classe speciale d'habitants, a une caste, dirai-je,
et que quiconque desirait pouvoir se livrer a cette chasse,
devait etre initie par des ceremonies speciales aux pro-
cedes employes par les baleiniers. Quiconque eut tente
de se livrer a cette industrie, sans 6tre initie, eut ete
menace par, ceux dont elle etait le privilege. Ceux-ci
habitaient des villages a part, caches dans les baies les
plus eioignees ou perdus au milieu des bois. Lis etaient
regardes, je Fai deja dit, comme des personnages tenant
plut6t des mauvais esprits que de Fespece humaine.
Je passe sous silence, pour abreger, le recit de la plu-
part des ceremonies auxquelles ils se livraient: qu'il
me suffise de dire qu'ils confectionnaient des momies
qu'ils pla$aient dans des cavernes ou dans des anfrac-
tuosites de rocher inaccessibles aux autres habitants et
qu'ils regardaient ces momies comme des genies tutelages auxquels ils venaient apporter des offrandes de
viande de phoque ou de baleine (une espece de Del-
phinidoe leur etait specialement reservee, VOrca recti-
pihna (Cope) killer). — C'est a ces momies qu'ils pre~
tendaient porter les pierres avec lesquelles ils fabriquaient
leurs pointes de lances, c'est elles qu'ils invoquaient
au moment de frapper la baleine. La ceremonie dans
laquelle ils. disposaient ces momies merite d'etre racon-
tee avec quelques details.
Si un homme ou une femme, ayant joui d'une certaine
reputation de bravoure durant leur vie, venait a mourir
I — 8 —
a proximite d'une station de baleiniers, ceux-ci faisaient
irruption durant la nuit dans le village et emportaient
le cadavre qu'ils allaient plonger dans certaine riviere
ou cours d'eau ou ils le laissaient tremper pendant un
assez long espace de temps, puis, enlevant les intestins,
ils le fumaient d'abord pres d'un bon feu, le suspen-
daient ensuite et le laissaient secher au soleil; une fois
sec, ils le bourraient interieurement de mousse, l'habil-
laientdes plus riches v6tements,et le transportaient dans
la caverne designee ; je cite textuellement ce qui m'a ete
raconte par un vieux baleinier, mais il me semble qu'ils
doivent employer quelque autre procede pour preserver
les chairs de la corruption. Une autre ceremonie inte-
ressante etait celle dans laquelle ils faisaient bomllir le
cadavre pour en extraire la graisse dont ils frottaient
ensuite les pointes de lance dont je vous montre ici des
specimens.
Les Aieoutes emploient pour leurs pointes de lance a
baleine Fobsidienne que Fon rencontre en grande abon-
dance sur les flancs du volcan d'Akoutan : actuellement
ils emploient aussi le verre de bouteille qu'ils arrivent a
tailler d'une facon remarquable. Les habitants de la
cote meridionale de la presqu'ile'd'Aliaska, de Farchi-
pel de Kadiak et du golfe du Prince Guillaume (Prince
Williams Sound) emploient une sorte de schiste ardoi-
sier lamelleux que Fon trouve en grande abondance
dans ces parages, mais en plus grande quantite sur File
d'Afognak, dans Farchipel de Kadiak.
Le baleinier ayant choisi un compagnon qui est sou-
vent son fils, part dans une baidarka (kayak) a deux
places : il a soin avant d'entrer dans son frele esquif
d'attacher a peu pres a la hauteur du genou deux Jessies
pleines d'air, de sorte que, s'il est renverse,  il puisse m 9 —
se soutenir sur la mer, remettre son kayak en ordre
et y remonter aussitot. Des qu'il est arrive pres de
la baleine avec le moins de bruit possible, il se met
tout-a-coup a prononcer une incantation danslaquelle il
invoque ses inxout ou momies tuteiaires, et au m^me
iustant il lache la lance qui va frapper Fanimal et se
brise dans son corps, tandis que la hampe reste a la surface; s'il suppose Fanimal frappe mortellement, c'est-a-
dire s'il Fa atteint pres de la region spinale, et que la
couche de blubber ait ete traversee, il Fabandonne ; la
pointe qui est restee dans le corps, le fait perir au
bout de 2 a 3 jours : le baleinier se met alors a la recherche du cetace echoue sur quelque rivage etne tarde
pas generalement a le rencontrer et a le reconnaitre.
Chaque baleinier a sur ses lances une marque qui lui est
speciale, — vous voyez ici un certain nombre de ces
marques,— de sorte que la baleine echouat-elle a une
grande distance, celui qui la rencontre, trouve en la de>
pecant, la lance qui indique son legitime proprietaire,
qu'il s'empresse de prevenir. La lance employee dans
cette chasse est tres simple et se projette a Faide de la
planchette a levier dont j'ai deja parie.
Dans le second groupe de populations distingue plus
haut, c'est-a-dire parmi les Koloches-Nootkans, il
n'y a, a ma connaissance, qu'une seuie tribu, celle des
Makaks ou Indiens du cap Flattery (extremite N.-O.
du territoire de Washington), qui selivre a cette chasse.
Les Koloches en particulier regardent la baleine comme
un animal sacre et jamais ne Fattaquent. La maniere
de chasser la baleine etant differente chez les Makaks
de celle que nous venons de decrire, je prends la liberte
de vous en parler un peu longuement : le cetace, que
cette tribu attaque le plus volontiers,  est  le Rhachia- — 10 —
nectes Glaucus Cope (California whale Gray.) Bien que
les instruments employes soient disposes a peu pres de
menie que chez les Esquimaux de la mer de Behring,
la chasse se fait a Faide de plusieurs canots ouverts, com-
binant leurs efforts ; ces canots portent invariablement
huit hommes, un a Favant qui est le harponneur, un k
Farriere qui dirige le bateau, et six bons rameurs.— Le
harpon est forme d'une hampe en bois a laquelle s'at-
tache la pointe ; celle-ci se compose d'un morceau de
fer ou de cuivre auquel ou ajoute des barbes en os ou en
corne; cette pointe est fixee a une longue courroie atta-
chee elle-meme a un flotteur fait en peau de phoque. Le
premier harpon qui n'a qu'un seul flotteur est jete dans
la tete de Fanimal; ^uant a ceux que Fon lance dans le
corps, on y attache autant de flotteurs que possible. —
Quand la baleine a ete frappee et qu'elle traine, pris a
son corps trente ou quarante flotteurs, elle ne peut plus
plonger, et devient une proie facile. — II est d'usage
lorsqu'une chasse a la baleine a lieu, qu'un guetteur
monte sur une eminence pour surveillef la peche et
qu'aussitot que la b&te est frappee, il donne un signal
convenu pour que d'autres canots viennent aider les
chasseurs a trainer la baleine au rivage, ou elle est
promptement depecee.
La chasse la plus importante apres celle de la baleine
est celle des Phocidce qui abondent partout sur cette
cote et dont les differentes especes sont a peine determi-
nees ; il en est de meme pour les Otariidoe dont le principal representant est le lion de mer (Eumetopias Stel-
leri) et le Callorhinus ursinus ou Phoca ursina gene~
ralement connu des Anglais sous le nom de fur-seal et
en France sous le nom de chat-marin.—La chasse de ce
dernier est devenue tres importante depuis que le com- — 11 —
merce fait une si grande demande de la peau de cet animal. Nous allons en dire quelques mots.
Le phoca ursina ( callorhinus ursinus ) ne s'est
trouve jusqu'a present dans le Pacifique que sur deux
groupes d'iles situees dans la mer de Behring : les iles
Pribyloff, a 120 mille marins de Ounalashka se compo-
santdes iles St-Paul et St-Georges, et les iles du Com-
mandeur pres de la cote du Kamtchatka comprenant les
iles de Behring et du Cuivre (miednoy): on ne Fa jamais
rencontre plus au nord que ces deux groupes d'iles. Les
furseals arrivent tous les ans a peu pres a la meme
epoque, vers la fin de mai, ou dans la premiere quinzaine
de juin. A ce moment, on en rencontre quelques-uns le
long des cotes de Californie, dans le detroit de Juan de
Fuca et tout le long de cet immense archipel d'iles qui
s'echelonnent depuis ce detroit jusqu'au Cross Sound :
mais ce ne sont que des egares qui disparaissent au bout
de quelques jours. Lis se rendent aux iles que j'ai nominees pour mettre bas leurs petits, ce qui a lieu vers la
fin de juin. L'arrivee de ces habitants des iles est assez
curieuse pour que j'en donne ici quelques details. Quand
la glace a disparu, c'est-a-dire vers la fin de mai, on
voit apparaitre quelques-uns des plus vieux chats-ma-
rins qui viennent reconnaitre les lieux : a ce moment
tout bruit doit cesser sur les iles, on interdit meme aux
habitants qui s'y trouvent de faire du feu, de peur d'ef-
faroucher ces animaux. Apres avoir bien examine, les
rochers (Rookeries) ou ils ont l'habitude de s'etablir
pour la saison, ils disparaissent pour revenir, quelques
jours apres, accompagnes de tout leur troupeau. Chacun
alors prend sa place sur les « rookeries »; les plus vieux
s'installent le plus pres de Feau: ce sont ces derniers seu-
lement, qni ont au moins4 ans, comme nous allons levoxr |S»
- 18 -
tout-a-Fheure, qui ont des femelles et qui concourent a
la reproduction : veritables mormons, ayant chacun
autour de soi cinq ou six femelles dont ils sont extre-
mement jaloux. Le chat-marin trop vieux et qui n'a
plus la force de combattre pour garder sa place, est mis
en pieces et remplace par un plus jeune qui, sans autre
facon, devient titulaire du harem: le detrone n'est-il que
blesse, il remonte piteusement et va prendre sa place au
sommet de la rookerie. Au-dessus des premiers chats de
mer designs sous le nom de caissybe (siekatch), se
trouvent les Kholostiaki ou ceiibataires, c'est-a-dire
ceux qui ont de trois a quatre ans et qui, cette annee ou
Fannee suiyante, prendront leur place parmi les Casut-
sey. — Viennent ensuite, echelonnes plus haut sur les
rochers, les chats de moins de trois ans.
Entre les differentes parties de ces rokeries, il y a
des zones neutres, ou tout le monde peut circuler, mais
malheur a celui qui s'en ecarte, s'il n'est pas a meme
de se defendre. Cet arrangement spontane facilite sin-
gulierement la chasse.
La loi votee, en 1869, par le Senat des Etats-Unis,
pour la protection'de ces animaux, defend de tuer aucu-
ne femelle et aucun individu age de plus de quatre ans.
Quand la chasse s'ouvre* les chasseurs, armes de gros
batons, passentrapidement entree les rokeries, a la limite
que defend de franchir la loi. Lis rabattent les phoques
places au-dessus, vers Finterieur de File ou ces animaux
se laissent cerner presque comme un troupeau de mou-
tons : on les assomme d'un coup donne sur la tete et on
les depouille. Dans le nombre de ceux que Fon entraine
ainsi, il n'yapoint de femelles, car celles-ci etant, a Fage
de deux ans,propres a la reproduction, prennent des-lors
place parmi les basses rookeries. Les peaux, une fois — 13 —
nettoyees de la plus grande partie de leur graisse, sont
mise en paquet avec du sel et expediees en cet etat sur
les marches de FEurope.
Une autre chasse tres-importante, eu egard aux prix
qu'atteignent aujourd'hui les fourrures, est celle de la
loutre marine (enhydra marina), animal qui disparait
rapidement, et qui, dans quelques annees, sera proba-
blement eteint. La maniere de chasser cet animal est
la suivante : Un certain nombre d'individus partent
ensemble dans leur kayak et se rendent dans les rochers
ou ils esperent trouver leur proie. Arrives sur les lieux,
ils forment un cercle tres-etendu. Aussitot la loutre en
vue, celui qui est le plus pres d'elle la frappe de sa
javeline : elle plonge aussitot; le chasseur, qui recon-
nait au sillage la direction qu'elle a prise, fait un signal
a ses compagnons, qui, s'eiancant dans la m§me direction, forment un nouveau cercle. La loutre reparait
pour respirer; on la frappe a nouveau, et ainsi de suite,
jusqu'a, ce qu'epuisee, elle soit hors d'etat de plonger
davantage. On lui enfonce alors une derniere javeline,
avec un flotteur qui Femp^che de couler a fond. Chose
curieuse a noter, la loutre plongeant une premiere fois
peut rester environ 15 minutes sous Feau; la seconde
fois, elle reste un peu moins, et ainsi de suite, jusqu'a
son dernier plongeon. Si la loutre a ses petits avec
elle, et qu'elle soit attaquee, elle defendra d'abord ses
petits avec le plus grand courage : cet interessant animal pousse alors des cris dechirants, qui ressemblent
presque a des gemissements humains; et quand elle
voit qu'elle est perdue, elle tue les petits pour qu'ils ne
tombent pas vivants aux mains de son ennemi.
Je ne m'etendrai pas plus lorigtemps sur ce sujet. Je
crains d'abuser de votre patiente attention, et je me
hate d'arriver a la peche proprement dite.
I — 14 —
L'immense abondance du saumon dans les rivieres
rend cette operation fort facile pour la' plupart des tribus
esquimaux et koloche-nootkanes; seuls, les aieoutes
ont a demander a la mer le poisson qui leur sert de
nourriture, le saumon ne se montrant dans leurs iles
qu'en faible quantite.
La peche au saumon se fait de deux manieres diffe-
rentes; les nations qui n'ont pas encore subi Finfluence
des Busses emploient la lance, tandis que celles qui ont
pu s'approprier une legere dose de civilisation etablis- '
sent des barrages. Une methode employee pour pecher
durant l'hiver, et que j'ai vu mettre en pratique chez
les Kaniagmioutes, consiste, ainsi que plusieurs ethno-
graphes Font deja remarque, a faire un trou dans la
glace et a etablir au-dessus de ce trou une hutte presque
hermetiquement fermee.
On frappe tres-aisement le saumon qui vient respirer
a la surface de Feau.
Les principales especes des salmonidees p&chees a la
cote N.-O. sont les suivantes : Salmo Alpinus (Pall.)
[kholotusuh, esk.J ;— onchorhynchus orientalis (Pall.)
(k'hak, esk.J ;—onchorhynchus proteus (Pall.); onchorhynchus lycaodon (Pall.) (nulaguhj; — onchorhynchus
sanguinolentus (Pall.) (neliyuh, esk.j;—onchorhynchus
lagocephalus (Pall.) (nutghlaghuhj.
Outre le saumon, les habitants p&chent aussi en
grande abondance le gros fletan pour lequel on emploie
un hamecon tout special; le fletan est surtout abondant
aux iles Sanakh, parmi les rochers de Tchernoboury
et parmi toutes les iles qui s'etendent du detroit de
Juan de Fuca au Cross-Soud. Le hamecon pour le fletan
est attache a une algue d'une longueur considerable, et
qui a ete prepare a cet effet.
I — 15 —
La morue abonde aussi le long de Farchipel "de Kadiak, oh les naturels vont la p§cher avec des filets faits
en remni ou courroie en peau de phoque ou de lion
de mer. On p6che avec une ligne spedale le tomcod
(gadus gracilis) waukhni, dans le Norton Sound. Enfin
on prend le yulikou (thaleicthys pacificus), aux embouchures de la riviere Nasse, a Faide d'une espece de
panier a anguilles.
Les Americains, qui savent tirer si habilement parti
de toutes les ressources du pays qu'ils ont colonise, ont
cependant a peine commence Fexploitation des immenses
sources de revenus que promettent les p&ches des mo-
rues et des saumons de la cote N.-O.
Toutefois en 1871, cinq bateaux se sont rendus sur
les bancs des iles Shumagin, pour la p6che a la morue,
et trois bateaux sont entres pour p&cher le saumon dans
les rivieres : deux a Noushagak, Fautre au Cook's
Inlet (1).   I       £T'      *-\ ■ j;
II y a lieu, de croire que Fexploration plus complete
des cotes des territoires d'Alaska et de la Colombie
Britannique amenera dans ces parages un nombre de
batiments bien plus considerable, qui, armes de bonnes
cartes, n'auront plus a craindre les dangereux ecueils
qui parsement ces cotes, dont Faspect formidable a si
longtemps effraye les anciens navigateurs.
(1) Les saumons peches le plus au nord sont les meilleurs ;
ils sont aussi les plus gros. J'ai vu un de ces poissons attein-
dre 130 litres. Ils pesent 80 livres en moyenne (salmo lycao-
don et sanguinolentus).
Boulogne-sur-mer. — Imp. de Ch. Aigre, 4, rue des VieilJards.   

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