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Voyages de la Chine à la côte nord-ouest d'Amérique, faits dans les années 1788 et 1789 : précédés… Meares, John, 1756?-1809 1794

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Array       VOYAGE S
DE LA CHINE
A LA  COTE  NORD-OUEST
D'AMERIQUE,"
II FAITS DANS LES ANNEES 1788 ET 1789;
Tuicisis de la relation d'un autre Voyage execute en
1786 sur le vaisseau le Nootka , parti du Bengals ;
D'un Recueil d'Observations sur la Probability d'ui*
Passage Nord - Ouest ;
E* d'un Traite" abrege du Commerce entre la C6te Nord-
Ouest et la Chine , etc. etc.
Pjr le Capitaine J. MEARES, Commandant
le Vaisseau la Felice. jm
Traduits   de   i'Anglois
Par J. B. L. J. BILLECOCQ, Citoyen Francais.
Arec une Collection de Cartes geographiques, Vues , Marii*
Plans   et   Portraits,   graves   en   taille - douce.
TOME   SECOND.
•% J$;   "- :|-.   A   PARIS,     c;   . ' ; ;
Che* F. Buisson, Libraire,  rue  Hautefeuille j n9* £©»
An  3e.   » x  x a   Repubxiqve.
■ 1 • }
|s7   , Fi-STf?. 1 .   -■ ,
:::;j:7 13   &.        ,  ,
1 ■ ■    -r   - —-   ^-
33SS
V
Y AG Efe
DU   CAPITAINE
J,    MEARES,
C FI A'PITRE   VI I.
Chah
eur excessive.
Te
mps oragneux.*
Le mdt de misaine de la Felice consent. — Perte d'une partie des bestiaux.
*—Mor'i de tous les boucs.-—-Destruction de la plupart des plante s des tine es
pour les iles Sandwich. —Motifs pour
dinger la route du vaisseau vers le
nord-ouest. —Maniere de nourrir l'equipage. — Occupations a bord. Projet
de construction d'un vaisseau de <o ton-
neaux dans Ventree du Roi George.
*~*Les charpentiers'en achevent'les ga-
barils et le modele. |— L'art de bdtir les
vaisseaux totaldinent inconnu aux charpentiers Chinois. ■—|j Port considerable
Tome II* A
178&.
Mars.'
% 1788.
Mars.
:    "I (2} if
desjonques chinoises. •— Detachement
choisipour rester dans Ventree du Roi
^Qeorge. — Queim? d'un dragon de mer.
'—Changement des moussons. Effets
terribles des dragons de jner dans les
mers de Chine et dans la mer Pacifique
du Nord.
Dimanche JL*E % mars, au moyen de ^plusieurs observations sur les distances du soleil et de
la iune , nous nous trouvames par les i36
degres#37 minutes de longitude Est de
Greenwich, et les 2 degres 5i minutes de
latitude nord. En ce moment la variation
du compas etoit de a'degres 3o minutes est,
et le mercure du thermometre montoit a
86 et souvent a 90 degres, de sorte que
nous eumes beaucoup a souffrir de l'exces-
sive chaleur. ^S|!
Les courans nous permettoient rare-
ment de tenir une meilleure route qu'au
sud - est ; et jusqu'alors , il ne parois-
soit guere probable que nous pussiohs de-
passer la Nouvelle - Guinee. A la verite ,
nous etions yenus a bout de doubler le Cap (3)
Nord $ mais il nous restoit encore la Nou*
velle-Irlande , la Nouv elle-Han ovre , plusieurs grouppes et araas d'iles differens^, au
nord de la ligne , et a plusieurs degres a
Test de notre position. Si nous avions continue notre route , il auroit fallu nous deV
terminer a. avancer au travers des detroits
de Dampierre, ou de ceux decouverts par
le capitaine Carteret, et qui separent la
Nouvelle-Bretagne de la Nouvelle-Uano-
vre. Mais des que nous ne prenions ni Fun
ni 1'autre de ces deux passages , il ne se
presentoit pas d'autre alternative que de
porter au nord- et a Fouest, et de tacher
d'avancer assez dans le premier pour pouvoir virer vent devant et doubler le tout.
Apres un mur examen de notre situation
et des circonstances , nous preferames ce
dernier parti. On fit done virer vent devant
au vaisseau , et nous portames vers le nord-
ouest , le vent au nord - est ; ce point du
compas etoit le plus critique pour nous.
La provision de rafraichissemens empor-
tee de Samboingan s'etoit trouvee suffisante
pour nos besoins jusqu'a: ce.mom.ent. Nous
en avions retire le double a vantage de manager nos yiaijdes sale'es, et de jouir d'une
A % »H .|l»!   !'■
r--Jt-a
178$.
Mars.
I      U)
meilleure sante sur le vaisseau. Nous ne
cessions de donner a. notre monde de Teau
en abondance, comme etant le meilleur pre-
servatif contre le scorbut. S'il pouvoit y
avoir un endroit du passage ou l'eau devint
moins necessaire, ce seroit dans les latitudes plus froides : car , dans le degre ou
nous nous trouyions, i'extr&me chaleur exi-
geoit absolument le secours de quelque li-
quide pour conserver la sante en soutenant
la transpiration.
Le 3 , le temps devint tres-orageux. Nous
avions des raffales continuelles du nord-
est , accompagnees de deluges de pluie qui
nous obligeoient souvent de diminuer de
voiles. La meilleure route que nous eussions
a tenir etoit au nord-ouest. Nous essayions
pourtant quelquefois de faire une bordee
ou deux a l'est-sud-est et a. l'est quand le
Vent etoit favorable. Dans cette position ,
nous nous appercumes, a. midi ^ que le mat
de misaine avoit consenti dangereusement
au dessous des jottereaux. II devint necessaire de prendre toutes les precautions possibles pour i'assurer , attendu que la grosse
mer exposoit beaucoup le vaisseau a. £tre
demate par le tan gage. Le m&t de hune et ■ I BRvJ '   2
lem&t de perroquet furent, en consequence,    1788I
descendus sitr le pont, et Ton detendit les    Mars;
voiles. On dressa aussi des. echafauds tout
autour du mat par le haut , et les charpentiers s'occuperent sur le champ de tailler
des jumelles.
Cet accident fut accompagne de plusieurs
autres malheurs egaiement affligeans. Le
mauvais temps que nous venions d'essuyer,
et le roulis continuel du vaisseau, avoit fait
mourir quelques-uns^ide nos bestiaux et la
plupart de nos plantes, entr'autres, un tres-
bel oranger en fleurs , et la moitie des can-
nelliers que nous avions recus a Samboingan. II nous restoit cependant un taureau,
une vache et un veau encore vivans. Mais
les secousses du vaisseau avoient, en un
seul jour, cause la mort de tons les boucs.
Nous ne conservions plus de nos plantes
qu'un limonnier, un oranger en fleurs , six
cannelliers et plusieurs plantes plus petites
de differentes especes.
Le 4 , k midi , nous etions par les 3 de-    iviardi
gres jle latitude  nord , suivant  deux   ob-       4-
servations sur la hauteur du soleil; et par
les 187 degres 5$ minutes de longitude Est
fie Greenwich, caiculee d'apres la derniejre
A 3
f
J 1        (6)
observation du soleil et de la lune. Le rent
souffloit de nord-est; nous poursuiviuies
notre route a. Fest-sud - est. Le temps etoit
obscur et orageux. De grosses raffales de
pluie, accompagnees de bouffees de vent,
produisoient, en soulevant les yagues, une
grande agitation de la mer.
Le mat ne put etre raccommode d'une
S« maniere sure avant le 5, attendu qu'il etoit
extraordinairement difficile de le jumeler.
D'ailleurs, nous craignions beaucoup qu'il
ne se trouvat hors d'etat de resister aux
vents et aux temp^tes que nous nous atten-
dions a essuyer au nord des latitudes du'
tropique.
Mercredi Nous continuames jusqu'au 12 a saisir
I2* tous les momens ou le vent se montroit
favorable. Lorsqu'il sautoit a 1'est-nord-est,
nous virions vent devant ct gou vera ions au
nord et k Fouest ; et des qu'il passoit au
nord , nous dirigions notre route vers Fest.
A la verite , il ne nous perinettoit pas souvent de porter le long de la cote ou de
virer vent devant. Car il souffloit presque
toujours avec violence , et la pluie tomboit
par grosses raffales. Aussi notre latitude
nord, a midi, n'etoit elle que de 3 degres '     f >■■ mm   '   I 1
IS minutes i*et notre longitude Est de i44
degres 35 minutest; et le xj, no^s ne^ nous
trouvames qu'a 3 degres 2.5 minutes de latitude nordr^ et a 146 degres 3o minutes de
longitude est. Ainsfela lenteu:&£mortelle de
notre navigation *. l§s rigueurs du .temps
egalement ennuyeux et mal sain tendoient
plus ou moips a decourager les personnes
de Fecfiiipage. Ajoutez que les pluies fre-
^uentes occasionnoient une humidite con-
tinuelle , que nos.gensse trouvoient si souvent et si long - tonps obliges de porter
leurs habits tout mouapes, en meme temps
qu'ils gagnoient de Fhumidite sur les ponts,
que nous recommestcions a craindre de voir
augmenter les symptomes du scorbut. Une
situation aussi critique nous faisoit douter
beaucoup qu'il nous fut possible de doubler
les iles de la Nouvelle4- Irlande ou de la
Nouvelle-Hanovre, qui nous restoient alors,
non-salulement a l'est-sud-est, mais meme a
plusieurs degres du ,c6t^ de Test. Dans la
position oil nous etions alors ^ nous avions
toujours manoeuvre immediatement dans la
direction^ du vent.
J'ai deja parle plus haut  des obstacles
qu'on eprouveroit probablement en suivant
A4
Mat^i
Lundi
m Sm      I-
notre premiere route. Le soleil apprbehoif
de 1'equinoxe^ et il ne nous erloit pas per-
mis d'en esperer un changement favorable.
Avec un soleil vertical, nous ne devions
natureliem&nt nous attensdre qua tin calme
ennuyeux et a de grosses pluies. Nous n'a-
vions fait encore qu'une tr§&~petite partie^
du voyage ; il nous restoit a achever un
immense trajet pour gagner le 160* degre
de longitude ou nous aurions necessaire-
ment a traverser la ligne.
D'apres la maniere doijtnous avions commence le voyage,il etoit probable que nous
n'atteindrions pas cette distance eloignee
avant le 10 avrii. Dun autre cote, siinous
gouvernions au nord - ouest, nous avions
beaucoup de raisons d'espeuer un changement de vent plus favorable vers le premier avril, si ce n'etoit pas la mousson. En
consequence, il fut resolu une seeoii$le fois
de doubler les Philippines, et de diriger
constamment notre route vers le nord-
ouest.
Outre la quantite d'eau que -nos gens
avoient coutume de recevoir, on leur don*
noitv, a chacun, dans le cours de la journee,
une demi-pinte de liqueurs fortes, dont
"=*3B 1788.
Mars.
H (9) _
on mSloit les deux tiers avec de Feau; le
reste, on leur permettoit de le boire tout
pufe, et c'etoit pour eux , dans les temps
humides, un exceHfent cordial. Nous nous
etions approvisionnes le mieux possible de
tout ce qui pouvoitconserver la sante, ou, '
du moins, empe*cher les progres du mal.
Le matin et le soir, on servoit du the et du
sucre aux gens de l'equipage. Ils avoient
du riz , des pois et de Forge en abondance ,
et on leur en donnoit avec de la farine et
du fruit de maniere a varier le plus possible
leurs repastiournaliers. Le pore et le bceuf
etoient toujours bien trempes, et Fon ne
cessoit de faire usage du yinaigre pour cor-
riger les mauvais effets que pouvoient pro-
duire des provisions de viandes salees.
Nous continuames de porter au nord- Dimanche
ouest, et il ne nous arriva rien de rernar-
qiistble dans Fintervalle qui s'ecoula jus-
qu'au 3©. Le temps etoit devenu alors tres-
agreable: nous n'essuyions plus de ces grosses
bouffees de vent et de pluie qui nous avoient
sifjtsontinuellement tourmentes. Une observation faite a midi, donna 21 degres 2 minutes de latitude nord, et 139 degres 4$
minutes de longitude est. La variation du
X
30, N
I      (10)      "§-
*?88. compas etoit de 4 degres 24 minutesi£e$t>
Mars. Pendant cette navigation , nous avions ap-
pergu , tous les jours , de nombreuses >con>
pagiiies d'oiseaux, parmi lesquels onin re-
marquoit plusieurs dont Fespeceaie s'eloi-
^ne jamais de la terre.
Nous saisimes Foccasion qu'ofFroit le
temps favorable dont nous jouissions alors
pour faire la revue de nos voiles , et nous
mettre en garde contre les tempetes que
nous avions tout lieu de craindre en avan-
eant vers le nord, et sur-t6ut pres du Japon. On prepara deux assortimens complete
de voiles neuves , nouveilement fiiees, doiJfe
blees, et cousues dans le milieu. Les vieiiles
furent en meme temps reparees avec tout
le soin possible.
On employa sans cesse les tonneliers ,
armuriers et autres artisans , soit au service
ordinaire du vaisseau, soit a preparer, chacun suivant son talent particulier, tousles
articles de trafic que nous destinions au
marche d'Amerique. Les armuriers chinois*
etoient fort industrieux. Ils travailloiei^
avec tant d'adresse et de facilite que nous
les preferions aux armuriers d'Europe. Les
instrumens dont ils se seryent pour lewr (»■■)
ouvrage sont extremement simples ; et ils
ne mettent jamais beaucoup de temps a
faire la besogne qu'on leur donne.
Les charpentiers furent egalement occu-
pes a. dresser les gabarits et a tracer le mo-
dele d'un sloop de'5o tonneaux que nous
avions le projet de construire des notre
arrivee dans Yentrde du Roi George. Un
semblable vaisseau ne pouvoit que nous
etre d'une grande utilite , non - seulement
pour recueillir des fourrures, mais encore
pour reconnoitre la cote.
Noire premier charpentier etoit unjeune
homme tres - intelligent et tres-habile dans
sa profession qu'il avoit exercee le temps
necessaire a Londres. Quant aux charpeii-
tiers chinois , notre maniere de b&tir les
vaisseaux leur etoit totalement inconnue.
Ceux sur lesquels ils naviguent dans les
mers de Chine et autres mers voisines sont
d'une construction particuliere. Dans des
navires duportde mille tonneaux, ils n'em-
ploient pas un seul morceau de fer. lis
font leurs ancres m6me avec du bois , *0
leurs voiles qui sont enormes, avec des nattes.
Ces batimens flottans peu vent- cependant
register  aux   plus   yioleet-es  templtes ; ife
178S.
Mars;
■ 1788.
Mars.
e . ■        ■ ( ia )
conservent long -temps le vent favorable %
ont un tres-bon mouvement, et sont tra-
vailles avec un soin et une adresse qui ex-r*
cite la surprise de tous les marins d'Europe.
II etoit done assez difficile d'employer l'ha-
bilete de nos charpentiers chinois a un genre
de travail si different de celui auquel ils
sont accoutumes, et pour lequel ils ont une
pratique sure et une experience consommee.
Je choisis dans l'equipage un detachement destine a rester sur le rivage avec les
ouvriers occupes a la construction du vaisseau. Je ne m'y prenois d'aussi bonne heure
pour regler ce service, qu'afin de mettre
nos gens en etat de commencer leurs operations, des notre arrivee dans Yentrde. Ii est
vrai que nous n'avions encore rien de pret:
il falloit aller chercher notre bois de char-
pente dans les forets de FAmerique ; tout
le fer etoit encore dans le vaisseau , en
barres informes et non travaillees ; un cable
renfermoit toute la corde dont nous nous
disposions a faire nos cordages. Mais quoi*
que nous fussions si peu avances, ce sentiment d'esperance qui porte Fhoinme k
lutter contre tous les obstacles , et qui lui
rend, pour ainsi dire , la vie, nous donnoifc 1788.
Mars.
AvrU.
Mardi
i.
( is J
du courage ; nous etions , en quelque sorte,
certains d'avance que notre projet seroit
execute*, et que le vaisseau que nous nous
proposions de construire pourroit £tre lance
a la mer vers le mois d'octobre.
Le premier avril, a midi, notre latitude
nord etoit de 22 degres 26 minutes , et la
longitude Est de 139 degres 38 minutes. Le
temps paroissoit fixe a Fobscurite : les nuages
etoient extraordinairement noirs et charges.
II tonnoit et eclairoit pendant tout le jour.
Le vent nous amenoit de nombr&uses com-
pagnies d'oiseaux. Le bruit qu'ils faisoient
dans leur passage sembloit annoncer qu'ils
craignolent le mauvais temps.
Nous passames aussi aupres de quelques
brins de cette her be que l'eau detache des
rochers, marque certaine que nous n'etions
pas a une grande distance de la terre.
Le 2, le tonnerre et les eclairs augmen- Merctedi
terent sans que le yent soufflat avec plus de l§
violence. La mer etoit cependant tres-agi-
tee , et le vaisseau tanguoit avec tant de
force , que les lisses d'accastillage furent
emportees, et que nous eprouvames quelques autres accidens. Vers midi, le temps
devint raffaleux, et nous essiryaines plusieurs 1788.
Avril.
bouffees de vent de tous les points du compas. L'obscurite qui augmenta tout-a-coup
ne nous permit pas de douter de Fapproche
d'une violente tempete. Les vergues et les
mats de perroquet furent descendus a Finstant sur le pont : on ferla la grande voile ;
les huniers eurent tous leurs ris pris , et la
voile d'artimon fut balancee. Toutes les
voiles furent ferlees , excepte celle du grand
hunier qu'on jugea prudent de laisser deployed. Dans cet etat, nous attendimes Far-
rivee de la tempete ; elle ne trompa point
notre attente. A deux heures P. M. (1) , le
vent passa au sud et eommenca a. souffler
par fortes raffales. L'avant du vaisseau etoit
tourne vers le nord-est. Le tonnerre et les
•t
eclairs se suecedoient avec une effrayante
rapidite. A trois heures et demie passees, ii
nous vint une grosse bouffee de vent de
sud-est, qui fut suivie , au moment m&me ,
d'une autre bouffee de sud-ouest. Ces deux
vents soufflerent , pendant quelques mo-
mens , avec une fureur incroyable. Enfin
celui de sud-ouest Femporta, et continua
X *
de souifler pendant pres d'une heure. Lae
(1) Post Meridiem , aprds midi.
I rencontre de ces deux bouffees sous le vent 1788.
de notre vaisseau fut reellement affreuse ; Avril.
les flots s'elevoient a une telle hauteur que
Fhorison sembloit une mer d'ecume. Heu-
reusement pour nous, nous n'eumes que la
queue de ce'dragon de mer ou tourbillon:
a chacme instant, nous nous attendions a
voir nos mats brises. Le grand hunler ayoifc
ete saccage et coupe en morceaux.
Les vagues continuerent de monter a une
si prodigieuse elevation que nous fumes
obliges de faire ventarriere avec la misaine
et d'avancer sur la tempete pour sauver le
vaisseau qui fatiguoit d'une maniere effrayante. Le vent souffla alors de sud-est,
et produisit une grosse mer au devant de
laquelle nous gouvernames. Nous courions
ainsi devant le vent tout le long de la .cote 1
lorscme nous appercumes , sous le vent du v
vaisseau ,,1'eau qui s'elevoit en cercles a
plusieurs pieds au dessus du niveau de la
mer, ce qui formoit le plus beau spectacle
qu'on put voir. Tel etoit le danger de notre
situation, que nous fumes obliges de nous
determiner a une operation non moins pe-
rilleuse que desagreable, Ce fut de virer au
Cabestan. Par une mer si grosse* et si a£it£e ,
Jf lifi6)- 7 J-
nous n'avions pas d'autre moyen d'eviter
le gouffre affreux ouyert sous le vaisseau
meme , et qui continua de nous derober ,
pour ainsi dire , Fhorison jusqu'a cinq heures. Ce terrible tourbillon commenca alors
a diminuer ; il se termina par une forte
brise de sud - ouest , au devant de laquelle
nous f imes vent arriere au nord-est. M
La violence de ce dragon de mer ne parol era pas a ceux qui ont lu l'histoire* du
Japon de Kempfer, une circonstance qui
tienne du phenomene. Au rapport  de cet
auteur, ii y a certaines epoques de Fannee
ou le vent se dechaine dans ces mers avec
la m§me fureur. Cependant, nous avions a
bord plusieurs marins ages et pleins d'expe-
rience qui ne se rappelioient pas  d'avoir
jamais vu rien de   semblable. Nous nous
consolames  de  Fassaut que  nous venions
d'essuyer, par Fesperance que nous etions
au  moment  critique  du  changement  des
moussons. Ce qui nous soutenoit sur-tout
dans cet espoir, c'est que le vent souffloit
de  sud-ouest dans un courant si violent.
Si cette tempete fut arrivee dans les te-
nebres de la nuit, elle eut pu nous etre fu-
neste. Nous fumes tres-surpris que quelques-.
uns
sa tins de nos m&ts et de nos vergties n'eussent
pas ete emportes. Au reste, nous ne nous
trouvames pas assez bien revenus de n^s
alarmes pour risquer de faire beaucoup de
la voile la nuit suivante.
L'epoque du changement des moussons
dans les mers de Chine et dans la mer Pacifique du Nord est tres-redoatable pour les
vaisseaux. Ces changemens ont lieu en general vers les mois d'avrii et d'octobre. lis
arrivent cependant quelquefois beaucoup
plutot,ou beaucoup plus tarcl. Celui qu'on
regarde comme le plus dangereux est la
variation du nord-est au sud-est qui pro-
duife ordinaireinent les. plus terribles commotions dans ces mers. C'est sur-tout a la
c6te du Japon que les changemens de moussons se font sentir d'une maniere effrayante;
lorsqu'une fois elles se declarent par le
dragon de mer, il n'y a ni force ni puissance capable de leur resister. Le desordre
affreux qu'elles occasionnent est presqu'in-
croyable : il-n'est pas moins difficile de se
faire une idee de la fureur avec laquelle
elles soufflent de tous les points du compas.
Les Chinois redoutent, au - dela de ce
qu'il est possible de Fexprimer, ces terribles
Tome II* B
ifvriL
v
i i Je i      f<l8)        I
1788, Jouragans qul^etruisent quelquefois des yifc
AvriU e^lages entiers avec leurs habitans. Son-tent
36xic6re, toutes les moissons sont enlevees
^par leur souffle meurtrier, et la famine ayec
toutes ses horreurs vientd^soler ces climats.
rCe fut un de ces cruels accidens qui, avec
une excessive secheresse, occasionna , eh
1787, la plus affreuse disette dans les provinces meridionales de la Chine, et fit perir
un nombre incroyable de leurs habitans. II
etoit tres-ordinaire a. Canton de voir des
mall^eureux que la faim devoroit rendre le
dernier soupir ; tandis que les meres regar-
doient comme un devoir poiy elles de don-
ner la mort a leurs enfans, et les jeunes
gens de tuer les vieillards pour leur epar-
gner l'agqjiiie d'une mort si lente et si dou-
loureuse. i m1
C H A PLTR E   V
I.
Ayril.'
On arrive a la vue de la terre sans pouvoir en approcher. — Deeouverte d'iles
-$@ue nQ\us nommons   iles  Gpanipfis. ——
Froid excess f ; raison prds^iin^Msede ce
^changement du temps. •—\\Nou%^tpper-
\jceyons des coim^^g^e^^^^iJ^^^^ff7^f
Nouspassons aupre%*d'une grand/e^^u^/^^i
titd de Vherbe que Veau d^/0^he liies
rochers.  ■        Ddco$ver£e^Ldyu*n   rocher
fnorme auquel nous doriiydmes le nom
de Femme de Lotla:^— N&u^zapperce^
yons flottant sur^'eau une soliv<4£et uu
morceau de canot. — Temps  oj^weu'^s.
4&<— Nous voyons^uue tortue endormie sur
la, mer. Le temps va a la tempete c$
mesure que nous^approchons de la cotg
d'^Amdrique.—Nous suivons la route de
la Resolution et de la Deeouverte. —-
Erreur-dans notre estime.—Nous.poyons,
pour la premiere fois , un perroguet de
mer. — Clartd extraordinaire de, fath-
$M>fph&re / a quelle cause il faut Vat*
tribuer* — Vue de la cote d Amdrique*
Ba 1788.
Avrij.
-»-Uv
I .m. mm \j§| i  ;
—La Piincesse Hoyaie part de Ventrde
du Roi George.—Ddtresse de la Felice.
— Notts mouillons dans I'anse des Amis f
dans Ventrde du Roi George.'
-*D
Jeudi _LjE 3 Tavril, le temps se calma, et la tein^f
• peke s-appaisa. Mais, vers midi , le;Vent
sauta au nord-ouest, et souffla avec une
extreme violence. La mer devint tres-agi-
tee , et s'eleya a une prodigietise hauteur.
Nous gouvernions a Test-quart-nord : les
grands huniers et les voiles de misaine
avoient tous leurs ris pris. La latitude nord
etoit de 24 degres 56 minutes| et la longitude Est de Greenwich de 143 degres 39
minutes.
rVers le soir > le temps?,s% calma de nou-
veau,aunaoment ou nou^ fimes de la voile.
Le vent "^auta alors a Fest^sud-est, et nous
g£ , ... "port&fiies au nord - est iusqu'au 4ff%cIue ±e
4. vent se*:Hxa dans le rhbnine'de nord-est; en
conseljuence, nous gouvernaraes nord-ouest
par n&S'emps agreabie et doux. f^e
^Dans^ette situation , nous apper^limes
la terre ^ui nous restoit 4 Fest-nord-est , Avril.
H'-7e;l:"". . i(2i)   . ..; j§.. .
i huit lieues* de distance, immediatement
dans la direction du vent, ce qui nous em-
p£cha d'en approcher. Nous etions , a midi ,|ev
par les 24 degres 44 minutes de latitude
nord, et les 14^ degres 41 minutes de lon-»    jGJ%
gi^tde Est de Greenwich , d'aprds les der-
nieres observations de la 1 une. Nous regret-
tames beaucoup de ne pouvoir approcher
de cette terre, parce que nous n'en con-
noissipns pas dans cette partie de la mej|
Pacifique du Nord.  Comme nous gouver-
nions nord-ouest, elle eut bientot dispara
k notre vue.
Le 6, le went sauta au sud-est, ce qui   g      «
nous mit en etat de porter au nord-est. A       5.
deux heures de l'apres-midi,nous pensions
qu'on devoit voir M terre a Fest-sud-est ;
mais le temps etoit  si couvert que nous    fi
ne pumes determiner d'une maniere bien
sure si c'etoit, en effet, la terre, ou seulement une terre de brume. Cependant, a trois
heures, on la decouvrit.au nord -est,, par
Favant du vaisseau; mais le temps etoit toujours si epais et si embrume, qu'il ne nous
fut pas possible de distinguer dans quelle
direction elle s'etendoit. A quatre heures et
demie passees, nous nous trouvames par le
B3 1.788.
Avrjil.
>t»
travers de la terre, a cinq ou six milles de
•Vy Muff &&&$?* .      * WifP$tt ^1
distance. II nous parut que c etoit une lie
qui n'a voit pas beaucoup d^etendue. En ce
moment, la pluie tomba par torrens, et
Fathmosphere restoit toujours si nebuleux
que nous ne pumes observer la terre que
Bien imparfaitement. Nous eumes tout lietf
JKf croire que c'etoit une de ces lies steril^s
qu'on trouve si souvent dans ces mers. Elle
poiivoit bien avoir de i5 a x6 milles de
fongueur, de nord au sud. Le rivage parois-
soit inaccessible a des chaloupes. Un-ressac
considerable venoit baltre contre les rochers
qui sembloient s'abimer dans la mer. Les
parties interieures du pays parbissoient etre
de hautes montagnes, sur le penchant des*
quelles on voyoit quelques arbres disperses
a distances inegales et en petit nombre.
Nous cotoyames cette ile jusqu'a six heures
du soir qu'une autre ile s'ofFrit a nos yeux.
Elle etoit separee de la premiere par un
canal de trois ou quatre lieues. Le vent
souffla alors avec violence; il plut a verse ,
et la brume etoit si epaisse que nous ne
pouvions rien distinguer par Fayant du
vaisseau^
Quoique nous eussions le vent favorable,
JH t|88.
AvrU.
1'     teM.
comme le temps paroissoit fort ineertain ,
nous pensames qu'il seroit prudent de di-
minuer de voiles , et  de |Fen conserver
qu'autant qu'il nous etoit necessaire pour
serrer le vent. Nous redoubldmes de vigilance et d'attention  pour nous  tenir  en
garde le plus possible contre toute espece
de danger, et haviguames, comme aeFpr*|
dinaire, toute la nuit, observant de carguerM;
les basses voiles. Ces iles, dont nous ne.
pumes determiner precisement le nombrei^
furent nominees iles Grampus, d'une gram--
puse  considerable   que nous  appercumes
sautant hors de Feau, tout pres du rivage,
ce qui ne se voit pas communement dans
ces mers.
La nuit du 5 au 6 fut tres - orageuse ; il
rie cessa de pleuvoir. Mais une jolie bvisg
de vent nous consola de ces desagreniens, et
nous poussa avec rapidite vers le nord-est.
Le 6, le vent passa tout-a-coup au nord-^i       ,
r r Dimanche
ouest, et nous donna un temps tres-clair.      6.
II souffla constamment avec beaucoup de
force. A midi, la latitude.nord etoit de ay
degres 3o minutes, et la longitude Est de
148 degres 37, minutes. En ce moment, la
&2V-
\ Avril!
4(HJ -|_  •   .;■■
variation du compas etoit de 3 degres 20
minutes est.
Nous cominencames a £tre pouss^s rapi-
dement vers le nord , et nous appergumes
bientot que nous etions passes tout-a-coup
du chaud au froid. Nous venions de quitter
un climat ou Fon avoit eprouve des cha-
leurs etouffantes ; il etoit naturel que tous
les gens de l'equipage ressentissent vivement
la rigueur du froid. Ce changement nous
autorisa a r^duire la ration d'eau d'un
gallon a cinq pintes par homme, sans que
cette diminution produisit le moindre mal.
Nous continuames d'avoir le vent favorable au nord - ouest jusqu'a huit heures de
Papres-midi. Nous nous trouvions alors par
les 28 degres 58 minutes de latitude nord ,
#t les i54 degres 19 minutes de longitude
est. Notre principal but etoit d'avancer le
plus possible au nord, afin de profiter des
vents qui soufflent fortement de J'ouest, et
de suivre la m£me longitude dans une haute
latitude. Le vent de nord-ouest continua
de nous amener le froid glacial dont j'ai
deja parle. s^
Mercredi      ^e J0ur suivant, nous passames pres d'une
5.      quantite considerable d'herbe des rochers*
Mardi
8. Nous imaginames qu'elle eii avoit 6te r&«
cemment detachee ; nous avions vu, depuis quelques jours, de nombreuses com-
pagnies d'oiseaux. Nous etions alors tout*
a-fait au nord de plusieurs petites iles dis-
persees, soit sous le tropique meTme , soit
aux environs , dans la mer Pacifique du
Nord. Nous ne pumes done rien conjectu-
rer de vraisemblable sur les lieux d'ou ve-
noit cette herbe, non plus que sur ceux 6i\
les oiseaux se retiroient pendant la nuit.
Car ils nous quittoient regulierement att
coucher du soleil, et prenoient leur vol
vers Fest.
Sur les neuf heures du matin, on crut
decouvrir des voiles par la grande hune/
et au bout d'environ une demi-heure , OI1
apper^ut du gaillard un vaisseau considerable. II paroissoit faire force de voiles ,
et presentoit une forme tres - singuliere.
Aucun de nous, m@me avec le seqours des
lunettes d'approche , ne put determiner
d'une maniere sure quelle route il tenoit.
C'etoit une cho^e si extraordinaire de voir
un vaisseau dans ces mers, que nous fumes,
pendant quelques momens, fort embarras-
ses'de former aucune conjecture a sim sujetu
178?;.
Ayril^
H *788.
Ayr it.
Enfinf, il resulta de nos observations sue-
cessives, que cefhe pouvdit ^trerqu'un gallon , charge de la Nouvelle - Espagne pour
W Chine, qui avoit ete pousse ainsi vers le
fiUfd, par quelqu'accident, quoique la route
de ces vaisseaux a Manilla fut ordinaire-
ment entre les paralleles des i3e et i4e de-
gres de latitude nord. Dans cette croyance,
ifons avions ecrit plusieurs lettres en Chine
pour informer nos amis que nous etions
parfaitement en surete , et que nous^avions
fait d'heureux progres dans notre voyage.
Nous restames dans cette sin^uliere erreur
(car e'en etoit une)^usqu'au moment ou
nous ne fumes plus qu'a deux lieues de
Tobjet en question. A ce moment , Fayant
considere avec la lunette d'approche , nous
reconnumes que c'etoit un rocher enorme
place seul au milieu des eaux. Ceux d'entre
nous qui s'appergurent les premiers de la
meprise, garderent le silence et s'amuserent
beaucoup des etranges conjectures et des
observations plaisantes des matelots , dont
nn , entr'autres , croyoit si fermement que
c'etoit un vaisseau, qu'il assuroit en avoir
vu les couleurs. II faut convenir,a la verite , que ce rocher ressembloit singuliere- : ;:. .'i; , 7  ( 27) v -1, ■'■   .   ?
ment a un vaisseau de guerre du premier
rang -qui force de voiles ; et telle etoit sa
forme qu'a une certaine distance , Foeil y
decouvroit encore quelque chose de celle
d'un vaisseau. Notre surprise augmentoit a
mesure que nous rangions ce rocher , et les
matelots etoient tentes de croire qu'il avoit
subi tout-a-coup cette metamorphose par
Feffet d'un pouvoir surnaturel.' Nous lui
donnames le nom de Femme de Loth; il
est, sous tous les rapports, un des objets
les plus etonnans qui aient jamais frappe
mes regards.
Vers midi , nous etions par le travers de
ce rocher. II nous restoit alors a Fest-nord-
est', a quatre milles de distance. Les observations donnerent 29 degres So minutes de
latitude nord, et 142 degres a3 minutes de
longitude Est de Greenwich J| Les vagues
venoient se briser contre le front sourcil-
leux du rocher avec une furie proportion-
nee k l'immense distance qu'elles avoient
eue a pareourir jusqu'au moment ou elles
.se trouvoient arr&tees par cette enorme
masse. Elle s'elevoit presque perpendicu-
lairement jusqu'a pres de 35o pieds de hauteur , autant que nous pumes Festimer par
1788:
Avrll, Jiti
Avri.V
Saroedt
12.
tt i   i(a8> il-  i .'
nos calculs. On appercevoit un petit rocher
noir a fleur d'eau , a quarante ou cinquante
pieds environ de sa pointe occidentale. Sur
le cfite sud-est, il y avoit une caverne dans
laquelle les Hots se precipitoient avec un
epouvantable fracas. En contemplant cet
effrayant rocher, on ne pouyoit le consi-
derer que comme une masse qui avoit su
register a ces gran des convulsions de la
nature qui changent jusqu'a la forme des
parties du  globe  ou elles exerceht leurs
ravages.
Le 12, k midi , notre latitude nord etoit
de 33 degres 18 minutes, et la longitude
Est de 161 degres; il fit un grand vent de
sud. Nous passames pres d'une quantite considerable de cette herbe que Feau detache
des rochers, et appercumes plusieurs fois
de nombreuses compagnies d'oiseaux. Dans
la soiree, nous vimes Hotter sur Feau une
piece de bois de charpente qui avoit a-peu-
pres la forme d'une solive de batiment. Nous
vimes egalement les debris d'un canot, et,
bient6t apres, une  esparre de  sapin  qui
paroissoit avoir ete tout recemment coupee.
A tant de marques qui indiquoient le voi-
sinage de la terre , nous resolumes de re- \*9) -_     m
doubler, s'il etoit possible^d'efforts et de
vigilance, cette partie de la mer Pacifique
etant absolument inconnue.
Dan§|cette m£me soiree, le temps compv
menca a. se couvrir, et a devenir sombre
avec tous les signes qui ont cputume d an-
noncer Fapproche d'une tempete. Le vent
souffla avec violence pendant la nuit; et le
lendemain , a midi, il ayoit augmente con-^
siderablemenfi Les vergues et les mats de
perroquet furent, en consequence, descensus sur le pont; et nous prunes toutes les
autres precautions necessaires contre le mau-
vais temps dont nous etions menaces. No&
craintes ne tard^rent pas a se realiser. Ver£
les quatre heures, le vent souJHa du su<J
avec une telle fureur que nous fumes obliges de riser legliuniers et de ferler Ja grande
voile. Ce vent etoit accompagne d'une pe-e
tite pluie et d'un temps tres-cquvert. Nous
passames pres d'une quantite considerable
d'Lerbe , et y^mes la surface defla mer cou-
yerte de frai de  poisson 3e couleur rour
g^atre, dans une etendue de plusieurs milles.
Bient6t apresjrla tempete se declara tout>a*
fait.On deferla done sur le champ les huniers.
et nous fimes vent arriere avec la misaine
^ji^K Xvrik
Lundi
m
*
■
2*P s
iiiL.
&ft devant de la tempete* Xa mer grossis-
soit derriere nous d'une inaniere effrayante.
Etant dans cette situation, nous essuyames
nn terrible coup de vent qui nous fit craindre quelque dangereux accident. Mais,
heiireuseinent, les huniers avoient ete de-
ti^rles a temps £ et comme la voile de misaine venoit"d'etre risee , nous pumes con-
bouf-
a avec
violence les Hots de la mer qui se brisoient
contre nos ponts , et mettoieii^Jainsi les
chaloupes dans le plus grand danger. Mais
en sautant $l. Fouest, le vent n'a voir, rien
iperdurde|^p force ; et il neSmenca a
se calmer'que le 14. A cette. epoque , nous
etions par les io degres 20 minutes de la-
HuiSefnojrd, et" les 167 degres delcmgitude
est.
Nous resolumes de suiv're^otre 1 on gitude,
autant'qu'il seroit possible, dans la direction paralISl.edu 4°e degre de latitude nord.
Comme cette route etoit encore absolument
incohnue, nous ne desesperions pas de ren-
contrer la terre avant d'arriver a la vue du
continent d'Amerique. Le capitaine Cook
en avoit reconnu, comme nous, des indices
m M
AvnU
JeiwU
evidens dans cette latitude is Je pensji^eii
effet, qu'il est infiniment jm&bable ,.d'apres
les d^erses circonstances rapp^rtees pins
haut, q#pn doit trouv'er la terre dans cet^e
partie de la mer Pacifique; du Nord*|jj|
Le temps continua d'etre orageux^gj^-
qu'au 17 que le vent sauta a l'est-sud-estj
et souffla avec plus de violence encorevrH
s'appaisa cependant$ur le midi. A ceenjup*-
nient, la latitude nord etoit de 3$ degres fj
5x minutes , et la longitude Est de 175 degres xo minutes. Quoique nous fuss^onsysi.
fort avances vers le nord , nous passames;f
ce jour meme, pres d'une grosse tortue -*Wer
dormie sur Feau. Le bruit du vaisseaii
Fayant reveillee, elle s'enfonca aussitot dajn^
la mer. Nous ne cessames d'appercevoir
dans le voisina^e du vaisseau de nom>
breuses compagnies d'oiseaux, et il ne fut
plus rare de voir de l'herbe des rochers*
Nous ressentimes alors un froid excessif;
Fair du matin et du soir, sur - tout, etoifc
extraordinairement froid. La variation du
compas ^toit de 9 degres 20 minutes est.
Les orages se suceederent ainsi jusqu'au ,f       ,.
23. Ce jour, le temps s'eclaircit et le yenf
§& calma. lOutre.le, froid glacial que ces
*3- Pr % • ?'' ■% i(3a) v   ' "
^788. brises violentes du nord et de Fouest occa-
Avr3. sionnoient, elles nous amenoient encore
avec elles de la pluie et de la neige tout
ensemble, quTdonnoient la mort a la plus
graride partie de nos bestiaux. Nous eumes ,
pourtant, la satisfaction d'etre favorises de
s$5 quelques jolies brisesf^ principalement du
|fP sud-ouest d'ou le vWixt souffloit avec force.
IVIais lorsqu'il eut repasse au nord-ouest ,
il augmenta au-dela de toute expression ,
et souleva les flots de la mer a une hauteur
prodigieuse. Heureusement, nous avions
saisi une occasion favorable de deployer
un assortiment de voiles neuves ; car les
vieiiles eussent ete infailliblement mises en
pieces par la violence de ces ouragans. L'air
etoit aussi piquant qu'il Fest en Angleterre
lors des gelees blanches. II se faisoit sentir
a tious d'autant plus vivement que nous
nous etions trouves long-temps sous le tro*
pi&ue. II s'ecouloit, a la verity, fort peu
de temps, sans qu'il tomb&t de la neige et
de la grele par giboulees. Des troupes d'oi-
l|§ seaux que nous voyions de temps a autre,
ainsi qu'une quantite considerable d'herbe
de rochers* nous entretenoient continuelle-
ment dans Fespcrance de voir la terre. f'i<33)f  I     I   -
Le a3 , a midi , nous pass&mes pres d'un
gros tronc d'arbre. La latitude nord etoit
de 41 degres 35 minutes, et la longitud^
Est de Greenwich, de 189 degres 2.5 minuteW
Nous commencames alors a approcher dip
la cote d'Amerique.  C'etoit  ce  que nous
pouvions desirer de plus avantageux,  atp
tendu , entr'autres motifs tres-pressans, quw
le vaisseau etoit devenH extr£mement leger,
par la grande consommation d'eau et de
provisions de toute espece. Si nous devions
nous regarder comme tres -heureux de^ftfe
que le vent nous avoit ainsi secondes , nous
n'avionslpas moins a nous feliciter de la.
bonne sante des personnes de l'equipage.
Elles ne s'^tpient ressenties d aucune autre
indisposition que de celle qu'occasionnoit
naturellement un passage si subit de Fex-
tre*me chaleur au grand froid.
Pendant la nuit, le vent souffla avec force
de l'ouest-nord-ouest. II tomba une pluie
tres-froide. Le matin du 24'/le vent tourna
au sud et a Fest, presage certain d'un temps
orageux. A midi, il souffla si violemment
que nous fumes obliges de ferler toutes les
voiles; et, jusqu'a trois* heures d'apres-midi,
nous eumes a souffrir de Fouragan le plus
Tome II. C
1788.
Avtik
Jeudi
2.4. 3u»-
9
*■'
l'±%
IB
H
1
.|   T | f(34) ; .
1788c rude que nous#«issions nous souvenir d&a-
Avrife. va&r jamais essuye: la jper etoit encore ph%
grosse que nous ne Favions vue jusqu'a ce
moment. II ne cessa de pleuvejr , et la ri-
gueur excessive du troid ne aiminua pas.
Les manoeuvres furent tres - maltraitees, et
le vaisseau fatiguoit crueliement; nous n'^
ti^ns pas sans crainte pour notre mat de
misaine, deja. en fort mauvais etat. Mais ,
au milieu de ces terribles orages, une reflexion consolante ranimoit notre courage :
nous pensions qu'A chaque moment, le
vaisseau approchoit plus pres du port.
Vendredi ^e 2"*> ^e 'temps^'adoncit; le vent repassa
2S» a. Fouest-nord-ouest, Nous Etions, a midi,
par les 43 degres de latitude nord, et les
196 degres 28 minutes de longitude Est de
notre estime. Le vent fraichit de l'ouest-
sud - ouest, et le temps s'eclairciti Nous
avancames considerablement a Fest-nordr
est, faisant d'ordinaire au moins cinquante
lieues par jour. Depuis le a3, nous avions
ete favorises de jolies brises de vent qui se
ili succedoient sans cesse. De temps a autre «
X w
nous jouissions d'une heure ou deux de
beau temps ; mais la tempete revenoit toujours nous rendre notre premiere frayeur, Ayt|L
l^eso^e queaious ne pumes deployer qu!une
voile de hune qut.a,voit ..tous ses ris JR&is.
jNous Qoi.es 23b lieues dans ce court inter*
va|^k Non-seulement le froid conti^tia, et
jrious^unies,san|! cessetrUn temps desagrea-
Mft^^^fte » rciais Fathmosphere fut, gpLr
fins y ocniyert de tenet^^ si epaisses , que
nous ne trouvames pas uri^iomjent favora?
lilepour faire des observations de la lune,
B&n 4e determiner, d'une maniere &-peu*
nres certaine, la navigation du vaisseau*
Le temps continua d'etre le^meme , et Mercrectt
nous poursuivimes notre route sans aucun      3^
evenement nouveaii^sans le moindre cjhan*-
^gejtoent dans notre^sijuation, jusqu'au 3o>
que nous passdmes pres d'une seconde es*
parre de sapin. A sa forme, et sur-tojujLjk
une entaille qui paroissoit avoir e^e* faite
tout recemment vers Fun des bouts,^nou^
jugeames qu'elle ne pouvoit pas (kre dans   j
Feau depuis long-temps. Les oiseaux nous
^yoient abandonnes desle commencement
Au dernier orage , et nous ne voyions plus
ilotter ceg^e herbe des rochers que, pen de
temps auparavant, nous appercevions pres-
que tous les jours*
A cette epoque,jnpus nous trouviojjs avoif
C &
8
i LK.t
Mai.
leudi
i.
Stv       (36>        H
traverse deux fois les routes suiyies par la
Rdsolution et par. la Deeouverte, dans ces
mers , savoir Fune, dans leur retour de; la
cote du Japon en Chine, et Fautre , dans
leur trajet cYOunalaslika aux iles Sana%
wich* Le capitaine Cook avoit soupgonrie
qu'on pouvoit trouver la terre entre ces
routes et la cote d'Amerique ; et comme
nous traversions alors directement cette
partie de la mer, il est tres-probable que
nous eussions decouvert la terre , s'il y 'ei
avoit reellement eu une aussi yoisine de la
Cote d'Amerique. §gS
Lorsque nous entrames dans le mois de
mai pie temps s'adoucit ; il devint meme
agreable. Le vent souffloit du sud. Noulf
continuames de gouverner k Fest. La latitude nord., a midi, etoit de 46 degres 5 minutes , et plusieurs observations sur les distances du soleil et de la lune ne donner^nt
que 212 degres 5 minutes de longitude Est
de Greenwich ; tandis que , d'apres notre
estimepnous etions par les 221 degres 4i-
minutes de longitude Est. Je crois pouvoir
attribuer avec raison cette difference cort
siderable a la variete des courans contraires
que nous ayions eprouves -dans les basses
i ii latitudes, ainsi queide ceux qui, selon toute 1788;
apparence, nous avoient pousses a Fouest, Mai-
p)rsque nous virame£vent devant pour gou-
Werner au nord. Nous pouvions done conjf
jecturer avec beaucoup de fondement que
nous etions arrives dans le voisinage du
Japon , et que nous avions execute notre
passage au nord entre les iles Ladrone et
les Nouvelles - Carolines. La variation du
compas etoit aliirs de ai degres 18 minutes 1
est. Ip|
Le vent continua de nous etre favorable, Dimanche
qupiqu'il soufflat de temps a autre par fortes * |
raffales. La latitude nord, a midi , etoit de
4otdegres 10 minutes , et la longitude Est
de aa3 degres 22 minutes , d'apres les derff
nieres    observations.    II   fit   d'abord   un
brouillard tres-epais, et le vent souffla de
sud-sud-ouest par grosses bouffees , ce qui
>nous obligea , pour la premiere fois , de
courir en avant sur notre ancre, la voile
de misaine   risee.  Enfin , le temps.devint
.plus calme dans la matinee; nous arrivames
vent arriere, et poursuivimes notre route a
FeSt.^:   • '■..   .ff|   ,     -||\' ;.    -;7  r ■    .    -   /   1    .     -
Nous eumes vent grand frais jusqu'au 7. Mcrcredi
Ce jour; a midi; la latitude nord etoit de      %
H C3
m
3 NK
m
Jeudi
u
i-      2 i(38)       I
$9 degres 28 minutes ; et plusieuimbbser*
vations sur les distances du soleil <&&!&& la
lune donnerent 228 degres 26 minutes d4
longitude est.
Le 8 , a midi, nous etions par les 49 de*
gres 28 minutes de latitude nord. Dans l&
soiree pnous vimes un perroqueAde mer^
ct passim es pres d'un morceau de bois floftfc
tant. II tomboit souvent de la neig;e et d&
la grele ; mais Fair eto9 beaucoup plus doox-
que nous ne Fayions eprouye depuis qireK
que temps. V
Le 10, nous etions par les 49 degres 32
minutes de latitude ; des observations suc-
cessives rapporterent a3o degres 5a minutes
de longitude est; d'apres ces m£mes obserV
vations , la longitude de Yentrde du Roi
George n'etoit que de 3 degres. Nous for-
||| cimes de voiles pendant toute la nuit, et
courumes directement sur la cote d'Amerique. Une clarte extraordinaire etoit re-
pandue dans toute'eFathrnosphere; ce que
nous attribuames a la reverberation des
vastes montagnes de neige sur le continent.
DUtfanch- Nous ne nous trompions. pas : car, le il
mai, au matin , on decouvrit enfin cette
terre d'Amerique tant desiree. Elle gisoit a
Sasiedi
11. J'est-quart-sud., a treize lieues de distance,
et consj^tmt en une ehaine de montagnes
jjlont le sommet alloit se cacher dans les
nuages. Par un temps clair , on pourroit
apperceyoir c^tte terre de trente lieues. A
mesure que nous en approchions dans li.
soiree, le sommet des montagnejS se dega-
geoit des vapeurs qui le deroboient a nos
yeux. A midi, la latitude nord etoit de 43
degres 35 minutes , d'apres une double ofa?
servation de la haujeur du soleil, et Yen-?
trde du Roi George nous restoit a-peu-prgs
a Fest. Nous q§n||nu&mes de porter vers la
terre ; et quand nous 11 en fumes plus qu'^.
quatre lieues, le venjt sauta au suctest-quart-
est, ce qui nous obligea de virer ye£t devant et de tenjf la mer ; le vent souffloit
presqu'immediatement hprs de Yentrde que
nous distinguions tresrbien alors.
On decouvrit en ce moment un vai$seafi
sous la cote qui est au vent de Yentrde. II
gisoit dans une position pluj? basse qu$
nous; mais, comme nous forcions de voiles,
$\ Que la nuit §pprochoit, nous ne pou-
ygions , sans beaucoup de danger , nous ex-
poser a .parler dim bord a l'autre. Noms
'-&£>   i"""-' " lHHe c iff;
-1
■*7
•Ma. j*78?-
Mai.
'    V-    (4o)      1   jm
, n'en sumes} pas moins que c'etoit la Prin-
cesse Royale, de Londres , qui avoit entre-
pris un voyage de commerce pour se procurer des fourrures d'Amerique.
La nuit du 11 au 12 fut terrible a passer r
les coups de vent se succederent avec tant
de violence qu'il  nous fut impossible de
faire de la voile. Ces grosses bouffees ap-
porterent avec elles de la grele et de  la '
neige, et, vers minuit, Forage se declara
completement.  Au  point  du  jour,  nous
avions perdu de vue la terre, et le vaisseau
avoit tellement fatigue que Feau etoit entree dans la cale, et y occupoit plus de six
pieds. Deux de nos pompes se trouvoient
tout-a-fait hors de service. Ce grand vent
ne s'appaisa que le 12 a midi. A ce moment, nous virames vent arriere et cou-
rumes sur la terre, occupes sans relache k
emp^cher Feau d'entrer dans la cale , at-
tendu que la mer grossissoit sur nous d'une
maniere effrayante. La latitude nord etoit,
a midi, de 49 degres 26 minutes.  Nous
continuames done  de* courir sur la terre
jusqu'a sept heures du soir que nous la
#imes une seconde fois tres- distinctement. X4t) '     e
jG^tte vue ranima notre courage. Mais nous
Jjgrouvames biejitot un nouveau cjiagrin en
remarquant que le dernier^ouragan nous
avoit pousses sous le vent de Yentrde. Nous
fumes* done -obliges de*|f|&er vent devant enr
core une fois,-§t de gouverner en meraiyeG
le-vent au nord-nord-ouest. L? entree cou-
roit alors nord -est, a sept lieues de dis-r
tance.
L'orage devint si redoutable pendant la
nuit du 12 au lS^que nous fumes obliges
de mettre en panne , la voile de misaine
risee. Tous les gens de l'equipage travail-
lerent sansyrelache a empecher Feau d'en-
trer dans la cale ; car il n'etoit pas possible de raccomnioder les pompes de maniere
qu'elles fussent en etat de faire sur le champ
leur service ordinaire.
Le matin du i3 , le vent passa au sud-
quart-est, et souffla avec plus de violence
que jamais. La pluie tomba par torrens :
nous vir^mes vent arriere, et la pointe du
vaisseau fut tournee vers la terre. Vers huit
heures, le temps s'adoucit; nous fijies de
Ta voile a Finstant meme, et sur les dix
heures ? nous mouillames heureusement dans
1788.
MaU
Mardi
m
y ■
■28 Mai.
Yanse des Amis, a Ventrde du Roi George,
ejto le travers du village de Nootka, sur
quatre- brasses d'eau , a. cent verges du
rivage , apres un trajet de trois mois et
vingt-trois jours depuis notre depart de
Chine. Le lecteur qui nous a accompagnes
dans ce voyage , dont les peines et les fatigues egalerent la longueur, n'aura pas de
peine a se faire une idee de la yive satisfaction que nous eprouvames d'arriver en-
fin dans un port que nous avions cherche*
avec tant de perseverance et a travers tant
de perils divers.
Le^s observations que j'ai faites dans m
passage de la Chine a la c6te nord-ouest
d'Amerique ne paroitront surement pas de-
placees ici: j'espere meme qu'elles pourront
^tre de quelqu'utilite.
II ne seroit pas prudent du tout que des
vaisseaux charges pour FAmerique entre-
prissent le voyage , s'ils n'etoient pas prints
k mettre a la voile vers le milieu de novembre, oufle 10 de decembre au plus tard.
Le long et penible retard que nous essuya*-
mes apres avoir quitte Samboingan , est la
plus forte preuve des obstacles que nous eiintes a eijnTOver pou*r ^W^F^ftter a
Veith cett%'ep^fie de notre voyage On fefe
courans sSlw^)rus rapides et Iejffn4i|fi's pKft
frequens, comme rrOus avons^tSlat'■lieu dfe
le croire, que dainties mois de novembre
et de deeembrcSe H^
Nous avions^ d'afrord firqfefl^cFexectiter
ce voyage en touriiant la Nodvelle - Hol-
lande, et en gouVernarrt assez a l'es$ pour
gagner les iles Sdndwieh avant d'arriver^S.
la c6te d'Amei^fq^rer. Nous etions egalemelffc
libres de prendre une Sntre route*, savcSt
d'avancer a travers les detroits d'Endea-
\Wk Srl7 Mi        i     «*.'ii/r i«*t
vpuret deparvenir au meme but. iVIafs nous;
rejettames ce deMier parti, efFrkyes 6%s dan*
gers que pr^embit F Archipel d'iles qui
gisenpdispersees ck et la a Fest de ces de*u
troits. Nous renonc&mes pardHlein%nt a
suivre la premiere route a cause du^grrfS
circuit qu'exigkbit cette navigatioH, et qui
Auroit demanSe beaucoup plus de temps
Cjue nous n# pouvions en employeWa &kt.
pareil trajet. Nous con jectur Mies done que
wrious tentions un passage au travef%*ief@
f'Archipel de Sooloo , en p or tant alors a
Test pour dimbler la Nouyelle - Guinee« P e    ;|  MM ig.-
$788. la Nouvelle-Irlande et la No|ryelle-Hano-
Alai. vre, et en virant vent devant une seconde
fois au nord pour avoir les vents d'ouest,
nous pourrions nous procurer sans peine
et tres-promptement un passage en Ame-
rique.
L'evenement prouva que nous avfens
calcule justefen adoptant le dernier party.
Mais il y a , aujourd'hui , selpn moi , uit
passage plusfifur et plus facile ouvert aux
vaisseaux pour se rendre en Amerique ; et
je leur\laisse a decider s'il ne seroit pas
preferable pour eux a. Favenir de diriger
leur route par le passage entre Luconie et
Formose. Cette opinion n'est pas le re-
sultat imaginaire de conjectures vagues et
chimeriques ; elle me semble fondee jusqu'a un certain point sur les raisons sui-
vantes.
Lorsque nOus arrivames en Chine aveG
la Felice pendant l'automne de 1788, Ya-*
gent des marchands en Angleterre et celui
des marchands dans l'Inde s'unirent d'in-
terets , et formerent une association en se
montant, a frais communs, de provisions
jpour aller faire le commerce de fourrures e^n Amerique. Ils equiperent ^ren consequence , un vaisseau Iqu'on nomma YMr*
gonaute, et dont le con&teandement efiitt
confie a. M. Colnett, lieutenant dfe la ma>
rine royale^%^t qui a^bit Stija. commatjSS
dans les aifhees 1787^^ 1^88 le^ va&seaftl
le Prince de^Ghlle^^de LondresS^lappar^
tenant ^a* des  marchands qui'trafiquoient •
.-^     X  ' 'X        .
en Amerique. Ce vaisseau etoit^arriW^a
la cote. Re¥enu eni^te^Slla CMne^aved
une riclie cargaison de Murrnres eii788»
il sef rendif dela ^Me Angleterre , charged
de the pjcnnfMe coinpti dqte^oomp^iiiar
des Indes orientales. M. ©olnett^uitta^^
Prince de^&alles ehPChinS" pour crjfc-
mander YA'rgonaute , ei^WtMiar^cr de. la
proprietS^que les marchan^ikssbcies des.-4
tinoient aiSx echanges,a la *cote d'Ame*
rique. 'we he parle pas defies Salens pour
la marine'Wil me suffirtfid'bMervei^que
mon suffrage ne peut rieriSajouter -$,- la
reputation qu'il s'est >acq«|sW IF fit done
tous les preparatifs necessaires pour mettre
YArgonaute en mer , ainsi que la PrinJ
cesse Royale , de Lohdres , vaisseau ap-
partenant a la meme compagnie de 00m-
snerce.
17885 7   :m|    ' ;7   77
^^es. vaisseauxgne .furent^^ets k n>eit£g
i|^a] ypile^-.qu'au 17 avril 1789. A cette
^pqftg>^i^i& ..^jggrparant les ^autes de la
I$lUce ^tfw$g^pk^^n*s > et-^e^temps ou
•CftS* .-SHUSSeaux ayoient rencontre ia rnous-
l^g^OuT^ y^ents de Fouest dans la mer
E*|<^gue(teJ^ord , on conelut qu'iltjseroit
plus, facile de se procurer un passage en
jAnierique enjtxe. Luconie et Formose qu'en
suivant la roujteede Magindanag^
gy|*a J^rincesse Royale xxxhji done a Ia voile
(Jans le mois^de fevrier, et s^e fut pas
|||ping|.de qpatre mois a gagner la cote
dfAmerique.^Mais la veritablesfccause du
retard Que ceiyaissean eprouyadans son
^yage est qu|j| etoit mauvais voili^r, et
qu'pn ne Fayoit point double ^ie cubxe.
"IS-Angonaute, au contraire, qui etoit tout
ensemble double de cuivre et excellent
yoUier , quitta la Cliy^ie -Je 26. avril i$&to
et arriva dans^entrde du RoiAGeorge
le 3 Juillet suivant. On peut dire qu'il s'e-
toit^ainsi ^procure un passage avec un sue-
ces !qui surpassoit toutes les esperances.
I^§s .navigateurs qui se rendront desor-
mais de la Chine en Amerique , auront a ^loisfr ici entre quatre routes diflerwtes
pour faire ce voyage. JVEais si j'etois destine a Fe4it|eprendre de nouveau,ejetqfttifIt
terois la Chine d^§ le commencement di&
mois de mars, et tacherois de trouver un
passage entre Luconie et Formose pour
gagner la mer Pacifique ou Fon peut es-
perer , dans cette saison, des vents varia*
bles au aoe degre de latitude nord. D'ail-
leurs, la violence de la mousson de iiord-
est dans les mer'S tie Chine est beaucoup
diminuee aussi a cette epoque. II est constant qu'on seroit presque sur au mois d'a-
vril de rencontrer la mousson de sud-ouest
ou les vents de Fouest par les 25 ou 3o degres de latitude nord qui regnent dans ces
i parages , et qui nous pousserent vers la
cote d'Amerique.
En quittant Canton, il faudroit avoir
grand soin de serrer la cote de Chine a
quelque distance entre les iles Lema 4&
jusqu'a Pedro Rlanco, ou la Roche Blanche , ayant de traverser la mer de Chine
pour gagner Formose. Mais il seroit dangereux , a mon avis, de tenter un passage
entre les rochers de VUle-Rete et Fextre*-
*t8&
Mai* r
'v
#88.
Mau
M <48J 7 ' jggg
mite meridionale de Mle Formose "psi cW
n*est pendant lej$ur , par un temps tres-*
ela*ip|£et lorsque tout annonce uniffeanal
dAme assez -^aste' -etendue.
Kl. *.*,■; r*.=
>!■ ■ ' >ll I
-*^
mWRS:
CFIAPITRE IX. (49)
Willi i   fti
C H A P I T R E   II
1788.
Mai*
/
Situation avantageuse de Vanse des Amis
dans Ventrde du Roi George. —-Nombre considerable   des naturels  rassem-
blds pour  examiner   le   vaisseau. —*
Joie  de j Comekala  a  son  arrivee. -—
Hannapa , chef Indien > vient a bord ,•
quelques details sur sa visite.—Les naturels nous apportent des provisions de
poisson. ^— Comekala Se dispose a aller
a terre. -— Son habillement,• reception
que lui font ses compatriotes. — Qccu^
tpations des gens de l'equipage. — Arrivee de Maquitta , chef de Ventrde du
Roi George > avec Callicum , Vhomme
du rang le plus distingue apres lui.—-
Description de leurs habillemens, et de
leurs diverses ceremonies a la vue du
vaisseau. — Ils viennent ctJ)ord.—Pre-
sens que nous leur fimes. *— Portrait de
ces chefs.**—lis nous dccordent la permission de bdtir une maison et u-n vais-
seau,et nous abandonnent un terrein it
cet effet., «-—Prdsens que nous leur of
Tome mM§i fe ■ - D-'-fii
■'. *78f.i
u.
frimes en reconnoissance de ce bienfaiu
— Callicum se plait dans le vaisseau ,
et est charge par Maquilla de protdger
le detachement sur le rivage.—JSiaison
bdiie dans Vanse des Amis. Sa des*
cription. — Quille d'un vaisseau dressde.
~—Recti abrdgd du meurtre commis Van*
nee suivante par les Espagnols en k*f
versonne de Callicum.
lL n'y avoit pas long-temps que le vaisseau etoit amarre, lorsque le yent-commenca
a souffler avec une violence qui sembloit
presager .la tempete. La pluie tomba par
torrens. Nous sentimes alors tout ce qu'a*
voit d'avantageux pour nous Fheureuse situation de Yanse des Amis. Nous nous y
trouyions ainsi places comme dans un ha-
yre protecteur ou les vents ni les orages
ne pouyoient reveiller nos alarmes ni trou-
bler notre repos.
Notre attention particuliere se fixa sur
une foule de naturels rassembles sur les
bords de la mer, en face du village, pour
"epiisiderer le yajssea,u, Comekala qui eprou- voit, depuis plusieurs jours | la plus vive
impatience , gouta enfin alors Pinexpriaaa-
fcle bonlieur devoir encore une fois sa terre
natale. II y rapportoit, noiifSans un sentiment d'oygueii, les connoissances qu'il.avoit
acquises pendant son,voyage, et les divers
cfifes d'u.tilite ou d'embeMissement qui de-
voient exciter la  surprise de ceux de  sa
nation, et augmenter ia consideration qu'ils
avoient pour lui. Ce n'est pas que sa joie
n'eut ete grandement diminuee  par Fab- -
sence de Maquilla son frere , chef de Yen-
tree du Roi George |et de Callicum son
parent, qui occupoit le premier rang,apres
ce prince souverain. Ces chefs etoient alles
rendre, a cette epoque^ une visite de <cere-
monie k Wicananish , prince tres - puissant'
d'une tribu vers le midi, C'est ce dont nous
fumes informes parHannapa qui, dans Fab-
sence des deu&  premiers cliffs ^/avoit le
supreme commandement a Nootka , et qui
etoit venua bord pour nousv rendre visite.
Comekala portoit alors un .habit d'ecar*
late, uniforme, avec des boutons de metal.
Son chapeau, aussi d'uniforme, etoit orne
d'une cocarde^elegante.&Il avoit de tres-
Jbeau linge , et enfin toutes les autres par-.
Mai.
*s
i   • ties de l'habillement europeen; c'etoit beatfc
coup plus qu'il ne falloit pour exciter une
extreme surprise parmi ses compatriotes.
Hannapa ne revit pas Comekala sans emotion. Non-seulement ii le consideroit avee
une attention extreme, mais on remarquoit
encore sur sa physionomie tous les traits
caracteristiques de cette secrette envie qui
est 1 a passion dominante des naturels de
cette partie de FAmerique.
£n peu de temps, le vaisseau fut envt-
ronne d'un grand nombre de canots , rem-
plis d*homines, de femmes et d'enfans. Ils
etoient charges de provisions de poisson ;
nous n'hesitanies pas un moment a acheter
un article si necessaire a des hoinmes qui
venoient de faire un voyage long et pe-
nible.
Dans la soiree, le temps s'eclaircit, >et
Comekala se disposa a debarquer. Des que
son intention fut connue dans le village ,
tous les habitans se preparerent a lui faire
un bon accueil au moment ou il remet-
troit le pied sur la terre qui Favoit vu
naitre.   '
Comekala brilloit alors dans tout son
eclat. Son habit d'ecarlate etoit enrichi n
le(53)   : w    t~       ;f
fPurte garniture complette de.boutons de 178ft
metal et de divers ornemens de cuivre qui Mm.;--
ne pouvoient manquer d'attirer a cet Indien.
les plus respectueux egards de la part de
ses compatriotes , et le rendre le premier
objet des voeux de toutes les demoiselles de
Nootka. Son pectoral consistoit pour le
morns en une demi-feuille de cuivre. Divers
ornemens du meme metal formoient ses pen-
dans d'oreilles. II avoit imagine de suspendre
a ses cheyeux, qui etoient arranges en queue,
un si grand nombre de queues de poelpns de
cuivre , que le poids entrainoit sa t&te en
arriere , et le forcoit de la porter si roide
et si droite que cette contenance ajoutoit
beaucoup a la singularite de sa tournure.
Pour se procurer les divers articles de la
parure dont il s'enorgueillissoit alors, Come- ||g
kala ay oit  ete  en   etat  d'hostiiites  conti-
nuelles avec notre cuisinier, a qui il avoit
eu le talent de les escamoter. Mais le der* ^
nier et le plus grave sujet de dispute en-
tr'eux etoit le vol que FAmericain lui avoit |k
fait d'une broche enorme , dont il se ser-
voit comme d'un javelot, esperant donner,
avec cette arme , un nouveau' lustre a. la
magnificence dont il alloit eblouir les yeux
e;      f    -     D i     ' -f;   -'-' . '   1
m Jm?m:m (54) H '§&'■ '
de ses compatriotes. Dans la situation -69
nous nous trouyions, ii ne nous~etoit guere
.possible de lui refuser cet ustensile dre-cuisine , quelque necessaire qu^il nous fut.
Aiiisi accoutre, et mille fois plus glorieux
de sa parure que ne le furent jamais de
leur eclat les potentats de l'Europe ou de
•FOrient, nous l'accompagnames pour des-
cendre sur le rivage, et, a ce moment, des
cris et des applaudissemens partis de tous
les coins du village, furent pour lui des
garans de la satisfaction que son retour
causoit a. ses compatriotes.  fe
lis arriverent en fouie du cote du rivage ,
et quand il debarqua;, ils Faccueillirent en
poussant les plus effroyables hurlemens. A
leur v tete ,   on  remarquoit sa tante , tres-
-vieiile fe mm e,  puisqu'^elle   avoit  enyiroir
quatre-vingts ans. On pouvoit croire, en la:
-;yoyant, qu'elle avoit continuellement yecu
dans la mal-proprete depuis sa naissance
jusqu'au moment ou elle se presentoit a nos.
regards sous les formes les plus degontantes.
Elle embrassa son neveu  avec   toutes les
marques d'une tendre affection, et repan-
- dit sur les joues de Comekala Fhumeur qui
de^couloit de ses yens. * ( 55 )
^pres les premieres ceremonies de la reception , et lorsque ces naturels eurent k
loisir confente leur curiosite, et furent re-
\ Venus de leur premiere surprise , toute la
foule se mit en marche pour gagner le pa-
lais du roi, On n'y laissa entrer qme des
personnes d'un rang distingue, et bientot
on prepara un repas magnifique d'huiie de
baleine. Toute la compagnie prit place, et
chacun des insuiaires mangea avec une'
tsensualite proportionnee a la delicatesse du4
festin. Les petits enfans eux - memes ava-
loient Fhuile avec toutes les marques d'un
extreme plaisir. Quant a Comekala , son
gout sembloit avoir ete gate jusqu'a un certain point par la  cuisine de l'Inde et de
NP£urope, et il ne deyoroit plus'les mets de
son pays avec la meme gloutonnerie, que
si son estomac n'eut jamais connu d'autre
nourriture que celle qu'il prenoit a Nootka*
La soiree se passa en grandes rejouissances.
lis continue rent de chanter et de danser
pendant presque toute la nuit. Pour nous ,
nous etions retournes a bord de bonne
heure dans la soiree : mais , long - temps
apres , nous entendions encore les eclats
de leur joie bruyante..
eH i-.   TBI       &4 W3.
17*88;
Maij" a
111   (56}    i
Nootka est situe sur une hauteur qui fait
face a la mer, et que des bois cnvironnent
de toutes parts (1). Dans Yanse des Amis ,
les maisons sont vastes, et baties a la maniere ordinaire du pays. Chacune de ces
demeures est destinee a renferrner plusieurs
families. Diyisee en compartimens , dans le
genre d'une etable angloise, on y trouve
rassemblees toutes les especes d'orduresdont
le melange ayec la chair et Fhuile 'de baleine se decouyre par plus d'un sens , et
forme un depot de la plus horrible puan*
teur (2).
(1) Je reserve les details particuliers que j'ai a pu-
blier sur le village ou  la ville de Nootka ? pour la
partie. de  cet ouvrage ou je fcraiterai plus au long du
commerce, de la geographic, etc.  de la cdte nord-*
ouest  d'Amerique.
Note de IAuteur.
(2) L'interieur des habitations de tous les penples
du Nord presente vai aussi degoutant spectacle. Voici
ce que nous dit des Ostiaks le professeur Pallas dans.
ses Voyages en Hussie ; « On se fera facilement un©
53 idee de la puanteur, des vapeurs fetides et de Phu-
» midite qui regnent dans leurs iourtens, (c'est le nom
j> que donnent ces peuples' a leurs habitations ) lors-
n cru'on saura que les hommes ? les femmes^ les enfans Le i4> le temps nous parut assez beau    1788;
pour permettre d'envoyer k terre un deta-     Mai.
chement charge de dresser une tente pour MercreeK
les coupeurs de bois, et pour les hpmmes      *4*
qui devoient aller faire de Feau, et une autre
pourles voiliers. On choisit, a cet effet ,
un emplacement peu eloign e du village , et
voisin d'un petit ruisseau. Le reste de l'equipage fut employe a degarnir les manoeuvres courantes, a detacher les voiles, et a
d'autres travauxnon moins necessaires dans
le vaisseau.
Le 16 , Maquilla et Callicum entrerent vendredi
dans Ydnse accompagnes de plusieurs ca-      x&
riots de guerre qui se mirent en mouyement
autour du vaisseau avec un grand appareil.
Les naturels chanterent en  m£me   temps,
une chanson tres-melodieuse, quoique fort
bruyante. Ces canots etoient au nombre de
1m
net les chiens ysatisfont par^-tout a tous leurs be-
n soins, et que personne n'a soin d'en lever les or-
3> dures ». Voyages de Pallas , tome IV> p&ge 6b •
Le citoyen Lesseps nous donne les memes details,
sur les Kamstchadales et sur les Lappons dans son iir~
teressant Voyage au Kamstchatka.
Nate du Traducteur* 2788.
Mai.
'./ "#' ( 58 ) ■"■ '■   j • - •-
douze: chacun d'eux portoit dix-huit hom*
mes , yetus , la plupart , de magnifiques
peau-x de- loutres de. mer , dont ils etoient
couverts depuis le col jusqu'a la cheville
du pied. Un duvet blanc d'oiseaux dont
leur tete etoit parsemee, la faisoit paroitre
poudree : ils* avoient le visage barbouille
d'ocre rouge et noir, dans la forme d'une
macboire de goulu de mer (1), et Fon y
remarquoit comme une ligne spirale qu'ils
y avoient tracee : le tout leur donnoit un
air extremement sauvage. Dans la plupart
de ces canots etoient huit rameurs d'un
cote , et un seul homme.assis sur Favant.
Le chef occupoit une place dans le.milieu.
On pouvoit le reconnoitre a un bonnet, de
forme tres-haute, qui se terminoit en pointe,
et a Fextremite duquel etoit attachee , en
guise d'ornement , une petite toufie de
plumes.
H Nous ecoutames leur chanson avec autant de plaisir que de surprise. On ne pouvoit, en ef'fet, sans etre indifferent aux ra*
vissans accords de la musique, et pour peijt
1
£ 1 ) Sorte de gros poisson.
$jote du Trnductejir^ (i) La pagaye  est une espece de rame court© €*
large dont se servent  les   Indiens.
Note du Traducfe^r.
qu'on eut recu de la nature un c«ur sell- <§$$«
sible au pouvoir decet art enchanteur, en-
.tendre , sans les> plus yiyes emotions , un
concert si imposant et si peu attendu. Le
choeur etoit parfaitement a Funisson, et
d'une extreme justes^e, quant au ton et a
la mesure ; il ne leur seroit pas echappe
une seule note fausse ou discbrdante. II leur
arrivoit quelquefois de passer, tout-a-coup
d'un ton eleye a,un tpn plus bas , mai||en
variant leur chant avec une expression si
.touchante et remplie d'une si douce me-
iancolie, que nous ne pouvions concevoir
comment ils avoient acquis ou imagine cette
harmonie~qui "avoit quelque chose de plus
qu'une musique grossiere et sans principes.
L'oeil pouvoit se satisfaire comme Foreilie ;
dar Faction dont ils accompagnoient leurs
chants ajoutoit beaucoup a Fimpression
qu'ils faisoient sur nous tous. Chacun d'eux
feattoit ia mesure avec une precision admi*
rable contre le platbord du vaisseau, la
pagaye a la main (1) ; et.en firiissant chaque
i
I :   -i;   '1   '■( tfo j .. J   -- '   j|
vers ou chaque strophe, ils etendoient leuts
bras au nord et au midi, laissant eteindre
insensiblement leur voix, mais d'une ma*-
niere si majestueuse et si imposante qu'il
en resultoit un effet que les meilleurs or-
chestres ne produisent pas souvent en Europe.
lis firent ainsi deux fois le tour de notre
Taisseau,  se  levant tous ensemble et an
meme instant, lorsqu'ils arrivoient pres de
la pouppe , et criant avec force : wacush ,
macush, ou, amis, amis. lis amenerent en-
suite leurs canots le long de la cote; Ma-
quilla et Callicum vinrent alors a bord. Le
premier paroissoit avoir environ trente ans t
il etoit d'une taille moyenne, mais tres-bien
fait ; la nature lui avoit donne la physio—
nomie-la plus interessante. L'autre pouvoit
bien etre age de dix ans de plus. II avoit
toutes les formes de  l'homme le plus ro-
buste. De beaux traits et une figure ouverte
commandoient Fatten tion et inspiroient la
confiance.  Les autres   naturels  d'un rang
moins distingue etoient tous des hommes
de riche taille et de tres-bonne mine. Une
peau de veau marin remplie d'huile fut, a
Finstant, apportee, de main en main , jus^ ;...j. ;  '".' §g 6x) p |' • -
qu'ik bord : les chefs en prirent une petite ;|j
quantite, et renvoyerent le reste a leurs gens g flai,
||ans les canots : ceux - ci eurent bientojt
vuide le vase qui renfermoit cette dange*
reuse liqueur.
Nous offrimes en present a Maqiiilla e%
a Callicum du cuivre , du fer, et d'autres
articles que nous savions devoir leur etre
agreables. En les recevant, ils oterent leurs
vetemens de peaux de loutres de mer, le$
jetterent a nos pieds de la meilleure grace
du monde, et resterent sur le pont tels
qu'ils etoient sortis des mains de la nature.
Nous donnames eh retour a clg£:cun d'eux
une couverture. Ils descendirent alors dans
leurs canots avec toutes les marques de la
plus vive satisfaction , eteramerent tres-leS-
tement vers le rivage.
Ces peuples ont, a ee que je crois, une
maniere de donner et de recevoir les pre- f|§
sens qui leur est particuliere. De quelque
valeur que soit un don a leurs yeux, ils
ont sur-tout a coeur de ne pas laisser a celuj
qui le recoit Fidee qu'il en doit conserver
de Fobligation. Nous fumes temoins d'une
entre vue ou deux chefs se rendirent en ce-
r&nonie. Ils etoient charges tous deux de
w
iw I7g§     tr^s-riches fourrures qu'ils destinoient a des
Mai.     presefts.  lis^empressoient de les etaler ,
Fun aux yeux de Fautre, de Fair le plus
liberal et le plus affectueux ; et dans cette
aimable reciprocity de manieres grandes et
genereuses, ils riVafiSoient, pour ainsi dire,
de politesser a veb les nations du monde que
distingue le "pins cet heiireux caractere.
tv       1       Depuis  le   moment de  notre   arrivee   a
Dimanche r
35. Nootka jusqu'au 23 , nous eumes tres-mau-
vais temps ; mais cette circonstance, quoi**
quCassez facheuse V ne nous empecha pas
cFeiitreprendre -J'plusienrs: operations que
nous, avions en vue." Maquilla s'etoit iioii-
. seulement prete de la meilleure grace du
monde k nous ceder un coin de terre dans
Ses domaines pour que nous pussions y
construire une maison destinee a loeer les
personnes que nous nous proposions 'de
iaisser a,Nootka ; il avoit encore promis
de nous aider a ayancer les tray aux , et de
proteger le detachement qui devoit rester
Ipr cette terre pendant notre absence. Pour
reconnoitre les marques de bienveillance
que nous donnoit ce chef, et Fentretenir
dans des dispositions aussi favorables a nos
projets, je lui fis present d'une paire de 1 fgff   ..    1
pistolets qu'il n'avoit cesse* de regarder d'un
oeil d'envie depuis notre arriyee. Quant a
Callicum qui paroissoit avoir concu le plus
tendre attachementpour nous, il recut aussi
les presens qui pouyoient lui etre agrea-
bles. Nous en offrimes de meme aux fem-
ines de sa famille. II devenoit r en effet *
bien essentiel pour nous de nerien negli-
ger de ce qui pouvoit le confirmer dans ses
sentimens : ii etoit charge pai; Maquilla d$
veiller sur nous ,:.de nous defendre : ce dei>
nier lui avoit, en outre, recammande for-
tement o^'eMpecher que les naturels ne s^
portassenjiS. aucuns exces contre nous.
Nous etions tl^s-disposes, s&nsi doute , k
nous confier a la bienveiliante amiti4 dh
ces chefs. Nous-pensames^toutefois, qulS
seroit prudent de leur faire connoitre notre
puissance pendant la duree de nos relations
avec eux, en depioyant avec toutes nos
4brees les moyens. d'en faire usage , dans
le cas ou ils viendroient a changer a notre
egard. Nous ne desirions pas moins nous
rendre redoutables qu'exciter ifeur recon-
noissance : c'etoit, en effet, le meilleur
anoyen d'assurer le succes de notre voyage.
Nous apportau\es une si grande diligence
fc^SS, ' Mercredi
28.
v '.       ||   I H)      W ■      I «
«g-    dans la construction du batiment que , dis
*- .      le 28 ,  les  travaux etoient completement
Mai. I r
acheves. Les naturels nous donnerent tous
les secours qui dependirent d'eux poiir nous
aider dans cette importante besogne; et nous
leur dumes, en partie, Favantage de la voir
si promptement terminee. Non - seulement
ils alloient, jusques dans les forets, cher*
cher pour nous le bois de construction 5
mais ils s'empressoient encore de nous ren*
dre tous les  services que nous pouvions
exiger d'eux.  Le soir, lorsque la cloche
#vertissoit nos gens  qu'il  etoit  temps  de
quitter Fouyrage , nous faisions   toujours
assembler ceux  des   naturels  qui  avoient
travaille  pour nous.   lis recevoieht  alors
llur   paie journaliere :  elle coxlsistoit   en
grains  de   fer  qu'on leur distribuoit,   ert
proportion de Fouvrage qu'ils avoient fait*
t)es procedes  si   genereux  de  notre  part
nous nieriterent a tel point la confiance et
Famitie de ces naturels que nous ne pouvions trouver de Foccupation pour le grand
nombre d'entr'eux qui sollicitoient conti-
nuellement la faveur d'etre employes a notre
service. (65)
La maison etoit assez vaste pour loger
tout le detachement que nous nous propo-
sions de laisser dans Yentrde.  Au. rez-de-
chaussee , il y avoit une grande chambre
ou les tonneliers, les yoiliers et autres ou-
vriers devoient travailler dans le mauvais
temps. Une autre piece non moins etendue,
et destinee a former le magasin des provisions de tout genre, etoit a cote ; Fatelier
de Farmurier se trouvoit place a Fune defc
extremites du batiment avec laquelle il avoit
une communication. L'etage au dessus etoit
divise en salle a manger et en plusieurs
chambres pour les personnes qui formoient
le detachement. Pour tout dire en un mot,
notre maison, sans etre digne , par sa construction, de fixer les regards d'un amateur
de la belle architecture #se trouvoit pour-
- X
tant distribute de maniere a remplir par-
faitementl'objet de sa destination : la structure en paroissoit magnifique aux naturels
de Yentrde du Roi George qui n'avoient
jamais rien vu de_ si merveiileux.
On eleva autour de Ja maison un fort
parapet qui renfermoit une grande etendue
de terrein \ on y dressa, pour toute batte-
.rie , une piece de canon placee de maniei
Tome II. E
Mai.
-J. Vr?
«s
.«'. 1788.
Mai.
Juin.
Jeudi
(66)
^qu'elle dominoit Fentree et le village dp
Nootka; ce qui form oit une fortification,
assez imposante pour garantir notre detachement de toute attaque. En dehors de ce
parapet, on construisit la quille d'un vais!-
seau de 40 ou 5o tonneaux qu'on etoit sur
le point de batir, conformement a nos an-
eiens arrangemens.
Vers le 5 juin, les operations se trouvoient considerablement avancees. Les vaisseaux avoient ete caifates, les manoeuvres
reparees . et les  voiles examinees avec le
■ s. ??e
plus grand soin. On avoit pris a bord du
lest de pierre : nous pens&mes qu'il pouvoit
etre dangereux d'einployer le lest de sable ,
a cause qu'il embarrassoit le jeu des poiri-
pes. Enfin, le vaisseau approvisionne d'eau
et de bois se trouvoit en etat de mettre a
la voile. Nous avions acbeveetant de traf-
Vaux divers et siimportans, quoique le temps
n'eut cesse d'etre tres - desagreable depuis
le moment de notre arrivee : la pluie avoit
presque toujours tombe par torrens , et les
vents souffloient constamment de sud. Ces
pluies avoient fait fondre entierement la
eneige de 4essus la terre ;et Fon n'en ap-
percevoit plus guere que dans quielques en- <67) iii    "
droits , si ce n'est sur le sommet des mon-    I7$&
tagnes et des collines les plus elevees. Mais    Juin.
la vegetation etoit encore tres - retardee ;
elle ne changeoit que par degres Fair sau-
vage qu'avoit le pays lorsque nous y arrir
vames.
Le detachement choisi pour rester a terre
fut employe sur le champ aux diverses occupations  auxquelles il etoit destine. Les
uns alloient chercher le bois de construction jusques dans le fond d'une foret ou ils
ne pouvoient arriver qu'a. travers mille obstacles : d'autres lescipient, et lui donnoient
la forme necessaire a Fusage qu'ils vouloient
en faire, tandis que les armuriers etoient
occupes a forger des chevilles et des clous
prets a servir au premier besoin, ou a tra-
vailler le fer dans la forme des divers articles de trafic qui pouvoient nous 8tre ne-
cessaires, Aussi parv&§iaes-nous bientot, en
procedant avec cet ordre et cette regularite,
a composer notre nouvel arsenal de marine.
Les charpentiers y avoient deja. c on str u it
laquille d'un vai&seau ; la pouppe et Fetam-
fcbrd etoient deja eleves, chevilles, et soli-
cement attaches ; de sorte  qu'il ne nous
&llut pas attendre long-tetfips pour jouir
E % 1788.
Juin.
n
. ■"-      ■■(«»)       ■ ^
de la satisfaction de voir ce vaisseau eil
etat de faire le service auquel nous le des-
tinions.
Si l'histoire des navigateurs n'etoit ecrite
que pour amuser un moment les loisirs du
riche , ou pour eclairer les recherches la-
borieuses du philosophe , il seroit neces-
saire, sans doute , de s'interdire dans un
pareil ouvrage une foule de petits details,
peu agreables pour Fun , et trop au dessous
des connoissances de Fautre. Mais ils doi-
vent se proposer un autre but en publiant
le journal de leurs voyages : en effet, si
leurs recits ne sont pas propres a instruire
les navigateurs qui leur succederont, s'ils
n'ont pas pour objet d'aider et de faciliter
les progres des entreprises commerciales,
en vain ils auront brave les dangers et sur-
monte tous les obstacles de ces perilleux
voyages : le temps mdme qu'ils auront employ^ a en ecrire les evenemens ira se
perdre avec tant d'autres momens inutile-
ment consumes dans la vie.
Notre conduite avec les naturels etoit
dirigee par les principes de la politique la
plus remplie d'humanite. Rien ne le prou-
yefa mieux , j'espere, que la bonne intelli* /
( «9 )
gence et Famitie sincere qui regnoient en-
tr'eux et nous. L'hospitalite que ces allies
fideles exercerent envers nous avec des manures si genereuses> donnera aussi une idee
avantageuse de la douceur qui les carac-
terise , lorsqu'on les traite avec cette bien-
veillance qu'on doit a. des hommes sans
lumieres, et qu'il est si fort de la politique
d'employer pour Finteret du commerce.
Les differens services que Fattachement
personnel de plusieurs de ces naturels pour
nous les avoient portes a nous rendre, suf-
fisoient pour nous conyaincre que la re-
connoissance n'etoit pas un sentiment in-
connusur ce rivage eloigne, et qu'on pou-
voit trouver , jusques dans les bois de
Nootka, des coeurs sensibles a Famitie. Callicum etoit doue d'une delicatesse dame,
et se conduisoit, a notre egard, avec des
procedes qui auroient fait honneur a Fhom-
me le plus avance dans la civilisation. On
pourroit citer mille preuves de la bienveil-
lance et de Faffection qu'avoit pour nous
cet homme aimable. II n'est plus. La seule
maniere dont il nous soit permis de reconnoitre les marques d'amitie que nous re-
giiines de lui est de les rappeller ici. Leg
1788.
Juin, ( 7° ) J|
1788. termes nous manquerit pour exprimer Phor4
Juiift reur profonde que nous inspir^le gouveniJ
d'un nieurtre atroce et comrnis^de gai^fedS
coeur , qui priva cette con tree de son plus
be! ornement, et l:e-s navigateurs qui, pa#
ia suite , auroient visite ces parages, d tut
protecteur et d'un ami; qui contraignit M
peuple utile et paisible a quitter son pays
natal pour aller chercher une nouvelle ha*
bitation dans des deserts eloignes (1).
(1) Ce chef si aimable flit, tue, dans le mois de juia
1789, par tm offitSer a bord d'un des vaisseaux co'm-
mandes par don Joseph-Etieniie Martinez, qui lui iiraj
un coup de -fusil au travers du corps. Les details de
cet a-ffreux evenement tlous ont ete dounes, tels qu'on
va les lire, par le maitre de la cdte nord-ouest d'Amerique , jeune homnie de la veracite la plus exacte ,
et qui eut le malheur d*etre Mmoin de cet aete de la
plus barbare inhumanite.
Callicum, so. femme et son enfant arriverent sur uft
petit canot, bord a bord de la Prihcesse , vaisseau du
commandant de i'eseadre , avec un present de poisson*
Comme on lui prit son poisson avec beaucoup de ru-
desse et de malhonnetete avant qu'il prLt l'offrir au
commandant, il se trouva tellement pique de ce pro-
cede qu'il quitta sur le champ le vaisseau , en criant,
dans le moment de son depart ; peshae l~peshae ! c'est-
4-dtre j mauvais I m&uyais I L'equipage regarda cetfe i   ■■     ■ <?»■) ■ . ■
exclamation comme une si grande offense qu'on tira
«ur le champ, du gaillard d'arriere , un coup de fusil
a. Ge malheureux chef, a qui  la balle alia frapper le
coeur. Au moment oil elle Fatteignit, son corps sauta
par dessus le bord du canot, et disparut dans les Hots.
Sa femme fut conduite a terre aveG 1'enfant par quel-
crues-uhs de  ses amis qui  avoient ete les temoins de
cette horrible catastrophe.  Elle etoit plongee dans une
stupeur deplorable. Bientot apres , cependant , le pere
de  Callicum osa  venir a bord du  vaisseau   espagnoi
pour demander la. permission d'aller chercher sous les
eaux le cadavre de son malheureux fils. Quokjtw* ce
fut un pere eplore  qui sollicitat cette grace, elle lui
fut refusee jusqu'a ce que le pauvre sauvage eut re-
cueilli  parmi  ses voisins  une  quantite  de  pelleteries
assez considerable pour pouvoir acheter d'hommes qui
se disofejit chretiens le droit de donner la sepulture a
son fils qu'ils-avoient impitoyablement massacre.  Le
.corps fut   bientot  retrouve 5 1'inconsolable   veuve  le
conduisit elle-meme au lieu de l'enterrement , acconi-
pagnee de tous les habitans de Yentree , quj^^baloient
leur yive douleur de la perte d'un chef qui leur etoifc
cher , et aux vertus duquei c'est un devoir pour moi
de payer le tribut de recpnnoissance et d'affection j-qui
ieur^&t d&.
lj&s       Note devP Auteur.
5Kr'V "i«£-
Jiiist.
-   •
gS
¥4
» 1788.
Juin.
(ji)
CHAPITRE   X.
Moyens employes par les naturels pour
augmenter le prix des peaux de loutres de mer. —- Leur supdriorite dans
Varrangement des marchds qu'ils con-
cluoien€ avec nous. — Conduite de Comekala. — Nous avons le credit d''en faire
un chef. —> Son mariage. — Cdrdmonie
magnifique a cette occasion.—Maquilla
et ses chefs adoptent notre habillement
et nos manieres. Present de grande
valeur fait par Maquilla. — Vol d'une
meule a aiguiser. — Des naturels nous
apportent une main d'homme a acheter.
——Danger qu'ils courent en cette circonstance.   Perte deplorable d'une
partie de Vequipage de /^Aigle Imperial,
en ij8y.  Raisons que nous .avons de
soupconner Maquilla d'etre un canni-
bale.     Et range oreiller employe par
Callicum. — Les habitans de I'anse des
Amis s'dloignent a une petite distance'.
—liaisons de cet dloignement, et faci- ( ?3 )
Utd avec laquelle  ils  Veffectuent. 	
On nous  apporte   une jeune loutre  a
acheter.
17880
Juin.
XJans Fintervaile qui s'etoit ecoule depuis
notre arrivee jusqu'au 5 juin , nous avions
commence le commerce de fourrures avec
les naturels, et nous possesions deja plus
de cent cinquante peaux de loutres. Des
Finstant de notre arrivee, nous etions con-
venus avec ces insulaires d'un prix jfixe pour
chaque espece de fourrures differentes: mais
dans Ces diverses relations de trafic , ils
cherchoient a tirer avantage de tout; et,
dans Fespoir que nous avions de faire , par
la suite, de grands profits avec eux, il etoit
de notre interet de passer legerement sur
leur conduite, toutes les fois qu'ils tentoient
de deroger a nos conventions originaires.
Au bout de quelque temps, ils change-
rent entierement Fordre de leur trafic avec
nous ; et au lieu de Fe*change ordinaire qui
se faisoit en suivant pour regie la valeur
particuliere des articles echanges , nous
finimes par nous faire reciproquement des (74)
presens de tous les objets qui-etoient entres
|«squ'alors dans nos relations commerciales;
et dans cette ceremonie, ils deployerent
plus que jamais leur caractere fier et hospitaller. Nous avons decrit, avec tous leurs
letails , les usages observes par eux en pa-
reille crreonstance, dans la partie de cet |
ouvrage ou il est plus partioulierement trait^
du commerce.
Toutes les fois que Callicum et Maquilla
se proposoient de nous faire un present, ils
envoyoient une des personnes de leur suite
pour prier le Tighee ou capitaine de venir
les trouver a terre. Je ne manquois jamais
de me rendre a l'invitation, charge des divers articles que nous avions a. leur offrir
en retour. Des notre arrivee a Phabitation
des chefs «& un grand nombre de specta-
teurs se. rendoit pour voir 4a ceremonie ,
on apportoit les peaux de loutres de mer ^
avec de grands cris de joie et des gestes
qui umrq&oient la satisfaction que notre
presence faisoit eprouver ; on les placoit
ensuite a nos pieds. Un silence proft)H&
suoeedoit bientot a ces premiers transports;
et ils attendoient ayec la plus vive impatience quels seroient les presens que noua .     t75)       I      Hi.
leur offririons en retour. Horn, ne suppo-
sera guere, sans doute, que,■ connoi^ant
tout ce qu'ils pouvoient se promettre (Jg.
mar^ghands anglois,nous ayons jamais nian^
que de remplir leur attente. D'ailleurs, nos
amis de Nootka avoient imagine, e||pela
&oit fort adroit de lei*r parfc^ d'entrejren-
dre une nouvelle expedition pour se procurer d'autres fourrures, aul^itot que leur
provision actuelle de peMieteriesese trouvoit
epuisee. Ce moy en ,-entre beancoup d'au-r'
tres aussi avantageux , avoit naturellement
pour effet, dfy&reiller , de leur cote ,^ominj
du notre, Fesprit de commerce.
Depuis la-deeouverte de cette entree pa$
le capitaine Cook, il y etoit arrive plusieurs
vaisseaux dans Fintemtion de trafiquer aye©
fes naturels. Ceux-ci devoient a ces cc*n-
munications frequentes 1'a vantage d'aveir
fait de plus grands progress dans la civilisation que nous nel'eussions espe-re;. Mais
ce qui nous surpritteaucoup^ ce:fut de les
voir entierement depoiarvus des divers ar*
tides qu'on apporte chez eux d'Eurape %
car ils devoient avoir recti*! en echanse de
leurs fourrures | une grande quantite de fer,
de-cuivre, de gfalll de verre \ et nausja'en
tl .- (76)   '        t
1788I appercumes pas un seul morceau parmi
Juin. eux. II est difficile de conjecturer comment
ils avoient pu trouver le moyen de dissiper,
en si peu de temps, toutes leurs richesses.
Dans nos relations de trafic avec ces in-
sulaires , nous avions remarque plusieurs
fbis de Finconstance dans leurs gouts , et
cela etoit assez embarrassant pour nous.
Tantot ils preferoient le cuivre a tous les
autres articles ; tantdt Us choisissoient le
fer comme la seule marchandise a laquelle
ils attachassent quelque prix : d'autres fbis,
aussi, les grains de verre leur plaisoient da-
vantage. Mais nous avions reussi a reme-
dier aux inconveniens de leur caractere
indecis ; c'etoit en leur donnant une portion de ces divers articles meles ensemble.
Comekala nous avoit d'abord ete fort utile
pour accelerer nos petits arrangemens de
commerce. Mais il commencoit a oublier la
langue de son pays , et parloit un jargon
si bizarrement compose des langues chi-
noise , angloise et nootkane , qu'il ne pou-
voit presque plus remplir les fonctions d'in-
terprete entre les naturels etnous. Ajoutez
qu'en revenant aux habitudes de son pays ,
il commencoit a preferer les interets de ses
\ :    1   x ;     (77)
fcompatriotes aux notres, et qu'au milieu
des jouissances qui se renouvelloient pour
lui dans ces repas ou il mangeoit avec sen-
sualite de la chair et de l'huile de baleine ,
il oublioit insensiblement tous les bienfaits
dont nous Favions comble. Mais comme i\ <
se trouvoit , graces a notre credit , eleve
dans un poste de confiance et d'honneur,
nous etions interesses a ne pas lui kisser
entrevoir que nous le soup^onnions de faus-
sete et d'ingratitude a notre egard. Maquilla
lui avoit confie ses tresors les plus precieux,
et entr'autres , un mortier  d'airain  laisse
dans le pays par le capitaine Cook , et que
le  chef de Nootka regardoit  comme un
objet du plus grand prix. Cet ustensile de
cuisine, destine originairement a un usage
servile, avoit ete ennobli par lui au point
de devenir le symbole de la magnificence
royale. On le tenoit toujours tres-brillant;
et, dans les visites ou entrevues de ceremonie, on le portoit devant Maquilla pour
raj outer a Feciat de sa royale dignite. La
yue continuelle de cet objet etoit done plus
•propre a rendre a Comekala son ancienne
affection pour nous en lui rappellant que
^aptre amitie ne  s'etoit jamaif dementie,
1788*
Juin.
1 '(78) I
1788.    qu'a Fengager a s'ecarter des egards que
Juin.    nous ayions droit d'attendre de lui. Nous
employames tout notre credit aupres de son
frere Maquilla pour  obtenir qu'il Felevat
tout d'un coup au rang de chef en lui fai-
sant epouser une femme distinguee par sa
haissance dans son propre district. Maquilla
accorda , sur le champ , cette faveur a nos
sollicitations ; et  nous  fumes invites   aux
noces  qui furent celebrees  avec toute  la
magnificence possible. La moitie d'une baleine ,  une  quantite  considerable  d'autre
poisson, avec de l'huile en proportion , for-
merent le rep as somptueux qui fut donne
en cette circonstance. Pres  de huit cents
convives y assistei ent : ils y furent seryis
avec le plus grand ordre, se comporteTrent
tr^s-sagement, et manifesterent a leur chef
toute la satisfaction qu'ils eprouvoient d'une
reception si brillante eu^si honorable.
,.    ,   ,.'    Le 6, il vint a bord un messager de Ma*-
*yenaredi ' ,       .
6.      tjuilla, cfearge de nous prevenir que ce chef
se disposoit a  nous faire  un   magnifique
present, et qu'il nous prioit de venir a terre
pour le recevoir. Nous nous rendimes  sur
le champ aupres de ce chef,etle trouvdmes
-#etu d'uxr habillement complet europeen 9 ( 79 )
avec une chemise a manchettes , les cheveux en queue, et poudres. Nous recon-
numes dans tous ces ajustemens dont il avoit
forme sa parure, une partie des presehs
<nxe nous avions faits a Comekala , et Maquilla les regardoit, ainsi que ses diveiS
ornemens de cuivre dont le poids etoit
enorme, comme les marques distinctives dfe
la puissance du souverain de Nootka. Ce
prince etoit environne de plusieurs chefe
qui tous portoient, comme decoration, quel-
qu'article particulier de l'habillement anglois, dont leur vanite paroissoit singuliere-
ment satisfaite. Nous remarqusmies que ,
dans cette occasion, ils avoient fait dispa-
roitre de dessus leurs visages les couches
d'huile et d'ocre dont ils se barbouilloietkt
ordinairement. Eref, la metamorphose etoit
telle qu'en entrant dans la maison , nous
eumes, d'abord, quelque peine a reconnoitre nos amis. Cette circonstance fit qu*i!&
nous accueillirent ayec un air tres-soieni-
nel. lis se leyerent, et imiterent notre ma-
idere de saluer. La facon dont ils dtoieni
leurs chapeaux,les gestes tres-plaisans qu'ils
feisoient en se saiuant Fun Fautre , et eh.
prononcant quelques  mots anglois qa'iis
*7
Juin* {        (80)
£788.    avoient retenus et qu'ils repetoient alors a
Juifijj     voix haute sans aucune liaison, et meme
sans les entendre; tout cela, dis-je, formoit
tine scene dont ils s'amusoient beaucoup ,
et qui ne pouvnnt pas nous deplaire. Lorsque ces bizarres ceremonies furent termi-
nees, le chef ordonna qu'on apportat devant nous plusieurs peaux de loutres tres-
riches, et ne tarda pas a les envoyer a notre
vaisseau. II y ajouta un daim d'une fort
belle espece qui venoit d'etre tue dans les
bois par Fun des siens. Nous ne fimes pas
attendre k Maquilla le present par lequel
nous voulions   reconnoitre   sa   generosite
d'une maniere digne de lui ; et a notre retour au vaisseau, nous trouvames que les
peaux de loutres nous y avoient precedes.
L'arrivee de Comekala decida ces peu-
ples a prefererja tout autre article de trafic , les diverses parties de Fhabillement europeen.  Un chapeau, un Soulier, un ba$
faisoit ordinairement pen cher en notre fa-
veur la balance des negociations commerciales; et noiis ne negligeames aucun des
moyens qui se presenterent d'encourager
une idee qui pouvoit les determiner a faire
usage des laines.
Le (8i)     4 -
ej Le 7, notre tonnelie^vint se plaindre de    %$%%;
ce que les naturels lui ayoient pris sa me&le    j^\n;
a aiguiser.  Ce vol etoit le premier qu'ils   samedt
nous eussent fait. On assure pourtant que      7*
les differens vaisseaux quisles ont  yisites
avan| nous se sont plaints du m&me vol.
Nous avions remarque, en elffet, que tout&r
l'attentjj^n des naturels se portait sur cette
pierre. lis etoient persuades qu'elle renfer-
moit quelque  charme particulier qui lui
donnoit la vertu de re$dre*^ sans la moindre fatigue, notre fer tres -l^cere et tres-
tranchant, tajadis qu'ils ne pouvoient se
procurer le m&me a vantage pour le leur
qu'avec des peines extraordinaires.
La perte de cet-objet ne laissoit pas que
d'etre assez importante. Nous fimes, mais
en vain, tous les efforts imaginables pbiiii
le retrouver; Nous nous adressdmes a Ma-
quilla : notre reclamation ne fut pas accom-
pagnee dii succes ordinaire, m&me aupres
de lui. II nous parut, au reste , plus prudent de fermer les yeuxsur le vol, que de
'im*\ m i^aiil
nous engager dans une contestation avec
ces insiilaires. Nous nous contentdmes de
donner les ordres les plus severes pour
qu'aucgn des naturels, excepte les chefs,
{Tome II* F ^88*   ne lat admis, a Pavenir gdans Fenceint6
Juin.    que le parapet formoit autour de la maison.
Dibancfre    -^e § > notes yiines entrer dans Panse un
8«      eanot dfe forifae assez bizarre , qtn portoit
pluslinrs personnes. II vint bord a bord du
vMsseau -, et ^les naturels  6ous  vendirent
tm petit nombre de peaux de loutres. lis
iS^^pfoposerent aus&fe d'acheter une main
d'homme , seche*e e$*toute rid&e1. Les doigta
y tenoient encore par des clous tres-longs.
Mais nous eproaivames un sentiment d'hor-
3»eur! plus faeile  a concevoif* qu'a   expri-
mer, en appercevant un cacnet qui for-'
inoit le pendant d'oreille d'un des naturels
que portoit le caMot. Nous sfumes Mentot
lf®e ce cachet avdl*! appartenu a FinFortune
SH M. Millar, officier du vaissean YAigle Im-
pdrial7 dont aucune personne de notre bord
|| n'ig'tioroit la trop deplorable histoire ( 1 )i*
. :(i) UAigle Imperial etoit un vaisseau employe h
cecue^llir des fourru^^ a la cote d'Auieriqute en 1787.
Dans le cours de cette expedition, le ca^taine envoya
sa chaloupe de Yentrde du Roi George faire le trafic
jusquVu. 4.7 degre de latitude nord. Elle mit a l'ancre
par le travers d'une riviere'. Des bas-fonds qui §e troii-
moi$Ht#l'en.tr4e * r^pe^h^rent^y penlrirer £W avaittS. ( 83 )
Les marplots furent sur le point de declarer
Jftettement ce qu'ils pensoient de cette main,
savoir, qu'ils la regardoient corame^e de
celles de M. Millar, et que les naturels en
presence desquels ils se trouvoient dans ce
moment, etoient les meurtriers de cet offi-
cier. Le soupcon seul du crime auroit cer-
tainement decide du sort de ces insulaires ,
si nous n'eussions pas eu le bonheur de
faire entendre a nos gens que le cachet en
question pouvoit bien avoir ete transmis ,
par succession d'echanges ,SMau possesseur
actuel. Mais la vue seule de cette mat?*,
apportee par les naturels paroissoit a nos
tffratelots une presoinption si forte que nous
eumes beaucoup de peine a. les contenir Ajj*
et nous ne pumes, malgre nos efforts , les)
Juin,
Le capitahae de cette dialoujii"oenvoya un petit bsyteau
qui en dependoit remonter la ri^ere avec M. Miljtar ,
officier de YAigle Imperial , un autre jeune homme ,
et quatre mateiots. lis continuerent de faire fprce de
rames jusqu'a leur arrivee a un village ou i'on presume
qu'ils furent pris par les naturels, et que ceux-ci les
fiiassacrerent.! C'est ce qu'on est fonde1^ croire , leurs
habits ayant ete retrouves deptiis tout ensanglante&r*
Note de VAuteuft^
Fa 1788.
Juin.
empecher de chasser les naturels du vaisseau en les accablant d'injures et en leur
tehioignant toute leur indignation. Nous
. recorinumes , au reste, qu'ils etoient inno-
cens du crime dont on les avoit soupcon-
nes. Car, des le jour suivant, nous sumes
de Maquilla lui - meme , qui nous Fassura
qomine un fait a sa connoissance particii-
Kere, que ces memes articles dont la vue
seule venoitd'exciter parmi nous une si viye
indignation, avoient passe par la yoie du
trafic a ces naturels qui des tenoient de
ceux de Queenhythe, lieu in£me du massacre de M. Millar et de ses compagnons.
Ce chef n'osa cependant pas nier que la
main ne fut celle d'un de nos infortunes
compatriotes; et la confusion que nous re-
marquames dans notre entretien avec lui
a ce sujet, ainsi que diverses circonstances
a-peu-pres semblables dont je parlerai plus
tarn , concourufe1§t--a nous donner 1 idee
dlie Maquilla iui-meme etoit un cannibale.
II n'y a malheureusement que trop de rai-
sons de croire que cet horrible trafic de
chair humaines'etend, a peu de chose pres,
tout le long de cette partie du continent
d'Amerique. Notre ami Callicum lui-meme, .^-      .. { 85). _ '      ■§ I
reposolt sa tete, la nuit, sur un grand sac
remplr de crdnes humains qu'il montroit
encore avec orgueil Gomme autant de tro-
phees honorables pour-son courage et sa
superiorite dans les combats ; et il est plus
que probable, que les corps des infortunees
victimes a qui ces cranes avoient appartenu,
avoient ete devores dans un banquet donne
par lui a Foccasion de sa victoire , aux
guerriers qui avoient eu la gioire de paf-
tager ses affreux succes.
Le meme jour , Wicananish , chef tres-
puissant qui habitoit au sud , et a qui Maquilla avoit ete faire une yisite de ceremonie , au moment ou nous arrivames dans
Ventrde, vint lui rendre cette visite , avec
deux canots de guerre, et la plus grande
partie 'des naturels de sa suite qui etoit tres-
Siombreuse, magnifiquement v&tus de fourrures du plus grand prix. Ces insulaires
avoient beaucoup meilleure mine que nos
amis de Nootka ; ce que nous atuibuames
avec assez de fpndement a Favantage de
leur situation, puisqu'ils habitent une par-*
tie de la cote oii-les baleines abondent en
plus grande quantite. Ce poisson qui fai-
soit, en meme temps, presque toute leur
f J??
1788.
Juin. i788.
Juin.
Mardi
io.
($6
subsistance et toute leur richesse, eotnmen-
coit a devenir rare dans Yentrde de Nootka.
Wicananish nous rendit une visite de ceremonie a bord de la Felice, et nous enga-
gea k venir le trouver dans le lieu de sa
residence, nous promettant un nombre considerable de belles fourrures. Aucun des articles que nous avions a leur offrir ne pti-
rent, cependant, determiner ni lui, ni aucun des siens, a partager avec nous les
riches habits dont ils etoient couverts.
Le 10, nous remarquames un mouvement
general par tout le village, et, en pen <Jj>
ternps, la plus grande partie des maisons
disparut a nos y^ux. Lorsque nous arriva-
mes a terre, Maquilla nous informa que ses
insulaires se disposoient a aller gagner une
baie placee a la distance d'environ deu;x
milles de Yentrde, pit ii se rendoit unfe
quantite' considerable de poisson ; que leur
projet etoit, non-seuieineiit de se procures
pour le moment une bonne provision cfo
baleine et d'autre poisson, mais encore dfc
profiter de 1'occasion favorable pour arnas>
aer de quoi subsister Fhiyer.
La maniere dont les maisons de Nootka
sont  construire^ ,   proctire  aux habitans *5
87) |7     -
i'avantage de s'embarquer comme de de
barquer, et cela en peu d'heures , et sax*
le moindre embarras. Une population immense se transporte dans une habitation
nouvelle avec la meme facilite qu'elle y voi-
tureroit une voie d'eau. Mais on trouvera5
dans une autre partie de cet ouvrage, ainsi
que nous avons deja eu occasion d'en preV*
venir le lecteur, des details semblables et
meme plus particuliers sur les moeurs et
coutumes de ces naturels de la cote nord-
ouest d'Amerique.
De jeunes loutres de mer furent appor-
teos a bord , et Fon offrit de nous les ven-
dre. Mais ii ne se presenta point d'ache-
teurs. Une d'elles etoit vivante. Les meres
ct tous leurs petits avoient etS tues. par
Maquilla, excepte cette*derniere qui, selon
toute apparence, avoit eprouve demauvais
traitemens ; car un de ses yeux paroissoit
avoir ete enleve, comme par force, de son
orbite. Elle etoit fort petite , et faisoit pre-
cisement le meme bruit qu'un enfant qui
erie. C'etoit de tous les animaux que nous
avions jamais vus, le plus vif et le plus
eveiile. Apres FavOir gardee un jour on
deux, nous la jettames a ja mer pour lui
%' i E.4*;'
17B8.
Juin.' m-
1788.
Juin.
i    I (88)        -
laisser la liberie de s'echapper. Mais nous
ne fumes pas peu surpris de voir qu'elle ne
potfvoit ni plonger, ni nager. Elle continua
de snivre quelques momens le courant de
Feau, jusqu'a ce qu'enfin nous la reprimes
a bord. Elle mourut bientot apres des contusions qurelle avoit recues. II est, au reste,
assez' facile d'expliquer cette circonstance;
on sait que les meres portent leurs petits
sur leur dos jusqu'a une certaine epoque
qu'elies les laissent aller seuls, ay ant acquis
alors , en m£me temps , °la force et Fhabi-
tude de prendre soin d'eux-m^mes. < 89 )
meaa
CHAPITRE    XL
1788.
Juin.
Nous nous disposons it remettre a la voile.'
  Vol de notre pinasse par les naturels. Inutilitd de nos efforts pour la
retrouver. — Mouvemens a bord du vaisseau.—- Ddbarquement des officiers et
du ddtachement destines a rester a terre.
—A mas de provisions pour V equip ement
du nouveau vaisseau. —-Mesures prises
pour la silretd du ddtachement. Pro-
gres des travaux pour  la construction
du nouveau vaisseau. Bonne santd des
gens de Vdquipage. >— Provisions de
poisson. —Visite de ceremonie rendue a
Maquilla , et ?'enouv elle ment du traitd.
—-* Nous lui donnons avis de Vdpoque
probable de Varrivee de /'Iphi genie.—-
^| Maquilla demande une lettre pour le
"capitaine de ce vaisseau. — Notre surprise en le voyant doud d'une infinite
de conhoissances ; moyens par lesquels
il se les etoit procurdes. —Histoire de
M. MaccayB'— Callicum revient de la
chasse aux loutres de mer* — Nous trou% 1788.
Juin.
I e   '(9°>
vons entre ses mains beaucoup d'articles
qui avoientappartenu a sir Joseph Banks*
—— Le vaisseau remet a la vpile. —•
Plan de notre route, etc*
ii.
Mercredi J^jE 11 juin , le temps etoit tres - beau et
tres-calme. Nous d<ka£Fonrcl^aines le vaisseau, et au moyen des chaloupes, nous le
^ortimes de Yanse des Amis pour le re-
mettre en mer. Notre intention avoit ete
de partir le 9 : mais nous egarouvames un
accident qui nous affligea beaucoup. Cet
accident n'etoit rien moins que la perte de
la pinasse, chaloupe vaste et fort belle , et
en outre , la seule que nous eussions de
Cette espece. Nous fumes d'abord assea
portes k croire qu'un coup de vent Fayoit
detachee du vaisseau pendant la nuit, et
qu'elle avoit ete entrainee par Je courant,
sans que le quart Peut appejrcue. Mais , le matin , on ne la decouvrit poyit, et les canot&
furent envoye^ a la recherche, ainsi que
les chaloupes, sans aucun succds. Nou^.
promimes de grand es recompenses aux nar
turels s'ils voftloient nous |a rendre \ <?ar > (9* T
en reunissant une foule de differentes cir-
constances, nous ne pouvions douter qu'elle
ne fut entre leurs mains. Maquilla et Callicum protesterent de leur innocence dans
les,termes les plus forts : mais nous eumes
tout lieu de croire depuis , comme nous
Favions soupgonne, qu'apres l'avoir volee.,
ils s'etoient hates de la mettre en pieces
pour avoir le fer et les clous qui furent
depuis distribues par toute Yentrde.
Ce vol nous fit craindre, d'abord , uit
eclat facheux entre le chef et nous. Tant
<qu'il nous resta quelqu'^sperance de les
determiner a nous rendre la pinasse, nou.s^
primes avec eux Fair et le ton du mecon-
/tentement. Mais lorsque nous fumes con-
vaincus qu'il ne falloit plus nous attendre
a la revoir , nous laissames Faffaire se passer sans bruit et sans altercation. En effet,
si nous eussions seulement essaye d'tiser de
represailles a leur egard^ il en seroit resulte,
.selon toute apparence , une rupture entre
le chef de Nootka et nous. En m&me temps
qu'elle auroit beaucoup nui a Finter6t de
nos relations commerciales avec ces natu^-
rels, elle pouvoit attirer des dangers an
J^tachement que nous devions laisser {Jani
1788;
Juiru
• \
jjjjk   ( 92 ) ■%-■■■
1788. ce Pays» Nous nous content 5mes done de
Juin. conseiller a Maquilla de se precautionner
contre des vols de ce genre, et de suspen-
dre les quartiers-maitres de leurs fonctions,
comme si e'eut ete a leur negligence seule
que nous dussions imputer le malheur que
nous avions eprouve.
A oette epoque, les inemes symptomes
d'insubordination qui s'etoient manifestos,
de temps a autre, parmi les gens de l'equipage , des le commencement du voyage ,-
continuerent de nous donner de Fin quietude. Nous nous etions pourtant flattes que
cet esprit de revoke etoit tout-a-fait etonffe,
avant d'arriver a Samboingan. Le contre-
maitre avoit manque recemment a ce respect envers les officiers auquel il etoit ri-
goureusement tenu par le devoir de son
poste. Mais un esprit de fermete developpe'
a propos reprima des mouvemens si alar-
man s ; et il fut degrade de son poste devant
le mat 011 on lui donna un emplbi tres-
inferieur au sien. Un autre contre-maitre
fut nomme a sa place, et le recit de cet
evenement fut insere tout au long dans le
journal du vaisseau.
La veille de notre depart, noiis1*deBar- quames lea jofficiers^et le detachement destines a rester a terre avec les charpentiers
pour achever le vaisseau. Je laissai a l'offi-
cier, qui devoit commander, les instructions
necessaires, si la Felice venoit k echouer
dans son projet de retour , ou s'il arrivoit
quelque f&cheux accident, soit a. ce vaisseau , soit a YIphigdnie , qui etoit attendue
dans Yentrde vers la fin de Pantonine. Dans
le cas ou le concours d'un si grand nombre de circonstances malheureuses ferpit
manquer Fexpedition, nous laissames tous
les materiaux que pouvoit exiger Fequipe-
ment du nouveau vaisseau , et des provisions suffisantes pour le conduire jusqu'aux
iles Sandwich, ou il trouveroit tous les ra-
fraichissemens dont il auroit besoin pour
avancer a la Chine. C'etoit pour nous un
soin indispensable que de nous precaution-
ner ainsi , autant qu'il dependoit de nous ,
contre tous les evenemens. Au reste, l'equi-
page^ne parut pas avoir conc.u un seul mau-
yais presage, et nous ne nous separa\mes
de ceux de nos compagnons qui restoient
a terre qu'avec la consolante esperance de
les trouver a notre retour, dans la situation la plus agreable et la plus heureuse.
1788.
Juin.
ft^ij 1788.
juin.
(94 >|,     1 %
In depend amment du nouveau vaisseatt
que nous avions entrepris, nous nous pro-
mettions des avantages considerables^ du
sejour de notre detachement a terre.^iAu
moins etions - nous bien fondes a esperer
qu'ils recueilleroient toutes les fourrures
qti'auroient pris pendant Fete les naturels
de Yentrde du Roi George ; et nous savions
que ces derniers ne pouvoient manquer d'en
prendre un grand nombre. A tout evene-
ment, nous avions la certitude que nos
gens n'eprouveroient aucun desagrement,
et qu'on ne les troubleroit pas dans leurs
operations : car, outre urie piece de canon
"montee sur les travaux , le petit fort etoit
Men fourni d'armes et de munitions; et la
garnison , y compris les ouvriers, se trou-
Voit assez forte pour soutenir avec vigueur
toutes les attaques qu'on auroit pu dinger
eontr'eile.
La construction du vaisseau avancoit
beaucoup ; plusieurs des varangues etoient
deja en place , et les armuriers avoient prepare une grande qfuantite de clous et de
chevilles. De plus, une corderie tres-com-
niode etoit etablie , et. nous avions deja.
commence a y manufacturer des cordages r article si essentiel pour nous. Bref, si Fon
considere tout ce que nous fimes de beso-
gne ici, si Yon songe que nous y construi-
stmes nne maison commode et sure , qu#
nous y lestames et equipames la Felice pour
remettre ce vaisseau a la mer, que nous
fumes sans cesse occupes de nous procurer
le bois de construction, et de preparer tous
les. ma^riaad^qui nous devenoient neces^
saikes pour batir les nouvea%xj vaisseaux ;
ill 11
qu'enfin nofcs apport&Httes aussi, comme il
le falioit, Fat«fention necessaire dans nos
ariangemens de commerce, certes , le re-
proche de j^gligence ou de paresse sera
le dernier qtue itomme, meme le plus ir^
reflechi dans; .ses Mjustices, pourra £tre
• tente de nous faire.
|&rAu moment de notre arriyee dans Yentrde, le pays nous parut humide >-pluvieux
et desagreableiSijVIais nous remarqtidmtil
ensuite qu'il ri'y avoit pas beaucoup defne"ig$
gur la terre , et que le peu qui en restoit
avoit ete bient&t fondu par les grosses pluies
qui tomboient apres notice arrivee, Ndtli
trouvames Fair extrenienxeat <ioux ; et les
iegaaanes frais > ainsi que les oigntfns que la
^erre pradamoit ea £b&&dmGpsxl*& larders**
1788.
Juin/ M-    (96) I.
1788.    Pa^ a rendre tout-a-fait la sante aux con-
Juin.    valescens que nous avions a bord.
Nous etions tres-exactement approvision-
nes de poisson : les naturels ne manquoienf;
point de nous apporter chaque jour tout ce
qu'ils pouvoient enjderober a leur consommation partie uliere.
La veille de notre depart, nous rendimes
une visite de ceremonie a Maquilla pour
1 Informer que noHis  nous  proposions de
quitter Yentrde le jour suivant. Nous lui
donnames |t entendre que le vaisseau ne
seroit pas de retour avant trois ou quatre
mois. Cette epoque etoit, a-peu-pr^s, celle
pti nous presumions que le vaisseau, ac-
tuellement sur  le  chantier, pourroit  etre
lance a la mer. Ces naturels donnoient a
ceiui~ci le nom de mamatlee, ou vaisseau;
Fautre , ils le nommpient Tigheeinamatlee,
ou grand vaisseau; Je priai aussi le chef
d'avoir toutej^attention et toute la bienveiU
lance possible pour le detaciienient que nous
allions laisser a terre ;   et pour m'assurer
son an>itie, je lui promis que, lorsque nous
quitterions definitivement Yentrde, nous le
mettrions en pleine jouissance de la maison ,£ ainsi que de toutes les marchandises
et "et atitreli^propri&es qui-elpde'pemioiferir. Je
lui  offris  en'^d'ite'^^J^'SHiTO'unfe? preuVe de
liotre estime particnlie^M^^es Iia^rf^arnis
de botifoifs de metal'> objet do' pi'us gfandF
prix a - :se§ yeux.  Je  lis1 ensuite^pfeisieurs1
i o t TM&    • i ^ rial's
presens aux femrnePfS^e't'«a lamale ; ^t^a'
Finstant oft nous ailioris prendre eon^e de
lui , cette yieille femme , lante^^e^^Gome-
kala , don&j'ai deji fait le portrait, et qtij
sembloit avoir amasse stir el# la %iaI-pro%
pfete avec les annees , me pHa^a4ve6Jle^
plus ryives instances ^ de lui   donnei^iine
paire de bouclesi^4ussit6t qu'ellCies eut
recues, elle en fit &%ii pendans d,cdt(§£lle $>
dont elle  se  paroit avec la   rrime v%tnite^
qu'une. belle met en Europe k relever seS
charmes par Feclat des pierreries de l'Inde.
^Maquilla, charme, au -dela de toute ex-,
pression, des marques d'amitie <jne noiis lui
avions donnees, s'empressa de souscrire k
tout ce que nous jugeames a propbs de lui
demanded, et confirma, avec les plus fortes
assurances d'une sincere fidelite , le traits
d'alliance qui avoit ete deja conclu entre
lui et nous. Nous le previnmes aussr qu'utt
autre vaisseau uevoitarriver dans Venfirde-j,
,probablemen^%eHliant ixotre absence ,  et
Tome IL Cr SB     '   k
^788. que le capitaine de ce vaisseau etoit notre
Juin. intime ami(i). Sur cet avis, il nous pria,
sans hesiter un instant, de lui laisser une
lettre pour le chef, notre ami. Cette demande nous etonna beaucoup. Nous etions
loin de soupconner jusqu'alors que ce peuple eut la moindre idee de la faculte que
nous avions de nous communiquer recipro-
q-uement nos pensees sur le papier; et nous
eprouvames bientot la plus vive curiosite
<^e say^r pf|r <pa^s,moiy*ens ils etoient parvenus, a se procured une pareille conno*sj*j
§a>ace*;' Qilei'qu'un $$&Ji6tees iaaagina que
cesi. naturels pouvoienlb bien  la   tenir  de
"--7 .    ^*B% -
M. Maqcay qui avoit sejourne, je crois ,
plus de quatbrze niois parmi eux, et quirp
durant cet espace de terns , avoit tenu un
journal que j'ai eu sous les yeux.  Je ne
(O II s'agit ici, comme le lecteur le presume , sans
doute, du vaisseau YIphigdnie commande par le capitaine Douglas, qui devoit, conformement aux instruction^ q\re4ui avoit donnees le capitaine Meares , ainsi
4|ur0n Ya\ pu voir daits" le n°. II.de i'appBnilrx du premier voKtgae , page 375 , se rendre dans Yertffiee, vers
le « jupe^nier' novembre 1788.
*«? • Note du Traducteur* ( 99 )    |
puis tnVrrSter sur cette circonstance sans
dire quelques mots de Fe vehement qui le
forca de rester ainsi livr£ tout entier a la
vie sauvase.
Les vaisseaux le Capitaine Cook et YEx-
periment avoient ete equipes sous les ordres
et par les soins de M. Scott, dont le genie
et les lumieres en matiere de commerce
$$>nt egalement reconnus dans FEurope et
dans l'Inde. Ils devoient se rendre de Bombay a la cote d'Amerique pour' recueillir
des fourrures. Ils y arriverent en 1786 , et
•M. Maecay, qui, e^oit second chirurgien i,
bord de Fun de ces vaisseaux > y resta, de
son propre consentement, sous la protection de Maquilla. M. Strange qui avoit la
surin ten dance de ces vaisseaux , pensoit
qu'il pourroit resulter de tres-grands avantages pour le commence deilaisser M; Mac-
cay parmi les/fuaturejs de 1 entree du Roi
jGeorge, pour apprendre leur Jangue et
s'iqstruire de leurs rnceurs etde leurs usages*
II y fut done laisse en .1786, et sejourna
parmi eux jusqu'en 1787 qu'il s'embarqua
pour la Chine a bord du Vaisseau VAigle
Imperial.
Quoique cet homme int^ressant e&t re§u
G %
1788.
Juin. V j
*%- * ' ■ '.'■■ .7.. Cio'°)        .''•-■.
4788.    tons 7es habillemens et toutes les provisions
J4rin.     dont il pouvoit avoir besoin pendant sa residence a Nootka, il ne tarda pas a. se voir
tout-a.-fait red nit a Fetat de sauvage. II
n'est pas facile de concevoir comment un
Europeen , avec sa constitution , a pu sou-
tenir son existence en se n urrissant d'ali-
mens si contraires a sesvhabitudes et a la
nature  meme  de  son  temperament; comment il a pu s'accoutumer k viyre au milieu de tous les genres de mal-propret6, et
se resigner , meme pour appaiser la faim la
plus devorante, a ces repas dliuile de baleine. Ce n'etoit pas tout encore : pendant
le sejour de M. Maccay a Yentrde deNootka\
la  rigueur d'un long hiver y fit naitre la
famine. La  provision   de   poisson   sec fut
bientot consommee , et Fon ne put absolu-
ment s'en procurer d'autre; telle fut la de^
tresse que les naturels se trouverent r^duits
a une pitance determinee par chaque jour>
et que les chefs apportoient, journellement
aussi , a  notre  infortune  compatriote , ia
nourriture fixee pour lui, savoir sept t§tes
de harengs sees. II est impossible a quicofip
que a recu de la nature les premiers sentt-
mens d'humanite de lire, sans fre*a$§ d'Jjbr- reur , le journal de c,e voyageur. An reste ,
les sauvages lui donnerent une femme , et
nous devons a la verite de convenir que ,
quelqu'ait pu etre leur conduite a son egard,
les chefs de Nootka et Wicananish nou&
demanderent de ses nouvelles avec autant
de sollieitude que s'ils eprouvoient verita-
blement pour lui la tendre affection dont
ils paroissoient penetres.
||: Nous donnames done a. Maquilla une
lettre , ainsi qu'il l'avoit desire ; et ne tar-
dames* pas a demeurer convaincus que la
crainte qu'il avoit de voir arriver YIphigd-
7%ie seroit pour nous un bien plus sur garant
de la protection qu'il accorderoit a notre
detachement, que toutes les marques d'a-
niitie dont nous 1'avions comble, et memo
que toutes ses protestations debien^veillance
et d'attachement.
Callicum, qui nous avoit quittes depuis
quelques jours pour aller chasser aux loutres , etoit alors de retour. Ce fut une veritable satisfaction pour nous que le chef sur
lequelnous comptions le plus, et qui s'etoit
declare de tout temps le protecteur et Fap-
pui de notre detachemen^rfut revenu a
$sroptka avant notre departed^ cette entree,
il G3
1788*
Juini
§
H 1788. Nous nous donn&mes, selon Fusage , des
Juin. pages mutuels d'amitie. Mais nous ne fumes
p iS peu suiprisde recevoir, en retour da
present que nous venions de lui faire, trois
pieces de metal d'airain en forme de petites
crosses pour le }eu de balle , ou Fon decou-
vroit encore les restes du nom et des artnes
de sir Joseph Banks et la date de Fannee
1770. II y en avoit une oil la gravure n'etoit
pas tellement effacee qu'on ne put y reconnoitre encore quelque chose. Quant aux
autres, une partie des caracteres avoit tout-
a fait disparu. Nous renvoyames a cet ai-
mable chef ces gages de son affection, p >ur
qu'il conservat le souvenir de Fhomme ce-
lebre dont il les ten oit originairement -, de
ce philos^phe estimable au genie entrepre-
nant duquel on peut dire que nous devons
la deeouverte d'une cote qui deviendra , je
Fespere , en depit de tous les obstacles, une
source d'avantages pour le commerce de
notre pays.
En mettant k la voile , il fut resolu de
tenir la partie meridionale de la e6te , a
partir de Yentrde du Roi George, attendu
que YIphigdnie devoit suivre la partie sep«
tentrionale depuis la riviere de Cook jusem'a (io3.)
la mime place. Au moyen de cet arrange*
ment, nous etidns surs de reconnoitre le
continent d'Amerique tout entier depuis les
60 jusqu'aux 4^ degres nord , ainsi que dif-
ferentes parties intermediaires qui n'ayoient
point ete examinees par le capitaine Cook.
Nous mimes done a la voile , apres avoir
renouvelle nos instructions et nos avis a.
ceux des notres qui formoient le detafjie-
ment que nous- laissions dans Yentrde^ et
leur avoir recommande de se tenir conti-
nuellement sur leurs gardes, et de ne rien
negliger pour entretenir la plus parfait%in»
telligence avec les naturels de Yentrde.
1788;
"Juin*
■r
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m
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1
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I *»*
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( M )
CHAPITRE   XII.
JLes chefs Hanna et Delootche visitent Ifr
vaisseau dans' leur route vers le lieu
de It? rdsidence de Wicananish. -— Wica-
ridhilsh vient dPbbrd, et conduit le vaisseau dans sa raldb.—Arrives d'un grand
nombre la^fd£hita^rs a la hauteur du
W&&isseaw.~^&Description du pays et du
village de Wicananish , vus du vaisseau . -£-■ Visite rendue au chef. —| Description de sa maison. ■— Surprise que
nous cause leur ton d'ingdnuiid Norn-
breuse famille de   Wicananish. — Son?,
opulence f   ses trdsom ,   sa  maniere de
truitr les convives. Pre sens offerts a?
M icananish. -—Prix quxil attache a nos
chaudieres oh Von fait bouillir le tlie.
*—Sa magnificence dans les pres ens qu'ijfc
nous donne en retour des no tres. —
Femwes de Wicananish , leur beautd $
prdscns qu'e/lrs recoivent de nous. —-
Agree bles relations de commerce avec
les nature Is. — Ih nous procurent des
provisions fraiches.— Trafic avec le chem
m ( io5) I    :
par la voie de Vdchange. *-<- Meurtre
commis dans la personne d'un dtranger
par les naturels *du village. — Le vais~
seau se trouve force par le mauvais* temps
de reldcher dans leport intdrieur, nommi
Port Cox*
1788.
Juin.
.LE 11 juin, dans la soiree , nous conti- j^fercredi
nuames notre route au sud-est, a. trois milles **•
de distance du rivage* Au coucher du soleil , la Pointe du Rrisant, qui forme la
cote orientale de Pentree du canal du Roi
George, nous restoit dans la direction de
,nord-ouest-mi-ouest, L'on appercevoit une
pointe qui s'etendoit au sud de la Pointe
du Rrisant, et a laquelle nous donuames le
nom de Pointe d'a moitid chemin, parce
qu'elle se trouve placee environ au milieu
de la route entre le canal du Roi George
et le pays ou residoit Wicananish. Cette
pointe gisoit a Fest, et nous pouvions bien
etre a trois rn.ill.es de distance de la cote,
Auenaoyen de plusieurs observations sur les
amplitudes et les. azimuths, la variation du
compas. etoit de 21 degjes 5 minutes a Fest,
i .   .
1788.
Juin,
12.
; (io6) •■•■
Nous continuames notre roureL|nsquri
onze heures, la chaloupe en touage ; nous
pen sanies alors qu'il seroit prudent de sus-
pendre le cours de notre navigation pendant ta nuit. Le 12 , a la pointe du jour ,
nous remimes a la voile, avec des vents variables. A midi, une observation rapporta
49 degres 2.2 minutes de latitude nord ,
quoique nous eussions deja remarque que
la Pointe du Rrisant couroit nord-oue&t-
quart-nord. Au meme moment, nous de-
couvrimes une haute montagne sur l'entre<e
du pays de Wicananish ; elle gisoit a Fest-
nord-est, a. sept lieues de distance.
Nous avancions toujours en mer ayec un
temps favorable. Notre intention etoit d'exa-
miner la cote entre la position ou nous
etions alors et le canal du Roi George.
Tout-a-coup, le vent sauta au sud-est-quart-
est, et le ciel commenca a se couvrir de
nuages. Comme ce vent portoit directement
contre nous , nous virames vent devant, et
portames en mer, redoutant beaucoup le
niauvais temps, dont nous avions eprouve
que les vents de sud-est etoient ordinaire-*
ifeent accompagnest Nos craintes ne tar decent pas a se confirmer ; des nuages amen* j . - ( >°7 )    .       '    .   If-
cetes et de vlolens coups de vent ami on- 1788.
Cerent Forage. Les huniers eurent tous leurs Juin*
ris pris; et nous continudmes de pbrter en
mer pour avoir !e bord au large , ce qu'il
est le plus important de ne pas negliger sur
cette cote. Pendant 'a nuit, le vent souffla
avec une force terrible du sud - est ; nous
avions une grosse mer, un temps brumeux ,
et la pluie ne cessoit de tomber par tor-
rens. A minuit, nous vir&mes vent arri^re ,
et courumes sur la terre.
Le i3, a la pointe du jour, le temps me- Vendredi
nagoit de Forage, quoique nous le visslons x^*
s'eclaircir de temps en temps. Nous pouvions bien &tre a six lieues de distance de
la terre, et la montagne que nous avions
remarquee au dessus dela demeure de Wicananish se montra alors toute entiere a nos
yeux , unie et sous la forme d'un pain de
Sucre. Elle couroit nord-est-quart-est, k la
distance de sept lieues. Comme nous con-
tinuions de courir sur la terre , nous vimes
venir a la hauteur de notre vaisseau plusieurs canots qui partoient d'un grouppe
d'iles situees a-peu pres par le travers du
vaisseau. Chacun de ces canots portoit plus
de vingt hommes d'une physionomie agrea-^
:'*
s w\
I
^8r'
A*i.'»
if.
Do
-
■ i
.
Il
17S.8.
Juin*
fcle et d'une taille vi^oureuse, vStus pre&jt*^
tous d peaux de loutres de la plus grande
beaute. Lo raoioient le long de la coteayec
une extreme legerere ; au-bout de quelques
.momens., deux de leurs bateaux arriverent
lif^a bord du vaisseau, et les naturels qui
etoient dedans n'hesiterent point a venir a
bord. Parmi eux se-trouvoient deux chefs,
jiommes tianna et Detootche, qui residoient
d'ani
s un village situe par le travers duyais-
l&
seau. C'eioient les plus beaux hommes que
nous eussions jamais vus. Hanna avoit environ qua ran te ans; ses regards pleins de
charmes et de douceur annoncoient le caractere le plus aiinable- et le plus heureux*
Quant a Detootche, c'etoit un jeune homme
en qui des formes tres eracieuses se trou-
voient reunies a la beaute de la figure. II
possedoit aussi, autant qu'il nou£ fut possible d'en juger, les plus agreables qualites
de Fesprit. 1 ous deux paroissoient etre par-
falleinent a leur aise dans notre societe ; ils
s^rroient alfectueusement la main a toutes
les personnes du vaisseau , et nous invite-
rent du ton le plus amieal a accepter Fhos-
jHiaiiLe qu.'ils nous offroient sur leur terri-
toire. J^niin , ils nous presserentayec beaj^ coup d'instances  de conduire le  vaisseau
jusqires dans leurs iles.
Mais comme notre premier objet avoit
ete de gagner le pays de Wicananish que
nous «avions n'etre pas tres - eloigne de
Ventree du Roi George, nous continuames $
dans cette intention , de porter vers les iles.
A mesure que nous en approchions, elles
nous parurent basses |gf boisees ; mais nous
ne decouvrimes au milieu d* elles aueun ca-
nab qi^l fut possible de traverser. Hanna
et Der^otche , k qui nous avions offeit en
present quelques bagaitelles , prirent alorj
caftige de nous et gagfierent le riyage eit
faisant force de ramies*
Vers midi, le temps crMf|^e4 ; le vent
sauta au nord de Fest, et nous accompagna
tout le long der la cote que nous suivions
pour'passer entre cette ran gee dtles et la
haute mer. Nous apperc&mes bienlot une
autre petite fiotte de canots qui*-.- approohoit
de nous, et dans le premier de tous iStii
reoonnumes Wicananish qui ne tarda; pas a
venir a bord, e&entrepril de nous conduite
lui-meme dans sou port, dont Fentreg^u'ii
nous montra etoit abin^toiiles enflrofePde
dis tanc e.     ■*JJJ&i&&%....' J^J^^M^^Mi-i^
17m
Juin*
9
■
m
.
. ("«) I
17$%* Des bateaux furent envoyes en avant pou*
Juin. sonder, et nous les suivimes aides d'un vent
favorable. Apres avoir tourne Fextremite de
File la plus meridionale, nous entrSmes
dans la rade, en passant au milieu de plusieurs rescifs de rochers. La sonde etoit tres«
reguliere ; et vers une heure , nous mimes
a Fancre entre la haute mer et les iles, sur
un mouillage oil nous etions bien delendus
contre la mer. Wicananish prouva qu'il etoit
im excellent pilote : non-seulement il se
montroit infatigable dans tout ce qui de-
pendoit de ses efforts personnels, mais encore il veilloit sur ses canots pendant tout
le temps qu'ils nous accompagnerent.
Cette rade presentoit Faspect le plus sau-
vage qu'on puisse imaginer. Elle etoit protegee.centre la brusque irruption des flots
de la mer par plusieurs petites lies et res*
cifs qui joignoient presque les uns aux autres. Le port que nous remarquames etoit
situe a deux milles environ du mouillage
que nous occupions ; Fen tree ne paroi&soit
pas avoir en largeur beaucoup plus que la
longueur de deux cables.
Par le travers du vaisseau , sur Fune des
ties, nous degguviimes un village trois fois e ' . (   111   )     :   ■ -.^,7    - . .     *
aussi grand que le village de 000%fe%jt et iy$$#
d'ou nous vimes, de toutes parts , les natu- Juin*
rels lancer leurs canots en mer, et arriver
par les bas-fonds jusqu'au vaisseau, charge!
de poisldW^ d'oignons sauvages et de graines
qu'ils livrerent a nos matelots pour de petits morceaux de fer, et autres articles qui
avoie^it pour eux le meme attrait. Wicananish fut retenu a bord pendant la plus
grande partie du jour avee^plusieurs de ses
amis : a Fentree de la nuit, il retourna a!
terre , suivi d'un cortege considerable de
naturels qui avoient attendu pour Facconi-*
pagnerlf1
Le 3*4, il fit un tres-beau temps qui nous  $aine^j
procura Tavantage  d'observer le paysif*!!      *4«
^nous parut etre par-tout une impenetrably
foret, et nous n'appercumes pas un seut^
espace ou il fut k decouvert. Le village de
Wicananish est situe sur vn banc eleve preis
de lamer,et environfie de ?lkois.  Le cheT
nous envoy a un message pour nous inviter
a venir dans sa maison prendre notre part
d'un repas. En consequence , nous debar-
quames VerS mSlf.: Axce .moment, une foule
nombreuse-^ie femmes et - d'e^fens^ vint a 1788.    notrg,rencontre, et le frere de Wicanani9^
Juin.     nous conduisit -gin lieu de la ceremonie.
En entrant dans la maison, nous lumes
tres-gurpris de sa vaste etendue. Elle ren-
fermoit une grande place bordee de  tous
cotes jusqu'a hauteur  de vingt  pieds , de
planches d'une largeur et d'une longueur
extraordinaires.    Tngis    arbres    e'nonnes ,
sculptes et peints gros^iereinent, formoient
les sglives^elies etoient souteftues a cfaa-
r-gue  exir^mite g^jglans- le^^ilieu par des
figures gigantesques , tailless dans d'infor-
mes morceaux de bois de charpente. Une
couverture faite de larges planches de la
meme espece aj^ritoit la maison contre la
jjluie; mais elles etoient piacees de maniere
qu'on gouvoit les ecajter a volonte, soit
pour que Fair ou la lumiere du jour pene*-
trassent au travers, soit pour que la fumee
eu&une issue,^jDans le milieu de cette vaste
chambre, iiy avoit plusieurs feux allumes, et
aupres de ces feux., de grands vases de bois
remplis de soup^dje poisson. De fortes tranches de chair de baleine, toutes preparees ,
attendoien|^qu'on Ips jettat dans de Sem-
blabies chandieres remplies d'eau   ou les
femmes I   i  (us)t|
feinmes portoient ayec des especes de pin*
cettesdes pierres brulantes retirees des feux'
les plus arderis, afin de faire bouillir cette
eau. Tout autour etoient cles amas de poisson, eet dans le centre m£me de la piece
qu'on pourroit avec raison appellerla cui*
sine, il y avoit de grandes peaux de veau
marin remplies d nuile ou Fon alloit puiser
cette delicieuse boisson pour la verser aux
convivas.
Les arbres qui soutenoient le toit Etoient
d'une si prodigieuse grosselir que le mat
d'un vaisseau de guerre de premiere hVne
auroit paru, en comparaison > d'une gros-
seur ordinaire. Aussi notre curiosite* etoit*
elle k son comble ainsi que notre surprise ,
lorsque nous songioris a ce qu'il avoit faliu
de force pour elever ces enormes solives k
la hauteur  oil nous les voyions, et quellK
devoit etre cette vigueur par le moyen de
laquelle ce peuple suppleoit aux ressources
du pouvoir mecanique qui lui etoient ab-
solument inconnues. La porte par laquelle
nous entrames dans ce sejour si extraordi*
naire, n'etoit autre  chose  que la bouche
d'une de ces figures gigantesques dont j'ai
parle. De quelqu'enorme grandeur qu'oit
Tome II SlStt
Jain* 17$%.
Juin.
7 («4).       - '|
puisse se la repr&enter , j'assure qu'elle
etoit exactement proportfbnnee a tous les
autres traits de ce monstrueux visage. Nous
arrivames , en montant quelques degres, a
la partie exterieure, et apres avoir passe ce
portaii d'un genre si etrange et si bizarre ,
nous descendimes par le bas du menton
dans la maison ou nous trouvames un nou-
Yeau sujet d'etonnement dans le grand
nombre d'hommes, de femmes et d'enfans
qui composoient la famille du chef, et qui
montoit, au moins, a huit cents personnes*
Elles etoient partagees par grouppes , selon
les divers emplois qu'elles avoient a. rem-
plir, et pour lesquels des places distinctes
etoient assignees a chacune d'elles. Le batiment entier etoit entoure par un banc qui
s'elevoit a-peu-pres a deux pieds de terre ,
et sur lequel les divers habitans s'asseyoient,
prenoient leur repas, et se livroient au
sommeil. Au bout le plus eleve de la cham-
bre, on appercevoit le chef au milieu de
plusieurs naturels , les plus distingues du
pays, ranges en cercle sur une petite plate-
forme d'une mediocre elevation. Tout au-
tour de cette plate-forme etoit place un
assez grand nombre de fortes caisses, au m ■■jg;   -: ( ii5 )    '•"   .  f.   '  '   -
Sessus desqueiles on avoijt suspendu des ves*
sies pleines d'huile, d'enormes tranches de
chair de baleine, et des morceaux de pois*
son d'une grosseur proportionnee. On re-
marquoit dans presque tous les endroits de
la chambre ou Fon j avoit pu en placer, des
especes de guirlandes de cranes humains,
arrangees aveG une sorte de pretention a
l'elegance et a la regularity, Elles etoient
regardees par les naturels comme la plus
noble decoration dont on eut pu orner et
embellir Fappartement du roi de ce pays.
Lorsque nous entrames , les convives
avoient deja acheve une grande partie de
leur repas. Devant chacun d'eux, etoit pla*
cee une forte tranche de baleine bouillie
qui, avec de petits plats de bois,et une
grande coquille de moule dont ils se ser-
voient comme de cuiller, composoit tout
Petat de leur table. Les naturels charges du
service domestique Etoient sans cesse oc*
Cupes a remplir les plats de chaque convive a mesure qu'ils se vuidoient, tandis
que les femmes preparoient et ouvroient en
deux une ^corce d'arbre qu'ils employoient
en guise de serviette. S'il est perniis de
juger de la bonti et de la delicatesse des
Juia. 3788.
Juin.
{ 11.6 v
mets par la voracite avec laquelle ils etoient
avales et par la quantite prodigieuse que les,
convives en mangerent, nous pouvons regarder ce repas comme le plus splendide
et le plus delicieux que nous ayons jamais
vu. Les enfans eux-memes, et quelques-uns
d'entr'eux qui n'avoient pas plus de trois ans,
devoroientle poisson et s'abreuvoient d'huile
avec autant de sensualite que leurs peres.
Quant aux femmes, il ne leur est pas ac-
corde d'assister a ces repas de ceremonies
Wicananish vint a notre rencontre a la
jnoitie du chemin depuis Fentree de la
chambre, et nous offrit Fhospitalite d'un
&ir gracieux qui eut distingue des personnes d'une societe plus policee. II nous
co.nduisit k un siege place pres du sien,
Nous nous y assimes, et satisfimes a. loisir
notre euriosite pendant le reste du repas,
en parcourant des yeux tons les coins de
cette sincmliere habitation.
Le repas fini, on nous pria de montrer
les presens que nous destinions au chef. En
consequence,nous etalames un grand nom^
bre d'articles divers que nous avions ap-
portes dans Fintention de, les leur offrir ,
et parmi lesquels il y ayoit plusieurs cou^ .   ~      ;J|p|~      ( "7 >        '   .      ,     "!'•'    :
^ertures, et deux chaudieres de cuivre pour    178$*
faire bouillir le the. Tous les regards se    Juin*
iixererit sur ces objets nouveaux pour ces
insulaires.   Un   d'eux fut commis   sur le
champ k la   garde des   deux  chaudieres*
Attendu leur valeur et leur beaute extraordinaire , Fordre fut donne  de les placer
avec le plus  grand soin dans les  coffres-
royaux , qui  consistoient  en  de  grandes
eaisses grossiereinent seul^tees , et orneeS
avec un gout tres-bizarre de dents d'homme.      jp|
Cinquante hommes environ s'avancerent
alors dans le milieu de la ehambre , por-
tant, chacun d'eux , devant nous une peaur
de loutre de mer longue dea-peu-pres six
pieds, et d'un noir de jais. Pendant qu'ils
se tenoient dans cette attitude, le chef pro- .
nonca un diseours, et nous offrant la mairt
en signe d'amitie, il nous declara que ces
pelleteries etoient le present qu'il se pro-
posodt de nous offrir en retour du notre, et
commands a Finstant meme qu'on les por-
tat au vaisseau.
Notre hSte parut tres-satisfait de notre horn-
mage; et nous qui ne Fetions pas moins de sa
magnificence , nous alliens prendre conge?
de lui lorsque les fenxmes de sa famiJ
■•.■*d
1 *£88.
Juin.
Mardi
B1 c us i gg
s'avancerent vers nous de la partie la plus
eloign ee du batiment, ou elles s'etoient retirees pendant le repas. Deux d'entr'elles
avoient passe le moyen age, mais les deux
autres etoient jeunes, et la nature les avoit
douees d'une si eclatante beaute qu'elle res-
sortoit meme au travers de l'huile et de
Focre rouge dont elles s'etoient barbouilli
presque tout le visage ||Une de ces deux
dernieres, sur-tout, portoit sur sa physio-
jiomie un air si doux, si modeste et si reserve , que ni la couleur qui la defiguroit,
ni Fhabiliement bizarre qui cachoit la grace
de ses formes, n'empechoient que sa vue
seule n'eveillat, mdme dans les coeurs les
plus delicats et les plus cultiv^s , le sentiment d*un tendre inter&t pour elle. Heu-
reusement, nous n'avions pas dispose encore tout-a-fait des tremors que nous venions
d'apporter du vaisseau; et quelques grains
de verre et des pendans d'oreilles qui nous
restoient, nous procurement le moyen de
terminer gracieusement Fentrevue, en les
offrant en present k ces dames de la cour.
Nous continudmes d'avoir, tous les jours,
jusqu'au 17, d'agreables relations de trafie
ayec les naturels, Le chef nous -rendoit jqsu>
1 («9)
nellement sa visite, et nous vivions dans la
meilleure intelligence avec lui comme avec
tout le village. Les naturels nous appor-
toient en abondance du poisson de diyerses
especes. Le saumon et la truite saumonnee
Etoient du gout le plus exquis ; il nous ve-
noit assez ordinairement de la mer du cod ,
de Fhalibut, du poisson de roche et du
hareng frais : d'un autre c6te, les femmes
et les enfans nous vendoient des ecrevisses ,
des graines, des oignons sauvages, de la
salade, et d'autres productions de la terre ,
non moins agreables au gout. De temps a
autre, un morceau de gibier relevoit la
somptuosite de notre table.
Le 17, Wicananish nous pria de Faccom-
pagner a terre pour faire avec lui le commerce de fourrures. Des. que nous eumes
debarque, nous fiunes conduits, comme la
premiere fois, a sa maison, oil nous trouvames sa nombreuse famiile plutdt augmented que diminuee. Au reste, cette fois, tout
se passa sans formalins comme sans ceremonie. Toute la famiile paroissoit vivre
dans le meilleur accord ; il etoit permis
aux femmes de manger avec les hommes,
et, ce qui nous plut infiniment, nous pumei m
;  '      M[ |f .•'!'■     -   jC 120 ) e ......
%7&8, con tempi er leurs visages an naturel. Tous
$&Q* s'etoient entierement debarboui'les dje? maniere que nous eumes Fa vantage de consi-
derer a notre aisela bonne grace des hommes , et la beaute des femmes. Nous consumes de cette circonstance.que cespeuples
ne se peignent le corps que dans les jours
de rejouissance.et de cerem-oniev
pes peaux de loutres de mer et d'autres
fourrures nous furent alors apportees. II y
en avoit jusqu'a trente, et de la plus*belle
espece. Nous finimes par les acheter aprea
avoir long - temps negocie avec ces insu-
laires; car nous avions reconnu, a nos de*
pens, qu'ils ne possedoient pas dans un
moindre degre que ceux de Nootka, Fin-
teliigence et l.'adresse neeessaires au succes
1|| de leurs operations commerciales. Comme
ces derniers, ils aimoient passionnement a
receyoir des presens de nous : les femmes.
meme intervenoient dans nos echanges, et
Tretardoient la conclusion du marche jusqu'a
ee qu'elles eussent obtenu un present par-1
ticulier pour elles^ |||
Au moment ou nous alliens nous entbar-
quer , il se fit tout-a-coup un mouyemeiifc'
gQixex&i dans le village*. Des hommes armest
a -■-.'"    f        t^i)     v
remplirent a Finstant un grand nombre de
canots , et firent force de rames en se di-
rigeant vers le vaisseau. Nous craignimes
d'abord qu'il ne se fut eleve quelque que-
relle entre les naturels et les gens de l'equipage ; mais nous fumes bientdt rassures en
apprenant que des sentimens d'une jalousie
particuliere qu'ils  avoient  con^ue   contre
quelques - uns  de leurs voisins  etoiqnt la
seule cause de cette commotion soudaine*
Des etrangers avoient ose rendre une visite
au vaisseau sans le consentement de Wicananish. Le chef irrite avoit donne Fordre
eux naturels de tomber sur ces intrus, dont
un , fait prisonnier par eux, avoit ete amene
a terre. C'est avec regret que j'ajoute'qua
ce malheureux captif fut traine sur le champ
dans les bois ou nous avons tout lieu da
craindre qu'il n'ait ete bientot mis en pieces,
Nous intercedames en sa faveur avec les
plus vives instances ; nous en vinmes meme
jusqu'aux menaces : mais, tandis que nous
nous epuisions ainsi en soilicitations pour
lui sauver la vie, ils se  livroient,  selon
toute apparence, aux charm es de la plus
cruelle vengeance. Cet evenement me confirm^ dans Fopinion ou j'ai toiajours 6ti
1788.
Juin. 2.0*
1788. que, malgre que ce peuple apportat beam-
Jiiin. coup de douceur et de fraternite dans son
commerce habituel avec nous , la crainte
les rendoit barbares et feroces a Pegard les
uns des autres. II est certain que nous
avons tous remarque tres-souvent que , par
fois , leur physionomie annoncoit une ame
sauvage.
Vendredi £,e temps fut tres-mauvais jusqu'au 20.
Le vent souffla avec violence du sud - est,
et nous eumes une pluie continuelle. Ajou-
tez que, de temps en temps , la mer elevoit
des houlles prodigieuses par dessus nos teres.*
ce qui rendoit notre position tres-critique.
II fut done resolu que nous saisirions le
premier moment favorable de gagner Fin-
terieur du port qu'on avoit deja ete reconnoitre , et qui s'etoit trouve , non-seulement
tres - commode , mais encore tout-a-fait a
Fabri des vents.
Dans la soiree , le vent se calma; le vaisseau venoit de mettre a la voile. Wicananish ne s'en fut pas plutot appercu qu'il
vint a bord, et nous conduisit sans le moindre accident dans le port auquel nous don-
names le nom de Port Cox , en Fhonneur
de notre ami Jean-Henri Cox, ecuyer. Nous ( ia3 )
ne crumes pourtant pas devoir, en cette
circonstance, nous abandonner entitlement
a Fhabilete' de Wicananish; et en consequence, nous envoyames les chaloupes en
avant pour sonder, particulierement sur la
barre du port. On y trouva de trois et demie
a. quatre brasses d'eau ; et bientot apfes,
la sonde descendit jusqu'a treize, quatorze
et quinze brasses. Ensuite , elle n'en rap-
porta que huit; ce fut sur cette profbndeur
que nous jett&mes Famcre dans un port sur
ct bien abrite contre la fureur des vents.
Juim
~«"'Tn*Trr>BB Juin,
%i*4)
mnnumwitmmw*mii*t§im*)*0k1mMii Ttmenf.
C FI A P I T R E   X I I I.
Les  naturels   du pays  de   Wicananish
moins civilises que ceux de Nootka. —
Quelques precautions que nous  avions
jugdes ndcessaires offensent le chef, et
produisent du refroidissement entre lui
et nous. ~^-*La bonne intelligence se re-
tab lit , et le traite d'alliance est renou-
velld. —Prdsensfails de part et d'autre*
en cette occasion. —L>ztsage des armes
a feu connu a ces insulaires. — Le village est transpoi^td a une petite distance.
Traite entre Wicananish , Hanna' et
Detootche. —Prdsens a cette occasion.
Heureuses consdquences qui rdsultent
pour nous du traite. —Prdsens fiits it
Wicananish et recus de lui. >-r Present
envoyd de Ventrde du Roi George. —
Prdparatifs pour mettre a la voile.	
La Felice continue son voyage*.—De$~
crip tion du Port Cox, etc*.
e s la premiere entrevue, les suiets S&
Wicananish nous parurent &tre Beaucoup moins civilises que nos amis de Yentrde de
Nootka. En consequence, nous crumes devoir augmenter nos precautions. Le nom-
hre de ces naturels etoit tr^s-considerable,
et la fierte qu'ils lalssoient appercevoir dans
tous leurs traites ayec nous-, nous porta a
croire que, pourxpeu que nous nous relachas*
sions de notre vigilance, ce seroit Jes en-
hardir k tenir k notre egard une conduite
qui auroit pu £tre suivie des consequences
les plus facheuses pour nous. Du reste , ils
Femportoient de beaucoup, quant a. Fintel-
ligence et a Factivite , sur les naturels de
Yentrde du Roi George. Wicananish lui-
meme , quoique  naturellement destine   a
etre d'une grosse corpulence , etoit* yigou-
reux et leste. Ses freres avoient recu de la
nature les memes avantages. Tous les jeunes
gens du pays nous parurent tres-robustes ;
ils ne quittoient pas un seul moment Pexer-
cice ,  occupes sans cesse k differens tra-
vaux. Nous remarquames que les temps leS
plus .orageux  ne  les  empe'choient jamais
d'aller en mer pour harponner la baleine*
ou truer des loutres.  La p£che  etoit une
occupation qu'ils abandonnoient a. la classe
du peuple la moins distinguee parmi eux.
088.
Juin.
m 1788.
Juin.
H|.       ie       (nd)      ;#    .   .g§
Les domaines de ce chef s'etendoient tr£s-*
loin; de nombreuses tribus reconnoissoient
son pouvoir, et le rendoient un prince tres-
redoutable. Nous avions done de tres-
bonnes raisons pour nous tenir continuel-
lement sur nos gardes : il etoit le maitre
de nous faire beaucoup de mal, et il ne
falloit qu'une occasion pour le determiner
a nous attaquer.
Cette vigilance de notre part parut au
chef un manque de confiance dans son
amitie. II s'en trouva tres-offense , et cette
circonstance produisit une sorte de refroi-
Dimanche dissement entre nous. Wicananish avoit re-
marque que, toutes les fois qu'il nous rendoit visite, la grande chambre etoit garnie
d'armes.de toutes especes , et que Fon te«
noit toujours places sur le gaillard plusieurs
gros mousquetons. A cette vue , il avoit
senti s'allumer sa col ere , et non-seulement
il quitta le vaisseau avec indignation, mais
encore il refusa de trafiquer avec nous , et
defendit a ses insulaires de nous apporter
aucunes provisions en poisson ou en vegetans. Notre interest n'exigeoit certainement
pas que les choses demeurassent en cet etat
non moins desagreable qu'alarmant pour -|| ( 127 ) , ^
nous. Nous pensames done qu'il Seroit 178*$.*
prudent de lui rendre visite le jour sui- Juin.
vant pour faire la paix. Effectiyeinent, d*hs Lunil
le lendemain, le traite d'alliance fut renou-
velle, graces aux moyens de conciliation
que nous employ&mes, et qui consistoient
en presens que nous lui fimes d'une epee k
poignee de cuivre et d'un grand plat de
meme metal. De son cote, il scella ce retour de la bonne intelligence entre nous
par un present qu'il nous fit de cinq belles
peaux de loutres, d'une daine grasse,e!t
d'une provision toute fraiche de poisson
pour l'equipage. La gejierosite que Wicananish deploya en cette circonstance, ainsi
que la conduite vraiment fraternelle qu'il
tint a notre egard, nous parut meriter des
efforts extraordinaires pour lui temoigner
notre reconnoissance d'une maniere digne
tie lui. ^Nous le r en dimes heureux au - dela
de toute expression, en ajoutant aux marques de sa puissance royale un pistolet et
deux charges de poudre dont il nous ayoit
sollicites depuis long - temps de lui faire
present. II est certain que Fusage des armes
k feu etoit connuaux naturels de cette tritni
avant notre arrivee parmi eux. Lorsque la Mdsolution et la Deeouverte penetrerent
pour la premiere fois dans Yentrde du Roi
George, Wicananish s'y trouva^il y etoit
venu rendre visite a Maquilla : ce fut a
cette epoque qu'il apprit, sans s'y atten-
dre, a connoitre cette funeste invention.
Le 28, nous remarqu&mes que le village
entier quittoit le voisinage de la mer dont
il etoit tres-pres pour se rendre dans Fin-
ferieur du port. Ce deplacement se fit avec
la meme facilite qu'a Yentrde de Nootka,
oh nous avions ete temoins d'un mouve-
ment semblable. Les naturels etablirent leur
nouvelle position a un mille environ du
vaisseau , sur une pointe de terre , precise*
ment a Fentree du port.
Ce jour nous fumes instruits officielle-*
ment par Wicananish qu'il se negocioit
entre les chefs Hanna et Detootche et lui
un traite dans lequel nous devions interve-
nir. II y etoit dit en substance que toutes
les fourrures qu'ils avoient en leur posses*
sion seroient vendues a Wicananish; qu'ils
vivroient en paix et en bonne intelligence
avec nous; que toutes les peaux de loutres
que pourroient se procurer, apres le traite
conclu,
w . 'I    . '( ff )   ..     It.-    .'"f   "
COncluy Fun ou Fauffe des chefs contrac-
Tans, oil quelqu'un de#Saturels soumjs a
leur domination respective, seroient entie-
IFement a leur disposition ^qu'ils'auroient
TOus un dx*oit ^gala approcher du vaisseauV
ou ils servient indistinctement admis a v§-
nir faire des echanges k un prix raisonna*
ble  et meme avantageux pour eux/]
•ifconinie ndus n'avions point ignore qu'il
^tosfstoit entre ces chefs une veritable ja-
Ibusfe, nous fumes tres - satisfaits de cet
a^rp^gement. Car, nous avions des preuves
convaincantes que, lors de notre arrivee
sur les Verres de Wicananish , Hanna ni
if$8.
Juin.
Pefeotche ne pouvoient trafiquer avec nous,
ni meine nous rendre une visite , sans qu'il
leiir en eut ete prealablement accorde une
permission expresse. Nous nous etions done
preterit.'comine mesure de prudence, de
fiaamli^- s)    i     e. r   |SP9.»g
lie pressef, de n encourager aucunes rela-
fions coinmerciales avec eux, attendu que ,
queiqp avantageuses qu elles eussent pu etre
pour nous, elles   auroient  probablement
alitjme laf guerre entre les souyerains de
ces'.iles.'Ce traite donna done a notre corner
merce toute  l'extension que  nous avions
desiriee^ en autorisant des communications
Tome IL I ( v5o0
amicales avec les uns et les autres- Aussi
.iie tar dames-nous pas 4f^n avancer la con-
elusion.       y*e
Ees conditions proposees pour Farrarige-
*inent en question qui avoit ete imagine .et
•conduit avec toute 1 aqress^e cle la politique
la^plus  rafinee ,  ne,pouvoient avoir l|eu
sans que le tresor^cle VYicananish n en.sou»-
4rit. II ne savpiftrop commenj; y spuscrire.
II ne .s agissoit de rien moins que de eeder
les deux chaudieres de cuivre, a la possesr
^sion desquelles il attachoit un si grand prix.
Mais comme cette condition formoit le prin-
;cipai article du traite ^ il /fallut enfin qu'il
'-consentit', quoiqu avec. beaucoup de repu**
*£narice, a ce qu'elles fussent remises a Hanna
-et a Detootciie, qui livrerent aussatot toutes
les fourrures qu ils avoient en leur possession. Nous ne tardaaies pas a dedommaeer
sift &Nti&jJu .   i^^rii
amplement ce chef de la perte qu'il faisoit
de ses,deux vases ravoris. Nous ltd fimes
present de plusieurs articles propres a fa lui
laire oublier., et quit avoit, sans doute,
espere obtenir de notre generosite, lorsqu'il
s'etoit determine a faire'un pareiCsacr0ce»|
Nous cnoisunes done., entr'autres articles,
six»epees a p6i£*hep de cuivre , une ;pain • >
d§ pMoIejS ^ efcun mousqtiet avec pUtsienra.
reMplace^plon^iirrs .lejiresois dont ses cof-
a^itp^s. une-seule ckaudlere daMs le vais-
s^af^ .Nous lui envoyames done §§s pre-
sens ; et v coninris. les fourrures qu'ils nous
c|^^ere.nt en r.e^hr, nous Etions, a cette.
^npque, possesseurs de cent cinquante belles
nj|aux Ae loutres.
^&ns ces circfOnsj:ances, ii arriva, sans que
nous.nous y attendissions, un canot envoye
de, Yentrde du Roi George par Maquilla >
ave&pn present en poisson nd^r nous. Ce
che$£avoit j^te .i^istttvyt de tous nos mouve-
ipens depuis Finstant oil nous etions sortis
. des terres de sa domination. Nous eumes
la satisfaction d/apprendre par la meme
occasion que les-personnes de notre deta-
chemeirt dtoient en bonne sante , et conti-
nuoient de travailler aVec un grand succ^s
a la construction du vaisseau. Un de ces
insulaires , qui etoit plus intelligent que les
aupres ,. par vint a nous informer, en inesu-
rant un certain nombre d'empans > jusqu'a
quel point etoit avance, en ce moment, le
petit mamatlee , ( c'etoit le nom qu'il doa-
H *7*&8.
Join;
n^R^r^Sis^aii) l6^p?fi&Q?aoiini?a ehteflP
drlrqxie res vsMnguestetOiem deja^re^eef *;
x$?*%t que nous irions^euems propos^^SfP
rel&hant dans ce port "Itr^lr cm voit' remtfffir
Notts avions en notre possession tou^sljw
fourrures  dont Wicananish"1 Js etoit  vtl le
iftSitre de disposer, et, de plus > dtrs provisions considerables de pelleteries que nous
avbient fourni Hanna et Detootchel*?lNoukr
nous preparames done a remettrW a la vorhiu
pourreriO*ni1oitrelaccfte aiimidi de ceport.
Le 2.8 , le^vaisseau fut roue liors de Finte-
rieur du port sur la batre, et d%riS*la soiree,
nous etions sOrtis de la rane. Nous poiirsihV
vimes alors notre route le long1 fte la CcnfR^p
avec une jolie brise de vent d'ouest et*nn
tres-beaU temps.
Le ha^re de Wicananish bffre tin abri
tres-'-sur avec un bon mouillae;e 1 tanr^dans
la rade que dans Finterieur du port. Un
Archipel d'iles semble s*etendre depuis Yentrde du Roi George jusqu'a ce port , et
meme plus loin encore vers' le midi. Le
nombre des canaux qui trayersent au mi*
lieu de ces lies est incalculable; mais les
besoms du vaisseau ne nous auroient pas
laisse le temps d'envoyer les chaloupes pour >es8examiner. Au reste ^auta&^^il ©s^g'Ste-
sible d'en juger par nos ofeervMibns , nous
-"SiSfi&mes assez ported a croire que, de \ffi>iis
ce^canaux, il n'y a de praticable pourlfes
vaisseaux que celui ou nous eritrSmes, et
^qui est extremement commbd#5
?p'Ces iles sont couyertes par-tout de bois
tres-epais \ tres-peu d'endroit|: en^ sont de-
garnisy dnmoins, autant que noiis en pumes
juger par ce que nous vimes.  Le sol est
Mche et pi*oduit en abondanee des grairres
-feuvages^era^aufres fruits. Le bois de construction'^*%st d'une  grosseur   extraordinaire et d'une tres-bonne qualitev II petit
sefvir k dx*freYens usages. Nous appercumes de tous cdte§r des bosquets'; pfescjue
toutes les especes d'arbres etoient propres
3"IP'^bnstruire des inats dev differ^ rites bau-
^fceiars. Dans 1W nombre considerabre de clivers autre§ arbres qui s'offfirerit a nos yeux,.
nous •remarquairies le chene rotf£eP, le la-
rix, le cedre, et le spruce bu sStiinette noir
et blanc. Iff?
' Dans nos relations commerciales avec'ces
"jfeuples ,   nous  fumes   toujours, pius£pu
'.moins, dupes de leur subtilite. Ils^e con-
iuisolenPquHf^fftroi^I1 iiotre egard avec
IS        13
1788.
Juin. m
1788.
^ejr adresse*^ partigi|^|re ^ que t&ute^ales
precaut^f^r^ue nous pouvions prendre ne
Eg§*issjssoi§nt2pa,%rA .n<>^ ga£antirgde? leurs
tromperies. J^s fernn^es,: sur - togg^.nous
jonoiegl; inille tours.;j^£ lorsque nous ve-
nions a d^gouvrir leur,^<ruses, elles en plai-*
sani
et d(
faire d^reproches, Elles Ff$aporto|#g^de
fyeancoup jj^napt aux agreniens personnels* sur leai&nimes^de Ye^#J^dQ$°°lk®*
et leujs,; char mes etoient releves par^nge
mpxlestie qui n^^paJStres-epinmune' parmi
les famines chez les^nations salvages.. No^s
emnlqyames yainement les^nrieres et; toute
a\Ure t espeqe de tentatives pour les determine? a venjir a bord.;^lles n'y consenti-
rent, jam.aJjgAu reste^.Feclat de leur beaute*
etoit bef^^oup^terni par Fusage degoutant
qu'eLleis, fcuxt^le 1'huile etJ|e*,J*pcre , et par
le peu de,spin qu'elies ont en general d'en-.
tretenir cette prqprete qui fait le preniier
charme du sexe aux yeux des Europeens^
J^ous e4m^iA^ OQcasjion,. .de nous con-*
vaincre par nous-memes de Fextr&me de-
licatesse. de. leurs sentimens. La eircons-*
^|anqe ej>\ as§e^z ren^ar^uia^ye pour  que jp <{i3S-.)§    -    . II;
croie n& .devoir pas la passer sous sStence.
Parmi les naturels qui venoient nous rendre   assez   habituellement   visite   juSqu'au
vaisseau, nous fumes un jour tres surprise
de  voir  arriver   des femmes qui  gouv^elr-
noient un canot le long de la c&te^EMesC
pouvoient etre au nombre de vingt, et il ;
n'y avoit pas un seul homme avec eiles^
Comme nous n'avions  pas  vu encore un?
canot monte de cette maniere, celui - la
attira toute notre attention.Tandis que nobs
ef^ons occupes a consjtderer cefcte compagnie  de femmes, un jeune. homme  sauta
tout - a - coup d'un aifire canot au milieu
d'elles. Elles furent tellement alarmeds de
cette audlace que, quoiqu'elles fussent v&~
tues de leurs plus beaux habillemens ^ elles
se pre($ip|:erent sur lejychampa. la meir, et
gagner.ent toutes ensemble la cote a la nage*
Les naturals du pays de Wicananish* t
sont aussi tres-superieur$ a ceux &e,iYem<\
tree du Roi George qu^nta-Ajfe^Sisiete et
a Factivite. Des la pointe du jour ,;qus&s^
que fut le temps, le village eto.it toirjfoura^*
desert. Les hommes alloient tuec la bal^eine^
chasser la loutre de mer , ou atr.pa.per a&*a
poisson i tandis que les femmes s>pce^|jQient
'Iff I      - mm ' W   *T
Juin*
if
IB ; :
1788.
Juin*
030' ||7
dans les bois a cueillir des graines, ou Cot**
roient chercher des ecrevisses et des pois-
sons k coquille, au travers des sables et des
rochers.
Pendant notre sejour en ce pays, ii arriva de la  partie meridionale de la c6te
plusieurs naturels Strangers qui ne s'etoient
propose d'autre but que de nous rendre
visite. Mais il leur fut interdit, noriiseu*
lenient de trafiquer, mais meme d'avoir la
moindre communication avec nous. Cette
regie etablie, nous jugedittes prudent de
nous, y soumettre. Ces visites furent tres-
avantageuses pour Wicananish , et ajout£-
rent beaucoup  a Fid^e que nous avions
de|a de sa puissance : en   effet, nous ne
tardames pas. a savoir que ces insulaires ,
qui arriyoient de divers districts fort eloigned , etoient  tous sou mis  a sa domination. Outre les deux villages dont j'ai parle
plus haut, il y avoit plusieurs places oil
ce chef sejournoit, et dans lesquelles il se
rendoit. de   temps k autre, selon que la
sais*©&^ la necessite , ou Fintere't de ses
piaisirs Fexigeoit. Dans Fune de ces places,
nous comptames jusqu'a vingt-six maisons ,
donS'Gb&cune pony oit contenir une oeiitaine < m >
d'habitans. Enfin, telle etoit la puissance
de Wicananish et la vaste etendue de ses
domaines , qu'il nous impoftoit beaucoup
de nous concilier sa bienyeillance et de
cultiver son amitie.
tf88.
JuMv* (fi38 )
CHAPITRE   X&'.Yh
Nous continuous notre r&ute au   midi le
long de la cote. Grand nombre de
villages situds sur le rivage. Les ha-
bitans   approchent  du   vaisseau ; leur
chagrin de voir que nous ne nous arrd-
tons pas pour mouiller., Deeouverte
des detroits de Jean de Fuca. Leur
etendue et leur situation. Les natu*-
rels ar riven t a. la vue du vaisseau. ——
Tatootche vient a bord. —Portrait de
cet Indien. —Nous envoyons la chaloupe
pour chercher un mouillage / elle re vient*,
—Mauvaise conduite des naturels. ——
Nous continuous notre route le tang de
la cote. — Quelques ddtaifc succincts sur
les detroits de Jean de Fuca. —Nous
ddpassons Vile de Tatootche. —Les na--
turels arrivent it la vue du vaisseau, ete.
— Nous passons un grand nombre de
villages. «—Cote dangereuse. — Violence
des vents de sud-est.—Cap Flattery.—
Village de Classet. — Le vaisseau entre
dans la baie de Queenhythe. —Aspect Sauvage dpway&**— Vue du village de
Quednu&tettm—Isle de la Destruction. —
jpangefiwue court le vaisseau , etc* $$?tc*>
^88.
Juin.
JN oxjp primes,alors conge de^jficanamsh,
^pendant la nuit du 28 , nous gouvernames
a Fest - sud - est, a trois lieues de ^stance
de la terre., Le matin du 29 , nous nous Dimanche
trouvames par le travers d'une enttpde con- ""
jygfclerable d'ou nous- vimes sortir un certain
nombre de canots^ pour venir a notre rencontre,
&Qes canots furent bientot arrives pres de
nous, et quelques - uns des naturels qu'ils
portoient vinrent a bord. Ils nous apprirent
qu'il y avoit plusieugs villages dans Ventrde,
mais que tous ressortaieglqa la jurisdiction
de^Wicananis^,*,Comme nous etions assea
fondes a croire que ce chef a$e,it tire de
cette place toutes les fourrures qu'eile^jjou-
voit fcxurnir, nou&eresoltjmes de profiter de
la,&a.isoii actuelie qui nous etoit tres-favo-
rahle ,e»our avancer au midi, et de re passer par cette-pj^ce dans notre ^etour, Le$
^ture^s emg|..py&£ent tous les moyens de
?M persuasion qui etoient en leur pouvoir potrr
nous retenir quelque temps, sur la, d§£e ^
mais , loi$qu'ils virent que le vaisseau continuous sa route au-dela de leurs villages,
ils nous quitterentravec tous les signes d'un
veritable chagrin.
Nous continuames de- gouverner a Pest-
sud-est, le long de la eofte , a trois milles
de!di&taiice * apres avoir traferse Fembouv
chure du canalque nous remarquames
n'etre pas trefPprofbnd. La latitude nord-,
% midi , etoit de 4& degres 3o minutes. Eh
ce%ioment nous decouvrimes tres-distinc-
tement un canal dont Fentree paroissoit
tres-etendu#'.: Elle couroitest-snd-est, asis^.
lieues environ de distance. Nons t&chames
-de serrer la dote le plus qti'il nous fut possible, afin de voir parfaitemenfc la terre.
Cesoin etoit, pour nous , I'objet d'une inquietude partifeuliere , attendu que la partie
de la c&te le long de laquelle nous fat-,
sions voiles en ce moment, n'avoit pas ef&
reconnue- par le capitaine Cook : nous ne
eonnoissions aucun navigateurcelebre pour
avoir suivi cette route, si ce n'est Maurelle^
et-, en pa^courant sa carte que nous avions
alors a bord , nous demeurames convaift- <C£ls, ouq'u'il n'avoit jamais vu Gal&$cot&,
on qu'il envavoit don#4, a dessein, mne description infide&ee^pp gp*l
G®mrae< nous g^mvernions lerfeig de la
tef*e, nous<app£»r§4mefe sur la c*ke plusieurs
^lage^^brita^part&tt bien*6t quelques ca*
i^tSifempli^ck^B^tu^efe qui^fpar leur phye*
^ImpmiiftePcpar I letujit-' nitf&ueres , ressemU
Hfoiatit b¥^a^upr''4*ceux di&Sport G?ox. Ils
venoietft AOUs ftfir¥\vifeite3flLes habitans de
e4ia^i»f d&fc&&s|. dilferens ^^ages7 avoi4n^
singularefM&nt^ki coeur de i£&ssiar$ir le commerce exclusif avec le vajkseaii , *etHe nou#
d#tfeiSK0rin.^ie^ir un mdfei&a&e'&ia hau-
teur^i^leixrS h&bfea-tilttis reSp^t&iwS. Mais* J
ce'mme la oote etoit ouverte par^dut ail*
irrt^^ns :#e?lMinaer ,f*&$ec i& ine^leuret|ft3
tentiMF^t'acceder a leurs desirs^plkius n'aiili
rionf'p9^te ma*i|$§& de le £U*te. Nous nous
Bornames done a leur a^fe^|er'^pielques^
nnes de letifes ^eaux de loatres de#rfeA% et
eofitiiiulhii&s notre route.        1W
Vers les t^bi&^lieures de Fapres - midi j
nous arrivames a F entree du gr&nd canal
dontr^l a ete qtiei'tfion plus hautffet qui nous
parut avoir douze ou quatorze lieues de
largeur. Oii&bi&rva du mif def'aya^Pqu^
}\
if 88.
Juin. »
f9*
P   ■- ( 1*2)    ""       | - fj
1788.    &'4fMd%4t a Fest-quart-noisd^effjdail^.tc^tWb
[Juin.     diree4*s©n, la vue de£Gmt^tiMHva$i( et bel
horizon   aussi  loin   qu'elles^ouvoit porteitc
Nous jgtt&m&is la-sonde a plusieurs reprises ?
mais cenf iarksaeSide iignejp58b^w)us-rapp^i!g^
sEpll ?7^||e i
terent ppinjijde fond. Sur 4jes?cinqhenres^
nous tournairiesa) la hajiteii^; d'hne petite
$le,situee a detaximilles envi|X)n3idgila paras*,
tie njeroBionale de la terre, et qui formoit
Fentree degfueedetroit. {Jijus vimes jfcout a.v%
pres un rocher tres - retig^jf^iable , place a.
quelque d*a|aj3ce de iilfe, et qu|^^Voit .1%
forme d'un obeiis.que. MNfc^
^ En tres<*>eu 4§# mps, no^jfurnes envi-
yonnes de canotSxiempJSs^le naturels qu|^
irvoiei^fjn air plus sauyage encode qu'au-
cuns de c-ej#x que nous avtjms vus jusqu'a*
lers. Ils etoi^l^pouniia plupajl, yetus de»
peai%x 4e loutres de mer , et anient Igfc
visage etran&einent barbouilie d'huile et
d'ocre fpottge* Leurs cajiots etoient tres-
grands , et contenoient der vinet a trente
hommes , to^sj armes d'arcsf^^ de fleches
batbelee&ayec un os, et de fort&pieux donL
une cqauiye de moule formoit la pointe.
^.^U)us3|rpprochames alors de cetre ile, et
yirame^re/at devant k - peu - pr% a deux jPJj ef|
milles de la c&raKilepdM^ss&me ne nous
parkt etce qu u®roober^^&er,^resqii'imc-
cessible>e£ d'une mediocre "Vendue | mais,
aussidkoin que^nos yewxtrMfint attefcdre,
nous vimes: toute sa sui&ce^o$i$6i$e td'ifteu-
bitans qui consid&ssaq&Me vaisseau avec un
grand etonnement.eIbaBg»inous etdif?ipas faf
j$ile d^lccaaealier Faspect inoulte et sawage
de tee tie iielavec une population si florid
santcqi^ g||
flfie che6,iiomim5rTaiootche, n$fc& ho-
nera $Fune{ visijpe^> News n'a vionsf jamais vu
«ncoremn fatarame sicslo^ieux et six-roso-
lenii ^al,n©^iski©gu»h?|iksfstir son visage ,
tomrae^ sm: celui des ;a«fc£qs? naturels pdptut/
melaj|§£ de couleurs. II etoit*tout n&ir, e,t
couyert d'une poudre briiiaaalte qui ajoutoifc
sejicojne a son jx'^. fietoe|t' sanvage. Il< nous
:app^itqu«iLGeiiJ)gijs ne &&soi& pas partial
des domaines de Wicananish, cpL&mdui
etions pr^sentejnaeat sur un territpifcee's'ou-
niis, a sa pui^san^i^^^bia avoitdune eleif^
f|ae considerable veBSt' le midi. Apres qu'il
nouS eurtaionne cet ayis ,ondus lui filmes
un p&ti&<pr;esent qu'il nejdaigna pas-payer
d|> nvoM^ie'iietouiriiNous ne ptumes reussii
no^t^lus^latpersuader de permettre a ses
i?88.
Juin* , ( M4 3    .'•     |       '•■.
1788. insulaires de:trafiquer avec non&.2!No«s
-Juin. e^ions^iLestvriti , dej& prevenus du carac-
terejde ce chef par Wicanan*& , q»i nous
avoit conseille de nous tenir en garde coiftre
luiet contre les naturels qtt*iii$gouyernoite^
Ct qu'il nous avoiSiderJewits comme un peuple astucieux et ieroce. ^,]
Nous avions .de prf^et de mouiller, s'tt
4toiti|}ossible > en cet endroit. La chaloupe
fut arraee et equipee sur le champ pour
Fexecution de ce dessein, Je la ccnfiai aux
$pins d'un ofiicier habile que je chargeat
de faare sondenientreiFileiet li haute mer
pour troiiveri*un bon mouillagei Je hilffe-
commandai expressement d'eviter , autant
qu*ilUseroit possible ,ad'a voir la moindre
€*uerelle avec les naturels , et je fi^me^ttre
dans la chaloupe quelques articles de$&^-
fic, en cas que les naturels fussent disposes
a faire des echanges. f
Apres le depart de la chaloupe qiii-ne
tarda pas a etre suivie par tous les%afeo't$%
nous nous tijimes assez pres de la c6te ,
*irant vent devant de temps a autre. N01S&
eumes le loisir^jd'examiner File en d^taife
Dans quelque direction que nous la consi-
;<jtj$$i derassjons,
BE, •«m *        _   «; e
wrasliojis, elle nous p|iru;&^tre|%n rocher
sterile j enlmire de rescfifjt^)ontre l%quels
ia. iter venbit se briser a$ec fureuj'G. Nous
'ayions^pctiirtant, l'espoir qu'entre File et
la haute mer, on pourroit trcuver un abr^
sur; et cette position nOus cut-eta tres-
3^lisag'ffiuse et tres - commode , non-seule-
ment pour reconnoitre le detroit, mais aussi
pour donner a notre ^o.mmerce particulier
ime plus Grande etendue.
Sur les sept heures du soir, la chaloupe
rfyint saiis avoir trouve un lieu favorable
pour le rnouMlage $ et n'ayant reciieilli que
ties-peit de fourrures. Quant k File, suivant
le rapport de Fofficier, nous ne nous etions
pas trompes au premier aspect. C'etoit ua
rocher sdlide . couvertde Verdure en quel-
ques endroits , et, de toutes parts , entoure
tie brisans. Un grand nombre de canots
s'ap^ot^ha de la chaloupe. lis etoient rem-
plis d'hommes ariiies qui se eoniporterent
de lii maniere la plus revohante. Plusieurs
d'e#tr'eu£ sauterent dans la chaloupe, eri
emporterent de force quelques bagatelles J
et so rtireni ainsi, comme en triomphe, a^res
nous avoir voles. Nos gens, indigne^id'un^
p^reHie cattduite, et#ient yibleixxment jfe&n>>
Tome IL &.
Juiii; 1788.
Juin,
ig|    .        I   (*#>< J^
tes-" ePeB, tirer-vengeance -a Finstant. Mais
Fofficieflte reus'sSi a. lelFffealmer par sa prudence ; et craignant quelques suites facheu-
ses, il n'eut pas plutck reconnu ces parages,
comme if avoit mission d$Nie faire^: qu'il
revint a bord.
En remarquant sur les naturels de cette
ile une partie des articles que nous avions
donnes en echange, et qu'ils ne pouvoient
s'etre procures qu'au port Cox ou a Fentree
du Roi George, nous demeur&mes pleine-
ment Convaincus que Wicananish ayoitrtire
du chef qui la gouvernoit une quantite
considerable de ses fourrures. Un des naturels , en particulier , avoit en sa possession un assortiment complet.de boutons
d'habit que chacun de nous se souvenoit
tres - bien d'avoir vu ceder dans le cours
de nos echanges.
Desesperant done de pouvoir trouver un
mouiliage en cet endroit, nous continuames
notre route vers le midi, et examimUnes la
cote avec beaucoup d'attention. Nous nous
flattions de decouvrir enfin un lieu sur d'ou
nos vaisseaux pourroient reconnoitre, non-
seulement ce detroit, mais encore d'autres
parties considerables de la cote. Dans ce -- ; . jf( &»' .   •
^ssekf, nous fifftes voile|xVjers J^^feeures
du soir, et mimes a la cj£p& le long dedta
cote , par un tompf, calme et tres-agreable*
m Une curiosite insurmontable nofris deter-
&ina* {gutter dans ce d^r#jt que jeidesi^
gnejai pa$ le noipfedu nayigateur qui Fa
decouvert dans Forigine, Jean sde Fucag^l
ggsH^ousea ete transmis §u^Jques details
sur. les .detroits de jean de Fuca par des
auto,j^§,bien respectables et bien dignes de
£onfiance> Ce sont Hakluit et Purchas (i).
'L&bremj^r des deuK rend compte de Fopi-
nion que les ministres de la reine Elisabeth s'etoient foraiee de leur importance.
Nous eumes alors par nos propre%yeux la
preuve qu'ils existoient ; et nous somraes
persuades que si le capitaine Cook eut
VU ce detroit, il Fauroit juge cligne d'#|*
exameii plus particuiier. Dans la suite de
ce recit de mon voyage, je rapporterai fidd*
lement la circonstance qui nous mit dans
Fimpossibilite de satisfaire le vif desir que
Juin,
(i) Voyez dans le premier -volume de cet outrage
la savage dissertation du capitaine Meares sur ia pro-
feabiiite  d'un passage nord - ouest.
'hm Note du Traductmr*
K  2 Juin.
n%us>4 v%&£ d^'leMer?>%SF pa^efl dessei|P:
,Lfevlec|efer a, Sflns- doiitff hoiiore de^a* de
quekgs'attention lef£vd^$ls que j'aidaifeies
sTpre^grfemeuxJdte le m^exrO
aui se%% cocaine d*feiadduction U^es^voy^P*
X J
Mes . et vmi traits M' la*otfroliaMHte >&&&
■ Q *■ J. a- par <
.passage nontoirestf*#|fe^. :dP^Cl^^!-
"iie matin du? 3o juin ^IJfous Jnfe rfijWtroii*
vion?yp>as beaufeoup^oiine^de la telnet, le
temps ayant ete tre^c^Ril^piftlai&^^plus
grande partie de la nftre. £$1^ Se "Patootcn^
eouroit a-pleti-pr^*|^^(ffest,, a tr'<Sfe lieues
de dist&fit?fe seuiemenfei^fyers ifiix heufw^
nous vimes venir de File un grand ri&xxWe
&kk canots, qui ne portoient guere moins ow
^ufltfe cents hommes, parmi lesqjuels noui
remarqiuimes le chef lui-meme; lis; i'amiP
serent a Mourner eii"¥amant autour du^vais-
^seau dont chaque partie , et sur-tout Favant,
nous parut attirer tcmte leur admiration. II
<est extr&nement probable  que la pnW|irT
^d'entr'eux n'avoit point encore vu unevai§-
seau jusqu'alors. Nous etions deja si me2"
contens de la.-conduite dn chef, que nous
:ne jugeames pas a. propos de I'inviter a venir  a bord.   Les naturels qui Faccom^a-
.gnoient nous donriercnt un$ chanson qui ♦e difffiroit pas beaucoup du chant'que nous
avions entendu eheze'eeux de Ventrde du
Roi George. Mais., quelqu'indisposes que
nous fnssions contre ces insiuaires^qM nOus^
avoient si indignement offenses, nous ne
pumes Scooter leur musique^sans epror^fer
un grand plaisir. Places | comme nous Fe-
tions , sur une cote sauvage et infr^it#o>-
tee , a Fune des extr^miies du <&l£>be ;. eloi-
snes de nos an^s, de nos affections et de?
tous ces liens qui sont le charme et la coixr
solation de la vie ; continuant notre route
au travers d'une mer s$r laquelle on ren-
controit a   peine  quelques i'&s   h^bltees ;
places, dis-je , dans une pareille s*ti3t-s^on ,
,5»ne melodise simple , comme Fest celle de
•la nature , formee par Faccord parlait de
qiyatre cents voix qui clMintoient toutes enc
-nicsure , trouva le  chemin ckfc nos coeurs,,
et^dans le meme moment, reveilla et cairna.
tout a la fois nos pensees les. plus trisies^
Vers midi, le vent fraiehit : nous continuames notre route au midi le long de la
cote , a-peu-pres a trdis milles de distance ,
et les naturels de-File de Tatootche retour-
n&flent chez eux. A mesure que nous avan-
cacns en faisant de la voiie, nous voyions
178^
Juin*. I78&
Juin.
.        A ..;  (   10P   )- ^      . .
sortir continueilement des canots des dif*
ferens villages que nous appercevionsj§ de
temps a autre , sur les bancs eleyes places
pres tie la mer. Les naturels qui venoient
dans ces canots nous prjerent avec les plus
vives instances de nous rendre dans leurs
villages respectifs ; mais aucun des moyens
que nous employames , et des peines que
nous primes pour les engager a venir a
bord du vaisseau , ne purent les y deter->
miner.
La- terre offroit Faspect le plus sauyage :
de quelques cotes que nous portassions nos
regards, elle nous parut couverte d'im-
menses forets presque jusques sur le bord
de la mer qui etoit tres^escarpe et d'une
hauteur prodigieuse, et contre lequei ia mer
venoit se briser ayec la plus terrible fureur.
Le rivage etoit horde de rochers et de petites iles de roches ; nous ne purnes decou-
vrir aucune baie , aitsune entree qui parut
•offrir le moindre abri pour le plus petit
jvaisseau. Je n'imagine pas comment les
naturels reussissoient a trouver un abri ,
.meme pour leurs canots, si ce n'est dans
quelqnes petites anses que nous ne pou-
vicars appercevo.ir, Les villages que nous
«*• {151)
remarquions etoient en grand nombre: :ejt
assez considerables. A mesure que nous
goufcernions le long de la cote , chacuia
pouyoit se convaincre des terribles effo$a
deS vents de sud. Leur violence avoit abattu
des bois tout entiers: les branches formoieUjt
une seule ligne longue au nord-ouest; elles
etoient melees avec les racines d'une quantite d'arbres que les ouragans avoient arra-
ches de leurs creux, et servoient a attester
la puissance de ces terribles ouragans. On
se fera une idee de la violence avec laquelle ces vents soufflent, si Fon songe a
Fetendue des mers sur lesquelies ils exer-
cent leurs ravages , sans que rien pulsse
s'opposer a leurs progres ou resister a leur
furie.
Sur les sept heures du soir , nous decou-
yrimes de loin le cap Flattery, ainsi nomme
par le capitaine Cook lorsqu'il le vit pour
la premiere fois. Ii nous restoit au sud-est-
mi-est, a six lieues de distance. Ce cap git
-par les 48 degres 5 minutes de latitude
nord , et par les 235 degres 3x-minutes de
longitude Est de Greenwich. II y avoit dans
nos calculsune tres~le%£re difference.y mais
nous con&entons a mettre Ferreur de notre
,?788;
Juin, 1788,
'fen.
Jkiillet.
JVlardi
I.
*^f^aJ'Tou& dfisting^film&s auss^^fe tr^s-ftti*^
W^TOtege de Cla&set, situe sur un rocher-
tresj^ haut et tres - escarpc? , au bord-^e la
mer? Quoique ce tillage parut avoir une
grande ^pTendue, ifous ne v^ies venir a
nous qn'un seul canot, portent trente homr
^"JS VJP^S de peaux de loutres de mer.
"**La cote 8 depuis le cap Flattery, nous,
'parut alors s'etendre au midi; et nous limes,
de vains efforts pour decouvrir quelque
canall , quelqu'eiitree out Fon put esper&k-
de trouyer un sur abri. ©ette partie de 1&
cote etoit bordee ife rochers ^ et Fon ap-
percevdtE plusieurs bofisans a la hauteur de.
Classet, environ a un demi - niilie de dis-
^nce.
A la pointe du jour , nous poursni vimes.
notre route. Le cap Flhttgery courolt alors.
nord - nord - ouest ; car , pendant la nuit ,
nous avions ete pousses vers le midi.  Le
"WM
temps parollsoit fort incertain ; et nou's
avions un vent violent clou est - slid - ouest
qui souffloit de pres sur la ccNje. A Sep];
^jbures ,^lk baie de Qkeenhythe s'offrit a
notre vue; et nous y entrames avec ce s.en-
fSnent d'horreur que produisoit naturelle-
Igent en nous, cqnune oniecanceyni s]&ns
in j*** *. -V^O Je
penf©^°jpetre triste reflexion T$&*> nous, ap*.
prochioiiS du pays o^JSs personnes'bee
portoit ia cli^lovi.pe.dii yarsseau 1 Alg'e WM-.
pdrial syoient peri, et ties barBfces'fq\d l^..
avoient massacres (1).
A mesure que nous faisions voiles le lonm
(ie la cote , nous appcrcev'ioris la petite riviere e£liie de Queenliytne. fijaisle terri^-
devint tout-a-cpup si tenSbreltk qu'a peine
burnes-nous disiie^uer la terre dont nous
xi 'etions ppurtant qua environ qxikire mines.
Nous ne vimes ni canots ni haSrtans : un,
silence effrayant regno! t autour do nous
Mais quoique les. f$neb£es dont le ciei et6x%
convert djerohassent k notre yue le village
de Queenhythe, , nous pumes ecependant
decouvrir tres - distinclement la  ville  de
Queenuitett, qui en est eloignee c^a-peu-
P i     ■   Wm  itiOa.,. :.- M»l.v rn V.erijfc
pres. sept   ou  nuit  miles.  Elle est  situee
(i.) ILe Ifcteiir se rappellera les circonstaftees dee cet
"BoVribie asssa^fimt. Jfe les ai, i-f^ortees dans le commencement de ce volume. Quel homme sensible n'eut
pas frissonne d'liorreur, comme notre voyageur, en
^pprochant du.-Jien ou des concitoyens et des freres
§$°ient £|e aussi cruellement egorges ?
Note' du Traductefm, (i$4)   7*
J78&   sur un rocher de hauteur perpendiculajxe ;
Jailiet. et joint a la terre-ferme , qui n'est par-^put
qu'une vaste foret, par une chaussee etroite
et imprenable de vingt pieds de haut. Nous
appercumes, a Faide de nos lunettes d'ap-
proehe, un rgrand nombre de maisons dis-
persees 9a et la sur la surface du rocher.
En avancant, nous vimes File de la Des-
truction, a-peu-pres a un mille de distance.
Elle est situee dans le milieu de la baie ,
et se trouve eloignee du continent a la distance d'environ deux milles. Elle est basse
et plate. On n'y remarque pas un seul ar-
bre. Elle nous presenta , au reste, un spectacle agreable et bien extraordinaire pour
nous, qelui d'un espace considerable tout
convert de verdure. Elle nous parut envi-
ronnee de brisans sur lesquels les flots de la
mer rouloient avec fracas, souleves par le
vent de sud - ouest. Dans cette position ,
nous avions dix brasses d'eau sur un fond
de vase.
Vers onze heures, le vent sauta au sud-
ouest, ce qui obscurcit le temps, et nous
amena de la pluie. Nous nous trouvames
completement affaies sur la c6te, c'est-a-
dire , dans une situation que nous aurions volontiers ^vitee, s'il eut dependu de nous.
Deja une houlle effroyable rouloit dans la
baie, et nous annongoit les obstacles que
nous eprouyerions a jetter Fan ere, sur-tout
si le vent venoit a. sou filer de sud - ouest.
Car il exergoit alors ses ravages sur la terre
qui se trouvoit au midi dans une direction
telle, qu'en prenant la route sud-est, nous
n'en aurions pu doubler la moindre partie.
D'un autre cote, nous ne pouvions esperer
de doubler la terre k Fouest, a cause de
Fhorrible soulevement des flots occasionne
par le vent d'ouest.
En cet etat, nous preferames, comme la
meilleure route que nous eussions a tenir,
de gouverner sud-sud-est jusqu'a midi. A
cette heure, quoique nous ne fussions qu'a
un demi-mille de la c6te, nous nous vimes
obliges de virer vent devant, et de porter
a Fouest-nord-ouest. La sonde rapportoit
de quinze a dix - huit brasses pres de la
terre,qui etoit couyerte de bois jusques sur
le bord de la mer. Nous remarqu&mes, an
reste, que la c&te n'etoit pas tres-escarpee,
et distinguames ck et la quelques morceaux
de terre incultives et sablonneux.
Nous f imes a,lors force de voiles, attendu
1788^
Juillet.'
a
m •
i
17S8. q^ie'la violence des vents redoubloit :nous
*^?*^* prffiWfei pas ni&tne prendre un ris ^la
vople de^llwftes E^e plus,ele temps <sfcdit si
convert q*ue nous ne pouvions pas di^lln-
<g&er les objets a un mille de distance de
^Pavant du vdfeseau. Nous pensames , quoi
qu'il en soil, que nous serious, en etat de
doubler File de la Destruction, et continuances de faire de la voile eh'siiivant cette
route pour eviter les dangers qui nouslme-
nagoient. Mais-y*a une heurefjS& temps s'e-
■elaircit un moment,,et nous appergiim.es..
File a un point sous le vent de notre vais-
•'seati', a environ um te&lle et demi de dis-
<t##fce.. La mer , tres - grosse alors , nous.
4*ha&soit de tres-p$esMsur la eSte.
11 ne nous resist rien de mieux- a faire
qu'a jetter l'ancr#-; nous nous dispos$mes
done a mouiller dans Fenclroit le plus sau-
vage que Fon ait jamais vu , et oil nous
Etions in oral ement <ft*r tains que notre ancre
We pourroit pas. tenir , quoique ce fut uw
$bml de vase molle , attendu la violence-
ayec laquelle les*. flots de la m$r s'y amon-
celoient.
Telle etoit notre situation : le sentiments
de Faffreuse de^esse du nous, etions. pion*-
3EE '       I   i    ;mfm '  J- ^
ges redoubloit par cette reflexion que notis
ITcfu^'trduvions sur une cote on nos inform
tunes compatriotes avoient ete immoles a
la barbarie des liohirries feroees qui Phalli*
toient. Dix minutes pouvoient decider >dj|.
notre sdrtV'Mais la Providence veilloit'sur
hdtis^le^l^sauxa t$1i«i-a%oup au sud-syd-
§kt;7ce Iqui nbus proc*ura le mdyeriecp' virer
%klkr'devant, eH de li^JI i^mgner de la cote
avecles^bduie^lai^Sis ^L^^he^Irei^iper|8
*]pectiv<^:(i^^agnei*^[e lal^ avafir la nuit. Je
crbis\ certes , qu if Wy avoit paf a bord une
seule personne aonTFesprit n eut ete frappe
de Fa triste pens^ee qu'il pouvoit de venir
vFctime Ses cannibales de Owdenhythe*
■i7?<H
Full let;
1
-,---- Pf   V iK
•im
W%E&&£-
CKw
wi...iil.w
-*■<** 1788.
Juiikt.
( 158 )
<o*m
«s
CHAP I T R E    X V,
1 ^
inaccessible aux,gpaisseaux.M
SP*      BUm   ,'"y*» Sgl^SrsOUOj*   -   - Mpi7l
turels  viennent nous trouver.
r>£*
Nos progres le long de la c6te. U
couverte de la baie de Shoal-Water,
Les no*
Hdlicatesse dans leur trafic aveqzttmis*,
— Quelques details sur ces naturels.-g^.
Continuation'di(^<8pyage. —*& Baie de
Deception.—Difference qui existe en£g$£
la veritable situation de cette cote et
les cartes de VEspagnol Maurellev—tap
Magnifique aspect du pays. -*~Nous pas*
sons la baie de Quicksand et le cap
Look - Out. — Vue de trois rochers re-
marquablas* — Nous cessons d'avancer
au midi. Plan de la 7*oute que nous
nous proposons de tenir par la suite—
Connoissance que nous parvenons a ac-
qudrir de cette cote. —"-Parties que le
capitaine Cook n'avvit pas reconnues,
visitdespar nous.—.Motifs pour retour-
ner au nord.—Nous poursuivons la route
au nord*—Nous voyons de nouveau les M
ddtroits de %ean de FucU. ^MouiMage
dans le p&'rt Ejfin^^m.^^JDesafdp0don
de ce port.-*—  Nous voyons quelques
unMniaux Unarms, etc.
J_jA malheureuse destinee des personnes
qui composoient l'equipage de YAigle Imperial etojt la seule pensee dont nos gegf
fussent preoccupes. Comme ils se trouvoient
precisement sur la meme cote ou cet acte
de la plus feroce inhumanite avoit ete coni-
mis , la crainte d'une mort aussi miserable
etoit le senjgment le plus geperalement r&*
pandu parmi eux. Ils ne s'entretenoient que
de ces idees ; et elles avoient une telle influence sur leurs esprits qu'eiles mirent le
vaisseau en danger de sa perte, ainsi que
Je le rapporterai ci-apres.
Nous contimnhnes de porter en mer pendant toute la soiree du pren^er juillet. A
minuit, persuades que nous avions suffi-
samment gagne le large , nous virames vent
arriere, et courumes de nouveau sur la
terre. A une heure du matin, le vent sauta
k Fouest-sud-ouest, ce qui nous fit esperer
M flife)
r
u
ixm^tenKls a^s^^avoraUi4*Ct)anr jane itotis
%M.
iEu.uer.   pusB\onsci^Btinu^£ipe rec&nng&tre J.a.c^te.
Mercredi '^2 , ^£Q*j^\ket&e5 du matin. > noiis re-
2,*
vimes la terre. Ell^9qt|${$^$$l^&- l^lst, a
sept lieues de distance , et nods parut etre
tin peu au midi et a i'est de Queenhythe:
Elle avoit la forme d'une selle , ce qui j|^l
ren9Mt tres—r^i&^^quabie ; aussSilst paxtid
que ndiis ajfperc^Qfes regut - elle de nous
le iiOiil de vioM:a-gn'e de la Selle. Iftipr^
notre cal&fil, elle'gisoit par fes -^ degres
3o minutes de latitude nord, Ml les 2,35
degres 20 minutes Est de Greenwi#fc Nous
la sernimes du plus pres qu'DNious fut po£-
OT>le : ii noM parut bientot que c'etoit la
pointe la plus meridionale t^ue nous avions
appercue la veifflfe', de Vile de la Destruc-
tion\.Le vent repa§sa de noiiveati au sua**
sud*est, et fit evanouir toutes les esperances
que nous avions cSncues de voir un temps
favorable. Une brume epaisse accompagnee
de grosses pffeies nous obiigea de virer vent
fievant, et de porter de nouveau vers la
pleine mer.
Le  mauvais  temps  dura pendant  toute
cette journee. La mer grossissoit Ibr nous
du chi cote de Fouest, fee qui mit en grand    17%%.
danger la chaloupe que nous avions tou-   Juillet.
joii&*touee en arriere depuis notre depart
iie^Y-entPee du Roi Georgey.-ll etoit done
$nxpossi#re que noui hasardassions d'appro-
xhor de la terre sans courir le plus affreux
danger.  D'ailleurs, nous touchions a un
changement defene, e^oque a laquelle nous
avions toujours observe que ces mers etoient
fecondes en tempetes. En consequence, noiis
f hues force de voiles pour parvenir a une
tonne distance  de  la terre^ c'etoit pour
nous, en ce moment, un objet de la plus?
:grande importance.
Ie 3 , a midi, nous eftnies un rayon de
scdeii. La latitude nord etoit de 4y degres
46" minute's. Le vent passa au sud-ouest.
Nous en pxphtames pour virer ventedeyarit
et gouverner sud -sud-ouest, en courant
^ur la terre. Nous etions, en ce moment, k
environ vingt lieues de distance du cap
Flattery. SI
Pendant la nuit, le temps se calma  et v    .   *.
s'eclaircit. Le 4 % *e vent sauta au sud-est :       4*
nous virames vent devant une silconde fois,
et gouvernames a* Fest-nord-est pour ndus
rapproeher de la terre. Nous continuities
Tome II* L 1788.
Juiller.
ainsi notre route jusqu'a six heures du sots?
que nous appergumes la t^rre. Elle cou^oit
de nord en nord-est. Dans la partie nord ,
elle etoit extraordinairement elevee, et cou-
verte de neige. Nous donnames a cette
montagne le nom de Mont Olympe, a cause
de sa position remarquable et de sa prodi-
gieuse hauteur. D^apres notre calcul, elfe
git par les 4.7 degres 10 minutes de latitude
nord, et les 2.35 degres de longitude^Est
de Greenwich. Dans la partie nord-est, elle
s'etendoit jusqu'a une pointe plaeee par les
47 degres ao minutes de latitude nord de
notre estime. Nous continuames de courir
sur la terre pendant la nuit, avec une jSslie
brise de sud-est; et le 5, au lever du soleil,
la terre nous restoit de nord-quart-oucst a
Fest-quart-nord. Nous nous trouyions alors
a douze lieues de la cote; d'ou il resulte
que, pendant la nuit, nous avions essuye
un fort courant qui nous avoit considerablement eloign es de ia terre.
Une observation faite a midi donna 47
degres 1 minute de latitude nord, et les
hautes montagnes que nous avions vues ia
veille nous restoient a Fest-nord est, a sept
lieues de distance. Nous pouvions &tve jl- (1) Ce qui signilie eau de bas-fonds. Le trqyageuf
A eu Finten-tion de da&ner a cette partie de la mer ua
Ln
*p^l-pris a quatre lieues de la c6t€yqui nous   m
parut courir dans la direction d'esfc-sud-est   JuiUet«
«t d'ouest-nord-oue|t. Nous y d^couvrimes
iien tot dans cette m£me direction une vaste
entree ou ouverture*
Velrs deux heures, nous etions a deux
milles du rivage .que nous c6toyames» Nous
ne vimes par -tout qu'une immense foret i
-laulle trace d'habij&ns. La terre etoit basse
et applatie :1a sonde rapportoit de quinze
a vingt brasses sur un fond de safele dun
A mesure que nous gouversions vers la
pointe basse qui formoit une partie de Fen-
tree dans la baie ou canal, nous diminuames
d'eau par degres jusqu'a six brasses. Nous
vimes alors des brisans qui s'etendoient
tout-a-fait en travers ■, de sorte que cette
partie sembloit inaccessible atix vaisseaiux.
Nous nous eloignames sur le champ de la
cote jusqu'a ce que nous eussions regagne
la profondeur de seize brasses. Nq&s donnames a cette pointe le nom de Pointe
basse, et a la baie , celui de baie de Sh&al-
Water (1). Un cap eleve et saillant qui for* 1788.
Juillet.
I      ( if)
moit Fautre entree, fut pareillement nomm6
cap Shoal-Water. Nous estimames que ce
cap etoit situe par les 46 degres 47 minutes
iSeiiatitude nord , et les 2.35 degres i i minutes de longitude Est de Greenwich.
II y avoit une trop grande distance de
la Pointe basse au cap $hoal-Water pour
que , dans la position ou nous etions, nous
pussions faire avec succes la moindre ob-»
servation. Les bas-fonds sembloient s'^ten-
dre d'un rivage a Fautre. Mais lorsque nous
fumes a moitie chemin , nous nous en rap-
prochames de nouveau, dans le dessein de
decouvrir s'il ne pourroit pas se trouver un
canal pres du cap. Nous portames done vers
Fembouchure de la baie, et diminuames
d'eau jusqu'a huit brasses. En ce moment ,
nous n'etions pas a plus de trois milles des
brisans. Ils paroissoient s'etendre jusqu'au
cap Shoal- Water. Nous jugeames de nouveau qu'il seroit prudent de nous en eloigner encore. On observa du mat de Favant
que cette baie s'etendoit considerablement
nom qui rappellat aux navigateurs la nature des dangers qu'ils auroient a y courir.
Note du Tmducteur* i788.
Juillet.
■' m '  ' k -i
fmm
dans Finterieur des terres, partagee en plusieurs bras ou branches , tant au nord qu'a
Fest. Le derriere de cette baie etoit borne*
par une terre tres - haute et couverte de
montagnes qui etoit a une grande distance
de nous. Nous appergumes au nord-ouest
une entree fort etroite , mais trop eloignee
pour que nous pussions, m£me k Faide des
lunettes d'approche , distinguer si c'etoit
une riviere ou une terre basse.
A voir cette cote deserte dont Faspect
paroissoit sauyage , nous en avions conclu
qu'elle n'etoit point habitee. Mais nous ne
tardames pas a reconnoitre que nous nous
etions trompes. Car, nous vimes venir
vers nous, de la pointe, un canot qui portoit un homme et un jeune gargon. En ap-
prochant du vaisseau , ils nous montrerent
deux peaux de loutres de mer. Nous tour-
names done de leur cote : ils vinrent alors
bord a bord, et prirent le bout d'un cable -r
mais nous ne pumes jamais les determiner
a entrer dans le vaisseau. Nous attachames
alors a une corde plusieurs articles de peu
de consequence , et les jettames par dessus
le bord. A Finstant, le jeune gargon les sai-
sit ayec beaucoup de dextei ite", et les remit
L3 1788. efltte lef mains de Fhomme qui etoit J&re6
Juillet. lui dans le canot. Celui-ci attacha sans balancer les deux peaux de* loutres a la cor<Je>*
et nous fit? signe de la main de venir les
prendre. On les prit done sur le champ, et
nous leur fimes parvenir^a Fheure meme*
un nouveau present, de la m&me ijiasiere
que le premier.    yg
Ces etrangers parurent diamines au-dela
de toute expression de ce tr^sor inwijere.
Nous remarqudmes que, dans  le premier
moment, les divers articles qui le compo-.
soient , absorboient  toute  leur  attention^
Mais leur curiosite seflxa teientik toute en-
tiere sur le vaisseau : ils en parcouroient
rapidement des yeux les differentes parties,
et temoignoient par le^rs gestes une surprise et une admiration relies que nous en,
pumes conclure avec beaucoup de fonde-
ment  que   c'etoit   la   premiere  fois qu'ui^
pareil spectacle s'Srffroit k leurs regards.
Nous t&ch&mes de nous faire entendre
d'eux en leur adressant quelques mots
dans la langue des naturels de Yentrde du
Roi George. Nous avions remarque qu'on
parloit cette langue depuis Yentrde jus-
quefc dans les terres de la domination de 'O^H§: Jlt||
3|ajtdotch&; Mais ils ne &miprireTpf ancun
des .mots que nou?s pronongames/£%t;-noW
re^ndii^nt%dans uixsi&ngkfce qui ^utanJ^
que nous pumes enquger , "n'avdit pas Ta
moindre ressemblance, la ^oindreanaw-
gie avecjjaucune deslangues qu^ nous aviomJ
entendu> parler sur l& efited^meftque.
;e^l%r
En considerant leurs 3ftft*ftf*f*$ravec une at*-
tentlon plus particuliere,nous remarqillirrreV
q^ril§8differoient beaucoup pour la forme
de ceux de leurs vois|&s grTSi^ recules au
nord.".jA. la vefdte'£fc,&aht a lit figure et k
Fhabilientent, ces peuplesfivoient de la res-
semblance ayec les natftrells de Ventrde de
Nootka ; mais nous ne vimes sur efix au-
cuns ornemens qui pussent nous donner la
croire qu'ils eussent eueipielque communication avecedes Europeens. Cependant!
Fempressement qu ils avoient mii&des le pre-^
mier moment a nous montrer des peaux dfe
loutres, et la conduite qu'h% tinremMBl-
puis" a^vec nous , prouve clairement qt$ifs
avoient une idee du trafic. II est plus que
probable que quelques - tijis des naturels ,
sujets de Tatootche, avoient pen^tre jus-
ques chez ces derniers, et leur avoient
donne avis de Farrivee d'etrangers yenk
Wrn^    ^F" tL i   life
'•f|88;
Juillet.
**$
m Cx68> i     -L
*p88.    pa*tgxi eux, pouirfeire lecommer(^ide^fouT*
J^let.:iprurgs. Mais il y a aussi tout lieu de ja&esumer
qu^ce peuple forme une nation daHei^eiite
et   absolumentv distincte  des naturels  de
Yentre** du Rpi GeQrge, du p»bxt Cox^et
des domaines de Tfajootoll^/rl&^&'estj: pas
non plus impossibJe> qii^ces parages! m£me
soient le^stdernieres Jinaites de leur district
au nord. Dau4&§tte persuasion, nous eumes
un double motif de^douter que nous re'tts-
*Jfissions a trouyer quelqu'abri, quelque havre
ou port ou le yaisse^a pf& rester,,en£surefe ,
tandis que le§*/|Jialoupes serpfent occupees
a reconnoitre cette partie de la cote.
Pendant* le Ji^nps que nous etions de-
meures en panne pour oommuniquer avec
ces naturels, le vaisseau avoit derive insen-
siblement par le travers jusqu'aux bas-fonds,
ce qui nous ol?ligea de faire de la voile»
|£es naturels dirigerent alors le canot dans
la baie. Nous aurions viveraent desire envoyerla chaloupe pour sonder pres des bas-
foncjs, afin de decouvrir s'il y avoit un canal; mais le temps etoit si charge de nuages,
et paroissoit, en meme temps, si peu certain, que, dans^le decouragement ou ces
considerations nQUSvjplongerent, nous re- fto*S§axries a exeeuter ce dessein. Itne nous    i*?88«
rested done'plus qu%'sui%re m longNl&4&' --««teti
c6t#l, et& ta'&her de trouyer quelqu'emOT&ifi
ou le vaisseau put met#e suremenTa l%neiS$F
inconsequence, nous p^ursuivimes^lMtre
route, et vers les sept meures, nous n'e^xW%x%~
pas 4 uje^rall'dte5 dif^&Sofe' diitcap Shoal-
Water. AHce mbmeiif^notfS' revtmes ivM?
4*slinctement la baie et Ms-bas-fonds. Nou^*
anions seize brasses' d'eaW^ur un fond^de
sable'get la terre s?'etendoifra Ffet-sudest
depuis le cap dont nous n'el9§8fcS guere <§foi-
gnes *qde d^P trois lieues. La 'ferre vers le
•
midi formoit- comme- des iles ; mais^fiKJtfir
attribuames Cette singularite a la brume,
^ai commengoit a devenir tres-epaisse au-
tour de riifiis. Des que la nuit arriva, nous
nous eloignames dg la cote, et mimes a la
cape,-en attendant le retbiir'de la lurni|re.*
I^e matin du 6, le tem|)S ne nous parut Dimanche
pas favorable pour faire des d^couverteS? &
Le vent sauta au nord , et souffla avec fu-
rie. La mer etoit tres-grosse. Le cap Shoal-
W&ter couroit est-quart-nord , a six lieues
de distance. Un brouillard impenetrable
couvroit la terre de toutes parts. Nous res-
tames done en panne jusqu'a neuf heures
9 »7<
lefcE
1        | -pli    I;   I
dne le broutlf^d se d|ssip^e$ nous laiss*
YjgiioB^$err^i Aj^li^^^p^^ nous e#3$p-
g^pch^ons,^^ sonde rapportoitvprjpgpli§r|£?
ment.de quarante a seize brasse^d'e^4lsJl^
nn; fond de \ &abl{$^ A, d&x h%ures** et i$emi e
j^gpes, nous etip^%t^irois l^ues du cap;
fidtoal- Water.,. etJ^B^stinguames parfaitf^
:n*ent. N.o^^D^tssimes , au moyen d^s J^
nettes d'approche j a tracer la ljg»e$|le la
cdte au midij; mais pons n^d^oinjftimes
point d'ouveiture qui nous fit esperer ft&
$rjcraver quelque|^a^^e> YJn proniont^ira
e^vEit saillant fnJ^I»|restoit au sud$es|g, a
la distance seulement de quatrefff^ues^fNous
fia^games de voiles pour le doubler, espe-
rant qu'entre ce promontoire et le cap
Shoal-Water, nous trouverions enfin q«el-
€me port. Nous decouyrimes al^rs au-dela
du promontoire une terre eioign^je, et nous
nous flattames^ue ce pourroit bien Stifle
cap Saint-Roch desEspagnols , pres duquel
on assure que ces derniers ont.deeouvert
nn bon port.
Vers les onze heures et demie passee^
nous doublames ce cap a la distance de
trois milles. Nous voyions par-tout la cote
tres - distinctement; mais nous n'y apper- ■2§fc ■*-' #(;i7X131     •■'
gumes pa£we se%"^ cre^ure '^aflte, ni la    r£88.^
moindre trace   d'habitation.   Des  honlleso ^sUfe!*!
■ jjjjte
prodigieuses venoienit en roulant se bri§fjj*fj
sur la cote^et la sonde|pljm^tuoil pai| 4&
gres;|de quarjp^e a seizes: bras ses, sur^^it
fond  de sable  dur&Lorsque  nous  eiime|
tourne le promontoire, une vaste baie s'of%
frit a nos  regards, comme  nou§inous y
etions   altenduse^c elle promettoit un  bpn
mouillage; encourages par c^e^apparfen-ee,
nous nbu&ha^ames d'y^penextrer^
La terre  elevee qui formoi-t! les limites
de la baie etoit a une grande distance ; et
ui: pays plat et uni occupoit touti'espace
entre cette&terre et la baie dont. Indirection;
eipit plus arpl'oijest.  A  mesure que^nous
avancions, nous diminuions d'eau, a cause    K
des bas-fonds^^Pfsqu'a neuf, huit et sept
brasses. Nous vimes alors du gaillard par
proue des brisans , et Fon observa du mjSlt;
de l'axant qu'ils s'etendoiejit ajLJravers de
la baie. Nous nous eloignames done de cette
cote, et dirige&mes notre route vers la cote
qpposee pour voir s'il y avoit quelque ca-'
nal, ou si nous n'y trouverions pas quelque
port.
Nous donn^mes au promontoire le nom ... ■-_ ..'
-YfSt^^s^ap Uisappomtement (ij ,%t afla baie,
Juillet^^feiui de £azV */<? Deception (a$]f. D'apres
une obs^v^on assez exac#-faiterlt mfdi %
elle git par les 4^degres lo^minutes de latitude nordpet les %'$5 degres 34 xAbiut.es
de longitude elfc. Nous pouvons aujourd'hui
affirmer en toute surete qu'il n'existe pas
de ri vie reddle que celle "qxsii se>r:trouve
placSe sur teseeartes espagnoles soustole
norn^de Saint-Reich : nous revenions conti-
nuellement a celles de MaurelM, mais sans
en tirer le moindre eclaircissement xii le
moindre secours.
Nous atteignjmes alors le c&te oppose de
la baie , ou nous eprouvames les* memes
contrarietes, Presque certains que nous ne
reussirions pas a trouver un abri pour le
vaisseau , nous portames vers un cap eloi-
gne, observant de conserver une position
a deux milles de la cote.
(j) Ou Contre-temps.
(*} Ou baie Prompeuse. Par ces deux noms dont
le sens est a-peu-pres le meme ici, le voyageur a cof*-
sacre le souvenir du sentiment penihle qu'il eprouva a,
cette epoque de sa navigation , en voyant ses esperances ainsi decues.
a-
Note du Traducteur* Au reste , le pays presentoit un aspect
bien different de celui de la^dte septen- Jullljat.
trionale. Plusieurs morceaux de terre converts de la plus magnifique verdure, fixe-
rent toute notre attention. On voyoit la ;
terre s'elever comme par degres au niveau
des montagnes eloignees ;'elle etoit bordee
par un banc de sable blanc qui descendoit
jusqu'a la mer. A mesure que nous avan-
cions le long de la cote, de vastes plaines
et des bois suspendus charmoient la vue.
Mais nous n'appergumes pas une creature
Jpimaine , pas un seul habitant de la fertile
contree de la Nouvelle-Albion.
Comme nous continuions ainsi notre route
le long de la cote, Fobservant de toutes
parts avec ia plus grande attention , nous
vimes par proue une vaste ouverture qui
reveilla une seconde fois nos esperances ,
et devint pour nous une sjgurce nouvelle de
disgraces. Lorsque nous tinmes le large , le
vent souffla avec violence, et une grbsse
houlle venue de Fouest rouia impetueuse-
ment sur la terre. Vers les sept heures, nous
nous trouvames par le travers de cette ouverture , dont Fembou^hure, a notre grand
chagrin, etoit fermeejaentierement paj- ua
m H' !fO-4)   |.   '   ■ '
1788. banc assez bas et sablonneux^^restj^'ati
Juill^c. niveau de la mer qui paroissoit le GOuvrir
de ses flots, et formoit par derriere un reservoir considerable. Au -ddla, onidecou-
vroit tine vaste campagne qui se prolon-
geoit jusques dans un immense eloigne*
ment, ou ^elie etoit enfin bornee par de
liautes montagnes qui lui seryoient de li-
mites.
Nous donn&mes a la baie le nom de baie
-de Quicksand, et au cap qui y joint, celui
de cap Grenville. Nous nom ma mes cap
Look Out le cap que nous avions vu s'e-
tendre a une grande distance vers le midi.
Ce cap est ele'ye et tres-saillant; il va se
perdre insensiblement dans la mer. Environ a deux milles, on appergoit trois gros
rochers tres - remarquables par la ressem-
blance singuliere qui existe dans la forme
de chacun d'eux. Celui du milieu a comme
une arche pratiquee dans le centre, a travers laquelle nous decouvrions parfaitemerit
la mer dans son plus grand eloignement.
Ils attirerent toute notre attention , parce
que nous n'ayions remarque entre le canal
du Roi George et ces parages, aucuns rochers places dans une situation si apparente I I       ( 175 ) 1
a une pareille distance de la terre. lis pou- %vj%
voient'bien  &fcre eloignes  Fun de   Fautre eJaiil^
d'environ un quart de mille. Nous les riiskxx"
mames les Trois-Freres.
Vers hurgiaeures du soir, nous nous-r"trou-
vanies a trois lieues du cap Look O&w*
D'apres notre calcul, il git par les 4$ degres 3o minutes de latitude nord , et les 2.35
degres 5o% minutes de j longitude Est de
Greenwich. Nous fumes alors convaincus
qu'il n'y avoit point d'ouverture entre le
Cap et la baie de Quicksand.
Comme nous n'avions encore eprouve
que des motifs de decouragement, nous
nous determinames ici a abaudonner ^oute
jespece de recherche, et renongames a avan-
cer vers le midi : en consequence , notfs
serrames le vent, afin de nous diriger db
nouveau vers le nord.
Notre intention etoit de faire voiles vers
la grande baie ou entree que nous avions
depassee le lendemaiii meme de notre de*
part du Port Cox, et d'ou un grand nombre
de naturels etoit yenu nous trouver. II est
vrai que cette baie avoit ete deja visitee par
le vaisseau YAigle Imperial, et que nous y
#yious trouve un bon monillase. Nous nous ( 17* )
"1788. proposions de fa§fe\partir la chaloupe d^
Juillet. cette baie pour aller reconnoitre les dd*
twits * etr determ^ter d'une maniere bien
precise si les naturels qui les habitent for*
ment un peuple absolument distinatde ceux
de Yentrde de Nootka.
Nous etions alors parytf&iis a. acqu^rir
une connoissance assez etendue de la cote
d'Amerique, depuis Yentrde du Roi George
jusqu'au cap Look Out, c'est>adire, depuis
les 45 degres ?>j minutes de latitude nord ,
jusqu'au 4<)e degre 39 minutes, aussi de latitude nord. Non - seulement nous avions
reconnu toutes les parties d'une cote dont
le mauvais temps avoit emp&che le capitaine
Cook d'approcher, mais encore nous nous
etions assures positivement de l'existence
des detroits de Jean de Fuca qui recla-
moient de notre part une nouvelle attention. Nous eussions vivement souhaite pouvoir continuer nos recherches vers le midi,
au moins , jusqu'au 4^e degre de latitude ^
oiVl'on pretend que le capitaine Caxon avoit
decouvert un excellent mouillage. Mais la
saison etoit deja si fort avancee que si nous
eussions fait de pareils  progres  dans  le
midi , -(3*77) ' I
aftjidi, il nous efit ete impossible de revenir
k Yentrde du Roi  George avant les vents
S3
d'equinoxe ; epoque   de Fannde   d'autant
plus jfedoutable pour nous sur cette cote f
que nous ne connoissions pas de port ou
nous pussions chercher un abri cohlre la
violence de ces vents. Ajoutez^qu'ii nous
restoit toujours un sentiment bien nature!
ji^nquietude et de crainte sur le sort du detachement que nous avions laisse a Nootka*.
II pouvoit avoir be&oin de notre secours;
nous prevoyions di&erses circonstattces qui
pouvoient lui faire defiil&lr ardemm^tt nfetfe^
retour , au moins avant le mois de sepfim*
bre. D'ailleurs, si nous eussions continue)
notre route vers le midi> nous nous serions
trouves , par-la meme , forces de renoncer
^Reconnoitre le detroit ,  attendu que le
niauvais temps auquel nous aviens tout lieu
de nous attend-re dans notre retour, pou-
j^pit^elon toutes les probabilites, en prd>
longer  le  terme ;jusques   vers   le   milieu
d'aout. II   etoit  rare  qu'il  s'ecoulat  trois
jours*sans que nous eussions, ou du brouil-^
lard on de la pluie*
Les vents d'equinoxe soufflenfceayec une
terrible violence sur la cote d'Anierique, et
Tome II* M £,undi
7'
^178)       •'# ^ 7
ge font sentir assez^ordinafrement du 1 e au
i5 de septembre. Nous^^ffiuigniol^vidonc
qu'ils nous chassassent loim de la c6te ,
qu'ils nous obligeassent peiit - &tre a gou-
verner vers les iles Sandwich, et, par ce®-
sequent, a laisser le detachement ^ue nous
avions a Nootka, expose a tous les malheurs
comme a tous les dangers.
Telles furent les raisonsqui nous deter-
minerent a retburner au nord , et a tenir
Ventrde du Roi George ouvefte , a tous^ve*
tiemens, quelques pussent 6tre et les vents
et la disposition du temps. Ce qui rendoit
aussi cette mesure: essentielle, c'est qu'il
£toit deja convenu expressement que , le
20 septembre, un des vaisseaux quitteroit
la cote d'Amerique pour retourner en Chine.
Mais avant que cette partie de notre expedition put avoir lieu, il falloit ^quiper com*
pletement le nouveau vaisseau, et le lancer
b. la mer ; il failoit avoir fabrique pres de
trois mille brasses de cordages, travail qui
*xigeoit un plus grand nombre de personnes
que celui dont l'equipage etoit compose.
Le 7, au lever du soleil, nous appergiimes
le cap Look Out, restant a Fest-quart-sud,
a douze lieues de distance* A midi, notre f'*79})
latitude jmrd etoit de ^5 degrmx^Mmn^ntekf^M^$^
et la variation du cOiaapas donna seuJL&pej&t; SlsP^et*
SKdeaxes 10 minutes de longitude Est.
F
Nous-ne reviut^& point Ja terre jusqu'au
20 Quillet. Ce jourv^.sur le midi ,..nous.dis-
tinguameSfcla partie elevee qui forn^lg&^ote
orientale des ddtwits de, Jean de Fuca<$
etjau coucher duesbleily nous decouvrimes
le cap le plus oriental de la grande entrde
a%ni se trouve pres du Port Cox. Nous lui
ionnames le nom de Cap Beale/il couroit
nord-quart-est, a dix lieues de distance.
La variation du compas etoit, en ce moment, de 18 degres 3o minutes de longitude
Est. iMA
Le 11, dans la matinee, nous nous trou* Vendredi
"tames,a la hauteur de Pembouchure de Iff
cette entree, Elle nous parut d'urig va^ie
etendue, mais peu profonde.: Presrrue da|is
le milieu , on distirijguoit plusieurs iles tres-
edevees, et bien boise<e$. Nous enyoyilmes
la chaloupe a la decouvei^e d'un mouillage,
et, vers les onze  BeureCl One revint nous
Jyidiquer un t^^^^^^S^ml,^^. ^Cifi^f"
c£rand, forme pareun cer^^Fi nombre, cFiles.
Nous nous dirieedmea veJ^ ce pott, etToy
"jettJtmes l'ancre, k-i& proIoiiSeur de buit
M a *s
«
111
1
iftvr -
1
1
111
'.W?$2* »brassesiiKeai^sui^f fond de vas<^ parfaite-
--JuMk. 7 meat." a-Pabri-des vents et des fureurs deda
M men Des naturels se ssehdirentsxirle champ
en grand n ombre .aupr&S" de n ous dans leurs
-tJanots,f«t inous •appprterent du poisson en
j       abondance ,%els   que   du saumon^. de la
truite , des ecrevi^e^cef^&autres pq&ssons
a^coqu-Mle  avec une|£fe>Fte provision  d'fia.-
gnonsset de diverse^graines. Ces natujrpls
venoient d'uny&ila^e consideraM^&itue sur
ie sommet d'u&eqteG^-hai}^
donnaihes au^ort le nom de Port- Effingham , ei^Fhonheur du noble lord decore
dm cei|i*tre A i j .m %$
(i' J'aime a penser que des talens utiles , que de*
vertus'j sur-tout , ont rendu le lord Effingham digne
du souvenir honorable "par" lequei notre voyaeeur a
immoftalise~:son nam. Mkis j'aurbi's "desire que le Capitaine Meares, q<j&£aroit• dlailleurs ^un homme judi-
g^cieux , &u lieu de'sle c|>nteiitej"f de ripipeller unJ^ttre de
noblesse , ce j qu^Mmgpse^un | esprit eMoui par les
grandeurs, nous eut appris par quels services rendus a
'  la navigation, aux sciences, a lmimaiiite , ce lord a
7x-. , i ^.-^.^f-'-iv,..-    : • Vs e;iv;:   &*•>>       m&&
ffierxtela mention nrerii en a raite a cette epoque de ses
^6Vagese0lP"ne  JMfcolmera:^j&maifr; de voir le?> noms
glorieux des An^oW^ife&jBQJU^&£ffiille,.des Cook, des
•*jjLfgPeyrou§6, des- 'Entrecasteaux rappeil£sJt|$axis cess* i\
%£:: t:     (dm'}) [ft  . f-   ■
p^Ee ii^$^5$pST&*^^ c
* £?8&
ran tes fureW^tfe^iial^ees \^cW'e'd^f¥U ^¥§1 Juulet.
u^der^ftmerit^Sfo#ale:'fairg-:diT FMu1,   Sained*
e&W^gglte I de i'irjllipajge^fut enipf%r, m$£.x
i&feW^fy^tn^ktiotis * qtrfeSBS^tftent-^^fae-^
- i»- fi" -*!■ i-     c >Sfj£&St''-t -y%t4jSff- P«*LHfiF ■-.", ^-yV-I p r*ft r.'
soiri^ecllr;f aisseau.    acIW
?i©eri^tetr^e: avoit^te v^XS^^sn 'Yj&rfy*
p!a^^apit^
v^p*S^^^^^^|^^^^^^
'sSl^o'iJ^'EfllfV^rie^enOTe! cbriski#fa'Ble v*
Wpet en tier em ent conv eirte^-xle'i'.feo?s;. Stir.Fj
t8ra%2-fferme,L ori;'disYihgn^'de^- graatds*vil-'
lffge^^^eupre^w^u^rrosefrt'Me pee
ruii$eaux$S8r P(^.^\SfB2P®¥Wrsatimon   en
arjotfciaricef*fcorstf tie-'ce poissbii- "est -prepare|
tap;        '-•;«-«-v '-.---r?-: «£*?,   <WTVf«" T*t~,      - . . . ." s%&3  JJLl    Up-.'i WM
avecies soms iret^^aires^ les- nattn^senrroirt
leur principale nou'rriture pendant l'hiver.
Le port est assez vaste pour contenir cent
voiles. Sa position est teliement avantagei&fr
que ces yaisseaux*y""se^Tent a Fabri des
plus furieuses tempetes. Le mouillage y est
par les navigateurs qui suivront leurs traces : mais ,
dans un siecle  eclaire , les  dignites  on les   titres net
vpeuvent plus etre l'objet des hommages des ecrivains.
Note du  Praducteur. »7'2tl aussi ticlsubon jc'esfftiiielvase. iaolla.1 i'afc
Juiliet. j guade est egalenienfj^srcomincde^
ill   ^   <D*W^Gtre Pas%^^
^      * . i^rry^r      7 whtwS   fceJ "maB       STEP
Fofit EfpJtgnam^inoxig^Yimes un tres^eraJicL
nombre de loutres.de rner qxuL&e iouoientr.
dans i'eail avec leurs petits^^i-s, $ \^PM4a|
Che ail j^aisseau,_ elles  cusparurent.^pus
pass^mes une fois oi^deTUxa quelqugs verg5$~
de piusieui« d'entr'elles oui dormoient sur ~
le dos-au milieu de la^er.^Nous les}|>rmie^3
dj'abord pour des morceaux de bois flc||tan}g
tijusqu'a ce que , reveiilees parTle^^^^dij^.
vaisseau, eljes se plongerent a-Finstant sous-*
lesjflots. Ncms vimes aussi piusifgirsJraleinest
de F espece des spermaceti, un grand nombre. de veaux^cle mer, et beaiK:oug.d'autreayu«
animaux marins de forme mon str ueuse, /
c an
iirtii m i
^>^.-i-X-VrO|
muAf it iNPCPhnl
.„ e ..-;.    ;e Tee.   ^\-v. e-.     e.~.v .— ^-ara^5.    .
Nous prenons possession des detroits de
Ji?£/z dfe Fuca au nom du Roi de las
Grande -Bretagne%r- Nous recevons^l^t.
^visite aes natureM?r—-^mttio^qvtonfgm
geuse du vaisseau. *—^Ld^ehalozipe eS$±
itwn»
ea
ui
e et enm
as-ww*
Objeflde cette expeditio^^^f^s^d^cin^
gefls se rendent a bS^^p^/^^eau.
Nos vivfs inqm^Eu^s au sujeitfHjle da
chaloupe ; elle arrive enfin. r—Mftiififs ale
l$b,h retour prdcipitd. ~ Combat avec les
nature^ des ddtracts de fean, de Fuca gj
et 'ies suites.— Brayoure^ecef p^tplep^
—Situation critique de$Ja,. chaloupe et
du ddtachement*-—.Progres conijiddra~
bles vers les detroip^kgrJ^n deFuca,
—-Leur position*.Jajr Ont vient, nous pro-*
79 7 7 '"A. ' iy f
poser a acneter des teiftyav hommes.
Ddcouragement que produit cette offfoe§
dtrange parmi les personnes de I dqui-
page. — Prdparatifs pour remettre en
mer. —Nous quittons le Portff0,nghammt
'"^^^m    lip    ' 111" M 4 1788*
Juil'fe
. pp|   e    %
|g—Quelques details ^sur*^e,^ort efcjg&
jtfentree.—Frogres du nouveau vaisseau*
£)'
rures.
Nos Nueces rdansrrla traite^ des four-
Attention^ de Maquilla.
.««
.Unisys
I~~L .-- k   ',   -..,-.. - . - 7 .-.>.-   ---;   .. _/:.   ,, -1 -e*r j
■U-i;nersera pas5 mutile diMormer Te fee
reu¥qu^ Aots^ primes possession des ctetroitst
'SS
Me^Jeai^tle Fuifcu, aifmo^ivcxU^rSr^^hofe-
terre jrevere toutes les formes adopteesF en
pareflfe^TC^mstancep^ les navigateurs qu*
nons^^vtneilr prccieaes.
pimanche
J 3» de%e p&sition, deS%3lS!reB vin^nY^lffand
nomt*rlF»noui^^ rendre ^fisifo; 'Mpus jjeiir
adi»e^aaie% des?ourrureS~de diversus especes,
^fiflnfious - remaTquames   tiu'ils  n^efoient
t3yfelet^coM
poinl^compagm4s de lellfs chefs/i^d'aucune autre persSSiie qui parut avoir qnjel-
qu'autorite parnjrei&eBs nous apporterent
aussi une grande"^aritife^oS^uiilbns qui
FempSrtoignt de^eauco\ip^bur la cWSBbl-
tesse et le gotr^sli^iux^ffe Ven$ee?te
JffoQtKa. Ndis^reg^nie^'encol^ 3%ux du
poisson a coqutUe^'in abondalice^ime
Mnne proyisiicih dxoignons sairyiges aussi . (   itf  I   .' $. |^^fe;
^fr^ich^kn¥Tqffi s aMta^es^t *8fe£ SSlSSJ   4?88:*|
-qu'ilslydiMrf^ueillts^ans^iSfefeois-Ftoiies^ |#^
produc^rWdbnt ;M nature; aydii'llfceMfe'--
meiW»r&fei -les diyerses^f^aFtfef de la-'jaftteL      ^
'site's 1'    r      ^-Js!    T -       *"
natTatelsi^7 **{r;''*' I 4§tfi{P |P       jfcjl
Nougbelions alors au rt^fi^tndOT*elw       fm
le^^Te^np^ n%^:ra*^rei§W
a^e^^e^&sNW^
r31[ar^a^le^t^dn. Oii^n^fep^SlvWit p^xKie*
seuleHiVacepde* r^fi^# -sur li^^SP^^J^s mt8k^
ta gnes^doWFentfree' etei^ril^#^^M#
p&rtw^SFoits^ne polm^s Jc$hW qu'espeT$S?
^M^|l##ciMlpiom4h court sejotbr
<fn6 fi^tfe ndms YyopomonIriiPSaire^aa«PuH
endrdlfr si^anqiiilieeflt ott^fiotre situation
fM§e^thit^Mh d?a^reffie9's^4
^l^iVW^aiitmes Pocca s8>2P4IivorableA*tpi
##Sroit albrs d'envoyiS3a cSife.roupe^fton^
seiifemen^freconnoftre *$$§meWoits dWWean
isfe^i^r^Jfemais encc^ie^^renWe^s'il■"^gft^t1
j&5ssible | -qu elque fenn 6|fsance^^s8^^^^
reis de la baie de Sftoat^WMer: T&n^&BS/r
sequence, elle fut equlpee ccmarhe¥exigebit
la #rconstance^ montee par trente de nos
-r
gens4, ^ fournie 8e provisions pour®tin |(i86)   I-     .
mois. J'en conliai le commandement a
l^JL. Pcobert puffin Jgmqjit preiii'llj^^helijr ,
lie qui j|Jdo5^.i3<|^|p3rnstnictions par ecrit
pour la maniere. dont ii devoit se gou#e$neE
dans, la conduite de cette petite expedition.
Le iS, la chaloupe par tit pour all er faire
ses decouvertes. u;Slk^Sll
r JUabsencj^pigi, personnes ?gnlpipye|«^^^
cette occasion , jointe a celle des hommes
du detachement qui faisoit le service de
JleiUrde du,Roi George . avoit tellemeifS'
^jminu^F^qjaftp^ge du vaisseau qu]|l devi^T
absolument necessaire pour nous de pops
mettre le m^^^ pqs^smle en etat dejdefense*
En effet, ces naturels^que nous avions pour
yoisins en ce moment se trouvoient etre une
nation, nombreuse , intrepide.^t puissante ;
il etoit a craindre qu'ils.ne fussent tentes
de nous attaouer s^Wvenoient a conjgLoitre
notre propre foibjlesse. Ojg^dress^idonc^ne
batterie de tolas les canons : toutes les armes
iuregt, *PreP^©es^r^t j ej^lonnai ^es^rdres
positifsPpour qu'on ne laissat venir a bordr
aucun des naturels, sous quelque pre.texte
que ce put &tre.
Un instant, apres le depart de la chaloupe, nous Yimes venir du cote du nord 7     iws,.,.! i   2
«^5,nombre considerable de cjiSots. Ils.afft^
iiverent bord .a, bprd''.au .vass&dtf^rOn en
remarqiomt peu qui «portassent ^mon^iae »
trente homines^Je crpisjm^mq^u'il $>'y Wit
avq||. pas In. sjful oil les naturel^ne n^ferr
tassent j^ ce n^mbre^j^i^ie.urf en epnt^fe
nojent davantage, sans coi^pter^s^femines/
ettle&fenfaiis. ParmL ces insulayjes qui. ve-»*
nqieni;;nous rendre y^sit%^ xxpus! reconnu-.
nie/y,« a la, physionomi^; seule , plusieui^
dlejajtr'eux qu^j^noi^^fav^G^v^ja^yus^oau
Pprt tox^ * on^Uls   liabitoient.  Lq$  autresjj
etpiei|^<clesLjpaturels de la cp^^cci den tale
qui, Ti'ete^cL,e^ ; descendan^0jusqu'aux </4rS
twits , et qui forme une partie des vasjtes
domaines de 'Wicananish. Nous pensameftj
q^ie ce pri^^eryenoit de donner tout decern*x
ment un repas splendide a^un grand nom-.
bre de ;ses prjmcipaux sujets ^et en yoyant,
entre les mamsje ces naturels;jUne grands
partie des articles qu'il tenoit de nous, noi&p-
eij conclumes, avec assez de vraiysemblgjacje*
qtril avoit ajoute a la magnificence de la
ceremonie, en partageant ses tresors avec t
ceux a qui il avoit fait Fhonneur de.les y
inviter.
jl ae nous arriva rien de remarquafele
Juill<*tw
U-;3 Hull
Mllfe   ]usqu?au ao.-^Le'Mmps eor.tlnnoit?"cle;ttbus^J
^PM| -fppfteft 11- fafeohe tr^bekrr; W-ineix]^iire^
Dimanchejrfeueffi^eiiee jrewcare cite Palrt #'J'atrtre^MnsJ
20*      ^V^e-      -e-A^-tU - ^7. , .-, ■ e^.-J
autre]
toatttrels.' lis
QuelquefoWfiioti^
se&t de gilneri^ia' dlHfeatesse duiaSetiS^ou-
tbftteagge&fent it^#ab6ndknc^c^inair#
de" nsotre 3a hie*e-IvFais1 dani ff$fM d?inaction
oteJM etMns' IloW^ia^si-tua tf6it' cfe *Jla ciia^
I noti^oi&Sjknf^mctsMvt ttdsWl
prits% sJe!--itroiifoteW^ partagesnentre'iF^l^poir1'3
|l#lju#c^
p^S^s^^ue^^^Pc^ol^pa^SBfe et^en¥^erilfi§*]
reobiinoftre>j W^k^n^^^^^^M I * |
ntemelinstgrnjl, wconnance queTious-avionsr1
cft®sYleuFi|)Mdence ^ Ieiirr 6t5*fii%ge ?et ^iftit '
b©niie^otJ^it#^x¥©S§ ?if|i.rrMRf^%ftf'liMWil
qu^^^ari^s^^^^ftfEfe linggih-fition^fes %ui*(I
voit da*ns FelSfh toykM^^^x^We^^m^^&uW*
*^A j ... iteSfc-K' t *      %M 1 S^SkiX *^*^i* y^feiT§%-»4-i«JAkt*±.'
oecupionsa^eu^avec la pi^w*^fi^'6I'Sonj^ra»j
tiMe | ces ^^fophn^^uttilfenwcoH^fe1 lei?'
h^rreurs d§^W*6$*t{ Fa ^l^lffireu^', et5se
yoyoient a la veille de partager le sorted e-7'
plorable de ceux de^feurs compatriotes qui
J K it M       7
jgLyoient efce, de vores pag- les cannibales de
Queenhythe., '$%&%
Dans la soiree du 20, nous appereiWies
les voiles d@ la chaloupe. Elle tenoit le^liarge*
Les transports de jole.?auxqu.eis nous nous
liyrames touiha-coup sans trop de reflexion
furent.,l^ientot  troubles  par   le  sentiment
d/^pquiet^p^iqui s'f^ipat^liiatur^emeii^de
nous ;en sy^jngeant a la promptitude delj&on
retour. Dan§sF interval! e de son arrive, au
vaisseau^jchacun de nous ^prouva Fincer-
titude la plus penible.  Enfin, lorsqu'elle se
trpuva bord a bord, nous  remarquainfes ,
non   sans  une  satisfaction   inexprimable ,
qu'il  ne  mahquoit   pas ^gftp de  nos gegJt.
Mais nous ne tardames pas a. savoir qu'il
nous -fall oit donner tous^os e§oins a^ecou-
l^r des blesses qui avoient^sruellement souf-
fert  dans^une action tres*-vive qu^aryoit
eu djbu eptr'eux et»les  naturels   des  de-
twits, et qui etoitj la oause de leur retour
l^recipite. |jjg
Toute 4Bj&j&£t attention se porta done sur
no^malheureu^^lesse&v M^is quoique plusieurs* d'entr'eux eussent eie tres maltr^jjes,
£0.
Juiliet.
ceafurt; pour^nous un grand motif de epn-
solatyo^que de nous cgn$aincre qu'aucun
I
tua
*sa
■v*J
m
Sis *?8*8. <Jeux n'avoit regu un coup morfel. L*of-
^Jllet. ficier souffroit beaucoup d'une Heche bar-
belee dont il avoit ete frappe a la tete, et
crui Fauroit tue sur la place si son chapeau
tr&s-fort et tres-epais n'eut pas amorti la
violence du coup. Un des mateiots avoit la
poitrine percee ; un autre, le gras de 3a
jambe, ou la fleche etoit entree si avant
qu'il devint absolument necessaire de faire
une incision pour Fen tirer. Un quatrieme
regut une blessure tres-pres du coeur ; mais
heureusement Farme craell#* n'atteignit
point le siege de la vie. Le reste de nos
gens fut meurtri des coups dS massueMe
' Pennenp, et de la grele de pierres dont ii
les accabloit. La chaloupe elle-m&me fut
percee de mille fleches dont plusieurs res-
terent dans la petite voile qui ia couvroit
par derriere , et qui , en recevant les fld-
ches, et en rompant la violence avec !*%>?
quelle les pierres etoient lancees au moyen
des frondes , contribua, en grande partie:,
a preserver les gens de notre ddtachement
d'une destruction qui paroissoit inevitable.
Les naturels se conduisirent en cette circonstance avec un courage et une intrepi-
dite qui surmonterent  la terrenr que les
J arme#"a j|gtt"fettspirent wdiaairement aux    t7$$t
peuples sauvages. L'action finie^t1 plusieurs   Juiitet
des ndtffes eiirent encore beaucoup de peine
k sauver leur vie. Un d'eux avoit ete par-
ticulierement designe pour yictime par Fun
de ces sauvages. II y eut entr'eux un combat tr&s-vif et tr£s - opinialre. Le nature!
etoit  arrae  d'une sorte de  b&ton fait de
pierre; le matelot se defendoit avec un cou-
telas. Ils deployment Fun et Pautre , pendant quelque temps , une adresse egale , et
le ra^me courage; et si un pin qui se trouvoit entr'eux deux n'eut pas rompu le coup
porte par ie naturel avec toute la force dont
il etoit capable , e'en etoit fait de notre
brave  compatriote ; il   eut  infailliblement
succombe. Le sauvage ainsi deconcerte dans
*oa attente, son adversaire eut le temps de
etei enlever son arme d'un coup de coutelas.
Alors, malgre cette perte , malgre plusieurs
blessures qu'il avoit recues , il se jetra de
la chaloupe a la nage , redevable de la vie
a la gemerosite de son yainqueur qui de-
daigna de le tuer une fois  qu'il fut dans
Feau.
Le matelot, blesse a la jambe, continua
de se battre pendant toute Faction avec la 1788.
Juiliet.
.fieche dans la chair;: et sans.s'ioquieter d*en
retirer cefie a$me cruelle, il contribua pair
son courage et par Factivite de ses efforts
a sauver la ciial&upe»
Quoique nous n'eussions jamais eu aucune communication , aucunes relations
'avec les habitans des detroits, nous nous
Etions flattes que les details de notre con-*
duite fraternelie avec leurs voisins esouyoient
etre parvenus jus.ques sur le territoire oil
ils habitoient, et leur avoir donne des impressions avantageuses sur notre compte.
Mais leur conduite. prouv.a. qu'ils avoient le
naturel le plus feroce etle plus sanguinaire ,
et la fureur avec laquelle ils attaquerent nos
gens forca Qgux-ci a montrer le meme caj
ractere dans leur resistance. II faut rendre
justice ici a l'liunianite de nos compagnons*
Malgre les souffrances qu'enduroient la plupart d'entr'eux ; malgre le sort affreux qu'ils
txe pouvoient douter que leurs ennemis ne
leur reservassent s'ils eussent ete vaincus ,
ils ne manquerent jamais, en nous racon-
tant les details de cet evenement, d'expri-
mer des regrets sinceres sur ces malheu-
reux sauvages qu£ avoient eu ainsi Fimpru-
*lr,- - dense fence de courir eux*-memei? k leur prbpre
perte.
Lfetaque avoi^^t^'C^mmeiicee par les
aauvagcs. MontesLdans deux canots conte*
nant chac%n de^uarante a^pinquante hoin*
mes, qui, sans doute, etoient Polite de leurs
guerriers , lis entourerent la chaloupe dans
le dessein de s'en emparer. Plusieurs autres
canots resterent en meme temps a une pe*
tite distance pour^porter du secours en cas
de besoin.L e  rivage   etoit  horde"  de tous
=ccftes de naturels qui faisoient pleuvoir sur
le vaisseau^une gr£le de pierres et de fie-
dies. Dans Fun des canots , il y avoit ui|
#hef qui encourageoit pat ses di.cours les
autres a avancer. On eut le bonheur de Pat-
teindre d'une balle dans la t£te, au moment
meme oi%. il lancoit un javelot enorme au
patron de la chaloupe. Cette circonstance
f'orca les canots de reculer, et priva les na*
turels qui avoient deja engage Paction ^I'-un
appui qui pouvoit leur assurer la  victoire.
En effet. lorsque Fon eonsidere que Pe* jtiS*
Vega |    Hijp§|    «l||
page de la chaloupe n'etoit eompb^e?que
de trente hommes   qui se trouvoient atta-
ques  avec  tout le courage  que doriri¥r£lJ»
fureii§ par des ennemis eir noitfbre^supe-
Tome II. N
uiitetv m
V?i' *i§ur , et^qid/ne cessoient^jd'^tre.-cruelle?
Juiiiet. ment incommodes par la grele de traits
qu'on leur decochoit continue! lement du
rivage , on peut.-ranger le bonheur quails
eurent d'echapper a la mort au ncgnbre de
ces evenemens qui ne manquent jamais
J^exciter, dans les esppts sages , une im-
pression de surprise et de reconnoissance
envers la Providence.
La chaloupe avoit penetre tres-avant, en
rem$ntai|t, dans les ddtroits de Jean de
Fuca, et etoit entree dans une baie ou
espece de port. Ce fut alors que nos gens
qui se disposoient a prendre terre pour^^
connoitre ces detroits furent attaques par
les naturels, comme jeQl'ai raconte plus
haut. On con90k sans peine que cet acci*
dent les empScha de poursuivre leur premier dessein.Dans cette position cependant,
ils observerent que les detroits a Fest-nord-
est paroissoient avoir une grande etendue ,
et aller plutot en augmentant qu'en dimi-
ftuant.
Comme ils redescendoient les detroits ,
ils rencontrerent un petit canot conduit seulement par deux sauvages , sujets de Wicananish , auxquels ils acheterent du poisson. t *9^ )
is les expressions manquent pour rendre 1788 j
la surprise et l'horreur dont nos gens furent Juillet.
saisis, lorsque ces barbares exposerent a
leurs yeux deux t&tes d'hommes, tout re-
cemment couples, et degoutantes encore
desang, qu'ils offrirent de leur vendre. Ces
t&tes si revoltantes a voir, ils les tenoient
par les cheveux ayec un air de triomphe
et les transports de la joie la plus effrenee ;
et lorsque les gens de la chaloupe leur te-
moignerent toute l'horreur et Findignation
que leur causoit un si aftreux spectacle, ces
sauvages les in former en t avec un ton et des
gestes qui marquoient la plus grande satisfaction , que ces tekes etoient celles de deux
hommes du pays de Tatootche qu'ils avoient
massacres, ce chef ayant tout reGemment
declare la guerre a. Wicananish. Cette rencontre prodnisit parmi nos gens une impression de decouragement qui ne cessa de
les accompagner pendant tout le reste du
voyage.
Quoique la chaloupe eut manque le principal objet de son expedition , elle ne re-
vint cependant pas sans etre en etat de
donner quelque connoissance des detroits
de Jean de Fjpca* Elle avoit fait pres  de
Na f <^6)
1788. trente lieues en montant ces detroits , et i
Juillet. cette distance de la mer, ils pouvoient bien
avoir quinze lieues de largeur. La vue se
.portoit dans un bel horizon qui s'etendoit
a Fest a. quinze lieues de plus. Cette singu-
liere circonstance nous fit former mille
conjectures diverses sur Fextremite de ces
detroits, et nous nous arr&tames a Fopinioa
que j'ai examinee et discutee tout au long
dans le Memoire qui sert d'introduction a
ces Voyages, savoir que les detroits de Jean
de Fuca pourroient bien ne pas etre a une
grande distance de la baie d'Hudson (1).
Nous nous vimes alors forces d'abandon*
ner au moins pour cette epoque de Fannee
tout espoir de nous procurer des renseignemens plus satisfaisans sur la veritable etendue de ces detroits, ou une connoissance
plus partie uliere de la baie de Shoal-Water.
Nous nous dispos&mes done a. aller rejoin-
dre le plutot possible notre detachement
dans Yentrde du Roi George*
Lundi        Le 21 , nous remiines en  mer avec le
21.
(1) Yoyex. le premier volume de cet ouvrage , page
146 6t *suir. jusant, et vers midi',rnous ettons deja sortis    ^88.'
de Ventrde. Une observation rapporta 48   Juiliet.
de&es 4x minuted de latitude nordSflePori?
Effin^gkam couroit nord-ouest-quart-nord ,
a cinq'millespde distance.
Pendant le sejour que nous fimes |in ce
port, nous y recumes la visite d'un grand
nombre de naturels de tribus diverses qui
residoient en differens pays situes entre le
Port Cox et File deSFatpotche. Mais aucuns
de ceux qui habitent le haut des detroits
n'osia venir jusqu'aupres de nous. Peut^tre
©fiPfure®!t-ils>detournes par la crainte de
d^plaire a Tatootche, d out* File se trouve
situee a Fg^ree m&me , et renferme , dit-
on , pr&s de cinq mille hommes.
Nous e&fnes soin, durant ce sejour , de
nous procurer une quantity considerable
de peaux de loutres de mer tres-belles, ainsi
que du poisson en abondance. Nous fimes
provision de saumon , d'halibut (1 ) , de
£l) Le lecteur a deja. vu , dans le recit du Voyage
qui sert d'introduction a celui-ci, que Vhalibut est
i>»e espece de plie.
Note du  Traducteur.
n a 1788.
laillet
Mardi
22,
Mercredi
*3-
t/198)
hai$ngse, de sardinjfs, de cod (x), de truite*
et de poisson de roche. Les naturelsjnrent
egalement tres-exacts k nous agporter des,
legumes et des fruits cueijlis dans les bois ,
et sur-tout une espece de raisins de Corin-,
the sauvage qui croit surges arbres assea
eleves*
-     -    - .= -. . --     •
L9entree n'est pas, a beaucoup pres, aussi
etendue que celle de Nootka. On y trouve,
au reste , quelques places ou le^vaisseaux
pourroient etre a. L'abri. Mais il n'y en a
aucune qui soit aussi commode que le Port
Effingham , dont la situation est telle qu'on
peut y braver les vents les plus furieux.
Toute la cote offre des bois de construction dont on feroi*iIss plus beaux mats et
les meiileures esparres dit monde.^g
Le 2.2,, pendant tout le jour, le vent souffla de l'ouest-nord-o%fest. Nous en profita^
mes pour porter au^ud ouest, jusqu'au len-
demain 2.0, a midi, que nous etions par les
(?) Je n'ai pu savoir^i decouvrir quel est ce pois-?
gon. Je crois que c'est une espece de morue.
Note du Traducteur. JeudS
24.
J$ degggs 36 minut^delatitu^f nojs&YjEli    I788.
ce moment , nous avions tenement gkgn^   IfiUlet,
le larggj^ue nous n'apperceMion^pi^ la &«
Xerre. AJ;^rois hei£resfl4$ ^I'apces r^nS^V^ife
vent passa au sud - crgest g nous ^me^,
ve$t devant ,   et goti§se;fnames a Fouesi-
gigfd -j§uest, pour tacli€§£ de decouvrir la,
|^e matin du 2.4 j *e ven^sauta au midi ,
et nous amena un.tsmps brumeux ^; charge
qui nous einp&cha , comme on sef^"»|ha-
gine aisement, de serrer de trop pres la
cote. Cependant, versjnidi , la bru&ie so
dissipa, et nous nous trouv&aaes par les
49 degress 4® ombiutes de latitude^iord.
S&ajg a peine avionp-nous prisda difference
$£ longitude que le temps s'obscurcit de
nouveau. La sonde ne rapporta pas plus
de;^ingt brasses d'eau. A Finstant memd9
nous vir&mes vein devant, et port^mes en
mer. Sur les quatre heures, le .eiel s'e-
claircit une seconde fois, et nous appercumes la Pointe du Rrisant, qui gisoit a
Fest-quart-sud , a quatre lieues de distance.
Nous n'etions qu'a trois lieues de la terre ,
de sorte que, lorsque nous yirames vent
Ni ;r78$.   devant, tioiii^latiM'fcfeiorik^rescjpte dtf
Iuitlf%   borls      $M     W$jm ®&
Vendredi k§s brontli a rds epafs ^bnt Fe^temp^toii
Ifji jrfia*g^jne^ furent fdnf^^^fart dlssfpesqiit
i^izSlirmatin ,?£que irous vime$ Pejitre%
-dx&Wdnal du^Mo^^Geo^ge qui eourbit ^es^
«oii&est^f> la dis%ance de six lieues. Mai&
le temps redevint bientot si obscur que
j$3 cfe4rt- 6t& ide notre? part une inexcusable
ifnprttdence de courir sur la terre.
Mi. Le matin*kd&z%6'i®sur Ies"phuit heures ^
nous mouillaroes heureusemen#dans Yanse
des Amis. Nons^ ^S^ouimes du bonheur de
retrouver n6& *A3isis • ffort tranquilles et eix
parfaite sa*ite. £a »iconstruction du vaisseau etoit auss% ttikIL avaneee. Les eou&.
pies etoient xomp£eten4ent aeh#vees. On
avoit deja couvert Jjfo ewes de fortes planches. Les pouts etoiefl£ dresses , et la plus
grande partie des ouvrages de fer se trou*
voit iinie.
Pendant notre absence, nos compagnons
avoient amasse une provision considerably
de fourrures qu'ils s'etoient procurees, non*
seulement par les naturels, mais encore par
difierentes compagnies d'etrangers que la ( soi )
ttfiOitim^-'du vaisseau avoit engages a §8    17%$*
rendre a Nootka pour y satisfaire leur oft*   Juittet*!
riosite en examinant use- maclwn^-sUnou-'
velle pour eux.-Mr. W^&&
Maquilla s'etaife montreiireligieux ohser-
vateur de tous les poi^s da: traite |*etle
fidele Ca^Hflcum n'avoif^ces^fde veille^S. la
surete et a la'ftranq&illite delpbs gens^ave^
le zele d'un homme d'honneur et la bien-
veillance d'un veritable ami.Non-seulement
les habitans du village sou mis a sa jurisdiction leur apporterent chaque jour d'a-
bondantes provisions de poisson et d'autres
comestibles , mjp^.jancjQjrjaJils donnerent a
notre detachement, et de Fordre expres de
Callicum , tous les secours qui dependirent
d'eux. II m'est impossible de rapporter les
preuves de bienveillance.et d'inviolable at*
tachement que nous avons recues de ce
chef sans verser des larmes sur Fevenement
affreux qui termina ses jours. Non , je
ne penserai jamais qu'avec horreur a la
conduite execrable de ces barbares qui,
pourtant , se glorifient d'etre nes chez
un peuple eclaire , et de professer une
religion de paix  dont les preceptes sont 1788^;<&?ux  de Fhumanit4fet du pardon des la£
JuiHst. jures (1). ||j
(2) Le meurtre commis par les Espagnol^dans la
personne de Callicum, et doiil iisaftl^yoyageter a donne
p|us haut les tp*tes detai^^rappelle an fleeteur que ce
peuple s'est acquis une handle ceiebrite dans Fliistoire
par les actes de barbarift-qui 1'ont rendu le fleau
du nouveau monde.
Note  du   Traducteur.
l-.e ..ee;.- ' it ^tifiBSnm
«H
i ■■■ &£#)
1788.
Juiileti
■^■■ss
CHAPITRE   XVII. jr
Inquidtudes du^fffTdtachement que nou$
avions laissd it terre , sur le compte dig
vaisseau. 35oruits^gqnqus^par teS nt&-
turels, —Notre-ddracuemerit parvieni a
savoir que nous somrkes engages dans
les We twits de Jean de Plica. —- Set
conduite en consequence.-—Progris dans
la construction de la  maisdn , pendant
Vabsence de  la Felice. Etonneme/it
des'StatureIs en voyant batir le vais-
seauj attention particutiire qu'ifif don-
nent aux occupations des forgerons.
Notre rdgularitd h observer le sabbat
devient un objet de curiositd pour les
naturels.—Nous nous procurons a cette
occasion une connoissance assez dtendue
de leur religion. — Pro jet de retourner
au Port Cox. Motifs pour lesquels
nous ne nous y arretdmes point en re-
venant du Port Effingham.—Nous som-
mes deconcertds dans  rids projets.
Mouvemens sdditieux a bord*  Les n
1 •
Blr
H
.$88:
Juiiiet.
jauteurs et instjtgateurs sont ^conduits it
terre.—Motifs pour justifier cet acte de
riguMti. /
&I, dans notre route vers le midi, ripus
avions eprouve*, de^teraps fautre, de tres-
* • * f t "If* A 1
vives inquietudes^sjjr, le. men .r*£tre0 et la
|»&rete de ceux de nos cornnagnons que
nous venions de j^er a terre.|*m presume, saijsneine, que , dea leur cote ?^ils
spngeoient souvent a leurs.^niis^rest^ a
nord de la Felice,. et cpnc^m^nt^d^iu*
quietudes semblables sur not^ sort. lis ne
pouvoient pas oublier que nous etions alles
braver de terribles dangers dans ces mers
dont, peut - etre , aucun vaisseau n'avoit
jamais fendu les flots, et reconnoitre des
cotes ou il etoit presumable qu'aucun Europeen n'avoit encore imprime la trace de
ses pas. Leur sollicitude egaloit ia^notre :
ils employoient toujours leurs instans de
repos a compter les heures de notre absence, a adresser au ciel des prieres pour
notre conservation, a former en commun
des voeux pour notre retour. Mais ce netful (  205 )
pas tout : Finquietude qu'ils eprouvoienjt 1788:
naturellement sur notre xompte ne tarda Igjfllcb
pas a se ghanger en de cruelles alarmes.
Quelques - uns des sujets de Wicanandsh
finrent leur rapporter la nouvelle tres-de-
taillee de Fattaque commencee contre nous
par les naturels deTatootche ; ils ajouterent
cpie ceux - ci avoient taille en pieces une
partie de l'equipage de la Felice ,* qu'enfin ,
parmi ceux qui etoient tombes dans Faction;, on comptoit les principaux officiers.
Ce triste recit que le plus incredule de nos
compagnons ne pouvoi&pas regarder comme
tine histoire faite a plaisir, les plongea dans
une consternation qui ralentit d'une maniere tres-facheuse Fardeur de leurs travaux.
lis s'abandonnerent a une tristesse que ni
les plus courageux efforts, ni Fopiniatrete
necessaire pour vaincre des obstacles sans
cesse renaissans , ne paryinrent pas a. dissi-
per entierement. Au reste, cette nouvelle
etoit alors uniquement Fouviage des naturels qui la leur apporterent , puisqu'elle
preceda le combat qui eut lieu entre l'equipage de notre chaloupe et les naturels des
ddtroits, combat dont Fissue ne fut que
trop propre a justifier tout ce qu'il y ayoit
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( 200* )
1788,, d'exagere dans le recit de ce deplorable
JuiUeiv|Heveneinent. Quant aux motifs qui porterent
ces sauvages k fabriquer une pareille nouvelle, nous n'avons pu ni let! decouvrir, ni
meme former une seule conjecture satisfai-
sante. Quoi qu'il en soit, un naturel du
Port Effingham, qui etoit arrive a Yentrde
de Nootka pour y traiter avec Maquilla
d'une cargaison de fourrures, y porta un
compte exact et fidele de nos operations
dans ce port, et des details sur Fetat de
ceux de nos gens qui etoient sortis du combat avec des blessures.
Un des effets facheux que produisjle cette
nouvelle, fut d'interrompre pour quelque
temps toute espece de communication entre
les naturels de Yentrde du Roi George et
notre detachement. Elle determina aussi nos
gens qui commencoient a desesperer de nous
revoir jamais, a redoubler de precautions jusqu'a Farrivee de YIphigdnie. II est done plus
facile de concevoS" que de decriye la joie
qu'ils eprouverent lorsqu'ils virent la Felice
entrer dans le canal, et qu'ils retrouverent
en bonnes dispositions et en parfaite sante
tous ceux qui etoient partis sur ce vaisseau. (  207  )
^La situ^tio%de notre petite colonic an 1*$$.
moment de notre retour aupres d'elle, Fetat -Jmlkt.
des travaux qu'elle avoit entrepris , nous
furen||une preuve de Fardeur et de i'exactitude de nos gens a executer le plan de
conduite que nous leur avions laisse pour
le temps de notre absence. La maison etok
dans le meilleur etat de defense contre les
attaques des naturels , et pouvoit leur resis-
ter quand ils auroient deploye toutes leurs
forces pour syen rendre maitres. Une palis-
sade d'enormes pieux, et un rempart avail*
tageux que formoient d'epais buissons., re#f
doient notre terrein a-peu-pres imprenable.
A mesure que de nouveaux besoins leur en
faisoient une necessite, ou que Fespoir de
se procurer de nouvelles commodit.es leur
en avoit inspire Fidee, nos gens s'etoient
livres a d'autres travaux de moindre importance , et au moyen desquels ils etoient parvenus a former une espece de petit arsenal
qui augmenta beaucoup la curiosite des na^
turels de Nootka, en meme temps qu'il
excita parmi eux la plus vive surprise.
Nous n'ayions ete absens de Yentrde que
cinquante-cinq jours; et, comme nous venous de le remarquer plus haut; la conSj-
»j
|Si ■A
(  208 )
1788.   truction du vaisseau #voit avanc^ conside
Juillet.   rablement pendant cet;3feitervalle. Les na*
tnrels, on le  presume  sans peine, ne se
lassoient point d'en examiner touS les details. Ils ne pouvoient se persu%der qu'uit
corps  de   charpente  si  enorme conserve-
roit autant de puissance pour s'eloigner eit
mer qu'on avoit eu de facilite a le retirer
du chantier sur lequel il avoit ete  cons-
truit. Mais ce qui attiroit par dessus tout
leur attention, c'etoit 1'atelier des forgerons
et le travail des forges. Ces hommes sim-
pies, auxquels les connoissances que  pro
curent les lumieres de la civilisation etoient
si etrangeres, con tempi oient, ayec une cu-
riosite egaie a celle des enfans , les travaux
mecaniques de nos ouvriers. Au reste , il
n'y avoit pas moins d'interdt de leur part
que d'en vie de s'instruire, lorsqu'ils consider oient avec tant d'attention les instrufnens
et les outils qui servoient a fabriquer ces articles   divers   avec   lesquels  ils pouvoient
Isatisfaire leur vanite, augmenter leurs jouis-
sances, et se procurer toutes les commodi-
tes de la vie. En effet, ils ne s'occupoient
qu'a fournir du fer aux ouvriers pour qu'on
'■£M e.iii lui (269 ) J.    |   & :
lui donnat la forme des ustensiles on des    |»
objets d'ornement qui leur plaisoient da*   Juillew
vantage. Mais ils se montroient si in Cons-1
tans dans leurs gouts qu'il devint tres-dif*   !
ficile pour nous de reussir a les contenten
D'un moment a Fautre, leur volonte n'etoit
plus la m&me.  Nous  resolikmes  done de
faire tourner a notre avantage leur carac*"./'
tere leger et changeant, en leur accordant
avec moins de facilite ce qu'ils desiroient*
Le resultat de cette determination fut qu'ils
augmenterent considerablement les provi*
6ions que nous recevions d'eux chaque jour,
et qu'ils nous apporterent une plus grande
quantite de poisson et de fruits.
Le 27, qui etoit un dimanche, l'equipage •*. «-
eut la permission d'aller a terre s'amuser 27*
a courir. 11 faisoit le plus beau des temps
du monde. L'air etoit doux et agreeable.
Chacun portoit dans ses regards la satfe*
faction qu'il eprouvoit de goiter quelques
instans de repos apres le travail, et de se
livrer sans inquietude au sentiment de son
bonheur. Notre usage, a la verite, etoit
d'observer le dimanche avec le plus reli-
ieux respect, et d'en remplir 1'objet. au-
Tome IL O
£ C 2icr )
1788.   tant qu'il dependoit de nous,en nous re-
Juillet.  posant un jour de la seinaine (1).
Les naturels ne pnrent, d'abord,, imagi-
ner pourquoi nos occupations etoient sus-
pendues pendant tout ce jour, Mais le
Changement d'habits qu'ils remarquerent
en nous, et sur-tout le soin que prenoient
les fbrgerons et les armuriers de se layer
le visage, exciterent teilement leur curiosite
qu'ils se determinerent a nous demander
les motifs d'une regie qu'ils ne pouvoient
(1) C'est sur-touf dans ces- momens ou le navigateur7
isole, pour ainsi dire , de la. nature entiere , se voit
^expose aux plus affreux malheurs dans des parages
inconnus, que le sentiment de la religion agit sur lui
avec plus de puissance. Qu'il est doux alors , qu'il est
cousolant d'elever son ciur vers cette Providence qui
veilie sur tous les etres qu'elle a crees , de rendre
hommage au Pere commun de tous le* hommes , et
d'esperer de lui seul la protection que lui seul peu*
donner ! Je ne me rappeile jamais , sans atlendrisse-
ment , la situation de ces infortunes qui , dans les
horreurs d'une tempete, et prets a p&rir dans les flots-f
portoient vers le ciel leurs derniers regards, et mou-
loient heureux. O sentiment de l'existence d'un Dieu ^
cure tu repands de consolation dans le cceur de l'homme I
Note du Tradncteur* (211  )
cbncevoir. La maniere dont  ils  recutentI
Fexplication que nous leur don names, nous
laissa entreyoir quelque chose de leur religion. J'en parlerai dans la suite  de ces
voyages. Up
Le 28 , nous reprimes nos travaux, et
envoyames un nombreux detachement dan$
les for&ts pour couper le bois de construction necessaire pour border le vaisseau*
C'etoit un travail singulierement penible ,
en ce qu'il y avoit d'enormes troncs d'ar-
bres a. porter de plus d'un mille de distance,
au travers d'une epaisse foret, jusqu'a notre
petk arsenal. Le reste de l'equipage fut
employe, soit a faire des cordages, soit k
aider les charpentiers, soit a mettre le vaisseau en etat d'etre lance a la mer.
Nous nous decidames alors a executer le
projet que nous avions forme de retpairner
sous peu de jours au Port Cox, pour rendre
une seconde visite a Wicananish, ety renou-
veller avec lui nos relations de commerce*
Notre premiere intention , il est yrai, avoit
ete de passer par ce port dans notre retour
du Port Effingham : mais l'accident arrive*
a la chaloupe dans les detroits de Jean de
O a
1788*
Juillet;
Lund*
28.
£3
m.
V?. ;
.
*788.   Fuca, et Fimpatience que nous avions de
Quillet.   revoir nos compagnons dans V entree jYexxx-
porta sur toute autre espece de consideration. Comme nous etions alors parfaiternent
satisfaits de la situation ou nous venioHis
de trouver notre detachement de Nootka,
ainsi   que de  Favancement  des travaux,
nous nous determinames a remettre en mer.
Nous esperions tirer d'immenses profits des
chasses considerables que faisoient tous les
jours la plupart des sujets de Wicananish.
II etoit, d'ailleurs , tres - presumable que ,
depuis notre depart, ils auroient amasse
une grande provision de fourrures. Nous
ne balanc&mes pas a croire que nous rece-
vrions de ce chef un accueil plus gracieux
encore que le premier, etant alors en etat
de remplir ses coffres d'un article auquel
ii attachoit tant de prix, savoir des chau-
dieres  k faire  bouillir le the.  Mais nous
fumes deconcertes dans ce projet par une
sedition tres-dangereuse qui eclata de nouveau a. bord , et qui nous fit craindre les
suites les plus alarmantes.
On remarquoit a la te*te des revokes le
contre-maitre disgracie et les hommes les plus utiles du vaisseau.Ils tenterent un coup 17882
de desespoir , et essay£rent de s'emparer Jnilqp
des armes et de mettre a mort le premier
officier qui etoit reste charge^ de veiuWea
la garde du vaisseau. Ils profiterent d'un
moment ou tous les autres officiers etoient
a. terre, pour y remplir le devoir de leur
place ou pour prendre quelques heures de
delassement- Jls avoient bien choisi leur
moment pour Texecution du complot. C'etoit le soir, a leur retour des bois, et,
comme je Fai deja observe , ii n'y avoit a
bord qu'un seul officier.
Depuis que de premiers symptomes de
rebellion s'etoient manifestos , dans le
temps ou nous nous trouvions k la hauteur
des iles Philippines, j'avois fait transporter
les armes , du gaillard d'arriere dans la
chambre de Fofficier. Cette precaution sauva
le vaisseau : car Fofficier ayant ete asseie
heureux pour gagner cette chambre ayant
les mutins, se placa a la porte avec un
mousquet charge, et les emp&cha d'avancer, tandis qu'il appelloit k haute voix du
secours. Ce fut un bonheur de plus qu'en
ce moment presque tons les officiers etoient
03 Si ?78t.
Juillet.
( ai4 )
assis sur le gaillard d'arriere du nouveau
vaisseau, qui n'etojj^ pas a plus de cent
vejacs du vaisseau. Nous entendimes sur
le idiBtop le cri d^darme parti de la fen^re
de la chambre , et ne perdimes pas un mo-
msnt pour nous rendre k bord.
Notre prenjfiei e attention fut de nous ai^
mer nous-memes. -i^finsi prepares, nous
appellames tout l'equipage sur le gaillard ,
decidesja termpger l'affa|ge sans delai. Nous
sarfions qu'il y avoit parmi les s^ditieux
de tres - braves gens ; et^ious reso^pes
de les detacher des autres, s'il etoit ^possible , avant qu'on les ojit gagnes entieVe-
ment, et qu'on les eut associes au corn-
plot, Tous les gens de l'equipage se trou-
vant alors sur le gaillard, il fut bientot $ise
de conn oil re quels etoient les cl^efs de
parti, quoique nous eussions quelques rai-
sons de craindre que Fesprit de la revoke
ne fut general, et que le mouvement ne
fAt concerte entre tous. Nous les *prev$n*
mes alors que nous etions resojlus a en
venir aux dernieres extremi^s contre les
rebelles, et aver times ceux qui se sentoient
disposer a rentrer dans le devoj$*. de se .Y-;. * -.' -  ( ai5 ) :     _  ■'.
separer sur le champ des autres. Des que
nous eumes presente les armes , la plus
grande partie de l'equipage vint se ranged
aupres de nou&ck Fexception de huit m&u-
vais sujets, a la t&te desquels etoit le con-*
tre-maitre destitue, quiresta sourd a toutes
les invitations que i nous pumes 'fui faire
de se soumettre. Comme nous nous trouyions bien superieurs en nombre, nous re-
solumes-de terminer Faffaire sans effusion
de sang. Nous leur laissames done Faker-
native , ou de se rendre dans les forgeS ^
ou de se resoudre if etre conduits a terre
pour y vivre parmi les sauvages. lis prefe-
rerent ce dernier parti, Je les lis mettre a
terre sur le champ avec tous les objets qui
pouvoient leur appartenir.
Un instant apres leur depart, le bon or-
dre et la discipline furent parfaitement re-
tablis. J'envoyai toutefois au detachement
que nous avions a terre des instructions
expresses par lesquelles je lui enjoignois
de ne pas souffrir que les seditieux yins-
sent chercher uri refuge dans la maison,
et de n'entretenir aucune espece de Communication avec eux. Je plac^ai e^alement
luillct* ( 2l6  )
1788.    a bord une garde avec une consigne se-
Juillet.   yere : car tous mes doutes sur la sinc^rit^
des   dispositions du reste   de   l'equipage
n'ei^Sent pas   encore , a beaucoup pres ,
Iffl     dissipes.
Nous ne fumes bien instruits du com-
plot dans  toute son etendue que le jour
suivant qu'un des matelots vint de lui-m£me
nous en rapporter les details. Presque tous
les  gens  de l'equipage  avoient  signe un
eorit par lequel ils s'engageoient k preter
leur secours pour qu'on s'emparat du vaisseau. lis devoient quitter sur le champ la
cote d'Amerique, et diriger leur route vers
les iles Sandwich, d'ou ils se proposoient
de gagner| en faisant le plus de diligence
possible, quelque port   ou   ils esperoient;
pouvoir disposer de la cargaison du vaisseau qmi etoit d'un grand prix. Comme ils
avoient  eu  la precaution  d'aneantir   cet
ecrit, nous ne pumes savoir quelles etoient
leurs   intentions  a,   1'egard  des  officiers^
Mais   le   meilleur traitement   auquel   ils
eussent du s'attendre &oit, sans doute ,
d'etre laisses a Nootka. Chacune des per-
_-.   lonues de Pecruipage restee k bord,, s'em-;
I ( **7)
pressa de se disculper. *!$fcus se r#unirent 1788.
pour declarer que les menaces des chefs Mllet«
avoient pu seules leur arracher pour un
moment la promesse de participer a la
revoke ; et que , sans la crainte d'etre massacres sur le champ , ils auroient donne
connoissance du complot aux officiers.
Si nous eussions Ote informes de tous |§
ces details dans Ia soiree du jour precedent, l'affaire, selon toute apparence, ne
se seroit pas passed sans qu'il y eut du
sang verse. Mais nous les ignorames hen*-
reusement, et c'est ce qui nous preserva
^de cet affreux malheur. Au moins les chefs
se trouverent - ils par le parti que nous
primes de les renvoyer du vaisseau, dans
Fimpossibilite absolue de faire le moindre
mal. Car, outre Fattention qu'il nous eut
f'allu avoir sans cesse sur eux en les rete-
nant dans les forges , nous n'aurions pas
pu empe*cher que, dans cet isolement m£me,
ils ne trouvassent les moyens de commu-
niquer avec les autres matelots. Et alors ,
il est certain qu'ils auroient cherche a
faire naitre et a entretenir des meconten-
temejis, si meme ils n'eussent pas essaye VY-Y •■-■   ./ '        -.     ( aiS )|r: . .^:"" / -    e
|f$88.   de former de nouveaux plans your execu-
Juillet.   ter }eixP§v affreux projets^Nous deciddmes
done qu'ils resteroient k terre, au moins
jusqu'a Farriyee de YIphigdnie.
"S ( 219 )
#88.
Juillet.
CHAPIf RE   XVIH.     i
Conduite du ddtachement aue nous avions
a terre, k Vdpoque de la sddition.  .
Promesses faites h Vequipage d'aller
aux iles Sandwich. — Occupation des
gens de l'equipage—Les mutins partent
pour''alter demeurer avec Maquilla et
Callicum. — lis sont ddpouillds de leurs
habits, et on les fait travaiVer. — La
Princesse Royale est appercue , tenant le
large.  Preparatifs pour remettre en
mer. -— NousH'quittons une seconde fois
Ventrde du Roi George. —j Prdsens fails
a Maquilla et it Callicum. — Ces chefs
se prdparent a la guerre. — Nous leur
pretons des armes. — Puissance de. Maquilla.—Il part pour son expedition dans
le nord.—Instructions donnees par nous
au'ddtachement laissd it terr
'fM
Ai'W
re.
iNous craignimes, dans le prenafier moment; que le mouvement qui avoit eu lieu (  220  )
178J. a bord du vaisseau n'influat jusqu'a un cer~
Juillet. tain point sur le reste du voyage. Cette
crainte ne fut pas de longue dur^e. Non-
seulement nous eprouvames une grande
consolation, mais encore nous concumes
de grandes esperances quand nous vimes
la conduite que tenoit le detachement reste
a terre. Ces braves compagnons ne se cort-
tenterent pas de declarer dans les termes
les plus energiques combien ces projets de
revoke leur faisoient horreur; ils prirent
aussi tous les moyens que leur zele et leurs
lumieres purent leur suggerer, pour nous^
con vain ere de leur soumission et nous
prouver qu'ils avoient le sentiment de leur
devoir. Ils nous renouvellerent de la maniere la plus.soiemnelle les assurances de
leur fidelite, et nous n'hesitdrnes point a
leur accorder la confiance qu'ils nous pa-
rolssoient meriter.
Cette revoke nous causa d'autant plus de
surprise que , depuis notre depart de la
Chine , nous n'avions eu a nous plaindre
d'aucun reldchement de discipline. Les gens
de l'equipage n'avoient cesse d'etre employes aux differens travaux qu'exigeoient
les circonstances : mais ils  etoient tenus ; -•;'   f$M   ( zai )
avec cette se verite qui fink toujours par 178&;
produire le micontentement. On peut as- Juillet.
surer qu'ils ne jouissoient pas des momens
de loisir dont Fhomme desoeuvre profite si
souvent pour faire le mal. Quant k l'ex-
travagance de leur projet, elle n'a rien de
bien surprenant. Un grand bonheur pour
les hommes en general, c'est que le mediant manque presque toujours de juge-
ment (i), Dans cette circonstance , ce n'etoit guere que Fimpatience de gagner les
iles Sandwich qui avoit inspire a nos gens
le dessein de partir avec le vaisseau. Ils
savoient de nous que la visite de ces iles
entroit pour beaucoup dans le plan de notre
voyage , et ii leur tardoit d'aller s'y delas*
ser de leurs fatigues au milieu des iouis-
sances de toute espece qu'offre ce volup-
tueux sejour. Quant aux arrangemens h
prendre pour Favenir, ils les avoient sans
doute abandonnes , avec toute Fimpr£-
voyance qui caracterise le matelot, au ha-
sard d'une determination plus eloign^e.
(1) Cette reflexion est de la plus exacte verite. Elle
prouve que notre voyageur connolt. le cceur humain.
Note du Traducteur. p
if      #
H
(  222*)
1788. II faut convenir que tous les gens de
ftftUet. l'equipage, tant ceux qui avoient pris part
a la revoke que ceux qui etoient restes
fideles, soupiroient vivement, et cela etoit
assez nature!, apr£s le jonr on ils quitte-
roient les rivages d&ejrts de Nootka , eties
meeurs revoltantes des naturels de cette entree , pour la douce temperature, la ferti-
|ite , et les charm ans plaisirs des iles Sandwich. II y avoit "un autre motif qui ne fai-
soit pas moins desirer a la plupart d'entr'eux de quitter Yentrde du Roi George.
Ils ne songeoient pas, sans fremir, que des
cannibales habitoient ces parages , et qu'ils
pourroient bien, sous quelque mediant pre-*
texte, leur faire subir le sort de leurs malheureux compatriotes massacres a Queen*
hythe. II est certain, comme nous Favons
deja remarque , que cette crainte d'etre
manges par les Americains occupoit sans
cease leur imagination, ct les tenoit, pour
la plupart, dans un etat de fra^eur perpe-
tuelle. Nous jugeSmes done k propos de
leur renouveller Passurance de les conduire
aux iles Sandwich, et a cette idee seule ,
la joie qu'ils eprouvoient e^lata dans leurs
yeux. f|^    |6g (  223  )
Le nombre des  personnes qui compo-    d&&
soient l'equipage se trouvant beaucoup di-   MHe^
minue , tant par la multipiicite des travaux
qui se faisoient a terre que par le renvoi
des seditieux, nous renoncames a quitter
Yentrde du Roi George pour faire un autrgl*
voyage au Port Cox, comme nous en avions
d'abord concu le projet. En consequence,
les voiles furent detachees, ainsi  que les
manoeuvres courantes , et nous nous dispo-
sames a donner aux charpentiers  tout le
secours qui dependroit de nous pour les
aider a. achever le vaisseau qui etoit sur le
chantier. On creusa a cet effet de nouveaux
fosses , et Fon envoya du monde y travail-
ler. Nous limes egalement apporter des fo-
rers de nouveaux approvisionnemens de bois
de construction,  et on   tira du vaisseau
quelques hommes de plus pour aider a faire
du cordage, et a continuer les travaux de
notre  petit   arsenal. On porta, en meme
temps a terre, tous les objets necessaires
pour les besoins de la maison ; et comme
les forgerons avoient consomme tout leur
fer, on remplit de nouveau leur atelier de
cet article si important et si precieux.
Quoique nous eussions emporte avec nous
*•
si
p
£7 (224)
1788.    en qwittant la Chine une grande quantity
Juillet.   de provisions de toute espece, les differens1
usages auxquels nous les avions employees
en avoient exige' une telle consommation
que nous nous etions vus obliges sur la
£ri de recourir aux productions du pays et
aux ressources de notre industrie pour supplier a cette perte reelle, a mesure qu'elles
diminuoient ou qu'elles s'epuisoient. Quand
nous n'eumes plus de charbon de terre ,
JH   nous fimes tres-facilement du charbon que
les forgerons prefererent a Fautre. La tere*
benthine que les arbres nous fournissoient
en abondance devint d'une tres-grande uti-
lite pour enduire les planches et les empe-
cher de se detacher ou de se rompre. Melee
avec de Fhuile dont nous pouvions toujours
nous procurer une petite quantite, elle fut
employee par nous ayec beaucoup de success aux  memes usages que le  goudron.
Nous engagedmes. les naturels a nous ven-
dre Focre rouge dont ils se servoient pour
se peindre le visage. En un nio|r, de tous
les articles qu'on pouvoit sex procurer a
Nootka , ii y en eut peu , je dirois presque ,
il n'y en eut pas un seul que nous n'eussions
reussi a faire tourner a notre ntilite. Nous
les JtiMi If
les a^h^gemes meme de#naturfis daMxin-   't^SL
teiMofr'ti^ntretenir entrenx^t nws^iiiie   Juillet.
delation perf^uelle de ficm2;oW<c^^pe4^e
4@s^8|M|w-a noiis rendrfe^^ujo'uiS^serWcS
%yec 'tel^8m6- fcele.
%S&jk&&jfflkit a%otis*a!l98r dans un coiiFeloi-v
-gne^fe^^be f (i^^l4fesou^cBsvaux!4uleif^s
-noiiS^lfevions pas'sWuleuxent ^fgfie^songer
"lan£€pie  nous^^^Slsions de-toutes CelTes
*ijnl£^$^omines  en Societe doivent aela
^ilfe^r^Wre^fes comio^anceS■ fpi'ils ont ac*
^quis€s par^a* civilisatioiS^ D'uii autfe cote,
f^e^;k~iptttenag, cette vermrnoujours viq*.
^torieuse'des obstacles1 lOTsque Fhomnie sait
en fSire^W^principe de ses acttons V nous
"^Rlcms parfenus a nous procurer, sur ces
rivages infrequen'tes de FAmerique, toutes
les comrrjfcdite^s necess'aires, et a linker avec
beaucoup de snccefe ces arts'qu'on pent regarder comme la source naturelie des pro*
gres de la civilisation en Europe*
^fces mutins ne tarderent pas k se batir
une grande cabane^dans laquelle ils etabli-
rent leur residence. lis eurent tout le loisir,
sous son toit couvert de feuilles, de refle-
chir a Findi^ne conduite qu'ils "avdient
Tome II* P-
f
W 1^88.    tgwe , et *J^Ion que leurs^caract^res divers
Juilfe|.   jes y portQient^ a maudire leuirfjfnauvaise
J«ppuie orf.a gemir sur leur peryers|g§£[Ils
^xpioient^cMeTIement leur insubordination!
par le Chagrin qu'ils en ressenjoie^it, et
paroissoient jetter .^eg^iegards ^^rdouleur
et de,regret yeiJr cfe^jy|Qjt^nte hal^ta^^?*.
dont ils avoient et^.ba,nnis. Toute cGfnmu-
nication, soit avec les sens du detajghe-
ment, soit avec l'equipage, leur etoit qffu-
see. Blais nous savions bien qu'avea^jft^j^ue
d'industrie et de travail ils se procurer oient
une quantite de ppisspn suffisante pon|^J|^
nourrir ; et pour les mettre en etatde tirer
e^leur subsistance de la mer, nous achetames
un canot que nous leur envoystmes comnj^
la derniere marquej de bonte qu'listens sent
a attendre de nous.
Le lendemain du jour ou la sedition
eclata , Maquilla et Callicum vinrent a bord
pour nous prouver leur attachehient, en
' nous offrant tous les services que la circonstance et noire situation presente jjpu-
Voient rendre necessaires. Ji|squ'au moment
ou nous instruisimes ces chefs de la veritable condition de nos matelots , ils les
avoient regardes comme des esclaves..Pejcfc (.2^7)
Us nous avoient complimentes, avec quelque surprise, sur la douceur extraordinaire
de notre conduite a Fegard de rebelles
qu'ils supposoient degrades- jusgu'a cet etajgk
II y a mieux : Maquilla pousse, soit par le
sentiment d'horreur que lui inspiroit une
pareille offense, soit par son zele pour l'in-
teret de notre tranquillite, avoit pris a part
plusieurs de nos officiers, et leur avoit demande serieusement la permission de ras-
sembler quel&ues-uns de ses, sujets , et d'ex-
pedier sur le champ les mutins. Cette demande , comme on le presumera sans peine,
£at non - seulement rejettee , mais encore
accueillie avec toutes les marques d'un souverain rn^contentement. Maquilla etoit tei-
lement dispose k executer son projet, que
nous fumes obliges de lui temoigner k plusieurs reprises toute l'horreur que nous inspiroit sa proposition pour parvenir a Yex%
detourner. Quant a Callicum, il se condui-
sit en cette circonstance avec beaucoup plus
de prudence et de raison. Il offrit de nous
aider a punir les coupables par un moyen
qu'il savoit ne pouvoir point avoir de suites
{iicheuses, et qui, dans son opinion , seroit
pour eux un chatiment assea-liumiiiant. En
P  2
I78gg
Juillet.
1^1 i 228^
■1788. effet, lorsqu'il cbmpfit quex^s miserables*
Juillet. eloient chasses du vaisseau, il nous pria de
PautdMser; a les retirer dans sa maison.
omme nous° etions bien3surs que la pres
douce hospitalite^ meluie chez le chef 'de
Yentrde de Nootka^seroit encore un tres^*
rude ch&timenrepour un~ matelor^angloi^ft
nous consentirftesa ce'cju'il nous proposorftj
d'autant plus qu'iPllous promit, en meme
temps, que ses noureaux* notes ne rece-
vroient aucun mauyais traitement, aucune
insulte.
Les choses ainsi arrangees, nous livramest
nos bannis a leurs nouveaux gardiens , et
tournames nos pensees vers deslSbjetB d'une
plus grande importance. Le jour suivanlV*/.-
nous vimes avec beaucoup d'etonnement^;
et nous l'avouerons sans scrupule, avec une
vive satisfaction, nos mutins si insolens et
si resolus, occiipes a aller chercher de i'eau
et a d'autres travaux domestiques auxquels
on n'emploie a Nootka que les esclayes. On
ne leur permettoit de quitter dans aucun
moment la maison de Callicum, sans etre
accompagnes par des naturels de la plus
basse condition dont ils recevoient les or-
|j|, dres, et aux soins desquels ils etoient coufies. Cette contrainte dut etre qneI$[ue?cIiGse de JBjSfr;
bien mortifiant pour des hommes qui jrau Imlleu
lieu de se servir du canot que nousJ"feur
avions. donne pour aller chercher du poisson, s'etoient defails, par paresse , d'une
partie de leurs habits, pour-en acheter des
naturels. Aussi les chefs prirent-ils grand
soin de se procurer leurs habits ; et sans
manquer de justice envers ces bons amis ,
nous devons a la verite d'attribuer les di-
verses propositions qu'ils nous firent k Foc-
casion des seditieux, au desir de s'assurer
la possession des v&temens qui les cou-
vroient, motif que nous ne leur avions pas
soupconne d'abord. Ils en vinrent sans peine
a leurs fins; et lorsque ces malheureux exiles leur eurent tout donne, ils se virent
obliges d'aller en mer les aider a chercher
du poisson, non pour eux-m^mes, mais
pour les families de leurs nouveaux maitres.
Nous continuames nos travaux avec un AoH^1
zele et une ardeur infatigables, etii ne nous Mercredi
arriva rien de bien remarquable jusqu'au
6 aout. Ce jour, sUr le midi , nous apper^
cftmes un vaisseau qui tenoit lahauteSmer,
et que nous ne tardaraes pas-a reconnoitre
pour la   Princes&e Royale^ll nous parut
P 3 d'aborcl se (Jiriger vers Ventrde: mais ?8
temps devint bientot apres si brumeux et si
charge que nous le perdimes de vue. Des
que ce vaisseau arriva sur la c6te , nous
nous dispos^mes a remettre en mer , persuades qu'en le voyant les gens de notre
detachement sentiroient augmenter leur s6-
curite. Malgre la diminution -considerable
de l'equipage, nous nous determinames k
hasarder un nouveau voyage au Port Cox,
pour nous y mettre en possession des fimr-
rures dont nous avions toute raison de croire
que Wicananish avoit amasse une bonne
provision pour nous; plan que nous aurions
deja mis a execution, si la revoke de l'equipage ne nous en eut emp£ches.
Le 7, nous revimes la Princesse Royale
dans la haute mer, et le temps qui rede-
vint tres couvert deroba une seconde fois
ce vaisseau a notre vue.
"Vendredi Le 8, nous funa&s pr§&-a remettre a la
mer ; et comme nous n'appercevions plus
la Princesse Royale , nous commenc&nies
a craindre qu'elle n'atteignit avant nous les
rivages de Wicananish, et que llMSf divers
articles«!e nouveaute qui pouvoient se trou-
ver a bord de ce vaisseau ne determinassent
Jeudi
I
8. J(*3i) I'l      |
fe chef a le faire participei^iiti traite qu'il
avoit conclu avec nous. Nous partimes done
de Yentrde sans perdre un moment, et fimes
voiles vers le Port Cox par une jolie brise
de vent de Fouest.
Avant notre depart, nous rqsserrames les
liens d'amitie qui nous unissoient a Maquilla et a Callicum , pVr des presens que
nous nous fimes reciproquement. Ces chefs
se preparoient depuis quelque temps a une
expedition contre un peuple ennemi qui
residoit a une distance considerable vers le
nord. Ils etoient alors sur le point de par-
tir. Quelques-unes des nations voisines de
F Archipel du Nord avoient, a ce qu'il pa-
roit, envahi un village situe a environ vingt
lieues au nord de Ventrde du Roi George,
sous la jurisdiction de la grand'mere d'un
de ces chefs, etablie pour y gouverner.
L'ennemi s'etoit livre aux plus grands
exces dans ce village. II avoit massacre
quelques - uns des liabitans, et emmene
nquelques autres, en esG^avage. Des que la
nouvelle de ces actes d'hb&ilite fut parve-
nue^a Nootka, les naturels se sentirent en-
fiammes de colere, et brulerent d'impa*
tience de se yenger.  On ne songea plus
178$.
Aout. j 2S2) ■,
parnmeux qu^aj||: niOT^as^de satisfaire l&
terjible passion,qui les devoroit.
Nous saisimes, cette occasion de nous
attacher invinciblement, s'il etoit possible ,
les chefs de ces naturels, en leur fournissant
des armes a feu et de la munition qui de-
voient leur assurer Favantage sur leurs en-
nemis. II faut tout dire: nous sentions par-
faitement qu'il etoit de notre interet que
Ces peuples ne fussent point occupes qpar
des guerres eloignees, et que, s'ils etoient
forces de se battre, ils revinssent victorieux.
Ce nouveau moyen de sjicces sur lequel ils
ne comptoient pas ranima leur courage ;
car ils nous avoient avoue deja que Yen-
nemi qu'ils alloient attaquer etoit plus puissant , plus sauvage et plus fort en nombre
qu'eux.
Nous essayames de leur inspirer les sen-
timens d'humanite que des guerriers doi-
vent porter meme au combat, et nous avions
obtenu d'eux qp'ils se contenteroient de
punir les vaincus par Fesclavage, et noa
par la mort, sej^n Fusage trop commun
.parmi eux. Mais il n'etoit guere a presumer
qu'un peuple sauy.ige, qui ne respiroit que
vengeance, se souviendroit, dans la cha- ( pjl
leur du combat, des principes d'humanite
que dicte Fesprit de civilisation ; et c'est
avec douleur que nous ajoutons ici que cette
expedition se termina par une scene de
massacres la plus sanglante et la plus deplorable.
Les forces que Maquilla conduisit au
combat en cette circonstance etoient for-
midables, Ses canots de guerre portoient,
chacun , trente jeunes hommes tres - ro-
bustes : vingt de ces vaisseaux avoient ete
tires des differens villages qui reconnois-
soient la domination de Maquilla. Comekala avoit le commandement de deux bateaux. Ils s'eloignerent du rivage avec beaucoup d'ordre et de solemnite, chantant leu
chanson de guerre ( 1 ). Les chefs etoient
(1) II seroit a desirer que le capitaine Meares eut
connu assez la langue des peuples de Nootka pour
nous transmettre ce chant guerrier. Dans la preface
que j'ai mise en tete de ma traduction des Voyages du
trafiquant J. Long parmi les Sauvages de VAmerique
septentrionale, j'ai insere un chant de guerre des Che-
rokees rapporte par le lieutenant Henri Timberlake
dans ses Memoires , et que je regarde comme un mo-
dele de la poesie des hommes de la nature. Je crois
%xxe plaisir au lecteur en le hii oflrant ici a Foccasion _|     (^4) ■;
ve*tus de peatrx de loutres de mer. Tous les
guerriers s'etoient peint le visage et le corps
tie ee depart pour le combat, de ces cris preeurseurs
de la vsctoire y de ces femmes, emules des Lacedemo-
niennes , dont parie notre voyagenr. J'ose penser xVti'il
ne lui paroltfa pas deplace. Il est tra«iit fioelemeiit.
ct Que dans tons les lieux de la terre ou. le soleil
» donne sa lumiere , ou la lune prete som flambeau a
» lTobseurite de  la nuit, ou croit 1'hexbe, ou l'eau
couie ^ que par-tout enfin on sache que nous alions ,
» comme des hommes , courir les hasards d'une guerre
» destructrice  dans  les  campagnes  de nos   enriemis.
* Nona marchons comme des hommes a la rencontre
« des ennemis de notre pays qui , semblablea k  defe
* femmes , voudront echapper par la ftiite a nos coups
» qu'ils redoutent. Oui, comme une femme qui, a.l'asr
» pect d'un serpent superbe dont P-ocii etmeelant brille
» a travers la f'ougere, rfecule en tressaiflant d'effroi ,
» reste stupide de surprise , ou fuit, p&le de crainte ,
y> tremblante et presqu'inanimee : ainsi ces Mclies ens' nemisrphis craintifs que la bicke, laisseront derriere
aa eux leurs armes-et leurs vetemensj et, tremblant.au
» moindre bruit, tout meurtris par les epines, retouiy
33= neront en fuyant parmi ceux de leur nation dont ils
» seront devenus la honte et le mepris. Ou , puissent-
» ils , dans le fort de l'hiver , lorsque les bois nus et
» steriles. refuseront a leurs entrailles devorees par la
a* faim la *ubsistabee que produit la nature, s'asseoir
» taristement, loin de leur pays , loin de leurs ami&j^ r
d'ocre rouge ; ils avoient parseinc? sur eux
une poudre brillante qui, dans les moiflens
 |	
» et detester mille fois, en versant des pleurs, le jour
» ou ils seront yenus a cette guerre!
» Nous laisserons nos massues exposees aux pluies
» de leur pays , et s'ils osent les rapporter dans le
x> ndtre r leurs chevelures peintes de diverses cou-
*> leurs seront pour la renommee le noble si^jet de
» chants sublimes en notre honneur et a la gloire de
33 notre pays. Ou si l'ennemi vaincu est epargne par
s> nous, guerriers illustres, que le perfide se prepare a
» souffrir au milieu de nous les plus affreux tourmens.
w Mais quand nous partons, qui de nous sait s'il lui
» sera donne de revenir, lorsque le matin de chaque
93 jour nouveau voit naitre pour nous de nouveaux
3> dangers ? Adieu vous, foibles enfans , adieu ten-
» dres epouses. Pour vous seuls , la vie nous eut ete-
» chere et douce a conserver. Cessez pourtant de ver-
j> ser des larmes. Votre douleur est inutile. Si notre
j> destinee n'est pas de p£rir , nous nous reverrons
*> bient6t. Mais , o nos braves amis ! si vos compa-
» gnons succombent, songez que c'est vous que leur
»3 mort demande pour vengeurs. Appaisez notre sang
m en levant sur nos ineurtriers le terrible tomahawk ,
» en faisant couler* des torrens du leur dans ces bois
» temoins de leurs succes cruels, afiri que ces orgueil-
j> leux ennemis ne puissent du moins Jamais indi-
p quer le lieu ou nous aurons succombe victimes de
» leurs coups ».
1788.
Aout. Aour.
(^6 )
snr-tout ou le soleil dardoit ses rayons, leur
donnoit F^ir le plus imposant et le plus re-
fe
P
Kg
.-
n?
Si 1'on se rappelle que ce morceau est traduit de vers
anglois qui ne sont eux--mem.es qu'une traduction de
la. langue ChefdfeJte} si 1'on songe que les pensees per-
dent beaucoup de leur force et de leur beaute a mesure
qu'on s'eloigne de Pofigirial, on se formera une haute
opinion des hommes qu'Snime un pareil enthousiasme.
La grandeur des idees, la vivacite d*es sentimens, cette
noble fierte qui caracterise Findependance , tout y
etornie, tout y annonce des ames vigoureuses , des
coenrs magnanimes. Je doute que les vers par lesquels
Tyrfcee enfiammoit jadis le courage des Laced&noniens
volant au combat , fussent le fruit d^ine verve plus
male et plus poetique. Ce n'est pas non plus sans un
sentiment d'admifation qu'on retrouve dans une chan-
«bn de guerre de Sauvages Pune des plus becfes comparisons qu'ait enfantees le genie de Pimmortel auteur
de PEneide. Le passage* : « oui , comme une femme
sa qui , a. Paspect d'un serpent superbe , etc. 33 ne pa-
roit-il pas la traduction fitfelle de ces beaux vers ?
Improvisttm aspris t/eluti qui sentibus anguem
Pressit humi nitens, trepidusque repente refugit
Attollentem iras et caerula colla tumentem :
Haud seciis Androgeos visu tiemefactus abibat.
AEneidos , libro secundo , v. 379 et s.
j
Une telle  conformite de  pensees  et d'expression* Jdoutante.0De leur cote /Fes femmes encdtft
&3^4oieg0 l%sf guerriers I dies4 lent craoient\
comme lesfA'e^bines 'de Sparred IteVeliek
asp ^&jt '
.       ,      rj}*/b       .   *»8!*1 )>'&*t
victorieux'fvu ne revenez
II est a presilfrier que la j|5lu^^i^ibreIIru-
reur iMfiM* ceS%euples I sauvases■ -daT*§5elnfc
atailles , ot&f- pour -miejqfr tlire jprfans ■■leutas
brusques attaques, e£, TJlfill^s'y portent a
des1 a&e#d§TlW plus ret^t^nt^Jnihuniai4w§.
Ils ne^feht pas'la guerhe^vec leV raoiives-
mens^d'une'tactique reguli^fie T^inais-leiit
vengeaji^e-est satisTalfee"*,* leur soif■ faer£'%!pji&{
appafee^&l, eP l¥iir trion^he^c'omplet ,!W&-
^U'ils^ren^s^sent dans nine irruptioii? soiF-
daine , ou dans| quelque^ii&ftagiiSrie- dbnt
Aoilt.
Feffet est prompt.
Nous laissames aux gens du detachement
que nous avions a. terre des instructions
conyenables aux circonstances. ISIous leur
prouve bien , sans doute ,  que le  poete puisoit les
siennes  dans   la   nature.
Voyez aussi dans les Voyages de J. Long quelques chansons sauvages. Elles respirent toutes la plus
energique fiert^ , la _ plus' entiere abnegation d'eux-
memes , en un mot ? un herptsnie-vraimerit surnaturel.
Note du Traducteur* Aout.
A
jr^commandames de se ten^ toujours Slitf
leurs gardes, et de redoubler de vigilance ,
s'il etoit possible , sur - tout des qti'il arri-
veroit des etrangers dans Yentrde. Nous pgg*
jjjcmes le cas ou .nos^bons amis de Nootka
seroient vaincus et poursuivis jusques dans
leurs parages, et oj^lonnames <fxpressement
a nos gens de leur porter secours sur le
ch^mp et d'embrasser la querelle. gnfin ,
jious les engageames a ne pas se Jaisser en-
trafner par un sentiment ^humaifite mal
entendue a renouveller aucune espece de
communication avec lesi matelots banni§. du
.va}§seau ; mais plutot a abandonner ces
coupables a $oute la misere de leur condition presente, et a l'horreur de leur re-
pentir.
' ■«. ($39 &
- ■
C H A' P I T R 15
OT^. -"WIJI
L   x\.<
^T - &.» wv*S&        -./v. or,e .mia-S Ki
Nous mettons a la  voile pour gagner le
Port Cox. —Nous rencontrons la Princesse Royale. — Bons vffices que les
deux vaisseaux se rendent de part et
d'autre. Mouillage dans le Port Cox.
fp— La Princesse Royale met,a. Vaucr^
dans le Port Hanna.—Sejour de Wicana*
nish it Clioquatt. —Nous y envoy ons la.
chaloupe a aeuxjois dijjerentes avec des
prdsens..— De scrip tion de Clioquatt. —r-
Occupations des naturels. — Agrdables
relations   de  trafic avec eux.  Nous
envoyons une troisieme fois la chaloupe
a Wicananish pour prendre conge. —|
Message de la part de ce chef qui arrive ensuite a. bord, — Son fits tdmoigne
le desir de s'embarquer avec nous; nous
le refusons. Nous mettons a la voile,
et jettons Vancre de nouveau dans Ventrde du Roi George.—Arrivde de VIphi-
genie. — Conduite amicale de Tianna
a notre dgard. — Arrivee de Maquilla et
if&L
mm 17*8.
Aou>
(.M^ ) _
de Callicum ; relation qu'ils nous font
aSTIeur expddluon."—Horreur de Tianna
pour les^mosurs a\es naturels de fa cSte
d'Amerique.—~Ces naturels, tous canni*
bales.—Les habitans des iles Sandwich
n'ont point ces affreuses inclinations.
.-ic-Oti      —
l/x peine sortions - nous de P embouchure
de Ventree qu'une brume epaisse se repan*
dit autour de nous , et nous obligea de res-
ter en panne. D<ans la soiree, elle^se^dissipa^
et nous appercumes la Princesse Royale k
deux ou trois milles de nous, au vent du
vaisseau. Des qu'elle nous eut decouvert ,
on tira de son bord un coup de canon sous
le vent du vaisseau , et on hissa pavilion.
Nous repondimes a ce signal, et aussitot
elle arriva vent arriere, et Fon se parla
d'un bord a Fautre.
Je fis mettre sur le champ la chaloupe
en mer, et me rendis a bord de la Princesse Royale. Je ne connoissois pas per-
sonnellement le capitaine Duncan qui com-
mandoit ce vaisseau. Mais j'avois ete plei-
nement ...      *<MO
ftenient instruit en Chine de Fob jet etf de
Petendue de son voyage> et j'epronvois la
... e      Iff!!!*
plus vive impatience d'offrir, soit a lui, soit
aux personnes qui composoient son petit
equipage, tous les services dont ils pourroient avoir besoin, ou qu'il seroit en men
pouvoir de leur rendre. Je declare que loin
de m'arreker a une aussi petite consideration que celle de la rivalite d'interets>«toin
de sentir en moi le moindre doignement^
je ne fus alors anime d'autre desir que de
celui de remplir le devoir que m'imposoit
la qualite d'homme et d'Anglois. La Princesse Royale ne portoit pas tout *- a - fail:
cinquante tonneaux. Elle ne contenoit que
quinze hommes; et lorsqu'on sait que ce
Vaisseau avoit double le cap Horn^ et traverse la vaste etendue des mers Pacifiques
du Nord et du Sud > on peut se former un£
idee des maux que l'equipage a soufferts $
ainsi que du courage infatigable et de Fha-
bilete de Fofficier charge du commandement de ce vaisseau. Ii y a , certes, toute
raison de croire que ce petit vaisseau a plus
travaill^ pour le benefice de ses proprie-
taires, qu'aucun de ceux qui ont jamais fait
voiles a la cote nord ouest d'Amerique.
Tome IL Q
Ao'ftt* urn
A.oC&.
ps
Le xapitaine  Duncan  et  son   equijtage
Bntier me re<rurent sur le gaillard. Pendant
aqu'il me conduisoit a sa diambre , je ne
pouvoi§ m'empecher de le regarder avec un
-*mx\ de surprise mdee de plaisir.   La pre-
•tniere question que me fit cet officier fut
iqufel avoit ete le sort du vaisseau le Nootk^
-iau sujet duqnel  il me temoigna de yives
inquietudes (l). II avoit entendu parler des
.divers accidens que ce vaisseau avoit es-
-suyes, et me fit part de ses doutes -sur Fau-
thenticite de son voyaee a la Chine. Je cal-
anai ses craintes en Fassurant que je com-
ihandois moi - m&me  le  ISootka dans  ce
ocbesastreux voyage dont Fidee seule reveil-
loit toute sa compassion, et j'ajoutai qu'il
voyoit en moi un concurrent qui , comme
lui, poursuivoit, raa^ sans une jalouse ri-
vaiite, les faveurs de la fortune. Son eton-
,nenient ,  en cette  circonstance , surpassa
tout ce qu'il pouvoit croire ; et sachant ce
que  j'avois   souffert   dans mon   premier
(a) On se souvient, sans doute , que le Nootka *5%t
le vaisseau sur lequel le capitaine Meares etoit parti
iltt Bengale pour executer son premier voyage en 1786.
e^P li^ll        Note du Tradacteur* 1    .   wmM     IMMiM
voyage, il ne concevoit pas comment 11
^toit possible que je me fusse determine si
promptement a me rembarquer pour aller
courir de nouveaux perils sur la cote d'A«*
merique.
II y avoit pres de vingt mois que la Priri*
cesse Royale etoit partie d'Angleterre. Ce
vaisseau manquoit d'un grand nombre d'ar*
tides sans lesquels il est surprenant qu'il
ait pu continuer son voyage. Quoiqu'epuisd
de fatigues , dans un climat et par une sai-
son dont la rigueur exigeoit le secours de
cordiaux capables de ranirrier la vigueur
de ses matelots , il etoit reduit depuis long-
ternps a se passer de liqueurs, sa provisioii
etant entierement consommee. Nous nous
trouvames tres - heureux d'etre en etat de
leur en fournir une petite quantite. Le capitaine Duncan nous offrit en retour et
sans reserve tout ce qui pouyoit etre a notre
conyenance parmi les articles qu'il avoit k
bord (i).
AoutX
wi
•*^
(i) Lorsque je questionnaire capitaine Duncan sur
I'etat deplorable auquel il s'etoit vu reduit, il me dit
qu'il avoit rencontre le capitaine Dixon, commandant
du v&isseaU la Reine Charlotte $ etque, malgre que c£
"7   '. • 1 Q»
ESS    -   f^-- \Aout.
a
-. -    •    {-244) , -
Destines, comme nous Fetions , a lerrer
Long-temps sur une cote inhabitee et placee
a. Fextremite du globe , exposes a mille
perils divers et a toutes les horreurs d'une
pareille situation, nous eprouvames, de part
et d'autre, un meme sentiment d'interet
pour un sort qui nous etoit commun , et
un meme desir d'en adoucir les uns pour
les autres l'extreme rigueur, du moins autant qu'il etoit en noire pouvoir.
Nous nous separames alors. La Princesse
P.oyale continua sa route vers le sud-sud-
est , et nous poursuivimes la notre le long
de la cote. Ce vaisseau touchoite presqu'au
terme de son voyage, II se dirigeoit vers
les iles Sandwich pour y prendre des rafraichissemens , et dexk, retourner en Chine
'TaisseatTretoumat alors a la Chine , et fut abondam-
ment fourni de toutes les provisions necessaires , mature qu'il appartint aux memes proprietaires que la
Princesse Koyale , le prevoyant officier avoit juge
plus a propos d'emporter toutes ses provisions a la
Chine que d'en accorder la moindre partie a ce dernier vaisseau , dont l'equipage auroit trouve dan6 une
jpareille ressource un grand soulagement aux fatigues
4e son perilleux voyage.
Note de VAuteur. C 245)
17s
Aout*.
avec la nche cargaison de fourrures qu'il-
s'etoit procuree.
Vers neuf heures du soir , le vent sauta
a Pest-quart sud. Comme il nous devencifc
ainsi tres-contraire, nous fumes obliges de
virer vent devant et de porter en mer.
Ce ne fut que le 10 dans la matinee que Dimairche-
nous arrivames par le travers du Port Cox.      1Qt
La Princesse Royale venoit d'y mouiller,
peu d'heures auparavant, sur la barre d'un
petit port ou residoit le chef jPanna notre
ami. Au moment ou nous passions , le capitaine Duncan nous envoya sa chaloupe-
pour savoir  si nous   desirions qu'il nous
conduisit dans le havre, Mais comme nous
ndtis proposions de mouiller dans le Port
Cox, nous nous contenttmes de le remer-
cier de ses bienyeillantes attentions. II vou-
lut cependant que sa chaloupe nous accom-
pagnat jusqu'au moment ou nous minifes a
1'ancre dans Finterieur du port,  c'estr-a-
dire, vers les cinq  heures  du soir. Elle
»ous quitta alors pour retourner au vais*
seau, et passa au  travers des canaux qu&
se trouvent entre les iles et la pleine mer,,
a environ quinze milles de distance.
Les derniers vents d'est avoient force :Ia*
m
■ <«3t t78S.
r
Lundi
ii.
i e   .1 .    <a46 S • .
Princesse R^oyale de chercher un abri dans
ce havre ; le pro jet du capitaine etoit aussi
d'y faire de Feau et de recueillir du bois ,
avant de quitter la cqte d'Amerique.
A notre arrivee au. Port Cox, nous trouvames que \Vicarianish etoit deja parti por^r
aller prendre plus loin ses quartiers d'hi-
yer , dans un lieu situe tout au haut du
port, a trente ou quarante milles du vaisseau.
Le 1.1, j'envoyai la chaloupe vers ce chef,
avec des presens pour lui. Elle revint dans
la soiree. Elle avoit rencontre Wicananish
$ans un petit village situe a - peu - pres k
vingt milles du vaisseau, et qui etoit comme
son quartier de rafraichissemens. II fit aux
gens de notre detachement Faccueil le plus
distingue. En retour du present qu'on lui
avoit remis de ma part, il envoya a. bord
quarante peaux de loutres de, la plus belle
qualite , et s'empressa en outre de temoi-
gner combien il desiroit que la chaloupe
fut envoyee bientot apres au village ou il
devoit sejourner Flayer, et pu U se rendoit
en ce moment.
Le 12, quoique le temps fut assez incer-
tain, je Us partir la chaloupe pour le lie% de Ta residence de Wicananish. On la rem-
plit de divers articles.de trafic et de quelques presens agreahles , parmi lesquels on
n'oubiia pas de placer la chaudiere de cuivre
dont nous avions dejaparle a ce chef, etque
toute sa famille attendoit avec la plus vive-
impatience.
La chaloupe ne fut de retour que le ixf.
Ce jour, Fofficier nous donna les details*
de son petit voyage , tels qu'on va les lire.,
elifee matin du i3 , il arriva a Clioquatt,
lieu de la residence de Wicananish pen*
dant Fhiver; Ce village consistoit, comme
les autres petites villes, en plusieurs maisons semblables a eelles dont- nous avons.
d^ja donne la description , mais construites
plus commodement. On y remarquoit, plus
que dans aucunes de eelles que nous avions
deja vues, cette grossiere magnificence donir
ils les embellissent. Le village etoit tres-
grand et tr^s-peuple.La maison du chef avoit
beaucoup plus d'etendue que celle qu'il
occupoit dans le village situe prd's de la
mer, lorsque nous visitames , pour la premiere fois, les terres de sa domination. Les.
habitans etoient tons occupes en ce mo-
Sient a  empaqueter du poisson dans  des.
178*1
Aout*.
leudl
*4*
p&
i--*^ m
|7SS.
A out.
■ .     (248)
nattes y k en serrer les ^aites ,dans des ves-
sies , a couper des morceaux de baleine ,,
a faire de Fhuile de la graisse de ce poisson
et a la verser dans des peaux de veau. Tous
ces preparatifs leur etoient dictes pa-£ une
sage prevoyance pour les besoins de Fhi*.
ver. La quantite considerable de provisions
de tout genre que nos gens remarquerent
chez eux etoit sans doute un motif de croit^
qu'ils n'auroient point a redouter la famine
dans la saison rigoureuse dont on appro*
ejioit alors.
L'hiver est, sur cette cote, le temps le
plus heureux de Fan nee en ce qu'il favo*-
rise davantage leur sensualite , et leur q£fre
des ressources a Paide desquelles ils peu-
vent plus faci'ement pourvoir a leur sub-*,
sistanoe. lis n'ont d'autres soins, d'autre
occupation que de pecher les enormes ba^:
leines qui, a ceUe epoque del'annee, sein-
blent accourir par troupes dans ces mer&
pour procurer a ces peuples les moyens de
bien traiter les chefs voisins qui viennent
leur rendre visite.
Wicananish recnt. nos presens avec toutes
les marques de la plus viyje satisfaction.
Mais ii hono?a la chaudlere de cuivre d'un$
/ ( 249 ) ,    ',
attention plu« particidier e , et la poija lui-
meme, dun air de triomphe , pour etre
piacee parmi ses tresors. li declara, a plusieurs reprises, qu'aucune considei ation ne
pourroit le determiner desormais a se des-
Saisir d'un depot aussi precieux. Douze
epees a poignees de cuivre composoient une
partie des presens que nos gens etoient
charges d'oiirir a ces naturels ; elles atti-
rerent tout a la fois leur reconnoissance ft
leur admiration. Nous avions fabri pie ex-
pres plusieurs articles que nous savions &tre
du gout de leurs femmes: aussi disputoient-
elles les unes avec les autres d'egards et
d'attentions pour nos compagnons. Nos re^
lations de trafic avec les sujets de Wicanat
nish devinrent alors plus avantageuses et
plus agreables qu'elles ne Favoient encore
ete jusqu'alors. Nous en recumes une provision considerable de fourrures ; la chaloupe revint chargee des heureux produits
de son commerce pendant ce voyage, et
Pequipage extreme ment satisfait de Faccueil
que lui avoit fait Wicananish.
Quoique nous eussions toute raison de
nous fdiciter du succes de nos operations
commerciales, nous nous deteravin&nies, k
% Aout.
Lundi
id.
( s5o )
envoyer a Wicananish une autre amoas*
sade , qui, si elle n'etoit pas , pour le mo*
ment, une source de nonveaux avantages,
auroit au moins pour effet de laisser dans-
le coeur du chef et parmi ses sujets des impressions avantageuses pour nous et des*
sentimens durables. En consequence, des
le 18, j'envoyai la chal'oupe^au village pour
prendre conge de Wicananish en notre
nom., et ( ce qui etoit beaucoup plus important ) pour lui porter nos presens d'a-
dieu. Nous voulumes prduver , en cette oc^
casion, combien notre aiujttie etoit desin-
te'ressee , en choisissant pour les leur envoyer , les divers articles qui pouvoient
flatter da vantage les gouts de ces naturels
inconstans et legers. Nous y ajoutames aussi
plusieurs habits garnis d'une quantite de
boutons, etle couvercle d'un grand alambic
de cuivre. J'ordonnai qu'on leur remit de
notre part ce magnifique present, et defen-
dis expresseinent qu'on acceptat d'eux la*
moindre chose en retour.
La chaloupe re vint dans la soiree du iq>,
apres avoir execute ponctuellement mes
ordres. Elle m'apporta de la part du chef
un message par lequel ii me prevenoit que *7**>
^.out;.
'      "., .. (    (   25X   ) .
son Intention etoit de se rendre au vaisseau le lendemain, et me temoignolt, en
consequence, desirer que nous clifferassions    e
notre depart pour le recevoir a hord,|;
En effet, le 20  meme , nous erases la Merctedi
visite de Wicananish, II etoit aecompagne
de son frere, de ses deux fils, de trois de
ses femmes , et d'un grand nombre de naturels venus du village avec leur chef pour
avoir une nouvelle  occasion de trafiquer
avec nous. Nous profitlmes de la circonstance pour nous procurer par eux une assez
bonne provision de fourrures, De son cote,
le  chef nous  offrit  en  present  plusieurs.
peaux de loutrea de la plus riche espece;
et, quoiquk nous dussions croire ayec for*-? g
dement qu'il voudroil disputes avec nous f£     ,
de generosite en refusant, a notre exem-
ple , ce que nous lui offririons en retour,
il ne put se determiner a renvoyer une paire
de mousquetons et de la munition que nous. '
lui donnames en grande quantite. Un pa-
reil present avoit pour lui quelque chose     ■;
de trop attrayant pour  qu'il  ecoutat, en
ce moment, sa ddicatesse ordinaire. II le
re&ardpit comme un trop utile moyen de m
m
rfif.
/
(   252  )
defense contre les insultes de son puissant-
voisin, le chef Talootche, pour ne pas l'ac-
cepter avec autant de joie que de recon*-
noissance. II nous dimanda , du ton de la
plus sincere solliciiude , com bien il se pas-
seroit de lunes avant que nous, fussions de-
retour, et nous pria avec toutes les instances imaginables. de pieferer son port k
tout autre.
Un de ses fils, jeune homme d'environ
dix - neuf ans, temoigna un violent desir
de partir ayec nous. Mais nous jugcdmes
prudent de ne pas deferer a cette demande.
Nous nous rappellions tout ce que nous
avions naguere eprouve de tourmens et
d'inquietude en consentant a nous charger , meme de Faimable Tianna. Ce jeune
homme etoit, par la figure et par la taille ,
le plus beau de tous les naturels que nous
avions vus jusqu'alors sur la ccke d'Amerique. Non-seulement ii paroissoit rem pi i
desprit et de yivacite., mais encore tout
annoncoit en lui un caractere docile et les
plus heureuses dispositions. Je ne doute
pas que, s'il eut fait le voyage de la Chine,,
il n'en fut reyenu beaucoup plus avanc4 f ^  W "53 ^ • ■ ■ ' '"":
^|iae Comekala, etbien plus capable que lui
d'eclairer son pays et d'en clevenir Forne-
ment.
Wicananish et ses naturels nous quitte*
•rent avec toutes les marques d'un veritable
regret, et en nous reiterant leurs prieres cle
ne pas tarder a. revenir parmi eux. Apres
avoir fait nos adieux a ces naturels si bons
-et si genereux, nous remimes a la voile
dans la soiree du 20 ; et sans aucun even cement remarquable , nous vinmes mouiller
heureusement le 24 dans notre aneienne
position de Ventrde du Roi George. Notre
absence avoit dure si peu de temps que
nous n'eprouvames au sujet de notre detachement reste a Nootka , rien de semblable
a cette inquietude qui nous avoit tourmen-
tes si vivement lors de. notre premiere separation.
Les matelots bannis de l'equipage reste*
rent dans la triste situation ou nous les
avions laisses. Depuis le jour de leur fatal
exil, la douleur, le desespoir et les remords
etoient leur affreux partage. Au moins tout
ce que nous vimes fut-il tres-propre a jus-
tifier cette opinion, Lorsque la Felice entra
dans Vaftse des Amis, nous remarquames
178I
Aout.
V- Aour.
|     -  -    I "O      . M
qii'ils la contemploient du rivage, fct la vttd
du vaisseau nous parut rammer un peii
leurs esprits abattus.
Le temps approchoit ou. nous avions tout
lieu d'esperer le retour de YIphigdnie, d'apres les instructions que j'avois donnees au
Capitainfe Douglas au moment de notre separation. Comme nous connoissions par-
faitement tons les dangers que ce vaisseau
auroit a surmonter, nous commencions a
§tre tourmentes a son sujef de cette vive
inquietude que nous devious natfcellemerit
eprOuver^ lorsqu'iin jour succedolt a. Fautre
sahs que nous le vissions arriver. Nous pro^-
menions sans cesse des regards ifSJcjjuiets sm:
cette mer immense qui baigne la cote d'Amerique , pour tacher d'y decouvrir des
voiles auxquelles nous pussions reconnoitre
que nos amis approchoient. Mais nous ne
vimes , pendant quelque temps , qu'une
vaste etendue d'ea/u qtt'aucun etre vivarit
n'animoit par sa presence, si ce n'est, de
temps a autre, quelque pe*cheur de Ventrde
de Nootka, seul dans son canot. C'est ainsi
que, tan tot nous flattant de revoir bientdt
nos chers coitfpagnons , tantot fremissarit
a Pidee  de ne les revoir jamais , tristes Aout.
3(( %55 ) <    v   ■
£ VX«jj
jonets, tonr-a-tour, de Fesperance et de la
crainte , nous passions le temps de notre
travail: et, le soir, lorstpje les occupations
^etoient finies.,.nous avions coutume de nodjs
promener sur le rivage, derriere Panse das
Amisy et de nous communiquer, les tins aiyx
-autres, les diverses reflexions qui setoient
presentees a nous dans le cours des travaux
,gde la journee.
Le 26, a notre promenade ordinaire/dji
soir, comme chacun de nous faisoit part
aux aixtres de ses pensees, et de ses conjectures sur le sort de YIphigdnie, nous appercumes tout-a-coup , non sans des transports de^joie inexprimables , un nay ire
qui tenoit le large. Tout nous portoit a
croire .que ce ne pouvoit etre que le vaisseau si impatie in merit attendu. Nous ne
nous trompions point : c'etoit YIphigdnie g *». ^ ..
et des le 2.7, au matin,, die vint mouiller 27.
I dans Vanse des Amis.
Un aussi heureux evenement fiit celebre,
comme on pent le croire , par tout le vaisseau. Je donnai ordre sur le champ que les
travaux fussent suspendus, afin que ce jour
fCit un jour de repos pour le corps comme
il en etoit un de joie pour Fesprit, En un
1
1 mot, notre fete , eii cette occasion , et stif
une cote doignee et afire use par son as*
pect, se passa avec des transports de satis^
faction qu'on n'a jamais connus dans les
brillantes ceremonies des nations les plus
poiicees. Le recit des dangers passes , les
epanchemens d'une vive amitie dont il etoit
enfin permis de se renouvdier les temoi-
gnages, le succes qui avoit couronne nos
perilleuses expeditions > la douce perspective de rentrer un jour dans nos foyers
pour en recueiilir les fruits , tels etoient les
stijds de nos entretiens : les agremens de
la table et le plaisir d'etre ensemble met-
toient le comble au bonheur de ces deli-
cieux instans.
Ce qui ajoutoit beaucoup a la satisfaction
dont nous jouissions alors, c'etoit, comme
on le concevra sans peine, de voir que
l'equipage de YIphigdnie avoit echappe tout
entier aux malheurs qui le nucna^oient,
lorsque nous noi s separames de bfii \ et
qu'au moment de notre reunion , toutes les
personnes a. bord de ce vaisseau doient
remplies de sante et de vigueur. La joie
qu'eprouya Tianna en se retrouyant avec
des , :$fc '   X^7 )    ' .       17   ';'"*■
ideslami^ qu'il  n'avoit qtiit'tls  quVvec leS    uy%&
^sl^tes de la plus vive doiileuf, devoit na-    Aoi^
turellement attendrir tous ceux qui doien^
iSmom's de ses trans^rts, et des effusions
de sa reconnoissance. Mais il seroit impossible d'en faire  passer le  sentiment dans
Fame de ceux qui n'ont point lu sttr son
visage touPce qui se passoit dans la sienne*
Nous ne fiimes pas'ihoins satisfaits nous*
in^mesMe ce que nos corapagnons le rame*
noient au' milieu de*i-ious > si heureusement
rdabli d'une* Maladie  qui nous avoit fai*
%SJ& X
tSmftxire^lRWre plus fe retdtt jamais. II faut
dire^PvelSt^. Sa pfeysionomie doit tout*
fcfait (Mkn^ie ": il portoit toujours tin bon*
net de fourrures ^ et d'autres habillemens
fcres-chauds dont il avoit pris le parti de sex
V#rir l'hiver, pendant que YIphigdnie doit
dansPYentree du Prince Guillaume et dans
!a riviire de Cook, de sorte que nous ne
le reconnumeS pas dans le premier moment*
Mais la yivacite de sa joie ne nous permit
pas de rester long^temps dans l'incertitude%
Au reste , quoiqu'elle fut accompagnee de
plus de demonstrations que la notre , elle
n'etoit pas plus sincere. II est certain qu6
ses manieres agreables lui avoient tdlemeut
Tome II. R
si
W
m
i (258)
il^88.   concilie tous les coeurs qu'il n'y ayoit pa$
Aout.   dans le vaisseau un seul matelot qui n'ai*
mat Tianna autant que lui-m§me.
Nous avions cru d'abord que rien ne
pourroit ajouter a son bonheur des qu'il
auroit revu ses bons amis. Mais nous fumes
bient6t persuades que ses jouissances pouvoient augmenter encore. Car, lorsqu'il sat
que nous nous proposions de partir sous
tres-peu de jours pour nous rendre aux iles
Sandwich , les expressions de sa joie n'eu-
rent plus de bornes. C'etoit un extravagant
abandon, un exces, une vditable frenesie.
II s'ecoula quelque temps avant que^ses
idees se calmassent assez pour qu'il put
gouter plus tranquillement le plaisir qui
l'avoit ainsi transported Nous reservions le
nouveau vaisseau pour le voyage aux iles
Sandwicfi. Quand on le lui eut montre, et
qu'on Peut informe de sa destination , il le
contempla avec autant d'attention et d'ar-
deur que si ses yeux eussent ete jettes hors
de leur orbite vers le vaisseau"; et, jusqu'au
moment ou il fut lance en mer, il ne cessa
de rester aupres des charpentiers dont il
examinoit toutes les operations, et suijroit
tous les travaux. Nous Fentretjnmes dans "i ( *5^ )    '      •    "
$&s dispositions; et Fon ne sauroit cf&itb
coinbfen il s^instruisit de-tons les ddstiis <&
la profession du charpentier pendant le
court es&ace de temps que ndus pas$&mes
dans Ventrde du Roi George.
Le 27, tandis que nous etions occupe's k
Visiter le village, Maquilla et Callicum re-
yinrent de leur expedition guerriere* Est
entrant dans le canal, leur petite armee
•Jetta le cri de la victoire. II falloit effecti*
Vemelit qu'ils eussent obtenu quelques suc-
ces : cavils rappoftoient dans leurs canots
plusieurs oorbeilles qu'ils ne voulurent point
iouvrir en notre presence ; ce qui nous fit
•soupc^onnfr, comme nous en acqutmes depuis la certitude par Faveu meme de Cal*
lictim , q«£rfles renfernjoient les tdes d^ja
lennemis qu'ils avoient tues dans le combat.
On en comj>^|t trente* Mais les chefs de
^ootka ne remporterent pas cet a vantage
Bans avoir aussi a regret^ des guerriers.
lis nous rendirent ak>i?s les armes qu'ils
avoient revues de nous; quant a la muni*
~tlon, elle etoit enti^rement eonsommee.
Nous nous appercumes en effet qu'ils
avoient fait flu plusieurs fois avec leurs
paousquets; et Callicum nous assura qu'ils
17B&
Aom$
-Jf. &9
m
'..-.■.-
ss
w ( 260 }
venoient de tirer une vengeance eclatatrt*
ifes actes d'hostilites exem^lricontr'eux par
leurs^gnnemis, et que , de/ plus ^jils avoient
conquis u&.riche butin de peaux de loutrgg
de mer dont ils s'etoient tous empresses de
se faire-nne parui e.
Le cfeef de Yile .Sandwich ne temoigna
pas, comme no&fc nous y etions d'abord
attendus, la moindre surprise a la vue de
Maquilla et de son armee. Comme Ylphp*
genie avoit eu de frequentes communicaj*
tions avec les naturels qui habitent le long
de la cote depuis la riviire de Cook jusqu'i
Yentrde du Roi ^George , ni eux. ni leurs
mceur^. barbar^ ne pouvoient etre quelque
chose de nouveau pour Tianna qui n'avoit
jamais eu pour eux une grand^rjcjonside-
rat&on. En effet J&Iersqueie chef, avec ses
formes vraiment colossales, se tenoit pres de
Maquilla qui etoit de petite taille , on reinar-
quoit entr'eux une difference qpi devoid
non - seulement frapper tous j§eux qui, les
voyoient ensemble, mais encore faife naitre
dans.le cceur de^un des np^uvemens d'or-
gueil, et dans celui de Fautre des sentimej^
de jalousie, dont Foppos&tion ne permet-
toit pas qu'il existat jamais entreux une amitie^sincere. Tianna et Comekala S&con*
noissoient depuis long-temps, mais ils n'en
etoient pas pour cela meilleurs amis.  Le
premier faisoit tres-peu de cas de Fautre ;
aussi Fentrevue qui avoit lieu alors nous
parut - elle ne pas causer une grande joie
At:a-Fun ni a Fautre. Lors de son premier
depart d'Amdique, Comekala avoit ete aux
iles Sandwich. Le vaisseau s'y etoit arrete
pour prendre des provisions fraiches.  Ce
chef avoit done ete en dat, a son retour,
de rendre compte a Maquilla , non-seule-
ment de Tianna, mais encore du pays d'oit
il venoit, et il est probable qu'il ne s'doit
explique ni sur Fun ni sur Fautre d'une
maniere avantageuse.  Quoi qu'il en soit ,
Tianna avoit en execration les affreux usages des naturels de Nootka ; il ne pouvoit
sorirger a leurs inclinations cannibales, sans
exprimer en meme temps tout ce qu'elles
lui inspiroient de repugnance et d'horreur.
II est certain qu'on ne peut pas etabjir
de comparaison entre les habitans des iles
^andwich et leurs  moeurs, et les naturels
parmi lesquels nous nous trouvions alors,non
pins qu'avec aucun autre peuple du continent
d'Amdique. Les premiers ont une grande
i
17S&
Aour. ( a6a )
'17$$. superiorite sur tous les autres en ce qui
Aout. concerne ce que nous appellons les res-
sources industridles.Ss sont aussi beaucoup
plus voisins de la civilisation. lis s'observent
\ particulidement sur un point qui distingue
Men la vie policee de/la vie sauvage , sa-
voir la proprete. Ce n'est pas seulement
dans la maniere d'arranger les mets dont
ils font leur nourriture qu'on remarque cet
heureux gout: on le decouvre encore dans
Finterieur de leurs maisons , et dans le soin
qu'ils ont de leurs personnes. Les naturels
de la cote nord-ouest d'Amerique sont, au
•ontraire^ si sales qu'ils ne le cedent en
rien, sur cet article , aux aniinaux les plus
degoiitans, et que nous devons epargner
ici au lecteur toute description dont ils
seroient Fobjet. En effet, outre que leurs
alimens sont deja peu propres a flatter la
sensualite, la maniere dont ils les mangenj^
ou plutdt dont ils les devorent, ajoute encore a Pextreme degout que leur vue inspire. Au reste, n'y eut-il pas d'autre motif
de leur assigner une place bien au dessous
des compatriotes de Tianna , leur canniba-
lisme seul les tient a une enorme distance
du rang qu'occupent ces derniers parmi les J| (26s).; ' -   'N ;^
hommes. Je me garderai de passer ici sous
silence la declaration solemnelle qui m'a
souvent ete faite par ce chef, savoir, que
les naturels des iles Sandwich ont la plus
grande horreur pour le cannibalisme. Ils
peuvent avoir immole quelquefois des vic-^
times humaines sur les auteis de leur Divi-
nite; mais ce qu'il y a de certain , c'est
qu'ils n'ont jamais songe a satisfaire leur
sensualite par de pareils sacrifices. Oui, je
crois fermement, et j'aime a me flatter que
ce ne sera pas une vaine espdance, qu'on
parviendra a faire abandonner a ces naturels leurs barbares usages, meme dans leurs
actes de religion, et que nous compterons
quelque jour au rang des sujets civilises de
1'Empire Britannique, pres d'un million
d'hommes qui habitent les iles Sandwich. (a«4)
C H A P I T R
XX,
L'equipage  de   /Tphigenie   travaille   au
nouveau vaisseau. Arrangemens pris
relativement aux vaisseaux. Les naturels  se disposent a  se  retirer dans
leurs quartiers d'hiver. — Mesures relatives it nos bannis .* nous consentons it
les recevoir de nouveau it bord; quelles
sent les conditions .——Maquilla et Callicum nous rendent une visite avant leur
depart. —— Prdsens que nous faisons it -
ces chefs. — Intelligence du dernier.—.
Ingratitude de Comekala iw—Nous upper-
cevons un vaisseau dans la haute mer.
I— La chaloupe est envoy de it son secours. — Le Washington arrive dans
Ventrde.'—Details de son voyage, etc*'
— Le nouveau vaisseau recoit un nomm
et est lance a la mer. — Choix de personnes destindes a en former Vequipage.
——Ordres donnds au capitaine de Vlphx-
genie. — Tianna se rembarque a bord
de ce vaisseau. —Le contre-maitre dis- ( 2.65 )
• r
gracie se sauve.
—II est secouru par le
maitre du Washington. —Nous quittoms
Ventrde du Roi George pour gagner les
iles Sandwich.
*783.
Aout.
J_j'arrivee de YIphigdnie eut pour effet,'
non-seulement de ranimer notre courage et
de nous donner, pour ainsi dire , une nouvelle vie, mais encore de nous dderminer
a reprendre nos travaux ayec plus de vi-
gueur que jamais. Nous form&mes done un
fort ddachement, et rien 11 e nous empecha
plus de croire que le vaisseau pourroit etre
lance a la mer vers le temps 011 nous njpus
l'dions propose. |1
Le voyage de YIphigdnie avoit beaucoup
contribue a augmenter l'espoir flatteur que
nous avions concu de rendre la c6te nord-
ouest d'Amerique un poste tres-important
pour le commerce. Ce vaisseau avoit fait
voiles tout le long de la cote d'Amdique
depuis la riviere de Cook jusqu'a Yentrde
du Roi George , et rapportoit les preu\*e$
les plus incontestables de l'existence du
grand Archipel duNord. Mais je crois avoir - 'jL    (*661: -     y
pleinement satlsfait la curiosite du-lecteur.
sur cet objet si nouveau , et d'un interet si
general, dans le memoire qui sert comme
d'introduction a ces Voyages.
Les ouvriers de YIphigdnie furent employes sur le champ a aider ceux de la
Felice dans la continuation des travaux qmi
avoient pour objet Pachevement du vaisseau. Ils ne purent se defendre d'un mou-
vement de jalousie en voyant Pouvrage que
nous avions fait. lis n'en concurent que plus
d'emulation et d'ardeur pour participer a
1'honneur d'y avoir contribue, de maniere
que tout nous laissa presumer que notre
arsenal de marine ne tarderoit pas a dre
complet. Les matelots ne restoient pas non
plus dans Finaction. Quelques-uns se joi-
gnirent aux cordiers ; d'autres allerent gros-
sir le ddachement charge de couper des
esparres pour les besoins du moment, et
sur-tout de tailler un mat de misaine pour
la Felice qui, comme je Fai rapporte plus
haut, avoit eu le sien brise , peu de temps
apres notre depart de Samboingan.
L'epoque approchoit ou nous de vions
nous eloigner de la cote d'Amerique \ et il .. (*«7)e_    ..j.
lions restoit assez de besogne pour remplir
Pintervaile.
Non-seulement il nous falloit lancer a la
mer le nouveau vaisseau, Farmer et Fequi-
per pour un voyage de pres de quinze cents
lieues; nous avions aussi les deux vaisseaux
a reparer de maniere qu'ils pussent remettre
en mer ; et si Fon considere avec notre
situation la nature des ressources qui nous
restoient, on conviendra sans doute que
nous n'eumes pas de legeres difficultes k
vaincre, et que ceux qui les ont surmon-
tees meritent au moins les doges dus a la
plus active industrie et a la plus courageuse
perseverance.
On eut": bientot complde un assortiment
de voiles neuves pour le vaisseau qui etoit
sur le chantier. II devoit dre gre£ eomme
une goelette , ce qui ne demanda pas autant de temps : mais, al'exception des voiles
destinees a le^ defendre contre la violence
des ouragans, ce fut tout ce que nous pumes faire pour lui dans ce genre de manoeuvres.
Lorsque nous nous vimes si heureusement
avances dans nos preparatifs pour les nou-
Teaux vqyages que nous etions sur le point
178?.
Aoutt ,        "%    - (    268 )   f      •■
de faire, nous songeames sdieusement £.
nous occuper des diverses reparations qu'exi-
geoient lei deux autres vaisseaux, non-seu-
lement pour la saison actuelle, mais encore
pour Fannee suivante. Nous avions amasse
une riche cargaison de fourrures; il etoit
de notre interd de la transporter le plus
expeditfevement possible a la place de com-i
merce a laquelle nous la destinions. II fut
done resolu que des Finstant ou le nouveau
vaisseau seroit lance a ia mer , la Felice
gagneroit directement la Chine , et que
YIphigdnie resteroit avec la goelette , pour
suiyre Fobjet principal de nos travaux com-
muns, e'est-a-dire , les ..operations de commerce.
Les choses ainsi reglees , tous! les efforts
se reunirent pour mettre la Felice en etat
de partir*. A cet effet, les voiliers commen-
cerent a travailler a ses manoeuvres, et les
snaitres-calfats s'appliquerent a reparer les
ceuvres mortes qui, ainsi que les preceintes,
exposoient beaucoup le vdisseau a faire des
voies d'eau. Comme il etoit plus que probable que nous arriyerions dans les mers
de Chine a Pepoque de Fannee ou les
tempetes y exercent le plus souvent leur* igfiza
Jeudt
4-
; ( 269 )        ;    ,   , ;':| '
ravages , nous apportames touS nos soins a    1788*
faire les provisions necessaires , ausflfcbien Se^emW
qu'a pourvoir a toW^es besoins &u voyager
Enfin , nicw^-nou#4fvraTnes a cette impor-
tante occupation avec une telle activite e^e^»
des le 4 septembre, le vaisseau se  trou$§
en etat dU mettre a  la voile f Tie ma$§$&
misaine de FavanFetoit parfaitefiient aistirf^f .f
et nous avions du bois'e^ de -ftla%>e^b £$&&*
grande quantite.
Les   naturds  commengoient,  des  cett^-f
epoque^laL f^^feurs pi""eparatifs pour qM^
ter le^lilfu de leur residence actuelle^ret se
rendre dans8 la paiSfe  plus Mterieure^fde-
Yentrde* Chaque  jour f* rioiis   ejl   voyionH
qudques^-uns #eux s'enibarquer de la ma-     |||
niere que nous avons  rapportee^dans tin
des cha^rlres precedens. 7^7, MaquiSa et Dimanche
CalKctfth nous*Sreridirent line visite  pout       ^*
nousHnf&rmer officiellementque, sous peu
de jours, ils partiroieiit avec tous leurs na?
turels^p'our aller^gagner^le^fis quartiers d%i%
ver # environ trente lifflles du vaisseau , et
4-peu-pres a la meme distance de la mer.
Des que nous eumes recu cet avis, nous
regardames comme un devoir pour nous-de
prendfe des  mesures relatiyement a nos
Si
•
I 17S&. bannis. Les maul qu'ils enduroient depuis
Septembr. leur exil, nous inspirerent la plus vive com*
passipn. Le repentir sincere que nous re*
marquanies dans leurs prides , la promesse
qu'ils nous firent, en implorant notre indul*
gence, de se mieux comporter et d'dre plu$
fideies al'avenir, ne restdent point sans effet*
Mais il nousilmportoit d'agir, en cette occasion , ayec toute la prudence et toute la reflexion dont nous etions capables. Avant de
prendre un parti definitif, il falloit examiner
inurement quelle conduite j'avois a tenir dans
ime crise ou le sentiment de la commisera*
tion naturelle se trouvoit balance par le de*
voir de ma place. Abandonner ces malheureux en partant, c'etoit un acte de rigueur
qu'on pouvoit regarder comme une veritable cruaute exercee en vers eux : d'un autre
cote , reprendre a bord des hommes dont
Fesprit entreprenant et porte a la revoke
pouvoit, pour ne rien dire^de plus, retar-
der notre voyage , si m&oie ils n'en deran-
geoient pas entidement le cours, c'etoit un
parti qui pouvoit nous de venir funeste a,
lious-me'mes.
Jl est vrai qu'ils avoient expie par de
sruelles souffrances leur conduite passes* i\
*jLorsqu*ils  furent mandes  pour   entendre  *%fi%
notre derniere determination a leur egajd, ^Bl^Pf?
la paieur de leurs Usages, leurs yeux bai$r
ses , i'huH|ble aveu qu'ils firent  de  leurs
fautes dans  les termes de la plus  entiere
soumissljon et du plus yif repentir, nous de-
sarmerent sur le champ et eteignirent toiita
espece 4e ressen^bnent. Ils furent done re*
<gus sur le yaisseaux mais je leur imposai
pour peine la confiscation des gages qui
leur etoient d£ja dus pour neuf mois de
services , et les previns que desormais leur
paie seroit proportionnee a la conduite1 qu'ils
tiefglroient a bord. Ils accepterent avec joie
<ces conditions , et rejoigȣrent enfin leurs
caaiarades , apr&s un intervalle de temps
pendajit lequel ils n'avoient eprouve qu'uii
chagrin amer et les plus douloureux regrets.
En les privant des gages qui leur etoient
dus au moment ou ils avoient con^u le
perfide dessein de se rendre maitres du yais*
seau, je ne faisois qu'exercer un acte de
la plus stricte justice. Car, sans considder
Patrocite de leur projet et les affreuses consequences qui seroient resultees de son exd
cution, ils avoient empeche que nous ne
missions a la voile pour.aller continuer les
lit
pi C 2^) ■:
17S8. recherches et 1^ opdations dont nous dltfcii
Septembr. charges par nos commettans. Ce retard seul
avoit ete cause d'une perte reelle, et suffix
soit pour justifier une mesure par Feffet de
laquelle ils se trouvoient soufffir eux-memei
de cette perte qu'ils avoient o^dasionnee.
%-3e dois dire, au reste , qu^£%iotre->53S3€&
yee a la Chine, tout ce qlii leUr avditfet&
retenu de gages~i leur fet rendnY graces a la
gendosite des proprietSires du vaifeea^jixi
n'ecouterent, en cette ciipeiistalib%, qu&
les sentimens de la commiseration dt' de
Phumanite.
Apres tout, nous ne pouvions prendre
trap de precautions entnous dde^ninaiiS a
recevoir del nouveau parmi nous ces horn*
mes vraiment dangereux. Ce fut avedhme
satisfaction melee de crainte que nous sui-
yimes 1'inclination  qui nous pOrtoit  a  la
cldnence ; et dans Fintention der'diminuer
pour §>ux, autant qu'il seroit possible, les
moyens de faire du mal, nous les repartimes
dans les deux equipages* Au moins, etoit-
ce leur rendre plus difficiles et plus rares
les occasions de communiquer ensemble*
Be contre-maitre, dont la conduite avoit et6
III preced^e llffc
H ■ - -    ** ^s 3  -   - M
precedeo par des preuves de desobeissanisei
multipliees , et qu'on potivoif regarderJSepteml^
-ebm'rae le chef de la revoke, fut excepte
de Famnistie generate. Dans tous les cas/Jr
nous crumes neeessaire d'en faire un exem-
ple. Ce qui hous decida d'autant plus a
cette sevdite' a son egard", fut qu'dnhe tarda
pas a se convaincre qu'il avoit ajoute le
vol a ses autres exces. On le laissa done
enferme datts la maison construite sur le
rivage; ip£
C'est ainsi que se termina cette desagr^a-
ble affaire. Mais, si nous n'ayions pas eu
le bonheur de decouvrir a temps le fatal
complot; en un mot, si nous nous fussions
irouves assez loin du vaisseau pdxtr ne pas
entendre le premier cri d'alarme qui fut
jette en cette occasion, les suites de cette
sedition seroient non - seulement de venues
desastreuses pour le voyage, niais encore
nous auroient peut § dre entraines nous-
inemes dans les derniers malheurs*
Maquilla et Callicum vinrent alors prendre conge de nous. Ils doient suj le point
de partir pour aller gainer leurs quartiers
d'hiver. Ils nous renouvelldent, en cette
occasion, dans les termes les pluSiaffex^
Tome II: §
II ^7$8. tueifx, et avec les demonstrations les plus
Septembr. expressives, i'assurance de leur ami tie. lis
savoient que nous ne de vions pas tarder a
quitter Ia cote, et nous temoignerent de-
sirer avec beaucoup d'ardenr notre prompt
retour. Maquilla nous conjura avec des instances reiterees d'envoyer vers lui toutes
les fois que nous voudrions remettre en mer
le petit mamatlee, c'est-a-dire , le vaisseau 9
promettant de venir lui-meme avec ses naturels nous donner tous les secours qui
pourroient nous dre necessaires. II est certain que , depuis long - temps, ils s'occu-
^poient a Favance des obstacles et des peines
que nous eprouverions pour pousser, selon
leur expression, le vaisseau dans la mer,
lorsqu'il seroit completement acheve. Ces
deux chefs avoient suivi, avec la plus grande
attention, les progres de la construction
depuis les premiers travaux jusqu'a ce moment ou elle etoit a la veille d'etre ternii-
nee. Mais ils n'y comprirent rien , et ne
donnerent aucune preuve de cette intelligence qui croissoit, pour ainsi dire , et se
developpoit de jour en jour dans Fesprit
de Tianna.
Quelque confiance que nous eussions dans (. '27.5 }
la ndelite de ces chefs, et dans la sincdif^       oa,
1700.
des sentimens qu'ils nous avoient temoignes Septem]*
lusqu'alors , comme c'doit a nos prdens
que nous etions redevables des premides
marques d'amitie que nous avions teques
d'eux, nous pensames que, pour nous en
assurer la continuation , ii seroit prudent
de recourir a ces memes moyens dont la
puissance nous etoit connue. Le soin de nos
interets pour Favenir Fexigeoit ainsi. Nous
effrimes done a Maquilla, un mousquet
avec une petite provision de munition et
quelques coiavertures. Callicum ne nous
quitta pas non. plus sans emporter de mdne
des g ^es certains de notre affection.
Nous fimes entendre a ces chefs dans
combien de lunes nous serions de retour
parmi eux. Nous leur annoncames que nous
amenerions avec nous quelques autres de
nos compatriotes ; qu'alors nous batirions
aun plus grand'nombre de maisons , et que
nous tacherions de familiariser nos bons
amis de Nootka avec nos moeurs et notre
aaaafiide de vivre. Cette promesse parut leur
causer la plus vive satisfaction ; et non-seu-
lement ils s'engagdent a nous apporter a
jaotre retour une grande quantite de four-
S % I  2j6)
t^g    rures , mais encore Maquilla crut devoif $
-Septeir.br. °^s liustant meme, nous rendre homtnage*
Comme a ses seigneurs et souverains. 11 6t3*
son bonnet de plumes, et le posa sur ma
tde.  Il ni'arfubla emuite de  sa  robe de
peaux de loutres, et ainsi decore, il me fit
asseoir sur un de ses colfres rempli d'osse-*
mens humains. Quant a lui, il se pla<ja k
terre.  Son exemple fut suivi par tous les
naturfels qui doient presens ; et ils commen*
cerent alors a chanter une de ces romance*
plaint!ves dont j'ai deja parl£ comme ayant
fait la plus grande impression sur nous par
les effets agr£ables qui resukoient de leur
musique. Telles furent les ceremonies par
lesquelles il se plat a reconnoitre, en presence de ses sujets , notre superiority sur?
lui. Je pris alors conge d'eux une seconde
fois , et retonrnai a bord , revetu de tout
Fattirail de la royaute ,  et investi  de  \&
supreme puissance. A peine venions-nouS
de quitter ce chef que Caljicum accourufF
vers  nous pour nous  expliquer en  ddail
les  diverses commissions  dont ii avoit a
nous charger, et pour renouyelJer ses def-
niers adienx a tout l'equipage. Cet homme
genereux avoit quelque cho&e de si aimabls ( 277 >
#$de si intdessant que je voulus rester&vec v$$*l
lui jusqu'au dernier moment. Je ne pui&Septua&s
^n'empecher de rendre compte de tout ce
qui se passa-dans cette entrevue definitive f
quelque minut'eux qu'en puisse paroitre le
ddail. 11 noitjs fit Fenumeration d'une Ion*
gue liste d'atEtiGles qu'il desirok que nous
lui apportassions a. notre retour. J'®n pris
la note pa? ecrit, ce qui lui fut infiniment
agrea^le. Les objets qu'il nous daman da par
dessus tout, furent; des bas , des* souliers |
un^chapeau et d'autres parties de notrehaj
^illement;, et lorsque je lui ens-donne {Fas-
surance que tous ses voeux seroient satis?
faits au - dda mdne de son esperance,, il
partit, apres m'avoir pass^ ses bras autour
du cou, et m'avoir donne lebaiser le plus
affectueux. Ce tendte mouvement d'amitie,
ye le sentis yivement alors ,t que j'esperois
le revoir un jour : je le sens encore aujourd'hui, etje sais cependant ^helas ! que je
ne le reverrai plus !:
Lepauyre Callicum m'avoir. faitconnoitre
particuiierement en nous quittant,,comme
dans beaucoup d'autres occasions greed-
denies , les divers articles qui lui feroient
glai§ix.. Je trouyai, depuis que tous les na?
e fe   .1  !  '        s % e - ■
m
M
M
m*S *$$$$.   ^fcrels du village avoient charge , plus on
Scptembr. moins , les journaux de nos gens, tant officiers  que matelots, de leurs   diffdentes
X *
commissions. Les dames de Nootka ne ne-
gligdent pas son plus de reclamer notre
souvenir pour elles. Et je m'empresse de
declarer ici avec un plaisir mele toutefois,
je dois Favouer, d'un sentiment penible ,
que, de notre cote, toiites leurs commissions furent le plus fiddement executeesi,
Nous avions confie ces divers objiets a YAr-
gonaute, ainsi que plusieurs presens pour
jMaquilla , Callicum, Wicananish , et pour
d'autres chefs residant au midi de Ventree
du Roi George, tous de notre eonnoissan-ee;
enfin , pour ceux qui habitent au nord de
cette m£me entree , et chez lesquels YIphi*
genie avoit pendre. Tout ce tresor avoit
ete choisi et arrange avec la plus grande
attention : nous nous etions fait un plaisir
de satisfaire a leurs fantaisies comme de
pourvoir a tous leurs besoins. Le vaisseau
fut pris par les Espagnols.
La barbare ferocite de Fofficier espagnol
doit faire fremir tout Anglois. Plus que tout
autre, je suis pendre de l'horreur qu'elle
inspire. On croiroit pent - etre cjue mon intention est d'enjuaffQiUSMr - llffc&^iail&gtisi : «*8g.
je pariois ici du Gi^rin>'jbte^^oinsdQfc-S.eptembg
Ioureux:sans doutg^ qtfe j'eproj^rai &&:§0\-
<g£ant que^Maquilla et Callicum ne y^froient
point leur innocente vanite satisfaite pajbla
po|feession> des habillemens que nous leur
&vions prepares; et que les,coffees de WJ^a-
tfaiiishjEi'e sgi'oient^oint remplis de'ces vases
que nousjhous dions procures, avec beau-
*^$&p de peine , e$pres pour Fenrichir. J'e-
pargnerai  done  aualecteur ^enumeration
lies articles qui composoient la cargaison
"curieuse destinee a nos amis de Nootka, et
dont le commandant du vaisseau espagnol
priva ces pauvres naturels en n©us les en-
levant. Je ne parlerai pas de la quantite d|u
medians habits que nous avions ramasses
a la Chine , et qu'oti avoit chargeeide Jdou-
tons pour contentcr leur gout bizarre :Me
dirai seulement que les Espagnols s'en eni^,
pardent avec autant d'avidite que s'ils eus-
sent eu besoin de cette garde-robe destinee
aux peuples sauvages de Nootka , pour en
revdir des hommes plus sauvages encore.
Comekala dont je n'avois jamais eu une
idee tres - avantageuse, et qui , malgre1 la
generosite de mes procedes «. son egard i
'   '%.-   -t:' S4 '   7 ($m&a )
7^788, *^!avok prouve;: plus d'une fois , la fausset£
feptembn^fe^5011 caractere.;*pendant son sejour k la
Chirie-, dans  son voyage   de la Chine   a
Nootka, et encore apses son retonff, nous
^onjfrma-dans Fopinion que nous avionp
de son ingratitude, en quittsmtVentree san$
^Sj^fi ^-* 'X. K ^i>»-*
jdlous cionnerttimesseul|> marque d attention
ou d'amkie. Aussi perdit.- il, pmme il le
merkoit,. le present qui lui etoit reserve^
et le laisisames-nays partir sans lui envoyej
le moindre gage de notre souvenir.
Mo fedi Nous continuanies nos operations sa$£
.17* aucun evenement remarquable jusqu'au 1.7,
septembre. Ce jour, nous vimes un vaisseau
dans la haute mer. Nous en fumes tres-sur-
pris, et :^ommencames a craindre que ce
ne fi).t la Princesse Royale qui, ayant esr
suye quelquaccident, se seroit vue fbrcee
de revenir vers nous. Nous envoyames sur
le champ la chaloupe a son secours ; mais,
au lieu du vaisseau que nous atfendions ,
elle amena avec elle dans Yentrde unsloup,
nomme le Washington^, du poids d'environ
cent tonneaux, yenant de Boston dans la
Nouvelle Angleterre.
3VL 7$rey \ maitre de ce. batiment, nous
apprit qu'il doit, parti, dajns le nipis. d'aout . /
•ff { 281 ) ■  ;§•      :
17851, de conserve avec la Columbia ,vais- 1788.
seau du poids de trois cents tonneaux ; queSeptemb,^
les deux vaisseaux avoient &£e equipes par
les ordres du Congres pour jailer examiner
la cote d'Amdique^et ouyjrir un commerce
de fourrures eri^re la Nouvelle-Angleterre
et cette par^be du continent d'Amerique ;
que F objet de ce^yoyage etoit d'approvi-
sionner ceux des vaisseaux du Cpsgres qui
alloient en Chine d'un fonds de pelleterie$
qui put. leur assurer les moyens de revenir
en Amerique iavee des thes et des majchanr
dises de la Ch^pe. Le Washington et la
Columbia avoient ^te separes Fun de Fautre
:|>ar un violent coup de vent vers les 5o de*
gres de latitude sud, et ne s'etoient pas du
tout revus depuis le moment de leur separation. Mais comme Yentrde du Roi George
doit le point de rendez-vous dont ils etoient
convenus, on pouvoit attendre de jour en
jour que la Columbia viendrok re join dre
le Washington a Nootka, sx toutefois ce
vaisseau n'avoit pas eprouve quelque nml-
heur.
M. Grey nous inform a de plus qu'il avoit
relache dans un port sur la cote de la Nou-
%ejle - Albion/ qu'ayant gagneela terre., il '     -    . -  ^ .'    :   - Ofo- 1.'        J '- :x>
1788,    s'dok vu en danger de pesfi* sur la barre.
Septeiiibr, Ce n'es^pas toufer les nr^urels*4'avoient a%
taque ; il avoit eu vmm liomm e tn&p et un
de ses officiei^ bW|sse, et se regardoit Wk
%nenie comme tf^JciettrecWx;|i'avoir ech&ppe.
'Ci^port ne pouvoit con ten ire que des vaisv
seaux d'une largeur mediocre. II est pro-
bablement situe ptf&s du cap auqueP nous
avions donn^le nom de cap Look Out. ^;
Le maitre du Wash^gtOn fut tres^suipris
de voir un vaisseau Mr le ch an tier, et ineme
i<M%U avoir trouye uh dans cette entree.; car
4\ soupconnoit tout au^plus qu'on eut jamais
Cait quelques* expeditions commerciales dans
•cette partie de 1'Amdique. *8 nousrrparut
persuade que ses compatriotes de la' Nou-
•velle -Angleterxe pouvoient se promettre ,
-plixs que tout autre peuple , les plus grands
avantages, cette route une fois ouverte au
trafic. Nous le viines occupe de plusieurs
grands pro jets dans lesquels nous comprime^
bieii qu'il doit soutenu par le Congres des
Etats-Unis. Comme ces entreprises ne nous
regardoient en aucune manide, nous nous
dispensames de lui en dire notre opinion ,
et traitdmes M. Grey et son djuipsge avec
toutes sortes d'egards et d'attentionSa y      .    .       ^ ^    ( 283 ) .   ■   -it   £   • _
||Le aoj£a midi, nous vimes enfin le mo- 178$^,
ment que noue avions attendu avec tant SeptemifH?
d'impatience et d'inquidudes. Nous jouimes Samedi
d'une^atisfaetion que nous pouvions tQ
garder comme %chetee*Jmr des peines et
des fatiguesinexprim&bles. Le vaisseau etoit
pret'a quitter le chantier ; et pour celebrer
cet heureux succes avec toute la soieinnk®
convenable, nous voulumes employer, autant qu'il dependroit de nous , les ceremo*
nies nsitees en pareille circonstance. Aussi-
tot que la maree fut montee all degrade
hauteur necessaire , on deploya pavilion
anglois , tant a terre, sur l#'hautde la maison , qu'a bord du nouveau vaisseau, qui,
a Finstant conveAu , re<^ut le nom de la
Cote Nord-Ouest d'Amdrique'fComme darn,
le premier Jijtavire qui eut jamais de cons-
truit et Ian ee dans cette partie du globe (1).
(1) Cette seule circonstance des voyages du capitaine I. Meares appeile sur ce navigateur Padinira^ip^i
des contemporains et de la posterity. Le courage^£>pir
niatre avec lequel il poursuivit son entrepriae dans
des climats ou les dangers Penvironnoient de toutes
parts, sufiit pour justifier Peloge que* j'ai cru devoir
faire de lui dans la preface dev cette traduction.
;■■  ---Npte du Traductemfr* ( *84")
**<«*-
X78& Ce moment  eto't   desire- depuis long
Ssptemb.r. temps. Dans la situation ou nous nous trou«
yions , ofeacun de nous Favokeiregard^
comme Fobjet de ses plus cheresespdauces,
Maquilla, Callicum, et un grand^npntbre
de leurs sujets qui :$3&iept j*nte^|$i dire
qu'on'alloit lancerjle vaisseau a la mer,
etoient venalis. pour etre temoins de ce specr
tacle. Les charpes^iers clpnois »e ceanpre-
noient pas tres-bien la d^rniere operation
.d'une besogne a laquelle ils avoi^^^ete eux-
tmdnes employes d une maniere tres^parti*
^ulide. Je n'ou^iierai pas non plus.de dire
que le chef des ilgs Sandwi&f%$^qui avoit
pris la resj^lutio^t de descenjdre a bord dx%
vaisseau des qu'U-auroit ete lance; a la mer,
voyoit approcher ce moment avec toute
Pimpatience imagHajable. Cette pensee Fabr
^orboit tout entier. Ii n'etoit pas inpins in--
teressant d'obsancejc les naluipels d'Amdi-
que, sans cesse presens aux cj-iyerses ceremonies de Fopdation importante dont je
donne ici les details. Jose croire qu'en
reflechissant aux travaux sans nombre qu'a-
vok exiges la construction du vaisseau, a*
Pensemble de la scene qui nous environ?
noit, aux etraqges spectateurs qui atten*. , ' -  ■ ""        '( *85 ) - J '
daieht le denouement, enfin , aux avantageS 176&
commerciaux qui devoient resulter de cette Septembf
entreprise,etaux idees de civilisation qu'elle
pouvoit faire germer parmi ces peuples > le
philosophe et le politique ne la considere-
ront pas comme une circonstance ordinaire
et peu digne de leurs meditations.
Notre attente ne fut pas de longue du-
ree. Au premier coup de canon , le vaisseau
s'danca comme une haM 11 est certain
quil s'doigna de la cote avec une telle le-
gerete que nous vimes Finstant oil il alloit
sortir du port La raison en est que n'etant
pas tres - famillers avec cette opdation ,
nous avions oublie d'attacher a bord une
ancre et un cable pour le letenir, ainsi
qu'il est d'usage en pareille occasion, Mais
les chaloupes eurent bientot reussi k le re-
morquer dans Fen droit designe; et en peu
de temps > la Cote Nord-Ouest d'Amerique
eut mis a Fancre pres de la Felice et de
YIphigdnie.
Tianna se trouvoit a borcl du vaisseau a
Finstant ou il fut lance ; et non seulement
ii fut temoin de Foperation, mais on peut
dire qu'elle fit sur lui une impression auss^
*r c s86> - '       1
iyW. forte que si die eut ete Feffet de Penchant
Septetf&r, tement. 11 ne se lassoit pas de manifester
sa surprise, en faisant des cabrioles , en
frappant dans ses mains, en criant de toutes
ses forces Myty, Myty, mot leplus expres-
sif dans la langue des iles Sandwich poiir
rendre tout a la fois Fadmiration, Fappro-
bation et la joie. Les charpentiers chinois
n'ayant jamais rien vu de semblable , n'e-
prouvoient pas un moindre etonnement.
Enfin, les naturels de Yentrde qui assistoient
a la ceremonie avoient ete comme saisis de
cette suite d'operations dont la plus simple
surpassoit de beaucoup leur intelligence.
Pour tout dire en un mot, cette circonstance eut pour effet d'augmenter encore
Fopinion avantageuse qu'ils avoient deja de
nous, et de leur donner des idees plus
exactes et plus claires de la supdiorke de
Phomme civilise sur le sauvage, que eelles
qu'ils s'etoient formees jusqu'alors.
Je choisis sur le champ dans la Felice
et dans YIphigdnie, un commandant , des
officiers et des hommes pour completer
l'equipage de la Cote Nord-Ouest d'Amd-
rique ; et chacun des vaisseaux enyoya k
I ( a87 )
terre suivant ses moyens une certaine quarts.   1788.
tite de provisions de tout genre pour mettre Septembr.
ce navire en etat de oartir.
1.
La profession que j'avois embr.ass.ee exi-
geoit autant de perseverance que de courage ; et ici, j'ose esperer qu'on ne me re-
prochera pas d'dre entre dans une digression deplacee, si j'exprime toute ma reconnaissance pour les exemples que j'ai eu le,
boaheur  d'avoir sous les yeux de  Fautre
cote du continent ou une audace infatiga-
ble   et  des  talens  consommes ont a.douci
jusqu'a un certain point pour nous le chagrin d'une guerre malheureuse. On doit tout
Fhonneur des campagnes faites dans le Canada a la  bonne conduite tenue  dans les
divers combats qui  se  sont livres sur les
lacs de cette partie de FAmerique septerv-
trionale ; et je dois rne felicker  d'avoir ,
bienejeuhe encore , ete exerce en pareille
ecole a tous les travaux comme a tous les
dangers de la vie des marins , et de m'y
etre pendre de  b^mne heure de cette veV
rite, qu'on ne parvient a vain ere les obstacles qu'en rdinissant aux connoi^sances
du metier une Constance invincible  et le
plus grand sang-froid. Qui, je suis pret k t 2.S8 )      "- -    "      :   -
178& declarer que si j'ai fait preuye de quelqu'ha-
Sfeptembr. bilete dans ma profession, si j'ai support^
avec patience les traverses d'une vie peni*
ble et sans cesse agitee ; enfin > si j'ai conserve quelque courage au milieii des situations les plus critiques^ soit dans ce dernier
voyage, soit dans tout autre , je le dois a
la se verite de discipline qui resultbit n&k
cessairement des actions continuelles, des
hasards et des crises de tout genre inseparables du service que j'avois embrasse. Le
peu d'expdience que j'ai acquis m'a con&4,
vaincu que les perils et les obstacles for-
ment la meilleure ecble pour l'homme de
mer , et que celui qui a ete employe de
manide a tout connoitre, qui s'est trouve
assez depourvu de tout pour ne mepriser
aucune ressoufce , sera infailliblement uri
homme utile a son pays.
Le 24, la Felice dant en dat de mettre
a la voile, je donnai au capitaine Douglas ^
pour le diriger dans la marche qu'il devoit
tenir desormais , les ordres et instructions
qu'on trouvera dans le n°. V de Pappen -
dice (1). Je lui confiai de plus le comman-
(1) Voyea-ce meme numero a la fin du yolume.
ii^ dement demeltf: de la CSte Nord>Ouest d^Amdfique^    1788*
et Tianna s'embarqua pour la secondefois a Septembr*
bord de YIphigdnie qui devoit le conduire
aux iles Sandwich.
Nou&s prdd&nies cet arrangement apr£s
quelques instans de delibdation. Car je de*
sirois d'abord tr&s-vivJxnent ramener moi*
me*me cet aimable chef dans son pays ; mais
comme je ne pouyois rester que tr£s - peu
de jours aux iles Sandwich , et que YIphi*
genie etoit destinee a y passer tout Fhiver>
nous decidanies qu'il seroit plus a propos
que Tianna partit sur ce vaisseau.-C'etoit
le moyen de Fattacher plus particulidement
aux gens de l'equipage , et d'assurer a. ceux*
ci protection et s^curite pendant leur"He^
jour aux iles Sandwich, sejour qui, selbn
toute apparence, seroit de plusieurs mois.
II Ihe me fallut pas d'autres motifs pour m£
decider a renvoyer Tianna sur YIphigdnie*
Au reste, ce n'etoit pas seulement Fintdd
de l'expedkion quisle youloit ainsi. Celui
de sa propre surete nous auroit encore determines a prendre le mdne parti dans cette
occasion. Wj§
Nous sav ions depuis long-temps par un
des vaisseaux qui doient revenus des He$
Tome IL T
SSI 1 29° )   > ,
1788. Sandwich a la Chine apres nous , quertle
Septembr. fr£re de Tianna, Taheo, souverain d'Atooi,
avoit concu de telles craintes sur Faugmen-
tation de puissance que ce chef pouvoit
acquerir par ses relations avec nous, qu'il
meditok sa perte. II doit plus que probable que, des qu'il le verroit de retour, il
fer ok quelque tentative secret^ pour s'en
clefaire. II convenoit done , pour le salut
de Tianna , de le garder sur V Ipl$gdnie ,
attendu que , pendant le long espace de
temps que ce vaisseau passeroit aux iles
Sandwich , ce chef seroit en surete jusqu'a
ce que Faeces de jalousie du tyran son frde
fut entierement dissipe , et qu'on^les eut
amenes Fun et Fautre a une reconciliation
sincere.
Nous envoyames #lors a bordgde YIphigdnie tout ce qu'il nous fut possible de lui
ceder de nos diversesxprovisions, et nous
resumes d'elle en retoj^ sa cargaison de
fourrures. Nous primes aussi a bord une
quantite consideralileiiide belles esparres ,
excellentes pour des mats de hune. Nous
les destinions au marche de la Chine ou
elles sont tres-rares, et cheres a proportion.
II est constant que les bois de cette partifc v ( ^9* )
de FAmerique suffiroient pour fournir t§us    j$$&
les vaisseaux europeens de Ges utiles et pre* Septembr*
cieux materiaux.
Le 2.4 9 dans la soiree , les officiers et les
personnes composant l'equipage de Ylphi*
genie et celui de la Cote Nord - Ouest
d'Amerique vinrettt a bord de la Felice
pour nous faire leurs adieux. Tianna ne
fut pas le dernier a nous donner cette marque de son attachement. Je dois rendre
ici justice a son bon coeur, k son caractde
aimant et affectueux : il etoit toujours des
premiers lorsqu'il s'agissok de se moifttrer
gendeux, ou de prouver ses sentimensscJl
ne put dire adieu a Noota, (c'etoit le nom
sous lequel j'etois gdidalement connu ,
tant en Amdique que dans les iles Sand*
wich) sans etre agite de violentes convul*
sions et sans qu'un torrent de larmes inon*
dit ses joues. Et moi-meme , quoique pret,
a'continuer mon voyage avec les plus bdles
esperances de succes, je ne pus prendre
conge de ce digne chef et des compagnons
de notre penible entreprise sans des dnb*
tions si vives, qu'elles eussent ete capables
d'ebranler ma resolution si je ne me fusse
empresse de m'en rendre maitre.
T a
%? ^^S. r Je fte sSrai^as moins juste a Fegard de
Septembr. tons ceux Ifai ont d& employes avec moi
dans cette expedition commerciale. Je ren-
draiie plus >eelatant temoignage an ^ele
a vet; lequel , je 'ne dis pas seulement les
officiers de tout grade , mais encore toutes
les personnes d%8irang infdieur s'accommo-
ddrent aux circonstances critiques de notre
situation. II fut necessaire de laire plusieurs changemens dans l'equipage des deux
Vaisseaux pour donner a la Cote Nord-
Ouest d'Amdrique un nombre complet
d'offieters et de matelots ; en cette occasion, tous ne consul tdent que Finterd general de Fexpedkion ; et je crois de mon
devoir de rappelier dans ces iignes consa-
cree%4 la reconnoissance les sentimens que
m'ont inspires leur courage et leur devoue-
ment, et les avantages nomfereux qui^ en
sont r&ultes pour les propifidaires.
Nous levihnes Fancre alors , et la Felice
nik a la voile, favorisee d'un bon vent de
iiord-ouest. Au moment de notre depart,
Feqmpage de YIphigdnie et celui de la Cote
Nord-Ouest d'Amdrique jetterent vers nous
trois cris qui furent repetes par tous les
echos de Yunse des Amis. Nous leur fimet K   ft • ■ ( 293 ) '     . >%,
nos adieux de la m&me maniere, et avail*   ^j&ffe
la nuit, nous avions deja perdu? de vue Septcm*b£;
Yentrde de Nootka.
II ne sera pas inutile de faire reman*
quer que le lendemain de Farrivee du
sloup amdicain a Yentrde de Nootka , le
contre-maitre destitue forca sa prison , et
se sauva dans les bois, emportant plusieurs
articles qu'il avoit voles. II espdoit obte-
nir secours et protection de l'equipage du
Washington. J'ai appris depuis qu'il y avoit
reussi ; car le maitre de ce vaisseau, [je
m'interdis ici d'examiner de quel droit (i) ]
non - seulement lui envoya des provisions
dans la retrake cachee qu'il s'etoit choisie
(1) Je reponds : du droit que tout homme sensible
a d'ecouter la voix qui crie au fond de son coeur en
faveur du malheureux. Le maitre du Washington ne
pouvoit connoltre les motifs qui avoient determine
le capitaine Meares a ajsandonner ce contre-maitre
sur une plage deserte. II ne devoit voir , il ne voyoit
en lui qu'un homme souf'frant, denue de toutes res-
sources , expose a tous les maux ; son premier mou-
rement dut etre de le recueiilir sur son bord , et de
le consoler dans ses peines. Qui pourroit Pen blamer %
Note du Traducteur.
T3
fm
^
p-s?
#1 e ( ^4 )
1783k   an fond des bois, mais encore , ctis le mo-
Septembr. naent oh nos vaisseaux furent en mer , le
regut a bord du sien ou il lui fit monter
une faction devant le m&t.
ii«nuiiOT<ii ■» C HAP1TRE   XXI. *!
Ddtails des diverses nations que nous avons
vues sur la cote nord-ouest d'Amdrique.  Les quatre nations du pays de
Nootka.—Leur situation ; noms de leurs
villages , etat de leur population , etc.
— La connoissance que nous acquimes
des peuples places au midi de Queen-
hythe est fondde , en grande partie , sur
de simples conjectures.   Wicananish
nous fait une nouvelle enumeration de
leurs villages.—Ddtails sur le continent
d'Amerique depuis le cap Saint-Jacques
jusqu'au midi. —- Climats. —• Saisons.*—
Vents. —Tempetes. —Ports. — Navigation , etc. — II n'y a point de fieuves
considdrables dans le district de Ventrde
de Nootka.
JN ous avions done quitte la cote d'Amerique. Tandis que la Felice va continuer
sa route vers les iles Sandwich , je rempli-
llil -il* f' T 4     IH 17S$. rai Fintervalle de temps qu'elle mettra a y
Septembr. arriver, en donnant quelques details sur le
pays que nous laissions derriere nous, autant qu'il m'est possible de le faire d'apres
ce que j'ai vu par moi-mdne. J'y joindrai
les observations qui se sont presentees a
moi en visitant ces parages.
Les liardis navigateurs qui ont entrepris
de porter le commerce jusques dans cette
partie de FAmerique, et qui y ont ete conduits !par Fespoir de se procurer*les fourrures dont elle abonde, avoient aussi cette
louable et patriotique curiosite qui guidoit
leurs devanciers , et qui en a encourage
quelques - uns a rechercher de nouveaux
pays pour les a j outer a la carte du monde
connu. Mais de quelque zde qu'ils fussent
animes, ils n'etoient pas maitres de ddo-
ber a leurs operations commerciales, objet
beaucoup plus intdessant pour eux, le temps
• necessaire pour se livrer ayec fruit a de
pareilles decouvertes.
II est vrai que, tout en nous occupant
du soin de nos interets commerciaux, nous
nous trouvAmes jetsfees sur des parties de la
-c$te que le capitaine Cook n'avoit pas visi-
et£e$, et que nous commumqn&mes #vec des 'ft    . •        1( ^97 )   fr ■     A'
peuples qu'il n'avoit jamais vus. Mais le    178&
grand objet de notre voyage douffoit en Septembr;
nous tout desir d'entreprendre des decouvertes. Notre devoir et nos interets parti-
culiers nous obligeoient de reculer vers les
parties de la cote qui presentoient le plus
de moyens de remplir le but que nous nous
etions propose. Telle est la raison   pour
laquelle le compte que je vais rendre de
cette portion du continent d'Amdique sera
si borne. On lui trouvera Su moins, ie FesV
pde, le indite de l'exactitude, et j'ose me*
flatter qu'il pourra dre de quelqu'utilite a
ceux auxquels sera confiee un jour la mission d'aller examiner cette extremite du
globe. Ip
Les parties dont nous avons une connois-
sance plus particuliere s'dendent depuis le
45e jusqu'au 62e degre de latitude nord.
©'apres les observations astronomiques, la
longitude est du so5e au a37e degre Est de
Greenwich. Par cette longitude , nous en-
tendons les limites occidentales de la cote
jusqu'a la mer Pacifique du Nord. Toute
la partie de ce pays qui communique aux
baies d'Hudson ou de Raffin n'a pas encore ete viskee : elle est done absolument
,'sA
><S;
/ 1788.   inconnue , et Fon ne peut rien conjecturer
Septembr. de probable sur la question de savoir si ce
* vaste espace est occupe par des terres ou
par la jmer. C'est ce que j'ai deja fait re-
marquer a mes lecteurs dans le Memoire
qui sert d'introduction aces Voyages, et
ou j'ai traite de la probability d'un Passage
|^       norcLouest.
rf* A l'egard <|es habitans d%cette cote si
et<|ndue, nous connotssons quatre nations
^fferentes dont les occupations et les mceurs
ffilnt beaucoup de rapport.
D'apres tous les renseignemens que je
suis parvenu a me procurer, il y a lieu de
croire que le peuple qui habite V%ntrde de
( jfrootka, et qui s'etend egalement au nord
et au sud de ce port, est tres-nombreux,
maisApi'ii n'a pas la mdne fierte de carac-
ide que' ses voisins plus septentrionaux*,
f Ce mdne Maquilla avec lequel nos lee- *
teurs ont deja fait depuis long-temps une
intime connoissance, est le souverain de
ce territoire qui occupe au nord tout Fes-
pace jusqu'au cap Saint - Jacques, par les
5a degres 20 minutes de latitude nord, et
les 228 degres 3o minutes de longitude Est
jle Greenwich, Le cap Saint Jacques forme
% - If "" " v$5 I *99 )
Fextremite meridionale du grand grouppe 1788;
d'iles qui borne FArchipel du nord vers la Septembr;
mer Pacifique ; du cote du midi , les do-
maines de Maquilla se prolongent jusqu'aux
iles oii regne Wicananish.
II y a aussi d'autres chefs rev dus d'un
pouvoir considerable , quoique bien infe-
rieurs par leur rang aux princes souverains.
Tels doient Callicum et Hanapa dont j'ai
dejaparle avec beaucoup de ddails; et dont
le premier a ete , j'ose le croire, un agrea-
ble compagnon pour le lecteur dans plus
d'un endroit de ces Yoyages. Comme nous
n'avions point eu d'occasions de visiter les
parties interieures , a quelque distance
qu'elles fussent de Yentrde , nous ne pou-
vons transmettre ici d'autres renseignemens
que ceux que nous tenons de cet aimable
chef. Done du plus heureux caractere, nous
le trouvions toujours dispose a repondre a
nos questions ; et comme il avoit recu de
la nature une intelligence bien superieure
a celle de ses compatriotes, il etoit en etat
de nous donner des lumieres dans lesquelles
nous pouvions avoir la plus entiere confiance , quelque loin qu'elles s'dendissent.
C?est de lui que nourf apprimes qu'il y
ii I ( 3oo )
IB *7*8. avoit au nord plusieurs vil&ges tres-peuples,
Septembu gouvernes par les plus proches parentes de
Maquilla et de Callicum , telles que grand'-
meres, mdes, tantes, sceurs , etc. Quant
aux freres, fils et autres parens males, le
chef les tenoit aupres de sa personne par
des raisons de politique. On peut se rap-».
peller en effet qu'efr parlant dans un cha-
pitre precedent d'un village ou Fennemi
avoit fait une irruption soudaine , irruption
qui donna lieu a Fexpedkion guerride des
chefs de Yentrde de Nootka , j'ai dit que
ce village etoit gouverne avec un pouvoir
sans bornes par Faieule de Maquilla. La
mde de Callicum exercoit de mdne dana
un autre district la souveraine puissance qui
lui avoit ete ainsi ddeguee. Plusieurs autres
villages reconnoissoient pareillement les
loix d'autres parentes de ces chefs , qui ,
toutes, etoient prdes k se rdinir au heroin
pour l'interSt de leur commune surete, et
h executer avec une aveugle ob&ssance les
ordres du chef souverain. Cette conftdera*
tion formoit une veritable association politique tr£s - semblable an systeme general
de gouvernement qui regnoit en Europe
dans les premiers temps de la civilisation, urn
—■•**
ct qui est bien connu sous le nom de sys-    1788L;
teme fdodal. Septembui!
Le nombre des habitans de Yentrde du
Roi George monte a trois ou quatre mille*
Le capitaine Cook avoit estime que le village de Nootka renfermoit environ deux
mille personnes ; et je ne pense pas qu'il
soit survenu quelque changement dans la
population pendant que nous etions sur
cette cote. Mais il y a encore dans Yen*
tree deux autres villages moins considerables , qui nous parurent, Fun dans Fautre ,.
contenir quinze cents habitans. L'un de ces
villages est s^:ue a une tres - grande distance de Nootka, vers le haut de Yentrde,
dans un district sounds a la jurisdiction
d'Hanapa.
Au nord de Yentrde il y a quatre villages,
et Fon en compte au midi un pareil nombre. Maquilla en est le chef. D'apres les
reche^ches les plus exactes, il est reconnu
que chacun de ces villages renferme a-peu-
pres dix-huit cents personnes , d'ou il re-
sulte que la totalite des sujets de Maquilla
ne monte pas a plus de dix mille; et certes
ce n'est pas un nombre bien considda-
ble pour occuper une si vaste dendue de • ( 3oa )
'*78®. pays. Mais les guerres frequentes qui de^
Septembr. solent ces petits etats, les affreux exces
auxquels se portent ces peuples canni-
bales dans le combat et apres la vic-
toire, expiiquent assez pourquoi la population fait si peu de progres dans ces villages.
Le district qui avoisine Yentrde du Roi
George au midi est celui de Wicananish.
Quoique ce prince ne soit pas regarde
Comme Fegal de Maquilla par le rang, il
-est cependant tout-a-fait fibre et indepen-
dant, et sa puissance surpasse de beaucoup
celle de tous les autres chefs de ces^eon-
trees. Dans ce mdne district resident les
ehefs Detootche et Hanna. Ils gOuvernent
en souverains deux petites iles et ne rele-
vent de personne. Ces iles sont situees un
peu au nord du Port Cox. Chacune d'elles
peut contenir environ quinze cents habitans, et je n'ai point entendu dire qu elles
aient aucune autre dependance.
C'est au Port Cox que Wicananish fait
sa residence la plus habituelle. II y vk dans
un dat de magnificence a laquelle celle
d'aucun de ses voisins ne peut etre compares. II est egalement aime et redoute des il    " ( 3o3 ) •  " W
autres chefs. Le nombre de ses sujets monte    1788.
a environ treize mille. En voici le calcul Septembfr
approximatif que nous tenons de lui-meme :
Au Port Cd&, quatre mille : au midi du
Port Cox jusqu'au Port Effingham, et dans
ce port, deux mille : et dans les autres vil~
lages situes dans toute Fetendue qui conduit a Fembouchure des detroits de Jean
de Fuca sur la cote septentrionale, il peut
y avoir environ sept mille personnes. La
finisstot les domaines de Wicananish, et
commencent ceux du dernier chef du ter-
ritoire de Nootka, nomme Tatootche.
Wicananish nous* apprit lui - meme les
moms d'une partie des villages qui lui ap-
partenoient. J'ai retenu ceux qui suivent $
Kenoumahasat, Utk-u-wilett, Chaisset ±
Elesait, Qu-quaet, Lee-cha-ett, Equo-
lett, How-schuc-selett, E-lolthuit et Nitta*
natt. Ces noms sont ecrits tels que Wicananish les prononcok. J'ajoute qu'en passant le long de la cote', nous eumes communication aveo plusieurs de ces villages
dont les habitans vinrent de notre cote jus) *
qu'en mer , principalement ceux de Nitta-
natt, cYElesait et aVE-lolth-it. D'apres ce
que nous vimes de ia population de ces
m
,
t
¥■■
m
m '' I     -       . 7    .   (3o4)
1788.    villages dont nous fumes a portee de jugef
Septembr. parfaitement, nous estimdmes que ce chef,
soit par modestie, soit par ignorance, avoit
calcule la totalke de ses sujets bien au-
dessous de leur vdkable nombre.
Les naturels gouvernes par Wicananish
sont un peuple fier, courageux , robuste ,
et sup&ieur, sous tous les rapports ; a ceux
de Yentrde du Roi George. J'ai remarque
aussi qu'ils etoient beaucoup moins sauvages que les sujets de Tatootche qui reside
sur File situee pres du cap Sud qui forme
Fen tree des detroits de Jean de Fuca, et a
laqueHe on a donne son nom. Nous i^avons
eu que tres - peu de communication avec
ces peuples : mais, d'apres la foule d'habi*
^ans quLse rassembldent pour voir le vaisA
seau, et le nombre des canots, tous rem-
plis de naturels, et dans lesquels ils vinrent
nous environner, je ne crois pas porter trop
haut le nombre des habitans de cette ile en
le faisant monter a cinq mille.
Le district de ce chef»s'etend jusqu'Jfc
Queenhythe ; Wicananish nous apprk qu'il
contenoit cinq villages, et environ trois
mille habitans. Nous vimes le grand village
cle •de Queenuitett pres de Queenhythe, et plu-    *7&
sieurs autres moins considerables , a me- J*,ePtcjn»1^
sure que nous avancions le long de la cdte
Nous ne dumes la connoissance plus par-
ticuliere d'autres villages places au midi de
Queenhythe, qu'aux nouveaux renseigne*
mens que nous donna Wicananish. 11 nous
irepeta en effet les noms de plusieurs qui,,
selon ce qu'il nous en dit, sont situes tres*
avant vers le midi, et dont les habitans
diffdoient des najturels de Nootka, non-
seulement par le langage, mais encore par
leurs mceurs et par leurs coutumes. Si nous
avions pu douter de Fexactitude des details
qu'il nous donnoit, nous en aurions eu une
preuve incontestable lorsque nous arrivames
pres de la babe de Shoal-Water. Car les
deux naturels qui s'approchdent alors du
vaisseau parloient un langage qui ne nous
parut avoir aucune analogie avec celui de
Nootka | et a leur habillement, ainsi qu'a
la forme de leur canot, nous jugeames
qu'ils appartenoient a un peuple tout-a-fait
distinct des nations d'Amerique que nous
avions visitees.
Les noms suivans des villages situes au
midi de Queenhythe ont ete transcrks au
TomelL V m (3°§) e
t'^8.    moment indue ou Wicananish les pronon-
Ntptempr* ^0it. Ce sont : Chanutt, Clanamutt, Chee<-
mee sett ,Lo the-atsheeth , Lunee-cheett^
Thee-wich-c-rett, Cheesett , Lino - quoit ,
iNodk^my-gemat, Amnoskett, Nuisset-tuc-
Jfank, Quoit - see - no it, Na - nww - chett et
Chu - a - na -skett.
.   De cela seul que Wicananish connoissoit
4es noms de ces villages divers , on peut
^videmment conclure que lui ou quel*
qu'un des siens avoit eu communication
^avec les naturels qui les habitent. Cette
communication fut-elle le resultat d'un pro*
|et ou Fouvrage du hasard ? Doit-on Fattri*
- *buer a des relations de trafic imprevues ,
igu a la violence de quelqu'une de ces tern*
j>etes qu'on sak avoir souvent pousse des
*canots a une distance considdable, et avoir
|ette Flndien epouvante sur des cotes eloi-
^gnees ou il trouvoit Fhospi&Rte' ou la mort f
C'est ce que je ne prdends point expliquef
ici, attendu que nous ne parvenions pa&
toujours a nous faire entendre de ces sauvages , ou a les comprendre eux-m&mes.
Ces villages sont situes par-dela les lignites de la partie de FAmerique comprise
dans les quatre nations, qui s'dendent d«* ' jtlfv   .  . ( 3©7 )    ^ :        ■ ^.    •.;  M
Jlfis Yehtrde du Rbi George jusqu'aux iles j-g^
y/<? /# Reine Charlotte et k YArchipel duSeptembT,
Nord, et dela a Nootka et au cap Shoal-
'Water* de sorte qu'dn peut regarder toute
histoire des peiiples qui les habitent commi
purehieht cOnjecturale, et comme ne m4-
fltani point d'interrompre ici un fecit plus1
authe'ntique.
Nous He" purries obtehir des naturels da
Nootka aucune espece de fenSeigiieriiens
sur les peupfres qui habkent le haut des detroits de Jean ds Fuca. Mais d'apres le
rassemblement prodigfeux de ceux qui at-
taqudent notre chaloup$, ori p£ut croire
tju'ils sont tre^-rioixibren&. K--
-Le continent  d'Anfdiqtt^  ne  pre^sefrh%>
presque  de routes  parts k Yteil que   dei
Tphaines inlnieiises de montagnes, ou d'im,-
penetrables fords. Depuis le cap Saint Jacques jusqu'a Queenhythe -, espace que nous
tivons considde conmie formant le district
de NootMH, ei comme habits par les m$mes
ftatidns, otr ne vbii pa's d'autre aspect; et
Wt Foil y'feiliarque qdelqtie vstfid^ , c'e^t?
bien pen de chose. Eii plusieurs endroi^^
te pa^ ^atoft itrex^i!t MitM^te la c&U^
V %
(#
$4
m
w t     '      '    v   ( 3o8 )       7       %
'*?$$• mais Foeil se trouve bientot arre*t^ par* des
Septembr. collines et des montagnes escarpees cou-
vertes jusqu'au bord de la mer , ainsi que
toutes les parlies de la terre qui sont plus
basses, de bois tres-epais. Des chaines de
rochers bruts et suillans, couverts par tout
de neige au lieu de verdure , form oient le
sommet des montagnes les plus devees.
Nous appercevions 9a et la quelques places
unies ; mais, outre qu'elles doient en tres-
petit nombre , elles n'occupoient pas beaucoup. d'eten due.
La temperature de ce climat , c'est a-
dire, depuis le cap Saint-Jacques jusqu'au
miui, est bien plus douce que celle de la
c6te orientale, a Fautre c6te de FAmerique , dans une latitude parallele.
L'hiver se fait ordinairement sentir dans
le mois de novembre, accompagne de pluies
et de vents violens de sud-est. Mais on ne
trouve guere de glace dans le pays avant
le mois de Janvier; et, encore, est-elle si
mince a cette epoque qu'il est rare qu'elle
emp&che les naturels de parcourir Ventrde
dans leurs canots. Les petites an ses et les
foibles ruisseaux gelent assez cominuneW if   ..       <3°9) II 1 I    .  "
ment; mais je ne sache pas qu'aucun des    1788.
habitans de Yentrde se soit ■ sonvenu   deSeptembr;
Pavoir jamais vue couverte de glace. #'
L'hiver ne dure que depuis le mois de
iiovembre jusqu'au mois de mars. Pendant
cet intervalle la terre est couverte de neige.
Elle fond dans les terres basses et unies au
mois d'avril, et des cette epoque, la vegetation a fait de grands progres. Avril et
mai sont les mois de printemps ; en juin,
1'on a deja. cueilli les fruits sauvages. Au
nord de Yentrde du Roi George, le froid
est plus yif, et les hivers sont plus !ongs.
Par cette raison m£me , le froid diminue
vers le midi, et Fon peut presumer que le
pays situe par les 45 degres de latitude sud
est un des climats les plus doux et les plus
agreables Ju monde.
Le mercure du thermometre se ten oit
souvent, au milieu de Pde", a 70 degres,
sur - tout dans les anses et havres qui se
trouvoient a Fabri des vents du nord ;
mais , le soir, il descendoit rarement au-
dessous de 4°» ®n se chauffok avec plaisir en mai et en septembre ; mais nous
attribuames ., en grande partie , ce hesoin
V3
I le (• ^° )|
^788. que nous eprouyions d'avoir dn feu , aux
Sfigifurfw. yents de sud-est, qui etoient toujours &c-*
compagnd de pluies et de froid$ tr@s,-pi-
quans. Les yents de nord - ouest, au cpn-i
traire, soufflent sans d^janger le temps-,
ft sont plus, chauds que froids, Les vents
qui regnent dans les mois. d'de sent les.
vents d'ouest. lis se font senior sur toute
la mer Pacifique du Nord , au nord d^k
3oe clegre de latknde nord ■> de mdne que
les vents d'est soufflent invariablement a
Fequateur depuis ce m&me degre de latitude. .
Les ouragans venant du midr sont tres-?
communs pendant les mois, pE^hiver ; mais,
il n'est pas a presumer qu'ils soient assez
violens pour empecher en aucun temps d&
Fannee les yaisseaux de faire voiles le long
de la cote d'Amerique*       |||
On trouve, dans le district de Nootka^
plusieurs ports qui peuvent, recevoir , sans,
le moindre danger} des vaisseaux du port
le plus considerable. \lentree du Roi George,
n'est absolument formee que de havres et
4'anses parfaitement abrites contre la violence de tous les yej^ts*. \e Post. Cox et f 3fr* >
f% JPof# Effingham sont les plus d&ndua g 1788&
et, en meme temps , ceux qui pf^sentent Segtemh^
le plus de s&rete ; et Fon peut conjecturer
avec assez de fondeiaent qu'au nord de
Nootka jnsq&'au cam Sqiz&t - Jaeques?, il y
a des canaux et des havres semblables k
ceux dont j'ai de'yk donne la description*.
Au surplus , cette cote est facilement navigable, tant a cause de la profondeur des
eaux que parce qu'elle n'offre aucun danger*.
J'observerai ici ^ comme une chose assess. lj
remarquable , que , pendant toute la duree
de mon voyage le long de la c6te , je n'ai
pas vu un seul fteuve dont Fetendue me-
rite d'etre citee. De tr^s - petits ruisseaux
Venoient de toutes parts se decharger dans
la mer; ils doient presque tous-formes efe
entretenus par les pluies et par la neige qui
s'ecouloit des montagnes. Nous ne trouvames n^on plus qu'un tres - petit nombre
de sources. Ces diverses. observations et
plusieurs autres encore , jointes aux renseignemens que nous pumes obtenir des*
raturels, me portent souvent k croire que
la terre que nous avons prise pour le con?
&nent d'Amerique, etok une chaine d'iles^
I    m       I    i v'i   -   ' ■ -- m (3ia)
1788.    s©paree dxi continent par des canaux d'unfc
Scptembr. tr&s-vaste etendue (1).
(1) On trouvera cette opinion qni , apres tout, n'est
qu'une conjecture , amplement discutee dans Fun dea
Memoires qui servent d'introduction a cet outrage , at\
l'endroit ou il est parle du voyage du sloup americaint
le Washington, dans l'aulomne de 1789 ; voyage
dont les details n'ont ete connus que loysque j'etois
deja. fort avance dans le recit du mien.
Note de I*Auteur*. (3i3)
CHAPITRE    XXII.
1788.
Septembre
Suite des ddtails sur le district de Nootka.
— Vdgdtaux. —-Prodigieuse abondancc
acmes bonnes
de fruits sauvages.   R
it manger, etc.—Quadruples.—Cerfs.
Renards.—Martres. — Hermines.—
Ecureuils. — Animaux marins. Ra-
leines , empereurs , veaux marins , etc.
— Quelques details particuliers sur la
loutre de  mer.  —- Diffdrentes  espdces
d'oiseaux. Oiseaux aquatiques. ——
Poissons de diffdrentes espices* — Ma-
nidre d'en prendre quelques-uns.— Pep-
tiles. — Insectes. —Mindraux.—Conjee*
tures sur les mines de ce pays, etc.
Xjes productions vegetates du district de
Nootka dont je suis parvenu a. me procurer
la connoissance , ne sont pas en grand
nombre. Je dois avouer, d'ailieurs, que mes
recherches en botanique ne pouvoient pas
s'dendre fort  loin. On  trouveroit, sans / (3*4)
1788. doute, en ce pays, une collection de plantes.
•Sfptsw&r. et d'animaux suffisante pour augmenter considerablement la botanique et la zoologie ^
mais je ne possedois pas les notions neces-
saires pour me rendre utile dans ce genr^
de sciences; egaiement agreables. II en a
ete de moi comme de tous ceux qui se sont
trouves charges d'une expedition dont le
commerce doit Fobjet principal ; c'esfc-a-
dire que , non-seulement il n'importoit pas*
que j'eusse des connoissances dans ces deux
branches de la philosophic 1 majs encore
;queje dusse faire eeder anx intd'ds mercan--
tilles qui nous etoient confi.es , toute recherche qui eut pu etre utile a ces, sciences.
Parmi les arbres qui peuplent les fords?
de Nootka, nous rem.arquames le spruce
noir et blanc , le pin et le cypres. Nous en.
vimes aiissi beaucoup d'autres d'esp^ces di-
v-rses dont la forme et les feuiiles nous
etoient absolument ineoiinues, et dont plu«*
greurs pourroient et e employes avec sue-
ces a la construction des vaisseaux. Le boku
de quelques - wis de ces arbres. se treuva
si dur que ce ne fut pas sans les plus grandsL
efforts qu'on parvlnt a lui donner la forme
eonvenable.  Nous  reaiarqufc>.ea partieu-^
1 ■ '■" Iteyemenfe dans Yentrde du Roi George, au    17S8*
JP#r/ Cox, au Por2 Effingham., que les ar^ Septembr«
bres y croissent en genera] a une hauteur
assez forte pour qu'on puisse en faire des,
ra&ts. de toute mesure._ ||
Sur les iles couvertes de rochers, ainsi
l|ue dans les bois, nous rencontrames a to-ut
instant le fraisier sauvage. Nous vimes aussi
du raisin de Corinthe noir, et; des grose'Ur
liers qui ne>senibloient porter du fruit qu'en
certains epdroits. On y cueille encore un^
gspece de framboise d'un gout delicieux ,
et qui nous parut d'we qualite bien supe-
^i'eure k tous les autres,. fruits de la meme
espece que nous anions manges jusqu'alors.
Elle croit sur un framboisier beaucoup plus,
grand que notre framboisier d'Europe , et
qui n'a point d'epines; mais le fruit e§t si
4dicat qu'u^ pluie de quelques momens
suffit pour le detruire tout-a-fak. Enfin, on
y trouve ai^ssi un petit fruit rouge , as&Qft
semb^able pour la forme, la grosseur et le
gout, a notre groseille , et qui croit $11
gji>ondance sur des arbres d'une hauteuj?
considerable, C'est la nourriture favorite
j§£S naturels, et pendant les mois de juillet
et d'aoiit ^ leur occupation principale doit I (3i6)
17S8.    de le cueillir, ainsi qu'une espece de nrfire
Seprembr. de ronce , rouge et blanche, mais bien plu*
grosse et bien plus savoureuse que le fruit
Jl      sauvage de cette espece que nous avons en
Europe.
A la quantite de fruits a graines que les
naturels nous apporterent, nous juge&mes
que leur  pays  en  produisok une grande
abondance. C etoit pour notre table un mets
de plus , egalement sain et agreable ; et les
matelots mangeoient chaque jour une es-
pece de boudin fait ayec ces fruits. Nous
conservdmes  aussi  plusieurs  tonneaux de
fruits rouges avec du Sucre; ils nous dure-
rent plusieurs mois , et nous furent d'une
grande ressource en mer.
-    Ii croit par-tout a Nootka une prodi-
gieuse quantite de porreaux sauvages.  On
y trouve beaucoup de racines de difFerentes
especes, tres-bonnes a manger : quelques*
unes ont le gout d'epinards  de  mer.  De
plus, quand on ne pourroit pas s'en procurer , on les remplace a merveille par des
tetes d'orties nouvellement poussees, que
les naturels aiment a Fexces : ils choisissent
les plus jeunes , detachent une peau tres-
mince, et les mangent toutes crues. Sur les bords de la mer , nous vimes ug&L
teaucoup de bled sauvage ou pied-d'oie (i). Septembc
Dans les bois, nous appercumes par-tout
la rose sauvage et l'eglantier odoriferant.
L'air en doit parfume. Nous trouvames
aussi Fanthericum qui porte la fleur d'o-
range , et plusieurs autres especes de plantes
dont mon peu de connoissance de la bota-
nicjue ne me. permet de faire ici ni Penu-
meration ni la description. En effet, les divers travaux que nos interds de commerce
exigeoient sans cesse, ne nous permettoient
guere de nous livrer aux recherches et a
Fetude de la philosophie naturelle : mais il
y a tout lieu de croire qu'nn homme ins-
truit dans la botanique, qui visiteroit cette
c6te en ete, y augmenterok de beaucoup
la masse de ses connoissances dans cette
science egalement utile et agr^able.
Nous n'eumes occasion de voir qu'un
tres-petit nombre de quadrupedes; c'etoient
des daims, des ratons , des martres, des
ecureuils et des renards. Les daims que nous
resumes des chefs en presens doient tres-
i ■ miimiwii w.'h)Wiii'-)ii ii,W".<u.'mM»m i""wj
CO Espice d'herbe.
/ 3*      *• y»
•   ,   i    k    -        \ 3i8 )      h A ....
.v4|i"§f# peiits* dials nous en avons vu d'autres cnez
Septembr* eux de Fespece du tenhe, d'une grandeur
extraordinaire > avec du bois sur la tde.
Nous penscms , au reste , qufc ces derniers
> n'y sont pas tr£s - communs : il est constant que > dans toutes hos excursions, nous
h'avons jamais ete assez heureux pour en
rapporter a la maison , quoique ilOus eri
eussions vu et mdne blesse quel qtuls-tins.
Les renards sont beaiieoup moins rares.
lis different singulierement pour la gros*
seur et pour la couleur. Quelques-uns sont
jaiines ; leur.noil est long, la fourrure tres-
douce et d'une fort belle qualite. D'autres
Sont d'un rouge sale; unes fFois'i^me espece
l!st de couleur cendree.
La martre a la plus parfaite ressemblane^
avec celle du Canada (1) , sur-tout par ld
grosseur et par la forme. Mais elle n'esf
(i) Les diverses esp'eces d'animaux qu'on trouve a
Nootka sont absolument les memes que ceux qui peii-
pient les fbrets de FAmerique septentrionale ; la tem-
..^efature de ces deUx climats etant £galemeiit firdlde >
les animaux a epaisses fourrures dojyyent s'y rencontrer
en egale quantite.
"Voici ce que dit le pere jDucreuib^ dt$  forets dm mm      ■. . ■ 7 -
point aussi noire, et la fourrure "n'e'n est    vj%%.
pas aussi precieuse que.celle des animauxScfafei^inV
,.., ,i-
'Canada 5 dans son His'toire de la ^Mou'veile-IVance i
tx Magna ifl siwis qtiadrupeduiti c6jjia. Qu&$ amoian-
tes nemora habent nostratia , easdfcm a^iid eos foleras*
l|He reperias : accedimt cdmplures quibus caremus, iii-
signiores   . $
Nee desunt animantes aliae qua'rum pelles vel ad ves-
titum adhibeairt , vel aliis mercimoniis permutent §
ursi, lupi marini#, lutree , ex mustellarum genere es©
qugfe martes dicuntur \ adipemque et nervos et ipsa adeo
Viscera indidemque-expressum oleum scite in varios
vitse usus verturlt ?>.. Hi&toriaie Canadensis libro
primo f pag'  5 i .
J'ajouterai les details que nous donne /. Iiong dans
$es Voyages que j'ai deja cites g
a Le pays abonde par-tout en animaux sauvages■. Oh
j trouve sur-tout Fours, le re^ne et autres especes de
€aira , le castor , le lyitx, le rehard , Fecufeiiil, le
p&cheur , la loutre , le martin ? le chat sauvage , le
raton , le ioup , le rat musque, etc. On n'y rencontrfc
guere que quelques habitans sauvages, errant d'un lieu
a Fautre pour se procurer de quoi subsister , se nour-
iissant des animaux qu'ils tuerit , excepte du putois
au'ils ne mangent jamais, a moins qu'ils ne soient en
proie a une faim deVorante x>. Voyages chez diffdrentes nations sauvages de VAmerique sepfentrionale^
$r$$uj$s d© Fanglois de /. Long.
Note du XrauucteuTi (Sao | '
^788. de la mdne espece apportes de ce dernief
Se^tembr. pays. II y a aussi a Nootka une autre espece de inartres dont le poil est si rude
que les naturels ne font que tres - peu de
cas de leur fourrure, si toutefois elle a pour
ijl&eux quelque valeur.
L'hermine est tres-rare : eelles que nous
vimes doient de couleur tirant sur le jaune;
aucune n'avoit cette blancheur eclatantequi
les fait si fort rechercher en Europe.
II ne nous parut pas non plus qu'il y eut
a Nootka une grande quantite de ratons ni
d'ecureuils; les premiers sont aussi doux que
ceux de FAmerique orientale ; les seconds,
plus petits que les dureuils d'Europe, n'ont
pas la couleur aussi brillante.
Pendant le temps que nous passames sur
la cote, nous ne vimes que deux peaux de
castor ; mais elles etoient les deux plus
belles fourrures de cet animal que je me
souvinsse d'avoir jamais vues (1).
(1) Cet animal si industrieux est trpp connu pour
que j'en entretienne ici le lecteur. Je me contenterai
de rapporter quelques particularites qu'on trouve dans
les Voyages de /. long, k Panicle ou il £a"rie des
Les I-" 1MH
Les natiarels nous parloient souvent '-des    1788.
ours de leur pays. lis nous donhoient a en* Septembr*
tendre qu'il y en avoit un grand nombre
dans les fords, qu'ils etoient d'une nature
tr^Srferoce, et qu'ils leur livroient quelquefois de te^ibles combats. Mais nous n'eumes
jamais ,Je bonheur d'ta  voir un seul ; et
quoique plusieurs de nos gens sortissent de
temps a autre pour alier a la chasse de
Pours,, ils revenoient toujours au logis sans
mt     '
divers a-nima'ux qu'il a vus dan's FAmerique septen-
trionaie.
« Le castor ^ dit - il , est un ahimal Curieux , ittais
tant d'auteurs en ont fait la description que je me bor-
atierai a dire ce dont je crois qu'ils n'ont pas parle. On
Fe voit 'rarement pendant le jour : il quitte son habitation apres le coucher du soleil, et sort, soit pour tra-
yaillel" , soit pour  chercher sa rio'urriture. Ii  choisit
«ussi ce monfeiit pour se baigner. Mais la singularity
la plus remarquable de *Mt animal est qu'il laisse toujours  reposer   sa queue  dans   Feau afin  d'empe'cher
qu'elle  ge^deyienne roide.  Sa chair est tres-bonne ,
soit bouillie , soil rotie ; mais la meilleure partie c'est
la queue :».   Voyages chez   differentes nations sauvages de l* Amerique septentrionale,  traduits de /.
Long, chapitre VI j pages 78 et 79.
Note. du Traducteur*  *%
Tome IL X i
( &Z2   )
1788. avoir eu au moms la satisfaction d'apper*
Se.ptsmbr» > ce voir quelques-uns de ces animaux.
Les animaux dont il vient d'etre parle
ci dessus sont les seuls qui soient parvenus
a notre connoissance. Mais il est plus que
probable qu'il y en a plusieurs autres es-
Bp peces qui habitent les fords de ce pays. Nous
remarquaines, en effet , des pelleteries qui
servoient a Phabiliement , a la parure , ou
a Farmement des naturels, et qui devoient
avoir appartenu a des animaux que nous
n'avions jamais vus. Ii seroit cependant
possible que les naturels se les fussent procurers par la voie de Fechange en trafiquant
avec les tribus dont on peut presumer que
les parties intdieures du pays sdnt peuplees.
Les brebis de montagne, quoiqu'habitant
la partie septentrionale de la cote, ne vont
pas aussi loin dans le midi que jusqu'au
district de Nootka. Au moins n*^VHnes«*
nous jamais ni de leur toison rii de leurs
cornes, dont les Indiens de Yenfrde du
Prince Guillaume et ceux de xl^rwiere de
Cook font si universellement usage.
Les cotes de la mer. en ce pavs>,.sont
peuplees d'uii  $$&$. nombre   d'animaux gr
I' W^M I
inarms , tels que les baleines dont oii^roiive 1788.
les deuji especes ^ sa^fe' -%elle; des baleteis S^ptembr*
4 cotes , et celle des spe£tea>c'eti ; les gram*
puses, les marsouins ht^s"Mlbtancs,les batf.
feurs, les veaux marins, les lions demer^l
les yaches marines, la loutre de rivideegigk
plus que tous les autres animaux, la loutre
de xaer$tf'
Pendant Jfe^>iOrs^i^liOUs faisions voiles
le long de fe Cote , nous vimes des baleines
comme par troupeaux, et fumes quelque^
Ifcis temoins des horribBBsT^Smbats ^qui se
livroieht entr'ttleS,Femperet|iet le bafreur.
Ces moraffiresctremplissoi'ent Fair du br&&
^e leurs^effrpyables chdcs. Dans la chasse
de la baleiiib ,rdes^4latllr^is prefdent les pe*-
4*ates qui ont Wtte croupe stir le dos, coifiSie
i£tant .* lesBplus faciles |P tuiir. lis atta^feenft
par la meme raison le lib-he de mer% l-k
iMNlL - T y -.   } ■ jg-      7:7 .  ee p:
vache marine, La qiM-h-rke prodi£ieus% db
veaux jnarinseque noiis appercumes de tous
cotes^efes Mnd^un%-proi^^r^S" facile pour'F^s
aiaturei& que regarde^t 3fe-nr cfiair comnSb
fane noiirritiiife dsell51e?«se. lis ont la'p^au.
de couiedi«ia#^enteer, taldhdM^de''nfcfr;:l?8t
3je poil eniest^tre^*tM^'^^^^P^P 178$. La chair de la vache de mer et celle dtf
Septemfer. Hon marin passe pour etre extremement
delicate ; on la prdde meme a celle de la
baleine. Mais Fun et Fautre sont rares vers
Je xuidx. Pius au nord, on en trouve une
grande quantite.
^Js«$lnombre de ces animaux que les naturels detruisent pour s'en nourrir, doit dre
considerable^JLe marsouin et la grampuse
semblent etre exceptes , jusqu'a un certain
point, de cette destruction generale , n'etant
pas £-a beaucoup. jpres , aussi estimees sous
le double rapport de4 la parure e£_de Futi-
lite. Mais quelque communes que puissent
«e&ae les baleines dans le voisinage de Nootka,
ce n'est rien en comparaison. de la grande
quantite qu'on trouve de ces niemes animaux sur la partie septentrionale de la cote.
II est certain que ces monstres. maribs se
gjlaisjnt en general dans les climats glaces.
La loutre de mer habke, je< crois , toittes
les parties de la cote nord-ouest d'Amdrique, depuis le 3oe jusqu'au 60J degre de
latitude nord. La fourrure de^-ce^Cjanimal
jfstda plus riche qu'il y ait dans lelmonde.
Elle est dun noir £e jais, f£ d'une beaute : ■ ■ f    r,  ' (32.5) . '^£ .     S
admirable. La chaleur singuliere qtfelle 1788.'
procure en fait un habillement tres-pre-'Septemb.iV
cieux pour les habitans des pays froids.
Consideree seulement comme parure , elle
a le plus bel eclat, et, arrangee ayec un
certain appret, elle le disputeroit a Flier-
mine eblouissante du manteau royal.
La loutre de mer n'est pas fixee exclusi-
vement sur FOcean qui baigne ia cote
d'Amdique. Cet animal frequence la cote
du Japon et celle de Chine , principalement
dans la mer Jaune , et dans le yoisinage de
Coree ; mais je n'ai jamais entendu dire
qu'on le trouvat plus loin au midi. La nature semble Favoir forme pour viyre dans
les pays froids : aussi les habite t il de preference. Avec Fadmirable fourrure dont elle
Fa revetu , il peut soutenir la rigueur des
hiyers les plus rudes. II y a, toutefois, quelques endroks particuliers 011 ces animaux
se rendent en troupes , attires par le grand
nombre de poissons qui les frequentent, et
dont ils font leur nourrkure.
I>a loutre de mer , comme la loutre de
rivide , est amphibie par sa nature. Mais
son dement*particulier est la mer. On l'^g-
X3
»«ss v I 32$ )
xf8§.    per^oit quelquefois   a plusi§ujs lieues de>
Spptemhr. term, endormie sur le dos , a la surface
nieme de Feau, avec ses petits couches entre
ses mammelles. Comme ils ne peuvent na-
ger avant d'avoir quelques mois , la mere
a, saris doute , un moyen particulier qu'il
seroit curieux de eonnoitre, de les porter.
sur la mer et de les rapporter a terre dans
la retraite cachee qu'elle s'est ehoisie , ou
dans les cavites profondes de rochers qui
avancent dans la mer. Ce qu'on sait par*
fakement, c'est qu'elle^ dort avec ses petits
sur ses mammelles, et qu'en nageant, elle
les emporte sur son dos; et si, malheureu-
sement elle est attaquee par les chasseurs,
la mde et les petits meurent toujours ensemble. Comme elle ne pourroit se resou-
dre a les abandonner dans le moment du
danger, ils ont tpus le meme sort.
Les poumons de cet animal sont faits de
maniere qu'il ne peut rester sous Feau plus
de deux minutes, et qu'il est oblige de revenir k la surface pour ne pas perdre la
respiration. Cette circonstance particuliere
donne a ceux qui le poursuiyent un grand.
avantage sur lui. Cependant la meryeilleusfc:. #■
( 3^7 )
Llegerete avec laquelle il nage , dejoue tres-    I78$..
$ouvent les   mesures  du   chasseur le plus Septembr.
habile.
La nature a pourvu la loutre de mer de
moyens puissans d'attaque et de destruction. Ses griffes de devant sont comme
eelles de la loutre de riviere , mais beau--'-
coup p'us grandes et plus fortes. Ses pattes
de derriere sont garnies d'une membrane
sur laquelle il pousse, comme sur ses pattes
gde devant , un poil epais et rude. Sa gueule
est armee de deux ranas de dents formida-
bles. Aucun autre animal marin carnivore
ne les a'plus fortes , si ce n'est le goulu de
mer.
La beaute de la fourrure varie suivant les
differentes gradations de la vie. Les petits,
,ages seulement de quelques mois , sont converts d'un poil blanc long et herisse , qui
protege et conserve le beau duvet qui est
dessous. Les naturels arrachent souvent ce
poil. rude, lorsque la fourrure quil cachoit
commence rji etre d'un beau brun, et a
devenir velouiee. A mesure que Fanimal
avance en age , ce premier poil tombe , et
la fourrure devient n^iratre, mais ne re-
r-' *'"
m ;.'       ( 3aS) -»  "
17 88. pousse jamais plus longue. Lorsqu'if est par-
Septembr. venu au dernier terme de sa croissance, il
prend une couleur noir de jais, et sa beaute
augmente encore ; la fourrure devient alors
plus epaisse, et est legerement entremeiee
de polls blancs. Enfin , quand il a passe le
temps de son plus bel eclat, et qu'il commence a devenir vieux, sa peau change de
couleur : elle tire sur le brun obscur, et
consequemment elle diminue de valeur.
Voila ce que j'ai pu reeueillir de plus
certain sur cet animal cuMeux et d'un si
grand prix ; car il me seroit impossible de
decrire les differentes especes de peaux de
loutres qu'on vint nous proposer a acheter.
D'apres Fetonnante variete de couleur que
nous remarquames dans la fourrure qui
change par degres du brun de ch&taigne an
noir de jais, il est tres-difiicile de determiner d'une manide bien precise Pepoque
de sa vie oil il atteint sa plus grande perfection. D'abord, nous criimes de bonne
foi que ces peaujg doient eelles de diffe-
rens animaux, ou de diverses especes de
loutres de mer : mais nous parvmmes en-
suite a decouvrir ce que je yiens de rap- i:' (3a9 > ■    j l. . _ f.
poster sur les changemens prdgressifs que 178&
subit cet animal, et par lesquels il arrive aSeptembrt
sa plus grande beaute ; peut - dre aussi la
reunion d'autres circonstances contribue-
t-elle a accelerer ou a retarder 1'epoque de
son entide perfection. Je suis porte a croire
qu'il change tous les ans de fourrure, soit
en depouillant Fancienne, soit en en pre-
nant une nouvelle; je pense, en outre, que
la peau de cet animal est susceptible d'e-
prouyer des changemens considerables par
les variations des saisons. Nous remarqua:-
mes effectivement que la fourrure des loutres tuees l'hiver etoit d'un plus beau noir,
et, sous tous les rapports, d'une bien meilleure qualite que celle des loutres qu'on
prenoit Fete ou Fautomne.
. Les Chinois qu'on doit regarder comme
les meilleurs juges de ces pelleteries , les
classent sous huit ou dix denominations ,
et fixent pour chacune un prix proportionne
qu'ils ne nous laisseroient jamais discuter
dans les echanges que nous faisons avec
eux. Comme trafiquans de fourrures, ils ne
se sont pas forme une haute opinion de
nous, et peut-etre ont-ils eu raison.
*i
m
m
m
MSB?)
fi5i-Vl - i :|c33°) • "
*7SS.^j Le m&le de la loutre est, sans compa-
Septembr; raison, infiniment plus beau qtje la femjjite.
II est facile a distinguer par un noir de jai^
beaucoup plus eclatant , ainsi que par le
veloute de sa peau ; tandis qu'au contraire ,
le poil dont la femelle a la tete , la gorge
et le ventre couverts, non-seulement est de
jcouleur blanche , mais encore d'un tissu
tres-rude et tres-grossier. Les fourrures les
.plus estimees sont eelles ou le ventre et la
gorge sont parsemees en beaucoup d'en-
droits, d'un poil brillant et comme argente,
et le ventre couvert d'un poil noir tres-
^pais, d'une extreme beaute , et dont le
lustre ne le ced.e point a celui de la soie.
II est certain que , dans cet etat, la peaii
de loutre de mer peut fournir un habillement mille fois pies beau , sous tous les
rapports, que celle d'aucan autre animal
connu.
On pretend a la Chine que les peaux des
loutres qu'on prend dans les mers de Coree
ou du Japon sont bien supdieures a eelles
de Russie ou de la cote nord-ouest d'Ame->
rique.
Comme ces animaux parcourent par trouf? M (331} '^ -;
pes nombreuses toutes les partie^ de la cote :e*g8&.
d'Amdique, les naturels peuvent les attra- Septemb^
per sans beaucoup de peine. Non-seulemenf
ils trouvent dans la peau de la loutre une
parure magnifique, et un v dement qui les
protege contre l'aprete des froids de leur
climat; mais la chair de cet animal leur
fournit encore une nourriture excellente , et
qu'ils aiment de preference a toute autre.
La loutre de mer differe de la loutre de
rivide ou capucca, ainsi nominee par les
habitans de Nootka , et qui est la meme
que celle du Canada. Elle est de beaucoup
supdieure par sa forme, sa grosseur et sa
fourrure.
Les diverses especes d'oiseaux qui fre-
quentent la cote d'Amdique ne sont pa;%
tres-multipliees. Nous y vimes la corneilie ,
la pie, la griye , le grimpereau, le roitelet,
le martin-p^cheur , Falouette de terre ordinaire , le pluvier, le faucon , et Faigle a tete:
blanche. Nous appercumes aussi quelquefois , mais tres - rarement, le pigeon ra*
mier.
Les oiseaux de mer s'y trouvent en plus
grand nombre. Ce sont les mouettes et les
m
{Mil ( 3oa )
iySB. shags (1) ordinaires ; plusieurs especes dif-
Septembr. ferentes de canards et de plongeons ; le per*
roquet de mer, et beaucoup d'autres dont
les noms ne nous doient pas connus.
On peut se procurer, tant sur la cote que
dans les entrees ou havres, une quantite
prodigieuse de poissons , et entr'autres , le
halibut, le hareng, la sardine , le breme
argente , le saumon , la truite , le cod> le
poisson a trompe, le goulu, le chien de
mer , la seche , et beaucoup de poissons de
rochers. Nous en vimes cle toutes ces especes chez les naturels qui les avoient at-
trapes. II y a encore, selon toute appa-
rence , un grand nombre d'autres especes
qu'on ne peut pas prendre avec le harpon,
seul instrument dont les naturels se servent"
pour la peche, et nous n'avions ni ligne/
ni filets.
Au printemps, les harengs et les sardines
arrivent par troupes sur la cote. Le hareng
a sept ou huit pouces de long ; il est, en
( i )   Par ce nom les Anglois designent un oiseaii
de mer dont j'ignore le nom francois.
Note du Traducteur. 71    '       '■ ( 333 )
general, plus petit que celui qu'on pren^ i7g&
dans les mers d'Angleterre. La sardine res- S^pteaafej
semble a celle du Portugal. C'est un inane
ger ddicieux. Les naturels les preniient ici
par milliers. lis en chassent^iine- grande
jquantit4 dans les petites ;anse-s-- et vers les
eaux basses, ou se tiennent dans, des canots,
quelques hommes occupes a agj^er l^gau |
tandis que d'autres font couler Afp^d des,
branches de pin avec des piejaj^s. Le ppisr
son devient alors tres-facile a prendre, et
ils le recueillenudans des^aquets de bois
ou dans des corbeilles d'osier. Nous avons
vu les naturels en rapporter des provisions
si considerables que tout un village ne suf-
fisoit pas pour le nettoyer ayant qu'il com-
mencat a pourrir. Lorsqu'Ut,ja*..sjibi cette,
operation^ on le place sur des .baguettes ,
on le suspend par rangees, et a. une cer&t
taine distance 9,&xx dessus du i feu des ca-.
qu'il est assez sec , on FembaUe avec beajfr-
coup de soin clans des nattes,ret onie met
eji reserve comme une partie .eJLun^^axu^
toes -cpnsglesafl^l^.. de la nrpyision d'hiver^
#&?nfe»de )uiA#«
*m m
(334) I
"$$$8. se peche la sardine. A cette epoque, quel?
Sepiembr. qUes - uns des naturels se postent sur des
eminences choisies a cet effet, pour vol?
arriver le poisson dont il est tres-facile de
reconnoitre Fapproche a Fagitation singu-
liere de la mer. Tous les autres s!embai&
quent alors dans leurs canots pour allet
commencer la pe'che. Ils prderent la sardine a toute autre espece de poisson , ex-
cepte le saumon.
Le saumon se peche dans les mois de
juillet, d'aout et de septembre. II n'abonde
pas dans ces mers comme les autres pois*
sons ; mais il est d'un gout exquis. On le
coupe en deux, on le pait secher, et on
Fempaquete de la maniere ddrite ci-des-
sus ; les nat&rels le regardent comme un
manger tres-ddicat. Le saumon du district:
t%eJlISfojotka est tres-different de celui qu'on
pe'Che vers le riord. Ce*dernier est d'une
espece bieir tnrerieure; c est le meme que
celui du Kamstcnatka.
SP endaiEt le*sejour que^llclusTames k Yen*
' x
tfdd^jdu Rcii (George, nous vimes tres-peu
de gouluf de'mer et de halibuts; mais ie ( 335 )
meilleure qualite. On Fapprete, comme les    17$?*
autres poissons, pour la provision d^hiver. Se$kemfaffV
Nous trouvames ici le happeur rouge^j
mais il n'y etoit pas commun. Nous appercumes aussi de temps a autre la srande
sic he que les naturels ont grand plaisir a
manger toute crue.
Les moules sont tres-grosses. Elles reii-
ferment une petite perle qui ressemble a
une graine , grosse a peu - pres cptnme la^.
tete d'une epingle , tres-mal conformee, et
nullement transparente. Nous vimes aussi
des oreilles de mer, des pdonclesydiyerse-sv
especes de moules, des poissons etoiles, et'
plusieurs autres productions marines en
abondance. Le petit canere de mer est excellent a mangdvOn en trouve une grande
quantite dans ces, mers. e, ;£a
Les rep'iles de cette contree se bornent
[dm moins -autant;que j'ai pu etgiidF^ tne*9
eOniibissanceis eWee genre) a Ju|^,®Bli|JI'i¥^
pent de couleiir Brtiiie s Ion2; d'enySron dfSf-
[Edit pouces. et qui fait d^slfuWItentend li
moindre bruit. Nous n'en decpuvrimes point
d'autres dans nos jfrequentes excursions a]$
nnjieu des.boisv ^i&si, on peuMes |r##^ ( ooo /
1^88.    ser sans crainte de rencontrer ces dange*
Septembr, reux et venimeux reptiles qui infestent la
pay tie orientale de FAmerique ( 1 ). Mais
X
, (1) Le lecteur trouverav peut-etre avec plaisir ici
quelques details sur les serpens qui habitant 1'Amerique
septentrionale. lis sont tires de ma traduction des
Voyages de J. Long. Quelque suspect que je puisse
paroitre d'une certaine complaisaace pour mon outrage , en le citant aussi souVent, je ferai remarquer
que c'est le voyageur lui-m£me que je cite, et non pas
moi '. au surplus, mon excuse est dans Futilite des
observations de tout geare dont il a enrichi le journal
d[e ses voyages. Voici done les details qtrjil nous donne
sur plusieurs especes de serpens de l'Amerique septentrionale.
u Pendant mon  sejour  pies  du lac Schaboomoo-
chooine, je  vis  une grande  quantise de seitiens. T0ii
jour entr'autres que je me promenois dans les uots,*je'
decouvris un de ces reptiles sous l'herbe -; au moment
ou je l'appe^us je coupai un long baton, et le laissai
tomber tout r«loucement sur la  tete du serpent \ il se>.
remua sur le chainp et je pus entendre distinctement ses.
sonnettes. Tandis que j'observois le briHant de ses cou-
Teuit qui etoit d'une beaute au dessus de toute expression, il se reptioit en cercle comme une corde pour se
lancer autcfclr de moi ,^eela m'av&l&flsdu danger que f£
courois j je saisis le baton par la pointe ? et lui laissai
on ..*.' ...      <337)
on y est assailli d'epaisses nu^es de mos±    ty
quitos qui sont trd- incommodes pour les Septembr; f
tomber le gros bout sur la te'te ; la force1 du coufi
l'etourdit 5 je profitai du moment, le frappai de nouveau et le tuai. Je le mesurai ensuite , et trouvai cm©
sa longueur etoit d'au moins cinq pieds et demi , et la
partie la plus grosse d'environ quatre pouces de circon-
ference 5 il avoit neuf sonneltes a la queue, ce qui ,
selon les observations generates , annoncoit qu'il avoit
neuf ans. Je ne crois pas cependant que ce soit un
grand.motif de certitude : car, on ne sait pas au juste
en quel temps la sonnette commence a paroitre."
» La chair de ce reptile est delicieuse , et j'en ai
iouvent-mange avec grand plaisir. ^'ai vu les Indiens
JL'empoifionner avec du jus de tabac.
» Tandis que j'en suis sur cet article , quoiqu'il ne
soit pas tout-a-falt de mon ressort, je me permettrai
quelques remarques sur le serpent poule-d'eau et sur
le serpent d'eau noir,.
•» Le serpent poule-rd'eau est plus long que le serpent a. sonnettes. II a des bandes sur le dos , une pointe
au bout de ia queue, recourbee comme une ancre, et
un double rang de dents dans chaque'machoire. II
■mknd son nom de sa voix qui ressemble au cri d'une
poule sauvage. Au Mississipi, il se nourrit de ri« sau«
yage qui croit a travers les longues herbes 5 il porte s4
tete le plus souvent droite , jette un cri semblable *\
ielui de :la: poule pour at&rer cette derniere : qu
Tome IL iPl-''      %      ' { 338 )        '.    %
xf&2.    naturels (1). Nous vimes encore des p^ll-^
?ptembr. locS  de   diverses   especes*   Quelques - uns.
doient  d'une   grandeur extraordinaire  et
-*s~
l'oiseau approehe, le serpent lui lance sa queue dans le
corps , et en fait facilement sa proie.
>? Le serpent d'eau noir est employe par les Indiens
lorsqu'ils vont a la guerre. Ils lui arrachent les dents ,
tfouent sa tete et sa queue ensemble , et se l'attachent
autour du corps, ce qui le fait bient6t mourir. Ils s'en
debarrassent chaq :.e soir, et se le remettent tous les ma-
tms"». Voyez ma traduction des Voyages de J. long,
xhapitre XV, pages 285 et 286.
Note du  Traducteur.
(1) Voici ce que dit de ces mouches importunes le
x^bustier Raveneau de Ltissan , qui traversa en 1688
I'isthme de Panama en revenaAt de la mer du Sud.
a Quand les Indiens du cap de Gracias a Dios sont
pris du sommeii , ils font un trou dans le sable ou ils
se coucheat, et ensuite ils se recouvrent avec le meme,
sable, ce qu'ils font pour se mettre a Gouvert des in-
sultes des moustiques, dont Fair  est le plus souvent
-fput rempli.   Ce sont de petits moucherons. qu'on sent
pluto.t qu'on ne les vpit, et qui ont un aiguillon si piquant et  si  venimeux , que lorsqu'ils  l'appuient  sur
vquelqia'un | il semble .que ce soit un dard de feu qu'ils
■y lancent.
■ >&. Ces pauvres^gatns-soiS-si tourmentes de ces faclieuac (339) 1     |-
d'une rare   beaute.   L'abellle, la mouche    i7sg,
commune,  et  les  differeptes  especes  de Septembr,
teigne   se   trouvent   en   grand   nombre   a
Nootka. Ce sont les seuls insectes que je
me souvienne d'avoir vus sur la cote nord-
ouest d'Amerique.
Quant aux mineraux de ce pays, nous
n'en pumes gude juger que par les diffe-
rentes sortes de mine que nous trouvames
chez les naturels ; et d'apres ces echantil-
Ions, je suis tresporte a croire qu'ils sont
d'un prix infini.
Les blocs de cuivre pur malleable que
nous avons vus entre les mains des naturels , ne nous permettent pas de douter qu'il
n'y ait des mines de ce metal clans le voi-
sinage de cette partie de la c6te nord-ouest.
On nous en presenta une fois un morceau
qui paroissoit peser environ une livre , et
au travers duquel on avoit perce un trou
j&£H
- 95S
m
insectes quand il ne vente point, qu'ils en devienneifl*
comme lepreux »,
yoyez les Etudes de la Nature de Rernardin de
Saint-Pierre, tome III, etude 12, pages j5 et 76.
Note du Traducteur^
Ya
J %j%$.    assez grand pour y placer un raanche afin
Septenibr. d'en faire un marteau. Nous demandames
k 1'h.omme qui en etoit possesseur d'ou il
le^tepok.  II nous donna a. entendre  qu'il
. I'a volt .recu en echange de quelques naturels qui habitoient plus au nord. Nous
avons vu aussi quelquefois des colliers et
une espece de bracelets qu'on placok au-
tour du poisnet, et qui etoient du cuivre
le plus pur. Rien n'annoncoit qu'ils eussent
appartenu a queltpi'Europeen.
Les naturels fabriquent une espece d'ocre
rouge ,  grossiere , pour  se  barbouilier le
. corps, et sur-tout le visage. II est probable
que cette ocre contient des particules de
metal. Nous remarquames aussi qu'ils se
servoient d'un fard noir pour se peindre
le corps. Par dessus ce fard , ils eparpil-
]oient une poudre brillante dont 'ils fai-
soient beaucoup de cas ; au premier coup-
d'oeil, nos matelots la prirent pour de For.i
Lies naturels la tiroient d'un lit de rochers
d,e couleur blanche au fond d'un petit ruis-
seau. .Elle couloit en veines , avoit le plus
•l*ftB^irt#8elat, et la me*me couleur que For,
JEn brisant ui morqeau du rocher, ces par- -   e f . '(34*) . ; :& •; . 1   ..
ticulel&hriltantes disparoissoieStf^ta 'croftfe 17&&3
qui restoit etoit noire et sails consistence; Septembr,
mais , reduite en poudre fffexTe pffenbifi e-
clat dont Jj'ai parle, etpoftnoit ForWeriie'rlt
dont les nabitans de JV^o/fe^firoient ie plus
de vanite. Sir Francois Drake parle de' cette
poudre dans les ddails «rtp^fl nous a Bonnes sur la Nouvelle I AlBton-FMais -J^iTtFii
point de notions assez etendues en mirf^a-
logie pour presenter ici quelques observa*
tions sur cet article.
Nous vimes aussi plusieurs morceaux de
crystal de roche , octogoiies , d'un transparent tres - clair, et que les naturels por-
toieut autour du cou comme une parure.
Ils avoient presque tous sur eux un petit
morceau de verre de Moscovie auquel ils
attachoient le plus grand prix.
Comme je ne suis parvenu a me procurer qu'une connoissance tres-imparfaite du
district de Nootka , on ne doit pas ajouter
une entide confiance a mes conjectures
sur- ce qu'il peut posseder de niindaux.
Ce qu'il y a de bien certain, c'est qu'au
mois d'aout 1789 , les Espagnols qui, plus
que tout autre peuple, possedent le tact
Y3
H
us
Rig
ST
t£jP
I
m
..
M
m
M ij$8. necessaire pour trouver les richesses ren-
Septembr. fermees dans les entrailles de la terre, our
vrirent une mine dans une ile , nominee
VXile du Pore, et situee dans le havre de
Yanse des Amis , dans Yentrde du Roi
George* Leurs ouvriers resident constani-
ment a Fouvrage; eux seuls et les soldats
preposes a la garde de File pouvoient eu
approcher.
Fin du second Volume.
;je: APPENDIX
DE CE  SECOND VOLUME.
N°.   I I I.
Instructions donnees par le Capitaint?
Meares , a M. Robert Duffin , premier
Officier de la Felice , charge d'alter
reconnoitre. les Detroits de Jean de^
Fuca 41).
■ ^1
Monsieur,
••sm
V o u s avancerez  avec la chaloupe  au midi de  ee
port, pour faire le commerce des fourrures avec   les
(1) Le lecteur se rappellera l'expedition confiee a Robert
Diigin pir le capitaine Meares, et l'evenement qui trouble
les recherche* de cet • officier. Ce n°. Ill des-pieces justifi-
catives correspond au chapitre XVI de fouvrage. Le capitaine Meares a oublie d'y renvoyer le lecteur, en parlati£ I.      ( HA)        ;     |;| ,
naturels. Je vous ai approvisionne, a cet effet, d'unft
quantite suffisante d'artdcles de trall^;^ous;:;:e^tes aujourd'hui si fort au courant de ces sortcs d'expeditions,
qu'il seroit supErflu de y6us donner aucunes instructions stir Ia conduite que vous devez tenir.
Comme j'ai la confiance la plus enti&re dans votre
prudence ,' j'espere beaucoup que vous visiterez avec
succes les nombreux villages situes le long de la c6te
qui conduit aux detroits de Jeanr-de Fuca. Vous
avancerez dans ces detroits tant que vous y trouverez
d s habitans , ou que vous cotnpterez vous y procurer
des fourrures ; et comme j'ai idee qu'une nation eloi-
|jiiee habite le haut de cette mer , il-importer oit heau—
coup que vous allassiez la -reconnoitre, de maniere
cependant a ne pas retarder essentiellement votre route
vers le midi, sur-tout si vous avez le bonhteur de trou-
ver urrp-rt.
En quittant ces detroits , vous gagnerez- Pile de
Tatootche , et les villages situes le long des cotes vers
le midi. Je pense d[u"*il sera prudent d'eviter Queenhythe.
Si le temps et les vents' sont assez favorables pour
Vous per mettre de gouverner sur la baie que nous
avons nominee bale de Shoal-Water, il seroit fort infer essant de vous assurer s'il y existe une autre nation ?
distincte du peuple de Nootka; il vous sera plus facile
des instructions qu'il donna ^ui-niSme a Rohert Duffin. Ces
instructions sont curieuses ^jcoiuioitre, ainsi que le journal
que cet officier a dr§&se de son court voyage. II forme le
K°> suivant.   Note du Traducuur* (345)
*le tenter si cette baie ou quelques places voisines oni
assez d'etendue pour recevoir des vaisseaux.
Comme il est impossible de prevoir tous les evene-
»ens qui peuvent vous arriver , je n'ai rien de mieux;
a faire que de m'en rapporter en tout a votre prudence.
Je voms recommande parti culierement de vous tenir
«ans cesse sur vos gardes ; que vos armes soient toujours en bon etat, et a l'abri de I'humidite. Ne mouil-^
lez jamais la nuit dans le voisinage d'un village considerable , ou de quelque partie trop peuplee de la cote.
Je vous engage , par dessus toutes choses, a. eviter toute
espece de querelle avec les naturels 5 que 1'humanite, la
bonne foi et la droiture qui ont toujours ete jusqu'icila
base de vos actions , soient encore la regie de votra
conduite dans les diverses relations que vous pourress
avoir avec eux. Vous avez ^je crois , le cceur trop
genereux pour souffrir jamais que quelqu'une des personnes placees sous vos ordres se permette d'insulter
et de piller, par cela seul qu'elles seroient sans defense , les nations sauvages avec lesquelles vous aurieaL
auelque communication.
Vous prendrez possession de ces detroits et des terre*
adjacentes, au nom du roi et de la couroime d'Angle-
jfcerre 5 et vous essaierez de faire entendre aux habitant
que vous serez bient6t de retour pour consolider le*
trails d'aliiance ou de commerce que vous auriez pu
£aire aveG eux, et^pour lesquels je vous donne ici tout©
1'a-utorisation necessaire.
Ayez soin , je vous prie , de tenir un journal de
votre expedition ; dressy un« esquisse de« terre* que
M
1
v I ■-■   (346)
vous verrez , et recueillez toutes les remarques qui s#
seront presentees a. vous.
Je me propose d'attendre votre retour dans ce port.
Si, cependant , quelqu'accident imprevu me forcoit k,
le quitter , vous avancerez vers Nootka ou vous vien-
drez me rejoindre.
Je vous souhaite un heureux succes , et demeure y
Monsieur , tres-sincerement,
Votreu, etc.
J.  Mea3.es.
A bord du vaisseau la Felice , port
-Effingham, i3 juillet   178&
N°.    I V.
Copie du journal de M.  Duifin (1).
Le i3 juillet 1788 , je quittai le vaisseau avec Ia
chaloupe bien armee et bien equipee. Ma destination
(1) En consequence des infractions qu'on vient de lire,
Robert DuffLn tint un journal exact da son expedition, a
par-rir du moment ou la chaloupe qu'il commandoit quitt*
l&sFegce. C'est c& journal qui forme le n°. TV. II est d'au-
tant, plus interessant pour le 1 :cteur, qu'il lui presentera ,
mieux encore que le recit abrege du capitaine Meares, les
derai|s de la rencontre 011 cet offici r e: son petit equipage
jre-nserent perir vicumes de ia feroce mo'eire des naturels.
. ™ Note  dit Traducteur. i (347)       ML
etoit d'aller vers le midi pour faire le commerce dtS
fourrures , et reconnoitre ia c6te. A huit heures du
matin , nous mimes a. l'ancre dans une baie, fond de
-sable, a. peu de distance du vaisseau, pour raccommo-
der la chaloupe. A onze heures, je quittai cette bare,
apres avoir fait cuire quelques viandes. Le journal ou
registre de cette journee , ne comprend que douze
heures et finit a midi.
Le 14. Le vent etoit de sud-est. II ne cessa de
pleuvoir. A cinq heures , nous mouillames dans une
Jbaie , fond de sable, en face du village dJAttah. Flu*-
sieurs canots vinrent bord a. bord de la chaloupe. Mais
nous ne vimes point de fourrures* Nous acheta&ies des
naturels qui gouvernoient ces canots quelques peaux
de hurst et une petite quantite de poisson^ Nous leur
donnames en ecnange des grains de: verre. Ces naturels
se comporterent loyalement, et ne nous laissererit point
entreyoir 1'intention de commettre quelqu'exces. Au
Coucher du soleil, je fis tirer un coup de mousquet ,
coriime pour les avertir de ne point approcher de la
chaloupe pendant la nuit. Avant midi , le vent etoit
de l'ouest , et le temps tres-couvert ; a cinq heures ,
nous appareillarues, et courumes sur le village. Ensuite
nous mimes a la cape juSqu'a huit heures du soir. Ne
decouvrant pas. une seule fourrure , et le vent se mon-
trant favorable, nous jugeames a propos d'avancer vers
Ventree. Nous gouvernames est et est-nord-est le long
de la cote , a un quart de mille de distance. Cette cote
presente, en general y j usqu'au village appelle Nlttee-
natt, le plus agreable aspect. C'est presque par- tout
une hefse sablanneuse \ mais vingt brasses de ligne ne ^"apportent point de fond a un quart de mille de la c6te.~
Ii y a aussi un grand nombre de cfifites *l*eau 5 et ,
apres sfetre elevee a une hauteur prodigieuse , la lame
vient se briser contre le rivage , tout le long de la c6te
,qui git est et ouest, d'apres le compas. A midi, nous
.eumes ime jolie brise 5 le temps etoit tres-sombre. La
pointe ijui forme Pentree de la mer de lean de Fuca ,
et que j'appellerai Pointe-entree, couroit est-quart-
sud ; l'ile de Tatootche nous restoit au sud-est-quartet, a quatre lieues de la Pointe-entree , et a dix de ia
.mer de lean de Fuca. Une observation donna 48 degres 38 minutes de latitude nord.
Le i5. Jolies brises de l'ouest, et beau temps. A une
heure passee de l'apres-anidi, nous eourumes sur une
petite bale sablonneuse ou nous avions appercu deux
ou trois maisons, et nous y jettames I'ancre. Lies naturels qui n'etoient que des pecheurs, s'eloignerent alors ,
emportant avec eux leur poisson. Ne voyant rien qui
pifct nous faire esperer de trouver'des fourrures en cet
endroit, je levai I'ancre et courus de nouveau sur la
terre. Je vins mouiller a la hauteur du village de
ITittee-hatt, a un quart de mille de la cote* Je tentai
ici d'entrer dans un petit ruisseau , mais je trouvai sur
la. barre une lame trop forte pour oser approcher. Je
coniinufai done de faire de la voile, et vins jetter I'ancre
sur dix brasses d'eau, fond de sable?; ia Pointe-entree
couroit.sud-quart-est; le village etoit alors k un demi-
milie de nous. Le chef, nomme Kissan, vifitbord a bord
de la chaloupe. A midi , la latitude nord dtoit de 48
'degres 34 minutes.    i£*j3
Le 16. Temps agireable j vent de nord. A six heuret ( 349 )  . ;     |  -
apj^s-midi, nous levames I'ancre, emportant plusieurs
pelleteries que nous avions achetees. Nous eourumes
sur une baie sablonneuse, ou plutot sur une anse bu ii
y avoit un village. Des naturels montes dans deux canots nous inviterent a  en approcher. Mais , des  que
nous fumes pres de la cote,~ nous  en vimes^ un grand
nombre d'autres qui se rassembloient sur le rivage avec
des pieux, des  batons ,  des arcs  et des  fiech.es. Ila
poussoient, en meme  temps, des hurlemens  effroya-
bles, et faisoient les gestes les plus menacans. Je crus
qu'ils n'avoient d'autre intention que de nous empe*-
cher de prendre terre. Mais je me trompois : car ils
Jancerent, a l'instant, du haut d'un rocher peu eloigne
de nous, une grele de Heches aux environs de la chaloupe. Heureusement, nous n'eumes personne de blesse.
Plusieurs de ces Heches tomberent sur la petite voile dp
la chaloupe , mais ne penetrerent pas au travers. Je
me vis en ce moment dans la plus pressante necessite
de leur lacher de  la mousqueterie : mais j'etois trop
Eloigne d'eux pour le faire avec succes. Ils commencd-
rent,, de leur c6te ,  a lancer a Peau plusieurs canots
charges d'une  grande  quantite de  pieux, et je  tirai
alors moi»m<3me un coup de mousquet a Tun d'eux ,
mais j'ai  tout lieu de croire  que  personne n'en fut
blesse. Quoi qu'il en soit, ils quitterent sur le champ
la partie , et s'enfuirent jusques dans les bois en pous-
sant des hurlemens affreux.  Nous vimes bient6t un de
ces naturels accourir sur le rivage avec une pique de
moyenne grandeur qu'ils avoient trouve le moyen d'en-
lever de la chaloupe sans etre appercus. Je ne tardai
pas a me convaincre que le desir de conserver ce qu'il»
m K
"      ■   '      '    " " 'WiM0¥ r     it     ' ^       '
venoient de nous derober  etoit le motif qui Ls avoit
portes a cet acte d'hostilite contre nous. Des que j'eus
recu la pique en question , les hostilites cesserent.  Je
me flatte qu'aucun d*eux n'a peri. Ce n'est pas qu'en
verite , ils ne meritassent bien d'etre victimes de  leur
insolence. Nous levames I'ancre alors , et limes de la
voile sans rien decouvrir qui donnat i'espoir de trouver
des fourrures. Nous gouvernam.es a Pest j le long de la
cote , et doublames la Pointe-entree a un demr-miiie
de distance. A sept heures et demie passees, nous etions
environnes de rochers , et la lame se brisoit avec vio-5
lence contre la cote apres s'etre elevee a une hauteur
effrayante 5 a  dix heures, nous jettames I'ancre  sur
onze brasses , fond de corail. Nous eumes calme plat
toute la nuit 5 la mer fut tranquille. A la pointe du
jour , nous nous trouvames  par le travers  d'un petit
village 5 plusieurs canots vinrent pres de la chaloupe ,
mais nous ne  vimes point de fourrures. Les naturels
nous dirent qu'ils etoient tous sujets de Wicananish ,
et se conduisirent avec beaucoup de douceur et dflion-
hetete. Nous-achetames d'eux une petite provision de
poisson. A sept heures, nous levames Pancre , et por-
tames a Pest en remontant les detroits. La mer etoit
calme. A neuf heures, nous eumes une jolie brise de
vent de sud.  Cette c6te git precisement est et ouest,
d'apres le compas. Nous suivlmes le long de la cdte a
un demi-mille de distance. La sonde rapportoit onze
brasses ', en plusieurs endroits , vingt brasses ne trouvoient pas de fond. Cette c6te est toute entiere un lit
de rochers. A onze heures et demie passees , nous de-
»CQuvrjmes Pentree d'une baie profonde ', nous y arri- ;yames a. midi, avec tout espoir d'y trouver un bon
port. Une observation donna 48 degres 27 minutes de
latitude ndrd.
Le 17. A deux heures de Papres-midi , nous mimes
a I'ancre dans une petite anse sur trois brasses trois
quarts d'eau, pres des rochers. Le long de la baie, ia
sonde   rapportoit   regulierement  de   quinze  a quatre
brasses d'eau , a un demi-mille de la cote. Ce havre
est excellent pour des vaisseaux du port de cent a cent
cinquante tonneaux ; mais ii n'y a pas assez d'eau sur
la barre pour en former un plus considerable, Peau la
plus elevee n'^tant qu'a. deux brasses , et la maree ne
montant qu'a dix-huit pieds. Cette .baie offre aux vaisseaux un mouillage tres-sur pendant Pete. Aucun vent
lie peut les y tourmenter , si ce n'est le vent de sud-
est. Mais alors, la baie etant ties - profonde , la mer
ne peut pas y etre fort dangereuse. Le fond nous parut
tres - bon pour recevoir les vaisseaux , etant tout de
sable et de vase molle. Les naturels de ces parages re-
connoissent Tatootche pour leur chef. Ils nous semble-
renf une race d'hommes hardis et capables de tout en-
treprendre. Mais comme nous etions a une assez grande
distance de leurs villages , je ne craignis rien de leur
part. A sept heures d'apres-midi, plusieurs canots por-
tant, chacun, un grand nombre de naturels, vinrent
bord a bord de la  chaloupe. Plusieurs d'entr'eux es-
sayerent d'y monter. Je les priai de rester dehors , et
ne permis   a aucun d'eux de  venir parmi nous. En
m£me temps, je defendis tres-expressement aux gens
de l'equipage de leur dire un seul mot, ou de leur of-
frir la moindre chose. Un des canots s'eloigna alors a
^
|Kg
11 §+.'
■     \  '.    \ .~    (352 )      „ ."  .... ^
quelque distance de la chaloupe 5 et b£ent'6t Je vis un
oes sauvages qui etoient dedans , se saisir d'un pieu
dont une coquille de moule formoit la pointe. II Patta-
cha* au bout dun baton en le serrant tr&s-fort avec
tine corde. Ii se mit, en meme temps , en posture de
le lancer , et -cherchoit a me faire entendre qu'il me
tueroit. Je ne fis pas grande attention a ses menaces ,
ne pensant pas qu'elles fussent serieuses. Mais en por-
tant mes regards sur leurs canots , je les vis tous rem-
plis de pieux , de batons', d'arcs et de Heches. J'ap-
percus aussi a terre , entre les arbres, et en face de Ia
chaloupe, un grand nombre d'hommes 'armes. Je me
persuadai alors que leur intention etoit de s'emparer
de la chaloupe. J'ordonnai , en consequence, a mes
gens de preparer leurs armes , et de se tenir sur leur*
gardes 5 je leur recommandai sur - tout d'observer les
mouvemens de Phomme qui etoit arme du pieu , et de
lui tirer un coup de mousquet, s'il faisoit le moindre
effort pour le lancer. A peine avois-je cesse de parler
que je vis le pieu partir de sa main , dirige" contre
Robert Davidson , quartier-maitre et conducteur du
coquet. J'ordonnai sur le champ de faire feu ; un seul
de nos gens tira un coup de mousquet. L'homme arme
du pieu tomba roide mort sur la place. La balle lui
avoit traverse la tete. Les autres naturels sauterent
aussit6t par dessus le bord , et tous les canots s'enfui-
tent a force de rames. A. Pinstant meme , une grele de
traits lances du rivage tomba sur nous : je fis faire feu
roulant sur les assailiahs , mais sans succes , parce
qu'ils se mettoient a couvert derriere de gros arbres. Je
fu« blesse d'une fldche a la tete, au moment meme ou
le le sauvage tomba. Nous levames Pancre , et ne flmea
|euer que deux rames pour avancer en mer, le reste de
nos gens etant sous les armes. Nous trouvanies les deu£
cotes du rivage bordes d'hommes armes de pieux , de
pierres , etc. de sorte que nous ne pumes douter plus
long-temps que.leur intention ne fut de s'emparer de la
chaloupe. Nous fumes assaillis de nouveau d'une pro-
digieuse quantite de pierres et de Heches 5 mais, par
feonheur, personne de nous ne fut mortellement blesse.-
Pierre Salatrass, Italien de nation, recut une Heche
qui resta enibncee dans sa jambe pendant toute la duree
de Paction , et jusqu'au moment on nous fumes deli-
yres de ces cruels ennemis ; il ne pouvoit s'exposer a
Parracher sans s'ouvrir la jainbe, attendu que la Heche
, etoit barbelee, et avoit deux crochets. Je fus oblige de
lui faire une incision pour la retirer; elle avoit penetre
jkisqu'a trois pouces de profondeuT. Le Chinois fut
aussi blesse au c6te 5 un autre de nos mafcelots recut
une Heche pres du cceur. Aussi tot que nous fumes hors
de leurs atteintes., nous fimes de la voile, et sortimes
de la baie. Nous jettions regulierement la sonde a mesure que nous avancions : le vent etoit de Pouest.
Nous courftmes sur i'autre c6te', dans Pintention de
retourner a Pinstant vers le vaisseau ; je voyois que les
naturels etoient absolument determines a nous faire
"beaucoup de mil, etjaue nous ne pourrions pas avan-
£er le long de la cote snns mettre notre vie dans le plus
imminent danger, Je souffrois aussi cruellement de la
tete ; car la Heche avoit penetre jusqu'au crane , et
m'auroit tu£ infailliblement sans mon chapeau qui
rompit le^foup. A midi? nous  eumes  de jolies brises,
Tome II. Z de vent%et un beau temps. L^iie de Tatootche couroit sud-ouest. Nous donnames a ee havre le nom de;
port Hawkeshury , et a Pautre baie, celui de baie de*r-
HostiJAtes.
Le 18. Nous eftmes un temps agreable; le vent etoit
de sud - sud - est. A quatre heures apres - midi, nous
virames vent devant, a la hauteur de la cote meridionale , a quatre milles de distance, et couriimes sur la
cote septentrionale des detroits. A sept heures, nous
virames vent devant une seconde fois , a la hauteur de
la cdte , a la distance d'un demi-mille. Au coucher du
soleil, Pentree du port Haivkeshury gisoit nord-quart-
est, et .Pile de Tatootche nous restoit au sud. La
Pointe - entree couroit ouest-sud - ouest , a huit lieue*
de Pile, et a trois seulement du port. Pendant la nuit,
nous gouvernames nord-ouest-quart-ouest , et ouest-
^Qrd-ouest par une jolie hrise de vent et une brume,
assez epaisse. C'est ainsi que nous vinmes rejoindre le»
vaisseau.
( Pour copie ) Robert Duffing
• Instructions donndes par le Capitaine
Meares au Capitaine Douglas, en quit-
tant la cote d'Amdrique.
Au Capitaine  Guiumime Douglas, Commandant le
vaisseau l^tphigeuie.
Monsieur,
Comme je me propose de gagi&k- les lids' Sandwich j
fcf par suite | li Chine, des le ififement ou la Cdte N<9rd-
Ouest d^Amerique §L^ie%tUl§kc66 a la mer, le double
commandeitfieat de VIphigenie et de Ia C8ti Nord-
Ouest d* Amerique voiisf sera naftirfcllement de¥ofri.
La kaate opinio^ tf&e j'ai $6ffigue de vous me persuade faciiemelltr<|ue votis etes cap&ble de soutenir une
pateiiie charge. Je ci&is n^eesssfcire , cependant, &&
vous indiquer la route qu% Vous aurez a tenir apr&s
aotre separation. Je ne dfeute point de PintelKgencef
avec laquelle vous ex<§&rf§fez tout ce qtii votrs sera:
£tfgSGiit pour Pjftterefc de nos commettans ; et comrae
tteas avez d^jfa doitoe une preuve convaincantef de~ la
tn&tpedans le dernier voya^fe que vous venez a's&heVeif,
j'ai tout lieu de cfoke que voiis redoufcTezf d'actlvite",
de vigilance , d'exac^Wle e$' de* prdldaftrrfotis' cfaiSsr la,
z a ( 356 )        r      -.jf.
scene de nouveaux evenemens qui va se deployer de*
vant vous , et que vous terminerez un second voyage
&vec le meme sucods. Je prends la liberte de vous re-
commander de nouveau, comme une chose qui exige
toute votre attention , tous vos soins et la plus coura-
geuse perseverance , d'executer tous les plans que je
vous tracerai pour Pavantage des proprietaires qui nous
emploient. J'ouvre un champ vaste a vos talens 5 je suis
bien sur que vous profiterez de cette Circonstance pour
prouver a Punivers que je ne me suis point trompe
dans mon opinion sur votre compte.
Afin de vous procurer tout ce qui peut assurer le
succes de votre expedition , j'ai fait porter dans vos
vaisseaux une partie des diverses especes de provisions
que j'avois a bord de la Felice. Quoique je me trouve
en 6tat de vous en fournir pour le moment , je dois
vous, prevenir qu'elles sont extr&mement rares ,^qu11
vous sera tres-difficile de les remplacer par dewou-
yelles , et que vous n'aurez pas trop de toute votre vigilance pour eviter d'en manquer entierement. La provision que je vous donne de pain et de froment s'aug-
mentera , je Pespere, par celle que vous recevrez aux
iles Sandwich. Vous y salerez votre pore. Dans cette
operation , je vous recommande de suivre avec la plus
soigneuse exactitude la methode indiquee par le capitaine Cook 5 car c'est en negligeant de l'observer, que
le capitaine CoinOTt, commandant le Prince de Gidles ,
a perdu la plus grande partie de ses provisions , avant
d'avoir atteint le 3oe degre de latitude nord, dans son
voyage a la c6te nord-ouest d'Amerique. Je vous ai
cede j a cet *ffet, tous les tonneaux que j'avois dans e    (357)
mon vaisseau, excepte ceux de la rangee. Un objet
tres-important pour vous, sera de vous procurer des
vegetaux , et sur-tout des ignames dont j'espere que
vous recueillerez , meme sur la.cote d'Amerique , une
assez grande quantite pour en faire au besoin une res-
source tres-utile. Pendant toute la duree de votre sejour aux iles Sandwich , je vous* re commande de ne
point donner de pain a vos gens 5 vous y trouverez en
abondance des productions vegetales qui leur permet?-
tront de se passer de cette nourriture ; et le soin que
vous aurez pris de le menager alors, vous garantira
presque le succes de votre voyage. Je vous recommande
la meme precaution a Pegard du froment.
Comme votre provision de.liqueurs est entie|ement,
consbmmee, et que je n'en ai plus a vous fournir , j'ai
envoye a bord de vos vaisseaux tout ce qui me restoit
d'essence de spruce, ainsi que des melasses pour faire
dela biere. Vous vous en servirez quand vous le jugerez a propos 5 et si les melasses ne vous suffisent pas ,
je vous engage, arrive une fois aux lies Sandwich,
.d'essaver de faire bouillir de la canne a sucre : le earn-
• * X
taine Cook en. composa pour son equipage une biere
agreable au gout. Mais , si vous ne pouvez reussir a,
faire du sirop, elle sera encore tres-agreable a vos
gens avec du the. Car je n'ai point de sucre a vous
donner , et le votre est consomme tout - a - fait. Vous
essaierez aussi s'il est possible de distiller le rum. Je
vous envoie , a cet effet, une chaudiere et Un alambic.
Si vous reussissez dans ces differens essais , vous aurez
decouvert toutes les ressources quipourront vous mettre
& pojtee d'executer  le plan que je vous aurai trace
'it*
m
**? '.  ft-   '     .     (358 ) -      "j.
IXans tous les cas , j'espere fortement que vous par*-
viendrez a vaincre tous les obstacles.
D'apres les renseignemens que m'a dounes le capitaine   de la Princesse Jloyale , je crois devoir  vous
parler des dangers contr^ lesquels vous aurez a vous
TO^munir pendant votre sejour dans ces iles ou l'equipage d'un vaisseau *, pionge dans les plaisirs , peut de-
venir  si facilement v-ictime des  caprices d'un peuple
hardi et entreprenant. Votre sagacity seule vous deter-
minera a tirer vos principaies ressources d'Owyhee ,
1'une des lies du Vent. Le danger d'y mettre a I'ancre
est assez demontre lorsqu'on sait qu'elle est habitee
par un grand nombre de naturels. Vous connoissez trese.
bien la baie de Mo.wee. Je vous invite a y mouiller,
si Pon peut y trouver upa fond qui ne soit point dt
roches de corail. Quoique TitQryee gouvewae en sauve*
rain Mowee , Alorotoi x e$ les lies adjacentes $ les division qui regnent entre les chefe iaferieurs ne leur
nermettront probablem>ent pas de CQJBcasrter entr'eux un
plan d'hostilites contre vous. La distance ou vous vous
tiendrez  du rivage  de cette ile, sera, d'aiileurs, ua
motif de plus  de $fjGurite; pour vous. Dans tout ce
groimpe d'iles, je ne connois^pcant de place-plus s&r©^
pourvu toutefcis qu'on p»isse y trouver un boo mouil-
lage. Lorsque le vent alize souffle , il descend du sommet des montagnes. e& brises rafraiieaissantea} et tempore  la  chaleur   devoEa^tfe^^lu soleil., si pernicieuse
d^ns tous les climats. Lorsqu'il cesse , et fait place au
vent de nord-ouest , vous avez plusiears canaux d'une
vaste etendue au trayeis desquels vous pouvez remettre
en mer * et , par- ce moyen, ii n'y a plus a redouter une cote sous le vent du vaisseau. Je vous observe que
c'est le seul poste que vous pulfesiez occuper au milieu
des lies en question, sans avoir ce danger a craindre }
et il est tel qu'au moment meme oil vous verrez le
•temps se charger de nuages noirs au nord-ouest, je
vous conseille de remettre en mer. C'est le seul moyen
de salut.
Le caractere sauvage et feroce du peuple de Wahoo
vous determinera , je  le presume , a ne faire qu'un
court sejour dans cette lie. Le grand nombre des habitans & Atooi vous detournera egalement, sans doute,
de rester long-temps dans la baie de Wimeo. Onehow
sera done le terme de votre route. Arrive a cette ile ,
je vous engage a vous tenir en garde contre les ruses
et la malice de Taheo et d'Abinui que je regarde comme
des hommts tres-redoutables par leur caractere astu-
cieux et intere'sse. Comme ils ont essaye d'empoisonner
l'equipage du Prince de Galles et celui de la Princesse
Royale , vous vous premunirez contre un aussi infernal projet, en examinant avec attention les noix de
cocos , les ignames , Peau , etc. dont vous aurez soin
de faire goilter chaque fois a celui qui vous les vendra.
'oip sais , a n'en pas douter, par Tianna , qu'ils ont le
secret d?un poison si subjil qu'il corrompt a Pinstaftt
m£ine les sources de la vie. Dans le cas ou Vous vien-
driez a decouvrir une aussi execrable tentative de l£ur
part , je vous recommande de vous saisir de ceux qui
s'en seroient rendus coupables \ et comme une pareille
trahison ne pourroit se commettre sans  le consente-
. ment d'Abinui et de Taheo, vous ne negligerez pas
d'en faire un exemple eclatant. Les relations de com-
Zi
&2e
i •
'   ( 36o )     -     .     '§-
merce que les naturels & Atooi ont eues avec des Evt-
ropeens ont tellement *tnflue sur leur caractere qu'oat
* ne sauroit s'ariner de trop de vigilance et de precau*-
tions.
N'en soufifrez jamais, sous quelque pretexte que ce
puisse etre , plus d'un ou de deux sur votre gaillard.
Tenez sans cesse du monde sur vos hunes T avec des
armes toutes pretes $ qu'alors vos fusife. soient toujours
charges et amorces. Ne laissez jamais les naturels faire
-le tour du vaisseau a la nage ; autrement , compter
qu'ils ne manqueront pas de couper vos cables.
J'espere que vous parviendrez a vous" procurer une
bonne provision de cordages , et je pense que les san-
gles , les badernes (i) , les toiles pourroient bien etre
aussi reeherchees sur la c6te septentrionale d'Amerique | que sur la c6te meridionale. Vous en acheterez
done autant que vous ie jugerez- necessaire pour le maiv
che d'Amerique.
J'espere aussi que Tianna vous sera fort utile. Je
. vous recommande les plus grandes attentions pour ce
chef. Jrattache une extreme importance a ce qu'il soit
depose dans un lieu qui lui soit agreabie , soit a
Owyhee 9 chez son parent Tome Tomy Haw, prince
souverain de cette ile et d?Atc&i,* soit chez son frere
Nawmity Haw et sa famille , dans cette derniere ile*
Quelqu'ambition que Tianna puisse concevoir en se
voyant si puissamment soutenu , nous ne devons pour-
(i> On tissu de vieux cordages servant a fourrer des rng^
nosuvres.   Note du Tiadu&tesir. M' ■ ■  (36l) ■ i   iB
tant pas manquer de prudence en etablissant notre
ami ; et ce sera nous montrer ses plus fideles et ses plus
sinceres allies que de le remettre precisement dans le
lieu d'ou nous Pavions emmene. D'un c6te , nous ne
devons pas ceder a ses vues ambitieuses ; de Pautre^
nous avons a nous defier de notre propre inclination
qui nous porteroit a elever ce chef, par cela seul qu'il
est notre ami, au rang le plus envie dans le monde.
Graces a la generosite de M. Cox^ il retourne parmi
les siens charge de richesses. Quoiqu'it merjte beaucoup par lui-meme , ii ne faut cependant pas depasser
la ligne marquee par la prudence 5 et l'exemple d'Omai
»uffit pour prouver eombien la fortune est 'perfide dans
ses faveurs, meme chez les nations sauvages. Toute
autre consideration a part , il suffit de reflechir que
nous engagerions des debats, au moins inutiles , et
dont Pissue pourroit nous de venir tres-funeste. Ainsi ,
vous renverrez c& chef, en ajoutant aux presens qu'il a
deja recus, ceux que vous jugerez convenable d'y join-
dre ; et comme vous savez parfaitement sa langue , je
vous invite a entrer -dans ses idees de bonheur autant
que la prudence le permettra, ou qu'ii vous sera possible de le faire.
On trouve Phuitre-perle dans Pile (POnehow. Vous
tacherez de faire com prendre a Tianna tout ce* qu'elle
a de valeur, et eombien elle seroit precieuse pour nous.
J'espere que , pendant votre sejour dans cette ile ,
vous saurez a quoi vous en tenir sur cette riche production.
Si vous jugez a" propos de chercher Pile nonvelle-
ment deeouverte j dont on place le gtsemeiit au nord- (3<fe )
.aoest d'Atooi, vous suivrez en ce point, comme exs
tout autre , les conseils de votre sagesse.
Aussit6t que le vaisseau la C6te Nord-Ouest d'Amerique va etre lance , je me mets en route pour la
Chine. Vous serez des-lors charge de toutes les opera-
lions futures. Comme vous n'avez maiatenant a. bord
qu'une tres-modique provision de salaisons, et qu'il
est fort incertain que vous parveniez a vous procurer
du poisson , je vous engage a gagner les iles Sandwich
Je plus promptement qu'il vous sera possible , aussitdt
,que la Cote Nord - Ouest d'Amerique sera prete k
mettre a la voile. Mais , a cet egard , vous suivrez vos
idees , et vous vous reglerez sur* ce que vous aurez de
.poisson. Si vous reussissiez a en recueiiii-r une asses
grande quantite pour pouvoir rester sur la c6te jusqu'a
la fin d'octobre, je vous reeommanderms , pour employer utilement cet espace de temps,, de gonverner
vers le 4^e degre de latitude nord, et de suivre le plus ■
que vous pourrez la c6te entre les 46 e et 4°e degres*
Le mois d'octobre passe pour etre assez favorable. En
visitant cette partie de la cote , vous aurez peut-etre le
bonheur de rencontrer quelques uouv elles trifous de
naturels dont j'ai les plus fortes raisons de croire que
.ces parages soat peuples. Je sais , a n'en pas douter ,
que ies-lijspagnols s'y sont procure une quantite prodi-
gieuse de peaux de loutres qui furent apportees dans
des gaiions a Manilla, et dela a la Chine on je les ai
.vues. Je suis moralement certain que ce n'est pas au
nord du 4&e degre qu'ils ont fait cette riche provision f
pnisque je n'y trouvai nulle part le moindre article sorti
des manufactures d'Espagne ? soit en. fer 5 soit en cul- • f ■•.       ( S63 ) ■§;.. .1
yre. Cette partie de P Amerique est aujourd'hui tout ce
qui nous reste a reconnoitre. II faut saisir un moment
ai favorable pour acquerir une connoissance parfaite de
cette partie de la c&te. Car c'est ainsi que nouS pourr
rons nous determiner,  soit a abandonner tout-a-fait
la partie meridionale du continent dont il s'agit, soit a.
chercher  des  peaux de loutres dans ces parages. La
question est de savoir dans quel endroit les Esipagnols
se sont procure ces fourrures. J'espere qu'il vous sera
facile d'eclaircir ce point   de  maniere que , Pannee
prochame, nous soyons en etat de tirer avantage des
decouvertes que vous aurez  pu faire. Mon projet fu$
toujours  de  visiter, a quelqu'epoque plus eloignee^
cette partie de la cote.  La necessite qui m'oblige a
gagner la Chine sans delai, s'oppose a toute expedi-
^jtion semblable de ma part. Mais comme vous aurez ,
pour vous aider, la CSte Nord- Ouest d'Amerique ,
j'espere que  vous sefez en etat de Pe-ntreprendre  at
de l'executer avec succes, dussiez - vous consentir.a
passer tout le mois d'octobre sur la cote. Au surplus j
reglez vptre conduite en ce point d'apres vos proprejs
idees et sur le concaurs des circonStances.
Xia connoissance particuliere que nous avons ac^
guise de la c6te d'Amerique et des vents periodiques
fpii y r^gnent, ainsi que des epoques ou elle est le
plus sedoutabie , nous donne un grand avantage sur
tous les CQncuirens. Les annees 1790 et 1791 seront
certainetnent les.meiileures, et les plus productives qu«
nous puissions jamais y passer. Avec une perspecthie
si flatteuse devant les yeux , nous devons redoiibler
d'efforts pour parcourir touts, la cote avant qu'aueuiA
m 7| CM)
vaisseau n'ait eu le temps d'arriver d'Angleterre. Vou*
quitterez , a cet effet, les lies Sandwich , le plutot
qu'il vous sera possible dans le commencement de* 1789,
et, en meme temps , de crainte d'accident, ou d'une
separation precipitee, vous donnerez vos ordres a
M. Funter afin qu'il aille en avant, et qu'il execute ,
de son cote , une partie du plan des operations.
Je vous abandonne, ainsi qu'a ia CSte Nord-Ouest
d'Amerique, le district septentrional du continent.
J'occuperai moi-meme le poste meridional, a prendre
depuis la Chine, et je ne desespere pas d'etre arrive
sur la c6te vers le premier mai 1789. J'avancerai alors
suivant que les circonstances 1@ permettront : mais ,
quelque route que je prenne au midi , je n'essaierai
pas de faire voiles vers le nord de Nootka. Je ne
doute pas que, de votre c6te , vous n'arriviez sur la
c6te d'Amerique a - peu - pres vers le premier avril
1789. A cette epoque, la mousson aura commence,
et Pexperienee nous a appris qu'elle soufHe -de pres
dans le voisinage de la cote d'Amerique. Ainsi , pour
profiter des avantages qu'olfre la mousson , au lieu de
gagner sUr le champ Ventree du Prince Guillaume
comme ont fait beaucoup d'autres, je vous recom-
mande de suivre la cote au midi 5 et comme vous etes
autorise a decouvrir la Grande Isle, dont le e6te nord-
ouest qui comprendt'pres de quatre degres de latitude
est entierement inconnu , je vous invite fortement de
suivre le cap Saint-Jacques, Pextremite meridionale
•de la Grande Isle , comme le point principal-!sur le
Continent d'Amerique. Ip*
Si  ia  Qdte Nord-Ouest d'Am&rique  se montroit ( 365 )
mauvais voilier, et retardoit votre navigation , vou$
Sjrancerez seul a. la cote , et iaisserez ce vaisseau vous
Jfcvre comme il ppurra, et executer a loisir les instructions que vous lui aurez donnees. Mais cette circonstance n'est pas vraisemblable, et, selon toute ap-
parence, vous le trouvercz excellent voilier. Dans ce
cas, il avancera vers la c6te de conserve zvecVIphi-
genie, jusqu'a ce que vous ayez trouve le cap Saint-
Jacques. A ce moment, il se separera de vous sans
deiai.
A mesure que vous ferez voiles le long de la c6te
nord - ouest de la Grande)tIsle , vous la reconnoitres
dans tous ses details avec la plus scrupuleuse exactitude jusqu'a la hauteur du 54c degre nord. Dans cette
latitude , reside un chef dont le district est trds-etendu,
et chez lequel le capitaine Dixon reussit a se procurer
en neu d'heures deux cents manteaux , ou six cents
J. **
peaux de loutres. Entre le pays oil ce chef est ^tabli,
et le cap Saint-Iacques , est une cote non encore re-
connue : Pon peut se flatter, sans presomption , qu'il
reside plusieurs chefs et un nombre considerable de
naturels dans une si^vaste etendue de pays. Le souffle
de la mousson vous accompagnera par degres le long
de la c6te 5 et comme vous aurez du temps devant
vous , et que vous aurez prevenu la saison , vous
pourrez la reconnoitre a votre aise. Ce point une fois
execute , vous devez vous en promettre de grands
avantages. Votre route la plus naturelie ensuite , sera
d'avancer a X!entree de la Loutre, et a la baie qu'il
vous a plu d'appeller de mon nom. Dela , vous pous-
serez insensiblement jusqu'a \!entree du Prime Guil* p.. ( 366 )
tarime , observant de visiter les diverses pariles de &
< 6te par ou vous avez deja passe, et que vous con-
noissez si bien aujourd'hui , sur - tout Ventree de m
Uroia: qui paroit etre d'une inrportance majeure. Si
vous prenez cette route, je vous recommande d'y ar*
river vers le 20 mai. Je pense que vous pourrez y res-
ter jusqu'au premier juin, afin de tirer quelque chose ,
s'il est possible , de la riviire de Cook. Je lie me
soueierois guere, apres tout, que vous avaUcassiez a
cette place, attendu que les Russes en sont entiere-
ment les maitres. Le voyage emploieroit done sans
utilite un temps tres-precieux. Ainsi, des le premier
juin, vous quitterez Ventree , et vous ferez voiles de
nouvefi^i" vers le midi , en observant de repasser par
vos anciens postes, et de recueiliir les fourrures dont
voqs aurez pu faire provision; c'est ainsi que vous ar-
riverez all lieu ou le vaisseau la^ Cote Nord-Ouest
d'.Amiriqne sera'cOnvenu de vous rejoindre. Je desire
bien que 1'epoque de cette reunion ne passe pas le
premier aoiit 1789.
Comme les operations auxquelles nous destinons la
Cdte Nord- Ouest d'Amerique entre les 5oe et 4^*
degres 3o minutes de latitude nord, rempliront suffi--
samment notre but, elle pourra rester dans ce poste.
Ainsi j que vos instructions pour M. Funter soient
elaires et precises. Lorsque vous vous separerez au cap
Saint-Jacques , il avancera dans le grand canal , et
remontera le cote nord-est de la Grande Isle jusqu'a
la hauteur du 54* degre 3o minutes de latitude nord.
II se iivrera a Pexecution de la partie du plan qui lui
sera connee, entre l'ile et le continent d'Amerique *] Je ■. 1 {36?}   1     ■.£'■'
felternativement. Ce plan est actuellemeiit entre vos"
mains. Vous avez egalement tous les renseignemens
necessaires sur les differens chefs et sur les lieux de
leur residence. L'ecrit qui contient Pexplication etendue que j'ai eu le bonheur de me procurer de tous ces
details', accompagne les instructions. Vous en^onne-*
rez une «opie a M. Funter , et vous lui enjoindrez
cxpressement de ne point se porter vers le cote nord-
ouest de la Grande Isle, a. moins que dans votre route
vous ne trouviez une occasion de le dlriger. La C8te
J$Ford-Oi/est d'Amerique est merveilleusement adaptee
au poste que nous lui reservons 5 et nous ne pouvons
que nous feliciter d'avoir construit un pareil. vaisseau.
Lorsque les vents souffleront avec violence de ia
Grande Isle, il cherchera un abri sur la cote d'Amerique, au milieu des baies et des havres qui s'y trouvent en grand nombre. Prcvenez-le que ees parages
sont peupies d'habitans. Si des vents plus violens encore le chassent de ce mouillage, les bords orientaux
de ia Grande Isle lui offriront une retraite sure , prin-
cipalement le havre de Port Royal. II passera ainsi le
temps ? jusqu'a ce que Pepoque convenue pour le ren-
dez-vous soit arrivee. Ce sera, je Pespere , a-.peu-pres
dans le commencement d'aout. Vers ce temps, il aura
traverse a plusieurs reprises ia pointe de la Grande
Isle , son c6te nord - est, et tout le continent depuis
Ie£ 5,o degres 3o minutes jusqu'aux 5.4 degres aussi
3o minutes de latitude nord. Par ce. moyen, tout Pes-
pace compris entre Ventree du Prince Guillaume et
Ventree de Nootka aura ete occupe et parcouru plur-
sieurs foisi , excepte le c6te nord-ouest de la Grande u?
■
( 368 )
Isle 5 et comme vous pourrez esperer de notivefttt y
trouver de nouvelles provisions depuis le moment out
vous Paurez quitte , je laisse a votre sagesse et a votre
choix de permettre a. la Cdte Nord-Ouest d'Amdrique
de gouverner vers ce poste, dans le voyage qu'elle fera
pour me rejoindre a Ventree de Nootka.
Lorsque ,vous serez reunis a Pepoqtie convenue ,
vous me donnerez par ecrit tous les details de voS operations. Vous avancerez ensuite, en toute diligence ,
avec VIphigenie jusqu'a Mednoi , ou Vile de Cuivre.
J'espere que vous y serez arrive vers le io septembre ,
ou du moins avant que les vents de nord-ouest aient
commence a. se faire sentir.
Cette derni&re partie de vos instructions , vous ne
I'executerez qu'autant que votre prudence ou les cir-
constances vous le conseilleront. Vous pourriez trouver votre poste occupe , ou entendre dire qu'il le soit
par d'autres vaisseaux. Dans ce cas, vous vous verriez
engage dans une contestation. II peut naitre de meme
quelque circonstance importante qui vous forcera de
vous ecarter de vos instructions. Je vous laisse done
entierement libre a cet egard , comme aussi , je le
repete , sous tout autre rapport. Je vous ai indique
1'objet d'une visite a Vile de Cuivre ,* et aucun temps
de Pannee ne paroit plus favorable pour Pentreprendre
que le mois d'aout. Je me flatte qu'a cette epoque,
VIphigenie et la Cdte Nord-Ouest d'Amerique auront
parcouru toute Petendue du poste septentrional. Je
compte, du moins , que s'il restoit quelque chose a
faire , vous ordonnerez a M. Funter de Pache^er avant
de me rejoindre a Nootka,   J'attendrai  <»on arrivee
dans *?
tfians. ci^te  entrJe  jusqu'au  20  novembre1*789.  SI,
alors, je n'entbnds pas parler de lui, je pars ce jour-
ia meme pour gagner les  iles Sandwich; et j'atten--
urai son arrivee et la^p^OTre datts la1 baie de JVymeo ,
<dans Pile & Atooi , ou dans le-n^frurllage de Pile One-
how, jusqu'au premier Janvier 1790. Si, a cette  autre
epoque , je ne vois ar^iver nt VIphigenie ni la C6t§'
Nord-Ouest d'Amerigue^V en. conclurai que ces deux
vaisseaux auront essuye quelque fachjCux accident , et
je gagneiai alors la Chine en toute diligenc% L'epoque
que j'indique laisse .assez de temps pour achever toutes
les operations 1 aussi, esper^-je fermement que VIphige'nie et la Cdte Nord-Ouest d'Amerique seront aux
iles Sandwich vers le. premier decembre 1789^
Je vous donne tous les. pouvoirs qui vous devien-
dront necessaires, dans la crainte de quelqu'un de ces
evenemens contre lesquels la prevoyance humaine cher-
.cheroit en vain a se precautionner. Vous devez etre
k pleinement convaincu de ma confiance en votre sagesse
et dans vos talens.
Les vtMts pourroient etfe assez favorables pour vous
permettre de gagner Vile de Cuivre vers le premier
septembre- Vous visiteriez alors l'ile, et tacheriez de
decouvrir un abri contre Papproche de Pequinoxe ,
toujours si redoutable dans les hautes latitudes septen-
trionaies. Si Vous y trbuvez la mine de cuivre en
gros blocs, vous la ferez sauter avec de la poudre , et
vous en chargerez votre vaisseau ? autant qu'il sera
possible de le faire sans en compromettre la stirete..
Vous emporterez aussi tout ce que vous pourrez vous
procurer de bois de sandal ? ou de tout autre bois df
Tome II. A a
/ ■ *  /#.'■ IIIK 3l° )   ■ x        V
•enteur. Ges operations terminees , vous profitefez des
Tents de nord qui comoienceront a se faire sentir a-
jpeu-pres vers cette epoque, et vous viendrez en droite
ligne me joindre aux iles Sandwich, comme le .portent les precedentes instructions. Nous concerterons
alors nos operations futures pour que le ,vaisseau de
jretour puisse avancer a la Chine.
Je vous souhaite une bonne sante et un heureux.
SUCCes , et demeure sincerement, Monsieur ,
Votre , etc.
J. Measles.
JA. bord de la Felice , anse des Amis >
entrie du Roi George, ao septembre  1788.
Pin de PAppendim du second Volume.
w 371
TABLE
D E S   CHAPITRES
CONTENUS
PANS   CE   SECOND   VOLUME*
Chap, VII. Ls halevr excessive. Temps
orageux.—Le mdt de misaine de la Felice
consent.—Perte dune partie des bestiaux*
—Mort de tous les boucs. ——Destruc-.
tion de la plupart des plantes destindes
pour les iles Sandwich. —Motifs pour
dinger da  route* du  vaisseau vers   le
nord-ouest. —Maniire de nourrir l'equipage. — Occupations a bord. ——Projet
de construction d'un vaisseau de ^o tonneaux  dans Ventrde du Roi   George.
*~Les charpentiers en achkvent les <?a-
barits et le modele. — I/art de bdtir les
yaisseaux totalement inconnu aux cfiar-
v 3-70
i    A   B   X   E
pentiers Chinois. —- Port donsiddrdble
des jonques chinois es.  Ddtachement
trfioisi pour jester dan§ I'entree du Roi
George.   Queue d'uii dragon de mer.
j—Changement des mousso7is. Effets
terribles des dragons de mer dans les
mers de Chine et dans la mer Pacifique
du Nord, Page 1
^CIhap., VIII. On arrive L la vue de la terre,
sans pouvoir en approcher. —Deeouverte
d'iles que nous nommons iles Grampus.-—
Froid excess if; raison prdsumable de ce
changement du temps.  Nous apver-
$icevons  des compagnies   d'oiseaux.  ■■—•
\ Nous passons aupres d'une grande quan-
,titd de cette  herbe  que  I'eau ddtache
des rochers. —Deeouverte d'un rocher
enofme auquel nous donndmes  le nom
4le Femme de Loth.  Nous apperce-
$>ons fottant sur I'eau une solive et un
morceau de canot.— Temps " orageux.
— Nous voyons une tortue endormie sur
la mer. Le temps va it la tempete it
mesure que nous approchons de la cote
d'Amdrique.—Nous suivons la route de
la Resolution et de la Deeouverte. ——
Mrreurdans notre estime.—-Nous voyonsj. BBS      G   »   A   *   f T%T   R  f  Sel 37^
pour la premidge fois j tin perroquet de.
mer. — Clartd extraordinaire de 4&atJi-
^osphere ; a quelle cause il faut I'at-
tribuer. — Vuede la cote d'Ameriqme.
*jzjf*-Ltfe]?i ii^esse Boy ale part de Penile
du Roi G&grge.—Ddlresse de l&HFelice.
isiyfe^ monitions dans I'anse de&lMjftis ,
Mdaris I'entree du Roi George ^    nage'i'O.
Chap.nIX. Situation avantagens&de ishfhse
des Amis d#hs P entree du Roi GejoZge.**-*
Nombre considerabledeMJb&tiirdIsx nas-
sembles pour examiner, le vaisseah.-*—*
Joie d^e   Comekala^^son  arrivde? A—
Uannap&, c/ief Jnrnew > Mient a bofa> j
quelques de[tMhdttsr sh whites:-^r'^/es tt%t-
ture^n0MS\ appor$ekt—des' pPovihionW^de
^-^msspn.'.'^—Comeimla se '^dispose iridUer
.^a terrjs. So7iihaAi&lgM-en&$ iidcepMon
^gue lui font ses compatrzm0s.,^-^&cisu-
rjzations des gens' ded'd^ipag^^ AltirWf
yde de Maquilla ^ tfh&fi de I'entrdS^du
'0fffci *(3eo7ge j aVec Callicum , I'homme
du rang le jjIus distingue apres lui.^—>
Description de leurs Jiabilleniens^et^de
i$$e&rs dzverses  ceremonies, a la  vwelau
vaisseau. — Its viennent a bofdv^
sens que nous leur fimes. — Portn
Aa 5
'Wk
m
■*bi S74 T A B z s
ces chefs.——Ils nous accordent la permission de bdtir une maison et un vaisseau , et nous abandonnent un terrein h
cet effet. —Prdsens que nous leur of-
frimes en reconnoissance de ce bierfait.
— Callicum se plait dans le vaisseau ,
et est charge par Maquilla de protdger
le ddtachement sur le rivage. -*—Maison
bdtie dans Pause des Amis.!—Sa description. — Quille d'un vaisseau dressde.
-—Rdcit abrdgd du meurtre contmis Pan*
nee sufvante par les Espagnols en la
personne de Callicum, Page 49
Chap. X. Moyens employes par les naturels
pouraugmenter leprix des peaux de loutres de mer. -—- Leur supdriorite dans
2'arrangement des marchds qu'ils con-
cluoient avec nous. — Conduite de Comekala. — Nous avons le credit d'en faire
un chef. — Son mariage. — Ceremonie
magnifique a cette occasion.—Maquilla
et ses chefs atoptent notre habillement
et nos manieres. Present de grande
valeur fait par Maquilla. — Vol d'une
meule a aiguiser. — Des naturels nous
apportent une main d'homme a acheter.
—• Danger qu'ils courent en cette cir- I
DES     ChAPITRES.        ^&/5
Constance. -Perte ddplorablm. d'unto
partie de I'equipage de /'Aigle* kajieiBial,
en zy8y. —~RaisQ&s qne nous avons de
soupconner Maquilla  d'djre un.canni-
bale.    Ltgiinge #reiller employdXpar
Callicum. — Les habitans de I'anM-des
Amis s'dloignent a une petite distance.
r—Raisons de cet dkdgrtejmTn^ e£j^ac£-
litd avec laquelle ils I'ejffectueh^}—>-
On nous apporte une j^unej loutre h
acijJLeter, pagfe 7^
Chap. XI. Nous j$0us disposons a remettre ii
la voile.— Vol de notre pinasse par les
naturels. — Iqfetilitd de nos efforts pour la
retrouver. — Mouvemensk^a bord du vaisseau*—'Ddharquement des officiers et
du ddtachement destines it rested a terre.
—-A mas de provisions pour I'dquipement
)\du nouveau vaisseau. -—Mesuressprises
pour la surete du ddtachement.—-Pro-,
gres des travaux pour Aa construction
du nouveau vaisieau.—Bonne sante de?
gens   de   l'equipage. —^— Provisions   de
poisson. —Visite de ceremonie rendue it
Maquilla > et renouvellement du traitd.
—* Nous lui donnons avis de I'dpoque
ptobable de I'arrivee de /^Iphigenie.
liiii   -A-a 4
m ^gM^aq^mila, demanded mre- lettre potyr le
%*K>Qtoi£ain}ei de ee^vaSs^au. ~ Notre sur-
&\i prise en le v&yiS^doud d'une ^infinite
jUJI&tide connoissa&ces / m&yens par $esquels
^^\5^JLse*\tes^dtoit pro curd es.—^Hjs§bird de
z^MLvMac&ay. —Callicum recent de la
8p| c&asse aux loutres de mer. — Nous trou->
-r^sfygfrs e^tre' ses. m^ns^lbStxuco^p d*m*t£cles
 qUi^\^ie*n^apjmPte^mt a sir Joseph Imhks.
&  &*^*yifye^ty$te\seau rem&t & lit* voile. ——
^j| A^kf^ de notre route j etc.   ^   page 89
iiisj^iiB^^i l^'istfy ch&jfe ?Md&ift& $k Det&&ibhe
tca\ Vii^entJ^svai^seau^dfans lem^oule-vers
s>\   Ie lieu de la rd^tdence de^FViearra^ish.—\
<*%^kVicananish v&en£?i$ bord, et cond&H le
\^  &&i$^a^'<dkn&mafrrad&&^ Artivd&d'un
.^yp:and^om£j*e d~AmMtams• kda^haiHe^r du
%x&&r&is.s&&u. -w Description^ du pays et du
^^vsllage de  PVia&mznish p^vus du vais~
^hn^^au i&f^isite&is&iidne au chef — Des-
&®$&8p$ion de sa*maison. -^Surprise que
\j/&*#4 cajy^kdgur^^on d'm&dnziitd.—xNom-
53 hj^se famitie de,   kHmananish. — Son
Op&^noe^^sesizimsor^i0Sa^manidre\ de
' imiikr ies i^^m^es^--^-Prdsens offerts it
VVicana,nish. — Prix qu'il attache amos
. cltaM^ieres oil I'on fait bouUlir le  the. DES     C  H  AAPfT  TRES* 077
■'*— Sa magnificence dans les prdsens qu'il
nous _donne   en  retou^ des  notres. —-
Femmes ]a\e Iffiifonanish, le/tx \beautd $
prdsens  qu'elles  recoivent  de^^ous. •—*
f^hdg/eahles relgiMmg- de  comr^eix^^vec
les naturels.^—I*ls no^% 0focu7wnt des
jk*$(f4s4onsf*raiches.r-rTrafic avec le chef
^ar^fy(pVoie  de  I'dchange Meurtre
W^commjs dans- l& personne d>t&& dtranger
par^ks naturels du vill@g&+.*—Le vais-*
sfause tf^iLvefomepar' le^auvaigtemps
\\*fle reldcher dans teportintdH^Mrj nomme
. Port Co^\.M, s .-. :eJ^r^^^^J)ag47104
Chap. XIII. Les naturels du pays de FJfeca*
„ nanish moins civilises que ceux de Nootka.
t~ Quelques precautions que nous avions
jtigees ndgg^sairss offgnsentle chef^ et
pwduisgiit du rcfroid^s^-ment entre  lui
_et nous^-—*La bonne in tell/gence se rd-
tftblit, etsle trailed'alliance est renou-
velld. ^-rJP re sens fails de part et d'autre
en cette occasion. — L'usage des armes
a, feu .connu d ces insulaires. — Le -pit'
lage est transporld a ujieypetige distance.
H* Traite entre TVicana^sh , Hanna et
Detootche. —Prdsens a cette occasion.
— Heureuses consequences qui resultent 378
T A  B  1 B
pouf nous du traite. -—Presens faits h\
Wicananish et recus de lui. — Present
envoyd de Ventrde du Roi George. —-
Preparatifs pour mettre h la voile. —
La Felice continue son voyage. -^Description du Port Cox j etc. Page 124
Chap. XIV. Nous continuous notre route au
midi le long de la cote. Grand nombre
de villages situes sur le rivage. —-Les ha-
bitans approchent du vaisseau ; leur
chagrin de voir que nous ne nous arre-
tons pas pour mouiller. j Deeouverte
des detroits de Jean de Fuca. Leur
Etendue et leur situation. Les naturels arrivent a la vue du vaisseau. —«—
Tatootche vient a bord. —Portrait de
cet Indien. ^—Nous envoyons la chaloupe
pour chercher un mouillage ; elle revient*
 Mauvaise conduite des naturels. —
Nous continuous notre route telong de
la eote.—Quelques ddtails succincts sur
les detroits de Jean de Fuca. -—Nous
ddpassons l'ile de Tatootche. —Les naturels arrivent it la vue du vaisseauj etc
— Nous pass ons un grand nombre de.
villages. —Cote dangereuse.—'Violence
des vents de sud est.—Cap Flattery.—. DES     CHAPITB.E$; 379
'0 Village de Classet* — Le vaisseau entre
dans,la baie de Queenhythe. —Aspect
sauvage du pays. — Vue du village de
Oueenuitett.—Isle de la Destruction.—*
Danger que court le vaisseau, etc. etc*
page i38
Chap. XV. Nosprogres le long de la cote.—
Deeouverte de la baie de Shoal- Water,
inaccessible aux vaisseauxM^-Les na*
turels viennent nous trouver. — Leur
ddlicatesse dans leur trafic avec nous.
— Quelques ddtails sur ces naturels.—*
Continuation du voyage. — Raie de
Deception.—Difference qui existe entre
la veritable situation de cette c'dte et
les cartes de I'Espagnol Maurelle.*—
< Magnifque aspect du pays.—Nous pas*
sons la baie de Quicksand et le cap
Look Out. — Vue de trois rochers re-
- marquables. —• Nous cessons d'avancer
au midi* —Plan de la route que nous
Wous proposons de tenir par la suite.—
ConnoissaMce que nous parvenons it ac-
qudrir ds cette cote. Parties que le
capitaine Cook n'avoit pas reconnues y
visildes par nous. —.Motifs pour retour-
ner au nord.—Nous poursuzvons ia route 38
0
B   tlT
^u no rd.^—Nous voyons de non&j&igtfe&
ddjtjjgoits de Jean de Fuc^^-~Mouillage
^dans^^p^t Effingham, —^description
_ de ce poit.^.—.^otts  voyons quelques
^animaux marms % etc. Pa&e 15&
Ijjhap. XVI. Nousprenonspossession des dd-
] troits de JetXnde Fuca au nom du Roid&
^Mla grande-Br^otgne.^ Nous recevons la
tyisite de^na^urel^
Mj&use du^ai&sequ^
— Posfgion avanta-*
— L^efialouge est
^^e^ipde^et^mvoy^^ eri expedition. -r-~
»;. Obpst d&G@tte exp^itp^^r^,De^dtra^{
gers jse reudeqt a bord du vaisseau. *—+
jgHNas^ \ vives mquidtudjM^laii^..#8J§^«j'*$£\. la
chd^qup^^elle arrives^fi4^^i^io$ifs.^de
^^on^e^^J^pr^c^pi^4i^*\ G^ibat^ep'Ies
*2&naturels dest a^dt^its^de Jean de Fuca ?
bvt&t 4&s suites.—^BrdVoure de ces peuples.
_^.»—^Muationyrcr^que de la. efotloupe et
ySfcdu ddtacfiei&e&t. — Progrds considdra-
.ii&tes :ger§\le& a^tf^ts de Jean'jie^Fnca.
^^r-r-Leur• \pos&u$ft. ft- On vient n^us^co-
l poser d'acheter, des tetes d&hommes*+—'
iMfDdcourag^ffkeuL que proa&it Cette offre
et range parmi les^per^ounes de l'equipage. . Pj^&Yfytzfs-pour rqmettre  en
mer. —Nous qqtittons le Port Effingham. DES     C   II   A   P   I   T   R   E   S.| 38l
——I Quelques ddtails sur ce port et sur
I'entree.—Progrds du nouveau vaisseau.
<»— Nos succes dans la traite des fourrures .—Attentions de Maquilla, page i83
Chap. XVII. Inquietudes du ddtachement
que nous avions laisse a terre, surle compte
du vaisseau.—Bruits repandusparies naturels. —Notre ddtachement paivient it
savoir que nous sommes engages dans
les   detroits  de  Jean   de Fuca. -— Sa
fconduite en consequence.—Progres dans
la construction  de la  nvaison , pendant
I'absence de* la Felice.—r- Etonnement
des naturels  en voyant bdtir le  vais-
seau | attention particuliere qu'ils don-
nent aux occupations des forgerons. —
Notre rdgularitd a observer le jour du re*
pos devient un objet de curiositdpour les
naturels .—--Nous nous procure ns a cette
occasion Une connoissance assez etendue
de leur religion. — Projet de retourner
au Port Cox. Motifs pour lesquels
nous ne nous y arretdmes point en re-
venant du Port Effingham.-—Nous som-
gSJ   mes ddconcertds dans nos projets. 	
Mouvemens  sdditieux a bard. -— Les 38a T A  B  X  E
auteurs et instigateurs sont conduits h
terre.—Motfs pour jus tifier cet acte de
ngueur.
page 2©3
Chap. XVIII. Conduite du ddtachement que
nous avions it terre , it 1'epoque de la sedition. —Promessesfaites it I'dquipage d'oiler aux iles Sandwich. — Occupation des
gens de l'equipage.—Les mutins partent
pour alter demeurer avec Maquilla et
Callicum. — Ils sont ddpouillds de leurs
habits, et on les fait travailler. — La
Princesse Royale est appercue j tenant le
large.  Prdparatifs pour remettre en
mer. j— Nous quittons une seconde fois
Ventrde du Roi George. — Presens faits
a Maquilla et a Callicum. — Ces chefs
se prep are nt it la guerre. — Nous leur
protons des armes. — Puissance de Maquilla.—II part pour son expedition dans
le nord.—Instructions donnees par nous
au ddtachement laissd it terre, 2.19
Chap. XIX. Nous mettons a la voile pour
gagner le Port Cox. — Nous rencontrons
la Princesse Royale.— Rons off ces que les
deux vaisseaux se rendent de paj^i et
d'autre*—Mouillage dans le Port Cox*. des   Chapitres.       383
— La Princesse Royale met a I'ancre
dans le Port Hanna Sejour de FVicana*
nisht it Clioquatt. —Nous y envoy ons la
chaloupe it deux fois diffdrentes avec des
prdsens,—Description de Clioquatt.—-
Occupations des naturels. — Agrdables
relations  de  trafic avec eux. —* Nous
envoy ons une troisieme fois la chaloupe
a  Wicananish pour prendre congd. ——
Message de la part de ce chef qui arrive ensuite it bord. — Son fis tdmoigne
\ le desir de s'embarquer avec nous; nous
le refusons. *— Nous mettons a la voiley
et jettons I'ancre de nouveau dans Ventrde du Roi George.—Arrivee de /'Iphi-
genie. — Conduite amicale de   Tianna
it notre dgard.—Arrivde de Maquilla et
de Callicum ; relation qu'ils nous font
de leur expedition.—Horreur de Tianna
pour les mosurs des naturels de la cote
cVAmdrique. Ces naturels, tous cannibal es.—Les habitans des iles Sandwich
n'ont point  ces  off reuses inclinations ,
page 2,3a
Chap. XX. L'dquipage de /'Iphigenie tra-
§
m
■ :
ft3
$A
vaille au nouveau vaisseau*
Arrange* e»JTJ
2u4 T   A' B   X  E
mens pris relative ment aux vaisseaux.—
Les naturels se disposent a. se retirer dans
leurs quartiers d'hiver. — Mesures relatives a nos bannis : nous consentons it
les recevoir"de nouveau it bord; quelles
soj$t les conditions.—-Maqurlfy: et Callicum noiis rendent une visite avant leur
depart. —— Prdsens que nous faisonfr'a
ces chefs. — Intelligence du derniet. —-
Ingratitude de Comel&ila ^—Nous apper-
cevons un vaisseau dans tct-nauie mer.
— La chaloupe est envoy ee a son secours. —— Le Washington arrive dans
Ventrde. -— Ddtails de son v%yage, ete.
•— Le nouveau vaisseau recoil un nom,
et est lance a Id mer. — Choix de personnes destirtdes it en former PSquipage.
—-Ordres-dofinds au capitaine de I'I fihi-
£>enie. Tianna se rembar^te a bord
de c
S>      St
fatsseam
t „ „^mmm,„<>^ jis_
grade se sauve.
te comremaiire
II est secoitru par le
maitre du Washington. —Nous quit tons
Ventrde du Roi George pour' giagtier les
iles Sandwich , Page 2^4
Chap. XXI. Ddtails des diverges nekilon&que1
nous avons vues sur la cote nord-oti#st
d'Amdrique*. -I
DES      ChAP-TTRB-5. 385
d'Amdrique.—Les quatre nations du pays
de Nootka.—Leur situation; noms de leurs
villages, etat de leur population > etc.
— La connoissance que nous aequimes
des peuples places au midi de Queen*
hythe est fondde, en grande partie > sur
jde simples conjectures.   Wicananish
nous fait une nouvelle enumeration de
Iditrs villages.—Details sur le continent
d'Amdrique depuis le cap Saint Jacques
jusqu'au midi. — Climats.— Saisons.—
Vents, i—Tempetes. Ports. — Naviga-
-Men, etc. —- // n'y a point de fleMves
considdrahles dans le district de Ventrde
de Nootka, ffi page295
Chap. XXII. Suite des details $ur le district
de Nootka.—Vdgdtaux. Prodigieuse
abondance de fruits sauvages. — Racines
bonnes it manger, etcjjgjg*Quadrupedes.—-
Cerfs.—Renards. —Marires. —Hermines.
^—Ecureuils.—Animaux marins. —Baleines , empereurs , veaux marins , etc.
rrr^ Quelques"details particuliers sur la
loutre/de  mer.   -— Diffdrentes   especes
d'oiseailx.  Oiseaux aquatiques. —-—
Poissons de diffdrentes especes. — Ma*
Tome II. B b
m
w*t*x*m±WLS —<-
385     Tabxe   des   Chapitres.
niere d'en prendre quelque suns.— Reptiles. — Insectes. —* Mindraux. — Conjectures sur les mines de ce pays, etc.
page 3i3
Appendix de ce second Volume.
N°. llmmnstructi&ns donnees par le Capitaine Meares , it. M. Rbbert Duffin > premier Officier de la Felice, charge d'aller
reconnoitre les Detroits de Jean de Fiica,
N°. IV. Copie du journal de M. Duffin ,
p       |§|    -ejpf $&£346
N'wV. Instructions donnees par le Capi*
taine Meares au Capitaine Douglas , en
quit tant la c6te d' Amerique y 355
Fin de la Table du Tome second.
■**—
Errata du  Tome II.'
Tome II, page 25 , ligne 13 , d'une grampuse considerable,
(lise^ d'une grampuse de grosseur considerable.
— Page 41, ligne is, de mettre en panne, lise{ de mettre a
la cape
— Page 5.3, ligne 11, queues de poelons, lise\ manches de
poelons.
m--Page 90, ligne 7, nous le sortimes de l'anse, liseinous
le rcjuorquames hors de l'anse.
•*?m*Page 295 , ligne 1, details , lise{ detail. •VJi" 'i'. •WMpa^nps^ep
¥•   

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