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Voyages de la Chine à la côte nord-ouest d'Amérique, faits dans les années 1788 et 1789 : précédés… Meares, John, 1756?-1809 1794

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Array      Z)e'cret de la Convention nationale concernant les Contre-*
facteurSy rendu le 1 yjuilletijcft) Pan ae. dela Kepublique*
La Convention nationale, apres avoir entenchUe rapport de son
Comite d'instruction publique , decrete ce qui suit ;
Art. i. Les Auteurs d'ecrits en tout genre, les Compositeurs del
Musique, les Peintres et Dessinateurs qui feront graver des Ta-*
bleaux ou Dessins, jouiront durant leur vie entiere du droit exclusif
de ventre, faire vendre, distribuer leurs Guvrages dans le territoirc
de la Republique , et d'en ceder la propriete en toutou en partie.
Art. 2. Leurs heritiers ou Cesstonnaires jouiront du meme droit
durant l'espace de dix aas apres la mort dos auteurs.
Art. 3. Jj6s officiers de paix ssront ten us de fairs coflfisquer , a la
If^quisitibn et au profit des jfuteurs, -Compositeurs, Peintres oti
Dessinateurs et autres , leurs Heritiers ou Cessionnaires, tousles
Exeniplaires dss Editions imprimees ou gravees sans la permission
formelle et oar ecritdes Ajijeiirsj^*|
Art. 4. Tout Contrefacteur sera leiiu de payer au Veritable Pro-
prietaire mire somrfie eqUivUlefite au prix de trois mille exemplaires
de I'fedition originale.
Art. 5. Tout Debitant d'Editioncontrefaite,sil n'est pas reconnu
Contrefacteur, sera tenu de payer au veritable Proprietaire une
somme eguiv\*ieate au pi:ix da sinq cents exemjjlaires de 1'Edition
originale. c
Art.1>. Tout Citoyeh qui mcttra au jour un Ouvrage, soit de
Litterature ou de Gravure dans quelque genre que ce soit, sera
oblige d'en deposer deux exemplaires a la Bibliotheque nationale ou
au Cabinet de^essampes de lat Republique, dont il recevra un recti
signe par le Btbliethecatre •, fttutz de quo.i n n§ pourra etrc admis en
justice pour la poursuite des Contrefacteurs.
Art. 7. Les heritiers de l'Auteur d'un Ouvrage de Litterature ou
de Gravure,1 on de toute autre production del'esprit ou du genie qui
appartiennent aux beaux-arts, cn auron: la propriete exclusive pen-*
dant dix annees.
Jeplace lapresente Edition sous la sauve-gard: des L&ix et de laprobitS
des Citoyens. Je" declare que }e pzursuhral dev ant les Tribunaux tout Contrefacteur, Distributeur ou Debitant d'Edition contrefaite. J'assure
meme au Citoyen qui me fira connoitre le Contrefacteur, Distributeur
ou Debitant, la mottle du dddommagement que la Loi accorde. Paris, ceJ
30 Nivose, Tan 3e dela Republique Franyoise , une & indiviiible.
/ jrfeA'/i
//a
—&
J^
r*ST Y A G
S
DE LA CHINE
LA   CUTE
RD - QUEST
-.      D'AMERIQUE^
FAITS DANS LES ANMES i788 ET 17895
Preceives de la relation d'un autre Voyage execute eii
j786 sur le vaisseau le JNootka , parti du Bengaeb £
D'un Kecueil d'Observations sur la Probability d'ur*
"Passage Nord | Ouest 5
Et d'un Traite abrege du Commerce entre la C6te JNord-
Ouest et la Chine , etc. etc.
Pjr le Capitaine J. MEARES, Commandant
le Vaisseau la Felice.
Traduits   de   l'Angiois
Par J. B. L. J. BILLECOCQ, CitoyenFrancis;
krtc une Collection de Cartes geographiques, Vues ^ Mari*
Flans    et   Portraits,   graves   en   taille - douce.
T G M E   P R E M IE R.       ' -M
•^mmmmm^mmammm*mmmmmmmmmmmimm^mmmimm^mmm^m*iammm
&■   1 ii iil
^liez F. BuissoiTj Libraire,   rue   Hautefeuille } n*. aoj
An   36*   de   i.A   RipuBiiQUE. Fs~$rC).l 7    %•
i 1. i ■
7. f       ;      _      1;'
2p £..!/- x<'7( J?/
v.3  #§§fe %te:W:!    J PREFACE
DU   TRADUCTEUI
\J N ne peut lire sans admiration This-
toire de ces hommes extraordinaires qui,
bravant tous les perils , et guides k tra-
vers mille ecueils par i'amour des Sciences
;€t la noble passion $e la, gloire , sont
parvenus kiaire flotter les pavilions Europeans sur des mers jusqu'alors incon-
nues. C'est k ce zele ardent pour le pro-
gres des connoissances et des  lumieres,
c'est a cet heroique devouement que notre
siecle doit les decouvertes des Naviga-
teurs celebres qu'il a produits, Les Voyages
executes successivement par les capitaines
Byron ,   Wallis f Carteret, et enfin  par
fimmortel Cook | ceux de Bougainville % • vj     :»- -Preface      ..';
ceux de notre infortune la Perouse f ont
'tour-^-tour etonne le monde, Tant de
dangers evites, tant d'obstacles franchis >
tant de difficultes vaincues ont laisse dans
tous les cceurs un sentiment profond de
respect et d'interlt pour ces intrepides
Marins. Le nom du capitaine Meares % \
dont je publie aujourd'hui les Voyages r
est digne de trouver place k cote de <r^s
noms fameux. La mtme audace y le meme
sang-froid i'ont accompagne fusques ches>
les Peuples anthropophages de la Cote
Nord - Ouest dyAmirique* J'ajoute qu'il
a deploye dans-la conduite des deux expeditions qui lui ont €te confines (i), les
memes talens et la meme habilete que
ses illustres devancief s, De retoifl: dans sa
pa^ne^il a lui-m£riie ecrit ses Voyages*
(1} pavoir, la premiere s.uf le vaisseau le Nootka %
paifci en 1786. de Calcutta pour se rendre a la cote-
norcf-ouest d'Amerique 5 la seconde , pendant les an*
nees 1788 et 1789 , sur la Felice , partie de la Ghin$
pour gagner la c6te nord-ouest.
v
■S5f*VJBQM56~
»4BHM ins DU     IftADUCTEUL       Yrf?
Ici, ce n est^plus seulement le MMn qui:*
transmet de& observations sur la^situation
des pays, sur le gisement des c6t®;et
sur la nature des dangers qui menacent
les Navigateurs dans les mers qu'il a par-
courues; c'est l'Hlstorien judicieux et vr ai,
c'est le Philosophe eclaire qui, sans s'e-*
carter pourtant de son objet principal 7 a!
rassembl£ les phis precieux details sur les
homines que la nature a fait nattre dans
ces climats, sur leurs mceurs sauvages, suf
les relations qu ils ont entr'eux, et sur leS^
productions ties pays, Entendons - le, a#
reste, declarer lui-m£me dans quel esprit
41 a publie ses Voyages:   ' W^
1| << Si, dit-il , l'histoire des NavigateiirS
» n'ltoit ecrite que pour amus&r un m<$
» ment les l^teirs du-f#t?he, ou pour eclatt
» rer les ff&herches laborieuses du Philo-
» sephe,§ seroit necessaire, sans doute^
» de S4ate*dire dans un pareil Ouvrage
p une fouig de peg^^etailsrggji agrea-
» bles pour l'un^et trop au des^ous de£
I 3. .4 vnj 3Jj||fP R e f a c e- i^p':
h cotgioisgances de rautre^Majs, ils doi*
» vent se proposer un autre but en pu*
» bliant le journal de leurs Voyag^g : en
» effet, si leurs recits ne sant pas propres
». ^ instfuire les Navigateurs qui leur suc-
» cederont, s'ils n'ont pas pour objet d'ai-
»_ der et de faciliter les entreprfsps com-
| merciales, en, vain ils auront brave les
» dangers et surmonte tom les obstacles
» de ces perilleux Voyage%: le J^mps
» meme qu'ils auront employe k en ecrir§
» les evenemens ira se perdre aipc tant
» d'autres momens inutilement c^ nsqgnes
» dans la vie(i)*^ ■ -      i;r-
On presume assez, d apres cesfeflexions,
ce qu'on peut attendre d\m pa|gil Voya-
geur. Fidele a ses principes 9 il laisse en-*
trevoir plus sou vent le desir d*instruire
que l'ambition de plaire; et cependant ov*\
Jesuit avec un vif itipiset dans ses diverses
(1) Voyez le second volume de ces Voyages, dba-
pitre IX j page 6§* du   Traducteur.      ix
^ventures. La secheresse des observations
nautiques Qst toujours rachetee par une
foule de details agreables et curieux sur
l^s naturels qu'il a visites, et de la bouche
m£me desquels il a recueilli les regrets les
plus touchans et les plus sinceres sur le
sort deplorable de son malheureux com-
patriote, le capitaine Cook. En un mot, les
Voyages du capitaine Meases sont un Ouvrage precieux quil est indispeHsable.de
joindre k la collection des Voyages dans
les mers du Sud, et quon doit regarder
gommeune veritable continuation de ceux
du capitaine Cook. 7 J&. -.
ijfc: La relation du Voyage fait par le capitaine Douglas k bord de XIphigenic%
relation inseree k la suite des Voyages
de Meares , en forme le complement.
Le vaisseau 1 de cet officier |.apparte-
noit aux memgs proprietaires. Le capitaine Meares, en le chargeant du corn?
mandement sous ses ordres, lui avok
transtnis precisement les memes instruct
■i
m m
*    .f-r';   Preface   ^ P.
rie^s qtfil tenoit de ses eommett&ns (*)•-"
hes evenemens de son expedition, life ne-*
cessairement a celle du capitaine Meares y
ne meritent done pas moins l'attgfttion et
la curiosite du Lecteur.
Les Observations sur la Pmbabilite dyun
Passage Nord- Ouest, eest - k - dire ? sur
Pexistence d'une communication de la
baie d'Hudson a la mer du Sud, pla-
cees entre les deux Voyages, sont plus
particulierement du report des Marins
et des Geographes. EMes presentent une
discussion tres-savarite de la fameuse
question qui les a partages fasqu'iii?
Cette discussion est d'autant plus digne
aujourd'hui de leur attention, qu'on pare$8
du moins d'accord sur Texistence du Passage en question', et que'la possibility de
1'efFectuer ci travers des amas de glace re-
gardes comme impenetrables, est seule
revoquee en doute (2).      c   ^ t
(1) Voyez le »°. II de PAppendice du icr volume.
fz) L'auteur des Etudes de la Nature a'adnet point J|;    D U §T R A D U C T E U R. XJ
Le traitidu Commerce qui se fait entrs
la Chine et la G4te Nord-Ouest dyAmeriqut
^existence du Passage dont il s'agit. Voici comme il
s'exprime a ce sujet: « Henri Ellis observa avec eton-
» nement dans son Voyage a la baie d'Hudson en* 1746
» et 1747 ? °tlie ^es uiarees y venoient du nord , et
j» qu'elles avancoient au lieu de retarder , k mesure
p qu'il s'elevoit en latitude. Ii assure que ces eflets 5
?9 si contraires a leurs effets ordinaires sur nos rivages
p ou elles viennent du sud, prouvent que les marees
» de ces cotes ne viennent point de la Ligne, ni de
» POcefH^Atlantique. II les attribue a une pretendue
» communication de la baie d'Hudson d la mpr du
r> Sud, communication qu'il cherchoit avec beaucoup
^^'airdeur, et qui ^toit Toilet de son Voyage 5 mais
» on est tfieis - assure' aujourdsJiui qu'elle n'existh
j3 point, par les tentatives injfnictueuses que le capi-
» taine Cook a Faites, en dernier lieu, pour la trouver
» par la mer du Sud au nord de la Californie , suivant
<n le conseil qu'en avoit donne long-temps auparavani
* le fameux m&fin Dampier. dont les lumier.es et les
% vues , pour le <lire en passant, ont beaucoup servi.
<?> ^au cap&tdihe Cook nians toutes ses decou-vertes »,
^Etudes de fa Nature, par J. H. B. Saint-Pierre %
premier 'volume , e)tude IF* page 3o3.
II ne m'appartient pas de diseu^er , encore moins de
^eider une pareille question. J'avoue pourtant que je
suis loin de partager la conviction, de Pestimable^cri- xij    ; '|fe    P r £ f A elk  pp.    ■
sera d un interlt plus general. Cest fcne
dissertation tres - instructive sur les relations qu'il est possible d'etablir entre les
vaisseaux Europeens, la Chine, et les na-
turels de la cote d'Amerique. Le Nego-
ciant, le Politique y puiseront egalement
des connoissances.
J*aime k penser que mon pays pc%ra
retirer quelqu utilite de la publication de
ces Voyages. Ce n'est pas, ce me semble, le
moyen le moins propre k nous venger d*une
Nation ennemie et d'un Gouvernement de-
loyal que de fake passer ainsi dans notre
langue tous les Ouvrages qtri peuvent contrt
buer aux progres des Sciences 3 au succes des
vain que je viens de citer , quelque soit, d'ailleurs. ^
mon respect pour lui, et ma confiance dans ses lumieresu
II semble ^ au reste, lui - meme , a la maniere dont il
s*exprime , ne fonder son opinion que sur Pinutilite des
recherdh.es du capitaine Cook ,, ce qui n^fexclut pas la
possibility de Persistence du Passage qu'il est peut-etase
reserve a des Navigateurs plus heureux de decouvrir
un jour. Les observations du capitaine JMLeares sobS
tr^s-propres a eclairer la question... DU    TRADUCTEUR.       xiij
operations commercialese un mot,k main-
tenir la France dans la superiorite qu elle a
sur cette Nation comme sur tous les autres
Peuples de TEurope. Le temps nest pas
eloign^ p&it-etreou,victorieuse et indepen-
dante au dehors, et tranquille au dedans ,
elle pourra etonner l'univers par la grandeur et le noble but de ses entreprises,
Ve)k, depuis pres de trois annees, la mission la plus honorable et la plus impor-
tante a ete confiee au citoyen Entncas-
teaux, en vertu d un Decret du Corps
legislatif (I ). En ce moment meme , au
(i) Je ne puis mieux faire que de rapporter ici ea
€Htier le Decret rendu par PAssemblee Nationale cons-
tituante au suiet de la Perouse. Les dispositions qu'il
renferme honorent egalement la Nation Francoise et la
Biemoire de ce malheureux Navigateur.
Decret de VAssemblee Nationale , du ofevrier 1791.
L'Assemblee Nationale, apres avoir entendu ses
Comites reunis d'Agricuiture , de Commerce et de
Marine , dtoete :
» Si V P   R   E   F  A  C   f    v
nom de la Nation Francoise, il redemand^
aux mers, et peut-etre k des climats no#*
Qu'il sera donne  des ordres k tous les Ambassa-*
dews , R^sidens , Consuls , Agens de la Nation , au^
pres des difFerentes Puissances , pour qu'ils aient a en*
gager, au nom de PHumanite, des Arts et des Sciences ,
les divers Souverains , aupres desquels ils resident, &
i&arger tpus les Navigateurs et A gems quelconques ,
' qui sont dans leur dependance, en quelque lieu qu'ils
soient, mais notamment dans la partie australe de la
tner du Sud , de faire toutes recherches -des deux fre-*
gates francoises , la Boussole et VAstrolabe , comman*
dees par M. de la Perouse, jainsi uue de leurs equt*
pages , de m$me que toute perquisitlbn  qui pourroit
constater leur existence ou leur naufrage j afin que
dans le cas ou M. de la Perouse et ses compagnons
Ueroient trouves ou rencontres, n'importe en quel lieu ,
il leur .soit donne toute assistance , et procure  tous
ies moyens de revenir dans leur patrie , comine d'y
pouvoir rapporter tout ce qui serort en leur possession ;
PAssemblee Nationale prenant Pengagement d'indem-
niser et meme de recompenser , suivant Pimportance,
*du service , quiconque pr&tera secours a ces Navigateurs , pourra procurer de leurs nouvelles , ou ne feroit
meme qu'operer la restitution a la France des papiers
et efifets quelconques qui pourroient appartenir ou avoir
appartenu a leur expedition. DU     T R A D U C jj§fe U R.
Waux, le IJE&nd homme qu'elle a pefdti.
Iniortume in Perouse ! toi dont TEurope
Pecrete en outre , qu'il sera arme un ou plusieurs
b&timens , sur lesquels seront embarques des Savans ,
**les Naturalistes   et des Dessinateurs , -St donne aux
CommandansTde Pexpedition la daufyl& -Mission de fk-
chercher M. de la Perouse , d'apres les  docUmens ,
instructions et ordres qui leur seront donnes , et da
"faire  en  meme   temps   (les   recliefcli&s   relStives   aux
"Alienees "et au Cdmnterce , eh prenant toutes les-nie-
sures pour rendre, inde^pendamment de la recherche de
M. de la Perouse , ou meme apres Pavoir recouvre ou
s'etre procure de ses nouvelles, cette expedition utile
e't avantageuste -a *la -Navigation , a -la Geographic , &u
CoMmerce, aux Arts dtfaux Sciences. §if||
C'est le 28 septembre   1791  que le citoyen Entre-
casteaux a appareilie du port de *Bx*est. II Comrnandoit
la fregate la Recherche , et avoit  sous ses ordres la
fregateVEspSrance. L'objet de sa mission etoit, comma
on vient-4e le voir j de rechercher les Mtimens de la
■Perouse ,  en se partant sur les points, que celui-ci
avoit du reconnoitre 5 et tout en les recherchant , il
tefcoit ainsi force de se livrer &ux observations astro-
^notmiiques et autoes operations non moms utiles.   En-
fin , il  devoit terminer la campagne jque la Perouse
yftyoit commence. xvj Preface
entiere admira le devouement et plaint
encore la destinee, ah! s'il est vrai que
tu aies trouve la mort 'dans les flots ou
parmi des barbares, re^ois ici une foible
partie du tribut que doit k ta memoire
le Peuple Francois que tu honoras par
ton courage! Ton nom arrivera k la pos-
terite avec celui de l'illustre Cook dont
tu fus le digne emule. E3Te"v#us associera
tous deux dans son estime et dans ses re*
grets. Vous avez eprouve les memes mal-*
heurs $ la meme gloire vous sera commune. Ah! plutot, puisses - tu reparoitre
au sein de ta Nation! puisse cette Providence qui veille sur tous les etres
quelle a crees, te ramener au sein de la
La dnree de la campagne du C. Entrecasteams
doit etre de trois annees. Nous touchons au terme.
Sous deux mois , il doit etre de retour. Puisse~t-il
eprouver un sort plu% heureux que celui du heros qui
Pa precede dans une carriere tout a la fois brillante
et dangereuse I
Fr?.nce £ Ult T R A D U C T E U R.       XVi/
France libre! te rendre aux larmes d'une
ipouse inconsolable «, et digne de voir se
realiser enfin l'espoir qui ne l'a jamais
abandonnee *> aux vceux de tes concitoyens
ehez lesquels ton nom est un objet de
veneration ^ k ceux du monde entier, rem-
pli de l'histoire tie tes infoirtunes!
J'indiquerai au Lecteur, pour Fintelli*
gence des termes de marine et des observations nautiques qui se representee sou-
vent dans le cours de ces Voyages , Vex*
cellent Vocabuiaire de Marine du citoyea
VEscallier, et Fexplication de ces memes
termes ? placee en tete du premier Voyage
de Cook. 11 m'eut ete impossible de don-
ner cette explication chaque fois que les
termes se reproduisent, sans accumuler
note sur note, et nuire par consequent k
finter£t de I'Ouvrage, au moins pour une
partie des Lecteurs.   Jj|-
Cest de bonne foi que je sollicite Tin-
dulgence du Public en lui offrant cette
traduction d'un Ouvrage qui exigeoit,
Tome J. b iviij   Preface du Traducteur.
avec de grandes connoissandes, un talent
plus^ exerce que le mien. J'ai reuni tous
mes efforts pour me trouver le moins
sou vent possible au dessous de Kpriginal.
II jugera si j'ai reussi (i).^- S.
■« II »i«i.»M»MM»»«»ll».»<»MW«»J»MIM<im»«M«n»MMMill UHIJllMJii IKJUH—1—»
(1) J'ai essay^ d'ajquter encore a Pinter££|de POu-
yrage en y semant quelques Notes. Aucune , je Pes-
pere , ne paroitra etrangere aux Voyages dont on va
lire le recit. Le Lecteur trouvera souvent que j'ai
prevenu ses reflexions par les miennes. D'autres fois ,
il me saura gre d'etre entre dans quelques details. II
s^apperceyra toujours que j'ai eu Pintention de lui
epargner des recherches.
il I &g
■i* i •rn—tm*mkm
P R';E:Fi^^'B^I
|7T
Da£    L'
T  EUqR.
»m»ii«i
A
>bd
r ?fes~ conseils de m^rOTSi\ ISFttrcd^
tan^s^^^^q^lis du momsft', et, sf;j'o^B|
Troife,l aftetitt-du Frame Wont detefmifie
Wjmiiare^s Voyages^qu-ah e va lire tf^
doll^iKOTdeceux qujFoAT'ferdeftpiiDplS
d'eleridr^le tfotfitnpft? fieFMiglet^f^e.'Je
rfai j^ra^^'eiffp^ia^^tetiol^SI^^
fefafder -edmlne t$*fNW%e ces lllusife
lYavigateffrraont fa repurati5n esr defence, en quelque sefte^-Hane-^arti^de^
gloire natianaie | ji^s^i^^iar^ontraire $:que
-Jfe met:su?s tramP%iimfilement sur;4eiars
trae^xMf.qiand il me^eroit pl'fm&poS
amsi dire , d envier les ayantages qp; leor
ont donne des 'tale® superieurs^f j'essaie^
b z mj| Preface
rois encore,et en homme vr^aent §in^
cere, d'ajouter, par mon foible temoi-
gnage, k 1'eclat de ce merite qui les a
places au rang des grands hammes dont
mon! pays s'honorelf /,   |p. |ffi: \ Jt':
Je nfempresse de declarer,: nop - seule-
ment pour moi-meme , mais encore pour
pioderer l'lmpatience qu a |&u produifje
Jjattente des Voyages entrepris par moi*
jg£ que je puis dir&^pir seul cl^ges, qu'ils
ont eu pour objgt le. commerce et non des
recke^hes0gjoufgt que tout c©tju'on pour-
roit y rencontrer d'eclaircissemem.,.tout
ce qui auroit, en un mot, le caractere de
dicouverte, ne doit ,etr^ cjC>|^dere que
comMe accessoire^te ce but principal (^L
^Les vaisseaux qijg j'ai comniand^^reiMfc
~^*^ ^engage le Lecteur a ne pas s^arrlter a cett*
^Siodeste declaration dhi^^aintaine Meares^ lL<se con-
vaincra en lisant ses Voyages que /'les travaux de cet
Tiabiiev Navigateur doivent n'etre pas" moins utiles aux
Cc
Note du 7rradim&Gffl'±
dSSeneefc ;qu au Vjonrmerce? D  E77 L' A U  T  E  U  R. XX}
^quipes dans les parts de l'0rientj§>ar les
mms de plusieurs commer§ans et citoyen$
Unglois etablis dans cette partie du globe,
^fetois charg£ d'aller decouvftr de nou-
velles regions pour le Com^ree. J'avois
recu^d'eux toutes les marques de confiance
t^Lif>ouvoie.fttr m'encourager dans cette
entreprise. Ainsi I'injeret de ces marchap^
et de ces citoyens vraiment patriotes, <|ui
_av^ient remis entre mes mains et sous mil
^gildb une partie considerable de leurs prd*-
Iprietes, le Jtpbl^ desir de partager la gl^re
resejpvee k ceux qui contribuent k I'agran-
*lfi$sement du Commerce national ont ete
les seuls aigirillans ille mprfc^lg^oles seu{s
t&outiens de m^ir eiistencgj arf^iliel> d&s
perils quil ttm fallu surmorifer et des obstacles q^j^ti&is^incre ;^our -fi^quitter
'JLe jsia. .missiojagJSstos <?es>:mH>t®@^,i^ je
iuifcois contresles^empete^i&c lazier P§fei-
Jfique, ou j^x>$ii^itrQuvoi^u§M^QPTie de
|63ittes parts d'enormes glacesi,ou j'eproii-
^Qis.sur l^eifcd'Amerique .totates Aes hom #pup IcSe^^elM meme '^tlati^n; y ds^fJip^s
^litres'S^^fPfl^l ttfocgupcM aveo-tssst
de sollkit#& (f ttteincte-ie fat principal
de mS:Voyages ,;~ou^r^oftdis C8;TOiid&
ies! ©eeaSioiis!-rquef le "hasarel-nx^-ffrditi^tfe
%-isite? c€S-:C0t£$iTpeu* ^ntities^-enc®^\
je ne pensois-guere-qu^Pje'•fi^^-lfe^iSfk'
-^oHriefuii p$rau iiSifll ^iffe^oif^fe^lffe
■^aH:.ti^<te':ma Vfe^-j^S^^^^Sf^toer; Xf&je
4%iiss#|>re^u^^aumfe-dd^ne plus #&eiS-
•due a ^es^fearvarfi^^fkttQis iffiil§ig§
"plus en d'epifet avec^|>terd^ltiRtio^->tiMf
foul£ a6b'f&^iv4^f^\S0 je^si pliif^^^
^oiS¥^ihd74fe0?4^atel^Oii'^ 5 enfin^fife
<?SP^bafi|fei<ii® pkisii;def|ep^n€re._iir
les dffieMlilei {lefties ;de naesrV^yagti^t^iit
'l&ftei^de^iglfes &^iWti«&sd€:ppMfe,*qt
ijCyp pfacer ^fS^,^les Eclair£fcsemen^i$|tfi
^cWoSiM-^(fevinlr ^dsUq^cp^Ulm sfe
n'essatof&£ip®int- ici^c^fifefidecmeiiDOd-
vrage* la census des cririque$ pit uaepS-
fectation de- iftc^stift^e ^?I&^£anmtai
pas non plus par «&Axces? de^cai^Ksss
v.» «5*
-  £  & :"€ 'A -U T EATK3RSfI
deplace: j'oserai dire,seulemefit3$pae j'es-
pere qu'on trouvera dans Ges Voyages des
details dont le Commerce pourraitker quel*
q&'avantage, et'des instructions que les
Navigateurs qui mesuivronty-ne croiront
peut - etre pas devoir dedaigner. Jaime
c&core k peiiser* <|&e cette relation pro-
curera quelques instans agreables a ceux
qui cherchent k connoitre les mceurs di-
verses des peuples : enfin, je me flatte que
certains morceaux de cet Ouvrage.riveil-*
leront la sensibilite de ceux qui voudront
bien refiechir a toutes les traverses de la
vie dyun Marin.
p|Le Memoire sur le Commerce de la
Chine parlera pour lui-meme. Quant aux
Observations que j'ai hasardees sur la possibility de trouver un Passage Nord-Ouest-,
je les soumets egalement aux lumieres et
a la bonne foi de tous ceux qui s'occupent
d& pareiiles recherches. Je crois, au reste ,
devoir ajouter que pour corroborer mon
opinion sur cette question, j'ai eu recours xxiv   Preface de l*Auteur.
plus d'une fois aux puissahs argument <&&.
M. Daliymple , dans son admirable ec$£0
sur le Commerce des fourrures.
Tout Lecteur juste conviendra, je l'es«*
pere, que j'ai apporte toute lattention possible k rendre cet Ouvrage digne de la
curiosite publique. Quant aux negligences
qu'on pourra y rencontrer, quoique je me
flatte qu elles n y sont pas en grand nom-
bre, je trouve une juste excuse dans la
rapidite avec laquelle je l'ai compose pour
satisfairie l'impatience du Public, et je
me persuade qu'il ne me refusera pas f indulgence que j'attends de lui.
J. Meares.
16 novembre 1790,
VOYAGE! \? O Y7A G fi S
DU   CAPITAINE
I    ME  A  RE  S.
V O Y AGE
Du vaisseau  le No ot ka yiCapita$M
*Mea r e s^ de  Calcutta   a   la  cote
nordfouest d'Amerique, pendant les
Viannees   1786 et   ij8j, pour  servir
dlintroductfon a ses Voyages de la
?"Chine k la cote nord-ouest d'Amerique,
\kti 1788 ei'lfS^'^W'" i:Wt/:':i    [
JLiU seroit peut-etre sans inter.lt que le*
lecteur me verroit entrer dans les .cletails
Jiistoriques de cette expeditiofi commerc£ale,
Jpa'etendre eneloges sur les vues patriotiques
Tome I* ty& A
m
w de plusieurs personnes distinguees du Ben-
gale qui Font seconded et soutenue ; enfin ?
rapporter les marques honorables de&eleN£t
de bienveillance avec lesquelies elles se sont
empressees de la cpnfier/a mes soins. D'au-
tres , sans doute , n'apprendroient qu'avec
indifference les obstacles qu'elle a eprou-
ves , les artifices mis en oeuvre pour la faire
eeliouer , et les difficult-de -tout genre
qu'ii m'a faliu vaincre en la preparant. Je
vais done oommencer sur le -champ le recit
des principaux evenemens du voyage auquel
elle a donne lieu. 3»JS
Le 20 Janvier 1786, on fit ^'acquisition de
deux vaisseaux pour cette expedition. I/un
fut nomine le Nootka, de deux cents ton-
neaux ; F autre, la Loutre Marine , de cent
tonneaux seulemenl* Je re^us le cbmnian-
dement du premier : celui du second fut
donne a WiMam Tipping^ lieutenant dans
la marine royale.
Vers le 20 fevriec-yils etoient en etat de
partir, lorsque les commissaires charges
par la cdmpagnie generale des propri€taiF©4
de tousles preparatifs* du voy&ge recurent
deux propositions. L'une etoit deleter la
Loutre Marine pour porter de F opium a
t
£%&&WPittGC± ( 3 )
Malacca, ce qui produiroit un gain de trois
miile roupies. Les commissaires ne balan-
cerent pas un moment a. Faccepter. En con-
* sequence, on s'occupa sans delai de hater
le depart de la. Loutre Marine. De Malacca,
le capitaine Tipping devoit avancer a la c6te
nord-ouest d'Amerique, et Ton fit toutes
les dispositions necessaires pour que nous
pussions nous y rejoindre.
L'autre proposition etoit de transporter a,
Madras M. Burke, payeur general des forces
du roi dans FInde, avec sa suite. II offroit
pour son voyage la somme de trois mille
roupies. Get avantage n'etoit pas a refuser.
J'eus done Fhonneur de Fy conduire.
Le 2 mars, nous mimes a la voile et a van-
Barnes jusqu'aux jardins du gouverneur, #u
nous recumes a bord M. Burke et sa suite.
Le 12 du meme mois, nous perdimes la
terre de vue , et continuames notre route
vers Madras,, ou nous arrivames le 27 sans
aucun evenement rernarquable. Notre trajet
parut avoir ete rapide pour la saison ou
nous Favions entrepris. Apr£s avoir debar-
que nos passagers , et nous etre pourvus
abondamment de munitions et de provisions
jiouvelles, graces aux  soins obligeans de
A 2 I     (4}   . '
Joseph Dupree Porcher, ecuyer, nous nous
disposames a remettre a. la voile, ce que
nous limes le 7 avril, le jour meme que
son excellence Sir Archibald Campbell ar-
rivapour prendre le gouvernement de Madras. Nous r.eciimes en ce lieu toutes sortes
de marques de bieiiveillauce 9 d'attention
et. d'encouraeement. Dans le nombre des
personnes dont les bontes et Faifection ont
le plus merite notre reconnoissance , je
n'hesite point a nommer M. Burke , M.
Porcher, et M. Boyd. Je m'emprcsse aussi
de publier les obligations particulieres que
nous avons a son excellence le gouverneur
Davidson.
II ne sera pas inutile de remarquer qu'a
Wpoque ou nous quittatnes le Bengale^
nous avions une si petite quantite de munitions de tout genre que le vaisseau etoit
a peine equipe pour une annee seuiement*:
quant aux provisions, il n'y en avoit pas
a bord de quoi sufiire aux besoins del'ann^^
et rien n'etoit plus evident que Fimpossi-
bilite d'achever en cet etat un pareil voya--
ge. II est vrai que nous avions c^mpte
jusqu'a certain point sur les secours que
nous recumes a Madras, et qui deYoiei\t 1 (5)\4 'M ■
completer notre equipement pour dix-huit
mois. -Quant au nombre^ Fequipage etoit
monte d'une mani£re formidable, raais la
composition etoit telle, en grande partie, que
la necessite seule pouvoit la rendre agrea-
ble. La totalite montoit a quarante Euro-
peens , y compris le munitionnaire y le
chirurgien, cinq officiers, le contre-rnai-
tre ^ et dix 1 iscars que nous avions pris
a Madras. Mais tous nos efforts pour nous
procurer un charpentier furent inutiles ,
et nous n'eprouvames que trop pendant tout
le voyage combien cet ouvrier nous man-
quoit.
Au 2.3 mai, nous n'etions pas encore
arrives a Malacca. Le trajet fut d'un ennui
extraordinaire, etsalongueur donna le temps
au scorbut de se declarer. Des le commencement du voyage * nous perdimes' le con-
tre-maitre,, Fun de nos meilleurs marins.
C'etoit, dans les circonstances et la situation ou nous nous trouvions , un malheur
irreparable. A notre arrivee a Malacca ,
nous apprlmes que le capitaine Tipping
avoit fait voile vers FAmerique apres avoir
termine ses affaires dans cette ile. Nous y
fimes de Feau , recueillimes  du  bois ,  et
A3
ci'i I
N
I:
■ti
m
(6)
primes tousles rafraichissemensnecessaires,
non-seulement pour remplacer les provisions deja consommees , mais encore pour
etre en etat de donner tous les secours possibles au capitaine Tipping, lorsque nous
3e rejoindrions a la c6te d'Amerique. Le
29 , nous remimes a la mer , apres avoir
salue de neuf coups de canon le fort hol-
landois qui nous rendit le salut de la meme
maniere.
En peu de jours, nous entrames dans
les mers de Chine, et poursuivimes notre
route par une forte mousson de sud - est
jusqu'au 22 juin que nous vimes les lies
JBashee re;stant a Fest sud-est mi-est, a distance de neuf iieues. Mais le 26 arriva avant
que nous pussions mouiller a File de Grafton ; nous y mimes a. Fancre ce jour-la, dans
une petite baie tres-agreable, a six brasses
d'eau,et environ a un quart de mille du rivage.
Cette baie est environnee de terres hau-
tes, cultivees jusqu'a leur pointe la plus
elevee. Les plantations qui sont divisees en
enclos proprement entretenus , offrent une
vue tres-agreable. On appercevoit un grand
village situe sur une belle eminence pres
le bord de Feau : des bosquets charmans se
C trouvoient distribues inegalement et sans
ordre sur les cotes des montagnes , tandis
qu'un ruisseau couloit avec rapidite" a tra-
versla yallee.L'ensemhle formoit une f&e
d'une beaute rare. Environ quatre ans au-
paravant, les Espagnols avoient pris possession de ces ileSjjis'attendant a y trouver
les entrailles de la terre enrichies de metatix
precieux. Nous recumes Faccueil le plus
amical du gouverneur et de la garnison~,
qui ne se melerent -en aucune facon de nos
petites relations de commerce avec les na-
turels du pays. Ceux - ci paroissent etre le
peuple le plus doux et le plus tranquille.
Nous restames en ce lieu quatre jours, pendant lesquels nous nous procurames, en
grande quantite, des cochons , des chevres ,
des canards, des oiseaux, des yams, et des ,
patates tres-douces-, ne donnanteh echange
que du fer brut.
Le 18 juillet-, nous quittaines les iles
£ashee, et fimes route vers le nord - eslup'
prenant notre direction le long des*#j&*
du Japon , niais sans appercevoir aucune
terre. Les iles qu'il nous a fallu traverser ,
se trouvent sur les cartes daias la posi-
V J '0:     a 4       .
• H
»'| (8)       I     7   f
tion meme ok elles sont placees. Quand
nous eumes passe le 25e degre de latitude
nord||nous eumes une brume continuelle,
et si epaisse en certains momens, qu'il nous
etoit impossible d'appercevoir d'un bout a
Fautre du vaisseau. Le premier aout, etant
resfces en panne la nuit precedente , nous
jugeames que nous etions pres de la terre,
et le matin , a la pointe du jour, nous par-
vinmes a. la voir a travers les terres de
brume. Nous reconnumes que c'etoient les
iles Amine et Aic^.a. Nous nous arr&tames
a la premiere ou nous mouilldmes deux
jours. Nous recumes,, pendant ce temps ,
la visite des habitans russes et des naturels
du pays. Dans notre passage a. Ounalaschkay
nous fumes chasses vers cinq iles ou les
dangers nous environnoient de toutes parts,
sans que nous pussions reconnoitre notre
route. Mais nous en sortimes , graces
a la Providence. Un brouillard continuel
nous enveloppoit depuis que nous avions
traverse le 35® degre de latitude, et de ce
moment, il ne nous avo& ete possible de
faire que deux seules observations►^Heu-
Teusement nous avions a bord un garden I;        (9) ' _|
temps {1 )fqui nous devint de la plus grande
titiliti.
Les cinq iles ou nous nous etions trouves
si fort dans Fembarras, sont decrites dans
les Decouvertes Russes de Coxe, sous les
noms de Pat Sopka. Cet ecrivain parle aussi
des traces de destruction que plusieurs des
navigateurs russes ont remarquees entre ces
iles et le Kamschatka. Elles sont inhabi-
tees , et ne paroissent £tre autre chose que
de grandes masses de roc. Deux d'entr'elles
se ressemblent parfaitement, et ont la forme
d'un pain de sucre.
Le 5 aout, dans Fapres-midi, nous nous
vimes environnes d'un grand nombre de
canots. L'habillement et les manieres des
gens qu'ils portoient ne nous laisserent pas
douter qu'ils ne fussent de quelques-unes
de ces iles , quoique nous nous fussions
imagines d'abord etre trop loin pour eux
du cote du midi pour qu'ils vinssent vers
nous. Cette petite flotte etoit occupee a la
(i) Voyez, au suje: de cet instrument, les observations astronomiques qui se trouvent a la fin du qua-
trieme volume du second voyage de Cook , page ZSj,
Note du Traducteur. ft
(la) I
peche de la baleine. Elle s'arr£ta quelques
instans pour examiner le vaisseau, ce qu'elle
parut feire avec des marques d'une extreme
admiration. Elle s'eloigna ensuite , et prit sa
direction vers le. nord. Nous gouvernames
alors un peu plus au midi: car nous sup-
posions, d'aprea ijotre calcul, que le cou-
rant nous avoit portes du c6te du nord. Le
brouillard continuoit d'etre si epais, qu'il
etoit impossible de distingue r aucun objet
it la distance de vingt verges du vaisseau.
Maisd'apres le nombre des canots au milieu
desquels nous venions de passer, il y av©4t
tout lieu de presuraer que nous etions dans
le voisinage de la terre ; et, selon toutes les
probabilites, ce devoitckre File d'Amouchta..
La nuit suivante, nous fumes effrayes
d'entendre la lame de la mer se briser
contre le rivage. Nous virames vent devant
tout aussitot ; et quand nous eumes couru
sur la terre. pendant deux heures environ , le meme bruit nous causa une nou-*
velle alarme. Nous revirames de bord vent
ctevant , et des la pointe du jour , nous
distingnames la terre par le mat de Fa-
yant. Elle paroissoit couverte de neige*
Mais le brouillard redevint te) 4 que la vue
I1 ne pouvoit percer au travers, comme si
c'eut ete pour augmenter Fhorrible incertitude de notre situation. Pendant quatre
jours que nos esprits demeurerent, comme
Fathmosphere , obscurcis par les tenebres f
nous fimes des efforts continuels, mais
inutiles , pour trouver un passage : il sem-
bloit que tous les cheminS fussent bloques
pour nous. Le sourd mugissement de la lame
nous chassoit d'un cote, tandis qu'un signal
pareil, etnon moins sinistre , nous repous-
soitdel'autre.Tout nous portoit reellement
a croire que nous etions arrives par quelque
passage fort etroit dans un golfe environ*
ne de dangereux rivages, d'ou il n'etoit
possible de revenir que par le meme canal a. travers lequel nous y avions penetre.
Quoique nous nous trouvassions souvent a
cent verges des rochers, le fond etoit im-
praticable , et le bord etoit tellement
escarpe que les ancres ne pouvoient nous
servir.
Le 5 , sur le matin , le brouillard se dis-
sipa, et nous laissa entrevoir une perspective terrible de dangers tels, que notre
heureuse experience suffisoit a peine pour
nous persuader qu'il fut possible d'y echap- per. Nous nous vimes environnes de terres
dune hauteur  eff ray ante ,   couvertes  aux
deux tiers de neise sur les cotes :  la cote
etoit  rendue inaccessible par   de   sourcil-
leux rochers de hauteur perpendicu'laire :
its  formoient un mar regulier, excepre a
Fend roi t ou   la   mer  en les frappant avec
violence   avoit   forme ces  excavations qui
etoient, avec Felevation et la chute rapide
dehoullesprodigieuses, la cause de cet heu-
reux  bruit auquel nous  ayions   du  notre
salut.   Nous decouviimes alors deux  passages qui s'ouvroient a nous, Fun  vers le
anidi ,  (c'etoit celui a travers lequel nous
&vions ere pousses )  Fau're au nord-ouest.
II est  vrai que , si nous eussions ete por-
tes   jusqu'a   cette   pointe ,   nous   aurions
en meme temps vu diminuer Fhorreur de
notre situation : mais-nous avions redoute
sans cesse d'arriyer auvnbfd de ces iles f
prevoyant la difliculte  que *io5ttV!eprouve-
rions a eLre ramenes vers le midi. Carvin est
bien reconnu que les courans prennent, en
ete, une direction de nord, et alors il est
difficile de determiner le temps que nous
aurionp pu etre   retenus , jusqu'a ce qu'il
s'elevat un fort vent du nord pour jaous ea r     f .,/. ( i3)
repousser ; les vents de sud-est etant ceux
qui regnent le plus generalement dans ces,
mers a cette epoque de Fannee.Trouvant impossible, quoiqu'il en soit, de porteraumicli
-par le passage a. travers lequel nous etions
venus   en cet endroit,  a. cause  de la vio«-
lence du courant, nous primes notre direction vers le nord ; et etant parvenus a lest
jusqu'a Ounalaschka , nous fumes heureu-
sement favorises d'un fort vent du nord qui
nous rait en etat de passer entre Unqmah
et Ounalaschka. Dans ces detroits, le courant ne permettoit pas de filer moins de sept
noeuds , ce qui rendoit la mer on ne sauroit
plus redoutable.
Quand nous eumes fait le tour de la partie
meridienale de File, un Russe vint nous
trouver, et conduisit notre vaisseau dans un
port voisin de celui ou le capitaine Cook
avoit radoube.
Les Russes de ces iles venoient d'Ocliotsk
et du KamscJiatka, dans une galiote char-
gee d'environ cinquante tonneaux; chacj^ie
•pent contenir de\soixante a quatre -vingts
hommes. Ils conduisent leurs vaisseaux dans
quelqu'endroit commode et stir , pour y
rester pendant leur sejour en ce lieu qui ,f
(»4)   ,«:. ^ .   f
dure huit ans. Au bout de ce temps un autre
parti vient les relever. Ils chassent la loutre
de mer et d'autres animaux que la nature a
v&tus de fourrures. Les naturels des diiferens
districts sont pareillement employes a ce
genre d'occupation. Le fruit de leurs tra-
vaux est une esp£ce de tribut qu'ils sont
obliges de payer a Firnperatrice de Russie
a qui appartient exclusivement ce genre de
commerce. Ils re^oiyent en retour de pe-
tites provisions de tabac qu'ils aiment a Fex-
c&s. Une fois satisfaits sur cet article, ils se
plaisent dans leur miserable condition , et
n'en sortiront jamais , tant que cela de-
pendra de leurs efforts. Quant au fer, ou
a tout autre objet d'utilite commun parmi
les Europeens , on le trouve aussi rare-
ment chez eux que chez leurs voisins du
continent.
Les maisons des Russes sont construites
de la m^me maniere que eel les des naturels du pays, mais sur un plan d'une
plus grande etendue. Elles consistent en
des fosses considerables creusees en terre.
Un etranger courroit grand risque d'y toin-
ber, sans soupconner le moins du monde
qu'il etoit sur le bord d'une habitation f
C m       f ■    WM I
ces demeures souterraines n'ayant 'd'autre
entree qu'un trou de forme roncle a. levijt
sommet, ou Fon a pratique des degres pat
le moyen desquels on peut y descendre.
Le soir m&me du jour de notre debarque-
xnent, cet accident arriva au premier offi-
cier et au chirurgien du Nootka. Un re-
yenant d'un village russe?£ ils disparurent
tout-a-coup dans un de ces trous, et se
trouverent entres , non sans beaucoup de
surprise , dans une habitation de naturels du
pays. L'effroi, dans cette occasion, fut le
meme de part et d'autre. Les naturels se
prel&ipiter^it en foule hors du lieu, ausst
promptement que leur frayeur pouvoit le
leur 5per|Qettre , et laissere^it aux infortunes
qui venoient de faire cette chute, la crainte
que ces gens qu'ils ayoient ainsi surpris ,
et dont iis ne connoissoient pas encore
alors la douceur et les inclinations arnfe
cales, ne repandissent sur le champ Falar-
me, et n'appellassent leurs amis pouir tirer
vengeance , en les massacrant, de cette
invasion bien innocente. Mais, remontes
*stiT la terre, ils virent que les naturels avoient
pris la fuite , dansrie plus grand desordre p
et jprte l'effroi jusqu'au yillage russe. ■&$
• Eli
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G#'
«iii
II
mm ■ ■
lendemain matin Faccident s^pliqua I
et on fit a ces pauvres gens un petit present de tabac pour les dedommager de
Falarme qu'ils ayoient eue le soir du jour
precedent.
Les cotes de ces habitations sont divi-
ses en compartimens destines a former les
chambres a coucher. Les lits sont ( faj££
de peaux de b§tes. Dans le milieu de la
chambre est le-*glieu ou Fon appfete les
viandes et ou l'@n ma&ge. Par les froids
rigoureux > ils se seryent de lampes au lieu
de bois. Comme il n'y a point d'arbres
dans les iles, le bois y est nejgessjeiienient
trei^rare , et ils n'en sont guere approyi-
^ionnesbique lorsque la mer leur en appfirte
par hasard du continent. Toute leu^nour*
riture cohsiste en poisson dont l'huile fait
leur sauce. Cette maniere de vivre est commune aux Russes et aux naturels du pay^
avec cette difference que les premiersjpnt
bouilMr la chair des animaux, et que; .]$$
seconds la man gent toute crue. Nous le£
ayons yus souvent manger, ou plutot, de-
vorer une tete de morue oude halibut (i) s
(i) C'est l€ Bom qu'on donne en anglois a. un poisson
qui approche beaucoup de la plie. Note du Traductewr*.
C a Finstant mStoe ou ils veiioieiit de Fat-
traper , avec toutes les marques de lajoie
^i'ils eprouvoient de poiivoir satisfaire
ainsi leur yoracite. La seule production
Vegetale del-ces iles est du celeri sau-
vage que les naturels du pays mangent aus-
skot qu'il est arrache de terre *
Quoiqueles Russes aient ete si long-tempS
etablis dans ces iles , ils n'y ont introduit
aucun genre de culture. Ils n'ont aucun
oiseau ou animal domestiqtie, si ce n'est
le chien. Nous ne pumes examiner
si c'est a la sterilite naturelle du pays
ou a leur indolence habituelle qu'ils
doivent s'en prendre de manquer de ces
utiles secours , qu'il est si facile de se
procurer. Leur seule ressource pour la
yie journaliere est dans le produit de la
mer et des fleuves ou ils p^chent d'excel-8
lent pois^on en abondance. Et si Fon en
pent juger sur Fapparence de vigueur et
de bonne sante qu'on remarque chez les
naturels ainsi que parmi les colons, ils n'ont
pas besoin d'une nourriture plus saine et plus
substantielle.
Les naturels de ces iles conniies sous le
Tome I* B
1 Kill '
nom d'iles Fox (1) sont une race d'hommes
de oetite taille, mais pleins de courage. Ils ont
un air d'amenite qui n'annonce pas du tout
des sanvages. Ils ne se coupent^ ne se dechi-
quetent, en un mot, ne se defigurent jamais
le visage d'aucune maniere, comme les naturels du continent. Leur caractere, selon toutes
les apparences, est douxet tranquille.La jalousie , au moins , n'est pas une de leurs
passions ordinaires ; car on ne s'appergoit
jamais qu'ils soient mecontens des soins
que les etrangers aiment a rendre a leurs
femmes.
Les seuls animaux qu'on trouve dans ces
ties sont des renards. Queiques-uns sont
noirs, et leur peau est d'une grande valeur.
Pendant le temps que nous y sejournames,
nous t&chames d'engager les Russes a tra-
fiquer avec nous \ mais ils portoient leurs
fourrures a un trop liaut prix pouifcque nous
pussions nous en arranger avec eux , au
xnoins en echange des articles que nous
avions a leur offrir en retour. Leur prin-
(1) Ou des Renards. Elles sont ainsi nominees de
la grande quantite de ces animaux qu'on. y  trouve.
Jtfote du Traducteur.
L cipal motif e*toit l'esperance de se voir re-*
le'ves Fannee suiyante. Le havre ou nous
entrames est situe a dix ou douze milies
environ de celui ou le capitaine Cook ra-
douba. Sa position est au 54e degre 2 minutes de latitude nord , et de longitude ,
au i93e degre 25 minutes Est de Greenwich. ]Be
Le 20 aoik, nous partimes d' Ounalaschka,
dans le dessein de suivre le continent jus-
qu'a ce que nous eussions double les iles Shu-
thagiiiy le capitaine Cook ayant decrit Ko-
diak comme Fune des iles meridionaies (1).
II  est yrai que nous  desirions quitter les
(1) « Je longeai la chaine la plus meridionale des
fles : a midi, nous etions par 55 degres 18 minutes de
latitude, et dans la partie la plus etroite du canal forme
par elles, et par celles quigissent le long du continent:
ce canal a ici une lieue et demie ou deux lieues de lar-
geur. L'ile la plus considerable du grouppe st mon-
troit sur notre gauche ,* et , selon les informations que
nous recumes ensuite} elle porte le nom de Kodiak. Je
lui ai laiss^ ce nom , mais je n'en ai point donne aux
autres.
Troisieme voyage de  Cook , tome III , fare IV»
ohap. FII > page 2q5.
is 1 •*  (20> 1
etablissemens russes avant d'avancer a la
cote , ne voyant rien a gagner dans leur voi-
sinage.
Le 27 aout , nous arriv&mes a la vue
des iles Schumagin. Quand nous fumes a
la distance d'environ quatre lieues du ri-
vage, nous vimes venir vers nousun grand
nombre de canots. Nous remarquames que
leur construction etoit la mdme que celle
des canots des iles Fox, et que les homines
qu'ils portoient^ avoient Fhabillement et
toutes les manieres des naturels de ces
me'mes iles.
II paroit que les Russes, quelque part
qu'ils soient etablis j ont pour usage, ( sans
doute par une raison de politique) d'em-
pecher les naturels du pays d'avoir des
j^anots qui puissent porter plus d'une seule
personne. Ces canots ont, en general ,
a-peu-pres douze pieds de long; Ils sont
affiles a chaque bout. Leur largeur est
d'environ douze pouces. Ils se terminent en
pointe. Leur profondeur au centre , dans
Fendroit ouFhomme s'asseoit, est d'environ
douze pouces. Les canots de cette forme
s'etendent depuis les detroits des deux con-
tinens le long   de la  cote jusqu'au   cap (I)
Edgecumbe. Quelquesuns sont destines k
porter trois personnes : mais, en general,
ils ne sont faits que pour une ou deux
tout au plus. On se sert pour leur construction de bandes tr^s minces de bois de
pin qu'on attache ensemble avec du nerf
de baleine. On les couvre alors d'une peau
de veau marin ou de vache marine dont
on a commence par enlever tout le poil.
L'extremite du manteau de peau que portent les naturels bouche hermetiquement
le trou du canot. k Fendroit ou l'homme
s'asseoit, et emp&che qu'il ne puisse pene-
trer la plus petite goutte d'eau. Ces vais-
seaux peuyent faire un chemin prodigieux.
lis sortent par tous les temps, quels qu'ils
soient.  pfe?
Nous etions au 28 aout, et nous n'avions
rien gagne encore au voyage. Mais comme
nous croyions etre arrives au bout des
etablissemens russes , et qu'il nous restoit
un grand trajet a faire a la cote , nous
nous flattions que nous aurions termineun
trafic fort avantageux avant Fhiver qui
approchoit a grande h^te. Dans ce dessein.
uous resolumes de ne faire qu'un scul
port jusqu'a. Fouest de la rivie're de Cook %
H
mm I   («)      '
et en longeant la cdte , nous vimes une
grande ouverture qui sembloit formee
par une ile , et vers laquelle nous gou-
vernames. Quand nous yTrumes arrives,
elle nous parut d'une tres-grande etendue
dans la direction de nord - est. Persuades:
que nous etions tout-a-fait hors des eta-
blissemens russes, nous nous attendions
continuellement a receyoir la yisite des
naturels , et a yoir enfin arriyer Fepoque
de notre voyage qui devoit nous procurer quelques avantages. II n'estpas facile ,
au reste, d'expliquer comment un detroit
aussi grand n'a pas ete observe par le
capitaine Cook. Nous fimes environ vingt
lieues en y continuant ifotre route. Nous
appereumes alors un canot qui venoit vers
nous du c6te de Finterieur des terres. II
y avoit dedans trois personnes. Une d'elles
vint a. bord , et nous reconnumes que e'etoit
un inarin russe, Cet homme qui paroissoit foit
intelligent nous apprit que cette ile etoit
File de Kodiak , que les equipages de
trois galiotes y etoient en station , et qu'il
y avoit une autre ile dum&ine nom 1
de la c6te.
Cet avis ne pouyoit nous £tre agreable
s long eu ce au'il detruisoit absolument Fespoif
que nous avions concu de pouvoir trafi-
quer dans quel que place interrnediaire entre
la rivi&re de Cook (1) et les iles Schuma-
gin. Nous continu&mes done notre passage au travers des detroits , nommes ddtroit
de Petrie, en l'honneur de Guillaume Pe-
trie , ecuyer , et reconnumes qu'ils nous
avoient portes pr£s cette pointe qui forme
la riviere de Cook , et qui se trouve dis-
tinguee par le nom de cap Douglas sur
la carte du capitaine Cook. Ces detroits
©nt plus de dix lieues en longueur > et
de quinze environ en largeur : ils coupent t
en la trayersant, une portion tres-conside-
rable du continent depuis les premieres
cartes. Nous mouill&mes sous le cap Douglas ; et bientdt apres\, des canots charges d'Indiens de la riviere s'avancerent jus-
qu'a. nous, lis nous vendirent deux ou trois
peaux de loutres , et nous leur donnames
en retour quelques moreeaux de fer bfutf
«*i
f i) Le capitaine Cook avoit laisse en blanc le nom
Ae cette grande riviere sur son manuscrit. On a trouv£
tout simple de la nomnjer rivi&re de Cookf
B 4 4
environ une livre pour cjtaque peau. lis
parurent tres-satisfaits de nous voir , et
nous offrirent en pr^sens tout ce qu'ils
pouvoient avoir dans leurs bateaux. Le re-
fus que firent ces gens du tabae que nouS:
leur presentames nous prouva qu'ils n'a^
voient aucun rapport avec les Russes ; et
le plaisir qulls prenoient a prononcer
souvent le mot Anglois , Anglois, nousf
donna aussi a penser que le Nootka n'etoit
pas le premier vaisseau de notre pays qu'ils
eussent vu. On a su depuis que le Roi
George el la Peine Charlotte partis de Lon-
dres avoient ete chez eux avant nous. Les
canots nous quitterent au bout de quelques
,momens pour remonter la riviere, afin de
chercher des pelleteries de plus ; et le jour
suivant , nous yimes deux grands bateaux
qui la descendoient, portant chacun environ dix - huit homines. Nous les, reconnumes. pour des Russes qui avoient
monte la riviere de Cook pour aller
trafiquer. Chaque bateau avoit une piece
de campagne , et de petites armes pour
chacun des hommes qu'il portoit. Ces
Russes avoient quitte leur habitation d'ete
qui est Ffle la plus basse sur la riviere $§ Cook., et alloient gagner  leurs quarticrs
d'hiver dans File de Kodiak.
Nous etions arrives au 20 septembre. Le
temps   etoit  extremement orageux.   Nous
nous determinames en consequence a quitter  la  riviere   ou nous avions 6te retenus
par plusieurs brises ,   a avancer   jusqu'a
Ventree ou canal du Prince Guillaume ,
(Prince FFHliams Sound) et s'il etoit possible, a y passer Fhiver. A notre arrivee dans
Vanse Jeimee de lpentree du Prince Guillaume y {Snug Corner Cove") (ainsi nominee par le capitaine Cook) ils'eleva un
temps tres-violent, et pendant trois jours que
nous nous y reposames, pas un seul natu-
reLdu pays   ne  parut a   nos  yeux.  Nous
en conclumes   que   les   naturels  s'etoient
retires de la cote, ou bien etoientalles vers le
midi pour y hiverner. Dans nos excursions
sur le rivage , nous viines du bois qui avoit
ete fraichement coupe et par le moyen d'un
instrument tranchant. Nous trouv&mes aussi
un morceau de bambou ; ce qui nous causa
la joie la plus vive. Car nous ne pouvions
plus douter que nous n'eussions ete precedes
tout recemment en cette entre'e-par quelque
yaisseau. Et comme c'etoit le lieu du veti*
*F"+ flez-vous dont nous etions convenus aved
Fequipage de la Loutre Marine, nous en
conclumes naturellement qu'il y avoit paste^ et que dela., il avoit fait voiles pour
la Chine.
Notre situation presentoit d'effrayantes
difficultes. La c6te , seion toute apparence ,
n'etoit point habitee ; et si nous y passions
Fhiver, nous ne pouvions prevoir comment nous nous procurerions des rafraichis-
semens ou Favantage de quelque trafic.
D'un autre cote, le mauvais temps conti-
mioit : de fortes brisesde ventne cessoient
d*etre accompagnees de neige et de pluie.
Si noussortions de notre position presente 9
il etoit fort douteux que nous pussions nous
en procurer une autre , et que nous ne fus-
sions pas forces de gagner les iles Sandwich^
oh , selon toute probability , nous trouve-
rions le terme de notre voyage , attendu
que nos marins commencoient a devenir
tr^s - mecontens. Dans cette facheuse per-
plexite, nous nous determinames a. pre-
ferer les rigueurs d'un hiver passe dans
le Canal in hospitaller du Prince Guil-
laume a toutes les ressources que pou-
yoient   offrir les   iles Sandwich* Je   pen-
c ■|7|       (27)
sois , noh sans beaucoup deraison, qu'il
seroit extremement difficile, si meme il ne
devenoit pas tout-a>fait impossible , de persuader a notre monde de revenir de ces
dernieres iles a la cote d'Amerique. Telles
etoient les difficultes que nous avions asur-
monter. Mais Fobjet du voyage et Finteret
des proprietaires exigeoient si fortement que
nous supportassions les fatigues dont nous
etions menaces, et les disgraces que nous
aurions a. eprouyer , que nous primes le parti
de souffrir les unes etde nous resigner aux
autres. En reflechissant unpeu sur le pou-
voir bien limite d'un officier de marine mar-
chande , et sur la triste insubordination qui
regne dans le vaisseau qu'il commande f
on croira sans peine que , pour rester en ce
lieuy il ne falloit pas etre indifferent sur les
interets de ceux qui avoient congu le pro*
jet et fait les frais de cette expedition oora-
merciale. fel
Le quatrieme jour, les naturels vinrent
nous trouver dans plusieurs canots , et se
conduisirent de la maniere du monde la
plus douce et la plus amicale. Ils pronon-
cerent devant nous plusieurs noms anglois
que nous crumes ^tre ceux des personnes
• 1M
i
??
h||
I Hi
*»■?
(a8)   I
qui composoient Fequipage de la Loutre
Marine. Ils nous donnerent aussi a entendre
qu'il etoit parti de ce lieu , peu de jours aupa-
ravant, un vaisseau avec deux mats ; qu'il
emportoit une quantite de pelleteries, ce
qu'ils nous expliquerent en montrant le
nombre des cheveux de leurs teres. Ils nous
dirent pareillement que si nous nous arretions
parmi eux , ils tueroient pour nous une
grande quantite de loutres pendant Fhiyer.
Nous avions la satisfaction de savoir que
Yentrde etoit habitee. II ne nous manquoit
plus qu'un bon port pour nous determiner k y passer la saison rigeureuse. Le
jour suivant, les chaloupes en trouverent
un tres-commode a environ quinze milles
est - nord - est de Fendroit ou nous nous
etions arr&tes. En consequence , le 7 oc-
tobre, on conduisit le yaisseau au lieu de-
siane. II fut alors degre^ , et Fon com*
menea sur le rivage la construction d'une
cabatie de troncs d'arbres, dans laquelJ?eles
armuriers pussent travailler , et qui , vu
Fetat ou se trouvoit alors le vaisseau, ser-
vi.roIt aussi a contenir le bois prepare pour
la charpente.
Les naturels nous honorerent alors chaque-
m ( 29 )
jour de leu^rs visites , et ne uianquoien^ jamais de deployer leur adresse vraiment
extraordinaire dans le metier de voleui^
Ils employoijpit cette subtilite de main a se
procurer des materiaux en fer de toute
espece, et d'une mani^re qui est a peine
concevable. Nous avons remarque plus d'une
fois que lorsque la t£te d'un clou , soit
dans le vaisseau, soit dans les chaloupes,
se detachoit un peu du bois , ils y portoient
la dent pour Farracher. Certainement j si
je rapportois ici les differentes pertes que
nous essuyames, et la maniere dont ces
naturels s'y prenoient pour nous yoler ,
plus d'un lecteur seroit fonde a soupeon-
ner que j'exalte ici j aux depens de la ve-
rite , leurs talens dans Ikrt d'escamoter (1).
Nous etions a la mi-octobre , et n'avions
encore fait qu'une petite provision de pel-
leteries. Les naturels se rassembloient en
plus grand nombre, et commengoient a
nous tourmenter au point que nous nous
trouyions   tres - embarrassesN  de   la   ma-
(i) Voyez le troisieme voyage de Cook, chap. I
[du livre IF? tome III, pag& zi et suiv* C  36)
niere dontf nous devions nous conduire
a leur egard. La politique et Fhumanite
nous avoient egalement instruits a eviter>-
s'il etoit possible , tout correcfif violent %
mais il arriyoit souvent que nos gens oc-
cupes sur le rivage a. couper du bois et
a. construire la cabane, etoient obliges
d'aller au vaisseau: les naturels descen-
doient de leurs bois derriere eux , et ta-
choient de leur derober les outils dont ils
se seryoient, quels qu'ils fussent. Le vaisseau se trouvant si pres de Fendrbit ou nos
gens etcnent a 1'ouvrage que nous pouvioris
converser avec eux, nous ne leur permet-
tions pas de prendre d'armes a. feu, a moins
qu'ils ne fussent accompagnes d'un officier
prudent, de peur qu'ils n'en fissent un dan-
gereux usage. Nous avions deja reconnu
qu'un coup de mousquet tire du vaisseau
ne manquoit jamais de mettre les naturefe
en fuite.
Le 25 octobre , nous appercumes un parti
considerable d'Indiens qui ayanc/oient sur
une crique; et comme ils paroissoient &tre
en plus grand nombre que nous n'en avions
encore vus auparavant , nous criames a
nos sens de   yenir  a   bord. lis tarderent :|   ( 3l  ) • J
un peu : pendant ce temps les Indiens mon-
terent a cote du vaisseau^ et debarquerent
sur le champ a  Fendroit  ou   on   etoit a
Fouvrage. Au meme instant, un autre parti
vint des bois les rejoindre. Comme les naturels avancoient dans leurs canots vers le
rivage,  malgre tous les   signes  que nous
pouyions leur faire pour les en empecher,
je donnai Fordre de pointer sur eux deux
canons. II produisit Feffet que j'en atten-
dois ; car, en ce moment meme, ils etoient
occupes a prendre les haches de nos gens
sur le rivage. Mais des qu'ils appergurent
les dispositions  qui se faisoient de  notre
cote, ils crierent a nous selon leur maniere
accoutumee , lauledaule, ou, amis, amis%
tenant leurs bras etendus en signe d'amitic.
Lorsque  tout  notre monde fut arrive a
bord, nous pensames que Foccasion etoit
favorable pour disperser les naturels qui se
trouvoient   alors  rassembles  en si   grand
nombre, en leur montrant le pouvoir de nos
armes a feu. En consequence , on tira une
piece de douze chargee en grappe , dont les
effets se deployerent sur Feau d'une maniere
qui leur causa .un extreme etonnement. Ils
furent aussitot saisis d'une telle frayeur, que la moitie d'entr'eux en renverserent leurs
canots. On fit alors du rivase une decharee
d'une piece de campagne de trois seule-*
ment, chargee a. boulet rond. Comme ils la
yirent raser la surface de J'eau a une distance considerable, ils demeurerent con-
VainGus qu'il etoit en notre pouvoir de lancer
cette arme meurtriere vers quelque point et
dans quelque direction que nous voudrions.
Tandis qu'ils deliberoient entr'eux, en proie
a la plus cruelle frayeur, nous leur fimes
entendre que nous n'avions pas Fintentiou
de leur faire le moindre mal tant qu'ils se
comporteroienr. avec nous d'une maniere
. amicale et fraternelle ; que nous desirions
trafiquer avec eux , et leur donner en
echange de leurs pelleteries les divers *)b-
jets que nous avions apportes a cet effet.
Nous exposdmes alors ces objets a leurs
yeux. Aussitot, tous ceux d'entr'eux qui
etoient y^tus de fourrures, se depouillerenf
en poussant de grands crts de joie , et, en
retour d'une modique quantite de clous a
grande pointe , nous resumes soixante belles
peaux de loutres. Pour nous concilier Leur
affection, nous offrimes aux prineipaug
d'entr'eux des grains de rassade de diffes-
rentes I.. ..      (33)
rentes couleurs, et ils nous promirent de(
nous apporter autant de pelleteries qu'ils
pourroient s'en procurer.
II n'y a pas de doute que ce ne fut de
leur part une tentative premeditee4 Ces
peuples ne font jamais la guerre Fun centre Fautre dans ces grands bateaux : ils ne
s'en seryent que pour transporter leurs yieil-
lards, leurs femrnes et leurs enfans , a Fap-
proche de Fennemi , et ils leur donnent
le nomde bateaux des femmes. Ils e^i avoient
fait usage , en cette circonstance , afin de
pouvoir debarquer un grand nombre a la
fois , et d'etre en etat de couper la retraite
a nos travailleurs. Mais quoique ce projet
eut echoue, ce n'etoit pas une raison de
croire qu'ils resisteroient a la tentation de
nous derober quelqu'article ou il entrat du
fer, quand 1'occasion s'en presenteroit, tant
il y avoit d'attrait pour eux dans tout ce
qui prenoit la forme de ce metal favori.
Telle etoit, quoi qu'il en soit, la situation
presente de nos affaires , que nous renon-
cfiriies a. cobtinuer les trayaux sur le rivage.
Nous commencdmes done a couvrir le vais-
*j
seau d'esparres de sapin ^ et a. le fermer par
tous les c6tes : ce que nous paryinmes a fair^
Tome I* C '   ( 34 )
gour plus de la moitie de Farriere, en avant.
Mais la neige vint a tomber en si grande
abondance sur le ravage, qu'il ne nous fut
pas possible d'acheyer cette besogne. Ce
contre-temps etoit tres-facheux, en ce que
la partie couyerte par la neige nous avoit
offert jusques-la un endroit pour nous pro-
mener, en meme temps qu'elle empechoit
une grande partie du froid de nous gagner
au trayers du pont. Elle auroit aussi forme,
au besoin , une fortification tres - avanta-
geuse. Car nous etions plancheyes et cla-
quemures tout autour , a dix pieds au-dessus
du plat-bord , de maniere que nous au-
rions pu nous defendre contre toute es-
pece d'attaque. II est y-rai que la glace
dont nous etions environnes, donnoit aux
naturels un tres grand avantage. Mais quelque pussent ^tre les dispositions de ces
voisins a notre egard, Feffet de nos canons
leur avoit cause une frayeur qui les por-
toit a en user avec nous d'une maniere tres-
amicale.
Le 3i octobre , le thermometre descen-
dit au 3se degre , et les matinees et les
soirees furent tres - piquantes. Jusqu'a. ce
xnoment, nous avions attrape une grande
V quantite de saumons. Mais alors nous t^Ds^*,
Vames qu'ils quittoient les petites rivieres*
A deux endroits d'un lac  ou  je fis jette^
la seine (i) , entre les montagnes voisines,
nous en primes autant qu'il nous fut possible d'en saler pour les besoms de Fhi'ver.
On y enyoyoit tous les matins deux ho^mmes
pour la consommation Journalise , et, au
bout de deux heures,  ils  en rapportqfent
toute leur charge. La maniere de les prendre
pourra paroitre ridicule j voici comme on
y parveno:t : on suiyoit le cours de Feau
du   lac    jusqu'a   Fendroit    ou  il   se   de-
charge   dans  la  mer,   et   Fon frappoit le
poisson sur la tete avec des massues a me-
sure qu'il montoit ou qu'il descendok ;  et
comme le canal n'avoit pas plus d'un pied
de profondeur ,   cette   occupational amu-
soit les matelots,  en m&me temps qu'elle
nous  fournissoit   en   quantite   des  provisions pour la table.  Mais les jours d'abon-
dance tiroient a leur fin. Les canards etles
oies  qui, jusqu'alors, n'avoient cesse  de
nqjfcs &tre une  tres-utile ressource ,   com*
KM
(1) C'e<st une espece de filet qui se traine sur les
greves. Note du Traducteur. mencoient a se former en troupes et a
passer vers le midi. Les naturels du pays
nous avoient aussi apporte de temps en
temps quelques brebis de montagnes, seuls
animaux de terre que nous eussions vus
chez eux. Nous avions eu souvent besoin
de leurs secours , au moins quant a Farticle
des provisions, durant l'hiver. Tout chan-
gea bientot pour nous. Au 5 noyembre, on
ne vit plus d'oiseaux, et il ne fut pas possible d'aller dans les bois, la terre etant, a
cette epoque, couve/te d'au moins cinq pieds
dHme neige sfeche. Le poisson quittoit ega-
lement les criques et les petites rivieres,
et la slace commencoit a se former autour
de nous. Les effrayantes montagnes que nos
yeux rencontroient de toutes parts etoient
alors blanches de neige a fleur d'eau, et
les naturels n'avoient d'autres moyens de
subsistance que la chair et l'huile de ba-
leine preparees pour leurs provisions d'hi-
ver. Mais apres le 2 novembre , la glace
fut assez forte, depuis le vaisseau jusqu'au
rivage, pour porter, et nos gens s'amu-
soient deja a patiner et a. d'autres divertis-
semens qui, tout en leur procurant beaucoup
de   plaisir j   contribuoient  encore a leur conserverlasante. Ces amusemens durerent
jusqu'a ce qu'il fut tombe de la neige en
aussi grande abondance sur la glace que sur
le rivage.
Pendant les mois de novembre et de
decernbre, nous jouimes tous d'une excei-
lente sante. Les naturels continuerent aussi
d'en user avec nous de la maniere la plus
amicale, si Fon en excepte toutefois leur
incorrigible penchant a voler , penchant
qu'ils ne manquoient jamais de satisfaire ,
lorsque Foccasion s'en presentoit, et dont
la plus vigilante attention de notre part ne
reussissoit pas toujours a nous garantir. Pendant le mois de novembre, le thermometre
etoit du s6e au 28e degre ; et, en decem-
bre , il descendit au 2©e degre ou il resta
la plus grande partie  du mois.
Nous n'avions alors k midi qu'urt
jour ^foible et obscur, le soleii n'etant
pas a plus de six degres r et se trouyant
ceache a nos yeux par les montagnes ele-
vees au 22e degre au midi de Fendroit
ou nous nous etions fixes. Tandis que
nous etions prives ainsi tristement de la
clarte  du jour ,. et de la chaleur vivifiante
C 3 des rayons du soleil > il ne se presentoit h
nous aucuns motifs de consolation pour
nous dedommager unpeu de la scene d'hor-
reur qui nous enyironnoit. En mime temps
que d'effrayantes montagnes nous dero-
boient presque la vue du ciel,. et repafi-
doient sur nous les ombres de la.nuit dans
le milieu meme du jour, la neige eouyroit
la surface de la terre a une telle fca&teur
qu'on ne pouvoit y penetrer, de sorte qu'il
ne nous etoit permis d'esperer pendant
Fhiver d'autres plaisirs , d'autres amuse-
mens,. d'autres moyens de consolation que
ceux que nous trouverions dans le vaisseau
et en nous - mehnes.. Ce n'etoit, au reste ,,
que le commencement de nos peines.
La nouvelle annee vit angmenter le froid^.
et tomber la neige de plus belle et en p%k&
grande quantite jusqu'au milieu du premier
mois. Nos ponts furent alors incapables de
resister aux gelees excessives de chaque nult i
leur partie la plus basse etoit couyerte d'une
gelee blanche de Fepaisseur d'un pouce tout-
a-fait semblable a la neige, malgre^ie soin
que nous avions de tenir trois feux cons-
tamment allumes pendant vingt heures sur
vingt-quatre^ de sorte qu'aussitot qu'ils com-* I J8 :l(39> '   '
£f$fty£p£$&t a bruler, les porrts se trouvoient
a flot. f enfant quejtque temps , nous y
tinmes ces feux nuit et jour : mais la fu#iee
qui sortoit d'un poe*}e constant pour Fes
Jjes^ins du moment hors de Fune^jtljffr
forge$k nous inconaniodoit au point que
ceux de nos gens qui, alors,. se trq>uv extent
nial, demeturerent eonvaincus que leur malaise n'avoit pas d'autre c^gfe&^&ette fu*t
mee contiguelle. Quelque temps apres que
la a^eige eut tombe en si grange q^anfite' f
douze des nitres furent violemment atita^
ques du scorbut, et vers la fmju mois f
^en mourut quatre. Nous en eumes jusqu'j*
yingt-trois obliges de garder le lit. De ee;
nombre etoit le chirurg|en qu|^|t;€res-ma:K
Le premier officier se voyaaj] lege^ement
attaque alapoitrine, symptome o^i> d'ordi-
naire , etoit d'un facheux pronestie qn'oit
ne tardoit guere a voir se readjser > e$fc le
bonheur de se tirer d'affaire e^j^j|chanf*
continuellement les branches dyun jeune
pin, et en en avalant le jus* Mais cette n&@V
decii^f avoit un gout si desagreable quepeix
de nos malades purest se deteri$feer k conr
tinuer de la^pFendre.
Vers la fin de feyrkej?* le mal augment
m  Wm '     f & 4 1 iiflip1
f>l
■   (40)  I,'.
ta , et nou§. ne comptions pas moins de
trente de nos gens qui se trouvoient si bas
qu'aucun d'eux n'avoit la force de sortir de
son "shatnac. Quatre d'entr'eux moururent
dans le courant du mois. Ajoute^qu^a cette
epoque toutes nos provisions etoient tenement epuisees que,si de plus yiolens sympt6-
mes du mal eussent empire notre etat, nous
aurkms manque des alimens necessaires pour
©perer la guerison. Le'desespoir qui ga-
gndlt tous les gens de Fequipage rendoit
encore' plus affligeante cette triste situation
de nos affaires: car tel etoit le decourage-
ment general parmi eux qu'ils regardoient
le plus leger symptome du mal comme le
presage d'une mort certaine.
Pendant les mois de Janvier et de fevrier,
le thermometre etoit presque toujours reste
au i5« degre , quoiqu'il fut descendu quel-
quefois au 14s. Malgre ce froid excessif ,
nous fumes visites, comme a Fordinaire,
par les naturels qui n'avoient d'autres v&-
temeiis que leurs capuchons faits de peaux
de loutres et de veaux marins , mais, en
plus grande partie, de ces derniers ani-
raaux, avec la fourrure par dessus. Mais
quelque  couyert   que put   etre   le   corps (40
par cet ha&llement , leurs jambes de-
meuroient nues , sans qu'ils e*t| parus-
"sent incommodes. Nous eumes lieu de
penser qu'ils etoient dans une dise$8$
de provisions egale a la notre; et comme
nous possedions plusieurs tonneaux d'huile
:de baleine que nous avions recueillie pour
en faire notre huile, ils ne manquoient
jamais lorsqu'ils venoient a. bord sous pre-
texte que le temps etoit trop orageux potfr
qu'ils p ussent se determiner a la peche de la
baleine , de prier qu'on les en regalat; ce
que nous leur accordions torijburs, et c'e-
toit leur donner une grande satisfaction.
Si nous eprouyions les ravages d'une ma-
~ladie si effrayante et si destructrice, c'e-
toit, \k les entendre , parce^iie nous negli-
gions de prendre, comme eux, cette nour-
riture aussi agreable que salutaire.
Nous fumes d'abord tres - surpris de les
voir ins&nfcs de la mort de nos1 gens, et
du lieu ou. nous les enterrions. lis avoient
surytout remarque au bord du rivage ,
entre les fentes de la glace, Fendr&it ou
nous etions parvenus , a force de travaux,
a creuser une fosse profonde pour notre
contre-maitre, qui s'etoit attir&de leur part ' ( 42 ) , -
une consideration particuliere parson talent ayouer de la ftute. Nous imagj^#me&
d'abord qu'ils n'avoieai: observe ces tris—
tes ceremonies quje dans le dessein de
faire un festin , ne doutant pas qu'ils
ne ftissent 3e race cannibal^ Mais nous>
sumes bientot apres qu'ils n'avoient fait
cette decouverte qu'en veiilank co%li|g§ielie-
-iiaent pour empecher d'autres trihus de naturels de venir trafiquer avec fious , sans
paitager ayec eux les profit*?., quels qu'ils
fussent.
Comme ils nous  rendoient   des v£§ites
. jeurualieres ,  nous pensames d'abord que
le   iieu . de    leur  habitation   n'etoit   pas
- fert eloigne , quoique nous n'eussjions jamais pu le decauvrir. Mais nous apprimes
alors qu'ils  etoient un people vagabond,
sans aueun sejour fixe , dormant ou ils pou-
voiiht, et quund Fenvie  leur en prenoit;
qu'ils   ne   faisgiej&t  pcant   de   distp^ietion
entre la nni^t le jour, errant aussi bien
tdans un temps; que (Jans Fautre. Ils n!aHja-
; moient-jamais de   fejux  la n^ft,, de  peu»r
$&&&  surpris   par quelq^i'une   des   tribus
avec lesquelles ils sembloient etre dans un
etat d'hostiljips contiauelles, et qui ne pou*
kiM ....       ;; ||t| ■
vtiient venir les at$aquer s^ns" traverser la
glace. Car F^usage des chaussures pour la
neige etant absolument xnconnu k ces pen-
pies , il leur devenoit impossible de passer
a travers les bois.
Le mois de mars n'app^ta aueun sou-
lagemopt k n#s infortunes. Ii fit aussi.fi^igl
~^ue|^e$bdant les mois qui JJaifoierit :g&4f|j&l&»
Dans ^commencement * il tomba une grai?r-
jfje quantise de neigerqiii^aug^en-taTjl^^^iu-
bre des malades et la viole^ee du mal chea
ceux kmi en etoieat  d4j& lattaques. Dans
le entrant de ce mois, nous euaies arem-
plirun. triste devoki en rend^it, dUj^e^
que noi*S3pAntes , les deripiers honneurs a^qt
restes du cj$pur§|en et du pilote* De pastils
maux etoient cruelsa supporterj| e^Jfa. perte
du premier , dans un moment stir-tout ou
,$Jes GO^noisSja^c^s enmedeciiare nous fet oiept
si necessaires:, paroitra, sans doutej^lt ceux
qui   liront   ceci, le comble de Fa^cfioa
pour nous.
Le premier officier se sentant attaque de
nouveau, eut recoups aux in^ines moyens
de soulagement qui lui avoient deja si bleu,
reussi apparayant , Fexercice et lejusd^
pin. II %\ une decoction  de ce dernier re-
p- I   (44) ,...%'   ft.
rmede extremement^degoutante f* et tres-
diflicile a garder sur Festomac , malgre
qu'elle fut delayee. II en prit a plusieurs
reprises comme de^'ernetique , avant qu'elle
produisit insensiblement son effet: et peut-
etre ce¥etard meiife aida-t-il, en nettoyant
Festomac , a preparer le succes de cette
medecine anti-scorbutique. Le -second offi-
cier et un ou deux de nos marins ayant
observe le meme regime, en eprouverent un
serhblable soufegement , et se tirerent
ainsi d'un etat presque desespere. Un des
symptomes de ce funeste mal est de se sen-
tir du degout pour"le mouvement, etude
^repugner a prendre quelqu'exerciee, tandis
que ce remede seroit pregisemett le plus
salutaire de tous.
Nous nous vimes prives par la mort de notre chirurgiende tousles seeours de la medecine. Tous les soins que les malades pou-
^oient attendre du zele le plus tendre et
le plus vigilant , ils les reeevoient de moi ,
du premier officier et d'un matelot qui etions
les seuls en etat de leur rendre ce service*
Mais nous nen voyions pas moins avec une
vive douleur diminuer chaque jour notre
equipage par les ravages de cette terrible ( 45 )
maladie.   Plus d'une ,Je>is ,   je m'entendis *
appeller pour aider a remplir le triste of£U
ce de trainer les cadavres a travels la glace
jusqu'a une fosse profonde que nous avions
creusee de nos mains m&me sur le riyage
pour leur sepulture.   Le traineau sur lequel
nous allions   chercher, le  bois  etoit   leur
chariot funebre ,   et un creux dans la glace
leur servoit de tombe. Mais ces  ceremonies , quelque  grossieres  qu'elles fussent,
etoient accompagnees de cette douleur vraie
et sincere qu'on ne voit pas toujours a la
suite de l'appareil pompeux qui conduit For-
gueil humain ade superbes mausolees. Notre
seul bonheur, ou, pour parler plus juste,
le seul adoucissement a nos maux etoit lors-
que nous pouvions  quitter le vaisseau, et
nous eloigner assez pour ne pas entendre
les cris douloureux de nos infortunes pa-
tiens , et pour trouyer^quelque consolation
dans l'examen solitaire de Fafjfreux abandon ou nous etions plong^Sr. Tous nos cor-
diaux etoient epuis^s depuis long-tenips.
II ne nous restoit pour soutenir les .malades et pour les fortifier, que du biscuit ,
du riz, et une petite quantite de  fai^ne :.
mais nous n'ayions ni Sucre ni vin a leur
1
5M (46) j-
ck>nntfc Nous ne ^anquions pas de bceuf
sale nide perc: mais, quand ces viandes
e**ssent ete une noSfirriture convefnable , la
repugnance que leur vue seule &*spiroit a .
itos malades auroit sufSpour en empecher
lleffetsalutaire.Le poisson ou les oiseaux tffel
t&ient pas en ce pays un present de Phiver.
X5ne comieille ou une moueite nous parois-
soient des friandises tr^s-rares; et quand nous
luaftgions un aigle, c'etoit un veritable regal.
Nous- en tudraes un ou deux, au moment
ou ils sembloient, en voltigeant autour de
nous, vouloir faire curee de notre chair,
au lieu de se#yir aux besoins de notre table.
Nous fin&fijes aussi par tuer, non sans beaucoup de regret, deux bones que nous avions,
male etfemelle , de m&me age. Ils avoient
efe comme nos ecmipagndns pendant tout
le voyage : nous en seryimes a nos malades
pendant quator&e jours avec du bouillon
fait de leur chair.
Qu<§>ique #ous fussions a: la fin demars,
le temps n'ayoit pas du tout change. Le
froid continuoit dians toute sarigueur. Nbus
commen^ames pourtant a concevoir quel-
•ques espeVances eii w'yant le soleil, si long- B ■ I      U7)
tempsrcache k nos yeux , poindre, sur le
midi, a Fextremite du sommet des rnon-
tagnes, Le thermometre etoit reste pendant
la plus grande partie de ce mois au i5e et
au 162 degre , quoiqu'il se fut eleye quel-
quefois jusqu'au   ije*
Au commencement d'avril , il gela tres-
fort, et nous eumes des vents tr^s-violens.
Vers le milieu de ce mois , nous eumes quelques fortes brises de ventvde sud qui pro-
duisent un temps d'ete dans ces hauts de-
gresde latitude, comme celles du nord don-
nent un temps d'hiver. Ce changement
amen a , comme on pent le supposer , une
alteration sensible da-ns Fair. Mais ce
vent o.ccasionna de fortes giboulees et ne
resta pas au sud , de sorte que lorsqu'ii
repassa au nord, le froid fut aussi ri-
goureux qu'il Favoit jamais ete. Sur la fin
de ce mois , il s'eieya un combat perpe-
tuel entre ces vents opposes , et d'autant
plus desagreables qu'ils occasionnoient un
temps epais et brumeux. Tant. que le vent
de sud res;na, Fetat de nos malades em-
pira , et dans le courant de ce mois. ii
nous mourut trois lascars et quatre euro-
viens. Le second officier et ie matelot qui
■LI
fe
P I. , (48)    ;  L
avoient eu recours au regime du jus de pirt
se trouvoient alors assez bien retablis pour
pouvoir aller , un instant seulement,
jouir, sur le pont , de la bienfaisante
influence des rayons du soleiL Le succes de
leur regime engagea plusieurs de nos malades a recourir a la decoction, et quelques-
uns sedeterminerenta en continuerPusage.
Mais la plus grande partie d'entr'eux negli-
geoit ce remede, Ils aimoient mieux mou-
rir a leur aise ( c'est ainsi qu'ils s'expri-
moient) que de souffrir les cruels tour-
mens (|k'un remede si degoutant faisoit
eprouyer.
Vers la fin du mois, au soleil de midi, le
thermometre s'eleva jusqu'au 32e degre :
mais, la nuit, il descendit au-dessous du 27°.
Pendant les derniers jours de ce mois, les
naturels nous apporterent du hareng et des
oiseaux de mer. Je me chargeai moi-m6me
de distribuer le poissbn'a nos malades. J'es-
sayerois^rrutilementd^xprimer les transports
de joie qui se peignirent sur leurs visages
blames et defaits lorsque je leur donnai
cette nourriture si bonne etsi rafraichissante.
Nous ne manquames pas d'engager, par
S tous y
Up)     .
tons Jes mo'yens qui dependoient de nous ;
les naturels a nous procurer le plus souvent
possible la ressource d'un mots si propre a
les fortiiier-jjn (
f$Ces honnes gens commencement a nous
consqlejr-en nous assu^ant que le^froid ces-
seroit:: ^"entQ*.; II est certain^qu'ils n|His
ayoien§ touj ours plonne a entendre, en
comptant le nomb^^ggriJuries, que Fete
pomraencez&it versri^n£il4f^^|u mois de
l&ai^Le spleil formoit dej%un grand? eercle
sur lej|^j^^^es ^g|f^g|ej|^%|)A midi, la
chaleur jfffftl^exceSfl^e* Le^gl^Qin nous .ye g
noitjiSflBpL en asserffe%ll4^ fi$lPtitj4 Nous
centimes naitre enfi^-J^sgpir, que ceux^de
3^ojE|3qui survjvrQ$ent pc$$tr|§|e}Ut sorjir de
jce §f joiif$ de de|^.ti(ift, et geto urner dan s
QQl$&$®$$i Ce^^angement ifens notre situa-
t%$^$&nW^k$9HemenflHes e$p$$s-$es ma-
Jaqes, que plusjceurs d'eH^r^ix c on securest a &tre portes sur le g§|llard^pur y joi&ir
delachajeur du§e$b|y &g§§I^e se trouvoient
ils ajj#|r, qu'ils s'e^anouiss^ftent. Ce^qu'il
„y a de ti^js-singulier, cl^^ep^^gurs de
ces; m^heureux pattens conservoient un
courage1 surprena.^^anf^u'ils et&ien&fclans
le^lit, pouyoient teut dire et toug faire I
Tome I, D
• r   «
,» 'r
parpissoient, en un mot<Jpgueris entiere-
ment de leur mal, et que le moindre mou-
Vement, le plus leger balancement de leurs
hamacs , leur causoient coup sur coup tant
de-Jdouleurs d'agonie, tant d'evanouisse-
niens, que chaque raonlent sembloit devoir
etre le dernie#pour eux. lis restoient dans
cet etat pros d'une demi-heure sans pouvoic
reprendre connolssance*
% A Fepoque du <6 mai;, il se fit un ehan«*
gemeiit surprenant dans toutes nos affaires.
Ceux de n<$§ marins dont l'efot n'etoit pas
encore des^s^fe*^ guerirent miraculeuse-
s&entpar Feffetde la decoction qu'ils burent.
Nous eumes aussi alors du poisson autant
que nous pouvioW^i'ni^fager, ainsf jqii'une
quantite^d-'ois^aux dernier de diverges espe-
ceS^ont^les iia&irels nous apportoieut cha~
tfi© jour*de;^ouvelles provisions. EnfinJ
nous avions yu ^a§ser au-dessus de nous des
b&ndes d'oies W^' canards : mais aucuns
xi etoient ve^^^H^o're^ nofre "pffirtge. ■
3#e ':-'iy%jr une-conf^agnie de naturels du
^fe|pj'aveclesipaeTsse trouyoit le.rfi'de VEn-
4#^£*£ nomme Shenlf^my,?vint ^bord en
sga&nd appareil p^ur^ous feliSter^d83§§£duf
de Fete, lis nous apprirent aussi qu'ils ay omenta '     ■"    i(51)       I-   *
TO deux vaisseaux en mer. Quoique cette
nouvelle.nous fut successivement confirmee
par de semblables avis que nous dorinerent
d'autres naturels, nous ne croyions pas encore devoir y a j outer foi : mais le 19 , tous
nos doutes furent leves par Farrive'e de deux
canots conduisant une  chaloupe  dans la-
quelle etoit le capitaine Dixon, du vaisseau
la Peine Charlotte, parti de Londres, vaisseau qu'il avoit laisse avec le FLoi George,
capitaine Portlock, aux iles Montagu , pour
Venir a notre recherche, guide par les ren?
geignemens des Indiens.     H
Si on examine toutes les circonstances de
notre position a cette epoque, une  telle
rencontre paroitra Fevenement le plus extraordinaire. En refiechissant a l'affreuse situation dans laquelle se trouvoient le Nootka
et les gens de l'equipage . aux ravages de la
znaladie qui les consumoit, a leur affliction
profbnde,7a ce deplorable etat si cruelle-
ment prolong! jf a la crainte funeste, mais
trop fondee, que nous devions avoir que la
foiblesse de nos gens et le delabrement du
vaisseau ne nouspermissent pas de quitter ce
sejour de desolation, quand m£me le temps
se relacheroit, et la saison deviendroitplus
D 2      ♦ 11
M
•  if    {&of v/ ■   ,
favorable; en songeant, dis-je, a. tous ces
Sujets d'affliction qui formoient le triste ensemble de nosmaux, on ne sera pas surpris
que nous ayons accueilli le capitaine Dixon
avec des transports de joie, que nous Fayons
baisne de nos larmes comme un ange tute-s
laire. Je ne discoiiviendrai pas non plus que
nous n'ayons recu toutes sortes de services
et de secours du capitaine Portlock dont il
etoit Fenyoye. Et ici, j'aurois du. terminer
cette partie de mon sujet: mais comme le
dernier de ces deux messieurs ajuge apropos de se representer dans le recit de son
voyage , comme possedant toutes les vertus
d'un Samaritain, et les^ ayant exercees a
mon egard, j'ai pense, moi, qu'il conyenoit
d'exposer Fhistoire de sa conduite avec toutes
les pieces justificatiyes necessaires pour que
le public parvienne a connoitre la verite J
et se trouve en etat d'apprecier l'etendue
des obligations que j'ai a ja justice, a la
senerosite , a Fhumanite du capitaine Port^
lock (1).
(i) Aii mois -demai 1787, le capitaine A. Portlock
arriva sur le Hoi George   a un port de lentree  dn
prince Guillanjne , ainsi que la Heine Charlotte ? ca-
v
ms. I I  1    153) , (
Au 12 mai, le soleil fut tres-ardent a.
midi ; et comme le vent du sud re^noit
alors , Fair etoit doux et agreable. Pendant
pftaine Dixon. Celui-ci fut envoye avec des chaloupes
pour alier a la decouverte de quelques terres ou Von
put faire le trafic, et arriva a Y'anse fermee avec Ia_
chaloupe du vaisseau le Roi George , et deux autres
pour la peche de IcTbaleine. Ils apprirent par les naturels du pays qu'il y avoit pres dreux un vaisseau a Pan-
cre , et se doutdrent bien que c'etoit le Nootka , capitaine Meares. Sur cet avis , le capitaine Dixon se fit
conduire par les naturels r et arriva a bord du Nootka.
assez tard dans la soiree-
Lorsque la surprise que nous eprouva'mes de part et
d'autre fut un peu-diininuee, je fis part au capitaine
Dixon dte ma situation et des peiiies que nous avions
essuyees. II me r^pondit qu'il dependent- da capitaine
Portlock seul de nous dbnner les secours dont il voyoit
*/
que nous avions si~ grand besoin , et me proposa de me
rendre Te lendemain matin de tres-bonne neure aux vais—
seaux qui etoient eloignes de nous a vingt lieues environ.
Ii ajouta aussi qu'il ne doutoitpas que le capitaine Porr-
lock ne mit en mer des qu'il apprendroit ces nouvelles
a notre sujet.
Je fis sentir notre situation au capitaine Dixon 5 je
Ite previns que je n'avois pas de chaloupe capable d'a-
vancer jusqu'aux vaisseaux. Je le priai done de me-
dire s'it voadroit bien me prendre sur son bord y pour
que jepusse aller fake au capitaine Portlock le recit &&
d a le jour , et a Vombre, le thermometre res-
toit au 4°c degre ; mais, la nuit, il des^
cendoit  a. la  gelee,   et une  glace legere
nos infortunes. Mais il m'apprit avec beaucoup d'hon-
netete que, quoiqu'ii put me repondre en toute assurance de me faire faire le trajet, il ne pensoit pas que
le capitaine Portlock se determinat a me donner une
chaloupe pour revenir. Je fis alors reflexion que, si je
me rendois jusqu*aux vaisseaux, et que neanmoins ils-
missent a la voile , me laissant revenir comme je pour-
rois 5 je me trouverois dans uife position plus malheu-
reuse encore ; je songeai de plus que, quoique le capitaine    Portlock    dut   se   trouver %en   quelque   sorte
oblige   de   me   renvoyer   a   mon vaisseau  dans  une
de ses chaioupes, une fois que je me serois determine
a me rendre aupres de lui, la distance qui nous sepa-
roit etoit si grande qu'elle  prendroit necessairement
quelques jours de son temps , ce qui ne pourroit   que
nuiie a son voyage. D'apres ces considerations, j'hesi-
tai a me rendre aupres du capitaine Portlock, et je lui
envoy ai une lettre par le capitaine Dixon. ( Foyez le?
n°. I * page 74 de ce volume. )
Quelques heures apres le depart du capitaine Dixon ^
il nous vint en pensee que si nous pouyions reussir a
mettre la chaloupe en mer, et a avancer jusqu'au vaisseau , ce seroit le moyen de nous assurer du secours
avant le depart de ce batiment.
La chaloupe, il est vrai , se trouvoit dans un etat
deplorable} car ce fut avec la plus grande difficult^ qu$ ■■• Rlill
«e repandoit sur tout ce qui avoit degele
dans le jour. Le grand corps de glace dont
nous etions  environnes , commenca a se
»■
«sa»
aaous parvinmcs. a. la faire tenir a flot qstend nous l'eiu^
mes mise en mer. Je m'y embarquai , quoi qu'il en
soit, le meme soir , accompagne du premier ofncier et
de cinqkommes. J'emportai avec moi deux tonneaux de
rhum, et plusieurs sacs de riz,pour demander en ^change
du genievre , un peu de sucre et du fromage , toutes
ehoses dont Les vaisseaux avoient | selon le rapport dit.
capitaine Dixon ,. d'abondantes provisions.
Heureusement nous, eumes. beau, tlemps i nous arri-
vames au vaisseau le jour suivant,. vers les trois heure*
de l'apres^midi, k IXnstant meme ou.une brise de vent,
commencoit a nous menacer;. Lorsque nous fumes arrives
bord a bord du Roi George , la chaloupe §toit a raoitie--
jpleine d'eau , et le charpentier/ ne put s'empecher de
temoigner sa surprise de ce que nous nous etions ha-?
sardes a nous y transporter d'une pareille distance.
Lc capitaine Portlock nous recut avec de grander
marques d'honnetete. Le capitaine Dixon n'etoit arrive
que peu d'heures avant nous. Des que no as- efi.na.es pris
quelques rafraichissemens, j'exposai au capitaine Port-
lock le sujet de moit message. Il me dit,, apres m'avoir
entendu , qu'il consulteroit a cet egard le capitaine
Dixon. Je continuai alors a lui donner sans reserve
tous les renseignemens relatifs aux diverses expediting
sur la c6te, a lui faire connoitre quel objet elles pou—
voient avoir j l'intervalle probable de temps qu'on rnsfc-
D4 i ;']. r
detacher du rivage, ou. il etoit brise par let
maree qui s'eleye a dix-huit pieds d'ou elle
tombe ensuite , tandis que le courant rapide
:
■ IH
troit a. arriver, etc. etc. toutes instructions qui de-
•voient etre pour lui d'un prix d'autant plus inestimable
qu'il ne connoissoit aucun autre vaisseau. Ma seule
sensibilite aux malheurs de son voyage me porta a
lui dormer ces renseignemens , et a le guider dans la
route qu'il se proposoit de suivre. Je lui fis part, en
un mot, de tous ceux qu'il dependit de moi de lui
communiquer. ^M
Le capitaine Portlock-ne tarda pas a me declarer ert
presence du capitaine Dixon qu'il se trouvoit hors d'etat de me fournir un secours en hornmes 5 ce qu'ils
firent, je pense , pour donner phis de prix a cette fa-»
veur. Car Jorsque j'eus insiste vivement pour obte-
:nir cette partie de mes demandes , que je leur eus
represents tout ce qu'exigeoit l'humanite , et tout ce
qu'ils attendroient de la mienne en pareille situation f
ils consentirent a me donner deux hommes , savoir
■un de chaque vaisseau, mais ils mirent pour condition que je leur en ferois de nouveau la demande par
unfc leitre. Je leur ecrivis done. (Foyez n°. II, p. 78
de ce volume. )
Les capitaines firent alors appeller deux matelotSy
et ( je suppose que ce fut par delicatesse ) sortirent
anBsit6t de la chambre ou j'etois avec eux. Les deux
matelots me declarerent qu'ils m'accompagneroient pour
quatre livres sterlings par mois ? et ajouterent k ceUe* ; ||f) .   . |   J
du degel sur les terres chasse les morceaux
de glace dans la mer. Le vaisseau commenc^a
alors a s'agiter sur ses ancres, la glace ay ant
*%
condition que je leur donnerois a chacun une peau de
loutre. II paroissoit inutile de raisonner avec eux.
J'etois absolument a leur discretion. Je conclus done
le marche , quoique leur salaire sur les vaisseaux euro-
peens ne fut que de trente shellings par mois 5 mais j'en
exceptai la peau de loutre. Je m'etois ^ttendu,je l'avoueT
que le capitaine Portlock interviendroit dans Parrange-
m&nt pour que tout fut regie d'une maniere plus avanta-
geuse pour moi. Le traite fut dresse par ecrit, duement
signe et scelle, entre les deux matelots et moi 5 et le capitaine Portlock signa comme temoin.
En retour des deux tonneaux de rhum de cinquante
gallons chacun , et de douze sacs de riz d'environ 5oo
livres , je recus six gallons d'eau-de-vie , onze de ge-
nievre , deux tonneaux de farine de vingt gallons chacun , dix gallons de melasse, et six pains de sucre
anglois.
Le meme soir, d'apres la demande que je lui en fis y
le capitaine Portlock ordonna a son charpentier de cal-
fater le fond de notre chaioupe, de maniere qu'elle fat
en etat de me reconduire.
Pendant ces actes de bienveillance et de civilite re-
ciproques, je croyois reeliement avoir les plus grandes
obligations au capitaine Portlock. Pour lui temoigner
ma reconnaissance ? je lui offris tout ce que j'avois pu
fe
i ( 58 )
fondu.tout autour. Nos malades se retablis-
soient a vue d'oeil. Deux d'entr'eux, cepen-
dant,   ne   ressentirent pas les bienfaisans
conserver en objets-utiles r comme du rhum , du riz et
un cable neuf de treize pouces (d'Europe) ; mais il re-,
fusa de rien recevoir, alleguant qirHl n'en avoit pas
besoin. Dans la soiree de ce jour, je lui fis mes adieux ,
et j "arrival heureusement a bord du Nootka avec les
deux matelots.
Peu de jours apres , je fus surpris de voir entrer-
dans Vanse deux chaloupes du capitaine Portlock..
Elles m'apportoient de sa part la lettre qu'on va lire :.
Cap Hichinhroke , d bord du Roi,
George , 10, mai 1787*
M o bt s 1 e ii
R
« J'espere qu'au moment oil vous recevrez cette^Tet*-
fare , vous serez debarrasse des glaces, que le rjeste de
votre equipage sera relabli , et que votre vaisseau se
trouvera en etat de quitter Ventree. Je pense que vous.
ne sauriez trop accelerer votre depart, attendu qu'ea
quittant la c6te , vous pouvez arriver rapidement au
milieu des iles Sandwich , ou vous trouverez tous lesk
rafraichissemens necessaires pour mettre les gens de
votre vaisseau en etat d'avancer du c6te de la Chine*.
La*, je me flatte de vous voir en bonne sante dans 1*
temps favorable pour m'y rendre >& f   <59>
effets du retour du soleil; et malsre tons
les soins que nous pumes leur donner, ils
augmenterent le nombre de ceux pour qui
W^*x. Ce fut, je crois, le second jour apres que vous.
nous eutes quittes, que nous fim.es voiles du port Rose
a l'ile Montagu. Apres avoir fait le tour de l'extremite
orientale de cette ile, je fis force de voiles pour arriver
en ce lieu ou je me trouve tres-expose. Mais , a tout
evenement, je me propose d'y rester jusqu'a ce que ,ma
chaloupe soit de retour de la riviere de Cook et de la
cote qui aboutit a cette route, ou je l'ai envoyee le
lendemain du jour que vous nous quittates j et d'oui
j'attends qu'elle reviendra sous un mois ».
« Le capitaine Dixon prit conge de moi au cap. Sa t
destination est au midi vers Ventree du Roi George.
Ii a ordre de relacher a tous les ports qu'il trouvera le
long de la c6te, et de voir ce qu'on peut esperer de
faire dans la route jusqu'a cet endroit 5 et comme de-
puis son depart le temps a ete tr&s-favorable, j'espere
qu'il en tirera bon parti j>.
<t Je me rappelle vous avoir entendu dire avant de
nous quitter qu'il vous restoit une grande quantite
d'articles de trafic. Dans ce cas, mon bon ami , je
crois , vu l'etat actuel de votre situation qui ne vous
permet pas , ou au moins qui ne devroit pas vous per-
mettre de songer au trafic \ je crois, dis - je, devoir
vous prier de m'en abandonner une partie. Ceux que je
desire sont des verroteries de differentes especes .   sur- W   fi
9
un destin cruel avoit marque Fheure dn
dernier sommeil sur ces affreux rivages.
La surface de.la terre etoit toujours cou-
tout de la petite espece des vertes et des jaunes , de
eelles-la le plus qu'il vous sera possible 5 dir fer brat,
*et votre enclumede reserve. Vous vous rappellerez ausst
que je vous ai parlS du besoin que j'avois de poivre et
d'un compas ».
« J'espere vous voir a. votre passage par Ventree , et
je demeure avec estime sincere ,   votre ,   etc. il
Nathanael Portlock.
Au capitaine Jean Meares,
Commandant  le vaisseau Snow Nootka 9 anse de
Sutherland ( Sutherland - Cove ) ,  entree du Prince-
Guillaume.
Je lui ecrivis par les chaloupes Iorsqu'elles s'en re-
tournerent. ( Foyez n°. Ill, page 79 de ce volume.}
Je n'h^sitai pas un moment a remplir l'objet de sa let-
tre 5 et comme je ne pouvois pas donner pour le moment tous les articles de trafic parce qu'ils etoient ser-
res a fond de cale, je lui envoyai ce que j'avois sous la
main, savoir le compas, du poivre , quelques sacs de
riz de quatre-vingts livres chacun, et "plusieurs autres
articles que je-pensois pouvoir lui etre necessaires ,
tpioiqu'il s'en fallut bien qu?il se fut empresse de pour—
voir a mes besoins avec une egale attention en en-
voyant ses chaloupes.
Au bout de quatorze ou quinze jours , le Nootka. I -(<Si)
irerte de neige. La cime des pins offroit
les seules productions vegetales qu'on put
encore se procurer. C'etoit une ressource
fut pret a mettre en mer. Nous sortimes done enfin de
cette anse ou nous avions ete emprisonnes si long-
temps , et vinmes mouiller le soir du jour suivant au
port Etches, ou le Roi George etoit aussi a l'ancre. Je
rencontrai done de nouveau le capitaine Portlock a qui
je fis mille civilites.     ^«jg|
Peu de jours apres mon arrivee , comme nous nous
entretenions fort amicalement  ensemble a bord de soil
vaisseau , je fus tres-surpris de ce qu'il me remit dan#
la main la lettre suivante :
A hard du Roi George , port Etches j
o, juin 1787. pj§r*£
•' -.*  ■*_-"' IP*       fTfiSal      ^^S^f *tt tat*'■
Capitaine Meares, >|jp
HT-
« Dans le moment ou je me proposoi^de vous dossier Thomas Dixon et George Willis pour vous aider
dans la navigation du Nootka vers:1a Chine, je ne
pensois. pas a quitter cette entree ,ni a avancer au^*au-
tres parties de la c6te ; ainsi votre sejour "dans1 ^entree
j&t la continuation de votre trafic avec les naturels he
pouvoit m'affecter bien essents&llement. Je ne crus AoWd
devoir vous proposer, pour prix du secouf^. que je vous
donnois , aucunes conditions ,:<quoique je iz^d&irtg'fi&S'
£.» l'einpressement avec lequel vous eussiezl souserit- a, C 62 )
que les rigueurs de Fhiver avoient daigne
epargner en notre faveur, etqui devint un
remade tr£s-efficaee pour ceux qui en con-
tinuerent exactement Fusage.
j    1 «—»****"    " ' **m .1 ••    1 trni, mm*       1 ■«■   ■■■■!!■■—     .i    —^—^^*«»***Wfc—;<
celles que j'aurois cru devoir mettre pour prix a. mes
Services. Depuis cette epoque , de fortes raisons m'ont
determine a adopter us autre plan dont une partie est
de rester dans Ventree , et d'acheter les pelleteries de
toute espece qui passeront sur notre route 5 et comme
votre sejour dans VentrSe et le trafic que vous pourriez
faire intercepteroient naturellement une partie considerable des objets que j'aurois l'espoir de me procurer au
moyen des echanges , je me trouve oblige par mon zelc'
pour les interets de mes commettans de vous proposer
les conditions suivantes, auxquelles vous jugerez ne-
cessaire de souscrire , si vous desirez conserver les se-
cours que je vous ai dejd donnes. Ces conditions sontf
que: vous vous engagerez par une obligation de cinq
cents livres sterlings a ce qu'aucun commerce ayanfc
pour objet des peHeteries , de quelqu'espece qu'elles
.nuissent etre , ne sera enft'epris ni par vous ni par aucune personne de votre equipage pendant le sejour que
jpous ferez dans V entree dans cette saison , et que vous
me ddnnerez vingt barres de fer et quelques grains de
verre. A ces conditions seulement , vous pourrez con-
server le secours que vans, tenez dejd de ma bienveil-
lance. et esperer par la suite ceux qu'il est en mon
pouvoir d& vous donner encore. Je dois vous assurer
<fen meme temps que , si j^Sjois daiis votre situation \ je ;..'.;   .-I:;;;   ..,(63   )      ; J^j
Le 17 mai, une fonte general e des glacefc
eut lieu dans toute Fetendue de Yanse ; et
lorsqu'enfin nous nous retrouvdmes en pleine
n'h^siterois pas un moment a souscrire a des conditions
telles que celles que je vous propose. Vous avez fait de
Jbonnes acquisitions; j'ai les miennes a faire. Vous avez
^)lus d'articles de trafic qu'il ne vous est possible d'en
*debiter. II convient que je me fasse aussi ma part »*
JNFathanael Portlock. ;3$T
TJne demande si peu delicate excita tout mon eton-
tiement : ce ne fut pas sans effort que je parvins a re-
tenir---'lfiHsiignation que je Vegsentois naturellement de
voir qu'il; n'avoit pas honte de vouloir tiffer parti de
l'abandon deplorable ou jejne trouvois. Mais enfin, que
|pouvois-je faire? Force par une cruelle necessite , je
souscrivis a toutes ses demanded avec la condition ce-
pendant qu'il m'engageroit sa "i^arole d'feonneur de me
donner encore un de ses homm^yretr m&me l!eip$ranc9>
d'avoir un garcon. II m'avoit d'ailleiirs pre^saiu qu'il
avoit a bord une forte provision de Porf^pipour le mar-
che du Japon, ainsi que d'autres articles , tels que du
«ucre y du irbocolat, etc. 5 qu'il m'enfi&irnirtiit tout ce
dont je pourrtws avoir besoin , au prix de Canton y son
intention n'etant pas d'aller au Japon. Comme ifrbine
promit avec assurance de me pa;ociirertCous:ces objetsij
Je m'engageai en retour a ne point Tfaifce'de trafic et a
ae point le laisser faire a mon inondfl,.et je lui envoyai
l& fer et les grajafei de verre. Avastque;j|e le quii^asse j m
■(64)     1    f
eau; Fespoir de quitter un pays qui avoit
ete pour nous un theatre d'affliction et
d'horreur, apporta dans nos coeurs abattus
une consolation difficile a. exprimer.
il fixa le jour suivant comme celui ou il mtenverroit
I'homme en question, peut-etre le garcon, mais bien
.certainement le Porter, qui eut ete pour nous une acquisition d'un prix inestimable, a cause des attaques de
scorbut auxquelles nous etions sujets, et parce que nous
n'avions pour subsister dans les iles que du bceuf sale
dont Fidee seule nous d^goul&it.
|% Le jour suivant, son charpentier vint a. bord. II com-
menea. a calfater le pont, et a examiner les pompes. Le
"Capitaine Portlock employ a aussi quelques -uns de ses
homines a brasser de la biere et a eouper du bois pour
;XLQUS. 'j&4
^ Le capitaine Portlock avoit fait tout cela avec des
protestations sftjsoifvent reiterees qu'il n'avoit en vue
que le bien des proprietaires qui lui avoient donne leur
Jconfiance , et avec tant de marques d'amitie que j'y fus
-reellement |trompe.
-ffl Pour calfater une partie de .notre pont, son charpentier avoit employe environ cinquante livres d'etoupe a
lui. Je n'en avois point du tout. Je manquois egale-
ment d'hommes pour la preparer. J'envoyaicfcbord
environ onze brassesodfom vieux cable pour se^dr en
place. Bientot apres, un des gens du capitaine Portlock
.vint me trouyer.fH etoit charge de me dire qu'on avoit
besoin de vingt-brasses de cable de pins pour employer
Le (65)
J|»e nombre des naturels que nous avions
Vus n'excedoit pas celui de cinq ou six cents.*
C'est une race d'hommes yigoureux , mem-
au lieu d'etoupe. Surpris d'une pareille demande ,
j'envoyai mon premier officier au capitaine Portlock
pour lui exposer que je n'avois plus dans le vaisseau
de bouts de cables, ni d'autres vieux cordages , et que ,
s'il persistoit dans sa demande, il me faudroit sacrifier
un cable pour le satisfaire 5 qu'enfin, je pensois que ce
que j'avois deja envoye etoit plus que suffisant. Bientot
apres , je recus du capitaine Portlock la lettre sui-
vante : £^
Mon cher Monsieur,
cc Je serois charme que vous mWvoyassiez les huit
autres barres de fer carre  qui  Completent  le  nombre
dont nous etions convenus. Si vous n'avez* point de fer
carre, il faut que je fasse battre du fer plat: mais je crois
que vous avez assez de Pun et de 1'autre pour en donner facilement.  Une des douze barres que j'ai deja re-
cues a ete employee par mon armurier a  etendre vos
verges de pompe et a accommoder les pistons. Je puis
done dire que je n'en ai reellement recu qu'onze.  En
consequence de ce qui s'est* passe hier entre nous rela-
tivement aux vieux cordages , j'envoyai  mon contre-
maitre a bord, et m'attendois qu'il en recevroit environ
quinze brasses de plus. On lui en a offert cinq ou six :
£1 a refuse de les prendre pour les rapporter; au vais-
Tome I* E >
:    {66)    i    9
brus, et d'une taille plus haute en general
que la taille commune des Europeens. Ils
n'ont ni villes, ni villages, ni sejour fixe.
$m iimiii i     ■  .111 ■———■—.—.   ni ii i ■ in  i i i . ii ——
steau , parce que je lui avois dit qu'on lui en donneroit
^davantage. Vous devez considerer la perte qu'il y a
dans la preparation de l'etoupe, et, en outre, l'occupa-
tion de mes gens dont le travail auroit tourne au profit
de mon vaisseau dans quelqu'expedition de trafic en
haut de Ventree , s'ils n'eussent point ete employes
pour voire compte. Mais enfin, dans cet £tat de choses |
ii faut que toutes les mains travaillent pendant quelques jours et preparent aussi de l'etoupe , afin que le
eharpentier puisse calfater mon vaisseau apres avoir
fait cette besogne dans le v6tre. La perte de temps qui
«st resultee de tout cela est done bien plus prejudiciable
aux interets de mes commettans q[ue je ne puis suppose r que 16 seroit aux v6tres celle de cinquante brasses
de vieux cordages. Expediez cette chaloupe aussi promp-
tement qu'il vous sera possible, et le troisieme homme
sera bient6t pret a vous aller frouver. J'espere que
yous vous portez bien ce matin, etc. n
Je suis tres-sincerement,
Mon cher Monsieur 9
Votre , etc.
2iT. Porteock.
J'envoyai alors au capitaine Portlock le cable qui Ks errent sans cesse dans toutes les parties
deA'entrde au gre de leur caprice ou de
leurs besoins , resardani tout ce territoire
Irenfermoit vingt ibis la valeur de ce que j'avois reci$
de lui.
II me pria a&ssi <k& lui |*f eter six caisses d'armes ^ quel*
^|ues mousquetons et I'enclume jusqu'&uuiomentOu nous
nous rencoftirerioiis i a la Chine. Je les lui envoyai sur
le champ.
Quoi qu'il en soit, ii diffe'roit de jou* en jour a en*
Voyer 1'homme ^ le garcon et le Porter, en un mot , k
remplir le reste de son engagement; et les choses en
demeurerent la jusqu'au monuent ou nous fumes en etat
d'entrer eumer. Je priai alors M. Koilings de se ren*
dre a bord du vaisseau dti capitaine Portlock pour ta-
cher de le determiner a satisiaire aux conditions, et 4
Sauver ainsi soa honneur. Mais quel fut mon etonne-
ment de voir revenir M* Hollings avec la r^ponse sui-»
Vante de sa part j « qu'il me msttroit e& reserve vingt
douzaines de bouteiltesde Porter «t dix gallons de genie-vre pour un cafele neuf d'Euroipe de tfeiae pouces s
(observez qu'il oolite Au Bengale pres de deux cents
livres sterlings ) qu'il. ne |Doavoit pas me eeder un
Ixomme , mais qu'il me donneroit une vieiiie haussiere
de neuf pouces de quatre-yingts brasses m. On concoife
que je rejettai cette oflre avec indignation, les Mbjets
<|u'il me proposoit n'etant pas, a beaucoup pres, d'une
egale valeur. Je ne stipportois pas d'ailleUrs l*i*&e du
tefus opiniatre qu'il faisoit de remplir i'engagement con-
E 2*       *SM n
1
S-
comme; soumis a leur domination, et n'y
laissant pas penetrer une autre tribu lors-
^u'ils sont assez en force pxkif s'opposer a
m*mmtm,w ,  v ■■»■
tracte avec moL Je lui dis, au reste, en presence de
M. Hollings , que, s'il etoit en peine d'un cable , je lui
eh fourniroisuri ,-au prix que le payoient ses proprie-
taires , mais pas a d'autres conditions, n'ayant pas
ordr'ede dissiper akisr la propriete du vaisseau.
Je lui observed alors que si son honneur lui tenoit
peu a cceur , au moins il lui: paroitroit peut-etre de
l'humanite de n'ous donner les articles qui pouvoient
arr&ter les' cruels effets de la maladie qui nous deso-
loit, jusqu'a ce qile nous eussions gagne les iles Sandwich. Je lui representai qu'il etoit "e^ontre son interet
et contre celui de ses proprietaires de reserver un seul
article de eerjgehre pour l£> Chine , lorsqu'on lui en of-
froit le plus haut prix qu'on en eut jamais donne a
Canton.
Je ne pouvois , comme je 1'ai dit ci-dessus , obtenir
le Porter ni d'autres petits articles qu'en donnant le
cable neuf. Je refusai^ et, pour.se venger de ce que je
ne souscrivois pas a des demandes aussi. exagerees et
aussi peu delicates, le capitaine ^Portlock me refusa les
deux homines et le garcon , retira son charpentier , et
se conduisit en beaucoup d'autres points de la maniere
la plus reprehensible. Lorsqu'il eut ra^ppelle son charpentier, ce mauvais sujet declara au capitaine Portlock
que n%tre vaisseau n'etoit pas dans un etat bien ras-
furant ? les coutures ©ntre les bordages etant ouvertes St       ' (69-1
Finvasion|£sans lui ^re ^ehoter ce privilege, par un tribut qu'ils en exigent. Et lors^
que quelque nation puissante fait irruption
KatflK^vwKm
par-tout, et les pompes7 n'etant pas achevees. Pour
l'ouvrage qu'il avoit fait , c'est-a-dire pour avoir cal-
fate- deux cautures entre les. bordages de 1'avant a Par-
riere , il me demanda soixante dollars, et le capitaine
Portlock le souffrit. Je les refusai, et convins avec lui
de qnarante dollars ou. de dix livres sterlings , somme
qui lui fut payee par M.. Cox a Canton. Le capitaine
Portlock recut i'argent.    |*||
Le j 8 juin, il m'ecrivit une autre lettre concue en
ces termes :
A bord du Roi George ? port Etches, pr&s,
le   cap Hichinbroke^  entree  du Prince
Guillaume , \% juin 1787.
Capitaine Meahes,.'!
« J'ai eu tout recemment de fortes raisons de presu*-
mer qu'apres avoir qnitte cette entree , vous aviez le
projet de relacher dans quelques ports de la cdte d'A-
merique avec l'intention d'y faire le trafic. Vous vou-
drez bien vous rappeller que , lorsqne vous. me repre-
sentates votre deplorable situation , vous me donnates,
a entendre que tous vos vceux se bofnoient a afriver
sans accident avec votre vaisseau de Ventree du Prince
Guillaitme aux iles Sandwich, et dela a la Chine»0.
E 3 It -!,.        Pf 7° *        I;.. J,
cnez eux , ee qui arrive quelquefbis ,. ils sa
retirent sur de eertains roehers ou ils ne
peaventparvenir qu'au moyen d'une echelle
« Si telle est reellement votre intention % vous. ne
pouvez, en homme d'honneur , refuser de me donner-
une garautie que vous quitterez la cote immediatementL
en quittant cette entree, et en poursuivant cette route..
D'apr&s votre lettre , je vous ai accorde deux des meil—
leurs marins du. Roi George , mais vous pouvez croire
en toute assurance que ce n'etoit pas pour vous aideE-
a faire le trafic le long de la c6te iy.
« M. Cresselman porte avec lui 1'ecrit. Vous n&
pouvez refuser de le signer, si vous avez reellement le
projet de eon tinner la route comme vous aviez declare*
que vous vous proposiez de leNfaire pk
Je suis » tfik^
lonsieur t
Votre humble et obeissant serviteur^
Natlianael Portlock.
P. S. « Vous aurez pour agreable d'etre prompt a7
vous decider•',. afin que , dans'le cas ou vous ne prefe--
reriez pas de me donner satisfaction en nraccordant la-
garantie que je demande , je puisse vous renvoyer les,
articles que j'ai recus, et reprendre mes liommes ».
Cette maniere de proceder n'a pas besoin, de com* qii'Ms tirent apres eux quand ils sont arrives ; qnelquefois meme , ils y montent avee
eux leurs canots construits d'un bois tres-
mince et tres-leger^
mentaire.   II falli-it souscrire  a tout.  Je signai  done
I obligation. En voici la copie fidelle.
C o
1M EL     D E      E7 O B E I G A, T T O N.
Vaisseau le Roi George ? port Etches y
i§ juih  ir/°'j'•
it Farsons savoir a tous qu'entre A. Portlock , commandant le Roi George , d'Anglefeerre, d'une part,, et
Jean Meares ,/commandant le Snow Nootka , du Ben-
gale, d'autre part, il est convenu aujonrd'hui de ce
qui suit, sous^ les peines et deiiis ci - dessous men-
tionnes sj.
« Ledit Jean Meares , en hivernant sur la nspuveile
c4te   d'Amerique ,   perdit   malheureusement   la   plus
grande partie  du  monde qui composoit son equipage ,
et fut reduit a la plus cruelle detresse, se trouvant hors
d'etat d'avancer a la Chine avec son vaisseau. D'apres.
le tableau affligeant que ledit Jean Meares presenta de
sa situation audit  A. Portlock, commandant du  Rot"
George , ledit A. Portlock premit et convint de venir
au   secours  dudit Jean  Meares, en lui prelant deux,
hons marins pour le mettre en etat de poursuivre son
voyage a la, Chine ^ d condition que ledit Jean Meares ?
m
id ■
II
:■■■' C72)   I,     |
lis ont un roi qu'ils nommoient She*
noway. C'etoit un vieillard presqu'aveugle.
Lors $e la premiere yisite qu'il nous rendit
en quittant VentrSe du Prince Guillaume ou il est pre-
sentement, avancera , sans s'arreter , vers Canton , et
qu'aucune raison , quelle qu'elle puisse etre ( excepts
un accident ou la necessite absolue) ne l'engagera a
aller trouver les naturels de quelque partie que ce soit
de ladite cote pour faire avec eux le trafic ou des
e changes ay ant pour objet des peaux de loutres ou au-
tres fourrures 5 le produit desdites cotes appartenant |
a peine de payer, par le contrevenant, la somme de
mi lie livres sterlings en bon argent d'Angleterre, audit
A. Portlock, a ses heritiers, executeurs-, ou substitutes
quelconques , pour le eompte des proprietaires dudit
vaisseau le Roi George »..
a En foi de quoi nous avons signe de notre main
lesdits jour et an  que dessus ».
Comme j'avois bien des raisons de craindre de nou-
velles demandes d'un homme aussi int^resse et aussi
peu delicat que le capitaine Portlock , je me disposal
sur le champ a mettre a la mer. Mais avant que je
pusse effectuer mon dessein , le meme officier qui m'a-
voit apporte le billet a signer revi.nt encore une fois a
bord pour me demander positivement que je renvoyasse
sur le Roi George les deux hommes qui m'avoient ete
donnes idrs de ma premiere entrevue avec le capitaine
Portlock. Apprenant que le capitaine Portlock avoit |- (73)      :.   -|:v
Fautomne precedent, il avoit amene avec
lui trois femmes qu'il appelioit ses epouses.
Nous les traitames en consequence avec tous
resolu de garder l'ecrit aussi bien que les articles avec
lesquels je m'etois procure ces hommes, je puis dire a
un prix bien cher, je refusal de les laisser aller. L'offi-
cier me declara qu'on emploieroit la force pour me con-
traindre a satisfaire a la demande dont il etoit porteur.
Ma reponse a cette menace fut que, comme j'avois rempli
1'engagement en ce qui me concernoit , je soutiendrois
le droit" que j'avois de garder ces hommes 5 et que si le
capitaine Portlock, sur le compte duque'l jem'expliquai
de la maniere la plus prononcee et la moins equivoque,
se portoit a quelqu'extremite contre le vaisseau , mon
parti etoit pris de repousser la force par la force. Sur
ce, l'officier partit, et revint au bout d'environ une
derni-heure, charge par le capitaine Portlock de me
dire que je pouvois garder les deux hommes. Mais il se
dispensa de me faire 1'apologie de sa conduite.
Au moment ou le vaisseau alloit mettre a la voile*
Je capitaine Portlock jugea a propos de m'envoyer en
present un bonnet et un manteau des iles Sandwich is
je les lui renvoyai sur le champ. i
Telle fut la conduite du capitaine Portlock. Les observations auxquelles elle pourroit donner lieu ne fe-
roient qu'aionger sans necessite cet article deja. trop
etendu. Chacun est en etat de juger si la conduite de
Cet homme a mon egard a ete celle d'un tendre ami ou
d'un barbare. C'est a, Ceux qui liront ces details ou. je les egards conyenables, ay ant soin de leur
offrir les dbjets qui paroissoient leur plaire
davantage :  mais elles n'auroient pas sou£-
n'ai fait: qu'im.recife fidele et sans exageration 5 c'est a
eux ,. dis-je , qu'il' appartient de prononcer ?. et de dire>
si elle est digne de reproche ou. d'eioges-
Ees lettres que le capitaine Portlock m*iz ecrites-
sont copiees sur Its originaux que j'ai en ma possss—.
Srion ; comme je les ai dbnnees dans ce re'eit 7 on doit
s'attendre que jepublierai de meme celhs que je lui
ai adressees.. C'est pour cela. que je les joins id.
-   .§;;■;( k°. 1.)   —%) '   , >
Au  capitaine  N.   Portlock,. commandant- le Ro^;
George..
M   O   N   S   r-   E-  V   R 5
c< Je ne doute pas que vous n'eprouvfez beaucoup de-
surprise a la lecture d'une lettre d'un officier votre-
confrere dans cette extremite du globe 5 mais le capitaine Dixon ay ant ete assez bon pour se charger de
vous la porter, je ne pouvois laisser echapper l'occasiou.
favorable que la Providence serabloit m'offrir ».
cc Les naturels du pays nous avoient appris ,.. il y a
quelques jours, l'arrivee de deux vaisseaux dans cette-
fr&tree. £fous a vous reconnu ce soir que c' etoit un fait. (75) Jl
fert la pluslegere familiarite de la part d'au-
cun de nous. Ces femmes , et trois ou quatre
autres, sont les seules que nous ayons vues
constant , en voyant venir le capitaine Dixon a bord
du Nootka v. <
a J'avois ecrit , il y a quelques jours , une note que
je confiai a un des ifaturels pour la remettre a bord de
■ Pun des deux vaisseaux 5 ce qu'il me promit de faire ,
moyennant une certaine recompense's.
c< Avant d'entrer dans des details plus etendus, ]»
dois , Monsieur, vous parler un peu de nous-menies t
le capitaine Dixon vous rendra un Gompte exact de la
force du vaisseau, ainsi que du rested,
« Je partis du Bengale au mois de mars 1786 , avec
la Loutre Marine de cent cinquante tonneaux , com-
mandee aussi par un lieutenant de la marine , nomme
Tipping , pour une expedition dans laquelle le gouver-
nement du Bengale e^toit particulierement interesse. La
Eoutre Marine retourna a la Chine dans le mois de
septembre avec une cargaison de fourrures qu'elle avoit
recueillies sur la c6te. Quant a moi, je me deiterminai
1 a hiverner 5 et je choisis, en consequence , le port ou
le capitaine Dixon nous a trouves >>.
c< Tout mon monde, tant en hommes qu'en officiers ,
consistoit en quatre tnates ? un canonnier , un muni-
tionnaire, un chirurgien et le con^re-maitre , un char-
pentier, quarante personnes , rnaitres et gens de service ; enfin c'etoit un equipage solide, bien monte , et
compose d'hommes vigonreux et bien portans. Je me parmi eux. Nous desirions vivement qu'ils
nousiaissassent un de leurs jeunes garcons,
afin que nous pussions  nous procurer par
regardois comme a l'abri de tous les evenemens : mars
votre cceur s'attendrira , j'en; suis. certain , au recit des
maux que nous avons soulferts pendant un hiver si long
et si rigoureux, piives y comme nous i'etions, de toutes
les provisions necessaires.Tcl a ete le malheur de notre
position que, bien souvent , les officiers et moi nous
nous trouvions, seuls pour enterr-er les. mores, ce que
nous ne pouvions faire qu'avec beaucoup de peine, a
cause de la rigueur du froid qui rendoit la glace impe-*
netrable yy*
cc Nous arrivames ici le i5 septembre,. et eprouv
Tames le. froid le plus rude jusqu'aii premier novembre«.
Vers nbel , le scorbut se declara parmi nous , et fit de
tels ravages que le troisieme et le quatrieme officiers r
le chirurgien ,. le centre - mal tre ^le charpentier et .le
tonnelier furent bientot enleves , ainsi que la plus
grande partie de l'equipage. Personne , en un mot, na
fut exempt de ses atteintes \ chacun en fut attaque plus
ou moins 5 et il n'y a guere plus de trois semaines que
le petit nombre qui restoit a commence a pouvoir se
trainer. Voila quelle a ete notre deplorable situation.
Nous n'avons aujourd'hui, independamment des officiers , que cinq hommes devant le mat ,. en etat de faire
leur service, et quatre malades qui composent tout ce
qui nous reste ».
« Je ne vous ai fait 5 Monsieur 7 qu'un tres - court ■
I (77)
lui. quelque connoissance de leur larigage
et de leurs mceurs ; mais ils se refus^rent
constamment a la proposition que nous leur
recit de no3 infortunes 5 j'espere cependant que s'il est
en votre pouvoir de nous donner quelque soulagemeni ,
yous ne nous le refuserez pas 7?.
.« J'eusse volontiers accoinpagne le capitaine Dixon.,
si j'avois eu a Hot une chaloupe en etat de riaviguer..
Nous sommes occupes en ce moment ,a reparer la seule
que j'aie, et elle est a. terre «.
cc Comme j'ai dit particulierement au capitaine Dixon
en quoi je pense qu'il vous est plus facile de nous se-
courir , je me bornerai ici a ajouter que le moindre
de v'os bienfaits sera recu avec la plus vive .recoanois-
sance iu
£t Permettez - moi encore de vous dire que , si vous
pouvez me ceder des  hommes , je les prendrai a tulles
conditions et a tei prix que vous voudrez regler en leur
laveur , et serai tres - fidele  a vous les renvoyer des
3 le moment on le vaisseau sera arrive a Canton ».
tt Je vous prie de vouloir bien accepter quelques sacs
de riz. C'est malheureuse.ment la seule chose que j'ai»
a vous offrir >?.
Je suis , Monsieur ?
•Si
li  max
i  1787.
Vfrtre 5 etc.
J,   JfeA^RTE'SJ
■„i en fimes, et n'y consentirent enfiflij qti'St
condition que nous laisserions avec eux utt
de nos gens.  Le roi lui-m£me avoit tou*
( N°.   II.)
A bord du Roi George, port Etches $
entree du Prince Guillaume x 16
mai 1787.
Aux capitaine9 Portlock et Di&pn*
M
EssiEtrRs
ic Dans ma lettre du 11 de ce mdis, je vous ai re*
toresente le triste et deplorable etat de moil vaisseau*
Vous savez parfaitement que je vOus ai dit la verite ,
et m'avez offert de la maniere la plus obligeante tous
les secours qui dependoient de vous , quant aux hommes dont je pourrois avoir besoin pour m'aider dans ma
navigation a. la Chine r>.
« Permettez - moi de vous exposer de nouveau que ,
telle est ma situation , que,sans un secours d'hommes , il
me sera presqu'impossible meme de quitter cette entree f
encore plus d'avancer a la Chine avec mon vaisseau 3
tant l'equipage se trouve afToibli »*
« Si done, Messieurs, vous voulez bien prendre en
consideration cette demande , et m'abandonner uu
homme ou deux de chacun de vos vaisseaux, vous au-
rez trouve le seul moyen de conserver la vie au reste 79 )
Jours balance a se rendre sur notre bord ,
a moins que, pendant le temps de sa visite,
Infortune de mon Equipage , en me mettant en eiat
par ce secours de conduire le Nootka a Canton : ei,
des que vous y arriverez, (veuille la Providence or*
donner que vous ne tardiez pas -a nous y rejoindre }
|e les rej&drai fidelement a chacun des vaisseaux au*<~
quel ils appartiendront. Je m'engage de plus , au noma. ,
de mes proprietaires , k vous indemlaiser du tort qui
pourra resulter pour vous de m'avoir donne un sec@-urs
si pressant et si necessaire ».
« Enfin, je m'engage , dans le cas ou vos vaisseaux
n'arriveroient pas a Canton , a renvoyer ces hommes
en Angieterre, s'ils temoignent le desir d'y retourner jp*
Je suis , Messieurs ?
Votre , etc.
J»    MeARESv,
commandant le Snow Nootka*
{ n°. iii. E..'£ ' M:
Au capitaine Portlock . commandant le Hoi George,
port Etches.
Mon Cher Monsieur,
« J'ai en, ce matin, tout a la fois le bouheur et Pa-
greable surprise de voir arrirer vos chaloupes, et d$
recevoir la lettre amicale que vous ra'arez «crit« ?>. ..
.-   -     §)§| |    .
quelqu'un de nos matelots ne restat dans
son canot.
Unjour, (c'etoit dans le mois d'octobre
a La glace est fondue entierement, et nous avons ett
un tres-beau temps qui nous a donne les moyens d'a*
vancer nos preparatifs pour la mer. Vous pouvez croire
en toute assurance que nous avons fait les plus grande
efforts pour les terminer ».
«c Je suis arrive heureusement a mon vaisseau le
matin du jour qui suivit celui ou je vous quittai, et
Comme j'avois amene avec moi tout ce qu'il y avoit
d'hommes vigoureux dans l'equipage, il ne pouvoit
s'etre rien fait en mon absence pour accelerer les tra-
vaux 55.
« Notre principale occupation a ete depuis de parer
la grande cale et la partie de la cale qui est en arriere
du grand mat, et d'arrimer le vaisseau pour la mer
dans le dessein de quitter la cote , et en consequence ,
toutes les verroteries et le fer brut ont ete serres dans.
le fond de la rangee ».
« Mais , mon cher Monsieur, nous sommes encore
si loin de pouvoir partir, qu'il nous a fallu le*
jpms'grands efforts pour terminer cette premiere beso-
gne 5 et je presume qu'il se passera une dixaine de
jours avant que nous mettions a la mer t car , en
ce moment, il nous reste a debarrasser de plusieurs
tonneaux la partie de la cale qui est en avant de la
grande ecoutille ,ay charger du lest de plus, et nous
flyons deja recu vingt a. trente tOnaeaux. Les no tres ont-
1   I' I     i i } #1 (*Op|l| .
1786) sa majeste nous avoit amene une
jeune femme qu'elle offrit de nous vendre*
Nous Fachetanies done : Facquisition nous
besoin  de  reparation,  et nous n'avons   pas   de ton-*
nelier.   II nous faut aussi completer notre   provision
d'eau ,   couper   une  grande   quantite   de   bois ,   rac-
commoder les voiles rongees en grande partie par les
rats,  en   un  mot, finir les manoeuvres du vaisseau
pour pouvoir le mettre en mer. Nous avons, je pense^
pour faire toute cette besqgne,les deux hommes que
vous me donnez et huit autres en etat de travailler t
j'ajoute que ni moi ni aucun de mes officiers ne restons
dans 1'inaction. Nous sommes occupes de notre cote a.
taeher de reparer un cutter dans l'etat le plus miserable , et a divers autres travaux egalement necessaires.
D'apr&s   Ce  tableau   trop  fiddle  de   notre situation f
vous jugerez s'il ne faudra pas des efforts plus qu'or-
dinaires pour etre prets dans dix jours jj.
« Nous avons un coin de terre debarrasse de la neige \
c'est la que nous envoypns nos convalescens. On lea
occupe a faire bouillir de la decoction et de 1'huile t
pour les, besoins journaliers et pour la provision da
mer. Hs^se retablissent bien lentement : je m'apper-
cpis uojur^ant que le retour du printemps est ce qui
contribue le plus a hater leur guerison »,
a J'ai remarqu^ ce que vous me dites de Farfange-
ment que vous ayez pris pour ce qui concerne le trafici
Tome I* F ■■■^■■■■i^BH^lH
eoftta iine petite liache et une certaitt^
quantity de grains de verre. Nous avions
pense d'abord que c'^toitiine de ses femmes.
Mais elle nous donna bientot a. entendre
qu'elle etoit un§ captive , que les ennemis Fa-
voient emmenee avec un parti de sa tribu qui
je voiis souhaite a cet egard un plein success, et vous
me permettrez de vous dire combien j'espere que nous
nous rejoindrons a Canton vers la fin de la saison?>.
« Vous pouvez etre sur que j'ai lu avec grand plai-
$ir cette partie de votre lettre oii vous me demandez de
vous fourtiir V€s articles de Wane dont vous faites le
detail. Je m'empresserai, n'en doutez pas, de vous sa-»
tisfaire des le moment ou je me rendrai aupres de vous ,
ce que je me propose de faire incessamment pour sub-
venir a tous les besoihs que vous pourrez avoir , et
qu'il sera en mon poUvoir de soiilager if*
« Les verroteries et le fer etant, ainsi que je vous
J'ai deja marque , serres dans'la rangSe-j^iie jJ#dvefrt?'en
etre tires avant que je sois aupres de vous , et alors il
sera necessaire que vous m'aidiez a. les sortir j j'ea ai k
fteine sous la main la quantite suffisante pour tenit le
vaisseau approvisionne des rafraichissemens necessaires
que les naturels du pays nous apportent de temps a
autre ».
c« Quant aux autres articles que jtai mis dans j let
chaloupib , je les ai tout^a-fait- a ma disposition >».
«: Comme j'espere vous voir sous peu , vous pd&Het- ( 83 >  ; ^    ;. |,. •
aVoit ete massacre' et mange*, destinee ordinaire de tous les prisonniers de guerre. Elle
s'etoit vueseule epargiieepour servir de com*
pagneaux princesses royales. Mais celles-ci
n'avoient pas tarde a s'ennuyer, ou, peut-§tre
trez que je me borne  ici a ajouter que je suis ave<£
•estime v
Votre , etc.
J.  Meares*
A bord du Nootka * anse de
^Sutherland, entree du Prince Guil-
iaume^ 22 mat 1787.
tM^-r- ^^yri N<\  I H )
Capitaine Poriloc%
« Je irecois a. l'instant par votre officier la lettre qud
Vous m'avez ecrite , ainsivque le billet ou projet d'o*
bligation ».
* Je vous renvoie l'ecrit, signe ; mais vous permettrez que je vous rappelie que vous en avez use bien
mal avec moi dans toute cette affaire j en retractant
votre parole relativement aux trois hommes que je de-
vois avoir. Un de mes meilleurs matelots est hors d'etat
de faire le service ; j'ai lieu de croire qu'il en sera inca*
pable pendant toute la duree du voyage. Vous devej?
sentir que cette circonstahce exige davantage encore df
Fi* I     (84)    i ■ 1
meme, a devenir jalouses de ses services.
Elle resta avec nous pr£s de quatre mois ,
et paroissoit tres-contente de sa condition.
Vous, que vous  en  agissiez avec cette humanite qui
convient a un Anglois ».
Je suis , Monsieur ,
Votre , etc.
|||* J. Meares.
18 juin 1787.
A Henri Cox 9 ecuyer d Canton.
~BW
Monsieur,
<c II vous plaira payer a vue a. M. Robert Home ,
charpentier du vaisseau le Roi George, la sonune de
4o dollars , pour ouvrages faits a bord du Nootka 9
laquelle somme vous porterez au compte de votre tr&s-
humble , etc.
J. Mearei.
Snow Nootka, port Etches , entr&e
du Prince Guillaume , 18 juin 1787.
;'•'■•■';    •   ( n°. v.)
Monsieur.!
u. M. Cristleman m'a remis , comme un present qu'il
etoit charge de m'offrir de votre part, quelques articles '       (85} -m i il
Elle nous apprit qu'elle apparteridit a une
tribu qui demeuroit au midi; nptre intention etoit d'aller tout le long de la cote 1'ete*
suivant, pour chercher des fourfures, et de
la rendre a sa nation: mais la situation deplorable ou nous nous trouvames, et d#rht
des iles Sandwich. Comme je vais m'y rendre en per-
sonne , j'espere pouvoir m'y procurer les objets de ce
genre dont j'ai besoin. Je ne vous suis pas moins oblige 5
mais vous permettrez que je me dispense d'accepter
aucune marque de votre souvenir.        ^|
Je suis , Monsieur ,
Votre, etc.
J. Meares.
id juin 1787.
Aii capitaine Portlock.
Avant de terminer cette note , je dois faire une re-
marque sur la declaration que s'est permise le capitaine Dixon dans le recit de son voyage 5 savoir que
« le mal affreux qui desola mon equipage a ete produit
par Pexces condamnable avec lequel on s'y livroit aux
liqueurs spiritueuses ». Je dirai , en premier lieu , que
1'assertion n'est pas fondee 5 ensuite , que l'equipage
du capitaine Dixon et lui - meme ayant ete attaques
du m&me mal , je suis fond© a retorquer l'accusatioa
contre lui.
F_3 .■(86)        7     -^
j'ai fait plus haut le triste recit, ne noufc
permit pas de mettre a execution un pareil
projet. Je ne sais jusqu'a quel point elle
dispit vrai : mais elle nous depeignoit tou-
j&urs les naturels de Yentrde comme lejSL
plus salvages de tous les habitans de la
cote, et ne cessoit de nous repeter que
c'etoit la peur seule de nos canons qui les
empechoit de nousmassacrer pour nous de-
yorer apres.
Pendant les ftoids excessifs des mois de
Janvier et de fevrier, nous recumes la visite
de quelques tribus intermediaires qui habi-
toient dans le voisinage de sa nation. Elle
les employa pour aller engager ses compa-
triotesa venir nous trouyer: nous joignimes
\ son invitation des presens de grains de
verre,pourles encourager a nous rendre leur
visite ; et, au bout d'un petit nombre de
jours', a Fepoque m§me on elle disoit at-
tendre leur arrivee, quelques-uns d'entr'eux
se rendirent aupres de nous dans trdis canots separes, et nous apporterent une petite
provision de pelleteries. Elle demanda alors.
avec instance la permission de partir avec
eux;comme nous esperions tirer quelqu'avan-
.^age des renseignemens qu'elle nous, dcnne*- ■■■
I   I      < 87)    . 1     '
rolt Fete, elle n'obtint pas ce qu'elle desiroit.'
Mais, tandis que nos gens etoient alles dejeuner, elle imagina de gagner les canots^
et nous ne la reviines plus. A l'epoque ou
cette fille nous quitta, le scorbut n'avoit pas
fait encore les cruels progres qui causerent
depuis tant de ravages parmi nous, Elle nous
donna neanmoins a. entendre que le m^me
mal desoldit sa nation, et que toutes les fois
qu'il se manifestoit des symptomes , elle se
portoit vers le midi ou le climat etoit plus
tempere, et ou Fon pouvoit se procurer du
poisson en abondance , ce qui ne manquoit
jamais defaciriter leur guerison.
Les naturejs de Yentrde du Prince Guil*
laume A de'Fun et 1'autre sexe , portent leurs
cheveux tres-courts, mais de la meme longueur par devant que par derriere. lis leur
couvrent tellement le visage, cui'ils sont
obliges a tout moment de les separer pour
voir devant eux. Les hommes ont presque
tous une fe-nte au-dessous de la levre infe-
rieure, dans la partie avaneee qui separe la
levre d'avec le menton. Elle est coupee pa-
rallele avec leur bouche , et semble en etre
une seconde. Les sarcons ont deux, trois.
et quelquefois quatre trous k Fendroit ou
1   I F4    f ." I
£
f
I     Wk    (88)f    I;
les hommes ont cette fente qui est peut-^tre
la marque distinctive de la virilite. Les
femmes ont des trous comme les gargons ;
elles y attacbent des morceaux de coquille
qui ont ainsi Fair d'une* ran gee de dents.
Les personnes de Fun et Fautre sexe
ont la cloison du nez percee , et y portent
assez generalement une grande plume ou un
morceau d'ecorce d'arbre. La barbe qui,
d'ailleurs, n'est guere commune que parmi
les personnes avancees en age, est au-des-
sus de la levre superieure et vers Fextrey
mite du menton presque toujours herisse
de glacons en hiver. Les jeunes gens, a
ce que j'imagine , se Farrachent a mesure
qu'elle pousse. Ils ont les joues larges et
fortes , le visage rond et applati, de petits
yeux noirs, et les cheveux couleur de jals.
Leur physionomie est farouche et sauvage.
Leurs oreilles sont remplies de trous ou
sont attaches des pendans d'os ou de CO"
quille. Ils se servent d'une espece de peinture
youge avec laquelle ils se barbouillent le
nez et le visage : mais a la mort de leurs
amis ou de leurs parens , ils y substituenjt
la couleur noire. Leurs cheveux sont presque toujours couverts de duvet d'oiseaux.
c |(&9)      Jf   Jf
Tout leur habillement consiste en une es-
pece de manteau fait de peau de loutre qui
leur descend jusqu'aux genoux et laisse leurs
jambes a nud. Le vetement dont ils se ser-
vent dans leurs canots, est fait de boyaux
de baleine. II leur couvre la tete; et le bas
etant attache tout autour du trou dans le-
quel ils s'asseyent, emp&che que Feau ne
penetre dans le canot j et les tient, en mke
temps, k Fabri du froid et de Fhumidite.
Ce dernier habillement peut §tre regarde
comme le plus ordinaire pour eux , en ce
qu'ils passent la plus grande partie de leur
vie dans les canots (1).
Ce pays produit toutes les especes de
sapins qui croissent de Fautre cote de
rAmerique. On y trouve aussi la racine
de serpent et le** ginseng. Les naturels
en ont toujours avec eux pour s'en seryir
comme d'un remede. Nous ne pumes ce-
pendant jamais nous en procurer.
(1) Tous ces details sur les naturels de Ventree du
JPrince Guillaume sont parfaitement conformes a ceux
donnes sur le meme peuple par le capitaine Cook,
Voye^s le chapitre V du livre IV du troisieme voyage
fie Cook * tome III * page \tfi et suiv. .      s(9°) I'-
Les bois s&nt touffus : ilsd$f&uvrent environ les deux tiers de I'el&ration des mon-
tagnes qui se terminent en masses e^iormes
de roc nu. Le pin noir qm y croit en
grande quantite , est propre a faire d'ex-
cellentes esparres. Nous vimes aussi quel^
odes groseilliers noirs lorsque nous arriy&ines
dans Yentrde du Prince Guillaume^ au moii
de septembre , mais nous ne trouvames aucune espece d'autres fruits, aucuns vege-
taux. II est vrai qu'a cette #poque la neige
couvroit les terres elevees, et que les terres
basses n'etoient plus que des marais par Fef-
fet des courans de neige qui descendoient
d'en haut.
Les seuls animaux que neus vimes etoient
des ours, des renards, des martins, des
brebis de montagnes, et$es hermines. Nous
tu^raes deux couples de ces derniers animaux d'especes dtfferentes.
II y avoit, dans i la saison , une grande
quantite d'oies, ainsi que de divers autres
oiseaux de Fespece aquatique : mais, excepted ia corneille et Faigle , nous ne vimes
point de ceux qui naissent dans les bois.
$fe L'article de trafic dont les naturels fonl
\e plus de c$s, est le fer, et ils preferent lea, ■Eli .. *:: (9°
m@rceaux deface metal qui: appro-Ghent lev
plus de la forme d'un pieu. Ils recherchent
aussi beaucoup les grains de verre de couleur yerte> et quelquefois encore les rouges
etiesbleus. Ils aimoient singulierement nos
j&quettes de laine, et les vieux. habits de nos
matelots. ||l!
lis ne viyent que de poisson : mais ils
pref&rent la baleine a tous les autres. Et
comme Fhuile est pour eux la partie la plus
delicate du poisson, ils prisent davantage
celui qui a la chair huileuse. Jl est rare
qu'ils appre*tent le poisson; mais lorsque cela
leur arrive , il leur suffit pour allumer du
feu de frotter Fun contre F autre des mor-; |
ceaux de bois de pin le plus sec possible.
Ils ont des esp^ces de corbeilles faites
d'une matiere qui pent contenir de Feau;
€t dans cette eau , ils jettent une quantite de pierres ardentes pour la faire
bouillir : mais leur nourriture s'apprete
le plus ordinairement sans le secours da
cette operation aussi incommode que peu
necessaire. Au plus fort de Fhiver , nous ne
les vimes jamais faire leur cuisine, peut-.
etre a. cause des lieux meme ou ils se trou^
foient, et ou4I leur devenoit plus difficile m
i-r- - - 7      ^921 fit'
dese procurer tous les objets dont ils avoient
besoin.
Ce peuple est  certainement d'une race
tres-sauvage j et porte a un degre extraordinaire Finsensibilite aux maux physiques. -
Nous en  eumes une preuve remarquable
dans une circonstance dont je vais parler. .
Pendant Fhiver ,  on avoit jette hors du
vaisseau, entr'autres ordures, plusieurs bou-
teilles cassees. Un des naturels qui cherchoit
dans ce tas s'il se trouveroit quelque chose
dont ilput faire son profit, se coupa le pied
d'une maniere cruelle. Le voyant saigner ^
nous lui indiquames la cause de sa bles-
sure, et nous empress&rnes de la panser,
lui donnant a entendre que c'etoit le remede auquel nous avions recours en pareille
circonstance. Mais ses eompagnons et lui
tournerent le^tout en ridicule, et prenant
&m moment meme quelques morceaux de
ce verre, ils se firent des incisions aux jam-
bes.et aux bras d'une maniere fort etranse,
nous disant que rien de tout cela ne pou-
voit leur faire le moindre mal.
Tels sont le caractere et les mceurs du
jpeuple dans le territoire duquel nous pas-
slmes une saison affreuse. Aussi fut-ee ayec J      (95) ,1 J;
tine joie extreme que nous sortimes de Vanse
le 21 juin , et que le soir du jour suivant
nous nous trouvames en mer. Vingt-quatre
personnes seulement composoient alors tout;
notre equipage, y eompris les officiers et
moi avec les deux matelots que nous avions
obtenus du Roi George. Nous en avions i
helas! enterre vingt-trois dans cette entree
funeste. Ceux qui survivoient etoient tous
en bonnes dispositions : quelques-uns d'entr'eux cependant n'etoient pas encore assez
bien retablis pour monter en haut du vaisseau.  Aussitot que nous eumes quitte la
terre, le vent souffla avec violence au midi,
et   apporta  avec lui  un brouillard epais.
Comme   ce   temps   ne pouvoit   etre   que
tres - contraire a  notre monde dans Fetat
ou nous nous trouyions, nous pens&mes quil
seroit prudent   de  nous tenir pres  de la
Cote.
II y avoit dix jours que nous etions en
mer, et nous ne nous trouyions pas ayances
au midi plus loin que le 5ye degre. Nos gens
qui avoient gagne de l'humiditesur lepont,
commencerent a se plaindre de douleurs
dans les jambes. Elles leur enflerent bien-
".t6t au point que plusieurs d'entr'eux furent (94)
bbliges de garder le lit. Ii fut done resolut
que nous nous arreterions poiir prendre
terre. Nous n'en etions guere eloignes que
de quarante lieues. Nous elevame% en consequence un pic d'une forme singuliere,
les habitans des terres voisines paroissant
eux-memes tres|singuliers pair leur air
et dans leurs meeursi
Quand nous fumes heuretisement sur le
riyage, nous vimes veniranous un^nombre
considerable de canots > dont la construction differoit entiereinent de celle des
canots des naturels de Yentrde du Prince
Guillaume. Ils etoient faits du bois d'un
arbre tres-duri plusieurs paroissoient avoir de
cinquante a soixante-dix pieds de longueur ,
cependant ils etoient fort etroits, n'ayant
pas plus de largeur que Farbre>neme>Maisde
toutes les creatures de forme humaine que
nous eussions jamais vues, les femmes etoient
certainement les plus etranges et les plus
hideuses. Elles ont une fente au-dessous de
la levre inferieure comme celle que nous
avions remarquee chez les hommes de Yen-
tree du Prince Guillaume y mais beaucoup
plus grande, puisqu'elle prend un bon pouce
de la joue de chaque cote. Dans cette out - I       j (fsy ■ m
vesture\elles ont; un morceau de bois da^
moins sept  pouces en eir conference j de
foime ovale, de Fepaisseur  d'environ  uri:
demi - pouce > avec ntm rainure autour des7
bords pour^le tenir  ferme  dans Forifice.
Cette bizarre invention prolong© la levre
depuis Fextremite des dents ,i et donne a la
physionomie  Fair   le^feplus  hideux  qu'oil
puisse jamais trouver dans une figure .hit**
niaine. Ce peuple nous parut avoir quelque
connqissa3B0e des naturels de Y entire, lors-
que nous les lui depeig&fones comme ay ami1
aussi deux bouches; Leur langage, il est
vrai, sembloit avoir beaucoup de rapport;
mais nous eumes tout lieu de croire que-
ce  peuple   formoit § une Jtiibuv plus nom-
breuse. Aucuns navigateufs ne les avoient Vi
vus   avant   nous^ < et s'il > ne   se  fut pas1
eleve pendant la nuit^Un vent favorable,**
notre intention etoit de passer quelques joufg£
parmi eux. Cette partie de la cote est au
565 degre 38 minutes de latitude nord, et
au 2,^3.® degre %5 secondes de longitude* Est
de Greenwich.
Un vent du nord commenca alors a souf*
fler , et nous rendit le beau temps qui con-
tinua jusqu'au moment ou nous decouyrimes rj
I      ' ■ 1     . ■ '   ' (96)
File <YOwhyhee. Ce fut un bonlieur pour
nous   que   le   trajet   depuis-^e   continent
eut ete tres - court; car tel etc^ijFetat da
vaisseau que ,  si nous n'eussions pas   eu
sans ^interruption  un  temps ^favorable , il
est fort douteux que nous eussions pu ga-'
gner les iles   Sandwich.   Mais   la cruelle
maladie qui aifoit Resole si long-temps notre
equipage   condnuoit   ses  affreux   ravages.
11 nous mourut un homme avant que nous
fussions arrives sous la temperature d'un cii-
mat plus salutaj^e^ ou Fon peut cllre que les
zenhirs apportoient la sante sur leurs ailes ;
car au bout de dix jours-que nous fumes ar
rives  aux iles, on n'entendoit plus parmi
nous la moindre plainte.
Nous y passames un mois. Pendant tout
ce temps, les insulaires nous parurent ne
connoitre  d'autre  plaisir que  celui qu'ils
goutoient a. nous donner des marques d'a-
K              mitie et a exercer Fhospitalite en vers nous.
ils nous accueillirent avec des transports de
joie,et leurs larmes coulerenta notre de
1
part.   Parmi   ceux  qui  se   pressoient au*
devant  de  nous avec   toutes les marques
dja   desir qu'ils avoient   de  nous  accom-l
pagner en Britannee , le  seul que nous.
consentimes
y^^L*i
# ■ ||-  ( 97 )   ■ I     .        ,
consentimes a recevoij|f;pour Fembarquer
ave^i nous , non sans exciter beaucoup
Fernie de tous ses compatriotes, £ut Tkwz-
na, chef d'Atooi, et frere du souverain
de cette ile. Je ne diraigjrien de plus ici
sur cet homme aimable. On'aura occasion
dans la suite de Fouvrage d'admirer en lui
des qualites brillantes , et un caractere cli-
gne I j'ose le croire , d'interesser le lecteur.
Le % septembrer, nous quittames les iles
Sandwich, ayant toute raison de croire que
nous laissions apres nous chez les peuples
qui les habitoient Fopinion la plus avanta-
geuse de nos manieres et de notre caractere. Nous remportions „ de notre cote, les
sentimens d'une vive reconnoissanqe pour
les services empresses et les genereuses marques d'amitie que nous avions revues d'eux.
Apres un voyage tres - heureux, pendant le-
quel nous ne cessames d'ayjoir un vent favorable a nos vues de trafic, nous arrivames,
le 20 octobre 1787, dans-le Typa ^ port
voisin de Macao.7^ ||p
A peine avions-nous mduille dans ce port,
que le temps common ca a menacer d'une
tempete prochaine,  et notre vaisseau, en-
dommage comme il l'etoit, se trouyoit ab
Tome I. G ilTTi
HHl   -
solument hors d'etat de soutenir ce nouvel
'•assaut. Nous fumes aussi tres-alarmes de
woir deux  fregates franchises qui parois-
soient (kre a.Fancre, a la distance d'envi-
'^ron un miile de nous. Epuises, comme nous
1'etions depuis si long temps, par des fatigues de tout genre, devenus a peu pi es-etran*
.gers a toutes les  affaires  politiques ,  nos
csprits ne pouvoient guere former des conjectures rassurantes,sur-tout lorsque nous re-
fillechissions qu'il n'etoit pas ordinaire de voir
dans ces mers des vaisseaux de guerre&fran-
gois .Aussi, quand nous appercumes plusieurs
chaloupes remplies de iroupes qui se pres-
soient d'en sortir , nous en tir&mes le plus
facheux aiigure. Ne  mettant  aucune con-
fiance dans la^|bbtection  d'un port neu-
tre, nous commencames a regarder Fescla-
vage qui nous menacoit comme la scene qui
devoit terminer nos premieres infortunes-
Maisces chaloupes, ainsi que nous l'appri-
nies depuis, passerent  seuleraent  pres de
nous pour aborder un vaisseau jaaarchand
espagnol occupe a. la recherche   de quel-
Cjues matelots deserteurs. Nous reconnumes
les vaisseaux francois pour &tre la fregate
la Calypso, de 36 canons, et un vaisseau "I I   I (99) ' |
ntmi en flute, commande par le comte de
Kergarieu. Mais, comme si notre destinee
cut ete d'etre persecutes jusqu'a la fin par le
malheur, nous ne fumes pas plutot rassures
contre la crainte des hostilites de la part des
hommes, que nous eumes a lutter contre
des elemens ennemis. La brise de vent qui
s'eleva fut si yiolente que la fregate la Calypso eut beaucoup de peine a conserver sa
position malgre ses cinq ancres. he Nootka
n'en avoit plus qu'une, et il est plus facile
de concevoir la situation ou il se trouvoit,
que de la decrire. Apres % Fa voir, tire de ce
nouveau danger par un bonheur egal a celui que nous avions eu de le sauver deja ,
comme avec le secours de la Providence ,
nous fumes obliges de Famener a. terre,
parce que c'etoit le seul moyen de le conserver. C'est ce que nous parvinmes a. faire ,
graces a Factivite des secours que nous resumes du comte de Kergarieu , de ses officiers et de ses matelots. Les services frater-
nels, et je puis dire infatigables qu'ils nous
rendirent alors, ont'merite Fhommaee de
reconnoissance que je me trouve heureux
de pouyoir leur offrir ici, quoiqu'en des
Ga {   100   )
Vermes bien au-dessous de ce que je dots
a leur genereuse assistance.
C'est avec un sentiment penible qu'en
^xprimant ici tout a la fois mon etonne-
ment et ma reconnoissance d'avoir echap-
pe avec le reste de mon equipage a. d'im-
jninens dangers, et aux malheurs dont nous
nous etidns vus accables, je me trouve re-
d.uit a deplorer le triste sort du vaisseau
compagnon du mien, la Loutre Marine *
commande par le capitaine Tipping. On
n'en a eu aucunes nouvelles depuis qu'il
cut quitte le ddtroit du Prince Guillaume:
£ious ne sommes que trop fondes a en con-
clure que ce vaisseau et les gens de l'eqm>
page ont ete ensevelis dans les Hots* ( rot )
Is
■ metfim^mmL nr wkhm*
"«*
0BS E R V A T I O N S
jt-
Sur la probabilitd  d'un Passage-
Nord- Quest; etc*
ni»*»*m
JLj'AKGtETERRE, ainsi que d'autres nations
eommercantes de FEurope , ontdirige long-
temps toute leur attention vers la cote
d'Amerique , dans Fespoir de decouvrir un
passage entre la mer Pacifique du Nord, et Isomer Atlantique. Depuis le commencement
de ee siecle, jusqu'au dernier voyage du capitaine Cook, on a generalement regarded
comme certaine Fexistence de ce passage i
on a fait les frais de diverses expeditions dont
Fobjet etoit, ou de confirmer Fopinion re-
cue a cet egard, ou de la d^truire , en deV
montrant, s'il se pouvoit, qu'elle etoit une
erreur, une croyance chimerique et de-
nuee de fondement..
II est inutile , autant qu'il seroft deplace
de ma part, de faire ici, dans tous ses
details , Fhistoire de ceux qui, les premiers^
x G 3 congurent Fidee d'un Passage Nord-Ouest*
On la cdnnoit assez, ainsi que les tentatives
faites en consequence pour le decoiivrir ,
et les differentes disputes auxquelles il a
donne lieu. Je me contenterai d'observer
que M. Dobbs, dont les louables efforts et
les avis eclaires determinerent le parlement
a destiner une recompense aux navigateurs
qui feroient cette importante deeouverte r
termina sa carriere , distinguee par les soins
infatigables qu'il a donnes a cette recher*
che, dans la ferme persuasion que le passage dont il s'agit existoit, et que ce siecle
ne s'ecouleroit pas sans que la deeouverte
en procurat de nouveaux avantages au commerce de son pays.
II ne paroit pas en cor© , je Favoue p
que tant de voyages faits dans Finten*
tion de decouyrir un Passage Nord-Ouest,
aient reussi a satisfaire la nation angloi-
se, ou a la convaincre quails dussent dis*
penser d'en entreprendre d'autres. Quoi-
que la cote orientale d'Amerique ait ete vi-
sitee de maniere a ne laisser rien a desirer A
les detroits , baies et entrees qui restent h
reconnoitre, suffisent cependant pour jus-
11] |) C  1©3 }
tifier les conjectures qu'on persiste a former^
et pour exciter plus que jamais le courage
entreprenant de nouveaux navigateurs.
II est facile d'appercevoir les ayantagess
hnmenses qui resulteroient de la deeouverte d'un Passage Nord-Ouest. Quoique
1'Inde soit, en quelque sorte , rapprochee de
FEurope par les progres des- mod ernes dans>
la marine et dans la navigation , un nxoyen
d'abreger le tour qu'on est oblige de faire
aujourd'hui, seroit cependant de la dernier e importance pour le commerce. Ce
fut dans ces yues que le capitaine Cook en~
treprit son voyage par ordre du rc*L $om
but etoit de decouvrir un passage entre
les deux mers 1 et de commencer ses
recherehes amla cote de la nouyelle
Albion.
Si les voyages faits precedemmenf r et
dans le meme dessein , aux baies d'Hud-
son et de Baffin, n'ont point eu le success
desire , ils out pourtant servi a confirmer
Fexistence du passage en question. M~.
Dobbs , qui avoit fait de cette deeouverte le principal objet de son ambition
et des travaux de sa ^ie entiere ,, reassign
*v.a
Sk^M i   ■  Mmm :
soit a aiigmenter chaque jour le nombre
des partisans de son systeme favori. L'ex-
pedition de Middleton fut lo fruit de ses
solicitations |pnais le voyage de ce dernier
ne parut pas avoir jette un grand jour sur
la question. Sa marche, dit-on, fut tenue
secrette ; et, dans les details qu'on se deter-
mina a publier, on crut devoir faire un choix.
TJne haine violente se declara alors contre la
compagnie de la baie d'Hudson : elle augments en proportion des progres que fai-
soit dans le peuple le systeme d'un Passage
Nord-Ouest, et Fesperance de le voir de-
couvrir.
On entreprit de nouveaux voyages. II
n'en resulta aucune certitude, quant a ce
qui en' faisoit Fob jet principal. Ainsi , les
opinions a cet egard etoient, ou en balance, ou partagees dans le public, lorsque
le ministre de la marine d'alors envoya
successiyement Young et Pickersgill a. la baie
de Baffin, et Cook a la cote occidentale
d'Amerique , pour resoudre definitivement
la question, s'il etoit possible. Les details
du voyage du capitaine Cook que tout
le monde connoit pour les avoir lus, mon-
trent jusqu'a quel point il a reussi a eclaircir
b ' '. -I    1105)
cette importante matiere. Ceux des voyages
d'Young et de Pickersgill n'ont jamais ete
publies : mais nous sommes fondes a croire,|
sur Fautorite respectable de la preface des
voyages du capitaine Cook, que ces deux
navigateurs ont manque entierement le but
qu'ils s'etoient propose. Ainsi la baie de
Baffin est encore a reconnoitre , et laisse
toujours ( on peut du moins s'en flatter )
Fesperance de voir decouyrir cette communication si desirable.
On voit dans le voyage du capitaine
Cook qu'apres en avoir ^ermine les objets
les moins importans, ce navigateur arrive
a. la cote de la nouvelle Albion, et qu'au
lieu de commencer ses recherches dans le
65e degre de latitude nord, conformement
a ses instructions , il les commence dans
un degre de latitude beaucoup plus bas ,
jusqu'a ce qu'il arrive au canal du Roi
George , et successivement dans Yentrde
du Prince Guillaume , et a. la riviere qui
a eu, depuis, Fhonneur de porter son nom.
II avance alors vers la latitude indiquee dans
les ordres : il trouve, a Fextremite , une
barriere insurmontable dans un amas de
glaces qu'on suppose s'etendre jusqu'au pole arctiqne. De cette circonstance seule on *%
eonclu qu'il n'y a pas de passage entre learners Pacifique et Atlanfique.
On nesauroit, ccrtes , trop resetter que
les navigateurs niiten t pu recon n oitre, mieux
qu'ils ne scmbient Favoir fail , la partie
de   la   cote   dAmerique    qui   se    trouve
entre les 5oe et 56e| les ^j^ et 4&e de-
gres de latitude nord. En cet en droit important du voyage , le temps fut si con-
traire que les vaisseaux ne purent appro-
eher de la cote : et quoique la Felice*
et YIphigdnie aient visite ces latitudes 9 il
est tcujours tres-facheux que des obstacles,,
insurmontables pour le capitaine Cook lui-
meme, Faient empeche de les observer
comme on pouvoit Fattendre de lui.
Dans le moment ou ce grand navigateur
etoit occupe a reconnoitre ces basses latitudes , il suivoit la route tracee par M. Hearne
a travers le continent d'Amerique jusqu'au
70e degre de latitude nord : ce qui paroitroit
devoir detruire tout espoir de trouver un
passage entre le fort Churchill et la riviere-
Mine de Cuivre. Malgre ses instructions qui
lui prescrivoient une route contraire, le
capitaine Cook pensa qu'il seroit utile de r~
;:   ,        - (   107  ) 1 ,    ■
reconnoitre les parties occidejrtales ; ce
I qui, certes, nous autorise bien a presunier
qu'il ne regardoit pas la route de M. Hearrie
comme aussi sure et aussi decisive qu'on Fa
consideree depuis.
On a tire aussi la conclusion generate
\ qu'un passage au joe degre* de latitude nord
j ne seroit que d'une mediocre utilite: et Fon
s'est determine k regarder non - seulemenfc
comme probable,' mais meme comme cer-
taine , l'existence d'un passage au 70® degre de latitude m^ridionale. Cela iFem-
| p&cha pas le ministre de la marine, a
qui le. secret des decouvertes de la coni-
pagnie de la baie d'Hudson etoit entiere*
ment connu , de penser qu'il seroit bctt
d'envoyer Young et Pickersgill, Fun apres
Fautre , dans la baie de Baffin pour cher-
cher un passage par cette route : et Fort
peut conclure de cette determination du
gouvernement, qu'il avoit toute raison de
croire a l'existence d'un Passage Nord-
Ouest. Les voyages entrepris depuis n'ont
pas plus reussi que les raisonnemens
auxquels ils ont donne lieu, a me con-
vaincre que les principes des premieres
opinions  a ce  su}et aient   change  ess to- tiellement. II me semble, au contraire *
du moins autant que je puis en juger, qu'il
est toujours permis d'esperer, comme dansv
Porigine,, que le Passage Nord-Ouest existe,
et qu'on peut s'y frayer une route : quant
a la question de savoir si c'est au nord on
au midi de la mer de JVL Hearne , et de
la route tracee par lui, c'est ce que nous^
examinerons cFapr^s.
On sait que , lors des disputes qui s'ele-
verent a ce £ujet dans les premiers temps,
la discussion fut melee de beaucoup d'ai-
greur. On accusa la compagnie de la baie
d'Hudson de chercher a decourager les na-
yigateurs, et de tenir comme enveloppees
de tenebres mysterieuses les decouvertes qui
avoient ete faites , et. dont le secours au-
roit pu etre tres-utile a ceux qui , par la
suite , entreprendroient de nouyelles expeditions. On lui fit meme un reproche plus
grave ; celui d'aiterer et de falsifier les
rapports des hommes qu'elle envoyoit a la
deeouverte d'un Passage Nord-Ouest , lors-
qu'elle ne pouvoit se dispenser de les rendre
publics. Ces prejuges subsistent toujours ;
mais nous osons assurer que c'est sans
fondement.    Du   moins ,   sommes - nous- ( iD9 )
du nombre de ceux qui.ajoutent une con-
fiance entiere aux renseignemens com'mu-
niques par la compagnie de la baie d'FIud-
son. On trouvera , peut - etre , que nous
differons de sentiment avec M. Hearne;
'mais nous esperons qu'on reconnoitra, aux
argumens dont nous ferons usage , qi e
nous nous appuyons sur des faits qui au-
torisent a les presenter au public , en fa-
veur d'une opinion consideree depuis peu ^
sur Fautorite de noms celebres et d'hommes
d'un grand poids , autant comme une theo-
rie creee par Fimagination , que comme
une doctrine contraire aux interets de la
nation.
C'est dans cette vue que nous nous per-
mettrons de mettre au jour la relation du
voyage de YIphigdnie, telle qu'on la trouvera
dans le corps de cet ouvrage. On y verra
que ce vaisseau a reconnu des routes de
laftcote d'Amerique que n'avoient visi-
tees ni le capitaine Cook ni d'autres navi-
gateurs ; et qu'on trouve ^ dans cet espace ,
I'aucien Archipei du Nord dont la position
est conforine a celle que lui donnent les
plus anciens voy.ageurs dans la descriptibn
gu'ils en out faite. , -   (   110  )
On verra ce vaisseau avancer tellement a
Fest qu'il passe, par trois degres, les limites
occidentales de lamer de M. Hearne dans le
72s degre, (M. Arrowsmith., dans la carte
qu'il a publiee recemment d'apres les cartes
et journaux de M. Turner, la place au 68e
degxe i5 minutes de latitude nord'  et au
228e degre de longitude Est de Greenwich )
ou. l'on trouve, sans aucun  obstacle , un
passage facile et d'une grande etendue. Cet
Archipel occupe tout Fespace depuis les 5ie
degre de latitude nord et 23 ie deere 4.5 mi-
Eiutes de longitude est, jusqu'aux 54e degre
3o minutes de latitude nord, et 227c degre
de longitude est, espace qui,  malgre son
etendue , n'a pas ete du tout observe par le
capitaine Cook. Mais, quand meme on pour-
rcit dire que ce grand nayigateur en a re-
connu une partie quelconque, ce qu'aucune
deeouverte  ne prouve , il faut considerer
qti'a Fouest de cet Archipel sont situeeS des
lies d'une grande etendue qui s'en trouvent
separees en quelques endroits par une mer
aussi large que le canal d'Angleterre * comme
le prouve la route suivie par YIphigdnie. II
faut observer que c'etoitla cote de cesgrandes
lies que le capitaine Cook supposa etre le con- ^tinent d? Amerique, dont'nous avons tout lieii
-de penser qu'il n'a jamais eu connoissance.
Toutefois'^daiis cette supposition , il conti*
una de reconnoitre une chain e d'ies qui se
prolongent en -latitude' nord depuis le 4$6
degre jusqu'au 6531 'pent - #tre meme plus
avant, tant au nord qu'aumidi, et qui for-
meet une 'barriere occiientale au veritable
continent dAmerique ; car il y a de fortes
Traisons de conjectures* que le canal du Roi
Georgety la rhdere de Cook et toute la cote
qu'on a vue jusqu'a present, font partie du
prolongernent dune cjiame d'iles detachees.
Les can aux de  cet Archipel sont yastes
et d'une  etendue considerable. Lean y a
pres de deux cents brasses de profoiideur.
D'enormes promontoires avancent dans la
mer, ou Fori voitune-prodigieuse quantite
de baieines et de loutres iharines. Dansquel-
- Tie »i e      * j.    l&jMi
ques-uns ae ces canaux dry a des iles de
places : et nous osons bien assurer qu'il n'a
jamais pu s'en former de-sem blab les ad a
partie occklentale  d'Amerique  qui est un
clunat d'une temperature tres douce. Ainsi
Fori ne pent absoiument concilier l'existence
de ces iles avec d'autre systeme que celui-ci,
sayoir qu'elles ont ete formees dans les mers I-(112)
orientales, d'ou elles ont ete apportees par
des marees ou par des courans a travers le
passage dont l'existence fait Fobjet de nos
discussions.
II ne paroit guere' possible de rendre
cornpte autrement de ces masses enormes
de glace qui flottent ainsi sur les eaux. On
n'est jamais arrete par de semblables bar-
rieres dans la mer Pacifique du Nord. Elle
est navigable dans toutes les saisons de
Pannee ; car le Nootka , quoique long-
temps environne de glacesdans Yentrde du
Prince Guillaume , ne le fut pourtant
que jusqu'a un certain point, et dans un
port dont Feau etoit adoucie a une certaine
profondeur, par les reservoirs et les petits
ruisseaux qui venoient s'y decharger. II y
avoit evidemment des raisons pour que la
rigueur du froid y agit avec plus de force.
Mais, apres tout, la glace n'etoit pas d'une
epaisseur extraordinaire ; et pendant tout le
cours de Fhiyer, il n'y en eut pas dans la
vrande entree ; il ne gela meme pas a Fem-
bouchure de la riviere. En un mot, il est
certain que si l'equipage n'eut pas et® tota-
lement affoibli par la cruelle maladie qui
le desoloit, on auroit pu debarrasser le vais-
Wk        seau
J i c "31 f ;
Seau de la glace en la coupant, etle saettre
en etat de voguer.
\ Dans la navigation a la c6te de cette par-
tie de FAmerique depuis le 45e degre nord
jusqu'au 63* degre" , on n'avoit rien yu qui
ressemblat a des amas de glaces : au lieu
de s'imaginer qu'ils avancoient dans les regions du nord, les navigateurs pouvoient
plutot penser qu'ils arriyoient sous le tro-
pique. On acquerroit,au reste, des lumieres
satisfaisantes en parvenant a s'assurer si cette
barriere de glace que vit le capitaine Cook
dans le ddtroit de Behring reste continuel-
lement immobile.On pourroit, en effet, sup-
poser que les vents du nord qui regnent avec
tant de violence dans ces parages, font Hotter la glace en morceaux separes comme
dans d'autres mers;  et alors il ne seroit
pas deVaisonnable de penser que ces morceaux   de   glace   sont quelqUefois   portes
en flottant vers la rividre de Cook , ou vers
Ventrde du Prince Guillaume : mais on n'a
jamais rien vu qui ressembldt k un morceau
de glace depuis le mois de mars jusqu'au
mois d'octobre, e'poque ou les navigateurs
ont avance" k la c6te nord-ouest d'ArneVique.
Un (kriyain dont Pautorite' en tout ce qui
Tome I* jx ( ii4)
cbncerne la geographie et la navigation est
d'un grand poids (1), a declare qu'il avoit
long-temps soupconne que la partie nord-
ouest de la baie d'Hudson est formee d'iles
detachees : ses presomptions a cet egard paf
roissent fondees sur l'examen qu'il fit  de
differentes cartes de la partie occidentale
de Sia   baie   d'Hudson *  tant   imprimees
que manuscrites ,   qui  lui   ont  ete   com-
muniquees par la compagnie. II avoue, au
reste , n'y avoir remarque que de la discordance et de la confusion, et en parle avec
tout le mepxis que meritent des hommes as-
sez insenses pour pretendre indiquer ayec
precision, dans un aussi court espace de
temps   que    celui   qu'on   y   a   employe j
toutes    les  baies  et   entrees    de   detroits
aussi etendus que le sont ceux de  Wager
et de Chesterfield. Son opinion est qu'on
pent re garder comme sure la route de M.
Hcarne, dans toute son etendue, si Peau des
lacs et des rivieres qu'il eut a passer etoit
une eau douce, ce dont on n'a pas absolu-
ment la certitude.  Mais il ne decide rien
sur   la   question   generale  d'un   Passage
w«3
(i) M.. Dalrymple. Hord-Ouest; et malgre" les connoissances
qu'ilpossede en cette partie, et la sagacite
de ses recherches , ii p'refere laisser la ma-
tiere a etudier et a discuter apr£s lui.    ei||b
En  parlant  de Yentrde de   Chesterfield
dont il a yu quatre cartes appartenantes a
la compagnie de la baie d'Hudson, et qui
toutes different Fune de Fautre , il observe
qu'elle est navigable Fespace de deux cents
milles geographiques et au-dela pour des
vaisseaux de la charge la plus considerable ;
il ajoute qu'on auroit pu esperer de voir re-
sulter d'une telle deeouverte des avanta<res
4ftfinis pour le commerce : cc Mais, conti-
^> nue -1 - il, on m'a donne a entendre que
» les employes  de  la  compagnie ont une
jg extreme repugnance pour les expeditions
» au nord ; et tout liomme un peu verse
» dans les affaires publiques sentira la dif-
» ficuite , je dirois presque Fimpossibilite ,
.*> de forcer des hommes a aller, dans un
:» pays eloign^ ,  executor quelque dessein ,
:» lorsqu'il se trouve contraire a leur incli-
» nation et a leur volonte ».
L'opinion  de cet ecrivain, comme  on
vient de le donner  a penser, parojt  £tre
it*'-   •  Jlv . *M H.a 7--
Ci' (H6)
que,suivant les decouvertes de M. Hearne,
il ne peut y avoir de communication par mer
depuis la baie d'Hudson jusqu'a la mer Pa-
cifique, sous le 72e degre de latitude nord ,
et c'est celui de la mer qu'a vue M. Hearne.
Cette latitude , au reste , n'est pas de-
terminee d'une maniere bien exacte ,
quoique M. Hearne assure ne s'&tre pas
trompe de 20 minutes. Les trafiquans du
Canada, au contraire, placent dans leurs
cartes cette meme mer polaire au 68e degre
i5 minutes de latitude nord; c'est-a-dire ,
au - dessous des observations faites par M.
Hearne a Conge -ca- tha - <wha - chaga . des-
quelles il resulte qu'elle est au 68e degre
46 minutes nord, si toutefois ce sont des
observations dignes de quelque confiance.
Si Fon croit raisonnable d'ajouter fo£
aux eclaircissemens publies sur Fau-
torite des commergans Canadiens dont
quelques - uns possedoient de grandes
connoissances en cette matiere, il faut,
de deux choses Fune , ou qu'il y ait
deux positions dans lesquelles on ait vu la
nier polaire , a des degres de latitude diffe-
rens, savoir le 68e degre i5 minutes de latife
tude nord 9 et le 72^ degre ; ou que les opi- nions restent partag^es entre les observations de M. Hearne et celle des trafiquans
du Canada. Supposons, au reste , pour un
moment, que la latitude dans laquelle ceux-
ci placent la mer polaire soit exacte , il de-
vient alors infiniment probable que la riviere de Cook peut avoir communication
avec cette mer par le 68e degre 15 minutes^
puisque la distance la plus reculee a laquelle des navigateurs soient arrives sur
cette riviere est le 6i6 degre 3o minutes de
latitude 9 et de longitude le 2ioe degre ; et
que la mer que les trafiquans du Canada
rapportent avoir vue est par le 68e degre i5
minutes de latitude nord, et le 228e degre
de longitude est, ce qui ne forme pas une
distance de plus de ^6%o mill es geographic
ques. Si done on s'en rapporte aux calculs
des trafiquans Canadiens que tout annonce
etre exacts, et que, d'apres cela, on place la
mer vue parM. Hearne au 68e degre i5 minutes de latitude nord, et au 228^ degre
de longitude est, on appercevra en meme
temps plus que la possibility de communi-
quer entre la riviere de Cook et la partie la
plus meridionale de la baie de Baffin, ou
la partie la plus septentrionale de la baie
, H 3 k-I
Ifp] HI
- d'Hudson dans la mer Atlantique. Car il fault
se rappeller que, dans le plus haut degre de
latitude connu de la riviere de Cook, on
n'a remarque ni rochers, ni bas -fonds , ni
eaux basses, en un mot, aucun obstacle qui !
arretat la navigation des vaisseaux. Le caff
nal paroissoit , au contraire, d'une vaste.
etendue, et Fon y voyoit une grande quantite de baleines.
II y a , d'apres les renseignemens les plus
surs et les plus exacts, plusieurs cartes marines et autres tres-curieuses dont la compagnie de la baie d'Hudson est en possession. Elles ont ete dressees par diffe-
rentes personnes , quelques - unes meme
ont ete esquissees par des Indiens. Ces
cartes sont celles des parties interieures du
pays vers le nord - ouest et des terres qui
bordent la mer Pacifique du Nord. Sur ces
cartes § et particulierement sur Fune d'elles
tracee par deux Indiens, on voit plusieurs
rivieres et canaux inconnus aux Europeens,
qui ont communication avec le lac Aratha-
pescow ; on voit la riviere Kiscachcwan se
rendre de Ce lac dans la mer Pacifique dans
une direction de nord-ouest; et Fon peut
meme presumer qu'elle a communication
y C **9 )
ftvec la riviere de Cook, FArchipel du Nord,
ou ce que nous appellerons les detroits de
Jean de Fuca. Ces cartes ont beaucoup de-
points de ressemblanee avec celles dressees
par les trafiquans du Canada, ce qui les
rend infiniment curieuses et interessantes.
Les cartes indiennes font communiques
la baie d'Hudson avec la mer Polaire. Ce
systeme favorise celui d'un passage par la?
baie dit Refus, qui elle-meme n'a pas ete
parfaitement examinee; et c'est ce que sem~r
bleroit confirmer un manuscrit anonym-e
appartenanta la.compagnie , ainsi que Fob-
serve le meme ecriyain dont j'ai deja cite
Fautorite. Mais il y est dit expressement
qu'a Fendroit on arriva le capitaine Mid-
dletpn.', Feau est tres-basse. Au reste, le
but de ce voyage fut manque : on sait <a*
combien de clameurs et de mecontentemens
ce mauvais succes donna lieu. C'est ce qui
fait souvent douter que la relation soit bien
fiddle
Quelque justice qu?il puisse y avoir dans
les plaintes qui se sont elevees en dernier
lieu a Foccasion des reserves inysterieuses.
de la compagnie de la baie d'Hudson , on
n/est fonde a reprocher rien^de semblable^
Hi s
...    r^ 'm ( 120 )        *• ^i
aux citoyens qui composent aujourdTmi c0
corps respectable. Entr'autres preuves de la
loyaute de leur conduite et de leurs prin-
cipes , on doit distinguer le plan qu'ils ont
adopte, de faire des observations, et de cher-
cher a augmenter les decouvertes dans la
baie d'Hudson, etc.
M. Duncan, officier de la marine royaley
est alle dans le dernier vaisseau de la compagnie de la baie d'Hudson jusqu'a ses eta-
blissemens, dans le dessein expres de reconnoitre et de decrire, non-seulement la
baie d'Hudson, mais meme la baie de Baffin. Des son arrivee aux comptoirs de la
compagnie, il doit e*tre employe toute cette
annee a naviguer dans de petits batimens
pOur remplir cet objet dont Futilite et la
necessite sont egalement reconnues. Nous
apprenons que la compagnie Fa engage pour
deux ans a. son service , aux conditions les
plus avantageuses : ainsi, il y a tout lieu
d'esperer que, pendant Fete de cette annee ,
il aura fait des progres considerables. M.
Duncan ( le lecteur se le rappellera sans
doute ) est le m&me dont il a deja. ete parle
avec de justes eloges pour Factivite et le
courage souteirtt qu'il a deployes pendant le ( lai ) ..-Ip .     'jl
temps qull comnr&ndoit le petit vaisseau
appelle la Princesse Roy ale; et nous
eprouverions une double satisfaction s'il
etoit assez heureux pour reussir dans une?
entreprise ou Middleton et tant -d'autres
ont ^choue, et pour faire une deeouverte
si importante au commerce de FAngleterre.
Une observation qui se presente naturel-
lement ici, c'est qu'en employant M. Duncan a. cette deeouverte, la compagnie de la
baie d?Hudson ne paroit pas avoir d^ses-
pere de reussir dans la recherche d'une
communication entre la baie d'Hudson
ou celle de Baffin, et la mer Pacifique du
Nord.
Le voyage de la Felice vient encore a
Fappui. Ce vaisseau arrive dans les detroits
de Jean de Fuca, entre le 48e degre 3o minutes de latitude nord et le a35e de longitude est; le 47e degre 3o minutes de latitude nord et le a35e degre 3o minutes de
longitude est. II y trouve quinze lieues de
largeur, une vaste etendue, et Feau pro-
fonde de i5o brasses , avec une quantite
considerable de baleines et de loutres marines. Sld'on peut en croire les rapports qui
ont ete faits anciennement sur ces detroitSjOm
. y remarque une conformite avec les notres*
qui produit presque la conviction. Lorsqu'on
entre  dans cette mer ou dans ce detroit,
un vaste et bei horison se presente a Fest ,.-
jjg$r le 236e   degre   3o minutes   de longitude Est de Greenwich ,  ce qui me forme
pas une distance de plus de 460 lieues de la
baie  d'Hudson , et sa position a Fest de
la mer de M. Hearne est conforme aux observations dont j'ai deja parlev. Si Fon me*
demande pourquoiTon n'a pas encore pe-
netre , ou du moins tente de penetrer dans-
ces detroits , la reponse est facile. C'est que
les vaisseaux de sa majeste catholique ont
totalement detruit notre entreprise coramer-
ciale.
Chacun des differens voyages qui ont ete
faits a la cote nord-ouest d'Amerique avant
ceux de la Felice et de Ylphigdnie, a re-
pandu de nouvelles lumieres et ajoute aux
premieres decouyertes dans cette partie du
globe.
A peine fut-on instruit que le canal du
Rot George presentoit la possibility d'un
commerce avantageux, que le gout des
aventures se reveilla yivement. On aura
peine a le croire :e quatre expedMons 0M verses eurent lieu, en 1786, des differentesv
parties du globe. Elles avoient toutes ce commerce pour objet, sans qu'aucune d'elles eut
connoissance des vues qui conduisoient les
autres, ou soupgonnat le moins du monde
quelque rivalite d'inter&t. Elles arriverent a
la cote d'Amerique; et bientot, ainsi qu'on
peut le presumer, quelque circonstance dont
Feffet fut de jetter le decouragementxde-
termina, mais trop tard, les navigateurs a
abandonner Ferilreprise.
Au reste, avant toutes ces expeditions *]
des citoyens renommes pour leurs lumieres
et leurs talens en matiere de commerce ,
equiperent en Chine, dans Fannee 1785 ,
un vaisseau dont le commandement fut
confie au capitaine Jacques Hanna. Ce ma-
rin partit , en consequence, pour aller
chercher le continent eloigne d'Amerique ,'
pour reconnoitre les cotes, enfin pour par*
venir a se procurer avec les habitans une
communication doWt Feffet nut ekre d'eta-
blir, quelque jour, des relations de commerce avec eux. La charge du vaisseau ,
quoiqu'elle n'all&t pas a soixante et dix tonneaux , l'equipage compose de trente personnes au plus, les circonstances ? tout cela
j ( iM)
fit concevoir a ceux qui se trouvoient mte>
resses dans Fentreprise, la plus haute opinion de l'homme courageux qui s'etoit determine a. conduire cette petite troupe d'Ar-
gonautes vers une route presqulnconnue
encore , ou les attendoient des perils inevitables contre lesquels ils n'etoient pas pre-
munis, les premiers navigateurs ayant garde
le silence sur ceux qu'ils avoient eprouves.
En quittantla Chine, le capitaine Hanna
poursuivit sa route jusques dans le voisi-
nage du Japon. II traversa les iles Laqueo ;
et brayant les orages , les brumes et les tenv
p&tes, il arriva dans le canal du Roi George.
G'etoit le second Europeen qui y fut entre
depuis que le capitaine Cook en ^toit parti*
Les naturels enhardis par la foiblesse appa-
rente du vaisseau y et par le petit nombre
de personnes qui composoit Fequipage *
Fattaquerent avec fureur, mais ils furent
repousses vigoureusement; et ces hommes
qui venoient les visiter pour la premiere fois
durent la victoire a. leur bravoure.
Ces hostilites, au reste, se terminerent
bient6t en relations de commerce tres-ami*
cales : les naturels ne tarderent pas a livrer
une quantite de peaux de loutres. Lorsque / ( i*5 )    "'    : e .     :'   ',    '
le capitaine Hanna quitta ces peuples, les
temoignages d'amitie furent reciproques. II
avanca ensuite vers le Nord ou il decouvrit
plusieurs entrees, iles et ports qu'il nom ma
entrde de Fitzhugh , iles de Lance , et plusieurs autres parties auxquelles il donna le
nom de Henri Lane, ecuyer. II y eut par-
ticulierement un port qu'il appella le port
la Loutre de Mer.
Le journal du capitaine Hanna fut tres-.
surieux, ainsi qu'on pouvoit s'y attendre.
II a eu la bonte de le soumettre a mon exa-
men. Autant que j'ai pu en juger, j'ai trouve
qu'il confirmoit les decouvertes qu'on pretend avoir ete faites par de Fonte, et qu'on
pent regarder aujourd'hui comme realisees
par la connoissance que nous avons du grand
Archipel du Nord. Le capitaine Hanna pe-
\netra jusqu'a cette entree• - car elle ne lui
parut pas etre autre chose , tandis que nous
savons aujourd'hui que c'etoit une partie
de PArchipel du Nord ; mais le mauvais
temps et une grosse mer le forcerent de
precipiter son expedition et de la quitter
promptement.
C'est dans ce voyage que nous voyons
toute Feteudue de ses decouvertes;  car le
i second qu'il fit a la cote nord-ouest d'Amerique, en 1786, ne procura absolument d'aur
jtres lumieres que celles qui pouvoient inte-:,
resser le commence; et avant qu'il eut le
temps d'en entreprendre un troisieme , ce
braye et habile marin fut appelle a faire le
voyage dont on ne revient pas.
; Ce fut en 1786 que differentes societes
de trafiquans hardis et determines se pr£pa-;
rerent, tant dans l'Inde qu'en Angletej$e ,
a poursuivre ce commerce important. Ceux
qui partirent de l'Inde equiperent les vaisseaux a|t"Bengale?et ajBombay, sous la protection des gouvernemens respectifs de ces
places. Le Nootka et la Loutre Marine partirent du Pen gale ; et de Bombay, le Capitaine Cook (1) et YExperiment. A la meme
epoque, on equipa en Chine dans les memes
yue$; et la Loutre Marine partit de ce pays ,
et fut bientot jointe par le Larky qu'on avoit
equipe dans le meme dessein pour la cote
d'Amerique. 1
(1) Le lecteur observera qu'il n'est pas question ici
du cel&bre navigateur , mort deis 1779. II ne s'agit que
d'un vaisseau auquel on avoit   donno  son nom.
Note du Traducfeur. *M
r ' I {^5 i    I   i.-
A*$eu-pres vers le meme temps, quelques
imarchands angiois, et entr'autres , les ci-
toyens Etches   de   Londres / s'engagerent
dans une* pareille entreprisew Ils obtinrent
de la compagnie de la mer du Sud, en consideration de FAngleterre , une permission
exclusive pour cinq annees d'aller faire ce
.trafic. La compagnie des Ihdes orientales
leur accorda pareiliement celle de transporter de Chine en Angleterre des cargaisons
de the, Ces citoyens equiperent, en consequence, les vaisseaux le Roi George et la
Heine Charlotte, et d'une maniere supe*
rieure : ils en donnerent le commandement
au citoyen Portlock, lieutenant de la marine royale, qui avoit deja ete employlPsou*
venfca-lejir service en qualite deMaitre d'un
vaisseau envoye pour le trafic. Ces vaisseaux
quitterent FAngleterre en septembre 1785%^
a-peu-pres sept mois avant qu'il ne partit
des differeiis oorts de l'Inde aucun batiment
anne et equipe.
Le Capitaine Caok et V Experiment 9 com-
mandes par les capitaines Lowrie et Guise f
sous la surintendance de M.  Strange , un
des employes de la compagnie, mirent a. la
voile vers la fin de 1785, cu au commence* §i§i§
ment dcj^So*. Ils etoient parfaitement equi-
pes , graces aux soins patriotiques de David
Scott, ^cuyer, de Bombay , lequel en etoit
le principal proprietaire. Les coihmandans
etoient d'habiles marins , et les officiers su-
balternes avoient tous des connoissances qui
les rendoient propres a servir utilement sous
leurs ordres. L'on pouvoit done fonder les
plus grandes esperances sur cette expedition.
Apres etre restes quelque temps dans Yentrde de Nootka j ils visiterent d'autres parties de la cote, et arriverent a Yansefermde
(Snug Corner Cove) dans Ventree du Prince
Guillaume ( Prince Williams Sound ). Ce
fut en avangant ainsi qu'ils decouvrirent
d'une maniere positive cette terre a la-
quelle M. Dixon donna le nom d'zles Charlotte , ce qu'il ne fit que par simple conjecture ; car elles ne furent bien reconnues
pour telles que lorsque le capitaine Douglas
Jtraversa sur YIphigdnie le canal qui les se-
pare de ce qu'on supposoit alors §tre le continent d'Amerique. M. Strange trouva aussi
jgf premier la baie appellee Yanse des Amis,
*|ui a recu de lui le nom qu elle porte ac-
tuellement.
t|f Quoique, (   I2Q  )
Quoiqne le Roi George et la Reihe Char*
mtte eussent Favantage d'avoir ete equipes
dans ie port de Londres; quoiqu'ijs fussent
monies par un grand nombre de personnes,
et qu'il s'y trouvat beaucoup d'oificiers des
aifferens grades; enfin, quoiqu'ils fussent
charges de provisions suffisantes pour qu'on
fut sur de tous les avantages du trafic, pour
qu'on put aussi former des etablissemens,
creer des comptoirs, ainsi qu'on etoit auto-
33$e a. le faire, et construire des vaisseaux,
le voyage fut cependant ennuyeux par sa
lenteur. Le succes, soit dans le commerce,
Spit dans les decouvertes, ne repondit pas ,
a beaucoup pres , a ce qu'atf oit prdmis un
si pompeux equipement.
Lorsque ces vaissekux se furent separ^s ,
la Reine Charlotte avaiica au jmidi de Yen-
tree du Prince Guillaume, et continuant sa
route jusqu'& cette partie de la cote nominee par le capitaine Cook baie de Behring #
il entra dans un port quireeut alors le nom
de port Mulgrave. Le capitaine Dixon
avance alors au cap Edgecumbe de Cook,
et dela, il suit la cole jusqu'a son arrivee
dans ifen port, auqueiilfit Fhonneur de Fap-
peller port Banks; enfin, il decouvre la par-
Xome I. I (
i3o )
1/
tie septentrionale de ces iles dont FextreU
mite meridionale avoit ete deeouverte, ainsi
que je Fai dit ci dessus, par les capittaines
Lowrie et Guise. Le vaisseau descend alors
le cote occidental de ces iles , et faisant le
tour de leur extremite meridionale, il avance
entr'elies et ce qu'on supposoit alors etre le
continent d'Amerique ; mais craignant de
se perdre dans ces iles, il les quitte bient6t
et continue sa route vers la Chine.
Le Roi George resta fort long temps dans
Yentrde du Prince Guillaume , d'ou ii envoy a sa chaloupe, a deux epoques differen-
tes, a la rividre de Cook. Elle y observa une
partie de la cote entre Yentree du Prince
Guillaume, qui tenoit une place considerable dans la circonference generale. Le Roi
George quitta alors Yentrde ,• et, apres avoir
reconnu ce qu'il fut possible de la cote, et
decouvert un ou deux ports dont Fun fut
nomme port Portlock , il prit aussi sa route
vers la Chine , et les deux vaisseaux retour-
nerent en Europe.
UAigle Imperial_, capitaine Barclay, par-
tit d'Europe au commencement de 1787, et
non - seulement arriva dans Yentrde de
Nootka des le mois d'aout, mais encore ViSlta c%tte partie de la cote qui se trduve
depuis Nootka jusqu'a Wicananish, et pe-
netra insensiblement^fusqu'a une entree, a
laquelle Je capitaine donna son nom. fl en^
voya de plus la chaloupe a la deeouverte 5
elle parvint a reconnoitre les detroits ex -
traordinaires de Jean de Fuca^ afefsi-que
toute Fetendue de la cote jusqu'a Queen-
hy%ke. Un fatal accident dont quelques personnes de Fequipage furent victinies*% forca
ce vaisseau a quitter la c5te : if s'avanga a
la Chine, n'ayant mis que douze .mois a faire
tout le voyage^ tandis que le Roi George et
la Peine Charlotte y avoient employee-plus
de deux ans. Quant au vaisseau le Nootka,
une affreuse delresse et de cruelles infor-
tunes furent tout le fruit de ses recherches.
L'annee 1788 vitreunir, en quelque sorte,'
les decouvertes partielles faites par les vaisseaux dont nous avons deja. parle. II y avoit
alors sur la'cotef plusieurs vaisseaux ; le
Prince de Galles etl la Prin&esse Roy ale ,
la Felice , YIphigdnie, la Columbia et le
Washington. Chacun d'eux contribua pour
sa part a. complefc&r les cartes de la partie
nord-ouest du monde qu'on trouvera dans
cet ouvrage.
% 58
I
i
I
La P rinc esse Roy ale , capitaine Dui$f
can , entre dans le canal qpj^s^pare
les iles Charlotte de ce .qu'on suppo-
soit etre le continent, et continue de reconnoitre les deux cotes. II decouvre un
grand nombre de ports , d'entrees et de pas*>
sages qui ne laissent plus aucun doute sur
FArcbupel du Nord. II passe presqu'un ete
tout entier dans cette position , et c§pen-
dant, chose etrange ! il quitfce la §6te d'A-
meriaue satis savoir que le capitaine Douglas avoit deja. pris la meme rout#. Cela
n'empeche pas que le capitaine Duncan n'aijfc
enrichi de plusietirs remarques inurnment
utiles , ainsi qu'on avoit lieu de Fattendre
de lui, la description geographique de cette
partie du monde.
Le Prince de Galles a beaucoup ajoute
aussi aux connoissances geographiques sur
i'Ameri^ue, Nous ne pouyons que gemir
sur la perte de Fofficier~qui commandait ce
vaisseau, perte reelle pour la patarie. II est
aujourd'hui prisonnier en Espagne, et tout
laisse a presumer qu'il a toujours Fesprit
aliene. C'est le triste effet des indighes trai^
temens que lui fit eprouver le commandant
de la fiotte espagnole. On verra en detail dans la suite de cet  ouvrage jusqu'aiiqual
,poin$lYIphigdnie et la Felice ont contrrbia|e;
:a. ^assembler ces observations partielles.
Le Wasliington arriva aux detroits de Jean
de Fuca dont je lui avois donne la connois-
sance. Apres y avoir penetre , il entara dans
unje yaste mer. $1 gouverna alors au nord
^gt a lifest, et parvint bient6t a. commun&quer
avec les divers^ tribus qui habitent les iles
.Hombreuses sit^ees derriere Yentrde de
„Npot$ca , et q$d parlent, a quejqne diffe-
renc^jpres, la langue des peuples de Nootka.
•^ij^jf^ute de ce vaisseau est tracee sur la
%c$$te. Elle est ttes-interessante a observer,
en cetqn'elle pr#giye completement que Yen-
^?^:de Nootka et les parties voisines sont
cjd^l^es , et se trouvent comprises dans le
errand Archipel du ISferd. La mer qu'on voit
^gj/est, est aussi d'line etendue considera-
billet c'est de>^e point fixe et des parties*
ales plus oeciA&aatales de la ^aie d'Hudsopr
:gque'^tons partans pour estimer la distance
qu|*i$e tr©fuve entr'elles.
La direction la plus orientale de la route
^$W^&sAingt&n est par le a37e degre de Ion-
-sgi-t^de Est de Greenwich. II est assez pro-
^b&hie>£u reste, que le maitre de ce vaisseau
mm 1 ' m    i a
* ne fit iijucunes observations astronomiqft£s
pour donner une juste estime de cette position. Mais comme nous avons felles que
£t*|le capi&ine Cook dans Yentrde de
Nootkxt, nous sommes a p^tee de former
des conjectures assez yraisemblables sur la
distance nui se trouve entre Nootka e#la
position la plus orJ€&fele du Washington
dansiRArchipel du Nord?3®tl pent presuuier
en consequence que cette position e^lEffeH-
pres au 207e"degre de longpCfisljiEst de Greenwich. La longitude prouvee^afort GlSfi&ifSl
est 94 d'egres 12 minutes 34? sec-Grides'* odest
de Greenwich. La distance entre la pos^lSen
la plus orientaleY du Washington e[s^k6i%
milles geographiques , et d'apres le meme
ocalcul, 660 milles geographiques a prendre
de la.maison de la compagnie de la^baie
d'Hudson, et dans la>direction d'est un qua¥t
nord est. Quantija la question de sflVc^r st*ik
partie intermediate enlre ees points donnes
est une mer , sane riviere , 011 une'-terre , les
decouvertes qu'on fesa par la suite pourront
seules la resoudre. .
s^P'est ainsi qu'a ete reconnue entierement
la c&te d'Amerique , et sur-tou^ds parties \
;jaui se trouvent entre les 5o* et 56e, les 47*' ( i35 )
et 48* clegres de latitude nord; et certaine^
mention est ailtorise par ces observations k
former quelque chose de plus que des corii
lj£ct«¥es. Elles nous apprennent aussi a ac$
corder quelque confiance aux aneiens navi:^
gateurs,. puisqu'enfin les relations de quelques ^uns^d'entr'eux , je ne dirai pas seule-
ment soupconnees d'etre des fictions ou des
erreurs, n^'ais encore regardees absolument*
COni0e telles , sont reconnues aujourd'hui
pour de verifables decouvertes.
Toupees details particuliers sont fidele-
ment extraitsde divers journaux de marine ,*
et Fon pent aussi les regarder comme d'au-i
tant plus importans qu'ils interessent le com-'
merce d^Jtme^ique. II sera tres - glorieux
Jour Ym^naiion qu& ces?7recherches menent
enfi^st nil resuitat. Car, malgr^ Fopinion
'M&fudqu'on-eherehe en vain a. decouvrir un
passage dans la baie d'Hudson au 6jQ degre
delat^tu(feme#idionale, iorsqu'on voit soute-
nij&ie systeiue que les vaisseaux doivent etre
dMges|bienip^us vers le nord, au moins pendant une partie de leur voyage , avant de
poluvoir passer d'un cote de FAmerique'a
Fautre|*ne peut-o# pas regarder la mer qu'a
vue M. Hearne co^iSl^ce point le plus'
1 4 ( i36 )
eleve' yL'Archipel du Nord ^Jes detroits da
Jean de Fuca et la riviere de Cook , tgmtes
parties qui s'etenclent au nord-est, et don,"*
quelques-unes sont plus a Fest que cette mer,
ne pourroient-ils pas etre le passage enqu^ejS-j
tion ? Ne seroit - il pas possible que cette
meme mer que M. Hearne a vu se decharge r impetueusement dans la baj^ d'Hudson
ou 4ans la partie la plus meridionale de la
baie de Baffin, fut quej^u'entree ou passage au 67e deere de latitude nord B
Si Ypq. fait usage des preuves fournies par
d^-ciens ecrivains, ejtgui viennent a Faptt
pur; si Fon sait, a n'en pas d outer, que^esfj
dei^La. fi$iei*e Mine de Cuivre que les Indiens
de Yentrde du Prince Guijdaunie et de FAr-
chipel du Nord tirent^eur cujgre ; si Fon
tient dgjS Indiens eux-mefues que-de grosses
eaux sans glace les ppr^ent vegs le nord ; si,
dis^- je, tous ces motifs par^^paroissent
pouvoir etre de queigue poids dans li balance , combien ne pgennent-ils pas dc cSsh^k
sistance lorsqu'on sait qu^e desr§navigateurs
on£ penetre' avec leurs vaisseaux entre les
618 et 62s degres de latitude dans la riviere
cje Cock; qu'ilsy yirent un detroit nayi^a^le
d'fcrne etendue immense j dans lequel on ne> pgfll 1
remaftfaoigttii glace , ni aucune aftfee barriere , et ou Feleyatiai et la chrute de m
maree^^toit si grande qu'on ne pouytoit pas
douter qu'il a'y eut d'autres canaux egale-
ment vastes dans lesquel$ies eaux se de&har-
geoient, canaux quime pouvoient efere qufa
Fest ? #7 ' -'^^^^^"' '■■   :3^1 <:^^^;
On ne itrouve de la glace en aucun
temps de Fannee-dan^la riviere de Cook :
M. Hearne S'en^em^f^iifepbint daMWta mfer
qu'il a vue , si ce n£test*#iir lel;bdrd des \0s
vages ou elle a pu s'amonceler parole con-
dBhent des hautei mai^ees^e^e.^La mer occi>
dfentale d'Amerique est egalemeiftii^avigable
en^tout ilfcmps, et nousl^peuvcfris affirm er
q®|on n>y rencontre ^pf^nt de -glace , ait
moinSc^isqu'au 64s degre de latitude nord.
Avarice termi-iater cl#^iP j'avois a. closer en faveur du syst^niid^un#j4ssage Nord^
OmagssfcJOTvert poTu3^i^^^^,tto1SJp^^,¥'^^a*'
terai plusjqu'une c*h&e|pa>tkm. Sl^l^us jefr
tons u^coup^d'cgil silr fec%rte gen^i^^lclu
monde * &ur-to^m^rs&$partie S^^eh^^^
naimgfusgu'a l\&$t jsfnous y trouvoiis cette
grande etendue de te#£e l^&6e ^%%Mf£t&
de Baffin qu'%n n'a cependant pas encore
re$©nnue, A Fouest, nou^apgerceyons dgn% M
1,      ( ij3S1 •    '     1
le ^e^le/i^i^tique  cette porlion&deeterra*'
ferme -ti#riie© 'pay dej$l gl-aces $: qui sepafie
F Asi# cd e FAme^itjue %$&£ oppjasaunb e  barriere auji^pitaine Cooj&u. Portoh& ensuite
nc^'regards sur^ett^jpa^lie dela mer q»/a
vi|#»]^4$Iie.^^^§j<e*r adoj^ttetflss, apr^s. cela ^
si nousepouvons, qu'elle est une partie de
la.mer Glacialefdo:at nous eroyonsique^nt
en^p^Qag^es ces' te^osrfpg.^suivant F=©pin ion
commune, s'etendent jusqu'au pole. Si c'est
Iatiner G^^al^ ,, q^iel 0& i© pjqsdbaufe<&grp
djej-jlaUltU;^ ou doiveijs'etendre la terre de la
b%^ctaBaf§n ? Dan^queLdegre de,latitude
§sgf4a; nartiv^ pccident^le g^iM^i fetnee pair
la^gi1^On-Ijn;^Svodey©MSi presurner 'que
ces "terres. n e s'eteja^fen&lf&as ^usq»%t2 jpole,
sfc'gl^fclEp^^tlvem^^jfe^^ mer Glaoi&le ; ou si
nouSvCOn^luons q^ielleSi-s'y etendent palors
la Uierq^a ytietiM|>"SftMn.ei ne pg^tAtreJ autre "chose; que le d'etroitou un passa-ge sem-
.bteble.egtre lefciejg^oii^%ii-':.:[
W^^^^"£upp o#3rf q^ le-s->Bsquimaira^ia-
^^en^ans^fei^^a^c^iiiifiiw^ des t^erfcessde
la:baieb4@rBaffin otirde lapartie. (^aid^ntale
poourra^river a ce$fce meilf Njest-fbpas; pHisiKa'g
X$$e\ 4erCjt;oirj|: q^jeqfees peujfes yMnn'enfc dfa
cat^deF^oiiest po^r^cfcerqfa&r le eiiivre et pout 1' Iff! ■  ■        '   e
peclfe^lpJbaleine , et que ce ^oisson|lui-
mem'e s'est £aMun passage a$£avers lelgme^
mes|ranau#J)ar lest&Aels'y etoient arrivees
les tribus errantes , de la riviere de Q&bk^
de Yentrde du Prinze ^^i^llaume , ou di
I'Archipel eta: Nord-P$£ Fon rejette cette conjecture, je demanderai en defiriitif par quelle;
mer et suivant quelle &&&Ution laejfealeine
arrivoi&dansda mer de M;$Hearne ^.'S^elle
faiseit le tour des te^es^e-Ja baie de||Bld£*
fin ,.iiiu si elte*Is',ouv^W^[auda^eusem^t un
passdgsbaetra vers les barts&es de - g|lae%que
vit le capitaine Cooky et qu')f supposa sTe-
tendrei^usqu'aui^ole septent^onaii §|^SPous
voyons qu'elle trouve en- cet endrodlr ^des
obstacles in^urmontabies^ietsiious ne&jciou-
vons pas croire d&wntagessp^elle ait jama.f%
fetit^ei tow des ^errei* de^%j^Da%-dec^affiiii
u reste, une opinionqtaes&ous seifonsias®^
hagg|§& pour hasardeisgxfc'es*?o^pae ceti&rasater
vue e^ar-uM.$(flearae*teau 72e^dea;rd 3%&Bt
plffeeee par^'autT^^||Ji6§^-deg^ :S^xm|>
nutes , ou meme ^selon Pierre Pond^afJ
65e degrp^cn'est autre chose qu3^ cette
partie de^Ja comm?ui^ica^on' entre 4&.&i6$
Pacifique&sjaaLNord e^la mer Atlantique, qui
se dechar^lfdans la baie d^Baffiuiou dans if
w
( Mo) ■■< '
ceflfe d'Hudson, et q$*e c'est atfgvers ces
jqjtoaux qui ont a§sez de profojgcdeur et (Fgr
{endue pour et*:e navigabies, que la l^leine*
e^id'autres animaulc marins ^^i^no^mes
icou^nt an passage^fpeile ejfeur.
Lesilndiens quie, vit M. Heari^ai^i qui
Stent detrnits par le partes qui lui servoi£
de .guide au tracers itune route affreuse ,
faisoient pasii^Jselon to^te aopaarence, d'une
tril% de Pjaue^M^i avioit entrep^s urie ejK&-
pedifebm^ux amines pouy*$e procurer du cui-
srce. &gut?%re ae^Bfientils habitansde la ri-
vieregte Cool. Ces tribus ue^taeuses ont
une grande quantite de ctuivre : il es|>pour
eux un moyen^'eekange dans le commerce
qu'iJs^fontraKe^ leurs voislns les plus meri-
dionaux.-lSbusrjleur ene-aasidns vu des masses
daftfpo&ls considerable qu'ife avcient Inseefe
j^^Smiwt^^EJle'S efo&ent d'une extreme
beaute, lis i^ous dirent qi^ils avan^gpenfc
tses -feto au nord^pojrr .se.Je pipemrer , ?e*fc
qu^WNr^uvowB^ia mine dans la terre, ^6fd
pgrs^k ^aHeWa, etjg|&'@lle etoafc^ auta^rt^que
casus ponvi©s©xllesoeompnen(ire_, lancee du
sein de la mer«<aar-vfe. volcan. Les Indiens
que.vitJMi^Bfe€rne etoient Esqi&nanx. Leufe
usages et leurs moeurs sont absolumenl co£& Formes aux moeurs efnaux usages de cette
tribu considerable qu'on l^oit a la cote ©#*;
cidentale d'Amerique s'efendre adssi loin au
midi que le 5oe degre de latitude nordq;
On a pretendu que le navigateur espa*
gnol, Don Francis co-Antonio Maurelle, vi-
sita, en ijjS, cette partie du continent d'A-t
merique que le capitaine Cook n'avoit pas
vue dans sa route vers le nord ; qts'ert
consequence, son voyage est particuliere-
ment inteVessant pour la navigation , en ce
que ce marin y assure qu'on ne trouve poittfi
de detroits tels que ceux de Jean de Fuca ,
ni d'Archipel semblable a celui de Faaii^l
de Fonte.
La cour d'Espagne avoit tenu tres-seclfets
les details partie uliers de ce voyage * Mai&
ils ont ete communiques au public par i&f:
respectable citoyen , un pMldsophe eclaire ,
Fhonorable M. Daines Barrington. Le me-
rite qu'on supposoit a Pouvrage fit tfifrire pdfi#
quelque temps la critiqued Ceux de nos navigateurs qui vencsiant de fair&i en deMtii*
lieu, le tour du mofifde, en augmenterent
encore le credit a leur retour. Cela e'toiWtfa**
tuirel : ils y trouvoient defendu un sysf?#me
qui etoit le leur; sayoijeSjjis'on ne detoit a<z*» H
|-
s
I
fe
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I
M
1
g
( Mj» )
corder aucuneconfiance aux pretendue^decouvertes de de Fonte ou de Fuca, qu'on s£
persuadoit alors n'etre qu'un roman du vieux
temps, ou une fiction creee par Penthou-
siasme.
"Nous declarerons a notre tour sans hesi-
ter que les cartes de M. Maurelle ne meri-
tent aucune espece de confiance, et qu'elles
sont entierement contraires a la verite des
faits. Elles ne donnent point d'idee de la
vraie position de la cote d'Amerique yet Fon
ne pent guere s'emp&cher de soupconner
egalement d'infidelite les journaux du meme
navigateur d'ou elles ont ete tirees. Le moy en
le plus prompt et le plus decisif pour savoir
a quoi s'en tenir , est de comparer la carte
ilk voyage de Maurelle avec la carte du capitaine Cook, ou avec celle qui dlfete dres-
seetid'apres le voyage de la Felice et de
YIphigdnie, et qui comprend toutes les decouvertes faites par d'autres navigateurs an-
glois qui ont viSite la c6te d'Ameriqtfe. La
carte de M. Maurelle aura soutenu alors une
rude epreuve , et Fon en portera lejuge-
ment qu'elle merite.
Nous venons d'etablir d'une maniere claire
Ct posjbjive, et, nous osons le croire ; sans trop de pre'somption et de ' legje'rete', les dif*
ferens points qui servent de^Condement a
notre opinion de l'existence d'un Passage
Nord-Ouest, Pfe?   HM^SlliK
■II semble que, lorsqu'on a vane e une%s-
sertion de cette importance , oil naeLdoiisser
pas negliger de Fetayer de tous les^mA*
gnages qui viennent a FappuiSfeeependan^^:
si nous en citons quelqu'un sur lequel nous
aurions des do4tes, nous ne balancerous*
pas a le declarer, quelque favorable qu'il
put etre, d'ailleurs, a notre systeme general. f§:
vAinsi, par exemple , si la reaaite des decouvertes de Pierre Pondeetoit evidemment
demontree,nousenpourrions tirer des consequences avantageuses pour notre opinion;
car elles rectifieroient beaucoup le calcx&
de la route de M. Hearne , en changeant la
position de la mer qu'a vue ce navigateur,
du 72* degre au 65Q. II en resulteroit ne-
cessairement qu'il existe une communMa-.
t|on facile , un vaste passage ouvert entre la
riviere de Cook et cette mer, et peut-etre
aussi dans les bales de Bajffin ou d'Hudson*
Mais nous avouons sans hesiter qu'il nous,
xeste quelques   doutes  sur   ce   qu'avance M. Potid* Apr£s tout, comme ses calculi
sont entre les mains de tout le monde, noui
laisser&s le public proifcmcer sur le degre^
de confiance auquel ils peuvent pretendre.
Maisily a un auteur infiniment respectable dont nous avons deja cite les observations, auquel nous aurons Fobligation de
nouvelies lumieres sur cette matiere, Comme
il prouve la verite de tout ce qui a ete dit an-
eiennement de Feasistence de YArchipel de
Saint-Lazave et des ddproits de Fuca, nous
croyons qu'il merite une enttiere confiance ;
et le succes de ses recherches nous permefc
d'abreaer les no tres. Nous aurons done reel
cours a lui, seulement pour etablir quelques
points qui puissent nom guider dans la de-
mefcistration des motifs qui nous portent a
Croire que cet Archipel et ces detroits existent. Des hommes tres-instrnits ont attribue
jusqi$ici cette opinion a F&udace avec la-
quelle en imposoient quelques-uns, et a. la
credule ignorance de beaucoup d'autres.
Cet auteur observe que des navigateurs
de nos jours ont trouve un Archipel d'lles,
ef les pills forts indices d'une grande riviere
k Fendroit meme ddnt Famiral de Fontefait
VfclQ I 1045j     •  ■ 1
uWe dinscription conforme a leur deeouverte i
ce qui, ajoute-t-il^ donne beaucoup de
poids a ses assertions qu*on a trop leg^remeht
rejett^es. Nous avons , il est vrai, dans Ha-
cluit, Purchas et Harris> d'anciens recits $ del
vieilles traditions sur FArchipel de de Fonte
et les detroits de Fuca : mais sur quels foil-
demens et d'apr&s quelles decouvertes ? c'esfc>
ce qui reste enveloppe* aujourd'hui dans une
impenetrable obscurite. Mais M. Dalrympl©
se presente arme d'une meilleure autoritei
11 nous apprend que , dans la seconde Edition de Fouvrage : The nord and oft Tafa
tarye, donnee en 1705, le bourguemestre
Witson dit avoir eu en sa possession le maj
nuscrit original du recit du celebre naviga~
teur de Fonta | et non de Fonte , qui avoit
decrit la Terre de Feu en 1649. Cette cir^
Constance pent bien etre regarded comme la
preuve  que  le  navigateiir  en   question a
existe ; et nous sommes fondes a en cOii-
clure que, s'il fit un voyage en 1649, ^ pon-
voit bien avoir fait en 1640 Faiitre voyage
doiit parlent Purchas, etc.La deeouverte1 re^
cente de FArcbipel en question vient k Yap-
pui de cette opinion. Quoi qii'il en soit, ail
reste, et quelque confiance qii'ofr doive all
Tome I* I
'■'el      ( m«) .f- ■
bourguemestre Witson, nous n'hesitons pas
a affirmer que FArchipel du .Nord est a la
meme place que celui de de Fonta.
Ce qui a ete publie au sujet des detroits
de de Fuca n'est pas moins extraordinaire.
Une pi^ce vraiment curie^se en fait de renseignemens , est un avis qu'on a de lui, si
Fon en doit croire le tres-honorable M. Gre-
ville qui le tenoit de Sir Jean Macpherson ,
auquel il avoit ete communique par des Es-
pagnols au cap de Bonne-Esperance, Ceux-ci
instruisirent Sir Jean que, tout recemment,
on avoit decouvert une entree dans le 47e
degre* *\S minutes de latitude nord , par
laquelle ils etoient arrives, en vingt - sept
jours , dans le voisinage de la baie d'Hudson. Que doit-on dire d'un avis si extraordinaire ?
Jean de Fuca, au rapport de M. Hacluit,.
etoit un pilote grec qui, en 1592 , fit voiles
dans un passage d'une largeur considerable,
entre les 4jG et 48s degres dc latitude , passage qui le conduisit dans une mer plus
vaste encore ou il nayigua vingt-sept jours ,
au bout desquels il arriva dans la mer Atlan-
tique. II parie d'une grande pointe de terre
ou ile , et d'un rocher d'une hauteur prodi- gieiise place aupres. Cette ile oti^wnte estj
slion toute apparence, la M&me ouNH&'tre^
ami Tatootche a line viile et une forteresse.
Quant au rocher, nous< avons eu par bos
yeux m&me la preuve qu'il est place* a Pefr^
tree de cette mer, ainsi que la graride ile
ou pointe dont nous avons fait mention
dans le voyage de la Felice dans cette latitude.
11 paroit que de Fuca commuriiqua cot
avis aM. Lock,pendant que ce gentiihomme
etoit a Veriise , et qu'il offrit de faire le
Voyage pour 60,600 ducats\ Les ministres
de la reine Elisabeth, du nombre desquelst
etoit Cecil, refuserent l'offre , par un prin-
cipe d'economie bien louable sans doute ! la
fortune de M. Lock ne lui permit pas de
promettre cette recompense au pilote. L'ar-*
rangement n'eut done pas lieu : mais il ne
continua pas moins d'entretenir une corres-
pondarice exacte avec lui. Les affaires ayant
change de face> oil se determina a employer
le pilote ; et Lock se rendit en Italie avec
mission de Famener en Angieterre^ Mais
a son arriyee , il apprit qu'il etoit mort
peu de temps auparavant. Tels sont les details   que nous  ont donnes Hacluit ,■ Pur- ■je 7 . x I (148) I       -«
chas, etc. et qu'ont adoptey^tous ceux qui *]
clepuis eux^ont ecrit sur la marine et sur
lajpiavigation. |gi
JLeUne particularite qui n'est pas moins in-
teressante a cpnnoitrej;, c'est qu'un autre
Iiomme publia en Portugal, vers le meme
temps, un ouvrage dans lequel il traitoit
d'un Passage Nord-Ouest, et declaroit posi-
tivement qu'il Favoit traverse. Cet ouvrage
iut bientot supprime par la cour de Lis?
bonne. Mais je me contente de citer a Pap-
pui de ce que j'ai personneilement avance
le temoignage des officiers du capitaine Barclay. Ils ont vu tout ce que je declare avoir
vu moi-meme : et quoique le capitaine fut
reste a. quelques lieues du detroit, ils vin-
rent dans une chaloupe observer ces parages. II est egalement a. remarquer que la
Princesse Roy ale, capitaine Duncan , les a
vus aussi : enfin , nous offrons les preuves
que pent donner le Washington, qui tra-
versa une mer dont P etendue a plus de huit
deares de latitude. igi
S3
En lisant les recits des anciens voyageurs,
nous fumes singulierement frappes de la
ressemblance que nous trouyions entre les
habitans dont Jean de Fuca fait la descrip- tion , etr ceux avec lesqueli norfs avons ett
communication. Entre beaucotopde particlfife
larites, nous en ferons remarquer line seMe*
qui se pre^ente*|iattf&lle^
declare que ces habitans sont vetus de four-
rures et de peaux d'ours^il va jusqu'a nous
dire qu'ils ont pour usage^ lorsque leurs en-
fans sont tres^jeunes, de leur presser la tete
entre deux planches , ee qui lui donne 1#
forme d'un pain de isucre ; et dans les d$?
tails queTtious avons publies sur les peuples
de Nootka, nousr avons particulierement re-
marque cette coutume, et nous rangeons
Tatootche au nombre des princes de Nootka,
-■-
La, latitude dans laquelle nous trouvons- <i^
detroit place difTSre sans doute de celle que
lui ont assignee les anciens auteurs^ Mais
c'esl^e qu'il est facile d'expliquer^parlia
grande difference qui existe entre Farba-
l£te qui etoit Finstrument astronomiqne de
Colomb et notre quart. Nous croyons, d'ail-
leurs, qu1!!! n'y§* a pas encore bien long-
temps , nos navigateurs ne faisoient pas- as-
seifc d'attention aux changemens neeessal-
res pour la declinaison du soleil, ee qui
produit *aussl une grande difference de
calcuL Wk rfptl 1
f
.;. I   ( iffo) :mM
>0$e neliois pas oublier un autre r^cit d'uiie?
date phis ancienne, et qui est relatif a ce
passage. C'est le voyage de Thomas^Peche,
tel que la publie M. Dalrymple. Ce voya-
geur rapporte qu'il monta , en 1676, le de-^
troit <YAnian donteFetendue etoit de cent
y%igt lieues; que son intention etoit de re-
tourner en Angleterre par cette route. Mais
le mois d'octobre etant tres-avance , et les
vents souffiant au norcfy ( nous avons ob-.
serve, jedois le dire en passant, que ce sont
toujours les vents du nord qui regnent a
cette epoqne } il redescendit le detroit, et
cotoyant la Californie, la Nouvelle-Espague
et lePerou , il arriva pen 1^77, dalife la mer
du Nord par les de&oits de Magellan. Il
trouva que, depuis le cap Mendocino en
Californie, le courant portoit au norl4§r
est,a. plus de vingt lieues dans lijreanal. Au
reste, iln'est pas facile de determiner exac-
tement Fendroit ou. ces detroits sont situes,
parce qu'il n'a ete publie qu^une tres-petite
partie des voyages de Thomas Peche.
Un examenapprofoiltli de la position gecM
graphique de Fintefieur de cettdKpartie de.
I'Amerique $bae. serviroit qu'a ^ugmenter
l'incertitude et a multiplier les dcutes^WNous.
saaam ( i5x ) 7
savons qu'il en a ete dresse plusieurs cartel,
mais ce n'est pas d'apres elles que nous pou-
vOns porter un jugement. II est si aise de
remplir des espaces avec des lacs et des rivieres ima gin aires qui n'ont d'autre effet
que de nous egarer ! Quoique le lac Arathapescow ait tons les caracteres d'une existence reelle, aucun temoignage respectable
ne nous autorise encore a croire que sa situation ait ete determinee d'apres des ob*
servations astronomiques.
On nous permettra d'ajouter une conjecture de plus. C'est celle de.M. Dalrymple,
q«fi est aussi la mienne. Je presume avec lui
que le lac de Fonte peut bien etre la meme
chose que le lac Arathapescow ; et dans ce
cas, il communique avec la mer Pacifique
du Nord. Si Fon doit en croire deux cartes
indiennes , manuscrites , dont la compagnie
de la baie d'Hudson est en possession , le lac
Arathapescow a une communication Jtvec
cette baie. C'est ce qui donne lieu a M.« Dalrymple de remarquer,avee la sagacite qu'on
lui connoit, qu'il seroit :tres-ufHe de recher-
cher quels sont les obstacles qui emp£chent
les vaisseaux d'y pen^trer. Car M. Hearne
assure, d'apres lea, informations qu'il a prij^a
IP K. 4 r
a?
;&es Indiens, que ce lac a environ quatre
•cents milles en longueur. II est aussi d'avis
que la maniere la plus sure de faire cet exa-
xn..Q^ seroit de commencer du lac Arathapescow, qui, d'apres Fobservation de la longitude de la maison appartenante a. la compagnie de  la baie * d'Hudson, paroit etre
• beaucoup plus pres de cette maison que ne
Findique la carte deM. Hearne. II faut conr
r^enir, au reste, que si Fon doit beaucoup
au genie actif et auxpenibles travaux de ce
nayigateur, il a cependant laisse encore de
grandes recherches a faire.Car il n'est guere
croyable que M. Hearne ait ete en eta^d'ar-
reter definitivement une carte de pays cPune
•aussi vaste etendue. pfite
■tjdtl convient aussi d'obsjerver que la com-
«*|Sagnie de la baie d'Hudson a une maison
par le 53e degre q minute 3a secondeii^de
Jatitude nord , et le> 106* degileei^ nikiutes
^oftecondes dedongitude ouest, maison qui
■ est a plus de S3o milles geographiques de
' f'tkablissement le > plus yoisin  de la  baie.
'^insi la distance, pour operer la communication entre cette maison et Nootka , es|pe.
plus de 700 milles geographiques. Les In-
<-4ifn£ a^ssurent, s'il faut en croire* 3\J. Turw H ■ , e ' '■ '$■( i53 )
ner , inspecteur de la compagnie de la baie
d'Hudson, que la riviere continue d'etre
aussi navigable au - dessus de la maison de
cette compagnie qu'au-dessous, et que cette
navigation n'est pas plus difficile que celle
de laTamise, en ce qu'il n'y a pas une seule
chute ou rapide apres qu'on l'a passee pres
du lac Winipig (1) , dans un cours de plus
de7deux cents milles. Mais il est probable
que la communication entre la baie d'Hudson
et la cote occidentale d'Amerique pourroit
avoir plus facilement lieu dans un plus haut
degre de latitude, par le moyen de Fentree
de Chesterfield, ou de quelqnesuns des canaux ou rivieres qui se joignent de la baie
d'Hudson avec les lacs Arathapescow , Do-
baunt, et autres.
Nous savons a. quoi nous en tenir sur la
navigation de la cote occidentale d'Amerique , aussi bifen que ,de ces passages, entrees
et bras de mer considerables qui sont der-
riere Nootka. Quant a^la partie orientale du
continent, nous n'avQns, guere , ii est vrai,
»■   ■'        .    ■  ■ ■      .  _ i,.   ...  ... i    in..
( i ) Ou Winnepeek. Voyez Carver. histoire de
FAnierique septentrionale. Voyez aussi la traduction
des Voyages de J. Long, p. a3§. Note du Traducteur. (1*4) •
que des conjectures pour croire qu'on peut
trouver, soit par la baie d'Hudson, soit par
les parties meridionales de la baie de Baffin , des entrees navigables par le moyen des-
quelles on puisse communiquer avec la mer
Pacifique orientale. II y a pourtant quelque
chose de decisif en faveur de notre opinion, c'est la preuye incontestable que nous
avons que la position goographique de la
baie d'Hudson est tres-imparfaitement con-
nue, et que celle de la baie de Baffin ne
Fest pas du tout. II en resulte qu'on peug
toujours croire avec raison a la possibilite
de decouvrir un Passage NordfOuest. On
sait que les employes de la compagnie
de la bale d'Hudson ont toujours eu jusqu'a present une grande aversio^pour lejs
expeditions auNord. Notre espo^est^u'ils
sauront la yaincre, et qu'enfin, quelqu'heu-
reux nayisateiir deeouyrira cePassage Nord-
Quest. ( i55 )
r*#K
T R A I T & §A B II £ G £        •
Du Commerce entre la Cote Nord - Quest
d*Amdrique et la Chine , etc.
X out citoyen vraiment patriote doit eprou*
ver une vive satisfaction de voir le com^
fierce de cette nation s'etendre par degres
sur toutes les parties du globe. Les encoura-
gejpaens que savent donner de sages minis-
tres^e genie entreprenant de commer^ans
riches et hardis produiront cet heureux e£?
fet, qu'il n'y a pas un coin de la terre ou
la mer roule ses flots^  ou le souffle des
events puisse guider les navigateurs, qui ne
-soit decouvert tot ou tard, et ne procure
iles moyjens d'accroitre la force, la puissance
et la ^prosperite de Fempire britannique.
Igfc C'est au cajiltaine Cook quenous devons,
entr'autres bienfaits inestimables, le commerce  de la   c6te  nord - ouest  d'Amerique^ et la facilite de le transporter .utile-
•aopLfTDt jusqu'a la Chine,  Lorsqj$e ce coin- '"'■■•  '       (i56)    \   '      ■ *1
merce sera mieux connu, et que, par consequent , on s'y livrera avec plus de confiance et d'empressement, la nation en re-
iirera, nous n'en pouyons douter, les plus
grands a vantages ^
Ii est difficile de se faire actuellement une
idee des immenses richesses que la mer Pacifique du Sud ofTre a ceux qu'animent en
inline temps Famour du commerce et le gout
des aventures. La Chine et le Japon peu-
vent, non-seulement devenir de nouvelles
sources de prosperite pour le commerce de
ce royaurne par Pexportation des objets sor-
tis de nos manufactures , mais encode procurer les moyens d'augmenter ses forces ma-
ritimes, et d'etendre ainsi, avec le plus
grand sucees, la puissance de la nation an-
gloise.
Dans nos precedentes observations sur la
probabilite d'un passage au ncRfrl-ouest, nous
avonsparle des divers navigateurs qui avoient
ose avancer k la cote nord-ouest d'Amerique depuis que le capitaine Cook avoit decouvert qu'on pouvoit y faire un commerce
avantageux. Leur destinee, ainsi qu'il arrive ordinairement a tous ceux qui se ha-
sardent a courir de aoiiyelles ayentures^sa ete d'eprouver des malheurs divers. Dans
le petit nombre des vaisseaux qui ont ete
diriges vers cette c<ke , deux ont fait nau-
frage. D'autres ont essuye des malheurs sem-
blables par Fignorance ou Finhabilete' des
hommes qui les gouvernoient; et dela est
nee cette opinion si fausse que le commerce
de la cote nord-ouest d'Amerique est une
entreprise dont il ne peut resulter aucun
avantage.
II s'est repandu d'autres opinions tres-fa-
cheuses pour les hommes courageux qui
s'etoient engages dans ce commerce. On a
affirme hardiment comme une chose cer-
taine, et plusieurs Font cru sur parole , que
ces inemes hommes n'avoient fait autre chose
qu'un commerce de contrebande a. la cote
d'Amerique. Certes , il est cruel pour des
citoyens que leur patriotisme et leur zele
pour les interets du commerce national ont
portes a tenter de si perilleuses entreprises,
de voir que, malgre les pertes considerables
qu'ils ont essuyees, on calomnie la probite,j
la loyaute qui faisoit leur caractere distinc-
tif. Mais ces imputations qui ne peuvent etre
que Fouvrage de Fignorance ou de Fenvie
£C;nt absolument fausses. Elles trouveront,
1
j* i
;|_     .   { 158 )
je Fespere- une refutation complete dans
les arrange'mens de commerce qui ont ete
le but de ces voyages, et dont il a 6te parl4
dans le commencement de Pouyrageji
Les articles de trafic les plus commurid-
ment importes d'Amerique ont ete la peaii
de loutre de mer, et des fourrures de moin-
dre valeur. Nous avons tout lieu de presu-
mer qu'on pourra s'en procurer une grande
quantite, lorsqu'on sera parvenu a. eveiller
assez fortement Findustrie des naturels pour
les determiner a parcourir une plus grander
etendue de pays pour en recueillir; II faut/
d'ailleurs, observer que ce trafic est encore
dans Fenfance, et qu'il n'a ete fait jusqu'ici
que dans le voisinage des rivages de FAme-
rique.'Ces parties que Fon a deja yisitees ne
sont pas, comme on se Fest imagine , les
cotes du continent, mais un Archipel d'iles
foriiiant une esp^ce de barriere qu'elles lui
opposent. Ainsi, du moment ou une communication est ouverte pour le commerce
avec le continent meme qu'on est fonde a
croire peuple d'un grand nombre d'habi-
tans> notre pays peut y apperceyoir une>
source feconde de richesses commerciales.
Elle forme, pour ainsi dire, une chains de I ( l59 )
trafic entre la baie d'Hudson, le Canada >
et la cote nord-ouest d'Amerique.
Les articles dont on s'est servi jusqu'ici
pour Facquisition des fourrures d'Amerique sont, en eux memes, de peu de valeur,
compares avec le prix auquel sont portees
ces fourrures a la Chine et dans d'autres
vplaces de commerce. Mais si Fon fait attention aux frais qui sont indispensables pour
les transporter a leur destination , on con-
viendra qu'ils acquierent ainsi une valeur
qui ne laisse pas que d'etre considerable.
Les premiers qui oserent tenter ce trafic
employerent comme moyen d'eehange, du
fer, des grains de verre, et d'autres bagatelles des Indes. Mais ceux qui vinrent apres
eux y ajouterent des laines angloises, et
bicntot, dans tous les villages , on yit les naturels Americains s'affubler de couvertures
et se parer de tous les objets qui forment
Fhabiilement anglois. Les Indiens ne tarde-
rent pas a prendre un tel gout pour les laines , qu'on ne pouvoit pas esperer de traiter
avec ces peuples, si elles n'entroient pas
comme article principal dans les echanges
qu'on leur proposoit. La peau de loutre peut
fore un v£tement plus riche et plus chaud \
M m (l6o)
mais la couverture est infiniment plus com-
mode. Une fois que ces peuples eurentadopte
cet habillement, ils lui donnerent une preference marquee , trouvant, sans doute j
qu'il leur conyenoit mieux. Quant aux parties de Fhabillement europeen en fayeur des-
quelles le gout naturel ou Famour de la
nouveaute pourroit determiner leur, choix,
il seroit facile de les diversifier de maniere
que,non contens de les aimer, ils en adop-
tassent Fusage ; et alors nos manufactures
les leur fourniroient.
Le nombre des naturels qui habitent au
midi de Yentrde de Nootka jusqu'au 4^e
ou 4^e degre de latitude, monte a pres
de soixante mille. On le calcule sur celui
des villages, dont chacun renferme de six a
neuf cents habitans. Au nord de Nootka ,
vers le 6\e degre de latitude , il est plus
considerable. On pent done en conclure
avec fondement qu'il y a plus de cent mille
habitans sur la cote maritime de la partie
occidentale de cet Archipel, sans parler de
la partie orientale, ce qui , apres tout, ne
forme pas une population bien considerable
pour une si grande etendue de pays.
Ainsi, en calculant ce qu'il seroit neces*
saire ( *6i )
saire d'exporter d'Angleterre en grosses laljif
ties, fer, coutellerie , cuivre et etain manu*j
factures, dans ces premiers temps du com^J
merce a la c6te nord-ouest d'Amerique ^^on
sauroit a-peu-pres ce qu'il doit resulter d'aTfl-
vantages pour nos manufactures de fournir^
ces articles a une population si nombreuseCj
Le cuivre et Fetain, sur - tout, formeroienj?f
bientot une branche considerable d'exper-
tation, unefois qu'ils auroient re<ju la ^tnm^.
des ustensiles auxquels on les emploie or-^
dinairement. On a remarque sur plusieuri1
parties de la c6te que ces metaux etqient
deux principaux articles eJl^eommerce pour
les Indiens. II est inutile  d'ajouter que le
besoin de ces divers objets se feroit sen^,,
tir a eux , a mesure que leurs moeurs s'adon-
ciroient, et qu'ils feroignt des progres danjk.
la civilisation.
Les marchandises qii'on exporte d'Amerique consistent en* fourrures d'animaux dont,
voici le detail : la loutre de mer, ( on en^
trouvera la description particuliere, ainsjju-
que celle des differentes especes , dans l&.
voyage de la Felice ,) le castor . la martre ,~
la martre zibeline, la loutre de riviere que,
les naturels appellent capuca., Pherminkg*
Tome I. L '" Cl6*)      •/-- *     :ft
leS-differentes especes de renards, maissnr-
tout ceux dont la peau est d'un noir de jais;
le loup gris, blanc et rouge, le renne-loup,
la marmotte, le raton, Fours, la brebi&de
montagne , dont la toison est tres-longue et
d?une grande beaute, celle d'une espece plus
commune , le daim couleur de souris et
1'eian.
Quoique la loutre de mer soit un animal
anijrabie, on la rangeroit peut - etre avec
plus de raison au nombre des animaux ma-
r?na; earnest un avantage particulier a. ce
pafjsM- que la mer quiebaigne ses cotes par^r
tage avec la terre la grande quantite de ses
productions commerciales. €)n y trouve par-
tout le veau marin fourre, la vache marine ,
Ig'l&m de mer, le veau tachete , enfin Fes-
jftce des veaux ordinaires.
Le ginseng pourroit aussi devenir un article d'une valeur considerable dans les mar-
crtkudises qu'on exporte d'Amerique. Quoi-
S'onnen ait pas recueilli jusqu'ici une
quantite bien considerable dans le voisinage
deNootka? c'est une production qui se trouve
dans les parties septentiionales , et smvtout,
sur les bords de la riviere de Cook. Le gin*
ieng^de cette partie de FAmerique est de
fc**. ■    7 '     :.   ;   ■   ( i*3') ' ' .   -.. |P
Ibeaueoup preferable a celui de la partie
orientale . et approche davantage de ,celui
de Chine qu'on regarde generalernent comme superieur a toutes les especes de ginseng
exportees en Europe.
Mais la branche de commerce la plus
avantageuse qu'ofrre naturellement la cote
nord- ouest d'Amerique, c'est la peche de
la baleine a laquelle on peut donner la plus
grande Etendue. Ces mers sont remplies de
toutes les especes de ce poisson, de baleines
noires et de spermaceti, ainsi que d'autres
animaux marins qui donnent une huile d'une
qualite vraiment superieure. On me permet-
tra ici de presenter quelques observations
sur les avantages que FAngleterre pourroit
retirer de cette peche, non-seulement dans
la mer du Nord, mais encore dans la mer
du Sud. La premiere renferme une immense
quantite de baleines noires. On trouve en
aussi grand nombre dans Fautre celles de
1'espece du spermaceti.
Cette pe*che embrasse une telle etendue
de pays, depuis le cap*Horn jusqu'a la Li-
gne, qu'en y joignant celle de-la cote nord-
ouested'Amerique, elle pourroit employer
plusieurs milliers de tonneaux. Cette bran-
L % ehe utile de commerce occuperoit, meme*
dans les premiers temps, au moins une cen-
taine de vaisseaux dont chacun ne contien-
droit pas moins de trente hommes. Je suppose , d'apres cette regie, que sur ces trente
personnes composant chaque equipage, une
vingtaine seroient des matelots ou des hommes exerces a cette peche, etles autres des,
apprentifs ou des ouvriers qu'on prend sou-
vent a bord pour les employer dans ces expeditions. Le nombre total des marins mon-
teroit ainsi a trois mille. II n'est pas permis
de douter que ce commerce, entrepris sous
les auspices de laliberte angloise, et dirige
par le genie des marchands de notre nation ,
ne devint une source de richesses qui s'ac-
croitroit de jour en jour. Oui, les produits
en seroient si avantageux pour nos manufactures , le besoin s'en feroit tenement sentir
aux pays etrangers, que cette double con-
sommation de Petranger et de lanation eten*
droit a 1'infini les bornes de notre navigation et de notre commerce. II resulteroit
aussi de cette peche^un autre a vantage non
moins important; elle augmenteroit prodi-
gieusement cette pepiniere de marins qu'on
doit regarder comme une mine inepuisable f| (m)
de puissance et de gloire pour FAngleterre*
Je ne balance pas a predire que, si une telle
branch e de commerce reste libre, si, sur-tout,
on ne la laisse point entraver par des char-
tres privildgides, par des monopoles ldgali~
ses , les profits en sergnt bientot si considerables que le gouvernement se trouvera dispense de recourir aux rabais et a des libe-
ralites ruineuses pour encourager Findus-
trie.
Je n'aurai pas la presomption de pres-*
crire les regies de conduite qu'il importe
d'observer pour diriger cette p&che et en
favoriser le succes. Le lord Hawkesbury qui
possede tant de lumieres et de connoissan-
ces en mati^re de commerce, a clairement
etabliles moyens d'administration pour cette
partie ou les soins et les travaux tournent
au profit du commerce national. On me per-
mettra cependant de suggerer une idee : il
me sembleroit necessaire qu'il y eut, sur
chaque vaisseau occupe a ce service, six ou
huit apprentifs dont Page seroit limite. Si
par exemple, ily en avoit huit, quatre d'entr'eux ne devroient pas avoir plus de dix ou
douze ans : deux autres n'en auroient pas
plus de quatorze, et le reste pourroit etre
L *9 age de seize ans tout au plus. Le terme <fo
Fapprentissage ne seroit pas de plus de cinq
ans. On voit, sans que j'aie besoin de le
dire, ce qu'un pareil arrangement auroit
d'utile et d'avantageux.
On peut regarder la navigation de ces
mers comme la meilleure ecoie de marine ^
D'un autre cote, comme les vaisseauxy cou-
rent bien moins de dangers que dans d'autres mers, c'est une chance de plus qui ne
doit pas echapper aux speculations des mar-
chands. Je ne negligerai pas , non pius^ de^
faire observer que des vaisseaux employes
a la peche ou a la traite des fourrures ne
peuvent jamais se passer de provisions abon-
dantes de toutes les especes de poisson, non-
seulement afin d'etre en etat de fournir une
quantite considerable de cette nourriture si
aaine, mais aussi pour devenir un objet di-
gne de fixer Fattention des commercans. Les
iles Sandwich offrent, d'ailleurs, au milieu
des fatigues , un lieu de repos, ou Fair le
plus pur apporte la sante, et ou Fon trouve
toutes sortes de rafraichissemens. iji
J'ai deja dit quels sont les differens arti^
cles de tra£c , soit exportes d'Europe , soit
importes de ce pays nouvellenxent otivert au ■ (i*7J Je    ".■■$
commerce | et dont on pourroit dire qu'il
semble attendre notre arrivee. Nous devons
prendre egalement en consideration, comme
pouvant, quelque jour, produire de grands
a vantages, ces mines placees, comme on en
a la certitude , entre le 4°e et le 6oe degres
de latitude nord. Ii n'est pas douteux qu'eiles
ne devinssent bientot une source precleus©
de relations commerciales entre FAmerique
et la Chine. Mais pour en tirer parti, ainsi
que pour jouir promptement d'autres avantages qu'on peut se promettre, il convierit
de former des etablissemens. La cote: nord-ouest d'Amerique offre un climat tres-doux
et un sol fertile ou Fon peut cultiver toutes
les especes de grains, sans beaucoup d'ef-
forts ni d'industrie , sur-tout dans le voisi- \
nage de Nootka et dans le pays de la nou-
velie Albion.
Voila tout ce qu'il nous est possible de
dire en general du commerce de cette partie
de FAmerique qui nous est connue depuis si
peu de temps. Nous aliens main tenant cher-
cher a. decouvrir les rapports qu'il a £oiui6s
avec la Chine jusqu'a ce jour, ainsi que les
motifs de Fespoir qu'on avoit conca cFetablir
des. relations commerciales avec le Japon i
■   '      '"f;; .7 |L4.
.ffl
1 ' ;|   f'    I 168 ■)    .7 . • a
projet qui, si Fon en tentoit FexecutionJ
(et je ne doute pas qu'il ne soit possible de
le faire revivre) deviendroit, avec le temps,
un objet de la premiere importance pour
le commerce de notre pays. Les fourrures
que divers navigateurs parvenoient a. se pro-*
curer a. la cote nord - ouest d'Amerique ,
Etoient portees au marche de Canton ou
.elles se vendoient a un prix enorme. L'a-
vantage de fournir cette place de fourrures
.d'Amerique, a procure les moyens d'ouvrir
une route au commerce entre FAngleterre
et la Chine, pour les fourrures du Canada
et de la baie d'Hudson, moyens qu'on n'a-
voitpas ten tes encore. Ces fourrures se ven-
. dent aussi a. un prix tres-avantageux.
Le commerce entre FAngleterre et l'em»
pire de la Chine est de la plus grande importance. Je vais rechercher les causes qui
continuent a. nous rendre la balance con-
traire , et qui peuvent conduire a decou-
yrir les moyens, non- seuiement de dimi-
j       *
nuer Finegalite de cette balance., mais encore de la faire pencher en notre fayeur.
Cette recherche ne pourri , je l'esp&re,
qu"etre bien accueillie du public , et en particular, de Fhonorable compagnie des Inies "'■     ;   I ". 7  (ify)
orientales , ce corps respectable de com-
•mer^ans. II y a, je le sais, de la justice,
a declarer qu'ils ont deja fait beaucoup :
mais, en meme temps, je dois a la verite
d'observer qu'il reste encore beaucoup a
faire. II est, en effet, de toute neGcssite ,
nori-seuiement d'augmenter le plus possible
l'exportation de nos marchandises, mais encore d'ouvrir de nouvelles routes au commerce par - tout ou Foccasion se presente
d'executer un projet si utile.
En traitant ce sujet en general, je ne me
pique pas cependant d avoir une connois-
sance si exacte des choses que je doive m'en-
gager a les discuter en detail. J'examinerai
le commerce de la Chine sous trois rapports
principaux, savoir :
i°. Le commerce par terre de la Chine
avec la Russie; et Fon peut y comprendre
le commerce nord-ouest par mer, les marchandises principales etant des fourrures
dont FAngleterre a sa part, au moyen de
la prodigieuse quantite de celles du Canada
et de la baie d'Hudson, expedites de ce pays
en Russie, et dela a Pekin , ou les mar-
chands Russes les envoient sur des voitures
qui font par terre un long circuit.
# H
2°. Les relations comjnerciales entre PAn*
gleterre et la Chine.
3°. Le commerce entre les nations etran-
geres avec les puissances dupays dans l'Inde
et a. la Chine.
II seroit inutile que je decrivisse ici, quand
meme je le poiirrois , la vaste etendue de
Fempire de la Chine et Fetat de sa prod%
gieuse population. Je me contenterai d'ob-
server qu'nn traite de commerce avec un tel
pays, et sur-tout un tel peuple, seroit' un
des plus importans evenemens pour FAngleterre. Les Anglois sont certainement en
possession dela plus grande partie du commerce d'importation a Canton : mais il faut
dire une verite , c'est que tout le commerce
d'Europe ( et le notre s'y trouve necessaire-
ment cornpris) eprouve de jour en jour des^
desavantages sensibles par Foppression sous
Jaquelle il g.emit. Je ne puis concevoir quel
principe de saine politique nous porte a nous
soumettre toujours a la volonte et au bon
plaisir du gouvernement Chinois dans nos
relations de commerce avec lui.
Ce seroit faire une grande injustice aux
Chinois que de se former une opinion de
leur earactdre en general, d^apfes ceux qui habitent les bancs de la riviere de Canton.1
Un port de mer qui ne procure qu'une foible communication avec des douaniers , des
courtiers et toute la basse classe des mar-
chands, ou qui n'en offre pas d'autre, ne met
pas le voyageur en etat de juger de la nation
a. laquelle il appartient. Mais si nous nous en
formons une idee d'apres les rapports de ceax
qui ont eu occasion de visiter les parties
interieures de la Chine, nous croirons sans
peine que les Chinois sont un peuple civilise , genereux , eclaire, et qu'ils s'honorent
eux-memes de ce caractene. On peut done
supposer que si FAngleterre envoyoit en
Chine un ambassadeur accompagne de tout
Fappareil qui convient a son caractere, ii
y seroit recju avec les egards et la dignite
qu'exigeroit une pareiile mission.
Des obstacles de tout genre nuisent a notre
commerce dans cette partie de FOrient. II
faudroit, peut - etre , un talent consomme
dans Fart des negociations , ainsi qu'une
parfaite connoissance de Phistoire du commerce de la Chine et du caractere des peu-
ples qui Fhabitent, pour reussir a conclure
un traite de commerce honorable entre les
deux nations. Les Chinois connoissent bien i
m
< *72) ' < \
la puissance de FAngleterre, et ne la voient
pas sans crainte. Voici un fait incontestable.
Le Hoppo, ou vice-roi de Canton, en 1789 ,
dans les informations qu'il avoit coutume de
transmettre a la cour de Pekin, rendit un
compte inexact des vaisseaux europeens qui
se trouvoient dans son port. Comme le nom-
bre en augmentoit de jour en jour, et sur-
tout celui des vaisseaux anglois, les agens
ministeriels a Canton s'en alarmerent; et si
Fempereur Feut appris, ils seroient peut-etre
tombes dans sa disgrace, pour avoir expose
FEtat,en souffrant un pareil rassemblement
de vaisseaux etrangers. Mais ils eurent bien-
t6t le've ces scrupules patriotiqnes, et calme
leurs inquietudes personnelles , en remet-
tant au tr^sor royal les revenus ordinaires
du commerce avec Fetranger, et en ver-
sant dans leurs propres coffres le pro-
duit considerable des droits qu'ils avoient
exiges.
II sembleroit qu'on n'a cherche dans ce
port qu'a gener et entraver le commerce
d'Europe. Toute affaire de commerce est
soumise a la jurisdiction d'un corps de mar-
chands, compose d'onze personnes ou plus*
qu'on appelle les Hung, ou les Houang* ■   (i73> 'Je
Des qu'un vaisseau arrive a Canton , un
de ces marchands est charge de presider a
tous les arrangemens de commerce. On le
nomme alors le marchand de suretd, et \
toute affaire relative au vaisseau sur lequel
il est place, se iraite suivant son bon plai- .
sir. Revetu de cette autorite extraordinaire,
il peut regler le debit des marchandises dont
Finspection lui est confiee, de la maniere la
plus avantageuse pour lui. Si done il lui
paroit de son interet d'empecher que les
articles d'importation soient livres a un
prix raisonnable, il ne cons,idere que lui-
meme , et nullement celui qui a fait les frais
d'importation ; car le naturel qui veut ache-
ter, et'Petranger qui a besoin de vendre, ne
peuvent communiquer Fun avec Fautre. C'est
cet Strange intermediaire , ce marchand
nomme d'office pour gener la liberie du commerce, qui agit pour tous deux; c'est lui dont
la volonte , quelqu'arbitraire qu'elle puisse
etre, devient une loi pour eux, sans espoir
de revision ni d'appel.Tant que ces homme$
continueront d'exercer une pareiile autorite , les articles d'importation ne pourront
jamais etre portes a un prix bien a van ta- 1 / (*74)
gfcux, ni ceiix d'exportation reduits par fa
concurrence a une regie egale.
Les marchands Houang sont, a leur tour,
imposes a de fortes taxes par les Mandarins
de la premiere classe, et par ceux d'une
classe inferieure ou officiers de la douane.
Mais ils savent fort bien s'en rembourser en
levant des contributions sur le commerce
d'Europe.
Toutes les marchandises qui entrent a
Canton paient d'abord un droit exorbitant.
Si le proprietaire use de la faculte qu'il a
de se plaindre aux marchands Houang, il
ne lui est pas permis pour cela de rembar-
quer un seul article : une fois debarquees a
Canton, les marchandises ne peuvent en etre
emportees que par quelque trafiquant du
pays qui les auroit achetees. Rien de mieux
imagine pour tuer le commerce qu'une regie aussi tyrannique.
' Les droits , dans ce port, ont eu, pendant long - temps , une augmentation pro-1
gressive ; ils ont ete portes, ces dernieres
annees , a 5o pour 100. Le mon tant actuel
de ces\droits n'etant plus verse* dans le tre-»
sor royal par les raisons que j'ai donne'es plus taut, les mandarins sont devenus de plus
en plus avides, en proportion de ce que
Faugmen^ation des droits produil celle de
leurs revenus. Comme ils sont imposes suivant le bon plaisir du Hoppoou vice-roi,
j celui-ci trouve le moyen d'amasser une for^-i
tune immense pendant son admiH^fcration.
Mais il est oblige de partager le fruit de ses
rapines avec les ministres de la comr de Pekin, pour empecher que les exactions.qu'il
se permet sur les Europeens a Canton soient
jamais decouvertes.   .
Des le moment de leur arrivee , tous les
yaisseaux paient un droit de mesurage. II se
calcule sur le nombre de leurs tonneaux.
Ce droit est considerable,et, depuis quelquest
annees , on Fa beajucoup augmente. Unvais^
seau appartenant a. la compagnie des Indusl
orientales , paie,je crois, de 800 a 1^200 liv.
sterlings. Les marchandises nepeuvent e%re
portees a terre que par des.chaloupes. dii{
pays , de maniere qu'ib se commet1 des^volK
continuels lorssque les cargaisons. sont en-^
VPyees du vajfcseau a Canton, qui; est; k en->
viron quatorze milles de. distance; et, ce qui
garoitra fort etgajige, il.n'y ani moyens de*
^emedier a une injustice si criante, ni cha- (i76) |   \
timent pour ceux qui s'en rendent coupa-
bles. Le Houang est la seule personne aupres de laquelle un Europeen ait acces.
Ainsi, le marchand etranger est entierement
k la merci d'un agent interesse a Fopprimer
le plus qu'il lui est possible.
Aucun Europeen ne peut entrer a Canton.
Celui qui auroit la temerite de s'y intro-
Suire ciandestinement, recevroit une rude
bastonnade , et seroit renyoye apr&s. Les
Chinois appellent un Europeen un Fanqui.
II faut observer, au reste, que cette idee,,
que les Houang sont une sur ete pour les
deux marchands, est une erreur complete.
On n'ignore pas que ces preposes au commerce ont fait quelquefois banqueroute ; et
plusieurs Europeens ont cruellement souf-
fert de leurs faillites. J'ai tout lieu de croire
que les sommes dues a des marchands an-
glois, et pour le paiement desquelies le capitaine Panton fut envoye a Canton sur le
B^ace-Hojse , ne sont pas encore liquddees.
Ces creances etoient le resultat de la faillite
d'un des plus riches marchands Houang; ce
qui prouve evidemment que les membres de
ce corps ne sont rien moins qu'une silrete
pour; 1.   ^3t77") ,    I   .4    .
poiir le commerce. La dette montolt a cjiiel-^
ques centaines de: mille livres sterlings. Une
partie a ete acquittee par installations ; le
paiement a 6te acheve dans Fespace de dix
ans , et saris inter&ts. Au reste , ce sont les
Europeens eux-memes qui, dans le fait, ont
paye cette somme : car, pour en &tre rem-
pli, on a impose tous les articles importes
d'Europe a un droit de plus. Ce droit, on
continue de le percevoir; et comme FAngleterre est en possession de la plus grande
partie du commerce de Chine, elle est aussi
grevee a proportion par ces taxes si fortes
et si multipliees.
Cette ambassade n'augmentapas beaucoup
1'importance de la nation angloise dans l'opi-
nion des Chinois. lis ne virent pas du meme
csil et n'accueillirent pas ayec les memes
egards le lord Anson et le capitaine Panton*
Je suis loin de vouloir insinuer que ce dernier
manquat de quelqu'une des qualites neces-
saires pour donner de 1'importance a sa mission , ou pour en assurer le sUcces. Je dirai
plus : ii les possedoit toutes. Mais il ne fut
ni soutenu comme il convenoit, ni acCom-
pagne de l'appareil de dignite qu'exigeoit
son caractere ; et qui etoit indispensable
Tome I. M -    I 1.(178)    M
pour imprimer aux Chinois un respect mele
de crainte pour le pays qui Favoit envoye.
De tout cela resulte evidemment la triste
preuve que le nom anglois ne jouit pas chez
les Chinois de la consideration qu'il merite
d'avoir dans toutes les parties du globe. II
suffit, pour en juger , de voir leur conduite
a Fegard des employes de la compagnie des
Indes orientales, qui se retirent toujours
pendant plusieurs mois de Fannee a Macao,
ville des Portugais*
En 1789, un vaisseau de la compagnie
arriva en Chine. Les subrecargues furent
aussitot obliges de seretirer, comme al'ordi-
naire, a Canton. Pour en obtenir la permission qui n'est que de forme, ils adresserent
la requete d'usage au gouvernement chinois. Ils essuyerent un refus positif, sous
pretexte que la requete auroit du, etre presentee par Fentremise des Portugais qui ,
eux-m&mes, refuserent d'interyenir. Par ce
jnoyren, le gouverneur de Macao pour les
Portugais pouvoit mettre de tres-facheuses
entraves au commerce de FAngleterre. Cette
affaire desagfeable fut cependant regiee a la
fin, non sans beaucoup de delais, et, selon
toute apparence, ayec de grandes exactions. Pendant ces jours d'oppression, les rjcheS
vaisseaux de la compagnie des Indes orientales mettqient a Fancre, en arrivant, dans
le Rocca Tigris ou a Wampoa, et ne pou*
Voient se procurer les rafraichissemens or-
dinaires. Les sommes enormes qui ne ces-
sent d'etre payees pour Fentree des employes
de la compagnie a Canton, et pour leur sortie de cette ville d'ou les Chinois lesforcent
de  se retirer^ sont, non - seulement une
monstrupsite en  fait de   commerce , mais
encore Feffet d'une complaisance vraiment
deshonorante de la part de FAngleterre.
Les Portugais se permettent aussi, dans
cet etablissement eloigne, de prendre avec
les sujets de FAngleterre un ton de supe-
riorite, et de tenir & leur egard une conduite dont il est difficile de se rendre rai-
son , lorsqu'on compare ensemble la-force $
la puissance et la grandeur des deux nations
respectives. II estTres-ordinaire a Macao de
voir les employes de la compagnie empri^
sonnes et accables d'autres mauvais traite-
mens sous les pretextes les plus legers, r^«
duits enfin a des soumissions auxquelles Fes*
prit sordide du commerce peut seul les de*
M %
\yfc*m , (i3o)
terminer , en mSrae. temps qu'il fait taire le
re'ssentiment de ceux qui les emploient.
On peut conjclure evidemment de tous ces
faits que le commerce entre la Chine et FAngleterre devroit etre etabli sur un pied respectable et d'apres des regies egales. Ii ne
seroit pas aussi difficile qu'on Fimagine, en
general, deparvenir a cet heureuxresultat,
sil'on eiriployoit les moyens conyenables/
Nousne supposerons pas que le commerce
de la cote nord-ouest d'Amerique a la Chine
put se soustraire, dans son enfance , a ces
transactions humiliantes qui diminuent, pour
des etablissemens dejh anciens et bien supe-
rieursV les avantages du commerce avec
cette partie de FOrient , en meme temps
qu'elles lui impriment une sorte de fletris-
sure. Nous en sentons les inconveniens ;
nous les avons en horreur : mais, une fois
debarrasse de ces entraves, le commerce
apperceyroit d'immenses avantages qui jus-
tifieroient les encouragemens que la nation
auroit juge a propos de lui donner.
II n'y avoit encore eu de communication
avec la Chine entre les provinces de Russie,
le Kamschatka et la Siberie , que par terre. |(i8i-)     e.e   £-■
Cette communication fut interrompue pendant plusieurs annees,par suite de disputes
qui s'etoient elevees entre la cour de PeJIki
et celle de Petersbourg ^ disputes qui non§
jamais ete terminees. Alors on me^ita se-
rieusement les moyens d'ftablir des rapports
immediats entre le  commerce de la ;e6te>
nord-ouest d'Amerique et de cesjprovinees ,
et celui de la Chine et du Japon. Si un pared pro jet cut ete mi|*a execution, il elf
seroifresulte les consequences les plus avan{
tageuses pour FAngleterre. Car, aulieu d'&tret
envoyes a travers Fempire de Russie , pas
la voie de Petersbourg, et dela en_ Sjfjierief
et a Kiascha, les objets sortis de nos ma$$f$
factures auroient ete importes imme^iatef*
nient par mer, et les fourrures de ces payf^
reguesen echange. Ces fourrures seseroieng*
vendues a Canton avecfjCelles de la cote
nord - ouest d'Amerique ; et les revenus ,
pro du its naturels du commerce, eussent ete
verses ici sans regret dans le tresord'Angle -
terre : ce qui auroit eu pour effet de dimigg<
nuer l'exportation de Fargenfc en lingot de
ce royatime. Ijfl
L'Angleterre auroit vu augmenter par ce
trafic ses exportations de draps , de grosses .        (   102')'     ....  .      ■;£     '    M
Jaines, de cotons , de toiles, de clincaille-
rfcs , de Fetain et du cuivre qu'elle produit ,
et des divers articles dont ces metaux pren-
nent la forme dans nos manufactures, Elle
auroit regu en echange, ainsi que je Fai fait
rernarquer ci clessus , des fourrures les plus
prfefcieuses de toutes les especes d'animaux
dont abonde cette partie du monde. II auroit fallu, pour fournir les provinces de
Russie de nos marchandises exportees , que
la quantite en eut ete considerable ; et en
jfes foumissant ainsi, on seroit bientot parvenu a faire disparoitre de la place ces lai-i
nes de France et toute cette ferraille dont
elle est remplie aujourd'hui. Car on ne peut
douter que les habitans ne preferassent aux
draps legers et a la mauvaise clincaillerie
de France, les articles solides. et durables
qui se fabriquent dans nos manufactures.
If Plus on examine cette partie du commerce ' du Nord , plus Fattention se Hxe
naturellement sur la necessite de penetrer
dans les provinces septentrionales de la
Chine , ainsi qu'au Japon, pour etendre
cette chaine de relations commerciales,
IL'execution d'un pareil projet ne tarderoit
pas a ouyrir un debouche considerable pour -   -;;|  . ; ( i83 )      -  '
les manufactures angloises , sur-tout pour
Fetain et le cuivre, mais plus encore *pour
ce dernier metal. Comme l'exportation en
est de la plus grande importance pour FAngleterre, ce sujet nous semble exiger ime
discussion particuliere a laquelle nous nous
livrerons dans la suite de ces observations.
L'exclusion actuelle des nations euro-
peennes de tous les ports de la Chine, ex-
cepte de Canton, est un desavantage sensible pour FAngleterre. D'un autre cote , par
les regies arbitraires auxquelles le gouver-
nement chinois assu jettit le commerce d'Eu-
rope, nous somnies forces de livrer aux
acheteurs, au prix qu'ils fixent eux-m^mes ,
nos marchandises exportees, independam-
ment des droits considerables auxquels elles
sont d'aiileurs imposees. Le meme principe
de tyrannie et de deloyaute a pour effet
d'augmenter le prix de tous les articles que
nous recevons en retour : c'est encore a lui
que nous devons le mauvais the que Fon
importe en Angleterre.
II seroit egalement inutile et deplace d'ob-
server jusqu'a quel point a prevalu , chez
toutes les classes du peuple anglois, Fusage
de cette plante de FOrient. II a cesse, de-
^   f-'   ' - J^fr""";: M4 I       7( frjjg   e _
puis long-temps, d'etre un luxe parmi lea
grands ,, et est defenu, en quelque sorte,
pour le pauyre meme, une des necessites
de la vieti)". Quoique prodi*ite h Fextremite
du globe , cette plante est tellement natural
lisee chez nous qu'elle est devehue un ob-
jetde consommation generale, etune source
de reyenus pour le tresor public £y|
>■ -i■      .-■.'-'.■■'     .   .     .... .,-i i   ■ I.... i ii
(i} On peut en dire autant de Pusage du cafe en'
France. Cette denree y est consideree comme objet de
premiere necessite. Le gout en est presqu'universel. La
classe la plus pauvre du peuple est celle a qui la privation en seroit le plus sensible. Ceia est naturel. Elle
trouve dans le cafe dont les immenses provisions ren--
flent le prix beaucoup moins cher , une nourriture
^greable qui la de^dommage un peu des mauvais ali-
mens qu'elle est, trop souvent, forcee de prendre. II
n'est point de mon re&sort d'exansiner ce que 1'usage du
cafe peut avoir de funeste pour la sante. Cette ques-? \
tion en sera toujours une, et en attendant qu'elle soit
decidee, on eontinuera d'en prendre. Le gout et Pha-
bitiMe, j*ajouterai encore, le besain, sont plus puissan&
que les raisonnemens des medeeins et des naturalistes..
Les marchandes de Paris s'en moquent ; elles ont rai-.
$©n. Celle qui , depuis trente ansy prend son cafe tous
(%s matins sur son comptoh:^ ne peut guere etre efr*.
frayee des. menaces de fa medecine.
Note du Tradiicfeur.
$*) Cette plante a laquelle plusieurs de ceux qui, ont (lg5)
Si done , ii est de Finteret national de se
procurer les thes , et les divers articles sor-
tis des manufactures de la Chine des meil-
leures qualites , et a un prix beaucoup plus
avantageux; legouvernementanglois devroit
egalement aviser aux moyens d'obtenir que
les ports septentrionaux de ce pays nous fussent ouverts. II devroit sur-tout s'occuper
d'affsanchir notre commerce de Favilissante
oppression sous laquelle ii gemit dans le seul
port de Chine ou. nos vaisseaux aient la permission d'entrer. Pour y parvenir, (et je ne
doute pas un instant de la possibilite) je me
ecrit sur la medecine attribuent des proprietes perni-
cieuses , est regardee, au contraire , en Chine , comme
remplie d'une vertu salutaire. Son usage, dans le pay^s
ou elle croit, est de tous les jours et de tous les, lieuxT$
et le moindre doute sur le pouvoir bienf'aisant de cette
plante y seroit traite d'extravagance complete ou de
grossiere iguorance. Ecoutez un Chinois : il vous dira
que le the resserre les" nerfs, leur donne du ton , forti-
£e Festomac , et r-anime. la foible&se. Ii faut observer ,
au reste ? que le the noir est generalement en usage
parmi les Chinois ; et qu'ils reservent , en grande par-
tie , je dirai presque tout-a-fait I le the verd et le the
en. fleurs pour le commerce avec I'etranger.
Note de I'Auteur* ;di
B
m
I ( 186 )
permettrai de demander | sil ne seroit pas
a propos d'envoyer directement une ambas-
sade a Pekin, accompagnee de Fappareil de
grandeur et de dignite avec lequel il con-
vient que le representant d'un monarque
aiiglois porte ses lettres de creance a la cour
brillante d'un grand potentat de FOrient.
JL'entree de ces ports, une fois ouverte a
nos vaisseaux, augmenteroit et multiplieroit
les moyens de communication entre les deux
pays, et produiroit ainsi pour chacun d'eux
les plus grands avantages. Sans faire Fenu-
meration de ceux qu'en retireroit en parti-
culier FAngleterre , j'observerai que l'ex-
portation seule de notre  etain auroit ete
pour la nation une source considerable de
revenus industriels ,  independamment de
ceux qu'elle doit aux productions dont la
nature a favorise son territoire. Par suite
de cet arrangement, le royaume de Coree,
peu connu jusqu'ici, mais qui n'en est pas
moins puissant et civilise, seroit ouvert aux
navigateurs anglois ; et, sans parler des relations avec Fempire du Japon, il est difficile de dire combien PAng-leterre trouveroit
d'avantages pour son commerce a. adopter
le projct dont ce memoire a pour objet de ( »87 )       I
faire naitre Fidee, et de recommander l'ex&
cation.
C'est dans les provinces septentrionales
que croissent les rneilleures et les plus belles
espeees de the. Nous les aurions de ces provinces , exemptes du melange qu'une cupi-
dite sordide porte les marchands Houang ,
non-seuiement a permettre, mais mime a
encourager. Les soies crues de ces pays seroient aussi portees bient6t an prix de nos
soies de la plus belle quaiite.
Le royaume de Coree recevroit, et avec
empressement, les m&mes ouvrages de nos
manufactures que la Chine. Ajoutez (et cela
est bien important) que, dans un cliniat si
froid,  les Coreens auroient nos laines di-
rectement de nous - m&mes , au lieu de ces
draps legers de France qui leur arrivent de
Russie par la route de Pekin, c'est-a-dire^
en faisant un long circuit, ou, plus imme-
diatement, de Canton. Attendu le prix ex-
cessif des laines occasionne par le mode dis-
pendieux d'importation, ces peuples ont re-
cours a des cotons grossiers qui, apres tout,
ne leur suFfisent pas pour les proteger contre la rigueur de leurs hivers. Ce pays pro*
duit les plus belles espeees de the , mais I
It
R|
11
point de soies. Au reste , les Coreens les re-
c^oivent de la Chine , ou ils les renvoient
apres en avoir fabrique de tres-beaux et de
tres - riches ouvrages de soie et de damas.
C'est aussi dans ce pays qu'on voit le cha*
riot a voiles, cette machine curieuse qui
est fort utile sur les terres basses et mare- «*
cageuses par ou Fon se rend a la mer de
Coree.
On peut considerer Fempire du Japon
comme une  source d'avantages commer-
ciaux tout-a-fait disfckicts de ceux qu'offre
la Chine. Mais ce nen est pas moins un
vaste champ ouvert aux speculations hardies. II offre des ressources semblables , et
laisse entre voir lapossibilite d'un debit a van*
tageux pour les marchandises angloises. La
communication qu'un des vaisseaux pris par
les Espagnols a Yentrde de No&tksi(eut avec
ce pays, prouve evidemment que les habi-*
tans verroient avec satisfaction s'etablir en-
tr'eux et nous des relations de trafic. On
avoit concu le projet d'y envoyer cette an-
nee ( 1790) un vaisseau die Canton , si le
commerce nord-ouest n'eiit pas ete inter-
rompu, et meme detruit, au moins pour un
temps, par les vaisseaux de sa majeste ca? I   ( 189 )
tholique. Je tiens d'une autorite digne de
foi que les fourrures s'y vendent a un prix
considerable : ajoutez que le pays, le cli-
mat, Jes habitans , tout nous garantit pres-
que la certitude que de pareilles relations
de commerce finiroient par rapporter des
sommes immenses a FAngleterre.
II se fait de la Chine en ce pays quelques
exportations de drap large , de soies, colons , sucres, clincailleries , fourrures, et
d'etain en lingoes qu'on y estime presqu'a
Fegal de Fargent. Les habitans s'en servent,
non-seulement pour leurs ustensiles de cuisine, mais encore pour la fabrication de ces
vases et de ces ornemens qu'ils emploient
dans leurs ceremonies religieuses. Ils don-
nent en retour aux Chinois de For , du the
de la plus belle qualite , et du cuivre pur.
Apres tout, le commerce entre les deux
pays n'est pas d'une grande importance.
On salt que la seule nation europeenne
qui ait des rapports de commerce ayec les
Japonois , est laHc-llande. Quatre-vaisseaux
hollandois sont expedies tous les ans de Ba-
tavia au Japon. Chacun d'eux donne cent
mille dollars pour le privilege de ce trafic* *:
i     -I 19° 1
Qu'on jnge par une somme aussi considerable qu'ils sont obliges de payer prealable-
ment, des immensese^gduits qu'ils en re-
tirent. Les Hollandois sentent trop les avan*
tages de ce monopole pour ne pas en dero-
ber, le plus possible, la connoissance a FEu*
rope, ou ne pas deguiser de toutes manieres
la*verite en faisant des rapports infideles.
Mais quelque peu instruits que nous soyons
de la nature particuliere des marchandises
qu'ils importent ou qu'ils exportent , de la
maniere dont ils font leur commerce , nous
savons cependant quelque chose de certain:
c'est qu'il est tres-lucratif pour eux, et que,
par consequent, il le seroit autant pour nous.
Je ne crains meme pas de dire qu'il pourroit Fetre davantage. Ajoutez Favantage
d'une navigation tressure, pour aller au Japon comme pour en revenir, quand on Pen-
treprend en certains temps qui lui sont plus
favorables*
Les Chinois font aussi le trafic au sud
entre les iles Philippines et le Japon. Ils im^
portent des iles Philippines des soies crues,
de For, du cuivre, et du fer. Ils transported au Japon des epices, du poivre, de Par-j ''- -I    - I 191 ) '. ^ '
gent et du Sucre. Ils recueilient d'immenses
profits de ce commgpbe, d'aiileurs tres pre-
judiciable aux Esfp^iiols.
Si Fon parvenoit a former un etablisse-
ment anglois sur Yune des plus meridionales
des iles de Coree, on faciliteroit beaucOup
les relations entre FAngleterre et ces par-
ties du globe. L'accomplissement de ce pro-
jet ne seroit pas assez difficile pour presenter de grands dangers , ou pour exiger des
efforts plus qu'ordinaires. J'ai tout lieu de
croire, par ce qu'on m'en a dit, que les naturels sont un peuple doux , humain , civilise , et qu'ils s'empresseroient d'accueillir
favorablement le voyageur anglois. Je n'ai
besoin, pour prouver la possibilite de fonder une telle colonie, que de citer Fetablis-
sernent forme par les Russes sur la plus sep-
tentrionale de ces iles.
Outre Fexportation generate de nos marchandises angloises , avantage auquel nous
sommes si continuellement obliges de re-
courir, nous verrions le commerce des fourrures acquerir, par Fouverture de ces canaux de communication,une nouvelle con-
sistance. Nous nous trouverions aussi a por-
tee d'aneantir, en grande partie, les profits
paw &
que Cette hfanche de commerce rapporte k
la Russie, Les Russes ont sur la riviere de
Cook, en bas de la cote d'Amerique du cote
du midi, et sur cette chaine d'iles appellees
les iles Fox, des etablissemens dont Funique
objet est de recueillir des fourrures. L'im-*
peratrice Catherine encourage les navigateurs par tous les moyens possibles ; elle
assure protection aux marchands qui font
habituellement le commerce entre la Chine
et ses domaines par la voie de Kiascha ^
comme Fetablit M. Coxe avec autant d'exac*
titude que de sagacite dans ses Decouvertes
Russes. Tout cela annonce clairement Fopi-
nion qu'on s5est formee de ce commerce a
la cour de Petersbourg. Une branche de ce
trafic , savoir, la vente en Chine des fourrures du Canada et de la baie d'Hudson ,
s'etend deja. directement ]usqu'k cet Empire,
Nous esperons qu'elles n'y arriveront plus
desormais par Fintermediaire des marehands
russes.
On peut assurer, sans crainte d'etre dementi , que l'importation des fourrures de la
cote nord-ouest d'Amerique a Canton a procure cet a vantage. II ne pourra certainement
qu'augm enter ill ■•.%■ 'n^%. r t   . ■
qu'augmenter si cette importation est con-
tinuee. La reputation des peaux de*"foutre$
de mer conduisoit a Canton uh corps^con-
siderable de marchands de Pekin et de la
partie septentrionale de la Chine. C'e*toit la
premiere fois qu'ils se rendoient dans ce
port, eloigne de pres de cent milles des
lieux deleur residence. Malgre* sa longueur^'
le voyage repondit d'une manl&re satisfai*
sante a leur attente. Ils purent s'y procurer
les memes especes de fourrures qu'ils avoient
coutume d'acheter a. Kiascha , a bien meil-
leur marche que dans cette derniere place.
Ils arriverent a Canton, charts de the , de
soies et d'ivoire ■, et remporterent, en retour,
des draps larges et des fourrures. Le drap
importe par la compagnie des Indes orien-
tales excita leur admiration particuliere ; ils
lui donnerent la preference , et ne halance-
rent pas a convenir de sa superiority sur les
laines de toute espece qu'ils avoient recuea
jusqu'alors par la voie de Kiascha.^H
Les fourrures   sont  Phabillement favori \
des peuples qui habitent les provinces sep-
tentrionales de la Chine. lis s'empressent
d'acheter celles de Fespece la plus rare et
Tome L N t*94)
du prix le rJg& eoiiteux.Un seuljiabiilemen^
jdacej precieuse^ fourrures est spujent paye
cle.cjinq cents,a faille dollars, el^uelquefois
fja vantage.
: L'epaissejar du pc$l ej^la longueurL3de la
fourrure fait de la peau <|$ J^utreyjd&imer
4 '%T<. • i * 'Jut*, e
nn habillement tres-commqdeSpo^^les J&a-
bitans des provinces septentrionales-.. Jis pr J
ferent, en general, c^les du Canada et d£
Ja  baie d'FEudson : mais ceux qui*, ont fie
moyen d'avoir un collet de peau de loutre
de mer a lepr justaucorps , negligent rare-
ment d'en faire Facquisition, fut-ce an prix
le plus fou : car ils le paient quelqiiefois six
dollars. On a avance une opinioji qui pa-
rcissoit assez plausible, savoir que la place
de commerce de la Chine pourroit, a la fin,
se trouver garnie d'une trop grande quantite de fourrures du Canada et de la baie
d'Hudson , ainsi que de la cote nord-ouest
d'Amerique. En considerant la prodigieuse
population de la Chine , et en supposant le
commerce des fourrures soumis a de justes
regies , on verra clairement, et sans qu'il
soit necessaire de reflechir beaucoup, tout
$e que cette .opinion a d'inexact. La n6tr« II   Jl '     ^i^^fc ■ :    -fill
fest bien differente: nous crrpyons fermerment
que les peaux de .loutrgs. de mer, iinpprtees
en Chine , depuis qu'on a commence de
trafiquer a la c6te nord-ouest d'Amerique,,
n'ont pas suffi pour repondre aux demandes
de la seule province de Canton. La rigueur
du froid y fait souvent sentir aux Chinois
le besoin d'etre habilles de fourrures, eux ,
^ur-^out, qui mettent une attention minu-
tieuse a consulter, a tout moment, pour se
vetir, la temperature de Fair, quelle qu'elle
puisse etre. II leur arrive souvent, dans un
meme jour, d'augmenter ou de diminuer le
Hombre ou la chaleur de leurs habits , suivant que les variations de Pathmosphere exigent que le corps soit plus ou moins cou-
vert.
Je viens de publier tout ce que Fexpe>
rience et mes recherches m'ont appris du
commerce de la cote nord-ouest d'Ameri-
- que2et des parties septentrionales de la Chine,
ainsi que des relations commerciales que la
Russie entretient avec ces pays. Je vais en-
trer maintenant dans quelques details parti-
culiers sur le commerce  de   Canton avec
j letranger , et sur celui de FAngleterre.
Na
M (m)k   7 fe..
La liste suiyante jest celle desSyaisseaux
des differentes nations qui se trouvoient, en
1709, dans la riviere de CantonfeElle don-
Uera une juste idee de la superiority actuelle
du commerce d'Angleterfe sur celui de toutes les autres nations de FEurope(i).
M
(f) J'ai cru devoir epargner au lecteur cette enumeration fastueuse qui n'a pour objet que de faire ecla$er
la puissance maritime de l'Angieterre aux depens des
autres nations. TJne liste de vaisseaux et de noms d'of-
ficiers n'ofFre rien de curieux ni d'instructif.   Ce qu'il
peut etre utile de connoitre , c'est le nombre de voiles
que chaque puissance avoit, en 1789 , dans un port de
la Chine. C'est aussi a quoi je reduirai la Iongue nomenclature que le capitaine Meares nous a donnee. On
comptoit 20 vaiSseaux appartenans a la compagnie des
Indes orientales angloises, a Wampoa ; il y avoit 4o
vaisseaux anglois commercans  a la Chine en  1789 ,
savoir : de Bombay a la Chine , et de la Chine a Bombay, 24 vaisseaux: de Bombay a Surate, 3 vaisseaux :
da Bengale et de la cdte Malay au Bengale ? 3 vaisseaux : du Bengale et de la cdte Malay a Bombay ,
1 vaisseau : de Bombay a Madras, et de Madras a
Bombay , 1  vaisseau : de Bombay au Bengale , et du
Bengalee a Bombay 9 i vaisseau : de Madras a Bombay , 1 vaisseau : de Bombay au Bengale, 1 vaisseau r
*hx Bengale a Batavia ? et de Batavia au Bengale r 1 ( *97 )
De grands avantages resulteront neees-
sairement pour nous de Faccroissement de.
nos. rapports avec la Chine. C'est une de ces
verites si evidentes, qu'elles n'ont pas be-
soin d'etre,prouvees. Ii n'est pas moins facile de reconnoitre combien ils tendent a
augmenter cette pepiiiiere d'hommes qui.
font la force de notre marine ( i ). II est
prouve que les vaisseaux anglois employes
a Canton, occuperent, en 1789, pres de
Vaisseau t de Bombay au PSgu et au Bengale, 1 vais-*
seau: de Bombay et de Madras a Bombay , 1 vaisseau : de la Chine a la cdte nord-ouest d'Amerique ,
2 vaisseaux 5 total, 4° vaisseaux.
Vingt-cinq vaisseaux etrangers commercoient egale-
ment a. la Chine en 1780. Les Hollandois en avoient 5 ;
la France, 1 ; le Dannemarck , 1 ; les Americains, i5 5
les Portugais , 3. Total , 2.5 vaisseaux.
. (l)L'Angleterre a toujours affecte Pempire des mers,
et meconnu les forces de ses voisins. Le temps n'est*
pas loin , peuf-etre , ou cette rivale de la France ces-
sera de Petre ; oil le gouvernement britannique , si fier
de sa marine et de son commerce | verra nos flottes cou-
yrir les mers , et venger l'Europe enti&re de ses preten-
lions orgueilleuses.
Note du TraducteWi
N 3 m.
1
deux mnle hommes, tant officiers que ma-
telots.
On a fait une observation sur la quantite
considerable d'argent en lingot necessaire-
nient exportee d'Angleterre, pourfPacqui-
sition des marchandises qu'on y rapporte.
On a pretendu que cette exportation est ,
dans le fait, pour la nation , un desavantage
reel, qui ne se trouve pas du tout compense
par celle qu'on fait, en meme temps , des
divers objets fabriqnes dans nos manufactures. Je dois Favouer , cette facheuse re-
marque cur notre commerce avec la Chine
n'est que trop fondee. On salt pour tant aussi
qu'il a eprouve un changement considerable sous le rapport meme, dont quelques-
uns se faisoient un argument pour Fatta-
auer. I/exportation de Far sent en lingot a
ete pendant plusieurs annees , elle est encore aujourd'hui dans un etat de decroisse-
ment progressif, tandis que celle des ou-
vrages de nos manufactures augmente pro-
portiorinellement. Ajoutons, comme d'ex-
cellentes raisons nous autorisent a le faire,
les nouveaux arrangemens qui ont lieu dans
la traite des fourrures da Canada et de la
* S '   ( *9?) _   H
baie d'Hudson, et Favantage d'un commerce
de plus, celui des fourrureslde la cote nord-
ouest d'Amerique : nous serons alors fondes
a esperer de la sage •administration de la
compagnie actuelle des Indes orientales que,'
bientot, elle pourra faire pencher en notre
faveur la balance du commerce entre FAngleterre et la Chine.
Entr'autres marchandises exportees em
cette partie de FOrient, nosf draps larges
ont augmente dans une proportion extraordinaire , et la compagnie y en enyoie aujourd'hui pour une somme tr^s-considerable-
En 1789, elle exporta plusieurs miliiers de
ballots. Les marchands de fourrures qui des-
cendent des provinces septentrionales de la
Chine, emportent une quantite prodigieuse
de ces draps, et le nombre des demandes
augmente de jour en jour,, de toutes le,s
parties de ce vaste Empire. Les camelots,
les etoffes de  laine ( 1 ), les longues au-
(1) Shalloons. Par ce mot les Anglois entendent une
espece d'etoffe de laine. J'ai cm pouvoir le rendre pa*
1'expression generale, etoffes de laine.
Note du Traducteur.
e:   . <&*        3N4 -1
'f 2.00 )
7tesri) , etc; ainsi que les laines^Itis grds-
sieres, sont devenus aussi, plus que jamais ,
des articles necessaires pour le commerce
de Chine. On peut encore ajouter le cuivre
aux divers objets dont Fexportaiion d'An-
gleterre en cette partie du globe devient,
de meme, chaque jour plus considerable.
La compagnie le fait travailler en petites
l^arres, ce qui lui donne une ressemblance
avantageuse avec le cuivre du Japon.
Le comte de Cornouailles est le pays de
FEurope qui produit la plus belle espece de
ce precieux metal. Les Hoilandois n'en ont
pas importe dernierement du Japon, a cause
de Fenormite' du prix. La compagnie des
Indes orientales peut done esperer de voir
augmenter les procluits qu'elle retire du cuivre et de Fetain , parce qu'elle se trouve en
etat de le vendre aux Japonois chez eux
meme, a bien meiileur marche.
#> **
(1) Long ells. C'est, sans doute , le nom par lequel
les Anglois designent une des especes de laines di-»
verses , de premiere quality. Le coarser woollens qui
suit ? 8emble confirmer cette opinion.
Note du Traductew< I Mais un article du commerce avec la
Chine , tres-nouveau, tresrecherche, et qui
ajoutera considerablement chaque annee
aux exportations de la compagnie des Indes
orientales, c'est Fetain. L'Angleterre en general , et le comte de Cornouailles en parti-
culier, doivent beaucoup h. M. George Un-
win , officier de 3a marine royale , pour
avoir decouvert et fait reussir cette branche
precieuse du commerce actuel avec la Chine^
pendant qu'il etoit employe au service de
la compagnie. On peut considerer Fetain
comme une marchandise dont le commerce
d'Angleterre retirera' des avantages tres-so-
lides, et j'ose le croire, tres-durables. Je
suis redevable a M. Unwin de connois-
sances fort utiles a ce sujet; et quelques
soient les produits de ce que j'appellerai ee
nouveau cours de trafic, soit que la nation
elle-meme, soit que desindividusseulement
les recueillent, FAngleterre devra toujours
beaucoup de reconnoissance au zele infati-
gable de ce citoyen pour les interets de son
commerce. Ce fut dans un moment critique
pour le comte de Cornouailles qu'on reus-
isit k ouvrir/pour la vente de son etain, ce
/ (   20# )
ej&ouyeau debouche sur lequel on ne comp-
#oit pas. Le debit aveit, en effet, diminiie
considerablement a cette epoque. Les cantons ou se trouvent les mines commen-
coient a eprouver la plus facheuse detresse.
Les demandes pour les diverses places de
commerce en Europe etoient devenues irtfi-
niment plus rares, tant a. cause de la der-
niere guerre que des troubles qui s'elevoierit
dans cette partie du monde. En un mot,
dansle court espace de neuf mois, la valeur
de Fetain se trouva reduite d'un cinquieme ;
ce qui fit urje perte reelle de 40,000 liv. sterlings par an pour le comte de Cornouailles,
sans parler des peines et des tourmens dont
elle fut accompagnee. L'avenir n'offroit aucune consolation, aucuh motif d'encoura-
gement a ce corps respectable de citoyens
qui sont, a proprement parler, la mine productive des tresors de cette riche province.
Mais le commerce de la Chine a ranime
leurs esperances; et j'espere qu'il aura pour
effet, non-seulement de rendre a cette par-
tie de FAngleterre 1'importance qu'elle avoit
dans Forigine , mais encore de lui donner
une nouveile force , et d'augmenter son?
opulence. ( 2o3 )
En pu»Mant nos esperances a cet egard 1
il est bien satisfaisant de penser que nous
ne nous soiMnes pas appuyes sur de simples
conjectures, quelque probables qu'elles pus-
sent etre , mais sur des faits. lis ne permet-
tent pas de douter, j'ose le croire, que
FAngleterre ne voie bientot renaitre et pros-
perer ce commerce , Fune des plus ancien-
nes causes de sa puissance.ffDurant le long
espace de temps que la compagnie des Indes
orientales a fMt le commerce a la Chine ,
la totalitd de ses exportations:^en y com-
prenant tous les articles de trafic, n'a pas
monte a plus de 100,000 livres sterlings jus-
qu'aux cinq dernieres annees. II est recon-
nu, comme une chose certaine, que les ex-
portations faites, pendant ce temps, du seul
comte de Cornouailles sur ses vaisseaux, en
treize moi$, ou deux saisons, ont monte a
2000 tonneaux d'etain, valeur de i3o,ooo
livres sterlings, sans parler de sa part du
cuivre importe.
Les nouyelles recues de Chine cette an-
nee sont aussi tres-satisfaisantes, et engage-
ront, sans doute, la compagnie des Indes
a ne negliger aucun des avantages consider '( 204) ■
rabies qu'elle peut retirer de cette branch®
d'exportation. La consommation annuelle
de Fetain, au marche de la Chine, est aujourd'hui de trois a quatre mille tonneaux.
Ce sont les Hollandois qui le fournissent ,
dans des batimens marchands de rteur pays
et des jonques chinoises qui viennent des
lies- Malay. Mais nous esperons que les pro-
prietaires des mines d'etain s'uniront, pour
ainsi dire, par une  alliance commerciale
avec la  compagnie des Indes orientales ;t
qu'alors, ilsprendront,de concert avec elle,;
des  mesures propres a s'assufer, avec le
temps, (et Pepoque n'est peut-etre pas eloi-
gnee ) la vente exclusive en Chine de ce-
precieux metal, que leur payrs a regarde si
long-temps comme la principale source de?
sa prosperite.
Les usages auxquels les Chinois emploienfc
Fetain , varient k Finfini. II est , sur-tout ,
devenu indispensable dans leurs cer&nonies;
religieuses, ce qui ne peut manquer d'en
occasionner une immense consommation.
Le marchand qui achete ce metal, le revend
a des batteurs dor. Ceux-ci le manufactu-
rent en feuilles , et le livrent aux pretres* ( io5 )
Apres la ceremonie de la consecration, Tes
pretres le collent en morceaux sur des es-
peces de cartons , a - peu -^jpres de la fornie
d'une carte a jouer, qn'ils deposent dans
des boutiques pour y etre%en&us par toutes
les parties de 1'Empire. Au fever du soleil ,
a certaines heures du jour, et a la nuiiPfer-
mee ,  on  voit les Chinois faire ce qufls
appellent oMn , chin, c'est—ir& dire, rendre
hommage & leurs dieux ou Josses, en bru-
lant ces cartons, et en se prosternant vers
FOrient. Ilsenbrulent uie quantite plus ou
moins considerable, suivSii^que leur devotion est plus ou moins ferven^e. Cet article
seul   doit  done   occasionner  une  grande
consommation d'etain.
V .
On pretend que la riviere de Canton est
habitee, si je puis m'exprimer ainsi, "bar
soixante a soixante et dix mille hommes
qui viyent sur Feau , et qui sont tous trefs-
exacts a faire, chaque jour,^ia depenle de
ces cartons pour leur offrande. La population de la Chine ne nous est point connue :
mais si Fon en jnge sur le calcul recemment
publie, et que nous croyons tre-S*exact, le
nombre des habitans  est  si  considerable
i
♦ £
( 2°6 )
qu'on ne pejit douter que tou$| Fetain dont
le comte' de Cornouailles peut faire l'expor-
tation, ne futjaienj^t vendu, fj npus parve-
nions a. nous rendre maizes absolus du prix
des marchandisjes a la Chine.
Les Chinoisff^ssedent aussi 1'art d'jgxtraire
^.Fargent de ce metal. Ils Femploient,, non-
f ;Seulement a la composition de leurs usten-
. siles de cuis%ie et autres du menage, ainsi
qu'a divers usages dans leurs manufactures ,
jnais encor»era la. fabrication d'une grande
Quantite de metal blanc, appejle Tutenage,
t<qU'ilsexportentsur des batimens marchands
du pays) d§aas toutes les parties  de l'Inde.
On peut done croire que la compagnie des
Indes orientales encouragera vivement Fex-
portation de cette marchandise, ejbqu'ainsi,
en fevorisant une consommation si impor-
tante pour le comte' de Cornouai^es , et en,
augmentant les revenus de son propre commerce, elle ajoutera encore a i'opulence et
a la prosperite Rationale. a|
Ce n'est pajs, au reste, en Chine seule-
ment que Fetain seroit d'un debit avanta-
geux p6ur nous, si le commerce en etoit
sagement dirige\ Le bengal e sera en etat
■B C 881 %
d'en prendre, par la suite , une quantjite
tres - considerable ,a    un^prix satisfaisant.
Cette place  en demande.  aujourd'hui une
portion egale au quart du revenu annuel du
comte de Cornouaille$f>:et qui ne tardera
pas a el re repandue^ans les parties intp$.
rieures de l'Inde. Si>(le commerce avec la
Porte nous etoit ouiert, il en resulteroit in~
failiiblement une consommation nouvelle e%
plus grande encode de^c^ metal. L'etain~na$j
vient, m&me du, Bengale fjde Bombay, ju^
ques  dans  les   pq.rdejy|pecidentales de .j^l
Perse, et la communication que nous avons
avec pe pays par la vo^legcie Surate, pourr^|.
en rendre Fexportajion beaucoup plus considerable. Dans ces trois dernieres annee&j
on a.vu Fetain de Cornouailles qui avoit ete
transporte d'Angieterre en Turquie,vvendu
a un encan des caravanes publiques comme
line marchandise d'un excellent debit, mal-
gre les droits enormes qu'il avoit payes en
passant par les Etats du Grand - Seigneur.
On sa*tt,len outre , que la plus grande par-
tie .desmations de FAsie connoissent aussi
bien que les Chinois la valeur de cette pr?-*
cieuse production de notre pays. (so8 >    f ■ f';
Les Chinois ont habituellement recu lent
^tain par les vaisseaux anglois et hollandois.
H leur en est aussi parvenu de petites provisions par leurs jonques (1). Quoique Fo«
pium du Bengale diminuat la quantite d'ar-
gent en lingot qu'il eut fallu , sans une pa-
reille ressource, exporter au pays Malay
pour Fachat de cette importante marchan-
dise, la balance n?ten est pas moins restee
tres-contraire aux etablissemens europeens
dans cette branche de leur commerce. II faut
aussi observer que les Malais ne travaillent
pas eux-memes a leurs mines, et qu'ils lais-
sent ce soin important, ainsi que celui de
rafiner le mineral , a des Chinois etablis
parmtTeux.
HLa compagnie des Indes orientales Hoi J
landoise, douee de cette heureuse intelligence qui distingue les marchands de sa
nation, trouve le moyen de tirer de cet article un revenu considerable. Le sultan de
Ranee qui reside a. Balam-iangan, sur File
(1) Sorte de batimens chinois.
Note du Traductcur. jgjgS^' ( 209 i        -J^- 'Il  \
de Sumatra', a la vue de la premiere de ces
jplaees, est oblige de fournir a la compagnie
hollandoise , et a tres - has prix , quelques
c^entaines de tonnes d'etain dont le nombre
est determined On le charge pour Batavia dans
de petits b&timens. De Batavia, les vaisseaux
de la compagme le transportent en Ciiine ,
ou il se vend a un prix assez avantagieux
pour compenser la perte qui seroit resultee
de Fexportation de Fargent en lingot.
Il s'est eleve plusieurs objections contre
Fexportation de Fetain a la Chine. Elles sont
fondees-sur la prevention qu'on suppose aux
Chinois contre Fetain de Corn ouailles, qu'ils
ne trouvent pas, dit-on, aussi malleable que
celui qu'ils tirent des Malais. Anime du zele
le plus louable pour les inter&ts particuliers
du comte de Cornouailles, autant que pouf
les progres du commerce de FAngleterre en
general, M. Unwin entreprit d'approfondir
ces objections. II fit, en consequence, plusieurs experiences successives pour comparer la bonte de Fetain d'Angleterre ave&
celle de Fetain des Malais. L'attestation des
ouvriers que ce citoyen employa , et une
feuille qu'il a conseryee de chaque espece
Tome I. O ( MO )
ne permettent pas de douter que notre etain
ne soit egal, sous tous les rapports, a celui
des Malais, si mSme il n'est pas d'une quality superieure. II en donna une preuve bi$n
conyaincante. II fit battre une livre d'etain
de Cornouailles jusqu'a concurrence de la
quantite de feuilles suffisant% pour couvrir
trente-cinq vergues quarrees. D'apres ses experiences, la compagnie des Indes orientals envoy a , la saison derniere , en Chine
et k ses etablissemens dans l'Inde, non settlement plusieurs cahiers de feuilles d'etain
anglois, comme echantillons, mais encore
une quantite suffisante du metal me\me, pour
en encourager Fexportation, autant qu'il
etoit en sera pouvoir.
L'exportation d'argent en lingot a ete on
ne sauroit plus desastreuse pour notre commerce d'Orient. Le premier devoir de ceux
qui ont entrepris de le diriger, est de di-
miniier, et meme, s'il est possible, d'ahean-
tir un mal si funeste au commerce. On ob-
tiendroit > peut - £tre, le premier de ces
avantages en resserrant Fetendue actuelle
du commerce de Chine. Mais, alors, le remede seroit pire que le mal: car, en dimi- (  411  )
llttant Fimportation du the qui est presque
devenu une des necessites de la vie pour
toutes les classes du peuple anglois, on rou-
vriroit laporte, si prudemment fermee jus-
qu'alors, a la contrebande de cette marchan-
dise; et, ce qu'il y auroit de plus facheux,
au lieu d'une production saiutaire et bien-
faisante de la Chine, nous n'aurions plus
que ces the's falsifies dont Fintroduction en
Angle! erre  est egalement  destructive   du
revenu national et de la sante des habitans.
Quant a Faneantissement total de ce mal ,
on ne peut y parvenir que par des mesures
qui forceroient la Chine et d'autres parties
de FOrient, de recourir a nos manufactures
et aux productions de notre territoire. Si
nous reussissions dans une aussi utile entre-
prise, je ne doute pas que Fexportation qui
se fait en ces pays de notre argent en lin-r
got, et qui ruine notre commerce d'Orient,
ne fut bientftt diminuee, et peut-etre, tout-
a-fait aneantie.
On ne regardera surement pas comme
un acte de presomption et de l^gerete
notre part d'appelier sur ces objets, la se-
rieuse attention de la legislature. Notre es-
0% 1
(-112   )
poir est que Fesprit qui anime les comuief-
cjans de notre nation les portera a diriger
tons leurs soins et toute Factivite de leurs
efforts vers un but si important. L'etat de
iios manufactures en deviendroit plus flo-
rissant, et notre puissance maritime ac-
querroit tin nouveau degre de splendeur.
II en resulteroit un autre avantage qui >
sans etre d'une importance generate, h'est
pourtant pas a mepriser. Le comte de
Cornouailles verroit renaltre son ancienne
prosperite, a laquelle il est, je ne dirai
pas seulement de Pinteret , mais encore
ee l'^onneur de FAngleterre de veiller
avec soin. Cette partie ae sort territoire
a ete, pour ainsi dire, le berceaii de son
commerce ; et c'est a elle qu'elle doit, depuis plusieurs siecles, ce genie commercial
qui la caracteVise entre toutes les nations
du monde (l).   |p
i
i
1
m
(i) Je ne m'etendrai pas davantage siir cet article.
&ient6t, je l'espere, aide des lumieres de M. Donni-
thorne y agent publie du comte de Cornouailles , qui
svat;quitte de sers fonctions avec un zdle et des talent
qui lui out si justemenracquis l'estime generaie > et de Jfe n'ajoute plus qu'une reflexion : ell^
semble etre, en quelque sorte, un anneau
de £ette chaine d'idees sur lp comiinerce
dont j'ai eu ici pour objet de demontrer
l'utilite, quelqu'imparfaitement que je m'en
sois, d'ailleurs, acquitte. En permettant la
deeouverte des iles Sandwich par FAngleterre , la Providence paroit avoir voulu
qu'elles devinssent une partie de ce royau-
me. La situation, le climat, les productions
de ces iles appelient Fattention du commerce, et peuvent justi^ier les entreprises,
\es plus importantes. Les habitans sont un
peuple brave et genereux, dont Fesprit est
^res-susceptible de culture, et qui meritent
de partager, comme ils en ont deja forme
le voeu, Fheureuse condition des sujets de
Son ami M. Unwin ? dont les connoissances en matiere
de commerce et les soins infatigables ont ete d'une
utilite particuliere a ce meme comte, je serai en etat
4'adresser aux citoyens de Cornouailles , au, sujet de
cette precieuse branche de commerce , quelques propor-
sitions qui ne leur paroitront , peut-etre, pas indignes.
<^e leur attention.
Note de PAuteur.
0 3 (=»4)
FAngleterre. Cinq cent mille hommes d'une
fidelite eprouvee, et dont on dirigeroit sa-
gement Findustrie , ne pourroient, certes ,
qu'ajouter a. la grandeur et a la prosperite
de FEmpire Britannique.
^e
*      \
i
1 \ «5 )
V   O  Y  A'G   E   S
A LA COTE NORD - OUEST D'AMERIQUE , j
EN     I788    ET     I789,   etC.
CHAPITRE   PREMIER.
Preparatifs du voyage. — Tianna , prince
de Pile Atooi, et d'autres naturels des
iles Sandwich, sont recus a bord.—Ca-
ractere de Tianna." Composition de
Vequipage de chacun   des deux vaisseaux. — Quantite de bdtail embarqude
pour les iles Sandwich. —— La Felice et
/'Iphigenie partent de la Chine|
jVx'etant associe, au mois de Janvier 1788,    17&8.
avec   plusieurs marchands anglois   etablis Janvier,
dans l'Inde, je lis Facquisition de deux vaisseaux , et je les equipai. Ils furent nommes
la Felice et YIphigdnie , le premier, du port       |
O
fcs ( %i6.. )
hi?$$* de a3o tonneaux, le second, de 200 ton-
Janvier, neaux seuiement, On eut soin de pourvoir
a tout ce qui pouvoit les inettre en e$at de
soutenir le voyage auquel cn les destinoit.
lis etoient bons yoiliers ; on les avoit doubles de cuivre ; en un mot, leur construction etoit assez solide pour resister a ces
violentes tempetes , si fort a redouter en
hiver dans la mer Pacifique du Nord.
Nous avions projettt? d'abord de quitter.
la *Chine au commencement de la saison.
Mais la difficulte que nous eprouvames a
nous procurer la quantite de provisions ne-
cessaire pour le voyage, arreta les vaisseaux
jusqu'au ao de ce mois, epoque a laquelle.
ils furent completement equipes, et psets.a
partir.
L'un d'eux devoit rester plus long-temps
en mer que 1'autre. On avoit regie  qu'il
quitteroit la cote d'Amerique cette annee,
a la fin de Fautomne, et gagneroit les iles
Sandwich pour y passer l'hiver. II devoit
ensuite retourner en Amerique, et y rejoin-
dre Fautre vaisseau parti de Chine en mSme,
temps que lui, avec une provision suffisante,
de munitions et de rafraiphissemens pour,
etablir des comptoirs, et donner plus d'e* ( 2*7
)
fendue au commerce que nous avions en-
trepiis. ^
L'equipage de chacun de ces deux vaisseaux etoit compose d'Europeens et de Chinois. Les premiers formoient le plus grand
nombre. On n'avoit embarque les Chinpis,
en cette circonstance, que pour faire un
essai. Ils ont toujours ete regardes comme
Un peuple brave, spirituel et industrieux*
lis vivent de poisson et de riz ; et comme le
salaire qu'ils exige"nt n'est pas bien considerable , il y a aussi une raison d'economie
a les employer. Nous eumes lieu d'etre sa-*
lisfaits des services de ceux que nous avions
avec nous, pendant toute la duree du voyage.
Si, par la suite, on croyoit devoir etablir
des postes pour le trafic sur la c6te d'Amerique , une colonie d'hommes de cette nation seroit une acquisition tres-importante.
Le comm an dement de YIphigdnie fut
tlonne a M. Douglas , officier d'un rare,
merite, qui connoissoit parfaitement la c6te
d'Amerique, et qui, par cette raison, etoit
Phomme sur lequel on dut se reposer, aved
' le plus de confiance, du soin de conduire
cette expedition commerciale. L'equipage
contenoit differentes especes d'ouyriers. 14, -I
I f 218 )
17S8.   y avoit parmi eux des forgerons et des char-
anvier. peiltiers chinois, ainsi que des artisans eu-
ropeens. La totalite  montoit  a  quarante
hommes.
La m&me classe d'hommes, si utile et si
necessaire, composoit Fequipage de la Felice, lis etoient cinquante. Je commandois
SJle vaisseau.
II y eut un bien plus grand nombre de
Chinois qui desirerent ckre employes a ce
service. Mais nous ne pouvions pas les re-
cevoir tous. L'esprit d'entreprise les avoit
tellement electrises, que ceux d'entr'eux que
nous fumes obliges de refuser, en temoigne-
rent leur mecontentement et leur chagrin
en termes non equivoques. Parmi ceux qui
s'offrirent eux-mdmes, nous en choisimes
cinquante qui nous parurent devoir suffire
pour les besoins du voyage.. Ils Etoient, la
plupart, ainsi que je Fai deja observe,, des
ouvriers de diyerses especes. Le reste etoit
uh petit nombre de niatelots accoutumes a
faire le service des jonques qu'on emploie
pour la navigation par toutes les mers de
Chine.
Dans un voyage de si long cours, en des
climats si differens, nous avions naturelle- IL- (ai9); %;
ment a redouter beaucoup de maux et de 178'?.
dangers du scorbut, ce fleau cruel pour les Janvier,
marins. Nous primes done toutes les precautions que Fexperience et Fhumanite pou-
voient suggerer pour nous garantir de ses
atteintes, pour en diminuer la malignite ,
enfin , pour parvenir a une parfaite gueri-
son. Nous eumes soin de faire d'abondantes
provisions de melasse, de the, de sucre ,
et de tous les articles qui pouvoient contri-
buer a operer ces effets salutaires. Chaque
vaisseau avoit de Feau pour pres de cinq
mois. On en donnoit un gallon par jour k chaque pejsonne. La grande quantite d'eau est
un des preservatifs les plus efficaces contre
cette maladie. On emporta aussi beaucoup
d'habillemens tres-chauds de toute espece
pour les personnes de chaque equipage, tant
Chinois qu'Europeens- En un mot, on se
procura tout ce que produit la Chine pour
que les deux vaisseaux fussent approvisionv
nes le mieux possible , et pour assurer, en
meme temps, le succes du voyage et toute
espece de secours k ceux qui se preparoient
a en partager les dangers.
Ce voyage avoit plusieurs oh jets. Nous
noua en etions propose un, entr'autres,, ou (  2.2G )
r?8& nous n'avions reellement d'autre interet que
Janvier. ce\ui de nous procurer une bien douce satisfaction. C'etoit de reconduire dans leu£.
patrie ces bpjrnes gens qu'on avoit amene^
d'Amerique et des iles Sandwich. On acheta
une certaine quantite de betail et d'anirnaux
utiles qu'on embarqua. On se proppsoit de
les mettre a terre dans des lieux ou ils pour-
roient etre une ressource de plus pour les*,,
habitans, ou offrir les secours et les rafrai-
chissemens necessaires aux navigateurs, soi%
anglois, soit de toute autre nation, qui, par
la suite , visiteroient pes parages.
Parmi ces en fans de la nature , conduits
par la curiosite autant que par leur carac^
tere confiant a une si grande distance du
pays qui les avoit vus naitre, il y en eut un
que nous traitames avec des egards particu-
liers. C'etoit Tianna, prince de File d'Atooi,^
chef d'une naissance iilustre, et d'un rang
tres-distingue (1). Je Favois amene en Chine,
(1) Le lecteur se rappellera q«e notre voyageur a
<|eja parle de ce chef vers la fin du voyage qui sert
d'introduction a celui-ci , et qu'il a promis des details
jjlus etendus sur son compte.
Note du Traducteur. (  221   )
en 1787 ; et il nous prociiroit aujourd'hui
le plaisir de le rendre & son pays et a sa famine. II y reportoit un esprit agrandi, en
quelque sorte, par les scenes nouyelles,
par les tableaux divers qui s'etoient offerts
a ses regards , et une parfaite connoissance
de tous les objets d'utilite, de tous les articles de luxe qui devoient le rendre le plus
riche de tous les habitans des iles ou il avoit
pris naissance.
M. Cox, comnaercant etabli en Chine ;
etoit un des hommes pour qui Tianna res-
$entoit cette vive estiiiie que des marques
de.bienveillarice multipliees ne manquent
jamais de faire naitre dans un coeur recon-
noissant. Au reste, je manqiierois de justice
envers cet aimable Indien, si je ne le re-
presentois pas ici comme ayant tous les sen-
timens qui honorent Fesprit le plus cultive.
M. Cox ne borna pas ses soins a le traiter
avec distinction , et a lui preparer une vie
agreable et heureuse en laissant eenereuse-
inentune grande quantite de betail et d'anirnaux vivans dans File d'Atboi : il voulut
encore , par un mouyement de la plus ten-
dre amitie , qu'il put se liyrer a tous ses
gouts , et satisfaire toutes ses fantaisies. II
178 8.
Janvier,
: &
&
'if M 222)
1788. mita la disposition de cetlndien une somme
Janvier, d argent pour £tre employee par lui selon
son idee, et suivant ses desirs. Mais son intention , a cet egard, ne fut necessairement
pas suivie. LesEuropeens, amis de Tianna,
suppleerent par de sages conseils a ce qui
lui manquoit de discern ement, et le dirige-
rent dans Femploi de la somme qui lui avoit
ete donnee. Au lieu de satisfaire le caprice
d'un moment pour des objets que lui-meme
n'auroit, peut&tre, pas tarde a mepriser^
ils eurent soin de lui procurer des biens
durables, et qui pussent contribuer aux pro-
gres de sa nation vers la civilisation.
Le temps qu'on pouvoit derober a l'equi-
pement des vaisseaux etoit, en grande par-
tie , consacre a cet aimable Indien. On eut
beaucoup de peine a lui faire comprendre
qu'il alloit bientot s'embarquer pour son
pays. Tout ce que le monde nouveau dans
lequel il s'etoit vu conduit, offroit de ri-
chesses et de merveilles, n'avoit pu en sepa-
rer ses affections. L'amour de la patrie, ce
sentiment qui semble inne avec Fhomme ,
dans toutes les conditions et par tous les
climats, agissoit puissamment sur lui. Ces
affections domestiques qui sont., en m&me (   22.3   )
temps , le lien des societes et la source de    1788.
la felicite commune, cette tendresse pour Janvier,
les parens qui opere avec plus ou moins de
force sur tous les e*tres amines, depuis les
classes les plus nobles  du genre humain
jusqu'aux animaux de l'esp&ce la plus vile ;
tous ces sentimens , dis - je , avoient conserve leur vivacite dans le coeur de Tianna.
Le souvenir de sa famille et de sa patrie ve-
neit souvent accabler son esprit. Les tristes
pensees dans lesquelles il s'abhnoit alors ,
Fabsorboient au point que tout ce qui frap-
poit ses regards n'avoit rien de surprenant
pour lui. On le voyoit quelquefois, dans le
meme moment, sourire a Faspect des nou-
veautes qui Fenvironnoient, et verser des
larmes ameres au souvenir des objets cheris
qu il avoit quittes , en pensant qu'il ne les
reverroit peut-etre plus.
Aussi, lorsqu'il fut certain de son pro-
chain retour a Atooi, Fidee qu'il embrasse-
roit de nouveau la femme qu'il aimoit, Fen-
fant qu'il adoroit, jointe a celle deT'effet
que produiroit son retour, d'apres ce qu'il
avoit acquis de connoissances, ce qu'il pos-
sedoit de richesses, ce qu'il pourroit repan-
dre de bienfaits dans le lieu de sa naissance,
m ( S24 )
1788.    lui causa des transports de joie que cdncev
Janvier, yront les coeurs Sensibles , mais qu'il est
impossible d'exprimer.
Si j'entrois ici dans les details particuliers
de la conduite de ce chef, et des sentimens
qu'on remarqua en lui des son arrivee k
Canton > j'aurois peut-etrea craindre qu'on.
ne les considerat comme Une digression
inutile, et peu digne de la curiosite que cet
ouvrage a pour objet d'inspirer. II est ce-
pendant a propos d'observer qu'on decou-
vroit en lui un esprit capable de tout ce que
Feducation peut produire chez celui qui a
requ de la nature une intelligence supe-
rieure. J'ajoute qu'il etoit doue de cette
sensibilite qui fait une loi a tout homme
eclaire de ne point avilir par le nom de
sauvage Findividu qu'elle caracterise, quelque soit, d'ailleurs, et la couleur de sa peau,
et le pays qu'il habite.
Lorsqu'il yit poiir la premiere fois les
vaisseaux a Wampoa, il eprouva une surprise qui passe toute imagination. II les nom-
moit avec emphase les iles de Rritannee.
Mais quand il en eut examine Finterieur,
qu'on lui  en eut fait connoitre  tous  les
details. (  225 )
details, il tomba bientot dans la tristesse et    iy&& ,
i'abaltement. II penchoit la tete en gardant Janvier
tin profond siieiice , et versoit involontaire-
inent quelques larriies , comme si tout ce
qu'il voyoit lui eut fait sentir davantage encore son inferiorite. Mais le meme esprit
qui Favoit porte a quitter son pays pour y
revenir ensiiite avec des connoissances pro-
pres kj repandre Finstruction , et y rappor-
ter des arts qui pussent rendre les habitans
plus polices > ne tardoit pas a etre reveille^
en lui par le bespin de satisfaire sa curiosite*.
11 fit bient6t preuye d'une intelligence peu
ordinaire en marquant tres Sbien | quand
Poccasion s'en presentoit, la difference entire les hommes des diverses nations de FEu-
rope, et ceux qui appartenoient a FAngleterre. Ces derniers , il avoit coutume de les
nommer les hommes  de Rritannee. II ne)
Voyoit les Chinois qu'avec une repugnance)
qui approchoit de Pextr£me aversion. Leur
tete chauve, leurs narines larges et ouyer-3
tes, leurs traits insignifians, tout lui ayohi
donne le plus souverain mepris pour eux*
On petit croire que ce sentiment qui ddmi-.
noit chez lui, augmentoit la dignite hatii-
rellement repandue dans toute sa personnel
Tome L P (  2.2.6 )
'1788. Peut-etre est-ce a cela qu'il faut^attribuer le
Janvier, respect dont les Chinois paroissoient pene-
tres pour lui toutes les fois quil se trouvoit
au milieu d'eux, et Fempressement avec le-
quel cette multitude timide lui ouyroit le
passage des qu'ils le voyoient arriver.
Tianna avoit a-peu-pres trente-deux ans.
II etoit d'une taille d'environ six pieds cinq
pouces. Ses membres robustes annoncoient
une force d'Hercule. Sa demarche etoit rem-
plie de dignite ; et, comme ii avoit 6te, de
bonne heure, accoutume a recevoir dans son
pays les horn mages dus au rang eleve qu'il y
occupoit, on admiroit en lui un air de distinction doiit, sans doute , il n'a voit rien
perdu en adoptantles manieres europeennes.
II n'etoit pas plus geme dans l'habillement
d'Europe que s'il eut toujours vecu dans
cette partie du monde. JNon - seulement il
savoit tres-bien le porter, et en connoissoit
les diyerses parties ; mais encore , il mettoit
ses soins a< e*iie, dans toute sa personne ,
d^une proprete et d'une recherche la plus
etudiee. On s'appercevoit, cependant,de
temps a autre /clu retour de ses habitudes
naturelles. II avoit la foiblesse de penser
quelquefois a l'dtat dans lequel il etoit ne 5 ( a*7>
IStSjie souvenir qui occupoi^ sorieesptit, en 1788*
retardoit necessairement lestpkogres. On-nP fl11^?*
put reussir a. lui faire connoitrej la ;valeiiUr
de notre monnoie courante ; et lprsqu'ii
avoit besoin d'acheter quelque chose^iil
bffroit :ingennment du j fee :-en retour, Op
metal,, leiplus precieux de tous a ses yeufe,
liiieparoissoilijdevoir &tEe le moyen naturel
d'ecliange pour toutes les autres nations^* ft
-§j| Le soin de reconduire Tianna dans soi §f|
pays eut beaucoup de part aux arrangement
du voyage qui^preceda le notre. Son projet^
comme son-inclination, etoit d'arriver ^u"ss-
qu'en Arigfeterre. Le capitaine Churchilt^
qui commai&deJfc^fe Walpole ± vaisseau de
la compagn&e~> des Indes orientales, l4i avb^
©ffert^aavec Uoute la grace possible, de le
prendrdiJ|Sus ^a jprotection.*|Fianna n'aurbit
pu, san^idoute , trouver ^p i^lBfetir appsii
Mai&?ie Confier aux soin£ d'un autre, - Pen>
•^pyer dans^uu pays qui ne^bafcan^gfe peut*
^^'P^isent^, par laislisfce^ ^aidUiieocc^si^tt
de re«5>urnSb dans le sien, cf%oit US pa&H
que ses a§nis .ne .pouvoient pas^facilemeiii
conc'ilier^avec leur tendresse pour^feS I$o%t§
xega$pons deja- comme un acte irreflechi la
permission;: cpfe nous lui anions dpnheVd*^
B Pa 1788. quitter Atooi. On decida aujourd'hui qu'M
Janvier, y retourneroit, sinon, beaucoup plus heu-
reux qu'avafitson depart, au moins posses**'
seur de plus de tresors que son cceur simple
j»'en eut jamais pu esperer. Mais de tous les
sibjets qui formoient sa richesse Jixelui qui
^harmoit le plus, son i imagination , etoit
J»& portrait de lui^meme , peint par Spoi-
lum , celebre artiste de Chine, .et,pent*e&iFej
leseul de son genre dans toute Pe'tendue de
ce«vaste Empicei Le peintre y avoit fidele«f
^ftent exprime tous les traits de sa phys&ono*
onie ;mais il s'etoit, surpasse lui-meme dans
le talent avec lequfel il avoit rendu les graces
3\epandues sur la figure de FIndien. La sur->
prise de Tianna ,<a mesure- que Fouvrage
avancoitf^iet^tt extreme, et il la manifest
tpit de^Brersjtsmgnier^. II sembtofcqtt&ute
cihan[geS|5d?expre$^ion a chaque cdu^iJe pin-
ceau. Lorsque ce portrait lui fut presented
il le rep,ut avec un air. de solemadte *f|ui
frappa tous les assisjfcans, et se livrant bien-
l&t a une agte-tionfdans laquelle nous ne
llavipns jamais vu-e^core, il nous entretint
dp l^fjfreuse catastrophe qui avoit enleve au
moride le capitaine Cook. II nous apprit^
pour la premiere fois, qu'une guerre ter- rible s'etoit engagee dans les iles, a Focca- H788.
sion d'une peinture qu'il disoit &tre le por- Janvier,
trait de ce grand homme , et qui etoit reste
a un de leurs chefs tes plus puissans. It
ajouta qu'on regardoit, parmi eux, cette
peinture comme sacree , leur veneration
pour elle etant le seul moyen qu'ils eussent
de temoigner leur douleur de la mort fu-
neste du heros qu'elle representors.  ||1
On me permettra , sans doute , ici une
courte digression pour faire connoitre que >
pendant notre premier sejour parmi ces in-
sulaires (1 ) , nous eumes mille occasions
d'apprecier leurs sentimens sur le triste sort
du capitaine Cook. Nous avons tout lieu de
croire que ces habitans des mers les plus
eloignees de nous, donnerent aussi des lar-
mes sinceres a un evenement qui jetta la
douleur dans toute Fpurope. II est impossible de se faire une idee du nombre de ceux,
d'entr'eux qui se pressoient autour du vaisseau pour obtenir la permission d'aller en
Rritannee, vers les amis de leur cher et
(1) II en a ete rendu compfce dans le premier voyage^
^ui sert d'introduetion a celui-ci.
■;.- *ffiate de PAuteur^
Pa i
(  23o  ) '
1788,. bien-alm^ Cook. Ils pjeuroient-, ils nous
Janvier, supplioient avec des instances capables de
gagner les coeurs les moins disposes, d'a-
bord, en leur faveur. Les chefs, a Fenvi,
nous combloient de presens. La foule les
empe'choit d'approcher du vaisseau. Pendant
long'temps, on les entendit crier de toutes
parts, et avec des vociferations terribles ,
Britannee, Britannee ,* et j'essaierois en
vain de peindre le silence de leur douleur,
lorsqu'on sut parmi eux que Tianna, prince
d'Atooi, etoit le seul choisi pour avoir Fhon«
neur tant desire de partir avec nous.
Avant notre depart, Taheo, roi de cette
ile, nous rendit unei visite, accompagne
de tous ses chefs, Comme ces insulaires
croyoient que les commandans de chacun
des vaisseaux puropeens qui arrivoient a
leurs iles depuis la mort du capitaine Cook,
etoient les enfans de cet illustre navigateur,
ils deploroient ce triste evenement avec les
signes de la plus vive douleur, Chacun d'eux
s'empressoit de protester de son innocence,
lis se reunissoient ensuite pour peindre la
passion qui les avoit portes k commettre le
Uieurtre affreux qui devoit etre pour eux
un sujet eternel de repentir. Leur afflictionj! ajoutoient - ils, etoit le chatiment que leur
infligeoient les Dieux irrites. Apres ces declarations , et beaucoup d'autres semblables,
ils renouvellerent les assurances de Famitie
qu'ils nous chargeoient de porter en Britannee, et partirent. Je ne doute pas que
les navigateurs aux quels il arriveroit, par la
suite, de se trouver arr&tes pr£s de ces iles ,
n'y trouvassent un asyle sur, et un accueil
amical.
Les autres naturels des iles Sandwich et
d'Amerique  que nous regimes   a bord ,
avoient ete amenes en Chine sur differens
vaisseaux, plutot comme objets de curiosite^
que pour recevoir de Finstruction, ou pour
servir k Finteret du commerce. Ils consis-
toient en une femme de File d'Owyhee ,
nominee Winee, dont la sante etoit mau-
vaise et deperissoit de jour en jour ; un
homme tr&s-vigoureux et un jeune garcon
de File de Mowee, et un naturel 4e Yentrde
du Roi George. Mais* les compatriotes de
ce dernier etoient d'uile nature si sauvage ,
que c'eut ete un essai absolument inutile
que de le charger de reporter parmi eux les
divers avantages que nous relservions aux
autres insulaires.
'' ' -. 'wSm *     p4      V
178%
Janvier. s
-,te§ft On embarqua a bord de chaque vaisseau
Janyifi, six vaches et trois taureaux rquatre veaux ,
une cerfcaine quantite de boucs, de dindons
et dp lapins, ayec plusieurs paires dp pigeons et d'autres provisions en abondance.
Nous ne pumes, malheureusement pas, nous
procurer alors quelques moutons.Mais nous
achet&mes plusieurs limonniers et orangers
que nous dpstinions pour File d'Atooi, dont
leprince souverain, Taheo, etoit assez puissant pour se maintenir en possession d'une
si precieuse propriete. Si nous avions eu le
bonheur dp pouvpir debarquer toute la car-
gaison preparee pour les iles Sandwich, elles
seroient certainement devenues Fendroit de
tpute la mer Pacifique du Nord , le plus
propre k fournir des rafraichissemens aux
navigateurs. Quoi qu'il en sort, si Fon s'oc-
cupe serieusement du commerce d'Amerif*
que, on recxieillera des avantages cpnside-?
rabies, meme dp cette partie de notre projet
que nous pumes executer. 3|
^mancjie Sur le soir du 22 Janvier, les deux vais>
, &%* i seaux lev^rent Fancre pour quitter le Typa,
pt s'avancer, en mer, Mais pile calma bien tot
apres, et le mpntaiit de la maree portant;
c^Qn^re &qu$ 4 le signal fut donne pour mettre ( 233 ).!' ,        jj|v"
a Fancre. Nous mouillames done dans la 1788,
rade, a six brasses, sur un fond de vase Janvier,
molle. UIphigdnie se trouvant dans le plus
fort de la maree , fut chassee bien loin au-
dela de la rade^ et alia mouiller a deux
milles en arriere de notre vaisseau. Nous y
trouvames a. Panpre Y Ar gyle shire , fort vaisseau anglois, du port d'environ six ou sept
cents tonneaux, charge pour le Bengale.
Ce vaisseau perit depuis malheureusement
dans son passage du Bengale k la Chine p
et Fon a tout lieu de presumer que les per*
gonnes de Fequipage perirent avec Ini,
I (*H)
j 78$.
Janvier.
CHAPITRB   II.
XiTphigenie a son mdt de misaine rompu.
—-—Passage aux Philippines. — Navigation le long de la cSte de Luconie. —-
Passage a Vile des Boucs, aux ties de
Luban , a Pile de Mindoro, et aux Calamines. — Le scorbutfait de cruels ravages a bord de /Tphigenie. —■ Passage
a Vile de Panay. — Revoke de Vequipage de la Felice.
imanc e jjiKVIRON sur Ies neuf hpures du soir, il
s'eleva une brise de sud-est qui nous detef-
mina, malgre qu'elle nous fut directement
contraire , a remettre a la mer. On donna
done a YIphigdnie le signal d'appareiller.
Vers dix heures, nous fumes sous voiles ,
par un vent leger et variable du midi; Nous
continu&nes de porter vers le grand La-
drone jusqu'a minuit. Nous eumes alors une
brume tres-epaisse qui nous forc^a de dimi-
nuer deroiles pour YIphigdnie , qui se trou-
*> Lundi
m
voit considerablement en arriere de notre    1788.
vaisseau. La sonde rapportoit regulierement Janvier
de quatre'a six brasses , fond de.vase molle.
Nous perdimes alors de vue YArgyleshire
qui leva aussi Fancre, et avan^a au sud~
ouest. (||
Dans la matinee du 23, nous eumes une
brume epaisse; et, danslanuit, nous avions
perdu de vue YIphigdnie. Le vent sauta a
Pest-nord-est, et commenca a fraichir. Deux
coups de canon furent tires pour donner le
signal a YIphigdnie d'amurer les voiles de
babord, et de porter au sud-est. A midi, le
vent s'eclaircit, et nous appercumes YIphigdnie a une lieue environ sous le vent de
notre vaisseau. Pendant la nuit , nous ne
cessames de tirer du canon , et de battre les
gongs ( 1 ) , afin qu'elle "put juger de notre
situation. D'apres une observation , notre
latitude nord etoit de 20 degres 54 minutes,
(1) Uif gong chinois ressemble asses a un crihle. 1\
est fait du melange de differens metaux. On s'en serfc
comme de sonnettes dans les jonques chinoises. Fraa-
pes avec un maillet de bois , ils rendent un bruiS
sourd j maisTSfonore.
fag Note d§ I'Auteur :i     .   ,- c23<f)       ' -   |
1788. et notre longitude Est de 114 degres %4 mi-
Janvier, nutes. La partie sud - ouest des bancs de
sable de Prata nous restoit, dans la direction de sud,au 73e degre Est, a distance
de 40 lieues , et le cap Bolinou, aussi dans
la direction de sud , au 5oe degre Est, dis-<
tance de 429 milles.
Comme notre intention etoit de ranger la
cote de Luconie, tout-a fait au vent, nous
resolumes de nous tenir le plus possible a
Pest, craignant d'eprouver des courans de
sud, dans cette saison de Fannee. Nou&pre-
ferames naviguer le long de la cote de Lu-
conie, a ranger celle de Mindoro ou des
Calamines, ces dernieres iles etant environ-
nees de bas-fonds , de rochers, et de portions dtles qui rendent la navigation extre-
mement dangereuse , et exigent les plus
gran des precautions pour les vaisseaux dans
un Archipel d'une aussi vaste etendue. Les
cartes que M. Dalrymple nous a donnees de
ces mers, sont, sans doute , tres - exactes ;
. mais elles ont ete dressees sur une echelle
si reduite , et tracees a si petits points, que
1'utilite dont elles devoient etre pour la navigation se trouve beaucoup diininuee. En
suivant cette route t nous esperions avoir un '  '  . : /    ' ( i37 )  §;    ■ :
temps moins orageux , la cote de Luconie 1788.
devant, en quelque sorte > nous servir d'abri. Janvier.
Nous nous flattions encore de pouvoir nous
tirer de plusieurs bas-fonds tres-dangereux
qui gisentfea quelque distance de la cote ,
et seitrouvBnt, a. dire vrai , disperses par
toutes ces mers.
e Nonas conitinuames d'avancer ansud-est, MercrecR
iusqu'au 2.5. Le temps: etoit obscur et triste.      25*
Les vents souffloien#- avec violence  d'est-
nord -est jiet de^fiord - est - quart*est. Nous m
avions |ten outre , une mer tr^s-grosse. La
latitude nord, a midi, etoit de 18 degres ;
laslongitudeEst, de liTrdegres 1 minute. Le
bas-fondeirJu Maroona^ meridional nous res^ls
toit au nord , par les*$is degres de longip*
tude Est ,e a 49 lieues dfc distaiiee ; et le cap
Bolinozti^psir les 62e  degres de longitude
Est-, k la distance de 6y lieues.
Le vaisseau YIphigdnie etoit un mauvais
voilier en comparaison deija Felice. Aussi
etions-nous sans cesse obliges de diminuefl^
de voiles a cause de lui. Nous-re%0lumes de
nous debarrasser d?une parfeHle gene , en
nous separant d'aveoce vaisseau , et en'fai-
sant toute budiligence possible, des que nouie
^erions sortis de la mer de SooIoq* H : 1      C 238 )
;^88. Dans la soiree, nous nousr<parlaraes d'utt
Janvier, vaisseau a Fautre* Le capitaine Douglas qflt
commandoit YIphigdnie nous apprit que ,
dans les derniers mauvais temps que nous
avions eus, son vaisseamavoit fait une voie
d'eau par dessus le cuivre, ce quilfobligeQit
de tenir sans cesse une des pompes enac*
tiyite, mais qu'il esperoit Hetancher au .premier moment favorable. Cet accident nous
caujsa une vive inquietude. De tels evene-
meri^. ont pour effet de jetter le decouragen
ment dans Fame des snatelots. Quelquesoit
leur intrepidiie ^ ils sont tres-sujfits a sedj&A
ser abattre pare les presages supeaisiijfeux3||
les plus ridicules et les plus extravagans*
Quand ce malheurleur arrive dans le com*
meneement d'un voyage, il influe souvent
sur tpurs espritif et sur leur conduiteupen*.
dant toute la route , quelque lostoie qu^eJiieL
puisse etre.- j§||
Les Chinois de notre equipage se trou-?
v^gflkX tr^s-a&taques du mal de emer.Cefufe
un eyenementr bien Jacheux pouii nous. Le
roulis continueMet lessnouvemens du vais*.
seau causerent aussi aux bestiauxeune espece":
dp;Clangueur. II npus par^Mmpassible de
les conserverjous. Slpus manqstifons, d'aik il flgj J        .  :M
leurs , de la nourriture necessaire peur Y&- 1788.
quipage, et il y avoit a bord une beaucoup Janvier
plus grande quantite de ces animaux qu'il
n'en falloit reellement pour les iles aux-
quelles nous les destinions. Ces motifs nous
determinerent a les tuer tous > a Fexception
de deux vaches, un taureau, et un veau qu'ou.
pourroit derober aux besoins du voyage, et
reserver pour le lieu de leur destination. En
consequence, on en tua d'abord deux. On
en servit la viande fraiche avec de Forge
aux gens de l'equipage, pour qui ce fut un
mets tres-restaurant.
Dans la soiree, le vent souffla avec violence , et nous eumes une grosse mer. Nous
continuames.de porter au sud-est, dans Fes-
perance*de pouvoir doubler le bas-fond da
Maroona septentrional, dont la position ,
suivant M. Dalrymple , est fort incertaine.
Nous nous tinmes done en observation le
mieux qu'il nous fut possible. f|j|
IjkA cinq heures , nous eumes une alarme,
UIphigdnie fit signal d'incommodite; mais ,
en meme temps, il ne paroissoit pas qu'elle
gut besoin d'un prompt secours. Cependant,
nous portames sur elle a Finstant, et arri-
TOmes assez pr&s pour communiquer ayec 1
IB- ^4&f
1788. Fequipitge* Le capitaine Douglas nous ap*
Janvier, prit que son mat de misaine avoit consent!
d'une maniere si inquietante qu'il etoit ne-
cessaire de prendre sur le champ quelque
moyen pour Fassurer. Mais la mer devint
si grosse, et le vent souffla au meme moment avec tant de furie, que nous ne pumes
lui«donner aucun secours* Nous diminuames
de voiles aussitot; et, avant la nuit, YIphigdnie eut sur le pOnt son petit mat de hune*
et son mat de perroquet. Le mat de misaine
etoit entierement degree*
II devint alors d'une necessite absolue
pour nous de nous tenir sous voiles le plus
possible. UIphigdnie etoit en etat de c^SP*
server son grand hunier, sa grande voile *\
et son mat d'artrnion. Pour rendre Ces voiles
propres a. servir au moins pendant la nuit ,
nous dirigeames notre route sur deux airS
de vent qui nous laissoient esperer de pou-
voir doubler le Maroona septentrional. Nous
n'etions meme pas certains de con server
asse-z de vent pour doubler le Maroona meridional qu'on represente comme tres^dan*
eereux, 0t dont la situation n'est pas mieuafc
determince que celle du bas-fond septen*
trional qui porte le meme nom* Le vent
souffla
s     1 »:>--S
louffia avec violence pendant toute la hin%    i'788;
iet YIphigdnie nous parut souffrir beaucoup.   Janvier*
II ne pouvoit, en verite,  nous arriver
rien de plus nialheureux. Le temps auquel
nous nous -trouvions  exposes etoit fort k
redouter. L'etat de delabremeht du mat de
YIphigdnie augmentoit beaucoup nos crain-
tes : car, en cas de noiivel accident -, nous
ne connoissions pas de port allie ou nous
pussions le reparer, plus proche que Batavia.  Chasses , \ comme  nous Fetions , par
toutes ces mers, et environnes de dangereux
ecueils , notre situation n'offroit rien que
de triste et d'alarmant. II nous etoit impossible  de   decouvrir la  terre ;  nous  nouS
seribns jettes dans line situation  qui   auroit augmente les dangers de YIphigdnie j
quant a Fabandonrier dans une si facheuse
detresse, c'est ce dont nous n'avions pas
feu   un   sPul   moment Fidee.   Eii   outre ,
nous n'etions  pas  sans quelques  crainteS
d'etre pousses trop loin vers le midi, ce qui
nous auroit mis dans Finipossibilite absoliie
de nous tenir a portee de la cote de Luco-
rtie , de Mindoro, ou des Calamines. Dans
fee cas, au lieu de passer par la mer de
Tome L   |J| Q i
t:
■
I
( Ma )
v.—
1788. Sooloo, nous ;3fc|||ons ete obliges de prendre
Janvier, notre course a travers les ddt?vits de la
Sonde, et de gagner la mer Pacifique du*
Nord par les detroits de Macassar. Nous
etions, apres tout, fort incertains si nous
prendrions cette route , ou si, en doublant
Fextremite sud-est delaNouvelle-Hollande,
nous ne trouverions pas le passage des detroits d'Endeavour. II est aise de se figurer
Finquietude que nous faisoit eprouver la
triste perspective de la navigation qu'exi-
geoit un pared circuit.
Jeudi ^e temPs ne s'adoucit pas jusqu'au 26 a
26. midi. La latitude nord etoit alors de 17 degres 5 minutes, etla longitude Est de 118
degres. L'extremite sud-ouest du Maroona
septentrional nous restpit dans la direction
de sud-est, a. la distance de 3o lieues. Noiis
continuames de porter vers elle pendant la
nuit. Nous faisions de la voile autant que
YIphigdnie pouvoit le permettre , et de-
sirions yivement envoyer une chaloupe a ce
vaisseau. Mais, touta-coup, le temps devint plus orageux que jamais, de sorte que
nous ne pumes envoyer a. son secours ni
charpentiers ni planches. On ayoit dresse e   (243) • '|. ■ -
tin ^chafaud autour de son mat de Favant;    vjjfe$;
mais  une  grosse   mer   nous   fit   craindre Janvier^
da vantage que sa situation n'empirat.
Ce jour, on tua encore un des animaux
pour les besoins de Fequipage. Le roulis des
vaisseaux et leur balancement continue^
notis faisoient desesperer d'en pouvoir sau-
ver un seal. Deux des plus beaux boucs
avoient ete ecrases dans un de ces violens
mouvemens. Pendant la nuit, le vent souffla
avec force, et la mer continua d'etre tres-
grosse. Nous gouvernions toujours au sud*
est, mettant souvent en panne a cause de
YIphigdnie, qui ne faisoit que tres-foible-
ment de la voile.
Ce temps si contraire dura jusqu'au 27, a Vendredi
midi. La latitude nord etoit de 16 degree 27*
2.0 minutes, et la longitude Est de 119 degres 12 minutes. La yariete des courans que
nous eprouvions ne permettoit pas de faire
des observations bien siires. Le vent ayoit
saute au nord, et nous portames a Pest-sud-
est, proportionnant notre navigation a celle
de YIphigdnie. Nous craignions beaucoup
qu'un courant d'est ne nous poussat a Fouest,
en ce que notre latitude nord etoif de 16"
degres 20 minutes, et que nous ne voyions*|p £
"(a44)jf    .'J; |
'1788. rien qui ressemblafc a des bas-fonds. Comma
Janvier jj ne nous parut pas possible que nous fusV
sions a Yes%&u Maroona , nous fumes obliges de serrer Le vent a Fest, autant que le
courant d'une mer tres • grosse pouvoit le
permettre.
Dans la soiree, nous parlames avec le capitaine Douglas, qui m'informa que le haut
de son mat de misaine etoit entierement
pourri , et que les charpentiers avoient
beaucoup de peine a Fassurer contre la yio*
lence d'une mer si grosse. Nous eumes pour-
tant, avant la nuit, la satisfaction de voir
la hune de misaine de YIphigdnie retablie^
ainsi que ses manoeuvres basses, de sorte
que la cfainte que nous avions eue d'etre
chasses au midi de Mindoro se dissipa en
grande partie.
II fut cependant reconnu , d'apres la vaste
etendue de mers que nous avions a traverser, que YIphigdnie couroit de trop grands
rilsques dans Fetat ou elle se trouvoit, pour
s'exposer a un tel passage sans que son mat
fut parfaitement retabli, et qu'il yaloit mieux,
s'ii etoit declare incapable de servir, le rem*
placer par. un autre. On ponyint done que
les charpentiers Fexamineroient au premier _   , (MS) 1 *       ;|
moment favorable. II etoit absolument in-    1783?.
dispensable de determiner un lieu ou Fon   Janvier;
put faire les reparations qu'ils auroient juge
necessaires.   L'etablissement   elspagnor^de
Samboingan, a l'extr&mite meridionale de
Magindanao , fut regarde comme le plus
convenabie ; et quoique nous'ien eussions a
peine entendu parler, et qu'il fut plus que
douteux que les Espagnols nous accor$as-
sent l'hospitalite, la necessite nous for^a a
prendre ce parti plutot que d'avancer jusqu'a Batavia , ou de nous exposer sur la
cote de la Nouvelle-Hollande.
Dans la soiree de ce jour, nous vimes
une grande quantite de bois flottant, et de
cette herbe que Feau detache des rochers, ce
qui nous fit craindre de tomber dans quelques bas-fonds.
Le samedi -28, au matin , on distingua ^ t.
Pile de Luconie par le mat de Fayant, res- 28.
3ant de Fest-nord-est a Fest-sud-est, a la distance de 12 ou 14 lieues. Elle paroissoit
tres-haute et remplie de monfagnes. A measure que nous approchions de la terre , le
temps devenoit plus calme et plus beau1, et
lamer s^appaisa entierement. UIphigdn£&
avoit retablt son petit mat de hune, Uup
r   mm    W: ~ q 1  xWm
WI
I
1 I
'A
,(M6)
1-788.    observation faite ainidi donna 16 degres'
Janvier,   16 minutes de latitude nord ; de sorte que ,
pendant les dernieres vingt-quatre heures ,
nous avions* eprouve un fort pourant de
nord. lite^
Rien ne prouve mieux les dangers de la
navigation dans les mers de Chine , que la
variete des courans contraires que nous
eprouvames en si peu de tempsi;.On^a observe generalement que , pendant la plus
grande partie de la mousson de nord-est, il
y a un courant de nord le long de la cote
de Luconie jusqu'au cap Bolinou. En cet
en droit les eaux qui se precipitent a travers
les detroits formant le passage entre Formosa , cette ile et les Babuyanes, arretent
ce courant et le font tourner dans la mer de
Chine ou ii recoit une direction de sud, a
la distance de i5^ou 20 lieues de la cote de
Luconie.
A toutes les epoques de la mousson de
nord-est, les courans portent avec violence
au midi dans ces*mers, excepte pres de
Luconie. Mais leur pours devient beaucoup
plus rapide a. 3o ou 4° lieues des bords de
cette ile qu'a. la hauteur de la cote de Chine;
ce qu'on peut attribuer a la jonction des SI      - S" 1 ^ ^ §•     '
eaux qui coulent a travers les detroits de    17^*
Luconie, ex. de celles qui passent entre la  Janvier.
Chine et Formosa. Des vaisseaux charges
pour la Ohime pourroient ^iur la fin deia
saison , profiter de ces courans pour attein-
dre ie cap Bolinou, et y trouver un passage |||
facile et sur ouvert jusqu'a Canton. II peut
etre certairiement tres-avantageux de ranger
la cote de Luconie : car, outre ce -courant
de nord si favorable , le temps est ordinai-
rement tres - beau. Par fois , les vents sont
variables. Dans le plus fort de:la mousson
de nord - est, on a vu§quelquefois souffier
un vent violent de sud-est.
Comme notre crainte d'etre chasses vers
le midi n'&voit fait qu'augmenter , nous
eprouvaine§£ a pouvoir ainsi nous tenir pr£s
de la terre #|une satisfaction dont il est aise
de se faire une idee. Sur le soir du meme
jour, nous eumes calme tout plat: mais vers
les neuf hev&es , il s'eleva une brise de sud-
ouest, qui nous engagea a virer vent devant bord ar terre pour la nuit: pendant la
plus grande partie du temps nous apper-
ciimes plusieurs feux qui resterent allu-
mes. Nous etions a six ou sept lieues de la
terre »•
7vf Q4     ■ "    "'.   : \   '   (348) I-   ..
■31788.        Le dimanche 29, dans la matinee., la terra
Janvier,   nous restoifc de nord-uord-est k sud-sud-est,
Dimanche a distance d'environe^six lieues.  Elle nous
IP      paroissoit remplie de montagnes , et cou-
verte de bois, excepte en quelques endroits
detaches, sur la pente des montagnes. On
ypyoit de grosses colonnes de fumee s'ele-
yer de Finterieur des hauteurs qu'on apper-
cevoit, ce qui annpncoit la population. L&f
latitude nord , a midi, etoit de x5 degres
%|>2 minutes. Le soir , et pendant la nuit,
nous continuames de courir sur la terre ;
mais, avec cent cinquante brasses die ligne.
pie sonde, nous ne pumes trpuver de fond.
La terre s'etendoit de nord-quart-nord^
est au nord-est-quart est. Eljp etoit a environ
six lieues de nous. Nous nous tinm.es dans
pette distance , portant le long du 3$vage au
sud et a Fest; on se triQuvoit a x5 degr^
19 minutes de latitude nord , selon Fobser^
Vation, Abates , pour ainsi dire, par la
terre , nous avions unjjempsextr^mement
doux et agreable? da mer etoit d'un calme
peu ordinaire, et nxJs^reuxn'appercevoient
qu un pays eieyej,smonfpgneux, et convert
^e bois. jgjj!
j^ la nuit, le vent firaichit de Fpuest, et
tundt
-18 '■ ( M9 ) .;  'I;
nous portSmes au sud-quart-est pour recon-    ijffc
noitre YiledesBoucs (Goat Island) ; ce qui Janvier,
exigeoit des observations fort attentiyes a
pause dp quelques bas-fonds qu'on assure
ptre places au nord de cette ile.
Le 3i , vers huit heures du matin , on Mardt
appercut Yile des Boucs gisant au nor&% pj|
est-quart-nord, a la distance d'environ six
lieues* La cote de Luconie nous restoit, eit
pette position , de nord-quart-ouest au sud-
est , a 14 lieues de distance. D'apres une
observation faite a midi, la latitude nord
etoit de i3 degres 4^ minutes.
Uile des Bones nous parut d'une elevation mediocre, et bien boisee. Mais nous
ne vimes absolument rien qui annonc&#
qu'elle fut habitee. Les iles Luban etoient
de veritables montagnes , couvertes de bois.
Elles sont representees dans les cartes espa-
gnoles comme joignaritk Yile desBozics nap
cles bas-fonds. Nous ne pumes cepend&nt*
decouvrir un seul endrpit ou Fpau fut in-
terrompue, ni trouver un fond avec cent
cinquante brasses de ligne de sonde.
Nous profitauies du temps favorable dongj
nous jouissions alors pour mettre les vais^
se^uxjen >i|tat de defense. En consequence ( a5o )
1788: on monta les canons. Oil les remplit de la
JaHvier." quantite de poudre suffisante ; on fit, en un
mot, toutes les autres dispositions neces-
saires, ces mers etant infestees d'un nom-
lll bre prodigieux de pirates. Deux vaisseaux
tres-beaux avoient ete pris recemment par
eux. L'un d'eux etoit le May, du port de
3oo tonneaux et de 3© pieces de canon s II
etoit parti du Bengale pour venir faire le
commerce a la cdte de Borneo. Ce fut par
les Malais qu'on sut en general qu'il avoit
X O     ^ X
ete detruit. Aucune personne du vaissean
ne s'etoit sauvee pour raconter les details*
Plusieurs autres vaisseaux ont echappe de
bien pres a la perte qui les menacoit. II est
rare, pour dire le vrai, qu'il se passe une-'
seule annee sans qu'il arrive quelque mal-
teur semblable. Les Pros (1) sortent en si
grand nombre de Magindanao et de Sooloo*
qu'il devient dangereux pour un vaisseau
trop foible de faire voiles dans ces mers.
Ces Pros portent cent, et quelquefois cent
is
It
£1) Ce sont de petits Mtimens montes par des cor-
saires T et qui mqtrletent continuellement les vaisseaux.
cians ces mers.
Note du Tradueteufr* I   7 ,.| (25i)| .-'
cinquante hommes-b^n armes, et , pour    1788.
Fordinaire, des pieces de canon de six a  Janvier,
.douze livres de balles. Shot qu'un vaisseau
est pris par ces corsaires , ils y font un carnage horrible, et emmenent en esclavage
le petit nombre des infortunes qui survi-
vent ,  sans  qu'ils puissent  esperer d'etre
jamais rachetes. Des flattes de trente ou
quarante de ces Pros croisent dans les mers :
quelquefois m£me, on en a vu jusqu'a cent;
et quoique nous ne craignissions guere qu'ils
osassent attaquer deux vaisseaux , c'eut ete
pourtant de notre part une negligence im-
pardonnable  de  ne pas nous  preparer k
tous les evenemens. Nous profitames aussi
du moment favorable pour faire la revue des
mats de YIphigdnie, et pour lui d'onner tous
les articles dont nous savions qu'elle avoit
besoin , aim de la mettre sur un pied de.
defense respectable. Nous lui  envoy antes
deux pieces de  canon de plus, avep, une
quantite   proportionate    de   poudre  ,   de
ahfllles,! et d'autres munitions. Nous recumes
en retbur une bonne provision de charbon
pour les forges , et plusieurs autres articles
egalement necessaires.
De nouveaux motifs nous faisoient chaque
i!:-ll
. 1788.
Janvietv
1
le
lag
y
tea
&
jour sentir la necessite d'une separation
pour les vaisseaux, des que nous serions
sortisde ces mers dangereuses. La Felice,
en accompagnant YIphigdnie , beaucoun
moins en etat qu'elle de soutenir la naviga*
tiOn, sp seroit trouvec singulierement retar-^
dee dans son voyage. Ce motif, eut-il ete
le seul, auroit suffi ; car il etoit de la der-
iii^re importance pour nous de faire toute
la diligence possible pour ar river a temps.
h la pote d'Amerique. jp
Dans la soiree, les charpentiers revinrent
de YIphigdnie, ett*apporterent que son mat
etoit, a tous e^ards, hors d'etat de suffire
au voyage. Ils doutoient meme qu'il put la
Conduire jusqu'a Samboingan. Le haut etoit
entierement pourri, et soutenu par des jot*
tereaux : on y avoit , cependant, nris d&
bonnes jumelles qu'on rousta d'une maniere
sure.
Au coucher dir-soleil, On decouvrit File
de Mindoro. Elle nous restoit au sud-est-
quart-est, a la distance de 10 lieues. Le yent
f^affloit avec violence de Fest ; il descen-.
doit en raffales precipitees des hautes montagnes de Luban. Pendant la nuit, nous^
|8rc&mes de voiles pour arriyer sous la go^% t g8) )
$e Mindoro. Le vent souffloit constamment 1788*
de Fest, au point que nous commengames Janvier*
a craindre de nous trouyer embarrasses dans
les ties appellees les Calamines, qui , non-
seulement sont en grand nombre, mais encore presentent d'affreux dangers. Les hu-
liiers furent rises, et nous f Jrnes de la voile
autant qu'il nous fut possible, de sorte que
nous arriyames heureusement sous File de
Mindoro vers minuit, Le temps devint alprs
orageux ; et, comme il y eut eu de Fimpru-
dence a. avancer par des tenebres epaisses-
sur une cote inconnue , on donna le signal
a YIphigdnie de courir en avant sur soij,
ancre, ce que nous execut&mes sur le champ
'nous-memes. Mais elle avoit fait force de
voiles au plus pres du vent, et nous ne pou-
vions deja plus Fappercevoir , quoiqu'elle
eut repondu k notre signal. Pendant la nuit,
le vent souffla avec violence. Nous fumes
sans cesse pccupes a. sonder , mais cent
brasses de ligne ne nous rapporterent point
de fond. Les habitans ne se contentoient pas
d'entretenir des feux continuels, en tres-
grand nombre , sur le rivage; ils en avoient
allumes jusques sur le sommet des montagnes. z.
1
7.... ,.i (a54) v . .1
1788. Le premier fevrier, k la pointe du jour;
Fevrier.   nous occupions absolument la m^rne posi-
Mercredi tion que celle oil nous etions , lorsque notre
vaisseau avoit couru en avant sur son ancre
pendant la nuit. Jflphigdnie etoit a pres de
quatre lieues en avant. Mais nous fimes de
la voile, et Fatteigmmes vers midi. Notre
latitude nord etoit de 12 degres 5y minutes.
,  L'ile de Mindoro nous restoit au. sud-est-
< quart-est, a six lie iles de distance.
Au poucher du soleii , File de Mindoro
nous restoit de ndrd- quart est, mi- est, au
sud-est-quart-est, mi-est. Nous etions. environ a six lieues de distance du riyage. Dans
la nuit,* le temps fut, comme a Fordinaire ,
tres-orageux ; et nous eprouyames un fort
courant qui occasionna une telle agitation
de la mer que nous  craignimes pour nos
mats et pour nos vergues. Vers la fin du
jour, nous diminuames de voiles , et nous
tinmes attentivement en observation a cause
des bas-fonds qui gisent entre Mindoro et
les  Calamines. Pour nous en tirer, nous
serrames la terre sous le rivage de la premiere de ces iles. On donne trois lieues de
largeur au canal qui se trouve entre Mindoro et ces bas-fonds. Les feux nous parurent \ eh plus grand nombre sur le penchant des    178$;
montagnes, et resterent allumes toute la Fevrier.
nuit. «j|
Le jeudi 2 * & neuf heures du matin, nous
appercumes les iles Calamines, restant de
sud-ouest au sud-est, a seize ou dix-sept
lieues de distance. Le temps avoit aussi
change , et promettoit d'etre plus favorable.
II devint ealrne et agreable. Nous nous fe-
licitames beaucoup d'entrer dans ce canaL
En effet, les vents qui ftufHoient avec violence de Fest auroient p& nous chasser an
midi et a Fouest des Calamines, ce qui nous
eut forces d?avancer le long de la cote de Palawan, et de rentrer dans la mer de Sooloo9
si peu sure en cette saison de Fannee. Nous
crimes alors l'avantage de pouvoir nous te-
nir pres de la cote des Philippines, tant
que les Vents le permirent : mais nous
eprouvames quelque difficulte a conserves
cette position, a cause des vents d'est et de
nord-est quine cessoient de nous inquieter,
et qui nous obiigerent de forcer de voiles
sans relache. g^g
Le capitaine Douglas saisit cette occasion
de me donner avis que le scorbut commen-
coit a se declarer sur son vaisseau. Le char-
Bi ;''   . ;||f ( 256 )   ■■'
J78?. penrrer , deux des quartiers - maitres, et
Fevrier. quelques-uns de ses matelots en etoient deja
tres-malades. Use manifestoit chez d'autres
des sympt6mes tres-alarmans. Les jambes
leur enfloient, et leurs gencives commen-
igoient a. pourrir* On leur prescrivit done ^
sur le champ, un regime. L'ordre fut donne
de brasser continuellement de la biere, qu'ori
-leur servit en place de liqueurs fortes. Nous
eiivoyames a. bord de YIphigdnie plusieurs
cerbeilles d'oranges. On sait combien la
vertu de ce fruit est efficace pour la gue-
rison de cette maladie. On eut recours sur
le champ a tous les autres remedes anti-
scorbutiques pour etouffer dans sa naissance
<iin mal affreux doiit les progres ne pou-
voient etre accompagnes que des suites les
plus facheuses.
Nous nous appercevions sensiblement dd
Faugmentation de la chaleur. Nous avions
feu<un froid glacial en quittant la Chine, et,
tout d'un coup, le temps avoit passe d'une
extremite a Fautre. Un pareil changement,
joint aux fortes rosees qui tomboient chaque matin et chaque soir, etoit tr^s-con-
traire a la sante. Nous fumes neanmoins
fort fbrFsurpris que des hommes qui venoieht   ^78$;
de quitter le riyage ou ils avoient eu des Fevrier^
provisions fraiches et des vegetaux en abon-
dance, et qui n'avoient pas gotite de viande
salee. pendant plusieurs mois, fussent atta-
ques de si vioiens symptomes de scorbut,
et cela des le commencement du voyage.
Ajoutez que nous apportions les plus grands
soins dans la distribution des alimens. Le^s
provisions salves etoient toujours bien trem-
pees. Oh faisoitbouilliralternativement chaque jour du riz et des pois. Les gens de
1'equipage dejeunoierit avec du the et du
Sucre. Ils avoient de Peau en abondance ;
et on melfoit toute Pattention possible a. en-
tretenir la proprete parmi eux. Jamais 6a
ne leur permettoit de s'en dormir sur le pont,
de peur qu'ils ne ressehtissent quelqu'effet
funeste des rosees  pernicieuses qui tom^
boieht matin et soir. Enfin, on ne laissoit
point a leur disposition des liqueurs fortes j
en fermentation. Cette derniere precaution
est de la plus grande importance pour toils
les marins. Au reste , eel les dont je viens
de parler sont plus  necessaires encore a
prendre , a l'egard de ceux qui ont fait de
frequens voyages daiis l'Inde , attendu que        |j|
Tome I* \ R
,
m 7\
I'
t
■
'"^■'W '■■"■■ '"-■""'   ' < s58 )   * ;     '"J."  ■;
1788, leur sang uevient plus susceptible de s'en*
jjppier. Hammer, et d'eprouyer les atteintes de ce
terrible mal: l|j
Nous nous tinmes , pendant la nuit, sous
les bords de Mindoro* Les voiles de hune
avoient tous leurs ris pris ; et comme le
temps etoit tres-orageux, nous brie cessions
de sonder. Mais nous ne pumes trouver de
fond avec "cent brasses de ligne, quoique
nous ne fussions qu'a quatre lieues de la
terre.
Le vendredi 3, au matin , nous perdimes
de vue File de Mindoro, et Fon apperput k
midi File de Panay, restant de nord-est-
quart-est au sud-est, a neuf lieues de distance. Le temps etoit calme; le vent souf-
floit de nord-est. Notre latitude nord, a
midi, etoit de 12 degres53 minutes.
L'ile de Mindoro est d'une etendue considerable. Nous ne lui trouvames, en quelques endroits, qu'une elevation mediocre ;
en d'autres, elle nous parut tres - monta-
gneuse, et, presque par-tout, couverte de
bois. Les nombreuses colonnes de fumee
j
que nous vimes s'eleyer tant des vallees
que des montagnes pendant le jour, et les
feux qui ne cessoient d'eclairer la nuit | ne
Vendredi
3- 7 ;j£ '    . (*ty)' i . il  - -.fll
permettentpas de douter que !a population 178&.
li'en soit tres - considerable. Quelques en- Fevrier,
droits de File que nous pumes observer dis-
tinctement nous parurent un.sejour de de-
lices. C'etoient des piaines d'une vaste etendue , parees de la plus belle verdure, arro-
&6es par Fonde argentee des ruisseaux , ,et
ornees de bosquets, le tout place avec tant
d'agrement, soit par Fart, soit par la nature, qu'il en resultoit des scenes d'une
beaute champetre, dignes de ce qu'il y a de
plus recherche dans la culture des jardins
en Europe.
Le jour suivant, nous cStoyames File de *
Panay. La latitude nord, a midi, etoit de
10 degres 36* minutes. Nous ne nous trouyions qu'a quatre milles de distance de la
terre, et, ce qui est fort extraordinaire, quatre-Ymgts brasses de ligne de sonde ne rap-
portoient point de fond. On appercevoit un
nombre infini de villages sur la; pente des
collines, et tout le pays offroit la. vue la
plus belle et la plus riche. Les habitations
paroissoient tres-bien baties et avec beaucoup de regularite. La pente des collines
verdoyantes etoit agreablement diyersi-
fiee: des ruisseaux s'echeppoient vers les
M Ra fir
1788. plaines, autour desquelles ils couloient left*
Fevrier. tement. On les voyoit aussi traverser des
plantations bien cultivees en formant mille
agreables detours; le tout presentoit des tableaux qui ne le cedoierit en rien a ceux
que nous avions vus le jour precedent. Le
beau temps dont nous jouissions ajoutoit
encore a la magnificence du spectacle.
Nous promenions nos regards avec d6-
lices sur la scene riche et pittoresque qui
s'ouvroit devant nous. Nous etions, alors ^
a. trois milles du rivage. Le bord de Feau
formoit une cote sablonneuse plantee de
cocotiers. A Fombre de ces arbres ,gpous
appercumes les naturels qui etoient venusv
en grand nombre y chercher la fraicheur ,
et s'y mettre a cd.uvert des rayons brulans
dusoleil. lis paroissoient livres aux diverses
occupations 4e la journee. Nous regrettames
beaucoup de ne pouvoir -mettre a Fancre
en cet endroit pour nous procurer quelque
communication avec.eux. II n'est pas inutile de remarquer que nous ne decouyrimes
pas un seul canot, ni une seule chaloupe
pour la peche sur cette partie de la c6te
le long de laquelle nous avions passe.
A cette eppqupj ii se manjfesta des mou-
c ( %6i )
vemens seditieux a bord de la Felice. Hen-?     1788.
reusement on parvint k les reprimer, avant   Fevrier,
-qu'ils eussent pu gagner tout l'equipage.
Mais,afin d'imprimer une sorte cle deshon-
neur a cet e'venement> tous les details en
furent insures au journal du vaisseau.
Qu'on  me permett*"   ici  d'enoncer une
opinion. Si, dans ies voyages de]long cours,
on  inscrivoit  exactement   sur   le  journal
toutes les particularites de la bonne etde la
mauvaise conduite des gens de l'equipage,
Une telle regie produiroit le§3 plus heureux
effets. On verra toujours la craintede Fin-
famie agir puissamment sur les hommes,
dans quelque rang, dans quelque condition
qu'ils se trouvent, lorsqu'ils n'auront pas
perdu tout sentiment de pudeur; tandis.que
les   chatimens  les   plus   severes   n'auront
d'autre effet que la souffrance du moment.
0ui, je suis con vain cu que la seule crainte
d'etre couche sur le registre du vaisseau
pour sa mauvaise  conduite ,  detourneroit
plus d'un matelot de se mal comporter. Sup-
posez-lni  toute la rudesse ordinaire aux
marins, toute Finsensibjiite qui earacterise
les gens de cet etat, il redoutera le deshon-
npur; an lieu, qu'il ne verra qii'avec Fiiidif- fr
- I
6
1
1
is
■9
M
( 262 )
2788.   feVence du mepris la douleur momentanee
Fevrier.  d une punition corporelle.
On ne peut que deplorer amerempnt Finr
suffisance et Finefficacite des loix sur la-
marine pour reprimer les exces des mate-
lots a bord des vaisseaux marchands. C'est
une veritable honte pour une nation, la
premiere du monde par sa marine et par
son commerce, d'avoir negligesi long-temps
d'etablir un code de.loix pour conteriir dans
une juste soumission les matelots des vaisseaux marchands, de meme que ceux employes au service de la marine royale. Cora-
bien de vaisseaux n'ont du leur perte qu'a
la* licence et aux exces des gens de l'equipage ! Com bien de voyages rendus infruc-
tueux par la m&me cause !, Je np vois pas
cependant qu'on ait fait le moindre effort
pour ^revenir un mal si e'yidemment nuir .
sible au commerce de notre pays. Chez d'autres- nations , on a compris les vaisseaux
■, marchands dans lesdoix generales etablies.
pour la subordination dans le service maritime. II est reellempnt de la derniere importance pour FAngleterre de suivre un si
salutaire exemple , et de former un. code*
clp loix qtii puissent  avoir pour effet 4^ r
( *63 ) '3
contenir dans les bornps d'une sage disci-    1788.*
pline cette classe d'hommes si necessaire Fevrier.
au commerce, a. la puissance et a la gloire
de FEmpire Britannique.
K i 2788.
Fevrier
( *H)
f'i.}ijj»;
CHAPITRE   III.
»
1
1
&
l
B
i
BR
Maladie des naturels des iles. Sandwich*
—Mort de Winee. Son caractdre, etc.
—Destruction du be tail. —Iles de, Ba-
silanet de Magindanao.—Lest f/aisseaux
mettent a Vancre a la hauteur de la der*„
ni&re, — Les charpentiers sont envoyds
h terre avec un ddtachement pour cou-^
per un mdt. — Perte d'un Chinois. —|
Espagnols envpyds a bord pour compli-
menter les vaisseaux. -— Les deux vaisseaux sont amarrds a la hauteur dufort
Cqldera. —^Conduite du gouverneur es-
pagnol, etc.
JNos amis & Owyhee avoient cruellement
souffert pendant la route a travers les mers
de Chine. Dans ses soins assidus aupres de
Winee , Tianna avoit gagne une gfosse fie-
yre. Cette maladie, jointe a Finquietude
qu'il eprouvoit sur son compte , le ret in t
quelques jours au lit. Le nature! de Yentrde* £ 26*5 )
tie Nootka, doue d'une constitution yigou- 1788.
reuse, supporta les incommodites du voyage Fevrier.
sans beaucoup se plaindre. Quant a la pau-
vre malheureuse femme, elle ne justifia que
trop les praintes que nous avions concues
a son sujet, et l'opinion ou nous etions
qu'elle ne reyerroit jamais son pays ni ses
amis. Elle deperissoit de jour en jour, et il
ne nous restoit pins qu'a lui adoucir le
moment fatal d'une dissolution prochaine
qu'il n'etoit pas au pouvoir des hommes de
retarder. Nous ne manquames, on le croira
sans doute, a aucune des attentions que
I'humanite pouvoit suggerer, ni a rien de
ce qui dependoit de nos secours. Elle fut ,
pendant quelque temps, un spectre vivant.
Jlnfin , le 5 fevrier, au matin , elle expira.
A midi, son corps fut confie a la mer pro-?
fonde. Nous peiysames qu'il convenoit d'ho-
norer les restes de cette infortunee par les
ceremonies et les usages d'une religion qui
puvre ses bras a tons les hommes , quelque
soit la couleur de leur peau , et quelque
climat qu'ils-habitent, aux sauvages. comme.
aux saints et aux philosophes. Tianna fut
si affecte de sa mort que nous craignimes,
yiyement n^ndant   quelque temps que  la
H 1788.   sensibiiite qu'il eprouvoit en cette occasion
Fevrier. n'alterat sa sante. Car il avoit cette extreme
delicatesse de constitution qui distingue les
SBp?       chefs des gens du vulgaire , et qu'on re-
marque particulierement chez les hommes
de haute taille dans son pays.
Ainsi mourut Winee, naturelle d' Owyhee*,
Pune des iles Sandwich, qui possedoit toutes
les vertus qu'on ne trouve pas ordiriaire-
ment chez les femmes de sa classe dans le
pays'qui. Favoit vu naitre. J'ajoute qu'elle
avoit recu de la nature une superiorite d'intelligence qu'on ne s'attend pas a rencontre? xdans un esprit grossier et sans culture.
Le lecteur n'apprendra peut-^tre pas sans
interet comment cette fiiie infortunee quitta
ses amis et son pays qu'elle n'etoit plus des-
tinee a revoir.
Le capitaine Barclay, qui commandoit
XAigle Impdrial, etoit un des navigateurs
n4 ia °6te d'Amerique dont le voyage avoit
ete le plus heureux. Mistriss Barclay ac-
compagna son epoux, et partagea avec lui
les travaux, les fatigues et les accidens
d'une route si longue et si perilleuse. Elle
ne consulta ni les convenances , ni la delicatesse et Feducation d'un sexe plus foible. #
Cette dame fut si enchantee des manieres . 1788.
aimables de la pauvre Winee qu'elle desira Fevrier.
la conduire avec elle en Europe. En consequence, et avec Fagrement des amis de
Winee, elle se chargea d'elle, et la prit sous
sa protection particuliere. Lorsque noistriss
Barclay quitta la Chine pour retpurner en
Europe, Winee fut laissee , comme je Fai
ctit plus liaut, dans un >etat de deperisse-
ment, et destinee a etre embarquee pour
son pays: avec le reste des naturels des iles
Sandwich. 7^
Le n|iiin du jour de sa mort, elle remit
a. Tiaiiria, pomnie un gage dp sa reconnois-*
sanceipour ses. spins et ses attentions , un;
mirbjr^uri bassjn et unebputeille de lap>us
belie porcelaine. A ces dons, elle ajouta une
robe, un panier, une jupe et un bonnet
pour safemme. Quant a ses autres prpprie-
tes, qui consistoient en un grand nombre.
d'articles divers , elle les legua a sa famille.
Elle en fit Tianna depositaire, et le cbargea
T^dedes remett^re c\e sa, part k son pere et a
||'^a mere. |jjj ja|       I3i§£
Hommes fiers et d^daigneux, gardez-votm
j de sourire avec mepris a ces bagatelles qui
cpmposoient le mo4estp ^resoy de la pauvre
m 1788. Winee! Elles etoient pour elle une veritable
Fevrier. richesse , et lui auroient donne une grande
importance dans son ile natale si elle eut
pu les y emporter. LVJais lorsqu'on songe a
ce qu'elle dut spuffrir de cette idee qu'elle
ne reverroit plus son pays, au chagrin dont
elle etoit consumee en voyant, pour ainsi
dire, son innocente vanite trompee : lors?
qu'on pense qu'a tant de motifs dp tris-.
x tesse et d'abattement, venoient se joindre
les douleurs d'une maladie incurable , augmented encore par lps secousses et les vio-
lens mouvemens quimprinipient au vaisseau des mers fecondea en tempetes , la
sensibilite se reveille au souvenir de vtant
de maux qui desolent l'humanite par toute
la terre , et Fon ne peut. refuser quelques,
larmes de compassion au sort de. Finfortu-
nee Winee !
A cette epoque, notre provision de bes-
tiaux se trouvoit deja bien diminuee par le
mauvais temps. II ne nous restoit de tout
ce que nous avions dans Forigine qu'un
taureau, une vache et un veau. Tous les
boucs avoient peri ,^l Fexception de deux,
Le 5, au coucher du soleil, nous eumes
presque pe rdu de yue File de Panay. Poini: ( a.6g )
deNasso,qui en est l'extre'mite meridio- 1788.
nale,gisoit alors a Fest-nord-est, a_ sept Fevrier.
lieues de distance. Le ciel etoit tres-embru-
me, et le vent souffloit de nord-est. Nous
gouvernames , pendant la nuit, au sud et a
Fest, par un vent agreable, vers l'extre'mite
meridionale de File de Magindanao. Le
matin du 6 fevrier, a la pointe du jour , nous
decouvrimes cette ile qui nous restoit a Fesr>
a sept ou huit lieues de distance. Elle nous
parut tres-haute et tr^s-montagneuse. Une
observation faite a midi donna 7 degres 22
minutes de latitude nord ; nous etions a
trois lieues de la terre. Les montagnes avan-
(joient jusques nans la mer : elles etoient
couvertes de bois depuis leur sommet jusqu'a fleur d'eau. Nous*ne cessions de son-
der : mais nous ne troiivames pas de fond
avec cent brasses de ligne.
Nous eumes alors a choisir, ou de porter
directement vers Sooloo, ou de gagner Ye*
tablissement espagnol de Samboingan. Noils
preferames le dernier parti. II ne nous
parut-pas prudent d'avancer sous le vent
jusqu'a la premiere de ces places. D'aii-
leurs , les vents continuels de nord - est
nous faisoient craindre d'eprouver beaucoup
».* Nf
X788.
Fevrier.
; :
phis de difficulte a doubler Jelolo , out
me*me la NouVelle-Guinde. Nous nous de-
terminames done a serrer le rivage de 'Ma-
gindanao , et a nous en remettre au hasard
du soin de pourvoir a rios besoins. Nous
continuames de suivre File jusqu'au cou-
cher du soleiL La cote etoit sure, et.nous
h'ayions aucun danger a. craindre , la.ligne
ne rapportant point de fond. La pointe occidentale del'ile nous restoit au sud-sud-est,,
a cinq lieues de distance. Nous pensdmes ,
Pependant, qu'il pourroit &ire dangereux
d'avancer pendant la nuit, et, en consequence, le signal fut donne de virer au
Cabestan jusqu'au lendemain matin que nous
continuames nbtre route, n'etant guere eloi-
gnes de plus d'un mille du rivage. Nous
avions eprouve > pendant la nuit du 6 au 7
un fort courant de nord.
A midi, on appergut File de Basilan ,
gisant au sud-sud-ouest, a. la distance de
neuf lieues. Notre latitude nord etoit de 7
degres 8 minutes. Un grand nombre de collines de forme conique lui donnoient une
apparence singuliere. Une de ces collines
qui ressembloit au bonnet d'un mandarin
chinois terminoifc la pointe orientale de File*
«sa<5 - ■       "'-I %:( W1 )  ■    ' :'     I"        E Jl
Elle etoit tres - remarquable, parce qu'elle    1788.
surpassoit en elevation toutes les autres col- Fevrier.
lines qui fbrmoient  ce grouppe curieux.     teefc
L ile  de Basilan  court a pen pres est  et
ouest.  On appercoit a la  hauteur de  sa
pointe occidentale plusieurs autres iles qui
sont d'une bien moins grande Etendue.
Vers trois heiires d'apres-midi, no lis nous
ouvrirnes le passage qui separe Basilan de
Magindanao. A trois heures passees , nous
doublames Pextremite meridionals de Magindanao, et nous entrames dans ce canal,
qui nous  parut avoir  une largeur considerable avec .plusieurs petites iles dans le
milieu. Nos sondes rapportoient de 26 a 3p
brasses, fond de roche. L'extreinite meri-
dionale de Magindanao gisoit par les 6e
degres 56 minutes de latitude nord de notre
estime. Le bord de la mer etoit par - tout
couvert de bois. |8|
A quatre heures et demie passees , nous
fuines# agreablenient surpris en appercevant
un petit fort en pierres situe sur le rivage
de Magindanao. II joignoit a un courant
d'eau vive, et n'etoit guere a plus de deux j
milles de distance de la pointe meridionale
de File. Nous decouyrimes, en meme temps, £
■
Fevrier.
plus a. Fest, un grand village. Nous hiss&mes
le pavilion a Finstant ^ce qui donna occasion de deployer aussitot du fort les cou-
leurs espagnoles. Nous ne doutauies plus
alors que cette place jie fut Samboihgan.
C'etoit un bdtiment quarrel,convert en
chaume, avec deux guerites a chaque aif-
gle. LPs remparts parbissoient garnis de
Malais. Le tout n'annoncoit pas une fortification bien imposante.
Le jusant porta alors fortement contre
nous. Le signal fut donne de mettre a Fan-
cre. Nous mouillames done sur sept brasses
d'eau, fond de vase molle, a deux milles
environ du fort, et a tin quart de mille du
rivage qui paroissoit couvert de bois tres-
epais.
Nous mimes sur le champ les chaloupes
en mer, et envoyames les charpentiers reconnoitre la nature des bois. Nous apper^-
gumes alors par le moyen des lunettes d'ap-
proche les couleurs espagnoles qui flottpient
sur une autre fortification attenante au village , et devant laquelle deux galions etoient
a Fancre. Vers les cinq heures, nous vimes
yenir a nous, le long de la cote, une petite
chaloupe p ni i 2i^ )
chaloupe, sur Favant de laquelle flottoit un    1788.
pavilion blanc. Elle etoit servie par quatre Fevrier,
Malais, et portoit trois Padres ou pretres
espagnols. lis parurent, d'abord, craindre
beaucouo   que   notre   arrivee   n'annonpat
X 1 13
quelques vues hostiles. Mais quand ils eu^
rent Fassurance que nos intentions etoient
paisibles et amicales , ils se rendirent a. Fin*
vitation que nous leur fimes   de venir a
bord, et , apres avoir pris quelques rafrai*
chissemens, ils retourncrent au village. lis
t ' \       &
nous engagerent a ne permettre a aucun de
nos gens de s'attarder dans les bois qui
etoient infestes de Malais, attenclu que ces
derniers epieroient le moment de nous faire
toutes sortes dp mauvaistraitemens. En con*
& <*€&&* Bap.- j**
sequence de cet avis si important, et qui
prouvoit leur bienveil'ance, des'ordres fu*
rent expedies sur le champ a YIphigdnie,
qui avoit mis a Fancre a environ un mille
de nous , pour qu'elle eut soin de tenir son
monde eloigne du rivage.
Les   charpentiers revinrent  sur  les  six
heures, et rapporterent qu'on pourroit avoir-
toutes les especcs de bois de construction,
qui nous manquoient. M$&-
Le matin du lundi 8, j'envoyai un officier   *-"nd*
Tome I* S :. ..f ;. fgM
1788. a la t&te d'un fort detachement avec les
Fevrier. charpentiers charges de scier des esparreS
de sapin pour des vergues de huniers et des
boute-hors dont la Felice avoit besoin.
L'ordre fut e'galement expedie a YIphigdnie
d'envoyer un pared detachement pour cou-
per un mat de misaine. On employa , en
m&me temps, la chaloupe a. sonder et a. reconnoitre le canal. Elle trouva qu'il conte-
noit de grandes cataractes , de cinq a. dix ,
et meme a trente brasses , fond de roche.
Sur le midi , les charpentiers furent de
retour a bord avec des vergues de huniers
et des boute-hors. lis avoient aussi coupe
un mat de misaine pour YIphigdnie. L'offi-
cier m'annonga que nous venions de perdre
un Chinois. II presumoit que cet infortune
s'etoit egard dans les bois, et avoit ete pris
par les Malais. Une bande nombreuse de
ces sauvages , armes formidablement a leur
maniere , erroit autour du lieu ou les charpentiers etoient a Fouvrage ; et, comme
nous ne pumes reussir a nous procurer au-
cunes nouvelles de ce malheureux, ii y a
toute raison de croire qu'il tomba entre les
mams des naturels.
A une heure , nous yimes yenir k nous" ( '^7$ )
une grande cha'oupe envoyee par le gou- 1788:
verneur qui faisoit sa residence dans le 'vil- Fevrier,1
Iage. Elle etoit chargee de nous compli-
menter sur notre arrivee , etaenous inviter
k un repas qu'il avoit eu la borne de faire
preparer pour nous. L'officier qui avoit mission de nous faire cette invitation obli-
geante, confirma Ce que les pr&trps ve-
noient de nous dire du caractere perfide
des naturels de File , et nous recommanda,
avec les plus vives instances, de prendre
toutes les precautions possibles lorsque nous
enverripns des detachemens k terre. 11 nous
apprit aussi que nous pourrions nous procurer tout le bois de construction heces-
saire, avec plus de facilite et de surete dans
les environs du village qui offroient un
autre avantage dont nous retirerions une
grande utilite. C'etoit un ruisseau d'une
tres-belle eau qui les arrosoit. II ajouta
aussi que le gouverneur Favoit charge de
nous dire qu'il se trouveroit lieureux de nous
donner tous les secours qui dependroient
de lui.
II fut done r^solu surle champ d'amarrer
le vaisseau plus pres du village. En consequence , k deux heures | comme la maree
S % Nf
e :.      ;|.    '7 - • '   I 276 I     '■-   :
1788.    nous etoit favorable, les deux vaisseaux ap-
Fevrier. pareillerent et mirent a Fancre vis-a-vis d'un
grand fort de pierres , nomme le Fort Cal-
dera, dont les bastions etoient a cent verges
de la mer.
Nous salu&mes le fort de neuf coups de
canon. Le salut nous fut rendu sur le champ.
Le corps du village nous restoit au nord un
quart est-mi-est, a. un quart de mille de
distance. Les extr&mites de File Magindanao couroient d'est-nord est a nord-nord-
ouest; et File de Basilan , de sud - est un
quart est a sud * ouest un quart ouest , a la
distance d'environ douze lieues.
i C *77 )
1MB
^ti*.
CHAPITRfilV.
Fevrier*
Il deep tion qui nous est faite a Samboih-
gan. —- Conduite du gou verneu r , ses pro-
eddds a notre dgard.
Les galions es-
pagnols protegentnos^ddtache mens , pendant qu'ils sont occupds a couper un
mat.—j Maladie de Tianna.-^—11 va d
lord de /Tphigenie.  Bdtail recu  a
'Lord. Le gouverneur visite les vctW*
sedux.   — La Eel ice se prdpare a re-
mettre en mer.  Elle perd un de ses
ancres, et part pour VA/ndrique. — Details sur Magindanao , son commerce ,
ses productions , ses habitans , et leur
religion. — Observations astronomiques ,
mouillage■-, etc. Village de Samboin-
£)
£?
qan. —Puissance et force des Espagnols.
—Richesses que s'est procurdes le gouverneur de Samboingan. Description
t>
d'un hal donne par. lui, et des mozurs
des habitans. Observations nautiqucs
sur le passage entre les mers de Chine
et la mer Pacifique du Nord. — Dangers de la navigation dans les mers de,
S3 I788.
Fevrier.
7 ' 1  0jfm      '
Chine. -—J)jitails sur plusieurs passages
entre les deux mers, avec leurs direc-
tions, etc. —Passage entre Vile Formose
et les Philippines. —— Isles Bashee. ——»
Description de ces iles.
Mardi
JLiE gouverneur de Samhoingan , qui etoit
capitaine d'un regiment d'infanterie a Ma*
nilla , nous accueillit avec la plus grande
Jt^nnetete | nous promit tous les secours
qu'il seroit en son pouyoir de nous, donner,
et nous approyisionna , a. Finstant, de tous
les rafraichissemens qu'on pouvoit se procurer dans. File. Trois preMres Faecompa-
gnoient 1 deux d'entr'eux paroissoient fort
jeunes. Le troisieme etoit beaucoup plus
avance en age, et avoit reside dans cette lie
pendant trente ans sans interruption.
On nous conduisit au fort, qui nous sem-
bla dans un etat de dekibrement facheux.
On nous y regala , a. Fespagnole, c'est a-
dire, avec des confitures et des cordiaux.
Jl y eut ensuive un repas magnifique auquel
furent invites le major de la milice du pays
e4 d'autres. pffipiers. Quelques - uxis d'eux^ etoient natifs de Manilla , et d'autres de 178&
Magindanao. Ils avoient le teint si noir Fevrier,
qu'on les auroit presque pris pour des Afri-
cains. Les pretres profiterent ce jour-la des
douceurs de Fhospitalite qu'on nous avoit
offerte ; ils animerent meme le repas , et
ne parurent pas du tout croire qu'ils eussent
ete jettes sur ce coin du globe pour passer
leur temps, dans la penitence et dans la
priere.
Apres avoir baigne les murs du fort, le
petit ruisseau qui couloit au travers du vil-*
lage, venoit se decharger dans la mer a une
petite distance de Fendroit ou nous avions
amarre, ce qui nous presentoit un moyen
bien precieux de faire de Feati. Nous sai-
simes done avec empressement une occasion si favorable de remplacer la consommation que nous avions faite d'un article
si important. |||
Le premier mat que les charpentiers
avoient ete couper dans les bois pour YIphigdnie , se trouva incapable de servir. Le 10, Mercredi
le gouverneur eut la bonte de perrnettre que
les deux galions , armes completement, ac-
compagnassent les chaloupes de nos deux
vaisseaux qui devoient porter les charpen-
"I     , 11     S-4
10. ■       C-aSoX 7  -.' '
1788. tiers a terre, environ a une lieue du forf ,
Fevrier. pour en aller couper un autre. Vers midi,
ils furent sous voiles, et commencerent a
nayiguer de conserve avec nos chaloupes,
qui etoient aussi bien armees et montees
formidablement. On nous avoit assure que
des bandes nombreuses de Malais se tenoient
sans cesse en embuscade , soit pour piller^
soit pour emmener quelques traineurs im-
prudens en esclavage , d'ou ii est rare qu'ils
se sauvent, si toutefois on les en voit jamais
rechapper. Nous etions done determines \\
nous tenir en etat de defense , de maniere
k pouvoir executer notre petite expedition
sans £tre essentiellement troubles par eux.
Sur les neuf heures, nos detachemens furent
de retour avec de tres-beau bois, et sans
avoir vu Foinbre d'un ennemi. Cependant,
les autres operations avan^oient, et Fon fai-
soit tous les preparatifs necessaires pour la
continuation dn voyage.
II fut resolu, au reste , que les deux vaisseaux se separeroient en cet endroit. Ulphi-
gdnie n'auroit pu ^tre prete de quelques
jours ; et cet espace de temps nous devenoit
precleux, attendu que Fannee etoit deja fort
avancee. La Felice fut approvisionnee de it (2Sl}     .-     1   -e-l
tons les articles dont elle pouvoit avoir he-    1788.
soin ,  et nous nous disposames  a   quitter Fevrier.
Samboingan , sans p'us long delai.
Tianna et Comekala (ainsi se nommoit
le naturel de Yentrde du Roi George)
etoient, depuis la mort de Winee, les seuls
naturels de leurs iles respectives que nous
eussions a bord de la Felice. On avoit em-,
barque les autres a bord de YIphigdnie. Nous
deposames alors sur ce vaisseau Faimable
chef d'Arooi, dont les iles se trouvoient sur
Sa route. Comekala resta avec nous , Fob jet
de noire vovage etant de nous rendre dans
son pays.
Tianna avoit ressenti une si profondeaf- ~
fliction de la mort de Winee , que sa sant£
en fut considerablement alteree. Sa fievre
continuoit, et sembloit.se jouer de tous les
soins que nous prenions pour lui procurer
du soultfgement. Par un effet de cette meme
destinee qui avoit separe pour jamais sa
compatriote infortunee des amis qu'elle che-
rissoit et de la terre qui Favoif vu naitre,
toutes ses reflexions se portoient vers son
pays. On peut croire qu'il craignit souvent
de ne plus entendre les doux noms de pere
et d'epoux ; que,peut-etre meme , il s'atten- 4
I
1788. ;
Fevrier.
. ( 282 ) -g
doit quelquefois a ce malheur, et se per-
suadoit que le sein de F Ocean seroit son
tombeau comme il avoit ete celui de Winee.
Je le confiai done aux soins du capitaine
Douglas. J'esperai que le sejour qu'il feroit
a terre jusqu'a son depart, et le spectacle
nouveau des scenes qui Fenvironnoient, cal-
meroient la violence de son mal, et ren-
droient a ses esprits le degre de vigueur ne-
cessaire pour soutenir le reste du voyage.
Le soir de ce jour, nous recumes a bord
quatre beaux buff les avec de Pherbe et du
plantin pour leur nourriture et celle de nos
autres bestiaux. On ajouta a. ces provisions
une grande quantite de riz, de vegetaux et
de fruits , ainsi que plusieurs cochons tres-
gras. Notre intention etoit de mettre sur le
champ a la voile; mais comme le vent souf-
floit du siid - est avec violence , et que les
nuages qui obscurcissoient le temps ne per-
mettoient pas de s'y confier, nous diffent-
mes notre depart jusqu'au jour suivant.
Nous avions alors les moyens de temoi-
gner au gouverneur quelque reconnoissance
de ses attentions bienveillantes. Je lui en-
voyai un officier avec mission de le remer-
cier de ses procedes, et de Finviter a yenit i c a83 )
le jour suivant prendre sa part d'un repas 1788.
k bord des vaisseaux. II accepta avec em- Fevrier.
pressemeht. En retour de ceite politesse de
notre part, il nous pria d'un bai pour le
soir meme. J'en donnerai quelques details
lorsque je viendrai a parler de File et de
ses habitans.
A Fheure indiquee, le gouverneur vint
nous trouver comme ii Payoit promis. II
etoit accorapagne des trois religieux, et
du major de milice. Nous le traitames le
mieux qu'il nous fut possible , pour lui
prouver notre sensibilite aux marques d'a-
mitie que nous avions regues de lui. L£s
pr&tres se divertirent sur le vaisseau comme
lis avoient fait a terre, et demeureren t d'ac-
eord de cette verite, que rien ne contribue
autarit que le vin et la bonne chere a anean-
tir Fempire des distinctions religieuses. Le
gouverneur et sa suite nous quitterent en
nous exprimant, dans les termes les plus
affectueux, combien its etoient satisfaits de
notre accueil. ^
A quatre heures d'apres-midi , nous pro-
fitames d'une yolie brise de nord , et de ce
que la maree nous favorisoit, pour virer a
pic. Mais nous eximes le malheur, de recou,^
nnMBWfflfinra 1788.
Fevrier.
-   .Jf:. (28^),|
noltre que nctre ancre avoit accroche un
rocher. Tous nos efforts pour Yen detacher
furent inutiles. Nous donnames avec vigueur
un dernier coup de main, mais le cable
echappa, et nous le perdimes sans retour.
Le vaisseau fut a Finstant sous voiles. Nous
passames pres de YIphigdnie. Les gens de
l'equipage jetterent trois cris vers nous :
nous les leur renvoyames a Finstant. Ce
vaisseau ne pouvoit plus se servir de son
vieux mat dp misaine, et les charpentiers
etoient occupes a terre a mettre le nouveau
en etat de le rcmplacer.
Le tres - court sejour que nous fimes a
Samboingan ne nous laissa pas le temps
d'acquerir, sur cet etablissement, de plus
grandes connoissances que celles que nous
avoient donnees les recits d'autres yoya-
geurs. Mais, comme cette place se trouve
tout-a-fait etrangere a notre marine et a
notre commerce, je n'he'site point a com-
muniquer au public ce que rn'en a dit le
plus vieux des trois religieux. On pensera,
sans doute, que lajLpngue residence qu'il a
faite dans cette ile rend son temoignage
digne de quelque confiance.
Magindanao est une ile d'une Etendue \ - . 7    ( 285 )     7§   : ..'      ■■ 7
considerable. Elle a environ 120 milles de 178?,
largeur, et 160 de longueur.: La nature lui Fevrier.
a donne un sol fertile et tres-productif. Les
parties inte'rieures renferment plusieurs chai-
nes de hautes montagnes, entre lesquelles
sont situees des plaines immenses ou de
nombreux troupeaux errent a Faventure
dans les plus delicieux paturages. Quelques
parties du pays sont coupees, pour ainsi
dire, par plusieurs vallees profondes. De
vastes torrens descendus des montagnes les
traversent pendant les saisons pluvieuses ,
et s'echappent impetueusement vers lamer.
Les pluies et les vapeurs humides repandues
dans les plaines, se resolvent en petits ruis- m
seaux qui forment, en s'ecoulant, mille et
mille detours. Elles rassemblent, dans leur
[ cours, une quantite de petits courans divers, de sorte qu'elles sont deja des rivieres
considerables lorsqu'elles arrivent a la mer.
JJf A peu pres au milieu de File , on voit plusieurs lacs d'une assez grande etendue. Tout
ce que nous en avons pu savoir, c'est que
leurs bords sont habites par des tribus de
naturels tres - sauyages, dont le principal
moyen d'existence consiste a piller ceux qui
resident plus pres do la mer. Ces peuples
I
i
I • ; .j|      (.286} .
1788. se regardent comme libres, et absolument
Fevrier. independans ,du souverain de Magindanao.
Leur caractere est fier, implacable, lis sont
continuellement en guerre avec les Mahometans qui composent la principale partie
des habitans de File. On les nomme Hittoo-
nas. Ils ne professent aucune espece de religion, et vivent dans Fetat d'ignorance et
de barbarie le plus complet.
Le souverain de Magindanao est un prince
puissant. II compte au dessous de lui plusieurs princes subalternes qui le reconnois-
sent pour leur chef. 11 y en a, cependant,
parmi eux , qui refusent de lui rendre cet
hommage , et qui , par consequent, sont
toujours en guerre avec lui; d'oii Fon peut
conclure que la paix n'est pas un des biens
dont le ciel a favorise cette ile. Les Espa-
gnols, il est vrai, pretendent avoir des droits
sur Magindanao, et la regardent comme
entierement soumise a leur domination.
Mais c'est une pretention illusoire : car,
malgre qu'ils soient en possession de ces
forts dans File, elle n'est rangee, en aucune maniere, sous les loix de leur nation.
La viile de Magindanao est situee sur la
cote sud-est de File. Elle est trayersee par I ( a87 ) : W
une riviere capable de recevoir de petits 1788.
vaisseaux, et fait un commerce considerable Fevrier.
avec Manilla , Sooloo , Borndo et les Molu-
ques. Ses articles d'exportation sont du riz ,
du tabac, de la cire jaune et des p'piGeries;
elle regoit, en echange , de gros^draps de
Coromandel, de la porcelaine et de Fopiuni.
Cette ville etoit jadi3 accoutumee a etre
yisitee par des yaisseaux europeens d'un
port peu considerable. Mais il y a tres-
long-temps qu'elle n'en a vu aucun. Le gouverneur nous informa que YIphigdnie et la B
Felice etoient les seuls yaisseaux europeens
qui eussent fait voiles dans ces mers dans
le cours de plusieurs aiinees. |j|
Les habitans de cette ile professent tous
la religion de Mahomet,,a. l'exception des
Hilloonas. Ceux - ci , comme n©us Favons
deja observe , ne sont gouvernes par au-
cuns principes religieux, n'ont aucune espece de culte, et vivent absolument dans
Fetat de nature.
Ces peuples sont appelles par les Espa- ....
gnols , Negros del Monte , ou Negres de la
Montague , a cause de  leur ressemblance
avec lesNoirs d'Afrique, tant au physique
qu'au moral. On pretend qu'ils etoient, dans
fa'1 Jt -. "■-     (*88) -
tySB. l*origine , seigneurs de Magindanao , et
Fevrier. m^me de toutes les Philippines. Is la de Ne±
gros, ou File des Negres , en est entiere-
liient peuplee, et ils y sont en etat d'hosti-
lites continuelles avec les Espagnols. Les
3H« naturels de File qui suivent la loi de Maho-
met sont des hommes robustes ; leur teint
est d'un cuivre fonce , et ils passent pour
des marchands tres-intelligens.
Si les Hilloonas, ainsi qu'on lecroit, ont
ete, dans Forigine , habitans de Magindanao , il y a tout lieu de presumer quils se
sauverent jusques dans leurs montagnes pour
conserver leur iiberte, lors de Finvasion des
Mahometans qui, pendant les treizieme et
quatorzieme siecles, se repandirent, comme
des nuees de sauterelles, sur P Archipel
oriental. La plus grossiere ignorance, les
dispositions les plus barbares, sein blent etre
devenues si naturelles chez eux qu'elies les
laissent sans le moindre desir , et peut-etre
meme, sans la moindre idee d'une intelligence superieure a la leur. Les missionnaires
catholiques-romains , que leur zele si connu
pour la conversion des Infideies a portes a
aller precher le cliristlanisme a ces peuples
barbares , (  2&9
barbares, ont ete bient6t pris et massacres
par eux.
Llie est bien boise'e : des Forets impene-
trables en couvrent plusieurs parties vers les
cotes de la mer. Sur d'autres, les bois sont
jcttes || et la avec une irreguiarite qui plait
a Fceil. Ils coiltribuent ainsi, non-seulernent
k Ferabellisspment du pays, mais encore a.
"la saiubrit$, a. la commodite des lieux  ejn
abritant les collines et les valiees contre la
chaleur d^vorante des rayons du soleil. Les
especes d'arbres qui y abondent le plus sont
le teake, le proofie et le larix. Mais la plus
utile et la plus precieuse des productions de
File , c'est le cannellier. Ii s'y trouve par-
tout, et ne le cede en rien pour la qualite
a celui de File de Ceylan. On nous donna,
pour echantillon , de Fecorce fraichement
otee de cet arbre. Nous lui trouv&mes une
delicatesse de gout et de parfum comparable a celle de la cannelle de cette derniere
]ff'e. Notre ben ami le religieux eut la bonte
de nous procurer quarante jeunes plants du
veritable cannellier  que  nous reseryames
/pour les lies Sandwich.
L'air passe pour tres salubre a Magindanao, sur-tout dans le voisinage de la mer.
Tome I. T
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1788. La chaleur n'y est pas> a beaucoup pres£
fevrier. aussi brulante qu'on s'attendroit natureile-
ment a la trouver dans un pays situe au
milieu meme de la zone torride. Je ne me
souviens pas d'avoir Vu le thermometre a
plus de 88 degres ; et tres^souvent il descen-
doit jusqu'a 62. Les vents d'estqui regnent
sur cette partie de la cote haignee par la
mer Pacifique rendent Fair frais et agreable*
Le vent alize souffle continuellement sur ses
bords, et avec tant de violence qu'il balaie ,
en quelque sorte, File dans toute sa largeur :
et quoique, dans son passage, il perde beaucoup de sa force, il en conserve cependant
assez pour apporter quelques brises rafrai-
chissantes aux habitans de la rive occidentale. Les parties interieures sont beaucoup
plus froicles, parce qu'un athmosphere tres-
nebuleux, suspendu, pour ainsi dire , sur
le sommet des montagnes , s'y resout en
epaisses et humides vapeurs.
Le sol est ties-fertile, et propre a la culture de toutes les families de vegetaux. II
produit du riz en abondance. On peut s'en
procurer un pdcul ou i33 liyres pour un
dollar d'Espagne. I
On y cultiye dans la plus grande perfec- ( 2X)l   )
Mori Pigname (1) et la patate doiice. Oh y    1788;
trouve aussi le cocotier, & pumblenose, le Fevrier^
mangoustier, lejack, le plane, Foranger^
(1) Cette plante est la meme dont il a d^ja et^ parl$
sous le nom o^yams au commencement du voyage qui
sert d'introduction a celui-ci. J'avoue de bonne foi que
j'ignorois alors quel nom elle avoit en francois.
Juigname est une plante cjui Croit en plusieurs endrdits
de l'Amerique j en Afriqtie , eh Gtiinee , sur la C6te-
d'Or , etc. C'esfc une espece de patate. On ne-^eme
point Vigname , mais oh plante seulement un morceau
de la racine , et pourvu qu'il y ait une petite fibre ,
elle pousse immanquablement et grossit. Ses tiges sont
carrees , et rampent, non - seulement sur la terre ou
elles produisent des racines , mais aussi sur les haies.
Ses feuilles sont plus grandees et plus fortes que celles
de la patate , d'un verd plus brun et plus luisant , eh
forme de cneur; Ses fleurs sont jaunatres j ramassees en
maniere d'epi. Ses racines sont grosses, longues , cou-
vertes d'une petite eau de couleur ceridree , obscure ,
garnies de beaucoup de petites fibres. Elles ont une
chair blanche , succulente et farineuse , quelquefois
vineuse. On les mange au lieu de pain quand elles sont
cuites. Elles servent de nourriture aux insiilaires de la
mer du Sud. Voyez sur cette plante, les Lettres cu-
fieuses et e'di/zantes, tome X , page 68 ; le Diction-
ftaire des Jardiniers de Philippe Miller . etc.
Note du Traducteun
W Ta ( ^9* )
1788. ^ limcornier, en un mot, torn les arbrefc
Fevrier. firui tiers? que produisent les clihrats de la
meme temperature. La nature a ete tres-<
liberate envers les habitans,en faisant naitre
pour eux, sans le secours de leur travail et
de leurs efforts , toutes Jes productions di-
Verses qui croissent en si grande quantite
sous le tropique.
II y a aussi dans ce pays des mines d'or
que Fon presume e*tre d'une grande valeur.
On peut croire que les Espagnois les con-
noissoient^ ou soupeorinoient leur existence,
et que c'est ce motif qui les defcermina k
s'etablir sur File. Mais comme les naturels
ignorent entierement Fart d'exploiter le&
mines , ils n'ont pas pris la peine de les reconnoitre. On nous a assure que le peu
d'or qu'ils out, si toutefois ils sont parvenuSi
a s'en procurer , est celui que les torrens
detachent, pendant Fautomne , des montagnes habitees par les Hilloonas, et oh se
trouvent les parties qui recelent, a ce qu'on
croit, ce precieux metal. Mais, d'un cote,
ces montagnards sont en tro© grand nom^
bre et trop determines a ne ceder, qu'apre'a
une lutte vigoureuseet m&me sanglante, un
poste qu'ils occupent depuis si long-temps ; cl de Fdutre, la puissance des Espagnols est 1788."
aujourd'hui beaucoup trop affoiblie pour Fevrier.
qu'ils osent entreprendre de les en deioger.
Toutes les parties de File abonde&t en
buffles , vaches , cochons , boucs, etc. On
y trouve aussi une quantite d'oiseaux divers,
et une espece de canards dont la tete est
de couleur d'une tres-belle ecarlate. On y
voit encore une petite race de clievaux re-
marquables pour leur intelligence. Cepen-
dant les naturels se servent principalement
des bufnes pour les difierens travaux du
labourage et de Fagriculture.
Les habitans de Magindanao macherft
presque tous du b^tel et de 1'arek; mais ils
font un usage plus moder^de l'opium qua^ef-
cuns des insulaires des mers de FOrient.
Les Pros des Malais sont en, grand nombre et d'unp force reaoutable. lis jieuvent
acontenir de cinquante a deux cents hommes. Les resultats ordinaires de leurs expeditions vagabonded sont l'eiFusion du sang,
le carnage et la captivite des habitans des
villes et des villages qu'ils surprennent sans
defense, ou des personnes qui composent
l'equipage des vaisseaux qu'il leur arrive de
prendre^!
\ '' T3 ■" "  "     '    . r ft
( ^4 )
%y%$* Le village , ou, si Fon veut, la viile de
fevrier. Sambvingan , est situee sur les bords d'un
petit ruisseau qui se decharge immediate-
ment dans la mer, et que des bosquets de
cocotiers couvrent de leur agreabie omr
brage. On y compte environ mille habitans,
y compris les officiers, soldats, et leurs families respectives. II y a dans les environs
plusieurs petits observatoires construits sur
des postes de douze pieds de haut, et dans
lesquels on tient constamment une garde.
Ce qui donne a. croire que les Espagnols
sont sans cesse en etat de guerre avec les
naturels du pays.
Les habitans se servent, pour batir leurs
aiaisons, de ces simples materiaux qui sont
d'un usage general parmi les insulaires des
niers de FOrient. Ils les eleyent sur des
postes. lis. emploient le bois de bambou pour
leur construction , et les couvrent avec_des
nattes. Les pieces d'en bas sont destinees a
loger les cochons , le betaii et la volaille :
la famille ocoupe celles d'en haut. Nous ne
fumes pas peu surpris de voir que les Espagnols , au lieu de faire naitre Femulation
parmi les naturels, et de contribuer a. leurs
progres par la superiorite qu'ils ont sur eux dans la connpissance des arts et des agre^    1788.
mens de la vie , degen&reiit insensiblement Fevrier;
eux-m&mes, et adoptent les  meeurs  et les
coutumes de ce peuple dont ils affectent de
mepriser  Fignorance.    Quoiqu'ils   n'aient
guere sujet de vanter la magnificence de
leurs maisons, ils ont pourtant une eglise
batie convenablement.   C'est Fouvrage  de
leur devotion : elle est construite en pierres.
On nepeut pas regarder le fort comme une
place d'une   grande   defense.  Autant  que
nous en pumes juger, il est dans un etat de
delabrement qui augmente tous les jours:
car le gouverneur eut la precaution d'em-
pecher que nous en fissions un examen par-
ticulier. Du cote de la terre, toute la defense
consiste en une simple barriere avec deux
ou trois pieces de canon. II ne faudroit pas
une attaque bien yigoureuse pour parvenir
a s'emparer de la place. La Felice et YIphigdnie- auroient   pu. certainernent , a  elles
seules, faire eprouver un terrible echee a
la puissance des Espagnols dans cet etablis-
sement. Toute leur force militaire consiste
en cent cinquante ou deux cents soldats ,
nauls de Manilla, place ou le gouverneur
a aussi pris naissance. Leur discipline nous
#'       ' T 4 I
K
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•        _ ■   7# ( 296  )
1788.    parut repondre parfahement a Fetat de la
Fevrier. forteresse dont ils forinoient la garnison.
Sainboingan est la BQtany-Bay x) dps
Philippines. Le bannissement en cette place
est la peine de certains crimes. Nous ne
vimes aucuns criminels ; inais nous avons
tout lieu de soupconner qu'on tient la plu-
part d'entr'eux renfermes dans une espece
de prison ti es etroite.
Quelque peu considerable, au reste, que
paroisse cet etablissement, on assure que
Fein pi oi du gouverneur lui rapporte trente
mille dollars pendant les trois annees de sa
residence en cette place. II retire ce profit
des fournitures d'habiilemens et de provi-?
* sions diverses qu'il fait aux soldats ; et au^si
de la poudre d'or, de la capnelle, des epice-
ries , et d'autres marchandises de contre-
bande.
Les habitans observoient dans leur conduite avec nous les regies de la plus aima-
ble bipnseance. Ils sont uniquement rede-
vables de ces heureuses manures a Fesprit
■ ■'ii'        ...!■-1     ■ 11 1 11 1 1     , 1 , m*
(i) Tout le monde sait que Botany-Bay est File oil
les criminels sont deportes d'Angleterre.
Note dudifraducteur.     -i ( 297 ) '       ■        M./
de civilisation introduit chez eux par le 1788.
vieux reiigieux. Ses deux cooperateurs dans Feyriey*
IPs travaux de la vigrie spirituelle etoient
pltis propres a corrompre qu'a rendre meil-
leur le pauvre peuple confie a leurs soins.
Quant a lui , il avoit ce caractere doux et
con.ciliant, si neeessaire dans ceux qui en-
treprennent de cultiver Fesprit des Sau-
vages.
Ce ne fut pas sans beaucoup de surprise
que nous enlendiuies un concert execute
par une troupe dasse& bans musiciens, tous
naturels du pays. Elle consistoit en quatre
yiolons, deux, bassons, et pjusi&firs flutes et
mandolines. Ces musiciens, (pie nous etions
loin d'attendre, se tiroient assez bien de
quelques unes des pieces cJtoisies de Handel. Ils connoissoient aussi plusieurs de nos'
contredanses angloises, de nos airs favoris ,
pt dp nos chansons des rues. Mais ils exe-
cutoient le Fandango avec une perfection
Capable de charmer ies oreiiles les plus de-
licates en Espagne. Les Malais , comme
beaucoup d'autres nations sauvages , sons
extremement sensibles aux douceurs de la
musique ; ils peuvent meme , avec du tra«?
yaii y excelier d$ns cet art enjciiaiiteur. ( 298 ) I
%ySB. Le bon vieux religieux avoit aussi appris
Fevrier, a danser a la plus grande partie de la ville j
de sorte que les habitans de ce lieu infre-
quente, de ce pays situe a l'extremite du
globe, connoissoient les deux genres d'a-
musement les plus propres a reveiller la Ian*
gueur, ou a adoucirlesamertumes de la vie.
La veiile de notre depart, au soir, le gouverneur , ainsi que je Fai deja. dit, nous
donna une autre preuve de sa politesse et
de son caractere hospitalier, en preparant
un bal expres pour nous procurer quelque
plaisir.
Sur les huit heures du soir, la compagnie
se rassembla a la maison du gouverneur.
Les dames, escortees par un certain nombre
de jeunes gens de Samboingan, etoient ve-
tues a la mode de File qui approche beaucoup de celle de Manilla, d'ou nous pou-
vons croire qu'elles ont emprunte leur habillement. II consistoit en un voile qui leur
tomboit avec grace pisqu'au bas des jambes.
Par Fart avec lequel elles Farrangeoient, elles
augmentoient leurs charmes , ou savoient
se rendre belles, quand la nature leur avoit
refuse la beaute. Leurs bras seuls restoient
HUS : mais les plis du voile etoient menages?
/ \ i*r ( 299 |;       ■    f       *
de maniere a laisser appercevoir le sein , iv88#
tandis que l'ceil avide et curieux chercliQ.it Fevrier,
en vain a saisir les traits du visage au tra-
Vers de ce mkie voile qui lui en deroboit;
pntierement la beaute* simple et naturelle.
Elles avoient les chevilles pt les poignets
ornes de bracelets d'or, qui donnoient ,
tomme on le croira sans peine, quelque
phose de riche a leur tournure, deja remplie
de noblesse et d'elegance. Plusieurs de ces
femmes etoient tres-belles : certains regards
voluptueux qui paroisspient leur etre habi?
tnels, le devenoient davantage encore dans
les mouvemens de la danse, et ne les ren-
doient pas moins agreables. Le Fandango^
fut execute dans la plus grande perfection*
Leurs pas ne faisoient rien perdre au me-
nuet.de sa noblesse ; et les contredanses an-
gloises dont ils danserent quelques - unes
pour nous plaire , ont ete souvent executees
avec moins de grace et de legerete dans plu^
sieurs de nos assemblies les mieux choisies ,
qu'elles ne le furent alors dans un coin des
ties Philippines. Ce divertissement dura jus*
qu'a minuitf heure a laquelle la compagnie
<§e separa avec toutes les marques dp la^ satisfaction la* plus complete. -.     • ..'      ' "-; |"     ( 3oo I : (   .-   :•   M -^ ^
1788. C'est au venerable religieux que le peuple
fevrier. de Samboingan a Fobligation de ces inno-
cens plaisirs. Lui - m£nie il se m&loit a la
danse. II seroit honorable, je ne dis pas seulement pour FEspagne , mais encore pour
la religion qu'elle professe , d'employer des
hommes qui , a l'exemple de ce pretre ai-
mable, feroient de leurs missions un moyen
de consolation et une source de bonheur
pour leurs semblables. Certes , ils reussi-
roient mieux ainsi, qu'en y portant cette
discipline austere , cette eruelle intolerance
dont Feffet est toujours de produire des
conversions peu sinceres, des devotions mal
entendues, et qui est si oppose a Fesprit de
douceur et de bonte du christianisme.
Au reste , malgre toutes ses honnetetes,
le gouverneur ne nous permit pas de porter
a terre un seul des instrumens qui pouvoient
seryir a des observations astronomiques ;
nous fumes done obliges de les faire des
yaisseaux , non sans un grand desavantage.
ipf Suivant plusieurs bonnes observations
faites a midi, la latitude nord du mouillage
etoit de 6 degres 58 minutes, et sa longitude, d'apres vingt autres observations que
nous fimes successivement sur les distances
i ( 301 }
du soleil et de la lune avec de bons sex*    1788.
tans, de 122 degres. 28 minutes Est de Green- FevrJ§t|:
yv,ich. Le pavilion qui fiottoit sur le fort,
nous restoit alors au nord-mi-est, a un demi
mille de distance.
Le mouillage devant le fort est mauvais
et d'un fond de roche : vis-a-vis de la ville ,
il est beaucoup nieilleur ; les Vaisseaux y
mettent a 1'ancre sur un fond de sable , et
sont bien ataites , excepte de la partie sud-
ouest; et meme de ce cote , le vent ne souffle pas avec fcssez de violence pour produire
une grosse nur, ou pour faire craindre quelques dangers.
Je vais interompre un moment le cours
de mon voyage pour offrir au lecteur les
observations et les remarques que j'ai eu
occasion de fain sur le passage entre la mer
Pacifique du Ntrd et les mers de Chine.
J'espere qu'eiles le lui paroitront pas etran-
geres a Fobjet de cet ouvrage. II est d'une
importance majeure pour ceux qui entre-
prennent le commerce de FOrient, soit au
nord , soit au mid.des Philippines, d'avQir V
une connoissance fe cette route. Elle est,
sur-tout, pssentielleiux yaisseaux qui pren-
nent le passage oriental a la Chine, passage
# ( 3oi )
1788.    qu'ils preferent souvent a toiit autre, far^
Fevrier. ticulierement en temps de guerre, lorsqu'ils
$ont charges pour le port de Canton, dans
la mousson de nord-est.
Des observations nautiques sont toujours
de la plus grande utilite. Je liyre les rriiennes
aux reflexions eta la sagacite des personnes
qu'elles peuvent interesser davantage. II y a
cependant ici une reflexion a faire. Quoique
dans leur route atraversles rhersde Chine, et
le long des iles Philippines dans la mer Pacifique, la Felice et YIphigdnie n'aimt essuy e au-
Cuns dangers, d'autres vaisseaux pourroient
n'etre pas aussi heureux en subant la mseme"8
attendu qli'elle est regardee generalement
comme tres-perilleuse. Nous i'eprouvames>
Pn effet, aucuns obstacles ; et je ne doute
pas qu'en  prenant toutes &s precautions
convenables , des vaisseaux ne parvinssent
a se procurer une entree ficile et sure dans
les mers de Chine par JSiagihdanao et le
canal de Basilan.
Les mers de FOrientsont, on ne peut
en douter, remplies d'ecueils qui rendent
necessairerrient la navigation tres-redouta-
b!e. Ces ecueils sont pmr laplupart incon-'
Uuf; ce qui ne contrilue pas peu a en aug*
jt ( 3o3 )
menter les dangers. II est vrai que des vais* 1788.
seaux qui suivent la route ordinaire a. tra- Fevrier.
vers les mers de Chine par la mousson de
sud - ouest, n'ont pas beaucoup a craindre
s'ils ne font que reconnoitre les differentes
iles pounce procurer de nouveaux points
de depart. Tous les temps ne sont pas pro-
pres a faire des observations lunaires , et
c'est ce qui devroit eveiller la vigilance et
rendre plus sensible la necessite de prendre
les precautions qu'il importe tant de ne pas
negliger dans cette difficile navigation.
II ne seroit pas du tout prudent de faire
monter des vaisseaux dans les mers de Chine
contre la mousson de nord-est ; de meme
qu'on courroit beaucoup de risque a les faire
descendrepar le vent de sud-ouest. II y a
dans ces mers un si grand nombre de courans divers, qu'un vaisseau se trouve expose,
sans s'en &tre appergu, dans le milieu du
danger, et qu'on ne peut reussir a le sauver,
avec toute l^activite et toute l'habiiete ima-
ginables , meme quand il est double de
cuivre. ii^
Je sais qu'il y a des exemples de vaisseaux
qui sont venus a bout de faire le voyage
malgre les vents qui regnoient  dans   ces '(.3°4) .;    I
1788. mers. Ceux-la, on devroit pltitot les citer
Fevrier. comme des preuves extraordinaires de bon-
heur jTcour avoir echappe a un nombre in-
fini de perils divers dont un seul pouvoit
feur &tre fatal, que les offiir pour exemple,
et encourager ainsi d'autres vaisseaux a en*
treprendre la meme navigation. Car, outre
les risques du voyage , en supposant meme
qu'on put s'y exposer avec ces inconveniens,
toutes les chances sont contre le succes ,
lc*igsque les moussons soufHent avec violence , soit dans une route , soit dans une
fiutre.
Comme des vaisseaux ont toujours beaucoup a craindre, meme par les vents perio-
diques,il est essentiellemcnt necessaire de
les pourvoir d'un couple de chronometres.
A Faide de ces instrumens, on peut determiner d une maniere sure les positions dit
vaisseau. Car , comme ils sont sujets a s'ar-
r&ter, si un accident semblable arrive a Fun
des deux , on peut connoitre par Fautre Fin-
tervalle de temps qui s'est ecoule, sur-tout
si on prend soin de les consulter de quatre
heures en quatre heures; et c'est une attention qu'il est tres - important d'avoir. II
HI conyient JeJ    ( 3o5 )
cbnvient aussi de s'assurer de leur exacti-    178&
tiide dans tous les lieux ou le vaisseau s'ar- Fevrier;
r'ete assez de temps pour qu'on puisse en
faire Fexamen hecessaire.
II y a plusieurs exemples recens d'acci2-
dens funestes arrives a. des vaisseaux pendant les moussons ordinaires, ooiir avoir
'    X   .
manque de ces instriimens si utiles.
JJHornby, vaisseau de Canton , charge
pour Bombay, dans le mois de decembre
1788 , fut pousse par une brise de vent
crjiitre File Pula Sapata dans les mers de
Chine, et se vit au moment d'etre mis eii
pieces. II etoit si pres de la terre que rien
lie parbissoit plus pouvoir le sauver. Tout-
a-coup, la vagiie rebokdit avec violence du
cote d'un rbcher : le vaisseau saisit alors
avec line1 extreme promptitude le moment
de faire de la voile , et eut ainsi lp bonheur
de s'en tirer.
Dans la meme annee , uri vaisseau hol-
landois perit sur le bas-fond de Prata; les
gens de l'equipage se sauverent dans la
ciialotipe , et arriverent heureusement k
Canton.
En 1789, et a peu pres dans le nidis de
juin , le Lizard, vaisseau charge de Boin-
Tome I. Y •
i-83. t>4y pofar Canton, echoua sur le bas^fond eta
Fevrier. Lincoln. Le capitaine et sept hommes avec
lui furent les seules personnes de l'equipage
qui rechapperent* Apre*s avoir essuye les plus
cruelles fatigues et souffert des niaux inpx-
primabies dans une petite chaloupe, ils de*
barquerent a Canton.
On presume que YArgyllshire , fort vais*
seau de guerre, charge du Bengale pour la
Chine, a peri dans quelqu'endroit des mers
de Chine.
Le nornbrp des yaisseaux espagnols et portugais qui ont peri dans ces mers est considerable : ce qui prouve qu'on ne sauroit
apporter trop de vigilance et de precaution
dans une navigation si perilleuse.
Le Comwallis , du port de 800 tonneaux ,
commande par le capitaine William Coun*
sill, descendit les mers de Chine dans sort
voyage au Bengale en mai 1789, epoque que
Fon supposoit etre celle dp la mousson de
sud-ouest. II rencontra tant de bas-fond^
divers, tant d'iles et de rockers qu'on re-
garda comme un veritable miracle qu'il eut
echappe. S'il n'eut pas ete equipe d'une
maniere su.perieure, et gouverne avec une
sages^e et une habilete peu communes, il y ■   ] . ( S§§ ') I 1
a toute apparenee qu'il h'eut jamais gagne    17$$.
le Bengale. FeVrieiC
Comme Fextrait suivant d'une lettre ecrite
a bord de ce vaisseau peut ckre d'une grande
utilite aux navigateurs qui, par la suite ,
feront voiles dans Pes parages ± je n'ai pas
cru avoir besoin de justification pour Fin-
serer ici.
Malacca, 4 juillet 1789.
« Nous afrivames de la Chine ici, le 27
& juiii, apr£s une traversee de quarante-cinq
>> jours que noiis avons regardee comme ex-
» tremement longiie et ennuyeuse pour un
io vaisseau aussi bon voilier quP le Corn-
» wallis. Noiis eumes dans hotre trajet une
» singuliere position a Fest; nous ne pumeS
&■ decouvrir rii le Macclesfield ni Pula Sato paid. Ce fut le 28 mai que nous vime£
io pour la premiere fois la terre. Elle nous
*> restoit au sud - ouest - mi - sud, a quatre
» lieues de distance > ainsi qu'un rescif et
» des brisans tres - dangereux, que nous
» conjecturames &tre les Andrades, se trou-
y> vant a peu pres au m£me degre de lati-
& tucle; A deux heures et demie passees ^
111 1788.   *> P* M* C1)* on appergut du pont un bas*
Fevrier.  p fond gisant au sud-ouest-mi-ouest, a deuX
» milles  de  distance ; et vers   les   quatre
*> heures, comme nous gouvernions au sud-
» est, nous fumes obliges de virer vent de-
?3 vant, a cause d'un autre bas - fond qui
» nous restoit au sud - est - quart - est, a la
» distance de deux milles.   A l'extremite
r> sud-est de ce bas-fond est une ile basse
*> et sablonneuse  sur laquelle nous yimes
» quelque chose qui ressembloit a un bati-
» ment naufrage. Le temps etoit tres-raffa-N
:» leux. Pendant la nuit, nous crumes prills dent de gouverner  au nord  en faisant
>j moderement de la voile ; car nous  crai-
7> gnions que cette chaine de bas-fonds ne
» s'etendit davantage au sud. Le lendemain,
w a la pointe du jour, nous virames vent
» arriere , et couriimes sur les bas-fonds ,
» et a 10 heiires , A. M. (2), nous les de-
» couvrimes. Nous fumes alors obliges de
*> serrer le vent a Fest et a Fest-nord-est,
» jusqu'a trois heures P. M. (3), et de nous
(1) Post Meridiem , apres midi.
(2) Ante Meridiem, avant midi.
(3) Post Meridiem, apres midi. ( 3o9 )    |     I        Jf   -|
as tirer ainsi  successivement  des differens     1788.
» bas-fonds que nous appercumes. Onze   Fevrier.
» d'entr'eux decrivent une courbe ou cer-
» cle profond , et se prolongent considera-
*> blement a Fouest-Ils paroissent embrasser
» dans leur etendue, qui est d'environ vingt-
33 cinq milles, chacune des deux extre'mites
» est-nord-est, et ouest-sud-ouest. Ce qui
93 rend plus dangereux encore de les recon-
» noitre, c'est qu'il y en a, meme dans les
a> endroits ou la surface de Feau est calme
:» et unie , et qu'il est impossible de les ap-
» percevoir , en ce qu'on ne remarqne au-
»-|pur d'eux d'autre rocher que le premier.
33 Quand nous fumes sortis de ce rescif,
» nous gouvernames au sud; et le jour sui-
» vant, nous nous trouvames dans une mer
» debarrassee d'obstacles.
33 Le 3o;||a midi , nous appercumes des
>? biisans rqui>gisoient au nord-est-quart-
» nord, a huit ou neuf milles de distance.
33 Ce rescif nous parut avoir le meme gise-
33 ment que le dernier. Des rochers dange-
33 reux regnent le long de ses bords. Son
.» etendue est d'environ trois lieues. Lors-
33 qu'on aoperr^ut ce jescif, notre latitude
» n.oxd etoit, suivant une bonne observa-
V  a I
M
19
I
I
jfeyder.
( 3%i §
» tion ^ de a degres 47 minutes. Plusienrs.
» autres observations du soleil et de la lune
33 nous donnerent une longitude est de 114
33 degres 14 minutes 45 secondes, a 62 milles
33 a Fest de notre estime. Quand nous fumes
>> sortis de ces bas-fonds, nous gouvernames
33 aii sud - ouest. Le 4 }xxhx, a cinq heures
33 du matin , on decouvrit une ile basse et
>? sabionneuse ayec un rocher dessus. Elle
33 nous parut toute unie quand nous Pob-
33 servames du* gaillard d'arrierp ; et avant
33 que nous pussions changer la direction
33 du vaisseau, nous nous trouvames a trois,
33 quarts de mille d'une dangereuse chainP
35 de rochers qui se presenta a nous preci-
3? sement a fleur d'eau. Pendant la nuit,
33 nous eumes une forte brise qui ne nous,
a? permit pas de filer moins de %inq a si%
>3 noeuds par heure; mais elle se calma lieu-:
3? reusement dans la matinee. Une demfc
33 heure de plus d'obscurite ou de ce vent
3? violent, et notre perte etoit  inevitable.
*
>3 Ce rescif court nord nord-ouest et sudsy sud-est; il a cinq milles de longueur. Sa
33 latitude nord est de 7 degres 52. minutes ;
» sa longitude Est, a peu pres d e 112 degres.
sa 32 minutes. Pour eterniser notre recon- .,-■':   (3")       ;.   k'.
33 noissance envers la Providence qui nous     1788.
33 .avoit si heureusement delivres , nous ap-   *evrlci
33 peMrries File, ile de la Providence :*quan t
33 au rescif, nous iui dohnames le nom de
33 rescif de Sdbastieh.
33 Les dangers saris nombre atixquelsnous
» nous Etions vus exposes , nous avoient
» rendu la route extremement fatigante.
73 'Enh'n nous decouvrimes les Natumas et
33 Anambas, sur le compte desquelles on est
33 bien dans Ferreur, tant pour la latitude
33 que pour la longitude 33.
II paroit, d'apres ces details , que des
vaisseaux d'Europe charges pour la Chine ,
et qui n'auront point gagne le detroit de la
Sonde au mois de septembre , n'ont rien de
pltSs prudent a faire que de prendre le passage a Fest pour eyiter les dangers dont noiis
venoris de parler. Quoique les vaisseaux de
la compagnie des Indes orientales, le Wal-
pole , le Belvedere et le Walsingham soient
arrives en Chine dans le mois de novembre
1787, c'etoit de leur part une temerite qu'une
necessite imperieuse pouvoit seule justifier.
Le Walsingham mon ta le long de la cote
die Borneo, et fi*t meme favorise d'un bonV
vr1
♦ (  3l2   )
1788. vent de sud-ouest sur la c6te des Philippines?
Feyjrier/ il courut cependant de si grands risques
qu'aucun honime sage ne seroit tente de s'y
exposer de nouveau. Le Walpole 'gagna la
cote de Luconie, et son passage fut heu-
reux, quoique, cle Favis du capitaine Churchill, les dangers ne fussent jbas moins considerables. Enfin, le Belvedere , capitaine
Greer, fit voiles, dans lp meme temps , a
travers les mers de Chine, et cependant,
selon toutes les prpbabilites , la mousson
devoit y regner alors avec violence^
Ce sont la dp, ces faveurs de la fortune
qu'on doit plutot considerer comme des
poups de bonheur que citer comme des
exemples. Car, dans tous les pas, il serpit,
certes, beaucoup plus prudent pour les yaisseaux. de preferer un passage a Fest , sur-
tout quand lis n'pnt point gagne les hauteurs de Java vers le 10 octobre.
Les detroits de Bally ou <YAlias offrent.,
dans cette dernipre hypothese| un passage
sur , si toutefois les caries de M. I)alrymple
sont bien exactes. Dela, les vaisseaux con?
tinuent leur route jusqu'aux detroits de
Macassar, et il leur importe de prendre* ( 3i3 )
toutes les precautions necessaires a cause    178$*
des iles et has-fends qui gisent entre ces Fevrier.
detroits.
Les detroits de Macassar ont aussi leurs
dangers.. A la verite, ils sont en petit nombre, et on les connoit parfaitement. JJ Experiment et le Capitaine Cook traverserent
ces detroits j, et firent d'utiles observations
dans leur passage ( l ). L'Experiment fut
pourtant pousse sur la cote, et un peu en-
dommage. Dans le temps de la mousson de
nord-ouest, il y a d'ordinaire un cpuraajt
qui trayerse au sud. Ce sont, en general,
les eaux de la mer Pacifique et de F Archipel
de Sooloo qui, se trouyant resserrp.es - ea
rp3t, y tormentPP courant. Dans Je
passage.des detroits ,-les..vents sont variables. Mais lorsqu'on en est une fois. sorti.,
on trouve qu'ils soufflent a Fest ,et a Fest,-
sud - est..^Il n'est guere possible alors^j
il n'est meme pas pprmis. de douter qu'on
ne puisse arriver^sous la cote de Magindanao , qui est preferable, a File de Sooloo, ou
.i  f ^       :. -tw '> ■«-—•• .   -- 1 pm   I
il regne par fois des, vents d ouest, sur-tont
(i) Ces^faisseaux faisoi'ent, en 1786, un voyage «Je.
commerce , de Bombay a la eote nord - auesf; SaA^fe-.
m^Q.^N^ote de l'Au£eiifK f 1788.
fevrier.
(3i4)
dans les mois de novembre et de decembre*
II ne seroit done pas avantageux de porter
vers Sooloo, en ce que les courans ec les.
vents rendroient tres-difficile pour les vaisseaux de monter a Magindanao , indepen-
damment d'un grand nombre de bas-fonds
et de rescifs de corail fort dangereux qui
gisent ck et la entre Sooloo et Basilan j?
tandis qu'on peut passer entre le* haut des
detroits de Macassar et Fextremite sud de
Magindanao, sans s'exposer a. de grands,
perils. Nous'traversanies ce canal entre Je-.
lolo et File de Morotay, et rentrames dans
la mer Pacifique au sud de cette ile.
Les courans portent ici au sud*ouest; et
avec le vent, ils portent a Fest. Ii n'en est
pas moins tres - possible de gagner File de^
Basilan, et dela Samboingan , ou Foil
trouve tous les rafraichissemens necessaires*..
Nous dirigeames alors notre route vers San*
guir et ces petites iles qui gisent entre San*
guir et Fextremite meridionale de Magindanao. Ces iles sont d'une hauteur medio*-.
cref^ et bien boisees. II n'y a autour d'elles
aucun ecueil qu'on ne puisse appercevoir ,
et qu'il ne soit, par consequent, tres-facile
cVeyiter. Sanguir est bien peu pipe, pt offi:^ ft   - -    (3i5)
des rafraichissemens de toute espece. On dit    17S8.
que cette ile abonde aussi en epiceries dont  Fevrier*
elle fait un commerce avec Magindanao.
II nous a paru que les vents d'est y regnoient^
et ne s'en ploignoient jamais beaucoup,
Entre les iles de Basilan. et de Sanguir ,
il y a plusieurs petites iles qui ne- sont point
marquees sur les cartes : mais nous n'avons
appercu dans leur voisinage rien qui an-
nonc&t le moindre danger.
Le passage par Samboingan est certai-
nement preferable au passage a Fest de Magindanao. II est tres - difficile d'y parvenir
par ce dernier. Ce ne fut qu'avec beaucoup
de temps, de peines et de fatigues que nous
pumes gagner seulement le i47e degre de
longitude. De plus , la route est, pour ainsi
dire, semee. d'ecueils. On y appercoit par-
tout de petites iles basses et sabionneuses ,
et un grand nombre dp rescifs de roches de
corail qui, dans une nuit noire et obscure,
seroient la cause d'une perte certaine. II y
a d'autant plus a craindre pour les vaisseaux:
que la sonde ne rapporte pas de fond, efc
qu'ainsi, ils ne peuvent etre avertis a temps,
du danger qu'ils courent. Mais, en suppo-.
s^nt meme qu'on reussis.se a. se tirer de ces. •   .|e        \|-       ( 3i6* )    . .      '
1788.   rochers et de ces bas-fonds, il ne seroit pas
Fevrier. prudent de virer vent devant, avant cl'avoir
depasse la Nouvelle Guinee. Enfin, on doit
se figurer la route au nord comme placee
au travers de ces iles dangereuses, les Carolines, dont on ne regardoit pas la position
comme determinee d'une maniere bien cer-
taine, jusqu'au moment ou elle Fa ete par
YIphigdnie A ainsi que lp gisement des bas-
fonds qui i'avoisinent; et particu.iieremenjt
celui du bas-fond Abregoes dont l'existence
etoitgeneralementrevoquee en doute, mais
qu'on sait aujourd'hui etre place sur la route
des vaisseaux qui entrent de la mer Pacifique dans les mers de Chine entre Jormose
et Luconie. ^M
Si on prefere le passage a Fouest ie^JYla-
gindanao, il n'y a pas de danger a entrer
dans le canal de Basilan; du moins, nen
appercumes-nous aucun. On trouve dans ce
passage des chutes d'eau considerables, mats
rien de plus, a. Fendroit du mouillage a la
hauteur du Fort Caldera. Ce passage est de
beaucoup le plus court ; et, dans mon opinion, il est egal, sous tous les rapports , a
celui de la mer Pacifique, si on en excepte
toutefois , ce qui est d'une consideration^ 1    |.     I     (3i7) ,,    I      |.
tres-importante , les moyens de rafrafchis-    1788.
semens pour l'equipage des differens vais-  Fevrier*
sPaux.
En quittant Samboingan, les navigateurs
doivent, autant qu'il leur sera possible,
serrer de pres le rivage de Magindanao*
Comme le vent souffle generalement a la
hauteur de la cote qui est a pic, ils nen
auront rien a craindre. Quant aux endroits
propres au mouillage , ils se trouvent deja
indiques dans le compte que j'ai rendu de
Petablissement de Samboingan.
De Magindanao , il sera  necessaire de
porter directement vers la partie meridio-
nale de File de Panay. Si le vent n'est pas
tre's-favorable, ii faudra alors ranger la cote
de File del Negros. II n'y a aucun danger
a serrer de pres File de Panay dont la cote
Pst tres - sure, jusqu'a ce qu'on ait gagne
la pointe occidentale de File Mindoro. De
la, on avancera a. la cote de Luconie, ou
Foil sera favorise beaucoup par les courans
qui portent au nord , pendant le temps de
la mousson de nord-est, a la hauteur du
cap Bolinou , de 20 a 25 milles dans Fespace
de vingt-quatre heures , et souvent a la hauteur m&me du cap Buxadore. \
( mm)
X788; Les plus grandes precautions deviennerti
Fevrier. necessaires a 1 epoque ou les moussons
changent. Ce temps est le plus redoutabie
de tous dans les mors de Chine. Si done ,
des vaisseaux se trouvoient avoir gagne
Samboingan dans le mois d'octobre , il seroit tres a propos qu'ils y restassent jusqu'a
ce que le plus fort de la mousson de nord-
est fut passe. Apres le mois d'octobre, le
passage a. Manilla et de Manilla a la Chine
est toujours sur. Le plus mauVais des vaisseaux espagnols ( et Fon sait qu'il n'y en a
pas dans le monde de plus miserablement
equipes ) monte la cote de Luconie jusqu'a
la hauteur de File , aide par le courant de
nord. II avance alors a la cote de Chine *)
certain de pouvoir y trouver un passage.
De tout ce que je viens de dire , on peut
evidemment conclure que cette route est eii
meme temps la plus sure et la plus courte.
J'ajoute qu'elle offre, dans tous les evene-
mens, beaucoup plus d'avantages que la cote
occidentale de Borndo.
Si Fon preferoit la mer Pacifique , pour
effectuer le passage en question, d'abord
eri avancant a Fest, puis en virant vent devant pour depasser File de Luconie, il fail- (  3l0   )
droit alors gouverner a Fest jusqu'a ce qu'on 178&.
eut double la coke de la Nouvelle-Guinee, Fevrier.
et atteint le i5oe clegre de longitude. II est
probable, dans ce cas , 4Ju'on depassera ce
grouppe dangereux d'iles appellees les Carolines, au nombrp desquelles il faut placer
les Pelew| et d'autres iles tr£s - basses qui
sont environnees de rescifs a une grande
distance , et ou la sonde ne peut avertir
les vaisseaux du danger , dans les nuits
obscures et orageuses*
II y a , entre Magindanao et la Nouvelle-
Guinee , des amas si considerables de ces
lies basses qu'elles exigent toute la vigilance
et Fatten tion imaginables, et que, souvent
meme, les precautions sont insuffisantes.
Lorsqu'on est au nord de ces ecueiis, oil
peut gagner les iles Bashee vues par Dam-
pierre, ou File de Botol- Tobago-Xima que,
decouvrit le lord Anson. Mais il y a beaucoup plus d'avantage et de surete' a se determiner pour cette derniere, en observant
toutefois d'eviter avec tout le soin possible
le bas-fond Abregoes qui est extr&memenfc
dangereux. Lorsqu'on commence a apper-
cevoir Botol-Tobago-Xima > on peut, sans
la moindre crainte, et meme par la nuit la e; I       <3ao)     ,   '    ." -.- .
17&8. plus obscure , gouverner sud ouest pendant
Fevrier. qtfatorze lieues. On tourne alors les rochers
de Pille-Rete a urie distance mediocre, et
il est facile d'entrer dans les mers de Chine eri
serrant le vent au nord et a. Fouest. II y a
line petite ile, remplie de rochers , qui git
presqu'a Fest de Botol- Tobago -Xima , a
quelques milles de distance. II faut bien se
garder de prendre Fune pour F autre.
Les rochers de Ville-Rete sont tres-dan-
gereux : ils forment une espece de grouppp
et sont environnes de brisans. Le plus considerable n'a guere plus d'elevation que le
corps d'un petit vaisseau hors de Feau. Ces
rochers courent sud-ouest a la hauteur de
Fextremite meridionale de Formose , a cinq
lieues de distance. Nous pensions que nous
pourrions decoiivrir par le mat de Favant
un canal entre ces rochers et Formose.
La derniere fois que nous approchames
de Bo to I-Tobago-Xima , nous avions pres-
que les tenebres au milieu du jour. Le temps
etoit orageux et embrume ; et bient6t, le
vent souffla a Fest avec violence. Nous gou-
vern^mes sud-est Fespace de quinze lieues >
et serrant le vent a Fouest et a Fouest-nord-
i
ouest'j) £ (3^) St;      eel
ouest, nous entr&mes a. mihuit dans les 1788;
mers de Chine psaus appercevOir le moins Fevrier;
du rnonde File de Formose. Nous avons trace"
sur'la carte la longitude de ces parages
d'apres d'excellentes observations du soleil
et de la lune. Dans cette navigation, on
doit compter , en general, Sur un fort courant qui porte k Fouest, du moment oh
Favant du vaisseau est au nord.
C'est aux environs de Pedro Rlqnco , ou
Roche Blanche , que Fon prend terre ordi-
nairement sur la cote de Chine. Dela, par
les iles Lema , on peut passer en toute su-
rete a Canton : ii n'y a pas le moindre accident a craindre. En prenant cette route ,
on evite le bas-fond de Prata, qui, comme
on sait , peut ekre si funeste aux navigateurs.
Un vaisseau qui preTereroit entrer dans
les mers de Chine par la route des iles
Bashee, seroit expose* k quelque malheur
dans son passage a Canton, a. cause de la
Violence des courans de sud en Cette saison
de Fannee. II y a done beaucoup plus de
dangers a courir par cette route que par
Fautre , sur - tout depuis que les Espagnols
se sont empares de ces iles, et y ont etabli
Tome I. X s*
*.
£' f
( ^% )
1788.    une force militaire qu|, a la verite, n'est i
Fevrier. jusqu'a present, ni bien imposante ni bien
redoutable, ||L
On doit , cependant, regarder les iles
Rashee comme tres-sures pour les navigateurs. Nous y etions en 1786, et nous nous
y procurames tous les rafraichissemens ne-
cessaires. II se peut qu'on ne sache pas ge-
neralement que les Espagnols ont pris possession de ces iles. C'est pourtant un fait
reel. Ils ont un gouverneur dans File de
Grafton. Avec lui y resident cent soldats ,
plusieurs officiers, et quelques pretres. Cinq
ou six pieces de canon sont montees devant
sa maison, mais il n'y a ni fortifications, ni
aucune autre espece de defense.
Notre' sejour dans ces iles fut de si courte
duree qu'il ne nous permit d'y faire que
des observations generales. Mais, comme
on ne connoit qu'un tres*petit nombre de
vaisseaux qui aient visite les iles Bashee ,
pe sera, non-seulement satisfaire la curio^
srite, mais pncore servir utilement la navigation des mers orientales que de commu-
niqupr ici le resultat de mes remarques per-
sonnelles , ou de celles d'autres navigateurs. '  ' ' I ^3 )      ' _    4f
Ces iles , situ^es entre Formose et Luco* 1788:
hie > sont au nombre de cinq , outre quatre Fevrier*
autres petites iles remplies de rochers, et
qui sont, cependant, couvertes de verdure.
Dampierre nomme ainsi les cinq plus gran-
des, savoir : ile de Grafton * celle qui est la
plus considerable ; ile de Monmouth, la
plus apparente apres celle la ; He des Boucs,
ile d'Orange et He Bashee , celles qui sont
plus petites que les deux premieres. Nous
vimes dans les naturels du pays une race
d'hommes forts et vigoureux. Ils se sont
trouves heureux jusqn'ici sur un sol qui pro-
duit toutes les choses necessaires pour le
soutien et Fagr^ment de la vie. Mais nous
ne pouvons croire que le joug de FEspagnP
contribue beaucoup a augmenter le bonheur
de ces peuples.
L'ile d'Orange git nord et sud , et paroit
presqu^inaccessible de tous les cotes. Elle
est entierement applatie vers la pointe. A
quatre lieues de distance, en approchant de
cette ile du cote des mers de Chine , ott
distingue tres-bien, par dessus cet applatis-
sement eleve , le pic qui est sur File de
Grafton. On peut c^njecturer que File est
m |; •     -mm:   (M) I   ■■'f-.   ••
1788.    k cinquante pieds au dessus du niveau de
Fevrier,  la mer.
Au nord de cette ile > il y a quatre iles
remplies de rochers, connues sous le nom
de Roches d'Anson. Deux d'entr'elles sont
k trois milles de Fextremite septentrionale
de Pile. Nous entrames dans ce passage, et
n'y appercumes aucun danger. Un vaisseau
d'une grandeur considerable pourroit meme
raser des deux c6tes Yile d' Orange. Les deux
autres gisent a quatre ou cinq milles des
premieres et de ce passage que suivit le lord
Anson sur le Centurion.
L'ile de Grafton est situee a Fest de Yile
d'Orange. Elle git a peu pres nord et sud.
Son etendue est considerable. Elle a environ trente lieues de circonference , et un
bon mouillage du c6te de Fouest. A deux
milles , a peu pres, au sud de la ville ou
reside le gouverneur, est une petite baie
sablonneuse ou nous mimes a Fancre sur
neuf brasses , a. environ un demi-mille de
la cote. La sonde avoit diminue par degres
de qtiarante a neuf brasses ; mais le riyage
ne se trouve pas a. plus de deux milles de
distance. Les vaisseaux etoient alors   par ( 325 )
20 degres 36 minutes de latitude nord , et
122 degres de longitude Est de Greenwich,
suivant les observations du soleil et de la
lune.
Rien de plus beau que Faspect de cette
ile. Elle paroit &tre extrememept fertile , et
les provisions que nous y reoumes ne de-
mentoient point ce que promettoit le spectacle enchanteur de leurs diverses productions. Les naturels nous apporterent en
abondance les plus beaux ignamesdumonde,
des Cannes a sucre, de la racine de taro ,
des fruits du plane , et d'autres vegetaux.
Nous recurnes aussi d'eux une quantite de
cochons et de baucs , mais tres-peu de vo-
laille. Le fer etoit la marchandise favorite
de ce peuple. J'ai cependant remarque plusieurs fois qu'ils faisoient autant de cas des
grains de verre, si meme ils ne les prisoient
pas davantage. IF est vrai que, depuis que
les Espagnols se sont empares de ces iles ,
Fargent a autant de cours parmi les naturels que le fer. Du temps de Dampierre, ils
ne connoissoient pas d'autre moyen de
commerce que les grains de verre. Nous
laissames au gouverneur une race de mou-
tons du Bengale. Des qu'ils eurent ete mis
■A. Oi       *
I788.
Fevrier. $
if"'''        •   '"' ""' '   "      ( 3aS ) .- ■  ■>-,   ,   -   :•
J788.    & terre , nous les vimes errer dans de gras
Fevrier. paturages , et sur un sol d'une admirable
fertilite. Je ne doute pas que ces animaux
ne profitent beaucoup dans leur 11 ou veau
sejour, et qu'ils ne procurent d'abondantes
ressources aux navigateurs qui yiendront ,
par la suite 3 s'arr&ter a ces iles.
I/eau dans File est tres-belle. Elle y coule
en grande quantite et pres du rivage , ou
il se forme un petit reservoir entret&nu sans,
cesse par un ruisseau qui descend des mon
tagnes.
Des troupes espagnoles arriverent dans
ces iles a. peu pres vers 1783 pour en prendre possession* 11 n'est pas difficile de con-
jecturer dans quelle-vue elles y ont ete en-
voyees, lorsqu'on sait que ces iles passoient
pour renfermer des mines d'or. II est certain que nous vimes chez les naturels une
quantite considerable de pondre d'or , et
plusieurs petits morceaux de mine que, se-
lon toute apparence, les torrens ont detaches des montagnes, et qui ont ete trouves
dans le lit des petites rivieres dont ces iles,
abondent. Ces morceaux , ils les travaillent
en gros fil de metal, et les portent comma
Qrnemens a leurs preilles, ou en ferment
/ des collier% ^our 4te3! enfans. Nous en?§tdh£-
%£mes3quelques uns.   *'
Ce% iles sont*bien peupiees. Nous troii-
-v&mes dans les habi*gans une raee d'hommes
doux e¥£tranqulltes. -Leur plaisir supreme
consiste & boire une 4S|%eur appellee ba$-
faee (1) , et qui est distillee du riz et de la
canne a sucre. Le soir, hommes , femmes
et enfans se rassemblent en foule sur le rivage , des torches k la main, et boivent du
basheejusqu'a ce qu'ils soient completement
ivres. Ils forment alors cles danses , et don-
nent toutes lesnnarqtres possibles de joie et
de satisfaction, Je crains bien cependant que
le gouvernement espagnoi n'ait deja. trouble d'une maniere cruelle , par la tyrannie
de sa domination autant que par un systeme
de devotion mal entendue , les innocens
plaisirs de ces bons insulaires.
A Fepoque de la mousson du sud-ouest,
le temps est extremement orageux ; et lors-
que le vent souffle dans ces parages , il est
tres-violent et tres-redoutable.
B4wiei»
If) C'est, sans doute, du nom de cette liqueur qu'on
a appelle iles Bashee les iles dont il est iei question.
Note du Traducteur.
. -'|V  ;   ft     *f«pf X 4     :; ( 3*8 )
fi^S. JLes courans et les marees ont,ttn cours
fevrier. impetueux et rapide , sur-tout le long de la
plus meridionaie de ces iles qui sont toutes
tres - basses. II est done necessaire que les
Yaisseaux se procurent un bon mouillage
dans leur passage entre ces iles et Formose*
■
* ..,,.--        C H A P I T K E   V.     ;.
La Felice part de Samboingan^ —Passage
aux iles
ordres  et instructions donndes par les
marchands propridtaires pour le voyage.
Changement extraordinaire dans le
naturel des buffles recus a bord. — Passage a Vile de Magindanao. —Rapiditd
des courans. L'ile de la Providence,
Jieureusement dvitde. -— Passage aux iles
Talour. — Isle Sanguir. — Vue du cap
Nord. Impossibilitd de le doubler.——*
Les vents alizds soufflent constamment
dans la merPacifique.-^La Felice avance
sous le vent du cap Nord. —Passage a
l'ile Riou.   Canal entre Morintay et
-Odeur suave etparfiii-*
T%     —M \        7i A        *      *
Passage a L extftemite
I'iVe de Jelolo. |
mde de Pair, r-
meridionale de Morintay. —— La Felfcfe
gagne enlm la mer. .—— Latitude de 3Io-»
rintay eafactemdn,t determine^.
X-jE 12 fevrier, a la pointe du jour, nous
avions perdu de vue File de Samboingan*, ( ooo
1788- Nous poursuivimes notre route le long de
Fevrier. la cote de Magindanao .La. latitude nord. a
midi, etoit de 6 degres 34 minutes, et Fextremite de File que nous appercevions gisoit
ouest-nord-ouest, a. la distance de douze
lieues. L'ile de Basilan cquroit de sud-
otiest -quart - sud a. Fouest -nord -ouest, a
quatre lieues de distance. Dans cette position , on remarquoit ties - bien la colline
dont nous avons deja parle comme ayant
la forme d'un bonnet de mandarin.
Nous observam.es deux petites iles situees.
en tret Magindanao et Basilan , et qui nous
restoient au nordLdfe.quart - est, a quatre
milles de distance. Elles n'avoient pgLSrnne
bien grande etendue : mais elles ..ptoienfroar-
.tout couvertes.de bois. Comme elles n'oc-
CLipent pas de place sur_les cartes, nous,
leur donnamesie nom d'i^s-de la EgM^e.
Un ccmrant tresrconsiderable qpus^ayoit
^nousses au nord - est pendant la nuit.Le
_yent fraichissoit du norc^et^du era^di; et, au
coucher duysoleil, nous pumesla uejne dis-
tinguer l'ile de Magindanao.
Avant notre depart de Samboingan, et
notre separationrifcwrefi-YIphigdklzb 5 i'avois
re mis au capitaine Douglas les ordreX e£ instructions qui forment le N°. II de Fap- 1788.
pendix de cet ouvrage (1) , pour le guider Feviier,
dans la conduite qu'il devoit tenir. J'avois
moUmeVne recu, avant mon depart de la
Chine, les instructions renfermees dans le
N°. Ier. Elles contiennent en detail les motifs et le veritable ohjet-du voyage. Je ne
blesserai certainement pas la verite en as-
surant qu'il ne s'y trouve pas une seule expression contraire a ces sentimens d'huma-
nite ou a ces principes que les marchands
anglois doivent s'honorer de professer dans
leur commerce avec toutes les nations du
monde. On peut dire que ces ordres et instructions respirent par-tout ia justice et la
bienveillance : par - tout on y admire ces
moyens delicats qu'ils emplolent pour en-
courager Findustrie, moyens egalement lio-
norables pour Fhumaniie et utiles pour
notre pays, dans quelque partie dp la terre
habitable qu'on les metre en usage.
Le  i3, nous  continuames  notre   rout*
:e
(1) Chaque volume de cette traduction est termine
par les dmerentes pieces justiiicatives dont 1'auteu.r
y a%ra fait mention.
■
T^fl Note du Tradutteur. p
Si
1788.
Fevrier.
■ W     - ( 332 ) -
avec des vents legers et variables«. Le temps
etoit orageux .* il faisoit une chaleur etouf-
fante. Sur les six heures du soir, nous eumes perdu de vue Fextremite sud-ouest de
Magindanao. Nous appercumes a la hauteur de cette ile une autre ile treseremar-
qualle qui avoit la forme d'une montagne,
et dont les cotes inclinoient presque per-^
pendiculairement vers la mer.
Nous eumes  une grosse pluie toute' la
nuit. Nous gouyernions au sud et a Fest ,
.pour pouvoir serrer Fextremite sud-est de
Magindanao. Nous nous en trouvames tres-
pres, le matin du jour suivant. Elle nous
parut haute , montagneuse et entierement
couverte de bois, depuis la mer jusqu'a son
somuiet. Nous jett&raes souvent la sonde ;
mais cent brasses de ligne ne nous rappor-
terent point de fond. A midi,-nous etions
\ par les 6 degres 2 minutes de latitude nord.
A quatre heures P. M. ( 1 ) , la pointe de
Magindanao que nous pouvions apperce-
yoir couroit est-mi-nord , a huit lieues de
distance. Nous serrames le vent a. Pest-sud-
est pour doubler Fextremite meridionale.
'•■in   1    - 11 11 r     —       1 -    1 ■- ■ - -   ■— ■■   - - -      in ni ii«i  imiii maw 1 11  m\ twrj
(1) Post Meridiem , apres midi. /    $.( 333 )
Nous remarquames alors un changement    1788.
extraordinaire dans le naturel des  buffles  Fevrier.
que nous avions embarques a Samboingan. Yendredi
lis etoient, k. cette epoque , si sauvages et si      *$>
fiers que pe ne fut qu'avec beaucoup de
peine ,  et en nous exposant a de grands
dangers, que nous parvinmes a les amener
a bord. Ces animaux se servoient de leurs
cornes avec tant d'adresse que les naturels
eux-m£mes n'osoient les approcher dans la
nouvelle situation ou ils se trouvoient. Leur
ferocite naturelle parut les abandonner tout-
a-coup : ils setoient deja tellement appri-
voises qu'ils mangeoient dans la main, et
nous paroissoient avoir moins de mauvaises
qualites que les autres bestiaux.
Le matin de ce jour , nous trouvames
qu'un fort courant nous avoit portes au sud
de Magindanao. II nous restoit au nord. a
ID »
la distance d'environ onze lieues. L'extre-
mite meridionale formoit un promontoire
eleve qui ressembloit a une ile.
Nous eommencions a nous feliciter d'en-
trer avec si peu d'obstacles dans la mer
Pacifique du Nord. Mais notre satisfaction
lut bien diminuee par le changement £1-
cheux du vent qui souffia d'est - nord -est. H
e   | -    |e        (354)
% *7$S. Nous avions , a midi, 4 degres 58 minutes'
Fevrier. de latitude nord j et 126 degres 36 minutes
de longitude Est de Greenwich. A ce mo-
ment, nous appercumes deux petites iles ,
gisant au sud-sud-est, a cinq lieues de distance ; et le prornontdire de Magindanao
que la vue decouvroit encore , nous restoit
au nord , a treize lieues de distance.
Le courant nous porta alors si viblem--
ment au sud que nous ne pumes doubler les
deux petites iles appergues au sud-sud-est;
Ayant decouvert au milieu d'elles Un passage facile, nous nous determiriames a le
traverser. Ces iles sont tres-elevees et cou-
vertes de bois. Des extremites nord et sud
de la plus septentrionale des deux, on voit
sortir une pointe de terre d'a peu pres un
demimille, et de Fextremite la plus septentrionale , a environ un milie de distance ^
.quelques rochers detaches, sur lesquels nous
vimes quelques arbres disperses ca et la,
ce qui les rendoit faeiles a remarquer.
Quand nous fumes au milieu du canal qui
est entre les iles, nous jettames la sende :
soixarite brasses de ligne nous rapporterent
un fond de coqtiillages rouges et blancs. A
X o o
peine Favions - nous traverse , que File la X
^'    . e    .       ( S35 ) '   7.-     '    §,'     '
plus meridionale s'ouvrit comme en deux. 1788k
iles distinctes , qui sembloient partagees par Fevrier*
un canal. Nous appercumes, au meme moment, une autre ile gisant a Fest-sud-est, a
quatre lieues de distance , aussi couverte de
bois. On ne tarda pas a distinguer par le
mat de Favant un bas-fond et un rescif tres-
dangereux qui ont pres de trois milles d'e-
tendue depuis Fextremite meridionale de
cette ile, et sont tres-remarquables par leur
blancheur. Enfin nous vimes, droit par le
•travers du vaisseau , une autre ile courant
sud-sud-est, a la distance de huit Ueues.
Dans cette position, le promontoire de Ma-*
gindanao nous restoit a Feet-nord-est, a dix-
huit ou vingt lieues de distance.
Notre situation ne correspondoit alors
avec aucune des cartes que nous avions
sous les yeux. II devint done tres-necessaire
pour nous de n'avancer au travers de cet
Archipel qu'avec les plus grandes precau- \
tions. Le cap septentrional de File Morintay couroit est -nord- est, a i34 milles de
distance, selon notre estime ; et le cap de
Ronne-Espdrance, ou Fextremite septen-
trionale de la Nouvelle - Guinee, gisoit ait
sud-est, a la distance de 47° milles. Le vent i
•*t
t
I
■ ■    . ( 336 )
1788; restoit constamment a Pest-nord*est; et en
Fevrier. passant ces iles , nous nous appercumes
qu'un rapide courant de sud nous faisoit
deriver sous le vent par le travers du vaisseau. Des contre-temps si facheux ne nous
laissoient guere esperer, en sesuccedant ainsi,
de pouvoir doubler le Cap Nord. Ajoutez
que nous avions beaucoup a craindre d'etre
pousses, sans pouvoir Feviter, vers les Mo-
hiques, ce grouppe d'iles si daiigereux, qui
est regarde comme Fecueii le plus perilleux
pour les navigateurs dans les mers de l'Inde.
Ii est vrai que nous pouvions nous flatter .
jusqu'a un certain point que le soleil, se
trouvant pres de la ligne, diminueroit un
peu la violence de la mousson de nord-est.
Mais , apres tout, en envisageant, comme
il convenoit, et ce qu'il nous etoit permis
d'esperer, et ce que nous devions craindre ,
ainsi que le desagrement des nuits longues
et obscures, nous ne pouvions nous atten^
dre dans la route, qu'a des obstacles et a
des perils qui seroient devenus bien plus
considerables , si malheureusement nous
eussions eu un temps orageux.
Le courant qui , pour etre d'une vaste
etendue , ( 33
7
)
etendue , n'en avoit pas moins de force et    17^88.
de rapidite, nous faisoit toujours  deriver  F6vrier,
sous le vent. Je ne dirai rien de trop enef^
assurant qu'il parcouroit trois milles dans
Fespace d'une heure ; et nous avions tout
lieu de croire que son impetuosite augmen-
toit a mesure q#il approchoit des detroits
de Macassar. Ce qu'il y a de certain, c'est
qu'il nous emportoit avec une telle violence
que nous ne fumes pas maitres de gagner
File qu'on avoit vue au sud-est-quart-est,
et que nous en restames a. cinq lieues.
Pendant la nuit du x5 , nous eumes un
grand vent, et cependant la mer fut extre-
mement calme ; preuve certaine que nous
etions dans le voisinage de quelque terre
considerable. Nous gouvernames sud-est-
quart-est; le vent soiifHant constamment au
nord et a Fest. Nous cargudmes les basses
-la£7 ^
voiles afin de pouvoir distinguer plus facile-
ment les objets, et d'etre toujours prets k
virer vent devant, en cas de pressant danger. Ces precautions etoient singulierement
necessaires ; car vers minuit, nous decou-
vrimes, au clair de la lune , que nous etions
pres d'une ile couverte de sable blanc ec
presqu'au niveau de Peau. Nous eumes le
Tome I. Y
m .Jt    -j- (  3S8 ) ._   :
1788. bonheur d'appercevoir ce dangepeux ecueil
Fevcie,r. a peu pres a un demi-mille de distance , ce
qui nous donna le temps d'arriver. Nous
jettimes alors la sonde; mais cent brasses
de li&ne ne nous rapporterent point dp fond*
Nous continuames , toutefois , de tenir le
vaisspau en bonne position jusqu'a deux
keures du matin que nous perdtmes de vue
cet ecueil. Nous gouyern&mes alors a. Fest-
sud-est, avec un bon frais de nord-esti
Ces iles basses et sablonneuses, dispersees
qa. et la dans le voisinage de la ligne , ren?
dent la navigation extre®iement perillefjse
dans pes parages. La sonde ne peut yaver-
tir les vaisseaux du danger qui les menace ,
de sorte que , par une nuit obscure | ni la
vigilance , ni les precautions ne suffiroient
pour les garantir d'une destruction inevitable, pn
Le 16, au lever du soleil, nous vimes la
terr?e s'elendant deuord-ouest a Fouest, a
la distance de seize lieues. Nous calculames
que le gisement de la petite ile basse et
sabloaneuse qu'on avoit appercue la nuit,
pouvoit etre par les 4 degres 1 minute de
latitude nord , et les 127 degres 10 minutes
de longitude est. Nous lui donnanies le nom
Samedi
16. ( 339 ) |
oYile de la Providence. Pendant les vingt- 1788;
quatre dernieres heures, un fort courant F£vrier*
nous avoit portes a 33 milles au sud. La
longitude Est etoit de 127 degres 5% minutes.
Nous appercumes alors la terre de tous les
cdtes. Elle s'etendoit d'est-nord-est a Fouest-.
nord - ouest. Au nord et a Fest, elle nous
parut detachee et coupee en plusieurs en-
droits, comme si elle etoit composee d'un
grouppe d'iies. A Fouest, elle pouvoit etre
eloignee de nous d'environ x5 lieues.
Au coucher du soleil, les iles du vent
couroient nord - nord - est, k 14 lieues de
distance. Nous nous trouyions dans une position d'autant plus critique qu'elle 11 e pouvoit s'accorder avec aucune de nos cartes.
II y avoit, cependant, tout lieu de presumer
que la terre au nord-nord-est consistoit dans
ces iles connues sous le nom cYiles Talotgr,
et que celle a Fouest etoit Yile Sanguir'*
Mais si nous ne nous trompions pas dans
nos conjectures , les courans auroient d\\
agir sur nous avec la plus grande force en
ftous portant au sud; et nous commenc&mes
a eprouver une cruelle incertitude, celle de
savoir si nous serious en etat de doubler le
Y2 at
( 34o )      '' J
1788.    cap Nord ; ce qui etoit pour nous une affaire
Fevrier.  de la plus grande importance.
Nous avions beaucoup espere qu'en ap-
prochant de la ligne, les vents seroient variables. Mais, jusqu'a ce moment, le vent
etoit reste a Fest, comme s'il n'eut plus du,
changer ; et il ne paroissoit pas alors vou-
loir nous fayoriser davantage. Notre situation actuelle etoit done tres-critique. L'ave-
nir ne nous offroit rien de plus rassurant;
et, selon toutes les apparences, nous de-
vions etre chasses sous le vent de Jelolo ,
et forces , par consequent, a nous abandon-
ner a tous les dangers d'une navigation pe-
nible et semee d'ecueils.
Nous etions pleinement convaincus que ,
si Fon ne pouvoit pas doubler le cap Nord,
il faudroit tenter un passage a travers les
Moluques, au sud de Jelolo, ou nous avions
toute raison d'esperer que Fon rencontre-
roit, sinon la mousson de nord- est, au
moins des vents assez variables pour nous
permettre de rentrer dans la mer Pacifique
du Nord par les ddtroits de Pitt. Mais ii
n'etoit pas du tout certain, meme dans ce
dernier cas, que nous fussions en etat de doubler la cote de la Nouvelle - Guinee.    jygg,;
Nous ne pensions pas ,  sans un  chagrin  Fevrier*
extreme , a la necessite ou nous nous trou-
verions de suivre sa cote occidentale , et de
gagner la mer du Sud par les detroits d'Endeavour. II etoit a craindre qu'en prenant
ce,tte route pendant laquelle la longueur et
Fobscurite des nuits devoit necessairement
ralentir notre voyage , nous n'en manquas-
sions entierement le but. D'un autre cote,
si nous gouvernions au nord, dans Finten-
tion de doubler la cote de la Nouvelle-Guinee contre une forte mousson, il n'y avoit
pas moins de raison  de croire que  nous
echouerions.   Enfin ,  nous nous determi-
names a renoncer a ce projet, attendu Pim-
possibilite manifeste de Fexecuter sans consumer une grande partie du temps , et nous
n'en avions pas beaucoup a perdre. Tant
d'obstacles n'etoient pas faciles a surmouter ;   et  Fevenement   a  prouve   que  nous
echappames de bien peu aux dangers que
la crainte nous avoit fait entre voir..
Pendant la nuit du 16, nous continuames
de gouverner a Fest-sud-est en for^ant de
voiles. Iifaisoit un tres-beau clair de lune,
Y3 • ■■'■■■• ,   .    <3^)   |,i.     1
1788. -de sorte qu'on auroit pu facilement dis-
Fevrier, tinguer le moindre ecueil autour de Fho-
|R:   rison.
Dimanche     ke 17, au matin, on appergut la terre eit
J7«     avant du vaisseau. Elle nous restoit dans la
direction d'est, a 12 lieues de distance. On
la decouvrit aussi sous le vent, gisant au
sud-sud-est. La latitude nord, a midi, etoit
de 2 degres 4° minutes. Le cap Nord nous
restoit a Fest, dans la direction de nord, a
la distance de quatorze lieues. Le vent souf-
floit constamment du nord-est et de Fest-
nord-est, et nous avions un fort courant de
sud.
Nous continuames de serrer le cap Nord,
esperant que le vent de terre nous seconde-
roit avantageusement. Mais , sur les six
heures du soir , comme nous etions a deux
milles de File Morintay, nous fumes obliges
de virer vent devant, et de porter vers la
mer pour la premiere fois. Nous ne pumes
trouver de fond avec cent brasses de ligne.
Mais quoique nous eussions eu lemalheur
de tomber sous le vent du cap Nord , nous
avions resoltt de ne rien relacber de nos
efforts ,s jusqu'a'ce que nous fussions con-
Lundi
18.
* (343) ;|
varncus de Pimpossibilite de doubler ce    I7881.
cap. Ce  fut alors que nous virames vent F'evrie*.
devant, et que nous gouvernames vers la
mer.
Vers les dix hettres du matin , nous nous
trouvames de nouveau tres - pres de File
Morintay. Nous avions vire vent devant a^
minuit pour nous rapprocher de la cote.
Mais, malheureuSement, nous n'eprouva-
mes, ni en mer, ni pres de la terre , un
changement de vent qui nous fi\t plus favorable.  Nous  remarquames  aussi, a notre
grand chagrin, que par Feffet des courans
de sud , nous  avions derive , pendant la
nuit, sous le vent de la position que nous
occupions dans la soiree du jour precedent.
La latitude nord observee a midi etoit de
2. degres 35 minutes, et nous avions entie-
rement perdu de vue le cap Nord , qui cou-
roit est - quart - nord , a  17 lieues de distance , immediatement dans la direction du
vent.
Nous reconnoissions alors si evidemment
Fimpossibilite absolue d'executer notre pro-
jet , que la necessite de choisir entre mille
obstacles qui se presentoient, rendoit notre
881     '   i'       it J - '
•»a isri
§7 - (344)
'1788. situation tres - embarrassante. Nous decou-
Fevrier. vrimes pourtant un canal etroit entre une
petite ile qui gisoit au sud-sud-est, a quatre
lieues de distance, et File de Morintay. II
n'etoit pas moins facile de distinguer Jelolo,
dont la pointe la plus septentrionale nous
restoit au sud-ouest, a la distance seulement
de neuf lieues. Entre cette pointe et File
dont je yiens de parler, nous appercumes
un canal d'une vaste etendue. Nous n'eiimes
done d'autre alternative que d'y chercher
un passage, et de tourner Fextremite meridionale de Morintay, sans nous exposer
da vantage a perdre un temps qui nous etoit
alors si precieux, et tenter d'inutiles efforts
pour doubler le cap Nord , en depit des
vents , des courans et de la mer.
Nous prevoyions parfaitement qu'une fois
entres dans cette route, il n'y auroit plus
moyen d'en sortir. Nous sentions aussi que
nous pourrions nous trouver engages dans les
bas-fonds de Jelolo et dans le golfe de Chiauw,
golfe profond qui n'est pas moins rempli de
bas-fonds et de battures, et ou la mousson
souffle sans cesse, entretenue constamment
par des courans. Un pareil concours de cir- ■-       •    1       (345.)
Constances etoit plus que suffisaht pour nous 178?;
convaincre que la poursuite de cette en- Fevrier.1
treprise exigeoit la plus courageuse perseverance. En consequence , a midi , nous
port&mes vers le canal entre les iles Riou
et Jelolo; et, sur les quatre heures P. M. (1),
il s'ouvrit a nous , et parut avoir assez de
largeur pour etre navigable. Mais nous trouvames dans le milieu plusieurs petites iles
basses et sablonneuses qui pouvoient, jusqu'a un certain point, former un obstacle
a la navigation de ce canal, et meme la
rendre tres - perilleuse. Nous continuames
done notre route le long de la cote de Riou,
a deux milles de distance. La terre etoit
par-tout couverte de bois jusqu'au bord de
Peau. Mais, autant que nous pumes nous
en assurer par nos observations, on n'y de-
couvroit aucune trace d'habitans. Quarante
brasses de ligne ne nous rapportoient point
de fond.
A quatre heures et demie passees, nous
appercumes le sommet des hautes montagnes de Jelolo , qui sembloit s'elever au des-
(1) Post Meridiem, apres midi. (346)   :
1788.    Sfts de 111 orison; ce qui nous StconnoJtre
fivrier. bientot tout le danger de notre situation.
*En ce moment , nous nous trouvions si fort
advances, que la moindre tentative pour re-
tourner eut ete le comble de l'extravagance.
Nous avions deja depasse le canal : mais
File'de Morintay occupoit beaucoup plus
d'etendue au sud que ne lui en  donnoit
aucune des cartes. Nous avions egalement
passe File de Riou ; celles de Jelolo et de
J&orintay formoient alors un canal  vaste
Ct profond,d'environ douze ou treize lieues
aletendue* Le grand golfe de Chiauw etoit,
&. cet instant , sous le vent de notre vaisseau. On voyoit a environ cinq lieues a la
iiauteur de File Morintay, dans le canal le
Jong duquel nous gouvernions, une rangee
diles basses et sablonneuses, joignant a de6
bas-fonds. II faisoit un tres-beau clair de
lune : autrement nous ne nous serions pas
exposes a avancer pendant la nuit, Le vent
souffloit avec violence du nord-est. Notre
monde se tenoit cmistamment dans les deux
chaines de haubans pour observer le suc-
ces de la sonde , ainsi que sur les vergues
pour reconnoitre les bas-fonds ou tous autres ecueils non moins dangereux. Comme it     k-      (347)  -■        le
tious passions ces iles, les bas - fohds nous 1788.
parurent tr£s - unis a la distance d'environ Fevrier;
quatre milles, et nous pumes remarquer
un terrible ressac qui rouloit par dessus.
La sonde rapportoit regulierement de six , fl|
sept a huit brasses d'eau sur un fond de
sable. En faisant voiles plus avant dans le
canal , nous avions quatorze , vingt , et
quelquefois trente brasses , meme fond. Ces
iles s'etendent a pres de cinq lieues , nord
et sud. Elles sont a environ cinq lieues de
Morintay et a. huit de Jelolo. Ce seroit, a
mon avis, augmenter les dangers qu'on
court deja dans ce canal fcfue de passer entrd
les iles et Morintay : car nous trouvames
un fort courant qui, dans sa rapidite, nous
portoit presqu'au sud.
Ce fut un grand chagrin pour nous d'a-
voir passe le canal en question pendant la
nuit^parce qu'a raison de ce contre-temps,
nous ne pumes envoyer des chaloupes a
terre pour examiner la nature du sol , et
chercher des tortues. On sait que les iles
basses et sablonneuses sont les lieux ou elles
se trouvent le plus ordinairement. Dans
notre passage, nous trouvames Fair parfume
d'odeurs aromatiques.Quelques-uns de nous 1788.
Fevrier.
Mardi
19.
Mercredi
20.
s .. 1(S48)i      1
crurent distinguer particulierement Podeur
de la muscade.
Quand nous fumes sortis de cette chaine
d'iles et de bas - fonds , nous serrames au
plus pres du vent pour approcher , encore
une fois, de Fextremite meridionale de Mo*
rintay. Nous y reussimes heureusement le
19 a-la pointe du jour, ou nous trouvames
que nous n'en Etions qu'a. trois lieues. Nous
continuames degouverner ainsi jusqu'a- midi.
La latitude etoit alors d'un degre 4-7 m^*
nutes. Les extremites de File Riou couroient
de sud - ouest - quart - ouest au sud- ouest-
mi-sud , a neuf lie&es de distance ; et celles
de Jelolo nous restoient dp sud-sud-ouest
au sud - est, a la distance de onze lieues,
Dans cette position, nous decouvrions Fextremite du canal a traverslequel nous avions
fait voiles.
Nous continuames notre route a Fest-
sud-est, avec un vent de nord - est, mais
assez leger pourtant, jusqu'au 20, que nous
eumes, a midi, la satisfaction d'etre por-
tes vers la pleine mer. La latitude nord etoit
d'un degre 56 minutes. L'ile de Morintay
couroit de sud - quart- ouest - mi - ouest, a
Fouest -quart ► nord-mj- nord, a. seize lieues ( 349 )
de distance ; et File de Jelolo nous restoit    1788.
de sud - quart - ouest au sud - ouest, a. la  Fevrier.
distance de quatorze lieues. Nous gagnames
ainsi tres-heureusement la mer, sans perdre
beaucoup de vtemps, et a travers un canal
par lequel nous ne nous serions jamais exposes a passer, dans toute autre situation.
Nous ne vimes cependant rien qui puisse
empecher un vaisseau de le passer facile-
ment  et en  toute surete , en prenant les
memes precautions  que  nous, et en fai-
sant   attention  a toutes  les  circonstances
particulieres dont ii a ete parle plus haut.
J'ai indique les gisemens avec tout le soin
et toute  la fidelite possibles pour l'utilite
des navigateurs qui, par choix ou par necessite, jugeront a propos de suivre cette
route.
Nous n'avions cesse d'eprouver depuis
Magindanao de forts courans qui portoient
au sud et au sud - ouest. Le vent souffloit
constamment au nord - est ; et dans toute
la route , depuis cette ile jusqu'a Morintay,
nous avions remarque la plupart des dangers qui se trouvent entr'elles deux.
Suivant notre calcul , Fextremite meridionale de l'ile Morintay git par les 1 degrp
sa ( 35o )
1788.   40 minutes  de  latitude nord, et les 128
Fevrier. degres de longitude Est de Greenwich. La
terre que nous vimes  le 16 devoit etre ,
selon nos conjectures, les iles Talour et
Pile de Sanguir.
1 C H A P I T R E   VI.
E>e Vaisseau continue sa route a Vest*—*-*
Des Courans le portent jusqu'a Vile de
Wa^jiew* —P De& SymptSmes de scorbut
se man f&Stentparmi les gens de Vdqui-*
pdg&.. —m Le vent adonne pour la pre-
midre fbis au nord-ouest. Passage a
*file WagieW , et aux iles TdWe, dange*
reuses pour Ids navigateurs.--— Vue d&S
il&s Freewill. —Des tkiturels viennent it
hord.—^Joie Qu'ils tdm&ignent en voyani
dufer. —Quelques details sur ces fled.)
^f^-Lhur latitude, leur longitude > etc* «***
Forts courans dans leur vcdsinage.
JUL- ne nous arriva rien de bien remarqua-
*v?f Vendredi
ble jusqu'au 22. Nous gouvernions a Fest-      a2.
sud-est. Le vent soufrloit constamment du
nord- est, et nous eprouvions chaque jour
un courant de_ sud*  A cette epoque , Fex«*
tremite septentrion^Ie de la Nouve!le-Gui*
nee nous restoit dans la direction d'est-sud- ( 352 )
1788. est, a la distance de 120 lieues. Nous vimes
Fevrier. alors la terre qui couroit d'est - sud - est a
Fouest - quart - nord, a environ neuf lieues
de distance de. la Nouvelle - Guinee. Nous
pensames que la terre a Fouest etoit File de
Wagiew , qui forme la partie la plus sep-
tentrionale des detroits de Pitt. Quant a
celle que nous voyions a Pest, nous ne
-pumes rien conjecturer, attendu qu'il ne
s'en trouvoit aucune de marquee sur les
cartes dans cette direction. La latitude nord
de la ligne observee a midi etoit de 22 minutes seulement, et la longitude Est de
Greenwich, de i3i degres 10 minutes. L'ile
de Wagiew s'etendoit, en ce moment, de
sud - est - quart - est a. Fouest, et nous pouvions bien en etre a six lieues de distance.
Dans cette situation, nous derivions par
le travers du vaisseau sous le vent de File
Wagiew. II nous parut presqu'impossible
de doubler Fextremite de cette ile, et encore moins la Nouvelle-Guinee , si les vents
ne changeoient pas d'une maniere plus favorable pour nous. Car, ils avoient, jusqu'a-
lors, souffle invariablement du nord - est.
Ajoutez que les forts courans de sud avoient
porte
\ 1  . .    ( Ifl ) I . \   .
|)brte le vaisseau si loin que nous riotis troli- ijW;
viohs dans une position egalement incer- Fevrieh
ijaihe et embarrassante. II nous devenoit
feres-difficile de prevoir Un changement heu-
reux ; et dependant il nous sembldit que la
seule ressource qui nous rest&t reellement
etoit d'attendre ce changement avec patience. II faisoit une chaleur etouffante j
mais nous avions des vents assez frais ; c'etoit FuniquP avantage qui put adoucir uii
peu notre situation critique. La perseverance
tri#mphe quelquefois de dangers qui avoient
paru d'abord insurmontables ; c'est ce qui
nous determina a. redoubler de courage eri
cette circonstance-.
Le 23 , a midi, nous n'avions fait aucune
espece de progres. La latitude nord de la
ligne etoit de 6 degre 3o minutes, et la iorf-
gitude Est de i3i degres 26 minutes. Nous
iie nous trOuvions alors qu'a cinq lieues de
File Wagiew, qui s'etendoit de Fest-sud-est
a Fouest-sud-ouest. La terre n'oflxoit riert
de semblable a celle qu'on avoit vue jusqu'a
ce moment. Elle etoit extremement elevee^
et se composoit de montagnes detachees et
dispersees ca et la ; enfin , elle presentoit $
autant qu'il nous ftit possible d'en juger^
Tome L iS
Saniedi (354) ,;
1788. Faspect le plus triste et le plus sauvage. Elle
Fevrier. couroit est et ouest ; toutes les montagnes
alloient , pour ainsi dire , s'abimer dans la
mer. Cent cinquante brasses de ligne ne
nous rapportoient point de fond. Nous de-
couvrimes aussi une^peftte ile dans la direction de nord-ouest.
Ainsi nous arrivions, a chaque instant,
plus pres de la terre, sans le moindre espoir
de voir notre perseverance recompensee par
un changement plus favorable% II y avoit,
a cette epoque, un grand mois que nous
nous etions exposes a tous les perils d'une
navigation difficile et fatigante, sans avoir
fait des progres bien considerables.  Plusieurs de nos gens commencoient aussi a se
trouver incommodes des chaleurs ; et Fidee
seule de Fennui qui nous menacoit dans le
passage en Amerique, donnoit du chagrin
aux uns , et jettoit les autres dans Fabatte-
"'ment* et le desespoir. Les premiers symp-
tomes du scorbut s'etoient manifestos, mal-
gre notre scrupuleuse attention a suivre ,
dans tous ses points, le regime si heureuse-
ment imagine par le  capitaine Cook, et
observe par lui avec tant de succes. Nous
avions redouble de soins pour retarder les
\ ,1' - t &s) I      j 2,
attaques de ce cruel ehneriii; Pincerfcitude de 17S8;
reussir nous placoit dans une triste situa- Fevrier^
tion , et je ne sais jusqu'a quel point rios
gens se seroient abandonnes au decourage-
ment, s'il ne fut siirvenu dans notre etat un
changement qui ranima leurs esprits abat-
tus, et les porta a tenter de nouveaux efforts. A quatre heUres du soir de ce joiir^
comme nous etions a. trois lieues de File,
le vent souffla tout-a-coup de nord-ouest',
C'etoit le premier changement favorable que
nous eussions eprouve depuis notre depart
de Samboingan.
Nous profitames stir le champ de cette
heureuse circonstance. Nous avions alors Ja
route au nord-est: toutes les voiles etoient
depioyees, de sorte qu'au coucher dii so-
leil I nous nous trouvames a une distance
considerable de Wagiew.
En ce moment) noiis voyibns beaiiPoup
plus la terre > par Favant du vaisseau. Elle
etoit tr^s-basse , et paroissoit conlposee de \
masses detachees; d'oii nous concluhies quk
c'etoit un grouppe d'iles. Pendant la huit $
nous contimiames de gouverner au hord-v
est, immediatement vers la terre. Le verifc
ne eessa de souffler a Fouest - nord - ouest $
[>;T3 e . > -    v     { 556 5|   .   ..   ' '
ag    ce qui- nous mit en etat de tenir la route
Fevrier   jusqn'au lendenaain 24. A la pointe du jour,
n.       ,   nous nous trouvames a. trois lieues de la
Ui manche
24. terre que nous avions vue dans la soiree de
la veille. Elle consistbit, ainsi que nous
Favions conjecture, en plusieurs iles tres-
basses et entiei ement couvertes de bois. Des
has - fonds et des rescifs les environnoient
de toutes parts ; leur etendue paroissoit considerable. Elles couroient de nord-ouest au
nord-est-quart-est , et etoient situees a environ cinq milles, les unes des autres.
Comme ces iles ne se trouvoient pas pla-
cees sur les cartes, nous imaginames de les
nommer iles Tatee, du mot que le petit
nombre des naturels qui etoient venus a la
portee du vaisseau n'avoient cesse de pro-
noneer avec de grandes vociferations, Elles
gisent par les o degre 20 minutes de latitude
nord, et les i32 degres 2 minutes de longitude Est de Greenwich. II est tres-dange-
reux de les approcher, sur-tout la nuit ; un
vaisseau qui se hasarderoit a les traverser ,
jperiroit infaiiliblement.
_ Nous appercumes plusieurs canots qui
voguoient entre les rescifs. Deux d'entr'eux
portant chacun cinq naturels, vinrent tresr? I • ' ■   ( 35; ) . £
pr£s  du vaisseau.   Ces  insulaires   crioient    17$$*
d'un ton de voix efFroyable : Tatee, Tatee.   Fevrier.
Toutes les tentatives que nous pumes faire
pour les determiner a venir bord a bord ,
furent inutiles. Nous avions pourtant soiit
de leur montrer les articles de trafic que
nous regardions comme plus propres a les
engager a eommuniquer de plus pres avec
nous ; ils consideroient le vaisseau avec des
marques d'une extreme surprise; et, a leurs
diBerens gestes , tous vraiment grotesques,
nous eumes lieu de penser qu'ils n'avoient
jamais rien vu de semblable. lis paroissoient
etre de la meme race que les Papous. lis
avoient la tete laineuse , la peau d'un noir
de jais, et tous les traits des negres d'Afri-
que. Ils tenoient dans leurs mains de longs
javelots dont.une arete de poisson formoit
la pointe, et les brandissoient de temps a
autre de notre cote.
Nous remarquames la construction parti-
culiere et vraiment curieuse de leurs ea- \
nots. Ils etoient de forme longue et tres-
etroits. Pour les tenir en balance , ils font
sortir d*un cote une grande aiguii Ie de ca-
rene avec un reseau au milieu. Ce reseau
est une forte corde pour laquelle on se sert
Z 3
m '""...' -       I:    - ' (  358  )
1788. de Feeoree du bois de copotier. II fprmoit
¥?YE£ft une espece d'echafaud sur lequel ces insu-
laires pla^oient leurs amies , leurs instrument pour la, peche , etc. Nous desirions
biert envoyer des chaloupes a terre : mais
comme les bas-fonds, empe.choient le vaisseau d'avancer assez pres pour leur donner
secours , nous pensames que ce seroit, de
notre part, une temerite impardonnable d'ex-
poser ainsi notre monde a quelque danger.
Vers midi, le vent fraichit du nord-ouest,
j k notre grande satisfaction. Nous dimes
adieu aux iles Tatee, et poursuivimes notre
route au nprd et a Fest. Chaquelieue, dans
cette direction, etoit pour nous de la der-
niere importance. Au coucher du soleil, les
extrem.ites deciles Tatee.n ous restoient d'esfr
quart-sud aii sud-est-quartest, a cinq lieues
de. distance. La cimp des arbres paroissoit
s'elever precisement au dessus de Peau. En
ce moment, Ips extremites de File Wagiew
pouroient de sud-ouest-quart-sud au sudV
puest - quart - ouest, a la distance de dix
lieues.
M$rc^edji Nous, continu&mes notre route jusqu'au
%fy. %y avep un vent favorable, mais, en general, tres leger. II tpnna et il. eclaira, dune (3^9)  .
maniere effrayante. Le temps etoit ohscur ,    1788.
et la chaleur accablante. Le thermometre se  Fevrier.
trouvoit, en ce moment, au 88e degre, souvent meme au 92°. Une observation faite k
midi donna 56 minutes de latitude nordj
et i36 degres 35 minutes de longitude Est
de Greenwich. On decouvreit, par le mat
de Favant, la terre ou plutot des arbres ,
restant d'est>quart-sud au sud-est-quart-est..
Lorsque nous en fumes a une certaine distance , les courans porterent fortement au
sud - sud - ouest. Comme nous n'etions pas
en etat de doubler la partie la plus septen-
trionale, nous arrivames  sous le vent de
cette terre , et nous trouvames alors qu'elle
consistoit en quatre petites iles dont la plus
grande n'a voit pas plus de cinq lieues de
circonference. Nous rangeames la cote  a
trois milles  de   distance , et  decouvrimes
alors un grand village situe sur le bord de
File , au milieu d'un bois de coeotiers | tout
le reste ne paroissoit etre qu'une foret: on
n'y appercevoit pas un seul endroit en culture.
Nous fumes bientot environnes d'un grand
nombre de canots qui venoient pour nous
visiter. lis contenoient I reunis ensembLe , *7$^ au moins cinq cents naturels, tous homme^;
f eyrie*. Chacun de ces canots portoit six ou sept,
personnes. La forme de leur construction
etoit la meme que celle des canots des iles:
Sandwich. Les naturels ressembloient aussi
aux habitans de ces iles ; et ce ne fut paS
sans beaucoup de surprise que nous les en-
tendirnes parler le langage de ces derniers
insulaires. D'apres les observations que nous
fimes, on peut conjecturer, je dirai plus ,
on peut croire en toute assurance qu'ils sont
la meme r^ce d'hommes. Ils vinrent bord
k bord du vaisseau ^sans se faire prier, et
sans armes. Nous resumes d'eux une quantite considerable de noix de cocos fraiche-
ment cueillies et de ligne de coir, et leur
donnames en echange des morceaux d'un
percle de fer, d'environ un pouce de longueur.
Lorsque ce fer eut ete expose a leur vue ,
ils furent tous saisis d'une joie muette, mafe
si expressive qu'il est impossible de la de-
crire. Celui d'entr'eux a qui nous Favions
remis, pommenca a danser et a cabrioler
autour du pont, et s'etant couche sur le
dos, il se roula et se demena d'une ma-
n^lre si extraordinaire  que  nous  crume%
iRSi A («8K ), - I
reellement qu'il verioit d'etre attaque tout- 1788,
£-coup de quelque mal particuiier, Enfin, il FevriUr,
se leva et baisa le morceau de fer avec les
signes d'une joie extravagante qui prouyoit
combien la possession de ce fer qu'il regar*
doit comme un si grand tresor avoit de
charmes pour lui. Ses camarades, impatiena
de voir le morceau de fer, se pressoient au-
tour de lui ; mais au bout dp quelques minutes, il se plongea dans la mer, et ayant
tOurne la tete de notre cote , il baisa de
nouveau le morceau de fer, et nagea lesn
tement vers le rivage. Je donnai ordre
alors qu'on coupat plusieurs cercles de fer,
et chacun de ces naturels qui nous avoient
ainsi rendu leur visite , recut un morceau
de ce metal si precieux a leurs yeux. lis
nous quitterent ensuite avec des expressions
rpiterees de la plus viye reconnoissance.
Ces insulaires sont d'un caractere aima-
ble, confiant et rempii de franchise. Auss|
leur fimes-nous un accueil assez gracieux
pour qu'il ne sorte pas facilement de leur/
memoire. Nous remarquames de grandes.
nattes dans leurs canots; et sur ce que nous
lour demandenies a quel usage ils les em-
ployoient, ils nous apprirpnt qu'ils s'en sei>. '
4
i
,'      ■      ft'     '        .-• •    ( 3fo )
1788.    voient comme   de  cottes de  mailles,  et
Fevrier. qu'elles pouyoient resister a la pointe d'un
javelot. II est vrai que le tissu en etoit si
fort et si serre, que je doute qu'une baile
de pistolet put les penetrer, meme a une
tres-petite distance. Tout semble done an-
noncer, et cette reflexion est penible a. faire,
que les aimables habitans de ces iles con-
noissoient les* arts , sans etre cependant
moins accoutumes aux horreurs de la guerre.
Le cruel Dieu des combats peut contempler
dans toutes les parties du globe les tristes
victim es de ses jeux barbares.
C'est le capitaine Carteret qui, dans son
voyage autour du monde , decouvrit origi-
nairement ce grouppe d iles. II jugea a pro-
pos de les nommer iles de Freewill, du
caractere franc et genereux de leurs habitans. Peut-etre ne se rappelle-t-on pas gene-
ralement qu'un de ces insulaires Paccom-
pagna sur le Swallow. On Fappelloit Tom
Freewill ; il mourut dans le passage aux
Celebes. *
Comme il s'etoit ecoule un intervalle dp
temps considerable depuis le moment ou. le
capitaine Carteret visita ces iles jusqu'a
pelui  ou nous  y  arriv4mes | on pouybit mi,-   '     #'    '  ( 363 )' w i ' •
croire ayec assez de fondement que les 178$,
pompatriotes de ce jeune homme avoient Fevrier,
publie qu'il etoit parti ayec le nayigateur
anglois. Mais , au contraire , plusieurs dp
pes naturels montroient, tantotle vaisseau,
et taritot la mer , et nous donnoient a en«r
tendre avec d'autres gestes non mbins signi^
ficatifs qu'un d'entr'eux avoit ete emmene.
Comme nous connoissions parfaitement tous
les details du journal du capitaine Carteret,
nous leur apprimes a notre tour que leur
pompatriote n'etoit plus. lis s'entretjnrent
alors tous ensemble de ce sujet, et nous en
reparlerent de nouveau, mais ayec .Fair de
la plus entiere indifference. Au moins n'en
Vema.rqua.mes nous aucun parmi eux qui ,
soit comme ami, soit comme parent, temoi-r
gnat la moindre douleur du triste sort de
Finfortune Tom Freewill. &£
Nous reprimes alors notre route au nord-?
est avec une jolie brise d'ouestnord-ouest.
En passant au nord de pes iles, nous ob^
servames qu'elles etoient comme attachees
ensemble par des rescifs tres-dangereux qui'
avoient trois ou quatre milles. d'etendue
dans toutes les directions. Au poucher du
soleil, le corps de ces iles nous restoit, au, Jendi
(364)
1788.   nord-nord-ouest, a quatre lieues de dis*
Fevrier.  tan cet5 -..-..-
Le 28, le temps devint tres - rafFaleuxv
Le vent sautoit continuellement du nord au
nord-est, de sorte que la meilleure route
que nous pumes faire fut a Fest, ou a. Fest
un quart-sud. A midi nous avions o degre
55 minutes de latitude ; les vents etoient
maniables ; la pluie tomboit par grosses
bouffees ; elle p'toit accompagnee de ton-
nerre et d'eclairs.
Vend H* ^'e 29 ? dans la matinee , comme nous
29. gouvernions au nord par un vent leger de
sud-est, on decouvrit la terre par le mat
de Favant. Nous rangeames la c6te, et trouvames que c'etoit les iles Freewill. Nous
ne pumes nous rendre facilement raison de
cet evenernent. Comme les iles, dans cette 1
mer, ont beaucoup de ressemblance les unes
avec les autres, nous crumes d'abord nous
etre trompes jf mais notre doute fut bientot
eclairci par Farrivee de plusieurs de ces
insulaires dont nous nous etions fait tout
recemment des amis. Ils s'avancerent k traL
vers les rescifs pour nous apporter en pre<-
sent des noi« de cocos, et nous eumes.
fepaucoup de peine a obtenir d'eux qu'ils*. ( 365 )
acceptassent quelque chose en eoliajige. Un
de ces naturels, entr'autres , nous montra
un morceau de fer qu'il avoit recu de nous
deux jours auparavant, comme pour nous
prouver qu'il n'avoit pas oublie ses bien-
faiteurs.
La latitude nord , a midi , etoit de 1 degre 7 minutes ; plusieurs observations sur
les distances du soleil et de la lune donne-
rent 137 degres 10 minutes de longitude est.
Le grouppe des iles Freewill nou% -restoit
alors au sud-est-mi-est, a quatre lieues de
distance ; ce qui determine leur gisement
par les o oegre 56 minutes de latitude nord
de la ligne, et les 137 degres de longunde
Est de Greenwich.
Nous comptio^is bien que les courans nous
auroient fait deliver sous le vent le 28 :
mais nous ne nous etions pas attendus qu'ils
nous pousseroient avec assez de violence
pour nous faire retomber dans ces iles. Nous
trouvames , au contraire, qu'en portant au
nord pendant route la duree du jour precedent I notre route n'etoit pas beaucoup
meilleure qu'au sud,un peu a Fest, quoique
nous gouvernassions a. Fest.
£jous ne perdimes de yue ces iles que le
1788.
Fevrier*
3£ 1788.
' Mars.
Samedi
1.
te   -   "    '     f C 366 ) 1       ^   '
premier mars. Nous etions, a midi,.par leS
1 degre 4© minutes de latitude nord. Le vent
sautoit, comme a Fordinaire^ du nord-est k
Fest-nord-est. Le temps etoit sombre, in-
certain , et il faisoit une chaleur etouffante.
De temps a autre, la pluie tomboit par raf-
fales pr^cipitees , ce qui etoit fort mal sain
pour les gens de l'equipage qui souffroient
beaucoup de Fhumidite continuellei D'e-
paisses tenebres obscurcissoient Fathmos-
phere, et nos habits etoient tout mouilles*
Ajoutez a cette triste*situation la lenteur
avec laquelle nous avancions vers le »ord.
Ellp.aff&eQit nos gens , et diminuoit leur
activite a; tel point qu'il ne falloit pas moins
que toute Fattention et toute la vigilance
des officiers pour empedieidesprogres d'une
langueur si alarmante. (36>)
APPENDIX
DE CE PREMIER VOLUME
N°.   I
er
Instructions donndes au Capitaine Jejjt.
Metres , commandant les vaisseaux la
Felice et /Tphigenie, par les Marchands
Anglois propridtaires de ces vaisseauxl
Monsieur,
JlL est une gloire bien flatteuse pour ceux qui entre-
prennent des voyages dans des contrees eloignees 5 c'est
de contribuer a eclaircir les points obscurs de la geographic , et a ouvrir de nouvelies routes au commerce.
Tout nous porte a croire qu'on pourroit faire le trafic
avec beaucoup d^avantage entre la Chine et la cote
nord-ouest d'Amerique, dont une partie a ete deeouverte en 1579 par sir Francois Drake. La situation
de la Chine , tant pour ce qui concerne l'equipement
des vaisseaux destines au commerce des fourrures , que ( 368 ) Jj
jpotir l'arrangement des cargaisons , 'est si favorable $
tju'elie. nous a paru devoir bientot detruire toute espece
de concurrence, et nous assurer la possession exclusive^
de cette precieuse branche de commerce dont la nation
retireroit de si grands avantages. Ces considerations
nous ont determines a. armer et equiper convenabie-
jnent deux bons vaisseaux , savoir la Felice et Vlpki-
genie, dans le dessein d'etablir a la c6te nord-ouest
d'Amerique le trafic dont il s'agit.
Vous etes expressement reqtiis par ces presentes de?
conduire, en faisant le plus de diligence possible, les
deux  vaisseaux en question , a la _c6te nord - ouest
d'Amerique; La route la plus courte , a notre avis, esfc
d'avancer vers le sud au travers des mers de Chine ,
entre Mindoro et Pela.w41t.y8et au sud de Magindanao. Vous relad^erez , s?jl est necessairje , a Sooloo ;
et j tournant Fextremite septentrioriale de la Nouvelle-
Guinee , vous pousserez a i*£st, autant que les vents
le permettront j ou que vOus jugerez convenable de le*
faire. Dela , vous porterez au nord du tropique pour
avoir des vents variables qui puissent vous conduire eri
Amerique. Comme cette navigation est considerable ,N
et exigera beaucoup de temps , il est a propos que vous
Vous approvisionnez d'une quantite suffisante de tonnes
d'eau, attendu qu'il n'y a pas de meilleur pr&servatijf
fcontre le scorbut , ni rien de plus efficace pour en em-
pec'her les progres , que d'etre fourni d'eau en abon-
dance. Ife
C6mme le success du voyage depend ^ en grand^
partie , de votre projnpte arrivee a 1'entree de Nootka $
nous desirons ? dans le cas ou VIphigenie se trouveroit
etm <Stre hmufais voilier, et retarderoit Votre route , t|u©
Vous vous separiez de ce vaisseau , et que vous avail-
fciez avec la Felice seulement a la c6te d'Amerique.
Vous vdilis chargerez de donner au capitaine GuiL&
laume Douglas les instructions riecessaires pour Qu'il
dirige sa route le plus prompteinent possible vers la
rivie're de Cook , ou il restera aussi long | temps qu'il
le jugera a propos. Vous lui prescrirez d'avancer dela
a. Ventree du Prihce Guillaume, pour y sojourner jusqu'a ee que le trafic commence a se ralentir7 II gou-
vernera aloris au sud vers l'entree de la Croicc qu'ort
pf&s^ume avoir Communication avec la baie gisant ail
nord du cap Edgecombe , et le long de la c6te au sud
jusqu'a Ventrde de Nootka. Il aura soin de reconnoitre
les differentes baies et iles $ et de s'arreter ^ dans cha-
letine d'elles, le temps qu'il cfoira necessaire. II tachera
d'arriver a \Jentree de Nootka vers le premier septem-
bre 1788. II vous y attendra jusqu'au \5 octobre 5 et
dans le cas Ou vous n'y seriez point arrive a. cette iepo-
ique^ vous lui enjoindrez de faire voiles vers la Chine
avec sa cargaison, telle qii'il aura pu se la procurer ^
et de laisser a l'ua des principaux chefs une lettre
dans laquelle il donnera seulement connoissance de soii
arrivee et de son depart* %$?,
Les habitans de Ventree de Nootka qui attendent
des vaisseaux , ne manqueront certainemerit pas de
tenir pr£te une bonne cargaison de pelleteries $ destinee>
a recompenser la diligence du premier qui abordera
chez eux. Nous vous recominandons en consequence ,
et de la manidre la plus express©, de ne rien negliger
pour y arriver le plus promptement possible. Pendant;
Toms Ik A a (37o>
leotre sejour que vous prolongerez autant que vous \&
croirez neces«aire , vous aurez soin d'envoyer votre
chaloupe, bien arm^e , sous les ordres d'un officier
prudent , a VVicananish , a. douze ou treize lieues au
sud de Verrfrge de Nootka, ou nous pensoas qu'on peut
se prg&ourer^de belles pellejeries. Nous vous recomman-
dons d'avancer ensuite a V&tttee de Barclay, et de reconnoitre avec beaucoup d'attei&iQn la c6te vests le sud
jttsqu'aux '^tabl-issemens espagn^k. Si la perspective
du trafic faisoit concevoir de grandes esperances , vous
retourneriez au nord en exanpoant les differentes baies
et ports qui gisent au nord de Ventree de Nootka ,
partieulierement les cotes des iles de la Reine Ghar-
lotte jusqu'au 55*'degre de latitude nord j ou bien ,
vous vous borneriez a e&ecuter la partie de vos instructions qui pourra s'accorder avec le projet d'arriver
a Ventree de Nootka vers le premier, septembre 1788.
II seroit possible que de retour a Ventree de Nootka7
vous  y  tr&uvassiez  VIphigenie.  Dans ce cas, vous
ikmneriez  ordre a ce vaisseau de faire voiles sur le
champ vers la Chine, avec toutes  les fourrures que
vous auriez amassees 5 et comme nous nous proposons
de vous lesrenvoyer le plut6t possible apres son aui-
vee , vous conviendrez avec le capitaine Douglas d'une
iepoque et d'un lieu de fendez-vous ou vous pulssiez
jrecevoir les instructions et les rafraichissemens que nous
comptons vous envoyer l'annee prochaine. Nous vous
laissons le maltee d'hiverner sur la c&te d'Amerique o«
aux ties Sandwich. Toutefois , lorsque nous songeons a
la rigueur du climat et combien il importe de veiller a
«'Ia. conservation de votre monde j lorsque nous refle
ts ^isscms^ussi qu'on ne peut pas se prcmiettre de'grands1
avantages du trafic a la c6te d'Amerique pendant 1'hi-
ver, nous pensons qu'il sera preferable pour voiis d'hi-
verner aux iles Sandwich, et de revenir a la cote
dan& le commencement de mars. Vous ne negligenez
pas d'en instruire les Indiens de Ventree de Nootka ,
afin qu'ils pussent attendre votre retortr?
Quoique la provision de ciiivre, de fer et d'autres
articles de trafic que vous emporterez avec vous soit
coiBiderable , nous vous recommandons cependant d'en
lister avec la plus stride economic Car les naturels
commeVcent ; a ce qu'il paroit , avec beaucoup d'intel-
■itgence et d'adresse. Alors, pour peu qu'ils remarquas-
Sent de la prodigalite ou de la negligence de votre part
'dans les echanges , lis porteroient-deurs fourrures a si
haut prix que> non -seulement ils epudseroient vos provisions actuelles-^ ^n%is encore feroient le plus grand
tort a xeux qui \ par la suite >ventreprehdrOient le trafic , si m&me ils ne detrUisoient totalement leUrs esperances.
Toutes les personnes que jrous aurez a bord se sont
e.ngagees par les articles du traite a ne point faire le
commerce , meme pour (Jesobjets de la plus-mince valeur. Nous comptons que cette obligation sera fidele-v
inent rempiie , et nous sommes tres-determines k profi-
ter de l'amende qui resulteroit pour noiis de la violation de cette clause» Mais comme il se pourroit qwje^
malgre la condition , vos matelots eussent fait provision
.de fer et d'autres articles de trafic , dans l'esperance
d'6chapper a votre attention et a votre vigilance, nousi
y^ous  enjoignons   de   choisir un moment   convenable
A a % ( 372 >
avant d'arriver a la vue^de la cote d'Amerique, pour
visiter soigneusement le vaisseau ^3t vous ^emparer de
tous les articles qui pourroient etre employes au trafic ,
en en remboursant la valeur au proprietaire.
Comme les peaux de doutres sont d'un prix bien
superieur a celui des autres fourrures , elles seront na-
turellement l'objet principal de votre trafi©. Les peaux
de castors et de renards , sur- tout celles des renards
noirs , ont une valeur considerable en Chine. Les
peaux de martres ne doivent pas rapporter plus (¥un
dollar chacune. *
Nous vous recommandons-aussi comme un objet qui
merite toute votre attention, de recueillir le plus d'huile
et de cote de baleine qu'il vous sera possible. Nous
vous avons approvisionne., a cet effet, d'une quantite
suffisante de tonneaux.   ^ftis
On assure que le ginseng et la racine de serpent
sont des productions de la c6te nord-ouest d'Amerique.
Vous rapporterez autant que vous pourrez de ces deux
productions , ainsi que des echantillons des diffilrens
ocres et mineraux dont les naturels font usage pour se
peindre.
On pretend egalement que les pedes de moules
abondent a la cote nord-ouest d'Amerique, et qu'on
y trouve aussi du corail. Vous en rapporterez autant
qu'il vous sera possible.
On ne cesse de nous demander ici des esparres de
sapin. Approvisionnez-vous de tout ce que vous pourrez commode ment en emporter.
^^chez de vous procurer une grande quanuV de 'eSis     m
peaux d'liurst ou de nourse. Elles valent ici vingt
dollars d'Espagne le cent.
Comme il paroit que les naturels epient toujours le
moment de tirer avantage de la foiblesse ou de la negligence de ceux avec lesquels ils traitent , il sera ne-
cessaire que vous vous teniez toujours en garde con-
tr'eux,et que vous ne relachiez rien de votre vigilance
et de votre attention. Nous vous recommandons cependant tres-expressement la^'pius entiere tolerance avec
eux dans les circonstances meme 'c% elle pourroit vous
rabaisser dans leur opinion ou compromettre votre sft-
rete 5 l'humanite l'exige.
Vous tacherez de iaire multiplier beaucoup , tant a.
Yentree deuNootka qu'aux iles' SaridwicK, toutes les
especes de volailles que vous aurez , ainsi' que les co-
chons , l&s boucs et les nioutons. Des vo.tre arrivee ,
vous verre^Comekala, 1'un des naturels de cette entree , et lui ferez tels presens que vous jugerez a
propos.
Dans votre retour aux ties Sandwich , vous irez
chez Tianna a Atooi ,oua celle des iles ou il voudra
vous recevoir. Vous lui offrirez en present ce que vous
croirez pouvoir lui etre utile ou agreable. Vous reser-
yerez, s'il est possible , quelques-uns de vos boucs et
de vos moutons pour ce chef 5 aftendu qu'en les laissant
en sa possession , c'est le nioyen le plus sftr qu'il en
soit pris un soin particulier , que leur nombre s'ac-
croisse , et qu'ainsi ces iles deviennent le lieu du
monde le plus propre a. offrir aux vaisseaux tous les,
rafraichissemens necessaires.
j9l a * 3- 7     »
Nous vous recommandons de n'emmener avec vou$
$ucuns naturels de l'Ame^rique^, ni des iles Sandwich h
parce qu'il ii'est pasjcertain <jue i^>us trouvassions quel-
qu'occasion de les renvoyer dans leur pays..
Si , dans le cours du voyage , vou^ rencontriez qael-
ques vaisseaux russes, anglois on espagnols, vous ei*
agirez avec lionnetet^ et amijijtoe* Vous leur permettrezj
meme , -f^ls y sont autorises , d'examiner vos papiers,
qui pourro^f montrer quel est l'objet de votre voyage^
Vous vous premunirez , en meme temps , contre toute
espece de surprise. S'ils tentoient de s'emparer de votre.
vaisseau , ou meme de vous detou^rner de votre route ,
vousies en empecherez par tous les moyens qy^jieront
en votre pcmvoir , et r^pousserez;, s'il le fe.ut^^igi force
par la. foTQ?. Dans le premie? port ou vous arriverez ,
vous protesterez devant un officier public contre l*Ule-
galite d'un pareil pro.cede j vous constaterez yjautan£
qu'il sera possible, la valeur de.votre vaisseau et de la
cargaison , et nous enverrez cette protestation a \e^
Chine avec le derail fidele de i'eveneinent qui y *£»%
$onne lieu.^
Dans le cas ou , k la suite - d'une semblable atta-
aue? la victoire vous resteroit,. vous prendriez possession du vaisseau ennemi , ainsi que de la oa?|gaison.
Vous emmeneriez l'un et 1'autre avec les officiers 3et les.,
gens de l'equipage a la Chine , afin .qu'ils y soient
juges de bonne prise, et que les hommes soient punis.
comme corsaires. .....
Nous finissons par vous recommander de yiyre darts
|a meilleure intelligence avec vos  officiers^et d'oh-^ I   r    WgM
server a i'^gard des gens de l1 equipage la plus s4y&re
discipline.
Agreez les voeux sinceres que nous formons pour
|*heureux succes de votre voyage.
Vos tres-humbles et tres-obeis*
sans serviteurs , signes les
marchands proprietaires.
Xa Chine, 2.4 decembre 1787,
•    e . n°.   I I.   .. '.: S, ;
Opldres au  Capitaine Douglas.
Extrait d'une lettre du Capitaine Jean
Meares , au Capitaine Guillaume Dour-
glas , commandant le vaisseau /'Ipni*
genie.
Monsieur,
Aussitot que j'aurai donned le signal pou^, notre
separation, vous commencerez a mettre a e^ecutioii.
J^t% instructions suivantes.
Permettez , avant tout, que j'insiste sur la necessite
qu'il y a que vous soyez exact a vous trouver  avec
A a 4 ( 376 )
moi au lieu et a 1'epoque que je vous ai indiques. De*
cette exactitude depend , en grande partie, le succes
du voyage que nous avons entrepris.
Je dois vous informer d'abord qu'il vous sera allou£
un pour cent sur les cargaisoi^s de VIphigenie et de
la Felicfe , et que le tout vous sera paye apres la yente
des fourrures. Je n'ai pas besoin de vous faire remar-.
quer combien ce traitement peut devenir avantageux
pour vous. Ne pensez pas non plus qu*en reglant les
choses sur ce pied, les personnes qui vous emploient
aient eu llntention de vous-exciter a bien remplir- votre
devoir a leur egard. Car si elles eussent cru un seul
instant que des motifs d'encouragement vous etoient
necessaires , elles ne vous  auroient certainement pas
confere le commandement dont vous etes rev&tju 5 elles
ne vous auroient pas donne la  marque de confiance
cue vous avez recue d'elles. Mais elles ont senti, au
contraire, qu'en faisant choix de vous pour commander
VIphigenie , en placant en vous une con£ance jdlimi-
tee, elles prenoient le meilleur moyen de vous attacher
*% leurs interets.  Ces reflexions n'ont pour but que de
vous remettre sous les yeux tout ce   qu'on attend de
vous, que de vous engager a vous tenir sans cesse sur
yos. gardes , et a veiller a ce que vos officiers et les
gens de votre equipage soient fiddles aux articles qu'ils
se sont obliges par ecrit de suiyre. Vous leur rappelle-?
yez qu'il ne leur est pas permis de faire aucune espece
de  commerce ou de trafic avec les naturels pour s#
procurer des fourrures on quelqu'objet de  semblable
valeur. Je desire sur-tout qu'il ne soit rien achet&, pas,
meme un article de pure curiosite a. la c6t;e d'A#e^$% '•.   ($77)       *
que , et le moins possible , aux ties Sandwich. De
pareilles relations avec les naturels ne tendent qu'a.
satisfaire une vaine et puerile fantaisie aux depens du
commerce que nous sommes sur le point de voir tout-
arfait etabii , mais qui n'est encore que dans son
enfance.       $||
Si l'on vous denoncoit lin trafic aussi illicite, ou que
yous vinssiez a. le decouvrir vous-meme^ vous en pren-
drez note sur le registre du vaisseau. Vous y feres
>merition du lieu et de 1'epoque de cette deeouverte,
des articles de trafic achetes, du nom des personnes eri
contravention, de sorte que les dejypquans puissent etre
livres a la justice. Vous vous emparerez des objets,
ainsi acquig,par une voie illegitime , et les mettrez en
dep6t dans la cargaison 5 de meme. que , si dans votre
equipage , quelqu'un avoit eu 1'imprudence d'emljar-*
quer des articles de trafic , vous les saisirez pour le.
compte de vos commettans , et consignerez sur le
journal du vaisseau toutes les circonstances particular es.
Vous tiendrez registre, sur un livre destine h. cet
usage , de toutes les fourrures^ue vous acheterez , de
leur qualite , de leur nombre et du prix que vous les
\ aurez payees 5, de maniere que vos commettans puissent juger de votre economie. dans le trafic confie a
yos soins, Je n'ai pas besoin de vous faire sentir ,1a.
necessite de menager les articles qui vous ont ete re-
mis , et de ne pas-les. prodiguer- au-point que votre fet
et vos grains de verre bleus fmissent par etre regardes
cpmme de la drogue par les naturels avec lesfluels/Ui
pourra vou&arriver de trafiquer.
\ r#
k( 378 )
Quand vos fourrures seront une fois- classees salon
leurs qualites, vousxies emballerez dans des caisses.
Vous les ferez passer a la fumee, et les serrerez ensuite
soigneusement avec des objets d'un poids considerable
par dessus, afin qu'au moment ou elles seront expo-
sees en vante , leur bonne mine ajoute encore a leur
valeur.
Je desire que, dans votre commerce avec les Indiens ,
vous ne preniez aucunes peaux de jeunes loutres ,
attendu qu'elles ne sont pas d'un grand prix ( 1 J*
L'envie de les vendre engage les naturels a les detruire
impitoyablement, tandis que, plus tard, elles auroientj
eu beaucoup plus de valeur.
Les queues de loutres ont leur prix ; vous en ache-
fcerez done autant qu'il vous sera possible. Mais vous
n'encouragerez pas les naturels a vous apporter des morceaux de peaux de loutres ou de vieiiles pelleteriea.
Elles n'ont , les unes ni les autres, beaucoup de va-»
leur ; et la facitifceriuie trouvent les^naturels a les de~»
biter n'a d'autre effet que de les rendre moins ardens a
la chasse des loutres qui en ont davantage.
Tachez de les dissuader de couper , comme ils le
font, les peaux de loutres et autres. Le commerce y
gagnera beaucoup.
Les peaux de renards noirs se vendent tres-bien ;
achetez-en autant qu'il vous sera possible. Quant aux
( i ) w Ordinairement les jeuies animaux sont joKs : les
jeunes loutres sont plus iaides que les vieiiles >♦. Buffort%
Jiistoirc naturdh, tome VU ds V'(dition T0& f page 23-1. e  I "J fm379y i
loutres de rivieres , et aux fourrures d'un prix irtfe-
rieur, je vous iaisse entierement le maitre de les ucheter
ou non: je vous observerai seulement qu'en encoura-
geant les naturels a se procurer de preference les lou~
tres de mer , c'est le moyen d'augmenter considerablement la provision de ces fourrures o\oxit le debit est si
avantageux.
Le castor , quand il a la peau noire , peut se vendre
de dix a douze dollars ; la loutre de riviere de quatre
a cinq seulement. Les peaux de martres noires ont dii
prix ; mais les brunes ne sont pas d'une grande valeur.
* On estime beaucoup les peaux des jeunes hursts $
elles sont&in objet de commerce \ elles se vendent de
dix a quinze dollars le cent.,
Comme il y a au nord une quantite considerable
de ginseng,rje vous r^csmmande d'en rapporter le plus
qu'il vous sera possible. Faites entendre aux naturels
que les femmes et les enfans doivent etre employes a
le recueillir. En l'achetant d'eux seuls , vous reussire'z
a tourner toute leur industrie vers cet article qui a une
si grande valeur.
Lorsque vous sejouriterez .dans, quelque port,', vos
charpentiers pourront s'occuper a couper des esparres
de sapin , et a scier des planches, sur-tout des courbes
et des couples de vaisseau , toutes pieces de construction qui se vendent tres-bien a la Chine.
L'huile n'est pas un ab-jet moins digne de votre attention. Elle coute en Chine l\S liyres sterlings la
tonne. La cote de baleine est aussi d'un grand prix.
Vous rapporterez des echantillons de tous les ini-ii&c.
|f|ux. Je vous recommande particulierement de. vous; ( 38o ) i
informer avec soin  dans quelles parties du  nord les
naturels trouvent leur cuivre^**
Lors de votre retour en Chine , des le moment ou
voits aurez atteint les iles Sandwich, vous aurez soin
de remplir tous vos tonneaux de pore sale. Vous le
-Vencrrez facilement a la Chine , ou bien on le conser-
vera pour faire les provisions de mer des premiers vaisseaux que vos commettans equiperont pour la c6te
d'Amerique.
Eiifin, je vous recommande une attention particu-
iteVe a charger votre navire de tous les articles que vous
crolrez pouvoir se debiter avantageusement a la Chine.
Si vous aviez une occasion favorable de saler le
poisson, e'est-a-dire, le codoh le hareng qui se trou-
Irent eii si grande quantite dans le Nord, c'est un soin
qu'il ne faut pas negliger. Dans tous ces details parti-
culiers, ie^temps vous reglera. Je vous ai indSque la
valeur respective de ces articles. Votre prudence fera le
reste. Comme vous avez un equipage suffisant pour
tons vos besoms , et que vos gens ont de forts gages ,.
jpaime a. croire que leur zele pour les interests de'eeux
qui les emploient sera proportionne au salaire avanta-
geux qu'ils en redoivent.
Nous savbns par expedience que l*on peut faire
tTexceliens cordages aux iles Sandwfi$h. Vous emp£-
cherez qu'aucun individu sous vos ordres n'achete des
lignes*pour la peche5: vous les acheterez pour le compte
du vaisseau , arrangees en forme de cordage 5