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BC Historical Books

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Voyage dans les États-Unis d'Amérique, fait en 1795, 1796 et 1797. Tome septième La Rochefoucauld-Liancourt, François-Alexandre-Frédéric, duc de, 1747-1827 1799

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Array     VOYAGE
DANS
LES   E T A T S-U N I S
D'AMERIQU E.    TABLE
DU septi£me volume.
VOYAGE
A BETHLEHEM ET DANS LE JERSEY
en   Juin
*797.
H-Oute a German-town,
German-town,
Route a Clements-tavern. Spring-house,
Quakers-town, et route jusqu'a Bethlehem ,
Bethlehem. Details sur ks Moraves,
JVazareth } Christian-brown et Gnadenthal,
Route a Easton et Easton ,
Route a Belvedere et Belvedere}
Hackets town,
Route a Morris-town. Reynhard,
Pages i.
3
i5
43
47.
So
56
6l!
Route de chez Reynhard a Morris-town, et Morris-
town , 64
Chatham et Newarck > 00
Historique de VEtat de Jersey , 69
Constitution et Loix du New-Jersey 1                    71 Population et instruction \ Pages 84
Commerce, 86
jChtite de Patterson t 88
SEJOUR   A  NEW-YORCK
EN     AOUT     1797.
Description de l'Etat de New - Yorck.
'Historique succinct de la Colonie de New-Yorck, 91
Constitution actuelle de VEiat, g4
'{Taxes, 99
%oix civiles, 104
%oix criminelles, 108
'i£col. sf in
TLsclavage, 114
Milices, 119
'Finances , j 23
Commerce, .            iz3
'Ville deJNew-Yorck. t, 129
Hdpitaux et secours publics, 136
Banques, 14a
Prisons, 143
'Environs de New-Yorck > 146
Maeurs et personnages qu'elles iwhent a citer, 148. QUATRIEME    PARTIE,
OBSERVATIONS  GENERALES
«UR   tES  ETATS-UKIS.
Situation des Etats-Unis avant 1787,        Pages i5S
Constitution actueixe des Etats - Unis. i5g
Situation des esprits avant Vepoque de la proposition
dela nouvelle constitution et a son epoque; Debars
dans, les conventions de Philadelphie, 184
Debats dans les conventions des Etats particuliers
pour Vadoption de la constitution 2o3
Articles additionnels d la constitution t 215
Observations generaks sur la constitution des Etats-
Unis , 221!
Situation des esprits et des partis depuis I'adoption
de la constitution justfu'd Iepoque actuelle,      a3ai
Nouveaux-Etats formes depuis. V adoption de la constitution , 264
Election du President et du Vice-President des Etats-
Unis , 366
Division des departemens exicutifs dans le gouvernement des Etats-Unis i a83 Pages  284
if
Ordre judiciaire,
Jurisprudence criminelle, 288
Jurisprudence civile , ugi
Ddparteihent de VEtat, 294
Finances des Etats-Unis. Expose de leur histoire,
de leur situation , des impots , des revenue, eic.
3o4 V.O Y A G E
DANS
LES    ETATS-UNIS
D'A MERIQUE.
VOYAGE
A BETHLEHEM ET DANS LE JERSEY
EN  JUIN   1797.
Route  a German-town.
«J e quitte encore une fois Philadelphie avec
plaisir. La chaleur lourde et brulante rendant
son sejour desagreable en cette saison; et les
seances du congres, qui m'avaient fait y rester
jusqu'ici, ne presentant rien de satisfaisant a
la curiosit£. Cest vers Bethlehem que je me
dirige.
En sortant de la ville je mep&uis un peu
ecarte de ma route pour aller faire mes adieus
a mon ami M. Nicklin , hpnnete et loyal An-
Tom fCU. A
1
1 (2)
glais de qui, pendant mon sejour en Amerique , j'ai recu des temoignages multiplies
d'obligeance, et qui appartient a l'estimable
famille Chew , dont il a epouse une des filles.
II habits pendant i'ete une des plus jolies
maisons de campagne des environs de Phila-
delphie , 'batie sur une des collihes du Skuyl-
Kiil. Celte habitation appe'ee Hill jouit d'une
des plus agreables vues qu'on puisse rencon-
trer en aucun lieu du monde. II a paye l'an
dernier cette maison, et dix-neuf acres qui
en dependent, vingt-deux mille dollars , ce
qui peut donner une idee du prix de ces
sortes d'habitations dans le voisinage de Phi-
ladelphie.
La route vers German-town s'ei6ve con-
tinuellemettt , et le sum met de la colline ou
est batie cette petite ville est a plus de deux
cents pieds- au-dessus du niveau de la Delaware , qui n'en est distante que de sept milles.
Les terres , sans etre de la premiere qualitd
produisent beaucoup , parce que le voisinage
de Phi'ladelphie rend le fumier facile a se procurer , et quele haUt prix du marche de cette
ville encourage le cultivateur aux depenses
qui peuvera^rod'ufre dfes recoltes plus abon-
dantes et merrlteures.
Jusqu'aGerman-towA ies maisons sont tres- rapprochees , les proprie'tes sont si cheres
qu'elles nesont pas tres-etendues; on en trouve
peu qui soient de deux cents acres en corps de
ferme. La pierre abonde dans le canton , et
setr.'uve a une tres-petite profondeurj c'esj;
toujours un gres micace. Toutes les.maisons
ensontbaties. Ce ne seraient pas dejolies mai-
sons en Europe : ce sont de bonnes petites mai-
sons sans elegance , sans decoration , mais
qui ne laissent ni par leur grandeur, ni par
leur distribution rien a desirer a leurs proprietaries de ce qu'ils appelient commodite
et comforb. Ce sont pour la plupart des mai-
sons de campagne destinies au delassement
des  habitans de Philadelphie.
Germ a n-to wn.
German-town est un long village de pres
de deuxmilleset demi'd'e-tendu'e. Lesmaisons,
au nombre d'environ trois cents , sont toutes
baties sur la rue ou passe le chemin ; et elles
sont assez rappmchr-es entr'elles. Les terres
dans to us les environs coutent de cent soixante
a deux cents dollars l'acre en corps de ferme.
Quetques acres choisis , situes sur le bord de
la route couteraient quatre a cinq cents dollars. On m'assure qu'ils ne peuvent meme
A 2 (4)
pas aisement s'acquerir a ce prix ; et Ton ma.
montre un champ d'une douzaine d'acre dont
le oroprietaire demande huit cents dollars par
acre. La culture de tout ce pays est un pen
plus soignde que dans les parties plus eloignees
des .grandes. villes ; mais elle est loin d'etre
ce qu'elle serait en Europe pr£s d'un marche
aussi bon que celui de Philadelphia On cul-
tive le froment et encore plus le mais , peu
de seigle et d'avoine , et sur-tout plus de pres.
Tous les produits qui ne se consomment pas
dans les families des cultivateurs , se portent
au marche de Philadelphie , de sorte que les
denrees sont a German-town aussi cheres qu'e;n
ville pour les habitans qui sont obliges de les
acheter. Elles coiilent memes souvent plus
cber , les fermiers qui vont a Philadelphie ou
ils sont assures de se defaire de toutes leurs
provisions , se refusent souvent a les vendre
en detail sur leur route. Le bceuf, par exem-
ple, que 1'on vend rarement plus de onze '
pences a Philadelphie , se paye quinze a German-town. Tout ce pays, et m6me plus auloin,-
est habite principalement par des Allemands,
ou descendans d'AHemands ; les habitans sont
peu intelligens , sur-tout peu disposes a quitter,
les vieilles routines pour une nouvelle me-
thode qui serait meilleure ; mais ils sont iabo-.. (5)
rieux,etleur assiduite au travail les dedom-
mageunp6u de leur repugnance a toute amelioration.
II se fabrique dans les menages de German-
town une grande quantity de bas delaine, de
colon et de lil, que les fermiers portent au
marche de Philadelphie avec leurs denrees",
et qui sont fort estimes pour leur duree. 11 y
a aussi quelques tanneries a German-town. Oh
y trouve une eglise lutherienne, unecalviniste,
une troisi^me pour les quakers , une academic et deux autres ecoles assez renommees.
- Je me suis arr£t£ a la maison de mon excellent et respectable ami M. Chew. Cette
maison est celebre par la part quelle a eue
a la bataille de German-town en 1777. Deux
cents Anglais de Tavant-garde de 1'armee,
•pousses par les Americains s'y sont enfermes,
et y ont resiste" aux efforts du g^neVal Washington , qui aide de son artillerie voulaits'en
emparer , et qui apres avoir perdu quatre a
cinq cents hommes tues ou blesses , a ete oblige
de se retirer, se trouvant liors d'etat de pro-
•iiter de l'avantage qu'avait remporte sa droite
en penetrant jusqu'au milieu du village. On a
blame dans le tems le general Washington de
s'etre autant obstine a emporter cette maison
qui ne contenait pas assez d'Anglais pour lui
A3 k>JES£
( 6 )
donner   aucune inquietude  s'il   1'eut laisse«
derriere lui ,
mains sans co
ans ses
troupes
taque a celles qui etaient aeja en avant de liu
il eut reussi a chasser entierement lennemi du
village. Cette maison, toute batie en j re*
rdn pays , porte dans ses muraillesles;<marques
des balles et des boulets americains dontun .
assez grand nombre a penetre.danasles cham-
bres par les fene"tres. Ces bouiets et ces balles
existent encore dans les cloiaqns interieures j
et les trous qui les com .ennant sont seule-
ment recouverts de platre. M. Chew etait
alors proprietaire de cette maifcon qu'il avait
batie. Il la vendit en 1779 enviroalfieuf mille
dollars avec quarant&- acres de terre qui en
dependent, et il \ientde la racheter Jeprin-
tems/'dernier vingt-cinq.raille sans qu'aucune
amelioration y ait ctii f.dte. ,.h
Les ouvriers se payent par jour, dans les
environ^ de German-town un dollar dans le
tems de la moisson ou de la fauchrdson. Les
femmes employees a remuer le foin coupe se
payent un demi dollar par jour , toujours in-
dependamment de la nourriture , dontla va-
leur s'estime a un autre demi dollar. Cette
nourriture consiste en cafe ou cjbocolat et janv» (7 )
bon a. dejeuner ; viande fralche et legumes
a diner; the et jambon a souper, et un6 (&££
pine de-rhum pendant la journee. G'est ainsi
que sont nourris les ouvriers en Amerique,
et si ce regime paralt un peu cher a celui
qui les emploie, si cette chefte rend difficile
d'en employer un grand nombre, il est doux
devoir a quel point cette classe d'honrmes,
repulse la derniere en Europe est bien trai-
t^e dans ce pays-ci, le seul ou un homme,
quelque profession qu'il exerce , soit trait 6
avec egard , ou ils le sont tous com me des
bommes. On a beau nous dire que nos ouvriers d'Europe pour ne pas etre nourris de
cafe et de viande fraiche n'en travaillent pas
moins bien et n'en sont pas moins contens ; il
n'est pas vrai d'atMDrd qu'ils ne travailleraient
pas mieux , et qu'ils ne seraient pas plus con-
tens , s'ils etaient mieux nourris ; et puis il est
plus vrai encore que trait^s avec plus d'e-
gards , avec plus de soin , ils s.e crOirai'ent
moins avilis, ils seraien}: meilleurs > ils senti-
raient ayec satisfaction qu'ils seraient une plus
noble partie de la societe ; ils seraient par consequent plus interesses a son bon ordre'.'Efpe-
rons que la revolution francaise pourra operer
a cet egard un heureux change ment dans le
sort de la classe travaillante. La liberte ne se-
A 4
1 ( 3)
rait sans cela pour elle qu'un nom vuide da
sens , qu'un pretexte au desordre.
La corde de chene coute six dollars a Ger-
man-iown, celle d'hickory de huit a dix ; aussi
les acres converts de bois , qui, dans presque
to.ules les parties plus reciilees , ont irae
b^e&gcoup moindre valeur que celles en culture, sont-ils ici a un plus haul prix. Le bois
de ces environs est porte a Philadelphia phr-.
tieulierement dans le terns de l'hiver , qu'la
riviere , n'etant pas navigable , ne peut pas
en convoyer.
Route   a '^0Sments - tavern.
Spring-house.
German-town est dans le comte de Phila-
delphie que la route de Bethlehem ne quitte
qu'a cinq ou six milles plus loin a Chesnut-
hill, joli village ou sont etablis unassez grand
nombrede bouchers qui portent au marche de
Philadelphie les bceufs qu'ils tuertt, et en four-
nissent aussi leurs environs. Peu apres Ches-
iiut-hill , on enlre dans le comte de Mont-,
gommery. La route jusqua Clemenbs-bavem y
P^^^Mta^gc'cession de petites collines et de
vallees plus ou moms larges , toures bien cul-
tiY^es, Les t§rres , a Spring-house, se venden| (9)
de quarante a quatrevingt dollars l'acre. L'ou-
vrier se paye un ou deux schellings de moins4
qua German-town. Le pays est abondant en
chines, et la grande consommation de bois
que font les fours a chaux , tient dans toute
l'annee lb prix de la corde de bois de chehe .a
isbisldollars; celle d'hickory a cinq , quoiqua
. iaasSerres cultivees y soient en moins grande
proportion avec celles en lafois; que plus pres
de Philadelphie. Spring-house' en est a dix-
^stnmillest isiniavi
I Les pierres devenant moins abondantes,
near-tout plus avancees dans la terre, en quit-
iwidqSpring-house, les maisotrs en pierre sont
Siskins: nQiabreuses , et celles en, bois par consequent plus communes. Le pays , jusques
chez Clements, est toujour^ de hifkne nature.
Cette tavenne, a sept milles de Spring-house ,
jsejinouve sur la limite exacte des comtes de
sMointgommery et de Buck. Les terres, dans
les environs , se vendent de trente-deux a soi-
xante dollars l'acre. Les gages des ouvriers
sont les meraes qu'a Spring-house. Les che-
vaux de labour coutenfc de cent a cent vingt
dollars ; les bceufs quatrevingt dollars la paire,
les vaches trente. Comrae il n'y *a plus de
cbenes dans les environs , quoique Its bois
*1$i&it encore   plus- multiplies  qua SpfSffp house , la.corde d'hickory n'y coute.pas phis
de quatre dollars. Ce pays est toujours peu-
ple , en plus grande partie, de families alle-
mandes et hollandaises. Clements est un descendant de Hollandais; son granctpere est venu
en Amerique en 1707. C'etait.un riche n6go-
ciant, interesse dans le commerce des Indes
orientales. La perte de plusieurs vaisseaux
avait derange sa fortune. II en a.vait rassem-
ble les debris pour les apporter en Pensylva-
nie. Son petit - fils , le tavernier , est un des
meilleurs hommes que j'aye rencontre. Il
montre avec une sorte de complaisance un
vieux chenet que son grand-pere a apporte
de Hollande , et qui faisait alors depuis cent
ans partie de l'ameublement de la maison de
ses pbres. Clements voit dans ce vieux meuble
place dans sa cuisine un monument de. fa-
miile qui le fait remonter jusqu'a deux cents
ans dans son origine , et dont , a raison de
cela. il est passablement her tout-a-travers de
son excellente simplicite.
Quakers-town ,   et route jusqua
Bethlehem.
Le pays devient plus mqntijeux , en s'elor
gnant de chez Clements ; les vailues par con- (11)
sequent, sont moins etendues ; on ne trouve
plus de granit, mais des gres, au moins dans
le cours d'une vingtaine de milles. Le pays
est plus convert de bois , quoique , dans beau-
coup de parties, les habitations soient tres-;
rapprochees, et les terres tres-cultivees.
Quakers-bown est un petit village, chef-
lieu dun settlement de quakers , rbpandus
dans les townships du haut et bas Mdford.
Ces townships ont ete donnes aux quakers ii
y a environ quatrevingt ans par William
Penn. Tous les habitans ne sont pas quakers :
beaucoup de families quis'y sontetablies dans
le principe , se sont deplacees ; beaucoup de
nouvelles y ont succede. Le nombre de celles
qui y sont a-present, est a-peu-pres de trois
cents ; d'ailleurs , beaucoup d'autres families
peuplent les deux townships qui sont habites
et  bien cultives.
Si j'en peux juger par la conversation du
quaker qui tient la taverne, ou je me suis
arrete, la religion de la societe est ce qui
occupe le moins les families quakers qui
sont etablies dans ce township. Leur ferme
est l'objet continuel de leur pensee.
On les dit trbs-bons fermiers. C'est en prairies qu'ils employent la plus grande partie
de leurs terres, et c'est au marche de Phila-
\ (12).
delphie, distant de pres de quarante milles da
leurs habitations , qu'ils portent leur beurre ,
leur fromage, leurs veaux, leurs Yolailles et
les produits du travail de leurs families, bas ,
toiles, etc. L'etendue de leurs fermes , et par
consequent la quantite de leurs denrees ,
rbglent la frequence de leurs voyages a Philadelphie.
Quelques-uns n'y vont que de deux semaines
l'une , d'autres tous les dix jours , d'autres
chaque semaine ; il en est aussi qui y vont
regulierement chaque marche , c'est-a-dire ,
deux fois par semaine. C'est encore la quantite des denrees qu'ils ont a porter, qui determine la maniere dont ils les portent; a
cheval, ou en charrette a deux chevaux, ou
eniin en charriot a quatre. Ilspartent le soir,
pour arriver a Philadelphie a la pointe du
jour, et en repartent quand ils ont loutvendu;
ce qui ne manque jamais d'arriver , dussent-ils
baisser un peu leur prix», quand l'heure s'a-»
vance. Leurs chevaux restent deteies aupres
de la charrette , pendant tout le terns qu'ils
sont au marche : l'avoine qui les nourrit, est
apportee de la ferme avec les denrees. C'est
ainsi: que font tous les fermiers depuis German-town jusqu'a Quakers-town , et beaucoup
plus loin encore. lis estiment qu'une vache (*m
leur donne cinq livres de beurre par semaine,
c'est-a-dire a porter au marche j car ils ne
rendent que ce que la famille ne consomme
pas ; et les families ne se refusent ni beurre ,
ni lait, ni creme , ni volailles. J'ai rencontre
dans le chemin , des jeunes filles de dix-huit
ans a cheval, allant a Philadelphie, et y por-
tant quarante livres de beurre, quelques fro-
mages , quelques poulets. Beaucoup voyagent
seules , et leur age et leur beaute, car la plu-
part d'entr'elles sont fort jolies , ne leur don-
nent aucune inquietude sur un voyage aussi
long , aussi frequent , dont la plus grande par-
tie se fait la nuit. Il n'entre dans l'idee de qui
que ce soit de leur tenir meme de mauvais
propos. Cette partie des mceurs americainesest
vraiment admirable.
Les terres autour de Quakers-town , valent
de trente-deux a soixante dollars. Les gages
des ouvriers sont les memes que chez Cie-'
ments. La culture du grain est ici ce qu'elle5
est par-tout ailleursen Amerique : beaucoup
de mais , de bled et de seigle ; mais les terres
ne sont pas , ou sont tres-peu fumdes. Le fu-
mier est porte sur les prairies. De Quakers"
tpwn a Bethlehem , le pays est encore pins
montueux , et Ton rencontre souvent desva!.--
lees extremement riches. La plupart desdlrai**
I ( 14 )
sons sont toujours de pierres; quelques-unes
cependant sont construites en poutres de bois
equaries, avec l'intervalle rempli de caillou-
tages; les granges sont grandes, et gdnerale-
ment de bois.
Tout ce pays , depuis Philadelphie jusqu a
un mille de Willkesbarre , fait partie du premier achat fait des Indiens par William Penn,
et est cultive et habite depuis long-tems. On
y voit peu de ces troncs d'arbres qui restent
souvent sur pied si longtems apres les defri-
chemens commences ; et la presque totalite
des champs est aussi entierement degarnie de
bois qu'en Europe.
Les montagnes connues sous le nom de
Lehigh-mounbains , sont a proprement parler
la premiere chaine que Ton traverse depuis
Philadelphie , les preeedentes etant plutot des
monticules sans connexion entr'elles que des
montagnes. Cette chaine qui traverse la Sus-
quehannah aupres d'Harrisburg, perd son nom
a la Delaware pr6s Easton , et continue au
travers du Jersey sous un autre. C'est de l'au-
tre cote de cettf> montagne, qu'est Bethlehem ,
bati au confluent dela riviere de Lehigh, qui
va se jetter dans la Delaware pres d'Easton ,
et du creek Manokisy qui se jette, a Bethlehem meme, dans la riviere Lehigh. ( i5)
Bethlehem. Details sur les Moraves.
Bethlehem est habite par les Fibres Moraves. C'est le premier et le plus considerable
de leurs etablissemens en Amerique, et il a
rec,u de-la une assez grande ceiebrite, J'avais
lu , dans plusieurs voyages , tant de recits dif-
ferens sur le gouvernement interieur de leur
societe , sur la communaute de leurs biens ,
sur celle raeme des enfans enleves a l'auto?
rite et a la surveillance de leurs parens , pour
n'appartenir qua la societe entiere, enhn sur
plusieurs autres points de leur regime, que j'ai
desire juger par moi-meme de la verite de ces
assertions ; et j'ai trouve a Bethlehem une rai-
son nouvelle de ne croire qu'avec des preuves
aux recits des voyageurs. Cette verite, quel-
qu'indisputable qu'elle soit , est delicate a
avouer par celui qui ecrit un voyage,
Je ne remonterai pas a l'origine des Moraves , qui suivant leurs historiens , date de
i4^4; & leur persecution en Europe , a la dissolution presque totale de leur societe au commencement du dix-septieme siede ; ni a leur
nouvelle reunion en 1722 sous les auspices du
comte de Zinzendorff. Je ne parlerai pas non
plus de leurs dogmes. Tout cela est etranger ( i6)
h. leur administration temporelle a Bethlehem ?
qui est le seul point que j'aie cherche a  coh-
naitre , et que je pense pouvoir etre aujour-
d'hui de quelque interet.
C'est en 1740 , que le comte de ZinzensftM?
acheta de M. Allen , qui le tenait de William
Penn, le territoire ou est aujourd'hui Bethlehem , et il i'acheta dans 1'intention d'y>fai£e
un etablissement pour la societe des Moraves.
Quoique quelques arbres y ayent ete coupes en
iy4i , ce n'est qu'en 1742, que l'etablisse-'-
ment commenga. Cent quarante fibres ou
sceurs Moraves arriverent d'Allemagne, et s'y
fixerent. Ces families etaient pauvres , n'a-
vaient d'autres moyens que leurs bras, ettout
etait a faire pour s'etablir dans ce desert. lis
vecurent done en commtinaute entiere, contre
les reglemens et l'usage de leur societe ,'nfaiS
seulementparla force des circonstances, quietit
rendu leprogres de retablissement general plus
lent, et le sort de chacune des families plus
penible , si les travaux et les produits eussent
ete divises. Cette deviation a la constitution
de F Unite , ( c'est ainsi qu'ils appellent leur
societe entiere) , fut ordonneepar le synode
qui fait et altere les loix de tout le peuple
KSbfave. Ainsi, sous les ordres des chefs de
la congregation qui s'etablissait a Bethlehs**'* ( 17 )
ils abattaient des bois , faisaient des chemins
et cultivaient; les femmes filaient, tissaient,
faisaient les habits-, preparaient les nourri-
tures. Une seule volonte commandait a tous, et
le produit du travail de chacun , mis en masse
commune , servait indistinctement aux besoins
de tous les freres et sceurs. Les peres et meres
etant employes continuellement au travail ,
ne pouvaient pas , sans inconvenient pour la
communaute , donner leurs soins a leurs en-
fans. La societe nommait quelques sceurs pour
avoir soin de leur totalite ; mais l'autorite ,
la surveillance des parens n'en etait ni empe-
chee , ni diminuee. Alors m^me, malgre cette
communaute des biens , les freres qui rece-
vaient quelque argent de leursx families , ou
de leurs amis , en avaient la libre disposition.
Si quelqu'un versait sa propriete dans le tresor
commun, c'etait volontairement, par l'effet
d'un zele et cl'un ouhli de soi-meme, qui
n'avait que peu d'exemples. Les freres , pro-
prietaires de quelques sommes , avaient souvent leurs enfans chez eux; ils les vetissaient
mieux; et les soins qu'ils avaient de leur en-
fance , soins qui etaient a la fois regardes
comme un soulagement pour la societe ,
etaient une preuve, et que les enfans n'etaient
pas , a Bethlehem, comme on l'a imprime,
Tome Vlt. B ( i8)
propriete commune i et qu'il. n'etait pas
dans l'iustitution de la societe d'en faire re-
noncer les membres a toute propriete parti-
culiere. A mesure que l'etablissement s'avanca
et que les travaux devinrent moins urgens,
la societe de Bethlehem commence aussi a
s'appercevoir des inconveniens de la communaute en travaux, en produits , en jouissances.
Les passions , les defauts et les vertus de
I'homme, ont par-tout a-peu-pres le meme
caractere. Les freres actifs se tuaient de travail , et les paresseux ne prenaient point de
peine. Ceux qui r^fiechissaient , trouvaient
que quelque fatigue qu'ils prissent, leur sort
n'en etait pas meilleur ; et l'industrie , cette
propriete indisputable de chaque homme ,
n'etait pour eux d'aucun avantage. La reflexion faisait done des industrieux , ce que
la disposition naturelle faisait des paresseux :
l'ardeur du travail n'existait plus , la societe
rosperait pas , et presque tous ceux qui
la composaient Etaient mecontens.
Toutes ces considerations firent changer
en 1762 ? ce systeme de communaute. La societe de Bethlehem fut remise au regime des
societes Moraves d'Europe, et rappeiee a la
veritable constitution de la grande societe 5
c'est sous ce regime, quelle existe depuis ( i9)
Xiette epoque, ainsi que toutes les autres so-
cietes ou congregations Moraves etablies dans
d'autres parties de l'Amerique.
Par les statuts actuels , la communaute des
biens est detruite pour les particuliers ; elle
n'existe que pour le gouvernement de la societe", et elle existe partiellement. Les biens-
fonds appartiennent, avec quelque restriction,
a la societe , qui a aussi le produit de la ta-
verne, du store, de la ferme , des moulins a
scie j a huile , a bled , a foulon , de la ranne-
rie , de la teinturerie , et qui doit, avec tous
ces revenus , pourvoir au sort des pauvres , a
l'acquittement des^dettes , au payement des
taxes publiques. D'ailleurs , tout frbre est pro-
prietaire absolu de ce qu'il peut se procurer
jpar son travail, quel qu'il soit, et des donations qui lui sont faites.
Le gouvernement de la societe est compose
de l'eveque, du ministre , de 1'intendant et
des inspecteurs et inspectrices des differentes
divisions de la societe , qui sont au nombre
de cinq: les jeunes gens non maries, les sceurs
lilies, les veuves, les freres et sceurs maries
et les ecoles. L'intendant a l'administration
exclusive des biens de la societe, maisil doit
prendre le conseil d'un comite compose de
huita dix membres, etchoisipar tous les freres (20)
qui compcsentla societe. C'est sous le nom de
l'intendant que se font toutes les transactions
d'affaires, lovers des maisons, des terres , em-
prunts d'argent, remboursemens, etc. Toutes
les maisons baties dans la ville de Bethlehem et
dans les quatre rrtille acres qui en dependent
n'appartiennent pas a la societe. La majorite
meme n'est pas a elle : elles appartiennent
a des freres qui les ont baties sur un ter-
rein pour lequel ils payent une rente a la
societe, qui n'en aliene jamais les fonds, Le
prix de la rente est en ville de deux pences
par pied de front , sur cent vingt pieds de
profondeur. Mais la maison batie par le frere
lui appartient j elle est sa proprie'te; il la peut
laisser a sa femme, a ses enfans, ainsi que
tous ses autres biens ; il peut la vendre : seu-
lement il ne peut la ceder qu'a un frere qui
obtient du directoire la permission de l'ache-
ter avec la rente qui lui est attachee, et qui
subsiste toujours.
Le directoire ayant le gouvernement de la
societe" ne doit laisser etablir dans son terri-
toire que ceux qu'il juge ne pas devoir en
troubler l'ordre. Dans les contrats de location des terreins que fait l'intendant, del'avis
du comite , a ceux qui veulent batir une maison, ou qui 1'achetent, il est toujours stipula' (21)
que si le proprietaire voulait la quitter, et.ne
trouvait pas d'acquereur qui convint a la societe, la societe la lui acheterait a un prix
enoncedans l'acte, ou sont aussi fixes en ce
cas les termes de payement. L'acre pour les
jardins ou dans les champs est lou£ six schel-
lings, Independamment de la ferme regie au
profit de la societe, six k sept autres fermes
plus petites lui appartjennent. Ellessontlouees
a des tenans , qui lui rendent le tiers de la
recolte, et qui donnent aussi six schellings
de loyer des terres pour jardins ; ces tenans sont aujourd'hui tous Moraves , mais
cette condition n'est pas indispensable. Quel-
quefois les fermes ont ete louees a d'autres
hommes, seulement la societe s'informe alors
de leur caractere , de leur conduite, et ne
prend pour fermiers que ceux sur qui elle revolt de bonnes informations.
La societe obtiendrait aisement un plus
liaut prix, et parviendrait promptement a
defricher deux mille cinq cents acres qui
sont encore en bois, si elle voulait admettre
des etrangers ; ou au moins ne pas choisir
parmi ceux qui s'offrent pour prendre les fermes ; mais elle veut avant tout conserver ce
quelle appelle le bon ordre , l'union , les
B 3
I (   22   )
mceurs ; et elle sacriiie a cette intention 1'aug-
mentation de ses revenus.
La ville de Bethlehem habitee de cinq a
six cents personnes , ne Test que par des
freres et sceurs. On y trouve des ouvriers de
toute espece , mais ils ne peuvent s'etablir
qu'avec la permission du directoire, qui ne
souffre d'ouvriers du meme genre, qu'autant
qu'il est necessaire pour les besoins des habitans. S'il en permettait davantage, ils ne pour-
raient pas vivre de leur emploi. En meme-
tems les prix des ouvrages sont fixes, pour
ernpeeher que le manque de concurrence ne
rende ces ouvriers trop, exigeans. Mais les
prix des environs reglent ceux de la ville. Les
ouvriers sont d'ailleurs independans de la societe dans leur profession : ils achetent de
leurs fonds les marchandises dont ils ont be-
soin, ils vendent ou ils veulent, les profits
leur appartiennent, sans qu'ils doivent aucun
compte a la societe , sans meme qu'ils lui
payent aucune retribution. La seule, commune a tous les habitans de la ville, est une
taxe pour l'entretien des rues , des lanternes,
des lampes et des bancs de l'eglise, des pom-
pes et des reservoirs. Cette taxe est imposee
tous les quatre a cinq ans, nominatiyernent ( 25 )
sur chaque famille d'apres l'opinion que le
comite a de ses moyens; mais elle est si mo-
dique, que les families jugees les plus riches
de la ville ne sont pas imposees a plus de
trente schellings ou quatre dollars par an.
Cette imposition se paye parmois; et s'il arrive qu'a la fin de l'annee le comite apper-
<:oive que les taxes demandees ne peuvent
pas couvrir les depenses, il demande les der-
hiers payemens doubles, ou triples ; comme
aussi il les demande moins considerables, ou
ne les demande pas du tout , si la depense
n'est pas aussi forte que la taxe fixe^e,
Quant aux taxes publiques, qui en Pensyl-
vanie, comme je l'ai deja dit plusieurs fois,
ne sont que des taxes de comte, c'est la societe qui les paye de ses fonds. Ces fonds
sont les terres, et les profits faits dans les
flifferentes branches de manufactures ou de
commerce qu'elle s'est reservee. Chaqan des
freres mis a la tete de ces different objets,
recoit un salaire de la societe, a. laquelle il
doit reverser les profits , apres tputefois s'etre
nourri et habilie , sa famille et lui. Le comite
n'exige aucun compte detaiBe de son administration \ il a recu tan? d'argent, il lui en
reste tant, voila tout le compte que rend le
tavernier, le fermier^ Is meunier, celui qui
B 4 (24)
tientle store, etc Quand onparle aux direc-
teurs de. la possibility que ces hommes ont
de tromperla societe, ils ne I'admettent pas,
parce que , disent-ils , les caracteres de chacun
sont connus, leurs actions sont si publiques,
que s'ils. etaient infideles, ils ne pourraient
pas l'eire long-tems sans.etre decouverts, et
alors ils seraient chasses. Ils regardent cette
confiance entiere comme bienveillance , cha-
rite fraternelle ; ils ajoutent a. l'appui de ce
•motif, que l'homme surveilie de tres-pres est
plus excusable de voler que celui sur.la fide-
lite de qui on se repose, et ils assurent qu'ils
n'ont jamais eu a se repentir de ce regime de
confiance. II semble cependant que leurs dif-
fvrentes branches d'administration leur rap-
portent bien peu. La societe ne tire pas un
dollar net par acre de ses fermes. Le store
extre<nement bien fourni, qui vend beaucoup
dans le voisinage , ne lui rapporte pas anT
nuellemtjiit huit cent dollars. La taverne fort
achalandee ne don.ne pas quelqnefois quatrevingt dollars de profit; il en est de meme sui-
vant les proportions de toutes les autres par-
ties ainsi gouvernees. II est naturcl que l'in-
dustrie s'endorme quand elle n'est pas reveil-
lee par l'interet. L'eusemble des revenus de
la societe de Bethlehem ne s'eleye pas a hui^ (25)
mille dollars annee commune, et ses depenses
sont presque egales k cette recette. D'abord
elle doit payer a la direction de 1'unite resi-
dante en Amerique un sixieme des revenus
pour contribuer et aux depenses des mission-
naires employes par l'Unite parmi les Indiens
de l'Amerique septentrionale, et a leur pension quand ils sont vieux. Les cinq autres
sixiemes payent l'interet des sommes emprun-
tees pour 1'acquisition des terres, pour les
ameliorations ; enfin ils payent tous les salaires.
La societe rend compte au college general,
faisant les affaires de l'Unite, des sommes qui
restent nettes au-dela des charges payees, et
le college a le pouvoir de fixer la partie qui
doit lui etre envoyee , et qui contribue a faire
vn fonds de soixante-douze mille dollars que
l'Unite a donne aux trois filles du comte de
Zinzendorff, et dont elle leur paye les intents en attendant qu'elie acquitte le capital a
elles ou a leurs repre;sentans.
Cette partie des revenus des societes particu-
lieres envoyee au college general a aussi pour
objetde contribuer aux autres depenses generates de l'Unite. Le college a la liberte de de-
mander telle partie de co revenu net qu'il veut;
mais il n'en demande jamais qu'une petite
partie ,  parce  que les societes particulieres (26)
ont elles-memes leurs dettes, qu'elles doivenf.
s'occuper de liquider : aussi les soci^tes , et
nommement celle de Bethlehem en amortis-
sent-elles quelques parties tous les ans. II ar-*
rive aussi quelquefois que les revenus de fanned n'egalent pas les depenses necessaires ,
alors l'intendant est autorise par le comite a
emprunter. Une grande partie des sommes
empruntees sont pretees par les freres , qui
en regoivent l'intcret ordinairement a cinq
pour cent, et qui sont rembourses de leur capital six mois apres la premiere demande
qu'ils en font. La caisse de la societe est done
ainsi la banque des freres, qui peuvent toute-
fois placer leur argent ailleurs selon leur vo-
lonte. Quelquefois l'intendant emprunte a
des etrangers ; alors il est oblige de donner
l'inte>et legal de l'Etat, qui en Pensylvanie
est six pour cent.
Avant d'aller plus loin dans ce petit compte
que je rends de 1'etablissement de Bethlehem ,
il me semble necessaire de faire entendre ce
que c'est que le college general , le synode,
et le directoire general des Moraves , puisqu'il
m'a fallu en parler.
La societe des Moraves est une republique
oligarchique. Chacun des etablissemens d'Eu-
rope ou d'Amerique nomme un ou plusieurs (27   )
deputes au synode, et le choix du depute
ou des deputes est le resultat des votes de
tous les freres. Le directoire particulier de
chaque societe peut aussi nomrner un depute.
La grande depense des voyages que doit supporter chaque societe particuliere pour les
deputes quelle envoie , engage generalement
le directoire des societes d'Amerique a donner
ses pouvoirs a ceux nommes par les freres.
Les eveques ont le droit , s'il leur plait,
d'aller au synode , independamment des autres
deputes de la societe a laquelle ils appartien-,
nent. Ce synode assemble est le representant
du souverain. C'est lui qui seul a le droit
d'akererles reglemens en matiere spirituelle
et temporelle. II confirme ou annulle les nominations des officiers principaux faites en
son absence , enfin il recoit compte de toutes
les affaires generates , et en decide en souverain. II doit s'assembler tous les sept ans ,
etilreste assemble deux a troismois. II nomine
tin college compose de treize membres , qui
pendant son absence , est charge de l'adminis-
tration generate de l'Unite, nomme les officiers principaux , dirige les missions , regie
les affaires d'interet, de discipline , etc. Ce
college est seant a une lieue de Hernhutt en
haute-Lusace ; ses fonctions durent dans Tin-
1 (  28)
tervalle d'un synode a l'autre ; a l'assembiee
du synode , ses pouvoirs cessent, et il est
recompose par le synode a la fin de la session,
soit des memes membres qui composaient
l'ancien , soit de nouveaux , a la volonte du
synode.
Quant au directoire general de 1'Amerique ,
ctions sont de veiller aux interets de
l'Unite dans l'Amerique septentrionale , et
particulierement de diriger les missions dans
cette partie du monde. II est compose de deux
agens du college general envoyes pour sur-
veiiler l'administration des biens appartenant
l'Unite, telles que certaines fermes ou tracts
de terre dans differentes parties de l'Amerique,
et nommement les quinze mille. acres donnes
par les Etats-Unis au-dela de l'Ohio , sur le
Muskingum aux Moraves missionnaires. Les
eveques d'Am^rique , le predicateur de Nazareth , le ministre de Bethlehem, en sont
aussi membres. Le directoire homme certains
fonctionnaires des congregations d'Amerique,
qu'il est urgent d'installer avant de pouvoir
consulrer le college general, comme l'intendant, l'eveque , les ministres. Le directoire
n'a d'ailleurs comme corps aucune autorite
sur les affaires des societes qui, comme je
l'ai dit plus haut, ont chacune leur directoire (29)
etleur comite. L'eveque ordonne leseveques,
les predicateurs et les pretres ; ceux-ci peu-
vent etre ordonnes entre eux. Les eveques
n'ont pas des salaires bien considerables : on
en jugera par l'eveque de Bethlehem, M. Ern-
heim, vieillard de quatrevingt ans, qui n'a
que sa propre fille pour lui faire la cuisine ,
et que j'ai trouve faisant des pains a cacheter,
qu'il vend pour augmenter son bien-etre. Ses
salaires sont de deux cent trente dollars. 11 est
fourni de bois et loge. Les plus hauts salaires
que donne l'Unite ne s'elevent pas au-dessus
de trois cents dollars.
J'ai dit que la societe etait divisee a Bethlehem en cinq departemens, chacun d'eux
sous la direction d'un inspecteur ou d'une
inspectrice ; et c'est a cet egard que l'ad-
ministration se trouve plus prochainement
melee avec la discipline. Les freres non
maries vivent ensemble dans une maison
separee , c'est-a-dire, quails y couchent et
qu'ils y mangent, mais ils n'y travaillent pas ,
a moins qu'ils ne puissent pas trouver de travail ailleurs. La plupart sont apprentifs ou
compagnons dans les atteliers de la societe ,
ou chez des ouvriers dans la ville. L'argent
qu'ils gagnent est pour eux. Ils doivent seu-
lement payer leur pension k la maison, leur
I
f
1 (So)
part del'entretien des batimens ou ils logent,
et leur part de la taxe que doit cette maison
pour les depenses publiques de la ville. Tous
ces frais, y compris leur habillement, peu-
vent se mooter a present a quatrevingt dollars , et ils en gagnent de cent a cent dix.
Ceux qui faute d'ouvrage au-dehors sont employes dans la maison , sont payes de leur
ouvrage par l'inspecteur qui les emploie ; et
le prix de leur pension et de leurs autres
contributions aux depenses communes sont
preieves. Ainsi, les frais de cette maison ne
coutent rien a la societe. Il en est de meme
de celle des sceurs non mariees, dont quelques-unes sont employees dans les menages
de la ville comme servantes ou cuisinieres.
Celles - la couchent et mangent dans les families ou elles sont employees , et payent a
la maison quatre a cinq dollars par an pour
les depenses communes. Cette contribution
leur conserve le droit de rentrer dans cette
maison qUand elles le veulent. Le plus grand
nombre cependant est employe dans la maison
a coudre et a broder. Leur ouvrage est paye
par l'inspectrice qui le vend au profit de la
maison. Le profit deces ouvrages contribue a
pauvresqui ne sont pas en grand
nombre. Les filles sur le prix de leur ouvrage <5i )
que leur donne l'inspectrice payent leur pension , et leur.part aux charges de la maison, et
elles payent la meme somme que les freres.
Ainsi, ce departement n'est pas non plus une
depense pour la societe , et la soulage meme
d'une grande partie , et souvent de la totalite
de I'entretien des pauvres, qui autrement serait
a sa charge. Les sceurs non mariees attachent
leur bonnet plat sous le menton avec un
ruban rouge ; les femmes mariees avec un
ruban bleu , les veuves avec un ruban blanc.
Tous les garcons et toutes les filles ne sont
pas cependant obliges d'aller dans ces maisons
communes, leurs parens disposent d'eux en-
tierement, et les gardent dans les leurs , ou
les envoyent a d'autres ecoles , selon qu'ils le
jugent a propos. Les freres aises dans leur
fortune , par exemple , envoient rarement
leurs filles dans la maison des sceurs; comme
aussi il est des sceurs a la maison de Bethlehem qui appartiennent a des families Moraves
qui ne demeurent pas dans la ville , et qui
souvent en sont fort eloignees.
Quant a la maison des veuves , elle est
soutenue par la societe, et tout ce qu'elles
peuvent faire de travail est au profit de la
maison, quand elles n'en peuvent pas faire
au-dela de leurs depenses. Depuis
parmi les i
(32   )
rquinze ans, il s'est forme
vloraves une sorte de societe
yolontaire en faveur des veuves. Les hommes
qui y contribuent pavent quinze ou vingt
pounds, de quaran.e a cinquante dollars.
L interet de cette somme est verse sur les
veuves de ceux qui ont contribue , et aug-
mente leur bien-etre si elles sont dan& la
xnaison des veuves , ou leur est paye^pmr
leur quote-part chez elles, si elles ont une
habitation particuliere. Cette societe n'est pas
bornee a Bethlehem. Les freres des differ ens
etablissemens de l'Amerique, peuvent en etre
membres, et les capitaux deposes a Bethlehem , versent la partie des intents par-tout
ou sont les veuves des freres qui y ont contribue. Cette societe a ses regies particulieres,
par lesquelles , par exemple , un frere pres
de mourir ne pourrait pas etre admis a la
souscription.
Les ecoles sont sous la direction d'un ins-
pecteur et d'une inspectrice.  C'est une aca-
demie qui recoit des demoiselles etrangeres
et Ou Ion apprend ce qu'on enseigne ordinai-
rement  aux fill
filles des freres
ment se suffit a
sont recues. Cet eta
i-meme , pour ses ddj
particulieres , pour l'entretien des b&tir
et ( 33)
et pour les depenses publiques. Les pension-
naires payent leur pension quatrevingt   dollars par an. Celles qui veulent apprendre la
musique payent dix dollars de plus. Les filles
de  la societe sont  envoyees  a cette ecole,
mais  leurs  parens  payent.   La   societe  paye
pour les filles des hommes a qui elle donne
un  salaire ,   et pour celles  dont les   parens
sont absolument pauvres. Les filles des freres
ne sont pas pensionnaires, ainsi les sommes
a payer pour leur education sont moindre"s.
Il y a aujourd'hui soixaftte - dix pensionnaires
etrangeres ,  venant ou des differentes parties
des Etats-Unis ou des Antilles. Cette acade-
mie est  renommee.    Les   maitresses   m'ont
paru attentives , et  quelques ecolieres sont
avancees dans le   dessin, l'ecriture , la bro-
derie , et jpuent passablemfint du piano. Ce-
pendant,  comme  les maltresses ne sont jamais choisies que parmi les sceurs , et comme
il n'y a ,  pour les  sceurs destinees a devenir
maltresses, d'autre education que cette ecole ,
il   n'y   a pas de   probabilite   qu'elles soient
toutes et toujours aussi habiles qu'elles de-
vraient l'etre. Un nouveau bailment, ajoute
il y a quatre a cinq ans a l'etabligsgment. de
1'ecole , a ete bad au moyen  d'une somme
empruutee dont 1'ecole paye les interets.
Tome VII C vm&zmmmmmm
(34)
II y a aussi a Bethlehem une petite ecole
potir les gargons ; elle est sous la direction
du ministre , et les enfans n'y apprennent
qu'&'Irre, a ecrire, et les premieres regies de
l'Arithmetique.
Le dernier departement, celui des freres
et sceurs n'est purement qu'un departement
de discipline. Les gens maries vivent chez
eux , et les inspecteurs et les inspectrices
n'ont d'autre rapport avec eux que les con-
seils qu'ils leur donnent , si leur conduite
n'etait pas bonne, comme femmes , comme
voisines ou comme religieuses. Ils n'ont d'ail-
leurs ni influence , ni surveillance sur leurs
actions ou sur leurs affaires.
La societe des Moraves est une societe re-
ligieuse. La religion , le mailmen exact de
la croyance de leurs dogmes, de leur culte
et des mceurs , qu'ils pensent etre un moyen
necessaire du maintien exact de cette croyance,
et qu'ils croyent etre le seul que l'evangile
prescrive, voila l'objet unique de leurs regle-
mens , de leur discipline , meme dans ses
rapports avec les intents temporels. C'est
sur cette intention religieuse quest fondee la
surveillance exacte du directoire de la societe,
sur la conduite de ses membres , et le soin
de ne laisser etablir parmi elle aucune per- ( 35*)
sonne qui lui soit etrangere. Ils sont moinefl
acetegard, mais moines tolerans et doux ,
quoique les differens points de leur discipline
soient severes et meme ridicules, selon les
idees recues en tout autre pays.
Par exemple, il n'y a aucune communication entre les gargons et lesjeunes filles. Quand
un gargon veut se marier, il declare son de-
sir a l'inspecteur, et lui indique la fille qu'il
desirerait epouser, a laquelle il n'a pu parler
jusqu'alors. L'inspecteur s'adresse a i'inspec-
trice des filles, qui, si elle juge que le ca-
ractere de la fille demandee n'est pas incom«
patible avec ce qu'elle apprend du caractere
du gargon par son inspecteur, le propose a
la fille. Celled peu le refuser, mais ne peut
jamais indiquer celui qu'elle prefererait. Les
parens sont consuhes , et le directoire ap-
prouve ou rejette les propositions du mariage
ainsi avance , s'il croit que le gargon ne sera
pas , par son travail, en etat d'entretenir sa
fern me et ses enfans , ou s'il y voit quelqu'autre
danger pour l'ordre de la societe ; mais ces
casderrfus du directoire sont rares. Ce point
de reglement, par lequel un gargon ne peut
parler a une fille avant de l'avoir demandee
et obtenue en mariage, a, dans l'opinion des
Moraves , le bien d'empecher tout moyen
C a
i (36 )
de seduction, et par consequent, disent-ils \
tout danger d'erreur. Le mariage est, selon
eux , une union spirituelle. Les freres etant
r^np'Iis de l'esprit de Dieu , vivent plus cor-
dialement ensemble ; leur union est plus durable qui si elle etait fon dee 'sut le choix de
leurs coeurs qui pourraieht s~e tromper. Ils
r*egara*ent meme l'affection qui precederait
le mariage, comme une disposition contraire
S^a'Saintete du mariage; et ils poussent cette
opinion si loin, que lorsqu'il arrive, ce qui
H^st-'pas saris exemple quoique rare , qu'un
frere et une sceur se derobant aux regards
des inspecteurs' et de la societe , ont eu ensemble un commerce par trop intime , ils ne
p'&fi^enr'jaWaissemarier ensemble. La faute est
tenue secrete entre les inspecteurs et le directoire; la fille est reprima*ndee, mais avec douceur , conservee avec les autres si elle montre
du repentir , et mariee a uri autre gargon,
si un autre la demande , mais jamais a son
favori, a moins que l'un et Tautre ne renon-
cent a la societe.
Les mariages* fr'Blvt pas seulement lieu entre
les filles et les gargons deS memes societes ,
mais entre ceux et celles des difKrentes so-
pietes Moraves. Un gargon ou une fille qui
voudraient se marier dans d'autres religions ( 37 )
que la leur, n'en sont pas empeches; s'ils persistent dans leur resolution , malgre les avis
de leurs inspecteurs et du directoire , car le
principe de la societe Morave est d'en laisser sortir tous ceux qui ne veulent pas y
rester. Mais alors ils ne sont plus comptes
dans la societe, et doivent la quitter. Ces
exemples arrivent quelquefois , car les filles
qui appartiennent a des. parens residans loin
de la societe , ont la permission d'aller voir
leur famille , et rencontrent quelquefois des
gargons qu'elles prefSrent aux freres Moraves
que leur presenterait leur inspectrice.
Les filles, dans la maison des sceurs, ne
sont pas tenues enfermees $ elles out la liberie
de sortir, mais la societe est si peu nom-
breuse, l'habitude de la surveillance y est si
universelle que toutes leurs actions sont con-
nues , et l'esprit de religion dans lequel elles
sont elevees et entretenues , les preserve d'ail-
leurs de toutes les actions , meme innocentes ,
que la societe appelle un desordre , comme
par exemple de parler a un gargon. Cet esprit de surveillance et de religion en preserve aussi les sceurs employees comme do-
mestiques dans les families qui sont ainsi
moins sous la surveillance positive et conti-
"nuelle des inspectrices, et ce regime s'etend
C 3 (38)
sur les gargons et filles d'autres religions ,
employes dans les divers etablissemens de la
societe. La plus legere conversation avec une
personne non mariee, fait chasser le coupable
de sa place et de l'enceinte de la societe, et
comme cette rigueur est une loi connue de
ces etrangers avant qu'ils entrent en service ,
ils ne l'enfreignent que tres •> rarement.
Les directeurs m'ont assure que cettte loi,
par laquelle les filles ne peuvent pas s'entre-
tenir avec les gargons , avant d'etre leurs
femmes , avait pour origine la ferveur des
filles , dans le terns de la restauration de la
societe Morave en 1722; qu'elles se l'etaient
imposee entre elles , et que ce n'etait qu'ainsi
qu'elle est devenue un point essentiel de la
discipline de la societe.
Le vceu de la societe est eependant de
propager les mariages ; et il doit l'etre , si elle
veut se perpetuer ; car elle fait peu de recrues
etrangeres, quoiqu'elle puisse en admettre.
Mais, comme je l'ai dit, son vceu principal
est de maintenir le dogme , la discipline et
les mceurs originaires, d'ou il resulte beaucoup d'obstacles aux \ mariages. Un jeune-
homme ne se marie pas, qu'il ne prevoye
pouvoir s'etablir de maniere a gagner sa vie ,
et k entretenir convenablement sa ffimille. Ce (39)
ne peut etre que par un metier, et le nombre
des metiers est circonscrit dans la societe de
Bethlehem , comme dans toutes les autres
societes Moraves. Le meilleur gargon cordon-
nier , serrurier , ou autre, ne peut pas lever
boutique de cette profession, tant que le tres-
petit nombre d'ouvriers de ce genre, prescrit
par le directoire, est rempli. La societe a
bien dans ses environs des terres en bois a
defricher, que beaucoup de jeunes gens seraient disposes a prendre a loyer; mais alors
ces jeunes gens ne seraient pas assez immedia-
tement sous l'oeil du directoire ; toutes leurs
actions ne pourraient pas etre surveiliees : ils
se relacheraient peut-etre dans leur religion,
et dans la severite des mceurs exigee comme
moyen de 1'entretenir , et la societe s'y refuse;
d'ou il suit que les mariages ne sont pas com-
muns , et que Ton trouve dans cette maisOn
de sceurs , des filles aussi vieilles que les plus
vieilles veuves. Aussi, malgre la Eecondite
americaine partagee par les sceurs marines, la
societe diminue en nombre plus qu'elle n'aug-
mente. Les freres et sceurs Moraves qui se
marient ne regoivent aucune dot de la societe , mais jouissent de leurs epargnes s'ils en
ont fait. D'ailleurs , tout frere peut posseder
des biens hors 1'eneeinte de la societe • il en
C 4 ( 4o )
est qui se livrent a la speculation sur les
terres, et qui ont dans differentes parties de
la Pensylvanie , meme dans d'autres Etats ,
plusieurs milliers d'acres. Cependant cette
occupation d'augmenter considerablement sa
fortune est une sorte de relachement. Elle
n'est contraire a aucun article des statuts de
la societe , mais elle est contraire a leur esprit ; on ne l'empeche pas , mais les rigicles
Moraves la desapprouvent. Un frere Morave a
bati un pont de bois sur la riviere Lehigh , et
Fa bati par une souscription a laquelle beaucoup d'autres freres ont contribue.
J'ai dit que des et rangers pourraient etre
admis dans la societe des Moraves , comme
freres. Les conditions , pour leur admission , .
sont une conduite de plusieurs mois sous les
yeux de la societe, conforme a. son esprit, k
ses dogmes , a ses principes; enfin, leur con-
sentement a suivre les statuts de la societe ,
manifeste par leur signature. Tout frere Morave qui se marie, ou qui s'etablit dans une
maison, doit aussi signer les statuts. Un de
ces articles est de ne pas avoir recours aux
tribunaux de 1'Etat pour les dissensions qui
peuvent s'eiever entr'eux , soit en matiere
d'interet , soit pour querelles. Le comite.,
conseil de l'intendant, est le tribunal qui juge <4i )
les differends, et les juge par forme d' arbitrage;
il n'a de force definitive dans ses jugemens
que celle que lui donne le consentement des
parties, qui peuvent toujours en appeier aux
tribunaux du pays , mais qui alors sont exclus
de la societe. Les differends entre les freres
et les etrangers sont juges par les tribunaux
ordinaires , sans que l'esprit de la societe en
soit affecte. II en est de meme des differends
que peut avoir la societe comme proprietaire
avec des voisins , des marchands , etc.
Quant aux prajaaues de culte , elles se
bornent a des prierW et des sermons deux fois
la semaine, auxquels tous les membres de la
societe doivent participer , a moins de fortes
raisons d'empechement , et a des prieres
chaque matin , et chaque soir, auxquelles les
freres gargons et les sceurs filles assistent t
chaque sexe assis dans un cote different de
leglise.
Les freres et sceurs Moraves sont tous Alle-
mands , ou fils d'Allemands , et la langue alle-
mande est tellement a Bethlehem la langue
commune, que beaucoup des habitans n'en
peuvent pas parler d'autre. Ils ont tous Fair
simple , bon et tranquille. Les directeurs
disent qu'ils se trouvent tres-heureux , mais
les gardiens des couyens le disaient aussi de
i (   42   )
leurs moines. Il faudrait rester quelque tenia
parmi eux pour decouvrir la verite. Rien ne
manifeste sur leurs visages la grande satisfaction , ni le mecontentement. Ils sont froids ,
lents , et sans expression exterieure.
La societe de Bethlehem est independanfe
des autres pour toute espece d'intcret et de
biens , comme les autres le sont entr'elles.
Toutes ont le meme regime , et toutes dependent egalement du college general et du
synode. Quand le college veut faire un nou-
vel etablissement, si c'A en Amerique, il
en charge le directqjre general de l'Unite en
Amerique, qui en fait part aux differentes
societes , lesquelles patent de l'argent , et
proposent a des freres d'aller prendre part a
ce nouvel etablissement. Ceux-ci peuvent refuser ; rarement ils refusent , et c'est alors
que les mariages sont plus nombreux. Un eta-
blisseme'nt est propose a present pres la riviere Muskingum au-dela de l'Ohio. C'est
ainsi qu'a ete fait i'etablissement de Salem
dans la Caroline duNord en 1754, ou l'eveque
actuel de Bethlehem , alors simple ministre ,
m'a dit avoir abattu le premier arbre ; un
autre -pres de Lancaster en Pensylvanie ; un
autre il y a vingt ans dans le comte de Sussex
en Jersey, au Mounb-Hope, (43 )
Je termine ici ce long detail sur la societe
de Bethlehem. Je tiens mes renseignemens de
l'eveque, de l'intendant, de M. Hosfield,
maitre de la poste , homme d'esprit, et consider dans la societe , et de M Cunow , un
des membres du directoire general de l'Unite
d'Amerique, envoye depuis un an d'Europe
pour occuper cette place , apres avoir ete
membre du synode , et pendant sept ans ,
secretaire du college general. C'est un homme
edaire , un homme d'esprit, un homme dont
tous les discours annoncent une grande sin-
cerite et une grande purete d'ame.
Nazareth y   Christian-brown  et
Gnadenthal.
M. Cunow a bien voulu me conduire a
Nazareth, autre societe Morave , distante de
dix milles de Bethlehem , commenc^e seule-
ment en 1771 , et peupbie d'environ deux
cents personnes , en y comprenant l'academie
ou Ton enseigne aux freres i'arithmetique ,
le dessin , la musique , les mathematiques ,
l'anglais et le frangais. Un assez grand nombre
de pensionnaires etrangers sont envoyes a
cette academie , qui a quelque reputation,
mais dont les maitres , tous freres Moraves ,
I (44)
m'ont paru mediocres , au moins pour le
dessin , la musique et le frangais , qu'ils ne
savent pas parler , et qu'ils m'a sembie qu'ils
savaient peu lire , et pas du tout prononcer.
Les maitres m'ont paru tres - inferieurs aux
sceurs institutrices de Bethlehem. Aussi les
pensionnaires etrangers envoyes a cette aca-
demie, ne viennent ils pas des Etats de 1'Union :
ce sont presque tous des enfans envoyes des
iles de St.-Thomas, de Ste.-Crcix, d'Antigua/
oil les freres Moraves ont des missionnaires.
La pension , y compris les depenses d'habille-
ment, cbute pres de deux cents dollars par
an. Les freres payent pour leurs enfans , et
les d-ifferentes societes Moraves d*Amerique
payent pour les jeunes freres qu'ils y envoient,
que les parens ne pourraient pas y entretenir,
et pour ceux a qui les directoires jugent des
dispositions distinguees. D'ailleurs , le regime
pour la societe de Nazareth , est le meme
que pour celle de Bethlehem et pour toutes
les autres.
Pres de Nazareth est une autre petite societe Morave d'une trentaine de maisons. In-
dependamnifent de ces societes , il est encore
beaucoup de Moraves repandus , soit dans les
environs de Bethlehem ou de Nazareth , soit
dans d'autres parties de   l'Amerique ,  maia (45 )
ceux-la. sont seuleraent admis a ce qu'ils ap-
pellent la communion , et ne sont pas membres de la societe. Nazareth est situe dans un
joli vallon, plus etendu que celui ou est
Bethlehem , plus riant , mais la riviere de
Lehigh et le creek Manokisy donnent a la
vue et a la situation de Bethlehem, un agre-
ment et une richesse qui manquent entiere-
ment a Nazareth.
Nottsavions , avant d'arriver a ce lieu, passe
par deux fermes, Chris bian-hrown et Gnaden-
thal, appartenant a l'Unite des Moraves , ainsi
hors de la direction des societes de Bethlehem
et de Nazareth. Elles sont sous la surveillance
des deux directeurs nommes par le college
general , et M. Cunow , avec qui j'etais , en
est un. Ces fermes sont composees de deux
mille cinq cents acres , dont huit cent dix
seulement sont defriches. Elles sont tres bien
situees; les terres sont excellentes : elles donnent de vingt cinq a trente-cinq boisseaux de
bled par acre, Celles en pi^s donnent de quatre
a six miiliers de foin , et cependant elles ne
rapportent pas a l'Unite en produit net, plus
de six schellings par acre. J'entends les terres
defrichees. Le defaut de bras , et la cherte
de ceux qu'on peut se procurer , sert d'ex-
cuse a ce mauvais ordre de choses,   qui ma (46)
semble etre plutot le fruit de l'ignorance et
de la negligence. Quelques parties sont louees
a des tenans , qui rendent la moitie des pro-
duits d'hiver , et le tiers des produits d'ete ,
et elles donnent plus de profit a l'Unite.
M. Cunow parait sentir l'inconvenient du
regime actuel de ces fermes , et s'occupe d'y
remedier.
Tout en louant avec lui le zele des Moraves
a propager l'evangile parmi les Indiens, je lui
ai parle du bien qu'ils feraient s'ils voulaient
aussi propager en Amerique une bonne agriculture , ce qui leur serait aise enl'etablissant
dans leurs fermes. Ils pourraient appeler des
fermiers anglais Moraves, et former dans leurs
fermes une ecole ou beaucoup de jeunes fermiers americains viendraient s'instruire en
foule. Cet etablissement pourrait sans doute
par la grande cherte de la main-d'oeuvre aug-
menter les depenses dans les premieres an-
n^es ; mais cet inconvenient qui serait peut-
etre un obstacle invincible pour un particu-
lier , n'en peut pas etre un pour une societe.
II serait promptement recouvert au centuple
par les produits; et le bien qu'un tel t'tablis-
sdnVent ferait dans le pays honorerait a per-
petuite cette societe bienveillante et bienfai-
sante. M. Cunow ne m'a pas paru insensible 4 ( 47 )
cette idee ,   dont la realisation  aurait  pour
les Etats-Unis  des consequences   heureuses
et multiphees que je n'ai pas le terns de de-
tailler.
Route a Easton, et Easton.
Le pays de Bethlehem a Nazareth , et de
Nazareth a Easton , est une succession de
petites collines et de vallons plus ou moins
etendus. Beaucoup de points de cette route
offrent des vues tres-agreables. Les habitations y sont multiphees et ont l'air de l'aisance.
Les prix des terres sont dans tout ce trajet de
vingt-quatre a quarante-huit dollars l'acre.
Easton est bati au confluent de la riviere
Lehigh et de la Delaware. C'est la capitale du
comte de Northampton, peupie de vingt-six
mille habitans. Le terrein oii est le corps de
la ville est un espace d'environ deux cents
acres , serre entre la riviere et des montagnes ;
il n'est que sable rempli de cailloux roules ,
et les montagnes qui l'environnent sont' de
pierres calcaire. La situation de ce terrein ,
sa composition et sa comparaison avec le terrein environnant ne permettentpas de le juger
autrement qu'un deiaissement des rivieres
qui  sans doute   couvraient ce petit   espace avant ders'etre retirees dans le lit qu'elles oc-
cupent aujourd'hui. Cette ville, composee de
cent cinquante'rfiaisons , la plupart en pierre,
reunit d'ailleurs les batimens publics de toutes
les capitales cle comte. La plupart des habitans en sont Allemands , ou dependent' d'Al-
lemands. Les premieres maisons de cette
ville ont ete baties en 1760 , et se multiplient
annuellcment. La presque totalite du terrein
apparlenait' en propriete a la famille Penn,
ainsi que beaucoup de terreins environnans.
Au moment de la revolution un grand nombre
de particuliers s'en sont empares contre le
vceu de la loi , et ce n'est qu'en 1794 que la
famille Pcnn a pu commencer a rentrer dans
ses droits , en s'arrangeant lavec les posses-
seurs, et recevant deux uhprix moins eleve
que la valeur actuelle , mais beaucoup meil-
leur'que celui du terns de leur usurpation.
La loi a fait payer ceux qui s'y refusaient: et
un petit nombre seulement ne se sont pas mis
en regie ; mais l'exemple des autres assure
qu'ils s'y mettront s'ils ne veulent pas etre
evinces de leurs possessions.
Easton  fait un  assez grand commerce de
farine avec Philadelphie. Cette  ville reunit ,
a sept milles  autour de son enceinte , onze
Beaux moulins perfectionnes comme ceux de
Brandywine ( 49 )
Brandywine. Elle envoye annuellementtrente-
cinq mille barrils de farine au marche de
Philadelphie, Une partie du Jersey , voisine
de la Delaware, et qui n'est arrosee par au-
cun creek capable de faire mouvoir des mou-
lins , apporte des bleds aux moulins des environs d'Easton , qui en recoivent d'ailleurs
de tout le comte de Northampton. La Delaware est navigable pour d'assez grands bateaux
cent milles plus haut qu'Easton. Les bateaux
d'Easton a. Philadelphie se chargent de ^ept
cents barrils de farine.
Les lots de ville , de cent pieds de front sur
deux cent vingt de profondeur, se vendent a
Easton deux cent quaranteacinq cents dollars,
selon leur position. Les terres valent aux environs de vingt-cinq a cent dollars l'acre. Le pays
est comme tous ceux de Pensylvanie, couvert
de beaux vergers ; on semble commencer a y
connaitre la difference des especes dans les ar-
bres , et l'avaritage de les grelfer. Les ouvriers
se payent quatre a cinq schellings par jour aux
environs d'Easton. Les mncons'et les charpen-
tiers , ss payent en ville un dollar un quart,
ite cinq pences la livre, et elle
ndamment. Les pensions y sont
La viand,
s'y trouve
de trois
inaisous , c!e quatre
Tome VII.
P£
les lovers des.
1
dollars. '(5o)
Route a Belvedere et Belvedere.
La riviere Delaware est, dans tout son cours,
la limite entre l'Etat de Pensylvanie et celui
de New-Jersey. Elle est peu large a Easton ,
et les bois sont rassembles pour y eonstruire
un pont dont les cuiees sont deja faites des
deux cotes. En attendant qu'il soit acheve,
on passe la riviere dans un tres-bon ba'eau.
Je voulais voir les bords de cette riviere , je
me suis done ecarte de ma route pour les
suivre. Le chemin jusqu'a Belvedere , ou je
me suis dirige, est toujours entre les Scotch-
mountains , et les petites collines qui , dans
ce trajet , bordent presque continuellement
le lit de la Delaware , .dans une jolie suite de
vallees larges , depuis trois iusqu'i six ou sept
milles. Le pays est rempli de maisons bien
baties et assez rapprochees. Les terres sont
tres-cultivees etd'une bonne qualite. Quelques.
pentes meme des Scotch-mountains sont de-
frichees et tres-productives. Toute cette route
offre une continuite de vues peu etendues
mais bien meubiees et agreables. En trois
ou quatre points , les petites collines qui
bordent la Delaware, s'abaissent entierement,
et laissent penetrer l'ceil, du c6te de la Pensyl- (I)
vanie, dans des vallons beaucoup plus grands,
plus cultives, plus habites encore que ceux
du Jersey, et bornes par les montagnes Bleues.
Ces aspects sont riches, varies et charmans.
Le creek Pisquessi, qui se jette dans la Delaware a Belvedere, est le seul que Ton trouve
dans le trajet depuis Easton, qui est de plus
:de quatorze miiles , et les bleds de toute
cette partie se portent au. agKjudin d'Easton.
Ce creek qui a un cours de trente miiles,
est a Belvedere large et rapide. Deux chutes
.successives , de quinze a vingt pieds chacune ,
-font tourner des moulins a bled et des mou-
lins a scie. Ces moulins a bled sont perfection-
nes et envoyent les farines a Philadelphie
ils sont approvisionnes de bleds dans les environs qui en produisent une assez grande
quantite. C'est par la Delaware que se fait ce
commerce; mais la navigation de cette riviere , toute ouverte qu'elle est cent cin-
quante miiles plus haut, estrendue difficile et
perilleuse par des rapides tres-violens et
remplis de rochers, qui se trouvent dans plusieurs de ses points. II en est deux ou trois de
cette espece de Belvedere a Easton; deux sont
a deux miiles de Belvedere , Little-falls et
Great falls ; dans ce dernier , de trois quarts
de mille d'6tendue, la riviere a une pente
D a (52)
de vingt-neuf pieds. Le canal navigable est
pres du rivage de la Pensylvanie , et n'a pas
■plus de si* toises de large. Au-dela de cette
largeur , la riviere est remplie de rocs caches
sous.l'eaua une tres-petite profondeur, ou
quelquefois paraissant au-dehors. On assure
que , nialgre la rapidite de ce courant, qui
fait parcpurir aux bateaux le trajet d'un mille
en deux minutes, et malgre les ecueils dont
il e t environne, il n'y a aucun danger pour
les bateaux, quand les conducteurs sont vigi-
lans; mais bien souvent ils ne le sont pas ;
beaucoup sont Ivres, et les aceidens sont fre-
quens, car si le bateau n'est pas tenu soigneu-
sement dans le fil de l'eau , et s'il se laisse
prendre en travers, il est jette sans resource
hors du canal, ou contre les rochers ou contre le rivage. Les hautes et les batses eaux aug-
"menrent les dangers, et independamment des
glaces qui ferment constamment la navigation
de cette riviere pendant Fhiver, elle est souvent impraticable au commencement du prin-
tegis etau milieu de l'ete. La navigation de Belvedere a Philadelphie se fait en vingt-quatre
^heures , et elle employe cinq a six jours de
Philadelphie a Belvedere. Aussi le cent pesant
qui ne coute qu'un cinquieme de dollar  pour
etreporte a Philadelphie, coute-t-il trois quarts (53)
de dollarpour en etre amene. Ces details appar-
tiennent a toute la navigation de la Delaware,
avec la difference des prix selon les distances.
Les bateaux qui descendent de Belvedere se
cbargent de soixante-dix barrils de farine. C'est
par eux que les stores de Belvedere se four-
nissent de marchandises seches et des liqueurs
qu'ils tirent de Philadelphie, et dont ils ap-
provisionnent en retour la partie du pays qui
fournit les bleds aux moulins. Les prix des
stores a Belvedere sont d'environ trente pour
cent plus haut qu'a Philadelphie. II y a au-
jourd'hui deux stores a Belvedere, qui, dit-on,
font bien leurs affaires-
Belvedere est une reunion d'une vingtaiaer
de maisons, le nombre des habitans y aug-
mente annuellement , et les environs sont
tres-peuples. C'est une des plus jolies situations que j'aye vu en Amerique. La vue n'est
pas tres-vaste, mais elle embrasse un grand
nombre de petites elevations des deux cotes
de la riviere , toutes tres-cultivees et rempjies
de maisons. Elle suit la Delaware dans un
cours de deux miiles, et jusqu'au comme,ht
cement des grandeschutes , etelle est bornee,
a la distance de trois a quatre miiles, par la
chaine des Scotch-mountau§§rj:que le chennn
cdtoye toujours depuis Easton. Les tenes se,
D 3 ( 54)
vendent, pres de Belvedere , de quarante a
quarante-huit dollars l'acre. Les lots de ville
d'un quart d'acre se payent a present de cent
a cent vingt-cinq dollars. Les terres , a quelques miiles plus loin , se vendent de trente
a trente-cinq, et celles de Pensylvanie , a la
meme hauteur, valent toujours trois a quatre
dollars plus cher , saris etre meilleures. Cet
avantage dans les prix est du aux loix meilleures en Pensylvanie, au meilleur etat des
finances de I'Etat qui n'exige pas comme
de Jersey de taxe pour les frais du gouvernement ; enfin a la dependance ou cette
partie de I'Etat de Jersey est de Philadelphie
pour ses ventes et ses achats,
Ces motifs ne semblent ceperidant pas suf-
fisans poUr donner raison d'une si grande
difference de prix pour des terres de meme
nature et dans la meme situation. Mais cette
difference existe, et la cote de Pensylvanie
est beaucoup plus habitee,
Quoique l'esclavage des negres soit etabli
par les loix de Jersey, le nombre des esclaves
n'est pas ici assez considerable pour rendre
inutile le travail des ouvriers blancs. Les ouvriers sont rares ; les negres libres qui se louent
sont payeY comme les autres ouvriers un derai
dollar par jour et nourris. J'avai
de la cl
pour le
i lettr<
:e des
or  Hi
( 55)
i de M. Da
representan
we,   un dei
habitans de
Belvedere. II etait jadis proprietaire de tout
le terrein ou est aujourd'hui la ville, et de
quatorze a quinze cents acres qui l'environ-
nent, qu'il avait achete il y atrente ans, quatre
dollars l'acre. Alors ce n'etait qu'un desert. 11
n'en a conserve que trois cents acres et une
jolie et tres-petite maison qu'il habite. Il m'a
regu avec la cordiale obligeance et la simplicite
que je rencontre par-tout en Amerique, et il
n'aurait tenu qu'a moi de rester une semaine
dans sa maison sans craindre de lui etre a
charge, tant son hospitalite est franche et
aisee. Je l'ai quitte apr6s avoir' passe avec lui
une demi-journee.
Tout ce pays, ainsi que celui que j'ai traverse depuis Philadelphie, est rempli de petits
oiseaux de la grosseur et de l'espe#e des
merles ; ils sont noirs, mais avec une tete du
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et
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noir ,
le h
etre du
D4
Car ( 5G )
le sumac, le rhus toxicodendrum
le laurier
benjoin et le sassafras.
Hackets-town.
Une suite de petites montagnes qui precede
la chaine des Scotch-mountains , conduit a.
Hackets-town, oil je suis venu coucher le 25
juin. Ce sont done des montees et des des-
centes continudlles par un pays fort pierreux;
cependant le chemin suit quelquefois des
valiees un ou deux miiles. La route n'offre
rien d'agreable a l'oeil. Excepte ces premieres
petites montagnes les plus rapprochees de la
Delaware, tout le reste est peu habite, et par
consequent peu cultive. Les maisons sont
grossierement faites en troncs d'arbres , et
semblent assez miserables. On en trouve par
fois de meilleures, mais en petite quantite.
On vqjt aussi des prairies assez etendues ; et
c'est la culture la plus ordinaire dans ces
montagnes , oil Ton trouve aussi quelques sei-
gles , meme quelques bleds , et du mais,
qui est peu cultive sur les bords de la Delaware dans la partie du Jersey. Les vergers
de pommiers sont aussi tres-frequens.
A cinq miiles de Belvedere, est Oxford-
furnace, ou la forge d'Oxford, ainsi appeiee (5>)
du nom du township ou elle est placee. Cette
usine avait ete abandonnee depuis quelques
annees, et est depuis peu reprise par M. R.o-
berdeau et M. Campell, avec qui j'avaisdine
chez le major Hope : elle n'est pas encore en
activite. Cinq miiles plus loin est le moulin
de Mints, ainsi appele du nom de son pro-
prietaire. On traver-e la riviere sur la digue du
moulin , tres etroite, et couverte d'un pied
d'eau toutes les fois que le moulin ne tourne
pas. Alors cette eau se precipite a douze pieds
d'eievation dans la largeur d'une vingtaine de
toises. Un petit canot qui etait en travers de
cette digue, etqui laissait la place juste pour
un cheval entre lui et la chute, m'a faitc^u,-
rir un assez grand risque, auquel mon cheval
effraye n'a echappe qu'en sautant dans le canot , qu'il a cependant renverse, mais dont
il s'est tire avec moi mieux qu'il ne l'aurait fait
de la cascade ou nous serions tonibes sans ce
saut ridicule. Le creek est le meme creek
Pisquessi, que Ton passe encore une fois, mais
sur un pont, a quatre miiles au dela. Toutes
les terres sont mediocres dans tout ce trajet:
elles se vendent six a sept dollars l'acre. Les
habitans sont pour la plupart Allemands ou
fils d'Allemands ; un assez grand nombre aussi,
est Irlandais, ou venant de la Nouvelle-An- (58)
gleterre. Hackets-town est un long petit village, peu et mal habite. II est situe a un demi
mille des Scotch-mountains , qu'on appelle
aussi Cooly qvl Muskinigunk-mountains. L'eau
y est detestable, saumatre ; aussi les fievres
y sont-elles frequentes en automne , ce qui
arrive dans beaucoup de parties du Jersey ,
sur-tout dans celles les plus au Nord et les
plus au Midi de I'Etat. Les terres se vendent
a Hackets-town et aux environs , de six a neuf
dollars l'acre, et sont generalement tenues en
prairies. Les produits qui ne se consomment
pas dans le pays, et tous les ouvrages de fer
forge, que Ton y fait en grande quantite , se
portent a New-Yorck , c'est-a-dire a Elisabeth-
town , d'oii ils sont embarques pour New-
Yorck. Quatre milliers de foin sont le produit
commun de l'acre, et dix-huit a vingt bois-
seaux de seigle ou de mais celui des terres
employees dans cette culture. Les ouvriers
se trouvent cette annee un peu plus facile-
ment que les deux dernieres , parce que le
commerce est moins en activite a New-
Yorck. On les paye a Hackets-town trois
quarts de dollar par jour, s'ils se nourrissent
eux-memes, ou la moitie du prix, si Ton se
charge de leur nourriture. Le pays abonde en
mines de fer que Ion dit tres-riches, et qui m)
se trouvent a une tres-petite profondeur de
terre.
A trois miiles d'Hackets-townest une source
d'eaux minerales ferriigineuses assez frequen-
tee en ete. Elle le serait davantage si le local
etait mieux tenu ; mais la source est a peine
couverte Un mauvais tonneau place a lair
sous un bouquet de saules , est la baignoire
commune ; il n'y en a pas d'autre; et comme
il n'y a pas de maison batie autour, les bu-
veurs d'eaji sont obliges de se loger dans des
fermes voisines, et s'ils veulent du vin , il
faut qu'ils en apportent avec eux. La propriete du terrein oil est cette source etant dis-
putee par deux pretendans, il n'est pas possible de prevoir quand cette place qui assu-
rerait de grands profits a celui qui voudrait
l'arranger convenablement, recevra quelque
amelioration.
A deux miiles environ avant d'arriver a
Hackets town, au bas d'une montagne que j'a-
vais descendue a pied, j'ai appergu dans le
bois peut-etre a dix ou douze toises du che-
min , quelque chose de tres-gros dont je ne
distinguais pas bien la forme, et qui semblait
pendre a un arbre ; le jour commencait a
tomber. Je m'en suis approche , et j'ai cru que
c'etait un animal mort; mais 1'ayant toucho (6o )
avec mon fouet, il a saute a terre, et s'est en-
fonce dans le bois assez lentement et repan-
dant une odeur fetide. C'^tait un opossum,
dont j'avais vu un assez grand nombre a Philadelphie, mais que je n'avais pas encore rencontre dans les bois. Celui * la pouvait avoir
un pied et demi de long, en y comprenant
sa queue, qui entre bien pour un demi pied
dans cette mesure. Cette queue est plate et
couverte d'une sorte d'ecailles raboteuses qui
ui donnent le moyen de se suspendre aux
arbres. Ces animaux sont fort communs dans
le Jersey , en Pensylvanie et dans le Maryland. La singularite remarquable de cet animal est une espece de sac que les femelles
ont sous le ventre , ou se cachent leurs petits
des qu'ils sont nes , d'ou ils sortent pour
prendre leur nourriture, et ou enfin ils ne
restent plus quand ils commencent a pou-
voir marcher. Ces animaux vivent de fruits,
de viande, de pain et de volaille quand ils en
peuvent attraper. On trouve aussi dans le Jersey des ratons et des racoons. La peau de ce
dernier se vend a Philadelphie de deux a trois
schellings. Les chapeliers en meient le poil
avec celui du castor et du lapin pour faire
chapeaux. Quelques personnes mangent
avec plaisir cet animal, a qui j'ai trouve un n
(61)
mauvais gout sauvage, quoique j'en aye goute
avec bien moins de prevention que du jeune
ours que j'ai trouve excellent.
Route a Morris-town. Reynhard.
En sortant de Hackets-town on traverse le
creek Muskinigunk, qui va se jeter dans la
Delaware a cinq ou six miiles au - dessous
d'Easton ; et ce sont les dernieres eaux qui
prennent ce cours, les Scotch, Cooly ou Mus-
kinigunk-mountains faisant la division des
eaux. Cette chaine de montagnes est, comme
je l'ai dit, la continuation des Lehigh - mountains. Les creeks au-dela versent ou dans la
baie de New-Yorck, ou dans la riviere du
Nord, mais ceux du Nord de I'Etat seulement
prennent ce cours. La chaine des Scotch, etc.
mountains, quoique la plus elevee du Jersey,
ne lest pas beaucoup. Son plateau est d'en-
.viron un mille de large. Les terres y sont
tres-mediocres et habitees d'une maniere tres-
.eparse, par des families qui parlent toutes
d'emigrer vers le territoire de l'Ouest, ou vers
le Tenessee. Beaucoup d'entr'elles sont aile-
mandes. Au pied de la montagne on traverse
une des sources du Rariton , riviere qui fait
la navigation de Brunswick a New-Yorck. La
I
I wrsmsaMmmamm
W& i
(62)
on quitte le comte de Sussex peuple de dix-
neuf mille habitans fibres et de cinq cents
esclaves. Mon cheval etait tellement blesse
par la selle, que j'ai ete oblige de m'arreter
a la premiere taverne que j'ai rencontree. Je
suis heureusement tombe chez un des meil-
leurshommesdumonde, Reynhard, allemand
d'extraction, le plus obligeant des humairis
qui va prendre soin de mon cheval, jusepaa.
ce qu'il soit retabli, ce qui durera peut-etfe
quinze jours, et qui m'en prete un pour»lt3r
a Morris-town, oil je trouverai des moyens de
me rendre a New-Yorck. II est proprietaffte
d'une ferme de trois cent quarante acres qu'il
a payee, il y a deux ans, cinq dollars l'acre;
c'est le prix commun de ce pays. La culMfcfe
et les prix sont a-peu-pres les mefties que de
1'autre c6te de la montagne; les terres y sont
cependant meilleures. On n'y a pas seme de
bled depuis quatre a cinq ans que les mouches
hessoises ont detruit deux recoltes consecu-
tives. On se propose d'en recommencer la
culture l'annee prochaine, parce qu'elles pa-
raissent avoir entierement quitte le Jersey.
Le township ou est la taverne de M. Reynhard
se nomine Flanders. II est aussi peuple en
plus grande partie d'Irlandais ou d'emigres de.
la Nouvelle-Analeterre. (63)
Deux eglises sont baties aux environs, une
de methodistes et une de presbyteriens.
En Jersey comme en Pensylvanie, le culte
est paye parsouscriptionsvolontaires. Ceux qui
n'en veulent pas payer,n'en payent pas du tout;
et c'est ce qui arrive souvent.
M. Reynhard tient aussi un store. Le prix du
charroi de chez lui a Elisabeth-town, distant de
trente-deux miiles , est de trois dollars trois
quarts le millier. Les prix des stores sont ici de
vingt-cinq pour cent plus cher qu'a New-
Yorck. Mais il faut etre habile et heureux pour
gagnerla moitie de ce qu'un aussi grand avan-
tage du prix semble promettre. Le plus grand
debit de ces stores de campagne est en liqueurs , et le nombre des voisins qui viennent
boire sans argent est de beaucoup plus considerable que celui des buveurs qui en ap-
portent. Il faut poursuivre devant les tribunaux beaucoup d'entre eux , et la moitie de
l'argent qu'ils payent, quand ils payent, reste
comme ailleurs dans les mains de la justice.
Cependant un teneur de store qui ne ferait
pas de credit, ne vendrait rien du tout.. C'est
au moins ce que me dit le bon Reynhard.
Les merchandises qui ne sont pas boisson
se payent mieux, mais ne se payent pas
beauooup plus vite.  Quoique la  monnaie de
1 (64 )
I'Etat de Jersey soit par la loi la meme que
celle de Pensylvanie, sept schellings six pences
au dollar , le grand commerce qui se fait avec
New-Yorck, rend la monnaie de New-Yorck
( de huit schellings au dollar ) plus usitee avec
la partie du Jersey qui y fait des affaires. C'est
en cette monnaie que sefont tous les marches
et tous les comptes.
Route de chez Reynhard a Morris-
town et Morris-town.
Le pays , en quittant Flanders , est toujours
montueux \ les montagnes s'abaissent ensuite,
mais ce n'est que quelques miiles apr6s Morris-town, qu'elles cessent entitlement. Les
habitations depuis B.eynhard jusques-la sont
toujours peu mnltipliees et tres-mediocres ;
pas une seule bonne maison. Les terres st-m-
blent un peu meilleures. Les pres , le seigle
et le mais sont la culture la plus commune.
Le pain de seigle est dans cette partie du Jersey le pain ordinaire , comme le pain de mais
dans' la Nouvelle-Angleterre.
Morris-town, la capitale du comte de Morris, dans lequel on entre en passant une bran-
che du Rariton , est un joli village ; les maisons qui  le  composent   sont au nombre de
cent. (65)
cent. Elles sont dispersees sur les monticules
qui environnent celle ou sont la maison de
justice , l'eglise des presbyteriens , et le grand
quarre trace pour etre le centre de la ville j a
laquelle la situation du terrein ne permettra
jamais de devenir reguliere. Independamment
de cette eglise presbyierienne, qui est assez
belle, il y en a encore une d'anabaptistes , et
une academie dont les batimens ont bonne
apparence, et dont l'instruction est recom-
mandable. Les ecoliers y sont enseignes de
maniere apou voir entrer dans les secondes
classes au college de Prince-town.
Toutes les maisons de Morris-town sont en
bois, jolies et bien peintes. Les lots de ville
coutent a raison de quatrevingt a cent vingt
dollars. La culture des pres et du mais , est,
comme dans toute cette partie du Jersey , la
culture ordinaire. On y eieve beaucoup de bes-
tiaux , qui se menent a Philadelphie. Lebeiail
engraisse et le petit betail se conduisent a
New-Yorck. La terreur des mouches hessoises
n'a pas encore permis aux cultivateurs de re-
prendre ici la culture du bled. Cependant, il
semble que quelques-uns aussi vont s'y deter-
'miner pour l'annee prochaine. Ils commencent
a repandre un peu de fumier sur ces terres
qui generalement sont epuisees. Il -y* a dans
Tome   VII. E- (66)
Morris-town une petite societe , qui s'appelle
societe' d'agriculture et d'encouragement pour
les arts utiles. D'apres ce que j'en ai entendu
dire par ses membres les plus zeles , elle n'en
a que le litre, mais elle ne fait encore rien ,
et cherche peua faire. La souscription des
membres fournit a l'acqui^ition et a l'entre-
tien d'une bibliotheque qui n'est ju$q&'& present composee que de deux cents volumes,
mais qui, au moins , par une sage fflstitution
des fondateurs, ne peut recevoir aucun livre
de theologie , ni de loix.
Chatham et Newarck.
Chablvam, a huit asttilles de Morris-town^
est le premierssriliage que Ton rencfontre sur
la rouie de NeivrYorck. Et c'est-la seule-
ment que la plaine commence ; encore le pays
est-d inegal jusqu'a Newarck. La culture de
Morris-town jusqu'a Chatham, et n^jrtie jusqu'a Newarck, est la meme qu'aux environs
de Morris-town; les debouches des produits
sont aussi les memes. Ce pays est encore plus
couvert de vergers de pommiers , cerisiers ,
et pechers. On se plaint dans le Jersey d'un
petit ver qui s'introduit dans la racine des
•^eehers, et qui fait mourir l'arbre un an op (67)
d@#x apres qu'il en a ete attaque. On ne
connait ni l'ongine de ce yer , ni le moyen
d'ffljj preserver l'arbre. L'eau-de-vie de peches
est cepeadja/it un article.presque aussi considerable du commerce du Jersey que l'eau-de-
vie. de cidre.
Les hajj^ans du Jersey, qui se croien^ia|fr
truits de l'ensejubie du commerce de leur ,
Etat , assurent qu'il s'exporte plus de ces
deux especes d'eau-de-vie , qu'il ne s'importe
dans le'-pays de rhum, eau de-vie devin, es-
prit de genievre , et meme de vin. Il sen
exporte done une tr^grande quantite , car
la consommat^onj des liqueurs spiritueuses
etrangeres , n'est pas moins considerable dans
le Jersey   qu'aijleurs, ro_
Les fruits   rouges ,  dont  meme  plusMtaygsr
especes  sont incprmues en Europe, abondent .
dans le comte d'Essex , qui a pour limiteslaf
riyiere Passaik a un mille de Chatham • et
qui est peuple de dix-s^tnrdle habitan-. fibres
et de treize cents esclaves.
Les terres se vendent a Chatham et a Springv i
field( quatre miller plus pres encore de ^JWEjL
arck )  de   trente  a   quarante - cinq   dojQam a
l'acre. Elles sont bonnes. Les maisons se mul-
tiplieut, et  deviennent meilleures en appro-
chant de , Newarck qui est lui-meme un des
E 2 ( 68)
plus jolis villages de l'Amerique , par son
etendue, sa disposition , le grand nombre de
ses bonnes maisons , la largeur de ses rues,
couvertes generalement de gazon , et plantees
d'arbres.
Les opinions politiques semblent tr£s - di-
visees dans le Jersey , ou j'ai entendu beaucoup d'exagerations dans les deux extremes.
Personne ne parle plus de George Washington ou au moins tres-peu de personnes font
exception a ce silence. Le nouveau President
semble n'inspirer encore aucune confiance pa-
reille a celle qu'inspirait son predecesseur.
On craint la guerre avec la France. Tous
ceux qu'on rencontre sur la route demandent
aux voyageurs qu'ils croyent arriver de Philadelphie , et qu'ils jugent Frangais, « Eh bien !
aurons-nous la guerre avec la France ? » La
plupart font cette question avec les marques
evidentes de desapprobation pour le parti qu'ils
croyent vouloir cette guerre. J'espere que rien
de pareil n'aura lieu. Ce serait un grand mal-
heur pour ce pays dont le peuple est bon, tran-
quille , heureux , et qui abesoin long-tems
encore des bienfaits de la paix pour consolider I
sa prosperite , pour cimenter son union ,
pour adoucir l'aigreur des partis , et pour as- '
surer sa reelle independance.  Ce serait aussi ' ( 6g)
un grand malheur pour la France , et qui don-
nerait une grande satisfaction k tous les en-
nemis de la liberie et des constitutions libres,
et ce serait une grande joie pour l'Angle-
terre.
Historique de I'Etat de Jersey
Les premiers etablissemens faits dans le
New-Jersey le furent paries Hollandais, peu
de terns apres leur arrivee dans la riviere du
Nord , sous la conduite de l'amiral Hudson.
Les etablissemens eurent lieu le long de la
riviere Delaware , et furent abandonn^s par
les memes Hollandais en 1614. Ils furent , en
17S6 , occupes par les Suedois qui avertis par
Guillaume Useling, riche negociant de leur
- nation de la beaute de ces terres abandonees , formerent une compagnie. Le roi de
Suede Gustave - Adolphe , la noblesse, le
clerge , le commerce et beaucoup de particu-
liers fournirent en Su£de des fonds a cette
compagnie , qui envoya dans l'Amerique septentrionale, sur sept a huitvaisseaux , un assez
grand nombre de colons Suedois et Finlan-
dais. Ils arriverent au cap Henlopen en 1628 ,
e,t les agens de la compagnie acheterent des
Indiens toutes les terres situees depuis ce cap
E 3 ( 70)
k l'emboucfcure de la Delaware jw$<J»;'ftux ra-
pides de cette meme riviere , situes sous le
quarante^utHfleme.jdegre  de latitude. La colonic y fit des etablissemens , batiCfl&gs forts le
long de la riviere, et appela le pays la Nou-
velle-Suede ; mais elle fut   entierement de-
pos^edee et chassee en i655 par les Hollandais ,  qui   envoyerent en Hollande . tous les
agens , officiers et principaux  habitans   Suedois   comme  prisonniers de guerre,   mirettt |
ce pays sou? le gouvememeA't-hollaadais, et
lui  donrietent le nom  de   Nonvetike-jitbidh. i
Les  Hollandais en furent eux-metn'ss   ehds-
"JiS^s^paT les Aapgtais sous le regne de Charles |
II,   et ce territoilne fut cede  en 1672 par ce
•rfjsriaifr au dim d<3rx*ck, son frere. Il fut bien-
litdt D>endu pa^eelai-ici a lord .Berkley et a sir
*n6hȣeret,  qui lui dotonefcenfcle-.lnohi de Nou-
'\velle-Jersey,et etablirent a Elisabeth-town le
siege du gou-viernement de la colonie. La co-
-ilonie de New^Jiersey fit partie duogpuverne-
ment de la profcince de NewkYnrck jusqu'en
1680, ou les pBOpanetaires en firent une province a part.
Un assez grand nombre de quakers de Lon-
. dres et de la province d'Yorck vinreat s'v etablir , et  y jetts&segit les fondemens de la petite ville de Burlington , desffl^biaxajuirentle ( 7i )
territoire des Sauvages. Celui sur la rive orien-
tale de la Delaware fut vendu a William
Penn, faisant partie de la compagnie connue
sous le nom des douze proprietaires , et c'est
le territoire qui depuis a forme I'Etat de Delaware.
Des querelles survenues entre les proprietaires du New-Jersey et les habitans , pour
cause d'avidite des premiers , d^terminerent
les uns et les autres a mettre cette colonie
sous la souverainete de la couronne d'Angle*
terre. Elle fut alors, en conservant son nom,
reunie au gouvernement de la province de
New-Yorck jusqu'en 1736 , ou prenant une
grande force de I'accroissement de sa population , le New-Jersey fut forme de nouveau
en un Etat particulier. C'est en 1776 que le
New-Jersey a fait la nouvelle constitution
qu'il a conserve depuis cette epoque sans al-"'
teration.
Constitution et Loix du New-Jersey.
La legislature est composee d'une assemble generate et d'un conseil legislatif. Chaque
comte , et il y en a treize dans le New-Jersey ,
nomme trois membres de l'assembtee gene-
rale et un du conseil legislatif.
E 4 (72 )
Les conditions pour etre elu membre de
1'assembiee generale , sont 1'habitation dans
le comte qui elit, depuis un an au moins , et
la propriete d'une fortune de cinq cents pounds
ou treize cents trente-trois dollars un tiers.
Celles pour etre membre du conseil legislatif sont : la meme anciennete d'habitation
dans le comte avant l'eiection, et la propriete
de mille pounds ou de deux mille six cents
soixante-six dollars deux tiers en fortune mo-
biliaire ou immobiliaire.
Les conditions pour etre electeur sont l'age
de vingt-un ans , 1'habitation dans le comte un
an avant l'eiection, et une fortune libre de
cinquante pounds ou cent trente-trois dollars
Le conseil legislatif peut comme 1'assembiee
proposer et modifier les loix , a l'exception de
celles qui sont relatives aux finances , qu'elles
ne peut que rejetter ou admettre.
Le gouverneur est elu par la legislature ,
et la constitution ne prescrit aucune condition d'age , de fortune ou autre pour etre
porte a cette place. Elle dit seulement que
la legislature choisira une personne propre a.
-la remplir.
La duree des fonctions des deux chambres
de la legislature et du gouverneur est d'un an. (73)
La meme personne peut etre reeiue gouverneur aussi souvent qu'il convient a la legislature d'en faire le choix.
Le conseil legislatif est le conseil du gouverneur pour i'execution; et trois membres de
ce conseil forment le nombre suffisant pour
exercer avec lui ces fonctions executives.
Le gouverneur reunit les fonctions de president de ce conseil executif, de chancelier
de I'Etat, et de commandant militaire. II peut,
de l'avis du conseil executif, faire grace,
meme dans les cas de haute trahison.
Ce conseil est aussi cour d'appel des juge-
mens des tribunaux : mais alors le nombre
des membres du conseil legislatif doit etre
au moins de sept avec le gouverneur.
Les nominations des juges , des officiers su-
perieurs de milice , des juges de-paix, de
l'attorney general, du secretaire d'Etat,sont
faites par le conseil; toutes les autres par les
electeurs dans les comtes , hors celles des
officiers de milice qui sont faiies par les com*
pagnies.
L'ordre judiciaire est compose d'une cour
supreme , d'une cour de Common-pleas et de
juges-de-paix. Les juges de la cour supreme
sontelus pour sept ans , les autres pour cinq.
Ills sont reeiigibles. L'accusation contre eux ( 74)
est faite  par la legislature , el jugee par le
conseil.
La liberte de conscience est laissee entiere!
par la constitution, quiprononcememequ'au-
cune taxe ne peut etre imposee pour le main-
tien du culte,  la reparation des eglises, etc.
Cette constitution donne a 1'accuse le meme
privilege de fournir des temoins en sa faveur
eomme a l'accusateur d'en produire.
La constitution declare que les biens de
l'homme qui s'est donne la mort lui - meme
ne peuvent etre saisis par I'Etat, qu'ils doivent
passer aux heritrers naturels , comme dans
tout autre cas de mort, et que meme l'ins-
trument qui a donne la mort ne peut etre
confisque ( 1 ). Elle continue d'ailleurs les
loix anglaises jusqu'a ce qu'elles soient re-
voquees.
Les loix de I'Etat de New-Jersey laissent
une entiere liberte de tester , et elles n'ont a
cet egard donn6 aucune alteration aux loix
••angkises : elles ont seulement assujetti les
testamens a quelques formes simples qu'elles
Tendent necessair.es pour en constater la va-
lidite.
Quant aux intestats, elles divisent leurs biens
contraire est dans les (75)
en tiers*?-Jdohfc'-Tun est pour la veuve , les
deux autres sont distribues en parties egales
entre les enfans ou leurs representans , et a
defaut d'enfans ou de representans d'enfans ,
la veuve herite de la moitie du bien de
l'intestat, l'autre moitie est divisee entre les
parens au degre le plus prochain.
Si l'intestat meurt sans laisser de veuve, le
bien est divise en totalite entre les enfans ou
leurs representans en portions egales, dema-
niere que si l'und'eux avait ete avantage de
quelque donation pendant la vie de l'intestat,
il ne recoit dans le partage que la portion du
bien qui rend sa part egale k celle des autres
enfans. Si un enfant meurt intestat apres la
, mort de son pere sans laisser de veuve ou
d'enfant, son bien est partage en egales parties entre les freres , les sceurs et la mere.   '
La celebration des mariages , suivant une
loi de 1792 , se fait a la volonte des parties ,
devant un ministre de l'eglise ou devant un
. juge de paix. Les actes de mariage doivent
etre envoye au secretaire du comte ou ils
se font, et enregistres dans un tivre qui fait
foi en justice.
Les divorces qui etaient precedemment pro-
nonces par la legislature , le sont 'a present
par la cour de chancellerie en vertu d'une loi ( 75)
de 179-i Us le sont en cas d'adultere prouve ,
de mauvais traitemens frequens , d'abandon
du manage pendant sept ans , et aussi dans
le cas ou le mariage aurait ete contracte
entre parens a un d6gre prohibe par les loix
de I'Etat.
Tout debiteur emprisonne peut , en vertu
d'une loi rendue en 1795, obtenir sa liberie par
un jugement de la cour des Common-pleas,
devant laquelle il fait la declaration et l'a-
bandon de tous ses biens , en se reservant
un mobilier tres-succinct pour sa femme et
lui. Si sa declaration est reconnue fausse, il
est puni comme parjure. Si apressa sentence
de deiivrance il peut etre prouve qu'il a dans
sa declaration cache une partie de ses biens
il est puni de meme , et cette partie des biens
decouverte remise aux creanciers. Mais la
fortune qu'il peut faire apr6s sa deiivrance
n'est pas sujette a etre reclamee par ses creanciers.
Par le code criminel revu en 1796, la peine
de mort est bornee aux criminels convaincus
de haute trahison , de meurtre premedite ,
d'efforts faits pour delivrer des prisons des
accuses de crimes pour lesquels la peine de
mort serait prononcee. Tous les autres sont
punis d'amendes plus ou moins fortes, d'une ( 77 )
detention p*us ou moins longue et d'un terns
plus ou moins long de confinement solitaire.
C'est la legislation de Pensylvanie un peu
moins douce. Une loi de la session derniere
a ordonne 1'erection d'une prison sur le mo-
dele de celle de Philadelphie, ou des travaux pareils doivent etre etablis.
Les negrese sclaves sont sounds aux memes
loix , et juges par les memes tribunaux. Les
cours peuvent ordonner qu'ils soient battus
au-lieu d'etre mis en prison. La peine de mort
n'est pas prononcee contre un maitre qui
tuerait son esclave, mais dans ce cas et dans
celui ou il le blesserait fortement, il serait
condamne a une amende et a i'emprisonne-
ment. L'esclavage est sans restriction dans
I'Etat de Jersey , et aucune loi n'y est encore rendue pour en preparer la fin. Mais
une loi de 1788 ordonne que tous les esclaves
au-dessous de l'age de vingt-un ans appren-
nent k lire , charge leur maitre de ce devoir,
et le soumet, en cas de negligence a cet
egard a une amende de douze dollars et un
tiers. L'introduction des esclaves etrangdrsa
dans I'Etat, est defendue par un article de.
cette meme loi.
Les chemins sont repass dans I'Etat de
Jersey, par le trayail des habitans^ qui peuf (73 )
etre, a leur volonte , converti en contribution.
Les voitures publiques de Philadelphie et
de New-Yorck sont soumise9 a une retribution annuelle, payee a I'Etat de New-Jersey,
pour contribuer a la repai?ajtion des chemins
de cet Etat, par lesquels elles passent.
Les loix sur les pauvres sont les memes que
dans presque tous les Etats; secours a domicile
donnes par les soins des inspecteurs des pauvres et maisons des pauvres etablies dans quel-,
ques comtes.
La loi pour l'observation du dimanche a
la meme severite que celle de la Nouvelle-
Angleterre. Tout habitant a le droit d'arre-
ter un voyageur qui, le dimanche va ailleurs
qu'aux places de culte , et de le conduire
devant les officiers de justice. Les stages i
ne peuvent non plus etre en route le dimanche,
sous peine d'etre arretes, mais cette loi, quoique d'une date assez recente , n'est pas plus
exe^cutee que dans les autres Etats ou elle
est promulguee. On voyage au travers du
Jersey le dimanche comme les autres jours,
et les stages publics meme, qui s'abstiennent
d'etre en route a l'heure de loffice du matin,
ne sont pas plus arretes dans le reste de la
journee que si la loi qui le leur defend n'exis-
taitpa*. U en est de meme pour la loi contre : (79)
le jeu, contre l'ivrognerie. Enfin il vient d'en
etre rendue une au commencement de
cette annee , qui defend les courses de chevaux, et qui, selon toute probabilite, n'aura
pas plus d'execution que les deux autres,
parce qu'elle choque evidemment les habin
tudes du peuple de New-Jersey, et que les
^[j$||ciers publics , usassent - ils de toute la surveillance possible , les moyens deluder cette
loi seront mulj^^es. Ne se lassera-t-on done
jamais de faire des loix inexecutables, et de
laisser subsistantes des loix non-executees ?
Les gouvernemens ne pensent pas assez qu'il
n'est pas de moyen plus certain de detruire
la morale chez un peuple j, car le premier point
de morale d'un peuple , et d'un peuple libra
sur-tout, esti'eji^ere obeissange- a la loi et a
toutes les loix ; je ne puis me lasser de le
-repeter.
L'Etat de Jersey encourage les ^rayaux qui
ont pour objet de faciliter les communications par la navigation int^rijefure et par les
ponts , elle permet a cette intentipa^ ,et. ^agassi
pour les constyucfions de Cjojjege , les lgjgf
ries qui sont d'aiifeurs ent^eggment prohibees
idans I'Etat. Tout habitant qui vendrait ur*
.feiU^ d'une loterie qm$$ serait pas sanction?-
nee par la^laia^ft l'JSiftfcfciP^H^ ^e* l<?l^ri^s
II
ii (8o)
des autres Etats ,  serait  conduit devant les
tribunaux , et condamne a une amende.
Une loi du New-Jersey rendue en 1794 t
autorise tout etranger appartenant a une puissance en paix avec les Etats-Unis , a acquerir
et posseder des biens dans I'Etat comme s'il
en etait citoyen. Cette faculte n'est donnee que
jusqu'a la fin de 1799 » ma*s sans doute elle
sera alors renouvelee.
Les loix du New-Jersey soumettent a rim-
position les terres cultivees ou incultes; les
maisons etles lots qui les entourent, qui n'ont
pas plus de dix acres d'etendue; les forges, four-
neaux, moulins de toute espece, tanneries,
bateaux destines aux passages des rivieres,
pecheries, navires, chevaux et bestiaux , (les
voitures de toute espece etaient aussi imposees
jusqu'au commencement de cette annee , ou
la loi vient de les soustraire a l'imposition ) ;
enfin les marchands tenant boutique , les gargons qui ont des chevaux et ceux qui n'en ont
pas et les esclaves.
Tous ces objets taxables sont evalues de
tems en tems a un certain taux par la legislature ; les terres le sont par une echelle de
graduation en raison de leur fertilite et de
leur situation. L'evaluation est toujours basse.
Un assesseur*'%omme   annuellement   par
chaque (8i )
chaque township , demande a chaque habitant
la declaration de sa fortune imposable et
en fait un etat. L'habitant qui se refuserait
a cette declaration , ou qui en ferait une
fausse , serait impose par l'assesseur au double
de ce qu'il estime qu'aurait du etre la taxe du
refusant.
Les chevaux et les bestiaux sont imposes au
meme taux dans tout I'Etat. Les terres le sont
d'apres leur valeur estimee, et a un denier pro-
portionnel de cette valeur. Les taxes sur les
licences et les esclaves , etc. , ne varient jamais ,   et sont appel^es taxes specjfiques.
Au jour nomme tous les assesseurs s'assem-
blent par comte , et apportent l'etat des pro-
prietes taxables de leur township. Lemontant
des taxes specifiques a payer dans le comte est
d'abord compte, et la difference de leur somme
a celle demandee pour le comte est repartie
par township d'apres l'avis de la majorite des
assesseurs. L'etat detailie de ces repartitions ,
signe par chaque assesseur , est remis au col-
lecteur du comte.
Chaque assesseur donne ensuite au collec-
teur du township l'etat des sommes qu'il
doit lever sur chaque contribuable a raison de
tous ces objets imposables. Une liste pareille
est envoyee au coliecteur da. comte, qui doit
Tome VII. F
1 W^r
«**jrwro^w
( 82)
la faire passer a la legislature lors de sa session.-
Trois habitans proprietaires nommds par
1'assembiee generale de chaque township ,
sont les juges d'appel pour les reclamations
des taxables.
Si le coliecteur ne regoit pas les impositions
- dans le cours d'un mois apres la demande qu'il
en a faite , il doit denoncer le deiinquant au
juge de paix, qui ordonne la vente de ses
biens au prorata de la somme qu'il doit, et
des frais de justice que ce delai occasionne.
Le coliecteur de township envoye au coliecteur du comte le montant de sa recette ,
et celui - ci envoye au tresorier de I'Etat le
montant des recettes de tous les collecteurs des
townships du comte.
La loi a pourvu contre la negligence et l'in-
fidelite des collecteurs des townships et des
comtes, et rend les townships responsables des
sommes dues par leurs collecteurs , et les
comtes de celles dues par les collecteurs de
comte, parce que les uns et les autres sont
choisis par les habitans.
Les assesseurs regoivent pour leur salaire un
et trois quarts pour cent des sommes qu'ils ont
assises. Les collecteurs de township regoivent
le iriljme salaire. Ces trois et demi pour cent
<sont leves avec la taxe du township. Les com- ( 83 )
missaires d'appel regoivent un dollar pour
chacnn des jours qu'ils sont employes. Les
collecteurs du comte regoivent un penny par
pound, on un deux cent quarantie»ne des
sommes qu'ils versent a la tre%orerie de i'Etat,
et six pences par mille pour les voyages aux-
quels la reddition de leur compte les oblige.
Ils sont payes par le tresorier.
La matiere imposable , d'apres la faible
evaluation de ses divers elemens ordonnee
par la legislature, s'est trouvee en 1794 de
trois million quatre cent quatorze mille huit
cent quatrevingt-deux dollars.
Les taxes se payent regulierement etpromp-
tement dans I'Etat de Jersey.
La depense du gouvernement s'eieve annuel-
ment a environ vingt-sept mille dollars. En
1796 , I'Etat devait encore cent vingt mi le
dollars ; mais les taxes additionnelles et quelques autres ressources donnent la probability
que cette dette sera entierement eteinte en
quatre ans.
Suivant la balance des dettes des divers
Etats , faite par les commissaires du congres,
I'Etat de New-Jersey est chancier de 1'Union
pour quarante neuf mille dollars.
Les ei^mens pour les taxes tie comte sont
les memes que ceux pour les taxes de I'Etat. (84)
Population et Instruction.
La population de I'Etat de New-Jersey,
etait, par le denombrement de 1791 , de cent
quatrevingt-quatre mille cent trente-neuf habitans , dont onze mille quatre cent vingt-
trois esclaves. Son etendue est calculee a environ huit mille quatre cent miiles quarts , ce
qui donne un peu plus de vingt-deux habitans
par mille quarre. L'accroissement de la population est peu considerable dans cet Etat qui
fournit beaucoup a Immigration. II est peu de
pays nouveaux des autres Etats , oil l'on ne
trouve des families du Jersey , et dans beaucoup de parties de i'Etat, on entend parler
de projets d'emigration. L'habitude , plus que
la necessite , determine a ce parti les habitans
de cet Etat; car le nombre des terres sans
culture y est dans une proportion tres-consi-
derable , elles sont en general susceptibles de
donner de bonnes recoltes, et leur prix n'est
pas fort eleve. On peut peut - etre regarder
comme une des causes de cette emigration
considerable, la nature de la population du
New-Jersey, qui est un compose de tous les
peuples ; d'oii il resulte que ses habitans ont
jnoins encore l'esprit national d'Etat , si je (85)
puis m'e^i&derteirisi, que ceux d'aucune" atibe
partie deSMEtatswlTnis. D'ailleurs, ces peuples
de nations differentes , etablis dans le Jersey^
se cantonnent aussi plus entr'eux que dan a
aucun autre Etat, et quand ils emigrent d'un
canton , les families emigrent en plus grand
nombre.
L'education du peuple est, dans le Jersey,
aussi peu soignee qu'elle puisse l'etre. La
legislature de I'Etat ne s'en est pas encore
occupee. Quelques ecoles sont entretenues
dans certains' townships , aux frais des habitans , qui consentent k y contribuer. Le nombre de ceux-la est rarement considerable; on
economise sur les salaires du maitre, et il est
mauvais et negligent.' Aussi nul peuple, dans
1'Union, ne me semble-t-il plus ignorant que
celui du Jersey j et quoique cet Etat ait ,
comme je l'ai dit, un bon college a Prince-
town , et que quelques habitans soient hom-
mes de merite et de lumieres, la proportion
d'hommes instruits est moins forte dans le
. Jersey que 'dans les autres Etats de 1'Union.
La liberte de religion etant.entiere dans le
New-Jersey, les sectes de toute espece y sont
• etablies , et y ont des edifices destines au culte.
.<Mais la presby^rienne y est de beaucoup plus
• mombreuse,
F3 ff
( 86)
Peu de families du Jersey fabi^queut les
etoli'es et les toiles necessaries a (le.»r entre-
tien ; elles achetent pre^que tout ce qu elles
einploient. La- facilite qu'ont New-Yorck et
Philadelphie de faire verser dans le, Jersey des
k&ane^aBHjsea? etnaageres , aide peut-etre a ce
defaut d'economie domestique du peuple de
cet Etat.
Commerce.
. Quoique 1'Eiat de-Jersey ait dans jimboy
un des  plus beaux ports cle 1'Union, acces-
-siiibfe depuis la mer , et par une j>eule maree
a toute :es'pece de batimens, le New-Jersey ne
fait point de commerce a f'etranger. Le voisi-
• nage de cet Etat avec ceux de New-Yorck et
de Pen^yivanie , fait porter a New-Yorck
et a Philadelphie  tous les produite  du pays.
• Les communications pour y arriver sont aussi
courtes et aussi sures ; le debit y est plus
certain et plus prompt, le prix raedlleur , le
choix pour les retours plus grand , et le credit
plus long ; enfin les habitudes sont anciennes.
Voila plusde raisons qu'il n'en faut pour avoir
rendu inutiles tous les efforts qua fait la legislature tin Jersey afin d'attirer desnegocians
0$£S Amboy , et d'en agrandir le commerce. Le
pays fournit des grains de  toute espece, du (87 )
bois en quantite, des graines de lin, des fers ,
des cifirs , de la viande salee , et partie uliere-
ment du jambon tres-renomme. On y eieve
dans les environs de New-Yorck et de Philadelphie beaucoup de volaille , et on y cultive une grande quantite de legumes , mais
une tres-petite portion de tous ces produits
s'exporte par Amboy, et beaucoup de bati*
mens qui en sont charges descendent le Rari-
ton, passent devant Amboy, et vont porter
a New-Yorck leur cargaison.
La valeur des exportations d'Amboy a ete,
en 1791 , de 17,403 dollars ; en 1792 , de
19,712; en 1793, de 49*673; en 1794 > de
58,i54 ; en 1796, de i3o,5i7; et en 1796 , de
57,639 dollars.
L'Etat a encore trois autres petits ports de
douane: Burlington sur la riviere Delaware,
Bridge-town sur la baie-de ce nom, et Greab
Eggharbour sur les cotes de la mer; mais
aucun de ces ports ne fait ce qu'on peut ap-
peler commerce. Souvent il ne sort pas de
ces ports dans une annee un seul bateau pour
le commerce etranger. On en peut juger par
les exportations totales de New-Jersey, dans
lesquelles sont aussi comprises celles d'Amboy
dont je viens de donner les sommes. Les va-
leurs totales de ces exportations se sont elevees-
F 4 ( 88 )
en 1791, a 26,987 dollars; en 1792, a 23,4o5 ;
en   1795, a 54,178; en 1794, a 58,i54 (les
trois petits ports n'ont rien exporte); en 1795,
ai3o,8i4; en 1796, a 59,227 dollars.
Chute de Patterson.
La chute de la riviere Passaik a environ
vingt miiles de New - Yorck est un des points
les plus renommes des Etats-Unis. Elle me-
rite en effet d'etre vue par ceux qui aiment
les curiosites naturelles. Le passage de cette
riviere au travers des rocs qu'elle a brises
pour se precipiter de soixante-dix pieds d'eie-
vation offre un beau spectacle. II semble par
la construction du terrein qu'elle s'etait fait
deux passages , et que quelques convulsions de
la nature en arebouche un. Celui parlequel
elle tombe dans la plaine est large de vingt a
vingt-cinq pieds. Le soleil donnait sur cette
. belle nappe le jour ou je l'ai visitee , le tems
etait chaud, le vent assez eleve, et tous les
accidens qui resultentde ces causes ajoutaient
une grande beauie a. cette magnifique scene.
La vue qui, du haul de la chute donne sur une
plaine passablement cultivee. est agreable.
Le petite ville de Patterson est batie au
pied de cette chute. C'est une reunion d'u- (89)
sines de differentes especes, mais toutes en
decadence. Une compagnie a ete formee en
1791 pour leur etablissement; mais les fonds
en ont ete promptement consommes, avant
meme que ces usines mal construites, plus
mal dirigees encore, fussent en activite. Une
loterie a ete depuis accordee par I'Etat de
New-Jersey a cette intention, mais sans pro-
duire plus de succ6s. On pense a de nou-
veaux efforts. Il est vrai qu'aucune situation
n'est plus propre a l'etablissement de toutes
especes de machines.
Le nom de Patterson a ete donne a cette
ville du nom de William Patterson, * alors
gouverneur de I'Etat de New-Yorck, aujour-
d'hui un des juges de la cour supreme de 1'Union. C'est un des hommes les plus estim^s
et les plus edaires des Etats-Unis. II a ete
charge par la legislature de New-Jersey de la
revision et redaction de son code des loix.
La loi qui l'a revetu de cette commission lui
donnait meme le pouvoir d'aherer les loix
criminelles, et c'est a lui quest due la re-
forme du code penal dont j'ai rendu compte.
Les pierres qui forment le bassin d'ou
tombe la riviere Passaik, sont la plupart sa-
bloneuses. C'est un granit durci tres-commun
dans toute la plaine, et qui repose sur un HE'
(90
fond de basalte fin et compact. Les cailloux
qui se trouVent au bas.de la chute, etant les
brisures des rochers d'en haut , sont de la
meme nature. La riviere Passaik apres sa
chute coute dans un terrein extremement
plat, marecageux, et a en consequence un
cours tres-onduleux et tres-lent.
Je me suis rendu de Patterson a New-Yorck
ou j'ai sejourne cette fois assez long-tems.
Je donnerai dans le livre suivant les observations que j'ai recueillie sur ce grand Etat,
le second de 1'Union pour la richesse et pour
l'activite de sa culture et pour l'etendue de
son commeree. SEJOUR A NEW-YORCK
EN    AOUT     1797.
DESCRIPTION
DE L'ETAT  DE   NEW-YORCK.
Historique succint de la colonie de
New- Yorck.
L'Etat de New-Yorck a originairement
appartenu aux Hollandais. Il est bien vrai
qu'avant eux il y avait eu des projets de colonie sur ce pays : mais ils etaient demeures
tres-vagues.
Elisabeth , reine d'Angleterre , avait en
i584, donne a sir PValter Raleigh une pa-
tente pour posseder dans l'allegeance de la
couronne d'Angleterre tous les pays de l'Amerique septentrionale, qui n'etaient possedes
par aucun prince chretien.
Jacques I, sans egard a cette patenre, avait
partage cette immense possession, alors oon-
nue sous le nom de Virginie, et qui s'etendait '  < 90
depuis la Caroline jusqu'a la Nonvelle-Ecos&e*
entre deux compagnies. Il avait concede a la
premiere , dite la Compagnie des aventuriers
de Londres, le droit d'etablir des colonies
depuis le trente-quatrieme jusqu'au quararite-
unieme degre de latitude; etal'autre, la Compagnie de Plymouth, un droit pareil du
quarante-unieme au quarante-cinquieme degre.
Mais les terres ainsi donnees et leurs cotes
meme etaient pour la plupart inconnues.
Ce fut Henry Hudson qui sur un vaisseau
de la compagnie des Indes Hollandaise decou-
vrit le premier l'lle-longue , et remonta la
grande riviere du Nord , a laquelle il donna
son nom. Les Hollandais ignorant les concessions faites de ces pays a des compagnies ,
ou n'y ayant aucun egard , s'en declarerent
souverains, et y envoyerent en 1614 une colonic qui batit les villes de Fort-Orange et de
Nouvelle-Amsterdam, dans le pays qu'elle
appela Nouvelle-Hollande..
Jacques I fit marcher quelques forces de
Virginie pour devaster les nouveaux etablissemens, dont les proprietaries Hollandais preferment a une resistance sans espoir de succes
le parti plus sur de reconnaitre la souverai-
nete anglaise , en conservant leurs possessions et payant un tribut a 1'Angleterre. j ( 93 )
Les troubles de ce royaume, sous la fin du
regne de Charles I donnerent-aux Hollandais
le moyen de secouer le joug, anglais , auquel
deja. depuis le premier arrangement ils avaient
rente plusieurs fois de se soustraire. Ils par-
vinrent meme a aneantir une colonie Sue-
doise qui s'etait etablie sur la Delaware. Mais
dans la suite Charles II fit partir d'Europe
des troupes qui s'emparerent sans difficuke
de la Nouvelle-Hollande, et en chasserent les
Hollandais , lesquels alierent s'emparer de Siv=
rinam. Charles II devenu ainsi tranquille pos-
sesseur de cette vaste partie du continent de
l'Amerique septentrionale , en donna la partie
de l'Ouest a son frere le due d'Yorck, et la
Nouvelle-Hollande fut appelee la province de
New-Yorck. La Nouvelle-Amsterdam changea
aussi son nom pour celui de New-Yorck ,
et cette grande province s'etendit depuis les
bords du fleuve Saint Laurent, jusqu'a l'em-
bouchure de la riviere d'Hudson, sans toucher
aux proprietes de la compagnie de Plymouth.
Telle est en abrege' l'histoire de la province
de New-Yorck , jusqu'au moment de la revolution derniere.
I (94)
Constitution actuelle de I'Etat.
Cette province s'est refusee plus tong-tems
que toutes les autres aux mesures prises
contre l'Angleterre. Ses grandes relations de
commerce avec ce royaume, le sejour con-
tinuel des troupes anglaises dans la ville de
New-Yorck , y entretenaient un esprit d'a-
ristocratie et de dependance. Enfin elle a suivi
l'exemple des autres Etats, et sa legislature
assembiee a Kingston , y a fait en 177^ une
constitution dont les bases sont les memes
que celles des autres Etats.
Cette constitution n'est precedee ni suivie
d'aucune declaration de droits , et son prema-
bule qui relate les differ ens actes du congres
general, relatifs al'independance , semhleetre '
piutot une excuse de cette constitution , que
l'eian de la liberte et du ressentiment qui pa-
ralt avoir dicte presque touies les autres.
Chaque comte nomme un on plusieurs
membres de 1'assembiee des representans La
constitution en fixe le nombre total a soixante-
dix. Elle Exe aussi le nombre que chaque
comte doit fournir , mais provisoirement. Un
nouveau denombrement doit etre fait tous les
sept ans, et quand le nombre des electeuis 1
(95) tiJ
se trouve par ce nouveau denombrement augments d'un dix-septieme , le comte ainsi aug-
mente en population nomine un depute de
plus. Le nombre total ne doit jamais exceder
trois cents, et les precautions sont prises
pour proportionner dans ce cas les membres
de chaque comte a la population qu'il pourrait
avoir alors. Les membres de 1'assembiee ne
sont elus  que pour un an.       Kai/Sfe
Les electeurs pour les membres de la cham-
bre des representans doivent avoir vingt-un
ans , posseder un bien libre de la valeur de
vingt pounds ou cinquante dollars , ou louer
un bien dans le comte pour au moins qua-,
rante schellings ou cinq dollars par an, payer
taxe dans I'Etat, et resider dans le comte.
\Le senat, par la constitution , doit etre seu-
lement compose de vingt-quatre membres ,
maisce nombre n'estfixe quetemporairement,
comme celui des membres de la chambre des
representans.
Les senateurs sontchoisis par district,I'Etat
etant pour cet objet divise en quatre districts.
La constitution fixe aussi le nombre que chaque district doit en nommer. Quand le nouveau denombrement aura prouve une augmentation d'un vingt-quatrieme dans la population du district; le district ainsi augmen (96)
doit nommer un s^nateur de plus , et ainsi
de suite, jusqu'a ce que le senat soit compose du nombre de cent membres^, au dela
duquel it ne peut pas s'eiever. Les senateurs
sont nommes pour quatre ans, et sontrenou-
velies annuellement par quart.
Les electeurs pour le senat doivent etre
francs-tenanciers , et posseder un bien de la
valeur de cent pounds ou deux cent cin-
quante dollars , quitte de toute dette. Le re-
censement fait en 1795 a fait connaitre que le
nombre des electeurs de ces deux classes se
montait alors a soixante-quatre mille dix-sept.
Les electeurs qui ont les qualites requises
pournommer les senateurs eiisent aussi le gouverneur et le lieutenant-gouverneur ; mais
alors ils votent par comte. La majorite abso»
lue des voix n'est pas necessaire pour com-
pletter les elections, la pluralite suffit.    ,
La legislature s'assemble annuellement les
premiers mardis de Janvier, sans convocation,
<?u plus souvent, si elle est convoquee par le
gouverneur, ou si elle s'ajourne elle-meme.
Le gouverneur et le lieutenant-gouverneur
sont elus tous les trois ans.
Le gouverneur est commandant des forces
de terre et de mer ; il peut accorder grace
pour tous les jugemens, hors pour ceux qui
- prononcent (97 )
prononcentla peine de mort, dont seulement
il peut suspendre l'execution , s'en referant
a la legislature qui, dans sa premiere assemble , doit en prononcer definitivement. Les
nominations d'emplois civils et militaires se
font par le conseil d'appointement, auquel
preside le gouverneur , qui n'a pour lors que
voix  de partage.
Le conseil d'appointement est compose de
quatre senateurs , un de chaque district. lis
sont nommes tous les ans par 1'assembiee ;
et ne peuvent etre continues deux annees
de suite.
Le lieutenant-gouverneur remplace le gouverneur en cas d'absence , pour quelque cause
que  ce soit; il est president du sdnat.
Le chancelier, les juges de la cour supreme,
et le premier juge de chaque comte, sont
nommes par le conseil d'appointement; ils
conservent leurs places tant qu'ils n'en sont
pas destitues pour mauvaise conduite, mais
seulement jusqu'a l'age de soixante ans.
Les sheriffs et coroners sont nommes tous
les ans, et ne peuvent conserver leurs places
que pendant quatre. Les officiers militaires
sont revocables a volonte.
Les loix peuvent etre refusees par le gouverneur, de 1'avis du conseil de revision, qui
Tome VII G
1 (98)
est compose du chancelier et des juges de la
cour supreme. Le refus a un bill doit etre donne
dans le cours de dix jours. Dans le cas de non
acceptation d'un bill, il doit etre renvoye ,
accompagne des motifs de refus et signe des
membres du conseil. Lebill, malgre le refus,
devient loi si les deux tiers de chaque chambre
persistent dans leur resolution. Les bills approu-
v^s par le conseil sont renvoyes a la chambre
dont ils emanent, revetus seulement de la
signature du gouverneur.
Les membres du conseil de revision , ne
regoivent aucun salaire ni indemnite pour
cette fonction , ils doivent etre assembles
pendant les sessions des legislatures.
Le tresorier de lEtat, ceux de comte, le
directeur de l'emprunt sont nommes par la
legislature.
La constitution garantit les donations des
terres , faites par les rois d'Angleterre , avant
le mois d'octobre 1775 , et ' annulle toutes
celles faites depuis cette epoque.
Les electeurs pour nommer le president et
le vice president d"es Etats-Unis , sont, par
une lei du 12 avril 1792, choisis dans I'Etat
de New-Yorck, par les deux chambres de la
legislature. (99)
Taxes.
Les taxes dans I'Etat de New-Yorck \ sont
imposees en masse par la legislature , et en-
suite reparties par elle , entre les differens
comtes , d'apres l'etat qu'elle a des proprie-
tes contenues dans chacun.
Cette premi re division faite , les inspecteurs de chaque township s'assemblent par
comte, et divisent entre chacun de ces townships , et d'apres ces meme9 elemens, la part
que chacun doit en supporter.
Les inspecteurs et les asseyeurs font dans
chaque township la meme division entre les
individus dont ils doivent par la loi connaitre
les fortunes mobiliaires et immobiliaires. Les
taxes ainsi assises sont levees par les collecteurs , et remises par eux au tresorier du
comte , qui les fait passer au tresorier de
I'Etat.
Aucun objet de taxation n'est defini dans
les loix , et aucuh principe n'y est prescrit
pour evaluer les proprietes ; aucun moyen
n'est pris pour obtenir des proprietaries la declaration de leurs biens ; d'ou il resulte que
tous les apportionnemens d'impots par la legislature , les inspecteurs et les asseyeurs ne
G a ( ioo )
sont determines que par une estimation arbi-
traire de la richesse generate et relative des
corporations et des individus.
Voici toutefois comme on precede dans
I'Etat de New-Yorck a l'asseyement des taxes.
Au mois d'avril de chaque annee les habitans des differens townships etisent un ins-
pecteur , depuis trois jusqu'a sept asseyeurs ,
et un ou plusieurs collecteurs.
L'habitant choisi pour une de ces fonctions
ne peut refuser de s'eri charger sans encourir
la peine d'une amende.
Les asseyeurs s'assemblent apres avoir fait
serment de remplir leurs devoirs avec fide-
lite. Ils font l'estimation des proprietes de
chaque habitant , distinguant les replies des
personnelles , et ecrivent leur estimation visa-vis chacun des noms des habitans , dont ils
ont fait la liste. Cette estimation doit etre
signee de la majorite , et remise aux inspecteurs avant la fin de mai. Les asseyeurs qui
manqueraient a ce devoir seraient punis d'une
amende de vingt-cinq pounds , ou soixante-
deux dollars  et demi au profit du comte.
Les inspecteurs s'assemblent par comte le
dernier jeudi de mai, et d'apres cette estimation des asseyeurs , ils repartissent la taxe
entre les differens townships ,' ajoutant a la ( ioi )
taxe de I'Etat celle necessaire pour les depenses du comte et l'entretien des pauvres de
chaque ville. Les etats sont envoyes paries inspecteurs aux collecteurs de chaque arrondis-
sement, avec 1'ordre de lever les taxes en consequence. Sur les premieres sommes levees, le
montant de ce qui a ete destine a l'entretien
des pauvres est paye aux inspecteurs des pauvres de chaque ville , le reste , en y comprenant la partie qui a ete demandee pour les
taxes de I'Etat , est remis dans les mains du
tresorier du comte.
Ces tresoriers de comte sont nommes par les
inspecteurs des taxes , et doivent donner un
cautionnement. Les collecteurs des taxes sont
responsables envers eux , commends le sont
eux-memes vis-a-vis des inspecteura des taxes
et du tresorier de I'Etat.
Les ordres de levee envoyes par les inspecteurs des taxes aux collecteurs , autorisent
ceux-ci a vendre les meubles des- imposes qui
seraient en retard de payement, et au defaut
de leurs meubles , les produits de leurs terres.
Quand le coliecteur est en faute , le tresorier du comte envoye un ordre au sheriff de
vendre ses biens - meubles et immeubles jusqu'a la concurrence de la valeur de la partie
des taxes dont il est arriere. II se fait acquit:
G 3
1
1 (   102   )
ter de cette peine en exposant au tresorier
du comte, et sous serment, l'impossibilite
qu'il a trouvee a faire payer.
Quand fEtat a impose des taxes a son profit, les iresoriers des comtes doivent, avant
la fin de mars, envoyer le montant de cette
partie des taxes au tresorier de I'Etat avec
les motifs de deficit dans la levee; au defaut
de quoi, celui-ci doit les faire poursuivre de
la meme maniere., dont ils ont du eux-me.-
mes  poursuivre les collecteurs en retard.
II est du devoir des inspecteurs des taxes
dans les comtes, a leur assembhie annuelle,
d'exa miner les deficits dans la levee des taxes
ordonnees l'annee prdcedente; si, malgre le
rapport des collecteurs, lesdnspecteurs jugent
qu'il y a rfrculte, dans les personnes qui n'ont
pas complette leurs payemens, ils ont le droit
d'ordonner de nouveau cette levee.
S'ils approuvent les rapports des collecteurs,
ou s'ils reconnaissent l'insolvabilite du'coliecteur lui-meme , ils ajoutent une somme addi-
tionnelle , du montant. du deficit , pour le
township qui n'a pas fait son payement, et
c'est a cette distribution de complemens aux
taxes ordonnees l'annee precedente, que sont
destinees les premieres sommes , levees sur
les townships , dans cette nouvelle annee. ( io3 )
Les indemnites accordees aux inspecteurs,
a leurs commis, et aux asseyeurs, sont comprises dans les taxes arinuelles du comte. Les
collecteurs sont autorises a preiever cinq pour
cent du montant de leurs collectes. Le sheriff
recoit deux et demi pour cent des sommes
qu'il fait payer aux collecteurs en faute. La
commission du tresorier du comte est de un
et trois quarts pour cent, sur les sommes
regues.
La depense totale pour l'asseyement et la
levee des taxes, dans I'Etat de New-Yorck ,
est estim Se de quinze a vingt pour cent des
sommes levees sur le peuple.
II n'y a pas eu de taxe pour I'Etat, depuis
1788. Elle etait , a cette derniere annee , de
cinquante mille dollars, dont les trois quarts
ont ete payes a la tresorerie dans la premiere
annee ; le reste ne l'a pas ete entierement en
deux ans.
Quant aux taxes necessaries pour les depenses des comtes, elles sont fixees annuellement par une assemble de tous les inspecteurs de chaque township et ville , et le sont
sur les memes bases que celles de I'Etat, a
tant par livre de la valeur estimee.
La taxe des pauvres est rSgiee, dans la
meme assemble , sur le rapport des inspec-
G4 teurs des pauvres nommes par les habitauSj£
mais elle est supporteefpar chaque ville pour
les siens; et I'Etat a , pour empecher l'eta-
blissement des pauvres dans son territoire, ou
leur changement de domicile d'une ville a une
autre , des loix qui ne sont pas exemptes de
tous les vices des loix anglaises sur cet objet,
quoiqu'elles en evitent plusieurs.
II y a peu de pauvres dans I'Etat, a la
ville pres de New-Yorck , qui, comme toutes
les. grandes viltes de tous les pays du monde ,
renferme plus de richesse 5 plus de misere,
et plus de vices, que les villes moins peu-
plees, moins commercantes , et sur-tout que
les campagnes.
Loix civiles.
Les loix pour les intestats , sont dans I'Etat
de New-Yorck les memes que dans tout le
reste de l'Amerique , partageant le bien egale-
ment entre les enfans , et donnant un tiers a
la veuve. Mais la liberte de tester y est aussi,
comme ailleurs , iaissee entiere ; et les mceurs ,
sur-tout dans les grandes villes , et parmi les
gens riches, n'y sont pas a cet egard aussi1
republicaines que la plupart des loi:;.
Leschemins se font et s'entrei'iennent par le' ( io5)'
travail des habitans du township ou ils passentv
Chaque homme est soumis a vingt jours au
plus de travail sur les routes dans l'annee: des
-commissaires sont charges de proportionner
avec jussice le nombre des jours entre ceux
qui doivent y contribuer. Le travail personnel
est rachetable parun demridollar pourchaqu&
jour de travaiEr^L'homme , qui fournit une
voi'ture toute atteiee , est dispense de trois
jours de travail. Les juges de paix sont
les inspecteurs superieurs des chemins , et
prononcent dans les cas de discussion. Les
particuliers , qui font des cherfuxKP a leurs
propres depens , et pour leur usage , peuvent
y mettre des barrieres. Les townships sonfdi-
vises en districts de route , pour.la plus facile
execution de cette loi, faite en 1784. Dans
certains cas , ou d'un avarttagetres-majeur, ou
dedifficultedansletrava.il, ou d'autres1%$F&
Constances , I'Etat donne des encouragemens
pour 1'etablissement des routes. Elles sont,
malgre ces loix, en general assez mauvaises
dans cet Etat.
II n'y a pas , dans I'Etat de New-Yo rck , de
loix contre les banqueroutes ; mais il y en a
une contre les debiteurs insolvables , ce qui est
a peu-pres-'lameme chose.. Cette loi a 6te»mit®
en 1788, eWregu depuis quelques altera$©1&£
i ( io6 )
peu considerables ,  et qui ne changent rien
au fonds.
Tout debiteur est emprisonnable par les
cours de justice , s'il se refuse a payer ses
dettes , ou s'il arrive qu'il n'en ait pas la fa-
culte. Tant qu'il ne satisfait pas ses creancers , il reste' en prison , dont il ne peut
sortir que par la petition >des trois quarts
d'entre eux, faite a la cour de chancellerie,
a la cour supreme , ou a telle autre cour de
I'Etat.
Ceux de ses creanciers , dont les creances
sont assurees par quelque hypotheque, ne
peuvent pas concourir a cette petition , dont
la faculte appartient seulement a ceux qui
n'ont pas de.gage pour leurs dettes. Alors la
cour a laquelle cette petition est faite , peut
prononcer l'eiargissement du prisonnier ; mais
avant de le prononcer, elle doit exiger le
serment du debiteur, qu'il a donne un compte
exact de son bien et de ses dettes , et celui
des creanciers petitionnaires, qu'ils ne recla-
ment que l'exact montant de la dette a laquelle ils ont litre.
Dans la declaration que fait le prisonnier ,
debiteur, de ses biens meubles et immeubles ,
et dans l'abandon qui s'ensuit , sont comprises biens qui doivent lui revenir par heritage i
(107)
direct. Le jugement qui prononce son eiargis-
sement et sa liquidation , degage de toute
poursuite les biens qu'il pourrait acquerir
par la suite autres que ceux d'heritage direct
qu'il a declare.
II y a de grandes reclamations dans I'Etat de
New -Yorck contre cette loi, dont les consequences sont vicieuses. Un honnete debiteur
que ses malheurs ont rendu insolvable , reste
souvent des amuses , quelquefois sa vie entiere en prison ; il n'en sort que par la lassitude qu'ont ses creanciers de payer sa sub-
sistance, et il en sort miserable , tandis que
le debiteur frauduleux donne de faux comptes
de ses biens , cache une partie de sa fortune
disponible , et donne des litres de fausses
creances a des amis qui formant alors les
trois quarts de la totalite des creances sans
hypotheque, presentent, une petition pour son
elargissement, Fobtiennent, et mettent ainsi le
debiteur frauduleux dans la jouissance tran-
quille de la partie de sa fortune dont il a frus-
tre ses creanciers veritables.
La loi prononce bien des punitions d'amen-
des pour ces creanciers supposes , s'ils sont
prouves tels. Mais cette preuve ne s'obtient
jamais, et 1'avantage reste dans cette circons-
tance,  comme malheureusement dans bien ( ioS)
IcTautres encore, au debiteur de mauvaise foi
et fripon , sur le debiteur honnete et mal-
heureux.
On parle beaucoup de la reforme de cette
loi, mais elle existe toujours, et elle est tres-
nuisible au commerce, a la morale, et a la
probite.
Les loix de I'Etat de New-Yorck n'auto-
risent pas les etrangers a y etre proprietaries.
II faut, pour avoir le droit d'aequerir des
biens , etre citoyen de I'Etat, ou citoyen des
Etats-Unis. Cependant, la legislature accorde
sans beaucoup de difficulte,  des   exceptions
cette prohibition generate , et peu de sessions se passent sans que la permission ne
soit accordee a quelqu'etranger de posseder.5
D'ailleurs,  le droit de citoyen s'y acquiert
x crimineU
La jurisprudence criminelle de I'Etat de
New-Yorck etait jusqu'a l'annee derniere la
jurisprudence anglaise dans toute sa rigueur.
L'exemple de la Pensylvanie y a prevalu sur
l'ancien usage, et, dans la derniere session;
la legislature a rapproche son code criminel
de celui si doux et si raisonnable de cet Etat. ( 109 )
Le meurtre commis avec volonte premeditee
et le vol clans les eglises seront desormais les
seuls crimes punis de mort. On voit cepen-
dant avec peine cette seconde disposition , et
que dans un Etat oil les loix prononcent l'ega-
lite dans les cultes religieux , oil chacun a la
liberie de contribuer ou non a l'entretien
d'un culte quelconque, et oil les vols, meme
ceux faits a force armee dans les maisons, ne
sont punis qued emprisonnenient,on ait etabli
cette grande addition de severite contre le
vol dans les eglises. Un reste de prejuge bar-
bare qui prouve 1'influence des pretres , peut
seul avoir range ce vol au rang des meurtres
premedites. Pour peu que la raison eut ete
consultee on n'aurait jamais classe ce delit
que parmi les vols ordinaires des maisons. Et
il est sans doute moins dangereux, sur-tout
dans ses consequences , qu'aucun de ceux
faits dans une maison habitee , d'autant qu'il
n'y a rien a voler dans ces eglises que des
bancs et des livres de prieres. Mais dans
I'Etat de New-Yorck cdmme dans tous les
pays du monde , l'opinion est plus forte
que les loix , il arrivera done que les cou-
pables convaincus de ce genre de vols seront
toujours pardonnes par 1'humanite des jures
qui croiront   devoir  etre  plus justes que la
i
1
m
I lo
( no)
: ce qui rendant celle-ci sans execution <
lui ote le degre de respect dont toute loi
doit toujours etre revetue , et constate ainsi
son imperfection.
Plusieurs autres loix dans I'Etat de New-
Yorck sont dans le meme cas ; par exemple,
celle qui a ete rendue en 1788 , et qui con-
damne a trois schellings d'amende et a deux
heures de pilory tout homme convaincu de
s'etre enivre , et a six schellings celui qui jure;
et celle de la meme date qui defend de voyager le dimanche sous la meme peine de six
schellings ; et celle de 1788 encore , qui
condamne a une amende quintuple de sa
perte toute personne qui dans vingt-quatre
heures aurait perdu au jeu plus de vingt-
cinq  dollars.
Un gouvernement anciennement etabli peut
trouver quelque pretexte pour ne pas revo-
quer de vieilles loix, inexecutees et inexecu-
tables ; mais il nest aucune excuse pour une
legislature d'en faire de nouvelles de cette espece. Trop peu de g^ouvernemens sont encore
persuades que c'est sur le respect le plus ab-
solu pour les loix que repose l'ordre public.
Une seule dont I'inexecution est toleree ,
donne a ce respect des loix une forte at-
teinte , et quand I'inexecution de cette loi (111)
tient a l'impossibilite meme de son execution ,
impossibilrie que les moeurs, les opinions
quelquescirconstances enfin rendent certaine,
ce sont les legislateurs qui sont coupables de
ce que la loi perd de la veneration qui est ne~
cessaire dans un   ordre' social bien etabli.
La nouvelle loi criminelle de I'Etat de
New-Yorck rendue en 1796 , ordonne l'erec-
tion de deux prisons de I'Etat ; une a New-
Yorck , l'autre a Albany , et en prescrit le
regime , qui est dans tous les points le meme
que celui de la prison de Philadelphie. Les
depenses de la construction des prisons et de
leur approvisionnement, doivent etre faites
aux fraix de I'Etat.
Ecoles.
La legislature de I'Etat de • New-YorcK^jf*"
fait aussi en 1795 un pas vers letablissement
des ecoles gratuites dans son territoire ; mais
ce pas est encore peu de chose, et rien n'assure
qu'il la conduise avec certitude a cet etablissement.
Vingt mille pounds ou cinquante mille dollars sont annuellement appliques des fonds de
l'Eiat « pour encourager et entretenir dans les
» differentes villes et townships de I'Etat des mm
( »a)
» ecoles dans lefquelles les enfans seront ins-
33 truits , dans la langue et la grammaire an-
» glaise, dans l'arithmetique , les mathemati-
3> ques et autres branches de connaissances les
» plus necessaires, ou les plus utiles, pour com-
» pletter une bonne -instruction anglaise. »
Chaque comte , selon sa population connue,
regoit une partie de cette somme , et la proportion en a ete reglee par la legislature. Les
inspecteurs de chaque comte subdivisent entre
chaque ville la somme allouee par la legisla-
lature a leur comte. Chaque ville doit ajouter
pour le meme effet, par une imposition etablie
sur elle-meme , la moitie de la somme qu'elle
regoit de I'Etat.
Les maires , aldermen, et municipalites des
villes de New-Yorck, d'Albany et de Hudson
sont les inspecteurs superieurs des ecoles de
leur ville , et peuvent , selon qu'ils le juge-
ront plus a propos , appliquer les sommes al-
louees a leurs ecoles, ou a l'entretien des ecoles
deja etablies , ou a des ecoles de charite , ou
a l'etablissement de nouvelles ecoles. Les
memes gouvoirs sont donnes dans les townships a des inspecteurs superieurs des ecoles
qui sont choisis par les francs-tenanciers.
Deux commissaires par chaque ecole , et
choisis comme les inspecteurs, doivent veiller
a (p)
I la conduite de ces ecoles , a la nomination
des maltres, etc.
Cette somme de vingt mille pounds donnee
annuellement ne l'est que pour cinq ans. L'e-
tablissement d'ecoles gratuites n'est pas prononce dans la loi. L'admission des enfans
negres ou de couleur, meme en cas d'ecoles
de charite, est laissee a la disposition des inspecteurs superieurs.
L'etablissement des ecoles gratuites repan-
dues dans tout I'Etat, bien veritablement desirable , et dont l'avantage est incontestable-
ment prouve par 1'exemple du Massachussetts
et du Connecticut, n'est done pas une consequence necessaire de cette grande donation de la legislature de New-Yorck. Quel-
ques-unes seront etablies ; dans d'autres points
les sommes serviront a l'ameiioration d'ecoles
deja existantes , et dont l'utilite ne sera reelle
que pour la classe la moins mal aisee. Enfin
les enfans des enclaves , meme des noirs fibres
ne seront pas de droit admis a cette education , qui serait pour eux le premier pas certain vers leur solide , vers leur utile emancipation. Cette loi est done loin de reunir tous
les avantages que devraitsepromettre un grand
Etat, qui s'occupe de l'important objet de
l'education de la jeunesse , et qui croit y
Tome VII. H Ill
mam smusmi**?*
( n4 )
devoir faire des sacrifices. Que cette loi est
loin de celle de la Nouvelle-Angleterre sur le
meme objet !
Une autre loi de 1796 , qui comme celle
pour les ecoles tend a faciliter l'instruction
publique, incorpore les societes qui dans les
divers comtes , les differentes villes se reunis-
sent pour etablir des bibliothequesfpubliques.
Cette loi sanctionne de l'approbation de la legislature ces sortes d'etablissemens ( ce qui est
beaucoup pour aider a les multiplier ) mais
elle ne les aide d'aucun denier de I'Etat.
Esclavage.
Quant k l'esclavage , I'Etat de New-Yorck
est un de ceux ou les idees m'ont paru le
moins liberales. II est done naturel que les
loix qui dans tous les pays suiventplus ou moins
l'opinion generate , manquent aussi de libera-
lite a cet egard.
On peut concevoir comment dans les Etats
du Sud le grand nombre des esclaves rend
leur emancipation difficile , et comment cette
difficuke d'emancipation donne pretexted l'opinion de la necessite de loix extremement
severes contre eux. Mais dans I'Etat de New-
Yorck ,  ou sur  une population de plus de ( n5 )
quatre cent mille ames on ne compte pas
vingt mille negres ; il est impossible de com-
prendre quels si grands obstacles l'emancipa-
tion peut rencontrer , et sur quoi 1'on peut
fonder l'opinion qu'il faut pour ce petit nombre
de negres des loix plus soveres que pour les
hommes d'une autre couleur.
Quoiqu'il en soit, une loi qui n'est pas
plus ancienne que 1788 , confirm e l'etat d'es-
clavage pour tout negre, mulatre ou metif
esclave a l'epoque ou elle a ete rendue; declare esclave tout enfant ne ou a, naltre d'une
femme esclave; autorise la vente des esclaves
et les soumet pour les petits crimes , a. un
jugement, que 1'on peut appeler prevotal, des
juges de paix, qui peuvent les condamner a
l'emprisonnement ou aux coups de fouet. Un
article de cette loi les assujettit a ce genre d®
jugement et a cette espece de sentence pour
avoir frappe un blanc, sans faire exception
du cas ou le blanc serait 1'aggresseur. La fa-
veur du jury est cependant accordee a I'es-
clave , si le crime dont il est accuse peut
emporter peine de mort. II est aussi ad mis
en temoignage dans les affaires criminelies
ou d'autres negres sont impliques.
La nouvelle jurisprudence criminelte, fon-
dee sur des principes d'humanite et de jus-
H 2
1
9 ( n6)
lice, ne detruit aucune des dispositions reel-
lement injusles et barbares , contenues dans
cette loi. Cependant, les esclaves sont gene-
ralement traites avec plus de douceur par
leurs maitres dans I'Etat de New-Yorck, et
moins surcharges de travail que dans les Etats
du Midi. Les mceurs prevalent a cet egard
sur la rigidite des loix ; mais les mceurs y
sont aussi, comme dans beaucoup d'autres
Etats de l'Amerique, impregnees d'avidite et
• d'avarice. Cette disposition seule y empeche
l'abolition de l'esclavage. Elle est frequem?
ment proposee dans la legislature , et jusqu'ici
tout moyen, meme preparatoire, y a ete re-
jette. Quoique la proportion des hommes
fibres aux esclaves soit telle que le plus grand
nombre des habitans de I'Etat de New-Yorck
ne possede pas d'esclaves, le petit nombre de
ceux qui en possedent sont les plus riches ,
les plus grands proprietaries ; et, dans I'Etat
de New - Yorck comme ailleurs , ils ont la
principale influence.
Le respect du k la propriete, est l'arme
avec laquelle on combat toute proposition
qui tient a Faffranchissement. J'ai entendu
un des hommes de loi les plus edaries , et
dont a tout autre egard les opinions sont liberates , soutenir que tc ce serait attenter a ( n7 )
3) la propriete que de declarer fibres meme
33 les enfans a naitre des femmes esclaves ,
33 parce que, disait-il, les maltres qui ont
33 achete ou herite des esclaves , les possedent
33 dans la confiance que leur issue sera leur
33 propriete utile et disponible 33.
Ainsi , quand on dit en Virginie « qu'on ne
33 peut y changer le sort de l'esclavage qu-'en
33 exportant a-la-fois tous les negres de I'Etat;
on dit a New-Yorck « qu'on ne peut y pen-
33 ser a, abolir l'esclavage , ni rien faire de pre-
33 paratoire a cette intention, sans payer a
33 chaque possesseur d'esclaves le prix actuel
33 de la valeur de ses negres jeunes et vieux,
33 et le prix estime de leur descendance,sup-
33 pOsee 33, C'est sans doute opposer a l'abolition de l'esclavage tous les obstacles ima-
ginabtes , c'est se montrer bien ennemi de.
cette abolition.
Cependantl'obstacle present^ par les citoyens
de New-Yorck^, est moins. difficile a vaincre.
En admettant le principe de la necessite d'un
dedommagement donne aux maitres pour les.:
negres a affranchir , et en evaluant chaque
negre a cent trente dollars , la somme totale
ne serait que de trois millions de dollars.
Ce prix serait encore susceptible de reduction,  par le puissant motif .d'interet et d'hon-;
H 3 ( nS )'
neur public auquel chaque  membre de la
societe doit faire des sacrifices.
La question de la propriete des enfans a
naltre ne tiendrait pas a un quart-d'heure de
discussion , si elle etait agitee devant la legislature; enfin cet affranchissement qui ne
devrait etre fait que par degres, couterait a
I'Etat des sacrifices moins grands encore, et
dont la succession les rendrait presqu'imper-
ceptibles aux finances de I'Etat, qui ne pour-
raient d'ailleurs avoir un plus saint emploi.
A New-Yorck comme ailleurs, Faffranchis-
sement des negres doit avoir pour but le
bonheur de I'Etat, son bon ordre, le bonheur
meme des negres qu'on veut affranchir. Un
affranchissement trop prompt, trop subite-
ment gen ral, manquerait ces differens buts
de premiere necessite. Je ne repeterai pas ici
ce que j'ai dit ailleurs a cet egard , et ce que
tant d'autres ont dit avant moi. La depense
pour I'Etat serait done reduite a de bien petites sommes , en les comparant avec l'uti-
lite et le devoir de cette operation. Mais tant
que I'Etat de New-Yorck , entoure des exempted du Connecticut, du Massachusetts et de
Pensylvanie , ne fait rien qui conduise a cette
liberation, tant qu'il semble approuver par le
silence ou les refus de sa legislature, la per* ( H9)
manence de l'esclavage , il laisse sa constitution et ses loix fietries d'une tache que 1'on
peut, sans exageration , dire deshonorante,
puisqu'elle ne peut etre excusee , ni palliee,
par aucune des circonstances ou se trouve
cet Etat.
L'importation dans I'Etat de New - Yorck
d'esclaves etrangers est prohibee par la meme
loi qui confirme l'esclavage de ceux qui y exis-
taient a l'epoque ou elle a ete rendue ; ainsi
cette disposition de la loi , et la maniere
douce dont sont traites les esclaves en general, confirment dans Fopinion que l'interet
pecuniaire , plus qu'une veritable approbation de l'esclavage empeche la legislature de
New-Yorck, de proceder a cet egard avec la
justice et les lumieres qui dirigent generale-
ment ses deliberations.
Milices.
Une loi de 1793 (en consequence delaloi des
Etats-Unis sur les milices) regie la formation et
l'administration de la milice de I'Etat de New-
Yorck. Elle est distribuee en quatre divisions,
une pour chacun des quatre grands districts de
I'Etat. Chacune de ces divisions est comman-
dee par un major general, et sous-divisee en
■H 4
"1
1
1 !
(   120   )
differentes brigades; chaque brigade en differens regimens , chaque regiment en compagnies. Le nombre de ces corps est laisse a la
decision du commandant en chef (le gouverneur de I'Etat), qui doit se guider a cet egard
sur la population des differens districts et
comtes. Une compagnie d'artillerie et une de
cavalerie , doivent etre attachees a chaque
brigade.
Les milices doivent s'assembler trois fois
l'annee; deux fois par compagnie , une fois
par regiment. Les compagnies d'artillerie-'et
de cavalerie doivent se reunir d'apres l'ordre
dn major general de division.
Les cours martiales pour juger les debts militaires sont ordonnees par le gouverneur, par
les officiers-generaux, par les majors-generaux
de division , par les officiers de l'etat-major des regimens , etc. , selon le grade de
1'accuse. L'amende est la punition la plus
commune pour les fautes de devoir. Elle ne
doit pas etre au dessous de vingt-cinq dollars
pour une premiere faute , ni de cent vingt-
cinq pour les recidives. La perte de i'emploi
est la plus grande peine qu'une cour martiale
puisse infliger a un officier. Dans ce cas la
sentence ne peut etre ordonnee sans Fappro-
bation speciale du commandant en chef. V    (   1*1   )
Dans les cas d'amende la sentence doit etre
approuvee par les commandans de divi ion ou
de brigade , selon le rang de l'officier con-
damne , ou meme du commandant en chef,
si le condamne etait un commandant de division. Les sous-officiers et soldats sont con-
damnes a Famende par un conseil d'officiers
de leur regiment ou brigade. Ces amendes
sont employees aux depenses generates du regiment , comme achats de drapeaux , de tambours , d'armes dans des cas de necessity
etc. , La loi de I'Etat exempte de la milice ( independamment des personnes exefnm^
tees par la loi generate des Etats-Unis ), le
gouverneur de I'Etat, les membres de la legislature et les officiers qui y sont employes
subalternement, lechancelier , tous les juges,
le secretaire , le tresorier , Fauditeur et Fattor-
ney general de I'Etat , Farpenteur en chef ,
tous les officiers intferieurs de justice , y com-
pris les geoliers, deux bateliers pour chaque
bateau de passage ou les routes traversent les
rivieres , tous les ministres de l'evangile , les
medecins et chirurgiens , excepte le cas ou
leurs services dans leur profession seraient
necessaires,, les professeurs et etudians., les
maitres d'eeole engages dans leur profession
pour trois mois au moins, les hommes em- (   122  )
ployes au service de la poste aux lettres , tm
homme par chaque moulin a bled en activite ,
tous les pompiers appartenant aux compagnies etablies ou a etablir pour les incendies,
les ouvriers employes dans les forges, manufactures de glace et de verre. Tout autre habitant male et fibre depuis l'age de dix-huit ans
jusqu'a celui de quarante-cinq est sujet aux devoirs de la milice, aux quakers pres, qui
pour s'en racheter doivent payer trois dollars par an. Le gouverneur toujours comme
commandant en chef , a le droit de faire assembler les milices dans le cas d'une invasion , ou de toute autre circonstance immi-
Uente dans un Etat voisin.
Finances.
L'Etat de New-Yorck est riche. Son revenu
annuel qui resulte des interets des sommes
placees la plupart dans les banques de I'Etat,
et dans celle des Etats-Unis, est de deux cent
trente-quatre mille deux cent dix-huit dollars.
II n'a, comme je l'ai deja dit, ete impose au-
cune taxe generate pour I'Etat depuis l'annee
1788,
Les depenses annuelles pour le payement
de la liste civile sont d'environ soixante-quinze. (    123)
mille dollars, et celles faites sur le tresor public, en dons pour Funiversite , le college,
les ecoles, Fhopital, et les accidens surpassent
cette somme.
La partie de dette qui reste a I'Etat est de
deux cent vingt-cinq mille dollars, la plus
grande partie de cette dette est en billets de
credit faits dans le tems de la guerre.
Dans cette dette n'est pas comprise la reclamation des Etats-Unis , reglee a deux millions
soixante-quatorze mille huit cent quarante-six
dollars , en vertu du travail des commissaires
nommes pour regler les comptes , il parait
que I'Etat de New-Yorck est encore moins
dispose a payer que les autres Etats debiteurs.
Commerce.
New-Yorck est de toutes les villes du continent celle appetee par sa position , a la plus
grande destinee ; elle est le seul port de I'Etat , Fun des plus grands et des plus fiorissans
de l'Amerique.
La riviere du Nord lui amene les produits
de tout cet etat, tant directement, que par les
rivieres qui s'y jettent, ou par les eaux qui
en approchent assez pour que le portage n'en
soit pas difficile. La legislature s'occupe d'ail- If
( 124 )
leurs sans relache du perfectionnement de la
navigation interieure ,  qui   doit etablir une
communication facile entre le lac Ontario et
le port de New-Yorck.
Un autre canal projette joihdra les eaux du
lac Champlain avec celles de la riviere du
Nord, et les productions du Bas-Canada arri-
veront ainsi directement a New-Yorck. La
longueur du canal ne sera que de dix-huit
miiles ; il aboutjt a South-hay, qui communique avec le lac Champlain.
La belle riviere du Nord amene encore a
New-Yorck tous les produits de;la partie du
Massachusetts situee a FOuest des Green-
mountains , et ceux de la partie de I'Etat de
Vermont, qui ont la meme situation.
L'imp'ossibilite. Ou se trouve le Connecticut
d'etendre son commerce par le manque de
capitaux suffisans, et de ports profonds, aug-
mente de tous les besoins de cet Etat le commerce de New-Yorck , qui Fest aussi ete la
plus grande partie de l'exportation des den-'
rees du New-Jersey, et des importations qui
lui sont necessaires , parce que cet Etat ne
fait, comme on Fa >vu, presqjt'jaucun commerce direct par son.beau port d'Amboy.
D'ailleurs, aucun Etat n'est dans- un plus vif
accroissement   que  celui   de  New-Yorck. (125)
Toutes ses nouvelles terres a l'Ouest d'Albany
le long et sur le derrtere de la riviere des
Mohawks, qui n'etaient pas habitues ancien-
nement, se peuplent rapidement. Le pays immense qui depuis la source de la riviere des
Mohawks, et en suivant le Wood-creek, s'e-
tend jusqu'au fleuve Saint - Laurent, et jusqu'au lac Ontario , vendu depuis plus ou
moins long-tems a des compagnies pour speculation , commence a. se distribuer et a se
defricher. Celui plus considerable encore ,
qui va au Sud du lac Oneyda, jusqu'aux li*
mites de la Pensylvanie , a beaucoup d'eta-
blissemens encore plus avances. LeGenessee,
qui etait presqu'un desert il n'y a que quatre
ans se peuple avec une promptitude qui sur-
passe tout ce qu'on en avait pu esperer; et
dans tous les vastes terreins qu'embrassent
les limites de I'Etat de New-Yorck, la seule
partie contenue entre la riviere de Genessee
et celle de Niagara, est jusqu'a present sans
habitation, parce que ce n'est que dans le mois
dernier que les Indiens qui en etaient pos-
sesseurs , ont consenti a sen desaisir en ne se
reservant la propriete que d'une petite par-
tie , qu'il s encorebientot obliges de ceder aux
speculateurs.
Ces terres seront promptement habitees; elles
1 (   126)
sont bonnes, beaucoup d'entr'elles sont de la
premiere qualite; et les flats de la Genessee,
dont j'ai parte dans mon voyage de l'annee
i7g5, egalent au moins les German-flats , le
long de la riviere des Mohawks, qui jusqu'ici
passent pour les plus riches terres de l'Amerique. Tout se pays se peuplera, comme Fest
deja le Genessee, d'habitans de la Nouvelle-
Angleterre, le plus industrieux, le plus actif,
le plus entreprenant peuple des Etats-Unis ;
et si, comme il y a lieu de l'esperer, les dif-
ficultes de la navigation de la riviere Oswego,
celle du Wood-creek sont detruites; si les
canaux projettes et deja en partie commences,
qui doivent unir les eaux du Wood-creek et
ceux de la riviere des Mohawks s'achevent; si
le canal qui doit rendre navigable la riviere
des Mohawks jusqu'a Albany se fait enfin ; si
le banc de sable, qui dans la riviere du Nord
a six miiles au-dessous de cette ville, et au
milieu des lies appetees Overslangh , em-
peche les gros batimens de monter jusqu'a
Albany, disparalt, comme on en croit l'en-
treprise possible, une grande partie du commerce des fourrures se fera par New-Yorck.
Deja cette annee , un ou deux petits
sloops ont fait cette navigation depuis Niagara. Mais ce qui n'a ete pour eux qu'un tour (   227   )
de force, sera sans aucun doute dans un court
espace de tems , rendu facile a des batimens
plus considerables, et donnera sur tout I'Etat
de New-Yorck, mais plus particulterement a
la capitate de cet Etat , un grand moyen de
prosperite^i
Le commerce fait par le port de New-Yorck,
est, apres celui fait par Philadelphie, le plus
considerable de tous les ports des Etats-Unis.
Les valeurs de ses exportations ont ete en
1791 , de 2,4gi,o54 dollars ; en 1792, de
2,528,095 ; en 1793, de 2,918,203 ; en 1794,
de 5,435,420 ; en 1795, de 10,300,642 ; en
1796, de 12,288,027 dollars.
Les etemens dece commerce sont les memes
que dans les autres grands ports des Etats-
Unis , et comme dans tous les autres, la reexportation des produits des Antilles composent
la grande augmentation de ces exportations;
ou le grand accroissement des prix dans les
denrees joue un role comme ailleurs. Je n'ai
pu me procurer sur le detail de ces exportations , sur les importations, et sur le tonnage
de ce port interessant, les memes informations que j'avais obtenu de plusieurs autres;
parce qu'ayant demande au secretaire de la
tresorerie ( M. PVolcott) une lettre pour le
coliecteur de la douane, de la complaisance
1
1 ( 128)
de qui je pouvais seulement les solliciter, il
m'a repondu que la situation politique actuelle
des Etats-Unis avec la France, rendait cette
complaisance impossible envers un Frangais ;
et quoique j'aye vu dans cette reponse plu-
tot la disposition personnelle du secretaire de
la tresorerie, que la distinction habile faite
par un homme d'Etat, des seCrets politiques
dont le mystere pourrait etre juge necessaire
envers celui qu'on aurait meme raison de
croire un ennemi , il a fallu me soumettre
aux consequences de cette reponse austere.
Elles n'ont porte que sur le commerce de
New - Yorck , car les amtees precedentes ,
les considerations politiques n'avaieht pas
rendu impossible a M. Wolcott de m'accor-
der cette faveur, dont il est aise d'ailleurs de
se passer en Amerique, ou tous les details
sont rendus publics l'annee suivante. La valeur
des exportations de I'Etat de New-Yorck ,
etait pour l'annee 1788, de un million neuf
cent vingt-cinq mille dollars.
Les potasses fournissent a' Fexportation du I
port de New-Yorck plus qu'ii celui d'aucun
autre des Etats-Unis. Elles y sont, comme
dans tous les autres Etats, soumises a Fins-
pection, et ont cela de particulier a toutes
les autres marchandises, qu'elles ne se vendent (129)
dent dans le commerce qu'au comptant. Tous
les autres produits sounds a Finspection dans
les divers ports des Etats-Unis , le sont aussi
a New-Yorck. L'inspection des farines, plus
severe que dans les Etats du Sud, passe ce-
pendant pour l'etre moins qu a Philadelphie.
Ville de New - Yorck.
New-Yorck est apres Philadelphie , la plus
grande et la plus belle ville des Etats -Unis.
Ces deux villes sont d'ailleurs dans une riva-
lite assez active sur presque tous les points.
Philadelphie conserve jusqu'ici Favantage;
mais la belle position de New-Yorck lui donne
l'espoir de le regagner a sou tour dans un
espace de terns plus ou moins long.
On estime que cette ville est aujourd'hui
peuptee de plus de cinquante mille habitans;
on compte quatre cent cinquante nouvelles
maisons , baties cette annee dans son enceinte. Elle s'augmente , elle s'embelfit avec
une rapidite inouie , due sans doute en
tres-grande partie au profit immense que les
circonstances aetuelles de l'Europe ont fait
faire a son commerce depuis deux ou trois
ans. Mais si, comme il est certain , la paix
diminue les profits exageres , l'augmentation
Tome VII. I II
( i3o)
des defrichemens et des habitations dans tous
ces vastes territoires dont les produits trouve-
ront mediatement ou immediatement leurs
debouches par la riviere du Nord, assurera un
fondement solide et independant de toute
circonstance etrangere , a la prosperite crois-
sante du commerce de New - Yorck. A tous
ces avantages , la ville de New-Yorck joint
encore celui d'etre , apres Boston, le port
de toute l'Amerique le plus avance a FEst ,
d'etre le plus voisin de la mer, et de n'avoir
jamais son entree fermee par la glace, quoique 1'on ait vu quelquefois la partie de sa
baie, formee par Fembouchure de la riviere
du Nord et les eaux de la mer qui s'y joi-
gnent, assez gelees pour laisser sur la glace
la communication facile entre la ville et les
lies dries Governor's et Staten - islands.
New-Yorck est bati a Fextremite de File
Manhattan, aujourd'hui generalement con-
nue sous le nom de File de New-Yorck. Cette
iie , longue de quinze miiles, large de trois
au point oil elle Fest le plus , est formee par
la riviere du Nord, et par la riviere de l'Est,
improprement ainsi nominee , puisque ses
eaux ne sont qu'un bras de la mer , qui se-
pare File - Longue de File de New-Yorck et du
continent. Les premieres maisons de New- ( i3i )
Yorck , alors New-Amsterdam , furent baties
en 1614 par les Hollandais ; les Anglais sen
ernparerent en 1684 5 et depuis Font conser-
vee jusqu'a 1783. C'est ia derniere ville du
continent qu'ils ont abandonee.
Lorsqu'en 1775, les troupes americaines
l'evacuerent, la plus belle partie de la ville,
et la plus voisine du fort, fut brutee; les Arrie-
ricains disent qu'elle le fut par les Anglais,
et les Anglais disent que c'est par les Ante- •
ricains.
Cette partie de la ville a ete' rebatie depuis
la paix, et elle est une des plus belles. La ville
ancienne avait ete construite sans plan regu-
lier; ainsi , au quartier pres, que Fincendie a
oblige de rebatir, toutes les rues sont petites ,
et crochues ; les trottoirs tres-etroits , et
qui ne se trouvent meme pas dans toutes,
sont retrecis encore par des portes de caves,
et des perrons de maisons , qui en occupent
la plus grande partie , et en rendent l'usage
tres-incommode pour-les promeneurs. Quelques belles maisons de briques se trouvent
da us ces rues etroites ; mais un plus grand
nombre de vilaines , baties en bois , et toutes
ou en partie, petites, basses, beaucoup d'en-
tr'eltes portaut encore Fempreinte du gout
hollandais. La partie nouveiie , batie pres d©
I a (   l32   )
la  riviere  du Nord, et parallelement a son
cours, est infiniment plus belle ; les'rues sont
generalement droites , larges , s'entrecoupant
a angles droits,  et  les maisons y sont beaucoup mieux baties. 11 n'est peut-etre pas dans
aucune ville du monde une plus belie rue que
Broadway ;   sa   longueur  est de   pres  d'un
mille , et doit etre encore prolongee ; sa lar-
geur est de plus de cent pieds,  et la meme
par-tout. Le plus grand nombre de maisons y
sont en briques , et beaucoup  extremement
belles ; Fetevation de sa position, sa situation
pr6s de la riviere du Nord , et la beaute de ses
dimensions  en rend  1'habitation  recherchee
par les habitans les plus riches. Broadway est
terminee, a une de ses extremites , par une
jolie place , en arrtere de laquelle est la maison du gouverneur de I'Etat, batie d'un assez
bon gout d'architecture, au lieu ouetaitle fort
avant la revolution. La destruction de ce fort a
laisse aussi , depuis la maison du gouverneur
jusqu'a la riviere , un vaste espace , qui sert de.
promenade publique , et qui , en terrasse sur la
riviere du Nord et en retour sur celle de l'Est
vis-a-vis Long-island ,a vue jusqnes sur les rear*
rows, qui forment du cote la mer Fentr^e de la
rade. Ainsi, de cette promenade , Fceilembrasse
a la fois tous les debouches de ce grand port, X i35)
et volt arriver et sortir tous les alimens de
son commerce interieur et etranger. Cette
promenade, connue sous le nom de la batte-
rie , pourrait, sans doute , etre plus soigueu-
sement entretenue , et rendue plus agreable ,
pour l'usage auquel elle est destinee., par la
plantation de quelques arbres , etc.; mais telle
qu'elle est, sa position la met au-dessus de
toute comparaison avec quelque promenade
que ce soit.
Les fortifications faites a File du gouverneur pour defendre Fentree du port sont par-
tie en briques , partie en terre; elles sont en
quelque etat de defense. Les ouvrages ont ete
commences sur un tres-bon plan , il y a trois
ans , par M. Vincent, ingenieur frangais ; et
quatrevingt mille dollars accordes par le con-
gres k prendre sur la dette de I'Etat de New.
Yorck, vont encore y etre depenses; il en
faudrait beaucoup plus pour rendre ces ouvrages ce qu'ils devraient etre ; et il faudrait
les depenser avec ordre et suite. Mais il en
est rarement ainsi des ouvrages de ce genre ,
faits dans les Etats-Unis. D'ailteurs, il me
semble evident que la fortification des hauteurs de Long-island defendrait seule le port
de New - Yorck d'une maniere efficace , ou
serait au moins une addition indispensable 4
I 3 ( i34 )
sa surete, puisque rien n'empeche Fennemi
de debarquer sur quelques points de la cote
etentlue de cette ile, et que, maitre de
ses hauteurs , il le serait de New - Yorck,
qu'il pourrait facilement detruire , par son
artillerie.
New-Yorck a ete , jusqu'a 1'anne.e derniere,
le siege de la legislature de I'Etat, qui a ,
depuis cette epoque, e,te transfer a Albany.
Le bailment oil la legislature tenait ses seances , et qui contient aussi les salles , ou se
rend la justice , est un des plus beaux de la
ville, ou au moins des plus spacieux. Il est
neanmoins fort au-dessous de ce qu'en disent
tous les gazetiers des Etats-Unis.
D'x-neuf edifices y sont destines au culte
des differentes religions; celui de la Trinite et
celui de Saint-Paul, sont les plus vastes, et les
plus elegans dans la construction , sur-tout de
leurs clochers. L'eglise Saint-Paul est l'eglise
episcopate. L'eveque, les ministres et le rec-
teur sont payes des revenus qui appartiennent
a cette eglise, laquelle, d'ailleurs, les augmente
comme routes les autres dans les villes d'Amerique , par la location de ses bancs. C'est
contre un des raurs exterieurs de l'eglise Saint-
Paul , quest dresse le monument eieve par
crdre du congres a la memoire du  general ( i35 )
Montgommery , tue, en 1775 , au siege de
Quebec.
II y a trois marches a New-Yorck ; mais
tous les trois petits , etroits , fort inferieurs
a ceux de Philadelphiet tant pour leur dimension , que pour la proprete , et le bon ordre.
Ils sont approvisionnes par le Jersey, et dans
une beaucoup plus grande proportion par
Long-island. Le voisinage de la mer y rend le
marche de poissons mieux fourni que celui de
Philadelphie. Tout le grand commerce se fa-it
sur la riviere d'Est, oil arrivent aussi tous les
batimens du Connecticut. Ceux seulement de
la riviere du Nord abordent aux quais de la
ville batie du c6te de cette riviere.
L'eau est generalement mauvaise dans la
ville de New-Yorck, quoique dans quelques
quartiers elle le soit moins que dans d'autres.
Une pompe, placee a l'extremite de la ville,
fournit d'eau toutes les families qui ne veutent
pas se contenter de celle des puits ou des
pompes ordinaires. La source , dont cette
pompe tire l'eau , est la propriete d'un habitant qui la loue douze cents dollars a un entrepreneur , lequel la distribue dans la ville ;
on dit qu'il en debite par jour de quinze a vingt
mille gallons, et quelquefois da vantage. Cette
14
1
If ff
(i36)
eau est connue dans la ville sous le nom d'eau
pour le the , tea-water.
Mais c'est assez parler de cette ville ; tous
les comptes que je pourrais en rendre , n'e-
galeraient jamais les descriptions que 1'on
trouve dans la plupart des almanachs d'Amerique. Je me bornerai a dire quelques mots de
ses etablissemens publics.
Hdpitaux et secours publics.
Un h6pital , qui peut contenir cent cinquante malades, est entretenu a New-Yorck,
aux depens de I'Etat.
Cet hopital regoit tous les pauvres malades
habitans de New-Yorck, ou meme etrangers.
Un billet d'entree, signe d'un directeur , est la
seule formalite qu'on exige , et il semble j*ar
le nombre des malades , qui , commun^ment,
ne s'eteve pas au-dessus de soixante, qu'il n'y
a pas d'abus dans cette facilite d'admission.
Les malades, en etat de fournir a leurs
depenses , payent a Fetablissement deux dollars et demi par semaine.
Un medecin experimente visite reguliere-
ment une fois par jour les malades; un jeune
medecin, et un apothicaire, resident dans la ( i37 )
maison. Les etudians , qui suivent les visites
du medecin, payent, commea Philadelphie ,
une tegere somme employt'e a la formation
d'une bibliotheque. Il semble que les soins y
sont plus attentivement donnas aux malades
qu'a Philadelphie , au moins plus utilement
pour Finsiruction des eleves, et pour celle
meme du medecin. On fait un journal tres-
exact de toutes les maladies qui s'y presen-
tent, de leur traitement, de Feffet des. re-
mectes, des divers accidens , etc.
En tout, cet hopital parait etre bien tenu.
Cependant, les malades attaques de maladies
differentes ne sont point assez separes , ce qui
est principalement du au petit nombre de
malades. L'hopital avait ete brute dans le tems
de la guerre ; il a ete ctepuis rebati, partie
par souscription, partie sur des fonds de I'Etat; il est aujourd'hui soutenu par I'Etat seal,
qui Fa dote de douze. mille cinq cents dollars ,
payes annuellemenr par le tresorier. Les di-
recteurs sollicitent une augmentation a cette
somme , que les accroissemens etles ameliorations a faire, tant aux batimens , qu'au terrein environnant, rendent necessaire. Us Fob-
tiendront de la sage generosite de la legislature , qui ne se refuse a aucune des depenses
utiles et bienfaisantes ,  mais qui quelquefois
I (n)
pourrait les employer avec plus d'utilite et de
prevoyance encore qu'elle ne le fait.
La maison des pauvres est aux fraix de la
ville , soutenue par la taxe des pauvres, et
sous la direction des inspecteurs des pauvres.
Le nombre ordinaire de ceux qui habitent
cette maison est de six a huit cents. Il y en
a six cents autres qui regoivent dans Fhiver
. des secours a domicile. Cette maison batie
l'annee derniere a coute vingt-cinq mille pounds
ou cent trente mille dollars ; elle est tenue
dans une grande proprete ; les pauvres y sont
bien nourris, le plus grand nombre est in-
firme , caduc ou enfant. Aussi le travail ne-
cessaire a la cuisine , au blanchissage , a la
couture , et au jardin de la maison , est le
seul qu'on en puisse obtenir.
On calcule la depense de chaque pauvre ,
annuellement a quarante pounds ou cent
cinq dollars. La taxe annuelle des pauvres
s'eieve dans New-Yorck a trente mille dollars ; elle est dans la proportion du tiers de
la taxe totale levee sur la ville dans les annees
ou il n'y a pas de depenses extraordinaires.
Si une maison des pauvres peut etre bien place e , c'est dans une grande ville sans doute ;
mais suivant mon opinion , elle est rarement
un bon etablissement en politique,ni pour Fhu- ( i3g )
manite; et de Faveu des inspecteurs, la maison
des pauvres de New-Yorck cree des pauvres.
On s'^tonne de ne voir encore etablies en
aucun lieu des Etats-Unis des caisses d'eco-
nomie , ou la classe laborieuse plagant quelques tegeres epargnes annuelles , trouverait a
un age avance des rentes quelle ne devrait
qu'a sa propre economie , qui la soustrairaient
a Fespece de honte qu'accompagne toujours
la charite publique , et dont l'effet serait aussi
utile pour la moralite du peuple que pour les
finances de I'Etat, qui encouragerait de tels
etablissemens, et pour saveritable prosperrie.
Une societe nombreuse pourvoit aussi par
souscription au secours des pauvres malades. Cette societe est la city-dispensary ,
qui peut se traduire par lieu oil 1'on distribue
des medecines. Un medecin, un chirurgien
et un apothicaire pay6s par la societe , doivent
donner leur conseil aux malades qui se presen-
tent , et qui leur sont envoyes par un des
membres de la societe. En cas d'urgence , ils
doivent les visiter chez eux , et doivent aussi
les inoculer s'ils le desirent. Chaque membre
de la societe paye cinq dollars par an , et a
ainsi le droit d'avoir toujours deux malades
sur la liste du dispensary. II peut en presenter un plus grand nombre en pay ant pour ( i4o)
chacun deux dollars et demi. Un souscrip-
teur qui paye cinquante dollars est membre
a vie, et a droit de tenir toujours deux malades sur cette liste. Cette societe secourt annuellement de sept a huit cents malades. C'est
un genre d'etablissement commun a presque
toutes les grandes villes des Etats-Unis , et il
peut etre regarde comme tres-utile..
Les prisonniers pour dettes sont nombreux
k New-Yorck, comme dans toutes les autres
grandes villes de commerce du continent.
Une society d'hommes charitables pourvoit
par une souscription volontaire aux besoins
des debiteurs qui n'ont aucune ressource pour
se procurer des vetemens , des couvertures ,
ety pourvoit complettement. Les jurys appetes
aux cours de justice , et a qui la loi accorde
un schelling par jour, pendant qu'ils sont
employes , abandonnent meme generalement
ce petit salaire a cette intention. Les secours
ainsi accordes aux pauvres prisonniers , ne
s'elevent pas au-dessus de cinq a six cents
dollars.
Plusieurs autres societes bienfaisantes sont
etabliesa New-Yorck, elles contribuenttoutes
a secourir des malheureux, des malades , etc.,
de differentes classes. Chacune a ses regleinens
particuliers. ( pi )
C'est ici le lieu de parler des secours qui
ont ete donnes par I'Etat et la ville de New-
Yorck aux malheureux colons echappes de
Saint-Domingue , secours qui continuent encore depuis 1793 qu'ils ont commence.
Des Finstant de leur arrive a New-Yorck,
une souscription y a promptement fourni pour
leur secours une somme de onze mille six
cent vingt - quatre dollars , et depuis cette
epoque, onze mille deux cent cinquante autres
dollars ont ete accordes par la legislature de
I'Etat pour les colons emigrans. New-Yorck
a eu aussi a distribuer dix-sept cent cinquante
dollars pour la part qui revenait a cet Etat
des quinze mille dollars votes en 1794 Par le
congres a la meme intention ; c'est done une
somme de vingt quatre mille six cent vingt-
quatre dollars , ou cent trente-deux mille neuf
cent soixante - dix livres tournois que les
infortunes colons de Saint-Domingue ont regu
de FEtat de New-Yorck. L'esprit de bienfai-
sance qui avait fait souscrire a ces sommes,
et les voter, a preside a leur distribution.
Des maisons ont ete louees pour recueillir
dans les premiers momens les arrivans les plus
denu6s de fessources ; la ils etaient nourris,
vetus, chauffes ; les moins necessiteux rece-
vaient une petite pension par semaine depuis
I
1 (g)
six jusqu'a douze dollars , selon le nombre
d'enfans ou la famille dont ils etaient charges.
Peu a peu les secours sont devenus moins
necessaries; la France a pourvu au soatien
d'un grand nombre de families; beaucoup
d'autres sont successivement rentrees dans les
Colonies ou passe'es en France; mais jamais
la bienveillance de I'Etat de New-Yorck n'a
cesse de s'exercer , et aujourd'hui encore les
Fonds sont faits pour preserver les families
frangaises qui restent dans la ville et qui sont
sans ressources , de Findigence et de la ri-
| gueur du froid pour l'hiver prochain ; les dis-
tributeurs de ces secours ont ete Lawrence
Emery et Richard Carasner, Fun et 1'autre
quakers , qui meritent des eloges particuliers ,
et une particuhere reconnaissance de tout
Frangais , pour la bonte , la justice , les soins
bienveillans et constans avec lesquefi ils ont
rempli cette honorable fonction. Richard Ca-
roener est aujourd'hui le seul agent , Lawrence Emery etant mort depuis deux an-
nees.
Banques.
Deux banques sont etablies a New-Yorck ,
l'une est une branche de la banque des Etats- ( i43 )
Unis; et est conduite par le meme regime et
par les memes reglemens que les autres branches
de cette banque ; l'autre est la banque connue
sous le nom de banque de New-Yorck. Cette
banque a ete incorporee en 1791 ; son capital
est de neuf cent cinquante mille dollars en
dix-neuf cents actions de cinq cents dollars
chaque. Les reglemens et la nature des affaires qu'elle fait sont semblables a celles des
autres banques etablies dans les Etats-Unis, et
particulierement a celles de Pensylvanie. Elle
est dans sa gestion et dans toutes ses transactions
absolument independante de I'Etat, qui peut
par une loi particuliere acheter jusqu'a cent
actions , sans avoir plus de droit aux deliberations que celui de la proportion de ses actions comme tout autre actionnaire. Cette
banque merite et obtient la confiance gene-
rale. Les dividendes sont d'environ neuf pour
cent par an. Le prix des actions est aujourd'hui
de vingt-cinq pour cent au-dessus de leur prix
originaire.
Prisons.
J'ai dit que la jurisprudence criminelle etait
reformee dans I'Etat de New-Yorck, et ren-
due , au vol des eglises pr6s , entierement
semblable a celle de Pensylvanie; le regime ( i44 )
des prisons etait le ressort essentiel de cette
nouvelle jurisprudence. La legislature de New-
Yorck a du s'occuper du local de ces prisons ;
et c'est ce qu'elle a fait en ordonnant la construction k New-Yorck d'une prison pour les
convicts de FEtat; car depuis que la loi est
rendue elle a ordonne que la construction de
la prison d'Albanv soit differee.
La prison de New-Yorck est presqu'entie-
rement batie, et elle Fest sur le plan le plus
complet. Son enceinte embrasse quatre acres;
rien n'y manquera pour la slirete, Fetendue,
le bon air, la division parmi les classes des
prisonniers , la facilite de surveillance , enfin
pour aucune des .conditions necessaires a
cette espece d'etablissement. Ce sera sans
doute un des edifices les plus parfaits en ce
genre. On aura quelqu'idee de la generosite
avec laquelle la legislature de New-Yorck sait
fournir aux depenses d'utilhe publique, quand
on saura que cette prison coutera plus de neuf
cent mille dollars. Elle ne sera entierement
achevee que l'annee prochaine , mais des cette
annee le corps de logis principal le sera, et les
convicts y seront transferes dans un mois.
Cette prison n'est destinee qu'a recevojr des
prisonniers de cette espece; ceux pour dettes,
et pour fait de police auront leurs prisons particulieres ; ( i45)
ticulieres ; il aurait ere a desirer qu'elle eut nu
etre batie dans Fenceinte de la ville, dont elle
est distante d'un demi mille. Elle aurait ete
ainsi plus a Fabri du danger d'etre forcee par
un parti exterieur, qui aurait Fintention d'en-
lever un prisonnier. Mais la ville de New-
Yorck s'etend assez rapidement de ce cote ,
pour qu'il soit a presumer que dans peu d'an-
nees la prison ne se trouvera plus isolee ; et
a present meme, elte^'en est pas assez eioi-
gnee pour n'en pas recevoir des secours si
elle en avait besoin. L'administration inte-
rieure de la prison sera conduite comme celle
de Philadelphie, par des inspecteurs dont le
plus grand nombre est quaker. Un d'eux,
Thomas Eddy, dont la philantropie, la vertu,
le zele, meritentegalement Festime publique ,
ne laissera cet etablissement inferieur en aucun
point a celui de Pensylvanie. C'est un de ces
hommes excellens, pour qui le premier inte-
ret est le bien qu'ils peuvent faire aux autres.
En lui donnant ce juste eloge , je ne pretends
pas diminuer le merite de ses cooperateurs,
qu'il assure etre animes-'des memes sentimens-
que lui. Mais le hasard ne m'a pas mis a por-
tee de les connaltre ; et je ne puis parler que
de ceux que je connais.
Les convicts sont aujourd'hui  tenus  dans
Tome  VII, K. mm
( i/,6 )
une prison ordinaire, propre et bien surveil-
tee.   Ils sont  quatre a cinq  dans'  la meme
chambre, mais-sans travail, le local ne per-
mettant pas de les y employer.
Dans le meme corps-de-logis , ou les convicts sont aujourd'hui enfermes, est la maison
de correction des femmes detenues pour fait
de police. C'est le regime ancien de la salpe-
triere (*) dans toute sa malproprete. Je n'y ai
pas vu sans horreur deux ou trois filles de
douze ans arretees pour debauche publique ;
et Fune d'elles y etait pour la seconde fois.
Les vices des grandes villes sont par-tout les
memes.
.\3aa1V   Environs de New - Yorck
L'ile de New-Yorck etant la seule partie
de terre ou Fon puisse alter de la ville sans
aucun trajet d'eau , le terrein y est porte a
un prix exhorbitant. C'est le lieu ou les plus
riches habitans de New-Yorck ont leurs ma™
sons de campagne. On distingue parmi elles
celle de M. Olive, pour sa simplicite , son
bon gout , la culture du jardin, tout plante
(1) Maison de force Ue Paris pour les femmes,. ( i47 )
d'arbres d'Europe, entretenu avec un soin rare
on Amerique, et recompense parte succes. La
maison de M. Olive est plus remarquable encore par la vie reellemertt patriarchate et hos-
pitahere qu'il y mene. II passe a cette maison
tous les momens ou les affaires lui permettent
d'etrehors de son comptoxr, eta le bonheur
d'y etre avec une des femmes les plus accom-
plies , entour6 d'une charmante famille. Il
est au premier rang* de ces Frangais , a. qui
nul interet prive ne peut faire oublier Fin-
teret de leur patrie. Les Americains con-
viennent que cette disposition est plus commune parmi les Frangais que chez tout autre
peuple. Cet aveu n'est pas toujours fait par
eux sans humeur , mais c'est le cas ou
un Frangais la leur passe avec le plus de
plaisir.
Le sol est generalement mauvais dans File
de New-Yorck ; il s'y vend cependant fort au-
dessus de tous les terreins des environs de
Philadelphie.
Ceux de Long-island plus chers selon qu'ils
sont plusvoisins de New-Yorck , le sont dans
une proportion extremement inferieure. D'ailleurs cette lie est une habitation tres-agnable
dans plusieurs de ses points. Les terres ,
quoique generalemerit mediocres, y sont dans
K 2 ( i48 )
un bon etat de culture , parce que le marche
de New-Yorck donne a leurs produits un de-
bouche certain et ires - avantageux. Cepen-
dant vers le milieu de File de grandes parties
de terrein, d'un sable teger et sec, ont ete
jugetes jusqu'ici incultivables. Quoique j'aie
parcouru cette ile , je n'entrerai a son egard
dans aucun des details dont j'ai charge les
journaux de mes autres voyages. Ilspresentent
peu d'interets. Long-island sur quatre cent
le quarres , contient par le denombrement de 1790 trente huit mille deux cent
vingt-neuf habitans , dont quatre mille huit
cent trente-neuf esclaves.
Mceurs etpersonnagesqu elles invitent
a citer.
Tout est plus cher encore a New-Yorck
qu'a Philadelphie. Les boutiques y sont moins
bien fournies, et les marchands moins polis
et moins accommodans.
Les mceurs sont a New-Yorck les memes
que dans les autres grandes villes d'Amerique ,
pour toutes les differentes classes de la societe.
Elles tiennent, dit-on , pour l'hospitalite le
milieu entre celles de Philadelphie et celles
de Bo&ton. (m>
Les opinions politiques y etaient il a deux
ans, plus favorables a l'Angleterre , qu'elle ne
le sont aujourd'hui, et il est douteux a present que M. Jay , qui a du sa nomination a la
place de gouvernenr de I'Etat a cette disposition , alors existante , soit reeiu l'annee pro-
chain e.
J'ai revu avec grand plaisir a New-Yorck .
M. Hamilton , un des hommes , comme
je Fai dit, les plus interessans de l'Amerique. II reunit a une tres-grande etendue
d'esprit, beaucoup de hardiesseet defermete
dans le caractere , des mceurs douces et infini-
ment agreables. Comme on croiten general, et
ilsemble avec quelque fondement , qu'ilapo-
sitivement influence , et meme dirige la conduite du general Washington dans les der-
nteres annees desa presidence, M. Hamilton
est Fhomme du parti federaliste le plus en
bute aux inimitie^ du parti oppose , dont
les membres supposes influens sont aussi les
plus poursuiyis par la haine du parti dit federaliste , et des. gazetiers a leurs ordres. II
exerce avec une grande distinction la profession
d'homme de loi a New-Yorck , et aussi avec
une grande liberalite; ne sans fortune il est
sorti sans fortune de la place de secretaire de
la tresorerie , ou tes circonstances dela conso-
K 3' ( i5o )
lidation de la dette , de grandes ventes de
terre , etc. , lui auraient donne d'immenses
moyensue richesses, sans lui faire encourir
la censure publique , s'il en eut profile ; mais
le desinteressement en matiere d'argent, rare
par-tout, plus rare en Amerique , est un des
traits les plus universellement reconnus du
caractere de M. Hamilton , et quoique sa profession actuelle soit tres-lucrative, j'entends
dire a ses clients que leur seule contestation
avec lui est sur la modicite des honoraires
qu'il leur demande.
Le colonel Burr, qui est aussi un des hommes
les plus disiingu^s des Etats-Unis, par l'eten-
due , la precision , la clarte , l'agrement de
son esprit, par ses lumteres acquises , par la
deiicatesse de ses sentimens, par sa genero-
site , et avec qui je suis lie d'amitie depuis
deux ans, m'a fait faire connaissanee avec le
vieux general Clinton , ancien gouverneur
de I'Etat de New - Yorck , ardent comme a
trente ans dans son amour de la liberte , et
s'etant devoue d puis le cours de la revolution
a Fetablir et a la maintenir dans son pays;
le general Clinton a aussi beaucoup d'enne-
Uiis dans le parti federaliste, Mais ce que j'ai
m, ce que j'ai vu de son caractere, me Font
represente sous les traits les plus, estimable?* ( i5i )
Un autre habitant de New-Yorck, que j'ai
vu frequemment durant mon derftier sejour
dans cette ville, ou mon projet de retourner
promptement en Europe , m'a fait ne frequenter que peu la societe, est Edward Livingston , un des membres les plus edaires
et les plus eloquens du congres dans le parti
de Fopposition. Lorsque la politique ameri-
caine, se tournant vers FAngleterre , retenait
les expressions publiques d'attachement au
malheureux la Fayette, que 1'on savait etre
plus reellement le prisonnier de Georges III
et de son conseil que celui de Fempereur,
et arretait les efforts de la reconnaissance qui
aurait voulu briser ses chaines , Edward Livingston a fait plus d'une fois entendre sa
voix au congres pour engager a des demarches
utiles a la deiivrance de cet estimable in-
fortune, pour appeler honorablement Fatten-
tion du congres sur son fils. Quoique Edward
Livingston soit trop jeune pour .avoir servi
avec la Fayette en Amerique, et n'ait pu
avoir avec lui aucune liaison , il a vu dans
s-a cause celle des amis de,la liberte, celle de
l'Amerique, et il Fa servi avec chateur; il a
toujours ete seconde par beaucoup de ses col-
16gues et souvent par la majorite; il Feut ete
par Funanimite dans toute autre circonstance
1
8
I
politique.
K4 ( i5a )
On me pardonnera sans doute d'allonger
du nom de Kosciusko la liste de ceux qu'il
m'est doux de rappeler ; il n'est pas de cceur
ami de la liberte, admirateur des vertus et
des talens, en qui le nom de Kosciusko n'excite
des sentimens d'interet et de respect; la pu-
reie et la liberalite de ses intentions, la har-
diesse de ses entreprises, le talent qui les a
conduit, les malheurs et Fatroce captivite qui
en ont ete les suites , sont trop connues pour
que j'en fasse l'histoire. On sait aussi que
Paul I a signale les premiers momens de son
regne par la deiivrance de ce respectable in-
fortune dont Femprisonnement et les traite-
mens barbares qu'il y a regus feraient seuls
aupres de toute ame genereuse , la condam-
nation de Catherine, si la vie entiere de cette
execrable femme souiltee de crimes et de
vices, pouvait etre tacltee par un crime de
plus. C'est dans l'Amerique qu'il a servje avec
distinction pendant la guei-re de la revolution,
que Kosciusko est venu chercher asvle. Il lo-
geait, quand je Fai vu , chez le brave general
GateSj a Farmee duquel il etait employe lors
des memorables evenemens de Saratoga. Les
suites de ses blessures, qui lui otent encore
le fibre usage d'une jambe , et sa dure captivite ont altere sa sante qui cependant coin- ( i53 )
mence a se retablir. Simple et modeste , il
est reconnaissant jusqu'aux larmes , et semble
etonne. des hommages qu'il regoit. II voit un
frere dans chacun de ceux qu'il croit ami de
la liberie et des hommes; son regard etince-
lant de genie et de feu , decele une ame
qu'aucunes circonstances ne peuvent rendre
dependante , et semble prononcer encore l'ex-
pression de son cceur; ne combattrai-je done
plus jamais pour ma patrie ? II parte peu ,
sur-tout des malheurs de son pavs , quoique
leur pensee occupe son ame toute entiere:
Enfin , etevation de sentimens , grandeur ,
douceur, force, bonte, tout ce qui commando
le respect et les hommages , me semblent
reunis dans cette ceiebre et interessante vic-
time du malheur et du despotisme. II est peu
d'hommes dont la vue ait autant excite en
moi  cet  effet.
Le jeune Niemcewicz son ami, blesse a la
meme bataille que Kosciusko , et pres de lui,
emprisonne comme lui dans les donjons de
Catherine, Fa suivi en Amerique, et lui donne
les soins de Famitte la plus devouee. Niemcewicz est, par la noblesse de ses sentimens,
l'agrement de son esprit, Fetendue de ses
connaissances , un homme interessant avec
. distinction. On dit qu'il tient le premier rang
parmi les poetes de son pays. ( 254 )
A pres les  avoir vu Fun   et I'autre  aussi
souvent que je Fai pu , je les ai quittes leur
souhaitant autant de bonheur qu'ils en sou-
liaitent a ma patrie.
Fin du Voyage de 1797.   VOYAGE
DANS
LES    ETATS-UNIS
D'A MER I Q U E.
QUATRIEME   PARTIE.
OBSERVATIONS GENERALES
SUR LES  ETATS-UNIS.
Aphes avoir expose , quoique succinctement
les constitutions et les loix des differens
Etats qui composent 1'Union, il me faut par-
ler de celle du gouvernement federal, qui est
le lien de ces differens Etats entr'eux , et qui
exerce une souverainete sur des Etats. souve-
rains.
Les circonstances poiitiques rendent cette
partie de mon travail plus importante que les
autres, elle est d'ailleurs indispensable pour
donnera mes lecteurs une idee complettement
juste des Etats-U,nis et de leursgouvernemens. ( i56)
Situation des Etats - Unis avant
1787.
Dans le commencement de la revolution et
au milieu des troubles de cette guerre autant
civile qu'etrangere , il se forma un congres
de deputes de chacun des Etats ; et ce congres, compose d'une seule chambre, formait
le  gouvernement de 1'Union.
Les Etats n'avaient alors d'autres liens entre
eux que le danger comraun dont ils etaient
menaces. La confiance generate faisait la seule
autorite du congres, Mais les circonstances
etaient si imperieuses et le zele pour la cause
commune si generalement partage que tous
les ordres que donnait le congres , meme fort
au-dela des pouvoirs dont il etait revetu,
etaient obeis avec promptitude et ponctualite.
Aussi ce congres ainsi soutenu par Fopinion,
publique , fit-il beaucoup ; il leva des armees,
fit de grands emprunts, de grands traites d'al-.
liances, soutint vigoureusement la guerre , et
proclama l'independance.
Les articles de confederation adoptes seulement en 1781 avaient concede a ce congres
une aulorite un peu plus etendue , mais encore tres-limitee, et toujours beaucoup trop ( i57 ) .
incomplete. II avait le pouvoir de reqiterir
des differens Etats les sommes necessaries
pour soutenir les depenses de la guerre , et
fournir aux besoins de FUnion; mais il etait
depourvu detous moyens coercitifs pour faire
contribuer les Etats , et meme les particuliers
qui se refuseraient a la contribution qu'ils de-
vaient; toutes les regulations de commerce
etaient laissees aux differens Etats.
A la-paix le zele et la confiance diminue-
rent avec les dangers ; le congres se trouva
manquer de forces suffisantes , et n'en eut
bientot plus pour faire executer les loix qu'il
rendait. II n'osait meme pas reridre toutes
celles qui etaient necessaires.
L'insuffisance de ces moyens de gouvernement se sentait sous tous les rapports. Les
Etats particuliers ne remplissaient pas les en-
gagemens pris par le congres au nom de tous,
pour payer les dettes de la guerre. Le papier
etait aviii , le credit n'existait pas , le commerce Ianguissait.
L'Angleterre avait par vengeance de ses non
succes mis de forts droits sur Fimportation des
denrees des Etats-Unis.
Quelques Etats en avaient mis de forts sur
Fimportation des marchandises anglaises; mais
cette determination  n'etait pas  generate, et
Tl
i ( r58 )
alors elle tournait au detriment des Etats qui
l'adoptaient.
C'est au milieu de toutes ces calamites , et
dans Fintention d'y remedier que fut convo-
quee la convention d'Annapolis , puis celle
de Philadelphie, ainsi que je le dirai par la
suite avec un peu plus de detail.
Cette derniere convention vota une constitution nouvelle qui regit aujourd'hui les
Etats-Unis. Quoiqu'elle soit fort connue ,
j'aime mieux la rapporter ici dans son entier,
que d'en faire l'extrait. Un extrait de constitution n'en donne jamais qu'une idee impar-
faite; et il faut que je puisse me faire com-
prendre dans ce que j'ai a dire des debats
que sa discussion a occasionnes , et des oppositions que son adoption a rencontres. ( i59 )
CONSTITUTION
ACTUELLE   DES   ETATS-UNIS.
Nous , le peuple des Etats-Unis , voulant
former une union plus parfaite , etablir la
justice , assurer la tranquillite interieure ,
pourvoir a la depense commune, favoriser
l'avancement du bien general , et assurer a
nous et a nos enfans les bienfaits de la liberte , ordonnons et etablissons cette constitution pour les Etats-Unis de l'Amerique.
Article     premier.
Section I. Tous les pouvoirs tegislatifs ici
accordes resideront dans un congres des
Etats-Unis , qui sera compose d'un senat et
d'une chambre de representans.
Section II. La chambre des representans
sera composee de membres choisis tous les
deux ans par le peuple des differens Etats ;
et dans chaque Etat les qualites requises pour
les electeurs de la chambre la plus nombreuse
de la legislature de I'Etat seront celles requises
pour les electeurs de la chambre des representans du congres.
Nul ne pourra etre representant s'il n'a pas
atteint lage de vingt-cinq aus, s'il n'est pas il
(160)
depuis sept ans citoyen des Etats-Unis, et si
lors de son election il n'etait pas habitant de
I'Etat dans lequel il aurait ete choisi.
Le nombre des representans et le montant
des taxes directes dans les differens Etats ,
qui pourront etre admis a cette union seront
proportionnes a leur population respective ,
laquelle sera determinee en ajoutant au
nombre total des personnes fibres, y compris
celles qui sont engagees pour un terme fixe,
et sans y comprendre les Indiens qui ne sont
pas imposes , trois cinquiemes des autres habitans de toute espece. Ce denombrement
sera fait dans Fespace de trois ans , apres la
premiere reunion du congres des Etats Unis , et
ensuite dans Fintervalle subsequent de chaque
terme de dix annees , de"la maniere que le
congres prescrira legalement. II ne pourra pas
y avoir plus d'un representant pour trente mille
habitans ; mais chaque Etat aura au moins un
representant, et jusqu'a ce que le denombrement soit fait I'Etat de New-Hamsphire aura
le droit de choisir trois representans, Massachusetts huit , Rhode-island et les plantations de Providence un , Connecticut cinq,
New-Yorck six , New-Jersey quatre , la Pensylvanie huit, I'Etat de Delaware un , le Maryland
six, la Virginie dix, la Caroline du Nord cinq,
la ( 161 )
la Caroline du Sud cinq, et la Georgie trois.
Quand des places viendront a vaquer dans
la representation de chaque Etat , Fautorite
executive de cet Etat donnera des lettres de
convocation pour proceder a remplir par l'eiection les places vacantes.
La chambre des representans eiira son ora-
teur et ses autres officiers, et aura seule le pou-
voir d'accusation nationale (impeachment.)
Section III. Le Senat des Etats-Unis sera
compose de deux senateurs de chaque Etat,
elus par la legislature de cet Etat pour six
ans , e\ chaque senateur aura une voix.
Immediatement apres qu'ils seront assembles, en consequence de leur premiere election , ils se diviseront autant qu'il sera possible , en trois classes. Les places des senateurs de la premiere classe seront vacantes
k l'expiration de la seconde annee ; celle des
senateurs de la seconde classe a l'expiration
de la quatrieme annee , et celle des senateurs
de la troisieme classe , a l'expiration de la
sixieme annee ; de maniere qu'un tiers pourra
etre renouvelle tous les deux ans. Et, s'il arrive des vacances par demission ou autre-
ment hors du tems de la session de la tegis-
ture d'un Etat, le pouvoir executif de cet
Etat pourra faire des nominations tempo-
Tome VII. L ( 16a )
raires jusqu'^i la premiere session de la legislature , qui remplira alors les places vacantes.
Nul ne pourra etre senateur s'il n'a pas
atteint.l'age de trente ans , s'il n'est pas depuis neuf ans citoyen des Etats-Unis , et s'il
n'etait pas lors de son election habitant de
I'Etat qui Faurait elu.
Le vice-president des Etats-Unis sera president du senat; mais n'aura de voix qu'en
cascrue celles de la chambre soient egalement
partagees dans une deliberation , et pour les
departager.
Le senat choisira les autres officiers et aussi
un president pro tempore, pour suppleer ajfl
vice-president pendantses absences , ou lors-
qu'il exercera l'office de president des Etats-
Unis.
Le senat aura seul le pouvoir de juger tous
les impeachments. Quand il stegera pour cet
objet , il se. liera par serment ou par affirmation. Quand le president des Etats- Unis sera
mis en jugement, le grand juge ( chief-justice.)
presidera et personne ne pourra etre condam-
ne sans le concours de deux tiers des membres
presens.
L'arret dans les cas ^impeachment ne
pourra prononcer que la privation des charges (
pos
eder et remplir aucune
e confiance ou de profit
et Finhabilete
charge d'honn
dans le gonvernement   des   Etats-U
neanmoins le sujet convaincu pourra subir
Yindicment ( accusation) le jugement, la con-
damnatiou et le chatiment dans les formes U-
cales.
Sect. 4- Le tems , le lieu , et le mode detection pour les senateurs et les representans
sera prescrit dans chaque Etat par la legislature dudit Etat; mais le congres pourra toujours faire ou changer par une loi les reglemens de ce genre, excepte ceux qui deter-
mineront le lieu detection pour les senateurs.
Le congres s'assemblera au moin
par an, et le jour de son ouvertu
premier fundi de decembre , a moins qu'il ne
fixe par une loi un jour different.
Secb. 5. Chaque chambre jugera de" la vali-
dit-' des elections, des remplacemens, et des
qualites de ses propres membres , et une majorize dans chacune sera competente pour agir ;
mais une minorite pourra s'ajourner d un jour
"es autres
membres a se rendre aux seances , de la maniere et sous les peines qui seront regtees par
chaque chambre.
Chaque chambre pourra determiner les regies. (m)
d'apres lesquelles elle devra proceder , punif
ses membres pour des ecarts dans leur conduite , et chasser un membre par le concoufs
de deux tiers des voix.
Chaque chambre tiendra un journal de ses
sessions, et le publiera de tems en tems ,
excepte les parties qu'elle jugera devoir etre
tenues secrettes; et le vceu des membres de
chaque chambre sur une question quelconque
sera insere dans le journal, au desir d'un cin-
quieme des membres presens.
Aucune des deux chambres ne pourra pendant le session du congres , s'ajourner sans le
consentement de Fautre pour plus de trois
jours , ni a un autre lieu que celui ou les deux
chambres seront assembtees.
Sect. 6. Les senateurs et les representans
recevront une indemnite de leurs services ,
qui sera fixee par une loi et payee par la tre-
sorerie des Etats - Unis. Dans tous les cas,
excepte ceux de trahison , de feionie , et de
perturbation du repos public , (breach of
peace): ils seront hors du danger de Farres-
tation pendant leur presence au lieu des sessions de leurs chambres respectives , pendant
leur voyage, pour s'y rendre, et pendant leur
retour , et ils n'auront aucun compte a rendre
ailleurs de leurs discours, ou de leurs debats MB
dans les deux chambres. Aucun senateur ou
representant ne pourra, pendant le tems pour
lequel il aura ete elu, etre nomme a aucun
emploi civil, sous Fautorite des Etats-Unis ,'
si cet emploi a ete cree , ou ses emolumens
augmentes pendant ce tems ; et aucune per-
sonne pourvue d'un emploi dans les Etats-
Unis ne pourra etre membre de Fune des
deux chambres pendant qu'elle exercera cet
emploi.
Sect. 7. Tous les bills relatifs a la levee des
revenus devront prendre naissance dans la
chambre des representans ; mais le senat
pourra proposer des amendemens , et y con-
courir comme pour les autres bills.
Chaque bill qui aura passe a la chambre
des representans , et au congres, devra, avant
de devenir loi, etre presente au President des
Etats-Unis: s'il l'approuve, il le signera ; sinon
il le renverra , avec ses objections , a la
chambre ou la premiere motion en aura ete
faite ; cette chambre inserera dans son journal les objections dans leur entier , et proce-
dera de nouveau a examiner le bill. Si, apres
ce second examen , deux tiers de la chambre
s'accordent a passer le bill, il sera envoye,avec
les objections , a Fautre chambre qui proce-
dera de meme a le revoir; et s'il est approuve,
L 3
1
1 ( 166 )
par les deux tiers de cette chambre, ildevien-
dra loi. Mais dans tous ces cas , les deux
chambres voteront par oui et par non , et les
nonis des votans pour et contre le bill, seront
insets dans les journaux de leurs chambres
respectives. Un bill que le President n'aura
pas renvoye dans l'espace de dix jours (les di-
manches ne comptant pas) apres Favoir regu,
aura force de loi, comme si le President Fa-
,vait signe ; a moins que le congres en s'ajour-
nant, ne rende impossible le renvoi du bill,
auquel cas il ne sera pas loi.
Tout ordre, toute resolution, tout vote,
pour lesquels le concours du senat et de la
chambre des representans , sera necessaire ,
( excepte dans les questions d'ajourriemens )
sera presente au President des Etats Unis, et
devra etre approuve par lui, avant d'avoir un
plein effet; ou , en cas de desapprobation ,
sera repasse par les deux tiers du senat, et
de la chambre des representans , suivant les
regies , et les limitations prescrites dans le cas
d'un bill.
Sect. 8. Le Congres aura le pouvoir :
D'etablir et de  percevoir des taxes ,  des
droits , des impots et des accises , pour payer
les dettes, et pourvoir a la defense commune
et au bien general des Etats-Unis; mais tous (KB
ces droits, impots et accises, seront uniformes
dans tous les Etats-Unis;
D'ordonner des emprunts sur le credit des
Etats-Unis ;
De regler le commerce avec les nations
etrangeres, et entre les differens Etats, aussi
bien qu'avec les tribus indiennes;
D'etablir une regie uniforme pour la naturalisation , et des loix uniformes au sujet des
banqueroutes dans tous les Etats-Unis ;
De battre monnaie , d'en fixer la valeur,
ainsi que celle des monnaies etrangeres , et
d'etablir l'etalon des poids et des mesures ;
De pourvoir a la punition des falsificateurs
de Fargent courant et du papier des Etats-
Unis;
D'etablir des postes, et des routes de postes;
De favoriser le progres des sciences et des
arts utiles , en assurant pour un tems limite
aux auteurs et aux inventeurs un droit exclu-
sif a leurs ecrits et a leurs decouvertes;
De constituer des tribunaux inferieurs a la
cour supreme ;
De definir et de punir les pirateries et les
felonies commises en mer, et les violations
du droit des gens ;
De declarer la guerre, d'accorder des lettres
de marque et de represailles, et de faire des
L4
i
I ( i68)
reglemens sur les prises , tant par terre quei
par mer ;
De lever et d'entretenir des armees : mais
aucun fonds ne pourra etre destine a cet usage
pour un terme de plus de deux ans;
De former et d'entretenir une marine ;
De faire des reglemens sur la marine , de
gouverner et de regir les forces de terre et de
mer;
De pourvoir a la convocation de la milice
pour executer les loix de 1'Union , reprimer
les insurrections, et repousser les invasions ;
De pourvoir a Forganisation, a Farmement
et a la discipline de la milice, et a la maniere
de gouverner les parties de cette milice, qui
seront employees au service des Etats-Unis:
reservant aux differens Etats respectifs la nomination des officiers et le droit d'exercer
la milice d'apres la discipline prescrite par le
congres;
D'exercer Fautorite legislative exclusive-
ment et dans tous les cas sur le district
quelconque ( mais qui ne sera pas plus etendu
qu'un quarre de dix miiles de cote) qui I
par la cession de quelqu'Etat particulier , et
par Facceptation du congres , deviendrait le
siege du gouvernement des Etats-Unis ; et
d^exercer la meme autorite dans tous les lieu^ ( i6g )
achetes avec le consentement de la legisla-e
ture des Etats dans lesquels ils seront situes,
pour y construire des forts , des magasins ,
des arsenaux, des chantiers et autres edifices
necessaries;
De faire toutes les loix necessaires et con-
venabtes pour maintenir Fexercice des pou-
voirs ci-dessus et de tous les autres pou-
voirs places, par la constitution, dans le gouvernement des Etats-Unis , et dans tous ces
departemens et emplois.
Sect. 9. La migration ou Fimportation des
personnes que quelqu'un des Etats existans
aujourd'hui jugera a propos de recevoir, ne
pourra etre prohibee par le congres avant Fan
1808; mais une taxe ou un droit pourront etre
mis sur cette importation , n'excedant pas
dix dollars par personne.
Le privilege de Facte habeas corpus ne sera
point suspendu , hors dans des cas de rebellion ou d'invasion, ou la surete publique Fexi-
gerait.
Aucun acte de proscription (attainder) ou
aucuneloi ex post facto,ne pourra etre passee.
Aucune capitation ou autre taxe directe ne
pourra etre etablie qu'en proportion du cens
C census) ou du denombrement qui a ete
dit plus haut devoir etre fait.
•i
1 ( i7° )
Aucune taxe, aucun droit ne pourront etre
imposes sur des articles exportes de quelqu'un
des Etats. Aucun reglement de commerce ou
de finance ne pourra donner de preference
aux ports d'un Etat sur ceux d'un autre; et
les vaisseeux partant des ports d'un Etat ou
destines pour Fun de ces ports , ne seront
point obliges de faire de declarations ni d'en-
trees aux douanes d'un autre , ni d'y acquit-
ter aucuns droits.
Aucun argent ne sera tire de la tresorerie
que pour des usages determines par des loix.
Un compte et une balance reguliere derecettes
et de depenses des fonds publics seront pu-
bltes de tems en tems.
Aucun titre de noblesse ne sera accorde
par les Etats-Unis , et aucune personne occupant sous eux quelqu'emploi de confiance
ou d'interet, ne pourra, sans le consentement
du congres , accepter aucun present , emolument , office ou titre quelconque d'aucun
roi, prince ou Etat etranger.
Sect. 10. Aucun Etat ne pourra faire de
traites , d'alliances ni de confederations , ac-
corder des lettres de marque et de repre-
sailles , battre monnaie, emettre des billets
de credit, faire servir au payement des dettes
autre chose que des monnaies d'or et d'ar- ( i7i )
gent, passer aucun bill ^attainder-, loi ex
post facto,  ou aucune  loi portant atteinte
aux obligations des contrats, ni accorder aucun  titre  de noblesse.
Aucun Etat ne pourra , sans le consente-
ment du congres , mettre aucuns droits ou
impots sur les importations ou exportations ,
excepte ceux qui pourront etre absolument
necessaires pour l'execution de ses loix d'ins-
pection ; et le produit net de tous les droits
ou impots mis par un Etat sur les importations ou exportations, sera reserve' pour l'usage
de Ja tresorerie des Etats-Unis, et toutes les
loix qui y auront rapport seront soumises a
la revision et a la censure du congres. Aucun
Etat ne pourra , sans le consentement du
congres, etablir des droits de tonnage , en-
tretenir des troupes ou des vaisseaux de guerre
en tems de paix , faire aucun accord , con-
tracter aucune alliance avec un autre Etat ou
avec une puissance etrangere, ni entrer eia
guerre, excepte dans le cas d'une invasion
actuelle ou d'un danger assez pressant pour
ne pas permettre de delai.
Article    II.
Sect. 1. Le pouvoir executif residera dans
le president des Etats-Unis de l'Amerique. II (   172)
occupera son office pendant un terme de quatre
ans , et sera, ainsi que le vice-president dont
Foffice sera de la meme duree, elu de la maniere suivante.
Chaque Etat nommera, d'apres le mode
que sa legislature pourra prescrire , un nombre
d'eiecteurs egal au nombre total des senateurs et des representans que I'Etat aura le
droit d'envoyer au congres; mais aucun se-
nateur, aucun representant, aucune personne
pourvue d'un office de confiance ou d'interet
sous les Etats-Unis, ne pourront etre nommes
electeurs.
Les electeurs se rassembleront dans leurs
Etats respectifs , et voteront par scrutin
a liste double , de maniere qu'une des
deux personnes designees ne soit pas domi-
ciliee dans le meme Etat que les electeurs. Ils feront ensuite une liste de toutes
les personnes qui ont eu des voix , et du
nombre de voix qu'elles ont obtenues; laquelle
liste ils signeront, certifieront, et feront passer
scellee au siege du gouvernement des Etats-
Unis , en Fadressant au president du senat.
Le president du senat, en presence du senat
et de la chambre des representans, ouvrira
les certificats , et les suffrages seront alors
comptes.   La- personne qui  reunira le plus ( 173 )
grand nombre de voix sera president, si ce
nombre forme la majorite du nombre total
des electeurs nommes , et s'il y a une autre
personne qui ait une telle majorite et qui
ait un nombre egal de suffrages , alors la
chambre des representans elira immediatement
par le scrutin l'une de ces deux personne*
pour president, et si personne n'a une majorite , alors la meme chambre elira de meme
un president parmi les cinq personnes qui
avaient le plus de voix sur les listes. Mais
dans cette election d'un president, les voix
seront prises par Etats , la representation de
chaque Etat en ay ant une. La chambre sera
competente pour cette election , quand il
s'y trouvera un membre ou des membres des
deux tiers des Etats, et une majorite de tous
les Etats sera necessaire pour valider le choix.
Dans tous les cas , apres l'eiection du president , la personne qui aura le plus grand
nombre de suffrage des electeurs sera le vice-
president ; mais s'il en restait deux ou plus
qui eussent un nombre egal de voix, le senat elira le vice president parmi elles , par
la voie du scrutin.
Le congres pourra determiner l'epoque oh
les electeurs devront etre choisis , et le jour
auquel ils devront donner leur voix ; Iequel
1 ( 174 )
jour sera le meme dans tous les Etats-Unis.
Nul ne sera eligible a l'office de president,
s'il n'est pas ne citoyen des Etats-Unis, ou
s'il ne l'etait pas du tems de 1'adoption de "
cette constitution; nul ne pourra non plus
etre eligible a cet office, s'iln'a pas atteint lage
de trente-cinq ans, et s'il n'a reside quatorze
ans dans les Etats-Unis.
En cas que te president soit deplace de son
office, ou en cas de mort,. de resignation , -
ou d'inhabilete a exercer les pouvoirs et a
remplir les devoirs dudit office , cet office
tombera au vice - president ; et le congres
pourra pourvoir par une loi au cas de depla-
cement, demort, de resignation, ou d'inhabilete du president et du vice-president a la
fois, declarant quel sera Fofficier qui devra
alors faire les fonctions de president; et cet
officier les exercera en consequence jusqu'a
ce que l'inhabilete ait cease, ou qu'on ait elu
un president.
Le president re.cevra, a desepoques determines , une indemnite pour ses services ,
qui ne pourra etre ni augmentee ni diminuee
pendant la periode pour laquelle il aura ete
elu; et pendant cette periode, il ne recevra
aucun autre emolument des Etats-Unis, ni
d'aucun Etat particulier. ( 175 J
Avant d'entrer en exercice de- son office , il
prendra le serment ou l'affirmation suivante.
Je jure ( ou j'affirme ) solemnellement qua
j'exercerai fidellement l'office de president
des Etats-Unis, et que j'emploierai tous mes
moyens a conserver, proteger et defendre la
constitution des Etats-Unis.
Sect. 2. Le president sera commandant en
chef de Farmee et de la marine des Etats-
Unis , et de la milice des differens Etats ,
lorsqu'elle sera appetee au service actuel dea
Etats-Unis. II pourra demancter Fopinion par
ecrit du principal officier de chacun des de-
partemens du pouvoir executif, sur les objets
relatifs au devoir de leurs offices respectifs ;
et il aura le pouvoir d'accorder des repits ou
des graces pour les offenses commises contra
les Etats-Unis, excepte dans les cas d'iynpea-
chment.
Il aura le pouvoir par le conseil, et avec
le consentement du senat de faire des traites,
pourvu que les deux tiers des senateurs pre-
sens y concourent: et avec le conseil, et le
consentement du senat, il nommera et il ap-
pointera des ambassadeurs, d'autres ministres
publics et consuls, les juges de la cour supreme, et tous les autres officiers des Etats-
Unis , dont on ne determine pas autrement (176)
ici le mode de nomination, lequel sera etabli
par une loi. Mais le congres pourra, par une
loi, donner la nomination de tels officiers
inferieurs qu'il le jugera convenable, au president seul, aux cours de justice , ou aux
chefs de departement. Le president aura le
pouvoir de remplir les places qui viendront
a vaquer pendant Fajournement du senat, en
accordant des commissions qui expireront a
la fin de la session suivante.
Sect. 3. II rendra compte de tems en tems
au senat de l'etat de 1'Union , et pourra recom-
mandef a son examen les mesures qu'il croira
necessaries et convenables. Il pourra dans les
cas extraordinaires, convoquer les deux chambres ou Fune des deux; et en cas qu'elles ne
puissent s'accorder sur le tems de Fajournement , il pourra les ajourner aux epoques
qu'il jugera convenables. Il recevra les am-
bassadeurs et autres ministres publics , il tien-
dra la main a ce que les -loix soient fidele-
ment executees, et donnera des commissions
a tous les officiers des Etats-Unis.
Sect. 4. Le president, le vice president et
tous les officiers civils des Etats Unis seront
deplaces de leur office sur Yimpeackment
ou la conviction de trahison, de corruption
et pour d'autres hauts crimes et mefaits.
Articii s, ('77>'
Article    III.
Sect. i. Le pouvoir judiciaire des Etats-Unis residera dans une cour supreme et dans -
telles cours inferieures que le congres pourra
de tems en tems ordonner et etablir. Les juges,
tant de la cour supreme que des cours inferieures , conserveront leurs offices , tant qu'ils
s'y comporteront bien , et recevront a des
tems marques une indemnite pour leurs services , qui ne sera point diminuee pendant
qu'ils resteront en charge.
Sect. 2. Le pouvoir judiciaire s'etendra a
tous les cas de justice et de droit depen-
dans de cette constitution , des loix des
Etats Unis, et des traites faits ou. a faire par
leur autorite; a tous les cas relatifs aux am-
bassadeurs , aux autres ministres publics et
aux consuls; k tous les cas d'amiraute et de
jurisdiction maritime ; aux contentions ou
les Etats-Unis seront parties; a celles entre
deux ou plusieurs Etats ; entre un Etat et des
citoyens d'un autre Etat; entre des citoyens
de differens etats ; entre des citoyens du
m6me Etat, redamant des terres concedees
par differens Etats ; et entre un Etat ou ses
citoyens , et des Etats, citoyens , ou sujets
etrangers.
Tome VII, M
i ( 178 )
Tous les cas relatifs aux ambassadeurs ,
aux autres ministres publics et aux consuls,
et oeux ou un Etat sera partie, seront portes
directement a la cour supreme, qui dans les autres cas aura la jurisdiction d'appel, tant pour
le droit que pour le fait, sous les exceptions
et  les reglemens que le congres pourra faire.
Le jugement de tous les crimes, excepte
dans le cas & impeachment, se fera par le
jury ; et aura lieu dans les Etats ou les crimes
auront ete commis; mais quand ils n'auront
pas ete commis sur le territoire d'un des Etais-
Unis, le jugement se fera dans tel lieu, ou dans
tels lieux que le congres indiquera par une loi.
Sect. 3. Le crime de trahison contre les
Etats-Unis consistera seulement a leur faire
la guerre, a se joindre a leurs ennemis , ou
a donner k ceux - ci aide et soutien ; nul ne
pourra etre convaincu de trahison que d'apres la deposition de deux temoins du meme
fait, ou sur sa propre confession en pleine
cour.
Le congres aura le pouvoir de prononcer
la peine dans le cas de crime de trahison ;
mais aucune condamnation pour ces crimes
n'entrainera infamie ouforfaiture que pendant
la vie de la personne conYaincue , et ne pourra
atteindre ses enfans. =iiaB!
(179)
Art:
I V.
Sect. I. Toute foi et chance seront ac-
cordees dans chaque Etat aux actes publics,
registres et procedures judiciaries de chacun
des autres Etats; et le congres pourra pres-
crire, par des loix la maniere dont ces actes ,
registres et procedures seront rendus authenti-
ques, et l'effet qu'ils devront avoir.
Sect. 2. Les citoyens de chaque Etatauront
droit a tous les privileges et immunites de
citoyens dans les autres Etats.
Toute personne accusee de trahison , de
felonie ou d'autres crimes dans un Etat , et
qui, se derobant a la justice , sera trouvee dans
un autre Etat, sera livree, sur la demande du
pouvoir executif de FEtat dont elle se sera
echappee pour etre transportee dans I'Etat
ayant la jurisdiction du crime commis.
Toute personne engagee a servir ou k tra-
vailler dans un Etat sous les loix de cet Etat,
et s'echappant dans un autre ,. ne pourra etre
affranchie de son engagement a servir, ou a
travailler, en consequence d'aucune loi ou re-
glement de I'Etat ou elle aura pris refuge;
mais elle sera livree , sur la reclamation de la
partie a laquelle le service ou le travail sera du.
Sect. 3. De nouveaux Etats pourront etre
M a ( 180 )
admis a 1'Union par le congres ; mais aucun
nouvel Etat ne sera form 5 ou erige dans
les limites de la jurisdiction d'un autre Etat,
et aucun Etat ne sera forme par la jonction de
deux ou de plusieurs Etats , ou parties d'Etats,
sans le consentement des legislatures des Etats
interesses ainsi que du congres.
Le congres aura le pouvoir de disposer des
territoires ou proprietes appartenants aux
Etats Unis , et de faire toutes les loix et reglemens relatifs a ces proprietes et territoires;
et rien dans cette presente constitution ne
pourra etre explique de maniere a. prejudicieB
aux pretentions des Etats-Unis, ni d'aucuM
Etat particulier.
Sect. 4. Les Etats-Unis garantiront a chaque
Etat de cette Union une forme republicaine
de gouvernement. Ils protegeront chacun
de ces Etats contre toute invasion; et sur
la demande de leurs legislatures , ou du pouvoir executif, (quand la legislature ne pourra
etre convoquee ) , ils les protegeront aussi
contre toute violence domestique.
Article    V.
Toutes les fois que les deux tiers des deux
chambres le jugeront necessaire , le congres
proposera des amendemens a cette constitut RaBfEESZETS^S^ '"
(28l   )
tion ; et sur la demande des legislatures des
deux tiers des differens Etats , il appellera
une convention, pour proposer des amende-
mens qui, dans les deux cas, seront valides,
a toutes fins , comme parties de cette constitution , apres avoir ete ratifies par les legislatures des trois quarts des differens Etats, ou
par les conventions des trois quarts de ces
Etats , selon que Fun ou Fautre mode'de ratification aura ete propose par le congres ;
pourvU toutefois qu'aucun amendement qui
pourra etre fait avant l'annee 1808, n'affecte
en aucune maniere la premiere et la quatrieme
clause de la neuvieme section du premier article , et qu'aucun Etat ne soit prive , sans
son consentement, de son suffrage egal dans
le senat.
Article    VI.
Toutes les dettes contractees , et tous les
engagemens pris avant Fadoption de cette
constitution, seront valides contre les Etats-
Unis sous cette constitution , comme sous la
confederation.
Cette constitution, et les loix des Etats-
Unis , qui seront faites en consequence et
tous les traites faits ou a faire sous Fautorite
des Etats-Unis , seront la loi supreme du pays;
M 5 ( i«a)
et les juges  de chaque Etat seront lies par
cette loi, nonobstant tout ce qui pourrait se
trouver de contraire dans la constitution , ou
les loix particulieres de chaque Etat.
Les senateurs et representans ci-dessus raen-
tionnes, et les membres des legislatures des
differens Etats , et tous les officiers executifs
et judiciaires, tant des Etats-Unis , que des
differens Etats, s'obligeront par seraient, ou
par affirmation, a soutenir cette constitution.
Mais aucun serment conformiste, (religion's-'
test) ne pourra jamais etre exige pour etre
habile a posseder aucun office ou charge de %
confiance publique dans les Etats Unis.
Article    VII.
La ratification des conventions de neuf Etats
suffira pour l'etablissement de cette constitution entre les Etats, qui la ratifieront de cette
maniere.
Fait en convention, par le consentement
unanime des Etats presens , le dix>-septieme
jour de septembre mil sept cent quatrevingt-
sept, et de Findependance des Etats-Unis de
l'Amerique , le douzteme ; en t^moignage de
^uoi nous avons cidessous signe nos noms.
Signe George Washington, president, et
depute de Yirginie, News-.Hampshire.
John Langdon.
Nicolas Gilman.
Mas sack ussetls.
Nathaniel  Gorham.
Rufen King.
Connecticut.
William - Samuel Johnson,
Roger Sherman.
New- Yorck.
Alexander Hamilton.
New Jersey.
D.
vid
Brearley.
W
ilHa
m  Paters
Jo
aathan, Dayto
Pensyl
Be
ijamin Frank
Tl
oma
s Miflin.
Ro
bert
Morris.
Ge
orge
Elymer.
Maryland.
James Mac-Henry.
Daniel of St.-Thomas Jonifef.
Daniel Caroll.
Virginle.
John Blair.
James Maddisson junior.
Caroline du Nord.
Richard Dobbspaight.
Hugh. Williamson.
Caroline du Sud.
John Rntledge.
Charles Cotesworth Pinkney<
Charles Pinkney.
Georgie.'
William Feer.
Ahraham Baldwin..
Cerufie W. Jackson, '
i ;( i84 )
Situation des esprits avant Vepoque
de la proposition de la nouvelle
constitution et a son epoque. Debats
dans les conventions de Philadelphie ,
Cette constitution ne passa pas dans la convention sans beaucoup de debats; mais comme
ces debats tenaient au moins autant a l'esprit
de parti, qui d^ja existait en Amerique, qu'aux
vices ou aux avantages qui y etaient attaques
ou defendus, il me semble necessaire , avant
de parter de ces debats, de dire quelques mots
de l'etat politique interieur des Etats-Unis a*
cette epoque.
Quoiqu'il y ait eu un grand accord entre
tous ceux qui, en Amerique , ont pris part a
la revolution , tant qu'elle a dure , la totalite
des Americains , et particufierement des habitans des villes n'y a pas participe. Beaucoup
de ceux qui s'etaient months revokes de Facte
du timbre , out f$& voir moins de repugnance
pour Facte du the. Quelques - uns meme de
ceux qui ont concouru a la resistance qu'a
eprouve Fetablissement de cette loi fiscale ,
etaient contraires aux mesures plus prononi I i85)
cees de defense auxquelles Fenvoi des troupes
d'Angleterre obligeait l'Amerique. Enfin , la
declaration de Findependance , cette mesure
efficace et noble, qui, a elle seule, a fait le
salut des Etats-Unis , en les placant dans la
necessite de triompher dans la cause de la liberte , ou d'etre condamnes a rester un peuple
vil et malheureux, la declaration de findependance , qui a trouve des opposans dans le
congres , a trouve des desapprobateurs hors
du congres. Beaucoup des opposans a ces dif-
<|$eentes mesures des amis de la liberte, se sont
successivement, a ces differentes epoques ,
ranges avec les torys, qui , livres a FAngleterre I agissaient de tous leurs moyens contre
la revolution ; d'autres , sans agir contre la
■disposition de la majorite de leur pays , n'ont
pris part a la revolution qu'avec tiedeur , et
ceux-ci ont forme ce qu'on appelait le parti
modere , vu par les deux autres avec mefiance
et mecontentement.
A la fin de la revolution , le parti qui y
avait pris part s'est rapproche sans peine des
moderes, que les succes avaient rendus leurs
partisans; et les torys sends, auxquels une
partie des maux de la guerre pouvaient etre
reproch-^s, sont Testes pour quelques annees
reprouves des deux autres, alors reunis.
I ( 186 )
Le triomphe antene a la ctemence les nations comme les individus; et dans la gene-
rosite , qui est la suite de cette disposition,
elles voyent encore un mepris des forces de
leurs ennemis, qui toujours aussi est une jouis-
sance pour les vainqueurs. Les torys furent
done bientot vus avec moins de defaveur.
Quelques-uns des biens confisques furent
rendus a leurs anciens proprietaires ; d'autres eurent la permission de rentrer dans
les leurs , en dedomimageant les acquereurs,
et ce dedommagement etait faible , le prix des
achats ayant generalement ete bas ; ceux qui
etaient bannis purent successivement reve-
nir dans leur patrie ; ils preterent serment a
l'independance , et alors tous les maux poli-
tiques de la revolution sennfjierent etre ter-
mines.
La conversion de beaucoup d'entre eux
etait cependant loin d'etre totale ; et si, parmi
les nouveaux convertis, quelques-uns ont cons-
tamment desire le maintien de l'independance
des Etats-Unis, ce n'etait pascertainementle
plus grand nombre.
Depuis la paix les Etats-Unis etaient dans
une grande detresse. Les dettes anglaises, dont
le payement avait ete defendu pendant la
guerre par le congres, furent a la paix reda- (P))
mees par les creanciers. Les negocians Ameri-
cains debiteurs etaient poursuivis , saisis dans
le reste de leur propriete par les agens des,
maisons anglaises. Ils poursuivaient eux-me-
mes leurs debiteurs des campagnes qui pendant la guerre ne les avaient pas payes, et
qui n'avaient pas da vantage alors la facuke de
le faire. Le plus grand nombre de ces negocians fut ruine , abandonna le commerce,
disparut, et fit place a de nouveaux - venus,
la plupart anglais , la plupart agens des
maisons anglaises creancieres , de sorte qu'il
n'est peut-etre pas aujourd'hui parmi les maisons de commerce Americaines une cinquan-
tieme partie quifissent des affaires a l'epoque
meme de 1783. Les Etats avaient eux-memes
des dettes pour les depenses de la guerre.
Quelques-uns d'eux voulurent fonder cette
dette, etablirent a cet effet des impositions ,
;mais tellement hors de proportion avec les fa-
cultes des contribuables , que pour en obtenir
le payement, ils etaient obliges de recourir
aux mesures de rigueur , a la saisie des biens ,
desbestiaux, a des extremites enfin qui n'o-
perant que des rentrees partielles, causerent
un mecontentement general , auquel furent
dues les insurrections de Massachusetts , de
New-Hampshire et celle de Rhode-Island. ( i88)
Les papiers - monnaies, soit continentaux,
soit des Etats particuliers , reduits a la plus
vile depreciation , inondaient l'Amerique.
La stagnation et le malaise du commerce
americain , suite naturelle de ce deplorable
etat des choses; le peu d execution des loix
de contributions rendues par les differens Etats
et par le congres meme ; une sorte de riva-
lite entre les differens Etats ; la diversite
de leurs loix de commerce, dont les facheuses
consequences etaient apprehendees ; et le de-
faut de moyens dans les mains du congres
pour operer un accord general ; mirent les
Etats-Unis dans une sorte d'anarchie , ou les
partisans de F Angleterre, et FAngleterre elle-
meme crurent voir la certitude que cette nouvelle nation ne pourrait exister sans son an-
cien joug , et qu'elle serait obligee bientot
d'y recourir.
. Le mecontentement etait grand; les amis
de la liberte en furent effrayes , et ils virent
dans le resserrement de la confederation et
dans une plus grande extension de pouvoir a
donner au gouvernem'ent general, le seul re-
mede qui put preserver l'independance des
Etas s - Unis des dangers dont elle etait me-
nacte.
Tels furent les motifs qui determinerent da.-. (1%)
bord la convention d'Annapolis; mais cinqEtats
seulement y envoyerent des detegues ; ceux-
ci n'etaient autorises qu'a aviser aux moyens
de donner au commerce de tous les Etats un
systeme general, qui, assurant teurs int^rets ,
maintint la bonne intelligence entr'eux ; et
ces detegues reconnaissant Fincomplet de la
representation generate et l'insuffisance de
leurs pouvoirs, se separerent d'eux-memes, en
publiant une adresse par laquelle ils repre-
sentaient a tous les Etats la necessite d'as-
sembler une convention , ou ils fussent tous
represented , de charger leurs deputes de pouvoirs suffisans pour prendre en consideration
la situation des Etats-Unis, et pour proposer
les moyens de donner a la constitution pre-
sente, la force et Fensemble , que cette situation reconnue rendrait necessaire. Ils finis-
saient par indiquer 1'assembiee de cette nouvelle convention a Philadelphie dans le mois
de mai suivant , et ils adresserent cette declaration au congres et au pouvoir executif
des differens Etats de 1'Union.
Cette invitation des detegues d'Annapolis
fut adopt.ee de tous les Etats, a celui de Rhode-
Island pres , et produisit la grande conven-f
tion de Philadelphie en 1787, dont est sortie
la constitution actuelle des Etats-Unis. (p)
Mais les intentions des differens Etats qui
envoyaient k cette convention n'etaient pas les
memes. Les idees des amis de la liberte n'etaient pas nonplus pareilles ; peu d'Etats don-
nerent a leurs detegues le pouvoir.de deiiberer
sur une constitution nouvelle. lis voulaient
tous donner une plus grande force a celle qui
lesgouvernait alors, et faire principalement des
reglemens sur le commerce; mais ils ne voulaient pas davantage. Les hommes eclaires re-
connaissaient que la confederation faite aux
milieu des besoins imperieux de la guerre ,
et du tumulte d'une revolution, n'etait pas
une constitution qui put gouverner durable-
ment les Etats-Unis , et les mener a la pros-
perite a laquelle ils devaient prendre; ils
sentaient tous la necesslte d'une forme nouvelle de gouvernement, enfin d'une constitution nouvelle ; mais leurs opinions n'etaient
pas les memes sur ce que devait etre cette
constitution.
II etait naturel que la constitution d'An-
gleterre trouvat des partisans dans des Etats
recemment encore colonies anglaises. Elle
leur etait familtere; elle les avait gouvernes
long-tems : c'etait alors la plus fibre de toutes
les constitutions connues, elle etait justement
vantee par-dessus toutes les autres ; les vices —gg-' .amrug
( 191 )
du gouvernement anglais etaient indepen-
dans de sa constitution ; les abus meme qui
s'y etaient glisses , pouvaient etre sans diffi-
culte rejettes de son adoption. Tout essai
d'un nouveau systeme de constitution etait
hasardeux ; les avantages de celle-la etaient
prouves par l'experience. L'Angleterre etait
sous cette constitution parvenue au plus haut-
degre de prosperite. Ces motifs etaient assez
puissans pour qu'il soit inutile d'en chercher
d'interet personnel chez ceux qui desiraient
introduire cette constitution dans les Etats-
Unis , ou au moins en etablir une qui s'en
rapprochat le plus possible.
Mais aussi Fadoption de cette constitution
ou d'une qui s'en rapprochat, devait trouver
beaucoup de contradicteurs dans les Etats-
Unis., precisement parce qu'elle etait constitution anglaise. Un peuple qui venait de
deployer tant d'efforts pour secouer le joue
de la couronne d'Angleterre, ne pouvait pas
voir sa liberie , son independances assurees
par Fadoption d'une constitution sous laquelle
il avait eprouve tant de vexations et de
malheurs ; cette constitution , quelque modi-
fiee qu'elle put etre , paraissait alterer l'egalite
de rangs qui avait toujours existe parmi les
habitans de ces colonies , et a laquelle etait ( i92 )
attache le tres-grand nombre de ceux qui
n'avaient rien a esperer de sa destruction. Les
idees generates etaient alors toutes republi-
caines , et cette constitution implantait dans
les Etats-Unis des germes d'aristocratie , oil
il etait permis de voir un grand danger pour
la liberte. La constitution anglaise pouvait
convenir a un peuple ancien et riche , et ne
Convenait pas a un peuple nouveau , faible
et pauvre. Enfin eette servilite a imiter la
constitution anglaise semblait un pas fait
vers le rapprochemement avec FAngleterre ,
et les dispositions des Etats-Unis en etaient
alors bien eloignees.
Ces motifs Creerent done des opposans a
Fadoption des principes de la constitution
anglaise , parmi ceux meme qui reconnais-
saient la necessite d'une nouvelle constitution pour les Etats-Unis , et cette epoque ,
est a proprement parler , celle de Forigine
des partis dans les Etats-Unis.
C'est dans ces dispositions qu'arriverent a
la convention de Philadelphie les detegues
des douze Etats, celui de Rhode Island n'en
ayant pas envoye. La convention se trouva
done ainsi composee d'un parti voulant etablir une constitution nouvelle sur des bases
nouvelles, une constitution aussi monarchique
qu'il 1193)
qu'il serait possible, enfin limitation la plus
rapprochee qu'il se pourrait de la constitution
anglaise; et d'un autre parti, voulant prendre
Fancienne confederation pour base de la
constitution a etablir, qui, selon lui, ne de-
vait.etre que cette ancienne confederation
meme}/ degagee des vices que Fexperience
avait fait reconnaitre , et fortifiee dans ses
moyens d'execution , mais voulant restreindre
le moins possible les pouvoirs des differens
Etats, et desirant etablir un gouvernement
republicain.
On assure meme que quelques chefs du
premier parti avaient le projet de former
une monarchic absolument semblablea celle
d'Angleterre , en faisant l'eveque d'Osnabruk,
aujourd'hui due d'Yorck , roi des Etats-Unis;
qu'il y avait dans ce cas promesse du roid'An-
gleterre de ceder le Canada aux Etats-Unis,
et d'y joindre le don de plusieurs vaisseaux de
ligne et fregates. Les Etats-rUnis faisaient alors
11 n traite offensif et defensif avec FAngle-
terre ; mais rien ne prouve que cette assertion ne soit pas sans fondement. Des lettres
renfermant ces idees, ont circute dans diffe-
rentes parties des Etats-Unis avant la reunion
de la convention ; deux hommes de la vera-
cite desquels je ne puis avoir aucun doute \
Tom VII.! N ( 194)
m'ont assure avoir vu de ces lettres qui pou-
vaient a la verite etre autant le fait du parti re-
publicain, comme moyen de prevenir contre
toute tentative de cette espece, que celui du
parti que 1'on supposait vouloir les operer.
Quoiqu'il en soit, un plan de constitution
fut presente a la convention a ses premieres
seances , qui proposait l'etablissement d'un
president a vie et de senateurs a vie , qui
manifestait le vceu de rendre les unes et les
autres de ces fonctions hereditaires , et par
lequel les loix des legislatures des Etats particuliers devaient etre soumises a la sanction
du gouvernement general; mais ce plan ne
fut m.eme pas appuye , et ce fut un comite
choisi par la convention qui proposa les bases
sur lesquelles la constitution actuelle fut de-
liberee.
L'opinion republicaine etait bien celle du
plus grand nombre des deputes, c'etait evi-
demment l'opinion prevalante dans les Etats-
Unis ; mais les detegues des grands Etats ay ant,
avant tout le desir de donner dans la formation de la constitution de Finfluence a leurs
Etats sur les petits; et le parti purement >
republicain voulant absolument conserver
entre tous les Etats la meme egalite qu'ils
avaient dans  Fancienne confederation , lea ( 195 )
detegues des grands Etats se rangerent gene-
ralement de 1'autre parti, plus dispose a leur
faire une bonne composition. L'inegalite dans
la representation, en raison de la population ,
fut un des avantages qu'ils obtinrent de ce
rapprochement, et qu'ils n'obtinrent qu'apre9
de longs et vifs debats, comme aussi celui
pour la Virginie , et les autres Etats du Sud ,
de faire compter les trois cinqmemes des esclaves dans la population qui etablissait la
proportion de la representation: disposition
choquante dans la constitution d'un peuple
libre , puisqu'elle donne aux Etats une plus
grande proportion de pouvoir et d'influence
sur les autres, de participation aux loix faites
pour un peuple fibre, en raison de ce qu'ils
violent plus par l'esclavage le droit de liberty
reconnu par la declaration des droits; disposition qui encourage le maintien et Faccrois-
sement de l'esclavage par Finteret politique
des Etats ou il a lieu; disposition enfin qui
est absujde, puisqu'elle appelle aux privileges des hommes fibres pour la constitution
generate , des hommes qui dans I'Etat meme
qu'ils habitent ne sont regardes que comme
des proprietes mobiliaires, comme moyen de
travail et de gain.
Cependant,  quoique la force donnee par
Na 1196)
1'interet des grands Etats au parti qui proposaif
la constitution , ait fait passer dans les deliberations le plus grand nombre des dispositions
proposees ,  toutes ne   furent   pas  adoptees.
Les pouvoirs des Etat6 particuliers ne purent
etre restraints aulant que ce parti le voula^B
La denomination de constitution nationale ,
qu'il proposait, fut rejettee, et celle de constitution federate fut adoptee. L'inegalite meme
de representation dans la chambre des representans , ne passa qu'avec Fegalite de representation dans la chambre du senat; et c'.est
a Benjamin   Franklin   qu'est  du   ce   terme
.d'accommodement. La duree des pouvoirs de
la chambre des representans ,  etait proposee
pour  trois annees,  elle fut bornee a deux ;
celle du senat a six, au lieu de sept. Le President , selon ce projet, devait etre elu par le
congres , et continuer ses fonctions pendandM
sept annees. La duree de ses fonctions futTe^H
duite a quatre ans, et son election fut couiiee
a des electeurs des differens Etaafc car   un
grand nombre des deputes des grands Etats|B
qui votaient avec les auteurs du projet de.I«™
nouvelle constitution ,   quand ils y voyaient
1'interet de leur Etat, s'en separaient quand cet
interet ne les y  attachait  pas ,  et  votaient;
alors pour les dispositions federates et r6pu- 3rai
( 197 )
blicaines, auxquelles leur opinion personnelle
les portait.
Dans \ cette convention , les voix se don-
naient par Etat; et quand les detegues d'un
meme Etat differaient d'opinion, la majorite
de leurs votes etait comptee comme vote de
I'Etat. . .
Quelques detegues du parti republicain ,
qui alors etait appele le parti federaliste,
degoutes de Finutilite de leurs observations ,
convaincus que leur opposition n'empecherait
pas la preponderance du parti adverse, alors
appele anti - federaliste ou consolidant , et
persuades que cette constitution ne recevrait
pas la sanction des Etats quand elle leur serait
proposee , se retirerent, plusieurs meme peu
de tems apres l'ouverture de la convention.
Il passe pour certain , que quelques nou-
veaux articles furent introduits dans la constitution pendant les douze derniers jours des
seances de la convention , lorsque presque
tous les opposans la croyant achevee ,-s'etaient
retries ; et que quelques autres articles, deja
votes, furent modifies , et akeres dans leur
redaction, a cette epoque. Le peu de precision de cette redaction, dans certains articles , qui prete a des interpretations diffe-
rentes , a fait supposer aux redacteurs de la
N 3 (198)
constitution l'intention de faciliter ainsi les
moyens de donner a cette constitution leur
direction favorite, a la premiere occasion ,
sans avertir le peuple de ces changemens par
un appel public a une reforme.
Il est a remarquer d'ailleurs, que les seances
de cette convention n'ont jamais ete publiques , et que pour conserver un secret entier
sur ses debats, il avait ete arrete par la majorite de ses membres, dans Fune de ses premieres seances , que les detegues ne pour-
raient entretenir aucune correspondance avec
aucune personne etrangere a la convention ,
sur les objets mis en discussion , et qu'ils n'a-
vaient pas meme la liberie de prendre des
notes des debats , ou de copier les arretes ;
precaution attribuee a la crainte qu'avait le parti
dominant, que ses propositions ne fussent vues
defavorablement de la- grande majorite des
Etats-Unis , ne fortifiassent ainsi Fopposition,
et ne rendissent Facceptation des Etats particuliers plus difficile a obtenir. Aujourd'hui
encore , les journaux de cette convention ne
sont pas publtes; et ce n'est qu'aux notes ,
prises par quelques detegues , malgre l'arrete
qui le defendait, que sont dues les connais-
sances qne 1'on a des details de ses debats.
Avant de terminer cet article, je rapport ( *99 )
terai Fhonorable discours que Benjamin Franklin adressa au president de la convention a
la fin des debats qu'occasionnait la constitution proposee.
| M. le president, j'avoue sincerement que
x> je n'approuve pas entterement aujourd'hui
& la constitution qui nous est presentee. Mais
» j'avouerai avec la meme sincerite que je n'ai
» pas la certitude de ne Fapprouver jamais.
33 Car dans la longue carrtere que j'ai deja
» parcourue , je me suis vu plus d'une fois
8 oblige , par la force de la conviction , a
33 revenir d'opinions bien prononcees , bien
33 reflechies , et que je croyais bien fondees.
33 Plus je deviens vieux , plus je suis done
33 dispose a me mefier de mon propre juge-
33 ment, et a respecter davantage celui des
33 autres. Beaucoup d'hommes croient, ainsi
33 que beaucoup de sectes religieuses, que la
33 raison reside seulement en eux , et que
33 ceux qui ne pensent pas comme eux,, se
33 jettent d'autant plus dans l'erreur , qu'ijs
33 s'ecartent davantage de leur opinion. Frappe
3-> de ce defaut trop frequent, j'adopte cette
33 constitution avec toutes ses imperfections,
33 si elles sont meme reellement telles qu'elles
33 me le paraissent; parce que je pense qu'un
33 gouvernement general nous est necessaire,
I 4
if (  200   )
33 et qu'il n'y a aucune fdfome de gouverne-'
33 ment qui, bien administree, rie puist>e faire
?3 le bonheur du peuple. Je crois de plus qu'il
33 est   tres - probable ,  que cette const:tutioh
33 bre d'annees; et qu'elle ne peut finir en
33 despotisme , ainsi que beaucoup d'autres
33 gouverneniens ont fini avant elle, que quand
33 le peuple americain sera arrive a un tel
33 point de corruption, que devenu incapable
33 et indigne d'etre gouverne par une consti-
>3 tution fibre , il aura besoin du despoii-ine.
33 Je donne done mon consentement a cette
33 constitution , parce que , dans les circons-
33 tances actuelles , je n'en puis pas esperer
33 une
33 que
3, au !:
33 j'ai
3 que
estees sur ses defauts
mais fait connaitre ces opinions hors de
cette enceinte; elles y ont pris naissance ,
elles doivent s'y ensevelir. Si chacun de
nous , en retournant vers ses constituans ,
s'efforcait de faire valoir devant eux les motifs qui Font engage a s'opposer a la constitution , et cherchait a les attirer dans son
opinion, nous parviendrions peut - etre a
empecher qu'elle ne fut adoptee unanime- HBP3*. ' JMH11L flEWSi
EWi
( 201 )
?3 ment, et nous perdrions ainsi le grand avari-
33 tage qu'une appa rente unanimite nous don-
33 nerait aupres des nations etrangeres, et dans
33 le sein meme de notre propre nation. L'opi-
3) nion generalement recue de la bonte d'un
33 gouvernement lui imprime, autant que la
33 sagesse et Fintegrite de ceux qui Fadminis-
>3 trent, la force necessaire pour faire et assu-
33 rer le bonheur des peuples. J'espere done
33 que pour notre propre salut, comme partie
33 du peuple aujourd'hui existant, et pour
33 celui de nos descendans , nous agirons de
33 concert et avec unanimite , pour recom-
33 mander Fadoption de cette constitution ,
33 par-tout ou. notre influence pourra s'eten-
33 dre , et que nos pensees et nos efforts au-
33 ront a. Favenir pour objet sa bonne admi-
33 nistration. Enfin, je jie puis m'empecher
33 de former le vceu , que ceux qui, parmi
33 nous , conservent encore quelqu'objection
33 a Fadoption de cette constitution, veuillent
33 bien avec moi douter un peu de leur infail-
3> libilite , et signer cet acte constitutionnel,
35 pour ne laisser aucun doute sur notre una-
33 nimite. 33
Franklin etait, et s'etait toujours declare ,
pour les principes les plus democratiques ;
une seule chambre , et un executif tres-limite (  202  )
dans ses pouvoirs et dans la duree de ses fonctions, devaientformer,suivantson opinion, la
constitution la plus desirable. Le sacrifice de
l'opinion de sa vie entiere, genereusement
offert au bien public en cette grande cir-
constance, est certes d'un merite digne d'admiration. Cet exemple est encore une pre-
cieuse lecon dans les tems actuels. Qui peut
oser croire que son opinion la plus reftechie
n'est pas une erreur ? Qui peut oser croire
que , parce que meme Fexperience des siedes
passes semble montrer plus d'avantages dans
telle ou telle forme de gouvernement, plus
d'inconveniens dans telle ou telle autre , cette
experience soit une regie sure et infaillible ?
Les tems actuels n'appartiennent-ils pas aussi
a Fexperience des siedes futurs? et les grands
changemens qu'ont apportes dans le monde
social les vices reconnus des gouvernemens ,
et 1'alteration des mceurs , et la destruction
des prejuges , et la decouverte de verites nouvelles , et l'extension des lumteres de tout
genre , rendent-ils le siede actuel tellement
semblable aux stecles passes, que l'homme
raisonnable puisse assurer , que ce qui etait
entierement vrai autrefois , en mattere de gouvernement , soit encore entierement vrai aujourd'hui ? N'est-il pas certain, au contraire, f^rcp
(   205   )
comme le dit Franklin, qu'il n'est pas dei
forme de gouvernement , qui, administree
par les gouvernans , et obeie par les gouver-
nes, avec une entiere et constante sincdrke,
avec le zele religieux du bien public , avec le
desir de la faire reussir , ne puisse operer
le bonheur du peuple , seul but des gouverne-
mens ? et n'est-il pas plus vrai encore, erne
le zele du bien public , le desir sincere de
l'operer de tous ses moyens, est le devoir de
conscience de tout citoyen, et aussi son interet
le mieux entendu? Francais! puissiez-vous
vous penetrer de cette incontestable verite ! la
seulement est voire salut.
Debats dans les conventions des Etats
particuliers pour I'adoption de la
constitution.
S
L'adoption de la constitution excita beaucoup plus de debats encore dans les conventions des differens Etats. Elles etaient le tribunal d'appel de cette constitution , les juges
en dernier ressort de son adoption, ou de sa
rejection. L'accession de neuf des Etats la faisait admettre irrevocablement. Tous les efforts
des deux partis devaient done etre employes (   204  )
|>dur Foperer , ou pour l'empecher:; aussi n'eri
oublierent-ils aucun. Les pamphlets furent
repandus en foule a Fappui des deux opinions ; chaque gazette contenait Fattaque ou
la defense de cette constitution qui allait etre
discutee dans les conventions. La liberte publique etait en danger imminent si elle etait.
acceptee, disaient les papiers de l'opposition ;
l'existence des Etats - Unis ne pouvait pas ,
disaient les autres , etre de longue duree , si j
elle etait refusee; et les deux assertions etaient,
dans les nombreuses publications qui inon-
daient alors les Etats-Unis , soutenues de tous
les argumens solides ou specieux que la conviction pouvait produire , et aussi de toutes
les exagerations qui appartiennent a Fesprit
de parti.
Presque toutes les conventions examinerent
et discuterent avec etendue la constitution
dans ses principes , ses details et ses conse-
quences; mais aucune autant que celles de
Pensylvanie, de New-Yorck, de Massachusetts , et de Virginie. Les argumens de
l'opposition dans ces differentes conventions,
etaient les memes, et les principales objections
etaient:
i°. Que la convention n'avait ete assem-
btee que pour revoir et corriger les articles de. wamBm&mmmvmsmams^
(205  )
I'ancienne confederation, et non pour faifg
une nouvelle constitution. Ainsi disait-on
dans les conventions des Etats , dont les dete-r
gu6s avaient recu ces instructions formelles.
2°. Que la convention, eut-elle ete meme
autorisee a proposer une constitution entierement nouvelle , avait outre-passe ses pouvoirs , en prononcant que Facceptation de
neuf Etats de 1'Union en ferait la constitution
des Etats-Unis , et que son acceptation devait
etre entiere sans aucune clause d'amende-
ment ; qu'elle avait par ces dispositions me-
connu, et viole le droit du peuple , qui peut
seul juger la forme de constitution sous laquelle il veut vivre, et le droit des Etats, qui'
independans les uns des autres ne peuvent
etre lies par d'autres deliberations que les
leurs, et ne peuvent aussi que par leurs pro-
pres deliberations, etre detaches de la confederation.
5°. Que cette constitution devait etre prece-
d£e d'une declaration des droits, parce que la
liberte des peuples des differens Etats ne serait
plus assuree par leur propre constitution , ni
par la declaration des droits, qui precedait
celles de la plupart d'entr'eux, puisque les loix
du congres devaient engager et Iter les peuples
de   toute 1'Union,  et avoir   la   superiorite
"1
!
I ( 206 )
Sur les  loix des legislatures particulieres.
4°. Que le peuple des Etats-Unis n'etait pad
assez represente dans le nouveau congres,
puisque la constitution , se bornant a prononcer que le nombre des representans n'ex-
cederait pas un par trente mille habitans , et
indiquant provisoirement que le nombre en
serait, jusqu'au premier denombrement, de
soixante-sept, il n'en resultait pas qu'il clut par
la suite etre augmente avec necessite; qu'il etait
probable que le congres lui-meme ne desire-
rait pas augmenter le nombre de ses membres;
et qu'ainsi les questions du plus grand interet
pour les Etats , pourraient etre dechtees par
dix-huit voix , puisque le nombre de trente-
quatre membres etait declare competent pour
prendre toute espece de deliberation.
5°. Que la chambre des representans etant
la seule ou le peuple fut represente , devait
avoir a elle seule voix en' mattere d'impot, et
de disposition d'argent; que la liberie laissee
au senat de faire des amendemens a ces sortes
de bills, etait done contre 1'interet et la su-
rete du peuple , et plus encore la facuke laissee a cette chambre de proposer les appoin-
temens a donner aux officiers dont la constitution lui laisse la nomination, conjointement
avec le President. m^^m^^mmm:'^^.
( 207 >
6<>. Qu'aucun conseil executif n'etant donne
au President, ainsi qu'il avait ete" propose de
lui en former un, de deux membres des Etats
du Nord, de deux de ceux du milieu, et de
deux de ceux du Sud, il en etait resuke la
necessite d'associer la chambre du senat a
plusieurs fonctions de l'executif, et qu'ainsi
la division des pouvoirs , reconnue une des
conditions les plus essentielles a tout bon gouvernement , n'etait plus conservee; que par-
la le senat devenant necessairement lie au
President, avec qui il nommait concurrem-
ment les places , favoriserait d'autant plus
probablement les mauvais choix , que ses
membres pouvant prendre a toutes les places , ils espereraient leur avancement de leur
complaisance , et qu'ainsi la liberte publique
serait en danger; que 1'interet des Etats-Unis
se trouverait plus compromis encore , par la
faculte laissee au President de conclure les
trait.es avec les deux tiers du senat, sans Fin-
tervention de la chambre des representans.
70. Que les attributions donnees aux cours
federates , etaient vexatoires pour les indivi-
dus des Etats qui seraient sans cesse tires
de chez eux , pour alter suivre devant les
cours federates des causes etrangeres a Fin-
teret de 1'Union , et dont les tribunaux des
I
i (   208  )
Etats etaient les juges naturels ; que leurs
attributions absorbaient , et reduisaient a rien
celles des tribunaux des Etats ; que le peu de
precision dans Fenonce de ces attributions en
ferait une source continuelle de querelles, et
un moyen d'emptetement pour tes tribunaux
federaux ; qu'enfin , le pouvoir donne a ces
tribunaux , de juger selon la lettre et Vintention de la constitution, mettait cette constitution meme a leur discretion , en leur don-
nant les moyens d'en expliquer Fesprit a leur
plaisir.
8°. Que la faculte laissee au President de
faire grace aux criminels , condamnes pour
crime de trahison, mettait en danger la liberte
publique, puisqu'il pouvait ainsi absoudre ceux
qui, par ses ordres , auraient conspire contre
elle.
9°. Que le pouvoir donne au congres d'in-
diquer les lieux et tes epoques , oil les elections pour ses membres auraient lieu dans tes
differens Etats , attaquait la souverainete des
Etats , en exposant d'ailleurs les electeurs a
des voyages peut-etre longs, qui les tireraient
hors de leurs foyers plus long-tems qu'il n'etait necessaire pour F execution de ce devoir.
io°. Que le pouvoir attribue a ce corps ,
d'imposer toute espece de taxes , de les dis-
tribuer ( 2og )
tribuer sur les individus , et de les faire lever,
etait vexatoire, en ce qu'il pouvait 6ter aux
Etats particuliers toutes les ressources d'im-
p6t necessaries a leurs depenses ; et que ,
multipliant d'ailteurs les frais de perception ,
il augmentait la contribution des individus ,
sans aucun avantage pour le tresor de 1'Union;
inconvenient qui serait evite , si le congres ,
se bornant a taXer proportionnellement les
Etats , abandonnait a leurs legislatures le
soin de la perception , et n'en ordonnait la
levee qu'au refus des Etats , ou d'apres leur
negligence a l'ordonner eux-imemes.
ii°. Que la simple majorite des voix dans
le congres etant exigee pour toute loi relative
a la navigation et au commerce ~, exposait les
Etats du Sud , qui avaient ties produits sura-
bondans et d'une nature precieuse , et qui
n'avaient point de vaisseaux pour les exporter,
au monopole des Etats du Nord, qui n'avaient
que peu de produits au-deli de leur Consom-
mation, et qui etaient riches en vaisseaux ;
inconvenient qui serait evite en exigeant une
majorite de deux tiers des voix pour ces sortes
de loix. ( On sent que cette derniere objection a la constitution, n'etait faite que par les
Etats du Sud. )
12". Que le jugement des impeachments,
Tome VII O
if (   2lO  )
lalsse au senat seul, fie d'interet par la constitution avec le pouvoir executif, n'assurait
ni Facquittement des accuses innocens, ni la
condamnation des accuses coupables.
i5°. Que la facuke laissee au President de
choisir pour les places , dont il avait la nomination , parmi les membres des deux chambres
du congres , etait un grand obstacle a la liberie des opinions, et un moyen de corruption.
i4°. Que la fonctionde President des Etats-
Unis , pouvant etre continuee indefiniment
dans les memes mains , donnait a un homme
ambitieux et adroit le moyen dune influence
dangereus.e pour la liberte du congres , pour
celle des individus , et pour la constitution
elle-meme, qui ainsi pourrait promptement
cesser d'etre republicaine.
i5°. Que la liberie publique etait mena-
cee par la facuke laissee au congres d'entretenir une armee sur pied en tems de paix.
16 \ Qu'elle Fetait encore, et les citoyens
des Etats-Unis prives de leur droit le plus
precieux , par le defaut de jurys en matiere
civile devant les tribunaux fed^raux.
170. Que Findispensabilite des jurys en matiere criminelle n'etait meme pas assez pro-
noncee.
i8°.  Enfin que rien dans  la constitution (211   )
ne garantissait la liberty de la presse, ni celle
de conscience , et n'assurait aux Etats que
le congres ne leur entevat pas successive-
ment le reste de pouvoir dont cette constitution ne leur demandait pas aujourd'hui le
sacrifice, et qui etait a-la-fois leur droit comme
souverains, et la seule garantie de leur in-
dependance.
Plusieurs de ces objections n'etaient pas
tres-fortes ; les craintes qu'elles annoncaient
etaient exagerees, et Fexperience tes a de-
montre telles. Mais si quelques-uns tenaient
a Fesprit de parti, et au desir des Etats particuliers de sacrifier peu de leurs pouvoirs au
gouvernement de FUnion, il n'est pas moins
vrai que la grande opposition a cette nouvelle constitution avait son principe dans Fesprit de liberte qui animait alors d'autant plus
les citoyens des Etats-Unis , que l'epoque de
leur triomphe pour la conquerir etait plus
rapprochee; dans leur crainte de la monarchie
ou de 1 aristocratie , auxqueiles ils croyaient
voir une tendance dans cette constitution ;
dans Fesprit de republicanisms qui etait alors
commun a tous tes Etats - Unis , et dans la
defiance inquiete, suite naturelle de ces dispositions.
II est encore certain que la tres - grande
O   2 (  212  )
majorite du peuple americain etait alors con^
traire a Fadoption de cette constitution j et
qu'elle n'a obtenu la majorite dans les conventions des Etats , que par la conviction
qu'avaient beaucoup de ceux meme qui y
etaient opposes, de Finsuffisance des articles
de confederation, et de la necessite de donner au gouvernement federal des moyens
de force ; que par la crainte de prolonger
l'espece d'anarchie ou etaient alors tes Etats-
Unis , et de la rendre plus irremediable par
le delai qui resulterait de la convocation d'une
nouvelle convention chargee de presenter une
autre constitution.
On assure que ces motifs puissans pour
accepter la constitution , ont ete soutenus
chez plusieurs des adherens ,• par des inte-
rets particuliers, par des vues d'ambition , et
particufierement par Fesperance et meme la
certitude de moyens de speculation dans les
effets publics , dans Fachat des terres , qui
leur etaient presentes comme consequence de
Fadoption de la constitution proposee, et de
Fetablissement du nouveau gouvernement.
L'adhesion a. cette constitution ne fut pas
cependantla meme dans toutes les conventions.
Dans tes Etats de Delaware, de New-Jersey
et de Georgie, elle fut acceptee a Funanimite. (2l3)
Dans ceux de Connecticut, de Maryland
et de Pensylvanie, elle trouva des oppo-ans,
mais fut acceptee sans la proposition d'au-
cun amendement ; dans la convention de
Pensylvanie , ou l'opposition fut plus forte ,
la minorite se separa de la majorite , et fit
une protestation motivee de son refus d'adlte-
rer a ses resolutions.
Le3 conventions de la Caroline du Sud , de
Virginie, de New-Yorck et de Massachussetts,
l'accepterent a une majorite peu considerable ,
joignant k leur adhesion la proposition de plusieurs amendemens qu'ils representerent comme indispensables alaliberte et a la surete publique , declarant que le desir de nepas retarder
Faction du nouveau gouvernement et Fespoir
que le nouveau congres ferait droit a leur
demande, avait seul determine leur acceptation. La convention de New-Yorck etait au
moment de rejetter la constitution, quand la
nouvelle qu'elle avait ete acceptee par neuf
Etats , lui prouvant l'inutilke de son opposition, determina son adhesion.
La convention de New-Hampshire se* separa
une fois- sans prendre de resolution, puis se
reunit et y adltera en proposant des amendemens.
La convention de la Caroline du Nord ,
O 3
I (m |
proposa des amendemens, et elle fit de leur
admission dans la*constitution la condition de
son acceptation. Quelque tems 'apres , elle
Faccepta sans condition.
Quant a FEtat de Rhode island, au lieu de
eouinettre la constitution proposee a l'examen
d'une convention , il la souruit a celui des as-
sembie.es des villes qui p'resque toutes la re-
jetterent, aux villes pres de Newport, de Providence et de quelques autres qui se declare-
rent iucompetentes pour cet exanien , et qui
indiqnerent la convocation d'une convention
qui eut li'eu, et accepta la constitution.
Voici tes .epoques du les differens Etats
adhererent a cette constitution , et le tableau"
de la majorite dans chacune des' differentes
conventions.
Rhode-island . .,. J Mai, 39, 1790. .* C2l5)
Les amendemens proposes par celles des
conventions qui en joignirent a leur acceptation sans etre precisement les memes , por-
taient tous sur les memes points. Le congres
a ses premieres seances les prit en consideration , et sans les admettre absolument tous ,
il en composa douze nouveaux articles addi-
tionnels a la constitution , qu'en vertu du
cinquteme article de la nteme constitution,
il proposa a la ratification des trois quarts des
legislatures dans les termes suivans.
Articles additionnels a la constitution.
, En congres 4 mai
Les conventions d'un certain nombre d'Etats
ayant au moment de leur acceptation de la
constitution exprime le desir d'y voir ajouter
de plus amples clauses declaratoires et res-
trictives afin de prevenir tes fausses interpretations ou Fabus de ses pouvoirs ; et comme
le meilleur moyen d'assurer les fins bienfai-
santes de Finstitution du gouvernement, est
d'augmenter les motifs de la confiance qu'on
doit avoir en lui.
II a ete resolu par le senat et la chambre
des representans des Etats-Unis de l'Amerique
assembles en congres , les deux tiers de$
O 4 (  2l6)
chambres y concourant, que les articles sui-
vans seront proposes aux legislatures des differens Etats, comme amendemens a la constitution des Etats - Unis , tous et chacun des-
quels articles devant etre valides a toutes fins
comme partie de ladite constitution , apres
avoir ete ratifies par tes trois quarts desdites
legislatures ; savoir :
'Articles d"addition ou d'amendement a la
constitution des Etats- Unis de I Amerique proposes par le congres , et ratifies
par les legislatures des differens Etats ,
suivant I'article cinquikme de la constitution originclle,
AaTICIiE      PUERtlEa.
Apres le premier denombrement requis dans
le premier article de la constitution , il y aura
un representant pour trente mille individus ,
jusqu'a ce que le nombre monte a cent mille;
apres quoi la proportion sera regtee par le con«
gres, de maniere qu'il n'y ait pas moins de cent
representans, ni moins d'un representant pour
quarante mille personnes , jusqu'a ce que le
nombre des representans monte a deux cents;
apres quoi la proportion sera regtee par le
congres , de maniere qu'il n'y ait pas moins (217   )
de deux cents representans ; ni plus d'un representant pour cinquante mille personnes.
Article   II.
Aucune loi faisant un changement dans
•l'indemnite accordee aux senateurs et aux representans pour leurs services ne pourra avoir
d'effet qu'apres une nouvelle election de representans.
R   T   I   C   L   E
I I I.
Le congres ne pourra faire aucune loi relative a letablissement d'aucune religion ; ou
pour en prohiber Fexercice; ou pour restreindre
la liberte des discours ou de la presse; ou le
droit du peuple de s'assembler paisiblement,
et de presenter des petitions au gouvernement
pour le redresserrient des griefs.
Article    IV.
Une milice bien regtee etant n^'cessaire k
la surete d'un Etat fibre , le droit du peuple
d'avoir et de porter des armes ne sera point
enfreint.
Article  "V.
En tems de paix aucun sokiat ne sera mis
en quartier dans une maison sans la consen- (218   )
Tement du proprietaire , ni en tems de guerre
autrement que de la maniere qui sera pres?
crite par la loi.
Article     VI.
Le droit du peuple d'avoir sa personne, sa •
maison , ses papiers ,  et ses effets,  assures
he et saisie non motivee ,
et aucun mandat d'arret
lance que sur un rapport
contre toute reeh
ne sera point vio
(warrant) ne se
probable soutenu
mation; et decrr
tanciee le lieu qr
la personne et .
saisis.
A  R 1
pa
affir
rant d une maniere circons-
i devra etre viske, ainsi que
es  effets qui  devront etre
' i c l e    VII.
Nul
era te
epondre d'un crime
capital, ou autrement infame , que sur la de-
nonciation ou i accusation d'urt grand jury ,
(presentment or indi'Gtemenb) ex-Cegte dans
les cas de deiits : militaires , tant par terre
que par mer ou dans la milice en service
actuel, en tems de guerre ou de danger public ; nul ne ppurra non plus etre mis deux
fois pour la meme offense en danger de perdre
la vie ou un membre , ni etre force dans
un cas criminel a temoignercontre lui-meme, (   219)
ni etre prive de la vie, de sa propriete , ou
de sa liberte , sans un proces legal et regulier;
et aucune propriete particubere ne pourra
etre prise pour un usage public sans un juste
dedommagement.
Article    VIII.
Dans toutes les poursuites criminelles ,
l'accuse jouira du droit d'une procedure publique et prompte par un jury impartial de
I'Etat et du district dans lesquels le delit aura
ete commis , lequei district sera auparavant
reconnu et certifie tegalement, et de celui
d'etre informe de la nature et de la cause de
1'accusation ; d'etre confronte avec les temoins
qui deposeront contre lui ; d'avoir la procedure compulsoire pour obtenir des temoins
en sa faveur , et d'avoir le secours d'un conseil pour sa defense.
Article    IX.
Dans les proces au civil ou la valeur de la
chose en litige excedera vingt dollars , le droit
deprocedure par jures sera conserve, et aucun fait determine par un jury ne sera reexamine dans aucune cour des Etats-Unis , que
d'apres les regies de la loi civile et coutumiere
(common law. ) (  220   )
Article   X.
On n'exigera point de cautions excessives,
on n'imposera point d'amendes excessives , on
n'infligera point de punitions cruelles et inu-
sitees.
Article    XI.
■ L'enumeration Faite par la constitution de
certains droits ne pourra servir de pretexte,
pour nier ou diminuer d'autres droits conserves par le peuple.
Art:
X I I.
Les pouvoirs non detegues aux Etats-Unis
par la constitution, et non interdits par elle
aux Etats particuliers , sont reserves a ces
Etats respectivement, ou au peuple.
Les deux premiers de ces douze articles ne
regurent pas le consentement de la majorite
requise des legislatures.
Les dix autres Fobtinrent. Ce sont done les
seuls qui font reellement addition a la constitution , et qui en font partie. (   221   )
Observations generales sur la constitution des Etats-Unis.
Je n'entreprendrai pas de discuter en detail
les avantages et les inconveniens de la constitution des Etats-Unis. La cormaissance , que
j'ai acquise de la situation des choses, et des
esprits , a l'epoque ou elle a ete adoptee , me
porte a croire qu'elle est la meillenre qui put
alors etre faite. Je ne parlerai que de son principal defaut, de son vice inherent, que je
regarde comme un obstacle a tout bien dans
quelque constitution qu'il se trouve ; et il y a
quelque hardiesse a m'exprimer ainsi, puisque
ce que je crois un vice fondamental dans la
constitution des Etats-Unis , est regarde par
presque tout tes Americains comme la qualite
essentielle de leur constitution. Je veux dire -
leur federalite.
Cette conception, sans doute , est grande ,
elle plait a la pensee. Des Etats souverains
qui abandonnent a un gouvernement general
la partie de leur souverainete , dont l'usage
peut servir a leur prosperite commune, pr6-
sentent l'image d'hommes reunis en societe,
qui font le sacrifice de quelques-uns de leurs
droits individuels, d'une partie de leur liberte ( ga )
pour la securke entiere de ce qu'ils en rd-'
servent , et pour Favantage general. Mais
Fexperience demontreevidemment, que cette
idee , quelque grande , quelque parfaite qu'elle
puisse paraltre , n'est qu'illusoire dans son
execution. Les passions des gouvernemens
ont une bien autre force que celles des individus , des motifs bien plus plausibles en ap-
parence, lesmettenten jeu , et les maintien-
nenten activke; et leur repression est moins
prompte, moins facile , que celle des passions
individuelles ; cependant elles s'opposent puis-
samment aux avantages qui sont Fobjet de
la  federation, le  bien general de 1'Union.
Sans pousser plus loin la discussion des
principes et des consequences du systeme du
gouvernement federal , je me bornerai a donner deux exemples frappans de ses graves in-
conveniens dans les Etats-Unis.
En 1787 , Fancien congres voulant pourvoir
au r.egtement des comptes entre les differens
Etats et 1'Union , ordonna, par une deliberation du 7 mai., que cinq commissaries seraient
choisis pour se rendre dans les treize Etats de
F Union , fictivement di vises a cette intention
en cinq dislricts, a l'effetd'y recevoir tes reclamations de ces differens Etats pour tes sommes
payeespar eux pendant la guerre, aux troupes, (   223   )
milices, qu artier-malt res', hopitaux , et pour
le service des Etats-Unis, en vertu des ordres
du congres, ou meme sans ses ordres, si 4a
preuve des depenses faites a cette intention
pouvait etre donnee- Les commissaries devaienC
examiner les titres de reclamation, en arreter
le compte d'apres leur examen , et envoyer au
controleur de la tresorerie de 1'Union, ces
arretes de compte, et les titres dont ils etaient
appuyes , en donnant une reconnaissance aux
Etats auxquels ils appartenaient. Les commis-
saires devaient joindre a cet envoi leurs observations sur la nature de ces titres et reclamations. La meme deliberation ordonnait que les
differens Etats fournissent ces renseignemens
et titres aux commissaires dans l'espace de six
mois, pour etre par eux envoyes a la tresorerie dans l'annee revolue.
La deliberation ordonnait aussi, qu'apres
que Fenvoi de ces litres et de ces reclamations serait fait a la tresorerie. par les cinq
Commissaires, le congres nommerait un bureau de trois autres commissaires dont le devoir serait d'examiner ces comptes et reclamations des differens Etats , et de les arreter,
en se conformant, pour tes titres authentiques
de creances , a l'opinion des premiers commissaires , et en consultant les principes d'tt
8 (224)
quite pour les reclamations faites a raison des
depenses non autorisees par aucun ordre antecedent du congres.
Cette loi prononcait que tes decisions don-
nees par la majorite de ces trois commissaires,
forniant le bureau , seraient definitives, et ne
pourraient etre soumises a aucune reclamation
ukerieure ; elle leur donnait dix-huit. mois,
pour completter cette operation.
Les affaires et tes distractions occasionnees
par la presentation et Fadoption de la nouvelle constitution, s'opposerent a ce que les
trois commissaires pussent s'occuper a regler
les comptes avant l'expiration de la duree de
leurs fonctions.
Une loi du nouveau congres , du ier aout
1790, erdonne la nomination , par le President des Etats-Unis , de trois nouveaux commissaires , auxquels les mernes fonctions , les
memes pouvoirs furent donnes , et qui de-
vaient, sur le vu et Fexamen des titres et
reclamations ci-dessus mentionnes d'une part,
et de l'autre sur la connaissance donnee par
la tresorerie des sommes avancees par 1'Union
a ces differens Etats, faire la balance de leur
situation ; et placer au rang des creanciers
de 1'Union ceux des Etats qui seraient recon-
nus ayoir plus depense pour son service que
recu (225 )
regu de son tresor; et au rang des debiteurs
ceux des Etats qui seraient reconnus avoir
plus recu de 1'Union que depense pour elle.
Cette loi fixait le ier. juillet 1792, pour le-
poque la plus recutee, ou les trois commissaires devaient avoir regie ces balances. Une
autre loi, du dernier fevrier 1792, recula
d'une annee cette epoque, et la porta au ier.
juillet 1793.
La loi qui chargeait les trois commissaires
de cet apurement des comptes , avait passe
presqu'a. Funanimite. Le President Georges
Washington avait fait choix des hommes de
la plus grande integrke , et de la plus grande
habilete reconnue , MM. William Irwine ,
John Kean , et Woodbury Langdon |
toutes les parties de 1'Union avaient applaudi
a son choix. Les commissaires avaient fini
leur travail au tems prescrit; ils avaient re-
connu que les Etats creanciers de FUnion
etaient:
New-Hampshire pour 75,015 doll.
Massachussetts  1,248,801.
Rhode-island  289,6n.
Connecticut .  619,121.
New-Jersey o  49>o3o.
Caroline du Sud  1,205,978.
Georgie  19,888..
Tome VIL P -
(   226  )
et que les Etats debiteurs de 1'Union etaient:
New-Yorck pour   2,074,846 doll
Pensylvanie  76,709.
Delaware        612,428.
Maryland        i5i,64o.
Virginie       100,879.
Caroline du Nord        5oi,882.
Ce ne fut cependant qu'a la fin de 1796, que
le congres agita la question des moyens de
faire rentrer la dette des Etats debiteurs danjR
le tresor de I'Etat, lequel payait aux Etats ere1
anciers les sommes qui leur etaient dues par
1'Union , ou les intents de ces sommes a six
pour cent. Mais les debats pfouverent bienjB
tot que les Etats debiteurs n'etaient point
dans l'intention de solder leur dette , quoique plusieurs d'entre eux, particulierement
celui de New-Yorck , eussent leurs finances
dans un etat tres - prospere , et abondassent
en ressources, et que les besoins du tresor
de 1'Union fussent grands. L'interet particu-
lier d'Etat , Fesprit d'envie , se sont mani-
festes par - tout, dans ces debats remplis de
sophismes et de mauvaise foi, et Fesprit public ne s'est montre nulle part. Enfin , apres
plusieurs seances employees a cette discussion , aucune deliberation n'a ete prise , et il
est reste evident pour chacun de ceux qui ont (   227   )
eu connaissance de ces debats, que les Etats
debiteurs, ou au moins le plus grand nombre , ne voulaient pas payer , ne payeraient
pas , et que 1'Union n'avait aucuns moyens de
les y contraindre ; car le tenter par la force
armee, e/eut ete provoquer la guerre civile,
et hater la dissolution de 1'Union. Cependant
1'Union perd par ce refus de payement, trois
millions sept cent dix-sept mille cinq cent
quatrevingt-quatre dollars, ou plutot trois millions neuf cent quatre mille trois cent cinquante et un dollars, en y comprenant les
intents , et quoique la creance soit reconnue
legitime. L'interet de tous les Etats'est sacri-
fie a. 1'interet, a la volonte de quelques-uns,
qui s'opposent a. Fexecution d'une decision
contre laquelle les representans de tous les
Etats s'etaient engages a. ne faire aucune
reclamation. Le but de la federation est done
en ce point essentiellement manque.
L'autre.exemple des inconveniens du sys-
teme federal, evidemment prouve dans les
Etats-Unis , est relatif aux fortifications de
leurs ports.
La constitution dit art.  ief. ,  section 8e. ,
« Que FUnion exercera l'autorke legislative
33 exclusivement dans les lieux achetes avec
» le consentement des legislatures des Etats
P a
""1
I
I flf
( 228 )
33 particuliers, pour y elever des forts, mass gasins , arsenaux, chantiers et autres edi-
33 fices necessaries. » Par une loi rendue en
decembre 1794 i ordonnant des depenses pour
la fortification de quelques points des cotes
des Etats-Unis , le congres declare « que le
33 President devra recevoir des legislatures
33 des differens Etats la cession des terreins
>3 ou les fortifications devaient etre faites ,
33 ou acheter les terreins s'ils ne sont pas la
33 propriete des Etats. 33 Et cependant la plupart des Etats se refusent a cette cession ou
a Fautorisation a donner au President des
Etats-Unis d'acquerir dans leur souverainete
les • terreins convenables pour y etablir des
fortifications. Ils demandent des secours au
tresor de 1 Union, pour ajouter aux depenses
qu'ils consentent a faire de leurs propres de-
niers pour les fortifications k elever dans leur
territoire , mais ne consentent a rien de plus ;
d'oii il resulte que tes fortifications sont faites
sur des plans particuliers , parce que I'Etat
qui tes ordonne ne pense qu'a son avantage;
qu'elles sont faites mesquinement, parce que
les ressources de I'Etat ne lui permettent pas
de les faire dans Fetendue et la solidke ne-
cessaire; qu'elles sont faites aux places ou
la depense est jugee devoir etre moins grande, (   229)
plutot que dans celles qui, exigeant un plus
grand emploi de fonds pour etre fortifiees ,
couvriraient la ville , qu'elles ont pour objet,
d'une defense pluscomplette et concoureraient
d'avantage a unsysteme general de defense. II y
a eu , a la derniere session du dernier congres,
en fevrier de cette annee 1797 , des debats
remarquables a cette occasion, dans lesquels
il a ete manifeste par les discours de's deputes de Massachussetts , de New-Yorck et de
la Caroline du Sud que ces trois grands Etats
possedant les ports les plus importans des
Etats-Unis, etaient determines, a ne point
faire a 1'Union Fabandon des terreins' ou les
fortifications devaient etre placees. Dans cette
discussion, il a ete reproche au gouvernement des Etats- Unis, par les deputes de
Pensylvanie et de Rhode - island , dont les
Etats avaient fait a 1'Union la cession desi-
ree , de ne pas s'etre plus occupe de la defense de ces Etats que de celle des Etats qui
s'etaient refuses a cette cession , et tes deputes de ceux-ci s'appuyaient de ces plaintes
pour excuser et louer meme leurs Etats de
n'avoir pas abandonne leur terrein au gouvernement general. Mais quelques fondes que
puissent etre les reproches faits a cet egard
au gouvernement de 1'Union , ils n'etaient
P 3 ( 23o )
que le pretexte du refus annonce dont le
motif est la jalousie toujours existante de la
souverainete des Etats particuliers contre la
souverainete de 1'Union: jalousie generale-
ment partagee par les hommes de tous les
partis , mais particulterement fondee chez les
vrais republicains, sur la crainte que le gouvernement de 1'Union ayant des citadelles et .
des troupes au milieu de leurs Etats et dans
leurs points les plus importans, ne cherchat
diminuer et a ehvahir leur liberte et leur
independance.
De cet etat de choses , il resulte que les
c6tes des Etats-Unis, leurs postes les plus in-
teressans a defendre ne sont pas fortifies ,
car c'est ne Fetre pas que de l'etre incom-
plettement; et peut-etre est-ce pire que de ne
l'etre pas du tout, parce que la securite qui
ne pourrait exister si aucun ouvrage n'etait
eieve , se repose promptement sur de mauvais ouvrages , a demi-suffisans, a demi-com-
plets, qui ne serviraient a rien pour la surete
veritable ; et que d'ailleurs dans un grand
pays , les fortifications les mieux placees,
les plus complettement faites ne servent a
rien pour la defense qUand elles ne tiennent
pas a un systeme entier, bien entendu \ Yie
dans toutes ses parties, et qui ayant pour (m)
objet la protection de la totalke du pays,
porte quelquefois avec utilite les plus grandes
depenses dans des points qu'aucun Etat par-
ticulier ne croit avoir interet de defendre,
et qui sont pourtant la clef diij*pays. Dans
l'etat actuel des choses , on peut dire que
les cotes des Etats - Unis sont sans defense,
que les ports les plus riches ne sont pas k
Fabri d'un coup de main, et cela parce que la
resistance des Etats aux cessions des terreins
juges necessaires, ne permet pas au gouyer-
nement federal de s'occuper d'un systeme general et complet.
Ainsi dans ces deux exemples , le deficit
du tresor des Etats-Unis , et le mauvais etat,
sinon la nullke de defense de leurs cotes , sont
le resultat du s^ysteme federal: resultat oppose
au but que la federation se proposait: resultat pernicieux au premier degre: mais resultat necessaire d'un tel systeme, qui met
les interets et la vanite des Etats particuliers
eft opposition avec les interets de 1'Union, et
qui s'oppose a Funite de volonte, de projets et
de resolutions, sans laquelle un gouvernement,
quel qu'il soit, ne peut faire jouir les peuples
qu'il regit de toute ltetendue de protection et
de tous les autres avantages qu'ils ont droit
d'en attendre.
P 4
r4 L-
)
^
Et si ces pernicleux inconveniens sont deja
sensibles dans tes Etats-Unis qui n'ont qu'une
population si disproportionnee a leur etendue,
que ne seraient-ils pas avec une population
plus nombreuse, composee d'une moins grande
proportion de proprietaries, et dans des tems
plus eloignes de la creation de leur societe
politique,
Situation des esprits et des partis
depuis Vadoption de la constitution
jusqu'a Vepoque actuelle.
Tous ceux qui, dans les conventions et hors
de leurs seances, avaient desapprouvela constitution , se soumirent a Fadoption qu'en fit
la majorite des votans appetes dans les differens Etats a prononcer sur elle*, mais ne se
reeoncifierent pas davantage avec les dangers
qu'ils y voyaient , et creerent un parti de
l'opposition dans le nouveau gouvernement.
La constitution , quoiqu'appetee consolida-'
tion par ceux qui s'y opposaient,.parce qu'elle
avait pour objet de faire un corps unique des
differens Etats , et qu'elle diminuait trop a
leurs yeux de leur souverainete , etait une
constitution federate; elle en avait le titre,
elle en avait tes conditions. Mais quoique les vmrnm^^msm
( 233)
opposans ne Feussent combattue que pour
en etablir une plus federate encore , ils furent
alors appetes par Fautre parti, le parti anii^
federaliste , denomination peu meritee , mais
denomination la plus odieuse qui put exister
a cette epoque, et par laquelle il est naturel
par consequent que le parti triompbant ait
cherche a signaler le parti adverse. II s'appela
lui-meme le parti federaliste, nom qui devait lui donner aussi plus de favour; ainsi
ces deux partis, sans avoir change d'opinion,
d'intention et de demarches, se trouverent
promptement avoir change de nom , et de-
meurer connus sous*celui par lequel leurs
adversaries Favaient ete un an plutot.
Des long,-tems le parti and - federaliste ,
( car il faut bien employer les denominations
recues) reprochait a Fautre une grande tendance vers FAngleterre. J'ignore si , dans tes
premiers tems de la nouvelle constitution,
le parti federaliste a donne d'autres preuves
evidentes de cette tendance que Fattachement
de beaucoup de negoeians tenant au parti federaliste pour te commerce anglais, attache-
ment qui avait sa cause dans leur interet.
Une deliberation du senat, ou ce parti avait
la majorite , et qui avait pour objet de decer-
ner les titres de son illustre albesse, au Pre-? ( 234 )
sident des Etats-Unis , de tres - honorable ,
aux senateurs du congres ; et d'honorable
aux membres de la chambre des representans , parut alors un symptome de cette tendance. Mais elle fut retiree par le senat lui-
m4me , l'opinion generate s'etant manifestee
contr'elle , et la chambre des representans
paraissant disposee a la rejetter.
C'est dans ces premiers tems que fut dis-
cute le systeme de finance actuel, qui fut
fortement combattu par le parti de l'opposition. Cette discussion a meme paru la
seule qui ait divise notamment les partis jusqu'a Fepoque de  la revolution francaise,
Quelques troubled tegers survenus dans differens Etats , relativement a l'excise , furent
regardes peut-etre avec moins de haine par
le parti anti-federaliste que par Fautre, parce
qu'il n'y vit que la consequence qu'il avait
annonce d'une espece d'imposition qu'il bla-
mait, qu'il regardait comme impopulaire ,
qui par ces motifs avait ete rejettee deja une
fois au congres, et qui n'y fut adoptee avec
peine que sur une nouvelle proposition qui
en fut faite a la session suivante.
Mais si les partis ont ete marques dans ces
circonstances, ce n'etait que tegerement, car
ancun de ceux qui tenaient au parti anti-fe- ( 235)
raliste, et sur-tout le parti lui-meme, ne sou-
tenait ni n'approuvait la desobeissance a la
loi , et beaucoup d'entre eux ont concouru
chacun dans leurs fonctions respectives a
ramener Fordre, on ne peut done qualifier
ces evenemens du  nom de choc de parti.
Ce fut a l'epoque de la revolution francaise,
ou plus exactement a la seconde epoque de
cette revolution , que les parties se pronon-
cerent fortement. Le parti federaliste , dont
Fobjet etait de renforcer le gouvernement des
Etats-Unis , d'augmenter Finfluence du pouvoir executif , et de pousser la constitution
americaine vers le systeme monarchique
autant qu'il le pourra it, vit dans le gouvernement anglais une sauve-garde contre le systeme republicain -qui s'etablissait
en France. Le parti anti-federaliste vit dans le
systeme republicain etabli par la seconde revolution francaise , un appui a la direction
republicaine , qu'il voulait donner a la constitution des Etats-Unis. Alors Fattachement
a leur propre opinion , le desir de servir leurs
vues politiques dans leur pays, le desir enfin
d'une part de monarchiser , ou de Fautre de
democratiser la constitution americaine , ont
seuls donne aux deux partis l'apparence d@
parti anglais ou de parti francais. -~1
( 236)
II faut convenir que le parti qui voulait
porter les Etats-Unis vers FAngleterre, et les
detacher de la France , a ete bien servi par les
crimes atroces dont tes gouvernans de la
France ont fait pendant deux ans le regime
habitue I de ce malheureux pays , par le systeme de desorganisation generate qui etait
leur politique avouee, et par tes entreprises
blamables de M. Genet, ministre de France,
pour tirer les Etats-Unis de la neutralite , qui
etait leur intent et leur droit, et les entrai-
ner malgre eux dans la guerre ; enfin par tes
intrigues, et Fesprit de jacobinisme, dont ce
ministre imprudent a rempli les Etats-Unis, et
par lesquelles il a nui e-videmment a 1'interet de
la France, autant qu'il a viole le droit des gens.
L'horreur pour les crimes du parti ter-
roriste gouvernant, et le mecontentement
de la mauvaise conduite de ses agens dans
les Etats-Unis , etaient partages par tes deux
partis; mais le parti anti-federaliste n'y voyait
que des desordres et des malheurs passa-
gers , tandis que le federaliste y voyait ou af-
fectait d'y voir un ordre de choses , sinon permanent , au moins pour long-tems durable;
c'etait a cette epoque que se formait la confederation des rois de l'Europe contre la
France,   et il   etait   permis de croire que (  237   )
cette coalition contre une anarchie interieure
de sang et de crime , assaillie par les armees
d'eiite de toutes les puissances formidables de
l'Europe , n'ayant a y opposer que quelques
troupes de ligne, depourvues de leurs anciens
officiers, et des milices de nouvelle levee,
dont la plupart des soldats ne marchaient
que malgre eux , et n'ayant pour subvenir
aux depenses enormes d'une telle guerre qu'un
papier-monnaie en discredit; il etait, dis-je,
permis de croire que la conjuration des tetes
couronnees serait suivie de succes. Quel Francais meme ami de sa patrie, et pleurant sur
ses erreurs et sur ses in fortunes , eut alors ose
esperer ce que les evenemens nous ont mon-
tre possible ? Qui eut cru que des generaux
egaux et superieurs meme en habilete, aux
generaux anciens et nouveaux seraient tout-
a-coup sortis pour ainsi dire du neant pour
etonner Funivers de leurs exploits; que parmi
eux et au-dessus de tous ceux que l'histoire a
fait connaitre jusqu'ici , il existat un Buona-
nombreuses   armees
que les   nombreuses   armees   ae  ces
x , inaccessibles comme eux a toute
intrigue, a toute iaction interieure, ecartant
toute autre pensee que celle de repousser
Fennemi et de le vaincre , constamment
enflammees  par Fidee de  la liberte ,  dont ( 238 )
elles defendaient la cause , eussent triom-
phe , non - seulement de leurs innombrables
ennemis , mais de tous les obstacles que la
plupart des agens de la convention mettaient
sans cesse a leur triomphe? Si cette admirable conduite de Farmee francaise, si ses suc-
c6s sans exemple pour leur eclat et leur
continuite ont trompe Finquietude des Francais eux-memes, qui croyaient le plus con-
naltreles ressources de leur patrie et l'energie
de leurs compatriotes, peut-on s'etonner que
le gouvernement des Etats-Unis ait cm les
succes de la confederation des princes assures ,
et leur puissance augmentee aux depens de
ceHe de la France.
C'est a cette meme epoque que FAngleterre,
autant pour satisfaire sa haine contre les Etats-
Unis , que pour les faire aussi sortir de leur
neutralite a son avantage, tourmentait leur
commerce, prenait leurs vaisseaux, pressait
leurs matelots, et retenant toujours sur les
frontieres du Canada les forts qu'elle devait
leur avoir rendus depuis dix ans, soutenait les
Indiens dans leur guerre, cherchait a en animer
un plus grand nombre contre tes Etats-Unis,
et menacait elle-meme ces Etats d'une guerre
directe , dont elle faisait les preparatifs.
Ainsi le danger d'une guerre contre un en- HI
(239 )
nemi puissant, et qui semblait alors devoir le
devenir davantage , etait ou paraissait etre im-:
minent pour les Etats-Unis, et leur allte ancien,
dont ilseussentpu, dans d'autres circonstances,
attendre des secours , semblait lui-meme pret
a devenir la proie de cet ennemi, et presen-
tait par son systeme desorganisateur des dangers pour Faffermissement de la constitution
naissante des Etats-Unis, et pour leur tran-
quillke interieure ; ainsi, du moins , pouvait
le voir et le voyait le gouvernement ameri-
cain : et six, sous ce rapport, ses craintes
etaient exagerees , on ne doit pas s'etonner
qu'il s'y soit livre , comme oh ne peut pas
l'etre que dans son systeme de politique , il
ait panche du cote qui paraissait le plus fort.
Le parti anti-federaliste n'approuvant pas plus
que Fautre, ainsi que je Fai dit, le systeme
desorganisateur de la France , et les entre-
prises de son ministre, n'y voyait pas le meme
danger pour la tranquillite interieure des Etats-
Unis , dans lesquels il pensait que Fesprit de
desorganisation ne pourrait pas s'introduire.
Les malheurs qui tourmentaient la France lui
paraissaient un orage passager , mais voyant
L'esprit de liberie prevaloir dans toute la nation francaise , il esperait en ses forces pour
triompher de ses ennemis ; et tenait d'autan* «f
(240)
plus a son alliance , qu'il voyait FAngleterre
plus menaeante et plus hautaine. II voulait
que les Etats-Unis restassfent neutres , qu'ils
evitassentla guerre par tous les moyens qui ne
les feraient pas courber devant FAngleterre ,
leur irreconciliable ennemie , meme malgre
tout trake dalliance possible a faire avec elle.
Si la satisfaction des offenses et des torts
faits aux Etats-Unis , ne pouvait s'obtenir de
FAngleterre sur la demande qui en serait
faite , le parti anti-federaliste voulait la sequestration des dettes anglaises, Finterruption
de tout commerce avec cette nation , enfin ,
la guerre, suppose que FAngleterre y poussat
les Etats-Unis; et ce parti voyait dans Farme-
ment des corsaires americains , dans le refus
de porter aucune provision aux lies anglaises,
dans la prise du Canada , des moyens certains
et faciles de porter plus de dommage a FAngleterre que les Etats-Unis n'avaient a en re-
douter d'elle.
Les ressentimens de ce parti contre FAngleterre acqueraient une nouvelle force de la
haine que le ministre anglais manifestait contre
la liberte , de Fexercice qui semblait lui etre
abandonne par la nation d'un pouvoir absolu ,
et de l'appui qu'il donnait manifestement aux
princes francais, et aux individus de cette
nation (  241   )
nation , qui, des les premiers momens de la
revolution, s'etaient months ennemis de la
liberie , appui que cette meme classe de
Francais tentait alors de trouver dans le gouvernement des Etats-Unis.
Ces differentes opinions occasionnerent les
debats vifs qui eurent lieu dans la chambre
des representans , sur la question des moyens
a prendre pour faire cesser la situation actuelle
ou se trouvaient les Etats-Unis avec FAngleterre ;  les partis  y montrerent une grande
chaleur.   Cette  question  occupa les  esprits
dans toute letendue des Etats-Unis; et quoique Funiversalke des habitans desirat conser-
ver la paix et maintenir la neutralite , Fani-
madversion contre FAngleterre etait presque
generate , et le souvenir encore  recent  des
triomphes des Americains sur les armees anglaises ,   promettant  un  succes pared  si  la
guerre devenait inevitable ,   la   faisait ainsi
moins redouter dans les campagnes.   La demission que donna M. Jefferson a cette epoque
de la place de secretaire d'Etat, augmenta le
mecontentement et l'aigreur du parti dit anti-
federaliste. II tenait a ce parti, ses opinions
etant, et s'etant toujours montrees republicai-
nes. Le parti croyait savoir que la cause de
sa demission etait son mecontentement de
Tome VII. Q
1 (242   }
Voir ses avis constamment rejettes dans le
conseil du President. II croyait savoir quex
M- Jefferson , persuade de l'impuissance mi
etaient actuellement les Etats-Unis de deda- .
rer la guerre k FAngleterre, desirait tous
les moyens possibles de conciliation , mais
rejettait ceux qui pouvaient compromettre,
la dignite des Etats - Unis; ce parti voulait done, que sans se prendre vis-a-vis de
FAngleterre, plus puissans qu'ils ne sont, les
Etats-Unis se montrassent a elle offenses , et
obtinssent la reparation de ces offenses. II
savait que M. Jefferson combattait dans le
conseil la disposition de se rapprocher trop
fortement de FAngleterre , qu'il taxait de
faibiesse et de duperie ; qu'il combattait surlj
tout Fidee de s'eloigner de la France, ou le
desordre et les crimes ne pouvaient pas etre
de longue duree , et qui avait toujours manifesto attachement aux Etats-Unis , meme au
milieu de ces crimes et de ce desordre, partie
a jamais honteuse de sa revolution.
Le parti anti-federaliste savait que e'etait la
fermete de M. Jefferson qui avait arre.te et
rendu nulles les-entreprises et les pretentions
dangereuses de M. Genet , et que e'etait k-
cette meme fermete qu'etait du le rappel de
ce ministre francais, ou ce parti voyait aveo mmg^^m^s^t^9M^K..^M
(243)
raison un nouveau temoignage de bienveil-
lance et d'amitie de la France pour les Etats-
Unis.
Le parti federaliste triomphait de cette demission , dont Fautre etait mecontent; et
voyait avec joie que ses vues ne seraient plus
k l'avenir repoussees dans le conseil du President : conseil dont la disposition ne paraissaif
point a ce parti assez favorable a FAngleterre.
Alors Fenvoi de M. Jay en Angleterre fut decide
Tout le monde s'accorde a croire que les
instructions que lui donna le President etaient
sages, mesurees, dignes , et qu'elles portaient
l'injonction formelle a cet envoye, de respecter dans le nouveau traite, s'il en faisait un ,
les engagemens precedemment pris avec la
France ; quoiqu'il en soit , il est certain qua»»
le President eut soin de faire avertir le
gouvernement francais , que Fenvoi d'un ministre extraordinaire en Angleterre, n'ayant
pour objet que de chercher a eviter la guerre ,
et d'accommoder a Famiable tes differens alors
existans , 1'interet de Fancienne alliance serait
maintenu avec la plus grande loyaute et la
plus entiere sincerite.
Le choix de M. Jay deplut au parti anti-
federaliste; il etait chef de justice des Etats-
Unis ,  function qui semblait exiger sa resis
i i 244 5
dence dans leur territoire, et qui paraissait
ainsi etre incompatible avec toute mission
etrang^re; il etait regarde comme attache a
FAngleterre, meme par une devotion poussee
tres-loin pour la religion anglicane ; on lui
connaissait d'anciennes preventions contre la
France , qu'on attribuait a la preference evi-
demment donnee en consideration et en confiance par le ministre de France , et meme
par la France entiere , a M. Franklin, dont il
etait collegue lors du traite de paix de 1783.
On sait que quand des partis opposes sont
aigris , tout est aliment pour cette aigreur , et
que tout concourt a une plus grande animo-
gite.
Environ vers ce tems , arriva Finsurrection
de Pittsburg ; dont le parti federaliste accusa
rautreparti d'etre le moteur ,'et dans laquelle il
voulut impliquer plusieurs des membres de ce
parti, sans que jamais la moindre preuve en ait
ete donnee. Cette insurrection n'etait que
l'explosion, tres-coupable , sans doute , mais
tres-prevue , du mecontentement de Firop6t
sur les distilleries domestiques , et dont la
perception n'avait jamais pu s'obtenir dans
cette partie de la Pensylvanie , meme lorsque
avant la nouvelle constitution cette imposition etait une loi de l'Ecat. (245)
Quelques clubs democratiques s'etaient aussi
formes dans plusieurs villes des Etats-Unis.
On accusa -encore le parti anti-federaliste de
cette dangereuse imitation des associations
jacobines , qui avaient cause tant de malheurs
en France. On l'accusa de vouloir renverser
la constitution par leur moyen , de vouloir
diviser les Etats , rompre enfin le systeme
federal, et cette accusation redoubla encore
1'aigreur, tant de ceux qui la faisaient, que
de ceux qui en etaient l'objet.
Enfin arriva le traite fait avec FAngleterre;
je n'en parlerai dans aucun detail; je, ne.
pretends pas donner l'histoire de ce traite ,
dont toutes les particularites ne sont encore
connues que de peu de personnes , mais Fex-
pose succinct de la situation des partis , et
des causes principales qui les ont conduits a
cette situation. Je dirai seulement qu'il est
notoire que le President trouva le traite si
peu conforme a ses instructions , et a. ce qu'il
croyait 1'interet des Etats-Unis, qu'il fut long-
tems avant de se determiner a le presenter a
la sanction du senat; que ce traite causa dans
cette chambre des debats violens , dont 1 issue
n'a ete a Favantage de. son acceptation , que
parce que la majorite de cette chambre etait
determine a l'accepter avant de le connaitre;
Q3 ( 246 )
que des que les articles en ont ete rendus pu-«
blics, des adresses et contre - adresses sont-
arriyees en foule de toutes tes villes et corporations des Etats-Unis pour son admission
ou sa rejection; que cette question est devenue.
le sujet de reflexion et de discussion de tous
les habitans de l'Amerique septentrionale; que
la seule confiance dans les bonnes intentions,
et Fhabilete du President a tempere chez plusieurs d'entre eux leur aversion pour ce traite;
et que les fonds a voter pour son execution
ont donne lieu a des debats tres-longs et tres-
animes sur le traite meme, dans la chambre.
des representans a laquelle le droit d'en con-
naltre etait nte, disait - on , d'apres la lettre
de la constitution, mais qui croyait s'en voir
le droit dans la lettre meme de cette constitution : tant Fenonce peu precis de la constitution prete a des interpretations differentes.
Enfin , la crainte d'attirer la guerre avec
FAngleterre par la rejection de ce traite , a
cree dans cette chambre une majorite de quatre
a cinq voix pour son admission, comme elle
avait determine la sanction du President ,
comme elle avait dans les differens Etats
donne des adherens a ce traite , parmi ceux
qui le reprouvaient et qui rejettaient toute idee
d'une alliance quelconque avec FAngleterre. ( 247 )
La discussion de ce traite envenima encore
l'aigreur des deux partis. Les debats dans la
chambre du congres , les pamphlets , les articles des gazettes , etaient remplis de person-
nalites , d'animosttes, d'inculpations. Le parti
anti-federaliste etait accuse par-tout d'esprit
de desordre, de jacobinisme, d'intentions per-
verses , meme de corruption par Fargent francais ; tandis qu'il accusait Fautre d'oubli de
Fhonneur national, de soumission honteuse a
FAngleterre, de violation des anciens engage-
mens avec la France, d'interets particuliers,
soit d'ambition , soit de fortune, et qu'il le
chargeait d'avance des consequences funestes
de ce traite. L'esprit de parti gagnait toutes
les classes dela soctete, Fintoterance politiqne
devint forte , meme dans les maisons particulieres , et les plus odieuses appellations etaient
donnees par les membres de chaqne parti a
ceux qui appartenaient ou qui dtaient cms
' appartenir au parti adverse.
Le mecontentement que montra la France
de ce traite , dut encore augmenter ces dispositions ennemies. Le parti qui Favait an-
nonce, trouvait, dans la manifestation de ce
mecontentement, Feloge de l'opposition qu'il
avait mise a leur admission ; et le parti federaliste l'accusafed'etre lui-meme auteur de c$
9.4 ( 248 )
mecontentemerit , par l'opposition violente
qu'il avait mise au traite , et par la nature des
discours que ses membres avaient prononces.
II allait jusqu'a tes charger d'avoir, par des
intrigues souterreines , engage le gouvernement francais k se monfrer mecontent quand
il n'en avait pas la disposition, et denoncait
ainsi ouvertement ce parti , a la nation americaine, comme Fennemi des Etats-Unis.
Le gouvernement des Etats-Unis, chef du
parti federaliste , n'avait sans doute pu nte-
connaitre, que son traite avec FAngleterre
mettait la France dans une situation beaucoup
moins favorable qu'elle n'etait anterieure-
ment , et dans une situation inferieure pour
ses interets , sur-tout en tems de guerre , a
celle ou FAngleterre eta'it placee. Mais , soit
iju'il n'en ait pas prevu, soit qu'il en ait brav£
tes consequences , il se montrait etomte et
offense du mecontentement que temoignait
le gouvernement francais; et alors , soit par
un systeme suivi dans la politique qu'il avait
adoptee , soit par crainte de donner avantage
& Faiitre parti, en recourant promptement a
des moyens ouverts et francs de conciliation
avec la France, il se livrait a des mesures,
qui, faites pour augmenter Findisposition du
gouvernement francais , ajoutaient encore s'il (249)
est possible , a 1'animosir.e du parti anti-fede-
raliste, qui ne cessait plus d'etre appele par
les federalistes , parti frangais , parti jacobin , etc.
Au nombre de ces mesures mal intention-
nees du gouvernement americain , le parti
anti-federaliste plagait particulierement Fenvoi
d'un nouvel ambassadeur en France sans pouvoirs pour accommoder finalement la querelle
naissante, pour retablir au moins Fegalite dans
la situation de la France , et celle de FAngleterre avec les Etats-Unis. Il y plagait avec raison Finexplicable delai de huit mois, qu'avait
mis le secretaire d'Etat, a repondre a une depe-
che du ministre de France , mais surtout la
reponse insultante , qu'apres Ce delai il avait
faite a cette depedie ; puis enfin un autre manifesto du meme secretaire d'Etat, qui, sous
le nom d'instruction au ministre americain
en France, etait un libelle diffamatoire contre
le gouvernement francais ancien et present,
et allait jusqu'a accuser ^intentions perfides
les services signates rendus par la France aux<
Etats-Unis dans la guerre de leur indepen-
dance , et avait ete envoye au congres pour
qu'il fut.public , sans que le tort de sa publi-
cite , ainsi devenu cependant inevitable , put
etre attribuee au.gouvernement. Le parti anti-
I I 250 )
federaliste voyait dans' cette conduite du gouvernement, et du parti federaliste, le projet
arrete de rompre ouvertement avec la Fra'nce,
et de lier tes Etats-Unis avec FAngleterre
contre cet ancien allie. II accusait ses chefs
d'imperitie , ou de vues personnelles ; car la
rancune durable de FAngleterre , sa malveil-
lance pour les Etats-Unis , son desir de les
separer de la France, pour les tenirplus a sa
disposition, leur nuire et les affaiblir, etait
pour ce parti d'une evidence entiere.
L'eiection d'un nouveau President fut encore un nouvel aliment aux animosites. Les
chefs du parti federaliste y desiraient porter
Thomas Pinckney qui venait d'etre ambas-
sadeur en Angleterre, qui venait de faire le
dernier traite avec l'Espagne, dont la satisfaction etait generate, en Amerique , et qui
avait concouru , au moins nominativement,
au traite anglais. C'etait un homme d'un me>
rite reconnu , d'une famille et d'un caractere
tres-estimes dans la Caroline du Sud. Cepen-
dant son age, et les services qu'il avait ren-
dus , ne Fappelaient pas encore a etre candidal de la premiere place de 1'Union.
Le Vice-President, John Adams , y etait
naturellement appete. Huit ans d'exercice de
la vice presidence, des services importans et (m)
anciens, et une longue vie pleine d'actes de
vertu, lui donnaient des titres, que les hommes
de son parti, hors du secret de Fintrigue , re-
gardaient comme preferables sans comparai-
son , a ceux des neuf autres candidats.
Les chefs voyaient dans Thomas Pinckney
un homme plus propre a etre dirige par leur
influence, precisement parce qu'il etait appele par une voix moins generate; en Fasso-
ciant dans les votes avec John Adams, et le
presentant au parti comme Vice-President, il
etait probable qu'il aurait dans le Nord les
secondes voix; que, dans le Sud , sur-tout
dans la Caroline et dans la Georgie, ou il
etait a croire que John Adams n'en aurait
pas , Thomas Pinckney aurait les premieres,
ou au moins les secondes , si M. Jefferson en
Obtenait plus que lui; et qu'alors il en rass'em-
blerait une plus grande quantite totale qu'aucun des candidats, et serait ainsi porte a la
presidence.
Le parti anti-federaliste y portait ouverte-
ment M. Jefferson , et ses droits a cette premiere place, fondes sur leminence de ses ta-
lens, sur la part qu'il avait eue a la declaration de l'independance , sur les grands services qu'il avait rendus, comme secretaire
d'Etat, et dans son ambassade en France , n©
I ( 252 )
pduvaient etre contestes que par le parti op-.
pose ; car en politique, Fesprit de parti vaut
des raisons.
: Les deux partis agirent dans ces elections
de tous leurs moyens , et employant chacun
de leur cote tout ce que Fintrigue pouvait
leur fournir de ressources , ils s'accuserent
mutuellement d'intrigue, de mesures sourdes ,
de tricherie meme pour le depouillement des
votes dans differens Etats, et dans leur envoi
au siege du gouvernement. Les chefs du parti
federaliste furent dejoues dans leur esperance
de porter Thomas Pinckney a la presidence,
et John Adams n'obtint qu'une voix au-dessus
de la majorite requise. Il fut President, et
M. Jefferson Vice-President.
Enfin le dernier choc public de ces partis
toujours anim.es, a eu lieu a la seance extraor-,
dinaire du congres assemble par le President,
sur tes nouvdles du refus fait par le Directoire
de France, de recevoir M. Pinckney comme
ministre des Etats-Unis. Quoique le parti federaliste eut la majorite en nombre dans le
congres , les opinions de Fautre parti , ont
presque toujours eu Favantage , Font eu au
moins dans leur ensemble , puisque les propositions qui tendaient a des demonstrations
d'hostilke ont presque toutes et,e rejettees, et. (253)
que peu de moyens meme preparatoires out;
ete ajoutes a Fouverture de nouvelles negotiations par Fenvoi en France de trois commissaires. II est a remarquer que, dans cette
circonstance, les orateurs du parti federaliste
avaient pris le meme langage' que tenaient
trois ans plutot les orateurs de Fautre parti,
lorsqu'il s'agissait anterieurement a i'envoi de
M. Jay, d'adopter des mesures pour faire cesser la situation ruineuse et humiliante ou;
1'Angleterre mettait les Etats-Unis; et que
les orateurs anti-federalistes employaient pour
repousser Fardeur hostile, qu'a present mon-
trait le parti adverse contre la France, tes
memes argumens que celui-ci employait, il
y a trois ans, pour amener des dispositions
conciliatoires avec FAngleterre.
Mais quoique la partie des membres de la
chambre des representans qui, bien que volant communement avec le parti federaliste ,
n'est pas dans les secrets du parti, ait determine les resolutions du congres vers les mesures conciliatoires, les debats ont ete dans
cette session plus vifs , plus pleins encore de
personnalites que jamais, sur-tout de la part
du parti federaliste , qui accusait Fautre d'etre
fauteur des insukes que les Etats-Unis rece-
yaient de la France; U'etre uniquement in-
I (254)
fluence par cette puissance, d'y sacrifier 1'interet national, et qui ainsi cherchait de tous
ses  moyens a le rendre odieux a la nation
americaine.
Telle est la situation des partis a l'epoque
actuelle ; Fanimosite entr'eux est si grande,
si exakee , leurs vues si prononcees et si dis-
tantes , leurs reproches mutuels si anciens
deja, si forts et si offensans, qu'il n'est pas
possible de croire a une reconciliation. C'est
& l'ecrivain politique a prevoir quelle sera
Fissue finale de cette lutte entre les partis.
Pour raoi, je n'ai pretendu ici que presenter
les faits tels qu'ils ont ete, et la situation des
partis telle qu'elle est.
Je me bornerai seulement a dire que la denomination de parti federaliste et anti-federaliste , qui est leur appellation commune ,
n'est pas plus conforme a Facception exacte
de ces mots que celles de parti anglais et
parti francais, qu'ils se donnent aussi mutuelle-
ment. L'objet des deux partis est, comme Je
l'ai dit, d'imprimer a la constitution une direction ou monarchique ou purement repu-
blicaine ; de chercher dans son texte, dans '
le vague de quelques-unes de ses expressions
une autorite pour Famener a cette direction,
a mesure que les circohstances favorisent Fun ( 255 )
ou Fautre parti. Mais tous les deux sont attaches a 1'Union, a la confederation, et je suis
loin de penser qu'il puisse etre reproche avec
la moindre apparence de justice, au parti
anti-federaliste de l'etre moins que Fautre.
A u reste, le parti federaliste est le parti gou-
vernant, Fautre. est le parti de l'opposition ;
et 1'on sait que quand les partis sont pronon-
ces, quand ils sont aigris par de longs combats, et par des reproches et des accusations
injurieuses, le but originaire des partis n'est
plus que secondaire; leur rivalite, leur haine
sont Fobjet de tous les jours , et toutes les
occasions de les satisfaire sont avidement re-
cherchees et saisies. II faut peu connaitre
Fesprit de parti, pour ignorer que c'est une
des plus violentes passions qui puissent tout-*
menter et desoler les individus et la soctete.
L'imputation d'etre parti anglais ou parti
francais n'est pas beaucoup plus fondee. Le
parti federaliste voit, comme je Fai dit, un
appui a ses intentions dans la constitution
anglaise, sur-tout depuis que celle de France
est devenue republicaine; mais la tres-grande
majorite de ce parti ne desire pas mettre l'Amerique sous Finfluence anglaise, et n'est vrai->
ment qu'americaine dans ses intentions. On assure ayec vraisemblance qu'il est des individus
I (256)
de ce parti qui portent plus loin Fattachement
FAngleterre ; et qui voudraient ou la reunion
a cette puissance , ou une monarchic accom-
pagnee d'une pairie, et intimement alltee a
la Grande-Bretagne. Mais s'ils sont parmi ses
chefs, comme on peut le croire, ce ne sont
pas tous les chefs; et ils ne mettent pas le
reste du parti dans leur secret, car des-lors
ils en verraient le nombre promptement dimi-
mte. C'est par la haine qu'ils cherchent a
inspirer contre les mesures de la France, et
par consequent contre la France elle-meme,
qu'ils tachent de parvenir a leur but, et d'a-
veugler leurs partisans sur ce but veritable.
Je ne dirai pas que tel est le but du gouvernement americain ; ce but me semble trop
depourvu de sens pour qu'on puisse le lui
preter; ce ne peut etre que le fait de quelques individus aveugtes par leur ambition per-
sonnelle. Cependant , si Fon examine avec
reflexion la conduite de ce gouvernement depuis le traite avec FAngleterre, le peu de
moyens de conciliation qu'il a pris dans les
actes publics ; les insultes que ses ministres
n'ont cesse de prodiguer a la France dans leurs
depeches ; le profond respect avec lequel pendant le meme-tems ces memes ministres ont
traite le gouvernement et les envoyes anglais;
les ( 257 )
les discours vehemens , hors de mesure et
meme de decence , qu'ont tenu contre la
France les orateurs des deux chambres con-
nus pour etre particulterement dans la depen-
dance du gouvernement americain, on trou-
vera que ce n'est pas sans, apparence que le
gouvernement americain est accuse d'une tendance vers FAngleterre , qui ne semble pas cal-
cutee sur les veritables interets des Etats-Unis.
Mais, si Fon veut refiechir a la necessite,
ou au moins a l'usage en politique, comme
dans les actions privees, de soutenir une
fausse demarche par des demarches plus
fausses encore, plutot que de convenir d'un
tort, ou que de donner sur-tout avantage au
parti oppose ; si Fon observe que le ministre
Pickering, auteur de ces depeches, et acteur
principal dans cette scene, puisqu'il est ministre d'Etat, n'est arrive a cette place, a laquelle aucun homm'e edaire de son parti ne
le croyait propre, ni par ses lumteres, ni par
sa vie politique precedents,  qu'au refus de
personnes plus cap.
Ale.
auxquelles Georges
"Washington 5 alors President, Favait offert;
que la meme difficuke de lui trouver un suc-
cessseur existe encore ; car les places minis-
terielles sont peu recherchees en Amerique
(ce qui sans doute est un malheur, sinon
Tome VII. R (258)
un vice dans la constitution ) ; et qu'enfiri
Fesprit de parti trouve encore plus de diffi- '
cukes a ce remplacement, qu'il n'en existe
redlement ; si Fon pense au mecontentement tres-naturel que doivent exciter parmi
les commercans des Etats-Unis, les pirateries
qui s'exercent contre leurs proprietes par les
corsaires, et les gouvernans des Antilles fran-
caises , et a Findignation qui en doit resulter
meme parmi ceux des Americains dont les
interets ne souffrent pas de ces prises et de
ces confiscations iltegales; on y trouvera une
explication a toutes ces facheuses mesures ,
meme a Facharnement que met le gouvernement americain a faire poursuivre par les ,
gazetiers a ses ordres, tout ce qui est Francais ; on y trouvera une autre, interpretation
que celle d'une tendance decidee vers FAngleterre, que celle d'une determination pro-
noncee de mettre les Esats-Unis sous l'rii-
fluence anglaise : mesure qui trouverait de
vifs opposans dans le parti meme, et qui, si
la France n'y concourt pas par des actes contraries k sa justice , a sa grandeur et a son
interet, ne pourrait jamais avoir lieu.    .
Quant au parti francais, il existe encore
bien moins dans les Etats-Unis que le parti
anglais. ( 259 )
Le parti anti-federaliste voit dans la constitution franchise actuelle un appui a la direction republicaine qu'il voudrait donner a
la constitution des Etats-Unis , et c'est tout.
Quand Fautre parti affecte Foubli des services rendus a l'Amerique par la France, et
le professe comme doctrine politique ; le parti
anti-federaliste professe le souvenir toujours
present de ces services, et des maux qu a
fait FAngleterre dans la guerre de l'independance, que Fautre parti semble aussi avoir
Otiblies.
Mais aucun des membres appartenans a
ce parti anti-federaliste n'a d'attachement
particulier pour la France, ne vote par Fin-
fluence de la France, et ne considere la France
sous aucun autre rapport que celui de 1'interet
que tes Etats Unis ont a son alliance, princi-
palement pour balancer Finfluence anglaise
qu'il redoute ; et je ne crains point de me
tromper en repetant qu'il y a reellement en
Amerique moins encore de ce qu'on peut
appeler parti francais que de parti anglais.
J'ignore si c'est a la mauvaise conduite, et a
la maladresse du gouvernement francais, sous
l'ancien et sous le nouveau regime, ou a celle
des ministres envoyes par ce gouvernement,
que la France doit de n'avoir reellement au-.
R 2
1
3 ( a6o )
cun parti en Amerique, ou si elle a neglige
de s'en faire un , mais elle n'en a pas ; c'est
un fait indubitable pour moi, et qui le sera
je crois pour tous ceux qui se donneront la
peine d'observer avec quelque reflexion et
quelque suite.
Je suis loin de m'affliger de cet etat des
choses, et je voudrais pouvoir Fattribuer a la
sagesse de la politique francaise ancienne et
moderne.
Le but d'une puissance , en cherchant a se
faire un parti dans une nation etrangere, est
d'influencer les determinations de son gouvernement , de les dominer par Fintrigue. Ce
but est sans generosite , comme sans justice;
il attaque l'independance d'une nation , le
droit des gens ; les moyens en sont odieux ,
puisqu'ils ne peuvent etre que ceux de la corruption , des dissentions domestiques ; et les
succes dun tel but, par de tels moyens ,
fussent-ils complets , ne peuvent jamais etre
que temporaries; ils sont bientot combattus ,
et souvent avec avantage, par de semblables
efforts de la nation rivale ; et le seul effet
certain d'une telle lutte est le malheur du
peuple chez lequel elle s'exerce.
Dut-on accuser mes opinions, a cet egard,
d'etre exagerees , ou meme romanesques, je (  26l   )
n'en demeurerai pas moins convaincu , qu'en
politique meme , la morale , la generosite ,
la bonne foi , sont les moyens les plus utiles
comme les plus aises ; ils augmentent, par la
confiance, la force d'une nation puissante, qui
ne demandant rien que ce qui est juste , qui
offrant toujours a la nation avec laquelle elle
traite des avantages et des esperances au-dela
meme de ceux qu'elle en peut attendre, ap-
pelle toujours le respect, auquel elle pourrait
forcer s'il lui etait refuse. Les intrigues de la
nation rivale, aupr6s de la nation tierce, seront plus surement, plus solidement dejouees
par une conduite opposee, de loyaute et de
franchise , que par une imitation de tels
moyens, que le secret et la faussete qu'ils
emploient et qu'ils necessitent, rendent a eux
seuls honteux, eb qui placent la nation qui
en fait usage dans un etat red de provocation
hostile avec celle chez qui elle envoie des
ministres sous les couleurs de Famitie.
Le merite de bien des cabinets, de bien
des ministres , de beaucoup d'ambassadeurs ,
serait sans doute reduit a peu, s'ils devaient
renoncer a cette diplomatie souterreine; mais
les interets des Etats , le bonheur des nations
en seraient pius certainement assures , et je
ne puis m/empecher de croire que , si la mo-,
R 3
ft
1 (  262.)
rale seule rie fait pas cette revolution dans la
politique actuelle , elle sera due a Faccroisse-
ment et al'extension des lumteres qui en de-
montreront l'utilite et la necessite.
Quoique , en general , tes elections pour le
gouvernement federal, et pour celui des Etats
particuliers , soient sous Finfluence des partis , il n'en faut pas conclure que tous les
habitans des Etats-Unis prennent part aux-
partis. Un grand nombre les ignore, un grand
nombre y est indifferent, et desirant toujours
donner leurs voix. a celui le plus propre a la
place a nommer , ils se laissent guider dans
leur choix par ceux en qui ils ont le plus de
confiance. La liberte , l'independance des
Etats - Unis , le maintien de la constitution ,
voila leurs vceux , et ils ont generalement I
l'heureuse confiance qu'il ne peut pas en etre
autremeni. Le souvenir des maux recens causes
par FAngleterre; le souvenir des services qu'ils
ont regus de la France , voila leur disposition
commune , qui les porte d'autant plus a la
bienveillance pour cette derniere nation , j
qu'ils savent qu'elle combat pour la liberie ,
contre FAngleterre , comme ils y ont com-
battu eux memes , et que beaucoup d'entre
eux sont persuades que c'est en-Amerique
que les Francais ont appris   a   vouloir  etre ( 263)
fibres. Mais cette disposition d'interets pour
la France, d'attachement pour les Francais ,
ne resisterait pas a la conviction qu'ils auraient , que la France veut gener leur inde-
pendance ; et c'est par de telles inductions ,
que le parti anti-frangais, que les ecrivains,
les gazetiers du parti, ont attaque depuis un
an cet attachement, et Font un peu ebranie
dans quelques Etats; c'est a cet effet que tes
interpretations exagerees , et souvent fausses
de la conduite du gouvernement francais, et
que les imputations calomnieuses ont ete re-
pandues avec profusion.
Tout ce que j'ai vu par mes propres yeux,
tout ce que j'ai pu recueillir , ne me laisse
aucun doute que cette disposition des esprits ,
est la disposition redle de la grande masse
du peuple americain qui ne prend point part
aux partis ; et personne ne peut disconvenir
que le souvenir affectionne pour la part qua
prise la France a l'independance americaine,
et la resolution de ne pas laisser entamer ,
meme par la France, cette independance si
cherement acquise , sont deux sentimens ega-
lement honorables au peuple americain.
1 ( 264 )
Nouveaux Etats formes depuis Va-
doption de la constitution.
Lors de la formation de la nouvelle constitution en 1787 , et des premieres seances
da nouveau congres en 1789. L'Union n'etait
composee que de treize Etats. Depuis Fac-
ceptation de cette constitution , et par les .
formes qu'elle prescrit, trois nouveaux Etats
se sont formes.
Le Kentuky, ci-devant district, et dependant
de I'Etat de Virginie a ete declare Etat par-
ticulier par un acte du congres en date du 4
fevrier 1791. L Etat de Vermont faisant pre-
cedemment partie du NewrHampshire , a ete
recu Etat independant par un acte du congres
du 18 juin de la meme annee,
Enfin le premier juin 1796 le Tennessee
qui jadis faisait partie de la Caroline du Nord ,
et qui depuis la nouvelle constitution etait
devenu par la cession volontaire de cet Flat
une dependance de 1'Union sous le nom
du gouvernement des territoires du Sud de
l'Ohip, a ete aussi declare Etat independant.
La province de Main, partie de I'Etat de.
Massachnssetts, demande aujourd'hui a etre
formee aussi en Etat separe , et sera probable-*
ment declaree tel dans la premiere ou seconde teasmi:   ""' "•awt*^
( a65 )
session prochaine du congres. II est a presumer
que 1'Union, si elle se maintient long-tems ,
se composera encore de Fagregation cle plusieurs Etats, par les demembremens de quel-
ques-uns de geux dont le territoire est tres-
etendu.
Independamment de ces seize Etats formant
aujourd'hui la confederation des Etats-Unis,
il existe un territoire immense designe sous
le nom de territoire du Nord-ouestde l'Ohio,
trop peu peuple encore pour former un Etat,
et tenu comme district sous la souverainete
de 1'Union , et sous le gouvernement du
congres. Sa formation en district date du
premier juillet 1787 , sous Fancien congres,
et a recu quelques modifications depuis la
nouvelle constitution ; un gouverneur , un
secretaire et trois juges nommes par le
President des Etats-Unis , le premier pour
trois ans , les autres pour quatre , composent
le gouvernement temporaire de ce territoire,
qui dans une etendue de plus de deux cent
cinquante millions d'acres , ne contient pas
quatre mille blancs. Les Indiens en sont les
habitans les plus nombreux , quoiqu'ils ne le
sbient pas beaucoup.
Par une loi de Fancien congres du i3 juillet 1787, ce district doit avoir une assembtee
1
3 ( 266 )
legislative quand sa population blanche sera
constatee etre de cinquante mille. Cette loi,
sous le nom d'ordonnance , contient d'ailleurs
des dispositions tres-liberales qui associent le
territoire du Nord-ouest a tous les droits ac-
cordes par laconstitution, liberte de lapresse,
liberte du cuke , liberte individuelle , jugement par jury , etc. Elle prescrit aux habitans
de teniralegarddes Indiens,une conduite juste
etgenereuse. Elleleur defendd'acheteraucune
terre de ces Indiens , sans Fautorisation du
congres , et les appelle a partager dans leur
proportion les charges necessaries presentes
et futures pour l'entretien du gouvernement
des Etats-Unis , Facquittement des dettes et
la defense de 1'Union.
Election du President et du Vice-President des Etats-Unis.
L'eiection du President des Etats-Unis etant
d'une importance premiere dans la constitution de ce pays, et nietant trouve en Amerique a une des epoques ou ce grand evene-
ment a eu lieu , je pense que quelques details a ce sujetne seront pas deplaces.
La constitution, a Farticle du pouvoir executif , et apres avoir determine les conditions (267)
necessaires pour etre President, l'etendue et
la duree de ses pouvoirs , s'explique sur le
mode de son election et de celle du Vice-President. Je n'en repeterai pas le texte , qui se
trouve a la premiere section de Farticle second
I de la constitution.
Le   i3 septembre  1788,  Fancien  congres
.ayant recu la ratification de la nouvelle constitution par onze Etats, dedara que la constitution presentee par la convention generate
I avait ete ratiftee de la maniere jugeesuffisante
par cette meme constitution , et que les ratifications duement authentiquees lui etant par-
venues en bonne forme, avaient ete deposees
dans le bureau du secretaire d'Etat. Il pro-
nonca que le premier mercredi du mois de
Janvier suivant serait le jour ou devaient etre
choisis les electeurs dans les differens Etats
qui avaient ratifie la nouvelle constitution pour
nommer le President; que le premier mercredi du mois de fevrier suivant, les electeurs
devraient s'assembler dans les differens Etats,
et voter pour le choix d'un President, et que
le nouveau congres devrait s'assembler le premier mercredi de mars a New-Yorck (siege
alors du gouvernement ) pour proceder sous
la nouvelle constitution,
George Washington fut done elu le pre--
1
3 (268)
mier  mercredi de fevrier 1789, et entra en
fonction avec la nouvelle constitution le premier mercredi de mars suivant. II venait d'etre .•
president de la convention ; son nom rem-
plissait l'Amerique enttere; la reconnaissance, }
la vener-ation publique lui etaient generate- I
ment dues et acquises ; il fut   elu a Funani-
mite. John Adams fut elu Vice-President.
La constitution n'avait laisse a la legislature
qu'une loi incomplette sur l'eiection du President et du Vice - President, et lui avait laisse I
aussi le devoir de Fachever ; voici quelle fun
cette loi.
Loi relative a l'eiection du President et I
du Vice-President des Etats-TJnis, qui
declare quel officier doit remplir les
fonctions de President en cas de vacance
h la fois des offices de President et de
Vice-President; rendue en congres le ier
mars 1792, en consequence de la constitution.
33 Sect. ire. A l'exception du cas d'une election du  President ou  du Vice-President des
Etats-Unis,  avant   l'epoque  ordinaire (ainsi "?
qu'il sera apres speciite ), les electeurs seront
nommes dans chaque Etat pour l'eiection du ( 269 )
President et du Vice-President,dans les trente-
quatre jours precedens le premier mercredi de
decembre 1792; et dans les trente-quatre jours
precedens le premier mercredi de decembre,
chaque quatrteme annee apres la derniere
election. Lesdits electeurs seront egaux en
nombre a  celui des senateurs et des repre-
. sentans au congres , dont les differens Etats
auront droit de composer leur deputation au
tems ou le President et Vice-President, ainsi
choisis, devront entrer en fonction; bien en-
tendu, toutefois, que si la nouvelle repartition des representans , en vertu du nouveau
recensement, n'avait pas lieu avant l'epoque
du choix des electeurs , alors le nombre des
electeurs aurait lieu d'apres la repartition
actuellement existante des senateurs et des
representans.
Sect. 2. Les electeurs s'assembleront, et
donneront leur vote le premier mercredi de
decembre dans chaque Etat, au lieu que de-
signera la legislature de chaque Etat; et les
"electeurs feront, et signeront trois certificats
de tous les votes par eux donnes , et les ca-
cheteront, attestant sur chacun que la liste
des votes de tel Etat pour le choix du President et du Vice-President, y est contenue ;
et chacun d'eux ,  ou au moins la majorite
9
9
m (270   )
d'eux , ecrira le nom de la personne , qu'ils '
chargeront d'un de ces certificats, et qui devra
le remettre au president du senat au siege du
gouvernement, avant le premier mercredi du
mois de Janvier suivant. Les electeurs adres-
seront un autre de ces certificats par la poste,
au president du senat au siege du gouvernement , et feront remettre le troisieme au jugeM
du district dans lequel leoir assembtee se
tiendra.
Sect. 3. Le pouvoir executif de chaque EtatH
fera faire et certifier trois li tes des noms des
electeurs de cet Etat, et les leur fera parvte-a
nir avant le premier mercredi de  decembreM
et les electeurs joindront une de ces listes a
la liste de leurs votes.
Sect. 4- Si une liste des votes d'un Etat
n'etait pas recue au siege du gouvernement
le premier .mercredi de Janvier, le secretaire^
d'Etat enverra un expres au juge du district
de cet. Etat, dans les mains de qui le troisieme certificat aura ete depose, et le juge le
fera parvenir par cette voie au stege du gouvernement.
Sect   5.  Le congres sera en seance le se- '
cond mercredi de fevrier 1793 , et les seconds
mercredis   de   fevrier   qui  suiyront   chaque (   271   )
assemblee d'eiecteurs; et les certificats, ou
autant qu'il y en aura d'arrives, seront ou-
verts, les votes comptes, et les personnes
nominees pour remplir les offices de President , et de Vice-President, reconnus et declares selon la constitution.
Sect. 6. Dans le cas , ou il n'y aurait pas
de president du senat au siege du gouvernement , a Farrivee des personnes chargees des
listes des votes des electeurs , ceux-ci remet-
tront les listes dans l'office du secretaire
d'Etat, qui les devra garder soigneusement,
et les remettre au president du senat aussi-
tot que possible.
Sect. 7. Les personnes nominees par les
electeurs , pour remettre au president du senat
les votes des electeurs, recevront apres avoir
remis lesdites listes , vingt-cinq cents (un
quart de dollar) par chaque mille de la distance estimee par la route la plus ordinaire,
depuis le lieu ou les electeurs seront assembles jusqu'a celui du siege du gouvernement.
Sect. 8. Si la personne nominee pour remettre au president du senat les votes des
electeurs, ayant accepte cette fonction , ne-
gligeait  de remplir les devoirs qui lui sont
1
f (   2?2)
presents par cette presente loi, il encourrait
la peine d'une amende de mille dollars.
Sect. 9. Dans le cas de deplacement, de
mortj de resignation ou d'inhabilete du President ou du Vice-President, le president tem-
poraire du senat, ou s'il n'y en a pas , Fora-
teur de la chambre des representans , agira
comme President des Etats-Unis, jusqu'a ce
que le President soit en etat de reprendre ses
fonctions , ou jusqu'a l'eiection d'un nouveau.
Sect. 10. Toutes les fois que les offices de
President et de Vice-President deviendront
vacantes en meme-tems, le secretaire d'Etat
en donnera notification au pouvoir executif
de chaque Etat, et fera publier cette notification dans une gazette, au moins de chaque
Etat: specifiant que les electeurs du President
des Etats-Unis doivent etre appointes, ou
choisis dans les differens Etats , dans les
trente-quatre jours avant le premier mercredi
du mois de decembre suivant , pourvu qu'il y
ait un espace de deux mois entre la date de
cette notification , et ledit premier mercredi
de decembre. Mais s'il n'y avait pas cette distance , ou si le terme pour lequel le President et le Vice-President, derniers en place ,
etaient elus ,  ne devait pas expirer le troi-
steme
— ( 273 )
sieme jour de mars suivant, alors le secretaire d'Etat specifierait dans la notification ,
que tes electeurs devront etre appointes ou
choisis dans les trente quatre jours precedent
le premier mercredi de decembre de l'annee
suivante, et alors les electeurs seront nommes en consequence. Ils donneront leurs votes
le premier mercredi de decembre suivant, et
. procederont ainsi qu'il est ordonne dans ce
present acte.
Sect. 11. La seule evidence du refus d'ac-
cepter ou de la resignation de l'office de
President ou de Vice-President, sera un ecrit
qui en portera la declaration et qui serait
signe de la personne refusant d'accepter, ou
resignant, lequel ecrit doit etre depose dans
l'office du secretaire d'Etat.
Sect. 12. Le terme des fonctions du President et du Vice-President des Etats-Unis sera
de quatre annees , commen^ant dans tous
les cas le 4 mars suivant le jour ou tes electeurs auront donne leurs votes. »
m
mi
Cette loi, ainsi que la constitution , laissait
aux legislatures de chaque Etat la facuke d'in-
diquer de quelle maniere devraient etre nommes tes electeurs charges de phoisir le Pre^
Tome Vlh S (274)
sident et le Vice-President des Etats - Unis.
Toutes n'ont pas adopte le meme mode. Les
unes ont laisse ce choix a faire au peuple
par le meme moyen dont se font les autres
elections; les autres ont confte ce choix aux
legislatures.
Etats ou  les ilecteu
rs port
i h
Etats oh le* i
PrhU'.entetlerice
Prfsid
ent
President eti
des lliats-Unis sot
t nom
mis
des Atats-V
par le peuple.
par la Ugish
Massachusetts.
Vermont.
Pensylvanie.
Virginie.
Rhode-island.
Tennessee.
Kentuky.
Caroline du Sud.
Kew-Yorck.
Delaware.
New-Jers«y.
Maryland.
G-eorgie.
Caroline du N
II doit paraitre etonnant que pour un acte
d'un intent aussi grand , aussi general que
celui du choix du President des Etats-Unis ,
les differens Etats n'ayent pas le meme mode
de proceder , et que tous ne mettent pas
cette nomination des electeurs dans les mains
du peuple.
Les defenseurs de la nomination par les
legislatures, disent que les legislatures etani (275)
ernes par le peuple et a court terme , la
nomination des electeurs par ces memes
legislatures, est de fait une nomination par
le peuple ; ils ajoutent que la nomination de
ces electeurs etant toujours a terme fixe
le peuple en elisant la legislature , connait
quelle a cette fonction a remplir et peut
ainsi la composer de membres qu'il y croit
propres.
Les opposans a ce mode de nomination
repondent que la participation du peuple k
l'eiection du President et du Vice-President,
de la maniere la plus immediate, est son droit
et est meme Fintention de la constitution \
que la liberie quelle a laisse aux legislatures
d'indiquer la maniere dont se devraient faire
les elections des electeurs, etait pour le choix
du lieu et du moment de leur assernbtee ,
mais ne pouvait pas les autoriser a diminuer
les droits du peuple; qu'enfin , bien que la
duree de ces legislatures soit courte, et tes
epoques des nominations des electeurs pour
lePresident, a epoques assez determinees pour
que les electeurs de la legislature puissent
fixer leurs choix sur les hommes qu'ils jugent
propres a cette mission , tes fonctions de 16-
gislateurs et d'electeurs, sont tellement dis-
tinctes que les hommes le« plus propres aux;
s i
it
I ( 276 )
unes peuvent ne pas etre les plus  propres
aux autres.
Georges Washington fut une seconde fois
nomme President des Etats-Unis , le premier
mercredi de decembre 1792 , d'apres les formes
prescrites par la loi du premier mars precedent , et sans reunir la meme unanimite que
la premiere fois , parce qu'il y avait deja un
commencement d'opposition dans les Etats-
Unis. Il le fut cependant avec une majorite
d'autant plus considerable que beaucoup des
membres de l'opposition, assures .que malgre
eux il aurait encore la majorite , ne se de- :
clarerent pas ouvertement contre lui et lui
donnerent meme leurs voix. John Adams fut
encore elu Vice - President presqu'a Funani-
mite , c'est-a-dire qu'il eut les secondes voix
avec une proportion de majorite tres - supe-
rieure  a ses concurrens.
En 1796, et au mois d'octobre , Georges
"Washington fit connaitre sa resolution de
quitter les affaires publiques et annoncant
que son age ne lui permettait pas de continuer
les fonctions de President, ii priait ceux des
electeurs qui seraient disposes pour lui de ne
lui pas donner leurs voix.
C'est a la seance tenue conformement a la
loi que le scrutin a ete guvert. Le senat etait (277)
descendu dans la chambre des representans ,
et occupait les sieges de droite ainsi qu'il est
d'usage quand les deux chambres sont reunies.
Le Vice-President comme president du senat
etait place sur l'estrade dans un fauteuil, a
la droite de celui qu'occupait Forateur de la
chambre des representans. Un commissaire
du senat et deux de la chambre des representans etaient au pied de l'estrade, assis aupres
d'une table , et les secretaires du senat et
de la chambre des representans etaient aussi
chacun a une table, le premier a la droite,
le second a la gauche de l'estrade et au-des-
sous. Le secretaire du senat a lu la loi qui
prescrit le mode de Fouverture du scrutin,
et les arretes du senat et de la chambre pour
le choix des commissaires.
Alorste Vice-President a tire successivement
de deux boetes qu'il avait aupres de lui, les
differens paquets qu'il avait recus des differens Etats pour la nomination du President
et. du Vice-President des Etats-Unis. Les paquets etaient cachetes et fermes conforme-
ment au voeu de la loi du premier mars 1792.
II rompait le cachet, lisait le proces - verbal
ou certificat de la validite de l'eiection par
les electeurs, passait le reste du paquet au
secretaire du senat qui lisait les votes des,
S 3
I ( 278 )
electeurs et leurs signatures; puis le Vice-
President remettait le tout aux commissaires
qui le relisaient entr'eux et quotaient le nombre
des votes pour chacun des candidats. La tota-
lite des paquets ayant ete ainsi lue et relue,
examinee et quotee, M. Sedgwick commissaire du senat, ayant verifte sa liste avec celles
de MM. Sitgreave et Parker, commissaires de
la chambre des representans , en a lu a haute
voix le recensement general ainsi qu'il suit :
l'ordre des paquets avait ete aussi ainsi observe dans leur ouverture.
NoMS DBS liTATS.
1
1]
1
l
f
:
1
a
ill
New-Hampshire	
Massachussetts	
Rhode-island	
Connecticut	
New-Yorck...........
4
9   4
|
Ys
7
"i
i
::
2
6
4
New Jersey	
Maryland  ............
Virginie	
I
3
7
7
8
Kentuky	
Tennessee	
Caroline du Nord	
Caroline du Sud	
JTont	
.3
8
68
6
S
11 $ 279 )
Alors le Vice-President a declare qu'en verti*
de la constitution, le candidal qui reunissait
le plus de yoix au-dela, de la majorite abso-
lue etait elu President, et que le nombre
general des electeurs etant cent trente-neuf,
celui qui en avait soisante - onze etait due-
ment elu.
Comme le choix tombait sur lui, et comme
il avait a se proclamer lu>H&&Hife, il temoignait
un embarras evident, qu'il na pu surmonter
qu'apres un moment de repos.-Enfin il a prononce que John Adams reunissait soixante-on _e
voix , nombre au-dela de la majorite absolue
voulue par la constitution, et que personne
n'en reunissant davantage , John Adams etait
proclame President des Eta^l-fhis pour quatre*
annees. Et que Thomas Jefferson reunissant
soixante-huit voix, et en reunissant plus que
les autres candidats ,il etait elu Vice-President
aussi pour quatre annees. Il a termine cette
courte proclamation par prier le del de favo-
riser et proteger ces choix.
Les fonctions du nouveatt^resident ne de-
vaient commencer que
Fe 4 mars. John Adams
est done reste president du senat en sa quali-
te de Vice-President. Cependant quinze jours
apres il a prte le senat de nommer un president temporaire; l'intervalle entre Fepoque
S4
it
I J 280)
actuelle et celle ou il devait entrer en fonc-
tion devant etre employe a des soins prepa?
ratoires.
Le secretaire d'Etat qui devait informer M.
Jefferson de sa nomination a la vice - presi-
dence , lui a envoye un messager expres, et
a independamment charge la poste du meme
message par duplicaba. Cette precaution a
ete prouvee necessaire, car le messager etant
tombe violemment malade a quarante miiles de
Philadelphie , n'a pas meme ete en etat de dire
pour quel objet il etait depeche, et la depeche
par la poste a seule instruit M. Jefferson de I
§a nomination. II s'est rendu a Philadelphie
pour i'epoque prescrite, et le 4 mars le nouveau pouvoir executif est entre en fonction.
La chambre des representans qui par la
constitution cesse ses fonctions le 3 mars de
leur seconde annee , n'existait plus. La constitution ne prescrit que la necessite du servient du nouveau President avant qu'il entre
en fonction , sans qu'aucune loi prescrive ou ,
comment, et devant qui il sera prete. John
Adams a suivi l'usage que l'exemple.du Presi-*
dent precedent avait etabll. Il est:descendu
dans la chambre des representans precede des
ssherifs, marshalls , etc,, et s'est place dans le
siege occupe dans le tems des seances par (  28l   )
Forateur de la chambre. Les membres du senat qui n'avaient pas quitte la ville , etaient
places dans leurs steges ordinaires. Tous les
autres etaient occupes par toutes sortes de
personnes dont beaucoup de femmes. M. Jefferson , nouveau Vice-President etait au bas de
l'estrade a droite, Fancien orateur de la
chambre des representans a gauche; en avant,
et entourant une table, etaient quatre des
juges de la cour supreme des Etats-Unis , dont
le chef de justice, M. Elsworth , etait un. Les
galeries, les tribunes etaient remplies ; les ministres etrangers qui n'avaient pas ete invites s'y trouvaient tous sans ceremonie, et
etaient comme beaucoup d'autres, places de-
bout derrtere l'estrade. Alors le President,
qui n'avait rien d'extraordinaire dans sa maniere simple de vetement , qu'une cocarde
noire a son chapeau et une epee a son cote ,
a lu un discours ou il a fait sa profession de
foi politique et tres-republicaine ; puis il est
descendu de son estrade , a repete hautement
le serment lu par le chef de la justice , a baise
le livre de Fevangile, et est ensuke remonte
sur son estrade, il en est descendu un mo-
merit apres pour gagner son carrosse, precede du petit cortege qui Fayait accompagne
en entrant. (  282  )
Rien ne peut-etre plus simple que cette
ceremonie d'installation , mais cette simpli-
cke a quelque chose de beau, de grand, d'an-
tique , qui saisit de respect et qui est tou-
chant; je parte au moins de l'effet que j'en
ai eprouve. Ce changement total de gouvernement fait avec si peu de formes, avec tant d'in-
terct, qui met avec une telle absence de pompe , Fhomme qui n'etait la veille que citoyen
comme les autres , a la premiere place de
I'Etat, et qui renvoie dans la classe ordinaire
des citoyens , celui qui la veille en etait
le chef, est imposant et plein d'une vraie
majeste.
La presence de Fancien President, con-
fondu avec les autres spectateurs de cette ceremonie , ajoutait encore a 1'interet de la
scene , et en rendait le tableau complet.
M. Jefferson , remonte au senat, y a fait
son serment en presence des senateurs , et du
secretaire, apres un petit discours sage , spi-
rituel, convenable a sa situation , et qui a eu
F approbation de tous ceux qui n'etaient pas
determines d'avance a le trouver mauvais. (283)
Division des Departemens executifs
dans le Gouvernement des Etats-
Unis.
Les departemens executifs des Etats-Unis
sont au nombre de trois ; le departement de
I'Etat, le departement des finances, le departement de la guerre. Un administrateur sous le
nom de secretaire conduit en chef chacun de
ces departemens. Ils agissent sous l'autorite
du President, qui peut s'aider de leurs con-
seils quand il le juge a propos, mais qui
n'en a pas le devoir.
Une place d'attorney (procureur) general,
des Etats-Unis, est aussi attacltee au gouvernement general. Les fonctions de celui qui
en est pourvu consistent a poursuivre et con-
duire devant la cour supreme toutes les affaires dans lesquelles le gouvernement des
Etats-Unis est interesse. Il doit donner au
President, son avis sur les matteres de loi,
quand celui-ci le demande , et aux chefs des
departemens dans les affaires qui concernent
leurs departemens, quand il en est requis par
eux. Des loix posterieures a la creation de
cette place ont fait de Fattorney-general des
Etats-Unis un des commissaires pour le radial;
I If
( 284 1
de la dette, et pour la caisse d'amortissement.
II peut, ainsi que les attorneys - generaux
del'Union, dans les differens Etats, exercer
sa profession d'homme de loi pour les affaires des particuliers.
Ordre judiciaire.
L'ordre judiciaire est compose de cours de
districts, de cours de circuits, et d'une cour
supreme ; elles seules ont exclusivement la
connaissance des affaires interessant 1'Union.
Les cours de district se tiennent dans chaque Etat quatre fois par an, elles sont tenues
par un juge federal residant a cet effet dans
I'Etat.
Elles connaissent seules de tous tes crimes
et delits relatifs aux loix de 1'Union, commis
dans le district ou en mer , quand la peine
qui doit resulter de la conviction n'excede
pas plus de trente coups de fouet, ou une
amende de cent dollars : de toutes les causes
de jurisdiction maritime ou d'amirautes, y
compris les saisies faites en consequence des
loix des Etats Unis sur les impositions , commerce et navigation , quand les saisies ont
ete faites dans l'etendue du district.
Ces cours ont connaissance concurremment vmrnKssmmmm
( 285 )
avec les cours des Etats particuliers, et le*
cours de circuit, des causes ou un etranger
se plaint de la violation faite a. son egard des
loix des nations , ou d'un traite des Etats-Unis;
des causes a juger par la loi commune ( common law) lorsque les Etats-Unis sont recla-
mans , et que les objets en discussion n'ex-
cedent pas la valeur de cent dollars.
Ces cours ont exclusivement encore la connaissance des proces contre les consuls et
vice-consuls.
Toutes les causes jugees par les cours de
district, hors celles d'amiraute et de marine,
le sont par jurys. Les cours de circuit sont
tenues par un juge de la cour supreme, et un
des juges de district; a cet effet, le territoire
des Etats-Unis est divise en trois circuits ; le
circuit de l'Est, compose des Etats de l'Est,
jusques et exclusivement celui de New-Yorck;
le circuit du milieu , compose des Etats de
' New-Yorck, New-Jersey, Pensylvanie, Delaware , Maryland et Virginie ; le circuit du
Midi , compose des Etats au Sud de la Virginie.
Les cours se tiennent deux fois par an dans
chacun des Etats faisant partie de leur circuit.
Les cours de circuit ont connaissance , con-
curremiuent ayec celles des differens Etats ,
if de toutes les causes civiles, dont Fobjet en discussion s'eteve a cinq cents dollars, indepen-
damment des frais , ou tes Etats-Unis sont in-
teresses , ou un etranger est partie, ou le
proces est entre deux citoyens de differens
Etats ; elles connaissent a elles seules de
toutes les affaires criminelles d'apres les loix
des Etats-Unis.
Elles sont cours d'appel pour les jugemens
des cours de district.
La cour supreme des Etats-Unis est compo-
see d'un chef de justice et de cinq juges assesseurs qui ont rang entre-eux selon les dates
de leur nomination ; elle tient ses seances au
siege du gouvernement et deux fois par an.
Elle a la jurisdiction exclusive sur les causes
civiles , ou un Etat est partie , excepte quand
son adverse partie est un citoyen du meme
Etat; sur toutes celles compatibles avec le
droit des nations contre les ambassadeurs ou
envoyes etrangers , ainsi que contre leurs do-
mestiques.
Leur jurisdiction s'etend aussi , mais non
pas exclusivement, sur les causes ou un am-
bassadeur , ou autre ministre etranger, est
plaignant, et sur celtes ou les consuls et
vice consuls sont interesses.
Elle est cour d'appel pour les jugemens ( 287 )
portes par les cours de circuit, oupour queU
ques-uns de ceux portes par les tribunaux des
Etats particuliers.
Toutes les cours federates peuvent ordon-
ner de nouvelles procedures devant elles, et
recevoirles sermens.
L'attorney-general des Etats-Unis , residant
au stege du gouvernement, doit, comme il a
ete dit, suivre et dirigerla conduite des causes
dans la cour supreme. Un attorney des Etats-
Unis reside dans chaque Etat ou district, et
doit suivre , devant tes cours de district et de
circuit, les causes criminelles et civiles de la
jurisdiction de ces tribunaux.
Lteloignement ou les Etats de Kentuky, de
Tennessee et de la province de Main , sont du
siege du gouvernement federal , mettant un
grand obstacle a la tenue des cours de circuit , les cours de district y sont revetues de
toute l'etendue de la jurisdiction appartenant
aux cours de circuit dans les autres Etats au
cas d'appel pres pour lequel ils ressortissent de
la cour supreme. II en est de meme pour les
territoires du Nord-ouest qui ne sont pas encore formes en Etats.
Les jurys pour les tribunaux des Etats-Unis
sont choisis d'apres les formes ordonnees
par les loix des Etats ou se tiennent les cours.
I ( 2.88 )
Jurisprudence criminelle.
Les crimes et deiits juges par les tribunaux
de FUnion , ne sont que ceux ou commis
envers FUnion, ou commis dans les territoires
sous la jurisdiction de FUnion.
Au nombre des premiers sont tes trahisons,
la rebellion, le refus de payer tes contributions
ordonnees pour FUnion, la contrebande, tes
prevarications ou infideikes des agens du fisc ,
les dettes, ou pour imposition , ou pour amen-
des, ou autres quelconques resultant d'un
proces avec FUnion , ou d'un proces juge par
ses tribunaux; enfin, toute contravention aux
loix du congres. Dans la seconde classe sont
tous les crimes ou deiits commis, soit en mer,
soit dans les forts appartenant 4 FUnion , et
si jamais le gouvernement federal s'etablit a
Federal-city , tous les crimes et deiits , de
quelque nature que ce soit, commis dans
cette ville, et dans le quarre de dix miiles
de cote qui Fentoure , seront du ressort des
tribunaux de FUnion.
Le crime de trahison , ainsi qu'il est defini
par la constitution , les meurtres avec intention , dans les forts , arsenaux, etc. , appartenant aux Etats-Unis ; la meme espece de
meurtre en pleine mer ' ou en rade, dans les
vaisseaux (289 X
Iaisseaux americains ; la periidie par laquell*
un capitaine dispos6rait a son profit du vais«*.
seau ou de la cargaison qui lui serait confies,
ou livrerait son vaisseau aux pirates; ou par
laquelle les matelots empedieraient le capitaine de se defendre contra les pirates qui
tenteraient de l'attaquer ; ou par laquelle un
citoyen des Etats-Unis sous le pavilion d'une
autre nation , commettrait soit quelques pi-
rateries, soit quelques vols contre les vaisseaux appartenant a FUnion ou a quelque citoyen americain ; la contrefaction des certificats des dettes ou autres papiers -monnaie
nationale ; l'alteration du titre de la monnaie
par les officiers de la monnaie , ou le vol
fait par eux a la monnaie des matteres d'or
et d'argent destinees a etre frappees; le vol
d'argent ou de billets , fait en ouvrant les
lettres, par tout homme employe a la poste,
eomme aussi le vol ou Fouverture de la malle
fait dans tes chemins ou dans les bureaux par
qui que ce soit, sont punis de mort.
Le vol et le recelage sont punis de coups
de fouet, dont le nombre ne peut jamais ex-
ceder trente-neuf.
Le parjure et tous les deiits qui peuvent ett§
mis dans cette classe, comme contrefactions^
d^es connaissemens, des livres, de*registres^
gome VU. %
I {290   )
etc. , sont punis d'un emprisonnement qui
ne peut pas durer plus de trois ans, et de
Fexposition au pilory.
Tous les autres deiits et crimes, en y comprenant le commerce des esclaves , que tes
loix des Etats-Unis defendent, sont punis par
des amendes plus ou moins fortes, et desem-
prisonnemens plus ou moins longs.
Quoique la jurisprudence des Etats-Unis ne
puisse pas etre taxee de severite en la compa-
rant avec celle de l'Europe, et sur-tout avec
celle de FAngleterre , on n'est pas moins
etonne de voir, dans un code oil la peine des
coups, du pilory et de la mort existent, que
celle de Famende et de Femprisonnement
seulement punissent Faccuse convaincu d'avoir coupe avec intention, le nes , la langue,
les oreilles , ou autres membres de son sem-
blable.
Il n'est pas possible de douter que le congres adoptera bientot dans la jurisprudence
criminelle des Etats-Unis les bienfaisantes dis- '
positions de celle de Pensylvanie , que dejk
plusieurs autres Etats ont adoptees. Indepen-
damment de Fhumanke et de tous les grands-,
motifs de morale et de sage politique qui Fy
determineront, il y serait force par la difference   aussi   cruellement   contrastante   des -•^r^w
( 291 )
pteiues infligees dans les memes lieux, et pour
les deiits de meme nature, puisque les jugemens des cours de FUnion s'executent dans
les lieux 011 ils sont prononces. Deja cette
difference est peniblement appercue a Philadelphie , ou les Etats-Unis n'ayant pas plus de
prisons particulieres qu'ailleurs , les crimi-
nels condamnes par les jugemens federaux a
la detention , ne partagent pas le regime si
BiKsonnable , si doux a la fois et si severe , et
par-dessus tout, si bien fait pour ameliorerles
criminels, qui a lieu pour ceux juges par la
cour de I'Etat de Pensylvanie, et qui y est
reconnu si salutaire.
Ju
"ispr,
ude
civile.
Les loix civiles des Etats-Unis, comme celles
de tous les Etats particuliers , sont generale-
ment les loix anglaises, dans toute la longueur , la complication et Fembarras de leurs
formes. Leur reforme serait sans doute un
grand bienfait pour le peuple americain ; on
fei parte quelquefois ; mais c'est un grand et
dong travail ; tes avocats sont eleves dans
■l'etude et dans la pratique , de cette jurisprudence embrouiltee; ils selivreraient avec peine
^a une nouvelle etude, ils ont Fhabitude de
T a (  292 J
ces loix, ils n'en connaissent pas d'autres , ef
le plus grand nombre d'entre eux est ainsi dispose a croire reellement qu'il n'en peut exis-
ter de meilleures; au defaut de conviction,
ils tiendraient probablement encore a cette
jurisprudence , qui ruineuse pour les plai-
deurs , est tres-profitable pour leurs conseils.,
Les hommes de loi composent beaucoup plus
de la moitie de la legislature federate , et de
celle des differens Etats ; voila bien des rai-
sons pour faire croire que les loix n'eprouYe-
ront de long-tems aucune reforme.
Parmi les loix des Etats-Unis , une despl^B
remarquables est celle relative k Fesc'avage;
mais c'est plutot une loi d'administration et de
police generate , que de jurisprudence civile.
On a vu que la constitution ne permet que
jusqu'en 1808 Fimportation dans tes differens
Etats de telles personnes , que jusques la. les
Etats jugeaient necessaire d'y admettre; et
elle entend par-la les esclaves , qu'elle ne
pouvait pas reconnaitre ouvertement , sans
une ettange contradiction avec tes opinions
liberates qu'elle avait mises en avant , et
qu'elle ne pouvait rejetter nommement sans
la certitude que sa loi ne serait pas adoptee
par les Etats du Sud. Par cette vague designa-*
ti«n , elle s'est tiree d'embarras; et tout gros* W»^WWaBP5i
(293)
sier qne soit ce subterfuge, on ne peut Warner ceux qui Font employe, puisqu'en main-
tenant Funion entre les Etats, a l'epoque critique ou la constitution a ete faite, une limite
prochaine estprescrite a cet odieux trafic.
En 1796, le congres a rendu une loi qui
defend a tous negocians americains, de s'in-
teresser dans le commerce de la traite des
noirs , et a tous vaisseaux americains d'en
importer , sous peine de deux mille dollars
d'amende, et de confiscation; cette loi, qui
quelquefois est eludee , est cependant beaucoup plus souvent suivie a la rigueur, et j'ai
vu, pendant mon sejour en Amerique, plu- .
sieurs exemples de sa severe application. II en
coute meme fort cher pour Feiuder, car les
quakers sont des denonciateurs tres - alertes
pour ces sortes de prevarications ; il faut
faire de faux connaissemens , jurer que Ik
cargaison appartient a des negocians etran-
gers, gagner des hommes qui fassentle meme
faux serment, en appeler des lieux ou reside
ce pretendu proprietaire de la cargaison, qui
autrement serait confiscable. Tout cela coute
beaucoup 'd'argent; c'est cependant ce qu'il
faut faire, pour eviter une plus grande perte,
et sur - tout pour ediapper a la honte Q^tfa^.
jugement; et c'est ce qui est particulierement
Tome VU. *       T 5
I ( 294 >
arrive Fhiver dernier, a New-Yorck ,. a, une?
maison francaise. (M. S... . )
Une loi de 179^ defend de donner asyle k
toute personne , engagee pour le service d'une,
autre, punk d'amende celui qui la regoit, et
ordonne que Findividu fuyant son maitre lui
sera renvoye. Dans cette loi - la encore , le
congres ne prononce pas le mot d'esclave ,.
quoique ce soit les esclaves dont il ait Fin,-
tention d'empecher la fuite et le recelage, au
moins autant que des domestiques engages a,
terme. La jurisprudence generate des Etatsl
Unis , relative aux esclaves, se borne a ces,
deux dispositions.
Departement de I'Etat.
Le departement de I'Etat est aussi le departement des relations exterieures , et c'est
meme sa principale attribution. Le secretaire
d'Etat'ala tete de ce departement, est garde
du sceau de FEtat; il est charge de la promulgation des loix, de tes contre-signer, de
la conservation des papiers de Fancien congres , et d'autres fonctions encore ; mais sa
fonction principale est celle de la diplomatie
.exterieure, et de tout ce qui y a rapport.
fnes depenses des relations etrangeres, ne se - t 295 3
montaient qu'a quarante mille dollars par
an, pendant les trois ou quatre premieres
annees, qui ont suivi Fetablissement de la
nouvelle constitution ; depuis ce tems , le
nombre des ministres et consuls s'est accru ,
et les depenses annuelles ont ete portees a
.soixante mille dollars. Mais les frais necessaries pour mettre en execution les differens
. traites faits depuis trois ans par les Etats-
Unis , ont necessite des dispositions extraordinaries de fonds , de beaucoup superieures aux
depenses ordinaries. Le traite avec Alger seul
coute aux Etats-Unis pres de neuf cent mille
dollars. La somme totale des depenses , soit
regulieres , soit extraordinaires , faites par tes
Etats-Unis pour les relations exterieures , sJ6-
teve a plus de deux millions de dollars depuis
• 1790.
II me semble que les Etats-Unis, avec
plus de sagesse , auraient pu economiser une
bien grande partie de cette somme ; et le-
pargne de Fargent n'eut pas ete le plus grand
. avantage qu'ils eussent tire de cette economie.
Ils se seraient ainsi preserves des troubles in-
terieurs, dont personne aujourd'hui ne peut
nier qu'ils ne soient menaces ; ils auraient
evite les situations deiicates , embarrassantes,
oil deja ils se sont trouves plus d'une fois de-
T4
1 (296T
puis leur recente existence, et ou ils son?
aujourd'hui plus que jamais; ils se seraient
assure la paix pour de bienlongues annees ; il*
auraient aussi assure pour bien long-terns?
leur union qui fait leur force, et qui ne peut
gueres etre alte^e qua cause de leurs relations politiques; ils auraient enfin mis hors de
"danger la predeuse independance, que leurs
courageux efforts leur avaient si glorieuse-
ment obtenue , dont le droit leur est incontestable , mais qu'ils n'ont presque reellement
aujourd'hui que dans la bouche de leurs orateurs. Fiers , avec raison, d'avoir secoue le
joug oppressif de FAngleterre , tes Etats-Unis \
ont voulu trop t6t jouer un role) parmi les
nations de l'Europe , prendre trop t6t part
aux interets des autres puissances , dont
leur position les tenait si heureusement ecar-
tes ; et ils y ont pris part des qu'ils ont envoye des ministre^ a toutes tes cours , des
qu'ils ont regu des ministres de toutes le3
cours. Ils se sont exposes des-lors a Fexi-
gence injuste , illiberale , que n'exercent que
trop souvent tes forts contre les faibles , qu'ils
soient nations , ou individus : ils se sont
exposes a la necessite de la duplicke , condition presque indispensable du faible, quand
jl s'approche du fort, et plus indispensably ( 297 )
encore en politique, ou la morale et la jus-*
tice ont presque toujours ete jusqu'ici nte-
connues , et ou la volonte du plus puissan*
force toujours le droit a pfier.
En recevant chez eux des ministres etranJ
gers , ils ont cree des intrigues d'autant plus
dangereuses, que les cours qui les*envoyaient
avaient ou croyaient avoir plus d'interet de
troubler leur tranquillke et leur prosperite
naissante. La. ou les affaires politiques sont
moins multipliees, les ministres etrangers sont
plus dangereux; n'eussent-ils recu de leurs
cours aucunes instructions d'intrigue , ce qui
est rare, ils veulent se rendre importans ,
aggrandir leurs places. S'ils reussissent dans
quelques menees sourdes ; s'ils corrompent
quelque secretaire d'Etat, quelque membre
du gouvernement; s'ils preparent ou semblent
preparer quelques mesures utiles a leurst
cours , ils sont surs d'en etre approuves , car
les cours veulent avoir un parti par-tout; ils
se font juger des hommes actifs et doues de
talens ; et en agitant le pays ou ils sont
envoyes , en y semant , ou s'efforcant d'y
semer le trouble, ils ont un titre a des recompenses , et ils obtiennent chez eux la reputation qui les fait passer a des places plus
considerables..
I
m
m? ■I 298)
Toutes ces verites sont d'autant plus incon-
testables; que le cabinet auquel appartient le
ministre a plus de puissance , plus de desir ,
plus d'interet a influencer, a amoindrir I'Etat
oil il est envoye, selon que cet Etat est plus
faible , selon la nature de son gouvernement , selon enfin qu'il est plus ou moins
.dans quelques-unes des circonstances , dont
la reunion compose encore aujourd'hui l'exis-
tence des Etats-Unis.
Les ministres que les Etats faibles envoient
agissent dans les memes principes ; Fappli"
cation seule est differente. Ils flattent les opinions qu'ils connaissent a- leurs gouverne-
mens , en leur rendant des comptes auxquels
pour leur plaire, ils font quelquefois ceder
l'exacte verite. Ils entretiennent ainsi le gouvernement dans des dispositions erronnees
qui le conduisent a des mesures suivies
d'inconveniens pour le peuple qu'il gouverne.
Appartiennent - ils a quelque parti dans leur
pays, leur depeche prend la couleur de ce
parti, et le plus souvent alors ils ecrivent
comme ils voyent, mais leurs gouvernemens
n'en connaissent pas plus la verite. Tous
desirent se rendre importans ; c'est une fai-
blesse commune a presque tous les hommes
en fonction; alors ils remplissent leurs de- <f 299)
peches de dits et de redlts, de petites nouvelles, de recks de conversation, de rapports
indirects qui leur sont revenus, d'aventures
particulieres , de soupcons sur les uns , de
denonciations contre les autres , de preven*
tions favorables sur d'autres encore, dont ils
tirent des inductions qui ne laissent que
confusion et incertitude dans Fesprit de leur
gouvernement, s'il est impartial et sage; et
qui le confirment dans ses preventions et
l'engagent dans de fausses demardos ail
manque de prudence et de jugement.
Si le ministre est charge d'une negocia-
tion, le danger est plus grand. A quelque
point que la prevoyance d'un gouvernement
puisse rendre complettes les instructions qu'il
donne a son envoye , les instructions ont toujours quelque latitude. II n'appartient* qu'aux
ordres d'etre exactement precis'; et cet envoye
est charge de traiber.,
Sa probite , son equke , sejn ihabilete , ses
lumieres, sont les seuls garants de la fideiite
qu'il devra mettre a se conformer a ses instructions. Il pourra, involontairement meme,
exagerer dans sa correspondance les obstacles
.qu'il trouve a obtenir tel ou tel article. Il
pourra se meprendre sur tes ouvertures qu'il If
I 3oo )
fcura reeues; il pourrait imaginer des difficukes
qui n'existent pas.
Si cet envoye est susceptible d'un genre
quelconque de seduction , la cour avec laquelle il traite ne manquera pas de les lui
©ffrir , et il consentira a un traite, ou quelques articles de ses instructions n'auront pas
ete places , ou quelques autres nouveaux au-
ront ete introduits, qui ne sera pas enfin ce
que son gouvernement desirait et pretendait
qu'il fut. Combien ne pourrait-on pas etendre
encore cet article ?
Sans doute sans, la ratification de ce gouvernement, le traite convenu par le ministre
n'aura point d'effet; mais le gouvernement
d'un Etat encore faible n'est pas, pour refuser
sa ratification a un traite signe par son envoye
avec un Etat fort, dans la meme liberte que
serait un Etat puissant; et la possibilke du
danger qui accompagnerait le refus de ratification , donne un grand moyen k Fintrigue
pour la determiner.
Enfin, un Etat faible qui envoye des ambassa-
deurs et qui en re q oit, qui veut prendre une place
parmi les grands Etats politiques, est toujours
dans le danger d'etre oblige d'agir, d'etre force
a prendre un parti. Sa vanite s'y trouve son-
vent engagee, meme contre ses promts , et il (5oi )
ne convient pas a 1'interet d'un Etat faibl
d'en prendre aucun, jusqu'a ce que le tems
et une sage administration interieure lui ayent
acquis une force redoutable ; autrement il
risque sa consideration, hazarde sa prosperity
et compromet meme son existence.
Sans doute si les Etats - Unis , apres leur
glorieuse guerre , eussent ouvert leurs ports
aux vaisseaux de toutes les nations avec de$
avantages egaux , laissant alter les leurs ou:
le plus grand interet les aurait conduit, et
s'ils eussent ete assez sages pour s'interdire
toutes autres relations exterieures , ils seraient plus pres d'etre une nation puis-
sante qu'ils ne le sont aujourd'hui,,Dans la
tranquillite d'une union interieure, ils auraient approvisionne leurs arsenaux, fortifie
leurs ports , prepare par le rassemblemem>
des bois la construction de leurs vaisseaux,.
qu'ils n'auraient ordonnee que quand leur
nombre aurait pu faire respecter le pavilion
americain. Ils auraient ecarte de leurs foyers^
toutes tes intrigues de FEurope, tout danger
d'influence etrangere, et avec eux tes ali-
mens les plus dangereux des dissentipns intestines ; ils auraient enfin affermi , assure „
fortifie leur independance, ils l'auraient mis
fcora de toute attein.te? et aujourd'hui jig sont (  302   )
reellement moins inddpendans qu'ils ne !*&
taient le 4 juillet 1776 , et cela par le seul
effet de leur politique ; car leur population
s'est doublee , leur richesse s'est accrue , et
leur peuple est bon , sage, entreprenant,
industrieux.
Cette idee aura sans doute beaucoup de
contradicteurs, sur-tout en Amerique ; mais
je pense que si elle est bien examinee, elle y
trouvera aussi des partisans. Quant a moi, je
suis si penetre de sa verite , depuis que je
connais un peu les Etats-Unis , que je pense
que meme a l'epoque actuelle , leurs conseils
n'as§ureront jamais la tranquillke , la prospe-
rite, Finefependance de leur peuple, si digne
d'etre heureux , et si bien place pour letre
avec duree , que'fir jour ou ils rompront toute
connexion politique avec FEurope , quoiqu'il
y ait deja beaucoup de mal fait par celle qu'ils
"entretiennent depuis quatorze annees.
En prononcant ainsi mon opinion sur les
dangers inevitables, auxquels s'exposent les
Etats faibles , d'en retenir des liaisons poli-
tiques avec les grandes puissances , c'est par-
' ticulierement l'Amerique, et l'Amerique dans
ses circonstances actueiles, que j'ai en vue.
Que de petits Etats comme Genes , ou Geneve , envoient des ministres;  ils sollicitent ( 5o3 )
protection , subsides ; ils sont nes  et formes
pour etre faibles. Ils ne peuvent jamais peser
un seul grain dans la balance de la. politique
generate. Ils peuvent done sans inconvenient
amuser leur faiblesse par cette petite vanke diplomatique. Mais tes Etats-Unis, appetes a devenir , sous tous les rapports , un corps politique
tres-puissant ; les Etats-Unis, qui ne peuvent.
parvenir que  par la paix, a.  la  prosperite ,
a la  grandeur  qui  doit  etre  un  jour   leur
partage,   pouvaient - ils  avec sagesse  com-
promettre un evenement si important pour
eux? Ont-ils pu jamais douter , qu'ils etaient
Fubjet de la vengeance et de la haine de leurs
anciens maltres : sentimens qui, pour savoir
s'envelopper de toutes les formes , n'en sont
pas moins toujours existans? Gnt-ils pu jamais
douter que les fiautes destinees auxquelle* la
nature , et 1'epoque de leur naissance, les in-
vitaient, pouvaient etre un objetde jalousie,
pour ce que les grandes puissances appellent
la politique prevoyante? Pouvaient-ils ne pas
craindre de devenir un aliment a la rivalke de
ces puissances europeennes entre Iesquelles il
leur serait difficilement permis de rester neu-
tres, s'ils ne se tenaient entterement passifs; et
cependant ils ont,  de leur propre volonte ,-
expose la prosperite t la tranquillite, le bon-
i C5o4}
fieur de leur peuple; ils ont cree le mal qui
deja les atteint, et qui les menace plus encore , en cedant a la vanke de figurer enfans , sur le theatre politique, avec tes vieilles
nations de FEurope. II en est des nations ,
comme des individus; l'usage precoce des fa-
cukes viriles , conduit, presque sans exception , a une vie tourmentee de malheurs et a
une decrepitude prematuree.
Finances des Etats- Unis. Expose de
leur histoire, de leur situation, des
imp6ts, des revenus, etc.
La nouvelle constitution avait ete desiree,
et faite pour donner a la confederation des
Etats-Unis une force dont Fancien congres
eprVmvait sans cesse le defaut. Cette force
manquait principalement pour la levee des
impositions, pour celle des contributions des
differens Etats aux depenses de FUnion. Ce
n'etait pas tout: les besoins de la guerre trop
et trop long-terns disproportionnes aux res-
sources des Etats - Unis , n'avaient pu etre
complettement satisfaits par les emprunts dont
la France et ses allies lui avaient fourni les
fonds ayec une generosite aujourd'hui un peu
trop ( 5o5 )
trop oubltee. Le congres ,; tout convaincu
qu'il etait des inconveniens du papier qui n'a
aucun gage pour son remboursement, avait
ete oblige a une monstrueuse emission de cette
espece de monnaie , qui n'avait de garant que
la foi publique denu6e de moyens de paye-
ment. Les papiers emis par tes differens Etats
etaient dans une aussi effrayante abondance,
et tous dans une telle depreciation que leur
valeur etait presque nulle. II fallait pourvoir
a Facquittement de cette dette, il fallait
pourvoir aux frais necessaries du gouvernement, il fallait etablir un systeme de finance,
et Fancien congres sentant l'importance de
ces devoirs , Favait en 1783 reconnu par une
declaration manifeste , et avait assure au nom
de Fhonneur des Etats-Unis que les creanciers seraient satisfaks.
Le nouveau congres en finissant sa premiere session en septembre 1789 , avait ordonne que le secretaire de la tresorerie pre~
sentat a sa discussion lors de sa rentree , un
plan pour assurer le credit public. Le secretaire de la tresorerie ( M. Hamilton) s'acquitta
de ce devoir en Janvier 1790; et le congres ad-
Iterant au plan qui lui avait ete present e, ren-
dit le 4 aout de la meme annee une loi qui
avait pour objet le pavement de la dette. Par
Jome VII 1 ( 3o6 )
cette loi le congres fonda la dette tant etrangere que domestique ; et il comprif dans
cette dette les interets dus depuis plusieurs
annees, en y ajoutant meme les interets de
ces interets.
La dette etrangere etait de onze millions
neuf cent huit mille cent quatrevingt-huit dollars , et la dette domestique de quarante millions neuf cent cinq mille quatre cent quatre-
vingt-cinq dollars , farsant ensemble un total
de cinquante-deux millions huit cent treize
mille six cent soixante-treize dollars. Le President fut autorise a emprunter douze millions
de dollars, le plus avantageusement qu'il pour-
rait, pour payer la dette etrangere. Quant aj£
Femprunt pour eteindre la dette domestique ,
les arrerages des interets et les indents ou
certificats des interets dus ( papiers alors en
circulation ) , y furent recus , et furent fonde
a un interet de trois pour cent.
Le capital de la dette, en y comprenant les
papiers-monnaies alors en circulation , et qui
furent recus a la depredation de cent pour
un , fut fonde a un interet de six pour cent,
avec la clause qu'un tiers de cette dette ainsi
fondee n'aurait droit a recevoir les interets
annonces que dix ans apres , c'est-a-dire en
a8oo ; et il fut cree a cet effet un fond sur le (3o7)
nom de deferred stock, comme il en fut cree
un de trois et un de six pour cent pour remplir les autres engagemens. Ces deferred stocks
pouvaient etre raehetes par le tresor de I'Etat,
dans la proportion de huitf pour cent par
annee; ce qui etait regarde comme une sorte
de compensation a la suspension pendant dix
ans du payement de 1'interet. Ces differens
fonds etaient rachetables aussi par le congres
pour une annuke de vingt-trois annees et de
huit pour cent par an , qui ne pouvait dans ce
cas etre rachetee ensuite d'aucune maniere.
Cette loi contenait encore des dispositions
pour faire accepter aux Etats-Unis la dette
des differens Etats ; elle creait'un emprunt
de vingt-un millions cinq cent mille dollars ,:
et elle admettait a la souscription de cet
emprunt les creances bien prouvees pour
service milkaire , fourniture de provisions
pour la defense des Etats-Unis , ou de quelque Etat particulier , et prescrivak les
sommes pour lesquelles les differens Etats
pouvaient souscrire a cet emprunt. Un tiers
de cette dette ainsi fondee recevait un interet de trois pour cent ; les deux tiers des
deux tiers restans un interet de six pour
cent; enfin le dernier tiers de ces deux tiers
.ne devait receyoir les interets  de six pour
V  2
\
1
m
mi ( 3o8 )
cent qu'apres l'annee 1800. Les souscriptions
a Femprunt devaient etre faites dans un tems
limite , dont le terme fut ensuite prolonge ;
et la meme loi qui consolidait ainsi toutes
les dettes, creak des commissaires sous le
nom de commissaires de Femprunt, residens
en chaque Etat, et qui devaient y constater la
validite des titres de creances , donner des certificats , payer tes interets , enfin etre les
agens de Femprunt dans toutes ses consequences , sous Fautorke du secretaire de la
tresorerie. Les porteurs des titres de chance
qui ne voulaient pas souscrire a Femprunt j
recevaient un interet de trois pour cent.
Cette fondation de la dette et  Fensemble
de ce systeme de finance ne passa  au  con- .
gres qu'apres une longue et memorable discussion.
Il n'y eut point d'opposition pour la fondation de la dette etrangere par un emprunt,
ni ipfe la convenance de fonder la dette domestique ; mais il y en eut une considerable
sur la maniere de regler cette dette , et sur
celle dont elle devait etre rachetee.
Les opposans au systeme propose etablis-
saient que la dette etait deja ancienne , qu'au-
cune mesure n'avait ete prise pour acquitter
ni les interets, ni le principal; que les titres en ( 3o9 )
I 'etaient tombes deja a un huitieme ou neuvieme
de la valeur originaire de la dette, et que devant
probablement subir la depreciation qu'avait
eprouve le papier , ils pourraient ainsi suivre
de meme le sort du papier qui n'avait pas
ete rembourse. Une grande partie de cette
dette avait pour cause des fournitures faites
aux troupes pendant la guerre, et portees par
les entrepreneurs a une valeur nominate supe-
rieure a leur valeur redle , en raison du manque d'argent ou se trouvait le congres , et de
1'incertitude du payement ; une partie tr6s-
eonsiderabie provenait de la solde des militaires, qui ne leur avait pas ete payee. Les entrepreneurs et les soldats , les uns par besoin
extreme, les autres par defaut de confiance
dans le remboursement , ou par les deux
causes combinees, avaient vendu leurs titres
a tres-bas prix ; ainsi les titres de la dette se
trouvaient hors des mains de ceux envers qui
elle avait ete contractee; ils etaient passes
dans celles des speculateurs , qui gens a ca-
pitaux avaient profile pour acheter ces titres a
vil prix du besoin urgent des veritables creanciers , de ceux qui par leurs services militaires
ou la valeur reelle de leurs fournitures,
avaient droit au dedommagement entier de
ces services ou de leurs avances.
V 3
1
I
SI
CTEZ#* ( 3io )
Les opposans concluaient que Facquitte-
ment de la valeur enttere des certificats de
creance dans les mains de ces nouveaux ac- :
quereurs etait une injustice faite aux droits I
des possesseurs originaires de ces certificats
de la dette ; une insulte a la detresse qui les
avait obliges a vendre leurs titres a une valeur reelle extremement inferieure a leur valeur nominate ; enfin une protection mani-
feste accordee aJ'avidke et a la speculation
dont tes vicieuses consequences etaient an-
noncees. La motion a laquelle se reunissaient
tous ceux qui parlaient contre la proposition du secretaire de la tresorerie etait que
les certificats de dette fussent reconnus par
le congres devoir etre payes a leur veritable
valeur nominate; mais que les possesseurs
qui tes avaient achetes n'en recussent que
la proportion equivalente au plus haut taux
ou ils etaient montes depuis leur achat jus-
ques a la formation de la constitution pre-
sente, et que le surplus fut paye aux possesseurs primitifs.
1 Les defenseurs du plan du secretaire de
la tresorerie , rappelaient Fintention expri-
ntee par Fancien congres dans la creation et
l'usage de ces titres de creances. Ils avaient
£t*s donnes k ceux qui y ayaient droit pour
J (3n )
valoir en leurs mains ou en celles de leurs
. substkuts ; ils disaient que les proprietaries
actuels de ces titres avaient couru le risque
d'une baisse plus grande encore , ou meme
d'une abolition totale, danger auquel les ven-
deurs possesseurs primkifs avaient ediappe ,
en se soumettant volontairement dans cette
intention, a une perte sur la valeur nominate de leurs, creances ; que ce marche etait
un contrat librement fait et respectable comme
tous les autres ; qu'on ne pouvait Fenfreindre
sans injustice; et a l'appui de ce principe ils
presentaient les difficukes et les longueurs
interminables qui accompagneraient une telle
division du payement de la dette.
Ces deux opinions soutenues avec beaucoup
de moderation , le furent aussi avec beaucoup
d'habilete des deux parts.
Celle des vofans pour la division dans la
distribution du payement de la valeur nominate de la dette , avait plus d'equke ; sur-tout
dans les circonstances d'alors , ou il etait
connu que la plupart des creanciers origi-
naires , dont le plus grand nombre etaient
soldats , avaient ete forces a vendre a bas
prix , soit par des besoins reds , soit par tes
craintes dont les speculateurs les faisaient en-
vironner , pour leur persuader que leurs cre-
V4
I
j|L (  3l2  )
ances ne seraient jamais payees; et Fon savait
que les possesseurs actuels n'etaient que des
speculateurs mieux instruits de la vraisemb-
lance des evenemens,qui n'avaient risque qu'un
debourse tres-modique, dont la perte meme
totale ne compromettait pas leur fortune, et
que le plus grand nombre encore etaient des
etrangers. L'opinion des defenseurs du plan
plus etait financiere, d'une morale moins equitable, mais plus politique, et sur-tout plus
utile au credit que Fon voulait former. II est
meme a remarquer que la confiance qu'avaient
les porteurs de ces titres de creances dans
une liberate consolidation de la dette , avait
eleve ces papiers depuis Fadoption de la nouvelle constitution , a une valeur quatre fois
plus haute quelle ne Favait ete antecedem-
snent.
Cette resolution du congres crea de grandes
fortunes : les speculateurs accaparerent les
titres de creances d'un bout a Fautre des Etats-
Unis. Ces papiers augmentaient ou baissaient
journellement a New-Yorck oil se tenait le
congres, pendant les discussions , selon que
les orateurs du jour avaient plus ou moins
fortement parte dans Fune ou Fautre opinion ;
et beaucoup de membres des deux chambres
Etaient parmi les speculateurs, dont personnel <3i3)
au reste n'a jamais accuse le secretaire de la
tresorerie, M. Hamilton , d'avoir fait partie.
Tout le monde a rendu justice a son absolu
desinteressement.
L'adoption de la dette particuliere des differens Etats , par les Etats-Unis , causa plus
de debats encore; et le plan du secretaire de la
tresorerie , qui fink par etre acccepte avec
quelques modifications, avait ete rejette une
premiere fois.
Les defenseurs de ce plan disaient:
i°. Que les dettes contractees par les differens Etats pour leur defense , ayant pour
cause la defen e commune , e.taient reellement
la dette de FEtat.
2°. Que les Etats particuliers auraient moins
de facilite a payer leurs dettes par des impositions particulieres dont certaines especes
etaient mises hors de leur ressort par la
constitution , que n'en aurait FUnion ;
Que celles meme qu'ils auraient la faculte
d'ordonner, n'auraient jamais qu'un effet par-"
tiel, et nuisible peut-etre aux moyens employes par les autres Etats pour la meme
fin ; tandis que FUnion pouvant employer
dans tous les Etats a la fois les memes
moyens d'imposition , que la constitution
mettait en son pouvoir, les'emploierait avec
MS If
( 3i4 )
une economie avantageuse aux Etats particuliers , resultante de la combinaison gene-
rale, et avec une plus grande surete pour tes
creanciers qui se trouveraient tous alors dans
la meme situation ;
Que les memes bureaux etablis par FUnion
dans les Etats differens , pour Facquktement
de la dette domestique, seraient charges de
la liquidation de celle^-d; qu'ainsi , il n'y aurait pas double,emploi pour les frais d'admi-
mstration, et que par consequent il y aurait
economic
Enfin , ils voyaient, dans cette operation ,
un moyen de plus de donner de la force au
gouvernement federal, en mettant les creanciers des differens Etats dans la dependance
de FUnion.
Les opposans disaient que les dettes n'etaient pas encore connues, ni pour leur montant , ni pour leur espece ;
Qu'il fallait, avant d'entrer en discussion
sur la convenance et Futilke , pour les Etats-
Unis , de se charger de cette sorte de dettes,
en constater la nature et la valeur ; distin-
guer celles contractees pour la defense des
Etats , d'avec celles qui provenaient de la negligence a payer les taxes, et attendre le rapport des commissaires  charges  d'etablir   la, (3i5)
balance entre les sommes dues par FUnion a
ces Etats ,  et  celles dues par   ces Etats a
FUnion ;
Que du resultat de ces balances naitrait la
dette redle des Etats; que FUnion alors pour-
rait, s'il etait utile, prendre,a sa charge , mais
qu'elle preridrak autrement avec imprudence,
et sans connaissance de cause.
Ils repugnaierit a augmenter la dette de FUnion par la dette des Etats , que les Etats
eux-memes pourraient payer , et voulaient
eviter ainsi un accroissement de dettes , qui
augmentant la dette nationale , augmentait les
papiers en circulation, et nourrissak Fesprit
de speculation , dont le mal se faisait deja sen-
tir et dont le danger futur s'appercevait
plus encore.
Les defenseurs du plan repliquaient que le
credit national ne pourrait pas s'etablir, si la
consolidation d'une aussi grande masse de
dettes n'etait pas prononcee ;
Que ce delai nuirait au bien que Fon devait
attendre de la consolidation convenue de la
dette domestique , pour la diminution des
interets de Fargent et Fetevation de la valeur
des fonds , et que les comptes provenant des
balances entre les Etats debiteurs et les Etats
creanciers, se regleraient avec la meme cer^
m
MM ( 3i6 )
titude et avec la meme  exactitude  apres la
consolidation qu'avant.
Cette opinion prevalut. Les dettes des Etats
etaient supposees, par approximation , s'elever
& vingt-cinq millions de dollars. Un emprunt
de vingt-un millions cinq cent mille dollars
fut conrenu.
II est a remarquer toutefois que cette operation ne fut adoptee qu'en vertu d'un agre-
ment tacite fait entre les deputes de certains
Etats, pour 1'interet de leurs Etats respec-
tifs. Les Etats de l'Est , en y comprenant
celui de New-Yorck, etaient les principaux
debiteurs ; celui de Massachussetts , entre
autres , devait a lui seul pres de six millions
de dollars. II y avait eu , en 1787 , une forte
insurrection dans cet Etat , dont l'etevation
des taxes avait ete , sinon le motif red , du
moins le pretexte. Cette insurrection avait ete
appaisee, mais I'Etat ne pouvait se promettre
une tranquillke assume, s'il fallait ajouter de
nouvelles taxes, et il fallait en ajouter de
considerables, s'il restait charge de sa dette ;
il etait done plus interesse qu'aucun autre , a
ce que FUnion adoptat cette dette.
Les Etats duSud , au contraire , n'y avaient
aucun interet, puisque tous , a la Caroline du
Sud pres , etaient creanciers de FUnion. Mais (3i7)
les Etats du Sud avaient interet a rapprocher
d'eux le siege du gouvernement federal, et
parmi eux la Virginie en avait un plus parti-
culier , parce que le lieu projette pour cet etablissement etait sur ses limites , et I'Etat de
Virginie etait le principal chancier. Les deputes des Etats de l'Est avaient de leur c6te
interet de conserver le siege du gouyernement
a New-Yorck ; mais le plus grand des deux
interets l'emporta ; ils promirent done a ceux
du Sud de voter pour l'etablissement du gouvernement federal sur la Potowmack , s'ils
vpulaient voter a leur tour pour Fadoption
generate de la dette. L'Etat de Pensylvanie,
quoique debiteur , n'etait pas embarrasse de
sa dette, parce qu'il avait des ressources considerables pour l'eteindre. Mais il lui fut pro-
mis que le siege provisoire du gouvernement
serait pour dix ans a Philadelphie. II espera
qu'il s'y conserverait plus long-tems , ses deputes adhererent a ce marche respectif, et la
generalisation de la dette passa.
II fut arrete en meme-tems que les sommes
dues par les differens Etats et acceptees ainsi
par FUnion comme dette nationale sans exa-
men prealable, seraient creancees par elles
au compte de ces Etats, et que les balances
qui seraient, par le compje final des com-
1
1
d*P; ( 3i8 )
missaires, reconnues dues aux Etats, seraient
fondees en leur faveur par FUnion, laquelle
serait creanciere des Etats qui, par le meme
compte final se trouveraient debiteurs.
Le compte des commissaires porte, comme
on Fa vu, Fensemble des balances dues a certains Etats , savoir New-Hampshire, Massachusetts , Rhode-island, Connecticut, New-
Jersey , Caroline du Sud et Georgie, a trois
millions cinq cent dix-sept mille cinq cent
quatrevingt-quatre dollars; et Fensemble de
celles dues par les autres , New-Yorck, Pensylvanie, Delaware, Maryland, Virginie et
Caroline du Nord a la meme somme.
M. Gallatin, dans un livre estime sur les
finances des Etats - Unis , publte en 1796 ,
s'exprime ainsi sur cette operation : « Les
33 Etats qui avaient les plus fortes dettes a
5» payer, stetaient, par Fexamen des titres
33 de creances, trouves les plus considerables
» creanciers de FUnion, et auraient eprouve
n ainsi le meme avantage si Foperation des
33 dettes des Etats-Unis n'eut ete faite qu'apres
33 Fappurement des comptes. L'experience a
33 montre aussi que cette grande dette addi-
33 tionnelle dont s'est chargee FUnion, loin
33 de donner plus de force au gouvernement
33 federal , a cree plus de mecontentement ( 5i9 )
I que toute autre mesure : non seulement
par Faugmentation des taxes qu'il a fallu
etablir, mais particulierement par la crainte
i que quelque personnage influant ne cher-
> chat par systeme plutot a augmenter et a
■ perpetuerla dette de FUnion qu'a la dimi-
' nuer et a l'eteindre; mais encore parce qu'on
> a cru que les interets  particuliers et les
> speculations avaient determine cette mesure
plus qu'aucune autre consideration. Enfin
! quoiqu'en apparence il puisse paraitre in-
> different que la somme necessaire pour ac-
> quitter cette dette fut levee sur le peuple
) des Etats-Unis par le gouvernement fede-
| ral ou par les Etats particuliers, cepen-
3 dant la difficulte eprouvee par le gouver-
3 nement federal pour augmenter les revenus
3 par les excises, les licences, etc. Les pro's gres rapides qu'ont fait tes Etats particu-
3 Iters pour Fextinction de leurs dettes indi-
>3 viduelle et la situation presente des Etats
j dont les dettes n'auraient pas ete prises, par
3 FUnion , parce qu'ils se seraient trouves
» ses debiteurs, prouventavec evidence qu'une
3 partie considerable de la dette addkion-
» nelle ainsi prise par FUnion aurait proba-
» blement ete eteinte aujourd'hui par les ef-
33 forts des Etats particuliers si Fadoption ge-
Ii ff
(  320   )
33 nerale de la dette par FUnion n'avait pas
» eu lieu 33.
II ajoute que, meme si elle n'avait eu lieu
qu'apres l'appurement des comptes et le rapport des commissaires , la dette de FUnion
n'eut ete que de onze millions six cent neuf
mille deux cent cinquante - neuf dollars soi-
xante-neuf centtemes, au-lieu de vingt-deux
millions quatre cent quatrevingt-douze mille
huit cent quatrevingt-cinq dollars vingt-sept
centiemes, qui ont ete pris etfondes par FUnion,
et qu'ainsi le congres a cree par cette precipitation , une dette additionneile et inutile
de dix millions huit cent quatrevingt - trois
mille six cent vingt-cinq dollars cinquante-
centtemes.
La loi qui consolidait et assurait toutes
ces differentes especes de dettes , engageait
la bonne-foi nationale que Fon ferait a Fave-
nir les fonds qui seraient juges necessaries
pour le payement des interets occasionnes
par les emprunts. Elle assignait aussi la vente
des terres appartenant aux Etats Unis dans
les territoires de FOuest pour former un fonds
d'amortissement a Feffet d'eteindre la dette
nationale.
Une somme de cent quatrevingt-dix-huit
mille dollars etait due aux officiers etrangers
qui (321   )
qui avaient fait la guerre en Amerique ; elle
devait ekre payee par les emprunts faits en
Europe, et Fa ete tres-exactement a. la presentation des titres , mais ces officiers n'ont
encore reclame que jusqu'a la concurrence
de cent vingt-trois mille dollars. Depuis 1790,
le congres a ordonne la formation d'un bureau pour Famortissement de la dette , et Fa
compose du president du senat, du chef de
la justice, du secretaire d'Etat, de celui de
la tresorerie et de Fattorney-general de FUnion.
II a ordonne quatre differens emprunts pour
etre employes a Famortissement de cette dette
par le rachat de differens fonds , et a auto-
rise -en 1796 les commissaires de Famortissement a emprunter encore cinq autres millions
de dollars pour satisfaire aux payemens des
■ capkaux et des interets que les Etats - Unis
avaient a payer dans cette annee. La banque
des Etats - Unis est autorisee par cette loi a'
fournir cet emprunt en totalke ou par partie.
Les fonds publics deja existans sont recus a
Femprunt : tes commissaires peuvent, s'ils
le jugent a propos , vendre les fonds de dif-
ferentes especes ( des trois pour cent, des
six pour cent, ou des fonds qui attendent
encore 1'interet qu'on appelle deferred stocks )
qu'ils ont dans leurs mains, pour acquitted
Tome VII X-
I < 322   )
une partie ou la totalke des capitaux et interets que Femprunt autorise a pour objet, a
condition qu'ils n'en vendront pas plus de
moitie au-dessous du pair. Ils peuvent aussi
vendre les actions de banque appartenant a
FUnion. Enfin cette nouvelle dette elle-meme,
dont les certificats porteront six pour cent
d'interet , ne sera rachetable qua commencer
de l'annee 1819.
Le coi
Etats-Un
deux mil
laba
dA;
;res a aussi incorpore la banque des
i, et cette banque a prete a FUnion
ons de dollars pourxlesquels elle
pi-
avait souscrit dans la formation de son
tal ;* ces deux millions de dollars sont rem-
boursables en dix ans, par dix payetnens
egaux. II a successivement autorise cette banque a preter a FUnion trois autres millions,
puis cinq autres en 1796 , comme il vient
d'etre dit; enfin il a declare que les revenus
*de I'Etat seraient employes au payement des
interets de ces emprunts ainsi qu'aux depenses
du gouvernement t et a destine leur excedant
a faire un fonds d'amortissement.
La dette des Etats-Unis etait, en 1790, de
de soixante- douze millions six cent treize
mille deux cent cinquante - quatre dollars ;
lions six cent quatrevingt-dix-sept mille quatre (3s3 )
cent dix dollars, et ainsi elle est augmentee
-de sis. millions quatrevingt-quatre mille cent
cinquante - cinq dollars , quoique la caisse
d'amortissement ait eteint deux millions trois
•cent sept mille six cent soixante-un dollars
de la dette , et quoique les Etats-Unis ayent
joui pendant cette epoque d'une profonde
paix et de toutes les circonstances qui aident
communement un Etat a etablir Fordre dans
ses finances.
Un plus grand ordre dans les depenses, la
vente possible d'une grande quantite de terres
appartenant a FUnion dans les territoires de
l'Ouest, enfin une addition d'impositions ,
sont les moyens qu'une bonne administration
peut employer utilement pour eteindre avec
^fcj\omptitude la dette des Etats-Unis, si quelque guerre ou autre grande convulsion politique n'en arrete pas la possibilrie. Cette dette,
d'apres les engagemens pris avec les creanciers et les projets presentes au congres et
adqptes par lui, doit etre entierement amor-
tie en 1820.
L'operation de la caisse d'amortissement,
avait eu dans sa creation , ainsi que toutes
les operations pareilles, Fobjet d'animer le
credit par la confiance dans Fextinction de la
dette. II a 6te soutenu , comme je Fai dejk
X 2
I < 324 )
dit, par Fetablissement de la banque des Etats-
Unis , qui concourait au systeme general des
finances, propose par le secretaire de la tresorerie.
Cette banque incorporee  en 1791 , a ete
creee avec un capital de dix millions de dollars. Deux de ces dix millions ont ete , ainsi
qu'on Fa vu,  souscrits  par tes Etats-Unis ,
qui n'ont pas ete.tenus defournirles fonds aux
epoques indiquees pour les souscripteurs. Les
huit  autres millions ont ete fournis  par des
souscriptions particulieres, payables un quart
en argent, et les trois autres en certificats de
dette.   Les commissaires   de FamortissemeniM
avaient eteint de ces papiers pour la valeur
dun million de dollars. Ainsi une quantite de
ces certificats , montant a la valeur de sept
millions de dollars , a  disparu   dans  la pre-
mtere annde ; le prix de ceux qui restaient
en  a hausse considerablement ; et les speculations qui   des-lors   ont ete tres. actives
pour faire elever beaucoup plus encore cette
hausse naturelle , Font portee a un taux si
prodigieux qu'elle n'a pu longtems s'y sou-
tenir.
Les conditions  principales  de   Fetablissement de la banque  des  Etats-Unis sont:     '
to. L'incorporation des souscripteurs de la (325)
banque en corps politique avec un priviteg
jusqu'en 1811.
2°. La facuke d'un capital de dix millions
~de dollars.
5°. La facuke de posseder jusqu'a quinze
millions de dollars en meubles et immeubles
iy compris le capital.
4°. Celle d'etablir dans l'etendue des Etats-
Unis autant de branches succursales que tes
souscripteurs le jugeront avantageux.
5°. La formation de Fadministration de la
banque, composee d'un president, de vingt-
cinq  directeurs et d'un caissier.
6°. La defense a cette administration de
faire aucun autre commerce que celui de
For; d'acheter aucune partie de la dette publique , et de prendre pour ses prets ou ses
escomptes, un interet plus haut que six pjbur
cent; et la permission de yendre la partie de
dette qui composait le capital premier de la
banque.
7 . La defense de contracter en prets , escomptes ou par l'emission de ses billets , une
dette de plus du double des fonds existans
dans la caisse.
8°. Celle de preter  sans loi expresse des
Etats-Unis plus de cent mille dollars au gouvernement de  FUnion,   plus   de   cinquante
X 5- (326)
mille a aucun Etat  particulier ou a  aucun
prince ou puissance etrangere*
9'. La necessite de soumettre au secretaire
de  la   tresorerie la   situation   de  la banque
i
demandra , avec Fau-
• public de ve-
toutes tes fois qu'il le
torisation donnee a cet officiei
rifier dans les livres les comptes qui lui sont
rendus.
io°. L'ordre donne a toutes les caisses des
Etats-Unis de recevoir en payement les billets de cette banque.
- ii°. L'engagement pris par le congres de
n'etablir aucune autre banque des Etats LInis
pendant la duree de la charte accordee a
celle-ci.
- Sans examiner ici quelle etendue de secu-
rke peuvent avoir les porteurs d'actions dans
unejbanque dont les capitaux originaires ont
ete formes ainsi que ceux de la banque des
Etats Unis, et qui immediatement sous Fau-
torke du gouvernement peut, dans des tems
de besoin , etre obligee par une loi du congres a fournir aux emprunts que les circons-
tances rendraient necessaires; je ne la consi-
dere ici que sous le rapport du danger qu'elle
offre a l'economie des finances de FUnion par
la facilke d'en obtenir des prets considerables^
par une loi du congres, et par les1 prets de cent (327)
mille dollars qu'elle fait au gouvernement,
sans avoir besoin de Fautorisation d'aucune loi
nouvelle. Aussi l'etat actuei de dette oil se
trouvent tes Etats-Unis est-ii attribue en grande
partie a cette facilke. Si elle n'eut pas existe ,
les emprunts, les anticipations n'eussent proba-
blement pas ete si multiplies, les depenses eussent ete restreintes, un plus grand ordre en
ces depenses e&t ete etabli; enfin le congres
voyant les ctepensesau-dessus des revenus, aurait couvert le deficit et mis entr'eux une balance egale par des augmentations de taxes qu'il
n'a fait que retarder et qu'il est oblige de de-
mander aujourd hui plus fortes qu'il n'eut ete
necessaire de le faire s'il eut ete convaincu
pluiot du grand danger des emprunts; taxes
qui ne pourront pas meme a present em-
peeher que des emprunts ne soient necessaries pour le remboursement des autres, pro-
mis a epoques fixes, par exemple ceux de la
I banque et ceux pour lesquels le gouvernement paye de gros interets.
C'est avec une grande timidke sans doute
que je dois risquer mon opinion en. mattere
de finances sur lesqueiles mes connaissances
sont treis^bornees , sur-tput quand cette opinion est opposee a celle de beaucoup d'hom
qui passent pour etre de tres-habil<
X 4
finanr (328)
ciers. Je dirai seulement que , persuade,'
comme je le suis , de la grande utilite dont
sent les banques, quand leur administration
est sagement et moralement conduite, pour
donner au commerce, a Findustrie et meme
a Fagriculture une grande activite, pour aug- .
menter par le credit tes richesses d'un Etat
et par consequent ses moyens de prosperite;
convaincu meme des avantages de cette espece , qu'en ont tire les Etats-Unis; les dangers du systeme des banques me semblent
surpasser de beaucoup encore leurs avantages.
La facilite des abus est si grande dans ces
sortes d'etablissemens , ces abus sont si fort
encourages, et par les besoins des gouverne-
mens, et par Favidke des speculations , qu'il
est difficile a leurs administrations de s'en
garantir. Ces dangers sont plus grands dans
les pays ou tes banques sont plus multiphees,
ou le numeraire est moins abondant et ou
l'amour de Fargent est plus la disposition commune des habitans. Au lieu de creer une ri-
chesse fictive du double deleur capital, dies
en creent une dix fois, vingt fois plus fortes
et Fillusion qui suit le premier bien-etre que
dans un temsde tranquillke recoit le commerce
de cette facilite de s'etendre , est un moyen
de plus d'augmenter le mal et de le prcci- ( 329 )
piter. Le malheur des individus , celui des
Etats en sont tot ou tard la consequence ,
parce que Feconomie , la reflexion dans les
entreprises, dans les depenses , n'ont plus
lieu de s'exercer avec severite.
Ce systeme de banques , qui donne ainsi
' aux gouvernemens de grands moyens de depenses , au-dela des revenus publics, tient au
systen^ nouveau par lequd on croit qu'un
Etat, loin de s'appauvrir par ses dettes, en
regoit, dit-on, au contraire , un moyen de
prosperite qui resulte de Factivke de la circulation , du payement apparent des dettes
privees et de la possibilke de placer a profit
les plus petites economies.
Cette theorie nouvelle me semble un para-
doxe metaphysique ou plutot un abus d'esprit appele au secours d'un mauvais etat de
finances. Elle mene a augmenter sans cesse
cette masse de dettes , si singulierement nte-
tamorphosee aux yeux de l'imagination en
aliment necessaire du credit et de la prosperite nationale. Cependant le plus simple bon
sens indique qu'il doit etre au moins une cer-
taine proportion de dettes qu'un Etat aurait tort
de passer; et quel est le gouvernement qui
s'y restreindra quand il a la facilite d'aug-
menter a-peu-pres sourdement, et sans les
1
9
xmaz*BBi5£B&a
W5i£ {33o )
murmures du peuple ses moyens de depenses.
Quel est done celui qui, par le systeme qui
favorise Faccroissement de sa dette, ne tra-
vaille pas journellement a la ruine de la nation qu'il gouveme ? Car enfin, il arrive une
epoque ou il faut compter , et oil le peuple
ne peut pas, ne veut plus payer de nouveaux
impots  qui ne  servent pourtant qua  solder
les interets d'emprunts
dont lteconoir
i|i dans
ses finances aurait dis
pense en  gran
de par-
tie son gouvernement,
et cet etat d<
3 choses
est Fepoque la plus da
rigereuse pour
la tran-
quillite d'une nation , j
>our la stabilk<
t de son
gouvernement, pour le bonheur de
ses  ci-
Baltimore,
capitaux de
que sous le
sur son pro-
Voici  quel etait a
ituation de la banqu
06 la  (332 )
Mais leur compte particulier fait   partie   du
compte general de la banque des Etats-Unis.
La banque a bati une nouvelle maison , oil
elle commence depuis le premier juillet 1797 ,
a faire les affaires. Le terrein en a coute
quatorze mille dollars. Les depenses pour la
construction du batiment en excederons cent
mille.
La banque des Etats-Unis donne huit pour
Cent de dividende. Ses actions se vendent de
quinze a dix-huit pour cent au dessus de leur
valeur primitive.
Quant aux prix des fonds publics , voici ce
qu'ils sont au moment actuel.
Trois pour cent.     1.  5o.  J
Six pour cent    82.   > pour cent.
Deferred   stocks....   65.   )
D'ailleurs il existe dans les finances des
Etats-Unis la plus entiere ponctualke pour
les payemens de tous les engagemens pris ,
et Femprunt de la France a ete rembourse
avant Fepoque de rigueur, au desir du gouvernement francais.
Les revenus actuels des Etats - Unis consistent ,
i°. En droits sur le tonnage des vaisseaux
et sur les importations de produits etrangers.
a\ En droit appdes droits interieurs sur les (533)
liqueurs spiritueuses distitees dans le territoire des Etats-Unis , sur les manufactures
de tabac , sur les rafineries de sucre, sur les
ventes k l'encan, sur les marchands en detail
de vin et de liqueurs spiritueuses etrangeres ,
et sur les voitures de commodke.
3°. En benefice sur le port des lettres.
4°. Enfin en dividende des actions appar*
tenant aux Etats-Unis dans la banque des
Etats-Unis.
Les droits sur le tonnage consistent en six
cents ou six centtemes de dollars sur chaque
tonneau des batimens americains employes,
et en un demi dollars sur chaque tonneau
des batimens etrangers.
Void l'etat du tonnage employe dans les
differens ports des Etats-Unis durant les sept
dernieres annees.
En
1790.
Pour le
Pour la
Pour k
cabotage    u5
pechs     26
181.
Total   602,
Total eiwsaA*. ....
526.
228,63t.
8,8i5.
i
M 1
(334)
En 1791.
Tonneaux.
Tonneaux.. S
10^404. 1 Anglais.	
...  210,618.  M
563',854". '
al""
s...     18,860.   9
*»**>■
.... a38,466,«
En   1792.
II                  Tonnage it,
X—\^	
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414,629.
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5S7>688.
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793-
Tonneaux,    M
gj     g toa
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En    1794.
192,686.
, *-,.*
^Tonneau,.
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Frangais	
—   11,249.-  m
747.140.
j                Tot,,...
    82,974, m
   83°'114 t0D 1 335 )
IS
En 1795*
a
Tonnage Amiricain.
Tonnage itranger.
1
Tonneaux.
Tonneaux
p
Pour le cabotage   171,918.
| Anglai
^     On n'a d
c
Pour la peche     34,102.
Franca
g |L   procL
Pour le commerce exteV..  680,277.
Toutes
autres nations.)exac,t!d*'ai1
Total  786,297.
1
Total , environ   62,000..
Total general, environ	
848,297 tonneaux.       j
En  1796.
Tonnage Americain.
Tonnage itranger.
Tonneaux.
Tonneaux,.
Pour le cabotage  200,372.
Anglais
      19-669.1
s.v        2,o55.
Pour le commerce exter'. 676,046.
Danois
      lo,43o.'
Ports d
       5,56o.-
Inseatiques        4>987-
Italie          758.
Espagn
ol      3>449-:
'3 • •          637.
Holland
ais          3oi.
1
T°TA1, 9ii,o38.
Total     47^46,
il
Total general	
962,184 tonneaux.
%%
Tous tes tonnages enonces dans les tableaux
m
precedens, sont pour le  tonnage americain
Wk
celui des batimens sortis , et
pour le tonnage
etranger celui  des   batimens
entres.  Ainsi,
comme chaque batiment apporte son retour,
ou du moins que tres-peu s'en vont sur leur
lest, on doit juger que le ve
ritable total ge-
neral du tonnage est, * pour
chaque  annee
.1 [H
I ( 336 >
a peu pres double de ce que ces tableaux in-
diquent.
Les droits sur les marchandises etrangeres
importees dans les Etats-Unis, varient selon
leur espfece , depuis cinq jusqu'a cinquante-
cinq pour cent. Ils sont payes ou par une
proportion de leur valeur estim.ee , ou par un
droit fixe par quantite. Les marchandises
etrangeres importees dans des batimens etran-
gers payent depuis le mois de juillet 1792 ,
dix pour cent de plus que celles importees sur j
batimens americains. Le montant de ces droits
est toujours reuni a celui du droit sur le tonnage dans les comptes que rend le secretaire
de la tresorerie. Ces droits reunis n'ont commence a etre perc,us que le ier. d'aout 1789,
et depuis ce jour jusqu'a la fin de 1701 , ils
ont rendu six millions trois cent trente-
quatre mille deux cent soixante- trois dollars I en 1792, quatre millions sept cent
trente-un mille trente-deux; en 1793, six
xnillions cent soixante-deux mille cinq cent
soixante - quatre ; en 1794, six millions sept
cent vingt-cinq mille neuf cent cinquante-
cinq; en 1795 , sept millions neuf cent cin-
quante-neuf mille quatre cent neuf; et en
1796, six millions cinq cent soixante-sept
mille neuf cent quatrevingt-sept dollars. Ces
somm es ( 337 )
• sommes sont ce que la taxe produit de net*
les frais de perception payes.
Avant de les etablir , il a ete deduit de leur
montant total;
i°. Les drawbacks, ou restitution des droits
pour marchandises reexportees , a un pour
cent pres,  garde au profit des Etats-Unis;
2°. Les drawbacks pour les liqueurs spiritueuses distiltees dans tes Etats-Unis , ou les
sucres qui y ont ete rafines , ou le tabac qui
y a ete manufacture, quand ces produits sont
exportes a Fetranger ;
5\ Les encouragemens domtes pour la pe-
cherie, qui consistent en une gratification qui
vafrie depuis un dollar et demi jusques k deux
dollars et demi par tonneau, selon la grandeur du batiment employe , et en huit cents
ou centtemes de dollar par barril de poisson
sale ou fume ;
4°. Les frais de recette qui se montent a
environ cinq pour cent de la recette totale.
Les amendes pour marchandises introduites
en contrebande , ou dont on aurait tente.de
frauder les droits , font aussi masse dans cette
recette. Mais la contrebande n'est pas considerable dans tes Etats-Unis , parce que la
plupart des droits ne sont pas tres-eteves. Elle
serait facile par la nature de la plus grande
Tome  VII. Y
\ (538)
partie des c6tes , et par le peu de moyens de
surveillance qua la douane pour s'y opposer.
On remarque toutefois que tes droits sur le
the se sont eleves a pres de la moitie moins
les deux dernieres annees , que tes deux pre-
cedentes, quoique l'usage paraisse loin d'en
etre diminue. Cette contrebande , car il faut
bien alors la reconnaitre, est attribuee a Fete-
vation de la taxe qui est depuis dix-huit jusqu'a treijte pour cent pour les tltes venant de
Chine , et plus forte encore pour ceux reexport^ d'Europe, et a la facilite de debarquer
frauduleusement une grande quantite de cette
marchandise.
Les Etats-unis ont quelques petits batimens
dont le devoir est de veiller a ce qu'aucun
vaisseau venant de l'etranger ne soit decharge
ailleurs, que dans un port de douane.
Tous ces differens frais sont payes par les
collecteurs de chaque district, et ainsi deduits
dans leurs comptes du montant general de
leur recette.
Les droits sur quelques articles importes
ont ete augmentes dans la session du congres
qui a ete terminee au mois de mars dernier
1797- Cm en trouvera le tarif actuel a la fin
de cet ouvrage.
Les droits sur les liqueurs spiritueuses dis- ( 359 )
'tiltees dans le territoire des Etats-'Umi", ont
ete etablis en 1794. Alors ils etaient de onze
cents ou centiemes de dollar par gallon pour
celles qui proviennent des meiasses , et de
neuf sur celles que Fon fabrique avec des productions du pays, fruits ou graines.
Ces droits ont ete reduits en 1794 a dix
cents v&t gallon pour tes liqueurs distiltees de
matteres etrangeres , et a sept pour celles
qu'on a faites avec des produits du pays j
mais cette reduction n'a lieu que pour les liqueurs de seconde epreuve ; celles de pre-
'mtere qualite ont au contraire ete portees a
un quart de dollar par gallon , quand elles
viennent des meiasses, et a dix-huit cents,
quand elles ont ete tirees des productions du
pays.
Cette espece de taxe , et pariiculierement
"celle sur les liqueurs de la distillation de
grains ou de fruits du pays , a ete impopu-
laire des son principe. La loi laissait Foption
auxdistillateurs de paver, ou par l'exacte solde
du droit sur le nombre des gallons distiTEes ,
ou par un abonnement de cinquante - quatre
cents par an pour chaque gallon que pour-
raient contenir les alambics employe^.
Les   distillateurs preferaient  generalement
le premier moyen ,   parce que n'etant  pas
Y 2 (p»)
/urs d'occuper leurs alambics toute l'annee,
ils ne payaient alors qu'en raison de leur travail , et par consequent de leur gain , et
parce qu'ils esperaient plus de facilite a. eiu-
der le payement d'une partie des droits, ce
qui etait facile , les distilleries tres - eparses
dans tous les Etats ne pouvant pas etre visi-
tees continucllement par les inspecteurs d&~
l'excise.
L'opinion publique etant contraire a cette
taxe , elle n'a jamais ete complettement payee.
Des parties d'Etats, des Etats meme entiers,
se refusent encore aujourd'hui. a s'y sou-
mettre ; et le congres , dans la derniere session , vient de detruire Foption laissee aux
distillateurs par les loix precedentes sur la
maniere de payer cette taxe, et a prescrit,
pour seul mode , Fabonnement en raison de
la grandeur des alambics. La facuke est laissee aux distillateurs de s'abonner seulement
pour deux semaines, ou pour autant de tems
qu'ils voudront jusqu'a six mois. L'abonne-
ment pour deux semaines est de six cents ,
pour six mois de quarante-deux cents , et tes
abonnemens intermediaires sont etablis de
l-mariiere a donner avantage a ceux qui s'ap-
prochent le plus du terme de six mois.
De cette maniere, le nombre des inspec- (34i ).
teurs pent etre diminue; la recette est plus
vraisemblablement certaine , et Finquisition
des visites domiciliaires , attachee a cette es»
pece de taxe , est autant evitee qu'il soit possible. Mais elle reste toujours une taxe sur
1,'agriculture et l'industrie du pays, et sur une
branche d'industrie faite pour dinrinuer la
consommation de l'industrie et des produits
ekrangers.
Les distilleries de meiasses etant presque
toutes dans les ports de mer , et n'etant pas
nombreuses, la difficuke de percevoir les droits
et la facilite d'en eiuder le payement sont
presque nulles. Aussi M. Gallatin.fi^ans le
depouiliement qu'il fait des revenus de toutes
les taxes des Etats - Unis , et des depenses
qu'elles occasionnent, trouve-t il quei les frais
de perception- Sur les distilleries des produits
du pays , s'etevent a pr6s de trente-quatre pour
cent, tandis que ceux sur les distSMBries' des
meiasses , connues en Amerique sous le nom
de rum continental, ne s'etevent qu'a qua-
torze et-demi pour cent.
La quantite de meiasses importees dans les
Etats-Unis pour distillation dans les annees
1790 et. 1791, etait par terme moyen de six
millions six cent soixante mille gallons pour
chacune d'elles.- En-xyg®. elle neiait que -da
Y 3
I mm
( m I
trois millions six cent quatrevingt-seize mille-
neuf cent six gallons. .
Les droits reunis sur ces deux especes de
liqueurs spiritueuses distillees dans les Etats-,
Unis , ont produk net dans les six derniers
mois .1791 , cent soixante-quatre mille cinq
cent qu^revingt-dix-sept dollars ; en 1792 ,
quatre cent quarante-six mille quatre cent
quatrevingt-trois ; en 1793 , cinq cent trente-
neuf mille neuf cent soixagite-quinze ; en
1794, trois cent cinquante-quatre mille deux
cent vingt-cinq ; en 1795 , cent quatre-.
vingt-dix-neuf mille ; et en 1796, deux cent
tfente-huit mille dollars.
II semble a propos d'observer ici que.
1'importation des liqueurs spiritueuses , dis-
tiltees chez Fetranger ., arrafe^siderablemeiSfi
augmente de 1790 a 1795; elle etait en 1790
de trois millions six cent soixante-dix-huit-
mille cent quatrevingt-dix-neuf gallons.; et en,
1794, de cinq millions six cent quatrevingt-
dix-neuf mille trois cent soixante-neuf.
L'importation de vins , auibesque ceux:der
Madere , etait, en 1790 , de six cent sept mille
sept cent soixante-un gallons ; et en 1796 , de
quatre millions trois cent trente-six mille
soixante-seize.
Celle de bierre } ale t porter, etait en 1790, '( 343 )
de soixante-dix mille cinq cent soixante-quatre
gallons; elle etait en 1794 , de trois cent tren-
te-un mille trois cent cinquante-huit.
La grande difference de ces importations en
augmentation , tient sans doute en par-
tie a l'etat present de guerre ou est l'Eu-
rope , qui accroit le commerce des Etats-
JJnis ; mais si Fon considere la petite proportion de ces objets reexportes , on assignera
aussi a cette augmentation dans Fimportation
de ces denrees , d'autres causes ; celle , par
exemple , de la grande diminution dans les
produits des Antilles , d'ou les meiasses ont
ete exportees en une quantite de la moitie
moindre en 1796 qu'en 1790 ; d'ou il est resulte
que la difference des liqueurs spiritueuses dis-
tiltees sur matteres etrangeres a ete de deux
millions a un million de gallons de Fannee
1790 a Fannee 179^.
Dans le meme intervalle le prix des grains
a teilement hausse , que les distilleries sur
les produits du pays ont a peine pu se main-
tenir , ce qui a ete une autre cause de Faug-
mentation dans Fimportation des liqueurs spiritueuses etrangeres. L'etat ci-apres , ne lais-
sera aucun doute sur cette question.
I
Y4  (345)
Les drawbacks pour Fexportation des liqueurs spiritueuses, distiltees dans les Etats-
Unis , sont d'un demi cent par gallon , et de
trois cents de plus pour celles distiltees sur
meiasses , en compensation des droits payes
pour l'introduction des meiasses dans tes Etats-
.Unis.
La loi qui etablk ces taxes est du mois
de mars 1791. Elle en approprie les pro-
;duits au payement des interets et du capital
des emprunts fait et a faire, pour Fextinc-
lion de la dette des Etats-Unis, et en ordonne
la duree jusqu'a cette epoque.
Les droits sur Fimportation des meiasses
ont ete dans Favant - derniere session , aug-
mentes d'un cent par gallon , et les drawbacks pour exportation du rum continental,
augmentes de la meme valeur.
Le mode- pour la perception des droits sur
le tabac manufacture, a souffert differentes
alterations depuis son etablissement, qui ne
date cependant que de 1794*
D'abord cette perception etait faite a raison
de la quantite du tabac manufacture , et sur
le pied de huit cents par livre. La modicite
de la recette attribuee a la fraude des droits,
.rendue facile par l'impossibilite d'une inspection  constante  dans les fabriques , a de- ( 346 )
termine le congres a porter cette perception
sur les moulins , en variant leurs taxes depuis cent quarante jusqu'a deux cent qua-
rante dollars , selon leur force et leur espece.
Les produits de la taxe ont ete ainsi plus
que  triptes.
Mais les drawbacks de six cents par livre ,
accordes pour Fexportation , se sont trouves
surpasser les produits de la taxe , ce qui in-
dique Fetendue de la fraude , et la legislature
a suspendue entterenient cette taxe pour une
annee dans la session de 1796.
Elle vient de la retablir dans son avant-
*$gruiere session telle qu'elle etait avant sa
suspension. Ses produits qui, s'ils doivent
,-eiaster , ne seront jamais considerables , ne
-peuvent pas etre a present comptes en recette.
La loi qui soumet a un droit les sucres ra-
friies dans le territoire des Etats-Unis , est du
commencement de l'annee 1794? et les droits
n'onf commence a etre percus qu'au premier
octobre de la meme annee. Ils sont de deux
cents par livre de Sucre rafine; et un drawback de la meme valeur est alloue pour Fexportation , avec une addition de trois autres
cents, valeur egale a celle des droits imposes
a Fimportation des sucres bruts. La meme lojl (.347)
dans la vue d'encourager les raFineries am.e-
ricainesVo'&Bjpose ;un droit de quatre dents par
livre de sucre rafine a Fetranger , et importe
dans les Etats-Unis ; et aucun drawback n'est
alloue pour la;re%xportation des sucres rafines
venant de Fetranger.
Une addition d'un demi cent par livre de
Sucre brut vient d'etre imposee a Fimportation ,
et un cent par livre de sucre rafine dans les
Etats-Unis alloite a l'exportation. En 1795 Ces
droits ont produit trente et un mille neuf
cent quinze dollars , et en 1796 , trente-huit
mille , deduction faite des frais de perception
qui sont de cinq pour cent.
La loi qui impose un droit sur les ventes a
Fencan , est aussi de 1794- Ces droits varient
d'un quart de dollar a un demi-dollar pour
valeur de cent dollars des effets ve^ridus. Leur
produit a ete , en 1795 , de trente matte quatre
cent quinze dollars ; en 1796, de trente>$lo'i§>
mitte six cent quarante-cinq»efcllars , deduction faite des frais de perception qui sont de
deux et demi pour cent. Quelque precaution
que prenne la loi, pour assurer l'exacte ren-
tree de ces droits,, la fidelity des vendeurs ,
qui ne le sont que par licence , est le seul
garant de leur entiere ponctualke.
'. Les taxes =sur. tes marchands en detail de
1
%
i &-*
( 348 )
vin , et de liqueurs spjaatueuses , ont ete^ta^
bfies-.a. la meme epcqtidj'que das;jpiecedentes.
Hlftthflontade cinq dollars par an pour chaque
marchandyvendant du vin en moindre quan-
tg$4ilLla fois qu^ijrente gallons, et desnKqueurb'.
spiritueuses en moindre qae>ying&$altortsij4iesf
eabaretiefs.-ne sont pas sujeis aces droits,
qui ont rendu en 1795 cift'^u'SMfi&ttfois mille
cinq cent quarante-sept dollars, et en 1796,
plus de cinquante^huit mille ^rde^sbiotwW-i&ftfcE
des frais de perception quitiafeit: de deux et
demi pour cent.
Les vojiprjss. de coinnioditeVsont imposees
par une loi rendue aussi en-1794. Elles payent
depuis deux jusqu'a quinze dollars par an,
selon leur espeee>Cjedroit a rendu, en 1795,.
qsaaeante et un mille quatre cent vingt-un^
debars, e t en 1796, cidaquaiiieWtroi^mille deux
cents dolfes. Les fraist4^^per«eption sont de
cinq pourrfcent.
Un proces a eu lieu en 1796 devant la cour
supreme des Etats-Unis, a l'occasion de cette
taxe. La constitution prononce: qu'auoufie*
capitation ni taxe directe .ne peut etre im-
posee par le congres , a rfzains qu'elle ne
soit etabiift dans les.djfferens Etats en proportion de .leur nombr^f^era^;:..
L'habkant de Maryland, qui se refusait a ( 349)
payer cette taxe , soutenait qu'elle etait par sa
. nature une taxe directe, parce qu'elle por-
tait directement sur la projpriete de telle ou
telle personne, tandis que pour etre indirecte,
elle eut du etre etablie sur les carrossiers ,
vendeurs de voitures , etc.
Cette reclamation a ete pl-aidee par M. In-
golson, attorney-general de I'Etat de Pensylvanie , et par M. Campbell, avocat de Virginie.
M. Hamilton , et M. Lee attorney-general
des Etats-Unis, ont plaide en defense de la
taxe , et ont dit entre autres argumens, que
la taxe etait indirecte , parce qu'elle portait
sur tes depenses , et non sur les revenus.
Le terme de direct en fait de taxe est si
vague , les auteurs qui ont traite des matteres
d'impots, ont interprete ce terme si diff -
remment, que les argumens des deux parties
avaient une egale force , pour des esprits
impartiaux , et que l'evidence ne rtsultait
d'aucun.
Les juges de la cour supreme ont recu de
la constitution la competence de juger en loi
et en equitd, tous les cas resukans de la
constitution ou des loix. Ils ont prononce ,
dans celui - ci, que la taxe sur les voitures
etait une taxe.indirecte ; et sans doute, dans (35o)
Fincertitucte ou ils ne pouvaient manquer
d'etre sur le point de droit rigoureux, ils
auront ete detsttjsines par la necessite d'assu-
rer cette branche de revenus , et par la nature de cette taxe , qui ne porte que sur le
luxe.
Les cinq taxes dont je viens de parler ,
ordonnees par le congres a peu pr6s a la
meme epoque, doivent cesser au mois d'aoiit
i"8qu.
On objecte contre la taxe sur les encans ,
et celle sur les marcbands en detail de vin ,
et de liqueurs spiritueuses , qu'elles pourraient
etre avantageusement remplacees par une te-
gere augmentation de droit a Fimportation
des marchandises , et a celle des vins , ainsi
que celle sur les distilleries ; que la perception serait plus sure , ne couterait rien , en-
tralnerait moins de vexations , et porterait sur
tes memes personnes qu'elle frappe aujourd'hui.      $&%s^£jjgi
Ces taxes, connues sous le nom des cinq
nouvelles taxes, font partie du meme chapitre
dans le compte rendu des recettes par le secretaire de la tEe.s6rerie.
Les produits de la poste aux lettres sont
aussi un des revenus de FUnion, qui fait tes
frais de cette administration, et c'est encore WQHHMMWl
( 3*- )
de 1794 que datte la derniere loi qui fixe de-
finitivement  cette   administration dans  tous
ses details,
Les revenus de la poste aux lettres ont ete
du premier octobre 1789, au 3o juin 1791 ,
de quatre mille cent quatrevingt-deux dollars;
et du premier juillet 1791 , au 5i decembre
1792, de seize mille quatre cent un ; pour
l'annee entiere 1793, de vingt-neuf mille sept
cent vingt-deux; pour 1794, de trente-trois
mille sept cent vingt-huit; pour 1795 , de
trente-huit mille sept cent cinquante - cinq;
et pour 1796 , de soixante-douze mille neuf
cent neuf dollars.
Ce genre de revenus doit augmenter gra-
duellement, mais le gouvernement qui sage-
ment s'efforce de faire participer un plus
grand nombre de lieux au benefice de cet
etablissement, Intend annuellement dans des
parties de pays encore peu habitees, et ou
la recette faite sur la taxe des lettres ne de-
dommage meme pas des frais qu'on est oblige
de faire.
Les lettres se portent comme en Angleterre,
dans des stages ou diligences qui sont a-la-
fois voitures publiques, et ainsi FUnion paye
moins cher pour leur transport.
On les porte a cheval dans les routes d'em-
1
y ( 552 )
branchement   ou tes diligences ne sont pas
encore etablies , et dans tes parties de pays
ou la nature des routes interdit toute voiture.
Le prix des ports de lettres est de six cents
pour une distance de trente miiles, et jusqu'a.1
vingt-cinq cents ou un quart de dollar pour
une distance de quatre cent cinquante miiles •
et plus.
Les doubles , triples lettres, etc. payent
double, triple taxe , etc.
Les paquets pesant une once payent comme
quatre lettres.
Les lettres arrivees par mer et deposees
au bureau de la poste du port ou le vaisseau
aborde payent quatre cents, et de plus J le
prix a raison de la distance , si elles sont
envoyees de ce port a un autre lieu des
Etats-Unis.
Le nombre des actions de banque des Etats-
Unis , appartenant a FUnion , etait de cinq
mille qui produisaient cent soixante mille
dollars de dividende. Il en a ete vendu deux
mille deux cent quarante dans tes six derniers
mois de 1796, pour conCourir au payement
des emprunts dont le remboursement etait du.
Le compte du secretaire de la tresorerie ne
porte qua quarante-cinq mille dollars les di-
v-idendes de la derniere demi-annee 1796.
Les { 353 )
Les pateutes accordees par le gourerne*
inent des Etats-Unis, pour decouvertes nouvelles, privileges d'auteurs pour 1'impres-
sion de leurs ouvrages , etc. , entrent aussi
dans les recettes des Etats - Unis , mais leur
produit ne s'eteve pj|s annuellement a seize
cents dollars , et na monte en 1796 qua,
douze cent soixante.
Les comptes du secretaire de la tresorerie
portent aussi en recette les especes monnoyeeS
.a la monnaie des Etats-Unis; mais les depenses
de cet etablissement sont pareillement portees
en depe^se, et elles excedent de beaucoup l&
recette.
Le total des recettes de Fannee 1796, pro-
venant des etemens dont tes details viennent
d'etre exposes , se monte a.. 7,188,001 dol.
Tonnage et importations  6,567,987. \
Liqueurs spiritueuses distilleeS 238,000. j
Sucres rarities  38,oooi J
Vendues  33,o45.f
Marchands en   detail de  vin I Somme egale ,■
et liqueurs spiritueuses  58,ooo.\ 7,188,001 (*).'
Voitures de commodite  53.8oo.f
Poste aux lettres  72'9°9|
Dividendes   des   actions   des I
banques  i25,ooo.l
Patentes  1,260. J
(*) Cette somme de 7,188,001  dollars est le montant veritable
]e comite   des  finances   de   la   chambre   des  representans ,  ne
portent le revenu annuel des Etats-Unis , par estimation , qu'k.
' t),2Jo,6oo dollars.
Tome   VII. Z
1 ff
(354)
Quoiqu'il soit probable qu a la paix Fimportation des produits des lies Antilles destines
a la reexportation , sera beaucoup moins
grande qu a present, et que par consequent,
les droits sur le tonnage diminueront, ainsi
que le benefice d'un pcair cent sur les ma^
chandises qui ont droit au drawback; il est
cependant presumable que tes revenus des
Etats-Unis, etablis sur les bases ou ils le sont
a present, ne diminueront pas, et que la population croissante augmentera Fimportation
d'une quantite au moins egale a ce qu'elle
pourrait perdre par d'autres circonstances.
Mais dans le compte deja rendu de la situation des finances des Etats-Unis, on a vu
qu'il y avait un deficit dans les revenus de
I'Etat, et ce deficit, suivant la plus basse estimation, exige d'ici en i8a3 une augmentation
annuelle de revenus de pres de deux millions
de dollars, bien entendu que les revenus
actuels ne diminueront pas , et l'evenement
d'une guerre avec quelque puissance de l'Eu-
rope , peut les reduire presqu'a rien.
II faut done de nouveaux moyens de recettes a ajouter a ceux d'economie, qui
sans doute peuvent produire une diminution
de depense assez considerable , si sur - tout
ils etaient Feffet d'un grand systeme general. ( 555 )
Le congres, dans la session terminee au
mois de mars dernier, a, comme il a ete dit
precedemment, ordonne une augmentation
dans les droits d'importation sur le sucre
brut , sur le the bohea , sur tes meiasses ,
sur les etoffes de coton, sur le sucre candy,
sur le cacao , et une addition de dix pour
cent a ces nouveaux droits pour les marchandises y assujetties , qui seraient importees
par des batimens etrangers.
Il ne semble pas que la plus haute estimation de ce supplement de droits l'eleve k plus
de cent trente mille dollars, et ils peuvent pro-
duire beaucoup moins, car souvent, comma
Fon sait, Faugmentation de ces sortes de
taxes diminue la consommation ou encourage
la contrebande,
Un droit de timbre , dont les produits sont
estimes devoir etre de deux cent mille dollars , vient d'etre impose dans la derniere
session , qui , a la verite , a ordonne aussi
un emprunt de huit cent milie dollars.
De grands debats ont eu lieu dans Favant-
demiere session du congres , pour F'tabbsse-
roent d'une taxe directe sur les terres. Inde-
pendamment de la necessite actueile d'aug-
menter les revenus, cbacun est parterre de
cdle d'etablir une imposition sur des bases
Za
I ( 356 >
solides, susceptible de produire plus ou moins
selon Furgence des circonstances possibles ,
et independante de toutes les variations aux-
quelles est soumise par exemple celle sur les
marchandises importees; aucune taxe ne
peut plus certainement produire cet effet
qu'une taxe sur les terres. Mais la session a
fini sans qu'aucune determination eut 6t6
prise a cet effet.
Pour juger des obstacles que pourra trou-
ver ce genre d'impot , il faut connaitre
l'etat actuel des taxes directes en Amerique,
Le secretaire de la tresorerie, dans un rapport presente a la chambre des representans
a la fin de 1796, sur la possibilke d'etablir
une taxe directe dans toute l'ekendue des
Etats-Unis, s'exprime ainsi relativement aux
differens modes de perception en usage dans
les differens Etats.
« 10. Des capitations uniformes ou des
» taxes sur les personnes, sans egard a leur
» propriete , a leur profession ou leur em-
35 ploi, sont imposees dans le Vermont, le
m NeAv - Hampshire , le Massachussetts , a
n Rhode -island, et dans le Connecticut, la
j) Caroline du Nord et la Georgie.
» La proportion de ces taxes n'est pas con-
m nue pour le Vermont et la Georgie. ( 357 )
I Pour les cinq autres Etats, elle est de»
> puis deux neuvtemes jusqu'a quatre neu-
i viemes du produit general de toutes tes
■ taxes percues dans ces Etats.
» Mais  dans les  autres Etats , cette taxe
| n'est pas en usage. Les taxes sur les pro-
> fessions, sur certaines classes de personnes,
i et sur les   esclaves  ne pouvant pas etre
> rangees dans cette classe.
» 20. Dans les Etats de Vermont, de New-
| Hampshire, de Massachussetts, deConnecti-
> cut, de New-Jersey , de Pensylvanie et de
> Kentuky, les chevaux et les bestiaux sont
> imposes , avec quelques variations ou ex*
> ceptions.
3> Les chevaux seuls le sont en Virginie.
» Dans  les Etats   de   Rhode-island , de
> New-Yorck, de Delaware et de Maryland,
> les capitaux , les fermes sont compris dans
I les evaluations generates des proprietes im-
> posables.
>■> Dans les autres Etats, ils ne sont sou-
> mis a aucune taxe.
w 3°. Dans les Etats de New - Yorck, de
> Rhode-island, de Delaware et de Maryland,
> des taxes sont imposees sur la masse gene-
• rale des proprietes reelles et personnelles,
Z 3
1
i (358)
«b toutefois avec des exceptions particulieres
j? a chacun de ces Etats.
33 Dans les autres Etats, tes taxes sont im-
» posees sur les objets distincts et precis de
» ces  proprietes.
33 4 • Dans tous les Etats, excepte ceux
33 de Vermont et de Delaware , les terres , y
33 compris celles non encloses et non culti-
33 vees sont taxees ; on croit qu'elles vont
ss l'etre dans le dernier de ces Etats.
33 Dans la Caroline du Nord , les terres
33 sont taxees par quantite , sans egard a leur
3> nature et a leur genre de culture.
33 En FCentukv , elles sont divisees en trois
33 classes selon leur qualke ; chacune de ces
33 classes est taxee uniformement.
33 Dans la Caroline du Sud et dans la Geor-
33 gie, les terres sont taxees uniformement
33 par districts , cukivees ou non.
3» En Virgiaie , elles sont toutes taxees
33 d'apres une evaluation permanente.
33 Dans le Maryland et le New-Jersey, la
>3 valeur relative des terres des differens
33 comtes et districts est determinee par la
33 loi, et dans ces districts elles sont taxees
?3 selon leur valeur qui n'excede pas un cer-
» tain taux. mm
33 En Pensylvanie, les terres sont taxees
33 a leur valeur, d'apres une repartition qui y
33 a lieu tous les trois ans.
3> En Connecticut, k certaines terres pres,
33 dans deux comtes, toutes sont taxees selon
33 la nature de leur culture , ou selon l'etat
33 ou elles sont, et cela par une regie uni*
33 forme , sans egard a leur valeur.
33 Dans le Massachusetts et le New-Hamp-
33 shire , les terres sont taxees selon leurs pro-
33 duits ou selon la rente annuelle ou profit
33 qu'elles sont supposees rapporter.
33 Dans I'Etat de Vermont, les terres en-
33 closes et cultivees , avec quelques excep-
33 tions , sont taxees uniformement , sans
33 egard a leur valeur ou a leur produit.
33 5°. Les capitaux employes dans le com-
33 merce ou dans les manufactures, sont taxes
33 dans les differens Etats d'apres des principes
33 particuliers a chaque Etat.
33 Dans quelques Etats, ces objets ne sont
33 pas taxes du tout.
33 6'. Les taxations a la discretion des as-
33 seyeurs sur les proprietes ou les revenus
33 supposes des habitans, sont permises dans
33 une etendue et sous des modifications dif-
» ferentes dans certains Etats.
33 Dans d'autres Etats, toutes les taxes sont
Z4- -
m
■*-■--' (36o)
» imposees sur certains objets definis et a des
33 taux presents 33.
Cet expose peut donner une idee des dif-
ficukes tres-grandes que les Etats - Unis en
general, et la plupart d'entr'eux en parti-
culier rencontreront dans l'operation d'etablir la taxe des terres avec justice, utilke et
siirete  de perception.
D'abord son etablissement deplaira aux
contribuables comme tout etablissement de
nouvelles taxes, particulterement de nouvelles taxes directes, sur-tout parmi un peuple
accoutume a ne presque rien payer.
Les divers Etats ayant des modes differens
de taxation sur les terres, quelques-uns d'entre
eux n'ayant pas meme d imposition territo-
riale , la legislature de FUnion est placee entre les deux difficukes, ou de suivre pour
sa perception dans chaque Etat le mode eta-
bli dans cet Etat, et d'en creer un pour ceux
qui ne tevent point de taxes sur les terres,
ce qui ferait porter la taxe sur les contribuables des differens Etats , dans une proportion inegate, ou de donner un mode general pour tous les Etats, cequi, contrariant
les habitudes et les prejuges des habitans,
rendrait cette taxe plus impopulaire encore,
©t donnerait plus d'incertitude a sa perception. (36i )
Enfin cette taxe etant destinee au tresor
des Etats - Unis , parait devoir etre imposee
et percue par des officiers de FUnion, ce qui
entralnera de grands frais. Le comite de la
chambre des representans, qui a presente a
la chambre la proposition de cette taxe , en
a estime les frais de perception a vingt-sept
et demi pour cent.
Dans les discussions que la proposition de
cette taxe a occasionnees au congres , on a
pu remarquer que le parti populaire, appele
anti-federaliste, a opine en faveur de cette
taxe , parce qu'il a vu dans l'etablissement
d'une taxe directe, dont le poids sera imme-
diatement senti par tous tes citoyens des Etats-
Unis , un moyen de contenir la disposition
ou il croit le gouvernement de faire des depenses inutiles, et de le forcer a Feconomie,
tandis que le parti anti - federaliste opinait
dans un sens contraire.
Cependant, quoique le cours des opinions
ait ete en general dans cette question tel que
je le rapporte ici, tous les membres appar-
tenant a chaque parti n'ont pas opine avec
leur majorite; plusieurs ont suivi leursopinions
personnelles sur 1'avantage ou tes desavantages
de la taxe, et ces opinions qui avaient sans
doute le bien public pour principal objet, ont
pssssi -~*
(36a )
paru quelquefois influencees par les interets
particuliers , selon qu'elles etaient emises par
des negocians ou par des agriculteurs.
Avant de terminer cet article des impositions
des Etats-Unis, je ne puis me refuser a develop-
perici une opinion qui tient a celle ou je suis
que ces Etats dans leur legislation generate se
sont plutot occupes des moyens de se mon-
trer bient6t une grande nation, que de ceux
d'accroitre avec plus de solidite leur force
redte. Cette erreurpeut etre le resultat natu-
rel de la reunion des circonstances ou ils se
sont trouves; mais quelle qu'en soit la cause,
elle retarde comme nation leur effective prosperite , qui ne peut resuker que de leur effective independance.
Ce sont les droits sur les importations que
j'ai particulierement en vue, et je pense que
leur systeme n'est pas sagement combine pour
la situation oil etait l'Amerique quand il a ete
etabli, et pour celle ou elle est aujourd'hui
encore, et que les mauvais effets en sont deja
evidens. Si Fon considere sans prejuge etavec
quelque reflexion le tarif de ces droits , on
verra qu'il a plut6t pour objet d'augmenter les
revenus du gouvernement general, but ne-
cessaire sans doute d'une taxe, que d'accroitre
et de consolider le bien-etre, les bonnes (363 )
mceurs, et par consequent l'independance des
Etats:Unis ; but non moins necessaire d'une
taxe quand elle peut Fatteindre.
<te tarif a par ses dispositions evidemment
pour objet d'encourager le commerce et la
navigation des Etats-Unis, et dans cette intention il est bien fait.
Mais le commerce n'est que d'un second
interet pour un grand Etat continental, riche
d'une immense abondance de terres ; son pre-
mierinteret est la mise en valeur de ses terres
par la culture, Faccroissement de ses produits,
et l'etablissement des fabriques, qui le rendent
independant pour ses premiers besoins.
Le commerce pour un Etat n'est que le
moyen de se debarrasser du surplus de ses produits, et de se procurer ceux qu'il ne peut
pas obtenir de son travail; s'il sort de cette
proportion , partieufierement dans un pays
nouveau, il attire pres^ des lieux ou il se fait
la population qu'il empedie de s'etendre ,
autant qu'elle le pourrait, dans Finterieur des
terres, et qui leur est necessaire ; il retarde
leur defrichement, leur culture, et remplis-
sant le pays d'objets manufactures au-dehors,
il retarde pour long-tems l'etablissement des
manufactures nationales. II peut faire ainsi
la fortune de quelques individus , mais il nuit
1 ( 364)
au progres de la fortune et de l'independance
nationales; et c'est le cas ou le syst6me du
tarif des importations place les Etats-Unis.
Les droits sont sans doute tres - eleves sur
quelques articles, mais comme il n'y a pas
de manufactures dans les Etats-Unis, ils ne
s'opposent point a Fintroduction des marchandises etrangeres ; ils tournent tout le travail
disponible, ou du moins sa plus grande partie
vers la navigation, parce que Fintroduction
de ces marchandises etrangeres , etant un
grand aliment pour le commerce , lui assure
de grands profits, et le met a porr.ee d'accor-
der des salaires fort au-dessus de ceux que
peut donner Fagriculture.
La meme cherte de la main-d'ceuvre s'op-
pose a l'etablissement des manufactures nationales , toujours risquable et dispendieux ,
meme dans les pays ou le travail est a bon
marche.
L'argent de l'Amerique, le produit de ses
terres, passe done chez les nations etrangeres,
d'ou les Etats-Unis tirent leurs.objets manufactures , et particufierement en Angleterre,
avec qui leur commerce est le plus considerable , ou plut6t avec qui seule il se fait.
C'est veritablement un impot paye a l'industrie anglaise par les besoins americains. ( 365 )
II reste il est vrai une partie de cet argent
dans les mains des negocians americains, et
par consequent, dira-t-on, dans celles des
agriculteurs ; mais la bien plus grande partie
passe a Fetranger.
On peut en juger par les etats comparatifs
ci-joint des importations des Etats-Unis en Angleterre , et de celles de FAngleterre dans les
Etats-Unis, presentes en 1796 a la chambre
des communes d'Angleterre.
Importations   des   differens   Etats - Unis dans
les ports d'Angleterre.
t T A T S.
A N IN
EES
x794-
i795.
1. ster
i54,oi3
i65,864
485,3.o
78,74>
189,467.
19,340.
1   230,849.
28,548.
1792.
i795.
Nouvelle-Angleierre.
New-Yorck	
Pensylvanie	
1. ster.
101,616.
118,490.
44,656.
219,85a,
45,23a.
1. ster
88,701.
i49>975-
168,798.
j    ,02,,98
262,681.
28,000
167,625.
36,o5'9.
40,401.
92'947-
35,388.
294,219.
104,055.
14,898.
1 Caroline du Nord...
Caroline du Sud....
Georgie	
1              TOTAUX	
Ii
i,o58,7o7.
904,040.
1   6a5,733.
i,35a,i36 ( 366 )
Importations de VAngleterre dans les different^
Etats- Unis.
t T A T S.
'ANNEES
l795-
§|
i793.
x794-
Nouvelle-Angleterre.
New-Yorck	
Pen^anie	
Maryland..	
Caroline du Nord...
Caroline du Sud....
614,363.
834,041.
781,074.
5o5,u9.
846,5i7.
38,.57.
575,a66.
76,877.
435,825!
763,980.
855,2o6.
54g,o32.
25,5l2.
3i,,274.
26,260.
5i7,445.
1,021,997:
768,832.
640,129.
662,160.
9>293-
227,588.
672,337!
i,346,634. i
1,507 756.
656,148.
77'.487.
.5,768.
670,429.
Totaux	
,(    .|       j,j/j. ,
4,271,418.
3,5i4,68i.j3,859,87i.|5,254,ii4.|
On trouvera dans le volume suivant Farticle
du commerce desEiats-Unis , qui par la nature
de leur systeme general de contribution peut
etre regarde comme une continuation de
celui - ci.
Fin du septieme volume. ■STSSSssssSBSBa
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