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Compte rendu d'un voyage d'exploration dans la Columbie Britannique, le nord-ouest des É́tats-Unis et… Leghait, M. A. 1896

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COMPTE RENDU
D'UN
VOYAGE D'EXPLORATION
DANS LA COLOMBIE BRITANNIQUE
LE NORD-OUEST DES ÉTATS-UNIS ET LA CALIFORNIE
PAR
M. A. LBGHAIT
Ministre de Belgique aux États-Unis d'Amérique.
Extrait   du   RECUEIL   CONSULAIRE   BELGE
BRUXELLES
P. WE1SSENBRUCH, IMPRIMEUR DU ROI
ÉDITEUR
45,  RUE DU POINÇON,   45
1896    COMPTE RENDU
D'UN
VOYAGE D'EXPLORATION
DANS LA COLOMBIE BRITANNIQUE
LE NORD-OUEST DES ÉTATS-UNIS ET LA CALIFORNIE
PAR
M.  A.  LEGHAIT
Ministre de Belgique aux Etats-Unis d'Amérique.
Extrait   du   RECUEIL   CONSULAIRE    BELGE
BRUXELLES
P   WEISSENBRUCH, IMPRIMEUR DU ROI
ÉDITEUR
45,   RUE  DU  POINÇON,   45
w —
1896 Il ' I ~ muni I —■■
Washington, le 10 février 1896.
Monsieur le Ministre,
Je viens de terminer mon voyage d'inspection des consulats
dans la Californie et le nord-ouest des États-Unis, suivi d'une
tournée dans la Colombie britannique, et j'ai l'honneur de vous
transmettre les renseignements commerciaux et les informations
qu'il m'a été possible de recueillir au cours d'un rapide voyage
couvrant un immense espace. Ces renseignements ne sont que des
aperçus généraux, forcément incomplets, sur chacun des points;
ce ne sont que les notes d'un voyageur en position d'être bien
informé, grâce à la courtoisie des autorités et des chefs des
diverses administrations et des établissements industriels qu'il a
visités, ainsi qu'au concours obligeant que lui ont prêté les agents
consulaires belges.
Les États-Unis sont partagés en cinq grandes divisions territoriales, et la partie que je viens de parcourir est presque entièrement comprise dans la « Western Division » qui renferme les
onze États ou territoires suivants : Montana, Wyoming, Colorado, New-Mexico, Arizona, Utah, Nevada, Idaho, Washington,
Oregon et Californie. Mon inspection s'est, en outre, étendue sur
le consulat d'Omaha, comprenant les États de Kansas et de
Nebraska, qui font partie de la « North Central Division ».
La partie du pays que l'on désigne spécialement sous le nom de
« West »  est une  vaste région dont les contins  indéterminés
"i 4.1
7
4 ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE.
reculent à mesure que la civilisation avance : Chicago était un
point naissant du « Far West » il y a vingt-cinq ans, et c'est
aujourd'hui la métropole commerciale du centre. Le terme
« West » s'applique aujourd'hui plus particulièrement à toute
l'étendue de pays comprise entre le Mississipi et la chaîne des
Rocky Mountains d'uiie part, le Canada au nord et le 35e degré
de latitude au sud. C'est un immense territoire divisé en plaines
fertiles et en vastes étendues absolument arides, comprenant les
steppes ou « prairies » au nord, et le grand désert d'Arizona au
sud.
La Californie et les autres États de la côte du Pacifique, bien
que compris dans la « Western Division », ne font pas partie de
ce que l'on désigne communément fous le nom de « West ». Cette
région, située entre la chaîne des Montagnes rocheuses et l'océan
Pacifique, diffère entièrement des solitudes du « West », uniquement livrées à la culture du blé. La région du Pacifique a un
climat plus égal, plus tempéré et plus humide, un sol plus varié
et qui convient à toutes les cultures. La côte du Pacifique est, à
égale latitude, beaucoup moins froide que celle de l'Atlantique et
que tout l'intérieur du pays; dès qu'on passe la chaîne des montagnes rocheuses, on est dans un climat différent. Ce phénomène
est attribué à l'influence du courant japonais ou « Equatorial
River », dont la brise chaude se fait sentir à plusieurs centaines
de lieues dans l'intérieur des terres et jusque dans les États
d'Idaho et de Montana.
Le « West » est la région des phénomènes, des surprises et
aussi des désillusions; ses vastes plaines sans végétation, ses
larges rivières sans navigation, n'ont rien de pittoresque ni
d'attrayant. La population est rare, et ce n'est que de loin en loin
qu'on la trouve groupée dans une de ces villes naissantes, avant-
postes de la civilisation, et qui, échelonnées le long des lignes de
chemins de fer, se développent avec une rapidité surprenante. Là
où il n'y avait, il y a dix ans, que quelques cabanes de bois, on
voit aujourd'hui de grandes rues bordées de hautes maisons de
pierre et de marbre, d'immenses édifices publics et des résidences
luxueuses occupées par ceux qui déjà ont réalisé une fortune sur
ce terrain vierge. Une grande activité règne partout dans le
monde des affaires, ou plutôt de la spéculation : l'esprit d'entreprise est poussé jusqu'à ses dernières limites. Cette vie de dur i
WESTERN DIVISION. 5
labeur, entièrement consacrée à courir après le progrès pour faire
de l'argent, développe des facultés que nous devons parfois reconnaître comme supérieures aux nôtres ; mais elle forme en général
une société par trop pratique et positive, à laquelle le goût,
l'esthétique et le sens du raffinement font absolument défaut.
Le recensement de 1890 a donné sur quelques points des résumés classés par division territoriale. Je veux indiquer ici les
chiffres statistiques fournis pour la «Western Division », qui
couvre la majeure partie du territoire dont j'ai à m'occuper dans
ce rapport.
Production en 1890 : Maïs, 5,110,000 bushels; avoine,
15,636,000 id.; seigle, 429,000 id.; froment, 63,107,000 id.;
graine de lin, 136,000 id.; sucre de sorgho, 63,000 gallons; foin,
5,286,000 tonnes; pommes de terre, 10,105,000 bushels; fruits,
8 millions de bushels.
Pendant la même année on comptait : 1,425,000 chevaux;
84,000 mules; 6 millions de bestiaux; 1,065,000 porcs et
10,807,000 moutons.
La production minérale était, en 1889, de : 195,541 long tons
de minerai de fer; 6,288,000 short tons de charbon; 1,421,427
onces d'or, et 50,909,000 onces d'argent.
Le produit de la pêche (côtes du Pacifique), a été, en 1889,
d'une valeur totale de 6,387,803 dollars, dont 44 p. c. environ en
poisson, 41 p. c. en phoques, baleines, etc., et environ 15 p. c.
en crustacés. Dans les trois États de la côte du Pacifique, il y
avait 63 établissements occupant 2,930 ouvriers pour la conserve
et la mise en boîte du saumon; 41,632,223 livres de saumon y
ont été employées, formant 622,037 caisses d'une valeur de
3,703,838 dollars.
Il y avait 3,631,381 acres de terres irriguées artificiellement,
avec 51,136 irrigateurs, 8,097 puits artésiens d'une profondeur
moyenne de 310 pieds, coûtant 246 dollars et donnant 54 .1/2 gallons d'eau par minute. LVau revient au fermier à 1.07 dollar par
acre, tout travail accompli, et la récolte de l'acre en fourrage est
estimée à 14.89 dollars.
1,8 statistique industrielle n'est pas résumée par division territoriale; nous l'examinerons donc séparément pour chaque État.
J'ai rencontré dans plusieurs villes de l'Ouest des « Free public
Employment Office   *. On entend par là des bureaux officiels qui 1
6 ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE.
servent d'intermédiaires entre les patrons cherchant $es travailleurs et les ouvriers cherchant du travail. Ces bureaux ont été
établis pour soustraire l'ouvrier aux manœuvres des agences
privées qui l'exploitaient indignement.
Je dois signaler ici une idée qui me semble nouvelle et fort
pratique : dans nombre de grands centres, la municipalité oblige
les propriétaires de terrains vagues (terrains à bâtir), soit dans la
ville même, soit dans son voisinage immédiat, à les mettre à la
disposition provisoire d'un comité qui en distribue la jouissance
— gratuite et limitée jusqu'au temps où le propriétaire en dispose
définitivement — aux indigents ou aux ouvriers sans travail,
pour la culture maraîchère, des fleurs ou autre. Le comité leur
fournit le logement et leur loue les ustensiles nécessaires. De
nombreuses familles trouvent ainsi à récolter en ville de quoi
subsister, et même de quoi faire quelques profits. C'est surtout la
pomme de terre qui est ainsi cultivée.
Avant de parler des différents États que j'ai visités, je crois
utile de donner ici un aperçu des grandes voies de communication
qui les traversent, en reliant les côtes de l'Atlantique à celles du
Pacifique, et, par suite, l'Europe à l'Asie. C'est au point de vue
du service transcontinental et des avantages qu'elles offrent pour
le transport de nos produits à la côte du Pacifique, et, au besoin,
de là en Chine et au Japon, qu'il faut étudier et comparer les
grandes voies de communication.
Il convient, avant tout, de constater d'une façon générale que
le grand commerce de l'Europe, surtout pour les marchandises
d'un grand poids ou expédiées en grande quantité destinées à la
côte du Pacifique, continue à se faire par la voie du cap Horn, et
même principalement par voiliers, malgré l'immense détour et la
perte de temps (quatre à cinq mois d'Anvers à San-Francisco). La
concurrence qui existe entre les lignes transcontinentales de
chemin de fer n'a pas encore pu amener une réduction suffisante
des tarifs, pour que les marchandises puissent affronter les
dépenses résultant du transport par terre de New-York à San-
Francisco, soit environ 300 milles. Le transbordement par
l'isthme de Panama est également coûteux et ne se pratique que
pour les envois relativement pressés ou de peu de volume. Il en
est de même des expéditions faites par mer jusqu'à la Nouvelle-
Orléans, et, de là, par le Southern Pacific Railroad, vers la Cali- CHEMIN DE FER RELIANT L'ATLANTIQUE AU PACIFIQUE.       7
fornie et jusqu'à Portland. Ce devrait être pour les provenances
d'Europe la voie la moins coûteuse et relativement rapide vers
San-Francisco, parce qu'elle a l'avantage d'un long trajet par mer
et du moindre nombre de milles à parcourir par chemin de fer.
Mais nous verrons plus loin que, par suite des tarifs combinés des
différentes lignes, les vérités de principe ne se réalisent pas dans
la pratique.
Le Southern Pacific R. R. a son point de départ à New-York,
touche les ports de Philadelphie, Baltimore, Norfolk, Newport-
News et la Nouvelle-Orléans, et a son terminus à San-Francisco,
avec divers embranchements qui le rattachent aux autres lignes
de la côte. C'est la ligue la plus longue de New-York à San-
Francisco.
Il y a ensuite le Central Pacific, Y Union Pacific, le Northern
Pacific, le Great Northern, et enfin le Canadian Pacific. Toutes
ces grandes compagnies forment chacune un système ou réseau
complet se rattachant aux principaux points des deux côtes, mais
le Central et l'Union Pacific partent plus spécialement de Kansas
City et Omaha avec terminus à Portland, par Denver, Cheyenne,
Ogden, Boise City. Le Northern Pacific part de Saint-Paul et
Minneapolis, avec terminus à Tacoma, par Bismarck, Helena,
Spokane et Seattle. Le Great Northern se rattache à Chicago et à
la côte de l'Atlantique par une ligne de steamers sur les grands
lacs, de Duluth à Buffalo et Portland, par les lacs Superior,
Huron et Erié. De Saint-Paul, il suit à peu près la frontière du
Canada, passe par Spokane, Everett, et se termine à Seattle sur
le Puget Sound, port qui semble le plus important de la côte
après San-Francisco, et d'où partent également des steamers pour
le Japon et la Chine.
La grande ligne anglaise du Canadian Pacific fait aux lignes
américaines une concurrence des plus sérieuses. C'est la seule
ligne qui traverse directement tout le continent. Elle s'étend
d'Halifax à Vancouver par Québec, Montréal, Winnipeg et les
montagnes rocheuses, et fait un parcours de près de 4,000 milles
en 7 1/2 jours par train express (prix 114 dollars). Lorsque des
trains plus rapides seront organisés, et surtout lorsqu'un service
de steamers plus accéléré sera établi, comme il en est question,
entre les côtes d'Angleterre et Halifax ou Montréal (en été), ce
sera la ligne la plus courte, la plus directe et la plus prompte )
8 ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE.
d'Europe en Chine et au Japon. Les steamers actuels mettent
environ huit jours de Liverpool à Halifax, et neuf jours en remontant le Saint-Laurent en été, jusqu'à Montréal. De Vancouver, la
traversée pour le Japon est de 300 milles plus courte que celle de
San-Francisco. La « Pacific Royal Mail Steamship Line », dépendante du Canadian Pacific, possède trois beaux steamers (Empress
of India, of China et of Japan) de 6,000 tonnes, partant une fois
par mois, et qui font la traversée en quatorze jours jusqu'à Yokohama. Étant donné que les steamers rapides qui viennent d'Europe
en six jours arrivent tous à New-York, la ligne la plus prompte
vers la Chine est encore par là, qu'on se dirige de New-York soit
sur San-Francisco, soit sur Vancouver» Dans ce dernier cas, on
trouve un service rapide par les lignes qui relient New-York au
Canadian Pacific, soit à Montréal, soit par Chicago, Saint-Paul
et la « Soo Line ».
Les lignes transcontinentales se font une grande concurrence.
Certaines d'entre d'elles, qui font de longs parcours dans des
régions encore désertes, et qui n'ont été construites que par spéculation ou en vue d'un avenir encore assez éloigné, ont beaucoup
de peine à couvrir leurs frais d'exploitation. Elles étaient obligées, pour attirer le trafic, d'offrir des tarifs de plus en bas. Dans
les derniers temps, pour mettre fin à cette guerre de tarifs ruineuse
pour toutes les lignes, un accord a été établi entre elles, et il existe
maintenant une espèce de tarif général uniforme pour le transport
d'un côté du continent à l'autre, tant pour les voyageurs que pour
les marchandises. Les prix sont les mêmes par toutes les routes,
et sont basés sur ceux de la voie la plus directe, de sorte qu'il y a
des parcours de près de 1,000 'milles de différence et qui se font
pour le même prix.
J'ai l'honneur de vous transmettre ci-joint quelques-uns de ces
tarifs pour les transports continentaux (annexe n° 1) (!) ; à l'un
d'entre eux est jointe une circulaire de la « Hamburg American
Steamship C° ». J'ai appris que les compagnies transatlantiques
qui fournissent un fret considérable aux chemins de fer, ont avec
ceux-ci des arrangements spéciaux et des tarifs combinés du port
de départ européen jusqu'au point de destination, soit à l'intérieur
du continent américain, soit à la côte du Pacifique, soit même
(*) A consulter au Musée commercial. CHEMIN DE FER RELIANT L'ATLANTIQUE AU PACIFIQUE.       9
jusqu'aux ports de la Chine, du Japon ou de l'Australie.
L' « American Line » (Red Star Line) a organisé un semblable
tarif direct combiné, non seulement d'Anvers aux ports américains, mais à partir des diverses stations de chemins de fer de
Belgique. Pour ce qui concerne les envois d'une certaine importance, en destination de points non mentionnés dans la convention conclue par la Red Star Line avec le gouvernement belge, il
est toujours à conseiller à nos exportateurs de s'entendre avec cette
Compagnie à Anvers, afin d'obtenir par son entremise le bénéfice
des tarifs spéciaux que les compagnies transatlantiques ont avec
la plupart des lignes transcontinentales américaines. Mais, comme
je l'ai fait observer plus haut, ces longs transports par terre,
quelque réduits qu'en puissent être les prix, sont toujours trop
coûteux pour que la préférence ne doive pas être donnée aux
transports entièrement par voiliers jusqu'à la côte du Pacifique.
La question des tarifs de transport sur les chemins de fer des
États-Unis est excessivement compliquée. Les lignes n'ont pas de
tarifs fixes et permanents; elles les modifient selon les circonstances et profitent de tous les avantages possibles, là où elles ne
sont pas pressurées par la concurrence. Il en résulte des injustices
et des réclamations sans fin, l'établissement de tarifs différentiels
et souvent des prix beaucoup plus élevés pour de petites distances
ou de petites quantités que pour de grandes. Vous trouverez
ci-annexés deux volumes (annexes n° 2) ('), traitant de la question
des tarifs de transport sur les différentes lignes.
Je crois intéressant de joindre également à ce rapport les
circulaires et cartes publiées par les différentes compagnies
transcontinentales de chemin de fer. Ces cartes sont dressées
uniquement au point de vue de la réclame pour la compagnie qui
les publie,et ne donnent que ses lignes à l'exclusion des autres. Il
n'y a pas de cartes générales en circulation. Je joins aussi tous
les documents que j'ai pu recueillir au cours de mon voyage, et
qui peuvent servir à renseigner sur les moyens directs de transport des côtes de l'Europe à celles de la Chine et du Japon, en
passant par le continent américain (annexes n° 3) (*).
Les compagnies de chemins de fer  qui  ont construit leurs
(') À consulter au Musée commercial.
I
1 I
10 ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE.
lignes au travers de vastes étendues encore incultes et non
peuplées, ont obtenu des États qu'elles traversent et ouvrent à la
civilisation, de vastes concessions de terres tout le long de ces
lignes. Beaucoup de ces concessions sont encore disponibles et les
compagnies font des efforts pour y attirer les immigrants, afin
d'augmenter la population, la production, et, par suite, le trafic
sur leurs lignes. Elles rivalisent en promesses attrayantes et en
facilités de toutes sortes à accorder aux colons, et on peut en bien
des endroits obtenir des concessions gratuites, à condition de
s'établir et de cultiver. A ce propos, je conseillerai aux immigrants
de n'accepter ces offres qu'avec la plus grande prudence, et après
mûr examen des localités et des conditions d'existence dans
lesquelles on les placerait. Les meilleures terres et les mieux
situées sont naturellement déjà occupées. Sans parler de celles
qui sont tout à fait arides et impropres à la culture, comme dans
les immenses plaines des prairies-steppes ou des déserts de l'Ari-
zona, etc., il y en a un grand nombre qui sont propres à la culture
du blé, mais qui, en réalité, ne peuvent pas être conseillées à
cause de la rudesse du climat, de leur éloignement, et parce
qu'elles ne peuvent produire que du blé, et que cette récolte n'est
plus rémunératrice pour le petit cultivateur éloigné des marchés-
et obligé de recourir à une assistance coûteuse. L'abondance du
froment est telle clans l'ouest, qu'il ne se paye actuellement au
fermier, sur wagon, que 40 cents au maximum. A ce prix, il faut
être dans des conditions exceptionnelles pour pouvoir tirer un
profit de cette culture. Les petits fermiers ne peuvent plus la faire
que pour les besoins de leur famille ou de leurs animaux, et bon
nombre d'entre eux ont abandonné une partie de leur dernière
récolte sur pied.
Le président du « Great Northern Railway » m'a entretenu,
lors de mon passage à Minneapolis, des avantages qu'il y aurait
pour des familles d'agriculteurs belges à venir s'établir sur les
terres que sa compagnie possède encore, ou qui dépendent des
États, dans le nord du Minnesota, du Dakota ou du Wisconsin.
Ce sont les régions les plus productives du blé le plus estimé; les
récoltes en sont superbes et assurées chaque année, mais le
climat ne permet aucune autre culture, et les colons nouveaux
venus et mal installés, ont à souffrir de la rigueur de longs
hivers. ÉTAT DE MINNESOTA.
M
Le « Great Northern Railway » organiserait avec la « Red Star
Line « des facilités de transport direct de la Belgique, pour les
familles d'émigrants qui voudraient profiter de ces offres. J'ai
recueilli à ce sujet toutes les informations locales que j'ai pu
trouver. Elles sont toutes dans les quelques numéros du journal
The Great Northern Bulletin, que j'ai l'honneur de vous transmettre ci-joints (annexe n° 4) (*). Le n° 11 de ce journal est
spécialement consacré aux fermiers, à la propriété foncière et
aux conditions à remplir par les immigrants pour acquérir des
terres de l'État, Ces publications sont utiles à consulter, mais il
faut se prémunir contre les exagérations qu'elles contiennent, et
ne pas perdre de vue qu'elles sont principalement faites dans un
but de réclame.
Pour satisfaire au désir qui m'avait été exprimé par le gouvernement, j'ai compris dans ma tournée d'inspection des consulats
dans l'ouest, une excursion dans la Colombie britannique, Vancouver, Victoria, et les côtes du Puget Sound. Vu la saison
déjà avancée, j'ai commencé mon voyage par cette région
septentrionale, et je suis parti de Washington directement pour
Vancouver par la voie la plus courte, c'est-à-dire par New-York,
Chicago, Saint-Paul, et, de là, par la « Soo Line », j'ai rejoint,
un peu au-dessus de Winnipeg, le « Canadian Pacific », qui m'a
mené jusqu'à Vancouver après huit jours de voyage, interrompu
seulement par une visite d'un jour à Saint-Paul et à Minneapolis,
les deux cités sœurs du Minnesota, sur les rives opposées du
Mississipi.
Minneapolis est, après Chicago, la ville de Fouest qui a
eu le développement le plus rapide. Elle compte aujourd'hui
300,000 habitants, est le centre de grandes industries et d'un
vaste réseau de voies ferrées, tandis que l'homme qui, il y a quarante ans, s'établit le premier sur cette rive alors déserte, est encore
en vie et croit rêver en voyant les transformations qui se sont
opérées autour de lui. Minneapolis est le centre du commerce du
blé pour toute cette productive région du nord-ouest. On y fait de
la farine en quantités énormes, et l'on y voit les moulins les plus
considérables du monde par leur production. J'ai visité le plus
(*) Les documents mentionnés dans ce rapport et qui ne sont pas déposés au
Musée commercial, peuvent être consultés au Ministère des Affaires Étrangères,
Direction du Commerce et des Consulate.
v\ 42 ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE.
important de ces moulins, les Washburn-Crossby C° flour mills
(annexe n° 5). Ils emploient le « rooling system » et produisent
13,500 barils de farine par jour, sans pouvoir suffire à la demande.
Us exportent leurs produits dans l'Amérique du Sud et en Europe,
mais les quatorze quinzièmes sont consommés dans le pays. Le
baril de farine leur revient en moyenne à environ 3 dollars sur
wagon; à 3.72 dollars rendu à Southampton, et à 4 dollars à
Stockholm. Ils n'importent rien en France, et les expéditions pour
la Belgique, via Anvers, ont cessé depuis l'établissement d'un
droit sur les farines.
J'ai assisté, à Saint-Paul, à la séance d'ouverture de la « Immigration Convention of the North-West », composée des délégués
des divers États de cette région et de ceux des compagnies de
chemins de fer. Son but était de déterminer de commun accord
les moyens les plus propres à faire connaître les ressources et
avantages de ces pays et à y attirer les immigrants. J'ai eu soin de
me procurer les résolutions prises dans cette convention, et j'ai
l'honneur de vous les transmettre avec un atlas contenant,
outre des cartes des États du North-West, une foule de rensei.
gnements intéressants sur cette région (annexes n° 6). Il faut,
comme toujours, se défier des exagérations contenues dans les
publications de ce genre, et du point de vue optimiste auquel tout
est envisagé par leurs auteurs.
La « Soo Line », par laquelle de Minneapolis j'ai rejoint le
« Canadian Pacific», traverse les plaines immenses et fertiles des
États de Minnesota et des deux Dakota, entièrement livrées à la
culture du blé; nulle part sans doute cette culture ne se fait sur
une plus vaste échelle. L'emploi exclusif des machines y est
favorisé par la nature parfaitement homogène et peu accidentée
du sol. Deux journées de trajet en chemin de fer ne suffisent pas
pour traverser ce qui ne semble qu'un seul vaste champ de blé.
Le froment de cette partie froide du pays est le plus estimé,
parce qu'il est plus dur et donne de meilleures farines; c'est
celui qui est désigné sous le nom de N° i Hard Wheat.
L'État de Minnesota avait, en 1892,3,552,626 acres couverts de
blé, ayant donné 41,210,000 bushels, estimés à 25,138,382 dollars. La production de Yavoine avait été de 43,573,000 bushels,
évalués à 12 millions de dollars. Deux tiers du lin produit aux
États-Unis proviennent du Minnesota et des deux Etats de Dakota- \
EXCURSION DANS LA COLOMBIE BRITANNIQUE. 13
Le Minnesota, en 1891, en a produit 4,378,000 bushels, mais on
ne fait usage que de la semence; la fibre n'est guère employée^
parce qu'on ne sait pas la traiter avec le soin qu'elle exige. L'Etat
de South Dakota, en 1892, a donné 21 millions de bushels de
maïsy 24 millions de bushels à'avoine et 30 millions de bushels
de blé.
Pendant les deux premières journées du trajet sur le Canadian
Pacific, après avoir quitté la Soo Line, on ne traverse que les interminables steppes et prairies du Fart West, où ne croît qu'une
herbe grossière, sans aucun arbre ou autre vestige de végétation.
Jadis, d'innombrables troupeaux de bisons sauvages animaient ces
déserts; aujourd'hui, ils ont complètement disparu, et l'on ne voit
plus que quelques rares gazelles, quelques chiens sauvages
(prairie dogs) et quelques volées de prairie chichens. Pendant
les deux journées suivantes du voyage, le contraste est supre-
nant. On traverse la chaîne élevée et superbe des Montagnes
rocheuses, dont les principaux sommets neigeux atteignent jusqu'à
10,800 pieds de hauteur. On suit à travers des gorges profondes
le cours de la Fraser River, depuis sa source jusqu'à son embouchure à Vancouver, et c'est un des trajets les plus grandioses et les
plus pittoresques que l'on puisse faire.
A Vancouver, terminus de la grande ligne canadienne, on
débouche sur le Puget Sound et la côte du Pacifique. Le climat,
la nature, l'atmosphère, tout est différent et nouveau pour celui
qui vient de l'est. Le Puget Sound s'étend entre les côtes du
Continent et l'île de Vancouver, sur une longueur de 1,800 milles,
avec une largeur de 4 à 5 milles; il est parsemé d'îles et entouré
de montagnes élevées que domine le mont Baker.
Les rives du Sound sont découpées et forment de nombreuses
baies, dont la plupart offrent des ports profonds et abrités. Les
eaux limpides du Sound et des rivières qui s'y jettent fournissent
une quantité extraordinaire de poissons : saumons, esturgeons,
halibuts, morues, harengs et sardines, selon les saisons. Les principales richesses de la côte consistent dans les forêts et les mines,
presque inexplorées encore, de charbon, fer, cuivre, plomb,
marbre, etc. Le Fraser charrie dans ses eaux de l'or en quantité
assez notable. Le climat est humide et tempéré, assez semblable à
celui de la Belgique, mais moins froid en hiver, le thermomètre ne
descendant que   rarement  au-dessous de zéro.  L'influence  du 14 ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE.
courant japonais ou equatorial se fait sentir sur toute cette zone,
ainsi que sur les États voisins de Washington et d'Orégon, entre
la mer et la chaîne des « Cascade mountains », et la rend propre à
toutes les cultures des zones tempérées. Outre les céréales, le lin,
le houblon et les arbres fruitiers y réussissent très bien et commencent à y être cultivés sur une grande échelle. La récolte du
houblon de la région du Puget Sound est évaluée pour 1894 à plus
de 350,000 dollars. Les légumes, quoique rares encore, viennent
très bien dans les terres basses du delta des rivières, mais ces
terres sont exposées à de fréquentes inondations. On estime à
3,750,000 dollars la valeur du charbon extrait des houillères du
Puget Sound en 1894. Les scieries ont coupé 181,900,000 pieds de
bois et livré au commerce 1,967,200,000 planchettes. On estime
à 33 p. c. l'augmentation probable de la production pour 1895,
Les principaux ports du Puget-Sound sont : Vancouver, New-
Whatcom, Fairhaven, Victoria, dans l'île de Vancouver; Port-
Townsend, Seattle, Everett et Tacoma à l'extrémité sud du détroit.
Toutes ces villes, de création récente, doivent leur origine aux
lignes de chemin de fer qui en ont fait leur point terminal sur
cette côte. Elles se développent toutes d'une façon prodigieuse et
rivalisent entre elles pour accaparer le commerce vers l'Extrême-
Orient.
Deux circonstances, impatiemment attendues, donneront un
grand essor à ce développement : ce sont le percement d'un canal
à travers l'isthme de Panama, et l'ouverture de la Chine au commerce étranger. L'achèvement du canal serait d'une valeur inappréciable pour toute la côte du Pacifique, et partout on la désire
et on s'efforce d'y pousser; mais les grandes compagnies de chemins de fer s'y opposent de toutes leurs forces, et leur influence a
de puissantes et lointaines ramifications. Si le canal s'ouvrait, ce
serait la ruine pour la plupart des lignes et principalement pour
le Southern Pacific.
Ces diverses villes forment des centres peuplés principalement
d'immigrants venus de tous les points du globe, mais tout le reste
de la région est encore désert et ses richesses sont à peine explorées.
Vancouver. — Cette petite ville de la Colombie britannique n'a
guère plus de dix ans d'existence, et a été fondée parce que le EXCURSION DANS LA COLOMBIE BRITANNIQUE. 15
I
chemin de fer du Canadian Pacific a choisi ce point de la côte pour
son terminus, à cause de l'excellent port intérieur qui se trouve
en cet endroit, et est connu sous le nom de « Coal Harbour ». La
ville compte déjà environ 20,000 habitants; l'industrie s'y implante
et le commerce avec l'Orient se développe rapidement. La situa- '
tion de la ville sur la baie, fermée d'un côté par le « Burrard
Inlet » et de l'autre par des montagnes s'élevant à pic du niveau
de la mer à une grande hauteur, est des plus pittoresques. La
plaine de la vallée du Fraser est fertile et propre à toutes les
cultures, sous l'influence de la brise tiède du Pacifique. Des houillères, situées à peu de distance, fournissent le combustible aux
chemins de fer et aux steamers.
La Compagnie du Canadian Pacific possède les trois beaux
steamers : Empress of India, of Chinai of Japan. J'ai, grâce à
l'obligeance de M. Abbott, l'agent général de la Compagnie, visité
Y Empress of China, qui venait d'arriver de Yokohama après une
traversée exceptionnellement rapide de onze jours et demi. Ce
bâtiment avait amené plusieurs centaines de Chinois qui partaient
par le chemin de fer pour tâcher de s'introduire, par la frontière
canadienne, aux États-Unis dont les ports leur sont fermés. Certains d'entre eux se dirigeaient vers les Indes occidentales et principalement la Jamaïque, où leur travail à bon marché est recherché
dans les plantations de sucre et de café. Ces steamers font un service régulier et de premier ordre entre Vancouver, le Japon, la
Chine, l'Australie et les îles Hawaïennes. Ils mettent généralement quatorze jours jusqu'à Yokohama, ce qui fait vingt-huit
jours de Liverpool avec deux transbordements seulement, l'un à
Halifax ou Montréal, selon la saison, et le second à Vancouver où
l'on passe directement du train sur le bateau. Le gouvernement
anglais a récemment décidé, d'accord avec celui du Dominion,
d'accorder un subside de 1,125,000 dollars à une ligne rapide de
steamers entre Liverpool et Halifax; cela réduirait le voyage
complet à moins de vingt-six jours et détruirait la concurrence
par la voie de New-York.
L'ouvrier européen, tant agricole qu'industriel, qui veut travailler avec zèle et économie, a ici un beau champ d'action devant
lui. J'ai été heureux de le constater pour une petite colonie belge
d'une centaine de flamands. Ils travaillent spécialement dans les
forêts, à la coupe et au transport des grands arbres qu'on dirige
2 16 ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE.
par voie d'eau vers les scieries. Certains d'entre eux ont des concessions qu'ils exploitent pour leur compte, d'autres reçoivent un
salaire de 2 à 2 1/2 dollars par jour. La vie est à bon marché pour
l'ouvrier, surtout étant donné l'extrême abondance du poisson,
dont chacun se fournit presque gratuitement, et la facilité d'obtenir une petite récolte. Quelques-uns de nos compatriotes se sont
associés pour établir une fabrique d'huile de graines de lin. En
attendant qu'ils puissent produire assez de graine dans le pays,
ils la font venir d'Europe par le Cap Horn, ce qui est moins coûteux que de la prendre aux États-Unis. Us vendent leurs produits
à de bons prix pour le Japon, la Chine et l'Australie. On aime les
ouvriers belges à Vancouver et on voudrait en voir venir davantage, surtout de ceux qui pourraient se livrer à la culture maraîchère et à l'élevage de la volaille, deux choses qui font absolument
défaut, et pour lesquelles on dépend encore de la Californie. Les
indigènes sont trop insouciants et trop peu soigneux pour se
livrer à ces occupations qui semblent devoir offrir de bons profits.
La culture du lin qui trouve ici un climat favorable et qui commence à s'établir, fournirait un travail lucratif à certains ouvriers
des Flandres qui en ont la pratique, et les produits se vendraient
aisément, grâce à la présence de la fabrique belge d'huile de lin
dont je viens de parler.
Vancouver est une petite ville moderne européenne, jetée au
milieu d'un pays superbe, riche, mais désert et inexploré, et à
1,000 lieues d'un centre quelconque de civilisation. Le charbon de
l'île de Vancouver se vend en ville et à Victoria, pour usage domestique, à 10 dollars la tonne. Les compagnies de chemins de fer et
de navigation ne payent pourtant que 5 dollars les qualités qu'elles
emploieut. Les houillères de Vancouver alimentent presque toute
la côte du Pacifique, et principalement San-Francisco, à 800 milles
de distance. Néanmoins, les charbons qui sur place trouvent
preneur à 10 dollars la tonne, ne peuvent se vendre que 5 à 6 dollars à San-Francisco, à cause de la concurrence des États-Unis.
La rivière Fraser, à l'embouchure de laquelle se trouve la ville
de Vancouver, n'est pas navigable, mais ses eaux charrient une
certaine quantité de paillettes à'or provenant des régions élevées
des Montagnes rocheuses. Cet or se dépose avec le sable sur les
rives, de sorte que l'on voit, tout le long du cours de la rivière,
les Indiens et bon nombre de Chinois occupés à laver et à tamiser EXCURSION DANS LA COLOMBIE BRITANNIQUE. 17
ce sable pour en extraire.les rares grains d'or qu'il contient. Ils
recueillent ainsi pour une valeur moyenne de 2 à 3 dollars par
jour. Cette même rivière, pendant certains mois d'été, fourmille
de saumons qui en remontent le cours. La pêche produit alors
environ 100,000 de ces poissons par jour. Ils sont portés aux
« Canning Manufactories » établis sur les rives, où ils sont mis
en boîte et expédiés dans le monde entier. Depuis quelque temps,
une compagnie s'est formée pour l'envoi de ces poissons frais sur
les marchés de l'Europe. Le saumon est gelé immédiatement au
sortir de l'eau, et transporté dans des navires spéciaux où il est
conservé ainsi durci jusqu'au moment où il est porté sur le marché
de Londres. Exposé à l'air, il dégèle et est aussi frais et aussi bon
que s'il venait d'être péché, bien que le transport, qui se fait par
la voie d'Australie et du canal de Suez, ait duré plusieurs mois.
Ce saumon revient à 2 cents la livre à Vancouver, et à 10 cents
rendu à Londres, où il se vend 20 cents la livre, tandis que le
saumon anglais se vend de 35 à 40 cents.
Le trajet de Vancouver à Victoria se fait en sept heures par
steamer, sur le «Puget Sound» . On traverse le détroit de Georgia et
passe devant les cités sœurs de New Whatcorn et de Fairhaven,
deux excellents ports qui ont des attaches avec le « Canadian
Pacific » et le « Northern Pacific » américain.
Victoria, capitale de la Colombie britannique, est située à
l'extrémité sud de l'île de Vancouver. Elle a aujourd'hui plus
de 24,000 habitants. C'est le siège du gouvernement et des consulats de presque tous les pays. J'y ai reçu un fort gracieux
accueil de la part du lieutenant gouverneur, M. Dewdney, et de
notre consul, M. Smith,.qui m'a mis au courant des ressources du
pays et de ses relations commerciales avec la Belgique. Ses efforts
constants tendent à les développer, mais dans la plupart des cas,
il est évincé dans les soumissions qu'il présente, par la concurrence de l'industrie anglaise fortement implantée dans le Dominion. Les navires d'Anvers ne viennent guère jusqu'ici, parce
qu'ils n'ont pas de chargements suffisants, et les frais de transport par terre sont prohibitifs. Les seuls produits belges qui se
consomment sont achetés à San-Francisco. Les navires d'Anvers
trouveraient ici, dans les bois et le poisson conservé, des charge- I  \
ments de retour qu'ils pourraient compléter dans les autres ports
de la côte. J'ai trouvé à Victoria une colonie belge d'environ une •
18 ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE.
centaine d'ouvriers, qui travaillent dans les houillères et les mines
de l'île. Ils gagnent des salaires de 2 à 2 1/2 dollars par jour et
envoient le produit de leurs économies en Belgique. Ils sont sobres
et de bonne conduite ; on les apprécie et l'on désire encourager
l'immigration belge.
Le mouvement commercial de Victoria est d'environ 12 millions de dollars et ses produits manufacturés sont évalués à 5 millions. J'ai visité dans le port la flottille, composée d'environ
soixante-dix bateaux, qui se rend tous les ans dans la mer de
Behring pour la pêche des phoques à fourrure et qui, depuis
quelques années, a tant fait parler d'elle à cause de la persécution
que dirigent contre elle les pêcheurs des États-Unis. Malgré les
pertes que les nombreuses saisies des croiseurs américains
]eur ont fait subir, les pêcheurs canadiens rapportent chaque
année de 1,500 à 2,000 peaux de phoque par bateau, et ces
peaux brutes se vendent sur le marché de Victoria de 10 à
12 dollars la pièce pour être expédiées à Londres, où on les prépare et les teint pour les vendre ensuite comme peau de loutre.
J'ai fait une excursion à la baie d'Esquimalt, qui est le quartier
d'hiver de l'escadre anglaise dans le Pacifique et le seul point de
]a côte où les Anglais ont un dock à cale sèche et un arsenal.
M. Smith regrette qu'il n'ait pas été donné suite au projet combiné entre la Belgique et quelques autres États pour l'étude des
richesses minérales de la Colombie britannique. Il les croit
énormes et peu connues encore, et il y voit une source très grande
de profits pour ceux qui auront le courage de venir les exploiter.
Outre l'or recueilli dans les eaux du Fraser, il y a plusieurs
régions aurifères où l'on a commencé l'exploitation. La petite localité de Rossland a spécialement attiré l'attention depuis deux ans.
On y a extrait environ 20,000 tonnes de minerai en 1895 Q). Le
district d'Alberni, dans l'île de Vancouver, a été récemment le
point sur lequel l'attention s'est spécialement portée. On estime
à trois millions de dollars la production de l'or et de l'argent
dans la province de Kootenay pour 1895, et l'on s'attend à un
rendement double pour 1896. L'inconvénient est que, jusqu'ici,
ces   mines   dépendent  des   fonderies  et  raffineries   des   États-
(*) Les environs de Slocan, Cariboo, Lulu Island, Nanaimo sont aussi riches en
minerai d'or. Cariboo a donné 200,000 dollars d'or en 1895. ÉTAT DE WASHINGTON. 19
Unis, mais on est en train d'en établir une dans la Colombie britannique.
La Colombie britannique sépare les États-Unis de leurs possessions d'Alaska et est le seul débouché du Canada sur l'océan
Pacifique. Ces deux circonstances rendent cette province fort
importante et la font envisager d'un œil d'envie par les États-
Unis, qui ne cachent par leur désir d'en obtenir un jour la possession.
(Les documents relatifs à la Colombie britannique forment
l'annexe n° 7.)
De Victoria, j'ai continué à descendre le Puget Sound et ai
traversé le détroit de San Juan de Fuca pour arriver à Port
Townsend, la première ville des États-Unis à l'extrémité nord de
l'État de Washington. Le steamer s'arrête, dans la journée suivante, à Seattle, Everett et Tacoma, où l'on prend le chemin de
fer pour Portland.
Consulat de Portland.
I. État de Washington. — Cet État, qui s'intitule « the
Evergreen State », couvre 69,980 milles carrés, avec une population de 395,000 âmes en 1894; la richesse par tête est de
583 dollars. La capitale, Olympia, n'a que 8,000 habitants.
L'État est divisé du nord au sud par la chaîne de montagnes des
« Cascades », contrefort des Montagnes rocheuses. La partie
ouest, entre ces montagnes et l'océan, a une température douce et
est très fertile et propre à la culture des fruits des zones tempérées. Cette culture tend à prendre une grande extension, et l'on
prévoit que, dans quelques années, les rives du Puget Sound
auront, avec la Californie, les plus riches productions de fruits du
monde. Sur les 69,980 milles carrés que comprend l'État, 20 millions d'acres sont couvertes de forêts, 10 millions sont des steppes-
prairies et 5 millions des riches terres d'alluvions ; 14,000 acres
de terres arides sont améliorées par des canaux d'irrigation. Dans
les environs de What^m, et sous la direction de M. le Dr Thornton, on a fait des expériences de culture du lin, qui onf donné de
bons résultats au point de vue de la graine, qui est seule utilisée.
Le journal de Seattle ci-annexé (annexe n° 8), donne (p. 33) 20
ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE.
des détails intéressants sur cette culture. La récolte du houblon,
en 1894, a été de 45,000 balles, soit environ 1,600 livres par
acre et coûte au fermier 9 cents la livre, qu'il vend à 18 cents.
Les richesses minérales de l'État sont encore peu connues,
encore moins exploitées. Dans la chaîne des monts Cascades, il y
du charbon en abondance, et on a trouvé de l'or, de l'argent, du
cuivie, du plomb et du nickel.
Une des principales ressources de l'État consiste dans la pêche
du saumon et de Yesturgeon sur les côtes du Puget Sound et dans
la Columbia River. En 1894, les pêcheurs ont vendu sur place
pour 1,106,226 dollars de poisson, dont une partie est expédiée
comme poisson frais congelé sur les marchés de l'Est et de l'Europe, et l'autre est mise en boîtes. Il a été expédié, en 1894,
105,000 caisses contenant 1,080,000 saumons, pour une valeur de
270,000 dollars; avec les autres poissons, il a été expédié en tout
226,393 caisses, pour une valeur de 1,337,989 dollars ; cette industrie occupe 8,000 personnes dans 21 établissements et pêcheries.
Le mouvement général des ports de la côte de l'État de
Washington sur le Puget Sound a été, en 1894, â l'entrée, de
1,266 navires, avec 789,465 tonnes, dont 1 de Belgique avec
1,502 tonnes; à la sortie, de 1,377 navires, avec 895,653 tonnes,
dont 5 pour la Belgique, avec 9,593 tonnes. La valeur totale des
importations était de 1,230,399 dollars. Le recensement de 1890
indique qu'il y avait dans l'État 18,056 fermes, comprenant
4,179,190 acres cultivées, et la valeur de leurs produits était
estimée à 13,674,930 dollars, dont 1,270,000 d'orge, 157,000 de
maïs, 2,274,000 d'avoine et 6,346,000 de froment.
Les produits minéraux ont atteint une valeur de 2,999,000 dollars, dont 1,030,578 de charbon (en 1894, la production s'est
élevée à 1,208,000 tonnes), 9,005 d'or et 28,464 d'argent.
Il y avait 29,632 prêts hypothécaires, pour une valeur de
44,078,449 dollars, au taux moyen de 8.84 p. c.
En 1894, on comptait :
200,057 chevaux, d'une valeur moyenne de.
1,392 mules, — —
113,962 vaches à lait,    — —
428,708 têtes de bétail,  — —
748,857 moulons, — —
2H,870 porcs, — —
32.28 dollars.
40.67 —
24.88 —
16.07 —
1.74 —
5.61      —
*—k_ ÉTAT D'ORÉGON. ■ 21
En 1890, il y avait 1,543 établissements industriels, avec
20,366 ouvriers, gagnant 12,659,000 dollars, et les produits ont
atteint la valeur de 41,769,000 dollars.
Les villes principales de l'État de Washington sont : Seattle,
qui compte plus de 60,000 habitants et qui semble appelée à une
grande prospérité. C'est le terminus du « Great Northern ». Son
port est vaste et il est fréquenté par plus de mille navires par an.
On y exporte 600,000 tonnes de charbon, des bois, du poisson, du
houblon., etc. On y construit un canal pour faire communiquer le
port avec le lac intérieur de Washington; ces travaux seront terminés dans trois ans et coûteront 7 millions de dollars. Il y a
quelques Belges établis dans les environs de Seattle, et on y
emploie une certaine quantité de nos ciments et de nos verres à
vitres achetés à San-Francisco.
Tacoma est la cité concurrente de Seattle, avec une population
et une prospérité presque égales. Située à l'extrémité sud du
Puget Sound, elle est le terminus du « Northern Pacific », et de son
port partent diverses lignes de navigation vers Alaska, la Chine et
le Japon, dont elle est de 600 milles plus rapprochée que San-
Francisco. En 1892, 416 navires sont entrés dans le port, avec
511,384,000 dollars de marchandises.
Everett, avec 9,000 habitants, est aussi un port d'avenir sur
le Sound. On y trouve de grandes fabriques de papier.
Spokane, située à l'intérieur du pays, sur la Columbia River,
a 20,000 habitants et est le centre de plusieurs industries, qui s'y
sont établies à cause des deux grandes chutes d'eau de 150 pieds
qui fournissent la force motrice.
Ces ports font tout leur commerce avec la côte de l'Atlantique
par la voie du cap Horn. Ils sont, par cette voie, à 15,550 milles
de New-York; si le canal de Nicaragua était construit, ils n'en
seraient plus qu'à 5,640 milles.
(Les documents relatifs à l'État de Washington forment l'annexe n° 8.)
II. État d'Orégon. — Cet État n'avait encore en 1894 que
350,000 habitants, et la richesse par tête était de 729 dollars. Sa
capitale, Salem, est une petite ville sans importance. Le recensement de 1890 porte le nombre affermes à 25,530, avec 6 millions
909,888 acres cultivées, et estime les produits à 19,026,120 dol- 22
ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE.
lars, dont 875,000 dollars d'orge, 239,000 de maïs, 3 millions
919,000 d'avoine et 9,297,000 de froment. La récolte des fruits
était de 1,039,000 bushels de pommes, 43,000 de cerises, 70,000
de pêches, 107,000 de poires et 200,000 de prunes. Les produits
minéraux étaient évalués à 1,238,000 dollars; on avait extrait,
en 1889, 26,283 long tons de minerai de fer, 64,360 long tons
de charbon, 46,648 onces d'or et 17,851 onces d'argent. Il y avait,
à cette date, 22,553 prêts hypothécaires s'élevantà 22,929,000 dollars, au taux moyen de 9.45 p. c. 177,944 acres de terres arides
sont artificiellement irriguées. On pêche annuellement 25 millions
de livres de poisson environ, pour une valeur d'un million de
dollars. 34 établissements pour la conserve du saumon employaient
1,584 ouvriers et ont livré au commerce 320,822 caisses, d'une
valeur totale de 1,902,000 dollars.
Il y avait dans l'État, en 1890 :
235,607 chevaux,  d'une valeur moyenne de
6,182 mulets, —
-112,606 vaches à lait, —
804,543 têtes de bétail, —
>,529,759 moutons, —
229,714 porcs, —
22.00 dollars.
32.75      —
17.97      —
12.51
1.16      —
4.00      —
On comptait 1,523 établissements industriels avec 18,798 ouvriers, gagnant 11,536,000 dollars, et les produits étaient évalués
à 41,433,000 dollars. Les principales industries étaient les scieries, les moulins à farine et la conservation des poissons.
La seule ville importante de l'Orégon est Portland, qui a
80,000 habitants et est très bien située, au confluent de la
grande rivière Columbia et du Willamette, à 100 milles de
l'océan. Les plus gros navires remontent la rivière jusqu'à Portland, et le petit port de Astoria, qui est à lembouchurp, n'a qu'un
commerce très-limité, tandis qu'il est entré, en 1894, à Portland,
270 navires, avec 350,816 tonnes, et qu'il en est sorti 214, avec
298,067 tonnes. Les principaux articles importés ont été le ciment,
51,490,000 livres; le riz, 2,074; le sel, 5,550,000, et le sucre,
2,649,000 livres.
L'importation en 1893 a atteint une valeur de 1,298,221 dollars, dont 62,558 dollars de provenance belge, principalement
ciments et verreries. Le commerce d'exportation s'élève à environ
v ÉTAT D'IDAHO. 23
15 millions de dollars, dont une partie pour les États voisins;
en 1893, l'exportation pour l'étranger s'est élevée à 4 millions
670,000 dollars. Les produits manufacturés sont estimés à 25 millions de dollars. Il n'y a guère de commerce direct avec la
Belgique, sauf pour les verreries, dont il vient quelques chargements complets d'Anvers par le cap Horn. On emploie aussi du
ciment belge en assez grande quantité, mais il paraîtrait que, dans
bien des cas, on donne la préférence aux ciments anglais ou allemands, à cause des prix. Les autres articles belges sont importés
de seconde main par New-York et surtout par San-Francisco.
Il y a dans la juridiction de ce consulat environ 200 Belges; ils
travaillent dans de bonnes conditions et parviennent à envoyer des
économies en Belgique. A cause de la crise qui a sévi depuis deux
ans, les ouvriers sont plutôt trop nombreux pour le moment, et il
n'y a chance de succès qu'avec un certain capital, qu'on trouve à
placer avantageusement, car c'est l'argent qui manque. On peut
faire des placements sur hypothèques de 8 à 10 p. c. Les salaires
des ouvriers ordinaires sont de 1 à 3 dollars par jour. Un maçon,
charpentier ou autre artisan peut gagner (de mai à novembre
seulement) de 3 à 4.50 dollars par jour. Une famille ouvrière
peut être logée et nourrie en ville pour 20 à 30 dollars par mois.
La viande coûte de 40 à 50 cents la livre. Les vêtements sont
assez chers.
(Les documents relatifs à l'État d'Orégon forment l'annexe 9;
ils donnent des renseignements complets sur la production de cet
État.)
III. État d'Idaho. — Cet État couvre 84,800 milles carrés et
n'a que 84,350 habitants; la capitale, Boise City, en a 9,000.
1.6 millions d'acres sont en culture, et la richesse par tête est
estimée à 303 dollars. Il y avait, en 1890, 6,Q0S fermes occupant
1,302,251 acres, dont le produit a été de 3,848,930 dollars
(237,000 bushels d'orge, 588,000 d'avoine et 1,177,000 de
froment).
Les produits minéraux ont été d'une valeur totale de 8 millions
386,000 dollars; ils comprenaient 25,0 tonnes de minerai de fer,
95,983 onces d'or et 3,137,508 onces d'argent. La production de
l'or, en 1894, s'est élevée à 2,200,000 dollars. 11 y avait alors
3,143  prêts  hypothécaires   pour   3,168,000   dollars,   au   taux 24
ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE.
moyen de 10.60 p. c; 217,000 acres étaient irriguées artificiellement.
En 1894, il y avait dans l'État :
137,454 chevaux, d'une valeur moyenne de .    .    .
.     .        19.38 dollars
999 mulets,                      —                   •■.'-■ —
.     .        29.92     —
29,209 vaches à lait,             —                   .     .     .
.     .        20.00      —
399,851 têtes de bétail,           —                   ...
.     .        13.59     —
919,865 moutons,                    —                    ...
.     .          1.41      —
64,598 porcs,                        —                   ...
.     .          5.45     —
Le pays est généralement désert et montagneux, mais les vallées des rivières Snake et Kootenay sont très fertiles et offrent
de grandes ressources pour les agriculteurs qui voudraient s'y
établir.
Bonners Ferry est la principale ville, dans la vallée du
Kootenay; Blachfoot et Mount Idaho sont les deux seules autres
villes qui atteignent une population de plus de 12,000 âmes.
Il y avait en 1890, dans l'État, 140 établissements industriels,
avec 774 ouvriers, gagnant 324,202 dollars. Les produits étaient
évalués à 1,396,096 dollars.
(Les documents et cartes relatifs à l'État d'Idaho forment les
annexes comprises sous le n° 10.)
IV. État de Montana. — Cet État couvre 145,310 milles
carrés. La population, en 1890, était de 132,159 habitants,
et la richesse par tête de 805 dollars. Helena, la capitale, a
35,000 habitants. Il y avait à cette époque 5,603 fermes, occupant 1,964,197 acres, et les produits en étaient évalués à
6,293,415 dollars (161,000 bushels d'orge, 1,536,000 d'avoine,
458,000 de froment). Les produits minéraux se sont élevés à
33,738,000 dollars, dont 364,000 tonnes de charbon d'un prix de
revient moyen de 2.42 dollars; 151,861 onces d'or et 1 million
354,455 onces d'argent. La production de l'or, en 1894, a été de
4,500,000 dollars. Depuis quelques années, on exploite des mines
de cuivre, qui semblent appelées à une grande prospérité, le
minerai étant excessivement riche et contenant jusqu'à 60 p. c.
de cuivre.
Il y avait 5,937 prêts hypothécaires, pour une valeur de
8,730,000 dollars, au taux moyen de 10.60 p. c. 350,358 acres ÉTAT DE MONTANA.
25
de terres arides étaient irriguées artificiellement; 2,181 milles de
voies ferrées traversaient le pays. Il y avait à cette époque :
198,844 chevaux, d'une valeur moyenne de    .    .
.    .        22.58 dollars
944 mulets,               —           —           .    .
.    .        34.02   —
39,333 vaches à lait,      —           —
.    .    .        24.83   —
1,078,091 têtes de bétail,   —           —
.    .        14.86    —
2,808,717 moutons,            —            —
.    .    .          1.51    —
45,690 porcs,                 —           —           .    .
.    .    .         6.52   —
Les villes à'Helena, et surtout de Butte, avec 24,000 habitants,
sont les centres de l'industrie minière, tandis que de nombreuses
fonderies et manufactures sont établies autour de la cité de Great
Falls, ainsi nommée à cause des nombreuses et puissantes chutes
d'eau qui environnent cette localité, et qui sont formées par le
Missouri, dont les eaux tombent d'une hauteur de 523 pieds,
divisée en sept chutes, sur une largeur de mille pieds. Ces chutes
pourraient fournir la force motrice à de nombreuses industries.
Dans les environs, le charbon se trouve en abondance et il y
existe une qualité de sable qui, paraît-il, conviendrait très bien
pour la fabrication du verre. L'abondance de ces matières, ainsi
que de la laine et du bois, font conseiller l'établissement de verreries, de scieries, de filatures de laine et de fabriques de pulpe de
bois près de ces chutes d'eau.
On demande, dans le Montana, des ouvriers pour les mines et des
agriculteurs pour l'élevage du bétail. Il y a peu de Belges dans
cet État. Dans les principales villes, il y a des Free public
Employment offices, ou bureaux de placement, qui sont utiles aux
immigrants.
(Les documents relatifs à l'État de Montana forment l'annexe
portant le n° 11.)
Consulat d'Omaha.
I. État de Kansas. — La population de l'État était, en 1890,
de 1,427,096 habitants, avec une richesse par tête de 244 dollars.
Il y avait 166,617 fermes couvrant 30,214,456 acres, dont les
produits étaient évalués à 95,070,080 dollars (260 millions de
bushels de maïs, 45 millions d'avoine, 3 millions de seigle et 26 ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE.
31 millions de froment). En 1894, la valeur des produits agricoles
s'est élevée à 235,916,461 dollars. La production du maïs est
estimée en moyenne à 28.3 bushels par acre, et les dépenses du
fermier sont évaluées à 9.25 dollars par acre, ce qui porte le coût
de revient du bushel de maïs à 0.328 dollar. Pour les grains, on
estime le coût de la culture par acre à 8.69 dollars, et le prix de
revient du bushel à 0.653 dollar. Depuis 1884, la valeur des
terres a, paraît-il, diminué d'environ 15 p. c. La perte éprouvée
pendant l'année 1893 sur le prix des grains et du maïs, comparé
au prix moyen des dix années précédentes, est évaluée à 236 millions de dollars, et en 1894, la différence a été encore plus considérable. Le sorgho commence à se cultiver dans de grandes proportions, ainsi que la betterave pour la fabrication du sucre. En
1894, il a été récolté 1,043,418 bushels de lin. En 1890, il y
avait 298,884 prêts hypothécaires pour une valeur de243,147,000
dollars, au taux moyen de 8.68 p. c. Il y avait 20,818 acres irriguées; 8,806 milles de voies ferrées traversaient le pays. Il y avait
dans le Kansas, en 1894 :
912,541 chevaux, d'une valeur moyenne de  27.47 dollars.
94,108 mules, — —          37.54   —
642,147 vaches à lait,       — —          19.21    —
1,839,839 teres de bétail,    — —          16.92   —
274,883 moutons,             —           —        ..... 1.67    —
1,822,688 porcs, — —          5.41    —
Les produits minéraux ont atteint, en 1890, une valeur de
5,936,000 dollars. Le Kansas et le Nebraska réunis ont produit
2,223,000 tonnes de charbon, revenant en moyenne à 1.49 dollar
la tonne. Les autres productions minérales du Kansas sont le sel
extrait des Hutchinson et Lyons Mines; le ciment hydraulique de
Fort Scott, dont la production atteint 100,000 barils par an, et
qui est très estimé. La production industrielle s'est élevée, en 1890,
à 110,219,805 dollars, avec4,471 établissements, 32,843 ouvriers,
gagnant 16,329,000 dollars. La principale industrie est celle du
Meat packing qui fait concurrence à celle de Chicago. La Packing
House, de Kansas City, a employé, en 1892, 62,725 boeufs,
1,805,114 porcs et 219,000 moutons. Elle a livré au commerce
pour 44 millions de conserves de viande. La même industrie à ÉTATS DE KANSAS ET DE NEBRASKA. 27
Omaha a utilisé 738,186 bœufs, 1,705,687 porcs, 185,457 moutons et 14,183 chevaux. Il y a dans le Kansas deux fabriques de
sucre qui ont produit 934,172 livres de sucre de sorgho en 1893.
Topeka, la capitale de l'État du Kansas, a une population de
40,000 habitants. La ville la plus importante est Kansas City,
qui se trouve à l'embouchure du Missouri et du Kansas River,
avec 50,000 habitants.
A Saint Mary s, il y a une colonie d'environ 75 Belges, petits
cultivateurs. Il paraît que la culture du maïs est la seule qui leur
donne quelques bénéfices, avec l'élevage des porcs; mais, depuis
quelques années, le choléra a sévi parmi ces animaux et a causé
des pertes considérables. A Pittsburg (Kansas), une trentaine de
Belges travaillent dans les houillères; à Wear City, à peu près
autant; à Contordia et à Florence, on compte une cinquantaine de
petits fermiers belges et quelques ouvriers à Osage City. Ces
petits fermiers occupent de 100 à 150 acres, et en tirent un assez
bon profit. Ils estiment qu'ils vivent mieux et avec plus d'avantage
qu'en Belgique. Il y a encore une grande quantité de terres
vacantes dans le Kansas, qu'on peut acquérir pour 3 à 4 dollars
l'acre.
Les documents relatifs à l'État de Kansas forment l'annexe
n° 12. Je signalerai spécialement le rapport du sénateur Peffer,
sur la situation de l'agriculture dans les divers États, la culture
de la betterave et l'industrie sucrière (p. 88).
IL État de Nebraska. — La population de l'État était, en
1890, de 1,058,910 habitants, avec une richesse par tête de
174 dollars. Le nombre de fermes était de 113,608, couvrant
21,593,444 acres, et les produits étaient évalués à 66,837,617 dollars (1,822,112 bushels d'orge, 215,896,000 de maïs, 43,845,000
d'avoine et 10,572,000 de froment). 27 p. c. des fermes sont
occupées par des locataires; 51.99 p. c. sont hypothéquées pour
32.39 p. c. de leur valeur, à l'intérêt moyen de 8.22 p. c. La
culture du grain revient au fermier à 9.22 dollars, et celle du
maïs à 10.91 dollars par acre. La valeur des terres a diminué
d'environ 20 p. c. depuis dix ans.
Il y avait dans l'État 155,377 prêts hypothécaires pour une
valeur de 132,902,322 dollars, au taux moyen de 8.30 p. c.
11,744 acres étaient irriguées artificiellement.
I 28 ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE.
En 1890, il y avait dans l'État :
665,950 chevaux, d'une valeur moyenne de.     .... 26.60 dollars.
45,661 mulets, — —          39.82    —
562,313 vaches à lait,       — —          16.85    —
1,193,785 têtes de bétail,    — —          13.68    —
183,448 moutons, — —          1.85    —
1,316,407 porcs, — —          4.90    —
La valeur de tous ces animaux a diminué de 40 p. c. depuis
dix ans.
Les produits minéraux étaient évalués à 257,000 dollars.
Il y avait, en 1890, 3,014 établissements industriels avec un
capital de 37,570,000 dollars; ils occupaient 23,876 ouvriers
gagnant 12,985,000 dollars, et leur production était estimée à
93,038,000 dollars. Les principales industries étaient les moulins
à farine et les Packing houses.
Lincoln, la capitale de l'État, a une population de 50,000 habitants. Omaha est la ville la plus importante; elle a 140,000 habitants. C'est le centre commercial d'un vaste territoire agricole,
comprenant une grande partie de la vallée du Missouri et les Etats
de Nebraska, Iowa et Kansas. C'est un riche pays de plaines
fertiles, mais manquant parfois d'eau, ce qui rend les récoltes
incertaines et les fait dépendre, en bien des endroits, de travaux
d'irrigation fort coûteux. La culture du froment a dû être abandonnée par bien de petits cultivateurs, parce qu'elle n'était plus
rémunératrice; ils se sont alors adonnés à celle du maïs qui donne
de belles récoltes, et à l'élevage des bestiaux et des porcs pour
l'engraissement; mais, dans les dernières années, il y a eu des
épidémies, surtout parmi les porcs, et des mesures sévères de
quarantaine sont établies d'un État à l'autre, ^e qui explique et
justifie bien les mesures analogues prises en Europe contre les
provenances américaines. Il y a à Omaha 150 établissements
industriels, avec un capital de 35 millions de dollars et donnant
des produits évalués à 100 millions. 12,000 ouvriers y sont
employés; 4 grandes Packing houses rivalisent avec celles de
Chicago et de Kansas City. Les ateliers de construction de l'Union
Pacific Rail Road couvrent 40 acres; il y a 2 distilleries,
1 fabrique d'huile de lin et 1 fonderie et raffinerie de métaux. Cet
établissement, que j'ai visité, est le plus important du pays, sur- ÉTAT DE NEBRASKA. 29
tout pour le raffinage des métaux précieux. Les lingots des fonderies des centres miniers du Colorado et des États voisins y sont
envoyés, et les métaux divers qu'ils contiennent sont séparés ;
l'or, l'argent, le cuivre et le plomb purs sont livrés au commerce;
on y produit aussi le sulfate de cuivre en quantité considérable;
500 ouvriers sont employés dans cet établissement.
L'industrie du sticre et la culture de la betterave se sont implantées depuis quelques années dans le Nebraska, et progressent
rapidement. Les deux grandes fabriques de sucre sont celles de
Norfolk et de Grand Island, qui ont coûté 500,000 dollars de
frais d'établissement.
La betterave est payée au fermier de 4 à 5 dollars la tonne,
selon sa qualité. La production par acre étant en moyenne de
10 tounes, cela représente 45 dollars pour le fermier, taudis que
le blé ne lui donne que 8 dollars environ; mais le blé se vend
partout, tandis que la betterave ne peut se cultiver que dans le
voisinage des sucreries. On évalue pour cette année la production
de ces deux établissements à 4,560,000 livres de sucre. La consommation annuelle des États-Unis était, en 1892, de 4 milliards
de livres, soit 64 3/10 livres par tête. C'est vers le centre de
cette industrie et les régions où se cultive la betterave que nos
emigrants semblent devoir se diriger de préférence, ils y trouveraient facilement des emplois lucratifs, vu que cette industrie est
prospère en elle-même et donne de beaux bénéfices.
A Spalding, il y a une trentaine de petits fermiers belges qui
cultivent environ 150 acres et gagnent modestement leur
existence, mais vivent avec plus d'aisance et de confort qu'en Belgique. On ne saurait évaluer exactement le nombre de Belges qui
se trouvent dans chaque État, car ils ne se font pas inscrire au
consulat. On estime pourtant qu'il y en a environ 450 dans le
Kansas et le Nebraska réunis.
Ces États du centre n'ont pas d'importations directes de Belgique, et on ne saurait contrôler d'où proviennent les produits
importés qui sont achetés à la côte. En 1893, Omaha a importé
pour 103,724 et Lincoln pour 15,497 dollars.
Les lois de Nebraska protègent le travail des femmes et des
enfants; on y trouve, comme au Kansas, des Free public
employment offices.
(Les documents relatifs à l'État de Nebraska forment les
annexes n° 13.) , 30 ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE.
i
Consulat de Denver.
État de Colorado. — D'après le recensement de 1890, la
population de l'État était de 412,198 habitants, avec une richesse
par tête de 458 dollars. Le nombre des fermes était de 16,389,
couvrant 4,598,941 acrej, et ayant donné des produits d'une valeur
de 13,136,810 dollars (332,000 bushels d'orge, 1,512,000 de maïs,
2,515,000 d'avoine, 551,000 de seigle et 2,846,000 de froment).
Les statistiques locales portent la population, en 1894, à 500,000
habitants, et la superficie cultivée à 1,800,000 acres, qui avaient
donné un produit s'élevant à une valeur de 20,296,000 dollars,
dont 2,500,000 de blé, 4 millions d'alfalfa, 6 millions de maïs,
4 millions de légumes, etc., etc. On estime que la valeur commerciale des produits a baissé d'environ 33 p. c. dans les dernières
années. Il y avait 54,600 prêts hypothécaires, pour une valeur de
85,090,000 dollars, au taux moyen de 8.57 p. c; 890,735 acres
étaient irriguées artificiellement. Il y avait dans l'État en 1894 :
184,994 chevaux, d'une valeur moyenne de    .
.     .     .    20.30 dollars
9,163 mulets,             —           —               .    .
.     .     .    56.53   —
77,646 vaches à lait,    —           —               .     .
.     .     .    23.08    —
926,560 télés de bétail, —           —                .     .
.     .     .    13.36    —
1,305,989 moutons,          —           —               .     .
.     .     .      1.52    —
26,021 porcs,               —           —               .    .
.    .    .      5.81    —
Quoique le Colorado soit surtout un pays de montagnes, il a de
riches et fertiles vallées dans lesquelles l'agriculture et même l'horticulture donnent de beaux résultats. Environ 50,000 acres sont
Cultivées en arbres fruitiers et en vignes, dont la production,
en 1894, a été de 1,500,000 dollars. Mais la principale richesse du
Colorado réside dans ses mines; en 1890, la production totale s'est
élevée à 41,127,000 dollars; elle se composait de 110,000 tonnes
de minerai de fer, 2,598,000 tonnes de charbon, 187,881 onces
d'or et 18,375,551 onces d'argent. Le Colorado est surtout célèbre
par ses mines d'or et principalement d'argent. En 1891, cet État
a produit un tiers de l'argent des États-Unis, et un septième de la
production du monde. Mais depuis la crise qui a déprécié l'argent,
les mines de ce métal ont été un peu abandonnées, au grand
détriment de la richesse du pays; toute l'activité s'est portée
depuis cette époque sur la recherche de l'or, et les résultats sont ÉTAT DE COLORADO. 31
surprenants. En 1891, la production de l'argent s'élevait à
23,280,000 dollars, et celle de l'or à 4,618,700, tandis qu'en 1894,
l'argent n'a donné que 10,788,000 dollars, par contre l'or a atteint
12,725,000 dollars. Pour 1895, on estime que la production de
l'or atteindra 18 à 20 millions de dollars, et celle de l'argent environ 15 millions. Le cuivre et le plomb qui se trouvent généralement alliés à l'or et à l'argent, constituent aussi une importante
partie de la richesse minérale du pays, et il n'y a sans doute
encore qu'une faible partie des dépôts miniers qui soit connue.
Toute l'activité minière pour l'extraction de l'or s'est portée dans
ces derniers temps sur les districts de Leadville et de Cripple Creek.
Cette dernière localité n'est qu'un petit territoire de 12 milles carrés,
ignoré il y a quatre ans, et célèbre aujourd'hui dans le monde par
la richesse du minerai d'or qu'on y a trouvé en grande abondance.
Il y a déjà sur ce petit espace 92 mines en activité, et on en crée
chaque jour de nouvelles. Le rendement de 1895 e>t évalué à
9 millions de dollars. La production de l'or dans le Colorado est
désormais une industrie parfaitement établie et organisée, et non
plus une spéculation d'aventuriers. Les derniers résultats sont si
brillants dans les districts de Cripple Creek, de Leadville et dans
d'autres endroits, que l'attention des capitalistes étrangers a été
vivement attirée sur ces points. La mine Victor, à Cripple Creek,
est exploitée par des Français. A Cripple Creek, on peut acquérir,
à des prix encore raisonnables, des concessions qui, choisies dans
le voisinage des mines du plus beau rendement, offrent la probabilité d'une égale richesse en minerai aurifère. Mais ce sont des
chances à courir, et si bien des chercheurs heureux ont réussi à
trouver les filons précieux, il faut constater aussi qu'un grand
nombre y ont englouti leur fortune en pure perte. J'annexe, sous
le n° 14, quelques publications donnant des renseignements plus
détaillés sur ces intéressantes localités, ainsi que sur la production
de chacune des mines d'or et la valeur comparative de leur
minerai.
I^a séparation de l'or, de la roche qui le renferme en petites
paillettes, ainsi que du cuivre, du plomb, de l'argent et surtout
du soufre avec lesquels il est allié, nécessite un travail assez consider jble et coûteux. Il y a dans le Colorado 14 grandes fonderies
(smelters), employant 8,000 ouvriers. J'ai visité le plus important
de ces établissements, situé à Denver. On y réduit le minerai
3
- I
32 ETATS-UNIS D'AMÉRIQUE.
aurifère en poudre, et on en extrait le métal en lingots contenant
les divers alliages. Ces lingots sont envoyés à Omaha où les différents métaux sont séparés.
Il y avait, en 1890, dans le Colorado, 1,518 établissements
industriels au capital de 26,652,000 dollars, avec 17,067 ouvriers
gagnant 12,286,000 dollars, et dont le produit s'est élevé à
42,481,000 dollars. L'abondance des métaux et du charbon favorise le développement de beaucoup d'industries. M. Thomas
Tonge, secrétaire du « Manufacturers' Exchange », a publié un
rapport que vous trouverez ci-joint, et qui mentionne non seulement les industries existantes au Colorado, mais énumère celles
qui y font défaut et qui pourraient s'implanter avec chance de
succès, et il en indique les raisons. Il signale spécialement parmi
ces dernières la verrerie, la poterie, les filatures de laine, les
fabriques de chaussures, les usines métallurgiques pour le fer et
l'acier, etc., etc.
Denver, la capitale, a 160,000 habitants; c'est la ville la plus
importante de l'État et le principal centre industriel, avec
12,635 ouvriers gagnant 8,537,000 dollars et produisant pour une
valeur de 45,572,000 dollars. L'importation de la ville, en 1893,
s'est élevée à 159,782 dollars. Denver est située sur un plateau
élevé, entouré de belles montagnes; son climat est salubre, vivifiant et régulièrement beau.
Les autres villes de quelque importance sont : Pueblo, avec
40,000 habitants, centre d'un réseau de lignes ferrées. Cette ville
offre de grands avantages pour l'industrie, à cause du voisinage
des chutes de l'Arkansas River, qui donnent une force motrice
considérable. On trouve dans la région avoisinante du charbon et
des minerais de toute espèce, ainsi que d'excellentes argiles qui
sont la base d'une importante fabrication de briqlies, tuiles et
poteries diverses.
Puis viennent les villes de Trinidad, Manitou, Golden Boulder
et Colorado Springs, ville d'eau où se rendent une foule d'étrangers tant en hiver q Ven été, à cause de la salubrité et de l'égalité
du climat. Il y a dans le Colorado des terres excellentes disponibles
et fort convenables pour des installations agricoles. Il faut citer
spécialement celles qui sont offertes par la Maxwell Land
Grant ù>laquelle dispose encore d'environ 10,000 fermes. Toutes
les facilités sont accordées aux colons, les terres sont bonnes et ETAT DE WYOMING.
de belles récoltes sont toujours assurées ; mais leur vente est,
paraît-il, difficile, à cause des bas prix actuels et surtout à cause
de l'éloignement des marchés et de la rapacité des compagnies de
chemins de fer et autres intermédiaires dont on dépend et qui
absorbent la plus grande partie des bénéfices.
Il en est de même des terres offertes dans le San Luiz Valley,
près à'Alamosa. On constate néanmoins que de nombreux immigrants se sont installés dans ces localités et que bon nombre
d'entre eux ont prospéré. L'ouvrier agricole reçoit un salaire de
15 à 20 dollars par mois, il est, de plus, logé et nourri. Il y a
quelques Belges disséminés dans le Colorado et spécialement
dans les mines; mais, on en ignore le nombre et la situation
parce qu'ils ne s'inscrivent pas au consulat. Comme tous les
États éloignés de la côte, celui-ci n'a pas de commerce direct
avec la Belgique.
Parmi les annexes figurant sous le nô 15, j'attirerai spécialement l'attention sur le rapport de la chambre de commerce de
Denver et sur celui du Bureau of Labor Statistics, qui contient
beaucoup de renseignements intéressants sur les industries, les
salaires et le travail en général. Vous remarquerez également un
article de journal, le Denver Times, intitulé « Belgian Colonists d,
et qui n'est que l'analyse du mémoire de M, Tonge, que j'ai eu
l'honneur de vous transmettre dans mon rapport sur l'émigration.
II. État de Wyoming. — D'après le recensement de 1890, cet
État avait alors une population de 60,705 habitants, avec une
richesse par tête de 517 dollars. La population actuelle est estimée
à 150,000 âmes. L'État couvre 6,800 milles carrés. Il y avait, en
1890, 3,125 fermes, occupant 1,830,432 acres, et ayant donné
un produit évalué à 2,241,590 dollars (11,703 bushels d'orge,
25,170 de maïs, 389,000 d'avoine, 75,000 de froment). Le pays
montagneux, boisé et en général sauvage, est surtout propre,
dans ses vallées, à produire de bons pâturages. L'agriculture
réclame l'irrigation artificielle dans la plupart des localités, et il y
a déjà 230,000 acres irriguées. On compte 3,028 prêts hypothécaires, s'élevant à 4,988,000 dollars, au taux moyen de 10.22 p.c.
Il y avait dans l'État, en 1894 :
\ 34 ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE
♦
82,524 chevaux, d'une valeur moyenne de .
1,505 mules, — — .
18,706 vaches à lait,    — — .    .
767,193 têtes de bétail,   — —
1,222,538 moutons, — — .    .
15,834 porcs, — — .     .
19.26 dollars.
33.63 —
21.25 —
13.77 —
1.64 —
6.47    —
Mais la valeur des animaux a encore diminué depuis cette
époque dans tout le pays.
Les produits minéraux étaient évalués en 1889 à 1,811,000
dollars. On avait extrait 1,389,000 tonnes de charbon, au prix de-
revient moyen de 1.26 dollar. En 1894, la production du charbon s'est élevée à 2,202,000 short tons, vendues à 3,060,978 dollars. On estime qu'il y a 30,000 milles carrés de gisements houil-
lers. Ces charbons sont consommés dans les États de Colorado et
de Nebraska. L'État produit également du fer, de l'argent, de l'or
qu'on trouve dans la Green River, et il renferme de grands
dépôts de soude. Le Sheridan County produit la majeure partie du
charbon et est en même temps le centre agricole où les colons
étrangers trouvent le plus de chance de prospérité. Cheyenne, la
capitale de l'État, a une population de 14,000 âmes et en est le
centre commercial, surtout pour les bestiaux. L'industrie est
encore peu développée. On ne comptait, en 1890, que 190 établissements au capital de 1,412,000 dollars avec 1,114 ouvriers,
gagnant 879,000 dollars, et les produits étaient estimés à
2,368,000 dollars.
Le fameux parc connu sous le nom de Yellowstone National
Park est situé aux confins nord de l'État. Il a 61 milles de long
sur 56 de large, et est célèbre par ses geysers et la sauvage et
pittoresque grandeur du paysage. C'est en même temps une
réserve du gouvernement fédéral pour la conservation des animaux qui ailleurs disparaissent, peu à peu, sous la poursuite des
chasseurs.
Le gouvernement de l'État cherche à encourager l'immigration
en accordant toutes sortes de facilités et d'avantages à ceux qui
viennent s'établir dans le pays. Le coût de l'existence n'est pas
élevé; l'ouvrier peut se loger et se nourrir pour 4 à 6 dollars par
semaine, tandis qu'il a un salaire de 2 1/2 à 4 dollars par jour. Les
ouvriers agricoles reçoivent de 25 à 45 dollars par mois, plus le TERRITOIRE DE NEW-MEXICO. 3S
logement et la nourriture. Les artisans ont des salaires de 2.25 à
4 dollars par jour.
(Les documents que j'ai recueillis sur l'État de Wyoming
forment l'annexe n° 16.)
III. Territoire de New-Mexico. — Cet État occupe 122,444
milles carrés et sa population était, en 1890, de 153,593 habitants
avec une richesse par tête de 299 dollars ; 9,500,000 acres sont
réservées aux Indiens. Le nombre des fermes était de 4,458
en 1889, couvrant 787,832 acres et ayant donné un produit de
1,784,000 dollars (36,000 bushels d'orge, 584,000 de maïs,
194,000 d'avoine et 344,000 de froment). Il y avait, en 1890,
91,745 acres irriguées. On comptait 1,523 prêts hypothécaires
pour une valeur totale de 6,645,000 dollars, au taux moyen de
8.19 p. c.
En 1894, il y avait dans l'État :
86,456 chevaux, d'une valeur moyenne de
3,747 mules, — —
18,952 vaches à lait,     — —
979,637 têtes de bétail,   — —
3,008,824 moutons, — —
28,897 porcs, — —
15.37 dollars.
27.34   —
17.50   —
7.49   —
0.90   —
4.85   —
La production minérale s'est élevée, la même année, à 4 millions 612,000 dollars. On avait extrait 486,000 tonnes de charbon, au prix de revient moyen de 1.79 dollar. L'anthracite est
de qualité supérieure, et son extraction a été poussée avec activité
dans ces derniers temps. En 1894, les mines d'or ont donné pour
1,200,000 dollars de ce métal. On trouve aussi des pierres précieuses et spécialement des turquoises qui sont estimées.
L'industrie n'a pas encore pris un grand développement. En
1890, il y avait 127 établissements au capital de 965,938 dollars,
avec 944 ouvriers, gagnant 533,000 dollars, et ayant produit pour
une valeur de 1,517,000 dollars. Ce pays est encore plein de traditions espagnoles, et son orio-iriR mexicaine est la cause de l'incertitude qui y règne souvent sur les titres de propriété. Le sud de
l'État est un vaste désert où le manque d'eau rend toute culture
impossible; mais dans le nord, là surtout où les terres son irriguées, elles donnent de belles récoltes. 36 ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE.
Depuis quelques années, une compagnie, la Pecos Irrigation and
Improvement C°, a dépensé plus de 4 millions de dollars pour irriguer et défricher la vallée de Pecos, et la diviser en fermes à louer
ou à vendre aux colons; 250,000 acres sont préparés et environ
70,000 sont occupés par des fermiers qui y élèvent le bétail et y
cultivent les céréales et les fruits, en obtenant de très beaux
résultats. (Les renseignements sur cette importante colonie se
trouvent parmi les annexes, n° 17, relatives au territoire de New-
Mexico.) Les travailleurs de ferme sont payés de 15 à 20 dollars
par mois, logés et nourris. Les artisans reçoivent de 2.50 à 5 dollars par jour.
Consulat de San-Francisco.
1° État de Californie. — La population de l'État est de
1,650,000 habitants. La richesse par tête était estimée, en 1890, à
909 dollars. On comptait, à cette époque, 52,894 fermes couvrant
21,427,293 acres, ayant produit pour 87,033,290 dollars (17 millions 549,000 bushels d'orge, 2,382,000 de maïs, 1,463,000
d'avoine, 244,000 de seigle et 40,870, OOOde froment). La production
des fruits s'estélevée, en 1890, à 1,655,000 bushels de pommes,
971,000 d'abricots, 155,000 de cerises, 1,692,000 de pêches,
578,000 de poires et 1,203,000 de prunes; mais cette culture
s'est considérablement accrue depuis cette époque.
La pêche constitue une grande industrie tout le long des côtes
américaines. En 1890, le capital employé dans les pêcheries était
de 1,573,000 dollars. 94 navires et 1,354 barques, occupant
5,338 hommes, se sont livrés à la pêche. Le produit a atteint
17,850,632 livres de poisson, d'une valeur totale de 942,500 dollars. Il a été mis en conserves, dans 63 établissements, 5,442,692
livres de poisson, valant 149,200 dollars. On a expédié 622,037
caisses de conserves de saumon valant 3,704,000 dollars. En 1895,
il en a été expédié 1,047,179 caisses. Pendant la même année,
il avait été péché pour 2,900,000 dollars de baleines et autres
animaux du même genre, et il avait été exporté 280,000 gallons d'huile de poisson pour une valeur de 65,000 dollars. En
1894, la pêche de la morue a produit 894,000 poissons. Il a été
exporté par mer 640,163 caisses de saumon conservé, pour une
valeur de 2,704,728 dollars, et par terre, 27,122,000 livres de ce
poisson. Les baleiniers ont produit, en 1894, 8,119 barils d'huile, ETAT DE CALIFORNIE.
37
274,579 livres d'os et 7,377 livres d'ivoire. Il y avait, en 1890,
112,637 prêts hypothécaires pour une valeur de 241,051,000 dollars, au taux moyen de 8.80 p. c. 1,004,233 acres de terres
étaient artificiellement irriguées, et il y avait 4,356 milles de
chemins de fer.
Les richesses minérales de la Californie sont considérables et la
production s'est élevée, en 1894, à 20,203,294 dollars, dont
13,924,241 d'or, 298,000 d'argent, 945,000 de mercure et 1 million 65,000 de pétrole.
La production du charbon avait été, avec celle de l'Orégon, de
185,000 tonnes, au prix de revient moyen de 2.36 dollars.
Il y avait dans l'État, en 1894 :
513,636 chevaux, d'une valeur moyenne de
63,033 mulets, — —
339,036 vaches à lait,    — —
916,322 têtes de bétail,   — —
3,526,341 moutons, — —
487,943 porcs, — —
31.94 dollars.
46.25 —
23.78 —
15.28 —
1.65 —
5.5'*   —
Le mouvement des ports de la Californie, pendant l'année 1894,
a été :
A San-Francisco : 606 navires à voile avec 685,312 tonnes
et 323 navires à vapeur avec 541,348 tonnes sont entrés
(7 navires à voile venaient de Belgique avec 11,475 tonnes) ;
551 navires à voile avec 617,389 tonnes et 335 navires à vapeur
avec 548,416 tonnes sont sortis.
Los Angeles : 43 navires avec 66.596 tonnes sont entrés, dont
1 avec 1,719 tonnes, venant de Belgique, et 33 navires avec
46,557 tonnes sont sortis.
San-Diego : 148 navires sont entrés avec 78,230 tonnes et 132
sont sortis avec 53,480 tonnes.
La valeur du mouvement commercial du port de San-Francisco
a été comme suit :
importation.        exportation.
ANNÉES. Dollars. Dollars.
1894  38,514,688 26,410,672
1893  ... 40,265,000 35,304,000
1892.  46,961,000 42,792,000
1891   52,210,000 52,125,000 38 ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE.
En 1894, il avait été exporté pour la Belgique 4,310 dollars de
marchanchises, tandis qu'en 1893 ce chiffre s'était élevé à 99,600
dollars. Les importations de Belgique, pour 1894, atteignirent
la somme de 550,760 dollars, contre 608,824 dollars en 1893.
Les principaux articles de l'exportation de San-Francisco pour
1895 ont été : Farines, 915,484 barrels; froment, 9,603,291 quintaux de 100 livres; fiuits frais et conservés, 432,874,000 livres;
vins, 13,562,992 gallons; brandy, 791,681 gallons; 56,817 gallons de vin ont été expédiés en Europe pour une valeur de 22,030
dollars et 295,676 gallons de brandy pour une valeur de 295,101
dollars; mercure, 28,884 fiançons; houblon, 9,670,189 livres;
bois, 18,428,272 pieds, valant 354,362 dollars; sucre, 186 mil-
lions 948,238 livres.
Pendant la même année, le port de San-Francisco a importé :
Charbons, 1,329,100 tonnes, dont 488,000 de la Colombie britannique, 178,000 de l'Australie et 175,000 de l'Angleterre, au prix
moyen de 6.70 dollars la tonne pour le charbon anglais, et de 6 dollars pour celui de l'Australie ; le reste des charbons vient des
États voisins ; sucre 333,327,082 livres, dont 332,913 d'Allemagne et 88,200 de Belgique. Le commerce spécial avec la Chine
représente 6,043,991 dollars à l'importation et 10,673,378 à
l'exportation.
J'ai pu, grâce à l'obligeance du collecteur des douanes de San
Francisco,obtenir des renseignements précis sur les importations de
l'année 1895 jusqu'au 18 décembre. Pour ce qui concerne les importations directes de Belgique, nous trouvons les chiffres suivants :
Dollars.
Ciment     ........        Livres.        31,950,400 108,426
Verres à vilres            —             1,062,298 15,889
Glaces      .    Pieds carrés.          13,785 3,638
Verre ouvré  1,448
Fer en barres  3,223
—    tôle  8,924
Les importations directes totales de tous pays à San-Francisco,
pendant cette môme période, ont été :
Dollars.
Ciment  Livres.        91,237,066 316,609
Verres à vitres  —             1,096,712 17,283
Glaces  Pieds carrés.          18,656 4,103
Verre ouvré  » 21,625
Fer en barres et tôle  Livres.         2,784,569 34,267
! ÉTAT DE CALIFORNIE.
39
Dollars.
Fer-blanc.     ........ — 45,755,605       1,157,439
Fildefer      . — 1,242,446 56,117
Sucre brut       - 248,276,094       6,608,358
Comme on le verra par les chiffres suivants, les importations
ont sensiblement diminué :
Verres
Verre ouvré.      Glaces. à vitres.
1894 Dollars.       31,000        4,500       107,300
1895.     . — 21,625       4,103 17,283
Ciment. __«»_———^
1894 Livres.    124,830,000    Dollars.    403,300
1895 — 91,237,066       —        316,609
Sucre. "
1894 Livres.    309,096,742 Dollars. 8,379,827
1895 —       248,276,094      —     6,608,358
Pour les fers, la proportion est à peu près la même.
M. Carpentier, ex-officier de l'armée belge, s'occupe très
activement, pour le compte de la grande maison d'importation
W.-E. Grace et C°, du développement du commerce direct avec la
Belgique. Il a pris une grande part à l'établissement d'une ligne
de voiliers entre Anvers et San-Francisco, et c'est lui qui la dirige
pour compte des maisons Grace et John P. Best et C°, d'Anvers,
auxquelles elle appartient. C'est à cette organisation qu'on doit
l'importance qu'ont prise nos relations commerciales avec toute la
côte du Pacifique. M. Carpentier a bien voulu me fournir quelques
indications relatives à nos principaux articles d'importation à San-
Francisco. 120,000 barils de ciments divers ont été importés
d'Anvers durant l'année 1895. La consommation annuelle est en
moyenne de 300,000 barils sur cette place. L'Angleterre en fournissait la plus grande partie, mais depuis un an l'Allemagne fait
beaucoup d'efforts pour arriver à placer ses produits. Depuis
quelques mois, une usine établie près de Los Angeles fabrique du
ciment artificiel en faisant usage, au lieu de coke et de charbon,
de l'huile minérale. Ce ciment a été trouvé de très bonne qualité,
et le prix en est de 12 p. c. inférieur à celui des ciments étrangers. L'importation des glaces est devenue presque nulle, par suite,
parait-il, d'une entente entre les différentes usines europénnes
pour maintenir les prix élevés, et aussi à cause des grands progrès réalisés par les fabriques américaines. Les acheteurs, même
à San-Francisco, et en dépit de la différence considérable du fret,
u
L 40 ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE
trouvent avantage à se fournir dans les fabriques de l'est des
Etats-Unis. On croit que la côte du Pacifique devrait être traitée
par les usines belges autrement que celles de l'Est, et on est certain
qu'à prix égal, la préférence serait donnée à leurs produits. On
engage nos fabricants de glaces à faire des prix raisonnables et
à se mettre en rapport avec MM. W.-P. Fuller et C°, les plus
grands importateurs, et on est convaincu qu'un débouché sérieux
s'ouvrirait ici, où la consommation est très importante et augmente
continuellement.
La Belgique importe une grande quantité de verres à vitres,
environ 210,000 caisses par an ; une seule maison en importe
175,000 caisses. 500 caisses viennent d'Angleterre, mais ce
sont des qualités spéciales. Jusqu'à présent, la presque totalité
de la consommation venait de Belgique ; mais depuis quelque
temps, il paraîtrait qu'on se plaint ici de l'augmentation des
prix des produits belges, et que, par suite du mauvais état des
affaires, on s'est vu obligé de recourir aux produits américains,
bien qu'ils soient inférieurs comme qualité. On a un très grand
avantage à acheter les produits américains, si le prix ne diffère que
d'environ 10 à 12 p. c. ; en effet, on peut alors acheter au fur et à
mesure des besoins, tandis que pour se fournir en Belgique, il
faut des commandes importantes et prévues de longue date; pour
faire des affaires en verres à vitre uniquement avec la Belgique,
un stock d'une valeur de 400,000 dollars est nécessaire.
Les verres à vitres américains proviennent de Pittsburg, Saint-
Louis et de l'Indiana. On y fabrique même des plaques pour
miroirs, mais de mince épaisseur et de qualité inférieure. Il n'y a
point de verreries plus à l'ouest des États-Unis. On fabrique dans
l'Ouest des bouteilles de verre soufflé, de teinte verte ou brune.
L'usine principale est celle des San Francisco and Pacific Glass
Works; l'obstacle le plus sérieux qu'elle a à surmonter est le
manque de bon sable. Cette usine refond les vieux verres et fait
venir de temps à autre un chargement de sable d'Anvers comme
lest. Cependant on m'a parlé de la découverte, non loin de
Sacramento, d'un dépôt de sable très propre à la fabrication du
verre et situé à peu de distance au-dessus d'un gisement de charbon. Ce sable aurait donné à l'analyse 97.29/100 p. c. de silice.
Plusieurs puits ont été forés et la stratification du terrain a été
trouvée uniforme. Il y aurait aussi des couches minces de kaolin ÉTAT DE CALIFORNIE. * 41
entre le sable et le charbon. L'endroit semblant très bien convenir
à l'établissement d'une verrerie, des capitalistes seraient disposés
à tenter cette entreprise, s'ils trouvaient un homme expérimenté
pour la diriger.
Quant à la cristallerie et à la gobeleterie en usage sur la côte du
Pacifique, elles sont presque entièrement de provenance belge. La
qualité des verres et cristaux belges, généralement appelés french
glass, est entièrement satisfaisante pour cette côte, et les usines
américaines n'ont pu arriver à les égaler que pour les gobelets
(tumblers), que l'on fabrique à Pittsburg, et qui plaisent, tant par
le bon marché que par la qualité; mais on n'arrive pas encore à
faire les verres taillés et les cristaux. Les principales maisons
d'importation d'articles de cristallerie à San-Francisco sont :
Nathan Dehrmann & C°, 124, Sutter street; The Anglo-American
Crockery & Glassware C°, 108, Pine street; Cook & C°,
128, Keary street; Wangenheim, Sternheim & C°, 528, Market
street. Toutes ces maisons font leurs commandes à New-York,aux
agents des fabricants européens. Les maisons de Portland et de
Los Angeles agissent de même. Les commandes de San-Francisco s'élèvent annuellement à environ 15,000 dollars, celles de
Portland et de Los Angeles à peu près à 5,000 dollars chacune.
Commerce du fer. Le bas prix des fers aux État-Unis a empêché
l'importation des fers ouvrés d'Europe, et il n'y a plus guère que
ceux de Suède qui continuent à venir en petites quantités. Dernièrement cependant, la maison G. W. Gibbs & C° a reçu un envoi
de fers belges par l'entremise de la Providence Steel C°, de
Londres. Cette maison achète aux prix suivants payés par
traite sur Londres :
Liv. st.
Barres d'acier  4.15 par tonne.
Fers marchands  4,10 —
Traverses d'acier 4.06 à 4.08     —
Cornières  4.10 —
Fers en T ou V  5.00 —
Rails  4.16
délivrés à bord à Anvers.
Les rails ne sont plus achetés en Europe. La maison Carnegie,
de Pittsburg, fournit tous les genres de rails, ainsi que des
plaques de toutes dimensions, à des prix qui défient la concurrence européenne. Les deux grandes usines établies à San-Fran- 42 ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE.
cisco, les Pacific Rolling Mills et les Union Iron Works, sont
parfaitement outillées et fabriquent beaucoup pour la consommation de toute cette partie du pays. Les Union Iron Works ont construit avec succès plusieurs des navires de guerre des États-Unis.
Bien que la qualité des fers belges soit appréciée, il y a, aux prix
actuels et avec la perspective d'une augmentation des droits de
douanes, peu de chance d'en écouler beaucoup dans ce pays.
Pour donner une idée de la situation, je signalerai que diverses
usines américaines se sont adressées à la légation et aux consulats
pour obtenir le nom des principales maisons d'importation de
Belgique, parce qu'elles étaient, disaient-elles, en mesure de leur
fournir des fers et tubes forgés à des prix inférieurs à ceux des
produits belges. La Judscn Manufacturing C° a fait quelques
commandes de poutrelles de 12, 15 et 20 pouces, mais cette
maison fabrique elle-même les plus petites dimensions.
Les principales maisons d'importation pour les fers à San-Francisco sont : G. W. Gibbs & C°, 33, Fremont street; Dunham,
Carrigan & C°, 17, Beale street; W. R. Grace & C°, 203, California street; W. W. Montague & C°, 309, Market street; The
Judson Manufacturing C°, 14, Fremont street.
L'importation des aciers a aussi beaucoup diminué dans les
trois dernières années. Les produits américains se vendaient à San
Francisco au prix des aciers belges à bord à Anvers. Mais les
industriels américains semblent avoir perdu de l'argent à cette
concurrence, et on serait assez tenté de croire que si les prix diminuaient un peu en Belgique, on pourrait reprendre les affaires en
acier.
L'importation du coke s'élève à environ 25,000 à 30,000 tonnes
par an pour San-Francisco. Il provient d'Angleterre ou d'Allemagne, via Anvers. Le coke belge pourrait s'importer si les usines
voulaient garantir une qualité uniforme et des prix analogues à
ceux des autres provenances.
La Californie importait beaucoup de chicorée belge, mais actuel-
ement elle en produit elle-même suffisamment pour sa consommation, et les droits de douane sont de 2 cents la livre.
La maison John P. Best&C° expédie d'Anvers environ un navire
par mois à San-Francisco, avec un chargement de 3,000 tonnes.
Tous les deux mois, des navires partent pour Los Angeles et Portland. On constate que cette maison soigne spécialement l'arrimage ÉTAT DE CALIFORNIE. 43
de ses voiliers, ce qui est très important à cause de la grande quantité de verres à vitres qu'ils transportent. L'emballage fait par les
industriels ne semble pas être toujours aussi satisfaisant, et on ne
saurait trop leur recommander de le soigner.
On comptait, en 1890, 7,293 établissements industriels en Californie, avec un capital de 146,798,000 dollars, 83,642 ouvriers
gagnant un salaire total de 51,539,000 dollars, et les produits
étaient évalués à 213,405,000 dollars.
Parmi les principales industries, il faut citer tout d'abord celle
du sucre. Avant le bill Mac-Kinley, la culture de la betterave était
insignifiante et on ne faisait que raffiner le sucre de canne venant
principalement des îles Sandwich et entrant aux États-Unis en
franchise de droits de douane. Le tarif Mac-Kinley établit une taxe
sur les sucres bruts étrangers et accorda une prime de 2 cents par
livre aux raffineurs. Ces mesures donnèrent un grand essor à la
culture de la canne dans le sud des États-Unis, et à celle de la
betterave en Californie et dans les États voisins. C'est
M. J. D. Spreckels, le propriétaire de la Western sugar Refinery,
qui s'occupa le premier de la culture de la betterave. Il acheta de
vastes propriétés dans les localités où la terre est propre à cette
culture, enseigna celle-ci aux fermiers, fit avec eux des contrats,
et vint établir à grands frais des usines au centre de ces diverses
régions. Il y a trois fabriques de sucre de betterave en Californie :
deux dans le Nebraska et une dans l'Utah. Mais les usines de
Californie produisent à peu près les 3/4 de tout le sucre de betterave des États-Unis.
La plus ancienne des fabriques est Y Alameda beet sugar C°
située à Alvarado, à 25 milles de San-Francisco, au centre
d'une riche région agricole. De 1880 à 1890, cet établissement
languit faute de matière première, et n'avait qu'une capacité
de 100 tonnes de betteraves par jour. En 1889, l'usine fut
transformée, munie des installations les plus perfectionnées, et
sa capacité portée à 300 tonnes par jour. Les fermiers ont compris
l'avantage de la culture de la betterave ; les récoltes sont superbes
et la sucrerie est amplement fournie. Vient ensuite l'usine de
Watsonville, The Western beet sugar C°, près de Monterey. Construite en 1890, au prix de 1 million de dollars, elle est actuellement en pleine activité, avec une capacité de 1,000 tonnes de betteraves par jour; elle a travaillé en 1895, 140,000 tonnes de bette- 44 ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE.
.
raves. Elle compte 250 ouvriers et sa culture s'étend sur plus de
2,000 acres. Le troisième établissement est celui qui fut fondé en
1891 par les frères Oxuard, à Chino, dans la Californie du Sud.
Pendant les premières années, la betterave ne suffisait pas à alimenter l'usine, mais grâce aux efforts de ces messieurs, l'immigration leur amena des fermiers, et la culture se développa si bien
qu'elle dépasse déjà les besoins de l'usine et qu'on songe à la création d'un nouvel établissement. Chino a une capacité de 800 tonnes
par jour, et atteindra bientôt 1,000 tonnes. Cette usine, ainsi que
celle d'Alvarado, produisent du sucre granulé qui est livré directement à la consommation, tandis que celle de Watsonville ne produit que du sucre brut ; celui-ci est vendu à la raffinerie de San-
Francisco qui le remet dans le commerce aux prix de 4 à 4 1/2 cents
la livre.
L'outillage de ces établissements est parfait et a généralement
été commandé en Allemagne. La Compagnie de Chino possède
50,000 acres de terres à betteraves, qui ne sont pas encore toutes
cultivées. Elle a 350 fermiers; sa production de betteraves,
l'an dernier, a été de 90,000 tonnes, et celle de cette année est
estimée à une moyenne de 15 tonnes par acre, avec une richesse
de 15 p. c. de sucre. L'usine paye les betteraves 3.50 dollars la
tonne avec 12 p. c. de sucre, et donne un supplément de 25 cents
par tonne pour chaque pour cent de sucre en plus. Elle emploie
maintenant, pendant la saison, près de 1,000 tonnes de betteraves,
3 millions de gallons d'eau, 100 tonnes de chaux et 600 barils de
pétrole par jour. Jusqu'en 1893, on employait comme combustible
du charbon, coûtant de 9 à 10 dollars la tonne; maintenant on se
sert du pétrole qui se trouve dans le voisinage, et dont 3 1/2 barils
remplacent avantageusement une tonne de charbon. L'usine a
consommé, en 1895, 80,000 barils de pétrole à 75 cents le baril, et
réalisé de ce chef une économie estimée à 100,000 dollars par an.
Les usines de Watsonville et d'Alvarado payent au fermier les
betteraves à raison de 4 dollars la tonne, sans tenir compte de la
quantité de sucre qu'elles renferment. La production totale du
sucre de betteraves en Californie, pour 1895, a été de 25,000
tonnes. Les salaires des ouvriers agricoles sont de 1.50 à 2 dol-
|| lars par jour. Dans les sucreries, les ouvriers reçoivent, selon leur
capacité, de 1.50 à 5 dollars par jour. Le pour cent de sucre
contenu dans les betteraves varie naturellement selon les terrains et surtout selon les saisons, mais les fabricants de sucre peuvent
compter sur un minimum de 14 à 15 p. c, avec 80 p. c. de
pureté au moins.
La culture de la betterave n'a pas nécessité d'irrigations; les
pluies qui tombent entre les mois de novembre et de mai laissent
assez d'humidité dans la terre pour faire prospérer la plante, qui
est le plus souvent semée et récoltée sans avoir reçu une goutte
d'eau. La production moyenne par acre est estimée à 12 tonnes, et
on ne se sert jusqu'ici d'aucun engrais; mais le jour viendra où la
terre s'épuisera comme partout ailleurs, et où l'on devra avoir
recours aux fertilisateurs. On commence à planter la betterave dès
la fin de février et on continue jusqu'en mai. Cette longue période
permet aux fermiers de cultiver une plus vaste étendue de terrain
à meilleur marché, attendu qu'ils n'ont pas besoin de recourir à
une main-d'œuvre spéciale pour la plantation m pour la récolte,
qui se fait également graduellement. La culture est donc considérée, sous tous les rapports, en Californie comme moins coûteuse
que partout ailleurs.
On estime que le fermier dépense de 25 à 30 dollars par acre
une acre égale 40.47 ares), pour produire 14 à 15 tonnes de
betteraves, qu'il vend à l'usine de 3.50 à 4.50 dollars ; l'acre
de bonnes terres à betteraves vaut environ 200 dollars et se
loue 12 dollars; le fermier a donc un très beau bénéfice. Dans
certaines années et certaines localités, ces moyennes sont notablement dépassées, et l'on cite bien des exemples de fermiers qui ont
payé leur terre avec le bénéfice réalisé sur trois récoltes — ces
bénéfices ayant atteint de 100 à 150 p. c. — En 1894, la production moyenne par acre a été de 14 tonnes, avec 7 p. c. de sucre.
Les usines ont payé cette récolte au prix moyen de 4.75 dollars la
tonne. Ce rendement est, comme on le voit, bien différent de celui
de nos terres belges, et l'on comprend qu'il attire de nombreux
colons européens dans ces riches vallées où, à côté de cette culture, on trouve les vergers les plus luxuriants, les mines d'or les
plus abondantes, les rivières les plus poissonneuses et le climat le
plus séduisant.
Non seulement la culture de la betterave, mais aussi la fabrication du sucre est très rémunératrice, surtout lorsqu'il y avait la
prime accordée par le gouvernement. Dans ces conditions, l'industrie sucrière doit forcément se développer dans de vastfes propor-
I 46 ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE.
tions, d'autant plus que le sucre est le seul produit pour lequel le
pays dépend encore de l'étranger pour les neuf dixièmes de sa
consommation, et que les prix sont fixés sur le marché national
par un syndicat qui les règle à sa convenance.
On ne s'étonnera donc pas que MM. Spreckels et Oxuard, qui ont
le contrôle de toute cette industrie dans le West, se préparent à
établir de nouvelles usines et à former de nouveaux centres de
culture. Ce qui les arrête provisoirement, c'est le choix opportun
du moment, à cause de l'instabilité de la législation. Ils ont soutenu devant le Congrès que leur industrie ne pouvait subsister
sans la prime de 2 cents par livre, et ils en demandent le rétablissement. En attendant, il doivent, en bonne politique, jouer la
misère et attendre; mais aussitôt qu'ils auront perdu l'espoir de ce
surcroît de bénéfice, il n'est pas douteux qu'ils marcheront résolument de l'avant, ce dont ils n'auront, selon toute probabilité, pas
à se repentir.
C'est dans cette prévision que M. Oxuard m'a fait, au sujet d'une
colonisation belge en Californie, les ouvertures que j'ai eu l'honneur de vous signaler dans mon rapport spécial sur l'émigration.
Il semble, à première vue, qu'un millier de personnes trouveraient
aisément un emploi lucratif sur des terres propres à la culture de
la betterave, ou dans les usines nouvelles pour la fabrication du
sucre. Cette entreprise intéresse non seulement les cultivateurs et
les ouvriers qui voudraient s'expatrier, mais aussi les ingénieurs,
directeurs, maîtres ouvriers ou spécialistes dans l'industrie
sucrière. M. Robert Oxuard, 327, Market Street, à San-Francisco,
est prêt à leur fournir toutes les informations désirables.
(On trouvera des renseignements plus complets sur la production
du sucre de betterave dans les annexes comprises sous le n° 12.)
Les autres industries principales sont celles des vins, des conserves de fruits et de poissons. On peut juger de l'importance de
ces industries par les chiffres de l'exportation de leurs produits,que
j'ai indiqués plus haut. Je mentionnerai seulement encore, qu'en
1894, il fut exporté de Californie, à l'exclusion du district si riche
de Los Angeles :
Fruits conservés 97,106,000 livres.
—   secs       88,232,000    —
Raisins —     .      83,134,000   —
Fruits frais  166,402,000   — Les conserves de fruits sont renfermées dans des bocaux de
verre qui sont importés d'Europe par millions. A ce propos, on
me faisait observer qu'il y aurait avantage pour une verrerie à
s'établir au centre de ces districts producteurs de fruits. Les circonstances sont devenues d'autant plus favorables, qu'on y a
découvert des gisements de sable convenable, et qu'on extrait sur
les lieux un combustible nouveau, le pétrole, qui ne coûte que
75 cents le baril, tandis que le charbon importé revenait à 9 dollars environ la tonne.
500,000 acres sont consacrées à la culture des fruits, et l'on
traverse des vallées entières qui ne sont que de vastes vergers de
pêchers, abricotiers, pruniers, orangers, etc. Le climat et le sol
sont très favorables à cette culture, et les fruits acquièrent des
proportions exceptionnelles, inconnues dans notre pays, bien
qu'ils poussent en plein champ sans aucun abri ou soin spécial.
L'acre de bonne terre, propre à cette culture, vaut de 300 à 500
dollars. Les seules dépenses importantes sont celles causées par
les travaux d'irrigation. 50,000 ouvriers sont employés dans
cette industrie et le produit, en 1894, a dépassé 20 millions de
dollars.
Il y a aussi dans l'État quelques fabriques de lainages, d'articles
de coton, de lin et de jute, des manufactures de cigares, de souliers et de gants ; des moulins à huile d'olive; quarante tanneries
employant l'écorce de chêne travaillent 1 million de peaux par
an; les moulins à farine ont une capacité totale de 20,000 barils
par jour.
Les emigrants qui arrivent en Californie auront, comme partout, à lutter contre le mauvais vouloir des associations ouvrières
du pays, mais ils pourront s'adresser au Labor Commissioner, qui
les met gratuitement en communication avec les patrons à la
recherche d'ouvriers. Il y a aussi à San-Francisco un State Board
of Trade, avec une exposition permanente des produits du pays
et un bureau de renseignements du travail. On trouvera dans le
rapport ci-annexé du Labor Commissioner, les indications les plus
précises sur les salaires, généralement fixés par les Trades Unions,
et sur le coût de l'existence pour l'ouvrier et l'employé.
Sacramento, située sur la rivière de ce nom, — avec 30,000
habitants, est la capitale de la Californie, — mais San-Francisco,
qui a près de 350,000 habitants, dont 35,000 Chinois réunis dans 48 ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE.
un quartier spécial, appelé China Toron, est de beaucoup la ville
la plus importante de l'État.
Agence consulaire de Los Angeles. — Entre San-Francisco
et Los Angeles, il faut signaler quelques points intéressants delà
route : Monterey, dont le superbe hôtel, situé au bord de l'océan,
dans un parc d'une végétation surprenante, avec des îlots couverts de phoques et de pélicans, est un séjour d'hiver des plus
fréquentés. Puis on traverse la San-Joaquin Valley, qui a
200 milles de long sur 30 de large, et qui est appelée le grenier
de la Californie. On longe la chaîne de montagnes de la Sierra-
Nevada, dans lesquelles est située la fameuse Yosemite Valley, si
célèbre par ses sites abrupts et ses arbres gigantesques.
La petite ville de Fresno, avec 12,000 habitants, est le centre
de la plus riche région pour la culture de la vigne, dont les
grappes atteignent des proportions énormes. Puis soudainement,
après avoir passé la Tehachapi Pass, on tombe dans le désert du
Mojave, plateau élevé, parsemé de lacs salés et sans aucune
trace de végétation, si ce n'est de loin en loin quelques plantes de
palmiers Yucca qu'on a récemment trouvé le moyen d'utiliser
pour en faire de la pulpe à papier. Singulier contraste avec les
riches vallées voisines, où se croisent les trains chargés d'oranges
et de betteraves.
Los Angeles, avec une population actuellement de 100,000 habitants, est admirablement située entre la chaîne de montagnes de la
Sierra Madré et l'océan, dont elle n'est séparée que par une plaine
fertile de 15 milles d'étendue, au bout de laquelle se trouvent
trois ports : San-Pedro, San-Rotondo et Santa-Monica, qui est le
plus important, et où le gouvernement a récemment fait de
grands travaux. C'est là que font escale les navires qui font le
commerce de la côte du Pacifique avec l'Europe, soit par le cap
Horn, soit par l'isthme de Panama. Los Angeles est le centre de
cette superbe région de la Californie du Sud, justement célèbre
pour son climat idéal, sa belle nature et sa végétation semi-
tropicale. Jusque dans ces dernières années, la richesse de cette
contrée ne consistait que dans les produits agricoles et horticoles,
et spécialement la culture des fruits de toutes espèces. Depuis
deux ans, l'aspect a changé et l'industrie qui n'avait pu s'implanter, faute de combustible, a pris un soudain essor par suite de ETAT DE CALIFORNIE. 49
la découverte, dans un faubourg de Los Angeles, d'abondantes
sources de pétrole. Cette découverte, due au hasard, en 1893, est
déjà et sera de plus en plus la source d'une richesse incalculable
pour le pays, auquel il fournit la seule chose qui lui manquait, le
combustible. Il y a déjà sur un espace de 20 acres, dans la banlieue de la ville, 400 puits d'extraction. L'huile est pompée d'une
profondeur de 700 à 800 pieds, et la production atteint 5,000 barils
par jour. L'établissement d'un puits, avec sa pompe, coûte de
1,500 à 2,000 dollars. Le coût de l'extraction revient à 1 dollar par
jour pour environ 40 barils. Ce pétrole est à base d'asphalte, ressemble à du goudron très liquide, et coule facilement dans les
conduits; il est spécialement propre à la combustion, et 3 à
3 1/2 barils produisent la même quantité de calorique qu'une tonne
de charbon. On en raffine peu pour l'éclairage, le pétrole de Pen-
sylvanie étant beaucoup plus propre à cet usage, mais il est généralement employé pour le chauffage, tant pour l'usage domestique
que pour l'industrie et pour les locomotives. On extrait également
dans les environs une grande quantité d'asphalte, dont l'usage se
répand de plus en plus pour le pavage des rues, et qui s'exporte
jusque sur les côtes de l'Atlantique.
Parmi les principales productions de la Californie du Sud, il
faut citer les fruits en général et avant tout les oranges. Le prix
des terres convenant à cette culture varie de 200 à 500 dollars
l'acre. On estime à 650 dollars la dépense nécessaire pour la première année d'installation d'une plantation de 5 acres d'orangers,
avec 360 arbres, non compris le prix du terrain.
La culture des citrons a pris depuis quelques années une importance majeure, parce qu'on a appris à traiter ces fruits de façon à
leur conserver une écorcelégère et beaucoup de jus. Dans ce but,
on les récolte verts, et on les conserve trois mois dans des
chambres obscures et fraîches avant de les mettre en caisse et de
les expédier à travers tout le continent, faire concurrence aux produits européens sur les marchés des côtes de l'Atlantique, où l'on
importe d'Italie et d'Espagne environ 2,600,000 caisses par an
(1 caisse contient 360 citrons). Jusqu'ici la Californie ne produit
que les 4/100 de la consommation des citrons, mais on s'occupe
maintenant du développement de cette culture qui, après celle de
la betterave, est celle qui paraît appelée à donner les plus beaux
résultats dans un avenir prochain. Les figues, les abricots, les m ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE.
pêches, les prunes, les olives, les ananas et les fraises sont également cultivés sur une vaste échelle. J'ai vu faire au mois de
décembre la récolte des fraises en plein champ, et les marchés en
sont abondamment fournis toute l'année. Une partie de ces fruits
est exportée dans l'intérieur du pays dans des wagons spéciaux
réfrigérateurs.
L'orge est un des principaux produits agricoles, et on estime
que plus du quart de l'orge des États-Unis provient de la Californie. Valfalfa donne ici jusqu'à six récoltes par an. Dans plusieurs comtés, les terres ont besoin d'être irriguées, et de grands
travaux sont faits dans ce but. Le prix d'une acre de bonne terre
cultivable est en moyenne de 150 dollars, là où l'on peut se procurer de l'eau, et celle-ci coûte au fermier 1.60 dollar par acre et
par an ; la récolte est estimée à 19 ou 20 dollars par acre.
En 1894, il est entré dans les ports de Los Angeles 4tl8 navires
de cabotage, et 56 provenant de l'étranger. Les importations se
sont élevées à 451,798 dollars. Les importations de Belgique ont
atteint le chiffre de 5,279 dollars et consistaient principalement en
verres et ciments.
Une question très importante pour la Californie du Sud est
celle des chemins de fer. Cette région dépend jusqu'ici entièrement
du Southern Pacific qui, n'ayant pas de concurrent, est absolument maître du pays qu'il exploite et tyrannise, au grand détriment
du commerce; ses tarifs sont excessivement élevés, arbitraires et
ruineux. Cette compagnie, dont les lignes parcourent des milliers
de milles dans des pays déserts et pauvres, est obligée de subsister aux dépens de la Californie, qui seule lui fournit du trafic.
Malgré les nombreux avantages qu'offre cette riche région, il
n'y a que peu de Belges établis dans la juridiction de l'agence consulaire; ce sont des ouvriers.
A quelques heures de Los Angeles sont situés, au bord de la
mer, adossés aux montagnes et en vue des îles de Santa-Cruz et
Santa-Rosa, les délicieux séjour d'hiver de Santa-Barbara, San-
Bernardino et Coronado Beach, près de San-Diego. Ces endroits
sont pleins de souvenirs espognols, et l'air toujours tiède y est perpétuellement embaumé du parfum des fleurs.
La Californie a des richesses infinies et sa production pourrait
être considérablement augmentée. Ce qui l'arrête un peu, c'est le
manque de débouchés pour ses produits, qui ne peuvent atteindre TERRITOIRE D'ARIZONA. SI
par terre la côte trop éloignée de l'océan Atlantique, à cause des
prix du fret, et dont la nature ne permet pas les transports trop
longs par voie de mer. Ou attend avec impatience l'achèvement
d'un canal traversant l'isthme de Panama, et l'ouverture de la
Chine au commerce du monde. (Les documents contenant des
renseignements sur la Californie forment l'annexe n° 18).
II. — Territoire d'Arizona. — A peine a-t-on quitté la Californie en se dirigeant vers le nord-est par le Santa-Fé R. R.,
qu'on traverse la chaîne de la sierra Madré, le fleuve Colorado et
les grands canons qu'il forme à travers les montagnes; on arrive
presque sans transition dans le grand désert d'Arizona qui s'étend
sur environ 900 milles de long et presque autant de large. On
passe quarante-huit heures en chemin de fer sans voir aucune
trace de vie animale ou végétale, rien que des plaines stériles et
des roches arides. Ce désert s'étend surtout le centre de l'Arizona,
le sud de New-Mexico et la plus grande partie de Nevada et
d'Utah. Le manque d'eau est la cause de l'absence de toute végétation. La population de l'Arizona était, en 1890, de 59,620 habitants, avec une richesse par tête de 359 dollars. Il y avait
l,42Q fermes couvrant 1,297,033 acres, et la valeur des produits
s'élevait à .1,045,970 dollars (253,000 bushels d'orge, 83,000 de
maïs et 101,000 de froment). L'agriculture dépend entièrement de
l'irrigation artificielle et 65,821 acres étaient ainsi arrosées. Il y
avait 1,474 prêts hypothécaires pour une valeur de 2,349,000 dollars, aux taux moyen de 10.90 p. c.
On comptait, en 1894, dans ce territoire :
55',278 chevaux, valant en moyenne.     .... . 32.62 dollars.
■1,327 mulets, —   30 10     —
14,878 vaches à lait,      —   22.50     —
649,502 têtes de bétail,    —   9.64     —
746,546 moutons, —   1.21     —
20,904 porcs, —-      . 4.86     —
La production minérale s'est élevée, en 1891, à 23 millons de
dollars, dont 13 millions ont été exportés. On a extrait, en 1894,
pour 8 millions de dollars de métaux précieux. On exploite des
mines de cuivre dont les produits sont évalués à 10 cents la livre.
Dans les forêts, on trouve des bois excellents et, entre autres, le
bois de fer. L'Arizona ne compte que 76 établissements industriels m ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE.
sans grande importance, avec un capital de 616,629 dollars,
528 ouvriers touchant un salaire de 358,127 dollars, et dont les
produits se sont élevés à 947,547 dollars. Les principales villes
sont Phénix et Nogales, avec un mouvement commercial d'environ
3,500,000 dollars. (Les documents relatifs à l'Arizona forment
l'annexe n° 19.)
III. — État de Nevada. — La population de l'État, en 1890,
était de 45,761 habitants, avec une richesse par tête de 538 dollars. Il y avait 1,277 fermes couvrant 1,661,416 acres, dont les
produits se sont élevés à 2,705,660 dollars (238,000 bushels
d'orge, 99,000 d'avoine et 82,000 de froment). La culture dépend
de l'irrigation, et il a y environ 250,000 acres artificiellement
arrosées. Il y avait, en 1890, 1,256 prêts hypothécaires, pour une
valeur de 2,195,000 dollars, au taux moyen de 9.48 p. c. En
1894, on comptait dans l'État :
55,793 chevaux, d'une valeur moyenne de .     .     .     .          . 23.62 dollars.
1,604 mulets, — —  38.42    —
18,194 vaches à lait,     — —   14.00    —
259,058 têtes de bétail, — —   10.79    —
544,077 moutons,           —           — ....... 2.42    —
11,590 porcs, — —   3.80    —
Lu production minérale s'est élevée, en 1890, à 10,144,000 dollars, dont 169,617 d'or et 4,696,695 d'argent. L'État, pauvre en
général, est surtout connu par l'importance de ses mines d'argent,
actuellement dans une situation précaire à cause de la dépréciation de ce métal. L'industrie se limite aux besoins locaux et, en
1890, il n'y avait que 96 établissements industriels avec un capital
de 1,213,000 dollars, 620 ouvriers gagnant 445,603 dollars, et
dont les produits ont atteint une valeur de 1,106,000 dollars.
La majeure partie du pays est encore un vaste désert inculte, où
campent quelques tribus d'Indiens.
Carson City, la capitale, n'a que 5,000 habitants environ. Virginia City en a à peu près 10,000, et est le centre du riche district
minier de Comstock Lode.
IV. — État d'Utah. — Le territoire d'Utah n'est entré dans
l'Union, en qualité d'État, que depuis le mois de janvier dernier. ETATS DE NEVADA ET D'UTAH. S3
La population, qui est aujourd'hui d'environ 250,000 habitants,
était suffisante depuis longtemps pour lui valoir ce privilège, mais
les institutions spéciales du pays, relatives aux mariages mormons, avaient fait retarder son admission dans l'Union. La constitution du nouvel État défend la polygamie, mais admet l'égalité
politique des deux sexes.
D'après les renseignements fournis tout récemment, au moment
de l'incorporation de l'État, on voit que la valeur totale de la propriété était estimée, en 1895, à 97,983,525 dollars; les produits
minéraux ont atteint le chiffre de 8,312,354 dollars. On comptait
19,816 fermes, dont 2,000 environ seulement sont hypothéquées.
Il y avait 417,455 acres irriguées. Le nombre des moutons s'élevait à 2,422,802, évalués à 3,686,134 dollars, et ayant donné pour
l'année 12,119,763 livres de laine évaluées à 864,260 dollars. Les
produits agricoles s'élevaient à 51,863,120 dollars, et la valeur par
acre cultivée était estimée à 18.03 dollars; le bétail représentait
1,259,566 dollars. Il y avait, en 1894, 880 établissements industriels avec 5,054 ouvriers recevant 2,275,118 dollars, avec un
capital de 5,476,246 dollars, et ayant produit pour une valeur de
6,678,118 dollars. La production de l'or, en 1894, s'est élevée à
1 million de dollars, et celle de l'argent à 7,005,193 dollars. Il y
a, en outre, d'importantes mines de plomb, de cuivre et des houillères ayant donné 237,000 tonnes, au prix moyen de 1.59 dollar
la tonne. Une des particularités du pays est le grand lac Salé, qui
a 80 milles de longueur sur 30 de largeur, et dont les eaux contiennent 22 p. c. de sel pur. On en retire annuellement environ
300,000 tonnes de sel par simple evaporation. Au sud-ouest du
lac s'étendent de vastes plaines de terrains salés et stériles,connus
sous le nom de Great AmericanDesert.
La constitution du nouvel État, sections 1 à 7, indique les bases
sur lesquelles la législature devra établir les lois sur le travail.
(Ce document se trouve parmi les annexes n° 20.)
Salt Lake City, la capitale, a été fondée en 1847 par la secte des
mormons; elle compte actuellement environ 50,000 habitants,
dont les deux tiers sont mormons et les autres sont qualifiés de
gentiles. On y trouve 149 établissements industriels au capital de
2,659,000 dollars, avec 1,997 ouvriers recevant un salaire de
1,277,000 dollars et donnant un produit total de 3,865,000 dollars.
Ogden est une ville importante de l'État, à cause des diverses M ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE.
lignes de chemins de fer qui s'y croisent ; elle est le point terminus de Y Union Pacific R. R. C'est une cité industrielle très
prospère, avec environ 20,000 habitants.
La Bear River Valley, située au nord du lac Salé, est formée
de terres d'alluvions qui sont préparées pour la culture par des
compagnies d'irrigation, et qui offrent des conditions favorables
pour la colonisation.
(Les documents relatifs à l'État d'Utah forment les annexes
comprises sous le n° 20.)
Conclusion.
Dans un rapport spécial (l), j'ai eu l'honneur de résumer les
conditions de l'immigration belge^aux États-Unis. Dans le présent
travail, j'ai attiré de nouveau l'attention sur les avantages que
pourraient offrir certaines des localités que j'ai visitées, au point
de vue de l'établissement de colonies agricoles ou d'usines industrielles. Comme conclusion, je dois ajouter, sur cet important
sujet, quelques considérations générales inspirées par mes observations au cours de mon récent voyage. Je signalerai ici, à titre
de renseignement, que dans les vingt-cinq dernières années, il
est arrivé aux États-Unis 42,447 Belges, ayant formé 0.41 p. c.
de l'immigration totale. Durant l'année 1895, il en est venu
1,850 sur 324,330, ce qui est une grande diminution comparativement aux années précédentes, sauf la dernière. Les principales
professions représentées étaient : 150 tailleurs de diamants,
171 agriculteurs, 47 verriers, 36 cigariers, 30 mineurs, 28 marchands divers, etc., et 403 ouvriers. En 1895, 21 Belges n'ont pas
été autorisés à débarquer, comme étant venus avec contrat.
Après avoir, dans mes deux voyages, parcouru plus de
18,000 milles de chemin de fer, et visité les quarante-cinq États
de l'Union, ainsi que les Territoires, j'ai pu constater que cette
immense étendue de terrain, fort peu peuplée, est encore amplement fournie de richesses inexploitées, et qu'elle offrira pour
plusieurs générations encore un vaste champ à l'activité humaine.
Il ne me semble pas téméraire de dire que les neuf dixièmes des
richesses naturelles sont encore inexploitées,   et que certaines
(]) A consulter au Ministère des Affaires Étrangères. IMMIGRATION. 55
d'entre elles paraissent inépuisables. Dans la plus grande partie
du pays, des jalons sont à peine plantés. L'industrie s'est groupée
autour de ces points d'exploration et a prospéré, grâce aux
richesses qu'il n'y avait qu'à recueillir; mais son activité est
limitée par le manque de bras et de capitaux suffisants pour mettre
en œuvre toutes les entreprises projetées. Ces deux moteurs ne
sont pas encore en proportion du champ à exploiter, mais en donnant ce levier à l'esprit d'entreprise qui caractérise l'Américain,
il réalisera, s'il échappe aux crises économiques, des merveilles
qui étonneront le vieux monde, et dont la seule perspective doit
lui inspirer de sérieuses réflexions. Malgré des crises momentanées, dues surtout à des erreurs de législation, et malgré l'instabilité de celle-ci, il est indéniable que le pays, dans son ensemble,
a prospéré et continue à le faire d'une façon remarquable. Partout
où j'ai été, l'on demande des travailleurs ; des territoires immenses
sont encore incultes, des forêts vierges, des mines inexploitées,
des chemins de fer sans trafic. Comme la convention de Saint-
Paul, que j'ai mentionnée, en fournit l'exemple, tous les grands
propriétaires, les industriels, les compagnies de chemins de fer,
en un mot tout le monde des affaires, celui qui fait la vraie gran
deur et la richesse de ce pays, appelle à grands cris l'immigration ; mais il a à lutter contre les idées des classes ouvrières fortement organisées et soutenues par les politiciens qui ne cessent de
présenter au Congrès les mesures les plus radicales pour entraver
l'immigration.
On peut donc dire qu'en principe, il y a ici de grandes chances
de succès pour l'émigrant ; mais, à moins de circonstances spéciales, s'il est agriculteur, il doit posséder un petit capital, et être
de préférence en famille ; s'il est industriel ou artisan, il doit avoir
une spécialité. Pour les simples ouvriers journaliers, il n'y a
guère d'emploi, surtout dans les moments de crise; les chefs
ouvriers et directeurs trouveront facilement à s'occuper dans les
industries naissantes de l'Ouest et du Sud. J'entends par « conditions spéciales », les occasions qui se présentent parfois, dans le
genre des propositions de M. Oxuard, que j'ai indiquées plus haut
et qui se rapportent à toute une colonie belge, à laquelle on offre
en Californie des conditions d'établissement qui semblent particulièrement favorables, tant dans la culture que dans l'industrie. Des
conditions analogues ont été offertes par M. Austin Corbin, dans
5 56 ÉTATS-UNIS : IMMIGRATION.
1'Arkansas, à une colonie de près de 1,000 Italiens qui s'y est
installée récemment et est parfaitement satisfaite. Les autorités
n'ont rien pu trouver à redire à cette espèce de contrat, parce que
les colons sont venus comme propriétaires, chacun d'un morceau
de terre de 15 à 30 acres qui leur avait été vendu d'avance, et
dont le payement ne leur est réclamé qu'à très longue échéance.
Pourquoi, à l'instar d'autres pays européens, n'employons-nous
pas davantage nos capitaux dans ce pays? Il semble y avoir bien
des portes ouvertes à de profitables entreprises qui méritent un
sérieux examen. Je citerai seulement comme exemple la culture
de la betterave et l'industrie sucrière, spécialement en Californie
et dans l'État de Nebraska; puis l'exploitation des mines, la culture maraîchère aux environs des villes, et quantité d'autres
choses qui s'implantent chaque jour avec succès par des capitalistes entreprenants et bien informés. Quoique le capitaliste,
comme l'émigrant, doive se défier de la réclame exagérée que l'on
fait ici pour les attirer et leur présenter tout sous un aspect séduisant, ils ne doivent pourtant pas se montrer par trop timides et
renoncer sans contrôle à des avantages réels qui sont incontestables. Pourquoi les nôtres ne prospéreraient-ils pas là où tout
prospère autour d'eux? Bien que ce soit surtout dans le Nord-
West que l'on cherche à attirer l'immigrant, je pense que les
États du Sud et spécialement la Californie sont ceux qui offriraient pour eux le plus de ressources matérielles, jointes à un
confort et à un bien-être dont ils seraient privés dans les régions
plus froides du Nord.
' Comme je l'ai fait observer dans le cours de ce travail, nos
importations directes sont nulles pour tout le centre du pays.
Celui-ci s'approvisionne dans les trois grands ports d'importation de New-York, la Nouvelle-Orléans et San-Francisco. C'est
donc sur ceux-ci que toute notre attention doit se porter, et c'est
là qu'il nous faut avoir des agents actifs, intelligents et qui puissent se consacrer entièrement à nos intérêts. Je ne saurais trop
insister, en terminant, sur l'importance de la côte du Pacifique
comme débouché pour nos produits, par le commerce direct avec
Anvers, et sur le danger de le voir passer entre des mains concurrentes, si on néglige de faire, pour le conserver, des efforts égaux
à ceux que font les autres pour nous l'enlever. C'est sur ces trois
marchés qu'il faut faire connaître nos produits par tous les moyens BRÉSIL : CHEMINS DE FER. 57
possibles; c'est sur ces trois points stratégiques qu'il faut concentrer tous nos efforts; c'est là qu'il faut que flotte notre drapeau !
Agréez, etc.
Le Ministre de Belgique aux États-Unis d'Amérique,
A. Leghait.   ~>

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