Open Collections

BC Historical Books

BC Historical Books

BC Historical Books

Troisième voyage de Cook, ou, Journal d'une expédition faite dans la mer Pacifique du sud & du nord,… [Rickman, John] 1782

Item Metadata

Download

Media
bcbooks-1.0308125.pdf
Metadata
JSON: bcbooks-1.0308125.json
JSON-LD: bcbooks-1.0308125-ld.json
RDF/XML (Pretty): bcbooks-1.0308125-rdf.xml
RDF/JSON: bcbooks-1.0308125-rdf.json
Turtle: bcbooks-1.0308125-turtle.txt
N-Triples: bcbooks-1.0308125-rdf-ntriples.txt
Original Record: bcbooks-1.0308125-source.json
Full Text
bcbooks-1.0308125-fulltext.txt
Citation
bcbooks-1.0308125.ris

Full Text

       TROISIEME    I ra /la
±YJL
o u
Journal d*une expédition fake dans
la Mer Pacifique du.Sud & du Nord*
g
en  ijj6 , 1777*111778., 1779  <^
o
J700.
Fr  ADU'iy    DE
ANGL'ÔIS»
-■&?&
P- A
s
rP 1 s s o t, père ôc fils , Libraires, duai deâ
I É n ■ 'i A
-liez /      Auffuitins.
-L a d o r t e , Libraire* nie des Noyers.
'n.wa'i»i, ~ : t^Y-fj- . n-aj x
M.   DCC.   L XXXII.
^r£C APPROBATION ET PRIVILÈGE DU ROI  ¥
c
S21Ï
<jL&s*y&Jt£Ajk*
»
AVERTISSEMENT
|fÇ '#' €>f  DU |fpV: -
X & À ÉMÉ7 C T È.T7
<3fc
IjA grande Relation du troifieme
voyage de Cook ne paiibîtra pas fi-*
tôt; & le Public|impâflèïit d'en con-
noitre les principale^décôu\%rtés , rie
manquera point d'accueillir celle-ci^
|§ Ge Journal n'tft poifet celui des
Capkkines ; mais il eft fi inter efîarlt Se
li curieux y qu'on a cïta é#Vôir le traduire. Il renferme des détails qu'en
fie trouvera pas dans le Journal de
Ml Cook, &il fèrvira defuppîément
à la grande Relation. L'Auteur blâme
les violences exercées contre les Sauvages ; il annonce une ame très-lkm- AVERTISSEMENT
ii
nête, & tous les traits d'inhumanité
^TlJ*—
uivirent le meurtre de
-'-.fi   .-.,    „,— -*,-**(    ^.^^ / ' ' - çf^to. - ' *tr- --iff*
excitent ion mécontentement.
I On ne fera pas urilcrinie aux.An-
glois des .maflacres épouvantables qui
M. Cook ;
mais- on*leur reprociiera peut-être
d'avoir tue beaucoup" plus de monde
dansr çefte expédition 5 jfique dans
lés autres. Il eft difficile de fe mettre à leur place , 6c de bien foitir
leur pofition. On verra qu'ils firent
couper un "grand-nombre d/oreiiles,
<%f;.qluls infligèrent àts oeines en-
core plus cruelle aux KJaturels qui
commettoient des vols. On iera tenté
de croire qu'ils prirent à Calafoy
des moyens trop "durs- pour recouvrer un chat qu'on leur a voit dé-
robe 3" ôc que rie*n ne lès autorifbit
à porter^lei|fer & la flamme dans
liile ali-mo-a* I"|DU TRADUCTEUR.! vij
I L'Officier qui a compofé ce-Journal (i) y juge M. Cook avlc précipitation & avec rigueur ; il en
donne quelquefois des idées défa-
vantageufes. Le Leéteur doit fe tenir en garde , & attendre de nouveaux détails, ^ll^^^^^^^^Pl;
P M. Cook avoit prouvé fa modération
'fa fagefïe |"dans fesldeux
premiers voyages ; l'Europe a pris à
fa mort un intérêt très-vi
on ne
prononce fon nom qu'avec refpeét.
Après avoir rendu les  fervices   les
plus  îîgnalés à
1 o
N avigation
o
la Géografchie ^  il a droit d exiger
dii moins qu'on ne le jug<d|pas légé-
(i) M. Cdok avoit deux vaiffeaux dans fa rroi-
lieme expédition, la Réfolutwn 5c la Découverte :
l'Auteur de ce Journal montoit la Découverte ;
mais comme il a publié furtivement fon Ouvrage y
il ne laiffe point deviner le grade qu'il y occupoit,
y. r
viij AVERTIS. DU TRADUC.
rement. Sï^fon cara&ere s'eft démenti fur la fin de fes jours; s'il n'a
pu fe défendre de l'humeur & de la
dureté qu'infpirent les longues navigations , il faut fc fouvenir qu'il
y a des taches dans la vie de tous
les Héros &|de tous les Grands
Hompes.
.^
m& ^r&^tfir^^i&z^
/
FACE
DE L'ÉDITEUR ANGLOIS.
JL/Editeur de ce Journal ne garantit point
Fexa&itude de tous les faits qu'on y raconte.
L'Auteur 5 qui n'a pas toujours été dans le
fecret des Capitaines > peut s'être mépris
quelquefois. Quant aux détails de mœurs
qui bleffent les idées reçues ? on ne doit pas
les juger avec précipitation. ;      :..^^^^^
Je fuis convaincu que l'Auteur ne s'eft
point trompé fur les principales opérations
du voyage, fur les tempêtes & les accidens
furvenus pendant l'expédition, fur les différentes relâches des deux vaiffeaux, fur la
pofition des pays découverts par M. Cook j|
r la manière de vivre i les mœurs > les ufa-
ges, les Arts & les Manufactures des Infu-
laires de la Mer Pacifique nord & fud, &
des Américains de îa^çote nord-oueft du nouveau monde : on peut compter auffi fur la
vérité de tout ce qui regarde Gmaï ; & la
grande Relation ne décrira ^ " " ^
manière * l'accueil qu'il reçut aux ifles de la
I   t
3»
■■v\-'4« i importance que lui donnèrent d'à- I x i---é PRÉFACE.^
M bord fes riclieiîes, & l'envie & la jaloufie
§| qu'il excita enfuite parmi'fes compatriotes, ff
^    Mais je ne dirai point que l'Auteur du
S Journal n'a jamais exagéré^ & qu'en quelques
B endroits il ne s'eft pas laiflé féduire par la
|f prévention*     jM; - - ■ f? ■    ' 'j?u ".*&/ '•11?/ ■
||bfc II y a d'autres fautes qui nie font perfbri-
É nelles , & j'efpere qu'on me les pardonnera-
■ J'ai rédigé ce voyage trop à la hâte, L'Au-
Ê teur fe trouvant fort éloigné de Londres, je
I n'ai puleconfulterfans retarderl'impreiTion,
B & j'ai mal orthographié plufieurs mets. 'WM
wÊj& J'ai tâché de donner de la (implicite à mon
m ftyle^ une expédition auffi intéreffante devoit
É être racontée fans emphafe, & je n'ai recher-
B ché aucun ornement. f' "W". 11?
||Ë. La carte eft affez exa&e, 6c même aflez
B détaillée 1 pour fatisfaîre les Géographes §
B jufqu'à ce qu'on publie les cartes de M. Cook.
II J'ai comparé les latitudes & les longitudes
B  de   cé#JoufBal ,f avec  les   obfervations
des  derniers Navigateurs   Efpapnols,  en-
o r t> *
g   voyés; dans la Mer Pacifique du nord , &
m   fur la côte nord-oueft de Y Amérique, & je
n y ai point trouvé de différence effentielle.
«cpfvr*
JOURNAL INTRODU
£~\
k
ON.
«5=2
i/EtrX Étrangers célèbres , Colomb 6c
Magellan, ont immortalifé leurs noms , il
y a plus de deux fiecles, en ouvrant aux
Navigateurs une carrière immenfe pour les
découvertes; mais il étoit réfervé à un
^Anglois de notre âge , d'achever la recon^
uoiffance du Globe , & de porter l'Art
Navfl jufqu'au dernier degré de la har-
dieffe. Magellan & le Capitaine Cook font
smorts au milieu de leurs expéditions , ôc
Colomb n'échapa à la violence des Sau-
fvages & aux dangers de la mer, que pour'
éprouver les vicifiitudes de la fortune ôc
Tingratitude de la Cour d'Efpagne.jfê»
Sa confiance & fon intrépidité franchirent
tous les obftacles 5 & il étonna Y Europe en
découvrant un nouveau monde. Magellan,
à-peu-près dans le même tems, entraîné par
fon courage & par Tenthoufiafme qui brave
les dangers, lorfqu'il s'agit d'acquérir de la
gloire, découvrit une met nouvelle, & pafe
A HI!
%   #:v Introduction; "^^Wê
courut la vafte étendue de l'Océan Pacifique. . ;j|S   H ;> ■ ' g
Le réfumé des expéditions qu'on a faites,
en marchant %fur les traces de Magellan,
montrera l'importance du troifieme voyage
de Cook j & nous donnera une idée de la
grandeur de cette dernière entreprife. 11 ne
s'agifsoit pas moins que de fixer les bornes
de l'ancien & du nouveau monde, & de rc-
lever les côtes à'Amérique > depuis la Californie
jufqu'à la mer du Nord, ife -.-Je; ^ ;•.. fittSi^
El Le 6 Novembre 1520, Magellan entra
dans le détroit qui porte aujourd'hui fon
nom : le 26 du même mois , il vit le
fuccès de fon entreprife, & il eut le plaifir
de contempler la grande mer du Sud. Sûr de
fon triomphe, il navigea durant pluiîeurs
jours, à l'aide d'un vent favorable ; mais
bientôt la mer devint orageufe & terrible ;
il fut obligé de changer de route; & au lieu
de fuivre la latitude élevée qu'il avoit prife
au milieu de cet immenfe Océan, il chercha
un climat plus tranquille. Il porta le cap au
Nord-Oueftj durant près de quatre mois,
fans appercevoir de terre $ & fans trouver
d'autres rafraîchifsemens que l'eau recueillie
par les Matelots avec les abris établis fur les
ponts. Il n'en manqua pas. Le tonnerre , qui
devint fréquent, amena de grofses pluies.
I '|És   Introduction. |Blt |i
/Aprèsavoir pafsé la ligne, il rencontra, au
douzième degré de latitude Nord, un
grouppe d'ifles, où il eut beaucoup de peine
à obtenir des provifions. La fatigue & la
faim avoient emporté la plupart de fes compagnons dans cette longue traverfée ; les
autres s'étoient vu forcés de fe nourrir de
peaux, de manger le cuir de leurs fouliers,
& même le cuir qui garnit les cordages^ Il
faut ajouter que la plupart de ceux-ci avoient
lefcorbut-, que l'enflure de leurs gencives
ne leur permettoit point de fe fervir de leurs
dents ? & qu'avant de mourir ils éprouvoient
des douleurs effroyables. Les Efpagnols ne
favpient pas que les Infulaires du Tropique
font tous portés au vol; & tandis qu'ils jouif-;
foient, fur la côte$ de la douceur de l'air,*
les naturels du pays enlevoient îe fer des
l vaiffeaux, & tout ce qu'ils pouvoient emporter. Magellan efsaya envain de punit
les voleurs. Quoique tous les habitans de
ces terres'fufsent plus ou moins coupables *
il fut contraint de borner fes châtimens
à ceux qu'on furprenoit fur le fait; & ils
avoient'tant de dextérité^ qu'on en fur*
prit un petit nombre. |» flSHP
#11 s'emprefsa de quitter ces terres, qu'il
appella ifles des Larrons ; ôc en faifant la re-
cheïche des Moluques > le principal objet dç ill:!
4 I   § I B T !L 0 D U C T Ï 0 N^    ïp ;
fon voyage, il trouva plufieurs petites ifles J
où il fut accueilli d'une manière hofpitaliere,
& où il confomma des échanges, qui furent
utiles aux Infiilaires & aux équipages. 'Sm
m Ces ifles font fituées entre celles des Larrons & celles qu'on connoît aujourd'hui fous
le nom des Philippines. Sur l'une d'elles , appellee Nathan , Magellan , à la tête de
foixante hommes , combattit une armée entière. Un trait empoifonné lui fit une premiere blefsure, & enfuite une lance barbelée vint lui percer le corps, & le tua. Sa
petite efcadre, alors réduite à deux voiles,
& à quatre-vingts hommes, appareilla fur le
champ I elle effuya plufieurs défaftres; l'un
des bâtimens périt ; il ne reftoit que la Victoire I qui revint en Europe par le Cap de
Bonne-Efpérance. C'eft le premier vaifseau qui
ait fait le tour du Monde. Il eft bon d'ob-
ferver ici , que la mort du brave Capitaine
Cook, refsemble beaucoup, à celle de Magellan I ils ont eu, l'un & l'autre, trop de
confiance dans leurs moyens; ils n'ont pas
fenti que les Guerriers les plus redoutables 3
doivent f uccomber fous le nombre des afsail-
lans.     ^^^B'    aRpii& ' r®^^^^ft- '    '
wm D'autres aventuriers marchèrent fur les
traces de l'intrépide Magellan ; mais on peut
jafsurer que le defir de la gloire ne lés ani- ||flip  Introduction.   WÊm'f
moit pas | & qu'ils étoient conduits par fef-
pérance du gain. W WËÊËÊ&z ' /.'tlflf
Alvarez de Mendoce, appareilla de Lima
en 15*57 , pour reconnoitre la mer du Sud ,
& découvrir de nouvelles terres. Après avoir
fait huit cents lieues àFOueft du Pérou, il rencontra vers les 15 degrés de latitude auftrale,
des ifles habitées par des hommes de couleur
jaunâtre, qui marchoient avec des arcs, des
traits & des dards, & dont le corps étoit nud
& tatoué d'une manière étrange. Il y trouva
des cochons, de petits chiens, & quelques-
uns des oifeaux domeftiques de l'Europe ; il
y trouva auffi des doux de gérofle, du gingembre , de la canelle & de l'or ; mais on ne
fait pas encore quel eft précifément ce
grouppe. On dit, que fans chercher de l'or
les vaifseaux en rapportèrent en Efpagne,
pour la valeur de 40,000 piaftres, outre une
quantité considérable de doux de gérofle,
de gingembre, & un peu de canelle ; & jusqu'à ce jour, on n'a pas découvert dans la
mer pacifique, d'ifles qui donnent ces productions. Le Capitaine Cook n'étoit pas éloigné de penfer qu'il s'agît ici des ifles appellees depuis Nouvelle-Bretagne
Bf Mendoce découvrit enfuite l'Archipel des
ifles de Salomon^ il en compta trente - trois
grandes & petites. Non loin de ce grouppe^
Aiii 6 §BÊ Introduction»1 SPPÉi
ïl découvrir de plus, en 1575*, dans un fécond voyage, Tifle de Saint-Chriftophe , qui
eft fituée à 7 degrés de latitude fud, & qui a
cent dix lieues de tour. ||Bf^Bf' " JIB
p Sir François Drake, en 1577, fut le premier Anglois qui pafsa le détroit de Magellan;
& quoique fes vues ne fufsenc pas très-honnêtes , quoiqu'on ne puifse pas rigoureufe-
ment les jùftifier 5 fes découvertes furent importantes, & il faut oublier que fon Souverain
n'autorifoit pas cette expédition. Il cingla au
nord, dans le defsein de trouver le pafsage
au nord-eft ; mais il fut arrêté par un froid
perçant. Il atterra, vers les 40 degrés, fur la
côte delà Californie, qu'il nomma la Nouvelle
Albion. Il découvrit d'autres petites ifles fur
fa route; mais comme il ne penfoit qu'au
butin, il ne fit aucune attention aux terres
qui ne lui promettoient point de richefses.
11 revint en Europe, par le cap de Bonne-Efpé-
rancôy & il arriva en Angleterre en 1580.
m Sir Thomas Cavendish pafsa le détroit de
MagellanQn 1586", & revint à peu près par la
même route que Drake. Il toucha aux ifles
des Larrons , & il pafsa quelque tems aux
Philippines , dont il a fait une defcription
agréable. ^B^^^^^^^^^^Ê^Ê^   jHP
A cette époque, les Efpagnols, qui cher-
choient plus à reculer les bornes de la Géo- ^^m. "Introduction, ralll
graphie, qu'à piller des terres nouvelles ,
équipèrent, en iS95 > quatre vaifseaux,
dont ils donnèrent le commandement à
Alvaro Mendana de Neyra. Cette expédition
lut malheulreufe. La Cour de Madrid vouloït
achever la reconnoifsance des ifles Salomon,
& y fo&ner un établifsement ; mais la plus
grande partie des équipages mourut de mi-
fere ou fut engloutie dans les flots. Mendana découvrit les Marquifes, à i o degrés de
latitude fud , l'ifle Solitaire, à 10 degrés 40
minutes, & 178 degrés de longitude; de
enfin Santa-Cru^, où périt un des vaifseaux
de l'efcadre ; car on a trouvé depuis ce bâtiment qui portoit toutes fes voiles, & une
quantité confîdérabled'ofsemens, au milieu
des entre 7 ponts. La Cour d'Efpagne renonça à fon établifsement, de peur qu'il n'offrit des provifions aux Anglois & aux autres
Navigateurs étrangers : elle ne tarda pas
néanmoins à changer de fyftême, en faveur
de Quiros.  I f||-   f^^p^^H^B
- Ohvier de Noort pafsa le Détroit en 1598 ;
mais, n'ayant d'autre objet que d'amafser du
butin, il ne fit point de découvertes. Dans fa
route aux Indes orientales?il toucha à l'une des
ifles des Larrons, afin de s'y rafraîchir^ & enfui te
il radouba fes vaifseaux aux Philippines. Je puis
obferver ici, que la même année, Sebald de
Aiy JHB  Introductic
Vert découvrit les ifles qui portent fon nomj-
ôc qu'on appelle aujourd'hui Falkland. ji
% En 160$ , Pierre Fernand Quiros forma le
projet de découvrir le Continent auftrah
M. Dalrymple & d'autres Ecrivains fuppofent
que nous lui devons la premiere idée de ce
Continent. Il appareilla de Callao 1#21 Décembre avec deux vaifseaux & une patache.
Louis Paz de Torrez commandoit Tefcadre ,
& Quiros, zélé pour le fuccès de l'entrçprife,
fe contenta d'y fervir en qualité de i^pte. M
m Le z6 Janvier de l'année fuivante^ ils ap-
perçurent une petite ifle platte^ d'environ
quatre lieues de tour ; ils y virent des arbres,
mais elle paroiflfoit inhabitée. Ils trouvèrent
cette terr/e à mille lieues de Callao, & par 25
degtés de latitude f ud.   llp,   . §
g Ne pouvant y aborder, ils continuèrent
leur voyage, & deux jours après y ils rencontrèrent une féconde ifle. Celle-ci, fuivant
M. Cook, a été retrouvée par le Capitaine
Carteret, & appellee ifle de Pitcaim. yifiH|
Il Le 4 Février, ils découvrirent une ifle de
trente lieues de circonférence , qui fem-
bloit annoncer des rafraîchifsemens dont ils
avoient alors grand befoin ; mais ils ne purent
pas plus en approcher que de la premiere.
11 paroît que cette terre, fituée par 28 degrés de latitude fud, les avoit déterminés à - .ff||§ "Introduction; §fip|
cingler au nord; car on lit dans leur journal,
que le 9 du même mois ils étoient à 18 degrés de latitude fud, & le 12 à 17 degrés 10
minutes 3 conférant avec les Infulaires d'une
ifle hofpitaliere , qui leur donnèrent quelques provisions. Le 14 ils continuèrent la
même route. Le ai ils rencontrèrent une
ifle où il y avoit beaucoup de provisions,
mais point d'eau. Elle étoit inhabitée ; ils yl
trouvèrent les oifeaux fi peu craintifs, qu'ils
les prenoient à la main. Ils appellerent cette
ifle S. Bernard 1 c'eft probablement la même
que le Capitaine Carteret nomme ifle du
Danger, & qu'il place à 10 degrés 30 minutes
de latitude fud. - .^^bi^; ;;g£;;j^m:WPM
H Ils donnèrent le nom de Gente Hermofa out
de la Belle Nation à la premiere ifle qu'ils
découvrirent enfuite. De-là ils portèrent le
cap fur Santa-Cru\, terre déjà découverte ,
& où ils furent reçus d'une manière amicale ;
mais ils ne la quittèrent pas fans avoir des
difputes avec les habitans, & fans en mafsa*
crer quelques-uns. toij^M^p^lJMH^ft
, De-là ils marchèrent à l'oueft ; ils dépafse-
tent plufieurs ifles éparfes. Le 7 ils arrivèrent
à une terre, dont l'élévation & l'afpect noirâtre annonçoient un volcan. On les y reçut
très-bien, & ils eurent l'ingratitude d'enle-
yer quatre naturels, trois defquels s'éçhap*
y. I HDMI
I'lo a   Introd u c tion.||Bb^
8 perent en (autant dans la mer. Le quatrième
Raccompagna l'efcadre jufqu'à là Nouvelle Ef-
pagne. Les Indiens donnoient à cette ifle le
«nom de Taumaco. Torres & Quiros en dépal-
irferent une autre appellee Tucopia par 12 de-
ftgrés de latitudeJud. Ils eurent des entrevues
llpaifibles avec les habitans. Le 25 Avril, par
Sri4 degrés de latitude, ils fe trouvèrent en
vue d'une troifieme qu'ils nommèrent Nqftra
"gfSignora de la Lui, & bientôt après ils en découvrirent quatre de plus, dont l'une offroit
un payfage très-pittorefque ; ils y voyoient
les beautés diverfes que crée la nature , des
rivieres, des nappes d'eau, des cafcades ,
& tout ce qui fait le charme d'un pays. Les
01nfiilaires déployèrent d'abord toute la libé-
gpralité que donne l'aifance ;  les Efpagnols
répondirent mal à ces témoignages de bonté.
Le premier naturel qui approcha de leur
bateau, étoit un jeune homme d'une figure
agréable ; croyant devoir fe fàifîr de fa per-
fonne, ils lui jetterent une corde autour des
jambes, mais l'Indien vint à bout de fe dégager , & il s'élança dans la mer ; ils mirent
aux fers le fécond qui vint fur leur bord, afin
qu'il ne pût pas ie fauver à la nage.  Les
^compatriotes de ces malheureux tendirent
||des pièges plus nobles à leurs ennemis. Us
méditèrent une vengeance ouverte, & on |S9n|:  Introduction;»  ii
ne doit point s'en étonner. Dès que les Efpa-
gnols, attirés par des démonftrations d'amitié, furent à la portée du trait, une grêle
de dards empoifonnés fondit fur eux, & il
y en eut plufieurs de bleffés. Torrez & Qui-
ros ne réfléchiffant pas à la caufe de l'attaque , jugèrent que cette peuplade étoit d'un
cara&ere perfide ; ils s'éloignèrent de l'ifle le
foir, & marchèrent au fud-oueft ; ils apper-
xjurent uneimmenfe terre, qu'ils prirent pour
le Continent dont ils faifoient la recherche.
Ils y apperçurent une baie ouverte, & fur
la grève des hommes d'une ftature gigan-
tefque : ils s'approchèrent de la côte avec
une joie inexprimable ; ils croyoient avoir
ïempli l'objet de leur voyage ; ils difoient
que cette découverte les combleroit de
gloire, & ïeroit avantageule à leur pays. M
Le 3 Mai, ils entrèrent dans le havre. Ils
avoient appelle «S. Philippe & S. Jacques la baie
dont l'afpeft venoit d'enchanter leur imagination. Ils donnèrent au port le nom de la
Vera-Crui $ & à la côte entière le nom de
Terre auftralf du S. Efpriu Le havre, fitué entre
deux rivieres, qu'ils appellerent Jourdain &c
Salvador, étoit tout à la fois commode &
agréable. Le rivage étoit parfemé de fleurs
& de plantes d'une belle forme & d'un parfum exquis. Le pays paroifsoit auffi fer- ii!!
rtu hH Introduction^ hHRPP
tile que charmant ; il étoit rempli de ces fruits
délicieux, qui rendent les ifles du Tropique
les cantons les plusTieureux du globe. Us y
appercevoient en outre beaucoup de cochons , de chiens ^ de volailles & d'oifeaux
de couleur & d'efpece différentes. L'approche des vaifseaux troubla les Naturels, & ils
montrerentbeaucoupd'inquiétude,en voyant
les Eipagnols qui efsayoient de débarquer.
Ceux-ci, aimant mieux intimider les infulaires*
flue captiver leur bienveillance, firent une
excurfion dans l'intérieur de l'ifle, furprirent
une peuplade qui habitoit un petit village,
& enlevèrent des cochons. Ce pillage ne fut
pas fans danger, car on les pourfuiyit juf-
qu'au bord de la mer, & il y en eut quelques-
uns de blefsés» ^^^^^^^^Ë - i W
M La Nature a prodigué fes faveurs aux ha-
bitans de cette ifle fortunée ; elle ne fe borne
pas à couvrir la terre de fruits ; elle a rempli
de poifsons la mer qui baigne les côîqs. Les
Efpagnols s'occupèrent de la pêche avec ardeur ; mais il s'en fallut peu que leur fuccès
n'eût des fuites fatales. Us prirent une quantité confidérable d'un très-beau poiffon, qui
étoit d'une faveur fi délicate , mais fi vene-
neufe, qu'après en avoir avalé, on éprou-
voit fur le champ des maux dont il paroif-
foit impQfilble de guérir. Les foldaxs & les BNRtl   ÏNTl Ô.D UCT10N. §BP'*I
ïmatèlots étoient dangereufement malades ;
les équipages n'étoient plus en état de faire
le fervice ; tout le monde, jufqu'aux Officiers , fe croyoit au moment de mourir. La
violence du poifon fe calma peu à peu, & en
fix jours chacun recouvra la fanté. Il faut ob-
ferver que, dans le fécond voyage de Cook,
plufieurs perfonnes de la Réfolution mangèrent de ce poifson, & refsentirent les mêmes incommodités ; que les cochons & les
chiens moururent pour en avoir mangé les
entrailles 5c les os.    ^^^^^^H  .  .    mm
Les Éfpagnols j on ne fait par quelle raifon |
s'éloignèrent bientôt de cette Terre promife,
& les deux vaifseaux fe féparerent au fortir
de la baie. Quiros, qui montoit la Capltana,
porta le cap au nord-eft;& après tvoir eifuyé
toutes fortes de malheurs, il revint à la
Nouvelle-Efpagne. Torrez , qui conduifoit f A*
miranta & la Patache, gouverna à l'oueft, &
fut, comme 1*obferve M. Cook, le premier
qui traverfa la mer fituée entre la Nouvelle*
Hollande & la Nouvelle-Guinée.
Quiros, à fon retour en Europe, préfent$
à Philippe II un mémoire, dans lequel il
fait l'énumération de vingt-trois ifles découvertes par lui ; favoir, la Encarnacion, S. Juan-
Baptifta , Sant Elmo., los quatro Coronados, S.
Miguel Archange , la Converjion de S. Paulo , la Démena 3 la Sœgittaria j la Fugitiva, la del Père*
grino, Nojlra Signora del Soccoro , Monterey ^ Tu-
copia j S. Marcos 3 el Ver gel, las Lagrymas de San.
Pedro y los Portales de Belen, el Pilar de Zara-*
gmà, S. Ray monda , & la Virgin Maria ; ÔC près
de ces ifles , la Terre aujlrale du S. Efprit 5 dont
il releva les côtes en trois endroits : il y joi-
gnit deux plans de la haïe de S, Philippe & S.
Jacques & du port de la Vera-Cru%, où les yaif-
feaux relièrent trente-trois jours.  § ^-^ÉG^
Ce mémoire étant curieux & peu répandu,
j'ai cru que le Le&eur feroit bien aife d'en
voir un extrait. MUÊ0t^^^' W;     -m
|| i* On conçoit, dit Quiros, que les trois
33 côtes marquées fur ma Carte de la Terre
» aujlrale du"S. Efprit, dépendent de la même
33 terre, laquelle eft immenfe. L'étendue de
33 la riviere du Jourdain donne un nouveau
33 poids à cette conje&ure ; ces faits font at-
» teftés par dix perfonnes de mon équipage ,
33 qu'on a interrogées à Mexico; je renvoie à
>3 leur dépofition.
« J'ajoute que nous mouillâmes dix jours,
33 à une ifle appellee Taumaco, éloignée de
5> i2jo lieues de Mexico. Le Chef de cette
33 ifle, appelle Tumay, Indien de bon fens,
» d'une figure & d'un maintien agréable,
« qui avoit le teint un peu brun, de beaux
I yeux, un nez aquilin, lat frarbe & les çhe-
U 411
I HHb Introduction.H|< r^
» veux longs & bouclés, & un vifage férieux*
» nous aida, de concert avec fes fujets, à
33 faire de l'eau & du bois, dont nous ayions
» un grand befoin.:|ff£r :|^HteÉftèl2v' -^
v. 33 Ce Chef vint à .bord, & voici comment
* je m'y pris pour en tirer des informations»
S » D'abord je lui montrai fon ifle du haut
33 du pont, & je lui fijhremarquer la pofition
a» de nos vaifseaux. Je portai enfuite fes
33 yeux fur toutes les parties de Thorifon ; &
03 après avoir employé quelques autres lignes,
« je lui demandai sêil avoit vu des bâtimens
3» comme les nôtres, & des hommes de la
33 couleur des Efpagnols ; il me répondit que
33 non.
;■£&-» Je lui demandai s'il connoifsoit, près 01*
33 loin de fon ifle, d'autres terres habitées ou
33 inhabitées; &' dès qu'il eut faifî ma quef-
33 tlon , il me nomma plus de foixante ifles,
» & il me parla , en outre , d'un grand pays
si qu'il appelloit Manicolo. J'en écrivis la lifte;
» & \ l'aide du compas, je les plaçai fur la
» carte, d^ns la pofition qu'il m'indiqua. Je
i reconnus qu'elles gifsent au fud-eft, au
»fud-fud-eft, à l'oueft , & au nord-nord-
33 oueft de Taumaco. Pour me défigner celles
» qui font petites, il traçoit de petits cercles ;
» & des cercles plus grands, poui£défigne£
» les plus grandes. Quant, au vafte pays dont 1.1 II
'II!,
"t£   jHp.lN TROD. UCT 10 Nî 4^^-
33 je viens de parler, il étendit fes braéfans
?» les rejoindre ; il vouloir m'avertir ainfi,
33 quç cette contrée eft d'une immenfe éten-
» due : afin de m'inftruire de leur diftance
v ou de leur proximité ; il me montroit la
» route que fuit le Soleil ; enfuite, il ap-
» puyoit fa tête fur une de fes mains, & il
» comptoit, par fes doigts, le nombre de
s» nuifs qu'il faut coucher en mer pour s'y
33 rendre ; il m'indiquoit, avec d'autres
» lignes, les peuplades qui font blanches,
33 nègres ou mulâtres ; celles qui étoient fes
33 amies ou fes ennemies. Il m'apprit encore ,
33 que plufieurs habitans de ces ifles, man-
» gent de la chair humaine : afin de défig^ier
'» cet ufage, il mordit fon bras. Je faifis très-
» bien tout ce qu'il vouloit me dire ; mais je
» renouvellai fi fouvent mes queftions, qu'il
33 en parut fatigué ; il me montra de la main
33 le fud-fud-eft, & d'autres points de l'hori-
33 fon ; fes lignes m'annoncèrent qu'il y a des
« terres dans cette partie. Il me témoigna le
33 defir de s'en retourner chez lui. Je le char-
» geai de préfens; avant de me#quitter, il
33 m'embrafsa fur la joue, & il me donna
«3 d'autres marques d'affe&ion. %- -^^
H'33 Le lendemain, j'allai à la Bourgade de
« Tumay : afin d'être plus sûr de ce qu'il
# m'avoit dit, je çonduifis quelquçg Indiens
s? au H^flBlNTRODUCTI ON; i||l   1%
53 au bord de la mer ; je plaçai la bouffole
é devant moi; je pris du papier, & je fis, à di-
»3 verfes reprifës, des queftions à chacun des
33 Naturels , fur les terres dont le Chef
33 m'avoit donné les noms. Leur réponfe fut
33 d'accord en tout ; ils me parlèrent de plu-
33 fleurs ifles habitées par des hommes, tels
33 que je les ai décrits plus haut, lis me parle-
33 rent auffi de la grande terre, & ils me
33 firent entendre qu'on y trouve des vaches
33 ou des buffles ; ils aboyèrent, pour me
33 dire qu'il y a des chiens; ils chantèrent,
33 pour rn'apprendre qu'il y a des coqs &
» des poules ; & ils grognèrent, pour m'a-
33 yertir qu'il y a des cochons. De cette
33 manière, ils vinrent à bout d'exprimer
33 leur penfée , & de réppndre à mes quef-
53 tions. On leur montra les perles d'un chaos pelet, & je compris qu'ils en avoient de
3i femblables. L'équipage interrogea ces In-
33 diens, & d'autres encore, far ces objets,
33 & la réponfe fut toujours la même ; d'où
33 l'on peut conclure qu'ils difoient la vérité.
33 Avant de quitter rifle de Taumaco, je
33 faifis quatre des Naturels qui annonçoient
su le plus d'efprit : trois fe fauverent à la nage ;
33 l'autre, qui refta à bord., & qui fut nommé
33 Pierre, a fait la dépoiition fuîvante à
à» Acapuko, & dans la ville de Mexico , où it ï8        Si NTRODUCTIO N. flHÉ|li
** mourut. Le Marquis de Montefcleros reçut
t> ce témoignage. ««pi s .tÉlÉI    W
M g Pierre déclara qu'il eft né à Chkayana y
1 ifle d'une étendue fupérieure à celle de
a» Taumaco ; que les pirogues emploient
» quatre jours à fe rendre de la premiere à la
» féconde; que Chicayana eft une terre bafle,
»3 abondante en fruits ; que les Naturels font
w de la même couleur que lui; qu'ils ont de
v grands cheveux îiffes ; qu'ils fe tatouent le
« vifsjge, le nez 5c la poitrine ; qu'il y a aufïi
33 des hommes blancs, flont les cheveux font
ss roux §c très-longs ; qu'on y trouva des mu-
33lâtres, dont les cheveux, fans être bou-
53 clés, ne font pas entièrement lifses ; qu'il
j3 étoit,dans fon pays, Taraud & Soldât |
» qu'on l'appelloit Luca ; que fa fernme
n porte le npm de Layna, & Ion fils celui
S3 de Ley.
H| » 2°. Il déclara qu'à crois jours de voile dç
» Taumaco & à deux 4e Chicayana, on rencon-
■ tre une autre ifle plus grande que ces deux-
33 ci ; qu'elle eft appellee Guaytopo ; & habi-
>» téçpar une race auffi blanche que les E(pa-
^ gnols ; que les Naturels ont des cheveu^
s? roux ou noirs, qu'ils fe tatouent lç ventre ,
so que ces piqûres forment un cercle autcyij
>? du nombril ; que les trois ifles vivent en
I bonne  intelligence j  qu'on y parle le IHmBB   Introduction* fpip
>j même langage ; qu'une pirogue de Guaytopo% S
» ayant binquante perfbnnes à bord> partit S
33 pour une autre ifle habitée, appellee Macay* M
» ray la, dans l'intention d'y chercher de l'é* m
39 caille de tortue, dont ils font leurs pendans m
33 d'orale, & d'autres bijoux ; qu'arrivés prèsBi
i>3 de la côte, un vent contraire les -obligea H
so, de s^en retourner; que, for le point de m
3> débarquer dans leur patrie, une raffale ter-
33 rible les en empêcha ; qu'ayant confumé
*3 leurs provifîons, quarante d'entr'eux mou-
33 rurent de faim & de foif ; qu'enfin la piro-
w.gue aborda à l'i$e de Taumaco où il étoit;
» qu'il y vit le refte de ces malheureux ; qu'il
33 y avoit fept hommes & trois femmes j que
â3 fix des hommes étoient très-blancs , & le
33 fepti§fne de couleur brune ; que les fem-
33 mes étoient bfanches, & auffi régulière-
33 ment belles que les Efp^gnoles ; qu'elles
S3 avoient des cheveux roux & longs, & une
33 efpece de voile fin, bleu ou noir, appelle
» foa-foa, les couvroit de la tête aux pieds ;
33 que ces dix étrangers font morts, excepté
i Olan, qui a donné les détails ci-defsus,
33 touchant i'ifle de Guaytopo; que de plus il a
» vu relâcher à Chicayaéa un srand bâtiment
3> Indien ; que l'équipage étoit blanc & d'une
33 belle figure; qu'il y avoit plufieurs jolies
» filles j &, comptant fur fes doigts pas
Km I       1       HI 20 fSB Introduction* ^^^|M
» dizaine, il a fait entendre que cette pirogue
3> portoit no perfbnnes.      p ..4 .  ,     t,   I
53 3°. Il déclara qu'à cinq jours de voile
» d'un^
e a
autre me
e
ifle appellee Tucopia, eft fitu
S3 le grand pays de Mankolo, dont les Infu-
33 laires, de couleur de tan & mulâtres,
33 habitent des bourgades fort étendues : pour
* déligner l'étendue de ces bourgades, il a
i»
» indiqué Acapulco, M d'autres villes plus
33 confidérables encore. Je lui ai demandé
S3 s'il y en avoit d'auffi vaftes que Mexico ; il
S3 a répondu que non.
H ss II déclara de plus que ces Indiens vivent
S3 en paix, qu'ils ne font point antropopha-
33 ges ; qu'on n'entend point leur langue;
33 que ce pays eft plein de montagnes très-
33 élevées, & de larges rivieres ; que plufïeurs
ss de ces rivieres ne font pas guéables, &
33 qu'il faut les pafser en canot ; que pour
33 aller de Tucopia à cette terre, on part au
s? lever du foie il, & qu'on laifse cet aftre à
ss gauche ; qu'ainfi l'on marche du fud au
s» fud-eft. flBpyl^ '-■^^^^Mm^^wBBÊÊ
&3s Je dois ajouter que ia chaîne de monta-
s9 gnes que nous avons vue fe prolonger à
a? l'oueft 5 confirme cette dépofition.
ss Pierre vantoit beaucoup l'étendue, la
33 population g la fertilité & les autres avants tages de ce pays. Il étoit allé à Mankolo | BSh|   Introduction.   |
i pour y chercher les troncs de ces grands
33 arbres dont fille eft remplie, & en faire
» une pirogue ; il y trouva un port : il m'ap-
3s prit que le port furpafse en étendue la baie
33 de ^S. Philippe & S. Jacques, mais que l'entrée
» eft plus étroite , que le fond eft de fable ;
ss que le rivage eft couvert de galets ; que
33 quatre rivieres y débouchent, & que les
ss environs font très - peuplés ; qu'il avoit
33 longé la côte à l'ouefc , plus loin que
33 à'AcapulcQ kMexko, & que n'en appercevant
» pas l'extrémité, il avoit repris le chemin
ss de fon ifle. ^^^^^^^p^^^^^^^M^P
ss Tous ces faits démontrent qu'il y a deux
ss Cpntinens féparés de celui de Y Europe, de
33 Y Afrique & de YAJîe : le premier eft YAmèri-
3> que , découverte par Chriftophe Colomb ;
ss le fécond eft celui que j'ai vu , où je de-
33 mande à former une Colpnie , & dont je
3> prie Votre Majefté de me permettre d'ache-
ss ver lareconnoifsance. L'entreprife que je
ss propofe eft importante ; elle intérefse la
si gloire de Dieu ; elle peut être d'une e
ss trême utilité à YEfpagne. Je m'engage à.
ss prouver cette afsertion, & à répondre à
33 toutes les obje&ions qu'on pourroit me
3» faire »+
y C'eft fur l'autorité de ce mémoire ,
ufieurs autres touchant le même objets at  S Introduction; H|||
préfentés par Quiros à Philippe III, que les
Géographes ont cru à Fexiftence d'un Continent auftral. Ce Navigateur enthoufiafte &
vain, prétendoit l'avoir trouvé. «L'étendue
> des pays nouvellement découverts, dit-il
33 à fon Souverain , égale celle de Y Europe
33 entière , de YAfie mineure, de la Mer Cafpien*
* ne & de la Perfe s*. Il ne faut pas s'étonner
qu'une assertion pareille fe foit répandue
dans un tems, où il reftoit encore le quart dii
Globe à découvrir ; mais on eft furpris que
fur des fondemens aufll légers , que d'après
la reconnoifsance d'un petit nombre d'ides
occupant tout au plus fix degrés de latitude,
& un peu moins de longitude , il fe foit
trouvé un homme qui a voulu féduïre un
Prince éclairé, & faire adopter fon opinior\
aux Savàns de tous les pays. Pour montrer le
ridicule de cefyftême & d'autres de la même
efpece, il fufEt d'expofer les faits fur lefquels
on a voulu le conftruire. .iBMflHHI ;f||
H Toutes les Puifsances maritimes furent ja-
loufes de la découverte de ce Continent
imaginaire. La France apprit que l'Angleterre alloit envoyer des vaifseaux dans la Mer
du Sud, & elle ordonna une expédition fem-
blable (i). L'Efpagne., de fon côté, en fit unà
miÊm0mimtmxÏ0mi*mm»*. ! I M   Ij^i;
(i) Celle de M. de Baugab ville*
i 1-
WrnÊË     jÎNTRODUCTlON» ||||L   ^y
autre. Lé fuccès de ces deux premieres entreprîtes n'ayant pas répondu aux efpérance^
qu'on avoit formées ; le Cabinet de Madrid^
& celui de Verfailïes renoncèrent à leut.
projet. Georges III fuivit ces nobles defseins
avec plus de confiance ; il s'eti occupé dil
progrès des arts avec un zèle extraordinaire |
& il infpire autant d'admiration par les lu-j
mieres que par fes vertus. ^^^^^m^M^
p En 1614 ? George Spitzbergen , qui côiij^
mandolt une forte efcadre de vaifseaux Hoi*
landois ^ pafsa le Détroit de Magellan ; & ,
après avoir croifé quelque tem$ contre les
Elpagnols, avec plus ou moins de fuccès 1
il relâcha au port de la Nativité fur la côte dix
Pérou, & de-là il revint en Europe. En traver-
fant la Mer du Sud, par 19 degrés de latitude,
nord & environ 30 degrés en longitude du
Continent d'Amérique, il découvrit un grand
rocher, & trois jours après une féconde ifle
où il apperçut cinq collines : ces deux terres
n'ont pas été retrouvées depuis. Il atterra aux!
ifles des Larrons, dont j'ai déjà parlé, & ce fut
la feule relâche qu'il fito/^^^^WH^MS
m Schouten & le Màir/e appareillèrent dit
Texelle 16 Juin 161 5 avec Y Amitié, vaifseaut
de 360 tonn. ; & le Boom, bâtiment de 1 ici
L'objet de leur expédition étoit de découvrir un pouyeau pafsage dans la Mer du SucÈfc
Biv -IS
$24  «   Introduction* 89
La chartre de la Compagnie Hollandoifî
défendant aux fujets des Etats-Généraux, de
faire le commerce à l'eft par le Cap de Bonne-
Efpérance , ou à l'oueft par le Détroit de
Magellan 1 des Négocians que gênoit ce privilège exclufif, réfolurent de chercher une
route nouvelle à la Mer du Sud. Telles
furent les vues qui déterminèrent cette expédition : le Boom brûla tandis qu'il étoit en
carène à l'ifle du Roi, fur la côte du Bréfil.
L'autre vaifseau continua fon voyage, après
avoir fauve des flammes quelques munitions.
Les deux Commandans portèrent le cap au
flid-oueft :à 54 degrés 46" minutes, ils apper-
çurent une ouverture, & après l'avoir pafsée
heureufernent, ils lui donnèrent le nom de
Détroit de le Maire. Le Maire avoit excité les
Négocians à cette entreprife, & Schouten |
qui commandoit en chef, voulut bien faire
cet honneur à fon compagnon. Dès qu'ils
eurent doublé la pointe la plus méridionale
du Continent cY Amérique, ils appeilerent ce
promontoire le Cap de Horn , ou, pour être
plus exaét, le Cap de Hoorn, du nom de la
ville de Hollande qui la premiere concerta
fecrétement cette opération. Us appeilerent
auffi Barnevelt deux ifles qu'ils avoient dépaf-
fées. Dès qu'ils fe virent hors des côtes, ils
cinglèrent au nord, dans l'intention de relâ- ^^^^^ Introduction* fiRl | $
cher à Juan Fernandés, & de s'y radouber. Mais
rimpétuofité de la houle ne leur ayant pas
permis d'aborder, ils furent obligés de œn-
tinuer leur route , & d'attendre des circonstances plus heureufes. La premiere terre
qu'ils apperçurentétoit nouvelle; ils la trouvèrent par 15 degrés 15 minutes & 136 degrés 30 minutes de longitude oueft. C'étoit
i\ne petite ifle bafse, où ils recueillirent du
cochlearia , mais où ils ne rencontrèrent
point d'eau. Les chiens de cette terre ne
pouvoient ni aboyer ni crier, & ce fait fm-
gulier en Hiftoire naturelle les détermina à la
nommer Ifle des Chiens* Environ7 degrés plus
loin à l'oueft, ils découvrirent une autre ifle
qu'ils appeilerent Sondre-Ground, parce que
la fonde fur les côtes ne donna point de fond.
En cinglant toujours à l'oueft, ils arrivèrent
à une ifle, où ils firent de l'eau. Leurs futailles étoient vuides, & ils la nommèrent Vater-
land : ils y cueillirent de plus une grande
quantité de plantes bonnes à manger : ne
pouvant pas y mouiller, ils fe remirent etkî.
marche, & ils furent bientôt en vue d'une
quatrième ifle, où ils remarquèrent un courant d'eau douce : la terre paroiflbit d'un accès difficile , comme celle qu'ils venoient
de pafter. Us embarquèrent leurs tonneaux
fur la chaloupe, mais le détachement ne'put
1 t**
•>■
SfTROOUCTÏO^
îes remplir; il revint couvert d'infe£les, qui;
fans avoir la grofseur des moufquites | étoient
mille fois plus dangereux par leur nombre Se
leur venin. Des efsaims de ces infeéles fondirent fur le vaifseau, & l'enveloppèrent il
bien, qu'on n'appèreevoit plus les voiles,
les agrets, les mats ni les cordages. Il s'écoula
trois jours avant que les Hollandois pufsent
débarrafser le bâtiment & fe débarrafser eux-
mêmes de cette vermine. Us la nommèrent
Ifie des Mouches.
|0 Après avoir quitté cette ifle, les Hollandois commirent des violences qui déshonorent l'humanité. Us rencontrèrent une pirogue, & au lieu de lui faire des lignes de paix
pour gagner la bienveillance des Indiens, ils
tirèrent un coup de canon afin qu'elle amenât. La pirogue étoit remplie d'hommes Se
de femmes qui ne favoient pas ce qu'on leur
vouloir. Effrayés par le bruit, ils efsayerent de
fe fauver. La pinafse du vaifseau leur donna
chaise:les malheureux Indiens voyant qu'il
leur étoit impoffible d'échaper; que plufieurs
de leurs compagnons avoient reçu des bîefsu-
res dangereufes , aimèrent mieux périr ait
fond de l'Océan, que fe livrer à leurs perfé-
cuteurs. Au moment où les Hollandois abor-
doient la pirogue , la plupart des Indiens fe
jetterent à la mer avec leurs proviflons ; ter NTRODUCTION. 27P
refte, compofé fur-tout de femmes , d'en- m
fans & .de blefsés, fe fournirent. Schou- 9
ten les traita avec bonté, ordonna de pai> :jm
fer leurs blefsures , Se les renvoya enfuite |j|
fur leur embarcation. Mais rien ne peut faire II
exeufer fa conduite antérieure, ni faire our m
blier que fon attaque coûta la vie à plufieurs m
de ces paifibles Indiens. .'^^^^^^^^ffil^^S
Uijie des Cocos ÔC celle des Traîtres furent
les premieres qu'ils trouvèrent après leur §:é
départ de l'ifle des Mouches : ces deux terres yp
font peu éloignées l'une de l'autre , & fern- f f
blent habitées par la même race. En voyant p|
ces deux peuplades le réunir, afin de ven- é|
ger la mort de leurs amis, Schouten jugea Hjj
qu'elles vivoient dans une bonne intelligen- §g
ce. Les Hollandois commencèrent alors à ||
fentir le befbin, Se à le repentir   de leur ?f|
cruauté ; comme ils manquoient de vivres, Si
ils délibérèrent fur la manière dont ils dévoient fe conduire. Ils prirent une réfolu-
tion courageufe, mais la fortune les difpen-
fa de la fuivre ;  ils voulurent relâcher à
Fifle de YEfpérance, Se ils y furent très-mal
reçus. Us abordèrent enfuite à une ifle charmante Se très-fertile; le Peuple oui l'habi-
toit, avoit l'air de fentir fon bonheur ; il fut
touché de la mifere des équipages, & il
leur prodigua fes largefses. Les Hollandois lili
m 5tx ggH Introduction;  £9Hj
JP y radoubèrent leurs vaifleaux; ceux d'en-
|| tr'eux qui étoient malades y recouvrèrent
S la fanté; ils y embarquèrent autant de co-
H chons & de fruits, qu'ils purent le defîrer.
ïflls n'auroient pas été mieux accueillis dans
? leur patrie, & ils donnèrent à l'ifle le nom
t, de Hoom : elle gît par 14 degrés 56 minutes
de latitude fud, Se 17^ degrés 50 minutes
de longitude eft. Elle refsembleroit à tous
égards à rifle d'O-Taïti, fi celle-ci n'avoit pas
des  forces navales auxquelles on ne peut
rien comparer.   ^pi^^^^^ffi^^^É^^
Pi   Quoique Schouten & le Maire eufsent
alors une quantité confidérable de provi-
fions, & que les équipages fe portaffent très-
bien , comme ils n'efpéroient plus découvrir le continent qu'ils cherchaient, ils fe
décidèrent à revenir en Europe par la route
la plus courte. Us mirent donc le cap au
nord-oueft, jufqu'au moment où ilsfe trouvèrent près de la ligne; ils dépafserent plufieurs ifles auxquelles ils donnèrent des noms
tirés de l'afpeét du pays , ou du jour de
l'année ; Tune d'elles fut appellee ifle Verte;
& une autre, S. Jean , &c. Ils longèrent 1;
côte feptentrionale de la Nouvelle-Bretagne,
Se ils arrivèrent ^Bantam, où leur vaiifeau
fut faifi, Se leur cargaifon conflfquée fuir
les inftances de la compagnie Hollandoife % WE   I Introduction, flflj 29
•qui les accufoit de faire la contrebande. Us
n'avoient perdu que quatre hommes, Se
même l'un d'eux mourut à cet atterrage.
En k5i3, le Prince Maurice & les Etats
de Hollande envoyèrent une flotte dans les
mers du fud pour y attaquer les Efpag&ols.
Jacques l'Hermite qui la commandoit, fe
rendit de Lima aux ifles des Larrons par la
voie la plus courte, il ne fit aucune découverte dans ce qu'on nomme l'océan Pacifique i Se le plan de cette introduction ,
n'exige pas que je m'arrête fur ce voyage.
En 1642 , Abel Tafman appareilla de Batavia fur YHeemsklrk, accompagné de la pin-
gue le Zeehan ; il entreprit ce voyage dans
refpérance de découvrir le continent auftral |
il fe rendit d'abord à l'Ifle Maurice ; de là, cin -
glantaufud, la premiere terre qu'il apperçut,
fut la pointe orientale de la Nouvelle-Hollande,
connue depuis fous le nom de terre de Van-»
Dkmen; elle eft par 42, degrés 25 minutes
de latitude, Se 163 degrés 50 minutes de
longitude. Il mit le cap à l'eft, en fuivant.
toujours un parallèle élevé; Se il atterra fur
la côte la plus occidentale de la Nouvelle-
Zélande \ les naturels d'une baie qu'il appella.
baie des AffàJJins , mafsacrerent l'équipage
de la: chaloupe du Zeehan. Cette baie eft
mieux conriue à préfent fous  le nom de w
Inthoductî
on;
dfa
11er!1 deIa Him ^ lui a donné
IÏfZT   °?k- A £°n départ de 1 bale
g &   Il   découvrit  l'ille des   Trois  Rois : delà'
îl fit   Toute à l'eft    iiifmi'a., „; j .
degré de longitude j il prit enfuue la direction du nord, jufqu'au dix-feptieme degré
de latitude fud. Alors il remit le cap à l'oueft!
pL scLsa sner mde Hoom> découve«-
pa Schouten oùil fe propofoit de. Radouber &de fe rafraîchir. Durant cette traverfée
dam   m Mtddelbourg & de Rotterdam : celle-ci
dontH p^eTX to" h0yag^ « 53
pï & mm 7 r ,aux ifles des
oueft  1 HI ' & marcha™ au nord
oueit, n découvrit par 17 deoT^« , „ „ •
^e latitude fud, P&SSVîÉi*
de longitude   Hi 1 ,? 3S minute5
du   Prince  Guillaume ,  & Bail   PS       ï7
DHà     il ^o<r   « , -odnes   d Beemskirk.
^eia , I paflà 11 Nouvelu.Guiné    f ||
Percevo.r le continent |SS«
ians viliter les ifles ES qu'on ™^1
en être voifines. Tafman hi^ ?   $WlNI
0     -irnan 4?nla donc la nnpr
non dans l'inc§§tude où i£ U T     I
luUilfutdere^^4r52^Pl
■PW S étroit d^/l^   < #11118    ÏNTRODUCTIO N; |||||  J 1
ï68i ; il fit jpf j mittes par le treizième
parallèle nord, fans voir ni poifepn, ni oi-
feau , Se fans rencontrer une pirogue, ppf
If Après Dampierre vient le Capitaine Cown
ley , qui en 1683 , appareilla de la Virginia
pour la mer du fud ; il releva une partie
des côtes oueft de Y Amérique, mais il np
fit point de découvertes dans l'Océan Pa-:
cifique,  Se il fe rendit aux Indes O&cntalcs
par la route ordinaire.    .  '^pP^^^^^P
Dampierre fit un fécond voyage en 1699 i
il reconnut la Nouvelle-Hollande , la Nouvelle**
Guinée , la Nouvelle-Bretagne , Se les ifles adja-*:
centes. Ses découvertes furent très-importantes, mais elles n'^rentpas dans le plan de
cette introduction. ||^ ; ^^^^M^^^^^K
Ce navigateur entreprit en 1703 un troisième voyage dans les mers du fud, mais
il ne fit aucune découverte. Il étoit accompagné de M. funnel, à qui on attribue
l'honneur de l'expédition, ' # :'^!|i9|H|
: fin 1708, le Duc Se- la Ducheffe appareillèrent
de Briflolpour-les mers du fud; mais fuivant
l'ufage dés pirates, ils revinrent par la route
ordinaire. ^^^^^^^^^0^ê    ^^^^^1
En 1719, le Capitaine Clipperton pafïa
le Détroit de Magellan, il comptoit enrichir
fes armateurs des dépouilles des Efpagnols :
pas les ifles des Larrons. & il ne fit il
31 H» Introduction;   HkV'
point de découvertes dans la mer du fud.
La compagnie Hollandoife , à la follicita-
tion du Capitaine Roggewin, forma en 17 21,
le projet de découvrir ce continent auftral
qu'aucun navigateur ne pouvoit trouver, Se
dont tout le monde croyoit Fexiftence. On
choifit pour ce fervice, trois forts vaiffeaux
qu'on approvifionna avec foin ; Y Aigle de 3 6
canons Se de m hommes, le Tienhoven,
Capitaine Bowman , Se la galère Y Africaine,
Capitaine Rof enthal : Roggewin , qui com-
mandoit en chef, montoit Y Aigle, Se avoit
fous lui, le Capitaine Cofter, habile navigateur. L'équippement de l'eicadr%le choix
des Officiers, Se par-deÇus tout, le zèle Se
le courage de Roggewin, qualités qu'il avoit
hérité de fon père, donnèrent à l'Europe
de grandes efpérancesfur le fuccès de l'expédition. Avant d'arriver au détroit de Magellan , les Hollandois efsuyerent des tourmentes affreufes, Se ils fouffrirent des maux
terribles. A peine furent-ils dans le détroit,
qu'ils fe trouvèrent afsaillis par de nouveaux
orages; la tempête venoit de cefser, lorsqu'une voile qu'ils prirent pour un corfaire
ou pour un vaifseau de guerre Efp.agnol,
leur donna de vives alarmes. Comme ce
bâtiment portoit fur eux avec rapidité, ils
fe préparèrent au combat ; où ils reconnurent Wm    ï-* Introduction. H 33
tent bientôt que c'étoit la chaloupe du
Tienhoven, montée parle Capitaine Bowman,
qui s'étoit féparé trois mois auparavant ; ils
croyoient qu'elle avoit coulé bas dans l'ouragan qui emporta le grand mat de hune &
le mat d'artimon du Tienhoven \ Se la vergue
de grande voile de Y Aigle. Ils fe félicitèrent
mutuellement, car le Capitaine Bowman étoit
perfuadé que l'efcadre entière avoit fait naufrage : leur joie dura peu ; il leur fallut
braver d'autres dangers, Se ils fe trouvèrent
bientôt dans un extrême embarras. Ils ne purent traverfer le détroit de Magellan , Se ils
atteignirent avec beaucoup de pei&e^, la mer
du fud , par le détroit de Lemaire. Après
avoir rempli leurs futailles à l'ifle Fernande^,
ils recherchèrent la terre de Davis9 : fur la
defcription donnée par Davis, ils penfoient
que cette côte les meneroit au continent
auftral. Us parcoururent envain l'efpace où
ils comptoient la trouver, mais ils rencontrèrent une petite ifle qu'ils crurent nouvelle , Se ils l'appellerent l'ifle de Pâque : elle
étoit alors remplie d'habitans; le Capitaine
Cook, qui y relâcha à fon fécond voyage ,
n'en ayant trouvé qu'un petit nombre, Se
feulement quinze femmes , il eft vraifembla-
ble qu'en moins d'un fiecle , elle fera dépeuplée. Delà , Roggewin fuivit à peu-près 34 «B ï ntroduction. 111111
la route de Schouten ; enfuite cinglant plus
au nord, il arriva à l'ifle reconnue depuis
par le Commodore Byron, Se où l'on voit
encore les reftes de la galère Y Africaine qui y
périt: cinq Hollandoisdéferterent; Roggewin n'envoya point à leur pourfuite : les
Naturaliftes, qui étoient fur le vaiffeau de
Byron, auroient dû examiner fî le mélange
de ces cinq Européens, n'a point produit d'altération dans les traits primitifs des Infulaires
de Tifle George; car on a lieu de penfer que les
déferteurs finirent leurs jours fur cette terre.
Roggewin place cette ifle par 15 degrés de
latitude fiid , Se il l'a nommé ifle Pernitieufe*
H Huit lieues à l'oueft, il en découvrit une
autre qu'il appella Y Aurore, parce que les
rayons du foieil naiflant lui donnoient un
éclat enchanteur. Le foir, il en trouva une
troifieme qu'il nomma ifle du Soir ( 1 ). En
marchant toujours à l'oueft, il rencontra un
petit archipel ; c'eft fûrement le même qu'on
connoît aujourd'hui fous le nom d'IJles des
Oifeaux. Il eut beaucoup de peine à fortir du
milieu de ces côtes, Se il l'appeila le Laby*
rinthe.
(t) Roggewin l'appelle Vefper. M. le Président desFroiïè*
traduit ce mot par la J^epre* J'ai cru devoir changer cette dé-
nomination,
si** ^^^H' Ï ntroduction. HS
^Quelques jours après avoir dépafle le
Labyrinthe , il découvrit une ifle qui avoit
un afpedl agréable, Se qu'il nomma ifle de
la Récréation. Il y fut d'abord accueilli d'une
manière hofpitaliere ; les Naturels cherche-»
rent enfuite à furprendre les Hollandois Se
à les maffacrer ; ils leur avoient donné des
vivres 3 de l'eau Se du bois ; ils avoient même
pris la peine de leur cueillir des plantes, 5c
de les porter aux vaiffeaux ; mais voyant un
jour un détachement qui fe promenoit fans
armes dans l'intérieur des terres, Se qui
jouiffoit de la beauté du pays,des milliers
d'infulaires fondirent tout-à-coup fur la petite
troupe, Se l'aflaillirent d'une grêle de pierres.
Dès que ceux qui reftoient à bord apper-
curent le tumulte, ils foupçonnerent une
attaque , Se volèrent au fecours de leurs camarades. Il y eut un combat général ; un
grand nombre de Naturels fut tué ; quel-:
quesEuropéens y perdirent la vie, Se plufieurs
s'en retournèrent couverts de bleffures.
Cet accident nuiiit au fuccès du voyage.
Les Hollandois n'oferent plus gueres defeen-
dre fur les côtes pour leur plaifir ; la plupart témoignèrent leur mécontentement j
quelques-uns fe mutinèrent. Il fut décidé
dans un Confeil de guerre , où l'on appella
les Officiers des deux vaiffeaux, qu'on fè
Ç ij EHpBBH
wii
! I
$6 Introduction*
rendroit à la Nouvelle-Bretagne,  Se delà à la
Nouvelle-Guinée, Se qu'enfuite on iroit aux
Indes Orientales par les Moluques. Ainfi s'éva-
nouirent les efpérances qu'avoit donné ce
voyage. Il ne diffipa point les doutes fur le
continent auftral. Des Savans trop frappés de
l'harmonie qu'on obferve dans les ouvrages de la nature, foutenoient encore qu'il
doit y avoir du côté du pole auftral un
continent ; qu'il eft néceffaire à l'équilibre
du globe Se à la correfpondance de fes parties ; ceux qui raifonnoient d'après les faits,
difoient avec raifon que ce continent eft
une chimère. «HH9ra^:- Hpfv ' :^WM
El En 173 8 I Bouvet fut chargé par la Compagnie Françoife des Indes Orientales , d'aller
faire des découvertes dans l'Océan atlantique du Sud. Il partit de Y Orient le 19 Juillet fur Y Aigle : il étoit accompagné du vaif-
fèau la Marie. Si Ton en croit fon journal,
le premier Janvier de l'année fui vante i il
apperçut une terre par 54 degrés de latitude
fud Se 27 ou 28 degrés de longitude eft ; mais
le Capitaine Cook Ta cherchée dans fon fécond voyage Se, malgré fes foins, il n'a pu
la retrouver ; il y a lieu de douter de fon
exiftence, ou fi réellement elle exifte , elle
fteft trop éloignée des routes connues pour
B être utile à la Navigation Se au Commerce. NTRODUCTION. ,37
Bouvet continua de porter le cap à l'eft dans
une latitude élevée, & il parcourut un efpace
de 29 degrés. Arrivés au 59e parallèle
fud, les deux bâtimens fe féparerent ; l'un
alla à l'ifle Maurice, Se l'autre revint en
France.
L'Amiral Anfon traverfa la grande Mer du
Sud en 1742 ; mais, comme il ne penfoit
qu'à battre les Efpagnols, il ne fit aucune
découverte, Se la relation de fon voyage
eft trop connue pour en donner un extrait.
Nous voici à l'époque où le Roi forma
projet de faire reconnoitre l'Hémifphere auftral* C'eft en 1764 que commencèrent les
expéditions dont la Géographie 8e la Navigation ont tiré de fi grands avantages. / fl»!
Le Commodore Byron qui commandoit
le Dauphin Se la Tamar > appareilla des Dunes
le 21 Juin de la même année ; Se après avoir
reconnu les ifles Falkland, il entra dans la Mer
du Sud par le Détroit de Magellan : il y découvrit les ifles du Difappointement ; celles de
Georges, du Prince de Galles ; le petit Archipel,
qu'il a nommées Ifles du Danger, l'ifle d'Yorck
& celle de Byron. Il fut de retour en Angletcm
le 9 Mai 1
Au mois d'Août fuivant, on renvoya h
auphin, fous le Capitaine Wallis, avec le
1 •
e Car**
3^^B  Introduction.' m
Swallow, commandé par le Capitain
teret. W^^^^^^ÊSÊÊÊÊ^1 -;     ;^IBB
fi   Ils marchèrent de conferve jufqu'â l'extrémité occidentale du Détroit de Magellan , &
ils fe féparerent à la vue de la grande Mer
du Sud. BB^SHmBI- ^^^^^^S^^w"^
| Le Capitaine Wallis cingla dans les hautes
latitudes plus à l'oueft qu'aucun autre Navigateur avant lui ; mais il ne rencontra terre
qu'à fon arrivée au Tropique. Il découvrit
les ifles de la Pentecôte, de la Reine Charlotte, d'Egmontj du Duc de Glocefter > du Duc
de Cumberland , Maitïa, O-Taïti , Eimeo ,
Tapamanou, Tifle Howe , celles de Scilly , ( OU
les Sorlingues ) de Bofcaven, de Keppel Se
de Wallis : il arriva en Angleterre au mois de
Mai 17^8. ^^^^^^H mk <'^HS
mm Le Capitaine Carteret qui étoit parti avec
lui, comme on vient de le dire, fuivit une
route différente. Il découvrit les ifles Ofna-
bruk j Glocefter, celles de la Reine Charlotte ,
celles de Carteret Se de Gower, Se le Détroit
entre la Nouvelle-Bretagne & la Nouvelle-Zélande",
il fut de retour au mois de Mars 17^9. IfSÉ
;l M. de Bougainville fit voile de France au
mois de Novembre 17^7 fur la Frégate la
Boudeufe, accompagné de la Flûte Y Etoile.
Après avoir pafsé quelque tems fur la côt< Introduction;
*9
1771
a
du Bréfil Se aux ifles Malouines, il entra dans
la Mer du Sud par le Détroit de Magellan en
Janvier 1768.    ^^v^^^p|   :i|Bf -:^S
Vil découvrit dans cette Mer ks quatre Fa-
çardins, l'ifle des Lanciers , celle de La Harpe>$
( le Capitaine Cook 1 a nommée depuis me
du Lagon, du moins il croit que c'eft la même. ) Le Boudoir & l'ifle de Y Arc. Environ 20
lieues plus loin à l'oueft, il découvrit quatre
autres ifles ; il rencontra enfuite Mahea^
Taiti, les ifles des Navigateurs Se Y Enfant perdu^
qui étoient pour lui des terres nouvelles ;
de-là il pafsa entre les Hebrides, qu'il appella
Jl *        * i   i
les Grandes Cyclades ; il découvrit le Banc de
Diane & quelques autres, la terre du Cap de
la Délivrance, Se différentes ifles fituées plus
au nord. Il pafsa au nord de la Nouvelle-Irlande , il toucha à Batavia, 8e fut de retour eii
France au mois de Mars 1769,
§f En 1769, lesElpagnols équipèrent un vaifc
feau afin de fuivre les traces des Anglois Se
des François. Ce bâtiment arriva kO-Taïd en
a découvrit quelques
ifles par 32 degrés de latitude fud, 130 degrés
de longitude oueft : il touchaà l'ifle de Pâque.
On ignore s'il vint défârmet à la Nouvelle-Ef*
pagne OU en Europe.
ff La même année 1769, les François en
voyerent dans la Mer du Sud un fécond vail^
Civ .A
40 Introduction*
feau; M. de KergUelen qui le commandoit^
partit de l'ifle de France, Se il y retourna après
avoir découvert quelques ifles ftériles entre
le Cap de Bonne-Efpérance Se la terre de Van
Diemen. Le Capitaine Cook a trouvé dans le
voyage que je vais décrire, la bouteille
d'avis laiiTée par le Navigateur François fur
ces nouvelles terres. P°j^HHB *WÊÊÉÊÊÈ;
^| L'année 1769 fut remarquable par le paf*
fage de Vénus fur le difque du Soleil : ce
phénomène très-intérefëant en Aftronomie,
excita l'attention des Académies de YEurope.
IpAu commencement de 1768, la Société
Royale de Londres préfenta au Roi un Mémoire fur cet objet ; elle y expofoit l'utilité
des obfervarions qu'on pourroit faire dans les
différentes Parties du Monde, Se fur-tout
dans les latitudes auftrales entre les 140 & les
180 degrés de longitude oueft, à compter
du méridien de Greenwich. Elle ajoutoit qu'il
faudroit des vaifseaux équipés convenablement, pour conduire les Obfervateurs dans
ces pays éloignés, mais qu'elle ne fe trou-
yoit pas en état de fournir à ces dépenfes. m
USa Majefté, après avoir lu le Mémoire,
ordonna à l'Amirauté de choifir des vaifseaux
convenables pour cette entreprife. On acheta
le bâtiment YEndeavour qui étoit deftiné au
commerce du charbon de terre : on l'équipé <"> mit
c
Ëgl Introduction.     f 4 f
ivec foin , 8e M. Cook, qui s'étoit déjà dif-
tingué dans la Marine, en obtint le commandement ; afin de l'aider dans les obfervations
touchant le pafsage de Vénus, on lui donna
M. Green, très-habile Aftronome. w^l $j£
m Après bien des difcuffions, il fut décidé
qu'on choifiroit Tifle d'O-Taïti ; 8e M. Cook
reçut ordre de s'y rendre le plus prompte-
ment poffible, 8e d'y faire les obfervations
nécefsaires : on lui ordonna enfuite de tenter
des découvertes dans la Mer pacifique , jusqu'au 40e degré de latitude fud ; Se s'il ne
trouvoit point de terres, de marcher à l'oueft,
entre le quarantième 8e le trente-cinquième
parallèle , jufqu'à ce qu'il rencontrât la Nouvelle - Zélande, de la reconnoitre , 8e de revenir de-là en Angleterre par la route qu'il
voudroit. i^^^^^^^Wi^i^^^^K ' 'P
. Conformément à ces inftruftions, il appareilla de Plimouth le 26 Août 1768, 8ç le 13
Avril de l'année fuivante , il arriva à O-TaïtL
Il avoit découvert fur fa route Fille du Lagon,
les deux Grouppes \ l'ifle de YOifeau Se celle de
la Chaîne.
H II refâcha trois mois à O-Taïti. On fait
qu'outre M. Green , M. Banks 8e le Do&eur
Solander, célèbres par leurs connoifsances
en Hiftoire Naturelle, 8e fur-tout, en Botanique , étoient de l'expédition : l'Europe A 1
\m
H*  B Introduction;  m||
connoît l'a&ivité & l'étendue de leurs travaux. Illip^jf ^ • ^ÊÊÊÊ^0^-- '    :^^H
Sles obfervations fur le pafèa&e de Vénus
s'étant faites avec tout le fuccès qu'on pou-
voitdefirer, M. Cook s'occupa des découvertes qui étoient l'autre objet de fon voyage.
Il vifita les ifles dé la Société; il reconnut celle
d'Oheteroa : ayant abordé à la partie eft de la
Nouvelle-Zélande, il releva toutes les côtes de
ce vafte pays ; il cingla enfuite vers la Nouvelle-Hollande j 8c releva également la bande
orientale de cette grande terre ; il découvrit
le détroit qui fépare fon extrémité nord de
la Nouvelle-Guinée. Il s'en revint par l'ifle de
Savu 3 Batavia j le Cap de bonne Efpérance 3 Sainte-
Hélène , Se il arriiÉ en Angleterre le 12 Juillet
11
|||En 1769,M. de Surville, Capitaine François , partit des Indes orientales, Se fit une expédition de Commerce par ui\e route nouvelle, Il traverfa les parages de la Nouvelle-
Bretagne , Se rencontra des terres à 1 o degrés
de latitude fud, Se 15 8 degrés de longitude
eft : il appella ces ifles de fon nom : mettant
enfuite le cap au nord-eft, il pafsa près de la
Nouvelle-Calédonie fans l'appercevoir ; il relâcha au havre Douteux (à là Nouvelle-Zélande);
de-là il marcha vers l'eft entre les 3^ & les
41 degrés de latitude fud, jufqu'àfon arrivée
• mm  Introduction,, mm 43
fur l;a côte d'Amérique : cette route 5 qui n'avoit
jamais été faite, jointe à celle du Capitaine
Fumeaux entre le48e 8ele 52e parallèle, &
à celle du fécond voyage de M. Cook,
démontre d'une manière évidente qu'il n'y
a point de Continent auftral.   ^^^^^
Dès qu'on eut examiné les journaux du
premier voyage de M. Cook, le Roi en ordonna un fécond, qui avoit pour but d'achever la reconnoifsance de Thémifphere auftral.
On fit des préparatifs extraordinaires. L'Amirauté avertie que cette expédition exigeoit
des bâtimens d'une conftruftion particulière,
les acheta tels qu'on les demandoit. Il parut
nécefsaire de faire des changemens dans l'ef-
pece de provifions qu'on a coutume d'embarquer , 8e l'on eut foin de choifir les meilleures. On y ajouta de la drêche, de la
fourkrout, des choux falés, des tablettes
de bouillon portatives., du falep, de la moutarde , de la marmelade de carottes, du rob
de limon, 8e plufieurs autres articles deftinés
à la nourriture des convalefcens ou des ma-
lades.
Les vaifseaux pour lefqueîs on s'étoit décidé , refsembloient aux bâtimens employés
dans le commerce du charbon. Le plus
grand, qui étoit de 5 62 tonneaux , fut ap-
y m mi HP- Ïntroductio n.BBMB
Il pelle la Réfolution : il avoit 112 hommes:
m d'équipage, y compris les Officiers. M. Full meaux obtint le commandement du féconde
m. qui fatnomméY Aventure; il étoit du port de 3 3 6
tonneaux , Se il avoit feulement 81 hom-
^5 mes. M. Cook, qui commandoit en chef,
§ emmena différentes perfbnnes verfëes dans
m l'Hiftoire Naturelle, l'Aftronomie, les Mathé-
Wmatiques, leDeflin,la Peinture, 8ec. Sec.
jap Les deux vaifseaux partirent de PUmouth le
I12 Juillet 1772 , après avoir fixé par des ôb-
||| fervations la latitude Se la longitude de cette
ffff place. On fe détermina à cette premiere opé-
Hration, afin de régler les garde-tems qu'on
|| embarquoit au nombre de quatre : il y
lien avoit trois de M. Arnold , Se un de
IM. Kendal, conftruit fur les principes de
Il M. Harrifbn. |^p^p^p^p 1 §Ï§H
fgkt Le premier objet de ce voyage étoit de
m prouver d'une manière certaine , l'exiftence
«ou la chimère du Continent auftral, qui fixoit
H l'attention de la plupart des Puifsances mari-
S.times, 8c dont les Géographes parloient fans
3 cefse. ^^^^^^^^S ^E^^^B -, .. , :I
"||| Tout le monde connoît les détails Se le
■—• fuccès de cette expédition ; elle a démontré
s\ï qu'il n'y a point de Continent auftral ; Se
!| cette grande queftion eft aujourd'hui décidée. NTRODUCTION. igj
Il reftoit à favoir s'il exifte un pafsage au nord-. I
oueftou au nord-eft. Le troifieme voyage
de Cook, dont je vais donner une relation i g
avoit pour objet de diffiper les doutes fur 11
ce pafsage ;  mais avant d'entrer en ma- fl
tiere, il eft à propos de recueillir les indices m
pour ou contre qu'ont donné les voyages S
faits anciennement dans la Mer atlantique ; if
le Lefteur fera plus en état de prononcer. -jp%
Br Des Navigateurs habiles, des PhilolbphesÉf
8c des Cofmographes très-éclairés ont fou- £
tenu, par des principes d'analogie, qu'il doit||
y avoir quelque part dans l'Hémifphere-nord
une communication entre la Mer atlantiqueJÉ
& la grande Mer du Sud, ainfi qu'il en exiftejl
une par le Détroit de Magellan dans l'hémif-n
phere auftral. Cette railon, malgré fa frivo-H
lité, paroifsoit fi sûre aux Cabots, célebresif
Navigateurs du quinzième fiecle, que l'un
d'eux, Sébaftien, propofa à Henri VII de
découvrir ce pafsage 8e de perdre la tête
s'il n'en venoit pas à bout. Il fut chargé de
cette recherche, comme il le demahdoit;^
il s'éleva jufqu'au 68e degré de latitude nord;
mais la mutinerie de fon équipage fit manquer l'expédition. La Cour de Londres fut
néanmoins contente de fes efforts, 8e elle
créa une nouvelle Charge pour lui. Il fut
nommé Grand - Pilote d'Angleterre, avec
ras 46 H   Introduction,   f^^m
des appointemens de i55 livres fterlings;
fomme qui étoit alors confidérable. B «fB:
H 11 s'en revint par Terre-Neuve, 8e il ramena
deux Efquimaux. ÇPlI^^^W^; ' ■ llB^R
U Il s'écoula bien du tems avant qu'on fît
une féconde expédition pour découvrir le
paÉage au nord-oueft. Les voyages au Sud
attiraient toute l'attention de Y Angleterre ,
8e l'on ne parloit plus gueres des entreprifes
du Nord. B I lÉI^^^^B Wm
vOn s'en occupa de nouveau ; Se en 15*36
Sir Martin Frohisber alla chercher le pafsage
au Nord avec deux petits vaifseaux. Il découvrit d'abord fur la pointe la plus méridionale du Groenland, un Détroit qu'il remonta
l'efpace d'environ cinquante lieues. Il trouva
les terres élevées des deux côtés, Se il crut
avoir rempli l'objet de fon voyage ; mais,
ayant efsayé à diverfes reprifes de pénétrer
plus avant, il reconnut fon erreur, Se retourna en Angleterre.
BpQuelques années après, Sir Humphrey
Gilbert entreprit un voyage au Nord, Se
ranima les efpérances fur la découverte du
pafsage, Il manqua le premier objet de fon
expédition; mais fa tentative fut à d'autres
égards très - utile à Y Angleterre. Il longea le
Continent d'Amérique du 5be degré de latitude nord, au Golfe de S* laurenu II remonta pilllîp? -Introduction".
ce Golfe jufqu'au moment où il s'apperçut
que l'eau étoit douce. 11 prit pofseffion au
nom de fon Souverain de cette vafte étendue de pays, que les François ont appellee
depuis le Canada-, ce fut k premier qui forma
le projet de la pêche fur les bancs de Terre-
Neuve , Se qui en follicita l'établifsement.   M
i A mefure que le Commerce des Indes s'ac-
crut, le défit d'abréger cette navigation augmenta. Les Négocians, à l'envi l'un de l'autre , cherchèrent à découvrir le pafsage en
queftion. Ceux de Londres avoient concerté
un plan là-defsus, Se ceux des parties occidentales de X Angleterre s'occupoient du mêm$
projet. Mais ils ne cachèrent pas leurs vues
avec afsez de foin, & chacun d'eux pénétra
les intentions de fes rivaux. A la fin ils fe réu-?
nircnt ; ils convinrent'entre eux de partager
les frais de Fentreprife , Se ils en changèrent
le Capitaine Jean Davis.   ^^|^^^:||^|^
m Davis partit de Darmouth le 7 Mai t j8j fut
la barque la Clarté du Soleil, du port de 5 a
tonneaux & de 23 hommes d'équipage : il
étoit accompagné du Clair de Lune, bâtiment
de 3 j tonn. & de 19 hommes. La premiers
terre qu'il apperçut, fut une ifle près de la
pointe la plus méridionale du Groenland : elle
préfentoit un horrible afpeft,Se il i'appella ifle
4c la Défolation, Il pafsa enfuite le Détroit qui
'*■<*   .':',.' &à hB Introduction, i '^^^m
porte fon nom : il s'éleva jufqu'à 66 degrés
de latitude dans une mer ouverte ; il releva
fur fa route les cotes d'Amérique. L'approche
de Thyver le forçant de revenir, il prit la
route d'Angleterre avec l'efpérance de réuffir
une autre année. Les Négocians qui l'avoient
envoyé., furent fi charmés de fa relation 8c
de fes découvertes, qu'ils le renvoyèrent
l'année fulvante avec des forces plus con-
fidérables. Il partit de Darmouth le 7 Mai fur
la Syrene de 1^0 tonneaux : il étoit fuivi de
trois autres bâtimens, la Clarté du Soleil, le
Clair de Lune , Se Y Etoile du Nord , commandés
par des Officiers qu'il avoit choifis lui-même.
iji II fuivît le chemin le plus court pour fe
rendre -au foixantieme degré de latitude.
Arrivé à cette hauteur, ildivifa fa petite efca-
dre ; il ordonna à la Clarté du Soleil Se à Y Etoile
du Nord, de faire des recherches dans la
partie du nord-eft, jufqu'à quatre-vingts degrés  8e avec  la  Syrene Se le  Clair de Lune,
il tourna les tiennes vers le nord-oueft : dans
fon premier voyage > il avoit formé des
liaifons avec les Habitans des côtes qui fe
trouvent fur cette route, Se il comptoit en
tirer des informations utiles. Les Sauvages
témoignèrent une grande joie de les revoir ;
ils parurent difpofés à lui rendre tous les
fervièes qui dépendraient d'eux, mais ils
ne HhSS Introduction. bR 49'
ne tardèrent pas à lui donner des fujets de
mécontentement. Ils aimoient beaucoup le
fer, 8e Davis leur offrit des couteaux. Les
couteaux ne les fatisfirent point, & ils demandèrent des haches ; après avoir obtenu
des haches, ils coupèrent les cables , Se volèrent une ancre, qu'il ne fut pas poffible
de recouvrer; il failit un des Chefs qu'il tint
prifonriier à bord de fon vaifseau ; le re£«
fentiment de ce Chef fe calma peu-à-peu,
8e il devint utile aux Anglois. Les Naturels
furprirent cinq matelots; ils en tuèrent deux,
Se ils en blefferent grièvement deux autres ;
le cinquième fe fauva à la nage, Se revint
au vaifseau , avec un trait dans le bras. Davis , après avoir côtoyé cette terre, depuis
le cinquante-fèptieme jufqu'aufoixante-fep-
tieme degré de latitude nord, reconnut que
c'étoit une ifle ; il découvrit enfin un excellent havre où il mouilla ; il crut qu'à huit
lieues au nord, il traverferoit le paffage, car
une greffe mer fe précipitoit de l'oueft entre
les dettx côtes. Mais il fut arrêté par les
vents Se les courans ; les remontrances de
l'équipage l'obligèrent à changer de route ^
Se comme la faifon étoit fort avancée, il
.revint   en Angleterre.   La   Clarté    du    Soleil
étoit déjà de  retour \ Y Étoile du Nord s'étoit
perdu, Se on n'en a jamais entendu parler. I
I    IB    f 1 D   I    I s
ï NTR O'DUCTI ON.
m Ces mauvais fuccès ne rallentirent pas fon
zèle ; il croyoit fermement à i'exiftence du
paffage au nord-oueft ; il détermina d'autres
Anglois à un troifieme voyage , qui réuflit
;auffi mal que les deux premiers. Cette leçon
ne le corrigea point, Se s'il avoit pu trouver de l'argent, il aurait continué les mêmes
■fit? J
recherches jufqu'à fa mort,   *^^^^^^P^
Tant de voyages malheureux calmèrent
ponr quelque tems l'ardeur des efprits fur
S X X *
cette matière ; 8e les projets de découvertes,
ne fe ranimèrent qu'en 1610. ^^^M^H|
p. Henri Hudibn alla chercher le pafsage
cette année ; en marchant au nord-oueft ,
il fuivit une nouvelle route qui le conduisit à l'embouchure du Détroit auquel il a
donné fon nom. Il le remonta dans toute fa
longueur, Se il trouva la mer libre; la faifon
étoit trop avancée pour fuivre cette découverte ; il fit efpérer des richeffes à fon équi-
page, Se quoiqu'il n'eût pas des provifions
pour un mois, il détermina fes sens à pafset
l'hiver fur une côte ftérile. Tant qu'il leur
refta des vivres, les matelots furent con-
tens ; le defir de s'enrichir Se d^acquérir de
la gloire échauffoit leur imagination ; mais
îorfqu'ils furent tourmentés par la famine Se
le froid, ils fe livrèrent aux murmures; il
y eut une révolte ; après avoir égorgé le Hffl  J   Introduction,   !  m
Capitaine, ils embarquèrent fur une chaloupe fept de fes adherens , qui étant
malades , ne pouvoient faire réfiftance , 8c
ils les livrèrent à la merci des flots. Les
Mutins s'emparèrent du vaifseau, 8e prirent
en hâte le chemin de l'Angleterre. A leur
retour, ils déclarèrent d'une manière pofitive
qu'on trouveroit, le pafsage ; 8c on   n'en
douta point. * :'S^fttfS^^^^^^^^^M
|§ Sir Henri Button, féduit par ce rapport;
mit à la voile l'année fuivante. Il cingla directement vers la mer qu'avoit découvert
Hudfon:il la remonta 200 héues plus loin
au lud-oueft ; il hyverna au çottNelfon , où
il perdit la moitié de fon équipage, Se il
revint au printems en Angleterre. Quoiqu'il
n'eût pas eu le bonheur de trouver le pa£<
fage, il affura qu'il exiftoit.   ^^^p^^^^ffi
Button fut à peine de retour i que Hall
8e Baffin mirent à la voile , dans l'intention
de partager la gloire de la découverte.
Hall fut afsaffmé par un Sauvage, Se Baffin ne tarda pas à revenir, mais avec la ré-<
folution d'entreprendre un autre voyage dès
qu'il le pourroit. ^^^^ÊBÊÊ^KÊk   Ipi^jl
Cette féconde expédition eutlieu en 161^
il examina alors la mer qui communique
avec le détroit de Davis ; il reconnut que c'eft
une grande baie, où l'on trouve une petite
D ii 2  B Introduction. ^RHI
entrée qui vient du nord, Se auquel il donna
le nom de Canal de Smith ; ce canal gît par
78 degrés de latitude.  ''|f.- '"■ -""-"^ÉÉ
A peu-près à l'époque dont je parle, on
créa la compagnie de la baie d'Hudfon. Sa
chartre l'obligeoit de fuivre cette découverte ; on impofa la même obligation aux
bâtimens employés à la pêche de la baleine.
Mais la compagnie de la bafe d'Hudfon &
les pêcheurs de la baleine, négligèrent de
remplir ce devoir. ||fe ^fe^^^^ffi^^S
En 163 1 , Luc-Fox , qui avoit une com-
miffion de Charles I, alla chercher le paffage
au nord-oueft ; mais fon expédition fut auflî
inutile que les précédentes..ÈjÉk .'. i3
jLe Capitaine James , qui vint après, examina la baie d'Hudfon d'une extrémité à
l'autre, Se déclara que le pafsage n'exiftoit
paS. l^^^^^^p^-       ||j|       lyi.     |gjj£; . .yjjj    .
Cette recherche fut interrompue un fiecle.
Le Capitaine Middleton, prefsé par Henri
Dobbs , fit une nouvelle tentative, il y a environ 50 ans. L'expédition 3 qui avoit été
concertée de la manière la plus fage , fut
encore fans fuccès , Se fera peut-être la dernière; car on regarde aujourd'hui comme
démontré, que le pafsage au nord-oueft,
par la baie d'Hudfon, n'exifte pas plus que le
continent auftral. :çf|:     *vl ntroduction. Ig  y $
^f Avant le troifieme voyage de M. Cook,
on n'étoit pas également fur qu'il n'y a
point de paffage au nord-eft, c'eft-à-dite ,
par le côté occidental de Y Amérique. Une
note rapportée dans le voyage de Campbell,
Se fur laquelle cet Ecrivain > qui foutenoit
l'exiftence du paffage dans cette partie du
globe , s'appuyoit beaucoup , faifoit pencher
les efprits vers fon opinion. 11 dit que Lan-
caftre, Capitaine du Dragon S 8e le premier
qui  COnduifit une flotte aux Indes Orientales1
apprit au Bengale c^x1 on pouvoit fuivre une
route plus courte pour aller aux Indes; que
dans fa traverfée des Indes en Angleterre, une
tempête ayant emporté fon gouvernail, 8c
fon vaifseau étant fur le point de périr, il réfo-
lut de ne pas l'abandonner; qu'alors, il crut
devoirrévéler fon fecret; que dans urn „__,
écrite par lui 8c envoyée à bord de Y Hector
on lit : « Le paffage aux Indes fe trouve à
>5 62 degrés 30 minutes de latitude , le
35 long de la côte nord-oueft de YAméri-
3> que ». L'expédition que je vais raconter avoit fur-tqrit pour objet de chercher le paflage par la côte nord-oueft du
nouveau monde. Les tentatives infruftueu-
fes de M. Cook rapprochées de celles des
anciens Se des modernes navigateurs Efpa-
gnois, ainli que de celles des Ruffes, prouvent
Diij troduction: «p;
que le paffage n'exifte pas. Il faut pourtant
obferver qu'a 61 degrés \$ minutes de latitude, M. Cook a découvert un grand canal ;
qu'il l'a remonté jufqu'à une baie qui a trop
peu de fond pour recevoir des vaiffeaux ;
qu'une riviere profonde cTeau-douce , environnée des hautes terres fur fes deux bords,
débouche dans cette baie. Il a fait remonter
cette rivière par les chaloupes ; mais comme
elle eft au moins à <o degrés de longitude
de la côte la plus proche de la baie d'Hudfon., il eft impolfible de fuppofer qu'elle
communique avec la mer du Groenland* %È SSSSBKESSS!BSSS!£S£HSfflS53!
,111
P
h&
1j
ilii
Ttff^WÎTfl
1UU1C4U '"—**f ! 1f*flfT
tSÊi*
m
r*f+tMW
g^rtarMMrrs^;-»^^-^^ , r^tt
T
D U
TROISIEME VOYAG
ja..
dans la Mer Pacifique,
rues avoir embarqué aux Galleoris l'artillerie 8e les munitions dont nous avions
befoin , les deux vaiffeaux vinrent monilter
au Nore, le 14 Juin 1776. Les provifions
fraîches de la Découverte étoient prefque épui-
fées; 8e nous appareillâmes le lendemain,
laiffant à l'ancre la Réfolutio%>, qui attendoit
M. Cook. 'W^^^SÊ^M& ÉiJl : - m
I Le 16 nous étions par le travers de Déal%
D iv
177^-
Juin* .■jft!MI"Jff»^W^»
^Troisième Voyage fL
Nous reçûmes à bord une quantité confidéra-
ble de bœufs Se de moutons, Se une chaloupe
deftinée à l'ufage du Capitaine. Le vent
fur impétueux la nuit 8e toute la journée du
lendemain.   IBIt, -;     - "^fife   ..■..■
Le 18 nous remîmes à la voile; Se à peine
eûmes-nous atteint le canal, qu'une tempête nous chafsa dans la rade de Portland,
Se nous caufa des dommages très-graves.
Nous eûmes des grains violens jufqu'au 26.
Nous arrivâmes kPUmouth le 26. Il y avoit
une flotte nombreufe de vaifseaux de guerre
Se de tranfport, qui conduifoient des troupes en Amérique. Nous faluames l'Amiral
de 11 coups de canon. Le gros tems l'a-
voit forcé de rentrer ; la mâture 8e les
agrêts de plufieurs bâtimens avoient beaucoup fouffert; à raidi nous jettarnes l'ancre
dans  la Sonde. -   '^S^^^S^S^^^^^^^F
H La Aefolutwn arriva le 30; elle falua l'Amiral, 8e vint amarrer près de nous.   fjjll9HB[
S|'M. Clarke, notre Capitaine | s'étoit efforcé
de gagner ce havre, afin de réparer les dommages qu'avoit efsuyé la Découverte dans l'ouragan du i8;Selaii<?yo/^io/2fepropofoit de nous
attendre. Mais nous eûmes peine à obtenir
un ordre pour qu'on nous donnât des charpentiers; Se quand nous eûmes cet ordre, la  1776
^Kflp'll d Etc o o k. Ï^|b[ '57
il s'écoula quelque  tems avant qu'il   fût
exécuté. L'Amirauté jugea le radoub de
flotte d'Amérique plus prefsé que celui de
notre vaifseau. W^^^ÊÊSB09i^i  '■w :
B La Réfoluûon fe lafsoit de ces délais; car,
lorique le 12 Juliet, époque où elle avoit m
mis à la voile pour fon premier voyage (1), ||
fut arrivé,   l'impatience de l'équipage, 8c J|
la perfuafion où il étoit que ce jour portoit ||
bonheur, déterminèrent M. Cook à partir. j|
Il appareilla donc , laifsant  au Capitaine f|
Clarke l'ordre de fe rendre à Saint - Ja?o ,
une des ifles du Cap-vert ; 8e s'il ne l'y trou- m
voit pas,  ou s'il ne pouvoit pas atteindre
cette relâche, de marcher au Cap de bonne B
Efpérancey par la voie la plus courte.    ' Si'îS
H Cet ordre déplut à l'équipage de \zDé- |j
couverte. Nos matelots n'étoient pas moins |§
emprefsés de partir ; ils avoient auffi leurs f§
pronoflics ; ils formoient également des pré- ||
fages chimériques ; on ne put calmer leur J|
imagination, Se ils fe fournirent à la nécef- JE
fité malgré eux.  ^^^^^^^^^p^^^^^^^m
|| Tandis qu'on répare la Découverte, je vais m
dire quelque chofe d'Omaï , le naturel d'Ulie- H
tea , que M. Coôk avoit ramené de fon fe-
Juillet.
(1) Le premier voyage-de la Resolution , fut le fécond du
Capitaine Cook. *77tf-
Juillet.
58 B Troisième Voyage^^I^
cond voyage. Ceux qui ne l'ont pas vu ,
pourront fe former une idée de fa perfonne
8e de fon cara&ere. L'Auteur de ce Journal a trouvé à fon retour en Angleterre plu-
fleurs ouvrages où il eft queftion d'Omaï.
Ces détails imprimés lui font favorables,
Se je n'ai pas cru devoir les fupprimer. Si
la fuite de cette relation le montre dans
un point de vue plus défavantageux, je prie
les leéteurs de fe fouvenir que j'ai eu bien
des occafions de l'étudier dans une longue
traverfée ; Se que je citerai des faits dont j'ai
été témoin. |^^^ft^^^^^^^^ppjÉJ^^§
Il II paroît, d'après le témoignage de M.
Cook qu'Omaï avoit eu des biens dans fon
pays, Se que les infulaires de Bolabola Yen
avoient dépofsédé. M. Cook s'étonna d'abord que le Capitaine Furneaux s'en fût
chargé. Il trouvoit que fon maintien, fa
taille, fa figure 8e Con teint ne donneroient
pas une idée jufte des habitans de ces ifles
heureufes ; 8e M. Forfter dit que parmi tous
les habitans d'O-Taïti Se des ifles de la Société,
îl n'en a- point vu d'aufll peu favorifés de
la nature ; que fa figure, fa naifsance Se fes
talens n étoient gueres propres à attirer les
regards d'une nation éclairée ; que c'étoit
sûrement un homme du peuple; qu'il n'ofa
pas d'abord afpirer à la compagnie du Capi- PPl^y^llfP E    Cook: "^1^^ 59
taine, & qu'il préféroit celle de l'armurier
8e des matelots ; mais qu'arrivé au C^, lorsqu'il fe vit habillé à l'Européenne Se pré-
fenté aux perfonnes les plus diftinguées, il
déclara qu'il n'étoit pas Towtow ( nom donné
à la dernière clafse des naturels); Se qu'il
prit le titre d'Hoa, ou d'Officier du Roi.
M. Cook ajoute enfuite qu'il s'étoit trompé ,
Se qu'il ne fait pas fi aucun autre habitant
d'O-Taïti auroit donné par fa conduite en
Angleterre, une fatisfaûion plus générale. On
fera peut-être bien - aife de trouver ici les
pafsagesde M. Cook Se de M. Forfter (1) , qui
ont rapport à Omaï. BÉhK^^H
ŒasEjrassrs
Omaï, dit M. Cook g a de l'intelligence,
» de la vivacité Se des principes honnêtes.
33 Son maintien eft agréable ; il n'eft point
» déplacé dans la bonne compagnie ; un
3> noble fentiment d'orgueil lui apprend à
s? éviter la fociété des perfonnes d'un rang
3? inférieur. Il a des paffions comme tous les
33 jeunes-gens; mais il ne s'y livre pas avec
» excès. Le vin 8e les autres boifsons fortes
n=
s> ne mi cauient,  je crois, aucune repu-
» gnance ; 8e s'il fe trouvoit dans un repas,
(i) Voyez la Traduction Françoife du premie/ Voyage de
Çook j torn. 1 j pag. 416 & fuivantes,
un
let. I*
<
177ô
Juillet.
6ô  m Troisième-VoYAGE'^^^^fl
» où celui qui boiroit le plus feroit le plus
3> accueilli I je penfe qu'il tâcheroit de méri-
» ter des applaudifsemens. Heureufement il
» a remarqué que le peuple ieul a l'habitude
« de boire beaucoup ; 8e comme il étudiait
» avec foin la conduite Se les goûts des per-
m fonnes de qualité, qui l'honoroient de leur
»» prote&ion, il étoit fobre Se retenu. Je n'ai
» pas ouï dire que durant deux années de-
» féjour en Angleterre, il ait été pris une feule
» fois de vin, 8c qu'il ait jamais témoigné
33 le defir de pafser les bornes de la modé-
| ration. » -^^^I^^^^m^HM|R^P^M
pF» A fon afrivée à Londres, le Comte de
» Sandwich, premier Lord de l'Amirauté,
3? le préfenta au Roi, qui l'accueillit avec
33 bonté. Il conçut dès-lors un fentiment
» profond de reconnoifsance Se de refpeft
?3 pour cet aimable Prince, 8e je fuis sûr
33 qu'il le confervera jufqu'à la fin de fa vie.
33 II a été carefsé par la noblefse, Se on n'a
33 pas eu la plus légère occafion de le méfef-
33 timer. Ses principaux prote&eurs ont été
33 Mylord Sandwich, M. Banks Se le Do&eur
33 Solander. . . Quoiqu'il ait vécu parmi
» nous dans des amufemens continuels j fon
m retour aux. ifles de la Société n'eft jamais
» forci de fon efprit :   il ne montroit au- ^^^»§||D   E     C   O  O  K.       ^B^f
*> cune impatience de partir ; mais il fem-
>> bloit fatisfait de voir approcher le mo-
*3 ment. s>
On trouve quelques traits de ce tableau
dans celui que pous a laifsé M. Forfter ; mais
les bonnes qualités d'Omaï y font accompagnées devant d'enfantillages 8e de fottifes,
que ces détails ne femblent pas avoir rapport à la même perfbnne. lËÉ^É^^^^^Hl
33 Omaï, dit M. Forfter, apafsé pour un
33 homme très-intelligent dans l'efprit des
33 uns, 8e pour très-ftupide dans l'efprit des
33 autres. La langue de fon pays n'ayant point
33 d'aigres confonnes, Se chaque mot finifsant
O ' x
33 par une voyelle, l'organe de fa voix étoit
» peu exercé; il ne pouvoit point du tout
3> prononcer ce|les de nos expreffions qui font
33 très-difficiles; & on a tiré desconféquences
33 abfurdes fur ce défaut phyfique, ou plutôt fur
-j^ce défaut d'habitude. A fon arrivée à Lon-
33 dres on lui a procuré les fpe&acles Se les
33 plaifirs brillans de cette belle capitale. Il
» imitoit aifément la politefse élégante de
33 la Cour ; il faififsoit tout de fuite le ton Se
33 les manières de ceux qu'il voyoit ; Se il
33 a montré beaucoup d'efprit Se d'imaghia-
33 tion. Pour donner une preuve de fon intel-
» ligence , je me contenterai de dire qu'il a
v fait des progrès finguliers dans le jeu d'é-
1776.
Juillet; 177^
Juillet.
62 B T R O I S I E M E  VO Y A G E   ^^H
= *> checs. Diftrait par trop d'objets, il ne s'eft
33 point occupé de ce qui pouvoit être utile
>3à lui-même 8e à fes compatriotes, à fon
>3 retour. Il étoit incapable d'embraffer d'une
33 vue générale tout notre fyftême de civi-
33 lifation , Se d'en détacher ce qui eft appli-
» cable à fon pays. La beauté, la fymmétrie,
3» l'harmonie 8e la magnificence enchantoient
» fes fens ; accoutumé à obéir à la voix de
» la nature, il fe livroit à tous fes motives' mens. Des jouifsances remplifsoient toute
33 fa journée , 8c il ne penfoit point à l'ave-
33 nir. Comme il n'avoir pas le génie Se les
33 bonnes qualités de Tupia, fon entende-
33 ment a fait peu de progrès. Ce qu'on aura
33 peine à croire, il n'a jamais témoigné le
» moindre defir de s'inftruire de notre agri-
33 culture & de nos arts. Après deux ans de
33 féjour en Angleterre, fon efprit étoit encofg
» dans l'enfance. Avant de partir, il a de*
» mandé tout ce qui l'amufoit, Se tout ce=
33 qui produifoit fur lui des effets inattendus.
33 C'eft pour fatisfaire fes goûts enfantins,
» qu'on lui a donné une orgue portative,
33 une machine éleftrique, une cotte de maille
33 Se une armure du tems de nos anciens Che-
3> valiers. »  BÉffi^ «
^ Omaï abandonna Ion pays Seles parens,
pour courir le monde. 11 ne favoit pas où f^lHHÊiif t> e IC o o m  :I^B ^
on le menoit ; Se il n'avoit ni plan ni objet.
Il ne penfoit point à perfectionner les arts,
les manufactures Se le commerce de fa patrie , ni à rapporter de fon voyage des con-
noifsances utiles. mBBm  - ^^.^^
Outre les articles que je viens de citer, il
a emporté d'Angleterre une quantité prodi-
gieufe de meubles, d'outils & d'ouvrages
de toute efpece ; des haches, des fcies,
des cifeaux , tout ce qu'on emploie dans
Fart du Charpentier ou de la Menuiferie ,
8e tout ce qui"fe fabrique à Birmingham Se à
Sheffield ; des fufils, des piftolets, des coutelas , de la poudre, des aiguilles, des épingles , des hameçons <§c des filets, des jeux
de toute forte ; un tour à tourner ; des
habits de différentes couleurs, & d'étoffes
us ou moins légères, unis, brodés ou °a-
'D
lonnés ; les uns faits à la manière de fon
pays, Se d'autres à la manière angloife ; ( après
que nous eûmes dépafsé la Nouvelle-Zélande ,
il échangea quelques-uns de ces derniers
contre des plumes rouges; ) toute forte de
meubles cle verre , de porcelaine 8c de
fayance ; des bijoux , dont plufieurs étoient
de grande valeur ; des médailles de différens
métaux ; une montre ; enfin on ne lui a rien
refufé de ce qui pouvoit lui être utile ou
agréable aux ifles de la Société;
1776,
Juillet. I77<5-
Juillet.
Août.
64 Bi Troisième VoyageB^H
l|| La premiere fois qu'il fe rendit à bord de
la Réfoluàon , il montra une furprife extraordinaire : lorfqu'il dit adieu à les compatriotes > il verfa un torrent de larmes ; mais,
ainfi que l'obferve M. Forfter, c'étoient les
larmes d'un enfant; 8e, dès que fes amis
eurent quitté le vaifseau, il reprit fa gaîté
Se fa bonne humeur. Il ne parut point affligé
d'abandonner fon pays ; au contraire il té*
moigna beaucoup de joie.   nBB--i|^pfe
■ On verra plus bas de quelle manière il s'eft
conduit à bord,Se comment il a été reçu par
fes compatriotes.
IL
El Le ier Août, la Découverte fe trou voit en
état de remettre à la voile , Se nous appareil-
lames. M. Clarke eut foin de marcher le plus
vite qu'il fut poflibie 3 afin de joindre la Ré-
folution. Tandis qu'on réparoit notre vaifseau,
ceux qui n'avoient pas encore fait de voyage
dans la Mer du Sud , étoient les plus impatiens de démarrer; les autres qui avoient
éprouvé les fatigues d'une navigation aux
environs du cercle polaire auftral, atten-
doient avec indifférence le fignal d'appareillage. Ils prédifoient à leurs nouveaux camarades , que , femblables aux Juifs, ils regret-
teroient les Poireaux Se les Oignons de l?Egypte ;
qu'arrivés aux ifles de glace 3 ils feroient condamnés à des travaux riÉotfreux ; qu'ils au-
roient m
,   '    _    ;f.'"     D  E|   C  O O K,   '     fM#
roient des vivres de mauvaife qualité, Se ^   .-
pas à difcrétion ; qu'ils fe repentiroient alors   1776",
de leur impétuolité, Se qu'ils lbupireroient
après le bœuf Se la bierre d'Angleterre.
Nous eûmes un vent frais jufqu'an 7. Nous
étions à la vue du Cap Fini/lere. Alors lés
brouillards fe noircirent , la mer devint
groffe, Se tout annonçoit une tempête. Nous
appercevions plufieurs vaifseaux qui fe prépa-
roient à lutter, ainfi que nous, contre l'orage.
Le vent fouffla avec violence pendant vingt-
quatre heures, 8e la pluie fut continuelle. Il fe
calma le 9 \ mais ce repos ne fut pas de longue
durée, car le foir du même jour nous eûmes
un tonnerre effroyable , accompagné d'éclairs, Se le Ciel verfa des torrens de pluie;
Les gouttes étoient fi grofses que perfonne
de l'équipage n'en avoit vu de pareilles:
Afin de nous garantir de la foudre, on fuf-
pendit au haut du grand mât la barre Se la
chaîne éleCtrique. Le Capitaine Clarke n'a
jamais négligé cette précaution lorfque nous
avons vu la matière éleftrique s'accumuler
dans la nue. iBftf- * '#"'* -;'-"^^^^
■ > Le 10 nous 'découvrîmes au vent un vaif-
feau qui portoit fur nous à toutes voiles :
croyant que c'étoit un Corfaire américain 9
chacun eut ordre d'aller à fon pofte , & de
fe préparer au combat. C'étoit un navire 66  §§§ Troisième Voyage ff     . .
m-- marchand de Lisbonne , que l'ouragan de la
J775.  veille avoit chafsé fort loin à l'oueft, 8e qui
Août, fmanquoit de bien des chofes. Nous lui don-
•7^9   nâmes ce dont il avoit le plus de befoin , 8c
nous continuâmes notre route,   ift >pS
Hp   ^11 ne nous arriva rien de remarquable juf-
[HP   qu'au 18. Ce jour, on diminua la ration
BB   deau, 8e on établit la machine à diftiller :
fiiliji   nous nous en fommes fervis plufieurs fois
Hp    durant le voyage : l'eau qu'elle nous procu-
HHp   roit n'étpit pas très-mauvaife à boire ; mais
B   les matelots n'aimoient point à y faire cuire
BB|   leur viande. M. Clarke craignoit de ne plus
BB   trouver M. Cook à San-Jago j Se d'être obligé
Hfth- de fe rendre au Cap fans avoir les moyens
B -   de remplir nos futailles, ^jjjfy.     ' ;§t .â^^^
HHBkfi Le 19 nous pafsames le Tropique du Can*
j|jig»   cer pour la premiere fois. f     ,
Le 28 nous étions à la vue de San-Jago qui
O X
HjfS   nous reftoit dans le nord-oueft, à la diftance
BËj|;.     de fix ou fept lieues. Nous portâmes à l'inf-
J^m tant ^ur ^a ^a^e > ^ B ^nit heures du matin
Wm. nom nous trouvâmes près de la côte. Un
JBR Officier alla tout de fuite à terre. Il revint
M^Sf nous dire que la Réfolution y avoit relâché ,
BpJP mais que l'approche de la faifon plu vieille
kB| l'avoit  déterminé  à remettre à  la voile ;
|pBR- que pendant la faifon pluvieufe, il n'y auroit
Wmè& pas de sûreté à gardes long-tems ce mouil- DE      C   O   O   K<
6j
lage. Les raifons qui décidèrent M. Cook
i&
avoient acquis une nouvelle force. Nous   1776.
étions à l'époque de l'année où la faifon plu-    Août. Il
vieufe commence; Se quoique nous n'euf- '%       11
fions  pas encore apperçu  ies indices  qui fill   f§
l'annoncent, nous devions nous attendre à V$p-
la voir bientôt. Elle eft ordinairement pré-       wM
cédée par un vent impétueux du fud & une       '.|pt|
grofse houle ; la mer agite fes vagues avec ^^^fl
fureur ; elle vient fe brifer fur la côte qui .j^^B
eft de roche, Se produit des refsacs terri- ^Wl
blés. Il s'élève quelquefois près du rivage f    |ÉB|
des tourbillons de vent Se des dragons, qui^te^fi
mettent les vaifseaux dans le plus grand dan-    1
ger. C'eft pour cela que, du milieu d'Août   ||,
au mois de Novembre , on ne va guère au   |::
port Pray a.
§1 Dès que l'Officier fut de retour à bord, Septemfcï
nous continuâmes notre route avec une brife
fraîche qui dura jufqu'au 1er Septembre. /-W| ^^H
,.= Le premier Septembre nous fumes afsaillis   »Jfeipj
d'une tempête affreufe ; nous nous atten-
dions à 'couler bas. Le tonnerre Se les éclairs r|^^l
auroient fuffi pour nous alarmer; mais il
tomba des nappes de pluie qui manquèrent
de fubmerger le vaifseau. Nous étions envi- |||
ronnés des plus épaifses ténèbres, Se ja- ||||j
mais peut - être on n'a vu de fpeétacle aufïi fï%^
effrayant. Par bonheur la tempête fut courtej   ^^S
h 11 m
Troisième Voyage
ss~=s—i elle avoit commencé à neuf heures du ma-
1775.   tin , 8e avant midi le ciel étoit d'une féré-
SeMemb.
nité parfaite, Se il n'y reftoit pas une tache
qui annonçât le conflit d'élémens dont nous
venions d'être les témoins. Notre vergue de
grand perroquet avoit été brifée dans le milieu , Se la voile coupée en mille pieces ;
le çrand foc Se les voiles d'étai étoient déchi«
xées, 8e le corps du bâtiment fi rempli d'eau,
qu'il fallut employer tous les bras aux pompes. L'après- dîner fe pafsa à réparer nos
dommages, Se à vuider l'eau de pluie Se l'eau
de mer que nous avions embarqué.
Il Les 2, 3 Se 4 , le terns redevint raffaleux
8e accompagné de pluie : à mefure que nous
approchions de la Ligne., la tranquillité fe
rétablit dans l'athmofphere, mais l'air étoit
pefant, Se. nous avions tous de là langueur.
Il n'y a rien de plus ennuyeux Se de plus
défagréable que cette efpece de calme.
Cj X L
Le j Septembre, à huit heures du matin,
nous découvrîmes une voile ; c'était la féconde depuis le Cap Fïniftere. Nous péchions
alors ; Se comme nous avions pris un requin
d'une grofseur énorme , tout le monde
travailloit à le monter à bord : on en trouva
fix petits d'environ deux pieds de long chacun dans fes entrailles. Ceux-ci furent partagés entre les Officiers, Se on en fervit un mm
de    Cook.
69
fur la table de la grand'-chambre. Le vieux i
fut mangé par l'Equipage ,   qui regardoit 177&.
comme des friandifes les nourritures les plus Segtemh.
mauvaifes, dès qu'elles étoient fraîches.       SjIiSIm
Il Le tems continuoit à être beau, 8e le Ca- f|B|§
pitaine fit faire l'exercice du canon 8e des m ;JB
petites armes ; on fuma le vaiffeau, 8e on |||B
mit tous les hamacs à l'air. Durant notre .1|B|
voyage ,  on n'a jamais négligé ces deux jBB
dernières précautions, lorfqu'on l'a pu. Elles §.   fl
étoient fur-tout nécelsaires aux environs de §bBS
la ligne ; car on a obfervé que les entreponts BB
fe moififèent davantage, que le fer fe rouille Kail
plutôt aux environs de l'équateur que dans llèffl
les latitudes élevées. Cet .effet eft vraifem- 8B|
blablement une fuite de la pefanteur de l'air, B
dont je parfois tout à l'heure. Sans les ora- BB
ges fougueux , Se les tourbillons , auxquels jSRt
cette partie de  l'Océan  eft très - fujette , 8BB
les navigateurs fouffriroient bien plus.
■  Le 17, nous paffâmes la ligne. Nous avions pBl
un  gros tems, Se  les matelots   ne purent agpi
donner la cale à ceux de leurs camarades qui ||li||p
n'avoient pas traversé l'équateur. Cette ce- -^^^m
rémonie eft fi connue, qu'il eft inutile de ||
la décrire.      \- |§flv.  -i^Éil^B^K^if'^ ' : 'M
:   Le 20 ,1e vent Se la mer fe calmèrent ; on BB
examina le vaifïeau, 8e on y apperçut quel*
ques dommages. *.- :.#• ;|$ÉN   -             .|Hfttf
E iij 1776.
Septemb.
70- § Troisième Voyage I
Le même jour,George Harrifon, Caporal
des foldats de Marine , qui étoit affis négligemment furie beaupré, tomba dans la mer;
tout de fuite le vaiffeau revira, Se on lança
WWË les chaloupes, mais il ne fut pas poffible
^^M de le fauver.  On reprit fon chapeau : on
■Kl favoit qu'il étoit très-habile nageur, les cha-
gB| loupes rodèrent envahi dans les  endroits
B^B où elles croyoient le retrouver. Dans le pre-
llBB  mier voyage de Cook, Henri Smock, l'un
B  des aides du charpentier, étant afïis fur l'ar-
B   timon ,   tomba dans la mer à-peu-près au
§§É|I   même endroit Se de la même manière; 8c
il fe noya de même. Ces deux infortunés
ni
lllfR étoient jeunes ; ils avoient de lafobriété Se
WÈ un bon caraftere ; les Officiers , Se fur-tout
B leurs camarades, les regrettèrent. Ils furent
BB probablement engloutis par les requins qui
^j^to fuivent toujours les vaiffeaux.   §: ■■'■■- p. -J|
Oàobïe.     ^-e premier Octobre j nous primes un re-
| quinde dix pieds de long; il avoit plufieurs
|f|3jf petits dauphins dans le ventre.   On fervit
§§§§|§ fur la table de la grande-chambre une par-
EBR1 rie  des entrailles , Se on donna le corps à
PJift ceux qui l'avoient harponné. On fit de la
ɧB partie maigre une fricaffée  qui n'étoit pas
SiBb très-mauvaife ; mais la partie grafse infpiroit
ijg du dégoût. : i^^::--    !|fc.     |lf| H-.■■ ■
ÊÊ\ fLe 15, nous eûmes un orage, accom-
Tè —i
laawsm jwrawa/wfr
i Octobre»
|^H^^:':'    D  E l'C   O  O K.   -     'S-  T*
pagné de tonnerre, d'éclairs 8c de pluie.
Comme il n'étoit pas violent, il ne nous  1776.
alarma point, Se même il nous fut util
car il nous procura de l'eau douce. Les matelots étendirent leurs couvertures, ou employèrent un autre expédient, car chacun
travailloit pour foi ; on  réferva pour les
Officiers, celle qu'on puifa fur la tente du
pont.      .' ^ ■*'      * , -■ •• -*^^fe^^^^^M|
Le 20 , il furviift un ouragan ; on cargua
toutes les voiles, Se toute la nuit nous
allâmes  à mâts & à cordes. ^^^^^^W^fe^
Le 2j 5le vent fe calma Se le ciel s'éclaircit;
nous apperçumes dans le fud, un vaifseau
que nous primes pour la Réfolution; nous forçâmes de voiles, 8c bientôt nous l'atteignîmes ; cfétoit un paquebot Hollandois qui
alloit au Cap.  flfpfllt* * ^^^I^^^^^S
Le 28 , les matelots commencoient à monter fur les mats  pour découvrir terre. La
>n
vue de quelques oneaux , qui ne s éloignent
pas des côtes, les perfuadoit que nous étions IB|BiJ§
près de la pointe d'Afrique. Notre Aftronome
ne penfoit pas ainfi; Se l'événement prouva H^^S
qu'il avoit raifon. ^^pJ^S^^^^BI ' IB-'''      '■%
Le premier Novembre, il y avoit trois Novembre,
mois que nous étions en mer f fans avoir
relâché  nulle  part :   ceux  qui   n'étoient ^^^^8
pas accoutumés à défi longues traverfées%^^^S
Eiv 12   .B-T ROISIEME   VO Y A G E -flHiÉj
ne montroient plus cette gaité qu'ils té-
1776. moignerent. à notre départ d'Angleterre ; la
oyembre.bonne humeur de leurs camarades, diffipa
leur tnfteûej on leur perfuada.que l'ennui
BË de cette premiere navigation finiroit bientôt , Se que les plaifirs du Cap les dédommageraient de tant de fatigues.
■ES " Le 5 , des poiiîbns Se des oiteaux de beau-
I coup d'efpèces , accompagnoient  le vaif-
|B| feau : on en diftingua quelques-unes qui, juG
|B§ qu'alors n'avoient pas frappé nos yeux. On
remarque a cet égard une difference extreme
BS. entre les côtes occidentales de l'ancien
monde, Se les côtes occidentales du non-
veau, par lesmêmes latitudes. Dès que nous
eûmes paffé le Tropique du Cancer, la guerre
que le font entr'eux les poiiîbns, les peines
qu'ils fe donnent à chaque inftant du jour
pour fe procurer de la nourriture, nous amn-
ferent. Les noiffons voians attirent d'abord
m.
l'attention de ceux qui n'ont jamais été dans
ces mers., Se il eft curieux d'obferver lès mar-
^ :ontre-marches infinies qu'ils emploient , afin d'échapper aux dauphins 8c
aux bonites. Quels que foient les defseins
de la Providence dans la formation de ces
animaux, on ne peut s'empêcher de dire
qu'ils vivent dans un état continuel d'anxiété. S'ils reftent dans l'eau , ils y trouvent
ià\ 3
.
g^Slp-      D E | C  O   O  K.      ','.SSH
leurs ennemis ; la Nature leur accorde le
pouvoir de quitter cet élément, Se de fe *"iy
fauver en plein air j mais lorfqu'ils font ufage N(
de cette refsource , des perfécuteurs encore
plus cruels les attendent. Les fols,les frégates Se les autres oifeaux de mer épient fans
cefse les poifsons volans. L'avide requin attaque les dauphins Se les bonites avec autant
de foin. Ainfi lamer du fud,entre les Tropiques, offre une fcene continuelle de meurtres
Se de violences, tandis que les mêmes parages, dans l'Océan atlantique, refpirent la
paix 8c la tranquillité. ■KwBHp^B^fe^l^
'|| Le 4 , nous jouâmes un rôle dans ce
drame tragique ; nous primes un requin , &
nous affranchîmes la mer de l'un de  les
tyrans.     -   :M   S^^Ê^S   :iî^^fc^^B
Le 7 à fix heures du matin, l'homme qui
étoit au haut des mâts cria terre , 8e à huit
heures nous voyions la côte enveloppée de
brouillards. C'étoit celle de la Table : elk
nous reftoit dans le fud-oueft à la diftance
d'environ dix lieues. Nous changeâmes de
route ; au lieu de marcher à i'eft-fud-eft ,
nous portâmes le cap au fud-fud-oueft.  igÉI
Le îo , nous entrâmes dans la baie de la
Table.
Le 11 , nous mouillâmes par fix brafses : ï ilSIl!
74 §§| Troisième Voyage fir ,
i  nous apprimes avec bien du plaifir que la
177 <5, Réfolucion nous attendait. ^    ^., :||v '
Novembre. Nous faluames la Gàrnifon de 13 coups;
% on nous répondit par le même nombre. Le
^Hp Capitaine Cook, accompagné de fes Offi-
■fipfig ciers, des Naturaliftes Se des Deffinateurs, vint
ilffiB nous voir. Il nous dit qu'il étoit au Cap de-
B^^B puis trois femaines ; qu'il s'étoit arrêté feulement trois jours à la Vera-Cru?. Il eut la
fififiï bonté de nous offrir une portion du vin qu'il
BBBS y avoit embarqué : il ajouta qu'il s'étoit
§Il||||| arrêté un moment au Port-Praya, afin d'y
B5B acheter des chèvres , qu'il deftinoit aux
fifipii Chefs des ifles de la Mer du Sud. H ■:^Pk':
^^^^B Notre Capitaine fut reçu à fon débarque-
^Sip ment par les Officiers de la Gàrnifon 8c les
IK8|8jB Employés fupérieurs de la Compagnie Hol-
^Mwp landoife. On lui fit beaucoup de politefse ,
iÉBjfi Se on l'invita à toutes les afsemblées Se à
i^HKi' toutes les fêtes de la ville. I^^^Éi^ff^'
Nos Bas-Officiers reçurent les mêmes
Bililll politefses des Employés inférieurs de la Com-
fifilfi pagnie. Prefque tous les Hollandois du Cap
i^lHfi admettent les Etrangers dans leurs maifons ;
S^S ils leur donnent la table 8e le logement à bas
iflfiËfe; prix. Cette penfion ne coûte pas plus de
;§ffi|   deux à cinq fchelings par jour. j^jSffî- ^
SH  II n'y a point dans la nature de payfage
m D  E
C  O  O K.
ii
plus affreux que les montagnes efcarpées de S
cette baie. On feroit tenté de croire que les 1776".
Hollandois ont voulu apprendre aux hom- Novembre,
mes jufqu'où l'induftrie 8c la confiance peu- lài^B
vent aller. Sans parler des roches épouvan- jPJgB
tables qui rendent l'intérieur du pays pref- '0^Ê
que inacceffible , le fol eft fi fablonneux & fj '*fi
fi miférable, qu'en fortant de la ville, on BSfea
n'apperçoit pas un buifson, ni pas un arbreJ B
Le bœuf, le mouton, la volaille , le bled i fiHfi
le beurre , le fromage & les autres denrées fififl
qui fe confomment au Cap, y font apportées wSm
d'un canton éloigné de vingt-cinq jours de jgfifi
marche.   |:-': "   W       \      :? . ^^W^^^^ffl
Iff M. Cook a fi bien décrit la ville du Cap dans !|BH
fon premier voyage, tant d'autres Voyageurs v fi
en ont parlé, qu'il refte peu de chofe à dire. BH1
Les  bâtimens  y font agréables , 8c felon jp^MH
l'ufage des Hollandois , ils font tenus avec ftlfi
beaucoup de propreté. Les rues principales fiRS
ont des canaux dont les deux bords font |B
plantés de grands chênes.  La ville eft au B^B
pied des montagnes ^ Se quand on la voit Ï8|§|ï
de leur fommet, elle  offre, ainfi que les â||-
jardins 8e les plantations  dont la côte eft
parfemée ,  un coup-d'œil très-pittorefque.
-MCe point de vue eft un des plus jolis qu'on |||||f|
puifse imaginer.    : !   ' Ifif : "t^^^S
: Dès que la Découverte fut amarrée, l'Equipage ^^S 76 «Troisième Voyage |f§ m
s'occupa du foin de la dégréer, Se de dé-
ill6. charger les munitions. Le Capitaine Cook
Novembre, avoit fait préparer des hangards d'avance.
ÉlgBfil H nous recommanda de mettre la plus grande
R|I||B célérité dans nos travaux, parce que le tems
|B8B'^e nav^Suer au milieu des parages où nous
|BhB devions nous rendre approchoit, Se que la
mEB^Réfolution étoit prête à partir. ». m .M
HlfiH/ Elle n'avoit plus à embarquer que les
ffifififlmoutons, les chèvres, les bœufs Se les va-
PBraB ches dont nous voulions faire préfent aux
BfiBtArées de la Mer du Sud , Se le bétail
^^^^S ou les volailles deftinés à la nourriture
fi   "fi|des  Equipages.  C'eft toujours la dernière
mmode
meilleu
b
d.
bétail
•œuf
ei
.a
le
chofe qu'on emb;
très-inco
du Cap eft
de fuite , mais le bœuf d'Angleterre fe garde
plus lo
>C
lu Li
le mange tout
ng-tems : aim de ne pas trop diminue]
emi-
Pi
.ook: venon
j?
en acneter un
i W
Ql
îan*-*1^
tu
>kJHi
J J.
.ai
!»1*fJ I
W/LCiL/lC/    UCd
.oiiancioii
Pai
il
ladri
j**>
G.GS
vions embarquer
JLi
y
vaux oc ceux lumens pour
L7 3 n <
m;
il £*
ri pii Y
n
nu
cm
,o
\1
■C& to-i
reaux 5e d
pc varhp
(Vu
Uv
ùw.
d
i eipece des pûmes.
On crut que cette efpece réufliroit mieux
qu'une autre dans les climats du Tropique.
Nous y primes aufli des béliers Se des brebis
d'Afrique, des chiens Se des chiennes avec iFrajaataiggBaMa»'
SS
■  '"' Jp ~ ; .DLE f C  O  O K,    / |8| 77
leurs petits ; nous avions déjà des chats à
bord , Se M. Cook avoit acheté des chèvres 1776.
à San-Jago. -4B Novembre,
La Resolution refsembloit à l'Arche de Noé :
tous ces animaux, Se la nourriture qui leur ,JH|
étoit deftinée, occupoient un efpace confi- iÉÉfi
dérable.     ^   ^ ^I^^^^^^^^W^ V^^H^^^H8
|p Tandis que les Agréeurs,  les Voiliers; 'fifi
les Charpentiers, les Calfats, les Forgerons, §B|i
les Tonneliers 8e les Gardes-magafins étoient fit'- 1
occupés chacun dans leur département, les ^^fi
Aftronomes ce les Chirurgiens ne demeu-
roient pas oififs : les premiers faifoient des ^^fi
obfervations ;  les  féconds  foignoient  les t^B|
malades qui fe trouvoient en petit nombre. Iflfl|
Dès qu'on les eut mis à terre, ils recouvre- B
rent la fanté. L'air doux Se fee des monta- fl|fi|
gnes ai Afrique éft un remède fupérieur à tou- 1    M
tes les  drogues  du monde. Les vaifseaux lffl||
de l'Inde Hollandois l'éprouvent à chaque fifi|
voyage.          %•" ■'i^^|pp^i^|l. "• ^'^^^P^Pï^fiHi
Durant notre féjour au Cap, deux de ces fiflfl
bâtimens, chargés de troupes enrôlées en É|B
Hollande, arrivèrent.  Les Soldats étoient >«§§
tous malades, Se ils avoient efsuyé les maux Bill
les plus affreux. Ils étoient en route depuis j|||f
près de cinq mois, 8c ils avoient perdu dans |
cette traverfée plus de  monde  que n'en I
portoient la Réfolution Se la Découverte. La. iffi   • Troisième Voyage
p  npn
I /"*P     r(p     jf$|
a.
naque porte
^116* avoit engendré une maladie épidémique. Il
Novembre, faut obfer ver qu'il n'y a point à l'extérieur
de vaifseaux plus propres que ceux des Hol-
H^Hfil^ndois , Se qu'il n'y en a point de fi fales
RHfi   dans les endroits qui ne fe voient pas.   i^fe
fififi;   !   Durant notre relâche il fe commit une
figfip fraude qui auroit pu nous brouiller avec le
fiBfi   Gouvernement du Pays, fi nous n'avions
fif|§||r.-. pas découvert 8c puni le coupable. On s'ap-
fifip   perçut qu'un certain nombre de fcheiings 8c
Biffij^l d'écus faux circuloient dans le commerce:
HBlpplufieurs de nos Matelots les avoient reçus
jjjjffffficn échange de leur or. Les Capitaines por-
^^jf:^ terent plainte contre les habitans, qui abu-
^B^fifoient de l'ignorance des étrangers, 8e qui
■fifif&leur donnoient de la monnoie contrefaite.
fiBft|fi3Les Hollandois acculèrent nos Equipages
d'avoir apporté cette faufse monnoie. Les
remontrances furent très-vives de part &
d'autre ,  Se chacun défendit fon afrertion
d'une manière pofitive. Il paroifsok h
ble d'attribuer
m
i p>
lit à l'un de nos gens,
c
Mais ce qui donnoit ces ioupeons, on n avoit
A X.    S J
jamais vu de faufse monnoie au Cap avant
i
a:
VC
de nos vaifseaux.   L'un
a*
lil
ai
dyd
nt un ]our obtenu la
:mi
C
ry\
on d aller a ten
» ?
mon
,r
.v L-Uilli. CleULC
s'enivra, 8e il offrit une
a paiement du Yin qu'il ^^S;        d E;fC o o k. ^     i 79
avoit bu. On l'arrêta, Se on avertit M, Cook.
En fouillant le Prifonnier, on trouva fur lui  177(5.
plufieurs autres pieces faufses : on examina Novembre.
fa caifse, Se on y vit des inftrumens qui pou- !
voient fervir à un faux-monnoyeur. Ces inf-
trumens étoient cachés avec foin. Nous le
livrâmes fur le champ au Gouverneur Hollandois , Se nous demandâmes qu'on lui lit
fon procès ; mais comme on ne favoit pas s'il
avoit fabriqué les fchelings Se les écus à terre
ou à bord de nos vaifseaux , le Magiftrat rendit l'accufé. M. Cook n'ayant pas le pouvoir
de vie Se de mort dans les cas civils, le condamna à courir la bouline , 8c il le renvoya
en Angleterre fur YHampshire 3 navire de notre
Compagnie des ïndes.        " '   " f^^^^^^?
Le 27 Novembre , nous reçûmes l'ordre
de nous préparer à l'appareillage.   ^^^^^Sfi
■.  Le lendemain, le Gouverneur Se les principaux Officiers de la Compagnie dînèrent à
bord de la Réfolutïon, où ils étoient venus
dire adieu à nos Capitaines. Les vaifseaux
étoient prêts à remettre à la voile, les munitions étoient embarquées depuis plufieurs
jours, fi j'en excepte la bierre, que nous
achetâmes à la feule brafserie tolérée publiquement dans la ville. Je dois obferver ici
qu'on trouve au Cap à un prix raifonnable
tous les articles nécefsaires au radoub , à la SO'   t     TROISIEME   VOYAGE■
confervation, Se à ravitaillement d'un vaif-
1716* feau. Le vin du Cap pafse pour être cher, parce
Novembre, que celui de la meilleure qualité eft rare, Se
|f|r   que le canton d'où on le tire, ett d'une fort
S^Bpetite étendue. Il ne produit peut-être pas
ISlfBfi annuellement plus de quarante pipes de vé-
fMfifil ri table Confiance : on en vend à-peu-près
deux ou trois cents fous ce nom. Le vin que
BlfiBi-prennent les vaifseaux pour la table des Officiers refsemble un peu à celui de Madère;
X *
fi^^l niais la faveur en eft plus fine ; la chaleur
%£, du foleil Se la fecherefse du foi lui donnent
|J|    un-goût plus exquis.        "'   ' :;Sv • WSt
: 19 , tous les animaux vivans que nous
emmenions étoient à bord; nous avions écrit
nos lettres pour nos amis d'Europe; 8e nous
n'attendions que le moment de l'appareil-
îao"P
|§ Le 30, les deux vaifseaux démarerent.
Nous changeâmes de mouillage le lende-r
main : l'ancre fut jette par 18 brafses, l'ifle
des Pingumes nous reliant au nord-quart-
hord-oueft, à cinq ou fix milles.   f|
e premier Décembre à trois heures du
matin , nous primes notre point de départ,
après avoir falué le fort de 11 coups. On nous
XT J
rendit ce iaîut. Nous obfervions alors autour
des vaifseaux ce phénomène de la mer lumi-
neufe, que les Voyageurs expliquent chacun
iè\ teaiSnsjeasuaMssniKag
Jffl|> : d .e   ,C o o k* ■ 't;:r. f 8 r
à leur manière , 8c que le Do&eur Franklin -.
explique parTéle&ricité. Vers les cinq heu-  177^-
res de l'après-midi, nous efsuyames un de Décembre
ces grains terribles, qu'éprouvent fi fbuvent S    i|É
les Navigateurs en doublant le Cap de Bonne- p/-       j|
Efpérance. Notre grande voile fut mife en i&l^fifi
pieces; par bonheur que nous ne reçûmes■.-■"...,%!1§
pas d'autre dommage. La pointe la plus méridionale de Y Afrique nous reftoit alors au fud- J^ȧ'
quart-fud-eft , à la diftance de neuf ou dix '^M -JE
lieues, 8c les deux vaifseaux marchoient de>      fi|
conferve.   . $-■.> iém--ûï .  ^ £$. - $■■ .■ '1 W0i
Le 4 au matin, nous eûmes un ouragan I
qui déchira le grand foc. A deux heures de -^XÊ
l'après - midi ., les matelots en enverguerent 0§S3g||l
un autre. t$. $j$l A   |k. :... .^Sfe -$|j&îi&; 4'   -t?fili
Le 7 , le tems qui avoit toujours été ora-^^H
geux 8c chargé de brume depuis'notçe départ |    «B
du Cap, s'éclaircit Se devint plus modéré. Par E    ;jp||
3P degrés 57 minutes de latit. fud , M. King ,    iffifl
le fécond Lieutenant de la Réfolution, accom- 1§||h||
pagné à3Omaï, vint à notre bord afin d<
comparer les garde-tems : il n'y trouva point
de différence efsentielle.
Le 10 , par 43 degrés $6 minutes de latitude fud, il furvint une tempête affreufe
qui obligea les deux vaifseaux à mettre à la
cape ,tk.hïe laifser aller à mats & à cordes.
E •^âESSOTM
1 77 6#
ti I   Troisième Voyage"!     .
Le 12, par 46 degrés 18 minutes de latitude fud, nous eûmes, pour la premiere fois,
"ï&cjemkfe. ^e M ne*ge Se de la grêle , Se le tems devint
J^l extrêmement froid. Nous avions éprouvé
. ■ ;SK>tine chaleur.brûlante au Cap ; Pair s'étoit fi
fipfifi|-.?afraîchi en treize jours, que pour écarter
Rn lia gelée des portes des matelots, nous fumes
Bfifil^ontraints de garnir les écoutilles de toile.
m^fcJLes.aibatrofses 8e let: au très oifeaux de mer
^^^^g^commencerent à fe montrer. Les veaux
l^^^tnarins Se les marfouins jouoient autour du
^^^fii vaifseau , 8e nous crûmes que nous n'étions
^Hfi^Kças éloignés de terre. >..*- .^0f • 'f^:\ .
fififiifi' Le 13 , à 6 heures du matin, nous décoa-
fi|lfil:vrimes terre; elle refsembloit à deux ifles:
fiBffi||| la plus orientale nous reftoit dans le fud-fud-
^^^^preft-Y-eft, & la plus occidentale au fud-
^^^^ftquart - fti& * oueft-1-oueft. A dix heures ,
j^fiP:-  nous pafsames entre les deuK côtes par mi
froid étoit perçant ; ces
canal très-étroit,
Le r'"
deux ifles étoient couvertes de neige 8c de
: on n'y voyoit ni arbres ni arbrif-
nous n'y appercevions aucun être
vivant, fi j'en excepte les nigaud! Se les pin-
les derniers étoient en fi grand nombre , qu'ils paroifsoient former une croûte
furie rocher. Ces ifles avoient été reconnues
par M* Marion.
x^| ■ .fffffl d E    C o o K.   "3§ .■: ■ ^5
Un précis du voyage de ce navigateur
«aag^^^^^a^^^,^^tl,E^aBa^^
françois ne fera pas ici déplacé.   Il étoit   ijj6.
parti de Y Ifle de France en 1772; il avoit deux rj&embre
vaifseaux fous fon commandement : le Maf-
carin, capitaine  Crozet;*Se le Caftries, capi*
taine  du Clefmeure. Il fe rendit d'abord à ^^»S
l'extrémité orientale delà Nouvelle-Hollande, 8c
enfuite à la Baie-des-Ijles, fur la côte de la fifijfe||
Nouvelle-Zélande,   où   il fut   tué, ainfi que 1RS'
vingt-huit de fes gens. Ayant perdu fesl f
mats., il fut obligé de chercher dans les fifel^.'-?
bois du pays, des arbres afsez gros, pour jflfiPlll
en faire de nouveaux. Lorfqu'il eut trouvé \ffi||l|ï
les arbres qui lui convenoient, il fe vit forcé |||fi|ifj!
de pratiquer un chemin long de trois milles, Bp|lll
à travers les halliers. Tandis que^ ce fer- fififfi^
vice occupoit un de fes d^tachemens, unfi|fii||
autre, placé^fur une ifle de la baie, net-fifilH
toyoit les futailles 5e les remplifsoit ; Se un WbH
troifieme alloit de tems. en tems faire du|||jjfiM
bois fur la côte. Ils vivoient depuis trente-'fiBÉiili
trois jours dans la meilleure intelligence fiBÉl
avec les naturels, qui offroient volontiers fifi|iigf
leurs femmes aux matelots. M, Marion, qui . ;;=^^^
ne fbupçonnoit aucune perfidie, alla voir ;ll|ïfl|
un matin les travailleurs, felon fon ufage; ppfij
il ne dit point en partant, qu'il fe propoiat '^jÊÊÊm
de revenir à bord le foir. Après avoirlÉf. J||
examiné ceux de fes gens qui faifbient de ;^^^B
11J 84 T R 0 I S I E M E Vo Y AG E    J|ï ;
l'eau, il monta à YHippa(i) où il s'arrêtoit
1776.   ordinairement 5 lorfqu'il fe rendoit auprès
Décembre. d*es charpentiers campés dans les bois fous
^^^^E les ordres de M. Crozet. Les inlulaires fon-
l|||«     dirent fur lui 8c le'mafsacrerent, ainfi que
jlffiHp le petit nombre des gens de  fa  fuite, 8c
fpfiBi l'équipage du canot qui l'avoit amené. Le
'^^m Lieutenant qui commandoit à  bord,   ne
'wœ*   Y^chcdit pas ce qui étoit arrivé, envoya le
Se lendemain un détachement pour couper du
■■:JÈm bois. Les fauvages attendirent que les fran-
cois fufsent à l'ouvrase. Ils les tuèrent tous,
RriSS' excepté un. matelot  qui   s'enfuit, 8e qui
fiËfiË  ayant eu le tems de fe jetter à la mer, nagea
fifiBli   jufqu'au  vaifseau , quoiqu'il fût blefsé de
fJ^^R  plufieurs coups de piques. Il répandit une
fi^liffi  alarme générale. La pofition de M. Crozet,
Slfififl qm fe trouvoit dans les bois avec peu de
BHf|§§   monde, étoit très-critique. On dépêcha tout
de fuite un Caporal 6e quatre  foldats de
Hnp»  marine, afin de l'avertir du danger. Plufieurs
[BBB   bateaux l'attendirent à un endroit où l'on
m   WÈ   avoitfdefcendu les malades, Il difpofa tout
^^^S   le mieux qu'il put, Se il fit la retraite au
bord de la mer, oùilapperçut un nombre
prodigieux de Zélandois armés, 8e précédés
de leur Chef. Il dit aux foldats de marine
(1) Nom que lesZélandois donncni à leurs fonereiTes. £$0im^ D E    Cook. ^iW-Sj
de fe tenir prêts, en cas de befoin, à tirer =
fur ceux des naturels qu'il indiqueroit. Il 177
donna ordre aux charpentiers Se aux conva- Décen
lefcens, d'abattre les tentes des malades, Se
de commencer l'embarquement. Sur ces entrefaites il s'avança vers le chef. L'Indien
avoua que M. Marion avoit été tué par un autre
chef. M. Crozet planta alors un pieu en
terre devant celui-ci, & lui défendit de
pafser outre. La vigueur de cet ordre fit
trefsaillir le fauvage. M. Crozet le voyant
effrayé poufsa fes prétentions plus loin : il
ordonna aux Zélandois de s'afseoir; ce qui
fut exécuté.-^ M. Crozet monta enfuite la
garde devant les naturels, jufqu'à ce que
tout le monde fût dans les chaloupes : il corn-
manda à fes foldats d'y monter eux-mêmes J
8e il y entra le dernier. A peine furent-ils
au large que tous les naturels entonnèrent
leurs chanfons de guerre, 8e jetterent des
pierres. Un coup de canon tiré du vaifseau
les difperfa; Se les chaloupes arrivèrent à
bord faines Se fauves. Depuis cette époque >
les infulaires efsayerent, à différentes repri-
j * x.
fes, de mafsacrer le refte des francois. Ils
préparèrent une expédition la nuit, contre
ceux qui fe trouvoient à l'aiguade; Se fans
une extrême vigilance de la part des fenti-
nelles, le détachement auroit péri. Plus deli? iii
Ail.
li Dl'C-J %6
Troisième Vo y a G e
:ent grofses pirogues attaquèrent enfiiïte les
o
I77g   vaifseaux. Les fauvages eurent lieu de fe
repentir de leur audace; car ils reçurent des
Décembre.     J     , \ . s
bornées tres-meurtneres.
^^^^Bm M. Crozet voyant qu'il étoit impofïible
IflfiBp de fe procurer des mats fans chafser les
fifii§ii Zélandois des environs, réfolut d'attaquer
l'Hippa, qui étoit leur meilleure forterefse.
Ê^^^HLes charpentiers, placés de front, raferent
fifi d'abord les  palifsades, derrière lesquelles
v'-'^fi-fe tenoient des troupes nombreufes de natu-
■ji^firels, fur les plateformes des combats (i).
ImÊ   ,Le feu régulier des francois ayant chaise les
BBilll infulaires de ces plateformes, les charpen-
KSllI   tiers s'approchèrent fans danger, 8e en peu
'.fifiMe temps 41s ouvrirent une brèche dans les
BfiBj.fortifications. Un  chef s'avança une pique
lllfiBËà  la main,   pour en défendre l'entrée; il
fi  :BHut ^tenc^u roide mort d'un coup de fufil.
^HpUn fécond vint tout de fuite prendre   la
fifiBk place 9 monta fur le cadavre, Se fut aufli
fi|fiPfi:Vi£kime de fon intrépidité. Huit chefs défen-
l||fiB[ dirent fucceflivement Se de la même manière
fiififi^e po^e d'honneur, Se ils y périrent. Les
Bfil   naturels, voyant leurs chefs morts, prirent
lllffil   la fuite.  M. Crozet les pourfuivit, Se en
(i) Voyez dans le premier
ée ces plateformes.
oyagede Cook, la defcriptioa o
^^^^        D   E      C   O   O   K.    "0;*'J
tua un grand nombre. Il promit cinqua
piaftres à quiconque faifiroit un Zélandois 1776.
en vie ; mais on ne put en venir à bout. Tjéçaaahi^
Un fbldat prit Se traîna un vieillard vers le |^^p
Capitaine ; mais le fauvage 9 qui étoit fans-f fia
armes, mordit la main de fon vainqueur* ' |g||j
Celui-ci , furieux, perça l'Indien de fa ^^S
bayonette.
v^j M. Crozet trouva dans cette fbrtereffe fifiji
des nîagafins de vêtemens, d'armes, d'où- fifiS
tils, Se des poiffons fees 8e des racines,, IIP*'"
qui fembloient être des provifions pour ffiîif
l'hyver. Il répara enfuite fes vaiffeaux fans fiEfi
obftacle, Se il remit en mer après un relâche; fifi-jj
de 54 jours dans la Baie-des-Ifles. 11 traverf& :^^^
la partie occidentale de la mer du Sud, Se   |fi|ll
revint par les, Philippines à  Y Ifle-de-France..
Les détails qu'on vient de lire neft>nt peut- jBlil
être pasexaûs. Si M. Marion fut mafs^crê B
dans l'Hippa, fitué fur un rocher inaeceffi- fife|
ble, les matelots qui avoient débarqué leur jfiE§§
Capitaine, Se qui iè trouvoient au bord de fif-
la mer, auroient dû fe fauver ; Se il n'eft t
,pas vraifemblable qu'on ait ignoré la mort |^^fi
de M. Marion Se de fes compagnons jufqu'an
moment où le détachement, qui falloir de :|8h
l'eau, fut afsaffiné. Je fuis porté à croire 'ifBpf
que M. Marion ayant entrepris de s'empa- fil •
rer de la fortenefse, périt à l'attaque» Cet fiJBj
Fiv frBTErBFtwoscjBpçr^wssrr»
88 .«'Troisième Voyage BH
Hippa, eft un des meilleurs de la Nouvelle-
j 77<j# Zélande. Le capitaine Cook, après l'avoir
_,    ,     décrit, ajoute que  c'eft une  place d'une
Décembre. ' | . ,r
grande force; qu un petit nombre de guer-
GHKft riers déterminés pourroient le défendre
■fifi!!^ contre tous les foldats du pays. M. Crozet
Hfiplff avoue que les Zélandois déployèrent une
fiÉfilfi bravoure extraordinaire dans la garde de
HSifi ce pofte ; 8c trente hommes formant une
Kfilili perte confidérable, il y a lieu de préfiimer
BBfil| qu'il a voulu la rejetter fur la perfidie des
fiEfifi naturels. ^^B^^^: :'î^-[ m
fifiEfi Le 14, le ciel s'éclaircit; Se comme ces
^^^M ifles ne promettaient pas de rafraîchifse-
^^^H mens, nos deux vaifseaux pourfuivirent leur
M . H route au fud-eft. Le vent fouffloit de l'oueft
fifiafi fud-oueft, petit frais ; le froid étoit perçant.
fiBpjfl M. Clarke fit diftribuer les jaquettes, les
Rfi •■ M haut-de-chaufses, les couvertures, Se les autres
fi^^S vêtemens chauds dont les Lords de l'Ami-
jHHÉill rauté avoient eu foin de nous pourvoir. Ces
fififi. précautions nous ont été très-utiles pendant
fiBEjf: le voyage : elles ont contribué beaucoup
HffiRfi à entretenir la fanté de l'équipage. -ï|p ■
fip™jgft' Le 19, par 48 degrés 27 minutes de lati-
fi^^i^:- tude fud, la brume fut fi épaifse, que nous
lllfil pouvions à peine diftinguer les plus gros ob-
Hj| jets, à la diftance de quinze toifes. On fixa
Éiififil^ des fignaux de brume, qui fe répétoi
chaque demi-heure.
ent a pli'    Ipjr' .-DE   1C  0ÎV0  K.    fpB  Si> BfiB
*f II n'arriva rien de remarquable jufqu'au 20. ^M-^jm
Ce jour nous perdimes de vue làRéfolution.On  1776.
tira le canon de fignal ; on alluma des fanaux Décembre.'
au haut des mâts ; mais on ne nous répondit ffÉlBI
p°'int* " If   ;*^P ' '     'I^SHiHl
Jsi Le 21 au matin, la brume continuoit tou- vfififi
jc/urs, Se il furvint une tempête, accompa- flllfifi
gnée de pluie neigeufe. Il tombôit de la grêle fipfifi
par intervalles. Nous tirâmes toute la i°urnéefifiBËg
le canon de fignal ; nous fîmes de faux feux^^^^^H
Se nous portâmes envain des flambeaux au fiffiBll
haut des mâts.. ■S^iâ:-:i^J;'|^p  -   1^'''-fifi!   'fi
Le 22 , la tempête ayant augmenté, nous
perdirnes l'écoute de la trinquette ,#& le fiféfifi
grand foc fut déchiré. Le foir, le vent fofifiB||
calma : nous apperçumes la Réfolution. De- IBBlli
puis que nous l'avions perdu di vue ? notre jflfifil
équipage étoit plongé dans la triftefse : nous fiSE!!
• /Y* * 1 * 1 5
nous trouvions, en eftet, au milieu dune
mer oras;eufe 8e peu connue : nous ne pou-
vions efpérer aucun fecours , s'il nous arri- iiÉififi
voit des malheurs;  Se les dommages que-j^^^^
nous éprouvions à chaque inftant dans nos Éfiir
agrès, nous menaçoiènt de quelque choie ^^tf
de plus dangereux.   ^^'"'''^^^^SI^'jBfiBi^^^
-  La  Découverte  étoit  accompagnée  d'un   ;f|||,
grand nombre d'oifeaux de mer : nous dif-  JȤ
tin2uamesdesPi/2r<zûkxj f M. Brifsonles appelle
G» * II
Péterels Damier), des Coupeurs d'eau, Se I    mm **p
90   I  Troisième Voyage   #:'
des Péterels gris : il eft rare de trouver ce:
1776. derniers à une dïftance confidérable de terr
Décembre.    Le 23 , le tems s'éclaircit. On obfervera
8   1iB que dans ces parages, la fin de Décembre ré-
S^^i. pond à la fin de Juin dans Fhémïfphere nord.
fifiB Nous marchions à pleines voiles, Se nous
fifipil faifions beaucoup de chemin, lorfque tout-
ElififiÊ. à-coup le- Ciel fe brouilla ; il furvint une
fiHfi brume, 8e nous perdîmes encore la Réfolution
fififiip de vue : mais après avoir fbnné la cloche de
fififipl fignal,8e tiré un coup de canon, M. Cook nous
HBp répondit, ce qui nous caufa une joie extrême.
fififiRll   Vers midi, la brume commença à fe dif-
fi|fiR||  fipsr : not|S eûmes enfuite un beau foleil, Se
iififil nous reconnûmes que nous n'étions pas éloi-
sBEUi   gnés de terre. On l'annonça bientôt du haut
lljfllllf  des mâts ; mais comme elle parpifsoit à une
fiÉjH   diftance confidérable Se très-élevée ; comme
^^^»; d'ailleurs le fommet de fes collines étoit cou-
lÉfi^li   vert de brouillards, ceux de nos Officiers
^H   M   qui avoientété du fécond voyage deM. Cook,
^pHI^.  Se qui fe fouvenoient d'avoir pris fouvènt des
^^^^   ifles de glace pour des côtes 3 difoient que
fifiifi   nous nous trompions. En nous approchant
fiBBls   nous crûmes plus fermement encorè que c'é-
§Ëfif|Pf-   toit une terre. La mer commençoit à changer
ÈlfiHii   de couleur ; les flots, qui jufqu'alors avoient
Efl^K'   été d'un verd foncé> étoient auflî blancs que
iifilË';  du lait, Nous avions obferyé le même phéno- 'fifi§':-' .de 'Cook.   .^p' I pi
mené en traverfant le tropique de l'hémif-
phere nord. Je ne creis*pas que les premier   1-776.
Navigateurs aient rien obfervé de pareil dans Décembre
ces hautes latitudes auftrales. %  ;. {ffi'/1§
Le 29 nous vimes de grands morceaux .llfiBJ
de bois botter fur la furface de la mer; JflfiB
le nombre des oifeaux augme©toit. A midi iÉfij
nous étions fi près de la terre, que nous Hpiii|E
appercevions des rochers entaffés les uns BKï\
fur les autres. Ils nous fembloient s'élever fififigll
à une hauteur immenfe ; mais nous ne diftin-fifififi
guions aucune plantation, & rien *fannon-;fifififi
çoit qu'elle fût habitée. La côte paroiffoit
efearpée Se' dàngereufe ; nous marchâmes tffififij
avec précaution. Lorfque la terre fe montra sHB
pour la premiere fois, elle nous reftoit fijjjlfii
dans le Sud* En avançante nous nous^^^BH
trouvâmes en vue d'un ifle détachée, qui S^^si
étoit alors au fud-eft quart fud de nous, fifi|'
Du pont où nous l'avions découvert d'abord,|BBHfi
nous crûmes qu'elle formoit une même^^^^B
côte avec la voifine.   -$^^^. :'■.:-^W^mÊ^.
: Le 25, à 6 heures du matin, les deuxy3B[fi
vaifseaux revirerent Se portèrent fur la terre. «Bfi™
Après avoir dépafsé le rocher effrayant, aai^pSIi
avoit le premier frappé nos regards, 8cqui|^ J^|
s'élevoit en pain de fucre à une hauteur || ||||||
prodigieufe, nous arrivâmes fur l'ifle fousjl-'.^^B
lèvent, 8c nous trouvâmes une baie 8e uft -'---Jfipf
mm 9%   §   TlOÏ SÏEME   VôY AGE§        |j
bon mouillage, par 24brafses d'eau j fond
ijl6. de vafe. '■k0^j^Ê^^,y-': v'^ 3jl|~v' f r
décembre. If ^e 25 > & quatre heures du matin, les
chaloupes allèrent reconnoitre la côte 8ç
fifiË|- chercher un havre plus commode pour faire
H||B de l'eau. Elles revirerent fur les lept heures,
^^te après avoir trouvé une lettre dans une bou-
lÉfiii'teille. Cette lettre nous apprit que cette
§Bu ifle avoit été découverte par M. de Kergue-
ffifi len, au mois de Janvier 1772; qu'il y a
fiB: beaucoup d'eau 8c point de bois ; qu'elle
ffifiR eft ftérile Se inhabitée ; que les côtes abon-
fifi9& dent en poifsons ; 8e que les rivages font
WÊ couverts de veaux 8e de lions de mer
ïlÉ Se de pinguins. Le havre, où le Naviga-
fi I teur François avoit dépofé cette bouteille,
fi | étant plus commode que celui où mouil-
l^^p loient nos vaifseaux, Se M. Cook fe propo-
Hfifi'ânt de célébrer ici la Fête de Noël, Se
flBB'- de rafraîchir les équipages, nous reçûmes
|lf|B| ordre de lever l'ancre ; Se à l'inftant nous
Bpp nous rendîmes dans la nouvelle baie. ^
fifiL il Nous reconnûmes la vérité des détails
IfHHf* que contenoit la lettre. Je vais donner en
Hfilf peu de mots l'extrait du voyage de M. de
EflS&: Kerguelen. ï$,. ^^#^-,,1^^?; :^3^^r:; 7;l;
M. de Kerguelen ayant obtenu le corn-
fifiËl mandement des vaifseaux  la Fortune Se le
BBi Gros-Ventre y partit de l'ifle de France à la fia ^^^^^|_: .D; e| C O 0 K# '    Ijjji 9f
de Décembre 1771. Le 13 Janvier de l'année
ûtivante, il découvrit les deux ifles dont   1^176.
nous venons de parler; & il les appella ifles Décembre.
de la Fortune. Il apperçut bientôt une autre    |    fi
terre, qui, à ce qu'il dit j étoit d'une éten-,   flfifi
due Se d'une élévation confidérables.  Un|    Bl
de les Officiers fut détaché en ayant, avee#   -'fil
le canot, pour fonder.'M. de Saint-Allouarn. ^^SBBIH
Capitaine du Gros îVentre, s'approcha har- ffififi
diment de la côte;  8e trouvant une haie^^^^B
qu'il appella du nom de fon vaifseau, UfiÉfifil
envoya fon Yole en.prendre pofseffion. Sur^^^^J
ces entrefaites M. de Kergueien avoit étéfi^^fi|
jette fous le vent; Se il ne put reprendre   jj|jjffi
fa pofition. Le canot de la Fortune Se l'Yole
revinrent à bçrd du Gros-Ventre. Le vent 8c
la mer briferent le cordage-qui tenoit le   m    fi
canot  à la poupe du vaiffeau ,   8e il fut   fififi
perdu. M. de Kergueien retourna fur le champ   jpBB
à Fille de France. M. de Saint-Allouarn cm-  ^^^^B
ploya trois jours près de cette terre, à faire le   ÊËB
relèvement de la côte. Après avoir doublé fon   J§ t fi
extrémité feptentrionale, il trouva quelle fe   JM
prolonge au fud-eft.   Il la côtoya i'efpace ^^^H
de 20 lieues ;   mais voyant qu'elle étoit   |f\ifyi
haute,  inacceffible 8c (ans arbres, ilcin-   B^H
gia Vers la Nouvelle-Hollande ;&L delà il revint
par   Timor 8c Batavia à l'ifle de France, où il
mourut. M. de Kergueien obtint enfuite le 94   H^ROISIEME Voyage     i^
commandement du Roland, vaiffeau de £4^
1776. Se de la frégate YOifeau; on le chargea d'ache-
Décembre ver *a découverte de cette terre * dont il
avoit exagéré l'étendue. Il dit à fon retour
^^^^pqu'il l'avoir apperçue de nouveau, fans
BBB-POUVQif la reconnoitre en détail. Ainfi la
^^^K Géographie n'a tiré aifcun fruit de cette
Pllgj§p3 féconde' expédition, '^^/'-^g ' "• ||||§1|?
^B^fll eft sûr que nous avons retrouvé les
Bfilp ifles de M. de Kergueien ; mais il eft fort
fifing! douteux qu'il y ait proche de ces terres un
B||Wi"grand pays, comme lefdit ce Navigateur
IhBII François. La mer du Sud eft parfemée d'une
^^Mm multitude infinie d'ifles. Les vaifseaux en-
fiSfifi voyés dans ces parages, le prouvent chaque
|BBK§ jour ; mais celles qui reftent inconnues , ne
^^^B| doivent pas furpafser en richefses 8c en
É|BBR-culture celles qu'on a'découvert, Se elles ne
valent pas la peine qu'on en false une re-
•\
nlîi
enerene particulière.
Nos agrêts avoient beaucoup fouffert dans
les raffoles qui nous pourfuivoient depuis
notre départ du Cap, St nous étions occupée, à bord, aies réparer. Ceux de nos gens
qui étoient à terre, faifoient de l'eau, Se raf-
fembloient des provifions^pour l'équipage,
©es provifions n'étoient pas fort délicates;
mais nos eftomacs, dégoûtés des falaifons,
mangeoient avec plaifir le veaux de mer *, les —■
de    Cook.:
■ ■iw ww'Tim. «li
pinguins, ôc ol#s autres   odfeaux les plus =
greffiers. $> s.^ i77<5*
Le 27, les dommages du vaifeeau éqmt ré- Décembre.
parés, 8c nos futailles à-peu-près remplies, 111f^|ÏÏ
nous célébrâmes la fête de Noël. On fervkà || fi
chaque matelot Se foldat, une double ration fiSBJ
•de grog (1) : on diftribua du vin Se des li-fi^ÉP^I
quèttrs aux bas-Officiers, dans la niême pro- ||^^M
portion. Ceux d'entre nous qui éprouvoien^fiB^H
du mal-aife, obtinrent la permiffion d'aller l^ffifi
refpirer l'air de la côte. Les Officiers des fi@|fiB
deux vaifseaux fe réunirent. On oublia les -^BB
dangers pafsés, Se les matelots pafserent la HH
journée avec autant de gaîté Se d'infouciance ^^^S
que s'ils avoient été dans le havre dé Portf-   flBJl
mouth»
Le 28., des dérachemens allèrent dans WêM
l'intérieur de l'ifle, pour y chercher des vé- fiBI
gétaux : ils ne Rapportèrent gueres qu'une ef |1|JH
pece de choux fauvage. On y trouve ce §fS9|
choux en petite quantité, Se nos gens eurent fSfifi
beaucoup de peine à le cueillir dans les ffiËfi
fentes des rochers. M. Nelfon , Naturalifte, 'fifill
que M. Banks avoit envoyé avec nous, Se
qui étoit chargé de rafsembler des échantillons de tout ce que nous découvririons en
Hiftoire  Naturelle ,  rencontra  parmi   ces
(i) Celt une efpece de boiffon. S>6 B-TjtoisiEME Voyagé l||-:,
fentes de rochers,  une moufse jaunâtre|
ill6. d'une douceur foyeufe, qui lui parut abfo-
Décembre, liment nouvelle. i
sf» Le 29, la Réfolution leva l'ancre, 8e alla
fiREi examiner le côté de l'ifle oppofé à notre
Bp^Bnxiouillage : il eft également délert, ftérile,
HBB--Xcmpli de montagnes efcarpées , dont l'af-
HBfirP^ eft horrible. Nous n'y apperçumes au-
fifiBfi'Cune habitation; le rivage eft plein de pin-
^^^BÉguins Se de lions de mer, dont nous tuâmes
fififi||une quantité prodigieufe. Nous mangions
fifiB||les premiers, car nous avions reconnu , que
^^^»fraisipu falés depuis peu, ils font afsez bons.
fi-.- fit No us embarquâmes les lions , Seànotrèar^
B^fil rivée à la Nouvelle-Zélande % nous en tirâmes
BfiRf- de l'huile,    ^rti^^ftëy ï ff|pf^-■
ïfife% Le 30, à neuf heures du matin, nouspar-
llffifil times de cette ifle. Nous avons reconnu,
HfiPfi d'après une obfervation, qu'elle git par 49
fifiÉBdcgrés 30 minutes de latitude fud, Se 78 de-
§§SfiB-grés 10 minutes de longitude. A midi, fa
fi^S pointe la plus méridionale nous reftoit au
BBé-vfud-fud-oucft-î;-fnd, à la diftance d'en-
^^B viron cinq lieues. Nous nous hâtâmes d'ar-
■fifigl riveii à la terre de Van Diemen ; 8c comrr>e
fifip'ïious ne nous propofions>pas de faire des dé-
iffifii couvertes dans ces parages, nous portions
autant de voile qu'il nous étoit poflîb
1p
Le llliill '• f  D   E- C O  O K.   .   •    jfi   91
': Le premier Janvier 1777, une quantité
confidérable d'algue marine parut fous le
vent à nous, 8c dans une direction contraire
à celle des algues que nous avions vus
aux approches de la dernière terre. Je fuis
porté à croire qu'il y a Vautres ifles peu
éloignées; ce font peut-être celles que M. de
Kergueien dit avoir apperçues. jÉjÉf^ fifi
' Le 14 3 il furvint un ouragan accompagné
d'une brume épaifse, Se nous craignimes
à tous momens l'abordage des deux vaiffeaux. La Découverte fonna continuellement
la cloche de brume, Se tira des coups de
canon : la Réfolution nous répondit. Le vent
foufftoit d'une manière fi impétueufe, que
nous fumes obligés de carguer toutes nos
voiles j d'abattre nos mâts de perroquet, ôc
de courir à mâts & à cordes, La tempête dura
avec plus ou moins de violence jufqu'au ip.
La Réfolution perdit fon grand mât de hune Se
fon mât Se fa vergue de petit perroquet, Se la
Découverte, fes voiles de perroquet, quelques
unes de Yes voiles d'étai Se fô.n grand foc.fipj
?ffLe 20 au matin, nous mimes en panne
afin de réparer nos agrêts. Le ciel s'éclaircit
l'après-dîner, Se comme il furvint un bon
frais, noty*portâmes le plus de voiles qu'il
nous fut poffi|>le ; nous déferlâmes les ris
des huniers ; les deux vaifseaux marchoient de
1777*
Janvier, 1111*
Janvier.
58  I Troisième Voyage'^m
conferve en faifant fept ou huit lieues pat
heure, mefure du lok.    |§ v *1\
Il Le 22, le ciel étant clair Se le vent modéré , M. King , fécond Lieutenant de
M. Cook , vint à notre bord afin de comparer les garde tems. Il nous dit, qu'excepté
ceux qui avoient pris des maladies vénériennes au Cap, l'Equipage étoit en bonne
fanté; que ceux-là même fe trouvoient en
état de faire le fervice, Se que la tempête n'avoir pas eu toutes les fuites fâcheufes qu'ils
redoutoient. ^^^^; -^^^^^-- ^^^^^^$
JI'Le 24au matin, on cria du haut des mâts*
Terre j à la diflance d'environ cinq lieues.  Le tO-
cher nommé Mewftone par le Capitaine Fur-
neaux en 1773 , nous reftoit au nord-eft-
~-eft.   On|fignala. cette  découverte  à  la
Réfolution qui nous répondit.   .-■;.:.  . >^^
S Le 25, la fonde rapporta 5 j braises, fond
de fable Se de coquille. |^^^ -;0}:
H Le 26, nous cherchâmes la baie appellee
par Tafman, Baie de Frédéric-Henri.
Le 27, nous y amarrâmes par 14 brafses.
La Réfolution nous rejoignit peu de tems après.
Tout de fuite oh lança la pinafse : on équipa
les chaloupes, Se tout le monde fe mit au
travail; les uns faifoient du bois ou de l'eau ;
les autres réparoient les agrêts,ourangeoient
ici cale*
un ggsMatnaan
fiB^i D è f C o o k. >.^JB* 99
es Officiers, les Aftronomes, les Nam-
raliftes Se les Dsffmateurs des deux vaifseaux, 1777»
s'emprefserent de defcendre à terre; carie janvier,
pays offroit un alped enchanteur. Les arbres 3 .'^d
furent la premiere chofe qui attira nos re- B8B
gards. Nous n'en avions jamais vu de frgros SJIIlB
& de fi élevés ; nous en trouvâmes plufieurs f§BH
de brûlés à peu de diftance des racines , Sç fil
un afsez grand nombre couché dans une ifiB|
pofition horifbntale , 8e abattu par le vent. ilifiB
Le 28 , M. Cook , accompagné des Ofïi- §||fifi
ciers 8e des Obfervateurs des deux vaifseaux, iMfi
ôe d'un détachement de foldats de Marine, fififi
s'avança une féconde fois dans l'intérieur du
pays, pour le reconnoitre, & obtenir, s'il fififi
étoit poflîble, une entrevue des habitans. Il fiffB
fit plufieurs milles à travers des fentiers frayés, ËBH
fans appercevoir une créature humaine* En- îjfifpl
fin j pafsant au bord d'un halier prefque im- .M|
penetrable, il entendit du bruit; il crut d'â»/fififi
bord qu'il y avoit un animal dans les buif- IfiB
fbns; mais il reconnut bientôt que c'étoit
* X
une femme entièrement nue Se toute feule» ilfii|É|
Elle parut d'abord très*effrayée, car elle crai* jBfl|
gnoit qu'on ne la tuât. Lorsqu'elle vit qu'on ?|^^^
la traitoitavec bonté, elle fut plus tranquille, «B-^!;
& elle répondit volontiers à celles de nos JifiB
queftions qu'elle put comprendre. Voici fiBgl
comment nous tâchâmes de découvrir ou ïfijl|
^w^ÊKÊ      ^sfiSfifii  G ij    : fifiBBfi 1777-
Janvier.
IiooHTroisieme Voyage|^^H
elle réfidoit. Après lui avoir montré les dif-
férens chemins battus, nous faifions quelques
pas dans chacun ; nous revenions enfuite, Se
nous prenions un autre fentier : on la prioit
en même tems par lignes de nous conduire >
Se on l'avertifsoit que nous la fuivrions. Afin
de la contenter, uft de nos Meilleurs lui mit
un mouchoir autour du col ; un autre lui
donna fon chapeau. Dès que nous lui eûmes
rendu fa liberté, elle s'enfuit à la hâte , 8e,
en moins d'une heure , nous vîmes paroître
neuf hommes d'une ftature moyenne : ils
étoient nuds, mais armés. Nous les accueil-
limes d'une manière amicale. Nous leur fîmes
à tous des préfens ; ils fe fauverent brufque-
ment, Se à l'inftant où nous nous y attendions
le moins. - 'ë^^^ft^^F: \ •'?' ' "• ^
SI La fille ne tarda pas à revenir fuivie de
plufieurs femmes , dont quelques-unes por-
toient fur leur dos des enfans attachés avec
des cordes de chanvre. Nous les traitâmes
avec la même douceur. On les conduifit à
l'endroit où le détachement coupoit des arbres , Se nos gens eurent bientôt formé une
connoifsance intime avec elles. Elles étoient
pourtant très-laides Se peu propres à infpirer
des defirs. Omaï, qui s'enflammoit à la vue
de toutes les femmes, en parut fi dégoûté
D'
y
qu'il tira fon fufil en Pair, afin que l'explqfion ■M
^^^K^|     D   E  f C  O   O   K. 'JlfiPw
les éloignât de fa préfence : ce ftratagême eut
l'effet qu'il en attendoit. La nuit nous força
tous de retourner à bord.
i
Le 28, nous pénétrâmes un peu plus avant
dans le pays : nous trouvâmes qu'il ell entremêlé de vallées 8e de collines, de forêts ma-
jeftueufes Se de fimples bocages, de rivieres,
de prairies 8e de favanes d'une vafte étendue.
Les bois font remplis d'oifeaux d'un joli plumage , 8e entr'autres,  de perroquets de différentes efpeces.Plufieurs de ces oifeauxchan-
toient de la manière la plus agréable. Les
lagunes fourmilloient de canards, de farcei-
les, 8cc. Nous en tuâmes un grand nombre,
tandis que nos Naturaliftes faifoient une récolte abondante fur cette terre, qui eft peut-
être la plus fertile du Globe.  Les arbres y,
font d'une élévation 8c d'une grofseur extraordinaires :   leur forme  eft très - belle »
8c ils ont  d'ailleurs   un parfum délicieux.
Nous en vimes dont la tige avoit quatre-
vingt-dix pieds fans un feul nœud. On rn'ac-
eufera d'exagérer fi je dis quel eft leur diamètre. Nous étions alors dans la faifon où la
Nature fe plaît à étaler fes charmes ; Se ce
qui nous frappa , les Naturels nous parurent
absolument infenfibles à ces avantages : ils
fembîent vivre dans les bois comme,les bêtes,
fans habitation, fans arts d'aucune efpece 1
G m
1777'
Janvier. SB '     ' ■
777«
Janvier.
ioafi| Troisième Voyage ^^^m
ils pafsent la nuit au pied d'un arbre, fous des
rameaux groffiérement entrelacés les uns
dans les autres. Leurs cabanes les mieux
travaillées fe conftruifent en peu de tems ;
ils coupent des branches, ils les plantent en
terre , Se ils rapprochent les extrémités de
manière que le fommet forme une pointe.
fi Nos pêcheurs 8c nos chafseurs eurent pen»
dant cette relâche tout le fuccès qu'ils pourvoient defirer ; de forte que nous fîmes bonne
chère. ^HHB^^^Sft^p^^S^^^^^^
«Le 30, les Naturels qui fans doute ne nous
redoutoient plus, fortirent du milieu des
buifsons, comme un troupeau de daims qui
s'échape d'une remife.; ils fe rangèrent fur
le rivage en nous faifant ligne de defcendre.
Nous n'eûmes aucune inquiétude fur leurs
difpofitions à notre égard, 8c ils n'avoient
sûrement pas envie de nous nuire. Ils por-
toient cependant des lances longues d'environ deux pieds, armées d'une dent de requin,
ou d'un os épointé ; ils jettoient fort loin ,
& avec beaucoup d'adrefse cette lance qui
compofoit toute leur armure. ^^^^^É
fi Nous trouvâmes parmi eux, ainfî que
chez tous les Infulaires de la Mer du Sud.,
des Chefs, à qui la multitude paroifsoit
obéir; oeux - ci étoient abfolument nuds,
nBc ne portoient aucune marque de diftinçj
^tfi jI^HbI d e |C o o k;     -B10'
tion. Il y a des phyfionomies qui femblent -
faites pour commander ; Se chez les Sau- 1777.
vages , un individu jouit de l'autorité , fans janYiert
autres titres qu'un plus grand degré de beauté .
ou de force. HB^i^p^^^^^HB '  }l|fiBB
fi M. Cook, n'ayant apperçu aucune efpece   |fl|
de quadrupèdes dans le pays, fit, à ces   111»
Chefs, préfent d'un verrat Se d'une truie,   fiffi
Il leur dit par figues de les lâcher dans les   f    ||
bois, où leur race pourroit fe multiplier.   |fi5|
Il y a lieu de croire que les naturels oppo-   B;
feront à cette multiplication moins d'obfta-   '^^m
clés que les féroces habitans de la Nouvelle-   Bf,
Zélande* où les vaiffeaux angiois ont laifsé
vainement plufieurs animaux utiles. Il leur      fil
donna aufïi des doux, des couteaux, des   BB
grains de verre 8c d'autres bagatelles, aux-
quelles ils ne femblerent pas mettre beau-   jfifil
coup de prix ; ils montrèrent plus de goût   llfil
pour des morceaux d'étoffe rouge.   # * ^^^^S
Il ne paroît pas qu'ils foient Cannibales i WmM
ou même qu'ils fe riourrifsent de chair; du '■fipl
moires nous n'avons rien vu qui l'annonce; fllpf
nous n'avons apperçu que des reftes de poif- fisfi
son 8c de fruits, dans les endroits où ils Jg^fiB
venoient de prendre leurs repas ; mais ce
qui eft plus fingulier, malgré les bois dontjfifill
le pays eft couvert 5 nous, n'avons trouvéJBfi
ni canot, ni pirogue. Il y a donc lieu defiHB
G iv 1777-
Janvier.
1041STROISIEME Voyage fijl
croire que ces pauvres fauvages font des
fugitifs chafsés autrefois par une peuplade
plus nombreufe ; qu'ils vivent dans un
état de profcription : fi on n'adopte pas cette
opinion, il eft difficile de concevoir com-
ment les habitans d'un fi beau pays font étrangers aux arts les plus fimples.      ^|^fe^§i
M. Cook leur laiffa des Médailles qui
portent le nom des Vaifseaux Se des Com-
mandans, la date»de l'année Se celle du
règne de Georges III ; l'Amirauté nous en
avoit donné un grand nombre : nous les
avons diftribuées parmi les chefs des différentes terres, où nous fommes abordés ; on
trouvera donc par-tout des monumens de
notre voyage ; 8c fi par la fuite des navigateurs vont dans les parages éloignés de
fhémifphere auftral, ils verront qu'on avoit
déjà reconnu cette partie du globe, fè. :j§|
fi Nous étions fur cette côte depuis une
femaine ; nous y avions fait de l'eau Se du
bois, &.rafsemblé des fruits du pays. Nous
démarrâmes le 3 1 dès le matin ; à dix heures
les vaifseaux étoient fous voile, Se à midi
le Cap Frédéric Henri nous refloit au Nord
quart nord-oueft : nous nous remimes en
mer avec un petit vent frais ; mais avant
la nuit il furvint des raffales, qui durèrent
jufqu'à la pointe du jour, Se qui nous obligèrent de prendre les ris des huniers, mm
Tëiï DE      Kj   O   O  K. 105
Le premier Février nous cinglions à pleines
voiles  du côté  de  la  Nouvelle-Zélande ; 8c   1777.
en neuf jours, nous nous trouvâmes à la Février.
vue de l'ifle de Y Aventurier, éloignée de 1§Pff%
neuf OU dix lieues du Canal de la Reine > fi
Charlotte.
Le 10, nous étions en travers de la Baie | fi
Charlotte , lieu qui avoit été fixé pour |B||1
notre rendez - vous  en cas de féparation. gJBii
Le 12, la Découverte, qui effayoit d'en- fififi
trer dans le canal, eut le malheur de tou- fififi
cher fur un rocher; la Réfolution nous prit 1 fi
à la remorque; nous ne reçûmes aucun 1 fi
dommage confidérable : à deux heures de fififi
l'après-midi, les deux vaifseaux amarrèrent BJB
par neuf brafses1. &-  É^^^^Éite^^^^^^^^
Nous nous croyions tous en Angleterre, tant §||fiB
le local de la Nouvelle-Zélande refsemble à fififi
Celui de la Grande-Bretagne.. La Nouvelle-Zélande a fix à fept cent milles de longueur : jjlllfi
elle n'eft pas également large par-tout, elle fiPfi
l'eft davantage vers le milieu, Se elle s'étrécit fip:|l
aux extrémités. Elle s'éloigne par-là des for- Barnes ordinaires de la nature dans la création fififi
des ifles, 8c même des continens, qui fe J^fifig
rappétifsent vers le milieu , 8c forment fififi|
deux parties réunies en un point. Prefque J|fiP$5
toutes les ifles un peu étendues de la Mer ffiB
du Sud font coupées de cette manière. Exa- io6     Troisième Voyage
17.77.
Février.
minez l'ancien Monde fur un glob
e 9
vous
y voyez que Y Europe & YAJle font réunies
à Y Afrique, pat l'ifthme de Sués , c'eft-à-
dire par un fil, 8c que dans le Nouveau-
Monde  Y Amérique Septentrionale eft réunie à
Y Amérique Sud par un autre fil, ou par l'ifthme
de D arien.
f| Dès que les vaifseaux furent en fureté
dans le Canal de la Racine Charlotte, les naturels
vinrent nous voir en foule; ilsapportoient du
poïfscn* qu ils avoient envie de nous vendre;
mais chacun de nous étoit occupé , 8c on
fit peu d'attention à eux. Les uns parmi
nous tranfportoient les,tentes fur la côte;
les autres les y établifsoient ; ceux-ci for-
moient des retranchemens pour notre fureté ; ceux-là débarquoient lès munitions.
Les fauvages, ne pouvant fe faire écouter
de perfonne, parurent très-mécontens, 8c
s'en allèrent. -^^^^^BW8|^^^^^S
Le 13 , nous eûmes des raffales impé-
tueufes 8c une grofse pluie. Le foleil brilla
quelques inftans; Sedans ces intervalles,nous
apperçumes plufieurs trompes de mer, mais
aucune près de nous. M. Forfter, qui étoit
du fécond voyage de M. Cook, eut dans
fa traverfée de la Baie Dufky à ce canal,
des occafions fréquentes d^obferver ce phénomène , Se il le décrit ainfi : *c La trompe ,.^»||d e IC o ok. . ]|fl 107
js partoit d'un endroit où la mer étoit vio- i
33 lemment agitée, 8c elle s'élevoit en va-
>* peurs 8e en fpirale ; la bafe qui étoit large
» paroiisoit brillante 8e jaunâtre J quand les
99 rayons du foleil l'écUtfroient. Au-defsus
de cette bafe, nous voyions fe former peu-
à-peu un brouillard, qui en defcendant
s'allongeoit de manière à préfenterunlong
39
S»
3*
3*
tube très-mince ; il fe joignoit enfuite à
35 la fpirale montante; Se le tube offroit à
» l'œil une colonne droite Se de forme cy-
a> lindrique. Nous obfervions que l'eau s'é-
« lançoit vers le fommet avec la plus grande
» force ; Se il nous fembla qu'elle laifsoît
» un efpace creux dans le centre ». Il ajoute
que ces trompes effrayoient les marins les
plus expérimentés : que tous, fans exception, racontoient les effets terribles qu'elles
produifent en fe brifant fur un vaiffeau ;
qu'aucun navigateur n'en a vu un fi grand
nombre autour de foi. ^^K^^^fi^^^K
Le 14, à fept heures du matin, les chaloupes des deux vaifseaux furent équipées, Se les
deux Capitaines allèrent à terre pour reconnoitre le pays, mais dans l'intention dene pas
s'avancer trop loin. Au moment où ils approchèrent de la côte , un vieillard qui les avoit
apperçus, vint fur le rivage ; il tenoit à la
joaain un rameau verd, qu'il agitoit en figne
m-HÉMn.lft
1777.
Février» io$ f  Troisième Voyage
d'amitié : M. Cook prit de fon côté un
J777. villon blanc. Cette premiere cérémonie de
ijg .      paix achevée, nous débarquâmes tous ; alors
Février. ,
le vieillard commença une harangue : fes
fip||I geftes étoient très-^xpreffifs, fon accent Se
fi^ji les inflexions de fa voix avoient quelque
I chofe d'agréable; il termina fon difeours fur
jfigfi un ton plaintif, que nous primes pour de
llifi la loumifïion. Enfuite il falua M. Cook à
IBfi la manière du pays, c'eft-à-dire qu'il joi-
111111 gnit fon nez contre le fien. Notre Comman-
|fifi| dant en chef ne manqua pas de s'y prêter.
figfifififM. Cook plus emprefsé d'examiner les
filfi plantations qu'il avoit faites dans fon fécond
IMS voyage, que de s'amufer à la chafse Se à
fijffp la pêche, alla voir les jardins qu'il avoit
fifil palifsadés fur Y Ifle-Longue ; il les trouva
^^g dans un état floriffant, mais ils n'étoient pas
HjlË| farcies ;1 il ne parut pas que les Naturels en euffent pris le moindre foin. Il mé
fifil femble que ce canton , comme celui de
WBI la baie Dufky I n'efl gueres peuplé, Se même
||||fi; qu'il eft habituellement défert. On n'y trouve
fififi aucune bourgade : nous apperçumes de tems
|l|ii§ en temps au fond des bois, des huttes
éparfes où vivoient des familles ifolées ;
mais nous ne vîmes point de plantations régu-
«Bwfelieres. Les pirogues 8e les habits des Zélau-
^Bfijdois que nous y rencontrâmes, fuppofoient i777«
Février*
^^m^:..  d e ■■ u o o k.   - ' :§ 109
beaucoup de travail. Nous n'avons pas découvert où fe  conftruifent les embarqua-
tions. Nous crûmes remarquer que les femmes du pays s'occupent feules de la fabrique des  vêtemens. ^^^^Ë^' ::*^§W$$':'r
H Cette   relâche   ne  nous offrit  que des
végétaux 8e du poiffon ;   mais ces articles
ne nous   coûtèrent pas   beaucoup.   Nous
trouvâmes à chaque pas une quantité pro-
digieufe de plantes comeftibles : nous n'avions quela peine de les cueillir; Se nous achetions pour un clou, autant de poiffon qu'un
homme pouvoit en manger dans un jour. M
Les femmes de la Nouvelle Zélande (e montrèrent plus chaftes, lors du premier voyage
de M. Cook., que celles des ifles du Tropique. Si réellement elles l'étoient davantage,
on doit attribuer cette réferve à leur tempéra-
ment froid. Il ne faut pas imaginer que la loi
ou  l'ufage   défendent   l'incontinence,   ou
qu'elles éprouvent cette délicateffe de Yen-
timens  qui  fait chez d'autres peuples un
devoir de la pudeur Se de la fidélité conjugale.
$5* Quoi qu'il en foit, le commerce de
ropéens les a corrompu; la débauche a fait
de fi grands progrès I  que les Zélandoifes
furpàffent en   ceci   les peuplades les plus
nés. Les hommes eux-mêmes profti- îiol   Troisième  Voyage
| tuent leurs femmes pour un clou. Quant à
1777. leurs filles, ils les abandonnent fans falaire
Février.^   Cu*  veut en   Jou*r*     . \        ~ #•'   ■   ;f§
1   Dès que la nouvelle de notre arrivée fut
Bill   répandue, les Naturels fe rendirent au Canal
fiP||t    de  la Reine - Charlotte, des cantons les plus
RBI éloignés ; ils venoient échanger leurs armes,
|fif   ' leurs vêtemens, Se tout ce qu'ils poffédoient,
WÊm contre des doux, des grains de verre, du
pPfH verre caffé, & d'autres bagatelles européen-
ËBi nés. Ils nous vendirent jufqu'à leurs outils;
jjjjjpf ils ne pouvoient pas les remplacer fans beau-*
WÊJJ&- coup de travail.   .                               :"';liiP
gfififi   Les femmes fe vendoîent publiquement ;
fififi les matelots qui achetèrent leurs faveurs,
fifil furent d'abord très-fatisfaits de les avoir à
IPBt fi bon marché ; mais ils s'en repentirent en-
fifif fuite; car ils prirent la maladie vénérienne.
fipii| Cet infâme trafic fut porté à un degré in-
fiËÉI. concevable ; Se Omaï qui avoit des inclina-
fiifi tions très-libertines,  qui ne s'étoit jamais
gfïfil contenu en Angleterre ni dans fon pays, fe
fif§» livra à les defirs avec une indécence bru-
gfiPI taie. I '^^^BfiB^fi: tffiBp.- '^S-'
■fifi'' ,. M. Cook avoit imaginé jufqu'alors que
fisB les Zélandois ne vendent pas leurs enfans ;
fijÉP mais il reconnut qu'ils vendent tout pour
fifill avoir du fer, tant ils aiment ce métal. La
fiËfi   paflïon du fer eft aufll vive à la Nouvelle* fififiilr      *> E IfcC o o k.       J   in SËffill
Zélande, que la paflion de l'or l'eft en Eu- -rg
rope. M. Cook a voulu prouver (i) qu'ils 1777.
aiment leurs enfans, Se qu'ils n'ont pas étouffé février
ce fentiment naturel ; mais il a tiré une |pil|fi
faufse conféquence du fait qu'il rapporte, fj^fifi
f$| » L'un d'eux , dit M. Cook, confentit à lÉtififi
3* s'embarquer avec nous ; mais lorfqu'il | {ffi
5> fallut partir, il changea de réfolution >*ainfî^fiB|
35 que d'autres, qui dévoient s'en aller avec fiBfif§§
» le Capitaine Furneaux. On m'afsura qu'i^^^^HS
33 avoient voulu vendre leurs enfans ; mais je fififi
3> découvris quec'étoit une méprife. Ce bruit fi^fi
3> prit naifsance à bord de Y Aventure, où per- HHfi
33 fonne ne connoifsoit la langue 8e les uiages BE M
33 du pays. Les Zélandois amenoient leurs ffl|
33 enfans avec eux, 5c ils nous les préfen- |B§§p
33toient, comptant que nous leur donne- B
33 rions quelque chofe. Un père me préfenta fififi
™ ainfi fon fils, âgé de neuf ou dix ans. On fififi
33 croyoit alors qu'ils vendoient leurs en- .fififi
ss fans ; 8c je lui fuppofai des vues aufïi fififi
33 bafses ; mais je m'apperçus qu'il deman- -fififi
33 doituine chemife blanche pour fon fils , fififi
33 & je lui en donnai une. L'enfant fut fi filgjB
» charmé de fon nouvel habit, qu'il fe pro- fififi
39 mena fut le vaifseau, Se fe montra avec ffifi
>3 complaifance à tous ceux qu'il rencontroit.   fifip
[ 1) Dans fon fccond Voyage »7
3»
I   É;   ii2  1 Troisième Voyage  *.-.-
1 '        ■■■■-1 Cette liberté offenfa un vieil bouc, qui
I777-  » rétendit fur le tillac d'un coup de corne;
Février   " Ian*mal ai^roit recommencé , fi l'on ne
33 fût allé  au  fecours du petit Zélandois.
La chemife fut falie ; 8e l'enfant n'ofoit
I pas reparoître devant fon père qui étoit
dans ma chambre. M. Forfter fut obligé de
le ramener. Ce pauvre enfant fit alors
S3 une hiftoire lamentable contre Goury, le
33 grand chien ; ( car c'eft ainfi qu'ils appel-
35 loient tous nos quadrupèdes ). On ne
I put le calmer, qu'en lavant Se féchant fa
3> chemife. 35 Ce fait minutieux en lui-même,
ajoute M. Cook, prouvera combien nous
fommes fujets à nous méprendre fur les
intentions des Zélandois, ou à leur attribuer des coutumes auxquelles ils n'ont
jamais fongé. If à reconnu dans fontroifieme
voyage que les Infulaires vendent leurs
enfans, Se qu'il s'eft trompé fur la force de
leur attachement paternel. ''B^^R^'"^'"''
Le 16, plufieurs Naturels vinrent dès le
matin aux côtés de la Réfolution, pom faire
des échanges. Omaï. qui avoit toutes for
tes d'ouvrages de fer * déploia fa boutique.
Tant de richefses exaltèrent l'imagination des
Zélandois. Nous obfervames qu'ils étoient
fis d'étonnement 8e enflammés de defirs;
nous fembla qu'ils formoient le jprojet
aborder ■ ;l/'ï:'    d e|C o o k, '^fOfi'ii?
d'aborder le vaifseau, Se  de rifquer   leur-
vie, pour fe rendre maîtres d'un fi grandi 1777.
tréfor.   Gomme on ne met aucun prix, en F^vl-ier.
Europe aux doux, aux morceaux de verre, fi
ou d'étoffes rouges, on penfera  peut-être ^Jlfifi
que j'exagère ;   mais ceux qui ont étudié iffifi
les peuples, qui connoifsent la violence des fifil
paffions des Sauvages, ne feront pas furpris fifil
de lire ce fait ; ils le feront plutôt d^ppren- Ififii
dre que les Infulaires eurent afsez  d'em- jBfi
pire fur eux-mêmes pour fe contenir.*• ^^^^^^M
S Omaï, dont la civilifation n'étoit gueres fp|fi
plus avancée, eut néanmoins  l'adrefse de fiBlfi
profiter des defirs ardens qu'il venoit d'exci- IJPPi
ter. Après avoir acheté tout ce qui lui plut 1 ffipfl
il   demanda à quelques - uns des Naturels f§i|fi
s'ils vouloient vendre leurs pirogues. Ils y fin
confçntirent fans balancer. Ayant apperçu fififi
deux jeunes gens  très-forts fur une autre 1ɧ111
embarquation, il demanda fi on vouloit les ;lj§lfi
lui vendre. Les jeunes gens jetterent les yeux -IÉfi|
fur leur père, 8e lui témoignèrent ledefirde Éfifi
s'en aller avec un homme qui étoit fi riche. ifip\
Le père répondit que oui, 8e le marché fut fiBl
conclu tout de fuite. Les deux Zélandois
ne coûtèrent à Omaï que deux haches Se
ivoit ï
un p6îit nombre de doux. L'ainé
ans, Se s'appelloit Tïhura;  le cadet portoit
nom de GôwahP Se paroifsozt âgé de dix ans.
H 1111*
FI      .
evrier.
114   |T r o i s i e m e Vo y a G &'fifif-' ■
I Le 17, les Capitaines des deux vaifseaux,
fuivis des Officiers 8e des Obfervateurs, Se
d'un détachement de Soldats, s'embarquèrent fur la chaloupe, Se fe rendirent à l'ifle
Longue, 8e à l'anfe des Herbes. Ils s'arrêtèrent
à la baie des Cannibales, 8c ils vifiterent l'endroit où une partie de l'équipage de M. Fur-
neaux avoit été mafsacrée en 1773 i
ils   n'y*  trouvèrent  aucun  ofsement. | Ils
/fe propofoient de demander la caufe de
cette affreufe boucherie ; mais ils ne rencontrèrent point de Zélandois. ^^^^^fi
A Omaï pouvoit à peine le faire entendre des
Naturels, Se il ne les entendoit pas auffi bien
que ceux de nos matelots qui étoient déjà
venus à la Nouvelle-Zélande ; mais , comme
M. Cook l'aimoit, il étoit de toutes les expéditions , 8e on le chargeoit toujours de conférer avec les Infulaires. Il leur fit, à diverfes
reprifes , des queftions fur la difpute qui
s'étoit élevée avec les gens du Capitaine
Furneaux. Nous délirions d'autant plus d'en
connoître les détails, que les habitans de ce
Canton fembloient très-pacifiques, 8e qu'ils
nous offroient les différentes chofes dont
nous avions befoin. Omaï ne nous rapporta
rien de fatisfaifant. Il paroît qu'à l'ifle d'O-
Tàiti on parle deux dialedes, ainfî que dans
prefque tous les pays du monde ; l'un eft la
^1 ■'Ifi-: l de    G o o k;      S&#ïf
langue des Prêtres Se des Chefs, 8e l'autre
celle du bas peuple.        |î^^B;'        <   'f^
Tupia, qui s'étoit embarqué fur Y Endeavour , lors du premier voyage de M. Cook,
converfoit fans peine avec les Zélandois. Il
fit fur eux une fi grande impreflîon, que fon
nom eft encore cité aujourd'hui avec refped
d'une extrémité de l'ifle à l'autre. Obadee(i)
qui étoit de la clafse des Arées, Se qui, dans
le fécond voyage de M. Cook, fuivit les
Anglois aux Hebrides , à la Nouvelle - Zélande ,
à l'ifle de Pâques 8e aux Marquifes, parloit
aufïiaifément avec les Zélandois: cela prouve
qu'Omaï étoit dans fa patrie un homme du
peuple* / :^^,% l^fififi^fifififilfi
Durant notre relâche à la Nouvelle-Zélande >
il lai/sa percer fes défauts. Dès qu'il n'étoit
plus fous l'œil vigilant de fon proteâeur 8c
de fon ami, il commettoit des excès. On ne
le laifsoit jamais manquer de Grog, Se, dans
les grands travaux ou les jours de fête, on le
chargeoit quelquefois de le diftribuer aux
Matelots. On le furveilloit, Se il n'abufbît
point de fa commiflion. Mais il obtint ici le
foin général du vin Se des liqueurs ; Se en
l'abfence de M. Cook, qui refta fouvent plufieurs jours à terre ,  il s'enivroit jufqu'à
1777,
Février,
(1) Un autre Q-Taïciea« T7 '      *,»..
r evner.
^^g 116 I  Troisième Voyage  -fip^
' perdre la raifon ,   Se à fe  vautrer comme
s 777. un pourceau dans fes ordures. Il déployoit
alors toute la brutalité d'un fauvage , Se tout
l'emportement d'un furieux ; il poufsoit des
cris, il difoit des injures groflieres; il bran-
difsoit fes armes, il donnoit à fon vifage Se
à fa bouche les contorfions les plus horribles ;
il défioit lesMatelots qui nel'aimoient pas, qui
fe plaifoient à l'irriter, Se qui, parla fupério-
rité de leur intelligence, le trompoient,
ainfi qu'il trompoit lui-même les pauvres Zélandois. Au fond il n'étoit ni méchant ni vindicatif; il n'avoit point d'humeur, mais il étoit
quelquefois violent Se opiniâtre. Naturellement humble , il afïïchoit de la morgue , Sfc
il jouoitfi mai ce rôle, qu'il s'en appercevoit
le premier : il ne paroifsoit à fon aifo qu'avec
les Bas-Officiers. Tel eft le véritable caractère à?Ornai, que le hafard éleva pour un
moment au plus haut degré du bonheur,
Se qui fera le refte de fes jours le plus malheureux des hommes.^.\j|^^Bfifi
Les deux Capitaines revinrent aux vaiffeaux avec la chaloupe chargée de provifions
pour les animaux que nous avions à bord ;
ils ramenèrent de plus une quantité confidérable de légumes cueillis dans les jardins de
Motuara Se de YIfle Longue. Us ne manquèrent
pas de foisner ces plantations àvâHt dé les de    Cook.
ï F7
quitter. Aux quadrupèdes qu'on avoit laifsé
fur l'ifle Longue, lors du précédent voyage,
M. Cook ajouta deux brebis 8e un bélier; les
moutons dëpofés en 1773 moururent peu de
jours après leur débarquement.
m Nos gens travailioient fans relâche à terres
à faire de l'eau & du bois, à fecher la poudre , Se à la changer de tonneau, à examiner
le bifeuit, à en faire du frais, Se à forger les
ferrures qui nous étoient nécefsaires. Les
Forgerons s les Armuriers,, les Canonniers,
les Charpentiers, les Agréeurs Se les Voiliers fe trouvoient donc fur la côte, Se il
reftoit peu de monde abord des vaifseaux;
à peine y en avoit-il afsez pour carguer ou
déployer les voiles. Les Naturels ne nous
donnoient point d'inquiétée, ils s'étoient
conduits jufqu'ici avec une honnêteté fans
exemple, Se les Capitaines n'avoient reçu
qu'une ou deux plaintes légères contre eux.
||T)ans cette pofition, il s'éleva une tempête
le matin du 19 : avant dix heures, les amarres
de la Découverte furent j^ifés ; elle alla heurter la Réfolution ; mais, g$r le plus heureux
des hafards, la houle l'entraîna fur le champ
d'un autre côté ; Se les deux vaifseaux, quï
dévoient périr, efsuyerent peu de dommages, je me trouvois à bord , Se je fus, ainfi
que tous mes camarades, dans |? plus grande
• • •
il
1777,
T? 1
f evrtew.- 1777'
Février,
ï18fi Troisième Voyage^^^^^S
confternation. Dès que nous fumes un peu
éloignés de notre Conferve, nous laifsames
tomber l'ancre d'affourche ; nous abattîmes
les vergues Se les mâts de perroquet ; nous
diminuâmes la longueur des cables , 8c nous
amarrâmes avec la maîtrefse Se la féconde
ancre. M. Blythe, Maître de la Réfolution y
8e M. Bentham, Secrétaire de M. Clarke,
voyant du rivage notre danger, s'embarquèrent fur un canot, au rifque de leur vie, Se
efsayerent de venir nous aider. Leur canot
chavira ; nos bateaux arrivèrent à tems pour
les fecourir.Le vent dura toute la journée, Se
aucun Zélandois ne vint faire des échanges.
P On peut fe fouvenir que, dès l'inftant de
notre arrivée à la Nouvelle-Zélande, les Braf-
Teurs travaillèrent à nous faire de la bierre ;
les bois étoient remplis de cette efpece de
pins, appellee Spruce, d'où l'on tire une bierre
très-bonne : cette boifson faine ne nous manqua point pendant notre féjour, Se nous en
eûmes plufieurs femaines après notre départ.
La bierre de pin nous fut très-falutaire ;
elle extirpa le fcorbut parmi nous, Se il n'en
reftoit pas le plus léger fymptôme^^ MiÉS
Il Nous faifions cuire du cochléaria &
du céleri fanvage , avec les tablettes de
bouillon ; 8e on avoit fubftitué du poifson
à la viandç falée. Les Zélandois nous four- ^^HhP'D e   C o o k. '^JÉ^  *ï£
nifsoïent du poifson à peu près pour rien ;
8c, ce qui n'étonnera perfonne, l'habitude
de la pêche leur donnoit une grande fupé-
riorité fur nous. Quoique leurs filets fufsent
bien plus fimples que les nôtres, ils prenoient
de très-grofses pieces, tandis que nous ne
pouvions en attraper que de petites. J'ignore
par quels moyens ils attirent le poifson;
mais certainement ils en ont qui nous font
inconnus, 8e ils n'ont jamais voulu nous apprendre leur fecret.      ' $te). ■#,:- :tSÉÉp:* i <^pi
Pendant que nous relâchions au Canal de
la Reine Charlotte, nous furrîes témoins d'une
aventure qui mériteçf être'racontée : quoique ies perfonnages ne f oient pas diftingués,
cette hiftoire offre de l'intérêt. JEU:   rSmtasP
Un jeune Matelot de la Découverte devint
amoureux fou d'une Zélandoife âgée d'environ quatorze ans; la fille, de fon côt<
prit un attachement très - vif pour lui. Dès
qu'il avoit un moment de libre, il fe retiroit
auprès d'elle ; ils pafsoient les jours Se plus
fouvënt les nuits à converter par lignes Se à
fe faire des carefses : quoiqu'ils ne parlafsent
pas la même langue,!ils fe communi
quoient leitrs penfées les plus fecrettes. Ils
ne s'occupoient que du foin de fe plaire mutuellement. La Zélandoife n'avoit de volonté
que celle de fon amant, Se le Matelot d§ foo. |6SKSS&'C!!53!KWS9BSSSHE
1777,
Février.
no   f Troisième Voyage R»^
côté aîloit au-devant des defirs de fa mai-
trefse. Gowannahe , ( c'étoit le nom de celle-ci) defira changer les manières Se la parure
de fon amant; elle le trouvoit joli avec l'habit qu'il portoit ; mais, afin de l'embellir
davantage, elle lui propofa de le parer à la
manière du pays : le Matelot fe laifsa tatouer
depuis les pieds jufqu'à la tête. La jeune fille
ne négligea rien pour fe mettre d'une manière
agréable; elle avoit de beaux cheveux, 8c
elle les arrangea le mieux qu'elle put; elle y
plaça des fleurs 8e des guirlandes; ces or-
nemens n'empêchèrent pas que facoëffure ne
fût un peu fauvage.On y reconnoifsoit la grof-
fîéreté des habitans de: la Nouvelle-Zélande. Son
amant lui donna des peignes , & lui apprit
à s'en fervir. Il voulut enfuite s'amufer lui-
même à frifer Ces cheveux. Elle avoit des
yeux brillans, 8e une phyfîonomie très-animée ; cette toilette rehaufsa l'éclat de fes
charmes. Ils furent bientôt accoutumés à la
différence de leurs teints ; ils defiroient l'un
8e l'autre d'exprimer d'une manière plus claire ce qu'ils fentoient, & ils créèrent une
efpece de langage compofé de regards, de
geftes Sedefons inarticulés, bien plus énergiques qfte la parole. Ils profitèrent enfuite de
cette découverte pour le demander-i'hiftoire
de leur vie. ^^^fc^D E     Coo K.^rl':]pBi  121
L'amour eft toujours accompagné d'un
peu de jaloufie, Se Gowannahe ne manqua
pas d'interroger le Matelot fur les femmes
de fon pays; elle le conjura en même tems de
ne plus la quitter, Se de s'établir à la Nouvelle-
Zélande : elle lui promit ou'il v feroit Ka-
kikoo , ou Chef. Le Matelot lui répondit que
j il
les femmes de cette ifle étoient Tatoo, c'eft-
à-dire qu'elles tuoient les hommes i Se que
s'il vouloir pafser le refte de fes jours avec
elle , elle le tueroit. Elle ré-pondit que non ;
qu'au contraire, elle auroit pour lui de YEh-
na-row, c'eft-à-dire qu'elle l'aimeroit. Il dit
enfuite qu'il feroit nn,afsacré par les Zélandois;
elle répliqua que non, s'il ne tiroit pas fur
eux. Il lui fît comprendre que neuf ou dix
X •
de fes compatriotes avoient éfé tués 8c mangés par les Infulaires, quoiqu'ils n'eufsenj;
pas tiré. Elle répondit qu'il y avoit long-tems;
que les meurtriers venaient des collines Roa
T.
T»
Roa, c'eft-à-dire de fort loin. Le Matelot délira lavoir s'il y avoit parjfii les a(§aiïisis quelques - uns des parens de Gowannahç : elle
foupjra, Se parut trèfraffl[g$.p. U lui demanda
fi ©lie étoit du feftin où l'on rôtit Se mangea
les morts : elle fe mit à pleurer , Se jettant fur
lui des regards tendres* .elle baifçà la tète.
Cette réferve le rendit plus prisant. Il em-'
Hvy<i iuiiceb iCo cjjrj^i.oeo que peut Hiipiicr
1777.
Février. •Mr»
1777-
Ft     •
évner.
i22i Troisième Voyage K' ,|
l'amour, afin d'apprendre ce fecret qu'elle
ne vouloir pas révéler. Mais elle éluda toutes fes queftions avec adrefse. 11 lui reprocha
d'avoir quelque chofe de caché pour lui.
Elle eut l'air de ne pas l'entendre. Il lui dit
alors qu'elle ne l'aimoit point, qu'on ne
traite pas fon amant de cette manière : aile
verfa un torrent de larmes , Se ne répondit
point. Voyant qu'elle étoit inflexible, il fit
femblant de bouder, de fe mettre en colère,
Se il la menaça de la quitter. Effrayée de cette
menace, elle fe jetta à fon col avec l'agitation la plus violente. Il ajouta qu'il ne concevoir pas le motif de ces pleurs : elle lui
apprit que les Sauvages la tueroient fi elle
s'avifoit de parler. Le Matelot répliqua qu'ils
n'en fauroient rien. « Vous le voulez, s'écria-
33 t-elle ; mais vous me haïrez ». Il l'afsura
que non, qu'au contraire il l'aimeroit davantage ; 8e afin de la déterminer, il la prefsa
dans fes bras. Elle parut alors plus calme ,
Se prorlît de lui raconter tout ce qu'elle
favoit.» te ■■ :~"v^fiÉp:- •- ;-jfv1
JH Voici ce qu'elle lui fit comprendre : Un
méchant homme, appelle Gooboa , qui avoit
été fouvent au vaifseau, où il avoit volé
différentes chofes, voyant queues Etrangers
fe préparoient à partir, fe rendit à l'Hippa ;
il invita les Guerriers à defcendre fur la I^^gi^ D   E%C   O   O   K.    'f|fil2$
côte Se à tuer les Etrangers. Ils s'y refufe-
rent d'abord, en difant que les Etrangers 1777.
étoient les plus forts, Se qu'il falloit crain- Février
dre les Pow-pow on les armes à feu. Il les |ffifi
afsura qu'ils ne dévoient point avoir de §|fifi
frayeur; qu'il connoifsoit un endroit où ils
dévoient venir cueillir de l'herbe pour leur
^Goury ( pour leur bétail ), que dans ces occa-
fions ils laifsoient leur Pow-pow au vaifseau >
ou qu'ils les dépofoient négligemment à
terre. On lui répondit que les Etrangers n'é-
toient pas des ennemis ^ mais des amis, &
Cl
amis.
qu'il ne eonvenoit pas de tu
Gooboa répliqua que les Etrangers étoient
leurs ennemis, Se de plus des hommes médians ; f il fe plaignit d'avoir été enchaîné
Se battu par eux; il montra les contufions
qu'il en avoit reçu : il ajouta qu'il étoit aifé
de faire taire leurs Pow-pow, qu'il fufïîfolt
pour cela de jetter de l'eau deffus, Se qu'alors
ils n'étoient pas dangereux ; il promit à fes
compatriotes de les mener fains Se faufs à
l'endroit où les Etrangers vouloient fe rendra, & de les y bien cacher; de guetter
lui-même Ûennemi, Se de donner le fignal.
Cette expédition fut réfolue. Attfmomèm
où les Etrangers coupoient de l'herbe, fan.*
aucune inqiàïétude , les guerriers fe précipitèrent fur eux ,   les tuèrent avec leurs 124
711"
Féy&er.
roisïeme Voyage
Patapatows, Se iis fe partagèrent enPaite la
'chair des cadavres, ggj^;-. -jÉÉr, -$)&*■:■ J|   fi;
IfcGowannahe ajouta que  des femmes prirent part à cette boucherie , qu'elles allumèrent les  feux, tandis   que les hommes
découpoient  les morts ; que   tout  ne  fut
pas mangé  d'abord,  qu'on ne^confomma
dans ce premier feftin que les foïes Se les
coeurs ; que les têtes étant réputées le meilleur morceau, les  guerriers  fe les   refermèrent, Se que les fpe&ateurs de cette fête
■ X 1        J!    »i _ «...
eurent une portion de ce qui reftoit.ygâg||
&jt Le Matelot kii fit des queftions à di-
verfes reprifes fur '<$ette matière , & Go-
wannahe fit conftamment la même rjb
ponfe : il ne crut pas devoir poufser Yes
queftions plus loin; i|rfentit qu'elle avoit
pris part au mafsacre, ainfi queifa famille-
Mais il mit beaucoup d'intérêt à favoir fi
les fauvages méditoient un pareil complot,
contre ceux de nos gens que .nous pourrions envoyer dans l'intérieur du pays ; elle
afsura que non : que fes compatriotes avoient
craint d'abord que iiQtjs ne vinfllons venger la mort de nos amis (i). Que d'après
Mj_ i il-— i . _■    lui r  -~~—"*
(t) Tous ces détails ont rapport au détachement du Capitaine Fur^aux ,   qui futmalTacré dans le fécond Voyage de T T
1 /
77*
Février.
^«^i   D   E#C   O   O   K.||Bfi
cette idée , on lui avoit défendu de rien y-»»*»ffg
avouer, qu'on lui avoit recommandé de
plus, d'affeûer deWignorance, fi ^n l'inter-
rogeoit : elle dit qu'à l'époque de cette
boucherie, elle n'avoit pas dix ans ; mais
qu'elle fe rappelîoit bien les fuites de ce
triomphe ; qu'on fe glorifioit de la vi&oire ,
& qu'elle fut confacrée dans plufieurs
chaulons. *W0-.■■i^^^^^gÊ^Ù^. ^Ê^
■ En converfant avec cette Zélandoife, qui
fembloit appartenir à une famille diftinguée,-
le Matelot apprit fur la police domeftique,
le cara&ere Se les ufages des Naturels, plu-
fleurs chofes que les premiers navigateurs
n'ont pas remarqué. Elle ' l'afsurafcque
les habitans de T3Avi - poïnammoo , ou de
l'ifle méridionale, font farouches Se fangui-
naires, qu'ils ont une averfion très-grande
pour les infulaires d'Ea-hei-no-mauwe 3 qu'ils
les tuent s'ils les furprennent dans leur pays
que les Zélandois d'Ea-hei-no-mauwe, font
doux Se paifibles, qu'ils vivent en bonne
intelligence ; mais qu'ils ne permettent jamais à la peuplade de( T'Avi-poénammoo de
s'établir parmi eux; que les  habitans des
X J X
bords nord Se fud du canal I font toujours
en guerre, Se qu'ils fe mangent les uns les
les habitans de la même ifle
|UC '126m   Troisième Voyage»  ■■..".
fe battent quelquefois ,   mais qu'ils ne iô
1777* mangent p®s (1).  gfg   g|-.     ■;■ ^       \|^v7§|
p, .   J   Quant à la police domeftique des Zélan-
dois 5 Gowannahe dit qu'au moment où les
j§|   garçons   peuvent marcher ,  le père  foui
B-  f   en prend foin, Se que l'éducation des filles
f|p^|   eft entièrement confiée à la mere ; que celle-
ci eft réputée criminelle fi elle corrige fon
fils, lorfqu'une fois il a pafsé fous la protection de fon père : qu'elle fe fâche à fon
tour fi le père fe mêle de la conduite des
filles : elle ajouta que dès leur bas âge les
garçons font infkuits dans fart de la guerre ;  qu'on apprend aux enfans  des   deux
fexes ,   à   pêcher ,   à  faire   des   filets ,
des  hameçons Se des lignes ;  qu'ils tirent
leurs pirogues d'un canton éloigné , Se qu'ils
les obtiennent en échange de leurs étoffes :
que les femmes fur-tout travaillent à ia fabrique des étoffes, que les armes Se les outils fe tranfmettent de père en fils ; que les
armes prifes dans les batailles  fe donnent
aux jeunes gens ; qu'il n'y a point de Roi
parmi eux, mais qu'ils ont des Prêtres qui
(i) Le Rédacteur du Journal obferve ( en parentliefe ) que
ce lait peut conduire à la caufe de i'antropophagie des Zélandois. • \,'Ô^^ d e|'C o o k.       fipff
converfent avec les morts ; qu'on a beaucoup de refped pour ces Prêtres, Se qu'on 1777.
les confulte avant d'entreprendre une guer- Février.
re ; qu'ils vont parler aux étrangers qui fi
viennent fur la côte ; qu'ils emploient d'à- |§fig|l
bord un langage de paix ; Se qu'ils don- tlilfil
nent le fignal du combat, s'ils apperçoi- ffififl
vent des intentions d'hoftilité ; que leur per- -^|B
fonne eft facrée ; qu'on ne les tue jamais ffffifi
dans les guerres; que fi l'ennemi triomphe, |pfifi
il épargne leur vie ; que fur le champ de fffipfi
bataille les guerriers des deux ifles ne font -filifi
point de quartier aux hommes de bafse ex- fififi
traftion ; que s'ils emmènent des prifonniers, fififi
ces prifonniers font des chefs; qu'après les fififi
avoir gardés un certain tems on les tue 8c Jfififi
on les mange ; que s'ils furprennent un fififi
homme caché foui dans les bois, ou s'ils lui ]ljfi|[[
fuppofent une mauvaife intention, ils l'appii- jj^&fi
quent à des tourmens cruels jufqu'à ce qu'il |||j|B
meure ; qu'autrement, ils ne donnent jamais .|||
la queftion ; que l'été ils fe nourrirent de S
poifson, 8c qu'ils en trouvent une quan- fit N
tité prodigieufe dans le canal ; que l'hiver, fiÉji§i8j
ils fe retirent au Nord, Se qu'ils vivent des
fruits de la terre; que durant cette faifon, *||f||j
ils font obligés de fo mettre aux gages des WÊÈ
cultivateurs de l'intérieur de rifle, ou d#es pfijB
conftru&eurs de pirogues,,.    -mMéeé/.'■' ' SllfiHi rm
128     1 roisîeme Voyage
r"1 ^j.    Plufieurs circonftances portent  à croire
X.
I777»   clue  ^es  ^a*ts   racontès  par   Gowannahe font
Février.  exa£ts : nous obfervaimes nous-mêmes que
les grofses pirogues venant du Nord, Se dont
plufieurs avoient quatre-vingt-dix ou cent
fif   perfonnes à bord, ne nous apportoient ja-
llllflt   mais de poifson ; elles étoient chargées de
différentes étoffes,   d'inftrumens  de , bois *
l^fil'- ou ^e P*eriie verte,   8e de matières crues
deftinées à leurs manufactures. Les hommes
; \e*
qui les montoient paroiisoient être d un rang
fupérieur aux équipages des embarcations qui
fe tenoient habituellement dans le canal, Se
ils obfervoient une meilleure difcipline. Les
bateaux des pêcheurs fembloient appartenir
aux pêcheurs eux-mêmes, 8c on n'y voyoit
aucune trace de fubordination. WÈ01ÊÊ^
Jl Le 23 au matin, le vieil Indien, qui avoit
harangué les Capitaines, à notre approche
de la côte , vint à bord de la Découverte ;
il offrit à M. Clarke une armure compîette
8e du poifson qui étoit très-beau ; M. Clarke
IX I
le reçut d'une manière amicale : il lui donna
un Pata-patow de cuivre* qui eft exa&emeht
de la forme des leurs, Se qui a une inferip-
tion , où l'on trouve le nom