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Nouvelle bibliotèque des voyages, ou choix des voyages les plus intéressans. Vancouver. IV Vancouver, George, 1757-1798 1833

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 uir
NOUVELLE ..BIBLiQ.^I-QUE
DES VOYAGES,
II
I
CHOIX DES VOYAGES
LES    PLUS   IN1ERESSANS.
VANC<-fcIIVI_K.
CHEZ  LECOIWTE, XXBRAI&E-
Quai des Augnslins, n° 4g,
1S33
m
„•<«__?
$&0-®
»4
  "^
NOUVELLE BIBLXOTHEQUE
DES VOYAGES.
TOME  QUATRE-VINGT-SEPT.
AUTOUR DU MONDE ,
PENDANT   LES   ANNEES   I79O ,   I79I ,   179-,   X79^ r
I79t4  ET   1795.
  ttmtwUf i9tblt0tl)^ue
DES VOYAGES
ou
CHOIX DES VOYAGES
LES PLUS INT-.RESSANS.
VANCOUVER.
IV.
A PARIS,
CHEZ LECOINTE , EDITEUR ,
QUAI   DES   AUGUSTINS,   N°  4_»-
i833.
J
  NOUVELLE BXBXiXOTBEQUE
DES VOYAGES.
VANCOUVER.
LIVRE TROlSIEMg^
Nos operations aux deux etablissemens espagnols de la Nouvelle-Albion.—-Examen
de la riviere de Colombia. -— Evenemens
arrives a bord du Dedale. —--Seconde visite aux iles Sanawicli.
CHAPITRE  PREMIER.
Nous recevons la visite d'un pretre et d'un sergent espagnol. — Le commandant de S. Fran-
■    etscb se rend a bord du batiment. —» Details
•■'•' _j__ l-^-WSsions de:ij?. Francisco et de Santa-
Clara. — Arrive'e du Chatam. — Nousreneon-
' Irons le Dedale a Mnnten^jU..,,,
.   Nous decouvrimes au matin (le \ 5 no-
 I
2 VOYAGE
vembre), que nous etions mouilles dans
une petijerbaie tres-bonne , a peu pres a
trois quarts de mille du rivage le plus proche, qui nous restait au sud du compas.
Differens troupeaux , qui paissaient sur les
collines des environs, nous offraient un
tableau qui depuis long-temps n'avait
frappe nos regards , et lit naitre en nous
les plus agreables reflexions. Nous jugea-
mes que les proprietaries n'etaient pas
eloignes, et cependant nous ne voyions ni
habitations, ni habitans. Au lever du soleil , nous arborames notre pavilion , et je
fis tirer un coup de canon. Peu de temps
apres , nous vimes sortir des gorges des
collines dont est bordee la greve, plusieurs
personnes a cheval qui, agitant leurs cha-
peaux , et faisant plusieurs autres signes ,
nous demand-rent un canot. Immediate-
inent j'en detachai un vers le rivage, et il
nous ramena un religieux de l'ordre de
Saint-Francois et un sergent espagnol. Le
reverend pere me temoigna avec sincerite,
je crois, le piaisir que lui causait notre
arrivee, et m'assura que toutes les especes
de rafraichissemens que possedait la mission et lui-rmeme etaient entierement a
 fi_i  VANCOUVER. 3
tiotre disposition. Le sergent s'exprima
aussi de la maniere la plus amicale, etme
dit qu'il&ait charge, en l'absence du commandant , de nous procurer toutes les res-
sottrces que 1'etablissement pourrait nous
fournir.
Les deux Espagnols dejeunerent avec
nous , puis nous les reconduisimes au rivage, ou ils noUs prouverent que leurs
offres de service n'etaient pas vaines, en
nous donnant un tres-beau bceuf, un
mouton, et quelques vegetaux d'une ex-
cellente qualite. Ils nous apprirent que
le mouillage que nous avions pris etait
loin de celui des navires-espagnols , qui j
nous dirent-ils, etait en travers de cette
partie de la cote ou, la veille au soir, nous
avions vu des feux , et pres de l'entree du
port.
Nous nous amusames a tirer quelques
cailles sur les collines voisines; et, apres
midi, nous re tour names a bord , ou nos
amis avaient envoye un excellent repas.
Pendant que nous etions a table, notre
canot amena le pere Antonio Danti, principal de la mission de Saint-Francisco, et
Don Neamegildo Sal, enseigne dans Far-
 % VOYAGE
.-.-©'--pagaole et commandant du port.
Cet officier mit dans ses-_i_res de service
ct ses protestations d'amitie autant de cha-
_%Ur<que les deux per_Onn_ges qui l'avaient
|lt$_-de.
Quoique le mouillage que nous aV____}
pr__ fepondit jusqu'a un certain point a
toute- nos operations, j'appris de Don Sal
que nous en avions laisse un autre qui etait
infiniment plus commode, et qui, etant
plus voisin de son habitation, lui procu-
i*_a$t_tephis frequentes occasions1 denous
5_«re _jtile. Je me fis un dev_ir de repondre
A sa politesse; et j^eus encore un autre
motif pour if___&ger de position, car je
decouvris que le reflux serait un grand
-Sbsfacle a nos con_mu_Lic_tions avec __tte
*p_rtkj *d_L triVage d'ou nous devion_i< -iter
du bois et de l'eau. Un large banc de Vase
s'etendait presque jusqu'a moitie chemin
;__f_t_ le natfire et la <*_ste.   '
Ces messieui- me dirent que Don Quadra-^_ous attendait too jours k Montemeyi
__»"• tfonsequence, je lui _crivis une lettre
pi*, laquelle je l._&t._&$&ftl de notr_* ar--
Mv-ifcPdans le port, et Ton m'assaraque j'en
auraisla reponse daiv_*tr6is ou quatre jours.
 BE   VANCOUVER- 5
Le 16, au matin, un pilote que nous
envoya Don Sal aniva. Nous appareilla-
mes a l'instant pour nous rendre au mouillage general, ou nous fumes vers midi, et
nous nous placames a peu pres a un quart
de mille du rivage, par cinq brasses; mais
notre ancre exterieure etait mouillee par
trente brasses, fond de vase molle.
Le peu que nous avions vu du portS.
Francisco suffit pour nous prouver qu'il
est fort etendu en toutes directions. Une
branche spacieuse court a Test et au saddest, fort loin de la station que nous avions
quittee le matin; et une autre, qui parait
aussi considerable, se prolong-- au nord".,
II y avait plusieurs iles dans celie-ci. Quoique Don Quadra m'eut dit que les extre*
mites de cette ouverture avaient ete re-
connues, je desirais cependant m'assurer
plus particu)ierement de leur etendue; car
on m'avait fait entendre, depuis, que cette
information n'etait pas exacte.
.Pres de la premiere des branches dont
je viens de parler, est situee la mission de
Santa-Clara. Les.Espagnols me dirent que
cette meme branche avait ete Complete^
ment reconnue, mais que jamais on n'a-
 6 VOYAGE
vait examine Tautre. Je fus cependant
oblige de me contenter de ces informations contradictoires; car, ce port appartenant a la counonne d'Espagne , je ne
pensais pas qu'il fut prudent de le parcourir sans une autorisation suffisante. Le
temps d?ailleurs n'etait pas favorable pour
une telle entreprise; mais toutefois il n'avait pas empeche le commandant espagnol
de nous donner des preuves des dispositions amicales qu'il nous avait temoi-
gnees. Pour etre plus a portee de nous
procurer tous les secours dont nous pour-
rions avoir besoin, il demeura, malgre la
pluie, quelque temps sur la greve , lorsque nous jetames l'ancre. A cette occasion
un message nous fut apporte par trois Indiens , qui parlaient espagnol, et qui vinrent a bord dans une pirogue. Celle-ci et
une autre (peut-etre la meme) que nous
vimes traverser le port, le soir ou nous y
entrames, etaient les seuls vaisseaux indiens que nous eussions rencontres , et
certainement les plus mauvaises embarcations que j'eusse jamais vues. Elles etaient
longues de dix pieds, larges de trois ou
quatre, et formees de joncs et de feuilles
 DE   VANCOUVER. 7
seches, larges et longues. Le milieu en
etait plus epais et plus large , et elles se
terminaient en pointe. Les rouleaux de
joncs et de feuilles etaient si serres les uns
contre les autres, que lorsque le temps est
calme et la mer trasquille, on ne doit etre
que peu mouille dans une telle barque,
que je crois mai inventee pour resister
aux vents et aux vagues. Le vent, accom-
pagne de grains pesans, soufflait avec violence du sud-ouest, et dans le milieu de
ce spacieux canal, ou nous etions , la mer
brisait avec beaucoup de force; cependant
aussitot que les Indiens eurent rempli leur
message, ils le traverserent pour aller a la
peche, sans paraitre avoir rien a craindre
pour leur surete. lis faisaient mouvoir leur
pirogue avec de longues pagaies a double
pale , comme celles dont se servent les
Esquimaux.
Le mauvais temps m'empecha de des-
eendre a terre jusqu'au 17. Pendant que
je dirigeais les differens travaux , des chevaux de selle arriverent pour nous transporter a l'habitati on du commandant, et
je m'y rendis avec quelques officiers. On
appelle cette habitation le Presidio, nom
1
 que Ton donne aux etablissemens mili-
taires des Espagnols dans £$tte partie de
1'Amerique. Le lieu de la residence des
religieux se nomme une Mission. $ftttjr
arrivames bientot au Presidio, gi#; ^'eta^tj
pas eloigne de plus d'un mille du lie^j ,$&
notre debarquement. Mais au lieu de nous
mener dans une ville ou une bourgade, on
nous conduisit dans une plaine spacieuse
et verdoyante, entouree de collines de
tous cotes, except, de qelui qui fait face
au port. Le premier ojuvrage de main
d'homme qui s'offrit k nos regards, fut
une aire carree, dont chaque cote avait a
peu pres deux cents verges, de longueur.
Elle etait entouree par un mur de vase,
et ressemblait a une enceinte destinee a
du betail. En entrant dans le Presidio,
nous en vimes un des cotes qui n'etait
point encore ferme par le mur, ce qui nous
donna la facilite d'en examiner la force
et la construction. II avait a peu pres qua-
torze pieds de haut, cinq de:l?8&ge, et il
etait d'abord forme par de grosses solives,
placees d'une maniere horizontale et per*
pendiculaire, et les interstices etaient rem-
plis par des mottes de gazon sec et de la
 RE   VANCOUVER. Q
terre humectee, serrees le plus qu'il avait
ete possible. Le tout etait recouvert d'une
terre qui formait une sorte de platre de
vase, et donnait un air de solidite a ce
mur, reellement assez fort pour defendrer
avec le secours tie leurs armes a feu, les
habitans du Presidio contre toutes les
forces reunies des naturels.
Les soldats espagnols composant la
garnison se montaient, je crois, a trente-
cinq, et font avec leurs femmes, leurs
enfans et quelques domestiques indiens,
la totalite des habitans. Leurs- maisons
etaient construites le long du mur, dans
l'int erieur du car re, et s'avancaient, toutes
a la meme distance, dans l'aire, qui offre
un espace decouvert , sans aucun batiment. II n'y a pour l'entree qu'une seule
porte, en face de laquelle, et au centre du
mur oppose, est l'eglise qui, quoique petite , est assez bien construite en comparison des autres edifices. Bile se projette
aussi plus loin , et elle est blanchic avec
une chaux faite de coquilles de mer, car
on n'a point encore decouvert ni pierre a
cbaux, ni terre calcaire dans les env-_oi_si
A la gauche de l'-g-tee/'est la maison du
 IO VOYAGE
commandant, qui consiste , je crois,' en
deux chambres et un cabinet, qui se com-
muniquent par de petites portes, et sont
separees par des murs epais, semblables a
celui qui enferme le carre. Entre ces ap-
partemens et le mur exterieur, nous re-
marquames une cour et une basse-cour
bien garnie de volailles. Nous vinies aussi
une ^espece de grenier entre les plafonds
des chambres et le toit. II nousparut que
c'etait la tout ce qui composait le batiment.'
Les autres maisons, quoique plus petites ,
etaient exactement construites sur le memo
plan; et durant l'hiver, ou dans les saisons
pluvieuses, elles doivent former des habitations fort incommodes; car, quoique les
murs suffisent pour les garantir de l'incle-
mence du temps, les fenetres n'ont point
de vitres, et Ton ne peut les fermer sans
bannir le jour.    q [iSm
La piece dans laquelle nous recut le
commandant avait environ trente pieds de
long, quatorze de large et douze de haut.
Je jugeai l'autre chambre de la meme dimension , excepte quant a la longueur,
qui etait un peu moindre. Le plancher
n'etait que le sol eleve de trois pieds au-
 DE  VANCOUVER. 1 1
dessus du niveau ordinaire , et n'etait ni
horde , ni pave , et 1'on n'avait pas meme
pris soin d'en rendre unie la surface. Le
toit etait couvert de glaieuls et de jonc_7
les murs de l'interieur de la maison avaient
jadis eteblanchisj les meubles etaient en
petit nombre et d'un travail g^©-sier; et
letout ne s'accordaitnullemenWf-cridee
que nous nous etions faite de la somptuo-
site des Espagnols dans cette partie du
globe.
Je serais tres-injuste si je ne rappelais
pas ici la maniere cordiale dont rnOU_
accueillit notre digne hote , qui nous avait
fait preparer a dejeuner. Ss. femme ne fut
pas moins honnete que lui.
Lorsque nous entrames dans la piece out
nous recut cette dame , qui avait passe le
moyen age, nous la trouvames decem-
ment vetue , et assise les jambes croisees
sur une natte^oqui couvt-J-t ?___e .|j__tt4;
plate-forme carree et en bois, elevee de
trois ou quatre^pouces au-dessus du sol.;
Selon I'usage des Espagnoles de cet etablissement , lorsqu'elles recoivent des vi-
sites, Mme Sal etait placee presque en
 f
l._a VOYAGE
face de la porte, et ses deux filles et son
filSs fj, .to us trois i fogt prop, emen t vetu _ d
etaient assis a ses cdtes.r Je iu&je#j<*lia£H&
de la conduite et de, I'amabilite de ces
enfans,. <pri ne pouvaient avoir re9U d'attti_-_
lecons ni d'autres exemples que ceux que
leur avaient donnes leurs paslwa. Apres
avoir pris quelques rafraichissemens, nous
remontames a cheval pour examiner les
environs du Presidio, avaat^de retoujcner: a
bord, ou je devais donner a diner a.M.et
a Mme Sal, et a quelques dames de la gar-
nison.
Notre promenade fi_t circonscritei dans
les environs du Presidio, qui, comme je
l'ai deja dit, est situe dans une plaine entouree d<g collines, et dont la surface
memfcestiinegale. Le sol enestsablonneuxv
et n'offrait que des pafearages, ou paissaient
des troupeaux de differentes sortesiile
betaii. Les flancs des collines, quoique
moderement eleves , semblaient a peu
pres steriles, et le sommet etait couvert
de roches escarpees et nues. Deux petits
carres, assez mai enfeiMS*kfi», formaient,
dans cette plaine, des jardins potagers,
 de Vancouver. i3
ou la nature seule semblait faire les frais
de la culture des semences peu choisies
que Ton avait confi&es £ la terre.
Ainsi notre curiosite sur la ville espa-
gnole et l'etablissement de S. Francisco
fut bientot satisfaite. IN otre surprise ne fut
pas mediocre, lorsqu'au lieu de trouver
un pays passablement peuple et dans un
etat de culture avance , nous ne vimes , a
l'exception des paturages et des tro up eaux,
rien qui annoncat le moindre rapport avec
des Europeens , ou avec une nation civi-
Ce tableau doit suffire pour donner une
idee du peu d'activite de ce peuple, et de
l'espece d'abandon dans lequel on laisse
l'etablissement forme pres de ce port,
qui doit etre cependant considere comme
un objet.important par la cour d'Espagne,
puisque c'est la clef des etablissemens
plus avantageux qu'elle a sur les bords
de -'ocean Pacifique. Toute l'artillerie
consistait en un canon de trois, monte
sur un affut de bois pourri, et en une
autre piece du meme calibre , qui, m'a-
t-on dit, etait placee a la pointe sud-est
de l'entree, et appuyee sur une souche?
»J
 l4 VOYAGE
au lieu  d'affut. Ce fut celle-ci que #dn
tira le soir du jour ou nous arrivames.
L' exam en de tous ces objets ne nous re-
tint que peu de temps , et nous retour-
names a bord, avec M. et Mme Sal, avec
les dames de leur compagnie, et un des
peres de la mission de S. Francisco,
nomme Martin de Landaeta , qui m'ap-
porta , de la part des autres religieux,
une invitation tres-pressante et tres-polie.
Lepere Martin fut une tres-agreable acquisition pour notre petite societe.
Le lendemain , qui etait le dimanche
(le 18 novembre), j'allai, accompagne de
M. Menziez, de quelques officiers et de
M. Sal, faire ma visite et diner a la Mission , qui est situee a peu pres a une lieue
k l'est du Presidio. Un sol compose d'un
sable mouvant, et les buissons qui embar-
rassaient la route que nous suivimes,
rendirent notre marche extremement penible.
La position et les dehors de la Mission
la faisaient ressembler infiniment au,Presidio , et les environs en etaient de meme .
agreablement entrecoupes de collines et
de vallons. Les collines, il est vjpat,; etaient
 DE   VANCOUVER. I5
plus eloignees les unes des autres, et lais-
saient plus d'etendue k la plaine , dont le
sol se trouvant compose d'un terreauuoir
forme par des detrimens de vegetaux ,
est, par consequent, beaucoup plus riche
que celui de .'etablissement civil. Les
paturages offraient aussi de plus beaux
herbages , et nourrissaient plus de
troupeaux. L'espece de lande que nous
traversames semblait _treu_t_>4imite naturelle entre les terres de la Mission et
celles du Presidio , et s'etend depuis le
rivage du port jusqu'au pied d'une chaine
de montagnes, qui bordent la cote exte-
rieure, et paraissent se prolonger sur une
ligne parallele au rivage. La verdure qui
couvrait la plaine tapissait aussi, jusqu'a
une considerable hauteur, les flancs des
collines, dont le sommet, quoique herisse
de rochers escarpes , produisait cependant
quelques arbres.
Les batimens de la Mission occupaient
seulement deux des cotes d'un carre ,
et il ne paraissait pas que Ton dut en
construire sur les deux autres; mais les
materiaux et .'architecture ne differaient
que faiblement de ceux du Piesidio.
n
J
 16 VOYAGE
A notreftlvflaFce', nous fumes recus par
l®s res^-iends peres awe beaucoup de de?.
monstrations d'amitie, et d'une n_ag$ir$
vraiment hospitaliere. lis nous firent en-
trer immediatement danslejferHi^nastere.
---slmaisQjBSiformaient un pe$it ftpjrre ob-
loaig. A l'une des extre_»ih_. de ce eaw}&;?'
s'elevait legli$e$presde laquelle etaient
les appartemens destines aux religieux ,
et qui etai-iit constmifei- peu pres comme
ceux du Pres&43», quoique cependant ils
parussent mieux distribues, plus larges
et beaucoup plus propres.: lie.ljongpdss
murs de ce carre interieur, il y avait aussi
plusieurs autres pieees, qui servaienJeia
differens usages.
Tandis que Ton preparoitjJktdiner, nous
nous oecupames a examiner les maisons
du carre. 11 y en avait quelques-unesiti©
destinees a recevoir les grains , quoique la
provision n'en parut pas fort abondafttep
et que nous n'eussions point vu de champs
qui eussent pu en produire; cependant la
richesse du terrain contigu a la Mission
semblait con venir a tous les, tmv&aakd©
1'agriculture. Dans ___e grande piece o_r
fabriquait,  avec la laine du pays , une
 DE   VANCOUVER. 17
etoffe semblable a celle dont on fait les
couvertures. Les metiers, *qnoique d'un
travail grossier, etaient assez bien imagines,
et avaient ete faits par les Indiens, d'apres
la direction des peres. L'etofEe de cette fa-
brique etait destinee aux vetemens des
convertis ; et si elle avait eu la preparation
du foulon, elle eut ete passable. Ce sont,
m'a-t-on dit, de jeunes filles, converties
aussi a la religion romaine, qui preparent
la laine, la filent et la tissent. On leur ap-
prend, en outre , plusieurs choses dont ia
pratique est utile a une femme de menage.
Elles resident dans Fenceinte de la Mission jusqwa. leur mariage, que Ton encourage extremement, et a l'epoque du-
quel elles vont habiter la hutte de leurs
maris. A ce moyen, les religieux esperent
etablir solidement et propager rapide-
ment leur croyance. Ils cousiderent aussi
leur plan sous un point de vue politique-!;
Les femmes et les filles etant les;p-inripau__
objets de l'affection des Indiens de qette
contree, les Espagnols jugent convenable
d'en avoir toujours un certain nombre en
leur pouvoir , comme une garantie suffi-
sante de  la fideliteyidas)hommes, et un
J
 IO VOYAGE
obstacle a ce que ceux-ci entreprennent
rien contre les missionnaires, ou contre
-'etablissement en general.
A l'aide des encouragemens accordes
aux parens, et des seductions employees
envers les enfans, on amene aux religieux
autant d'eleves a former qu'ils peuvent en
desirer. Ceux-ci sont bien nourris et mieux
vetus que les Indiens des environs. On les
habitue a la proprete, on les instruit, et
l'on prCnd d'eux enfin tous les soins necessaires. Mais en retour de ces avantages,
ils doivent sesoumettre a des reglemens.
Par exemple , on ne permet point que
pendant le jour ils sortent sans permission,
et jamais ils ne peuvent passer la nuit
dehors. Pour empecher qu'il ne s'en
echappe quelques-uns, on n'a pratique
qu'une seule porte, sur laquelle veillent
avec soin les religieux, qui s'assurent ega-
lement si les appartemens ou les femmes
se retirent generalement aussitot apres le
souper, sont bien fermes.
Plusieurs Espagnols avec qui je me suis
entretenu sur ce sujet, m'ont dit que l'e-
galite d'humeur et la bienveillance des
membres de eel ordre n'ont jamais man-
 DE  VANCOUVER. ig
que de gagner l'affe|jfibn des naturels, en
quelque part qu'ils se soient etablis parmi
ceux-ci. Sans un tel avantage, la condition
de ces religieux serait extremement pre-
caire. Pour toute garde ils n'ont que cmtj
soldats et un caporal, qui habitent dans
un batiment construit a quelque distance
de l'autre cote de 1'eglise.
Cette Mission doit etre certainement
exposee a quelque danger. Si ces enfans
de la nature pouvaient etre jamais ingrats,
et que l'idee de la trahison entrat dans
leurame, ils pourraient aisement cacher
une quantite d'armes suffisante pour effec-
tuer quelque funeste dessein. Les religieux
ne sont qu'au nombre de trois, et vivent
separement. Si on les attaquait dans la
nuit, les precautions qu'ils ont prises pour
leur surete les priveraient des secours de
la garde, qui ne pourrait arriver a temps;
et individuellement ils ne seraient pas en
etat de faire une forte resistance. S'il se
formait quelque complot contre la Mission , elle succomberait bientot; et il n'y
a point de doute que les conspirateurc
n'eussent facilement pour auxiliaires les
Indiens du village voisin, qui, m'a-t-on
 f
20 VOYAGE
dit, contient six cents personnes. Je visitai
aertvallage , etjilroe parut qu'on en avait
exagere la population. On me §t entendre
aussi que la plus grande partie des habi-
tans avaient embrasse la religion calholi-
que; mais je fus etonne du peu d'avantages
qui avaient suivi leuw conversion.
Ils paraissent avoir la plus parfaite indifference pour les preceptes et les exem-
ples de leurs dignesipjasteurs, qui s'effor-
cent de leur faire quitter une vie indolente,
et de le.nj5rinspirer une emulation propre
a leur donner de. .'industrie. Avec du travail, ces Indiens s'assureraient une abon-
dante nourriture, et des commodites qui
les portejraient a rechercher les douceurs
d'une societe civilis.e. N'ecoutant point
les excellentes lecons qu'on leur donne, et
ne sentant point le prix des avantages
qu'on lequ'p^rcfmgt^il^iconservent toujours
leur genre de vie sauvage. Si 1'on excepte
les habitans de la terre de Feu, et ceux
de la terre de Van-Diemen , lesfodiens de
la contr^iidont je parle sont certaine-
ment les etre doues de raison les plus mi-
serabies que j'aie vus. En general, ils
sont au-dessous de la moyennejfaiUe, et
 DE   VANCOUVER. 21
tres-mal faits. Leur figure bizarre n'an-
nor.ce que de la stupiditePHs ont la plus
grande avers__l_ pour la. pro|H*et- , tant
sur leur personne que dans leurs habita-
tions , qu'ils construisent toujours aussi
grossierement que ie faisaient leurs ance-
tres. Leurs huttes sont de forme conique,
die six ou sept pieds de diametre a la base
(qui est la terre menSe)iB6t le bord d'un
cercle trace dans le sol, ils enfoncent des
pieux, ordinairement de bois de saule.
L'extremit- supe-ieure de ces pieux J_ta_it
amenuisee et flexible, permet de les reu-
nir tous au centre du cercle; et lorsqu'ils
sont bien lies , la partie la plus elevee du
toit parait en quelque «_*te plate. Des
baguettes miin!-__J*-¥_es de I'arbre de la
meme espece sont entrelacees avec les
montans; _t> le*tout forme unJpanier de
dix ou douze pieds de haut. On laisse au
sommet une petite ouverture1 ^jf_i permet
i_te<sf^chapperia» iaifdmee du feu, que l'on
fait au centre de _a.l_ri_tte , et c'est p^^
que peneu^ __*|_u-i^i^ei-t_ee est un petit
tro_i presde< j-Pfli-TttP? et a traVers letquel
'ttne personne ne saurait passer'sans quel-
ques efforts. Toute la hutte^i1®6bUV_-1te
 (
22 VOYAGE
de chaume, compose d'herbe seche et de
feuilles de joncs.
Chacune de ces miserables habitations
servait de demeure a une familleentiere,
et toutes etaient disposees avecjjane sorte
de regularite. Elles etaient separees les
unes des autres par un intervalle de trois
ou quatre pieds, et formaient des rues ali-
gnees, coupees a angles droits, mais tellement infectees de toutes sortes d'ordu-
res , que Ton ne se sentait pas moins de-
goute qu'humilie pour la nature humaine
en les contemplant.
Pres du village est l'eglise, qui, pour
la grandeur, l'architecture et les decorations interieures, ne donne pas une grande
idee de ceux qui l'ont construite. Cet edifice offre un contraste frappant entre les
travaux du genie et ceux qu'arrache la
seule necessite. Neanmoins il parait avoir
ete l'objet de tous les soins des peres, qui
se sont prives, pour l'elever ou l'orner, de
tout ce qui pouvait leur etre de quelque
commodite dans leurs modestes habita-r
tions. Quelle que soit l'importance d'un
jardin pour eux, la culture du leur n'est
point avancee, et cependant le sol est un
 DE  VANGOUVER. 23
riche terreau noir, qui promet de payer
avec usure le travail que Ton y donnera.
Ce jardin contient environ quatre acres ,
dont l'enclos etait en assez bon etat, et il
produit des figues , des peches , des pommes et d'autres fruits; mais nous n'y vimes
que tres-peu de legumes. La plus grande
partie du terrain etait couverte de mau-
vaises herbes.
A notre retour au couve_rt, nous trouvames un repas excellent et ires-abondaht,
compose de boeuf, de mouton, de poisson,
de volailles et de legumes. La conduite
amicale et les attentions de nos botes com-
penserent la mahiere peu recherchee dont
il fut servi; et certainement je ne me fusse
point permis de rapporter que ces vene-
rables religieux manquent des meubles et
des ustensiles les plus necessaires et les
plus communs, si Ton ne m'avait pas dit
que cet etablissement etait dans un etat
men different, et que ceux qui l'habitaient
jouissaient d'une plus grande aisance.
Apres le diner , nous eumes , au moyen
de notre interprete , M. Dobson, une conversation dans laquelle j'appris , entre
autres choses, que cette Mission fut eta-
 24 VOYAGE
blie dansl'annee 1775, que le Presidio de
S. Francisco le fut en .1778 , et qu'ils jont
Vetablissement le plus septentrional que la
cour d'Espagne aitformS sur ie rivage c&n*
tinental du nord-ouestde I Amerique, ou sur
ivs-'fks adjacent es, except e Noutka , que
je ne considere pas plus comme renferme
dans cette description, que 1'etablissement
temporaire forme au printemps dernier ,
par Don Quadra, pres dn Gap-Flattery ,
h (l'e_itree du detroit de Jean de Fuca , et
que j'ai dit devoir etre entierement aban-
'-totine.
II parait que les Espagnols bornent
leurs excursions aux environs immediats
de leur residence, car nous ne leur vimes
-poii-t d'autres embarcations que les pirogues des naturels , et une vieille barque,
:<}fti _tait amarree pres dulieu ide notre de-
barquement. Quelques soldatstse arendirent
a cheval de l'autre cote du port., et trou-
verent quelques Indiens 1 convertis , qui
vivaiest avec ies autres naturels <, etablis
au nord et a l'ouest, et que les Espagnols
considerent comme un peuple docile et
__Vorablement dispose , quoic^u'tL n'y ait
cependant: qufcl pen ; de communications
 DE   VANCOUVER. 26
entre eux et les habitans du cote oppose.
Les missionnaires ne trouvent aucune
difficult- a les conduire. 11 est a desirer
que leurs efforts pour les instruire dans
.'art de l'agriculture, et lear apprendre
plusieurs metiers de premiere necessite,
soient couronnes du succes; mais il parait
que les progres seront lents. Ces bons
_?e_igieux sement, et la future race _e__te_l- *
lera.
L'etablissement du meme geMrdvfe^_fe
voisin de nous , et toeme ie seul qui fut
alors a notre portee, etait celui de Santa-
Clara, situe au sud-est, k la distance
d'environ dix-huit lieues, ce que Ton
considerait comme faisant une journee de
chemin. Don Sal et les reverends peres
nous offrirent des chevaux pour nous y
conduire le lendemain matin. Au declin
- du j our, noun quitta mes nos h ores, a qui
notre visite parut faire autant de |jt_i_ir
qu'elle nous avait ete agreable a _fi_1__-
^fi_e_aesr
i; Be retour au Presidio , je .ecus de
Don Quadra une rep_U_&t___-pO_ie , par
laquelle il m'mforniait que ni 1 e Chatam ,
afci le Dedalel-t^-taltariiV-- _i Monterrjsy,
 fl
2,6 VOYAGE
mais que je pouvais etre sur que lorsque
l'un ou I'autre aurait gagne ce port, il lui
rendrait tous les services qui dependraient
de lui. II finissait en m'exprimant le
desir de voir bientot arriver la Decouverte.
Le _0j au matin , le temps etant agreable et serein , nous nous mimes en route
1 pour nous rendre a Santa-^Clara. Nous
passames au Presidio et a la Mission; mais
Don Sal ayant recu des depeches dont il
avait a s'occuper, et l'un des peres etant
indispose , aucun d'entre eux ne put nous
accompagner. Nous partimes suivis de
chevaux de reiais deux fois plus nom-
breUx que nous n etions de personnes ,
et sous FesCorte du sergent du Presidio ,
et de six soldats actifs et vigoureux.
Nous jugeames notre route parallele a
la cote de la mer. Entre l'une et Fautre ,
la chaine de montagnes dont j'ai parle ci-
dessus se prolonge au sud-est. A mesure
que nous avancions, les sommets et les
flancs de ces mOnts annoncaient plitg de
fertilite ; ils offraient des bosqjiets ^ de
grandeur et de forme, tres^Yiaiiees , des
espaces decouverts ,etr.?-ej_doyans , et de
 DE   VANCOUVER. 27
grands arbres de differentes especes. La
plaine que nous traversions s'etend du
pied des montagnes au rivage du port, et
le sol en deveoai, meilleur a chaque pas
que nous faisions. Le chene a feuilles de
houx, le chataignier et le saule n'y for-
maient point, comme pres de la cote , des
arbres nains; ils s'elevaient, au contraire,
assez haut, et etaient entremeles de chenes
communs d'Angleterre.
Nous ne rericontrames ni maisons ni
huttes. A Fheure de midi, apres avoir
fait environ vingt-trois milles, nous en-
trames dans une plaine enchanteresse , situee au centre d'un bosquet place au pied
d?une petite colline, et a travers laquelle
coulait un beau ruisseau d'une eau excel-
lente. Ce delicieux paturage etait presque
entierement entoure par les arbres du
bosquet, et suffisait pour contenir et nous
et nos chevaux. Le bord du ruisseau , par
son agreable murmure , nous invitait a y
faire halte. Mes amis avaient eu soin de
nous fournir des vivres, au moyen des—
quels , et du grog que nous avions pris a
bord (carles liqueurs et le vin sont tres-
rares dans ce p$ys), nous fimes un excel-
J
 28 VOYAGE
lent repas. II nous fallut quelquiacourage
pour quitter ce joli paysage, qu'embnlk;
lissait encore la delicieuse serenite du ciel.
Apres y avoir passe une heure , nous con-
tin uames notre route.
Nous etions a peine sortis de cette char-
mante retraite , que nous ent__is_es dans
un pays que je ne m'attendais guere a
trouver dans cette region. Pendant plus de
vingt milles , ce n'etait qu'un pare , plante
de beaux chenes. Le sous-bois ayant entierement disparu, les avait laisses matttjes
absolus du sol, qui etait couvert d'une
herbe epaisse , et que diversifiaient admi-
rablement de jolies eminences et de char-
mans vallons. Une ehaine de hautes
montagnes sauvages terminait ce paysage,
qui, pour etre egal a la scene la mieux
disposee par le gout et Fart, n'attendait
que des edifices eleves par un peuple industrie ux.
Les terriers de renards , de lapins, d'e-
cureuils, de rats, generent un peu notre
marche*; mais nos chevaux avaient le pied
si sur que nous evitames tout danger ,
quoique nous allassions bon train. Apres
avoir traverse ce pare imagi_$_f&j- nous
 DE   VANCOUVER. 20,
fimes quelques milles dans une prairie
___a».4econverte, et nous entrdnjes dans
une ce_*-reV_aar__ageuse et basse, o*.noi*s,
n'avanpimes que lentement, m©8 chevaux
enfonjant a mi-jambes, pendant six milles,
dans la vase et.dans:!'eau. A la brune, nous
nous trouvames sur un sol plus: ferme, et,
peu de temps apres la nuit dose, nous
an.vanies a la Mission de Santa-Clara,
que je jugeai eloignee de S.- Francisco
d'environ quarante milles geographiques.
L'accueil que nous y re5u.1r.es des religieux
fit naitre a l'instant meme en nous la plus
profonde estime et la plus vive reconnaissance pour eux. Le pere Thomas de la
Pen a nous panit etre le superieur de la
maison. Nous passames une tres-agreable
soiree; et le lendemain- matin , apres un
dejeuner ou Fon nous servit du the et du
chocolat, nous allames examiner l'etablis-
senient et les environs. 1 1
Les edifices de la: Mission forment un
seul carre comme ceux de S. Francisco,
mais ia cloture n'est pas complete. Ils sont
situes dans une plaine etendue et fertile ,
dont le sol, ainsi que celui de la contree
adjacente , est un terreau Uoir, le plus ri-
i
 f
3o VOYAGE
cbe que j'eusse vu en Amerique. Le terrain particulier que les reverends peres
ont dbbi.i pour y former leur etablis_e*i
ment, se trouvant dans une situation ma-
recageuse et basse, etait moins convenable
a cet effet que plusieurs autres parties de
la plaine; mais ils Font fait parce qu'un
beau ruisseau couie aupres.
Les appartemens des religieux sont disposes sur le meme plan que ceux de S.
Francisco; mais ils paraissent plus eten-
dus, et sont un peu moins depourvus des
meubles les plus necessaires. Ils commu^
niquent a Feglise, qui est elevee et longue,
et aussi bien construite que Font permis
les materiaux gressiers dont elle est com-
posee. En la comparant meme a l'etat peu
avance de Fetablissement, elle etait infiniment mieux decoree qu'on ne devait
raisonnablement l'attendre.
Dans le carre ou resident les peres, il y
avait aussi des appartemens occupes par
de jeunes Indiennes que Fon y instruisait,
de meme qu?a S. Francisco, et par les
memes motifs. Cependant les manufactures de laine nous parurent superieures,
et l'-toffe qu'elles donnent ferait d'excel-
I
 DE  VANCOUVER. 3l
lentes couvertures, au moyen du foulon,
dont malheureusement les peres ne con-
naissent pas le procede. L'etage superieur
des edifices de Finterieur du carre oblong,
qui peut avoir a peu pres cent soixante et
dix pieds de longueur, sur cent de largeur, servait, ainsi que quelques chambres
basses, de greniers, qui etaient remplis
de ble et de legumes de differentes sortes.
En outre, il se trouve trois magasins y
construits isolement, a quelque distance
de la Mission, pour y transporter le grain,
en cas d'incendie.
La culture consiste en ble, en mais, en
pois et en feves. Celles-ci sont tres-variees ;
et toutes ces denrees sont plus abondantes
que les besoins. Nous en vimes plusieurs
milliers de boisseaux, d'une excellente
qualite, que Fon avait obtenus presque
sans travail et sans donner d'engrais. Au
moyen d'une charrue tres-mal imaginee ,
et tiree par un seul bceuf, on retourne le-;
gerement la terre , une seule fois, puis on
l'etend au moyen d'une herse. La moisson
se fait au mois de juillet ou d'aout, et elle
est .tres-abondante. Le mais, les pois et
les feves exigent un peu plfls de soin. On
 32 'VOYAGE
les seme au printemps, et ils reussissent
t__sd_ien, ain§i que le chanvre et le Ihnb
Le froment rapporte, en general, de vingt-
cinq a trentepour un , et ne _&_& jamais
au-dessous, quoiqu'on le batte en plein
air, et en le faisant" fouler aux pieds des
bestiaux. Le produit des autr.S grains et
des legumes est le meme que celui dtf ififo
Je fus ties-surp-l. de voir qu'on ne cul-
tiy4t nif avoine ni orge. J'en demettidai ___J
cause, et Fon me repondit que, com__il^-_Ba
grains d'une espece sup__ieure ne ___&-*>
taient pas plus de travail que ceux dh.i*_9
espece   inferieure   n'enHgiageraient ,   on
avait, depuis- q*_elqUes annees, aba_idte_a#*
la^:€U-#--_lg< ties derniers. l_8S^_va>Ux de la
campagtaia sont executes, soUs1_'i_^--ti_*ip
des religieux , par les Indiens inst_ii-ts«
dans Fart de Fagriculture, et qui prol-S-p
sent la r.ligion catheilque. La recolte est
confifee a la ga_de de ces respectables*pgs*a
teurs, qui en font aussi ia distribution.
Outre quelques acres de terres arables
que nous Vimes en culture pres de lar>P__J_* 1
sion, nous trouvames aussi un petit po-
tager, qui produisait en quantif&tfegS'v.--
g.laux  de  differentes sortes, et   d'une
 DE   VANCOUVER. 33
excellente qualite. Cependant, Fetendue
de ce jar din nous parut, comme a S. Fran-
cisco, n'etre pas proportionnee au nombre
des Europeens de la Mission, c'est-a-dire,
a celui des religieux , du caporal et des six
soldats qui en forment la garde. Nous y
plantames des peches, des abricots , des
pommes, des poires et des figues i et nous
esperames qu'ils y reussiraient tres-bien.
Nous confiimes aussi k la terre quelques
plants de vigne. On presume que cette
plante ne manque ici <jtte parce qu'on n'en
connait point la culture. Le climat de cette
partie de 1'Amerique est propre a la plupart des fruits, ce que prouve leXtellence
des productions pour ainsi dire sponta-
nees du pays. Le chene parait etre , comme
boss de construction , l'arbre le plus beau
die cette contree. J'en vis un pres de If-ta-
blissement, qui avait quinze pieds de
circonference , et etait d'une hauteur proportionnee, mais que les peres ne regar-
daie nt point comme ex ti aordi naire; et j e
suis convaincu que, sur notre route, il
s'ea trouvait de plus grands. Le bois que
donnent ici les chenes est egal, pour la
qualite, a celui des arbres dememe espece
 34 VOYAGE
qui croissent en Europe. Les parties inte-r
rieures et plus elevees du pays produi-
sent en quantite des ormes, des frenes,
des bouleaux et des pins d'especes tres-
variees, et les uns et lesia^tres sont tores-
beaux.-
L'objet qui attira notre attention, lorsque nous eumes examine le jardin, fut le
village indien, situe pres de la Mission.
Les habitations n'en etaient ni aussi nom-
breuses^'ini aussi regulierement disposees
qu'a S. Francisco; mais elles offraient une
aussi degoutante malproprete. L'apathie
des naturels est telle, querien n'annonce en
eux qu'ils connaissent le prix des instructions et des soins de ces«respectables pas-
teurs, qui devouent toute leur vie a les
rendre meilleurs et plus heureux. L'ar-
ticle de la nourriture parait etre le seul
qui les touche. lis en trouvent maintenant
_ans peine ; et le froid ne les expose plus a
chercher au loin , et avec beaucoup de
danger , une subsistanceiincertaine. Ils ont
aujourd'hui des bestiaux et des grains; et
Finfatigable activitedestrfesligieuxleuraen-
seigne a tirer des vetemens de la laine de
leurs  moutons.   L'introduction  des, anin
 DE   VANCOUVER. 35
maux de cette; espece est un grand bienfait
pour cette contree , ou ils peuvent se pro-
pager rapidement; par- l'effet de la douceur du climat et de la fertilite du sol.
Tant d'avantages, je le repete > ont, a
peine , produit quelque impression sur
Fesprit de ces enfans de la /nature, qui
paraissent etre un compose d'innocence et
de stupidite. Ils sont sans passions, et ne
Songent point a obtenir quelque consideration entre eux par la pratiqueixte quel-
que travail utile et paisible, ni aucune su-
periorite sur leurs voisins par des exploits
militaires, si communs parmi le plus grand
nombre des tribus indiennes. Ils paraissent s'acquitter machinalement, et avec la
plus grande insouciance, de toutes les fonctions de Fesprit et du corps; et comme les
Espagnols assurent qu'a leur arrivee, ils
les ont trouves dans ce meme etat d'igno-
rance et de paresse , il est probable qu'ils
en ont herite de leurs ancetres.
On s'efforce maintenant de les tirer de
cet engourdissement, en leur donnant de
nouvelles habitations. On en a choisi un
certain nombre des plus industrieux et des
plus dociles, qui, d'apres la direction des
 S6 VOYAGE
•reljgietix , ont construct pour eux-memes,
sur un terrain agreabieraent situe, et qui
fait face a la Mission, une rangee de maaf-
sons , petites , mais imcomparablement
plus commodes que leurs habitations. Les
murs, quoique moins epais , sont fc_»fs
comme ceux de S. Francisco'^ efc los maisons , construites de meme que celles
d'Europe, sont composees de deux chambres commodes , au rez-de*cbaussee, et de
deux greniers au-deSsns. Derriere chacune
de ces maisons , est un espace de terre
enclos, et suffisant pour y> faire croitre une
grande quantite de veg-taux, et y elever
dela volaille. Les batimens etaient dans
am etat assez avance.
Eh notre consideration, les peres?*----
donnereat unesorte de fete pour le_u_n-
diens. La pru__ipaie partie du fcepas fut
composee de la viande des bo3i__s, qu'a
cette occasion on livra aux viliageois. Ces
animaux se reproduisent proi_tpte_aent-;
e_ comme On lies laisse pal tre en nombreux
tronpeaux, sur les plaines fertii.s>^e'Slftr-
ta-Clara, il faut queiqtt. ^dresse pGU_>'les
prendre.»Les naturels d-vaieMS-tr.*^'-^
ges de cette expedition; mais "Qtifr-Paries,
 DE   VANCOUVER. 3J
enseigne de la marine espagnole , qui etait
venu de la Mission de ,S*4ta-Cruz, avec
un des p retires du batiment deDouQuadra,
voulut s'amuser de cette espece de chasse,
avec les soldats de la Mission, qui, sans
contr edit, sont d'excellens cavaliers. Nous
montames aussi a cheval, et nous nous
rendimes dans la plaine pour etre specta-
teurs de leurs exploits. Chacun des soldats
etait pourvu d'une forte ligne de crin , ou
d'une courroie de cuir, avec un nceud cou-
lant. II la jeta tres-adroitement sur une
des cornes d'un boeuf, presque avec la
certitude de reussir , et pendant que le
cheval cou rait au grand galop. Cet exer-
cice etait execute par deux hommes a la
fois, un de chaque cote' de Fanimal. Les
chasseurs ayant a la selle de leur cheval
un pomvneau eleve, ils fixent la ligne a
1'entour, et empechent ainsi le boeuf de
blesser ni les JUomrnes ni les chevaux, ce
qui arriverait infailliblement, vu la fero-
cite de cet animal, qui vit ici dans un etat
prepque sauvage. Onje conduit de la sorte
a la boucherie, ou, tandis qu'il s'agite de
la tete et des pied.,'entre les chevaux,'
une troisieme personne lui passe tres-
87. 3
 38 VOYAGE
adroitement aussi une corde aux jambes
de derriere, le fait tomber ensuite , et lui
coupe immediatement la gorge. VLhgfr-
deuX jeunes bceufs, pesant chacun de
quatre a six cents livres , furent tues dans
cette occasion. On en donna dix-huit aux
habitans du village , et les autres servi rent
a la consommation des personnes de la
Mission et des soldats , par supplement
a«ix vingt-quatre bceufs que Fon tue t&gri-
T_¥&enie_*t tons les sained is. Ces nombreux
st-tfupeaux provenant de quinze t4tes de
Uetaity p_tftag.es entre cette Mission et les
deux autres, lesquelles ont ete etablies
*p_U^t_s en 177S, il est'&.d-ttt que ces
animaux -doiveut se propager infiniment
pour sufiire a une tell, consommation. Ce
Sont les heureux fruits de l'intelligence et de
1'ecOhOmie des religieux , qui ne soutfrent
pas qu'aUcun animal soit tue, qu'il n'ait
a__e_ multiplie pOttr*pi'on ne s'apercoive
-^_§lds, sa'perte. Par Teffet de ce systeme,
le nombre de leurs chevaux et de leurs
moutons s'est accru dans la meme proportion.
-' On m'assura que le village est da double
plus peuple que celui  de S.   Francisco 7
 DE  VANCOUVER. 39
quoiqu'il me parut l'etre de moitie moins.
Plusieurs Indiens qui professent la religion chretienne s'etaient repandus parmi
leurs compatriotes des environs, pour les
engager a embrasser le meme genre de
vie qu'eux; et leurs soins, m'a-t-ondit,
n'ont pas ete inutiles. Tous ceux qui se
sont presentes pour se convertir ont ete
adoptes,: quoique plusieurs ne soient res-
tes dans la Mission et aux environs que
jusqu'au moment ou ils eurent obtenu des
vivres et des vetemens, avec lesquels ils
decamp erent. Cette coupabie conduite n'a
pas change pour eux Fesprit bienveillant
#es religieux , qui non-seulement ont
fourni une seconde fois a leurs besoins )
mais encore a ceux de plusieurs tribus
errantes qui n'osaient demander leur assistance.
Lorsque nous fiimes r en tres au cou vent,
on nous servit un grand repas 'compose
des productions du pays , qui etaient ex—
cellentes. La journee se passa tres-agrea-
blement; et ce-ne fut pas sans peine que
Ie lendemain matin (22) nous primes nous
refuser aux pressantes invitations qui nous;
furent faites de passer encore la journee a
Ur
 4o VOYAGE
Santa Clara. Nous primes de bonne heure
conge de nos notes, dont l'accueil nous
dedommagea amplement de la fatigue et
de i'embarras d'une si longue route pour
des hommes aussi peu accoutumes que
nous F etions a voyager sur terre.
La Mission de Santa-Clara est situee a
Fextremite de la branche sud-est du port
S. Francisco, laquelle se termine en un
petit ruisseau, qui s'enfonce a quelque
distance dans le pays, et qui, ainsi que la
partie du port voisine de Santa-Clara,
four nit la Mission d'une grande varie te
d'excellens poissons.
A l'est, et a la distance, d'>environ cinq
lieues , se trouve , sur la cote de la mer,
ou plutot sur le bord de la baie de Monterrey , la Mission de Santa-Cruz , etablie
depuis peu , et qui, comme les autres, est
gouvernee par trois religieux de l'ordre
de Saint-Francois, et gardee par un caporal
et six soldats. Comme. cet etablissement
ne faisait que commencer, je desirais de
le visiter; mais nous ne primes prolonger
plus long-temps notre absence, et nous
retournames vers. notre vaisseau sans perdre un seul instant. Nous changeames de
 h
de Vancouver; 4r
route, et nous traversames une foret de
chenes, dont le sol est assez eleve ; mais
nous fumes fort incommodes par les terriers des differens animaux dont j'ai deja
fait mention. Le sergent, notre guide r
craignant qu'il n'en resultat quelque accident a l'approche de la nuit, nous fit
descendre dans un terrain plus bas, qu'il
ne croyait pas aussi humide, ni aussi desa-
greable qu'il Fetait. Cependant nous fumes
beureux quant au temps , qui, durant les
trois jours de notre excursion , fut doux ,
agreable et serein. Nous arrivames le soir-
et j'eus le plaisir de voir le Chatam a
l'ancre , pres de la Decouverte.
M. Broughton m'apprit que, pendant
notre separation , il avait examine la riviere de Colombia, qui s'etendait plus loin
one nous ne Favions suppose.
L'arrivee du Chatam hata , en quelque
sorte, notre depart. Ayant, quoique diffi-
cilement, acheve notre provision d'eau,.,
et pris a bord une petite quantite de bois
a briiler, nous procedames au rembar-
quement de tout ce que Fon avait depose
sur le rivage ; et le 24 , au matin , les
vaisseaux  demarrerent pour mettre a la
J
 4^ VOYAftE/
voile; mais , le vent et la maree nous etant
contraries, nous demeurames a l'ancre
tout le jour.
On me dit, a mon arrivee dans ce port,
qu'un gros bo3uf coutait six dollars* d'Espagne , et que le prix d'un mouton etait a
proportion/ Ayant re$u autant d'animaux
de ces deux especes que nous en eumes besoin pour les deux batimens, ainsi que
quelques vegetaux et des volailles, j'en
I presentai la valeur a Don Sal, qui nous
en avait fourni la plus grande partie.
Mais il la refusa, et m'apprit que Don
Quadra lui avait fait passer Fordre de
n'accepter de moi aucun argent, sous
quelque pretexte que ce fut, le compte de
ce qu'on m'avait,livre devant se regler a
Monterrey. Je n'insistai plus alors; mais
il fallait une pareiile defense pour que ie
pusse , avec decence, contracter de telles
obligations envers des personnes qui, a
tout autre egard que celui de la nour-
riture , paraissaient etre dans la pau-
vrete.
* Le doll
Pauteur.)
vaut environ un ecu. { Note de
 DE   VANCOUVER. 4^
Ma derniere excursion dans cette contree:
m'a convaincu que, quoique, dans son
etat actuel , elle fournisse abondamment
aux habitans tout ce qui est absolument
necessaire a leur existence, ils manquent
cependant de toutce qui peut la rendre
agreable. Je n'euspas un mediocre plaisir
en me voyant en etat de pouvoir leur dis-
tribuer quelques ustensiles de table et de
cuisine , quelques banes de fer, et des
ornemens pour la decoration de leurs
eglises. J'ajoutai a ces objets un muid file
vin et un autre de rhuni; et je confiai le
tout a Don Sal, en le priant de le partager
egalement entre le Presidio et les Missions
de S. Francisco et de Santa-Clara, ce qui
fut fait; et j'eus la satisfaction de voit que
ces differens presens furent recus comme
s'ils etaient d'une valeur considerable.
L'inclemence du temps, et le peu de
sejour que je me proppsais de faire a notre
arrivee dans ce port, m'empecherent de
transporter notre obseryatoire a terre* Ck?
pendant, d'apres des observations suffi-
santes, j'en determinai la latitude par 370
48' 3o", et la longitude par 3370 5.V 3«T*
Le 25, au matin , il s'eleva contre nous
&
 44 VOYAGE
une forte >&>rise du nord-ouest; mais tout
etant dispose pour' notre depart, et la
maree nous favorisant, nous sortimes du
port malgre une mer tres-_*reguliere, pro-
duite par des causes -opposees.
Nous quittames S. Francisco , penetreS
de reconnaissance pour Faccueil hospita-
lier que nous y avions regu; et en outre
nouS dumes beaucoup aussi aux excellens
rafraichissemens que nous y avions pris, et
qui , en quelques jours, firent disparaitre
tout symptome de scorbut.
II ne me fut pas possible d'obtenir des
notions precises sur ce port, que je crois
cependant un des plus beaux qui soient
dans le monde, et auquel il ne manque
que la facilite de faire du bois et de l'eau.
II est probable neanmoins qu'apr.s un
examen plus approfondi, cet inconvenient
pourrait disparaitre en partie. Les sondes,
autant que nous primes en juger , etaient
regulieres et bonnes, avec un fond d'ex-
cellente tenue. Si en changeant de mouillage nous trouvames quelques fonds d'une
grande durete, c'est dans les endroits ou
il paratt que les vaisseaux ne s'arretent jamais! Toutefois, a raison de la force des
 DE   VANCOUVER* ^5
marees, les Espagnols n'estiment pas beaucoup ce port, ce qu'on peut expliquer par.
la maniere dont ils fixent ordinairement
leurs vaisseaux. C'est parmi eux un usage
constant d'amarrer de Favant et de Far-
riere, jamais sur moins de quatre ancres r
et rarement sur moins de dix.
, A l'aide d'un grand frais de nord-ouest,
nous fimes de considerables progres en
rangeant la cote au sud. La chaine de
montagnes que nous avions a droite, lorsque nous nous rendimes a Santa-Clara,
etait alors a notre gauche, et presentait
un aspect bien different. Le cote de l'ouest,
expose a toute la violence et aux vicissitudes d'un climat oceanique, etait presque denue de bois ou de verdure. Quelques arbrisseaux etaient epars dans les
vallees; et Fon voyait sur les flancs des*
montagnes quelques arbres nains et solitaires. Tout ce pays paraissait en general
sterile et nu.
Souhaitant determiner la ligne de la
cote que nous trouvames s'etendre pres-
qu'au i4° sud-est, a partir de l'entree de
S. Francisco, nous louvoyames toute la
nuit, et le. lendemain , matin nous nous
3*
 I
_JS VOY AGE
vltttes en travers de la baie de Mantelt^fy
ou nous fumes en calme jusqu'a midi,
qu'une agreable brise de l'ouest woo. permit de gouverner vers le centre on le fond
de cette baie, dont les rivages .ont principalement composes d'une terre basse et
sans coupures, mais dont les parties sud et
ouest semblaient etre beaucoup plus -levees et fortoer des ties. En suivant cette
route jem'attendais continuellement a de-
cBtfcv__r un mouillage convenabte, que je
ne trouvai qu'en faisant, a -quatre heiirei
de i'aprfest-midi, le signal convenu entre
Don 'Quadra et moi, et auquel on repondit
i mined ia terne nt _tu Presidio. Nous jet_-
mes l'ancre, presque sous la haute terre
dont je viens de parler, et sur le cot. sftd
de .atoaie. A sept heures du soir, M.WfeiAi
bey fkut _. bord de la Decouverte. Le De-
dale etait arrive ie 22, en bon etat, apres
avoir complete le service dont il etatt
charge. Bientot apres, des canots espagnols ejivoyes par Don 'Quadra vinrent
nous prefer leur assistance ; et au bout
d'une heure nous fumes amarres en toute
-ur^t-*, ayant nos ancres aU nord-ouest
et au sud-oiiest;^_a de__fi-r_ fia.1neuf bras-
 r
DE   VANCOUVER. 4?
ses- fond de bonne tenue. Nous etions a
la distance du rivage le plus proche, du
sud-ouest, d'environ un quart de mille. ■
Les pointes de la baie nous restaient au 45°
nord-ouest, et 52° aussi nord-ouest du
compas. La premiere de ces pointes , ap-
pelee Anno-Nuevo , etait a la distance de
six ou sept lieues, et la derniere, nommee
Pointe-Pinos, etait a un mille.
A notre arrivee, nous trouvdmes a Fancre , outre le Dedale, les vaisseaux sui-
vans, appartenant a sa majeste catholique :
le brig l'Actif, sur lequel etait Don Quadra , FAransasu et une goelette.
W
 48
CHAPITRE II.
Nos operations a Monterrey.— Description de
la Mission de S. Carlos. — Depart du Dedale
pour se rendre au Port Jackson,— Situation
et description de la Baie de Monterrey.—De'tail
sur le Presidio. — Conduite ge'nereuse de Don
Quadra.
Etant arrive dans le fameux port de
Monterrey, car les Espagnols lui donnent
cette epithete, je me rendis (le 6 no v. )
chez Don Quadra, qui residait au Presidio,
dans la maison du gouverneur. Apres y
avoir recu de nouvelles preuves de son
hospitalite et de son amitie, je retournai
a bord au soleil couchant, et le lendemain matin le Presidio fut salue de treize
coups de canon. Le salut nous ayant ete
rendu en nombre egal, je fis hisser les
huniers, et le pavilion de Don Quadra
 "X
DE   VANCOUVER. 49
recut de nous le meme honneur. Apres y
avoir repondu de la meme maniere, cet
officier vint me rendre ma visite , accom-
pagne de Don Arguello , qui remplissait
les fonctions de gouverneur, de Don Caa-
mano, et de plusieurs autres officier. espagnols. Ils furent re5us a bord de la
Decouverte et du Chatam, avec tout le
ceremonial et les egards dus a leur rang;
et lorsque toutes les formalites d'usage
furent remplies , je reconduisis a terre
Don Quadra, qui m'y donnait a diner.
Dans le cours de notre conversation, il
m'apprit qu'a son arrivee dans ce port, ii
y avait trouve l'ordre de s'emparer de tous
les navires occupes du commerce sur cette
cote, depuis le Presidio jusqu'au point
ou il se fait generalement, vers le nord,
en exceptant toutefois les vaisseaux de la
Grande - Bretagne , qui pouvaient continuer leur route, sans eprouver la moindre
interruption, et sans qu'on les inquietat
en j^en. Cet ordre de la cour d'Espagne
nous fit croire a tous deux que nos souve-
rains respectifs avaient conclu quelque
arrangement, relativement au temtoire
de Noutka, r
 50 VOYAGE
Cette cireonstance me parut tres-impor-
tante; et dans la supposition qu'il me serait possible d'obteniripour un officier,
charge de se rendre en Angleterre, le passage par la Nouvelle-Espagne, je me proposals d'abandonner le dessein que j'avais
forme d'envoyer le Chatam porter aux
commissaires de Famiraute tous les ren-
seignemens que je pouvais leur communi-
quer. Quoique Fabsence de notre petite
conserve m'eut essentiellement gene, pendant la suite de mon voyage, il me paraissait toutefois si absolument indispensable
d'apprendre au gouvernement jusqu'a quel
point j'avais pu executer les ordres de sa
majeste , que j'etais determine a me sou-
mettre a tout inconvenient, piutot que
d'omettre un devoir si essentiel, surtout
ayant obtenu la copie de toutes les cartes
des decouvertes que Jes Espagnols avaient
faites au nord de nos propre.1 recherches.
Je jugeai done ces reconnaissances ,
ainsi que nos operations a Noutka, et
toutes les informations que j'avais prises
sur cette cOntree , des objets d'une nature
trop importante pour ne pas en donner
une prompte communication. Ce _r*eta_t
 DE  VAN_0_VER. 5l
qu'a ce moyen que Fon pouvait prendre
raisonnablement une determination finale,
soit relativement aux avantages qui parais-
sent devoir resulter , pour la nation, de
la continuation des e__€reprises co_n__teri-
ciales dans ces regions, soit au choix de
situations plus convenables pour former
stir la cote des etablissemens destines a
proteger et k faciliter le meine commerce,
si Fon avait 1'intention de le snivre. En
consequence, je me proposal de confier
tant cet avis, duquel poiivak _f_pendre
Faccomplissement de l'un des principaux
objets de notre voyage , que toutes rhes
autres depeches, au lieutenant Broughton,
commandant du Chatam, qui avait assist.
a toutes mes conferences avec Don Qatadra
k Noutka, et dont les talens et -"esprit
d'observatidn le rendaient propre _: satis-
faire l'amiraute sur plusieurs particula-
rites qu'il ne m'etait pas possible d'inserer
dans mes depeches. Je demandai done a
Don Quadra s'il ne serait pas contraire h
son inclination et aux disposi tions de la
cotir de Madrid de permettre a M. Broughton de passer par la No_-te_l_*Espagne
pour se rendre en Angleterre. II me re-
 52 VOYAGE
pondit sans hesiter, et de la maniere la
plus amicale, que cet officier pourrait Fac-
compagner a S. Bias, ou il lui fournirait
de Fargent, et lui procurerait, autant
que cela dependrait de lui, tout ce qui
pourrait contribuer a rendre son penible
voyage a travers le continent de 1'Amerique , aussi agreable que le comportait
la nature d'une telle entreprise. Je te-
moignai toute ma reconnaissance d'une
offre si obligeante et si genereuse, et je
pris toutes les mesures possibles pour que
rien ne retard at le depart de M. Broughton, puisque, non-seulement, le notre
en dependait, mais encore celui de Don
Quadra, et des vaisseaux qu'il avait sous
ses ordres.
Apres avoir, le 2 decembre, donne
mes ordres pour Fexecution des differens
services et des reparations des vaisseaux,
j'allai, accompagne de Don Quadra , de
Don Ai^juello , de Don Caamano , de
M. Broughton, et de plusieurs officiers j
tant anglais qu'espagnols, presenter, en
consequence d'une invitation tres-polie ,
mes respects aux religieux de la M ission
de S. Carlos.
 \
DE  VANCOUVER. 53
Cet etablissement est situe a peu pres, &
une lieue au sud-est du Presidio de Monterrey ; la route qui conduit de l'un a
Fautre coupe des collines assez roides et
de profondo. vallees, bien garniesd'arbres.
La surface de la terre etait couverte d'une
belle verdure ; tout le paysagfe offrait un
aspect charmant, et notre course fut ti es-
agreable.
La maniere dont nous fumes regus a la
Mission etait de nature a nous convaincre
du plaisir que notre visite causait a ces
dignes et respectables religieux, qui nous
presenterent toutes les especes de rafraichissemens qu'ils possedaient. Lorsque
nous fumes arrives a la porte dela Mission,
les cloches sonnerent, et le reverend pere
Fermin Francisco de Lasuen, superieur
des missionnaires de l'ordre de Saint-
Fran5ois, dans ia Nouvelle-Albion, vint a
notre rencontre, et nous conduisit a son
appartement. C'etait un homme d'environ
soixante et douze ans, dont le maintien
venerable annoncait la tranquillite d'esprit
qui le rendait , au plus haut degre ,
digne de diriger une si charitable institution.   .
mf
/
 54 VOYA€__/
Apres les ceremonies d'usage , les religieux qui, comme dans les autres Missions,
sont au nombre de trois , nous firent voir
leurs batimens , qui nous parurent ne
differer de ceux de S. Francisco ou de
Santa-Clara qu'en ce qu'ils sont plus
petits.
Leurs greniers renfermaient une grande
quantite de grains de differentes especes,
dont j'ai fait mention en parlant des autres
etablissemens du meme genre, et auxqueis
il faut ajouter un peu d'orge; mais tous
etaient d'une qualite inferieure , et le produit du sol de S. Carlos est loin d'egaler
celui de Santa-Clara. 11 y avait aussi un
petit jardin, cultive de meme que celui des
autres Missions.
Apres avoir satisfait ainsi notre curiosite,
nous nous promenames aux environs de la
Mission, qui est dans une jolie situation.
Le pays, agreablement entrecoupe par des
collines et des vallons, offrait un aspect
verdoyant, et, comme dans le voisinage
de Monterrey, il etait orne d'arbres isoles,
ou formant des especes de bosquets, et la
plupart de la famille des pins, ainsi que de
celles des chenes a feuilles de houx, et
 \
DE   VANCOUVER. 55
des saules. On y voyait aussi quelques
peupliers, quelques erabies , et une petite
variete d'arbustes. Ceux-ci embarrasserent
notre marche durant notre promenade,
que nous bornames a l'un des vallons en
vue du couvent, et dans lequel coule un
petit ruisseau ou Fon peut se mouiller
jusqu'au genou. Les Espagnols Fappellent
Rio-Carmelo. Apres avoir passe pres des
batimens de la Mission , ii se jette immediate ment dans la mer.
A notre retour au couvent, nous trouvames un excellent repas, servi ties-pro -
prement, sous un agreable berceau , que
Fon avait, a cet effet > dispose dans le jar-
din de la Mission. Apres le dine, on nous
donna le shnulacre des mouvemens que
font les Indiens lorsqu'ils veulent prendre
un cerf ou quelque autre bete fauve, a la
chasse. Ils se revetent de la peau complete
de Fanimal qu'ils ont dessein d'attaquer,
et vont se poster a Fendroit ou ils esperent
qu'il se rendra. Marchant sur leurs pieds
et sur leurs mains, ils en imitent parfaitement toutes le* actions , mais surtout la
vigilance du cerf, et la maniere dont il
broute. A ce moyen, ils sont a peu pres
J
 56 Voyage
surs de s'en approcher a la distance de
six a neuf pieds, puis its saisissent Finstant
ou il est occupe de quelque autre objet,
et lui decochent, en se courbant, une des
fleches renfermees dans un arc qu'ils ont
soin de tenir cache; et, presque toujours,
la premiere ou la seconde est fatale. Toute
cette pantomime fut si bien executee ,
qu'un et ranger eut eu peine a decouvrir
que ce n'etait qu'un jeu.
Le soir, je retournai a bord, ou, le li&_-
demain 3 , la plupart des personnes avec
lesquelles j'avais passe la journee precis'
dente me firent Fhonneurlie venir diner.
Parmi les convives se trouvaient la Senora
Arguello , et quelques autres dames du
Presidio; mais ,• a mon grand regret, le
roulis du vaisseau, quoique peu considerable , les fo_5a, de meme que quelques
hommes, a se retirer bientot.
L'incommodit _ que le roulis du vaisseau
avait causee a quelques-unes des personnes
qui etaient' venues a bord, fut un des sujets de notre entretien; et, comme il n'y
avait pas moyen d'empecher ce mouvement, j'engageai nos amis les Espagnols
a m'honorer de leur compagnie a notre
 DE   VANCOUVER. 57
campement. Ils y vinrent diner le lendemain , et la plupart des dames furent de
la partie. Le soir, je fis tirer un feu d'ar-
tifice. Toutes nos pieces s'etant parfaitement conservees, prociirerent beaucoup
de plaisir, non-seulement a ceux qui nous
avaient fait visite , mais a tous les habitans
du Presidio. Ceux-ci s'etaient rassembles
avec un grand nombre d'Indiens dans les
, environs; et leal uns et les autres jouirent
sans doute, avee satisfaction , d'un divertissement que , probablement, la plupart
d'entre eux ne connaissaient point. La
soiree se termina par un bal et un souper,
qui se prolonged jusqu'a une heure apres
minuit.
Le Dedale ayant fourni tous les vivres
que purent recevoir la Decouverte et le
Chatam, le fond de cale en fut repare le
12, et nos charpentiers construisirent, a
bord de ce meme batiment, des .tables
pom du betail. Don Quadra m'ayant, avec
sa generosite et sa politesse accoutumee,
offert tous les animaux et toutes les productions du pays que je croirais necessaire- au service de sa majeste, pour la
colonie etablie depuis peu dans la Nou-
 58 VOYAGE
velle-Galles du sud, six taureaux , douze
vaches, et un pared nombre de beliers et
de brebis furent embarques, le 24, sur le
Dedale ; mais ce batiment fut retenu a
Fancre jusqu'a ce que Fon eut pu se procurer une quantite suffisante de nourriture
pour ces animaux. Le fourrage etait rare
a cette saison, et presque tous nos gens
.furent occupes a couper de Fherbe partout
ou ils purent en trouver. II n'etait pas facile non plus de faire de l'eau; et Fon ne
pouvait en transporter, a la fois , qu'une
petite, quantite que Fon tirait des puits,
peu enfonces , que nous avions creuses
nous-memes. Toutefois elle etait tres-po-
. table . et Fon s'en procurerait beaucoup
plus au moyen de puits plus profonds;
mais les Espagnols se contentent d'en em-
barquer d'une qualite > inferieure » parce
qu'ils peuvent Favoir sans peine. Celle que
Fon boit a la table des officiers est neanmoins tres-bonne; mais on la puise dans
le Carmelo , et on Fapporte sur des char-
ret tes.
Le Dedale mit, le 29, a la voile. Dans
cette occasion , je donnai au lieutenant
James Hanson Fordre de se rendre a la
 DE   VANCOUVER. 5g
Nouvelle-Galles meridionale, de relacher
aux iles Hergest, pour y faire de l'eau,
et prendre de la nourriture pour son he-
tail , ainsi {que tous les rafraichissemens
dont pourrait avoir besoin i'equipage. De
la il devait passer au nord de toutes les
lies basses , et se rendre a Ta'iti, puis de
cette ile a la Nouvelle -Zelande, et de
celle-ci au port Jakson, ou je desirais que
le Dedale ani vat le plus tot possible,
parce que si le betail, les moutons, etc.,
etaient encore en vie, ils seraient une precieuse acquisition pour ce pays. D'ailleurs
il y avait quelque probability que M. Hanson pourrait se procurer aux differentes
iles ou il touche rait, uti nombre considerable d e volailles et de cochons, qui ne
seraient pas moins utiles au port Jackson;
et je lui conseillai d'user de discretion en
distribuant les articles de commerce qui
etaient restes a bord de son batiment.
Sa relache a Ta'iti avait un autre objet
que de se procurer des rafraichissemens :
c'etait de prendre sur son bord vingt et un
matelots anglais, qui montaient le navire
Maltida, de Londres, jete , le 5 fevrier
1792 , sur un banc de rocher, hors de la
 60 VOYAGE
vue de toute terre, et que Fon dit situe
par 220 de latitude sud, et i38° 3o' de
-longitude ouest. Apres ce malheureux ac-
cident, les gens de I'equipage retournerent
dans leurs canots a Taiti, d'ou ils etaient
partis six jours auparavant. De la, le second lieutenant et deux des matelots s'e-
taient rendus a la Nouvelle-Galles meridionale, dans un de leurs canots decou-
.verts, destines a la peche de la baleine.
Xe reste de I'equipage demeura dans File,
a Fexception de M. Weaterhead , com-
mandant du vaisseau, qui , avec deux
matelots et deux mousses, s'embarqua Sue
la Jenny de Bristol. A Farrivee de ce na-
vire a Noutka, Don Quadra, non-seule-
ment procura a M. Weaterhead le passage
& travers la Nouvelle-Espagne, mais encore lui donna une somme d'argent suffisante pour fournir -.ses besoin s , dans un
pays ou il ne connaissait personne.
II parait que ce naufrage a eu des suites
facheuses pour nos amis de Ta'iti. Le peu
d'objets de quelque valeur qu'avaient pu
sauver les malheureux qui avaient fait
naufrage, furent disperses sans distinction,
ou laisses a la disposition des naturels. II
m
 DE   VANCOUVER. 61
en resulta de la jalousie entre les chefs
des deux districts de Matavay et d'Oparre.
Le partage du butin ayant produit une
quei elle entre les chefs , les Anglais se di-
viserent aussi, et prirent parti pour les
uns ou pour les autres. La guerre fut al-
luinee, et finit d'une maniere tres-desas-
treuse pour Matavay. Ce beau district fut
entierement de vaste, les maisons en furent
brulees, et les arbres fruitiers arraches ,
ou detruits de toute autre maniere. Tel
est le resume de ce que j'ai pu savoir sur
ce funeste evenement; et Fobscurite des
details dont on m'a fait part a ce sujet, ne
m'a pas permis d'obtenir des informations
satisfaisantes.
Ayant regie d'une maniere positive le
mode a suivre dans l'execution du reste
de notre voyage, je priai le commodore
Phillips de faire embarquer, au port Jackson , sur le Dedale , une cargaison complete de vivres de toutes sortes, pour une
annee, et d'y joindre les munitions dont
il penserait que la Decouverte et le Cha-
takn pourraient avoir besoin. Je lui recom-
mandai aussi de me renvoyer le meme
batiment a Noutka, ou je laisserais des
 6_* VOYAGE
instructions , au cas ou il y arriverait pendant mon absence.
Les differentes operations dont nous
avions ete occupes, avaient prolonge notre
relache bien plus que je ne l'eusse desire,
non-seulement parce que j'etais empresse
d*e«_ployer differemment notre temps,
mais parce que je craignais que Don Quadra ile retardat son depart simplement par
rapport a nous. Neanmoins il m'avait engage plusieurs fois , et de la maniere la
plus amicale, de ne faire aucune attention
au retard que jo pourrais lui occasion er,
et de donner k i»es depeches toute 1'eten-
due dont elles etaient susceptibles.
La baie de Monterrey, sur laquelle il
ne me fed possible que de rassembler, en
courant, quelques notes, est situee entre
la Pointe-Pinos et la Pointe-Anno-Nuevo,
qui gisent au 7 2° nord- ouest et au 270
sad-est l'une et Fautre, et sont separ.es
par un interValle de 22 milles. Formee
par un enfoncement de la cote , d'environ
quatre lieues, elle est spacieuse, mais tres-
ouverte. Le seul mouillage, convenable
de tous points, est presque a Fextremite
sud, a peu pres a la distance d'une lieue
 DE   VANCOUVER. 63
de la Pointe -Pi no s , ou le rivage forme
une petit. anse, qui offre un anciagesain,
et un assez bon abri pour'quelques vaisseaux. Les vents de la cote y soufflent generalement entre le nord-ouest et le nord-
nord-ouest; les sondes sont regulierement
de quarante ia trente brasses; le fond est
un melange de sable et de vase - et los rivages, suffisamment escarpes poor faciliter
toute navigation , ne presentent ni bas-
fond £ ni aucun autre obstacle. Pres de la
Pointe-Anno-I-uevo gisent quelques rochers epars, mais a peu de distance de la
cote. Les rivages de la Pointe-Pinos sont
aussi de roche, et offrent egalement, a
quelque distance , plusieurs rochers detaches , qui ne s'avancent pas assez dans
l'ocean pour etre dangereux. Ceux-ci se
terminent precisement au sud du mouillage, ou commence un beau banc de sable
qui , je crois , se prolonge jusqu'a Fautre
pointe. Dans la direction du 4-° nord-est,
a la distance de quatre lieues, est un courant d'eau douce, que les Espagnols ap-
pellent la riviere de MenlerMyif et qui,
comme le Carmelo, n'est qu'un ruisseau
peu profond, qui se degorge dans cette
 64 VOYAGE
partie de la baie. Une garde composee de
quelques soldats espagnols, logos dans de
miserables huttes , est ordinairement eta-
blie dans ce lieu. Pres de la Pointe-Anno-
Nuevo, est un autre ruisseau, un peu plus
petit encore que le precedent, et dans le
voisinage duquel se trouve la Mission de
Santa-Cruz.
Le mouillage que je viens de decrire est
la seule situation de la baie ou les vaisseaux puissent etre commodement a l'ancre. L'etablissement espagnol en est vol*
sin. Le Presidio est eloigne d'environ trois
quarts de mille,.au sud, de Fendroit ou
commence le banc de sable dont j'ai
parle. C'est la le lieu de debarquement.
On y a construit une miserable maison,
qui sert non-seulement de magasin, mais
encore de logement a la garde de soldats
que Fon y tient generalement.
Le Presidio, comme celui de S. Francisco, est situe dans une plaine ouverte,
dont le sol est un peu au-dessus du niveau
dela mer. L'espace qui s'etend jusqu'au
lieu du debarquement est bas et mareca-
geux. Le voisinage de l'eau douce ne parait
pas tres-avantageux a cet etablissement,
 DE   VANCOUVER. 65
car dans la saison de la secheresse, il faut
en apporter de tres-loin, les Espagnols ne
voulant pas se donner la peine de creuser
des puits assez profonds pour leur en fournir toute Fannee. Iramediatement a Fen-
tour du Presidio, on trouve des situations
delicieuses, dont le terrain illegal et le sol
fertile offriraient au genie et a Findustrie
les moyens de s'exercer^et aux Espagnols
une habitation plus agreable, plus saine
et plus commode que ne le parait etre celle
qu'ils occupent actuellement. as
Le premier de tous les biens , la sante ,
semble un objet auquel on ne .'attache
que faiblement ici, puisque , sous un climat tel que celui de Monterrey et des environs, qui passe pour etre aussi favorable
a la sante qu'il puisse y en a voir un dans
Funivers , les Espagnols ont choisi une
situation malsaine. Tout ce qui n'est que
secondaire n'attire que meditocrement
leur attention, car le Presidio actuel e§%
celui qui fut bati , lorsqu'ils form erent
leur etablissement, dans ce port, en 1770;
et depuis on n'y a fait ni amelioration , ni
changement. Les edifices forra^at.un pa-
rallelogiamine, ou un carre long, compre-
4*
 66 VO¥A_>_/    ■
nant une aire d'environ trois cents verges
de longueur , sur deux cent cinquante d&
largeur, et la cloture en est coilsf^lete. La
muraille interieure est de la meme longueur, et a et. construite avec les tt¥_me_
materiaux. Le tout oftre une aussi triste
apparencO que la Mission de S. Fra-i-iSCO,
excepte cependant qae les -appartemens
des officiers sont cou verts d'une espece de
briques rouges que Fon fabrique *da_iS le
voisinage. Les differens batimens , soit
qu'ils servent de logemens Ott:«_k_ maga-
sins , sont egalement adosses au mur , en
dedans de la cloture , qui m'a qu'une ett^
tree pour les p_r_onnes en voWure ou a
cheval. Cette eatr.e est aussi sur le cote
du carre qui fait face a FegM&fei que 1'on
rebatissait avec des pierres semblables a
celles de S. Carlos. Olitreia-porte pritMi-
pale , il y»en a de petites, presque aui_*__-
lieu de chacun des murs de cote. Celle qui
est a droite offre une issue pour les __p*
partemens de l'otficier commandant, qui
sont beaucoup plus etendus que ceux de
S. Francisco , et consistent en cinq ou six
chambres spacieuses et plancheiees , mais
qui n'ont ni vitres ni rien 'qui puisse en
L
 1
DE   VANCOUVER. W
tenir lieu. La place des fen-trek1 est tout
ouverte, et le jour vient de F-ttt-riteUr de
Faire $ car je crois qu'on ne pert-el pas de
feare aucune ouvert-fre dans le mur de
Cloture, a l'exception des portes. En consequence , tout F-difice, vu d'un peu 1 o__i^
a Fair d'une prison. A chaque coin _hi
carre, est une sorte de petit bastion*, <fui
s*__eve un peu au^essu_rtUi mur, et sur
lequel on pourrait monter des p_e_riers.
Au-devant de l'entree qui fe-fr^ace aux
rivages de la baie, il y a Une batterie de
sept canons, dont quatre de neuf et les
trois autres de trois. des canons , ceux de
S. Francisco, un de deux a Santa-Clara,
et quatre de neuf, qui sont 4*__non_-s,
form en t toute l'ft_tillerie de cette _br-_--
resse. lis Sont places a terre, sans aucun
parapet, et sans abri ni couvert^pdor ceux
qui les manceuvrent. On m'a dit'que tous
les nouveaux etablissemens sur cette cote,
sans meme en exceptercel_ft»de S. Diego,
que sa situation semble rendre un poste
* L'original se  sert  du   mot   _o__p05&' ile
block-house.
 68 VOYAGE
important, ne sont pas dans un meilleu.
etat de defense.
Les quatre canons deniontes sont, ainsi
que ceux qui se trouvent a Fentree du
Presidio, destines a la defense d'un fort
que Fon doit construire sur une petite
eminence qui commande le mouillage. Ce
fort pourra bien incommoder les vaisseaux, mais il ne serait d'aucune utilite,
si Fon avait opere un debarquement. En
s'emparant des collines voisines , ce qui
serait facile , on le forcerait bientot a se
rendre. Je ne regarde pas meme Monterrey comme un poste tenaMesans une forte
ligne d'ouvrages avances.
Le Presidio est la residence du gouverneur de la province , dont le commandement s'etend de S. Francisco au sud, le
long de la cote exterieure jusqu'au cap
Saint-Lucas, et sur la cote orientale de la
peninsule de la Californie , en remontant
le golfe jusqu'a la baie de Saint-Louis.
Pour obtenir ce commandement d'une
grande etendue, il faut avoir le rang de
lieutenant-colonel au service d'Espagne.
Je ne sais pas si le gouverneur se mele de
-'administration interieure de la garnison.
 *l
DE VANCOUVER. 6^;
Un lieutenant, un enseigne, des sergens I
des caporaux, etc., residaient au Presidio,
qui me parut compose de meme que tous
les autres etablissemens de cette sorte ,
dans la province; mais qui etait incom-
plet par la mort recente du dernier commandant. Le lieutenant Arguello, etant le
plus ancien officier, vint exercer les fonctions de gouverneur, et envoya Falferez ,
ou Fenseigne Don Sal, commander a sa
place a S. Francisco. Tous deux devaient
remplir le poste qu'ils occupaient au moment de notre relache, jusqu'a FarriveO
d'un nouveau lieutenant-colonel.
Je ne crois pas que les soldats qui composent la garni son soient au nombre de
plus de cent, en y comprenant les officiers
non brevetes. On en tire des detachemens
pour la protection des Missions voisines.
Les autres, avec les femmes et les enfans,
resident dans Finterieur du Presidio, sans
paraitre desirer une habitation plus cham-
petre, ou ils pourraient cultiver des jar-.
dins et se procurer quelques douceurs. II
parait que tous les habitans du Presidio
sont militaires; du moins nous n'en vimes
aucun qui ne le fut. Les arts mecaniques.
 70 .:._./TOYAGE
lesplus neeessaires etaient exerces, avec la
permission du commandant, par quelques
soldats , qui n'etaient pas toutefois des
ouvriers fort adroits.
Dans tous les etablissemens espagnols
dont j'ai pari. , nous avons trouve , non-
seulement un asile et une agreable reftrttit-
apres les travaux et left vicissitudes de
notre voyage, mais encore tous les char-
mes de la societe, avec des hommes d'an
caractere noble et gen_reux, qui s'effb-__->
rent de se surpasser les uns les autres ,
taut en nous temoignant Finteret qu'ils
prenaient a nous , qu'en nous exprimant
le plaisir avec lequel ils nous rendaient
toutes sortes de services. Leur conduite
amicale et hospitali.re prouvait journelle-
ment la since rite de leurs protestations,
et rendit le sejour que nous limes au^milieu d'enac Uussi agreable que le permit
leur position.
La generosite bien connue des autres
Espagnols, qui nous donne rent tant de
temoignages d'amitie , me fait esperer
qu'ils ne s'offenseront pas de la chaleur
avec laquelle je m'exp rim era i relativement
a Don Quadra, qui, malgre la difference
 DE   VANCOUVER. ji
de nos opinions dans nos negociations di-
plomatiques a:Noutka, se conduisit envers
nous avec une honnetete au-dessus de tous
les eloges que je pourrais lui prodiguer.
Sa bienveillance ne se renferma pas dans
les soins ordinaires de Fhospitali te , mais
se montra dans toutes les occasions ou le
service de sa. majeste pouvait, en quelque
chose, etre interesse.
Nous lui eumes les plus grandes obligations , tant.pour avoir attendu nOtre arrivee a. Monterrey., et pour la maniere
dont il nous y recut, que pour la prolongation du sejour qu'il y fit, quoiqu'il eut
eu plus d'agrement a Tepic, lieu de sa.
residence, aux environs de S. Bias.. Cependant de tels sacrifices n'.puiserent pas
encore sa bonne voLonte. Lorsque je lui
demandai 1'etat de ce que nous devions
pour les rafraichissemens qui nous avaient
ete abondaminent fournis a StdFrancisco
04 a Monterrey , de meme. que pour le
betail, les moutons, le ble, etc. , etc. ,
embarques sur le Dedale, non-seulement
il repoussa Fidee de recevoir aucun paie-
ment, mais il defendit strictement qn'on
nous remit le moindre etat a ce sujet, et
J
 (
"*7_8 VOYAGE I
il ne voulut pas meme accepter une simple
reconnaissance. Tous mes efforts ne purent
le faire changer de determination; et,
pour derniere reponse , il nous dit que
nos cours respectives devant etre instruites
de nos differentes operations, ce serait
elles qui decideraient la contestation.
Les dignes missionnaires de Fordre de
S. Francois et leur respectable superieur,
MM. Caamano, Arguello, Sal, et tous les
officiers espagnols avec lesquels nous dimes quelque rapport, s'attirerent egale-
lnent notre estime et notre reconnaissance.
Les personnes subordonnees imiterent
leurs superieurs par une conduite toujours
obligeante etpolie.
Je dois attribuer au respect et a la consideration que , dans toutes les circonstances, on temoignait a Don Quadra,
Faccueil amical que nous recumes, et dont
il donna; I'exemple.
Je ne pus me separer des personnes qui
composaient une si agreable societe , sans
eprouver beaucoup de regrets, qui s'aug-
menterent encore par l'impossibilite ou je
me trouva is de leur laisser les differens'
objets dont elles avaient besoin.  Cepen-
 DE   VANCOUVER. 73
dant je leur fis presenter ceux des usten-
siles les plus necessaires dont je pus me
passer; et j'eus la satisfaction d'apprendre
qu'ils avaient ete ref us comme des objets
d'une grande valeur.
I r Le resultat moyen de no suites d'observations de distances par. M. Whidbey,
et de 89 par moi, faisant en tout 199 suites , chacune con tenant, comme a Ford i-
naire , six observations , donna pour longitude a Mqntetrey 258° 25' ^5". Celle
que M. Malaspina lui assigne est de 237 °
5i'. II place aussi le promontoire nord du
Cap'Mendocin 26', et la Pointe-^U-los-Reys
33', plus a l'ouest que nous ne Favons fait.
Par nos calculs, la totalite de la cote nord-
ouest de 1'Amerique , que nous avions
jusqu'alors reconnue^ se trouve a Fest de
la position en longitude que lui assignent
le capitaine Cook et M. Malaspina. De
telles autorites meritent sans doute la plus
grande confiance, mais la continuelle se-
renite du ciel, dans le temps ou nous fimes
nos observations, m'en gage a a adopter
le meridien qui en fut le resultat.
La latitude, d'apres 22 hauteurs meri-
diennes, est de 36° 36' 20".
87. 5
__5^
J
 $4 VOYAGE
Les marees paraissent etre irregulieres
et de peu d'elevation. D'apres leur mouvement general, il semblait que le flot
n'avait lieu qu'uneijb_s en vingt-quatre
heures. La mer etait haute, environ sept
heures et;demie apres que la lune avait
passe au meridien. L'elevation et la chute
sont d'environ six pieds dans les syzygies ,
et de quatre dans les quadratures.
Ici se termine tout ce qui est relatif aux
operations de la Decouverte, jusqu'a la fin
de Fannee 179-. Les deux chapitres sui-
vans contiennent les details de celles qui
furent executees par les officiers sous mes
ordres , p enda nt notre sepa rati on.
 DE  VANCOUVER-
CHAPITRE III.
75
Reconnaissance de lal/te_e/_ de Colombia , par Ie
lieutenant BrOu£_to_.)><%
Le 21 octobrt?, nous mimes en mer,
laissant le Chatam Jp.'ancre , & wsbtree de
i&Wtt&re-de-ColomfaiW'. 3^_-p#_1lis*qtt'avaut
son depart, M. Broughton ferait tous ses
efforts , tant pour recondaift^utfetendue
navigable de cette ouverttire, que pour
prendre sur ce pays toutes leSf'iMorma-
tions que les circonstances permettraient
d'obtenir. En lisant le recit des operations
de cet 0-_ci__>j>#_.>verra que n*a-tfOnfiance
daris ses talens et en son zele fut com-
pletement j us tifiee.
• 1_3l situation du Chatam a Fe-ltree de la
riviere de Colombia n'etait ^_i_t_ttement
bonne a la mer basse, pendant laquelle
la profondeur 'de -*_ttu ne passait pas <|tt-.-
 76 VOYAGE
tre brasses, et la lame brisait fortement a
une encablure du vaisseau, sur un banc
de deux brasses et demi, et qui regut le
nom de Spit - Bank (Banc-de-VEpi ). Le
mouillage du navire etait par ^6° 18' de
latitude, et restait au 5o° sud-est, a peu
pres a un mille et un quart de la partie
interieure du Cap-Disappointment, depuis
lequel, jusqu'au rivage oppose, les brisans
forment, k travers le canal qui conduit a
la mer, presque une seule chaine bien liee,
qui n'offre qu'un tr^s-etroit passage dans
la direction de l'ouest quart d'une pointe
que M. Broughton appela Pointe-du-Yil-
lage , pafce que dans le voisinage il se
trouvait un village abandonne.
La Decouverte n'ayant fait aucun signal
au Chatam, avant de s'eloigner, M. Broughton en conclut avec raison que je desi-
rais qu'il reconnut et qu'il examinat cette
ouverture sur la cote. En consequence , a
deux heures apres midi , il la remonta a
Faide du flot qui commen5ait, et d'un
grand frais de sud-ouest, laissant la Poin-
te-du-f^iMage, qui git au 700 sud-est, a
cinq milles de distance du Cap-Disapp&int-
ment, bien ouverte   avec une pointe qui
 DE   VANCOUVER. 7 7
s'avance d'une maniere remarquable sur
le rivage sud, laquelle semblait former
une! ile, et recut lenom de Tongue-Po_nt
(Pointe-de-la-Langue). La rapidite du flot
ayant jete le Chatam sur un banc de sable,
il y demeura jusqu'a la mer haute. Alors
il mouilla, par dix brasses , avec la plus
grande facilite, et passa la nuit a l'ancre.
Pour se guider , M. Broughton n'avait
qu'une carte dressee par M. Gray, qui
commandait le navire americain , nomme
Colombia; et cette carte n'avait qu'un faible
rapport avec ce qu'elle etait censee repre-
senter.
M. Broughton alia, le lendemain, avec
le grand canot et la chaloupe, examiner
les rivages sud de I'ouverture. II debarqua
d'abord au village abandonne, sur la cote
nord, puis sur la cote est de la Pointe-du-
Viltage. De celle-ci, il passa a la Pointe-
Adams, qui fait la pointe sud-est de l'entree. C'est un epi de sable, etroit et bas ,
qui s'avance au nord dans FOcean, et git
au 44° sud-est du Cap-Disappointment, a
peu pres a quatre milles de distance. De
cette pointe la cote tourne brusquement
.au sud, et les rivages en dedans de Fou-
 78 voyage
verture se diligent au 74° sud-est, l'espace
de quatre milles, vers une. autre pointe,
qifel^t nommee Pointe-George. Des brisans multiplies remplissent absolument le
chenal entre les deux rives.   )
Le detachement trouva ici les restes
d'un autre village abandonne , pres du-
quel etaient trois grandes pirogues, sou-
tenues en Fair , et qui contenaient des
cadavres humains. Ces pirogues-cercueils
etaient decorees, a Favant et a Farriere ,
d'une sculpture grossiere ; et, d'apres leur
etat de vetusle, il semblait qu'elles ser-
vaient depuis beaucoup de temps A cet
usage. On decouvrit aussi un autre sepul-
cre , qui rappelait notre genre d'inhunia-
tion. Le corps etait enveloppe dans des
peaux de cerf, puis {dans des nattes, et
.couche de toute sa longueur dans une
caisse de bois, qu'il remplissait entierement. La chair en etait encore ferme.
Lorsque la curiosite du detachement fut
satisfaite , on eut soin de retablir cette
biere dans Fetat ou elle etait auparavant.
Entre la pointe Adams et la pointe
George, on trouve une petite baie dont
les rivages offrent un terrain bas, Beau-
 DE   VANCOUVER. 79
coup de pelicans s'yiaontr^rentaar l'eau.
En approchant de Fangle sud-estide eette
baie , M. Broughton decouvrit une petite
riviere dont l'entree etait a peu pres de
deux encablures de largeur. Elle se-4H*_v
geait au sud-est; et, en sei pen tan t, elle
formait plusieurs criques. A la distance de
sept milles, la largeur n'en etait plus que
de dix-neuf brasses ; et, comme c'etait le
temps de la mer haute, tout examen ul-
terieur fut juge inutile. Etant redescendu
l'espace d'un mille , le detachement passa
la nuit sur le bord de cette riviere, que,
du nom de sir George Young, de la marine royale, M. Broughton nomma Bi-
viere-d'Young.
Des bords de cette riviere, une prairie
basse et sur laquelle etaient cpars des ar-
bustes et des arbres , s'etendait jusq u'a une
terre plus eleven. Celle -ci, d'une montee
facile, offrait une agreable variete de massifs et de bouquets de pins, d'erables ,
d'aunes, de bouleaux, de peupliers et de
plusieurs autres arbres, outre un nombre
considerable d'arbrisseaux; et les diverses
teintes de leur feuillage d'automne embel-
lissaient encore ce charmant paysage. Les
 So .aJtWOYAGE
bords marecageux de la riviere servaient
de relraite a des oies sauvages, qui pri-
rent leur vol en nombre considerable. II y
avait aussi une grande quantite de canards,
et de grosses grues brunes , de meme es*-
pece que celles que j'ai deja indiquees eu
parlant des parties les plus sep ten trio na les
de la Nouvelle-Georgie.
En quittant cette riviere, M. Broughton
se porta vers la Pointe-Georgc, et tronva
qu'a peu pres aux deux tiers des mortes
marees, la profondeur de l'eau etait;<$H
deux brasses et demie, et comme elle est
absolument la meme le long de Fentree
de la Riviere-d'Young, celle-ci n'est navigable que pour de petits navires; I -i
M. Broughton s'avanca ensuite dans le
canot jusqu'a Xangue-Point, dont le rivage est court d'abord au sud, puis _'&-
tend presque a l'esfc-nord-est. De cette
pointe, il vit, a la distance de sept milles,
le centre d'une profonde baie, qui git au
260 nord-est. Elle fut le terme des re*
cherches de M. Gray ; et, pour rappeler
que ce fut lui qui en fit la decouverte, on
la nomma Baie-de-Gray. M. Broughton
retotirna ensuite a bord, ou il arri va dans
 DE   VANCOUVER. bl
Fapres-midi. Immediatement apres il ap-
pareilla, precede d'un canot qui lui servait
de guide. Le peu de .profondeur de Feau
retarda considerablement ses progres,et
a la chute du jour , il j eta l'ancre pour la
nuit, a peu pres a la distance de deux
milles de son premier mouillage. Le lendemain (24 octobre) M. Manby alia, des
Faurore, sonder le chenalj^_squ'ala_?ai_-
de-Gray, mais iI le trouva tres- embarrasse,
ce qui engagea M. Broughton a renoncer a
Fidee de faire remonter le Chatam plus
haut, et il se determina k continuer l'exa-
men de l'entree dans les canots.
Apres avoir determine la position de
son mouillage , par 460 17'de latitude,
et 236° 17' J de longitude, il partit avec
le grand canot et la chaloupe, emportant
d es provisions pour une semaine. A l'entree
"de ia nuit, il debarqua sur le rivage ouest
de la Baie-de-Gray, qu'il traversa le lendemain matin, et au-dela de laquelle les
rivages du continent deviennent eleves et
sont de roche. A environ un mille au sud-
ouest-quart-d'ouest de la pointe est de
cette baie, situee au 780 nord-est , a
quatre milles de la pointe   ouest, com-
 rl
82 VOYAGE
mence une rangee de cinq ilots de sable
tres-bas, en partie couverts de bois, et se
prolongeant a l'est, Fespace d'environ
cinq milles. Entre 1-Ocean et le point que
Fon peut considerer comme l'entree de la
riviere , est un espace de trois a sept milles
de largeur, d'une navigation difficile, a
cause des bas-fonds qui -Pendent de l'une
a Fautre rive. Les pointes de Fentt-e sont
placees au 5° nord-est et au 5o° sud-ouest.
Celle qui est la plus septentrionale est situee par 46° 18' \ delatitudeet 2368 34' \ de
longitude; et la riviere prend ensuite a peu
pres la direction du 45° sud-est. Depuis la
pointe est de la Baie-de-Gra^^sque-la, le
rivage est presque droit, sans coupures,
et se prolonge au 870 sud-ouest. Le deta-
chement s'arreta pour diner, a peu pres a la
distance de trois milles de la pointe est de
la baie, sur l'un des flancs d'une colline
haute et escarpee , sur le rivage nord , et
faisant face a l'une des iles basses. De cette
colline on voit une retnarquable colonne
de roche , qui git au 790 sud-ouest, a un
mille du rivage, sur le cote sud de l'entr_e
de la riviere, dont les deux pointes sont
formees par un terrain marecageux et has;
 DE   VANCOUVER. 83
et la plus au sud parait etre une ile. Au
nord-ouest de celle qui est la plus septentrionale , une branche prend la direction du nord , et fut nommee Riviere-
d'Orchard.
Le lendemain matin ( 26 octobre), a la
pointe du jour, M. Broughton continua a
remonter la riviere , dont la largeur etait
de pres d'un mille. Les rives des deux
cotes sont basses et marecageuses. Au
bout de deux lieues, elles sont de roche ,
et la terre est plus elevee. La , une ile bien
boisee, d'environ une lieue et demie de
longueur, partageait le courant, et offrait
un bon passage de chaque cote. A peu
pres a une lieue au-dela de la pointe sud-
est de cette ile , qui recut le iioin.Si'I-t
Puget , la riviere avait la meme direction,
jusqu'au 460 10' de latitude, et 236° 5o'
de longitude, ou elle se detourne brus-
quement au56?|&>rd-est l'e$pace d'environ
une lieue. A ce coude s'offrit une rietite
riviere que M. Broughton appela Riviere-
de-Swaine. Dans les environs , quelques
naturels monies sur quatre pirogues joi-
gnirent le detachement. Ils etaient la plupart vetus de peaux de daims, et les autres
 34 VOYAGE
avaient des vetemens de loutre de mer.
Ces bonnes gens vendirent un peu de poisson , puis seretirerent. Leur langage _$__f
si different de celui de tous les autres
Indiens de 1'Amerique, qu'il ne fut pas
possible d'en comprendre un seul mot.
Les rives etaient garnies de beaux arbres
de haute futaie. Les pins etaient les plus
nombreux sur les terrain, eleves; mais
pres des bords de la riviere, croissaient le
frene, le peuplier, Faune, Ferable, et plusieurs autres arbres inconnus au detachement , qui n'arriva que le soir a Fextremite
du point nord-est ci-dessus mentionne.
Sur le rivage nord, il y avait un village
dont les habitans Finviterent a debarquer,
M. Broughton prefera de continuer k re^
monter la rivi.re, qui se dirige au 62°
sud-est, _t au milieu de laquelle, depuis
ce village, sont quelques iles qui occupent
un espace de deux milles, et qui, du nom
_ra second lieutenant de la Decouverte,
furent appelees Iles-Baker. A un demi-
mille a Fest de ces iles, le detachement
prit terre, pour la nuit,*%itr une haute
pointe escarpee, qui fut nommee Pointe*
Sheriff.
 DE   VANCOUVER. 85
Neuf pirogues, remplies d'lndiens, s'arreterent dans une petite crique, a peu de
distance de la pointe, et cette circonstance
convainquit M. Broughton que plus on
remontait la riviere, plus on trouvait le
pays habite. La contenance guerriere de
ces Indiens excita d'abord'quelque defiance 9 mais lenr bonne conduite: prouva
bientot qu'elle etait mai fondee.
Le lendemain matin, a sept heures (le
27 Octobre), M. Broughton continua son
examen, et passa au nord d'une petite ilej
bien boisee, que, du nom.du chirurgien
du Chatam, il appela Ile -Walker. Les
neuf pirogues suivirent le detachement,
et le nombre en augmenta, a mesure qu'il
passa devant quelques petites criques, et
des ouvertures qui s'offraient sur Fune et
Fautre rive.
On trouve sur la rive nord un mont' re-
marquable, aux environs duquel etaient
placees plusieurs pirogues, qui contenaient
des cadavres; et, en consequence, on lui
donna le nom de Mont-Goefin (Mont-des-
Gereueils). A peu pres a un mille de ce
mont, les Indiens s'arreterent dans une
seule hutte; mais M. Broughton continua
J
 rf
86 voyage
sa route; et a trois heures de Fapres-midi,
il prit terre, pour diner, sur la rive sud,
a neuf milles de la Pointe-Sheriff. Cette
rive est elevee et de roche , et termine la
direction dela ligne par 46° 5' de latitude,
et 2370 11' de longitude. De la , la riviere
court au i8° sud-est. La rive nord, au
lieu d'etre escarpee, est alors basse, plate,
sablonneuse , et coupee, presque a Fopposite de la station du diner, ou la riviere a
pres d'un demi-mille de large, par deux
autres courans d'eau. Celui qui est le plus
a l'ouest fut nomme Riv__3le-Poole , et
le plus a l'est, Riviere-de-Knight. Ce
dernier est le plus large. Si Fon en juge
par Fentree, il est tres-etendu; et les naturels firent entendre par signes, que ceux
qui habitaient vers le haut de cette riviere
possedaient une grande quantite de peaux
de loutres de mer. Apres diner, le detachement se remit en route ; et, apres avoir
fait quatre milles, il debarqua pour passer
la nuit sur la five.
A six heures du matin (le 28), M. Broughton continua son examen, et bientot de-
passa une petitelie de roche, elevee d'environ  vingt  pieds au-dessus  de  l'eau.
 DE   VANCOUVER. 87
Plusieurs pirogues , dans lesquelles on
avait depose des corps morts, en couvraient
le sommet. A deux Bailies de la se trouve
une basse ile de sable, depuis. laquelle la
ligne couraitplus a Fest, pendant environ
quatre milles , jusqu'a une pointe sur la
rive nord, par 45° 56' de latitude, et 237°
18' de longitude. Cette pointe est elevee
et de roche , ainsi que la rive dont elle
fait partie, et qui est couverte de pins jusqu'au bord de Featt. La rive opposee est
basse et produit plusieurs sanies. De cette
pointe, la direction de la riviere est, avec
peu de variation, 5° sud-est, et le canal
en est etroit.
La se presentent trois ouvertures qui
s'etendent a Fest, et sont formees par deux
petites ties bo i sees , sur l'une des quelles
etait un bosquet de peupliers eleves et
droits.Elles furent nominees Iles-d'Urry.
A peu pres a la distance de quatre milles
au sud de la haute pointe dont je viens
de parler, on trouve une autre pointe , ou
Fon vit, pour la premiere fois depuis que
Yon remontait cette riviere, des chenes,
dont Fun avait treize pieds de circonfe-
rence. Elle fut nominee Oak-Point (Pointe-
 88 VOYAGE
du-Chene). A trois milles et demi de celle-
ci, M. Broughton en atteignit une autre ,
qu'il appela Pointe-Warrior (Pointe-des?[
Gu&rriers1), parce que le detachement s'y
vit entoure par vingt-trois pirogues , chacune desquelles portait depuis trois jusqu'a
douze hommes, dans tout leur attirail dc
guerre, et qui semblaient prets a livrer
combat. Ces etrangers s'etant entretenus
avec les Indiens qui suivaient le detachement, quitt_rent bientot leurs vetemens
militaires , et echangerent tres-honnete-
mentleurs armes et plusieurs autres objets
contre les articles pre ci eux qu'on leur
presenta; mais ils ne voulurent se des-
saisir d'aucune de leurs epees de cuivre,
ni d'une sorte de hache de combat t faite
en fer.
A la Pointe-Warrior, la riviere se divise
en trois branches. Celle du milieu avait
pres d'un quart de mille de largeur, et fut
consideree comme la principale. La plus
large , apres celle-ci, prenait la dircctimi
de l'est et paraissait fort etendue. Elle
recut le nom de Riviere-de-Rusleigh r et
Fautre, qui s'etendait au sud—sud-ouest,
eut celui de Riviere-de-Call.    •
 DE   VANCOUVER. 89
Sur le bord de la Riviert+tfet-Rusleigfej.
il y avait un grand village indien, et ceux
des naturels qui paraissaient etre de ce
. village presserent vivement le detachement de s'y rendre. Pour ajouter plus de
poids a leurs sollicitations, ils firent entendre, d'une maniere tres-intelligible,
que s'ils allaient plus loin, on couperait
la tete a tous ceux qui le composaient.
M. Broughton a qui, pendant cette reconnaissance , on avait deja donne les memes
avis , ou fait les memes menaces , n'en
ayant vu jusqu'alors aucnn effet, continua
sa route en remontant la branche princi-
pale de la riviere; et a huit heures du soir,
il se logea, pour la nuit ,'sous Fabri de
quelques saules qui croissaient sur une
basse pointe de sable, qui, en consequence,
fut nommee Potoxe^Wileow ( Pointe-des-
SaulesJ. Douze naturels qui avaient ac-
compagne le detachement dans une pirogue se placerent a peu de distance.
Le lendemain (29 octobre), M. Broughton alia toujours en avant. La rapidite du
courant lui etant contraire, il ne fit que
quatre ou cinq milles, depuis le lieu ou il
avait passe la' nuit jusqu'a celui ou il s'ar-
 90 VOYAGE
reta pour diner. Dans cette derniere position , la. latitude observee fut de 45° 41 f
et la longitude de 235o 20'. Le Moni-S.**
Helens, que Fon avait apercu d'un peu
plus bas, restait au 38° norcfcest, et la
Bowie- Warrior etait eloignee d'environ
huit milles.
En faisant route , le detachement avait
depasse deux villages indiens, situes sur
le bord occidental de la riviere, et il fut
joint par cent .cinquante naturels qui mon-
taient vingt-cinq pirogues. Pour eviter
toute surprise, on dina dans less embarcations. Toutefois cette precaution etait inutile; car aussitot que Fon eut donne quelques bagatelles a ces Indiens, il s'etablit
un echange dans lequel ils se conduisirent
tres-fdecemment. Une ligne fut tracee sur
le sable , et personne ne la passa, a l'ex-
ception de deux hommes qui semblaient
etre des chefs principaux, et qui en avaient
obtenu la permission. Les dispositions de
ceux-ci parurent etre aussi tres-favorables;
mais on ne put en profiter y faute de con-
naitre leur langue.
A une heure, le detachement quitta sa
station, et apres avoir tame pendant cinq
 DE   VANCOUVER. 91
milles, toujours dans la direction du 5°
sud-est, il depassa, sur le bord occidental, une petite riviere qui conduisait au
sud-est. Un demi-mille pins loin, et sur
la meme rive, on en vit une plus large ,
qui menait plus au sud, et dont Fentree,
qui a pres d'un quart de mille de largeur,
offre deux petites iles boisees. M. Broughton la nomma Riviere - Mannings. La
pointe sud en est situee par ^5° 39' de
latitude, et 2370 21' de longitude. Elle
commande un point de vue delicieux , qui
s'etend sur toute la region dont elle est
environnee; et en consequence, elle reeut
le nom de Po_nte-Bel_e-Vuej _Je cette
pointe , la branche que Fon considerait
comme la principale de la riviere, suivait
k peu pres la direction du 570 sud-est,
pendant une lieue et demie. Une montagne tapissee de neige et tres-eloignee sor-
tait alors, d'une maniere admirable et tres-
appai ente, du milieu d'nn terrain bas, ou
du moins moderement eleve, et d'une
grande etendue. Elle gisait au 670 sud-est,
et semblait annoncer la fin de la riviere.
Depuis la Pointe-BeUe-Vue, le detachement s'etait avance dans la direction ci-
 9? VOYAGE
dessus, et il avait depasse une petite ile
boisee, d'environ trois milles de longueur,
et situee au milieu du courant. La riviere
se dirige vers le ^5° sud-est, a partir de la
pointe sud-est de cette ile qui recut le nom
d'lLE-MENziEs , et a Fextremite orientale
de laquelle il y en avait une petite, sa-
blonneuse, boisee et couverte d'oies sauvages.
Les Indiens se retirerent successivement,
k mesure que se presenterent differentes
criques, ou des branches de la riviere. II
ne resta plus qu'un chef age, qui etait
venu un des premiers, et dont le village
etait pins haut. Ayant recu plusieurs presens, il con cut beaucoup d'amitie pour les.
personnes du detachement, et, voulant
leur en temoigner sa reconnaissance, il alia
en avant pour faire preparer des logeinens
et tous les rafraichissemens que pourrait
fournir son village. Nos gens arriverent
sur les sept heures du soir a Fhabitation
de cechef, qui s'efforca vainement de les
yiretenir. M. Broughton prefera un lieu
phis retire, et passa la nuit, avec tout son
monde, pres d'une petite crique plus eloignee d'un demi-mille en remontant la ri-
 DE   VANCOUVER. 96
viere, et a la distance d'environ huit milles
de la Pointe-Belle-Vue. II se remit en
route, le lendemain, a sept heures du
matin, et gagna la rive nord, qui etait
bien boisee,,et composee d'une greve pier-
reuse. La rive sud, quoique sablonneuse
et basse, etait aussi parfaitement revetue
d'arbres. La riviere avait environ un quart
de mille de largeur, et courait dans la
meme direction que ci-dessus.
Le detachement passa une petite ouverture de roche, au centre de laquelle il y
avait un rocher d'environ doa_e_pieds au-
dessus de la surface de l'eau, et sur lequel
etaient loges plusieurs grands arbres,
qu'une maree extremement1 haute avait
pu seule y laisser. De la, une large riviere
restait au 5° sud-est; elle prenait ensuite
la direction du sud-ouest, et fut nommee
Riviere-de-Baring. Entre cette riviere et
la petite crique ou M. Broughton avait
passe la nuit, il y a une autre ouverture
qui s'etend a Fest-nord-est, dans laquelle
il y a plusieurs petits rochers, et ou le
vieux chef qui- accompagnait toujours le
detachement, alia chercher du poisson A
deux heures, on s'arreta pour diner, sur
 94 VOYAGE
la rive nord, vis^i-vis de l'entree de ia
Riviere-de^Baring: Bix pirogues remplies
d'Indiens attendaient la; et le vieux chef
revint bientot, apportant une grande
quantite de tres-beaux saumons. II avait
snivi le passage de roche, et etait revenu
au-dessus du detachement; ce qui indiqua
que la terre ou Fon dinait etait une ile.
On reconnut ensuite qu'elle avait trois
milles de longueur; et, du nom da lieutenant du Chatam, elle fut appelee Ile-
Johnstone. La pointe ouest de la Riviere-
de-Baring, est situee par 45° 28' de latitude, et 2370 4-' -le longitude. De celle
pointe la branche principale presente un
cours irregulier, a peu pres vers le 820
nord-est, et la largeur en est d'environ un
quart de mille. La rive sud est basse et
boisee. Un banc de sable qui s'etend en
avant, et sur.lequel etaient loges de grands
arbres morts, resserre de ce cote le lit de
la riviere. Le passage le meilleur est pres
de YIle-Johnstone, dont le rivage est escarp, et de roche. Cependant M. Broughton suivit le chenal, du cote oppose, et
qui offre quelques rochers, entre lesquels
et la terre principale il trouva neannYoins
 DE   VANCOUVER. <tf
un passage siir. Ii la prolongea jusqu'au
soir. « Ayant passe le banc de sable, dit-il,
» je debarquai pour prendre mes derniers
» relevemens. Une pointe de sable, sur
» la rive opposee, nous restait au 8o° sud-
» est, a la distance d'environ deux milles.
>» Cette pointe terminant notre vue de la
» riviere, je l'appelai, du nom du capi-
,» taine Vancouver , Pointe-Vancouver.
» Elle est situee par 45° 27' de latitude,
» et 2370 5o' de longitude. » La montagne
que Fon avait apercue de la Pointe-Belle-
Vue, se presenta de nouveau, et restait
au 670 sud-est; et quoique le detachement en fut plus pres de sept lieues r ce-r
pendant on n'en distinguait pas beaucoup
plus la cime, au-dessus de la terre inter-
mediaire, qui etait plus que moderement
elevee. M. Broughton Fappela Montagne-
de -Hood , en Fhonneur du lord de ce
nom. L'aspect en etait superbe. La neige
qui en couvrait le sommet, descendait
aussi bas que permettait de le voir la
haute terre, qui la cachait en partie.
M. Broughton regretta de ne pouvoir en
fixer posi ti vement la situation; mais il j ugea
1
 9« VOYAGE
qu'elle n'etait pas a moins de vingt lieues
de FencLroitou il se trouvait.
£'i'*Apr&s avoir tourne la Pointe-Fancouver•,
la Riviere-de-Colombia semble se diriger
plus au nord. La rive su$ forme des collines , sur les flancs desquelles on voit des
taches d'une couleur rougeatre. Le sommet de ces collines etait couvert de quelques pins. La rive opposee etait basse ,
bien boisee, et en grande partie composee
de greves ou l'eau laissait une empreinte.
La largeur de la riviere etait d'un quart
de mille , et la rive nord offrait un chenal
sur et net. Du. ant toute cette journee , les
embarcations ayant eu constamment le courant contre elles, ne purent avancer que
de douze milles; et quoique Felevation et
la chute de l'eau eussent ete regulieres et
sensibles, il n'en fut aucunement affecte,
et il descendit toujours avec la meme ra-
pidite.
M. Broughton calcula qu'il se trouvait
alors a la distance de 84 milles de ce qu'il
considerait comme l'entree de la riviere,
et a celle de i oo milles du mouillage du
Chatam.  Pour atteindre cette station, il
 de Vancouver. 97
avait employe sept jours, et eu beaucoup
de peine. II ne s'etait muni de provisions
que pour environ cet espace de temps, et
ce qui lui en restait ne pouvait, en usant
dela plus stricte economie, durer que deux
ou trois jours. Comme il -tait impossible
que, meme avec les circonstances les pins
favorables, il regag___t plus tot le mouillage, il renonca au projet de pousser plus
loin son examen, et il en eut d'autant
moins de regret qu'il s'apercut que la
riviere est a peine accessiblek des navires,'
au point ou il se trouvait. Neanmoins,
avant de retourner sur ses pas, il prit, au
nom de sa majeste britannique, possession
de la Riviere-de-Colombia et des environs,
vu qu'il avait lieu de croire que les suj ets
d'aucune autre nation civilisee, ou de
quelque puissance que ce fut, n'etaient
jamais entres dans cette riviere. I/esquisse
meme de M. Gray le confirma dans son
opinion; car il ne paraissait pas que ce
capitaine americain en eut vu l'entree , ou
s'en fut approche de plus de cinq lieues.
Le vieux chef, qui avait toujours suivi le
detachement, fut present a la ceremonie,
et but a la sante du roi.   M. Broughton
6
_____
 98 Voyage
cssaya d'en tirer quelques informations sur
le pays. Tout ce qu'il put en apprendre
fut que, si Fon voulait remonter plus haut
la riviere, on en serait empeche par des
sauts. II le fit comprendre en prenant de
l'eau dans ses mains; et hnitant la maniere
dont elle tombe des rochers, il montrait
le point 011 se leve le soleil, pour indiquer
que la source etait au loin dans cette direction.
Lorsque toutes ces ceremonies et ces recherches furent terminees, il faisait nuit,
et neanmoins M. Broughton se rembar-
qua. Tous les Indiens prirent alors ires-
poliment conge. Cependant le vieux chef
et ses gens , ayant a suivre la meme route
que le detachement, lui tinrent compagnie.
On s'arr-ta, pour la nuit, a peu pres a un
demi-mille de distance du lieu ou Fon
avait passe celle du jour precedent? et Fon
fit en trois heures, a Faide du courant, le
chemin qui en avait pris douze en le re-
foulan..
M. Broughton se remit en route le 3i
octobre, au matin. Lorsqla'iltosen-_fra-
vers du Village du vieux chef, celui-ci le
rejoignit avec toute sa tribu. On atteignit
 ^
DE   VANCOUVER. 99
File qui etait couverte dfc.es sauvages , et
qui, en consequence, recut le nom de
Goose-Island (Ile-des-Oies J.
Le bon vieux chef quitta le detachement
a peu de distance de la Riviete-de Baring.
Pour conserver le souvenir de _a conduite
amicale , et rappeler que le lieu de sa residence etait dans les environs, cette partie
de la rivi__e (de Colombia) recut le nom
de Friendly-Reach*; et une pointe nord,
au 67" sud-est de la Pointe-B elle-Vue ,
fut nommee Parting-Point (Pointe-du-
Depart). A la distance d'environ trois
milles de la Pointe-Willow, du cote est
de la riviere , M. Broughton depassa une
ouverture ou un bras qui se dirigeait au
nord-est, et que, du nom. du ma. fer de
la Decouverte , il appela Riviere - de -
Whidbey.
Le 2 novembre , a neuf heures du soir,
I Nous n'avons point de mot francais qui soit
.'equivalent de reach dans ce sens. Lorsqu'on
1'emploie en geographie , il signifie la largeur dun
bras de riviere entre deux pointes. Friendly est
un adjectif, de'rive du substantif friend, arai.
(Note du Traducteur. )
 IOO VOYAGE
le detachement arriva a bord du Chatam,
apres avoir employe , pour redescendre la
riviere, la moitie moins de temps qu'il
ne lui en avait fallu pour la remonter.
M. Broughton eut la satisfaction de trouver son batiment pret a mettre a la mer.
II deinarra le lendemain; mais le vent
qui soufflait de l'est, passa tout-a-coup
au sud, avec de fortes rafales entremelees
de pluie , et il fallut rester au mouillage.
La meme chose arriva encore dans la
matinee du jour suivant. Le Chatam ap-
pareilla de nouveau dans Fapres-dinee ;
mais bientot le temps redevint orageux ,
et Fon fut contraint de jeter Fancre par
six brasses, un peu au-dessous du village
abandonne, que les naturels nomment
Chenoke.
Le mauvais temps dura jusqu'au 6 novembre , au matin , que M. Broughton ,
avec un vent d'est-nord-est, fit voile vers
leC'ap-Dis appointment ; mais le ressac et
le vent le forc&rent d'arriver , vent arriere , dans une baie situee immediate-
ment en dedans et sur le cote est de ce
meme cap.
II trouva a ce mouillage la Jenny de
ts_
 DE   VANCOUVER. _OT
Bristol., qu'il avait depassee lorsqu'elle y
arriva; el M. Baker , qui commandait
ce navire, lui dit que la continuite du
mauvais temps Favait empech e de remettre
en mer.
he 10, au matin , a mi-ebe, et a Faide
d'une brise moderee de Fest-nord-est, le
Chatam appareilla de la Baie-de-Baker ,
que M. Broughton appela ainsi, du nom
du commandant de la Jenny, dont il suivit
le sillage. M. Baker, dont le navire etait
plus petit, et qui, etant arrive lorsque la
saison etait moins avancee, connaissait
mieux la direction du chenal, proposa lui-
meme de marcher en avant. Les progres
des deux batimens furent neanmoins tres-
lents.   .
La Jenny semblait s'avancer sans embar-
quer aucune lame. La mer brisa plusieurs
fois de Favant a Farriere sur le Chatam ;
mais on avait pris toutes les precautions
possibles pour empech er que l'eau ne
penetrat sons les ponts. M. Broughton
soupconnant qu'il pourrait avoir besoin de
ses embarcations, les fit tenir pretes, a
tout evenement. Malheureusement une
vague d'une force terrible remplit la cha-
6*
J
 102 VOYAGE
loupe, et la violence du coup brisa Ie
grelin. Elle etait gar dee par un soldat de .
marine ; et pour tout secours , en ce moment, on ne put que filer une bouee de
Farriere. Cependant cet expedient ne reus-
sit point; et Fon eut tout lieu decraindre
que le pauvre soldat ne fut noye. Apres
avoir lutte contre trois autres lames d'une
violence extreme, le Chatam fut porte par
la maree et Ie vent avec line grande vi-
tesse; et lorsqu'il fut arrive dans une eau
plus tranquilie , on depecha le grand canot
au secours du soldat que, malgre l'agita-
tion des vagues, on voyait encore etroi-
tement attache a la chaloupe. La force de
la maree ayant opere plus sensiblement
sur cette embarcation que sur le Chatam ,
Favait degagee tout de suite. Le malheureux soldat fut ramene en toute surete a
bord. Alors le Chatam fit voile au sud-
sud-est, avec une bonne brise du nord-
ouest, de conserve avec la Jenny.
Bientot apres on apercut un vaisseau,
que M. Broughton eut pris pour le De-
dale, si M. Baker ne lui avait pas dit
qu'il avait rejoint la Decouverte. C'etait
cependant ce   navire ,  que   le  mauvais
 DE   VANCOUVER. IptSt
temps avait retenu dans le Havre-de-rGray^
d'oii il n'etait parti que depuis quelques
heures.
Jusqu'a ce qu'il eut depasse le Cap-
Mendocin , le Chatam eut un temps aussi
desagreable que celui que j'avais eprouve.
Je terminerai cette description de la. Riviere-de-Colombia par quelques remarques
que fit M. Broughton dans le cours lie
cette reconnaissance , et j'emploierai les
propres termes de son rapport.
« On nous a fait entendre que la decou-
» verte de cette riviere est reclamee par
» les Espagnols , qui Fappellent Entrada-
» de-Ceta, du nom du commandant du
» navire qui, dit-on , la reconnut le pre-*
| mier, mais qui n'y entra point, et salon
» lequel elle est situee par 46° de latitude
» nord. C'est la meme ouverture, en tra-
» vers de laquelle M. Gray nous dit, au
» printemps dernier , qu'il avait ete re-
9 tenu neuf jours , sans pouvoir y pene-
v trer , ce qu'il n'avait fait que dans le
» cours de Fete precedent, et il lui avait
» donne le nom du navire qu'il comman-
» dait. II ne la remonta que jusqu'a cette
» baie que, du nom de ce capitaine ame-
 164 VOYAGE
» ricain, j'ai appele' Baie-de-Gray, et
» qui n'est pas eloignee de plus de quinze
» milles du Cap-Disappointment, quoi-i
»• que Fesquisse de M. Gray en compte
» trente—six. Selon ses calculs, l'entree
» de cette riviere git par 46° i o' de lati-
» tude, et 2370 18' de longitude , ce qur
» differe essentiellement de nos observa-
» tions.
» Le mauvais temps nous empecha
» d'acquerir de grandes connaissances sur,;
» les productions naturelles du pays que
» parcourt la Riviere -de - Colombia. Les
» forets etaient principalement composees
>» de pins de differentes sortes , et fort
» eleves , mais moins cependant que ceux
>» de Noutka. Pres du bord de l'eau, nous
» trouvames Ferable , Faune, le frene ; et
» a quelque distance , en remontant la ri-
» viere, le chene , le peuplier, Farbou-
» sier d'Orient, etaient entremeles, tant
» avec ceux que je viens de nommer v
» qu'avec plusieurs arbres de haute futaie,
» inconnus aux officiers, qui firent une
p» courte promenade dans le pays. Ces
»l messieurs ne purent juger des quadru-
» pedes du pays, que par les peaux dont
 DE   VANCOUVER. 105
» les naturels etaient vetus , oufqu'risap-
« portaient au march., et qui etaientsem-
>» blables a celles que Fon avait vues sur
>• les autres parties de la cote. Les vola-
>» tiles que Fon put se procurer etaient des
« .grues brunes, fort grosses , des cygnes
» blancs, des oies au plumage bran
» et blanc , des canards, des perdrix et
» des becassines. Tous etaient excellens,
>» excepte les -grues. On vit, il est vrai ,
» un grand nombre d'autres oiseaux, mais
» on ne put en prendre aucun. La rivi&re'
>» paraissait abonder en poissons. Les na-
»' turels fournirent des saumons de deux
- especes , et qui Etaient tres-bons , de*
» esturgeons tres-gros et d'un gout excel-
» lent, de la breme d'argent, des ha-
»»<rengs , un poisson plat et des sardines.
>* Nous primes a la seine quelques pois-
» sons de ces quatre dernieres especes..
» 1-es lisieres des forets offraient d'excel-
» lens vegetaux , qui avaient Jl'apparence
» du turneps quand il est jeune. Les na-
» turels mangent en quantite une racine
>* bulbeuse , qui est a peu pres de la
» grosseur du safran, et qui a presque le
4 gout de la pomme deten e, la menthe sau-
 _=55S
^Ojjj VOYAGE
» vag$, le li er re rampant, et la lavande
» sauvage, des baies de differentes sortes ,
et particulierement d'aireiie, d'une sa-
» veur excellente, et les premieres que
» nous eussions trouvees sur cette cote.
. » Les nature]* ne differaient de ceux
» qui nous avaient visitesdurant 1'ete, que
>» par leurs  ornemens. A cet egard, ils
» surpassaient les Indiens de toutes les
» autres tribus, tant pour lespeintures de
» differentes couleurs, que pour les pa-
». rures de toutes les especes r et notam—
» ment en plumes. Leurs maisons parais-
» saient  faire  de meilleures habitations
» que celles de Noutka, le toitallant plus
>» en pente,   et  d'ailleurs  etant couvert
» avec de Fecorced'arjire. L'enfcee. est un
» trou forme dans une large planche , qui
n off re ,  en quelque   sorte ,  une   figure
» d'homnj§, dont la bouche sert de porte.
» Un foyer  est creuse dans la terre, et
» entoure d'un chassis de bois qui Fem-
» peche de s'etendRe,  Les naturels ont
>» tous 1'habitude de fumer. La forme de
» leurs pipes est semblable   a celle des
» no tres. Le fourneau est d'un bois tres-
» dur , sculpte en dehors. Le tube, qui
 DE   VANCOUVER. 1 07
» est environ de deux pieds de long, est
» fait d'une petite branche de sureau. Ces
» Indiens fument une herbe tres-douce,
» nulleinent desagreable, et que produit
1 leur pays. Cependant ils eurent beau-
» coup de plaisir a fumerae notre tabac ;
» d'ou Fon peut naturellement conclure
I que ce serait un excellent article de
*» commerce avec eux. A tout autre egard
» ils ressemblent a leurs ^Risins, et sont
»> tout aussi sales.       Vi n&a$ah .
» Le sol de la plupart des terrains bas
m est une argile dure et riche, qui, selon
» toute apparence , pourrait etre fort pro-
» ductive. G-ltfi des terres elevees, que
» Fon voit entre les pins , est un terreau
» noir, qui semble compose de detrimens
» de ve^^taux.  >»
Dans le chapitre suivant, je rendrai
compte des operations du Dedale , apres
avoir toUtefols cdonne une notice de la
reconnaissance da\i*Hui¥cQ&e-GrUy , par
M. WfeMbey.
_y
 1 o8 VOYAGE
- -■     _•     '    ■        - ' '"■ _ "'   ■
CHAPITRE IV.
Rapport de M. Tr^idbey", sur le Havre-de-Gray*
— Operations du Dedale aux Marquises, et
decouverte de quelque. iles nouvelles. —
Meurtre du lieutenant Hergest a Woahou* —-
rf- Arrivee du Dedale a Noutka. •
Le 21 octobre,{1792), le Dedale mouilla
par quatre brasses, a la hauteur de la
pointe nord d'entree du Havre-de-Gray.
Cette pointe , a laquelle M. Whidbey a
donne le nom de Pointe-Brown , de celui
du capitaine Brown (aujourd'hui contre->
amiral), est situee par 47° de latitude et
236° 7' de longitude. Au io° sud-est, a la
distance d'environ deux milles et un quart
de celle-ci, est la pointe sud, qui fut ap-
pelee Pointe-Hanson , du nom dn lieutenant Hanson, qui commandait alors le
Deaale.
 DE   VANCOUVER. 1 09
Depuis la Pointe-Brown jusqu'a une
autre pointe qui est srtuee vers le haut
du havre, au 65° nord-est de la premiere >
a la distance d'environ quatre milles, et
qui recut le nom de PointU-New, de celui
du master du Dedale, le iivfcge nord forme
une profortde baie, qui s'enfonce hors de
la Mgne des deux pointes, sur un espace
d'environ' une lieue et demie. Cette baie
est remplie de bas-fonds et de sauts , qui
commencent a peu pres k un mille au nord
de la Pointe-Brown, suivent presque la direction de Fest, et passent a un mille environ au sud de la Pointe-New, jusqu'a
l'-tendue navigable du havre qui se ter-
mine dans l'est, k peu pres a deux lieues
de ia premiere. Le rivage de chaque cote
se retire encore plus d'une demi-lieue;
mais Fespace intermediaire consistant en
une batture peu ouverte, il n'est pas possible d'approcher de la tete du havre ,
pres de laquelle il parait y avoir un petit
rtrisSeau.
Ce port semhle de peu d'importance
dans son _tat actuel. II n'offre que deux ou
trois situations ou les canots puissent assez
/approcher du rivage pour effectuer un
87. 7
\
 MO VOYAG?.
debarquement. L'end-oitleplus commode
etait a.la Poinle-Brown. II y en avait un
autre a la Pointe-Hanson, et un troisieme
dans une anse, ou une crique, situee au
sudrest de cette pointe.
Le bois et l'eau sont a une trop grande
distance pour que Fon puisse s'en procurer facilement, surtout celle-ci, qui
jaillit de-petites sources, et coule a travers
un sable grossifr , pres de la Pointe-Hanson , a la distance d'un mille du lieu de
debarquement.
Les rivages qui environnent le havre
sont bas et presentent des marais salans.
Le sol est forme d'une couche legere ,
d'un mejgnge de sable rouge et de sable
blanc, ppseiesur un lit de pierres et de cailloux. A peu. de distance du bord de l'eau T
le pays est couy,ert de bois , et principalement de pins rabqugris.
Ce fut un grand avantage pour le Dedale
et pour le Chatam d'etre retenus dans un
port, tandis que la Decouverte luttait contre un temps orageux. Ils s'y procurerent
en grande abondance d'excellent poisson et des volailles sauvages. Les productions du Havre-de-Gray sont semblables a
 bE   VANCOUVER. I I I
celles de la riviere de Colombia. Les naturels fournirent en quantite du saumon ,
de Festurgeon et d'autres poissons; et les
tireurs tuerent un tel nombre d'oies, de
canards et d'autres volatiles, que Fon put
quelquefois en servir a toutes les personnes des deux equipages.
M. Whidbey porte a peu pres a cent le
nombre des habitans du Havre-de-Gray.
Ilsparlent la langue de Noutka, qui cependant semble ne pas etre leur langue
maternelle. Leur conduite fut constamment amicale et poiie. Ils ne paraissent
differer des peuplades que nous avions
vues pendant Fete, qu'en ce qu'ils sont
d'une taille plus deliee, et qu'au contraire
de tous les hommes que nous avions rencontres sur la cote nord-ouest de 1'Amerique , ils ne se montraient aucunement
jaloux de leurs femmes, et leur permet-
taient de se rendre a bord du vaisseau, ou
elles passaient quelques heures de suite
avec beaucoup de contentement.
Tout porte a croire que les naturels de
cette contree sont divises en trois tribus,
ou trois parties distinctes, ayant chacune
un ou deux chefs. Lorsque Fori prenait
&
 1 I 2 VOYAGE
des renseignemens sur l'une aupres des
deux autres, on en recevait ordinairement
pour reponse que ceux qui composaient
la premiere etaient des medians, et que
ceux auxqueis on s'adressait etaient les
seuls bons Indiens du Havre. On pent en
in fer er que ces t rib us etaient alors en
mesintelligence , et qu'elles avaient des
interets totalement separes.
M . Whidbey vit quelques-unes de leurs
pirogues de guerre, a Favant et a Farrifere
desquelles s'elevait, a trois pieds au-dessus du plat bord, un morceau debois,
grossierement sculpt., et perce d'un trou,
au moyen duquel les combattans peuvent,
soit en s'avancant, soit en se retirant, lancer leurs traits, sans s'exposer a ceux de
leurs ennemis. Chaque pirogue contenait
an moins vingt personnes. Les arcs ou les
fleches etaient semblables a ceux des autres Indiens que nous avions rencontres,
si ce n'est que les uns avaient une forme
un peu plus circulaire, et que les autres
avaient une pointe en fer, en cuivre, ou
en coquille. Quelques-unes do celles-ci
etaient barbelees, et il paraissait que les
Indiens s'en servaient de preference. Un
 DE   VANCOUVER. I I 3
d'entre eux exprima le desir que l'un des
officiers du Dedale tirat un pelican , place
a peu pres a cent cinquante pieds sur l'eau.
L'officier visa deux fois sans toucher Foiseau, qui conserva sa position. LTndien
fit partir son premier trait et le manqua
de meme; mais le second perca Faile et le
corps de Faniraal, a la vive satisfaction de
tous les naturels qui etaient presens. Tous
connaissent le commerce et le font tres-
honnetement. Ils demandaient quelquefois du fer en echange de leurs peaux de
loutres de mer; mais en general ils les
vendaient pour du cuivre et de JFetoffe de
laine. On leur acheta trente ou quarante
de ces peaux, sans compter celles qui
etaient d'une qualite inferieure. Pour les
moindres objets qu'ils mettaient en vente,
lis desiraient avoir des grains de verre
d'un bleu, pale, avec deux desquels on
payait un gros saumon. Ils paraissaient
robustes et endurcis aux intempei ies des
saisons; et le plus mauvais temps ne les
empechait point de venir a bord, lorsqu'ils
en avaient envie, quoique souvent la mer
brisat completement sur eux. En de pa-
reilles occasions, ils vident leurs pirogues,
 I l4 VOYAGE
et rament ensuite sans montrer la plus legere inquietude.
Telle est la substance des observations
de M. Whidbey sur le Havre-de-Gray. Je
vais donner maintenant le detail des operations du Dedale aux Marquises , et
celui de la decouverte de quelques Iles
qu'elles ont au nord-ouest. Je passerai
ensuite au rapport que M. Thomas New,
master du navire, me fit sur la mort du
lieutenant Hergest* et celle de M. Gooch
Fastronome.
La traversee des iles Falkland , jusqu'a
cet Ocean, avait ete si longue, que M. Her
gest fut force de saisir la premiere occasion de faire de l'eau, et de se procurer
des rafraichissemens , vu surtout que,
d'apres.ce que Fon avait publie, depuis
peu , en Angleterre , sur le caractere des
habitans des iles Sandwich , il etait peu
certain qu'il put y trouver des vivres.
Ayant touche aux Marquises , il fit route
vers la Baie-de-la-Resolution, sur la c6te
* La partie precedente du voyage de M. Hergest n'offrit rien d'interessant.
 "^
DE   VANCOUVER. 1 1 5
de File dOhetahou, ou le Deda4e mouilla
dans 1 _ soiree du 22 mars 1792.
Le lendemain H. Hergest decouvrit que
le feu avait pris au vaisseau. Duiant toute
la nuit, tous ceux qui etaient a bord
n'avaient pu dormir, a cause de la fumee
que les homines de garde sur le pont
croyaieut venir du rivage ; et cette opinion
fut sans examen et generalement adoptee,
jusqu'a ce que M. Hergest se fiit coiivaSfieu*
que la cause en etait plus alarmante et
plus proche. II leva Fecoutille de la sainte-
barbe , et il en sortit une immense colottnef
de fumee qui ne laissa point de doute sur
la situation perilleuse ou se trouvait le
vaisseau, le feu etant pres du magasin.
Sans perdre un seul instant, on en-_vt_l$
poudre qui s'y trouvait depo.ee, et on la
descendit dans un canot place le long du
bord; ce qui ne s'executa pas facilement,
car la sainte-barbe etait extremement
echauffee et reinplie de fumee , et la
poudre avait ete inconsiderement melee
avec les provisions du vaisseau. On sup-
posa d'abord que cet accident avait ete
occasione par des etoupes placets dans
la partie anterieure de celte chambre \ et
 rmmm
Il6 VOYAGE
qui, par hasard, ayant pris de Fhumidite,
se seraient echauffees , et auraient pris feu.
Lorsque Fon eut enleve une grande quantite de provisions , on s'apergut que la
fumee venait de dessous. Cette circon-
stance et la chaleur du pont, qui etait telle
que Fon ne pouvait tenir la main sur
quelques lames de plomb posees dessus,
firent juger , avec raison , que le feu etait
dans le lazaret au-dessous, ou Fon se
souvint que Fon avait, tres-mal-a-pro-
pos, depos. quelques couchages ; et ii n'y
avait pas lieu de douter que, d'apres le
temps orageux qu'avait eprouve le Dedale
en arrondissant le Cap-Hprn , ces mate-
las n'eussent ete echauffes et n'eussent
pris feu. M. Hergest fit immediatement
calfeutrer toutes les issues et toutes les
crevasses de Fecoutille de la soute , pour
empecher toute communication de Fair ,
avant que Fon ouvrit le pont pour verser
de l'eau sur le feu. D'autres trous furent
faits immediatement au-dessu#.des lits ,
et Fon y jeta aussi de l'eau. II y en eut
plusieurs d'entierement consumes. Quelques parties d'une caisse sur laquelle ils
etaient poses, furent reduij.es en charbon.
 DE   VANCOUVER. 1 *J
II n'y avait la d'autres provisions que du
rhum et de I'huile. En consequence , si
le feu avait eclat., il eut ete physique-
ment impossible de Feteindre, ou de
Fempecher de communiquer a ces matieres inflammables, et la destruction du
navire et de tous ceux qui etaient a bord
en eut ete la suite inevitable. Ce fut un
bonheur aussi que cet accident fiit arrive
de jour.
A onze heures du matin, le Dedale
mouilla de nouveau pres de son premier
ancrage. Dans l'apres-midi , M. Hergest
s'embarqua dans la chaloupe; et accom-
pagne du second lieutenant, dans le grand
canot, il prit terre avec cet officier et trois
hommes; mais difficilement a cause du
ressac, qui ne leur permit aussi que de
deposer deux futailles sur le rivage , ou
ils allaient dans le dessein de faire de
l'eau. Plusieurs des naturels etaient ras-
sembles; et comme il n'y avait aucun chef
parmi eux , ils devinrent bientot fort incommodes et volerent tout ce qui leur
tomba sous la main, de facon qu'il ne
resta pas un seau pour remplir les barriques.
M. Hergest voyant que pour effectuer son
 r
ll8 VOYAGE
dessein , il lui faudrait considerablement
renforcer son detachement, allait se rem-
barquer, quand un de ses gens attira son
attention. C'etait un jeune homme, a qui,
pour se diver tir , les naturels tiraient les
cheveux et faisaient plusieurs autres espie-
gleries; et ses efforts pour se soustraire a
ce traitement, les amusaient autant qu'ils
eussent pu amuser la ~ canaille anglaise.
Ces outrages affect .rent tellement le
pauvre jeune homme , qu'incapable de
les endurer plus long-temps ou de s'en
venger , il fondit en larmes. Tandis que
M. Hergest lui reprochait assez durement
de donner une pareille preuve de faiblesse,
les naturels qui etaient derriere celui-ci
l'entourerent et lui arracherent son fusil
de chasse. Entrain, par un premier mouvement , is cria au second lieutenant de
faire feu et d'abatire le voleur; « mais
» heureusement, dit-il lui-meme, le fusil
» n'etait pas bande , et j'eus le temps de
» me rappeler que c'etait le seul que
» nous eussions sur le rivage; et si le voleur
>- eut ete tue, on ne pent dire quelles en
- eussent ete les consequences. » M. Hergest et ses gens se 1 etirerent prudemment
Ad
 *_
DE   VANCOUVER.    . I 19
et sans perdre de temps vers leurs embarcations , ou ils arri¥iirent sans qu'on leur
eut oppose aucun obstacle; mais lorsqu'ils
se rembarquerent , ils s'aperpureut que
quelques-uns des naturels, ayant plonge
sous Feau, avaient coupe la corde du
grappin qui, par ce moyen, fut perdu.
M. Hergest pensa que ce serafl encou-
rager les insulaires a continuer de telis
outrages , que de les passer sous siteT-C-'J
Pour les engager, par la crainte,* a tenir
une meilleure conduite, il fit rtthier pres
de la greve , et tirer au-dessus de leOTg
tetes une d^charge de mousqueteri'e. Cette
mesure produisit le bon effet de les'cn-.-
ser tous, a Fexception d'un homme qui
demeura ferine a son poste, et jeta des
pierres avec sa fronde sur le detachement. M. Hergest parut ne pas y faire attention ; mais etant determine a montrer
aux naturels Feffet de ses canons, il en fit
tirer quatre au-dessus du village , lorsqu'il
fut de retour a son navire. La consternation des insulaires fut telle, qu'aussitot on
les vit fuir de toutes parts vers les montagnes.
Tout le monde a bord fut employe a
 120 VOYAGE
nettoyer les ponts et a relever le batiment,
jusqu'a la chute du jour. A ce moment se
presenta un des naturels, qui etait venu
a la nage, avec les symboles usites de paix
parmi eux, c'est-a-dire un rameau vert
enveloppe dans un morceau d'etoffe blan-
ble, qu'il j eta dans le vaisseau. Cela fait,
il s'en retourna au rivage. M. Hergest
jugea, d'apres cette humiliation , qu'il
pourrait, sans etre inquiete, executer le
service qui Favait fait descendre a terre;
mais si les naturels n'opposerent aucun
obstacle a ses operations, il n'y eut pas
moyen non plus de les empecher de com-
mettre des vols, meme a bord du vaisseau.
Le theodolite de Fastronome se trouvant
renferme dans sa boite, sur le pont, l'un
d'eux Femporta; mais ayant ete decouvert, tandis qu'il nageait pour se rendre
a sa pirogue, un coup de fusil tire par le
premier lieutenant lui fit lacher sa proie,
que Fon recouvra facilement, la boite
ayant suffi pour la tenir a flot. Apres cet
incident, les naturels fburnirent du fruit
a pain, ainsi qu'une grande quantite d'autres vegetaux et de quelques cochons d'une
mediocre grosseur.
 DE   VANCOUVER. 121
M. Hergest, accompagne d'une garde
bien armee, ayant pris terre pour faire de
l'eau , les naturels , loin de lui opposer
quelque obstacle, aiderent de bonne gnke
a pousser les barriques vers le rivage, a
les remplir et a les rouler, ainsi qu'a rendre plusieurs autres services, pour lesquels
ils furent liberalement recompenses par le
don de quelques-uns de ces articles de peu
de valeur' auxqueis ils attachent le plus
haut prut.,
Depuis Farrivee du Dedale , on n'avait
vu qu'un seul insulaire qui parut etre un
chef. Cet homme se nommait Tou-hou, et
etait du nombre de ceux de ses compa-
triotes qui vinrent les premiers a bord.
Dans Fapres-dinee, il apporta un present
de vegetaux, et un ou deux petits cochons.
II en fut convenablement paye; et, dans
Fintention d'ameliorer la race des animaux de cette espece dans ce pays, M. Hergest lui remit la seu]e truie de race anglaise
qui lui flit restee. Tous les echanges se
faisaient alors d'une maniere tres-amicale;
mais le grand nombre des visiteurs genait
extremement les travaux. Pour obvier a
cet inconvenient, les pavilions furent his-
1
 122 VOYAGE
ses pour annoncer que le vaisseau etait
laboue. Cette mesure produisit, quant aux
hommes, Feffet desire; mais les femmes,
qui probablement avaient d'autres motifs
que la simple curiosite, ne s^eloignerent
pas si facilement. Elles continu_rent a na-
ger en tel nombre vers le fo_timent, qu'il
fallut souvent tirer des coups de fusil au-
dessus de leur tete, pour les empecher de
s'avancer.
On obtint une assez grande quantite
de vegetatix-, mais si peu de cochons qu'il
ne fut possible d'en servir que le 26, a
diner a I'equipage, a la ration d'une livre
et demie par homme. Chaque petit co-
chon fut pay. douze pouces de fer en
barre.
Deux chefs qui vinrent au vaisseau ,
le 27, rapporterent le grappin qui avait
ete vole, et promirent de faire rendre le
fusil de chasse de M. Hergest. Ils revinrent le 29; et, pour les recompenser de
leur bonne conduite, on leur fit present
de plusieurs objets precreux. Cependant
M. Hergest les voyant en son pouvoir,1
declara a Fun d'eux qu'il allait mettre
immediatement a la voile , et qu'il Fern-
 DE  VANCOUVER. 123
menerait, si on ne lui restituait pas le vol
a Finstant. L'insulaire ne fit que peu d'at-
tention a cette menace, jusqu'a ce que
Fon eut pose dans la cabane une senti-
nelle pour le garder. Ses craintes furent
alors tres-vives, et redoublerent encore
lorsqu'il vit les Indiens qui etaient a bord
quitter avec frayenr ie vaisseau. S'aperce-
vant de l'agitation dece chef, M. Hergest
l'assura qu'il ne lui serait fait aucun mai,
mais qu'il ne le relacherait point si le fusil
n'etait pas rendu. La menace eut 1'effet
que Fon s'en etait promis. Un message fut
envoye a celui en la possession de qui se
trouvait Farme; et au bout d'une demi-
heure, on vit venir vers le vaisseau une
pirogue, qui portait, avec les emblemes
ordinaires de la paix , un chef qui, a son
arrivee, rendit le fusil, et auquel M. Hergest remit le prisonnier. Les larmes de
celui-ci, son empressement a saluer son
compatriote, la vivacite avec laquelle il le
serra dans ses bras, demontrerent pleine—
ment quelle avait ete la terreur qu'il avait
eprouvee. Des presens utiles , faits a Fun
et a Fautre chef, parurent leur faire ou-
 124 VOYAGE
blier tout ce qui s'etait passe, et la separation fut tres-amicale.
M. Hergest terminait le recit de ses
operations aux Marquises en exprimant
sa satisfaction de n'avoir pas ete dans la
triste necessite de met tie a mort aucun des
naturels. A Fexception d'un homme que
Fon decouvrit volant un seau, et qu'on
laissa regagner sa pirogue, avant de tirer
un coup de fusil, dans Fin ten tion de l'ef-
frayer en percant son embarkation d'une
balle, qui traversa le gras de la jambe a
cet homme , il n'y eut personne qui parut
avoir recu la moindre blessure. Ce fut un
grand bonheur, auquel meme on ne devait
pas s'attendre, car les canons porterent
tres-loin dans un vallon ou se trouvaient
plusieurs habitations. II est neanmoins
tres-probable qu'a Farrivee d'auues vaisseaux , il n'en sera pas ainsi ; car le penchant desordonne de ces insulaires pour
le vol parait n'etre 1 estreint par aucun
chef, qui ait la volonte ou le pouvoir de
|ea retenir sur ce point. '.
Le meme jour (29 mars), M. Hergest
fit appareiller et porter au nord. Lc len-
 \
DE   VANCOUVER. 125
demain, a la pointe du jour , il apercut
quelques iles qui lui parurent etre de
nquvelles decouvertes. Celles qui se mon-
trerent d'abord etaient au nombre de
trois ; la premiere restait au nord-quart-
d'est du compas , la seconde au nord-
quart-d'ouest, et la troisieme au sud-
ouest-quart-sud. La plus orientale offrit
une bonne baie, avec une greve de sable.
II y a quelques ilots de roche au sud-est,
et une coupure a la partie nord-ouest de
la baie. Deux ilots, aussi de roche, se
trouvent en travers de la pointe nord-
ouest. Cette ile, d'environ six lieues de
circuit, est situee par 8° 5o' de latitude
sud, et 22o° 5i' de longitude est. Les habitans paraissent honnetes , et vinrent
dans leurs pirogues. Les vallees etaient
garnies d'un grand nombre de cocotiers
et de bananiers , et toute File offrait un
aspect plus fertile et plus verdoyant que
celle que venait de quitter ie Dedale.
M. Hergest fut ensuite visiter la plus meridionale qui, a quelque distance, semblait etre un rocher extremement eleve;
et tout aupres il y a trois autres rochers
qui se terminent en pointe, et paraissaient
 *PSP»
126 VOYAGE
former le milieu de File. M. Hergest main-
tint sa position toute la nuit, et le lendemain matin il fit porter sur la pointe sud-
ouest. En apprOchant du rivage, ii vit que
la terre etait bien cultivee et tres-peuplee.
Plus de cent insulaires se reuniren, bientot
dans leurS pirogues autour du vaisseau,
ou ils eehangerent des noix de coco , des
bananes, etc., contre des grains de verre et
d'autres bagatelles. Ils se conduisirent tous
d'une maniere tres-amicale. A Fextremite
sud-ouest de la meme ile, est une tres-
bonne baie avec une greve de sable dans
la partie de l'est. Le long du cote sud , il
y a plusieurs autres baies dont l'une sem-
Mait s'enfoncer profondement vers Fextremite sud-est de l'ile, et en travers de laquelle etaient un ilot qui avait la forme
d'une cathedrale, et d'autres ilots et rochers. De la pointe ouest de cette ile, qui
est en meme temps celle de la plus belle
et de la plus profonde baie qu'elle offre,
les cdtes tournent au nord-est; et, comme
le cote occidental de File que Fon avait
vue la veille, laquelle recut le non d'I_E-
de-Riou , ils sont de roche et paraissent
steriles. Cette ile fut nommee Ile-de-Tre-
 DE   VANCOUVER. 5 27
venen. Elie git par 90 14' de latitude sud,
et 220* 21' de longitude est.
Dans l'apres-midi du ier avril, le De-
dale depassa le cote sud de la troisieme
He , laquelle fut nommee Ile-de-sir-Hen-
ry-Martin. Immediatement a Fouest de la
pointe sud-est de cette ile, appelee Pointe-
Martin , est une profonde baie, bordee
par des greves de sable , et bien abritee,
qui recut le nom de Baie-du-Controleur.
Elie n'a point ete examinee, mais elle
parut offrir un port sur et commode.
A peu pres a la distance de deux lieues
a Fouest de la Pointe-Martin , se trouve
un tres-beau havre, qui s'enfonce au loin
dans l'ile, et qu'entoure le pays le plus
agreable et le plus fertile. M. Hergest,
accompagne de M Gooch, alia en prendre
l'esquisse et en examiner le port qui
fut nomme Port-Ann a-Maria , et reunit
tous les avantages que Fon peut desirer.
Le pays parut parfaitement cultive et
bien peuple. M. Hergest, apres avoir debarque , recut Faccueil le plus amical et
le plus hospitalier de plus de quinze cents
naturels , rassembles sur le rivage du
havre, avec leurs chefs a leur tete. A son
1
— -r«Tr~ "riingjw
A
#
 ia8 VOYAGE
retour au vaisseau, il y trouva la meme
harmonie avec les insulaires, qui avaient
apporte et vendaient quelques cochons et
des vegetaux.
L'Ile-demsir-rHenry-Martin a environ seizp
lieues de circuit, et son centre se trouve
par 8° 5i' de latitude sud et 2200 19' de
longitude est. A peu pres a l'ouest- quart-
nord de cette ile , a la distance d'environ
six lieues, gisent deux rochers tres-dan-
gereux, dont l'un se montre a.peine au-
dessus de l'eau.
Le 3 avril, au matin, M. Hergest decouvrit deux autres lies au nord de la
precedente. Les rivages de la plus considerable des deux sont de roche, sans
aucune anse, ni lieu de debarquement.
Quoique la surface de cette ile fut verte ,
il n'ycroissait point d'arbres; et cependant
quelques arbrisseaux etdes buissons etaient
.pars entre les rochers. Elle ne paraissait
habitee que par les oiseaux oceaniques du
tropique, qui s'y trouvaient en grand
nombre, et dont c'est probablement le refuge. Le cote nord-ouest offrait un plus
agreable aspect; et, quoique les rivages
en fussent aussi de roche,  les flancs des
 '   DE   VANCOUVER. 1 29
collines et les vallees prod_BSaient des
arbres. II presente quelque. anses o_t Fon
pent __cI4ei-ient debarquer. La meilleure
est celle qtte Yon tronVe presque au milieu, et qui, de Faspectue sa cote nord ,
fut nommee Battery-Cove (Anse-de-ltb-
Batterie). A la distance d'un peu plus
cFun mille au nord de cette anse, est une
baie, dont les sondes sont reguli_rernent
de 18 k 5 Kras.es , fond net et de beau
sable. Un ruisseau d'exce_te_tte eau douce
se jette darts cette baie, au-dessous d'un
bosquet de cocotiers. La MM. Hergest et
Gooch defea_qi__rent. Ils y trouverent tin
cimetiere, a un demi-mille duquel, et sur
le flanc d't-rte-ebHlne, il y avait une hutte,
qui para__sai_ d_$erte depuis long-temps.
Cependant il -tait visible que les habitans
des rleS v*£fa_nes se rendaient quelquefois
dans celle-ci. Cette consideration empecha
M. Hergest de faire couper des cocotiers,
comme _fc4__t avait eu d'abord Fintention;
mats il se procura , par d'autres moyens,
assez de fruits de cet arbre, pour en
servir cinq a chaque personne de F&jufc-
page.
Cette ile, qui a huit milles de longueur
 13o VOYAGE
sur deux de large, est situee par 70 53' de
latitude sud, et 2190 47* de longitude est.
Le lendemain, a la distance d'environ une
lieue, on en decouvrit une autre, presque
ronde et beaucoup plus petite., avec deux
ilots en travers de sa pointe sud-ouest.
Toutes deux furent nommees_LEs-Ro_ERT.
M. Hergest compare, pour la couleur
et pour la taille, les naturels de ce groupe
a ceux. des Marquises; mais quant aux
manieres, a la conduite, aux vetemens et
aux ornemens, ils ressemblent aux habitans de Ta'iti et des iles de la Societe,
excepte cependant qu'ils ont le corps moins
pointille.
Lorsque j'appris que le Dedale avait visite ces iles , je crus que personne ne les
avait reconnues auparavant; et, pour per-
petuer le souvenir d'un respectable et
malheureux ami, d'un ancien compagnon
de voyage dans ces mers, je donnai a tout
le groupe le nom d'_LEs d'Hergest. Mais
depuis, j'ai appris que les officiers de
quelques navires de commerce americains
y ont debarque, et que par un beau temps,
celle qui est le plus au sud, est visible de
File Hood, la plus septentrionale des Mar-
 DE   VANCOUVER. l3l
quises. En consequence, quelques navigateurs les considerent comme appartenant
a ce dernier groupe , quoique ni le navigateur espagnol, ni le capitaine Cook, qui
visita les Marquises apres lui, n'en eut pas
eula moindre connaissance.
Durant le passage de M. Hergest aux
iles Sandwich, il n'y eut rien de digne de
remarque, si ce n'est un fort courant
dont la vitesse etait de trente milles par
jour, et qui forca de gouverner a l'est, de
peur de tomber sous le vent de ces iles.
Par ce moyen, le Dedale arriva en travers
de File d Owhyhee , et M. Hergest y recut
les ordres que j'y avais laisses. De la il
s'avanja vers la cote nord-ouest de Wohaou,
ne s'attendant plus a trouver alors la Decouverte au cote sud de File, que je lui
avais fixe pour rendez-vous. Cette malheu-
reuse determination , quoique contraire a
mes ordres, lui parut necessaire pour ar-
riverplus promptement a Noutka.
Dans la matinee du 7 mai, le Dedale
entra dans la baie ou la Resolution et la
Decouverte avaient jete l'ancre en 1779;
mais M. Hergest, considerant les naturels
du voisinage comme les  plus farouches
1
 l32 VOYAGE
et les pro. pei fides de tous ceux qui peu*
plent ces ties, ne voulut point mouiller
dans cette baie. En consequence, il mit
en panne, et acheta des insulaires quelques cochons, des vegetaux, et de l'eau
qu'on lui apporta dans des calebasses.
Dans la soir.e, H s'eloigna du rivage, apres
avoir invite* les habitans a lui fournir le
lendemain matin un supplement de rafraichissemens et d'eau; mais etant tombe
en calme, et le courant portant le navire
a Fouest, ce ne fut que le 11, vers midi,
qu'il put se rapprocher du rivage, et
qu'oubliant sa prenii_re determination, il
ordonna de jeter l'ancre. Le grand canot
fill arnarr£ a Farri-re du vaisseau , pour
recevoir plus commod-rtfient l'eau qu'ap-
portaient les naturels; mais,avant que Fon
eut rempli trois barriques , ce qui fut
bientot acheve, M. Hergest ordonna de
ranger cette embarcation le long du bord,
d'enlever les futailles pleines et de les
reniplacer par celles qii. etaient vides.
Cela fait, il alia au rivage, accompagne
comme de coutume par M. Gooch, et un
autre canot fut destine a embarquer de
l'eau, tandis que ceux qui etaient k bord
 DE   VANCOUVER. 1 3_>
continueraient a faire des echanges jus-
qii'a la nuit. Alors le grand canot TfeVirit
avec cinq persofines seulement, au lieu
de httit qui avaient pris terre, et elles ari-
noncerent que M. Hergest, M. Gooch et
deux des matelots ayant debarque sans
armes, pour remplir'deux barriques, les
tiatarels s'etaient apercus qu'ils etaient
sans defense, les avaient attaques sur-le-
champ, avaient tue un des gens et em-
mene le commandant et Fastronome. Le
second matelot etant agile et fort, s'etait
.cfiaSppe a travers un grand nombre de
ces sadvages , s'etait rendu vers le canot,
et avait de nouveau descendu sur le rivage , avec deux autres de ses camarades,
armes de fusils ainsi que lui, dans 11b-
tention de d__rV#er leurs officiers , et de se
f_ire livrer le coips du malheureux qui
avait ete ttie. Ils recormur_nt de loin M.
Hergest et M. Gooch, au milieu d'une
multitude d'habitans qui les depouillaient
et les enrrainaient vers les collines, derriere le village. Bs e_s„yerent de s'en approcher , mais ils fur-tit tellement assaillis
'_?6 pierres pdt lU foule, qui avait alors
gagne \e& hauteurs des environs, qu'ils te
!
 134 VOYAGE
virent dans la dure necessite de faire re-*
traite; et comme la nuit s'approchait, ils
jugerent plus convenable de retourner a
bord pour que Fon y prit les mesures les
plus efficaces dans cette malheureuse cir-
constance.
M. New rassembla immediatement tous
les officiers pour les consulter sur ce qu'il
fallait faire. On conviut de louvoyer pendant la nuit, et d'envoyer le lendemain
matin au rivage le grand canot , bien
monte et bien arme, pour, s'il etait.pos?
sible , recouvrer Finfortune commandant
et son compagnon. Un vieux chef d'At-
toway, qui etait monte a bord depuis
Fentree de la Decouverte dans la baie, et
a qui M. Hergest avait promis de le des-
cendre sur son ile, se joignit au detachement pour lui servir d'interprete et inter-
poser ses bons offices. II debarqua le premier et s'avanca vers les naturels auxqueis
il demanda les deux officiers absens. On
lui repondit qu'ils avaient ete tues l'un et
Fautre pendant la nuit. Etant venu en
faire le rapport, on le renvoya pour en
reclamer les corps; mais les naturels lui
dirent qu'on les avait coupes par mor-
 DE   VANCOUVER. 135
ceaux, et partages entre les differens chefs.
Ce fut du moins ce que les expressions et
les signes du vieillard firent entendre a
ceux qui etaient dans le canot.
Apres cette conversation, les sauvages
vinrent en grand nombre sur le rivage et
jet erent des pierres au detachement, qui
fit feu plusieurs fois, et fut a la fin force
de se retirer. Lorsqu'il fut rentre a bord ,
le vaisseau remit a la voile et prit la route
d'Attoway, poury deposer le vieux chef,
conformement a la promesse qu'on lui en
avait faite; mais celui-ci, sur les cinq
heures du soir, et lorsque Fon fut a la
distance de cinq ou six lieues de Woahou,
se jeta brusquement k la mer, et s'eloigna
alanage. Aussitot on mit en panne; mais,
comme on vit qu'il continuait toujours a
nager, sans paraitre avoir Fintention de
revenir a bord, on remplit les voiles, et,
comme le portaient mes instructions, le
Dedale fit route vers Noutka, ou il arriva
le 4 juillet. Envertu d'une lettre d'instruc-
tions, laissee par M. Hergest, dans son
bureau, et adressee, en cas de mort, a
M. New, celui-ci ouvrit les depeches des
1
y>'
 l36 VOYAGE
lords de Famiraute , et d'apres les ordres
qu'elles contenaient, il remit a Don Quadra la lettre ecrite par le ministre d'Espagne.
 DE   VANCOUVER. i3r
CHAPITRE V.
De'part du lieutenant Broughton pour CAngl*-
■ "Tetre. — Nous\_aisons route vers' lis def Sandwich. —Nous recKeiclions vaineh__n- les iles
de Los-May os. — Arrive'e a Owhyhee. — Visite
des chefs. — Nous jetons l'ancre dans la baie
de Kavakakoua. — Debarqueroent du b-tail.-
Reilemens adoptes.— Recit de deux matelots
anglais qui residaient dans 1 _le.-—rrise de la
: ^jewlette la Belle>- Americaine. — Caractere de
quelques- un s des chefs principaux.
Malgre mon empressement a quitter
Monterey,, pour reprendre les operations
dont j'etais charge, et ne pas retenir plus
long-teinps Don Quadra, nos differensttcai-
vaux furent cause que les cartes, les dessins , lea depeches et tons les documens
que je voulais faire passer en Angleterre,
ne furent prets que le 6 Janvier 1793.
Pour la premiere fois depuis notre ajsivee
 138 VOYAGE
dans cette baie, le temps changea tout-a-
coup dans Fapres-dlnee du 7. Le vent
souffla grand frais de sud-est, accompagne
de grains pesans et de torrens de pluie.
Une autre circonstance concourut encore
a nous retenir. L'armurier du Chatam,
qui etait un excellent ouvrier, trouva
moyen, ainsi qu'un des meilleurs soldats
de marine de ce vaisseau, de s'absenter
dans le cours de cette journee. La perte
dft premier etait d'autant plus importante
que nous n'avions personne qui fut en etat
de le remplacer. Le seul moyen de retrou-
ver les deux fugitifs etait de les reclamer
formellement pres de Don Quadra, et de
Don Arguellos, commandant du Presidio.
En consequence , ces messieurs firent les
demarches qu'ils avaient deja faites en
pareille occasion, relativement a un ma-
telot de la Decouverte qui avait pris1 la
fuite. Toutefois le meilleur expedient que
Fon employa fut la prOmesse de donner
une somme de viugt-cinq piastres a celui
ou a ceux qui rameneraient un de ces d_-
serteurs. Quand meme le temps eut ete
favorable, j'eusse attendu quelques jours
I'effet des recherches que firent aussitoj
 DE   VANCOUVER. 13g
les soldats espagnols; mais les vents de
sud et de sud-ouest, suivis de calmes,
continuerent jusqu'au i3, qu'une brise
de mer reguliere du nord-ouest pre-
valut.
Durant cet interval le , on n'avait recu
aucune nouvelle des absens, et vainement
on s'etait mis a leur poursuite. Don Quadra me temoigna beaucoup de regrets que
ce malheureux evenement fut arrive a
Finstant meme ou nous devions nous se-
parer. II donna des ordres pour que les
deserteurs fussent emprisonnes des qu'on
aurait pu les arreter, et pour qu'ils fussent renvoyes a Noutka , si _ cette epoque
nous etions encore dans ces parages. Pour
me prouve. que les officiers espagnols n'etaient pour rien dans Fabsence des fugi-
tifs, il m'offrit obligeamment de remplacer
.Farmurier par le seul forgeron de Feta-
blissement. La n^cessite me contraignit
d'accepter cette off re arnica! e , et cet
homme monta a bord du Chatam. Les
vaisseaux de Don Quadra etant, ainsi que
les notres, prets a mettre a la voile, il fut
convenu que, pour profiter le plus long-
temps possible de la societe les uns des
L
 l4o VOYAGE
autres, nous ferions route ensemble tant
que le permettraient nos operations res-
pec#ves.
N'attendant alors qu'une favorable brise
de terre pour appareiller, je remis mes
depeches a M. Broughton , avec ordre,
autant que cela dependrait de lui, de ne
pas perdre un seul instant pour se rendre
en Angleterre; et je confiai a M. Puget,
mon premier lieutenant, le commandement du Chatam.
Un calme plat dura toute la nuit. Le .14,
sur les neuf heures du matin, il s'eleva
Une petite brise de Fest, a la faveur de laquelle la Decouverte mit a la voile ; mais
ni les vaisseaux espagnols , ni le Chatam
n'ayant pu appareiller, nous les attendimes
en travers de la pointe Pinos , a la distance
de deux ou trois milles.
Le Chatam nous rejoignit le i5 , a peu
pres a neuf hemes du matin. Les vaisseaux
espagnols etant arrives le soir, nous fimes
route au sud avec une brise de nord, si
faible, quele lendemain 16, nousn'etions,
a midi, que par 36° de latitude.
Le brig Vjlctif devancait considerable-
ment notre petite escadre; et YAransasu
 DE   VANCOUVER. I 4*
en etant le plus mauvais voilier, se trouvait , au coucher du soleil, Jhors de vue, a
Farriere. Ni Don Quadra, ni moi , ne
voulant perdre de temps , nous resolumes
<le profiter d'un bon frais de nord , et
d'aller en avant sans attendre ce navire.
Le 18, a midi, nous etions par 32° 3o' de
latitude, et a^ty i4' de longitude. La
notre route commencait il n'etre plus la
meme, et j'y donnai un diner d'adieu a
Don Quadra, a M. Broughton, et a tous
ceux des Espagnols qui purent quitter
leur vaisseau.
Une agreable brise du nord, la serenite
du ciel et la tranquillite de la mer me
permirent de les conserver jusqu'a minuit,
que nous nous separa mes. II n'y avait pas
un seul des Espagnols que je pusse rai-
sonnablement esperer de revoir encore.
Ceux des lecteurs qui ont eprouve une
pareille separation sentiront seuls quelles
furent mes sensations lorsque je dis un
dernier adieu a Don Quadra, dont la
bienveillance et le desinteressement nous
avaient inspire la plus grande veneration.
Lorsque nos amis furent arrives a bord de
YActif, nous les saluames par trois accla-
 l42 VOYAGE
mations , qu'ils nous rendirent de bon
cceur , et nous continuames respective-
ment notre- loute avec toutes les voiles
que nous Spumes pdttserV *
II n'arriva rien de digne de remarque
jusqu'au 21, que disparut Joseph Murga-
troyd, un des charpefttiers de I'equipage.
On Favait vu, un quart d'heure aupara-
vant, ouvrir les sabords de la sainte-
barbe; et il est probable qu'il avait alors
concu Fidee de se detruire. Comme il
^tait bon nageur, que nous n'av_6n_
qu'une petite brise , que la mer 2&it
tranquille, et que tout-.tail paisible sur
ce point, s'il fut-tomb, par accident, on
en eut' ete informe sur-le-champ, et Fon
eut pu le sauver.
Dans FintentiOn de determiner si u i
groupe, indique sur les cartes espagnoles,
entre les 19 et 21 degres de latitude nord,
et les 221 et 225 degres de longitude est,
existe ou n'existe pas, j'avais fait porter a Fest; mais , soupconnant que les vents
Jegers que nous avions eus etaient occasioned par le voisinage du continent, je fis
gouverner plus a Fouest, le 22 et le 23,
avec Fespoir d'atteindre'ifl8(vent aliz_ plus
 DE   VANCOUVER. 143
frais. Cependant je me trompai, car il
tourna a l'ouest et au sud-ouest jusqu'au
26, ou nous fumes par 220 10' de latitude,
et 236° 23' de longitude.
Dans la journee du 26, quelques oiseaux du tropique voltigerent autour des
vaisseaux. Le 28, au matin, etant a peu
pres dans la latitude assignee a la plus
orientale des iles qy^pnous cherchions,
un signal avertit le Chatam de bien re-
garder a babord.
Nous depassames le 3i , une grande
quantite de Medusae villiliae, semblables
a celles que nous avions rencontrees, au
printemps precedent; mais elles n'occu-
paient qu'un espace de quelques lieues
sur notre route, et n'etaient pas si.nom-
breuses.
Le ciel etant d'une serenite delicieuse
nous permit, le 3 fevrier , de faire les observations necessaires pour determiner
notre longitude , que nous trouvames de
2240 2'. Notre latitude etait de i<$%§$$
Nous etions alors precisement au point ou
une carte que j'avais recue de Don Quadra,
place le centre de la plus orientale des
pretendues ties de Los-Mayos , que MM.
 ■_44 w__-
Portlock et Dixon avaient aussi cherchees
vainem&_& ■'['
DuraatM&ttfe recherche , le vent fut mo-
dere et se tint entre le Sttd^St et le nord-
e&t. Le temps etait tres-agreable , et pendant le jour nous avions un horizon
immense , maiS'.ien n'indiquait _ferTw$Si-i
fiage d'une teWe. Dans tous mes voyages
sur cet o^eOTi^fWh'avais pas vu un espace
ldls(15r__seTt que celui que nouS parCOu-
rumes depuis notre depart de la cote de
la Nouv-tte-Albion. Bien n'attira notre
_tt__rtion, que deux pailfefc^en^tpieues, un
nigaud, a peti^jires autant de petr_l-v;et
fltttV^ *fiewe con_erv_v Une bottle tres-
_3tt_ oe erHtt-^-ftre^uliere, qui vendit *£___.-
ci^_tB_i__e_tt .du1 rttofftPouest, donri-H: _A_
tel mouvement au vaisseau, que todfte ope-
ration'.e^enta_re,e!t__ff presque impossrole.
t_!v5b__rte k Fel-tree de la nuit, -n'^F&jp-t^ttt
rien , aussi loin que la vue put s^tendre a
l^yarit, et que nous aviorUs depasse dans
Fouest la disttmte que Fon assigne aux
itts dk*E&s**Mayos, j'en conclus qu'elfe. _ie
i^l^i-V-i-nt^ail, et en conseqtiefctce j'a-
bandornftttf le 6 fevrier, toute recherche
ulterieure, et fis route vers Grihyhee.
 DE VANCOUVER. *$&
Je dois observer -Jhpette occasion, que
les officiers de marine espagnols ' ne
croient point a l'existence de ces iles. On
ne les voit sur leurs cartes de Focean Paci-
fique que parce qu'un vieux pilote , fort
habile, qui avait pass, souvent entre FA-
merique meridionale et les Philippines,
les a placees sur celle qu'il dressa lui-
meme ; mais il n'a pu le faire que d'apres
une autorite qui n'etait pas la sienne,
puisqu.'elles n'etaient point sur sa route.
Notre latitude observee, le 11 , fut de
190 34' et notre longitude vraiede 2070 20'.
Le lendemain, a neuf heures du matin,
nous vimes Fextremite orientale d'Owhyhee , qui nous restait au 6o° sud-est, a
sept lieues de distance.
Mon intention etait que M. Puget exa-
minat, sur le Chatam , la pointe de cette
ue.i'jjepuis'sa pointe est ,' en tournant au
sud, jusqu'a la baie de Karakakoua,
tandis queje> m'oecuperais. de la recon-
naissance(des rivage,s opposes;, et parce
moyen toute lactaote de tue devait etre
entierement reconnue. La Decouverte fut
mise en panne ppur communiquer ces in-
structions a M. Pugetietlorsqu'illes eut
If. 9
 l4& VOYAGE
recues, nous suivimes respectivement notre
route.
Je fis gouverner vers la pointe nord-est,
qui forme aussi la pointe est d'une pro-
fonde baie , dans laquelle nous entraines
avec precaution, de peur d'etre affales. Je
mis en panne sur les quatre heures , a deux
milles dela meme pointe , dansl'espoir de
voir quelques naturels ; mais, ayant ete
trornpe dans mon attente, je gagnai le
large , et louvoyai durant la nuit. Le lendemain matin, a Faide d'un grand frais
d'est-sud-est, nous prolongeames la cote
nord-est d'Owhyhee , a la distance de deux
ou trois milles des rivages , qui sont sans
coupures, et se terminent la plupart en
falaises de roche et a pic, avec de petites
baies , bordees de greves de sable, qui les
rendentd'un facile acces pour les pirogues.
Plusieurs courans d'eau se precipitaient de
ces falaises dans FOcean.
Cette partie de File offre un aspect
affreux. Elle est absolument inculte, et le
peu d'habitations que Fon apercut etaient
eparses, a une grande distance les unes
des autres. Sur les neuf heures, une pirogue , sortie de l'une  des petites baies ,
 DE   VANCOUVER. I _^7
-s'etant approchee, nous mimes en panne,
dans Fespieir qu'il en viendrait d'autres ,
mais il n'en parut point.
Les naturels nous firent entendre qu'un
tab ou general empechait leurs compatriotes
de communiquer avec nous , et qu'ils
s'etaient exposes eux-memes a etre mis a
mort, si les chefs ou les preires- appre-
naientqu'ils eussent transgresse la defense.
"Cette interdiction, qui durait depuis quelques jours, devait cesser dans vingt-quatre
heures, ou quaran te-huit au pi us. Les insulaires nous dirent aussi que Tamaahmaah
residait alors a Karakakoua, et qu'il avait
ete defendu, Soils peine de mort, de vendre des rafraichissemens aux navires europeens ou americains, a moins que ce
ne flit pour des armes a feu et des munitions de guerre.
Telles sont les suites funestes de Fin-
consequence de ces Aventuriers, qui n'ont
pas craint d'en fournir a un peuple naturellement belliqueux et entreprenant, et
qui meme ont fait tomber le prix de la
plupart des marchandises d'Europe, en
encherissant les una sur lea autres. Toute-
fois ceux des naturels qtfl'sf-taient hasar-
 l4b VOYAGE
des a venir a bord echangerent un co-
chon , deux ou trois pieces de volaille,
quelques racines et du fruit a pain, contre
un peu de fer, et ils s'en retournerent fort
satisfaits. *<*:«__'
: . A midi, nous arrivames en travers d'une
partie de la cote nord d'Owhyhee, qui
presente un groupe reinarquable de ro-
chers pittoresques et dechiquetes, du sommet desquels de rapides cataractes se
precipitent dans FOcean. Ces torrens im-
petueux , coulant sur ces roches noiratres
et nues , formaient un contraste frappant
avec cette contree enchanteresse , popu-
leuse et bien cultivee, qui s'etend au loin,
tant a l'est qu'a l'ouest, au-dela de ce
, redoutable rempart, jusqu'a des montagnes elevees, qui, Iorsqu'on les voit en
mer, offrent un magnifique aspect. Presque au centre de ces falaises est une petite
baie assez bonne, qui ressemble infini-
ment a celle de File de Sainte-Helene ,
mais qui malheureusement parait trop
exposee a la lame et aux vents qui prevalent en general, pour qu'elle offre un bon
mouillage.
La profondeur de la mer etant tombee
 DE   VANCOUVER. 149
tout-a-coup a sept brasses, nous fumes
forces de prendre le large, et nous depas-
sames ensuite la pointe ouest de File ,
pointe qui, d'apres notre reconnaissance
corrigee , git par 200 18' de latitude, et
204° de longitude. Etant entres dans la
baie de Tocaighfynous mouillames (tofft^
i. Sept heures , par quarante et une brasses, fond de sable brun, mele de petits
morceaux de corail, environ a sept milles
au sud de la pointe ci-dessus indiquee. La
«o_fc fl-t^Wefc'- orageuse ; et sur les< trois
heures du matin , un grain nous tira hors
du mouillage : mais comme je voulais, le
plus qu'il me serait possible, examiner
cette baie, je fis lever FanCre, et nous pe-
netrames plus avant, malgre un tres-grand
frais de sud-est.
Le vent SO1 modera a mesure que le jour
s'avanca, et le temps devint agreable et
serein. Les rivages adjacens, formant la
partie nord-ouest de la baie, semblaient
tres-fertiles , et le grand nombre des habitations annoncait qu'elle etait bien peu-
plee. Considerant que le tabou devait etre
expire, je commencais a craindre que la
circonspection des naturels n'eut quelque
 1 OO VOYAGE -
autre cause plus serieuse ; mais, a dix
heures, nous vimes une pirogue marcher
vers nous. Je fis mettre immediatement
en panne, et lorsqu'elle se fut approchee
du bord, nous apprimes de ceux qui la
inontaient, qu'elle appartenait a Kahow-
motou , qui residait alors au village de
Toeaigh , situe au fond de la baie, et en
travers duquel il y avait un bon mouillage,
d'ou Fon pouvait se procurer facilement
d'excellente eau. Ils nous declarerent sans
la moindre hesitation, que si Fon n'etait
pas venu nous visiter plus tot, c'etait parce
que File se trouvait sous une interdiction
tres-stricte , qui defendait aux habitans
de se servir de leurs pirogues, ou de quitter le rivage de toute autre maniere; mais
ils ajouterent que le rang et la puissance
de Kahowmotou, leur maitre , Fautori-
saient a ne point s'astreindre a cette defense. Ils nous dirent aussi que ce chef
esperait que notre vaisseau etait celui sur
lequel s'etait embarque Terehoua, son servi teur bien-aime ; qu'ils etaient envoyes
pour s'en informer, et que dans le cas ou les
esperances de Kahowmotou seraient rea-
lisees , ils devaient presenter, de sa part,
 DE  VANCOUVER. l5l
un cochon et quelques vegetaux , a ce
meme Terehoua, qui temoigna sa reconnaissance de cette touchante preuve de
souvenir par les larmes qui, a Finstant
meme, inonderent son visage. Par ce message Kahowmotou me faisait prier de
m'arreter et de mouiller en travers de son
village, ou Fon me procurerait tous les
rafraichissemens possibles , aussitot qu'au-
rait fini le tabou, qui durait depuis quatre
jours, et devait cesser le surlendemain ,
au lever du soleil.
N'ayant aucun motif pour refuser cette
invitation, je fis gouverner sur le village
de Toeaigh; et lorsque Fon eut trpuye un
bon ancrage, nous mouillames par vingt-
cinq brasses, fond de beau sable brunet de
vase. Les pointes de la baie nous restaient
au 36° nord-ouest, et 3i° sud-ouest du
compas. Nous avions au 670 sud-est le
Morai, qui etait tres-visible, et an 87 °
sud-est, a la distance d'un mille et un
quart, Faiguade, qui se trouvait sur le rivage le pljus proche.
Peu de temps apres que le vaisseau eut
mouille, Kahowmotou vint nous voir , et
nous apporta six beaux cochons, et une
 152 ; * *v^-T_^_r *
quantite assez con__d_ra_j_er de v.getaux.
Je saisis la preiflllire occasion de lui dire
iple^H-S armes et les munitibn_>e^ri-nt ta-
bouees , ce qui parut lui causer beaucoup
de regret, sans diminuer sa bonne volonte
pour nous. II m'assura que si je voulais
&8_ueurer quelques jours a Toeaigh, on
n^i'jpoufiiirait tous les rafraichissemens
^F_F^CT_-ten son pouvoir de nous pro-
eui^i*
Apres dinetf, yallai sur le rivage avec
lui pour examiner Faiguade. Elle e» ifi&
tuee dans une petite baie de sable, ou, sur
un espace de vingt verges, Couvert de ro-
cailles et de pierres , degOrge un beau
r^SSseau.
; l?_fiWmoto^ :m^w_ssa de nouveau de
faire un plus lon^ _-jol__ a Toeaigh, et me
promit de m'accoiri].ag__er a Ti-ak-ta-toua,
petite baie situee entre celle ou nous etions
mouilles et Karakakoua. II nous dit qu'a
far1 veriwri.-'U y _talt'__sez rare, mais que
nous y trouverions toutes sortes de rafraichis-
semens en abondance. Je consentis a m'arreter jusqu'au Iftiidemain, non-seulement
pour me procurer quelques provisions ,
mais encore de la nourrituie pour les bre-
 DE   VANCOUVER. 153
bis et lebefadlVqui, k raison du mauvais
foin que nous  avions eu a Monterrey,
etaient presque affames. Ce fut a la mauvaise qualite de ce foin que j'attribuai la
perte que, dans notre passage, nous fimes
del trois beliers , de deux brebis, d'un
taureau et d'une vache. L'espoir que j'avais d'etablir, dans les differentes iles de
la mer Pacifique , la race de ces animaux
precieux , se trouvait, e» grande partie,
frustre. Cependant je me flat ta is toujours
de reussir quant a l'ile d'Owhyiiee, en y
laissant le taureau et les vaches qui me
restaient, sous la protection de Tamaah-
maah , que je m'attendais a rencontrer a
Karakakoua. Je donnai a Kahowmotou,
qui avait eu le plus grand soin, tant des
chevies que je lui avais precedemment remise. , que des chevreaux qu'elles avaient
faits depuis, un belier, deux brebis, et un
agneau, ne pendant notre traversee. Ayant
ete informe que je destinais le reste de
mes betes a cornes a Tamaahmaah, il me
pria instamment de ies faire debarquer
sur-le-champ, vu la necessite de les met tre
le plus promptement possible k la pature.
11 avait raison, mais je ne le connaissais
9*
 que depuis trop peu*de temps; pour avoir
une entiere confiance en lui.
Le lendemain matin, il vint a bord pour
me metier a son habitation. II ine presenta
seize beaux cochons, une grande quantite
de vegetaux de differentes sortes, et du
fourrage pour notre betail. Ii cessa de de-
mander des armes et des munitions, et
parut charme de recevoir trois verges de
drap rouge , une petite piece de toile
peinte, et plusieurs bagatelles pour ses
maitresses. II n'en avait pas moins de
quatre, qu'il appelait sea epouses, et qui,
dit-il, m'attendaient avec beaucoup d'im-
patience sur le rivage; car quoique le ta-
bou tirat vers sa fin sur quelques points,
cependant il conservait toujours toute sa
force, quant a la defense faite aux femmes
d'entrer dans les pirogues; et celles qui
nous avaient fait visite a bord etaient
venues a la nage.
ha Baie de Toeaigh, ainsi appelt'e par
nous , du nom du village voisin , est la
meme qui a ete appelee Baie de Tbeayahha
par le capitaine King'. Les naturels ne
donnent5 aucune designation particuliere
aux baies, aux anses, etc., que Fon trouve
 DE   VANCOUVER. l55
sur les cotes, et les noms sous lesquels
nous les connaassons sont ceux de quelque village , ou de quelque district voisin,
que leur ont appliques des navigateurs
europeens.
Toeaigh est situe au milieu d'un bosquet de cocotiers. Un ressif des rochers
de corail, qui de la s'etend a peu pres a
trois quarts de miUe dans la mer , le 1 en-
dait inaccessible en droite ligne a nos
canots ; mais nous debarquames commo-
dement dans un chenal etroit, entre ce
ressif et le rivage , pres du Morai, au sud-
est de la greve , d'oii nous avions a faire
deux milles pour nous rendre a Fhabita-
tion de Kahowmotou.
Nous nous avanfames , escortes par un
caporal etsix soldats de marine. Les canots,
bien montes et bien armes , etaient pret*
a nous porter du secours , en cas de per-
fidie de la part des habitans. II parait
que ces precautions n'etaient nullement
necessaires, car nous fumes recus de la
maniere la plus amicale et la plus civile
par toutes les classes d insulaires. Le village ne qgfusistait qu'en maisons .parses ,
et de deux especes. Celles qui servaient
J
 l56 VOYAGE
de denieure aux habitans , n'etaient que
de petites et de mis .rabies huttes ; mais
les autre. , destinees a construire, a re-
parer et a remiser les pirogues, $ta_j&_d:
tr&Srbelles dans leur genre.
vers'le na.lieu du' y1ft_age est un reservoir , quun banc ,odqu'une petite pE_r-i_
de la'greve de sable, separe de Focean,
avecjequel il _.*_: point de communicSilKin;
>VTSib_e.y€^_ia^'^_- marais stagnant, que
couvrait Une ecume vaseuse, d'un vert
"wunarre. Les natural 'ffls.nt que sans
qu'bril'J t^lx _p^o_^**,>. il s'y trouve une
quantite ueau; extfeidemefai -tafl.e , qui
suffit pour les nombretox!* cmnpartimens ,
ou le soleil produit bieh'l&t Fevaporation
li% ia^clis^iisation. On enleve soigneu-
s'ement les cristaux , et s'ils s64-V_ales , on
les lave dans l'eau de la mer avant de les
Seener.Tls son£ n,ea,ucdi.p plrajgrbs que
eeiix* d*__urope)' mais ils _ie„ leur __fle_it
point pour la couleur hi pour la qualite;
et nous' en vimes une1 ffnmde quantite.
jD apres^Taspect de ce marais _ai_.i_t, Bh
pourrait conclureqiie le sel quu uo_B_b
^rovient miitot de ias qUalit. _a1ltll(ea§_k
terre que ae _Vau ae la iner. t^ejifendartt,
 DE  VANCOUVER. _S^
co_n__(_ifl_/e_t e_t pas eloigne de plus de
trente v$fges , il est probable <fUe l'eau
de l'oc___i y penetre k travers la greve
de sable mou qui Fen separe, et que
son grand rapport provlent de l'une et de
Fautre cause.
Nous rendimes notre visile tres-agrea-
ble aux femmes de Kahowmotou, en
letir faisant don de plusieurs objets pr_-
cieux. Elles nous accompagnerent, ainsi
que ce chef, jusqu'a nos canots , et nous
fumes suivis par un grand nombre d'autres
insulaires qui se conduisirent avec beaucoup d'ordre et de decence. A notre passage , ils nous offrirent des nOfel de coco ,
et s'empresserent de nous rendre toutes
5&rte_ YfcJ petits serv i ces.
"'J'__rrtw Stir la gr§v4f ,• je priai Kahowmotou de venir diner avec nous a bord.
D'apres le tabou , je n'imaginai point de
demander la meme gr_ce k 86s femme.!:
mais elles avaient une tout autre idee que
moi de cette interdiction; du moitt-_Vflr-i
fMi-hktn-na, favorite de Kahowmotou j nae
dit que s'il leur etait defendu de s'embar-
qiier dkns de.pirogues d'Owhyhee, rien
ne les empechait d'entrer dans nos canots,
 158 VO. AGE
que ne concernaient point les lois de File.
Ce raisonnement ingenieux ayant ete
approuve de l'epoux , cette dame fut de
la partie.
Tous deux retournerent dans une de
nos embarcations, qui nous rapporta un
message, par lequel Tianna demandait
qui nous etions. Ce chef nous faisait dire
en meme temps que dans le cas ou nous
serions de ses amis, il s'empresserait de
venir nous voir, mads que la distance a
laquelle il etait ne lui permettant pas
__Iarr_ver de bonne heure , il porterait,
pour se faire reconnaitre dans Fobscu-
rite , un feu considerable a Favant de sa
pirogue. En effet, il parut le lendemain
( 16) , a peu pres a quatre heures du matin , au moment meme ou nous appareil-
lions. II nous pria de recevoir six beaux
cochons, et nous dit qu'il en avait en route
plusieurs autres qui nous suivraient au
sud. Un coup de canon, signal dont j'etais
convenu avec Kahowmotou, Fayant averti
de notre depart, il vint avec sa favorite
pour nous conduire a Tyataioua. Le mauvais temps et le vent ayant retard^ notre
marche,  nous   n'arrivames que   le soir
 DE   VANCOUVER. I 5c)
en travers de la pointe sud de cette baie,
pointe qui forme Fextremite ouest d'Ow-
hihee. Un peu avant la nuit, nous decouvrimes un brig et un sloup au large,
et nous apprtn.es des naturels que c'e-
taient le Chatam , et le navire de commerce le Jackal, commande par M. Brown
du Butterworth. Comme ils paraissaient
marcher a petites voiles, je m'avancai
immediatement de leur cote, esperant
joindre bientot notre conserve. Mais quel
fut notre etonnement, le lendemain matin , de nous trouver au moins a neuf ou
dix lieues de la terre , et de ne plus voir
les deux batimens , quoique nous eussions ete en calme la plus grande partie
de la nuit. Une brise fraiche du nord-est^
qui nous fit faire trois ou quatre milles
par heure , nous porta, pendant la; matinee , directement sur la terre , et toute-
fois nous ne paraissions point approcher
du rivage. A midi, la partie la plus voi-
sine de nous etait aux environs de la
pointe sud de la baie de Toeaigh , et
nous restait a l'est-quart-nord, a la distance d'environ dix lieues. Notre latitude
observee   etait   de   190 42'- Le vent  de
 l6o VOYAGE
nord-est fut, bientot apres,   Sttlti  _?_a_
calme.
Les deux vaisseaux reparurent le 18, au
matin; et, vers midi, le Chatam fut assez
pres de* nous pOUr qtte M. Ptiget put venir
a bord de la Decouverte. II m'apprit qu'il
avait reconnu le. rivages du c$t_ sud-est
d'Owhy_f_e, depot, ht pointe est jusqu'a
la pointe _Ud de cette ile, a la distance
d'un jusqu a trois milles dxt rivage, sans
avoir trouve aucun endroit qui parut
offrir un mouillage. II ajouta que si la
sonde touche quelquefois , c'est sUT utw£
cote ouverte, exposee aux* Vents dominant,
et sur_e___v_ges de laquelle brise unressac
si violent, que toute communicationatec
tittarre est impossible. Depuis la pointe
sud de l'ile, la reconnaissance n'avait pas
ete faite aussi en detail que je Feusse
souhaite pour deterrUiner _'__>jet que j'aV-is
en vue. L'inconstance des vents, et un
cOurant tjfll portait le na'vire au nord, a
quelque distance tt_ la _6t_, Oft furent pro-
bablement la cause. Cette partie, dont
je desirais un examen detaille, est situee
entre 1_ pointe sud et la bare de Karaka-
koua; et Fon dit que quelques navires de
 DE   VANCOUVER. l6l
commerce y ont trouve une meilleure re-
traite pour les vais_eat__ que celle que leur
offre cette der_aere baie. J'accordai peu
de confiance a ce rapport; el, comme j'es-
jjMS___s>v -tfas'surer du fait1 dans un autre
moment, j'yi_f£-chai perf'-rrmportance en
cette occasion. M. Puget me dit, en outre,
que je trBtiver_is la baHPfltf Karakakoua
plus formidable que je ne le cro^a-.',
parce qu'il avail appris de personnes qui
etaient a bord du Jackal, qu'il n'etait pas
sur pour de petits nav_re^_fy mouiller,
depuis que Tamaahmaah etait parvenu a
se procurer, de plusieurs navires mkir-
chands, un certain nombre de canons et
des munitions. On avarf'jtjWt^que ces
canons etaient pointes du cote de la mer,
et, en quelque sorte, couverts par des
murs de pierres, que les naturels avaient
chores le long de la greve, au-devant des
maisons, et a la place ou etaient les habi-
tations des prefres , lesquelles furent de-
truites srpres la mort du capitaine Cook.
Des calmes et de petites risees noUs
tinrent dans une inaction , que rendr. erit
tr_S-^desagreaf)le une houle irre'guliere et
pesante , et un temps exce_s_vemen^_AWN_
 162 VOYAGE
et chaud. Une circonstance facheuse vint
rendre plus penible encore notre eloi-
gnement de la cote. Le seul taureau qui
nous restat, et une vache qui avait mis bas
un veau mort, ne pouvaient plus se tenir
sur leurs jambes; et il etait evident que
si Foccasion de les deposer a terre ne se
presentait pas promptement, on ne pourrait pas leur conserver ia vie.
Dans l'apres-dinee du 19, quoique nous
fussions eloignes de huit ou neuf lieues
de la cote, nous recumes la visite de plusieurs pirogues, dans l'une desquelles
etait un chef du district d'Ahiedo, qui
etait frere, de pere ou de mere, de Ta-
maahmaah, et se nommait Crymamaho.u,
Je lui fis des presens, dont il parut tres-
satisfait; et, comme sa pirogue etait vaste,
je le priai de transporter nos pauvres animaux a terre; mais, a ma grande surprise,
il eut recours a mille evasions pour s'en
dispenser. Les instances de Rakowmotou
n'eurent pas plus d'effet que les miennes,
Sachant que .'avarice e_t la passion domi-
nante de ces insulaires, j'offris a Cryma-
mahou une modique recompense, pour
qu'il nous pretat seulement son embarca-
 DE   VANCOUVER. 163-
tion. Alors toutes ses objections cesserent;
le taureau et la vache furent bientot con-
venablement places dans la pirogue , ou
se trouvaient quelques vegetaux, que le
premier mangea avec une sorte d'avidite y
ce qui me fit esperer qu'au moyen de la
bonne nourriture qu'il aurait en abon-
dance a terre, il se retablirait prompte-
ment.
Le lendemain matin (le 20) nous etions
encore a une plus grande distance d'Owhyhee; mais, vers midi, nous fimes voile
vers cette ile, a Faide d'une brise legere
dn sud-ouest. En approchant de la cote ,
nous rencontrames de grandes et de petites
pirogues, chargees des productions du
pays , que les naturels echangerent, avec
beaucoup d'honnetete , contre differens
articles de commerce. Le drap rouge ou
bleu , et les toiles peintes, furent ceux.
auxqueis ilsparurent donner la preference.
Les grains de verre et les autres bagatelles
furent acceptes en present, mais on ne les
considera pas comme dignes de quelque
retour.
Parmi ceux qui nous firent visite, se
trouvait l'heritier presomptif de la souve-
 WiJ VOYAGE
rainete d'Ow__yh_e, le' fHWaAue de Ta-
lnaahmaah. C'etait un enfant d'environ
neuf ans, qui montrait beaucoup d'irttel-
ligence et de vivacite. EnTtftour desire*
sens que je lui fis, il me donna trois ou
quatre C_t__ons , et m'en promit encore une
jthts1 grande quantite.
Etant alors a peu pres a Ferttree de la
baie de Tyahtatoua , j'envoy ai M. WhidL
bey examiner Ife mouillage. Nous eumes,
le 21 , au lever du soleil, un calme qui
j_tirt_ jusqu'a onze heures du matin, et
nous fumes etrtxaines fort loin de la terre.
--fo-S^Une brise s'etant elevee dela par*
tie du sud-ouest, nousport_mes sur Tyah-
tatoua.
Vers midi, je fus honor, de la visite de
Tamaahmaa1_.Li_bi d'Owhyhee', visite qui
JK-^^HV^-t-'annoncee quelque temps aupa-
ravant.
_^_ttt d'apres le portrait qu'en a faft^lc?
capitaine King, que le souvenir quej^vfcis1
conserve de la.personiie de d_:;C_ief, je
m'atfendafe a le reconnaitre a Faspect le
plus farouche que j'eusse vu parmi ces in-
sulaires; mais je fus trfes-agreablement
surpris de trouver   qfue   le temps av&rr
 DE   VANCOUVER^ I65
adouci la ferocite de son maintien et de
ses traits, et qu'il ne se faisait plus remarquer que par un caractere enjoue' et
franc, par beaucoup de sensibilite , de
bienveillance et de generosite. Le lecteur
peut se rappeler qu'un changement a
peu pres semblable s'etait opere dans le
caractere de Pomourrey, de File de Taiti.
Tamaahmaah vint a bord dans une^ses-
grande pirogue, etjUccompagnpde John
.Young, matelot anglais, qui paraissait
posseder non-seulement la faveur de ce
chef, mais avoir beaucoup d'inlfjience sur
lui. Terrehoua, que i'ava*%charge de presenter au roi les deux betes a cornes,
revint en meme temps , et m'apprit que la
vache etait morte dans la traversee , mais
que le taureau avait heureusement debarque , et qu'il etait loge dans une maison
ou il mangeait et buvait bien•  9
Apres les ceremonies ordinaires et de
in ut uell es} ass ui an ces d'amiti e , Tamaahmaah me dit que la reine son  epouse
, etait, avec plusieurs de ses parens et deses
amis, dans la pirogue le long du bord , et
qu'ils attendaient que je les admisse. Je
consentis sur-le-champ a la demande, et
 L-E35S
I66 VOYAGE
je fus presente a cette reine, que Fon
m'avait dit etre fille de Kahowmotou et de
Namahanna , sa favorite, qui etait aussi
sur la Decouverte. La rencontre de la prin-
cesse et de ses parens prouva toute Faffee-
tion qui subsistait entre eux. L'epousede
Tamaahmaah lui faisait honneur. Elle paraissait avoir seize ans , et c'etait une des
plus belles femmes que nous eussions vues
dans ces iles. J'eus du plaisira observer la
tendresse des deux epoux, et les soins pas-
sionnes qu'en toute occasion ils avaient
l'un pour Fautre.
L'objet de cette visite etait de nous in-
viter a nous avancer jusqu'a Karakakoua.
Je repondis que notre canot etait all. examiner la baie de Tyahtatouah , et que je
me deeiderais quand il serait de retour.
Je fus charme de toute la conduite de
la famille r<-fyale. Quoiqu'elle fut composed de plusieurs personnes, aucune d'elles
ne me demanda la moindre chose , et ne
parut meme s'attendre a recevoir des presens. Toutes semblaient mettre beaucoup
de soin a eviter de faire la moindre offense,
et le roi surtout poussait le scrupule au
point de demander quand et a quelle place
 DE   VANCOUVER. 167
il pouvait s'asseoir. Les habitans etaient
alors rassembles en grand nombre autour
du vaisseau. Quoique je leur eusse refuse
de monter a bord, ce que je ne permis
qu'aux principaux chefs , ils demeurereut
parfaitement tranquilles dans leurs pirogues , et se conduisirent d'une maniere
amicale et polie.
Cette ardeur d'acquerir des armes et des
munitions, qui, a notre arrivee, semblait
devoir _tre un si grand obstacle a ce que
nous pussions nous procurer des rafraichissemens , paraissait alors ne plus exister ; et d'un autre cote, la maniere cordiale
dont nous fumes accueillis, la quantite de
provisions que nous avions achetees au
plus bas prix , et la valeur que les insulaires attachaient a nos articles de commerce, me donnerent d'eux une idee plus
. favorable que celle qui en a ete repandue
depuis peu.
Voulant ne rien negliger pour entretenir
la bonne intelligence qui subsistait entre
les membres de la famille royale et nous ,
je leur fis les presens qui pouvaient le plus
leur plaire. Alors ils me prierent de per-
mettre a leurs parens et a leurs amis , qui
 168 VOYAGE
etaient le long du bord, de visiter le vaisseau. Je devinai bien le motif de cette re-
quete, et la foule des personnes de tout
sexe et de tout age, qui bientot monterent
sur le pont et remplirent la cl^mbre, me
confirma dans mon opinion. Alors Ta-
maahmaah me demanda si je n'avais pas
l'intention de faire des presens aux nouveaux venus. Sur la reponse affirmative
que je lui fis, il se chargea lui-meme de la
distribution , et fut si econome qu'il me
4NWfi&raL•souve^^'occasion d'ajouter quelques objets aux parts qu'il avait faites, et
qui furent meilleures pour quelques-uns
des hommes que pour la generalite des fem-
jgei^yD^ais celles-ci trouverent moyen de
s'en dedommager amplement, ce qui causa
une grande joie , a laquelle Tamaahmaah
lui-meme prit beaucoup de part. Lorsque
la distribution fut achevee , je pres en tai a
ce prince un manteau d'ecarlate , orne de
clinquans, et garni de gajons de fil de
differentes couleurs. Ce vetement, qui lui
tonibait de la tete aux pieds, s'attachait sur
la poi trine avec des rubans ble us. Deux
miroirs places vis-a-vis Fun de Fautre
donnerent au prince la facilite d'admirer
 DE  VANO-.VER. %8g
'& .o^ale perSOntfe, et il en'^fut dans un tel
ravissement qu'a peine la chambre put-elle
le contenir. Dans son ivresse, il fit mille
sauts; et, pour avoir plus de'place, il
chassa la plus grande partie de ceux qui
nous avaient fait visite , et dont le grand
nombre causait une chaleur extreme. II
les suivit bien to t; et, apres s' etre prom ene
quelque temps avec dignite sur le pont,
il se placa dans les endroits les plus-appa-
rens, et d'un air d'indifference, quoique
dans la realite il ne le fit que pour exciter
Fadmiration et les applaudissemens de ses
sujets. Les acclamations que poussa la
multitude en le voyant- flatterent sa va-
nite ; mais sa satisfaction ne fut complete
que lorsque M. Whidbey m'eut rapporte
que quoique le mouillage de Tyahtatoua
■-ftdfut convenable, il etait cependant/bien
plus expose qu'aucune partie de celui de
Karakakoua.
Je savais alors que ce que Fon m'avait
dit des fortifications et'de Fartillerle de
Tamaahmaah etait absolument faux, et
je n'hesitai pas a faire gouverner 'imfrie-
diatement sur la derniere' de ces deux
baies.   Lorsque   le  roi dlOwhybee -"> eut
 170 VOYAGE
connu ma determination , sa joie fut telle
qu'il m'est impossible de la decrire, et
que jamais je n'avais vu briller tant de
contentement sur la physionomie d'aucun
.homme.
La brise etait trop faible et le jour trop
avance pour que nous pussions gagner
Karakakoua avant la nuit; mats le lende-
main (22), nous fumes en travers de cette
baie, a sept heures du matin. Aussitot des
pirogues partirent de tous les points du
_rivage , et nous apporterent une grande
quantite de rafraichissemens, que les insulaires parurent aussi empresses d'echan-
-ger contre nos articles de commerce, qu'ils
Fetaient lorsque Fon decouvrit pour la
premiere fois ces iles. Mais nous en avions
tant, que je defendis de rien acheter que
le vaisseau ne fut amarre. Nous nous
placames a une encablure et demie de
Karakakoua, qui etait sur le rivage le plus
proche.
J'ai deja dit que ce village etait la residence de Tamaahmaah. La Decouverte
n'etait pas encore bien amarree, lorsque
onze pirogues tres-grandes s'avancerent
avec beaucoup d'ordre, en  formant les
 DE   VANCOUVER. 171
deux cotil^egaux d'un triangle obtus. La
pirogue la plus considerable en etait la
pointe angulaire, et avait ti ente-six pa-
gaies. Elle etait mon tee par sa Majeste
Owhyheenne, vetue d'une robe de toile
peinte, que le capitaine Cook avait donnee
a Terreobou. Au-dessus de ce vetement,
Ie prince portait un manteau de superbes
plumes d'un jaune eclatant, qui etait le
plus elegant que j'eusse vu, et avait une
queue tratnante. Sa tete etait couverte
d'un tres-beau casque, et tout son ajuste-
ment avait beaucoup de magnificence. Sa
pirogue etait un peu en avant des dix
autres, qui en suivaient exactement tous
les mouvemens, et les rameurs battaient
regulierement la mesure avec leurs pa-
gaies, en inclinant a droite ou a gauche,
selon les indications du roi, qui condui-
sait toute cette manoeuvre avec plus d'ha-
bilete qu'on ne pouvait raisonnablement
en attendre. II parada de la sorte autour
des vaisseaux avec lenteur et solennite,
ce qui non-seulement donnait plus de di-
gnite a la marche , mais aussi plus de
temps pour s'eloigner, a la foule des pirogues placees le long du bord. II ordonna
 172 VOYAGE
ensuite a celles qui formaient son cortege
de se ranger sur une ligne, a Farriere du
vaisseau; puis la sienne s'avanca a force
de rames vers le flanc de tribord, et,
malgre la vivacite de son mouvement, elle
s'arreta tout-a-coup lorsque sa majeste fut
vif^-vis de l'echelle.
Des que le roi fut sur le pont, il me prit
la main, et me demanda si nous etions
sincerement ses amis. D'apres ma reponse,
qui fut affirmative , il me dit qu'il savait
que nous appartenions au roi George, et
me demanda si ce prince etait aussi de ses
amis. Ayant recu une reponse satisfai-
sante, il declara qu'il etait lui-meme notre
bon et fidele ami; et, conformement a la
coutume du pays, nous nous saluames nez
contre nez, en temoignage de la sincerite
de nos declarations. Ensuite il me pre-
senta quatre beaux casques de plumes , et
il ordonna aux dix pirogues de s'avancer
Vers le cote de tribord. Chacune de celles-
ci contenait neuf cochons tres-gros; mais
il y en avait une flotte d'autres plus petites et chargees de vegetaux, auxquelles
le roi donna Fordre de l'w;f$r leur cargai-
son du cote oppose. Nous ne prunes rece-
j
 DE   VANCOUVER* 1 ^-3
voir le tout, tant; nos pouts et ceux du
Chatam etaient en comb res , et toutefois
le prince ne voulut pas per mettre que Fon
remmenat un seul cochon a terre.    ,
Le betaii vivant que j'avais alors a bord
consist ait en cinq, vaches, en un belier et
en deux brebis , qui furent envoy es au
rivage. Tous etaient sains, quoique afFai-
blis; mais comme je me flattais que le
taureau se retalnirait, je doutais peu que
la propagation des animaux de son espece ne reussit completement. Je ne puis
passer sous silence le plaisir que je res-
sentis , lorsque j.e vis. Tarnaahmaah lui-
meme les placer avec empressement dans
les pirogues. En outre, il en joignit a ses
gens de se conformer a ce qui leur serait
present par notre boucher, que je char-
geai de veiller au debarquement. Ce ne fut
qu'apres le depart des pirogues que je
connus la totalite des presens du roi, qui
fit alors avancer d'autres embarcations
dans lesquelles etaient, en quantite, des
etoffes, des nattes et d'autres objets de
fabrique du pays, qui furent apportes sur
le vaisseau ; mais coin me il iie noqs e^tait
pas possible de les loger , el .que je ft? ^
 174 VOYAGE
promesse de les recevoir un autre jour, le
,|Sw-_t6<^o_iSent?t k ce qu'on les renvoyat
au rivage, et ilriehargea specialement quel-
qu'un de sa suite d'en avoir grand sour j
lui disant que c'etaijt k moi qu'ils appar-
ten aient.    '
Cependfant Kahowmotou, qui avait tout
observe d'un ceil attenlif, ne put's'empe-
cher de me dire que c'etait un partage
bien:_negal que de donner tout le gros be-
tail a Tamaahmaah , sans en r.server aucune let-fJour lui, poilr^Tianna et pour
les principaux chefs. Je lui repondis qu'en
donnant a lui, Kahowmotou , les brebis
oriiginairement dest&fiees au roi, j'avais
deja commis une grande injustice envers ce
prince: J'ajoutai qu'il eta.!4probable que
je revienHrferis, et que, dans ci#<$as, je fe-
rais mes efforts pour ramener non-Setttet
ment deS9SU_.-_ki8ux de cette espece, mais
encore tdus ceux que je pourtfai-^Vne pro-
c&rer^ et qui lui setatent de quelque uti-
li'te, aiti^l^u1-? nos amis d'Owhyhee. II
parut satisfait de cette reponse , et j'esp.-
_$i:.q_e^ffe^pa^rt^n__^is a teni_ un juste
milieu entr^ ces chefs jaloux; mais pen-
dant que nous etions a diner, Farrivee de
 DE   VANCOUVER. I 75
Tianna nous causa un nouvel embarras.
A Fentree de celui-ci dans la cabane, la
farouche austerite de Tamaahmaah et la
teinte sombre qui vint couvrir son visage,
me le firent voir tout---coup tel que je
Favais precedemment connu. Cependant
je recus Tianna avecpolitesse etcordialite,
ce qui parut augmenter le deplaisir du roi.
Le premier me fit present d'un: casque, et
me pria de donner 1'ordre de faire-entrer
dans le vaisseau quelques cochons qui
etaient dans ses pirogues. C'etaient les
plus beaux animaux de cette espece que
j'eusse jamais vus , et il y en avait quinze;
mais comme il etait impossible de leur
trouver la moindre place a bord, je fus
oblige de les refuser, en prometlant toute-
fois de les recevoir lorsque Fon aurait dispose des notres.
Cette assurance^ qui salisfit Tianna , re-
"v¥3__! Fenvie de Tamaahmaah , qui se
plaignit que je ne le traitais pas avec l'ami-
tie dont j'avafs fait profession envers lui,
puisque j'avais renvoye , sans lui faire la
meme promesse, vingt et unbeaux cochons
^^trfl m'avait ameri_--.Je lni repondis que
je n'avais   point  d'autre  intention   que
 1^6 VOYAOB
d'accepter ses presens, lorsque je le pour-
rais; et la-dessus, il repliqua avec quelque
chaleur que je n'avais pas besoin d'avoir
recours a Kahowmotou, a Tianna , ni a
quelque autre chef que ce fiit, pour me
procurer aucune espece de provisions, et
qu'il en avait plus qu'il n'en fallait pour
suffire a nos besoins , lorsque celles qu'il
nous avait presentees auraient ete con-
sommees. Parmi tant de rivalites, iI n'etait
pas facile d'adopter un plan de conduite
qui fiit egale men t agreable a toutes les
parties.
Lorsque cette contes ta tion fut term inee,
le roi eut avec Tianna un entretien dont
nous ne comprimes pas clairement le sujet;
mais il nous parut que le premier repro-
chait 4 Fautre d'etre venu de la partie
nord-ouest de File sans qu'il en eut donne
connaissance au prince , ou qu'il en jut
obtenu la permission. Cette affaire arranged, ils s'adresserent quelques plaisante-
ries; le roi reprit insensiblement sa gaite ,
et la bonne intelligence fut retablie des
deux cotes.
>; Tamaahmaah ayant appris que j'allais
?&ire_^e^serles lentes et  Fobservajoije
 DE   VANCOUVER. 1^1
sur le rivage, m'assura positivement qu'il
ne nous y serait fait aucune injure , si
nous voulions souscrire aux reglemens
qu'il nous proposerait. La commodite de
Femplacement qu'avait occupe le camp
etabli par la Resolution et la Decouverte,
pendant la malheureuse relache qu'en
1779 ellef>-k<-tffe4evant cette ile, fut cause
que je le preferai a toute autre partie de
la baie. Vu sa proximite du rivage, le
vaisseau pouvaA(gj pi oteger nos operations,
contre toute attaque ou toute surprise de
la part des natui el% Mais nous ne pouvions pas en jouir immediatement, parce
qu'il faisait partie de la terre sacr^e du
Moral, dans laquelle il ne nous etait pas
permis d'en tier, pendant le tabou perio-
dique , qui devait commencer le soir
meme du jour ou nous etions , et finir le
24, au lever du soleil. Durant cette interdiction, il ne pouvait exister aucune communication entre le rivage et le vaisseau;
mais le roi me promit que lorsqu'elle
aurait; cesse, il reviendrait a bord, et que
prealablement il donnerait ses. ordres pour
que notre detachement fiit bien recu et
suffisamment garde.
 I78 VOYAGE
Rien -$Hroublailei?Jff_ence de la journee
au lendemai5_!M(:_0j|tiet nous ne vimes
sortir de ia baie qu'un jpfetit nombre de
pirogues qu.^-flafiiSi,1- la peche.
Conformement a sapromesse, Tamaahmaah se rendr__.bord __*__J, immed__be-ii
ment apres le lever du soleil, et il etait;
accompagn. d'Young. II me dit qu'il avait
donne tous les ordres necessaires pour
Feiablissement de notre camp , qu'il avait
charge plusieurs personnes de prendre
soin de nOs effets, etque je pouVafe, quand
il me plairait, les faire transporter a terre.!
M. Whidbey les y condiiHIt; et, peu de
temps apres le de^etmer, je m'y rendis,
accompagne du roi, de M. Puget, et'de
quelques oficiers , sous l'escorte de six
soldats de marine , qui devaient former
la garde de nos travailleurs. Je fus charm^
de voir que cette precaution n'etait point
d'une absolue necessite. Cependant je ne
la considerai pas moins comme indispensable , sinon pour notre surete, du moins
pour notre dignite. De plus , connaissant
Favidite des insulaires pour les armes a
feu et pour les munitions, et ne voufoiasi
pas les exposeifi. la tentation de s'emparer
 DE VANCOUVER. I 79
desnotres, je resolus de n'enVoyer sur le
rivage que ce qu'il en faudrait strictement.
Ne jugeant pas prudent de placer une
confiance iliimitee dans la sincerite de
leurs protestations, je fis monter les pieces
de campagne sur le gaillard d'arriere, soit
pour les faire jouer de la , soit pour les
transporter sur le rivage, s'il en etait be-
soin. Toutes furent essay.es, et Fon pre-
para une grande quantite de munitions.
Nous eumes < tou j o u rs quat re J s en ti n elles;
on tint constamment de petites armes
chargees,et chacun fut pret a voler a son
poste , au premier signal. Tamaahmaah
s'apercut de ces mesures, et sa confiance
en nous les lui fit approuver hautement.
Ce prince observa qu'il y avait dans les
environs des vassaux et des serviteurs ,
appartenant, soit aux chefs des autres iles,
qui etaient ses ennemis inveteres, soit a
^plusieurs de ceux de File d'Owhyhee ,
lesquels n'etaient pas mieux intentionnes
weavers flui.j Craignant qu'ils ne tse portas-
sent a quelques exces contre nous, il avait
fait, toutes les dispositions necessaires pour
reponsseri.toute, attaque de leur par$j-.6tf
par ce moyen, prevenir la punition que
 _____H| VOYAGE
je serais dattsi.e cas de leur infliger, et
dont les resultats pourraient etre prejudi-
^Mblfes a sa personne ou a son gouvenie-
ment, et probablement>ififo_t et a Fautre,
quoique son peuple , ni lui, n'eussent pris
part a FOffeilsi..';;
~d _%ftiaahmaah me tint ce discours de la
~t_«__$re la plus froide, mais en meme
temps la plus expressive. II le termina en
disant qu'il esp-iraltique, demon cote, je
prendrais les mesures les plus propres a
£r£ Venir I toute J_auSe de me si ntelligence.
nEti fcOOsequence , il me pria de defendre»a
*|fti que ce fut, de^nos^quipages, d'entrer
"^Kfc-fts'les Mo*rais^x>u dans les> Iieux con_a-
-til^sf'; .lSth'-ngageaqi ne recevoir a bord l
:-^ief _es principaux chefs, meipiromettant
<■ d:_'s?y tendre fr equemment lui-»meme pendant le j_fcf_*,l etl_;ihe per mettre a personne j
r^i^er'-*_ti_Xlltas le pays. II ajouta que si
quelques-uns de nos officiers voulaient y
"!^__I^Ul_e,ex__rtsion4fil fallait que, preala-
blement, ils s'adressassent a lui, qu'il leur I
• donneraiPUtr^tiide, et desgar_fcesq0i. por-|
teraient leur fbagage, et leur rendraientj
toutedsortes de services; qu'en se confor-1
mant a ce qu'on leur indiquerait de faire, I
 DE   VANCOUVER. l8l
ils pourraient parcourir File entiere; qu'ils
y recevraient partout l'hospitalite , et que
si Fon osait leur manquer en quelque
chose, il ferait sur les coupables un <exei_i-'
pie plus severe que nous ne le ferions
nous-memes. Des reglemens si sages ne
pouvaient manquer d'obtetiir mon approbation.
L'extreme empressement des insulaires
pour se procurer des armes a feu , et _Ur-^
tout des fusils et des pistolets , causait a
peu pres la seule crainte que*j%usse. Je
donnai done des ordres pour qu'au cas
ou quelques-uns de nos gens iraient se
promener sur le rivage, ii- ne portassent
absolument qu'une paire de pistolets de
poche, qu'ils auraient soin de tenir bien
renfermes, et dont ils ne feraient usage
que quand la necessite les y contrain-
drait. Cette defense me fut suggeree par
F experience. J'avais vu souvent, dans
les differentes -lies de ces mers, des offi-
ciers inconsideres, et des mishipmen, aller
sur le rivage avec leur fusil, pour y prendre le plaisir de la chasse, et le remettre,
lorsqu'ils etaient fatigues, a quelqu'un des
naturels , qui guettait Foccasion de Fem-
87. 11
 I§2 VOYAGE
porter. D'autres fois , se trouvant au milieu
d'un grand npmbre d'habitans, on le leur
arrachait des mains , et il disparaissait a
I'instant. Parmi des peuplades plus dociles
que celle des iles Sandwich, il en etait result, de graves inconvenj^fis. Non-seule-
ment la vente des vivres avait cesse, mais
en faisant feu sur le voleur, on avait aides individus qui n'etaient point coupa-
bles. En consequence, que n'avait-on pas
a craindre ,; en pared cas t d'un peuple
artificieux et hardi, surtout si des chefs
turbulens et mai intent ion nes se trou-
vaient compromis?
Quoique ces reglemens causassent quelque mecontentement a des personnes peu
sensees, je cms que le service de sa majeste, et la conservation de ceux qui etaient
sous mon commandement, exigeaient que
j'en ordonnasse la plus stricte execution.
Je. rencontrai, cette matinee, sur le rivage , deux marins, Fun desquels etait un
Iclandais , qui, depuis. trois mois , avait
deserte le service d'un navire americain ,
et »e nommait John Smith. L'autre, qui
s'appelait Isaac Davis, etait sur la goelette
laifyMe-Americaine, lorsqu e les insulaires
 DE   VANCOUVER. l83
d'Owhyhee s'en emparerent. Les details
que , durant notre relache a Atouy , Fon
me donna sur ce malheureax evenement,
ne s'etant pas trouves exacts , j'i__5ererai ici
l'extrait du rapport que me firent YoUng
et Davis a ce sujet.
John Young etait mal_re d'equipage
du senau americain VEleonore. Ce navire,
qui portait dix canons , avait dix An__ir_f
cains et quarante-cinq Chinois d eifUf^
page*. II etait commande par M. Metcalf
qui faisait le commerce des fourrures sur
la cote nord-ouest d'Amerique. M. Metcalf avait emmen_ avec lui son fils, jeune
homme d'envion dix-huit ans , qui iiiOtt-
tait la goelette dont fe viens de parler, laquelle etait du port de trente-six tonneaux,
el Uvait cinq homme- d'equipage, dont
Davis etait lieutenant.
Ces deux navires firent voile de la Chine
eu 1789. La Belle*iAm4ri<edine fut retenue
par les Espagnols a Noutka ^ mais YEleo-
mre toucha aux iles Sandwich, dansMifi
* L'auftfttf'-jout. : ou au&e¥^aWihM>aty\£tte
oantix&j o*esfraHUir8r-._:ta Ghifltf. h
j
 Io4 VOYAttX    r
tomne de cette meme annee, et demeura
autour d'Owhyhee pendant Fhiver.; .
Young me rapporta qu'au mois de fevrier 1790, les deux navires se porterent
sur Mowy , et qu'un canot appartenant
au senau, et dans lequel etait un homme,
avait ete derobe a Farriere du vaisseau.
M. Metcalf ayant offert une recompense
pour celui qui les lui ramenerait, apprit
que l'un avait ete mis en pieces, et Fautre
assassin.. Alors il reclama les ossemens
du malheureux matelot; et, au bout de
trois jours, ils furent, ainsi que Fetrave
et Fetambot de Fembarcation, portes a
bord du senau. Les naturels con tin uerent
alors a commercer avec I'equipage , et
croyant le courroux de M. Metcalf entierement calme , ils lui demanderent la
recompense qu'il avait;promise. Celui-ci
leur repondit que bientot ils Fauraient,
et fit charger les canons a balles .et a mi-
traille. Ayant ^ensuite taboue le cote de
babord, pour faire passer;toutes les pirogues du cote de tribord, pres du rivage,
les sabords furent ouverts, et Fon fit une
decharge generale. Les canons places entre
les ponts, etant presque de niveau avec
 DE   VANCOUVER. 185
les pirogues des naturels, cattserent de
grands ravages , et il en fut de meme des
petites armes que Fon tira du gaillard
d'arriere et des autres parties du vaisseau.
Young dit qu'il y etft plus de cent -insulaires de tues, et qu'un plus grand nombre
furent blesses.
Apres avoir tire cette vengeance, M.
Metcalf quitta Mowy, et se_endit a Owiiv*:
hee, oil il parut vivre en bonne intelligence avec les chefs et les ha_j_tans.
Le 17 mars, Young recut la permission
d'aller a terre , et d'y demeurer jusqu'au
lendemain. Le 18, le senau s'approcha du
rivage, et tira un coup de canon pour le
rappeler a bord. Young, a son grand eton-
nement, trouva toutes les pirogues ta-
bouees et retirees sur la greve, et Tamaahmaah lui declara que s'il osait violer
Finterdiction , il serait mis a mort, mais
que le lendemain on lui fournirait une
embarcation. II fut force de se soumettre;
et dans la soiree il apprit que la goelette
avait ete capturee par Tamaahrnoutou,
au sud de la baie de Toeaigh, et que le
fils deM. Metcalf et les quatre hommes
de son equipage avaient ete massacres.
 i86 VOYAGE
Le senau demeura deux jours en travers de la baie de Karakakoua, tirant
des coups de canon pour servir de signaux,
et^'approchant du rivage pour recevoir
Young ; mais le roi ayant appris la capture de la goelette , ne voulut pas le laisser retourner a bord. Cependant il le
traita bien ; il Fassura qu'on ne lui ferait
aucun mai, et qu'on le laisserait partir
sur le premier navire qui arrive rait, mais
que, de peur que quelques-uns de ses
sujets ne fussent mis a mort, il ne voulait pas qu'une seule pirogue s'approchat
du senau.
Tamaahmaah , qui avait vecu de la
maniere la plus amicale avec M. Metcalf
et les gens de son equipage , condnisit
sur-le-champ Young a sa, jnaison, ou il
eut pour lui toutes sortes de bontes et
de soins.
Extremement afflige de Fattentat qui:
avait ete commis, le roi rassfcmbla de
grandes forces , et, accompagne d'Young,
il alia , le 22 du meme mois (d'aout),
prendre des renseignemens Sur les Iieux. .
La goelette etait depouillee de tout ce
qu'on avait pu enlever; et le prince de-
 DE   VANCOUVER. 1 87
manda qu elle lui fut remise sur-le-cbainp,
pcnlt qu'il put la restituer k M. Metcalf,
si jamais il visitait Owhyhee; Tamaah-
moutou, au pouvoir de qui elie etait,
obeit, et essuya de vifs reproches , tant
sur la capture de ce navire , que sur i<a
cruaute qui lui! en avait fait massacrer le
commandant et FeqJuipage. II n'y iiepon-
dit qu'en alleguant qu'il avait; ete jadis
maltraite et frappe par le pere de Finfor-
tune jeune homme.
Isaac Davis etait vivant, mais dans Fetal le plus deplorable. Tamaahmaah le
fit conduire immediatement a son habitation , et donna des ordres pour que Fon
eh prit le plus grand soin..
Davis me donna, sur la fin deplorable
du jeune Metcalf et de ses gens,; les; details
suivans, que j'ai lieu de croire conforrhes
a la verite.
« La goelette se tt.uvant ifort :_.p|_ro--
» chee du rivage , et presque entierement
*> en.calme, fut visitee par Tamaahinou-
» tou , qui etait accompagne d'un grand
»> nombre d'habitans. Plusieurs de ceux-
» ci firent, aussi bien que leur chef, de
-'considerables presens au commandant,
_2E_E_
 OO VOYAGE
et d'autres vendirent leurs cochons et
leurs vegetaux, a tres-bas prix. Pour
gagner la confiance du jeune Metcalf,
et en obtenir la permission d'entrer
dans son vaisseau, ils lui dirent que
le senau etait un peu a l'ouest, et qu'il
• verrait son pere avant la nuit.
» Davis , qui etait au gouvernaii, re-
■ presenta I'imprudence d'une telle conduite ; mais tous ses efforts furent vains.
Le jeune homme , charme des temoi-
gnages d'amitie des insulaires, repondit
qu'ils ne feraient aucun mai, et admit
» dans son navire tous ceux qui voulurent
y entrer. Peu de minutes apres, Tamaah-
moutou se saisit de lui, le jeta a la
mer, et il ne reparut plus. Davis , qui
tenait un pistolet, fit feu sur le chef,
lorsqu'il le vit mettre la main sur son
> commandant;  mais malheureusement
> ii le manqua. On ie fit aussi sauter
i hors du batiment, et il fut trait, avec
> la plus grande inhumanite,  pendant
i qu'il fut dans l'eau ; les femmes le de-
pouillerent de   ses vetemens,   et  les
hommes s'efforcerent de le tuer a coups
i de pagaies, car ils n'avaient pas d'au-
 DE   VANCOUVER. I89
tres armesi Comme c'etait un excellent
nageur et un homme d'une tres-grande
force, il echappa a ses meurtriers;
mais seulement dans Fespoir de pro-
longer sa vie de quelques instans. A la
fin, epuise par la fatigue et par la
grande quantite de sang qui etait sorti
de ses blessures, il fut place dans une
grande double pirogue, sur la solivequi
en joint les deux parties ; et comme les
insulaires n'avaient aucun instrument
avec lequel ils pussent le priver de la
vie , ils s'efforcerent d'y suppleer en
lui sautant sur les epaules et sur le
cou ; mais n'ayant pu y parvenir, ils
se lasserent de leur cruaute, et cesserent de le tourmenteri\^±.uj
» Apres un moment de tranquillite , il
reprit ses^ sens , et fixant le plus ancien
de la bande , il dit: My tie , my tie , ce
qui signifie bon. Cet homme aussitot
lui repondit : arrowhah, pour expri-
mer qu'il en avait pitie. Apres Favoir
same, en lui touchant le nez avec le
sien, il lui donna un peu d'etoffe , et
laida a panser ses blessures.  Des cet
 190 VOYAGE
» instant, on ne mai traita plus Davis; et
* conduit sur le rivage, il y fut recu par
» Harapy, frere de Kahowmotou. Cetin-
» sulaire en eut le plus grand soin, et
» lui exprima la douleur que lui causait
»> l'etat affreux ou il le voyait reduit,-&at
»» qui toutefois n'empecha pa$ Tamaah-
» nioutou de trainer Davis etttriamphe
» dans le village, et de l'exposer a la ri*
» see des habitans.
;; >» Go chef enleva de la goelette tout ce
» qu'il put empurter, avant Farriv_e de
>t: Young et duroi. Davis eut grand plaisir
» a voir le premier , et crut qu'il venait
» le chercher do la part de M. Metcalf;
» mais lorsque Fon eut appris que le senau
» etait parti, et que Fautre out ete inns forme des details de la funeste cata-
» strophe qui avait eu lieu, tous deux se
» livrerent a la plus grande affliction. Le
» prince s'en etant apercu, vint a eux,
» les serra dans ses bras > les con sola , et
>> leur dit que tant qu'il les protegerait,
»: personne n'oserait leur faire la moindre
" inj ure. Apres avoir reprimande Tarnaah-
» moutou en des term es qui firent venir
 DE   VANCOUVER. 191
» les larmes aux yeux a celui-ci, Tamaah-
» maah s'empara de la goelette au nom
» du proprietaire. »
Quoique rien ne puisse justifier. la bar-
bare conduite de Fambi ti eux; Tarn aab--
moutou , il faut con venir aussi que I'imprudence de M. Metcalf p«re est inexcusable. La goelette dont il s'agit ici n'etait
d'abord qu'un bateau de promenade , et
avait ete rallongee a la Chine. Le plat-
bord n'en etait pas d'un pied plus eleve
que celui des doubles pirogues des insulaires; et tant pour la manoeuvre que
pour la defense , elle ne portait, comme
je Fai deja dit, que cinq homines, com-
mandes par un jeune imprudent , qui
n'avait aucune experience. C'etait une
prise aussi precieuse que facile pour Kahowmotou.
John Young avait environ quarante-
quatre ans, et etait ne a Liverpool. Isaac
Davis etait age de trente-six ans , et avait
pris naissance a Millard. Depuis Finstant
ott Tamaahmaah les a pris sous sa protection , ils n'ont pas cesse de resider avec
lui. Ils Faccompagnent partout, et on leur
temoigne journellement beaucoup de res-
 ig2 VOYAGE
pectet de consideration. Ce prince leur a
donne trois belles habitations pres de la
baie de Whyeatea. Kahowmotou, le parent et Fami de Tamaahmaah, leur a fait
aussi present a chacun d'un beau bien,
pres de la pointe orientale de File. Ka-
vahyro et Commanowa qui, apres les deux
precedens, sont regardes comme les chefs
les plus puissans, les traitent aussi de la
maniere la plus amicale; mais ii n'en est
pas de meme de Tianna. II les voit d'un
ceil jaloux , et meme a plusieurs fois at-
tente a leur vie^ surtout lorsque le capitaine Colnett revint de S. Bias. Ayant
appris qu'il y avait deux blancs dans l'ile,
M. Colnett leur ecrivit de venir le joindre,
leur promettant de leur rendre tous les
services qui dependraient de lui. Young et
Davis, mecontens du genre de vie qu'ils
menaient, concert .rent un plan d'evasion :
mais Tamaahmaah et les autres chefs
craignant que le moment du depart de ces
deux hommes ne fiit bientot suivi d'une
eclatante vengeance, les font garder de tres-
pres lorsqu'il se trouve quelque navireien
vue.
Dans sa reponse au capitaine Colnett,
 DE   VANCOUVER. 193
Young lui manda tout ce qui s'etait passe,
et les moyens qu'on employ ait pour em-
pecher sa faite et celle de son camarade.
Ayant charge de sa lettre un des naturels
qui Faccompagnaient, celui-ci rencontra
Tianna , et la lui fit voir. Tianna la porta
immediatement au roi, a qui il persuada
qu'ayant fait le voyage de la Chine, et
vecu long-temps avec des Anglaisr il
pourrait lui. rendre ce que contenait cet
ecrit. II pretendit que Young et Davis en-
gageaient le capitaine Colnett a s'assui er de
la personne du monarque , a le garder jusqu'a ce qu'on lui eut remis la goelette,
puis a Fassassiner, ainsi qu'un grand
nombre d'insulaires. Pour prevenir ce
malheur, Tianna pressa vivement le roi
de faire perir Young et Davis en secret.
Le capitaine Colnett jugeant que les deux
Anglais etaient retenus par les habitans ,
leur ecri vit une autre lettre , par laquelle
il leur mandait que s'ils ne pouvaient se
rendre a son bord , ils lui fissent savon du
moins ce dont ils avaient besoin, afin qu'il
le leur envoy at, si cela etait en son pouvoir.
Young confia sa reponse a un homme ,
auquel il dit que, le capitaine lui ferait un
 194 VOYAGE
beau present s'il la lui remettait. Le lendemain, cet homme revint lui annoncer
q u'il n'osait executer sa commission, parce
que le roi avait ordonne de punir demort
quiconque faciliterait toute correspondance
entre les deux etrangers et le capitaine
Colnett. Ce contretemps porta YoUng et
Davis a tenter encore de s'echapper.
li lis avaient en leur pouvoir deux fusils ,
un peu de poudre et des balles ; ils char-
gerent leurs armes , et sortirent. Avant
qu'ils eussent gagne le bord de l'eau, ils
furent suivis par un grand nombre d'ha-
bitans qui, craignant Feffet des fusils , ne
firent aucun mai aux deux fugitifs. Quelques-uns des naturels essay erent oependant
de les empecher de gagner une point-l* de
terre, entouree d'eau ^et peu eloignee du
navire. Young se vit force de frapper un
homme avec lar bout du canon de son
fusil, car il ne voulut pas faire feu, mais
malheureusement il en brisa la monture.
Le roi arriva b i ento t dans sa pirogue, et
conseilla, d'un; ton tres-calme, a Young
et a Davis, de retourner sur leurs pas. II
les assura qu'il ferait tout ce qui depen-
drait de lui pour leur rendre la vie plus
 DE   VANCOUVER. Ig5
agreable, mais qu'il ne consentira.it jamais
qu'ils quittassent l'ile , parce que son
peuple se revojterait contre lui , et le
massacrerait a Finstant de leur depart.
Tianna ,- qui etait present, semblait etre
d'un autre avis , et offrit de conduire les
deux Anglais a bord du vaisseau du capitaine Colnett; mais le roi, qui savait bien
quel etait le projet de ce chef, les engagea
a ne point accepter cette proposition. La
confiance qu'ils avaient en Tamaahmaah,
et la vivacite de ses instances, les fit ceder,
et ils s'embarquerent avec lui. Young fut
place a Favant, et Davis a Fa mere de la
pirogue i qu'escorterent beaucoup d'autres embarcations. Tamaahmaah s'etant
apercu que Fon faisait quelque violence a
Davis, courut le delivrer, et, pour prevenir tout accident, lui enleva son fusi 1.
En meme temps , plusieurs des naturels
se jeterent sur Young, qui recut plusieurs
blessures, avant que le roi put venir a son
secours ; et ce prince ne par vint meme a le
degager qu'apres avoir distribue quelques
coups de pagaie.
Depuis ce moment jusqu'a  notre arrivee, on ne. permit plus a Young ni a
4
 190 VOYAGE
Davis de s'embarquer tous les deux en
meme temps , et on leur fit entendre que
Fevasion de l'un cotlterait la vie a Fautret
Ils se sont toujours conserve cette fidelite,
que dicte l'honneur en pareille cireOta*-
stance.   :
Depuis pres de trois ans qu'ils residaient
a Owhyhee , ils avaient eu de frequentes
occasions d'etudier le caractere des prin-
cipaux chefs de cette tie. Ils nous repre^-
senterent Tianna comme un homme am-
bitieux et turbulent, doue d'une grande
activite d'esprit, et ne connaissant aucun
danger. Depuis qu'il a rapporte de la
Chine des armes a feu et des munitions,
il est constamment occupe des moyens de
s'emparer de tous les petits navires qui
arrivent sur la c6te de 1'ltg. 51 est seconde
par son frere Nomatahah, et par Tamaah-
moutou; mais Tamaahmaah , Kahowmotou , Crymamahou et Cavafli'yro s'opposent
constamment a de semblables projets.
Commanow , qui est aussi du parti du
roi, a cependant une fois favOr_$_ les des-
seins ambitieux de Tianna, au sujet de la
Princesse-Royale. Pofc_PjU_tifier sa conduite
en cette occasion , il disait que les Espa-
 DE   VANCOUVER. I97
gnols ayant enleve le navire aux Anglais,
il n'y avait pas de mai a le leur prendre.
Nomatahah et Tamaahmoutou sont ar-
tificieux, ennemis du repos, et toujours
disposes a agir de concert avec Tianna,
dans toute entreprise hasardeuse on illd-
gitime. Un seul exemple fera voir avec
quel art ils combinent leurs projets.
Deux mois avant la capture de la Belle-
Americaine, et tandis que M. Metcalf etait
avec son senau dans la baie de Karakakoua , ils proposerent a Tamaahmaah de
s'emparer de ce batiment, de • mettre k
mort autant d'hommes de I'equipage
qu'on le croirait necessaire , mais d'en
reserver un nombre suffisant pour la manoeuvre , et pour instruire les insulaires a
conduire de semblables navires. lis ajou-
terent qu'avec cet avantage, ils feraient
aisement la conquete de toutes les autres
iles.
Les moyens d'execution presentes par
Tianna etaient de saisir 1'instant ou les
matelots seraient occupes sur les vergues
ii ferler les voiles , qu'on deployait chaque
jour pour les faire secher, vu que Fon etait
dans la saison des pluies, et de tuer les
 I98 VOYAGE
hommes qui seraient sur le pont, et ceux
qui descendraient des mats. Tianna re-
gardait l'entreprise comme assuree. Plu-
sieurs fois il etait venu a bord, tandis que
Fon fei.ait les voiles y et il avait remarque
avec quelle facilite on pouvait l'executer.
Tamaahmaah, revolt- d'un si barbare
projet, le rejeta avec horreur; et, heureusement pour le senau , il se tint constamment dans les environs de la baie. Les
conjures, au lieu d'obeir aux ordres de
leur roi, s'etant rassembles a bord du navire , le prince s'y rendit lui-meme a Fin-*
slant, et leur enjoignit de se retirer, les
menacant, en cas de refus, d'avertir M.
Metcalf du danger qu'il courait. Ils pre--
tendirent n'etre point venus avec des inu
tentions hostiles ; et M. Metcalf quitta File
fan$ avoir en rien connu la conspiration
trainee contre lui. II en fut de meme de
la Princesse-Royale, et de plusieurs autres
navires , contre lesquels leurs complots
.chouerent toujours, par Feffet des soins
constans de Tamaahmaah, a qui le monde
civilise doit ainsi la vie d'un grand nombre
d'hommes.
Tamaahmaah lui-meme et Kahowmo-
 DE   VANCOUVER. 199
tou me confirmereht les informations que
Young et Davis m'avaient donnees a ce
sujet. Ils ajouterent que, dans les conseils, Tianna se declarait toujours pour _a
guerre et les mesures violentes, et que par
cette conduite il avait encouru leur indignation. Tamaahmaah Favait force de
quitter sa premiere habitation dans le
voisinage de Karakakoua , et de se retirer
dans la partie nord-ouest de File.
 CHAPITER VI.
Nos operations dans la baie de Karakakoua. --
Visite de la veuve de Terriobou. — Slmulacre
d'un combat. — Propositions pour une paix
generale entre les habitans des iles Sandwich,
— Nous quittons OwhyJtee.
Apres avoir etabli des rapports d'amitie
avec les chefs, et adopte toutes les mesures
propres a maintenir la bonne intelligence
qui subsistait entre les habitans et nous,
il ne manquait plus, pour rendre notre
position agreable, que de trouver les
moyens de faire de l'eau, ce qui n'est
pas facile a Karakakoua, En visitant le
puits dans lequel la Resolution et la Decouverte en avaient pris, je reconnus qu'il
n'en contenait qu'une petite quantite, de
si saumatre encore, que j'en craignis les
mauvais effets pour la sante de nos .qui-
 DE   VANCOUVER. 201
pages; et, comme il n'y en avait point de
meilieure a notre portee, je m'adressai a
Tamaahmaah pour qu'il nous indiquat de
quelle maniere nous pourrions nous en
procurer. II fut d'abord assez embarrass.
de nous le dire, et a la fin il proposa d'envoyer en differens endroits, sur la cote de
cette partie de l'ile, un certain nombre de
pirogues , contenant chacune un , deux ou
trois poi neons *, que Fon remplira it de
l'eau que les naturels puiseraient dans les
petits puits de leurs plantations, et qu'ils
apporteraient dans des calebasses jusqu'au bord de la mer.
Ce plan arrete, douze poincous, pour
essai, furent places, le z5 , dans des pi- v
rogues; et comme la destination de celles-
ci etait assez eloignee, nous croyions ne
les revoir qu'au bout de trois jours. Cependant , le lendemain matin , on nous
ramena six barriques remplies d'une eau
excellente. Ceux des naturels qui furent
* Le poincon contient quatre-vingts gallons,
le gallon quatre quarts ou huit pintes, et la
pinte _8-pou.es cubes anglais et 7/8. ( Note du
Traducteur. )     -t   . -,
 __Kfcl VOYAGE
employes a ce service se crurent bien
pay es par un morceau de fer , d'environ
six pouces de long sur deux de large, ce
qui .tait le ptix-fixe par le roi^pour chaque barrique. II fut aussi regie que les
habitans des environs apporteraient de
l'eau a notre marche. En consequence ,
ils nous en fournirent en abondance , et
ils se conduisirent avec la plus grande
honnetete.
Le lendemain matin ( 27 ) le roi m'ap—
prit, par un message , que des femmes
auxquelles on avait permis de coucher a
bord du Chatam avaient Vble une hache
et quelques objets de peu d'importance,
et qu'elletf s'etaient echappees sans qn'on
s*en fut _pereu. II ajoutait que.l'une des
eoupables .tait en prison, et que lorsque
les effets derobes ser&_-t-t ret^OttV.s, on
me les _en_ett.ft.it. ___.' effet il me les rapporta lui-meme peu de temps apres
l'heure du dejeuner, et passa le reste de
la journee avec nous. II m'annonca que
le taureau , au retablissement duquel j'at-
tachais beaucoup d'importance, etait
mort. C'etait vraiment un malheur , maia
comme deux  des jeunes vaches etaient
 DE   VANCOUVER. 20O
pleines , j'esperai qu'il pourrait etre repare. Le roi m'apprit aussi que le plus
beau des deux beliers avait ete tue par
un chien-, qui Favait paye de sa vie.
. Les moyens que nous, avions pris pour
nous procurer de l'eau furent si efficaces,
que dans la soiree de ce meme jour nous
on eumes huit tonneaux *.
Je recus, le 28 , apres midi, la visite
de Kernicouberrey, la veuve infortunee de
Tcrriobou. Elle avait non-seidem en t vu
perir son epoux , mais ex terminer presque toute sa famille ; et , depuis, elle
avait vecu dans la captivite. Tamaahmaah
fut force , pendant quelque temps , de
la traiter avec une sorte de rigueur, pour
mieux la soustraire aux fureurs de la populace, qui en demandait la mort, ainsi
que celle des adherens de son mari.
Lorsqu'en 1779 , je visitai ces iles, Kernicouberrey etait deja avancee en age;
cependant je me rappelai parfaitement
ses traits.
Elle me   dit, d'une voix faible , que
* Le tonneau contient _5_. gallons. (Noteeta*
Tradficteur. )
 204 VOYAGE
nous nous etions connus autrefois, qu'elle
veUait avec Tamaahmaah me faire visite,
et voir le vaisseau ; puis elle me pre-
senta un petit casque de plumes , qui
etait tout ce qu'elle pouvait donner. Mon
nom lUi etait familier; mais il lui fallut
quelque temps pour se rappeler mes
traits, que quatorze annees avaient con-
side rablement alteres. Tandis qu'elle par-
courait le vaisseau , unleger mouvement
de joie parut alleger , pendant quelques
instans, le poids des douleurs que son
grand age ne lui permettait plus de supporter. Quand. elle eut examinesjtous les
objets dont elle etait entouree, et recu
les reponses aux questions quelle m'a-
dressa au sujet des officiers etde plusieurs
personnes qui etaient a bord de la Deeou-■
verte et dela Resolution, je luipresentai un
assortiment d'articles precieux , tel que je
le lui eusse offert dans un temps ou elle
jouissait d'une grande consideration , et
je fis promettre , devant elle , a Tamaahmaah qu'il ne le lui enleverait pas, ni ne
souffrirait meme que personne Fen de-
pouillat.
Kahowmotou, qui, avec sa famille ,
 DE  VANCOUVER. 2o5
nous tenait constamment compagnie du-
rant le jour , et nous avait rendu toutes
sortes de bons offices, prit conge de nous,
le ier mars au matin, pour aller recueillir
tout ce qu'il croirait de plus digne de nous
etre present- , lorsque nous serions hors
de la baie de Karakakoua, mon intention
etant de visiter Toeaigh avant de quitter
cette ile. Je lui fis quelques presens ,
parmi lesquels ■ se trouvait un assortiment complet de voiles pour sa grande
pirogue , et un manteau d'ecarlate , de la
meme forme que celui que Tamaahmaah
avait recu de moi , quoique cependant il
ne fut pas si richement orne.
Dans la matinee de ce jour, _Vf. Menziez , qui etait parti le 25 pour aller ,
avec un jeune Midshipman , faire des recherches de botanique , revint a bord.
II fut recu par tout de la maniere :1a plus
amicale , la plus hospitaliei e et la plus
polie.
Ayant acheve notre provision de bois
et d'eau, et voyant que: les chefs nous
fournissaient autant de vivres et de rafraichissemens que nous en avions besoin,
 _.o6 VOYAOE
je donnai la permission d'acheter des
curiosites du pays.
Accompagne de Tamaahmaah et de
quelques officiers, je fus (ie3);-Vttiter les
trois Villages de ceite baie. J'examinai
d'abord celui ou le capitaine Cook perdit
la vie. Les naturels ont beaucoup de
peine a retracer ce deplorable .vertement;
et quand on leur en demande la cause ,
ils repondent que cette funeste catastrophe justifia les proprieties de leurs pre-
-_es- Je reviendrai sur ce sujet.
Les nombreux habitans de ces trois villages se conduisirent avec beaucoup de
decence et de civilite. II est bon d'observer
que nous ne desB-ndimes a terre que bien
escortes et bien armes; mais je crois que
cette precaution n'etait nullement necessaire. C'etait dimanche , et £ comme de
coutume, les jours de f.te notre garde
tie soldats de marine etait en grand uni-
forme. La vanite du monarque en fut flat-
tee , mais fl fegr_tt_riV-Vement de r£i|4k>ir
pas a mettre un habit fait a Fanglaise. I
y substitua le manteau que je lui avail
donne $ et qu'il n'avait ptts encore expose
_J
 DE   VANCOUVER. 2O7
en public. Cette superbe parure attira
Fattention et les applaudissemens de la
foule qui nous entourait. Tianna et plusieurs autres chefs etaient presens. Ceux-
ci paraissaient enjoues et contens ; mais
Fambitieux Tianna ne pouvait renfermer
la jalousie qu'il eprouvait de n etre pas
traite avec autant de respect que Fon en
montrait a son souverain. Elle eclata lorsque nous traversames le village. et il me
demanda d'un ton arrogant pourquoi je
donnais tant de choses a cet homme, et si
peu a lui-meme? Je lui repondis ce que
me dicta la prudence; mais je doute qu'il
en ait ete satisfait.   K,
Rien de digne de remarque ne se passa
durant notre promenade, et lorsqu'elle
fut terminee , nous revinmes diner a
bord.
J'avais pro mis au roi de lui procurer,
le 4 au soir, le divertissement d'un feu
d'artifice; et Tamaahmaah voulant lui-
meme contribuer aux plaisirs de la journee , proposa de faire donner sur le rivage
un combat simule, qu'executeraient ceux
de ses meilleurs guerriers qu'il pourrait
i-issembler dans un si court espace de
i
 208 VOYAGE
temps. Ce prince croyant que tout ceremonial de ma part ajouterait a la consideration dont il jouissait, me pria de me
-aire accompagner d'une garde.
Nous trouvames rassembles vers Fangle
septentrional de la greve, en dehors de
Fenceinte sacree du Morai, environ cent
cinquanteguerriers formant troisdivisions,
a peu pres egales en nombre. Deux de
ces divisions etaient placees a une legere
distance l'une de Fautre. Celle que nous
avions a droite representait Fannee de
Tityre et de Tain ,et celle qui etait a gauche, Fannee de Tamaahmaah. On nous
dit de supposer qu'a chaque aile il se
trouvait un corps de troupes: destinees a
lancer, avec leurs frondes, des pierres
sur: Fennemi. Les combattans etaient
armes de javelines pointues, mais eraous-
sees, et de la meme longueur que celles
qui sont barbelees. lis s'avancerent les uns
vers les autres sans paraitre avoir aucun
chef principal, et a mesure qu'ils s'approcherent, ils s'adresserent r eciproquernent
des harangues, qui semblerent, des deux
cotes, se terminer en forfanteries et en
menaces, puis ils firent voler leurs jave-
 DE VANCOUVER. 20C)
lines. Beaucoup de guerr__rs par .rent le
coup- avec une adresse infinie. Les traits
qui toucherent firent des- contusions et
des blessures , qui, quoilroe peu dange-
reuses, etaient assez considerables, mais
n'altererent en rien la tranquillite ni la
bonne humeur deceux qui les .egurent.'
Ce combat n'etait qu'une es___%riouche,
dans laquelle les individus ne prenaient
d'ordre que d'eux-memes. Quelques-uns
passaient des dernier.rangs au front de la
ligne, lancaient leurs javelines, relevaient
de terre les traits qui n'avaient pas porte £
et les renvoyai ent sur-le-chatnp a Fenrie__iy
ou se retiraient lorsqu'ils en avaient ra-
masse deux- ou trois. Les plus va_llans tou-
tefois s'avancaient a peu de distance du
premier rang du parti contraire, et de-
fiaient, avec jactance, tous leurs adver-
saires. De la main gauche, ilstenaientune
javeline avec laquelle ils repoussaient,
d'un air dedaigneux , les trai© ^df"leUlJ
etaient decoches, tandis que de la main
droite ils en atteignaient d'autres au vol,
et les r envoy aient avec une gi*a_____ dexte-
, rite. Dans cet exercice, nul ne surpassa le
roi, qui entra dans la lice pouHtjuelques
 210 VOYAGE
instan§, et se defend it de maniere a causer
notre surprise et notre admiration. Six
javelines fulent dirigees contre lui, pres-?
que en meme temps; d'une main, il en
saisit trois en Fair ; il en brisa deux avec
celle qu'il tenait de Fautre main , et en
s'inclinant un peu , il esquiva la sixieme.
Cette partie du combat indiquait quele
roi avait ete opinement decouvert, et les
traits qu'immediatement on fit pleuvoir
sur lui, annoncaient suffisamment com-
bien il etait en danger. Mais, s'etant avance
a la tete de son armee, qui alors serra ses
rangs, et dont les guerriers lancerent ,
avec la plus grande force , leurs javelines,
il repoussa Fennemi, le rnit en desordre,
et nous rejoignit sans avoir recu la moindre blessure.
On nous fit voir ensuite ce qui arrive ,
lorsque le premier homme est tue, on
qu'il est assez grievement blesse pour
tomber sur le champ de bataille. Les efforts que Fon fait pour se Farracher (car
s'il tombe au pouvoir des enneinis, il est
sacrifie dans leur Morai) font perir un
grand nombre de combattans. Le guerrier
blesse etait du cote de Tytire, et Favan-
 DE   VANCOUVER. 211
tage avait ete a peu pres egal de part et
d'autre; mais alors le combat devint plus
anime - la victoire demeura suspendue
quelque temps, jusqu'a ce qu'enfin Farm ee
de_ Taio et de Tytire plia, et celle de
Tamaahmaah emmena en triomphe les
morts supposes, les trainant par les talons , a quelque distance sur la greve. Ces
malheureux, que Fon avait deja fortement foules aux pieds, eurent les yeux ,
les oreilles, la bouche et les narines rem-
plisde sables mais il ne leur fut pas plus tot
permis de se relever, qu'ils coururent a
la mer, s'y laverent, et revinrent aussi
con tens et aussi gais que s'il ne leur etait
rien arrive.
Les principaux chefs etaient considered
ne prendre aucune part a cette action,
qu'on ne pent mieux comparer qu'aux
mouvemens qui ont lieu dans une. emente
populaire. Lorsqu'elle fut finie , les deux
partis s'assirenfc tranqnillement a terre, et
Fon parlementa, ou du moins on en eut
Fair. On supposa que les chefk: arrivaient
seulement sur le 3_ieatre: de la guerre, qui
j usque-la n'avait; ete soutenue que par; le
menu peuple, ce qui, m'a-t- on elit, a lieu
 212 VOYAGE
assez souvent dans ces iles. Ils s'avancerent
alors sous Fescorte d'hommes armes de
lances fort longues, appel.es pallalows.
On ne les quitte que par l'effet de la mort
ou de la captivite, et le premier cas est
le plus coram un. Elles ne sont point bar-
belees, mais elles se terminent en une
petite pointe , et quoiqu'elles ne soient
pas fort tran chant es , elles peuvent neanmoins faire de profondes blessures , a
raison de la force et de la dexterite de
ceux qui en font usage. Toutes les armes
de trait sont barbelees jusqu'a six pouces
de la pointe, et generalement elles ont de
sept a huit pieds de longueur.
Les guerriers armes de pallalous mar-
cherent en avant avec beaucoup d'ordre ,
et les evolutions qui eurent lieu annon-
cerent un tres-haut degre de connaissances
dans Fart militaire. lis etaient ranges sur
plusieurs lignes tres-regulieres et tres-ser-
rees, et formaient une phalange compacte,
qu'il ne doit pas etre facile de rompre.
Lorsque chacun des deux partis eut at-
teint le champ qui faisait l'objet de la
contestation , les combattans s'assirent,
laissant entre eux et leurs enncmis un in-
 DE   VANCOUVER. 21 3r
tervalle d'environ trente verges, et tenant
leurs armes en avant. Apres une ctjWrtti
pause, 'no•pourparler commen^ayet Ta'io
fut suppose donner son opinion sur la
paix et sur la guerre. Les argumetis' furent:
soutenus avec beaucoup de force des deux
cotes. Lorsque Fon faisait des propositions
de paix, les pallalous s'inclinaient vers la
terre , et lorsque Fon menacait de la
guerre, on en relevait la pointe jusqu'a
un certain degre de hauteur.^fieS deux
partis semblaient etre bien sur leurs gardes et se surveiller Fun Fautre d'un ceil
jaloux, pendant que Fon procedait a la
negociation, qui toutefois ne se termina
point a Famiable ; et le sort des armes dut
decider des pretentions respectives. Les
. guerriers de chaque cote' se leverent pres-
qu'au meme instant, et formerent des
colonnes serrees qui s'avancerent l'une
vers Fautre avec lenteur. Ce mouvement
fut execute avec beaucoup d'ordre et de
regularite. On Changea frequemment de
position, et Fon s'efforcafide se precau-
tionner contre les aV#Utages du parti que
Fon avait en tete. iGependant les gueniers
d'un ordre inferieur combattaient sur les
L
 3_,4 VOX AGE
ailes, et lancaient leurs javelines et des
pierres. Toutefois le succes semblait de-
pendre de ceux qui etaient armes de pal-
lalous; et ils dispute, ent vivement chaque
pouce de terrain, en parant avec beaucoup:
d'adresse les coups qu'on leur portait ,
jusqu'au moment ou quelques hommes
de la gauche de Tityre plierent. L'annee
de Tamaahmaah redoublant alors de courage , se jeta impetueusement et en pous-
sant des cris sur Fennemi, en rompit les
rangs; et la victoire se declara pour lea
arm es {d' 0 wh y he e, pa r la mort sup po see >
de; plusieurs• guertiers du parti contraire
et par la retraite des autres. Ceux-ci ayant
ete vivement poursypjis, la mort de Ty-
tire et de Taio mit fin a la guerre, et ceux
qui eurent Fhonneur de jouer le role de
ces deux chefs furent traines en triomphe,
par les talons, sur un espace assez considerable , le long de la greve , pour etre
presentes au victorieux Tamaahmaah , qui
etait cense devoir les sacrifier dans son
Morai. Ces malheureux montrerent autant
de bonne humeur que ceux de leurs ca-
niarades qui avaient eprouve le meme
traitemcnt.
 de Vancouver. 2i5
Les evolutions militaire- fihifentaii couch erdu soleil, et quand il fiit nuit, je fis
tirer Un feu d'artifiee en presence dii roi et
d'un grand COficOUrS d'habitans. Tamaah--
maah se souvint d'en avoir vu un assez
mediocre, lorsque Terriobo'U fit visite au
capitaine Cook; mais les pieces du notre
etimt bien mieux eonservees, et d'ailleurs
en plus grand nombre et plU_ variees ,
furent vues paries chefs (les seuls que nous
ettSsiOiis. laiSses .hirer dans notre enceinte
que nous avions' tabbnee) avec un melange de crainte , de surprise et d'admi-
ration ; et, malgre les acclamations reite-
rees des naturels' rassembles a cette occasion , nous ne primes deviner quel etait
celui de _e_-tftii_ sentimens qui les leur
faisait pousser.
' Ravahero, chef de K6wroua:, nous dit
le lendemain matin (5) que les habitans de
son village avaieht ete fort alarme., et
qu'ils craignaient que, par suite de quelque
mesintel 1 igence entre Tamaahmaah e t bolls
nous '_t%U___-liamis a mort ce prince et
son peuple , e£ kf&e nous n'eusS-(B_K detruit
les mail---; de cette partie de Fifi_!*,%£
plupart des femmes tjpii etaient a bord des
 216 VOYAGE
deux ba\ti_uens t eurent la meme opinion,
et il ne fut pas facile de les desabuser.
19 fe )Hg§ai,convenable, d'apres-Cea rap*-
ports, de ne point laisser echapper une si
belle occasion de donner aux habitans une
haute idee de notre superiorite , s'ils nous
mettaient; dans le cas d'agir contre eux en
ennemis. 3 Je leur dis que, comme les
canons, les feux d'artifiee pouvaient servir
de divertissement, mais que Fon en faisait
de mern§~une arme redoutable, lorsque
Foccasion l'exigeait. Ils parurent n'en
douter nullenient, et montrerent un grand
desir d'en avoir quejques-uns pour se de-
fendre contre Ta'io et Tytire. Le roi me
fit tant d'instances a ce sujet, que je ne
mjwpu'empecher d'acceder a sa demande.
Young et Davis s'etant conduits de maniere
a meriter noj^flCpnfiance, je leur remis
une douzaine de fusees volantes et six ve-
ritables grenades, avec injonction de ne
les employer que pour la seule defense
de Tamaahmaah. Je les engageai , en
meme temps, a ne point le seconder dans
ses ambitieuxj^ojets pour la conquete des
iles voisines ;. et je leur recommandai de
Faider  noiu-seulement a repoussertou^.
 DE   VANCOUVER. 217
invasion etrangere , mais a maintenir son
autorife contre toute insurrection domes-
tique.
J'avai. constamment pris soin de persuader au roi et aux chefs qui venaient
nous voir chaque jour, que la paix les
rendrait plus heureux que 'let etat de guerre
dans lequel Us etaient depuis si long-temps.
Les argumens que j'employai determi-
nerent le prince et ses conseiflers a exa-V
miner les conditions que je proposaii. JSHcs
avaient pour base res'lois originaires et
1'ancien mode de gouvernement d'Ow-
Iryl-eef, de Mowy etudes. iles adjacentes.'
Ma prer__._re proposition portait qu'Ow-
hyli.e aurait un gouvernement separe,
soti. TaMo-Ste ae Tamaahmaah ou de ses
l-erft.e.S; que la souverainete des autres
ile. appartiendrait a Tytire et a Taio, et
que _e roi uOwhyrree renoncerait a tout
droit! pu* a mute pretention SUr-&fle^-OU,
1 experience ayant demonlre qu'il. ne peut
conserver ses conquetes sans mettre en
danger son pouvoir , et sans troubler la
tranquillite interieure de son propre pays.
Apres en avoir inurement delibere , il fut
87. 1.
 2l8 VOYAGE
convenu qu'a mon arrivee a Mowy , je
ferais tous mes efforts pour etablir une paix
durable et fondee sur ces principes, et
qu'au moyen d'une lettre que de la j'ecri-
rais a Young, j'instruirais des progres de
la negotiation Tamaahmaah, qui me,
promit de la ratifier, si un chef diiment
autorise lui remettait ma lettre.
II n'est peul-etre pas inutile de rapporter les circonstances qui firent naitre ces
dispositions pacifiques. Le roi et plusieurs
autres chefs me solliciterent vivement de
les aider dans la conquete qu'ils se pro-
posaient de faire de toutes les iles sous le
vent. Ils avaient concu Fespoir que je
participerais a leur entreprise , d'apres
Famine que je leur temoignai constamment,
et Fhorreur que j'exprimais du meurtre
affreux de nos compatriotes a Woahou.
Pour m'exciter a venger cet attentat, ils
disaient qu'il avait ete commis en la presence et par les ordres expres du frere de
Tytire.lh furent tres-deconcertes lorsque
je leur annoncai qu'ils ne recevraient
aucun secours de ma parL/JPour me faire
changer de resolution, ils me dirent que
 DE   VANCOUVER. 219
M. Ingraham, commandant du brig ame-
ricain le Hope , ayant, pour quelques de-
meles avec Tytire et Taio, fait feu -sur
eux, au moment ou ils venaient de quitter
son navire pour retourner au rivage, ceux-
ci avaient donne ordre a tous les habitans
des iles soumises a leur autorite, de tuer
tout blanc qu'ils rencontre_aient, soit qu'il
hit anglais, americain , ou de toute autre
nation. Je ne reponds pas de l'impression
qu'en un autre temps un tel avis eut^fait
sur moi, mais dans cette accasion il n'al-
tera nullement une determination que
j'avais prise d'apres des motifs d'humanite
et plusieurs considerations politiques.
ITn tabou general et periodique devant
commencer ce soir (le 5), la plupart des
chefs nos amis, qui savaient que Fin-
stant de notre depart s'approchait, nous
firent leurs adieux et nous prierent de
revenir promptement a Owhyhee.
Le tabou exigeant que nos tentes, notre
observatoire, etc., fussent enleves, je les
fis rapporter a bord , et j'annoncai a Tamaahmaah que mon intention etait de
mettre a la voile le lendemain 6, au soir,
 §$£ VOYAGE
ou le surlendemain matin. II me pria in-
slamment de differer mon depart jusqu'au
8, parce qu'alors il pourrait prolonger
Ar^_JjJ-OUs les cotes de File, a quelque
distance, au nord. La saison s'avancant,
je ne pris pott-l: d'engagement positif, et
W.'tfdblus de me determiner selon les
circonstances.
Tamaahmaah jugeant que c'etait peut-
etre sa d8ttiiere visite, me fit prese_ii$__nn
beau manteau de plumes jaunefefdt.rouges,
ainsi ^roe d'une petite collection de curiosites du pays. En meme temps il me
remit le superofe manteau qu'il portait le
jour de la visite de ceremonie qu'il nous
fit peu apres notre arrived. Lorsqu'il m en
eut fait remarquer la beaute, et <jii'il
m'eut montre les deux trous que, iapre^
__$%_& liftS ^jfA'ii s'fcn1 _^-til; y^aijsserent
les fl.ches de lf^_fifeim, ffans le dernier combat qu'lf 5_out__\r pour "fl! sottverainete de
l*m£^f<JretHia soigneUs._tf __it, $4__e feria
de le pf^seurar, j$_i: son uotu,*!! Wmareltif
leB l©l Greorg^.G _?.__« fift ^B-f-vpaRs&hi.-*
autre queju>j_nefH}e n,-_\ avail t^ usage,
et il me recommand'a d'empecner qui que
 DE   VANCOUVER. 221
ce fiit de Ie placer sur ses epaules. Comme
il n'y avait rien de plus precieux dans
toute File d'Cfjjijhyhee, c'etait par cette
raison qu'il Fenvoyait a un aussi grand
monarque et a un aussi bon ami que le
roi d'Angleterre. Je lui donnai les assurances les plus positives de remplir ponc-
tuellement ses intentions.
Quoiqu'il se crut amplement recompense par tous les dons que je lui avais
faits, cependant je jugeai devoir, d'apres
les temoignages d'amitie qu'il nous avait
constamment donnes et les services qu'il
nous avait rendus, lui proirver de nouveau
notre satisfaction. En consequence je lui
fis present de deux manteaux serdblables a
ceux qu'il avait deja recus de moi, ainsi
que d'une certaine quantite de galon uni
et de couleur , objet tres-precieux pour
des insulaires , sur tout lorsqu'ils peuvent
en rassembler de deux ou tcois sortes,
pour former cette partie de leur velement
appelee Maro *, dont la longueur est
d'envi.roHr>Aeuf pieds sue fsix; pouces de
largeur. Je lui donnai en meme temps des
* La ceinture.
 222 VOYAGE
ustensiles de cuisine, des instrumens d'a-
griculture, et des outils de forgeron et de
charpentier. Un si considerable present
lui fit un plaisir infini, et ii me temoigna
beaucoup de surprise de ma liberalite. II
prit ensuite conge , de la maniere la plus
amicale, non-seulement de tous les officiers et de moi, mais de chaque personne
qu'il vit sur le pont, et il euttieaucoup
de peine a se separer de nous.
Au nombre de ceux qui avaient accom-
pagne Ie roi dans cette visite, il se trouvait deux jeunes chefs , Fun nomme
Grymakeu, et Fautre Quoti, ou plus or-
dinairement Kokinney, mot qui, dans la
langue du pays , signifie promptitude.
L'observatoire avait ete mis sous leur
garde et sous celle de quelques naturels
de Fordre des pretres, et qui chercherent
a se surpasser les uns les autres par leur
politesse et les services qu'ils nous ren-
daient-)/
Voulant leur en temoigner ma reconnaissance, je priai Tamaahmaah de me
dire quels etaient les objets qui feraient
le plus de plaisir aux premiers. L'ayao   |
 DE   VANCOUVER. 223
appris, je les leur presentai, et ils furent
enchant.s de cet hommage rendu a leur
fidelite.
Ces deux jeunes gens furent, de tons
les chefs, ceux a qui notre depart parut
causer le plus de peine. Ils demeuraient
constamment avec M. Whidbey dans la
marquise; et ils avaient pris tant de gout
pour notre maniere de vivre, qu'ils fai-
saient les plus grands efforts pour l'imiter
en tout. C'etait le sentiment de leur in-
feriorite relative qui les y portait. Leur
conversation roulait toujours sur quelque
objet important; et les questions qu'ils
nous adressaient n'eussent pas ete in-
dignes d'observateurs plus instruits. La
vivacite d'esprit et la sensibilite, que tout
annoncait en eux , leur modestie , l'egalite
de leur caractere, et le travail qu'ils fai-
saient pour apprendre a lire et a ecrire
dans notre langue, prouvaient que , non-
seulement ils etaient en etat d'acquerir
de l'instruction, mais encore d'en profiter.
II nous parut tres-singulier que Tamaahmaah eut choisi pour ses confident
9
 3^4 ./_8t?AGE
et ses amis les plus intimes , ces deux
jeunes hommes , qui etaient allies de
tres-pres a ses ennemis les plus declares.
Crymakou , qui etait age.d'jgnviron vingt-
quatre ans, avait pour pere un chef d'une
haute importance dans Ij'lle de Mojtfy^et.
Tim flies principaux guerriers de Tytire.
o&ssa plus tendre enfance , il fut confie
aux soins de Tamaahmaah , qu'il n'a pas
quitte depuis , et aux interests gjuquel il
est eitremeifient attache ;>fit, en retour,
ce prince Fa investi <JTnpe autorite presque
egale a la sienne. Quoti, quoiqu'il ne jouit
pas de la meme prerogative, semblait par-
tager avec Crymakou Faffection du roi.
t\ avait environ dix-huit ans; et bien qu'il
fut, relativement aux avantages de la figure et de la personne , inferieur a son
compagnon, il etait neanmoins bien su-
perieur,*& cet egard, a tous les autres insulaires. Ses manieres etaient tres-agrea-
bles; et, quant aux qualites de Fesprit,
il Femportait de beaucoup sur Crymakou.
Ce jeune homme passait pour fils de
Terriobou et de Namahanna, l'epouse^fa-
vorite de Kahowm^pu;  mais  la  chro-
 DE   VANCOUVER. 225
nique ie disait plus que cousin de^Tg^
maahmaah.
Tous nos travaux exterieurs etant com-
pletement achev es, il ne nous restait plus
qu'a attacher les voiles , et a tout preparer
pour mettre en mer. -Sous nous en occu-
pames le 6, pendant que tous nos amis
etaient en retraite. Ce tabou ne fut pas
aussi strictement observe par les dernieres
classes des insulaires, que celui dont j'ai
parle dans le chapitre precedent. Plusieurs des naturels firent de nombreux
echanges, le long du bord; mais il ne fut
perm is a aucune femme d'entrer dans une
pjfiOgue.
j^D^gis que j'avais acenrde a toujt Je
monde |a permission de -cprnmercer avec
les insulaires, j'en observais soigneuse-
ment les ejffets^ et ^'ac^uds la conviction
de Fabsolue necessjtp de defendre tout
trafic entre les equipages de tous les vaisseaux, soit europeens, soit americains , et
les naturels , jusqu'a ce qu'on se soit procure lesjjwyres, le bois et l'eau dont on
peut avoir besoin. Tant que la defense fut
en -vigueur a bord de la Decouverte, tous
 226 Voyage
les articles essentiels arriverent a notre
marche; mais lorsque je Feus levee, et
que nos gens eurent eu la liberte d'acheter
toutes les curiosites dont ils eurent envie,
on ne nous apporta plus que de faibles
provisions, qu'on nous fit payer quatre ovt
cinq fois plus cher qu'auparavant; et j'es-*
sa^Ui'vainement d'acheter, a ce prix, de
l'eau pour notre consommation journalier e.
Le ciel devint nuageux dans l'apres-
midi; il tomba un peu de pluie, le vent
fut variable, et nous eumes de fortes rafales du nord. A ce temps, qui dura toute
la nuit, se joignit, le lendemain 7 , une
houle pesante, qui se jeta dans la baie, et
qui, a la grande satisfaction de Tamaahmaah et de nos autre, amis, nous empecha
d'appareiller. Au lever du soleil, ils accou-
rurent en foule vers nous; mais le roi,
contre sa coutuine, ne fut pas des pre-
miers. II n'etait en-retard que parce qu'il
avail voulu venir en grande ■ ceremonie ,
dans une de ses plus larges pirogues, pour
laquelle je lui avais donne un assortiment
de voiles semblables a celles d'un sloup,
 DE  VANCOUVER. 22^
un pavilion d'union et une flamme. Le
tout n'ayant pas ete dispose selon ses instructions , il croisa quelque temps dans
la baie pendant qu'on faisait les change-
mens necessaires. A son arrivee, il parut
enchant, de son batiment de guerre; mais
il nous fit observer que quelques pierriers
^IftiS-t-nontes y donneraient une meilleure
apparence. J'en convins; mais ces mots :
. Tabou, roi George,» lui fermerent com-
pletement la bouche.
Tamaahmaah sachant que j'avais des-
sein de vMter Kahowmotou, en me ren-
dant a Mowy, me dit qu'il avait envoye
Fordre a ceux de ses gens qui r_sidai_nt
dans ses domaines de Toeaigh, de nous
fournir abondamment des cochons, des
vegetaux, et tout ce que produisait le
pays. Pour en assurer F execution , il me
pria d'y8 __fener Young et Davis ; car ii lui
etait impossible de quitter Karakakoua,
avant d'avoir accompli certaines ceremonies , devenues necessaires depuis qu'il
avait celebre la fete de la nouvelle annee
dans ce district, et qu'il avait transgress.
la loi, en vivant dans la plus- grande fa--
'
 2^8 VOYAGE
"niiliarite avec nous, qui avions mange et
bu avec des femmes.
Le tabou , auquel Tamaahmaah lui-
meme devait se soumettre strictement,
etait indique pour le soir du jour de notre
depart. Tous les naturels qui avaient commerce avec nous devaient aussi ftpporter
devant lui le tresor qu'ils avaient acquis,
et lui en payer le tnbut accoutume. Les
presens qu'il avait recus de nous devaient etre egalement exposes en public ;
et les pieties, dans cette circonstance, devaient dire des prie res, faire des exhortations , et remplir plusieurs autres fonctions
de leur ministere. De semblables ceremonies durent souvent une demi-journee
sans interruption, et quelquefois on les
reitere pendant dix jpurs consecutifs.
Le 8 , au matin , nous levames l'ancre,
et nous prolongeames la cote au nord. A
la distance d'environ quatre milles du lieu
d'ou nous etions partis , nous depassames
une petite crique, ou nous vimes la goelette capturee, halee sur la greve , et placee sous un hangar que Fon avait eleve
pour la garantir du soleil. Tamaahmaah,
 DE   VANCOUVER. 2_9
qui,a peu pres au m eni e in stan t, nou s
rejoignit avec la reine son epouse , et une
suite nombreuse de parens et d'a mis , me
protesta que son intention etait de resti-
tuer le navire, soit a M. Metcalf, soit a
tout commandant de batiment americain,
suffisamment autorise pour le recevoir.
Young se rendit garant de ia sincerite du
roi , et nous dit que , faute d'avoir ete
*_pare ,   ce   vaisseau  tomb ait   en   mor-
ceAux.
La famille royale demeura a bord jusqu'a dix heures du matin. Apres nous
avoir fait de tendres adieux, et avoir aHf
prime les regrets que lui causait ie pen de
d uree de no t re visile, ell e nous quit ta pour
reitounier a Karakakoua.
Nous contiuu^mes notre route ,: <&!£(&.
une bonne brise du sud-ouest, et en nous
tenant a peu pr_s a deux milles de !&<__._&»
vers le soir, nous entraines dans la baie
de Toe^igk, ou nous louwg&mes pendant
la nuit.
Conformement a sa promesse, notre ami
Kahowmotou vint nous voir le lendemain
matin (9), et me presenta vingt beaux co-
 230 VOYAGE
chons, une grande quantite de vegetaux
de differentes especes, et un beau manteau de plumes.
Les domestiques du roi obeirent ponc-
tuellement aux ordres de leur maitre. lis
nous amenerent, pour la Decouverte ,
quatre-vingts cochons, aussi tres-beaux ,
et quarante pour le Chatam. Ils'y joigni-
rent egalement une grande quantite de
vegetaux- pour Fun et pour Fautre batiment. Ils se conduisirent avec beaucoup
de decence, et nous dirent que si nous
avions besoin d'un supplement de ces objets de consommation , ou que si nous de-
sirions quelque autre article, ilsa'umpres-
seraient de nous le procurer. Nous en
avions dej_. bien plus qu'il ne nous en
fallait; car, apres avoir p#_£ te tiers de ce
qu'on nous apporta, le reste iiMr .envoy,
au rivage.
Dans le cours de l'apres-dinee, je recus
la visite de Tianna, qui m'offrit six petits
cochons, fort maigres, que je n'acceptai
point. Je lui fis neanmoins un present
d'adieu, dont, selon moi, il devait etre
fort content; car, quoiqu'il fiit venu fre-
 de Vancouver. 23_
quemmenf nous voir, il ne nous apporta
qu'une seule fois des vivres. Je fuseepen-
datfit presque aussi liberal envers lui qu'en-
vers tous les autres chefs, qui avaient
pourvu a nos besoins. Mais tels etaient sa
jalousie et son orgueil, ^Ue, loin de me
faire des remercmiens, il laissa pereer son
meeontentement de ce que je ne lui avais
pas temoigne les memes egards qu'a Tamaahmaah , ni donne des objets de meme
valeur que ceux qu'avait recus ce dernier.
Ses discours furent si insolens, et sa conduite fiit, en general, si opposee a .elle
de tous les autres chefs d'Owhyhee, que
je le priai de me rendre le manteau d'ecar-
late, les haches, et tout ce dont je lui
avais fait present, puisque ces differens
objets n'etaient pas dignes de lui. II ne
jugeapas a propos d'y consentir, et partit
fort satisfait en apparence; mais tout son
maintien trainssait Fambition , et je puis
aj^Uter avec justice, la perfidie, qui dirige
sa conduite.
Tamaahmaah ayant ete, en quelque
sorte , prevenu de notre visite, avait at-
tendu notre arrivee avec impatience, dans
 232 VOYAGE
Fintention de developper son veritable caractere. II savait que des commandans de
navires de commerce qui avaient touche
a son ile , depuis qu'il la gouvernait,
avaient trace de lui le portrait le plus infidel e. Certain de son innocence, son chagrin fut tres-vif, et il desirait ardemment
de trouver l'occasion de demontrer la faus-
sete des imputations qu'on lui avait faites.
Si tout ce que j'ai dit de la conduite et des
sentimens genereux de ce chef ne suffit
pas pour faire disparaitre la fletrissure
qu'on a voulu imprimer a son nom , je
rapporterai, dans la suite , des faits qui
n.e laisseront , sur son compte, aucun
doute a personne.    j
Tianna, qui n'ignorait pas com bien nous
etions prcvenus en favour des vertus et.de
la bonte de Tamaahmaah , ne laissait cependant jamais echapper 1 occasion' de
nous dire quelque chose au desavantage
et a la honte du roi. II est probable que ,
par ses calomnies, il esperait nous, engager
a lui preter notre aide pour s'emparer
des renes du gouvernement; mais, voyant
qu'elles etaient sans eftet, il eprouya un
 DE   VANCOUVER. 233
depit qu'il n'eut pas la prudence de dis-
simuler.
Comme rien ne nOus retenjut plus a
Owhyhee, nous nous disposames a sortir
de la baie; mais des calmes et de petits
vents qui jouaient nous rendirent presque slationnaires. Ce retard procura aux
naturels Foccasion de nous montrer leur
adresse a prendre une petite espece de
bonite , genre d'occupation aussi profitable qu'amusant. Trois ou quatre personnes conduisent a la rame , avec toute
la vitesse possible, une petite pirogue, a
la poupe de laqueUe/est place un homme
qui tient une tres-belle ligne de crin. A
cette ligne est attache un petit hamecon
tres -bien fait, et qui, tombant avec rapi-
dit. , est pris par la bonite pour un petit
poisson, et sur lequel elle se jette a Fin-
stant. Cette peche fut faite avec taut de
dexterite , que nous vimes prendre un
grand nombre de poissons , et que de
ceux qui niordirent a I'hamesou, il n'y
en eut pas un seul quivs'echappav 4m%
amusen\eujfc.noU£ procura Foccasion de
connaitre le motif du tabou severe et ge-
 234 VOYAGE
neral auquel File etait soumise, lorsque
nous arrivames sur la cote : c'etait la saison ou Fon commence at pecher les boni-
tes, poissons tr&s-bons a manger quand
ils sont frais, et qui, etant tres-abondans,
font, Iorsqu'on les conserve apres les avoir
sales, une partie considerable de la nour-
rituie des habitans.
Kahowmotou et tous les naturels nous
quitterent dans la soiree, apres nous avoir
assures de la continuation de leur aniitie ,
et nous avoir temoigne la vive satisfaction
que leur avait causee notre visite. Nos
deux compatriotes, Young et Davis , nous
firent aussi leurs adieux, avec une effusion de sensibilite qui leur fit honneur.
Leur conduite dans File etait digne des
plus grands eloges. Sans autre secours que
celui de leurs bonnes qualites, ils avaient
su meriter le respect, Festime et Faffection
des naturels, parmi lesquels nul ne leur
etait plus attache que le roi lui-meme. Ce
prince suivait tous leurs conseils; et je suis
persude que nous fumes redevables a ces
deux Anglais, tant de la reception amicale
et hospitaliere que Fon nous fit£,3jue de la
 DE  VANCOUVER. 235
politesse de la generalite des insulaires. .
Pour les encourager a suivre les principes
qui, jusqu'alors, les avaient guides, je
leur livrai un certificat de bonne conduite,
et jeleur recommandai formellement d'user
de tout, leur credit en faveur des sujets de
toute puissance civitisee qui atriveraient
a Owhyhee. Je tirai du roi et des princi-
paux chefs la promesse de continuer a pro-
teger, non-seulement leur personne, mais
leurs proprietes, et sur tout un considerable assortiment d'articles utiles et necessaires y que je leur avais donne, tant;
pour sub venir a leurs besoms, et leur assurer l'importance qu'ils. avaient acquise r.
que pour en introduire I'usage parmi. les
habitans.
Le 24 fevrier, le chronometre de Kendall indiqua la longitude de notre obser--
vatoire, sur le rivage de Karakakoua, parr
2060 ij 15".
Le 25 du meme mois r M. Whidbey
observa Timmersion du premier satellite
de Jupiter, qui donna la longitude par
_-o3° 5a' i5"r ce qui differait de 70 4$' *
l'ouest de la longitude determinee par le
 236 VOYAGE   DE   VANCOUVER.
capitaine Cook, et se rapportait a celle
que M. Bailey a deduite de deux eclipses.
La latitude,j^U nieme point, par six
hauteurs meridiennes du soleil, corres-
pondant aussj^^elle du capitaine Cook,
fut de 190 28' 12".
Nous ^nittames File d'Owhyhee sur les
huit heures cUi^oir, et je dirigeai notre
route vers Fextremite est de Mowy, les
vaisseaux orientes au plus pres du vent.
FIN   DU   QUATRE-VINGT-SEPTIEME   VOLUME.
Poitiers, Impnmerie dc F.-A SAURIN.
 Hft
?C   3921*21
m
/MB
VA f
 I
La Collection formera deux series de cinquante volumes chacune; la premiereserie
contient les trois voyages de Cook, les
voyages de Magellan, de Georges Anson, de
Wallis, de Carteret, de Byron, de Chardin
et de Christophe Colomb.
La deuxieme serie contiendra les voyages de
Le Vaidantt de /. Bruce , de Vancouver, de
Laperouse , cite., etc.
La Collection des Voyages sera enrichie
d'un atlas compose de fio fig. et 17 cartes.
Cet Alias, divise en quatre parties, sera
delivre gratis aux Souscripteurs , avec chaque serie de 5o volumes.
On souscrit aussi chez le meme, Libraire
aux Ouvrages suivans :
NOUVELLE BXBX.XOTHEQUE
DBS
CLASSIQUES FRANCAIS,
ou
COLLECTION
DES ME1LLEURS OUVRAGES
DE LA MTTERATURE FRANCAISE.
260 VOLUMES IN-18.
PAPIER FIN SATIRE.
(Il parait un volume par semaine.)
l*&
m-m-m
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