Open Collections

BC Historical Books

BC Historical Books

BC Historical Books

Voyages d'Alex.dre Mackenzie, dans l'intérieur de l'Amérique Septentrionale, faits en 1789, 1792 et… Mackenzie, Alexander, 1764-1820 1802

Item Metadata

Download

Media
bcbooks-1.0343215.pdf
Metadata
JSON: bcbooks-1.0343215.json
JSON-LD: bcbooks-1.0343215-ld.json
RDF/XML (Pretty): bcbooks-1.0343215-rdf.xml
RDF/JSON: bcbooks-1.0343215-rdf.json
Turtle: bcbooks-1.0343215-turtle.txt
N-Triples: bcbooks-1.0343215-rdf-ntriples.txt
Original Record: bcbooks-1.0343215-source.json
Full Text
bcbooks-1.0343215-fulltext.txt
Citation
bcbooks-1.0343215.ris

Full Text

Array    The University of British Columbia Library
THE
CHUNG
COLLECTION V.O  Y A G
B'AL'EX.DSB MACKENZ-IB  V  O   Y A G ES
D'ALEX.DRE MACKENZIE
DANS   L'INTÉRIEUR
D     E
L'AMÉRIQUE SEPTENTRIONALE,
Faits en 1789, 1792 et 17955
Le l.er5 de Montréal au fort Chipiouyan et à la mer Glaciale^
Le 2.ffie ,  du fort  Chipiouyan jusqu'aux   bords de l'Océan
pacîficnie.
Précédés d'un  Tableau historique et politique sus
le commerce des Pelleteries, dans le Canada.
TRADUITS     DE     LANGX.AZS
Par J.   CASTÉRA,!
Avec des Notes et un Itinéraire, tirés en partie des
papiers du vice-amiral Bougaikyille.
■I:t o m E  1 1.
PARIS,
DENT U; Imprimeur-Libraire,Palais du Tribunai,
galeries de bois , n°. 40.
AN    X. — 1802  M
I  O Y A G E S
D'ALEX
DB.E
MACKENZIE,
rlî*9
CHAPITRE    IV.
Contifiuafj,on de la i^oute depuis le
voisinage de Elle du JManitou ius-
qu*à   Ventrée  du   lac  des    Camps
l plut   et  il tqjana toute la nuit.
Note nouveau s&ide  s'évada à la £a-  17"9*
veur de l'obscurité. Nous forçâmes un juillet.
cle  ses  compatriotes de le remplacer.  )eUe 9*
Nous eiilevaiiies en mêgae tems les pagayes à un autre qui nous suivait dans
un canQt, et quetnous soupçonnions dç
vouloir favoriser la ft&te de son ami.
Celui-ci paraissait indigné de nos pro-
cédés.Mais enfin nous parvînmes à Pap-
apaiser.
2» *
I
if
'i ( 2 )
Il était trois heures et demie du
17 9* matin-quand nous nous mîmes en
juillet. route. Peu de tems après , nous vîmes
de la fumée sur la rive orientale du
fleuve. Nous nous avançâmes aussitôt
de ce côté-là. Notre guide adressa la
parole aux sauvages qui étaient sur la
plage ; mais nous ne pûmes point
comprendre ce qu'il leur dit. Il nous
apprit qu'ils n'appartenaient point à
sa tribu, en nous assurant qu'ils étaient
d'une nation méchante et cruelle, et
que s'ils le pouvaient, ils nous battraient , nous arracheraient les cheveux et nous maltraiteraient de toutes
Jes manières.
Les hommes nous attendirent de
pied ferme ; mais leurs femn$è& et lélirs
enfans s'enfuirélit dans le foois. Ces
hommes n'étaient que quatre. Avant
que nous n'attérissiôns, 41s nous ha-
Tànkuèrent tous à-la-fois , avec un air
très-irrité. Mes chasseurs n'entendaient
pas un seul mot de leur langage. L$ ( 3 )
nouveau guide leur répondit, et aussi- *.
tôt ils prirent un air plus tranquille. 17°9't
Je le»r donnai de la verroterie , des juillet,
alênes et quelques autres bagatelles ;
et quand les femmes «t les «nfans revinrent, je leur fis les mêmes présens.
Ils étaient en tout au nombre de quinze.
Ils paraissaient bien portans , bien
nourris , et ils étaient, à tous égards 9
d'un extérieur plus agréable que les
autres sauvages que j'avais vus dans le
cours de ma navigation.
Leur langage paraissait différent d^
celui des autres naJjLons ; mais ie crois
-que c'était plutôt par l'accent que par
les paroles ; car l'Indien-lièvre s'entre*
tint facilement avec eux. Le chef anglais comprenait fort bien aussi ce que
l'un d'eux lui disait ; mais il ne. pouvait pas s'en faire entendre.
Leurs armes et leurs ustensiles sont
à-peu-près les mêmes que ceux que j'ai
décrits dans le chapitre précédent. Ils
n'ont que quelques petits morceaux d^
W
hf; ,1 >•«**
r
( 4 )
■  fer,façonnés en couteaux, et queleu
1789. fournissent les Eskimaux Xeurs flèches
juillet, sont d'un bois très-léger, et n'ont que
deux plumes pour ailes. Leurs arcs
diffèrent aussi de tous ceux que j'ai
vus auparavant , et ils nous dirent
qu'ils les tiraient de chez les Eskimaux leurs voisins. Ces arcs sont faits
de deux morceaux de bois joints en-
*J|S: semble , au-dessus desquels passe un©
forte corde de nerf , qui y est attachée
de distance en distance pour pouvoir
s'y tenir adhérente. Quand ce nerf est
moulHê', l'arc ne se bande et ne peut
ê£ke tiré que lorsqu'il a une très-forte
corde ef qu'il est manié par un bras
vigoureux.
Ils font cuire leur manger dans un
vase de^bois très-mi ri&e, d'une forme
ovale et dont le fond est adhérent à
îme courbe qui le tient plié. Leurs camisoles sont échancrées depuis la ceinture et se terminent en pointe devant
£t derrière, à la  hauteur du genou. M-
r
5 )
jlles sont aussi garnies au bord avec  -
une petite frange. Ils ont d'autres 17^9%
franges , pareilles à celles que j'ai dé- JuiUeU
crites plus haut (1), si ce n'est qu'ils
y ajoutent le noyau d'une graine farineuse , dont la couleur est grise , et
qui a la grosseur et la forme d'un grain
cPorge. Ce noyau est long et brun ; on
le perce et on en garnit les deux cordons de la frangfc. C'est avec cette
frange que les sauvages ornent leurs
camisoles, en la cousant en demip
cercle sur la poitrine et sur le dos, et
la faisant croiser sur les épaules. Ils
ont des manches larges et courtes ;
mais leurs gants y suppléent. Ces gants
montent fort haut, et sont assez commodément attachés au cou par un
cordon.
Si les guêtres de ces Indiens étaient
réunies par une ceinture , on pourrait
les appeler des culottes longues. Ils
(i) fqyeaÏQ chapitre précèdent».
1
I 3WÎ
■£*
8,
X789,
juillet
(6),
les font foindre avec un cordon, au-dessous du nombril, ce qui sembla
annoncer qu'ils ont des idées de dé>
cence , étrangères aux autres sauvages
de ces contrées. Leurs souliers sont
cousus aux guêtres et façonnés sus
toutes les coutures. L'un de ces Indiens avait une camisole de peau de
rat musqué (1).
L'habillement des femmes est 1&
même que celui des hommes , excepté
que leurs camisoles sont plus longues
et n'ont point de frange sur la poitrine. Ces sauvages portent leurs che-
1
1
(1) Parmi les différentes espèces de. rats qui
se trouvent dans l'Amérique septentrionale , il
y en a deux dont la peau fournit une belle fourrure , le rat de bois et le rat musqué. Le rat-
musqué a au-dessous des intestins, une pochette
qui renferme du musc. Il est beaucoup plus
petit que le castor, dont il a les-inclinations^
mais non pas-tonte l'intelligence.
£ Ngie du traducteur. }, .Q.
(7)
veux Fort singulièrement. Ils font deux
queues des cheveux du toupet et des 7 9*
foces, et les laissent pendre en avant >ulllet-
de l'oreille. Ils mettent également en
queue ceux du sommet et du derrière
de la tête, et les attachent un peu bas
avec le reste de leurs cheveux. Ils se
servent pour cet usage d'un cordon de
cheveux parfaitement bien tressé et
teint avec goût. Les femmes et même
quelques hommes , laissent leurs cheveux épars ; les uns les ont fort longs ,
les autres asseg courts.
Ces Indiens me vendirent deux
grandes peaux d'élan, très-bien préparées. Je ne m'imaginais pas que l'espèce de ces animaux se trouvât dans
le pays, et les naturels me dirent eux-
mêmes qu'elle y était très-rare. Quant
au castor , il me parut qu'ils n'en
avaient pas même d'idée. Mes gens
leur achetèrent des camisoles et diverses choses curieuses.
Ils nous offrirent du poisson d'un 1
:
(   o   )
—*—- goût délicieux. Ce poisson, pas pluâ
27°9' gros qu'un hareng , est magnifîque-
juiiiet. jment moucheté en noir et en jaunei
Il a sur le dos une nageoire qui se
prolonge depuis la tête jusqu'à la queue,
et qu£ en se déployant prend une
forme triangulaire et offre à l'œil le
mélange des mêmes couleurs qui ornent les écailles. Lk tête de ce poisson
est fort petite et ses dents sont extrêmement aiguës.
Nous décidâmes le naturel dont le
langage était le plus intelligible, à nous
accompagner. Il nous annonça que
nous serions obligés de dormir encore
dix nuits avanMl'arriver sur le bord db
la mer. Ensuite, il nous dit que plusieurs Indiens de sa tribu résidaient
dans le voisinage de l'endroit où nous
étions , et que dans trois nuits nous
rencontrerions les Eskimaux, avec qui
sa nation avait été autrefois en guerre ,
mais vivait enfin en paix et même
amicalement. Ce sauvage nous parla §j|' '       ( 9 ) .        .
avec beaucoup de dédain et d'ironie,   -
es derniers Indiens que nous avions   pfpSjf
vus.  Il  disait qu'ils ne  valaient pas juillet,
mieux que de vieilles femmes, et qu'ils
étaient  d'abominables  menteurs ;   ce
qui s'accordait assez avec l'idée que
nous en avions conçue.
Au moment où nous, quittâmes le
rivage, quelques-uns de mes gens firent
partir leurs fusils chargés à poudre ;
ce qui allarma extrêmement les naturels qui entendaient > pour la première
fois , le bruit des armes à feu. Cela fit
même un tel effet §ùr celui qui s'était
engagé à^lous suivre, que nous craignîmes qu'il ne voulût pas remplir
sa promesse. Cependant, lorsqu'il sut
que le brtâit qui l'effrayait n'était
qu'un signal d'amitié , il consentit à
venir ; mais au lieu de se placer avec
nous, comme nous le Ittâ offrions , il
s'embarqua datts son petit canot.
Deux de ces compagnon , ^qu'il
nous dit être ses frères , ttOus suivi-
i; é
t
i
Tiùllet.
rent dans letffs canots. Ils se mïrettt S
chanter non-seulement leurs propres
chansons, mais celles des Eskimaux*
Leur voix animait tellement ntftre
nouveau guide, que les postures grotesques qu'il faisait en mesure , nous
tinrent dans une appréhension conti
nuelle de le voir chavirer. A la un m
s'enn ayant d'être seul , il pagaya au*
tour de mon canot, et me pria de l'y
recevoir, quoique peu auparavant il
eût absolument refusé d'y entrer.
A peine fut-il dans mon canot, qu'il
se mit à danser à la manière des Eski-
maux, ce qui nous inquiéta beaucoup,-
moi et mes gens. Nous lui fîmes pourtant comprendre qu'il fallait rester
plus tranquille. Alors il prit diverses
postures et fît des gestes indécens 9
toujours à la façon des Eskimaux 9
dont il se vantait d'être très-connu.
Nous gagnâmes le rivage pour y déposer son canot ; et là cet Indien
nous fît voir avec le doigt une mon- ( n ) ..;     J.     .
tagne voisine, où, trois hivers aupa-  *
ravant, les Eskimaux avaient tué son 1789*
grand-père. juillet
Nous aperçûmes sur cette montagne, un renard et un blaireau. Et
le frère de notre nouveau guide tua
ce dernier animal d'un coup de flèche.
Vers les quatre heures après-midi ,
ayant vu de la fumée sur la rive occidentale , nous traversâmes le fleuve et
nous abordâmes. A notre approche, les
naturels firent un vacarme affreux. Ils
criaient, ils hurlaient en courant çàetlà
comme des insensés ; et leurs femmes
et leurs enfans prirent la fuite. En
voyant le désordre que nous causions,
Bous restâmes quelque tems avant de
descendre à terre, précaution qui était
sans doute nécessaire. Je suis même
persuadé que si nous n'avions eu personne pour porter la parole aux naturels , ils se seraient livrés à quelque acte de violence ; car toutes les
fois que les sauvages renvoient leurs
m é
1789
( 1^ )  ;        J   , ^ -^
femmes et leurs enfans, its ont quelque dessein hostile. A la fin nous parvînmes à les appaiser, en leur feisant
les présens d'usage. Ils préférèrent
les grains de verroterie, et principa*-
lement les bleus, à toutes les autres
choses que je leur offris. L'un d'eux
me pria même de reprendre un couteau que je lui avais donné, et de le
lui remplacer par une petite poignée
de ces grains.
J'achetai de ces sauvages deux camisoles pour mes chasseurs. Eïl même
tems ils me firent présent de quelques
flèches et d'une certaine quantité de
poissorTsalé.
Ces Indiens étaient au nombre dé
cinq familles, composées d'environ
quarante individus , hommes, femmes
et enfans. Je ne puis en juger que par
estimation , car je ii^en vis qu'une
partie. Les autres ne voulurent pas
sortir des endroits où ils s'étaient ca- chés.
( i3 )      I
On les nomme les Deguihie -
Dîmes, c'est-à-dire les Querelleurs. 1709
Notre guide craignant , aingjL que juillet,
ses prédécesseurs, que nous ne voulussions pas nous en retourner par la
même route , montra également le
désir de nous quitter. Il appréhendait
aussi que les Eskimaux ne nous tuassent , et n'enlevassent les femmes qui
étaient avec nous. Alors mes Indiens
lui dirent que nous n'avions aucune
espèce de crainte, et qu'il ne devait
rien redouter lui-même. Ils l'assurèrent que nous reviendrions par le
même chemin ; et ils firent si bien,
qu'il consentit à se rembarquer et
qu'il ne montra plus la moindre appréhension. Nous fûmes accompagnés par huit petits canots.
Voici notre marche de la journée :
six milles au sud-ouest quart d'ouest,
trente milles au sud-ouest quart de sud,
trois millesiau .sud-ouest, douze milles
à l'ouest quart de sud, et deux milles (M) (1
* à l'ouest quart de nord.   Nous atté-
1709. rîmeSà huit heures du soir sur la rive
juillet, orientale , et nous y passâmes la nuit.
Les Indiens que je rencontrai en cet
endroit,  me dirent que du lieu   où
j'avais vu le matin les  gens de leur
tribu (1) on n'avait que peu de chemin
à faire pour se rendre par terre à la mer,
en passant à l'est du fleuve ; et que de
l'endroit où nous étions alors, la route
était encore bien plus courte, en allant
à l'ouest. Ils me dirent que le rivage
formait une pointe des deux côtés du
fleuve.
Ces sauvages ne sont nullement enclins à dérober, ou du moissunous ne
les vîmes jamais chercher à nous rien
prendre. Ils dansaient et sautaient |
comme ceux que nous avions déjà
vus ; et il parait qu'ils aiment beaucoup cet exercice.
Vers le milieu de la journée le tems
— 11       ■  1 1.    1  11 11      '      '  .    '   '     m
( 1 ) Xés Que relie urs. ( i5 )     - |
îut très-chaud. Le soir il se refroidit. ■
ïl y avait sur le rivage où nous cam- 1789-.
pâmes, une grande quantité  de   lin juillet.
sauvage. Ayant passé le tems de sa maturité , il était couché sur la terre, et
les jeunes plantes poussaient à travers.
C'était la première fois que j'en voyais
dans ces contrées.
A quatre heures du matin nous nous vena*#
embarquâmes à quelque distance de io.
l'endroit où nous avions couché. Le
fleuve devenu plus étroit, courait entre
des rochers élevés, et nous fîmes quatre
milles en louvoyant vers le nord-ouest.
Là les rives du fleuve s'abaissent. L'on
peut dire que depuis la première passe
où le courant est très-rapide, le pays
n'est pai»montagneux, quoiqu'en général lesécores de la rivière soient fort
hautes. Il y a des endroits où elles sont
arides et pelées, et d'autres où croissent de petits sapins et des bouleaux.
Nous fîmes encore deux milles sans
changer de direction , ayant devant
if m
■
( ,6 ) -|
m.       nous des montagnes dont le sommet
3789.  était couvert de neige.
juillet. Nous nous trouvions alojGS à environ dix miileij de ces montagnes, Dan$
cet intervalle le rivage des deux côtés
du fleuve était parfaitement plane.
3Le fleuve s'élargissait beaucoup et se
divisait en plusieurs bras formées par
des îles, dont quelques-unes étaient vaseuses, sablonneuses et sans aucun arbre , et les autres couvertes de sapins
ôt d'une espèce d&irbres beaucoup plus
grands qu'aucun de ceux que nous
avions vus depuis dix jours. Les bords
des îles, élevés d'environ six pieds au-
dessus de l'eau, étaient revêtus d'une
glace épaisse , qui laissait pourtant
voir de distance en distance des veines
de terre noire. Dans les endroitfc où le
soleil avait ramolli la glace, des arbres
étaient renversés et tombés dans le
fleuve.
Les bras du fleuve étaient si nombreux r que nous ne savions lequel
Lf~ ( *7 )
^tA^rre. Notre guide voulais?nous faire !
passer dans le plus rapproché de l'est, 17°9-
|>ar rapport, disait-il, aux Eskimaux ; J^iilet.
niaise préférai celui du milieu , parce
qu'il y avait beaucoup plus d'eau, et
^u'il courait du sud au nord. En ou-
^tre, je pensai que nous rencontrerions
las Eskimaux plutôt là qu'ailleurs, et
^[«e nous serions les maîtres d'aller
vers l'est quand nous le voudrions.
Nous fîmes six milles en nous dirigeant à l'ouest -quart de nord; puis
nous mîmes le cap au nord - ouest
quart d'ouest. Les montagnes couronnées de neige étaient à l'ouest quart
de sud de nous , et elles s'étendaient
vers le nord , plus loin que nous ne
pouvions le distinguer. Suivant ce que
me dirent les Indiens, ces montagnes
-faisaient partie de la chaîne que j'avais
vue le 3 juillet.
D'après une observation solaire, je
déterminai la latitude où nous étions ,
à 67 deg. 47 nain. nord. C'était le point
i ni ( i3 )
le plus septentrional où je comptais
17b9' aller dans ce voyage ; mais je fus
juillet,   trompé par ma boussole, qui variait
bien plus à l'est que je ne le croyais.
Je jugeai alors que le fleuve dont je
suivais le cours, portait ses eaux dans
le grand Océan septentrional ; et je
résolus d'aller jusqu'à son embouchure, quoique je prévisse bien que
le défaut de provisions ne me permettrait pas de retourner cette année à
Athabasca.
Notre nouveau guide , fatigué du;
voyage et ne pouvant presque plus y
résister, employa toute son éloquence
pour m'empêcher de poursuivre ma
route. Il n'était jamais allé , disait-il
au Binalheulla Tou ( 1 ) ; et lorsqu'il
«'était rendu au lac des Eskimaux ,
bien moins éloigné, il était allé par
 .1 iii    i     ... ii   i.   i      ■.      ■ .-      ■«
(i) Ces mots signifient le lac de l'Homme
£lanCo
p • ( i9 ) 1-
terre , de l'endroit où nous l'avions ~~- !
trouvé , à celui où les Eskimaux pas- 7 '*
sent l'été. § | |fl|
Tous ces discours et quelques autres motifs décourageaient tellement
mes chasseurs, que je suis certain que
s'ils l'avaient pu, ils m'auraient abandonné. Cependant je les tranquillisai
un peu en les assurant que je ne continuerais encore à descendre le fleuve
que sept jours ; et que si alors nous
n'étions pas rendus sur les bords de la
mer , nous nous en retournerions.
Certes,il nous restait si peu de vivres ,
qu'indépendamment de toute autre
considération, c'était pour eux une
preuve que je tiendrais ma promesse.
Notre dernière course (i) fut de trente-
deux milles. Le courant était beau-
Coup plus rapide que ne semblait 1
comporter un pays aussi plane.
il
MW
m
Am
j (i) Au nord-ouest quart d'ouest. I i
'"——— Nous fîmes quatre milles en gon*»
1709. yernant au nord-nord-ouest, — trois
juillet, milles au nord-ouest, — deux milles
au nord-est, —trois milles au nord-
ouest quart d'ouest, — et deux milles
au nord-est. A huit heures et demie
du soir, nous débarquâmes, et nous
plantâmes nos tentes non loin de
trois ernplaeemens qui avaient été récemment occupés par les Eskimaux.
Les naturels, par qui nous étions
suivis la veille , nous laissèrent ce
jour-là dès le matin. Nous vîmes , dans
la journée, une grande quantité d'oi
seaux sauvages.
Je restai debout toute la nuit pour
observer le soleil. A minuit et demi 9
j'éveillai un de mes. gens pour lui
montrer un spectacle qui n'avait jamais frappé ses, yeux. Çn voyant le
soleil, il crut qu'il était tems de s'embarquer , et il appela ses compagnons.
Aucun dTeûx ne pouvait croire que le
disque  de l'aôtre du jour   n'eût   pas
I 1709»
(ai )
descendu plus bas , et  qu'il   n'était
qu'un peu plus de minuit. Nous nous
reposâmes alors jusqu'à trois heures )^let
trois quarts.
En rentrant dans nos canots, nous
gouvernâmes vers le nord-ouest.  Le
cours du fleuve devenait très-tortueux.
A sept heures , nous découvrîmes une
chaîne  de montagnes. A midi , nous
abordâmes dans un endroit où les na
turels avaient été. depuis très-peu de
tems. Je comptai trente endroits   où
l'on avait fait du feu ; et quelques-uns
de mes gens qui allèrent plus loin, en
comptèrent bien davantage. Il parais-
sait que les„ naturels s'étaient tenus là
long-tems, et cependant ils n'y avaient
point construit de huttes.  Il  restait
dans le fleuve beaucoup de longs pieux
qu'ils  avaient plantés   pour attacher
leurs filets, et tout annonçait que la
pêche devait être là très-abondante. Il
y avait beaucoup de poissons qui sauraient, et il en tomba un dans mon
tr (2,2> ) s
canot. Il était long d'environ dix pouces , et d'une forme ronde.
A côté des endroits où les Eskimaux
avaient fait du feu , on ^voyait épars
des morceaux d'os de baleine, du cuir
brûlé, et les débris de trois canots.
Nous vîmes aussi qu'ils y avaient laissé
tomber de l'huile de baleine. Une
chose assez singulière , c'est qu'ils
avaient planté en cet endroit un sapin
dépouillé de ses branches, semblable
aux mays que nous plantons en Angleterre.
Le tems était nébuleux , froid et
désagréable. Du lieu où nous prîmes
terre jusqu'à cinq milles de distance ,
le fleuve s'élargit. Ensuite il forme
plusieurs canaux étroits et tortueux ,
entre des îles où il ne croît que quelques saules nains.
Nous abordâmes, à quatre heures ,
près de trois huttes appartenant aux
Eskimaux. Ces hxittes sont creusées
g®us. terre , d'une forme presque ovale |
I
i* C ^ ) . :
ayant quinze pieds de longueur, dix _^___
pieds de large dans le milieu , et huit   1709.
pieds à chaque bout. Toute la hutte est juillet.
enfoncée d'un pied au-dessous du sol.
La moitié est jonchée de branches de
saule qui probablement servent de lit
à ceux qui l'habitent.   Au milieu de
l'autre moitié, il y a un trou d'un pied
de   profondeur , et d'environ   quatre
pieds carrés , et c'est le seul endroit
où un homme peut se tenir debout.
C'est dans cette dernière moitié qu'on
allume le feu , dont il ne paraît pas que
les Eskimaux fassent un grand usage.
Quoique", dans  les   huttes que   nous
vîmes , le foyer touchât à la paroi 5
elle était à peine noircie.
La porte de la hutte est pratiquée au
centre d'une des extrémités. Elle a
deux pieds et demi de haut et deux
pieds de large ; et comme elle est
recouverte de cinq pieds en avant,
on ne peut y entrer qu'en glissant sur
le ventre. Il y a au haut de la hutfr
•
.-& - un trou de huit pouces carré » qui sert
de cheminée , de fenêtre , et quelquefois même de porte. L'endroit le plus
creux est revêtu de morceaux de bois*
fendu. Six ou Iruit troncs de petits
arbres enfoncés dans la terre avec les
racines en haut, supportent quelques
chevrons sur lesquels est placée la
couverture; et cette couverture, qui a
six pieds de large sur. dix de longueur
est composée de branches d'arbre et
d'herbe sèche, revêtues d'une couche
de terre d'un pied d'épais.
Dans l'intérieur de la hutte il y a de
chaque côté quelques trous carrés de
deux pieds de profondeur, et couverts
de pièces de bois , excepté dans le^
milieu , lesquels semblent destinés à
serrer les provisions pour l'hiver.
Nous vîmes près des huttes et dans
les huttes même, des débris de traîneaux d'os de baleine, ainsi que des
morceaux d'écorce de, peuplier coupés
en rond, dont les Eskimaux garnis-
« sent leurs filets , comme nous garnis-  ~—j
sons les nôtres de liège. Ils attachent     *''
ces morceaux d'écorce avec des os de /Uliicî°
baleine. Il y avait aussi devant chaque
hutte, des troncs d'arbres secs,plantés
dans la terre , et servant sans doute à
faire sécher le poisson:
Nous continuâmes notre navigation
jusqu'à huit heures du soir. J'estimai
que, malgré les sinuosités de la route,
nous nous étions avancés au nord-
ouest, de cinquante - quatre milles.
Nous avions eu toute la journée l'espoir de rencontrer quelques naturels.
Nous vîmes dans plusieurs îles leurs
pas encore empreints sur le sable ; ce
qui semblait annoncer qu'ils y avaient
été très-peu de jours auparavant ,
pour attraper du gibier marin.
L'après-midi , la pluie tomba à plusieurs reprises. Le tems était sombre
et désagréable. Nous vîmes un renard
noir. Les rives du fleuve n'offraient
plus d'autre arbre que quelques saules
"*f mt
( a6 )
qui avaient tout au plus trois pieds
IM de hauteur.   •
* * I I
jui e. £e ^ue notre guide disait du pays
qui nous restait à traverser, renouvela
le découragement et l'inquiétude de
mes chasseurs. Selon lui^nous devions
trouver le lendemain un vaste lac, dont
ni lui ni aucun des siens ne connaissaient l'étendue, mais qu'ils avaient
vu du côté qui s'étend dans leur voisinage. Les Eskimaux seuls , ajouta-
t—il , habitent ses bords , et y pèchent
de très-grands poissons , dont ils font
leur principale nourriture. Nous jugeâmes qu'il voulait désigner des ba*-
leines. Il nous parla aussi des ours
blancs , et d'un autre grand quadrupède qui se trouve dans ces contrées.
Mais nos chasseurs ne purent pas bien
comprendre la description qu'il en fit.
Il prétendait que les Eskimaux avaient
dés canots assez grands pour contenir
quatre ou cinq familles.
Pour engager le chef anglais, dont tea
C 27 )
le secours m'était extrêmement nécessaire , à ne pas me quitter, je lui fis
présent d'un de mes capots ( 1 ) de
voyage.Voulant aussi m'attacher notre
nouveau guide et lui inspirer de la
bonne humeur , je lui donnai une
peau d'élan, à laquelle il mettait un
très-grand prix.
La pluie tomba toute la nuit avec
violence, et ne cessa qu'à deux heures
du matin. La température était extrêmement froide. Nous nous embarquâmes , et nous gouvernâmes au
nord-nord-ouest. Le cours du fleuve
continuait à faire beaucoup de sinuosités ; et ses rives étaient si nues,
qu'on y voyait à peine un arbuste. A
dix heures du matin, nous abordâmes
près de quatre huttes , absolument"
semblables à celles que j'ai décrites
1789.
juillet.
(1) Espèce de grand manteau pareil à celui
que portent les soldats quand ils sont en senli-r
jielle. (Nofe du traducteur},
m 1
( ^8 )
j   . un peu plus haut. La campagne s'é-
1709. levait en collines ; et quoique le degei
juillet,  ne s'y fît pas sentir à plus de  quatre
pouces de profondeur, et qu'on trouvât
au-dessous une glace très-solide , elle
était tapissée de gazon et de fleurs. Ce
riant aspect contrastait singulièrement
avec les monceaux déglace et de neige
qui encombraient les vallées. Par-tout
où  l'on vovait   de   la  terre,   c'était
.  un mélange  d'argile jaunâtre   et   de
.gravier.
Les huttes paraissaient avoir été habitées durant l'hiver. Nous ne pûmes
pas  même  douter qu'il n'y fût venu
récemment   quelques    naturels ,   car
l'empreinte   de  leurs   pas   se  voyait
encore sur la plage. Les supports et
les   barres de leurs traîneaux étaient
mis en tas près des huttes, ce qui annonçait que les propriétaires  avaient
envie de revenir.  On y voyait de plus
de l'écorce de saule et des morceaux
de filet fait avec des cordes de nerf. o _
1709
( 29 )
les cordes étaient minces et tressées,
et avaient certainement coûté beaucoup detemsàfaire. Cequifixale plus *m
tnon attention, fut une chaudière de
pierre , carrée et à fond plat, qui pouvait contenir huit pintes. Nous ne
conçûmes pas comment les naturels
avaient pu la détacher de la carrière
et la façonner. Nous remarquâmes
aussi divers fragmens de cailloux ,.
minces, emmanchés dans du bois, efc
servant probablement de couteau. Il
y avait, en outre, des gamelles , la
pouppe d'nn canot, des morceaux de
cuir très-épais que nous imaginâmes
avoir servi à recouvrir le canot , divers os et deux crânes de poisson ou
d'un autre animal très - gros. Nous
pensâmes, sans en être bien certains,
que c'étaient des Os et des crânèô
d'hippopotame.
Qttand nous ©unies satisfait notre
curiosité, nous nous rembarquâmes :
mais nous ne savions pas de quel côté
t I
^1
te
■:■■■■ (3o)   |   "   '   :
»  nous devions passer ; car notre guide
1789. ne connaissait pas plus que nous cette
juillet.1 partie du fleuve. Quoique le courant
fût très-rapide , nous pensâmes que
nous étions déjà à l'entrée du lac.
Le courant portait à l'ouest. Nous
nous y abandonnâmes , étant encore à
huit milles, d'une pointe de terre que
nous prîmes d'abord pour une île r
mais que nous vîmes ensuite attachée
au rivage par un isthme fort bas.
Je pris la hauteur du soleil , et je
trouvai que nous étions à 69 deg.
1 min. de latitude septentrionale.
De la pointe de terre dont je viens
de parler, nous gouvernâmes vers
l'extrémité la plus occidentale d'une
haute île qui était aussi la terre que
nous apercevions le plus à l'ouest ,
et se trouvait à quinze milles de distance.
Le lac se découvrait pleinement à
l'ouest ; et hors du lit du fleuve , il
n'y avait que quatre pieds d'eau ; on n'en trouvait même pas plus d'un
pied en quelques endroits. Les hauts
fonds nous empêchaient de nous
avancer trop du côté de l'ouest. A
cinq heures du soir, nous atteignîmes
nie. Dans les quinze milles que nous
fîmes de la pointe de terre jusques-
là, nous n'eûmes jamais plus de cinq
pieds d'éau. Le lac nous parut alors
couvert de glace jusqu'à deux lieues
de distance , et nous ne découvrîmes
point de terre droit devant nous. La
glace et le peu de profondeur de l'eau
ne nous permirent pas de continuer à
naviguer dans la même direction.
Nous prîmes terre. Dès que nos
tentes furent plantées, je donnai ordre
d'aller poser les filets ; et pendant ce
tems-là, je me rendis avec le chef
anglais dans la partie la plus élevée
de l'île. Nous avions une boussole ; et
nous vîmes que la glace s'étendait du
sud-ouest à l'est. Nous distinguâmes
faiblement dans le sud-ouest, à i'ex-
1789.
juillet. ''Êm    1J**™S
2
||éé
9^
il
ml
Eb-i
L:;| jjl
/*•
( 3a ) ■ ■:'
trémité de l'horizon $ une cB&îne de
montagnes qui se prolongeait dans le
juillet, nord, de vingt lieues au moins de plus
que la glace. Le côté de l'est était
garni d'îles. Nous rencontrâmes sur
celle où nous étions beaucoup dé
perdrix blanches, qui avaient déjà pris
la couleur brtfne qu'elles ont en été.
Nous vîmes aussi une grande quantité
de pluviers au superbe plumage; et
je trouvai le nid d'un de ces derniers
oiseaux , dans lequel il y avait quatre
œufs. Des hibous blanés s'offrirent
aussi à nos regards.
Dans notre excursion, nous vîmes
Je tombeau d'un des naturels. Il était
décoré d'un arc, d'une pagaye et d'une
lance.
Mes IiitiS&hs me dirent qu'ils avaient
abordé dalis une petite Se , à quatre
lieues de disfànce de celle où j'étais ,
et qu'ils "f avaient vu les traces de
deux hommes encore toutes fraîches.
Ils y avaient aussi trouve" ^ïi endroit i
p5 )
*©ù l'on avait serré de l'huile de baleine , et autour duquel étaient épars
plusieurs os d'ours blanc.
Le vent devint si fort, qu'il nous
fut impossible de lever nos filets.
Mes gens étaient très affligés, parce
qu'ils craignaient que nous ne fussions
forcés de nous en retourner sans voir
ia mer. L'espoir d'atteindre ce but*
leur avait fait supporter sans murm/are
toutes fatigues et lesdangers cUi voyage*
Peu de tems avant notre arrivée smt
l'île, ils avaient senti ranimer leuf
courage, ^>ar l'espoir qu'un jour de
plu $ de navigation nous porterait dan£
la m©r d'oueçt ; et là même , ils déclarèrent encore qu'ils étaient prêts à
me suivre par-tout où je voudrais les
conduire, fô
Nouscfîmes plusieurs grandes-*no秣.
tes blanches , et d'autres oiseaux cmj.
avaient le dos et le dessus des ailes
bruns, avec le ventre et le de$9gu£
des ailes blancs*»:
17S9,
juillet.
o ( M )
B.CV
ni
m       j -
i —^-,
fii
V
Ct=
ai
I   CHAPITRE    V.
Navigation dans le lac formé par l&
fleuve Mackenzie.
L   - .. 1IN o*rs entrâmes sous nos tentes le
3.789.   dimanche au soir, pour passer la nuit,
juillet.   sL|fe puis me servir de cfette expression
lundi    en parlant d'un pays otrnous ne vîmes
?3.     jamais le soleil descendre au-dessouis
de l'horizon. Mais à peine étions-nous
couchés, qu'une partie de  nos gens
fut obligée  de se lever pour changer
déplace notre bagage, parce que l'eau
le gagnait.
A huit heures du matin, le calme
et le beau fèlfns nous permirent de visiter nos filets , dont l'un avait été
entraîné par le vent et le courant.
Nous prîmes sept poissons inconnus §
qui n'étaient pas mangeables, un ti* | 35 )
camayvg (i) excellent,   et un   antre   -
5
poisson de la grosseur d'un hareng.   *7^9
L'espèce de ce dernier poisson n'était juillet*
connue d'aucun de nous , excepté du
chef anglais , qui nous apprit qu'elle
abondait dans la baie d'Hudson. A
jrnidi, il se leva un vent d'ouest très-
fort. D'après la hauteur du soleil, je
déterminai la latitude à 69 deg. 14 min.
Xiord. La boussole variait de 36 deg.
à. l'est. (2)
L'après-midi, je retournai sur la
colline» Je ne vis pas que la. force
du vent eût ébranlé^ la glace : mais je
découvris , au milieu de ce champ de
glace, deux petites îles au nord-ouest.
Je jugeai à-propos de donner un nouveau filet à mes gens, afin de prendre
le plus de poisson qu'il serait possible ;  car nous n'avions plus qu'en-
(1) TJn poisson blanc.
(2) J'ai trouve depuis , que la longitude était
de l35° ouest. mis*
"^■" kPf
■■■■-.
mardi
14.
(36)       .
vifon cinq quintaux de vivres, ce qui 9
^709. sans le secours de la chasse et de la
juillet, pêche, n'aurait pu durer qu'une douzaine de jours  pour   nourrir quinze
personnes. Un de mes jeunes Indiens
trouva le filet que nous avions perdu ; il
^y avait dedans trois poissons inconnus;
Depuis la veille le vent soufflait du
«éord-ouest, et il étâft très-fort. Comme
je ne me couchai qu'à trois heures du
matin, je me levai plus tard que de
couti&ne.  A 4âï4t heures , un de mes
gens aperçut «plusieurs gros poissons
qu'il prit  d'abord pour des glaçons
■flottans ; et uke heure après , on m$
réveilla pour que je jugeasse ce que ce
pouvait être.   Je reconnus à l'instant
^ètè    c'étaient   des   baleines. Xfe  fis
^nettre le canot à l'eau , et je m'embaai-
*^%ai peur allé? à leur poursuite.
Cette entreprise-, je l'avoue, était
très-imprudente. Nous fûmes heureux
de ne pourvoir joindre les baleines,
car un coup de queue d'un   de  ces
i 1
11 ( 37 )
énormes poissons aurait mis notre
canot en pièces. Nous fûmes arrêtés
par les brouillards qui s'épaissirent
beaucoup ; et c'est à eux, sans doute 9
que nous dûmes notre salut. Notre
guide nous dit alors que c'était dô
cette espèce de poisson que se nourrissaient , en grande partie, les Eskimaux , et qu'on en voyait souvent:
d'aussi grands que notre canot. Le&
baleines que nous poursuivîmes étaient
plus grosses que le plus gros marsouin,
3La partie de leur corps, qui paraissait hors de l'eau, était entièrement:
blanche.
Amidi, les brouillards se dissipèrent^
Voulant examiner les glaces de plus
près, je m'embarquai dans mon canot.
Mes chasseurs Indiens me suivirent
dan6 le leur. Il n'y avait guère qu'une
heure que nous étions sur l'eau , lorsqu'un violent vent de nord - est nous
obligea de revirer de bord. Le brouillard qui se leva en même tems , nous
1789,
juillet
fcnr* ffppi
SI
kl
( 3S ) Ï
_L   -      empêcha de reconnaître à quelle dis-*
3789.   tance nous étions de la glace. Il était
juillet,   si épais que nous pouvions   a  peine
distinguer notre île.
Quoique nous eussions le vent au
plus près, nous hissâmes la voile. La
vague était si forte, que nous eûmes
besoin d'employer continuellement
deux de nos gens à vider l'ean qui
entrait dans le canot. Nous courûmes
alors un très-grand danger, et nous
eûmes beaucoup de plaisir à gagner
la terre. Heureusement les Indiens
avaient été plus au vent que nous ;
de sorte que la lame les poussait presque du côté de l'île. Malgré cela leur
canot prit beaucoup d'eau ; et s'il eût
été chargé, il est vraisemblable que
nous ne les aurions pas revus.
Ne voulant plus satisfaire ma curiosité à de pareils risques, je pris le
parti de côtoyer les îles qui nous abritaient contre le vent. Je résolus même
de les parcourir avec soin, dans lfes- <39)
poir d'y trouver des naturels.qui pom
-  x789-
raient me donner quelques renseigne-
il        tut .^.    ^ *j~ —~   iuillçt.
mens utiles. Mon- nouveau guide ne  '
cessait pourtant de m1 assurer que les
habitans de ces contrées étaient soupçonneux et d'un accès très - difficile»
En même teins il me disait que nous
pourrions en rencontrer quelqu'un , si
nous allions prendre le canal où il
avait d'abord voulu me faire entrer.
A huit heures, nous campâmes près
de cinq à six vieilles huttes, sur la
pointe orientale de l'île où nous étions
depuis trois jours, ei à laquelle je
donnai le nom d'île de la Baleine*
Elle s'étend de l'est à l'ouest ; elle a sept
lieues de long, et tout au plus un demi-
mille de large.
Nous vîmes beaucoup de renards
r o u lies, et nos chasseur s en tuèrent un.
Nous posâmes nos filets à. quelque
distance les uns des autres. L'un 6ia.it
dans un endroit où il y avait cinq w
j jl|
snerc
i5.
brasses d'eau et où le courant portai?:
x7®9- au ït^rd-ëstrf   :■-,   >      • \   #i .--/-/-
ÎDans là mâtiiiëè, je fis planter à cÔfé*
de £ôs tentés îfiii poteau sur lequel je
gravai la latitude du lieu, mon nom 9
9f nbmbre de personnes qui m'&ccom-
pàgpTàiëlit, et lU tems que nous avions-
sêjbm'hé dâiïS Ifle.
M'étant réveillé à quatre heures du
matin, je vis avec étonnement que
l'eau était montée jusques sous notre
bagage ; Comme le vent n'avait point
changé et qu'il ne soufflait pas plus
fort, nous jugeâmes, mes gens et moi,
que c était l'êîFet de la marée. Nou&
aiions dêfà observé , à l'autre bout de
l'île, que l'eau montait et descendait
périodiquement ; mais nous pensions
qu'il fallait en attribuer la cause au
^elftti L'eau continua à monter jus<*
ques térs les $éx. heures. Je ne pus pas
déterminer précisément le tems du flux*
§%rce qu'à six heures le vent soufffifc ( 4» )
Avec violence. Je résolus, dans tous  -—
les cas , de rester là jusqu'au lende- 17°9i
main : mais quand je ne l'aurais pas Jul"8$
voulu, il eût fallu m'y résoudre, parce
que le vent ne m'aurait pas permis de
partir.
Notre pêche ne fut pas heureuse ;
car nous ne trouvâmes dans les filets
que huit poissons. D'après une obser*
vation solaire, je déterminai la lati»
tude de la pointe orientale de l'île à
69 deg. 7 min. nord. Aux approches
du soir, le vent augmenta graduellement et le tems devint froid. Nos
chasseurs ne nous rapportèrent que
deux cygnes.
La pluie ne cessa de tomber qu'à
sept heures du matin. La température
variait, et était quelquefois très*froide
et très-désagréable. Il me fut impos*
sible de prendre la hauteur du soleil.
La marée monta de seize à dix-huit
pouces.
Nous nous embarquâmes et nous
jeudi
16.
W
je
nu
t H1 - mm
»'■ ' • --■ fîmes voile entre les îles, dans l'espoir.
17^9# d'y trouver quelques naturels ; mais
juillet, cet espoir ne fut point rempli. Notre
guide pensa alors qu'ils étaient allés
au loin , suivant leur coutume, à la
pêche de la baleine et à la chasse des
rennes. Il nous dit que les gens de sa
tribu les voyaient tous les ans ; mais
qu'il ne croyait pas que nous pussions
en rencontrer quelqu'un , à moins
que ce ne fût sur les bords d'une petite
rivière affluente qui venait de l'est, et
dont nous étions fort éloignés. Nous
cinglâmes aussitôt vers cette rivière,
^en refoulant le courant.
A deux heures après-midi, nous
naviguions avec si peu d'eau, que
nous pouvions toucher le fond avec
une pagaye. A sept heures , nous
débarquâmes , plantâmes nos tentes
et posâmes nos filets. Mes chasseurs
tuèrent deux oies, deux grues et un
hibou blanc. Depuis l'instant que nous
étions rentrés dans le fleuve, la tem- (43)
pérature nous avait paru bien plus ——I
douce. Mais cet avantage avait ses 17"9<
inconvéaiens : nous étions tourmentés j aille*.
par des nuées de maringouins.
En levant nos filets, nous n'y trou-       .
J vend.
vâmes que six poissons. Nous reprîmes    I7
notre route à quatre heures du matin.
Nous dépassâmes quatre établissemens
d'Indiens , qui semblaient avoir été récemment habités. Nous abordâmes
une petite île ronde , très*rapprochée
de la rive orientale, et qui sans doute
avait quelque chose de sacré pour les
Indiens, puisque l'endroit le plus élevé
contenait un grand nombre de tombeaux. Nous y vîmes un petit canot,
des gamelles, des baquets et d'autres
ustensiles qui avaient appartenu à
ceux qui ne pouvaient plus s'en servir ;
car dans ces contrées ce sont les offrandes accoutumées que reçoivent les
morts.
Comme il ne restait  sur le canot
aucun morceau du  cuir qui devait
i
m\ /
I SI
\n\
H'"  i ~ .'■ (44)
 l'avoir couvert ,  nous en inférâmes
27°9* qu'il avait   été dévoré par  les bêtes
|uille'< sauvages. La carcasse du canot était
entière et faite d'os de baleine , cousus
en quelques endroits, et seulement attachés daris d'autres.
Il y avait des traîneaux ; les uns de
quatre , les autres de huit pieds de
long. Le$ traverses de ces traîneaux
ont un peu plus de deux pieds. Les
moises sont dé deux pouces d'épais sur
neuf pouces de hauteur. Le derrière
du traîneau a deux pieds et demi de
haut, et est f&rmé de deux morceaux^
d'os de baleine , cousus ensemble»
Trois petits mon tans en bois, de la
même longueur, encJba^sés dans les
moises par des mortaises , et soutenant
deux tringles placées à peu de distance
l'une de l'autre , forment les côtés du
traîneau. Les traverses sont fortement
liées aux moises , et le dessous de
celles-ci est garni de lames de cornes
attachées par de petites chevilles d$.
I W (45)
liois, afin que le traîneau glisse plus ——
facileiSfent. Les timons ou les bran- x7°9*
cards peuvent s'ôter du traîneau et s'y juillet.
*• émettre à volonté, ou du moins je
l'imagine, car je n'en vis pas plus de
deux.
A une heure et demie après-midi,
nous ^îmes un spruce (i) , le premier que 'nous eussions aperçu depuis quelque tems. Nous en découvrîmes ensuite quelques autres sur le
bord du fleuve , mais fort petits. Ceux
qui croissent sur les îles sont plus gros
et par groupes. Certes, il me semble
très- extraordinaire qu'on voie aucune
espèce d'arbres dans un pays où la
terre ne dégèle jamais à plus de cinq
pouces de profondeur.
Nous prîmes terre à sept heures du
soir. La température était très-douce.
Dans le courant de la journée , nous
vîmes beaucoup d'oiseaux  sauvages
(i) Espèce de sapin. 1  ' ,     (46 )
* — suivis dé leurs petits ; ma|s ils étaient?
x?^9' si farouches, que nous ne pûmes les
juillet, approcher. Nos chasseurs Indiens ne
tuèrent que deux grues et une oie
grise. Deux d'entr'eux parcoururent
les collines sur la rive orientale, en
cherchant des rennes ; mais ils n'y
virent que quelques traces de ces animaux. Je montai aussi sur une colline,
et je pus, à mon gré, contempler le
cours du fleuve. Je le vis courir en se
divisant dans une multitude de canaux*
et serpenter entre les îles, dont les unes
étaient ornées d'arbres, et les autres
ne se couvraient que d'herbe. Les montagnes qui paraissaient à l'horizon ,
étaient à quarante milles.
Le rivage où nous avions débarqué
ne présentait pas un aspect si agréable.
Il était borné à peu de distance par
une chaîne de montagnes stériles,
pelées et séparées par de petits étangs ,
autour desquels il n'y avait guère que
de la mousse. L'œil n'y découvrait pas {47) ,
un seul arbre. J'aperçus le long des
montagnes une espèce de palissade,
faite de branchages , où les naturels
avaient dressé des pièges-pour prendre
des perdrix;
Nous ne trouvâmes pas un seul
poisson dans nosîfilets , et dès les trois
heures du matin nous nous mîmes en
route. Le tems était très-beau. Nous
vîmes plusieurs stations d'Indiens.
L'empreinte de leurs pieds était encore fraîche sur la plage, ce qui prouvait qu'ils n'avaient quitté ces lieux"
que depuis bien peu de tems. Nous
espérions de plus en plus d'en rencontrer quelqu'un sur les bords de la
rivière où nous conduisait notre guide.
Nous vîmes en plusieurs endroits des*
arbres dépouillés de leurs branches
jusqu'au sommet. Ces arbres annonçaient que les naturels n'étaieift pas
loin, et peut-jltre leur servaient-ils de
signal pour se diriger vers leur résidence d'hiver.
1789.
.j aille t.
samedi
18.
i :J\     (48) '
Nos chasseurs tuèrent deux rennes |
9* qui étaient les seuls grands animaux
**m e * que nous eussions vus depuis que noms
avions descendu le fleuve. Ce secours
nous  vint très-à-propos ;   car aiotre
pemican était déjà moisi, et malgré
cela nous étions forcés d'en manger.
Les grosses groseilles   abondaient
dans les vallées et le plat pays voisin
du fleuve, sur-tout dans les endroits
bien exposés. Ce qui est très-singulier^
c'est que dtà on peut cueillir dans le
même tems, sur le même arbre , les
feuiis de deux années différentes. Il y
a aussi là une autre baie qui a la form©
de la framboise, est d'un jaune pâl©
et exhale un parfum exquis. On y -moit:
^encore beaucoup d'autres barbustess *et
de plantes, dont iesanomsteilles propriétés nie sontBtpJalementjincQnnus.
L'apEès^midiie tems se re&ojidit, et
il y eut apparence despluie. Nous débarquâmes à ssep^heurês du *soir. Mes
Indiens tuèrent huit oies. Je^marchai ô.vec le chef anglais pendant la plus
grande partie de la journée, ce qui
me fatigua beaucoup. Quoique le pays
fût assez élevé, nous fûmes presque
continuellement obligés de traverser
des marais. Je portais mon couteau de
chasse à la main, et je sondai souvent
}a terre pour voir jusqu'où elle était
dégelée; mais je ne pus jamais y enfoncer la lame que de six à huit pouces.
Jjes collines qui faisaient face à la rivière étaient, en certains endroits,
rocheuses, et ailleurs composées d'un
mélange de sable et de pierres, avec
des veines d'une espèce de terre rouge,
dont les naturels s'enduisent le corps.
La pluie et le vent de nord durèrent
jusqu'à huit heures du matin. Nous
3aou s aperçûmes alors que notre conducteur s'était évadé. Cela ne me surprit pas ; mais ce quim'étonna, ce fut
de voir qu'il n'eût pas emporté la peau
d'élan que je lui avais donnée pour se
couvrir. Quoiqu'il fît très-froid, il s'en
2. 4
1789.
uillet.
dim.
*9*
S — alla avec sa simple camisole. Je de-
î7*39* mandai à mes Indiens s'ils lui avaient
juillet, donné quelque sujet de mécontentement , ou s'ils s'étaient aperçus qu'il
eût envie de nous quitter. Ils m'assurèrent qu'ils ne lui lavaient rien fait
qui pût lui déplaire ; mais qu'ils so
souvenaient de lui avoir entendu dire
qu'il craignait qu'on ne le retînt dans
l'esclavage. Ils ajoutèrent que vraisemblablement il avait eu la veille de nouvelles craintes, en les voyant tuer
les deux rennes avec tant de prestesse.
L'après - dîner, le tems se mit au
beau. Nous vîmes de grandes troupes
d'oies avec leurs petits. Nos chasseurs
«n tuèrent vingt-deux. Comme elles
changeaient de plumes, elles ne pou>
vaient voler. Elles étaient d'une bien
plus petite espèce que celles qu'on
voit dans les environs d'Athabasca. A
huit heures du soir, nous débarquâmes
près d'un établissement indien. Nous
y trouvâmes , sujy&nç 1-a coutume, des
M\\ 1789.
lundi
20.
(5x )   •
os, des cornes de renne , dispersés à
l'entour.    Nous   crûmes   reconnaître
i i      9     '«.~'~~*. i    s    juillet.
q[ue les naturels s y étaient occupes a  j
faire des armes et des   ustensiles en
bois.
Nous nous remîmes en route à
trois heures du matin. Le tems était
nébuleux ; il tombait une pluie fine ,
et nous avions vent arrière. Le vent
renforça à midi ; et à deux heures il
devint si violent, qu'il nous força de
mettre à terre. Nous vîmes beaucoup
d'oiseaux aquatiques , et nous tuâmes
quinze oies et quatre cygnes. Si le
tems n'eût pas été mauvais , notre
chasse aurait été bien plus considérable. Nous vînmes près de la rivière
où nous avions espéré de voir des Eskimaux; mais nous n'en découvrîmes
pas la moindre trace. Là, le terrein
qui borde le fleuve est peu élevé ; et
les montagnes qui se trouvent à quelque distance , sont couvertes, jusqu'au
sommet , de, sapins et de petits bou
leaux. !
juillet.
znard:-
£1.
(  52 )
Nous nous embarquâmes a une
heure et demie du matin. Le tems était
froid et désagréable ; le vent soufflait
du sud - ouest. A dix heures , nous
quittâmes les canaux que forment les
îles, et nous rentrâmes dans le vaste
lit où le fleuve s'étend sans obstacle.
Là , le courant était si fort, qu'il nous
fallut haler le canot à la cordelle.Une
chaîne de montagnes presqu'à pic ,
s'élevait de chaque côté du fleuve , et
l'étroit rivage était couvert de pierres
grisâtres qui avaient dévalé du haut
des montagnes.
La cordelle nous faisait aller bien
plus vite que n'auraient pu le faire les
pagayes. Toutes les deux heures , les
hommes qui étaient dans le canot en
relevaient deux de ceux qui halaient.
Ce travail était sans doute bien fatigant ; mais il nous empêchait de perdre un tems extrêmement précieux.
A huit heures et demie , nous abordâmes dans le même endroit où notes | Jf |   . 1        g
uvions planté nos tentes douze jours
auparavant (i).
Une heure après notre arrivée, nous
reçûmes la visite de onze Indiens qui
campaient plus haut. Il y en avait
parmi eux que nous n'avions pas vus
la première fois que noms nous étions
arrêtés en cet endroit. Le frère de
notre dernier guide était avec eux 9
et s'informa avec beaucoup de chaleur de ce qu'il était devenu. Nos réponses ne purent le satisfaire. Alors
lui et ses camarades parurent extrêmement inquiets, et chacun d'eux nous
adressa un discours à ce sujet, discours que mes Indiens ne purent pas
comprendre , mais qu'ils jugèrent contenir des reproches et des inculpations. Cependant le frère du guide
proposa d'échanger son incrédulité
contre des grains de verroterie, et me
dit que si je lui donnais une  petite
1789.
juillet»
(1) Le 9 juillet.
• ¥
( 54)
quantité de ces bagatelles, il croirait
tout ce que je lui dirais. Je ne voulus
point accepter sa proposition ; je me
contentai de lui donner l'arc et les"
flèches que son frère avait laissés en:
partant.
La pluie de la veille avait mis en
mauvais état nos armes à fèu. Mes
gens s'occupèrent à les nettoyer ; ce
qui captiva long-tems l'attention des
Indiens, et parut même leur inspirer
de la défiance. Nous répondîmes aux
questions qu'ils nous firent à cette occasion, en leur montrant un morceau
de viande et une oie , et en leur faisant
entendre que nous préparions nos fusils pour nous procurer de semblables
provisions. Nous les assurâmes en
même tems que , quoique notre inten-
tention fût de tuer le gibier que nou,s
pourrions trouver, nous n'avions pas
la moindre envie de leur faire du mal,
ni de les offenser. Malgré cela , ils
si ou s conjurèrent de ne pas tirer des 1780*
•( 55 | l; g
coups de fusil en leur présence. Je
chargeai le chef anglais de leur faire
des questions ; mais soit qu'ils ne les )ul^et-*
comprissent pas , soit qu'ils ne voulussent pas y répondre , je ne pus en
tirer aucun éclaircissement.
Tous mes gens allèrent se coucher*
Pour moi je restai debout, afin d'avoir
l'œil sur les naturels. Ce fut encore là
un sujet d'étonnement pour eux ; et
leur   surprise   fut bien  plus  grande
quand je me mis à écrire. Vers minuit, je
vis quatre femmes qui s'avançaient sue
la plage. Les Indiens ne les eurent pas
plutôt aperçues, qu'ils coururent au-
devant d'elles. Ils en engagèrent deux ,
que je crus être jeunes , à s'en retourner , et ils conduisirent auprès de notre
feu les deux autres qui  étaient fort
vieilles ; mais après qu'elles se furent
chauffées environ une demi - heure ,
elles s'en retournèrent.   Les Indiens
qui restaient, ayant allumé un petit
feu à quelque distance, se couchèrent M  11
W  M
11!
3789.
Juillet.
'%.' . •    ;j   ( 56 i   .  .      ; va
tout autour et s'endormirent. Ils étaient
comme des animaux sortant des mains
de la nature; et malgré le froid qu'il
faisait, ils n'avaient ni peaux, ni aucune espèce de vêtement.
Avant de se coucher , mes gens
avaient mis une chaudière pleine de
viande sur le feu. Je fus obligé de la"
garder soigneusement, pour empêcher
les naturels de prendre ce qu'elle contenait , car ils tentèrent plusieurs fois
d'y mettre la main. J'avoue que ce fut
la première fois que je m'aperçus qu'ils
cherchaient à voler. Peut-être ce peuple pense-t-il que le manger est une
propriété commune.
Je vis ce jour-là le soleil descendre
au-dessous de l'horizon , ce que je
n'avais pas vu depuis la première fois
que je m'étais arrêté en cet endroit.
J'aurais bien pu le voir le jour précédent ; mais les nuages m'en avaient
empêché*L'eau avait diminué de plus
i *
fi (S7)
de trois pieds depuis que j'avais descendu le fleuve.
1789.
Nous nous remîmes en route à trois >ailUu
merc.
heures et demie du matin. Mes gens
tiraient le canot à la cordelle. Au lieu
de m'embarquer, je marchai avec les
naturels pour me rendre à leurs huttes,
qui étaient bien plus éloignées que je
ne l'avais cru ; car nous fûmes trois
heures en chemin, et cependant nous
marchions très-vîte. Nous traversâmes
une petite rivière , à l'embouchure de
laquelle les naturels avaient posé leurs
filets. En arrivant à leurs huttes, nous
vîmes qu'ils avaient caché la plus
grande partie de leurs effets , et envoyé dans les bois toutes leurs jeunes
femmes.
Les huttes étaient grandes , construites de bois sec , et placées sur le
penchant du rivage. On avait creusé
la terre en-dedans des huttes, de manière que le sol était de niveau. Un
gros poteau fourchu , planté à chaque
23.
fil
1 &
1
..
! i m
1789
juillet.
1 C 58 ) H
bout de la hutte, portait le faîtage suif
*  X O
lequel était appuyé le reste de la couverture. Le toit était d'écorce de sapin-
spruce. Plusieurs pieux d'inégale gran-
deur, plantés dans la hutte , étaient
chargés de poissons fendus qu'on faisait sécher, et on avait allumé divers
feux pour qu'ils séchassent plus vite.
On voyait en-dehors des huttes d'autres
poissons suspendus à des palissades f
mais la dessication en était moins
avancée que celle des premiers. Là ,
les naturels ramassent avec soin le frai
du poisson, et le font également sécher. Ils nous vendirent autant de
poisson que nous pûmes en prendre ,
et nous le leur payâmes avec quelques
cordons de grains de verroterie, qu'ils
préféraient à toute autre chose. Ils
faisaient fort peu de cas du fer.
Pendant les deux heures que je passai dans ce carbet, j'employai continuellement le chef anglais à interroger
les naturels   sur  leur   nation, leurs
1111 âfi
-     .,. (59H
mœurs et leurs coutumes. Voici ce que -
1789
3 en appris.
La nation, ou tribu de ces Indiens , juillet
est très-nombreuse. Elle a presque
toujours vécu en mésintelligence avec
les Eskimaux, peuple qui profite de
toutes les occasions pour attaquer
ceux qui ne sont point en état de se
défendre. Peu de tems avant mon passage chez les Indiens dont je parle,
les Eskimaux leur avaient juré amitié ,
ce qui ne les empêcha pas d9en surprendre presqu'aussitôt quelques-uns ,
et de les massacrer de la manière la
plus traîtresse. Pour preuve de ce fait,
les parens de ces malheureux me montrèrent qu'ils s'étaient coupés les cheveux. Ils déclarèrent en même tems
qu'ils ne se fieraient jamais plus à la
parole des Eskimaux, et qu'ils avaient
résolu de rassembler toutes leurs for- j|
ces, afin de venger la mort de leurs
amis.
Selon ce qu'ils me dirent, un grand
«L Hitli »
Eaer
juillet.
/: (60)     f    |
|  nombre d'Eskimaux remonte quelque-
„9* fois le fleuve avec de grands canots,
pour chercher du caillou , parce qu'ils
s'en servent pour rendre plus aiguë
la pointe de leurs lances et de leurs
flèches. Au moment où me parlaient
les Indiens , les Eskimaux étaient
allés sur les bords du lac qui se trouvait directement à l'est de nous , et
où nous pouvions nous rendre par
terre en fort peu de tems. Ils y faisaient
la chasse aux rennes , et ils devaient
bientôt pêcher le gros poisson (1) dont
ils se nourrissent en hiver.
Cependant les naturels ne purent
pas m'apprendre grand'chose concernant le lac qui était vis-à-vis de nous.
Tout ce qu'ils me dirent, c'est qu'à
l'est et à l'ouest ils l'avaient vu dégeler , mais que très-peu de tems après
il s'était recouvert de glace.
Les Eskimaux leur avaient raconté
i) La baleine. '    (él )
que huit ou dix hivers auparavant, ils
avaient vu à l'ouest un très-grand ca- 17°9<
not rempli d'hommes blancs, et que juillet,
ces hommes leur avaient donné du fer
en échange de cuir. Le lac où navi-
guait le grand canot a , en conséquence , été nommé par eux, Bel-
houllaï Tou (i).
Les Eskimaux, suivant les Indiens
qui me parlaient , s'habillent tout
comme eux. Ils portent les cheveux
courts. Ils se percent un trou de chaque
côté de la bouche, vis-à-vis de la lèvre
inférieure , et ils y placent comme ornement, une concrétion qu'ils trouvent
dans le lac, et qui ressemble à un long
grain de verroterie. Leurs arcs sont
un peu différents de ceux des Indiens
que je vis ; et ils ont des frondes
avec lesquelles ils lancent des pierres si,
adroitement, que cette arme devient
très-redoutable entre leurs mains.
(i) Le lac de l'Homme Blanc.
E9P
V 1789.
juillet.
:/:.     :     M   ;§( 60. )   I ;.     H ■;■
Les naturels me dirent qu'au-dessus
de l'endroit où nous étions , nous ne
verrions plus de gens de leur nation ,
parce qu'ils avaient abandonné les
bords du fleuve, et étaient allés à la
chasse des rennes pour leurs provisions d'hiver. Ils devaient bientôt eux-
mêmes en faire autant. Le renne ,
l'ours, le petit loup , la martre, le
renard , le lièvre , le buffle blanc sont
les seuls quadrupèdes de ces contrées ;
et le dernier n'y fréquente que les
montagnes qui sont à l'ouest.
Nous marchâmes avec la cordelle
toute la journée , excepté deux heures ,
pendant lesquelles nous pûmes faire
usage de la voile. Nous trouvâmes partout le rivage couvert d'arbustes, de
sapins, de bouleaux et de saules. Le
froid nous incommoda beaucoup. A
huit heures du soir nous plantâmes
nos tentes.
Nous nous remîmes en route à trois
heures du matin. U était fort difficile ( 63 ) '      |
de marcher sur le bord du fleuve.
Nous vîmes plusieurs endroits où, de- 17°9*
puis notre passage, les Indiens s'étaient i uillet,
arrêtés, et avaient posé leurs filets.
Nous dépassâmes l'embouchure d'une
petite rivière. A cinq heures après-
midi, mes Indiens étaient si fatigués ,
qu'ils abordèrent dans l'intention de
planter leur tente ; mais nous continuâmes à marcher, ce qui. leur déplut
beaucoup. A huit heures, nous campâmes dans le même endroit où nous
avions couché le 8 du même mois.
Nous avions eu une belle journée ;
mais il avait fallu tirer continuellement
le canot à la cordelle. A dix heures,
nos chasseurs nous rejoignirent. Ils
étaient de fort mauvaise humeur. Depuis six jours nous n'avions pas touché
à nosianciennes provisions ; mais nous
avionsconsommédeux rennes , quatre
cygnes , quarante - cinq oies et une
très - grande quantité de poisson. Il
faut observer que j'avais ayeç moi dix
m
M
% t\ §■.-   - ■ (64)   ■   ■ jT ..:
hommes et quatre femmes. J'avais toujours vu les hommes du nord (i) manger avec beaucoup d'appétit ; mais ceux
qui m'accompagnaient en montraient
bien davantage depuis que nous étions
entrés dans le fleuve. Il ne m'était pas
possible de croire que ce fût par gourmandise , car j'avais senti mon appétit
augmenter comme le leur.
(i) Les  Canadiens blancs. ( $5 )
3*r
CHAPITRE   VI.
iH.1;
Ej&s voyageufs continuent à remonter
le fleuve JYEackenzie,
m
24.
ous partîmes à cinq heures du
matin. Bientôt nous fûmes forcés d'à- % 9#
voir recours à la cordelle. Le courant }uillet-
était si fort, que nos pagayes ne suf- V{ u^
lisaient pas pour nous le faire refouler.
Nous dépassâmes une petite rivière ,
sur les bords de laquelle les Eskimaux
et les autres sauvages vont chercher
du caillou. Ses écores sont formées
d'un rocher mou , très-élevé , presqu'à
pic , et tacheté de rouge, de verd et
de jaune. L'eau qui le mine continuel»
lement en détache beaucoup de parties qui se brisent en tombant, et ressemblent à des ardoises , mais sont
bien moins dures. J'y trouvai des moi juillet.
J
(66)
ceaux de pétrole, qui, quoique beaucoup plus friable que la cire jaune, en
avait l'apparence. Le chef anglais me
dit que beaucoup de rochers pareils à
ceux qui étaient là, se trouvaient dans
le pays qui s'étend derrière le lac de
l'Esclave, et où les Chipiouyans vont
chercher du cuivre.
A dix heures, nous prîmes tous nos
gens à bord, et nous refoulâmes le
fleuve avec un vent arrière. A midi ^
nous aperçûmes une hutte sur la plage;
et bientôt après, nous vîmes une partie
des sauvages en désordre , qui s'enfuyaient dans les bois. Trois hommes
seulement nous attendaient à quelque
distance , tenant à la main leur arc et
leurs flèches, et paraissant prêts à s'eix
servir. C'est là du moins ce qu'ils voulaient nous faire craindre ; car ils pinçaient sans cesse la corde de l'arc , en
jnous faisant signe de ne pas avancer.
Le chef anglais , qui pouvait un peu
se faire entendre d'eux, leur  parla long-tems pour les convaincre qu'ils    """**
ne devaient pas se défier de nous ; niais   17°9>
ils ne consentirent à s'approcher , que   juillet*
lorsqu'ils virent que je m'avançais avec
un présent de grains de collier.
En voyant la voile de notre canot,
les naturels nous avaient pris pour des
Eskimaux, qui se servent aussi de
voile. Ils se défiaient beaucoup de nos
projets, et ils nous questionnèrent
pour tâcher de les pénétrer. Lorsqu'ils
virent dans notre canot des vêtemens ,
des arcs et d'autres objets des Indiens-
querelleurs (i), ils pensèrent que nous
avions tué quelques - uns de ces sauvages , et que c'était-là le fruit de notre
victoire. Ils me parurent être de la
même nation que les Indiens-querelleurs ; mais ils craignirent sans doute
de le dire. Toutes leurs questions nous
prouvèrent qu'ils ignoraient absolu-
(i) Degouthie dînies* ment que nous avions déjà paru dans
ces contrées.
Quoique nous eussions vu leurs
femmes s'enfuir à notre approche , ils
ne voulurent pas avouer qu'ils en
avaient avec eux ; ils nous assurèrent ,
au contraire, qu'ils les avaient laissées
à une distance considérable, avec ceux
de leurs amis qui étaient occupés à la
chasse des rennes.
Il y avait fort peu de tems que ces
sauvages étaient en cet endroit. Ijeur
hutte n'était pas encore achevée, et
ils n'avaient pas commencé à faire
sécher du poisson. Je leur donnai un
couteau et quelques grains de collier,
en échange d'un de ces coins ou ciseaux de corne, dont ils se servent
pourfendre le bois. Un de nies Iii-^
diens ayant cassé sa pagaye, voulut
s'emparer d'une des leurs ; mais celui
à qui elle appartenait s'y opposa vivement; et comme je m'avançai sur îe-
champ pour empêcher que mon Indie» Èômm|t un acte d'injustice, le naturel f{—^
s'empressa de me témoigner sa grati- *7°9*
tu de. Nous restâmes une heure et juillet.
demie avec ces sauvages.
Le chef anglais passa tout ce tems-
là dans le bois. Il trouva une partie des
objets que les naturels y avaient cachés.;
mais il ne put parvenir à découvrir
leurs  femmes.   Il  emporta   ce   qu'il
trouva, et je n'en fus instruit qu'après
notre départ. Si je l'ayais su plutôt, je
n'aurais   certes pas manqué   de   dédommager amplement ceux à qui appartenaient les choses volées. Le dtosf
anglais exprima avec beaucoup d'amertume son mécontentement de ce que
les naturels s'enfuyaient à  notre aspect , et cachaient leurs effets et leurs
jeunes femmes.   Il  dit qu'il était indigné contre ces esclaves, et qu'il&tait
bien fâcheux pour lui d'être venu dans
un pa^rs si éloigné dai sien, sans y voir
«à son gré les habitans et recevoir quelque chose d'eux.
!§
. H'i
l^j
mm.
'Bih'
à
u.
3789,
juillet
?am,
■S %J 9
( 70 )
Depuis dix heures du matin jusqu'à
six heures du soir, nous nous servîmes de la voile et des pagayes.
A sept heures , nous nous arrêtâmes pour passer la nuit. A peine
nous étions sur le rivage, que nous
reçûmes la visite d'un Indien que nous
avions vu à notre premier passage , et
qui résidait un peu plus haut. Il nous
quitta à neuf heures. Le tems était clair
et serein.
Nous nous embarquâmes le matin
à trois heures un quart, A sept heures ,
nous arrivâmes à la hutte du naturel
qui était venu nous voir la veille. Il
nous parut qu'il y  avait eu là plus
d'une famille d'Indiens , et nous soupçonnâmes celui que nous connaissions
d'avoir fait quelques rapports défavorables à ses compagnons, pour les engager à fuir notre approche. Leur feu
n'était pas encore éteint, et omvoyait
beaucoup de poissons dispersés autour*
de leur demeure»
111 juillet*
Il faisait excessivement chaud. Le
courant était beaucoup moins rapide, et ^ -**
nous le refoulâmes la plus grande partie
de la journée, avec nos seules pagayes.
Nous vîmes à une certaine distance ,"
un pays montueux ; mais les bords de
la rivière étaient bas et couverts d'arbres. Nous y remarquâmes des peupliers assez mal venus , et les premiers de leur espèce que nous eussions vus depuis que nous remontions»
Un pigeon sauvage passa au-dessus de
notre canot ; et nous vîmes une très*
grande quantité de lièvres.
Nous aperçûmes sur le bord du
fleuve plusieurs établissemens Indiens,
que nous n'avions pas vus en descendant. Vers les sept heures du soir,
l'horizon , du côté de l'ouest, devint
d'un bleu d'acier, et il 'en partit des
coups de tonnerre et des éclairs. Nous
abordâmes et nous nous hâtâmes de
planter nos tentes , pour nous mettre
à l'abri de l'orage ;  mais pendant c^
i
il
KM
JE i
ri
I789
"      f I  ?*   >       •      f ..     '
tems-là, il nous assaillit avec violence,
et nous craignîmes que le vent n'em-
uullet. portât une partie de nos effets. Il brisa
dans le milieu la faitière de ma tente ,
qui était pourtant d'un très bon bois ,
et avait neuf pouces et demi de circonférence. Nous fûmes obligés de nous
coucher à plat ventre pour n'être pas
blessés par les pierres que le tourbillon
enlevait comme des grains de sable.
Heureusement que cet ouragan ne dura
pas long-tems. Le tems demeura couvert , et la pluie ne tarda pas à tomber*
Il plut depuis le samedi soir jusqu'au
dimanche à quatre heures du matin „
En voyant cesser la pluie , nous nous
remîmes en route. A huit heures , nous
prîmes terre près de trois grandes cabanes d'Indiens. Les habitans étaient
encore endormis. Ils montrèrent beaucoup d'inquiétude et de frayeur quand
nous les éveillâmes, bien que la plupart d'entr'eux nous eussent déjà vus.
Leurs   cabanes   étaient   remplies   de
dim.
26. .(7*)
poisson qu'ils avaient suspendu pour
le faire sécher. ?f|
Comme nous avions besoin de provisions , nous envoyâmes les jeunes Indiens visiter les filets, et ils nous rapportèrent beaucoup de ces gros poissons
blancs (i) désignés sous le nom de poisson inconnu. Il y avait aussi des poissons
dont la forme était ronde et la couleur
verdâtre, ainsi que d'autres qui étaient
blancs ; et nous les trouvâmes tous
d'un goût excellent. Quelques grains
de collier et quelques autres bagatelles
parurent à ces sauvages un paiement
généreux. Ils aiment beaucoup toute
espèce de fer travaillé. Mes gens achetèrent d'eux beaucoup de choses pour
de petits morceaux d'étain.
Parmi ces Indiens , il y en avait cinq
ou six que nous n'avions plus vus.
Nous y remarquâmes entr'autres un Indien côte-de-chien , qui s'était éloigné
de son pays à la suite d'une querelle
(i) Ce n'est pas le même que le poisson blanc ,
, appelé tieamang.
o
~X   /•*_<*/.
j Ul.itCi. (   74) ;\ %■■
'     j      particulière. Le chef anglais entendait
7 9*  la langue de ce  sauvage   comme  la
juillet. sienne propre. Voici ce qu'il me raconta de la conversation qu'ils eurent
ensemble.
D'après ce que cet Indien avait appris des Indiens-lièvres , avec qui il
vivait alors , il y a une autre rivière
au-delà des montagnes du sud-ouest,
qui porte ses eaux dans le Belnoullaï-
Tou; et est infiniment plus considérable que celle où nous avons navigué.
Les habitans des bords de cette rivière
sont très -'grands , très - médians , et
tuent les autres hommes en les regardant. Ils ont des canots plus grands
que les nôtres. Ceux qui vivent à l'embouchure , chassent une espèce de castor dont la fourrure est presque rouge ,
et sont fréquemment visités par des
gens qui viennent dans de grands canots. Comme on ne peut pas se rendre
par eau du pays des Indiens-lièvres aux
bords de cette rivière, les naturels qui
y sont allés ont traversé les montagnes* (75) t.
L'indien-côte-de-chien ayant rap- ——\
porté qu'il y avait des castors dans le  1^"93
pays où il se trouvait, je lui lis dire  juillet*
qu'il fallait qu'il en prît, ainsi que ses
hôtes,  et qu'ils  feraient bien d'aller
aussi à la chasse des martres , des renards ,  des mangeurs de castor (i) ,
et des autres animaux ,  parce qu'ils
pourraient en aller vendre les peaux
chez les Indiens de sa nation (2) , qui
tiraient de nous des marchandises d'Europe ,  que nous portions dans le voisinage de leur pays.
Ce sauvage désirait savoir si nous
reviendrions dans le fleuve. Il nous dit
qu'en le remontant cette fois-ci, nous
ne trouverions que peu d'Indiens le
long de ses bords ; parce que tous les
jeunes hommes étaient allés à la chasse
des rennes, près du lac des Eskimaux,
■
iit'j
(1)  C'est le nom que ces sauvages donnent
aux petits loups.
(£) Les Indiens-côte-de-chien,
1 Il
I i II"!
«il
(76 )
8 j qu'il nous assura de nouveau n'être
17°9* qu'à peu de distance. En nous parlant
juillet, des Eskimaux , il nous les peignit
comme des thomraes perfides, cruels ,
qui avaient récemment massacré un
Indien de sa nation. Il ajouta que cette
nation avait formé le projet de se venger , et qu'elle l'exécuterait, à moins
que les meurtriers ne payassent cou*,
venablement le prix du sang qu'ils
avaient versé.
Mes Indiens avaient grande envie
d'emmener une femme qui était avec
les naturels ; mais comme ceux-ci ne
voulaient pas la leur céder , j'interposai mon autorité pour empêcher
qu'elle fût enlevée. Certes ^ en cette
occasion , j'eus besoin de joindre à
l'autorité beaucoup de vigilance ; car
mes Indiens étaient toujours prêts à
s'emparer de ce qu'avaient ceux que
nous rencontrions, sans leur offrir
aucun dédommagement.
Vers midi, nous dépassâmes l'em- \77 ) f:
bouchure d'une rivière assez considé-
rable qui venait du côté de l'est. Un 27 9*
des naturels qui nous accompagnait, juillet.
nous dit qu'on lui donnait le nom de
rivière du Chemin d'hiver. Ce jour-là
le fleuve n'était pas difficile à remonter
le long de ses bords , parce qu'il y
avait divers remous. Nous nous servîmes de la voile pendant quelques
heures, et à sept heures et demie nous
^prîmes terre.
Le tems était très-beau. Nous nous
mîmes en   route à  deux  heures   du
matin. A sept heures, nous abordâmes
non loin des cascades, et vîmes aussi
des cabanes de trois familles d'Indiens.
Nous  y   trouvâmes  peu d'habitans ,
parce que vraisemblablement l'Indien-
lièvre ,  qui nous   avait devancés  la
veille, était cause que les autres avaient
pris la fuite à notre approche. Nous
avions vu , à notre premier passage,
quelques-uns de ces Indiens , qui nous
avaient promis alors d'aller chercher
lundi
27.
f âfïïf
W
J    leurs fourrures ,  qui étaient sur les
3j 9*   bords  d'un lac voisin , et d'attendre
juillet. K   â 1%/r  • i a
notre retour. Mais nous les trouvâmes
tout aussi dépourvus de pelleteries
qu'ils l'étaient auparavant. Ils avaient
beaucoup de poisson sec, dont une
certaine quantité était empaquetée
dans de l'écorce de bouleau.
Pendant les deux heures que nous
restâmes avec ces sauvages, je tâchai
de recueillir quelques notions sur la
grande rivière dont l'Indien-côte-de-
chien m'avait parlé la veille. Ils me
dirent qu'ils n'étaient point allés au-
delà des montagnes , et qu'ils ne connaissaient cette rivière que par le rapport de leurs amis ; mais qu'on leur
avait assuré que cette rivière coulait
vers le midi (i) et était beaucoup plus
large que celle qui baignait les champs
où ils vivaient. Ils ajoutèrent que nous
(i) L'expression des sauvages est vers le soleil
du milieu du jour. ( JSote du traducteur ).
ÎMfii trouverions à quelque distance, des ———
habitans des montagnes, qui étaient  x7°9m
. ...
descendus sur les bords du fleuve pour  }ullle*«
se procurer du poisson ;  et que , sans
doute, ces montagnards connaissaient
bien l'autre  grande rivière, objet de
mes questions.
Je fis présent de quelques grains de verroterie à l'un de ces Indiens, pour l'engager à esquisser sur le sable une image
du pays voisin. Aussitôt il se mit à tracer
cette singulière carte. Sans cherchera
marquer exactement le cours des deux
rivières, il traça une très-longue pointe
de terre entr'elles , et il les représenta
toutes deux se jetant dans le grand lac |
à l'extrémité duquel on voyait , suivant ce qu'il avait appris des Indiens
d'une autre nation , un Belhoullçii-
Caouinn (i). J'imaginai que ce fort de*
vait être celui d'Ounalaschka ; que par
conséquent la rivière de l'ouest était
1
(i) Une forteresse des hommes blancs ..-!'
Um
( 80 )
celle   de Cook ; et qu'enfin le grand
lac, ou plutôt la mer , où nous avions
j.çàllet.   reconnu l'île de la Baleine, communiquait avec le détroit de Norton.
J'offris à ce sauvage de le récompenser généreusement s'il voulait traverser avec moi les montagnes, et me
conduire au bord de la grande rivière.
Il le refusa, en me disant que les Indiens dont il m'avait déjà parié , et qui
péchaient dans le voisinage , étaient
beaucoup plus en état que lui d'exécuter cette entreprise.
L'un des naturels avait le dos couvert d'ulcères; et, autant que je pus
m'en apercevoir, le seul soulagement^
que recevait ce malheureux, était dû
à une femme qui , avec un paquet de
plumes, classait continuellement le$
mouches qu'attiraient les plaies.
A dix heures du matin^, nous afcté-
rîmes près des cabanes des Indiens
montagnards. J'avertis_ mes__gens de
se préparer à passer là le reste de  la
\w ( 81 )
fournée.  Je voulais me concilier la
bienveillance des Indiens, afin qu'ils
répondissent, sans aucune réserve, à
toutes les questions   que je pourrais
leur adresser. Cependant je faillis:; jt
«kre frustré de tout ce que j'espérais ,
par un accident qui avait eu lieu avant
mon arrivée. Le*s jeunes chasseurs qui
me précédaient, ayant abordé près des
cabanes des naturels ,  ceux-ci avaient
saisi leur canot   avant  qu'ils   débarquassent , et l'avaient tiré sur la plage
avec tant de force, qu'il s'était brisé.
Mes gens étaient prêtShà punir cet acte
de violence ; mais heureusement j'arrivai  assez à tems pour les  arrêter.
La boussole variait là de 29 degrés
à l'est.
A quatre heures après-midi, ayant
fait assembler les naturels , je chargeai
mon interprète de les haranguer. Mais
le long discours qu'il leur tint ne nous
valut pas beaucoup d$ renseîguemens.
Jis ne nous  apprirent de  la  grande
2f\ 6
1789.
juillet.
}M
K
Ma
I EJà   i
V?
lïP.'     » M      - "ISP
^yn il .
8a )
—  rivière coulant à l'ouest, que ce que
1789. nous en savions déjà ; et la peinture
juillet, qu'ils firent des habitans de ses bords,
était encore plus absurde et plus ridicule que celle qu'en avaient faite les
Indiens-lièvres.   Ils dirent que ces habitans étaient d'une stature gigantesque; qu'ils possédaient des ailes dont
iJs ne se servaient pourtant pas pour
voler, et qu'ils   se  nourrissaient   de
grands oiseaux qu'eux seuls pouvaient
tuer facilement , et par lesquels des
•hommes   ordinaires  seraient infailliblement dévorés s'ils osaient en appro^
cher. Ils ajoutèrent que les gens de la
nation qui vivaient à l'embouchure de
la grande rivière , avaient le pouvoir
extraordinaire de lancer des regards
qui donnaient la mort, et que chacun
d'eux mangeait à ses repas un grand
castor tout entier.
Ils ajoutèrent que de très-grands
canots venaient à l'embouchure de
la  rivière,   ils  ne   prétendaient   pas
v* if" '      «" ■$' (83) "   i
«ivoîr vu eux-mêmes toutes ces choses ;  —
elles leur avaient été racontées par des 17 9*
Indiens   de   quelques   autres   tribus. )uU    *
Pour eux, contens de chasser les petits
buffles  blancs sur la première montagne , ils ne se hasardaient pas, dirent-
ils , à aller au-delà , parce que toutes
les fois que quelqu'un d'eux étaj|trren-"
contré par les habitans des autres montagnes , ils cherchaient à le massacrer.
Ils me dirent que les sources de
toutes les rivières tributaires des deux
grandes , étaient séparées par des
chaînes de montagnes. Certes , je restai persuadé que ces sauvages connaissaient beaucoup mieux le pays
qu'ils ne disaient, ou bien que mon
interprète, qui était déjà las de voyager, me cachait une partie de leurs
réponses, de peur qu'elles ne m'engageassent à entreprendre quelque nouvelle excursion.
Notre entretien était à peine achevé ,
que les naturels se mirent à danser ; j^ÉSS
(H)
exercice qu'ils aiment beaucoup, et
qui, avec celui de sauter , est leur seul
jiu et. amuS€menf;% Tous , jeunes et   vieux,
mâles et femelles , ne cessèrent que
lorsqu'ils furent   épuisés  de  fatigue.
Us accompagnaient leurs danses par
des cris, à l'imitation de ceux des rennes , des ours et des loups.
Quand la danse fut finie , j'engageai
le chef anglais à faire encore quelques
questions aux naturels ; mais il nfen
tira rien de nouveau. Je pris alors un
air courroucé ;  je  déclarai que je les
soupçonnais  de me cacher ce qu'ils
savaient ; et que s'ils ne s'empressaient
pas de me répondre sans déguisement,
je forcerais l'un d'eux à venir le lendemain matin avec moi, pour m'in-
diquer  le chemin   qui   conduisait   à
l'autre grandfe rivière. Aussitôt ils parurent tous extrêmement affligés , et
ils répondirent d'une voix très-faible ,
qu'ils ne savaient rien de plus que ce
.qu'ils m'avaient dit, et  que si j'em- ■ „ ..   . ( 85 )l
menais l'un d'eux, ils mourraient tous.
Ils essayèrent de persuader à mon in- 1789,
terprète de demeurer avec eux , en juillet*
l'assurant qu'ils l'aimaient autant
qu'eux-mêmes ; et que s'il continuait
à me suivre, il serait tué. La proposition de ces sauvages , appuyée par les
sollicitations des femmes de l'interprète , ne laissa pas que de faire beaucoup d'effet sur lui ; mais il s'efforça
de me le cacher.
Je vis alors que tant que je demeu-
* rerais-là , ce serait en vain que je chercherais des renseignemens sur le pays ,
ainsi que sur la grande rivière coulant à l'ouest. Mais j'espérai en recevoir dans la rivière du lac de l'Ours ,
où je comptais trouver les naturels
qui m'avaient promis d'y attendre mon
retour. Ces derniers m'avaient déjà
parlé de la grande rivière de l'ouest ;
mais j'y avais fait peu d'attention ,
parce que je croyais alors que mon
interprète les comprenait mal, ou que I
i
m
tjS
c'était une invention par le moyen d
laquelle, et de leurs autres mensonges
ils  comptaient  m'empêcher   de   descendre le fleuve.
Les naturels nous fournirent une
grande quantité de poisson sec et de
poisson frais. Ils nous cueillirent autant de baies ( i ) que nous en voulûmes ; et pour tout cela nous leur
donnâmes, suivant l'usage, des grains
de verroterie , des couteaux , des
alênes et de l'étain. J'achetai d'eux
quelques peaux de castor, animal
qu'ils me dirent être fort commun
dans le pays. Ils ajoutèrent qu'il y
avait peu d'élans et de buffles.
Ils paraissaient inquiets pour quelques-uns de leurs jeunes gens qui
étaient allés à la chasse des oies, et ils.
nous conjurèrent de ne leur faire aucun mal. Leurs chiens étaient si importuns autour de notre  bagage , et
(i) Hurtle-berry. C P
7 )
mes représentations à ce sujet devenaient si inutiles auprès des maîtres , 17**9'
que le soir je tuai un de ces animaux juillet,
d'un coup de pistolet. Dès que les
naturels entendirent le coup et virent
leur chien mort, Fallarme fut générale parmi eux. Les femmes chargèrent leurs enfans su^r leur dos, et
s'enfuirent dans les bois. Je donnai
ordre à mon interprète de leur expliquer la cause de ce que je venais de
faire , et de les assurer qu'ils n'avaient
rien à craindre pour eux-mêmes. La
femme à qui appartenait le chien paraissait très-chagrine, et déclara que
la perte de cinq enfans qui étaient
morts l'hiver précédent, ne l'avait pas
tant affectée que celle de cet animal.
Mais sa douleur ne dura pas long-
tems : quelques grains de collier suffirent pour la dissiper. De même que
ces sauvages savent passer de la tristesse à la joie, ils passent aussi facilement de  la  joie  à la tristesse, et
il
•N& if
feignent à leur gré la plus vive dou-
1709. ]eur# Le xnatin nous trouvâmes les
juillet, femmes en pleurs, parce qu'elles appréhendaient que nous ne les emmer
nassions. Certes, ces femmes ne pouvaient pas être agréables aux yeux
d'un Européen ; mais quelques-uns de
mes gens remarquèrent^ en elles des
charmes secrets qui les leur firent
désirer, et je crois bien qu'ils trouvèrent moyen de dissiper leurs craintes
et de triompher de leur retenue.
Je vis sur la partie la plus élevée du
rivage, beaucoup de réglisse en fleur ,
et j'en arrachai quelques racines qui
étaient grosses et fort longues. Les
naturels ignoraient les propriétés de
cette plante, et par conséquent n'en
faisaient aucun usage.
A quatre heures du matin, je donnai des ordres pour le départ. Tandis
qu'on chargeait mon canot , je me
rendis avec le chef anglais dans les
cabanes des Indiens.   La  plupart   de
mardi
IJr
r C 89 )
ces sauvages s'en étaient allés pendant
la nuit ; et ceux que nous y trouvâmes , dirent qu'ils étaient malades, et
ne voulurent pas se lever. Cependant dès qu'ils furent convaincus que
nous ne voulions pas les emmener ,
ils se portèrent bien, et ils sortirent
de leurs cabanes pour nous prier de
visiter leurs filets placés un peu plus
haut, et de prendre tout le poisson
qui y était. Nous profitâmes de cette
offre, et prîmes autant de poisson qu'il
nous en fallait.
Peu de tems après avoir quitté ces
Indiens, nous abordâmes dans un endroit où il y avait deux cabanes remplies de poisson , mais point d'habi-
tans. Ils avaient sans doute pris le
parti de se cacher avec les autres. En
fouillant dans ces cabanes, mes chasseurs trouvèrent diverses choses qu'ils
voulurent emporter. Je les laissai faire,
et ie déposai des grains de verroterie
et des alênes , pour prix de ce qu'ils
1789.
iuiUéii
1
I , ( 9° )
 — prenaient. Mais ils ne pouvaient pas
îjo^. concevoir la nécessité d'un pareil acte
juillet, de justice , quand les propriétaires des
effets pris n'étaient pas présens. Je
pris un filet, et je mis à la place un
grand couteau. Le filet avait quatre
brasses de long, et trente-deux mailles
de haut. On pouvait le poser bien plu^
facilement dans les remous, que les
nôtres qui étaient fort grands.
Nous étions alors dans l'endroit que
les Indiens disaient être une cascade ,
et nos pagayes nous suffisaient pour
refouler le courant ; de sorte qu'il ne
devait pas être si fort là que dans beaucoup d'autres parties du fleuve. S'il
l'eût été , et qu'il eût fallu nous servir
de la cordelle, nous aurions été très-
embarrassés , parce que l'écore qui est
vis-à-vis est en partie hérissée de rochers escarpés qui ne laissent pas de
passage entr'eux et l'eau. Ces rochers
sont couverts de nids d'hirondelle. Le
tems était extrêmement chaud. A onze Bit  .. ^91' ^ .        : - 'il
heures nous fûmes contraints de nous ——g
arrêter pour donner un suif au canot. 37"9
A midi nous nous remîmes en juillet.
route , et à une heure nous attérîmes
près d'un feu que nous jugeâmes avoir
été allumé par les jeunes gens qu'on
nous avait dit être allés à la chasse
des oies. Mes chasseurs trouvèrent le
canot et le gibier de ces Indiens , ca-
chés dans le bois ; et bientôt après ils
découvrirent les Indiens eux-mêmes ,
qu'ils menèrent au bord du fleuve. Sur
deux cents oies qu'ils avaient, nous
en choisîmes trente-six qui paraissaient
encore assez fraîches ; le reste était
gâté et exhalait une horrible puanteur. Ces sauvages tuent le gibier sans
le vider, ce qui fait qu'il se corrompt
plutôt ; et il y a apparence que lorsqu'il est dans un état de putréfaction ,
ils ne le mangent pas moins.
O X
Nous payâmes les oies que nous
avions prises , et nous poursuivîmes
notre route. A sept heures du soir, le
m ■i!i,
Il
II* !
SflSsïI<iii..!l
I ||§f
'    o    ;  Ë.   C 92 ) „      \   S
*  tems se couvrit. A huit heures noug
17°9* prîmes terre, à neuf le tonnerre éclata
juillet, ayec beaucoup de force. Il fut suivi
d'une pluie abondante, et d'un ouragan qui abattit nos tentes, et faillit à
emporter notre canot, quoiqu'il fût*
attaché à des arbres avec une bonne
corde. L'orage dura deux heures. Nous
fûmes trempés jusqu'aux os.
Le mardi, le tems était nébuleux i
et la chaleur insupportable. Le mercredi matin , nous ne pouvions pas
trouver assez de vêtemens pour nous
garantir du froid. A quatre heures et
un quart, nous cinglâmes avec un
vent arrière, qui, quoique nous eussions à refouler un courant très - fort,
nous faisait faire beaucoup de chemin.
A dix heures nous fûmes rendus
aux écueiïs; et nous nous servîmes
de la cordelle pour y remonter, en
longeant la rive occidentale. Le courant était-là beaucoup plus  rapide
!f IIS! (93)    "
que lors  de  notre premier passage.
L'eau   avait  baissé   de   plus  de  cinq    7 9
pieds ; de sorte que nous vîmes plu- )ulUeU
sieurs basses que nous   n'avions pas
aperçues en descendant.
L'un de mes chasseurs courut risque d'être noyé , en traversant une
rivière qui a son embouchure sur la
rive occidentale du fleuve , et est ,
après la rivière de la Montagne , la
plus considérable de celles qui lui
portent de ce côtérlà, le tribut de
leurs eaux.
Nous eûmes toute la journée un
vent de nord très-fort et très-froid.
Nous ne nous arrêtâmes le soir qu'à
huit heures un quart. Nos chasseurs
tuèrent une grosse oie, et en attrapèrent plusieurs jeunes, ai
La pluie tomba toute la nuit. A
quatre heures du matin, nous nous
mîmes en route. Le tems était couvert, mais moins froid que la veille»
Lèvent avait passé au nord-ouest; de
\
jeudi
oo.
f-IE
Sra
!i!M I-11
I
fil
1 TÎ   I
( 94 ) I
sorte que nous allâmes à la voile la
X   '' plus grande partie de la journée. Vers
*Ui e ' les  sept heures du  soir , nous   atté-
rîmes et plantâmes nos tentes.
Ce jour-là nos chasseurs tuèrent
onze vieilles oies , et quarante jeunes,
qui à peine commençaient à voler.
Le chef Anglais étalPëxtrêmement irrité contre un de ses jeunes compagnons. Je ne pus apprendre en détail d'où provenait sa colère : mais
je sus qu'elle avait pour cause la
jalousie, et que cette jalousie était
fondée.
Depuis deux ou trois jours, nous
mangions de la racine de réglisse ,
plante qui croît en abondance sur les
bords du fleuve. Nous nous aperçûmes que c'était un puissant astrin-
vèndr.
3i.
gent.
Nous ne pûmes nous embarquer
qu'à neuf heures du matin ; parce
que la pluie qui tombait depuis:la
veille,   ne  s'arrêta qu'à cette heure»
M « ( 95 )      '■ -     fr
là. Le vent et le tems étaient les mêmes	
que le jour précédent. Vers les trois  l7 9*
heures après midi le tems s'éclaircit, JuuleU
le vent se calma, et il fit très-chaud.
A cinq heures le vent tourna à l'est,
et l'air devint froid.
Nous vîmes beaucoup de framboises
et de  grosses groseilles, et une  autre   espèce   de   baies   qu'on   nomm©
poires (i).
Les hauts-fonds de sable et de gra-
vier, qui occupaient une partie de la
rivière à quelque distance des écores ,
retardèrent beaucoup notre marche.
Dans d'autres endroits les bords de la
rivière étaient très-élevés, et composés d'un mélange de terre noire et
de sable, dont il se détachait souvent
des  masses ;   ce qui découvrait une
(i) Sans doute que les coureurs de bois du
Canada ont donné à cette baie le nom de poire
parce qu'elle a quelque ressemblance avec de
petites poires. ( Note du traducteur).
31
1
é hlilli
(96)
glace solide à un pied au-dessous de
* la surface du sol.
Nous nous arrêtâmes pour planter
nos tentes, à sept heures trois quarts.
Pendant notre marche nos chasseurs
avaient tué sept oies.
Nous fîmes usage de nôtre maïs.
Depuis que nous remontions le fleuve,
nous n'avions encore consommé de
nos provisions que la ration de trois
jours*
Mon intention était, lorsque nous
serions rendus au dernier écueil, de
remonter le fleuve en longeant la rive
méridionale, afin de reconnaître s'il
n'y avait pas quelques rivières un peu
considérables qui vinssent de l'ouest.
Mais les bancs de sable étaient si nombreux et le courant si rapide , que je
fus obligé de passer du côté opposé,
où les remous nous permettaient de
suivre une ligne plus directe , et de
jeter souvent nos filets.
[I lllii
11 ( 97
Se
ragr-T^reaS
I;     CHAPITRE   VII.
Continuation du voyage. Retour au
fort Chipiouyan.
h s les trois heures du matin nous
gnous embarquâmes. Le vent soufflait
du sud-est ; le tems était beau, mais
froicLA trois heures après midi, nous
traversâmes le fleuve, pour tirer le
canot^jà la cordelle. Nous vîmes là
des cabanes, qui ne paraissaient avoir
été abandonnées que la veille. A cinq
heures nous rencontrâmes une famille
Indienne, établie sur le bord du fleuve.
Elle était composée d'un homme, deux
femmes et plusieurs enfans. Nous ne
l'avions pas vue à notre premier passage.
Ces Indiens nous dirent qu'ils n'avaient que peu de poisson, et que les
17 89.,
août,
sanx.
1 ■■•■
<9«)'
—— seules personnes de leur tribu , qui
1709. fussent en ce moment dans le voisi-
août. nage, étaient un homme de leur famille qui chassait , et les habitans
d'une cabane située sur l'autre rive
du fleuve. Je m'aperçus que mon interprète répugnait beaticoup à faire
les questions que je lui dictais ; et;-je
l'attribuai à la crainte qu'il avait que
les notions que je pourrais acquérir
ne l'empêchassent de revoir, cette saison, le pays d'Athabasca. Nous le laissâmes s'entretenir avec l'Indien , et
nous plantâmes nos tentes dans le
même endroit où nous avions passé
la nuit, le 5 du mois précédent.
Bientôt le chef Anglais vint avec le
naturel, s'asseoir auprès de mon feu.
Le dernier me dit que le premier guide
que nous avions pris pour descendre
le fleuve , avait repassé, et que nous
trouverions trois familles de sa tribu
au-delà de la rivière du lac de l'Ours. A
l'égard de la grande rivière de l'ouest |
L. r*! *a
août.
dim»
3.
( 99 ) "     ...
il ne savait que ce qu'il en avait en- —Pfc
tendu dire aux autres Indiens. Ce fut A7^9*
la première nuit, depuis notre départ
d'Athabasca, où il y eut assez d'obscurité pour que nous pussions voir
les étoiles.
Nous partîmes à trois heures du
matin, en tirant le canot à la cor-
delle. Je marchais avec mes chasseurs , parce qu'ils allaient plus vite
que mon canot, et que je les soupçonnais de vouloir arriver avant moi
aux cabanes des naturels. J'observai
en route plusieurs petites sources minérales, qui sortaient du pied d'une
montagne ; et je vis sur la plage beaucoup de blocs de minerai.
Quand nous fûmes rendus sur le
bord de la rivière du lac de l'Ours ,
j'ordonnai à l'un de mes jeunes chasseurs , d'attendre mon canot ; et je
pris sa place dans le petit canot pour
gagner l'autre rive. La rivière du lac
de l'Ours avait eu cet endroit, deux
'S f
m aoul.
(   ÎOO |
cent cinquante pas de large. Son eai
était claire et verdâtre. En débarquant
sur l'autre rive, je vis que les naturels
y avaient été très-récemment, car les
traces de leurs pas étaient encore toutes fraîches sur le sable.
Je continuai à marcher jusqu'à cinq
heures après-midi. Alors j'aperçus plusieurs colonnes de fumée le long du
rivage. Comme^fmaginais que je trouverais les naturels autour des feux,
je hâtai le pas pour les joindre , et mes»
compagnons en  firent  autant ;  mais
nous  fûmes trompés   dans  notre at-j
tente. A mesure qu^R^us avançâmes.,
nous sentîmes une forte odeur de soufre , et bientôt nous reconnûmes que>
c'était l'effet d'ungragid incendie. j)es
Indiens dont les  débris des cabanes
se voyaient encore dans le voisinage,
avaient ,   sans doute   par   mégarde ,
mis le  feu à une mineide charbon;
La plage en était encore couverte : et le
vchef Anglais en ramassa quelques-uni)
r- (   *01   )
dfesplus noirs, pour en faire de la pein*
ture. Il me dit, à^eette occasion, que c'était avec ce minéral que les Indiens teignaient leurs tuyaux de plume en noir.
Nous attendîmes là mon canot, qui
n'arriva qu'au bout d'une heure. A dix
heures et demie , nous vîmes plusieurs
marques qui avaient servi aux Indiens.
C'étaient des morceaux d'écorce d'arbre , attachés à des perches , et dirigés
Vers un bois, vis - à - vis duquel il y
avait un ancien chemin qui paraissait
avoir été fréquenté dépuis peu. Lst
place était aussi couverte des traces
x     o
des Indiens. Un peu plus loin , nous
trouvâmes les poteaux de cinq cabanes,
qui étaient encore plantés. Nous abondâmes et nous déchargeâmes le canot.
Je fis alors* partir en avant un de mes
gens avec les detix jeunes chasseurs ,
pour voir s'ils pourraient trouver quelques naturels à un jour de marche de
l'endroit où nous étions. J'invitai le
ëbef anglais à être de cette expédition ;..
1785^
aouu:
■*M
f« ■•■
îybg
août.
(  102  )
mais il me répondit qu'il était trop
fatigué , et que d'ailleurs il y serait
inutile. C'était la première fois qu'il
ne s'empressait pas de faire ma volonté ; et je ne pus attribuer son refus
qu'à la jalousie , quoique j'eusse pris
toutes les précautions nécessaires pour
qu'il ne pût pas être jaloux des Canadiens.
Les montagnes vis-à-vis desquelles
nous nous trouvions , et qu'à notre
premier passage nous avions vues couvertes de neige, n'en conservaient pas
la moindre trace.
Nous posâmes deux filets. A onze
heures du soir , le Canadien et les
chasseurs revinrent. Us étaient allés
jusqu'aux premières cabanes des naturels , où ils avaient trouvé quatre feux
récemment abandonnés. Pour s'y rendre , il leur avait fallu faire le tour de
plusieurs petits lacs , que les naturels
traversent dans leurs canots. Les ca*
banes étaienjt situées sur le bord d'uni ICO    )
lac, trop considérable pour qu'ils osas- —;
sent entreprendre de le côtoyer;  ce    ffpgl
qui fut cause qu'ils n'allèrent pas plus   aai |
loin. Ils virent dans les petits lacs beaucoup d'habitations  de  castor ,   ainsi
que plusieurs de ces animaux. Ils en
tuèrent un dont le poil était long , indication  certaine   de l'approche   du
froid. Ils virent aussi beaucoup d'anciennes traces d'élan et de renne. Les
maringouins   commençaient à diminuer , ce qui nous prouvait que c'était
le tems où les rennes quittaient les
plaines pour se retirer dans les bois.
Je craignis que les naturels ne fussent
déjà rendus sur les montagnes , ou
dans les environs,  pour  tendre des
lacs à ces animaux, et que nous ne
pussions pas en trouver un seul sur les
bords du fleuve.
Nous nous embarquâmes à quatre lun. 3
heures du matin , et fîmes voile avec
un fort vent d'ouest. Le tems  était
froid et nébuleux. A midi, il s,'éclaircit
T
«t ï7%-
août-.
jâaar. 4-
- (   ÎO#)       ';|-    .
et devint très-beau. Ée courant était
beaucoup plus rapide. Les eaux avaient
tellement baissé, que nous apercevions
chaque jour dès écueils qui n'étaien&
pas visibles à notre premier passage.
Nos chasseurs tuèrent plusieurs oies,
beaucoup plus grosses que la plupart
de celles que nous avions déjà vues.
Nous aperçûmes le long du fleuve
quelques stations des naturels. A huit
heures, nous nous arrêtâmes jusqu'au
lendemain.
Nous nous remîmes en route à quatrer
heures du matin. Le tems était calme
et beau. Il avait tombé beaucoup de-
rosée pendant la nuit, et le froid s'é-
X '
tait fait vivement sentir. A neuf heures,,
nous fûmes obligés de nous arrêter
pour goudronner le canot. Il faisait
alors extrêmement chaud. Nous vîmes
au bord du fleuve^beaucoup de traces
de rennes. A cinq heures du soir,
nous plantâmes nos tentes et nous posâmes nos filets. Ce jour-là, nous re* ( ïo5 ) •   Jl
foulâmes un courant très-fort, et nous
avions de la peine à marcher sur la
plage, à cause des grosses pierres doût
elle était semée.
Nous levâmes nos filets sans y trouver un seul poisson. L'eau avait tellement baissé, que nous ne pouvions
plus profiter des remous pour pêcher.
Cependant le courant n'en était pas
moins rapide. On marchait toujours
avec difficulté sur la plage. L'air était
devenu si froid, que le violent exercice que nous faisions ne nous réchauffait pas. Nous doublâmes plusieurs pointes où nous n'aurions pas
pu passer , si le. canot eût été chargé.
Nous étions si fatigués que nous nous
arrêtâmes à six heures du soir.
Mes chasseurs tuèrent deux oies.
Les femmes qui se tenaient dans le
canot étaient continuellement occupées à faire des souliers de peau d'élan
pour les hommes , parce qu'ils en
usaient chacun une paire par jour.
1789,
août,
mer Ce
5.
.
i
a" . _o_
170c
'.'
vend.
«# (  106 )
La pluie nous empêcha de partir
d'aussi bonne heure que de coutume..
Nous fîmes voile à six heures et demie,
avec un fort vent arrière qui, avec le
secours des pagayes, nous fit faire
beaucoup de chemin.
Nous nous arrêtâmes à six heures du
soir pour attendre nos Indiens , que
nous n'avions pas vus de toute la journée. A sept heures et demie , ils arrivèrent très-fatigués et très-mécontens.
Depuis deux jours, nous n'avions pas
aperçu une seule cabane.
Nous nous embarquâmes à trois
heures et demie du raatiij. Peu après
nous vîmes sur la plage deux rennes.
Nous ralentîmes notre marche. Mais
nos chasseurs s'étant mis à courir *
parce que chacun d'eux voulait approcher ces animaux le premier, ils les
effrayèrent eu ne purent les joindre.
Ils tuèrent ensuite une femelle de la
même espèce. Ses jambes de derrière
étaient couvertes de blessures. Noua W-: '      (  lo7 )      . - ' i- '
jugeâmes qu'elle avait été mordue par	
les loups, qui sans doute avaient dé- 1709
voré son faon. Ses pis étaient encore août.
remplis de lait ; l'un des jeunes Indiens
le fit couler dans du maïs bouilli, qu'il
mangea ensuite avec grand plaisir ,
prétendant que c'était un mets délicieux.
Vers les cinq heures après - midi,
nous vîmes courir un animal sur la
plage ; mais nous ne pûmes pas  dis-
> /
tinguer si c'était un renard jgris ou un
chien. Peu après , nous nous arrêtâmes pour passer la nuit, à l'embouchure d'une petite rivière , pensant que
nous pourrions découvrir quelques
naturels dans les environs.
Je donnai ordre à mes Indiens de
bien nettoyer leurs fusils, et je leur
distribuai du plomb et de la poudre ?
pour qu'ils allassent le lendemain à
la chasse. Je leur recommandai en
même tems de tâcher de découvrir s'il
n'y avait pas quelques naturels dans
■ âra roo
1789.
août.
les montagnes voisines. Je trouvai â:
la lisière du bois un petit canot, dans
lequel il y avait un arc et une pagaye,
avait été réparé cette année-là , et
l'écorce dont il était fait me parut bien
mieux travaillée que tout ce que j'avais
vu en ce genre,
Ce jour-là , nous avions rencontré
plusieurs cabanes abandonnées. Le
courant était très-fort, et autour des
pointes que formait l'écore en divers
endroits, il avait la rapidité des cascades.
u La pluie tomba toute la nuit, et ne
cessa que l'après-midi. Elle fut suivie
d'un vent d'ouest très-fort et très-froid.
Mes Indiens ne partirent pour la chasse
qu'à trois heures, et ils revinrent à
huit sans rapporter le moindre gibier.
Ils virent beaucoup de traces de rennes,
mais elles étalent anciennes. Ils rencontrèrent aussi un sentier que Fuis.
d'eux suivit jusqu'à une certaine dis- X  lo9  )
f. f
Hance, et qui paraissait n avoir pas ete
fréquenté depuis long-tems.
La pluie recommença à tomber, et
<lura jusqu'au lendemain.
A trois heures du matin, nous nous
remîmes en route. Le tems était froid
^et nébuleux; mais vers les dix heures
il se radoucit, et les nuages se dissipèrent. Nous vîmes encore un canot
à côté du bois. L'un des chasseurs tua
un chien extrêmement maigre.
Nous remarquâmes divers endroits'
où les naturels avaient allumé du feu„
Ces sauvages ne restent pas long-tems
sur les bords du fleuve, et ils changent
de place et passent d'une rive à l'autre,
suivant ce qui convienta leurs projets.
Nous vîmes d'un côté du fleuve un
sentier correspondant à un autre qui
était sur la rive opposée. Depuis la
nuit dernière, l'eau avait augmenté
Nous refoulâmes un courant très
>rt toute la journée. A sept heures^
août.
dim. 9* K»
II
1!
C «o )
nous attérîmes et plantâmes nos
tentes.
Nous rentrâmes dans notre canot dès
les trois.heures du matin. Le tems était
très-beau. Un vent léger soufflait du
sud- est. Mes Indiens nous devançaient,
afin de pouvoir s'arrêter pour chasser.
A dix heures, nous abordâmes vis-à-
vis des montagnes, à la vue desquelles
nous nous étions trouvés le 2 juillet.
Je voulus bien déterminer la variation
de la boussole en cet endroit ; mais
cela ne me fut pas possible, parce que
je ne pouvais pas compter sur la précision de ma montre.
Un de nos chasseurs nous rejoignit, après s'être vainement fatigué.
Comme" les montagnes près desquelles nous nous trouvions étaient les
dernières un peu considérables que
nous dussions voir au sud-ouest du
fleuve, je fis traverser le canot de ce
côté-ià, afin de pouvoir en parcourir
une.  Il était   près de   quatre heures
• ( "O
après-midi quand je débarquai, et je
m'occupai, sans perte de tems, de
l'exécution de mon projet. Mes Canadiens étant trop fatigués pour céder à
la curiosité de me suivre, je me fis accompagner par un des jeunes Indiens.
Mon entreprise faillit à nous coûter
cher à l'un et à l'autre. Nous entrâmes
d'abord dans une forêt de sapins-
spruces, si épaisse que nous avions
beaucoup de peine à avancer. Après
une heure de marche , nous eûmes
moins de taillis, et nous nous trouvâmes au milieu des plus beaux bouleaux blancs et des plus magnifiques
peupliers qui eussent jamais frappé
mes regards. Le terrein allait ensuite
en*montant, et était couvert de petits
pins. Ce fut là que nous découvrîmes
les montagnes que nous avions perdues
de vue depuis notre départ du canot;
mais quoique nous eussions déjà marché trois heures, elles ne nous paraissaient pas plus rapprochées.
1789.
août.
v 'i
tjfe ;
jffi
si
3789
^©ût.
(    112
Le jeune Indien témoigna alors xm
vif désir de$['en retourner. Ses souliers
et ses guêtres étaient en pièces, et il
tremblait d'être obligé de marcher la
nuit dans * les mauvais chemins où
nous venions de passer.* Cependant je
continuai à avancer, résolu de rester
sur les montagnes Jusqu'au lendemain. /
A mesure que nous approchions de
ces montagnes , le sol devenait marécageux , et nous avions dé l'herbe et de
l'eau jusqu'au genou. Nous marchâmes
ainsi jusqu'à ce que nous ne fûmes
plus qu'à wn mille des montagnes.
Là, j'enfonçai toufoà-coup jusqu'aux
aisselles; et ce ne fut qu'avec beaucoup
de peine que je parvins à me dégager.
Je vis\bien alors qu'il n'élit pas possible de traverser»! le marai%, et que
son étendue ne me permettait pas d'en
faire le tour. Je. repris le chemin de
notre débarcadaire , et j'y arrivai vers
minuit, excessivement fatigué. II»
(  no  )
ous vîmes sur la plage la trace des ■*■ ■ <<<-
pas des naturels, ainsi que des ca- 1709*
banes situées près du bois , qui parais- aoû>
saient n'avoir été construites que mardi
depuis cinq ou six jours. Nous aurions volontiers continué à suivre
ce côté du fleuve ; mais n'ayant pas
vu nos chasseurs depuis la veille au
matin, nous traversâmes sur la rive
opposée, après plus de deux heures de
marche , c'est-à-dire , à cinq heures
précises. Nous en rencontrâmes pres-
qu'aussitôt deux qui nous cherchaient.
Ils n'avaient tué qu'un castor et quelques lièvres. lis nous dirent que le
bois était si épais qu'on ne pouvait pas
y poursuivre le gibier. Ils avaient
trouve sur le bord du fleuve plusieurs
cabanes désertes. Selon eux , les naturels nous ayant aperçus lorsque nous
descendions le fleuve , avaient formé
le dessein de nous éviter à notre retour , et c'était cause que nous en
rencontrions si peu.
s. 8 il In
il
i " w
à
août,
Je priai le chef anglais de venir avec
7°9* moi sur l'autre rive, pour tâcher de
découvrir quelqu'un des naturels dont
j'avais vu les traces et les cabanes. Il
s'en excusa , et me proposa d'y envoyer ses jeunes compagnons. Mais je
ne pouvais pas me fier à eux , et je
commençai à le soupçonner lui-même.
Ils craignaient tous , plus que jamais ,
que je n'obtinsse des renseignemens
qui m'engageassent à aller visiter la
grande rivière dont il était si souvent
parlé , et que je ne leur proposasse de
ane suivre. J'appris d'un de mes Canadiens que le chef anglais, ses femmes et
les deux autres jeunes Indiens avaient
formé le projet de se séparer de moi
avant d'arriver au lac de l'Esclave , et
7 *
de se rendre dans le pays des Indiens-
castors. Le Canadien ajouta que le chef
anglais retournerait vers le milieu de
l'hiver dans le lac de l'Esclave , où il
avait donné rendez-vous à quelques
Indiens de sa tribu , qui étaient -partis I "55 ' :^ '
tm printems pour une expédition guer>
rière.
Nous traversâmes le fleuve, etnous
aious mîmes à la recherche des naturels jusqu'à midi, que nous cessâmes
de voir leurs traces. Nous imaginâmes
qu'ils avaient passé sur la rive orientale. Nous vîmes plusieurs chiens sur
l'une et l'autre rive. L'un des jeunes
Indiens tua un loup que mes Canadiens
mangèrent de fort bon appétit. Mes
chasseurs apportèrent ce jour-là plusieurs jeunes oies qui commençaient à
Voler depuis peu. Nous nous arrêtâmes à huit heures du soir pour passer
la nuit. Nous avions perdu quatre
heures en traversant le fleuve différentes fois. Le tems fut très-beau toute,
la journée.
Dès les trois heures du matin, nous
nous mîmes en route. Je dooinai ordre
aux jeunes chasseurs de traverser le
fleuve , et de suivre l'autre rive, afin
que s'il restait quelques naturels sur;
août.
merc.
12. 31709
août.
-'   - ( ll6 5   '     lises bords, nous pussions les rencontrer. Nous observâmes sur la plage divers endroits où il y avait eu du feu.
Nous vîmes aussi du feu dans les bois.
fl'A quatre heures, nous; trouvâmes
des cabanes  qui n'avaient  été abandonnées que le matin* Les traces des
habitans se voyaient dans différentes
parties du bois. Jugeant qu'ils ne pouvaient pas être bien loin, je proposai
au chef anglais de venir avec mo|?pour
tâcher de lçs découvrir. Il n'en avait
pas trop d'envie. Cependant il vint ,
et nous fîmes  plusieurs  milles dans
lés   boîâ   sans  trouver  ce   que   nous
chercjhions. Le feu s'était étendu dans
une grande partie de ce casiton , et
avait   feulé   un   soi   épais  de   trois
pouces , et composé d'une terre noire
I légère. La ffeoide argile qui restait
était si dure, que rios pas n'y faisaient
pas la moindre empreinte.
A dix heures , nous fûmes de retour
déTfeotre inutile excursion. Mes chas- ( n7 ) |
seurs tuèrent sept oies. Nous eûmea
plusieurs ondées , accompagnées de
tonnerre et de vent. Pendant mon absence , mes gens posèrent les filets.
En levantanos filets, nous n'y trouvâmes pas un seul poisson. Nous parfîmes à trois heures et demiedu matin-,
avec un très-beau tems. Nous dépassâmes plusieurs endroits où les naturels a vaiepit fait du feu , et leurs traces/
se voyaient tout le long de la plage.
A sept heures, nous vînmes vis-à-yis de
l^ile où nous avions caché du pemican.
Je chargeai deux de mes Indiens d'aller
le chercher ; etâls me le rapportèrent.
Ces provisions nous étaient d'autant
plus agréables, qu'elles nous mettaient
Jt r o *    X
plus à même de nous passer de celles-
ci ue nous procurait lâchasse , et de remonter le fleuve sans perdre du tems.
Bientôt nous aperçûmes, à trois Ueues
de distance , sur la rive sud-ouest, de-
la fumée qui ne paraissait pas provenir
de l'embrasement des bois. Les chas-
789.
août.
jeudi
i3L
m
i
i 7°9
aoû
( îl8 )
seurs qui nous précédaient ne la virent point, parce qu'ils étaient occupés à poursuivre une troupe d'oies.
Leurs coups de fusil furent sans doute,
entendus ; car tout-à-comp la fumée
disparut, et nous vîmes beaucoup de-
naturels courir sur le rivage, et quelques-uns gagner leurs canots.
Nous étions vis-à-vis d'eux. Nous
ne pûmes pas traverser le fleuve eit
ligne directe, attendu que le courant
était extrêmement rapide. J'ordonnai
à mes chasseurs de faire tous leurs efforts pour joindre les naturels , de leur
parler et de les engager à m'attendre.
Mais aussitôt que le petit eanot dé mes
chasseurs prit le large, les naturels,
effrayés , se hâtèrent de haler les leurs
à terre et de s'enfuir dans les bois.
Il était dix heures lorsque nous arrivâmes auprès de leurs canots , qui
étaient au nombre de quatre. Les naturels étaient  si épouvantés ,   qu'ils ( xt9 )
levaient laissé sur la plage , non-seule- | -
ment ces canots, mais beaucoup d'au-   M 9
très   objets. Je fus  très-fâché contre   '
mes chasseurs qui ,  au lieu de tâcher
de joindre les naturels , s'amusaient à
partager ce qu'ils avaient trouvé. Jer
grondai sévèrement le chef anglais , et
je lui  ordonnai de courir soudain ,
avec ses jeunes compagnons et mes
gens , à la poursuite des fugitifs. Maïs
la peur avait rendu ces derniers trop
légers pour qu'on pût les atteindre.
Nous rencontrâmes dans le bois plusieurs   de   leurs  chiens ,   dont  quelques-uns nous suivirent jusqu'à notre
canot. f&-
Le cheF anglais, sensible à mes reproches , me témoigna combien il en
était fâché. C'était précisément ce que
je désirais. Je saisis cette occasion pour
lui dire que, depuis quelque tems, jetais moi-même très-mécontent de lui. Je
lui observai que j'avais fait beaucoup de
chemin et beaucoup de dépenses, sans»
l
A.
h
1
% J
■ta
i
1789.
août.
(120 )
atteindre le but de mon voyage , et que
je le soupçonnais de me cacher la plus
grande partie de ce que disaient les
naturels sur l'intérieur du pays, de
peur d'être obligé de me suivre plus
loin. J'ajoutai que sa jalousie l'empêchait non-seulement de tuer du gibier,
mais de tâcher de découvrir les habi-
tans des lieux où nous passions ; et
que cependant ni moi ni mes gens ,
nous ne ne lui avions jamais donné le
moindre sujet de se défier de nous.
Ce discours l'irrita beaucoup. Il me
reprocha de lui dire de mauvaises paroles. Il soutint qu'il n'était pas jaloux; qu'il ne m'avait jamais rien ca^
ché des réponses des naturels, et que
quant au mauvais succès de sa chasse,
on ne devait l'imputer qu'à la nature
du pays et au peu de gibier qu'il y avait.
Il me déclara en même-tems, que quoi-^
qu'il manquât de poudre et de plomb ,
il ne m'accompagnerait pas plus loin ,
parce qu'il vivrait comme les JEscla~ ( i
2,1
ves (i) et demeurerait avec eux. Ces  __
•paroles furent accompagnées d'amères
*■ , ?• août.
et   bruyantes lamentations , qu imitèrent aussitôt ses femmes et ses com-       ||
pagnons , en disant pourtant que leurs       II
larmes ne coulaient  que pour leurs.
amis morts.
Je  les  laissai se  désoler pendant
deux heures. Mais comme je ne pouvais guère me passer d'eux, je finis par
tâcher de les calmer , et par inviter le
chef Anglais à changer de résolution.
Il fit d'abord le   difficile ; puis il se  |
rendit , et nous nous embarquâmes. ,£
Les objets laissés sur la plage par
les Indiens ,   étaient  des  arcs ,   des
flèches ,  des   lacs  pour prendre   des
élans ,   et   des   lacets   pour   prendre
des lièvres.  Il y avait   au§si   des gamelles    d'écorce   d'arbre ,    quelques
fourrures de martre et de castor, de
(i) C'est le nom qu'on donne aux Indiens d
cette partie de YAmérique. % ( 122 )
—— vieilles robes de peau de castor , et
7 9* un petit manteau de peau  de  lynx.
atout.
Leurs canots grossièrement ïaits avec
de l'écorce de sapin - spruce , pouvaient porter deux ou trois personnes*
Je fis mettre ces canots à l'ombre, et
je distribuai aux jeunes chasseurs la
plupart des autres objets. Le chef
anglais n9en voulut point. Je laissai à
la place et pour prix de ces choses , du
gros drap, quelques petits couteaux ,
une lime, deux briquets, un peigne,
des alênes, des bagues et des grains
de collier. Je fis en même-tems placer
une peau de martre sur un moule convenable , étendre une peau de castor
sur un châssis, et attacher un racloir
à cette dernière. Nos Indiens prétendirent que ces objets seraient perdus ,
parce que les naturels étaient si effrayés qu'ils ne reviendraient pas en
cet endroit. Nous passâmes là six
heures. Lorsque nous partîmes , trois
des chiens que nous  avions trouvés
- (   123   )
dans les bois • continuèrent à nous  *
suivre tout le long de la plage. x7 9*
Nous nous arrêtâmes à huit heures   aouu
et demie, et nous plantâmes nos tentes non loin de l'embouchure de la
rivière de la Montagne.  Tandis que
mes gens déchargeaient le canot, j'allai me promener sur la plage. J'examinai les hauts fonds que le décrois-
sement de la rivière avait mis à découvert depuis mon premier passage.
Ils  étaient blancs et couverts   d'une
substance saline. Je fis inviter le chef
anglais à venir souper avec moi. Un
ou deux coups de rum dissipèrent sa
tristesse et   son   mécontentement.  II
m'apprit que lorsque   les   chefs  chi-
piouyans  avaient versé des larmes ,
une de leurs coutumes était d'aller à
la guerre pour effacer la honte attachée à  cette   faiblesse   féminine ;  et
qu'au printems suivant il ne manquerait pas de se conformer à l'usage. Il
déclara en même tems que son inten-
m i
•
fr%:
tl    "1
1 i mÊ
17<
t tH)   .f ' '     '_ -'
tion était de rester avec moi aussi
long-tems que j'aurais besoin de lui.
Quand il se retira, j'eus soin de lui
faire emporter un peu de la' liqueur
consolante , pour empêcher le retour
de son chagrin.
Ce jour-là le tems fut très-beau.
Mes Indiens tuèrent trois oies.
A quatre heures un quart nous rentrâmes dans notre canot, et nous refoulâmes la rivière  de la  Montagne
CD
jusqu'à deux milles au-dessus de l'endroit où nous avions reconnu ses
eaux. Le sol était embrasé des deux
côtés de cette rivière. En la traversant pie sondai , et je trouvai cinqf
brasses d'eau , puis quatre brasses et
demie, et trois brasses et demie. Son
eau était extrêmement vaseuse , et formait une longue trace noirâtre dans
eaux du fleuve, à l'occident de la
cascade qui est dans l'etS. Certes , il
est très - extraordinaire que les eaux
des deux rivières coulent dans le même (125)
lj.t  jusqu'à une si grande   distance ,	
$ans se confondre, et qu'elles ne se 17°9*
mêlent véritablement que lorsque l'é- août.,
trécissement de ce lit les y force.
Nous vîmes dans plusieurs endroits
des cabanes abandonnées par les Indiens. Nous dépassâmes une rivière
afijneute qui venait du côté du nord,
et paraissait être navigable. Nous nous
arrêtâmes ce jour-là à cinq heures et
demie du soir. Il y avait sur le rivage
une grande abondance de ces baies que
les Canadiens appellent poires. Ce
sont des graines un peu plus grosses
que des pois , d'une couleur purpurine , et d'un goût un peu fade. Nous
vîmes aussi beaucoup de fraises et de
groseilles.
Nous poursuivîmes notre route de- samedi
puis  trois   heures  du matin  jusqu'à     ï^#
cinq heures et demie du soir. Nous
vîmes beaucoup de cabanes d'Indiens
le long du fleuve, jusques dans l'endroit  où la plage  était trop  étroite
r
\ dim.
16.
( 126 )
pour qu'on pût yen construire. Là ,'
17°9* les bords du fleuve s'élevaient à une
août, hauteur considérable , et les remous
se multipliaient. Mes chasseurs tuèrent
douze oies, et on recueillit beaucoup
de baies. Il fit très-chaud toute la
journée.
Nous partîmes à trois heures trois
quarts ; et après cinq heures de marche , nous dépassâmes l'endroit où
nous avions couché le i3 juin. Là,
les bords du fleuve sont plus bas ,
et son lit s'élargit. La campagne qui
s'étend au nord est-plane, et le sol y
est composé d'une terre noire mêlée
de cailloux. On y voit entremêlés le
tremble, le peuplier, le bouleau blanc;
le sapin et beaucoup d'autres espèces
d'arbres.
Le courant s'était tellement ralenti,
que nous allions aussi vîte en le refoulant , que si nous avions navigué
dans une eau dormante. A midi nous
dépassâmes trois cabanes, les seules #
ue nous vîmes dans la journée. L'air
était aussi chaud que la veille.
Nous nous remîmes en marche à
trois heures et demie du matin. Nous
remarquâmes trois établissemens d'Indiens. La construction particulière de
ces cabanes nous fit juger qu'elles
étaient l'ouvrage des Indiens-couteau
rouge y quoique cette nation n'eût
pas coutume de porter ses pas de ce
cote-la.
J'avais donné ordre aux jeunes Indiens de nous précéder , afin qu'ils
eussent le tems de chasser. A dix heures nous les joignîmes. Ils avaient tué
cinq jeunes cygnes. Le chef anglais
m'apporta un aigle, trois grues, deux
oies et un petit castor.
Nous abordâmes, à sept heures du
soir, dans l'endroit où nous avions
planté nos tentes le 9 juin^
A quatre heures du matin je fis par- mardi
tir tous mes Indiens pour la chasse ;    *&
car nos provisions tiraient à leur fin. (   128  )
Nous ne nous mîmes en route qu'à six
1709. heures et demie. Nous traversâmes le
août, fleuve pour longer la rive septentrionale , qui est très-basse , et qu'on peut
à peine distinguer quand on est sur
la rive opposée. Nous n'y arrivâmes
qu'un peu avant midi. D'après une
observation solaire, je déterminai la
latitude du point où nous nous trouvions, à 61 deg. 33 min. nord. Nous
étions à près de cinq milles au nord
du principal chenal du fleuve.
Nous remarquâmes les traces des
buffles et les endroits où ils s'étaient
couchés. C'était près de l'embouchure
d'une rivière sortant des monts Cornus , qui n'étaient qu'à peu de distance. Nous nous arrêtâmes à cinq
heures après midi. Tandis qu'on déchargeait le canot , le chef anglais
nous rejoignit. Il apportait la langue
d'une femelle de buffle. Aussitôt je fis
partir quatre Canadiens avec les Indiens pour aller* chercher le reste de
llf 1789.
août.
( l29 )      . |:;
l'anliuaL Ils ne revinrent qu'à la nuit ;
mais ils avaient cinq oies de plus. Ils
^ne dirent avoir vu beaucoup de pas
d'hommes empreints sur le sable , dans
une île qui était vis-à-vis de nous. Le
teins continuait à ê4;re très-beau.
Les Indiens partirent de nouveau merc.
pour la chasse. Nous goudronnâmes le 3,9*
canot, ce qui fut cause que noujs* ne
i^pus embarquâmes qu'à cinq heures
et demie du matin. A neuf heures,
nous nous arrêtâmes* pour attendre nos
chasseurs. J'observai là que la bous-
aole variait de 2,0* degw à Test.
Mes gens se firent de nouvelles pa~
gaves et radoubèrent le canot. Les
chasseurs arrivèrent a§sez tard, sans
avoir pu trouver des bêfes fauves.
Leur chasse consistait en trois cygnes
et autant d'oies. Les femmes cueilii-
rent des baies , (jui abondaient sur le
rivage.
Nous  nous embarquâmes à quatre    jeudi
i eu res du matin , et nous rem on taises      2-01
2. o Kg?
Éfe
WÊ>i
■ ■S'-.'MI
i
TÏ
1789
août.
(  *3°   )
le fleuve en longeant la rive septentrionale. Le courant était beaucoup plus
fort de ce côté-là ; mais je voulais voir
la rivière qu'on m'avait assuré , à mon
premier passage , sortir du pays des
Indiens - castors, et se jeter dans le
fleuve vers l'endroit où nous étions.
Je ne vis point là de rivière affluente ,
et il y a apparence que ce qu'on
m'en avait dit se rapportait à celle
que j'avais vu le mardi.
Le courant était extrêmement rapide.
Nous gagnâmes le côté d'une île voisi-
ne ; il y était plus rapide encore. Il avait
presque l'impétuosité d'une  cascade.
Nous trouvâmes sur le bord de l'eau,
une alêne et une pagaye. La première
fut reconnue pour appartenir aux
Knisteneaux. J'imaginai qu'elle avait
été perdue par quelqu'un des compagnons du chef Merde-d'ours qui , au
printems , était allé faire la guerre
dans ces contrées-', et avait traversé à
son retour le pays d'Athabasca. Peut»
. août*
■  g      c m )   ■■ jt     • I
être que ce chef et les siens furent  ■"* !
cause que nous vîmes si peu d'indi-  x7°9
gènes sur lés bords du fleuve.
Le tems était sombre et froid ; et
nous le trouvions d'autant plus désagréable , qu'il avait été précédé par dé
très beaux jours.
Nous plantâmes nos tentes à sept
heures et demie du soir, sur la rive
septentrionale , dans un endroit où la
campagne environnante était basse et
plane. Nos Indiens tuèrent cinq jeunes
cygnes et un castor. Il y avait apparence de pluie.
Le vent d'est soufflait très fort ; il
faisait froid, et il tombait fréquemment des ondées , ce qui nous obligea
de rester sous nos tentes. L'après-
midi, mes chasseurs suivirent les traces d'un élan ; mais ils ne purent pas
le joindre.
Le vent passa à l'ouest , soufflant
toujours avec force , et le froid continua. Cependant nous nous mîmes en
vend*
.216
sam.
22.
"'.12 s$*ÉÏ$i
11
1789
août.
( i3â )
- route ; et quoique la voile fût à demi-
carguée, nous atteignîmes , en trois,
heures, Feutrée du lac de l'Esclave.
Pour faire le même chemin à la pagaye , nous aurions au moins été huit
heures. Les Indiens n'arrivèrent que
quatre heures après nous. Le vent était
si impétueux , qu'il ^'aurait pas été
prudent de; se hasarder? dans le lac |
aussi abord&mes-nous pour passer la
nuit. Nous posâmes^ un de n-ojs filets.
Les fernmejS cueillirent beaucoup de*
fruits des espèces^ don£ j'ai dé^ fait
mention. Les Indiens tuèrent derupf
cygnes et tçois oies.
Eji levanjt nos filejts , noiu^ rt'y Couvâmes que ainj<| pejtit§ brotcfe^tggi^ei^i
heures, nous nou& embarquâmes , et
nous, entrâruesj dans led^e , en su^mottIi
te mêsme chenajll pa# lequel nous en
étions sortis. Il eût été piustcourt 4§
côtov&r la risée du sudoiifèsj : mais nous
ne savions pas: s-il y avait beaucoup d@/
poisson ; au lieu que nous étions s$r%
11! (
1*1    \
l i33 )
d'en prendre abondamment de l'autre
côté. D'ailleurs , j'espérais trôu%er
mes gens dans l'endroit où je m'étais
séparé d'eux, attendu que je lent avais
donné ordre d'y rester jusqu'à la fin
de la saison.
Nous fîmes beaucoup de chemin à
la pagaye , dans une grande baie, afin
de pouvoir gagner le vent ; et comme
nous avions oublié notre mât, nous
abordâmes pour en couper un autre.
Dès que nous fûmes en état de nous
servir de la voile, nous cinglâmes avec
beaucoup de rapidité. A midi , le vent
était si impétueux et la houle si
forte, que la vergue d'en bas cassa ;
mais heureusement le mât résista , et
nous eûmes le tems de ronster la
vergue avec une perche , sans être
obligé d'amener la voile. Il entra beaucoup d'eatt dans le canot. Mais si le
mât eût cédé, il est très-probable que
nous aurions été submergés»
Notre navigation continua à être fort
i non
1709.
août.
Ai
fil lu
ndi
34.
- ( 134 )
périlleuse , le long d'une côte basse
que nous avions sous le vent^ et nous
ne pûmes aborder qu'à trois heures
après-midi. Deux hommes furent continuellement occupés à jeter l'eau qui
entrait dans le canot. Par bonheur
nous parvînmes à doubler une pointe
qui nous abritait contre le vent et la
houle. Nous débarquâmes pour passer
la nuit, et pour attendre nos Indiens.
Nous posâmes les filets. Nous fîmes
une vergue et un mât, et nous donnâmes un suif au canot. Quand nous
visitâmes les filets, nous y trouvâmes
six ticamangs (1) et deux brochets. Les
femmes cueillirent beaucoup de baies.
A l'entrée de la nuit le tems se radoucit.
Le matin , nous trouvâmes dans les
filets quatorze ticamangs, dix brochets
et deux truites. A cinq heures , nous
fîmes voile avec une légère brise du
sud : /niais nous ralentîmes notre mar*
m MPf!
(1) Poissons blancs* Il'' - ~     ( i35 ) • ,|
che, parce que nos Indiens restaient -
de l'arrière. A onze heures , nous débarquâmes pour faire cuire le dîner et
sécher nos filets. A quatre heures après-
midi , nous découvrîmes un grand
canot à la voile , précédé de deux autres petits canots. Nous les eûmes
bientôt approchés , et nous reconnûmes M. Leroux. Il était depuis vingt-
cinq jours en partie de chasse , avec un
Indien suivi.de sa famille.
L'intention de M. Leroux était de
descendre jusqu'au bas du lac , et d'y
laisser une lettre pour m'informer de
ce qu'il avait fait. Ne voyant point
venir d'Indiens dans l'endroit où je
l'avais laissé, il s'était rendu dans le
lac de la Martre, où il avait rencontré
des Indiens-esclaves, avec dix-huit
petits canots. Il avait acheté de ces
Indiens cinq paquets de fourrures ,
qui étaient, pour la plupart, des peaux
de martre. Quatre Indiens-castors y qui
étaient encore avec eux, leur avaient;
i789.
aoîit>
\^À <H*%
■Si*»H
J7&9
août.
# (  l3(5 1 ^
vendu la plus grande  partie  de ces
pelleteries.
Les Indiens-castors dirent à M. Leroux que leurs camarades avaient beaucoup plus de fourrures qu'eux ; mais
que quoiqu'ils eussent été prévenus
qu'on devait venir dans le pays pour
échanger des marchandises contre ces
fourrures, ils n'osaient pas les exporter»
M. Leroux leur fit présent à chacun
de deux ciseaux pour couper la glace ,
et de quelques autres choses , et il le&
congédia en leur recommandant de
conduire leurs amis dans le lac de
l'Esclave , où il se proposait de rester
pendant l'hiver.
Nous posâmes trois filets , et en
peu de tems nous eûmes pris vingt
poissons de différentes espèces. Le
soir, le chef anglais arriva. Il nous
raconta , d'un air très-triste, qu'il avait
couru très - grand risque de se noyer,
en essayant de nous suivre ; et que les
jeunes   chasseurs   n'avaient   pas   été
f=M51 ; I    (*?)      ■ * .
moins en péril que lui. Le canot de
ces derniers avait été brisé par la
houle , à peu de distance du rivage ;
mais comme il était plat, ils s'en servirent, pour se sauver. Le chef anglais
ajouta qu'ils pleuraient et se désolaient,
dans la crainte que je ne les attendisse
pas. Il témoigna en même tems qu'il
appréhendait qu'ils ne pussent pas
raccommoder leur canot. Le soir, je
distribuai du rum à mes gens , pour
leur faire oublier un peu leurs fatigues.
Nous nous levâmes un peu tard.
Jvlos filets ne contenaient que peu de
poisson. Mais M. Leroux fit part de
ses provisions à mes gens. A onze
heures , arrivèrent les jeunes Indiens ,
qui se plaignirent de ce que je les
avais laissés si loin de moi. Ils avaient
tué deux cygnes , l'un desquels ils
m'apportèrent. Toute la journée , le
vent souffla du sud avec tant de violence , que nous n'osâmes pas nous
170Q>
août.
mardi
25.
fm
il mer.
2,6.
jeudi
J *
.,        ' ;   ■        ( i38 )     .,f| ■  .
mettre en route ; d'ailleurs, nous avions
à faire une très-longue fera versée. A
midi > je pris la hauteur du soleil, et
je trouvai que nous étions à 61 degi
29 min. de latitude septentrionale. Il
nous fut impossible de visiter nos filets.
L'après-midi, le ciel s'obscurcit. Il
y eut des éclairs et de très forts coups
de tonnerre. Le vent passa à l'ouest ,
et souffla avec une extrême impétuosité.
La pluie tomba depuis le mardi au
soir, jusqu'au mercredi à huit heures
du matin, sans que le vent perdît de
sa force. Les Indiens allèrent à la
chasse , et ne revinrent que le soir ;
mais ils ne rapportèrent aucune espèce
de gibier. L'un d'eux avait manqué un
élan. L'après-midi, la pluie et le ton-
nerre recommencèrent.
j Nous mîmes à la voile à quatre
heures du matin. A neuf, nous abor-
4§.mes pour préparer notre manger,
et attendre M. Leroux et les Indiens*
IM» ( l39 ) I
A onze heures, nous nous rembar- fr
q
quâmes avec un tems calme et beau.  *7 9'
A.
A   quatre   heures après-midi,   il se   aouc"
leva  une  légère   brise du sud. Nous
en profitâmes , et à cinq heures nous
attérîmes pour planter nos tentes.
Nous posâmes aussitôt nos filets.
Le chef anglais et ses compagnons
étaient presque épuisés çle fatigue. Le
premier m'avait témoigné dès le matin,
qu'il désirait s'arrêter pour se rendre
ensuite dans le pays des Indiens-castors , m'assurant en même tems qu'il
reviendrait dans le cours de l'hiver à
Athabasca.
Le vent souffla très-fort toute la venc*-
nuit, ainsi que le matin ; de sorte qu'il
ne nous fut pas très-facile de tirer nos
filets ; mais nous fûmes payés de notre
peine par la quantité de ticamangs et
de truites que nous y trouvâmes. L'après-midi , le vent augmenta encore.
Deux de mes Canadiens, qui étaient
allés cueillir des baies , virent deux
;   jffF"
4 h
WÊ^Â
? ■   '■   ;        1 11
tié
un mêê
1 ij ri»
( M   >
    élans , ainsi que des traces de buffle et
*7°9* de renne.
août. Vers le coucher du soleil, nous entendîmes deux coups de fusil, et nous
vîmes du feu sur l'autre rive de la baie.
Aussitôt nous allumâmes aussi un
grand feu, afin qu'on pût nous apercevoir. Quand nous fûmes couchés,
nous entendîmes encore un coup de
fusil ; mais celui-ci était parti très-près
de nous. Peu de tems après, le chef
anglais arriva, trempé jusqu'à la peau.
Il me dit, avec un air un peu confus ,
que le canot de ses jeunes compagnons
était en pièces , et qu'ils avaient perdu
leurs fusils , ainsi qu'un renne qu'ils
avaient tué le matin. Il ajouta qu'ils
n'étaient qu'à peu de distance de nous,
et me pria de leur envoyer du feu,
parce qu'ils mouraient de froid et de
faim. Mais peu après , ces jeunes gens
arrivèrent, ainsi que les femmes du
chef anglais : nous leur donnâmes des
vêtemens pour se changer.
.#* 1     ( p )
J'envovai les Indiens à lâchasse. Ils
29.
dim.
3o.
ne tuèrent rien.  Ils   me déclarèrent i7"9*
alors qu'ils ne voulaient pas rester plus   août,
long - tems avec moi, de peur de se samedi
noyer.
Nous nous embarquâmes à une
heure du matin ; mais avant de nous
mettre en route , nous levâmes nos
filets , dans lesquels nous trouvâmes
une grosse truite et vingt - un ticamangs.
Avec le soleil se leva une bise légère , qui nous fit arriver à deux heures
après-midi à la maison de M. Leroux.
Il était déjà tard lorsque lui et nos Indiens nous y joignirent.
Conformément à la promesse que
j'avais faite aux Indiens, je leur donnai
un assortiment d'ustensiles de fer ,,du
plomb , de la poudre , du tabac et
quelques autres objets , pour les récompenser des fatigues et des dangers
qu'ils avaient essuyés en m'accompa-
Tn
I
gnant. •
m
i ( x42 )
J'invitai le chef anglais à se rendre
1789.   dans le pays des îndiens-castors , pour
août,    les engager à venir vendre leurs pelleteries à M. Leroux , que je me proposais de laisser pendant l'hiver dans
le lac de l'Esclave, Le chef m'avait
déjà promis de se trouver dès le mois
de mars à Athabasca, avec beaucoup
i   de fourrures.
lundi       Je passai la nuit à tracer des ins-
3i.      tructions pour M. Leroux , et à faire
les préparatifs nécessaires pour partir
dès le matin.
Nous prîmes quelques provisions ,
et à cinq heures nous nous embarquâmes avec un tems calme et très-
beau. Peu après, nous fûmes obligés
d'aborder dans une petite île, pour
fermer une voie d'eau, occasionnée
par un coup de flèche qu'avait tiré
quelqu'enfant indien dans la partie
du canot qui était immédiatement au-
dessous de la lame. Tandis que cette o
1709
( *43 )
réparation se faisait, nous fîmes cuire
du poisson.
JE
A midi> il se leva un vent du sud- août,
est , qui nous était absolument contraire; de sorte que notre marche fut
très-ralentie. Je déterminai la latitude
de l'endroit où nous étions à 62 deg.
l5 min. nord. Nous débarquâmes à
sept heures du soir , et nous plantâmes
nos tentes.
,A cinq heures du matin , nous nous    sept,
remîmes en route. Le tems était tran-  mar. 1.
quille et beau. Vers midi , nous dépassâmes l'île à la Cache. Mais nous
ne pûmes pas découvrir  la terre que
nous avions vue à notre premier pas
sage.
Nous trouvant à cinq heures après-
midi à la hauteur des îles de Carre-
bœuf, nous découvrîmes une terre au
sud quart d'ouest, qui s'étendait à une
très-grande distance, et que nous jugeâmes être la rive du lac opposée à
celle que nous longions. Nous nous
m
m ( i44 )
arrêtâmes à six heures et demie dit
*7"9'   soir. Il tonnait, et tour semblait nous
annoncer un changement de tems.
Nous eûmes beaucoup de vent et de
pluie , durant la plus grande partie
de la nuit. A cinq heures et demie du
matin, la pluie cessa. Nous fîmes
douze milles , et dans ce trajet il entra
beaucoup d'eau dans le canot. A midi,
le vent se calma. J'observai la hauteur
du soleil, et je déterminai la latitude
à 61 deg. 36 min. nord.
A trois heures après-midi , il se leva
une légère brise d'ouest, qui devint
bientSt très-forte. îljons hissâmes la
voile , et nous fîmes vingt - quatre
milles pour nous rendre à la pointe
du vieuxfort (1). Nous y arrivâmes à
sept heures et demie du soir , et nouâf
nous y arrêtantes jusqu'au lendemain.
En passant là , nous abrégeâmes notre
(1) Le fort de rSfe&rvct.
P
«'-'lis
*Ë route de trois lieues ; et certes îîous
n'avions pas espéré de traverser le lac   17^9*
en aussi peu de tems. -sept.
Pendant toute la nuit, le vent souffla  j#u« 3*
avec impétuosité. A quatre heures du
matin , nous entrâmes dans notre canot. Nous mîmes trois heures à faire
cinq milles ;   et cependant nous ne
nous arrêtâmes pas , et nous étions
garantis de la houle par un long banc
de sable. Nous entrâmes dans la petite
rivière , où le  sfent ne  pouvait pas
nous retarder. Il tomba ce jour-là plusieurs ondées.   Nous plantâmes nos
tentes à six heures du soir.
Le matin, le ciel était chargé de ven. 4*
nuages. Nous nous embarquâmes à
cinq heures. A dix , le tems s'éclaircit.
Nous vîmes quelques oiseaux aquatiques^ A sept heures , nous prîmes terre
jtour passer la nuit.
La matinée fut nébuleuse, comme sam.5.
la veille. A cinq heures, nous nous
mîmes en route. A huit heures ,  il
3. i© ¥Qm'ï
( *46 )
***—r   tomba une pluie très forte. Demi-heur
*7°9*   après nous gagnâmes le rivage ,   et
sept,    nous y passâmes le reste de la journée^
àim.6.       Il plut toute la nuit, et le vent de
nord souffla avec violence. Nous vîmes
plusieurs vols de gibier marin , qui se
rendaient du côté du midi. A six heures
du matin,   la pluie diminua un peu.
Nous nous enutbar^fuâmes. Bientôt il
plut encore avec violence. Malgré cela,
nous  aimâmes  mieux nous mouiller
que de ne pas profiter d'un vent ar~.
rière qui nous faisait aller  très-vite*
Nos cRàsseurs tuèrent sept oies. Nous
plantâmes nos tentes à six heures et
derjj|ë du soir.
h»a. 7.       N^âfs   partîmes à cinq  heures   du
matin, ayant le vent debout, et recevant de tems en tems des ondées. A
Érow heures après-midi, notre canot
heurta   contre un trcmc d'arbre   qui
était dans le foridde la rivière, et il
fut pléife d'eau ayant que nous pussions gagner la terre. Il nous fallut deux
JP
f ! îieures pour le radouber. A sept heures       j
du soir, nous nous arrêtâmes jusqu'au   17°9m
lendemain. fe seP
Nous  nous   remîmes  en   route  à   mar.8.
quatre heures et demie du matin.  Le
brouillard était très-épais ,  et  ne  se
dissipa qu'à neuf heures. Le tems de-
X X
vint alors très-beau. A trois heures
après-midi, nous arrivâmes au portage
des Noyés. Nous campâmes après avoir
passé ce portage , afin de faire sécher
nos vêtemens , dont une partie était
presque pourrie.
Nous nous embarquâmes à cinq
heures du matin. En passant le portage
du Chitique ; les hommes qui portaient
notre canot l'endommagèrent. Mais
mon guide le radouba, tandis qu'on
charriait le reste du bagage. Nous le
goudronnâmes ensuite au portage de
la Montagne. Lorsque nous eûmes
passé tous les portages, nous campâmes près de la rivière du Chien. Il
n'était que quatre heures après-midi ;
mais nous étions excessivement fiici-
mer. 9. il
m
Ï789.
sept.
feudi
gués. Nous donnâmes un nouveau suif
au canot, et nous fîmes des pagayes
pour remplacer celles que nous avions
brisées en refoulant le courant sur les
écueils»
Un cygne fut la seule proie de nos
chasseurs.
Toute la nuit, il y eut beaucoup de
pluie et de vent. Le matin, la pluie
cessa de tomber , et le vent augmenta.
A  cinq heures et demie, nous nous
remîmes   en route. Le vent soufflait
*du nord-ouest. A sept heures, nous
hissâmes la voile. Dans le courant de
la matinée , il tomba plusieurs ondées
et de la grêle, et l'après-midi il neigea.'
Le vent était en même tems très-fort.
A six heures du soir,   nous attérîmes
près d'une cabane des Knisteneaux,
où   il   y   avait  trois  hommes ,   cinq
femmes et divers enfans. |p
Ces sauvages revenaient d'une expédition guerrière ; et l'un d'eux était
<fcrès-malade, La disette et la faim les
ravalent  forcés de se séparer de leuç
If 170Q-..
( *49 >
compagnons-, dans le pays où ils combattaient. Ayant etisuite rencontré une
famille ennemie, ils l'avaient exter- e£
minée. Ils ignoraient absolument ce
qu'étaient devenus leurs amis ; et ils
disaient qu'ils devaient avoir regagné
la rivière de la Paix, ou qu'ils étaient
morts de faim.
Je donnai une médecine au malade (1), et un peu de poudre et de
plomb à ceux qui se portaient bien.
■il—Wl«l        I    ———I ———————*fc*W Ml ■■—■!IIM 11H       I ■!! IMI  III II^WI——Il    I
(1)  Ce ELnîsteneau s'était  imaginé   que les
srens de la tribu ennemie levaient ensorcelé, et
ii désespérait d'en revenir. Les sauvages sont s%
superstitieux, que  cette idée suffisait  pour  1©
faire mourir» Je profitai de ce préjugé, et je lui
promis de le guérir, à condition qu'il ne ferait
plus la guerre à des malheureux sans défense. Il
y consentit,. Quand je lui donnai m'a médecine 7
qui n'était que du baume de Tàrlington, délavé
dans de l'eau, je lui dis qu'elle perdrait toute sa» *
vertu s'il n'était pas sincère dans ses promesses..
Enfin il guérit, me tint parole, et me témoignaT
toujours beaucoup de reconnaissance.
( Note de Vauteur. \
M Mli
vend.
il.
;. ( i5o > |'..":§ ;  ■.   / ■
 Ils en avaient grand besoin, car de-
1700.   puis six mois, ils n-e vivaient que du
sept, gibier qu'ils tuaient avec l'arc et la
flèche. Ils paraissaient avoir extrêmement soufferts.
Il gela très-fort pendant la nuit, et
il tomba un peu de neige. Nous rentrâmes dans nos canots à quatre heures
et demie du matin, et marchâmes jusqu'à six heures du soir. Nous passâmes
la nuit dans l'endroit où nous avions
couché le 3 juin.
Le tems était nébuleux et très-froid,
Nous étant mis en route à huit heures ,
avec un vent de nord-est, nous entrâmes dans, le lac des Montagnes. A
dix heures le vent tourna à l'éuest |
et quoique très-fort , il ne le fut pas
assez pour nous obliger à prendre des
ris. Nous arrivâmes à trois heures après
midi au fort Cliipiouyan , où je trouvai
M. Mâcleod, et cinq Canadiens occupés à construire une nouvelle maison.
Ce fut là que se termina mon voyage f
qui avait duré cent deux jours.
sam.
12.
M
P
rfc
y'Wm SECOND  VOYAGE
•
D'ALEX0** MAC KENZIE.
CHAPITRE   PREMIER.
Départ du fort Gfapiôuyan. Route
jusqu'au fort que les anglais ont
construit sur Vun des bras affhàens
de la rivière de la JPaicc.
xYprès avoir fait les préparatifs nécessaires pour remonter la rivière de 179<2"
la Paix, je partis du fort Chipiouyan. octobr.
Quoiqu'il me fallût le reste de la saison
pour aller jusqu'à notre établissement
le plus éloigné sur l'un des bras af-
fluens de cette rivière, je résolus de
m'y rendre , parce que je voulaj^ ensuite francl^r les montagnes qui sont
au-delà pour tenter de nouvelles découvertes. Tout le chemin que je pou-
io<
1 m
K\P
ÏÂ
$jk:
il!!1
Ktelili
il
1792.
©ctobp.
ÏS5.
( i5a" J
vais faire pendant cette saison, étale
autant de gagné pour mon nouveau
voyage.
- Je laissai à M. Roderie Mackenzie,
l'administration de nos établissement
au fort Chipiouyan ; et je me fis suivre
par deux canots chargés de tous les
articles qu'on emploie pour faire des
échanges avec les Indiens.
Je cinglai à l'ouest pour gagner l'uxr
des bras du lac des Montagnes, bras
qu'on nomme la rivière du Pin^ et qui
communique avec celle de la Paix.
J'attendis l'arrivée des autres canots
â l'entrée de la rivière du Pin. Je
voulais prendre une partie des provisions que j'y avais mises, parce que
je prévoyais qu'ils ne pourraient pas
aller aussi vîte que le mien.
Nous entrâmes à sept heures du matin dans la rivière de la Paix, en gouvernant toujours à l'ouest. Il paraît
certain que le plat pays qui se trouve
êntr'ëlle et le lac des Montagnes , jus^
»ti
*w. ( i53 )
qu'à la rivière de l'Elan , est formé —r—'
par le rapport des terres et du limon 1793*
que charrient ces deux grandes ri- octobr.
vières. On y voit plusieurs lacs , dont
les principaux sont le lac de l'Eau
claire, qui est le plus profond , le lac
Vassieu et le lac Athabasca, le plus
vaste des trois. Le nom de ce dernier
signifie, dans la langue des Kniste-
neaux, un pays bas , marécageux, et
sujet aux inondations. L'Athabasca et
le Vassieu sont à présent si peu profonds , qu'il y a tout lieu de croire
que la continuation des dépôts vaseux
des deux rivières dont je viens de parler , les changera bientôt en vastes^
forêts.
Ce pays est si plane , qu'en certains
tems il est entièrement submergé , ce
qui occasionne le flux et le reflux périodique des eaux entre le lac des.
Montagnes  et la rivière  de la Paix.
Nous vînmes à la pointe de la Paix *
d'où I suivant le rapport de mon m- ( i54)
terprète, la rivière tire son nom. Ce
1792. fut_jà. que les Indiens-castors et les
octobr. Knisteneaux terminèrent leur guerre.
Le vrai nom de la rivière et de la
pointe est celui du, pays qu'ils se disputaient (1).
Lorsque les Knisteneaux envahirent
ce pays , ils trouvèrent les Indiens-
castors établis dans les environs du
portage de la Loche. La tribu voisine
était celle des Indiens qu'ils appelèrent
les Esclaves. Ces deux nations furent
chassées de leur territoire. La dernière
descendit la rivière qui , sortant du
lac des Montagnes, coule vers le nord-
ouest, et qui, dès-lors , reçut dans la
partie où s'établirent les fugitifs, le
nom de rivière de l'Esclave. Les Indiens-castors remontèrent l'autre bras
affluent de la rivière ; et quand ils
firent la paix avec les Knisteneaux ,
la pointe où ils traitèrent fut reconnue
(1) ryOungigah; ( i55 )
pour limite entre le territoire des deux
nations. x/y^
En poursuivant mon voyage , je ne °ctobr.
trouvai pas le courant aussi rapide
que je m'y étais attendu. Il est vrai
que la saison n'était peut-être pas celle»
où je pouvais bien juger de la
vîtesse, et de l'état ordinaire de la
rivière, car les eaux étaient extrêmement basses. La rivière ne me parut
pas avoir, dans la partie où je naviguai , plus d'un quart de mille de
large.
Le tems était sombre et froid, ce
qui rendait le voyage assez désagréable. Malgré cela, nous ne ralentîmes
pas notre marche , et le 17 nous arri- 17.
vâmes aux cascades. La rivière a , en
cet endroit, environ quatre cents pas
de large , et la cascade vingt pieds de
chute. Le premier portage est de
huit cents pas ; et le second, qui se
trouve un mille plus loin , a un peu
plus de deux tiers de mille de longueur.
km
m
iiiii
m i§
( i56 )
Nous vîmes au bout de ce dernier
1792?. portage , plusieurs feux qui nous fiV
octobr. rent juger que les canots (1} destinés
pour ces contrées , et partis du fort
Chipiouyan quelques jours avant nous)
ne pouvaient pas être bien loin. Le
terns continuait à être très-froid. Il
tomba pendant la nuit plusieurs pouces de neige.
xb\ Le matin, dès que nous fûmes au-
delà des cascades , nous profitâmes
d'un vent de nord-est qui nous était
extrêmement favorable pour hisser la
voile, et nous refoulâmes le courant
avec beaucoup de vîtesse. Avant midi
nous dépassâmes l'embouchure de la
rivière du Gueux (2). De là nous longeâmes la grande île, à l'extrémité de
laquelle nous nous arrêtâmes pou©
coucher.
Il gelait très-fort.   Tout  nous  an*
(1) M. Finlay les conduisait*
(2) Loon-River, I i&7 )
fionçaît si bien le commericômênt de
4'hiver , que je craignis d'être arrêté 1792"
par les glaces. Aussi nous nousmîmes oetobr.
•en route le 19 , à trois heures du ma-   I^°
tin , et-à huit  heures   nous  débarquâmes au vieux fort.
La route d'Athabasca au vieux fort
ayant été relevée et décrite par M. Van*
drieul, autrefois attaché au service de
la Compagnie du nord-ouest, je ne
crus pas avoir besoin de l'observer
avec une attention particulière. Je
dirai'seulement ici que du lac des Montagnes aux cascades, il faut en général
gouverner à l'ouest, en mettant le cap
tantôt un peu vers le nord, tantôt un
peu vers le sud. Des cascades au vieux:
"fort , on se dirige à l'ouest-sud-ouest.'
De l'entrée de la rivière aux cascades , ie pays est presque par-tout
plat et couvert de bois, à l'exception
d'un petit nombre d'endroits où l'on;
ne voit que de l'herbe. Dans les en*
droits où le rivage est très-bas,, le soi
1
II
i
'tin
- -M
H 'i il
il
•■M nOta
11     ''       ■ ;'
ni
III*
11!
|   ' |L. -...   ( i58 )    ,lM:'... <ll
est gras, parce qu'il est composé de
1792. limon déposé par la rivière, et de
ociobr. feuilles , d'herbes et de branchages
pourris. Ailleurs, c'est un mélange
d'argile jaunâtre et de petits cailloux.
Vis-à-vis des cascades, il y a , dit-on ,
de chaque côté de la rivière , d'immenses plaines où paissent de nombreux troupeaux de buffles.
Les canots partis avant nous s'étaient arrêtés, la nuit précédente, dans
l'endroit où nous couchâmes ; et la
négligence des gens qui les conduisaient, était cause que le feu avait
consumé la grande maison. Nous arrivâmes assez à tems pour empêcher
qu'il se communiquât aux autres bâ-
timens.
Nous continuâmes à remonter la rivière. Nous fîmes un mille un quart
en nous dirigeant au sud-ouest quart
d'ouest, un mille au sud quart d'est,
trois milles au sud-ouest quart de sud ,
Un mille à l'ouest quart de sud , deux
lit
ifi ( i59 )
milles au sud-sud-ouest, quatre milles
au sud, sept milles et demi au sud-
ouest , un mille au sud quart d'ouest,
deux milles et demi au nord-nord-
ouest , cinq milles un quart au sud, un
mille et demi au sud-ouest, trois milles
et demi au nord-est quart d'est, et un
mille au sud-est quart d'est.
Nous joignîmes M. Finlay. Il campait près du fort où il devait résider
pendant l'hiver. Il s'occupa, sans tarder , des préparatifs nécessaires pour
nous recevoir le lendemain d'une manière convenable.
Quoique j'eusse habité le pays d'A-
thabasca dépuis 1787, je n'avais pas
encore vu un seul des naturels du canton où je venais d'arriver.
A six heures du matin, nous débarquâmes devant la porte de M. Finlay , au bruit des salves et des cris de
joie des Indiens, qui étaient enchantés
de pouvoir bientôt boire à leur gré du
x o
ru m, dont ils étaient privés depuis
1702.
octol
>r
*kr\
J
■kg .. ■ j.   ( 160 ) f ;
le commencement du mois de mai 5
1792, car il est d'usage, dans cette partie de
octobr. l'Amérique, de ne vendre ni donner;
du rum aux sauvages pendant l'été. Il
n'y avait là, en ce moment, qu'un
chef avec sa tribu ; mais on y attendait , à chaque instant, deux autres
peuplades. En effet, elles arrivèrent
le 21 et le 22, à l'exception d'un chef
de guerre et de quinze hommes.
Les Indiens n'ayant pas tardé à témoigner le désir d'être régalé de rum ,
je les rassemblai au nombre de quarante-deux chasseurs, ou hommes en,
état de porter les armes. Je leur donnai
quelques avis qui pouvaient leur être
avantageux ainsi qu'à nous, et j'accompagnai   ma  harangue  d'un baril
contenant neuf galons de   rum mélangé ,  et d'une certaine quantité de
tabac. Je leur observai, en même tems,
que  comme  je   ne les visiterais pas
souvent, je jugeais à-propos de leur
faire de plus grandes générosités que I
celles  auxquelles ils   étaient accou-   ——
tu mes. 1792»
Le nombre des habitans de ce canton   octobr
s'élève à environ trois cents , parmi
lesq^&els on compte soixante chasseurs.
Quoique  leur langue annoncée qu'ils
«ont de la race des Chipiouyans ,i;ils
ne leur ressemblent ni par leur extérieur , ni sur-tout par leurs coutumes ;
car ils ont adopté celles de leurs premiers ennemis , lés  Knisteneaux. Ils
parlent -rnême lacrlangue de ces derniers ;  ils se coupent les cheveux, se
peignent le visage, s'habillent comme
eux , et ont la même passion pour les
liqueurs fortes et le tabac. Toutefois
ce que je viens de dire ne peut s'appliquer qu'aux hommes , car les femmes de cette peuplade sont beaucoup
moins parées que celles des  Knisteneaux ,  et même que celles des Chipiouyans. Je ne pus voir sans étonne-
ment le contraste que m'offraient l'extérieur propre et décent des hommes $
ISP
iil
2.
11
H vwmm
\
m
liai
Ifi
Hi
§11
i
( 162 )
et la saleté des femmes. Peut-être faut*
1792. il dire aussi que cela ne provient que
rçctobr. de l'extrême soumission et de l'abaissement dans lesquels on les retient ;
car je remarquai que les deux femmes
d'un chef, plus libres et mieux traitées
que ne l'étaient celles des autres ,
avaient aussi un air plus propre et plus
agréable. Je parlerai , par la suite %
avec un fpeu plus d'étendue sur 1©
même sujet.!
Toute la journée le tems fut très-variable ; et la nuit il gela très-fort. L'épaisseur de la glace m'annonçait qu'il
fallait me hâter de poursuivre ma route.
Je renouvelai mes exhortations aux
Indiens , pour les engager à se bien
conduire. Je laissai à M. Finlay des
instructions sur ce que je désirais qu'il
«3. fît; et le 23 au matin , je partis au
bruit de la mousquéterie qui m'avait
salué à mon arrivée.
Depuis deux jours, j'avais expédié
mes deux canots chargés, en recoin- ( *63 )
mandant à ceux qui les conduisaient
de faire route sans m'attendre. Nous 179^lm
fîmes un mille et demi au sud-sud-est, octobiv
trois  quarts   de mille   au  sud,   sept
milles et demi à l'est, quatre milles et
demi    en   tournant  graduellement  à
l'ouest,  trois milles au sud-est quart
de sud,   trois milles et demi au sud-
est , trois milles pour gagner la longue
pointe à l'est-sud-est, un mille un quart
au sud-ouest, quatre milles trois quarts
à l'est quart de nord ,  trois milles et
demi à l'ouest^ un mille à l'ouest-sud-
ouest, cinq milles et demi à l'est quart
de  sud , trois milles  trois quarts au
sud, trois milles au sud-est quart de
sud , trois milles à l'est sud-est,   un
mille à l'est-nord-est. Nous vîmes alors
une rivière afïlùente à notre  droite.
Nous continuâmes notre marche, deux
milles et demi à l'est * demi-mille à
l'est-sud-est, sept milles et demi au
sud-est quart de sud , deux milles au
sud , trois milles et demi au sud-sud-
.:*
.W '
.
p
i
i ut
.792
©cfobr
(164)
est, en dépassant une île, un milï
au sud quart d'ouest. Là , nous vîme$
encore   à   notre droite  un   ruisseau
affluent.     Nous    fîmes    ensuite   un
mille et demi à l'est , cinq milles   au
sud , quatre milles et demi au sud est
quart de sud , un mille au sud-ouest ?
quatre milles et demi au sud-est quart;
d'est, demi-tmille à l'ouesttsud-ouest ,
six milles trois quarts au sud-ouest r
un mille et demi au sud-est quart de
sud, un mille et demi au sud , deux
milles au sud-rest quart de sud, trois
quarts de milles a>u sud-quest, deux
milles et demi au sud-est quart; de. gud ,
un mille trois quarts à l'est quart de
sud ,'deux milles au sud, un milje et
demi au sucVeafr, tarais milles atft nord-
est, et quelques centaines de pas. ai?
sud-ouest quart d'ouest, pour atteindre
nos éfcabliss»ômens de l'année précédente. Nous nous avançâmes ensuite
quatre milles à l'est-nord-esÉ , un mille
trois quaîî&s. au sud-sud-est, un demj^
F» i65 )
v
1792.
octobr.
mille au sud, trois quarts de mille au
sud-est quart de sud , un mille ail
nord-est quart d'est, trois milles éti
sud , un mille trois quarts au sud-sud-
est , quatre milles et demi au sud quart
d'est, trois milles au sud-ouest, deux
milles au sud quart d'est, un mille et
demi au sud quart d'ouest , deux
milles au su<&ouest, quatre milles et
demi au sud quart d'ouest, un mille
et demi au sud-ouest, et trois milles
au sud quart d'est.
Là, nous arrivâmes à la fourche
de la rivière. Le bras affluextt, drï côté
de l'est, était deux fois plus considérable que le bras occidental. Nous
remontantes ce dernier , en gouvernant six milles au sud-ouest quart
d'ouest,; et le premier novembre nous nov-
àbordâriies dans l'endroit où je me Ier*
proposais de passer l'hiver.
Nous eûmes dïïtfafxt tcrtkt le voyalgê
un tems très-dé^a'gféàble ; il faisait si
froid, que je craignis sans cesse d'être
ml
m
1
i
m
mi ■Ê'I
' • f I ( 166* )
arrêté par les glaces. Si je ne le ius
pas , je ne le dus qu'aux efforts continuels de mes pagayeurs ; aussi , à leur
arrivée , ils étaient presque épuisés de
fatigue. Cependant leur travail n'était pas encore fini ; car nous ne trouvâmes pas une seule cabane pour nous
loger. Il est vrai que là je pouvais les
mieux nourrir et leur procurer plus
d'agrémens qu'en route.
Nous trouvâmes en cet endroit deux
hommes qui y avaient été envoyés au
printems , pour équarrir le bois nécessaire à la construction d'une maison,
et préparer des palissades pour l'entourer. Ils avaient avec eux leprincipal chef
des Indiens de ce canton. C'était un
vieillard d'environ soixante-dix ans ,
qui nous attendait avec impatience,
et nous reçut avec les plus grandes
marques de satisfaction et de respect.
A en juger par la poudre que lui et
ses  guerriers consommèrent à notre
•i
arrivée, ils n avaient certainement i as ( *67 )
manqué de   munitions durant l'été.
Des cascades jusqu'à l'endroit où
nous abordâmes, les bords de la rivière sont presque par-tout très-hauts.
Les endroits bas qu'on y voit sont des
pointes de terre formées par les dépôts de la vase, et maintenant couvertes d'arbres. Les écores où il y a
des éboulemens , offrent un mélange
d'argile et de cailloux. Il y a aussi
quelques endroits où la terre est noire
et franche.
Dans l'été de 1788 , on défricha un
petit coin de terre , près du vieux
fort, dans un endroit élevé de trente
pieds au-dessus de la rivière , et on y
sema des navets, des carottes et des
panais. Les navets vinrent d'une grosseur prodigieuse, et les carottes et les
panais réussirent fort bien. On y planta
aussi des patates qui eurent le même
succès, et des chous qui périrent faute
de soin. L'hiver suivant, la personne
chargée de ces cultures, laissa gjàle*
179*
nov* m
mm
il
il
% .   ( 168 ) \      M-
les patates qu'on gardait pour semence?
et depuis ce tems-là on n'y en a pas
porté d'autres. Il n'est pas douteux
,%ue si l'on cultivait la terre de ces
contrées avec un peu de soin, on ne
la trouvât très-fertile.
Lorsqu'à la fin de 1787, j'arrivai à
.Athabasca, M. Pond qui était établi
sur les bords de la rivière de l'Elan ,
avait un des plus beaux potagers que
j'aie vus dans aucune partie du Ca-
nacta.
Les bords de la rivière de la Paix
produisent, dans la partie où j'étais ,
non-seulen%ent tous les arbres qu'on
voit au-dessous des cascades , mais le
cyprès , le bois de flèche et l'épine.
J)e l'un et de* l'autre côté s'étendent
de vastes plaines qu'on ne peut pas
voir de la rivière même 9 et dans lesquelles abondent les buj^les, les élans ,
les loups, les renards et les ours.
J3u côté du couchant, et è une distance considérable, s'élève une chaîne-
Ms.l
|||: «ii
y;# (   169   )
de montagnes qui, vis-à-vis du pied
des cascade^ prend une direction oblique. Cette chaîne est fréquentée par
d'immenses troupeaux de daims qui
ne sont inquiétés que quand les Indiens
vont de ce côté-là chasser le castor 9
et que pour varier leur nourriture , ils
joignent à la viande de ce dernier animal celle du premier. La chaîne dont
je parle, se nomme les Montagnes, du
éïlaim.
Nous avions devant notre résidence
de très-belles prairies, où paissaient
diverses espèces d'animaux, et qu'ornaient des bosquets de peupliers semés
au hasard.
Dès que ma tente fut dressée , je fis
rassembler les LgidieKks ; je leur donnai
à chacun un rouleau de quatre pouces
de tabac du Brésil, avec un coup de
rum, et j.'allumai leun? pipev Comme
ils avaient souvent importuné mon
prédécesseur , je leur dis qu'ayant entendu parler de leur mauvaise  con-
nov.
«M
11
»! t fi'-   c l7° *
*  dûite, je venais pour savoir si les rap-
1792" ports qu'on m'avait faits étaient vrais.
îaov. J'ajoutai que je me ferais un devoir de
les traiter avec bonté tant qu'ils le
mériteraient; mais que je leur montrerais une sévérité inflexible , s'ils
manquaient aux égards que j'avais
droit d'attendre d'eux.
Je leur fis alors présent d'une certaine quantité de rum, que je leur
recommandai de ménager ; et j'y joignis un peu de tabac, en signe
de paix. Ils me firent les réponses
les plus satisfaisantes ; et après avoir
témoigné combien ils étaient fiers de
me voir dans leur pays , ils se retirèrent.
Je m'occupai de mon établissemer/t.
Je vis avec plaisir que les deux hommes qui étaient là depuis le printems,
pour couper et équarrir du bois ,
avaient employé leur tems avec autant
d'activité que d'adresse. Ils avaient
préparé assez  de  palissades de  dix- BOV»
C 171 )    -
huit pieds de long, et de sept pouces
de diamètre , pour faire une enceinte *792'
de cent vingt pieds carrés. En outre ,
ils avaient fouillé un fossé de trois
pieds de profondeur, pour y planter
les palissades. Le bois de charpente,
les planches et tout ce qu'il fallait
pour la construction de la maison,
étaient également prêts.
Cependant les arrangemens que j'eus
à prendre avec les Indiens, à qui il
fallait donner les choses nécessaires
pour la chasse d'hiver , n$ me permirent de travailler à nos établissemens
que le 7 novembre. Aussitôt tous mes
gens furent employés à construire le
fort, la maison et les magasins. La
rivière avait commencé à charrier
des glaçons le jour précédeiit, que
nous appelâmes le dernier de la navi-
7-
gation.
Le vent souffla du sud-ouest, et il
tomba de la neige. Le 16 , les glaçons
s'arrêtèrent dans le bras oriental de la
il.
16.
Il
ftp
fi W
Ai
mn
1792
nov.
00,
i J,
( *72 )   §;.
rivière, qui n'était qu'à environ une
lieue de notre établissement, en traversant la pointe de terre au-dessus de
la fourche ; mais ils continuèrent à flotter sur le bras occidental jusqu'au 22.
Alors la rivière prit, et nous pûmes la
traverser sur la glacé t avec la certitude que nous jouirions de cet avantage jusques vers la fin d'avril. Cela
nous parut d'autant plus heureux ,
que nos subsistances dépendaient de
nos chasseurs; et que tant qu'il y avait
eu des glaces flottantes , ils n'avaient
pas pu traverser la rivière. Mais bientôt ils nous fournirent atstant de viande
fraîche qu'il nous en fallait. Mes gens
n'v trouvaient   d'autre   inconvénient
m
que d'être obligés de porter sur leurs
épaules les animaux qUf on tuait, en
attendant qu'il y eût asseia die neigea
pour pouvoir les charrier sur des traîneaux.
Le 27 ,  il gela si fort que les haches
de  mes   ouvriers   cassaient   comme ( *73 )
du verre. Le tems fut très - variable
jusqu'au 2 décembre. Ce jour-là mon
thermomètre (1) fut dérangé, et il me
devint inutile. On trouvera dans l'appendice (2) une table météorologique,
qui se termine à cette époque et commence au 16 novembre;
Dépourvu de presque tous les secours qui contribuent tant aux agré-
mens de la vie , et sont un des principaux avantages de la civilisation ,
je fus obligé de me servir de mon jugement et de mon expérience pour
beaucoup de choses qui n'avaient aucun rapport avec mes habitudes, ni
même avec l'entreprise que j'avais
résolu d'exécuter. Je me trouvais au
milieu de gens qui n'avaient pas la
moindre connaissance des remèdes
qu'il faut employer dans les maladies
(1) De Farenheit.
(2) Vcyezà. la fin du 3e. volume, le n°.
1792.
décem«
•m
m m
,-w
■!'
P'
pi
1792
dé
ec.
1        ( *74 )     - •   '■.
et les accidens auxquels l'homme est
exposé dans toutes les parties du
globe, soit qu'il peuple les cités, soit
qu'il habite un désert. Ils étaient même
étrangers à cette médecine primitive
qui sait exercer l'art de guérir par la
seule vertu des simples , et qui se
trouve souvent chez les nations sauvages. Tout cela fut cause que je devins à-la-fois médecin et chirurgien.
Il se présenta à moi une femme avec
une tumeur au sein, où l'on avait déjà
fait avec une pierre tranchante, plusieurs incisions, dans le vain espoir
de la soulager. Je lui ordonnai des
cataplasmes ; je la pansai ensuite avec
de l'onguent; je fis sur-tout laver bien
ses plaies , et elle guérit.
Un homme qui travaillait dans le
bois, sentit tout-à-coup une douleur
si vive dans la première jointure du
pouce, qu'elle le mit hors d'état de
tenir sa hache. En examinant son bras,
je vis une raie rouge d'un demi-pouc©
K'M ( i75 )
de large qui allait depuis le pouce
jusqu'à l'épaule. L'homme souffrait 79
beaucoup et sentait déjà le frisson. n '*
Cette maladie était hors de la portée
de ma science ; mais il fallait faire
quelque chose pour tranquilliser l'esprit du malade. Je fis , en conséquence , essayer d'un léger liniment
de rum et de savon ; mais il n'eut presque pas d'effet. Le malade battit la
campagne toute la nuit ; et le matin
non-seulement la raie rouge de son
bras était augmentée , mais il commençait à avoir des pustules sur le
corps et des douleurs dans l'estomac.
Je songeai alors qu'il pourrait être nécessaire de lui tirer un peu de sang ,
et je hasardai , pour la première fois
de ma vie , de me servir de la lancette.
Cette saignée eut tout le succès que je
pouvais espérer. Le malade passa la
nuit suivante assez tranquillement, et
il recouvra en peu de tems sa santé et
sa vigueur premières.
r
Vf
"I *
fc'U —— Le froid se faisait sentir avec la plus
1792. grande force , je fus extrêmement sur-
oéeem. pr[s ? en parcourant les bois dans un*
saison si rigoureuse , d'être salué par
le chant des oiseaux, et de voir qu'ils
déployaient une vivacité qui semblait
ne devoir être l'effet que d'une douce
température.
Le mâle de cette espèce d'oiseaux^
est un peu moins gros qu'un rouge-
gorge. Il a le dessus du corps d'u^ti
fauve délicat, et le cou, la gorge et le
ventre rouges. Ses ailes sont noires ,
bordées de j&une, et traversées par
deux raies blanches. Sa queue est
mélangée et sa tête couronnée d'une
huppe. La femelle est plus petite que
le mâle. La couleur de son plumage
est fauve ; niais elle a sur le1 cou une
teinte d'un jaune brillait.
Je ne doute pas que ces oiseafnx ne
soient les hâbitans indigènes de ces
climats, ainsi que d'autres petits oiseaux gris , que j'y ai vus. ( *n )
*•_—<*■-   ..    ■!-■■    i.,    .,       |     ||M    |     n
■ itÇI'^^
CHAPITRE    IL
Séjour sur les Bords de la rivière de
t la Paix. Détails sur les sauvages*
JL-ie 23 décembre j'abattis mes tentes \
et j'allai demeurer dans la maison qui x79^*
Venait d'être achevée. J'employai aus*- déoera«
sitôt mes gens à construire  d'autres   a3^
maisons pour se loger. Nous avions
assez  de matériaux pour bâtir cinq
maisons; chacune de dix-sept pieds
de long sur douze de îarge.
Les habitans d'un climat plus doux
que celui des bords de la rivière de
la Paix , regarderaient comme uri
grand malheur d'être exposés au grand
air, vers la fin de décembre ; mais là oft
s'y accoutume, et il est nécessaire de
décrire en partie ce que   mes gens
3>* XSI
S I '/
■t 178}
   souffrirent sans murmurer, pour eiî
1792. donner quelque idée.
décera. Les hommes qui étaient avec moi,
avaient quitté , au commencement de
mai, la rivière de la Paix,\et s'étaient
rendus dans le lac Pluvieux avec des
canots chargés de pelleteries. La longueur de ce voyage et les difficultés
qu'on y prouve , exigent beaucoup
de courage et de patience. Mes nouveaux compagnons ne s'étaient pas»
reposés aussi long^tems que de coutume sur les bords du lac Pluvieux. Ils
y avaient pris une cargaison d'articles
d'échange, et ils avaientjjtavigué presque nuit et jour, pour regagner la
rivière de la Paix^Ils y étaient de retour depuis deux mois, continuellement occupés d'un travail fatigant,
et n'ayant qu'un simple appentis pour
-jse mettre à l'abri de la neige et du
froid. Telle est la vie que mènent ces
hommes. On les voit travailler avec
effort   et   sans   relâche ,   jusqu'à ce
11!
i;< ( *79 ) 1 'il
^ju*une vieillesse prématurée ne leur —i~-
en laisse plus la force. 1792.
Les   Canadiens obsédèrent (|ue le décem,
£5, le 26 et4e 27 décembre, la  tem-   â7*
pérature était telle que notis devions
nous attendre à la v'ô&r pendant trois i|
mois*  Le 29, le vent  soufflait, sans    2c*
forcer, du nord - e£t, et le tems  était
nébuleux ,  lorsque nous entendîmes
dans l'àrir, un bruit Semblable à un tonnerre éloigné. Téut - à - co&p le fèm$
s'é%lài$cit du wfë c&fr s%d-ouest, et il
s'y leva un vent fnipétUeux, qlàl dura
jusqu'à huit heures. Peu   après «qu'il
eut commencé , l'air devint st^eliaud |
^ufe 3la   neige  qui  était %Ur  la  terre
fondit, et que la glace se couvrit d'eau,
comme lorsqu'il dégèle au prkitemSi-
Le t^ms fifê^àakne^^e^wis ftuit heures
^ië^ô^fc'lneuf : alors le ^eiit passa au
nord-dst, et souilla avec non moins
de violence que celui du sutr=ouesti
Le ciel sèohargea de nuages ; iPpitpt 9
il grêla pendant toute  la nuit et 1& i-i» D
leeem,
1753.
janv.
2«r.
»*i.,.
( 180 )
•■™  journée suivante ; pui# il tomba beau-
1792. COUp (Je neige. Un de mes Canadiens *
• qui en 1780 (1), avait passé l'hiver au
fort Dauphin,  me dit qu'il y faisait
le même tems.
Le premier jour de l'an, les Canadiens , conformément à l'usage établi
parmi eux , nie réveillèrent avec le
bruit de leur mousquéterie. En retour
de leurs salves et de leurs complimens,
on a coutume de les régaler de rum ,
et quand on a de; la farine , on fait
des gâteaux qu'on leur distribue, J'en
av^is, et je surfis la coutume.
A mon arrivée sur les bords de la
rivière de la Paix, j'avais trouvé un
jeune, Indien, à qui un fusil, en ç^ce»
yant, avait fait pefdre l'usage de la
maga droite. Le pouce était estropié
de manière qu'il ne tenait plus que
par un petit morceau de chair. Quand
■■Il !■ Il 1    I • .     - i- I   1 . . 1     1 . 1        1 _——»
(1) Ce fut alors que la petite vérole s'y fit
sentir pour la première fois. ( i8i )
un me   présenta ce malheureux  Indien , sa plaie était en si mauvais état,
et elle exhalait une odeur si infecte,
qu'il fallait  tout mon courage  pour
l'examiner. Ses amis avaient fait tout
ce qu'ils avaient pu pour  le guérir :
mais  comme leurs   remèdes   consistaient à chanter autour de lui et à lui
souffler sur la main, on doit bien imaginer que sa blessure n'en allait pas
mieux. Je craignais  beaucoup  d'en-#
treprendre une telle cure : mais comme
le jeune homme risquait de perdre la
vie, si l'on ne le soignait pas, je hasardai ma réputation chirurgicale , et»
je me chargeai de le traiter.
Je fis un cataplasme, avec de la
peau de racine de sapin-spruce, que
je posai sur la plaie, après l'avoir bien
lavée avec du suc de la même racine.
Ce remède fit beaucoup souffrir l'Indien; mais au bout de quelques jours,
la blessure se nettoya si bien, que toute
îa chair putréfiée disparut..
ï: I, M
è
( î&2 )        1      <
       Je voulais beaucoup a|ors achevez»
S9 • Je séparer le pouce de la main, parce
janv. qUe je savais bien qu'il fallait le co,$per
av#nt la grçérison de la plaie : mais le
jeune homme refusa de me iaigser
employer le fer, jusqu'à ce que, par
l'application du vitriol, j'e^s réduit
presqu'à la grosseur d'un fil , le morceau de chair auquel pendait le pouce.
Quand cette opération fut faite, la
plaie se ferma plus vite que je ne
l'espérais.
L'onguent dont je me servis en
cette occasion, était fait avec au
baume du Canada , de la cire et du suif
de chandelle , qu'on faisait dégoutter
dans do; leau. Eftfin , j'eus le bonheur
de guérir si bien le jeune Indien, que
vers les fêtes de Noël, il fut en état
d'aller à la chasse, et de me rapporter
la langue d'un élan. Il ne se montra
jamais ingrat ; et quand il me quitta,
je reçus les témoignages de la plus
vive reconnaissance, non - seulement
m ( i83 )
de sa part, mais de celle des autre&
Indiens de sa tçibu, qui s'en allaient X79P*
avec lui. Il esç vrai que je ne lui avais   jspv.
épargné ni tems ni soins. Pendant un.
mois entier je pansai sa.pj^e trois fois
par jour.
Dans la matinée, du 5 janvier, le ^
tems fut calme, clair et très-froid.
Le yf|nt passa au sud\-ouest ; et l'après-
midi il commença à dégeler. J'ayai§
déjà remarqué à At^iabasça , que le
venf de sud-oue^t ne manquait jamais
de nous amener un tems clair et
doux , et que le vent de nord - est %
noug^pornait |pujours de la neige. Ces
effets sont encore bien plus sensibles
sur les bords de la rjlvi^re cje la Paix.
Quatre heure$ d'un fort veiit c]e sud-
ouest suffisent pour produire un dégel ;
et si le vent tourne au nord - est, il
est accompagné de giyre et de neige.
C'est donc au vent de sud-ouest qu'il
fout attribuer le peu de neige que je
vis dans cette partie de l'Amérique*
i!
ili; il' wti
m
( 184 )
Ce vent chaud vient de l'Océan paci-
x79à*   fique ,  et quoiqu'il passe par - dessus
jan#   des  montagnes couvertes   de neige ,
la distance n'est pas assez longue pour
qu'il ait le tems de se refroidir.
Nous avions auprès de nous plusieurs Indiens. L'un d'eux ayant appris
la mort  de  son père,  se rendit  en
silence  dans sa cabane, et se mit à
tirer des coups de fusil. Il était déjà
nuit. Des coups de fusil me surprirent
d'autant plus à cette heure-là , qu'ils
étaient souvent répétés.   Je chargeai
mon interprète  d'en  aller demander
la cause. L'Indien qui tirait les coups
de fusil, lui répondit que c'était une
coutume parmi les siens à la mort d'un
proche parent, et que par-là ils avertissaient leurs amis de ne pas venir
près d'eux, et de ne pas chercher à les
consolée, parce qu'ils ne se souciaient
plus de la vie.
Le chef, qui se trouvait être parent
du mort, se présenta à moi avec son
m ■"'■,; ( i85 )        f /
bonnet de guerre sur sa tête, coiffure
que les Indiens ne portent que dans 179(>*
les grandes solemnités , ou quand ils p8
se préparent à combattre. 11 me confirma ce que m'avait rapporté l'interprète (i). Les femmes seules versent
des larmes à la mort de leurs parens.
Les hommes regardent les moindres
signes de sensibilité et d'affection ,
comme un manque de courage et une
pusillanimité.
Les Indiens me racontèrent qu'ils
étaient allés chasser auprès d'un grand
lac, appelé par les Knisteneaux le lac
de l'Esclave , nom qu'il devait aux
premiers habitans  de  ses  bords.   Ils
(i) Quand ces Indiens boivent ensemble, et
que l'un d'eux n'a df autre moyen de se procurer
du rum qu'en le payant avec son fusil, il le présente à l'autre. Mais alors il le fait partir, et
j'imagine que e^est pour prouver qu'il est en
bon état, et pour fixer la quantité de rum qu'il
doit recevoir en échange, m^ uâ 1 H ■' ''
18 ■"!:■.   ■'•
ilip
1.793,
janv.
ïo.
'       \     ( 186 ) -,      J
me dirent que ce lac était très-vaste,
et situé à cent vingt naines à l'est de
nos étabJ^semçns, sur la rivière de la
Paix. Il est parfaitement connu de&
Knisteneaux , qui habitent une partie des plaines qu'arrose la Saskat-
chiouayue ; car lorsqu'ils allaient
autrefois porter la guerre du côté de
la rivière de la Paix, ils* se rendaient
dans le lae de l'Esclave , et y laissaient
leurs canots. De là il y a lin sentier
battu qui conduit è* la fourche , ou
plutôt au bras oriental de la rivière.
C'était leur chemin de guerre.
Parmi les sauvages qui vinrent me
visiter , étaient deux Indiens - montagne-rocheuse , qui m'assurèrent que
ceux à qui on avait donné cette dénomination , ne la méritaient pas,
attendu qu'ils avaient toujours habite
le voisinage de l'endroit où nous
étions. Pour prouver ce qu'ils avan-*
çaient, ils dirent que les Indiens avec
qui ils se trouvaient en ce moment, janv.
X|e. connaissaient nullement le pays -—~
situé du côté dés montagnes, non plus J 79**
que la navigation de la rivière. Les
Indiens - castors , continuèrent - ils ,
occupaient déjà une grande partie de
leur territoire , et les. forceraient
bientôt de; se retirer jusqu'au pied
des montagnes. Ils prétendirent qu'ils
étaient les vrais et §euls indigènes du
pays qu'ils habitaient, ajoutant que
celui qui s'étendait de là jusqu'aux:
montagnes offrait partout, ainsi que
le haut de la rivière , le même aspect,
que les environs de ma résidence ;
que ce pays était rempli d'animaux ,
mais que la navigation de la rivière
était interrompue près des montagnes
et dans les montagnes mêmes, par
des écueils multipliés et de grandes
cascades.
Ces Indiens m'apprirent aussi qu'on
trouvait du côté du midi^i) une autre
i!
l\
II! 1
(i) Vers le soleil du milieu du jour. ■
lif
i
£2
•il
iil
1790,
janv.
12.
.   ( 188  ) f f '
grande rivière, qui courait vers le
sud, et sur les bords de laquelle on
pouvait se rendre en peu de tems , en
traveréant les montagnes.
Les Indiens m'apportèrent beaucoup
de pelleteries. Le peu de neige qui
tombait > favorisait singulièrement les
chasseurs de castors ; parce qu'on distinguait sans peine les traces de cet
animal, depuis sa cellule aux endroits
où il allait se cacher.
Le 12 janvier, mon chasseur arriva.
Il avait laissé sa belle-mère, quoiqu'elle
fût veuve depuis peu de tems, et qu'elle
eût trois enfans en bas âge, avec un
quatrième prêt à naître.
La femme du chasseur raconta cela !
aux autres femmes,  et avoua que sa-
mère était en grand danger de périr,.
pour avoir été abandonnée de cette
manière ; mais elle n'en parut pas plus
touchée. Ce qu'il y a de plus singulier , c'est que,  sans paraître  sentir
combien  était   coupable  sa  barbare
tôttfiîii ( i89 )
négligence , cette femme n'aurait pas
manqué, si sa mère était morte, de   179$>
pousser des cris   lamentables, et de    JaHV*
se couper une ou deux phalanges du
doigt, pour marque de son affliction.
Les Indiens considèrent l'état d'une
femme   en couche ,  comme un  des
maux  les mpins dangereux auxquels
la nature humaine est sujette ;  et il
faut avouer que   la facilité avec laquelle    leurs r femmes    accouchent ,
semble, à quelques égards ,   justifier
cette  insensibilité. Ils changent fréquemment  de résidence , et alors il
n'est pas rare qu'une femme se trouve
en mal d'enfant   dans   le milieu  du
chemin , qu'elle accouche sans que ses
compagnons  de  voyage   baignent  y
faire attention,et qu'avant qu'ils aient
achevé  de  s'arranger pour passer  la
nuit, elle les rejoigne avec son enfant sur le dos.
Je craignis ce jour-là qu'il ne se
passât un événement fâcheux 7 que
m
m
w.
A
frit1 M
m
u4
|.    J! (   19°   )
 m j'eus le bonheur de provenir.   Deux
179e* jeunes Indiens jouant ensemble à u#*
janv. ^e ]ears j^fc^. prirent dispute, et s'enflammèrent tellement, qu'ils tirèrent
leurs couteaux; Je partis et j'empêchai que cette querelle n'eût des suites
sanglantes. Cependant i$s étaient si
fort en colère, qu'après que je les eus
sévèrement ^primandéS et fait %ortfir
de chez nfèfik, $±% restèrent plus d'une
demi-lieurê dans le fort, se regardant
l'un l'autre avec un air féroce et un
sêmbre silence.
Le jeu qui avait cauè? cette Querelle ,
se nomme le jeu Se la gamelle ; et
■foici êo'fÉSné on y joue :
L'on a *liie gamelle, c'est-â-dire,
IJn^la£$e feoi§$èu d'éeorce d'arbre, et
Six petites ^ffi^ùfeé de nffiiàl, de bôi&
êli de pi^rf^pïd^des dti ^carréêk -, et
dont^Iëîs 3&Yrïa§é§- sont, de différente
couleur. Celui qui tient $a gamelle y
met ces^plaques, les3*èmue Bîen , les
fait sar&èr en l'air, et lesMtS&pe dans
IgilH
■   i      .'  ■: ( 191 )
\k gamelle. Le gain dépend du nombre .
des plaques qui présentent là même 17^0.
couleur. S'il y en a trois , le coup re-   janv.
commence ; Sm:sy en a deux ou quatre,
la gamelle change de main.
Le i3 , un Indien vint me trouver,
et m'offrit un singulier exemple de
superstition. Il me demanda un remède
pour frotter ses jarrets et ses hanches ,
parce que depuis cinq hivers, il ne
pouvait presque pas se servir de ses
jambes et de ^ses cuisses. Il attribuait
cette maladie a la cruauté épï il avait
eue de rriettrê lé feu à une vieille
cellule âe castor , dans laquelle il avait
trouvé une louve et deux petits, qui
furent consumés dans cet incendie.
L'hiver était si doux pour le climat,
que les cygnes ne quittèrent notre
canton qu'au commencement de janvier , et que vers le milieu du mois ,
le sol n'était couvert que de très-peu
de neige. Cependant, aux environs de
•
W <w
t
ji
j/rtni' ■„
|j| :f|
llii
^- ( ffi K
•   k'jlpj
--  -*§
JE
( I92 )
—   l'entrepôt situé au-dessous du nôtre (i)j-
*795* la neige  avait un pied et demi d'fft
janv.   pais. .:.; .'.' ;,^§v
28. Le 28 janvier, les Indiens commen
cèrent à faire les souliers avec lesquels
ils marchent sur la neige ; car la neige
qui venait de tomber , les leur rendait
nécessaires.
&vr. Non loin de nous était une cabane
3> dont les habitans mouraient de froid
et de faim. Ils venaient de perdre un
de leurs proches parensi et suivant la
coutume , ils avaient jeté loin d'eux
tout ce qui leur appartenait, et troqué
leurs vêtemens contre du rum , parce
flue , sans doute, ils ne voulaient conserver rien qui leur rappelât la mémoire
du mort. Dans ces occasions, les Indiens détruisent tout ce qui a appartenu à la personne décédée , à l'exception pourtant de ce qu'ils placent dans
sa tombe. Nous avons eu assez  de
(1) Soixante-dix lieues moins loia.
11
m
.Mil féV.
( *93 )
peine à leur faire comprendre que
quand un homme meurt endette, il taut ' *
employer les pelleteries qu'il laisse à
payer ses dettes. Mais ceux qui sentent
la justice de ce principe et qui s'y soumettent -j ne laissent jamais paraître
plus de pelleteries qu'il n'en faut pour
acquitter les engagemens de leur parent mort.
Le 8 février, je m'occupai à déterminer la longitude de ma résidence..
Ce jour-là un de mes gens qui avait
passé quelque tems avec les Indiens ,
vint m'apprendre ^ju'un de ces derniers l'avait menacé de le poignarder.
Quand il se plaignit de cela à l'homme
avec qui il demeurait, et à qui je l'avais recommandé , celui-ci lui répondit qu'il étajfe-bien imprudent de
jouer et de se disputer avec les jeunes
Indiens, hors de sa cabane, où personne n'oserait venir lui chercher
querelle ; et que s'il eût perdu la vie
là où il était allé , on n'aurait pu l'at-
3. i3
JW
m Jk - ■:■;■
m
179.3.
fév.
mars.
16.
2.2.
avril.
ï9r.
i *94 )
tribuer qu'à sa folie. Ainsi, parmi ces
enfans de la nature, la cabane d'un
homme est son château-fort, et cet
asyle protecteur n'est jamais violé.
Un froid rigoureux dura depuis le
commencement de février jusqu'au 16
mars. Ce jour-là, le vent souffla du
sud-ouest, et soudain la température
devint plus douce.
Le 22, un loup s'avança jusqu'au
milieu des cabanes des Indiens , et fut
sur le point d'emporter un enfant.
J'observai , pour la seconde fois
la planète de Jupiter et ses satellites
afin de pouvoir déterminer la longitude. Dès le i3 , nous avions aperçu
quelques oies, qui, dans ces contrées , sont toujours les avant-coureurs
du printems. Le premier avril, mes
chasseurs en tuèrent cinq. Je n'avais
pas encore vu dans l'intérieur de l'Amérique septentrionale, du gibier marin à une époque si pei£ avancée. Le
tems, devenu très-doux  depuis une
mû ! J95 ) j]
Quinzaine de jours, semblait promettre
qu'il continuerait. Le 5 , on ne voyait 179^i
as de neige. avril»
L'on nie réveilla à quatre heures
du matin, pour m'annoncer qu'un
jeune Indien venait d'être tué. Je me
rendis aussitôt dans les cabanes, où
je trouvai deux femmes occupées àv
plier le corps du mort (i) dans un©
pelisse de castor , que je lui avai^
prêtée quelques jours auparavant, li
avait été frappé de quatre coups de
dague , dont chacun aurait suffi pour
le tuer. On lui en avait plongé deu^
dans le cou, un troisième dans le côté
gauche de la poitrine, et un quatrième
dans les reins. Il en avait reçu, en
outre , deux sur la tête.
Le meurtrier, qui avait chassé pour
moi durant tout l'hiver , s'était enfui j|
et l'on m'assura que plusieurs parens
( i )  Cet  Indien  se   nommait la  Perdrix
Blanche» il*
"*ï;v |
.
', -      . '  '     ( "196 )
4—— du mort étaient à sa poursuite. Voici
zjy'à. ce qui donna lieu à cet événement
eviili   funeste.
Ces deux Indiens étaient amis depuis
quatre ans. Mon chasseur avait trois
femnies. Son ami étant devenu amou«
reuxde l'une de ces femmes , le chas-
seuisrela lui   céda,   avec la   condition
expresse   qu'il 'pourrait   la   réclamer
comme sa propriété , lorsqu'il le jugerait ànpropos. Cet arrangement dura
pendant trois ans  de  suite, au bout
desquels le mari s'avisa d'être jaloux
et de reprendre sa femme.  Les deux
amans trouvèrent le moyen de se voir :
maiï leurs rendez -vous furent décou-
vaerts , et le marâ maltraita si fort sa
femme, que l'autre résolut de la lui
enlever. L^exécution de ce projefe fut
çâuseode  sa mort. \ L'jenlèvemerit i4e&
femmes   est; très^-ofpnmunàparŒ&è les
Indiens ; et il se termine presque toujours   par .tqueigue   horrible   catastrophe.
111
s ;    <■
>^% 'I ( *97 ) \     '   %
Cependant tous les Indiens établis
auprès du fort, s'éloignèrent à la hâte x79^
et en désordre ; et le soir , il n'en res- awih
tait pas un seul.
Les Indiens-castors et les Indîens-
montagne-rocheuse, qui vinrent trafiquer avec nous durant l'hiver , n'étaient guère qu'au nombre de cent
cinquante hommes en état de porter
les armes ; et dans ce nombre , les deux
tiers s'appelaient eux-mêmes Indiens-
castors. Ces derniers ne diffèrent des
autres que parce qu'ils ont plus ou
moins adopté les mœurs et les coutumes des Knisteneaux, Ils ont, ainsi
que je l'ai déjà observé , la passion
des* liqueurs fortes ; et dans les mo-
mens de réjouissance et d'ivresse, *jds.
donneraient 'volontiers tout ce qu'ils
ont pour s'en procurer.
Quoique les Indiens-castors vivent
en paix avec les Knisteneaux de ce
canton , d'après l'accord qui , comme
on l'a vu plus haut, a donné son nom
Or
i' ifïl
r.iiî
l!
1793.
avril.
.      ■     • . /J    (    I98   ) J
à la pointe et à la rivière, ils ne sont
ni.amis ni alliés des autres tribus de
la même nation, qui ont chassé loin
devant eux les indigènes des bords de
la Saskatchiouayne et du Missinipi ,
et se sont joints daiïs le haut de cette
dernière rivière, qui prend là le nom
de rivière du Castor. De là , les Knisteneaux se sont avancera, l'ouest par le
lac de l'Esclave, et ils ont souvent
renouvelé ces excursions guerrières
jusqu'eli l'année 178a , tems ourles
Indiens - castors se procurèrent des
fusils.
Si dans leurs expéditions , les Knisteneaux ne rencontraient pas les Indiens-castors, ils marchaient toujours
droit à l'ouest jusqu'à ce qu'ils pussent
exercer leur aveugle fureur et leur
brigandage sur les Indiens-montagne-
rocheuse , qui, n'ayant point d'armes
à feti , ne pouvaient pas leur résister.
Toutes les marchandises d'Europe que
recevaient ces derniers  avant  1780 » '       (   X99   ) ;%"
leur venaient des Knisteneaux et des ——
Chipiouyans , qui les avaient achetées x79^*
au fort Churchill, et les leur faisaient avrib
payer un prix extravagant.
Lorsqu'en 1786 , les marchands du
Canada se rendirent, pour la première
fois, sur la rivière de la Paix, les
liabitans de ces contrées n'employaient
contre les animaux que l'arc et le
lacs. Mais à présent, ils ne se servent
guère du premier, et ils ne connaissent plus le second. Ils conservent une
grande crainte pour les Knisteneaux ,
leurs ennemis naturels ; mais depuis
qu'ils sont bien armés, ceux-ci leur
donnent le titre d'alliés.
Les hommes de la tribu des Indiens-
castors ont très-bonne mine, et ciment
singulièrement la parure. Les femmes
ne paraissent pas s'en soucier, et sont
les esclaves des hommes. La polygamie
est établie chez eux , ainsi que parmi
tous les autres sauvages de l'Amérique
septentrionale. Ils sont très-enclins à
& 3"793
avrif.
C 2dô )
Ta jalousie, et cetre passion a fréquemment chez eux des suites funestes i
Cependant, malgré leur vigilance et
leur sévérité,il est rare que les femmes
n'aient pas quelque amant qui, efl l'absence du mari , exige la même soumission et exerce la même tyrannie que
tui.
Lés Inclinations amoureuses sont
très-précoces chez ces Indiens : ils s'y
livrent quelquefois dès l'âge de1 onze
à doifee ans. Les femmes ne sont pas
très-fécondes^ ce qu'il faut attribuer ,
en grande partie , à leurs fatigues continuelles. Elles partagent, avec quelques petits chiens qu'elles ont, tout le
travail qui , dans les autres pays, est
réservé "lux bêtes de somme. Souvent
on ! voit des hommes né - porter que
leur fusil, tandis que leurs femmes et
leurs filles charrient de si pesans fardeaux, qfte s'il en tombe une partie,
elles ne sont pas en état de la recharger; et alors les hom-m# ne daignent (   SOI   )
pas même la ramasser pour elles. Aussi, ——*
lorsqu'elles sont en voyage, les voit- * 79^'
on fréquemment s'appuyer , avec leur avrit.
charge, contre un arbre , pour pouvoir
un peu reprendre haleine. Lorsqu'elles
arrivent dans l'endroit où leurs despotes veulent s'arrêter, elles se hâtent
de planter des perches courbes, se
joignant par le haut, et formant un
ceintre qui a de douze à quinze pieds
de diamètre à sa base ; puis elles les
couvrent avec des peaux d'élan préparées et cousues ensemble. Pendant
qu'elles s'occupent de ce travail, les
hommes restent tranquillement assis,
et s'amusent à fumer leur pipe, s'ils
ont du tabac. Toutefois, l'état de sujé
tion et d'esclavage dans lequel ces
femmes sont retenues , n'empêche pas
qu'elles n'aient beaucoup d'influence
sur l'esprit des maris. Leur ascendant
ne devient nul que pour ce qui concerne leur propre état.
Les Indiens-castors sont excellent
t vtPii'
**ft;
(   202.   )
1 chasseurs, et la fatigue quilé prennent
x79^' à la chasse les rend en général fort
avril, maigres. Leur religion se borne à peu
de pratiques. Leurs actes de dévotion ,
leurs fêtes, leurs jeûnes m'ont tous
paru empruntés des Knisteneaux. Ils
sont plus belliqueux et plus enclin^
au vice que les Chipiouyans dont ils
IH tirent leur origine : mais ils n'ont pas
leur parcimonie. Dès qu'ils peuvent
acheter les choses qui leur sont nécessaires , ils se montrent généreux ,
magnifiques ; et quand leurs moyens
sont épuisés, ils deviennentd'insignes
mendians. Cependant ils sont remarquables pour leur probité ; car dans
toute la tribu établie près de ma résidence , il n'y avait qu'un homme et
deux femmes accusés d'en manquer,
et ils étaient l'objet des reproches et
du mépris des autres.
Ces Indiens connaissent peu de
maladies. Leur médecine se borne à
bander les tempes du malade ,   à  le
m¥
! Il
*#
I (   203  )
faire transpirer, à souffler sur lui et
à chanter. Quand l'un d'eux meurt , A79^
tout ce qu'il possède est, ainsi que avril,
je l'ai déjà observé , détruit ou enterré avec lui. Alors les lamentations
et toutes les marques de deuil sont
poussées à l'excès. Les proches parens
du mort se noircissent le visage , et
quelquefois coupent leurs cheveux, et
percent leurs bras avec des couteaux
et des flèches. Les femmes font encore
plus. Non-seulement elles gémissent,
crient et se coupent les cheveux ,
mais , avec un instrument tranchant ,
elles se font sauter l'ongle d'un doigt,
relèvent la peau jusqu'à la première
jointure et tranchent la phalange.
Cependant cette preuve d'une extrême
affliction n'a lieu qu'à la mort d'un
fils chéri, d'un mari ou d'un père.
Beaucoup de vieilles femmes ont si
souvent répété cette bizarre et cruelle
cérémonie, qu'il ne leur reste pas un
seul doigt entier.   Les femmes vont
ït
m iW!
pleurer plusieurs années de suite sur
la tombe des parens qu'elles ont perdus. Elles paraissent, ainsi que toutes
les autres femmes Indiennes , aimer
excessivement leurs enfans. Malgré
cela, lorsqu'elles les nourrissent, elles
ne se soucient pas plus de les vêtir
que de se parer elles-mêmes. Elles ont
une planche de deux pieds de long,
sur laquelle elles étendent de la
mousse , et elles y couchent leur enfant, en l'attachant avec une bande
pour qu'il ne puisse pas se dégager,
La mousse est changée toutes les fois
qu'elle en a besoin. Le chef, que j'ai
connu , avait neuf femmes et des enfans à proportion.
La première fois que les Anglais
allèrent îtrafïquer chez cette nation ,
les Canadiens (i) furent accueillis avec
toutes le$ marques d'une généreuse
hospitalité et délia plus grande atten
(r) Les hommes-employés dans les caftols* ( 2o5 )
tion ; mais leur conduite a depuis ,
appris aux Indiens à avoir moins
d'égards pour eux, et quelquefois à
les traiter avec mépris. Cette tribu
diffère beaucoup des Chipiouyans et
des Knisteneaux , en ce qu'elle ne
veut absolument pas permettre que
ses femmes communiquent avec les
blancs.
Les Indiens-castors portent à l'excès
l'amour du jeu. Ils jouent quelquefois
plusieurs jours et plusieurs nuits de
suite ; et ni la crainte de se ruiner, ni
les sollicitations de leurs femmes ne
peuvent les arracher à leur partie. Ils
sont vifs , gais * agiles , et leur œil
noir est plein de finesse et d'expression. Les hommes s'arrachent la barbe,
et les femmes s'épilent toutes les parties du corps, excepté la tête. Leurs
cheveux sont épais , noirs et lisses.
Ils ont parmi eux plusieurs vieillards.
L'un d'eux me dit qu'il se rappelait
avoir  vu soixante hivers ;  mais en
3790.
avril. i
1795.
avril.
20.
{   200   }
général, ils ignorent le   tems  qu'ils!
ont passé sur la terre.
Un de ces Indiens me donna une
idée de son âge, en me disant qu*il
se ressouvenait que les collines et leà
plaines que nous avions en face et
qu'ombrageaient de distance en distance des bosquets de peupliers , n'é*
taient autrefois couvertes que de
mousse et ne nourrissaient d'autre
animal que le renne. Le pays , conti-
nua-t-il, a insensiblement changé de
face. L'élan est venu de l'est, et a été
suivi par le buffle. Le renne s'est retiré
du côté des montagnes . dont la chaîne
s'étend parallèlement avec le cours
de la rivière.
Le 20 avlîl, j\>bservai,pour la troisième fois , Jupiter et ses satellites.
Nous étions déjà visMës par nos compagnons dfété , les moustiques et les
m aringouîns. Cependant la rivière était
encore couverte de fflace. Sur l'antre
rive ,   on  voyant   des plaines   char-
W*ê (   207   )
mantes. Les arbres bourgeonnaient,
et plusieurs plantes commençaient à
fleurir. M. Mackay m'apporta un bouquet de fleurs mouchetées, avec un
bouton jaune entouré de six feuilles
d'une belle couleur pourpre. Le changement d'aspect dans la nature, fut
non moins prompt qu'agréable : il n'y
avait que peu de jours que la campagne était encore ensevelie sous la
neige. Le s5 avril, la débâcle eut lieu,
et nous ne vîmes plus de glace.
Le meurtre de l'Indien , nommé la
Perdrix - Blanche , avait dérangé les
plans arrêtés avec le reste de sa tribu
pour la chasse du printems. Peu après
sa mort les Indiens s'assemblèrent à
quelque distance du fort, et m'envoyèrent une députation, pour me
demander du rum, afin qu'ils pussent
boire et pleurer la mort de leur frère,
11 serait extrêmement* déshonorant
pour un Indien , de pleurer tant qu'il
conserve sa raison^ mais dès qu'il est
1793.
avrik
25.
sa:
■ ■ iHiKfflk^t SflMM
i
1
w
H»;
1793.
avril.
mm
'ft ( 208 )
ivre , il le peut sans honte. Cependant
je refusai de leur donner du rum.
Alors ils dirent qu'ils iraient faire la
guerre. Nous fîmes ce que nous pûmes
moi et mes gens, pour les détourner de
ce dessein, car l'humanité et notre
propre intérêt nous y engageaient; et
un second message m'ayanjt été apporté
par les hommes les plus recommandâmes de la tribu, j'adhérai à leur demande sous la condition expresse qu'ils
resteraient paisiblement chez eux.
Pendant les premiers jours d'avril,
je fu§' très - occupé , ain&i que mes
gens, à faire les échanges avec les
Indiens. Lorsque ce mois fut écoulé,
je donnai ordre de radouber nos an$
ciens canots, et je m'en procurai
quatre neufs p^ de sorte que le 8 mai ,
j'expédiai pour le fort Chipiouyan,
six canots chargés de pelleteries et de
provisions.
Je gardai alorf auprès de moi ,  six
hommes du nord, qui Rengagèrent à»
lit? I ^09 J
in'accompagner dans le voyage que
je projetais pour faire des découvertes. *
J'arrêtai aussi mes chasseurs ; et je
terminai les affaires de l'année , pour
la Compagnie du nord-ouest, en écrivant mes dépêches publiques et particulières.
Je déterminai enfin, d'après plusieurs observations, la latitude de ma
résidence (i) , à 56 deg. 9 min. nord ,
et sa longitude occidentale à 117 deg.
35 min. i5 sec.
Le 9 mai , je m'aperçus que mon
achromètre retardait d'une heure 46 m.
La moyenne proportionnelle de son
retard était de 22 secondes par vingt-
quatre heures. Je le réglai, ensuite je
fis mettre mon canot à l'eau. Il avait
vingt - cinq pieds de long en - dedans,
sans compter la courbure de la poupe
et celle de la proue ; vingt-six pouces
( 1 ) Le fort de la Fourche sur la rivière de
la Paix.
79
mai.
».
«4 (   2IO   )
de profondeur , et quatre pieds neuf
pouces de large. Malgré cela il était
si léger, que deux hommes pouvaient1
aisément le charrier dans un espace
de trois à quatre milles, sans avoir
besoin de se reposer.
Il entra dans ce mince canot, des
provisions , des marchandises pour
faire deé présens , des armes , des munitions et du bagage, le tout pesant
ensemble trois milliers , et dix hommes. Mon équipage était composé
d'Alexandre Mackay, de Joseph Landry , de Charles Doucette ( i ), de
François Beaulieu , de Baptiste Bisson,
de ïrançois Courtois et de Jacques
Beau champ ( 2 ). J'avais , en outre ,
deux Indiens chasseurs et interprètes ,
(1) .Joseph Landry et Charles Doucette m'accompagnaient dans mon premier voyage.
Çîfote de l'auteur).
(jày On voit qu'excepté le premier, tous ces
noms sont français. ( 21i )
Pun desquels s'appelait Cancre, nom
qui lui avait été donné dans son enfance , parce qu'alors il ne faisait jamais rien.
Je m'embarquai à sept heures du
soir. L'interprète que j'avais eu jusqu'alors auprès de moi , et une autre
personne que je laissai avec lui pour
fournir des munitions aux Indiens pendant l'été , ne purent s'empêcher de
verser des larmes en songeant aux
dangers auxquels nous nous exposions. Mes gens ne pleuraient pas,
mais ils adressaient des vœux au ciel
pour en obtenir un heureux voyage.
1790,
mai. I
Ëlll
CHAPITRE   III.
*Départ du fort de la îivière de
Paix. Boute jusqu'aux montagnes
rocheuses.
J]\ o u s commençâmes par gouverner
au sud quart d'ouest, en refoulant un
courant rapide, et nous fîmes un mille
jeudi trois quarts dans cette direction. Nous
nous avançâmes ensuite d'un mille au
sud-ouest quart de sud, et nous abordâmes à huit heures dans une île où
nous restâmes jusqu'au lendemain.
Le tems était clair et agréable , quoique l'air fût un peu piquant. Le matin,
à trois heures un quart, nous rentrâmes dans le canot. Nous fîmes trois
quarts de mille au sud-ouest, un mille
un quart au sud-ouest quart de sud ,
trois quarts de mille au sud, un quart
3793.
mai.
0
^end.
-30.
Ili mau_
(2i3)
de mille au sud-ouest quart de sud,
un mille au sud-ouest quart d'ouest,  179
trois mille au sud-ouest quart de sud
trois quarts de  mille   au   sud  quart
d'ouest, et un mille au sud-ouest.
Le canot étant trop chargé, avait
fatigué et faisait de l'eau. Nous fûmes
donc obligés de nous arrêter pour le
décharger et lui donner un suif. II
était alors midi. Je pris la hauteur du
soleil, et je déterminai la latitude du
lieu où nous nous trouvions, à 55 des:,
58 min. 4°* sec. nord.
Dès que le canot fut réparé, nous
poursuivîmes notre voyage. Nous courûmes un mille et demi en gouvernant
à l'ouest quart d'ouest. J'eus alors le
malheur de laisser tomber dans l'eau-
ma boussole de poche. Nous fîmes
ensuite un demi-mille à l'ouest, et
quatre milles et demi à l'ouest sud-
ouest. Là, les bords de la rivière sont
montueux, escarpés , et même en quelques endroits minés   par la rivières
3ï &*.
tï
M
fil !!
1790.
mai.
Par-tout où il y a eu des ébouîemens à
on voit plusieurs couches, l'une de
terre rougeâtre mêlée de cailloux ,
l'autre de bitume , une troisième de
terre grise, et au-dessous, à fleur
d'eau , une couche de pierre rouge.
Des sources coulent en plusieurs endroits , et la terre où elles se répandent est couverte d'une croûte blanche et saline. Ce sont des sources de
sel commun.
A six heures et demie du soir , mes
deux jeunes chasseurs débarquèrent.
Ils tuèrent un élan et blessèrent un
buffle. Nous dressâmes-là nos tentes.
De l'endroit d'où nous étions partis
le matin jusques-là, la rive occidentale
présente le plus beau païsage que j'aie
vu. Le terrein s'élève par gradins aune
hauteur considérable , et s'étend à une
très-grande distance. A chaque gradin
on voit de petits espaces doucement
inclinés , et ces espaces sont entrecoupés de rochers  perpendiculaires |
IBOlr*!.
' <i-i mai.
qui s'élèvent jusqu'au   dernier   sommet , ou du moins aussi loin que l'œil     79
peut les distinguer. Ce spectacle magnifique est décoré de toutes les espèces
d'arbres , et peuplé de tous les genres
d'animaux que puisse produire le pays.
Des bosquets de peupliers varient la
scène , et dans les intervalles paissent
de nombreux troupeaux de buffles e$
d'élans.  Ces derniers cherchent toujours les hauteurs et les sites escarpés *
tandis   que   les autres   préfèrent   les
plaines.
Lorsque je traversai ce canton , les
femelles des buffles étaient suivies par
leurs petits, qui bondissaient autour
d'elles -, et les femelles d'élan ne devaient pas tarder à avoir des faons.
Toute la campagne se parait de la plus
riche verdure. Les arbres qui fleurissent étaient prêts à s'épanouir, et le
velouté de leurs branches réfléchissant
le soir et le matin les rayons obliques
de l'astre du jour. ajoutait à ce spec- £am.
IX.
14
( 2l6  )
tâ'clé une magnificence que mies ex
pressions ne peuvent rendre.
Le rivage du côté de l'est est cou
vert sur le bord de Peau, d'aunes et
de saules ; mais à peu de distance le
terrein s'élève, et n'offre que des sapins
blancs et des bouleaux.
La rivière continuait à croître ; et le
courant augmentant à proportion ,
nous nous servîmes plus souvent de
nos perches que de nos pagayes.
Le tems était couvert, et nous avions
le vent debout. Malgré cela , nous
nous embarquâmes à quatre heures
du matin. Nous abandonnâmes toute
notre viande fraîche , à l'exception de
celle que nous avions fait cuire. Le
canot était trop chargé pour que nous
pussions y mettre de nouvelles provi-
sions. $&
Après avoir remonté un mille en
gouvernant à l'ouest-sud-ouest, nous
vîmes une petite rivière afïluente qui
sort , et qu'on nomme Kouiscutina^
\M . |j| / ( 217 i
Sepy j c'est-à-dire la rivière à hautes
écores. De là nous fîmes un demi-
mille à l'ouest, un demi-mille au sud ,
trois quarts de mille au sud-ouest quart
d'ouest, un mille un quart à l'ouest,
un quart de mille au sud-ouest, un
demi-mille au sud -sud - ouest, et un
mille et demi à l'ouest quart de sud.
Là je pris la hauteur du soleil, et je
prouvai que nous étions à 55 degrés
56 min. 3 sec. de latit. septentrionale.
Nous continuâmes notre navigation trois milles et demi à l'ouest, un
mille à l'ouest-sud-ouest. Nous vîmes
dans cet espace toute la plaine en feu.
Nous fîmes ensuite un mille à l'ouest,
avec un vent debout si fort , qu'il
entra de l'eau dans le canot, et que
notre marche en fut retardée.
Nous prîmes terre : d'après trois
observations solaires, je trouvai que
ma montre marine était en arrière du
tems apparent, de i h. fa m. 10 sec.
Après avoir fait un mille un quart
1793.
mai..
1
*r^ m
J79ô-
mai.
( 2l8 )
an sud-ouest, nous rencontrâmes un
chef des Indiens-castors qui chassait
avec plusieurs autres sauvages. Je
restai dans mon canot ; et quoiqu'il
fût un peu tard, je ne voulus pas coucher-là , de peur que les amis de mes
deux chasseurs ne leur conseillassent
de me quitter. Nous poursuivîmes
donc notre route. Plusieurs Indiens
nous suivirent, en courant sur la plage
et conversant avec mes gens , qui faisaient tant d'attention à ce qu'ils leur
disaient, qu'ils firent passer le canot
sur un banc de rochers ; de sorte que ,
malgré mes intentions, je me trouvai
dans la nécessité de débarquer, pour
radouber le canot et pour passer la
nuit.
Je permis à mes chasseurs d'aller
coucher dans les cabanes des Indiens-
castors , à condition qu'ils seraient
de retour à la pointe du jour. Je craignais pourtant toujours les suites de
leur entretien.
 -Mm mai.
( 219 )
1    Cependant avant que nous eussions -
achevé de réparer notre canot, le chef,    79
un autre chasseur et plusieurs de ceux
qui étaient dans les cabanes, vinrent
nous joindre. Ils me dirent d'un air
fort triste, qu'ils n'avaient ni assez de
munitions ,  ni  assez de tabac pour
l'été. Je leur répondis qu'ils en trouveraient dans le fort, où j'avais beaucoup de l'un et de l'autre sous la garde
de mon interprète, et qu'on ne leur
en laisserait pas manquer s'ils s'occupaient de leur chasse avec activité et
intelligence.
J'eus soin de m'étendre beaucoup
sur les avantages de mon expédition ;
observant en même tems que son succès dépendait de la fidélité et du zèle
des deux jeunes gens que j'avais pris
pour mes chasseurs.
Le chef me pria de lui prêter mon
canot pour traverser la rivière avec
sa famille. Plusieurs bonnes raisons
m'empêchaient   d'acquiescer à   cette* llil
àlm.
12.
220   J
   demande ; mais je me contentai de
2790. â\xe au chef que mon canot étant destiné à un voyage de la plus grande
importance, on ne devait pas y laisser
entrer des femmes. Il trouva alors mon
refus très-plausible. Il était près de
minuit quand nous nous séparâmes ;
mais je ne le laissai pas partir sans lui
faire un présent de tabac.
Quelques Indiens passèrent la nuit
auprès de nous. Je sus par eux qu'en
continuant à voyager de la même manière, nous arriverions en dix jours
au pied des montagnes rocheuses.
Mes jeunes chasseurs revinrent de
bon matin avec un air très-content.
Leur retour me fit beaucoup de plaisir ; mais bientôt ma satisfaction fut
diminuée, parce que je les vis se parer des vêtemens que je leur avais donnés avant de partir du fort ; ce qui
annonçait quelque dessein caché.
A quatre heures du matin ,   nous
nous mîmes en route. Nous fîmes trois
#&
I 221   )
milles à l'ouest , en y comprenant un
mille de la veille, quatre milles au
nord-ouest quart de nord , deux milles
et demi à l'ouest, un mille et demi au
nord-ouest quart d'ouest, deux milles
au nord quart d'est, un mille au nord-
ouest quart d'ouest, et trois milles au
nord - nord - ouest. Après nous être
avancés encore d'un mille et demi au
nord, nous débarquâmes sur une île.
Nous fûmes visités par plusieurs Indiens ; mais nous ne vîmes point de
femmes : elles étaient restées dans leur
camp à quelque distance de nous.
Pendant les deux derniers jours de
notre marche , nous trouvâmes les
bords de la rivière extrêmement hauts,
et s'élevant toujours davantage à mesure que nous avancions. Sur la rive
occidentale ils offrent, en divers endroits., des rochers blancs , escarpés et
d'une excessive hauteur. Notre vue
étant arrêtée par ces obstacles, nous
n'.aperçûmes pas autant d'animaux que
1793'
mai. tu
179$.
mai.
(  222   )
dans la journée du 10. Entre ces bords
élevés la rivière est plus étroite , et on
rencontre fort peu d'îles. Nous n'y
en vîmes que quatre. L'eau avait là ,
d'un bord à l'autre, de deux à trois
cents pas ; et plus bas elle avait au
moins deux fois cette largeur , et était
semée d'îles.
Nous tuâmes un élan, et nous tirâmes plusieurs autres animaux sans
quitter le canot.
La plupart des sauvages qui étaient
venus nous visiter étant des Indiens-
montagne-rocheuse, je tâchai de tirer
d'eux quelques renseignemens sur la
route que nous devions suivre. Mais
ils prétendirent ne pouvoir pas m'en
donner , assurant qu'ils ne connaissaient nullement le pays audelà de la
première montagne. Ils pensaient que
la force du courant et les cascades
nous empêcheraient d'aller par eau
jusqu'au pied des montagnes ; et ils
étaient  extrêmement   étonnés  de  la (   223   )
célérité avec laquelle nous avions déjà
remonté une partie de la rivière.
Je demandai avec empressement des
nouvelles   d'un vieillard qui m'avait
donné quelques  notions sur  le pays
situé au-delà du territoire de sa nation ; et je fus très-fâché d'apprendre
qu'on ne l'avait  pas vu  depuis plus
d'une lune. Cet homme était allé autrefois faire la guerre au-delà des "mon*
tagnes rocheuses , sur les bords d'une
grande rivière ,  dont il  m'avait  dit
qu'une fourche se trouvait entre  les
montagnes.   Il m'avait   recommandé
de suivre le bras méridional de celle
où j'étais, en me disant qu'il fallait la
journée de marche d'un jeune homme
pour se rendre ensuite par terre à l'autre grande rivière. Pour preuve de la
vérité de ce qu'il avançait, le vieillard
voulait que son fils, qui était allé avec
lui dans ce pays, m'accompagnât ; et
eu conséquence, il me l'envoya au fort
quelques jours ayant mon départ ; mais
1793.
mai.
m ■M
il m
1
mai.
  la veille même que je m'embarquai , le
179^' jeune homme profita de la nuit pour
s'en aller. Il fut débauché par un autre
jeune Indien qui s'était offert à moi
pour chasseur, et que j'avais refusé.
Je crus devoir répéter aux Indiens-
montagne-rocheuse ce que j'avais dit
au chef de l'autre tribu , à l'égard des
avantages qui pouvaient résulter de
mes découvertes. Je voulais qu'ils exhortassent mes jeunes chasseurs à ne
pas m'abandonner ; car, sans eux, je
ne pouvais continuer mon voyage.
La première personne qui se pré-*
senta à moi ce jour-là, était le jeune
homme qui avait fait déserter le fils
du vieillard dont je viens de parler.
En tout autre tems, ou dans un autre
lieu, je n'aurais pas manqué de le
faire repentir de sa conduite envers
moi ; mais dans la situation où je me
trouvais , je ne lui reprochai pas même
de m'avoir débauché un chasseur, d$
jhindi
Z'S.
i { %%5 )
*>eurqu*il n'exerçât la même influence
sur les deux qui me restaient, et dont
le service m'était indispensable. II me
dit qu'il ignorait ce qu'était devenu le
déserteur, et il m'offrit de nouveau de
m'aceompagner à sa place, chose à
laquelle il n'était nullement propre.
Le tems était nébuleux , et nous
étions menacés de pluie. Les Indiens
me pressèrent vivement de passer la
journée avec eux. Ils tâchaient de
m'engager à rester, en me disant que
l'hiver se fafëait encore sentir dans les
montagnes rocheuses. Mais j'avais à
cœur de ne pas perdre de tems. Je
donnai du tabac au chef, pour un
peu de viande dont il m'avait fait présent, et je m'embarquai à quatre heures
du matin. Mes jeunes chasseurs ne
purent s'empèjcl^er de témoigner le
<fchagrin qu'ils éprouvaient en se se?
parant de leurs amis pour un tems aussi
loag que celui que devait durer notre
voyage. Mais je les assurai que dans
2. z5
jjp<
*5
3.
179
m au
m
il I /
m 79*
*mai.
trois lunes nous serions de retour, et
nous poussâmes au large.
Nous fîmes un demi-mille à l'ouesK
nord-ouest, un mille et demi à l'ouest-
sud-oue%t, trois milles à l'ouest quart
de nord, deux milles et demi au nord-
ouest quart d'ouest, un demi mille
au sud-ouest quart d'ouest, un mille
et demi au sud-sud-ouest, et un mille
et demi au sud-ouest. Là, je pris la
hauteur du soleil, et je trouvai que
nous étions à 56 deg. 17 min. 44 sec»
de latitude septentrionale.
Nous gouvernâmes encore un mille
et demi au sud-ouest, trois quarts de
mille au sud quart d'ouest, trois milles
et demi au sud-ouest quart de sud , et
deuxPmilles et demi à l'ouest-sud*ouest.
Ici les deux rivages s'abaissaient; ils
étaient mieux boisés , et on y voyait
beaucoup d'animaux. La rivière avait
de trois à cinq cents pas de largeur,
et elle était remplie d'îles et de basses.
Jiprès avoir fait trois milles de plus,. (   227  )
■»ous abordâmes. Il était sept lienres'
du soir.
mm
Dans l'endroit d'où jaous étionM n*®*4
partis le matin , était l'embouchure*
d'une rivière prenant>$a source dans Je
nord, jll y avait aussi plusieursjîles ,
ainsi que divers ruisseaux affluens des
deux cotés de la rivière, mais trop pejuv
considérables pour en faire une mention particulière. Nous remarquâmes
sur 1$ plage l'empreinte des pieds-4^
quelques gros ours , dont quelques-^
unes avaient jusqu'à neuf pouces de
large et une longueur proportionnée^
Nous vîmes aussi dans une île un $es>
repaires de ces animaux, qui ayajJt ^i.nq>
pieds de haut, six de la^ge et dix,/le
profondeur. Les Indiens donnent à-çe%
grottes le nom d'Ouatie. Ils craignent
beaucoup cette grande espèce d'ours,,
qu'ils appellent l'ours terrible, et ils
ne l'attaquent jamais , à moins qu'ils
jae soient trois ou quatre contre un.
Nos chasseurs étaient déjà allés par
mm ' ,      ■     . (  22S  ) ;|^
|    terre beaucoup plus loin  que nous
*79ô'  n'étions ; mais ils ne connaissaient pas
""• la rivière. L'un d'eux me dit qu'en
revenant une fois d'une expédition
guerrière, la troupe dont il faisait
partie avait construit des canots un
peu au-dessous de notre station. Tout
ce jour-là le vent souffla du nord, et
quelquefois avec violence.
~Èes craintes que j'avais relativement
àiues Indiens, n'étaient pas tout-à-fait
sans fondement. Le plus âgé me raj?
mhta que la nuit précédente son
onefë lui avait tenu ce discours : —
<c Mon neveu , votre départ rend mon
<c cœur malade. Les hommes blancs
« vous dérobent à nous. Ils vont vous
<c conduire au milieu de nos ennemis.
« VoiJKFItte nous serez jamais rendu.
« Si vous n'étiez pas avec le chef (i),
(i) Les Indiens de cette nation, ainsi que
tous ceux qui vivent au-delà du lac Ouinipic,
donnent le nom de chçf aux agens de la Compagnie du nord-ouest. ( a*9 ) v|
« je ne sais pas ce que je ferais : mais	
«c il désire que vous le suiviez, et vous  1793.
«c devez le suivre. * mai.
Le tems était très-beau et l'air pi- mardi
quant.   Nous   nous  embarquâmes à    *4*
quatre heures et demie. Nous gouvernâmes un mille et demi au sud quart
d'ouest, demi-mille au sud-ouest quart
de sud. Alors nous fûmes obligés da
décharger le canot pour le goudron-     Bg
ner,  ce qui nous retint  une heure.
Nous fîmes ensuite un mille et demi
au sud-ouest.
J'observai la hauteur du soleil, qui
me donna 56 deg. 11 nain. 19 sec. de
latitude septentrionale. Nous continuâmes notre route deux milles et
demi à l'ouest-sud-ouest, et nous vîmes
l'embouchure de la rivière dé l'Ours ,
rivière considérable qui vient de l'est.
Nous fîmes alors trois milles et demi
à l'ouest, un mille et demi au sud-sud-
ouest , et quatre milles et demi au sud-
ouest.  A sept heures du soir , nous
1 as
.
\M m ai.
/;':|$\   ";';!(( a3o;-> . •- .
.abordâmes dans une île où nous pas^
^79 • sâmes la nuit.
Dans le   commencement de   cette
journée,  nous  ne  trouvâmes pas le*
courant  si  fort qu'il   avait   été jus-
; qu'alors ; niais l'après-midi il devint
extrêmement rapide, et un grand nom-
^bre d'îles obstruait le lit de la rivière;
,     Nous continuâmes à voir beaucoup
d'animaux. Le terrein sur la rive occidentale,, offre un aspect inégal, mais
Jil paraît très-propre aux castors ; aussi
aperçûmes-nous plusieurs de ces animaux dans la rivière. Le pays est couvert de bois, .et ? plusieurs ruisseaux
j mêlent leurs eaux tributaires à celles
| de la rivière.
Une oie fut ce jour-là tout ce que
tuèrent mes chasseurs. Nous vîmes de
la fumée , mais à une^ très-grande dis^
tance de la rivière-
La pluie ne nous permit de partir
qu'après six heures du matin. Nous
fîmes d'abord trois quarts de mille am
# ( z3r )
sud-ouest quart d'ouest, endépassant
une rivière aflluente qui était à notre
gauche. Ensuite nous gouvernâmes
deux milles et demi à l'ouest quart des
sud. Les bords de la rivière étaient
très-escarpés ; le courant avjait beaucoup de rapidité. Nous poursuivîmes
notre route un mille et de,m.i dans la
même direction , deux milles à l'ouest-
sud-ouest, en laissant à droite l'em,-
bouchure*d'une rivière , un mille et
-demi à l'ouest quart de sud , un milles
à l'ouest nord-ouest, et deux milles à,
l'ouest quart de nord. Là commençait:
une haute chaîne démontasses. Nous;
fîmes encore trois milles à l'ouest, en
louvoyant à angles droits ; après quoi
nous prîmes terre et plantâmes nos
tentes. £ p'%
La nuit précédente , la rivière augmenta de plus de deux pouces : et sa
croissance avait toujours été de même
depuis notre départ du fort. Le vent
d'ouest-sud- ou est souffla très -fort toute
1795,
mai»
m
wfe si
la journée ; ce qui, joint à la force Su
*79'.• courant que nous refoulions , ralentit
h°». beaucoup notre marche. Plus nous.
avancions, plus nous trouvions d'îles^
Le rivage, du côté du sud, était couvert
de bois épais, qui s'étendaient au loinv
Il y a aussi, dans.cette partie, beaucoup  de ruisseaux affluens.
A l'embouchu. e de la dernière rivière
que nous dépassâmes, nous vîmes beaucoup de bois coupé , une partie par le$
castors, l'autre parla hache. Mes gens
prétendirent cependant qu'aucun des
Indiens de notre connaissance n'avait
abattu ce dernier.
A droite de la rivière, le pays s'élève avec beaucoup d'irrégularité , et
le sol est très varié. Là le lerrein est
argileux ; ici ce sont des rochers escarpés ; ailleurs on voit des espaces
rouges, verjds, jaunes. En quelques
endroits, le païsage n'est ni moins superbe ni moins riant que celui que
nou* vîmes le second jour de notre
h!l i II ( ^33 )
voyage ; et l'on y voit également paître
de nombreux troupeaux d'élan et de
buffles , que ne troublent point les
chasseurs. Nous vîmes sur une île une
grande quantité de bouleaux blancs ,
arbre dont Técorce sert à faire les
canots.
Le tems étant très-beau , nous nous
embarquâmes à quatre heures du matin , et nous fîmes trois nulles à l'ouest
quart de nord. Là , les montagnes semblaient devoir arrêter notre marche,
et unerivière considérable y avait plusieurs embouchures. Suivant le rapport des Indiens montagne-rocheuse,
cette rivière se nomme la rivière du
Ner£. Cette situation serait très-propre
pour un fort ou une factorerie. Il y a
beaucoup de bois, et tout semble annoncer que le pays environnant abosde
en castors. Quant à d'autres animaux ,
on ne peut pas douter qu'il n'y en ait
considérablement ; le buffle et l'élan
s'y  voient à chaque pas , soit dans
jeudi
16. ■
i793.
mai.
les plaines , soit sur les montagnes*
Nous continuâmes à faire route troi&
milles et demi à l'ouest-nord-ouest,
un mille et demi au nord-ouest, deux
iniHes au sud-ouest quart d'ouest (i) ,
1 demi-mille à l'ouest quart de nord g
trois quarts de mille à l'ouest-nord-
ouest, en laissant à notre droite l'embouchure d'une petiterivière, un mille
et demi au nord-ouest, demi-mille k
l'ouest quart de nord, un mille et demi à
l'ouest quart de sud et un mille à l'ouest.
A sept heures , nous nous arrêtâmes.
M. Mackay et un des jeunes chasseurs blessèrent i mortellement un
buffle et tuèrent deux élans , dont
nous n'emportâmes qu'une partie. Au-
dessus de l'endroit où nous campâmes,
s'étendait une immense plaine, adossée à une haute chaîne de montagnes
qui, en quelques parties, n'offraient
(i) Nous étions alors à 56° 16' 54* de latikid»
mord. * à l'œil que des rocs stériles , et partout ailleurs étaient tapissées d'une *79**v
brillante verdure, et ornées de bosquets
de bouleaux blancs et de peupliers.
Les animaux sont si nombreux dans
ce canton, qu'il y a des endroits aussi
foulés et aussi couverts de fiente, que
la cour d'une étable. Le sol est noir
et léger. Nous vîmes ce jour-là deux
ours énormes. ||§
Il gela pendant la nuit. Le matin
l'air était très-froid. Nous poursuivîmes notre route trois milles et demi
à l'ouest -nord -ouest, deux milles et
demi à l'ouest quart dé sud, un mille
et demi au sud-ouest quart d'ouest ,
trois quarts de mille à l'ouest, un mille
un quart à l'ouest-sud-ouest, un mille
et demi au sud-ouest quart de sud.
A deux heures après-midi, nous découvrîmes au sud-ouest quart de sud r
les montagnes rocheuses, avec leurs
sommets couverts de neige. Leur aspect   nous  faisait   d'autant  plus   die:
venu*
H i- in
ï ; ''     ■. (236 )     f.
plaisir, que nous en jouissions bien
1790* plutôt que nous ne l'avions espéré,
mai. Nous dépassâmes une petite rivière
affluente qui coulait à notre droite S
et après avoir fait encore six milles
au sud - ouest quart de sud , nous
nous arrêtâmes à l'heure accoutumée ,
c'est-à-dire à sept heures du soir.
M. Mackay, qui suivait le canota
pied, ayant tiré sur un buffle, eut le
canon de son fusil crevé entre ses
mains ; mais comme c'était près de la
mire , il ne fut point blessé. Nous
aperçûmes sur les hauteurs de l'autre
côté de la rivière, un buffle qui frappait l'air et la terre de ses cornes, et
courait avec impétuosité ; mais nous
ne pûmes pas savoir quelle était la
cause de sa furie. Mes chasseurs pensèrent qu'il avait été perej&d'une flèche.
Nous rencontrâmes dans la journée
plusieurs écueils où l'eau courait avec
une extrême rapidité. Nous vîmes un
troisième ours.
m
fi
,Hi
WBpt
DP
t*^B
1IM ( 237 )
Il gela encore très-fort pendant la
nuit. Nous nous embarquâmes à quatre 1793-
heures du matin ; mais à peine avions- mai.
nous fait deux cents pas, qu'un ac- sam.
cident arrîvé au canot , nous re- 18,
tarda de trois quarts d'heure. Nous
gouvernâmes un mille trois quarts au
sud quart d'ouest, trois mille au sud-
ouest quart dé sud, un niîlle un quart
au sud-ouest quart d'ouest, trôîs quarts
de mille à l'ouest quart de sud , demi-
mille au sud-ouest, un mille à l'ouest
quart de sud, un mille et demi au sud
quart d'ouest , trois milles et demi au
sud-sud-ouest. Ici nous vîmes à notre
droite un ruisseau dont l'eau se mêlait
à celle de la rivière. Nous heurtâmes
un tronc d'arbre caché sous l'eau.
Les bords de la rivière étaient très-
hauts ; il n'y avait point d'endroit où
nous pussions décharger le canot.
Nous prîmes le parti de mettre tout ce
qu'il portait sur le devant ; alors la
partie qui avait touché se trouya au-
'■m il '
,1.
31790,
înai.
.' , ■ -      ( 238 )|;
dessus de l'eau ; et de ce^§ manière
nous gagnâmes un lieu où nous mîmes
la cargaison à terre.
Il fallut deux heures pour radouber
le canot. Pendant qu'on s'en occupait
le tems s'obscurcit. Il y eut des éclairs,
du tonnerre , de la pluie. Malgré cela
nous fîmes encore un mille dans la
même direction que nous suivions
lorsque le canot toucha. A six heures
du soir la pluie augmenta , et nous
força de nous arrêter pour le reste de
la nuit,    gyj
--A; midi, nous avions abordé dans
une île, où nous vîmes huit cabanes,
construites - de l'année précédente.
Les Indiens y avaient préparé de Té-
çorce pour faire cinq canots. L'on
voyait le cfiemin par, où ils avaient
passé en suivant la montagne ; car
il y avait, tout le long, des branche^
d'arbres coupées et d'autres brisées «
Ils avaient au#si dépouillé des arbres-
de leur double écorce , parce, que la ( &9 )
te
fait  partie   de  leur   nourriture.
Toute la journée nous eûmes à refouler un courant extrêmement rapide;
et en quelques endroits il était dangereux de longer les bords , parce qu'il
y roulait souvent de grosses pierres
du haut des écores. Il nous parut que
les animaux traversaient fréquemment
•cette partie de la rivière ; car presque
tous les dix pas a nous vîmes sur les
deux rives des sentiers qui se, répondaient.
Nous aperçûmes ce jour-là un hérisson et deux cormorans. Le sol était
fouillé en plusieurs endroits, par les
ours qui y avaient déterré des racines, jl^ï
Il plut très - fort une partie de la
nuit. Le matin le tems s'éclaircit, et
nous nous embarquâmes à l'heure
ordinaire (i). Comme il y avait appa-
I793
uirru
1
[f
(1) A quatre heures. I*
i
mai.
f ( Mo y f
rence qu'on aurait à remonter contre
*79 • un courant très-fort, M Mackay , mes
I deux chasseurs et moi , nous allâmes
par terre, afin d'alléger le canot. Nous
montâmes des collines couvertes de
cyprès, et ayant fort peu de taillis.Nous
trouvâmes un sentier battu • et avant
d'avoir fait un mille, nous rencontrâmes un troupeau de buffles dont
les femelles étaient Suivies par leurs
petits. Je ne permis pas que mes chasseurs tirassent sur ces animaux , de
peur que les coups de fusil n'effrayassent les naturels qui pouvaient
être dans les environs. Nous étions
déjà si près des montagnes, que nous
espérions voir à tout moment quelqu'un de leurs habitans.
Nous lâchâmes nôtre chien contre
les buffles , et il eut bientôt pris un
des plus jeunes. Tandis que mes chasseurs l'écorc baient , nous entendîmes
deux coups de fusil tirés du canot.
C'était un signai de rappel. Nous y ( XI ) |
répondîmes. On tira un troisième
coup. Alors nous nous hâtâmes de
descendre la colline , emportant notre
veau , et traversant un bois très-
épais.
Quand nous fûmes en bas , nous
trouvâmes un de mes gens , qui me
dit que le canot était un peu au-
dessous , au pied d'un rocher où l'eau
courait avec une excessive rapidité ,
et que comme il y avait plus haut diverses cascades , on serait obligé  de
f o
décharger le canot et de le transporter
par terre. dp
Je rne rendis sur-le-champ au canot.
J'étais d'autant plus fâché qu'on eût
perdu tant de tems, que j'avais recommandé de remonter la rivière aussi
haut qu'on le pourrait. Les derniers
Indiens que nous avions vus , nous
avaient prévenus qu'à la première montagne , ilv avait une suite d'écueils et
de cascades qu'ils n'essayaient jamais
2. i6
79**
mai,
I il
1
L >
suât.
de remonter, et où ils avaient une
a79^* journée de marche par terre.
Mes gens s'imaginaient que ce portage n'était déjà qu'à peu de distance
de l'endroit où ils venaient de s'arrêter ; et ce qui les induisait en erreur,
c'est qu'ils voyaient un sentier qui
conduisait silr une colline où il y
avait sept à huit cabanes construites
de l'année précédente.
Ce qu'on m'avait  dit des  écueils ,
était   parfaitement exact.  Cependant
il me parut qu'en  traversant   la  rivière , ce qui, je l'avoue , n'était pas
sans danger avec un canot aussi chargé
que le mien ,    on pouvait encore remonter aussi  loin que nous   distinguions le cours de  l'eau.  En consé-
quence , nous tentâmes de traverser,
et,nous réussîmes. Alors nous tirâmes
le canot à la   cordelle , en   longeant
nne  île ,   à  l'extrémité   de  laquelle
nous parvînmes sans beaucoup de difficulté : mais ensuite ne pouvant pas t 243 I '
îaire usape de la cordelle. et essayant
«le doubler la pointe de l'île avec nos 'l79D'
pagayes, nous fûmes emportés avec mai*
tant de violence contre les bords pierreux de la rivière, que le canot se
trouva très - endommagé. Nous ne
négligeâmes rien pour le réparer , et
pour faire sécher les objets qui en
avaient le plus prompt besoin ; puis
nous transportâmes le tout de l'autre
côté de la pointe, et nous étant rembarques , nousp; fîmes environ trois-
quarts de mille.
r'Nous ne pouvions absolument pas
continuer à refouler le courant de ce
côté déjà rivière ; et^il était excessivement dangereux d'entreprendre de 1^
traverser, parce que le courant avait
la plus grande rapidité, et pouvait
nous emporter au milieu des cascades
qui se (trouvaient immédiatement au-
dessous, et nous auraient engloutis
et mis en pièces. De ce côté larivièfce
étant bordée de rochers escarpés et
i Mr3m
X793.
mai.
-     (244 5
minés par l'impétuosité du courant j
nous n'eûmes d'autre parti à prendre
que de reculer par le même chemin 7
ou d'essayer encore de traverser. L'on
voit là plusieurs rochers isolés , et en
partie tapissés de verdure^ lesquels
ayant été rongés aux trois quarts ait
niveau de l'eau:, et par la force du
courant, et probablement aussi par les
glaces-, ressemblent à de très-grands
guéridons , portés sur d'assez minces
pieds. Ils sont très-hauts et servenï
de retraite aux *oies ; nous y en vîme^
du moins qui couvaient. En allant
d'un de ces rochers à l'autre , nous
nous avançâmes loin du bord, et ensuite nous achevâmes de traverser la
^kvière assez heureusement. M.HMac-
kay et nies chasseurs, qui nou&con-*
tempjaipnt du hautd'un rocher, furent
pendant tout ce tems-là , dans une
crainfesEOixtinûelJe- de nous vofir* périr ;^efc l'on peu£ dire que leur salut
dépendait un peiiNte notre conserva-
m 3
m. (*45)  ^
tion. Il faut avouer aussi que le danger était beaucoup augmenté , par le  *79
poids de tous  les objejts que portait    mau
le canot.
Quand nous eûmes traversé, nous
trouvâmes le courant du côté de
l'ouest, presqu'aussi fort que celui de
l'autre bord. Mais les rochers escarpés
qui hérissaient l'écore étant un peu
moins hauts , nous pûmes haler le
canot avec une cordelle de soixante
brasses. Par ce moven, nous arrivâmes
en-dessous de la plus haute cascade
que nous eussions encore vue dans
cette rivière.
Nous déchargeâmes le canot, et
nous transportâmes tout ce que nous
avions à cent vingt pas de <îâstance, en
passant par-dessus un rocher pointu.
Quand le canot fut rechargé, moi et
ceux de mes gens qui n'avaient pas
«besoin d'y rester, nous suivîmes le
fcord de la rivière , qui était là et aussi
loin que nous pouvions le distinguer g
M
ES
J !i
'* v!   Il
M Pi r 111
•Ml! il
*79^>
îiiai.
Sir lii
| ( M* ) \
composé d?argile, de pierre et de gra^
vier jaune. J'étais si élevé au-dessus^
de la rivière ,,que les hommes qui conduisaient le canot et doublaient une*
pointe , ne purent pas m'entendra
lorsque je leur criai de toutema force,
de mettre à terre une partie de la cargaison pour alléger le canot.
Je ne pus alors m'empêcherd'ëprou>
ver beaucoup d'anxiété, en voyant
combien mon entreprise était hasardeuse. La rupture de la cordelle on
un faux pas de ceux qui la tiraienti
auraient fait perdre le canot et tout ce
qui était dedans. Il franchit l'écueil
sans accident ; mais il fut bientôt exposé à de nouveaux périls. Des pierres?,
les unes grosses, les autres petites*,
roulaient sans cesse du haut des rochers ; de sorte que ceux qui halaient
le canot au-dessous , couraient le plu#
grand risque d'être écrasés. En outre ,
la pente du terrein les exposait à^
Soniber dans l'eau à chaque pas* Em
I  i
h;, !"
ii i I I (   ^47  )
!£»
tremblais;  et quand j
rue, mon inquiétude
O
ne
s voyant je
les perdais de
me quittait pas.
En traversant la forêt , nous passâmes près d'une enceinte qu'avaient
pratiquée les naturels pour y tendre
des lacs et prendre des élans , et qui
était si étendue que nous ne pûmes
pas en voir le bout. Les arbres de
cette forêt étaient des sapins-spruces ,
des bouleaux et des peupliers , les plus
grands que j'aie jamais vus. Après
avoir marché quelques heures , nous
nous retrouvâmes sur le bord de la
rivière , dans un endroit où l'écore est
basse et presqu'au pied d'une montagne. C'est entre cette écore et une
chaîne de monts , que coule la rivière»
Là , son lit a environ cent pas de
large ; mais un peu au-dessous elle se
précipite entre des rochers escarpés 9
où elle n'a pas plus de la moitié de
cette largeur.
J'attendis là quelque tems avec beau*.
*>
9
D*
mai..
m
m '-fm
mai.
Mi
- ( 248 )
coup d'appréhension, l'arrivée du ca-
79 • not ; et voyant qu'il ne venait pas,
j'envoyai au-devant M. Mackay avec
un des chasseurs. Pendant ce tems-là
Je remontai le long des bords de la
rivière avec l'autre chasseur , pour reconnaître le pays.
Quand j'eus fait un mille et demi ,
je vins dans un endroit où la rivière
court entre des rochers escarpés d'une
excessive hauteur, et offre une suite
d'écueils et de cascades. Alors je retournai sur mes pas ; et lorsque je fus
dans l'endroit où j'avais quitté M. Mac**
kay, je vis mes gens qui charriaient
le canot sur une petite pointe de rocher. Je les joignis à l'entrée de l'étroit
canal dont j'ai parlé un peu plus haut.
Ils avaient eu beaucoup de peine à
venir jusques-là. Le canot avait été
endommagé et réparé. Mais leur courage ne les abandonnait pas. Quand
nous eûmes passé le portage, nous
continuâmes notre route en tira$J 1§ ( M9 )        g
canot à la cordelle jusqu'à l'endroit ou
j'étais déjà allé. Là nous traversâmes
la rivière et nous plantâmes nos tentes.
Nous ne trouvâmes point de bois
sur cette rive , parce qu'un incendie -f
avait tout dévoré. Des élans paissaient
sur les rochers que nous avions en
face, et qui étaient de plus de trois
cents pieds de haut.
Voici la route que fit le canot ce
jour*là : deux milles et demi au sud-
sud-ouest , demi-mille au sud-ouest ,
un mille et demi au sud-ouest quart de
sud , demi-mille au sud quart d'ouest,
demi-mille au sud-ouest, et un mille
et demi à l'ouest.
Des nuages qui passèrent au-dessus
de notre tête , nous donnèrent de la
grêlé et de la pluie. Je chargeai un de
mes gens d'aller avec un Indien , visi-
ter les cascades et les écueils qfui étaient
au-dessus dé rious. Bientôt l'Indien
l'abandonna pour courir après un castor qu'il avait aperçu dans des flaques
1795,
mai.
Vw
mil HP
i i»
f
mai.
';        (a5o }| ' ' M
d'eau sur une île pierreuse ; mais l'anï-
279ô* niai se sauva, quoique M. Mackay et
l'autre Indien se missent aussi à sa
poursuite. Ce ne fut pas le seul castor
que nous vîmes dans le cours de cette
journée ; ce qui me surprit beaucoup,
à cause de l'extrême hauteur des bords
de la rivière.
A l'entrée de la nuit le Canadien
revint, et me dit qu'il était impossible
de doubler plusieurs pointes, ainsi que
de passer sous les grands rochers minés par les eaux.
Le tems était clair et froid. Nous
nous mîmes en route à quatre heures
un quart. Après avoir fait trois quarts
de mille en gouvernant au sud-ouest
quart d'ouest , nous gravîmes ave^
beaucoup de difficulté le côté d'un
rocher,.qui heureusement n'était pas
très-dur, ce qui nous permit d'y tailler
des marches dans un espace de vingjf
pieds. De là je sautai, au risque de me
tuer, sur un petit roc qui était au-
lundi
20. (a5i )
dessous , et je reçus sur les épaules Ë
ceux qui me suivaient. De cette ma- 179^»
nière , nous passâmes quatre , et en- maL
suite nous halâmes le canot, qui néanmoins fut très-endommagé. Par bonheur un arbre sec qui était tombé du
haut des rochers , nous fournit le
moyen d'allumer du feu. C'était là
le seul bois qu'il y eût à un mille à la
ronde.
Quand le canot fut radoubé , nous
continuâmes à le haler jusqu'à la première pointe. Là nous fûmes obligés
de nous embarquer, parce que nous
ne pouvions pas y faire usage de la
cordelle. Nous remontâmes en longeant les rochers , au-delà d'une île
pierreuse, et nous gagnâmes une baie
dont les bords étaient couverts de
sable.
Ayant vu notre canot plusieurs fois
endommagé, et craignant que bientôt
il ne le fut davantage, nous jugeâmes
qu'il était nécessaire de nous pourvoir 1   iliiji II
,J(llll[
111
(  252  )
d'écorce de bouleau, parce que celle
179^- que-nous avions prise à notre départ,
xnm' était déjà presqu'entièrement employée. J'envoyai deux de mes gens
pour en chercher dans le bois voisin ;
et bientôt ils revinrent avec celle qui
nous était nécessaire.
M. Mackay et les deux^chasseurs
qui avaient débarqué après le dernier
accident arrivé au canot, ne pouvaient
nous rejoindre à cause des rochers
escarpés qui les séparaient du rivage.
En conséquence , nous remontâmes
en nous servant de,perches pour faire
avancer le canot, jusqu'à ce que nous
-fûmes au-dessous d'un grand rocher à
pic où nous ne trouvâmes plus de
fond. Alors nous reprîmes la cordelle ,
quoiqu'il fût non-seulement difficile ,
mais dangereux de la tirer , parce
qu'on était dans la nécessité de passer
en-dehors des arbres qui bordaient le
rocher. Cependant nous surmontâmes cette difficulté comme nous en ( a53 ) <
avions surmonté beaucoup d'autres ,
et M. Mackay et les Indiens nous rejoignirent. Ils avaient eu aussi des
obstacles à vaincre en traversant les
montagnes.
Nous fûmes obligés de traverser la
rivière. Le  courant était  si rapide ,
qu'une partie de mes gens , craignant
que le canot ne fût englouti , se déshabillèrent pour pouvoir nager plus
à l'aise.  Mais heureusement ils n'en
eurent pas besoin. Il entra seulement
de l'eau dans le canot. Nous vînmes
au pied d'une cascade où il fut nécessaire de transporter par terre une partie
de la cargaison. A midi , je m'arrêtai
pour prendre hauteur vis-à-vis de l'embouchure d'une petite rivière qui était
à notre gau che. Pendant ce tems-là,
mes  gens descendirent sur le rivage
pour   attacher la eordelie au  canot.
Comme  le courant ne paraissait pa$
très-fort, ils firent assez négligemment
cette opération, ce qui fut cause que
17Q3,
mai*
W
if
;\
x
j maii
É le nœud se défit. Par le plus graïid bonheur , un de nos gens qui, accablé de
fatigue, était resté dans le canot pour
se reposer un peu, saisit le bout de
la cordelle, et nous empêcha de perdre
tous les moyens de poursuivre notre
voyage, et même les moyens actuels
de subsister. Cependant, malgré le
dérangement que me causa la crainte
d'un si cruel accident, et malgré un
nuage qui obscurcit un instant le soleil , je déterminai la latitude avec
assez d'exactitude , car j'eus occasion
de le vérifier par la suite. Cette latitude est de 56 deg. nord. Notre dernier
trajet fut de deux milles et un quart
au sud-sud-ouest.
Nous continuâmes notre marche,'
non moins fatigante que périlleuse ,
à la cordelle, en nous dirigeant à
l'ouest quart de nord. A mesure que
nous avancions, le courant devenait
plus rapide : aussi, dans l'espace de
deux milles, nous fûmes obligés de . g 255 )
décharger quatre fois le canot, et de
cnarrier par terre toute la cargaison.       "'
>\*a
&'
En plusieurs endroits , nous eûmes
beaucoup de peine à empêcher que le
canot ne se fracassât contre les rochers
où les remous l'emportaient avec violence.
A cinq heures, nous étions rendus
dans un endroit au-dessus duquel la
rivière n'offrait que des écueils et des
cascades. Nous mîmes à terre tout ce
que portait le canot, et nous entreprîmes de le faire remonter avec la
cordelle , quoique les rochers qui bordaient la rivière eussent tant de pente
qu'il était trèsdangereux d'y marcher.
En même tems l'eau était si agitée,
qu'une vague frapant la proue du canot,
fit casser la cordelle, et nous plongea
dans la consternation. Nous crûmes
qu'il était impossible que le canot ne
fût pas mis en pièces, et que ceux de
nos gens qui y étaient restés ne périssent pas. Cependant, une autre vague ,
mai.
Si
m
'it-m
m
m
'tf.
H
19 ( 256 >
- aussi favorable que l'autre avait été fù«
1793. neste , le poussa hors du remous , et
raai. nos gens purent gagner la rive. Quoique le canot eût passé sur des rochers
que les eaux qui le portaient laissèrent
à sec l'instant d'après, il n'était presque pas endommagé.
Mes gens étaient encore si allarmés
du péril auqmel ils venaient d'échap-
per, qu'il eût été imprudent et inutile
de leur proposer de continuer notre
marche en ce moment. Tout ce que
nous pouvions voir dé.la rivière, au
dessus de nous, offrait l'aspect d'un
torrent écumeux.
|j^Jttg«l { 257 )
=3&G£?=
zass
CHAPITRE   IV.
M. Mackenzie continue à remonter la
rivière de la Paix 9 dans les mon
tagnes.
J & devais bien m'attendre que les obstacles et les dangers que nous rencontrions à chaque instant, décourageraient mes compagnons, et leur feraient désirer de ne pas poursuivre le
voyage. Aussi, disaient-ils déjà tout
bas que le seul parti qu'il nous restait à
prendre , était dé nous en retourner.
Au lieu de faire attention à ce#
conseils, je priai leurs auteurs de faire
en sorte de gravir la montagne , et d'y
planter leurs tentes pour passer la
nuit. En même tems , j'allai reconnaître la rivière avec un de mes chas*
2. 17
1793.
mai. il!
■ ;^|      ( 258 )  "
seurs. Mais quoique je remontasse le
1793. long de ses bords aussi loin que le jditr
^ai. me le permit, je ne vis qu'une continuation d'écueils et de cascades, où
il était impossible de faire passer le
canot. Nous revînmes , l'Indien et
moi , très-fatigués de notre course, et
avec les souliers déchirés et les pieds
blessés. Mes gens ayant abattu quelques arbres sur le penchant de la montagne, étaient parvenus à la gravir.
Depuis l'endroit où je pris hauteur
à midi, jusqu'à celui où nous débarquâmes , la rivière n'a pas plus de
cinquante pas de large, et coule entre
des rochers excessivement élevés. D'énormes fragmens de ces rochers se
détachent quelquefois , et tombent de
si haut qu'ils se brisent en des milliers
de morceaux "aigus , qui forment la
plage entre les pointes avancées des
rocs. Dans quelques parties des écores,
on voit des couches d'une substance
bitumineuse , qui ressemble au char- f ( ^59 )
bon de terre. Mais quoiqu'il y en ait
des morceaux très - combustibles , il
s'en trouve d'autres qui résistent long-
tems à l'action du feu, et ne produisent pas la moindre flamme.
Tout le chemin que nous fîmes par
eau ce jour-là, n'aurait pas pu. se
faire si la rivière eût été haute
comme elle l'est dans certains tems.
Nous vîmes, le long de la rivière , plusieurs endroits où les Knisteneaux
avaient campé dans leurs expéditions
guerrières. Cela me confirma, d'une
manière certaine, l'idée que j'avais
déjà de cette nation : il ne faut rien
moins que la barbare soif du sang
qui la dévore, pour aller dans un
pays/ presqu'inaccessible , attaquer dçs
hommes doux, paisibles .et sans défense.
M. Mackay me dit qu'en traversant
la montagne , il avait vu plusieurs crevasses d'où il sortait de la chaleur et
de la fumée, avec une forte odeur de
1793*
mai.
y
M
f
m
1 jA flll
.179:3
mai.
( 260 )
soufre. Si j'eusse été assez bon physicien pour pouvoir faire des observations sur ce phénomène, je n'aurais
pas manqué d'aller l'examiner.
Il plut le matin jusqu'à huit heures.
Comme mes gens étaient très-fatigués
et un peu découragés ,  je les laissai
reposer jusqu'à ce que la pluie cessât.
J'ai déjà dit que l'état de la rivière ne
nous permettait pas  de tenter de la
remonter, et que nous n'avions d'autre
parti à prendre que de transporter pardessus la montagne notre bagage  et
notre  canot. Comme l'exécution de
cette entreprise paraissait très-difficile ,
je fis partir M. Mackay avec trois autres de mes gens et les deux Indiens *
pour que du sommet de la montagne ,
ils s'avançassent parallèlement jusqu'à
ce qu'ils la trouvassent naviguable. Je
leur  dis que s'ils jugeaient qu'il n'y
avait point de passage dans cette direction , il fallait que deux d'entr'eux
vinssent m'en informer,   et que les, ,'.'■.     t *61 )
autres continuassent à chercher le
portage des Indiens.
Tandis qu'une partie de mes gens
était employée à cette excursion, le
reste s'occupa à donner-un suif au
canot et à faire des manches pour nos
haches. A midi, je pris hauteur, et je
trouvai que nous étions à 56 d. o m.
S s. de latitude septentrionale. A trois
heures, ma montre marine était en
arrière du tems apparent d'une heure
3i minutes 32 secondes.
Au soleil couchant, M. Mackay revint avec l'un des Canadiens ; et deux
heures après, les autres furent aussi
de retour. Après avoir traversé des boi&
épais, gravi des montagnes, descendu
dans des vallées , ils étaient arrivés
au-delà des casfcades; et suivant leur
estimation , il v avait de l'endroit où
nous étions, jusque-là, trois lieues.
Ils étaient revenus par des chemins
différens ; mais ils Raccordaient à
dire que, malgré toutes les difficultés
1790,
mai*
y
1
19
,■■1» ■-
mai.
( 2^2  )
de la route , qui étaient véritablement
179-*# effrayantes , on ne devait pas balancer
à aller par'terre. Quelque pénible que
cela fût, mes gens n'en parurent pas
extrêmement inquiets ; et une chaudière de riz sauvage , avec du sucre ,
qu'on avait préparée pour les recevoir,
etla portion de rum accoutumée , leur
rendirent bientôt ce courage qui savait tout braver. Pleins de la résolution de triompher le lendemain des
premiers obstacles qui s'offraient,
ils allèrent se reposer. Pour moi, je
restai debout, dans l'intention d'observer le premier satellite de Jupiter;
mais le tems fut si nébuleux qu'il me
fut impossible de l'apercevoir.
Dès la pointe du jour, nous no is
préparâmes à faire un trajet qui devait
nous retenir jusqu'au soir» Mes gens
commencèrentpar pratiquer un chemin
sur la montagne. Les arbres n'étant pas
très-gros, je recommandai d'abattre
ceux qui gênaient,   sans toutefois les
merc.
22.
m ( 263 )  ,
séparer du'tronc; de manière qu'ils
formassent une espèce de palissade de .79 j
chaque côté de la route. Nous charriâmes le bagage, du bord de l'eau
dans l'endroit où nous avions couché.
Ce transport était fort dangereux, à
cause de la pente des rochers, car si
quelqu'un des porteurs avait fait un
faux pas, il serait nécessairement
tombé dans l'eau.
Quand le bagage fut rendu sur la
montagne, toute la troupe partit, avec
une sorte de crainte , pour aller chercher le canot, qui ne tarda pas à arriver aussi à côté de nos tentes. Dès
que nous eûmes repris haleine, nous
le portâmes au haut de la montagne ,
doublant et attachant la cordelle autour des arbres , à mesure que nous
avancions. Un homme, qui en tenait
le bout, la roulait et la faisait passer
d'un arbre à l'autre ; de sorte que nous
pouvons dire , avec vérité , av oir halé
le canot jusqu'au sommet de la mon?*
3B mai.
CJlJI ( *H )
tagne. A force de travail, nous y eûmes
transportés le reste de nos effets à deux
heures après-midi.
Je déterminai à midi la latitude à
56 deg. o min. 47 sec- nord. A cinq
heures, mes gens prirent un chemin
d'un mille de long pour descendre la
montagne.
Le tems se couvrait par intervalles.
Il plut, il tonna. A dix heures du
soir, j'observai une emersion du second satellite de Jupiter. Mon achro-
mètre marquait 8 h. 32 m. 20 s. ; £#
qui me donna la Ipngitude de 120 deg.
29 min. 3o sec. à l'ouest du méridien*
de Greenwich.
Il faisait très-beau à quatre heures
du matin , tems où mes gens commencèrent leurs charrois. M. Mackay, leé
deux Indiens et moi , nous ouvrions
un chemin en avant. Jusqu'à midi ,
hous trouvâmes que le terrein s'élevait
sans roideur, et alors il commença à
s'incliner» Quoique nous fussions tret* ( 265 )
haut, notre vue ne portait pas loin,
parce que  nous  étions entourés  de x79^
jnontagnes encore plus élevées, dont   J&*4»
les sommets étaient chargés de neige.
L'après-midi, nous traversâmes un
pays fort inégal ; tantôt nous étions
sur des hauteurs, tantôt dans des défir
lés étroits et profonds. Cependant,
nous fîmes plus de chemin que je na
m'y attendais; ce qui n'empêcha pas
que ceux qui charriaient le bagage ne
nous joignissent avant quatre heures.
A cinq heures, accablés d9une fa*
tigue qu'il est plus aisé de concevoir
que de rendre, nous campâmes près
d'un petit ruisseau qui sortait de dessous une grande masse de glace et de
neige. ÉP
J'estime que cette pénible journée
nous avança de trois milles. Le premier tiers de cette route, nous trouvâmes un pays couvert de grands arbres, sous lesquels croissait un taillis
très-épais. Cependant nous y ouvrîmes
m
m ( *66 )..-'.-
 sans peine un chemin, en suivant un
179^' sentier battu par les élans. Dans les
jnai' deux autres milles, on voyait beaucoup d'arbres renversés , parce que
quelques années auparavant ils avaient
été la proie des flammes. Le terrein
était couvert d'arbustes et de ronces ;
ce qui en rendait le passage difficile et
désagréable.
Dans les bois, la terre était légère
et noirâtre. Dans le pays incendié , le
sol offrait un mélange de sable, d'argile et de petits cailloux. Les arbres
étaient des sapins-spruces, des pins
rouges , des cyprès , des peupliers,
des bouleaux blancs, des saules , des
aunes, des bois de flèche, des bois
rouges, des liar/ls (i), des sorbiers et
des bois piquans. Je n'avais jamais vu
d'arbre de cette dernière espèce. Il
s'élève à environ neuf pieds de haut ,
croît par nœuds , sans branches, et
■   -■- -   -  un ——i,
(i) Espèce de peuplier noir. ( a«7 ) I -
porte une couronne (i). Cet arbre, qui
est par-tout d'une égale grosseur, n'a 179^#
pas plus d'un pouce de diamètre. Il est roa^
couvert de piquans ; et il s'en attachait à nos grandes culottes, qui pénétraient quelquefois jusqu'à la peau. Il
y avait aussi des groseilles , des framboises et diverses espèces de ronces.
Nous   continuâmes   notre   pénible vendr.
marche, en descendant quelques pentes   24.
très - roides , et à travers une forêt de
grands pins. Après avoir eu beaucoup
de peine à transporter le canot dans
ces chemins difficiles , nous arrivâmes
à quatre heures  après-midi ,.   avec
tout notre bagage ,  sur   le bord   de
la rivière , à quelques  centaines   de
pas au-dessus des cascades. D'après
mon estimation , nous fîmes ce jour-
là quatre milles. Certes, j'aurais me-
(1) Celle description ressemble assez à celle
d'un petit palmier des Antilles , qu'on appelle
le palmier à aiguilles. (JVote du traducteur.)
u
j^
i
i
H ( 268 )
*»-■■■■  sure avec,exactitude, la longueur de?
179^* la route, si je n'avais pas continuel-
■aWt lement travaillé à ouvrir le chemin.
Quoi qu'il en soit, le portage des Indiens , malgré sa longueur qui, je
pense, ne peut pas être de plus de
dix milles , sera toujours plus sûr et
plutôt passé que la route que nous eu*
mes le courage et la patience de faire.
Ceux de mes gens qui étaient allés
reconnaître la rivière le 21, trouvèrent
que l'eau avait beaucoup augmenté
depuis cette époque. A environ deux
cents pas au-dessus de nous, la rivière
courait sans bruit, mais avec une étonnante rapidité, entre deux remparts
de rochers qui n'étaient pas à plus de
trente-cinq pas l'un de l'autre. Quand
elle est haute, elle passe par-dessus
ces rochers , et alors son lit a au
moins trois fois cette largeur, et les
deux côtés en sont très-élevés et sans
inclinaison. Dans les rochers dont je
viens de parler , on voit des   trous ( 2^9 )
ronds et profonds, dont quelques-uns
sont remplis d'eau, et d'autres vides ,
niais ayant tous dans le fond de petits cailloux ronds, aussi polis que du
marbre* Quelques-uns de ces creux ci-
lindriques peuvent contenir au mains
huit cents pintes d'eau.
Un peu au-dessous du premier de
ces rocs , s'élargit et se forme un zigzag ; et on ne peut contempler sans
frémir, la force avec laquelle l'eau
est rejetée successivement d'un rocher
contre l'autre. Ensuite elle trouve un
canal plus droit, mais hérissé de rocs
sur lesquels elle roule avec impétuosité en vagues bruyantes et écumeuses,
aussi loin que l'œil puisse la suivre.
Mes jeunes chasseurs reconnurent
que c'étaitdà l'endroit où, suivant le
rapport de leurs ainis, nous devions-
trouver une cascade semblable au saut
de Niagara. Mais pour les disculper,
ils dirent que ces Indiens n'étaient pas
accoutumés à mentir, et que proba-
79*
mai.
- !' US
«9** -TïJi mai.
  blement le rocher  d'où  tombait la
î79^* cascade avait été détruit par la force
de l'eau. Ce qu'il y a de certain , c'est
que les gens qui m'avaient parlé de
cet endroit, n'y étaient jamais allés,
et que leur rapport se trouvait très-
inexact.
Le grand nombre d'arbres que nous
vîmes coupés avec la hache, nous fit
connaître que les Knisteneaux, ou
quelques-uns des autres sauvages qui
se servent de cet instrument, avaient
passé là.
Nous traversâmes une enceinte où
l'on avait tendu des pièges : mais nous
n'y vîmes point d'animaux, quoique
leurs traces fussent multipliées de tous
côtés.
La pluie tomba toute la nuit, et ne
cessa qu'à midi. Nous préparâmes des
perches grandes et petites , et nous
mîmes le canot en ordre, ce qui nous
retint jusqu'à cinq heures du soir. Je
plantai dans la terre une grande per- ( 270
che, et j'y attachai un couteau, un
briquet, une pierre à feu , des grains 3L79^#
de verroterie et quelques autres objets, mai»
comme une marque d'amitié que j'offrais aux naturels. Pendant que j'arr
rangeais ce présent, l'un de mes chasseurs, que j'ai déjà dit s'appeler le
Cancre, y joignit un petit morceau
de bois verd, dont il avait mâché le
bout de manière qu'il formait une
brosse. Les Indiens se servent de ce
petit outil pour manger la moelle des
animaux, et bien recueillir tout ce
qui est dans les os. C'est aussi, suivant ce que dit le Cancre, l'emblème
d'un pays où les animaux abondent.
Dans le peu de tems que nous restâmes au bord de la rivière , l'eau crût
d'un pied et demi.
Nous nous embarquâmes, et fîmes
un mille trois-quarts.droit au nord-
ouest. Là , nous vîmes des deux côtés
de la rivière, des montagnes couvertes
de neige. L'une de celles qui était au i79a
mai.
dim.
2.6.
(  %7% )
midi, s'élevait à une très-grande hauteur. Nous continuâmes notre route,
trois-quarts de mille à l'ouest, un
mille au nord-ouest, un quart de
mille à l'ouest-sud-ouest; puis nous
abordâmes pour planter nos tentes.
Le Cancre tua un petit élan.
Le ciel était clair, et l'air piquant.
Entre trois et quatre heures du matin ,
nous nous remîmes en route. Nous
fîmes trois milles et demi à l'ouest
quart de sud. Mes gens qui poussaient
les perches pour faire avancer le canot , se plaignaient d'avoir froid aux
mains. Nous vîmes une petite rivière
affluente qui sortait du nord. Nous
continuâmes à avancer, et nous fîmes
un quart de mille à l'ouest-sudouest,
un mille et demi à l'ouest-nord-ouest,
et deux milles à l'ouest. Là, nous nous
trouvâmes vis-à vis de montagnes don!
la double chaîne s'étendait parallèlement du nord au sud, des deux côtés
de la rivière. ( 273 )
La partie de la rivière que nous
parcourûmes presque tout ce jour-là,
ainsi que la veille, avait près de quatre
cents jusqu'à huit cents pas de large ,
ket était remplie d'îléèl Mais ensuite
elle n'avait plus qu'environ deux cents
pas ; on n'^ voyait pas d'îles, et son
cours était égal et rapide.
Après avoir marché deux milles au
sud-ouest, nous vînmes au pied d'une
cascade, près de laquelle étaient les débris d'un ancien camp desKnisteneaux^
Nous fîmes un mille au nord-ouest
quart d'ouest, en passant entre des
îles, trois-quarts de mille eta sud-ouest
quart d'ouest, un mille au sud-sud-'
e*st, trois milles et demi au sud-ouest,
en louvoyant encore entre des îles,
et un demi - mille au sud quart d'est.
Là coulait à notre gauche la rivière
affluente, la plus considérable que
nous eussions vue depuis que nous
étions au milieu des montagnes. A sept
Meures du soir nous nous arrêtâmes.
m
Ri
-a | *74 )
Quoique nous eussions eu le soleil
179^* toute la journée , l'air était si froid
jnai. que nos gens, qui travaillaient avec
force, étaient obligés de garder leur
grosse casaque de peluche. Cela doit
être sans doute attribué, en partie
au voisinage des montagnes couvertes
de glace et de neige ; mais elles n'étaient pas assez hautes pour produire
l'extrême froid que nous sentions. Il
provenait plutôt de l'élévation du pays
même. La plus grande hauteur des
montagnes qui nous environnaient
n'était pas de plus de quinze cents
pieds , et en général, elles n'avaient
pas la moitié de cette hauteur. Cependant , comme je ne pus pas les mesurer,
je ne prétends pas que cette estimation
soit exacte. Sur la base de ces montagnes , où la neige était fondue, les feuilles des arbres commençaient à pousser :
un peu plus haut, tout se ressentait
encore de l'hiver ; et vers les sommets, il n'y avait presque pas d'arbres; ( a75 )
Le tems continuait à être beau.
Nous nous remîmes en route à l'heure lr/yPi
accoutumée (i). Mais bientôt nous
trouvâmes des écueils et des pointes
de terre qui arrêtèrent notre marche.
A midi je" déterminai la latitude du
point où nous étions, à 56 deg. 5 min*
54 sec. nord. Les Indiens tuèrent un
cerf ; et un des Canadiens qui alla le
chercher, courut risque d'être écrasé
par une grosse pierre qui roula du
haut de la montagne.
Le ciel était chargé de nuages. Les mardi
montagnes des   deux côtés de la ri-    a^*
vière, qui la veille semblaient s'être
abaissées, avaient repris leur première
(1) Je ne peux pas donner les détails de ma
route depuis ce jour-là jusqu'au 4 juin, parce
que je perdis le livre où ils étaient. Je m'endormais quelquefois dans le canot 5 et vraisemblablement dans quelqu'un de ces momens de sommeil, une branche d'arbre fit tomber mon livr#
dans l'eau. ( Note dç l'auteur).
^ÉÉÊSl
M\ inai.
( 2.75 )
hauteur, et se rapprochaient tellement
2793. <je ia rivière, qu'on ne voyait que
leurs flancs. Là, nous ne rencontrâmes
pas d'îles. L'après-midi quelques cascades nous obligèrent de transporter
riar terre le canot et sa cargaison, à
la distance de plusieurs centaines de
rias. Près de ces cascades , nous vîmes
des cabanes des naturels qui parais-*
saient n'avoir pas été habitées depuiâ
Quelque tems.
Il plut toute la journée , tantôt
doucement , tantôt par ondées. Le
soir à six heures 7 nous plSftlïmes
jâos tentes, environ trois milles au-
delà des cascades.
La pluie fut si forte ce jour-là , que
nous n'osâmes pas nous mettre en
route. Un de nos barils de rum étant
presque achevé de boire, j'achevai de
le vider. Puis , j'écrivis une lettre
dans laquelle je détaillai les fatigues
^et les dangers que nous avions ësfsuyés
jusqu'alors ; et après l'avoir enveloppée
•tïi$rc. mai.
Jeudi
( m)
dans de l'écorce d'arbre et fait entrer
dans   le baril par la bonde , qui fujt  x79
ensuite bien  ferrnég, je l'abandonnai
au coursée la rivière et au hasard,
A la pointe du Jonr , nous fûmes
inquiétés par les aboiemens continuels de notre chien, qui en même
tems courrait de côté et d'autre der«r
rière nos tentes* Mais nous nertar-
dâmes pas à découvrir que tout çeW
avait pour cause la présence d'un loup
qui était sur une hauteur voisine , et
qui probablement avait été attiré pa£
l'odeurd'un peu de viande crue qu©
nous avions. Sè>;t Ji
Le tems était couvert : malgré cela
nousjjious embarquâmes de très^bonne
heure. Nous dépassâmes l'embouchure
d'une rivière considérable qui était à
notre gauche , et, nous continuâmes
notre navigation jusqu'à sept heures
du soir. Nous passâmes la nuit près
d'un endroit où les Indiens avaient;
campé. il
I
vend.
3x.
1   .    m ...      (278) t
'   ■■'■"     ^SLe tems  était  beau , mais froid ;
Ï793.  té' courant très-rapide.  En passant
mai.    vis-à-vis de l'embouchure d'une rivière , qui était à notre droite, nous
courûmes beaucoup de risque.Toutes
le^^rîvières dont j'ai fait mention depuis Pa^pproche des montagnes, avaient
débordé à cause de la fonte des neigëil
Cette dernière était presque blanche ,
parce   qu'elle  roulait  sur  un fit de
pierres à chaux. Les montagnes voisines   formées   d% la  même pierre,
n'étaient ni ombragées par des arbres,
nifbrnées de quelque feuillage.
A neuf heures mes gens souffraient
tanl dût froid, que nous abordâmes
^Sfîr allumer du feu. Certes , il est
r^rë^ùélfSfe.ns cette^fsaison le froid
empêche de travailler.Un peu de rum
parut aussi un très-Bon réchauffant
Ensuite le courant permettant de fiiire1
usage des pagayes , j'engageai mes
compagnons à5se mettre en route sans
plus de délai,
3-HHBH Bientôt nous jouîmes d'une vue très-
étendue. Une vaste nappe d'eau se déployait devant nous, et le calme de l'air
et le feu du soleil en rendaient le
spectacle plus magnifique. Les deux
chaînes de montagnes, qui étaient-là
couvertes d'arbres, se reculaient et
semblaient annoncer que nous les laisserions bientôt derrière nous. Quand
nous fûmes à l'extrémité de ce point
de vue , nous trouvâmes la rivière
barrée par des rochers formant de
petites îles, entre lesquelles l'eau se
précipitait et tombait en cascade. Pour
pouvoir continuer notre navigation,
nous nettoyâmes, le long de la rive
gauche, un passage étroit qui était encombré de bois flottant. Nous reconnûmes , en cet endroit, que nos dernières espérances n'étaient pas fondées ; une chaîne de montagnes se
prolongeait du sud au nord , bien au-
delà du point où notre vue pouvait
s'étendre.
R i $79°'
mai.
Après avoir fait deux ou trofemiiïes^
nous arrivâmes dans l'endroit où la»
rivière  se sépare en deux bras, Vun
courant à-peu-près vers l'ouest norcW
ouest, et l'autre vers  le  sud-sud-est.r
Si j'en avais cru mes propres idées , jg
serais entré dans  le premier, parçes
qu'il me semblait devoir conduire.plu$
jjrès de la partie de i'Oeéan pacifique
que je désirais de voir. Mais le vieux;
Indien que j'ai déjà dit avoir souvent
fait la guerre dans ces contrées, m'a-?
vait recommandé de ne point prendre
ce bras., parce que, suivant lui, il se
divise bientôt dans les montagnes , et
qu'en outre de ce çôté-là on ne rencontre pas de grande rivière. Mais en
suivant le bras qui va vers le sud-sud-
est, ajoutait-il, vous trouverez un
portage d'une journée de marche, et
vous   arriverez  sur   les  bords  d'une,
autre grande rivière où les naturels
habitent des îles et construisent deg,
s&aisonsv (  28l   }
Les avis <|u vieillard me paraissaient
si sages , que je résolus de les suivre*
D'ailleurs je ne doutais pas que si je
pouvais une fois atteindre l'autre
grande rivière , je ne me rendisse sur
les bords de l'Océan. J'ordonnai donc
à mon patron d'entrer dans le bras
oriental, qui était moins large, mais
paraissait plus rapide, que l'autre.
Précisément par cette double raison ,
mes gens , et sur-tout les Indiens qui
étaient déjà très-las de voyager, désiraient que Je prisse ce dernier bras ;
et leurs sollicitations à cet égard redoublèrent , quand ils virent la difficulté qu'il y avait à refouler le courant
dans le bras où nous entrions. L'eau y
avait en effet tant de rapidité, que
nous passâmes la plus grande^partie de
l'après-midi à faire deux ou trois milles.
Cette marche lente et fâcheuse mécontentait beaucoup, ainsi que le
reste du voyage , plusieurs de ceux quir
m^'^ccompagnaient. Les fatigues qu'ils ■fipii*
( 282 )
avaient essuyées et les dangers qu'ils
avaient bravés, méritaient des consi-
mau dérations : aussi j'employai avec eux
les raisonnemens que je crus les plus
propres à calmer leurs murmures et
à ranimer leurs espérances. Toutefois je m'exprimai de manière à leur
faire sentir que j'étais bien décidé à
poursuivre ma route.
juin. Le premier juin nous nous embar-
aamedi quâméj au lever du soleil. Vers midi
i.er nous nous aperçûmes que le courant se
ralentissait. Nous débarquâmes pour
goudronner le canot. Pendant ce tems-
là je trouvai que nous étions à 55 deg.
42m.Cn. 16 sec. de latitude septentrionale. Nous nous remîmes eh route vers
le soir ; le courant avait repris sa rapidité. M. Mackav et les Indiens allaient
•r
à pied pour alléger le canot. Au soleil
couchant nous campâmes sur une
pointe de terre, la seule qu'on eût
trouvée sèche de ce côté de la rivière
depuis que nos gens avaient débarquée m
( *83 )
Le matin, nous laissâmes à notre
droite une grande rivière affluente.
Je n'ai jamais vu en aucune autre
partie du nord-ouest de l'Amérique ,
dans le même espace de terrein, autant
de travaux des castors , que yen vis ce
jour - là. En quelques endroits , ils
avaient abattu plusieurs acres de grands
peupliers. Nous vîmes aussi beaucoup
de ces laborieux et intelligens animaux. Depuis le lever du soleil jusqu'à l'instant qu'il se couche , ils sont
occupés sans relâche, soit à construire
leurs curieuses habitations, soit à chercher leur nourriture.
A l'entrée de la nuit, nous entendîmes plusieurs coups de fusil tirés par
nos châssei&s, e3 nous leur répondîmes
pour leur faire connaître1 où - nous
étions. Peu de tems après, ils-arrivè-
rent, non moins effrayés que fatigués.
Ils avaient été obligés de traverser une
partie de la riflère à la nage , pour
venir nous joindre; car nous avions
1793.'
juin.
ml
y* débarqué dans une île- chose que
l79$* nous ignorions avant qu'ils nous l'ajj-
juin,   prissent.
L'un de nos Indiens soutint qu'il
avait entendu tirer des coups de fusil
au-dessus de notre petit camp ; et en?
comptant le nombre de nos coups et
des leurs »|-il nous parut' qu'ilt-avaiç
raisonii-Nous imaginions avoir enr
tendu deux coups de plus que le$
chasseurs ne disaient en avoir tiré,
et eux prétendaient a$oir entendu le;
double des nôtres- Dès-ïprs les In?
diens crurent être certains que les
Knisteneaux avaient porté la guerre*
dans le voisinage ; et ils disaient
que s'ils étaient en grand nombre,,
nous n'awions pas de grâce à espérer;
de ces sauyages danspn pays aussi
éloigné. i|
Certes, je/gie croyais, ni que le&
Knisteneaux fussent près de nous, ni
que le§ naturels eussent des armes à
feu ; mais je pensai qu&l fallait^ tou$
^^■^ ^iviîieïtîent, nous tenir sur nos gardes*
En conséquence , nous chargeâmes et 1790,
réamorçâmes nos fusils, et ndus nous   PP
plaçâmes chacun au pied d'un arbre ,
où nous passâmes , sâiis dormir, une
nuit fort désagréable,   ft
Le lendemain matin, il fît très-beau. dira. 2,
Nous refoulâmes dé bonne heure un
courant rapide,, dans un endroit où la
rivière était parsemée d'îles. A huit
heures7, nous dépassâmes deux grands
.arbres *|ui, déracinés par le courant,
étaient depuis peu tombés dans l'eau;
J'imaginai que le bruit de leur chute
était cause de l'allan§ae que nous avions
^eue la veille. Cela nous fournit aussi
* un exemple de la manière dont les
îles sont ravagées dans les rivières
de ces contrées; mais les arbres que
l'eau renverse et entraîne , vont servir
base à  la  formation   d'îles nou
velles.
Nos gens étaient si fatigués, qu'il
Caliut nous arrêter à six heures du soin
ls débarquâmes sur une petite îl§
I
1 ïun. 3.
286 )
sablonneuse qui offre un spectacle très-
*79?* curieux à l'observateur. Elle est com-
juin. posée de cailloux ronds et de gravier,
couverts d'une couche de bois sec et
de vase, qui, en quelques endroits,
n'a que trois pieds d'épaisseur, et en
d'autres en a dix.
Ce jour-là , l'ouvrage des castors
frappa nos regards aussi souvent que
la veille.
En se levant, le soleil nous vit embarquer. A midi, je pris la hauteur
de cet astre, et je trouvai que nous
étions à 55 deg. 22 min. 3 sec. de latitude septentrionale. Je pris aussi
l'heure. Ma montre marine était en
retard, du tems apparent, d'une heure
3o.m. 14 s. Suivant mon calcul, nous
étions alors à 2.5 milles au sud-ouest
de la Fourche (1).
(1) Dans le chapitre suivant, je reprendrai les
détails de"mon voya'ge avec une exactitude qui,
comme je l'ai dit plus haut, a été interrompu®
par la perte de mon journal. (Note de l'auteur). (287)
V9-.s r,x.
CHAPITRE   V.
Continuation du voyage dans les
montagnes rocheuses. Rencontre de
quelques naturels.
\) uoiqui le brouillard fût très-
épais , nous nous embarquâmes à«
quatre heures du matin. La rivière
croissait toujours, et en quelques endroits elle était débordée. Le courant
était si rapide que, malgré tous nos
efforts, nous ne le refoulâmes que
très-lentement.
Voici la route que nous fîmes : un
mille au sud-sud-est, demi-mijle au
sud-sud-ouest, trois quarts de mille
au sud-est, trois quarts de mille au
nord-est quart d'est, un demi-mille
au sud-est, un mille au sud-est quart
de sud, un mille trois quarts au sud-
juin,
mar. 4.
ra ,       N ( 2$8 ) I
"" •"     sud-est, un demi-mille au sud-est quart
179d*   de sud , un quart de mille à l'est quart
juin.    |je SU(J 9 trois quarts de mille au sud-
est, un demi-mille au nord-est quart
d'est, un quart de mille à l'est quart
de nord , un demi-mille au sud-est,
lin quart de mille au sud-est quart de
sud, un demi-mille au sud-est quart
d'est, un demi-mille au nord-est quart
d'est, trois quarts de milles au nord-
nord-est,  un mille et demi au sud-
»! .xàjcà quart d'est.
Nous restâmes jusqu'à neuf heures
du soir sans pouvoir trouver un endroit propre au débarquement. Alors
nous descendîmes sur un banc de gra-v
vier, où il n'y avait guère hors de
1 eau que l'espace qu'occupèrent nos
tentes. îf?
La rivière ayant continué d'augmenter pendant la nuit, nous trouvâmes le matin notre canot et notre bagage dans l'eau. Nous goudronnâmes
le canot,  parce que la veille nous
mer. 5. ( 289 )
étions arrivés trop tard pour entreprendre ce travail. Quand le canot fut 179^*
prêt, nous, traversâmes la rivière , et jum.
je débarquai sur la rive septentrionale ,
£vec M.. Mackay et les deux Indiens,
afin de gravir une montagne voisine ,
où je comptais pouvoir contempler à
mon gré le pays adjacent. Je recommandai à ceux que je laissai dans le
canot, de faire toute la diligence possible , en leur enjoignant de tirer deus
coups de fusil, s'il leur arrivait quel-
qu'accident , ou s'ils jugeaient mon
retour nécessaire. En même tems, je
leur observai que si je leur faisais moi-
même ce signal, ils devaient me répondre , et en cas que je fusse derrière ,
m'attendre.
Quand je fus au sommet de la mon-»
tagne, je trouvai qu'elle se prolongeait
en conservant son niveau ; de sorte que
autant par rapport au défaut des pentes
qu'à cause de l'épaisseur du bois , ma
vue ne put pas se porter bien loin. Alors
2» 19
8 » r
( 290 )      ;    ,
 à je grimpai  sur un très-grand arbre |
27^0. d'où je distinguai da&s le nord-ouest
Juin, une chaîne de montagnes couvertes
de neige. De là , d'autres montagnes sur lesquelles on ne voyait point
de neige , s/étend&ient vers le sud.
Entré celles-ci* et les; premières , je
remarquai, du oêjté de l'est, une oti^
vetftmre où je jugeai que passait la ad*
<jM<ère. M^s compagnons le pensèrent
comme moi.
Quand nous e&me$ examiné; tout ce
queia nature du lieu nous permettait
de voir , nous' marchâmes en avant
pbur rattraper le canot, et nous redescendîmes sur le bord de la rivière.
Nous tibâmes deux edups de fbsàd ■•
mais ce signal resta sans réponse. Je
croyais q&e le canot était plus haut
que nous, et mes Indiens soutenaient
le contraire. Cependant je traversai
encore une pointe de terre, et je revins au bord de l'e^u. Là je contemplai une  assez grande  partie du (   29I   )
cours de la rivière , ce qui me fit soupçonner que je pouvais bien m'être
trompé à l'égard du canot. Nous répétâmes le signal ; mais on n'y répondit
pas plus que la première fois.
Mon inquiétude augmentant à tout
instant, je chargeai M. Mackay et l'ûii
des Indiens d'allumer un grand feu *
et de jeter dans la rivière des branches de bois pour que, si nos gens
étaient au dessous de nous , ils reçoit*
nussent que nous étions plus haut.
Puis , accompagné de l'autre Indienfj
je traversai une longue pointe où la
rivière faisait un grand détour, pour
bien m'assurer que le canot n'était
pas en avant.
Accoutumé depuis une quinzaine
de jours à une atmosphère très-froide ,
il me sembla ce jour-là que la chaleur
était excessive. Ce qui me le faisait
plus aisément sentir , c'e t que je
traversais des sables desséchés où il
n'y   avait   d'autre   ombre que   celle ■ juin
m   ( 29M#||
1  que pouvaient donner quelques cyprès
*79*# croissans çà et là.
A midi je gagnai encore le bord de
la rivière ; et l'Indien et moi nous
tirâmes de nouveau deux coups de
fusil qui n'eurent pas plus de succès
que les autres. L'eau courait avec une
vélocité extraordinaire. Nous y jetâ-
I&es aussi des branches d'arbres. Ce
qui ajoutait encore au désagrément de
notre situation , c'est que les essaims
de moustiques et de maringouins se
nJKltipliaient pour nous tourmenter.
Quand je rejoignis M. Mackay et
l'Indien, ils me dirent qu'ils n'étaient
pas restés dans l'endroit où je les avais
laissés , mais qu'ils avaient fait trois
ou quatre milles en descendant le long
X o
de la rivière , et que ne voyant pas nos
gens, ils étaient revenus m'attendre..
Nous formâmes alors diverses conjectures, toutes plus fâcheuses les unes
que les autres. Nos Indiens, enclins à
grossir les maux de toute espèce , pré- ( *93 )» ;
tendaient que le canot et ses conducteurs avaient été pour jamais engloutis
dans les eaux. Ils faisaient même déjà Jmn'
èh plan pour s'en retourner sur un
radeau, et ils comptaient le nombre
de nuits qu'ils resteraient en route*
Quant à moi, on peut bien s4*imaginer que j'étais rempli d'une violente
inquiétude. Je sentais l'imprudence
que j'avais eue de quitter mes gens au
milieu des dangers et du plus pénible travail ; et cette humiliante réflexion mêlait beaucoup d'amertume à là
crainte des désastres qui pouvaient être
arrivés. Je songeais que j'étais peut-
être moi-même cause qu'il me faudrait
renoncer à un voyage que j'avais tant
à cœur, et que je me trouverais forcé
d'adopter le plan de retour que venaient de faire mes chasseurs.
A six heures et demie du soir%
M. Mackay et le Cancre'partirent pour
descendre encore le long de la rivière,
aussi loin que le reste du jour le per-
BPT
Ml
[yf " -    •      '    .   ( ^94 )      . ■; j' ;' ■
mettrait *"et aller le lendemain jusqu'à
79      l'endroit où nous avions campé. Moi ,
juin.     . !
je me proposais de remonter ; et nous
convînmes que, si l'un ni l'autre nous
ne trouvions le canot, nous retournerions au lieu oijL nous nous séparions en ce moment.
Nous, avions , dans notre situation ,
de quOyi boire abondamment ; maïs
$ussi nou& étions totalement dépourvus de mgnger. Nous n'avions pas vu
nH& seu^e perdrix dans toute la. journée ; elles traces de rennes que nous
avions aperçues étaient fort anc I ennes.
I041S nous préparions à passer la nuit
j,
sur un lit de branchages où nous aurions eu pour pavillon la voûte des
S&eux. Mais en ce moment nous entendîmes un coup de fusil qui fut
bientôt suivi d'un second, ce qui nous
annonçait que M. Mackay et le Cancre
avaient rencontré le canot. Cet heureux signal fu<t répété P&r les gjens
mêmes du canot.
m> Cependant j'étais si accablé de fatigue , et si incommodé par la chaleur 1793
*que j'avais supportée , et par la grande juin.
Quantité d'eau que j'avais bue, que je
ne me souciais pas d'aller rejoindre
mes gens avant le lendemain. Il fallut
que l'Indien , qui souffrait du froid et
de la faim , se plaignît aussi» amèrement qu'il le fît, pour que je cédasse
•à ses sollicitations. Enfin nous nous
mîmes en marche ; et nus pieds, inondés par la pluie, nous arrivâmes au
<îanot avec la nuit.
Mais tous ces désagrémens furent
oubliés- à l'instant que je me retrouvai
au milieu de mes gens. Ils me racontèrent que le canot s'était brisé , et
qu'ils avaient essuyé plus de fatigue
et de dangers qu'en aucune autre occasion. Je crus qu'il était prudent
d'avoir l'air de croire tout ce qu'ils
disaient, et de les ranimer par un verre
dé rum consolateur. Mais je savais
bien que , quelque difficile  que pût
Sf
I
111
'i teu<
6.
I O9I)
être le chemin qu'ils avaient fait, il
était trop court pour qu'ils eussent dû:
y employer toute la journée , et je ne
doutais pas qu'ils n'en eussent passé
une partie à se reposer.
La pluie fut accompagnée de tottp
nerre et d'éclairs.
D'après tous les débris de camp et
les pagayes que nous rencontrâmes
il nous parut que les Indiens fréquentaient ce canton à la fin de l'été et en
automne.
La route que fit le canot fut : deux
milles et demi à l'est-sud-est, un mille
au sud quart d'ouest, un mille et demi
au sud-sud-est, deux milles à Test, et
un mille au sud-est quart de sud.
Nous partîmes à quatre heures et
demie du matin. Nous fîmes un mille
au sud-est quart de sud, trois quarts
de mille à l'est quart de sud , deux
milles au sud-est quart d'est. Dans
toute cette route nous fûmes \continuellement obligés de nous haler sur
^r i^      < 297 ) -|J l   , jâl
les branches des arbres.  Le courant  r
avait tant de force , qu'il était impos-; I79^#
sible de le refouler avec des pagayes ;    )uin*
la profondeur de la rivière ne noua?
permettait pas d'employer les perches ;
et les écores étaient si couvertes  de
saules et d'autres arbres, que nous n#
pouvions pas nous servir de la cordelle.   '     '       'V;:'/ «    #§ ■!-■'■.< '■■''^M     ■  ^f§
Il était plus de midi lorsque nou&
pûmes trouver un endroit propre à
débarquer ; de sorte que je ne pris pa&
la hauteur du soleil. Ndus passâmes le
reste de la journée à radouber le canot r
à sécher nos vêtemens , et à faire des
perches et des pagayes pour remplacer
celles qui étaient cassées ou perdues.
Le ciel était serein et l'air calme, ven.7.
Depuis la veille l'eau avait monté de
deux pouces. Le courant était devenu
plus rapide, quoiqu'auparavant il fût
déjà si fort, que si nous n'y avions pas
été accoutumés, nous aurions pu désespérer de le refouler.
m*. i
J'observai, pendant la nuit, une
|S * émersion du premier satellite de Jupiter ; mais je me couchai, sans songer à
écrire le moment précis de e$tte observation. Si ma mémoire est exacte , je
crois que ma montre marine marquait
&&. 18 m. 10 sec.
^£;Le canot qj&i avait été très-endom-
niagé, étant bien réparé, nous nous
rembarquâmes. Nous fîmes deu^ inil-
&îs un quart à l'est, demi-mille au sud-
sud-çst, un quart de mille au sud-est.
Nous abordâgnes pourprendre l'heure.
{Insuite nous nous avançâmes de trois
quarts de mille au s**d-est quart d'est ,
$t nous abordâmes de nouveau pour
déterminer la latitude , que je trouvai
de 55 deg. 2 min. 5i sec En ajoutant
à cela o deg; 2 min. 45 sec. de rapprochement au myi , le lieu où je pris,
hauteur pour avoir l'heure , est à
55 deg. 5m£n. £6sec. Là, ma montre
marine -étant en retard du tems apparent de 1 h. 32 min. s3 sec., je vis que . " ( 299 )...   • I;     -[■ ■
la longitude se trouvait de 122 deg.   r 1
35 min. 5o s#ç. à l'puesi du méridien  179^*
<fe GreenwicJaj. j j , Juin*
Nous marchâmes ensuite quatre^
milles et demi à l'est quart de sud *
un mille et demi à l'est; êud-e§t, en
dépassant une petite rivière affluente
qui vient de l'est; un demi-mille à
l'est, un millej e$r â&iSÊ au s#d-est, et ^
un quart de mHle à l'est. lié, nous
prîmes terre à sept heures du soir.
j La plus grande partie de la journée t
M. Mackay et,mes deu?x chasseurs (^)
allèrent par terre. Lt après - midi Us
tuèrent un porc-épèc. Neus trouvâmes
sur la rive oùnous campâmes, la place
(1) Quand mes eïïasseu#s étaient dans le- c&-
tfot, nous les laissions sans rieio faire, 4§ penif
que le travail ne les çfégç>£}£$$'çju voyager et né
les engageât à nous abandonner. Aussi nous ie$
faisions aller par terre autant que nous le pouvions, afin qu'ils nous procurassent des provisions , et que le canot fût plus ïéger.
( Note de l'auteur. )
l!
m
H #5-
1 ( 3oo )
où s'était couché un grand ours,
1793. l'animal ne l'avait quittée que depuis
juin, très-peu de tems. Dansée cours de la
journée , nous vîmes plusieurs endroits
où les Indiens avaient récemment construit et occupé des cabanes. La plus
grande partie de ce jour-là, le courant
fut moins fort.
sam. 8. La nuit il plut et il tonna. Dès les
quatre heures du matin nous recommençâmes à refouler le courant. Nous
fîmes alors un quart de mille à l'est,
trois quarts de mille au sud quart d'est,
en longeant l'écore très-haute, blanche et sablonneuse du côté de l'est ;
un quart de mille au sud-sud est, un
quart de mille au sud-sud-ouest, un
mille un quart au sud-sud-est, deux
milles au sud-est, espace dans lequel
le courant s'était beaucoup ralenti ;
deux milles un quart au sud-est quart
d'est, un quart de mille à l'est, un
quart de mille au sud-sud-est, quatre
milles et demi au sud - est quart de
fil ( 3ox )
sud , un mille etNdemi au sud-est, un -
demi-mille au sud-sud-ouest, un demi- l79^
mille à l'est-nord-est, un quart de mille Jum*
à l'est»sud - est , un mille au sud-est
quart de sud, un demi-mille au sud-
est quart d'est, trois quarts de mille à
l'est quart de sud. Là nous vîmes en.
plein les montagnes , dont les une^
se présentaient directement en face, le£
autres un peu plus vers l'est. Dans les-
trois jour&précédensnous ne les avions
aperçuejs qu'à de longs intervalles ;
mais auparavant , c'est-à-dire depuis
le moment que nous étions entrés dans \ ■■'-^
de bras oriental de l'Oungigah jusqu'à
ces trois jours, nous les avions vues
continuellement de l'un et de l'autre
côté. Celles de la gauche n'étaient pas
à une très-grande distance de la rivière.
Il y avait deux jours que nous cherchions avec inquiétude le portage
qu'on nous avait annoncé , et que
nous, «ne trouvions pas.  Notre seul
t II
(   3o2   )
espoir à cet égard, était de rencontre©
79 • quelques Indiens quî^nous l'indique-
^ raient. En attendant , nous n'avions
d'autre parti à prendise que d'avancer
tant que la *fiv
Elle avaW alors débordé de tous côtés ;
de manière qu'il était défaj huit heures
du soir quand nous trouvâmes un endroit pour planter nos Héntes.
Ayant trouvé beaucoup de panais
sauvage^ ri ou s en cueillîmes les sommités , que nous fîmes bouiîîir avec
du pémicaiï pour notre soupe.
A la pluie tombée pendant la nui!^
succéda un épais brotxillard. Nous ne
nous embarquâmes qu'à cinq heures
et demie. Noiïs gouvernâmes $& ré&Be
et dernï'Bu sud-est, un demi-mille au,
nord-nord-est, trois quarts dé mille
au sud-est, trois quarts de milleà l'est
quart de sud, un quart de mille à l'est-
sud-est , un quart de mille au sùd-suff-
est, un mille au sud-est qirart d'est ,
un demi-mille au nord-est quart d'est,
iim.
*r ■   ( 3o3 )   ; ' f
un demi-mille au sud-est qttart d'est,
trois quarts de mille au éud-e&t quart
de sud, trois quarts de mi41e au sud*
est, un deiasi-mifle à l'est quart de sud|
un demi-mille* au siid-est quart d'est,
trois quarts de mille à l'est-nord-e^t,
un demi-mïlle au sud-suckest, -&n mille
et demi à l'est y o^ù nougi découvrîmes
une montagne bleue : et t&ns neige.
Nous fîmes ensuite un demi-mille am
nord-est quart d'est, un mille à l'est
quart de nord , un demi-mille atit sud-
est , trois quarts de mille au nord-
ouest , un demi - mille au nord - est
quart d'est, un quart de miliê au sud
quart d'ouest, un demi-mMle au nord-
est quart d'est et au nord-nord-est, un
^uart de mille au Md-sud-est, et un
demi-mille à l'est quart de nord.
Là nous sentîmes une odeur de
fumée ; et peu de tems après n&us entendîmes , dans les bois, des gens qui
semblaient être ààns le trouble et dans
l'épouvante $ ce qui, comule nous l'jap-
1793. lit
prîmes par la suite, était causé par
i79^* notre approche. Il faut avouer que
jnjn. cette rencontre inattendue nous occasionna aussi quelque inquiétude ^
parce que nous n'avions pas songé à
préparer nos armes , et que nous ignorions le nombre des naturels.
Je considérai que si ces Indiens n'é?
taient qu'en très-petit nombre, nous les
poursuivrions envahi à travers les bois ;
et que s'ils étaient plusieurs ensemble ,
il y aurait de l'imprudence à courir
après eux, du moins dans un moment
d'alarme. En conséquence j'ordonnai à;
mes gens de porter le cap sur l'autre
rive, pour voir si lesmaturels auraient
Je courage^de nous attendre. A peine
fûmes-nous au milieu de la rivière,
qui n'avait pas là plus de cent pas de
large , nous vîmes sur une hauteur,
deux Indiens qui se présentaient à nouât
en brandissant leurs lances, déployante
leurs arcs et leurs flèches,, et joignant
de grands cn^.à ces gestes jnenaçâns.E ( 3o5 )
Mon  interpuèteiièe hâta   de   leur
fcrier   qu'ils   n'avaient   rien   à or^n-   /?
, r » i       i i •    juin*.
dre ; que nous étions des  blancs qu*
3ae cherchions à faire du mal à personne, et qu'au contraire nous désirions de pouvoir leur donner d^es marques de bienveillance et d'amitié. Mais
au lieu de se fier à ce discours, ils répondirent que si nous approchions
davantage avant qu'ils fussent certains
que nos intentions étaient paisibles ,
ils nous perceraient de leurs flèches.
Certes, je ne m'attendais pas à autant d'assurance et de résolution de la
part de ces Indiens. Je consentis à ce
qu'ils désiraient ; et quand nous eûmes
passé quelque tems à écouter leurs
questions et à y répondre , ils consentirent à nous laisser débarquer , montrant pourtant encore beaucoup de
défiance. Enfin , ils quittèrent leurs
armes ; et quand je m'avançai et que
je leur pris la main , l'un d'eux tira le
couteau qu'il ayait dans sa manche,
2. 2Q
■MF Jjg 3o<5 )     jf
0t me le présenta en tremblant ,jfcorhme
*79ô* une preuve de sa soumission à mes-
juin,   volontés.  :   -#;"'■■."'•■ ■■■•■■ :^-:;- M
Dès le premier instant que nous
avions entendu ces Indiens dans le
bois, nous avions déployé notre pavillon ; et quand nous les eûmes joints,
nous le leur montrâmes comme un
gign#d'amifeié. Ils examinèrent et nous
et tout ce que nous avions, avec une
attention soupçonneuse. Ils avaient
bien entendu parler des hommes blancs,
mais c'était la première fois qtr'ils
voyaient un être humain d'une couleur différente de la leur.
Les naturels n'étaient en cet endroit
que depuis quelques heures, Ils n'avaient pas encore construit leurs cabanes ; ej à l'exception des deux hommes qui étaient avec nous , foute la
troupe avait fui abandonnant le petit
nombre d'objets, qui lui appartenait.
Nous donnâmes  toutes les marques (   3û7   )
de bienveillance possibles aux deux
qui étaient restés. Je chargeai l'un
d'aller rappeler ses amis , et je retins
l'autre auprès de moi. Pendant ce
Tems-là on déchargea le canot , on
transporta les effets dont nous avions
besoin , sur la montagne, et on planta
les tentes.
Je résolus de rester là jusqu'à ce
que les naturels se fussent assez familiarisés avec nous , pour que je pusse
obtenir d'ettx les renseignemens que
je les croyais en état de me donner.
Auparavant, mon intention était de
débarquer dans l'endroit où il me paraîtrait possible de trouver le portage , objet immédiat de nos recherches , et là d'entreprendre de difierens
côt^s , des excursions de deux ou
trois, jours, pour tâcher de découvrir
une autre rivière. Si ces tentatives ne
réussissaient pas, je me proposais de
continuer à remonter celle .où nous
naviguions aussi loin qu'on pouvait
1790,
juin.
I
4
£Ë
S* 11
( 3o8 )
aller ; et si alors nous ne rencontrions
pas des naturels pour nous enseigner la
route que nous devions prendre , je
voulais retourner à la fourche de la
rivière et suivre l'autre bras , dans l'espoir d'être plus heureux.
Il était trois heures après-midi quand
nous débarquâmes ; et à cinq heures,
tous les naturels furent rassemblés
auprès de nous. Il y avait trois hommes , trois femmes , et sept ou huit
enfans. L'empressement et le désordre
avec lesquels ils s'étaient enfuis, leur
ayant fait laisser leurs guêtres et leurs
souliers , ils avaient les pieds et les jambes tout en sang ; ce qui, joint à leurs
cheveux épars, leur donnait un air très-
triste. J'essayai de les consoler en leur
faisant présent de quelques grains
de collier et d'autres bagatelles qui
semblaient leur plaire. Je leur donnai
à manger du pémican , qui leur fit
aussi plaisir,. et qui , selon moi et mes
compagnons , valait mieux que leur f ■ f ( 3o9 )
poisson sec, seule espèce de provisions
qu'ils eussent. 179^»
Quand je pensai que ces Indiens juin.
étaient assez rassurés, je fis venir les
trois hommes dans ma tente , pour
qu'ils me donnassent les notions dont
j'avais besoin sur le pays. Mais mon
espoir fut bien trompé. Ils me dirent
qu'ils ne connaissaient pas de rivière
du côté de l'ouest, mais qu'il y en
avait une des bords de laquelle ils venaient en ce moment, qui était à onze
jours de marche par terre , et qu'ils
désignaient comme un bras de celle
où nous naviguions. Les ouvrages de
fer qu'ils avaient, leur étaient fournis
par des habitans des bords de cette rivière et d'un lac contigu, en échange
de fourrures de castor, et de peaux
d'élan préparées.
Ils racontèrent que les Indiens ,
avec qui ils traitaient, entreprenaient
des voyages d'une lune pour aller trafiquer dans le pays d'autres peuples.
w M
îii I
1
1
f 31° )
qui habitaient des*maisons, et que ceW
1793- derniers allaient de même jusques sur
juin. je rîyage de la mer, ou , pour me
servir de leur expression , sur le bord
du lac puant y où ils commerçaient
avec des hommes comme nous , quji
s'y rendaient dans des vaisseaux gros
comme des îles. Suivant ce qu'ils
avaient entendu dire, les habitans de
l'ouest étaient très-nombreux. Quant
à ceux qui vivaient sur les bords de
l'autre rivière, ils n'étaient , dirent-
ils, qu'au nombre d'environ quarante
familles , et eux-mêmes ne comptaient
guère qu'un quart de cette population.
Enfin ils ajoutèrent que , pour éviter
leurs ennemis , qui ne manquaient jamais de les attaquer quand ils en trouvaient l'occasion , ils étaient forcés de
se tenir presque toujours dans des retraites escarpées , où ils périssaient
quelquefois de froid et de faim.
Ces détails sur le pays m'étant donnés
par des hommes que je devais croir
e (3n  )
le bien connaître dans toutes ses parties ,  semblaient   devoir  déconcerter
un projet qui occupait sans cesse mon
cœur et mon esprit. Cependant il me
vint dans l'idée que, soit par crainte ,
soit par d'autres motits, les naturels
hésitaient à m'apprendre ce qu'ils sa?*
vaient. Alors je les assurai que s'ils
me conduisaient sur les bords de la
rivière que je cherchais, je viendrais à
son embouchure   avec de  gros vaisseaux pareils à ceux dont leur avaient
parlé leurs voisins, et que je leur apr
porterais des armes et des munitions ^
en échange des productions de leur
pays ; de sorte qu'alors au lieu de languir  dans  un   état   d'abjection ,   de
crainte et de misère , ils pourraient se
défendre contre leurs ennemis.
Je leur dis déplus que si , à mon retour de la rivière, ils voulaient me
suivre jusqu'au ba£ des montagnes,
clans un pays abondant en animaux ,
je leur  fournirais, ainsi qu'à leurs
1793,
juin.
,1?,
tir*.   w^l&iâBf
Bk Wf^f-
i
fr-
1
ÉII
11,;
'3m "Bap:
I
Jii i
i 1790
juin.
(   3l2   )
compagnons , toutes les choses dont
ils pourraient avoir besoin, et je ferais
leur paix avec les Indiens - castors.
Mais toutes mes offres et mes promesses
n'obtinrent rien d'eux. Ils persistèrent
à soutenir qu'ils ignoraient s'ilv avait
une rivière telle que celle que je disais
avoir son embouchure dans la mer.
Dans l'état de perplexité où me
jetaient les réponses des Indiens, il
se présenta à mon esprit divers projets qui, à peine formés, étaient reconnus impraticables , et par conséquent rejetés. Je songeai un moment à
abandonner le canot avec tout ce qu'il
contenait, pour voyager par terre, et
suivre la chaîne des rapports commerciaux par lesquels ces sauvages recevaient des instrumens de fer. Mais je
réfléchis soudain qu'il serait trop difficile de porter des provisions pour moi
et pour mes gens, toutes les fois que
nous aurions un long trajet à faire ,
ainsi que des présens pour nous cou» juin,
cilier la bienveillance des indigènes,
et enfin de la poudre et du plomb pour    79 *
la chasse et pour notre défense.
Un instant après, l'extrême désir
de réussir dans mon entreprise m'inspira le dessein de rester -avec les naturels , et de me rendre à la mer par
le chemin qu'ils me désignaient ; mais
en supposant même que je n'eusse
éprouvé aucun accident, ce voyagé
m'aurait coûté plus de tems que je n'en
pouvais consacrer à l'exécution de
mes projets. D'après ce que je venais
d'entendre, remonter encore la rivière
était une fatigante et vaine tentative ;
et l'idée de m'en retourner sans succès,
après tant de peines et de dangers bravés , me paraissait si affreuse, que je
ne pouvais me résoudre à l'envisager.
En outre, j'aimais encore à penser que
les Indiens n'avaient pas assez de confiance en moi, pour me dire avec franchise tout ce qu'ils savaient sur le pays.
Je soupçonnais aussi un peu la fidé-
n — ■ }mn,
(3i4)
lité de mon interprète qui, étant déjà
a79 • très-fatigué du voyage , pouvait fort
bien être porté à me cacher tout ce
qui était propre à m'engager de le
poursuivre.
Je continuai à avoir des attentions
pour les naturels. Je leur fis part de
mes provisions; je distribuai quelques
morceaux de sucre à leurs enfans , et
je remis au lendemain à m'entretenir
de nouveau avec eux. Leur ayant
témoigné le désir de goûter de leur
poisson, je les vis aussitôt m'apporter
quelques truites sèches, bien arrangées , qui avaient été prises dans
la rivière des bords de laquelle ils
venaient. L'un d'entr'eux m'offrit
aussi, à titre de présent, cinq peaux
de castor.
L'inquiétude ne me permit pas de
dormir long-tems. Lorsque l'aubè
parut, j'avais déjà quitté mon lit, et
j'attendais avec impatience l'instant
d'avoir une seconde conversation avec
V ■V; ( 3l5 )
les Indiens. Cependant, le soleil était
levé quand ils sortirent de dessous les 79° •
berceaux de feuillage où ils s'étaient ïp§jj
retirés avec leurs enfans ; car, d'après
les sollicitations de mes deux chasseurs , ils leur avaient très-hospita|iè-
rement cédé leur couche et celles qui
la partageaient.
Je renouvelai mes questions à ces
Indiens : leurs réponses furent les
mêmes que la veille. Cependant, l'un
d'entr'eux étant demeuré jusques vers
les neuf heures auprès de mon feu à
causer avec mes interprètes, j'entendis
assez bien son langage pour com>
jxrendre qu'il faisait mention de quelque chose qui avait rapport à une
grande rivière, et je vis qu'en même
tems il montrait, d'un air emphatique, le haut de celle qui était devant
nous. Je demandai à mon interprète
ce que signifiaient ces expressions,
et il me répondit que l'Indien parlait d'une grande rivière courant au
r
m
i
m
H E
1793
juin.
( 3i6 )
midi (i), et dont une des sources se
trouvait près de celle de la rivière cffre
nous remontions, «c II ne faut , dit
« encore le naturel , traverser que
«c trois petits lacs et autant de por-
« tages pour atteindre une petite rite vière qui se jette dans la grande ;
ce niais la grande elle-même ne porte
«c pas ses eaux jusqu'à la mer. Là les
<e indigènes , continua-t-il, bâtissent
«ce des maisons, habitent des îles , et
ce sont un peuple nombreux et guer-
«c rier. >:>
Je le priai de tracer avec un charbon , sur un morceau d'écorce d'arbre,
la route qu'il fallait suivre pour se
rendre à la source de l'autre rivière.
Il le fit d'une manière satisfaisante.
Quant à l'idée où il était que cette rivière ne portait pas ses eaux à la mer ,
je l'attribuai hardiment à son ignorance.
'.
(ï) Vers le soleil du milieu du jour. Toutes mes espérances se réveillèrent , et ma vive impatience reparut
avec elles. Pour mieux réussir, j'en- UU1,
gageai, par des présens , l'un des naturels à me servir de guide jusques
chez les premiers habitans , que nous
devions espérer de rencontrer sur le
bord des petits lacs situés sur notre
route. En même tems, je résolus de
partir le plus promptement possible ;
et pendant que mes gens s'occupaient
des préparatifs nécessaires, je me hâtai
d'esquisser un tableau des naturels qui
nous entouraient.
Ces Indiens sont de petite stature ,
n'ayant pas plus de cinq pieds six à
sept pouces anglais (i). Ils ont la maigreur qu'on doit s'attendre à trouver
chez des gens qui ont sans cesse des
difficultés à surmonter pour se procurer leur nourriture. Leur visage est
— - -— — —■—■- - ■—  —
(i) Environ cinq pieds un pouce français.
mit
II
ira
w
1    I
ml
if
m
é$ ï;': !■■!■:
- -ï ( 3i8 )    ■   ;   % .    M
rond. Ils ont les os des joues préémi-
*79^m nens, les yeux petits et noirs. Le car-
IjfÊ tilage qui sépare leurs narines est
percé ; mais ils n'y portent point d'or-
îiemens. Leurs cheveux noirs flottent
épars et en désordre sur leurs épaules ,
et sont irrégulièrement cèupés sur le
front, pour que la vue resfee libre. Ces
Indiens s'arrachent la barbe ; mais il
leur en reste quelques poils dispersés.
La couleur de leur teint est d'un
l&une brun.
Ils sont vêtus de robe^s de pfëaux de
castor, deblaireau(i) ou 3e rennes, préparées avec le poil, et de peaux d'élan
jàans le poil. Toutes leurs robes sont
ornées d'une frange, et quelques-unes
ont des glands qui pendent le long
(des coutures. Celles de t^laireau sont
décorées , du côté de la fourrure , avec
(ï) Je ne suis pas sûr que l'auteur ait précisément voulu désigner un blaireau. Il se sert du
mot ground-hog, qu aucun des naturalistes que
j'ai consultés, ne connoit. ( Note du iraduci. ) 79^
( 3i9 ) .
iesiqueues de l'animai , parce qu'ils
ne les séparent pas des peaux. Ces
Indiens attachent leurs vêtemens sur ^u
les épaules, et ils mettent par-dessus
leur robe une ceinture de cuir non-
préparé et auési dur que de la corne.
Ils portent de longues .guêtres* qui, si
elles étaient réunies par une ceinture,
pourraient passer pour de grandes eu*
lottes. Ces guêtres, ainsi que les souliers , sont de peau d'élan ou de renne
préparée. Les hommes ne cachent
point les parties de la génération.
L'habillement des femmes diffère
peu de celui des .hommes. Mais?elles
portent toutes un tablier qui est attaché au-dessus des hanches et tombe
jusqu'au genou. Elles sont en générai
plus robustes , et proportionnêment
plus grandes que les hommes. Elles
sont infiniment moins propres qu'eux.
Elles se peignent une raie noire qui
.passe au-dessous des yeux, et va d'une
oreille à l'autre. Cette raie est si sale
il
* «I
K*F*M que l'on croit d'abord que c'est un#
i79^# suite de boutons desséchés. Leurs che-
jmn. yeux sont plus longs que ceux des
hommes. Elles les séparent depuis le
front jusques sur le sommet de la tête ,
et les font pendre en longues tresses
sur le derrière de l'oreille. Elles ont
pour ornemens quelques grains de
verroterie blancs, qui leur viennent
par la même voie que le fer, et qu'elles
portent à leurs oreilles ï Mais ces grains,
qui ont depuis une ligne jusqu'à un
pouce de longueur , ne sont pas de
fabrique européenne. Leurs autres or-
nemens'sont des bracelets de corne et
d'os. Les hommes seuls portent des
colliers de griffes d'ours terrible (i)
et d'ours blancs.
Ces sauvages ont des arcs de bois de
cèdre, de la longueur de six pieds , et
dont l'un des bouts est armé d'une
pointe de fer ; ce qui fait que, dans
•wm
(i) Le grand ours. , ( 3ai )
l'occasion , ils s'en servent comme de
lances. Leurs flèches, longues de deux *79
pieds et demi, sont très-bien faites , ^m
barbelées, et ont une pointe de fer,
de pierre ou d'os ; elles sont aussi
ailées. Ils ont deux sortes de lances*
toutes deux très-aiguës, à double tranchant, et d'un fer très-poli. Le fer de
l'une a environ un pied de long et
deux pouces de large; et celui de l'autre
n'a qu'un pouce de large sur huit de
long. Le fût de la première est de
huit pieds ; celui de l'autre de six. Ils
ont d'autres lances dont le bout est
d'os*
Les couteaux de ces Indiens sont
faits d'un morceau de fer auquel ils
donnent eux-mêmes la forme et mettent un manche. Leur hache ressemble un peu à une doloire, et ils s'en
servent de la même manière que nous
nous servons de cet outil. Certes, j'ai
trouvé chez eux plus de fer que je
n'aurais pu l'imaginer; ce qui prouve
2. 21
rfïl ^79^
(   322
qu'ils fréquentent beaucoup lés nations qui communiquent avec les ha-
bitans des bords de la mer. Le nombre
de leurs armes et de leurs instrumens
de fer montre aussi que les moyens
par lesquels ils se les procurent, datent
de plus loin que je ne l'avais d'abord
cru.
Les lacs de ces Indiens sont faits
avec des courroies de cuir frais, de là
grosseur d'un fil retors, dont pluèïeurfc
sont tressés ensemrjîe. Quoique le lacs
ne
soit pas plus gros qu'une de ces
lignes   avec   lesquelles   on   pêche   là
morue
e , il est assez fort pour retenir
un élan. Il a une brasse et demie ou
deux brasses de long.
Leurs ligués et leurs filets sont faite
trëcorce de saule et d'ortie. Ceîléfc
d'ortie sont plus fines et plufe.inolles
que si elles étaient faites avec a&
chanvre. Ils ont de petits hameçons
*i'os, enchâssés dans des morceaux de ( 323 )
fe&is fendus et bien liés avec du ouâtape |—
fin(i). J/ <1P      1793-
Ces sauvages ont des vases qui leur juin»
Servent de marmite , et qui sont faits
aussi avec du ouatâpe si bien tressé,
qu'ils ne lâchent jamais l'eau. Ils y
méttent^reau en ébullition avec des
cailloux rougis au feu. Leurs autres
vases sont faits avec de l'écorce de
spruce. Pour faire chauffer l'eau dans
ces derniers, ils les placent sur le feu^
mais à une tielle hauteur, que la flamme
ne peut pas y toucher ; ce qui réûë.
l'opération fort longue et fort ennuyeuse.
Ils ont divers plats de bêis et d'e-
corce d'arbre ; d#s cuiller^ de bofe et
de corne.; des seaux ; des sacs de cuir
et de filet; des paniers d'écorce, don€
quelques-uns leur servent pour mettre
leurs instrumens de pêche , et dont
(1) Voyez la desdriplien duouatape, dans
l^reaiier volume de ces voyages, page 387.
«ft (324)
d'autres sont faits pour jêtre portés suif
3793.  le dos. ||
%uwé Us frottent leurs vêtemens avec une
terre brune, dont ils ont une grande
quantité. C'est non-seulement un ornement , mais une utilité , parce que
cette terre empêche que les peaux ne
se roidissent après qu'elles ont été
mouillées. Ils ont aussi beaucoup d'é-
corce de sapin-spruce, avec laquelle
ils construisent leurs canots. Cette
opération exige beaucoup d'intelligence et d'adresse. Voici comment ils
la pratiquent.
Les morceaux d'écprce sont taillés
sur l'arbre, de la longueur qu'on veut
donner au canot, longueur qui est ordinairement de dix-huit pieds. Ensuite
©nies coud ensemble avec du euatape.
On attache de chaque côté du canot
dteux lattes qui forment le plat-bord ;
à ces lattes sont ensuite attachées les
harres , et elles servent, en outre ,
d'appui au reste de la membrure , qui ( '52.5 )
est proportionnée à la largeur de l'é-
corce. Pour donner plus de force aux
membres , on place entr'eux de petites
tringles. Le canot est gommé de manière que l'eau ne peut pas y pénétrer.
Ces canots peuvent porter jusqu'à
cinq personnes. Il y a quelques années
que les Indiens-castors en avaient de
pareils ; mais à présent ils ne se servent presque plus que de canots cTé-
corce- de bouleau0, qui durent bien
plus long-tems.
Les pagayes des sauvages , dont j'ai
déjà tracé le tableau, sont de six pieds
de long, et la lame a environ un pied
et est taillée en cœur.
Avant mon départ , les Indiens»
m'apportèrent deux truites qu'ils venaient de pêcher , et qui pesaient près
de six livres. Je les leur payai avec
quelques grains de verroterie. Ils me
donnèrent aussi un filet de fil d'ortie ,
une peau d'élan préparée, et une cuiller faite avec une corne blanche, sein»
Ulflb
frSt
IIP
ljjfil
H|
II
«  .*="»■'.;■
ï
;.l
ff .      ,  '  \M _     ( 326 | , ' -
Mable à celle des buffles de Ja rivière
des Mines de cuivre, mais qui ^d'après
ce qu'ils me dirent, venait d'un ani*
mal différent du buffle.
Mes jeunes chasseurs emportèrent
aussi de chez nos hôtes, deux pleins
carquois d'excellentes flèches, untrèsr
grand coljier de griffes d'ours blancs y
des bracelets de corn^, ainsi que quelques autres objets : aussi furent -ils*
généreux envers ceux qui les leur
avaient donnés. CHAPITRE    V L
Monte dans les montagnes rocheuses ?
jusqu'à la grande  rivière  de  Co-
lombia*
J\. dix heures nous étions prêts à
nous embarquer. Je pris congé des
Indiens , en les invitant à attendre
notre retour, qui aurait lieu dans deux
lunes (i) ) et en leur disant que j'espér-
rais les retrouver avec ceux de leurs
amis qu'ils pourraient rencontrer. Je
rendis les peaux de castor à celui qui
m'en avait fait présent, et je le priai
de les glfrder jusqu'à ce que je revinsse^
^parce qu'alors je les lui achèterais.
Notre guide   paraissait   beaucoup
( I ) ^Expression a&alogue » la minier© d&
parler des Indiens.
T
1793,
juin,
lundf
Wi
'*■*£■.
££
f
•Kl
II
m C 32-8')
moins affecté de son départ que ses
compagnons. Ceux-ci témoignèrent las
plus grande inquiétude'pour sa"sûreté.
Nous nous mîmes en route, et
#près avoir remonté un demi - mille
vers l'est, nous vîmes à notre gauche
un rivière affluente qui avait à-peu-
près la moitié de la largeur de celle
©û nous naviguions. Nous fîmes en-
core#trois - quarts de mille dans la
même direction. Alors nous nous
aperçûmes que nous avions oublié
deux de nos fusils. Je fis partir sur-le-
champ ceux à qui, ils appartenaient,
pour aller les chercher , et ils les rapportèrent au bout d'une heure.
Nous continuâmes à nou%avancer,
un demi-mille au nord-est quart d'est,
trois-quarts de mille au nord-est quart
de nord. Le courant se ralentissait.
Nous remarquâmes à gauche un site
verdoyant, où des bois coupés et des
restes de cabanes annonçaient que les
naturels   avaient   souvent   séjourné* ■-JE     (329:)
Nous courûmes un mille à l'est, et
nous découvrîmes dans le sud-est une
chaîne de montagnes couvertes de
neige. Dans un espace de trois ou
quatre milles, la terre à notre droite
était basse et marécageuse, ensuite
elle s'élevait inégalement jusqu'aux
montagnes.
Nous marchâmes encore un mille
et demi à l'est-sud-est, un mille au
sud-est quart d'est, trois-quarts de
mille à l'est quart de sud , un mille
au sud-est quart d'est, un demi-mille
à l'est quart de sud , un mille au
nord-est quart d'est, un demi - mille
au sud-est , un mille et demi au nord-
nord-est, en laissant à notre gauche
une rivière qui avait environ un quart
de la largeur de la nôtre, et la grossissait de ses eaux. Nous poursuivîmes
notre route, un demi-mille à l'est quart
de sud, et nous atteignîmes le pied
de la montagne d'où sort la rivière
tributaire dont je viens de parler. Là.
1793,
juin.
m mm ttk
celle que nous refoulions faisait un
coude. Nous gouvernâmes trois-quarts-
de raille au sud-ouest quart d'ouest
un quart de mille à l'est quart de sud
un demi-mille au sud, un demi-mille
au sud-est quart de sud, un quart de
mille au sud-ouest, un quart de mille
à l'est quart de sud, un quart de mille
en tournant à l'ouest-nord ouest, un
demi*quart de mille au sud-ouest, un
quart de mille à l'e$t- sud-est , un
sixième de n^Jile à Test, un douzième
de mille au, sud*sud-ouest, un demi-
quart de mille à l'est-sud-est, un tiers
de mille au nord-est quart d'est, un
douzième 4g mille à l'est quart de nord,
un tiers de mille au nord-est quart
d'est, un seizième de mille à l'est,
un douzième de mille au sud-est, un
douzième de mille au nord-est quart
d'est, un demi-quart de mille à l'est 3
et un. demi-mjille à l'est-sud-est. Nous
abordâmes à sept heures du soir, et
campâmes sur le rivage. Dans le trajet mardi
il.
4ii )
que nous fîmes ce jour-là, là rivière
coule en très-grande partie , au pied    7y
des montagnes   que nous   avions à
gauche.
Hg Le matin 1^ tems était beau et froid;
Mon interprète ayant exhorté le guide
à ne rien craindre de ma part, à m'être
fidèle, et sur-tout à ne pas profiter de
la nuit pour s'enfuir, ce sauvage lui
répondit : ce Comment est-il possible
ce que je quitte la demeure du grand-
ce esprit ? Quand il me dira qu'il n'a
ce plus besoin de moi, je retournerai
ce auprès de mes enfans. » Cependant à
mesure que nous avançâmes il perdit,
et certes avec raison, l'idée exaltée
qu'il avait de moi.
Dès les quatre heures du matin,
nous nous rembarquâmes. Nous fîmes
un mille et demi à l'est quart de sud ,
un den^i^ijle -à l'est quart d'est. Nous
vîmes là une rivière affluente , sortant
du pied d'une montagne, que, d'après
&a forme conique, l'un de mes jeunes*
mi
'   I
ta
III
*H* 382
chasseurs nomma la montagne dé
Loge du castor. Quand nous eûmes
fait encore un demi-mille au sud-sud-
est, nous découvrîmes à notre droite
un autre bras affluent. Nous nous trouvâmes vis-à-vis du commencement de la
chaîne de montagnes que nous avions
aperçue la veilla. D'autres montagnes
s'étendaient parallèlement à gauche
de la rivière , qui en cet endroit n'avait que très - peu de courant j et pas
plus d& quinze pas de large.
Nous gouvernâmes un demi-quart
de mille à l'esté nord-est , un demi-
quart de mille au sud-est quart de
sud , un sixième de mille à l'est - sud-
est , un huitième de mille au sud-
ouest, un huitième de mille à l'est-
sud-est, un sixième de mille au sud-
sud - est, un douzième de mille au
nord-est quart d'est, un demi-mille à
l'est-sud-est, un tiers de mille au sud-
ouest quart d'ouest, un huitième de
mille au sud-sud- est, un  quart
to juin*
f 333 ) . '      H
usaille at| sud- sud - ouest, un sixième
de  mille au nord-est, un  quart de   1793,
mille au   sud   quart  d'ouest ,   trois-
quarts de mille à l'est, et un quart de
mille au nord-est.
Les montagnes que nous avions à
gauche, nous parurent dans toute la
chaîne être également rondes , et boisées presque jusqu'à Leurs sommets.
Ces sommets étaient couronnés de
neige, au milieu de laquelle on distinguait quelques arbres flétris.
Nous continuâmes à faire route,
parallèlement aux collines .que nous
avions à droite , et nous gouvernâmes
cinq mille à l'est, un douzième de
mille au nord , un huitième de mille
au nord-est quart de nord, un seizième
de mille au sud quart d'est, un quart
de mille au nord -est quart de nord ,
en laissant encore à droite l'embouchure d'une rivière ; un sixième de
mille au nord-est quart d'est , deux
milles et demi à l'est, un douzième
à
m I 334 ) : :|;
—— de mille aa sud, un demi-Mille au'
179^* nord-est, un tiers de mille au sud-
juin, est, un mille u.H quart à l'est, un
seizième de mille au sud-sud-ouest,
un demi-mille au nord-est quart d'est,
un mille trois-quarts à l'est, un demi-
mille au sfid et au sud-ouest quart
d'ouest, un demi-mille au nord - est,
un tiers de mille au sud, un sixième
de mille au nord-est quart de nord 9
un quart de mille à l'est quart de sud,
un huitième de mille au sud, trois-»»
quarts de mille au sud-est.
Le canot prenait tant d'eau qu'il
fut nécessaire d'aborder pour le aou^
dronner, ce qui retarda nc#f8marché
d'une heure un quart.
Nous fîmes ensuite un quart de
mille au nord-est, un quart de mille
à l'est-nord-est, un seizième de mille
au sud-est quart de sud, un douzième
de mille à l'est quart de sud , un
sixième de raille au nord - est, un
sixième  de mille à 4'êst- sud - est, uïï
-i ( 335)
demi-mille au sud-ouest, un quart de
mille au nôrd-êst, un demi - mille à 1793m
l'est quart de sud, un douzième de Juin*
ririllé au sud-sud-est , un demi-mille
à l'est, un quart de mille au nord-est
quart de nord, un quart de mille au
sud-sud-est, un douzième de mille au
nor<J-est quart de nord, en dépassait
une petite rivière qui coulait à notre
gauche , un douzième de mille au
sud-est quart d'est, un quart de mille
au gud quart d'est, un huitième de
mille au sud - est, un douzième dô
mille à l'est, un quart de mille au
nord - est quart de nord , un demi-
mille au sud , un huitième de mille
au sud - est quart de sud, un quart
de ulule au nord-est, un tiers de mille
au sud - est quart d'est et au sud - est
quart de sud , un tiers de mille à l'est-
sud-est et au nûrd-nord-est , et un
huitième de mille au sud quart d'ouest,
à l'est, et à l'est-nord-est.
Là, nous quittâmes le principal bras
m. ■
r
*.ai
lit
:P
'I
m
i m
|     ( 336 )    -
de la rivière qui , selon notre guide ,
ne remonte qu'à peu de distance , et
provient des neiges qui couvrent les
montagnes. Dans la même direction
est une vallée qui paraît très-profonde ,
et où la neige entassée s'élève pres-
qu'à la hauteur des montagnes. Ce
réservoir semble suffisant pour entretenir une rivière, lorsque la température est à un degré de chaleur modérée.
Le bras affluent que nous abandonnâmes , avait tout au plus dix pas de
largeur , et celui où nous entrâmes
était encore moins considérable. Ici
le courant ne se faisait presque pas
sentir ; et les sinuosités étaient si multipliées , que nous avions quelquefois
de la peine à faire avancer le canot.
Il y a en droite ligne, de l'embouchure
de ce bras jusqu'à un petit lac situé
à l'est, environ un mille.
L'entrée du lac était presqu'entière-
ment fermée par du bois flottant, ce quj
me parut d'abord fort extraordinaire ; -"\
(337) ,,|
niais je vis ensuite que ce bois venait
des montagnes. L'eau était si haute 9    '9  *
que tous les environs étaient inondés.    )mn*.
Notre canot passa à la  hauteur des
branches des arbres.
Les principaux arbres qui croissent
sur ces bords, sont le sapin-spruce et
le bouleau blanc ; mais ce dernier y
est beaucoup moins commun. Ils forment des bosquets dont les intervalles
sont remplis par Faune et le saule.
j Après avoir fait un mille dans le
lac , nous abordâmes pour passer là.
nuit, près d'un ancien établissement indien. Nous espérions d'y trouver des
naturels ; mais nous fûmes trompés
dans notre attenté. L'après-midi nous
vîmes plusieurs castors sur lesquels
nous ne tirâmes pas, de peur que le
bruit de nos fusils ne répandît l'alarme
chez les Indiens. La même raison nous
empêcha de troubler les cygnes , les
oies, les canards, qui étaient en très-
grand nombre sur le lac.
2.
%2<
i Ifi
Hm ÏÀ
m
mn.
<merc.
12.
( 338 )
Nous remarquâmes les traces de
quelques élans qui avaient traversé la
rivière. Nous trouvâmes beaucoup de
panais sauvages, dont j'ai déjà parlé
comme d'un végétal que nous avions
mangé avec plaisir. Nous vîmes des
oiseaux jaunes , des geais blancs, et de
superbes colibris. Ce n'est que dans ce
canton du nord-ouest de l'Amérique,
que ces deux dernières epèces d'oiseaux ont frappé mes regards.
Nous eûmes le même tems que la
veille, et nous partîmes à trois heures
du matin. En levant un filet que nous
avions posé dans le lac , nous y trouvâmes une truite, un ticamang, une
carpe et trois autres poissons (i).
Le lac s'étend à l'est quart de sud ,
d'environ deux milles , et sa largeur
est de trois à cinq cents pas. Il est à
54 deg. 2,4 min. de latitude nord, et à
X2.1 deg. de longitude à l'ouest du rné-
,<i) Jub.
€ ( 339 )
Tidien de Greenwich. Je le considère
comme la source la plus haute et la
plus méridionale de l'Oungigah (i),
qui, dans son cours sinueux, après
avoir arrosé une vaste étendue de pays,
et reçu les eaux tributaires de plusieurs
grandes rivières , traverse le lac de
l'Esclave, et va se jeter dans l'Océan
septentrional (2).
Nous abordâmes à l'extrémité du
lac, et nous suivîmes un sentier de
huit cent dix-sept pas de long, qui
passait sur une chaîne de collines peu
élevées , et nous conduisit au bord
d'un autre petit lac. Il n'y a là qu'un
quart de mille de distance entre les
deux montagnes , et l'on y voit de
chaque côté des rochers escarpés et
des précipices affreux. On trouve le
179J.
juin.
3R
&M
tmj*
M
Èm
r
'■'V •'.'.;
(1) La rivière de la Paix.
(2) A 700 de latitude nord ; et à environ i35°
ûe longitude occidentale. «Hit
%
El1
P
-s
•4
1793
juin.
■fi * ' 34è g
long du chemin quelques grands spi'tt
ces et quelques liards f 1 ) ; et sur le
bord de l'eau , on voit des saules et
beaucoup d'herbe et dehalliers.
Les naturels avaient laissé là de
vieux canots, et des paniers qui étaient
pendus à des arbres et contenaient diverses choses. J'y pris un filet, des
hameçons , une corne de chèvre , et
un piège fait en bois pour prendre
des blaireaux ; et je mis à la place un
couteau, quelques briquets, des alênes
et des grains de verroterie.
On voit à droite deux ruisseaux qut
tombent du haut des rochers, et vont
se perdre dans le premier lac que nous
traversâmes .Mais deux autres ruisseaux
qui prennent leur source de l'autre
côté , portent leurs eaux dans le second
lac. C'est là le point le plus haut de ces
montagnes , et il en divise les eaux ; de
sorte qu'en entrant dans le second lac,»
(1) Espèce de peuplier noir. ■; |.   (34i)
nous commençâmes à suivre le courant. Ce lac s'étend dans la même direc- 179^<
tion que le premier; mais il est plus Jum-
étroit et n'a pas plus d'un mille de long.
Nous fûmes obligés d'écarter le bois
sec qui flottait sur le lac , pour pouvoir y naviguer et nous rendre jusqu'au second portage , où l'on trouve
un chemin battu de cent soixante-
quinze pas de long. Le lac donne naissance à une petite rivière où , sans de
gros arbres renversés qui barraient
son lit, nous aurions fait passer notre
canot avec toute sa cargaison. Deux
hommes, avec des haches , auraient
pu, en quelques heures , débarrasser
son cours.
Nous vîmes sur le bord de l'eau
beaucoup d'écume épaisse , jaune ,
d'un goût et d'une odeur aigres.
Nous nous embarquâmes sur le troisième lac, qui a la même direction et
à-peu-près la même étendue que le
second. Puis nous entrâmes dans une
f
P
;ï
W\
fi
; ! I ( 342 )
petite rivière tellement encombrée païf
J79^' le bois qui y était tombé, qu'il nous
jMin. fallut un certain tenis pour nous y ouvrir un passage. A l'entrée de cette
rivière, il n'y avait pas plus d'eau
qu'il n9en fallait pour porter le
canot ; mais nous" la vîmes bientôt
grossir parles»nombreuses ravines qui
tombaient des montagnes' escarpées ,
et qui sans doute étaient formées par
la fonte des neiges. L'eau de ces ravines
était aussi froide que de la glace.
Notre navigation fut souvent interrompue par des bancs de gravier et
par des arbres renversés. Nous faisions
passer le canot, par force , sur les uns ,
et nous tranchions les autres à coup&
de hache, ce qui nous coûta beaucoup
de peine et de tems. En quelques endroits le courant était très-rapide , et
~le lit de la petite rivière très-tortueux^
A quatre heures aprèë-midi, nous débarquâmes ; et en une heure dé tems ,,
nous gagnâmes par terre, un petit
& | (343)
rond, d'environ un tiers de mille (Je
diamètre. J'estime que, du dernier lac 179°
que nous avions traversé jusqu'à celui-
ci, il y a six milles en ligne directe (i) ;
mais nous fîmes le double du chemin ,
à cause des sinuosités de la rivière.
Nous entrâmes dans une autre rivière qui devint bientôt très-rapide , et
courait sur un lit de cailloux plats «
■A six heures et demie nptre marche
fut arrêtée par deux grands arbres
tombés en travers dans le lit de la rivière , et contre lesquels, malgré nos
efforts , le canot faillit à être emporté.
Nous descendîmes sur le rivage, et
nous plantâmes nos tentes.
Le tems était nébuleux et gris ; et
comme nous fûmes obligés , en route ,
de nous mettre souvent dans l'eau ,
qui était extrêmement froide , nous
étions le soir presqu'engourdis. Quelques - uns de nos gens, qui avaient
(i) Droit à l'est quart de sud.
■
,m m:
juin,
•  j  ( 344 ) ,
fait une partie de la route à pied pour
i79^' alléger le canot, eurent beaucoup de
peine à nous joindre, parce que le pays
qu'ils traversèrent étail inégal, et le
sol raboteux.
A peine eûmes-nous débarqué , que
j'envoyai deux de mes gens le long de
la rivière pour examiner comment
elle était, et me donner une idée des
obstacles.que nous aurions à vaincre
le lendemain. A leur retour ils me
firent un tableau effrayant des courans
rapides, des grosses pierres et des arbres renversés qu'ils avaient vus.
Là notre guide laissa paraître quelques signes de tristesse. J! avait été
très-effrayé en descendant les passes
où la rivière était très.- rapide , et il
témoigna le désir de s'en retourner. Il
nous fit voir une montagne qui n'était
qu'à peu de distance, et qu'il nous
dit être de l'autre côté d'une rivière
dans laquelle celle où nous naviguions,
versait ses eaux.
r-
/ ( 345 )
i*
Mes gens se mirent de bonne heure
jeudi
i3.
à ouvrir un chemin, pour transporter 1793.
nos effets et notre canot au-dessous de juin.
la cascade ; et à sept heures ils eurent
achevé. Le charroi ne nous tint pas
beaucoup de tems ; et le canot étant
rechargé, nous suivîmes le courant,
qui étoit extrêmement rapide. Pour
alléger le canot, je voulais aller à pied
avec quelques-uns de mes gens : mais
ceux qui étaient embarqués , me
prièrent vivement de ne pas les quitter , déclarant que s'ils périssaient, il
fallait que je périsse avec eux. Je
n'imaginais pas alors combien leur
crainte était fondée , et combien nous
étions près du naufrage.
Nous poussâmes au large ; et nous
n'avions encore fait que très-peu de
chemin lorsque nous touchâmes. Le
courant avait tant d'impétuosité que ,
malgré tous nos efforts, il emporta le
qanot en travers, et l'endommagea
près de la barre du devant. A l'instant
1
">«n    H
f|  |
$1
a
.; iv
I
f je* sautai dans l'eau , et mes gens suî^
1790. virent mon exemple ; mais avant que?
|um. nous pussions arrêter le canot ou le
redresser, nous fûmes entraînés dans
un endroit où la rivière était profonde ; de sorte qu'il fallut nous rembarquer avec la plus grande précipitation. L'un de mes gens qui n'eut
pas assez d'agilité pour sauter dans le
canot, gagna le rivage avec beaucoup
de peine. Cependant nous ne faisions
que de rentrer dans le canot, lorsqu'il
heurta contre un roc qui brisa la
poupe, de manière qu'elle ne tenait
plus que par le plat-bord, et que le
patron ne put pas y rester. Celui qui
était à la proue saisit les branches d'un
petit arbre, dans l'espoir de retourner
le canot ; mais ces branches étaient si
élastiques, qu'en se relevant elles jet-
tèrent l'homme sur le rivage avec tant
de force , que nous crûmes qu'il était
écrasé. Mais nous n'avions pas le tems
de lui faire des questions ; car en pe**
1
i ( 347 )
de momens nous fûmes emportés sur
les rochers d'une cascade , qui firent
jplusigurs trous au canot, et détachèrent toutes lés barres, à l'exception
d'une seule.
Cependant, sans cet accident, le
canot aurait infailliblement chaviré ;
il ne fit que s'àifaisser, et nous sautâmes , pour la seconde fois, dans
l'eau. Le patron qui n'était pas encore
revenu de sa frayeur, cria à ses compagnons de songer à se sauver. Mais
ma voix les arrêta tous, et ils tinrent
ferme le canot brisé. C'est, sans doute,
à ce courage que nous dûmes notre
salut. Sans lui nous aurions été emportés par le courant et écrasés contre
les rochers, ou précipités au milieu
des cascades. Nous fûmes alors forcés
de faire plusieurs centaines de pas 9
et à chaque pas nous nous vîmes à
l'instant de périr. Enfin , nous eûmes
le bonheur d'attraper les hauts fonds ,
et un petit remous, où nous nous arrê*
7
93.
]um.
m
aL
1
#1
g» (348)
tâmes ; ce que nous dûmes plutôt au
1793. poids du canot qui touchait sur des
juin, pierres , qu'à nous-mêmes, car nos
forces étaient épuisées. Nos efforts
n'avaient pas été longs , mais bien
portés à l'extrême i car notre vie en
dépendait. Cette scène terrible ne
dura que quelques minutes. Dès que
nous fûmes sur les hauts fonds, nous
appelâmes nos compagnons qui étaient
sur le rivage, et ils se hâtèrent de courir
à notre secours. Celui qui avait été
renversé par les branches d'arbre , fut
le premier. Il fut assez heureux pour
n'être pas blessé dans cette singulière
chute ; et au moment où nous commencions à tirer nos effets de l'eau,
il vint nous  prêter la main.
Lorsque les Indiens virent notre
déplorable situation , au lieu de chercher à nous aider, ils s'assirent et
donnèrent un libre cours à leurs
larmes.
J'étais   en-dehors du canot, et j'y \
( 349 )
restai jusqu'à ce que tout fut à terre; |
J X X ry
Je souffris beaucoup, parce que l'eau x79^9
était excessivement froide , et à la fin   3uin*
j'étais si engourdi, que j'avais la plus
grande peine à me tenir debout.
La perte que nous fîmes en cette
occasion , était d'une grande impor-»
tance pour nous, car elle consistait
en toutes nos balles de fusil, et une
partie de nos hardes ; mais nous ne
Songeâmes pas à les regretter, préoccupés comme nous l'étions, de la ma-
nière miraculeuse dont nous venions
de nous sauver. Notre premier soin
fut de demander si l'on savait ce
qu'était devenu l'homme qui n'avait
pas pu sauter dans le canot, et que
nous avions laissé au milieu de la
rivière. Mais peu - après il vint lui-
même dissiper les craintes dont il
était l'objet. Aucun de nous ne se
trouva dangereusement blessé, et j'étais certainement celui qui avait 1©
plus souffert.
l'K
w
(Bt'/lÂ
f
«f ( 35o )     '
       Nous étendîmes tous nos effets sur
1790. je riyage 2 pour les faire sécher. Heu-
juin. reusement que l'eau n'avait pas pénétré la poudre , et qu'aucun de mes
instrumens n'était perdu. Quand mes
gens furent revenus de la frayeur que
leur avait causé le naufrage , la plupart d'entr'eux, si ce n'e&t pas tous ,
n'en furent nullement fâchés, parce
qu'ils crurent que cela m'engagerait
à mettre un terme à mon voyage. Ils
' y comptaient même d'autant plus, que
nous n'avions plus de canot, et que
toutes nos galles étaient au fond de
la rivière. Il leur semblait physiquement impossible que j'osasse poursuivre ma route. J'écoutai leurs premières réflexions , sans leur répondre.
J'attendis que leur terreur panique
eût été dissipée par un bon feu, un
bon renas et quelques excellents coups
d
rum.
Alors je m'adressai à eux , en les
exhortant à être reconnaissans envers 3
la providence, qui venait de leur conserver la vie.   Je leur observai qu'il
n'était pas impossible de naviguer sur
la rivière où nous avions perdu notre
canot; que ce naufrage ne provenait
que de ce que nous ne la connaissions
pas encore, et que l'épreuve que nous
venions de faire nous mettait à même
de continuer notre voyage avec bien
plus de sécurité.   Je leur rappelai que
je n'avais pas cherché à les tromper, et
qu'avant de les engager à m'accom-
pagner, je leur avais fait connaître les
fatigues   et   les   dangers   que j'allais
braver. Je leur représentai l'honneur
qu'il y avait pour eux à  surmonter
oes  obstacles, et la  honte  dont  ils
se couvriraient s'ils s'en retournaient
sans avoir  atteint  le but  qu'ils   s'étaient proposé.   Je n'oubliai pas , en
même tems , de leur parler de la constance et de l'intrépide courage dont
se vantent les hommes du nord ,   et
Je leur dis que je comptais qu'en ce
m
1
1
lll
m llfit
moment ils ne dérogeraient point k
ces vertus.
Je les tranquillisai sur la perte des*
balles, en leur disant que nous pouvions aisément en faire d'autres avec
le plomb qui nous restait. En avouant
qu'il était difficile de bien réparer le
canot, je dis que je comptais assez
sur notre adresse et sur nos efforts
pour croire que nous le mettrions ert
assez bon état pour nous porter jus-
ques dans l'endroit où nous pourrions!
trouver de l'écorce et en construire
un autre. Enfin ,^mon discours produisit l'effet que je désirais , et mes
gens déclarèrent unanimement qu'ils
iraient par-tout où je leur montrerais
le chemin.
Chacun fit part de ses idées sur le
parti que nous avions à prendre , dans»
la conjoncture où nous noustrouvioris.
Le vœu général était d'abandonner le
canot, et de charrier tous les effets
sur le bord d'une rivière, que notre} ;  i: C 353 )
guide assurait n'être qu'à peu de distance , et dans le voisinage des bois,
où il pensait que nous   trouverions
beaucoup d'écorce. Ce projet n'offrait
pas la certitude du succès dont j'avais
besoin. D'ailleurs , je soupçonnais/JJes
intentions de mon guide, et paifrconséquent je ne pouvais pas  me fier à
ce qu'il disait.  Il- n'était encore que
neuf heures du matin, lorsque   j'envoyai deux de mes gens chercher de
l'écorce   de  bouleau,   et   je  les   fis
accompagner par l'un des chasseurs,
car je ne voulais pas perdre le guide
de vue. Je leur recommandai en même
tems  de tâcher de  se rendre ,  dans
la journée1, jusqu'à la grande rivière,
où celle dont nous suivions le cours
verse ses eaux dans la direction que
m'avait dit le guide. Je  joignis ensuite mes  autres   compagnons pour
travailler à réparer le mieux que nous
pourrions les débris dû canot ;  et je
mis le  premier   la  main à l'œuvre.
1793*
juin.
2,
o
l'I
m
1
yw
Ti ; ta
(354)
A midi , je pris hauteur, et je dé-
179^; terminai la latitude à 54 deg. 23 min.
juin, jiord. A quatre heures après-midi, je
comparai l'heure qu'indiquais ma
montre marine avec celle que donnait le soleil, dans l'espoir que la nuit
je pourrais observer Jupiter et ses
satellites ; mais la proximité des montagnes ne me laissait pas un horizon
assez étendu. Il résulta de mon calcul,
que la montre était d'une heure.-48
minutes 28 see. en arrière du tems
vrai.
Il était déjà tard, et les gens que
j'avais envoyés chercher de l'écorce
d'arbre, n'étaient pas encore de retour. Cependant à dix heures, j'entendis l'un d'eux pousser un cri. Je
m'empressai de répondre à ce signal.
Un instant après, le jeune Indien
arriva avec un rouleau d'écorce médiocre. Il était accablé de fatieue, il
avait grand feiim, et ses vêlèmens
étaient en pièces. Après avoir marché soi B£fl>s&niBg*H i
f ^t
ODD
tôifte la jou: lée-'fevec les deux Canadiens dans un pays affreux , sans
trouver de bonne écorce ,et sans découvrir la grande rivière , il s'était
séparé d'eux au coucher du soleil.
Ce qu'il me dit de la rivière près de
laquelle nous étions, était excessivement décourageant : il n'y avait vu
qu'une suite de cascades et d'écueils,
parmi lesquels étaient quelques arbres
renversés.
Notre guide devint si triste et si
inquiet, que nous ne pouvions plus
en tirer de renseignemens exacts sur
le pays qui était devant nous. Tout
ce que nous en apprîmes , c'est que
la rivière qui recevait les eaux de celle
où nous naviguions , n'était qu'un
bras affluent d'une grande rivière,
dont la principale fourche se trouvait un peu au-dessous de l'autre. Il
disait encore qu'il ne connaissait
J)oint de lac , ou de grande étendue
d'eau stagnante , dans le voisinage de
1796.
juio.
>-j*
ira
fàSas
PS
l|j
N
i
«if
m
,   p Bw
iffit"
wm
lui
ces rivières. A ces^cjétails sur le pays?
1793. ce sauvage ajoutait des descriptions
juin,   des habitans,, non moins fantasques 9
non moins   extravagantes que celles?
que j'ai rapportées dans mon premier
voyage. Éèdïi
Nous échappâmes encore ce jour-là
à un nouveau danger, aussi terrible
que le premier ; et certes y^cela doit
être ajouté aux nombreux exemples
de bonheur que j'éprouvai dans cette
périlleuse expédition. Nous avions
quatre-vingts livres pesant de poudre,
que nous étendîmes à l'air pour la
bien faire sécher ; et un de nos gens
alla se promener tranquillement et négligemment, avec sa pipe à la bouche..,
au milieu de cette poudre , sans qu'il
résultat le moindre mal d'un acte de
négligence aussi coupable. Je n'ai
pas besoin de dire que la plus légère
parcelle de feu tombée de la pipe^
mettait un terme à toutes mes anxiétés
*et à mon ambition. Je remarquai sur les  bords de l'a
rivière plusieurs espèces d'arbres et *79^
de plantes, que je n'avais point encore   -uin°
vues au-delà de 62 deg. de latitude. Je
citerai entr'autres le cèdre, l'érable et
l'arbre à ciguë.
La rivière montait considérablement , et courait avec la rapidité de la
flèche décochée d'un arc bien tendu.
Le ciel était sans nuages, et le tems ven(fA
calme et chaud. Nous recommençâmes 14.
de bonne heure à travailler au radoub
du canot. A sept heures et demie nos
deux compagnons arrivèrent. Depuis
vingt-quatre heures ils n'avaient pris
ni alimens ni repos. En outre, ils souffraient du froid ; et en traversant les
bois ils avaient déchiré non-seulement
tous leurs habits , mais leur peau.
Leurs récits étaient en grande partie
conformes à ceux de mon chasseur;
Mais de plus ils disaient avoir vu la
rivière dont avait parlé le guide ; et ils
pensaient que, d'après le grand nonibr^
H
m
1  P
m.
1
I
K/.î"'
i i
M
( 358 )
d'éçueils de celle sur les bords de la-
ocelle nous étions, il faudrait charrier
nos effets jusqu'à l'autre, à travers un
pays horrible , où il serait très-pénible
et très-difiîcile d'ouvrir un chemin.
Quelque décourageans que fussent
ces rapports , ils n'interrompirent pas
un instant notre travail. Aussi dans le
cours de la journée, le canot fut entièrement réparé. L'écorce apportée
par l'Indien , quelques morceaux de
toile cirée et beaucoup de gomme nous
servirent à mettre notre embarcation
délabrée en état de suffire au besoin
que nous en avions pour le moment.
Le guide que j'ai dit avoir déjà témoigné beaucoup de regret d'être avec
nous, prit tout-à-coup un air trcs-
content ; ce que j'attribuai à la vue
que nous eûmes d'une colonne de fumée qui s'élevait dans le bas de la rîr
vière. Il espérait que nous rencontrerions quelques autres indigènes ,
comme   cette   fumée   semblait   nous
S 1793
juin.
l'annoncer, et qu'alors il serait débarrassé d'un emploi qu'il trouvait non
moins dangereux qu'ennuyant.
A midi je pris hauteur, et je déterminai la latitude à 54 deg. 23 min.
43 sec. nord. Ma montre marine était
en retard de x h. 38 m. 44 sec» du
tems vrai.
Le tems était non moins beau que samedi
la veille. D'après les ordres que j'avais I^#
donnés , mes gens Commencèrent de
très-bonne heure à ouvrir un chemin
pour charrier une partie de nos effets,
car le canot n'avait plus assez de solidité pour que j'osasse y embarquer le
tout, dans un endroit où la rivière
était remplie d'écueils et de cascades.
Quatre hommes furent chargés de le
conduire allégé de douze ballots (1).
Ils franchirent des passes très - dangereuses et rencontrèrent beaucoup
d'embarras, occasionnés par des en-
!ii.:iii
i
j -     -,
(1) De 90 livres chacun. «
wmî
1793.
juin.
- ( 36ô J      ' | H     7
combremens de bois flottant et des
arbres renversés ; de sorte qu'après
quatorze heures de pénible travail, ils
n'avaient pas fait plus de trois mille. I1&
gouvernèrent au sud-est quart d'est.
On n'éprouva point d'accident dans
ce trajet ; aussi mes gens se sentirent
animés d'une nouvelle ardeur pour la
continuation du voyage. Cependant,
le matin au moment de partir, Beau-
champ , l'un des quatre conducteurs
du canot , refusa de s'embarquer.
Comme c'était le premier exemple
d'une désobéissance; absolue dans le
cours de l'expédition, je n'aurais pas
manqué d'employer quelques moyens
sévères pour empêcher qu'il se renouvelât, si je n'avais considéré que Beau-
champ passait parmi ses compagnons ,
pour un esprit simple, et que nos derniers périls l'avaient épouvanté au
point de lui ôter son peu de bon sens*
Ainsi je me contentai de dire qu'il
était en effet indigne de nous accom? § ( 36i )
pagner, et que sa pusillanimité devait
le rendre un objet de ridicule et de *79^
mépris.   C'était pourtant un homme   îma
actif, laborieux et très-utile.
Le soir nous nous rassemblâmes autour d'un grand feu ; et toute la troupe,
réjouie par la liqueur favorite que je
ne manquais pas de faire boire dans
ces sortes d'occasions , oublia ses fatigues et ses appréhensions. Elle anticipa même sur le plaisir qu'elle aurait
à se voir débarrassée des obstacles qui
l'attendaient encore , et à pouvoir voguer avec un large courant, toujours
égal et sans écueil, tel que celui de la
grande rivière dont nous parlait notre
guide, et où nous devions bientôt
entrer.
Le beau tems continua. Nous nous
mîmes à l'ouvrage comme la veille.
Quelques-uns travaillaient au chemin ;
d'autres charriaient les effets ; le reste
conduisait le canot. J'étais du nombre
des prerniers, et je m'aperçus bientôt
diro.
16»
IV
I
V <N
ï:s i'ii
que nous avions campe environ uiï
J79 • demi-mille au-dessus de quelques cas-
V&$\ cades, où nous ne devions pas risquer
de faire passer le canot, tout allégé
qu'il était. Cela fut cause qu'il fallut
élargir le chemin , travail très-long et
très-pénible. En descendant une passe
où l'eau était très-rapide, au-dessus
des cascades, le canot toucha sur une
roche et fut percé ; ce qui occasionna
beaucoup de retard , parce qu'on n'avait pas toutes les choses nécessaires
pour le réparer. Dès que je fus informé
de cet accident, je me rendis où était
le canot ; mais avant de partir j'ordonnai à M. Mackay et aux deux Indiens, de suspendre le travail du chemin, et de pénétrer jusqu'à la grande
rivière, en suivant la direction indiquée par le guide , et ne faisant point
attention au cours de la rivière sur les
bords de laquelle nous étions.
Quand mes geris eurent achevé de
réparer le canot le mieux qu'ils purent, • ' i   (363 )    i
nous le conduisîmes jusqu'auprès des
lûascades. Là il fut déchargé , mis à 1790.
terre , et charrié à une distance consi- juin.
dérable,à travers un terrein enfoncé
et marécageux. Je chargeai de ce travail , quatre hommes qui l'exécutèrent
au péril de leur vie. Le canot était
devenu si pesant, à cause de la quantité d'écorce et de gomme employée à
le radouber, que ces hommes ne pouvaient pas le porter plus de cent pas
sans être relayés. D'ailleurs , comme
ils passaient dans un endroit où l'on enfonçait profondément dans la bourbe,
et où il y avait beaucoup de racines et
de troncs d'arbres couchés, ils étaient
à tout moment en danger de tomber ;
et sous un si pesant fardeau, le moindre faux pas leur aurait été très-funeste.
Les autres deux: Canadiens et moi ,
nous les suivions aussi vîte que nous
pouvions, avec la cargaison. Nous
marchâmes ains^. jusqu'à sept heures
du soir, pour nous rendre au bout du
/
i
■i
M
% iw*
M
■S
279^.
juin.
lî!
(364)      g      j
chemin-'qui avait été fait le matrif*
Alors nous fûmes rejoints par
M. Mackay et mes deux chasseurs. Il»
étaient allés jusqu'à la rivière qu'ils
me dirent être considérable; et pour
s'y rendre, ils avaient traversé un pays
marécageux et couvert d'une forêt
presqu'impraticable. En même tems ils
avaient observé que le bas de la rivière dont nous suivions le cours y
était si rempli de bois flottant, qu'il
serait inutile d'en tenter le passage.
En passant sur ce bois, notre chien
qui les suivait était tombé dans la ri-
vière ; et le courant l'ayant entraîné ,
ils avaient eu beaucoup de peine à le
sauver. Ils rapportèrent deux oies
qu'ils avaient tuées dans la route.
Ce qui ajouta beaucoup à nos désa-
.grémens, c'est que nous fûmes toute
la journée tourmentés par les marin-
gouins et les mouches à sable.
Nous ne fîmes ce jour-là que deux
milles. Le canot gouverna au sucUesU
un. :     |   ■ (.365   )   |fc■- •
La fatigue ayait été si-grande, que
mes gens recommencèrent à se décourager et à voir avec peine que je voulais aller plus loin. Je sus qu'ils murmuraient ; mais je feignis de n'y pas
prendre garde. Quand nous fûmes rassemblés , je leur versai à chacun un
ooup de rum, et peu après ils allèrent
chercher le repos dont ils avaient tant
jbesoin. ggg
Nous distinguâmes à une distance
très-considérable, l'extrémité des deux
chaînes de montagnes entre lesquelles
nous étions, et qui, selon mes conjectures , marquaient le cours de la
grande rivière. 11 y avait sur les montagnes de l'est plusieurs feux dont
nous aperçûmes la fumée. Il fit très-
chaud toute la journée.
Depuis que nous avions notre nouveau guide , je ne me couchais jamais
qu'à minuit. Dans la nuit du diluante au lundi, j'éveillai M. Mackay à
l'heure accoutumée, pour qu'il gardât
L795,
juin.
undt
m
" »
Il I:
m
9
I ■g- * /     (366 )
—H le guide à son tour', et ensuite j'allai
79^- nie couchepV A trois%eures on vint
juin, m'avertir que le guide avait déserté .
Cela fut cause que je me fâchai un peu
contre M. Mackay. Lui et le Cancre ,
suivis de notre chien, se mirent à la
poursuite du giiïde ; mais ils ne piiSeîft
pas le joindre. Quoique j'eusse fait
tout ce qu'il m'était possible pour engager ce sauvage à rester avec moi ,'rî
y avait long-tems qu'il méditait son
évasion.
Ce malheur ne changea rien ni à
nos projets, ni à nos efforts. Nous nous
mîmes tous de bonne heure à pratiquer un chemin de trois quarts de
mille de long, potir transporter le canot et sa cargaison dans l'endroit où
la rivière était navigable. Nous lé
mîmes à l'eau ; mais bientôt sa marche
fut arrêtée par le bois flottant, et nous
fûmes obligés de le charrier de nouveau. En un mot, nous voyageâmes
alternativement par terre et par eau, (   ÔO
7)
jusqu'à midi. Alors nous trouvâmes  —
que la rivière se partageait en plusieurs 1793,
bras qui s'étendaient dans diverses juin,
directions , et qui étaient si petits ,
qu'on ne pouvait y naviguer. Le seul
moyen qui nous resta pour continuer
notre route, ce fut d'ouvrir un chemin à travers une langue de terre. Je
chargeai deux de mes gens d'aller examiner l'espace que nous aurions à traverser ; et pendant ce tems-là , nous
déchargeâmes le canot et nous le ha-
lames sur le ri vase.
Il était huit heures du soir quand
nous arrivâmes sur le bord de la grande
rivière. Nous fîmes , pour nous y
rendre, trois quarts de mille à l'est-
nord-est, dans un terrein entièrement
marécageux, où nous avions quelquefois de la bourbe jusqu'à mi-cuisse. La
route que nous fîmes sur la petite
rivière , fut de trois quarts de millç
à-peu-près sud-est quart d'est.
Enfin, après tant de travail et d'aia-
I
Si'
I
i m
1793.
juin.
( 368 )I
xïétés, nous jouîmes de l'inexprimable satisfaction de nous trouver sur
le bord d'une rivière navigable, à» l'occident de la première chaîne des
grandes montagnes.
E
M
■\.:cli.z?.û: 36*9
JSS*
CHAPITRÉ   VIL
^Navigation sur le ZTacoutché-Tesséf
ou la rivière de ColoniBîà\
:! *"t
"VKV.I^Hr'
JL* a pluie tomba toute la nuit et ne
cessa qu'à sept heures, du matin. Je
ne fus pas fâché que le mauvais tems
nie fournît un prétexte pour accorder
à mes gens un surcroît de repos, que
tes fatigues endurées les trois jours
précédens, leurgrendait très-agréable.
r Cependant avant huit heures nous
fûmes sur l'eau, et nousypguâmres avec
un courant très-fort. Nous gouvernâmes un demi - mille à l'est-su^est $
uteidemi-mille au sud-ouest quart de
sud, un demi-mille au sud-sud-est, un
demi-mille au sud-ouest, un demi»
mille en tournait au nord-ouest, trois
quarts de mili% ep revenant au sud-
1793,
juin,
mardi
18»
Sb<
I
Mm.
Il If
W  kM
i ■ I      |'Jl,
C ^7° )
 . sud-est, un demi - mille au sud-suct-
179^# ouest, un quart de mille au sud quart
juin,   d'est, et trois quarts de mille au sud-
ouest quart de sud. Ici il y avait beaucoup moins d'eau, et nous vîmes plusieurs bancs de sable et de vase. Nous
avions devant nous une montagne située à l'ouest-sud*ouest. ^
Le tems étàitr "si brumeux, que nous
ne ^otiv%its pas11-voir «d'une   rive à
l'autre f quoique îà' irivière n'eût j- en
cet endroit > qù¥ déuxT cents  pas de
larges ^âîprès ndttf^ërre rëva^é^; d^Xin
tiers de'inille atf sùd^uart d'o^tte^G,
nous vime's'snr'le'sabords de hv¥$$ê$$'»*
une qùanxite corfôïrlérà%le dèfI§^€èn-
cîiemexxïW^"c¥llffles dè^castor.
*NoiS continuSmèS§ êî tog&er, &i
èouvernatxt'un \Semi--ttfflle étfft «^îorâ*
riôra-ouîêst, urlrMille^éttestai'* ffife suj<&<*
ouest quart d'oueift , ufFrôfë^s cteMfcaifciefi
au sua-sud- oueSr, \ra^ier% ^«••milteta
l'ouest quart dé ftîrr^, *é$& ■âéi&ï-mllfe hm
sud f qu&rt^d'est ? * I& néusrf v$mes des montagnes du cpjtede Test, qui a^aierit —
îfgir pjjed baigné?jaT jba rj.jq^re , et leur x79^'
sommet couronné de nçjge. Nous
fîmes un demi-mijle au sud-ouest, un
$uart de mille au; sud[, un tiers de
n^ilie ajysud-est F[u,n demi-mille au sud-
sud-ouest , eu dépassajijt pl^Lsurs îles ;
un tiers fje mille à ^'oue^ qu^ft de
sud , un sxxiè^P 4^ 51*^1^ «slfy1 stid-
sud-est. »*v*r*^w
j^yÇ^ans celfâ partie de^la rivière la
terre qi^'on voit à ^oite est élevée ,
pierreuse et gpuverte de bôjis. Nous
continuâmes nôtre navigation , un
JHy^©)'^. l'o,uesî>jsqd"Ouegt 4 .en 4épa§k
saftî remjbouçhi^r/Q^'j^rie petite riyJLj|re
qui spr^j$$lu sud-e^fc ; un demi^niill^
au sud-ouest, tr^Ls-qua^s de jjftîy.-e^y^
sud, un demi-mille au sud-ouest, un
demi-mille au sud quart d'ouest. Ici
une pQifBte çle rocjjepçstqui. §§£ à.:£&ucl)ç^-
îg|^ci%te^lemen;î: le J§£ de. la rigj^fe ,
qu'il n'a que cent pas de large. Nous
gouvernâmes, à partir de cette pointe ©
*793-
juin.
f. ^ ( 372 )
un demi - mille au sud-est, un huitième de mille à l'est quart de sud.'
Le courant devint alors très-rapïâe,
mais égal et n'offrant aucun danger.
Nous fîmes un huitième de mille au
sud quart de sud, un tiers de mille
à l'ouest quart de nord , un douzième
dé mille au sud quart * d'ouest, un
quart de mille au sud - ouest. Là se
terminent les montagnes d'un côté de
la rivière , tandis que sur la rive
opposée, des rochers s'élèvent à une
prodigieuse hauteur. Le lit de la rivière accent cinquante pas de largej
Après avoir fait un mille à l'ouest
quart de sud, on trouve que la rivière
se rétrécit de nouveau^, et coule entre
des rochers peu élevés.
Nous poursuivîmesttiotre route , uiî
huitième dé mille au nord-nord^est?^
un huitième de mille en tournant au
sud-ouest, et un demi-mille au sud
et au sud - ouest.STout le pays que
nous traversâmes me parut enti^te*: I (373)
meiît plane  : mais, à la vérité , étant
dans le canot et borné par des bois, 179^*
je ne pouvais pas porter ma vue à   juin-
plus de cent pas au-delà des bords de
la rivière.
Notre navigation continua deux
milles à l'ouest quart de nord, un
demi-mille au nord, un quart de mille
au nord - ouest, deux milles au sud-
ouest , trois-quarts de mille au nord-
ouest , un mille à l'ouest. Nous découvrîmes alors une chaîne de collines
dans la même direction. Une petite
rivière affluente venait du nord. Nous
Fîmes un quart de mille au sud, un
demi-mille au nord-ouest, deux milles
et demi au sud-sud-ouest, trois quarts
de mille au sud-est, un demi-mille à
l'ouest-nord-ouest, en laissant à notre
gauche un ruisseau affluent. j||
Le courant se ralentit. Nous courûmes
trois-quarts de mille au sud-sud-ouest,
trois-quarts de mille au sud-ouest,
trois-quarts de  mille au sud quart
8C
BggKa
3s»;
1B9
II; d'est, un niille aù'ttuu'-est quiri (rélr?
179^* un demi-mille en tournant graduêt-
lement à l'oue.st-nord-ièuest. La rivière
était remplie d'îles. Ensuite elle iï6us
présenta une égale et superbe étendue
d'eau avec peu de courant dans un
espace d un mille et demi, que nous
fîmes droit au nord. Nous continuâmes à marcher un mille au sud-
ouesf quart d'ouest ^trn mille al'ouest-
nord-onéèt, un mille au sud-est, trois-
quarts ae mille à l'ouest quart de nord
un huitième de mffle au sud»j
Nous vîmes une cabane indientfë>
nouvellement construite. Là était là
grande fourche , ôSmt nous avait parlé
notre* guide. Il paraît cjue le bras ai?
flueht qui vient du ïud-est, est le plus,
considérable. Il a environ Uii demi-
mille de large, et ressemble à un lac.
Le courant était très-ralenti. Nous
voguions au milieu de la rrvTere. Je
fondai , et je trouvai seize pieds d'eau.
Nous   gouvernâmes   à  l'ouest.   Wfte
iill chaîne de montagnes était devant
nous , et traversait la ligne que nous
suijtions. Nous fîmes trois milles dans
cette direction; puis deux à l'ouest-
sud-ougst. Je jetai de nouveau la sonde
qui me rendit vingt-quatre pieds d'eau.
La rfetaère se rétrécit, et le courant
fut plus rapide. Nous fîmes alors
trois-quarts de mille au nord-nord-
ouest , en dépassant une petite rivière
afâuente qui venait du nord-est ; un
mille et un quart au sud quart d'ouest,,
quatre mille et demi à l'ouest-sud-
ouest , un mille et demi à l'ouest
quart de nord , un mille au nord-
ouest quart d'ouest , un mille un
-quart à l'ouest. Là , les deux chaîne3
de mjontagnès qui s'étendent des
deijfcx o&feés de la rivière, ne sont
qu'à cent claquante ou deux oents pas
Jfeae de l'autre. Nous continuâmes
à gouverner trois-quarts de mille au
nord-ouest, deux milles et demi au
sud-ouest quart de sud. Ici la rivière
j.
uni
li.ii • ■■.....j)
.
I793.
juin.
C376
reprend sa largeur. Nous fîmes un
mille au sud quart d'ouest, un demi-
mille à Fouest-sud-ouest, trois milles
au sud-ouest quart de sud, un mille
au sud-sud-est, en laissant à notre
gauche une petite rivière affluente ;
un mille au sud, avec un courant
très - rapide ; trois - quarts de mille à
l'est, un mille au sud-ouest, un mille
et demi au sud-sud-est (1) , un mille
au sud-ouest quart d'ouest, un mille
et demi à l'est - nord - est, un mille à
l'est-sud-est. Là , nous vîmes à notre
droite l'embouchure d'une petite rivière. Nous courûmes alors deux milles
au sud - ouest quart de sud, et nous
vîmes une seconde petite rivière affluente du même côté que l'autre.
Nous fîmes encore un demi-mille au
$ud quart d'est, et un mille un quart
$u sud-ouçst quart d'ouest ; puis nous
(1) Dans ces quatre dernières  distances , lç
ÇQÙran| fut toujauri rapide et dangereux. ( 377)     f     . _
abordâmes   et  nous  plantâmes  nos
tentes.
En passan%yis-à-vis de la dernière
petite rivière , nGus vîmes s'élever sur
ses bords des colonnes de fumée, qui
semblaient produite par des feux qu'on
venait d'allumer. J'en augurai qu'il y
avait là des Indiens ; mais je ne voulus
pas fatiguer mes gens à refouler le
courant pour tâcher de joindre ces
sauvages.
La grande rivière sur laquelle nous
naviguions paraissait n'avoir pas baissé
de plus d'un pied, à en juger du moins
par la trace qu'avait laissée l'eau ; et
le petit bras affluent semblait, d'après
une pareille trace, avoir diminué de
deux pieds et demi.
En entrant dans cette rivière, nous
vîmes un grand vol de canards, qui
avaient tout le corps blanc, à l'exception du bec et d'une partie des ailes.
Le tems fut gris et froid toute la journée, et le veut souffla du sucl-ouest
sm
ii'i
M'
m? I      ! 378 )
Nous 4?mes des colonnes de fumée
179°» s'élever de diverses parties des bois.
juin- Peut-être aurais-jë^erclité à voir les
Naturels, si j'avais eu avec moi quelqu'un qui eût pu les aborder sans
leur causer de la défiance , et que
cela ne m'eût pas fait perdre trop de
tems. Mais j'aSihai râieux poursuivre
ma route pendant que la «Navigation
était facile, et remettre à mon retour,
à joindre les Indiens , à moins qu^il
ne se présentât plutôt qûeîqu'occasion
favorable d'avoir des communications
avec eux.
La matinée était hr&meuse. A trois
heures nous nous embarquâmes. A
quatre heures et-demie nous vîmes à
droite une petite ri45èî*e affluent
Nous courûmes d'abord trofe--quarts
de miîle M'est quart de'&ud , un demi-
mille au sud qtiart d'est ^ et un mdlie
et demi au s*ad-sud-o>$est. Pendant
cette dernière course, nous *tîmes
d'épais nuages de fumée qui sortaient
i
mère.
19.
■M ( 379 )
du milieu des bois, et obscurcissaient
l'âir. Nous sentions, en même tems,
une très^TÔrte odeur de résine.
Nous continuâmes à voguer un mille
et un quart au sud-ouest, trois-quarts
de mille au nord-ouéSt quart d'ouest,
un mille et un quart au sud-sud-est >
trois-quarts de mille à l'est, un mille
au sûd-oùest, trois-quarts dé mille à
l'ouest quart de sud^ trois-quarts de
mille au sud - est quart de sud, un
demi-mille au sud quart d'ouest, trois-
quarts de mille à l'ouest quart dé sud,
deux milles et demi au sud quart
d'ouest. Ici nous longeâmes une ne,
et il me parut que la plus grande
partie de la rivière avait autrefois
passé de l'autre côté de cette île. Les
bords de la rivière étaient hérissés de
rochers, dont les pointes escarpées
présentaient des formes très-bizârres.
Nous poursuivîmes notre route , en
gouvernant un mille et demi au sud-
"est dfeart de sud , un demi - mille an
179*.
juin.
il
I w
•S 3?ï®|
I
M , ;       ^ .  ■ ■ ( 38o ) -fr .
1    sud quart d'est, un mille et un quart
279a. à Pest, un mille au sud -est quart
juin, d^t 9 un demi-mille au sud-sud-est,
un mille et un quart à l'est, un demi-
mille au sud quart d'est, un mille
et demi à l'est, trois milles au sud-
sud-est , et trois-quarts de mille au
sud-ouest. En cet endroit les rochers
qui bordent les deux côtés de la rivière se rapprochent tellement, qu'ils
semblent de loin devoir former une
cascade. Dans cette appréhension
nous débarquâmes sur la^rive gauche.
Nous y trouvâmes un assez mauvais
sentier, et nous imaginâmes que
c'était par-là que les naturels avaient
coutume de charrier leur bagage et
leurs canots. Cependant en examinant
ensuite le cours de la rivière, nous
vîmes qu'il n'y avait pas de saut,
mais que l'eau courait avec tant de
rapidité sur les roches qui se prolon-
i geaient fort loin, qu'il était impossible
d'y faire naviguer un léger canot.
yp ( 38i )
nous fallut donc élargir le chemin
pour que notre canot pût y passer,
et nous le transportâmes par-là avec
beaucoup de difficulté. Les fréquentes
réparations qu'on y avait faites, et
quelquefois avec d'autres matières que
celles qu'on emploie ordinairement ,
l'avaient, ainsi que je l'ai déjà observé , rendu si pesant , qu'il-craqua
et s'entr'ouvrit sur les épaules des
gens qui le portaient. Ce portage quî
a environ un demi-mille de long et
passe sur une montagne hérissée de
rocs, nous tint depuis huit heures
jusqu'à midi, et nous coûta un travail
et des peines qu'il est impossible dé
décrire. Nous marchâmes, dans ce
trajet, au sud-sud-ouest.
D'après une observation solaire, je
déterminai la latitude du portage à
53 deg. 42 min. 20 sec. nord.
Nous perdîmes encore quelque temsi
pour mettre le canot en étâ% de nous
porter plus loiïi. Après avoir fait un
i
jr
m I
(382)
au art de mille en gouvernant au su"d ,
,Î794- nous trouvâmes encore^ un portage ;
3rin* ïP#*s là. nous n'eûmes qu'à suivre uq.
çhenjjn de deux fois la longueur du
canot ^-chemin qui traverse une pointe
de ro^er. De ce^tte pointe ê|ux rocs
qui |iprinent l'écore opposée , et sont
prgsqu'à pic t la distance n'est que de
quarante ^ cmqu an te pa#i- L.e grançl
■yofpme: d'eau gui tombe de cascade en
casc^f YM"*^Yis °^u premier portage ,
$e précipite à grand bruit xdans cet
éfro^j^s^^^ et y foEme p}us^|ur$
yeWMsr*)|riff j '"    :f.'    soj^/fign     kgji   ■
^Les bp£4s de la rivière produisent
feeaimOjUj^jl'pignons sauvages. ISfpus;
en arrachâmes pour ^s m^ier à not|^
pémican,auquel^s do$m|^ign£unbien
meilleur goût ; mais aussi, cela produisit suç^ngt]^ appç)}f&lujg[ ef^t très-
fâcheux , f^atiyeme^ $ l'état de nos
Nous nous renibarquâmes ;.et quand
no,us ef^n$^yf§.it Çrôj^s ,g$arts <|f mjill?;
I
I au sucrât quart d'e^:., nous RBçrçuines    ■
de la fumée sfir le rivage. Nous mîmes ifyQ**
aussitôt len&jS&f). de ce fôtédà ; maig l-l8t
avant qu&'&ous pussions y ;ahorder,
les naturels eurent disparu,* Nous jugeâmes , par leurs cabanes, qu'il n'y
avait pas plus dedeu£ familles. Je mis
aussitôt mes de&x Indiens à leur poursuite, lisais e^jenl bien:t^t atteints»
Mais ils n'entendaient poi#$;leur langue $èet ils firent de vain# ^fforç|:§ pour
les amener à;pune, communication;
amieale*     g    $jiS^ s» ziks
Dès que les naturels apeijfwent mes
jeunes chaisseurso, ils préparèse$ifcleurs
arcs, et leurs .flèches , eŒtJisJàr fais&n£
signe de ne pas avancer. Mes chg%
seur$ se retirèrent, mais: aprè£ ^qu'o-n
leur eut décoché ci&q pèches , qu'ils
évitèrentàilaikveur^^s arbr<ef§.
^iQqand^qlssme^fir^nrt ,ci§ récit9 je fus
trè$-f$cfa&<desa<e:pa& lesj<avoir accompagnés! ^nom*»i& je ^ les im-
turels«ne poufyaiênt p%s encore être à
I;
m
1
i
f
^V"    4fËW* -: :    ( 384 )     I
une grande distance, je partis pour
aller les joindre , ayant avec moi
M. Mackay et l'un des chasseurs. Mais
ils étaient déjà si loiil, qu'il y aurait
eu de l'imprudence à les suivre.
Mes chasseurs, qui peut-être étaient
encore effrayes de la manière dont les
indigènes les avaient accueillis, réassurèrent qu'indépendamment de leurs
arcs, de leurs flèches et de leurs lances , ces sauvages étaient armés de
longs couteaux , et qu'ils accompagnaient leurs menaces de gestes ef*
fréfyables et de cris perçans*
A mon retour , je trouvai mes gens
ijùi satisfaisaient leur curiosité, en
examinant les sacs et les paniers qu'avaient laissés les naturels. Quelques-
uns de ces paniers |Sontenaient des
filets, -des lignes et d'autres instru*
mens de pêche ; d'autres plus petits
étaient remplis de terre ronge, dont
les naturels se servent pour se peindre
1© visage.   Il y avait dans les  sacs RSrersés choses dont noiis ne pûmes
pas  deviner l'usage. J'empêchai mes
gens de rien prendre.  Pour moi, je
rué permis d'emporter quelques petits
ÔDjéts  qui me   semblèrent  curieux ;
maïs je laissai en revanche des choses
hîen plus utiles.
Nous  quittâmes ce lieu à   quatre
heures , et nous suivîmes le courant,
qui nous porta trois quarts de mille
au sud -est. Nous fîmes ensuite  un
mille à l'est-sud-est, trois  quarts de
mille au sud, un mille au sud-sud-est,
deux milles àïi sud-sud-ouest , trois
STtàîrjfciyi R:inâfx^k)^d^|^ilj« JllOj-i^>
milles et un quart au sudsud-est, un
mille à l'est <j[uart de nord, un mille
tin quart au s\iu-su(îest, en passant un
ëcûèil ; trois quarts Ide mille au sud-
sud-ouest, un mille et demi au sud ,
uiï mille eturi quart au sud-est, trois
Quarts de mille au sud, et uik mille et
demi au sua-suo-est.*
A sept heûrëSf et demie dii soir ,
flous débarquâmes pour passer la nuit
2* 25
7
juin»
%\
1
m
m*
;.r. jeudi
.20.
■    '(   386   )    ',      f
à l'embouchure d'une petite rivière
*79 • située sur la rive droite de celle dont
jum.    nous suiyions le cours.
Il tomba quelques ondées accompagnées de plusieurs coups de tonnerre très-forts. Les bords de la rivière
étaient ombragés par de hauts sapins ,
et de cèdres aux branches étendues.
Le matin, le tems était brumeux, et
le vent soufflait du sud. A quatre heures
et demie nous nous remîmes en route.
Nous gouvernâmes deux milles au
sud-est quart d'est , deux milles et
demi au sud-sud-est, et deux milles au
sud-sud-ouest. Les brouillards étaient
si épais , que nous ne pouvions pas
voir à la distance de deux fois la longueur du canot ; ce qui rendait la navigation dangereuse, parce que nous
courions risque de rencontrer tout-
à-coup quelque cascade ou quelque
autre écneil. Cependant nous continuâmes notre marche deux milles et
clemi à  l'ouest - nord - ouest»  Noua ( %
franchîmes alors une passe extrêmement rapide.
Nous longions là rive gauche, sur
laquelle nous aperçûmes deux daims
rouges tout-à-fait au bord de l'eau.
Nous tuâmes l'un et blessâmes l'autre.'
Ce dernier était très-petit. Nous abordâmes. Nos Indiens poursuivirent l'animal blessé et l'eurent bientôt atteint.
Ils en auraient tiré un autre dans le
bois , si le chien, qui ]es suivait, ne
l'eût pas effrayé.  A en juger par la
quantité de traces que nous vîmes 9
ces animaux doivent être très-nombreux dans le pays. Ils ne  sont pas
aussi gros que i'élan ; mais ils sont de
la véritable espèce du daim rouge ^
que je n'ai jamais vu dans les parties
de l'Amérique que j'ai habitées , quoiqu'ils abondent, dit on, dans les plaines qu'arrose l'Assiniboin (i).
'i
:  P
-    mÊm
s?1l
(i) L'un des bras afïluens de la rivière Rqug^
^çm*j 388 )
V9
jum..
Nous vîmes beaucoup de sapins*
spruces pelés. Ce qui me fît penser que
les indigènes en avaient employé l'é-
corce à couvrir' leurs cabanes.
Quand nous eûmes embarqué notre
venaison, nous tenons remîmes en
route, et nous courûmes un mille au
sud-ouest, lin mille et demi au sud ,
et un mille àiouest^ Là^ le pays présente un aspect tout différent. Les
perds dé'la rivière^ qui a , en cet endroit , environ trois cents pas de large,
ne sont pas très-hauts ,J et;de là le ter-
Trein s élève ] insensiblement jusqu'à
une distancé considérable \ et est cou-
vert de peupliers   et de cyprès  'sans
■Imcûne espèce de taillis. Il y a aussi
5%ur lësÎDprds \aes pointes ^basses cjue
la'Sîviere inonde,quelquefois, et où
^tîroîweht le liard /lé DOuieW moufle
spruce'et le saule.
Avant d'arriver- jusques - là, nous
avions eu la vue bornée par des écpres
irès-éleyées 9 très-inégale§, et onibra-
u
\. ( 389 )
gées par différentes espèces de sapins,
par des peupliers, de petits bouleaux,
des- cèdres, des saules et des aunes.
Après avoir, fait six milles au sud-
ouest quart d'ouest, nous abordâmes
&*&    ppi '       J        Sx* 3J ■ p ù I aç '
devant une maison déserte, la première
habitation de cette espèce que j'aie
vue au-çlelà de MichUimakinac. Elle
avaittenviron trente pieds de long sur
vingt, de lar^e, avec des portes dont
ÎN^fxOX D -^o J*T xTO CL
la hauteur était dç trois pieds, e£ la
largeur d^un pied et demi. Tout ce
que nous remarquâmes dans cette
maison., nous fit conjecturer qu'elle
avait été construite pour loger trois
famillejS, On y voyait trois foyers à
égale distance les uns des autres , et
les lits étaient de chaque côté des
foyers. Derrière les lits il y avait une
saillie; un peu élevée et arrangée en
forme de crèche, ou l'on serrait du
poisson. Le corps de la maison, qui
avait cinq pieds de haut, était construit en longues pièces de bois de sapin
3» *
^3*$« \ji
'% ^jO    )
——. très - droites , posées horizontalement
S 793. les unes sur les autres et bien jointes à
juin, chaque coin. Le toit était supporté par
un faîtage placé sur deux poteaux fourchus de dix pieds de haut. De ce faîtage
partaient des chevrons qui posaient sur
le corps de la maison, et étaient couverts d'écorce de spruce. Le tout était
bien lié avec des fibres de cèdre. Un des
bords du toit était garni de planches
fendues, et l'autre de longues perches.
On voyait des ouvertures dans le
corps de la maison , que j'imaginai
être pratiquées^pour tirer des flèches.
en cas d'attaque ; car elles étaient inutiles pour donner du jour dans la mai-
sorï, qui en recevait suffisamment par
les endroits où les bois n'étaient pas
parfaitement joints. Aussi cette maison ne pouvait être habitée que l'été.
Après ce que je viens de décrire,
nous ne vîmes dans la maison et tout
autour d'elle, qu'une seule chose qui
fixât notre attention. C'était une grande? c 39i ) i -ai
machine qu'on n'avait pu faire entrer
dans la maison qu'en ôtant le toit.
Elle était d'une forme cylindrique, et
avait quinze pieds de long et quatre
j^ieds et demi de diamètre. L'un des
bouts était plafcomme le fond d'un
tonneau ; à l'autre bout était attaché
un cône qui y entrait juste , et avait
une embouchure d'environ sept pouces
de diamètre. Cette machine était certainement construite pour prendre de
gros poissons , et très-propre à remplir son objet ; car lorsqu'ils y étaient
entrés, il était impossible qu'ils en
sortissent, à moins qu'ils ne la brisassent.
Elle était faite de longs morceaux
dé bois ronds, de la grosseur du
petit doigt, et attachés à un pouce
l'un de l'autre , sur six cercles. Avec
la machine il y avait une espèce de
paSSier , fait aussi avec des morceaux
de bois ronds , lequel sans doute servait à mettre le poisson qu'on avait
pris.
1793.
juin.
*
I
I
m ¥
■'^"
■•  : il
MM
-M
3:793
juin.
C
9*2
. Toujiétait, tellement en ordre.dans
la maison, qu'on ne pouvait pa-s dojg
||r que les ProP5Î^^pçs u^usfer^t, enj
Xi?&j?r) revenir rhabi^. Elle répon^
â^t parfaitement^ la, inscription qu£
notre dernier ^uide^nous avait faite
des maisons de ces con$rçées, excep^
pourtant qu'elle n'était pas placée sur:
En quittant ce^Iieu, nous gouvejjj
bâmesfun mille, et un quart au sudU
quar^; ^ek^. JNfpus (^passâmes alorsgy*^
autee ma^s^p. d^nt[ij/nje.re5staitxg^e^|&
fourche^ eç l|j faî^ge. Le re^ste ?%iait
éçé. probablement entraîné par. la déW
bâcle. Les bords de la rivière étaient
inondés, et une rjeth^t^ivièjÇeoffrait
$on embouchure sur la, i rive sauahe.
Nous, reparquâmesj|j|r une po^nte*jl^
terre, une^^léKatiqnj. qu^ avait Ijfjy?)
&uji tombeau,. Il était ohIpng^^j4g^sg-{
wçpr^enient revêtu,, d'écorç& d^^jçgq-
A côté était, planj;^rjne lQ^gue pgr$%b
à -laçtuelle on a^ait;at|aché unmor,çâiaa
if (m    1   \
(%3 )
d'écorce à la hauteur de dix ou douze *
pieds.  C'était probablement un em- 179^
blême,p&ugie inarque de distinction,    juin,
Nous{ continuâmes notre marche ;
et aprè^avôirofaitodeuxtîiHW^et demi
au sud quart d'ouest, nous vîmes une
jêgaisprj. située sur une îje> Npgg fîme§
aÎPF$W?yn^ifc: trpis< quaj$s^3£^$n(lie£$
SS^SJ^ftçt >-et ^oug> y%n§SiUn01séco^e
|i§ ayant aus§i]une maigpri# ,Npuç avions
à~j droi^i^^egrr^vj^çer; ^fluen^s ,fees»
bor^âo^^^l^leyés-l^err^Ujx et cou-?
^ferts>d'épine^.,^^^^,   :^^^^^^^^-'
Nptre catjnjoJk -fëjt#j|| devenu si 3&au-
vai§ ^que^npus npusc vîme^Sodans Uin-
àispe®§able(>rj^cçssi^ d'en construire
^Bî^^ÎT^L^^^W^ijfe p^ïâî^®î^lait}
promettre (|^ee,j^u%yjtroi^1er^^§^é-
qorce dw^rt^^^^y^Pf10 besoin ^nou^,
débarqu^ne^ 4c h^jfe ,l§euE§s polir en
<îhercher> ^ &, e& conséquence, partir qualv^ >him^mskij quii|6|£en| ûezx&k
tour à raidie jay^criapsej5 ^'é<^ejer f>our
faire un  çànot^de cinq* grasses qde
1
i longueur, et de quatre pieds et denil
0?Nij
Wk
x79^- de haut.. SS^,,
fuin.   • IA midi je fïKs hàuteur^-et je trouvai
que nous étions à 55 dég."17 min.
28 sec. de latitude septentrionale.
Nous étantrembarq%és l nous fîmeS
lin mille et demi au sud-ès^;quartrdë
sud, un mille à Fesfrsud-ëàt, un demi-
millè^à l'est-nord-est, deux milles au
sud-est, un mille aii^^â^ëst quart de
sud, six milles au sudJestf* Nous tour-
^ânies^M^esPôord^est ; mais les rochers
escarpés qui bordaient •lê§*de|ix> côtés
de la rivièrê^se rapproehaierit tellement, et l'eau y courait avec tant d'impétuosité, que nous-- rfosâmes pas
d'abord hasarder d'y passer? lé- donriâf
ordre de mettre tous nôsPéWets à terre.
Je voulais aussi y fairé^ïs&lèr le canota*
mais il était devenu lsr pesant, que
nxesg^n^âlllièrenfc mieux le conduire
dans^le pacage $$piài&f que^ de? le> porter. Quoique je n'approuvasse pas trop?
ce projet ?|è nerm'y opposaiSpas*
W Quatre hommes tentèrent cette périlleuse aventure. Je courus au-delà
des rochers, et je fus le triste témoin du
funeste événement que j'avais prévu.
Le courant était si impétueux, que ,
quoique mes gens évitassent les rochers , le canot se remplit et descendit
ainsi au milieu de la cascade. Heureusement qu'il ne chavira pas. Les
conducteurs ayant eu l'adresse de gagner le remous , vidèrent l'eau du
canot, et attérirent à moitié noyés.
Le portage a environ un demi-mille
de long, et on y trouve un sentier
commode.™
M. Mackay et mes deux chasseurs
virent quelques daims dans une île
située au-dessus des écueils. Si l'on
eût fait cette découverte avant le passage du canot, il y a apparence que
nous aurions accru nos provisions de
beaucoup de venaison.
Nous passâmes trois heures à mettre
le canot en état de nous porter encore.
1793.'
juin.
§3»
âr-
I 1793.
juin.
(.396)
Npus continuâmes notre navigation
un mille et demi à l'est-nprd-est, à la
vue d'un grand nombre de. cabanes ;
un mille à l'est-sud-est, en laissant M
gauche l'embouchure d'une petite rivière ; un mille trois quarts au sud-
est quart de sud, un demi-mille à l'est
quart.de sud, un milleà l'est quart de
nord, en dépassant une;maison située
sur une île; demi-mille ai%. sucL trois
quarts de mille à l'ouest ; un demi-
mille au sud- ouest, où nc^s vîmes les
écores des deu:$ côtés » composées d'ar-
gile rouge et blanche,qui les faisait,
ressembler à des ruines d'anciens ch|^s
teaux. Nous tournâmes insensiblement le eau à l'est-nord-est, direction
dans laquelle,nous fîmes un, mille et
hTS- ■      » .Hà.3-3' .
demi ; puis un coup de, vent, mêlé de
tonnerre et de pluie , nous força d'a-
border dans un endrpj^ où étaient, les
restes de quelques maisons indiennes,
il nous fut impossible ce jour-là de
déterminer précisément de quel côùg ih7 )
Soufflait le vent,  car ndus l'eûmes
debout dâfos toutes les directions. 179°<
Comme je sentais la difficulté qu'il juin<
y avait à se procurer des provisions vend,
dans ces contrées, ^e crus qu'il était 2I*
prudent de prévenir la aîsette que nous
ourrfons éprouver à notre retour.
En conséquence , jéBis enterrer quatre-
vingt dix liYres^de péniican. Le trou
qu'on creusa pour Jcela , était assez
profond2lpour qu*£m pûtiaire du feu
par-dessus sans que le pémicâri en
souffrît ; et en même* tems ce feu ein-
^e$hait que les naturels Ou l'es bêtes
,^auva^ésPnéî'VÎÉssent le déterrer.
Le matin lé tems fu't très-nébuleux.
Nous nous remîmes en route à quatre
-heures. Nous courûmes un mille un
quart'au ;l§ud quart d^èst, un demi-
mille à Fest-sdfl-est, un mille et demi
au sud quart d'dst', un mille et demi à
FéSst, deux milles au sud-est, en dé-
Jfca'ssant une grande rivière  affluent
«pii coulait à notre gauchef et une
fcj i
9M\
( 398
petite à notre droite. Nous fîmes en<*
:179^" suite trois quarts de mille au sud quart
juin, d'ouest, un mille et demi à l'est quart
de sud, trois quarts de mille au sud,
un mille au sud - est quart d'est, un
demi-mille au sud quart d'est, trois
quarts de mille au sud-est, un demi-
mille au sud-est quart de sud, un demi-
mille au sud-est quart d'est. Ici les
écores de rocher et d'argile bleue et
jaune, offraient le même aspect que
ceux que nous avions vus la veille*
Nous voguâmes encore un mille et
demi au sud-sud-est, et deux milles
au sud quart d'est. Après quoi je pris
hauteur , et je déterminai la latitude à
62 deg. 4,7 min. 5i sec. nord.
Nous trouvâmes un petit canot
qu'on avait halé sur le rivage , et mis
à la lisière du bois. Bientôt après nous
en vîmes un second conduit par un
homme qui sortait de l'embouchure
d'une petite rivière. Ce sauvage ne
nous eut pas plutôt aperçus , qu'il
■■h fi   . : ^        J ( 399 ) >   ;f§|
poussa un grand cri pour appeler ses *■—
amis, qui, à l'instant, parurent sur 179^<
la rive, armés d'arcs, de flèches et de   'uin*
lances.   Ils   étaient presque nus ,  et*
faisaient les gestes les plus outrageans.
Sans doute la crainte que nous leur
inspirions était très-grande ; mais malgré cela , ils semblaient être décidés à
nous attaquer si nous débarquions.
Je fis arrêter les pagayes , et j'ordonnai même à mes gens d'empêcher
que le canot ne fût porté par le courant trop près des naturels ; car c'eût
été une extrême folie que d'approcher
ces sauvages avant que leur première
fureur fût calmée. Mes deux chasseurs, qui entendaient leur langage*'
me dirent qu'ils menaçaient de nous
donner la mort au même instant que
nous approcherions du rivage. Leur
menace fut suivie de plusieurs flèches
dont quelques - unes tombèrent très-
près du canot, et d'autres passèrent
par.-dessus notre tête ; de sorte qu$
1* nons eûmes le bonheur de naître pas
*793- atteints. V ' : ;-■••"■- : - «|||h #
pin. Le courant nous ayaiSt entraînés
au-détenus de l'endroit où étaient les
nëffiirels, je dis à mes gens de pagayer
pour aborder de:Fàutré côté de la petite rivière ^ %ans %ire paraître ïà^moin-
êere craift.'te^ et alors je me^trouvài vis-
à-vis de ces sètuvâgé%. Dès l'instant
qttô nous étions été à portée d'être
èntendéts , mes interprètes avaient -ëit
vain essayé dé lefè apposer. NouB
observâmes qu?8s expédièrent un cà-
ftot avec deux hbmm.es dans le bas de
la rivière , et nous conjecturâmes que
c'était pour y répandre l'alarme et demander du seco&rs. Cela %ie cfélfer-
mi$ta àernplo^r toiii lèë libyens possibles pour les arae^r à une cÔM-mu-
ii-icatiorx amicale,-M^nt q-àfe l'arrivée
de leurs f bisins et de leurs ééài^s^PM^
crût leur audace.
Wbicile projet hasardeux que Je conçus s$r-le-cfeainp, et dont l^xéètttion M
I 4*>i )
fut suivie d'un plein succès. Je quittai
le canot et je m'avançai sur la plage , x79a
afin que les naturels vinssent à moi ;   Jum*
car je pensai qu'ils ne craindraient pas
die m'approcher quand ils me verraient
seul, et qu'ils me croiraient dans l'impossibilité de recevoir du secours de
mes gens. Cependant voulant me mettre , autant que je le pouvais, en état
de défense , j'ordonnai à l'un de mes
^chasseurs de se glisser dans les bois ,
avec mon fusil et le sien, et de prendre bien garde que les naturels ne le
découvrissent.   Je   lui  enjoignis   est
même tems de se tenir aussi près de
moi que les arbres le permettraient
et de ne pas hésiter à tuer le premier
sauvage qui voudrait me percer de ses
ïlèches. Je lui enjoignis pourtant de
ne pas se servir de son fusil avant de
m'avoir entendu tirer moi-même l'un
des  deux pistolets que j'avais a ma
ceinture.  En cas que quelqu'un des
naturels débarquât et s'approchât de ( !p )   -     'S ' '
moi, mon chasseur devait aussitôt m©
179^' joindre.
Pendant que je m'avançais, l'autre
chasseur assurait les sauvages que
nous n'avions que des intentions pacifiques , et je le leur confirmais par les
signes que je croyais pouvoir être
compris par eux. Il n'y avait pas long-
tems que je m'étais approché, eî que
mon chasseur était caché derrière moi,
lorsque   deux   naturels   s'avancèrent
JL
dans un canot, et s'arrêtèrent à envi-
ront cent pas de moi. Je leur fis signe
de débarquer ; et pour les y engager ,
Je leur montrai des miroirs, des grains
de verroterie et d'autres bagatelles
brillantes. Enfin ils s'approchèrent du
rivage , avec l'air de la plus grande
défiance, ayant la proue du canot
tournée du côté du large, et ne voulant pas débarquer.
Je leur fis présent de quelques grains
de collier, avec lesquels ils voulurent
j',en aller; niais je renouvelai mes soi* U&3 ,
îrcitations , et quelques momens après
ils débarquèrent et consentirent à sfas-
seoir à côté de moi. Mon chasseur jugea alors à propos de venir me joindre.
Sa Tirésencércausa de l'inquiétude aux
deux sauvages ; mais elle fut bientôt
dissipée, et j'eus la satisfaction de voir
qu'il se faisait fort bien comprendre
par eux, et qu'il entendait bien leur
langue.
Je le chargeai de leur dire tout ce
qu'il croirait le plus propre à leur ôter
leurs craintes et à gagner leur confiance. Je leur fis témoigner le désir
de léfe mener près de notre canot ;
mais ils refusèrent d'y venir ; et voyant
alors quelques - uns de mes gens que
marchaientvers nous, ils demandèrent
à s'en aller. J'étais si satisfait d'être
parvenu à avoir un entretien amical
avec eux, que je ne balançai pas à les
laisser partir.
Pendant le peu de tems qu'ils restèrent avec moi et mon chasseur, ils
1793.
juin.. f. ffljff
1793.
Juin.
observèrent tout ce que nous avions É
avec un étonnement mêlé d'admiration. Quand ils nous eurent quittés,
nous distinguâmes facilement qu'on
les recevait avec une grande joie, et
que les choses que je leur avais données excitaient l'empressement et la
curiosité de tous leurs compagnons.
^11 nous parut qu'ils tenaient conseil ; et au bout d'un quart d'heure, ils
nous envoyèrent inviter à nous rendre
auprès d'eux ; ce que nous acceptâmes
avec plaisir. Lorsque nous débarquâmes , ils montrèrent beaucoup d'embarras et d'inquiétude ; ,pe qui probablement était occasionné par la vivacité de jïos mouvemens : car mes gens
étaient si oontens de pouvoir communiquer avec ces sauvages , qu'ils pagayèrent j»our traverser 1^ rivière ^ avec
une ardeur extraordinaire.
Cependant les deux hommes avec
^ui nous avions conversé, furent ceux:
qui, comme cela devait être naturej* ïement, montrèrent le plus de courage. Ils s'empressèrent de nous rece- 179<>,r
voir à notre débarquement. Bientôt )«*%■
nos discours et nos manières dissipèrent les appréhensions des autres, et
il s'établit entre nous beaucoup de
familiarité. Lorsque je me fus assuré
ite leur confiance en leur distribuant de
petits présens, et en donnant quelques
morceaux de sucre à leurs enfans , je
chargeai mes chasseurs de recueillir
tous les renseignemens que ces sauvages pouvaient donner sur le pays.
Je vais raconter en peu de mots ce
qu'ils dirent à ce Sujet, m La rivière ,
éc dont le cours est très - étendu, va
c< vers le soleil du midi; et, selon ce
*c qu'ils ont appris, des hommes blancs
«c bâtissent des maisons à son embou-
m chure. Ses eaux coulent avec une
«t force toujours égale -r mais il y a
« trois endroits où des cas cades etdes-
«c courans extrêmement rapides en
% interceptent la navigation. Dans ces* **&
| I 4o6 |.
ce trois endroits, les eaux se précïpï^
ce tent par*- dessus des rochers perpen-
«c diculaires, beaucoup plus hauts et-
«c^plus escarpés que tous ceux quif sont-
« dans le haut de la rivière. Mais Jin-
« dépendamment des difficultés et des^
«c dangers de la navigation, ^ il faut
«< combattre les divers habitàns de ces
<e contrées , qui sont très-nombreux. »
Les. naturels nous peignirent alors
leurs plus proches voisins comme une
race malfaisante, vivant dans de vastes
souterrains. Quand nous leur apprîmes que nous avions l'intention d'aller
Jusqu'à la mer, ils cherchèrent à nous
en dissuader, parce que, disaient-ils ,
nous^aerions certainement victimes de
la barbarie des habitàns. Ils nous le§
représentèrent comme possédant du
fer, des armes, des ustensiles qu'ils
reçoivent de leurs voisins du côté de
l'ouest, et que ceux-ci se procurent
par les liaisons commerciales qu'ils
ont avec des hommes qui nous ressens blent, et qui naviguent dans de très-
grands canots.
Ce que disaient les naturels, encore
qu'exagéré dans quelques points et ,
erroné dans d'autres, était assez alarmant , et me fit faire des réflexions
tristes, mais sans rien changer à mes
projets. Mon premier soin fut alors
d'engager deux de ces sauvage£àlii'ac~
compagner , afin d'obtenir pair leur
moyen , un accueil favorable che^
leurs voisins. Ils acceptèrent ma proposition ; mais ils parurent voir avec
peine qu'il fallut se mettre en route
sur-le-champ ; car nous nous occupions déjà du départ. ijfft
Quand nous fûmes prêts à entrer
dans notre canot, nous en vîmes un
petit qui portait trois hommes , et
doublait la pointe rau-dessous. Nous
crûmes qu'il était prudent d'attendre
ces nouveaux venus ; et il se trouva
que c'étaient des amis de nos hôtes.
Les messagers   que j'ai dit plus haut
179a
j uïitj
fc-Jrft* f W*w*'
o
1793,
}'uin.
I      ' ,  ( p| ■
avoir été expédiés dans un petit canôt>
avaient répandu l'alarme etaz ces sau-
vage^et étaient ensuite allés annoncer
plus bâ# la nouvelle de notre approche.
C'eut du moins ce que nous apprîmes
depuis.
Quoique les trois saunages nous
vissent au milieu de leurs amisy:iis ne
s'approchèrent qiïfen faisant de terribles menaces et des gestes hostiles*
L'uln ôe#ux , hdmnie d'un moyen âge s
qui ayait fait moins de gestes que les
autres, et paraissait être traité par eux
avec beaucoup dé respect, demanda
qui nous étions, d'où nous venions ,
où nous allions fl8t quel motif pouvait
nous conduire chez eux. Ses ami&ré-
pondirent à ces questions, et aussitôt
il nous conseilla de ne partir que le
lendemain, parce qpt si nous nous
fnettions ce soir-là en route , leurs
parens et leurg alliés qui étaient plus
bas, ayant été avertis que nous veinions y s'opposeraient certainement ^ ïiotre passage, quoique nous eussions
avec nous deux de leurs gens. Il dit
*|u'ati coucher du soleil, ils seraient
tous rendus dans l'endroit où nous
nous trouvions alors , et que chacun
«ï'eux serait bientôt convaincu, comme
il l'était lui-même, que nous étions
des homihes honnêtes , qui n'avions
aucun mauvais dessein contr'eux.
Telles furent les raisons que donnai
cet Indien pour nous engager à suspendre notre départ. Elles me parurent
trop justes pour que j'hésitasse à m'y
rendre. D'ailleurs je songeai qu'en
prolongeant mon entrevue avec les
naturels , je pourrais acquérir quelques notions importantes sur le pays
<§ue j'allais traverser et sur les peuples
qui l'habitent.
Je donnSi ordre de décharger le
canot, de le haler sur le rivage et de le
goudronner. On plaiita ma tente ; je
ni'y retirai. Les%idiens s'étaient déjà si
bien familiarisés avec nous, que quand
i793.
juin^
..i&M r»
m
â
■w
I 4io |
je voulus être seul, je fus obligé de Xe$
179^#  leur faire dire-
juin. La première chose que je demandai
à l'Indien dont j'ai parlé tout-à-1'heure,
ce fut de me décrire lejeourjS de la rivière aussi bien qu'il le pourrait. Il y
consentit avec une prestesse^jet une
intelligence qui me prouvèrent que,
de pareils détails ne lui étaient nullement étrangers.
Je l'engageai à me dire tout ce qu'il
savait à cet égard, en lui promettant
que si ce qu'il me disait était exacte
je reviendrais moi-même, ou j'enverrais d'autres personnes pour porter à
sa nation les choses dont elle manquait , particulièrement de$; armes à
feu et des munitions , avec lesquelles»
elle serait en état de repousser ses en*
nemis. Cependant l'Indien me répéta
ce que les autres m'avaient appris r
en ajoutant seulement qne les animaux
abondaient dans toute la partie du.
pays qu'il avait trayersé en allant vers ïe sud , et que la rivière produisait
considérablement de poisson. 179
Notre canot était si usé , prenait luin*
tant d'eau, et naviguait avec tant de
difficulté, que nous ne pouvions presque plus différer d'en construire un
nouveau. En outre je fus prévenu que f
dans le bas de la rivière , nous ne
pourrions pas nous procurer l'écorce
nécessaire. Ainsi je fis partir deux de
mes gens avec un des chasseurs, pour
en aller chercher.
i Le tems était si nébuleux , qu'il ne
me fut pas possible d'ôbserver^la hauteur du soleil (i).
Je passai le reste de la journée à
m'entretenir avec les naturels. Ils composaient sept familles, qui comptaient
parmi elles dix-huit hommes. Ilsétaient
vêtus de peaux tannées , et ils avaient
quelques manteaux de fourrures de
castor et de lapin.
Il n'y avait i pas long-tems que ces
(i) Ce fut à pion retour que je déterminai la
latitude rapportée plus haut. ( Note de Fauteur}*
\ C  4*2   I
juin.
ïndieiîs étaient arrivés là où nous fes
trouvâmes ; et ils se proposaient W*f
passer l'été, afin de pêcher leur provision de poisson pour l'hiver. JÎ&
étaient occupés à pï*e^pàrer des ma*
chines semblables à celle que je trouvai dans la maison que je visitai, et:
que j'ai décrite plus haut. Le poissoJii-
qui se prend dans ces machinés est
fort gros, et ne se trouve dans cette
partie de la rivière*-que pendant m*
certain tems de l'année.
Ces sauvages diffèrent peu , on
même point, des Indiend-montagne-
rocheuse , soit pour l'air, soit pour le
langage, soit pour les mœurs.
Les hommes que j'avais envoyés pour
chercher de l'écorce, en apportèrent
une assez grande quailtité, mais d'une
qualité médiocre.
Les naturels qu'on ï^ôns avait annoncé devoir venir du bas de la rivière , ne parurent point.
jriw nu second voi.trm.-.s^
fï C H A P I T R
DU   SECOND   VOLUME
SUITE  DU PREMIER VOYAGE
CHAPITRE   IV.
Continuation de la route depuis le
voisinage de l'île du JManitou , jusqu'à Ventrée du lac des Camps
abandonnés ^ Pa§e *
I i f. nouveau guide s'évade. M. Mackenzie en
prend un autre de force. — Il rencontre une
tribu sauvage. — Mœurs, habillemens, armes
de ces sauvages. —* Description dan très-joli
.poisson. — Le voyageur change encore de
guide. —»   Tribu  des Indiens - querelleurs* F
fcfI4 TABLE
— Lin sauvage. — Observations sur le cours
du fleuve. — Arrivée dans un lieu  où les
Eskimaux avaient campé.  Grande quantité
de gibier marin. — Vue du soleil à minuit.
— Description de quelques huttes des Eskimaux. — Renard noir. — Entrée dans le lac
des Camps abandonnés.
CHAPITRE   V.
Navigation dans le lac formé par le
Jleuve JMackenzie ,
page 34
(Vue de plusieurs baleines.  M. Mackenzie et
ses compagnons vont à leur poursuite. -—
Brouillards , glaces. — Observations sur les
îles qui sont dans le lac. — Ile de  la Baleine.
, _ La marée se fait sentir dans le lac. — Le
voyageur aborde sur une île où il y a un cimetière. — Les chasseurs tuent une renne. —
Abondance de fraises , de groseilles, de framboises et d'autres baies. — Description du
pays. — Le guide s'évade. — Le voyageur
rentre dans le fleuve. — Entrevue avec des
indigènes. )D £ S     CHAPITRES.
CHAPITRE   VI.
415
Les voyageurs continuent à remonter
le fleuve Mackenzie y Page 65
•escription du lieu où les sauvages vont ramasser du caillou. — Grande quantité de
lièvres. — Tempête. — Rencontre de quelques
indigènes. Alarme de ces sauvages. —Conférence avec eux — Leur manière de traiter
les malades. — L'interprète les harangue. —
Leur singulière conduite.    M. Mackenzie
tue un de leurs chiens. — Il achète d'eux
quelques peaux de castor. __ Réglisse. —
Nids d'hirondelles. — Oies sauvages. — Frai»
ses, framboises, groseilles, etc.
CHAPITRE   VIL f.r
Continuation du voyage. Retour au
Jbrt Chipiouyan , Page 97
JËaux minérales et mines de fer, — Embouchure
de la rivière du grand Ours. — Mine i. de
fharbôn en feu» — Chasse. — Canot indien. 416 ï   A   B   L   B   **
—- Vue de quelques sauvages. —Les chasseurs
tuent des lièvres et un loup. -~ Altercation
avec l'interprète. — Incendie des bois des deux
côtés de la rivière çîe la Montagne. — Rentrée
dans le lac de l'Esclave. — M. Mackenzie
rencontre sur l« lac, M. le Roux. — Arrivée
au fort Chipiouyan.
««M
SECOND   VOYAGE.
CHAPITRE   PREMIER.
Départ du fort Chipiouyan,   Route
sur la rivière de la Faix , page i5x
Départ. — Entrée dans la rivière du Pin, et
ensuite dans celle de la Paix. — Arrivée à la
pointe de la Paix. — Cataractes. — Description du pays. — Arrivée au vieux fort. — Indigènes de ce canton. —Arrivée à la factorerie
anglaise.— Eroid. — Description de quelque*
'Oiseaux,   $M •w    e<
V E t    CHAPITRE  S.
CHAPITRE   II
4*7,
Séjour sur les bords de la rivière de
la Paix. Détails sur les sauvages.
; PaSe *77s
iConstruction d'un fort et de plusieurs maisons.'
— Ouragans. — Fêtes et présens à l'occasion
du nouvel an. — Indien blessé et guéri. —
Coutumes des sauvages à la mort de leurs
parens. — Meurtre d'un sauvage. — Indiens-
mentagne-rocheuse. — Querelle et jeux de
deux sauvages. — Coutume singulière de ce
peuple. — Sujétion des femmes. — M. Mac-
kenzie expédie deux canots pour le fort Chipiouyan.
■
CHAPITRE   II L |
Départ du fort de la Fourche. Route
jusqu'aux montagnes rocheuses >
page 212.
Beauté du pays que traverse le voyageur.— Incendie d'une partie des bois. — Rencontre
d'une troupe de chasseurs sauvages— Etat de 418 TA    B   Z   E
la rivière. — Indiens. — Traces d'ours. —•
Troupeaux d'élans et de buffles. — Vue de
quelques ours. — Navigation dangereuse. —
Ecueils et cascades.
CHAPITR E   î V.
M. Mackenzie continue à remonter la
rivière de la Paix > dans les monta-
'^gnes, .        :    page 267
Obstacles et dangers. — Mécontentement des
conducteurs du canot. — Gouffres volcaniques. — M. Mackenzie et ses compagnons
gravissent une montagne. — Arbres qu'on
trouve sur ces montagnes. — Creux dans les
rochers. — Froid. — Le voyageur continue à
remonter la rivière. — Il perd son portefeuille.  Il fait partir une  lettre  dans un
baril vide.
CHAPITRE   V. v
Continuation du voyage dans les
montagnes rocheuses. Rencontre de
quelques naturels ? Page 287
Brouillard épais. — M. Mackenzie quitte le
canot et est lorig-tems sans pouvoir le rejoindre.
4 t
M
X '3>ïS     CHAPITRES.' 419
— Inquiétudes à ce sujet. — Tempête. —
Ecueils, cascades, passes rapides. — Panais
sauvages. — Entrevue avec les sauvages. ^—
Détails sur cette peuplade. —« Le voyageur
end un guide.
CHAPITRE   VI.
Oute dans les montagnes rocheuses
jusqu'à  la grande rivière de   Co-
lombia , |lfe PaSe ^27
Etat de la rivière. — Sentiment du guide. *—«
Source de la rivière de la Paix. — Le voyageur traverse trois différens lacs. — Marche
dans les bois. — Marais. — Le suide déserte-1
"~ Arrivée à la source de la rivière de Colombia^
CHAPITRE   VIL
"Navigation sur le  Tacoutché- Te s se
ou la rivière de Colombia _, page 36$
Passes rapides.  Canards blancs. — Portages.
— Oignons sauvages. — Vue de quelques 420      TABLE   3)Efî.CSA5ITItESi
Indiens qui s'enfuient dans les bois. — Description de leurs cabanes. ■—• Les chasseurs
tuent un daim rouge. — Description d'une
maison des naturels. — Machine pour prendre
du poisson. — Le voyageur fait cacher une
provision de pémican. —- Entrevue avec le*
indigènes.
Uf .-; i
'
m
3 f ZZ OH 3   

Cite

Citation Scheme:

        

Citations by CSL (citeproc-js)

Usage Statistics

Share

Embed

Customize your widget with the following options, then copy and paste the code below into the HTML of your page to embed this item in your website.
                        
                            <div id="ubcOpenCollectionsWidgetDisplay">
                            <script id="ubcOpenCollectionsWidget"
                            src="{[{embed.src}]}"
                            data-item="{[{embed.item}]}"
                            data-collection="{[{embed.collection}]}"
                            data-metadata="{[{embed.showMetadata}]}"
                            data-width="{[{embed.width}]}"
                            async >
                            </script>
                            </div>
                        
                    
IIIF logo Our image viewer uses the IIIF 2.0 standard. To load this item in other compatible viewers, use this url:
http://iiif.library.ubc.ca/presentation/cdm.bcbooks.1-0343215/manifest

Comment

Related Items