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Troisième voyage de Cook, ou Voyage a l'océan Pacifique, ordonné par le roi d'Angleterre, pour faire… Cook, James, 1728-1779 1785

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Array       TROISIEME VOYAGE
DE  COOK,
O U
VOYAGE A L/OC£AN PACIFIQUE,
ORDONNE PAR LE ROI D'ANGLETERRE,
TOME    PREMIER.  TROISIEME  VOYAGE
DE   CO OK, I
' O u
VOYAGE  A L'OCfiAN PACIFIQUE,
ORDONNE PAR LE ROI D1ANGLETERRE |
SPour faire des Decouvertes dans 1'HemisphereNordj
pour determiner la poiition & Tetendue de la Cote
Oueft de 1'Amerique Septentrionale , fa diftance
de TAsie , & refoudre la queftion du Paflage au Norci;
\E x E cu T £ Jbus la direction des Capitaines Cook>
Clerke & Gore , fuf les Vaiffeauxlz Refolution
j& la Decouverte, en 1776, 2777, tyj8, tjjg & ij8o.
CTRADUIT DE L'ANGLOIS, PAR M. D********
TOME    PREMIER.
A   PARIS,
HOTEL DE THOU, RUE DES POITEVINS,
. I M.   DCC.   L X X X V.
4VEC  APPROBATION  ET PRIVILEGE   DU  ROI. R
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I'1***
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PREFAC E
DU   TRADUCTEUR,
JLa Geogr/phie de la moitkf du Globe etolc
•couverte de tenebres, lorfque Timmortel Cook a
commence fes Voyages autour du Monde. Ses deux
premieres Expeditions nous ont fait connoitfe une
multitude de cotes & dlles nouvelles 5 & la troi-
Heme a petit 5 etre etc encore plus heureufe a cet
egard. La recapitulation de toutes fes ddcouvertest
fe trouve dans XIntroduction Gine'raUy&C a la fixi
du troilleme volume, I
Ce feroit ici le lieu de doniier ufr Precis de la rit
de M. Cook; mais le Capitaine King a fait lui*
meme ce Precis > qui fe trouve egalement a la fin
du troifieme volume*
La poiition de chacune des terres anciennes &.
nouvelles que M. Cook a reconnu dans fon dernier
Voyage 3 eft determinee avec une exa<5titude mer-
veilleufe; il fufljra de dire, par exemple, que celle
de Tonga - Taboo eft le refultat de plus de mille
observations Aftronomiques, Le Le<5teur fera pene>
tre d'admiration , en voyant le zele & la perfeve-
rance de 1VL Cook, dont Tardeur n'a jamais etc
ralentie par les befoins de fes Equipages > les dangers , on la fatiete de? dscouvenes.
Tome L a z;
P R £ FA C E.
R
i
La hardieffe de £ts manoeuvres etonne les Mafiftfc
les plus courageux; il pafle quelquefois fur des
£cueils pour arriver plutot; & quand on fonge
qu'il deploie une pareille audace a 1 autre extremite
du Globe, & dans des mers oil le naufrage ne laiflc
aucun efpoir, de ft grands prodiges femblent au-
defTus des efforts humains.
Ce qui n'eft pas moins extraordinaire, il eft venu
a bout de prevenir le fcorbut; & , dans une expedition de plus de quatre ans , il n'y a pas eu fur
fes vaifteaux un feul homme attaque de cette ma*
ladie. On s'empreflera fans doute de fuivre fon regime y aui eft bien detaille a la fin de la Relation
de fon fecond Voyage.
Sa generofite & fa bienfaifance ajoutent encore
a Finteret de fon troifteme Voyage; car il a tranf-
plante avec des peines & des loins infinis, des
chevaux, des boeufs y des vaches > des chevres, des
-moutons, & les plantes les plus utiles de nos jar-
dins, dans les iles de la mer du Sud; & je prefume
qu'on ne pourra lire fans un attendrillement pro-
fond les details de la mort de ce grand Homme ,
aflaflme par des Sauvages 3 qui aabord f avoient
adore comme un Dieu.
La partie relative aux moeurs des diverfes con-
trees qu'il a parcourues dans fon troifieme Voyage,
n'eft pas feulement amufante, elle eft digne de
toute Fattention des Philofophes, Ces tableaux, j
varies & fi curieux, des ufages & du cara&ere des
Infulaires de la Mer du Sua, on des Habitans 'de
la cote ftAmerique , oft rent une multitude d'obier-
vations precieufes. Pour vizvl citer que deux, les
Peuplades fans nombre de FQcean Pacifique par-
lent des idiomes de la meme langue, §£ il n'y a pas
fur le Globe de Nation plus etendue : M. Cook a
etc temoyi d'un facrifice humaia 4 0~T£JLti> Sc P R & F A C S> iij
tout annonce que ces facrifices abominable? font
tommuns & repandus fur les autres terres, d'ou
Ton pourra conclure, avec aflez de fondement,
que les hommes font plus ou moms corrompus a
thacune des epoques de la vie fauvage & de la
tivilifatioru
L'Europe entiere & tous les Peuples qui s'inte-
reflent aux progres de la Geographie & de la Navi^
gation, applaudiront aux eloges fi bien irierkes
que le Capitaine King & FAuteur de FIntreduction Generate donnent a M. Cook. L'Angleterre
remarque fans doute avec plaifir le vif interne
qu'infpire le plus grand de fes Navigateurs, 8c
lorfqu'au milieu des fureurs de la guerre, elle a
Vu le Roi de France ordonner a fes Efcadres de
refbefter les vailTeaux de M. Cook, elle a du reconnoitre une Nation fenfible qui aime a rendre juftice
aux nobles entrepriies de fes ennemis.
II y a quelques fautes dans la tradu&ion du
fecond Voyage de Cook & la portion du premier
dont j'avois ete charge : j'ai traduit jcelui-ci avec
encore plus de foin* & je defire beaucoup que mes;
efforts ne foient pas infru&ueux. II ifeft pas aife
meme aux Officiers de Marine , d'apprecier la
difficulte de ce travail; j'ai confulte les plus eclaires
d'entr'eux, & ceux-la du moins auront de FinduF*
gence. La difficulte dont je parle, tient a plufieurs
caufes, que je pourrois developper , s3il s'agiifoit
<Tiin autre que de moi.
Les details d'Hiftoire Naturelle n'etoient pas plus
aif£s a rendre que les details nautiques, Fai feuil-
Iet6 vainement les Eyres qui devoient eclaircir les
paffages ou les termes obfeurs; je me fuis vu force
en bien des endroits de me decider d'apres mes
propres recherches: ainfi, j'ai rencontre dans le
£our§ de ma ^radu^tjon des nam? Anglois de quek
aij p
h PREFACE.
ones oifeaux, que le Vocabulaire infere a la fin dif
dernier volume i/2-4.0 de FHiftoire des Oifeaux, par
M. de Buflbn, ne cite pas.
La denomination Francoife dts plantes, d^S'
oifeaux, des coquillages, &c. n'a pas ete moins
embarraffante : j'ai prie des Naturaliftes de me
donner leurs avis ; mais ils if ont guere pu me
donner que leurs con) enures.
Tant qif il if y aura point de DiCtionnaire ou
Fon trouve les noms que portent un oifeau, une
plante, un poiftbn, &c. dans le jargon des Mate-
lots , dans celui des Provinces particulieres, &
dans la langue des Naturaliftes de F'Angleterre, les
Tradu&eurs feront fort embarraffes. J'obferverai,
a cette occafion , qu un Recueil contenant les
termes par lefquels on defigne dans les diverfes
langues cle YEurope, les individus des trois regnes
de la nature, epargneroit bien des recherches &
bien des fatigues aux Savans : je fuis etonne qxfon.
iie Fait pas encore entrepris.
Je finis par une remarque qui paroitra d'abord
inutile, & qui cependant eft neceifaire, Les Voya-
geurs Anglois ecrivent les mots des langues dos
iles de la Mer du Sua, des cotes de YAmirique
Occident ale, ou des autres parties du Globe, felon
la prononciation d^s lettres de leur alphabet, &
un Francois qui veut tirer des inductions de ces
Vocabulaires, ou les comparer a d'autres idiomes,
ne doit pas les prononcer a" la maniere Francoife,
1 3+ M&
mb!A&
mj~
~&
INTRODUCTION
GENE RALE.
I/esprit de mcquverte, qui produifttdes
expeditions fi difficiles & ft heureufes, durant le
feizi&me &c le dix-feptieme fiecle, s'etant. afFoibli
peu-a-peu , & meme eteint pendant un terns
confiderable , commenca a fe ranimer dans la
Grande-Bretagne, fous le dernier regne (a), & la
proteftion genereufe, & les fecours accordes avec
tant de magnificence par le Roi a£tuel, lui ont
rendu taute Fadivite quil eut autrefois.
SaMajefte qui, immediatement apres fon. ave-
nement au Trone > termina d'une maniere fi glo-
rieufe les operations deftruftives de la guerre *
imagina des entreprifes propres aux douceurs de
la paix, & plus favorables aFhumanite, fans etre
moins brillantes. Non content d'encourager, ei\
Angleterre , tons les arts liberaux & toutes les re-
cherches utiles, il etendit fes loins fur les objets
qui exigeoient de longs voyages; & fes vaifleaux/
apres etre revenus triomphans de tons les pays du
monde connus , furent employes a. ouvrir des
communications, amicales, avec les ile? que les
Europeens n'avoient pas encore reconnues*
(a) On fit alors- deux Voyages, pour deeouv.rir un paflage a**
Nurd-Gueft, par ia Baie^d'HW/o/;. Le Capitaine Middletonexecuta.
le premier en 1741 & 1742, avec le vaiiieau ia Foarnaife & ia.
Binque'ia Decouverte. Les Capitaines Smith & Moore fvirent charges,
<tu t&cond y & on bur donna ies vaiffeaux de Dohhs & la Call'fornie,|
armes par ibufcription en 1746 & 1747* II
n
6       INTRODUCTION
Les expeditions, qui avoient un objet fi dign6
d'une gran de'Nation commercante, fe fuivirent
de tres-pres, & je puis ajouter avec une gradation reguliere. Wallis (a) & Carteret (b) ne tar-
derent pas a perfe&ionner Fouvrage que Byron (c)
avoit commence. Ces fucces firent concevoir un
plan de decouvertes beaucoup plus etendu, que
M. Cook a execute dans fes dcnx premiers Voyages (d); &, pour ne laiifer que des details pen
importans aux generations futures , le meme
Capitaine dont Fhabilete , en tout ce qui avoic
rapport a la Marine , ne pent etre comparee qu'a
la perfeverance eclairee & infatigable quil a
ton jours mis dans £cs recherches, fut charge 3,
pour la troifieme fois, de fuivre, ou plutot d'ache-
ver la reconnoiffance du Globe. Son troifieme
Voyage, quoique le dernier , dans Fordre des
terns , if eft pas lc moins confiderable, relative-
ment a Fetendue & a Fimportance de fon objet;
mais il a ete le plus malheureux, puifqif il a terming les jours precieux de ce celebre Navigateur.
Lorfque des plans calcules pour le bien general*
(V) Le Capitane Wallis commandoit le Dauphin & le Swallow.
II appareilla au mois de Juin 1764, & if revint en Angletene au
jn©is de Mai 1768.
(T)Le Swallow, commande par fe Capitaine Carteret, s'etant
fepare du vahTeau du Capitaine Wallis, &fa route dhferente qu'il
fuivit ayant produit des decouvertes differentes, on peut fe re-
garder comme un Voyage a part. Le Swallow fut de retour en
Angleterre au mois de Mars 1769. i
(c) Le Capitaine Byron, aujourd'hui Amiral, commandoit fe
Dauphin & ia Tamar..\\ partit au mois de Juin 1764, & ii revint
dans les Ports d'Angleterre au mois de Mai 1768.
(V)Le Capitaine.Cook partit avec VEndeavour au mois d'Avril
2768 , & if fut de retcur.au mois de Juillet 1771. A fon feeond
Voyage , il commandoit la Refilution & Y J venture; ii aoDareiffa
d3 Angle tern au mois de Juiilet 1772, & il fut de retour le jq,
Juilkt 1775.
«*•* GENERALE.
i
s*executent par des vues partielles & des motifs
interelfes, il eft naturel a eifayer de cacher aux
autres Nations une partie des avantages qifun
expofe complet  de tout ce qu'on a decouvert
d'utile, procureroit au Monde entier; &> cfapres
ce principe, on a fouvent, peut-etre dans cepays*
ainfi que chez quelques-uns de nos voifins, affe<5te
de couvrir d'un voile, le refultat des expeditions
qui avoient pour objet de reconnoitre des portions
inconmnis du Globe* Il faut dire, a Fhonneur dit
regne a£tuel, que YAngleterre a aujpurd&ui des
:f&es plus genereufes; les derniers Voyages entre-
pris par nos Navigateurs , devoient fervir a tons
les Peuples de YEuropey & meme aux Peuples les
plus dloignes qui s'adonnent au Commerce & a
la Navigation, & on a eu la nobleife de dire ait
Public tout  ce que favoit notre Amiiante^ Le
noble efprit, quiaordonne ces differentes expeditions , a pris auffi des mefures, pour que le recit
des decouvertes fut ecrit d'une maniere authen-
tique   & fidele. Le  Journal des cinq premiers
Voyages autour du Monde > a ete publie (a) par
le Miniftre de la Marine, de Faveu de Sa Majefte:
nous publions, fous la meme fanftion , celui du
fixieme, dans lequel , non-feulement on revient
fur des terres decouvertes antdrieurement dans
Fhemifphere auftral, mais ou Fon parle de celles
qu'on  a trouvees dans Fhemifphere nord ,  en
fuivant une route quaucun Navigateur rtavoit
encore faivL
(a) L'hiftoire des quatre premiers Voyages reMigee par fe
Docteur Hawkefworth, d'apres les Journaux des divers Com-
mandans, fut publiee en 1772 , & elle forme , dans i'orioinaf
trois volumes i/f-4.0 Le Capitaine Cook a £crit iui-mime ceife du-
cinqmeme ; elle a ete imprimee en 1777 ? & elie forme r en
Anglois ? deux volumes in-q>°
aiyt I INTRODUCTION
Comme ils font tous partie d'un vafte plan i if
eft clair que les cinq premiers Voyages ont une
liaifoii avec le dernier, & qu une recapitulation
exafte des vues qif on s'etoit propofe en les or don-
nant, & des decouvertes qu'ils ont procure, jet-
tera beaucoup de jour fur celui-ci. Pour que le
Lefteur fe forme une idee exa&e des lumieres que
clonne FOuvrage dont je fuis ici FEditeur,il ne
fera done pas hors de propos d'expofer les articles
qui fe trouvent fuffifamment eclaircis, & de dif
pofer ces details, de maniere qu'ils offrent, fous
un meMe point de vue, les divers refultats femes
dans la collection volumineufe qui eft deja entre
les mains du Public; e'eft - a - dire , les Journaux
rediges par le Do&eur Hawkefworth * & celui
que le Capitaine Cook a ecrit lui-meme. En mon-
trant ainfi ce qif on avoit fait, on verra plus aife-
ment ce qui rqftoit encore a faire, 8c on fentira
que, quoique les vailfeaux Anglois euffent acheve
cinq fois le tour du Globe dans Fefpace de dix ans,
il ctoit cependant neqeflaire d'ordonner un autre
Voyage.
Ce Precis, place dans FIntrodu&ion, aura un
autre effet. Le plan de decouvertes qui a donne
lieu a tant d'expeditions fucceftives, fe trouvant,
nous oferons le dire, execute en grancle partie, la
recapitulation que je vais faire, mettra FEurope
en etat de rendre juftice aux vues genereufes qui
en etoient Fobjet, & je poferai des bafes folides >
fur lelquelles on pourra etablir une reponfe fatiC
faifante a ces hommes chagrins, & d'une malveil-
lance groftiere, qui demandent quelquefois; quels
avantages ont retire ou peuvent retirer le Peuple
qui a ordonne ces expeditions avec tant d'appa-
reil, les Peuplades qifon eft alle chercher dans
leurs setraites ? Fhuma.nite , & les fqences en,
general? GENERAL E. 9
Les differens Voyages autour du Monde, en-
trepris, par ordre deSa Majefte, avant celui dont
on va lire le Journal, avoient pour but, de de-
couvrir les portions de terre qui pouvoient fe
trouver dans les vaftes mers dont tout Fhemifphere auftral eft revetu.
On y avoit fai^ jufqu'a nos jours fi peu de re-
cherches; ces recherches etoient fi imparfaites >
que , devenues publiques, elles avoient produit
des incertitudes plutot que donne des connoiifan-
ces; qu- elles avoient plus trompe les hommes ere-
dules, que fatisfait les fa vans judicieux ; qu'elles
avoient introduit, dans la Geographie de la moitie
de la furfaqe de la terre , une multitude infinie de
conje&ures imaginees par des Speculateurs qui fe
piquoient de deviner la diipofition du Globe; de
fbts contes tranfmis par une tradition obfcure ,
ou des fictions inventees par des menteurs im-
pudens.
II eut ete tres - etonnant que cinq differentes
expeditions , quelques - unes, par des routes peu
connues & encore moins frequentees, ne produi-
fiflent pas des decouvertes tres - utiles. Au refte,
on va voir que les inftru&ions de Sa Majefte ont ete
cxecutees avec beaucoup d'intelligence, & que les
Voyages multiplies de nos vaiffeaux dans Fhemifphere auftral, ont fort augmente nos richeifes
Geographiques,
m
L'Ocean Atlantique du Sud fut la premiere
fcene de nos operations. On connoiffoit a peine
Fexiftenee des iles Falkland, jufqifa Farrivee du
Commodore Byron, qui y relacha en 1764, & on
ignoroit abfolument leur veritable pofition, leur
etendue | & tout ce qui pouvoit les rendre utiles. M
I
51
ro       INTRODUCTION
Le Capitaine Macbride, qui le fuivit deux aft$
apres, ayant faitle tour de ces iles, & les ayant
releve dans tons les points, on en a drefle une
Carte fi exade, que les cotes de la Grande-Bretagne
elle-meme ne font pasaujourd'hui mieux marquees
fur les Cartes.
L'Hiftoire du Voyage du Lord Anfon , prouve
clairement combien on connoifioit peu les ifes de
FOcean Atlantique du Sud , a Fepoque de ce
Navigateur. Trompe par les details imparfaits
qifon avoit alors, il regarda File Pepys & les iles
Falkland, comme des terres diftin&es, eloignees
Fune de Fautre d'environ cinq degres de latitude (a). Les recherches de Byron ont re&ifie cette
crreur capitale, & il eft demontre aujourd'hui,.
d\me maniere inconteftable (b), quon perdra d£-
Jbrmais fon terns a chercher Vile Pepvs , par47 degres
de latitude^ puifque cette He & les iles Falkland
forment une meme terre.
On nous a fait connoitre d'autres terres fituees
-dans FOcean Atlantique du Sud. Si Laroche, en
1675, & M. Guyot, Commandant du vaiffeau le
Lion , en 1756, avoit deja vue File de Georgie, ce
qui paroit probable, le Capitaine Cook a' determine-, en 1775, fon etendue & fa veritable pofi-
tion 1 la meme annee, il ajouta a nos mappemon-
des la terre de Sandwich, inconnue juiqifalors,
& la decouverte la plus voifine du Pole Auftral
qifon ait jamais faite (c).
(a) Voyez le Voyage du Lord Anfon , edition originate , ///-4.01
page 9.
(b~) Ces mots font de M. Cook fui-meme , dans fa Preface de
ion l'econd Voyage, page 14 de {'original. Le Journal du Vovaoe
de Byron, infere dans la collection de Hawkefwprth , vol. I, pa*.
23, 24—51, 52, 53, 547, indique les raifons fur fefquelles
M. Cook a fonde cette aflertion.
(c) Voyeg la Carte des decouvertes dans POce'an Atlantique du
Sud. Second Foyage de Cooky vol. II, page 2x0 de ToriginaL
*a GENERALR
11
i*
Quorque les vaiffeaux des differentes Nations
cuflent vifite & traverfe fouvent le detroit de
Magellan , on n'avoit pas examine avec affez de
foin fes Baies, fes Havres & fes Caps, les differentes iles qu'il renferme, & les cotes qui le bordent
au Nord & au Sud; on n'avoit pas parle d'une
maniere exa£te des marees, des courans & des
fon des; Sir John Narboroug & les Navigateurs
qui le fuivirent, avoient omis completement ces
divers points, ou lis les avoient traite d'une facon
trop vague, & il etoit utile de s'en occuper de
nouveau. Cette tache a ete heureufement remplie
par Byron, Wallis & Carteret, dont les operation , dans ce detroit, & la Carte dreffee d'apres
leurs obfervations & leurs decouvertes, ont procure des lumieres precieufes a la Geographic.
I I I.
Si les informations tres-precifes qif ils nous ont
donne fur chaque portion de ce celebre detroit,
en d^goutent deformais les Navigateurs ; fi Fon
craint de s'expofer aux fatigues & aux embarras
d'un labyrinthe, connu anjourd'hui pour etre une
fource inevitable de dangers & de delais , les
Anglois ont la fatisfaition d'avoir decouvert une
entree dans FOcean Pacifique, plus sure & moins
longue. On a effaye a diverfes reprifes, du cote
de FEft & celui de FOueft, le paffage autour du
Cap de Horn, & on a diilipe les frayeurs quit
inlpiroit. Les travaux & la detreffe des Efcadres
du Lord Anfon & de Pizarre, ne decouragetont
pas a Favenir : on fait qif ils furent obliges d'en-
treprendre , par une faifon defavorable , la
navigation  de ces mers. j & qifa   Fepoque ou II      INTRODUCTION
M. Cook les traverfa , il ne s'y trouva rien  de
formidable.
Get illuftre Navigateur eft le premier qui, d'apres
une fuite d'obfer various les plus fatisfaifantes >
commencees a Fentree occidentale du detroit de
Magellan, & continuees avec des foins infatiga^.
bles, autour de la terre de Feu, & au milieu du
detroit de Lemaire, ait donne une Carte de Fextrcx
mite meridionale de YAmirique, qui montre com-
bien les premiers vaiffeaux durent etre embarraffes
de fe guider eux - memes, & jufqifa quel point il
fera avantageux de doubler le Cap de Horn*
I V.
Si les voyages de decouvertes entrepris par ordrc
du Roi, ont facilite Fentree des vaiffeaux dans
FOcean Pacifique, ils ont aufli beau coup etendu
nos connoiffances relativement aux terres quis'y
trouvent.
Qtioique les Europeens frequentent depuis pres
de deux fiecles 8c demi les immenfes (a) parages
qifon appelie de ce nom, la plus grande partie
de ces parages & far-tout de ceux qui font au Sud
de Fequateur demeuroit inconnue.
Magellan , & les Efpagnols qui parcoururent
les premiers ces mers, n ayant voulu qu'arriver
aux Moltiques & aux autres iles qui produifent
des epiceries 1 chacune des parties de FOcean Pad-
lique, qui ne fe trouvoit pas contiguea leur route ^
dont la dire<StioflL etoit au cote feptentrional <le
Fequateur, echappa naturellement a leurs recher-
ches, & fi Mendana & Quiros| & avant eux
quelques Voyageurs ignores (b), en s'ecartant de
(a) Magellan commenca fon Voyage en 1519.
. (£) Voyez des details, fur ces premieres decouvertes, dans fa
collection precieufe des Voyages daris L'QcianPaciiique du Sud,
publjee par M. Dairy mole.. GENERAL® 15
Cette route, & en fe tenant fous letropiquc auftral,
apres etre partis de Callao, eurent le bonheur de
rencontrer differentes iles ; fi leur imagination
s'echauffa au point de regarder ces iles comme
des indices d'un continent auftral; s'ils fe flatten
rent que la decouverte de ce continent les rendoit
emules de Gama & de Colomb, leurs foibles efforts
n'ont point recule les bornes de la Geographie &
de la Navigation. Comme un plan judicieux if avoit
point dirige leurs voyages; comme leurs decouvertes etoient demeurees tres - imparfaites, 8c
qif elles n'avoient ete ni examinees de nouveau ni
decrites dans des Journaux exacts & bien authen-
tiques, on les avoit prefque oubliees : on en confer-
voit des fouvenirs fi obfcurs qif il en refultoit des
difputes embarraffantes fur la pofition & Feten-
due de ces terres nouvelles, qifon doutoit meme
de leur exiftence.
II paroit que les confeils d'Efpagne fe firent de
bonne heure une maxime politique d'interrompre
& de decourager les voyages dans cette partie du
Globe. Deja maitres fur le Continent d'Amerique
d\in empire trop vafte pour le gouverner aife-
ment; cet Empire d'Amirique leur offrant plus de
metaux precieux qif ils ne pouvoient en employer
a leur ufage, ni la cupidite ni Fambition ne les
cxcitoient a agrandir leurs domaines. Ainfi, quoi-
que les Efpagnols fuffent etablis le long des cotes
de FOcean Pacifique, quoiqifils fuffent places tres-
commodement pour fuivre les decouvertes qu'of-
froient ces mers inconnues,/ils fe contenterenr
d'envoyer des vaiffeaux d'un de leurs ports a Fautre;
s'ils traverferent le vafte golfe qui fepare de YAfit
cette partie de YAmerique , ce fut toujours fur la
meme ligne, & peut-etre avec un feul batiment
qui partoit d'Acaptdco pour Manilla ii
j4     INTRODUCTION
La route des Efpagnols regla en grande partffi
celle des autres Navigateurs Europeens qui par-
coururent FOcean Pacifique du Sud; & tons ces
voyages furent circonfcrits dans les memes bor-
nes, fi j'en excepte les petites Efcadres de Lemaire
& Roggewein. Les vailleaux qui entrerent dans
cette mer par le detroit de Magellan ou en-dou-
blant le Cap de Horn, vouloient faire un commerce interlope avec les Efpagnols, ou combattre
les navires de cette Nation; projets qui laiffoient
aux Geographes bien peu d'efpoir dedecouvrir de
nouvelles terres. Chacun d'eux fentit eneffet qifil
devoit borner fes croifieres a line diftance conve-
nable des etabliflemens Efpagnols, les feuls parages oil il pouvoit efperer du commerce ou des
pirateries. lis avoient a peine debouque le detroit
de Magellan ou double la terre de Feu, qif ils cin-
gloient au Nord vers File inhabitee de Juan Fernandas , qui, pour Fordinaire leur fervoit de rendezvous , & oil ils alloient prendre des rafraichiffe-
mens : apres avoir longe le Continent dyAmirique
depuis le Chili jufqua la Californie , ils repaflbient
dans FOcean Atlantique, oil, s'ils fe hafarderent
a etendre leur voyage du cote d'Afie, ils ne pen^
ferent jamais a faire des decouvertes dans les portions de la mer du Sud qui demeuroient iiicon-
nues: ils choifirent la route battue (fi je puis nf ex-
primer ainft ) route fur laquelle ils comptoient,
avec vraifemblance, rehcontrer le gallon des
Philippines, mais qui offroit peu d'app'arence de
rendre leur traverfee utile a la Geographic
Par une fuite naturelle de ces combinaifbns, les
diverfes expeditions dont je parle ici durent four-
nir peu de materiaux aux Geographes qui deficient une connoiffance exafte & detaillee de
FOcean Pacifique du Sud, Les induftrieux Hollandois GENERALE, 15
tiui avoient alors toute leur energie, firent cepen-
dant quelques tentatives fur ce point : nous leur
devons trois voyages entrepris avec Funique prfrjet
de decouvrir de nouvelles terres; & leurs recher-
ches dans les latitudes auftrales de cet Ocean, font
connues d'une maniere beaucoup plus sure qut
celles des premiers Navigateurs Efpagnols.
Lemaire & Schouten en 1616, & Roggeweiii
en 1722, jugerent fagement qifil n?y avoit aucune
connoiffance nouvelle a acquerir en fuivant le
paffage ordinaire au Nord de la ligne, & ils tra^
verferent cet Ocean depuis le Cap de Horn ;uf
qif aux lndes Orientates, en fe tenant fous le tropi-
que Sud; parages qif on avoit vifite fi rarement &
<iune maniere ft peu efficace, quoique la croyance
vulgaire fortifiee par les {peculations de quelques
Bhilofophes, y promit un grand nombre de decouvertes.
En 1642, Tafman, qui fit depuis Batavia une
longue traverfee fur FOcean Auftral de YInde,
-tntra dans la Mer Pacifique du Sud, au point oil
cette mer eft le plus eloigne de la cote diAmerique,
& il vifita des parages qu'on n'avoit pas encore
examines. Apres etre parti d'une latitude Sud affez
elevee, il cingla au Nord Jufqu'a la Nigritie, &
}ufqif aux iles fituees a FEft de cette terre, pres
de Fequateur, & fes decouvertes ont rendu fon
yoyage celebre dans les annales de la Navigation.
Les fucces de ces trois expeditions ne fervirent
£i6anmoins qif a indiquer un vafte champ que les
Navigateurs doues de plus de perfeverance pour-
roient examiner avec plus de "fucces. Leurs reful-
tats, il eft vrai, prefentoient aux Geographes un
moyen de varier la fterile uniformite des premieres
Cartes , en y placant quelques iles nouvelles; mais
& UQoafcre &; Feteadue de ess aouvelles terres t6      INTRODUCTION
etoient fi peu confiderables qif on peut leur appli*
quer ce vers connu. \
Ran, nantes in gurgite vajlo*
Et fi les decouvertes etoient en tres-petit nom*
bre, elles etoient d'ailleurs tres - imparfaites. On
s'etoit approche de quelques cotes, mais on rYy
avoit pas debarque i on les avoit quittees fans re-*
connoitre leur etendue & fans voir fi elles etoient
reunies a d'autres cotes voifines. Les debarquemens
qifon avoit fait avoient ete en general tres-rapides,
-& il etoit a peine poffible d'etablir fur une bafe fi
foible, des informations propres a fatisfaire meme
la curiofite oifive; ce qif on en difoit ne pouvoit
m contenter lesPhilofophes ni contribuer beaucoup
a la surete ou au fucces des Navigateurs qui vien-
droient enfuite*
II faut toutefois rendre juftice a ces commen-
fcemens de decouvertes. Les Hollandois ont le
merite d'avoir ete nos precurfeurs ; mats nous
avons ete bien plus loin qif eux dans la route qif ils
ont ouverte aux Navigateurs Europeans. On va
.voir avec quel fucces nos vaiffeaux ont penetre
dans leurs voyages fucceffifs les reduits les plus
caches de FOcean Pacifique du Sud,. & dechire
le voile qui couvroit une fi grande partie du
Globe.
i.° Nos Navigateurs ont recherche avec foin
les differentes terres qtf on difoit avoir ete vues par
les Efpagnols ou les Hollandois; ils ont retrouve &
.vifite la plupart de ces terres ( du moins celles qui
fembloient etre de quelque importance) ; ils ne les
ont pas vifitees en courant, ils ont employe tous
les moyens poffibles pour re&ifier les prpmieres.
crreurs & fuppleer aux premieres imperfections;
i.l$ ont fait GENERAL E. i7
ils ont fait des recherdies exaftes dans Finterieupr du
pays; ils ont fait le tour des cotes & ils en ont pris *
le relevement. Qui n'a pas entendu parler de la
celebre terrt auftrale du Saint - Ejprit, dicouverte
par Quiros ? On affuroit qu'eiie formoit une partie
du Continent Auftral; cette pre:ention if a pu tenir
conti*e Fexamen du Capitaine Cook , qui en a
acheve le tour, & qui lui a aifigne fa veritable
pofition & Yes etroites bornes dans FArchipel des
Nouvelles-He'brides (a).
2.0 Outre que nos derniers Navigateurs ont
acheve la recorinoiffance des terres appercues avant
eux, ils ont enrichi la Geographie d'une longue
lifte de terres nouvelles. Ils ont traverfe a diverfes
reprifes , fous le tropique §ud & dans toutes les
directions , FOcean Pacifiqde auftral, & ils ont
trouve une multitude dlles prefque infinie. Ces
iles font difpofees dans un efpace de pres de 8o
degres de longitude; elles font fituees a des dif-
tances plus ou moins grandes; elles forment des
grouppes tres- nombreux, & Fapproche de nos
vaiffeaux femble leur avoir donne une exiftence
publique. Les defcriptions bien detaillees & bien
completes qu'on a fait de ces iles & de leurs Habi-
tans, ont fervi aux progres de toutes les fciences,
& pour me fervir des termes du Capitaine Cook*
qui a eu une fi grande part a ces decouvertes, elles
laiffent peu de chafe a faire dans cette partie (b),
, 3.° Byron, Wallis & Carteret ont beaucoup
ajoute aux connoiifances que nous avions des iles
(a) M. de Bougainville obferva, feuierrient en 1768 , que cette
terre e'toit compofee de plufieurs iles. M* Cook a reconnu tout
le grouppe en 1774. Voyez le fecbnd Voyage de Cook, tome II,
page 196 de Poriginaf.
(b) Voyez le fecond Voyage de Cook 1 tome II, page 239 d§
roriginal.
Tome £
i i8       INTRODUCTION
fituees dans FOcean Pacifique > fous le tropique
Sud; mais les Geographes ignoroient abfolument
jufquoii cet Ocean fe prolonge a FOueft, quelles
terres le -bornent de ce cote, & quelle eft la liaifon
* de ces terres avec -les contrees decouvertes par
les anciens Navigateurs. Le premier Voyage de
M. Cook (a) a refolu ces importantes queftions de
la maniere la plus complete. Ce grand Homme
deploy a alors une perfeverance extraordinaire &
un talent confomme; il brava les obftacles & les
dangers fans nombre que lui offroit une pareille
entreprife; il releva pres de deux milles milles de
la cote qui borne la Mer du Sud a FOueft de*
rEquateur, depuis le trente-huitieme degre de latitude auftral, jufqifa dix degres & demi de la
Ligne equinoxiale , oil il a reconnu qif elle eft
reunie a la terre deja vifitee par les Hollandois,
qui y avoient fait plulieurs Voyages, de leurs eta-
bliffemens d'Afie, & a laquelle ils avoient donne
le nom de Nouvelle - Hollands. La Nation dont je
viens de parler avoit fuivi les bandes Nord & Oueft,
mais les operations etendnes de M. Cook, fur la
bande Orientale, en ont prefque acheve la recon-
noillance dans tons les points : entre le Cap Hicks,
fitne par trente - huit degres de latitude, oil il a
commence Fexamen de cette cote, & la partie de
la terre Van-Diemen, d'oii Tafman prit fon point
de depart, oh ne compte pas plus de cinquante-
cinq lieues ; il eft done tres-probable que ces deux
portions font r^unies, quoique M. Cook ait pouffe
la circonfpeftion jufqifa dire qifil n'a pu determiner fi la Nouvelle-Galies meridionale, c5eft-a-dire
la cote orientale dela Nouvelle-Hollande ± eft jointle
etoai.
Collection de Hawkefworth , vol. Ill de Pon* GfiN^RALE. 19
$ fa terre Van - Die men (a), Au refte, fon fecond
Vbyage ne tarda pas a eclaircir cette queftion. Le
Capitaine Furneaux, qui montoit YAventure, & qui
fe iepara de la Refolution en 1773,5 (heureufefepa*
ration, puilqifelle produifit un fi bon effet,) a
reconnu la terre Van - Diemen > depuis fa pointe
orientale le long de la c6te d'Eft, bien au*dela de
la ftation de Tafman , & jufqifa trente - huit
degres de latitude, ou M. Cook avpit commence fa
reconnoiffance en 1770 (b)>
On connoit done aujourd'hui la circonference
entiere de cette vafte tetre, qif on peut appeler une
cinquieme partie du Globe: nos Navigateurs Font
en effet trouvee fi grande que* pour employer id
les expreffions de M. Cook, elle ejl beaucoup plus
ttendue qu9aucune autre partie du Monde, qui ne portt
pas la denomination du Continent (c).
4.0 Tafman ayant penetre dans FOcean Pacifique , apres avoir quitte la terre Van - Diemen *
rencontra une cote a laquelle il donna le nom de
Nouvelle - Zilande, Comme il ne determina en
aucune maniere Fetendue de cette cote ni fa pofi-
tion , exceptee une partie de la bande occidentalc
quillongea en mar chant au Nord, les Geographes
croyoient aflez generalement que la Nouvelle*
Zelande faifoit partie d'un Continent auftral ,
prolong^e au Nord & au Sud, depuis le trente*
troifieme degrd jufqif au foixante-quatrieme degre
de latitude Sud; que fa cote feptentrionale s'eten-
doit a travers la Mer Pacifique du Sud, a une
diftance fort grande, & que Juan Fernandez avoit
fa) Voyez la Collection de Hawkefworth, tome III, page 485
*fe Poriginaf. |g|||
(b) Second Voyage de Cook, tome I, page 114 de PoriginaL
(c) CoJIeftion 4e Hawkefworth? tgme II s page 622 de Poriginai,
bij H5
20     INTRODUCTION
vu fon extr^mite Eft un demi-fiecle avant Tafman:
Xe premier Voyage de M. Cook a totalement de-
truit cette fuppolition. Si Tafman a appercu le
premier la Nouvelle -Zilande , la gloire de Favoir
r^connue appartient a M. Cook feul. II paffa pres
de fix mois fur fes cotes, en 1769 & 1770 (a); il
en fit le tour, il marqua fon etendue, & il trouva
qu'elle eft partagee en deux iles (b), II y eft retourne
depuis a diverfes reprifes; il a perfedionne cette
importante decouverte; & la Nouvelle-Zelande ne
fera plus indiquee comme une partied'un Continent
auftral, mais elle figurera deformais fur les Map-
pemondes, comme les deux plus grandes iles de
cette partie de Fhemifphere auftral
5.0 II reftoit beaucoup de domes & d'incertitu-
des fur la jon&ion ou la feparation dela Nouvelle-
Hollande avec la Nouvelle - Guinee; le Capitaine
Cook, en traverfant le detroit qif il a appelle de
YEndiavour, a decide la queftion : nous n'hefite-
rons pas a dire que deft une decouverte importante pour la Geographic; & quoique la fagacite
& Ferudition de M. Dalrymple aient trouve des
indices qui femblent annoncer qif on foupconnoit
le paffage(V), ces indices etoient fi obfcurs, & fi
peu connus, qif en general on ne les avoit pas
fuivi dans la redaction des Cartes : le Preftdent
de Broffes (d)y qui a ecrit en 1756, & qui avoit
(a) Depuis le 6 Octobre 1769, jufqu'au 31 Mars 1770.
(b) Son extre'mite' me'ridionale git 2i-peu~pres par 47 degres de
latitude , & fon extr^mite Nord par 35 degres & demi. Voyez la
Carte du Capitaine Cook, dans fa Coilecuon de Hawkefworth s
Tol. II, page 281 de Poriginaf.
(c) Voyez la route de Torre fur un des vaiifeux de Quiros, en
1606, entre fa Nouvelle-Hollande & la Nouvelle- Guinee, dans fa Carte,
des decouvertes dans POcgan Pacifique du Sud, avant 1764,
pubfiee par M. Dalrymple.
(dJM. de Broffes die de h Nouwlk-Guinie: « e'eft une lonsue
%3 G E N £ R A L E.
21
beaucoup de connoiffances Geographiques, ne les
avoit pas trouve fatisfaifans ; & M. de Bougainville, qui, en 1768, rencontra la cote orientale de
la Nouvelle- Guinie, pres de^olieues a FOueft de fa
pointe Sud-Eft, aima mieux faire, contre un rent
de bout, ces 90 lieues, dans un terns oil fon Equi*
page manquant de provifions, etoit reduit a man^
ger les peaux de veaux marins qui couvroient fes
vergues & fes agrets, que de continuer fa route a
FOueft , pour chercher un paffage qufil jugeoit
extremement problematique ( a ). M. Cook, en
ouvrant entre la Mer Pacifique & FOcean de
Ylnde une communication qui, fi elle n'eft pas
nouvelle, etoit du moins abandonnee & oubliee,
a diffipe tons les doutes fur xm fait fi utile a la
Navigation.
6.° On doit au Capitaine Carteret une autre
decouverte d'une utilite prefque egale a celle que
je viens de citer. Dampierre, en longeant une cote
qu'on fuppofoit faire partie de la Nouvelle-Guinie>
remarqua que cette cote forme une ile feparee, a
laquelle il a donne le nom de Nouvelle - Bretagne ;
mais le Capitaine Carteret a reconnu que la
Nouvelle - Bretagne eft divifee en deux grandes iles
& en beaucoup d'autres plus petites : fi quelques-
uns des premiers Navigateurs de FOcean Pacifique du Sud s'en etoient appercus, feurs obferva-
tions n'etoient point arrivees jufqifa nous; & Fon
tie ou prefqu'lfe , fi elle touche a la Nouvelk-Hollande. Navigations
aux Terres Auftrales , tome I, page 434.
(a) « Le trifle etat ou nous etiohs reduits, ne nous- permettoit
» pas de chercher, en'faifant route a POueft, un pafiage, au Sud
» de fa Nouvelle- G uinee, qui nousfrayik, par le Golre de Carpentarie,
» une route nouvelle & courte aux iles Moluqnes. Rien n'etoit a la
» virite plus problematique , que Vexifieme de ce paffage.n Voyage
antour du Monde, page 259* n      INTRODUCTION
petit compter cette decouverte parmi celles qui
honorent notre Nation. Le Canal Saint - George ,
qui fepare la Nouvelle - Bretagne de la Nouvelle-
Lrlande, que fuivit M. Carteret pour paffer de la
Mer Pacifique dans FOcean de YInde, « Offre un
5? paffage beaucoup meilleur & beaucoup plus
53 court, en venant de FEft ou de FOueft, que le
33 tour des iles fituees au Nord (a). 5*
Byron, Wallis & Carteret eurent principale-
ment pour objet de decouvrir de nouvelles terres
dans la Mer Atlantiqite duSud, & quoiqifils aient
ajoute quelque chofe a nos connoiflances Geographiques fur la Mer Pacifique du Sud, leurs Voyages
ont fournt peu des materiaux neceffaires pour
donner au Public une defcription complete de ces
immenfes parages , quTis traverferent feulcment
fur une ligne dire&e en revenant en Europe par
les Indes orientates. M. Cook charge de Fexpedition
qui fuivit les leurs , eut ordre de reconnoitre plus
exa£tement la Mer Pacifique du Sud; mais fes
inftru&ions lui recommandant tout-a-la-fois ce
qui avoit rapport aux progres de FAftronomie &
a ceux de la Geographie, Finquietude de ne pas
arriver affez tot a O-Ta'iti, pour obferver le pa£
fage de Venus au-deffus du difque du Soleil, ne
lui permit pas de s'eloigner du chemin le plus
(a) Voyez la CoffecYiori de Hawkefwortll, vol. Ill, page 563 d§
Toriginaf.
La pofition des ties Salomon ^celebreddcouvertedeMendana*
ne ferapfus fnjetde difpute parmi les Geographes: M.. Dalrymple
a prouve, de ia maniere la plus fatisfailante , qiPelfes forment.
un petit Archipef , ou Pon trouve fes terres qu^on a appelfej
depuis, Nouvelle ~ Bretdgne, Nouvelle - Irlaude ; & les iumieres que
le Capitaine Carteret a repandu fur ce grouppe, ajoutent un
ttouveau degre' de force aux preuves de M. Dalrymple. Voyez f$
ddlecjiou des Voyages, par Dalrymple y vol. I, page 16 de Poriginaf GENE RALE. M
court, & de chercher les terres inconnues qui
pouvoient fe trouver au Sud-Eft de cette ile. Comme
il fut d'une fidelity fcrupuleufe a fes devoirs, une
partie confiderable de la Mer Pacifique du Sud,
celle ou Fon efperoit le plus de decouvertes, ne
fut ni reconnue ni examinee lors de fon premier
Voyage. Pour fuppleer a cette omiffion & eclaircir
un point admis par plufieurs Savans, qui fon-
doient leur fyfteme fur des fimples fpeculations,
§c par des hommes pen edaires ,t qui Fadoptoient
d'apres des auto rites qif ils croyoient dignes de foi,
mais encore tres - problematique & meme denue
de fondement aux yeux de quelques autres qui fe
livroient moins a leur imagination, ou qui etoient
plus incredules, Sa Majefte empreffee de favorifer
tout ce qui petit ajouter a nos richeffes dans cha-
cune des parties des Sciences, ordonna une nouvelle expedition. Les fervices fignales rendus par
M. Cook, durant fon premier Voyage , le defi-
gnoient £omme Fhomme le plus propre a terminer des recherches qif il avoit fi habilement com-
mencees. Ii partit done en 1772, commandant
les deux vaiffeaux la Refolution & Y A venture, avec
le plus vafte plan de decouvertes qif on connoiffe
dans les annales de la Navigation : on le chargea
non-feulement de faire le tour du Monde, mais de
parcourir tout le Globe dans les hautes latitudes
meridionales, en formant de terns a autre, dans
chacun des parages de FOcean Pacifique qifon
n'avoit pas encore examine, les croiileres qui pour-
roient enfin refoudre la queftiqn fi debaftue fur
Fexiftence d'un Continent auftral; on lui recom-
manda de le chercher fur tons les points de Fhemifphere Sud , & fuppofe qif il y en eat un, de
determiner s'il etoit acceflible a la Navigation. J'ai
deja parle des nombreufes iles fituees fous  k
b iv El
24      INTRODUCTION
tropique, dans FOcean Pacifique, dont nous de-
vons ia decouverte a ce Voyage, qui dura de trois
a quatre ans, & qui fut execute avec une intrepi-
dite & une conftance fi extraordinaires : mais j'ai
referve pOur ce paragraphe f objet principal de
Fexpedition, ou le tableau des diverfes campagnes
que fit M. Cook fur Fhemifphere Sud. La route de
la Refoluiion & de YAventure an milieu de FOcean
Atlantique du Sud, de FOcean Indien meridional,
;& de la Mer Pacifique du Sud, qui environnent le
Globe , combinee avec la route de YEndeavour y
offre une demonftratioii oculaire, que, par fes
infatigabfes recherches, M. Cook a reconnu tous
Jes parages oil Fon fuppofoit un Continent vu des
premiers Navigateurs; que ce Continent a difparu
a Fapproche de fes vaifleaux, & que, femblable
aux fantomes de fimagination , il s'eft evanoui
fans laiiler de traces (a). On a foutenu qu'un
"Continent auftral eft neceffaire pour maintenir
(a) Il faut obferver cependant que M. le Monnier foutient,
dans les Memoires de PAcademie des Sciences de Paris, annee
1776, Pexilience du Cap de la Circoncifion, vu par M. Bouvet en
1738 , mafgre Popinion de M.. Cook , qui Pa cherche envain, &
qui fuppofe qu*une He de glace a donne lieu a cette meprife du
NavigcUeur Francois. M. Wales a repondu aux objections de
M. le Monnier, dans un Memoire lu a fa Societe Royale ;
M. le Monnier a replique, & M. Wales a fait une apologie plus
de'taiitee de cette partie du Journal de M. Cook; ii a eu la bont^
de me la communique, & je Pinfere ici.
Note du Tradu&eur. M. le Monnier m'a communique', de {o^l
cote, une demiere reponfe a M. Wales. Ces deux morceaux.
m'ont paru trop etendus pour les inferer ici en note, & on fes
trouvera a fa fuite de cette Introduction.
J'obferverai d'avance que PAuteur de Plntroducftkm a tort de
parfer du Cap de la Circoncifion a propos du Continent Auftral-;
^ar M*.ie^Monnier ne croit point a Pexiftence du Continent
Auftral; if dit fui-me^me que la terre du Cap de la Circoncifiois,
3ft une. tie , & merri.Q une petite #eA GfiNERALE, 25
Fequilibre entre les deux hemifpheres; mais quelque
plaufible que paroiffe cette theorie au premier
coup-d'oeil, Fexperience a affez demontre combien
elle eft fauffe. D'apres le fecond Voyage de Cdok,
dont je parle ici, nous connoiffons parfaitement
Fhemifphere Sud , & nous pouvons prononcer
avec certitude que Fequilibre du Globe eft tres-
bien conferve, quoique les mers parcourues par
M. Cook ne laiifent pas affez cFefpace pour la
maffe correfpondante de terres que plufieurs Ecri-
vains ont juge neceffaire a Fequilibre du Globe (a).
Si les premiers Navigateurs ont ajoute a nos
Cartes une plus grande etendue de terres que
M. Cook, il a la gloire d'avoir reconnu plus de
mers qif aucun de fes Predeceffeurs. La recapitu*
lation qifil a fait lui-meme de fon fecond Voyage,
terminera mes remarques fur ce point. « J'aifaitj
3? dit-il, le tour de Fhemifphere auftral, dans une
33 haute latitude, & je Fai traverfe de maniere a
prouver , fans replique , qif il if y a point de
Continent, a moins qifil ne foit pres du Pole,
& hors de la portee de la Navigation. En par-
courant deux fois la Mer du Tropique , j5ai
fa) L'opinion dePingenieux Auteur des Recherches Philofophiques
fur les Americains j merite d'etre rapportee ici : « QiPon cafcufe
>s comme on voudra, on fera toujours contraint d'avouer qu'il y
99 a une plus grande portion de Continent fitu^e dans la latitude
99 feptentrionale, que dans la latitude auftrale.
» C'eft fort maf-k-propos qu'on a foutenu que cette repartitioa
w jnegafe ne fauroit exjfter 4 fous pretexte que le Globe perdroit
99 fon equilibre, fauted'un contre-poidsfufiifant au Pole meridio-
99 nal. Il eft vrai qu'un pied cube d'eau falee ne pefe pas autant
99 qu'un pied cube de terre; mais on auroit du re'flechir qu'il
*> peut y avoir fous POcean des fits & des couches de matieres,
*> dont la pefanteur fpdcifique varie a Pinfini, ou que le peu de
» profondeur d\me mer, verfee fur une grande furface, centres' balance les endroits ou il y a moins de mer, mais ou elle eft
w plus profonde? tome II, page^!jgt^ 26      INTRODUCTION
33 determine la pofition de quelques terres ancien-
3? nement appercues , & j'en ai decouvert un
33 grand nombre de nouvelles; je crois que je laiffe
j? peu de chofe a faire en ce genre , dans cette
33 partie du Globe; je meflatte aufli que Fobjet de
33 Fexpedition a ete, a tous egards, parfaitement
?? rempli, & quapres cette relation, on ne par-
3? lera plus du Continent auftral, qui a occupe
is Fattention de quelques-unes des Puiffances ma-
33 ritimes, dans un intervalle de pres de deux
33 fiecles, &exerce les fpeculations des Geographes
33 de tous les ages (a). ?3
Tels furent jufqif an fecond Voyage de M. Cook
indufivement, les fucces de nos expeditions, qui
avoient pour objet d'ouvrir de nouvelles routes a
la Navigation, & de reftifier les anciennes erreurs
repandues dans la Geographic La recapitulation
fommaire que je viens de donner, mertra tons les
Le£teurs en etat de juger de ce qui reftoit encore
a faire , pour achever Fexecution du vafte plan
de decouvertes qif on avoit forme. L'hemifphere
auftral avoit ete parcouru a diverfes reprifes , &
on Favoit reconnu dans tous les points acceflibles
aux vaiffeaux; mais il demeuroit encore beaucoup
d'incertitudes, & par confequent une grande va-
riete d'opinions fur la poffibilite ou Fimpoflibilite
de naviguer aux extremites de notre hemifphere,
& en particulier fir Fexiftence, ou du moins fur
Fimpraticabilite d'un paffage au Nord , entre
i'Ocean Atlantique ou la Mer Pacifique, en ve-
nant de FEft & luivaht les cotes de YAfie, ou en
vefiant de FOueft & fuivant celles de YAmerique
feptentrionale.
fa) Second Voyage de Cook ? t&mt II ?_p, 239 de Porigii
tat. GfiNfiRALE. 27
On fentoit que , fi ce paffage etoit praticable ,
oil abregeroit beaucoup les voyages au Japon , a
la Chine, & aux Indes orient ales en general; qif ils
deviendroient par confequent jilus utiles, que pas
le long & ennuyeux detour du Cap de Bonne-
EJpirance. La Nation Angloife s'en occupoit depuis
plus de deux fiedes, & ians parler de la premiere
tentative de Cabot, en 1497, qui nous procura la
decouverte de Terre-Neuve&c de la cote de Labrador,
depuis le premier Voyage de Frobisher, qui, en
1576 , alia chercher le Npaffage a FOueft, jufqifa
celui de James & de Fox, en 1631, nos audacieux
Navigateurs firent dc» tentatives multipliees; mais
fi ces expeditions nous firent connoitre de nouvelles portions de YAmerique feptentrionale, par la
decouverte de le bale de Hudfon & de celle de Baffin^
la queftion fur le paffage par ce cote , dans la
Mer Pacifique > demeuroit indecife. Nos Compa-
triotes & les Hollandois ne reuffirent pas plus,
dans leurs diverfes entreprifes, a trouver ce paffage du cote de FEft. Le peu de fucces de Wood,
en i6j6, femble avoir t ermine la longue lifte des
expeditions infru£tueufes entreprifes au Nord ,
durant le fiecle dernier ; & fi Fon ne defefpera
pas de cette decouverte, a laquelle on avoit envaia
travaille fi fouvent, on ceffa du moins affez long-
teins d'y fonger.
* M. Dobbs , zele partifan de la probabilite d'uti
paffage au Nord - Oueft, par la baie de Hudfon ,
fixade nos jours Fattention de YAng'eterre fur cette
entreprife, & par fon zde aftif &: Yes follicitation>
conftantes , il ranima Fefprit de decouverte. On
fuivit fes projets , mais fans fucces; car le Capitaine Middleton, envoye par le Gouvernemeilt en
1741, & les Capitalizes Smith & Moore, envoy es,
m 1746 ? par uuq Sodete particuHere, quoiqifen,-* z8       INTRODUCTION j
courages par un a£te du Parlement, accordant
vingt mille livres fterlings de recompenfe a ceux
qui trouveroient le paffage, revinrent de la baie de
Hudjon avec leurs Journaux , qui laifferent la
<jueftion dans le meme etat d'incertitude.
Lorfque les recherches de cette efpece ne furent
plus abandonnees aux follicitations d'un individu,
ou aux foufcriptions des Particuliers ; lorfqtf elles
commencerent a etre protegees par le Roi, &
vivement favorifees par le Miniftre charge du
Departement de la Marine, il devint impoflible
que parmi des tentatives fi multipliees & fi bien
conduites , pour reconnoitre les coins les plus
cloignes de Fhemifphere auftral, on n'entreprit pas
de nouveau le paffage au Nord. En effet, tandis
que le Capitaine Cook faifoit fon Voyage au Pole
auftral, commence en 1773, M. Phipps, aujour-
d'hui Lord Mulgrave, partit avec deux vaiffeaux,
afin de determiner jufqu oil la Navigation etoit prati-
cable du cote du Pole boreal; & quoique des bar-
rieres infurmontables euffent arrete les progres ,
ainfi qif dies avoient arrete les premiers Navigateurs (a), on ne renonca pas a Fefpoir d'ouvrir
une communication entre FOcean Atlantique &
la Mer Pacifique, par le Nord, & notre Amiraute
or donna un voyage qui eut cet objet.
Les operations projetees etoient fi nouvelles, fi
variees & fi etendues, qif on crut avoir befoin des
talens & de Fexperience du Capitaine Cook pour
les conduire. II auroit pu , fans qu'on Faccusat de
fa) Le Journal du Capitaine Phipps donne PHiftoire des premieres tentatives qu'on avoit faites pour arrrver au Pole boreaf.
M. Barrington a recueilli des details fur plufieurs vaifleaux qui
fe font 6lm4s a de tre? - hautes latitudes. Voyez fes, Mijfellanies.%
fagis l-
124. GfiNERALR
29
Afianquer de zele pour le fervice public, paffer le
refte de fes jours dans la place qif on lui avoit
donne a FHopital de Greenwich; il auroit pu y jouir
de la gloire qu'il avoit achetee fi cherement, par
deux Voyages autour du Monde: mais il quitta de
bon coeur un Pofte honorable, & heureux de ce
que le Comte de Sandwich n'avoit pas jette le£
yeux fur un autre Commandant, il fe chargea de
Fexpedition dont on publie ici Fhiftoire; expedition qui devoit Fexpofer aux fatigues & aux dangers a une troifieme circonnavigation du Globe,
par une route qif on n'avoit pas encore effayee.
Tous les Navigateurs qui avoient fait jufqif alors
le tour du Monde, etoient revenus en Europe par
le Cap de Bonne EJperance ; on affignoit a M. Cook
la tache penible de revenir en Angleterre par les
hautes latitudes feptentrionales , entre YAfie 8c
YAmerique. Ainfi la route ordinaire fut changee ,
& au lieu d'entrer dans la Mer du Sud par FOcean
Atlantique, on voulut effayer de penetrer dans
FOcean Atlantique par la Mer Pacifique; car on
avoit prevu fagement que quelques fuffent les ou-
vertures & les entrees qif on pourroit trouver fur
la cote orientale de YAmirique, & dans une direction qui donneroit Fefpoir d?un paffage , Fentre-
prife finiroit par echouer, s'il n'y avoit pas une
mer libre entre la cotp occidentale de ce Continent:
& les extremites de YAfie. On enjoignit done a
M. Cook de fe rendre a FOcean Pacifique, en tra-
verfant les nouvelles iles decouvertes par lui fous
-le Tropique du Sud, &, apres avoir coupe FEqua-
teur, de cingler au Nord, & de choifir la route
qui lui fembleroit la plus propre a fixer des points
Geographiques importans, & a produire des dd-
coy.vertes inter me diaires fur les parages qui de* INTRODUCTION
HB
3°
voient le conduire a la principale fcene ac &$
operations.
Mais les inftru6tions qif on lui donna feront
mieux connoitre le plan du Voyage, & les divers
objets qifil embraffoit, Scje les inlere ici, afin que
les Le<fteurs fachent, d'une maniere precife, jufqifa
quel point il les a executees,
JDe la part des Lords - Commijfaires de VAmirauU
de la Grande-Bretagne, dellrlande, &c.
Instructions secrettes pour le Capitaine
Jacques Cook, Commandant du Vaiffeau de
Sa Majefte la Rifilution.
Le Comte de Sandwich nous ayant
Jignifie une rifolution de Sa Majeftx£ y qui or donne
une expedition pour trouver, en mer, un paffage
au Nord , de la mer Pacifique dans t Ocean Atlantique j nous avons j en execution de cet ordre , fait
armer & equipper d'une maniere convenable les
'Vaiffeaux la Resolution & la Decouverte ;
& vos derniers Voyages nous ayant fait connoitre
vos talens & voire bonne conduite , nous avons cm
devoir vous charger de celui-ci : nous vous avons
nomme Commandant du premier des vaiffeaux indi-
qu£s ci-dejjiis > & nous avons enjoint au Capitaine
Gierke j qui commande, le fecond , de Juivre vos
ordres. Nous vous enjoignons de vous rendre tout
defuite au Cap de Bo.nne-Esper.ance , avec
la Resolution & la Decouverte j a moins
que vous ne jugie^ necejjhire de vous arreter a
Mad ere j, aux iles du Cap Verd , ou aux
Canaries > pour y prendre du vin ; on vous
Uijfz le maim ay rddcher * m ayant foin toutefois GEN.E RALE. 31
de ny pas refer plus long-temps qxiil le faudra pour
cet objet.
Dis que vous fere\ au Cap De Bonne-
Esperance j vous donnere^ des rafraichiffemens
a vos equipages 3 & vous embarquere^Jur vos bdti*
mens autant de vivres & d'eau qiiils pourront en
contemn
Vous devei, sil efl pofjible 3 partir du Cap
de Bonne-Esp£rance a la fin d!Oclobre, ou
au commencement de Novembre prochain , & cingler
au Sud j pour y chercher des iles qiion dit avoir ete
vues demiirement par les Francois > a 48 degres dc
latitude , & vers k meridien de tile Maurice.
Si vous rencontre^ ces iles, vous les examinere^ avec
foin j & vous tdchere^ d'y decouvrir un bon Havre.
Si vous y de'couvre[ un bon Havre > vous fere%
toutes les ob/ervations neceffaires pour le re trouve r
facilement: un bon Port > dans ces parages j pou—
vant devenir tris-utile > lors meme qiiil noffriroit
guires autre chofe qiiun abri , du bois & de teau.
Toutefois vous riemploiere^ pas trop de terns a
rechercher ces iles > ou d les examiner j fi vous les
trouve^; mais vous vous hdtere\ de gagner O-Taitx
& les iles de la Societe ( en touchant a la Nou-~
VELLE-Zelande 3 fi vous le croye^ n/cejfaire
ou convenable ) ; vous tdchere^ d'arriver afjfe^ tdt a
O-Taiti ou aux iles de la Societe > pour
donner a vos equipages les rafraichiffemens dont ils
peuvent avoir befoin > avant &ex£cuter les ordres
ulterieurs de ces inflruclions.
A votre arrivee a O-Taiti, ou aux iles de la
SociAte j vous debarquere^ Omiah fup celle de ces
terres qiiil choifiraj & vous fy laijfere^.
Vous diflribuere\ , parmi les Chefs 3 une
portion des prefens que vous porte\ > telle que
vous la jugerei convenable 2 & vous garckre\ le reJU 32      INTRODUCTION
pour les Natutels des pays que vous pourre^ decou^
vrir dans thermi/phire feptentrionaL Quand vous
aure[ rafraicki vos equipages 3 & embarque le bois
& teau dont vous aure[ befoin 3 vous quittere\ ces
iles au commencement de Fe'vrier 3 ou plutot j fi
vous le croye\ necejfaire , & vous vous rendre^ par
line route aujji direcle que vous le pourre^ a la cote
de la Nouv elle-Alb ion 3 en vous ejfdrpant de
Tattaquer par le 44* degre' de latitude Nord; on
vous recqmmande , en y. allant 3 de ne point perdre
de terns a chercher de nouvelles terres 3 & de ne
pas vous arreter fur celles que vous decouvrire^ 3 a
moins qu£ vous ne fbye^ force de faire du bois &
de teau
On vous enjoint firiclement 3 durant votre route
vers la cote de la No uvelle-Albion 3
de ne toucher fur aucune partie des Domaines Efpagnols 3 fitues d la par tie occidentals de tAme-
rique , a moins que vous ny foyie\ jette par des
cccidens inevitables : dans ce cas 3 vous ne vous y
arritere\ que le terns abfolument necejfaire y & vous
prendre^ bien garde de ne point donner dombrage
ou dejujet de ptdinte a aucun des Habitans du pays
ou des Sujets de Sa Majefie Catholiqtie. Si 3 dans
votre routei ultirieure au Nord 3 telle quelle vous
fera trac£e ci-apres 3 vous trouve^ des Sujets dun
Prince ou dun Etat de VEurope fur quelques-
unes des parties de la cote que vous vifitere^ 3 vous
ne deve\ pas les inquieter, ou leur donner un jufle
fujet de plainte , mais 3 au contraire M les traiter avec
politejfe & avec amide'.
Lorsque vous SEREZ fur la c6te de la
Nouvelle-Alb ion > vous reldchere\ dans le
premier Port commode , pour y faire du bois & de
teau , & vous y procurer des rafraichiffemens; vous
mqrcherei enfuite au Nord 3  le long de la cote ,
jufqud wwmwm
GENERAL £
5*
Jufqiid 6% degres de latitude 3 ou mime plus loin , fi
vous netes pas arrite par des  terres ou par des
glaces; vous ne perdre\ pas votre terns   d   recon*
noitre des rivieres ou  des entrees 3 & vous fere\
toujours la plus grande diligence pojjible , jufqucl
te que vous foye\ parvenu au 6g paralUle quoti
vient de vous indiquer, & oil nous defirerions que
vous arrivajjie^ au mois de Juin  de tannee pro*
chaine.   Quand vous fere\ a cette hauteur, vous
therchere^ & vous examinere^ avec Join les fivieres
ou les entrees qui vous paroitront devoir etre d'unz.
itendue confide'rable , & Je dinger vers la Bale DB
Hudson , ou la Bale de Baffin ; & fi *
dtaprh   vos propres   obfervations > & d'apris les,
informations que vous pourre\  recevoir des Natu-*
rels du Pays ( lefquels paroiffent etre de la mimtx
race & parler la meme langue  que les Efkimaux 3
dont on vous a donne un vocabulaire ) 3 vous entre*
voye\ la certitude , ou mime la probabilite de decou*
vrir un paffage par mer, dans tune & I'autre , ow
dans une feule de ces Bales , vous ferei  tous  les
efforts pojfibles , pour  teffecluer avec un  de vos
vaiffeaux , ou avec les deux 3 a moins que vous ne
jugie\ plus fur ou plus vraifemblable de teffecluer avec
des bdtimens plus petits : dans ce dernier cas ^ vous
montere^ les  charpentes d'un ou deux  des petits
bdtimens dont vous etes pourvus ; quant vous les,
aure[ mis en etat de naviguer, & quand vous les
aure\ approvifionnes de vivres & de munitions 3 vous,
en dhacherei un3 ou vous detachere^ tous les deux*
fous le commandement dun Officier qiion laijfe d
votre choix 3 avec  un %nombre fuffijant de  Bas~*
Officiers 9 de Matelots & de canots , afin deffayer
le paffage fufdit; vous leur donnere^ les infractions
que vous croire^ convenables , pour vous rejoindre »
fi leur tentative tia point de Juccfa * ou pour Uuv^
Tome L g r*
34      INTRODUCTION
operations ukeHeures , fi elle unfit. Si cependant il
vous paroit plus convenable de fuivre d'autres moyens
que ceux quon vient de vous indiquer pour de'couvrir
le paffage au Nord ( fi ce paffage exifle ) , vous etes
le maitre demployer ces moyens.
Si vous parvene^ a vous convaincre quil vous efi
impofiible de penitrer par eau dans la Baie de
Hudson ou dans cette de Baffin 3 ou que ce
paffage n efi pas afie^ confide'rable pour la naviga-*
tion , vous vous rendre^ a une faifon convenable d
Saint-Pierre & Saint-Paul > Port du
Kamtschatka y ou par-tout ailleurs | fi vous le
trouve^ bon 3 afin d'y rafraichir vos equipages , &
d'y paffer thiver: vous en partire\ au printems de
2yy8 , & vous vous eieverei au Nord auffi loin
que vous le diclera votre prudence 3 afin de chercher
de nouveau 3 par le Nord-Efl ou le Nord-Ouefi 3 un
paffage de la mer Pacifique dans t Ocean Atlantique
ou la mer du Nord; & fi j d'apris vos propres
obfervations , ou dfapres les informations que vous
pourrei recevoir, vous entrevoye^ la probabilite d'un
tel paffage 3 vous Jiiivre\ les inflruclions du para-
graphe precedent. Que vous decouvrie^ un paffage p
cu que vos entreprifes j fur ce point 3 foient Jans
Jiiccis 3 vous vous hdtere[ de revenir en Angleterre j par la route que vous croire\ la plus utih
aux progris de la Geographic & de la Navigation s
& vous ramenerei les deux vaiffeaux a Spit head *
$>u lis attendront des ordres ulterieurs.
Dans tous les lieux que vous aure\ occafion de
reconnoitre durant le cours du Voyage , & oil des
obfervations de tejpece quon va vous indiquer nont
pas encore ete faites s vous examinere\ Jbigneufe*
rnent 3 autant que le terns vous le permettra 3 la
veritable pofition en latitude 3 & en longitude des
places j la dedinaifon de taimant > les giffemens & GfiNfiRALE. 35
la direction des caps & des pointes de terre , la
hauteur, la direction & la force des martes^? des
courans , la profondeur de la mer * les bas-fonds *
les rochers ; vous releverez & vous marquere^ fut
des   cartes > la  pofition   &   les  vues   des   Bales 3
Havres 3 &  des differentes parties de la cote , &
vous ferei ttailleurs toutes les remarques qui pour*
ront itre utiles a la Navigation ou au commerce t
vous obfervere^ auffi avec Join la nature & les pro*
duclions du Jbl; les  quadrupides , les infectes on
les  oifeaux qui  thabitent ou  le frequentent;   les,
poijfons quon trouve dans  les  rivieres ou fur les
cotes , vous dire^fi ces divers animaux y font plus
ou moins alondans; &3 encas]que vous en decou-
vriei de particuliers , vous les de'cnre^ & vous les
definere\ auffi exaclement qiiil vous fera pofible *
fi vous trouve^ des me'taux ,  des mine'raux ou des
pierres predeujes 3 ou des foffiles nouveaux 3 vous
rapportere\ des echantillons de chacune de ces Jiibf
tances , ainfi que des plantes des arbres & arbrzf,
feaux > & des graines des plantes & des fruits particuliers   a ces contreres , fi vous pouve^ vous em
procurer 3 & vous les tranfmettre^ d notre Secretaire *
afin quon fajfe les ejfais , & les  experiences  qui
Jeront jugees convenables. Vous obfervere^ en outre
tefprit j le temperament 3 le caraBire <S* le nombre
des Lndigines  &  des Etrangers fur les terres qui
Jeront habkees ;   &  vous  tdchere[ , par tous  les
moyens permis , de cultiver leur amitie: vous leur
donnere^ les bagatelles que vous aure\ a bord, en
choifijfant celles qui front le plus  de leur gout j
Vous  les inviterei  a faire des exchanges  avec  vos
iquipages 3 & vous les   traitere^ avec beaucoup de
politejfes & dtegards.  Vous veillere^ cependant a ce
qiiih ne vous prennent point par Jurprife, & vou$
c 11 INTRODUCTION
ne manquerei par de vous tenir fur vos gardes contre
tous Us accidens.
Vous prendre^ auffi , de taveu des Naturels *
pojfeffion 3 au nom du Roi de la Grande - Bretagne r,
de quelques difiricts avantageux , dans les Pays qui
rioiit pas ete dejd de'couverts ou vifitis par d'autres
Puiffances de tEurope $ & vous laiffere^ parmi les
Habitans 3 des chofes qui puijfent atte(ler votre re~
lache : mais fi vous de'couvre^ des Pays inhabites
vous en prendre^ pojfeffion au nom de Sa Majefie,
& vous y e'tablire^ des monumens & des inferiptions
qui montrent que nous avons decouvert ces Contrees ,
Z? que nous en avons pris pojfeffion les premiers.
Comme dans les entreprijes de cette nature il fur-
vient beaucoup de circonflances imprevues 3 fur lefi
quelles il efi impofible de donner des inftruclions par-
ticulieres , vous agire% alors ainfi que vous le jugere%
le plus avantageux au fervice dont vous etes charge.
Vous profitere^ de toutes les occafions qui sojfri*
ront a vous > pour nous envoyer, par les mains de
notre Secretaire, des details fur vos operations & des
copies des cartes & des dejfeins que vous aure\ faits ;
& immediatement apris votre arrivee en Angleterre *
yous vous rendre^ a ce Bureau pour y mettre fous
nos yeux le journal complet de votre Voyage. Vous
aure\ Join , avant de quitter votre vaiffeau , de de-
mander aux Offiders & aux Bas - Officiers les livres
du Lok & les journaux qiiils pourront avoir tenu £
vous leur enjoindre^ , ainfi qua tout tequipage , de
lie pas dire oil ils ont ete jufqud ce qiiils en aient
obtenu la permiffion ; vous ordonnere^ au Capitaine
Clerk de publier la meme defenfe a lUgard des
Officiers y des Bas- Officiers & de tequipage de la
Decouverte.
SU arrive a la Resolution § dans le court G E N £ R A t E.
If
Me fexpidition , quelque accident qui la mette hats
d^tat d'aller plus avant, vous pajfere\ avec votre
iquipage fur la Decouverte 3 & vous continuere[
votre route fur ce vaiffeau: nous enjoignons ici au
Commandant de vous recevoir fur fon bord y &
dfobeir a vos ordres comme fi vous montie\ encore
la Resolution. En cas qiiune maladie ou une
autre caufe ne vous permette pas d'exe'cuter ces */|P>
tructions , vous aure^foin den charger tOfficier qui
commandera apris vous , & auquel nous ordannons
de les executer le mieux qiiil luifera poffible.
Signe par Nous, le 6 Juillet 1776 :
SANDWICH;
C. SPENCER;
H. PALLISER,
Par ordre de leurs Seigneuries|
PESTEPHENS,
Le Gouvernement tres-occupe de Fobjet de
Fexpedition dont on vient de parler, ne fe con-
*enta pas d'envoyer M. Cook dans FOcean Pacifique , il adopta une mefure qui ne pouvoit man*
quer de produire beaucoup d'effet fur les Equi-*
pages de la Refolution & de la Decouverte, qui ajouta
des motifs d'interet aux fentiments de leurs devoirs,
& qui excita en meme-tems tous les Sujets de Sa
Majefte a former des entreprifes capables de produire la decouverte qu'on avoit en vue. Un a<5te
du Parlement paffe en 1745 (a) avoit promis
(&) Voyez les Statutes at Large ^ 18 George II, chapkre 17.
C lij Ill
vm
i
fi     INTRODUCTION
une recompenfe de 20,000 livres fterlings; mais
cet a<5te ne Faccordoit qif aitx vaiffeaux appartenans
a quelquun des Sujets de Sa Majefle > a Fexclufion
des vaiffeaux de Sa Majefte. Il avoit d'ailleurs un
defaut plus capital , il promettoit cette fomme ,
feulement aux vaiffeaux qui decouvriroient  un
paffage par la Bale de Hudfon , & ainfi que nous
aurons bientot occafion de le dire, il etoit a-peu-
pres fur que le paffage riexiftoit pas en cet endroit.
On remedia a ces deux defauts par une nouvelle
loi qui, apres avoir confirme les articles de Fan-
cienne, s'exprime ainfi: u Et comme on pent ef*
i3 perer beaucoup d'avantages pour le Commerce
53 &: les Sciences, de la decouverte d'un paffage au
53 Nord par mer, entre FOcean Atlantique & la
33 mer Padfique, il a ete refolu que fi quelquun
as des vaiffeaux ,  appartenans aux Sujets de Sa
53 Majefte ou | Sa Maj efi e, decouvre & effe£tue
53 un paffage par mer entre YOcean Atlantique &
*» la mer Pacifique , en quelque direction ou paral-
•3 lele que ce fbit de Fhemifphere Septentrional,
t3 au Nord du cinquante-deuxieme degre de lati~
»3 tude Nord , les proprietaires de ces vaiffeaux,
S3 s'ils appartiennent a quelqu'un des Sujets de Sa
53 Majefte, ou le Commandant, les Officiers & les
•3 Matelots de ces vaiffeaux y s^ils appartiennent a Sa
53 Majefte, recevront vingt mille livres fterlings de
33 recompenfe.
i3 Et comme les vaiffeaux employes dans les
»i mers du Spit[berg & le Detroit de Davis, ont
. 53 des occafions frequentes de s'approcher du Pole
53 boreal, quoique le cours dun ete ne leur offre
53 pas aflez de terns pour penetrer dans FOcean
S3 Padfique; comme ces approches du pole peu-
95 vent contribuer beaucoup a la decouverte d'une
?3 communication entre FOcean Atlantique &'■]* ~v
|V       g£n£rale.       n
99 mer Pacifique, & entrainer beaucoup d'ayan-
33 tages pour le Commerce, les Sciences , &c, il a
33 ete refolu que, fi quelque vaiffeau arrive a un
33 degre du Pole boreal, le premier Proprietaire
33 &c, ou le premier Commandant &c> qui en
•3 approchera ainfi, recevra cinq mille livres fter-
13 lings de recompenfe (a).
Ne voulant rien omettre de tout ce qui pou*
voit faciliter le fucces de Fexpedition du Capitaine
Cook, le Lieutenant Pickerfgill, Commandant du
Brigantin du Roi le Lion , eut ordre, au commencement de Fete de 1776, « de fe rendre au Detroit
•3 de Davis 3 pour y proteger les navires Anglois
53 occupes de la peche de la baleine™ ; ce premier
objet rempli, on lui enjoignit « d'aller a la Bale
33 de Baffin, d'en reconnoitre les cotes auffi loia
§3 qu5il croiroit pouvoir le faire fans danger, mais
33 ^Tavoir foin de partir de cette Baie affez a tems
33 pour etre de retour en Angleterre a la fin de
33 Fannee 33; on lui ordonna de plus, *< de faire
33 des remarques nautiques de toute efpece, &
33 d employer M. Lane ( Mafier de fon batiment)
33 a marquer fur des cartes, la pofition, les vues
33 des Baies, Havres & differentes parties de la
33 cote qifil examineroit, & de rapporter fur tons
33 ces points les obfervations qui pourroient etre
33 utiles a la Geographic & a la Navigation (aj.
.On voit que Pickerfgill ne devoit pas effayer
de^ decouvrir le paffage au Nord ; &: qu'on lui
enjoignoit uniquement de reconnoitre les cotes de
la Baie de Baffin* Le but de ce Voyage etoit de
procurer a la fin de Fannee , des informations
** , ■ ■■■II   ■■■■Willi Ml I       1...   III.      -If, nn.,,.,,,|„ ..„.—».,       11 ill, .-.n—l«f
(a) Statutes at Large , 1776 , 16'George III, chapitre 6.
(b) Extrak de fes Inftructions manufcrites, datees du 14 Mai
1776^
civ m     INTRODUCTION
qui puffent donner des vues utiles fur le plan d'ui*
Voyage projette dans cette Baie pour Fete fuivant.
On vouloit chercher le paffage au Nord de ce cote
de YAmeriquej afin de cooperer avec le Capitaine
Cook, qui tenteroit le paffage de Fautre cote du
iiouveau Monde, a-peu-pres a la meme epoque.^
Pickerfgill fut de retour avant la fin de Fannee;
'& il obeit a fes inftru&ions au moins fur cet article ; mais on eut des raifons fuffifantes de ne pas
le charger de la feconde expedition dans la Baie
de Baffin, & on en donna le commandement au
Lieutenant Young: j'infere ici les inftruftions qifil
recut deFAmiraute, parce qif elles ont un rapport
immediat avec le troifieme Voyage de M. Cook.
E X T RAI T des Inflruclions donnees au
Lieutenant Youngy Commandant du LiON t
duties du 15 Mars 1777.
D'aprls la refolution du Roi 3 communique d
nous par le Comte de Sandwich , les vaiffeaux
de Sa Majefte nommes ci-dejfous * , ayant e'te', fous
le commandement du Capitaine Cook , charges d'un
Voyage qui a pour but de tenter cette anme &
fannee prochaine le paffage au Nord par mer, de la
mer Pacifique dans tOce'an Atlantique > le Capitaine
Cook doit s'eiever jufqud foixante-cinq degres de
latitude Nord j oil ton efpere quil pourra arriverau
mois de Juin prochain 3 chercher & examiner enjuite
foigneufement dans ces parages & plus au Nord 3
aufii loin que fa prudence le lui confeillera , toutes
les rivieres ou entrees qui lui paroitront dfune eten-
due confiderable , & inclines vers les Baies de
Hudson & de Baffin , ou de la mer du Nord*
"' * *   1        *
*La Resolution & la Decouverte* 	
GENERAL E.
P
Ik F$jt y trouve un paffage fuffifant pour la Navigation , il doit en outre tenter ce paffage avec un feul
de fes vaiffeaux ou avec tous les deux , ou s3il juge
fes vaiffeaux trop grands , tenter le paffage avec des
bdtimens plus petits | dont il a emmene avec lui les
charpentes : Sa Majefie nous ayant communique une
rejblution ulterieure fur la decouverte du paffage au
Nord par la Baie de Baffin , nous avons fait
armer le vaijfeau le Lion j afin de reconnoitre les
parties occidentales de cette Baie , & tdcher de de-
couvrir de ce cote un paffage de t Ocean Adantique
dans la mer Pacifique. Nous avons juge a propos
de vous charger de cette expedition > & nous vous
ordonnons ici df appareiller fans perdre un moment *
& de faire toute la diligence poffible pour arriv era la Baie
de Baffin ; de mettre tous les moyens en ufage
pour reconnoitre les cotes Ouefl , auffi loin que vous
croirei pouvoir le faire fans courir de dangers trop
apparens , & dfexaminer toutes les grandes rivieres
que vous pourre\ y decouvrir; fi vous en trouve^
quelquune qui offre une probabilite de penetrer dans
V Ocean Pacifique , vous tentere^ le paffage: fi vous
reufiijfei dans cette entreprife * & que vous puiffie^
revenir fur vos pas > & arriver cette annee en
Angleterre , vous vous hdtere\ de gagner
Spithead ou Lenore > vous nous fere\ par*
venir la nouvelle de votre arrivee & le detail de vos
operations , & vous attendre\ nos ordres. Si > apris
avoir traverfe le paffage | vou§ trouve^ la faijbn trop
avancee pour revenir la meme annee fur vos pas *
vous cherchere^ un endroit convenable afin d'y reldcher
thiver; vous vous effbrcere^ de revenir par ledit pap
fage dis que le retour du printemps le permettra , &
vous reprendre^en hate la route d!Angleterre *
ainfi quon vient de vous tindiquer.
*E vous ne decouvrei point de paffage au Nord $ P      INTRODUCTION
fi vous juge^ qiiil tiy a pour vous aucune probabiliti
de le decouvrir , ou fi j apris tavoir de'couvert, il
vous eft impofible de le traverfer avec votre vaiffeau ,
vous reviendre\ en Angleterre 3 a moins que
vous ne trouvie^ un bras de mer conduifant a
fOueft , & annoncant avec vraifemblance une communication entre t Ocean Atlantique & la mer Pacifique , que vous ne pourre\ pas reconnoitre dans le
cours de cette annee ; dans ce dernier cas , on vous
laijfe le maitre de puffer thiver a tendroit qui vous
paroitra le plus commode , afin de fuivre votre de-*
convene tannee prochaine.
Il etoit naturel d'efperer de Fun ou Fautre de ces
deux voyages du Lion , des details qui ferviroient
a decider la queftion fur la pofllbilite d\m paffage
de ce cote de YAmirique. Malheureufement ils ne
repondirent pas a: Fattente qu on avoit concue*
Pickerfgill qui avoit acquis beaucoup d'experience
de fon metier, fous le Capitaine Cook, fut puni
avec raifon pour la maniere dont il avoit conduit
fon expedition au Detroit de Davis; & le talens
d*Young, ainfi qu'on Fa vu enfuite, etoient plus
propres a contribuer a une vi&oire, en qualite de
commandant d'un vaiffeau de ligne, qu a reculer
les bornes de la Geographic , en affrontant des
montagnes de glace, & en rdevant des cotes
Inconnues (a).
(a) On trouve, dans les TranfaCiiom Philofophlques> vol. LXVIII,
Eag. 1057, un extrait du Voyage de Pickerfgill, qui fera vraifem-
lablement de quelqu'utilite a nos vaiffeaux du Groenlaud; car ii
renferme plufieurs obfervations pour determiner fa longitude <Sc
la latitude des cotes du de'troit de Davis; mais il paroit qu'il ne
penetra point dans la Baie de Baffin, puifque Ia plus haute latitude feptentrionale a laquelle ii fe foit eleve , eft 68 degres 14
minutes. Young n'ayant fait aucune decouverte durant le fien,*
nous regrettons peu de n/avoir pu nous procurer fon Journal* —
:	
GfiNfiRALE. Si
Pickerfgill & Young, ayant eu ordre de fe rendre a la Baie de Baffin _, & les inftru&ions donnees
au Capitaine Cook luienjoignant de ne commencer
fes recherches qu'apres etre arrive a foixante-cinq
degres de latitude, il ne fera pas inutile d'expli-
quer ici les motifs qui determinerent a placer en
ces endroits la fcene des operations, & fur quel
fon dement on croyoit que le paffage fe tenteroit
fi loin au Nord avec plus d'apparence de fucces.
On peut demander pourquoi on jiegligea la Baie
de Hudfon; pourquoi on ne recommanda pas an
Capitaine Cook de commencer fes* recherches fur
la cote oppofe a cette Baie, a de latitudes moins
clevees?&en particulier pourquoi les inftrudions
de FAmiraute ne lui prefcrivirent pas de reconnoitre le Detroit de Juan de Fuca, entre le quarante*
feptieme &lequarante-huitifemeparallele; YArchipel
Sdint-La^ar 3 de FAmiral de Fonte, entre le ciu-
quantieme & le cinquante-cinquieme degres de latitude; & les rivieres &c les lacs a travers lefquek
on dit que ce Navigateur trouva un paffage *aii
Nord-Eft, & fur lefquels il fit une route fi heu-
reufe qu'il rencontra un vaiffeau venant de Bofton*
Quoique les pretendues decouvertes, du Pilote
Grec appele Fuca, ou de FArmiral Efpagnol, de
Fonte, aient quelquefois ete inferees dans de
fauffes cartes, ou quelles aient etc foutenues avec
chaleur par ceux qui adoptent des fyftemes ima-
ginaires, il eut ete auffi abfiirde d'ordonner au
Capitaine Cook d'employer une partie de fon temps
a les verifier, que de lui enjoindre de marquer la
pofition de Liliiput ou de Brobdignac. Si ces der-
nieres terres font reconnues pour des iles creees
par Swift, les detroits de Fuca & de Fonte , de-^
nues de toute efpece de temoignages fuffifans,
pfirent des abfurdites fi palpably 4 gu'oa %wm 44     INTRODUCTION
les droits poffible de les mettre au rang des impo£
tures. Les inftru&ions que recut M. Cook etoient
fondees fur une connoiffance exa&e de ce qif on
avoit deja fait & de ce qui reftoit encore a faire:
on fentit qifil feroit inutile de commencer la recherche du paffage avant d'etre arrive a cinquante-
cinq degres de latitude; & les le&eurs judicieux
feront du meme avis s'il font attention aux re-
marques fuivantes.
Middleton, qui fut charge du Voyage a la Baie
de Hudfon, entrepris en 1741 & 1742? s'eleva au
Nord dans cette partie du Globe, plus loinqu'aucun
de fes predecefleurs; mais, quoique d'apres fes
connoiffances fur cette Baie, ou il avoit navigue
ibuvent au fervice de la Compagnie, il eut conqiu
Fefpoir d'y trouver une entree dans FOcean Pacifique, les obfervations de fon derjiier Voyage le
determinerent a changer d'opinion, & ce qu'il
rapporta a FAmiraute etoit defavorable au paffage.
M. Dobbs, dont le zele avoit donne lieu a cette
entreprife, ne fut pas du meme avis , & le temoi-
gnage de quelques-uns des Officiers de Fexpedition
Fayant confirme dans fes premieres idees fur la
poffibilite de ce paffage, il en appella au Public;
il accufa Middleton d'avoir altere les faits, &, de
concert avec la Compagnie de la Baie de Hudfon,
d'avoir, par des vues intereflees, foutenu Fim-
poffibilite du paffage, quoique les decouvertes de
ion propre Voyage Feuffent mis a fa portee.
Middleton avoit trouve entre le foixante-cin-
quieme & le foixante-fixieme degres de latitude,
line entree fort considerable dirigee vers FOueft,
& dans laquelle il penetra avec fes vaiffeaux;
53 &, apres avoir examine les marees a diverfes
* reprifes, & s'etre efforce durant trois femai-
P nes de decouvrir li nature & la dire&ion inte- !	
GENfiRALE. 4f
% rieure de Fouverture, il reconnut que le flot
» venoit toujours de FOueft, & que detoit une
53 grande riviere a laquelle il donna le nom de
:» riviere de Wager(a)m»
M. Dobbs contefta Fexaditude ou plutot la fide-
lite de ces details; il foutint que la riviere de Middleton efi un detroit, & non pas une riviere d'eau
douce; que fi Middleton Favoit examine convena*
blement, il y auroit trouve un paffage a FOcean
occidental d'Amerique. Le peu de fucces de f expedition ne fervit done qif a fournir a M. Dobbs de
nouveaux argumens pour tenter ce paffage encore
une fois, & ayant fait accorder par un a£te du
Parlement les vingt mille livres fterlings de recompenfe dont on a parle plus haut , il parvint a
determiner une fociete d'amateurs & de negocians
a equiper le Dobbs & la Californie: on efpera que
ces vaiffeaux viendroient a bout de penetrer dans
FOcean Pacifique, par Fouverture que le Voyage
de Middleton avoit indique, & fur lequel on fup-
pofoit que ce Navigateur avoit trompe le Public
dans fon rapport.
Cette nouvelle expedition n'eut pas plus de fuc*
ces que les autres; on fait que le Voyage du Dobbs
&, de la Calif ornie confirmerent au lieu de detruire
les aflertions de Middleton, On apprit que le pre-
tendu detroit n'etoit qif une riviere d'eau douce, 8c
on determina exa&ement jufqu'a quel point elle
eft navigable du cote de FOueft. Mais, quoique le
Detroit de Wager tut trompe nos efperances, ainfi
que Ventre de Rankin, qu on reconnut alors pour
une Baie fermee; quoique les autres argumens tires
dela dire&ion qu'on fuppofoit aux marees, dans
IzBaiede Hudfon, parulfent etre fansfondement,
m>> i...    «■'■■ ■!■   ■!      ■   ■■  ■"■       ■ ..      i   ■       ,   mipj
(a)Voyei I'wxafc PN foa Jeurnai, pujpiie par Mt Pobbs* p      INTRODUCTION
tel eft notre gout pour une opinion une fois adopl
tee, que meme apres Fexpedition infru£fcueufe du
Dobbs & de la Californie , plufieurs perfonnes cru*
rent a Fexiftence d'un paffage par quelqif autre
endroit de cette Baie. \ientree de Chefterffeld (appel*
lee auparavant de Boweden ) laquelle git entre le
foixante-troilleme & le foixante-quatrieme degres
de latitude, fut fubftituee au Detroit de Wager, 8c
ceux que les premieres tentatives n'avoient pu de-
tromper, formerent fur ce point les plus vives efpe-
-rances. M.Ellis, qui fut du Voyags du Dobbs &: de
la Californie, & qui en a ecrit Fhiftoire, Findique
comme un des endroits oil Fon pent chercher le
paffage, d! apris des motifsraifonnables, & avec de
tres- bo ns effet s ( a J; il indique auffi la Baie Repulfe ,
iituee aux environs du foixante-feptieme degre de
latitude; mais il en parle avec moins de confiance;il
fecontente de dire qif une tentative faite dececote ,
doit approcher davantage de la decouverte ( b ). II avoit
des raifons de mefurer ainfi fes termes, car le comi-
te, qui dirigeoit Fexpedition, convaincudefimpo£
le£tuer le paffage a la Baie Repulfe, avoit
refufe des vaiffeaux pour cette Baie, fur laquelle il
ne lui reftoit aucun dome ( c).
En ecartant done la Baie Repulfe, oil nous if a*
vons aucune raifon de croire qifil exifte des entrees, les feules parties dela Baiede Hudfon ouFon
put faire de nouvelles recherches, etoient Y entree de
Cheflerfield, & une petite portion de cote entre le
(a) Ellis's Voyage>/>. 388.
(b) Ibid, p. 330,
(c) Voyez la relation du Voyage par fe Secretaire de la Call-
forme, vol. II, p. 273. M. Dobbs dit lui - mime qu'il croyoit h
paffage impratiquable , ou du mo'iHS trh-dijficile, fi on le trouvoit, an*
dela de 67 degres.
JtccQuut of Hudfon ? p. 99* g£ne;rale.
47
Ibixante-deuxieme degre de latitude, & ce qui eft
appelle la pointe meridionale de la grande terre,
que le Dobbs & la CalifornieriaxoiQnt pas reconnue.
Mais ce dernier rayon defpoir ne tarda pas k
s'evanouir. M. Dobbs avoit accufe hautement la
Compagnie de la Baie de Hudjon, de ne vouloir
contribuer en rien a la decouverte d'un paffage
au Nord-Oueft, & le Public fembloit croire Fac-
cufation bien fondee. II faut pourtant rendre juf*
tice a cette Compagnie; elle equipa, en 1721, ua
vaiffeau pour tenter de nouveau le paffage au
Nord-Oueft; elle chargea MM. Knight & Barlow
de la conduite du Voyage, & on n'a plus entendu
parler ni d'eux ni du monde qif ils emmenerent.
M. Scroggs, qui alia les chercher, en 1722, rap*
porta feulement des preuves de leur naufrage, fans
aucune information nouvelle fur Fexiftence du
paffage que fes inftru&ions lui enjoignoient aufll
de tenter. La meme Compagnie envoya un autre
vaiffeau & une chaloupe en mil fept cent trente-
fept, mais ce fut envain. Si Fon fufcita des diffi-
cultes a Middleton & aux commandans du Dobbs
& de la Californie, on doit convenir que le Direc^
teur & le Comite de la Compagnie de la Baie de
Hudfon ont bien repare les fautes de leurs prede-
ceffeurs; & il eft aife de prouver qif ils ont fait
tout ce qif avoit droit d'exiger le Public pour
achever les recherches d\m paffage au Nord-Oueft,
Le Capitaine Chriftophe appareilla, en 1761 ,
du Fort Churchill, fur leflope le Churchill, & fon
Voyage ne fut pas abfolument infru£tueux; car il
reconnu Yentrie de Chefterfield, oil en general on
efperoit un paffage, d'apres le Journal de M. Ellis.
II revint lorfqifil trouva Feau moins falee ; il en
conclut avec raifon quil if etoit pas dans un d&
troit t mais dans une riviere, 48     INTRODUCTION
Toutefois, afin de ne laiffer aucun doute, ont
lui or donna de recommencer le Voyage fur le
meme batiment, & M. Norton fut charge de le
fuivre dans une grande chaloupe. Le Diredeur &
le Comite de la Compagnie de la Baie de Hudfon
firent publier tout de fuite les Journaux du Capitaine Chriftophe & de M. Norton, ainfi que la
Carte de Yentree. II paroit, d'apres ces documens
authentiques, qifil if y avoit plus rien a reconnoitre dans Yentrie de Chefterfield. On trouva
qu elle etoit terminee par un Lac d'eau douce, a
environ cent foixante-dix milles de la mer; on decou-
yrit en outre que ce Lac a environ vingt - une
lieues de longueur, de cinq a dix de large, & qifil
eft complettement ferme de chaque cote, excepte
a FOueft, ou Fon rencontre un petit ruifleait.
M. Norton & FEquipage de la grande chaloupe
ayant debarque pour examiner ce ruiffeau, ils le
remonterent;ils virent qu'il aboutit bientot a trois
cafcades , qui font placees Fune au - deffus de
Fautre, & qui n'offrent pas Feau neceffaire a un
petit canot; ils y appercurent d'ailleurs plus haut,
dans un efpace de cinq ou fix milles , des dos
d'anes prefqif a fee d'un bord a Fautre.
Ainfi fe terminerent les difputes fur Yentree de
Cheferfield, & fur le paffage dans FOcean occidental que M. Ellis avoit fait efperer, L'autre partie
de la cote, depuis le foixante - deuxieme degre de
latitude jufqifa la pointe meridionalede la grande
terre, oil Fon efperoit egalement trouver un paffage, ont ete tres-bien reconnues ces annees der-
nieres. Celt la qu'eft fituee la Baie Piftol , dont
FAuteur qui a ecrit le dernier fur la probability
d'un paffage Nord-Oueft (a), parle comme du feul
(a) Imprimi a Londres, cfaes Jsfferys en I7<58« « Ii refte done
peine GENERAL E. 49
point de la Baie de Hudfon, oil cette communication occidentale peut encore exifter. Mais cs
point a ete examine aufli; & je ne craindrai pas
d'affurer le Lefteur, d'apres Fautorite du Capitaine Chriftophe, qifil if y a point d'entree un pen
confiderable dans toute cette partie de la cote. Le
Capitaine Chriftophe a meme fait fur un bateau
ouvert le tour du fond de ce qif on appelle la Baie
Piftol j & au lieu d'un paffage dans la Mer Occidentale , il a reconnu quelle ne fe prolonge pas a
plus de trois ou quatre milles vers Finter&ur du
pays.
Outre ces expeditions par mer, qui demontrent.
qu'ilne falloitpas chercher un paffage an Sud de
foixante-fept degres de latitude, nous devons a la
Compagnie de la Baie de Hudfon, un Voyage par
terre, qui a jette beaucoup de }our fur cette ma-
tiere, en donnant des preuves , qu'il eft permis
d'appeller demonftratives, fur la hauteur Nord a
laquelle devoient s'elever les vaiffeaux, du moins
en quelque partie de leur route, avant de pouvoir
paffer dun cote de YAmerique i Fantre. Les Sauva-
ges etablis dans les parties feptentrionales du nou-*
veau Monde, qui viennent com mercer aux Forts
de la Compagnie, nous avoient fait connoitre une
riviere appellee riviere de Cuivre, a caufe de la
quantite de ce metal dont elle eft remplie. M. Dobbs
park beaucoup de cette riviere dans fes Meinoires,
jjgyf il interprete en faveur de fon fyfteme tout ce
qu en difoient les Sauvages. La Compagnie voulant
la reconnoitre d'une maniere precife, ordonna au
Gouverneur du Fort du Prince de Galles, de faire
partir par terre un homme intelligent, & digne
IM a examiner Pouverture appellee PiflolBay, qui fe trouve dans
$* ia baie de Hnifia, » pag* 122.
Tome L, d Ml
50      INTRODUCTION
de confiance, fousFefcorte de quelques Sauv&gfiSJ
Habitans des Diftrifts feptentrionaux de YAmirique;
de lui enjoindre de remonter la riviere de Cuivre,
de relever exadement fa direction, 8& de la fuivre
jufqifa la mer , oil elle a fon embouchure.
M. Hearne, jeune-homme qui fe trouvoit au fer-
vice de la Compagnie, & qui avoit ete Officier de
•Marine, tres-propre d'ailleurs a faire des obfervations pour determiner la longitude & la latitude,
& a marquer fur une Carte lesterreins &les rivieres
qifil traverferoit, fut charge de ce fervice.
II partit en effet le 7 Decembre 1770, du Fort
du Prince de Galles, fitue fur la riviere Churchill 3
par cinquante-huit degres cinquante minutes de
latitude, & il a raconte ftdelement dans fon journal chacune de fes operations. Le Public accueil-
leroit ce journal avec interet, puifqifon y trouve
un tableau naif & fans art de la maniere de vivre
des Sauvages , du pen de moyens de fubfiftance
dont ils font pourvus, & de la mifere extraordinaire, a tousegards, des diverfes tribus qui xi ont
point de demeures fixes , & qui paffent leur trifte
vie a parcourir les affreux deferts & les lacs glaces
de Fimmenfe efpace qif a traverfe M. Hearne, &:
qif on pent dire avoir ete ajoute par lui a la Geographic du Globe. En general, il fit route au Nord-
Oueft. Se trouvant au mois de Juin mil fept cent
foixante-onze a un endroit, appelle Conge-Catka-
VTha - Chaga; il fit deux bonnes objervationsfur la
hauteur dufoleil a midi, dont le refultat moyen indi-r
que foixante-huit degres quarante-fix minutes Nord
pour la latitude de cette place: Jd longitude eftimee 3
eft de vingt-quatre degres deux minutes a Vouejl de la
riviere Churchill. II partit de Conge-Cat ha- Wha-Chaga
le deux juillet, & mar chant toujours a FOueft vers
le Nord ? il atteignit la riviere de Cuivre le treize*. GENERALE. ji
'& il fiit bien 6tonne de la trouver fi differente de
la defcription des Sauvages; car, loin de pouvoir
porter un vaiffeau, elle eft a peine accellible a un
canot Indien : trois cafcades encombrees par des
bas fonds & des dos d ane de pierre fe montrerent
a lui toutes-a-la-fois.
M. Hearne commenca ici a reconnoitre la
riviere. Il continua fon travail jufqifa Fembou-
chure, pres de laquelle les Sauvages , dont il
etoit accompagne , maffacrerent vingt - un
Eskimaux, qif ils furprirent dans leurs tentes.
M. Hearne decrit ainfi fon arrivee au bord
de FOcean. <« Lorfque mes Sauvages eurent pille
53 tout le Cuivre, &c. qu&ls trouverent dans les
93 tentes des Eskimaux, ils fe montrerent dif-
33 pofes de nouveau a me donner des fecours,
33 pour achever la reconnoiffance de la riviere;
33 je voyois alors la mer qui fe prolongeoit du
»3 Nord-Oueft-quart-Oueft au Nord-Eft, a la
33 diftance d'environ huit milles. Ce fut fur les
53 cinq heures du matin du 17 , que je repris
33 mon travail: je ne tardai pas a arriver a
33 Fembouchure de la riviere ; je nf appercus de
33 plus en plus qu'elle n'etoit pas navigable, &
$9 qifil etoit impoffible de la rendre telle; car je
33 la crois par-tout remplie de bas-fonds & de
33 cafcades, & , a fon entree dans la mer , elle
33 debouche fur une portion applatie ou a fee
33 de la cote. Le flot venoitde finir; la marque
53 laiffee fur les bords de la glace, me fit juger
33 qifil s'eleve de 12 a 14 pieds, & qu'il penetre
33 a peine dans la riviere. En effet, Feau de la
33 riviere ff etoit point du tout faumatre; mais ,
33 d'apres la quantite confiderable d'os de ba?-
33 leine, & de peaux de veaux marins, que les
t3 Eslqmaux avoient dans leurs tentes, cfapres
dij 5^      INTRODUCTION
33 la multitude de veaux marins que j'appercus
33 fur la glace, je fuis fur que detoit FOcean ou
33 un bras de FOcean. La mer, a Fembouchure
33 de la riviere, me parut remplie dlles & de
33 bas-fonds auffi loin que je pus voir avec une
33 lunette de poche : la glace n etoit pas encore
33 rompue ; elle commencoit feulement a fon-
33 dre , a environ trois quarts de mille de la
*> cote, & a peu de diftance autour des iles &
33 des bas-fonds.
33 La reconnoiffan.ee de la riviere fut achevee
33 vers une heure du matin du 18; mais, a ces
33 hautes latitudes , & a cette epoque de Fannee,:
33 le foleil eft toujours affez eleve fur Fhorizon.
33 Feus alors une petite pluie & une brume
33 epaiffe ; & jugeant que la riviere & la mer
33 ne pouvoient, a aucun egard, etre de quel-*
33 qu'utilite , je ne cms pas devoir attendre le
33 beau terns pour obferver exa£tement la lati-
33 tude. Mais je pris des foins extraordinaires
33 pour marquer la route & les diftances que
33 j'avois parcourues , depuis Conge~Catha-Wha-
33 Chaga , oil je fis deux bonnes obfervations, &
33 on peut compter que je ne me trompe pas de
53 vingt milles fur la latitude. 33
La Carte qif a dreffe M. Hearne durant fon
intereffant Voyage, & qif on nous a permis de
copier fur notre Carte generate, indique Fembouchure de la riviere de Cuivre , a 72 degres
de latitude , & plus de 2 5 degres de longitude ,
a FQueft du Fort d'oii il partit. (a)
(V) M. Hearne ne fut de retour au Fort du Prince de Galtes,
que le 30 Juin 1772. Son Voyage avoit e'te' de dix-neuf mois, Les
fatigues & les peines extraordinaires qu'il fouffrit, & le fervice
fliftingue qu'il rendit a la Compagnie, furent dignement recom« GENERALE.
JJ
On fent tout le prix des decouvertes de ce
Voyage. Il en refulte que le Continent de YAmi-
rique Jeptentrionale fe prolonge beaucoup au Nord-
Oueft de la Baie de Hudfon , puifque M. Hearnef
fit pres de 1300 milles avant aarriver a la mer.
II fe porta a pres de 600 milles a FOueft de la
cote de la Baie de Hudfon (a) ; & plufieurs faits ,
rapportes dans fon Journal, indiquent que les
Sauvages, qui lui fervoient de Guides , favoient
que YAmerique s'etend bien plus loin de ce cote*
L'un de ces faits nous offrant d'ailleurs une pein-
ture frappante de la vie fauvage, je Fai tranfcris
dans la note (b).
penfes; il eft aujourd*hui Gouvemeur du Fort du Prince de Galks,
ou ii a ete fait priionnier par les Francois en 1782 , & oil il eft
retourne Petd dernier.
(a) La Compagnie de la Baie de Hudfon, a un Comptoir appelle
Hudfon s Houfe, a plus de 500 milles dans Pinterieur du pays,
par 5.3 degres 32 lecondes de latitude, & 106 degrees 27 min.
30 fecondes de longitude.
(£) Le 11 Janvier 1772, mes Sauvages chafferent ; quelques-
uns d'entr'eux appercurent des traces fur la- neige; &, les ayant
fuivi long-tems, ils arriverent k une petite cabane , ou ils trou-
verent une jeune femme : ils Pamenerent a nos tentes ; &, apres
Pavoir interrog£e, ils furent qu'elle etoit de la race des Indiens
de POueft, furnomme's Dog Ribbed ( Cote de Chien) ; quelle
avoit ete faite prifonniere par les Aratha-Pefiow , durant Pete de
177© ; que,lorfque fes vainqueurs arriverent pres de cet endroit
pendant Pete* de 1771, elle fe fauva avec le projet de retourner
dans fa patrie; mais, comme elle en etoit fort eloigner, & qu?on
Pavoit amende ici en pirogues, fur des rivieres & des lacs d'une
direction tortueufe, elle avoit oubliele cbemin, & elle avoit vecu
dans fa petite cabane depuis le commencement des neiges. D'apres
fon compte des iunes qui s'etoient ecoule'es, il paroit qu'elle
avoit quitte les Aratha-P efcow vers le milieu du mois de Juillet,
& qu'elle n*avoit pas vu une figure humaine depuis ce tems-Ia.
Elle avoit pourvu a fa fubfiftance, en prcnant dans des filets des
Japins, desperdrix & des ecureuils ;el]e fe portoit alorsfort bien;
elle n'etoit pas maigre ,fJkje ne tcroispas avoir vu de plus belle
Indienne y dans aucune partie &q YAmerique feptentrionale. EJfe
diij INTRODUCTION
Ce que je public ici pour la premiere fois '4
d'une maniere authentique, touchant les decouvertes faites par la Compagnie de la Baie de
Hudfon , etoit tres-connu, en. 1776, du premier
Lord de f Amiraute ; & la liaifon intime de ces
avoit ete reduite | c9nvertir en filets les nerfs des jambes & des
pieds des lapins , & la fourrure de ces quadrupedes lui avoit
procure des v^temens tres-chauds pour Phiver. Quand elle prit
n'emporta autre cbofe , qu'environ cinq pouces
d'uri cercle de fer, dont elle vouloitfain* uncouteau^une pierre
a aiguifer , quelques pierres a fufil , des fubftances propres k
allumer du feu , telies qu/une efpece d'amadou , &c. ; environ
un pouce & demi de la pointe d'un dart en fer, dont elle forma
une alene, Elle fut k peine dans nos tentes, qiPune dixaine de
mes Sauvages fe battirent a coups de poings, pour favoir qui
Pobtiendroit pour femme. Elle raconta que les Aratha - Peftow
s5etoient glides, durant la nuit, dans les terres de fa Tribu, au
moment ou chacun de fes compatriotes fe trouvoit endormi, &
quails avoient maffacre tout le monde , excepte elle & trois
autres jeunes femmes. Son pere, fa mere &fon mari, qui etoient
danYfa mime tente qiPelie , furent tuds. Elle enveloppa fon
enfant dans un paquet d'etoffe, la nuit , &, fans <kre appercu ,
elle Pemporta avec elle; mais, lorfqu'elle fut arrivee a Pendroit
ou les Jratba-Pefcow avoient laiffe leurs femmes , endroit qui ne
fe trouva pas doigne, le jour commencoit a luire, & les femmes
de fes Vainqueurs ayant examine tout de fuite fon paquet, elles
decouvrirent Penfant, qiPelles lui enleverent, 6c qii'eiies mirent
I mort La relation de cet evenement affreux ne produifit, fur
mes Sauvages, d^autre impreffion que celle du rire. Sa patrie etoit
fi loin a rOutfi, qiPelle difoit n'avoir jamais vu de fer, ou aucune
efpece de metal, avant qu'on Pent fait prifonniere : les Indiens
de fa Tribu fabriquent leurs haches & leurs cifeaux avec des
co^nes de cerfs; leurs couteaux avec de la pierre ou des os ; leurs
traits font armes d\me forte d*ardoife, d'os & de come de cerf;
& les inltrumens avtc Icfquefsils travaillent le bois, ne font autre
chofe que des dents de caftor. Ils ont fouvent eui parler des
matieres utiles que les Peuplades , etablies a PElt | tirent des
Anglois; mais, au lieu de chercher a fe rapprocher de nos Forts >
pour fe procurer des outils de fer, &c. ils font obliges de fe retire?
davantage fur les derrieres,, pour eviter les Aratha-Pefcow , qui*
a chaque hiver, en maffagrent une q^uantite Qon.iidera.bIe., Joumok
qicuwfc/it jt M* He.ameA GENERAL E. y5
d£gpuvertes avec le plan du troifieme Voyage de
• Cook , dirigea les inftru&ions qui furent donnees
a ce Navigateur.
N'eft-il pas clair maintenant que Farticle des
inftru£tions donnees a M. Cook, par lequel on
lui enjoignoit de ne pas perdre fon terns a reconnoitre des rivieres ou des entrees , ou pour quelque
caufe que ce fut , avant d'etre arrive a 6s degres
de latitude, etoit tres-judicieufe ? puifqifon avoit
des preuves indubitables qifil n'exiftoit point de
paffage a la hauteur de la Baie de Hudfon, &
que , s'il etoit poffible d'effe&uer un paffage en
tout ou en partie, les vaiffeaux feroient obliges
de s'elever au Nord jufqif au 72e parallele, point
oil M. Hearne rencontra la mer.
Pour montrer en (tore mieux la jufteffe de cet
article des inftru&ions, je puis ajouter que Behring ayant , en 1728 , fuivi le Continent d'Afie ,
jufqifa 67 degres de latitude, il etoit a defirer que
M. Cook, s'approchant de ce parallele, fe mit
en etat de nous rapporter des informations plus
authentiques que celles qui circuloient alors en
Europe fur la pofition relative , & la proximite
des deux Continens : il etoit meme abfolument
neceffaire de connoitre la pofition relative & la
proximite des deux Continens , avant que la
poflibilite de la navigation, dans une direction
quelconque au Nord, entre la mer Pacifique &c
FOcean Atlantique, fut determinee.
Ce if eft pas tout; les recherches dans une
latitude inferieure, qif indiquent les Partifans des
pretendues decouvertes de FAmiral de Fonte ( fi
toutefois il y a encore de ces Partifans ), ont ete
faites d'une maniere fatisfaifante. Les Efpagnols,
que nos derniers Voyages ont excite, & auxquels
nos vifites multipliees > dans FOcean Pacifique ,
div 36      INTRODUCTION
ont donne un foible  gout pour les  entreprifes
de cette efpece ,  ont fuivi plus d'une fois nos
vaiffeaux , au milieu des iles fituees fous le Tro-
pique auftral: ils ont auffi ordonnc des expeditions, pour reconnoitre le Continent d'Amerique,
jufqifau Nord de la Californie.   On regrette que
des raifons quelconques aient empeche le Cabinet
de Madrid de reveler completement les operations de fes Navigateurs, & d'imiter la noble
franchife qif ont adopte les autres Nations. Par
bonheur M. Daines Barrington eft venu a bout
de fe procurer un Journal authentique du dernier
Voyage des Efpagnols a la cote d'Amerique, fait en
1775. Ce Journal, aujourd'hui imprime , donne
des  details d'une veritable importance pour la
Geographic & on y a renvoye plus d'une fois
dans les notes de celui-ci; il eft fur-tout pre-
cieux, en ce qif on y trouve la reconnoiflance de
quelques parties de la cote dont M, Cook, arrete
par des vents defavorables , if a pu approcher,
L'extrait fuivant, tire de ce Journal, ferrnera ia
bouche a ceux qui voudront reprefenter commef
une imperfection dans le Voyage de M. Cook ,
Foccafion qui lui a rmtnque d'examiner la cote
cYAmerique fous ia latitude affignee aux preten-
dues decouvertes de FAmiral de Fonte, «« Nous
53 entreprimes   alors   de  trouver  le  Detroit  de
?3 VAmiralde Fonte, quoique nous n'eufllons pas
33 encore decouvert YArchipel de Saint-La^are , a
?3 travers lequel  on  difoit  que   ce   Navigateur
?3 avoit paffe, Dans cette intention, nous exami-
33 names toutes les Baies & toutes les finuofites
33 de la cote, & nous doublames tous les Caps
33 que nous primes appercevoir :  nous mettions
33 en panne la nuit, afin de ne point depaffer
33 cette entree fans la voir : d'apres ces pricau^ GENE RALE.
5 7
33 tion$, & d3apris un vent de Nord-Oueft, qui nous
etoit fi favorable, on peut affurtr qu'il ny a point
33
33 de Detroit (aj.»
Les Efpagnols fe vantent, dans ce Journal
<i de s'etre deves jufqifa cinquante- huit degres
33 de latitude, bien au - dela du point, ou les
33 autres Navigateurs avoient pu arriver dans ces
33 mers (b). 33 Sans vouloir diminuer le merite
de leurs operations , on nous permettra de dire
que, companies a celles de M. Cook, ctont on
publie ici FHiftore, elles paroitront bien peu
confiderables. Outre le relevement de la terre
fituee dans FOcean Indien auftral, que M. de
Kerguelen avoit reconnu , en deux Voyages,
d'une maniere imparfaite; outre des decouvertes
importantes dans FArchipel des ties des Amis |
outre la decouverte du grouppe des ties Sandwich,
fituees dans la partie feptentrionale de FOcean
Pacifique, & dont les relations des premiers
Navigateurs n'offrent pas la plus legere tracer
la lefture de cet Ouvrage montreraque, dans
un feul etc, M. Cook a decouvert une portion
beaucoup plus grande de la cote Nord-Oueft
dAmerique, que les Efpagnols n'ont pu le faire
en deux cens ans ; quoiqif ils foient etablis aux
environs. M. Cook a aufli prouve que Behring
& Tfchirikoff decouvrirent reellement le Continent d'Amevique en 1741 ; il a determine de
plus la prolongation de ce Continent a FOueft,
(a) Journal d*un Voyage fait, en 1775 ? par Don Francifco~
Antonio Maurelle, dans les Mifceltanies de M. Barrington,^. 508*
(h)lbii. page 507. Le Journal de Maurelle nous apprend