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BC Historical Books

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Voyage autour du monde, pendant les années 1790, 1791 et 1792, par Étienne Marchand, précédé d'une introduction… Fleurieu, C. P. Claret (Charles Pierre Claret), comte de, 1738-1810 1809

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     VOYAGE
AUTOUR DU MONDE.
TOME I.
  VOYAGE
AUTOUR DU MONDE,
PENDANT LES ANN&ES 1790,1791 ET 1792,
Par  Etienne MARCHAND,
PRECEDE D'UME
INTRODUCTION HISTORIQUE;
Auquel on a joint des Recherches sur les Terres australes de Drake,
et un Examen critique du Yoyage de Roggeween j
orn& de cartes et figures :
Par C. P. CLARET FLEURIEU,
De l'lnstitut national des Sciences et des Arts ? et du Bureau
des Longitudes, etc.
TOME PREMIER.
PARIS,
Chez COURCIER, Imprimeur-Libraire pour les Sciences,
quai des Augustins, n° 5j.
\
1809.
  DIVISION DE L'OUVRAGE.
TOME    L
i.° Introduction, ou Histoire abre'gee de
la Decouverte progressive de la Cote du Nord-
Ouest de PAmerique, depuis I'Annee 1537,
que Cortes de'couvrit par mer ia Californie ,
jusqu'en 1791 , que le capitaine Marchand
aborda a cette Cote par le cinquante- troisieme
Parallele \.
2.0 Relation du Voyage autour du
Monde , fait en 1790 , 1791 et 1792 par.
Etienne Marchand.
Chapitres I,  II et III.
TOME    IT.
Suite de la Relation du Voyage.
Du Chapitre IV au Chapitre IX et dernier.
1 Cette INTRODUCTION conduit i'Histoire des Decouvertes.
dans cette partre du Monde jusqu'a la derniere Expedition que
le Gouvernement Britan-nique a ordonnee pour faire une
Reconnoissance complete de la Cote du Nord - Ouest de
VAtneriqite ; car nous savons- que c'est vers le milieu du mois
d'Avril de I'Annee 1792 , que les Batimens employes dans
cette graifde entreprise ont aborde a la Cote de New-Albion,
<Fbu ils ont du s'elever jusqu'au soixantieme Parallele : cette
Reconnaissance completera la Decouverte.
_£«
 i) DIVISION
TOME    III
i.° Resultat des Observations de
Latitude et de Longitude faites sur ie
Navire le Solide , dans Ie cours de son Voyage
autour du Monde , servant a determiner les chan-
gemens qu'ont apportes les CoURANS a la Direction et a la Vitesse apparentes du Vaisseau ,
dans les differens Parages qu'il a traverses , ainsi
que 1'E R R E u R du calcul de I'E STI ME, dans
1'intervalle des Observations , et a I'epoque de
chaque Attetage.
2.0 Additions   a la  Relation  du
Vo Y AGE.
3.0 Additions aux Resultats des
Obse rvat 1 on s.
TOME    IV.
IIistoire naturelle des Oiseaux , des
Poissons , des Ce'tace'es , des Amphibies , et des
Plantes et autres Productions marines, que le
Solide a rencontres a Ia mer dans sa CiRCON-
NAVIGATION   DU   GLOBE.
TOM
V.
1.° Suite  de PHistoire  naturelle.
2..0 Additions al'HiSTOiRE naturelle.
2.0 Recherch es   sur les   iles et ie  Port
 DE   L'OUVRAGE. iij
decouverts par Sir Francis Drake, en i 578 j
dans le Grand Ocean Austral; et identite
de ces Terres et de la partie Occidentale-JVieri-
dionale de la Tierra del Fuego (la Terre
de Feu ); avee des Notes relatives a ces
Recherches.
4.0 Ex-am EN critique des Relations du
Voyage autour du Monde , fait, en 172 1 et 1722^
par PAmiral hollandais ROGGEWEEN : pour
parvenir a determiner la Position geographique
de chacune des De'couvertes de cet Amiral ; et
demeler quelles de ces De'couvertes ont ete re-
connues par les Navigateurs de notre temps j et
quelles autres restent encore a chercher :
Auquel on a joint un Tableau comparatif
des Positions dirTerentes que divers Geographes
ont donne'es aux Decouvertes de RoggeweeN;
avee des Notes  relatives a cet ExaM-EN.
j.° Liste des Auteurs cites dans
rOuvrage , et Table Alphabetiq.ue des
Matieres j communes aux Tomes I, II, III,
IV et V.
TOME    VI1.
i.° Observations sur la Division
jHhrDROGRAPHlQUE du Globe \ et changemens
Le Tome VI,  imprime  sur papier   Grand - Raisin,   est
commun a I'Edition in-S.° et a I'Edition in-4..0
 iv      DIVISION  DE   L'OUVRACE.
proposes dans la Nomenclature generate et
particuiiere de i'HYDROGRAPHlE.
2.0' Application du Systeme metrique
DECIMAL aTHYDROGRAPHIEetauxCALCULS
de la Navigation; moyens proposes pour en
faciliter Fetablissement ; et Tables a cet usage.
3.0 Quinze Cartes et une Planche de
FIGURES, savoir : deux Cartes app ar tenant a
ITntroduction 'y une Carte generate, dix
Cartes particulieres et une Planche de Figures pour
le Voyage de Marchand; une Carte pour
lesRECHERCHES SUR LESTERRES AUSTRALES
de  Drake ;  une  autre  pour FExamen, des
Decouvertes de Roggeween.
AV E RT IS S EM E NT.
Le Lecteur est prie de jeter un coup-d'ceil sur I'ErrATA
de chaque Volume avant la lecture de t'Ouvrage , et de noter
en marge du Texte , par des renvois aux Corrections , les
Flutes qui pourroient 1'induire en erreur , et qui sont distin-
guees  dans les ERRATA par un Asterisque.
AVIS  AU RE LI EUR.
Toutes les Cartes doivent etre placees a la fin du Tome VI,
suivant 1'ordre des Numeros, et se tirer a droite : il sera mis des
Onglets de fond a ceiles qui, sans cette addition, ne pourroient
pas sortir en entier hors du Livrc
 INTRODUCTION.
Fortes > Annee  1537   Page ii;
CORONADO  et  AlAR^ON,.   I54.O  V
Cabrillo ,  154-2  vii;
Drake ,1578  ix
Juan de Fuca ,  15 92 . . x
Viscaino et Aguilar , 1602  xvj
L'Amiral de FUENTE ,   164.0  xxj
Bering etTscHiRicow.-1-.^ Voyage, 1728.. xlij
Les  memes,   II.c   Voyage,   1729  xlviij
Les mimes.   IILe Voyage ,- -174,1 ......... ibid.
Vicente   Vila et Gaspar de Portola,
1769  Iv
Expedition des EsPAGNOLS par Terre, 1771. Jxij
Voyage presume des EsPAGNOLS en  1774.. . Ixv
Ayala et la Bodega ,   1775  Md. ■
Arteaga ,   1779   Ixxx
Cook ,   1778  xci;
La Perouse, 1786.  cv
DiversesReconnoissances partielles entre
. Ie 48.me et le  j6,me Parallele  cxxij
Voyage projete par W.  Bolts ,  en   1781. , cxxiij
Hanna ,  i.er Voyage, 1785  cxxiv
Le meme , zA Voyage,   1786  cxxv
Peters, 1786  cxxvj
 v) TABLE
Lowrie et Guise ,   1786 Page cxxvij
Meares et Tipping ,   1786 — 87  cxxxij
Portlock et Dixon ,  1786 — 87....... cxxxiij
Berklei ,   1787  cxI
Colnett et Duncan , 1787 — 80*  cxlj
Meares et Douglas,  1788 — 89. ..... cxlviij
Grey   ( Americain ) ,    1788. — 89  clij'
Nouveaux  Voyages   des   EsPAGNOLS.
D.  Martinez et- D. Haro ,  1788  dxij
D. Martinez ,   1789  clxvij
MALESPINA ;   1790 et annees-' suivantes  ( on
sait seuje,nje4n.t.que le Voyage a ete fait ).. . clxxlj
Resume des  Decouvertes  clxxvj
PreliminAIRES du Voyage du capitaine
Marchand     clxxxiv
De divers Objets   que Ton   s'est proposes en
publiant ce Voyage  cxc
VOYAGE   DE   MARCHAND.
CHAPITRE I. Depart de Marseille. —Relache
a PortQ-. Praya ide Hie Sant-Yago. — Le
Cap de, Horn double. —i Relache aux iles'
las Marquesas, de. Mendoca.'-— Sejour et
Commerce avee les Naturels dans la Baie
de la Madre de Dios de File Santa-Christina
ou   WaMtandiOL.    ( Du  14- Decembre   1790
au 2 1   Juin   179 1.   )..,  1
1
Chapitre  II.   Description generate des iles
las Marquesas de MendocA, et particuliere
de   File   Santa   Christina    ou    WaKitaho .,
 DES     MA TIE RES. M
d'apres les Espagnols , les Anglais et les
Francais. — Description de Ia Baie de la
Madre de Dios. — Terrain, productions,
animaux et climat de File. — Description
des Habitans : Ieur physique, leurs habille-
inens et ornemens , leurs alimens , Ieur
Industrie, leurs mceurs, Ieur caractere, leurs
usages , leurs exercices-, &c. — Idee^dealeur
Gouvernement. — Population presumee des
cinq iles du Groupe. ■— Vocabulaire de
WaKitahb. — Les Naturels de cette ile
compares a ceux de Ta'iti.  Page 81
Chapitre III. Du Mouillage de la Baie
de la Madre de Dios on aperc/rit, dans
FOuest-Nord-Ouest et Nord-Ouest quart
d'Ouest, une Terre qui n'est pas indiquee
sur les Cartes hydrographiques. — On se
dirige sur cette Terre; on decouvre un
nouveau Groupe d'iles qui ne forme qu'un
meme Archipel avee les iles de Mendoga.
— Description de ce Groupe. —Description
particuliere d'une des iles principales et de
ses habitans. — Conjectures sur d'autres
Terres qui doivent etre situees dans FOuest
du nouveau Groupe. — Les habitans des iles
de laSociete avoient connoissance du Groupe
des Mendoca et de celui qu'a decouvert le
capitaine Marchand, avant que les Naviga-
teurs de notre temps eussent penetre dans
Ie Grand Ocean, — Opinion sur Fexistence
d'une autre Terre sous Ie vent de ces Iks.
 vii)      TABLE   DES   MATIERES,
— Traversee depuis ies iles nouvelks jus-
qu'a Ia. Cote du Nord-Ouest de YAmerique,
( Du 2fi Jjuin au 12 Aout 179 1. ) . * . . .Page 224,
E R KAT-M'i
&9%
Fi h de la. Table des Matieres du Tome I
INTRODUCTION.
 introduction.
[ Lue dans les Seances de Flnstitut National des Sciences et
des Arts, Classe des Sciences morales et politiques, le 17
et Ie zi  Messidor , an V de I'Ere Fran9aise. ]
JLi ES COTES du Nord- Ouesl de V Amerique}
separees de YEurope par une vaste Mer, et par un
grand Continent qu'il faut prolonger du cote de
rOrient jusqu'a cinquante-sept ou cinquante-huit
degres de latitude Australe, pour Ie remonter
ensuite, du cote de FOccident, jusqu'a soixante
degres de latitude Boreale, ne furent connues que
long - temps apres que ses cotes du Nord- Est
situees sur les memes Paralleles que ceiles du Nord-
Ouest, eurent ete soumises au joug europeen, et
me me eurent subi plusieurs revolutions qui les ont
seulement fait changer de Maitres, sans jamais y
retablir la Nature dans ses droits. Trois siecles
e'coule's n'ont pas encore suffi a nous farre connoitre
toutes les cotes Occidentales de YAmerique du
Nord*; la decouverte s'en est faite par parties, et
a des epoques eloignees les unes des autres. Une
interruption de cent annees avoit fait oublier le
succes des premieres tentatives ; ii a fallu de'-
couvrir de nouveau ce qui deja avoit ete decouvert*
«. A
 I INTRODUCTION.
Ce n'est que vers le milieu de notre siecle que Fon I
repris la trace des premieres Expeditions ; et Fon
pent dire qu'avant cette e'poque, nous savions seu-
lement que les Cotes du Nord-Ouest de Y Amerique
devoient terminer sur te Grand-Ocean Y Amerique
septentrionale ; mais nous n'avions pas meme la
certitude que FAncien et Ie Nouveau Monde ne
formoient pas au Nord une Terre continue , et
que chaque Continent etoit une grande ile.
Avant que de rendre compte du Voyage autour
du Monde j fait en 1790 , 9 1 et 92 par te capitaine
Etienne Marchand, commandant Ie navire le Solide,
te premier que te Commerce de France ait hasarde
vers ces Cotes lointaines, je vais rappeler som-
maifement les De'couvertes anciennes qui nous
procurement les premieres notions de cette partie
du Nouveau Continent. Je tacherai, en me repor-
tant.au temps de chaque De'couverte, de demeler
quel motif decida chaque Expedition ; et j'arriverai
graduellement aux Voyages de notre temps, dont
Ie succes a determine de nouvelles speculations
de commerce. La grandeur et les difficultes de
Fentreprise ont du y attacher une sorte d'attrait;
mais ces operations , avantageuses dans te de'but,
et tant qu'elles ne furent pas traversees par une
concurrence de'sordonnee , ne promettroient pas
pour Favenir un benefice capable de balancer
les risques et de compenser la depense , si elles
 introduc«on.: p
n'etolent combinees avee sagesse, et contenues
dans des limites qui ne peuvent &tre franchies ,
san's s'exposer volontairement a des pertes inevitables. £'£$& *$tist
Cortes avoit conqhis et soumisale Mexique 1537*
par la puissance de son.genie, peut-etre plu$:&n- Cortes.
core que parla superiorite des armesie«(§©peennei^
ip&i$ Charles-Quint, saipfait rjj pour Ie moment, des
tresors que lui assuroit celtp premiere conquete,
ou trop prudent pour co'nfier. hi&tg&ksunjjgjsind
pouvoir dans Ie noui^fEmpire .-*gj^. 3<?noii de
donner hjgjfLspagne, .voi&fu't le rendre inutilagpour
qu'il ne fut pas dangereux. En Iii^accordani de
grands titres d'honneur , ii limita son raiitQike: au
commandement oiseux de Troupes reduites a
Finactipn, lui interditctoute Expedition. miHtaire
sur Ie Continent, et Fautorisa seutemecfcta tenter
au dehors un nouveau genre de gloire dans des
Expeditions; maritimess;;Cette ame ardente , que
de grandes conceptions jusqu'alors avoient oc-
cupee , accoutumsffna ces succes i^yjioariet ines-
peres que Ia For^to^^ieaat toujours hor$ isle la
portee des hommes vufgairjesgj) s'agita dans les
entATesqu'un mop&rque ombrageux votjloitmettre
a son ambition : de noweaux projets furent aussi-
tot executes que concus ; et ii se Ian^a avee ardeur
dans   Punique   carriere^ qu'une   autorite   jalouse
A 2 ■
 *537«
Cortes.
iv INTRODU CTION.
laissoit ouverte a son activite. Deja , par ses Lieu-
tenans , ii avoitfast visiter Ie Darien t pour s'assurer
s'il ne seroit pas possible de triompher des obstacles que la Nature pouvoit opposer a. la jonc-
tion des deux Oceans; de'ja ii avoit fait reconnoitre
la cote Orientate de Yahmdhjue du Nord&et re-
chejofoer si quelque Detroit n/offriroit pas* Utt|
libre passageoa.ia Navigation; mais ses esperances
ayant e'te JDZHnpeescdlpns Puneeej: Pautre tentativesA
ii se borna. aux ExpMitkmsi'qui pouvoient se
faire desuPeents. du Mexique situes sur le Gfknfa
0beam De petjtes e^cadres-furent successivef$e^|
equipees^-Mais^^tiex^^uience des Chefs perdit les
lines*, et tesrautres rentrteseftjrsans qu'aucune De-
couVe»t6rimportante eiit satisfait son ambition* Hu-
HiilM, en quelque sortepde cette suite de mauvais
stfctfes auxqueis ii n'etoit pas accounting post qu'il
imputoit a Pinhabilete et au defaJut de cohstance
dahs?ia conduite des..operations , ii orckmriei? en
1537, un irouvel AmSment qu'il met sous les
ordres du chevalier Francisco de Ulloa a-qui de
longs Services aVoient acquis unerreputation. Mais
qiiaiad les Vaisseaux' s&B$niequipes et prets a faire
voile , las enfin de confleav a d'autres Fefcecution
de ses projets et les interetsr^nsa gloire p M3|sfbKl
Je conirtta&Eaement en personne , monte la 6fop&
tane; et, confiant a la Mer Cortes et sa fortune ,
ii dirige $a course vers Ie Nord. Une longiie suite
 INTRODUCTION. v
de fatigues et des dangers dignes de lui se parta-
gerent les premiers temps de sa Navigation : so&
courage bouillant.trouvoit enfin des obstacles qu'il
ne pouvoit surmonter; ii y opposa te courage froid
de la perseverance, et , apres avoir lutti long-
temps contre une mer courroucee que des Vais*
seaux sillonnoient pour la premiere fois, ii decou-
vrit enfin la grande Peninsula de la Califorme qui
eut e'te honoree de porter son nom , et ii reconnut
la plus grande partie de ce Golfe long et etroit
qui est aujourd'hui connu sous te nom de Mer
VermeiUe. La decouverte d'un pays aussi etendu
eut pu suffire a la gloire de tout autre; mais elle
n'ajouta rien a celle de Cortes, et ne satisfit pas
les grandes esperances qu'il avoit concues *.
1 5 37-
Cortes.
Antonio de Mendoc/a qui, peu de temps
i 540.
Coronacte
Voyez   Hery
Decad.  V,  Liv. 8 , Chap. 9 ,  10.
Alarjon.
Decad. VIII, Liv. 6 , Chap. 14. =z Venegas, Hist, de la.
California, ii^.zzz. Loren^anu, Hist, page ^zi.zzz Robertson s
Hist,  of America , Liv. V»
Reinold Forster, en parlant de 1'expedition de Cortes, dit
{juMI revint sans avoir rien fait [ without having done any thing ] .-
il me semble que c'est trop la deprimer ; car enfin la Californie
fut decouverte ; et la connoissance qu'on acquit de I'existence
de ce pays, fq£ un acheminement a des Decouvertes plus
importantes. Voyez Voyages and Discoveries made in the North.
By R, Forster, Translated from the German* London t ijj6%
zs-4.0, page 448.
A k
 i 540-
Coronado
et
Alar$on,
vj INTRODUCTION.
apres, reunit, avee Ie titre de Vice-roi \ la plenitude des pouvoirs, qui entre ses mains ne parut
pas dangereuse , s'occupa de poursuivre les Decouvertes au Nord. Les Expeditions avoient moins
pour objet de decouvrir de nouvelles Terres ,
que de chercher un Passage, une communication
de POcean Atlantique a la Mer de POuest , a.
travers YAmerique; et ces recherches etoient excitees
par la croyance qu'on accordoit a une fable. En
i 500 ou 1 501 , Caspar de Cortereal, Portugais,
homme de naissance, partit de Lisbone, arriva a
Terre-Neuve, en visita la cote Orientate, se pre-
senta a Pembouchure du fleuve Saint - Laurent,
decouvrit, au-dessus du cinquantieme Parallele ,
une Terre qu'il nomma Terra de Labrador, parce
qu'il la jugea propre au labourage et a. la culture , parvint enfin, en remontant vers Ie Nord ,
a Fentree d'un Detroit auquel il imposa Ie nom
de Detroit d'Anian j , et qui , plus de cent ans
apres , fut appele Detroit de Hudson , du nom du
Navigateur anglais qui, en 1610, penetra par
ce Passage dans la Baie qui egalement a retenu
son nom. Cortereal, supposant de bonne foi que
te Detroit dont ii avoit decouvert Fentree , devoit
conduire dans la Mer des Ijides Orientates, se
hata   de   revenir a Lisbone   pour   y<* apporter la
C'etoit le nom de deux freres, compagnons de Cortereal,
 INTRODUCTION.
vn
Gorpnado
et
Alar^on,
nouvelle de sa grande Decouverte. II en repartit i 540.
Fannee suivante pour se rendre aux Indes par son
pretendu Passage ; mais , depuis, on n'a jamais
entendu parter ni de lui, ni de son Vaisseau :
en 1 502 , Miguel de Cortereal entreprit Ie meme
Voyage , pour alter a Ia recherche de son frere ,
et eut la meme destinee : enfin , Paine de la
famille , Vasco de Cortereal, qu'une grande charge
attachoit a la Cour , voulut equiper un Vaisseau-
et s'exposer lui-meme aux hasards de la Navigation,
dans Pespoir de retrouver- Caspar et Miguel; mais te
Roi de Portugal qui Paffectionnoit particuliere-
ment, et qui jugeoit que cette entreprise, peril-
leuse pour lui, seroit sans utilite pour ceux qu'il
regrettoit, s'opposa , par un ordre de defense, a
ce devouement fraternel \
L'idee de cette communication des deux Mers
par le Nord, avoit pris faveur chez les Espagnols
qui, non contens de la possession jusqu'alors
exclusive d'un Monde nouveau , ambhionnoient
toujours de partager avee les Portugars , les
richesses que versaient en Europe, par Ieur canal,
ces fameuses Contrees situees a POrient de Fan-
cien Continent : Mendofa occupe, comme son
predecesseur , du projet d'y parvenir , pensa que,
Hakluytus-posthumus, or Purchas his Pilgrimes, Lond, 162$.
f> T.  I V, pages 809 et 8 to,
A 4.
 i5 4°-
Coronado
et
Alar^on.
viij INTRODUCTION,
si, en effet, te Detroit d'Anian existoit, ii pour-
roit, en le faisant chercher sur la Cote du Nord-
Ouest de YAmerique, decouvrir sa sortie dans la
Mer de FOuest.
C'est dans cette vue qu'en 1540, ii expedia
Francis co-Vas ques Coronado par terre, et Francisco
Alarfon par mer, pour alter a la recherche du
pretendu Detroit. Alarfon ne s'eleva pas plus haut
que Ie trente-sixieme Parallele. Son Vaisseau avoit
essuye des avaries; les maladies commencoient a
faire des progres parmi PEquipage ; et la terre , a
cette hauteur , lui ayant paru se porter au Nord-
Ouest, ii craignit de se trop eloigner des troupes
qui faisoient les recherches par terre sous la con-
duke de Coronado; ii rebroussa chemin, et revint
au Port d'ou ii etoit parti \
j 542.
Cabiillo.
Le meme projet fut repris, en 1542, par
Rodrigues de Cabrillo, Portugais au service de
PEspagne. II n'alla pas au-dela du quarante-qua-
trieme degre de Latitude. Le tres-grand froid
qu'il eprouva a. cette hauteur , les maladies , te
manque de provisons , te mauvais etat et les mau-
vaises qualites d'un Batiment peu propre a la
Navigation de cette Mer , Ie forcerent au retour
avant que de s'etre eleve jusqu'au Parallele que
Herr era, Descript. de las Indias, rr: Lact. Novus Or bis,
 INTRODUCTION. ix
ses Instructions lui avoient fixe. II n'avoit fait i 542.
aucune Decouverte : seulement a la hauteur de Cabriib.
42 degres (ou plus exactement de 41 degres et
demi)., il avoit apercu une Pointe de terre, a
Iaquelle , en Phonneur du Vice-roi, ii donna Ie
nom de Capo Mendocino ; et depuis ce Cap , en
redescendant jusqu'au Port de la Natividad, situe
vers 19 degres 3 quarts , d'ou ii avoit ete expedie,
ii reconnut que la Cote formoit une ligne continue , sans aucune interruption, aucune ouverture
qui put ihdiquer un Detroit '.
Les Espagnols sembloient avoir perdu de 1578.
vue les Decouvertes au Nord, lorsqu'en 1 578 , un Drake.
Navigateur anglais, que son Voyage autour du
Monde et ses exploits ont egatement rendu celebre,
Sir Francis Drake, apres avoir, te premier de sa
Nation, passe par te Detroit de Magellan, a peine
encore connu, et traverse, en ravageant les Possessions espagnoles , Ie Grand- Ocean du Sud au
Nord, atterit a la Cote Nord-Ouest de YAmerique,
ala hauteur de 48 degres, a Iaquelle aucun Navigateur espagnoi n'etoit encore parvenu ; cotoya
la terre , en redescendant, jusqu'a 3 7 degres ; a
3 8 degres et demi de Latitude , decouvrit Ie Port
ou ii sejourna, et qui a conserve son nom ; imposa
la'et, Novus Orbis, Lib, VI, Cap.  19.
 x INTRODUCTION.
celui de New Albion [ Nouvelle Albion] a toute
la contre'e dont ii prit possession solennellement
au nom d'Elizabeth, reine d'Angleterre x : et pour
la premiere fois , Y Amerique avoit vu Hotter
sur ses cotes Occidentales , te Pavilion de la
Grande-Bret agne, qui, si souvent depuis, y porta
Fepouvante.
Nous ARRIVONS | des Decouvertes qui
long-temps ont ete regardees comme des fictions :
et si les recherches des Voyageurs de notre temps
ont fait connoitre qu'elles ne sont pas de'pourvues
de re'alite ; elles ont aussi prouve que souvent la
verite s'y trouve confondue avee Ie mensonge : je
veux parler des Expeditions de Fuca, de Viscaino
et de Famiral de Fuente.
Juan de Fuca, Grec de Pile de Cephalonie , dont
Ie vrai nom e'toit Apostolos Valerianos, avoit ete
employe plus de quarante ans au service de YEs-
pagne, en qualite de Matelot et de Pilote. A son
* The World encompassed , by Fletcher, London, 1653 , in-4..0 r
page 64. et suiv. On lit dans cette Relation du Voyage de
Drake , qu'il donna au pays qu'il decouvrit , le nom de
Nouvelle-Albion pour deux raisons : la premiere , parce que, par
la nature des Bancs et des Rochers' biancs dont la Cote est
bordee, elle presente le meme aspect que celfe d'Angleterre ;
fa seconde, parce qu'il etoi't raisonnable et juste que cette
Terre , jusqu'alors inconnue , portat le nom de la patrie du
premier Navigat.eur qui y eut aborde.
 INTRODUCTION. xj
retour de ses Voyages , se  trouvant a Venise en    159:
I 596 , ii fit te recit de sa derniere Expedition a      F"ca«
un Anglais, Michael Lock ( ou Lok ), qui consigna
ce recit dans un ecrit que Samuel Purchas nous a
conserve dans sa Collection de Voyages.
Fuca, suivant te rapport qu'il fit, avoit e'te
expedie du Port cYAcapulco , en 1 592 , par Ie
Vice-roi du Mexique, avee une petite Caravelle
et une Pinasse, pour decouvrir Ia communication,
par te Nord de I'Amerique, entre Ie Grand-Ocean
et YOcean Atlantique. II vit, entre Ie quarante-
septieme et te quarante-huitieme Parallele, que la
terre couroit au Nord-Est, et presentoit une large
Ouverture qui pouvoit etre un Detroit : ii s'y
engagea et y navigua Pespace de vingt jours. En
des endroits, est-ii dit, la terre s'etendoit vers Ie
Nord-Est; dans d'autres, vers te Nord-Ouest;
et te Passage qui devenoit beaucoup plus large
qu'il ne Petoit a son ouverture, contenoit plusieurs
iles. Fuca mit souvent a terre, et vit nombre d'habi-
tans vetus de peaux de betes : Ie pays lui parut tres-
fertile, et ii abonde en or, en argent et en pedes.
II parvint ainsi jusqu'a YOcean Atlantique, II avoit
reconnu que Ie Detroit, sur toute sa longueur, est
d'une Iargeur suffisante pour la Navigation ; et
Pembouchure par Iaquelle ii y etoit entre, lui avoit
paru avoir trente ou quarante iieues de large.
Deux motifs Ie deciderent alors a faire son retour
 xij INTRODUCTION.
par Ie meme Passage : d'une part, Pobjet de sa
mission etoit rempli; la Communication des deux
Mers , a travers Ie Continent de YAmerique, etoit
decouverte : de Pautre, ii craignoit que, s'il venoit
a etre attaque par les Sauvages , ses forces ne
fussent pas suffisantes pour resister a Ieur nombre.
II revint done a Acapulco ou ii sollicita vaine-
ment, pendant deux ans , la recompense due lui
sembloit meriter une Decouverte qui ouvroit a
FEspagne une nouvelle source de richesse et de
prbsperite \
Tel est te recit abrege qui nous a ete conserve
de FExpedition de Juan de Fuca ; et Fon est assure
que tout ce qui en est rapporte n'est pas apocryphe,
depuis qu'en 1787, Ie capitaine Berclay, et, en
1788, Ie capitaine Duncan avee son Vaisseau, et
Je capitaine Meares par sa Chaloupe, ont, Fun et
Fautre, reconnu vers 48 degres et demi de latitude,
une Entree dont une partie a ete visite'e, et dont
on a trouve les bords habites par des hommes
semblables a ceux dont Ie Navigateur espagnol a
fait la description : on doit meme croire, sur Ie
temoignage de   M. Meares,   qui a figure  cette
Voyei dans la Collection anglaise de Purchas, Tom. Ill r
pag. 849-852 , plusieurs pieces relatives a cette Expedition. •—
'VI
le Traite des   Tartar es par   Bergeron, chap,  ai,
pag.  125 et suiv. ztf-4/
 INTRODUCTION. xiij
Decouverte1 sur les Cartes qui accompagnent la i 592.
Relation de ses Voyages z, qu'en 1789 , te Sloop Fuc3t
americain Ie Washington., commande par te capitaine Grey, etant. "entre par te Detroit de Fuca, a
contourne par PEst un grand ArcMpel dont
Petendue est de plus de cent soixante lieues sur
une Iigne Nord-Nord-Ouest et Sud-Sud-Est, et
qui comprend dans sa partie mericjionale Nootka-
Sound, si connu par Ie troisieme Voyage du
capitaine Cook. La meme Relation et la meme
Carte indiquent aussi qu'en naviguant Ie long de
la cote Orientate, de cet Archipel , dans une
grande Merlibre, te Washington a.eu constamment
la vue des hautes terafes du Continent qui lui
restoient dans PEst. En admettant que la Route
du Sloop americain soit bien constatee, on de-
vtQU une sorte de reparation a. Juan de Fuca, et
ii seroit juste de lui faire honneur de ce qu'il y a
de vr.ai dans Ia Relation que Purchas a publiee.
On pourroit done accorder que ce Navigateur a
de'eouvert PEntree ou Ie Detroit qui porte son
nom, non pas uh Detroit de 30 ou 40 lieues de
Iargeur , mais de 4 ou  5 lieues ; qu'apres Pavoir
' Voyez la Planche II.
Vbyages made in the years iyS8 et  ijBp , from  China to
fWWorm-ivVesi Coast of America , &c. By John Meares. London,
179° > *>4.°
 xiv INTRODUCTION.
traverse , ii a penetre dans la Mer inte'rieure ou le
Bassin qu'on annonce avoir ete decouvert dans
ces derniers temps, par le Washington ; qu'ayant
parcouru 150 ou 160 lieues dans ce Bassin, ii
n'a pas mis en doute qu'il ne dut Ie conduire a
YOcean Atlantique; et que, sur cette presomption
qu'il aura regardee comme une certitude, ii s'est
hate de revenir sur ses pas pour annoncer sa
De'couverte, ainsi que Favoit fait Ie Portugais
Cortereal pour son Detroit d'Anian, aujourd'hui Ie
Detroit de Hudson, II est probable que la verite
de sa Relation se borne a FEntree qui porte Ie
nom de Fuca, et peut- etre a un grand Bassin, ou
une Mer interieure, qui separe un grand Archipel
des hautes terres du Continent : mais rien ne
semble moins prouve , et, on peut te dire, rien
n'est moins probable que sa pre'tendue Communication du Grand- Ocean avee YOcean Atlantique ;
car si elle existoit, te Canal ne pourroit deboucher
a I'Est que sur quelque point de la cote Occiden-
tale de la Baie de Hudson ; et cette Cote a ete
visitee si soigneusement, et a. plusieurs reprises ,
par les Angla% qui, depuis long-temps, ont dfesl
Etablissemens fixes sur les Cotes de cette Mer
interieure, et qui avoient connoissance de la Relation de Fuca, qu'il n'est pas permis de supppser
que la Communication eut e'ehappe a leurs re-
cherches. Mais est-il bien certain que ce soit a
 INTRODUCTION. xv
Fuca que doit etre fait Ie reproche d'avoir ajoute
a sa Decouverte I Je ne serois pas eloigne de
croire que quelque ardent partisan ^#u Passage par
le Nord de YAmerique, se sera permis , par une
fraude officieuse, de proclamer la decouverte de
ce Passage, afin d'entretenir Fopinion regnante ,
qu'il devoit exister dans cette partie une Communication entre les deux Mers , et par ce moyen
exciter les Navigateurs anglais a multiplier les
efforts et les recherches qui pouvoient les conduire
a cette Decouverte.
Quant a. For, a Fargent et aux pedes qui
doivent se trouver dans te pays que Fuca dit avoir
decouvert, ii paroit que les Espagnols eux-memes
n'ajouterent pas plus de foi a cette seduisante an-
nonce , que nous ne lui en accordons aujourd'hui,
puisqu'ils ne donnerent aucune suite a la Decouverte. A Fepoque ou elle fut faite, toutes les tetes
etoient si remplies de Fide'e des richesses ine'pui-
sables que te Nouveau Monde devoit verser dans
FAncien , que les Aventuriers se figuroient que,
sur cettek Terre nouvelle, tout etoit Or , et que
toutes les coquilles de la mer devoient donner
des Perles. On a bien retrouve, dans ces derniers
temps, les hommes vetus de peaux de betes que
Fuca y avoit vus ; mais, jusqu'a present, les pedes
et les metaux precieux ne se trouvent que dans la
Relation de Purchas ; et ii se pourroit bien que
i 592
Fuca.
 xvj INTRODUCTION,
la meme main qui y a ouvert un Passage d'un
Ocean a Fautre , y eut aussi seme les richesses
qui pouvoient presenter a ceux qui voudroient
s'occuper de Ia recherche du Passage , Passurance
ou du moins Fespoir de se dedommager sur la
route, des avances qu'ils auroient faites.
La SECONDE Expedition sur Iaquelle, ou
du moins sur une circonstance de Iaquelle on peut
elever des doutes qui paroitront fondes, est celle
de Famiral Viscaino : des considerations politiques
Favoient de'terminee.
L'arrivee de Famiral Drake, en i 578 , sur les
Cotes Occidentales de FAmerique, ainsi que Pen-
tree de Cavendish en 1 587, et celle d'Olivier van
Noort, en 1 598 , dans Ie Grand-Ocean, impropre-
ment appele Mer Pacifque, avoient appris aux
Espagnols que la porte de cette Mer dont, jus-
qu'alors , ils se regardoient comme les uniques
proprie'taires et les Souverains, etoit desormais
ouverte a toutes les Nations. Cette certitude etoit
faite pour alarmer des usurpateurs : en effet,
PEspagne pouvoit craindre que des Navigateurs,
aussi entreprenans que les Anglais , aussi accou-
tumes aux longues Navigations, ne vouiussent
renouveler sur les cotes Occidentales de YAmerique, ces scenes de-devastation qui avoient signale
Fapparition des  Drake et des Cavendish; ^ekUque
bientot.
 INTRODUCTION.
evij
bientot, encouragee par les premiers succes que
Fantique valeur des CasijIIans n'avoit pas meme
tente de disputer, YAngleterre ne concjut et n'exe-
cutat Ie projet de former des Etablissemens dans les
parties du Nord qui n'etoient pas encore occupees
par les Espagnols, et n'avoient pas meme ete re-
connues par leurs Navigateurs. Ces Etablissemens,
a la vcrite, les Anglais ne pouvoient se les procurer que par des envahissemens, qu'en violant
envers les Naturels du pays, tous les droits de la
Nature et des Gens; mais Pexempte des Espagnols
eut semble peut-etre justifier cette entreprise; et,
COrnme eux , les Anglais pouvoient se creer des
motifs pour s'autoriser a opposer a ces droits, trop
souvent meconnus ou eludes, Ie seul droit que
reconnoissent les Conquerans, celui de la Force ,
qui ne legitime pas les usurpations aux yeux de
la Raison et de la Justice, mais qui, malheureu-
sement, sufiit pour operer les conquetes et les
consoJWer.
Ces considerations , et Ie desir de trouver dans
Ie voisfoage du Cap^ Mendocino , un Port qui put
ofFrir, a la fois, aux Galions revenant des Philippines un abri contre les vents et un refuge contre
les Croiseurs ennemis , deciderent sans doute
Philippe III a ordonner a. son Vice-roi du Mexi-
que, D. Gaspar de Zuniga, Comte de Monterey,
de faire faire la Reconnoissance exacte des Cotes
;. B
i 60:
 xviij INTRODUCTION,
situees sur les Paralleles voisins de celui du Cap
Mendocino, decouvert, en 1542, par Rodriguis
Cabrillo,
Sebastian Viscaino fut charge de cette mission,
et fit voile d'Acapulco, Ie 5 de Mai 1602, avee
deux Vaisseaux, une Fregate et une Chaloupe
pontee. II visita les havres et les iles auxquels ii
put aborder, et eut souvent a lutter contre les
vents de Nord-Ouest qui sont les vents dominans sur
cette Cote. II parvint, enfin , a de'couvrir vers 36
degres deux tiers de latitude, un excellent Port
auquel, en Phonneur du Vice-roi, ii imposa Ie
nom de Puerto de Monterey, et qui, depuis , est
devenu Ie principal Etablissement des Espagnols
a la Cote du Nord-Ouest. Viscaino remonta ensuite
jusqu'a la hauteur du Cap Mendocino, par 41
degres et demi de latitude , dont ii prit connois-
sance; mais les maladies commencant a se declarer
sur ses Vaisseaux, ii ne poussa pas ses recherches
plus loin, et se hata de faire son retour au Port
d'Acapulco,
Le Port de Monterey est aujourcj'hui trop
connu , pour que cette partie des De'couvertes
de Viscaino puisse donner lieu a aucune observation x ;   mais  Torquemada qui nous a conserve
On trouvera de grands details sur le Port et le Preside
de Monterey, dans la Relation du Voyage de la Perouse
actueliement sous presse.
■*m
 introduction, xix
le rdcit de cette Expedition , daris sa* Monarquia
Indiana l , ajoute que Martin de Aguilar, qui
commandoit un des Batimens legers , ayant ete
separe de I'Escadre par la violence des vents ,
parvint a doubter Ie Cap Mendocino qui, jus-
qu'afors, avoit ete seulement apercu; que, Ie 19
Janvier 1603, a trente lieues plus Nord que ce
Cap , par 43 degre's de latitude, ii de'couvrit un
second Cap ou une Pointe a Iaquelle ii donna
te nom de Capo Blanco ; qu'au-dela de celui-ci,
la Cote commence a decliner plus a. PEst; qu'en-
fin , pres de Capo Blanco, ii decouvrit une Entre'e
sure et navigable qu'il prit pour Pembouchure
d'une grande Riviere; mais que cette Entree est
un De'troit qui conduit a une grande Ville,
nommee Quivira; que la rapidite du courant em-
pecha qu'il ne put remonter la Riviere; et que,
force de renoncer a cette tentative , se rappeiant
d'ailleurs que la mission de Viscaino n'avoit d'autre
objet que de chercher et reconnoitre un Port, et
cet objet etant rempli, ijfjavoit pris Ie parti de
retourner a Acapulco.
Les   Navigations de ces derniers temps ne nous
ont procure aucune lumiere , rii sur cette Entree
Lib. V , chap. 45 et 55-=   Voye^ aussi  les Considerations"
ge'ographiques et physiques, par Philippe Buache,  Paris,   1753 ,
S 2
 I 602.
Viscaino
et
Aguilar,
xx INTRODUCTION.
de Martin 'de Aguilar, ni sur cette grande Ville
de Quivira, Les Espagnols assurent que, dans un
Voyage fait en 1775 x, ils ont vainement cherche
PEntree entre 450 27' et 450 50' de latitude;
mais ii semble qu'ils eussent eu plus d'espoir de
la retrouver, si ieur recherche se fut porte'e sur
les environs de Capo Blanco, situe vers 43 degres.
Le capitaine Cook , dans la Reconnoissance qu'il
a faite , en 1778, de la cote Nord-Ouest de
YAmerique, a atte'ri par une latitude plus Nord
que celle de Capo Blanco, et n'a pu qu'apercevoir
de loin cette partie de la Cote; ses De'couvertes
ne commencent qu'a Nootka-Sound, situe' vers 49
degre's deux tiers de latitude, c'est-a-dire , 5 ou
6 degre's au Nord de Capo Blanco. D'un autre
cote, la Perouse qui, en 1786, a pris connois-
sance de ce Cap et des parties de cote qui en sont
voisines au Nord et au Sud , n'a point apercu
FEntree d'Aguilar : mais comme ii se trouvoit
alors a une assez grande distance de la terre, et
qu'il n'a point fait une recherche particuliere de
cette Entree, on n'en peut rien conclure contre
son existence. Je n'ai pas connoissance que , plus
re'cemment , aucun Naviofateur ait cherche' a.
eclaircir ce point de Geographic : et ce seroit
porter, ce me semble , un jugement pre'cipite , de
1   Voyei ci-apres a Fannee   1775.
 INTRODUCTION. xxj
decider, comme Font fait quelques Savans, qu'on
ne doit point ajouter foi, sur ce point, a la Relation de Torquemada, La plupart des Cartes geo-
graphiques et hydrographiques placent PEntree
ou Riviere d!Aguilardans Ie Sud de Capo Blanco;
mais Thomas Lope-?, dans sa Carte ge'nerale de
YAmerique, publiee en 1772 , la place a vingt
lieues dans Ie Nord de ce Cap , par 44 degres
de latitude, avee cette simple indication : Rio
que corre a I'Oeste [Riviere qui courj a POuest];
et ii n'y est point fait mention de la grande Ville
de Quivira, llfti
1 602.
Viscaino
et
Aguilar.
Quoique la Decouverte de Fuca et celle
d'Aguilar ne fussent pas generalement admises ,
on les voyoit cependant indiquees sur toutes les
Cartes. II n'en est pas de meme de celles de Famiral
de Fuente ; elles ne se trouvoient tracees que sur
quelques Cartes systematiques; on croyoit meme
ne devoir plus s'occuper d'une Expedition dont
on n'avoit entendu parler que long-temps apres
Pepoque a Iaquelle elle est rapportee. Mais comme
ii est aujourd'hui de'montre qu'elle n'est pas fa-
buleuse dans tous les points; que ce n'est pas un
roman totalement invente pour exciter Pardeur et
les recherches des Aventuriers; qu'il est done
probable que les Espagnols ont cru avoir un grand
interet a Pensevelir dans Ie plus profond oubli;
1 1
1 640.
L'Amiral
de  Fuente.
 1 640.
L'Amiral
de Fuente.
xxij INTRODUCTION,
ii convient de la presenter avee quelque detail.
Vers Ie commencement de notre siecle, se re-
pandit en Europe la Relation d'une Expedition
faite en 1 640 , par un amiral Bartolomeo de Fuente
ou de Fonte, suivant que son origine est espa-
gnole ou portugaise , et de Fonta, selon quelques
Auteurs. Cette Relation, dont on ignore la source,
et qui est sous la forme d'une Letne ecrite par
FAmiral lui-meme , parut, pour ia premiere fois,
a Londres, en 1708 , dans un Ouvrage periodi-
que, intitule Memoirs ofthe Curious [ Memoires
des Curieux ] , feuilles des mois d'Avril et de Juin.
Elle a long-temps occupe les Geographes anglais,
allemands et francais; et parmi ces derniers, .Guil-
laume de VIsle et Philippe Buache ont publie, vers
Ie milieu de ce siecle, de savantes Dissertations
et des Systemes ingenieux pour concilier les De'couvertes de Fuente a la Cote Nord-Ouest de
VAmerique, avee ce que nous connoissions d'ail-
leurs de cette partie Septentrionale du nouveau
Continent \ D'autres Geographes , et quelques
Savans   ont  regarde  la  Relation  de  Famiral de
3 Voyez Explication de la Carte des nouvelles Decouvertes du
Nord de la Mer du Sud, par Guillaume de lisle. Paris, 1752 ,
in-j^.° ~ Considerations g/ographiques et physiques sur les nouvelks De'couvertes au Nordde la grande Mer du Sud, par Philippe
Buache, Paris, 1753 , in-4..0 =: Voye^ aussi plusieurs. Memoires
du Baron d*Engel sur ies memes sujets.
 INTRODUCTION; xxnj
Fuente comme supposee et apocryphe : et du
nambre de ceux-ci est Ie docteur Reinold Forster
qui, avee George Forster, son fils , aecompagna
Ie capitaine Cook dans son second Voyage , et a
qui nous devons une ^xcellente Histoire des Decouvertes et des Voyages fails dans le Nord1. LEnumeration des raisons sur lesquelles les adversaires
ont appuye, de part et d'autre, cette longue et
savante discussion qui a perdu, beaueoup de son
int.eret, me paro-itroit ici superfine; je me bornerai
a presenter un extrait des De'couvertes de Famiral
de Fuente, tel qu'on les lit dans la Lettre qu'on
suppose e'erite par lui-meme ; et je me permettrai
settlement d'y joindre quelques observations.
luEspagne ne cessoit d'avoir les yeux ouverts
sur les recherches que les Anglais multiplioient
depuis 1607 , epoque du premier Voyage de
Hudson, pour s'ouvrir, par YAmerique, un Passage-
des Mers cY Europe a. celles cY Asie: instruite qu'en
1639, d'habiles Navigateurs de Boston, dans la
Nouvelle-Angleterre ', avoient fait de nouveltes ten-^
tatives pour parvenir a cette Decouverte , elfe
or donna, en 1 640, Parmement, au Port du Calla.a
de Lima, d'une Escadre de quatre Vaisseaux,
composee de-Y Espiritu-Santo, que montoit Famiral
640.
ReinoldForsters's Northers. Voyages and Discoveries, &c,.,
page 454.
B 4.
 1-040.
L'Amiral
Fuente.
xxiv INTRODUCTION.
de Fuente, commandant en chef FExpedition ; de
la Santa-Lucia, montee par te vice-amiral Don
Diego de Penelossa ; de el Rosario , par Pedro
Bernardo; de el Re Felipe, par Felipe de Ronquillo,
L'Escadre mit a. Ia voile te 3 Avril de la meme
annee. Je passe sous silence les premiers temps de
sa Navigation, pour me porter tout de suite a celui
de ses De'couvertes. Avant que d'etre parvenu a
la hauteur ou elles commencent, PAmiral avoit
detache Penelossa pour une mission particuliere,
et ii poursuivit sa route avee les trois autres
Vaisseaux.
II ne s'etoit encore eleve qu'a 20 degres de
latitude Septentrionale, lorsqu'il fut favorise par
un vent frais du Sud - Sud - Est x , qui souffla
constamment du 26 Mai au 14 Juin, et Ie porta
jusqu'a 53 degres de latitude Nord, ou ii decouvrit
Pembouchure d'une Riviere qu'il nomma Rio de los
La latitude de 20 degres est moins septentrionale que
celle de la Pointe la plus Sud de la Californie ; et de cette
hauteur, fuente, suivant la Relation, s'est eleve jusqu'a 53
degres avee un vent du Sud-Sud-Est qui a souffle constamment
pendant un mois. Rien n'est phis extraordinaire que ce vent
constant de Sud-Sud-Est; car on sait que les Vaisseaux qui
veulent remonter au Nord de la Californie, eprouvent les
plus grandes difficultes et les plus longs retards dans Ieur
route, parce que les vents , sur toute cette Cote , soufHent
assez constamment du Nord ou du Nord-Ouest.'
 INTRODUCTION. xxv
Reyes, et une autre qui fut nominee Rio de Haro,
Apres avoir donne Fordre au capitaine Bernardo
de reconnoitre et remonter la seconde Riviere ;
te 22 Juin, ii s'engagea dans la premiere. II avoit
ete embarque sur te Vaisseau commandant deux
M||Sionnaires jesuites qui pre'tendoient s'etre
avances, dans leurs Missions, jusqu'a 66 degre's
de latitude Nord, et avoir fait des observations
tres-curieuses sur Cette partie de YAmerique : uil
de ces deux Missionnaires fut de'tache pour
accompagner Bernardo , et lui servir d'interprete
aupres  des   Peuples qu'il visiteroit.
Avant que d'etre parvenu a Rio de los Reyes,
I'Amiral avoit parcouru environ 260 lieues dans
les canaux tortueux que laissent entre elles les
lies qui composent un grand Archipel auquel ii
donna te nom d'Archipel de San - La-raro : ses
chaloupes precedoient Ie Vaisseau a. un mille de
distance et sondoient les canaux. Quand ii eut
traverse FArchipel, ii fit voile dans la riviere de
los Reyes qu'il trouva tres - navigable : son cours
est, en general, Nord-Est et Sud-Ouest; mais
elle change plusieurs fois de direction sur un
espace de 60 lieues : a 20 lieues de son embouchure , est un Port qui fut nomme Puerto del
Arena, En remontant Rio de los Reyes, on parvint,
Ie 22 Juin, a Lago Bello, ou Ie Beau Lac. Au
Midi de ce Lat, est une  belfe Ville indienne
1 640.
L'Amiral
de Fuente..
 I 64.0..
L'Amirat
«ie Fuente,
xxvj INTRODUCTION,
appelee Conasset ; c'est ( dit Ia Relation ) un
endroit fart agre'able ou les deux Missionnaires
je'suites avoient sejourne pendant deux an-s durant
te cours de Ieur Mission.
Le 1." Juillet, I'Amiral ayant laisse ses Vaisseaux dans un tres-beau Port du Lago Bello,
devant cette ville de Conasset, fit voile ( sans doute
avee une chaloupe ) vers une seconde Riviere a
Iaquelle ii donna Ie nom de Parmentiers ou Par-
mentire \ un de ses compagnons de voyage. If
franchit fa.uit Cataractes qui, prises ensemble, ont
une hauteur perpendiculaire de trente-deux pieds
au-dessus du niveau du Lac. Cette riviere Ie fit
aboutir, te 6 de Juillet, a un autre grand Lac de
1 60 lieues de longueur, dans la direction Est-
Nord-Est et Ouest-Sud - Ouest, et de 60 de
large, sur une profondeur d'eau de 20 a 3 o brasses,
et de 60 dans quelques endroits. Ce Lac, qui fut
nomine Lago de Fuente, renferme un grand nombre
d'ltes grandes et petites , et une entre autres qui se
fait remarquer par son etendue et par sa nombreuse
population :  toutes sont tres - fertiles.
Le 14 Juillet, I'Amiral fit voile de la Pointe
Est-Nord-Est du Lac de Fuente, et traversa un
autre Lac de 34 lieues de longueur et de 2 ou 3-
delargeur, sur 20, 26 et 28 brasses d'eau r ce
Lac recut Ie nom d'Estrecho de Ronquillo [Detroit
deRonquil/o], Ce Detroit fut trav^fee* dans Pespaee
 INTRODUCTION. xxvij
de 10 heures, avee Ie vent et la maree favorables.
A mesure que I'Amiral s'avancoit plus a. FEst,
ii remarqua que Ie pays devenoit insensiblement
plus mauvais. II arriva, Ie 17 Juillet, devant une
seconde Ville indienne ; et ii apprit des habitans ,
qu'a peu de distance de la Ville, etoit mouille un
grand Vaisseau, dans un endroit ou jamais Vaisseau
ne s'etoit montre.  II fit voile vers ce Navire ou
ii ne trouva qu'un homme age et un jeune homme ;
mais, te 3 o Juillet, Ie Proprie'taire du Vaisseau et
tout PEquipage se rendirent a. bord.; et I'Amiral
sut par te capitaine Shapely qui Ie commandoit,
que Ie Proprie'taire du bailment, Saimour Gibbons,
etoit Ie Major general de la plus grande Colonie
de la Nouvelle - Angleterre, de Matechusets ( sans
doute Massachuset) ; et que Ie Vaisseau avoit ete
expedie   d'un  Port  appele Boston.   Quoique les
Instructions de  I'Amiral portassent  expressement
de s'emparer de tout Navire qui seroit employe a
la recherche d'un  Passage  a travers  Ie  Nord de
YAmerique; comme celui-ci ne lui parut occupe
que de la traite des Pelleteries, sans aucune vue
de  Decouvertes ,   ii ne jugea  pas   a propos   de
s'en saisir ; et au contraire , ii combla de presens
Ie Proprie'taire, Ie Capitaine et tout PEquipage.
Voila done, suivant la Relation , une Communication des deux Mers bien etablie ; du cote de PEst,
Ie capitaine Shapely yenoit de Boston; et Famiral
1 640.
L'Amiral
de Fuente.
 xxviij INTRODUCTION.
de Fuente} du cote de POuest, venoit du Cdllao
de Lima.
Le 6 Aout, I'Amiral se mit en route pour faire
son retour. II traversa, du Nord-Est au Sud-Ouest,
Ie Lac et te De'troit de Ronquillo et te Lac de
Fuente, redescenditla Riviere Parmentiers, et, le
i 6 Aout, rejoignit ses Vaisseaux devant la belle
Ville de Conasset, ou ii trouva toutes choses en
bon  e'tat.
II paroit que te capitaine Bernardo, de'tache'
pour PExpedition du Nord, avoit cependant en-
tretenu une correspondance suivie avee son Amiral ;
car on voit d'abord que Bernardo avoit remonte
la Riviere de Haro dont te courant est peu rapide
et Peau profonde de 4, 5 , 6, 7 et 8 brasses ;
qu'en la remontant, ii avoit commence par faire
route au Nord; qu'ensuite ii s'e'toit dirige au Nord-
Nord-Ouest, puis au Nord-Ouest; qu'alors ii
etoit entre dans un Lac rempli d'iles, dans tequel
est une grande Peninsule, nominee Conibasset et
tres-peuple'e, et qu'il imposa au Lac Ie nom de
Velasco ; qu'ayant laisse la son Vaisseau, il avoit
fait usage , pour faire voile sur ce Lac , des cha-
loupes indiennes, appelees Periagos dans la langue
des Naturels ; qu*il y avoit parcouru 140 lieues
a POuest, et ensuite 436 a PEst-Nord-Est, et
que cette Route Favoit porte a 77 degre's de
latitude.
 INTRODUCTION. xxix
Par une Lettre datee du 27 Juin , Bernardo
donne a I'Amiral de plus amples details de sa
Navigation dans Finte'rieur de YAmerique ; ii lui
mande qu'ayant laisse son Vaisseau dans Ie Lac
Velasco, entre Yile Bernarda ( que nous ne connois-
sions pas encore ) et la Presqu'ile Conibasset, if a
descendu une Riviere qui sort du Lac, a trois
Cataractes sur un espace de 80 lieues, et tombe
dans la Mer de Tartaric a 61 degres ; et que Ia
Cote s'etend au Nord-Est : ii ajoute qu'il a e'te^
accompagne' dans ce Voyage, parte Missionnaire
je'suite, par 3 6 Natuueisdu Pays dans leurs Periagos,
et 20  Matelots espagnols \
$Sb£:2G Aout, un Indien apporta a I'Amiral qui,
a son retour , avoit mouille devant sa belie V'ilio
de Conasset, une seconde Lettre de Bernardo} date'e
du 1 1 du meme mois, par Iaquelle ce Capitaine
lui mandoit qu'il etoit revenu de son Expedition
au   Nord ,   et  Passuroit   qu'il   n'existe   point   de
On est etonne que i'Editeur anglais de la Lettre de
I'amiral de Fuente, auquel ii est vraisemblable que nous
sommes redevables de la partie romanesque dont, sans doute
par un motif louable , il a cru devoir embellir son recit, ail:
une imagination si sterile : assurement, il n'est pas fecond en
moyens; et 1'on voit que son Voyage de Fuente, et son
Voyage de Bernardo, dans 1'interieur de Y Amerique, sont
^alfjtoes sur un meme plan , et ne presentent, I'un et I'autre ,
que les memes inci^ens et les memes particularites.
 L'Amiral
de Fuente,
xxx INTRODUCTION,
i 640. Communication entre les deux Mers par Ie Detroit
de Davis : il en donnoit pour preuve, que les
Naturels du pays ayant conduit un de ses Matelots
a la tete de ce Detroit, il Pavoit vu termine, k
80 degres de latitude, par un Lac d'eau douce
d'environ 30 miiles de circuit; que, vers Ie Nord,
s'elevent des montagnes d'une hauteur prodigieuse ;
et qu'au Nord-Ouest du Lac, sont des glaces
qui paroissent aussi anciennes que Ie Monde*
II ajoutoit que, d'une ile nominee Basset, il avoit
fait voile au Nord-Est, a PEst-Nord-Est et au
Nord - Est quart d'Est, jusqu'a j<^ degres de
latitude ; et qu'a. cette hauteur , il avoit observe
que la terre s'e'tend au Nord, et que la glace y
est perpetuelle.
Enfin , une derniere Lettre de Bernardo, e'crite
de Minhauset, autre Ville indienne situee au-
dessous de Conasset , et sur la rive opposee ,
annoncoit a PAmiral qu'il etoit arrive Ie 29 Aout
au Port del Arena, et qu'ayant remonte la Riviere
de los Reyes jusqu'a vingt lieues au-dessus de son
embouchure , il y attendoit ses ordres.
L'Amiral ne tarda pas a les lui porter lui-
meme. Le 2 de Septembre , les Vaisseaux ayant
embarque le gibier et Ie poisson que Ie capitaine
Ronquillo avoit fait saler , en Pabsence de PAmiral,
pour Papprovisionnement de PEscadre , ainsi que
cent   tonne.au x  %   Mais 2   Fuente   fit   voile   de
 INTRODUCTION. xxxj
Conasset, et Ie   5  du meme mois, il laissa tomber    16*40.
Fancre entre Alinhauset et Ie Port del Arena. Tous    L'Amiral
les   Vaisseaux   re'unis   descendirent  la  Riviere ,   dc Fucnte*
eurent bientot gagne la haute mer, et se rendirent
au Perou;  ayant trouve   ( dit PAmiral, en termi-
nant sa lettre ) qu'il n'existe point de Communication
tntre les deux Oceans, par le Passage  designe sous
la denomination de Passage  du Nord-Ouest.
Cette   conclusion   de   la   Lettre   de   I'Amiral
semble detruire tout ce qui y est rapporte de sa
Navigation interieure; car si, en efiet, apres etre
entre   dans une  Riviere  situe'e a.   53   degres   de
latitude ,   et en tenant constamment   une   Route
qui   Ie  portoit   vers   PEst, il  est parvenu ,  par
d'autres Rivieres et des Lacs d'une grande etendue,
jusqu'a rencontrer Ie Vaisseau du capitaine  Shapely qui venoit de Boston,  et consequemment de
PEst; il est certain qu'il y auroit une  Communication   ouverte   entre les deux Oce'ans   par  te
Nord de I'Amerique,  On pourroit croire ,  si tous
tes   details   de   cette    Navigation   interieure   se
trouvent   reellement   dans   la   Lettre   originate , .
qu'en disant que Ie Passage cherche n'existe pas,
PAmiral a entendu   que  la   partie septentrionale
du Continent americain n'est pas partage'e par un
Detroit ou  Canal   continu et navigable   par tes
Vaisseaux sur toute sa longueur, comme la partie
rnerjdionale est divisee par Ie Detroit de Magellan j
 xxxij INTRODUCTION,
et que la communication des Mers par Ie Nord est
interrompue par les Cataractes de la Riviere Parmentiers, lesquelles exigent ou un portage ou un
transversement dans des Embarcations qui puissent
franchir tes Cataractes. Mais si, comme plusieurs
motifs portent a Ie croire , quelque zele' promoteur
de la recherche du Passage, instruit qu'en 1640,
un Amiral espagnol avoit de'couvert, a 53 degre's
de latitude, un grand Archipel, et une grande
Riviere navigable dont le lit se prolonge sur la
direction du Nord-Est, a bati sur cette base un
edifice fantastique, a trace sur Ie papier des Rivieres et des Lacs imaginaires , qui etablissent une
Communication courte et facile entre les deux
Mers; ne seroit-il pas possible que cet Editeur
d'une preten.due Lettre de Fuente, apres avoir
intercale dans une Relation vraie tout ce qui
pouvoit faire croire au Passage x, tout ce qui
devoit exciter le zele et les efforts de ses compa-
triotes a rivaliser une decouverte supposee des
Espagnols , eut eu une distraction, et ne se fut
pas apercu que les derniers mots qu'il fait ecrire
J'ai supprime de la Relation tout ce qui a rapport aux
productions naturelles du pays, aux animaux terrestres, aiix
oiseaux, aux poissons , aux descriptions des lieux et des
habitans, et une infinite de details nautiques et de diverses
jparticularites qui donnent a I'ensemble i'apparence de la
veyite.
 INTRODUCTION. xxxiij
a PAmiral, et qu'il est probable qu'il a ecrits, savoir,
qu'// n existe.point de Passage , suffisent pour faire
suspecter la realite' de la Relation , et pour enve-
lopper dans une proscription commune te roman
et la verite.
Le docteur Reinold Forster veut que la Relation de Famiral de Fuente soit rele'guee dans la
classe des Voyages imaginaires; il n'hesite meme
pas a la comparer a une Relation anglaise de
Daniel Foe, connue sous te titre de Nouveau
Voyage autour du Monde par une route qui, jusqu'a
present, n'a ete pratiquee par aucun Navigateur \
J'avoue cependant que \ si les raisons par les-
quelles ce Savant cherche a se fortifier dans son
incredulite , etoient les seules qu'on put opposer
a la lettre publiee sous Ie nom de Fuente , je ne
croirois pas que Fon fut fonde a conclure que la
Lettre est apocryphe. <x Nous ne nous en rappor-
terons, dit M. Forster |] a. aucun des Auteurs
qui ont attaque Pauthenticite de la Relation ;
mais, apres qu'en 1775 , les Espagnols ont re-
connu avee soin la Cote-'dn Nord de YAmerique 3;
Foe's new Voyage round the World, by a course never sailed
before.
Reinold Forster's NorthernVoy ages and Discoveries. Page 454'
3   On' verra   ci-apres, a   sa date ,    comment   fut   fait   ce
Voyage de   1775 ,  et ce   qu'il etoit possible d'en attendre,
 de Fuente.
xxxiv INTRODUCTION,
apr£s que Pimmortel Cook a visits la meme Cote ;
apres que les Aventuriers russes se sont adonnes
a la frequenter et Pont fouillee plus que jamais ;
enfin, apres que la Compagnie de Hudson, tres-
recemment encore, a fait faire un Voyage par
terre , de la Baie de Hudson a Ia Mer Glaciate ;
il est difficile de concevoir dans quelles parties on
pourra placer PArchipel de San-La7a.r0, la Riviere
de Los Reyes, te Lac Bello , la Riviere Parmentiers, te Lac de Fuente ,Ae De'troit de Ronquillo ,
de'couverts par PAmiral , ainsi que la Riviere
de Haro, Ie Lac Velasco, et la Peninsule Coni-
basset de son capitaine Bernardo , qui tous se
trouvent nommes et decrits dans la Relation, ou
plutot dans la reverie de Famiral de Fuente ^.
Quelque estime que j'aye pour la grande erudition , te genie observateur et la sagacite de
M. Forster, je ne puis me dissimuler la foiblesse
de ces objections: elles s'e'vanouissent si elles sont
rapprochees des faits. K|
On verra ci-apres dans les Voyages des Espagnols , du capitaine Cook et des Russes, sur
tesquels M. Forster s'appuie : i.° Que les Espagnols, dans Ieur Voyage de 1775 , en remontant
de 47 degre's 2 tiers jusqu'a 57 degre's de latitude Nord , ont navigue a une trop grande distance de Ia terre pour jamais en avoir la vue ; et
qu'en redescendant, ce ne fut que par 47 degres
 de Fuente.
INTRODUCTION. xxxv
qu'ils commencerent a distinguer et reconnoitre 1640.
tes Anses,Ies Caps, &c. : 2.0 Que te capitaine L'Amiral
Cook a e'te prive de la vue de Ia terre depuis te
5o.me jusqu'au $6.me Parallele : 3.0 Que tes
Russes, dans ceux de leurs Voyages que nous
connoissons , ne sont jamais descendus au-dessous
du 5 6\me degre de latitude x : ainsi, ni tes Russes,
ni Cook, ni tes Espagnols, n'ont jamais ete a
portee de verifier une De'couverte que la Relation
de Fuente place a 5 3  degres.
Quant a. Fobjection que fournit a M. Forster
te Voyage par terre de la Baie de Hudson a la
Mer Glaciale, elle ne me paroit pas plus solide.
Les Voyages de M. Hearnes et autres, qui tous
sont partis des Paralleles de 59 ou de 60 degres,
et se sont eleves dans te Nord tant que la Terre
les a pu porter , .ne prouvent rien contre la realite
d'une Decouverte qui doit etre placee au 5 3.me
Parallele. On pourroit bien plutot argumenter
d'apres les recherches qui ont ete faites dans te
pays situe a FOccklent de la partie meridionale
1 Quand je dis que les Russes ne sont pas descendus au-
dessous de 56 degres de latitude , je n'entends pas parler des
iles Aleutiennes qui sont une dependance de YAmerique et
dont les plus meridionales s'etendent sous le $i.e Parallele :
il ne s'agit ici que de la grancie Cote occidentale du Continent , eloignee d'environ trois cents lieues dans I'Est des plus
orientales des Aleutiennes,
C 2
 I 6*40.
L Amirdt
de Fuente*
xxxvj INTRODUCTION;
de la Baie de Hudson vers te Parallele de 53
degres; mais cette Reconnoissance qui, jusqu'a
present, ne paroitpas s'etre portee au-dela de 300
ou 350 lieues a FOccident, pourroit seulement
prouver qu'il n'existe pas dans cette partie une
Communication des deux Mers ; mais non pas
qu'a 200 ou 300 lieues a. POuest du terme de
cette Reconnoissance , I'Amiral de Fuente n'a pas
de'couvert sur la Cote Occidentale de P Amerique,
un grand Archipel, une grande Riviere navigable
et des Lacs ou les chaloupes peuvent entrer.
II me semble que , d'apres tes connoissances
que nous ont procure'es sur cette partie les Navi-
gateurs qui Pont visitee en 1786-87-88 et 89 ,
il est possible de de'meler dans la Lettre de Famiral
de Fuente, ce qui est la verite de ce qui appar*
tient a la fiction; et rien n'est plus commun que
les fictions dans les anciennes Relations des Espagnols. Certainement, je ne croirai pas que I'Amiral, avee te seul secours de la Mare'e montante,
ait franchi, dans sa chaloupe, des Cataractes de
3 2 pieds de hauteur perpendiculaire : je ne croirai
pas a ce grand Lago de Fuente, rempli de grandes
iles habitees; je ne croirai pas a. ces grandes Villes
dans un pays ou Fon n'en a jamais vu; ni a ces
Naturels si humains, si hospitaliers qui approvi-
sionnent abondamment PEscadre et pourvoient a
tous ses besoins, et qui,  quoique devant parler
 INTRODUCTION. xxxvij
des langues differentes, sont tous egalement en-
tendus par tes Espagnols : je ne croirai pas non
plus a. ce grand Lac Velasco, danslequelle capitaine Bernardo , apres avoir fait 140 lieues a.
POuest, en parcourt ensuite 436 a FEst-Nord-
Est, direction qui, du point d'ou il part, auroit
du Ie faire arriver a 60 degres de latitude, et qui
Ie transports, comme par enchantement, a 77 et
meme a 7 c) degres : je ne croirai pas a la rencontre
du Vaisseau bostonien du capitaine Shapely, que
PAmiral va visiter avee sa chaloupe , sans doute
a Ia cote Occidentale de la Baie de Hudson : enfin,
je ne croirai pas que , dans un pays inconnu, a
travers des Lacs , des Detroits, des Rivieres , des
.Cataractes, on puisse terminer dans Fespace de
deux mois une Navigation de six cents lieues pour
alter et six cents lieues pour revenir. Tout cet amas
de merveilles et d'absurdite's est, si je puis Ie dire,
la fable du Poeme; c'est,~ si Fon veut, Pamorce
que PEditeur anglais de la Lettre de Fuente a
presentee a Pavidite des Aventuriers qu'il veut
engager a poursuivre la recherche d'un Passage
par Ie Nord de YAmerique; mais voyons si, au
milieu de toutes ces exage'rations , au milieu de
tout ce qui n'est pas vrai, nous ne demelerons
pas un fait, une verite.
Les   Historiens   espagnols   n'ont   fait   aucune
mention du Voyage de Fuente , je ne sais mem*
1 640*
L'Amiral
tie Fuente".
 [ 640.
L'Amiral
de  Fuente.
xxxviij INTRODUCTION,
si cet Amiral est seulement nomme dans tes His-
toires de YAmerique; mais Ieur silence sur cet
evenement ne seroit pas une preuve que te Voyage
n'a pas ete fait. Les Decouvertes des Voyageurs
modernes des autres Nations, moins reserves que
ne te furent, dans les temps passes , ceux de
VAmerique espagnote a qui Ie secret etoit com-
mande , et qui, en general, Pont trop bien garde,
peuvent jeter un grand jour sur tes De'couvertes
des anciens Navigateurs. On est assure que, dans
Fintervalle de 1786 a 1789,/tf Perouse, et, apres
lui, tes Navigateurs Anglais et les Americains
des Etats-Unis, que Ie commerce des. Peileteries
a fait affluer a la Cote Nord-Ouest de YAmerique,
ont decouvert etvisite, entre Ie 47.me etle $6.me
Parallele, pres de 200 lieues de Cotes, ou Ie
capitaine Cook , avant ces e'poques, avoit deja
decouvert dans la partie meridionale, Ie Point de
Nootka-Sound. Tout cet espace , qui comprend au
Sud YEntree ou Ie Detroit de Fuca, et au Nord,
d'autres Entrees, dont plusieurs ont ete reconnues
et ou des Vaisseaux ont mouille , ne presente ,
sur toute sa longueur, qu'une suite d'iles groupees
qui forment entre elles des canaux sans nombre;
et Fon en voit plusieurs a la hauteur de 5 3 degre's
a Iaquelle Fuente place son Archipel de San-
La7a.r0 et son Rio de los Reyes. Si Fon admet.
que cet Amiral, apres avoir traverse FArchipel,
 INTRODUCTION. xxxix
soit parvenu dans cette grande Mer ou te capitaine Meares assure qu'en 1789, Ie Sloop americain , te Washington, a navigue , laissant PArchipel a. POuest, et voyant lesTerres du Continent
a PEst , on peut croire que Fuente apercevantde-
vant lui la grande Terre , a dirige sa route sur
elle; que parvenu a. la Cote , il y a decouvert ,
a 53 degres-de latitude, une grande Riviere ou
il a fait entrer ses Vaisseaux ; et que ses chaloupes,
en la remontant, ont pu se porter jusqu'au Lac
ou est situe'e la source de Ia Riviere1. On concoit
1 640.
L'Amiral
de  Fuente.
1 Je dirai ici, en anticipant sur les temps, qu'en 1786,
la Perouse decouvrit, a une assez grande distance a 1'Ouest
du Continent, une suite de Terres, oud'iles, dont le milieu
est situe vers 53 degres de latitude : il s'assura qu'elles sont
separees de la grande Terre par un Canal, ou un long
Golfe d'environ 20 lieues de largeur ; et apres avoir traverse
ce Canal, de i'Ouest a 1'Est, il decouvrit dans I'E&t des
premieres Terres, vers 52 degres et demi, un grand Archipel
qui n'est pas encore Ie Continent , mais au-deia duquel ii
distinguoit les hautes Terres qui y appartiennent. En 1788 , Ie
capitaine Duncan a visite la cote orientale des premieres Terres
qu'avoit decouvertes la Perouse, et la cote occidentale de
PArchipel situe a I'Est de ces Terres; il a trouve que cet
Archipel presentoit un nornbue considerable d'Ouvertures,
d'Entrees , de Passages, &c* Enfin, en. 1789 , le capitaine Grey
du Sloop des Etats-Unis Ie Washington., apres avoir traverse Ie
Detroit de Fuca qui termine au Sud \e grand Archipel,
entra (dit-on ) dans, une Mer libre , cotoya la bande orientale de cet Archipel, et eut constamment dans i'Est et. a un
C 4
 I 640.
L'Amiral
de  Fuente
xl INTRODUCTION,
ensuite que PAmiral ou PEditeur de sa Lettre,
a pu accompagner ces faits vraisemblables , et
peut - etre vrais , de tous tes accessoires roma-
nesques qui ont decide quelques Savans a rejeter
cette relation dans la classe des Voyages imagi-"
naires : mais il pourra n9en etre pas moins vrai
que , a 5 3 degres de latitude , I'Amiral a navigue
a travers un Archipel, qu'au-dela, il a trouve
une Mer libre , une Cote habite'e , une grande
Riviere et des Lacs; et que, tandis que lui, en
grand eloignement , la vtie des hautes Terres du Continent.
En comparant avee ces Decouvertes de notre temps (dontje
suppose les rapports exacts), ce qu'on lit dans la Relation de Fuente,
on pourroit peut-etre supposer que I'Amiral, porte au large par
des vents contraires, auroit d'abord reconnu la cote occidentale
des premieres Terres, les plus eloignees du Continent, et dont
Ie milieu est situe vers 53 degres de latitude ; qu'ayant traverse
ces Terres qui presentent plusieurs Canaux, dans lesquels un
Courant etabli peut donner a un long Detroit 1'apparence d'une
Riviere, il se sera trouve dans Ie Golfe qui separe ces premieres
Terres ou iles du grand Archipel de I'Est ; que parvenu, en
faisant route a I'Est, a ce second Archipel, qu'il aura pris pour
Ie Continent, il y aura ab or de, vers 53 degres de latitude, aquel-
qu'une de ces nombreuses Ouvertures que Ie capitaine Duncan
y a decouvertes ; qu'engage dans cette Ouverture qu'il aura
prise pour 1'embouchure d'une Riviere, il I'aura remontee vers
Ie Nord-Est; que cette route 1'aura %it parvenir a cette mer
interieure que le Washington a decouverte; et que, la prenant
pour un grand Lac, et i'ayant traversee de I'Ouest a I'Est, il
sera parvenu a la cote du Continent, ou il aura trouve quelque
 INTRODUCTION. xlj
sortant de PArchipel, se dirigeoit vers FEst, son
capitaine Bernardo s'est porte dans Ie Nord de ce
meme bassin, ou il a pu trouver quelque Riviere,
quelque Entre'e, quelque Lac , qui lui auront
permis de pousser sa course vers te Nord, assez
avant dans les terres. Tout ce que , dans ces der-
niers temps, nous avons retrouve des anciennes
Decouvertes dont on nioit la realite , parce que,
en les niant, on etoit dispense de les chercher ,
les iles de Salomon, de Mendana, la Sagittaria et
i 640.
L'Amiral
le  Fuente.
embouchure de Riviere, par Iaquelle il aura pu penetrer, jusqu'a
une certaine distance, dans 1'interieur des terres, &c.
Ces suppositions, sans doute, n'ofrrent rien d'invraisemblable;
mais il ne se presente aucun moyen de verifier les faits.
Cependant, j'incline plutot a croire que PArchipel auquel
Fuente a impose le nom d'Archipel de San-La7a.r0 , est celui
qui se trouve le plus voisin du ' Continent, celui qui s'y
rejoint par ses Extremites du Nord et du Sud, et dans I'Est
duquel est situee cette grande Mer libre qui le separe du
Continent. Ce qui me porte a Ie penser, c'est que suivant
la Relation , Fuente a parcouru 260 lieues espagnoles , ou pres
de 300 lieues marines , dans les canaux tortueux de son Archipel de San-Laip.ro ; et que nous Savons que I'Archipel que
la Perouse a decouvert a vingt lieues au large du Continent,
n'a pas plus de 20 lieues marines dans sa plus grande largeur.
J'invite le Lecteur a jeter les yeux "sur la Carte qui
lappartient aux Voyages de Meares, et a relire cette Note
quand il aura pris connoissance des Voyages de la Perouse,
de Duncan, de Grey et autres , qui se trouvent ici a la suite
de i'Histoire des Navigations des Espagnols, (Voye^Pl, IL)
 xlij INTRODUCTION.
i 640. autres iles de Quiros, sa Tierra Austral del Espiritu
mira »gjj£i , les iles Sandwich, &c., nous imposent
Fobligation d'etre tres-reserves a prononcer que
ce que nous n'avons pas encore retrouve n'existe
pas. On ne peut douter que te Gouvernement
espagnol n'en sache beaucoup plus sur la partie
du Nord-Ouest de Y Amerique, que nous n'en
pouvons deviner; mais il n'est pas moins certain
qu'il est peu dispose a. permettre que ce qu'il en
connoit soit connu des autres Nations \
j 728. L'ExAMEN   auquel  je   me  suis   livre ,   du
Bering     Voyage de Famiral de Fuente, m'a mis dans te cas
et
Tschiricow.  d'indiquer > par anticipation, des Decouvertes qui
I." Voyage,  appartienneiit a des e'poques tres-recentes ; mais
je reprends Fordre chronologique des Voyages.
La derniere Expe'dition dont FHistoire nous ait
1 LEspagne a semble affecter jusqu'a present de regarder
comme apocryphe la Relation de Fuente, et de confirmer
I'opinion qui s'etoit etablie, que sa Decouverte est une Fable.
On lit dans un Ouvrage espagnol, ayant pour titre, Noticia
de California, dedie a Sa Majeste Catholique, publie sous
I'approbation du Conseil de las Indias, et avee toutes les
Permissions et les Censures exigees [Aladrid, 1757. In-^.°
page 436) •* qu'a I'egard des Decouvertes de Fuca et de Fonta
( ou Fuente) tous les motifs d'honnetete et de bonne fai
obligent a declarer qu'on ne doit pas faire fond sur les Relations qui nous les ont annoncees. « Si Ton me demande a
present, ajoute 1'Auteur , quelles Rivieres > quels Lacs, quelles
 INTRODUCTION. xliij
transmis les details authenticities, etoit, comme on    1728.
Fa vu, celle de Viscaino en 1602 ; et j'ai exposd      BerinS
et
ce qu'on pouvoit presumer de celle de Fuente, Tschiricow,
en 1 640. A compter de celle-ci, un siecle entier 1." Voyage.
s'est ecoule sans qu'aucune Nation ait paru s'oc-
cuper des Cotes Occidentales de YAmerique du.
Nord. On doit croire neanmoins que, si YEspagne
n'a fait aucune Expedition maritime , elle n'a pas
neglige de pousser par terre ses De'couvertes au
Nord; mais ses Historlens se taisent sur te succes
de ces entreprises : on sait seulement que les excursions qu'elle ordonna, a differentes epoques,
conduisirent d'abord a decouvrir , a J I'Est de ia
Californie, tes Provinces de Sonora et Cinaloa, la
plus riche portion de  cette Terre
en malheurs  si  feconde,
Qui produit les tresors et les  crimes du Monde r.
Nations, &c., a 1'exception de ce qui est connu par les
Decouvertes des Russes, doivent se trouver sur la cote de
I'Amerique, a partir de ia Californie et du Nouveau Mexique,
vers le Nord , sur un espace de cinquante degres [ mille lieues]
en latitude ; je n'ai pas honte de repondre sans hesiter, et
d'un seul mot : Yo no lo se ; je I'ignore , je n'en sais rien. »
Le soin d'accrediter cette opinion a pu avoir son motif
dans une politique dont la marche n'est pas nouvelle: YEspagne,
en declarant qu'elle ne croyoit pas aux Decouvertes de Fuca et
de Fuente, a voulu que les autres Nations n'y crussent pas
non plus, et ne fissent aucune tentative pour les retrouver.
1 Voltaire, Tragedie  d'Abjre,
 Tschiricow.
I." Voyage.
xliv INTRODUCTION.
Cependant la Rumie qui cherchoit a e'tendre
vers FOrient le territoire deja trop etendu sur
lequel son Tzar faisoit peser sa domination, poussa
ses De'couvertes de ce cote jusqu'a Fextreme
frontiere de YAsie, et ne renoncoit pas a. Pespoir
de joindre un jour a ses vastes Domaines de
FAncien Monde quelque portion du nouveau
Continent. Ses esperances ne paroissoient pas
denuees defondement: ses Coureurs, ses Cosaques
ne pouvoient a la fin manquer d'atteindre YAmerique ; soit que tes deux Continens fussent unis par
te Nord et formassent une Terre continue ; soit
qu'ils fussent separes par un De'troit : car, dans
cette derniere hypothese, on pouvoit croire que
les deux grandes Divisions de la Terre se rappro-
choient assez des dimensions que Ieur assignoient
tes combinaisons des Ge'ographes , pour que Ie
Detroit, s'il existoit, ne presentat qu'un espace
de mer peu conside'rable , et tel qu'il put etre
franchi par tes embarcations du pays, sur-tout
avee la certitude de rencontrer, a peu de distance,
les Terres Occidentales de YAmerique.
Mais on avoit peu d'espoir, il en faut convenir,
que des Aventuriers , sans aucune connoissance
de FArt de la Navigation , et qui, Chasseurs par
e'tat, tentoient de temps a autre la fortune sur la
JV^er, pour etendre Ieur chasse sur les iles voisines du
Kamtschatka, pussent procurer des eclaircissemens
 INTRODUCTION. xiv
qui ne Iaissassent aucun doute sur la situation 1728*
relative de YAsie et de YAmerique : naviguant Ber,nS
d'une ile a Fautre, dans ie Bassin forme par tes Tschiricow.
Cotes Nfird-Est de Ia premiere, et les Cotes i.er Voyage.
Nord-Ouest de la seconde , il eut e'te possible
que, sans s'en douter, ils eussent aborde a quelque
Pointe avancee du Continent ame'ricain ; et qu'y
trouvant les memes animaux qu'ils poursuivoient
sur les iles , il ne Ieur vint pas en la pensee qu'ils
avoient passe d'un Monde dans un autre. On
ne pouvoit done obteiiir des conrvoissances cer-
taines a cet e'gard , que par une Expedition
concerte'e qui devoit n'etre confiee qu'aux Marins
les plus experimentes. Pierre I, a qui la moitie
d'un grand Continent, echue dans son lot, ne
sembloit pas encore suflisante , traca de sa propre
main, peu de temps avant sa mort, tes Instructions
d'un Voyage dont I'objet, qui Foccupoit depuis
j)lusieurs annees,'etoit de s'assurer si YAsie etoit
separe'e de YAmin^ue par un Detroit : bien determine, sans ddtttei,a ne pas regarder ce Detroit,
s'il exrstoit, comme une borne que Ia Nature eut
mise a. son ambition et a son Empire.
' Mais toute la Marine du Kamtschatka xYitoit
pas capable de fournirles vaisseaux et les hommes
propres a. cette Expedition : il fallut ordonner
d'avance Ie r^ssemblement de tous les materiaux
ne'eessaires pour la construction et Fequipement
 INTRODUCTION.
1728.    des Vaisseaux, et envoyer de Russie , des Capi-
taines, des Officiers et des Gens de mer.   Vitus
.   Bering I,  Danois d'origine ,  et  te   Russe Alexoi
J schincow. £>      ' o 7
l." Voyage. Tschiricow, furent choisis pourexe'cuter cette partie
du testament de Pierre le Grand, dont la volonte
derniere , plus respectee que celle de notre Louis
le Grand, survecut a un pouvoir qui n'etoit plus,
mais dont te souvenir commandoit encore Pobeis-
sance. Bering etoit Capitaine Commandant, ou
Commodore, dans la Marine de Russie ; Tschiricow
avoit le grade de Capitaine : te Danois, employe
depuis long-temps au service du Tzar, avoit donne
des preuves d'une grande habilete ; Ie Russe etoit
digne de Ie seconder.
Les deux Vaisseaux destines pour FExpe-
dition projetee , les premiers qui eussent ete
constants a une des extremites de la Terre a
peine connue, ne purent etre prets a. prendre
la mer avant Pannee 1728 ; et Ie 20 Juillet,
Bering fit:voile de FEmbouchure de la Riviere
de Kamtschatka, II dirigea sa route vers Ie Nord-
Est suivaiit la direction de la Cote d'Asie dont
ne per/Iit jamais Ia vue. Le 1 5 d'Aout, il e'toit
irenu, par 67 degres  18   minutes de  latitude
Quelques Auteurs ecrivent Beerings, les Anglais Be bring■;
Midler ( clans la traduction francaise) ecrit Bering; et j'aicru
devoir suivre son orthographe.
 INTRODUCTION. xlvij
Nord, a Ia vue d'un Cap   au Nord duquel la    1728.
Cote couroit a POuest. II n'eut point connoissance     Bering
dans ce premier Voyage, de la Cote de YAmerique,   xscnr]cow.
et revint au Port d'ou il etoit parti §j 1." Voyage.
• 'WUtiam Coxe , dans son Histoire des nouvelks
Decouvertes des Russes, dit que cc Bering, parvenu
a la hauteur de 67° 18', conclut trop tot qu'il
avoit de'passe Fextre'mite* Orientate de YAsie ; et
que , s'il eut continue de suivre la Cote, il eut
reconnu que ce qu'il avoit pris pour YOcean du
Nord, n'etoit qu'une grande Baie profonde z ».
M. Coxe commet ici une erreur que , sans
doute, il eut rectifiee, si, au temps ou il ecrivoit
( avant Pannee 1780 ) , il eut pu connoitre les
Decouvertes du capitaine Cook dans cette partie.
Les Observations de ce celebre Navigateur ont
fixe la latitude du Cap Ie plus Oriental de YAsie
a 66° 5'3 : et si Bering s'est en effet eleve jusqu'a
670  18'4, il  etoit. parvenu a. une latitude plus
1 Voyez les Voyages et Decouvertes des Russes, par Muller,
trad,  de I'allemand. Tom. I.er, pages 147 et suiv.
* Russian Discoveries, by W. Coxe, London, 1780. In-^.°,
page-323 , Note *.
3 Voyez the Original Astronomical Observations made in a
Voyage to the Northern Pacific Ocean, &c. By W. Bayly,
London,  1782. In-^.° , page  350.
i*~RcWbtcT'Forster dit que Bering s'eleva, dans ce premier
voyage , jusqu'a j6 degr.& de latitude ( Northern Voyages and
Discoveries, p. 481): je presume que c'est une raute d'impression.
 1728.
Bering
et
TschiricoAf.
I." Voyage.
xlviij I N T R OD U C T I O N.
Nord d'environ un degre un quart que celle de
la partie Ia plus orientate de Pancien Continent:
il etoit done entre dans Y Ocean Boreal; et, sans
te savoir, il avoit passe par Ie De'troit qui separe
tes deux Mondes ; Ie probleme etoit resolu. La
posterite equitable a impose a ce Detroit Ie nom
de Detroit de Bering; et sa re'alite a remplace Ia
fable du Detroit d'Anian.
1729. Un   second   Voyage   fut   entrepris ,  en
Les memes.   1729, par les  memes Navigateurs ;  mais   il ne
IJ.'Voyage. lf
procura aucune nouvelle connoissance.
IIi.e Voyag
1741. Ce   NE   FUT   qu'en   1741   que  Bering   et
Les memes. Tschirikow, pour la troisieme fois , firent voile du
b ■ Kamtschatka, Ie 4 de Juin, avee Fintention, apres
s'etre eleves jusqu'a 50 degres de latitude Nord,
de pousser Ieur route a PEst jusqu'a la rencontre
du Continent de YAmerique. Mais, des Ie 20 du
meme mois, les-Vaisseaux furent -se'pare's par un
coup de^vent; et la brume ne permit pas qu'apr.es
la tempete ils se rejoignissent.
Le 1 8 Juillet , BWing decouvrit Ie Continent
de YAmerique a 58° 28' de latitude ; et,, suivant
son Estime ,  a  50 degre's l  a i'Est du Meridien
1  On sait aujourd'hui que cette difference de Meridien est
dc 62 degree
d' Aw at s cha ,
 INTRODUCTION. xlix
d'' Aw ats cha, aujourd'Jiui Petropawlowska, ou Saint- 1741.
Pierre  et  Saint-Paul.  Le 20,  il  laissa tomber     Bering
Fancre  pres   d'une  assez   grande  ile ,  a peu de ^ T • •
* > o ? r 1 schincow.
distance du Continent ; et, en cet endroit, une W.a Voyage,
Pointe de terre qui s'avance dans la mer , fut
nominee Cap Elie, du Saint du jour : un autre
Cap qui se montroit dans Peloignement, a POuest
du premier, recut Ie nom de Saint - Hermogene.
La terre paroissoit former un grand Golfe entre
ces deux Caps. Bering communiqua avee tes
Naturels du pays.
Le 21 , il remit a la voile, avee Ie projet de
s'elever dans Ie Nord, en suivant la direction de
la Cote, jusqu'a 65 degres de latitude; mais te
gisement des terres qui se portoient dans Ie Sud-
Ouest, s'opposa a la route qu'il se proposoit de
tenir. II navigua a ftavers une suite d'iles qui
bordent la grande Pe'ninsule, connue aujourd'hui
sous te nom cY Alaska : tout Ie mois d'Aout fut
employe dans cette navigation. Le 29, il mouilla,
a 550 25', au milieu d'un groupe d'iles qu'il
nomma Schumagin : elles sont habitees ; et tes
Russes communiquerent avee les Naturels. On
lutta contre les vents contraires jusqu'au 24 de
Septembre, que Fon revit la terre au Nord ; une
montagne assez haute, situee sur la Pointe Sud-
Ouest de la Peninsule d:Alaska, vers 5 1 degres et
demi de latitude, fut nominee- Mont de Saint-Jean.
j, D I
 I INTRODUCTION.
1^41.   Dans   Ie   courant  d'Octobre,  on decouvrit une
Bering     partie  des iles que nous  connoissons aujourd'hui
L M       sous Ie nom d'Aleutiennes,  et qui  dependent du
Tschiricow. y r
&i.e Voyage, Continent de YAmerique,
Bering, depuis long-temps, etoit dans un etat
de maladie et de depe'rissement qui ne lui per-
me'ttoit plus de s'occuper de la conduite du Navire;
et la plus grande partie de PEquipage etoit atteinte
du scorbut. On navigua a Paventure , jusqu'a ce
que les vents et la mer ponerent enfin Ie Vaisseau
sur une ile dont on ignoroit la position a. Pe'gard
or o
des deux Continens , et sur jaquelle Ie B aliment
fit naufrage. Bering mouru't, Ie 8 de Decembre,
sur cette ile qui, avee raison, a pris Ie nom du
premier Navigateur qui se soit hasarde dans ces
parages et qui ait decouvert le Continent de
YAmerique Occidentale a une hauteur a Iaquelle,
avant lui, aucun Voyageur connu ne s'etoit eleve.
Quelques homines de PEquipage , les seuls qui
purent resister a la rigueur de Phiver et a Pexces
des fatigues et de la misere , parvinrent, apres des
peines infinies , a. construire, avee les debris du
Vaisseau, une Chaloupe qui*, Panne'e suivante, les
transporta au Kamtschatka.
L'ile ou repose Bering est situe'e entre 55 et 56
degres de latitude, a. environ 50 lieues de la Cote
du Kamtschatka.
Le Voyage de Tschirikow fut moins malheureux
 INTRODUCTION, Ij
que celui de son Chef; mais il n'eut guere moins 17
a souffrir. Apres sa separation du Vaisseau com- Be
niandant, qu'il chercha' jusqu'au 2 5 de Juin, se Tsch
trouvant sur le Parallele de 48 degres , il dirigea i|L# '
sa course a. PEst. II paroit par la Carte que
Midler a jointe a. ses Decouvertes des Russes, que
Tschirikow qui decouvrit la Cote de Y Amerique
vers Ie mifieu de Juillet, y atte'rit entre Ie cin*
quaiil^-cinquieme et Ie cinquante-sixieme Parallele;
mais d'autres le font atterir a 58 degres. La Cote
qui se presentoit devant lui, etoit escarpee, aride ,
-defendue par des rochers , et sans une seuie ile
qui p&t oflrir un abri. II mouilla'au large , et
detacha sa grande chaloupe pour prendre terre
ou elle pourroit aborder. Plusieurs jours s'ecou-
lerent sans qu'elle reparut : il expedia Ie caribt
pour en avoir des nouveltes ; mais cette seconde
embarcation eprouva sans doute te meme sort
que la premiere; et on ignore quel fut celui de
Fune et de Pautre. Des canots, monies par des
Americains, se presentere'nt, quelques jours apres,
pour reconnoitre Ie Vaisseau ; mais ils n'oserent
en approe-her, et il ne restoit a. bord aucun Bati-
ment a. rames qu'on put detacher pour alter
a Ieur rencontre ou a Ieur poursuite, et les
engager a venir au Vaisseau ou on les eut retenus
comme otages. TschirikoiV desesperant de revoir les
hommes qu'il avoit envoyes 1 terre,'prit le parti
D 2
 '74i-
Bering
lij INTRODUCTION.
d'abandonner la Cote, et revint au Kamtschatka1,
Tel fut Ie   succes  de la premiere   expedition
$ Sfi        des Russes a la Cote Nord-Ouest de YAmerique : la
Ischincow. 1
ijg Voyage. Decouverte de cette partie du nouveau Continent
Ieur cout.a la perte du plus habile de leurs-^Navi-
gateurs ; mais ce premier Voyage, en les eclairant
sur la situation relative de YAmerique et de YAsie,
Ieur ouvrit la voie a toutes les Decouvertes qui
ont ete faites successivement, soit par des Aven-
turiers, aux frais des Armateurs et Negoc$%is du
Kamtschatka, soit par des Officiers de la Marine
impe'riale j aux frais du Gouvernement: en 1745 ,
par Michel Navodtsikoff; en 1750, par Emilien
Yagoff; de 1753 a 17 5 6 , par Cholodiloff, Serebra-
nikoff et Ivan Krassilnikoff; de 1758 a 1760, par
Demetrius Paikoff, Pushkareff, Pierre Wasyntinskoi
et Maxime Lasarojf; en 1762 , par Drusinin,
Medvedeff, Korovin et Etienne Glotoff; en 1764,
par Solovioff et Ie lieutenant Synd; en 1766, par
Aphanassei Otcheredin ; et de 1768 a 1769, par
Ie capitaine KrenitTin et Ie lieutenant Levasheffz.
Tous ces Voyages ont eu pri-ncipalement pour
objet la  Reconnoissance   de ce long Archipel,
Voyez Multer, Decouv. des Russes, Tome l.cr, page  240
et suiv.
2 W.   Coxe  a  publie les Relations de ces divers voyages
dans ses Russian Discoveries. Wkii^
 INTRODUCTION. liij
connu sous le nom collectif d'iles Aleoutes, Aleu-    1741.
tiennes,   ou  des  Renards ,  que les   Cartes russes     BerinS
et
partagent en plusieurs Archipels sous des iroms Tschiricow.
difFerens ; de toute la partie de Cote quv s'etend Hi.e Voyage.
Est et Ouest sous Ie Parallele de 60 degres, et
comprend un grand nombre d'iles situees au Sud
de Ia grande Terre , dont quelques - unes avoient
e^e visite'es , et d'autres seulement apercues par
Bering ; enfin de la Presqu'ile cYAlaska, et de$
Terres situees au Nord de cette Peninsule jusqu'au
70.m€ degre. C'est sur les iles Aleutiennes, et sur
plus de trois cents lieues de Cotes qui se pro-
longent jusque par-dela Ie Cercle Polaire, que
tes Russes infatigables ont forme' ces Etablissemens
o
multiplied, ces Factoreries qui alimententle commerce de Pelleteries dont PEmpire de Russie
tire de si grands avantages dans ses relations
comfnerciafes et ses echanges avee PEmpire de
la Chine.
Je dois faire remarquer que tes Francais n'ont
pas e'te totalement etrangers a Ia premiere decouverte que tes Russes ont faite de Ia Cote Occi-
dentale de YAmerique du Nord. Le frere de nos
celebres Delisle , Fun Astronome, Fautre Geo-
graphe , Delisle de la Croyere, etoit embarque, en
qualite de Savant, sur te Vaisseau de Tschirikow,
comme Steller , Medecin de profession et verse
dans toutes tes parties de PHistoire naturelle, Pe'toit
 liv INTRODUCTION,
sur celui de Bering. Les maladies qui firent taut
Bering je raVapfes sur Ie Vaisseau de Tschirikow, n'epar-
Tschiricow. gpiffeSt pas la Croyhe ; sa vie finit avee I'Expe-
Voyage. dition. Le capitaine Gierke qui , apres la mort
tra^ique ou capitaine Cook, dans son troisieme
Voyage , lui avoit succe'de dans Ie comman-
dement en chef de PExpedition, decouvrit, au
Kamtschatka, le lieu de la sepulture d'un Francais
que Pamour des Sciences avoit pousse jusqu'a
Fextremite Orientate de YAsie ; et il s'occupa avee
interet de signaler par une inscription honorable,
te coin de terre oublie ou les cendres de la
Croyere reposent si loin de sa terre natale. La
Perouse, dans Ie sejour qu'il fit a Petropawlowska,
eut occasion d'acquitter la dette des Francais
en vers la Nation anglaise : Ie capitaine Clerke qui
termina sa carriere, lorsque , apres une seconde
course au Nord, il venoit, une seconde fois ,
relacher dans te meme Havre, y fut inhume : Ie
temps , ou la curiosite des Kamtschadales, avoit
detruit i'inscription que portoit sa tombe; la Perouse donna tous ses soins a la retablir, telle qu'on
la lit dans la Relation originate du troisieme
Voyage de Cook; et, afin d'en prolonger la dure'e,
il la fit graver sur Ie cuivre. Ces egards mutuels
de Navigateurs etrangers Pun aPautre, ces actes
de Famitie et de la fraternite, pourront etonner
les   habitans   sedentaires   et   apathiques   de   nos
 INTRODUCTION. Iv
Cite's , qui, n'ayant jamais ete tentes de s'exposer    1741.
aux dangers de la   Mer,   ignoreht  ce que peut     Bering
Tschiricow.
inspirer la communaute de  ces dangers , a ceux
qui, sans se connoitre, saveht qu'ils les ont par- w.e Voyage.
tages. Au  Kamtschatka,   a.  sept   mille   lieues  de
YEurope, tous les Europeens, et sur-tout les Eu-
rope'ens  Marins,  sont compatriotes et freres : et
Fhomme qui, par ses De'couvertes ou ses tra'vaux,
a bien me'rite  du  Genre-humain, n'appartient-il
pas, par la reconnoissance, a tous les Peuples de
la Terre !
Tandis que tes Russes, dans leurs courses
multipliees, s'empressoient de de'couvrir la partie Vi.
du Nord de YAmerique, voisine de leurs Domaines
d'Asie, qu'il Ieur importoit de connoitre; les Espagnols, pour qui cette connoissance n'etoit pas
moins importante, sembloient, depuis long-temps,
ne pas s'occuper de poursuivre leurs premieres
Decouvertes. Depuis 1640 , crest-a-dire, depuis
FEpedition , en partie vraie, en partie fabuleuse,
de Famiral de Fuente, ou plut6t depuis 1602 ,
epoque de PExpe'dition authentique de Viscaino,
jusqu'en 176^9, tes Historiens espagnols gardent
te silence sur les tentative? successives que les
Vice-rois du Mexique ont du ordonner pour
accroitre te territoire de YAmerique espagnote,
e$  ppusser  les   envahissemens  dans Ie Nord de
D .+
;nte   V i
de Portofa."
 iv}
INTRODUCTION.
1760. la Californie, On.ne peut douter cependant que,
Vicente Vila Jurant cette periode de 167 ans, tes Espagnols
Gaspar rPayent gagne du terrain, pied a pied , dans Fin-
«ie Portoia. terieur des terres; mais il paroit qu'aucune Expedition par mer , entreprise dans cette vue, n'a
merite que FHistoire nous en transmit les derails,
ou meme en conservat te souvenir. Ce ne fut
qu'en 1769 , qu'e'veille' par les De'couvertes des
Russes que Fattrait d'un climat plus doux pouvoit
attirer des Cotes glaciates du Nord, vers tes
Cotes moins septentrionales de YAmerique , et
decide par la crainte que quelque autre Nation,
plus entreprenante , ne fut appelee par te commerce , et ne voulut prendre pied dans ces
, Contre'es qui , quoique voisines ou limitrophes
des Provinces soumises a la Couronne d'Espagne,
sembloient ne lui pas appartenir, Ie Gouverne-
ment espagnol voulut enfin realiser d'anciennes
Prises de possession , quoiqu'il dut bien savoir
que, de tout temps, ces sortes d'Actes furent
conside're's par toutes tes Puissances de la Terre,
comme de vaines formalite's , comme des titres
caducs que Ie temps a frappe's de prescription ; il
voulut se mettre en mesure de soutenir par la
force , si les circonstances Pexigeoient , des pretentions qui n'avoient de fondement que Ie hasard
d'une premiere De'couverte, et tout au plus un
pro jet d'occupation, dont Pexecuiion avoit ete
 Gaspar
<Ie Portola.
INTRODUCTION. Ivij
renvoyee a un avenir incertain. Alors on se rap- 1769-
pela qu'en 1602, un amiral Viscaino avoit de- Vjcente ViIa
couvert un excellent Port , situe a 3 6 degre's
deux tiers de latitude septentrionale. Cette position qui devenoit interme'diaire entre les Places
fortes du Mexique et Ia limite des Decouvertes
des Russes , parut rneriter qu'avant de pousser tes
Reconnoissances plus au Nord, on s'occupat de
se faire un point d'appui, de se menager un Port
de refuge. II fut done resolu qu'on etabliroit un
Presidio a Monterey, anciennement de'eouvert par
Viscaino; et qu'en marchant vers ce Port, on
commenceroit par etablir un premier Preside a
c^elui de San-Diego , situe a 3 3 degres deux tiers
de latitude, a la hauteur de ITsthme de la Californie. Mais, en projetant un nouvel envahisse-
ment sur les Naturels de YAmerique, il falloit
bien se faire illusion a soi-meme, se dissimuler
Pinjustice d'une usurpation; et Ie Gouvernement
crut etre justifie aux yeux du Genre-humain, et
aux siens propres, s'il associoit, en quelque sorte,
PEtre supreme a un projet d'iniquite : comme si
Ie Dieu de paix etoit Ie Dieu des conquetes et
de la destruction ! On ne parla que de la propagation de la Foi, de la conversion des Infidelles;
et la Religion qu'on mettoit en avant, couvrit
d'un voile respecte , les veritables motifs et te but
de I'entreprise :  des  Pretres missionnaires furent
 Iviij INTRODUCTION.
1769.    destine's pour marcher avee I'Annee , et e'tablir une
Vicente Vila Mission dans   chaque lieu   ou  Fon se proposoit
r d'e'tablir un Pre'side ; ainsi,  par-tout, FEtendard
de Portola.   de i'Usurpateur devoit etre plante  a cote de la
Croix des Chre'tiens.
Mais YEspagne de'eidoit, sans te vouloir , une
question que son interet peut-etre eut demande
qu'elle Jaissat toujours inde'eise; celle de savoir
si la simple De'couverte d'une terre, ou meme la
vaine formalite de la Prise de possession , sans
etre suivie de Peffet \ pouvoit tenir lieu d'un titre
re'el de Proprie'te et du droit d'occupation. Avoit-
elle oublie qu'en 1 578 , Famiral Drake qui decouvrit la Nouvelle Albion, comprenant plus de
deux cents lieues de Cotes, entre ^7 et 48 degres
de latitude , avoit pris solennellement possession
de toute la Contree j au nom de la Reine Elisabeth / et si, aujourd'hui; YAngleterre se proposoit
de faire revivre cette'ancienne Prise de possession ,
cette pretendue Proprie'te, YEspagne ne se croi-
roit-elle pas fondee a soutenir que te temps en
a efface Ie titre! Mais, je Ie demande, celui que
YEspagne avoit pour occuper San-Diego , Monterey, etles pays adjacens, est-il mieux conserve,
parce qu'il a vingt-quatre annees de moins d'an-
ciennete! Je ne suis qu'Historien , et je dois laisser
aux Publicistes a decider la question : peut-etre
jugeroient - ils ,   apres   avoir   consulte  te   droit
 INTRODUCTION. lix
primitif de tout habitant de la Terre , qu'il y a eu     1769.
d'un cote , et qu'il y auroit de Pautre, usurpation Vicente \r
et
et abus de Ia force. Gaspar
Quoi qu'il en soit, Ie projet d'e'tablir des Pre-   de P°rt°la'
sides au Nord de la Californie avoit ete concu par
j >    tr
ie Gouvernement espagnol ;  et le Vice-roi de la
Nouvelle-Espagne, le Marquis de Croix, ordonna
un armement compose des Paquebots te San-
Carlos et le Sant - Antonio, Pun commande par
Don Vicente Vila, premier Pilote de la Marine
royale; Pautre par Don Juan Pere^, Pilote pour
la Navigation des Philippines : et un Detachement
de troupes sous Ie commande men t de Don Gaspar
de Portola, Gouverneur de la Peninsule de Californie , fut destine' pour suivre la Cote par terre,
tandis que les Paquebots la prolongeroient par'
mer. Mais te Marquis de Croix jugeant que le
petit nombre d'Europeens dont il pouvoit dis- {
poser, ne seroit pas suffisant pour reduire les
Peuples du Nord de la Californie, qui, sans
doute s'armeroient contre les Envahisseurs de Ieur
pays , se decida, a Pexemple du Conque'rant du
Mexique, a opposer un Peuple de Y Amerique a
un autre : et des Californiens , arme's a Ieur
maniere, furent contraints de se joindre a la
Troupe europeeime, pour aider a soumettre leurs
compatriotes au joug etranger qu'eux - memes
avoient subi. .-■■.,
 '7^9'
Gaspar
le Portola.
Ix INTRODUCTION.
Le 10 de Janvier 1769 l , Don Vicente Vila fit
Vicente Vila vojje ju port de la Pa-?, situe a la cote Occi-
dentale de la Californie, vers -24 degres et demi
de latitude. Les Paquebots eurent a iutter contre
tes vents du Nord qui dominent sur cette Cote;
et la Troupe de Terre eprouva les plus grandes
fatigues. Ce ne fut que Ie 29 d'Avril qu'on put
atteindre te Port de San-Diego, te premier bu
Yqn devoit former un Etablissement; et on te
quitta Ie  14 de Juin suivant.
De plus
diffi
eultes s opposerent encore
a Farrivee au Port de Monterey. Quoiqu'il ne soit
e'loigne du premier que d'environ 72 lieues dans
te Nord-Ouest, et que sa latitude eut ete de'ter-
minee avee exactitude dans te Voyage de Viscaino , dont Torquemada avoit ecrit et publie la
Relation ; ce ne fut qu'apres les recherches les
plus penibles par mer et par terre , que Ie 3 1
mai 1770, une annee apres Ieur etablissement a
x La Relation espagnole de ce Voyage a ete imprimee a
I'lmprimerie du Gouvernement de la Nouvelle Espagne, sous
le titre de Diario historico de los Viages de Mary Tierra hechos al
Norte de la California, &c. L'Ouvrage se trouve tres-diffici-
lement en Espagne; mais je suis parvenu a m'en procurer ,
de Madrid, une copie manuscrite qui, par son exactitude,
equivaut a 1'imprime. On trouvera un Extrait plus d^taille
de ce Voyage, dans les Notes geographiques qui etorent jointes
aux Instructions donnees a la Perouse*
 INTRODUCTION. Ix)
San-Diego, tes Espagnols parvinrent enfin a. re-     1769.
trouver Ie Port de Monterey sur Ie meme Parallele Vicen*e \it*
et
que celui qui etoit indique dans la Relation de Gaspar
Viscaino \ Je ne puis me dispenser de remarquer de Portda.
que, lorsqu'en 1786, la Perouse revenant de la
cote du Nord-Ouest , voulut relacher a ce Port,
qu'il ne connoissoit , comme Vicente Vila, que
par sa latitude, il y atterit avee la meme pre'eision,
et te trouva avee Ia meme facilite , qu'un Vaisseau
francais, revenant du large, retrouve Pile d'Oues-
sant et Ie Port de Brest.
On est etonne , en lisant Ie JoiiiRnal du Voyage
des Espagnols , qu'en 1770 , ils en fussent encore
a connoitre un pays si voisin de celui qu'ils
occupent depuis trois cents ans : il paroit cepen-
dant, d'apres ce qui est dit dans la Relation, que
les homines et les choses etoient egalement nou-
veaux pour eux ; et cette observation peut faire
croire que si, dans Finitervalle de 1602a. 1769,
ils ont fait des progres au Nord du Mexique,
dans Pinterieur des Terres , ils avoient neglige la
connqi$sance des  Cotes : on  sait qu'en   gene'ral,
Torquemada place ce Port a 3 6° 4.°' '• Ies Espagnols, dans
Ieur Voyage de 1769, observerent la meme latitude ; mais,,
dans un second voyage , en 1775 , ils la fixent a 3 6° 44^ Suivant
les Observations faites par la Perouse en 1786, la latitude
doit etre de 360 38' 25", et la longitude, a J'Ouest du
Meridien de Paris ,   de  ia4°  2'.
 IxiJ INTRODUCTION.
1769.    ce n'est pas dans te voisinage de la mer que  la
Vicente Vifa Nature  prepare , par Ie   travail des   siecles ,   ces
<~ me'taux precieux  et funestes , dont   la   recherche
Caspar r '
de Portola, pouvoit seule exciter les efforts et les entreprises
d'une Nation a qui tous tes moyens ont paru
legitimes pour en acquerir Pexclusive possession.
On lira avee plaisir , dans Ie Journal de la Perouse, des details interessans sur ie Port de Mon^
terey , sur Ie pays qui en depend , et sur Pespece
de Gouvernement que les Conquerans y ont etabli:
on doit dire , a. Peloge des Religieux Mission-
naires , employes pour en maintenir Ia conquete ,
que , s'ils font plier la saintete de Ieur ministere
a servir la politique et la cupidite , du moins ils
s'occupent avee un zele vraiment chretien
d'adoucir par toutes les consolations que la Religion peut apporter, Ie fardeau de Fesclavage ,
qui a du paroitre insupportable a. des hommes
qui jouissoient de toute la Iiberte   de la Nature.
1771.        L'ExPEDlTiON   de   1769  se   borna a la se-
Expedition   conde  Decouverte  du   Port   de  Monterey>-,  et a
par ferre.     J? J     , ,. ,, r»   '   • t i t>> S &3
i etablissement d un Preside : les Decouvertes~ar
faire par des latitudes plus elevees furent renvoyees
a un autre temps. Un objet plus important, et pour
Fexecution duquel Don Joseph Galve^ avoit. e'te
envoye oYEspagne , en qualite de Visiteur general
du Mcxiqus, devoit absorber tous tes soins et tous
 INTRODUCTION. ixrrf
tes efforts du Gouvernement.  Les   Provinces de    1771.
Sonora et de Cinaloa ,   situe'es  a FEst de  la Mer   Expedition
par terre.
Vermeille,   avoient   ete'   anciennement   soumises ,
mais n'etoient point  encore occupe'es; et Ie  peu
de forces qu'on y entreienoit, avoit engage', en
176 j , quelques tribus sauvages qui les avoisinent
a y faire  de  frequentes   incursions : Ie  Marquis
de Croix voulut y re'tablir  la  tranquillite ; et les
moyens ordinaires aux Conquerans de FAmerique
furent mis en usage pour y parvenir. Cinq anrie'es
avoient deja ete employees a poursuivre les Sauvages dans des montagnes et des  defile's presque
impraticables; mais il s'agissoit de posse'der paisi-
blement les Mines les plus abondantes du Nouveau
Monde , et rien ne parut impossible : enfin PEx-
pedition fut terminee en 1771 , par la destruction
de   ces  Americains   qu'on  appeloit Sauvages et
rebelles : et  ce  furent encore les   plus heureux ;
car la servitude enveloppa de sa chaine tous ceux
qui surve'curent a Penvahissement de Ieur pays T.
Les  VoYAGESirepe'te's'des Anglais dans te 1774.
Grand- Ocean , lesquels ne pouvoient plus avoir,        et
comme les premiers, pour objet ou pour pretexte, 177'5 •
d'y faire observer Ie Passage de Venus devant te x?^s
disque du Soleif, devoient naturellement re'veiller Espagnol
*  Voyez Robertsons History of Ameri
Lib.  VII.
 3 774
et
*775-
Expedition
des
Espagnols.
Ixiv INTRODUCTION,
tes inquie'tudes du Cabinet de Madrid, et ne
tarderent pas a y porter de nouveau Falarme. F.e
Gouvernement jugea qu'il n'avoit pas de temps
a perdre pour faire poursuivre tes De'couvertes
au Nord de la Californie, et s'etablir sur la c6te
du Nord-Ouest, ou du moins annoncer que YEspagne
en avoit pris possession, avant que les Navigateurs
anglais , a. Fexemple de Ieur compatriote Drake,
ne vinssent y planter te Pavilion de la Grande-
Bretagne. Par ces Prises de possession, toutillusoires
qu'elles sont, YEspagne se pre'paroit les moyens de
defendre le terrain , de gagner du temps , et
d'engager dans sa cause, ses Allies a qui il impor-
toit indirectement que les Anglais, qui occupent
deja la plus grande partie des cotes Orientates et
du territoire de FAmerique du Nord, ne parvinssent
pas a. former de meme, sur ses cotes Occidentales,
des Etablissemens aux quels la perseverance d'une
Nation infatigable, et jamais rebutee quand il
s'agit de son commerce, pourroit, par la suite,
ouvrir des communications promptes et faciles
avee ses Etablissemens de la partie Orientate. Les
Anglais , occupant ainsi YAmerique Septentrionale,
du Levant au Couchant, de cette position eussent
menace sans cesse YAmerique Espagnole ; et ,
quelque jour , sur quelqu'un de ces pretextes que
la politique tient toujours en reserve au service
de Pambition , Feffet eut pu suivre la menace,
avant
 mp)
INTRODUCTION. Ixv
avant que YEspagne  eut fait passer d'Europe les 1774
forces necessaires  pour defendre ses Possessions        et
d'au-dela des Mers. l' 7S>
Les Expeditions au Nord de Ia Californie furent xPe IK"
* J des
done reprises par les Espagnols. II paroit qu'un Espagnols,
premier Voyage eut lieu en 1774 ; mais nous
n'avons connoissance que de celui qui fut fait en
177 5 , et dans lequel on se proposoit de faire pousser
les Decouvertes jusqu'au soixaiite - cinquieme
Parallele , sans doute dans la vue de reconnoitre
tout ce que les Navi
ratio.
is des Russes avoient pu
Ieur faire decouvrir dans cette partie.
L'Honorable Daims Barrington a traduit en an-
glais, et a fait imprimer dans ses Miscellanies l ,
la Relation du Voyage que Don Antonio-Maria
de Bucarelli y Ursua, alors Vice-roi du Mexique,
avoit ordonne' , en 1775 , pour remplir I'objet
que Ie Gouvernement s'e'toit propose. M. Barrington e'toit parvenu a se procurer d'Espagne une
copie du Journal manuscrit de Don Francisco-Antonio Maurelle, premier Pilote dans {'Expedition ;
mais il n'avoitpu, par aucun moyen, obtenir une
copie de la Carte des De'couvertes : on n'bbtient
jamais des Espagnols une communication entiere.
Nous n'avons plus a, regretter cette Carte , depuis
que Cook, la Perouse, et posferieurement a eux ,
*775-
Ayala
et
Bodega,
Londoi
J.
?8i. In
 Ixvj INTRODUCTION.
1775.   P*usteurs  Navigateurs,  Anglais,   Americains  et
Ayda      Francais, apres avoir reconnu Ia Cote  du Nord-
*a Bode a   Ouest de Y Amerique, ont publie sans reserve, leurs
Observations   de tous   les  genres, et tes Cartes
generates  et particulieres des  parties qu'ils  ont
visitees. II ne nous reste, plus a acquerir que des
connoissances de detail,.que peut-etre  nous ne
devons jamais attendre des Espagnols , mais que
tes Navigateurs des autres Nations , qui sauront
se  les procurer sur les lieux , s'empresseront   de
communiquer a. ceux meme qui s'obstinent a laisser
tes  leurs enveloppees dans  les  ombres  impene-
trables du mystere.
L'armement des deux Batimens legers , la
Goilette la Sonora et un Paquebot, qui devoient
etre employes dans cette nouvelle Expedition ,
fut fait au Port de San-Blas, situe a. Ia Cote de
Galicia , une des Provinces du Mexique; et te
commandement en fut confie a Don Juan de
Ayala qui eut sous ses ordres Don Juan-Francisco de la Bodega y Quadra.
1 lis appareillerent de San-Bias te 17 Mars 1775.
Le 7 Juin, a 41 degres et demi de latitude ,
ils reconnurent, a. une assez grande distance , une
1 On trouvera un Extrait plus detaille de ce Voyage des
Espagnols dans le Recueil des Notes geographiques qui avoient
«te jointes aux Instructions donnees a la Perouse,
 INTRODUCTION. fxvij
longue suite de Cotes s'etendant Sud-Est et Nordic
Ouest: cette partie comprend te Cap Mendocino.
Le 9, ils mouillerent dans un Port situe a 41
degres 7 minutes de latitude, et a 19 degre's 4
minutes a f Occident de San-Bias; etils lui impo-
serent Ie nom de Puerto de la Trinidad: te Pilote
Maurelle vante beaucoup Ie pays et ses habitans.
Le 9 de Juillet, ils s'estimoient a 47 degres
40 minutes de latitude; et ils eurent des indices
du voisinage de la terre.
Elle fut apercue Ie 1 1 , a douze lieues de distance, et Ie 12 au soir, on n'en etoit pas eloigne
de plus d'une lieue. On distinguoit plusieurs
Caps, plusieurs ilots , et des montagnes couvertes
de neige; et Fon remarqiia une petite ile sterile,
d'environ une demi-lieue de tour , qui fut nominee
Isla de los Dolores. La latitude etoit de 470 39'.
Le 13 , on mouilla sur la Cote par 47 degres
2 8 minutes; et Ie soir du meme jour, on fit un
second mouillage, a 47 degres 21 minutes : les
Espagnols eurent ici un engagement assez serieux
avee tes Naturels du pays; et tes deux partis
laisserent plusieurs morts sur le champ de bataille \
Le 1 .er Aout, une brume epaisse les forca de
l775*
* Ayala
et
la  Bodega,
Cette partie de la Cote correspond, pour la latitude, a
celle qui est appelee sur la Carte de Meares, Shoal-Water
Bay 3 Baie des Bas-fonds on des Dangers, ( Voyei la PI, 11. )
E 2
 kiirj INTRODUCTION.
1775.    s'eloigner  de la   Cote : les vents   souffloient du
Ayda *   Nord-Ouest et Nord.
laBodeoa.        Le 5 , Ie vent passa au Sud-Ouest.
Le 1 3 , on eut plusieurs indices du voisinage
de Ia terre, et, Ie 14 et Ie 15 , ces signes se
multiplierent encore : on s'estimoit alors par 5 6
degres 8 minutes de latitude, a. 154 lieues espa-
gnoles ( de 17 et demi au degre ) a POuest du
Continent , et a 6*0 lieues settlement d'une ile
qui, suivant Ie Journal, doit etre la partie la plus
occidentale d'un Archipel situe sur Ie meme Parallele , et se trouvoit marquee sur la Carte ma-
nuscrite dont les Espagnols faisoient usage pour
regler Ieur route : il en resulteroit que cette ile
devroit etre eloignee du Continent, de 94 lieues
espagnoles, ou d'environ 107 lieues marines de
20 au degre. J'ignore quelle est Yile dont il
semble que les Espagnols avoient une connois-
sance certaine puisqu'elle se trouvoit marquee sur
Ieur Carte, et que Maurelle, en parlant de sa
distance a. Ia grande Terre , ne dit pas que son
existence fut douteuse : aucune Route des Navigateurs de ces derniers temps ne passe a un
si grand e'loignement du Continent sur Ie Parallele de 5 6 degres. Quant a cet Archipel situe
a. la meme latitude , duquel Maurelle ajoute  que
:ette ile forme la par
la plus  avancee du cote
de POuest; la Perouse a, en efiet, reconnu un
 INTRODUCTION. Ixix
Archipel qu'il a designe par le nom d'iles ou
Archipel des Espagnols, et qui s'etend du 5 5»me
au 5 6.mc Parallele; et Fon pourroit supposer que
c'est celui dont tes Espagnols avoient connois-
sance et qu'on voyoit trace sur Ieur Carte; mais
cet Archipel n'est pas eloigne du Continent, de
107 lieues, il Pest seulement de 12 ou 15 milles
a sa plus grande distance.
Le 16 Aout, Ayala reprit la vue de la terr©
et decouvrit un Cap tres-remarquable et une
montagne d'une grande e'le'vation ; Ia Montague
fut nominee Monte San-Jacinto, et te Cap, Capo
del Engano : celui-ci est situe a 57 degres 2 minutes
de latitude, et a 34 degres 12 minutes a I'Ouest
du Me'ridien de San-Bias. La montagne- a pour
base Ie Cap qui se projette au large : sa forme,
est-il dit dans Ie Journal , est la plus belle et la
plus reguliere qu'on ait jamais vue : elle est isole'e
et detachee de la chaine des autres montagnes :
son sommet etoit convert de neige ; on voyoit
au-dessous quelques grands espaces nus qui se
prolongeoient jusque vers Ie milieu de ses flancs \
et de cette hauteur jusqu'au pied , sa surface etoit
couverte de grands arbres.
Le lendemain , il entra dans une grande Baie L
qui recut Ie nom de Baya de Guadalupa, et il y
mouiila dans un Port situe a 57° 1 1' de latitude.
Cette Baie est ouverte de 3 lieues a son entree:
Ayala
 Ayala
et
Bodega.
Ixx. INTRODUCTION.
et elle est couverte du cote du Nord par te Cap
del Engano. Sur te cote oppose au Cap, ils de-
couvrirent ce qu'ils appellent le Port, dont Fentree
a plus d'une lieue d'ouverture , et qui est a Pabri
de tous les vents, excepte de ceux qui souffTent de
la partie du Sud. Ils contournerent la Baie a une
tres-petite distance de la Cote , et ne trouverent
jamais moins de 50 brasses d'eau; mais tes mon-
tagnes se prolongeant jusqu'au rivage, la Cote
ne presentoit aucune Plage propre au debarque-
ment. On distingua cependant une petite Riviere;
mais il etoit nuit : on mouilla sur 66 brasses,
fond de vase dure.
Le 1 8 , Ayala remit a la voile.
A <y7 degre's 18 minutes de latitude, et 34
degres 12 minutes a POuest de San-Blas, te 19
Aout, il decouvrit un Port dans lequel se de'-
charge une Riviere ; il y mouilla et lui imposa Ie
nom de Puerto de los Remedios : tes Espagnols
communiquerent ici avee tes Naturels de la Cote ,
y firent de Peau et du bois, et prirent possession
du pays avee Ie ceremonial d'usage.
Ayala s'eleva ensuite jusqu'au Parallele de 5 8
degre's, sans faire aucune Decouverte. Parvenu
I cette hauteur qui excede la limite des De'couvertes anciennes tes plus septentrionales , il de-
meura persuade que les Entrees ou Detroits indiques
par les and ens Navigateurs n'existent pas. Mais si
 INTRODUCTION. Ixxj
Maurelle , en consignant cette opinion dans son    177 5 •
Journal dont Ie Gouvernement espagnol a laisse      Aya{a
et
circuler des copies , n'a pas obei a un ordre qui }a Bodega.
a pu lui imposer silence sur ce qui auroit ete
decouvert; si ce n'a pas ete une maniere adroite
de detourner tes autres Nations du projet de
tenter des Decouvertes dans cette partie; si telle
a ete enfin Popinion veritable des Espagnols
charges de la conduite du Voyage; la persuasion
ou ils sont restes ne peut pas affoiblir Ie te'moi-
gnage des Navigateurs plus modernes qui ont
justifie Fuca et Fuente, et attestent la realite des jg|l
parties de leurs Decouvertes , qui n'ont pas e'te
alterees, et peut - etre a dessein , par des ac-
cessoires romanesques : mais il restera prouve
vp3?Ayala, en remontant la cote du Nord-Ouest
depuis Ie Port de la Trinidad jusqu'au Parallele
de 5 8 degres , s'est contente Ie plus souvent de
reconnoitre la terre de loin.
Le cinquante - huitieme Parallele etoit, sans
doute , te Terme que tes Espagnols avoient fixe
a Ieur course , quoique leurs Instructions ne
Peussent Iimitee qu'au soixante-cinquieme; cara
peine sont-ils parvenus a 5 8 degres de latitude ,
qu'on les voit redescendre dans te Sud , avee Yin-
tention de regagner te Port de Monterey : ils
firent cependant quelques De'couvertes que Ie
hasard offrit sur Ieur route.
E +
 Ixxij INTRODUCTION.
1775. Le 24 Aout, a 55 degres 17 minutes de la-
Ayaia      timde , et 3 2 degres 9 minutes a FOccident de
, Bocjep.a> San-Bias, if$ mouilierent dans une grande Baie
011 un bras de mer presente un Havre spacieux,
qui fut nomme , en Phonneur du Vice-roi, Puerto
Bucarelli: ce Port, qui paroit forme par plusieurs
lies , doit etre la partie meridionale de cet Archipel
detachee du Continent, que les Espagnols con-
noissoient par ieur Carte, qu'ils n'avoient pas pu
retrouver en remontant la Cote, dont, en redescendant , ils n'ont reconnu que Pextremite infe-
rieure, et que la Perouse, qui Pa proionge du
Nord au Sud , a nomme , par respect pour' une
ancienne Decouverte dont il ignoroit i'e'poque
et Pauteur, les Iles des Espagnols. Une ile de
hauteur moyenne qu'ils apercevoient dans te Sud,
a six lieues de distance du Port, recut le nom de
Isla de San-Carlos. Ici, Don Juan de Ayala prit
possession , au nom de Sa Majeste Catholique ,
du pays qu'il voyoit et de tout celui qu'il ne voyoit
pas : c'etoit prendre possession d'un de'sert que
. personne ne lui disputoit; car, aux restes d'une
cabane detruite , et a quelques marques e'parses
£a et la, on rcconnoissoit bien que des individus
de PEspece humaine avoient autrefois sejourne
dans cet endroit ; mais , pendant tout Ie temps
qu'on passa dans te Havre, aucun habitant ne se
montra*
 ' INTRODUCTION. Ixxiij
En quittant Ie Port de Bucarelli, les Espagnols
vinrent jeter Pancre a. 2 lieues de File San^Carlos;
et de ce Mouillage, on decouvroit, a. 4 ou 5
lieues de distance , un Cap , situe a 5 5 degre's
de latitude , auquel on donna te nom de Capo
Sant-Agustin.
On voyoit la Cote , a partir de ce Cap , se
prolonger si loin dans I'Est , qu'elle finissoit par
s'effacer totalement. L'action de deux Courans qui
agissoient ici dans des directions opposees , etoit
si violente qu'il ne fut pas possible d'y sonder:
et comme ces Courans, est-il dit dans te Journal,
paroissoient suivre Ie cours des Marees , on en
conclut que cette Entree pouvoit etre une embouchure de Riviere, et Fon regarda comme certain
qu'elle ne communique qu'avec Ie Grand-Ocean
Boreal dans Iequel on naviguoit. Ainsi Fon se
persuada que cette Terre qui s'etendoit si loin
dans I'Est, formoit Ie cote septentrional de Fentree
d'une Riviere, dont cependant on n'apercevoit pas
Ie cote meridional ; et dans cette supposition ,
dont on se contenta, Fon ne chercha pas a acquerir
une certitude.
La saison n'e'toit pas encore avancee ; on pouvoit esperer des vents favorables; et tes Espagnols,
eprouvant peut-etre une sorte de honte de s'etre
arretes fort en-deca. du terme que leurs Instructions
avoient fixe*,   semblerent un moment reprendre
Bodega,
 L Bodega.
Ixxiv INTRODUCTION.
courage, et se de'terminerent a tenter de nouveau
la Route du Nord.
Le 28 Aout, ils profiterent des vents variables
pours'approcher de la Cote a 5 5 degres 50 minutes
de latitude : ils n'en furent pas assez pres pour
Fapercevoir; mais a cette hauteur, ils trouverent^
comme ils Ie desiroient, des vents de la partie du
Sud-Ouest et du Sud.
Le 1 .er Septembre, ils avoient remonte jusqu'a
5 6 degre's 5 o minutes ; mais Ie 7, les vents du
Nord ayant repris te dessus, et les Equipages des
deux Batimens se trouvant excedes de fatigue,
Ayala abandonna toute ide'e de poursuivre tes
Decouvertes au Nord , et fit route pour regagner
te Port du depart. II chercha cependant a. se
rapprocher de la C6te pour en reconnoitre quelques Points ; mais il parcourut encore plus de
trois degres de latitude sans s'en approcher assez
pour la de'couvrir , et il ne se mit en position
de Fapercevoir, que par 53 degres 54 minutes,
et a 8 ou 9 lieues de distance : il s'en tint constamment assei loin, est-il dit dans te Journal, pour
n'avoir point a craindre de s'y affaler, et as se-^ pres
pour n'en pas perdre la vue ; j'ajouterois , mais pas
assez pres pour etre a portee de faire aucune
Recoriffcrssance. Ce ne fut que par 47 degres
3 minutes , que , naviguant, a la distance d'un
miile de la Cote, il put distinguer tes Ca^rs, les
 INTRODUCTION. Ixxv
Bates et tes autres Points remarquables, et en faire    i;
les Relevemens qui devoient en fixer tes positions      '
relatives sur la Carte qu'il etoit charge de dresser:   Ia j
mais te Journal n'entre dans aucun de'tail sur ce
qu'Ayala a pu decouvrir a cette hauteur ; et la
Carte n'a point ete communiquee.
On perdit de nouveau Ia vue de la terre ; on
ne la reprit que te 24, a 45 degres 27 minutes,
et on prolongea la Cote a une porlee de canon :
et cc comme cette latitude , dit Ie pilote Maurelle,
s'approche de celle a Iaquelle on place YEntree
d'Aguilar, dont on vouloit verifier Pexistence et la
position , nous mimes en panne pendant la nuit ».
Ayala s'occupa de la recherche de cette Entree
jusqu'au Parallele de 45 degres 50 minutes.
A cette hauteur, et a 20 degres 4 minutes a.
1'Occident de San-Bias, on decouvrit un Cap
qui, pour sa ressemblance a une table ronde , fut
nomme Capo Mesari: dans te voisinage de ce Cap,
on apercevoit dix petites iles, et Fon distinguoit
meme quelques ilots presqu'a. fleur d'eau. cc Nous
naviguions si pres de la Cote, ajoute Alaurelle,
que, si YEntree d'Aguilar existoit dans cette partie,
elle n'eut pu echapper a. Fexactitude de nos re-
cherches %g II est difficile de concevoir comment
Maurelle pouvoit chercher cette Entree dans te
voisinage de 450 50' de latitude, puisqu'il savoit
par Ia  Relation  que   Torquemada  a   donne'e  du
 h Bode
Ixxvj INTRODUCTION.
Voyage de Viscaino, qu'elle doit etre situee vers
43 degres T , et que tes Cartes espagnoles qui la
placent Ie plus au Nord , ne la portent pas au-dela
de 44 : car, sans doute , on ne croira pas , avee
te Pilote espagnol, qu'il soit probable qu'Aguilar
eut pu commettre sur cette latitude, une erreur de
deux ou trois degres, erreur que Fimperfection des
Instrumens en usage dans Ie temps ou il observa,
ne pourroit pas excuser , puisque les latitudes
donnees par les Navigateurs contemporains de
Viscainoz et Aguilar, et meme par les Voyageurs
plus anciens , tels que, Drake, Cavendish , Olivier
Van- Noort f Spilbergen, le Maire et Schouten, ne
sont jamais en erreur d'un demi-degre, quand ils
ont eu occasion de les observer., j
Apres I'inutile recherche de YEntree ou de la
Riviere d'Aguilar y a la place ou Fon ne devoit pas
la trouver, Ayala se livra a la recherche d'un Port
que Ie Journal designe par Ie nom de Puerto de
San- Francisco , et qui est, en effet, Ie Port de
Francisco, mais de Francisco Drake ou Sir Francis
Drake. Le nom de YAlfere%3 la Bodega fut substitue',
Voyez  ci-devant, page xix*
On a vu que la latitude que Viscaino assignoit a son Port
de   Monterey,    ne   difieroit   de   la veritable,  que  d'environ
2 minutes. ( Ci-devant, page Ixj, Note \ )
3 Enseigne.
 puc
INTRODUCTION. Ixxvrf
ur, a. celui de Famiral Drake, et meme    1775.
a celui de Saint-Franfois. L'honorable Barrington
reproche avee raison aux Espagnols d'avoir cru
la Religion inte'ressee a supprimer Ie nom du
brave Heretique qui , parti d'un Port cYAngleterre,
s'etoit eleve sur la cote Nord-Ouest de YAmerique
jusqu'a une hauteur a Iaquelle, avant lui, aucun
Navigateur espagnol n'avoit tente de parvenir :
mais on peut croire que la vanite nationale a eu
plus de part que la piete , a une substitution de
nom que Ie Ge'ographe impartial ne se permettra
pas d'adopter. Le pilote Maurelle place Ie Port de
Sir Francis Drake par 38 degre's 18 minutes de
latitude : I'Amiral anglais Pavoit indique a 3 8
degres et demiT , et une erreur de 1 2 minutes n'en
est pas une considerable pour Ie temps ou il
.observa , et pour les Instrumens qu'il pouvoit
employer dans ses Observations : j'ajouterai que
cette erreur qui n'est que d'un cinquieme de degre,
ne pouvoit pas empecher que les Espagnols ne
reconnussent Pidentite de Sir Francis Drake's
Harbour, Puerto de San-Francisco et Puerto de la
Bodega : et si Ia petite difference entre les latitudes
Ayala
et
Bodega,
* Maurelle dit que YHistoire de la Californie place ce Port,
a 38 degres 4 minutes. II me semble que e'etoit plutot dans
Ie Voyage de Drake meme qu'il falloit chercher cette latitude :
et Fletcher dans la Relation originate; la donne de 3 8° et demi.
 Ixxviij INTRODUCTION.
eut pu Ieur laisser Ie plus leger doute, Ia vue du
Pays  et de  ses  habitans ,  tels   que Drake  les   a
peints, tels que les Espagnols les ont retrouve's,
devoit etre suffisante pour faire disparoitre toute
incertitude.
L'amiral Drake avoit ne'glige d'imposer des noms
aux deux Pointes ou Caps qui forment Fentree de
son Port: les Espagnols ont repare cet oubli ; Ie
Cap du Nord fut nomme Punt a de las Arenas
[Pointe des Sables], et celui du Sud, Capo del
Cordon [ Cap du Cordon] : cette derniere denomination pourroit etre une sorte de restitution faite
a. Saint Francois qu'on avoit de'pouille' de son
Port ; car on sait que , dans les deux Espagnes,
te Cordon de Saint Francois est un des objets les plus
recommandes a la ve'neration, j'ai presque dit au
culte des Fidelles.
Les Espagnols quitterent te Port de Drake te
4 Octobre : Ie 7, ils mouillerent dans celui de
Monterey ; et Ie 20 de Novembre, ils rentrerent
dans celui de San-Bias, d'ou ils etoient partis deux
cent soixante jours auparavant.
Ce Voyage de 1775 avoit ete plus heureux ,
plus utile pour les progres de la Geographie, que
celui de 1770, dont Ie plus grand succes, apres
une annee de recherches, s'etoit borne a retrouver
Ie Port de Monterey : celui de 1775 a fait connoitre
Ie Port de la Trinidad, a 41 degres 7 minutes de
 INTRODUCTION. Ixxix
latitude ; Ie Cap Mesari, a 450 50' \ le Cap Sant-
Agustin, a 5 5 degres ; Ie Port de Bucarelli, a
5 5 degres 17 minutes; Ie Mont San-Jacinto et Ie
Cap del Engano, a 57 degres 2 minutes ; Ia Baie de
Guadalupa, a 57 degres 1 1 minutes dans sa partie
du Nord ; Ie Port de los Remedios, a 570 18'; et
Fon a retrouve Ie Port de J7r Francis Drake, dont
on a fixe la latitude a. 3 8 degres i 8 minutes.
Mais, en reconnoissant que ce dernier Voyage
a plus avance la Decouverte de Ia Cote Nord-Ouest
del'Amerique que celui de 1770; on est force de
convenir que, si les autres Navigateurs de ces
derniers temps eussent mis dans leurs recherches
la prudence etla circonspection que les Espagnols
ont apporte'es dans les leurs , nos connoissances
n'en auroient pas recu un grand accroissement.
Quand il s'agit de reconnoitre une Cote, ce n'est
pas en naviguant asse^pres pour ne la pas perdre de
vue , et asse^ loin pour n'avoir pas a la craindre,
qu'on peut espe'rer de de'couvrir des Entrees , des
Canaux , des Baies , &c. On salt que , d'une
certaine distance, tous ces accidens doivent se
confondre avee la suite de la Cote, et se perdre,
a Ia vue, sur Ie fond des Terres elevees qui les
dominent au loin. Mais si, d'un cote , Fon s'aper-
coit, en lisant Ie Journal de Maurelle, qu'Ayala
sembloit craindre, en quelque sorte , de trouver ce
qu'il cherchoit;  de Pautre , on est souvent tente
1775-
Ayala
et
la Bodega.
 Ixxx INTRODUCTION,
de soupconner que, si ses recherches Pont conduit
A>'aia a retrouver les De'couvertes dont il avoit les indi-
h Bode a cations , il a juge qu'il etoit prudent de ne pas
enlever le voile qui tes couvre. Imperitie, timidite
ou reticence : quelle que soit la cause, n'importe ;
pour nous I'efYet est Ie meme T.
I Si I'on veutse convaincre que ce Voyage des Espagnols n'a
pas ete juge trop severement, il suffit de suivre Don Ayala,
dans sa navigation , quand il remonte la Cote , et ensuite quand
H la descend : on verra que, dans i'une et Pautre Route , il
ne s'est pas occupe de rechercher les anciennes Decouvertes
dont il avoit les indications,
Le 9. Juin , il decouvre Ie Port de la Trinidad a 41 degres 7
minutes de latitude.
Plus d'un mois apres (Ie 11 juillet), par 47 degres 39 minutes, il commence enfin a se m'ettre a portee de voir la terre,
mais a dou^e lieues de distance : il apercoit des caps , des ilots,
des montagnes couvertes de neige j et pour toute Reconnoissance , il remarque une petite ile sterile qu'il nomme Isla de
los Dolores,
he 1 3 du meme mois , il mouille a la Cote, par 47 degres
21  minutes,  et se  bat contre les Naturels.
•   Le 5 Aout, par  56 degres 8 minutes, il  a des indices de
terre.
II a la vue de la terre , Ie i6,,et decouvre, a 57 degres 2
minutes, le Mont San-Jacinto, Ie] Cap del Engano, la Baie de
Guadalupa, a-peu-pres sur le meme  Parallele.
. Ainsi , entre 47 degres 2 tiers et 57 degres , c'est-a-dire ,
sur un espace qui occupe 9 degres un tiers, ou plus de 186
lieues en latitude , aucune vue de terre,
A 57 degres' 18 minutes, il de-couvte le Port de los Remedios ;
II
 INTRODUCTION. kxxj
Il  paroit que Popinion que les Espagnols    1779.
avoient prise du Voyage de 177 5 , n'etoit pas aussi    Arteaga.
desavantageuse que celle qu'a du nous en donner
Ie Journal d? Antonio Maurelle ;   car Ie vice-roi
Bucarelli, satisfait sans doute du succes de cette
Expedition, s'occupa, des 1777, d'un nouveau
et de la, il s'eleve, sans voir kt Cote, jusqu'au $$,c Parallele ,
Jimite de sa navigation vers le Nord.
Exarninons a present sa Route du Nord au Sud, en redescendant la Cote.
Le 24 Aout, a 55 degres 17 minutes, il decouvre Ie Port
de Bucarelli; mais VArchipel des Espagnols ( ainsi nomme par
la Perouse ) entre 56 et 55 degres, dont ce port occupe la
partie meridionale , n'a point ete apercu.
Dans le meme temps, il voit de loin Ie Cap Sant-Agustin
par 55 degres de latitude.
A 53 degres 54 minutes, ii a la vue de la terre; mais il
navigue constamment a huit ou neuf lieues de • distance, et se
contente de I'apercevoir a cet eloignement.
Ce n'est qu'a la hauteur de 47 degres 3 minutes qu'il rallie
fa Cote , et la reconnoit en detail , a un milie de distance; mais
le Journal ne fait pas mention, de ce qu'on decouvrit d cette hauteur.
Bientot il perd de nouveau la vue de la terre , et ne s'en
rapproche qu'a 45 degres 27 minutes, pour faire dans les
environs de ce Parallele, 1'inutile recherche de VEntree dAguilar,
que les Relations indiquent a 43  degres, &c. &c.
Ainsi I'intervalle compris entre le j^.e et le 47«c Parallele
n'a pas ete plus reconnu en descendant ia Cote, qu'il ne I'avoit
ete en la montant.
C'est cependant entre ces deux Paralleles qu'etoient indiquees
les Decouvertes de Fuente et  celles de Fuca : et si Ayala,
1. F
 kxxij INTRODUCTION.
1779. Voyage dont te projet ne fut realise qu'en 1779 5
Arteaga, et (jans ieqUe{ jj se proposoit de faire reconnoitre
la cote du Nord-Ouest de YAmerique, a commencer
du 58.™* degre de latitude, et en remontant
jusqu'au soixante - dixieme. Si les recherches ne
devoient commencer qu'a 58 degres, c'est qu'ap-
paremment te Vice-roi etoit convaincu que, au-
dessous de ce Parallele , les travaux d'Ayala,
seconde par son pilote Maurelle, qui , dans Ie
Voyage   de   1775? s'etoit   e'leve   jusqu'a  cette
favorise des vents du Nord, comme il le fut constamment a
son retour des parties septentrionales, eut mis un peu de perseverance a rechercher les anciennes Decouvertes des Navigateurs
de sa Nation , il est probable qu'il n'eut pas laisse a d'autres
le merite de les retrouver.
Et en effet si, lorsque , a partir de son cap Sant-Agustin , il
eut suivi cette longue Cote qui fuyoit dans i'Est, elle I'cut conduit
dans le Canal qui separe du Continent tin groupe de grandes
ales que la Perouse, en 1786 , a decouvertes du cote du large ,
et que le capitaine Dixon qui les visita sur le meme cote ,
i'annee suivante , a nominees iles de Queen - Charlotte : en
prolongeant la cote du Continent, il eut rencontre 1'ArchipeI
de San-Lajaro de Fuente, retrouve par la Perouse, et visite
posterieurement par les. Anglais et les Americains des Etats-
Unis , que la Relation de I'Amiral espagnol indiquoit entre
53 et 52 degres de latitude : plus bas il eut rencontre la Bajc
de Nootka que Cook a decouverte en 1778 , par 49 degres
36 minutes : plus bas encore, dans Ie voisinage du48.e Parallele,
i\ eut retrouve VEntree de Fuca qui n'a pas echappe aux recherches des Navigateurs anglais.
D\\n autre cote , si, lorsque , a la hauteur d'environ 54 deg.,
 INTRODUCTION. Ixxxiij
hauteur, ne pouvoient avoir rien laisse^a faire pour 1779*
la suite entre les deux Latitudes extremes que sa Arteaga.
course avoit embrasse'es. On peut croire que Don
Antonio-Maria Bucarelliy Ursua ignoroit que, des
1778, cette Reconnoissance avoit e'te faite par
un Anglais, James Cook, dont les Decouvertes,
a. son retour, avoient ete publiees sans reserve : car
si, comme Fon est autorise' a le penser , Fobjet
du Vice-roi n'e'toit que de faire prendre encore
aux Vaisseaux de Sa Majeste Catholique ia vue,
il apercut une terre , qui est la partie du Nord - Ouest des
Queen-Charlotte, au lieu de s'en tenir constamment a huit ou
neuf lieues de distance , il s'en fut approche, et 1'eut reconnue
d'aussi pres que le lui faciiitoit le vent de Nord ; en la pro-
longeant, il fut parvenu jusqu'a I'extremite meridionale du
Groupe : rapiquant ensuite dans I'Est, entre 52 et 53 degres,
pour regagner Ie Continent, comme a fait la Perouse, il eut
encore, par cette autre Route , retrouve PArchipel de San-
Lajaro , et en redescendant, decouvert Nootka, et plus bas
VEntre'e de Fuca.
J'ajouterai que si, conformement a. sts Instructions, il etk
eu la Constance , pendant le mois d'Aout, de pousser ses
recherches jusqu'au 65.c Parallele, peut-etre eut-il devance Ie
capitaine Cook dans la Reconnoissance de \\ritHam's-Sound,
de Cook's-River, de la presqu'ile d* Alaska, de la longue chaine
des Aleutiennes, &c, decouverts plus anciennemerit par les
Russes.qui, dans cette partie de. 1'Amerique du Nord, Ie
proiongement des Possessions espagnoles , ont su se procurer
les Etablissemens , ou fixes ou temporaires, propres a faci-
liter Ieur grand commerce de Pelleteries avee 1'empire de
la  Chine.
F 2
 Ixxxiv INTRODUCTION.
en passant, de quelques Caps sur Ia Cote du
Nord-Ouest, et de les faire mouiller dans quelques
Ports, pour assurer a PEspagne la possession exclusive de cette immense Cote ; la connoissance
du Voyage anterieur du capitaine Cook auroit pu
lui donner Pinquietude assez fondee , que les
Anglais , qui avoient sur les Espagnols la priorite
de la Decouverte, ne pretendissent aussi quelque
jour a. Ia priorite de Possession : inde helium. Quoi
qu'il en soit, il fit e'quiper au Port de San-Bias,
deux Fregates , la Princesa et la Querida [ Ia
Favorite ] : Ie comrriandement de PExpedition fut
confie a Don Ignacio Arteaga ; et la seconde
Fregate fut montee par Don Juan-FWncisco de la
Bodega y Quadra, qui avoit ete employe sous les
ordres d'Ayala dans Ie Voyage de 177 5 , et qui
prit pour son second Capitaine Don Francisco-
Antonio Maurelle, alors Enseigne de Fregate, qui
* a ecrit Ia Relation de ce nouveau Voyage , comme
il avoit ecrit celle du precedent \
' * J'ai tire I'Extrait suivant du Voyage de 1779 , d'un Manus*
crit espagnol, I'Ouvrage de Maurelle , que la Perouse s'etoit
procure a Manille, et qu'il joignit a, une partie de son propre
Journal et a s^s Depeches datees d'Awatska [Saint-Pierre et
Saint-Paul du Kamtschatka], Septembre 1787. Ses paquets
furent apportes en France par ie jeune Lesseps, employe dans
i'Expedition en qualite d'Interprete pour la langue russe , qui
fit le voyage par terre dtAwatska a Paris,
 INTRODUCTION. Ixxxv
J'aurois du , pour maintenir Pordre chronolo-
gique, faire preceder ce Voyage de 1779, Par
celui du capitaine Cook, a qui YEurope doit la
veritable De'couverte de la cote du Nord-Ouest
de YAmerique en 1778 ; mais Pordre des temps
peut ceder un moment a Pensemble historique qui
ressortira mieux , si Fon a lu de suite toutes les
Expeditions qui ont ete faites vers Ie meme temps
par les Ports de la cote du Mexique situe's sur Ie
Grand- Ocean.
Arteaga fit voile, Ie 1 1 Fevrier 177c) \ du Port
de San-Bias, a 22 deg. de latitude Septentrionale.
Le Journal de Maurelle ne contient aucune
particularite digne d'etre remarquee jusqu'au 3 de
Mai, que les deux Fregates mouillerent dans Ie
Port ou plutot dans la vaste Baie de Bucarelli, a
550 17' de latitude, qui avoit ete decouverte par
Ayala dans te Voyage de 1775  Ii
Le Commandant fit faire une Reconnoissance
complete de cette espece de Golfe qui s'enfonce
de plus de huit lieues dans les terres , renferme
plusieurs grandes iles, et presente sur son contour
onze beaux Ports ou les Vaisseaux peuvent mouiller
1779.
Arteaga*
1 Voyei ci-devant page Ixxij. L'Entree de cette Baie est
situee d'apres les Determinations de la Perouse, a. environ
136 degres i quart a. I'Occident de Paris, et la latitude de
i'Entree est,  suivant le Plan des Espagnols, de  550   15'.
F \
 l779*
Arteaga.
ixxxvj INTRODUCTION.
avee surete : Maurelle dit qu'il n'en connoit pas
un seul dans toute YEurope qui put etre prefer^ a
celui de la Santa-Cru^, dans lequel les Fregates
s'e'toient etablies : il est situe a Fentree du Golfe
sur sa cote Orientate.
Les Espagnols communiquerent et commer-
cerent avee tes habitans, dont Ie Journal fait une
description assez detailiee et d'apres Iaquelle on
peut juger que ces Americains different peu, par
Ieur physique, Ieur costume , leurs moeurs , leurs
usages , de ceux des autres parties de la Cote, que
les Relations des Voyages anglais nous ont fait
connoitre '.
En quittant te Port de la Santa-Cru^, le 15
Juin, Arteaga gaoma celui de Sant-Antonio situe a
la Cote occidentale de Fentree du Golfe , au
Nord-Ouest du premier; et Ie 'i.er Juillet,, il en
fit voile pour se porter-sur les parties septentrionales
de la  Cote.
Le 16, il eut la vue du Mont Saint - E/ie de
Bering, qu'il estima devoir etre situe a 59 degres
5 3 minutes de latitude, et que Ie capitaine Cook
place a 60 degres 27 minutes K
On a vu que , dans Ie Voyage de 1775 , les Espagnols
n'avoient apercu aucun habitant dans le Port de Bucarelli,
( Ci-devant page Ixxij. )
z II paroit, d'apres ce qui est dit dans le Journal, que les
Espagnols se  dirigeoient sur   une  Carte   de  I'Hydrographe
 INTRODUCTION. Ixxxvrj
II reconnut, te i 8 , un Golfe de dix lieues de    1779.
profondeur , dans POuest du Cap Saint-Elie\        Arteaga.
Pendant que les Espagnols e'toient occupes de
faire la Reconnoissance de ce Golfe , des Ameri-
cains, venus dans des pirogues, les engagerent a
mouiller dans un petit Port situe a 6o° 13' de
latitude , auquel Arteaga donna te nom de Port
de Sant-Yago z. La structure des pirogues se fit
remarquer : elle consiste en une membrure , assez
semblable a celle d'un de nos canots europeens, et
simplement recouverte de peaux qui font Poffice
de  bordages.   On voit   dans  tes   Relations  des
francais Bellin, publiee en 1766 sous le titre de Carte Re-
duite de /'Ocean Septentrional compris entre 1'Asle et /'Amerique , suivant les Decouvertes faites par les Russes, et qui
fait partie du 2,d volume de YHydrographie frangaise, sous ie
n.° 99. Cette Carte est defectueuse dans tous les points; c'est
une caricature , telle qu'on avoit pu la faire en placant et
dessinant les cotes Septentrionales de YAmerique et de YAsie
d'apres les Voyages des Russes, dont les Relations avoient
ete publiees par Muller. On peut dire que c'est une Carte de
Cosaques, les premiers Aventuriers qui, sous la direction de
Bering, <Iecouvrirent la cote du Nord-Ouest de YAmerique ;
mais il n'est pas prouve que le Voyage de 1779 eut pu nous
en donner une qui fiit beau coup plus exacte. ( Veyei ci-apres
page xcj, a la fin de la Note.)
1 Ce doit etre Williams-Sound,   decouvert I'annee   precedent® par le capitaine Cook, et anterieurement par les Russes.
Ce doit etre, a en juger   par la latitude, le petit   Port
situe au Nord du Cap Hinchinbrook de Cook,
 1779-
Arteaga,
Ixxxviij INTRODUCTION.
Voyages plus re'cens, que ces sortes d'embarcations
sont particulieres aux parties septentrionales de la
Cote. Lesfleches des Naturels du Port Sant-Yago
sont arme'es de pointes de cuivre ; et les Espagnols
demeurerent persuades que la terre de YAmerique,
a ces latitudes elevees, doit renfermer des mines
de ce metal. Cette opinion n'est pas destitute de
fondement; car nous voyons qu'en Europe, a une
latitude peu differente , la Suede possede-des mines
aussi riches par Pabondance que par Texcellente
qualite  du cuivre.
Arteaga quitta Ie Port de Sant - Yago te 2 8
Juillet pour se porter sur une Pointe de terre qu'if
decouvroit a 1 1 lieues de distance dans te Sud-
Ouest quelques degres Sud de son Mouillage y
Son intention etoit de se maintenir a la vue de la
terre ; mais la brume et la pluie ne lui permirent
pas toujours de la distinguer.
Le 3 1 , apres avoir tenu a la cape tes deux jours
prece'dens, il decouvrit, a une petite distance des
Fregates, un Groupe d'iles qui s'e'tendoit du Sud-
Sud-Ouest au Sud-Sud-Est. II laissa tomber
Fancre, Ie 1 ,cr Aout, dans te Sud d'une de ces
iles que te Journal place a. 59 degres 8 minutes
de latitude observee :  elle fut trouvee inhahitee ,
Cette Pointe ne pouvoit qu'etre une de celles  de Hie
Montagu de Cook,
 INTRODUCTION. Ixxxix
etrecnt Ie nom de Isla de Regla \ Du Mouillage , 1779.
on decouvroit, lorsque Ie temps etoit clair, dans Arteaga.
Ie Nord- Ouest 7 degres Ouest, et a la distance
de plus de vingt lieues, une Montagne-volcan
qu'on supposa devoir etre plus elevee que te Pic
de Tenerife, et qui etoit entierement couverte de
neige : pres de celle-ci, dans POuest-Nord-Ouest
$ degre's Ouest, et a 1 5 lieues de distance, on en
remarqua une autre d'une grande elevation , sur
Iaquelle on ne voyoit point de neige ; et dans
POuest-Sud-Ouest, a 13 lieues, deux autres sur
Ie
idles la neige tenoit encore 2.
II est dit dans te Journal de Maurelle que,
depuis te Cap Saint - Elie jusqu'a Pile de Regla,
il releva avee la plus scrupuleuse exactitude, tes
lies , les Caps , tes Baies , &c., dont les Fregates
purent avoir Ia vue ; mais que trop souvent tes
vents contraires , et des Courans presque habituels
et  seulement variables  dans  Ieur direction , les
* D'apres la latitude observee pax*Maurelle, ces iles doivent
etre le Groupe des Barren-Islands [ les iles Steriles ] de Cook ,
situees a i'entree de Cook's-River, entre Ie Cap Elisabeth et
la Pointe Banks.
Cette Montagne-volcan et les autres Montao-nes situees
dans ia meme partie , sont le Volcan et les Montagnes que
1'on voit marques sur la Carte de Cook, a la cote Occidental
de i'Entree de Cook's-Riyer. ( Voyei -son 3 .c Voyage , Planche
n.°44, Vol. II, page 353 de i'Original.)
 xc. INTRODUCTION.
eloignoient de la Cote , et ne permettoient pas
d'estimer la Route avee precision J : ce qui n'a pas
empeche que Fon ne dressat une Carte exacte de
Ia partie de Cote comprise entre Ie Cap Saint-Elie
et Pile de Regla 2.
C'est a cette ile de Regla, a cinquante-neuf 'degres
de latitude, que se termine la grande Expedition
de 1779 ^u* devoit pousser les Decouvertes
au Nord jusqu'au soix ante-dixie me Parallele. On
ia quitta Ie 7 d'Aout; et le 27 Septembre , les
deux Fregates etoient amarre'es dans Ie Port de
San-Blas, d'ou elles auroient pu n'etre pas sorties
* On voit qu'en 1779, les Espagnols en etoient encore
reduits a V Estime de la Route : et deja depuis dix ans, les
Francais et les Anglais determinoient les Longitudes en mer,
ou avee le secours des Horloges et Montres marines, ou par
i'Observation des Distances de la Lune au Soleil et aux Etoiles 1
2 J'extrais d'une Lettre que la Perouse m'ecrivit d? Aw at ska
le 10 Septembre 1787, ce qu'il me mandoit au sujet de
I'Expedition des Espagnols en 1779 ; on y verra quelle opinion il avoit de ce Voyage, et de la Carte qui avoit ete
levee de la partie de Cote op?Arteaga avoit reconnue : cette
opinion est celle qu'il avoit puisee a Manille dans ses conversations avee les Marins espagnols.
« Je me suis procure a Atfanille (dit-il) le Journal du
Voyage que le Pilote espagnol, le fameux D, Francisco-
Antonio Maurelle, a fait, en sa qualite, sur fa cote Nord-
Ouest de YAmerique. Ainsi, en joignant ce Journal a celui de
la premiere campagno des Espagnols dans cette partie, que
M.   Barrington a publie   dans ses   Miscellanies, dont j'avois
 INTRODUCTION. xcj
sept mois et demi auparavant, sans que nos con- 177^*
noissances en Ge'ographie eussent rien perdu par ^rtea£a-
Ieur inaction. Si les notions que les Espagnols
ont pu acquerir a cet egard, ne sont pas plus
etendues que celles qu'il nous a ete permis de re-
cueillir dans un Journal indigeste ou tronque ,
on peut dire que , dans ce Voyage, comme en
plusieurs autres, ils ont consume beaucoup de
temps et ont fait de grands frais pour faire tres-
peu d'ouvrage ; mais s'ils n'ont voulu paroitre dire
quelque chose , que pour persuader aux autres
Nations qu'ils  avoient   dit  tout,   Ieur reticence
I'Extrait traduit dans les Notes que vous avez^ bien voulu
rassembler pour mon instruction , nous aurons tous les Secrets
de Maurelle. J'ai laisse ce Navigateur a Manille, commandant un des Vaisseaux de la nouvelle Compagnie , destines
a faire Ie cabotage de Cavite a Canton. Je vous envoie un
Plan tres-detaille du Port Bucarelli et des iles des environs,
que j'ai obtenu k-Manille *. Les Espagnols dans Ieur seconde
campagne (celle de 1779) , pehetrerent jusqu'a William's-
Sound; et croyant etre sur la Cote du Kamtschatka, ils crai-
gnoient, a chaque instant, d'etre attaques par les Russes. Je
ne vous envoie pas Ieur Carte generale, parce que , en verite,
elie nuiroit plutot au progres de la Geographic qu'elle ne pourroit
y etre utile, Ont-ils voulu nous tromper I ou plutot ne se sont-
ils pas trompes eux-memes I Quoi qu'il en soit, ils n'ont vu
la terre qu'aupres du Port Bucarelli et a VEntree de William's-
Sound »•
* Ce Plan sera insere dans  VAtlas   qui  doit  accompagner la Relation
du Voyage  de   la   Perouse.
 xcij INTRODU CTION.
1779.   n'atteindra pas son but; et un jour viendra que
Arteaga,    d'autres pourront Ieur apprendre a eux-memes,
et peut-etre mieux qu'ils ne te savent, ce qu'ils
mettent aujourd'hui tant de soin a Ieur cacher.
HEUREUSEMENT ., nous sommes arrive's a
Pepoque ou tes autres Nations s'emparent des
De'couvertes a faire sur la cote Nord- Ouest de
YAmerique; et nous n'avons plus a parcourir que
des Journaux dans lesquels la veracite de PHis-
torien egale Phabilete du Navigateur.
L'inutilite des tentatives multiplie'es, depuis
plus de deux siecles, par tes HoIIandais, les
Danois et principalement tes Anglais , pour
trouver, du cote de PEurope , par Ie Nord-Ouest,
ou du cote de YAmerique, par te Nord-Est, un
Passage aux Mers de YAsie, et une Route plus
abre'gee que celle du Cap de Bonne-Esperance ou
celle du Cap de Horn, n'a pu, jusqu'a present, faire
abandonner a la Nation britannique Pesperance
de voir un jour se re'aliser un projet auqtiel, de
tout temps, elle attacha la plus haute importance :
et ce fut pour renouveler ces tentatives, qu'en 1773
Ie capitaine Phipps, aujourd'hui lord Mulgrave,
fut envoye avee deux Vaisseaux au Spit^berg,
pour examiner la partie de YOcean glacial Antique
comprise entre cette ile et YAmerique ; mais les
glaces s'opposerent a tout examen dans Ie voisinage
 INTRODUCTION. xciij
du 8 i ,me Parallele qu'elles ne lui permirent pas d'at-
teindre; il fut arrete', Ie 27 Juillet, a 80 degre's
48 minutes de latitude. On savoit, d'un autre cote',
que, des  1540, YEspagne   avoit fait visiter di-
verses parties   de la  cote Nord- Ouest^de YAmerique, pour  connoitre s'il ne serjoit pas possible
par POccident, de de'couvrir*, a travers la partie
septentrionale de ce Continent, quelque Passage
qui auroit pu echapper aux recherches faites , du
cote de POrient, par la Baie de Hudson et par
celle de Baffin. On savoit aussi que, depuis 1728 ,
Ia- Russie avoit, dans la meme vue , dirige plusieurs Expe'ditions, du Kamtschatka vers les parties
de Y Amerique Occidentale tes plus elevees en latitude. Mais il e'toitpermis de croire que Coronado,
Cabrillo, Fuca,  Viscaino , Aguilar, et Famiral de
Fuente, diriges par tes Gouverneurs du Mexique,
et les   Aventuriers et tes Cosaques ,  encourage's
par la Russie , n'avoient ni les lumieres ni Pexpe'-
rience qui pouvoient assurer ie succes d'une pa-
reille   recherche , et fixer Fopinion sur ce  qu'il
etoit permis d'en esperer. D'ailleurs les Relations
des   Russes   e'toient   tres-imparfaites  et   de'nue'es
d'Observations;  et   celles   des   Espagnols,  dans
lesquelles, ainsi  que je Pai dit, la ve'rite , Ie plus
souvent, se trouve confondue avee la fiction, ne
pouvoient inspirer aucune confiance : quelques-
-unes meme deceltes-cietoientre'piUe'esapocryphes.
 xciv INTRODUCTION.
Dans cet etat d'incertitude, que YEspagne Seufe
peut-etre ne partageoit pas, si, comme on peut
Ie croire , elle a fait, en diffe'rens temps, des expe'-
ditions dont nous n'avons aucune connoissance ,
dans cet etat, dis-je, Ie Gouvernementbritannique
qui , depuis quelques annees , avoit expedie
plusieurs Vaisseaux pour visiter en detail Ie Grand-
Ocean entre YAmerique et YAsie, jusqu'alors tres-im-
parfaitement connu, jugea que Ie capitaine Cook,
deja celebre, a juste titre, par deux Voyages autour
du Globe sur deux Routes differentes, et par une
Navigation a. travels tes glaces du Pole Austral,
desquelles aucun Navigateur avant lui n'avoit tente
d'approcher , pourroit employer avee succes, sur la
Cote du Nord-Ouest de YAmerique et dans Ie voisinage du Pole Arctique , ces talens superieurs ,
cette activite infatigable , cette perseverance sans
exemple dont il avoit donne des preuves si
aistingue'es , si multipliees , dans la Reconnoissance qu'il avoit faite de la cote Orientate de la
Nouvelle-Hollande, jusqu'alors inconnue ; des deux
iles de Ia Nouvelle-Zelande, dont, en 1643 > Abel
Tasman n'avoit decouvert qu'une petite portion j
de la Nouv elle-Cale donie, dout on ignoroit Pexis-
tence ; de la Terre Australe du Saint -Esprit de
Quiros, que Bouo-ainville avoit retrouvee en 1768 ,
dont Cook comple'ta la Decouverte ; et dans sa
recherche d'un Continent Austral , ou  il sembla
 INTRODUCTION. xcv
s'aorandir a proportion que tes difficultes et les
dangers de tous genres parurent s'accroitre et se
multiplier autour de lui.
Cook fut done destine, en 1776 9 pour alter,
avee deux Vaisseaux dont te second e'toit monte
par Ie capitaine Gierke, resoudre la grande et interminable Question du Passage du Nord-Ouest.
Mais il commen£a par remplir d'autres objets de ses
Instructions, et ne se presenta a Ia Cote Occidentale
du Nord de YAmerique que daiis tes premiers jours
de Mars 1778 x : et voulant, en quelque sorte,
rappeler Fancien titre de proprie'te , ou plutot la
pretention de la Grande - Bretagne a la propriete
d'une portion de cette Cote , il atterit, te 7 du.
mois , a. 44 degres de latitude , sur la Nouvelle-
Alhion dont, en 1 578 , Famiral Drake avoit pris
possession , au nom cY Elisabeth. Contrarie par les
vents , il ne put que reconnoitre quelques Caps
ou Pointes de terre , auxquels il imposa tes noms
de Gregory et Perpetua, tires du Calendrier tes
jours ou il en eut Ia vue , et te Cap Foul-Weather
{Mauvais temps] : te premier des trois, Ie Cap
Gregory que Cook place a 43 degres 10 minutes,
paroit etre Ie Capo-Bianco de Martin de Aguilar
en  1603. Toujours re'pousse de la Cote par les
1778.
Cook.
* Voyez  A  Voyage   to  the   Pacific   Ocean,  &c.   By   James
Cook. London,  1784. In-4..9 Tome III.
 xcvj INTRODUCTION.
1778.    vents , il en perdit de nouveau la vue, pour ne
Cook.      Ia reprendre   qu'a.   48  degre's   de latitude, ou il
lie put encore apercevoir que de loin , a 48 degres
un quart, un Cap qu'il nomma Cap Flattery.
Enfin , apres avoir encore lutte long - temps
contre Fopposition des vents, Cook prit terre te
29 Mars , par 49 degres 36 minutes de latitude,
et mouilla dans une Baie qu'il nomma Nootka-
Sound, du nom de Nootka qu'elle recoit des Naturels du pays1. C'est ce meme Nootka dont, en
1790, YEspagne rt'clamoit Ia propriete comme
partie inte'grante de ses Domaines d'Amerique.
Cook y sejourna jusqu'au 2.6 d'Avril. II ne fut
pas plus favorise des vents en quittant ce Port ,
qu'il ne Favoit ete avant de Ie de'couvrir ; et les
contrarie'tes qu'il eprouva au-dessus du 5 o.me Parallele , porterent sa Route a. une si grande distance de la Cote , qu'il ne put en prendre aucune
connoissance , jusqu'a ce qu'il eut atteint la latitude de 5 5 degres 20 minutes. Le 2 Mai, a
cette hauteur, il vit Ia terre a 6 lieues.  Parvenu
1 Elle avoit d'abord re^u de Cook Ie nom de King George's
Sound [Baie du Roi George]; mais celui de Nootka, qui est
son nom propre, a prevalu , et avee raison : Ie King George des
Anglais eut deja ete depossede par Ie San-Lorenzo des Espagnols qu'ils ont substitue au premier ; mais il faut esperer
que ceux-ci en viendront quelque jour a appeler Nootka par
son nom ( Noutka pour la pronon^iation fran^aise).
a
 INTRODUCTION* xcvij
a 57 degres 4 ou 5 minutes, il apercut, a. 5 ou 1778
6 lieues d'eloignement, une Montagne remar- Cook°
quable et un Cap , qu'il nomma Mount et Cape
Edgecumbe ; c'est Ie Monte San-Jacinto, et le Capo
del Engano des Espagnols en 1775. Au Sud de
ce Cap , se trouve la Baie qu'Ayala nomma Baya
de Guadalupa ; et au Nord, Cook apercut une
autre Baie a Iaquelle il donna te nom de Bay of
Islands [Baie des iles], et qui est Ie Puerto de los
Remedios de 1775. Cook soupconna que ces deux
Baies pouvoient communiquer par un des bras
de la premiere qui tourne au Sud ; et dans cette
supposition, sa Montagne et son Cap Edgecumbe
devoient appartenir a une ile ; le capitaine Portlock
qui , posterieurement a Cook, a visite cette partie
avee plus de detail , a reconnu que ce grand Na-
vigateur , sans prendre terre , avoit parfaitement
juge de la disposition des Terres.
Vers 5 8 degres de latitude , Cook de'eouvrit
une Entree et un Cap qu'il nomma Cross-Sound
et Cross-Cape [Entree et Cap de la Croix], du
nom que Ie Calendrier anglais donne au 3 Mai,
jour de cette Decouverte. A environ deux tiers
de degre plus au Nord , il apercevoit une Pointe
de terre avancee en mer, et dominee par une
haute Montagne a pic : cette Pointe recut Ie nonl
de Amount Fair Weather [ Mont Beau-Temps]. A
partir. du   58.™  Parallele,   tes   Decouvertes   du
 xcviij I NTR ODUCTION.
1778. capitaine Cook se confondent avee celles des Navi-
Cook. gateurs russes qui, par la position avantageuse des
- Points de Ieur de'part, la Riviere de Kamtschatka,
et Ie Port de Petropaivlowska, se sont trouve's a
portee de devancer tous les Europe'ens dans la decouverte des parties les plus septentrionales de Y Amerique Occidentale. Mais si les Russes peuvent, a.
juste titre, revendiquer la priorite'de la Decouverte , personne ne disputera au capitaine Cook la
gloire et Ie merite d'avoir Ie premier de'termine la
veritable, situation de cette partie du Nouveau
Monde, d'avoir fixe la distance des deux Con-
tinens , et Ieur e'tendue respective , a PEst pour
YAsie, a POuest pour YAmerique du Nord, et,
par ses recherches et ses observations, d'avoir
ouvert la carriere aux Navigateurs des Nations
europe'ennes qui voudroient dans la suite s'attacher
a la nouvelle branche que la decouverte de ces
Cotes presente aux speculations et aux entreprises
du Commerce.
En remontant vers Ie Nord-Ouest, Cook re-
connut Ie Mont Saint-Elie de Bering, vers 60
degres et demi de latitude. II mouilla dans une
grande Baie qu'il nomma, Prince William's Sound
[ Entre'e du Prince Guillaume ], et de la, redescendant vers te Sud-Ouest, il decouvrit et remonta
une Riviere a Iaquelle, apres sa mort, la reconnois-^
sance de sa Nation a impose Ie nom de Cook's-
 INTRODUCTION. xcix
River [Riviere de Cook]. II cotoya ensuite la cote
Orientate de la Presqu'ife d'Alaska, et toucha a
File Ounalaska qui n'est separee de la Pointe
Sud-Ouest de lape'ninsule que par File d'Ounimak:
ces deux iles sont les plus voisines du Continent,
et les plus Orientates de cet Archipel, ou cette
"iongue chaine d'iles de diverses grandeurs , qui
s'etend de I'Est a POuest, sur une ligne courbee
vers Ie Sud, jusqu'a trois cent cinquante lieues de
la grande Terre, si Fon considere Y$£e de Bering
fsoi^me Fextremite de la chaine. Cet Archipel,
cohnu S0us te nom collectif d?iies Aleutiennes, forme
avee Ia cote Nord-Ouest de YAmerique, et la cote
Nord-Est de YAsie, un vaste Bassin dfenviron
douze cents lieues de circuit, qui communique,
du Cote du Sud, avee Ie Grand-Ocean Bo&tal, par
aJ&atn de Detroits que les iles forment entie elles
de canaux; et du cote' du Nord, sous Ie 66.m€
Parallele, avee Y Ocean glacial Antique, parl'unique
Detroit de Bering.
Je vais laisser te capitaine Cook prolonger sa
course dans Ie Bassin du Nord, et y reconnoitre,
tour a tour, la cote de YAmerique et celle de YAsie;
il nous 'suffit de sa*oir qu'il visita d'abord une
partie de la premiere, et y suivit dans son contour,
une grande Baie qu'il nomma Bristol-Bay ; que,
de la, se portant vers Ie milieu du Bassin, il vit Pile
yl'Iatweia des Russes a Iaquelle il imposa Ie nom de
G   2
 c INTRODUCTION.
177$. Gore, te premier de ses lieutenans , qui se trOuva
Cook, commandant en chef apres sa mort et celle du
capitaine Gierke; et que plus au Nord, il reconnut
tes iles du Lieutenant russe , Synd, qu'il nomma
Gierke's Islands [ iles de Gierke ] \ Dans PEst-Nord-
Est.de ces iles, sur te Continent de YAmerique, il
decouvrit Norton - Sound [ Baie ou Entree de
Norton ] : il passa ensuite Ie Detroit de Bering, et
s'eleva dans YOcean glacial Antique, en suivant la
cote du meme Continent, et luttant sans cesse
contre les dangers, les Bancs et les Montagues
ftettantes de glace, jusqu'au Parallele de 70 degres
44 minutes, ou il parvint Ie 1 8 Aout. Ici, une mer
qui n'est plus liquide, une plaine de glace qu'on
peut croire perpetuelle , ne permit pas a ses Vaisseaux de se  porter plus pres du Pole.
Le capitaine Cook put dire, comme notre Poete
Re guard, quand il atteignit tes rochers du Nord
de la Laponie :
Hie tandem stetimus nobis ubi defuit Orbis a.
1 On voit avee peine que Ie capitaine Cook ait voulu subs-
tituer des 110ms anglais a ceux que les Russes avoient imposes
a toutes les iles eparses dans le Bassin du Nord dont nous Ieur
devons la premiere Decouverte : ces substitutions ne peuvent
que jeter de la confusion dans la nomenclature de la Geographic , et faire naitre, dans la suite , des incertitudes et des
doutes sur les epoques des Decouvertesf   - ^f*ht*
3 Si Pan vouloit hasarder une traduction-HXrfc? de ce vers.
 INTRODUCTION.
m
J'observerai, en passant, que POce'an rfavigable     177%.
s'etend plus loin vers Ie Nord , entre YEurope et
\'Amerique qu'entre YAmerique et YAsie; car, du
premier cote, Ie capitaine Phipps parvint, peu s'en
faut, jusqu-'au 8 1 .mc Parallele ; et de celui-ci, te
capitame Cook ne put pas atteindre Ie 7*1 .me : tes
deux tentatives furent faites a deux epoques de
Pannee peu differentes ; la premiere, Ie 17 Juillet,
ia seconde, Ie 1 8 Aout. On sait que Ie capitaine
Cook, dans Ie Voyage ou il parcourut sur toutes
tes directions une partie de YOcean glacial Antarc-
tique, ne put pas pe'netrer au-dela de 71 degres
10 minutes de latitude. Ainsi Ie Parallele de 71
degres, tajit au Sud qu'au Nord, semble etre la
limite de POcean navigable entre YAmerique et
YAsie ; mais on peut dire que jj d'un cote et de
Pautre , il est dangereux , et qu'il est devenu inutile
pour Paccroissement de nos connoissances, de
voyager sur les frontieres.
Les recherches du Navigateur te plus
experimente , Ie plus infatigable qu'ayent vu les
deux Oce'ans, n'ont pu faire renaitre Pespoir de
Cooki
egalement applicable aux deux Voyages Polaires du capitaine
Cook ; on pourroit dire :
L Argonaute Breton que Neptune  adrriiira,
Ne put ettearrete  quoh h  Mer lui manqua>
 Cook,
cij INTRODUCTION.
1778. trouver jamais ce-Passage tant cherche da Grand-
Ocean a YOcean Atlantique , a travers YAmerique
septentrionale : mais si, sous ce rapport, I'Expe-
dition dont la conduite lui avoit ete confiee , n'a
pas eu Ie succes que , sans doute, tout autre
tenteroit en vain d'obtenir, du moins par la meme
voie ; nous lui devons d'avoir fait connoitre a
YEurope une nouvelle branche de commerce avee
la Chine, Ie trafic des Pelleteries , qui, jusqu'alors,
etoit a-peu-pres ignore, et sembloit, ou devoir
etre re'serve exclusivement a. Ia Nation qui occupe
Ie Kamtschatka, ou , tout au plus , partage avee
celle qui, occupant la Californie, d'une part, et les
Philippines, de Pautre, pouvoit faire ses Armemens
dans les Ports de la premiere, et faire des secondes,
I'Entrepot de ses marchandises d'echange-et de
celles de retour. Les sejours que Ie capitaine Cook
avoit faits a Nootka-Sound, a William's-Sound et a.
Cook's-River, avoient mis ses Equipages a. porte'e
de communiquer long-temps avee les Naturels des
differentes parties de la Cote du Nord-Ouest, et de
se procurer, en echange de quelques rnarchandises
d'Europe d'un vii prix , des peaux de Loutre, et
d'autres de'pouilles d'animaux. Ces Fourrures ,
portees a la Chine, s'y vendirent a. des prix exor-
bitans , et tels qu'on seroit tente de soupconner
de Fexageration, si Fon ne connoissoit Pexacti-
tude   et la  veracite   du   lieutenant King qui  a
 INTRODUCTION. m
redige Ie troisieme Volume du dernier Voyage du 1778
capitaine Cook, d'ou j'extrais les de'tails que je vais Goohf
pre'senter \
cc Pendant notre sejour dans la Rade de Macao,
dit Ie lieutenant King, tes Chinois acheterent de
nos Vaisseaux une grande quantite de peaux de
Loutre ; et , chaque jour , ces peaux avoient
augmente de prix. La pacotrlle d'un seul Ma<l?eIot
avoit ete vendue huit cents piastres : quelques-unes
de premiere qualite, bien entieres, bien conservees>
se vendirent cent vingt piastres chacune. J'estime
que les pacotilles reunies de la Resolution et de la
Discovery ont produit deux miile livres sterling,
en Especes ou en Marchandises ; et cependant
nous calculames que , des peaux qui avoient e'te
traitees a Ia Cote de YAmerique, les deux tiers
etoient ou gates ou uses, ou avoient ete vendus
au Kamtschatka; ainsi Ie prix de deux miile livres
sterling doit etre regarde' comme te produit du seul
tiers qui restat de la totalite de la Traite. J'obser-
Verai, ajoute Ie lieutenant King, que, lorsque nous
rassemblions ces Fourrures , nous n'avions aucune
idee de Ieur valeur reelle ; la plupart avoient
servi de vetemens aux Americains ; aucune ne fut
soigne'e pendant notre longue traverse'e ; souvent
A  Voyage to the Pacific Ocean, &c. London,   1783. In-
Tome III, page 437.
G 4.
 civ INTRODUCTION.
1778. elles furent employees pour couvertures de lit, ou
Cook. servirent de manteaux dans notre course au Nord ;
et encore est - il bien probable que les Marchands
chinois, profitant de notre inexperience dans ce
genre de trafic, ne nous offrirent jamais de nos
Eourrures les prix que des Courtiers accre'dites
auroient su en pbtenir. J'en conclus qu'une Expedition a YAmerique , qui auroit pour objet unique
la Traite des Pelleteries , procureroit un be'ne'fice
des plus conside'rables aux Negocians qui vou-
droient se livrer a. cette nouvelle speculation. Les
Equipages des deux Vaisseaux etoient si convaincus
que ce trafic devoit donner d'immenses profits, que
tous manifesterent te desir te plus vif de retourner
a Cook's-River; et Passurance de faire Ieur fortune
avee une seconde cargaison de Fourrures, exalta
tes tetes a un tel .degre, que nous vimes te moment ou cette fermentation pouvoit les porter a. Ia
revoke :».
Le lieutenant King termine son recit par Pex-
position d'un plan de Voyage pour ouvrir un
commerce regie entre la Cote Nord- Ouest de
VAmerique et la Chine. Ce plan, propose par-
Feleve , Pami, te compagnon de Cook, et, pour
ainsi dire , Pheritier de ses pense'es, appuye' d'ail-
leurs du tableau seduisant des e'normes be'ne'fices
qu'avoit procure's une premiere operation , faite
sans dessein,   comme sans preparatifs, offroit a
 INTRODUCTION. cv
la cupidite un appat qui fut saisi avidement partes Nations de YEurope adonnees au grand commerce et deja familiarisees avee les longues Navigations. Bientot YEurope, YAsie et YAmerique
Orientate du Nord se montrerent empressees de
puiser a. cette nouvelle source; YEurope, par tes
Ports d'Angleterre; Y Amerique, par ceux des Etats-
Unis; YAsie, par Ie Bengale et par Bombay : et
Ie commerce des Pelleteries sembloit assurer des
profits si immenses , et se presenta avee des attraits
si irresistibles, que les Espagnols meme, sortant
de Ieur indolence, et tes Portugais de Ieur Ie'-
thargie , se disposerent a. faire des Expeditions,
ceux-ci de Macao ,   et les premiers des Philippines.
.778.
Cook.
Le Gouvernement de France, occupe de
tout ce qui pouvoit dormer, a. Ia fois, plus d'ac-
tivite au Commerce national, et plus d'extension.
a Ia Navigation des Francais , ne pouvoit voir
avee indifference Ie mouvement general qui se
preparoit dans te commerce etranger, et cette
direction commune et simultanee de toutes les
speculations vers un meme objet. Mais avant que
d'exciter, par des invitations, par des encoura-
gemens meme, notre Marine commercante a
entrer en concurrence avee celle des autres Nations , pour un nouveau trafic qui, dans Ie prin-
cipe, avoit du presenter  des benefices hors  de
,78 6.
La Per
 i7o>6.
La Peroa^e.
cvj IN TRODU CTIO N.
proportion , mais qui, par la suite , pouvoit n'offrir
plus que des pertes , si Ie concours dans les achats
en Amerique, et Ie concours dans les ventes en Asie,
s'accroissoient outre mesure, la prudence com-
mandoit de faire visiter la Cote Nord-Ouest de
YAmerique par des Batimens de PEtat, et de verifier par nous-memes ce qu'il etoit permis d'es-
perer, pour Pavenir, d'un commerce qui s'e'toit
annonce avee tant d'avantages. Les de'tails sur ce
nouveau genre de trafic , que le lieutenant King
avoit insere's dans te troisieme Volume du dernier
Voyage de Cook, furent connus en France au
moment ou Ie Gouvernement, dans la vue de
remplir utilement les loisirs de la Paix, et de procurer aux officiers de notre Marine militaire de
grands moyens d'instruction, se proposoit d'or-
donner Parmement de deux Fre'gates qui , en
faisantleTour du Monde, seroient employe'es a. re-*
connoitre tes portions de la Terre que les Navigateurs n'avoient point encore visite'es; a comple'ter
diverses Decouvertes faites dans Ie Grand-Ocean
par tes Francais ; et a perfectionner, par des Observations astronomiques et par des Recherches
dans tes differentes branches de la Physique et
de PHistoire Naturelle , la Description generate
et particuliere du Globe que nous habitons. La
Reconnoissance des cotes Occidentales de YAmerique du   Nord, qui fournissent tes  Pelteteries,
 INTRODUCTION. cvij
pouvoit entrer dans Ie plan qui avoit e'te concu,
sans qu'il fut ne'cessaire d'en changer les premieres dispositions : et les Instructions donnt'es a
la Perouse, a. qui la conduite de PExpe'dition fut
confiee, lui prescrivoient expresse'ment de faire
une Reconnoissance particuliere des Cotes Nord^
Ouest de YAmerique. II importoit sur-tout qu'il
visitat soigneusement les parties comprises entre
49 et ^7 degre's de latitude , parce que , sur tout
cet espace, Ie capitaine Cook constamment con-
trarie par tes vents , n'avoit pu reconnoitre que
te seul Point de Nootka; et Fon savoit que, si
tes Decouvertes de Fuente avoient quelque realite',
c'e'toit dans Fintervalle de ces deux Paralleles
qu'on pouvoit esperer de les retrouver. La Perouse „ dans sa Reconnoissance de ia Cote Nord-
Ouest de YAmerique, devoit aussi examiner quelle
seroit la maniere la plus avantageuse d'en extraire
les Pelfeteries ; a quel taux elles s'e'toient eteve'es,
depuis que la concurrence avoit du en faire
hausser la valeur; et quelles marchandises d'Europe paroissoient avoir une prefe'rence marquee
dans les echanges avee tes Naturels de la Cote;
il devoit, au moyen des divers effets de Traite
qui avoient ete remis a sa disposition, se procurer
par lui-meme un assortiment de peaux de Loutre
et d'autres animaux , sufiisant pour un Essai, et
porter ces feaux a la Chine pour y etre vendues
•i 7*8 6.
La Perot: se.
 17S6.
La Perouse.
cviij INTRODUCTION.
ou converties en denrees et marchandises de
POrient.'Cette double operation d'echange don-
neroit un premier benefice auquel on ajouteroit Ie
benefice connu sur tes productions de YAsie dans
les Marches de YEurope : et cette serie d'operations
combinees pouvoit seule conduire a se former ,
par apercu , une idee du benefice total que la
Traite des Pelleteries , qui appeloit nos Vaisseaux
a de si grandes distances et exigeoit des avances
si conside'rables, pouvoit promettre en dernier
resultat aux speculations du Commerce.
Mon intention n'est point de devancer la publication du Voyage de la Perouse , ni de rapporter
en de'tail ses ope'rations a la Cote Nord-Ouest de
YAmerique; je ne veux qu'indiquer les Points qu'il
y a decouverts ou reconnus , et les epoques de
ses De'couvertes.
II atterit Ie 23 Juin 1786', vers Ie 60.*"° Parallele , sur te mont Saint-Elie de Bering. Parvenu
a 5 8° 38' de latitude, et 139 degres 50 minutes
a. FOccident du Meridien de Paris, il apercut
une Ouverture qui indiquoit un Havre ou un
Passage : il s'y engagea , et de'couvrit un tres-
beau Port qu'il nomma Ie Port des Franfais, et
qui , malheureusement, n'a que trop de droits a
conserver a jamais ce nom, apres qu'un accident
lamentable y a occasionne la perte de plusieurs
Officiers distingues, et   d'un   grand nombre   de
 INTRODUCTION. cix
gens des Equipages appartenant aux deux Fregates.     1786.
Entre Ie 57.™° et le 5 5-me Parallele, c'est-a- LaPercuse.
dire depuis le Monte San-Jacinto jusqu'au Cap
Sant-Agustin des Espagnols, la Perouse a releve
soigneusement une etendue de 40 lieues de Cotes,
que Ie capitaine Cook n'avoit, pour ainsi dire ,
qu'entrevue, et de Iaquelle on n'a eu qu'une idee
bien imparfaite, tant qu'on ne Pa connue que par
le Journal cYAntonio Maurelle, La Perouse s'est
assure , par une Reconnoissance exacte etdetaille'e,
que Pintervalle entre Ie $6.me et Ie 5 5.mc degre
de latitude , est rempli par un Archipel qui , se-
pare du Continent par un Canal d'environ 5 lieues
dans sa plus grande largeur , se prolonge sur une
longueur de plus de 20 lieues , du Nord-Nord-
Ouest au Sud-Sud-Est. Cet Archipel ne se
trouve meme pas indique dans ie Journal des
Espagnols : c'est cependant vers Ie tiers de sa
longueur , a partir du Cap Sant-Agustin , que se
trouve situe Ieur beau Port de Bucarelli: et Ieur
ile San-Carlos qui se presente a 3 ou 4 lieues
dans Ie Sud-Sud-Ouest du Cap, avee les. ilots
qui en dependent, pourroit etre consideree comme
un prolongement ou la queue de cet Archipel.
Le 10 Aout, vers-54 degre's un tiers de latitude, la Perouse commenca a decouvrir une Iongue
ftfite de Terres que le capitaine Cook, ecarte de la
Cote par les vents contraires ,   n'avoit point ete
 La Pero
0.
use.
cx INTRODU CTION.
a. portee de reconnoitre, et dont on peut dourer
que les Espagnols ayent jamais eu co.nnoissance,
puisqu'ils n'en ont fait aucune mention particu-
liere. La Perouse les prolongea pendant dix jours,
du Nord au Sud, jusque par-dela. Ie 52.™° degre'
sur une e'tendue de 5 o lieues ; et apres avoir
double Ie Cap Ie plus meridional, il rapiqua dans
te Nord a PEst de ces Terres qu'il reconnut etre
de'tachees du Continent; mais il ne put, avee les
vents de la partie du Nord , s'elever assez haut
dans le Golfe ou il se trouvoit engage, pour s'as-
surer si elles font partie d'un Archipel, comme il
Ie presumoit, ou si elles appartiennent a une
grande presqu'ile liee au Continent par un isthme
que PeToigiiement ne lui auroit pas permis d'aper-
cevoir. On a su depuis que c'est, en effet, un
Archipel que les Anglais qui Pont reconnu,
poste'rieurement au Voyage des Francais , ont
nomme Queen Charlotte's Islands [ iles de la Reine
Charlotte
De la partie meridionale de ces Terres, tra-
versant Ie Golfe et cinglant vers te Nord-Est,
la Perouse .%fffcignit bientot celles qui se montroient
de ce cote , et decouvrit plusieurs iles qui doivent
faire partie de PArchipel de S&m-La^aro de Famiral
de Fuente, et au-dela desquelles , a un assez grand
eloignement, il distingMO.it les hautes terres du
Continent. ( Voyei la Note 2 ci-devant pag. xxxix.]
 INTRODUCTION. ,   cxj
La visite de la Cote Nord-Ouest de YAmerique 1786.
n'etoit pas Fobjet principal de PExpedition de la La Perouse.
Perouse ; et comme la fin du mois d'Aout appro-
choit, et que la saison de la navigation sur cette
Cote ou tes brumes sont tres - fre'quentes et les
vents pour 1'ordinaire violens , finit avee Ie mois
de Septembre, ii ne lui etoit pas loisible de s'en-
gager dans des Reconnoissances de detail qui au-
roient exige plusieurs mois : il etoit d'ailteurs
oblige d'economiser Ie temps , et d'en faire une
repartition proportionnee au nombre, a la nature
et a. Ia dure'e presumee des pp^afions qui lui
restoient a faire, telle , enfin , que la lui imposoit
Fentiere execution du plan immense qui lui etoit
trace dans ses Instructions. En prolongeant ,
comme il te fit, ses Reconnoissances jusqu'au
Nootka-Sound de Cook, il avoit complete ce qui
manquoit a celles de ce celebre Navigateur entre
Ie 49.me et Ie 57.me Parallele. Ainsi des Vaisseaux
expedies des Ports d'Europe nous ont procure ,
par quelques mois de recherches , la connois-
sance d'une longue suite de Cotes que tes Espagnols qui, depuis deux siecles et demi , en oc-
cupent une partie, n'etoient pas encore parvenus
a connoitre !
La Perouse dressa une Carte exacte de toute la
cote qu'il a visitee, et imposa des noms aux Caps,
aux  Ports et aux iles qui n'ont point ete vus pa*
 cxij INTRODUCTION.
1786. tes Navigateurs qui I'avoient devance \ Parvenu
La Perouse, a la hauteur de Nootka-Sound, il continua de faire
route dans le Sud, et relacha vers Ie milieu de
Septembre , au Port de Monterey , d'ou il fit passer
en France un precis des premieres operations de sa
Campagne.
Je ne suivrai pas la Perouse dans sa navigation ulte'rieure ; j'ajouterai settlement a Findi-
cation que j'ai donnee de la portion de Cotes
qu'il a reconnue, que, pour satisfaire a Particle
de ses Instructions relatif au commerce des Pelle-
teries , il avoit traite quelques Fourrures a ia Cote
du Nord-Ouest; et qu'ayant, dans Ie cours de son
Voyage, relache dans la Rade de Macao, il y fit
mettre en vente les peaux de Loutre et d'autres
animaux qu'il avoit pu se procurer. Cette vente
produisit cinquante-cinq miile livres tournois; et
j'observe que cette somme fut repartie , en totalite,
entre les Matelots et les Soldats des deux Fregates,
sms aucun part age avee les Et at s-Majors.
On s'etonnera, sans doute, que j'appuie sur cette
observation ;  et, assurement, il ne me fut jamais
1 On trouvera dans VAtlas qui doit accompagner, la .Relation du Voyage de la Perouse, une Carte generals et plusieurs Cartes particulieres qui presenteront, dans le plus grand
detail, la Reconnoissance qu'il a nnte de la Cote du Nord-
Ouest de VAa&tiquti
venu
-
 INTRODUCTION. cxiij
venu dans Ia pense'e qu'il put etre necessaire i
de la presenter, si Ie Redacteur * du Voyage du La
capitaine Dixon ne se fut permis des assertions te-
meraires, je dirois presque mal-honnetes , que je
suis bien loin d'attribuer au capitaine Dixon lui-
meme : un Navigateur par etat , un Miiitaire
marin, connoit trop tes egards mutuels que se
doivent ceux qui, en affrontant les memes dangers,
se de'vouent a eclairer et enrichir Ieur pays , pour
qu'il se fut hasarde' a porter un jugement defa-
vorable sur une Expedition qu'il ne connoit pas
et ne peut pas connoitre, encore moins pour qu'il
cherchat a faire suspecter la ve'raciteVdu chef de
PExpedition.
cc Les Fregates franchises la Boussole et YAstrolabe, dit Ie Redacteur anglais2, commandees par
1 On a ignore quel etoit le Redacteur du Voyage de Dixon,
ecrit en forme de lettres signees W. B, jusqu'a ce que M. Dixon
d'une part, et de I'autre, M. Meares , nous ayent appris que
le Journal etoit i'ouvrage de M. Beresford, employe sur le
navire Queen-Charlotte en qualite de Subrecargue.( Voyez Dixon s
Remarks on Meares's Voyages, page 8, et Meares's Answer,
page 6.)
Quand on lit ce Journal , on croit sans peine ce que Ie
capitaine Dixon a dit de Yignorance de son Auteur sur tout ce
qui concerne la Marine et la Navigation, ( Page xxij de YIntro~
duction qui est I'ouvrage de Dixon. )
a Dixon's V°yage round the World. London, 1789. In-/^.°,
page 320.
 txm INTRODUCTION.
178 6. MM. de la Perouse et de Langle, furent expediees
ia Perouse. d'un Port de France en 1785 : on dit \ qu'ils ont
suivi la Cote Nord r Ouest de YAmerique depuis
FEtablissement espagnol de Monterey jusqu'au
60.me degre de latitude Nord , ce qui n'est pas
vraisemblable : car, quoique ces Bdtimens n'eussent
d'autre destination que celle de faire des Decouvertes,
cependant les Commandans n'ont pas oublie que les
Fourrures sont un article de commerce d'une grande
valeur ; et consequemment, ils se sont procure ,
pendant Ieur sejour sur la cote de YAmerique,
environ six cents peaux de Loutre, mais la plupart
coupees par more e aux , de la demure qualite, et
evideniment de la meme partie d'ou les Espagnols tirent
les leurs : tandis que, s'ils eussent, en effet, traitedans
les parties septentrionales, comme ok le suppose, ils y
auroient trouve des peaux d'une qualite tres-
superieure a  celles qu'ils ont rapporte'es foj|
Je dirai d'abord que je concois que Ie desin-
teressement du Commandant et des Etats-majors des
* -Le Traducteur fran^ais du Voyage de Dixon a traduit cette
phrase : They are said to have traced the North-West Coast of
America , &c. par celle-ci : Ils pretendent ( la Perouse et de
Langle ) avoir suivi la cote de YAmerique, Sec. La veritable
traduction est, On dit qu'ils ont suivi , &c. ; ce qui est tres-
different : Ia premiere expression reprocheroit formellement
aux Commandans francais d'en avoir impose'; la seconde n§
presente qu'un on dit dont il est permis de douter,
 INTRODUCTIONS exv
Frigates franchises puisse etonner un Suhrecargue
dont toutes tes idees doivent router sur les moyens
qu'on peut employer pour accroitre tes benefices
de ses Commettans ; mais j'ajouterai qu'un Militaire
francais n'a tt ache a cet acte de desinte'ressement
d'autre merite que celui d'avoir fait ce qu'il se doit
a lui.-meme , et ce qu'il doit aux compagnons
ignores de ses travaux, qui, partageant egaieraent
avee ceux qui les commandent, les fatigues et
tes dangers de PExpedition , n'ont pas une part
egale a la gloire : chacun se trouve paye' dans la
monnoie qui lui convient.
Je demanderai ensuite au Redacteur d'oii il sait
que les Fre'gates francaises n'avoient d'autre destination que celle de faire des Decouvertes : voudroit-il
que nous crussions qu'il avoit lu les Instructions
donnees a la Perouse !
Je lui demanderai encore si Ia latitude de 5 8
degre's 3 8 minutes , qui est celle du Port des
Franfais, lui paroit assez Septentrionale TJour que
ce  Port   soit  compris  dans   ce  qu'il   appelle les
Parties Septentrionales I  Je It
ferai observer que
la latitude de Norfolk- Bay, la Baya de Guaddlupd
des Espagnols, dans Iaquelle, en 1787, Ie capitaine Dixon a fait une partie de sa Traite , n'est
que   de   57 degre's
et
les   iles   de   Queen-
Charlotte devant lesquelies , en si peu de temps ,
il traita une quantite si considerable de manteaux
Hz
1786.
La Perouse*
 cxvj INTRODUCTION.
1786. de Castor et de peaux de Loutre, selon lui de la
La Perouse. premiere qualite, sont situees entre te 5 4-me et Ie
5 2.mc Parallele : pourquoi ne veut-il done pas
que la Perouse qui s'est eleve jusqu'au voisinage
du 59.mc ou il a traite, ait pu s'y* procurer des
Fourrures d'une aussi belle qualite que pouvoient
Petre celies que Dixon a obtenues 7 degres plus
bas, puisqu'il dit lui - meme, et que Fon savoit
avant lui , que , plus la latitude est elevee , plus les
peaux augmentent en.qualite' ! Et pourquoi se
permet-il de dire qu'il est evident que la Perouse
n'a traite que dans les parties Meridionales exploitees
par les Espagnols I J'ignore d'ou ceux-ci tirent
leurs Fourrures ; mais il est vraisemblable qu'ils se
tes procurent principalement par leurs Presides de
San-Diego et de Monterey, le premier situe a 33
degres deux tiers , le second a. 3 6 degres 3 8
minutes ' : il y a loin de ces latitudes , et loin
encore de celle de 5 2 degres a Iaquelle Dixon a
fait sa riche Traite, jusqu'a la latitude de 5 8 degres
1 Si les Espagnols forment quelque jour, comme on peut
Ie presumer , un Etablissement solide dans la Baie de Bucarelli,
qui presente plusieurs beaux Ports , et qui est situee au-dessus
de 55 degres de latitude, ils pourront en tirer des Fourrures
de premiere qualite : et sans doute , ils ne negligeront pas
cette ressource "qui est, pour ainsi dire, a Ieur porte, et peut
alimenter Ieur commerce languissant des Philippines avee la
Chine.
 INTRODUCTION. ex vi j
deux tiers a. Iaquelle la Perouse a fait la sienne, et
ou il est evident ( car c'est ici qu'est y evidence ) qu'il
a pu se procurer des peaux de premiere qualite, Je
ne sais si les Anglais pensent que decrier Ie
Commerce des autres Nations soit un moyen
legitime de donner plus d'extension et plus de
lustre a celui de la Grande-B ret a gne \
Assurement, je ne pretends pas que Fessai de Traite fait
par la Perouse, lui ait procure des peaux d'aussi belle condition
que celles que Dixon a obtenues dans un voyage qui n'avoit .
d'autre objet que la Traite des Pelleteries ; mais il ne s'agit
pas ici de la Condition des Peaux , c'est de Ieur Qualite' qu'il
est question ; parce que la qualite tient aux latitudes par
Iesquelles on a traite, et que la condition depend de circons-
tances absolument etrangeres a. Ia latitude. La Perouse, dans
une lettre qu'il m'ecrivoit de la Rade de Macao, ie 13 Janvier 1787, disoit : « Nous avons traite, a la cote de 1'Ame-
rique septentrionale , pres de miile peaux de Loutre ; mais
le plus grand nombre est en "lambeaux et pourri-*, — Certes,
i! falloit que ces lambeaux eussent appartemi a des Peaux d'une
Qualite bien superieure, et par consequent provenant ^e Latitudes
bien elevees, puisque Ieur vente a la Chine a produit Dix miile
Piastres [55 miile livres tournois, la Piastre a 5 1. 10 s. J
Quand on a connu la Perouse et les sentimens d'humanite et
de bienfaisance qui dirigeoient sa conduite , on n'est pas etonne
qu'il gemit sur ses Fourrures , et qu'en m'ecrivant dans la
douleur de son cceur , il ait beaucop exagere Ie mauvais etat
dans lequel elles se trouvoient a son arrivee a Macao : helas!
il eut voulu que Ie produit de ces Peaux put faire la fortune
de chacun des Matelots et Soldats qui servoient sous ses
©rdres, et qu'il cherissoit comme ses enfans !
 La Perouse.
cxviij INTRODUCTION.
Enfin, pour dissiper les domes que Ie Redacteur
de Dixon feint d'avoir, et qu'il voudroit acCrediter,
sur Ia Reconnoissance que la Perouse a faite de la
Cote Nord-Ouest de YAmerique, je lui dirai que
le vrai n'est pas toujours vraisemblable, mais qu'il est
toujours vrai; que Ie Journal de ce Commandant,
ecrit de sa propre main , depuis son depart de
Brest, jusqu'au jour qui a precede son de'part de
Botany - Bay, et imprime tel qu'il est parvenu en
France en diffe'rens envois, prouvera que la Perouse
a prolonge , reconnu , examine , releve Ia Cote
Nord-Ouest de YAmerique, non pas, comme Ie dit
FEcrivain que je combats, depuis Monterey jusqu'au 6o.mc degre de latitude Nord , mais depuis
Ie 60.me degre jusqu'a Alonterey, ce qui est tres-
different ; car on salt que les vents du Nord et
du Nord-Ouest, qui regnent assez constamment
sur cette etendue de Cote, donnent toute facilite
pour descendre du Nord au Sud, tandis qu'ils
opposent des difflculte's souvent insurmontables ,
ainsi que Ie capitaine Cook Pa eprouve, quand on
veut remonter du Sud au Nord.
On ne sera plus etonne que Ie Redacteur du
Voyage de Dixon veuille douter que la Perouse
ait reconnu une longueur de Cotes d'environ
23 degres et demi, ou 470 lieues en latitude, si
Fon fait attention que Pespace entre Ie 5 0,me et Ie
5 6~.me Parallele, que Cook n'avoit pu reconnoitre %
 INTRODUCTION. cxi.^
se trouve compris dans Pespace que la Perouse
a reconnu en 1786 : comment croire, en effet,
qu'un Francais ^it execute' ce qu'un Anglais
n'avoit pu faire ? IT faut encore que Fon sache
que te capitaine Dixon , quoique les capitaines
Lowrie et Guise lui contestent la priorite, a la
pretention d'avoir de'eouvert , en 1787, ces
memes terres ou plutot ces memes iles se'parees du
Continent par un Golfe , que la Perouse avoit
de'couvertes, Pannee pre'ce'dente, entre 54 et 52
degre's de latitude \ Le Voyage de la Perouse
donnera un nouveau deplaisir au Re'dacteur de
celui de Dixon, lorsqu'il y verra qu'un Francais
a retrouve, en 1786, entre 52 et 53 degre's,
I'Archipel San-Lazaro de Famiral de Fuente que lei-
Navigateurs anglais n'ont retrouve que dans les
annees suivantes : il en sera quitte pour dire que
La Perousig
* Le capitaine Dixon pourroit objecter que, le 17 Septembre
de 1786 , il avoit atteri, par 53 degres 46 minutes de latitude •,
sur la Cote Occidentale des iles Queen - Charlotte, qu'il ne
reconnut que Pannee suivante ; mais ii ne fit qu'une pointe
sur ces Terres qu'il crut appartenir au Continent; et il continua
sa route pour NootRa-Sound ( Dixon's Voyage, page 76*). SI
I'on vouloit appeler cette simple Vue la Decouverte des iles
Queen-Charlotte, Dixon n'auroit pas encore la priorite : car*
il en entrevit un point Ie 17 Septembre; et, du 10 au 2o>
Aout de la meme annee , la Perouse en avoit prolonge la
feande occidentale du Nord au Sud sur toute Ieur longueur $
et les avoit contournees par leu* partie meridioaale.
 1700.
La Perouse*
cxx INTRODUCTION.
cela n'est pas vraisemblable : et il ne doutera pas
.que, sur une assertion  aussi imposante , qui  ne
permet pas Fexamen, toute YEurope ne demeure
convaincue que cela n'est pas vrai, ■
Les Anglais ontprofite trop long-temps de notre
silence; trop long-temps ils ont eu Phonneur de
ces De'couvertes dans lesquelles nous les avons
devance's : eh quoi ! parce* que des circonstances
malheureuses, trop connues du Monde entierpour
que je ne m'epargne pas le supplice de tes retracer,
et au Lecteur celui de les lire, se sont opposees
invinciblement a ce que la publication du Voyage
de notre Compatriote fut faite dans Ie temps ou
elle eut du Fetre, nous souffririons, sans re'clamer,
que cet infortune Navigateur ne jouit pas, apres
sa mort, de ses immortels travaux I Ah! si sa
destinee n'a pas permis que nous pussions les graver
sur sa tombe ; que du moins, en recueillant cet
heritage , la Nation sensible et juste, pour Iaquelle
il sacrifia sa vie, consacre a jamais dans les fastes
de PFIistoire , ses services , sa mort et notre reconnoissance !
Mais si Fon ne peut accorder aux Anglais
d'avoir les premiers decouvert les iles auxquelfes
ils ont impose Ie nom de Queen-Charlotte, ni d'avoir
retrouve les premiers PArchipel de San -La7a.ro,
qu'ils ont nomme Princess Royal Lslands [ iles de la
Princesse Royale ] , on ne peut Ieur refuser un
 INTRODUCTION. cxxj
merite qui ne doit pas etre oublie , celui d'avoir
reconnu dans un plus grand detail ces memes
parties de Cotes qui avoient echappe aux recherches
du capitaine Cook; que tes Espagnols peuvent avoir
vues anterieurement sans les reconnoitre, ou peut-
etre sans vouloir nous tes faire connoitre ; et qui
completent la Reconnoissance des Cotes du Nord-
Ouest de YAmerique, depuis te Cap Mendocino, par
41 degres et demi de latitude, jusqu'au Cap de
Glace , situe entre te 70.me et le 7i.me Parallele , te plus septentrional que Ie capitaine Cook
put atteindre dans ce fatal Voyage ou une mort
tragique termina la plus Iaborieuse et la plus
utile carriere que jamais aucun Navigateur ait
remplie.
1786.
La Perouse.
Comme toutes tes Reconnoissances, depuis Ie
48.mc degre jusqu'au $6.me9 faites par les Navigateurs anglais , dans Ie cours des quatre annees
comprises entre 1785 et 1789, rentrent en partie
les unes dans tes autres, je ne presenterai pas de
grands details sur les operations particulieres de
■ chaque Navigateur; je dois me borner a indiquer
les epoques des Voyages, et la circonstance la plus
marquante de chaque Expe'cfition. On assure que
te Gouvernement anglais a expedie , dans ces
derniers temps, des Batimens avee la mission spe'-
ciale de faire une Reconnoissance complete de la
Rec
 INTRODUCTION.
rifie
cxxij
Keconnois- Cote du Nord-Ouest de 1'Amerique, de verifier et
.,sznces de ia rectjger ]es rapports de chaque Navigateur, et de
CoteduN.O. rr L .        .
entre ie 48.™ composer, de tous les travaux particuliers de la
otie56-mePa-Nation   anglaise  dans   cette   partie,  un   tableau
raIlde' /     I     r     r '<-    J       I A . , j t    T
general rait de la meme main, dans iequei la
description de cette partie du Globe, fon dee sur
des recherches et des Observations multipliees, ne
te cedera point en exactitude a la description des
Continens dont les Cotes sont le plus frequentees.
On peut croire que la Nation Britannique qui ,
dans tous les temps, a publie sans reserve te resultat
de ses Expeditions maritimes , n'en mettra point
dans la publication d'un Ouvrage qui, en faisant
honneur a la pre'voyance de son Gouvernement et
aux talens de ses Marins, deviendra la censure du
silence ou des reticences d'une Nation dont toutes
tes autres devoient attendre ce bienfait. Mais si te
travail des Anglais est termine, nous ne pourrons
en jouir que lorsque la plus impitoyabie des
guerres ayant enfin cesse de depeupler YEurope et
de desoler les deux Mondes, une paix necessaire
aura rouvert, du moins pour un temps, des canaux
de communication entre cleux Peuples qui, Pun
et Pautre, ont trop d'energie, trop de lumieres,
trop de possessions,*trop de commerce, trop de
puissance, pour que, rivaux de gloire depuis qu'ils
figment sur la scene du Monde , il£ ne §Qiertf pas
e'ternellement divises d'inte'rets.
 INTRODUCTION.
TJ
Keconnois-
En   attendant   que  Ie  travail  ge'ne'ral   qui   est    Re.
S . a sances   de   lat
annonce puisse nous etre connu, parcourons ra- c„   d N 0>
pidement les operations particulieres qui ont pre'- entre Ie 4.8.me
dui et ie <6.me Pa-
ensemble. >
O       a roIUI^.
Le troisieme Voyage du capitaine Cook ne
fut publie a Londres qu'en 1784; et de'ja. en 178 1,
a la premiere indication qu'on avoit eue d'une
nouvelle branche de commerce , qui se presentoit
sur la Cote Nord-Ouest de YAmerique, une Expedition s'etoit prep are e  dans Ie  Golfe Adriatique,
avee    Pavilion
srial,   sous   la   direction   de
Voyage
projete.
W. Bolts*
Williams Bolts, Anglais de Nation, au service de
FEmpereur , d'Allemagne , homme tres - instruit ,
employe long-temps dans tes Indes-Orientales et
au Bengale, et qui avoit acquis dans plusieurs
grands Voyages de mer, toutes tes connoissances
necessaires pour hien disposer une Expedition de
ce genre. Aussi Parmement avoit - il Ie double
objet de faire des Decouvertes geographiques, et
de traiter des Pelleteries a la cote Nord-Ouest de
YAmerique ; et dans cette vue , des personnes
versees dans les differentes parties des Sciences
naturelles et physiques, dev'oient y etre employees.
Mais une intrigue dont on ignore et la source et
tes moyens , culbuta cette entreprise, avant que
les deux Navires qui y e'toient destines eussent eie
mis en etat de I'executer.
 i78j.
Hanna.
I," Voyage,
cxxiv INTRODUCTION.
Si les speculations qu'un nouveau Commerce excitoit, pouvoient,- a un si grand eloi-
gnement, engager YEurope a faire des entreprises;
combien ne devoient-elles pas etre plus attrayantes
pour tes Armateurs et tes Negocians dissemines
sur toutes les parties de YAsie ou les Europe'ens
exercent Ieur activite commerciale ! En effet, il etoit
sensible que les Vaisseaux qui seroient expedie's
des Mers situees a. FOrient de PAncien Monde ,
auroient un grand avantage sur ceux qui parti-
roient des Ports d'Europe: le Voyage des premiers
ne consistoit qu'a traverser deux fois Ie Grand-
Ocean avee des vents reguliers et connus; tandis
que les seconds , oblige's de doubter ou Ie cap de
Horn , ou le Cap de Bonne-Esperance, selon qu'ils
prennent Ieur route par POuest ou par I'Est, et
exposes a la variation et a la contrarie'te des vents,
alongent necessairement leurs traversees de 7 ou
8 miile lieues , et la durte de Ieur Navigation ,
de plus d'une annee : aussi les speculations se
sont - elles principalement multipliers dans les
Ports de la Chine et de YInde.
La premiere Expe'dition fut preparee dans la
Riviere de Canton : Ie capitaine James Hanna y
equipa un Brig de 60 tonneaux et 30 homines
d'Equipage, et fit voile du Typa au mois d'Avril
1785. II s'eleva dans Ie Nord de YAsie, traversa
par te Sud du Japon? etarriva, dans te mois d'Aout,.
 li
INTRODUCTION. cxxv
a Nootka-Sound que, d'apres Pexperience du capitaine Cook, on regardqit comme Ie grand
Marche des  Fourrures de YAmerique.
Quand sa Traite fut termine'e, Hanna remonta
dans le Nord de Nootka; vers 5 1 degres un quart
de latitude , il de'couvrit FitThugh-Sound [PEntree
de Fit-Tliugh ] , et n'avoit qu'un pas a faire pour
retrouver PArchipel de San-La^aro de Fuente ; il
visita meme, a cette hauteur des iles nominees par
lui iles Lance , qui pourroient en de'pendre ,
d'autres Terres auxquelles il donna Ie nom de
Henry Lane, et un Port qui recut celui de Sea-
Otter's Harbour [ Ie Havre de la Loutre de mer].
On dit que Hanna rapporta a la Chine une riche
cargaison de Fourrures r.
.785.
Hanna.
I," Voyage.
Le sue ces de ce premier Voyage Fengagea,    1786.
en 1786, a, en entreprendre un second avee un
Navire de 120 Tonneaux de Port, Ie Sea-Otter.
II partit de Macao dans Ie mois de Mai , et, se
rendit en droiture a Nootka-Sound. Cette seconde
Expedition de Hanna n'a rien ajoute a. nos con-
noissances sur la Cote Nord-Ouest de YAmerique;
J'ignore si, depuis que les communications avee 1'Angleterre
sont fermees , les Voyages de Hanna et de quelques autres
Navigateurs anglais ont ete publies ; j'ai extrait ce qui concern©
celui de Hanna, des Relations originales de Portlock, page 3.
—. Dixon, page xvij, et Meares j page Jj.^ |
Hanna.
II.e Voyage-,
 Hanna.
cxxvj INTRODUCTION.
1786. on ne croit pas qu'elle ait ete aussi lucrative que
la premiere : il fit son retour a Macao, au mois
de Mai 1787, et se disposoit pour un troisieme
Voyage, lorsque Ia mort Parreta au milieu de sa
carriere.
n.ev
oyage.
Cette Expedition ne fut pas la seule que
Panne'e 1786 vit entreprendre : diverses Socie'te's
de Ne'gocians et de riches Capitalistes , tant
en Asie qu'en Europe , voulurent tenter la
fortune par la voie que Ie capitaine Cook avoit
ouverte.
Le capitaine Peters, commandant te Senau
Ie Lark [PAIouette] de 220 tonneaux et 40
hornmes d'equipage , fut expe'die de Macao dans
Ie mois de Juillet de Pannee 1786 : ses Instructions lui prescrivoient de se rendre a la Cote
Nord- Ouest de YAmerique par la Route du
Kamtschatka, et de reconnoitre les iles qui sont
situees au Nord du Japon. II arriva Ie 20 Aoiit
a Petropawlowska, et en repartit te 18 Septembre.
On a su depuis que te Lark avoit peri sur
Mednoi Ostroff [Y ile de Cuivre], situee dans Ie
Sud-Est de Pile Bering, et que deux personnes
seulement avoient echappe du naufrage ft
1 L'Introduction du Voyage du capitaine Dixon  ( paae xviij
de 1'Original) , m'a fourni  l'Extrait qu'on vient de lire dtt
 INTRODUCTION. cxxvij
QuoiQUE la Riviere de Canton et Ie Port de     1786.
Macao semblassent indiques specialement pour les     Lowrie
Expeditions  relatives  a  un commerce qui  avoit     Quise
son debouche par la Chine;  les Ports de YInde,
Bombay et Calkutta, a raison des facilites   qu'ils
offrent aux Armateurs pour Pequipement et Pap-
provisionnement des Vaisseaux, obtinrent bientot
ureterence sur
premi
M
ombay m
it en mer vers te commencement de
Voyage du Senau Ie Lark ; mais j'ai pense que j'y devois
joindre des details particuliers qui prouvent a quel point
Pactivite commerciale des Anglais s!exerce sur tous les points
du Globe ; et comment , par des speculations combinees ,
par des operations d'echange , doubles et triples, ils savent, en
multipliant , pour ainsi dire, Ie meme voyage, doubler et
tripler les benefices , sans augmenter les frais de {'Expedition.
Nous devons ces details a un Voyageur francais qui, comptant
a peine cinq lustres , n'hesita pas d'entreprendre par terre , et
termina heureusement, mais non sans beaucoup de fatigues
et de dangers , un voyage de quatre miile lieues , a travers
les deserts glaces du ^Kamtschatka et de ia Siberie, et cette
immense etendue de pays compris entre Petropawlowska
et la Capitale de la France , pour apporter a Versailles,
oil il arriva le 17 Octobre 1788 , ies depeches et les
Journaux de la Perouse sous les ordres duquel il avoit
, .servi depuis son depart dyEurope , jusqu'a son depart dia.
Kamtschatka.
( Voyez le Journal hist or i que du Voyage de Lesseps , d»
Kamtschatka en France, Paris, Imprimerie Royale , 1700.
„2 vol. /»-8°. Tome  I.er , Note de la  page   10.)
%\Jx\. Batiment anglais ( dit Lesseps ), appartenant a }AKLan^
 17$ 6.
Lowrie
et i
Guise.
cxxviij I NT RODUCTION.
Pannee 1786, tes Senaus , Ie Capitaine Cook du
port de 300 tonneaux, commande par Ie capitaine Lowrie, et PExperiment, de 100 tonneaux,
par Ie capitaine Guise : M. Strange, employe de
la Compagnie anglaise , s'embarqua sur le premier
de ces Batimens en qualite de Subrecargue.
Ces deux Navires furent rendus , te 27 Juin
de la meme annee , a Nootka-Sound ou ils sejour-
nerent jusqu'au 27' de Juillet.
»» ( ou Lance),  Negociant a Macao,  vint I!annee  derniere ,
» 1786,   mouiller au    Port de   Saint-Pierre   et  Saint-Paul':
» le capitaine Peters, commandant le  Navire, fit aux Russes
» des propositions de commerce , dont voici Ia substance. Par
» son Traite avee un Marchand  russe ,  nomme Schelikhoff,. il
» s'engageoit a faire  le commerce dans cette partie des Etats
» de   i'lmperatrice ,   et demandoit des marchandises pour  la
» valeur  de   quatre-vingt  miile  roubles.   II  est  probable   que
» ces marchandises n'eussent consiste qu'en Pelleteries que les
» Anglais se proposoient de vendre en Chine, d'ou ils auroicnt
*» rapporte , en echange ,  des etotfes et d'autres objets conve-
»♦ meme a Saint-Petersbourg,  pour y solliciter 1'agrement de
y> sa  Souveraine , et I'obtint;   mais pendant qu'il travailloit a
v se   mettre en   etat de remplir les clauses de  son traite ,  il
»» fut  informe que  le  Navire  anglais avoit peri sur les cotes
« de 1'ile de Cuivre, en revenant au Kamtschatka, de la partie
» Nord-Ouest de  VAmerique ?   il  y  avoit ete ,  selon  toutes
» les apparences ,   prendre des Fourrures pour commencer sa
« cargaison qu'il   venoit completer au  Port de Saint-Pierre et
*> Saint-Paul.   On   sut   que   deux  hommes seulement de  son
* Equipage, un Portugais et un JNegre du B en gale , s'etoient
lis
 INTRODUCTION. cxxix
Us visiterent ensuite d'autres parties de Ia Cote,
et parvinrent a. William's-Sound, decouvert, en
1778, par Cook, sous Ie 60.e Parallele l.
cc C'est dans cette traversee (dit M. Meares),
qu'ils decouvrirent ces Terres auxquelles M. Dixon,
en 1787, a donne Ie nom de Queen-Charlotte's
Islands ; mais ce n'est , ajoute - t - il , que par
conjecture que celui-ci a pu tes qualifier d'iles :
car ce ne fut qu'en 1788 , apres que le capitaine Douglas, commandant YIphigenia, eut passe
au Nord entre ces Terres et celles du Continent,
» sauves , et avoient passe I'hivcr dans Pile de Cuivre , d'ou
» un Vaisseau russe les avoit transported a Nijenai-Kamtschatka :
y> ils nous ont joints a Bolcheretsk , ou je me trouvois alors
» avee le colonel Kasloff-Ougrenin, commandant a Okotsk et
» au Kamtschatka , qui se proposoit de les envoyer , a la saison
» prochaine ,  a Saint - Petersbourg ».
A^»- B. Ceux qui desireroient avoir des details aussi-vrais
qu'interessans sur i'etat actuel du Kamtschatka, sur les habitans
et les productions de cette presqu'ile et des contrees qui en
sont voisines , doivent lire Ie Voyage de Lesseps qui, posscdant
la langue russe , et ayant fait un assez long sejour dans Ie pays,
avee le desir et les moyens d'acquerir des connoissances , a
ete a portee de tirer de' M. Kaslojf, homme tres-instruit et
tres-communicatif, tous les renseignemens qui peuvent donner
une idee exacte de cette partie orientale de YAsie, jusqu'a
present  assez  mal  connue.
1 Voyez Dixon's Voyage
Voyages, page liij.
page*
xviii et 2 3
 i7%6-
Lowrie
et
Guise.
cxxx. INTRODUCTION.
qu'on fut assure qu'en effet ce sont des iles [ *>.
Les Senaus Ie Cook et YExperiment, comme tous
tes Batimens qui les avoient precedes, firent Ieur
retour a Macao,
On voit que te capitaine Meares attribue aux
capitaines Lowrie et Guise, a Pexclusion du capitaine Dixon, la premiere Decouverte des Terres
de la Reine Charlotte ; et au capitaine Douglas, la
Decouverte du Detroit du Nord qui les separe
1  Voyez Aleares's Voyages,  page iiij.
Une discussion polemique des plus vives s'est engagee entre
MM. Dixon et Meares , a Ieur retour de YAmerique : ils se
sont reciproquement conteste des Decouvertes; et chacun des
contendans attribue quelquefois celles de son' concurrent a un
autre Navigateur , plutot que de lui en iaisser la jouissance a
lui-meme. Je declare formellement que je ne pretends point
decider entre eux, et tantas componere lites, Peut-etre qu'au
milieu de 1'obscurite qui regne pour les Francais sur cette
matiere, depuis que nos communications avee YAngleterre sont
interrompues, il me sera arrive d'attribuer a un Navigateur quelque petite portion de Decouverte qu'un autre peut revendiquer ♦
mais tous me sont egalement inconnus, autrement que par les
relations de leurs Voyages , et par ce que quelques-uns d'entre
eux ont dit des Voyages de leurs compatriotes : et si, par
hasard, j'enrichis Pun aux depens de Pautre, c'est par mal-
entendu , et I'intention n'y est pour rien ; la seule que j'aye,
c'est de garder la neutralite entre des Navigateurs quorum causas
yrocul haheo. On ne desaprouvera pas cependant que cette
i neutralite soit une neutralite armee, quand il s'agit de revendiquer ce qui peut appartenir aux Francais dont la cause est
etrangere a la querelle des Anglais* Mon unique objet a ete
 INTRODUCTION. cxxxj
du Continent , et en fait des} iles. Nous ne
disputerons pas aux Anglais cette derniere Decouverte ; car la Perouse, qui avoit bien presume que
ces Terres devoient etre des iles , n'a pu s'en procurer la certitude ; mais nous ne Ieur accorderons
pas aussi facilement la priorite de la Decouverte ;
car il est dit que les capitaines Lowrie et Guise
n'arriverent a Nootka - Sound que Ie 27 Juin, et
qu'ils y sejournerent jusqu'au 27 Juillet.   On ne
1786.
Lowrie
et
Guise.
de m'assurer que 1'ArchipeI de San-La7a.r0 de Fuente, et le
Detroit ou i'Entree de Fuca , ne sont pas des Decouvertes
romanesques , sous le rapport de la Geographie , et de pre-
munir les Geographes et les Historiens contre la facilite avee
Iaquelle on se permet trop souvent de prononcer qu'une
Decouverte est fabuleuse , parce que nous n'avons pas encore
pu retrouver les iles ou les terres que les Anciens nous ont
indiquees : Ie vieil Herodote pourroit ici se joindre a Fuente
et a Fuca, bien moins anciens, pour reclamer contre les
nombreuses injustices qu'il a eprouvees. Ce qui importe dans
la question qui nous occupe, c'est de constater Pidentite de
la Decouverte ancienne avee la Decouverte moderne j et
iaissons ensuite aux seconds Decouvreurs a faire valoir et a
disputer leurs titres de Priorite : avee le temps, les pretentions
mal fondees se dissipent et cedent la place a la verite.
Si Pon veut connoitre avee detail quels sont les objets en
iitige, on peut consulter les Ouvrages polemiques suivans :
Remarks on the Voyages of 5. Meares Esq. By George Dixon.
London, Stockdale, 1790 , in-^.° — An Answer to M. G. Dixon.
By John Meares Esq. London Topographic Press, 1791 , z#f4-°
-— Further Remarks on the Voyages of J. Meares , &c. By
Q. Dixoni London, Stockdale,  1791 , in-4.0
I J2
 178 6,
Lowrie.
cxxxij INTRODUCTION.
sait ni a quelle epoque precise, ils oht vu les iles
de la Reine Charlotte, ni comment s'est faite cette
Decouverte , ni quelle portion de ces terres ils ont
reconnue ; mais nous savons avee certitude que
la P.erouse tes a decouvertes le i o Aout de la meme
annee ; qu'il en a suivi et examine les Cotes
pendant dix jours , et les a prolongees, du Nord
au Sud, sur une etendue de cinquante lieues: ce
qu'on peut prejuger de plus favorable a la pretention des Anglais, c'est que, de quelque cote que
soit Ia priorite, les deux Decouvertes doivent etre
a-peu-pres contemporaines ; et que, des deux
Cotes, Fhonneur est egal.
i7 8 6 - 7.
Meares
et
Tipping.
j Les Expeditions du Bengale suivirent de
pres celles de la Cote de Malabar : les Na vires, Ie
Nootka, de 200 tonneaux, et Ie Sea-Otter, de 100
tonneaux, te premier commande par Ie capitaine
John Meares, Ie second par te capitaine William
Tipping, furent equipes a  Calkutta,
Meares fit voile au mois de Mars 1786 ; et dans
ce premier Voyage , il prit sa route par les lies
Aleutiennes, avee quelques - tines desquelles il
communiqua. II aborda ensuite a William's-Sound,
et fut force d'hiverner dans cette Baie : vingt-trois
hommes de Son Equipage y perirent de froid et
de misere. II fit son retour, par les iles Sandwich.
a Macao ou il arriva Ie 20 Octobre 1787.
 INTRODUCTION. cxxxii]
Le capitaine Tipping, montant Ie Sea- Otter, \
avoit quitte Calkutta peu de jours apres Ie capitaine
Means : sa destination e'toit pareillement pour
William's-Sound ou il fut rendu dans Ie mois de
Septembre ; et il y trouva les Navires le Capitaine
Cook et YExperiment. II en repartit Ie lendemain,
pour remonter, a ce qu'on croit, jusqu'a Cook's-
River; mais , depuis cette epoque , on n'a plus
entendu parler du Sea-Otter, et Yon suppose que
ce Batiment a peri \
786-7.
Jusqu'a present, toutes tes Expe'ditious
pour Ie commerce des Pelleteries e'toient parties des
Ports de YAsie ; et les Navigateurs anglais, connus
sous la denomination de Lndia-men [Homines ou
Marins des Indes ] , avoient eu pour seuls concur-
rens les Portugais de Macao : I'appatdes immenses
profits qui se faisoient journellement sous tes yeux
de ces Europe'ens asiatiques, pouvoit bien les tirer
quelques instans de Ieur engourdissement, et tes
pousser a. faire quelque effort pour se trainer sur
les traces des Anglais; mais une concurrence mal
dirigee , tardive et ephemere, ne pouvoit jamais
balancer Pactivite commerciale de leurs infatigables
riyaux. Les Arnlateurs qui s'etoient pre'sentes tes
premiers dans la carriere, devoient plutot redouter
*■ ' ' ill mi.  .jlil il^
1 Voyez Meares's Introductory Voyage, page j et suivantes*.
Dixorx,
 Portlock
et
Dixon,
cxxxiv INTRODUCTION.
178 6-7. les speculations de YEurope : et, en effef, tes
Vaisseaux europeens ne tarderent pas a. se presenter
sur les Cotes du Nord-Ouest de YAmerique; ils y
furent bientot suivis par ceux des Etats-Unis ; mais
ceux de la Tamise devancerent tous les autres.
Richard Cadman Etches et d'autres Negocians
de Londres avoient forme, dans Ie mois de Mai
178 5 , une Socie'te de Commerce sous la denomination de the King George's Sound Company [Com-
pagnie de YEntree du Roi George ], aujourd'hui
Nootka - Sound: I'objet de cette association e'toit
d'e'tablir un commerce regie' entre la Cote Nord-
Ouest de YAmerique et la Chine, Mais deux Privileges s'opposoient egaleinent a cette entreprise ;
celui de la Compagnie de la Mer du Sud [South-
Sea Company], qui ne fait rien, et nuit a qui
veut faire ; et celui de la Compagnie des Indes
Orient ales , qui fait trop , et veut que tes. autres
ne fassent rien. On negocia avee les deux Compa-
gnies : on obtint de la premiere que, puisqu'elfe
ne vouloit point envoyer de Vaisseaux dans sa Mer
du Sud, elle permit du moins que d'autres y en
envoyassent ; on obtint de la seconde qu'elle
s'engageat a donner aux Vaisseaux qui auroient
apporte les Fourrures de YAmerique z. Canton, des
cargaisons de The a apporter de la Chine en Europe'.
La Compagnie de Nootka-Sound a prouve qu'une
association de Ne'gocians et de Capitalistes pent,
 INTRODUCTION. cxxxv
sans Privilege, entreprendre et exe'cuter de grandes i j
operations, quand elle n'a pas a lutter contre les
prejuges et te monopole.
Elle equipa a ses frais deux grands Navires,
Ie King George, de 320 tonneaux, et Ie Senau
Queen Charlotte , de 200 tonneaux. Le capitaine
Nathaniel Portlock eut te commandement en chef
de PExpedition ; il monta Ie premier Vaisseau, et
te capitaine George Dixon le second : ces deux
Officiers qui avoient servi avee Ie capitaine Cook, '
s'etoient forme's sous ce grand Maitre aux grandes
Navigations.
Les deux Vaisseaux mirent a la voile de la Rade
de Downs [des Dunes] te 2 Septembre 1785 \
Leurs operations sur la cote d'Amerique se bor-
nerent, en 1786, a traiter dans Cook's- River;
mais ils ne purent pas penetrer dans William's-
Sound. ■ lis quitterent la cote du Nord pour ^e
porter sur celle du Nord- Ouest ; mais, comrade's
par les vents , ils renoncerent, pour cette annee , a
Ia Traite de Nootka-Sound. Dans cette traverse'e,
ils avoient pris connoissance de la terre entre 5 8
et 57 degres de latitude ; et a la hauteur de 5 3
degres, ils eurent encore la vue d'une Terre qu'ils
x Voyez A Voyage round the World, &c. By Nathaniel Portlock,
London, 1^89. /tf-4.0 — A Voyage round the World, 6rc.
By George Dixon, London,  1789. /«-4.° ,
%
 cxxxvj INTRODUCTION.
1786-7. jugeoient etre la suite du Continent; mais on sut,
Portlock Pannee suivante , que Ie Cap, ou la portion de
Cote qu'ils avoient apercue a cette hauteur, ap~
partient a. ces iles decouvertes par la Perouse, que,
depuis, les Anglais, ont nominees iles de Queen-
Charlotte.
Le mois d'Octobre approchoit; il etoit prudent
d'abandonner la Cote : tes deux Vaisseaux diri-
gerent Ieur route sur tes iles Sandwich qui offroient
des ressources pour Ieur ravitaillement. Portlock
jugea, avee raison, qu'il y auroit moins de danger
pour la sante des Equipages , a les occuper a Ia
mer, dans Ia traversee deYAmerique aux Sandwich,
et dans Ie retour de ces iles a la Cote, que de tes
faire hiverner dans un Pays dont la rigueur du climat
et la rarett' des subsistances devoient egalement lui
faire redouter te sejdur.
Au retour de la belle saison, tes deux Vaisseaux
se reporterent a la Cote du Nord de YAmerique, et
atterirent, te 23 Avril 1787, sur Pile Alontague,
a PEntre'e de William's-Sound, par 59 degre's 10
minutes de latitude. lis traiterent pendant quelque
temps dans cette Baie ; et apres que cette operation
fut terminee , ils se separerent.
Portlock, a. Ia hauteur de 57 degres 50 minutes,
decouvrit les Havres de Goulding et de Portlock,
et Salisbury - Sound. Tandis qu'il etoit a Pancre
dans te Port  de  son nom, par   57 degre's  48
 INTRODUCTION. cxxxvij
minutes, il detacha sa chaloupe pour visiter la partie
de Cote situe'e dans Ie Sud-Est de ce Port, et
y traiter des Fourrures avee les Naturels qui
Phabitent. La chaloupe parvint, dans sa course,
a Pembouchure d'un Canal etroit dans lequel elle
s'engagea, et qui la fit aboulir a la partie septentrionale de la Baya de Guadalupa des Espagnols,
a PEst- Nord -Est du Mont San- Jacinto et du
Cap del Engano (Ie Cap et Ie Mont Edgecumbe de
Cook), par 57 degres 10 minutes de latitude.
Cette route a prouve' que ce Cap et cette Montague forment la partie meridionale d'une ile
etroite, d'environ dix lieues de long, sur la direction Nord-Nord-Ouest et Sud-Sud-Est, et
qu'ils n'appartiennent point au Continent. Le
capitaine Portlock imposa a cette ile le nom de Pitt;
et ie Canal, qui a son embouchure du Nord dans
Salisbury-Sound, et celle du Sud, dans la Baie de
Guadalupa , fut nominee Hay ward's - Strait, du
nom de FOfficier qui en avoit fait la decouverte.
Portlock termina ici ses operations, et fit route
pour les iles Sandwich.
Dixon , de son cote, avoit decouvert, a la
hauteur de YAdmiralty - Bay de Cook, vers 59
degres et demi de latitude , un Port qu'il nomma
Port Mulgrave. De la , en suivant la Cote, il re-
lacha dans iaBaie de Guadalupa, que , sans doute,
il ne reconnut pas d'abord pour   etre celle des
7Z6-7.
Portlock
et
Dixon,
 i786-
Portlock
et
Dixon.
cxxxviij INTRODUCTION.
, Espagnols, car il lui imposa te nom de Norfolk-
Bay. Un peu au Sud de cette Baie , a 56 degres
3 5 minutes de latitude , il decouvrit un beau
Port qu'il nomma Port de Banks, en Phonneur
de Sir Joseph Banks, Ie Promoteur eclaire de
toutes les entreprises favorables aux progres des
Sciences et des Arts , qui accompagna a ses frais
Ie capitaine Cook dans son premier Voyage autour
du Monde , et dont te zele , les lumieres et la
fortune furent constamment employes pour Ie bien
de son pays , et pour Paccroissement des connois-
sances humaines. Entre 56 et 55 degres, il vit
une longue chaine de petites iles qui remplissent,
en avant du Continent , Pespace compris entre
ces deux Paralleles; ce 4sont les memes que la
Perouse avoit reconnues en 1786', et auxquelles il
a donne Ie nom collectif d'iles des Espagnols,
parce que c'est dans la partie meridionale de ce
petit Archipel que se trouve situe Ieur Port de
Bucarelli. En continuant sa route dans Ie Sud-
Sud-Est, Dixon decouvrit, te i.cr Juillet, une
Terre a 54 degres 24 minutes : c'etoit la partie
septentrionale de ces iles qu'on voit aujourd'hui
portees sur tes Cartes anglaises sous Ie nom de
Queen-Charlotte's Islands , et que la Perouse, Ie
premier, avoit de'couvertes Pannee precedente.
Dixon prolongea cet Archipel , comme Pavoit
fait la Perouse, par sa bande de POuest, jusqu'a-
 INTRODUCTION. cxxxix
son extremite meridionale , te doubla par leSud, 178^
et remonta dans Ie Nord, en prolongeant la bande
de PEst, jusqu'a 5 3 degres 1 o minutes. A cette
hauteur', il apercut a i'Est, dans Peloignement,
un Cap du Continent, auquel il imposa le nom
de Cap Dalrymple; hommage rendu, a juste titre,
a un savant Navigateur dont tes recherches ont
tant contribue a. debrouiller Ie chaos des Navigations anciennes, et dont tes travaux hydrogra-
phiques et les Ecrits , en perfectionnant la description du Globe, ont facilite les communications
entre les deux Mondes. II est probable que Ie Cap
Dalrymple est la partie elevee de quelqu'une des
iles qui forment PArchipel de San-La^aro de
Famiral de Fuente, Le capitaine Dixon redescendit
la cote Orientate des iles Queen-Charlotte, comme
il Favoit montee , sans pousser ses recherches vers
te Continent. II se presenta ensuite devant Nootka-
Sound; mais ayant e'te instruit, par des Batimens
anglais qui en sortoient, que la Traite , pour cette
annee , etoit epuisee dans cette partie , il fit route
pour les iles Sandwich ou il se reunit au capitaine Portlock.
Les deux Vaisseaux porterent Ie produit de Ieur
Traite a. Canton d'ou ils firent Ieur retour en Angleterre. Les capitaines Portlock et Dixon ayant
visite quelques parties de Cote qui n'avoient
point encore ete  exploiters , se procurerent des
0-7.
Portlock
Dixon.
 xl
INTRODUCTION.
•7S6
06-7. cargaisons   beaucoup   plus  riches   qu
aucune   de
celles que les parties trequentees avoient pu
fournir aux Vaisseaux de YLnde qui, les premiers,
avoient attaque' cette nouvelle branche de commerce \
Les Ports de YAngleterre et ses Capitalistes.
sembloient ne devoir pas suffire a Fempressement
avee lequel ses Navigateurs se seroient porte's
vers cette nouvelle source de richesse , si Ieur
essor n'eut rencontre une barriere insurmontable
dans les privileges des grandes Compagnies. Pour
eiuder ces Privileges qui n'atteignoient que tes
Expeditions qu'on voiidroit faire dans tes Ports
des trois Royaumes , tes spe'culateurs anglais
vinrent chercher sur Ie Continent, la Iiberte que
le Alonopole , depuis long-temps, Avoit bannie
de leurs iles.
Yj'Aigle imperiale , commandee par Ie capitaine
Berklay ou Barklay, fut expediee du Port dYOstende
vers Ia Yin de Novembre de Pannee 1786.
II arriva a Nootka-Sound dans te mois d'Aout
de Pannee suivante. II visita une partie de Cote
situee au Sud de Nootka, et parvint, en redescendant, jusqu'a une Entree ou Baie qui a recu
son nom, Berklay-Sound. Sa chaloupe, expediee
1 Voyez Pordock's Voyag
Pat
 INTRODUCTION. cxlj
de ce dernier Port pour faire une reconnoissance 178*7-
des parties plus meridionales , decouvrit, vers 48 Bcrk'ajr.
degres et demi de latitude, une Entree ou un
De'troit; et Fon ne peut pas douter que ce ne
soit celui que Juan de Fuca avoit decouvert en
1 592, et qui est indique a-peu-pres sur ce Parallele.   ( Voye^ ci-devant, page xj. )
On dit que Ie capitaine Berklay arriva a. Ia
Chine un an apres son depart d'Ostende l : on
doit done presumer qu'il avoit trouve toute facilite
a faire sa Traite , puisque , dans un si court in-
tervaile , il avoit pu , sans nuire a ses operations
de commerce , donner quelques jours a la visite
des Cotes,- et se iivrer a une recherche qui a
eclairci un point de Phistoire des Navigations
anciennes, et ressuscite Don Juan de Fuca pour
te faire jouir de la Decouverte de son Detroit ,
que tes Ge'ographes avoient rejetee dans le pays
des Fables.
En   RENDANT  compte  de PExpe'dition   des 1787-8.
capitaines Portlock et Dixon , j'ai dit que} lorsque     Coined
celui-ci   se   presenta  devant  Nootka - Sound,   au
commencement   d'Aoiit   1787,  ii  rencontra   des
Batimens qui en sortoient,  et te dissuaderent d'y
Duncan
1  Voyei pour le Voyage de Berklai, Dixon's Voyage, pages xx
et 232. — Meares's  Voyages , page Iv.
 1787-8
Colnett
et
Duncan.
cxlij   , INTRODUCTION.
entrer : ces Batimens etoient un Vaisseau et un
Sloop appartenant aux proprietaires des Navires
commandes par Portlock et Dixon, M. Etches et
ses Associes. Le Vaisseau, nomme Prince of Wales
[Ie Prince de Galles] etoit monte par Ie. capitaine Colnett 1, et Ie Sloop Princess Royal [ la
Princesse Royale] par Ie capitaine Duncan. Ces
Capitaines, expedies d'Angleterre dans Ie mois de
Septembre de Pannee 1786, avoient commence
par etablir, au Sud de YAmerique, sur la Terre
des Etats qui forme, avee la Terre de Feu, te
Detroit de le Maire, une Factorerie dont Fob jet
etoit de rassembler des peaux de Veaux marins
et d'extraire Phuile de Ieur chair. Apres que cette
premiere operation eut ete termine'e , ils firent
route pour Nootka-Sound ou ils se rendirent direc-
tement et sans avoir fait aucune relache z.
Je ne connois point de Relation particuliere
du Voyage de ces deux Batimens; mais Dixon ,
dans un de ses. Ouvrages polemiques diriges
contre Ie capitaine Meares, a fait imprimer une
Lettre qui lui fut ecrite par te capitaine Duncan,
d'Lslington, te ^7 Janvier 1791 , et dans Iaquelle
celui-ci trace lui-meme sa Route et rappelle les
Colnett suivant Ie capitaine Duncan , et Collitutt suivant
ie Journal de Dixon, ^^il2
2 Voyez Dixo
Voyage, page 230.
 INTRODUCTION. cxliij
Reconnoissances qu'il a faites de la Cote orien- 1787-1
tale des iles de Queen-Charlotte, et de la Cote du Colnett
Continent a Poppose \ Du*caru
Le Prince of Wales, monte par Colnett, et la
Princess Royal par Duncan, apres avoir passe aux
iles Sandwich Phiver de 1787, revinrent sur la
Cote a Ia belle saison ; et Ie 31 Mars 1788 ,
Duncan, destine pour tes parties meridionales,
mouilla a. Nootka-Sound, tandis que Colnett faisoit
route pour alter traiter a William's-Sound et sur les
autres parties du Nord.
En resumant les diverses operations du capitaine Duncan , on voit qu'il mouilla et fit la Traite
dans plusieurs Ports de la cote Orientate des
Queen-Charlotte, qu'il sulvit ces iles, tes reconnut
etles'vrsita, depuis 52 jusqu'a 5 4 deg. de latitude.
De cette hauteur, il traversa Ie Canal qui separe
ces premieres iles du Continent, et se porta sur
d'autres iles situees dans PEst , qu'il a nominees
Princess Royal's Lsles , et qui occupent, en masse,
Pespace compris entre 54 et 51 degres. Cet Archipel offre, parmi tes nombreuses iles dont il
est compose , des Baies, des Ports, des Ouver-
tures , des Entrees , des Passages, dont Ie capitaine Duncan reconnut une partie ; dans Dix-*
neuf desquels   il   mouilla ,   non   sans    s'exposer
- Voyez Dixon's Further Remarks, pages
 Dun
cxliv INTRODUCTION,
i. souvent  au danger  de perdre son Batiment; et
:     oil une  traite abondante  te  dedommagea de  ses
fatigues, et lui fit oublier les  risques qu'il avoit
courus. II cotoya ces iles jusqu'a la hauteur .ou
PArchipel se termine.
II rentra alors a Nootka-Sound que Colnett avoit
fixe pour point de Rendez-vous : mais le Prince
of Wales n'arrivant pas , Duncan reprit la mer. II
continua de descendre la Cote, mouilla devant
un Village nomme Ahouset; et sa Route vers te
Sue
hauteur du Detroit ou de PEn-
tree de Fuca, dont il fixe la latitude a 48 degres
30 minutes. 11 mouilla sur la cote Meridionale
du Detroit devant un Village nomme Claasit ou
Claaset ' et y fit la Traite. En le quittant , il
poussa ses Reconnoissances jusqu'au quarante-
septieme Parallele; et, a cette hauteur, il aban-
donna la Cote pour se rendre aux iles  Sandwich
1 On peut remarquer que ies Noms de deux villages situes
sur cette partie de la Cote , tels que Duncan les rapporte ,
Ahouset et Claaset, ont des terminaisons qui paroissent disparates , si on les compare avee les finales ordinaires des mots
et cles noms que Pon connoit dans quelques-unes des LanguesN
parlees sur les Terres du Nord-Ouest ; mais elles rappellent
des terminaisons de Noms qui se trouvent dans ia Relation
de Fuente (ci-devant pages xxvj et suiv.) : ies villes de Conasset
et de Minhanset, la presqu'ile de Conibasset, file Basset, Cette
affinite , je dirois meme cette ressemblance de Noms , peut
prouver que ceux qui sont rapportes dans la Relation de Fuente
d'ou
 INTRODUCTION. cxlv
d'ou il  devoit prendre sa Route pour la Chine, 17§7-<
Le capitaine Dixon ] fait mention d'un Plan du Colnett
De'troit de Fuca, date du 1 5 Aout 1788 , leve par Duncan
Charles Dunkan Master iw the Royal Navy, que
M. Alex, Dalrymple a fait graver, et qu'il a publte
te 14 Janvier 1790. On y voit-Ie Mouillage de
la Process Royal dans Ie Detroit qui n'a pas plus
de quajorze milles de largeur.
Le capitaine Duncan avoit communique au
capitaine Meares la Carte de son Voyage ; mais
il se plaint que celui-ci n'a pas rendu avee exactitude ce qu'elle representoit. J'ignore si cette
Carte a ete publiee en Angleterre; mais il est
difficile , ou plutot il est impossible d'appliquer
a. celle de Meares ce que Duncan e'tablit dans
son Journal : selon lui, son Archipel de Princess
Royal, commencant, au Nord, a 54 degre's de
latitude , se termine ,  au Sud, a 5 1  j  sur la Carte
n'ont pas ete invente's : car la Decouverte de cet Amiral, son
Archipel de San-Lazaro et sa Riviere de los Reyes, sont indiques
vers 53 degres de latitude; et ce parallele se trouve compris
entre celui de 54 et celui de 5 1 degres , dont I'Archipei de
Princts&Roy&l de Duncan occupe i'intervalle. Je n'en conclurai
cependant pas que Conasset et Minhanset soient de grandes
Villes , 'comme Ie dit la Relation qui agrandit tout ; mais je
crois qu'on en peut conclure -que ces Noms sont des Noms
du Pays , et que Fuente , qui les rapporte, ayoit visite le Pays.
Further Remarks, page 46,
K
 cxlvj INTRODUCTION.
1787-8, de Meares, un grand Archipel s'e'tend depuis 56
Cofnett degres et demi jusqu'a 48 et demi, c'est-a-dire,
Duncan jusqu'au de'troit de Fuca qui Ie termine au Sud.
Ce grand Archipel, dont te Nootka- Sound de
Cook et Berklay - Sound occupent la partie merl-
dionale , y porte Ie nom de Northern Archipelago;
et vers Ie milieu de sa Cote occidentale , on voit
un petit Archipel enclave dans Ie grand, sous Ie
nom de Princess Royal Islands \ M. Meares dit
cc que toutes les Decouvertes partielles qui avoient
ete faites dans les annees ante'rieures , semblent,
en quelque sorte , se re'unir et se confondre dans
te cours de Pannee 1788 ». Elles se confondent,
en effet, sur sa Carte , et Fon pourroit demander
qu'elles y fussent plus distinctes. cc A cette epoque,
continue-il, les Vaisseaux anglais, Ie Prince of
Wales, la Princess Royal, I a Felice, YJphigenia,
et les Vaisseaux des Etats-Unis, Ie Wasington et
la Columbia, se partageoient la Traite sur la cote
du Nord-Ouest de YAmerique : et c'est en liant
entre elles les diverses connoissances que leurs
recherches ont procurees , que nous sommes parvenus a avoir une description a-peu-pres complete de cette partie du Continent, et a pouvoir
en dresser une Carte z ». La Carte dont M. Aleares
1   Voye^ Planche 11.
* Meares's  Voyages, page I v.
 INTRODUCTION. cxlvij
veut parter est, sans doute , celle dont il a accom- 1787-8.
pagne la Relation de ses Voyages : on y voit bien Colnett
quelles parties , en gene'ral , ont ete decouvertes, n
ou plutot retrouvees; et Fon peut en conclure que
la Cote est a-peu-pres connue : mais la Carte
laisse tout a desirer sur tes details. II faut attendre,
pour mieux connoitre la lisiere de cette contree,
vers Iaquelle les Europe'ens se sont porte's avee
tant d'ardeur, qu'une main habile , en rassemblant
tous les morceaux epars, et apres les avoir soumis
separement aux lois de la critique , les ordonne,
les ass,ortisse , et n$Ks presente une Carte generate
dans Iaquelle chaonn des Decouvreurs^pteriticuliers
puisse reconnoitre et distinguer ce qui lui appar-
tienf, et jouir avee honneu# et sans contestation,
du merite de ses recherches et du fruit de ses
travaux \
1 On juge par les citations qui se trouvent dans les Journaux
des capitaines Dixon et Meares etdans leurs Ecrits polemiques,
que la plupart des Navigateurs anglais qui ont frequente la
Cote du Nord-Ouest de I1Amerique ont dresse , des parties
qu'ils ont ete a portee de visiter , des Cartes qui ne paroissent
pas avoir ete publiees dans Ie temps ; mais peut-etre le sont-
erles-atijtrtrrdHrui. Dixon dit, d&&$ VIntroduction de son-Journal,
qu'en dressant la Carte sur fetquelle il a trace ses deux Routes,
il a fait usage de celle du capitaine Guise, commandant le
Senau Experiment, de celle du capitaine Hanna, commandant
le Senau Sea-Otter, et de celle du capitaine Berklay, commandant VAigle imperUle. Le capitaine Meares, qui a consulte
Kz
 1787-8
Colnett
I788-9.
Meares
et
Douglas,
cxlviij INTRODUCTION.
Les iles de Princess Royal sont evidemment tes
memes dont la Perouse eut connoissance en 1786,
dans Ie meme Golfe, et sur les memes Paralleles
de 5 2 et 5 3 degres sur Iesquels Duncan les a
trouvees; et Ieur latitude ne permet pas de douter
que ce ne soit ce meme Archipel situe a 53
degre's , dans-les canaux tortueux duquel Famiral
de Fuente a navigue en se faisant preceder par ses
chaloupes. Nous avons done aujourd'hui J^ certitude qiflivPArchipel de San-Lazaro ne doit plus
etre compter parmi les iles imaginaires, et que la
Perouse, en 1786, et Duncan, en 178$, ont
retrouve une partie des De'couvertes de PAmiral
espagnol : il n'en faudroit pas conclure , sans
doute , que tout est vrai dans la Relation de
Fuente ; mais e'en est assez pour engager les Navigateurs a faire de nouvelles tentatives qui con-
duisent enfin a ve'rifier ce qu'il peut encore y avoir
de reel dans la Relation d'un Voyage ou tout pa-
roissoit extraordinaire , merveilleux et incroyable..
Le capitaine Meares qui avoit fait, en
1786 , un premier Voyage a. la Cote Nord-Ouest
de YAmerique, en entrepot un second en   1788,
les memes Cartes et en a fait usage ,• regrette infmiment celle
de Colnett, dont les Espagnols s'emparerent quand ce capitaine
fut fait prisonnier. Le capitaine Duncan, dans sa Lettre a Dixon ,
parle de la Carte que lui-meme a dressee, et qu'il dit avoir ete
copiee en partie dans celre du capitaine Meares, &c.
 INTRODUCTIO N... cxlte
avee Ie Vaisseau la Felice, de 230 tonneaux, qu'il
commandoit, et YIphigenia de 200 tonneaux,
monte par Ie capitaine Douglas. II fit voile de la
Chine au mois de Janvier de cette anne'e, et arriva,
vers Ie milieu de Mai, a Nootka- Sound ou il cons-
truisit un petit batiment de mer : cette operation
exigea autant de temps qu'elle eprouva de difficuhe;
mais les efforts , les ressources et la perse'verance
du Chef de Fentreprise , furent couronnes d'un
succes qui 'Ie justifia d'avoir cru a la possihilite,
Meares visita , en 1789, la partie de la Cote
qui est situe'e dans Ie Sud de Nootka; il decouvrit
quelques Ports qui n'avoient pas encore recti des
Vaisseaux europe'ens , et voulut s'assurer de
Fexistence du grand Detroit de Fuca , deja
"retrouve , en 1787, par Ie capitaine Berklay, et
dans lequel Ie capitaine Duncan, en 1788 , avoit
mouille et commerce avee tes Naturels. Meares
le fit visiter par sa chaloupe qui y pe'netra, dit-il,
jusqu'a 3 0 lieues de distance de son embouchure :
a cet eloignement de la grande Merj^la vue
s'e'tendoit encore a PEst jusqu'a un horizon dont
te rayon, ajoute te capitaine Meares, pouvoit
etre  de quince lieues x , et la largeur du  Detroit
788-9.
Meares
et
Douglas,
* La chaloupe de Meares, suivant sa Relation , s'etoit porfee
a trente lieues de distance a i'Est de 1'Embouchure Occidentale du Detroit \ et comme, du point ou elle etoit parvenue ,
la vue s'etendoit a quinje lieues, il en rewteroit qu'e-IFe aurok
K t
 17S8-9
Meares
et
Douglas.
#Sfe INTRODUCTION.
en cette endroit, etoit aussi de quince lieues '. La
chaloupe eut un   engagement assez vif avee , les
decouvert un espace de quarante-cinq lieues de mer , au - dela
duquel on n'apercevoit pas encore  la Cote du Continent.
II paroit que le capitaine Meares a eu une distraction ,
quand il a dit dans son Journal que sa chaloupe s'etoit avancee
a trente lieues dans le Detroit ; car on lit dans ie compte
qui lui fut rendu par Robert Duffin, POfficier commandant la
chaloupe dans cette Expedition, et qui est imprime a la suite
du Journal ( Appendix, a la fin du N.° IV ) , que , lorsqu'il
abandonna ses recherches dans le Detroit, il etoit a huh lieues
de distance de 1'Embouchure Occidentale qui lui restoit a
I'Ouest-Sud-Ouest, et a trois lieues de distance du Port qu'il
a nomme Hawhesbury, et qui lui restoit au Nord quart Nord-
Est : or , comme ce Port est Ie point le plus Oriental auquel
la chaloupe fut parvenue , et qu'il n'est distant que de onie
lieues ( huit d'une part , et trois de I'autre ) de i'Embouchure
(Occidentale; il en resulte que la chaloupe n'avoit parcouru dans
le Detroit , de YOuest a YEst, que ces memes onje lieues.
Quant aux quinje lieues de rayon de VHorijon, que Ie
capitaine Meares suppose que la chaloupe devoit avoir au
point ou se borna sa course vers PEst; on peut lui observer,
avee le capitaine Dixon ( Further Remarks, page 48) , qu'un
homme place dans une chaloupe, oil son ceil n'est pas eleve de-
plus de 7 a 8 pieds au- dessus du niveau de la mer ( en supposant
encore qu'il soit monte sur les bancs des Rameurs ) n'a pas pu
avoir un Horizon de quinTy lieues de rayon ; et que deux lieues, ou
trois lieues au plus , en allouant quelque chose pour la refraction,
seroient la plus grande longueur qu'on put supposer au rayon de
l'Horizon qu'un homme decouvre de dessus une chaloupe.
Cette largeur de 15 lieues, ou quarante-cinq miiles, est
bien differente de celle de quatorje milles que lui donne le
Plan leye par le capitaine Duncan,  { Ci - devant page cxlv.)
 INTRODUCTION. clj
Americains qui habitent les bords du Canal ; ce i
qui n'empecha pas que les Anglais, suivant un
droit qui peut etre celui de la convenance , mais
que, sans doute, on n'appellera pas Ie Droit des
gens, ne prissent possession, au nom du Roi
d'Angleterre, d'un pays qu'assure'ment les Proprie-
taires ne paroissoient pas disposes a partager avee
sa Majeste britannique. II est probable que Juan
de Fuca, dans un temps plus ancien , en avoit
egalement pris possession au nom de sa Majeste'
cathoJique : et il ne manque a toutes ces Prises
de possession par des Souverains etrangers , que
la Ratification par Ie Souverain naturel, par Ie
Proprie'taire.
Ulphigenia, monte'e par te capitaine Douglas,
qui s'etoit se'paree de la Felice pendant la tra-
versee de Chine a Ia cote du Nord-Ouest, s'etoit
d'abord rendue a Cook's-River, et de la a William's-Sound, et avoit fait la Traite des Pelle-
teries dans ces deux Havres. Elle avoit ensuite
redescendu la Cote, et visite sur sa route quelques
Ports qui n'etoient pas encore connus , un , entre
autres , vers 5 5 degre's de latitude , auquel Ie
capitaine Douglas imposa te nom de Port de
Meares. Ce Port est situe au cote septentrional
du Detroit qui separe du Continent, par Ie Nord,
les Terres de'couvertes, en 1786 par la Perouse,
tes iles  de   Queen - Charlotte,   suivant les Cartes
788-9.
Meares
et
Douglas,
 clij INTRODUCTI O N,
1788-9. anglaises : il paroit que te capitaine Dmglas est
Meares     Je premier   Navigateur  connu   qui   ait passe par
Dou las     ce Detroit I   et a^  ainsi penetre , par Ie  cote du
Nord,  dans   Ie   Golfe ou   Canal qui  se  trouve
situe entre  les iles   de POuest et FArchipel  de
San-La^aro \ Douglas prolongea   ce   Canal sur
toute sa longueur , sans jamais cesser de voir la
terre   des   deux   bords ,   et   il   descendit  jusqu'a
Nootka - Sound ou   il   se rejoignit  au   capitaine
Meares.
Les deux Vaisseaux porterent a Canton tes
Pelleteries qui avoient ete traitees sur les diverse*
parties de la Cote qu'ils avoient parcourues %l
. Depuis qu'une partie de YAmerique septentrionale avoit secoue te joug de YAngleterre, et
s'e'toit forme'e en Republique fe'derative , son commerce , degage des liens qui entravoient ses operations , avoit acquis une extension a Iaquelle
il ne lui e'toit pas permis de pretendre tant
qu'elle fut dans la dependance d'une Metropole
Le capitaine Dixon a la pretention d'avoir vu le premier, a
34 milles de distance, ce Passage au Nord des Charlotte; mais,
en meme temps, il paroit convenir que Douglas est te premier
quiy ait passe,   ( Voyez Further Remarks, page 48.)
Voyez Meares's Voyages, pages 104 et suivantes de
['Originalf
 INTRODUCTION.
asm
europeenne , dont les Compagnies privilegiees 1788-9.
arretoient, dans les deux Hemispheres, toute cir- Gre/»
dilation contraire aux interets concentres du
Monopole. La liberie de cette nouvelle Re'pu-
blique etoit a peine assuree qu'elle songea a.
diriger ses speculations vers les Indes et la Chine.
Mais ni les productions de son sol, ni les produits
de son industrie, ne lui offroient un aliment a un
trafic avee les Chinois ; et PArgent et POr, qui
suppleent a toute espece de denrees et de marchandises dans te commerce avee ce Peuple, etoient
trop rares encore dans la Re'publique naissante,
pour qu'elle put, sans nuire a. ses autres operations
et a ses engagemens avee ses creanciers d'Europe.,
dislraire de la masse insuffisante de son Numeraire,
tes capitaux necessaires pour entretenir un commerce actif avee la Chine: les Pelleteries pouvoient
en tenir lieu ; et Pattention du Congres ame'ricain
fut prompte a se porter vers une ressource qui
devoit supple'er au de'faut ou a Finsufiisance des
autres moyens. Mais ces objets d'e'ehange, quoi-
que places pres des Etats - Unis, et pour ainsi dire
sous Ieur main, si Fon compare Ie peu d'eloigne-
ment ou ils s'en trouvent, avee celui ou en sont
tes Peuples d'Europe, en demeurent cependant
separe's par une barriere jusqu'a present insurmon-
table ; et ce que la Nature semble Ieur presenter
a cinq cents lieues de leurs frontieres occidentales,
 cliv \ INTRODUCTION.
1788-9, une navigation de plus de cinq miile lieues est
Cv€y- necessaire pour parvenir a Ie Ieur procurer. Cette
difficulte ne pouvoit arreter les Americains : ces
memes homines qui, depuis que Ieur active Industrie n'est plus enchaine'e parte Privilege exclusif
d'une Compagnie du Sud, vont harponner la Baleine
sur les Cotes du Bresil et dans les parages glaces
des Mers Antarctiques, n'ont pas hesite a entre-
. prendre des Voyages dans lesquels , prolongeant
deux fois Ie Continent du Nouveau Monde, du
Septentrion au Midi, et du Midi au Septentrion,
ils vont chercher sous les latitudes les plus elevees
a la Cote Occidentale de Ieur Amerique, et trans-
portent sursa Cote Orientate, ces Peaux precieuses
qui seules pouvoient ieur procurer un moyen
supplementaire pour ouvrir un Commerce lucratif
avee PEmpire de la Chine. Des de'pots de Pelle-
teries, forme's dans leurs Ports, et repartis ensuite
entre tes Vaisseaux qui sont employes dans les
Expeditions d'Asie, ieur donnent en retour, et les
Thes dont Phabitude Ieur a fait un besoin auquel
peut-etre ils doivent la Liberte, et ces riches
marchandises de POrient que n'admet guere la
simplicite republicaine, mais qui, necessaires au
luxe de YEurope et de ses Colonies Occidentales,
deviennent, dans le Commerce des Americains , des
objets d'echange contre les denrees d'une veritable
necessite que la Nature a refusees a Ieur climat.
 INTRODUCTION. civ
II   est   vraisembiable   que   les   Amateurs   des 1788-
Etats-Unis, excite's et encourages par Ieur Gou-      GreY-
vernement, ont multipiie leurs Expeditions a la
Cote du Nord-Ouest de YAmerique; mais aucune
Relation imprimee n'a fait connoitre a YEurope les
Voyages qu'ils ont entrepris. Jusqu'a present, les
Ame'ricains agissentplus qu'ils n'ecrivent: desirons,
pour la tranquillite du Monde et te bonheur de
PHumanite, que la faculte de communiquer ses
pensees d'un Pole a Pautre, ne soit jamais entre
leurs mains qu'un moyen d'unir et d'eclairer tes
hommes , et que , dans  aucun  temps , ils n'eii-
abusent pour agiter les passions et bouleverser tes
Empires.
Le capitaine Meares nous a donne , dans te
Journal de ses Voyages, une Notice de la premiere Expedition que tes Etats-Unis ont dirigee
sur la cote du Nord-Ouest: et comme elle a procure
quelques Decouvertes, elle merite qu'il en soit
fait mention \
Les premiers Vaisseaux que tes Etats - Unis
expedierent de Boston dans le mois d'Aout de
1787, furent te Sloop Ie Washington, d'environ
100 tonneaux  de port,  et la Columbia, de 300
M. Meares tenoit les details qu'il nous a transmis, de M. Grey
lui-meme, Commandant de PExpedition. ( Meares's Voyages,
pages 219.)
 clvj INTRODUCTION.
.1788-9. tonneaux, Pun et Pautre sous Ie commandement de
Grey. jyx. Grey qui montoit Ie Sloop. Ces deux Batimens
devoient naviguer de compagnie ; mais un coup
de vent les ayant se'pare's, a la hauteur de 59 degre's
de latitude Sud, Ie Washington etoit arrive seul a
Nootka, le 17 Septembre 1788 \ Le capitaine
Grey avoit aborde a. un Port de la Cote de New-
Albion de Drake, vers 45 degre's de latitude Nord :
peu s'en fallut que Ie Washington ne restat echoue
sur Ia Barre qui traverse Fentree de ce Havre qui
ne peut recevoir que des Navires d'un tres-petit
tirant-d'eau : mais, echappe a. ce premier danger,
il en courut un plus grand ; te Sloop fut attaque
par tes Naturels de la Cote ; un homme de i'Equi-
1 page fut tue ; un des Officiers fut blesse ; et ce ne
tut pas sans peine que te Capitaine parvint a sauver
te Batiment.
Le capitaine Meares connut a Nootka- Sound te
Capitaine americain, et s'empreSsa de lui faire part
de Ia Decouverte, ou plutot de la Reconnoissance
1 Un trajet d'un an ! C'est aller chercher bien loin des
Peaux de betes , qu;:nd on ha bite Y Amerique du Nord 011
elles abondent ! Sans doute que les Americains ont eprouve
que les Fourrures de la partie qu'ils occupent sur Ie Continent , et de celles qui les avoisinent , n'obtiennent pas a la
Chine une grande faveur, et ne procurent pas \\n benefice
aussi considerable que celui qu'on peut attendre des Pelleteries
de la Cote du Nord-Ouest,
 INTRODUCTION. ckij
qu'il avoit faite , par sa chaloupe, de PEntree ou
du De'troit de Juan de Fuca, vers 48 degres et demi
de latitude.
cc Le Washington: ( dit M. Meares T ), d'apres la
connolssance que je lui avois donnee de ce
Detroit, en retrouva Fentree, y pe'netra, parvint
a une grande Mer interieure, et y dirigea sa route
dans Ie Nord et te Nord - Ouest. 11 commu-
niqua avee les diverses Tribus qui'occupent les
iles situe'es sur les derrieres de Nootka - Sound,
et dont te langage difFere peu de celui des
Peuples qui habitent tes Terres qui environnem
cette Baie.
mtm On peu presumer , continue M. Meares ,
que lavfc&oute du Washington ne s'est pas porte'e
a PEst au - dela de 237 degres de longitude a.
FOrient de Greenwich ( ou 125 degre's un tiers
a FOegident de Paris ). II est probable que
AL Grey n'a pas pu de'terminer avee precision,
la longitude de son Vaisseau dans les differens
ptsats que sa Route a parcourus ; mais la longitude de Nootka - Sound est fixee par les Observations du capitaine Cook ; et Fon peut evaluer,
par approximation , la difference de Meridien
entre Nootka et la position la plus Orientate du
Washington : c'est d'apres cette estimation , qu'on
Grey.
1  Voyez Meares's Voyages f  page ivj.
 clviij INTRODUCTION.
1788-9. peut la  supposer  d'environ 237  degres   a  I'Est
Grey-      de Greenwich 0
Comme tes Observations astronomiquesy faites
dans Ie troisieme Voyage du capitaine Cook ,
placent Nootka-Sound, par un milieu, a 23 3 degres
I 8 minutes et demie a PEst de Greenwich ; il en
re'sulte que M. Meares a suppose que la Route
du Sloop Ie IVashington a du passer a environ 3
degres deux tiers , ou 47 lieues , a PEst de Nootka,
II dit ailleurs 2 que Petendue de la Mer interieure
dans Iaquelle ce Batiment a navigue , est de plus
de huit degres en latitude.
Si I'on.jette les yeux sur la Carte qui accom-
pagne la Relationi'des Voyages de Meares , et sur
Iaquelle il a figure ia Decouverte du Washington 3,
on voit, en partant du Detroit de Fuca , et remontant dans Ie Nord , un grand Archipel qu'il
designe Ipdr Ie nom de Northern Archipelago [Archipel du Nord], et qui s'etend entre 48 degres
et demi, et 56 degres et demi de latitude, sur
une Iargeur moyenne d'environ 5 o lieues : et vers
5 3 degre's , se voient les Icies de ia Princess Royal
Voyez The original Astronomical Observations made in the
course of a Voyage to the Northern Pacific Ocean, By W, Bayly.
London,   1782. In -4.0 , page 349-
z Voyez Meares's Voyages, page"*Ixij,~
1  Voyei la PI. II.
 w
INTRODUCTION. dix
du capitaine Duncan , ou PArchipei de San-Lazaro \ 78 8-0.
de Fuente, enclave'es dans te grand Archipel. A <-«/.
PEst de cet.assemblage d'iles sans riombre, dont
quelques-unes sont figurees en entier, et la plu-
part seulement indiquees par des Ouvertures ,
doit etre trace'e la Route du Washington; et, dans
un grand eloignement de cette Route , doivent
etre  vues les grandes Terres du  Continent : de
o
sorte qu'entre ces terres et PArchipei , se trouve
une Mer ou un Bassin immense, auquel on peut
oommuniquer par tousles Passages ou Canaux que
les iles doivent laisser entre elles. M. Meares ne
dit pas si Ie Washington, apres etre entre dans cette
Mer par sa partie du Sud , par Ie Detroit de Fuca,
en est sorti par quelqu'une des Ouvertures qui
se voient dans Ia partie du Nord de PArchipei ,
ou s'il est venu sortir par te meme De'troit par
Iequel il y avoit pene'tre.
Je n'entreprendrai pas de discuter ici te
rapport sur Iequel est fondee cette grande Decouverte : les Donne'es sont trop incertaines , Ie
Developpement est trop insuffisant pour qu'on
puisse la soumettre a Pexamen et la juger
d'apres les regies de la critique. Je me con-
tente d'observer que la Relation et les Cartes du
capitaine Meares ont paru a Londres des 1790, et
que cependant Ie Geographe anglais Arrow smith,
qui   a   marque   soigneusement   sur   son   gra
rand
 mm
1788-9
Grey.
clx INTRODUCTION.
, Planisphere qu'il n'a pubiie qu'en 1794, toutes
les Decouvertes ante'rieures a cette epoque , n'y
a point indique' cette grande Mer interieure dans
iaquelle te Washington doit avoir parcouru au moins
cent soix ante-lieues du Sud au Nord, puisqu'il Pa
traverse'e, dit Ie capitaine Meares, sur une etendue
de plus de huit degres en latitude ; on voit seu-
lement sur Ie nouveau Planisphere , PArchipei de
San-Lazaro, sous Ie nom d'iles de la Princess Royal
que Duncan lui a donne; et dans POuest de cet
Archipel, a une distance moyenne d'environ 20
lieues , les grandes Terres que la Perouse a de'couvertes et prolongees, en 1786, entre 5 2 et 54 deg. >
et que Dixon, qui les a reconnues en 1787, a
nominees Queen - Charlotte's Islands , du nom de
son Vaisseau. Je ne croirai pas qu' Arrow smith ait
neglige d'indiquer la Decouverte du Washington ,
parce qu'elle appartient a un capitaine des Etats-
Unis; je croirai bien plutot qu'elle ne lui a pas
paru constate'e d'une maniere assez authentique
pour Ie decider a. Padopter et a. Femployer, avant
que les recherches d'autres Navigateurs , et sur-
tout de quelque Navigateur anglais , ayent con-
firme Pexistence et Petendue de cette. grande Mer'
o
interieure qui ( si elle existe ) pourroit un jour
conduire a des De'couvertes d'une plus grande
importance, et peut-etre ouvrir, ou du moins
faciliter   la   communication   tant   desiree ,   tant
cherche'e ,
 INTRODUCTION.
clxj
pj
th
lerche'e,
entre les deux
Oce'ans qui
embrassent
1788-
"9"
te
Nouveau Monde \
Grey*
1 Cette Route du Washington dans une grande Mer interieure
a I'Est de 1'ArchipeI de San - Lazaro de Fuente, meritoit bien
Une observation de la part du capitaine Dixon dans Sa guerre
polemique avee Ie capitaine Meares : aussi lui demande-t-il
« de faire connoitre au Public d'apres quelle Autorite il a trace
cette Route sur sa Carte ». (Remarks on Meares's Voyagest
page  22.;
M. Meares, ainsi somme et i'nterpelle de repondre, a repondu:
mais je ne me permets pas de commenter sa reponse, je dois me
borner a la traduire litteralement :
« Le respect que je dois au Public, dit-il, m'engage a condes-
cendre a votre demande. Je suis redevable de cette communication
(de Ia Route du Washington) a M. Neville, homme du caractere
Ie plus respectable , qui est revenu en Angleterre sur Ie Chester-
field, Vaisseau employe au service de la Compagnie des Indes ,-
et c'est sur son autorite que je i'ai communiquee au Public.
M. Kendrick, qui commandoit le Washington, arriva a la Chine
avee une riche cargaison de Fourrures, peu de temps avant
fe depart du Chesterfield ; et M. Neville, qui ne quitta pas
fNbxMendrick duraut cet intervalle , et apprit de lui-meme toutes
les particularites de sa Route, a bien voulu me les rapporter
telles qu'il les avoit apprises .».   ( Answer,  page *4-J
Dans la declaration qii'on vient de lire, on remarque que le
Capitaine du Washington est appele M. Kendrick ; et il est sous
le nom de M. Grey dans Ie Journal de Meares, page 219: oh
ignore la raison de ce changement de nom : M. Grey etoit-il
mort ! et M. Kendrick lui avoit-il succede dans Ie commande-
ment du Washington a Pepoque ou ce Batiment arriva a la Chine I
>—Attendons du temps qu'il fixe notre opinion'sur cette Mer
•int&ieure*
 Nouveaux
Voyages
des
Espagnols,
clxij INTRODUCTION.
Les Possesseurs du Mexique, cet Empire
si voisin des Terres que les Vaisseaux d'Europe
venoient reconnoitre et visiter a de si grandes
distances, dans la vue d'y e'tablir un Commerce
iucratif , vont reparoitre un moment sur la
scene ; mais ce sera pour faire acte d'apparition,
plutot que pour nous enrichir par de nouvelles
Decouvertes.
La Reconnoissance que Ie capitaine Cook avoit
faite, en 1778 , d'une grande partie de la Cote
du Nord-Ouest de YAmerique, avoit enfin appris
aux Espagnols que, sur plusieurs points situes a
des latitudes eievees , les Russes du Kamtschatka
avoient forme , et sur le Continent, et dans les
iles qui en sont detachees, des Etablissemens fixes
qui alimentoientleur Commerce de Pelleteries avee
PEmpire de Ia Chine. Ainsi deux Nations place'es
aux extremite's de YAsie et de YEurope, sembloient
disputer aux Proprietaries des tresors du Nouveau
Monde , cette propriete , pretendue. exclusive ,
d'une immense Cote, la lisiere long - temps in-
connue de leurs Possessions, qu'ils paroissoient
ne pas chercher a connoitre, dans Pespoir d'en
derober la connoissance a. des rivaux dangereux*
Les Russes, d'une part, et de Pautre, les Anglais,
tendoient vers Ie meme but ; les premiers, avee
Pavantage de la proximite ; tes seconds, avee celui
d'une grande experience dans la Navigation et Ie
 INTRODUCTION.
CIXIIJ
Commerce, et avee cet esprit d'entreprise dont les   Nouveaux
distances et les dangers ne peuvent ralentir Fardeur,       de*
lorsque  Ie  terme de  la  carriere  pre'sente  I'appat   Espagnols.
d'un benefice.  Mais quand YEspagne fut assuree    1788.
que tes Russes, accoutumes a braver les glaces du
Nord, et les Anglais habitue's a affronter tous tes
climats, ou deja s'etoient etablis sur te Continent,
ou projetoient d'y former des Etablissemens, elle
se decida a ordonner une Expedition qui auroit
pour but de  connoitre ce que ceux-la. avoient
pu de'ja executer, et ce que ceux-ci pourroient
entreprendre \
La Fregate la Princesa et Ie Paquebot el San-
Carlos * furent equipes au Port de San-Blas, et
en partirent Ie 24 Janvier  1788.
Don Estevan- Joseph Martine^ , Pilote de la
Classe des premiers Pilotes de FArmee navale ,
avee Ie grade d'Officier, commandoit PExpedi-
tion , et avoit sous ses ordres Don Haro , ayant
te grade d'Enseigne de Fregate.
v Les deux Batimens naviguerent de compagnie
-    x Je tire la Notice des deux nouveaux Voyages des Espagnols,
de deux Lettres originales, 1'une de San-Bias,  30 Octobre
1788 ,1'autre, de la ville de Mexico, 28 Aout 1789 : elles furent
adressees officiellement au Ministre de la Marine , par le Consul
de France dans un des principaux Ports d!Espagne, ie 24 Fevrier
1789 et Ie  12 Janvier 1790.
3 Suivant une des Lettres, et selon Pautre, El Philipino,
L   ^
 Nouveaux
Voyage's
des
£spagnoLs.
I788.
ctxiv INTRODUCTION,
jusqu'a William's-Sound, par 60 degre's de latitude : ici il s'etablit entre les deux Capitaines une
mesintelligence qui regna dans tout Ie Voyage.
De William's-Sound ils revinrent a la Trinidad, a
41 degre's 7 minutes; mais , a. Ia sortie de ce
Port, Don Martine^ fut separe du Paquebot, soit
a dessein , soit par accident, et se rendit au Port
de Pile d'Ounalaska , par les 5 4 degre's de latitude , tandis que.Don Haro parcourut Ia Cote >
et toucha a un Port dont nous ignorons egale-
ment et Ie nom et la latitude J, et ou les Russes
ont un Etablissement. Les Espagnols y furent recus
tres - amicalement ; et te Commandant du Poste
ou de la Factorerie poussa Ia confiance jusqu'a
faire present a Don Haro d'une Carte a grand
point de tous tes Etablissemens que la Russie
posse'doit sur cette Cote, et qui, a. cette epoque,
etoient au nombre de huit : il lui donna d'ail-
leurs tous tes renseignemens qu'il pouvoit desirer
sur cette partie peu connue de YAmerique du
Nord.
Don Haro rejoignit dans la suite Don Martinez
a. Ounalaska : mais la mesintelligence subsistant
toujours , il profita d'un coup de vent qui fit
derader la Prince sa, pour se rendre independant;
et il rentra, vers  Ie  milieu   d'Octobre,   dans  Ie
1  II paroit que ce Port est'situe entre 58 et $t> degres.
 INTRODUCTION. ckv
Port de San-Bias , ou Don Martine^ ne fut rendu   Nouveaux,
que ie 2 Novembre suivant. w*&*
x * des
Cette Expedition dont tes lettres du Mexique, Espagnols,
en se plaignant du Commandant , attribuent tout 1788.
Phonneur a son Second, n'a produit aucune Decouverte : les Lettres de San-Blas, ecrites a Par-
rivee de Don Haro , nous apprennent seulement
qu'a cette epoque, les Russes avoient deja. huie
Etablissemens fixes sur la Cote entre y S et jp
degres de latitude x ; que chacun de ces Etablissemens e'toit compose de seize a vingt families %
formant un total de 462 Russes ; que ces Etrangers
etoient parvenus a faconner a leurs usages et a
leurs mceurs 600 des Naturels duPays, et qu'ils en
recevoient un tribut pour Plmperatrice de Russie.,
II paroit que , independamment de ces huit Etablissemens , les Espagnols  qu'on dit s'etre eleve's
1 Qn lit dans la Lettre de San-Bias, que les Etabljssemens
sont situes entre 4.8 et ^.p degres ; mais ou c'est une fame de
Copie , ou c'est^"Hessein"queTesrIatitudes ont ete mal indiqiiees."
II est certain que les Russes n'ont aucun Etablissement-au Sud
de Nootka-Sound,. qui est entre 49 et 50 degres : la -Cote qui
s'etend au Sud de cgtte Baie a ete si soigneusement visitee par
les Anglais , .et„a plusieurs reprises , qu'un Etablissement appar-
tenant a un Peuple police, n'eut pas echappe a leUrs recherches 5
et ils en auroient parle : Ieur silence sur ce fait important peut
etre regarde comme une preuve qu'aucun Etablissement de cette
nature n'existoit a I'epoque de 1788 : ceux des Russes ne
doivent pas se trouver au-dessous dc  58 degres.
&1
 des
Espagnofsi
17 8 8..
cixvj INTRODUCTION.
Naiweaux    ^ans ce y0yage jusqu'au soixante-deuxieme Pa-
Voyage* ,, v T     , , , ,
ralleie , ont trouve par les 59 degres, trois
autres Peuplades russes , mais beaucoup moins
riormVreuses que celles qui occupent les parties de
la Cote moins septentrionaiesV lis pretendent que
FEtablissement des Russes sur la Cote date de
1776 ; que Ieur Commerce avee les Americains
est peu important, et ne corfeiste qu'en peaux de
Loup et en bottes de peau unie ou tannee, pour
lesquels les' Itfaturels recoivent en echange , des
culottes , du drap et quelques bouteilles d'eau-
de- vie.
Les Espagnols qui avoient ete employes dans
cette Expedition, se plaignoient d'avoir eprouve
un froid excessif pendant Ieur station de 14 jours
a Ounalaska, dans le mois de Juillet %
La seuie Decouv^fte qu'ils firent dans Ie cours
de Ieur Voyage, et qui dut paroitre au Gouveme-
ment  espagnol   d'une   grande   importance,   c'est
x On ne voit pas qu'ils ayent depasse Pile d'Ounalaska ; et
dependant, if faudroit, pour qu'ils se fussent eleves jusqu*&
^S-lcfegres , qu'ils eussent traverse la chame des Aleutiennes, et
remonte dans le grand Bassin-du Nord entre YAsie et Y Amerique ,
Iequel se  termine par le Detroit -de Bering.-
2 Si, comme on le dit, ils eussent remonte jusqu'a 62 degres,
il est probable qu'ils auroient parle du froid qu'ils auroient du
y eprouver, plus grand, sans doute, qu'a Ounalaska, dont le
Port n'est que par 53° 55',
 INTRODUCTION.
clxvij
qu'ils recueillirent de leurs conversations avee les   Nouveaux
Russes, que Ie Gouverneur du Kamtschatka, dans      °yases
la dependance duquel se trouve la colonie d'Ouna-   Espagnols.
laska, se proposoit de faire occuper incessamment,    1788.
au iiqiii de  Plmperatrice  de Russie, Ie  Port de
Nootka que les Espagnols nomment San-Lorenzo,
situe  a 490  36' de latitude, sur les Cotes que,
depuis que d'autres tes ont decouvertes , il a plu
a ceux-la d'appeler la Nueva-California' : nous ne
croirons' cependant pas que cette Californie fut si
nouvelle pour  eux ;  seulement ,   il   est  probable
qu'ils ne la connoissoient pas  aussi bien que les
Navigateurs des  autres  Nations  ia Ieur  ont fait
connoitre.     Wm p^s4a8*;
Le projet, ou vrai ou suppose , d'un
Etabiisement des Russes a Nootka-Sound, et plus
encore , on peut Ie presumer , Pinquie'tude qu'en-
tretenoit dans Pesprit du Gouvernement la presence
habituelle des Anglais sur des Cotes que, depuis
la premiere Decouverte faite par Ieur amiral Drake,
en 1 578 , jusqu'a ces derniers temps, ils n'avoient
1789.
Ce pretendu projet des Russes paroit peu yraisembiable;
XDnipfcut douter qu'ils voulussent venir&emettre en concurrence,
pour le commerce &GS Pelle|eries , avee les Anglais et les
Americains des Etats-Unis : les parties plus Septentrionales de
la Cote semblent, sous tous les rapports, devoir etre plus a Ieur,
convenance.
m
 clxviij INTRODUCTION.
Nouveaux   pas frequente'es , deciderent Don Manuel- Antonio
^      Flore^,  Vice-roi du Mexique, a faire  occuper,
Espagnols.   au nom de   Sa Majeste   Catholique ,  te  Port de
1789. Nootka sous Ie nom de Puerto de San-Lorenzo
que les Espagnols declaroient etre une partie
integrante de Ieur Amerique du Nord, un Domaine
de la Couronne. II ordonna un armement pour
Fexecution de ce plan : les Fregates, la Princesa
et la Querida [la Favorite] \ apres avoir ete conve-
nablement equipees et munies de tout ce qui put
paroitre necessaire ou seulement utile pour former
im Etablissement fixe, furent expedites du Port
de San-Bias dans le commencement de Mars 1789,
sous te commandement de Don Marline^ pour
qui cette nouvelle marque de confiance du Gou-
vernement etoit une preuve de la satisfaction que
Fon avoit eue de sa conduite dans PExpeditioil
de 1788 ; ef, au mois d'Avril suivant, Ie Paquebot
LjarenTaTU, charge d'un supple'ment de munitions
de guerre et de bouche, partit du meme Port avee
ia meme destination.
Les deux Fregates , separe'es , peu de temps
apres Ieur depart, par un violent coup de vent,
arriverent a Nootka - San - Lorenzo a huit jours d'in-
tervalle Pune de Pautre. Quatre. Batimens etoient
mouilles dans Ie Port; deux de Boston, dont Pun
e'toit une Fregate et Pautre une Be'Iandre appar-
tenant au geiteral  Washington, tous deux munis
 INTRODUCTION,
clxix1
d'une Commission des Etats-Unis pour faire un
Voyage autour du Monde ; Ie troisieme un
Portugais , et te quatrieme un Anglais, Pun et
Pautre venant de Macao, et pourvus de passe-ports
expedies. par Ie Gouverneur de cette Place , pour
faire Ie commerce des Pelleteries a la Cote du
Nord-Ouest. Don Martine^ hesita sur Ia conduite
a tenir a Pegard de ces quatre Batimens : les deux
• AjHJ^ricains ne lui paroissant pas suspects, il les
laissa en liberte, et il arreta les deu£ autres ; mais
bientot apres Ie Portugais fut relache : FAnglais
seul fut de'clare de bonne prise.
Apres ce premier coupj'^utorite, ce premier acte
de souverainete , ilVoccupa sans de'Iai de remplir
Fobjet de sa mission; il fit batir en hois des
maisons et des magasins, et eleva, a. Perrjrjee du
Port, une Batterie de canons, couverte par un.
parapet dont une paJissade de'fendoit Papproche.
Tandis que tes. Espagnols s'occupoient avee
ardeur des travaux ordonnes , un Batiment se
presence a Pouverture du Port: Don Marline^ Py
iaisse entrer ; mais a pejae Pancre e'toit-elle a la
mer, que {§s chaloupes espaggies armees abordent
le Batifient et s'en emparent, Le capitaine produit
son Passe-port et sa Commission , par lesquels il
constoit que Ie Vaisse&j:/venoit en droiture de
Londres, et qu'il appartenoit a une Socit'te de
commerce, diunent autorisce a former a Nootka un
Nouveattx
Voyages
 clxx INTRODUCTION.
Nouveaux   Etablissement solide : il etoit porteur d'un ordre
^ pour  pre'parer des   habitations   pour les   Colons
Espagnols. anglais qui devoient y etre transported dans te cours
l7$9' de Pannee sur des Fre'gates qu'il avoit laisse'es
en armement dans la Tatiitse, Ces pieces que Ie
Capitaine anglais faisoit valoir comme des titres
qui Ie Ie'gitimoient, te Commandant espagnol les
regarda comme des Pieces de condamnation ; il
ordonna que Ie Batiment fut amarine, fit arborer
te Pavilion d'Espagne au-dessus du Jack de la
Grande - Bretagne, et i'expedia pour San- Bias ou
il arriva vers Ie milieu d'Aoik. Martine^ considers.
Ie Port de San-Lorenzo ou il venoit de s'etablir,
comme une Possession de YEspagne; et, de ce
moment, la loi de la Prohibition existoit pour ce
Port comme pour tous ceux de la Domination
espagnole daSMs les deux Ameriques : Ie Batiment
anglais arrivant de Londws, et meme celui qui fut
trouve m