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Klondyke, L'Alaska, Le Yukon et les iles aléoutiennes De Lobel, Loicq 1899

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Array LE KLONDYKE
L'ALASKA, LEYUKON
ET LES  ILES ALÉOUTIENNES
M.  LOIGQ  DE  LOBEL
PARIS
SOCIÉTÉ FRANÇAISE  D'ÉDITIONS D'ART
VL.^Hènry MAY
Rue  Saint-Benoit, 9 et «  LE KLONDYKE
L'ALASKA, LB YUKON
ET LES  ILES ALEOUTIENNES
M.  LOIGQ   DE  LOBEL
EXTRAIT DU BULLETIN  DB  LA  S0CIÈT1
7- s4>Je, ~d. Je ■,/%?? '
PARIS
SOCIÉTÉ  FRANÇAISE D'EDITIONS D'ART
L.-HKMiY M W  LE KLONDYKE. L'ALASKA, LE YUKON
ET  LES  ILES ALÉOUTIENNES *
Quand les premières nouvelles des trouvailles d'or faites
en Alaska parvinrent en Europe, peu de monde ajouta foi
à ce qu'on croyait être des canards d'Amérique. Puis, à
ces nouvelles succédèrent des rapports officiels qui confirmaient en partie les récits des mineurs revenus duKlondyke.
Ceux-ci relataient également les difficultés et les dangers
de la route et du climat auxquels le mineur était exposé
dans ce pays de rocs et de glace éternelle. On apprenait
bientôt que le gouvernement canadien avait envoyé un
gouverneur à Dawson ; et dès lors ce pays, qui j usqu'ici
n'avait pas d'histoire, eut le don d'exciter la curiosité du
monde entier.
Une chose entre toutes attirait l'attention comme la pitié
sur les malheureux qui osaient affronter les périls de ce
voyage; c'était la traversée de cette fameuse passe du
Chilkoot, où la nature semble avoir jeté là, pêle-mêle, les
uns sur les autres les plus énormes blocs de pierre de la
création, formant ainsi une barrière infranchissable aux
trésors qu'ils protègent.
Ces rocs gigantesques, dont les ravins se cachent sous
d'épaisses avalanches de neige, il fallait les gravir au plein
1. Communication adressée à la Société de Géographie dai
du 6 janvier. — Voir la carte jointe à ce numéro. Ceti
extraite du rapport de M. boicq d6 Lobel, a dû, néi 4 LE  KLONDYKE,   L'ALASKA,  LE  YUKON
cœur de l'hiver et par étapes cent fois répétées, car chacun
devait transporter ses vivres sur le dos.
Mais, là n'était pas la seule difficulté du voyage; si le
Chilkoot était terrible, combien dangereux étaient les lacs
et rivières qu'il fallait suivre sur des embarcations toutes
primitives, faites de planches mal jointes provenant d'arbres
brûlés, et incapables de résister longtemps aux secousses
des torrents et des rapides.
Ajoutez à cela le tableau qu'on faisait des malheureux
mineurs atteints du scorbut et forcés de travailler la terre
par une température de 60° sous zéro; voilà, à peu près, les
renseignements que nous possédions quand j'entrepris mon
exploration en avril 1898.
J'allai m'embarquer à Liverpool, à destination de Montréal. Je choisissais de préférence un port canadien, pour
éviter les tracasseries et les tarifs élevés de la douane
américaine. Je devais me rendre dans le Yukon par Glenora,
Telegraph-Creek et le lac Teslin.
Je ne vous décrirai pasfrci les sites merveilleux des jolies
villes du Canada que nous avons traversées : Québec, Montréal, deux villes restées bien françaises de mœurs et de
langue ; Ottawa, le foyer intellectuel du Canada ; ni les vastes
contrées que le Canadian Pacific traverse de Montréal à Vancouver. M. le baron Hulot, notre distingué collègue, les a
merveilleusement dépeintes dans son livre De l'Atlantique
au Pacifique.
Mais, je ne puis m'empêcher de vous parler de ces Montagnes Rocheuses, qui gardent perpétuellement leurs cimes
couvertes de neige et'sur lesquelles le train court à une
allure vertigineuse, traversant des ravins profonds de 2,000
pieds sur quelques poutres dont nous ne voudrions pas en
France pour un pont de jar.din; descendant des courbes
brusques et rapides, à fleur de roche, où l'œil ne distingue
plus que le vide immense du gouffre béant. Cette traversée
des Montagnes Rocheuses donne le vertige à plus d'un ET  LES  ILES  ALÉOUTIENNES. 5
voyageur et laisse dans l'esprit un inoubliable souvenir.
Nous arrivons à Vancouver le 10 mai, où nous complétons notre équipement et nos provisions.
Ici, pas plus qu'à Montréal, on ne peut nous donner le
moindre renseignement sur les régions arctiques ; mais en
revanche, nous sommes assaillis par les marchands qui nous
relancent jusqu'à l'hôtel pour nous offrir des vêtements de
fourrure ou d'autres approvisionnements. Le 14 mai, nous
nous embarquons sur Y Mander, avec ma femme, mes deux
filles et mes deux fils qui n'ont jamais consenti à attendre
mon retour à Vancouver. Ici commence notre apprentissage
de la rude existence que nous allons mener pendant six
mois. Ce petit steamer est occupé par les 250 hommes de
troupe qui composent la milice du Yukon. Comme il n'y a
que quelques cabines qu'on réserve aux dames, nous couchons sur le pont. Le chenal que nous traversons est magnifique; le bateau file entre deux rangs de fiords merveilleux,
derrière lesquels se dressent les cimes élevées des montagnes
couvertes de neige.
Nous arrivons à Wrangel le 17 mai. Wrangel est une petite ville bâtie toute en bois et sur pilotis, mais bien campée
sur une colline boisée et située sur territoire américain.
Les rues sont de vastes fossés, vrais cloaques de boue et
d'immondices de toute sorte; de place en place émergent
des troncs d'arbres sciés à un mètre du sol et supportant
des planches pourries qui plient sous vos pas. Ces espèces
de trottoirs sont très étroits et l'on ne s'y aventure qu'avec
précaution.
Il pleut, dit-on, à Wrangel pendant toute l'année. Jusqu'en 1897, Wrangel était une ville d'Indiens et ne contenait que 3 blancs. La population actuelle est composée en
majeure partie de blancs et est très mauvaise. On nous dit
qu'il est dangereux de sortir après 7 heures du soir quand
les jours sont courts. On y assassine pour 4 bits (4 fois
75 centimes). 6 LE KL0NDYKE, L ALASKA, LE YUKON
Les consciences s'achètent, dit-on, de 5 à 10 dollars;
mais celles des juges sont taxées un peu plus.
Ces mœurs sont d'ailleurs semblables sur toute la frontière américaine, en Alaska.
Les Indiens portent le costume européen, mais au lieu de
chapeau les femmes portent sur la tête un grand châle. De
taille plutôt petite, ces Indiens ont une large carrure, des
cheveux plats et luisants et la peau cuivrée. Leurs habitations
construites comme celles des blancs sont tenues proprement. Us vivent du produit de leur pêche et la plupart d'entre eux sont dans une situation prospère.
Depuis notre arrivée nous nous débattons contre la
douane américaine pour les formalités à remplir concernant
nos bagages pris en transit.
Nous quittons Wrangel le 19 mai sur le Strathcona, bateau à fond plat, mû-par une grande roue à palettes tenant
lieu d'hélice. C'est le bateau en usage dans cette région sur
les rivières généralement peu profondes.
Ce steamer fait son premier voyage ; il a été frété spécialement pour transporter les hommes de la milice du Yukon
à Glenora. Bien qu'il fasse très froid et qu'il pleuve, tout le
monde est sur le pont tant le paysage qui se déroule sous
nos yeux est superbe.
A l'horizon, des montagnes s'élevant en amphithéâtre et
toujours plus hautes, blanches de neige sur laquelle se détachent les sapins verts dont le soleil de mai a fondu le
manteau hivernal. Autour du bateau quantité de phoques
de l'espèce à poil rude prennent leurs ébats. Ils sont plus
petits que les phoques à fourrure; les jeunes gagnent dix
livres par jour jusqu'à l'âge adulte. On les chasse pour la
peau dont on fait des chaussures imperméables ainsi que
le cuir servant à la fabrication des portefeuilles, des buvards, etc.
Nous arrivons à la pointe de Rothsay, à l'entrée de la Sti-
kine, la Stah-Keena des Indiens ou la grande rivière.
% ET  LES ILES  ALÉOUTIENNES. 7
Depuis un temps immémorial, c'est par la Slikine que les
Indiens de la côte pénétraient à l'intérieur. Ses sources sont
encore inconnues; mais ellesdoivent se trouver au sud du 58e
parallèle de latitude nord. Le fleuve est navigable jusqu'à
Glenora, à 250 kilomètres de Wrangel, pour des steamers à
fond plat et munis de puissantes machines.
A certains moments on peut remonter le fleuve jusqu'à
Telegraph Creek, à 20 kilomètres de Glenora. Au delà on
tombe dans le grand canon qui mesure 80 kilomètres de longueur et qu'il est impossible de traverser soit en steamer,
soit en barque.
On appelle canon une partie du fleuve qui se rétrécit entre
deux murs de rochers à pic, formant ainsi une gorge où
l'eau se précipite et roule avec une force incroyable. Les Indiens eux-mêmes, si experts à manœuvrer dans les eaux de
la Stikine, n'ont jamais osé tenter la traversée du grand
canon en canot. Ils attendent l'hiver pour le faire sur la
glace.
La navigation sur la Stikine s'ouvre de mai à novembre.
Fin novembre le fleuve est complètement gelé. En juin les
eaux sont le plus hautes par suite de la fonte des neiges. La
vallée de la Stikine mesure en moyenne 3 milles de. largeur
jusqu'au petit canon. Les montagnes qui la bordent ont
1,000 mètres de hauteur environ.
Elles sont de nature granitique et de couleur grise. Tout
le long de la vallée les sapins, les arbres à coton et d'autres
montrent Une végétation vigoureuse. Beaucoup commençaient à bourgeonner quand nous sommes passés.
Quelques-uns, même, étaient couverts de feuilles et teintaient le paysage de différents tons de vert produisant le
plus joli constraste avec la neige qui couvre le sol.
Qui n'a pas vu la Stikine ne peut se faire une idée de ce
fleuve terrible, dont les eaux bouillonnent en tourbillons
ininterrompus.
A l'embouchure, le courant  est assez modéré; mais, 100 milles plus haut, il est terrifiant. Sur tout le parcours la
navigation est très difficile, tant à cause du peu de profondeur des eaux que par suite des nombreuses épaves que le
fleuve charrie, pour la plupart des arbres arrachés au
moment de la débâcle des glaces.
De plus, le lit du fleuve change tous les ans, ce qui déroute le pilote; tel endroit qui, aujourd'hui, possède un
bon chenal se trouvera remplacé, l'année suivante, par un
banc de sable.
Cette particularité, qui rend le dragage de la Stikine presque impossible, en a empêché jusqu'aujourd'hui son exploitation, car elle contient de l'or en bonne quantité.
Le Strathcona avance lentement. Un homme à l'avant
sonde sans cesse le fleuve ; il accuse 4 pieds, 6 pieds et
8 pieds d'eau, le maximum.
Sur la rive quelques petits campements d'Indiens. Des
aigles à tète blanche s'envolent à l'approche du steamer.
De temps en temps on aperçoit une tente; ce sont de pauvres mineurs venus là sur la glace, pris par la débâcle et qui
n'ont pu aller plus loin, car remonter la Stikine en barque
est une œuvre de géant.
Le cœur se serre en voyant ces malheureux abandonnés
seuls dans ce désert. Animés par l'espoir de trouver une
occasion d'aller plus avant, ils resteront là quand même
jusqu'à l'épuisement de leurs provisions.
Alors, ils redescendront la rivière en radeau. Nous arrivons à la frontière canadienne où se trouve un poste de
police montée.
Une des particularités de la Stikine ce sont les nombreux
glaciers qui y déversent leurs eaux. On en compte 300 sur
Popoff, qui se trouve à 10 milles au-dessus de la pointe de ET  LES   ILES   ALÉOUTIENNES. 9
Blanc. La région de l'Iskoot est riche en gros gibier. Des
ours noirs, bruns et grizzelis; des chèvres et des moutons
de montagnes ; des cariboo et des élans y vivent paisibles
(le cariboo est une espèce de cerf grand comme le cerf
d'Europe). Les groussesysont fort nombreuses ; quant aux
moustiques, ils dépassent en nombre et en voracité toules
les espèces connues. Les mêmes animaux et les mêmes insectes se rencontrent sur tout le parcours de la Stikine.
Voici maintenant l'Orlebar, ou grand glacier, qui mesure
5 kilomètres de longueur le long du fleuve et qui s'étend en
profondeur sur un espace immense dont on n'a pas exactement déterminé la fin. En face, de l'autre côté dufleuve, se
trouvent les sources d'eau chaude. Un peu plus loin, sur le
parcours d'un mille environ s'étend le Coude du Diable.
Enfin à25 kilomètres plus haut, le Flood Glacier.
Nous avançons péniblement étalions échouer sur un banc
de sable. La manœuvre est très difficile. Le fleuve se divise
ici en plusieurs bras et forme une nappe d'eau à perte de
vue. De tous côtés émergent des bancs de sable et de graviers. Sur l'eau flottent de gros troncs d'arbres et plusieurs
..canots, la quille en l'air, tristes épaves des malheureux que
le fleuve a engloutis.
Après bien des efforts notre steamer reprend sa marche
en avant. Le 21 mai, nous arrivons en vue du redouté petit
canon, long de plus de 1 kilomètre et se rétrécissant à
50 mètres à certains endroits, entre deux montagnes de
rochers de 3 à 400 pieds de hauteur. Souvent, en cet endroit, les bateaux luttent pendant une heure avant de pouvoir sortir de cette effroyable gorge et il arrive qu'ils sont
forcés de stopper pendant plusieurs jours à l'entrée du
canon, en attendant que le courant soit moins rapide.
Mais voici le moment uu passage du bateau dans l'antre
du mauvais esprit, comme disent les Indiens. Des hommes
sont envoyés à terre pour attacher au roc le câble qui doit
remonter le bateau à l'aide du cabestan. 10 LE  KLONDYKE,   L'ALASKA,   LE YUKON
A l'entrée du canon le Ramona, parti deux jours avant
nous, est sur ses ancres et solidement amarré. Le capitaine
hésite à lancer son bateau dans le gouffre. Au pied des rochers deux barques de mineurs sont attachées. L'audace de
certains hommes est vraiment stupéfiante.
Heureusement, le passage du canon s'accomplit sans accident. Au delà, le courant entrave encore la marche du
steamer. Nous traversons les grands rapides, puis le
Kloochman Canon, puis encore de nouveaux rapides. L'eau
tourbillonne avec force et fracas. On dirait un fleuve en
ebullition. Nous avançons de 50 en 50 mètres à l'aide du
cabestan.
Un moment le capitaine ordonne de chauffer au maximum de pression et d'essayer de marcher sans l'aide du
câble ; mais à peine cet ordre est-il exécuté que nous reculons de toute la distance que nous venions de franchir par
le cabestan.
Deux barques d'Indiens passent avec la rapidité d'une
flèche, descendant le fleuve.
Nous reprenons notre marche en avant péniblement. La
neige devient moins épaisse, la végétation est plus avancée
et voici que de jolies fleurs se montrent partout. Dans l'intérieur le printemps est plus précoce que sur les côtes ; c'est
ainsi qu'à notre arrivée à Glenora nous trouvons quantité
de fleurs épanouies, des papillons et des oiseaux.
J'ai tenu à vous donner, très en détail, la description de
notre voyage sur la Stikine pour cette raison que toutes
les rivières de l'Alaska sont semblables et qu'ainsi, je n'aurai plus à y revenir dans la suite de mon récit.
A Glenora toute la ville est sur la plage attendant l'arrivée
du Strathcona qui apporte le courrier. Glenora est une ville
de tentes qui abritait alors une population de 2,500 hommes
venus pour la plupart sur la glace dans l'espoir de gagner
le Klondyke par la voie du lac Teslin.
Mais il n'y a pas de roule et les pauvres gens sont arrêtés ET  LES  ILES  ALÉOUTIENNES. 11
là faute d'argent pour payer leur passage et le transport de
Beurs provisions sur un steamer qui redescend et personne
n'osant s'aventurer à redescendre la Stikine en barque ou
en radeau. Un instant ces mineurs croient que la troupe va
leur frayer une route ; mais leur espoir est bientôt déçu.
Nous établissons notre camp et nous nous mettons en '
quête de chevaux et de porteurs, mais sans succès. Tous
les chevaux ont été réquisitionnés pour la troupe qui se
frayera une route à coups de hache à travers les épaisses
forêts qu'elle doit traverser.
A Glenora la chaleur est accablante, le 24 mai le thermomètre marquait 29° centigrades et le 25 mai 38° centigrades.
Les nuits sont claires. On peut lire aisément à 11 heures
du soir. Les moustiques sont terribles et nous empoisonnent
le sang au point de faire naître quantité d'abcès sur le corps.
Nous faisons quelques reconnaissances au delà de Telegraph Creek qui est la limite de la navigation. Peu de steamers, en effet, consentent à remonter jusque-là et à traverser ce qu'on appelle les rapides des Trois-Sœurs, ainsi
dénommés parce que le fleuve est barré en cet endroit par
trois immenses roches sur lesquelles plus d'un bateau s'est
brisé.
Telegraph Creek doit son nom à ce fait qu'il avait été
question d'établir là un poste télégraphique; mais ce projet
n'a jamais été exécuté.
A partir de là, on rencontre d'innombrables roches de
basalte et d'autres rocs volcaniques de l'âge tertiaire. En
sortant de Telegraph Creek il n'y a comme route qu'un
petit sentier grimpant très à pic les rochers qui protègent
la vallée de la Thaltan où l'on trouve plusieurs villages
d'Indiens.
On a fait de riches découvertes d'or sur cette rivière Thaltan . J'ai visité les villages d'Indiens qui y ont établi des réserves
et qui ne permettent à aucun blanc de travailler chez eux.
Mais j'ai été fort bien accueilli par ces Indiens et c'est une r
12 LE   KLONDYKE,   L'ALASKA,  LE YUKON
grande erreur, pour ne pas dire une faute, que de laisser
croire que ceux-ci barrent les rivières pour empêcher les
blancs de passer ou pour les dépouiller. Le gouvernement
canadien a su, depuis longtemps déjà, imposer aux Indiens
du nord-ouest le respect du blanc, et l'assassinat d'un de
ceux-ci est un acte tout à fait isolé.
On a cherché à cultiver des légumes à Glenora. La pomme
de terre, même au cas où ses feuilles sont touchées par la
gelée, y vient très bien; l'orge, le blé, l'avoine y mûrissent
également.
Après avoir reconnu la route impraticable, nous nous
décidons à redescendre le fleuve et à nous rendre dans le
Yukon par la passe du Chilkoot. Nous prenons le petit
steamer Glenora, qui marche vapeur en arrière pour résister au courant. Malgré cela le Glenora va s'abîmer contre
un rocher et il a son bastingage et une partie de son avant
brisés. Cet accident a failli coûter la vie à un des miens.
De retour à Wrangel, nous nous embarquons pour Dyea
sur l'Al-Ki. Nous allons suivre le Stephens Passage pour
entrer ensuite dans le canal de Lynn jusque Dyea. Le chenal est très dangereux, car une dizaine de navires y ont
péri depuis le commencement de l'année.
Voici le glacier du Tonnerre qui envoie à la mer des
myriades d'icebergs qui étincellent au soleil.
Les Indiens Tlingits entendant les mystérieux rugissements
de ce glacier le croyaient habité par l'oiseau du tonnerre
Hutli et ils attribuaient ces bruits assourdissants aux battements de ses ailes. Ils croyaient que les montagnes étaient
jadis des êtres animés ou de puissants esprits.
Les glaciers, disaient-ils, sont leurs enfants qu'ils tiennent dans leurs bras, dont ils plongent les pieds dans la
mer, les recouvrant en hiver d'une épaisse couche de neige
et répandant ensuite sur eux des rocs et de la terre pour
les préserver des rayons du soleil d'été.
Sitth too Yehk est le nom de l'esprit de glace et, à la fa- ET  LES  ILES ALÉOUTIENNES. 13
çon dont les Tlingits murmurent son nom on peut juger de
l'horreur qu'ils éprouvent pour le froid. Dans leur imagination bornée, ils ont conçu un enfer de glace comme devant
être l'état futur de ceux qui ne se font pas incinérer. Ils
attribuent à l'esprit de glace une puissance invisible extraordinaire. Son souffle glacé donne la mort. Aussi éprouvent-ils
une frayeur indicible lorsqu'ils entendent les hurlements
furieux des tempêtes dans les montagnes et les craquements
des glaciers.
Dans sa rage, disent-ils, Sitth lance des icebergs qui écrasent les canots et lave ensuite la terre avec de grandes vagues.
Quand le vent glacial disparaît un peu, ou que les glaciers
se taisent, c'est que Sitth dort ou erre sous des labyrinthes
de glaces tramant de nouvelles destructions. Ces Indiens
parlent comme en un murmure de crainte de réveiller ou
d'offenser ce mauvais génie et ils se garderaient bien de
frapper les icebergs avec les pagaies de leurs canots, car
ils considèrent ceux-ci comme ses sujets. Quand ils doivent
faire un voyage à travers un glacier ils implorent la clémence de Sitth too Yeh'k par de nombreuses incantations ;
parlant très doucement et marchant légèrement, ils ont soin
de ne pas offenser l'esprit par les odeurs ou les restes de
leurs repas. Les phoques à poil rude sont considérés par eux
comme les enfants des glaciers ; aussi peuvent-ils se promener impunément sur les blocs de glace flottante.
Notre paquebot stoppe à la baie de Sumdum inaccessible
aux grands steamers. Sur les côtes, quantité de canards, de
mouettes et d'aigles à tête blanche. Les montagnes ici sont
très élevées et bien boisées. La principale essence d'arbres
sur les côtes est le sapin. Le laurier, les violettes, les anémones et d'autres fleurs y poussent abondamment.
Notre bateau aborde un des nombreux icebergs qui émergent de la surface des flots et les matelots en détachent de
gros morceaux à coups de hache pour notre provision de
glace. 14 LE  KLONDYKE,  L'ALASKA,  LE YUKON
Nous arrivons à l'Ile de Douglas où sont situées les fameuses mines de Treadwell et où 1,000 ouvriers travaillent
jour et nuit. Ce sont les mines d'or les mieux outillées du
monde entier.
Les indigènes de cette contrée, sont des Indiens Anksr
bannis de la tribu des Hoonah et dont le nombre diminue
chaque année.
Nous arrivons à Juneau le 15 juin. Comme toutes les
villes de l'Alaska, Juneau est construite toute en bois et
sur pilotis ; plus propre que Wrangel, on y trouve de nombreux magasins bien approvisionnés. Sa population atteint
1,500 âmes. C'était jadis le principal village des Indiens
Taku, surnommés les Juifs de l'Alaska, et très redoutés des
blancs.
Depuis la pacification, ils ont adopté les coutumes et les
costumes des blancs. De 500 membres que la tribu comptait
en 1869, elle est tombée à 250 environ aujourd'hui. Non
loin de la ville, se trouve un cimetière indien très curieux à
-visiter; les tombes sont ornées de bois sculptés, de couvertures de danse d'une grande valeur et d'autres offrandes
aux esprits qui sont partis. Aucun blanc n'oserait toucher
à ces objets. Ces Indiens vivent de la pêche et font de très
jolis travaux de vannerie.
Le détroit de Chatham est fameux pour ses pêcheries. La
morue y abonde. On paye 50 centimes aux naturels les
poissons de 5 livres dont ils apportent en moyenne 8 à
10 mille par jour. On sèche le poisson et on fabrique
l'huile de foie de morue. Les harengs y sont plus nombreux
encore; on raconte qu'un jour le steamer portant le courrier a, pendant quatre heures marché surun banc de harengs.
Les naturels les pèchent au moyen d'un râteau et en remplissent un canot en moins d'une heure.
On a trouvé dans cette région un grand nombre d'intéressants fossiles, entre autres l'épine dorsale d'un ptérodactyle. Les ours, les cerfs, les palmipèdes, le saumon et ET  LES ILES  ALÉOUTIENNES. 15 •
la truite y sont nombreux; on y trouve des crabes dont les
pattes mesurent 5 pieds d'un bout à l'autre.
Le canal de Lynn dans lequel nous entrons en quittant
Juneau s'étend à 90 kilomètres jusqu'à la pointe Séduction
où il se divise en deux bras : le bras du Chilkat à l'ouest
et celui du Chilkoot à l'est.
La chaîne ininterrompue des montagnes s'élève à une
moyenne de 6,000 pieds avec des glaciers dans chaque ravin.
Nous passons la mission Haines où commence le Dalton trail,
c'est-à-dire la roule conduisant à Fort-Selkirk par l'intérieur
des terres; mais cette route n'est praticable qu'en été.
Nous arrivons à Skagway le troisième jour, vers 6 heures
du soir. C'est ici que s'arrêtent les voyageurs qui pénètrent
dans le Yukon par la passe de White. Sans nous arrêter,
nous prenons une petite barque à vapeur qui nous conduit
à Dyea, où les grands steamers ne peuvent arriver. Cette
barque elle-même décharge sa cargaison sur des camions
dont les chevaux sont dans l'eau jusqu'au poitrail et les
voyageurs sont portés à terre à dos d'homme, à moins qu'ils
n'entrent bravement à l'eau.
Dyea, bâtie toute en bois sur une dune de sable, s'étend
dans la vallée du Chilkoot sur 7 kilomètres de longueur. Il
n'y a que très peu de tentes. Dans le petit cimetière une
trentaine de tombes toutes fraîches. Ce sont les malheureuses victimes de la dernière avalanche sur le Chilkoot.
La passe du Chilkoot est la route la plus courte suivie
depuis des générations par les Indiens Chilkats et Chilkoots
pour pénétrer dans le Yukon. Dyea ou Taya en indien
signifie pactage, parce que cette route oblige l'homme à
transporter ses vivres' sur le dos. A Dyea les voyageurs
trouvent aujourd'hui un câble aérien, auquel sont suspendus de petits wagonnets, pour le transport de leurs bagages
et provisions au delàduGhilkoot.LaCo/npag'KterfM Chilkoot
Railroad livre même ces bagages directementaulacBennett
à de bonnes conditions. • 16 LE  ÎCLONDYKE,  L'ALASKA,  LE YUKON
Les Chilkats et Chilkools ne forment en réalité qu'une
seule tribu et ils appartiennent à la grande race des Tlingits
qui habitent les côtes jusqu'à la Stikine. Ils s'opposaient au
début à l'intervention des blancs dans leur trafic, et pendant
cinquante ans ils ont su empêcher les mineurs de traverser les passes qui conduisent dans le bassin du Yukon.
La Compagnie de la baie d'Hudsôn faisait avec les Chilkats un trafic très avantageux de fourrures. Les Chilkats
n'étaient eux-mêmes que des intermédiaires et ils achetaient
les peaux aux Indiens Tinnehs, qu'ils rencontraient au mont
Labouchère et qui ne tentaient jamais de franchir la ligne
frontière des deux tribus.
Quand, par hasard, quelques-uns de ceux-ci étaient
amenés dans les villages chilkat, en qualité d'hôtes, les
Chilkats leur montraient le bateau à vapeur des trafiquants,
fumant comme une énorme pipe, qui manœuvrait sur l'eau
sans pagaies ni voile, leurs canots de guerre et leurs grands
villages, et les Tinnehs s'en retournaient éblouis de la puissance de leurs voisins.
La Compagnie de la baie d'Hudsôn leur vendait des
mousquets à pierre pour autant de peaux de martre qu'on
pouvait empiler sur toute la hauteur du fusil, de la crosse
au bout du canon. La longueur du fusil atteignit bientôt la
taille du chasseur lui-même.
A ce trafic la Compagnie de la baie d'Hudsôn faisait de
jolis bénéfices, mais les Chilkats y gagnaient tout autant, car
c'était les Tinnehs qui fournissaient les peaux.
Les habitations d'hiver de ces Indiens Chilkats consistent
en trois grands villages dont le principal est fortifié avec des
bastions et des meurtrières. Les nobles y ont une maison
. de fête garnie de colonnes sculptées, à l'intérieur. Leurs
cimetières sont très curieux à voir. Leur grand-chef Kloh-
Kutz est un vaillant guerrier. Son père faisait partie de la
bande qui détruisit le Fort-Selkirk de la Compagnie de la
baie d'Hudsôn, en 1852; c'est Kloh-Kutz qui dessina la pre- ET  LES  ILES  ALÉOUTIENNES. 17
mière carte des passes conduisant des villages Cuilkat dans
le Yukon.
Les Chilkats connaissent depuis longtemps l'art de forger
le cuivre et ils ont un procédé pour le rendre aussi dur que
l'acier. Ils tissent aussi de magnifiques robes de danse sur
lesquelles se rencontrent toujours les légendes de la famille
du tisseur avec les griffes et les yeux renversés de Hutli,
l'oiseau du tonnerre. Chaque sujet est tissé séparément,
comme dans les tapisseries japonaises, et relié l'un à l'autre
par quelques fils.
Nous restons deux jours à Dyea pour surveiller le transport de nos bagages par le câble aérien du Chilkoot et nous
partons le 18 juin pour commencer la traversée de cette
fameuse passe.
De Dyea à Canon-City, la route est rocailleuse et suit la
rivière Dyea qu'on est obligé de traverser quatorze fois à
gué. De Canon-City àSheep-Camp le trajet devient des plus
difficiles; d'énormes blocs de rochers qu'il faut escalader
barrent sans cesse la route; puis, ce sont des marais qui se
continuent pend ant plus d'un mille et remplis d'arbres morts,
puis encore des creeks qu'il faut traverser sur de minces
sapins, ou dans l'eau quand celle-ci n'est pas trop profonde.
De nontbreux cadavres de chevaux en décomposition
empestent l'atmosphère d'une façon épouvantable. Le sentier à peine tracé dans ces roches monte pendant 10 kilomètres et devient très pénible. De tous côtés ce ne sont que
ravins et précipices. Le paysage est superbe et sauvage à
l'extrême. Nous arrivons ajnsi à Sheep-Camp où nous trouvons dans une cabane en bois qui s'intitule hôtel un lit de
paille très propre et un bon souper au lard et haricots. Nous
en repartons le lendemain,à 3 heures du matin ; Sheep-Camp
marque la limite boisée. Au sortir de cette localité il faut
gravir les rocs comme des chats. Des centaines de chevaux
morts jalonnent la route et ces émanations nauséabondes
.sont pour nous le plus terrible supplice. 18 LE   KLONDYKE,   L'ALASKA,   LE  YUKON
Nous arrivions à Scales vers 6 heures. Ici ce supplice cesse,
car les chevaux ne peuvent aller plus loin. Cet endroit est
ainsi dénommé parce qu'au début du rush (ou poussée) des
mineurs vers le Yukon, c'était là qu'on pesait les bagages
des voyageurs.
Aujourd'hui les gouvernements américain et canadien se
sont mis d'accord et la douane est établie au sommet du
Chilkoot.
Le temps devient glacial; nous marchons dans la neige
fondante où nous enfonçons parfois jusqu'aux genoux. Le
brouillard est devenu tellement intense que nous ne nous
voyons plus à 1 mètre de distance et nous marchons en
nous appelant sans cesse les uns et les autres. Le thermomètre marque 5" sous zéro. C'est une vraie escalade que
nous faisons, car il faut marcher à quatre pattes, en enfonçant profondément les pieds et les mains dans la neige",
pour faire des marches.
Il arrive aussi qu'on redégringole toute la partie qu'on
avait péniblement gagnée; dans ce cas, il faut remonter à
l'assaut avec la furie du vaincu.
Encore quelques roches qui tremblent sous nos pas, à
gravir; quelques ravins à passer sur la neige durcie, un
dernier pic droit comme un I à escalader et nous voici au
sommet.
Nous y trouvons quelques tentes d ont une sert à la douane,
une à la police montée et une de restaurant; la neige leur
sert de tapis et le bois à brûler s'y paye 1 fr. 25 la livre de
450 grammes.
La descente, dès lors, se fait rapidement. Nous rencontrons des hommes qui rebroussent chemin n'osant traverser
le lac Cratère qui commence à dégeler. C'est en effet la plus
mauvaise saison pour passer le Chilkoot, car en hiver les
larges crevasses que nous constatons en maints endroits
sur ce lac ne sont pas à craindre.
Nous nous aventurons à la grâce de Dieu, sur cette neige ET   LES  ILES  ALÉOUTIENNES. 19
fondue où nous enfonçons jusqu'à mi-corps. Au milieu du
lac les crevasses sont plus larges et plus nombreuses. Nous
entendons l'eau gronder sous nos pas et ce n'est qu'au prix
des plus grands efforts que nous parvenons au bout du lac
sains et saufs. Ce lac Cratère est la véritable source du
Yukon. Nous traversons le canon sur la neige et arrivons au
lac Mud (ou lac de boue), qui se trouve dégelé en partie.
Nos bagages sont là, éparpillés sur la neige, en attendant
que des chevaux viennent les prendre du lac Bennett.
Tous ces objets sont cependant en parfaite sûreté, car on
ne vole pas sur la route du Chilkoot.
Entre le lac Mud et Long-lake nous sommes forcés de
traverser la rivière assez haute à ce moment. Ainsi mouillés
et transis de froid nous arrivons à Long-lake où nous trouvons dans une tente une tasse de café chaud que nous prenons debout, à la hâte, n'osant rester en place dans l'état
où nous sommes.
Nous essayons de traverser ce long lac en canot; mais il
n'est qu'à moitié dégelé et les hommes qui nous conduisent
ne peuvent lutter contre les vagues furieuses qui menacent
de nous faire chavirer.
Force nous est de gagner la rive où nous abordons au
pied d'un rocher gigantesque que nous escaladons en rampant de roc en roc.
Vers 6 heures du soir nous arrivons à Deep-lake (c'est-à-
dire le lacprofond). Celui-ci est complètement dégelé et nous
le contournons en passant dans des marais noirs et nauséabonds. Il nous faut encore ici recommencer l'ascension
d'énormes rochers que de pauvres chevaux gravissent aussi
avec 250 livres sur le dos.
Dans le lointain nous apparaissent les tentes du lac Lin-
deman. Il est 8 h. 1/2 du soir et nous marchons depuis
3 heures du matin avec deux arrêts de dix minutes chacun.
Lindeman est une ville de tentes sur le lac du même nom,
qui  mesure 5 milles   de longueur. Les  montagnes, très 20 LE   KLONDYKE,   L'ALASKA,   LE  YUKON
hautes, qui entourent ce lac sont couvertes de neige. Nous
y passons la nuit et repartons le lendemain pour Bennett
où nous attendons l'arrivée de nos bagages.
Comme Lindeman, Bennett est une ville de tentes qui
s'étend sur toute la longueur de la plage. Le lac Bennett
mesure 45 kilomètres de longueur et se trouve encaissé
entre deux rangs de hautes montagnes couvertes de neige.
Celles-ci s'avancent en promontoire sur le lac; se- rétrécissent ensuite pour former des baies et se reforment plus loin
dans leur position première.
Nous achetons à Bennett une barque mesurant environ
8 mètres de longueur sur 2 m. 50 de large, que nous baptisons du nom de « Lobelia » et au mât de laquelle nous hissons le drapeau aux trois couleurs.
Nous y entassons nos bagages et provisions et par-dessus
le tout nous nous installons tant bien que mal sur les sacs.
Nous avions avec nous trois hommes engagés pour conduire
la barque et cinq chiens. C'est sur ce frêle esquif que nous
allons voyager pendant cinq semaines, exposés aux rayons
du soleil brûlant et à la pluie qui nous rafraîchira souvent.
Nous quittons Benneft,à 9 heures du soir par un temps
relativement calme. Mais vers 4 heures du matin le lac se
change en une mer en furie et nous jette sur un roc qui
entame assez sérieusement notre légère coquille. Nous constatons alors que l'honnête fabricant du bateau a fermé les
jointures des planches avec du mastic au lieu d'étoupe.
Nous le réparons comme nous pouvons et nous nous remettons en route. Mais à peine sommes-nous partis qu'une
voie d'eau se déclare et il nous faut lutter de vitesse pour
gagner le bord où nous déchargeons toutes nos provisions.
Le lendemain nous sommes prêts à reprendre « le lac ».
Nous voguons depuis une heure quand de nouveau le ciel
s'obscurcit; les vagues deviennent houleuses; en quelques
minutes nous sommes ballottés sans plus pouvoir nous
guider et nous dansons sur les flots comme un bouchon.
1Ë ET  LES   ILES  ALÉOUTIENNES. 21
Pour comble, notre bateau est pris en travers et à chaque
coup de lame ce sont trois seaux d'eau jqui entrent dans la
barque. Deux d'entre nous pompent sans cesse, pendant
que les autres rament avec vigueur. Le moment est critique ;
quelques craquements se font entendre ; c'est le bateau qui
a buté sur un roc. Enfin après des efforts inouïs nous parvenons à gagner une baie où nous atterrissons, en sautant à
l'eau à une dizaine de mètres du bord pour éviter à notre
bateau d'être éventré par les rochers.
J'en profite pour grimper ces roches et en étudier la composition. Celles-ci sont de nature granitique et de teinte
grise en général, qui se continuent sur une longueur de
5 milles ; au delà ce sont des rocs stratifiés et du schiste.
Nous arrivons à la tête du lac Tagish. Notre pauvre
bateau est bien endommagé; malgré cela nous passons sans
encombre le Windy arm (le bras des vents). Au Windy arm
on a fait quelques découvertes de quartz aurifères ainsi que
des gisements de marbres d'une belle espèce.
Tagish est le centre des Indiens Tagish. Mais je n'ai pu
recueillir sur eux aucun renseignement. La plupart des rocs
qui bordent le lac sont de nature granitique ; on y trouve du
schiste et beaucoup, de mica, de même la pierre à chaux et,
derrière, des rocs volcaniques.
La traversée du bras de Taku est plus mauvaise et dix fois
notre barque manque de chavirer. Le 4 juillet, nous arrivons au poste de police montée, à la fin du lac Tagish. C'est
ici qu'on enregistre tous les bateaux qui descendent le fleuve
et qui reçoivent chacun un numéro d'ordre. A chaque poste
de police que l'on rencontrera sur sa route, en descendant,
on devra représenter ce numéro. La rivière de 5 milles suit
le lac Tagish. Ici la vallée s'élargit beaucoup et s'étend à
perte de vue. Nous nous arrêtons à un village indien, où
l'un de ceux-ci nous propose de nous vendre son papoose
(c'est-à-dire son bébé, de 12 mois) pour deux sacs de farine
de 50 livres chacun. t
22 LE   KLONDYKE,   L*ALASKA,   LE  YUKON
Le lac Marsh qui suit cette rivière mesure 30 kilomètres
de longueur sur plus de 3 kilomètres de largeur. Le paysage
est superbe et les montagnes qui l'entourent ont leur cime
couverte de neige. On se demande pourquoi on l'a surnommé Mud-lake (ou lac de boue), car ses eaux sont très
limpides. Au moment où nous arrivons le lac est très calme;
notre barque poussée par une brise légère glisse lentement
sur l'eau pendant deux heures. La plupart de nous, harassés
de fatigue s'étaient assoupis, lorsque tout à coup en un clin
d'œil le vent se lève et le lac roule des vagues énormes.
Nous sommes à nouveau le jouet des flots et pour comble,
dans la manœuvre le gouvernail se brise. Nous faisons des
efforts désespérés pour gagner la rive, mais nos rames sont
impuissantes à diriger le bateau. Chacun de nous comprend
que notre vie ne tient plus qu'à un fil et donne le maximum
de son énergie. Après deux heures de mortelles angoisses
nous échouons sur un banc de sable mouvant. Ce n'est pas
le salut, car il nous faut défendre notre petit bateau que les
vagues roulent avec furie. Nous sommes tous dans l'eau
jusqu'aux épaules, pour maintenir la barque à laquelle
nous nous cramponnons désespérément. Pour comble nous
sommes sur un terrain vaseux où l'on enfonce pour peu
qu'on reste sur place et où plusieurs d'entre nous ont failli
laisser leur vie. Dans ces heures difficiles, les femmes ont
montré un courage extraordinaire et je vous avoue qu'en
maintes circonstances leur exemple a décuplé mes forces.
Nous arrivons à la rivière de 60 milles. Ici les roches ont
disparu pour faire place à des bancs de pierre à chaux entre
lesquels cette rivière coule très rapide avec des courbes si
brusques qu'on peut y briser son bateau à chaque tournant.
Le 7 juillet, nous arrivons au fameux Miles Canon qui précède les White horse rapides. Là nous déchargeons nos
provisions qu'un petit tramway de construction toute primitive transportera par la montagne de l'autre côté de ce
m ET  LES  ILES  ALÉOUTIENNES. 23
dangereux passage. La police n'autorise pas les femmes à
le traverser.
La rivière mesure ici 800 pieds de largeur pour se rétrécir à 33 à l'entrée du canon. On peut ainsi s'imaginer avec
quelle force les eaux s'y précipitent, roulant des vagues
énormes qui bondissent comme une cataracte entre deux
murailles perpendiculaires de basalte de 120 pieds de hauteur.
A un mille plus bas que le canon on tombe dans les rapides
des White horse, les plus dangereux de la rivière. Beaucoup
de barques ont fait naufrage en cet endroit et beaucoup
de personnes ont péri.
Nous prenons un pilote expérimenté et nous nous abandonnons aux flots écumeux du torrent, passant comme une
flèche à travers les vagues qui nous couvrent de toute part,
en rasant les récifs qui émergent de ce gouffre épouvantable.
Nous arrivons à la Takeena le 8 juillet. La Takeena est
une importante rivière qui mesure en moyenne 250 pieds
de largeur et 10 pieds de profondeur. Les montagnes qui la
bordent sont en grande partie de nature granitique; mais
on y trouve de très curieux spécimens de jade. Ses eaux
sont très boueuses et assez rapides. La source de la Takeena
remonte à 80 kilomètres du bras ouest du canal de Lynn.
Les Indiens Chilkats se servaient beaucoup de cette voie
pour pénétrer dans le Yukon, mais ils l'ont • abandonnée
aujourd'hui à cause du long portage à faire jusqu'au lac
Kusawa. J'ai remonté cette rivière en compagnie de deux
Indiens, dans une barque en écorcede bouleau. A 50 milles
environ de son embouchure, j'ai découvert de superbes
vallées où l'on pourrait faire de la culture, et je suis porté
à croire que dans un avenir prochain on pourra aisément
tracer une route nouvelle de ce côté avec un petit chemin
de fer, pour supprimer le portage à faire.
Le 11 juillet, nous arrivons devant le lac Lebarge, qui se
trouve à 2,100 pieds au-dessus du niveau de la mer. Le lac 24 LE   KLONDYKE,   L'ALASKA,   LE   YUKON
est emprisonné dans des montagnes de pierres à chaux de
2,000 pieds de hauteur; il est réputé très dangereux par
suite des vents violents qui sévissent en cet endroit et qui
retiennent souvent les mineurs plusieurs jours au rivage.
Nous y avons trouvé des groseilles rouges, du cassis, des
oignons sauvages bons à manger et des anémones. La navigation sur ce lac est plus difficile que sur le lac Bennett et
nous avons été plusieurs fois forcés de décharger nos provisions mouillées par les lames qui les arrosaient sans
cessé.
C'est à la,fin du lac Lebarge que commence la rivière
Lewes que les mineurs appellent la rivière de 30 milles.
Son courant de 11 kilomètres à l'heure est très tortueux et
semé d'écueils; pendant 40 kilomètres l'eau bouillonne et
écume en grosses vagues comme celles de la mer. C'est la
partie la plus redoutée de la longue route fluviale qui conduit à Dawson City.
Les rives de la Lewes sont peu élevées mais bien boisées,
et les mêmes essences d'arbres se retrouvent ici, entre autres
les pins noirs, les bouleaux, les peupliers, les frênes et les
arbres à coton d'une taille énorme. Nous rencontrons plusieurs troupes de mineurs qui ont eu leur barque brisée sur
des écueils et qui font sécher leurs provisions.
La Hootalinqua où nous arrivons, prend sa source au làc
Teslin, suit un parcours d'environ 160 kilomètres sans
rapides ni écueils, et vient opérer sa jonction avec la Lewes
à 31 milles du lac Lebarge.
On a trouvé de l'or fin sur toutes ses rives et à l'heure
actuelle beaucoup de mineurs prospectent cette rivière.
Au lieu dit, « Cassiâr bar », sur la Lewes, on a trouvé des
sables aurifères assez riches et dont j'ai constaté la teneur.
Aussi tout le banc, c'est-à-dire l'île, est déjà steké ; c'est
ainsi qu'on appelle la prise de possession d'une concession
minière ou d'un « claim ».
Le 16 juillet, nous arrivons à la Big Salmon (la grande ET LES  ILES ALÉOUTIENNES. 25
rivière du Saumon), que j'étais décidé à remonter malgré les
avis des officiers de la police montée.
• Aux arbres sout suspendues des pancartes en bois laissées
par des mineurs, à l'adresse de compagnons qui suivent,
ou d'autres tout simplement adressées au premier passant
venu, le priant de faire telle commission à telle personne.
La Big Salmon a environ 400 pieds de largeur; à mesure
qu'on avance vers sa source, la rivière devient plus rapide
et plus difficile. Je laisse ma famille à l'embouchure, et,
en compagnie de deux officiers de la police montée,
MM. Sennant et Solly, nous remontons cette rivière pendant
trois jours, en traînant notre canot dans l'eau jusqu'aux
aisselles. Arrivés à la fourche, force nous est de traverser le
courant en canot car l'eau devient trop profonde. Mais, à
peine installés, nous voici entraînés avec une rapidité
extrême sur le bras droit du torrent. Une ligne noire barre
la rivière à 500 mètres de là.
C'est un immense sapin tombé d'une rive à l'autre, et
contre lequel notre canot vient butter avec un choc violent,
qui nous culbute dans le rapide où nous roulons entraînés
au loin comme un petit ballot. Dans cette circonstance,
nous n'avons dû notre salut qu'à notre présence d'esprit.
Toutes nos provisions étant perdues, nous sommes forcés
de redescendre lès rapides pour gagner notre camp. En
trente-trois minutes, nous accomplissions le trajet que
nous avions mis trois jours à faire en marchant.
Les hommes que nous avions engagés à Bennett refusent
de continuer le voyage dans un baquet tel que le nôtre, et
nous quittent.
Dans ces conditions, mes filles se mettent aux rames.
Arrivés à la Little Salmon, nous y trouvons des camps
d'Indiens qui péchaient du saumon. Ceux-ci sont de petite
taille avec de longs cheveux noirs et luisants, le nez aplati
et la mâchoire large. — Ils ressemblent à des brutes sauvages, et paraissent plutôt effrayés de notre présence. — Un iff '
26 LE KL0NDYKE,  L'ALASKA,  LE  YUKON
air de flageolet les ramène autour de nous, et nous pouvons
alors les photographier, non sans constater la crainte que
leur inspire l'objectif fixé sur eux.
La Little Salmon a les mêmes natures de montagnes et de
rocs que la Big Salmon.
Les Five-Fingers, rapides qui la suivent, doivent leur nom
à cinq énormes roches plantées au milieu du fleuve, laissant
entre chacune d'elles un étroit passage hérissé de récifs,
sur lesquels l'eau se brise en mugissant. Il s'agit de prendre
le meilleur passage,- car il est tout à fait impossible de
contourner ces rocs par voie de terre.
Trois barques passent devant nous, dont une se brise
contre une de ces roches. La nôtre passe sans accident,
mais avec une effrayante rapidité.
Nous gagnons les Rinks Rapides, à 6 milles plus bas. Ici
on a trouvé de riches gisements de charbon et du quartz
aurifère.
A l'embouchure de la rivière Pelly, c'est-à-dire à Fort-
Selkirk, les rocs qui enserrent.le fleuve sont de nature
crayeuse et calcaire, et précèdent des montagnes bien
boisées.
Les Indiens de la Pelly font un grand commerce de fourrures, et sont d'ailleurs des chasseurs de premier ordre.
Quand nous arrivons, presque tous sont partis à la chasse
au moose et au cariboo. L'un d'eux, un grand chef, est
tout ce qu'on peut voir de hideux ; — petit, malingre, les
i cheveux noirs et très longs, les yeux à moitié rongés par
une lèpre qu'ils contractent dans leur case, avec ça d'une
malpropreté répugnante, c'est bien le type de ces Indiens de
la Pelly que la débauche a dégénérés à ce point.
C'est à son confluent avec la Pelly que la rivière prend le
nom de Yukon ; — mais en réalité, celui-ci a sa source au
lac Cratère, comme je vous l'ai dit plus haut.
La Compagnie de la baie d'Hudsôn avait établi un fort à
Forl-Selkirk, mais les Indiens le détruisirent en 1852. ET  LES  ILES ALÉOUTIENNES. 27
Actuellement, on y a construit des casernes en bois pour
la milice canadienne, une église catholique, et un poste de
police montée. Certains voudraient en faire la capitale du
Klondyke. Sur la droite du Yukon, à Fort-Selkirk, se trouvent
les fameux remparts (murs énormes de rocs perpendiculaires, et qui longent le fleuve pendant 29 kilomètres). La
surface de ces remparts est polie comme la glace, sans une
crevasse sur tout le parcours. Au sommet, on y trouve des
plaines pouvant former de bons pâturages, et derrière de
hautes montagnes bien boisées qui peuvent fournir d'importantes provisions à Dawson où le bois fait totalement
défaut.
Nous passons la rivière White qui transforme l'eau du
Yukon en une boue liquide, qui conservera le même aspect
sur tout son parcours, jusqu'à la mer de Bering.
Nous voici maintenant à la rivière Stewart.
11 y a là, à l'embouchure, un camp de 5,000 mineurs dont
les tentes sont échelonnées le long de la rivière et sur un
vaste plateau sablonneux.
J'y installe ma famille pendant que je vais remonter la
rivière avec un officier de la police montée, et n'éprouvant
aucune crainte d'abandonner les miens, car dans le Yukon
on est plus en sûreté que dans certaines campagnes de
Seine-et-Oise.
Dans ce camp de rudes mineurs, jamais de bruit, jamais
de querelles. Il n'y a là cependant qu'un caporal et deux
hommes de la police montée dont les ordres sont exécutés
par tous. Dans tout le nord-ouest, cette admirable institution,
qui règne e,t gouverne, a su inspirer le respect et l'obéissance. Grâce à elle, le pays est sûr et le chercheur d'or peut
y dormir tranquille à côté de son trésor.
La Stewart n'a pas été explorée au delà de 100 milles. Jusqu'à ce point, au printemps, elle est assez navigable, et sur
tout son parcours sont plantées des tentes de mineurs qui
lavent l'or sur les bancs de sable de ses rives. Dans la vallée 28        LE KLONDYKE, L ALASKA, LE YUKON
de la Stewart il y a de l'excellent foin qu'on vend très cher
à Dawson.
Nous remontons la rivière pendant cinq jours, jusqu'à un
endroit inexploré, pour nous enfoncer ensuite dans les
montagnes. Une nuit un ours nous allège du restant de nos
provisions, et il ne nous reste pendant trois jours que des
myrtiles pour calmer notre faim. Heureusement, des Indiens
nous ont secourus, et nous avons pu rentrer sains et saufs à
notre camp.
Cette exploration sur la rivière Stewart a été pour moi
fertile en renseignements de toute nature, tant sur la
richesse de la rivière elle-même, que sur les dépôts minéraux de toute espèce que renferme cette région. C'est là que
s'est affermie en moi la conviction de M. Ogilvie sur les
richesses de ces contrées et où j'ai reconnu l'existence du
Gold Belt (ceinture de l'or), qui doit partir de la Colombie
britannique pour aller rejoindre la Sibérie en passant sous
le détroit de Bering, décrivant un demi-cercle où sont
compris les territoires de l'Alaska américain.
Nous gagnons ensuite la rivière Indienne, où nous visitons
tous les creeks aurifères. S'il y a beaucoup de tentes de
mineurs sur ses bords, en revanche il y a peu de claims en
exploitation. Quelques-uns ont donné de très beaux résultats, et l'on annonce pour cet hiver un rush sur ces creeks.
Nous arrivons à Dawson-City le 7 août. Dawson-City,
surnommé l'Eléphant blanc, sans doute à cause des difficultés qu'il faut vaincre pour y arriver, est situé sur la rive
droite du Yukon, à l'embouchure du Klondyke. Klondyke,
ou « Troandik », en indien signifie « beaucoup de .poissons » ;
le fait est que, dans cette rivière, le saumon abonde.
La ville, qui date de deux ans à peine, s'étend sur une
longueur de deux kilomètres et compte à peu près
20,000 habitants.
Toutes les maisons sont en bois — quelques-unes, plus
jolies, ont deux étages — les autres sont ce qu'on appelle
m ET  LES  ILES  ALÉOUTIENNES. 29
là-bas des log-cabines, parce qu'elles sont bâties avec le
sapin non dépouillé de son écorce.
On y voit également de nombreuses tentes. Dawson compte
trois églises dont la principale, une église catholique, a été
bâtie par un mineur millionnaire auquel elle a coûté
250,000 francs. Non loin de là, l'hôpital catholique, et à
l'autre extrémité de la ville, l'hôpital protestant, mais ces
deux hôpitaux ne suffisaient pas, pendant notre séjour, aux
besoins des malades atteints de là fièvre typhoïde.
Il y a déjà deux banques installées à Dawson, la Canadian
Bank of Commerce, qui est la principale, et la Bank of
British North America, et de belles casernes pour la police
montée, avec une prison, ainsi que de grands magasins
d'approvisionnements établis par deux importantes sociétés
américaines : la North American transportation Cy et l'Alaska
Commercial Gy. 11 est entré à Dawson 32 steamers de rivière chargés de provisions pour ravitailler Dawson. Les
mineurs ne mourront pas de faim cet hiver, pas plus qu'ils
n'y sont morts l'hiver dernier, où cependant la farine s'est
vendue jusqu'à 100 et 150 dollars le sac de 50 livres.
Le calme" le plus complet règne à Dawson; grâce à
la police montée, l'ordre n'est jamais troublé par des querelles ou des rixes. La plus grande solidarité unit tous ces
mineurs.
Tout y est nécessairement hors de prix. La main-d'œuvre
se paye de 60 à 75 francs par jour. La viande vaut 10 francs
la livre, les pommes de terre et les oignons 5 francs la livre,
et ainsi de suite. Au restaurant, un poulet de grains se
paye 50 francs, et une bouteille de champagne 150 francs.
Par contre, un saumon de 10 à 12 livres ne vaut que 2 fr. 50.
La nomination deM.Ogilvie, comme gouverneur général
à Dawson, a été fort bien accueillie par tous les mineurs,
surtout au lendemain du vote de la loi qui frappe les
produits d'un claim d'une royauté de 10 p. 100 en faveur
de l'Etat. I
30 LE  KLONDYKE,  L'ALASKA,   LE  YUKON
M. Ogilvie connaît à fond le pays qu'il administre aujourd'hui, et qu'il a parcouru en tous sens il y a quelques
années, et il a prédit l'avenir de ces territoires du Nord-
Ouest, grâce à ces nouveaux champs d'or. Les découvertes
que j'ai faites me permettent d'affirmer que M. Ogilvie n'a
rien exagéré et que ses prévisions se trouveront bientôt
réalisées.
En vous présentant ici, parmi les nombreuses projections
photographiques qui viennent de défiler sous vos yeux, le
portrait bien imparfait de M. Ogilvie, permettez-moi, messieurs, d'exprimer au nom des miens nos sentiments de
vive gratitude envers le gouvernement canadien, pour les
marques de sympathie et le concours que n'ont cessé de
nous prodiguer ses officiers, pendant notre séjour dans le
Yukon.
Non loin de Dawson, sur les creeks Bonanza, Eldorado,
French-Hill et autres, se trouvent les riches placers qui ont
tant fait couler d'encre dans le monde entier, depuis
un an.
Ces placers se trouvent au centre delà ceinture aurifère à
laquelle j'ai fait allusion plus haut. Au début, les mineurs
se jetaient en foule sur les claims situés dans les vallées
arrosées par un cours d'eau qui leur permettait de laver la
terre avec le sluice.
Mais aujourd'hui de riches trouvailles ont été faites
également sur les montagnesqui avoisinent ces creeks et la
nature de cet or, qui selon moi n'appartient pas à la
même époque de formation que celui des creeks, déroute
tous les géologues et les experts en la matière. On a payé
à l'Etat celte année une royauté de 6 millions d'or, correspondant à 60 millions d'or extrait. Mais, en réalité, on
en a tiré davantage. Les frères Berry pour leur part ont payé
200,000 francs de redevance.
Je n'ai pas à m'étendre, ici, sur la richesse de ces placers et
leur exploitation actuelle, ce qui nous écarterait de notre
V? ET LES ILES ALÉOUTIENNES. 31
sujet; mais d'après les observations que j'ai faites, pendant
les cinq semaines que j'ai passées dans la région des placers,
j'ai acquis la conviction que le pays est plus riche encore
qu'on ne l'a dit.
On y a découvert également des mines d'argent, de
nickel, d'étain et de plomb ; de riches gisements de cuivre
et de charbon et enfin des sources de pétrole. Dans ces
conditions, tout fait présumer que malgré les rigueurs du
climat d'hiver et les difficultés de la route que le gouvernement canadien travaille du reste à aplanir, ces territoires du
nord-ouest sont appelés à un grand développement.
Depuis notre départ de Bennett jusqu'à notre arrivée à
Dawson, le 7 août, nous avons eu la même température
qu'à Paris pendant les mois d'été.
Les nuits étaient plus froides cependant; mais comme
l'air y est plus sec et plus pur on s'y habitue très vite. C'est
d'ailleurs à ce manque d'humidité dans l'atmosphère que
l'on doit de pouvoir supporter les températures aussi basses
que celles relevées à Dawson, c'est-à-dire 50 et 55° F. sous
. zéro en janvier et février. A cette saison le temps reste
généralement clair et beau.
Pendant les mois d'été le soleil ne quitte l'horizon que
fort peu de temps. En hiver, par contre, il n'y a que quelques
heures de jour, sans pour cela que l'obscurité soit complète.
Les animaux qui habitent les districts du Yukon sont les
mêmes que sur la Stikine :
Le moose, genre de cerf grand comme un bœuf et pesant
8 à 900 livres, sur les bois duquel on pourrait mettre un
sac de farine à l'aise.
Le cariboo, le mouton de montagne, les ours bruns, noirs
et grizzelis; à part ce dernier, les autres n'attaquent pas
l'homme. Les Indiens les chassent avec des flèches et les
plus braves les attaquent au couteau.
Parmi les animaux à fourrure, l'on trouve des renards 32 LE   KLONDYKE,   L'ALASKA,   LE   YUKON
argentés, bleus, noirs, blancs et rouges; le lynx, les loutres,
les castors et la martre zibeline.
Les canards et les oies abondent dans le Yukon ainsi que
la poule de prairie et la perdrix rouge. Les montagnes sont
pleines de fleurs brillantes, d'églantiers superbes, de pieds
d'alouettes, de myosotis, de lupins, de sauges et de mousses
de toutes couleurs. Des groseilles, des framboises, du cassis,
des fraises et des myrtiles. Toutes ces plantes sont d'une belle
venue et aussi vigoureuses que daus nos jardins d'Europe.
Les vesces et une espèce de carotte sauvage y poussent
abondamment et fourniraient un excellent fourrage.
Nous quittons Dawson le 14 septembre, pour redescendre
le Yukon jusqu'à la mer de Bering, non sans quelques appréhensions d'être pris en route par les glaces. Tout Dawson
était réuni sur la berge pour voir partir le dernier bateau
qui redescend vers le monde habité, vers la civilisation.
Ici le fleuve coule entre des rochers immenses et le paysage
offre un aspect des plus sauvages.
Peu à peu le fleuve s'élargit à ce point que nous distinguons à peine les côtes, avec des îles de plus en plus nombreuses et des bancs de sable qui rendent la navigation des
plus difficiles.
Nous nous arrêtons à Forty Mile, la ville frontière, composée, comme, toutes les villes de l'Alaska, d'une agglomération de quelques cabanes en bois sur un amoncellement de
boue.
Chose intéressante, nous y avons trouvé un petit jardin
bien cultivé avec des fleurs et des légumes.
La rivière de Forty Mile, qui se jette dans le Yukon, a
150 mètres de large à son embouchure avec un très fort courant d'eau et de nombreux rapides.
Quelques découvertes d'or ont été faites ici.
Le 15 septembre nous arrivons à Circle City, la plus
grande agglomération de cabanes en troncs d'arbre du
monde ; située peu au-dessous du cercle arctique elle con- ET  LES  ILES ALÉOUTIENNES. 33
tient environ 1,000 cabanes, 3,000 blancs et 100 Indiens.
Cette ville, qui date de 1894, était jusqu'à l'année dernière,
avant la découverte du Klondyke, le plus important centre
des mines de l'Alaska.
Les mines sont situées à 100 kilomètres de la ville et on
y travaille l'été contrairement à ce qui se pratique au Klondyke. J'ai cependant assisté à des travaux d'été sur les
creeks près de Dawson et j'ai la conviction qu'en changeant
leur méthode actuelle les mineurs du Klondyke pourraient
fort bien travailler toute l'année.
A partir de Circle City le Yukon s'étend à perte de vue,
laissant émerger de nombreuses îles bien boisées et fort
jolies. Le froid ici est plus vif qu'à Dawson et je relève une
température de 46" F.
Comme j'avais perdu mes deux thermomètres (alcool et
mercure) dans le naufrage de la Big Salmon, j'ai été forcé
depuis lors de me servir dû thermomètre Farenheit. Cet
hiver, mes deux fils, qui sont restés à Dawson, relèveront
chaquejour les températures sur tous les points qu'ils visiteront et nous pourrons ainsi par comparaison déterminer
les degrés centigrades sous zéro.
Comme à Dawson et Forty Mile, on trouve à Circle City
une quantité de chiens de la race Husky, qui se vendent
couramment de 100 à 400 dollars.
Le nombre des Indiens Stick qui habitent les régions du
haut Yukon et du Klondyke est tombé aujourd'hui à 3,500.
Ils sont d'un tempérament morose et malgré leur apparence
de stoïcisme ils sont constamment sujets à des paniques ou
à des hallucinations. Leurs chefs sont choisis sans aucune
distinction de naissance ou de famille, et seulement d'après
leur valeur guerrière et les présents qu'ils distribuent. Leur
contact avec les blancs leur a donné la fièvre de l'or et beaucoup d'entre eux travaillent aujourd'hui dans les placers.
Dans un de leurs villages je demandai à leur chef Izak à
quoi pourrait lui servir l'or qu'il amassait? Il me répondit 34 LE  KLONDYKE,   L'ALASKA,  LE YUKON
avec un sourire : « Moi aussi je veux sortir. J'en ai assez
du froid et de la neige; je veux aller à Washington dans la
ville du grand-père et vivre avec les blancs. »
Le 17 septembre nous arrivons à Fort-Yukoo, situé au-
dessus du Cercle arctique. La ville se compose de cabanes
en bois et de campements indiens.
Ceux-ci, comme leurs frères de Tagish, de Lebarge et du
haut Yukon sont dégénérés, petits, malingres et malpropres ;
offrant le type mongol des plus prononcés. Habiles chasseurs
et pêcheurs ils font également des vêtements de peaux ornementés de perles de couleurs d'un très joli travail; mais ils
sont très paresseux, bien que leurs facultés soient plus développées que chez les autres Indiens.
C'est ici que la Porcupine se jette dans le Yukon. Cette
rivière est si dangereuse que très peu de blancs l'ont remontée; elle est ainsi fort peu connue.
Son courant est tellement rapide que les Indiens Rhane
Kuttchin se servent très peu du canot en écorce et redescendent cette rivière en radeau.
J'ai vu un de ces Indiens qui errait inconsolable depuis
des semaines de la mort de sa femme. Ils sont tous-pour la
plupart convertis au protestantisme et beaucoup d'entre eux
savent l'anglais. Les plus jeunes de la tribu le parlent d'ailleurs couramment.
Nous quittons Fort-Yukon dans la soirée pour entrer
dans ce qu'on appelle les Flats du Yukon, c'est-à-dire le
pays plat où le Yukon s'étale en une immense nappe d'eau
au milieu d'innombrables îles et de bancs de sable.
Les capitaines des steamers craignent beaucoup ce passage, où ils sont retenus parfois deux et trois semaines sur
les terribles bancs de sable.
Nous arrivons à Manook, du nom de l'Indien qui y a
découvert l'or. Ici on a fait de riches découvertes de placers d'or de toute première qualité et qui vaut 97 francs
l'once. ET  LES ILES  ALÉOUTIENNES. 35
Depuis lors la ville s'est rapidement peuplée et compte
aujourd'hui 1,500 habitants.
Elle possède une église, un hôpital, des magasins d'approvisionnements; mais il n'y a ni police, ni autorités. Les
mineurs se gouvernent eux-mêmes. L'homme condamné
pour meurtre ou vol est déposé sur un radeau au milieu du
fleuve, ce qui équivaut à une sentence de mort, car le malheureux doit ou périr ou mourir de faim.
Le 19 septembre nous arrivons à l'embouchure de la
Tanana, rivière qui mesure plus de 1,600 kilomètres de longueur. A son confluent avec le Yukon les deux fleuves
forment une nappe d'eau à perte de vue.
Dans le bassin de la Tanana on a trouvé de riches
mines d'or, d'argent et de charbon, et l'on prédit, pour
l'an prochain, un nouveau rush américain vers cette région.
Nous stoppons à Nulato, où le thermomètre marque 24°
sous zéro ; il n'y a ici que quelques cabanes et quelques tentes
d'Indiens du même type que ceux de Fort-Yukon.
Sur la rivière Ko-Yu-Kuk, que nous gagnons ensuite, on a
fait il y a quelques mois les plus belles trouvailles d'or pur
de tout l'Alaska. On m'a montré un de ces spécimens gros
comme le poing et dont l'étude de surface présentait en effet
tous les caractères de l'or absolument pur.
Nous abordons à Anvic où se trouve une mission russe
établie là depuis de longues années.
Les maisons indiennes sont ici d'une forme singulière et
ressemblent à d'énormes pains de sucre mais très bas, à hauteur d'homme, avec une ouverture semblable aux chatières
de nos fermes, juste assez grande pour laisser passer les
épaules. C'est la porte de l'habitation.
Les Indiens qui les habitent sont horribles à voir. Des
têtes énormes sur de larges épaules carrées avec un buste de
géant planté sur de petites jambes grêles et tordues, avec ça
des cheveux noirs et raides, voilà leur portrait bien embelli, 36 LE   KLONDYKE,   L'ALASKA,   LE  YUKON
je vous assure. Les femmes sont moins jolies et d'une malpropreté repoussante.
Nous passons devant la mission de la Sainte-Croix où les
sœurs de Sainte-Anne élèvent des enfants indiens et cultivent
des fleurs et des légumes.
A Koymut il n'y a plus de trace d'arbres, ce sont de vastes
plaines et les Indiens et leur barque en écorce de bouleau
ont disparu pour faire place aux Esquimaux qui viennent
dans leurs cayaks nous souhaiter la bienvenue.
Ici nous sommes échoués sur un banc de sable et nous
en profitons pour aller à terre en canot faire une excellente
partie de chasse dans ces plaines marécageuses-où nous
marchons dans l'eau jusqu'aux genoux. Lenombrede canards,
de parmigans et d'oies que nous tirons est une véritable
fête pour tous nos passagers. Les bécassines abondent également dans cette contrée. Quelles chasses merveilleuses de
vrais chasseurs pourraient faire là !
Le lendemain 25 septembre nous arrivons à Saint-Michel,
où nous trouvons un hôtel très confortable avec des repas
un peu plus substantiels que la nourriture que nous avons
eue jusqu'ici.
Quand on n'a mangé que du lard et des haricots pendant
six mois, une autre nourriture même en conserves n'est pas
désagréable.
Situé sur une île à 90 milles au nord de l'embouchure du
Yukon, Fort Saint-Michel est la station la plus importante
des régions arctiques.
Il y a là un poste militaire américain, et c'est le point de
ravitaillement pour toutes les localités de l'extrême nord.
Une église russe, de grands magasins d'approvisionnements
installés par les trois grandes compagnies américaines qui
ravitaillent les mineurs de l'Alaska et le Klondyke.
L'aspect de la ville est propre et repose des ignobles
villages d'Indiens que nous avons visités plus haut.
Les naturels de Saint-Michel sont des Esquimaux aux
- ET  LES   ILES  ALEOUTIENNES. Si
mœurs paisibles qui travaillent très joliment les peaux de
phoque à poil rude et les peaux de renne. Leurs habitations
sont de simples trous en terre au-dessus desquels des troncs
d'arbres forment un dôme, le tout recouvert de terre. Un
morceau de peau de poisson ou d'entrailles de morse sert
de.fenêtre. L'été ils vivent sous la tente, leur demeure
préférée.
Les Esquimaux de l'Alaska sont au nombre de 18,000
environ; ils sonthonnêtes,douxettoujours hospitaliers envers
l'étranger. Ils vivent uniquement de poissons et leurs cou-
tûmes familières sont un peu désagréables pour un Européen.
Ils ont la figure large, le teint foncé et des cheveux noirs,
plats et luisants; bien plantés sur leurs jambes, tout en eux
indique la force et l'énergie.
La femme esquimaude vieillit vite et prend un fort embonpoint; elles s'habillent comme les hommes avec des parka
(une espèce de longue robe faite en peaux de renne), des
pantalons en peaux également et des mocassins. Les mocassins sont des espèces de bottes en peaux de renne montant
jusqu'aux genoux et tout à fait imperméables.
Pendant les quinze jours que j'ai passés au milieu d'eux,
j'ai été à même d'étudier leurs mœurs très curieuses, qu'il
serait trop long de vous détailler ici.
Les Esquimaux sont des pêcheurs audacieux et expérimentés, et j'ai trouvé parmi eux de véritables artistes dans
l'art de graver l'ivoire.
Nous nous embarquons ensuite sur le Roanoke, le dernier
steamer qui quittera Saint-Michel et qui y a été envoyé spécialement pour prendre les mineurs du Klondyke. Nous
avons à bord 12,500,000 francs de poudre d'or gardés par
deux officiers de la police montée, qui sont chargés de les
déposer à Seattle.
Nous gagnons les Iles Aléoutiennes où nous arrivons après
une épouvantable traversée sur la mer de Bering.
Les 70 îles aléoutiennes sont d'origine volcanique et l'on 38 LE  KLONDYKE,   l'ALASKA,  LE   YUKON
y rencontre encore plusieurs volcans constamment en éruption. Une seule de ces îles possède une colonie de blancs.
Sans aucun arbre, mais couvertes d'herbes et 3e mousses
avec de jolies fleurs partout, ces îles ont un climat très
agréable. L'on a installé dans la principale d'elles, à Una-
laska, plusieurs fermes où le bétail engraisse très bien.
La température y est très douce et rarement le thermomètre descend au-dessous de zéro.
Unalaska possède une église russe fort jolie ainsi que de
grands magasins d'approvisionnements et des dépôts de
charbon.
On n'y rencontre ni ours, ni loups, mais en revanche :
beaucoup de renards bleus, dont les métis indiens font
même l'élevage.
Ces naturels des îles Aléoutiennes, par leur croisement
avec la race russe, forment aujourd'hui des métis et ceux-ci
considèrent comme un outrage d'être comparés à des Indiens.
La manière dont ils chassent le phoque est particulièrement curieuse.
Leurs barques étroites et longues sont entièrement recouvertes de peau de lion de mer, à part deux ouvertures
rondes dans lesquelles deux hommes se glissent. Sur cette
barque se trouve attaché tout l'attirail du chasseur y compris la peau gonflée d'un jeune phoque qui servira de flotteur et d'appât.
Armés d'une flèche-harpon dont la pointe en ivoire est
attachée à une lanière en peau de renne et retenue au
centre de la tige, ils lancent celle-ci avec une adresse prodigieuse dans le flanc du phoque. Le harpon s'enfonce dans
les chairs et la tige en bois se détachant par les mouvements de l'animal flotte sur l'eau en indiquant aux chasseurs la piste à suivre. Dès qu'ils l'ont rejoint ils rattrapent
le flotteur, attirent doucement la bête et l'assomment d'un,
violent coup de massue. ET LES ILES ALÉOUTIENNES. 39
Les Aléoutes ont des habitations.en bois confortablement
aménagées, et j'ai trouvé chez plusieurs d'entre eux de
petits salons fort proprets avec un piano ou un harmonium.
C'est à une Compagnie américaine qu'est réservé le droit
de chasse au phoque dans le détroit de Bering. Mais le
voyageur de passage seulement peut les chasser aussi.
Parmi les charges qui sont imposées à cette Compagnie
figure notamment l'obligation de nourrir les Aléoutes.
Plusieurs de ces îles sont le rendez-vous des phoques où
ils vont en masse à l'époque de la reproduction. C'est là
qu'on les tue également après les avoir rassemblés en grand
nombre.
J'ai parlé plus haut de la quantité de saumons, morues,
halibuts et harengs quj abondent sur les côtes de l'Alaska et
du Pacifique.
Dans les environs de Vancouver, c'est par bandes énormes
que les saumons remontent la rivière Fraser, à ce polrit que
souvent ils obstruent celle-ci et qu'on pourrait la traverser
en marchant sur ce banc naturel.
Les Américains ont établi sur les côtes du Pacifique
quelques grandes usines pour la fabrication des conserves ;
mais nos compatriotes y trouveraient place encore pour la
création de beaucoup d'établissements de ce genre.
Nous arrivons à Seattle le 19 octobre et de là regagnons
Montréal en traversant les États-Unis par Billings, les réserves indiennes, Kansas City, Saint-Louis, Chicago et Toronto.
Et maintenant il me reste à conclure en souhaitant que
nos compatriotes n'attendent pas pour jeter les yeux sur
ces riches contrées qu'elles soient bondées d'émigrants de
toutes les nations.
Qu'ils se rappellent qu'au Transvaal nous sommes encore
arrivés trop tard.
A ceux que n'effrayeront pas les quelques difficultés de la 40 LE  KLONDYKE, L'ALASKA,  LE YUKON.
route et du climat ; aux commerçants qui voudront être
des premiers à introduire les produits de la France dans
ces terres lointaines, auxquelles on s'accorde à prédire un
grand avenir, je ne puis assez répéter : « N'hésitez pas à
faire quelques sacrifices ; car en travaillant à développer
les relations du commerce français vous travaillerez aussi à
votre fortune personnelle. »  

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