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Voyages d'Alex.dre Mackenzie, dans l'intérieur de l'Amérique Septentrionale, faits en 1789, 1792 et… Mackenzie, Alexander, 1764-1820 1802

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Array     O   Y A  G E S
t A L E X.DBE M A G K E N Z. I M.
'■au  VOYAGES
D'AL EX.DRE MACKENZIE
DANS   L'INTERIEUR
B    £
L'AMÉRIQUE SEPTENTRIONALE,
Faits en 1789, 1792 et 1795;
Le r.«j de Montréal au fort Chipïouyan et k la mer Glaciale;
Le 2.me, du fort   Chipiouyan   jusqu'aux   bords de l'Océan
pacifique.
Précédés d'an Tableau historique et politique suf
le commerce des Pelleteries , dans le Canada.
TRADUITS    I) E    X    ANGLAIS
Par    J.    CASTÉRA,
Avec  des Notes et un Itinéraire , tirés en partie de*
papiers du vice-amiral Bougainville'.
TOME    III.
g*
ESKssasrasESSEïanMa
PARIS,
DENTU, Imprimeur-Libraire, Palais du Tribiuiatj
ileries de bois,  n.° 240.
AN   X. —w 1002..    S    U    I    T   I
D U
11
SECOND   VOYAG
D'ALEXDRE MACKENZIE.
CHAPITRE   VIII.
Les voyageurs continuent à descendre
le Tacoutché-Tessé (f) j et remontent
la même rivière*
o u s continuâmes notre ronte à
N
six heures du matin, avec deux des   x79^
naturels qui nous avaient accueillis.     ,UHÎ*
C o TYJ
L'un nous suivait dans un petit canot
r 22.
pointu, fait comme ceux des Eski-
maux ; Ptiutre s'embarqua dans le nôtre.
<Ti) Ou la rivière de Colombia.
3- i m
Cet arrangement était nécessaire sous
3 79^* deux rapports. L'Indien qui conduisait
juin, le petit canot, pouvait être envoyé devant pour parler aux indigènes que
nous rencontrerions dans le bas de la
rivière ; et en cas qu'il s'évadât, nous
étions à-peu-près certains que celui
qui était auprès de nous , ne pourrait
pas le suivre*
M. Mackay s'embarqua dansde petit
canot de l'Indien ; ce qui parut faire
grand plaisir à ce sauvage. Dès-lors il
put nous suivre sans se fatiguer beaucoup.
Nous courûmes un mille et demi au
.sud-sud-est, un demi-mille au sud-est ,
quatre milles et demi au sud quart
d'est, un demi-mille au sud-est quart
de sud, un demi-î»Uï§ au sud quart
d'ouest, un mille au sud - est quart
d'est, un mille et demi au sud-sud-
ouest , un mille et un quart au sud
quart d'est.
La campagne que nous avions à
^ ( I )
droite olfrait le plus superbe aspect.   ~—■—.
Elle s'élevait  tout-à-coup à'environ 179:>*
vingt-cinq pieds ; et de cette hauteur,    ^l
une pente  douce conduisait insensiblement au pied d'une seconde élévation. Celle-ci était suivie d'un terrein
qui   s'inclinait encore   sans  roideur.
Ces sites , qui se présentaient alternativement jusqu'à une distance considérable ,  étaient   ombragés   de   bosquets de sapin.
|^-Nous débarquâmes auprès d'une
maisoji dont le toit seul paraissait un
peu au-dessus du niveau de la terre.
Les habitans l'avaient abandonnée à
notre approche. Nous vîmes sur la
seconde hauteur , plusieurs hommes
qui nous faisaient des signes et des
gestes menaçans, pareils à ceux que
nous avions vus la veille. Nos conducteurs s'avancèrent vers eux pqur
leur porter des paroles de paix; et
après une explication pendant laquelle
ces sauvages crièrent beaucoup , l'un
m d'eux se décida à s'approcher ; mais il
ï/fë» conservait l'air le plus féroce. Bientôt
juin, les autres, qui étaient au nombre de
sept, suivirent son exemple. Ils tenaient à la main leur arc et leurs flèches. Ils avaient des vêtemens noués
autour de leur cou ; mais leur bras
droit restait à découvert. Ils portaient
aussi une espèce de manteau de peau ,
attaché avec une corde, lequel passait
sous l'aisselle droite et pendait sur
ï*épaule gauche , de manière qu'au
besoin ils pouvaient s'en servir comme
d'un bouclier pour écarter une flèche.
Aussitôt qu'ils montrèrent un peu
moins de défiance , nous vîmes s'avancer dix femmes. Il n'y avait point d'en-
fans avec elles ; et j'imaginai qu'on les
avait envoyés au loin pour qu'ils fussent à l'abri de tout danger. Je leur
distribuai quelques présens ; puis je
chargeai mes guides de leur expliquer
l'objet de mon voyage , et la bienveillance de mes intentions, bienveillance M
179
*»4jL a»
( 5 )
«font ils ne pouvaient plus douter eux-
mêmes.
Lorsque je fus certain que les crain- lmu*
tes de ces sauvages étaient dissipées ,
je leur donnai un exemple de l'usage
que nous faisions des armes à feu. Ils
en furent surpris et effrayés ; mais
aussitôt je les rassurât, en leur disant
que de même que nous pouvions exterminer tout'à-coup ceux qui nous
offensaient, nous savions aussi 4éV
fendre ceux qui nous montraient de
la bonté. Nous ne restâmes pas plus
d'une demi-heure avec ces sauvages,
et l'idée que nous leur laissâmes de
nous, ne pouvait qu'être favorable.
En quittant ce lieu , nous fîmes un
demi-mille à l'est quart de nord , trois
quarts de mille au sud quart d'est, uïi
mille et demi au sud quart d'ouest*
Nous débarquâmes de nouveau, parcs
que nous aperçûmes sur une colline
quelques indigènes. Ils avaient un air
plus farouche et plus cruel qu'aucun
f juin.
I    ""i ( J ) M
de ceux que nous avions déjà vus.
Nous leur envoyâmes nos guides pour
lés prévenir en notre faveur. Mais je
craignis quertjue tems que les sauvages
ïie fissent tomber sur eux toute leur
•rage. Cependant ils finirent par se
calmer, et ils s'afpprochèrent de noffe
l'un après l'autre. Leur troujbe était
composée de seize hommes^et plusieurs
femmes. Je leur pris la main à tous ,
en chargeant l'un âës interprètes de
leur expliquer que c'était à-la-fois un
êalut et un signe d'amMé.
Comme nous étions dans un endroit peu commode, je proposai d'aller plus loin pour choisir xi&e place
Ç>r"opre à établir notre petit camp.
Aussitôt les sauvages nous invitèrent
ci
a passer la nuit dans1 leurs cabarîes ,
qui n'étaient qu'à peu dé distance ,
promettant que le lendemain deux
d'ent¥*eux nous accompagneraient
pour nous présfëntel' à la tï*?bu voisine,
qui était très-nombreuse et ejftnemiedesv
étrangers. m
i\
Au moment où nous poussions au   	
large, j'entendis une femme pronon- 179^#
ce-^plusieurs mots dans la langue des îfpP
Knistenéàux. J'en demandai la raison,
et j'appris qu'elle était de la nation
des Indiens montagne-rocheuse ; aussi
mes chasseurs l'entendaient parfaitement bien. Elle était née près de la
fourche du Tacoutché - Tessé. Prise
par les Knisteneaux , elle fut conduite
au-delà des montagnes , où elle passa
la plus grande partie de l'été avec les
vainqueurs. Cependant elle s'échappa
avant qu'ils eussent regagné leur pays,
et elle traversa de nouveau les montagnes, dans l'espoir de rejoindre les
gens de sa nation. Après avoir souffert
toutes les peines et les fatigues inséparables d'un tel voyage, elle tomba entre
les mains d'un parti de ces mêmes
sauvages avec lesquels nous la trouvâmes , et qui avaient chassé ses compatriotes des bords de la rivière , et les
avaient forcés de fuir dans les monta-
,#" m
O
Iffëf'IÉS
gnes. Depuis, elle fut retenue par Épi
sauvage qui la prit pour femme , et
elle nous dit qu'elle en était bien traitée , mais qu'elle H?en désirait pas
moins de retourner auprès des siens.
Je fis présent à cette femme de diverses choses utiles, et je l'invitai a
venir me parler dins les cabanes où
nous allions ; ce qu'elle promit. Nous
y arrivâmes avant les indigènes, et
nous débarquâmes. 11 était alors près
de midi ; mais en voulant prendre la
hauteur du soleil, je trouvai Ivfengle
trop grand pour mon sextant.
Les indigènes, avec qui nous nous
étions entretenus, ne tardèrent pas à
nous joindre avec plusieurs autres. Il
y avait parmi eux un plus grand nombre de femmes que la première fois ;.
mais je n'aperçus pas la prisonnière,
;out trente-
cinq ; et la petite quantité de ehoses
qui me restait pour, faire des presens % i79^~
He me permettait pas d'être très-libéral
envers tant de gens.
Parmi les hommes , il y en avait Juia*
quatre de la nation voisine , et un
de celle des Indiens-montagne-rocheuse , qui était depuis quelque tems
avec eux. Comme il se faisait bien
comprendre par mes interprètes , et
qu'il comprenait bien lui - même la
langue des naturels , j'eus le moyen de
prendre toutes les informations qu'il
était en leur pouvoir de me donner.
Je choisis parmi les quatre étrangers
dont je viens de faire mention , un
homme un peu âgé, dont la physionomie m'avait singulièrement prévenu ; et après l'avoir réuni à mes
hôtes et à l'Indien-montagne-rocheuse,
je leur fis connaître, comme je l'avais-
fait à tous ceux qui m'avaient donné
des renseignemens , l'objet de mon
voyage, et les grands avantages qui
en résulteraient pour eux, si j'atteignais le but que je m'étais proposé.. B
:     . f .    ( 10 ) I        |
!        Ces sauvages parurent très flattés de
J79ô* ce que je leur disais , et m^ssurèrent
juin, qu'ils ne me tromperaient pas sur
l'objet de mes recherches. Un vieillard qui avait l'air d'être un des chefs,
déclara qu'il désirait de me voir revenir1 àfSifés son pay's, efë*qtte ses deux
jeunes filles seraient alors à ma disposition.
Je priai Vxiiytnrne un peu âgé dont
j'ai parlé tout-à-1'heure , de commencer par tracer sûr un grand morceau
?3?ecorce d'arbre, tee esquisse du
pays. Il sfé mit sur-le cha'Mp à l'ouvrage ; et pendant qu'il dessinait, il
appelait de tems en tems les autres ,
et quelquefois même il leur demandait
leur avis.
Il peignit la rivière (i) ëourant vers
le sud-est, recevant uri très - grand
ndmbre xfaffluens , et ayant toutes les
cinq à six lieues , des cascades et des
(i) Le TàcoutcHèMTessé. I      ( « )
écueils , quelques-uns très-dangereux ,
et six absolument impraticables. Il
marqua les portages comme très-longs,
et passant sur des collines et des montagnes. Il traça ensuite le territoire de
trois tribus voisines, mais parlant chacune une langue différente.
Le sauvage me dit qu'il ne connaissait point les contrées au-delà de ces
territoires ; mais qu'il savait que la
rivière parcourait encore beaucoup de
pays avant de verser sefreaux dans la
mer ; et qu'il avait entendu dire qu'avant d'arriver à la mers, on rencontrait
cm lac dont les hommes qui habitaient
ses bords ne buvaient pas l'eau.
Toute la partie du pays qu'il connaissait en descendant la rivière, était,
dit-li, plane sur Tune et l'autre rive ,
•Sans arbres en quelques endroits $ et
-ayant par-tout beaucoup de daims
rouges ^ et quelques- petfes daims fauves. Il aJGfuta- que , pendarft; quelque
tems , il n'y aurait pas beaiticoupde na-
1795.
jaiii»
■B turels sur les bords de la rivière ; maï&
qu'à l'époque où la pêche serait plus
abondante, ils y arriveraient en grand
nombre. Les habitans de ce canton,
continua le sauvage , tirent mainte*
nant de l'ouest, du fer, du cuivre, <J^
l'airain et des bijoux ; mais autrefois
ils recevaient ces objets de l'embouchure de la rivière. Il est vrai qu'on
ne leur en fournissait qu'une petite
quantité.
On me montra un couteau qui venait du bas de la rivière. La lame avait
dix pouces de long , et un pouce et
demi de large, avec un tranchant très?*
émoussé, et le manche était de corne.
On me dit qu'on avait eu ce couteau
par les hommes blancs , long - tems
avant qu'aucun d'eux parût dans
l'ouest. Un sauvage très-vieux observa'
alors, qu'autant qu'il pouvait s'en res»*
souvenir, il avait entendu parler d'une
nation de blancs qui fréquentait 1©
sud,, et qu'il avait entendu dire qu'um t I )
àe ces hommes voulant tenter de remonter la rivière, avait été massacré ;
mais qu'il ne garantissait pas ce fait.
D'après ce que me dirent les sauvages , on a très-peu de chemin à faire
pour se rendre, par terre, de chez eux
sur les bords de l'Océan occidental ; et
je pense qu'en effet l'intervalle n'est
pas de plus de cinq à six degrés. Si le
rapport du capitaine Mears est exact,
la distance n'est pas même si grande
puisque la partie de la mer qu'il dit
être derrière Nootka, doit s'étendre
jusqu'au 126e. deg. de longitude. Les
sauvages m'assurèrent que la route par
terre n'était pas mauvaise, parce qu'au
lieu de passer sur les montagnes , ils
suivaient le plat pays qui se trouve
éntr'elles , et qui est en très - grande
partie découvert. Cette route, dirent-
ils encore , est si fréquentée par eux ,
qu'on y voit, d'un bout à l'autre , un
sentier battu qui côtoie quelques petits lacs et quelques petites rivières. Il
1793.
juin. (i4)
'—7" ne leur faut que six nuits paur attein-
179ô' dre le territoire d'une nation qui leur
juin, donne du fer , de l'airain, du cuivre ,
delà verroterie et divers autres objets,
en échange des peaux préparées et des
fourrures de castor , de martes , de renard, d'ours et de lynx. Le fer qu'ils
reçoivent, est en petites barres de
dix-huit pouces de long , et de deux
pouces de diamètre. Ils aiguisent ces
barres par un bout, et mettent à l'autre un manche en travers , après quoi
ils s'en servent comme d'une hache.
Quand cet outil est usé , ils en fabriquent des lances et des pointes de
flèches. Avant de connaître le fer, ils
mettaient à leurs flèches et à lerurs
lances des pointes d'os et de corne.
1 Ils emploient le cuivre et l'airain à
faire des colliers, des bracelets et d'autres ornernens. Ils en font aussi quelquefois des pointes pour leurs flèches.
La nation avec laquelle fis font leurs
échanges , leur a raconté que les ham* HP
mes blaîics qui lui portent ces métaux,
ont construit des maisons à deux nuits 179^*
de distance (i) de la dernière cascade.
Tous ces Indiens me parurent fort bien
connaître le chemin dont je viens de
parler.
Je priai mes hôtes de faire venir la
prisonnière que j'avais vue la veille ;
mais ils ne me firent, à ce sujet , que
des réponses évasives. Sans doute qu'ils
craignaient que je n'eugse envie de la
leur enleyer. J'avoue que je fus très-
fâché de ne pouvoir pas causer avec
cette femme , parce qu'elle aurait pu
me donner des notions exactes sur les
pays situés au-delà des fourches de la
rivière , ainsi que sur le meilleur chemin à suivre dans les montagnes au-
dessus de ces fourches.
Mes gens écoutèrent avec beaucoup
d'attention les discours des sauvages ;
(i) C'est-à-dire à trois jours de marche. 'if     W3
et ils semblaient tous être d'avis qu'it
*79^* y aurait de la folie à tenter de traversa. gQj. ie territoire des nations barbares
qui habitent le bas*de la rivière. Certes,
il est bien moins aisé d'exprimer que
de concevoir l'embarras dans lequel
je me trouvais. Il ne me restait de
provisions que pour trente jours, à la
vérité, sans y comprendre ce que nous
pouvions nous procurer par les sauvages et par nos quatre chasseurs :
mais cela était si hasardeux , qu'il ne
fallait pas y compter beaucoup. D'ailleurs nous n'avions pas une grande
quantité de poudre , et il ne nous restait que cent cinquante balles et trente
livres de plomb , dont on ne pouvait
faire des balles , sans qu'il s'en perdît
considérablement.
Plus je prenais de renseignemens
sur la rivière, plus j'étais convaincu
qu'elle ne versait pas ses eaux dans
l'Océan, au nord de ce qu'on appelle
la rivière de l'Ouest ; et que par con- 179°*
juin.
«sequent , avec les si.nuosités qu'elle ——
faisait, on avait encore beaucoup de
chemin à faire pour arriver à son em-
boucîiure. Ma situation était d'autant
pins-désagréable , que «nés gens mur-
muraient, et je ne pouvais pas songer,
-sans une sorte d'effroi, à achever de
descendre une rivière si rapide, parce
4çme je voyais ren même tems , avec
quelle lenteur nous remonterions ,
quand bien même nous ne serions pas
arrêtés dans notre marche par les
agressions des naturels-. Il était pourtant probable que nous serions inquiétés par ces sauvages qui «se trouveraient
a (ors en grand nombre sur les bords
de la rivière , et dont je n'aurais pas
pu me concilier la&ienveiliance , en
descendant , par les raisons que j'ai
■déjà fait ^coimaîtrg. ( i ) Quoi qu'il en
( I ) Les   objets   dont U   faisait des  presens j
■fiaient presqu'epuisés.
3. % if
«.ill
i      118>
pût être, il fallait renoncer à retouiV
ner cette saison à Athabasca. Telles
étaient les réflexions que je faisais ;
mais au lieu de m'y liyrer plus long-
tems , je résolus de poursuivre ma
route , et de braver tous les dangers.
Cependant je nourrissais le secret esr
poir de pouvoir pénétrer avec plus de
sûreté^ et en moins de tems , jusqu'aux
bords de l'Océan , en suivant la route
par terre , du côté de l'ouest.
Pour exécuter ce dernier projet, il
fallait remonter la rivière jusqu'à une
très-grande distance ; ce qui , indépendamment de toute autre considération,
était extrêmement fâcheux. Car , dans
un voyage comme le mien, une marche
rétrograde ne peut pas manquer de refroidir l'ardeur , et de diminuer la confiance de ceux qui n'ont d'autre motif
pour l'entreprendre, que de suivre celui
qui' les conduit. Toutes ces considérations m'inquiétaient singulièrement.
Je distribuai des grains de collier . < *9 )
aux naturels avec qui je venais de
m*entretenir ; car ils préféraient ces
bagatelles à toute autre chose. Je ré-
compensai aussi de la même manière
deux de ces sauvages qui m'expliquèrent divers mots de la langue
des Nagaïlers , ( i ) et de celle des At-
nahs. (2)
(1) Ou les Indiena-voitunérs. ,
(2) Ou les  Indiens-mentons, rWÊLM
V O C A B U L A I R E.
X'OBÎÏ ,
les chevêïix |
les dents ?
le nez ,
les cheveux,
le bois ,
la main ?
la jambe,
la langue,
l'oreille,
l'homme ?
la femme,
le castor ,
l'élan ,
le chien,
l'urson ^
îe fer ,
le feu ,
l'eau,
la pierre^
l'arc ,
3a flèche,
oui,
les plaines ,
Viens ,
ou venez ici ,
}
Na&aïler.
Atnah:
Nah,  ffc'à"-
Thloustinn.
.ihigah ,
cahoudinja.
^opff,
chliaouf.
uenzeh7
pisax.
thie ,
sçapacaï.
dekinn,
chedzaï.
lah,
calietha.
kin,
skouachi.
thoula.
diouagisk.
zach ,
ithlinah.
din aï,
skouinlaoutlî.'
tchikoui,
smodlesgensk.;
zah ,
schouf.
yezeï,p
oïkoï-beh.
sleing ,
scacah.
ihidnou ,
skouaikouais.
thlisitch ,
soucoumang.
caoun ,
teuck.
taou,
chaoueliquoihv
zeh ,
ichehoïniah.
nettouny 7
isquojnah.
igah,
skouaili.
iiezi,
amaig.
thaoughaoud,
spilela.
audezei \
thla - elieh:
\ V
I        ( ft 1   '    •'#■:-
li'idiome des Atnahs ne ressemble
S aucun de ceux que je connais. La
langue que parlent les Nagaïlers diffère peu de Celle des Indiens-castoriy
iSt est presque la même  qae la chir
piouyanne.
Il tomba b^aâcoup de^ pluie mêlées
de ^raiîHs coups de tdffiierife. Lé^st^'èr
l'orage fut passé, les Én^Beriis et leiirs
femmes nous amusèréiït p&r fêufr
chant et par leur danse. Pendant ce
îems-là il arriva quaere honiniés que>
nous n*àVions pas encore vus. Hà
avaient laissé leurs families à quelque
distance de la rivière, et ils desiraiênt
que nous allassion^lés vôirV
Après avoir passé la nuit sàn-s fermer l'œil, je rassemblai les naturels,
dans l'espoir d'en obtenir quelques
nouveaux détails sur le pays. Ils m#
répétèrent absolument tout ce qu'ils*
m'avaient dit ; et ils ajoutèrent que?
dans un endroit où ils quittaient Isa
dîm^t
23*
m M
rivière lorsqu'ils faisaient leurs voyages
de commerce, il y en avait une petite
affluente x qui venait de l'ouest , et
dans laquelle ils naviguaient quatre
jours, et qu'ensuite ils ne dormaient
que deux nuits pour se rendre ches
la nation avec laquelle ils trafiquaient ;
que cette nation avait des canots de
bois plus grands que les leurs , et
avec lesquels elle descendait une autre
rivière j.usqu'à la mer?
Ils me dirent aussi que si je voulais
suivre la route dont ils venaient de
me parler, il faudrait quitter mon.
grand canot ; mais qu'il était probable
que les Indiens de ce canton m'en,
fourniraient un autre pour moi et
pour mes gens. Ils m'assurèrent que
de là il n'y avait qu'un jour de navigation pour se rendre dans le lac dont
on ne pouvait pas boire les eaux , et
pu, suivant ce qu'on leur avait rapporté , deux grands canots étaient ve,-
nus deux hivers auparavant, conduit^ par des hommes qui avaient apporté
beaucoup de marchandises et construit des maisons.
Au commencement de cette conférence , }e fus très-étonné des paroles
que m'adressa un des sauvages.—« Par
ce quelle raison, me dit-il, nous inter-
« rogez-vous avec tant de soki et de
ee détail sur ce qui concerne le pays ?
«< Est- ce que- vous autres , hommes
« blancs , vous ne connaissez pas
ce tout ce qu'il y a au monde ? ?§ Cette
question était si inattendue , que je
fus un instant sans y répondre. Puis
je dis au sauvage, qu'en effet nous
connaissions en général toutes les
parties du monde; que je savais où
j'étais et où était la mer, mais que je
ne connaissais pas bien les obstacles
que je devais rencontrer dans ma
route ; et que lui et les siens pouvaient m'en faire le tableau , puisqu'ils
les avaient souvent surmontés. Par
cette réponse je n'affaiblis pointl'idée
1793.
JUIR. .
•WE.
I—~~ qu'avait ce peuple de la supériorité
/9 •  des hommes blancs*
Cependant il était, nécessaire de me
décider? sur la route que je devais
suivre. Je n'hésàtéi pas fong- tems à
prendre le parti cBaller par terre. Il
suffisait que cette voie fut la plus
courte et la plus s$re pou£ que je
la préférasse», Je préposai à deux de
mes hôtes de j&e- servir de guides
l'un y consentit sans balancer.
Je fis alors appeler ceux de mes
gens qui n'avaiei^ pas été témoins
de ma conférence avec les Indiens»
Quand ils furent tous rassemblés, j^r
commençai par faire l'éloge du courage et <te la constance qu'ils avaient
montrés jusque&là : je leur peigiriSr
les obstacles qui nous empêchaient
de continuer à descendre la rivière
lia longueur*, du tems qu[il nous faudrait-
pour nous rendrecàiSon embouchure r
®t le peu dei proviifens quit nous res^
taiènt. Ensuite^ jMlfeur proposai: d'.â$g juin*
( p y
«aver de nous  rendre à la mer par
j x
an chemin qui devait être beaucoup
moins long. Sachant par expérience
la difficulté qu'il y avait eu retenhrj.es
guides, et. prévoyant qrue beaucoup
d'autres poupraient nous empêcher
d'achever la rou?te par, fcerre, je dis
à mes gens que je ne l'entreprendrai®
pas à moins qu'ils ne me promissent
que si nous^ne pouvions pas la-faître
ils reviendraient pour reprendre notre
navigation jusqu'à l'embouchure de
la rivière, quelqu'éloignée qu-e pût être
cette embouchure. Enfin, je déclara*
de la manière la. plus solemnelle, que
je ne renoncerais pas au dessein
d'aller jusqu'à la mer, quand je devrais
flaire la route seul, et qu'alors même
je ne désespérais pas de retourner en?
sûreté auprès de mes amis.
Ma proposition fut acceptée aveb
une joie unanime. Mes compagnons
m'assurèrent qu'ils étaient aussi dé*
cidés que jamais  à se   conformer à p:   .is      (*«)
toutes mes résolutions, et à me suivre
£79^# par-tout où je voudrais aller. Je leur
juin. Jig aussitôt qu'il fallait se préparer
à partir ; et j'avertis en même tems
le naturel qui s'était engagé à nous
servir de guide, de se tenir prêt.
Dès que les sauvages furent instruits
que nous allions remonter la rivière ,
plusieurs d'entr'eux se hâtèrent de
partir. Je distribuai à ceux qui restaient quelques présens utiles , en
leur démontrant les avantages qui
résulteraient pour eux de mon voyage
à la mer, si leur compatriote m'y conduisait par le chemin dont on m'avait fait la description.
J'avais donné à quelques femmes
une cpeau d'élan , pour qu'elles nous
lissent des souliers. Ces souliers nous
furent bientôt apportés. Ils étaient
d'une forme peu agréable r mais bien
cousus ; et quelques grains de verroterie en payèrent la façon.
Je chargeai M. IVfeiçkay de graver suc '( *7 )
un arbre 1 mon nom et la date demon -
passage. x79^«
Quand nous fûmes au moment de   iu*a-
nous embarquer , notre nouveau guide
me prévint qu'il désirait de  se rendre
par terre dans l'endroit  où était sa
cabane, parce qu'il y arriverait plutôt
que nous, et qu'il aurait le tems de
faire quelques préparatifs nécessaires
pour son voyage. Cela ne me plut pas
beaucoup ; mais je fus obligé d'y consentir. En même tems je pris le parti
de le faire accompagner par M. Mac-
kay et mes deux chasseurs. Le lieu de
notre rendez-vous était la maison souterraine que nous avions vue la veille
sur le rivage.
Nous nous embarquâmes à dix heures
du matin, et nous refoulâmes le courant
beaucoup plus vite que nous n'avions
osé l'espérer, d'après le mauvais état
de notre canot. Nous rencontrâmes M.
Mackay près du lieu où je lui avais dit
de nous attendre. Le naturel continua C tâ y
à vouloir aller parterre. Il eût ététre&
3 79^* inutile de s'opposer à son dessein
ja n. gussi ne l'essayai-je pas. Il se remit e»
route avec les premiers conigâ^noîls-
que je lui avais donnés» Je priai été
nouveau ceux-ci 9 àèife rien'iïégli'
pour l'entrelenir dans ses boftines dispositions. Je'leur remis aussi' quelles:
petits objets pour faire5 des présent
s'ils rencontraient d'autres saunages.
Un peu a&ldessus dé la maison son-
terminé, y aperçu s un canot dé bois
qui descendait la rivière. Ce canoè
portait trois Indiens qui, dès qu'ils
nous virent, s'empressèrent cfl£gagner
le rivage et de s'enfuir d&ns les bois.
En passant auprès du canot, nous le
reconnûmes pour Pun de' cètèt que-
nous avions vus près dès catJànës^des^
Indiens.
J^Tdbs essayâmes un très-fort" coup
de \ent du sud-sud-est, suivi de beaucoup de pluie. Tandis que nous fû.œes» \ 129 y
«dans ces contrées, c'était le vent qui
y régnât le plus souvent. r'
'Bientôt nous dépassâjrnes un second   ^i,iaa
canot de bois, qu'on avait halé sur le
rivage par la poupe, chose que nous
n'avions pas encore vue.
Mes gens pagayaient avec force , et
nous refoulions le courant assez vite *
■du moins à ce qu'il me semblait ; mais
malgré cela, nous ne pûmes .pas arriver ce jour-là aux jcabanesi où nous
coulions nous rendre. Nous débarquâmes à.neuf keures dix soir j^jnous
plantâmes nos tentes pour passer la
nujt près des hangars de deux familles
qugnous aidons vues précjéjdemmçaaç
dai?s les cabanes.
Dès que je fus à terre, j'allai m'as-
geoir avec les naturels. Ils me donnèrent quelques poissons griUés. Deux
de mes gens qui ne tardèrent pas à
venir me joi&dre , reçurent aussi^qijel-
ques provisions. Le plus jeune des
sauvages quitta les hangars, et ne tq- 1
HP   :
'If II!  ;
il1 ■
1
li ;
(3ô )    I
—«^ parut pas tandis que j'y étaisÇJe tâchai
279^' de me faire entendre de l'autre par
'U11?' signes , et de lui expliquer la cause de
mon prompt retour ; Ge qu'il parut
assez bien comprendre. Quand on eut:
planté ma tente , je m'y rendis , et je
fus étonné de voir que l'Indien ne me
suivait pas ; car pendant le jour et la"
nuit que j'avais passés près des caban es*
ilnem/âj^ait pas quitté Wn seul instant*
NéanrMnns je me couchai sans crainte.
Je n'eus pas même la moindre appré-^
hension pour la sûreté de M. Mackay
et des chasseurs qui étaient en avant*
Nous étions rentrés dans notre canot à quatre heures du matin. Nous
passâmes à côté des cabanes des naturels , où tout nous parut être parfaitement tranquille. Bientôt nous fûmes vis-à-vis de la pointe où nous
avions vu la première fois les naturels ; et à huit heures nous aperçûmes
un peu au - dessous de l'endroit où
nous avions donné rendez-vous à nos ( 3* >
gens, M. Mackay et mes deux chasseurs qui sortaient seuls des ruines
d'une maison dont une partie avait
été emportée par les glaces. Nous
fûmes d'abord surpris et affligés de
voir qu'ils étaient seuls ; et certes notre
inquiétude fut bien plus grande à leur
approche, en voyant la terreur peinte
•sur leur visage. Quand nous débarquâmes , ils nous dirent qu'ils s'étaient
réfugiés dans la maison ruinée, avec
la résolution de vendre cher leur vie ;
qu'ils avaient été dans le plus grand
danger. Voici ce qui leur était arrivé.
Peu après s'être séparés de nous la
veille , M. Mackay et les chasseurs
rencontrèrent quelques-uns des sauvages avec qui nous avions déjà eu
un entretien ; c'étaient probablement
aussi ceux que nous venions de voir
quitter leur canot. Quand M. Mackay
et les chasseurs les rencontrèrent, ils
avaient un air furieux, et ils portaient
l'arç bandé et la flèche prête à partir. mg à
( P& )
Le guide s'arrêta et leur I£t quelque
question^ .que mes chasseurs ne com*
priren^ijpas ; et aussitôt il partit avec
.une extrême vitesse. M. Mackay ne
le quitta pas , et ils ne s'arrêtèrent que
îor^qu'iJs^sirent essoufflés l'un et l'autre flf^i^e d'avoir couru;. Dès queajnes
chasseurs iàs eurent rejoints , le g«jide
dit qu'ofi trarnait contr'eux tous quel*
que complot perfide , et que ce qui le
lui faisait croire, c'est que les naturels qu'ils venaient de voir, lui avaient
Ûi$ q&'iàfi allaient pour faire du mal ,
ma,è qu'ils n'avaient pourtant pas
voulu lui nommer l'ennemi q^Jils
cherchaient.
Le guide conduisit alors nos com-
pagnons par de très-mauvais chemins ,
en les faisant marcher le plus vîte
qu'ils pouvaient. 3Q*»and'i£s le priaient
4e ralentir le pas , il répondait qu'ils
étaient les maîtres de le suivaie comme
ils voudraient ; mais que quant à lui *
U lui tardait d*4tre au milieu de s si ( 33 )
famille pour préparer des  souliers et -——;
d'autres  choses dont  il avait besoin 179"'*
pour le voyage. Cependant ils ne vou-   juin.
lurent pas le quitter, et il ne s'arrêta
qu'à dix heures du soir.  En passant
dans un sentier nouvellement fait, ils
commencèrent  à   être   véritablement
inquiets, et ils demandèrent au guide
OÙ ils étaient ; mais il feignit de ne
pas les comprendre.
Lorsque le guide cessa de marcher ,
M. Mackay et les chasseurs se cou-f.
chèrent à terre , épuisés de fatigue
et. n'ayant rien pour se couvrir. Ils
Paient mouillés; ils avaient froid et
faim j mais ils n'osèrent pas allumdi
du feu, de peur d'être découverts par
quelque ennemi. A la pointe du jour
ils se remirent en marche ; et lorsqu'il
arrivèrerivaux cabanes, ils les trouèrent désertes, et tout ce qui appast
tenait aux naturels dispensé .de coté*
et d'autôse , comme si ce lieutétaifciten-
donné ^pour jamais.
'2. *y
il
*n ( H )
      ^Le   guide fît alors   deux   ou  trois
1793. tours dans le bois, appelant très-haut
jam. ses amis , et poussant des cris comme
s'il eût été en démence. Enfin il reprit
le même chemin par où il était venu ;
et depuis, nos gens ne le revirent pas.
Ce qui augmenta leur frayeur, c'est
que ne nous ayant pas rencontrés au
lieu du rendez-vous, ils en conclurent
que nous avions, été massacrés. Ils
formèrent alors le projet de traverser
les bois, et de se rendre le plus directement qu'ils pourraient sur les bords
de la rivière de la Paix , projet qui ne
pouvait être dicté que par le désespoir?
Ils voulaient pourtant attendre encore
jusqu?à midi ; et si à cette heure-là ils
ne nous avaient pas vu paraître , ils
géraient partis.
Ce changement de disposition chez
les naturels , était aussi dangereux
qu'inattendu ; et je m'épuisai en conjectures sans pouvoir en deviner la
*çause. Tous mes gens étaient saisis j uiu»
Co r
•d'une terreur panique , et ils regardaient comme absolument impossible 1/9
îa continuation de notre voyage. Pour
moi, sans faire la moindre attention à
leur opinion et à leurs craintes , je
leur donnai ordre de mettre à terre tout
ce qui était dans le canot, à l'exception de six ballots. Quand ils eurent
achevé, je laissai quatre hommes pour
garder les effets débarqués, et je repris la route du lieu où nous avions
couché, dans l'espoir d'y trouver les
deux sauvages qui y étaient la veille
avec leur famille, et de les prendre
auprès de moi jusqu'à ce que j'eusse
découvert ce qui avait donné lieu à
l'étrange conduite de cette nation,
Mais je fus trompé dans mon attente
Les deux familles sauvages avaient
quitté leurs appentis dans le silence
de la nuit, sans emporter aucun de
leurs effets.
La fuite de ces sauvages me fit une
vive impression. Ce n'était pas que ( 36 )
 •  je craignisse pour notre sûreté ; car
7:   "   quand bien même  tous les naturels
juin. . . ,      .
' que nous avions vus auraient réuni
leurs forces contre nous , je ne les aurais pas redoutées ; mais cela me faisait présager des obstacles qui m'empêcheraient de continuer mon voyage,
et je ne pouvais pas envisager une pareille idée sans éprouver une extrême
douleur.
Quelles qu'eussent été jusqu'alors
les dispositions flatteuses de mes gens,
ils croyaient en ce moment qu'il ne
nous restait d'autre parti à prendre ,
que de nous en retourner sans délai.
Lorsque je revins vers eux , ils s'é^-
crièrent : ce Rembarquons - nous et
partons. $1 Mais ce n'était pas mon
dessein ; et prenant un ton plus sévère
que de coutume, je leur ordonnai de
décharger le reste de nos effets , et de
haler le canot surla plage.
En examinant les différens objets - .     . ( 37 )
que nous avions , nous nous aperçûmes qu'il nous en manquait plusieurs qui devaient avoir été dérobés
par les naturels. On nous avait pris
entr'autres choses , une hache , deux
couteaux , et le havresac (i) du plus
jeune de nos chasseurs. Alors nous
nous plaçâmes dans l'endroit le plus
propre à nous défendre , nous chargeâmes nos fusils , nous remplîmes
nos poires-à-poudre L et nous partageâmes entre nous cent balles qui
nous restaient. Je mis en même tems
quelques - uns de mes gens à faire
fondre du plomb pour faire d'autres
balles.
Le tems était si nébuleux qu'il mè
fut impossible d'observer la hauteur
du soleil.
( I ) Littéralement le sac des médecines.
Voyez l'explication de ce mot dans les détails
sur les Knisteneaux , vol. ï.**, page 248.
( Note du traducteur. ) \<j,0ijm<  i-^-Ti»
( 38 )
Tandis que nous usions nos prepay
ratifs guerriers, nous vîmes un Indien
qui descendait la rivière dans un canot. Il débarqua près des cabanes,.et
commença à les examiner. Nous ayant
tout-à-coup aperçus , il resta en suspens. Je chargeai un de mes chasseurs
d'aller à lui : mais il ne voulut jamais
consentir à s'approcher de nous. Il
menaça même le chasseur d'aller cher-
cher ses amis pour venir nous tuer ; et
aussitôt il prit la fuite.
Lorsque le chasseur nous raconta ce
qu?il venait d'entendre, je feignis de
croire que ces menaces ne signifiaient
rien, et je les attribuai à ses propres
craintes. Mais il le nia fièrement, et
.me demanda d'un ton fâché et en mer
regardant fixement, s'il m'avait jamais
dit un mensonge? Il ajouta que , quoiqu'il fût jeune , il avait fait la guerre
avant de venir avec moi , et qu'il
m'avait toujours considéré comme un*
feonime sage ; mais qu'il cesserait dé* •     ( 39 5 '
formais  de me regarder comme tel. —	
Pour comble de malheur, nous n'a-  l79^
vionsplusde quoi goudronner le ca-   juin*
not, et aucun de mes gens ne voulait
risquer d'aller dans le bois ramasser
de la  gomme.  Dans cette cruelle si~
tuation , mon espoir était que quelques-uns des naturels viendraient pendant la nuit pour chercher une partie
des choses qu'ils avaient laissées dans
leurs cabanes -, car ils s'en étaient allés
sans   emporter   même   les   vêtemeng
nécessaires pour se défendre des impressions de l'air et de la piqûre des
mouches.
Je donnai ordre de remettre le canot à l'eau , de le recharger et de le
traîner vis-à-vis d'une maison, dont un
côté et le toit avaient été emportés par
la rivière ; mais les autres côtés suffisaient pour nous mettre à l'abri des
personnes qui seraient du côté des
bois. Je fis ensuite planter dans la
«terre  deux  forts  piquets ,   auxquels
m
ft mardi
on attacha le canot, afin que si nous
étions pressés trop vivement , nous
n'eussions qu'à sauter à bord, et à
pousser au large.
Nous fûmes obligés de faire continuellement de la fumée , pour écarter
les nuées de maringouins qui ,  sans
cela, nous auraient tourmentés : mais
nous nous gardâmes bien de faire de
la flamme, parce qu'elle aurait montré à l'ennemi de quel côté il devait
.lancer ses flèches. M,. Mackay, moi et
trois de nos gens, nous  nous chargeâmes de faire alternativement sentinelle , et nous laissâmes les chasseurs
maîtres de faire ce qu'ils voudraient.
Je fus le premier en faction. Mes corn*
pagnons se couchèrent sans se déshabiller. Je plaçai en même tems à quelque distance de la maison , une autre
sentinelle >  qu'on  relevait toutes les
heures.   Le tems était nébuleux , il
tomba plusieurs ondées.
A une heure du matin, j'appelai (4i )   t   |
celui qui devait me relever, et je me
couchai pour  jouir d'une petite por-   179i
tion de sommeil interrompu. A cinq    juia-
heures je me levai ; et comme la position que nous avions quittée la veille,
était préférable   à celle que nous occupions , je   me   décidai  à   aller   la
reprendre.    Quand   nous   y   fûmes,
M. Mackay me dit que mes gens lui
avaient témoigné , sans déguisement ,
leur mécontentement, et déclaré  en
termes très - énergiques qu'ils étaient
résolus à ne pas me suivre plus loin.
Jefeignis de ne pas avoir reçu ce&avis
et je continuai à tâcher  dé trouver
quekfue    moyen   de   me   réconcilier
.avec les naturels, qui seuls pouvaient
me procurer des guides ; car, sans ces
guides , il fallait renoncer à une entreprise dont l'exécution était l'objet
de tous mes désirs.
A midi, nous vînkes un homme qui
descendait la rivière sur un radeau. Il
fallait qu'il nous eût aperçus le  pre- ts
m  ;     ( 4* 1
mîer , cat4 il faisait tous ses efj
pour gagner la rive opposée. Il y débarqua , et s'enfuit aussitôt dans le
bois.
J'observai la hauteur du soleil : je
trouvai 60 deg. a3 min. d'horizon naturel , pris à un mille et demi de dis-*
tance , avec l'œil élevé de cinq pie<|%
au-dessus du niveau de la rivière.
D'après cela , je déterminai la latitude
à 5a deg. 4j min- 5i sec. nord. Mon
sextant ne me permettait pas de me^
surer l'angle avec l'horizon arti^icieL
Pendant que je prenais hauteur, mes
sens se mirent à charger le canot, sans
en avoir reçu l'ordre. Comme c'était
la première fois qu'ils agissaient d'une
manière si insubordonnée , j'en conclus qu'ils avaient formé le projet de
s'en retourner dans la rivière de la
Paix. Je fis semblant de ne pas prendre
garde à ce qu'ils faisaient, et j'attendis les événemens. En ce moment,
mes chasseurs, aperçurent quelqu'un (43)
à la lisière du bois. Je les chargeai
aussitôt d'aller savoir qui c'était ; et
ils revinrent avec une jeune femme que
nous avions déjà vue avec les autres
naturels. Les chasseurs ne comprenaient pas bien ce qu'elle disait, de
sorte que nous ne pûmes pas apprendre d'elle , du moins d'une manière
certaine, la cause de la funeste allarme
répandue parmi ses compatriotes.
La jeune Indienne nous dit qu'elle
était venue dans les cabanes pour chercher diverses choses qu'elle y avait laisr
sées. Il nous parut qu'un des chiens
que nous y avions trouvés , lui appartenait , car il la reconnut et la caressa
beaucoup. Nous traitâmes cette femme
avec beaucoup de douceur ; nous lui
donnâmes à manger, et je lui fis présent de quelques petits articles de clin-
caillerie que je crus devoir lui faire
plaisir. Dès qu'elle témoigna le désir
de s'en aller, nous la laissâmes partir.
Je commençai alors à espérer que la M
tPt-jt?    ff
(44)
-   manière  dont nous avions   accueilli
J79^m cette femme , engagerait les autrélB na-
juin.    turels à revenir en paix , et à nous
donner occasion de les convaincre que
nous n'avions pas des intentions hostiles.
En nous quittant, la jeune Indienne
Remonta le long de la riffère , sans emporter aucune des choëès qu'elle nous
avait dit être venu chercher. Son chien
la suivit.
Le vent fut variable t^ttte la journée,
et la pluie tomba à plusieurs reprises.
Quoique mes gens parussent très-
împatienS de partir, je continuai à
faire semblant de ne pas m'en apercevoir. Le canot était chargé depuis
fort long-tems , lorsqu'à huit heures 9
je donnai orçlre à quatre hommes de le
conduire devant la maison qui, la nuit
précédente, nous avait servi de corps-
de - garde. Cet ordre fut à l'instant
exécuté. Le reste de là troupe partit
aussi pour regagner la maison à pied. (45)
Nous en étions encore à une distance
considérable, et je croyais qu'il était
impossible qu'une flèche pût y atteindre. J'eus alors l'imprudence d'en décocher une , et, à mon grand étonne-
ment, j'entendis qu'elle frappait une
des pièces de bois de la maison. Les
hommes qui avaient conduit le canot,
et qui venaient de débarquer , se crurent attaqués., par des sauvages cachés
dans le bois ; ce qui leur causa le plus
grand effroi. A mon arrivée, j'appris
que la flèche avait passé à un pied d'un
de mes gens. Mais ce qu'on aura peine
à croire, c'est que, quoique cette flèche
n'eût pas de pointe, elle entra de plus
d'un pouce dans un bois très-sec et
très-dur. Ce qu'il y eut de plus fâcheux,
c'est que mes gens profitèrent de cette
circonstance pour insister sur le danger qu'il y avait à rester exposé aux
attaques d'une nation qui possédai^
des armes si redoutables. M. Mackay
fut le premier de garde. Je m'enve* >3
11*
46 ) M II     ' ï-
loppai dans mon manteau, et je më
couchai.
A minuit un bruit qui sortait du
bois, porta l'alarme dans notre petite
troupe, et l'on se hâta de me réveiller ;
mais je n'entendis rien. A une heure,
je relevai M. Mackay. Notre chien
allait et venait sans cesse le long du
bois. A deux heures, la sentinelle m'a*
vertit qu'elle venait de voir à environ
cinquante pas au-dessus d'eux,quelque
chose qui ressemblait à un homme ,
et qui marchait sur ses pieds et sur
ses mains. Après avoir cherché quelque
tems ce que ce pouvait être , je reconnus que la sentinelle disait la vérité , et je crus qu'un ours avait causé
toute la frayeur de mes gens ; mais
dès que le jour parut, il se trouva que
c'était un vieillard à cheveux blancs
et aveugle, qui trop infirme pour fuir
avec les autres naturels , s'était caché
dans les bois , et pressé ensuite par la
faim, avait été forcé de sortir de sa
retraite» (47)
Quand je posai la main sur ce mal-
îieureux vieillard, il fut si épouvanté,
que je crus qu'il en aurait des convulsions. Je le conduisis auprès du
feu qu'on venait d'allumer, et je lui
donnai à manger ; chose qui lui était
très - nécessaire , car il y avait deux
jours entiers qu'il n'avait rien pris.
Lorsque sa première faim fut appai-
sée , qu'il se fut réchauffé, et que je
le vis assez tranquille , je lui demandai
la cause de la'frayeur extraordinaire
que nous inspirions à ses compatriotes,
eux qui, peu de jours auparavant,
nous avaient témoigné de la confiance
et de l'amitié.
Le vieillard me répondit que, peu;
après notre passage, des Indiens arrivés
du haut de la rivière , avaient assuré
les gens de sa nation que nous étions
des ennemis. Notre prompt retour,
ajouta-t il, confirma cette assertion ,
parce qu'il n'était point d'accord avec
ce que nous avions annoncé. Il nous
1795,
j uin.
I dit ensuite que les ^naturels s'étaient
tellement dispersés , qu'il faudrait
beaucoup de tems pour les rassembler
de nouveau.
J'appris à ce sauvage, le véritable
motif de ntatue retour, ainsi que la
désertion de notre guide ; et en même
tems je lui dis* l'impossibilité où nous
étions de poursuivre nofre route , si
nous ne pouvions pas nous procurer
un nouveau conducteur. Il m'assura
que s'il n'avait pas perdu la vue, il
s'empresserait de venir nous montrer
le chemin. Ce bon homme me confirma l'exactitude des détails que les
autres naturels m'avaient donnés sur
le pays et sur la route qui conduit
vers l'ouest. Je ne négligeai rien pour
lui persuader que nous n'aurions que
des sentimens de bienveillance et d'amitié pour les habitans , en quelque
lieu que nous pussions les rencontrer.
Au soleil levant, nous vîmes un
homme d.ans un petit qanot, qui Ion- (49) I v
geait la rive opposée ; et à notre sollicitation le vieillard lui cria de venir ;
mais au lieu de répondre , le^auvage
redoubla ses coups de pagayes pour
mieux profiter du courant. Mes gens
crurent que c'était un espion , et je
fus de leur avis , en voyant un canot
3e bois qui flottait au gré du courant
près de l'autre rive, et dans lequel,
sans doute , étaient cachés quelques
naturels. Il eût fyé inutile, et peut-être
même dangereux pour le succès de
mon voyage, de poursuivre ces sauvages, parce qu'ils auraient pu faire
usage de leurs armes contre nous, et
nous mettre dans la nécessité de leur
rendre la pareille. $&
Le vieillard me dit que quelques-
uns des naturels que j'avais vus à
mon premier passage , avaient re-»
monté la rivière , et que ceux chez
lesquels je m'étais arrêté , au-dessous
de l'endroit où nous étions, avaient
quitté leur station, pour aller dans
1793,
juin. (5ô)
—  les plaines ramasser une sorte de ra-
Jl79^' cine que ces Indiens font sécher , et
juin, qui fôtme une grande partie de leurs
provisions d'hiver. Il me conta qu'une
femme qui s'était cachée avec lui ,
avait coutume de nous observer quand
nous nous promenions sur le bord de
la petite Tlvière voisine. Mais quand
il l'appela, elle ne répondit point j
et il conclut qu'elle était allée joindre
les fuyards. Le vieux sauvage m'apprit
aussi qu'il attendait plusieurs famMies
de sa trîbu qui devaient venir pécher
dans le n&ut de la rivière, afin de se
nlbùritr avec une partie du poisson
qu*îis prendraient, et faire séeher
l'autre pour l'hiver. Dans ces families-*
là le vieillard avait son fils et deux
frères.
D'après tous ces rapports, je crus
qu% était inutile^ de perdre plus de
teiffs dans lelïeu où nous étions, et
je dis au vierrB&rd qu'il fallait qu'A
m adcompagnât pour me présenter ses parens et à ses amis , et que si
nous trouvions son fils , ou ses frères,
j'espérais qu'il engagerait l'un d'entre
eux , ou quelqu'autre naturel à me
servir de guide dan$ le voyage que
je projetais. Il me pria de le dispenser
4e m'accompagner. En toute autre
circonstance, je n'auras pas insisté
pour qu'il vînt ; mais dans la position
où j'étais, je pris le parti de l'y contraindre.
A sept J^eures du matin, nous quittâmes le lieu où nous campions depuis deux jours, et que je nommai
la Crique des. déserteurs| Le vieux
aveugle était si peu dispq&é à nous
suivre , qu'il me mit dans la désagréable nécessité d'ordonner à mes
gens de le porter dans le canot i
mais je puis dire que, dans tout le
cours de mon voyage, c'est la seul©
occasion où je me suisj.permis une
chose qui ressemblait un peu à un
acte de violence.
1793.
juin. Quand le vieillard fut à bord , il
*79^* parla très-haut pendant tout le tems
juin; qu'il crut pouvoir être entendu des
cabanes et de l'entrée du bois ; mais
il s'exprimait alors dans une langue
que mes interprètes ne comprenaient
pas. On lui demanda ce qu'il disait ,
et pourquoi il ne parlait pas une
langue que nous pussions entendre.
Il répondit que la femme qui avait
été cachée avec lui, comprenait mieux
l'diorne dans lequel il s'adressait à
elle, et il la conjura, si elle pouvait
l'entendre, de. venir le joindre au
portage , où il espérait que nous le
laisserions.
| Notre canot éfcait si usé , que nous
ne pouvions presque plus nous en
servir; et il fallait qu'un homme fût
sans cesse, occupé à jeter l'eau qui y
entrait. Nous demandâmes au vieillard, où nous pourrions trouver les
fehoses nécessaires pour en construire
un neuf;   et il   nous dit qu'un peu pluê haut nous verrions beaucoup de
bonne écorce d'arbre et des cèdres.
Nous trouvant à dix heures au-
dessous d'une passe rapide , nous
vîmes deux hommes dans un petit
canot, qui venaient droit à nous. Nous
pensâmes qu'il leur était impossible
de nous échapper, et nous poussâmes
au large afin de les arrêter, en priant
le vieillard de leur adresser la parole.
A peine nous aperçurent- ils qu'ils
-mirent leur canot en travers au milieu
du courant. Je crus qu'ils allaient être
submergés : mais ils gagnèrent le ri-
1793.,
vage, sans répondre aux paroles du
vieillard, que 1er danger de chavirer
les empêcha peut-être d'entendre.
A trois heures , nous vîmes une-
cabane située à l'embouchure d'une
rivière considérable qui coulait à notre
droite. Nous vîmes aussi, à l'embou?-
chure d'une autre petite rivière , sur
la rive opposée, l'empreinte toute
fraîche des  pas   des naturels.   Nous t   ( 54 ) '  , g .   -    .||
débarquâmes , et suivîmes quelque
*790# tems ces traces sans pouvoir trouver
v^u* ceux qui les avaient laissées. Alors
nous allâmes visiter la cabane sur
l'autre rive. Elle était abandonnée :
mais les meubles ordinaires de ces
sortes d'habitations, n'avaient pas été
emportés.
Pendant toute la journée unes gens
furent de très-mauvaise humeur ; et,
comme ils n'osaient pas ouvertement
l'exhaler contre moi, ils se disputèrent et se querellèrent entr'eux. A
soleil couchant , le canot toucha sur
un tronc d'arbre qui y occasionna une
voie d'eau considérable j ce qui fournit
à mes gens un prétexte pour manifester
tout leur mécontentement. Je m'éloignai d'eux à l'instant où nous débarquâmes. Mon ame était dans un état
d'inquiétude et d'oppression , dont à
peine je me souviens, et qu'il me
serait impossible de décrire. Je me
fendis sur une hauteur^ où il y avait (55)
une maison souterraine, dans laquelle
je résolus de passer la nuit.
Depuis que nous avions descendu
la rivière, l'eau avait augmenté ; et
il fallut faire les plus grands efforts
pour refouler le courant, en doublant
quelques pointes.
Nous nous embarquâmes à quatre
heures et demie, avec un tems très-
favorable. A huit heures nous abordâmes dans l'endroit où nous espérions trouver de bonne éc®rce <J.'arbre*
Il yen avait en effet un peu. A midi
nous abordâmes de nouveau , et nous
en ramassâmes autant qu'il nous en
fallait. Il ne nous restait qu'à choisir
une place commode pour construire
un canot : car , ainsi que je l'ai observé plusieurs fois, le nôtre ne pouvait pas nous porter plus loin. A cinq
heures , nous vîmes un lieu qui nous
parut très-propre à nous servir de
chantier. C'était une petite îîe^-pe.u
boisée, et située assez près du rivage,
1793.
juin. juin.
( 56 )
sur lequel croissait une grande quan-
*79*»  tité de spruces.
Nous débarquâmes ; mais avant que
le canot fût déchargé et que nos tentes
fussent plantées, nous essuyâmes uni
orage des plus violens. Le tonnerre
gronda, et la pluie tomba sans discontinuer, jifsqu'à nuit close.
Deux de mes gens qui étaient allés
dans le bois chercher des manches de
hache, virent un daim, et l'un d'eux
HhTtlra sans le toucher. Nous posâmes
un filet dans un remous qui était à la
pointe de l'île. (57)
«U' '     I      _mcE.
CHAPITRE    IX.
JM. Mackenzie continue a remonter le
Tacoutché-Tessé9 et quitte ensuite
cette rivière pour se rendre , par
terre _, sur le bord de la mer,
rri
JL o u s nos gens furent occupés , de
très-bonne heure , à faire les prépara-   l  ^
tifs   nécessaires   pour   construire   un
nouveau canot. Les uns allèrent chercher du bois , les autres du ouatape et
de la gomme. A deux heures ils revinrent , et apportèrent les différentes
choses dont nous avions besoin, à
l'exception de la gomme. Nous craignîmes même de ne pouvoir pas trouver dans les environs, la quantité qu'il
nous en fallait. Après un léger repas ,
chacun se. mit à l'ouvrage.
A midi je pris hauteur , et déterini- 1793-
juin.
samedi
29.
r
•(58)1
nai la latitude de l'île (1) à 53 deg.
2 min. 3a sec. nord.
Le tems continua à être très-beau.
A cinq heures du matin nous nous
remîmes au travail, et dans la journée
le canot fut très-avancé. Celui qui dirigeait cet ouvrage était un très-bon
Komme, mais remarquable par sa lenteur , et toujours plus disposé à manger
qu'à travailler. Je saisis cette occasion
pour dévoiler mes sentimens à cet
homme, et faire connaître à tous les
autres l'état de mon ame , et la manière dont j'avais résolu de me conduire à l'avenir. Après lui avoir fait
des reproches sur la lenteur qu'il mettait dans tout ce qu'il faisait, et sur*
tout dans cette circonstance , où le
tems nous était si précieux , je lui fis
sentir que lui et ses compagnons ménageaient trop peu les provisions qui
nous restaient. Je lui dis que je n'igno-
W»1— ■■■■Ill   ■   I    I ■■■    l I ■ ■■       .   I II I ■        ■   ■■ Mil 11   I    I I     I     I      I —<——1 ■■      ■       .»
(1) Elle a été nommée i'fle du Canot, ( 59 )
rais pas tout-à-fait les  propos qu'ils
avaient tenus, d'où je concluais qu'ils 179^<
désiraient de mettre un terme au juin.
voyage ; que s'il en était ainsi, je désirais qu'ils s'expliquassent clairement,
et qu'ils me déclarassent , une fois
pour toutes , qu'ils étaient décidés à
ïie pas me suivre plus long-tems. Mais
je l'assurai que, quel que fût leur dessein , et malgré tous les obstacles et
tous les dangers que je pourrais rencontrer , j'étais invariablement déterminé à poursuivre ma route.
L'homme à qui je parlais , fut extrêmement mortifié de ce que je lui adressais particulièrement mes remontrances. Il me dit qu'il n'avait pas plus fait
pour me mécontenter que les autres.
Mon objet étant rempli, je laissai tomber cette conversation , et l'ouvrage
continua.
Vers les deux heures après-midi ,
un de mes gens aperçut deux hommes
dans un canot. Ils venaient entre l'île ( 6a )
  et  le rivage. Comme il y avait petf
1790. d'eau , ils reculèrent, et nous crûmes
)mn* que notre vue les avait effrayés. Mais
bientôt après nous fûmes agréablement
surpris, en voyant qu'ils longeaient
l'autre côté de l'île , et en reconnaissant notre guide et un autre sauvage
de ses amis.
Le guide commença par s'excuses?
sur son absence. Il m'assura que depuis qu'il avait quitté M. Mackay, il
né s'était occupé que de chercher sa
famille, qui avait été frappée de la
terreur générale occasionnée par le
faux rapport des premiers indigènes
qui s'étaient enfuis à notre approche.
Il me dit que tous les naturels s'imaginaient que nous maltraiterions ceux
de leur tribu qui étaient plus haut, et
devaient se rendre en grand nombre
sur les bords de la rivière. Il me dis
aussi que, dans l'espoir de nous voir,
plusieurs Indiens de la nation des
Atnahs avaient remonté jusqu'aux ca~ #
banes où nous avions séjourné , et ——
qu'ils étaient très-fâchés contre lui et 179^
ses amis, de ce qu'ils ne les avaient juin.
pas plutôt avertis de notre arrivée,
Çlifin, il ajouta que les deux naturels
que nous avions vus la veille ou l'avant-veille, revenaient de traiter avec
les Indiens des bords de la mer, et
que sonrbeau-frère lui avait fait dire
par eux qu'il avait une hache neuve
pour lui, niais qu'il n'oubliât pas d'apporter en échange une peau d'élan
préparée. La peau d'élan était en effet
dans le canot du guide , et il comptait
trouver son beau-frère de l'autre côté
du portage.
Le retour çh* -guide et les détails
qu'il nous donna , étaient aussi agréables que nqus pouvions le désirer,
et sans doute il est inutile de dire
que nous en avions grand besoin.
J'observai la hauteur du soleil , qui
me donna ce jour-là 53 deg. 3 min.
7 sec. de latit. septentrionale. Avant
m ( 6%t^ *   '
—  midi, mon achromètre se fcrouva exti
i'i
M* :
*79^*   arrière du tems vrai, de t h.  37 m.
jum.    ^2 sec . ce qUi^ avec une immersion
du premier satellite de Jupiter, me
mit à même de déterminer la longitude
de l'île à 122, deg. 48 sec. à l'ouest de
Greenwich.
Le vieux aveugle que nous avions
emmené, parla très-favorablement é&
nous à ses amis, et tous les trois furent  très-gaîs durant toute l'après-
dînée. Toutefois pour que le guide ne
s'enfuît pas pendant la nuit, je pris le
parti de^le surveiller moi-même,
dim.        Le guide et les deux autres sauvages
3o.      furent de très-bonne humeur toute la
journée. D'après ce qu'ils nous dirent,,
nous devions rencontrer plusieurs de
leurs amis au-dessus et au-dessous du
portage. Ils me dirent aussi que quelques-uns de ces amis n'étaient pas <îê?
leur nation, mais qu'ils étaient alliés
des Indiens qui habitaient les bords de
la mer et traitaient avec les hommes
blancs. ( 63 )
Je pris la hauteur du soleil, et je
\
trouvai 5o deg. 3 min. 17 sec. de lat!^ *793.
tude nord. juillet.
Le dimanche au soir , je veillai la lun. 1.
première moitié de la nuit. L'un de
ines chasseurs me proposa de veiller
avec moi, parce qu'il avait compris
par la conversation du vieux aveugle ,
qu'il comptait s'évader pendant l'obscurité. A onze heures j'éteignis ma
lumière, et je m'assis tranquillement
dans ma tente, d'où je pouvais observer tout ce que faisaient les naturels."
A minuit je vis à travers les ténèbres |
le vieillard qui se traînait sur ses pieds
et sur ses mains, vers le bord de l'eau.
Je le suivis tranquillement avec mon.
chasseur jusqu'au canot, et il serait
parti si je ne l'avais pas arrêté. Je lui
fis des reproches de ce qu'il se conduisait aussi traîtreusement envers nous ,
qui l'avions traite avec tant de bien*-
veillance. Il soutint d'abord que son
intention n'était pas de s'en aller, et
■ ii
w ( 64 )
M qu'il avait eu seulement envie de boire*
/^ '  Ensuite il finit par avouer la vérité*
} Nous le conduisîmes auprès   du- feu.
Alors les deux autres sauvages qui se
réveillèrent, et à qui nous apprîmes la
démarche du vieillard, le désapprouvèrent beaucoup, et lui demandèrent
si, en se conduisant avjec cette ingratitude , il pouvait espérer que les hommes blancs reviendraient dans son
pays. Le guide ajouta que , pour lui ,
il n'était pas une femme, et que la
peur ne l'engagerait jamais à fuir.
Mais malgré cette courageuse déclaration de la part du guide, à une heure
j'éveillai M. Mackay; etaprès lui avoir,
raconté ce qui venait de se passer, je
le priai de ne pas dormir jusqu'à ce
qu'il rae^t debout,
i Je ne me levai qu'à sept heures. En
sortant de ma tente, je fus étonné de
ne voir ni le guide ni son ami. Mon
appréhension augmenta encore quand
j'obseryai que le petit canojift était pas iJÙ je Favâts vu \& defile. JeCranahtrai J
aussit^ ce qu'élàîféht devenueîfëfWffe    7y •
sauvages;  è^^^él^Wès - uns   de  mes   )ùulet*
gens me répondirent graVe^nén¥ tfût'ils
avaient remoiifé la'r?v^.ère , et îa^lsé Te?
Vieillard avec nous. D'un autiîê: c&tê f
M. Mackay me dit qu'ayant été tSèP1-
occupé autour d$C carïôï qu'on construisait, iP ne s'étëeÉil; aperçu dxPd^épart'
des deux    nà'tùfëls,   qu'après    qu'illr
avaient eu doublé fi£pô2étâé'.' L'un dés1
chasseurs m'âpprift aîors  que , dès  la
poittte du jour", le guide avait tfémoi-
gff& le dé.fîiftîê p,afr£i¥ au lever du soleil, pour  aller joindre  sé^attffts  er
no^s^t tendre.  J'esp^ai qu'en ef¥etrlf
noW âtteiicYtàk. ;   mais  l'indifférence
de m$s gens, qui l'avaient laissé parler sans me rîéîri ditfé y rëv'eËlfâ' dân'à'
mon esprit de cruelles réflexions.
Durant toute lâ^ matinée le  tems
fet beau. U$&§ Ôfe^fVa^étif solarre mîfe?
donna 53 àêg. 3 rfiSn. 3^'séc. de lati
3. <66>
       L'après-midi, à cinq heures , notre
*79^# nouveau canot fut prêt à être lancé à
' *■ l'eau. Il était beaucoup plus solide que
le premier. Cependant, sans la gomme
que nous tirâmes de celui-ci , nous
n'aurions pas pu empêcher que l'autre
ne prît beaucoup d'eau. Mes gens qui
depuis que nous étions dans cette île ,
n'avaient pas cessé un seul moment de
travailler, passèrent le reste de la journée à se nettoyer et à se rafraîchir.
Le vieux aveugle ayant témoigné
qu'il ne pouvait pas nous suivre plus
loin, par plusieurs raisons qui probablement étaient très-mensongères , je
ne crus pas devoir encore forcer son
inclination. Nous mîmes nos armes en
bon état, ce qui fut bientôt fait, parce
que nous en avions toujours le plus
grand soin.
Il plut toute la nuit. A trois heures
et demie , nous nous embarquâmes.
Avant d'entrer dans le canot, j'offris
au vieillard de le conduire où il m'a- (67)
vait dit que devaient être ses deux
frères et son fils : mais il refusa de ve-   1793.
nir. Alors je lui fis donner quelques   juillet.
livres de pémican , et je lui dis adieu,
ainsi qu'à l'île *à laquelle je donnai le
nom d'Ile du Canot,
Pendant que nous séjournâmes dans
cette île , nous fumes cruellement tourmentés par les mouches, et particulièrement par les mouches à sable , que
je crois être les plus insupportables de
tous les insectes de la même grosseur.
Je fus obligé de diminuer la ration
de mes sens . et de les astreindre à ne
faire que deux repas par jour, règlement très - cruel pour un voyageur
canadien. Un de ces repas était corn-
posé d'œuf s de poisson séchés, piles
et bouillis dans de l'eau avec un peu
de farine et un peu de graisse. Ces diverses choses réduites à la consistance
d'une bouillie un peu épaisse , formaient un mets nourrissant et assez
agréable. Les Indiens ramassent avec (68)
soin les œufs de poisson. Ils les font
79 ( sécher, et les conservent dans des pa-
juillet. niers d'écornée d'arbre. Lés oeuls de
poisson que nous mangeâmes, avaient
été trouvés dans lesihuttes des premiers
naturels qui prirent la fuite à notre approche.
Tandis que nous étions dans l'îïe
dti'Canot , la*rivière dïminua de deux
pièWss
En partant, je donnai à chacun de
mes gens un coup de rum qui , en ce
moment, était pour eux une chose
très-agréable. Ils étaîèht extrêmement
contens d'avoir un nouveau canot Bien
supérieur atfpremier, et de songer, eiï
même tems , que c'était l'ouvragé dêP
leurs mains.
A onze heures, nous arrivantes au-
dessous de la passé rapide. L'iibnfme
qui était sur le deVant du canot, sël
ressouvenant de fit frayeur qu'il avait
eue en descendant cette passe, proposa de  charrier sur la   montagne^ i        <69) ..-. f c
le canot e£ la cairgaMon.  Alors je le ,.
menaçai  de prendre   moi - même  sa 1790,
.place;  et   en même tems,  je^ui fis juillfèê.
voir combien âj. y avait de différence
dans l'état dgjtejiiyière qui était effec-
-^yemfent de quatre pieds et demi pluis
'basse qu'à naine premier passage.
Le courant paraissant moins fort sur
la rive occidentale , je traversai la rivière : mais je lis auparavant débarquer
M.  Mackav et nies deux chasseusrs ,
j *
pour qu'ils tâchassent de trouver quelque bête ikuve câans les bois. Nous lon-
geibnes long-toosg*, à^&p&ga$re, les ro-
jehers qpà bordent la rivière du côté de
l'ouest ; après quoi Hiousifôihes obligés
<de nous servir de la ctordelle, en gravissait un rocheiitr^-jé&exstet à pic, de
plus de cinquante pas de long, lequel
jsemblaii&devoir opposer à notre marche
«in obstaclediisurmontable. Tous mes.
gens furent d'abord d'avis de regagner
l'autre côté de la rifgère: mais j'orr
donnai à de^jashommes de prendre un
444-4 '■y te'AHar,
l'ii
1790.
juillet.
- a;#tf''      (  7° )   a "..,»
petit rouleau d'écorce, avec la cor-
délie qui avait soixante-dix brasses de
long , et de monter sur les rochers ,
pour descendre ensuite de l'autre côté
•de celui qui barrait notre passage. Là*,
ils devaient attacher le bout de la cor-
delle au morceau d'écorce, pour-^&
ie courant nous le portât^ et ensuite
haler le canot. Ce moyen était difficile
à employer, même assez dangereux";
mais il réussit. Pour suivre le bord de
l'eau , depuis le haut du rocher, les
deux hommes furent dans la nécessité
de se coucher en tirant la cordelle, ejt
de la rouler ensuite autour d'un arbre.
En redoublant ce travail , nous fraif*
chîmes la passer rapifle ; mais ayant
ensuite deux cascades à passer, nous
fûmes deux fois obligés de mettre le
canot à terre , et de le charrier^avèè
sa cargaison. Nous ne mîmes que-deux
heures à remonter cette partie difficile
de la rivière , en y comprenant même
le tems qu'il fallut pour fermer un
Vit!
,#1 (70      ,. f
trou qui s'était fait au canot par la —
négligence du timonier. 1790.
Nous nous attendions à trouver là juillet.
quelques naturels : mais il n'y en
avait pas un seul. Nous crûmes seulement reconnaître que le guide , son
sompagnon et deux autres , avaient
passé le portage. Nous vîmes sauter
plusieurs poissons qui nous parurent
être des saumons. Le vieux aveugle
nous avait dit que nous étions dans la
saison où le gros poisson commence
à remonter la rivière.
Nos chasseurs nous rejoignirent,
sans avoir vu la moindre trace d'aucune espèce d'animal. Nous continuâmes à refouler le courant. Il avait
^èu de rapidité ; mais nous étions souvent arrêtés par les arbres renversés
sur les bords de la rivière. Nous .atté-
rîmesà huit heures du soir. Ce jour-là
nous fûmes singulièrement incommodés par les mouches.
La pluie tomba abondamment toute mer.& -f |.( 7- ) *'| , . v
la nmt, etJJ y en eut encore un peu Ip
2 799 * matin. A quatre heures, nous entrâmes
juillet, dans n/^tre \panot. 4- dif^teur^, nous
^rivâme^ à r^e^bouj^iure^'u^e p€$ite
jiviè^e, qui me ^mbla,/Jj|Tjoir être celle
quj? les najmr^jls mjavaient di^ qu'il
fallait remonter lorsqu'pn vçnlaijl^^
j^n^ire à la mer. Nous^n^^n^çs donc
xjfôns cejte ï$Yè^F& i et &PUS t^çji,âmes
^tijrj^ç ; g^s nj}ps n/aperg|l$ines ni
se.s traces ni cejies d'aucun autre In>-
dien. Mes preng^ge^ ; ^qu^j^des se
renouvelèrent. Je .craignais Que si je
fl/^Ss§9è? ceête rîvJi|re, je m'exposeï^^.
à ne pa^ rencontrer les naturels, et à
JKQir ensujLte meSr£en&tT&£user &W $&*:
lrP3^f|. D'un feutre c§té , je ne p#Jig§j£
j^ls rn'cmp^çj^çjc de pejnsejr q^iS Yifgy
rait c|ç la folie à ijous hasarder au
mjLrnW ^es bois » ^^s a?ifOir un; ggjjde
pQU^((nous concil^ff la ^ien^fji^lance
des premiers habifans qjje nou&rgnj*
g^yjjrerionp.  j|y$|yj, après avoir fait
i \
< 73 )
beaucoup de réflexions douloureuses,  ■
je  résolus /Je  m'expliquer tout-à-fait 179^*
avec mes gens , {ejt cet£e résolution fut juillet,
pour moi un gran.ql sgvujagement.
Je commençai par rappeler à mes
compagnons la promesse réeeiïté et
solemnelle qu/ils m'avaient faite en
descendant la rivi^rç,. Puis je leur dis
que je croyai§ que le Vieux où nous
nous prouvions , était celui d'où les
ind^gèniçs p,a,r^aient ppjicialler sufeàes
bords ,de lai mer ; et quel; j'avais résolu
d'essayer si cette route nous y cpndui-
è&it-Jeteur oblgrvaiqu'jWlaitt passible
ijue,tan/liis que nous nous prépaierions
h ce vpy^ge y le gui€e, qui nous avait
quittés , ou quelqu'a,u&^ sauvage vînt
nous délivrer de l'embarras où nous
irions. p
Je m^aperims, avec beàucoiïp de
satisfaction , que pies gens n'avaient
pris aucune résolution certaine. Quelques-uns d'entr'eux déclarèrent .sur-
le-champ qu'ils voulaient^-J^^e^s^r \e§ •'.•c-
(74)
•  bois avec moi.  D'autres dirent qu'il
179^' vaudrait peut-être mieux remonter
juillet. encore quelques lieues , parce que
nous pourrions y trouver notre guide,
ou nous en procurer un autre , et
qu'en tout cas nous pourrions revenir
à 1-embouchure de la petite rivière.
Je consentis à suivre ce plan : mais
avant de m'éloigner de la rivière dû.
Chemin de l'ouest (i) , je chargeai
quelques-uns de mes gens d'aller examiner les bois dans différentes directions , et je. remontai %ioi-même jusqu'à une certaine distance le long de
la rivière , qui ne me parut être navigable que pour de petits canots^
Deux de mes gens trouvèrent un bon
sentier conduisant sur une montagne
qui était précisément derrière nous,
kïïe m'imaginai que ce devait être la
grande route.
(i) C'est le nom que M. Mackenzie donna
alors à la rivière» à      - (?5)
A quatre heures après - midi , nous
continuâmes à remonter leTacoutché- 179^-
Tessé. A peine y avait-il trois-quarts juiuft,
d'heures que nous étions sur l'eau,
que nous aperçûmes deux canots, qui
voguaient avec le courant. ILes naturels qui les conduisaient ne nous
eurent pas plutôt vus qu'ils gagnèrent
le rivage, et nous abordâmes au même
endroit qu'eux. Il se trouva que c'était notre guide avec six de ses amis.
Le guide était vêtu d'une belle robe
de peau de castor peinte ; ce qui fit
que nous eûmes d'abord peine à le
reconnaître. Il nous pria tout de suite
de convenir qu'il ne nous avait pas
trompés ; et il déclara, en même tems,
qu'il avait constamment eu l'intention
de tenir sa parole. Alors pour le récompenser de sa loyauté , je lui fis
présent d'un gilet, d'une paire de
grandes culottes, et d'un mouchoir.
Les si*x amis du guide nous examinaient avec là plus grande attention.
w I       (76)
»  J'appris que deux d'entl'eux faisaie iff
WÈ0i partie des jia^irels que nous avions
jEullef. vus les pr^nqfier^.si^r les bords de la
rivière ,-njej; qp&â. àjnotre aspect s'étaient
enfuis si rapidement. Ils *ne dirent que
nous leur épions causé ta-njt d'épou-
Viaaa^e £rqirjtis avaient éi-éde^ux jours
Sans oser s.® rapprocher de l^iirs ca-
bai&es,;j££ qu'à leur retour ,oiJLs avaient
trouvé Ja^iïâ grande partie de leujF#
effets ^détruite par le feu, qui s'était
étendu autour du foyjerj^i
Ces saxw^ges me direct ensuite qu'ils
3i'é£aig©ibpas de la mêi^e tribu que les
autres, (^pendant je nj3 trouvai aur
«jupe j^ifîejgejî.çe entre leur idiome et
çeluk 4^ISfLgaïfer^. Jï^) sfeppellent le#
^asco$fd-&iï&e&d?Êïï¥$ cabanes sett^^r
vaiegït p. qsoJ-que digçange de 1/gndro j(
/OÙ nous étions. Elles étaient situées
sur le bog<jl d'un petit la£, où ils
pêchaifent. Si notre guidé n'était pa$
allé chercher çfes sauvages en cet enduit , nous n'aurions pas vu un être (77 )
humain sur les bords* de l& libère.
Ils m'assurèrent que, dans le voyage . cjf;
que je me prop'osëis^de faire, le cnemin
le plus court était celui qiàv j^ass&it à
côté de leurs h&têifetions, et rfe mè
conseillèrent de le prendre.
Nous entrâmes dans notre Canot de
très bonne heure , et, d'après le con.^éiff
de notre guide, nous nousTëridlmes à
la débarcadère , oit l'on prend le dhe-
niin   qui   conduis  aux  cabanes   des
Indiens-Nascoud.   Ce  qui nous embarrassait  en   ce m'ornent, c'était de
pouvoir nous séparer ni o m enM:anéxfi^rft^
des naturels , afin de caèfher une partie
de nos   effets que   nous ne vôuliëfts^
pas emporter   en nous rendant ver^1
l'ouest',  et; qu'il e%t été sans doute
imprudent de confier aux  sauvage^
Pour cet effet, Mr. Mackay et^'un dfo1
mes chasseurs s'embarquèrent avec l^3
guide et ses amis, et Bientôt nous léèP
perdîmes de vue. Dans notre premiere*
cache, nous laissâmes un sac de pi- micàn, du poids de quatre-vingt-dix
79^» livres, deux sacs de riz sauvage, un
juillet, ggtit baril (i) de poudre. Avant de
mettre ces objets dans la terre , nous
les enveloppâmes d'une toile cirée et
d'une peau préparée. Nous cachâmes
ensuite, dans un autre endroit, deux
sacs de maïs et une balle de divers
articles de marchandises. Ces objets
furent enveloppés et enterrés de la
même manière que les précédens.
Lorsque nous eûmes achevé de cacher nos effets, nous refoulâmes le
courant jusqu'à huit heures et demie.
Alors nous abordâmes à l'embouchure
d'un ruisseau où nous attendaient nos
amis.
Il nous fallut laisser là le canot et
les autres objets que nous ne pouvions
pas emporter. Nous élevâmes un écha-
faud sur lequel nous mîmes notre canot renversé ,  et nous le  couvrîmes
(i) Un baril de quatre pintes. i
m i79)
&vec de petits arbres et des branchages , pour le garantir du soleil. Ensuite 179^-
nous fîmes, avec des pièces de bois juillet*
verd, un encaissement de dix pieds
de long sur cinq de large, dans lequel
nous déposâmes ce que nous étions
obligés de laisser, et nous mîmes pardessus plusieurs grosses pièces de
bois.
Tandis que nous nous occupions de
ce travail, notre guide et ses compagnons étaient si impatiens de partir,
que nous ne pûmes pas empêcher le
premier de prendre le devant. Un
autre sauvage nous attendait , mais
aussi avec beaucoup d'impatience ,
pour nous conduire au lieu où le guide
avait promis de nous attendre.
A midi nous fûmes prêts à entrer
dans les bois, entreprise sur laquelle
je ne ferai point de réflexions préliminaires , laissant à mes lecteurs le soin
de les faire eux-mêmes.
Nous   emportâmes quatre   sacs et
(M
m
Tx 3*
IlSiij
•;;
1793.
juillet.
I.    (8o> Ï   1111
deïM dé jJénSicaii f ï), une boîte cbiï«*
tenant mes instrùmens , un a^sturfiS*
ment de cllncaillerie, et d'autres ofj^Vs1
pesant quatrevingt-dix-livres', et de
la pô^dffè et des balles qui peiâÇènt
pour le moins autant. Chacun des
Canadiens portait une charge de
quati^-vingt-dix livres , indépendant-*
ment de son fusil, d'un peu de poudre
et de quelques balles. Les Mfiëns
portaient Quarante-cinq livres de pé-
mica^l chacun. Mais ils étaient t¥ès-
fâchés d'avoir à charrier autre chose
que leur fetal et leur giberne ; et s'ils
l'avaient osé, ils nous auraient abandonnés sur-lé^cftfëlmp. Jusqu'alors je
les avais exemptés du travail ; miajfé'M
moment était venu* où je né pouvais
plus avoir les mêmes ménagë^hens.
M. Mackay portait fingt-deux libres
detpémican, du riz et du sucré, le
tout pesait environ soix:à1ri%e-dix HvreW
(1) Pesant &fck~go liffes ehacjIfK J*eus une charge pareille. Je portais
en  outre mon télescope en bandou-   179^
lière, ce qui me gênait beaucoup. juillet.
Avant de partir, nous prîmes la résolution de ne faire que deux repas
par jour ; ce qui ne devait nous Causer
aucun embarras , parce que la plus
grande partie de nos provisions n'avait pas besoin d'être cuites.
Enfin, nous nous mîmes en marche.
Nous commençâmes par une montée
fort roide, d'environ un mille de long.
Le sentier était bien battu ; mais il traversait un pays inégal , pierreux, et
couvert de bois. Nous avions déjà
chaud, à Cause de la fatigue, lorsque
la pluie commença à tomber. Elle
dura presque toute l'après - midi • et
lorsqu'elle cessa, nous n'en continuâmes pas moins à être mouillés par
l'eau qui tombait des branches du
taillis.
Vers les six heures et demie, nous
arrivâmes près de trois cabanes indien-
3. 6
fi* (82)
nés. Noiîs y trouvâmes notre gui<
79 j et d'après ce qu'il nous dit, nous nous
juillet, décidâmes à y passer la nuit. Nous
fîmes ce jour-là, environ douze milles
géographiques droik à l'ouest.
A soleil couchant, un homme assez
âgé et trois autres indigènes arrivèrent. Ils venaient de l'ouest. Le premier portait une lance semblable à
une hallebarde. Il l'avait achetée des
Indiens du bord de la mer, qui eux-
mêmes l'avaient eue ëh trafiquant
avec les blancs. Cet Indien nous
dit que quand on n'était pas trop
"chargé , il ne fallait pas plus ae six
jours pour se rendre chez la nation
avec laquelle lui et les siens faisaient
leurs échanges ; et que de chez cette
nation à la mer, il n y avait pas tout-
à-faii deux jours dé marche.
Les naturels nouspropiosêrent d'envoyer en avant deux jeunes hommes ,
pour  prévenir de  nôtre marche les
différentes TO
jp qui nous de- . (83)
vions passer, afin qu'elles ne fussent 	
pas surprises en nous voyant , et 179^
tfu'eïles nous accueillissent avec bien- juillet,
•veillance. Je ne pouvais qu'approuver
une pareille mesure ; et pour bien disposer en notre'faveur les deux messagers , je leur iis d'avance un léger
prisent.
Nos hôtes étaient assez mal pourvus
de vivres, a. cause de la saison. Ils ne
purent nous donner qu'un peu de
poisson sôc qui, je crois, était de l'espèce des carpes. Ils possédaient plusieurs choses qui venaient d'Europe.
L'un d'eux avait une bande de peau
qui me Jfarut être de loutre de nier. Il
la tenait des habitans des c&tîes , et fl
'«te la céda en échange d'une croix de
•cuivre et de quelques grains de verroterie.
Nous nous couchâiraes avec autant
de 'sécurité que si nous avions été
accoutumés depuis long-tems à vivre
avec nos hôtes. Certes , nous ne pou- (84 )    I   •       '
 vions pas faire autrement ; car notre
179^* nouvelle manière de voyager était si
juillet, fatigante, que nous avions grand besoin de passer la nuit à nous reposer.
ven. 5. Le mardi au soir, nous ne fûmes
-pas plutôt couchés , que les indigènes
«e mirent à chanter. Leur chantj était:
tout différent de celui que j'avais 3|us-
qu'alors entendu parmi les sauvages.
Il n'était accompagné ni par la danse,
ni par le tambour, ni par la crécelle ;
mais il consistait en sons doux , mé-
lanjcoliques, d'une mélodie assez agréable , et ayant quelque rapport avec
le chant d'église.
Les naturels m'ayant prié de ne;pas
les quitter de trop grand matin, je
n'engageai qu'à cinq heures nos deux
jeunes messagers à se mettre enjr/oute.
Ils furent prêts sur-le-champ. Je dis
aJbors au guide qu'il était tems de partir ; mais il s'enexcusaen disant qu'il
n'avait pas besoin de nous açcpmpa-
.gner plus loin, parce que les deux m
( 85 ) I
jeunes gens le   remplaceraient très-        fe
bien. Je savais qu'il serait inutile de   a79
. l'Ilot '
lui faire des remontrances : ainsi , je 1 * |
me soumis à ses caprices. Toutefois je
crus devoir l'avertir qu'un de mes
gens avait perdu sa dague, et je le
priai de faire ensorte qu'on la retrouvât. Il me demanda ce que je lui donnerais si , par le moyen de ses enchan-
temens , il la faisait reparaître. Un
couteau fut le prix que je mis à cet
effort de négrornancie. Alors on mit
ensemble toutes les dagues et les cou-
teaux que nous avions. Les sauvages
formèrent un cercle tout autour , et le
sorcier se plaça au milieu du cercle.
Quand tout cela fut bien arrangé, le
sorcier se mit à chanter , et les autres
l'accompagnèrent en chœur. Au bout
de quelques mom ens , il me montra la
dague, qui était plantée dans la terre ,
et il me la rendit.
A sept heures , nous nous disposâmes à partir. Alors le.guide qui I  deux heures auparavant, m^avait dit
179 • qu'il renonçait à son emploi, me pro-
juillee. posa de le reprendre; je l'acceptai.
Il nous conduisit jusquessur lesbords
du petit lac dont j'ai parlé un peu plus
haut. Nous y trouvâmes triais familles
indiennes.
Les deux jeunes sauvages qui avaient
entrepris de nous conduire, ne pouvaient pas bien se faire comprendre
de mes chasseurs ; ce qui rendait cgnux-
ci encore plus méconteias. J'essayai
d'engager un Indien de moyen âge , qui
habitait les bords du lac, à nous accompagner jusques chez la peuplade
voisine ; mais il ne le voulut pas, à quelque prix que ce put être. Je fus donG
obligé de me contenter des guides que
nous avions déjà, encore fallut-il les
attendre jusqu'à ce qu'ils se fussent
pourvus de souliers pour le voyage.
J'échangeai, sur les bords du lac,
deux demi-sous , l'un portant l'empreinte de Georges III, Poutre frappé (B
7
dans l'état de Massachuset, en 1707. -——
Les sauvages les percèrent soudain, et WÊm
les suspendirent aux oreilles de leurs JUI
enfans.
J'éprouvai beaucoup de désagrjépaent
sur les bords du petit lac, par rapport
à la manière dont les habitans traitèrent mes chasseurs. Ils crurent que
ceux-ci appartenaient à une tribu qui
vit dans les montagnes , et qui est leur
ennemie naturelle. Un indigène dont
la physionomie était extrêmement sévère , me dit qu'il avait reçu un coup
de poignard d'un des parens de mes
chasseurs , et en mj|me tems il me
montra une cicatrice pour preuve de
ce qu'il avançait. D'après tout cela,
je fus bien aise de me remettre en
route.
Nos guides nous firent d'abord traverser un bois épais , qui bordait le>
lac, et dans lequel nous ne vîmes point
de sentier. Après avoir fait un mille et mm
demi, nous perdîmes le lac (i) de vu
"A
179^'   Nous passâmes alors une crique _, et
juillet,   entrâmes dans un chemin battu qui
traverse un pays découvert, où l'on
voit çà et là quelques cyprès.
A midi , le ciel s'obscurcit , et la
pluie tomba avec force pendant plus
d'une heure. Nous nous mîmes à couvert sous notre légère tente de toile
cirée. Quand nous nous remîmes en
route, je priai les guides qui n'avaient
aucun fardeau , de marcher devant,
et de battre les buissons qui étaient
mouillés : mais ils le refusèrent, et je
me chargeai moi-même de le faire.
Nous côtoyâmes un second lac, et
traversâmes une crique qui y communique. Selon ce que me dirent les
guides, cette partie du pays est remplie de castors. Nous vîmes le long
du chemin, beaucoup de trapes ten-
(i) Ce lac a environ trois milles de long et uei
mille de large,. (89)
dues  pour   prendre   les lynx et les
martres.
A environ un quart de mille de
l'endroit où nous étions arrêtés pour
laisser passer la pluie , la terre était
couverte de grêle , et à mesure que
nous avançâmes , nous vîmes les grêlons plus gros. Il y en avait de la grosseur d'une balle de fusil. Ils blanchissaient la terre dans une étendue de
plus de deux milles.
A cinq heures après midi, nous arrivâmes sur les bords d'un troisième
lac, Nous étions encore menacés de
l'orage ; et comme nous avions été
assez mouillés dans la journée , nous
ne voulûmes pas nous exposer à l'être
de nouveau. En conséquence , nous
dressâmes notre tendelet. Il plut abondamment toute la soirée ; de sorte que
nous nous décidâmes à passer la nuit
en cet endroit-
Dans la journée , nous vîmes trois
de ces huttes que les sauvages de ces
17<
juillet. \
:i:!i1:.iiJ
! -S |
it' ( 9°5
contrées habitent durant l'hiver. Elles
1790. avaient des murs fort bas, et un faîtage
juillet, soutenant une couverture de branches de l'arbre qui£ournit!e baume du
Canada. Un de mes gens ayait une douleur dans le g0nou , qui le faisait beaucoup souffrir.. Comme nos guides ne
portaient que leurs robes de peau de
castor , leurs arcs et leurs flèches , je
les fis prier de prendre u0p partie de
la charge de cet homme : mais on ne
put pas leur faire comprendre un seul
mot à ce sujet.
sam.6. Je me levai à quatre heures du matin. Comme nous nous serions trouvés
dans le plus grand embarras si nos
guides avaient déserté pendant la nuh%
je m'étais décidé à proposer à l'un d'eux
de coucher à côté de moi ; ce qu'il avait
acceptéi Ces sauvages n'ont d'autre
couverture, la nuit, que leurs vêtemens
de peau de castor ; et ceux de mon
compagnon de lit étaient remplis de
vermine. Cependant je les étendis sous V   91   );;
lui et sous moi, et nous nous couvrît  ——|
mes avec mon manteau de camelot.   x79 j
Le guide avait les cheveux bien frottés iuift?&
d'huile de poisson , et le corps enduit
de terre rouge ; de sorte que je croyais
que cette odeur, jointe à la vermine,
m'empêcherait de dormir. La fatigue
l'emporta   sur ces inconvéniens  :   je
reposai profondénaent toute la nuit.
Je marchai en avant , comme la
veille, afin de faire tomber l'eau qui
restait sur les branches des arbres et
.sut les buissons qui bordaient le chemin. Nous marchions avec toute la
diligence possible. Le pays que nous
traversâmes, était uni, et avait peu de
taillis. Nous n'y vîmes d'autres grands
arbres que des sapins.
A. huit heures , nous joignîmes le
chemin que nous devions d'abord
prendre, en partant des bords du Ta-
coutché - Tessé , et qui, sans doute ,
était le plus court. Nous vîmes la rivière du Chemin de l'ouest, qui ser- • f f 93 )        '; | ■
pentait dans une vallée. Nous n'avions
1793.   point rencontré d'eau depuis le matin,
juillet,   et nous étions tourmentés par la soif:
mais la rivière était si loin, et il fallait
descendre une côte si roide pour  y
aller, que nous nous contentâmes d'y
PI jeter nos regards.  Cette rivière   nous
parut plus considérable en cet endroit
qu'à  son  embouchure.  Je crois que
les Indiens  ont  raison  de dire: que
leurs canots peuvent y naviguer;
Nos guides nous prévinrent que désormais le chemin étant commode et
bien battu , ils allaient prendre le
devant, pour avertir de notre arrivée
la peuplade voisine. Cette séparation
me parut très-désagréable ; parce que
je songeai qu'il dépendait d'eux de se
cacher à une centaine de pas, et ensuite de rebrousser chemin. Je leur
dis qu'il vaudrait mieux que l'un d'eux
restât avec nous, pendant que deux de
mes gens laisseraient leur charge derrière , et accompagneraient l'autre aux (9M
cabanes :   mais ils ne voulurent pas
.écouter cette proposition , et nous les  ^79^'
eûmes bientôt perdus de vue. juillet.
Je donnai alors ordre au Cancre de
poser ce qu'il portait, de prendre ses
armes, sa couverte, avec quelques provisions , et de me suivre. Je recommandai en même tems à mes gens
de marcher le plus vîte qu'ils le pour-
jsaient, les prévenant que je les attendrais dès que j'aurais pu former quelque liaison avec les indigènes que je
rencontrerais..; ;
Je marchai avec toute la promptitude dont je fus capable; mais je ne
pus joindre mes guides qu'auprès d'une
famille indienne. Les naturels ne mon-
r£$èrent aucune crainte ; et le chef de
la famille causa très-volontiers avec le
-Cancre, 4©.-gui il se faisait beaucoup
mieux eg^endre que les guides. Ceux-
ci l'avaient déjà informé du sujet de
notre vovage.  Il nous montra une
ses femmes,  en disjant qu'elle était *79^
juilfe^
f (94) m
née sur le bord de la mer1, dont noue
n'étions j*as très-éloignés. Cette femme
avait   beaucoup   plus   d'embonpoint
qu'afâcune des autres femmes sauvages
que j'avais 3&ies. Elle était petite, et
avait le v&âige long, les yeux gris et le
nez un peu épaté. Elle était parée dé
diverses espèces d'ornemens, tels que
des bracelets de cuivre, d'airain, de
corne, et de gros grains de verroterie
bleue, qui pendaient à ses oreilles, en-
3tburaieat soli cou et serpentaient dasék
ses cheveux. Elle portait une tuâique,
par - dessus  laquelle  était  une  robe
d'écorce tressée ,  dont   le   bas était
garni d'une frange de peau de loutre
de mer. Depuis que  jetais au-delà
des mbnfàgaes-rocheuses, cette femme
oétâk la^reiflière à qui je voyais une
tunique : ^tôîafe les autres n'avaient
qu'une simple couverte att&chée au-
dessus des  hanéhes.  L'indienne   du
bord der4a mer s'exprimâj£ facilement
dans la langue de son mari, et nous (95)
assura, comîâe lui, que nous n'étions ■"
pas très-loin de la côte. Elle nous dit X79D
aussi qu'elle et le reste de  la famille îul * "
étaient en route   pour   aller pêcher
dans le Tacoutché-Teséé. (i)
Ces sauvages me parurent avoir un
grand !respect pour l'âgjè ; car ils portaient tour-à-tour une femme, que son
exttfème vieillesse empêchait de marcher, et qui était presqu'aveugle.
Bids gens arrivèrent et s'arrêfèïefît
|>our se reposer. Je priai aloris lè%
guides de reprendre le devant. Le
plus âgé me répondit qu'il n'irait pas
plus loîft : ïnâfe que les naturels avec
qui nous étions, feraient accompagner
son frère pflr un de léti.rs enfafts. Je
me cf*us encore heureux de ce que
nous n^taoîts Cas abandonnés par
tous ces sauvages.
N6us reprîmes notre marche àrmidi
lèt au bout de deux heures, nous ren-
m\ tmé
—— contrâmes deux sauvages avec leurs
1793. familles. Ils étaient assis et semblaient
juillet, se reposer.Cependant, dès qu'ils nous
aperçurent ils se levèrent, et saisirent
leurs armes. Les jeunes guides qui
marchaient derrière nous , coururent
en avant et leur parlèrent. Aussitôt
les sauvages posèrent leurs armes, et
nous reçurent en amis. Ils venaient
de manger des baies et du poisson sec,
A peine nous les eûmes joints , que
nous vîmes arriver une femme et un
enfant, qui venaient de chercher de
l'eau à la rivière , et qui nous en
donnèrent à boire avec beaucoup
d'honnêteté.
Cette petite troupe avait un air
de langueur, ce qui provenait de
quelque maladie, ou de l'indolence
si naturelle aux sauvages , ou peut-
être même, de l'une et de l'autre. L'une
des femmes avait une raie tatouée sur
le menton, de la même longueur que
la bouche. i79°*
'aille t.
Les deux jeunes guides me dirent
^qu'ils ne voulaient pas aller plus loin ,
«et que les hommes que nous venions de
rencontrer prendraient leur place. Ces
hommes quittèrent en effet leurs familles  avec un air aussi  indifférent
crue si   elles leur eussent été totalement étrangères. Mes chasseurs com-
prenaient fort bien l'un de   ces sauvages.   Il  avait  demeuré  parmi   les
indigènes du bord de la mer,  et ne
les   avait quittés  que depuis   peu. Il
nous dit que nous approchions d'une
rivière qui n'était ni longue ni large,
mais dont les bords étaient habités^
et que dans la baie où elle versait ses
eaux ,  un   grand   canot .,   avec  des
hommes blancs , arrivait tous les ans*
dans  le tems   où les   feuilles   com-
.mejpcent à pousser.  J'imaginai qu'il
voulait désigner le commencement du
mois de mai.
Après  nous  être remis en route ,
nous traversâmes un pays très-inégal,
' 'W< 7
o ( 98 )
/
iff
.
—- et tout à-la-fois montueux et maréca-
a79^« geux. Nous fûmes fort souvent arrêtés
juillet, par des arbres renversés qui barraient
le chemin. A cinq heures , hous^fûmes
surpris par une forte ondée , mêlée de
grêle; et commé'nous étions très-fatigués , nous campâmes pour passer là
nuit près d'une petite rivière.
Nous fîmes ce jour- là, dix "milles
Vers le sud-ouest, et' douze  ou quatorze milles  droit à l'ouest.   Je  crus
devoir  prendre la même   précaution
que la nuit^précédente : j'eus pour lit
da moitié de lia robe de peau de castor
<d'un de mes guides,
dim.       Le samedi soir  je fus si occupé à
7-     questionner mes  guides,   que je ne
'songeai pas à monter ma montre marine.  Je ne PaVais pas'encore oublié
depuis   mon    départ   du   fort    Chi-
piouyan (i).
A cinq heures du matin nous nous
k '^èàS&i     été ^0$tl:MM'^Éi:.. it^WiÊ-â
i   n ■ --■ -    ■ *—  -
(i)Xe il octobre 1792» |     ( 99 )  . I      %
mîmes en route.   Nous traversâmes  . „
d'abord deux montagnes couvertes dé 1793.
sapins (1), de peupliers, de bouleaux lulliet«
blancs et de plusieurs autres espèces
d'ar£>res. Nous descendîmes ensaœke
dans une plaine ,,où nous trouvâmes
un chemin commode qui pasâsèit au
milieu d'une forêt de cyprès. Après
avoir fait environ quatorze milles vers
l'ouest, nous vînmes près de deux
petits lacs. La rivière les traverse tous
ffe^V; et .nous suivîmes un chemm
qui passe'sur une chaîne de collines ,
et est parallèle au cours de la rivière.
Nos guides ayant aperçu des Indiens qui étaient à une certaine distance devant nous , hâtèrent le pas
pour les joindre. A leur approche ,
l'un des étrangers s'avança avec une
hache à la main. C'était le seul homme
de la troupe ; il avait avec lui deux
femmes et deux enfans.  Quand nous
..
(1) De spruces. %
179^
juillet.
fe
Hit' i loû ï ; ;^^
les joignîmes, la plus âgée des fem-
^mes, qui probablement était la mère
de l'homme, s'occupait à arracher les
mauvaises herbes dans un espace cir-
xaalaire d'environ cinq pieds de dia-
«nètre, et notre présettce n'interrompit
point un travail prescrit par le respect dû aux morts. C'est dans -ce
lieu, objet des tendres soins de cette
femme , qu'étaient les restes d'un
époux et d'un fils; et toutes les fois
qu'elle y passait, elle s'arrêtait pour
leur payer ce pieux tribut.
Dès que nous eûmes pris notre re-
Tpas du matin (i), nous poursuivîmes
notre route. Vers les trois heures |
nous vîmes des Indiens en plus grand
nombre que les premiers. Ils furent-
d'abord un peu effrayés ; mais bientôt
ils se laissèrent approcher. Leur troupe
(i) L'on a vu plus haut qu'ils n'en faisaienl
.çjue deux par jour. était composée de sept hommes, d'au-     ■    «;
tant de femmes et de plusieurs enfans.  * 793 °
Il nous fallut encore   changer   de juàleti-
suide. Nous continuâmes à suivre le-
même côté de la rivière   jusqu'à six
heures du soir. Alors nous la traversâmes. Elle avait environ cent pas fie
large , et nous v eûmes de l'eau fus-
qu'au   izenou.    Comme   nous   étions
extrêmement fatigués, nous voulions
faire halte sur le bord de la rivière r
pour   nous  reposer   jusqu'au  lende~
main : mais.- le guide  nous conseilla
de marcher   jusqu'aux  établissemens
d'une famille de ses amis, qui, disait*-
il, n'étaient pas loin.  Nous y arrivâmes à sept heures et demie-. Le guide
était allé en avant, et nous procura un
accueil paisible et bienveillant. Avant *
vu un filet qu'on faisait sécher, je dis
a notre hôte de le poser dans la rivière ^
ce qu'il fit à l'instant. Ensuite il me
présenta quelques poissons secs.
Ce j our-là nous fîmes environ douze*
/JU W'
1793.
juillet.
lun. 8.
(   102   )
milles au sud-ouest. Une partie du
chemin traversait tm vaste marais où
nous eûmes presque toujours de la
bourbe jusqu'aux genoux. L'après-
midi il tomba plusieurs ondées. Je
voulus prendre hauteur ; mais lorsque
je l'essayai , il était plus de midi.
Là rivière était presque immobile
devant la cabane où nous couchâmes ,
et elle formait un petit lac. En plusieurs autres endroits elle présentait
le même aspect.
■ La pluie tomba toute la nuit, et ne
nous permit de partir que long-tems
après sept heures du matin. Le guide
m'apporta cinq petits poissons bouillis
qu'il avait mis dans une gamelle d'é-
corce d'arbre. Il y avait deux ou trois
carpes ; mais je ne connus pas l'espèce
des* autres. fî|
Après avoir fait sécher  nos  vête-
niens , nous nous mîmes en marche.
Il était alors près de huit heures. NGtre
guide continua à nous accompagner* C io3 ) g
Il paraissait très- satisfait d'être avec	
nous ; mais il ne possédait pas autant x795-
d'intelligence que Geux que nous juillet,
avions eus précédemment. Cependant
il nous apprit que le lac que traversait
la rivière, s'étendait jusqu'au pied de
la montagne. Il nous dit ensuite qu'il.
espérait rencontrer neuf hommes
d'une tribu qui vivait sur le bord septentrional de la rivière.
Nous vîmes avec étonnement plusieurs bassins réguliers , dont les uns^
étaient pleins d'eau, et les autres vides.
Leur talus, depuis le bord jusqu'au
fond, formait un angle de quarante-
cinq degrés, et leur profondeur perpendiculaire était d'environ douze
pieds. Ceux qui étaient pleins d'eau ,.
laissaient apercevoir du gravier sur les
bords ; et.ceux quiétaient vides étaient
tapissés d'herbe et de diverses plantes,
parmi lesquelles je reconnus le sénevé
et la menthe. Nous remarquâmes plusieurs autres endroits que la rivière
m
•561
3 m
xyc)3,
juillet.
I  ( i°4 )
avait laissés à sec, et où croissaient
ces mêmes espèces de plantes.
Nous longeâmes une chaîne de collines très-inégales, dont les hauteurs se
couronnaient de peupliers. On voyait
dans les autres parties quelques taillis
et beaucoup d'herbe. Les vallées intermédiaires étaient arrosées par des
ruisseaux. Il me parut très - extraordinaire que , dans un pays où il y
avait beaucoup de végétation, nous
ne vissions aucune espèce d'oiseaux
ni de quadrupèdes.
A deux heures après-midi , nous
arrivâmes au bord de la rivière la plus
considérable que nous eussions vue
depuis que nous avions quitté notre
canot. Elle s'ouvrait impétueusement
un passage à travers et par-dessus un
amas de grands rochers qui s'oppo«-
saient à son cours.
Nous, fîmes seize milles vers le sud-
sud-ou est, en suivant les bords de lé"
rivière, à laquelle on peut donner là. (io5) ..|jj
le nom de lac. Le chemin était com- -
vm
mode.   Nous   marchâmes   ensuite  à 179^*
l'ouest quart de sud, et nous fîmes dix juillet,
milles ;   après quoi nous campâmes.
Nous étions fatigués et mouillés, car $P
avait plu les trois quarts de la journée.
La rivière que nous longeâmes
abonde en poisson. Elle se jette dans
la grande rivière au-dessous de l'endroit où nous nous arrêtâmes.
La pluie tomba abondamment pen- mar. gl
dant presque toute la nuit ; et comme
nous en reçûmes une partie , nous
fûmes obligés , le matin, de faire sécher nos habits. Nous ne partîmes
qu'à sept heures et demie.
Voyant que nous ne trouvions aucune espèce de gibier , et pensant bien;
qu'à notre retour , il nous serait difficile de nous procurer des provisions,
je crus devoir en faire mettre en ré-^
serve. En conséquence, j'envoyai les
Indiens devant, ainsi que mes gens, à
l'exception de deux hommes qui en^
J
VSu
lili. ( io6 )
—   terrèrent un  demi-sac  de pémican
h
179^m   dans   l'endroit  même  où   l'on   avait
juillet,   allumé du feu.  On  peut  se rappeler
que nous  avions fait de même pour
celui que nous cachâmes sur les bords
du Tacoutché-Tessé.
Nous   eûmes   bientôt   rejoint   nos
gens ,   et   nous   continuâmes    notre
route, le long de la rivière ou plutôt
j   du lac.
A midi, je pris hauteur : mais l'observation fut inexacte, à cause de la
quantité de nuages qui obscurcissaient le ciel. A cinq heures après
midi, nous nous aperçûmes que la
rivière se rétrécissait , et une heure
et demie après , nous vînmes dans un
endroit où nous devions la passer
et où nous trouvâmes un petit radeau.
Il commençait à tonner, et bientôt
il tomba des torrens de pluie : aussi
n'allâmes-nous pas plus loin.
Nous marchâmes , ce jour-là, à-peu-
près au sud , et nous fîmes vingt-un ( ,o7 )
milles , à partir du lac dont j'ai déjà •	
fait mention. Nous découvrîmes dans 179ô'
l'éloignement,   par - dessus des hau- juillet,
teurs intermédiaires d'une grande élévation , les sommets d'une chaîne de
monts couverts de neige.
Nous tuâmes un aigle gris, un aigle
à tête blanche, et trois perdrix grises.
Nous vîmes dans la rivière deux loutres,
et sur ses bords , plusieurs cellules de
castors. Quand la pluie cessa , nous -
prîmes quelques petits poissons , et
nous raccommodâmes le radeau pour
nous en servir le lendemain.
Nous nous préparâmes de très-bonne mere,
heure à passer la rivière. Elle avait en- 10.
viron trente pas de large ; et il fallut
cinq voyages du radeau , pour passer
toute notre troupe. Un peu au-dessous
du côté où nous passâmes , nous trouvâmes une petite rivière affluente, qui
venait du côté où nous allions. Elle
courait avec beaucoup de rapidité.
Quand nous eûmes fait environ trois îoo
cents pas , nous vîmes qu'elle formait^
^79°' un lac. Le chemin qtte nous suivîmes,..
juillet,  passait àda-fois le long de ce lac et am
pied d'une magnifique chaîne de col*-
lines tapissées de verdure.
A huit heures et demie, nous atteignîmes l'extrémité du lac. Nous y
vîmes deux maisons placées au milieu
du païsage le plus délicieux. Elles
n'étaient point habitées ; mais comme'
il n'y manquait pas de meubles, nous
jugeâmes que ceux à qui elles appartenaient ne devaient pas tarder à revenir. Il gavait près des maisons , plusieurs tombes ^ objets pour lesquels
les sauvages montrent toujours beaucoup de respect, et où ils ne laissent
jamais croître l'herbe.
Demi-heure après nous être remis»
en* marche , nous arrivâmes dans
un lieu où l'on avait construit momentanément deux cabanes, dans lesquelles logeaient treize Indiens. Nous?
&r<ouyânies ayec eux notre guide g qu-L. - f,- ■ ( 109 ) ■ jf
Xious avait précédés pour nous procurer un accueil favorable. Les cabanes l793*
étaient séparées l'une de l'autre , et i^lUuto
commodément placées pour pouvoir
.pêcher dans la rivière. JLes habitans
s'appelaient les Slaoua-couss-Dinaïs,
^dénomination qui , autant ty^e put me
l'expliquer mon interprète , signifie
les hommes-poisson-rouge. Ils avaient
l'air plus propre , mieux portants et
plus agréables que les autres indigènes
de ces contrées , ou du moins que ceux
-.que nous avions vus jusqu'alors. Cependant , quoique leur nom me fît juger qu'ils étaient de la même nation (i)
-que les autres , mes interprètes les
comprenaient très-mal; de sorte que
je n'espérai pas en tirer beaucoup de
renseignemens.
Quelques-uns de ces sauvages avancèrent qu'on ne mettait que quatre
(i) Il est tiré de la langue çhipiouyanue,
M *tt
/fa c     ( "o ) ;• ■
   jours pour se rendre à la mer ; d'au-*
179°- très prétendirent qu'il en fallait six ;
juiiiet. || y en ava[|- même> qui portaient ce
voyage à huit jours: mais tous assurèrent également qu'ils l'avaient fait'.
Ils n'eurent ni la moindre crainte
ni la moindre défiance à notre égard.
Quand nous tirâmes quelques coups
de fusil, ils ne montrèrent que de l'é-
tonnement, qui , comme on peut l'imaginer , fut encore bien plus grand,
dès qu'ils virent un de nos chasseurs
tuer un aigle à une distance considérable.
A midi, je pris la hauteur du soleil,
et je trouvai la latitude du lieu à 53^ deg.
4 nain. 3a sec. nord. Je croyais, avant
cette observation, que nous étions plus
au sud.
Je nie rendis avec un de mes gens,
un des chasseurs et legjuide _, dans quelques cabanes qui-étaient à un millede
celles où nous devions passer la nuit.
A notre  arrivée ,  les  naturels  nous
\ présentèrent un plat de petites truites
bouillies ( i ). Ce poisson aurait été
excellent, saris le goût que lui avaient
communiqué, et la chaudière qui était
d écorce de sapin blanc , et une espèce
d'herbe sèche avec laquelle on l'avait
fait'cuire. La petite truite , la carpe
rouge et la carpe blanche sont les
seuls poissons que j'ai vu pêcher dans
cette rivière.
Les Indiens chez qui me mena mon
guide , me parurent mener une vie
assez douce. Ils font beaucoup moins
travailler leurs femmes qu'on ne le
voit communément parmi les sauvages . et ils se contentent d'une seule.
Zj
Peut-être aussi que ce dernier usage
provient plus de la difficulté de se procurer des subsistances , que d'une répugnance pour la polygamie.
Mon guide me prévint qu'itne pou-
(i) Lepâb$ttn>CÉue les Anglais appellent jàb. .
• ' H'   ' (i12 ) '       ; JL
vait pas m'acçompagner plus loin Je
m'arrangeai avec deux des naturels ,
juillet. p0ur qu'ils prissent sa place ; mais
comme ils ne pouvaient partir que le
lendemain , je ne voulus pas suivre le
conseil qu'ils me donnaient de prendre
le devant, et je me décidai à les attendre. Après avoir distribué quelques
petits présens aux femmes et aux en-
fans de mes guides futurs, j'allai rejoindre mes gens.
Nous prîmes alors un autre chemin.
Nous passâmes à côté de deux bati-
mens Macés entre quatre arbres, et
élevés d'environ quinze pieds au-dessus du sol. J'imaginai que c'étaient
| clés magasins où l'on serrait des pro-»
visions pour l'hiver.
Malgré ce qu'avaient dit les guides |
à quatre heures après-midi ils vinrent
nous joindre, et nous nous mîmes en:
marche le long du lac. Nous allions
très-vîte, et"â~six heures nous arrivâmes
à son extrémité. Nous entrâmes alors jeudi
II.
S|        ( n3)
çans un sentier beaucoup plus battu ,   =-*
et a sept heures et demie nous nous  179:>*
arrêtâmes pour passer la nuit. Nous  juillet*
fîmes ce jour-là treize milles au sud-
sud-ouest ,  et six milles à l'ouest.
Je passai une nuit extrêmement désagréable. Je fus jusqu'à minuit incommodé par les mouches , et ensuite
inondé de pluie. Le matin le tems
s'éclaircàt ; et dès que nous eûmes fait
sécher nos habits, nous nous mîmes
en route à travers un marais. Un incendie avait dévasté ce canton ; de
sorte que les arbres renversés que nous
rencontrions à chaque instant, ajoutaient beaucoup aux désagrérnens de
la route. A notre gauche s'étendait
une haute chaîne de rochers ..parallèlement au chemin. ■ -
- Il recommença^ pleuvoir ; mais cela
ne nous empêcha pas de marcher jusqu'à midi. Alors nos guides se mirent
à l'abri de la pluie ^sous des arbres.
Nous dressâmes notre tendelet de toile
yr
*
o.
8 wr.'
mm
mm
... 1 ( jpf
—— cirée , et nous allumâmes du feu J
Ï793. quoiqu'avec assez de peine. Vers les
juillet, deux heures la pluie cessa, et nous
nous remîmes en route. Le pays était
aussi marécageux que celui que nous
avions traversé le matin. A trois heures
nous découvrîmes un lac. Alors le ter-
rein commençait à s'élever graduellement jusqu'à une chaîne de montagnes
dont les sommets étaient chargés d©
neige.
Bientôt nous aperçûmes deux traces
de pas d'homme, toutes fraîches, qui
semblèrent étonner nos guides. Cepen~
dant ils supposèrent qu'elles avaient
été faites par des indigènes qui étaient
venus dans ce canton pour pêcher ;
la pluie continuait à tombër^>âr intervalles. A cinq heures, nous étions^si
mouillés, et nous avi5fis tant froidp
que nous prîmes le parti de nous arrêter jusqu'au lendemain.
Ce jtiur-là nous passâmes sept ruisseaux et une crique. Comme j'estimais
|W P '   ("S)
ordinairement la direction des chemins -
d'après le soleil, je ne puis dire exac- 179ô<
ifement celle que nous suivîmes dans juillet,
cette journée, parce que le tems fut
trop couvert ; mais je crois qu'elle était
à-peu-près la même que la veille. Nous
ne rîmes pas moins de quinze milles.
Nos nouveaux guides commencèrent
à se plaindre de notre manière de voya*
ger, et annoncèrent qu'ils voulaient
notts quitter. D'un autre côté , mes
«liasse urs qui étaient également mé-
contens, se conduisaient de manière
à augmenter nos désagrémens.
En outre , je craignais que la mer ne
fût plus éloignée que je ne l'avais d'abord cru ; et dans cette appréhension
je pensai qu'il était indispensable de
diminuer d'un tiers la consommation
journalière de nos provisions, chose
qui déplut singulièrement à mes gens,
mais qu'il fallut pourtant mettre soudain à exécution.
Nous partîmes à cinq heures du ma- y*"u" 0
'li
Jm
pt !
in
1
(116)
tin. Le tems était très-nébuleux. Quand,
179^* nous arrivâmes pjçès du lac, nous vîmes
juillet, plusieurs traces de pas d'hommes qui
allaient sur le bord de l'eau. Je pensai
que quelques Indiens devaient être
à la pêche de ce côté-là. Ce lac n'a pas
plus de trois milles de long et d'un
mille de large. Nous dépassâmes ensuite quatre autres petits lacs, dont
deux étaient à notre droite et deux à
no^re gauche. Nous vînmes sur le bord
d'une petite rivière , qui prenait sa
source à notre droite, et nous la traversâmes sur une digue construite par
les castors. Nous approchâmes ensuite
d'un lac plus considérable que les pré-
cédens, et nous le laissâmes à droite.
Les montagnes des deux côtés de la
route étaient couvertes de neige. Nous
vîmes encore un lac à notre droite , et
bientôt nous atteignîmes une rivière ,
que nos guides nous dirent être la
même que nous avions passée sur un
radeau ; ils nous direnj| aussi qu'elle i **7 )     -i,  *
Jetait navigable pour les petits caanots ,        ~~
è. partir de la grande rivière, excepté     79
dans deux passes rapides , l'une des-  *u
quelles nous avions vue. Ici elle avait
plus de vingt pas de large\$ et beaucoup de profondeur. L'un des guides
se jeta à la nage pbur aller chercher
\ùn petit radeau qui était sur la rive
opposée. Nous agrandîmes le radeau ,
et ensuite nous traversâmes la rivière
en deux voyages» Quatre de mes gens
'Aimèrent mieux nagerj que  de  s'em**
barquer sur le radeau.
Nos guides nous menacèrent une
seconde fois de nous quitter. Je fui
obligé de leur donner diverses choses
et de leur en promettre davantage,
pour les engager à rester jusqu'à ce.
cfue nous pussions trouver quelques
autres* indigènes qui voulussent les
remplacer.
A quatre heures après midi, nou3
traversâmes la même rivière que nous
avions passée le malin. J'étais avec les
«ET
'
' a-cfr (   li8   )
——_ guides un peu en avant du reste de la'
1793. troupe, et jèlrn'assis pour l'attendre. A
juillet, peine mes gens nous eurent-ils joints,
que leslîguîdes se remirent à marcher
avec tant,de vitesse,.qu'il me fut impossible de les suivre. L'un des chasseurs
qui n'était point chargé comme nous ,
les atteignit. Alors ils s'excusèrent, en
disant au chasseur qu'ils n'avaient pris
le devant, que pour prévenir de notre
approche les indigènes qu'ils croyaient
arëifcontrer, et les empêcher de nous
percer de leurs flèches.
A sept heures du soir, nous étions
si fatigués, que not$è> campantes , quoique nous n'eussions pas rejoint nos
guides. Nous avions droit devant nous
les montagnes couvertes de neige. En
ramassant du Sois pour faire du feu ,
nous aperçûmes un chemin de traverse, où il paraissait qu'on avait passé
depuis sept ouHfeuit jours. Nous nous
trouvions alors dans une situation extrêmement inquiétante, et les appré> ( i*9)
hensions de mes compagnons étaient de
nature à ne pouvoir pas se dissiper faci-* * 79 \
lenient. Il fallait cependant essayer de '
les leur faire oublier. Je leur rappelai
donc tous les périls auxquels nous
avions été exposées , et la manière
inattendue dont nous y avions échappé ; et je leiîr dis qu'il fallait espérer
que nous ne serions pas moins heureux en cette occasion. En m,ême-tems,
je leur observai que nous ne pouvions
pas être à une grande -distance de la
mer , et que nous n'avions pas beaucoup d'indigènes à rencontrer, avarrt
de nous trouver au milieu de ceux
qui , fréquentant la côte et étant accoutumés à vêàr des blancs , seraient
disposés à nous traiter avec bienveillance. Tels furent les raisonnemens
que j'employai pour encourager mes
gens ; et j'eus la satisfaction de voir
qu'ils n'étaient pas sans effet.
Le  tems fut nébuleux une grande
partie de la journée. Le soleil ne partit «am»
i3.
(   Î20  )
qu'à trois heures après midi ; et comme
nous étifons environnés de montagnes
couvertes de neige , l'air était si froid,
que la célérité de notafe marche ne sufr
fïsait pas pour nous néchauffer.
Nous fîmes ce-^our - là au moins
trente-six milles en allant vers le sud.
Le pays que nous traversâmes était
pierreux, stérile et rempli de chaînes
de montagnes et de collines, sur lesquelles croissaient quelques cyprès.
Nous dépassâmes quelques marais, où
nous ne vîmes djautre objet consolant
que quelques traces de daim.
Le matfn , le tems était beau, mais
froid. Nous souffrîmes beaucoup pendant la nuit, parce que nous étions
iMop peu couverts. A cinq heures,
nonsinous réchauffâmes autour d'un
g,i?and feu ; puis nous recommençâmes
à marcher, sans trop sajoir si nous
suivions la bonne route. Au bout d'une
heure, éîgynt arrivés à la lisière d'un
is, nous aperçâmes uiue maison si- i
( I"")
tuée au bord d'une petite rivière, et
entourée  de verdure.  La  fumée qui 179*>*
sortait de cette maison , ne nous laissa juillet,
pas douter qu'elle ne fût habitée. Soudain je dirigeai mes pas de ce côté-là,
pendant que mes compagnons effrayés
ne me suivaient que de loin et avec
beaucoup de répugnance. En regardant
en arrière , je vis que pour me joindre,
ils prenaient un sentier d'environ 5o pas
de long. J'étais déjà très-près de la maison , avant que les habitans m'eussent
aperçu. Mais tout - à - coup j'entendis
une femme et des enfans qui poussaient
des cris horribles. Le seul homme qui
était avec eux se sauva à l'instant par
une porte de derrière. Je m'élançai et
j'empêchai la femme et les enfans de
-le suivre. L'homme eut bientôt gagné
le bois. Je criai en vain à mes interprètes de lui parler : ils étaient si épouvantés , qu'ils semblaient avoir perdu
l'usage de la voix. Il est impossible de
décrire les terreurs et la désolation des (   122   )
gens de la maison. Ils se croyaient sur-
*79 •  pris par des sauvages ennemis, et s'at-
jiulJet.   tendaient  à  être   massacrés   sur - le-
champ , comme cela ne manque jamais d'arriver dans ces cas-là.
Nos prisonniers étaient trois femmes et
sept enfans, quiprobabîement faisaient
partie de trois familles différentes. A
force de douceur, de paroles rassurantes et de petits présens, nousparvîn-
. mes à calmer leurs alarmes. Alors l'une
des femmes nous apprit que Les hommes
étaient partis trois nuits auparavant
pour aller trafiquer chez les Annahs(i),
nation dont le territoire était à trois
journées de marche du lieu où nous
nous trouvions. Elle nous dit aussi
que du haut des montagnes couvertes
déneige, qui étaient devant nous, on
pouvait   voir   la mer.   Ensuite,   elle
ifixhfm
(i) Les C&îptuiyans donnent le 'même nom
aux Knisleneaux.    fW sen
(   jfegj   )
nous fit présent de deux poissons secs.
Je priai cette femme de rappeler 1?9
l'homme qui s'était enfui , et de l'en- 'm
gager à nous conduire dans le chemin
qui menait à la nwic. Ce sauvage ne
tarda pas à se montrer, parce que les
femmes et mes interprètes lui crièrent
que nous n'avions pas envie de lui
faire du mal ? mais tout cela ne le
rassura pas assez pour qu'il osât revenir dans la maison. Je pris alors le
parti d'aller vers lui, en lui montrant
un couteau, des grains de verroterie
et d'autres bagatelles , pour l'engager
à s'approcher de moi. Pour toute réponse , il me montra d'un air;hostile,
son arc et ses flèches ; et quand il eut
fait plusieurs gestes bizarres et rne-
îiaçans, il disparut de nouveau. Enfin,
il se présenta encore d'un autre côté du
bois , et après beaucoup de pourparlers
entre lui et mes chasseurs, il rentra
dans la maison, et s'engagea à nous
accompagner. m ■       ( i*4 )    ,
Vendant  ces  négociations, je de-
179^* mandai  à visiter les filets et les pa-
juillet. niers qui étaient dans la rivière. Les
femmes y consentirent volontiers ;  et
ijly trouvai vingt petits poissons , dojlfc
la plupart étaient  des truites et des
carpes.   Je donnai  à   la femme  qui
m'accompagnait, un beau   couteau ;
présent   qui lui  fit d'autant plus   de
plaisir qu'elle ne s'y attendait pas.
Nous vîmes alors venir un homme
qui descendait d'une colline, et qui
parla très-haut depuis l'instant qu'il
parut jusqu'à ce qu'il fut près de
no us.Le sens de ses paroles était qu'il
s'abandonnait à notre miséricorde ;
jque nous pouvions le tuer si c'était
notre plaisir , mais que , d'après ce
qu'il avait entendu, il espérait notre
bienveillance plutôt que notre inimitié. C'était un hommed'un âge un
peu avancé,?qui avait tum extérieur
décent. Je lui fis un petit présent
pour le rassurer et le bien disposer ■. 11
II
(i*5)
en notre faveur. En ce moment l'autre —
homme revint suivi d'un jeune garçon.   1/9^#
L'un et l'autre étaient fils du vieillard,  juillet.
Le premier me présenta plusieurs poissons secs , que je considérai comme
une offrande de paix.
Après avoir conversé assez longtemps avec ces Indiens, et sur le pays
qu'ils habitaient, et sur la route que
nous devions suivre , nous allâmes
nous coucher, l'esprit rempli d'idées
bien différentes de celles que nous
avions eues en nous levant.
Pendant la plus grande partie de
la journée le tems fut nébuleux; et
lorsque le sAleil ne paraissait pas
il faisait extrêmement froid pour la
saison. A midi, je pris hauteur, et je
déterminai la latitude où nous étions
à 52 deg. 58 min. 53 sec. nord. L'après-
midi , je comparai l'heure de mon
achromètre avec le tems vrai.
£■ Le matin nous eûmes un beau soleil.
Le vent soufflait de l'est. Nos hommes .
féïmâ
mM
m
m
111
( 126 )
visitèrent les paniers avec lesquels ils
. ?    *  péchaient, et y trouvèrent une grande)
e '   quantité de petits poissons. Nous en
fîmes cuire autant que nous crûmes
pouvoir en manger. '^B
Ce déjeûner retarda notre départ
jusqu'à sept heures. Alors nous nous
mîmes en route avec le vieillard et
ses deux fils. Comme je n'avais pas
besoin du plus jeune, et que je ne
me souciais pas de le nourrir, je
dis à Son père de le laisser chez lui ,
afin qu'il pût aller à la pêche pour
les femmes. Il me répondit qu'elles
savaient pêcher elles-mêmes, et que
je ne devais pas craindre que ni lui
ni ses enfans touchassent à mes provisions, parce qu'en voyage ils étaient
accoutumés à se sustenter avec des
herbes et avec la seconde écorce des
arbres. Il me montra, en même tems,
qu'il portait à son côté une lame d'os
pour écorcer les arbres. La partie de
l'écorce qtt%n mange est glutineuse C 127 )
pâteuse et d'un goût assez doux ;  et
les Indiens  du fond   de   l'Amérique 31793.
septentrionale,   la regardent    plutôt  juillet.
comme   une   friandise, que    comme
une chose dont on doive communément se nourrir. Ma
Le vieillard me dit qu'on pouvait
traverser les montagnes pour se rendre
à la mer ; mais que comme il n'y avait
pas de chemin battu, et que nous ne
raccourcirions que d'un jour, il valait
mieux suivre la route ordinaire.
Nous fîmes cinq milles à l'ouest^
en côtoyant un lac. Ensuite nous traversâmes une petite rivière et un
marais, en marchant vers le sud-
ouest. En sortant du marais, nous
commençâmes à monter graduelle-
ment, jusqu'à ce que nous arrivâmes
au sommet d'une colline , où nous
jouîmes d'une vue très - étendue du
côté du sud-est. Nous vîmes de ce
même côté à environ trois milles de
distance, une grande  rivière qu'on f; '   ^793-
il '
juillet.
ft
1
|llii
w *
nous   dit être   navigable   pour
canots.
La descente de la colline était plus
roide que la montée. Au-delà de cette
colline nous montâmes sur une autre,
dont le sommet était moins élevé ,
mais d'où nous découvrîmes une
chaîne de montagnes chargées de neige, que4notre guide nous dit être baignée par FOcéan.
Nous laissâmes à notre droite un
petit lac ; puis nous traversâmes une
petite rivière qui y portait ses eaux.
A une heure après-midi, nous nous
arrêtâmes dans une maison , de la
même construction et de la même
grandeur que la dernière que j'ai
décrite, mais beaucoup mieux faite.
Les bois étaient équarris sur deux
faces et pelés sur les deux autres.
Le faîtage, travaillé de la même matière, se prolongeait de huit ou dix
pieds sur le devant de la maison, et
soutenant un appentis,  au - dessous ( 129 )
Auquel se trouvait la porte. Le bout de
ce faîtage était sculpté et représentait *79^
une tête de serpent. Des figures et juilw%
des hiéroglyphes sculptés et peints
avec de la terre rouge, décoraient l'intérieur de l'édifice. Les habitans de
cette maison l'avaient quittée récemment. Nous y vîmes plusieurs sacs et
plusieurs paquets , auxquels je ne
permis pas qu'on touchât. On voyait
près de la maison deux tombes revêtues de planches bien travaillées,
et couvertes d'écorce d'arbre. Il y
avait aussi divers poteaux peints , l'un
desquels était équarri. A ces poteaux
étaient suspendus plusieurs rouleaux
d'écoree d'arbre.
D'après ce que me dit le vieillard qui
nous servait de guide, il paraît que
les habitans de ce canton ont deux
manières de rendre des devoirs aux
morts. Mais j'avoue que, soit à eau se
du peu de connaissance que j'avais du
langage, soit par rapport aux erreurs MS* 7
i   ■
31793.
juillet.
T*^4*
^3
?l I
f i
il
'    f ;   ' '(   l3o  )
de mon interprète, je puis avoir-mal
compris le vieillard. Voici ce qu'il me
semble d'abord qu'il disait.   L'usage
des indigènes  est de brûler le corps
des morts, à l'exception des os les plus
gros, qu'ils enveloppent d'écorce d'arbre, et qu'ils suspendent à des poteaux.
Le second sens de son discours est ,
qu'on   commence   par   enterrer   un
mort, et que quand une autre  personne de la famille meurt, les restes
<le celui  qui l'a précédée sont détei>
rés et brûlés  de  la manière dont je
l'ai expliqué tout-à - l'heure. Ainsi les
membres d'une famille sont successivement   enterrés et   brûlés , et une
tombe suffit pour toutes les générations. On ne rencontre point de maison dans ces contrées , sans voir une
tombe auprès d'elle.
Notre dernier trajet fut de dix milles.
Nous continuâmes à suivre les bords
du lac ; et après avoir traversé une rivière qui s'y jette, nous vînmes près •   '• ( i3i ) .   V'
cî'une espèce de digue que les indi-	
gènes avaient construite pour placer 179^*
les paniers avec lesquels ils pèchent. juill«&
Plusieurs de ces paniers étaient sur
le bord de la rivière : notre guide en
plaça un dans l'eau, certain qu'à son
retour il y trouverait beaucoup de
poisson.
Nous fîmes neuf milles , en allant
vers l'ouest - sud - ouest , et dans un,
chemin commode. Ensuite^nous trouvâmes un petit lac , et passâmes une
rivière qui y avait son embouchure. |f
.Nos guidés s'attendaient à tout instant à trouver quelques habitans. Nous
fîmes là un mille et demi dans la même
direction que les neuf milles précé-
dens ; et après avoir marché quatre
milles de plus vers le sud-est, dans
«in chemim tortueux, à travers un ma*
rais et le long de plusieurs petits lacs,
nous traversâmes une rivière sur des
radeaux. Il était neuf heures du soir
«t nous  étions presqu'épuiâés de fa* m
. ~_:_
(    1^2   )
 tigue. Il fallut absolument nous arrê-
•L79-9 ter pour passer la nuit.
juillet. Le tems étant très - beau toute la
journée , nous ne nous aperçûmes pas
qu'il fît froid. Nos guides nous firent
espérer qu'en marchant encore deux
jours avec la même célérité , nous arriverions chez une autre nation.
lundi        Nous partîmes à cinq heures du ma-
i5. tin. Nous suivîmes long-tems les bords
d'une rivière, et ensuite nous la traversâmes. Mie avait environ trente pas
de large. Nous y trouvâmes un fond
pierreux, et de l'eau jusqu'au genou.
Notre vieux guide prit le devant,
dans l'espoir de trouver les naturels ,
qu'il croyait devoir rencontrer dans le
courant de la journée. A onze heures,
(nous le rejoignîmes. Il avait déjà atteint ses amis qui étaient au nombre
.deoinq, et qui avaient avec eux une
partie de leurs familles. Ils nous accueillirent de la manière la plus amicale , et nous examinèrent avec la plus
ï grande attention. Certes , pour qu'ils 	
nous reconnussent pour des blancs , il î 79^T<
fallait qu'on leur eût dit que nous l'é- juillet
tions, car notre teint ne l'annonçait
plus. Ils nous dirent qu'ils s'appelaient
les   tNiguia-Dînais, Ils étaient venus
d'un autre   côté que nous , mais  ils*
allaient suivre notre route , pour se rendre sur  les bords de  YAnnah - you*
Te&sé (i) ; et ils paraissaient très-satis^
faits de nous avoir rencontrés. Ils nous
présentèrent quelques poissons qu'ils
venaient de pêcher dans le lac voisin*
Je m'attendais que nos guides allaient , ainsi que leurs prédécesseurs^
nous abandonner : mais ils témoin
gnèrent, au contraire, qu'ils se trouvaient . très-heureux d'être avec nou^
et avec leurs amis ; et ils dirent aveG
l'air de la plusjrgrande satisfaction ,.
qu'ils voulaient aller plus loin , et
rester une nuit avec nous.
Les indigènes que nous venions (Jfe-
(i) ÇTest la même que la rivière du Sauniers ! 134 )
r. .•
rencontrer , avaient un extérieur très*
*79r9  prévenant.   Les   femmes   avaient  les
jui et.   çh^ygyx ju sommet de la tête;, très-
biejgl   tressés , et  ensuite noués avec-
ceux des faces, qui flottaient négligemment sur l'oreille.  Quelques-unes
avaient entremêlé des grains de verroterie dans leurs tresses, ce qui faisait un*
fort joli effet. Les hommes étaient vêtus
de peaux préparées, sans leur fotirrure^
Ils avaient les cheveux bien peignés ;
leur teint était plus clair que celui des
autres Indiens  de ces  contrées ,  otr
peut-être doit-on dire avec plus de jus*
tesse, qu'ilsȎtaient plus propres. Quoi*
qu^fls eussent le regard perçant at plein
de finesse , ils n'avaient pas' les yeux
noirs , comme les ont presque tous les'
autres sauvages de rApnérique septentrionale. Ils les avaient, au contraire ,
d'un   gris  mêlé  d'une teinte   rouge.
L'un d'eux , qui  avait au moins six
fieds quatre pouces de haut, (r) était
(i) A-Bieu-près 5 piods xo pouces -français* ( î35 )
très-affable et d'un extérieur plus pré- m *
Venant qu'aucun des   autres Indiens 1793%-
que j'avais déjà vuâ dans mon voyage, juillet*
Il paraissait âgé d'environ vingt-huit
ans, et ses compagnons le traitaient
avec beaucoup de respect. Chaque Indien de cette troupe, hommes, femmes
et enfans, portait, proportionnement
à ses forces, un paquet de peaux d©
castor , de loutre , de martre , d'ours 9
«fe ly'»X ,  ainsi que de peaux d'élans
préparées.   Une partie des premières
étaient déjà taillées et cousues en ha-
billemens.   Ils avaient eu lès peaux
d^élan, par les Indiens-montagne-rocheuse ; et selon ce qu'ils me dirent,
les habitans des bords de la mer préfèrent ces peaux à tout  autre objet
d'échange.   Ils me dirent  aussi que
plusieurs autres Indiens de leur  trir
hu, s'étaient déjà rendus sur la côte
avec  des assortimens   de  pelleteries*
comme les leurs, et que les habitans
de la côte avaient coutume d'échan> m
.JE II
if I
i<l!
If -   : Ii36' s
***—* ger les pelleteries, à.l'exception des
3 79^' peaux préparées sans la fourrure *
pullet).- avec des hommes blancs qui venaient
les chercher dans de très^grands canots.
La rencontre de ces sauvages était
ce qui pouvait nous arriver de plus
heureux. Ils me dirent que, comme
leurs femmes et leurs enfkns ne pouvaient pas aller très - vîte, nous mettrions encore trois jours pour nous
rendre au bord de la mer. Il est aisé de
penser que, fatigués comme nous Té*
tions, nous apprîmes avec une grande
satisfaction , que , dans trois jours |
ïjous aurions atteint le but que nous
cherchions.
Une demi -heure après que nous
eûmes joints nos nouveaux compagnons de voyage , le chef de la troupe
donna le signal du départ, en criant
d'une voix tonnante : Huy î huy ! Tous
ses gens se réunirent à l'instant, et se
mirent en marche, en causant d'un®
manière très-bruyante. 1793.
Nous suivîmes un chemin tortueux
tjui traversait et des collines et des
vallées marécageuses, et allait du sud )***■ le r
à l'ouest. Nous traversâmes une rivière étroite et profonde , qui grossissait de ses eaux un lac sur le bord
duquel nous nous arrêtâmes à cinq
heures du soir pour passer la nuit.
Nous avions fait plusieurs haltes depuis onze heures jusqu'à midi : aussi
cette nouvelle manière de voyager était
bien plus agréable que celle des jours
précédens. J'estime que nous fîmes
dans la journée environ vingt milles*
Le tems était beau , et dans le milieu
du jour , extrêmement chaud.
Nous campâmes sur une jolie pelouse. A peine étions-nous assis , que
notre guide et un autre Indien se
mirent au jeu. Ils avaient chacun un
paquet de cinquante jolies bûchettes ,
de la grosseur d'un tuyau de plume ,
et d'environ cinq pouces de long. Sur
quelques-unes de ces bûchettes, ob
|if ID
f )
1790.
juillet.
mardi
16.
avait peint de petits cercles rouget
L'un des joueurs prenait à son gré un
nombre de bûchettes, et l'enveloppait
bien dans de l'herbe sèche. Ensuite*
1 autre cherchait à deviner non-seulement le nombre des bûchettes ,
mais celui des cercles rouges ; et s'il
ne le devinait pas il perdait. Notre
guide ne fut pas heureux à ce jeu-là ;
U perdit son arc, ses flèches, et plusieurs choses dont je lui avais fait
présent.
Nous eûmes, le msfëin, le même tems
que la veille. Nos nouveaux compagnons de voyage ne se hâtaient pas der
se mettre en route, et je fus obligé de
les presser de partir, en leur représentant qu'il ne nous restait presque
plus de provisions. Ils m'assurèrent
alors qu'après que nous aurions encore passé une nuit en route , nous
arriverions sur le bord de la rivière
ou nous allions, et que nous pourrions
nous y procurer du poisson en ab©î&r
dance. ( f? )
Une imprudence de mes jeunes chas-
seurs fut cause qu'ils ne jouirent pas, 1790,
pendant la nuit, du repos qui leur était juillet.
si nécessaire. L'un de nos nouveaux
compagnons de voyage leur ayant fait
plusieurs questions et à notre sujet, et
sur le pays qu'ils habitaient , le chasseur qui répondit, dit des choses qui
parurent incroyables à toute la troupe.
Alors il demanda , d'un ton, iisrité , si
l'on croyait qu'il eût env^e de dire des
mensonges, comme les Indien^;-mon-
tagne-rocl^euse. Un Indien-rnontagne-
rochteuse , qui se trouvait, au nombre
des audite,u*ç§, prit aussi-tôt parti pour
sa tribu % et il s'el#va une dispute qui
aurait eu dès-suites trèsrséE&uses> si
r
l'on ne s'étfèt pas empressé de l'ap-
paiser. ^
QuoiqufU. nous re.&$£ fort peu de
pyQ-visions , je- me décicîai à faire encore mettre en réserve trente livres'de
pémican* En conséquence, je laissai
der&è&e deux de mes gens, en \eut
<m
m JU1
Uef.
if   -■        t ^SÊ
recommandant d'enterrer le pémicarî^
37q3. comme les autres fois , dans l'endroit
ï.cu^f même où nous avions allumé le feu.
Nous marchâmes versPest-sud-oueS/t^
en côtoyant les bords du lac ; et après
avoir fait deux milles , nous en atteignîmes l'extrémité. Nous fîmes alors
une halte générale. Nous étions encore
arrêtés, lorsque les deux hommes qui
avaient caché le pémican nous rejoignirent. Les sauvages dirent alors
qu'ils avaient envoyé chercher quelques Indiens d'une autre tribu, lesquels désiraient beaucoup de nous
voir, et dont deux nous accompagneraient au-delà des montagnes. Ils ajoutèrent que, quant à eux , ils avaient
changé de projet, et qu'ils se proposaient de suivre une petite rivière qui
prenait sa source dans le lac, et coulait dans une direction fort différente
de celle que nous devions descendre.
Ce contre-tems, qui ressemblait à
tant d'autres que  nous  avions déjà ( Mi ) §a;ig
épTOuvés, pouvait avoir de très-grands ■
inconvéniens. Je demandai donc aux x79^*
Indiens qu'ils me permissent, ainsi j uillet.
qu'à mes compagnons, de les suivre
par quelque chemin qu'ils allassent :
mais toutes mes sollicitations et mes
promesses furent inutiles : ils ne voulurent point changer de résolution.
Quand je leur représentai que nous
étions près de manquer de provisions , l'un d'entr'eux dit que si nous
voulions rester avec eux toute la nuit,
il nous ferait cuire une chaudière
cl'œufs de poisson ; et sans attendre
ma réponse , il se mit en devoir de tenir parole. Il tira d'un sac les œufs de
poisson, les broya entre deux pierres
et les mit tremper. Sa femme prit
alors une poignée d'herbe sèche, avec
laquelle elle pressa bien les œufs de
poisson entre ses doigts , en les ôtant
'de l'eau, et le sauvage alla ramasser
sdu bois et alluma du feu pour faire
chauffer des cailloux. Lorsque lafemm» ( M* )
•— eut achevé de presser les œufs de poîs-
1793. son, elle les mit dans un vase fait avec
juillet, du ouatape, qm'elle remplit presque
d'eau. Ensuite, l'Indien jeta quelques
cailloux chauds dans le vase, et continua à y en mettre de tems en tems ,
jusqu'à ce que l'eau fût dans un état
d'ébullition. Pendant ce tems-là, la
femme remuait avec un bâton les œufs
qui étaient dans le vase. Lorsqu'on vit
que ce brouet avait assez de consistance , on ôta les cailloux du vase,
et l'on y versa une pinte d'huile extrê*
mement ranoe. La seule odeur de ce sin>
gulier mets suffisait pour m'empêcher
d'y goûter. Mes gens ne furent pas si
difficiles que moi': la faim Remporta sur
leur répugnance. Quand on ne mêle
point d'huile puante aux œufs de
poisson ainsi préparés , ils sont assez
mangeables.
Cependant, quatre des Indiens qu'on
attendait, arrivèrent. Suivant ce qu'ils
me dirent, ils appartenaient à deu:fc C i43 )
tribus différentes , que je ne connaissais pas encore. Après avoir causé 179 •
quelque tems, ils me proposèrent de )u"let*
passer du côté où étaient leurs cabanes;
mais mon vieux guide , qui était alors
prêt à nous quitter , m'avertit que cela
me détournerait de mon chemin ; et,
d'après ses conseils, je proposai aux
Indiens de nous conduire par le chemin qu'on nous avait déjà indiqué.
Us n'hésitèrent pas à l'accepter, et en
même tems, ils me firent voir une montagne qui, d'après la boussole , se trou*
vait au sud quart d'est de nous , et ils
me dirent que c'était-là que nous passerions.
J'observai la hauteur du soleil, et je
comparai ma montre marine avec le
tems vrai.
A quatre heures après midi, nous
mDus séparâmes de nos compagnons
<3e voyage , d'une manière très - amicale. Peu après nous être mis en marche m nous traversâmes la rivière. &j&$k
\;;IÏ
279.5.
juillet.
HtWHff
WÏ
Le panais sauvage, qui croît en abondance sur les bords des lacs et des. rivières de ces contrées , est un des ali-
mens que préfèrent les indigènes. Ils
font rôtir la racine de cette plante
lorsqu'elle est encore tendre ; ensuite ,
ils la pèlent et la mangent. Cuit de
cette manière, le panais a un assez bon
goût.
Nous entrâmes dans les bois , et au
bout de quelque tems , nous traversâmes une seconde rivière qui prenait
sa source dans la montagne voisine.
Un peu au-delà de cette rivière, le ter-
rein était marécageux ; et comme il y
avait eu récemment un incendie , les
arbres qui étaient renversés dans le
chemin, rendaient notre marche pénible et plus désagréable. Mais bientôt
nous gagnâmes un terrein plus élevé ,
et nous continuâmes à monter jusqu'à
neuf heures du soir.
Nous fîmes plus de quatorze milles
dans le cours de cette  journée ,   et
W m
i45
cependant,du point où nous partîmes
à celui où nous arrivâme s , il n'y avait
pas, en droite ligne, plus de dix milles.
Quoique nous fussions environnés de
montagnes couvertes de neige, les ma-
ringouins nous tourmentaient.
Avant le lever du soleil, nos guides
nous proposèrent de partir. Nous descendîmes alors dans une magnifique
vallée, arrosée par une petite rivière. A
huit heures, nous atteignîmes l'extrémité de la vallée : il y avait là beaucoup
de taupinières. Nous recommençâmes
à monter. Nous aperçûmes alors plusieurs ursons , et nous en entendîmes
crier de tous les côtés. Les Indiens en
poursuivirent quelques-uns, et bientôt ils revinrent avec une femelle et
ses petits , qui avaient presque toute
leur croissance. Après les avoir écor-
chés , ils les donnèrent à mes gens.
Ils arrachèrent une plante dont la racine ressemblait à une grappe de baies
blanches, de la grosseur d'un pois.
3. 10
1793;
i nil le t.
mere. 1 ( 146 I I  If
Sp— Elle avait la forme d'une fïffti©, et le
179'^' goût dès pommes-de-terre.
juillet. Parvenus sur le sommet de la montagne , nous nous trouvâmes environ-
ïîés dé neige ; mais c'était occasionné
plutôt par le dévalement des neiges,
que par la hauteur du lieu ; car les
montagnes adjacentes étaient bien plus
élevées. La neige sUr laquelle nous
marchions, était si compacte, que
nos pas n'y faisaient pas la moindre
îteprësshm. Cependant notis y remarquâmes les tracés d'un troupeau de
rennes d'une petite ésjàëce.* qui y avait
jpassé bien peu de tems avant nOus. Les
Indiens et mes chasseurs se mirent Soudain à sa poursuite.
Bientôt nous traversâmes Wk férrèhtX
presque de niveau , où il n'y avait
poilit de neige, et où l'on ne voyait
pas un seul arbre. L'herbe y était très*
courte , et le sol composé d'une argile
rougeâtre, mêlée de petits cailloux1.
Quelques parties dëslmontagnê'sétaient CM7)
tapissées de verdure, et d'autres sem- —"*•**
blaient, à une certaine distance , avoir x795*
été la proie des flammes. juillet.
Nous fûmes surpris par la grêle, à
laquelle succédèrent et la neige et la
pluie ; nous nous mîmes sous le vent
d'un grand rocher, seul abri que nous
pussions trouver. Le vent soufflait
avec violence , et le tems était extrêmement mauvais.
Après une absence d'une heure,
nos chasseurs nous apportèrent une
netite renne, la seule qu'ils  eussent '
tuée en douze coaips de fusil tirés sur
F «g m*k? n b .ipa «JQIÎ %t
un nombreux troupeau. Ils attribuèrent au mauvais tems le^peu de succès
de lent chasse. Je proposai de cacher
dans la neige la moitié de la venaison ;
mais quoique très-affaiblis par des fatigues continuelles , mes gens ainïô^
jrent mieux l'emporter.
Nous tremblions de froid derrière
le rocher qui nous abritait : de sorte
que nous fûmes bien aises de  nous
I
i m %'Jmt-tS'.' c l48 5       i   I
'a remettre en marche. Nous vîmes alors
J79^- de loin à loin quelque buisson et quel-
juillet,  que saule rabougri.  Les buissons n'étaient pas encore en fleur.
En avançant nous découvrîmes une
montagne qui était droit devant nous,
et dont le sommet, chargé de neige, se
perdait  dans  les nues.   En - deçà de
cette montagne coulait la rivière où
nous allions (i) , et que nos nouveaux
guides nous dirent n'être pas à une
Igrand'ê distance. L>ès que nous eûmes
pu ramasser une certaine quantité de
bois., nous nous arrêtâmes pour faireF
cuire une partie de notre venaison. Il
est sans doute inutile de dire que le
repas que nous fîmes alors valafébien
mieux que celui de la veille. A cet
agrément, jeyofignis celui défaire ma
barbe et de changer de linge, et mes
^compagnons sûlvireriFcet exUffiple de
«civilisation.
^1) DAnnah-YoU-Tessé ou la rivière du Saumon,
i m (   !# ) |    .
En continuant notre marche, nous \
vînmes près d'un grand étang, sur le 179 •
bord duquel on voyait un tombeau |PfjjN*
nouvellement élevé , avec un poteau à
côté, sur lequel étaient peintes deux
ligures d'oiseaux; Nos guides reconnurent à cet emblème, la tribu à laquelle appartenait l'homme qui était
enterré là. L'un d'eux déroula sans
façon l'écprce qui y était appendue ,
et nous montra les os qu'elle contenait ; et l'autre, plus hardi encore ,
abattit le poteau , s'empara des plumes
qui y étaient attachées, et en orna sa
tête. En voyant agir ainsi ces deux
Indiens , je pensai que ces dépouilles
funèbres appartenaient à un homme
d'une tribu ennemie de la leur. ^
Nous poursuivîmes notre route avec
beaucoup de célérité ; mais à mesure
que nous avancions , les montagnes
semblaient se reculer. La plaine située
entr'elles se découvrit bientôt à notre
vue, et nous les fit paraître  encore -'-'-'-    I   I    ( l5°}      •       a
    plus élevées. En continuant à descen-
1793, dre,nous arrivâmes auprès d'un pré-
juillet. cipice d'où nos guides nous firent voir
la rivière, ainsi qu'un village bâti sur
ses bords. Le précipice, ou plutôt la
suite de précipices près desquels nous
étions alors, sont couverts de grands
pins, de spruces, de bouleaux et de
divers autres arbres (1). Nos guides
nous dirent qu'il y avait beaucoup cle
bêtes fauves dans ce canton ; et d'après
la peinture qu'ils nous en firent, nous
jugeâmes que c'étaient des chèvres
sauvages.
Après deux heures de marche, nous
arrivâmes au bas de la montagne , et
au confluent de deux petites rivières
qui prennent leur source dans cette
montagne même. Nous traversâmes
celle qui coulait à notre gauche. Ces
deux rivières sont extrêmement rapides jusques dans la plaine , où elles se ( i# )
réunissent dans un lit d'environ douze —
pas de large. Il y avait aussi , en cet 179°'
endroit, de très - beaux arbres. Les juillet.
arbres à ciguë, les plus grands, étaient
dépouillés de leur écorce depuis le
haut jusqu'en bas ; mais, nos conducteurs ne purent pas nous en dire la
raison. J'imaginai que les habitans se
servaient de cette éçQrce pour tanner
leurs cuirs. Jl*es plus grands aunes
et les plus grands cèdres que j'aie
jamais vus , croissent en cet endroit.
Nous trouvâmes là une différence de
climat très-sensible?* Les fraises, les
framboises et les au.tres baies y étaient
presque mûres.
Le soleil était prêt à se coucher
lorsque nos conducteurs prirent le
devant, et nous fûmes obligés de les
suivre comme nous punies. A.l*avérité
nous ne pouvions pas nous écarter
beaucoup de la route. Nous avions, et
derrière nous et de dhaque côté, des
barrières telles que la nature nen avait Ipa   1 (l5a)     V
_ jamais offert à mes yeux.  En outre |
3793.   nos guides avaient eu la précaution!
juillet.   Je marquer le chemin que nous devions suivre , en cassant des branches
d'arbres à mesure qu'ils avaient avancé.
La petite   rivière   dont   j'ai   parlé
tout-à-1'heure, et dont nous suivîmes
les bords, doit, dans le tems de la
fonte  des neiges, grossir considérablement , et  avoir un courant  très-
rapide ; ce qui le prouve,   c'est que
nous vîmes  beaucoup de bois flotté
qu'elle avait déposé , plus de douze
pieds  au-dessus  de son niveau  ordinaire. Ce bois retardait beaucoup notre
marche, et les rochers avancés nous
forçaient souvent à passer dans l'eau.
Il était nuit close que nous n'avions
pas encore aperçu une seule maison.
Il est vrai que quand bien même il y
en aurait eu seulement à vingt pas du
chemin , l'épaisseur des bois nous aurait empêchés de les voir.
Mes gens désiraient de s'arrêter pour % -     C i53 )
passer la nuit, et les fatigues de la
journée justifiaient bien ce* désir. Je
les en laissai les maîtres ; mais comme
mon impatience me pressait d'aller
pins loin, ils préférèrent de me suivre.
Lorsque nous eûmes atteint l'extrémité du bois , ils voulurent encore
faire halte ; mais je continuai à marcher sans presque voir le chemin , et
enfin j'arrivai près d'une maison. Bientôt je vois plusieurs feux dans de petites cabanes, et beaucoup de gens occupés à faire cuire du poisson.
J'entrai dans une de ces cabanes
sans la moindre cérémonie ; je posai
ce que je portais ; et après avoir serré la
main à quelques Indiens qui y étaient,
je m'assis. Ils ne parurent nullement
surpris de me voir ; mais au bout de
quelques momens , ils me firent signe
d'aller dans une grande maison qui
était élevée sur des poteaux un peu
au-dessus du sol. Une large pièce de
bois , dans laquelle on avait taillé des •CNi
I i54)
7— marches, conduisait à un avancement
'9 r qui était de plain-pied avec le seuil,
et se trouvait à l'un des bouts de la
maison. Je montai ce singulier escalier ; je passai  trois feux allumés  à
égale distance , dans le milieu de la
maison, et je trouvai au-delà plusieurs
Indiens assis sur une trèsJarge planche. Je leur pris la main, et ensuite je
m'assis auprès d'un homme à qui son
air de dignité m'engagea de donner la
préférence. Bientôt je reconnus un de
mes guides qui était assis un peu au-
dessus de moi. On avait étendu devant
lui une natte très-bien travaillée, et
j'imaginaiqu'il occupait la place d'honneur destinée aux étrangers. Peu de
tems après mes gens arrivèrent, et se
placèrent à côté de moi. Aussitôt l'Indien auprès de qui je me trouvais, se
leva, et alla chercher une assez grande
quantité de saumons rôtis , qui étaient
sur une planche d'environ quatre pieds
de large. Il fit étendre une natte devant ( i55 )
moi et M. Mackay. Il nous servit à ——-
chacun un saumon entier, et il en l79^*
donna la moitié d'un à chacun de mes illl''et-
sens.
La planche sur laquelle on avait pris
les saumons, servait à cacher les lits
où s'étaient déjà retirés les femmes et
les enfans. J*ienore s'ils s'é&ient cou-
chés par rapport à notre arrivée, ou
si l'heure seule en était cause. Les
signes du maître de la maison semblaient nous annoncer que nous devions coucher sous son toit ; mais
comme je ne l'entendais 'pas assez
clairement, et que je craignais de
blesser les usages, je crus qu'il était
prudent d'ordonner à mes gens d'allumer du feu dehors , pour que nous
pussions passer la nuit a côté. Dès
que l'Indien connut notre intention ,
il fit lui-même allumer le feu, et poser
des planches tout autour pour nous
coucher. A peine étions-nous assis
autour de ce feu , qu*on nous apporta
in
m III il
|P
itil
*.
jeudi
18.
.■'■M- tl56'■)      - '
—  un grand plat d'œufs de saumon , bieiî
a79> • piles et délayés dans de l'eau, ce qui
juillet. jes faîsaît ressembler à de la crême^
La manière dont on les avait assaisonnés , les rendait un peu amers. Cô
plat fut bientôt suivi d'un second ,
composé aussi d'œufs de saumon ,
auxquels on avait mêlé beaucoup de
groseilles, et de feuilles d'une plante
que je crois être l'oseille. Le goût
aigrelet de ce.-plat nie le fit trouver
plus agréable que le premier. Au reste,,
l'hôte généreux qui nous faisait servir
ces mets , les regardait sans doute
comme très - délicats. Lorsque nous
eûmes achevé d'en manger, nous nous
couchâmes, sans avoir d'autre pavillon que la voûte des cieux. Une-planche me servait de lit , et un billot
d'oreiller ; malgré cela, je n'ai jamais
joui d'un sommeil plus doux et plus
rafraîchissant.
Je ne me réveillai qu'à cinq heures
du matin.  Les Indiens avaient déièi
>*»&* 4f*    I
J tallumé du feu pour moi et pour mes
compagnons. Mon hôte , ou plutôt
mon nouvel ami, m'apporta aussitôt
du saumon rôti et des baies , et les
autres Indiens imitèrent bientôt son
exemple. Les baies consistaient en
groseilles, framboises , et différentes
autres espèces de fruits , tous d'une
qualité supérieure. L'on nous servit
aussi des œufs de poisson secs , pour
manger avec les fruits.
Le sàhimon abonde tellement dans
i'Annah-You-Tessé , que les nabitans
iSe ses bords ne manquent jamais de
cet excellent poisson. Pour le prendre
avec plus de facilité ? ils ont construit
une digue qui traverse la rifîère, et
ils placent les nasses et les filets avec
lesquels ils pèchent, et au-dessus et
au-dessous de cette digue. Je "demandai à examiner cet ouvrage de près ;
niais les Indiens sont si superstitieux ,
qu.*ils ne me permirent de le regarder
eue du bord de la rivière. La rivière i^M
./i. ( i58 )   '•
a environ cinquante pas de large ; en
1790.  voyant un  homme  pêcher avec   un
juillet,   filet profond, au-dessous delà digue ,
je jugeai qu'il y avait dix pieds d'eau.
La digue est un ouvrage qui a dû
coûter beaucoup de travail, et qui suppose beaucoup d'intelligence. Quand
je la vis , elle avait quatre pieds au-
dessus de l'eau, et elle était presque
de niveau avec l'écore. Elle barre à-
peu-près les deux tiers de l'eau. Pour
la construire , on aplanté obliquement
de petits troncs d'arbres dans le mir
lieu de la rivière ; ce qui n'a pu se
faire que dans un tems où l'eau était
beaucoup plus basse que quand je la
vis. Le gros bout de ces arbrgs est en
bas ; et on a mis au-devant un lit de
gravier dans lequel est planté un rang
de troncs d'arfres moins gros que les
premiers. On a placé là un autre Mt
de gravier, puis d'autres arbres, et
ainsi successivement jusqu'à la hauteur qu'a la digue. Au bas de la digue 179
juillet.
s I ( iS9 )
SonÉ les filets dans lesquels tombe le
saumon quand il veut la franchir.
De chaque côté il y a un encaissement
en bois, qui a six pieds au-dessus de
l'eau, et dans lequel il y a des ouvertures qui conduisent le saumon dans
les nasses. On peut lever ces nasses
toutes les fois qu'on veut. Au bas de
la cascade on se sert de trémails avec
lesquels on prend aussi beaucoup de
poisson.
L'eau de l'Annah-You-Tessé est de
la couleur du lait d'ânesse ; ce qu'il
faut, je crois , attribuer et à la pierre
à chaux qui, en plusieurs endroits ,
forme le lit de la rivière, et plus encore aux divers ruisseaux affluens, qui
tombent des montagnes composées de
la même pierre.
Les Indiens cheat qui j'étais, ont un
«crapule superstitieux , relativement
au poisson. Ils ne mangent jamais de
-Viande ; et ils portent, à cet égard, la
frigidité si loin, qu'un de leurs chiens /
fis
<•■
IIP'
ralÉl']
Ht
i
m
11
«HT
ayant avalé un morceau d'un os qu$
79 * nous avions jeté i le maître battit cet
juillet. anîmal jusqu'à ce qu'il eût quitté l'os.
Quelque' tems après, un de mes gens
jeta dans la rivière un os de renne S
aussitôt un Indien qui l'aperçut, s'élança dans l'eau, et plongea.pour aller
chercher l'os ; puis il le mit au feu, et
s'empressa de laver ses mains, qu'il
croyait avoir souillées, fc
Comme nous étions encore à quelque distance de la mer, je demandai à
mon nouvel ami de nous procurer un
ou deux canots, avec des gens pour
nous y conduire. Après l'avoir vu
chercher différens prétextes pour se
dispenser de me rendre ce service, je
compris quecle vrai motif qui l'en empêchait , était de voir embarquer de la
venaisori* Il croyait que , dès que le
poisson sentirait l'odeur de la viande,
il abandonnerait la rivière, et qu'alors lui , ses parens et ses amis mourraient tous de faim. Je m'empressai ,. tmt.
3e dissiper ses craintes, et te* lui de-
mandai ce qu'il fallait faire de la ve- 179:>*
naison qui nous restait. Il me montra  juillet.
un Indien à qui je pouvais la donner,
parce qu'il était d'une tribu qui mangeait de la viande.
Alors je priai mon ami de me fournir
.quelques saumons frais et crus : mais
au lieu d'acquiescer à ce que je désirais , il m'apporta deux poissons grillés , en m'observant que le courant
était très-rapide , et que nous arriverions promptement au prochain village , où nous ne manquerions pas
de provisions. Enfin, il nous engagea
à nous presser de partir. J'avoue que
j^étais loin de m'attendre à une pareille conduite de la part d'un homme
qui nous avait reçus avec tant de bienveillance et d'hospitalité. Notre ignorance de la langue nous empêcha de
«découvrir la cause de ce changement.
Vers les huit heures du matin, nous
grimes arriver quinze hommes armés
3« ix I
( 162 ) - ,    "jf.-
•~— qui tous étaient les parens et lés amis
179.5. ^ nog jj£tes# i\s vinrent, parce qu'on
jui e . ieVLT avai£ fait annoncer notre approche , presqu'à l'ittstanit où nos guides
étaient>a*mves dans le village. Ces Indiens sont plus robustes , et ont meilleure mine que les habitans de l'intérieur du pays. .Leur idiome est totalement différent de tous les autres idiomes sauvages que j'ai entendu parler.
Ceux des autres Mdiens avec qui ils
ont quelque ressemblance , sont les
Atnahs et les Nagaïlers, autant, du
moins, que je puis en juger, d'après le petit nombre d'Indiens de ces
deux tribus que j'ai vus. Ces Indiens
sont d'un caractère doux et tranquille ,
et ils ne font jamais des excursions
hostiles sur le territoire de leurs voi-
sins.
Ils sont vêtus d une simple robe ,
nouée sur les épaules, qui , par-derrière , leur tombe jusqu'aux talons , et
par-devant, ne descend qu'au genou. ( i63 )|     S
Le bas de «eette robe est garni d'une   •——*
large frange. Elle est fake avec de l'é-   *79^*
corce de cèdre, q$ii , de la manière   juillet.
dont ces peuples la préparent, acquiert
.la finesse du chanvre.Dans cetfë étoffe,
on entrelace  quelquefois   de   petites
bandes de peau de loutre de mer, et
alors un GÔté de la robe ressemble à
une fourrure.Quelquefois aussi le bord
de la robe a une espèce de broderie en
fils rouges et jaunes , qui fait un très-
joli effet. Les hommes de oe?tte nation
n'ont d'autre vêtement que la t®he que?
je viens de décrire ; et quand ils ont
chaud, ils ne se gênent pas pour la
quitter et rester nus.
Indépendamment de la robe tUmt }#
viens de parler , les femmes portent devant eltes une frange épaisse, d'environ
deux pieds de long et un pied de large; j
et quand elles s'asseyent, elles la retirent entre les genoux. Toutes ces femmes coupentleurs cheveux assez courts,
de scHîte qu'il ne leur faut pas beaucoup
SI K
, •  •       ( 164 )    ;;'        :1;.
de tems pour se peigner, ou du moins
y79^* pour s'arranger la tête. Les hommes
juillet, ont les cheveux tressés, et ils les frottent avec de l'huile et de la terre rouge.
At£f lieu de peigne, ils ont un morceau de bois pointu qui est attaché à
l'unecde leurs tresses , et dont ils se
servent dès qu'ils sentent la moindre
démangeaison.
L'œil de ces Indiens est gris et mêlé
d'une teinte rouge. Ils ont les os des
joues proéminens ; mais cela est encore plus remarquable chez les femmes
que chez les hommes.
Je remets à un autre moment la description de leurs maisons , de leurs
armes et de leurs ustensiles.
Je fis cadeau de plusieurs articles
de clincaillerie à mon nouvel ami. Je
distribuai aussi des présens aux autres
Indiens qui avaienfeeu quelques attentions pour moi ou pour mes compagnons.
Un de mes guides se donna beau- ( W y  f.
coup de soins pour nous procurer des
canots , afin que nous pussions con- 179^-
tinuer notre vovage. Il eut aussi l'hon- juillet
nêteté de ne rien négliger pour donner
à nos hôtes une idée avantageuse de
nous ; et ensuite il partit, non -seulement sans recevoir les présens que je
lui destinais et qu'il méritait si bien,
mais sans me rien dire. J'avoue que
j'en fus très-fâché, parce que j'aurais
Toulu qu'il emportât au moins quelque
marque de ma gratitude.
A midi, j'observai la hauteur du soleil , et je trouvai que nous étions a
5a deg. 28 min. 11 sec. de latitude septentrionale.
1
&\\ ( i66 >
Jsssassssae:
WM
CHAPITRE   X
Description de quelques cantons du
sud-ouest de VAmérique septentrionale.
■ XNotfs nous embarquâmes à midi,
79 •   avec le peu de bagage que nous avions,
juillet, dans deux canots conduits par sept Indiens. Le courant était rapide (i) , car
il faisait plus de dix milles par heure.
Nous vînmes près d'une digue pareille
à celle que j'ai décrite dans le chapitre
précédent. Les Indiens nous mirent à
terre, et aussitôt ils se précipitèrent
dans la cascade, sans qu'il entrât une
goutte d'eau dans leurs canots. Ensuite ils nous reprirent à bord, et nous
continuâmes notre navigation.
(i) De l'Annan-You-Tessé»
*JKI I      ( 167 )
Nous rencontrâmes  plusieurs  ca-  	
nots , les uns attachés au rivage, les 179^-
autres naviguant avec des Indiens à juillet
bord. Quand nous eûmes vogué deux
heures et demie avec une extrême vitesse , on nous dit qu'il fallait débar-
•fjuér, parce que le village où^ibus devions nous arrêter , n'était qu'à très-
peu de distance. J'avais cru jusqu'alors que les Càn%dien#qui rilcaccompa-
gnaient étaient les fcc^mes les plus
babiles qu'il y eût .au monde pour conduire des canots ; ma^s les Indiens ,
avec qui nous naviguions^ remportaient de beaucoup sur eux, et les Canadiens eux-mêmes en convinrent.
Quelques IndliàÈ^ prirent;* $e devant
pour annonce^ daïls*le village notre
approche ; et iiou§ chargeâmes notre
bagageï&ir nos épaules , et les suivîmes de loin. Quand nous eûmes traversé une partie iun taillis dans lequel il y avait un très-bon sentier,
nous   reconnûmes   que  nos   avant- BjUJS
( 168 )
" * coureurs étaient arrivés dons le til--
^79° : lage ; car nous entendîmes les propos
juillet, bruyans et confus des habitans^ Au
moment de sortir du bois , et presqu'à
la vue des maisons , mes chasseurs qui
étaient devant, s'arrêtèrent et me firent
signe de marcher le premier, parce
qu'ils me suivraient. Cependant , le
trouble et le bruit semblaient s'ac-
croîtçe dans le village ; et à mesure
que nous avançâ|nes , nous vîmes le*
habitans qui couraient d'une n%aison
à l'autre , les uns aignés d'arcs et de
flèches, les autres de lances^ plusieurs
ayant des h^Jies , et tous avec un air
très-effaré. ^
J'attribuai cet événement fâcheux et
im.prévuV,^. notre arrivée so#dainei$ efe
au peu de tems qu'on avait eu pour es
prévenir les gensjdu village. Toutefois
je n'avais qujpn parti à prendre, c'était
de marcher fièrement^ eux, sans montrer la moindre crainte de leurs préparatifs hostiles. Cette résolution eut tout
\ ( 1% )
l'effet que je désirais. Quand nous fûmes
près des maisons , la plupart des In- 179:>*
diens posèrent leurs armes, et vinrent juillet,
au-devant de nous. Bientôt je me vis
entouré d'un si grand nombre de ces
sauvages, que je fus obligé de m'arrê-
ter. Je pris la main , suivant l'usage ,
à ceux qui étaient le plus prèsde moi.
Toutsà-coup un tàëitlard perça la foule^
et vint me serrer dans ses bras. Un
autre le suivit dé près , l'écarta san*s
façon, et m'embrassa à son tour. Celui-
ci fut suivi par un jeune homme , qu'il
me dit être son fils.
Ces embrassemens , qui d'abord
m'étoimèr^nt, étaient des marques de
considération et d'amitié. La foule deb
curieux augmenta tellement , ettnous
pressa: si fort, que bientôt ni moi , ni
mes compagnons , nous ne pûm©s:plus
nous remuer* Enfin, on-s'écarta un
peu , pour faire place à un Indien qui
voulait m'^procher, et que le second
vieillard, par qui j'.avais été embrassé .3
W"-
I
m\ (( 17° )
  me dit être un autre de ses fils. Je m'a-
1793. yançai à l'instant vers lui , et lui pris
juillet. 2a rnain# Alors , il défit le cordon qùâ
nouait une très-belle robe de peau de
loutre de mer , dont il était revêtu , et
il la mit sur mes épaules. Cette marque
d'attention était la plus flatteuse que
je pusse espérer, sur-toiitm'étantdonnée par le fils aîné du chef. Je crus
même entrevoir que nous nWions été
retenus en cet endroit, que pour lais*
ser au jeune Indien le tems d'apporter
la robe dont il me fit présent.
Le chef nous fit èSors signe de le
suivre. Nous traversâmes avec lui un
taillis de quelques centaines de pas
d'étendue , et nous nous arrêtâmes
devant unei maison plus spacieuse et
mieux bâtie qu'aucune de celles que
j'avais déjà vues dans ces"*contrées.
C'était la résidence du chef IL s'empressa de faire étendre des nattes devant la porte, et l'on nous fit signe
de nous y asseoir. Les habitans  du village , que la curiosité avait attirés , ——-
eurent ordre de se tenir derrière » et l'on 179^*
mit vis-à-vis de nous, d'autres nattes juillet,
sur lesquelles se placèrent et le, chef
et les membres de son conseil. L'on
apporta de nouvelles nattes très-propres et beaucoup mieux travaillées que
celles sur lesquelles nous étions, assis,
et on les étendit entre nous et le chef;
après quoi on nous servit à chacun
un petit saumon grillé. Quand nous
eûmes achevé de manger , l'un des
Indiens qui nous avaient conduit en
canot, s'approcha, tenant d'une main
une cuiller remplie d'huile,, et de
l'autre , un morceau d'une substance
qui ressemblait à de la noix de coco,
mais qui était encore plus blanchet
Après avoir trempé cette substance
dans l'huile , il la mangea, et exprima
par ses gestes , combien il la troi^
vait excellente. Ensuite il m'en présenta un morceau que je mangeai sec,
quoique l'huile n'eût point de mau-
H
M .3) ';:)■■*
(
111
%—— vafse odeur. L'on apporta un pafif
179^# de la même matière , et d'une forme
jUlie^ carrée. Un homme le prit, le trempa
bien dans l'eau qui était à côté de la
maison , et le mît dans un vase de
bois, d'environ trois pieds de long sur1
neuf pouces de large et cinq pouces
de profondeur; puis il T'assaisonna
avec beaucoup d'huile de saumon ,
et nous montra , par son exemple,
qu'il fàffiaît en manger. J'en goûtai 9
et je trouvai l'huile fort bonne ; sans
quoi , ce qui y était mêlé n'aurait eu
qu'un goût fort insipide. Lé1 chef éir
mangea beaucoup , après y avoir fait
mettre encore de l'huile. Ces Indiens
regardent ce plat comme une chose
très-délicate. Après avoir bien examiné
la Substance blanche qu'on arrosait
d'huile , je reconnus que c'était de la
seconde écorce de l'arbre à ciguë. On?
ZD
Penjlve de dessus l'arbre , en été, et
on la met dans une forme qui la façonne en pains de quinze pouces â% §f.-. ■      c -73 v       , / ■
long, dix pouces de large et un pouce
d'épais. Je pense que quand cette substance est préparée de cette manière,
on peut la conserver long-tems. Cette
découverte m'apprit pourquoi j'avais
vu une grande quantité d'arbres à
ciguë , dépouillés de leur écorce.
Nous restâmes assis près de trois
heures , et pendant tout ce tems-là ,
les Indiens que la curiosité y avait
amenés , se tinrent auprès de nous.
Le chef en envoya dix ou douze à la
pêche ; et ils rapportèrent une grande
quantité de poisson qu'ils avaient pris
au trémail, au-dessous de la digue.
Cependant la foule finit par se disperser , et l'on nous conduisit dans
une cabane qu'on nous avait préparée. Je présentai alors au jeune chef
wqui m'avait donné la robe, une couverte de laine et plusieurs articles de
clincaillerie ; ce qui parut lui faire un
grand plaisir. J'offris aussi diverses
choses à son père, entr'autres uns
1793.
juillet. ■I   ■
j        {i?4)
  paire de ciseaux, dont je lut montrai
79^' qu'il pouvait se servir pour couper
juillet. sa barbe qtû était très-longue : et en
effet, il les emploia sur-le-champ à cet
usage. Je ne négligeai pas de faire
aussi des cadeaux aux autres Indiens
à qui nous %vîons de l'obligation.
Cependant nous étions bien embarrassés avee nos hôtes, puifeque n'ayant
personne avec nous qui pût nous servir d'interprète , nous ne pouvions
nous faire entendre que par signes.
Mes compagnons et moi, nous désirions singulièrement d'avoir quelque
saumon cru , pour pouvoir l'apprê*
ter à notre manière : mais quoiqu'il y
eût des mïffiers de ces poissons atta»
chés à des cordes qu'on avait tendues
dans la rivière, il ne nous fut pas possible de nous en procurer un seul. Les
Indiens ne voulurent pas même nous
permettre de nous approcher du liett
où ils les nettoyaient et les préparaient
pour les manger, ils nous ôtèrentnotr«é chaudière , de peur de nous en voir
servir pour prendre de l'eau dans la 179^#
rivière ; et ils nous dirent pour raison, îu*"etè
que le saumon craignait l'odeur du fer.
En même tems , ils nous fournirent
des vases de bois, dans lesquels on
pouvait mettre toute espèce de liquide.
Deux hommes qui étaient allés à la
pêche , dans un canot assez grand
pour porter dix personnes , revinrent
avec leur canot rempli de saumons ,
qui pesaient depuis six jusqu'à quarante livres ; mais le plus grand nombre était au-dessous de vingt livres.
Aussitôt oh en attacha la plus grande
partie aux cordes qui étaient dans la
rivière.
J'allai me promener dans le village ,
qui consistait en quatre maisons élevées
au-dessus du sol, et sept bâties ras de
terre. Il y a en outre un .grand nombre
d'appentis , servant d'abri pour nettoyer et faire cuire le poisson. Les'
maisons élevées au-dessus du sol, sont
f.-RW ( ^m  si   m
placées sur des poteaux. Les poutres.
79°- ou les chevrons qui supportent le
juillet. plaiîcber , reposent sur quelques-uns
de ces poteaux, et sont seulement attachés aux autres , à la hauteur d'environ douze pieds. Les maisons ont
de cent à cent vingt pieds de long,
et quarante pieds de large. Il y a dans
le centre quatre ou cinq foyers où l'on
allume du feu , soit pour se chauffer ,
soi| pour faire cuire le poisson. L'intérieur de la maison est divisé , de
chaque côté , avec des planches de
cèdre, en compartimens ou cellules
de sept pieds carrés ; et en avant de
ces cellules, il y a des planches mobiles d'environ trois pieds de large ,
sur lesquelles on passe pour aller se
coucher ; car la plupart des cellules
ne servent que pour cela. Dans les
autres sont les coffres où l'on met les
provisions, les ustensiles et tout ce
qu'on possède. Les cellules sont couvertes d'un plancher soutenu par des 1177 )
Ijoîivès qui portent  sur le  mur.  Ce
}>lanchôr a sept ou huit pieds^tPéléva- 17934
tioifr. L'-espace qui reste entre les deux 1|||||
Mngs de cellules, suffit pour les be-
^oM'S domesMques. A des perches qui
&S$t#erêent d'une pcMtre à l'autre, sont
pendus des saumons rôtis. Les mai-
soiifc sont couvertes en planches ou en
écorce d'arbre; et de chaque côté^u
:£aîtage , il y a des ouvertures carrées
qu$%e3rVent à-la*fois à donner du jour,
létà laisser échapper la fumée. Au bout
ode la rntâson q^**BM.t face à la rivière ,
il y a une galê£iê étâeMe et découverte,
où l'&ti rfifônte par un escallef dont
les marches   sont   taillées dans   une)
Çifè^fe de^bè^; et à cfeàque bout de la
galerie, il y a des ouvertures qui servant  dtP4ié1ix d'avance.   Comme les
haMtânk de cè^ maisons ri'êtent jamais
Ctf qui tombe au-dè%sous de là galerie ,
il-yia apparence qu'ils n'en crai^hiéïi«â
pàsU'odeur.
Les maisons ,  qu'on n'élève jM$ot
3. xa
mu
il ^"^nKMHMMMM
1793,
) 111
illet.
au-dessus du sol , sont aussi bâties e»
bois , et distribuées de la même manière
que les autres. Il y a dans l'un des bouts,
une galerie qui a un peu de pente, est
soutenue par deux fourches, et sert aux
mêmes besoins que celle dont j'ai parlé
plus haut.
, lorsqu'à notrearrivée dans le villagei
,îipus fûmes entourés d'Indiens , je
comptai soixante - cinq hommes ; et
probablement une partie des habitans
était absente. J'estime donc que la po-:
pulation de ce village est au moins
de deux cents personnes.
Les Indiens qui nous avaient conduits en canot, instruisirent le: chef
debout ce qu'ils savaient sur notre)
compte. On me demanda, en conséquence , à voir mes instrumens astronomiques ; et je ne manquai pas de
satisfaire la curiosité de mes hôtes ,
parce que je sentis que cela ne pouvait
que leur inspirer plus de considération
pour nous.
ha; Je remarquai près de la maison dû
chef, plusieurs bâtimens formant des   *7'9
carrés longs,   d'environ vingt  pieds  )^u"et'
de   haut.    Ils   étaient   construits   en
planches de cèdre, épaisses, et si bien
jointes qu'elles semblaient être d'une
seule pièce. On y avait peint des hiéroglyphes et différentes figures d'animaux , avec tant de goût et de correction , que je ne me serais jamais attendu
à trouver un semblable ouvrage chez
aine nation sauvage. Il me fut impossible de savoir au juste à quoi servaient
ces bâtimens ; mais je crus entrevoir
que c'était là que se faisaient les actes
•celigieux et les  sacrifices ,    que  les
peuples de ces contrées ont coutume
<î'accomplir deux fois l'année ,  c'est-
à-dire, au printems et en automne. Ce
qui me confirma dans cette opinion ,
Tut un grand édifice ,   qui était  au
milieu du village ,   et que je pris d'abord pour une maison à moitié finie.
L'^re de ce bâtiment avait cinquante
«
m I g
BBg?
il $,
I ètmï
   pieds sur un cpté, et qwrante-^cînq
t79^* sur l'autre. De çjiaque côté il y avait
tffP quatre gros* poteaux plantés dans la
terre. Ceux des coins étaient unis , et
soutenaient une pputre qui aidait) d'un,
coin à l'autre , et portait e& outre sur
trojs appuis intermédiaires., plus gros,
ep de huit à ne$i,£0pieds de haut. Sur
clique fape , le%:deux poteaux du
mil^eai avaient deux pieds et denfci do
diamètr^e , e£ douze pieds 4e hauteur.
Ils étaient sculptés j représent^^nli^ies
JjLgures humaines, et supportaient uij
j^o,uble faîtage. Les deux figures 4$*
fond avaient les mains appuyées sur
,les genoux, et sentaient être accablées
sous leur |ardeau^, tandis que celles de
jlevant étaient représentées avefôuniair
aisé , et les mains appuyées sur les
hancjpes. On voyait cLans cefyécyjicç les
restes de plusieurs figures. Lespo$eajix,
les f^îtag-es et les figures égaient points
en rouge.$£ en nofe ; mais chsz cette
nation, :la,i^(^iBj|&rg ej§£ portée plujg jg i§i ) a
loin qtfô l'art de distribuer lés couleurs.
Le jeudi sfôir , lorsque je me fus \
retiré dan® la cabane où je devais coucher , le chef vint me tfoùver pour
m>ën,gager d'aller partager le Ht de sa
compagne ,- tandis qhie lui coucherait
dans le mi?en. Mais malgré toutes ses
sollicitations , je n'acceptai pas son
offre hospitalière.
Le vendredi matin , de très-botfire
heure , je tfeçus de nouveau la visite
du chef. Il était accompagné de son
fils, et se plaignait d'une douleur dans
la poitrine. Pour le soulager , je lui
donnai mt morceau de sucré , sur
lequel je fis tomber quelques gouttes
de baume de Turlington ; et ce qui
me surprit un peu, c'est qu'il avala cô
remède sans hésiter. Il m'invita ensuite
à le suivre , et me mena dans une
cabane , où il y avait plusieurs personnes rassemblées autour d'un malade , que lé chef me dit être un autre
1790.
uillet.
vendr.
19^
mm m
mm*
iijj
111
Wl      !:]
i  -      .   c p| )  •
de ses fils.. On le découvrit aussitôt |
1793. et l'on me fit voir un ulcère qu'il avait
juillet, dans le dos , et qui était dans le plus
mauvais état. Il avait , en outre, un
autre ulcère au genou , non moins
mauvais que le premier. Ce malheureux Indien était aussi décharné qu'un
squelette, et semblait être peu éloigné
de sa fin. On me pria de le toucher, et-
son père me pressa beaucoup de lui
administrer quelque remède. Mais le
malade était dans an état si dangereux,
que je crus ne devoir lui faire prendre
que quelques gouttes de baume de
Turlington , mêlées avec un peu
d'eau. Je sortis : mais je fus bientôt
rappelé par les cris des femmes. Je
craignais toujours beaucoup que , si
je cédais aux sollicitations du chef,
il nJen résultât quelque fâcheux effet.
En rentrant dans la cabane , je trouvai
les médecins du pays déployant tout
leur art et leur science en faveur du
malade.   Us soufflaient sur lui ;   puis
piiiii \     ( i83T)
ils sifflaient. Tantôt ils pressaient fortement sa poitrine avec leurs doigts
étendus ; tantôt ils mettaient leur index
plié dans sa bouche ; ensuite ils prenaient de l'eau dans la leur , et la lui
crachaient avec force sur le visage.
Pendant toutes ces opérations , on
tenait le pauvre malade sur son séant ;
et quand elles furent achevées , on le
coucha et on le couvrit avec une robe
neuve de peau de lynx.
J'avais remarqué que le ventre et la
poitrine du malade étaient couverts de
cicatrices ; et quand j'en demandai la
cause , on me répondit que , suivant
la coutume du pays , on y avait allumé
plusieurs fois des morceaux de bois
pourri , afin de. diminuer  ses  souffrances , et d'éprouver en rnême-tems
son courage. On le mit sur une large
planche ;   six hommes le prirent pour
le porter dans le bois, et on m'invita
à l'accompagner.  Je  ne pouvais pas
m imaginer quelle serait la fin de cette:
1790.*
juillet»
-Mm
Ifi-
liia,
If Il
1
I
IK I
1 ( &km       i
-—~r cérémonie , sur-tout en voyant è 1$
^79°' suite du cortege, trois hommes, dont
juilletij l'un portait une ha^he, l'autre du bois
sec, et l'autre du feu. l^a couti&me
de cette nation étant de b£&le# les
morts , je crus un moment qiè'on
voulait tout - d'un - coup mettre un
terme aux souffrances du malade ,
et lui renjdre les derniers devoirs
dune survivante affection.
Quand on eut pénétré à quelque
dis|>ance dans les bois , on posa le
malade dans un espace découvert, et?
on alluma du feu du côté auquel il
avait le, dos tourné. Alors le médecin ,
armé (J-Jun instrument très-émoussé ,
se mit à faijre à l'ulcère des scarifications qui durent singulièrement faire
.souffrir le malade , mais qu'il supporta
avec k plus étonnant courage. Ce
spectacle me parut si cruel, (jue je me
jgj^riai.
2£n approchant cte ma cabane, je via*
devant la porte du chef, quatre tas d "   ■ s     ( i85:)   M    '■%' i
saumon^ chacun de trcfis ou quatre    ■■ -
S*" • wrv^i
cents poissons au morns. Seize fem- ï^^'
mes étaient'occupées à îes préparer, juillet.
^voicicommen* so fait cette operation.
On coEafcàence par couper la tête du:
poisson , et on la met à part pour la
faire bouillir. Ensuiffce on fend le poisson sur les de#x côftés du êtes, en laissant un tiers de la chair adhérent à
l'arête , et ©n Be vide. On fait rô*tir la
dhair qui tient à l'arête pour être mangée tout de suite ; l'autre se prépare de
la même manière , mafe avec plus de
soin, et &*% la met en réserve. TandîsJ
qu'on fait rô$r le poisson , on met
par-dessou>s des vases de bois pour recevoir Phuile qui en découle. Les œufs
sont aussi mis en réserve , car on les;
regarde comme un mets très-délicat.
Quand j'eus assez long-tems examiné la manière de préparer le poisson, je rendis visite au chef. Il com-
rfèença par me présenter un saumon
rôti. Ensuite il ouvrit une de ses mat'
m W.5
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■j; -C..-,m|.
wÊL-     ( l86)
_• H   les, et en tira un habillement de drap
1793. bleu avec des boutons de cuivre, ainsi
juillet, qu'un habillement d'étoffe de coton à
fleurs, que je crus être espagnol. II
l'avait fait garnir d'une frange de peau
tannée, comme les robes du pays. Ces
Ridiens font grand cas de l'airain ^
ainsi que du cuivre, dont ils ont une
grande quantité. Ils se servent de ce
dernier métal pour en faire les bouts
de leurs flèches et de leurs lances, et
ils en font aussi des colliers , des pen-
dans d'oreille et des anneaux , qu'ils
portent non-seulement au poignet et
au-dessus du coude, mais à la jambe^
J'imagine que c'est aussi l'article de
commerce dont ils tirent le meilleur
parti , en trafiquant avec les autres
Indiens qui habitent plus l'intérieur
qu'eux. J'ai vu quelques uns de leurs
colliers qui pesaient -plus de douze
livres. Ils ont également beaucoup do
fer Leur fer est ordinairement en
barres plates de quatorze pouces de. ft
.Je. .( l87 )
long, et d'un pouce trois quarts de
large. L'airain qu'ils ont est en plaques 1793.
minces et carrées ; le cuivre , en mor- juillet.
ceaux plus grands , dont quelques-uns
semblent avoir fait partie de vieux
alambics. Ils ont beaucoup d'orne-
rnens et de colifichets ; mais tout leur
fer est employé en dagues et en poignards. Quelques-uns de ces poignards
ont des manches très-bien travaillées ,
dont le bout est garni d'une pièce de
monnaie d'argent, d'un quart ou d'un
demi-quart de piastre. La lame de
leurs dagues a environ dix à douze
pouces de longueur, et quatre pouces
de largeur près du manche ; mais elle
diminue graduellement et se termine
en pointe.
Lorsque je voulus me servir de mes
instramens pour prendre la hauteur
du soleil, on me pria de ne pas le faire.
J'ignore quel pouvait être le motif de
la crainte des Indiens ; mais elle me
fut très - favorable , parce  qu'elle £1%
■<m
If
m
ml m
( 188 )
i  hâter mon départ. J'avais sollirité plu*
1790. sieurs fois le chef de me faire fournir
juillet, des canots et: des gens pour me conduire à la mer, ainsi q?ue mes compagnons ; mais il avait ja-ru ne pas faire
beaucoup d'attention âmes demandes.
Ce me fut qu'à midi que l'on m'avertis
qu'un canot était préparé pour mon
voyage, et que le fils du chef voulait
m'acconxpagner. J'appris en même
tems que les Indiens ne craignaient
pas que mes Lustrumens astronomiques pussent leur nuire à eusfe-mêmes ,
mais qu'ils avaient peur que si jîq m'en?
servais, les saumons effrayléa n'abandonnassent cette partie de la rivière»
Cependant je pris hauteur, et je trouvai que le village était à 5a deg. 2.5 m.
5z sec de latitude septentrionale.
D'après la demande du chef, je» dis
à mes gens de prendre leur bagage et
de le porter sur le bord de la rivière.
Ensuite j'allai examiner les dimensions dû grand canot du chef.   Cet
II ( i89 )
Indien me dit alors que dis hivers au- -
paravant , s'étatnt embarqué dans ce 179^-
canot avec qu arante autres Indiens de jvtillfit-
sa nation, il était allé fort loin vers le
midi , et qu'il avait rencontré deux
vaisseaux remplis d'hommes comme
moi. Ces hommes, ajouta-t-il , l'ac-
cueillirent très - amicalement. Ils
étaient les premiers blancs qu'il eût
vus. Les deux vaisseaux dont me parla
le chef, étaient probablement ceux
que commandait le capitaine Cook.
Le canot du chef indien était de bois
de cèdre. Il avait quarante-cinq pieds
de long su* quatre pieds de large, et
troisinieds et demi de profondeur. Il
était peint en noir, avec des figures
blanches de différentes espèces de poisson. Le plat-bord, la poupe et la proue
étaient incrustés en dents de loutre de
mer (1).
1         -   r   'it"!"*-" — ■—-f
(i) Sachant que le capitaine Cook avait dit
que les habitans de cette partie de l'Amérique
I'M
jJtf.
• . ( *9° )
— Lorsque je retournai au bord de ÎêI
1793. rivière, mes gens et les Indiens qui
juillet, devaient nous conduire , étaient déjà
dans le canot. Mes gens me dirent
qu'il leur manquait une de leurs haches. Je m'adressai sur-le-champ au
chef pour qu'il fît rendre la hache ;
mais il feignit de ne pas me comprendre. Alors je m'assis sur une pierre ;
je pris mes armes comme si j'avais
voulu m'en servir, et je fis entendre
que je ne partirais pas qu'on n'eût
rendu la hache volée. Tout le village
fut aussitôt en rumeur , et il y avait
lieu de craindre que cela n'eût quelque
suite fâcheuse. Cependant la hache ,
qui. avait été cachée sous le canot du
ornaient leurs canots avec des dents d'homme,'
j'ai fait beaucoup de recherches à ce sujet, et
j'ai reconnu d'une manière certaine qu'il s'était
trompé. La cause de cette méprise vient de ce
qu'il y a une grande ressemblance entre les dèûta
de l'homme et celles de la loutre de Hier. (   loi  )
chef, nous fut rendue. Sans doute
cette hache n était pas d'une assez 179^<
grande valeur pour que je m'exposasse juillet
à avoir une querelle avec les Indiens ;
mais je craignis qu'en la leur laissant
après avoir déclaré qu'on nous l'avait
prise , nous ne fussions dans le cas de
nous voir ôter tout ce que nous avions,
même la vie. Mes gens furent d'abord
fâché s de ma manière d'agir ; mais pour
moi, je crus bien faire dans le moment; et je perise encore que les circonstances où nous nous trouvions ,
justifiaient pleinement la conduite que
je tins. K *92 )
C H A P I T RE    X I.
N
Navigation sur l'Annah-You- Tesse\
yue de la mer. Tableau de quelques
nations indiennes.
une heure après-midi, nous nous
embarquâmes dans   un  grand  canot
conduit par quatre Indiens. La rivière
avait par-tout la rapidité d'un torrent.
Après uneTieure et demie de naviga?-
tidn, nous vîmes une maison dont les
habitans nous invitèrent à nous arrêter ; mais nous n'acceptâmes pas leurs
offres. Demi-heure après, nous arri-
vâmes-prâs de deux autres-maisons où
nous fûmes en quelque sorte obligés
de débarquer, parce qu'on nous dit
que le maître était un homme d'une
grande considération.
Nous fûmes accueillis et traités par, ( *93 )
ifèt Indien , de la même manière que
Uous l'avions été dans le village d'où  ^79^^
nous venions. Pour nous donner une  juillet.
haute idée de son importance, il nous
montra "beaucoup de choses  qui ve-
X x
naient d'Europe , et entr'autres plus
de quaran e livres de vieux cuivre
d'alambic et de chaudière. Nous nous
remîmes en route le plutôt qu'il nous
fut possible, et notre hôte s'embarqua
avec nous.
Bientôt le Courant nous porta devant une autre maison où nous nous arrêtâmes encore. Elle était très-grande £
et composée de divers appartemens
dont les portes étaient sur l'un des
côtés , et non au bout, comme dans
toutes les autres. Les habitans nous
reçurent très-amicalement. Au lieu de
poisson, ils nous servirent une grande
quantité de baies, dans un vase de bois
long et très-propre. Indépendamment
des fraises, des framboises et des autres fruits que nous avions déjà vus,
3. i3
far1 fW
Hi"
^Ej
• < 194 ) ;
il y avait des graines noires plus gros-
1793^ ses que lesframboises, et d'un parfum
juillet, exquis. Il y avait aussi des graines
blanches qui ressemblaient parfaitement aux mûres de haie, excepté par
la couleur.
J'observai parmi nos hôtes , une
femme qui avait deux morceaux de
cuivre passés dans la lèvre inférieure 9
comme quelques-uns des Indiens dont
a parlé le capitaine Cook. Je fis , suivant mon usage, quelques présens aux
Indiens , en reconnaissance de leuc
bienveillante hospitalité.
A mesure que nous avancions , la
navigation devenait plus difficile. La
rivière se divisait en plusieurs bras ,
sans que son extrême rapidité diminuât. Nous abordâmes devant un©
maison ordinaire, dont les habitans
nous reçurent honnêtement. Mais soit
que nos conducteurs leur eussent dit
que nous n'avions besoin de rien prendre , soit qu'ils ne voulussent pas don~ '■■•lift |Éf )
ner à manger, ou soit enfin qu'ils nyen §
eussent pas les moyens, ils ne nous 179.^9
offrirent pas le moindre rafraîchisse- juillet.
ment. Ils paraissaient être fort occupés. Quelques femmes battaient et
préparaient de la seconde écorce de
cèdre , qui prenait sous leurs mains
une apparence déclin ; d'autres filaient
avec une quenouille, et un fuseau ; une
autre tissait une robe de fil d'écorce
de cèdre entremêlé de petites bandes
de peau de loutre de mer. Son métier,
placé devant la porte, avait des dimensions proportionnées à la forme que
devait avoir la robe. Les hommes péchaient avec un trémail placé entre
deux canots. Ce filet est fixé au fond
de l'eau avec de longs bâtons ; le cou-
rant fait pencher le haut ; et le saumon
qui remonte la rivière , s'y trouve arrêté* On connaît qu'il est pris, aux
secousses qu'il donne pour sortir du
-sac du trémail. Il n'y a point de digue
dans cette  partie de la rivière ,   et
S   ■.
R-#. —rfl
u ' Ét$.
( 196 )
I j'imagine que c'est à cause des diffe-
i793. rens bras qui la divisent. Là, les filets
juillet, et les nasses sont près des bords de la»
rivière : aussi les, habitans ne prennent pas, à beaucoup près , autant de
poisson que ceux du village que j'ai,
décrit dans le chapitre précédent, et
ils ne paraissent pas non plus avoir
autant d'industrie.
Les Indiens qui habitaient la dernière maison où nous avions abordé ,
nous accompagnèrent avec un grand
canot, et nous engagèrent à laisser le
nôtre en cet endroit, parce qu'un village où nous  devions  nous   arrêter
n'était qu'à très - peu de distance, et
que l'eau était plus rapide encore que
là où nous avions déjà passé. Ils nous
dirent  aussi  que   nous   approchions
d'une cascade. Alors je leur fis entendre qu'ils n'avaient qu'à la franchir i
et pendant ce tems-là je me rendis au
pied de la cascade, où je me rembar*
quai. (197)
Nous voguâmes avec une extrême
vîtesse jusqu'auprès d'une autre cas- 179
eade où nous débarquâmes. Nous
charriâmes notre bagage à travers un
bois ; et après avoir fait quelques centaines de pas, nous arrivâmes dans un
village composé de six maisons. Ces
maisons étaient élevées sur des palissades de vingt-cinq pieds au-dessus du
sol ; mais d'ailleurs , elles ne différaient nullement de celles que j,'ai déjà
décrites. Nous n'y trouvâmes que
quatre hommes avec leurs familles. Le
reste des habitans était avec nous, ou
dans les maisons que nous avions vues
le long de la rivière (i).
Les habitans de ces villages ne pa>
raissaient pas vivre dans l'abondance ,
comme leurs voisins. Les hommes que
(i) M. Johnstone était allé dans ces maisons
fepremier du mois précédent, c'est-à-dire ciu?-
«mante jours ayant moû
W w
î.   c 198) I
fions vîmes revenir de la pêche, n*ap-
^793» portaient que cinq saiàmons. Ils refu-
jmt et.   serent je m>en -vendre un ; .mais ils
ni'en donnèrent un autre qui était rôti |
et d'un g©lût assez médiocre. Il y avait
dans les maisons plusieurs coffres ou
boîtes qui contenaient différens objets
appartenant aux Indiens <fe la, dernière maison où nous nrôus étions
arrêtés. A en juger par les tas d'im*
mondices que nous vîmes derrière les
maisons, elles devaient être plus an-*
ciennes qu'aucune de celles où nous
nous étions déjà arrêtés. De ce village
je pus contempler tout le bas de la rivière , et le bras de mer qui reçoit ses
eaux.
Il était six heures du soir , et des
nuages chargeaient l'air. Cette double
raison m'engagea à passer la nuit dans
le village. Nous nous établîmes, mes
compagnoBS et moi , dans une des
maisons ^ides. Les rest-es de notre
tier repas J  que nous avions eu:
M il
«if C *99 )   '. ■ . ;| •
la précaution d'emporter ,nous servî-  jj
rent pour souper ; car^m^^ise pûmes *79^*
pas trouver à acheter du poisson chez juillet
les habitans du ^î&age. La rivière
court vers l'ouest : et de son embouchure au grand village oit nous passâmes le jeudi, il y a plus de troi&te-siac
milles.
Tanéfis que »ous étions dans le village aux six maisons (1) , nous perdîmes notre cftfien , ce -qui me causa
beaucoup tie regret.
Je me levai de très-bonne heure; same.
et je me hâtai de proposer aux Indiens 2°»
de nous conduire à la mer , dans le
canot qui nous avait portés , ou de
nous en procurer un autre. Ils furent
d'abord sourds à cette double proposition , parce qu'ils imaginaient que >
voyant déjà la mer, je devais être satisfait. Quand j'insistai pour aller plus
mi
«|r) L'auieur le up^rame le village des 'Çoq^ûn^ (   20O;)
loin , deux refusèrent absolument d&
1790. ^'accompagner, mais enfin les deux
«juillet, autres y consentirent. On nous fournit
un canot plus grand que le premier. Il
était , à la vérité, en assez mauvais
état, mais je me crus trop heureux
de l'avoir,.
Vers les huit heures ? nous sortîmes
de la rivière qui se jette par plusieurs
embouchures dans le bras de mer dont
j'ai déjà parlé. C'était le moment du Jusant, et la mer, en se retirant, laissait
une vaste étendue de terrein couverte
degouesmon. Les montagnes voisines
étaient cachées par les brouillards. Le
vent d'ouest soufflait très-fort, et nous
l'avions debout. La baie me parut avoir
de deux à trois milles de largeur. A
mesure que nous avancions le long de
la côte, nous vîmes beaucoup de loutres de mer. Nous leur tirâmes plusieurs coups de fusil ; mais sans les.
toucher , parce qu'elles plongeaient
^vec la plus étonnante célérité. Nou$ '(*01 )
vîmes aussi beaucoup de marsouins.
L'aide à tôle blanche, qui est com- 179
mun dans l'intérieur  de cette partie Sîj e *
de l'Amérique, quelque mouette, un
oiseau noir, plus petit que la mouette*
et un très-petit nombre de canards,
furent les seuls oiseaux que nous aper*
eûmes.
9
A deux heures aj^r^s-midi, la houle
était si forte et les vents si impétueux^
que nous n'osâmes pas aller plus lean,
avec un canot qui faisait beaucoup
d'eau. Nous prîmes clone le parti d'aborder dans une petite crique qui s'offrit à notre droite. DeT'autre côté de
la baie , on voit une autre crique, à
l'entrée de laquelle il y a une île, et
où, suivant ce que nous dirent les Indiens , se trouve l'embouchure d'une
rivière qui, comme celle où nous naviguâmes , abonde en saumons.
Nos jeunes conducteurs paraissaient
avoir grande envie de nous quitter 5
et dès le soir même, l'un d'eux s'évada. > il,!
I  202 )
M. Maeféay se mit à sa poursuite-,
179^* avec l'autre,et le ramena. Cependant*
juillet, comme il ne nous était pas nécessaire,
et que nous n'avions pas beaucoup de
vivres, je ne Jugeai pas à propos de
le retenir malgré lui. Je foaâ donnai un
peu de poissQjn, une paire de souliers
dont il avait besoin pour son voyage,
et un mouchoir de soie ; lputs , je le
congédiai en lui recommandant de
prévenir ses arMsj^ que-nous retour*
lierions chez eux âans trois nuits.
Lorsqmâil partit, mm compagnon * le
«É3.S du chef , s'en alla avec lui.
Au moment où nous débarquâmes r
la. marée montait , et à quatre heures
un quart, elle descendait. Dans ce
court espace de tems * l'eau baissa de
onze pieds ©tdfemi.
Depuis l'inœtant que ï*ous ,sor4$me&
de la rivière , jtusqu'à celui de notre
débarquement, il ne se passa pas un
quart-d'heure , sans que nous vissions,
des marsouins et des loutres de mer. "/V        '       ( ao3 )    ■ ;'f;'   ■
A dix heures , il y eut pleine mer,
ce qui nous obligea plusieurs fois de 179^#
changer notre bagage de place; encore juillet.
y en eiut-il irae partie 'de mouillé.
Ayant besoin d'eau douce , nous ék
trouvâmes en grande quantité dans
quelques petïïts ruisseaux qui sortaient
des montagnes voisines* ■*
A nuit close , le jeune chef re^itfit*
nous joindre , avec un gros porc-épié
sur le dos. Il comr&sença par ouvrir le
«veaa&re de l'animai, et par jeter dans la
mer tous les intestins ; après quoi il 1
flamba, et le coupa par morceaux pour
le faire bouillir, parce que notre cîïau-
dière n'était pas assez grande pourrie
contenir tout erMbr. Ensuite , cet Indien et deux de mes gens qE& se trouvèrent debout "à son arrivée , nM se
couchèrent pas qu'il n'eussent sË&hevé
de manger le po«rc-épic.
Savais espéré ponvoir^aire %& nuifc
'•«Jlkelques observations astronomiques ;
mais le tems était si nébuleux que celu 4P?
i793<
juillet.
clim
SI,
( zo4 y
tne fut impossible. J'en fus d'autant-
plus fâché, que nos provisions tiraient
à leur fin, et que nous ne devions pas
nous attendre à en trouver chez les indigènes. Nous n'avions plus que vingt
livres de pémican , quinze livres de
riz et six livres de farine ; et nous
étions dix hommes affamés, dans un
vaisseau faisant de l'eau, sur une côte
barbare. Depuis notre sortie de la ri*
vière, nous avions fait dix milles , en
gouvernant à-peu-près à l'ouest-sudr
ouest»
A quatre heures quarante minutes ^
le reflux était sur son déclin , et l&au
se trouvait à quinze pieds au-dessous
de la marque où elle était montée le
samedi soir.
M. Mackay ramassa une certaine
quantité de petites moules que nous
fîmes cuire. Nos compagnons ne partagèrent point notre régal, parce qu'ils,
n'étaient pas accoutumés à manger#de&
coquillages, ( 2.o5 )
Ne voyant pas le jeune chef, nous
crûmes qu'il nous avait abandonnés ;  179$.
mais heureusement qu'au moment où  juillet»
nous étions prêts à partir, il sortit des
bois. Il y était allé dormir après le repas de la veille.
A six heures , nous étions embarqués. Nous sortîmes de la crique, que
je nommai crique du Porc-épie. Nous
courûmes d'abord sept milles, en gouvernant à l'ouest-sud-ouest. Nous entrâmes ensuite , en tournant au sud-
sud - ouest, dans un canal d'environ
deux milles et demi de large , où nous
eûmes une vue de dix à douze milles
d'étendue. Comme je ne savais pas à
quelle distance nous étions de la grande
mer, et si nous nous trouvions dans
Une baie ou entre des îles , je cherchai un endroit propre à prendre
hauteur. En conséquence, nous longeâmes la terre que nous avions à
gauche. Nous finies un mille et demi
iïi
à l'ouest-nord-ouest, un quart de
§ ii'J
:"
( 206 )
——— mille au nord-ouest, et trois milles
179^' au nord. Là ,. nous atteignîmes une
juillet.   ajg   £a grancj,e terre continuait à se
prolonger au nord^nord-ouest. Nous
fîmes un demi mille au sud-sud-ouest 9
en côtoyant l'île ; puis un mille et
demi à l'ouest ^ et ensuite trois milles
au sud-ouest, en traversant pour gagner la terre qui était à gauche. ( i )
Là , je pris hauteur. De cette position,
on voit au nord quart d'est, un canal
dont l'île que je viens de citer paraît
former un des côtés.
Nous rencontrâmes près de terre ,
trois canots avec quinze hommes. Ils
avaient divers meubles ou ustensiles,
qui semblaient annoncer qu'ils chan-
.geaientde demeure, Ils ne montrèrent
îii défiance ni crainte,. à notre approche. Ils entrèrent même en conversation avec le jeune chef; et j'imaginai
]j*m. -   ... « i ir     1.. ..    .. ... . ii «i ii-        l  i    ii      i     n      ■ i ii ii   ii -1 ■
(i) La pointe à laquelle le capitaine Vancouver a donné le nom de cap Menées, ( ™7 )
qu'ils lui demandaient qui nous étions.
11 me parut qu'ils n'étaient pas de la 179^*
même nation que cet Indien, car ils juillet*
parlaient sa langue avec un accent
tout différent. Ces sauvages examinèrent les diverses choses que nous
avions , avec un air d'indifférence et
de dédain. L'un d'eux prit même un
ton presqu'ins^lent, en me faisant entendre qu'il était venu récemment dans
la baie un grand canot avec des hommes
comme moi ; que l'un de ces hommes
qu'il appelait Mtacoubah, avait tiré des
coups de fusil sur lui et sur ses amis ,
et que JBenzins l'avait frappé sur le dos
avec le plat de son épée. Il me cita encore un autre nom dont je ne pus pas
déterminer les sons, tant sa manière de
prononcer était extraordinaire. Pendant qu'il me parlait, il gesticulait en
montrant mon fusil et mon épée ; et je
Suis bien certain qu'il méritait le traitement dont il .se plaignait.
Ce sauvage montra plusieurs choses juillet.
| W
•   '/i '      ( 208 y y   .-    I: '    •
qui venaient d'Europe, et que sûre*
. 1Ë " " ment il ne possédait pas depuis long-*
tems. Ses manières et son air me faisaient vivement désirer d'en être délivré , et j'espérais qu'il poursuivrait sa
route , qui était tout opposée à la
nôtre. Mais quand je voulus le quitter,
il revira de bord pour me suivre , et
il engagea le jeune chef à quitter mon
canot pour entrer dans le sien , ce
que je ne pus empêcher.
Nous courûmes six milles à l'ouest,:
sud-ouest, en longeant la terre ( 1 ).
Là , nous rencontrâmes un canot 9
conduit par deux jeunes Indiens, que
les quinze hommes dont je viens de
parler avaient expédiés pour avertir
les habitans de cette partie de la côte
de venir les joindre.
Cependant  ,   l'indiscret   sauvage
voulut à toute force entrer dans mon
mw\
(1) La terre que le capitaine Vancouver appelle Vî/e du JRoi. < 2°9 )    ; -   v       §
^anot,et me montra sur le rivage opposé  7-
un étroit canal qui conduisait à son 179t •
village , en me priant de gouverner de juillet,
ce côté-là.   J'en donnai l'ordre au ti-
monnier. Les importunités du sauvage
devenaient déplus en plus fatigantes. U
voulait voir tout ce que nous avion s,
et particulièrement mes instrumens ,
dont très-probablement le jeune chef
lui avait déjà parlé.  Il me demanda
mon chapeau , mon mouchoir , en un
mot., tout ce qu'il me vit. En même-
tems :, il ne cessait de parler des coups
de   fusil   que   lui  avaient   tirés    des
hommes de  ma couleur ,  chose qui
était fort désagréable^ pour moL
En nous approchant de terre , nous
découvrîmes un qanal au sud^ouest
quart d'ouest. Alors le sauvage me
montrant ce canal, me fit entendre
que JMacoubah était venu là avec son
grand canot. Quand nous fûmes dans
le milieu dû canal , qui conduisait
jchez le sauvage , japercuja^sur le
3. 14
m
■ Ill m¥.
(   210  )
i  rivage  quelques   appentis  ou   restes*
1J9^' d'anciens bâtimens ; et comme il me
juillet, parut vraisemblable que des Européens
étaient venus là ^ je dis à mon patron
de prendre terre. Nous avions fait, en
traversant la baie, plus de trois milles
au nord-ouest.
En abordant, nous vîmes les ruines ,
situées dans un endroit très-propre à
être défendu. Les ronces v croissaient
tïe tous côtés. Au milieu des maisons 1
on distinguait un temple semblable a
celui du 'grand village que j'ai décrit.
A peine nous étions là, nous vîmes
arriver dix canots , chacun portant
depuis trois hommes jusqu'à six. Ces
Indiens nous annoncèrent que nous
étions attendus dans le village , et que
nous y verrions bien plus de mondé.
Leur conduite et leur air me firent
craindre qu'ils ne méditassent quelque entreprisé hostiTe ; et, pour la prêt
mière fois, je pensai que les craintes de
mes compagnons étaient fondées. En
■l'f
"?C;
1 «conséquence, je leur dis de se bien te-
îiir sur leurs gardes, et de se préparer 179^'
à se défendre jusqu'au dernier soupir , juitte^
si l'on osait nous attaquer.
En débarquant, mous nous plaçâmes
sur un rocher , qui n'aurait pas pu
contenir le double de notre petite
troupe , et où , en cas de quelque
agression de la part des sauvages, noiiis
towions nmis  défendre avec avam*-
tage.
Les hommesE arrivés dans les derniers
canots , étaient extrêmement importuns ; cependant, après avoir feit vainement tout ce qu'ils purent pour
nous fâcher, ils s'en allèrent. A peine
furent-iis partis , que nous nousaper-
•çûmes qu'il nous manquait un chapeau , un mouchoir et quelques autres
effets. Les a litres sauvages tm ntinuèrent
à nous presser de nous rendre dans leur
village. Mais nousiàmesinébranlables:
*3t quand ils virent qu'ils ne pouvaient
pas nous décider à les accompagner
m
m * «—_ et que le soleil était près de se coucher;
1793.   ils nous quittèrent.
■juillet. Bientôt après il arriva un canot,
dans lequel il y avait sept hommes
robustes , et de fort bonne mine. Ils
tirèrent d'une boîte , une très-belle
peau de ioutre de mer, et une peau
de chèvre d'une extrême blancheur.
Ils me demandèrent, pour la première
x!te ces peaux , mon couteau de chasse,
dont, comme on peut bien l'imaginer,
je ne pouvais pas sme défaire dans la
circonstance où je me trouvais : mais
je voulus leur donner à la place , une
aune et demie ( i ) de drap commun ,
et ils le refusèrent : ce qu«i prouve bien
l'imprudence des Européens , qui von$
faire la traite desi pelleteries dans ces
contrées. La peau de chèvre é.taij^si
pesante , que je .n'offris pas de l'acheter.
(i) L'aune anglaisé n'a quéS.trente pouces trois
Joignes français. ( Note du traducteur ). ( 2l3 3
Ces sauvages me cônfiriiièrent que
J\facoubah était venu dans cette baie ,
et qu'il avait laissé son vaisseau derrière une pointe de terre , dans le
canal que nous avions au sud- ouest.
De là, ajoutèrent-ils , il se rendit dans
leur village avec des canots qu'ils me
représentaient, en imitant notre manière de nager.
Quand j'offris à ces Indiens une aune
et demie de drap , en échange de leur
peau de loutre de mer, ils secouèrent
lalsête, en prononçant très*distinctement , en anglais , non , non ( i ) r
négation dont ils se servaient aussi
d'un ton emphatique , toutes les fois
que nous leur demandions quelque
chose qu'ils ne voulaient pas , ou ne
pouvaient pas accorder.
Les sauvages qui s'en étaient allés
avant le coucher du soleil, avaient J
dans un de leurs canots, un veto ma-
179S.
iuilïeU
<i)BTo, no I      -     ;        («4 )
Më=M   rïn ,  que j'offris de leur acheter ,  et
Ï793.   qu'ils ne voulurent pas me vendre. Ils
juillet,   avaient aussi un poisson d'une espèce
que je voyais pour la première fois. La
longueur de ce poisson était de dix-huit
pouGes, et sa forme  à-peu-près celle
d'une truite ;  ses dents étaient aiguës
et très-fortes. Je vis beaucoup des mê*
mes animaux que j'avais cru être tous
des  loutres de mer ;  etisje commençai à penser qu'il y en avait plusieurs
qui n'étaient que des veaux marins.
Lorsque les sept Indiens nouseurent
quittés ,  nous allumâmes du feu pour
nô&ê chauffer. Quant à notre souper 9
il a%t très4éger ; car la ration à laquelle
nous étiofts réduits pour tout un jour,
n'aurait pas suffi pour faire un repas
ordinaire. Toute la^ournée nous eûmes
be&ti tems, et le soar, un superbe clair
de lunè£ Je donnai ordre à mes gens
%ûè veiller deux par deux ;  et je mer
couchai,enveloppé dans mon manteau*
Nous ne fûmes point troublés pen-* SOiifft.,
22*
(  2l5  )
dant la nuit. La matinée fut très-belle. j
Un sauvage vint nous trouver, avec 79*
environ une demi-livre de viande de )lulct«
veau-marin bouilli , et la tête d'un petit
saumon. Il demanda d'abord , pour ces
objets , un mouchoir ^ et ensuite il les
donna pour quelques grains de verroterie. Comme cet homme vint seul , je
pensai que les Indiens n'avalent pas
formé de complot général contre nous ;
mais cette opinion ne calma pas tout:-:
a-fait les soupçons de mes compagnons.
Un peu après huit heures, je fis cinq
observations solaires, dont la moyenne
était de 36 deg. 4S min., et à six heures
du soir, j'eus 58 deg. 34 min. , avec
ma montre marine ; de sorte que Fa-
chromètre était de i h. 21 min. 44 sec„
en arrière du tems vrai.
Plusieurs Indiens arrivèrent du village avec deux canots»; et le jeune chef
qui nous avait quittés la veille , revint
avec eux. Ils apportaient quelques petites peaux de loutre de mer ,   fort ' -à (&i6i   -
— Vieilles y  et  quelques-' morceaux  de'
1/9^*   veau marin cru. Les peaux n'étaient
.... A
jiaiitt. d'aucune valeur ,"et nous n^en voulûmes pas : mais lés morceaux de veau
marin furent achetés par mes gens ,*
qui avaient faim , et qui en donnèrent
un prix extravagant.
M. Mackay ayant allumé un morceau de bois pourri sur le couvercle de
sa tabatière , avec un verre convexe,
les Indiens en furent tellement surpris , qu'ils donnèrent la meilleure do
leurs peaux de loutre de mer , en
échange de ce verre.
A son retour , le jeune chef s'efforça
d'inspirer à mes compagnons le désir
de partir. Il leur dit que les habitans
du village étaient en aussi grand
nombre que les essaims des moustiques et d'un caractère très-méchant.
Ses discours furent cause que mes
gens me pressèrent de m'enSpetourner.-
Mais j'étais résolu à aae quitter ce lieu
qu'après en avoir déterminé la posS i
' ,     §  C2Ï7 ) p&
tion géographique , à moins qu'on ne
m'en chassât par force. Je m'en expli-
et les sollicitations cessèrent.
Tandis que je prenais hauteur, on
vit sortir du canal , qui était au Sud*
ouest , deux canots bien équipés. Ils
semblaient être les avant-coureurs des
Indiens, qui devaient venir se joindre
aux habitans du village , d'après l'avis
donné par les deux jeunes messagers
dont j'ai déjà fait mention. Notre jeune
chef, qui avait entendu les propos des
indigènes , insista de nouveau pour
nous faire partir r prétendant qiPLls
viendraient bientôt nous percer de
leurs flèches et de leurs lances. En nous
peignant le datiger que nous courions
il s'agitait tellement qu'il en écu-
mait. Quoique je ne fusse pas sans
quelque appréhension à l'égard des
sauvages , je dissimulai , parce que
mes compagnons étaient déjà frappés
*le terreur ; quelques-uns d'entr'eux
me demandèrent même si mon dessein Ki' RM7
g||      •    ;|       -       (  2l8  ) . ;
était de resjter là pour les faire mas-^
1793. sacrer ? Ma réponse fut la même que
juillet, la première ; c'est-à-dire , que je ne
partirais pas que je n'eusse achevé les
opérations que j'avais à faire. En même?
tems, je consentis qu'ils embarquassent;
tous nos effets , afin que nous fussions
prêts à partir à tout instant.
Cependant, les deux grands canots
approchèrent du rivage ; et bientôt
cinq hommes, avec leurs femmes et
leurs enfans , débarquèrent tranquil r
lenient. Ils regardèrent avec beaucoup
d'é^onnement et d'admiration , les ins-
trumens astronomiques , que j'avais
tirés de leurs étuis pour faire mes
observations. Avec un horizon artificiel , je trouvai que nous étions à
52 deg. 21 min. 33 se<ç. de latitude septentrionale , et avec l'horizon vrai |
à 5% deg.  20 min. 4$ sec. ( 1 )
(1) Ce lieu forme un côté du canal de la cas**
«a^e^du capiîaine Vancourver»- ( 2i9 )
Les Indiens qui venaient de descendre à terre , étaient d'une nation
différente de ceux que nous avions
déjà vus. Notre jeune guide n'entendait pas leur langue. Je mis un peu de
vermillon dans de la graisse fondue ,
et j'écrivis en gros caractères, sur le
côté sud-est du rocher où nous avions
couché : — « Alexandre Mackenzie
» est venu du Canada ici , par terre ,
:» le 22 juillet 1793. »
Pensant que nous étions trop près
du village , je consentis enfin à m'en
éloigner. Nous courûmes trois milles
au nord-est ; et nous débarquâmes
sur une pointe de terre, dans une petite crique , où il n'était pas aisé de
nous découvrir, et où l'on ne pouvait
nous attaquer que par-devant.
Parmi les objets -true lcis Indiens
nous volèrent, était une ligne de sonde,
dont je me proposais de me servir dans
cette baie. Cependant, il est probable
que je n'aurais pas pu trouver le fond
à une certaine distance du rivage, du
1793,
)U1
lleL
»! "1793.
juillet.
( 2T20  I
moins si je dois en juger par ce qu'&r-*
diquent la terre et l'eau. Les bords de.
la baie sont d'un roc solide 9 qui, en^
quelques endroits, s'élèvent à environ
trois cents pieds, et en d'autres, à plus
de sept cents au-dessus de la haute-
mer. Dans les endroits où le roc est
couvert d'un peu de terre , croissent
des cèdres , des sapins - spruces , des
bouleaux blancs et d'autres grands arbres ; et des flancs* du roc sortent de
petits ruisseaux d'une eau limpide ,
aussi froide que la glace.
Les deux canots que nous avions
laissés dans la crique où nous avions
couché la nuit précédente, ne tardèrent pas à nous suivre *f et quand ils
furent prêts à partir, le jeune chef s'y
embarqua. Cependant , je me décidai
k ne pas permettre qu'il nous quittât ,
et je le forçai de revenir à terre. Je
pensai qu'il valait mieux le mécontenter que souffrir qu'il s'exposât à des
désagrémens parmi des étrangers ,,on
à retourner sans nous chez, son père* ties sauvages qui étaient dans les canots lui firent signe de traverser la x79 •
montagne, parce qu'ils le prendraient )uU l'
de l'autre côté. Je m'aperçus de ces
signes , et n'ayant pas le tems de garder moi-même le jeune Indien, je priai
mes gens d'empêcher qu'il ne s'enfuit ;
mais ils répondirent crûment qu'ils ne
voulaient pas se charger de le retenir
contre son gré, et je fus obligé de
prendre ce soin.
Je déterminai enfin la position géographique du lieu où j'étais (i) ;  ce
(i) D'après cinq observations, dont le calcul
moyen  était de 290   23' 48" à 3 h.   5l' 53"
qu'indiquait ma montre marine , il résultait que
cette montre était en arrière
du tems vrai, de 1 jffji 22 m. 38 s.
Avant midi, elleYé tait de    1      >cj2E«kr      44
"■-:iii     0^0^^    %    44
Terme moyen ...    1        22        ri
Différence de la montre
dans un espace de 9 heures.    « » S ( 222  )
    qui est, sans doute, l'événement le
179^'  plus heureux de mon long, pénible
i juillet. et <langereux voyage ; car il ne fallait
qu*un jour nébuleux pour m'empêcher
de trouver la longitude (i).
de Jupiter, qui me donna 8° 32' 21" de différence de longitude. Ensuite une emersion du
premier satellite , me donna 8° 3i' 48". Le
terme moyen de ces observations est de 8° 32*
2," , ce qui est égal à 1280 à' à l'ouest du méridien de Greenwich.
(1) Le capitalpô. Mears- se trompe, quand il
assure d'une manière positive- <ikms la relation
de son voyage.,, qu'il y a un passage du nord-,
ouest au sud, par le 69*. degré et demi de latitude ; car j'ai démontré le contraire dans mon
premier voyage. Je ne peux pas m'empêcher de
témoigner mon érondement de ce que ce même
capitaine avance qu'il y a un grand bras de mer
ou un archipel, entre les îles de î^ootka et le
continent, par 1q 52<c ou 53e. deg. de latitude
iîoe(J. Le capitaine M^ears fonde son assertion sur
ce que lui a dit le capitaine; Grey, commandant
d'un navire américain. Or, le capitaine Grey
soutient ne lui avoir jamais dit cela. En outre,
le contraire est indubitablemeia^prouvé gar 1®
voyage du capitaine Vancouver» (   223   )
A midi, il y eut pleine mer :  mais    ■—
l'eau resta un pied et demi au-de&sôus   1793.
de la marque où elle était montée la   j uillé&
nuit précédente. Dès que mes observations   astronomiques   furent   achevées, nous nous embarquâmes. Il était
alors dix heures du soir. Nous prîmes
la même route par où nous étions venus ;  et quoique la marée descendît
avec   rapidité ,   nous   la   refoulâmes
assez vîte,   parce que nous longions
les rochers qui bordent la 'baie, et que
mes gens,  à qui il tardait cPêtre loin
des habitans de cette côte, pagayaient
avec vigueur. \£jj,   I
Nous aperçûmes plusieurs feux du
côté du sud , et à la pointe du jour ,
on en voyait encore la fumëé'. A quatre heures et demie du matifî, nous*
arriérâmes dans*la crique duPorc-Epic,
où nous avions couché le 21. La marée
avait achevé de monter, et l'eau était
beaucoup plus basse que là première
fois que nous étions venusiïans cette w
( 2/i4 )
    crique. Il nous était aisé d'en juger,
1793. puisque la marque de la pleine mer était
juillet, un peu au-xiessus de l'endroit où nous
avions allumé du feu. Cette difference*
des marées est, sans doute , occasionnée par l'effet du vent qui refoule plus
ou moins l'eau dans une^aie étroite.
En continuant notre rouje pour regagner la rivière, nous rencontrâmes
un canot dans lequel il y avait beaucoup de monde. Les Indiens qui le
conduisaient commencèrent par s'éloigner de nous avec vitesse. Ensuite ,
ils s'arrêtèrent comme pour nous reconnaître. Cependant, ils nous laissèrent passer sans  nous approcher.
L'eau étant beaucoup plus basse que
lorsque nous avions descendu la rivière , nous fûmes obligés de débarquer à un mille au-dessous du village.
Nous remarquâmes des rangées de
pieux plantés le long de la baie ; et à
quelques endroits , on avait attaché
à ces pieux des machines pqur prendre lès   Veaux   marins et les loutres   de
mer.   Ces   ouvrages , qui   sont très-  179ù*
étendre, doivent avoir coûté beaucoup fSPW?
de tems et de travail. Le seul oiseau
que nous vîmes ce jour|là, était un
aigle à tête blanche (i)*
Notre guide nous dit de traîner le
caftotdans un endroit où la haute ma*
i^è ne pût pas atteindre , et de l'y lais*
4ser. Cependant, il n'attendit pas que
Cela fût achevé pour se mettre en
route ; et Comme je ne voulais pas le
. laisser seul, je partis avec lui. Le chemin était très-mauvais et traversait un
bois où nous étions arrêtés à tout ins«
tant par des halliers. Çhiand nous sortîmes du bois, et que nous fûmes près
du village, «je vis tout-à-coup sortir d'une maison ret courir vers moi
deux hommes armés;#le poignards , et
^yan^un air furieux. Le jeune Indien
(i) Nous donnâmes à la bai© le nom de tforft'tf
de M<oé<$kànzie.
m
m
1
n ju&ftMui
marchait quinze à. 'vingt pas eïi avant
de moi. Ne doutant pas de l'intention
des deux sauvages ,,^e m'arrêtai, jetai mon manteau e$ me mis en état
de défense, en lejs couchant en joue.
Heureusement ces saunages conftaSys/r
saient l'effet des armes à feu, et ils
laissèrent tomfoer ileibrs^oi^
étaient attachés à letïr poignet par un
cordon. Je pris alors mon fusil de la
main gauche, et je tàbai mon couteau
de chiasse.
Bientôt mes deux agressées -furen|;
joints par plusieurs autres s&uvages
armés comme eux. Je ceconnus dans
cette troupe, >Phomme qaate j'ai$& plus
haut avoir ^été si imptorbun .et ÊJ&e «esitiff
dans mon canot aaaalgréf|noi. JlïRépétait encore les noms de JMacoubah et
de JBen&èns9 montrant par des-^estes*
comme la première fois, qu'ils ^u%
avaient-fciredes coups defiisil. Avant d'apercevoir ceaauvage , mon ame restait
«aime ; mais, dès l'instant qu'il parut ^ (   227  )
jugeant qiS'il était l'auteur du péril qui ~-*~*
me menaçait, je sentis un violent désir x79 ^
de vengeance , et s'il eût été plus près juillet*
de moi, j'aurais peut-être mis pour jamais un terme à son insolence.
Les autres sauvages s'approchèrent,
et l'un d'eux passant derrière moi , me
saiSt dans ses bras. Je me fus bientôt
débarrassé de lui ; mais j'ignore pourquoi il ne profita pas de cette occasion
pour me plonger son poignard dans le
sein. D'ailleurs , cette troupe était
certainement plus forte que moi. Si
nous en étions venus aux mains, j'aurais pu tuer un ou deux hommes ; mais
le reste m'aurait accablé.
L'un de mes gens parut hors du
bois : aussitôt les sauvages prirent la
fuite , et allèrent se réfugier dans les
maisons d'où ils étaient sortis. Cepen-
tââht il s'écoula plus de dix minutes
avant que tous mes compagnons m'eussent rejoints ; et comme ils arrivèrent
l'un   après  l'autre ,   si   les   sauvages
il
m
MM
m
Wèè ■Sir '
a
m
H  . -vf       ( 228 )      §'       ,    "
avaient su profiter de leur avantage^
i 790. ils nous auraient massacrés successive-
juillet, ment. Enfin si, lorsque ces barbares
m'entouraient, ils avaient osé me poignarder , le trépas de mes gens eût cté
la suite nécessaire du mien, et aucun
d'eux ne serait revenu dans sa patrie ,
conter l'horrible sort de ses compagnons.
Après avoir appris à mes gens à quel
péril je venais d'échapper , je leur dis
que j'étais résolu à faire sentir aux
sauvages l'indignité de leur conduite,
et à les forcer de rendre, non-seulement mon chapeau et mon manteau p
qu'ils avaient enlevé au moment où ils
s'étaient pressés autour de moi, mais
les objets qu'on nous avait volés dans
la baie. Je parlais de ces derniers objets , parce que je savais que les hommes que nous avions vus dans les trois
canots de nos voleurs , se trouvaient 9
pour la plupart, dans le village. Je recommandai à m   compagnons de bien ( **9 ) ■§
amorcer leurs fusils, et de se préparer
à s'en servir vaillamment, si les cir- 179:X
constances l'exigeaient. juillet.
Nous marchâmes droit à la maison j
des sauvages; et après nous être mis
en-ligne devant la porte, nous fîmes
des signes pour que l'un d'eux vînt
nous parler. Au bout de quelque tems,
le jeune chef se présenta , et nous dit
que les gens des canots étaient venus
raconter à ses amis que nous L'avions
très - maltraité , et qu'ensuite nous
avions tué quatre de leurs compatriotes qui tétaient trouvés dans la
baie. Quand j'eus fait, entendre aux
sauvages , autant qu'il m'était possible , combien, ce récit était mensonger , j'insistai pour qu'on nous rendît
tout ce qu'on nous avait pris, et pour
qu'on nous fournît une certaine quantité de poisson ; et j'assurai que si l'on
ne se soumettait pas à ces conditions fi
nous ne partirions pas,
Les sauvages  alarmés nous resti^ m
il
st3o
tuèrent  les   choses  volées , et nous
79°* apportèrent   quelques poissons   secs*
et» Alors nous nous réconciliâmes avec
nos agresseurs : mais le jeune chef
qui nous avait servi de guide, était si
épouvanté, qu'il ne voulut pas rester
plus long-tems avec nous. Il nous conjura , en même-tems, de nous en retourner dans le canot de son père ,
parce qu'autrement, dit-il , il arrive*
rait quelque malheur.Cependant,avant
«le m'embarquer , je voulus attendre
qu'il fût midi, pour prendre hauteur
içft déterminer la latitude du village.
\    Elle est de 52 deg. 23 min. 43 sec.
"Bord (i). |gp
Nous fîmes connaître aux habitans
que nous n'avions pas assez de quoi
manger, et sur-le-champ ils nous apportèrent deux saumons. Ensuite nous
leur  dîmes  qu'il nous manquait des
(i) On a vu plus  haut qu'il nomma ce lieu,
le filage des Coquins*, ( a^l )
perches pour pousser le canot ; et ils
atious les fournirent avec la même 1793
promptitude ; tant il leur tardait que juillet.
nous fussions partis! Malgré cela j'eus
soin de payer tout ce qu'on nous donna, et je n'oubliai pas le louage du
canot qui nous avait portés dans la
lie. Ill
CHAPITRE   X IL
\M. Mackenzie et ses. compagnons
remontent la rivière du Saumon,
Détails sur les habitans des bords
de cette rivière,
JLie courant de la rivière du Saumon
était si rapide et si difficile à refouler , que mes gens désiraient que nous
fissions la route par terre. Je l'aurais
bien voulu moi | même ; mais un de
mes chasseurs indiens était si faible ,
qu'il se trouvait hors d'état de marcher , et nous ne pouvions pas l'abandonner. Il avait été malade pendant
quelque tems ; et , à vrai dire, nous
nous étions tous, plu,s ou moins, ressentis des rhumes que nous avait occa*
sionné l'air de la côte.
Quatre hommes partirent avec le ca^*
ill!
mk ' ( 233 ) ;
iiot, et restèrent une heure pour faire *
un demi-mille. Pendant ce tems-là, le 179^*
sauvage audacieux dont j'ai parlé plu- juillet,
sieurs fois , partit avec quatre de ses
compagnons, et ils allèrent s'embarquer , pour remonter la rivière , dans
un canot qui les attendait au-dessus ■
de la cascade. Il y avait dans ce canot
autant de caisses que d'hommes. Toutes ces circonstances furent cause d'une
nouvelle inquiétude ; et l'on ne douta
pas, parmi mes gens , que nous ne fussions exposés , dans les villages où
nous allions passer, à des désagrémens
et à des dangers pareils à ceux auxquels nous avions déjà échappé. On
n'oublia pas de remarquer aussi que le
jeune chef nous avait quittés d'une
manière qui ne pouvait que nous
nuire dans l'esprit de son père et de
ses amis.
Enfin, le canot arriva ; et alors mes
gens déclarèrent du ton le plus ferme
et le plus décidé, qu'ils ne voulaient 2,34 y
m
M
i
■
il
f iff!
pas  le  conduire  plus   loin.  Bientôt:
79 • après, instruit du départ du sauvage
juillet. . -,
ennemi et de ses quatre compagnons,
ainsi que des autres circonstances dont
je viens de rendre compte , ils s'emportèrent avec une violence extraordinaire ; et la plupart dcentr'eux annoncèrent qu'ils étaient résolus à tenter de traverser les montagnes , et cfe
regagner ,1e chemin par tejuel nous
étions arrivés au premier village (i)y:
Dans ce dessein, ife jetèrent dans lm
rivière tout ce qu'ils avaient, à l'exception de leurs couvertes.
Cependant je restais tranquillement?
assis sur une pierre, contemplant mes
frénétiques compagnons , et espérant
que , quand le premier moment de
terreur et d'extravagance serait passé,
ils pourraient écouter la raison et voir
que leur projet était insensé. Mais;
quand je vis qu'ils persistaient à vou-
i.-aÉ^TVWin.'f^r-awTtrT
(i) Le village des Amis,. 2oo ;
loir l'éxéëuter , je rompis le silence,  $
et j'employai les raisonnemens que je 1>79:*'
crus les plus propres k les en détour- )inl-et»
ner. Je commentai par réprimander
sévèrement mon jeuws chasseur sur ce
qu'il exèitaiflî les autres à entreprendre
follement de traverser les montagnes*
Je m'adressai ensuite à tous, pour leur
"représenter l&^iffieulké de gravir des
montagnes couvertes d'une neige éter+
nelle. Je leur observai que nous n'a*
vions avec mms que pour deux Jours
de provisions, et que si noms osions
faire ce qu'ils voulaient, nous péririons infaii^blesaient de froid et de
faim. Je leur dis e& même tems , qu'il
y avait de la démence à redouter uô.
danger qui peut-êttfe n'existait pas , et
qui , s'il existait , nous avions dans
nos mains le moyen d'en Êeiompher.
Je tâchai de-leur faire sentir combien
il y aurait d'injustice et d'inhumanité
à abandonner , à laisser périr ^e besoin et sans secours, le pauvre Indien
'VS
m
•tWHu i W.I,
I»1
' :|;   '   , \ ,   ,,      '( 236 ) '.'■';
—- qui était malade. J'ajoutai enfin, que*
5793. mon objet étant rempli, je ne pouvais
Juillet, avoir en vue que le salut commun, et
que le seul vœu que je formais , était
de suivre la route la plus sûre , et
d'employer les meilleurs moyens pour
éviter tous les obstacles qui pourraient
s'opposer à nos vues.
Mon patron de canot qui , depuis
cinq ans , m'accompagnait en cette
qualité , déclara sur - le - champ qu'il
était résolu à me suivre par-tout où
j'irais ; mais qu'il ne rentrerait pas
dans le canot qu'il venait de quitter,
parce qu'il l'avait juré solemnellement
tandis qu'il remontait la passe rapide-.
Son exemple fut suivi par les autres ,
à l'exception de deux qui , avec M*
Mackay ( 1 ), le chasseur malade et
moi ,   entrèrent dans le canot.
(1) Je dois déclarer ici qu'en toute occasion,
j'eus lieu d'être satisfait de la conduite de, M^.
Mackay». ( 1m )
Le courant était si fort 7 que nous
ÎÛmes presque continuellement obligés
de nous haler sur les branches des arbres
qui bordaient la rivière. Aussi , notre
marche était , ainsi qu'on peut bien
l'imaginer, aussi ennuyeuse que fatigante. Ceux de nos compagnons qui
allaient par terre , étaient à tout instant obligés de s'arrêter pour nous attendre. Ils s'étaient chargés de porterie
fusil de M. Mackay, qui se trouva perdu
au moment où nous pensions en avoir
grand besoin ; car deux canots, dans
lesquels il y avait seize Indiens , descendaient le fleuve , et s'approchaient
de nous. La crainte que nous causa leur
rencontre , ne fut dissipée que lorsque
nous les eûmes vus passer à côté d§
nous , avec la rapidité de l'éclair.
Enfin, nous arrivâmes à la vue d'une
maison , et nous vîmes le jeune chef
et six autres Indiens embarques dans
un canot, et venir au-devant de nous»
Cela nous fit d'autant plus de plaisir ,
1793<
JUI
Uet,
'I <.! I
II
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"■C!j|i!|
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. ^:-,        ,    ( a38 )g.'"   \        S   ".
que nous en inférâmes que les sail-
x79$- vages qui nous avaient ^précédés , et
-juillet, dont, à juste titre , nous soupçonnions les desseins , n'avaient pas
réussi à inspirer aux habitans des
préventions contre nous. Nous débarquâmes devant la maison ,lbù l'on
nous accueillit très-amicalement ; et
auprès avoir acheté quelques poissons ,
nous co#$inuâmes>notrë route.
$&4:&lLt presque nuit lorsque nous
atteignîmes i&tttre maison-. Les pre*
mière6 personnes que nous vîmes en
entrant, tétait le sauvage turbulent et
ses quatre compagnons. Cette rencontre €ut três-^désagréable pour nous.
Mais nous -fiâmes bien reçus par les
gens'âé la nïaiéon, qui ^mpressèirent
de nous presenter des poussons et des
fi&ïts ( i ). Nous apprîmes alors que
les sauvages qui nous avaient causé
tant d'incjtt^ét^ile, habiïaitïBC les îles
.«..■.w,j.wimwiii,"i
^ X^és ®ài^P ( 239 ")
fie la baie , et vendaient differ ens ob* «■
|ets, tels que de l'écorce de cèdre , %79^m
préparée pour être employée à faire juillet^
lies nattes , des œufs de poissons , du
cuivre , du fer e,t des grains de collier,
qu'ils se pjrocjaraient sur la côte. Ils
reeea^ent en échange de ces différent
«objets , (ta saumon rôti, des pains
d'écorce 4'arbre à ciguë , de l'oseille
et <ies baies arnères.
Àpr<è§ avïQir soupe , et nous être
pourvus ,<Je saumon pour la provision
xjgy. lenée$na$.Q 9 nies gens allèrent se
coucher, à l'exception d'un seul que
je fis vçUlorjavec moi.
Après m£&uit,, je fis lever M. Mac- mardi
kay et un, Canadien , pour qu'ils z**
veillassenta«ft leur tour, l^lais corrune
-tout parai^sa^t fort tranquille dans la
maison, je leur dis un moment après 9
de se recoucher. Le matin , ^e fus le
premier réveil]^, etj'envoyai M. Mac*
kay , v$ir si notre canot était à la
place où nous l'avions laissé. A $ou
<m
■jll t793,
juillet.
K
m
( M° )
retour , il me dit que les^insulaires
avaient chargé leurs marchandises
dans nôtre canot , et qu'ils étaieifl
prêts à partir. A l'instant je courus au
bord de la rivière , et je saisis la proue
du canot. Je l'aurais certainement reft*
versé ; et trois hommes Q%p y étaient
embarqués , ainsi que beaucoup de
marchandises, seraient allés au fond de
la rivière , si je n'avais pas été arrêté
par un des Indiens de la maison , qui
m'avait déjà montré beaucoup d'honnêteté. Il me dit que ce canot était ce*
lui des insulaires , et que le jeune
chef avait emmené le nôtre. Pendant
que cet Indien me parlait, les deux
insulaires qui étaient encore à terre ,
sautèrent lestement dans le canot , et
'f r* v
poussèrent au largèP, avec Tlbutèr là
promptitude que pouvait leuK donner
la peur. â| i^ÉÉ
Nous nous trouvâmes^ encore une
fois, et sajîS^gùide et sans canot. Mais
nous fûmes assez heureux pour engager. ,   -g- .. ' - { 241 ■)    §M ...    J:'..
sans beaucoup de difficulté , deux —«—
des Indiens de la maison , à nous ac- 1793
compagner. Sans ce secours , il nous juillet
eût été impossible dé continuer à refouler le courant. ;$î
La maison étant située sur une île ,
lions déposâmes sur le rivage ceux de!
nos gens qui voulaient aller à pied;$
et nous remontâmes jusques à la pêcherie de nos conducteurs. Là, ils nous
proposèrent de nous mettre à terre^
ainsi que le peu de bagage que nous
•avions^ mais comme nés compagnons
étaient sur la rive opposée , nous ne
voulûmes pas descendre , et nous obi-
tînmes des Indiens qu'ils non s. con-
clukmenft plus loin."Beu arMès yr[*iriou§
renbontrâmes leschefqui nous avait si
bien traités à notre.premier passage. II
péchaitia la seine avec deux canots , et
il avait déjà pris une quantité considérable de saumon. Il nous fit embarquer
clans un de ses canots', et nous «remontâmes la rivhire avec beaucoup de
3. . z»
l 'i; **^4jH i
il!
lm
'm
■Et"
.
- .. ■    v    , j|'.    , ( M* )   ;
^   vitesse. Les habitans des bords de cette
3793. rivière déploient une agilité et une
•juillet, adresse étonnantes , en refoulant-le
coûtant. Dans la passe qui semblait
<Hre la plus dangereuse , le chef et
ses gens s'amusèrent à faire entrer
beaucoup d'eau dans le canot, pour
nous effrayer. E
■™ Nous nous arrêtâmes dans la maison
drPi$hef. A peine* fûmes-nous assis ,
qu'on nous servit un saumon à chacun. Nos genspârurent être su r la ri v©
opposée , et le chefbenvoya un canot
pour les prendre. '^Mê» furent -traités
comme nous, et après qu'ils eurent
iachevé*de manger ,   ils se remirent eax
«w *
marche. Nous partîmes aussi avec le
chef et un : de? ses gens , quiise chargèrent de nous conduire. îé*ïïi
%$ A cinq heures «'âîprès - midi , « nous
abordâmes daws une île où il y avait
•deux maisons que nous n'avions pas
vues en descendant la rivière. Comme
jios conducteurs trouvèrent qu'il était { 243 )
cassez tard pour s'arrêter , nous fûmes
obligés d'envoyer chercher ceux de nos
compagnons qui allaient à pied.
L'un de nos gens qui marchait un
peu en avant des autres , fut attaqué
par urfe ourse | suivie de deux oursins :
heureusement qu'un de se&cflmarades
survint, et d'un coup de fusil abattit
l'ourse. La crainte les empêcha , sans
doute, de tuer aussi les petits. Ils apportèrent une partie de leur proie.
Nous en mangeâmes : elle n'était ni
bonne , ni mauvaise. Nous apprîmes
que notre guide , c'est-à-dire le jeune
C/hef du grand village , avait passé h
pied, de très-bon matin , près de l'île
où nous couchâmes.
Les habitans de l'île pèchent non-
seulement des saumons , mais une
grande quantité d'une autre espèce de
poisson , qui pèse depuis quinze jusqu'à quarante livres. Ce poisson est
plus large que le saumon ; il a le dos
arqué ; ses écailles sont grisâtres, et sa
1793.
juillet,
1       1 ;-;:'f r.f
"Y    si' ( 2^ |     '*    -.
chair est rtrès-blanche ,  mais non pas
*79^' d'un très-bon goût. Sa mâchoire et ses
juillet, dents ressemblent à celles d'un chien ;
ses dents sont plus grandes et plus
fortes que celles de toutes les autres
espèces de poissons de la même grandeur , q&è y ai vues. Celles de devant
sont recdurbées comme les griffes d'un
oiseau de proie. Il aime beaucoup les
hauts-fonds. Les indigènes donnent à
Ce poisson le nom de Dilly,
Les fiaoitans des dè'ux maisons nous
fournirent autant de poisson et de fruits
que nous pûmes en manger. Ces fruits
étaient des baies d'une espèce que je
xie connaissais pas , et d'un goût exquis. Nous trouvâmes, en traversant
les bois de cette partie de l'Amérique ,
trois différentes espèces de groseilles ,
qui y abondaient,
jeudi Je fus debout avant le lever du so-
25. leil. Le tems était très-beau. Les Indiens qui devaient nous accompagner ,
allèrent visiter leurs filets et leurs nas- ( M$ )
fies, et en tirèrent beaucoup de poissons, qu'ils attachèrent à une corde   179^*
quj. pendait dans la rivière. juillet.
Nous nous embarquâmes au nombre
de quinze personnes ; mai» nous mîmes
une partie de mes gens à terre , sur la
rive méridionale ; car si tout le monde
fût resté dans le canot, nous n'aurions
jamais pu refouler le courant. Les hal-
îiers étaient si épais , c§ue nos piétons
eurent beaucoup de peine à les traverser. A neuf heures , nous fûmes obligés
de les attendre , pour leur faire traverser une rivière afïluente , qui vient du*
sud , et n'est pas guéable. Peu de tems
après , nous vîmes deux maisons désertes , situées au-dessous d'une passe
rapide , où, pour complaire à nos conducteurs , il nous fallut débarquera
Nous trouvâmes , en descendant k
terre, un chemin qui menait d'un côté
opposé au village. Au lieu de le suivre
d'abord, nous eûmes la curiosité d'aï-
I*
en ïnÉ
(M6)
*■—■ "-   1er visiter les maisons ( i ) : mais nous
-179^. eil fûmes bien punis ; il y avait tant de
Juillet, puces , que nous en fûmes à l'instant
couverts. Nous n'eûmes d'autre moyen
de nous en délivrer , que d'aller nous
mettre dans l'eau. Il n'y avait pas, autour des maisons > un seul endroit où
l'herbe ne fût pas remplie de ces insectes*
Les  Indiens nous  proposèrent  de
nous servir de guides ; et ils nous firent
passer par un sentier très - commode.
Cependant , ils marchaient si vîte ,
que nous n'étions pas tous en état d'ailler comme eux. Le chasseur malade,
sur-tout , nous retardait beaucoup. A
la fin, nos prétendus guides finirent
par disparaître. J'aurais pourtant bien
désiré qu'ils nous eussent accompagnés
jusqu'au village ,   afin que leur présence eût aidé à détruire les impressions  fâcheuses   que les rapports dti
jeune chef pouvaient avoir faites sim
Elles étaient élevées sut des poteaux* Pesprît de son père ; car il y avait tout |
lieu de croire que ces rapports ne nous 179°*
étaient pas favorables. ||| juillet^
Le chemin que nous suivîmes traversait une forêt où croissaient les plus
magnifiques cèdres que j'aie jamais vi&s*
Je mesurai plusieurs de ces arbres, qui
avaient vingt-quatre pieds de circonférence et étaient d'une hauteur proportionnée. Il y avait aussi des aunes d'une
grandeur et d'une hauteur extraordinaires. Quelques-uns avaient sept pieds
et demi de circonférence, et s'élevaient
de quarante pieds indépendamment des
branches. Mes gens m'assurèrent que ?
dans la route , ils avaient vu et des aunes et des cèdres encore plus beaux.
Les autres arbres étaient l'arbre à ciguë , le bouleau blanc , deux espèces
de sapins , et des saules. Il me parut
que plusieurs cèdres avaient été sondés
par les Indiens qui , les ayant trouvés
creux , et par conséquent peu propres
à, servir pour faire des canots , ne les iffrH
Vlv
M
a g «. ■ (â4«j
avaient pas coupés. Il y a dans la forê£
J1793. fort peu de halliers. Le sol y est noir,
iuillet. gras et sans doute très propre à récompenser la main qui le cultiverait. Les
restes d'ossemens que je vis dans certaines parties de la forêt , me firent
juger que les indigènes y brMaienfc
leurs morts.
Etant incertain deï'accueil que nous^
recevrions dans le village , j'examinai
les armés et les munitions de mes gens %
et je donnai un de mes pistolets à
M. Mackay qui , malheureusement £
avait perdu son fusil. Ce qui, indépen*
damment des rapports du jeune chef,
nous faisait craindre d'être mal reçus,
c'est que nous avions appris, par l'un
de nos derniers guides, la mort du malade à qui j'avais fait prendre quelques
gouttes de baume de Turlington ; et
il était possible 'qu'on me soupçonnât
d'avoir avancé sa fin.
A une heure après-midi, nous arn>
Irâmes sur le bord de la rivière opposa
•-■ o<*9)   a.        f    !
au grand village. Tout nous parut être       ■  —
Do r
fort tranquille dans le village. Plusieurs   ï 79 *•
Indiens qui péchaient au-dessus et au-   juillet.
dessous de la digue, s'empressèrent de
venir nous prendre dans leurs canots,
pour nous passer la rivière. Les habitans se portèrent en foule sur le bord
de l'eau ; mais je ne reconnus , parmi
.eux, personne de la famille du chef.
Ils me firent signe d'aller  chez  lui.
Moi, je leur fis entendre à mon tour,
de ne pas trop se presser autour de
nous, et je traçai une ligne que je leur
enjoignis de ne pas passer. Je recommandai alors à M. Mackay et à mes
autres compagnons , de rester là, avec
leurs armes Mên amorcées, et de tenir les Indiens à une certaine distance,
parce que je voulais aller seul chez le
chef. Je leur dis, en même tems , qi#au
premier coup de pistolet qu'ils entendraient , ils n'avaient qu'à se sauver ;
et je leur observai qu'il serait inutile
et dangereux de venir à mon secours,
m \m
(  25ô   )
>uisque   je  ne ferais usage  de irre&
î79$* pistolets, qu'à la dernière extrémité 9
juillet, et lorsque je serais certain que les sau*
vages voudraient me faire périr. Je remis mon fusil à M. Mackay, et ayant
deux pistolets bien chargés à ma ceinture , et un poignard à la main , je partis pour me rendre à la maison du chef.
J'avais à traverser un bois dans lequel
je trouvai plusieurs sentiers. Ne reconnaissant pas celui qui conduisait
droit à la maison , j'en suivis un qui
me mena derrière cette même maison ;
et comme il y avait eu beaucoup de
changemens depuis mon passage , je
crus m'être trompé de chemin. Cependant je continuai à marcher, et bientôt je rencpintrai la femme du chef,
qui me dit que cet Indien était dans
la maison voisine. En faisant le tour
de la maison , je vis qu'on avait ouvert les côtés du toît, et ajouté deux
ailes presqu'aussi longues que le principal corps-de-logis. Je remarquai ^em même tems , que dans ces deux ailes
on avait pendu tout autour des*sau-  ï79^:
raons aussi près les uns des autres qu'il juillet.
était possible.  Ne voyant ni le chef
ni aucun autre homme , je m'assis sur
une grosse pierre, à côté de quelques
femmes qui mangeaient des oeufs de
saumon et des baies. Elles m'invitèrent à partager leur repas ; j'allais me
mettre à manger , lorsque je vis arriver
M. Mackay. Et lui et mes autres compagnons avaient été très-inquiets, en
me voyant aller seul chez le chef; et
les craintes du premier avaient encore
été augmentées par un vieillard qu'il
avait  rencontré dans le bois , et qui
lui avait   fait  plusieurs  signes pour
rengager à s'en retourner.
M. Mackay n'avait point apporté de
fusil; je lui donnai un de mes pistolets. Toutefois voyant que les femmes
continuaient à manger sans faire la
moindre attention à nous, je ne pouvais pas me persuader que les Indiens
Sr m
(  252   |
- eussent des intentions hostiles , eïï
1793. voulussent attenter à notre vie.   La
juillet»  seule chose qui m'inspirait quelques
soupçons , et me faisait penser  que
nous ne serions pas reçus comme la
première fois, c'est qu'aucun de§ hommes de la maison ne se montrait. A la
un pourtant, le chef parut, suivi de>
celui de ses fils qui nous  avait servi
de guidé.  Le  mécontentement était
peint   sur la figure   du  vieillard. Il
tenait à la main un sachet à   tabac w
orné   de   grains de verroterie ,   que
son fils avait volé à M. Mackav ; et
quand  il   fut à  trois   ou quatre pas
de moi ,   il me  le jeta avec un air
\ d'indignation, et se retira. Je le suivis , et rencontrant son fils sur mes
pas , je lui pris  la  main comme de
coutume. Mais le jeune Indien ne répondit pas d'un air très-cordial à cette
salutation.    Il  me fit presqu'aussitôf:
signe de décharger mon pistolet, ef
de lui remettre mon couteau de chasse )
o.
uilleU
( 253 )
que M. Mackay venait de m'apporter.
On imagine bien que je  n'acquiesçai   *79
point à ses demandes.
Cependant je joignis le chef. Alors
ce vieillard me fit entendre que la
perte d'un fils lui causait une profonde tristesse , et il me montra, pour
preuve de son deuil, qu'il avait coupé
ses cheveux et noirci son visage. Il me
dit aussi qu'il avait eu les^ilus grandes2
inquiétudes au sujet de celui de ses fils
«Oui était venu ave'à moi et mes compagnons à la met ; parce qu'il avait
craint qu'il n'eût été tué par nous ,
ou que nous n'eussions tous péri.
Quand le vieux chef eut cessé de
parler , je le pris par la main , ainsi
que son fils , et je les priai , l'un et
l'autre , de venir dans l'endroit où j'avais laissé mes gens. Ils m'y accompagnèrent en effet. Mes compagnons
furent très - satisfaits de nous revoir
"M. Mackay et moi ; car notre longue
v^m
l»fâS. w'
il
1790.
juillet.
M:    -Vf,        ;       (   254  )        •        '    -/      'M
absence leur avait fait faire les plus
tristes conjectures.
Je fis alors un présenfeau jeune chef,
en récompense des services qu'il m'avait rendus , en m'accompagnant à la
mer. J'offris aussi un présent à son
père , pour lui prouver combien j'étais sensible aux attentions qu'il avait
eues pour moi et pour mes gens , à
notre premier passage. Je leur donnai
du drap et des couteaux, avec une petite portion des différentes choses qui
me restaient. Ces cadeaux eurent tout
l'effet que nous désirions ; c'est-à-dire'
que le vieux chef et son fils nous rendirent leur bienveillance. Mais ces sauvages sont d'un caractère si changeant,
qu'on ne peut jamais compter sur eux.
J'achetai de ces Indiens trois robes et
deux peaux de loutres de'mer; et j'en
aurais pu obtenir bien davantage , si
j'avais voulu leur donner en échange
les choses qu'ils me demandaient.
Je fis entendre au chef, que UQU$
I
m ,;/".
2o5 )
«dirons  faire , moi et mes gens , un
ai . i7o3»
tres-iong voyage , et que nous avions     /y
î     •    I       • c    i    i, M iuiilei*.'
besoin de poisson, bur le-cliamp , il
nous dit de le suivre. l)ès que nous
entrâmes dans sa maison , on nous fit
asseoir : on étendit des nattes devant
nous , et on nous servit un saumon à.
chacun.
Pendant que nous étions dans la
maison du chef, on nous dit que le
chien que nous avions perdu avait
été souvent entendu hurlant autour
du village, et qu'on croyait que la nuit
il sortait du. bois pour venir autour
des maisons ^ manger des restes de
poissons. Je chargeai aussitôt M. Mackay et un autre de mes compagnons ,
de parcourir le bois , pour tâcher de
trouver m&n chien : mais ils ne purent
pas le rencontrer.
Lorsque je témoignai le désir de
poursuivre mon voyage , le chef se
fit apporter dix saumons rôtis , et me
les présenta» Ensuite , il m'aecompa-
11 i
PS
;|       ( 256 )   .   . §|g
gna aves son fils et beaucoup d'autres
179D; Indiens , jusqu'à la dernière maison
juillet,   du village ,   où mes compagnons et
moi nous prîidies congé d'eux. Il était
alors trois heures après-midi.
Je dis à M, Mackay de marcher de-?
vant à grands pas , et aux autres de le
suivre un à un , à la manière des sauvages , attendu que je voulais faire l'arrière-garde. Je pris cette mesure, parce
que j'avais remarqué parmi les indigènes , une sorte de trouble et d'embarras , dont je ne pouvais pas deviner
la cause. Gela nie faisait soupçonner
qu'on tramait contre nous quelque
complot; et à mesure que nous marchions , mesasoupçons futfeiEB accrus
par le bruit et le tumulte'qu'on entendait dans le village. Bientôt nous en
vîmes sortir une troupe d'Indieîts. Quel£
ques-uns nous faisaient sigïlepde nous
arrêter , et les autres passèrent près de
moi , en courant. Je reconnus que
ceux  qui'îaous suivaient étaient du 179^à
nombre des étrangers qui vivent parmi
les indigènes , et que ceux-ci tiennent
dans la crainte et la sujétion. L'un de
ces étrangers me fit signe que nous
nous trompions de chemin. Alors je
Criai à M. Mackay de s'arrêter ; et il
n'en fallut pas davantage pour faire
croire à mes gens qu'on allait nous
attaquer. Quand je les eus 'rassurés ,
mon chasseur nous dit que le tumultô
que avions entendu était l'effet d'uifc
débat qui s'était élevé entre les habitans dp. village , pour savoir s'ils nous
arrêteraient. D'après cet avis, dès quô
.nous fûmes dans le chemin que nous
ttfevions suivre , je pris les mesures né-
cessaires pour que nous fussions bien
en état de défense , si les hommes volages qui s'étaient montrés nos amis
encore si récemment , allaient entreprendre de devenir nos ennemis.
Nous traversâmes une forêt dé grands
cèdres ,   à côté de laquelle se prolongeait une chaîne de hautes montagnes
3. ij *jnù
ip?iil:
kl
tiilp'i
mk
1790.
juillet.
( 258 )'
hérissées de rochers. Nous ne pouvions
pas voir la rivière du Saumon ; mais
le sentier que nous suivions paraissait
très-fréquenté , quoiqu'il fût incommode par rapport aux grosses pierres
qui se trouvaient à côté , et souvent
l'embarrassaient.
Tandis que nous étions en route ,
nous éprouvâmes tout le plaisir qu'on
a à retrouver un ami qu'on a cru perdu,
en voyant tout-à-coup reparaître notre
chien. Il sembla quelque tems n'avoir
plus son intelligence première. 11 courait avec un air égaré , tantôt en avant,
tantôt en arrière ; et quoiqu'il suivît
notre chemin , je ne pus pas l'engager
à venir près de moi. Quelquefois il paraissait vouloir s'approcher de nous J
comme s'il nous eût reconnus ; et soudain il s'élançait en arrière , comme
si notre aspect l'eût effrayé. Ce pauvre
animal était devenu extrêmement maigre. Nous laissions tomber de tems eux
tems des morceaux de poisson ^ poux; 179^*
( 259 )
qu'il les ramassât. Peu-à-peu il re-
c ouvra tout son instinct.
Lorsque la nuit commença , nous juillet»;
nous arrêtâmes à peu de distance de
la rivière : mais nous n'osâmes pas
allumer du feu. Chacun de nous sUl-'
coucha au pied d'un arbre , enveloppé
dans ses habits , et ayant son fusil à
côté de lui* Nous étions un peu éloignés du chemin. Nous n'avions pas
établi de sentinelle. Chacun était chargé
de veiller à sa propre sûreté.
Nous ne fûmes point troublés dans vend!*
la nuit ; mais nous n'en dormîmes 26»
guère mieux. Dès que le jour parut,
nous nous mîmes en route , marchant
avec toute la célérité possible , jusqu'à
ce que nous fûmes rendus au premier
•village qu'on rencontre en descendant
la rivière du Saumon, et auquel je donnai le nom de Village des Amis,
Le tems était très-beau , et il n'était
que huit heures du matin, lorsque nous
arrivâmes au village. Il y avait eu beau*
i!IU
il Hi
UÏÊ:
m
«fi
jArf***
(   260    )
I—-  coup de changemens relatifs au lieu
t79^*  même , depuis le peu de tems que nous
juillet,   y avions passé. On y avait construit
cinq maisons de plus, qui étaient remplies df) saumon ;  et le nombre des
k&bitans avait augmenté à proportion.
Nous fûmes reçus avec bienveillance.
On envoya , sans tarder , un messager
au chef, pour l'avertir de notre arrivée.
Ceichef, nommé Soucomlick, était à la
pêche du côté de la digue. Il s'empressa
de   se rendre au village , et ne nous
montra pas moins de cordialité que ses
compatriotes. Il nous conduisit dans
aa maison , où nous fûmes traités avec
de grandes marques de respect et avec
tous les soins d'une généreuse hospitalité. En un mot, Soucomlick se conduisit envers nous avec tant d'affection
et de bonté, que je ne balançai pas à
lui faire présent des choses que je crus
les plus propres à lui faire plaisir. Je
lui  donnai deux aunes de drap bleu
une hache, des couteaux, et plusieurs (   20*1   )
autres objets. Il me présenta , en re-  ■
tour, une coquille semblable au-des-   179^*
sous d'une huitre de Guernesey, mais 1LU e*
plus grande. J'ignore d'où les Indiens
de ces contrées tirent ces sortes  de
coquilles ; mais ils les taillent, les polissent et en font des bracelets ,  des
pendants d'oreille ,  et d'autres orne-
mens..
Soucomlick me dit qu'il était bien>
fâché de n'avoir pas à m'offrir dés-
peaux de loutre de mer ; et il m'assura
qu'il s'en procurerait en quantité, pour
les donner à moi ou à mes amis, quanc
nous reviendrions par mer. Il parlai^
ainsi , parce que je crus à-propos délaisser croire aux Indiens que notre intention était de retourner sur la côte
avec des vaisseaux. Soucomlick me
pria instamment de lui apporter un fusil , ainsi que de la poudre et du plomb.
A ses autres marques de bienveillance „
ce jeune chef ajouta une aussi grande
^rayision de poisson que nous le dési- [Hi
I 262  )
rames. J'aurais pu me procurer dans
1793. le village des Amis, beaucoup de choses
jjuillet. curieuses; mais j'y renonçai, parce
qu'il aurait fallu les charrier à plus de
trois cents milles de distance, à travers
les montagnes.
Notre présence dans le village des
Amis , n'interrompit pas beaucoup
les travaux des habitans. Elle ne causa
pas le moindre dérangement chez les
femmes qui étaient , en ce moment ,
■occupées à faire bouillir de l'oseille et
'diS^rentes espèces de baies , avec des
œufs de saumon. Elles se servaient ,
pour cela ,„ de grands vases carrés de
bois de cèdre. Quand cette espèce de
bouillie eut acquis une certaine consistante , elles la versèrent avec des
cuillers de bois dans des formes d'environ douze pouces carrés et d'un pouce
de haut , dont le fond était couvert
d'une feuille de je né sais quelle plante.
Ensuite, elles exposèrent les form s au.
soleil g et ce qu'elles contenaient forma
■
tâssË
: ™ ,     Ç 263 }
bientôt autant de petits gâteaux. Les
œufs de saumon qu'on mêle avec des
baies amères , sont cuits de la même
manière. La quantité qu'on en prépare
chez les habitans de- cette partie de
l'Amérique , prouve que c'est pour
eux un des principaux articles de
subsistance , et que probablement Us
en font commerce. Ils ont des coffres
portatifs , en bois de cèdre , dans lesquels ils mettent ces gâteaux, ainsi
que le saumon sec et le saumon rôti.
Je ne crois pas que ces Indiens se nourrissent d'autre chose que de poisson et
i795.
juillet.
de
gateaux ;
et  s'ils mangent de la
viamie , ce n'est que de celle de veau
niarin et de loutre de mer. Le seul
exemple du contraire, que j'ai vu, c'est
lorsque le jeune Indien qui m'accorm-
pagna dans la baie , mangea un porc?
épie , avec deux de mes gens, ainsi
que je l'ai raconté plus haut. J'ignore
pourtant si ces sauvages s'abstiennent
de viande durant toute l'année *j ou
i». Iff il
f 2^4})
seulement pendant le tems de la pêche*
du saumon, ou , enfin , s'il y a parmi
eux quelque caste qui ait, à cet égard ,
une conformité d'usages avec celles de
l'Inde. Ce qu'il y a de bien certain ,
c'est qu'ils ne sont point chasseurs , et
qu'ils montrèrent une grande horreur
pour la chair de renne , que moi et
mes compagnons nous avions apportée dans leur village, la première fois
«jue nous y passâmes.
Ces Indiens nous prièrent , à notre
premier passage , de ne pas nous servir de nos armes à feu ,  de peur que
le bruit qu'elles feraient n'effrayât le
saumon ;  mais au retour ,   ils  désirèrent que je leur expliquasse l'effet
de ces armes ,  et la manière dont on
s'en servait. Mais quoique leur conduite à notre égard fût très-amicale «
et que je ne leur visse d'autres armes
que queldue dague , je ne  crus pas
qu'il fût  prudent  de décharger  nos
fusils.J Je   nie contentai de tirer u& ( 265 ) #   '
coup de pistolet à un arbre où j'avais
fait un rond ;   et. quand ils virent que   x79 *
de cinq postes que j'avais mis dans mon juillet»
pistolet, quatre entrèrent dans le rond,
ils restèrent confondus d'étonnement
et d'admiration.
Les Indiens des bords de la rivière
du Saumon , sont en général d'une
taille moyenne , bien plantés, et plus
charnus que ceux qui vivent plus avant
dans l'intérieur du pays. Ils ont le visage
rond, les os des joues proéminens, et
le teint aussi olivâtre que cuivré. Leur
œil est petit, et d'un gris mêlé d'une
teinte rouge. Ils ont la tête en forme de
coin, et les cheveux d'un brun foncé.
Quelques-uns les portent dans toute
leur longueur , les peignent très-soi^
gneusement , partagent ceux du haut
de la tête et des faces en plusieurs
nœuds, et laissent flotter ceux de derrière sur leurs épaules. D'autres les
divisent en plusieurs tresses , et les
chargent de terre brune , au point que le peigne ne peut plus y passer. Aussi
I79^*   ont-ils toujours un morceau de bois.
juillet*   pointu , pour satisfaire aux démangeaisons  presque  continuelles qu'ils
sentent à la tête.
Les femmes de cette nation ont de la
disposition à l'embonpoint. Elles portent les cheveux courts. Il y en a beaucoup, qui ont les jambes engorgées, ce
qui provient sans doute de ce qu'elles
sont presque toujours assises. Elles
n'ont pas d'autre posture, soit qu'elles
filent ou tissent, soit qu'elles préparent
leur poisson ou qu'elles soignent leurs
enfans. Les enfans sont en petit nombre. Le berceau dans lequel on les met,
est différent de ceux dont se servent
les autres nations sauvages. C'est une
planche d'une longueur suffisante ,
avec un couvercle cintré. On y étend
de la mousse, et on y met l'enfant biers.
emmaillotté. Il y a dans le berceau un.
conduit pour faire couler l'urine. Les
femmes portent ces berceaux attachée 067)
à une corde qui passe sur une épaule _
et sous l'autre ; de sorte que , lorsque 1793.
l'enfant a besoin de tetêr, il est facile juiYlet.
de l'appliquer au sein. J'ai vu plusieurs
enfans , dont la tête était entre deux
petites planches revêtues de cuir. On
met ainsi la tête des enfans, pour leur
donner la forme d'un coin.
Les femmes de cette nation portent
pour vêtement, une robe , tantôt flottante , tantôt attachée vers le milieu
du corps avec une ceinture. Elles ont
en outre le petit tablier à frange dont
j'ai déjà parlé , et un bonnet qui a la
forme d'une jatte renversée. Indépendamment de leur robe et de leur bonnet , les hommes portent, quand il
pleut, une natte ronde, dans le milieu de laquelle il y a un trou pour
passer la tête , et qui, en s'étendant
sur les épaules, les garantit de l'hu*
midité. Ils portent aussi quelquefois
des souliers de peaux d'élan préparées,
avantage qu'ils doivent au commerce •   fpr   I Wm'   " '■       ~1È
——— de leurs voisins. Les parties du corps
3-793. que les nations civilisées cachent avec
juillet, tant de soin , restent chez ces sauvages
entièrement à découvert.
Tirant toutes leurs subsistances de
la mer et des rivières, les Indiens des
bords de la rivière du Saumon peuvent être regardés comme un peuple
qui a une demeure fixe. Aussi chezi
eux, les hommes s'adonnent à ces travaux , qui , parmi les tribus errantes,
dont la chasse est la principale occupation , sont entièrement le partage*
des femmes. La polygamie est permise
chez ces Indiens ; mais, d'après ce que
J'ai observé, la plupart d'entr'eux n'ont
qu'une femme ; encore la chasteté de^
cette femme n'est - elle pas régardée
comme une vertu nécessaire. Je n^ai vu
dans ces contrées, qu'une seule femme
qui eût la lèvre inférieure fendue et défigurée par un prétendu ornement qui
y pendait. Les hommes se baignent
sauvent, et les enfans sont continuel- (2f59)
ïement dans l'eau. Ils ont des lignes et . .
des filets de différentes façons et die 1793.
différentes grandeurs , qui  sont faits juillet*
de fil d'écorce de cèdre f et qu'on ne
pourrait pas distinguer de ceux que
nous faisons avec du fil de chanvre.
Ils   font  leurs hameçons  avec  deux
SI
morceaux de bois ou d'os , qui, lorsqu'ils sont joints, forment un angle
obtus.
Les dands ou harpons avec lesquels
ces Indiens percent le gros poisson ,
les. veaux-marins et les loutres de mer ,
ont de quatre à six pieds de long. Le
fer est enchâssé dans une douille
qui , lorsque l'animal est frappé , le
isse échapper. Alors le fer étant
taché au fût par une corde y ce fût
reste sur l'eau comme une bouée, et
le pêcheur a la facilité de tirer à. lui
sa proie.
Les haches de ces Indiens sont en fer ,'
et d'environ quatorze pouces» de long.
Elles ont un manche de bois tel que
m
m \m*
f
( 270 )
je l'ai décrit plus haut. Ces Indiens ont
J79^' aussi quelques haches d'os et de corne»
juillet. Avec leurs haches , un coin de bois et
un maillet, ils fendent des arbres et
font des planches. Ils ont peut-être
aussi quelques autres outils, avec lesquels ils polissent leurs ouvrages en
bois ; mais je fis si peu de séjour parmi
eux , et j'y fus presque toujours dans
une situation "si incertaine et si inquiétante , qu'il doit être échappé beaucoup de choses à mes observations.
Les canots de ces Indiens sont construits de bois de cèdre. Il y en a qui
ne portent que sept ou huit personnes,
mais d'autres peuvent en porter jus-
.    qu'à cinquante.
Les armes de ce peuple, qui , autant
que je peux en juger, a rarement occasion de les employer, sont l'arc,
la flèche, la lance et la dague. Leurs
flèches ressemblent à celle des autres
Indiens de P Amérique , si ce n'est
qu'elles sont un peu plus légères. Leurs ( 271 )
arcs n'ont pas plus de deux pieds et
demi de long. Ils sont faits avec un 179ôt
jet de cèdre rouge , dont une face junte*»
n'est que pelée, sans que le fil du
bois soit altéré par aucun outil , et
dont l'autre est garnie de nerfs qu'on
y colle dans toute la longueur. Quoique cet arc ait l'air très-foible, il décoche une flèche aveG beaucoup de
force , et l'envoie à une très-grande
distance. La lance a environ dix pieds
de long , et est* garnie d'une pointe
de fer. Les dagues, ou les poignards
qu'ont ces Indiens , sont de différente
espèce. Il y en a de fabrique espagnole , de fabrique anglaise, et enfin
de fabrique américaine.
Les meubles et ustensiles de ce
peuple sont des coffres , des boîtes ,
des vases de bois de diverse sorte, et
d'autres faits avec du ouatape. Ils se
servent de ces vases pour mettre leurs
provisions , pour charrier de l'eau,
et pour faire cuire leur manger. Les
•■■
M1
■     ,
^
m t
ill1'
I ( 37* )
femmes fendent et nettoyent le pois*
1793.   son avec de grandes coquilles de moule
juillet,   qui semblent être très -propres à cet
usage*
Les ornemens des hommes, ainsi
que ceux des femmes, sont des colliers
en cordons, et des colliers en plaque ,
des pendants d'oreille , des bracelets
qu'ils portent au poignet et au-dessus
du coude, des anneaux qu'ils mettent
à la jambe , et diverses autres parures.
Ces Indiens brûlent les morts , et
montrent leur deuil en coupant leurs
cheveux, et en se peignant le visage
en noir. Je vis chez eux des endroits
où l'on avait dressé des bûchers funèbres ; mais je n'y aperçus ni des
tombeaux, ni aucun autre monument
consacré à la mémoire des morts ; ce
-qui m'étonna d'autant plus, que je venais d'être témoin des soins pieux avec
lesquels leurs voisins érigeaient et
conservaient ces monumens.
D'après le |*rand nombre de canots
il m     ■ t£u*ont Ces Indiens,, ainsi que .d'après
la quantité de coffres et de boîtes *79'^'
qui renferment les choses qu'ils veu- jui"et-
lent transporter^ et sur-tout, d'après
la construction légère de leurs maisons , et l'état du sol autour de leurs
habitations, il paraît évident qu'ils ne
se tiennent sur les bords de la rivière ,
qu'en été , c'est-à-dire pendant le tems
de la pêche du saumon, qui probable»
ment ne dure pas plus de trois mois»
On peut en inférer qu'ils ont des villages sur la côte, où ils habitent le reste
de l'année. Ils laissent, sans doute,
dans ces villages,, les malades, les
infirmes et les vieillards ; et on peut
croire qu'ils y apportent les cendres
de ceux qui meurent dans leur rési-*
4ji*ence d'été. Et
Je ne peux guère parler de leur
religion , parce que je n'ai pas eu le
temsjde faire beaucoup d'observations
à j cet égard. Je sais pourtant qu'ils
croient à un  bon et à un mauvais
3» 3,8 '"■■
îh
,1     ( ^74 )    . _   :' .S .. . .
esâfir; et qu'ils  ont des formes reïi-
1793. giéîfsés pour implorer la protection
juillet. "He l'un , 'ei^peut - être aussi pour détourner la colère de Pautre/'Ce cfùi
*îè prouve,  ce sontc les temples dont
j'ai fait la description*.   C'est dans ces
s{emples qu'ils 'Célèbrent les fêtes, les
j s&cffiices et les^Sutres cérémonies pu-
' bïïqôes de leurVeligion.
ct^^6kVernéniechltide%ès Indiens m'a
! tik¥u être totalement différent de ce
~^ue fhi TOmkrqdé1 m3èSxles? autres nations VEe  rAmleriqùe' septentrionale.'
<^5Wn'ëst que * survies? bc^ràs delS^ïvière
'Ciu Saumon rque j'ai vu un homme avoir
3ï8H OTÔit*exclusif '^ét Mrédita¥re à ce
^SJraH&st néèessairi^à Pexistencé dfêt&'us ;
^Je^veùx parlerade la digue où l'on
pêche le saumon. Le droit que lè^Sref
T.aPsW ceïte dï^ùe1^^ëouve touïe 1 étendue* déréa puissance. \Hes sortes d'-efti-
3Wà^bs n'ont ^IrjâP'été' scbnstrmt§f^ins
c^un.11 grand   irifinibre   d'hommes   y
eySlJ ttldVaillé ;' et l'on' pourrait naturel- C s7^ )
lenient supposer que ceux qui y ont   ■
employé leur travail,   se sont réservé   179^
le droit de jouir des avantages qui en   juillet*
résultent. Cependant il me parut évident que le chef avait un pouvoir absolu sur la digue, ainsi que sur tout ^
le peuple. Personne ne pouvait y pêcher  sans la permission du chef; et
celui à qui cette permission était accordée, n'avait dans le poisson qu'il
péchait, que la portion qu'on voulait
bien lui laisser.  Ceux qui désiraient
construire des maisons, étaient obligés
de demander l'agrément du chef; et
oh obéissait à tous ses ordres avec la
plus entière soumission. ..;!?
Les membres de la nation qui avaient
construit le village des Amis , jouis-
saî^nt entr'eux d'une égalité pqriaitè ; *
mais les étrangers qui se trouvaient
parrriî eux, étaient dans l'obligation 4e
leur obéir, comme ceux-ci obéissaient
au chef, ou bien de quitter le village.
Ces  Indiens   paraissent   naturellement bozp*   Ils Q&t quelquefois  de^
Wï 4rs."       •.■■!
4ïf
m
2c'-W   KH     ER ^     I    I   •   pi
Jftiouvemens de vivacité et de colère J
1793. qui sont presque aussitôt appaisés ; de
Juillet, sorte qu'on les voit passer en un instant , de la plus violente fureur au
calme le plus doux. De toutes les nations sauvages que j'ai vues, celle-ci est,
je crois, la plus susceptible de civilisation. On pourrait aisément engager
j ces Indiens à cultiver le peu de terrein
susceptible de culture, qu'on voit auprès de leur village. Il y a de chaque
côté de la rivière, une étroite lisière
de terre qui recouvre^un lit de gravier ,
et qui m'a paru d'une excellente qualité. Elle pourrait sans doute produire ,
sous la main du cultivateur, tous lés
grains et tous les fruits qui croissent
en Europe sous la même latitude.
Voici le peu de mots que j'ai recueillis de la langue qu'on parle dans
le village des Amis :
Le saumon , Zimilk.
Un poisson qui est un peu plus
gros que le saumon , et a des
dents comme un chrien ,     drffir^ ( *77 y
les cheveux ;
les yeux,
les dents ,
le nez ,
la jambe,
la main ,
un  chien ,
une hache ,
une maison .
sepnas,
claougueus;
itzas.
ma-aczav1
ich-yeh.
chaous-chey.
ouatsy
kietis. y**
zla-achle.
1793.
juillet.'
une robe decorce d'arbre ,    zimnez.
une robe "de peau de castor ou
de peau de loutre, * caoulaoun.
dichts.
nitch.
oulkan.
gits com.
chigghimia.4
tilkiouan.
une pierre,
du feu,
de ieau ,
une natte ,
du fil
un coffre ou une boîte,
de l'écorce de cèdre ,
des grains de collier qu'il$^ti-
rent déjà côte, atchimaoul
un bonnet, ifcaietté.
me coquille, caouny.
un mets composé   d'œufs de
"saumons et de baies, notchasky.j
thloffàt.
i ISM
( 278 >
W
a790.
juillet.
CHAPITRE   XIII.
Départ du 'village des Amis sur lm
rivière du Saumon. Route par terre*
Rentrée dans la rivière de la tlPaicc^
Retour au fort Chipiouyan, Conclusion dfy voyage,
INous partîmes à onze heures du
matin du village, auquel je donnai le
nom de village des Amis, Tous les
hommes de ce village nous accompagnèrent à environ un mille de chez
eux. Là, nous nous séparâmes amicalement ; et si l'on doit en juger par
les apparences , ils nous virent partir
avec regret.
Peu après avoir quitté les Indiens-
amis , nous fîmes halte pour partager
notre provision de poisson. Chacun
en eut vingt livres pesant,à l'es
\T\ I *79 3
tion de M.  Mackay et de moi, qui
nous contentâmes d'une moindre por- i79D"
tion ,  afin   d'avoir moins à  porter, juillet*
Nous avions aussi un peu de farine et
un peu de pémican.
Après avoir fait nos partages avec
toute la diligence possible, nous nous
remîmes en marche. Le terre in s'élevait graduellement, à mesure que noigs
avancions. A la sortie du bois , nous
contemplâmes à notre aise la montagne qui est au-dessus , et où probablement il est impossible de passer.
Bientôt nous atteignîmes la fourche
que forme la rivière du Saumon, et
qui se trouve au pied d'un rocher excessivement élevé. Le gué ayml trois
pieds de profondeur , et le courant y
était extrêmement rapide. Cejlui de mes
jeunes chasseurs qui était convalescent,
n'avait pas encore assezr de force pour
passer la rivière à gué ; je le passai sur
mes épaules.'
Il était une heure après-midi. Nous
!>fj!
■M Mmf" I '
S.i.|
;§•   ; .§;■■   ( 2o*o ) \%        .  ;
avions à gravir le sommet de îa pre^
2 79 • mière montagne avant la nuit, afin de
pouvoir chercher de l'eau. Je laissai
derrière le chasseur convalescent, avec
son camarade et un de mes gens , en
leur recommandant de nous suivre à
petits pas. Il m'est impossible de décrire toute la peine que nous eûmes à
monter. Nous n'arrivâmes qu'à cinq
heures, dans un endroit où nous pouvions avoir de Peau ; et nous étions
tellement fatigués, qu'aucun de nous
ne pouvait presque se traîner pour ramasser du bois et faire du feu. Nous
songions au jeune chasseur que nous
avions laissé derrière, et nous en étions
déjà très-inquiets, lorsqu'à sept heures
il arriva avec nos deux autres compagnons. Alors, assis autour d'un bon feu,
nous nous consolâmes de tout ce que
nous avions souffert, parlant de nos dangers passés , et songeant avec joie que
nous retournions vers nos foyers, et
cjue nous ne tarderions pas à les revoie Il n'était pas possible de se trouver  —
sur la montagne où nous avions gravi, i793
sans contempler avec étonnement les juillet.
magnifiques horreurs de ce dite. Mais
l'effrayante profondeur du précipice
que nous avions d'un côté , l'excessive hauteur des sommets qui se présentaient de l'autre, et le spectacle de
la nature agreste et sauvage qui nous
environnait, sont des objets qu'il n'est
pas en mon pouvoir de rendre , et
dont, peut-être , le pinceau même du
plus habile artiste ne pourrait pas donner une juste idée.
Dans le lieu où nous nous étions
arrêtés , lieu qui n'était que le premier pas pour gagner le sommet des
montagnes , nous sentîmes déjà un
grand changement dans la température. Dans le village que nous avions
quitté à midi , l'air était doux et agréa*
ble , et tout autour on voyait une verdure brillante et les fruits sauvages
flans leur maturité. Mais sur la mon-
il 2 79'.:».
juillet.
C
2%%
tagne, les neiges n'avaient pais achevé
de fondre, la terre était encore resseiv
rée par le froid, l'herbe commençait
à peine a* pousser , et les buissons qui
portent des baies ne venaient que ait
fleurir.
La fatigue de la veille fut cause que
nous nous mîmes assez tard en routev
Nous suivîmes le même chemin par lequel nous étions venus. Quoique îe^
tems fût très-beau , la végétation n'était guère plus avancée dans les montagnes , que lorsque nous les avions
traversées pour nous rendre sur 1st
côte.
A neuf heures du matin , nous arrivâmes dans le lieu où nous avions
passé la nuit avec les sauvages , douze
jours auparavant (i) ; et nous retrouvâmes bien conservé le pérnican que
nous y avions caché dans la terre.
J'avais trouvé à mon premier pas-
(i) Le 16 juillet.
#*fc' (  a83  )      ^       . _     ;     -  '||||
sage, que ce lieu était à 5s deg. 46 min.	
32. sec. de latitude septentrionale. Je 17.9^*
pris cette fois-ci l'heure , et j'observai j111^.
la distance entre le soleil et la lune.
Je déterminai ensuite la variation de la
boussole avec un azimut.
Nous continuâmes notre marche
avec un très-beau tems , et sans rencontrer un seul indigène. Nous imaginâmes qu'ils s'étaient rendus sur les
bords du Tacoutché-Tessé pour la
pêche. Nous trouvâmes par-tout nos
provisions de réserve , dans le même
état où nous les avions laissées ; et
dans l'après-midi du dimanche 4 août, août.
nous arrivâmes dans le lieu d'où nous
étions partis un mois auparavant.
Quand nous atteignîmes la petite rivière , beaucoup d'Indiens établis sur
la rivé opposée étaient renfermés dans
leurs cabanes, par rapport au mauvais
tems. Comme ils pouvaient nous avoir
vus ou entendus , et que la pluie avait
mouillé nos fusils, j'eus quelqu'inqui«é-
dim.
4-
v iî
iï
l   ..r^vC"!1*
ill;::
i
|c *u )   i
tu de , et je cherchai à éviter toute es-
a793-  pèce de rixe. En conséquence, moi et
août,    mes  compagnons ,  nous nous arrêtâmes à la lisière du bois, et nous appelâmes les sauvages. Aussitôt ils sortirent de leurs cabanes comme des furieux, tenant leurs armes à la main, et
menaçant de nous exterminer si nous
osions approcher leurs habitations.
Nous prîmes le parti de rester où
nous étions , jusqu'à ce que la fureur
des Indiens fût appaisée et leur défiance évanouie. Pendant ce tems-là un
de nos chasseurs se rendit auprès d'eux
pour leur apprendre qui nous étions ,
et les rassurer sur nos intentions. Il se
trouva que ces Indiens n'étaient pas
ceux que nous avions vus à notre premier passage, mais des familles de la
même tribu. Les autres , dirent-ils ,
étaient allés s'établir pour quelque tem^
sur une île dans le haut de la rivière ^
et ils leur envoyèrent un messager pour
les informer de notre arrivée.
M
f c ^85 y
Quand nous visitâmes le canot ci
les diverses choses que nous avions 1793'
laissées en cet endroit, nous trouvâmes  août,
tout dans le meilleur ordre possible.
On- ne voyait pas même la trace d'un
pas, du côté de l'endroit où nous avions
déposé ces objets. Après avoir planté
nos tentes , et allumé un  bon  feu ,
nous avalâmes  chacun  un   coup   de
rum :  mais il y avait si  long - tems
que nous n'en avions bu, qu'il ne nous
parut pas très-bon.
Les Indiens qu'on avait envoyé cher- , ft 0
cher, arrivèrent ; et en récompense du
soin qu'ils avaient pris de nos effets ,
je leur fis présent des choses que je
crus pouvoir leur être le plus agréable.
Vers les neuf heures du matin , je fis
"partir cinq hommes avec notre canot ,
pour aller chercher les divers objets
que nous avions laissés a,<rueique dis-
' tance plus bas. Bientôt ils les rapportèrent ;   et à l'exception de quelques -
balles de marchandises qui avaient été
■'•i . '7
aoiit.
( *S6 )
—- mouillées , tout était en bon état. Nous
H? fûmes heureux que nos provisions ,
ïijir-tout, n'eussent pas été gâtées, car
nous en avions grand besoin.
Il arriva plusieurs Indiens , et du
bas et du haut de la rivière. Tous
étaient vêtus de robe de peaux de castor. J'achetai quinze de ces robes ;
et ceux qui me les vendirent préférèrent les grands couteaux à tout
autre ob|et d'échange.
Une chose très - singulière , c'est
que ces sauvages, qui pouvaient enlever tous les effets que nous avions
déposés chez eux , sans qu'ils eussent
. à craindre d'être découverts , et qui
n'y touchèrent pas , volèrent ensuite
quelques petits ustensiles que notre
confiance en leur probité nous empêchait de serrer. Voulant éviter d'avoir
une querelle avec les Indiens , surtout au moment où nous étions près
d'achever notre voyage, je dis , sans
moindre colère , à ceux qui étaient {   ( a87 )
auprès de nous , que ceux dé leurs
compatriotes qui venaient de s'en al- 179^t
1er, ne connaissaient passant le mal aQâ^
qui résulterait pour eux du voide nos
effets. Puis:j'ajoutai gravement»q[ue le
saumon , qui était nonJseaa:lemenit leur
mets favori ;p mais nécessaire à leur
existence^ venait de la mer apparte-
£> liant «aux blancs ; et que et)mune nous
pouvions arrêter ce poisson à l'entrée
de la rivière , nous étâkbabs-lles apaâtres
de les faire mourir de  faim^seùx et
- «ieurs enfans j qu'iainsi pour»éviter notre
vengeance, il fallait qu'ils nous»rendissent tout  ce  qu'ils   avaient   pris.
recette ruse eut son effet. On expédia
«des messagers pour aller chercher les
choses volées. Jfel
J'achetai ensuite ,   des ^sauvages ,
S plusieurs  gros  saumons'>, \ q=iiS#*>nous
-^Rangeâmes avec délices^i^^ptte
^Nous passâmes la journée à nous
reposer. 5q pris hauteur/ et je déterminai la latitude du lieu à 53udeg. -
1*
( 288  )
mar. 6»
24 min. 10 sec. Je comparaiâussi m&îî
l79 -   achromètré avec le tems vrai. Le tems
août*    fut nébuleux par intervalles.
Nous avions fait, la veillé , tous les
préparatifs nécessaires noMv continuer
notre route. Un moment avant notre
départ, quelques Indiens nous rapportèrent une partie des effets qu'on
nous avait volés. Ils nous dirent que
le reste, qui était entré les mains de
quelques habitans du bas delà rivière ,
arriverait -dans la matinée, et ils nous
demandèrent (pardon, en recommandant leurs enfans arnotre commisération.
La matinée fut nébuleuse , et il
tomba un peu de pluie. Cependant je
donnai ordre à mes gens de charger le
canot ?iet nous nous mîmes en route ,
enchantés <de nous retrouver encore
commodément embarqués. Nous atté-
rîmes devant une maison située sur
une île; j'y achetai un peu de sau-
. mon, et quatre belles peaux de castor.
M ( m ) ■
Il avait tombé bien plus de pluie dé ce  1
côté-là, que dans le lieu d'où nous ve-   1793.
nions, car l'eau descendait en torrens    ao£ta
du haut des collines. La rivière augmenta rapidement, et notre marche
fut ralentie.
Les habitans dès bords du Tacoutché-
Tessé sont, en général, d'une moyenne*
taille. Cependant j'en vis plusieurs de
très-grands. Ils sont propres et bien
vêtus ; et en cela , ils ressemblent bieri
plus aux Indiens-castors qu'aux Chi-
piouyans.   Ils ne   connaissent point
l'usage des armes à feu ; et leurs seules
armes sont la lance, l'arc et les flèches.
Ils prennent les grands animaux avec
des lacs.   Mais  quoique  leurs forêts
soient peuplées de bêtes fauves, et que
leurs rivières et leurs lacs abondent
en poisson, ces sauvages ont de la
peine à se  procurer les moyens  de
vivre, et on ne les voit guère que par
petites peuplades de deux   ou  trois
familles. Ils ne sont assujétis à aucun
3. x 9
m: K,
%
1790
août.
LUI»
SB
"■'I-     ;    ,;l a9° )
gouvernement régulier, et ils ne pa-?
raissent pas même s'entendre assea
bien entr'eux pour pouvoir se défendre contre un ennemi qui vient les
attaquer *
Le pays qu'habitent ces Indiens ,'
nourrit toutes les espèces d'animaux
qui se trouvent dans l'Amérique septentrionale, à l'occident des montagnes, excepté pourtant les loups et les
buffles. Quant aux loups, j'en juge ,
parce que ni moi ni mes compagnons
nous n'y en vîmes pas un seul ; et pour
les buffles, il est évident qu'ils viennent du sud-est, et qu'ils ne vont point
jusque-là.
La même langue se parle , à très-peu
d'exceptions près , depuis la partie dLu
Tacoutché-Tesssé, où je m'arrêtai, en
remontant jusqu'à celui de sesafEurens
qui est dans le nord-est (i.j), et ensuite
(1) ÎPar le 53e. ou 64e. degré de latit. nord» . I       < I 291 )
Jùs^u^à la baie d'Hudson. Les diverses
tfcibus qui peupLeint ces contrées, sont   179^*
A,
issues de 13. nation chipiouyanne : aou[».
aussi un Chipiouyan peut partir de la
rivière de Churchill Ç 1 ), et voyager
dans toutes les directions au nord-
euest de la ligne que je viens d'indiquer, sans avoir besoin de connaître
d'autre langue que la-sienne. Il sera
sûr d'être entendu chez toutes les peu**-
plades qu'il rencontrera, excepté.chez
les indigènes des bords de la mer , qui
sont un peuple tout-à^ fait différent.
Quant aux tribus qui vivent à lest du
Tacoutché-Tessé, il m'est irnpo^ble
d'en parler.
A midi , nous touchâmes sur un ro>
cher ; de sorte que nous fûmes obligé^
d?aborder , pour fermer la voie d'eau
qui venait de se faire au canot ; et
comme la pluie commençait à tomber
avec violence ,  nous plantâmes nos
{1) Le Missinipi !lÉfff
août.
mere.
S
Di
;  ; - :||      f s92 )    ;
tentes pour passer là nuit. Les sau*
*79^* mons remontaient la rivière en si
grande quantité , qu'on voyait par-tout
leurs nageoires fendre la surface de
Peau. »
Vers les neuf heures du matin, le
tems s'éclaircit, et nous nous rembarquâmes. Nous vîmes autant de bancs
de saumon que la veille. Il tomba ,
ce jour-là, plusieurs ondées ; tous les
ruisseaux étaient débordés. En vingt-
quatre heures, la rivière monta d'un,
pied et demi. Aux approches de la
nuit, nous débarquâmes pour planter
nos tentes.
jeu. 8. Pendant la nuit, Peau continua à
croître ; de sorte que nous fûmes obligés de nous lever deux fois pour changer notre bagage de place. Nous rentrâmes dans notre canot, à six heures
du matin. Le courant était devenu si
rapide, que nous avions beaucoup de
peine à le refouler. Après avoir passé
le portage de la pointe du rocher ^ e\\
«■<■ îe long portage % nous  suspendîmes   —~^—
notre marche jusqu'au lèndemaiuj,;^     «79 i
Nous partîmes à cinq heures du ma-    ^°^-
tin. Il avait plu toute la nuit,   et la      * °*
niatinée était brumeuse. L'ea^n'avalt
point diminué. Cependant be soSèiSne
tarda pas à paraître ; et nous nous arrêtantes pour faire sécher nos  vête-
mens et notre bagage> Quelque temè-
après , nous nous rembarquâmes ; et
à peu pues à sept heures du soir, nous
arrivâmes dans le lieu où. nous avions
campé pour la première fois , en des»
cendant le Tacoutché - Tessé. L'eau
baissa beaucoup dans le courant de la
journée.
Le matin, le tems fut nébuleux, et samedi
il tomba quelques petites ondées.   A     ia*
cinq heures, nous nous embarquâmes;
L'eau continuait à diminuer aussi vîte
qu'elle avait crû.  Ces changemens rW
pides dans l'état de la rivière , sont |
occasionnés par les montagnes qui la
tordent de chaque côté. Les eaux de
wl i
i
B
nli!
dim.
il-
H'   ,. '     ( 294 )
™«^-- cesiMiontagîiesifCotuXent dans son lit |
iym$& prescpwfaussifcôt que les nuages ont
•août, crevé sur leurs sommets , et elles en-
tafaînent avec elles une grande quantifié
de neige fondue. Nous fîmes halte à
.huit heures du soir,
| A cinq heures du matin, nous partîmes avec un très-beau tems. A dix
heures , nous fûmes rendus au-dessous
de la longue passe rapide. Noais la
remontâmes en poussant le canot avec
desTperches. Nous passâmes là beau*
wûp plus aisément que nous ne l'avions espéré. Les passes rapides où le
coûtant avait tant d'impétuosité lorsque nous descendîmes la rivière , semblaient , à -notre retour, ne plus mériter leur nom. A soleil couchant,
nous attérîmes et campâmes.
Le tems était aussi beau que la veille.
Nous partîmes de très-grand matin. A
neuf heures , nous vînnies dans une
partie de la rivière où il n'y aurait
presque point de courant.   A midi ?
Jundi
12. ( 295 )
nous abordâmes pour gommer le ca i—-
not.  Je profitai de ce moment pour 179^m
prendre  hauteur , et je trouvai que   aoûv.
mous étions à 54 deg. 11 min. 36seç.
-de latitude.
Nous continuâmes notre route , en
gouvernant presque droit à l'est ,  et
à trois heures après midi , nous arrivâmes près de l'endroit où le Tacout-
ché - Tessé forme une  fourche. Là ,
j'observai la distance entre la position
du soleil et celle de la lune. A quatre
heures ,  nous quittâmes le principal
bras de la rivière. L'eau avait baissé de.
six pieds, dans l'espace de trois jours ^
ce qui était cause qu'il n'y avait presque pas  de courant. Au coucher du
soleil, nous nous arrêtâmes pour passer
la nuit.
Il  tomba beaucoup de pluie pen- mardi
dant la nuit.  Le matin, le ciel était    i3.~
chargé de nuages: malgré cela, nous
partîmes de très-bonne heure. Bientôt
nous atteignîmes un endroit où la ri-
' ja.'l;
I 296 )
j|js—  vière se trouve resserrée entre deux
&79^. rochers très-élevés, et où le passage
aqut.   ^t assez  dangereux.   Heureusement
que l'eau étant fort basse, et le courant ayant perdu beaucoup de sa rapidité , nous remontâmes sans peine
entre les rochers,  et nous eûmes le
tems de les mieux examiner, que lorsque nous y avions passé en descendant.
Ils s'élèvent aussi perpendiculairement
qu'une muraille , et leurs formes présentent à l'esprit l'idée de deux vastes
groupes d'églises gothiques.
En continuant à refouler la rivière,
nous nous trouvions resserrés entre les
montagnes de l'une et l'autre rive ; et
elles étaient dépouillées d'une grande
partie des neiges dont nous les avions
vues couvertes. Nous fîmes halte fort
tard. Nous étions mouillés , et nous
avions froid et faim. Il nous restait si
peu de provisions, que nous n'osions
mere. Pas manger atî gré de notre appétit.
î4% Le matin, le tems était froid et gris;
*
ISP: août.
( a97 )
il tombait une petite pluie. Mais la di- -
minution de nos subsistances ne nous
permettaitrfpas d'attendre un changement dans l'atmosphère ,  pour nous
mettre   en  route.   A cin|| heures  et
demie, nous arrivâmes au portage marécageux entre le Tacoutché-Tessé et la
petite rivière (i). A trois heures après
midi , il faisait extrêmement froid , et
quoique mes gens travaillassent avec
beaucoup d'activité, ils ne pouvaient
pas se réchauffer. Il me rest ait'encore
un peu de rum que je leur distribuai ,
pour les fortifier et les encourager.
Le canot était si pesant, que deux
hommes faillirent à eiï être écrasés ,
en le charriant dans l'horrible portage
qui sépare les deux rivières. Je dois
aussi observer que les fatigues continuelles du voyage , et la trop petite
(î) M. Mackenzie l'a nommée la mauvaise
Jiù'ièrei . ici
i
■098) sit-
  quantité de nourriture que prenaient
1793. mes gens , proporéionnément à leur
août,   travail , leur avaient  singulièrement
fait perdre de leurs forces.
jeudi Le tems était beau, et le soleil nous
i5. réchauffait un peu de ses rayons. L'eau
était beaucoup plus basse que nous ne
l'avions vue la première fois ; mais elle
était aussi froide que de la glace, et
par malheur, nos gens étaient continuellement obligés d'y entrer pour
faire avjimcer le canot. Il y avait un
grand encombrement de bois à travers
lequel on aurait pu s'ouvrir un passage ; mais c'eût ©té trop long, et nous
préférâmes charrier le canot et le ba-
■   ^e«!:-:- -I   -f
Un peu avant le coucher du soleil ,
nous atteignîmes l'endroit où nous
avions campé le i3 juin , et où quelques-urts de nous avaient été sur le
point de rester pour jamais. Mes gens
avaient les pieds et les mains tellement
engourdis par le froid, que je craignis
m- ( ^99 )
que cela ne fût très-dangereux. Comme
la rivièfècéjtait basse , nous cherchâmes 179^*
le sac de fe|ftlle$ de fusil que nous avions août.
perdu lors de notre naufrage ; mais
nous ne pûmes pas le retrouver. Il y
avait beaucoup de saumons ainsi que
d'autres poissqns d'une$spèce qui ressemble à la viole noire.        nsâ^
Nous eûmes le même-tems que la vend,
veille. A deux heures après-midi, i6*
nous vînmes au portage qui conduit
au petit lac le plus rapproché de 1§l
mauvaise Rivière. Ce lac était si rempli de bois flottant , qu'il nous fallut
beaucoup de tems pour nous, y ouvrir un passage. Nous atteignîmes
alors le pays élevé qui sépare la
source du^ Tacoutché- Tessé ( 1 ) de
celle de YOungigah ( 2, ). Cette dernière rivière grossie par de nombreux
affiuens , traverse le lac de l'Esclave
•£— 1 1—_
(1) La rivière de Colombia.
La rivière de la Paix.
I Wm
liti
V* *'
'W
£>
._ .-si». 13°°) , Mt- •
et va porter ses eaux dans la mer
£793. Glaciale ( 1 ) ; tandis quelle Wacout-
août.  clié-Tessé contenu par la chaîne des
hautes  moâtagnes   qui**lse prolonge^.
parallèlement avec l'Océan pacifique ,
est forcé d'aller se jeter vers le sud (a).
Mon intention était de^)êcher^quel-
ques saumons dans le Tacoutché-
Tessé et lés porter dans l'Oungigah,
afin qu'ils puissent s'y reproduire. Mais
je n'en eus ni le' tems , ni la force ;
car une de mes jambes était tellement
enflée du cBté de la cheville , que je
ne marchais qu'avecfc beaucoup dé
peine. D'ailleurs, il est possible que
ces poissons n'eussent pas vécu dans
des eaux qui n'ont pas une communication directe avec la mer.   !
MM;
(i)Par le 69e. degré et demi de latitude nord,
et par le i35e. de longitude à l'ouest du méridien de Greenwich.
(2) A 46°. 20' de latitude nord ? et à 1249 d®.
longitude occidentale.
mm C 3o1 )
Depuis notre premier passage dans
ce canton , des Indiens y étaient ve- 1793.
nus. Peut-être qu'en voyant le chemin août.;
que nous avions pratiqué , ils crurent
que nous étions venus dans leur pays
comme ennemis , et qu'alors ils abandonnèrent un lieu très-heureusement
situé. D'un côté, on peut y pêcher
une grande quantité de ticamangs , de
truites , de carpes et d'autres poissons ; de l'autre côté , le saumon
abonde, et probablement ce n'est pas
le seul poisson qui s'y trouve. Les
Indiens avaient emporté les choses
que j'avais laissées en échange de celles que je m'étais permis de prendre
à mon premier passage. Les baies
étaient mûres et excellentes dans leur
espèce.
Nous   nous   mîmes en   marcher~à>$attie|
cinq heures du matin ,  avec un tems    *7.n
nébuleux. Nous fûmes dans la nécessité de charrier et notre canot et notre bagage , depuis le lac jusqu'à la
mtï
IËL4 p
SH
H'
7M
,
s
ipii '
( 3ô2  )
rivière de la Paix ; car les pluies avaient
entraîné tant de bois dans lés autres
lacs, qu'on ne pouvait pas y naviguer*
Nous traversâmes une prairie entièrement inondée. L'enflure de mon pied
et de ma jambe me força à me laisser
porter par mes gens.
A sept heures et demie , nous commençâmes à voguer dans la rivière de
la Paix. A tout instant nous apercevions sur Pune et l'autre rive , les
traces des castors. A deux heures
après midi , nous aperçûmes un paquet près de l'embouchure d'une petite rivière ; et il se trouva que c'étaient les quatre peaux de castor que
j'ai dit plus haut m'avoir été données
en présent par un sauvage , à qui je
les laissai pour qu'il me les rendît à
mon TetoUr. Ce sauvage , obligé peut-
être de s'éloigner des bords de POun-*
gigah , ou peut - être aussi craignant
de se trouver une seconde fois avec
moi et mes compagnons ,  déposa les ;( 3o3 ) I
geaux de castor, pour que je les prisse  —
à mon passage. Aussi, pour récom- 1793.
penser son honnêteté , je mis à la août.
place le triple de leur valeur.
On ne voyait sur les montagnes que
quelques tas de neige de loin à loin.
A quatre heures après -midi , nous
dépassâmes l'endroit où nous avions
trouvé les premiers indigènes. Nous
ne nous arrêtâmes pour la couchée,
que fort tard.
Dans le cours de la journée ,  nous
prîmes neuf outardes ; mais elles n'a-   !
Vaient pas encore de plumes.
Nous partîmes à la pointe du jour. ^\im:
Nous allions plus vîte que le courant,
qui s'était bien ralenti depuis que nous
l'avions refoulé. L'eau avait tellement
diminué , qu'on voyait en beaucoup
d'endroits une plage de gravier.
A onze heures nous attérimes là où
iious avions couché le 7 juin. Nous y
goudronnâmes notre canot , et nous
y fîmes -sécher nos habits ; puis nous
p
!    i Ill
II
1793.
a ou!
W°4)
nous ^rembarquâmes. A cinq heures
et demie , nous vînmes dans l'endroit
où, le 4 juin , j'avais pe^du un portefeuille qui contenait la routé que nous
avions faite depuis le 6 mai jusqu'alors. J'eus , au retour , occasion de
suppléer à cette perte ( 1 ).
Nous fîmes en descendant autant de
IIP1
mV'
(1) Voiei cette route : un demi-mille au nord*
nord-ouest, un demi-mille à l'est quart de nord ,
un quart de mille au nord-ouest quart d'ouest ,
Un demi-mille à fouest-sud-ouest, un mille et
un quart au nord-ouest, trois quarts de mille'âii
nord-nord-ouest, Un demi-mille au nord quart
d'est, trois quarts de mille au nord-ouest, un
demi-mille à l'ouest , trois quarts de mille au
nord-ouest, un mille et un quart à l'ouest-nord-
ouest,trois quarts de mille au nord, un quart
de mille à louest quart de nord , un mille et
demi au nord-ouest^ un demi - mille à fouest-
uord-ouest, trois quarts de mille au nord-nord-
ouest, unqUart de miileà l'ouest, un demi mill®
au nord-nord-est, deux milles au nord-nord*
ouest, et quatre milles au nord-ouest, aou-l
( 3o5 ) |
chemin en un seul jour, que nous en
avions fait en sept jours , lorsque
nous remontions la rivière. Nous y
vîmes de tous côtés une quantité considérable de castors et d'oiseaux aquatiques ; l'après-midi il tomba de la
pluie. A soleil couchant, nous atté-
rîmes pour planter mos tentes.
La nuit il tomba un peu de pluie.   \uum
Nous partîmes de bonne heure ( i ).     ta.
(i) Nous fîmes , dans cette journée, trois
quarts de mille au sud-sud -ouest, un demi-
mille-à l'ouest-nord-ouest , un demi-mille au
nord, trois quarts de mille au nord-ouest quart
«d'ouest, un demi-mille au nord quart d'ouest,
.trois quarts de mille au sud-ouest quart d'ouest,
en laissant une petite rivière aifluente à gauche ;
«an mille et demi à l'ouest -nord-ouest, quatre
«lilies au nord-ouest quart de nord, en dépas-^
-tant un ruisseau qui se jette sur la rive droite 5
trois quarts de mille à l'ouest-nord-ouest, deuxf
milles au nord-nord-ouest, où nous vîmes, à
«gauche. l'embouchure dune rivière considéra-
h\e : un demi-mille au nord, un mille et demi
3* 20 iff.
'■ #   V     C 3o6' ) "
Quand nous fûmes à la fourche dm
*79°' la rivière, nous pûmes suivre des yeux
.août.
à l'ouest-nord-ouest, un mille et un quart au
nord-ouest quart d'ouest,un mille àlouest-nord-
ouest, un  quart de  mille à l'oUest, un  demi-
mille au nord-nord-ouest, Un demi -mille au
nord-ouest, trois quarts de mille à l'ouest-sud-
ouest, trois milles au nord-ouest quart d'ouest,
Jrois quarts de mille à l'ouest-sud-ouest, un mill®
au nord-ouest quart d'ouest, Un quart de mille au
sud-ouest, ayant l'embouchure d'une petite rivière à droite ; quatre milles et demi à l'ouest-
nord-ouest, à travers des îles, et laissant une
rivière affluente à gauche ; un   demi-mille au
nord, un quart de mille à l'ouest, un  quart de
mille  au nord, trois quarts de mille au nord-
.ouest quart d'ouest, un  demi-mille au nord^
ouest quart de nord, un mille et demi à l'ouest-
nord-ouest, un demi-mille au nord quart d'ouest,
^roisquarts de mille au nordouest, un quart de
mille au sud-ouest, un mille trois quarts au
.nord , un mille un quart à l'ouest-nord-ouest, un
mille et demi au nord-ouest, un mille au nord-
jaord-ouest, un quart de mille à l'ouest - nordouest, uu demi-mille au nord^ le courant étan|
#
* C 3°7
Jusqu'à trois quarts de mille de dis- ——*
tance , le bras que nous laissâmes à x79$m
gauche (i).   § J $   août^
*%.
très-ralenti5 un demi-mille au nord-ouest quart
de nord, un mille et un quart au nord-ouest
quart de nord, un demi-mille au nord, un mille
trois quarts au nord-est quart de nord , un mille
un quart au sud-ouest, en longeant une île 3 un
mille au nord quart d'est.
(1) Nous continuâmes notre route , un mille
au nord, un mille au nord -nord -ouest, trois
'     >
quarts de mille au nord-ouest, en franchissant
une passe rapide, un mille un quart au nord
quart d'ouest, un mille et demi au nord quart
d'est, un mille à l'est quart de sud, deux milles
et demi au nord-est, un quart de mille à l'est-
îiord-est, en dépassant un  petit   ruisseau 5 un
mille et demi à l'est quart de sud, deux milles
au nord-est, un mille à l'est-nord-est, un quart
de mille au nord-nord-est, un demi-mille au
nord-est quart d'est, un quart de mille à l'est-
sud-est, un demi-mille à l'est-nord-est, deux
milles au nord-est, deux milles un quart au
nord-est quart d'est, un quart de mille au sud-
i?st quart d'est ? ayant à gauche un ruisseau af~
te
11
m
dK& (
3o8 )
2793,
août.
D'après le peu de courant qu'avait
le bras affluent de la rivière que nous
descendions, j'avais imaginé que l'eau
était très-haute dans l'autre bras ; mais
nous l'y vîmes tout aussi basse. Je
croyais aussi que le haut de ce dernier bras n'était pas fort éloigné du
pays que je traversai quand je quittai
la grande rivière : mais M. J. Finlay
qui l'a remonté depuis , a prouvé le
contraire. Il a vu aussi que la navigation y était bientôt interrompue par
des cascades et des écueils.
Nous débarquâmes et nous plantâmes nos tentes dans le lieu même où
ifluentj un mille et demi à l'est quart de nord j
un mille à l'est quart de sud, un mille trois
quarts à l'est-nord-est , laissant une rivière af*
iluente à droite 5 trois quarts de mille au nord-
nord-est, un mille et demi au nord-est, un mille
un quart au nord-est quart d'est, un demi-millë
à 1,'est-nord-est, et un demi - mille au nord-est
«juart de nord* ( *°9 )
nous avions campé le  27 juin ,   et  —
d'où, comme je l'ai raporté plus haut, 1793^
je fis partir une lettre dans un baril   août,
vide.
Quoique le tems fût beau , nous ne mardi
pûmes nous embarquer qu'à cinq heu- 2a*
res du matin ; attendu que nous étions
très-près d'un écueil , et que nous
avions besoin qu'il fît grand jour pour
le franchir sans briser notre canot (1).
Nous charriâmes par terre notre bagage , jusqu'au-dessous de l'écueil. Il
wi
(1) Voici la route de ce jour-là : un mille et
Hemi au nord quart d'est , un^ mille et demi au
nord-nord-est, en franchissant une passe rapide $
un mille un quart au nord-nord-ouest, en dépassant l'embouchure d'une rivière qui est à
droite 5 un mille et demi au nord-nord-est, laissante gauche une autre rivière; un mille trois
quarts au nord, deux milles au nord-est, deux
milles un quart au nord-est quart d'est, un mille
à l'est quart de nord, quatre milles au nord-esfe
quart dest, laissant une rivière à notre gauche 5
«t un mille et demi à l'est quart de sud* &0*
ï  -  '■   \.    C 3io }
y a ensuite un autre écueil prés de la
%j()o, rive occidentale , où l'eau court avec
août.    une extrême rapidité ,  et où il faut
avoir grand soin de gouverner entre
les remoles.
Nous vîmes, sans nous arrêter, 1er
lieu où nous avions couché le 2,6 mai,
au-delà duquel je ne marquerai plus
la route, puisqu'elle se trouve dans la
commencement de mon journal.
En continuant à voguer, nous aperçûmes quelques cabanes. Nous débarquâmes , et nous vîmes qu'il y avait
eu cinq feux ; mais les cabanes étaient
désertes. Il y a très-grande apparence que quelques indigènes se trouvaient encore dans le voisinage ; mais
nous ne les rencontrâmes pas. Ceux
dont nous examinâmes les cabanes ,
avaient tué plusieurs animaux. Nous
reconnûmes aussi qu'ils s'étaient enfuis en désordre ; car trois de leurs
canots avaient été abandonnés sur la C 3" I
plage, et les pagayes étaient dispersées à l'entour.
Bientôt nous atteignîmes le portage de la montagne de la Roche. J'y
pris hauteur, et je déterminai sa latitude à 56 deg. 3 min. 5i sec. nord.
J'ai déjà   observé   que   l'eau   était  .
beaucoup plus basse quand nous descendîmes la rivière , que nous ne l'avions trouvée en remontant. J'ai aussi
dit que le courant avait moins de vitesse dans le haut  : mais  depuis   la:
fourche  au portage de la montagne
de la Roche, nous le trouvâmes plus-
rapide. Nous aurions, en ce moment,
eu beaucoup de peine à le refouler ,
parce que la plage était  pierreuse,
et qu'il aurait fallu souvent employer
les perches ou la cor délie.
Nous étions réduite à une très-courte
ration ; nous ne faisions que deux légers repas par jour ; et c'est ce qui
nous faisait mieux sentir le désagré^
ment de ne pas apercevoir des bêtes
«*'
lr703,
IL* • x790t
août.
( $ii f
fauves. Je fis mettre à terre M. Mac**
kay et mes deux Indiens, pour qu'en*
traversant les bois jusqu'au-dessous
des écueils ,   ils tâchassent de  nous
procurer quelque venaison. Pendant
ce tems-là je fis mes arrangemens pour
gagner Iè plus promptement possible
le bord du portage et des passes rapides ; car malgré la répugnance de?
mes gens qui  se rappelaient tout ce
qu'ils avaient soufferts en remontant-
là , j'étais résolu à suivre le même?
chemin.   J'observai   que l'eau   ayant
diminué de quinze pieds dans lapasse
étroite qui se trouvait au-dessous de
nous , était en même-tems bien moins
agitée.
Cinq de mes gens commencèrent k
charrier le bagage , pendant que le
sixième et moi , nous nous mîmes à
nettoyer le canot et à l'exposer à l'air
dans toutes ses parties , afin de Je rendre plus léger et plus facile à porter*
A soleil couchant, M.  Mac&ay et .;#■
1793.
août.
( 3i3 )
les deux Indiens revinrent chargés de
la plus grande partie d'un buffle qu'ils
avaient tué. Cette viande n'était pas
très-tendre : mais nous la trouvâmes
fort bonne. C'était le premier animal
que nous eussions vu depuis que nous
étions rentrés dans ces montagnes ; et
cependant nous apercevions de tous
côtés des traces de buffles , d'élans et
de daims. Les premiers avaient cessé
de rechercher leurs femelles ; la saison des amours commençait pour les
autres.
Nos cinq charrieurs revinrent, après
avoir déposé leurs fardeaux au milieu
du portage. Mon compagnon et moi,
nous avions achevé notre travail, et
le canot était prêt à être charrié le
lendemain matin. Un bon soupe termina la journée ; et la crainte de manquer de vivres durant le reste du
voyage, s'évanouit.
Dès que l'aube parut, nous nous mere,
mîmes en marche. Il y avait eu un   21,
-m Ol4   )
- incendie dans le portage ; ce qui nous>
3793. empêcha , en beaucoup d'endroits
soût. de suivre le chemin ; de sorte que ?
malgré tous les efforts et la diligence
possibles , nous n'arrivâmes sur le
bord de la rivière qu'à quatre heures
après-midi. Nous eûmes presqu'autant
de peine à descendre le canot au bas
de la montagne , que nous en avions
eu autrefois à le porter au sommet §
d'ailleurs , quoique mes gens eussent
plus d'ardeur cette fois-ci que la première , ils n'avaient pas autant de
force. Je pouvais les aider un peu y
car ma jambe était presque guérie.
Nous passâmes le reste de la journée , ainsi que la nuit, au bas du portage. Nous y goudronnâmes le canot,
et préparâmes les perches grandes ek
p petites dont nous avions besoin. La
rivière avait emporté toutes celles que
nous y avions laissées à notre premier
passage ; et cependant nous les avions
siises dans un endroit élevé de quinze ( 3i5 ) .  ,§r     '
pu vingt pieds au-dessus du niveau de —-—
celui où l'eau montait alors. Il était 1793.
fort  tard  que nous étions encore à   août,
travailler.
La nuit fut froide. Le matin il fai* jeudi
sait très-beau ; mais nous ne pûmes S2*
nous embarquer qu'à sept heures. Tantôt nous voguions avec un courant
égal , tantôt nous nous lancions dans
des passes rapides. Dans ces passes
l'eau n'avait plus la même impétuosité ; mais malgré cela nous eûmes
soin de débarquer fréquemment , afin
d'examiner les écueils avant de nous
y hasarder. Le canot étant allégé ,
nous eûmes le bonheur de les passer
tous sans accident ; et à midi nous
arrivâmes dans l'endroit où j'avais
donné rendez-vous à M. Mackay et à
mes deux chasseurs. Ils nous y attendaient avec beaucoup d'excellente
viande rôtie. Ils avaient tué deux
élans à peu de distance du lieu même
du rendez-vous.
.SSa M-
*79ô-
août.
■ -;§'.'    ( 316 || '
Quand mes gens eurent achevé <lê
dîner , je les envoyai dans le bois
pour prendre leur charge de la viande
qui y restait. M. Mackay me dit qu'en
venant au rendez - vous , lui et mes
deux chasseurs , au lieu de passer par
le sentier des Indiens , avaient longé
les montagnes. D'après son rapport ,
il n'y a pas de doute que ce chemin
ne soit plus court et plus facile que ce*
lui que nous prîmes.
Après une halte d'une heure et demie , nous continuâmes notre navigation. Quand nous fûmes vis-à-vis de
l'endroit où j'avais oublié mon Tomahawk ( i ) et mon cachet, le 18 mai
précédent, nous abordâmes. Je retrouvai le tomahawk.
(1) C'est une pipe dont le dessous forme une
petite hache qui sert aux sauvages pour enlever
la chevelure des vaincus. Le tomahawk s'appell©
aussi casse-tête. ( Note du traducteur ). ( 3i7 )
Lorsque nous quittâmes les montagnes , nous aperçûmes de tous côtés
des animaux qui paissaient. En longeant une île, nous tirâmes sur un
clan, et lui cassâmes la cuisse. Il était
tems de nous arrêter ; nous débarquâmes. L'élan blessé gagna la grande
terre ; nous fûmes obligés d'y transporter nos chasseurs avec le canot. Ils
le poursuivirent et le tuèrent. Le corps
«de cet animal, dépouillé et vidé, pesait deux cent cinquante livres. Pour
donner une idée de notre appétit, je
dirai qu'après avoir bien dîné à une
heure après-midi, nous fîmes bouillir
et nous mangeâmes une chaudière de
viande d'élan , et qu'aussitôt la chaudière fut remplie de nouveau et remise sur le feu. Le reste de la viande
fut placé devant le feu, et rôti à la
manière des sauvages ; et le lendemain
matin à dix heures , tout fut achevé de
manger par dix personnes que nous
étions, et par un grand chien, auquel
1793.
août;
ilf|!jr!,
ti o
3,
( 3i8 )
nous  n'eûmes garde d'oublier d'en!
179
août.
Vend.
*3.
faire part.
Nous nous embarquâmes avant le
jour. Au lever du soleil, nous vîmes
se déployer autour de nous un pays
superbe qu'embellissaient encore de
nombreux troupeaux de bétail sauvage. La température était chaude ; et
comme depuis long-tems nous n'étions
pas accoutumés à cette chaleur, elle
nous paraissait accablante. Nos chasseurs tuèrent un buffle et un ours ;
mais comme nous étions alors au sein
de l'abondance , nous ne trouvâmes
pas la viande de ces animaux assez
grasse pour satisfaire notre appétit,
et nous la laissâmes. Nous débarquâmes pour passer la nuit, et pour nous
préparer à arriver le lendemain au fort
de la Fourche.
Barnedi Le tems fut aussi beau que la veille»
£4. A mesure que nous avancions, nous
trouvions le pays encore plus magnifique ; mais en approchant du fort ^ . ' ' -    ( 3l9 )
nous vîmes beaucoup moins de buffles et d'élans.
Nous abordâmes près de deux cabanes , où les Indiens parurent aussi
étonnés à notre approche, que si nous
eussions été les premiers blancs qui
eussent frappé leurs regards. Après
avoir dépassé ces cabanes, nous n'aperçûmes plus aucune espèce d'animal
sur les bords de la rivière.
Lorsque nous'eûmes doublé la dernière pointe, et que nous fûmes à la
vue du fort^, nous déployâmes notre
pavillon , et nous fîmes une décharge
générale de nos armes à feu. Nos gens
étaient si animés et pagayaient avec
tant de force , que nous abordâmes
avant que les deux hommes que nous
avions laissés dans le fort au printems ,
eussent eu le tems de se reconnaître
et de nous répondre. Ainsi, le 2.4 août,
à. quatre heures après-midi, nous arrivâmes dans le lieu d'où nous étions
partis le 9 mai.
m
m
ffpr
eÊJ
I
# !$#
H.'-     '■■m'    S 32° ^
Ici se termine la relation de mes
voyages. En l'écrivant, je n'ai exagéré
ni les fatigues de mes compagnons et
les miennes, ni nos dangers, ni nos
inquiétudes , ni nos souffrances. Je
puis dire qu'au contraire, dans beaucoup d'occasions, il m'a été impossible
de les rendre. Cependant j'ai obtenu
la récompense que je désirais, puisque
je suis parvenu à exécuter mon entreprise.
Comme en arrivant au fort de la
Fourche, je repris ma qualité de marchand , je ne fatiguerai pas mes lecteurs par le détail de mes opérations
commerciales. Je me bornerai à dire
qu'après une absence de onze mois ,
je retournai au fort Chipiouyan, où
je passai l'hiver suivant à trafiquer
avec les Indiens,
Èê
m OBSERVATIONS
Sur la Géographie et le Commerce dé
VAmérique septentrionale,
J_j a relation de mes voyages semble
devoir être naturellement accompa^
gnée d'un coup-d'œil général sur la
géographie de l'Amérique septentrionale , ainsi que de quelques remarques
sur les avantages qfte produiraient des
réglemens propres à étendre le corn-*
merce de ces contrées*
En traçant une ligfte depuis la partie
orientale de la mer Atlantique, jus**
que sur la côte occidentale de l'Océan
pacifique , dans la parallèle de quarante-cinq degrés de latitude nord, on
marquerait à-peu-près l'étendue des
possessions britanniques dans l'Amérique septentrionale ; car je pense que n»
(   322   )
ïe pays situé au midi de cette ligne ,
sur lequel l'Angleterre a des droits ,
n'est pas moins vaste que celui que
d'autres puissances réclament au nord.
La ligne de démarcation de ce que
j'appelle la première division des possessions anglaises , suit le pays qui
s'étend depuis le haut de la baie de
James, par le 5ie. degré de latitude
nord ; puis longe la côte orientale
jusque par la même latitude , passe
par le détroit d'Hudson, et fait le
tour du Labrador. Cette ligne se prolonge ensuite sur la côte de la mer.
Atlantique, en-dehors des grandes îles
du golfe Saint-Laurent, jusqu'à la rivière de Sainte-Croix, et remonte cette
rivière jusqu'à la hauteur du pays qui
sépare les eaux, dont la mer Atlantique reçoit le tribut de celles qui vont
rossir le fleuve Saint-Laurent. De là
cette ligne suivant la chaîne de montagnes qui servent de borne entre les
possessions anglaises et les Etats-Unis, .     ( 3^3 )' # -
forme un angle et va vers l'ouest ,
jusqu'à la rivière qui reçoit les eaux
du lac Champlain, par le 4^e • degré
de latitude nord ; puis elle s'étend directement jusque dans la partie du
fleuve Saint-Laurent, qui est au-dessus
du lac Saint-François , et elle traverse
le village indien de Saint-Rigest. Elle
suit le milieu du lit du grand fleuve
Saint- Laurent ; elle traverse le lac
Ontario , et suit la rivière qui se joint
au lac Erié. Après avoir passé par le
lac Erié , par les eaux qui y commu-
quent, et par la rivière du Détroit,
jusqu'au 42-e' degré de latitude nord ,
elle traversé le lac Saint-Clair, suit la
rivière du même nom, et passant par
le lac Huron, atteint le détroit de
Sainte-Marie ( i ). De là je conduis
Cette ligne au haut delà baie de James,
par la latitude dont j'ai déjà fait men*
tion (2).
(1) Latitude nord,y$6Q âo',
(a) 5ig nord,
1
II I'
Mm
(3*4)
iPlus de la moitié du vaste pays que
je comprends dans cette démarcation,
est stérile et inégal. On y voit des lacs
d'eau douce, beaucoup de rochers ,.
et quelques espaces de terre productive , semés de loin à loin. Telle est
la côte du Labrador ; tel est encore le
pays qu'on appelle la grande terre de
l'Est, situé à l'occident des montagnes quâ séparent fes rivières qui portent leurs eaux dans le golfe Saint-
Laurent , de celles qui vont se jeter
dans la baie d'Hudson.
Ce pays n'est habité que par des
sauvages dont le petit nombre? est proportionné à l'infécondité du sol, et il
est probable q^ej^a population n'augmentera, pas. Les eaux douces et les
eaux salée,s de ce pays, ainsi que ses
forêts rabougries, où se trouvent quelques bêtes fauves , fournissent à la
nourriture des habitans. De là jusqu'aux Kmites des Etats-Unis, et à la
mer Atlantique, la terre a abondam- ( 3s5 )
ment produit par-tout où l'on a essayé
de la cultiver. Mais là où elle se montre
le plus fertile, c'est sur les bords du
fleuve Saint - Laurent , en remontant
depuis Québec jusqu'à la ligne doalfc
j'aidparlé. Toutefois le s,oc. s'en a e&-
core sillonné qu'unefeien petite paçtie.
Voici comment on trace la ligne de
démarcation de la seconde division
des possessions anglaises de l'Amérique septentrionale.- Du détroit d&
Sàinte«Marie , où commencent aussi
les limites du territoire des Etats-
Unis , elle traverse le iac Supérieur ,
et un autre lac qu'on appelle le long
Lac, mais qui n'existe pas, et elle
atteint le lac des Bois (i) ; puis elle
s'étend à l'ouest jusqu'au Mississipi %
mais on ne peut la faire arriver jusque-là qu'en la portant beaucoup au
sud ; car la source du Mississipi ne se
trouve pas   plus  nord   que   47   deg?
't?ji
^Latitude, 490 37' nord.. 0
It
( 026 ])
80 min., encore le fleuve n'est-il là
qu'un très-petit ruisseau. Or , si l'Angleterre conserve le droit d'étendre les
limites de ses possessions jusqu'au Mis-
sissipi, il faut que ce soit à une latitude
plus basse, et où que cela puisse être,
leur ligne de demarcation doit se pro^
longer vers l'ouest, jusqu'à ce qu'elle
atteigne l'Océan pacifique, au midi de
la rivière de Coidmbia (i). Cette partie
des possessions britanniques est donc
bornée à l'occident, par l'Océan paci-,
fique ; au nord, parla mer Glaciale;
et à Test, par la baie d'Hudson. Certes,
les Russes ont de justes droits sur les
îles et la côte de l'Amérique, depuis,
le détroit de Behring jusqu'à l'embou-»
chure de la rivière de Cook.
Cette vaste partie «del'Amérique sera
long-tems possédée par ses hâbitansin-
di gènes, parce qu'ils se contentent ,
pour leurs subsistances, de ce que leur
(i) 1%$ Tacoutché-Tessé,
WM«f ( 3*7 ) m
fournissent les eaux et les forêts, laissant toujours le sol dans son état de,
virginité primitive. Il est vrai que la
terre propre à être cultivée, est bien
peu considérable, proportionnément à
la vaste étendue du pays. Il y en a, surtout, bien peu dans l'intérieur. Elle est
d'ailleurs d'un accès difficile ; et tant
qu'il restera des terreins à défricher du
côté du midi , on ne sera pas tenté d'aller vers le nord. En outre , le climat
n'y est pas très-propre à mûrir beau?
coup de ces végétaux qu'on cultive.
Mais le nord de l'Amérique peut
offrir un asyle aux descendans des indigènes idu sud, qui , à l'exemple de
leurs ancêtres , préfèrent toujours la
vie sauvage , aux avantages de la civilisation. Parmi les nombreux exem^
pies qu'on, a de cette vérité , on peut
©n offrir un très-récent. On a Vu, en
1799 , des Iroquois qui avaient été
élevés , dès l'enfance , par des missionnaires  catholiques ,. quitter leur
1 •
?! I
S SB
it ■      132B i      '
village situé à 'neuf milles de Mon-*
tréal, pour aller vivre sur les bords
de la Saskatchiouayne.
Une autre division de ce pays , est
marquée par une haute chaîne de montagnes qui s'élève sur la côte du Labrador , s'étend , presque au sud-ouest ,
jusqu'à la source de l'Outaouas, et sépare , comme je l'ai déjà observé , les
eaux qui courent vers le golfe Saint-
Laurent , de celles qui tombent dans
la baie d'Hudson. De là, cette chaîne
se prolonge au nord-ouest , puis au
nord du lac supérieur (i). Ensuite elle
forme une fourche à-peu-près au sud-
ouest , et continue à diviser les eaux
jusqu'au nord de la source du Mis-
sissipi. Cette chaîne qui, ainsi que je
viens de le dire, commence à s'étendre
vers le nord-ouest, atteint, dans cette
direction , le fleuve Nelson , et sépare
(i) Parle 5oe«, degré de latitude nord,; et \§
fk|e° degré de longitude ouest. S    9 N
• | ( °29 %.
les eaux qui coulent dans le lac Oui-
nipic et forment une partie de ce
fleuve , de celles qui se jettent, comme
lui , dans la baie d'Hudson , par les
rivières d'Albanie , de Severn et de la
Montagne (i).
La chaîne s'étend à-peu-près à l'ouest-
nord - ouest, jusqu'au portage de la
traite (2) , sur le bord du Missinipi (3).
Ensuite, elle s'avance droit à l'ouest,
entre la Saskatchiouavne et la source
du Missinipi (4) , qu'elle laisse derrière
elle , et va séparer la Saskatchiouayne
de la rivière de l'Elan. Laissant aussi
derrière elle ces deux rivières, et se
prolongeant dans la même direction ,
elle atteintlesmonts situés entre l'Oun*
I
(1) Ou rivière du Foin.
(2)Latit. 55° 25'nord. '&
.-   _   jij   ■   if 1   iti §■   1 *   *•- ■•—* t .... -■ g    ».   ».-^.A * i_ -     w-tx. â .
(3) Ou rivière de Churchill.
(4) Du côté de sa source, le Missinipi s*ap
pelle la rivière du Castor* DOG   j
gîgah (i) et le Tacoutché - Tessé (2) ;
monts qui ne sont qu'une suite de
cette même chaîne.
A l'ouest de la source de la rivière
du Castor, une autre chaîne de montagnes s'étend au nord-est, entre la
rivière de l'Elan et le Missinipi , forme
le portage de la Loche, et se prolonge
jusqu'au 5je degré un quart de latitude
septentrionale, séparant les eaux qui
tombent dans la baie d'Hudson , de
celles qui se jettent dans la mer du
Nord. De là cette chaîne s'étend à-
peu-près au nord , et forme ensuite un
angle dont un des côtés passe au nord
du lac de l'Esclave, et atteint lefleuve
Mackenzie.
La dernière, mais non pas là moindre de ces divisions, est cette immense
chaîne ou suite de chaînes de monta-
nes pierreuses, dont un des bouts se*
5
(1) ï/a rivière de la Paix.
(2) TA rivière de Goto mm a ■j (oo1 )   $*»»■..
perd dans l'Océan septentrional (i) ,
et qui , prenant d'abord une direction
presque sud-est, s'étend parallèlement
avec la côte de l'Océan pacifique, depuis  l'embouchure de   la rivière de
Cook, jusqu'à la rivière de Colombia.
De là ïfettè^chaîne semble s'éloigner
de la côte ; mais» elle continue , avec
moins d'élévation , à séparer les rivières qui courent vers la mer Atlantique , de celles que reçoit l'Océan pacifique. C'est de ces montagnes neigeuses que sort le Mississippi, s'il est
^¥ai, toute^lls, quède Mi&sissôiuri soit
la véritable source de ce fleuye. Elles
fournissent donc le Mïssissipi au golfe
du Mexique;   le  fleuve Nelson à la
baie d'Hudson ; le fleuve   Mackenzie
à la mé¥! septentrionale, etcla rivière
de Colomjbia à l'Océan pacifique. Le
grand fleuve Saioat-Laurent, le Missis
m
[i) Latit. 7O0 imrd ; longit. i35° est* (332 ) i- ;
nipi (i) et beaucoup d'autres rivières
moins considérables , prennent leurs
sources très-près de ces mêmes montagnes. C'est l'extension de ces moi&~
tagnes vers le sud, qui force la rivière
de Colombia de courir obliquement
le long de la côte , dans jan espace de
plus de huit degrés de. JUtitude, avant
d'arriver à laminer.
Il faut observer que, de l'embouchure de la rfvière de Cook à celle de
la rivière dé Colomb?», les montagnes occupent, dans ie#if largeur , de
six à huit degrés de latitude. Elles sont
bornées, du côté de l'est, par une
bande de terre inégale et très-marécageuse , s^lr^Mbord de laquelle on trouve
des mines de charbon et du bigume.
J'ai vu de ces mines sur les bords du
fleuve Mack^n&ie , jusque Jper le 66e ^
degré de latitude septentrionale. J'eni
(i) Ou rivière de CluirchijU.. ( 333 )
ai aussi remarqué, dans mon second
voyage, à Pfentrée des montagnes rocheuses (i). M. Fidler, l'un des agens
de la Compagnie de la baie d'Hudson ,
a trouvé aussi du charbon de terre et
du bitume , à la source méridionale (2)
de la Saskatchiouayne (3).
Au-delà de la bande de terre qui
borne les montagnes , sont de vastes
plaines tapissées de verdure, qui commencent presqu'à la pointe que forme
le confluent de la rivière de la montagne et du fleuve Mackenzie , et qui
s'étendentf*de l'est au sud, jusqu'à la
jonction de la rivière Rouge et de
l'Assiniboin ; puis prennent une direction encore plus méridionale le long
du Mississipi et vers le Mexique. Ces
(1) A 56° de latitude nord , et à 1200 de Icfa-
gitude ouest.
(2) Latit. $i° nord ; longît. 112° 3o' ou-est.
^(&) Oïl trouve aussi du bitume sur la côte du
lac de l'Esckaye,. |>ar le 60*. deg. de latitude^ ç
( 334 )
plaines sont bornées par un pays iné-
;al, couvert de lacs, de rochers et de
quelques espaces de terre.
Des bords des rivières qui traversent
les plaines dont je viens de parler
sort ou plutôt suinte un fluide salin
qui dépose sur l'herbe une croûte,
mince. A l'extrémité de ces plaines et
près de l'endroit où la rivière de la
Paix prend le nom de rivière de l'Esclave ? il y a des sources salines très--
abondantes , qui , en été, produisent
une grande quantité de sel bien cristallisé. Du côté du lac Dauphin , au
sud-ouest du lac Ouinipic , il y a des
marais " salans ; mais on ne peut en
tirer du sel que par des procédés réguliers.
Sur la rive orientale du lac Dauphin , on voit de distance en distance,
et dans la direction des plaines déjà
citées, un roc mou, de la nature de la
pierre à chaux, disposé par couches
minces et presques horizontales.  On . "     Vf ( 335 )
voit la même'espèce de rocher sur les
bords du lac du Castor, du lac du Cèdre,
du lac Ouinipic et du lac Supérieur ,
ainsi que dans les lits des rivières qui
traversent cette ligne. Ce qui est aussi
bien remarquable , c'est que dans la
partie la plus étroite du lac Ouinipic
partie qui n'a que deux milles de large,
la rive occidentale est bordée de rochers escarpés de trente pieds d'élévation, et de la même qualité que ceux
que je viens de décrire ; mais ceux de
la rive opposée sont plus hauts, et
d'une espèce de granit dont la couleur
est d'un gris obscur.
Ce même granit se trouve dans tout
le pays qui s'étend au nord jusqu'à la
baie d'Hudson. On m'a même dit qu'il
y en avait également depuis la baie
d'Hudson jusqu'à la côte du Labrador,
il faut remarquer que c'est entre ces
immenses chaînes de granit et de pierres à chaux, que sont placés tous les
grands lacs de l'Amérique septentrionale. ,|;-      ( 336 )|V  •      .     :
II est encore un vaste district qu'on
ne doit pas oublier, quoiqu'il soit
bien inférieur aux autres pour la situation , pour le sol, pour les productions et pour le climat. Ce district
comprend le pays connu sous le nom
de terres stériles, pays situé au nord
de la ligne qui part de la rivière do
Churchill (i). De là il s'étend sur la
rive septentrionale du lac des Rennes ,
ainsi qu'au nord du lac des Montagnes et du lac de l'Esclave, se joint
aux montagnes rocheuses, et se termine sur les bords de l'Océan septentrional (2).
Dans toute f étendue de ce pays ,
on ne voit d'autres arbres que ceux
qui croissent çà et là sur le bord
des rivières , et sont toujours rabougris. On n'y trouve même qu'en quelques endroits tiiie légère couche *d©
(1) Le Missinipi.
(2) Latifs 70e» nord. Long. i352 ouesî^
ci (■% )
terre. Cependant ce pays, oùle^sol
est si avare , est habite par des hommes
qui se contentent de la vie qu'on peut
y mener. La bienfaisante nature leur
y fait trouver leur subsistance. Le
renne leur fournit à-la-fois des moyens
de se nourrir et de se vêtir. Cet animal
va paître sur les montagnes une mousse
courte et frisée; et dans les jours de
disette , les hommes même de ces
contrées se nourrissent d'une espèce
de cette mousse , qui croît sur les rochers. Leurs petits lacs ne produisent
pas beaucoup de poisson ; mais celui
qu'on y pêche est excellent, et ce poisson fait une partie de leur nourriture.
Ils ont, en outre, des lièvres et des
perdrix.
Le climat est nécessairement rigoureux dans le pays que j'ai décrit, et où
il se trouve de si vastes amas d'eau. Sa
rigueur est extrême , sur-tout du côté
de la baie d'Hudson ; ce qui provient
, de ce que cette partie est exposée à uri
3. 22
n.
i tl ISSU
*   . ( 338 )
vent de ndrd-ouest qui a travers?  la
mer glaciale.."
En  passant immédiatement  de la
baie sur le Canada et sur les possessions  anglaises des bords de  la mer
Atlantique, ainsi que sur les provinces
de l'est de l'Amérique septentrionale ,
Ces vents conservent un.grand degré
de   force   et   de   froid ,   même    sur
les   bords   de   la    mer   Atlantique ,
et particulièrement lorsque le  soleil
est dans sa déclinaison méridionale.
Ils   donnent   à   l'hiver   de  ces   contrées ,  une durée   qui  étonnerait les
habitans des mêmes latitudes en Europe.  Mais les mêmes vents qui, venant de l'Océan septentrional, traversent les terres stériles, les lacs gelés
et les plaines couvertes de neige que
bornent les montagnes rocheuses,perdent leur rigoureuse influence à mesure qu'ils  vont vers le sud , et qu'ils
atteignent la mer Atlantique, où ils
s'arrêtent.  Cette cause  ne suffit-elle
->■ ïc- ■ ■        {339)
pas pour produire la différence qui se
trouve sous les mêmes latitudes, entre
le climat d'Amérique et celui d'Europe ?
On a souvent avancé que le soin
qu'on avoit eu de couper les bois dans
l'Amérique septentrionale, avait singulièrement contribué à améliorer le
climat. Je ne suis pas entièrement de
cette opinion, sur-tout quand je considère que les cantons où Pop a abattu
les bois, ne sont presque rien en comparaison de l'étendue du pays. La hache
et la cognée peuvent avoir eu quelque
part à l'amélioration ; mais je crois
qu'elle est due à de plus puissantes
causes.
D'après ce que j'ai observé moi-
même , le climat s'améliore tous les
jours dans un canton de l'Amérique,
qui est absolument dans l'état de nature ; et cela m'a été confirmé par les
indigènes. Un tel changement doit,
ce me semble, être lié à une cause
Yl
m KMr.
fi*»
I     ( 340 )
générale et incompréhensible, qui agit
sur le système du globe, et qui probablement donnera , par la suite des
tems, à l'Amérique, le climat d'Eu
rope.
Il est bien reconnu que les eaux
diminuent continuellement en Amérique , et que plusieurs lacs se dessèchent et seront bientôt comblés par
les terres que les rivières y charrient.
Cela ne peut-il pas avoir aussi quelque
effet sur le climat ?
Le climat de la côte occidentale de
l'Amérique a beaucoup de conformité
avec celui des contrées de l'Europe
qui sont sous les mêmes latitudes. Il
n'y a presque d'autre différence que
celle que peut produire le voisinage
des montagnes couvertes de neige.
Ceci est une nouvelle preuve que la
différence dans la température provient de la causé dont j'ai déjà fait
mention , c'est-à-dire du pays qu'ont
traversé les vents qui y régnent. (34i )
On a beaucoup écrit et parlé sur la
manière dont l'Amérique a été peuplée , et il y a sans doute bien des
choses à dire encore sur cela. Je ne
me permettrai qu'une ou deux observations à ce sujet, en laissant à mes
lecteurs le soin d'en déduire les conséquences.
| Les habitans de la partie de l'Amérique , comprise en-dedans de la ligne
que j'ai dit se terminer au 4^e. degré
de latitude nord, sont différens en-
tr'eux. Il y a d'abord les Eskimaux ,
qui possèdent le rivage de la mer, depuis l'Atlantique , et le long du détroit d'Hudson, jusqu'à l'embouchure
du fleuve Mackenzie , et je crois, encore plus loin. Ces sauvages se portent toujours vers l'ouest, sans jamais
s'éloigner de la mer. Ils ont les traits ,
les mœurs , l'idiome et les habitudes
des habitans du Groenland.
Les différentes tribus que je désigne
sous le nom dAlgonquins et de Kniste- i
■
s
. ( 342 )
7heaux, mais qui sont originairement
le même peuple, habitent les bords de
la mer Atlantique , les rives du fleuve
Saint-Laurent et les contrées adjacentes* Ils se portent vers l'ouest, et on
les trouve au nord-ouest jusque dans
le pays d'Athabasca. Les Chipiouyans,
au contraire , et les nombreuses tribus
qui parlent leur langue, occupent tout
l'espace qui sépare le pays des Knis-
teneaux de celui des Eskimaux, et
s'étendent derrière les indigènes des
bords de l'Océan pacifique, en suivant la rivière de Colombia jusqu'au
5ae. degré de latitude nord. Ils s*avan-
cent toujours vers l'est ; et d'après
leurs propres traditions, ils viennent
de la Sibérie. Leurs vêtemens et leurs
mœurs^sont conformes à ceux des habitans de la côte d'Asie.
Quant aux peuples qui vivent sur
les bords de l'Océan pacifique, on n'en
sait presque rien , sinon qu'ils ne s'éloignent pas de leur terre natale.
O x (343)
Les Nadouasis pu Assinibpins, ainsi
que les diverses tribus dont je n'ai pas
particulièrement décrit les mœurs et
les usages , et qui habitent les bords
de la Saskatchiouayne et de l'Assini-
boin , viennent du sud et s'avancent
continuellement vers le nord-ouest.
La découverte d'un passage par mer
au nord-est ou au nord-ouest , pour
pénétrer de l'Océan atlantique dans
l'Océan pacifique , a fixé pendant plusieurs années l'attention du gouvernement anglais, et excité l'ambition
d'un grand nombre de navigateurs.
Lorsqu'enfin il a été prouvé que ce
passage n'existait pas, on a cru qu'on
pourrait en trouver un à travers les
continens d'Asie  et d'Amérique.
Les Russes qui reconnurent les premiers ou'il ne pouvait pas y avoir de
navigation utile pu régulière le long
des côtes d'Asie, s'ouvrirent une communication intérieure, parles rivières,
à travers leur long et vasje empire , Ill
il
(344) |-t
jusqu'au détroit qui le sépare de l'Amérique , et passèrent facilement dans les
îles, adjacentes et sur les côtes de ce
dernier continent.
Nous sommes à-peu-près dans le
même cas que les Russes. La non-
existence d'un passage praticable par
mer, et la possibilité de traverser le
continent d'Amérique , sont prouvées.
Il ne faut plus que Pappui et les en*
couragémens du gouvernement, pour
accroître à un très-haut degré cet avantage national, et assurer aux Anglais
le commerce de la côte nord-ouest de
l'Amérique.
L'expérience a démontré que le
commerce de l'intérieur de l'Amérique
septentrionale ne pouvait pas être fait
par des particuliers. On ne peut l'entre-*
prendre sans avoir un très-gros capital , ou un très-grand crédit, et même
tous les deux. Il est donc nécessaire
de réunir des hommes riches pour diriger les opérations ,   et des hommes 345  )
hardis pour les exécuter ; et il faut;
que leur société ait pour principe, que
les derniers de ces hommes pourront,
avec le tems , remplacer les autres ,
dans une succession progressive et continuelle. Telle était la règle équitable
et avantageuse que suivaient les né-
gocians du Canada, dont j'ai parlé au
commencement de cet ouvrage.
Je proposerais, comme une mesure
très-importante, de réunir la société
qui ferait le commerce du Canada et
du nord-ouest de l'Amérique, à la
compagnie de la baie d'Hudson. Alors,
grace aux privilèges de la charte de
cette compagnie , le commerce serait
porté à un très-haut degré de prospérité publique et particulière , et
remplirait entièrement les conditions
sous lesquelles on a accordé cette
charte.
Il serait injuste , sans doute , de
priver de ce commerce la compagnie
3e la baie d'Hudson ,  ou les négo-*
;«
m ■
i
cians qui le font à présent ; car si
Pune y a droit par sa charte , les
autres y ont un droit de possession
antérieure , comme ayant succédé aux
Français qui, avant que le Canada fût
cédé à la Grande-Bretagne , jouissaient
exclusivement de tout ce qu'on connaissait dans cette partie dé l'Amérique, à l'exception de la côte de la
baie d'Hudson. En outre , depuis que
ce pays est compris dans les possessions britanniques , les négocians du
Canada en ont découvert une grande
partie , même vers la mer Hyperborée
et l'Océan pacifique.
Si la compagnie de la baie d'Hudson ne voulait pas entreprendre un
commerce si étendu et peut être hasardeux , il me semble que le gouvernement pourrait , avec raison ,
lui proposer d'abandonner les droits
qu'elle refuserait d'exercer , à condition qu'on lui allouerait pour ses
capitaux  une juste   rétribution , ré- (347)
glée d'après le dividende d'un certain
nombre d'années , ou bien d'après le
prix que valent actuellement ses actions.
Il y a des négocjans qui , si l'on
leur cédait seulement pour quelques
années les privilèges qu'accorde la
charte de la compagnie de la baie
d'Hudson , entreprendraient volontiers de faire le commerce du Canada
et du nord-ouest de l'Amérique , et
en se chargeant, en même-tems, de
dédommager cette compagnie, donneraient au gouvernement toutes les
sûretés nécessaires. Il faudrait alors
que le privilège de la compagnie s'étendît sur la rivière de Colonabja et sur
ses affluens.
Cependant , si la compagnie de la
baie d'Hudson, voulant garder le droit
exclusif d'agir à sa fantaisie , continue à faire un commerce borné qui
n'est d'aucun avantage pour le public ,
et refuse d'entrer en société avec d'au-
ni É
*
Ci
If
f 348 )
Itres négocians , peut-elle avoir quelque raison d'empêcher qu'on navigue
dans la baie vers l'embouchure du
fleuve Nelson ? Peut-elle empêcher
que des négocians particuliers pénètrent par ce fleuve dans l'intérieur du
pays , 'et en profitent pour l'importation et l'exportation de leurs marchandises , sous la condition expresse
de ne faire le commerce ni sur la côte »
ni dans le pays qui s'étend entre cette
côte et les établissemens des marchands
canadiens (1).
«4
iijl
(1) Je crois que quand bien même les marchands du Canada n'auraient pas un juste droit
à demander de naviguer dans le fleuve Nelson t
on n'en devrait pas moins le leur accorder, afin
qu'ils pussent étendre leur commerce, et fournir
aux Indiens une plus grande quantité de marchandises utiles. Pour démontrer la nécessité de
tenir actuellement ces marchandises à un très-
haut prix, et la difficulté des transports, j'observerai qu'il faut les conduire à trois et à quatre
mille milles, a travers plus de soixante grands lacs »
!i a   -    (349)|        I
Un remontant le fleuve Nelson , on
peut aller faire le commerce jusqu'au.
lieu où ce fleuve prend sa source (i) ,
et dans le haut de la Saskatchiouayne ,
qui sort des montagnes rocheuses , et
n'est pas à huit degrés de longitude
de l'Océan pacifique. Le Tacoutché-
Tessé (2) sort aussi des mêmes montagnes , et porte également ses eau3Ç
dans l'Océan pacifique (3). Il peut ainsi
et eu remontan t un très-grand nombre de rivières 5
et qu'on ne se sert pour cela, que de légers canots d'écorce d'arbre. 11 faut remarquer encore
que cette navigation est interrompue par plus de
deux cents écueils où il faut charrier les marchandises sur les épaules des conducteurs des
canots, et qu'en outre il y a plus de cent trente
portages, dont les uns ont vingt-cinq pas,
et les autres jusqu'à treize milles de long, dans
lesquels on charrie non-seulement les marchandises, mais les canots, opération pénible et souvent très-dangereuse.
(1) Dansje lac Ouîn'pir;
(2) Ou rivière de Colombia*
(3) Latit. 460 20'. ai
( 35o )
qiie le fleuve Nelson , recevoir des
vaisseaux à son embouchure, et il est,
dans toute son étendue , navigable
pour les canots.
La distance qu'il y a entre la source
de ces deux fleuves, n'est connue que
d'après lé rapport des sauvages. Si la
communication était impraticable de
Ce côté - là , on pourrait prendre la
route que j'ai suivie , quoiqu'elle soit
plus longue , à cause du grand angle
qu'elle fait vers le nord. Mais quelque
chemin qu'on suive , en partant des
bords de la mer Atlantique, il faut
aller joindre la rivière de Colombia ,
pour se rendre dans l'Océan pacifique.
Cette rivière est la ligne de communication que Ja nature a tracée entre ces
deux mers, puisqu'elle est la seule navigable dans toute l'étendue de la
côte , examinée avec tant de soin pat
le capitaine Vancouver. Ses bords sont
aussi le premier pays plane qu'on
trouve dans la partie méridionale de ( 351 )
la côte , depuis l'embouchure de la
rivière de Cook , et par conséquent
le point le plus septentrional où l'on
puisse fonder une colonie , et qui
convienne à la résidence d'un peuple
civilisé.
En ouvrant cette communication
entre les deux Océans , et en formant
des établissemens réguliers dans l'intérieur du pays et aux deux extrémités de la route , ainsi que tout le long
des côtes et des îles voisines , on serait entièrement maître de tout le commerce des pelleteries de l'Amérique
septentrionale , depuis le quarante-
huitième degré de latitude jusqu'au
pôle , excepté la partie de la côte qui
appartient aux Russes dans l'Océan pacifique.
On peut ajouter à cet avantage celui
de la pêche dans les deux mers , et la
facilité d'aller vendre les pelleteries
dans les quatre parties du globe. Tel
est le champ ouvert à une entreprise
" w
( 352 )
commerciale.   Les  produits de cette
entreprise seraient incalculables ,   si
elle était soutenue par une partie du
crédit et des capitaux, dont la Grande-
Rretagne possède une si grande accumulation. Cette puissance serait alors
récompensée des dépenses que lui ont
coûté ses découvertes sur la côte nord-
ouest  de l'Amérique ,   pays  dont le
commerce est maintenant abandonné
à  des négocians particuliers, qui ne
mettant aucune régularité dans leurs
expéditions ,  et  n'ayant ni assez  de
capitaux , ni même le désir d'inspirer
vine confiance suivie , sacrifient tout
à l'intérêt du moment. Ils se procurent
le plus de pelleteries qu'ils peuvent,
de  la  manière   qui leur  convient là
mieux ; et après les avoir échangées à
Canton pour des marchandises de la
Chine , ils retournent clans leur pays.
Ces marchands ,   dont   plusieurs  ont
fait des voyages très - avantageux , ne
pourraient pas soutenir un instant la concurrence d'un commerce régulier.
Je ne me permettrai pas de supposer que la compagnie des Indes anglaises voulût refuser à des Anglais un
privilège dont jouissent les étrangers ,
c'est-à-dire la liberté d'aller traiter à la
Chine, pour des objets qui n'ont aucun
rapport avec son commerce, et qui par
conséquent ne peuvent lui nuire.
Plusieurs raisons politiques qu'il est
inutile de détailler ici , s'offriront à
l'esprit de tout homme qui connaît le
système et les moyens du commerce
<le l'Angleterre , et elles lui feront
sentir tous les avantages du plan que
je viens de tracer brièvement, et que
je crois d'une très-grande importance
pour l'empire britannique.
$i
2.3  tege 354=
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(1) Voyez tome 2; pag Ï^^L «£=
355 )
WQ.   I L
3EC*
ITINERAIR E
.
■Partant de l'embouchure de la rivièt^e
de Chauïgen y dans le lac Ontario ,
pour se rendre au lac des Onnoyotes9
et remonter la rivière à Vilerick >
jusqu'à la hauteur des terres oit
l'on trouve la source et la rivière de
3ïoack ou des Agniés , que l'on peut
descendre jusqu'à Carias ou Che-
nectedy ^ d'oie l'on se rend à Albany
ou Orange,
JLi'entrée de la rivière de Chouïgen;
est facile ; il y a une anse qui forme
un port. Les Anglais avaient un fort
sur chaque rive de cette rivière , qui
en défendait l'entrée.
De Choùigen , on remonte cette rivière quatre lieues pour arriver à la
grande chute.
'À ( 356 )        •   ;
Dans cet espace la navigation est
^difficile , la rivière est rapide*, embarrassée de grosses pierres ; il faut
pour y passer, avoir de bons guides
qui connaissent les écueils.
On est obligé de décharger les bateaux à la grande chute (i) ; il faut faire
un portage d'environ quarante ou cinquante pas : on traîne les bateaux sur
la terre. De la chute pour aller jusqu'à
l'embouchure de la rivière des cinq Nations , laquelle embouchure on nomme
les trois rivières (2), on compte quatre
,fN
(1) De Chouïgen pour aller au fort de Bull,
Son compte environ trente-six lieues,
Xa charge des bateaux n'est d'ordinaire,. que
de quatorze ou quinze cents pesant. Il faut cinq
$ours pour remonter la rivière depuis Chouïgen
jusqu'au fort de Bull, et il n'en faut que trois et
demi pour descendre du- fort de Bull à Chouïgen.
(2) La rivière des cinq Nations.prend sa source
dans des petits lacs auprès desquels habitent les
sauvages des cinq Nations. A environ six lieues
4ë *on embouchure dans la rivière de Chouïgen % p 357 )
ïieues ; la navigation en est bonne. As
un quart de lieue avant d'arriver aux
trois rivières , il y a cependant ui£
courant où il faut aller avec précaution. Des trois rivières pour arriver
£<u lac Onéido, on compte huit lieues ;
la navigation est bonne : la rivière &
environ soixante pas de large, on y
passe dans tous les tems avec des bateaux chargés : cette rivière est la dé-
charge du lac Onéido, il n'y a ni chute
ni rapide pour y entrer. Le lac Onéido
à douze lieues de long sur environ une
lieue de large. La navigation en est
belle , on y va dans tous les tems ,
hors par un gros "^ent contraire. La
navigation est meilleure à la rive droite
du lac , qui est le côté du nord.
Du lac Onéido on entre dans la ri-
cette rsrâière se sépare en deux braneh.es. CehV
de la droite prgnd sa source dans.les lacs de£
Sonnontoriens et des Gqyagoriens ; et celle de Isê
gauche, au-dessus du lag des Oiuiontagisés.- f 358 )
vîère de Vilerick ( i ) qui se* décharge,
dans ce lac : on la remonte neuf lieues
pour arriver au fort de Bull. Cette rivière fait beaucoup de sinuosités : elle
est étroite et quelquefois embarrassé©
par les arbres qui y tombent du bord
des deux rives. La navigation en esS
difficile, quand les eaux sont basses*'
On y passe cependant dans tous le&
tems avec la charge ordinaire des bateaux , qui est de quatorze ou quinze
cens pesant.
Quand les eaux de cette rivière sont
basses , on ne peut arriver par la rivière avec la charge ordinaire des bateaux , qu'à une lieue du fort de Bull ;
on est obligé de les décharger et de
faire le portage du reste par un che~
(i) La rivière dru Poisson-Tué se décharge
aussi dans le même lac ; les Anglais s'en servaient autrefois. Ils font abandonnée, parce-qu'il1
y a un portage à faire, et ont préféré la rivière da-
'¥il«rick; qu'ils ont débarrassée ( 359-)#
min qui conduit audit fort, ou d«3f
•^envoyer les bateaux chercher l'autre
demi-charge.
Le fort de Bull qui a été brûlé en
ïy56 par un détachement aux ordres
de M. de Lery , était situé sur la rive*
droite de cette rivière, proche de s^
source, à la hauteur des terres.
Du fort de Bull pour aller au fortf
William , on compte une lieue un*
quart, qui est le portagede la hauteur/;
des terres : les Anglais y avaient pra*f
tiqué un chemin où toutes les voitures?
passaient ; ils avaient été obligés d'en-*
ponter une partie partant du fort de
Bull jusqu'à un petit ruisseau où ij
y a un pont, auprès duquel on avait
commencé un fort qui n'a pas été
achevé ; il devait être intermédiaire
entre les deux forts, étant précisément
situé à la hauteur des terres.
Le fort de "William était situé -sur hé
rive droite de la rivière de Moack or*
des Agniés, près la source de cette rl*> -   , 'mt    ;§ ( 3<5d..)       s   '■' ■
vière, à ïa hauteur des terres ; il a été
abandonné et détruit par les Anglais 9
après la prise de Chouïgen.
Parlant de Chouïgen, il y a un che-*
min dont se servaient les Anglais pour
faire passer les bœufs et les chevaux,.
Ce chemin suit les bords de la rive
gauche de la rivière de Chouïgen,.
L'on passe la rivière des ^nq Nations
4 une chute près de s,on embouchure.,
Après quoi le chemin suit les bords
de la rive droite de la rivière des
cinq Nations , jusqu'au village des
Qnontagnés , d'où l'on se rend au
travers des terres au village des Cas-
Içarorens et des Onnoyotes ( i ) , et
l'on peut se rendre de là  aux forts
( i ) Le chemin passe au grand village des
Onnoyotes, qui est à deux lieues environ du lac*
Dans ce village il y avait un fort de pieux à quatre
^astjons, qui ayait été construit par les Anglais ;
lequel fort a été déjtruitpar les Onno^rotes, pour
satisfaire à leur parol© consignee dans le conseil ( 3tfi )
Bull et William, de même qu'au fort
deRouary, sans être obligé de passer
aux deuxdits forts.
On peut aussi se servir du sentier
ou du chemin que M. de Belhêtre a
suivi dans son expédition au village des
Palatins. Il partit de l'embouchure de
la rivière de la Famine , qui est à dix
lieues au-dessous de Chouïgen.
M. de Belhêtre remonta cette rivière
.l'espace de quatre lieues , et la laissant à gauche , il suivit le sentier qui
conduit au lac des Onnoyotes qu'il
laissa sur sa droite, et se rendit à la
hauteur des terres au fort William.
Le pays   par  lequel  il passa  est
beau , il n'y a que quelques monta-
par eux tenus avec M. de "Vaudreuil. Il pouvait
«voir cent pas sur chacune de ses faces, tl y a
un second village des Onnoyotes, que l'on appelle le petit Village, qui est situé sur le bord
é\x lac. Dans celui-ci il n'y a point eu de fort. i\~
g;      :f,::.   ( 3fe I     s
gnes ; le terrein est seulement spon*
gieux dans l'arrière-saison. Il passa
trois rivières à gué, dont les eaux
étaient fort hautes dans les quatre
jours qu'il fut à se rendre de la ri*
vière à la Famine au fort William p
d'où l'on compte de vin'gt- quatre à
trente lieues.
Du fort William , 3a rivière de
Moack est navigable ; les bateaux portent la même charge que dans la rivière de Wilerick , jusqu'au portage de
la petite chute, qui est à environ deux
lieues au-dessous du village Palatin eS
du fort de Kouary^
Du fort William, au fort de Quaris
situé sur la rive droite de la rivière de
Moack , on compte douze lieues ; le
chemin suit la rive droite de la ri*
vière , qui est le côté du Sud. Partant
du fort William, il y a un chemin
qui va joindre celui par lequel passaient les chevaux et les bœufs pour
aller depuis le fort de Quaris à Chouse (363)
gen. Ce chemin partant du fort William , est mauvais l'espace de quatre
lieues. Le pays est marécageux ; les
trains y passent en hiver et pendant
Pété ; et l'on passe aisément par-tout
à cheval, quoiqu'en plusieurs endroits
il y ait beaucoup de boue. Après cet
espace de chemin de quatre lieues 9
on peut aller avec des charrettes jusqu'au fort de Quaris. Après avoir
marché trois lieues dans ce chemin ,
qui est à cinq lieues du fort de Quaris , on trouve la fourche des deux
chemins , dont celui qui est à la
gauche conduit au village des Palatins , en passant à gué la rivière de
Moack.
Continuant à suivre le grand chemin qui est à la rive droite de la rivière de Moack pour se rendre au.
fort de Quaris , on trouve un ruisseau que l'on passe à gué. Il y avait
un moulin à farine qui a été brûlé-,
Une lieue avant d'arriver au fort de;
\ E
( 364 )
Quaris , on trouve encore un petig
ruisseau où il y a un pont ; on passe
ce ruisseau à gué presque dans tous
les terns;. Il y avait aussi à ce ruisseau
un moulin à scie qui a été brûlé.
Le fort de Quaris est situé sur les
bords de la rive droite de la rivière de
Moack , sur une petite hauteur an
bord de l'escarpement de cette rivière.
Le fort de Quaris est une grosse maison bâtie en pierre, à trois étages r
crénelée à tous les étages et même à
la cave pour faire un feu rasant. Dans
les hauts il y a quelques petites pièces
de canon. La maison est couverte
de planches et de bardeaux : elle avait
été bâtie pour servir de magasin et de
dépôt pour les vivres de Chouïgen.
Elle est entourée d'un fossé qui en
est à environ trente pieds de distance^
Ce fossé a six pieds de profondeur sur
sept de large ; sur la crête du fossé
en-dedans , il y a des palissades plantées obliquement, qui sont bien jointes les unes près des autres. Derrière ces
palissades il y a un parapet en terre ,
pour pouvoir tirer par-dessus les palissades. Les quatre angles du parapet
qui est derrière 1 e fossé, forment comme
quatre petits bastions qui se flanquent
réciproquement.,
. Du côté de l'ouest il y a une maison qui est séparée de la grosse : elle
est appuyée au parapet des palissades
et sert de caserne et de corps-de-garde.
A la grosse maison il y a deux portes ,
dont l'une qui est du côté du nord
n'est qu'une petite porte à un seul
hattant ; on n'y passe que pour aller
chercher de l'eau à la rivière.
De ce côté de la maison, il n'y a
pas de foss$é, il n'y a que des palissades plantées dans des madriers posés
sur l'escarpement de Pécore de la rivière , pour retenir les terres.
La grande porte dé la maison est du
côté du midi , elle est à deux battans
mon ferrés.  De cette grande porte,
il
w.
Ci53W3c*Ke9"«F :wOTCr» *« v
( 366 )
pour sortir de l'enceinte des palissades et du fossé , il faut tourner la
maison à gauche, et passer du côté
de l'est, où il y a un passage. Le fossé
n'y a pas été creusé, le terrein sert de
pont et de chemin ; il y a des palissades à droite et à gauche des deux
côtés du chemin, dans toute la largeur
du fossé.
En-dehors du fossé, il y a une porte
à deux battans, sans qu'il y ait d'autre
barrière ni cheval-de- frise en avant.
La maison qui est la plus près du
fort en-dehors, en est à cent-cinquante
pas environ. Vis-à-vis de ce fort, il y
a dans la rivière une petite île qui est
cultivée ; on peut y aller à gué , quand
les eaux sont basses. Du fort de Quaris
à celui de Cannatchocary , on compte
quatre lieues ; dans l'espace dune lieue
de ce chemin , qui est un pays plat ,
on trouve une vingtaine de maisons
situées de distance en distance. Après
avoir marché cette lieue , on mont©
HI ' f ( 3^7 ) ; -
"yne montagne. Il faut environ deux
heures pour la monter ou la descendre;
dans tout cet espace , le pays est couvert de bois. Après avoir descendu
cette montagne , dans la lieue qui
reste à faire pour arriver à Cannat-
chocary, on trouve deux maisons éloignées l'une de l'autre.
Les habitans de cette contrée sont
Palatins ou Allemands. Ils forment une
compagnie avec quelques-uns de ceux
qui habitent au-dessus de la chute, de
l'autre côté de la rivière , qui est la
«rive gauche, Cette compagnie est d'environ quatre-vingts hommes..
Le chemin de l'un à l'autre des deux
forts , est bon pour les voitures de
toute espèce, Le fort de Cannatchocary
est situé sur le bord de la rivière de
Moack, à la rive droite. C'est un carré
ià quatre bastions de pieux debout^
joints ensemble avec des linteaux. Ils
*ont quinze pieds de haut sur environ
am pied d'équanissage, avec de§ cré-
1
Mi
I   l\ ( 368 )
naux pratiqués de distance en distance,
et une banquette tout- au-tour , pour
pouvoir faire le coup de fusil.
Ce fort a cent pas sur chacune de
ses faces. Il n'est point entouré de
fossé. 11 y a quelques pièces de petit
canon à chacun de ses bastions.
A chaque courtine il y a une maison qui sert de magasin et de casernes. 'Il y a cinq ou six familles
de sauvages Agniés qui habitent en-
dehors du  fort.
Du fort Cannatchocary au fort Hunter , il y a aux environs de douze lieues ;
le chemin en est assez beau , les voitures y passent. Il continue à suivre
les bords de la rivière de Moack. On
trouve dans cet espace, sur les bords
du chemin, environ cent maisons éloignées les unes des autres. Il y en a
aussi quelques - unes situées à une
demi-lieue dans la profondeur de%
terres.
Les habitans de cette .contrée sont> ûes Allemands qui forment deux com
pagnies de cent hommes chacune.
Le fort Hunter est situé sur les bords;
cle la rivière de Moack. Il est de même
forme que celai de Cannatchocary , à
l'exception qu'il est le double plus
grand. Il y a de même une maison à
chaque courtine ; les pièces de canori
qui sont à chaque bastion , sont de j
et 9 livres de balles. Les pieux de ce
fort sont plus élevés que ceux de Can-
aiateboeary. Il y a une église ou temple
dans le milieu du fort. Il y a aussi dans
l'intérieur du fort une trentaine de cabanes des sauvages Agniés. C'est le village le plus considérable.
Ce fort n'a point de fossé , ainsi que
celui de Cannatchocary, Il y a seule-
inent une grande porte battante pour
# y entrer.
En-dehors ,  sous la protection du
fort, il y a quelques maisons où se réfugient les habitans de la campagne ,
3« \ z>4 -71     418,
t ^7° )
quand ils craignent ou qu'ils ont nouvelle de quelque parti sauvage ou français en campagne.
Du fort Hunter (i) au fort Chenectedy
ou Corlar , il y a sept lieues. Le grand
chemin où passent les voitures , continue à suivre la rive droite de la rivière de Moack. On trouve dans cet
espace de chemin, aux environs de
vingt à trente maisons éloignées les
unes des autres d'une demie ou d'un
quart de lieue.
Les habitans de cette contrée sont
des Flamands. Ils forment une compagnie avec quelques autres habitans
de la rive gauche de la rivière de
Moack ; elle est forte d'environ cent
Jiommes.
Chenectedy ou Corlar est situé sur
^W>^—— I. Il     *■■■■■■ M- ■■■ ■■!        '       I   ■■ —    ■ "" ■>■ I ———■■!!■  Il f I      ■%
(i) En partant du fort Hunter, on passe un
ruisseau' au confluent duquel est situé ce fort.
On le passe à gué ou en bateau en été, etsur la
«lace en hiver.
-«* '( 37i )
îe bord delà rivière de Moack. C'est iTii
bourg d'environ trois cents maisons»
Il est environné de pieux, debout, flanqués de distance en distance. En arrivant dans ce bourg par la porte du
côté du fort Hunter, il y a un fort
sur la droite , qui forme une espèce
de citadelle dans l'intérieur du bourg
même.
C'est un carré flanqué de quatre
bastions ou demi-bastions. Il est construit moitié de maçonnerie , et moitié
de pièces sur pièces , élevées au-dessus
<le la maçonnerie. Il est de grandeur à
pouvoir contenir deux ou trois cents
hommes. H y a quelques pièces de canon en batterie sur le rempart. Il n'est
point entouré de fossé : on n'y entre
que par une grande porte battante sans
pont-levis.
On peut se mettre à l'abri du feu du-
fort , et pénétrer dans le bourg , en
l'attaquant par un autre côté que par,
«elui du fort*
lin |( 372 )
La plus grande partie des habitant
de Chenectedy sont Flamands.
De Chenectedy à Albany ou Orange,
on compte six à sept lieues. Le chemin
est beau pour toutes sortes de voitures.
Le terrein est sablonneux, et le pays est
couvert de bois clairs. Il n'y a que quelques collines.
, A une lieue et demie de Chenectedy ,
il y a une maison sur le chemin, qui
est un cabaret. A. une lieue et demie
plus loin , c'est-à-dire , à la moitié du
chemin, on trouve encore une maison
qui est de même un cabaret.
Orange est située sur le bord de la
rivière d'Orange , autrement dite Hud-
son , à la rive droite (i).
Il n'est fortifié que par une enceinte
de murailles ou de pieux, sans fossé.
(i) La distance totale de Chouïgen à Orange f
est de soixante-dix-huit ou soixante-dix-neuf
lieues. ( 373 )
Cette enceinte est flanquée de distancé
en distance , du côté du bois seulement , la rivière en défendant l'entrée
dans l'autre partie. On estime qu'il est
moins grand que l'enceinte et la ville
de Montréal.
Dans l'intérieur d'Orange , il y a un
fort, espèce de citadelle à contenir
trois cents hommes , où il y a du canon.
Voilà tout ce qui regarde la rive
droite de la rivière de Moack , qui est le
côté du sud. Passons à la rive gauche y
qui est le côté du nord de cette rivière , en partant de même du fort
William, situé près de sa source.
?4ïi
Partant du fort William pour se
rendre par la rive gauche de la rivière
de Moack , au village des Palatins, on
compte douze lieues ; on passe à gué
la rivière de Moack , auprès du fort
William , d'où l'on suit un sentier qui
a /   .1 (374
passe à une demi - lieue dans Pinte-
rieur des terres , en suivant la rivière , dont les bords sont si marécageux qu'on pourrait même y faire des.
foins.
Ce sentier passe au-dessus des collines et des petites montagnes. On ne
peut y aller qu'à pied ou à cheval. Il
faut marcher huit lieues par ce sentier,
pour trouver la fourche du grand chemin qui vient de l'autre côté de la rive
droite de la rivière. Après avoir marché un quart d'heure dans ce grand
chemin, on trouve un petit ruisseau
que l'on nomme rassédot, que l'on
peut passer à gué. Il y avait deux maisons , sur la rive gauche du ruisseau |
qui ont été brûlées , et dont il ne
reste que les débris. Après avoir passé
ce petit ruisseau , l'on continue à
suivre le grand chemin , l'espace de
quatre lieues , pour arriver au village
des Palatins. Toutes sortes de voitures
passent dans ce chemin.» -      C 375 )
Le village des Palatins (i) était situé
à la rive gauche de la rivière de Moack,
pas tout-à-fait vis-à-vis le fort de Quaris , mais presque un demi-quart de
lieue au-dessus. On allait de ce village
au fort en bateau ; on peut même passer
la rivière à gué en plusieurs endroits»
Le village des Palatins, qui consistait
en trente maisons , a été entièrement
détruit et brûlé par le détachement aux
ordres de M. de Belhêtre.
Les habitans de ce village formaient
une compagnie de cent hommes portant les armes. On y comptait trois
cents personnes , hommes, femmes ou
enfans , dont cent deux ont été faits
prisonniers , et le reste s'est sauvé au
fort de Quaris , à l'exception dequel-
(i) Du fort de Bull au village des Palatins , il
faut un jour pour descendre la rivière avec de*
bateaux, et trois pour remonter ; et du village
des Palatins pour descendre à Carias, il faut u»
jour et demi pour remonter. ques-uns qui ont été tués en passant
la rivière à gué.
Du village des Palatins pour aller
à la petite Chute, continuant toujours*
à suivre la rive gauche de la rivière
on compte environ trois lieues. Dans
cet espace , il y avait huit maisons qui
ont été abandonnées. Ce sont, les habitans de ces maisons qui forment une
compagnie avec ceux du fort de Quaris , de l'autre coté de la rivière.
!|Le portage de la petite Chute , est
d'un quart de lieue , et on s'y sert
de charrettes. Il y a un chemin des
deux côtés de la rivière ; on préfère
de passer par la rive gauche , le chemin y étant plus beau.
Du portage de la petite Chute ^ en
continuant à suivre la rive gauche de
la rivière , il n'y a qu'un sentier pour
les gens de pied, dans lequel on passerait difficilement à cheval. Il fau£
marcher trois lieues par ce sentier 7 (^77 )
pour se rendre à la rivière du Canada,
où l'on trouve le grand chemin qui,
depuis la fin du portage de la petite
Chute , passe à la rive droite de la
rivière de Moack , où il y a un gué
au-dessous du fort de Cannatchocary,
vis-à-vis l'embouchure de la rivière du
Canada. A cet endroit il y a aussi un
bac pour passer les voitures, quand
les eaux sont trop hautes.
Après avoir passé à gué la rivière
duvCanada, on continue à suivre la
rive gauche de la rivière de Moack ,
et le grand chemin, par lequel peuvent passer les charrettes , pendant
douze lieues, pour arriver à la maison du colonel Johnson. Dans tout
cet espace , on trouve environ cinq
cents maisons bâties , éloignées les
unes des autres. La plus grande partie de celles qui sont sur le bord de
la rivière, sont bâties de pierre. Les
plus éloignées de la rivière, qui sont
dans l'intérieur des terres , en sont à Il' (378)S I
une demUieue. Ce sont de nouvelles
habitations bâties en bois.
Dans tout cet espace de douze
lieues, il n'y a point de fort. Il n'y a
qu'une seule maison bâtie en pierre f
qui soit un peu fortifiée et entourée
de pieux. Elle est située sur le bord
de la rivière,, à trois lieues de l'em-
9
bouchure de la rivière   du Canada
sur la rivière de Moack.
Les habitans de cette contrée sont
Allemands. Ils forment quatre compagnies de cent hommes chacune.
La maison du colonel Johnson est
située sur le bord de la rive gauche de
la rivière de Moack. Elle est à trois
étages , bâtie en pierre, crénelée, avec
un parapet, et flanquée aux quatre
angles, où il y a quelques pièces de
petit canon.
Dans la même cour des deux côtés
de la porte de la maison , il y a deux
petites maisons ; celle de la droite en.
entrant est un magasin , et celle de lac 1 ( 379 )
gauche est destinée pour les ouvriers
nègres et autres domestiques. La porte
de la cour est une grande porte battante bien ferrée : elle est du côté de
la rivière de Moack ; de cette porte à
la rivière il y a environ deux cents pas
de terrein uni ; le grand chemin y
passe.
Il y a un petit ruisseau qui vient
du côté du nord et qui se décharge
dans la rivière de Moack, à environ
deux cents pas au-dessous de l'enceinte
de la cour.
Sur ce ruisseau il y a un moulin qui
n'est éloigné que de cinquante pas de
la maison. Au-dessous du moulin est
la maison du meunier, où l'on tient
le bled et la farine. De l'autre côté du
petit ruisseau, à cent pas du moulin,
il y a une grange où l'on tient des bestiaux et du fourrage.
A cent cinquante pas de la maison
du colonel Johnson , du côté du nord ,
sur   la rive  gauche  du ruisseau,  il ( 38o
y a une hauteur où est une petite
maison crénelée. On y tient ordinairement un poste d'une vingtaine
d'hommes, qui sert de garde avancée.
De la maison du colonel Johnson
pour aller à Chenectedy , on compte
sept lieues ; le chemin est beau : toute
espèce de voiture y passe. On trouve,
de distaastee en distance, environ vingt
maisons sur le chemin.
Une lieue un quart avant d'arriver
à. Chenectedy , on peut passer à gué
pendant l'été la rivière de Moack ; on
la passe ordinairement en bac et dans
des bateaux ,  vis-à-vis Chenectedy.
Les habitans de cette contrée sont
Flamands ; ils forment une compagnie
d environ cent hommes avec ceux qui
sont de l'autre côté de la rivière au-
dessous du fort Hunter.
De Chenectedy. pour aller jusqu'à
l'embouchure de la rivière de Moack
dans la rivière d'Orange ,  il y a une
rande chute qui empêche les bateaux ( 38i )
de passer , de façon que tout ce qui
va de Chenectedy à Orange par la rivière , passe par le grand chemin qui
y conduit en droiture.
D'Orange à New- Yorck, on compte
cinquante ou soixante lieues ; les barques venant à New-Yorck montent
jusqu'à Orange. Il y a aussi un grand
chemin pour aller de l'une à l'autre de
ces villes à la rive gauche de la rivière.
Le pays est bien habité des deux
côtés de la rivière.
La plus grande partie des habitans
d'Orange sont aussi Flamands,de même
que ceux de Chenectedy.
D'Orange à Boston, on compte en-*
viron soixante lieues ; le chemin qui
y conduit passe au travers des terres.
De Boston à New-Yorck , on compte
la même distance en suivant le chemin
qui passe sur les côtes de la mer.
New-Yorck est situé sur la rive
gauche de la rivière d'Orange , et près
de son  embouchure.  Il est situé sur I
( 382
une langue de terre qui forme une péninsule. Elle n'est fortifiée que du côté
de la Terre-Ferme.
Vis-à-vis New-Yorck est une grande
île fort bien  habitée et très-riche (i)
Toutes sortes de bâtimens de guerre
et de commerce viennent mouiller
entre la ville et cette île.
Nota. Dans toute la contrée de la
rivière de Corlar, il y avait neuf compagnies de milices aux ordres du colonel Johnson ; il n'en reste que huit,
celle du village des Palatins n'existant
plus , la plus grande partie ayant été
défaite par le détachement de M. de
Belhêtre.
là Le colonel Johnson rassemble ces
compagnies lorsqu'il a nouvelle de
quelque détachement qui pourrait regarder la partie de la rivière de Moack.
Dans les derniers jours du mois d'à-
(i) Long-Island; ou l'Ile longue. 3£
vril de 1757 , sur la nouvelle qu'il eut
par les sauvages qu'il y avait un gros
•détachement qui remontait le fleuve
Saint-Laurent et entrait dans le lac
Ontario , il fit rassembler ses compa-
* X
snies et se porta au village des Pala-
tins , où il fut encore joinl par onze
à douze cents hommes quelecomman-
oant d'Orange lui envova ;   ce qui lui
O J        ' x
composa  en tout nu corps  de deux
Jl X
mille hommes. Il se retrancha à la tête
du village Palatin/ où il resta campé,
quinze jours ; et il ne se retira que
sur la nouvelle qu'il eut que le détachement français qu'on avait vu dans
le fleuve Saint-Laurent avait passé
outre , et pris la route de la belle
Rivière. Ce détachement était celui de
cinq-cents hommes, qu'on avait envoyé l'année dernière au secours de la
belle Rivière , et parti de Montréal
les derniers jours du mois d'avril.
c
f IN   DU   TROISIEME   YOIÏÏMÏ. T ABLE
DES
CHAPITRES
DU  TROISIÈME  VOLUME.
CHAPITRE    VIII.
:'
I
Les voyageurs continuentàdescendre
le  Tacoutché - Tes segj et remontent
la même rivière ^
page
eux indigènes accompagnent M. Mackenzie. — Maison souterraine. — Rencontre
de beaucoup de naturels. — Mœurs, coutumes , habillemens de ces sauvages. — Description qu'ils font du cours de la rivière de
Colombia et des pays adjacens. — Récit d'une
femme sauvage prise deux fois par des partis
ennemis* — Quelques mots de deux langues
sauvages.— M. Mackenzie remonte la rivière.
— Fuile des sauvages. — Embarras et dangers. DES     CHAPI.TB.ES. 385
— Il aborde dans une île pour construire tir*
nouveau canot.
CHAPITRE    II
3f. Mackenzie continue à remonter le
Tacoutché-Tessé _, et quitte ensuite
cette rivière pour se rendre y par
terre j sur le bord de la mer> p. 5j
Les voyageurs construisant,un Canot. — J?e
guide qui avait déserté, revient. M II donne
aux voyageurs des nouvelles favorables. — Il
part de nouveau sans prendre congé. — Les
voyageurs quittent l'île du Canot. —Difficulté
qu'ils ont è remonter vme passe rapide» }$$$. ÏÏMïh
©onte^du guide et de six autres sauvages, —
— M. Mackenzie et ses compagnons qu^^tenf
leur canot pour voyager ver&F&ue^^Pé'tails
sur ce voyage.
{   r    CHAPITRE   X-S
Description de quelques cantons du
sud-ouest de l*Amérique septentrionale , èp vasje \66
Xes voyageurs naviguent, avec les sauvages, sur
la rivière du Saumon. — Ils franchissent une
s5
.   I
il
Sr"
1 386 TABLE
digue. — Défiance des indigènes. Spl Ils accueillent ensuite les voyageurs. — Bouquet de
cérémonie.—Description du village du Sau-
monl— Maisons élevées. — Temples. — Mœurs
des habitans. — Leur superstition. — Canot
du Chef.
g      CHAPITRE   XI.|'
Navigation sur VAnnah-You-Tessé*
Vue de la mer. Tableau de quelques
nations indiennes , page  19a
M. Mackenzie et ses compagnons s'embarquent
pour se rendre à la mer. — Us abordent chez
Ain chef qui les reçoit très-amicalement. —«
Travaux des habitans des bords de la rivière
du Saumon. — Les Anglais quittent le canot
et se rendent, à pied, dans un village voisin
de la mer. — Us perdent leur chien. — Ils se
rendent à la mer. — Us rencontrent, dans la
baie, divers canots indiens qui les abordent.
— Desseins perfides de ces sauvages. —
Querelle.
\ te
D  £  S     CHAPITRES.
387
;       CHAPITRE   XI I.
AT. Mackenzie et ses compagnons
remontent la rivière du Saumon,
Détails sur lès habitans des bords
de cette rivière , Page 2^2
Les voj^ageurs continuent à remonter la rivière
du Saumon. — Les Indiens ennemis les précèdent. — Mécontentement et insubordination des compagnons de M. Mackenzie. —
Arrivée au village du Saumon. — Les voyageurs sont mal accueillis.— Us se rendent au
village des Amis.— Description de ce village.
— Mœurs et coutumes de ses habitans. —
Quelques mots de leur langue.
CHAPITRE    XIII.
Départ du village des Amis, sur la
rivière du Saumon, Route par ter/^e.
Rentrée dans la rivière de la lJaiac.
Retour au fort Chipiouyan, Conclusion du voyage j Page 278
Les voyageurs partent du village des Amis. —«
Ils reçoivent une grande quantité de saumon
rôti. — Us traversent les montagnes, et arri- 388 TA    B    L    E.
vent sur les bords du Tacoutché-Tessé. || Ils
retrouvent Jeur canot et leurs effets en très-
bon état. — Us remontent la rivière. — Détails sur cette route. — Us quittent la rivière
de Colombia et regagnent la source de celle
de la Paix. — Navigation sur cette rivière jusqu'au fort de la Fourche. — Départ du fort de
la Fourche, et arrivée au fort Chipiouyan. -—
Conclusion du v#yage.
Observations géographiques et politiques sur le continent de l'Amérique
septentrionale , page 3s i
Appendice.
N°. I. Tab le météorologique ,        Pag5 354
2,. Itinéraire tiré des papiers
du vicetamiral Bougainville , 355
Faute à corriger dans le tome I.
Page 16, Ug. io, après très-long-tems3 lisez;
très-long-tems après.
Dans le tome 11.
Page 3l8 , ligne 14, blaireau 5 lisez: urson.
ainsi que dans un ou deux autres endroits ;
sans avoêi* égard à la note qùi± se trouve au
h&s de lOf-page. w»
* '[CSOZ
B 1?Z oh a>
 My    Page 354.
N°. I.
OBSERVATIONS    MÉTÉOROLOGIQUES,
Faites sur la rivière de la Paix. (1)
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OBSERVATIONS.
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14.
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12.
20.
12,
21.
E. S. E.
12.
12.
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Idem.
12.
12.
14.
25.
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12.
29.
clair.
12.
23.
Idem,
12.
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0.
N, E.
clair.
12.
4-
12.
2.
K.
Idem.
12.
2.
Idem.
12.
3.
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12.
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12.
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6.
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6.
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6.
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6.
6.
6.
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6.
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6.
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14.
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19.
23.
28.
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1.
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16.
24.
E. S.E
N. 0.
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Idem.
clair.
Idem.
nébuleux.
nébuleux.
nébuleux,
clair.
Idem,
Idem.
Idem,
nébuleux.
Idem.
Vent très fort.
à 10 h. la veille, 1 deg;. au-dessous
de zero.
La rivière gelée.
L'eau monte, la rivière charrie
des glaces.
Idem,
2. pouces de neige la nuit précédente.
Le soir, tems couvert.
Idem, un peu de vent de S. O.
3. pouces de neige la nuit précédente.
( 1 ) Voyez tome 2, page 173»

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