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Hantise feminine dans l'oeuvre de J.-K. Huysmans Clucas, L. Sheilagh

Abstract

Pessimiste, misogyne et sadiste: ces termes constituent une analyse concise de l'oeuvre littéraire de Joris-Karl Huysmans (1848-1907). Etemellement insatisfait, il se servait de ses livres comme véhicules pour exprimer ses réactions en face du microcosme parisien qu'il fréquentait. C'est que rien ne le touchait -- mouvements politiques, questions sociales, ou causes naturelles -- ses réflexions se portaient sur son “moi”. Bien qu'il n'ait jamais permis à la vie de son milieu de le dominer, deux problèmes l'ont touché intimement (selon ses oeuvres autobiographiques): la quête d'un repas acceptable et la recherche désespérée d'une femme idéale. On trouve que ces deux thèmes s’entrepénètrent dans les oeuvres de Huysmans et qu'ils en sont le fil conducteur de ses débuts littéraires jusqu' à la fin de sa carriére littéraire. L'oeuvre de J.-K. Huysmans se divise assez nettement en trois parties chronologiques, selon la foi esthétique ou religieuse qu'il met en évidence dans les livres. Sous la rubrique de "roman naturaliste" se trouvent ses premières oeuvres: Marthe, (1876) Les Soeurs Vatard, (1879) En ménage, (1881) et A Vau-l'eau. (1882). A ce groupe on peut rattacher ses recueils, L'Art modeme (1883) et Croquis parisiens (1880). Le groupe de livres "décadents" comporte A rebours, (1884) Là-bas, (1891) et un recueil de critiques d'art, Certains, (1889) et un roman écrit à cette époque mais qui n'est pas, à proprement parler, "décadent" -- En rade (1887). Les oeuvres de la troisieme catégorie que l'on a consultées sont nettement "catholiques" au point de vue du sujet: En route, (1895) La Cathedrale, (1898) Sainte Lydwine de Schiedam. (1901) De Tout, (1902) L'Oblat. (1903) Trois Primitifs, (1905) et Les Foules de Lourdes (1906). Dans chacune de ces oeuvres, de Marthe aux Foules de Lourdes, on est conscient de la présence de la Femme, une présence qui ronge l'esprit et le coeur de l'auteur. Huysmans, dans les "oeuvres naturalistes" se révèle hanté par les souvenirs, à peine cachés, d'une trahison materelle: il se sert d'un personnage autobiographique dans ses premiers livres (et dans tous ceux qui suivent) pour discuter interminablement son enfance malheureuse, son dégoût de la femme sur le plan physique, et son désir contradictoire d'être "en ménage" avec une femme qui ne salt que raccommoder et faire de la cuisine. Huysmans subit le tiraillement de cette dichotomie -- femme physique contre femme spirituelle -- pendant toute son oeuvre. Son insatisfaction sexuelle et émotionnelle se voit aggravée dans les "oeuvres décadentes", jusqu' à la névrose. Les thèmes de la cuisine et de l'amour redoublent de leur intensité pour refléter l'incapacité de Joris-Karl de trouver du bonheur ou de valeurs affectives; et 1auteur/héros est poussé aux manifestations sadiques. Huysmans, dans ses livres "catholiques", est à la fin de son odyssée personnelle, et peu à peu, il comprend que le havre d'affection maternelle qu'il s'était créé sous la forme de Notre-Dame, n'est qu'un mirage. Chaque année lors de la fête de la Nativité, Elle se révèle une femme perfide, voire sexuelle, comme toutes les autres, et Huysmans reste une épave flottante aux limbes. La réaction de l'auteur à ce refus ultime par une Mère adoptive est un renforcement infini des tendances sadiques qu'il a montrées dans ses livres antérieurs en faee du refus féminin. Les oeuvres "catholiques" de Huysmans ne sont point des expressions didactiques sur la "bonne voie" a suivre; au contraire, Joris-Karl s'y abandonne a un sadisme porté sur le plan littéraire; on ne trouve guère que des répertoires de douleurs féminines. "L'Art, la Femme, le Diable et Dieu furent les grands intérêts de sa vie mentale...."* dit Paul Valéry à propos de Huysmans. Toutefois, il nous semble qu'il sied de donner une place toute spéciale à la Femme. Nous nous proposons de montrer dans cet essai que sa hantise de la femme -- une trahison maternelle et la quête résultants d'une femme idéale, insexuée et maternelle qui puisse suppléer à l'affection qui lui a été arrachée, est le fond même de la psychologie de J.-K. Huysmans. Dans sa quête idéaliste, constamment déjouée par la femme "sexuelle", Huysmans ne fait autre chose que de recourir aux expressions sadiques qui révèlent l’essence veritable de ses livres, qu'ils soient "naturalistes", "décadents" ou "catholiques".

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