Open Collections

BC Historical Books

BC Historical Books

BC Historical Books

Voyage dans les États-Unis d'Amérique, fait en 1795, 1796 et 1797. Tome troisième La Rochefoucauld-Liancourt, François-Alexandre-Frédéric, duc de, 1747-1827 1799

Item Metadata

Download

Media
bcbooks-1.0308114.pdf
Metadata
JSON: bcbooks-1.0308114.json
JSON-LD: bcbooks-1.0308114-ld.json
RDF/XML (Pretty): bcbooks-1.0308114-rdf.xml
RDF/JSON: bcbooks-1.0308114-rdf.json
Turtle: bcbooks-1.0308114-turtle.txt
N-Triples: bcbooks-1.0308114-rdf-ntriples.txt
Original Record: bcbooks-1.0308114-source.json
Full Text
bcbooks-1.0308114-fulltext.txt
Citation
bcbooks-1.0308114.ris

Full Text

     VOYAGE
DANS
LES   ÉTAT S-U N I S
D'AMÉRIQU E.  VOYAGE
DANS
LES   ÉTATS-U NI S
•D'A M É R I Q U E.
FAIT   EN   1795,    179Ô   ET    1797?
Par LA  ROCHEFOUCAULD-LIANCOURT.
TOME    TROISIEME.
A    PARIS,
f Du Pont, Imprimeur-Libraire, rue de la Loi, N.° i_3i
Chez <  Buisson, Libraire, rue Haute-feuille.
( Charles Pougens , Libraire , rue St-Tliomas du Louvre,
LAN    VII    DE   LA   REPUBLIQUE.  TABLE
DU TROISIEME VOLUME.
SUITE   DU  VOYAGE
AU   NORD-OUEST    ET   AU   NORD
EN    1795,
EXCURSION    DANS    LE    H A UT - CAN AD A.
V 1L LE   de Boston , Pages   \\
Voyage du capitaine Robert dans la mer du Sud,
18
Voyage dans le district de Main , et retour
a Philadelphie.
Départ de Boston. Navigation au district de Main,
Cap Ann.  Glocester, 5i
Thomas-town; le général Knox et sa famille }     3y
Détails sur la province de Main, _$3
Voyage à la rivière Penobscot et retour,       j       5_î
Prix des bois de la province de Main , 80
Résultat du voyage de Schooner le Dolphin de Cus-
hing , prov nce de Main , fait en mai, juin et
juillet 1795, de Cambden à Liverpool : et de Liverpool à Boston j 8-5 Suite des observations sur la province de Main, P. 8_f
Départ de chez le général K/iox, 8j
Waldoborough ; Broad-bay ; Nobleborough ; Newcastle f 89
PViscasset, 94
Rivière de Kennebeck , 96
North-Yarmouth . io__
Porila
nd,
io3
Bidde
fori
. M. Thastcher .                                      109
Benvic
k )
112
Obser
>adc
ns générales sur la province de Main, 115
New-}
Lam
pshire. Dover ,                                        117
Portsi
lOllt
B                                             119
M. Langû
on,                                                                124
Newbi
try-}
ion y                                                              12.6
Jpsw':c
h   '
l£-9
Beverl
Qy >
ibid.
Salem
. M
Godhue,             '   . '                             i3o
Marbi
d et TJnn ,                                                 i35
Bostoi
nonument élevé au général PVarren ; ton
nag
's  vaisseaux Bostoniens : M, Jejfery '3 le
docl
Eustisyetc,                                            i36
JPingl.
Le général Lincoln.                               141
Plymc
145
NewK
t-township 9                                              i5i
Peu ce
a baleine,                                                  255
Territi
7JTQC
de Newbedfort ; ccmtè de Bristol ; prix des
oils et des services ,                                  i63
Mode
nd. Newport. M. Elem,                        164
Brisioi
'. ff
rarren,                                                      180 Scituate et Fishes-tavern.
Norwich et New-London ,
Chelsea ,
Lebanon\
Harford,
Middletown,
New-haven ,
Observations sur le Connecticut,
Pairfield. Nothvarck. Stamfort,
J^S^tJ^ons de New-Yorck. Paulushook ,
Observations minéralogicjues .
Arbres,
Oiseaux,
'Ecureuils, if^^l
Plis.belh,
! Avantages des SegarSj
niiaeievptile.
fAT.IER.ES DE LA PREMIERE PaRTIE , r__ui
AVI S.
Voyez à la fin du volume, et avant la Table de-
Matières , les fautes principales, sur-tout dans les
snoms propres qu'il a été impossible d'éviter dans
une édition faite loin de l'auteur, sur un manuscrit
difficile, et que le lecteur est instamment prié de
corriger à la main ,
Et ajoutez-y celles qui suivent.
Page 7^, ligne 34 , Whasington ; mettez Wa*
çhington.
Page 109 , ligne 6; page 110, ligne 3 , et page 112 j
ligne 2, M.  Tasteher ;  mettez M.   Tastcher.
Page 136, ligne 16, Runkershill, mettez Bunkers-
hill
Page 192, lignes 2c et 21 , et page 2o5, lignes
5 et  14 > M.  Trumbrull ; mettez M. TrumbulL
Page 206, ligne 21 , et page 208, ligne 10 , PVast-
vorth; mettez Wadworth.
VOYAGE V O Y A G E.
DANS
LES    ÊTATS;U.NI S
D'AMÉRIQ UE.
SUITE DU VOYAGE
AU NOBD-OUEST ET AUjfïfOIlD
EN     1793.
Ville de Boston.   J|pjl
JLes villes les plus peuplées, les; plus anciennes, les plus florissantes par le commerce
et l'industrie, les plus faites enfin pour piquer
la curiosité1 des étrangers, sont celles sur
lesquelles un voyageur a cependant le moins
à écrire. Ce qu'il pourrait en dire se trouve par
tout ; il s'épuise à répéter moins complette-
xnent, et souvent moins fidèlement, ce qu'ont
écrit les historiens , les faiseurs de diction-.
Tome III, A ( 2 )
naires géographiques , et même les aimanachs.
C'est précisément le cas pour Boston : la géographie de Morse, et tous les directory s (*),
rendent un compte plus circonstancié , et probablement "pliLS sûr que celui que pourraient
fournir à un étranger toutes les informations
qu'il prendrait à grand - peine pendant six
mois. Je me dispenserai donc d'entrer dans
aucun des détails qui me semblent inutiles,
et auxquels mes amis pourront si aisément
suppléer.
La ville de Boston est une presqu'île ; mais
la langue de terre large de peu de toises qui
l'attache au continent , pourrait aisément et
promptement être coupée si la sûreté de la
place le requérait; elle est d'ailleurs tellement
entourée de la mer , que le plus court des
deux ponts par lesquels on y arrive est long
, de plus d'un tiers de mille.
Son havre , de la profondeur de quatre à
cinq milles , sur une largeur plus grande encore , est rempli d'Iles ,  qui forment un as-
(*) Es{_è<5e d'almanach qui s'imprime tous les ans
dans les grandes villes d'Auijérique, et où indépendamment de la demeure de tous les liabitans, on trouve les
details^ des établisseinens de toute espèce, des corpQ<-
ïàLion» » ecta (3 )
pect d'autant plus agréable ,   que presqu'au-
cune d'elles n'est absolument plate.
Plusieurs de ces îles sont à l'ouverture de
ce havre, qui de terre à terre peut avoir de
cinq à six milles à son entrée, mais qui de fait
n'en a pas un demi pour la navigation; les
passages entre toutes ces îles étant impos-
sibles pour des bâtimens de plus de deux
cents tonneaux. Le véritable passage , le seul
praticable pour les vaisseaux d'une certaine
force est entre les deux iles, connues l'une
sous le nom de Cas tel-island, l'autre sous
celui de Governor s-island, distantes l'une de
l'autre d'un demi mille. Ce passage est encore
réduit à une largeur trois fois moindre par la
direction du canal qui force les navires, surtout ceux qui prennent beaucoup d'eau à longer Castel-island à la distance de cent toises.
Les deux iles fortifiées de manière que leur
feu atteigne les vaisseaux long-tems avant leur
approche, et même dans le havre , s'ils s'y
introduisaient, mettraient la ville de Boston
dans une entière sécurité.
Le général Knox ? qui vient de quitter récemment l'office de secretaire de la guerre,
m'a dit que non seulement des plans sont
faits et arrêtés pour cette fortification , mais
eùco«e que le congrès en a agréé fijdépense y
m ' i_ (4)
qui doit se monter à cent mille dollars, et que,
de cette somme totale , quarante mille sont
accordés depuis deux ans pour y travailler
sur-le-champ, mais que la législature de l'État
s'oppose jusqu'à présent à ce que l'on commence ces travaux.
Il est je crois indispensable d'expliquer comment cette opposition à une délibération du
congrès et à un ordre précis du président ,•
peut s'opérer ; car cela paraît très-difficile à
comprendre.
Pour qu'une place quelconque soit fortifiée
par l'Union, il est nécessaire que l'Etat dans
le territoire duquel cette place se trouve, en
fasse l'abandon à l'Union, qui dès-lors en prend
la garde , comme de tous les forts sur les
frontières, comme de tous les établissemens
généraux. C'est cette cession qur^a jusqu'ici
trouvé assez d'opposition dans la législature de
IVIassachussetts , pour qu'elle n'ait pas pu ôtrs
faite.
Le véritable motif de cette opposition est
la répugnance qu'ont tous les États à se
départir d'aucune partie de leur territoire pour
la céder à la souveraineté de l'Union.
Le prétexte est que cette lie est le Heu
de détention des convicts qui ne pourraient
pas être placés ailleurs aussi convenableitoenk (5)
La législature propose d'ailleurs de fortifier
l'Ile, sans la céder à l'Union. Soixante hommes
de troupes de l'Etat en composent la garnison ; ce qui est encore contre l'esprit, et
même contre la lettre de la constitution ,
qui prononce positivement ce qu'en tems de
m paix ', les Etats particuliers ne pourront
» entretenir de troupes réglées :».
On accuse le parti anti-fédéraliste de cette
opposition ; il parait cependant que tous ceux
qui la soutiennent n'appartiennent pas à ce
N parti. On assure que les opposans diminuent,
que le sénat tout entier est de l'avis de la
fortification , qui dans peu de tems sera commencée. .
Voilà comme on m'a expliqué assez plausi-
blement cette inconcevable inexécution des
volontés réunies du congrès et du président,
pour une mesure d'une aussi grande conséquence.
Mais j'ai d'ailleurs trouvé dans tous ceux à
qui j'ai parlé de l'importante urgence de ces
travaux, une espèce d'indifférence que je ne
puis m'expliquer que par l'occupation constante où chacun est ici de ses intérêts privés.
Quand on leur dit que les Anglais, avec quatre
frégates , peuvent dans l'état actuel ou sont
les choses , entrer dans le havre, y brûler tous
A 5 ( 6)
les vaisseaux , y incendier les maisons \ et s'en
retourner sans danger , ils en conviennent ;
puis ils ajoutent : ce les Anglais ne viendront
ê pas , nous ne sommes pas en guerre, nous
î n'y serons pas de long-tems; nous n'avons
_-> rien à craindre ». Ils semblent ignorer que
quels que soient les actes politiques que fait
et que peut faire avec l'Amérique le cabinet
d'Angleterre, forcé par les circonstances, l'esprit de vengeance contre ses sujets rebelles
(il ne voit pas autrement les Américains) est
son affection constante et dominante, que ce
sentiment doit s'appliquer plus particulièrement
encore à Boston \ qui a commencé la révolu-
lution d'une manière si prononcée ; que la
richesse , l'importance de cette place doit
animer encore cette disposition, et qu'enfin
ïa considération d'un Etat s'accroît infiniment
auprès de ses ennemis et des autres puissances
étrangères , quand il unit des moyens assurés
et généralement connus de défense de son
propre territoire , aux principes également
connus d'une politique sage et pacifique.
Toutes ces vérités sont autant d'axiomes,
et ces axiomes sont tellement applicables aux
intérêts des Etats-Unis, et de fait plus particulièrement encore à ceux des habitans de
Boston, que réellement je ne puis m'expli- ( 7 I
quer suffisament même par l'occupation où
chacun est de son intérêt personnel, l'apathie
qu'ils témoignent sur leurs fortifications, dont
ils reconnaissent cependant ïa nécessité.
L'état de l'île .du château, où soixante soldats
seulement sont armés, et où sur les talus éboulés d'un vieux rempart de terre , sont couchées
une cinquantaine de pièces de canons , la plupart sans tourillons , ferait pitié à quelqu'un
qui aurait à cœur moins que moi les intérêts
de l'Amérique , et le non-succès de l'Angleterre ; il m'a fait à moi une peine sérieuse,
car indépendament du danger qui en résulte,
cette preuve d'insouciance nationale, a, je suis
fâché de le dire , quelque chose de honteux.
L'île du gouverneur est moins fortifiée encore que celle du château ; une block-house
à son sommet, est tout ce qu'il y a de construction et de moyens de défense. On garnirait en France ces deux lies de trois cents
pièces de canon ; et à quelque prix que cette
dépense dût monter, l'administration la plus
économique  ne  la croirait pas trop forte.
Les soldats en garnison dans File du château
sont d'une bien sale et bien vilaine tenue ; il
me semble que cela n'est pas indispensable
à des troupes républicaines.
C'est dans  cette île et   sous la garde des
Y 4 (3)
soldats que les criminels jugés de _'E_flt de
Massachussetts sont envoyés pour être employés aux travaux ; ces travaux sont une
manufacture de doux et un attelier de cordonnerie. Les prisonniers ne sont pas enfermés pendant le jour ; ainsi leur sort sous ce
rapport n'est guères plus mauvais que celui
de la garnison. Aucun soin n'est pris d'ailleurs , au moins efficacement , ni pour leur
amendement, ni pour leur bien-être au sortir '
de captivité. Les machines connues dans toute
l'Amérique qui abrègent le travail des doux,
ne sont pas seulement introduites dans ces
atteliers ! de manière que le prisonnier y travaille toujours avec un prodigieux désavantage
relativemeut à tous les autres ouvriers , et
qu'il n'a aucune épargne quand le tems de sa
détention expire. Il y a bien loin de cette
incurie , à l'admirable prévoyance et à l'ordre
des prisons de Philadelphie , dont l'existence,
dans la perfection où elle est , fera la censure de tous les autres Etats tant qu'ils n'auront pas suivi l'exemple que leur donne la
Pensilvanie.
Les loix anglaises , ve qu'on appelé en
Angleterre common-laws sont suivies dans
l'Etat de Massachussetts, quand quelques loix
positives ne donnent pas une décision différent (9)
te : mais elles en cfBImént dans beaucoup de circonstances. Le pouvoir de tester est laissé à
un père dans toute son étendue , pourvu qu'il
lègue à chacun de ses enfans une portion de
bien quelque petite qu'elle puisse être. Cette
facilité,  dont l'amour de la dépense , la vengeance , le mécontentement paternel et la faiblesse du vieux âge abuseraient si fréquemment  dans nos sociétés d'Europe, est regardée ici comme sans inconvénient, cell n'est pas
-o de père qui en ait encore abusé j(J, m'ont dit
ceux à qui j'ai montré mon étonnement de
cette grande extension de liberté laissée au
testateur , ce et cette clause, (ajoutent-ils) est
» une preuve toujours existante aux yeux des
» enfans de l'autorité paternelle. $ Cette réponse , digne de Lacédémone j ne m'a pas cependant laissé convaincu que les mœurs des
habitans du Massachussetts fussent aussi éloignées de l'abus d'un pouvoir  tellement illimité , que les Lacédémoniens l'étaient du parricide au tems de Licurgue ; elle ne m'a pas
réconcilié  avec une clause  injuste par elle-
même ,   au moins jusqu'à un certain degré.
Les loix criminelles sont celles d'Angleterre
un peu adoucies. M. Sullivan , attorney général de l'Etat,, a fort  à cœur d'en procurer
l'adoucissement : il semble très-partisan de la (   10  )
jurisprudence crimmelle de Pensyîvanie, e%
s'occupe de la faire agréer par la législature
de Massachussetts.   Sftjfâ
L'Etat lève une taxe pour l'entretien du
gouvernement général ; elle se monte à
4o5ooo liv. st. ou i5o,333 dollars. La répartition de cette taxe, jointe aux taxes de comtés
et de villes produit pour chaque contribuable
une imposition partielle peu considérable,
quoique beaucoup plus forte que dans les
États de New-Yorck et de Pensyîvanie. La
fortune mobiliaire et immobiliaire est taxée,
et l'estimation de la fortune non évidente de
chacun . est un élément ajouté aux impositions des villes. On se plaint à Boston que
les assesseurs de la ville abusent étrangement
de la faculté qui leur est laissée de faire cette
estimation arbitraire ; il paraît que cette plainte
n'est pas sans fondement. Il ne peut exister
de moyens d'avoir justice de ces taxations
excessives ; car il faudrait non - seulement
mettre au jour toute sa fortune de commerce,
etc. , mais il faudrait encore que les autres
exhibassent pareillement la leur pour pouvoir
appuyer d'un titre de comparaison la réclamation des plaignans § qui d'ailleurs sont très-
riches , et ne sont ainsi taxés que par la jalousie qu'ont les assesseurs  de leur  fortune ( Il )
grande et rapide. Plusieurs d'entr'eux ont
quitté la ville pour habiter d'autres Etats ou
d'autres villes du Massachussetts, où ils peuvent
se mettre à l'abri de ce vexatoire arbitraire. M.
Bruck, de Philadelphie , est de ce nombre.
M. Thomas Russcl, un des négocians les plus
généralement estimés de toute l'Amérique ,
est , dit-on , au moment d'aller s'établir à
Charies-tovra , petite ville qui n'est séparée
de Boston que par un pont. Il a été taxé
l'année dernière à i,5oo dollars seul<ement
pour sa capitation de ville.
Dans les différentes dépenses que les taxes
de ville doivent paver , est l'entretien des
écoles. Chaque township doit, par les loix de
l'Etat et sous des peines prononcées , en avoir
une quantité proportionnée à son étendue et
à sa population.
Indépendamment de ces écoles établies par
la loi , un assez grand nombre d'académies.
c'est-à-dire, de nos collèges , sont répandues
dans l'Etat, pour que tous ceux qui ont le
désir et les moyens de pousser leur instruction plus loin , puissent le faire avec commodité ; enfin l'université de Cambridge donne un
nouveau moyen d'étendre l'instruction encore
davantage. Cette université tracée en petit
sur le modèle des universités  d'Angleterre , ( 12)
entretient des maîtres dans presque toutes les
branches des sciences , possède une belle bibliothèque , un cabinet assez complet de physique , un museum fort incomplet encore ,
niais qui ne peut manquer de s'enrichir ; elle
semble dirigée par un très-bon esprit. Les
fondations qui l'entretiennent ne sont pas assez considérables pour que les jeunes gens
puissent recevoir l'enseignement gratis ; ils
sont assujettis à la modique rétribution de
seize dollars pour chacune des quatre années
qu'ils y restent ; six dollars par mois payent
leur nourriture : ils sont admis à l'université
sur un examen fait par les supérieurs. Si après
leurs quatre années de résidence ils veulent
prolonger leur séjour à l'université pour y
prendre leurs degrés , ils ne payent plus la
rétribution de seize dollars, mais seulement le
loyer de leur chambre. Le docteur Willart,
président de l'université , et qui m'en a expliqué les détails , est un homme de mérite ,
auquel nulle des sciences enseignées dans
les classes n'est étrangère.
La ville de Boston, bâtie sur deux ou trois
collines , et dans les petites gorges qui les
séparent, a peu d'étendue : elle n'a aucune
régularité dans ses rues, et cependant elle est
fort agréable. Les  maisons y sont  jolies et
j__B^l_____- ( I )
propres ; le nombre de celles qui ont des
jardins est considérable, beaucoup ont de très-
belles vues. Les mœurs des habitans sont
douces et hospitalières; elles tiennent à celles
de l'Angleterre.
La plupart des riches habitans ont des
maisons de campagne à quelque distance de
la ville, où ils passent l'été. Un étranger est
promptement en connaissance avec tout le
monde, promptement invité par-tout avec un
air d'obligeance qui ne lui permet pas de
douter de la sincérité de l'invitation. Ma santé
qui se remet lentement, m'a empêché de
profiter de celles que j'ai reçues.
Je ne veux pas oublier de dire que j'ai retrouvé auprès de Boston M. Adams, vice-
président des Etats-Unis , homme d'un mérite , d'un esprit et d'une instruction très-
rarement égalés en Amérique , et pas assez
généralement reconnus. C'est d'ailleurs un des
caractères les plus estimables des Etats-Unis.
Personne n'a plus contribué que lui à la révolution de l'Amérique , depuis son principe jusqu'à sa fin ; aussi les agens du ministère anglais le tiennent dans une grande malveillance
quoiqu'il ait défendu la constitution anglaise
dans un livre rempli de recherches et de
profondeur ? qu'il a, appelle jpëfense du Gozt* C i4 >
wernemenù des États - Unis. John Adams,
éloigné de toute intrigue, vit à quinze milles
de Boston avec sa femme, dans une petite
maison qu'un avocat de Paris, du sixième
ordre, dédaignerait pour sa maison'de campagne. Il y passe tout le terns que sa place
de vice - président ne l'oblige pas d'habiter
Philadelphie ; il s'y occupe des travaux de
sa ferme et de lectures. Il fréquente peu la
société que l'extrême modicité de sa fortune
ne lui donnerait pas le moyen de recevoir
fréquemment. Il est généralement estimé ; il
a d'ailleurs dans sa conversation une amabilité très - piquante , une sorte de criticisme
malin  et doux,   vraiment agréable.
On ne parle par-tout que du traité avec
l'Angleterre, et on en parle sans cesse; c'est
une affaire de parti, et l'on déraisonne à son
sujet dans les deux extrêmes. La ratification
du président ne change pas mon avis. J'admire la lettre qu'il a écrite aux select-men
de Boston. On ne peut, dans aucune circonstance , en écrire une plus belle, plus noble,
plus honorable. Je ne le blâme point d'avoir
suivi, l'avis du sénat', puisque par la constitution , et plus encore peut-être par la situation combinée des choses, il ne pouvait pas
faire autrement; mais ce traig&n'en est pas ( § )
moins à mes yeux un traité mauvais pour
l'Amérique ; où elle consent à avoir ses intérêts commerciaux lésés , à se mettre dans
la dépendance de l'Angleterre ; où elle renonce volontairement au devoir, à l'obligation
d'assister la France son alliée dans les besoins
que la guerre peut lui donner. C'est un monument de faiblesse dont l'Amérique, comme
nation , éprouvera plus d'inconvéniens qu'elle
n'en retirera d'avantages, et dont tout le profit
momentané est pour les commerçans, qui,
obtenant des négocians anglais de longs crédits , et faisant ainsi de grands bénéfices ,
sont en Amérique comÉie dans tous les pays
du Monde, plus occupés des intérêts de leur
comptoir, que des intérêts politiques de l'Etat
qu'ils habitent.
J'ai lu tout ce qui a été écrit en faveur de
ce traité, sans avoir été ébranlé dans mon
opinion , même par le Camillas. Je crois
connaître assez l'élévation des principes politiques de M. Hamilton, pour être convaincu
que dans cette longue et pénible discussion,
il sert plus son parti que son opinion réel-
•lement personnelle ; et que s'il parlait tout-
à-fait selon sa propre pensée , il s'avouerait
malheureux de se trouver obligé de défendre
publiquement une telle pièce politique. Mais ( i6)
ce traité ranime, échauffe , exalte les partis
à un tel point qu'il est difficile d'espérer de
trouver nulle part la raison calme, froide
et juste. Je m'arrête , quoique je n'aie pourtant pas dit tout ce que je pense de cet acte
que je regarde comme un grand malheur pour
la $ri
lilli
de l'Amérique.
Boston commerce avec l'univers entier. Ce
caractère entreprenant en navigation , généralement accordé aux Américains , semble
être plus particulièrement encore le partage
des habitans de la Nouvelle-Angleterre. Quoique le commerce d'un grand nombre de
ports de l'Etat de Massachussetts au ISTord
et au Sud de Boston , se soit de puis plusieurs années, considérablement accru, et
qu'il soit de la même nature que celui de
Boston , on m'assure que le commerce de cette
ville, loin d'en avoir souffert, a augmenté
lui-même depuis plusieurs années , et qu'il
n'a jamais été dans un état plus florissant.
On me promet, avant de quitter cette ville ,
de me procurer des états de comparaison de
plusieurs années passées ; je remets donc à ce
moment tout calcul sur cet intéressant article.
Dans l'extrême désir où j'étais de prendre
des informations sur le commerce qui se fait
avec les Indiens du Sud, et sur le genre de
navigation (i7)
navigation de ces côtes, j'ai eu la bonne fortune de faire la connaissance du capitaine Robert qui arrive seulement depuis quinze jours
de ce voyage, et qui m'a donné à cet égard
quelques informations que je ne crois pas sans
intérêt de consigner ici.
L'objet des vaisseaux qui vont aux cotes
ouest de l'Amérique septentrionale est d'y
• acheter des peaux de loutres de mer, qu'ils
vont vendre à Canton pour des marchandises
de Chine, lesquelles rapportées en Amérique
s'y consomment, ou sont exportées en Europe.
Les matières premières d'échange emportées
d'Amérique, sont du fer, du cuivre, du tabac,
de petits bijoux d'argent, des colliers, etc.
La durée commune de ce voyage qui se fait
de Boston, par des bâtimens depuis quatre-
vingt-dix jusqu'à deux cent cinquante tonneaux est de seize à dix-huit mois. Son profit
est de trois cent pour cent. Des contrariétés
allongent souvent le terme du voyage, et des
malheurs en diminuent souvent aussi les bénéfices. Le capitaine Robert en est un exemple ; il a été trois ans et huit mois dans son
voyage; vingt hommes environ sur trente-six ,
dont son équipage était composé j ont péri ;
il a perdu un petit vaisseau , qu'il avait fait
construire dans le cours de son voyage, comp-
Tome III. B
L_ MM .
(  18 >
tant s'en aider utilement pour son commerce,
et il a dû par conséquent voir réduire à peu
de chose ses propres bénéfices et ceux de
son armateur. En racontant succinctement ce
qu'il m'a dit de son voyage, je donnerai sur
le commerce et la navigation des côtes de
l'Ouest, des renseignements que mes amis
liront peut-être avec plaisir.
Voyage du capitaine Robert dans la
mer du Sud.
Parti le -.gnovembre 1791 de Boston sur le
vaisseau le Jefferson, du port de cent cinquante-deux tonneaux, armé de huit canons,
et monté de trente-six hommes, le besoin de
rafraîchir ses vivres , et quelques réparations
rendues nécessaires par des coups de vent, font
fait relâcher à V~al-Paraiso, établissement
espagnol sur les côtes de l'Amérique méridionale , lat. 53 deg. sud ; long. 84. Il s'y est arrêté
un mois entier; de là entrant dans, la mer Pacifique, il est arrivé le cinq juillet aTîle espagnole de St. Ambroise, long, ouest, __3 deg.
__6 min. latit. sud __6 deg. i3 min. Cette île
est un rocher volcanique, elle est remplie de
veaux marins, qui se tenant couchés sur le roc,
sont aisément tués par les matelots à coups de ( i_»)
bâton; on en prend souvent deux cents et jusqu'à
cinq cents dans une matinée. Le capitaine en
a eu i3,ooo peaux pendant les deux mois et
demijm'il y est resté. Ces peaux se vendent
à la Chine 60 doll, les cent. L'huile qu'on obtient de ces poissons en grande abondance ,
s'échange avec les Indiens de la côte de l'ouest
pour des peaux de loutres, et ils la boivent
comme du rhum. Il n'y a pas de mouillage à
l'île St. Ambroise, les bâtimens se tiennent
toujours à la voile, plus ou moins distans de
terre selon le tems. L'équipage couche tous
les soirs à bord, et communique par les chaloupes pour transporter la pèche.
De St. Ambroise se portant au nord-ouest,
le capitaine Robert a été trouver les iles Mar-
quiesas, et a relâché à l'île Whohanwow, appelée St. Christian par les Espagnols, latit.
sud. 9 deg. 55 min., long, ouest i38 deg. Cette
ile est habitée par des Indiens de couleur peu
foncée , que le capitaine Robert assure être
remarquablement beaux et bien faits dans les
deux sexes. La chaleur du climat les dispense
de porter ordinairement aucuns vétemens. Ils
ont cependant le petit tablier qu'ils ne quittent
jamais, et dans les jours de cérémonie ils se
couvrent d'étoffes légères faites avec des écor-
ces d'arbres, tissues et peintes dans une grande
B a V
jt$ f 20 )
f perfection. C'est dans cette île crue le capitaine Robert, se préparant plus prochainement
au commerce qu'il avait à faire sur les côtes
de T Amérique ,~ a construit un vaisseau de
quatre-vingt-dix tonneaux, dont il avait apporté avec lui les principaux membres. Pen-
, dantles quatre mois qu'il y a séjourné ,i_^a vécu
en général dans une très-bonne intelligence
avec les Indiens, dont un grand nombre l'assistait dans ses travaux ; mais un jour il leur
prit envie de s'emparer de son petit vaisseau
à moitié construit ; et une réunion considérable d'Indiens, leur roi à la tête , montrèrent
si évidemment le projet d'attaquer , que le
capitaine Robert dit s'être vu obligé d'user de
force pour les repousser. A la tête de ses
trente-six hommes , il a fait feu sur eux , en a
tué plusieurs , en a blessé beaucoup d'autres,
et les a mis tous en déroute.
Le lendemain ils vinrent demander la paix |
et lui apporter quelques-uns de leurs blessés
à guérir.
Ces Indiens n'ont ni armes à feu ï ni arcs ;
seulement des pieux de bois très-dur, et très-
bien aiguisés, et de longues frondes avec lesquelles ils jettent de fort loin, et avec beaucourT
de justesse, d'assez grosses pierres.
Une autre fois des Indiens d'une lie voisine (ai )
se sont présentés en flotille d'une vingtaine
de canots longs de quatre-vingt-dix pieds, avec
le projet de prendre le vaisseau mouillé dans
la rade ; une volée de canon à grappes a fait
justice de ceux-là; une barque a été renversée
et les autres se sont promptement retirées pour
ne plus reparaître. Ces derniers Indiens, dit
le capitaine Piobert , toujours en état de
guerre avec les habitans de Whohanwow 3
présentent leurs filles et même quelquefois
leurs femmes aux étrangers avec qui ils sont
en bonne intelligence. On peut les garder
aussi long-tems qu'on veut et les rendre quand
on n'en veut plus. Les Indiennes se prêtent
sans répugnance à cette politesse , et commencent à l'âge de dix ans à faire ainsi aux
voyageurs les honneurs de leur île.
Les Indiens clés îles Marquiesas ne boivent
que de l'eau, ils n'aiment pas les liqueurs spi-
ritueuses. Le roi seul et les chefs de l'île boivent d'une liqueur faite avec une racine jaune
qu'ils appellent hary. Leurs esclaves la cherchent , la coupent, et en mâchent les morceaux qu'ils crachent dans de grands vases,
où ils sont mêlés avec de l'eau puis exprimés
par les mains des mêmes esclaves pour en
extraire le jus ; cette liqueur si mal propre-
tée des chefs indiens,
B 3
' merit préparée esttres-air mm$&Wi*iÊà
(22)
qui îa coupent avec de l'eau ; plus rapprochée,
elle est anti-scorbutique, et ils l'emploient
comme un remède contre le mal vénérien,
très-commun dans ces îles depuis les premières visites européennes, et dont tout l'équipage du Jefferson a été infecté.
Les mariages parmi ces Indiens ne durent
que tant qu'il plait aux mariés, sur-tout aux
hommes qui conservent une grande supério-
rité sur les femmes ; ils ne mangent jamais
avec elles. Les mêmes habitations contiennent
souvent les pères et les enfans , même quand
ceux-ci sont mariés.
Indépendamment du roi qui est héréditaire, et des chefs de village qui le sont aussi,
il y a encore une certaine inégalité dans les
familles, qui toutes donnent au roi et aux
chefs de grands témoignages de respect. La
propriété est reconnue et respectée dans cette
île ; le nombre des domestiques et des esclaves
est proportionné à cette propriété. Les pommes de terre , les cannes à sucre même y sont
cultivées; le vol des productions, comme de
toute autre chose, y est puni sévèrement, et
la punition est ordonnée par les chefs d'après
un jugement qu'ils rendent. Les volailles qui
y sont en petit nombre , et les cochons de race
chinoise qu'on y trouve en quelque quantité, (a3)
se mangent rôtis. Les poissons sont mangés
crus. La race des hommes et des femmes est
belle.
Le nouveau vaisseau construit et monté de
douze hommes , le capitaine Robert a fait voile
pour les îles Sandwich : il assure avoir sur sa
route découvert un grouppe d'îles dont aucun
navigateur n'a encore parlé , qui ont leur
gissement par le 8e degré 4o minutes lat. sud,
140 longitude. Il les a reconnues sans débarquer, en a nommé l'archipel Tf^ashington,
et a donné à quelques-unes des îles les noms
$ A dams, de Jefferson, dé Hamilton, etc.
Les iles Washington avaient été vues l'année
précédentes par le capitaine Ingraham, du
vaisseau Hope, de Boston ; mais il n'avait
fait que les appercevoir, et en désigner le
gissement. Le capitaine Robert dit avoir mis
à terre dans cet archipel, à Newheve, qu'il
a nommée Adams island, latitude 8 degrés
56 minutes, un vieillard de soixante-quinze
ans , qu'il avait trouvé à la baie de la Résolution , dans l'île Whohanwow , et qui y était
depuis long-tems. Ce vieillard était né dans ce
même archipel Washington, à Onhawa 9 que
le capitaine Robert a appelé file de Massachusetts. Il a relevé les côtes de quelques-unes.
L'île Owyhëe, trop fameuse par la mort du
B 4 R3-___._-_r'
( 24 )
capitaine C00&, est celle des Sandwich , où:
le capitaine Robert a abordé le 27 mars. /??J
Les mœurs sont les mêmes à-peu-près dans
les îles Sandwich que dans les lies Marquiesas.
La plus grande fréquentation des vaisseaux y
a rendu seulement les volailles et les cochons
plus multipliés et en assez grand nombre pour
que les bâtimens qui y passent trouvent à en
acheter. C'était de-là que le capitaine Robert .
devait partir pour son commerce des côtes
américaines ; et c'était au retour son point
de rendez-vous avec son second vaisseau.
Après s'y être raffraîchi d'eau et des provisions
qu'il a pu se procurer, il a fait voile vers les
côtes ouest de l'Amérique.
La baie de Nootlia ou Nootka-sound'., gît
au 49e degré 46 minutes nord. Les côtes généralement connues sous ce nom, sont du 48e
au 55e degré. L'approche d'un vaisseau fait
arriver les Indiens sur le rivage , et quand il
s'arrête, ces peuples apportent en canots des
fourrures , qu'ils savent être l'objet du voyage.
Les canots sont accompagnés à leur retour à
terre, parles chaloupes qui portent un certain
nombre de matelots , et l'agent que le capitaine
charge de consommer le marché avec les
Indiens ; mais la cargaison d'un vaisseau ne se
compïette qu'après plusieurs  mois de séjour ( a5 ) \
sur les côtes, le long desquelles le bâtiment
se promène.
Le capitaine Robert a fait sa première station à Berdwys - Sound , où des Indiens arri- '
vant du détroit de John de Furres . ont apporté un grand nombre de fourrures. Son autre
vaisseau , prenant moins d'eau que celui qu'il
montait, devait entrer dans les anses , approcher plus près des côtes , et verser dans le
vaisseau principal le résultat de son commerce-
Les petites îles Charlottes , distantes de peu
de lieues des côtes, fournissent aussi à ce
commerce , qui se fait lentement, mais sûrement , les natifs de ces pays étant doux et
de bonne-foi.,Jusqu'ici les liqueurs fortes sont
peu désirées par eux ; le cuivre, le fer , sont
ce qu'ils'recherchent davantage, particulièrement le cuivre en feuille. Ils vivent de chasse
et de pèche , sont de la couleur des Indiens
que nous voyons le long des lacs , et ne semblent pas avoir le même genre d'hospitalité
que les Indiens des iles Marquiesas.
C'est sur ces côtes , et après un séjour de
six à sept mois , que le second vaisseau du
capitaine Robert s'est perdu. Un coup de vent
terrible, qui a pensé détruire son propre navire, a probablement frappé celui-là, plus
rapproché alors de terre ,  et  moins en état
**-_! (a6)
que le sien de résister à un aussi gros tems.
Avec lui ont péri douze hommes , ont été perdus un nombre assez considérables de peaux
et de matières d'échange , et les plans des
côtes des îles que le capitaine assure avoir
découvert.
Après trois mois de séjour à Owyhee , le
capitaine Robert perdant toute espérance de
revoir le vaisseau , a fait voile pour Canton,
où il a, par les moyens de commerce particuliers à cette place , et aujourd'hui généralement connus, échangé ses peaux de loutre
pour du thé , du riz, des étoffes de soie, de
l'indigo, des nankins. Il assure que les négo-
cians Chinois sont de mauvaise foi, habiles ,
et qu'on est facilement trompé par eux , si
l'on n'est pas perpétuellement sur ses gardes.
Les peaux de loutre s'acquièrent sur les côtes
ouest de l'Amérique , pour la valeur de 6 dollars ; elles s'échangent à Canton pour une valeur de 20. Le capitaine Robert dit que le
prix s'en élève sur les côtes d'où elles viennent,
et diminue en Chine. Iles loutres de mer se
trouvent du 4oe. au 60e. degré.
Les Anglais, les Français et les Américains ,
ne montent guères plus haut que Norfolk
sound à 55 degr. Les Russes commercent dans
la partie nord.  Après avoir traversé en nom- (27)
breuses caravannes tous les déserts de la Sibérie, ils arrivent au Kamschatka, où ils construisent des vaisseaux , de-là , touchant et
longeant les Fox-islands, le cap Providence,
ils commencent à Loakriver leur commerce.
Traitant ces tribus Indiennes comme des provinces Russes , ils les mettent à contribution,
en frappent et en tuent les habitans, si leurs
propositions d'échange n'y sont pas promptement acceptées. Leurs matières d'échange sont
des cuivres, du rhum, du tabac ; ils apportent
au Kamschatka leurs fourrures à des marchands
qui en commercent avec la Chine , et leur
donnent les'marchandises en retour; ils reviennent souvent jusqu'à trois fois rechercher
des peaux: , et remportent en Russie , par
caravanne , les marchandises chinoises, après
une absence de trois à quatre années.
De Canton, où le capitaine Robert est resté
depuis le 25 novembre 170,4 jusqu'au 12 février
_f7Q5 , après avoir perdu quelques matelots par
maladie , par désertion, il revint directement
en Amérique en doublant le cap de Bonne-
Espérance , et sans relâcher à aucune terre ;
il est arrivé à Boston le 28 juillet i7q5. Quelque
mécontent qu'il soit de son voyage, il semble x
nourrir le projet d'en recommencer promptement un autre avec la même destination. Le (28)
capitaine Robert passe pour être un bon , hardi
et prudent navigateur ; il parle de ses voyages
en homme instruit de ceux qu'on a faits avant
le sien, et capable de profiter utilement de N
l'expérience des autres et de la sienne propre. VOYAGE
DANS LE DISTRICT DE MAIN,
ET     RETOUR
A  PHILADELPHIE.
Dépare  de   Boston.   Navigation   au
district de Main.
JJans le premier projet que j'avais de descendre la rivière Saint-Laurent, de voir Hal"
lifax , et de rentrer dans les Etats-Unis par la
province de Main, je me proposais de visiter
le général Knox , qui m'en avait prié avec
infinimont d'obligeance à Philadelphie , et
dont l'habitation devait se trouver sur mon
chemin. J'en avais encore le dessein en arrivant à Boston , quoiqu'alors la province de
Main ne fût plus sur ma route, et les marques
multipliées d'intérêt que j'ai reçues du général dans cette ville, m'ont bien confirmé dans
ma résolution ; je me suis donc embarqué
avec lui pour St.-George, où il retournait\
après un mois d'absence.
La maison du général est distante de 200
milles environ   de Boston par terre ou par _5i_
SH__
mmÊm
(3o)
mer. Ce trajet se fait communément dans la
saison actuelle en vingt-quatre heures ; quelques circonstances particulières nous ont empêché de profiter de trois à quatre jours de
bon vent , et ces petits obstacles levés, le
capitaine a voulu comme d'usage , profiter de
la première apparence de beau tems. Cette
apparence était légère ; à peine avons nous pu
dans la première soirée mouiller à l'entrée du
havre. Le second jour un brouillard épais et
toutes les annonces d'un gros tems nous ont
fait chercher la baie du cap Ann. Ces actes de
prudence du capitaine , auxquels il n'était pas
possible de ne pas acquiescer , nous ont écarté
d'une quarantaine de milles de notre route
directe. Quand le brouillard et les symptômes
du mauvais tems ont disparu , nous nous
sommes remis en marche ; mais plus de vent ;
il nous a fallu mouiller à deux toises de notre
dernier mouillage ; les vents ont généralement
été mous la journée d'après et la matinée
suivante, et ce n'est qu'après soixante - douze
heures révolues que nous sommes arrivés à
la maison du général, en montant pendant
quinze milles la rivière Saint-George. (5i)|
Cap Ann.  Glocester.
La relâche au cap Anil m'a donné lô
moyen de voir des sécheries de morues.
Toute la côte de Massachussetts, et plus particulièrement celle de la province de Main,
sont peuplées de pêcheurs , qui vont à la
pêche du grand banc ; ils rapportent le poisson
sur les côtes, où il reçoit la dernière préparation. Ce poisson , lavé au sortir du vaisseau , est déposé à terre \ où il est mis d'abord en pile pêle-mêle pour lui faire dégoûter
sa première eau ; il est laissé ainsi deux à
trois jours suivant*la sécheresse du tems,
puis il est porté sur des lits de claies ou de
brancl-es sèches , élevés de terre de trois à
quatre pieds , larges de quatre à cinq , et aussi
longs que le permet le champ sur lequel ils
sont élevés , cinquante , soixante toises plus
ou moins. Là le poisson est arrangé en petits
tas de quatre ou cinq, chaque tas assez distant
l'un de l'autre , pour que chaque poisson
puisse trouver une place à lui seul, cela s©
fait après qu'il a perdu la plus grande partie
de l'eau qu'il avait conservée en sortant des
grandes piles ; alors il est tourné et retourné
pour être séc^ dans tous les sens, ce qui (3a )
dure cinq à six autres jours ; enfin il est mis
en barril, serré avec la presse , et envoyé ainsi
aux Antilles ou en Europe.
Le plus beau poisson , c'est-à-dire celui
péché dans les premiers mois de la pêche ,plus
beau encore parce que le soleil étant moins
ardent, il est séché plus doucement et conserve plus de substance , est envoyé en Espagne , et le prix de ce poisson est double
de celui qui péché dans des tems plus avancés de l'année est envoyé dans les Antilles
ou vendu dans le Continent. Cependant il se
fait un choix dans le poisson même de première qualité envoyé en Espagne , et ce choix
se vend aux amateurs de poisson salé , qui
abondent principalement dans le Massachussetts , où il est peu de familles qui ne'mangent
le samedi un plat de morue salée. Quant an
partage des profits de la pêche , voici quel
est l'usage commun dans ce pays.
Les vaisseaux de soixante à cent tonneaux,
mais généralement d'environ soixante - dix ,
outpour équipage , un capitaine, sept matelots et un mousse. Le propriétaire du vais*
seau a un quart du profit ; le pécheur sur les
côtes un huitième, le reste est divisé entre
le capitaine et les matelots , en raison de ce
qu'ils ont pris de poisson. Les dépenses pour
la ( 33 )
la chandelle, le bois, les appas et le sel sont
déduites avant que les parts soient faites,
et les matelots embarquent chacun leurs provisions. Un sloop de soixante-cinq tonneaux
rapporte , année commune 1,200 quintaux de
poisson , qui dans les tems ordinaires valent
deux dollars et demi le quintal , mais qui
aujourd'hui se vendent de cinq à six.
Glocester, car c'est ainsi que se nomme
la ville du cap Ann, envoyé à la pêche du
grand banc environ quarante ou cinquante
sloops ou brigs. Ces bâtimens sont du port
de cent à cent dix tonneaux , et font trois
voyages , quand ils commencent en mars cette
pêche, qui dure jusques en novembre. Avant
la guerre , Glocester , moins considérable
qu'elle n'est aujourd'hui, envoyait cependant
plus de vaisseaux à la pèche. Cette diminution , qui peut paraître extraordinaire , en
sachant que le nombre des vaisseaux bâtis
dans ce port est beaucoup plus considérable
qu'alors , a pour cause le plus grand profit
que donne aux propriétaires le commerce
auquel toutes les villes se livrent beaucoup
plus qu'autrefois. D'ailleurs le nombre de celles
qui envoyent à la pêche du grand banc est
plus considérable aussi ; de sorte que quoiqu'il soit vrai que cette pêche soit diminuée
Tome III C (34)
d'activité pour les places qui la faisaient il y
a quinze ans , elle est réellement augmentée
par le nombre de celles qui y prennent part.
Outre cette pèche du grand banc , les côtes
du Massachussetts et de la province de Main
fournissent considérablement de morues. Elles
ne sont ni si grosses , ni si abondantes , que
sur le banc : mais cette pêche occupe avec
utilité un grand nombre de bâtîmens , qui ne
s'écartent pas des côtes de plus de quatre ou
cinq milles , rentrent toutes les semaines , ne
courent aucun des dangers auxquels expose
l'autre pèche , et joignent leur produit à
ceux du banc de Terre-Neuve.
La rade du cap Ann est dans la partie'sud-
ouest du cap ; elle est vaste et sûre. Sur une
élévation , qui la domine du côté du continent , on construit actuellement un fort, qui
en défendra parfaitement l'intérieur et l'entrée.
Les rocs , qui abondent dans cette partie ,
donnent le moyen de le faire solide. On bâtit
dans son enceinte une sorte de block-house ,
dont la partie inférieure est destinée à servir
de magasin à poudre , et assez soigneusement
couverte dans la partie destinée à loger la
garnison, pour donner l'espoir qu'elle sera à
l'abri de la bombe.
La ville de Glocester, bâtie au fond de la (35)
.rade, est jolie sans être régulière. Le nombre
des stores y est considérable, et l'on y compte
plusieurs bonnes maisons. En tout , cette
petite ville a l'apparence de l'aisance et de
l'activité.
Les exportations de Glocester se sont montées , l'année dernière 1794? à une valeur de
220,85o dollars. Elles ne s'élèveront pas ,
cette année, à plus de ,180,000. Glocester
fait son principal commerce avec les Antilles.
Notre navigation n'a pas d'ailleurs fourni à
de nouvelles informations. Le bâtiment, sur
lequel nous avons passé , est un de ceux qui
appartiennent à la rivière Saint-George, c'est-
à-dire , qui y font leur chargement. Un des
principaux commerces que fait la province de
Main , est l'envoi de ses bois à Boston. Les
bâtimens qui les portent sont généralement
des sloops de quatre-vingt-dix à cent virfgt
tonneaux ; ce sont aussi .quelquefois des goélettes ou des brigs. Les sloops sont préférés dans ce voyage par la facilité de les manœuvrer avec peu de bras. Quelquefois aussi
ce commerce s'étend jusqu'à New-Yorck, Philadelphie , même Baltimore , Norfolk et
Cliarles-Town. Alors , et sur-tout dans ces
dernières places, les bâtimens prennent au
retour un chargement qui augmente leur bé-
C 2 m
(36)
néfîce ; ils n'en prennent pas quand ils ne
vont qu'à Boston. Le profit net du négociant
propriétaire du vaisseau , est, dans ce dernier
cas, calculé à 66 dollars ; son bâtiment fait
dans la saison seize à dix-sept voyages ; c'est
donc de io56 à 1112 dollars par saison, que
profite le négociant à qui le vaisseau coûte de
3ooo à 335o dollars. Les bénéfices sont augmentés par. la nature des bois qu'il envoyé , et
aussi quand il charge de la chaux , que la
province de Main commence à fournir avec
abondance , et qu'elle fournira à l'infini ,
quand elle sera assez peuplée pour exploiter
ses carrières.
Nofte sloop n'était ni commode, ni propre ;
ces bâtimens sont calculés pour le commerce
qu'ils font, et non pour les passagers qui ne
sont jamais qu'accidentels ; mais il était bon ;
le capitaine était attentif, et nous nous y
sommes bien trouvés. Il est encore à^ajouter
que ces bâtimens , qui reviennent presque
toujours sans chargement, reviennent même
sans lest, ce qui rend la prudence, du capitaine plus nécessaire dans leur conduite. Nous
avons vécu, pendant notre petite navigation ,
du poisson que nous péchions nous-mêmes :
les côtes en abondent , et la ligne n'est jamais
deux minutes à la mer sans être mordue par t37)
un poisson pesant au moins deux livres, et
souvent douze. Ces poissons sont des morues
et des alibottes , espèce de morue plus grosse
et moins délicate. Les côtes , et sur-tout l'entrée des rivières, sont garnies d'îles. L'entrée
delà rivière Saint-George en réunit un nombre
infini de toutes les formes , de toutes les grandeurs; presqu'aucunes ne sont cultivées. Beaucoup d'elles appartiennent encore à l'état. Les
côtes sont presque toutes plus ou moins habitées ; les bords de la rivière Saint-George
le sont sans discontinuité jusqu'au point où la
marée cesse de monter , c'est-à-dire , à 22
milles de son embouchure. Jusqu'à quinze
milles de cette embouchure , le lit de la rivière a près de trois quarts de mille de large.
Là , étendant ses eaux dans une baie plus
large encore, elle tourne précipitamment, à
gauche , dans un canal qui n'a pas trente
toises de largeur.
Thomas-Town : le général Knox etsd
famille.
C'est à la tête de cette large baie, qu^est
bâtie la maison du général Knox , qui a devant
elle le spectable vraiment beau de la rivière,,
dans un cours de neuf milles. La  maison >
C 5 (38 )
bâtie sur une pente douce , mais déjà fort
élevée, au-dessus du lit des eaux, est dans
une des plus agréables positions ; presque tout
ce qu'elle voit est défriché depuis un tems
plus ou moins considérable ; les terres sont
dans un assez bon état d'amélioration , chargées d'un assez grand nombre de bestiaux
et de moutons. Les habitations sont trés-rap-
prochées, et sur une centaine que l'on peut
découvrir de la maison du général, à peine
y en a-t-il une demi-douzaine en troncs d'arbres. Cette maison d'ailleurs , est belle, sans
être magnifique ; bien meublée, mais sans
luxe , aussi vaste qu'il est nécessaire pour
loger confortablement une famille très-nombreuse , qui peut îe devenir plus encore , et
y recevoir sept à huit amis ; en voilà pour un
plus grand nombre qu'un homme sage ne désire en réunir à là fois.
Le général Knox est par sa femme propriétaire d'une grande portion des terres connues
sous le nom de W al do-patent, en vertu d'un
traité fait avec les Indiens sur la fin du dernier siècle paria famille Waldo, de laquelle
descend mistriss Knox, ou d'un marché conclu par cette famille avec ceux qui avaient
fait le premier traité. Le marché a été ratifié
par le roi d'Angleterre alors souverain dé celte (39 )
partie de l'Amérique; il a été ratifié de nouveau
par l'État de Massachussets depuis la révolution. Le général a ajouté par acquisition une
grande quantité déterres voisines au tract patenté qu'il tient du chef de madame Knox, de
manière que ces terres sont possédées avec tous
les titres qui en rendent la propriété authentique et inattaquable. Quelques milliers d'acres
de cette grande propriété ont été cédés par les
Waldos ancêtres de madame Knox, à différentes familles ; d'autres l'ont été par le général
lui-même depuis son mariage. Indépendamment de ces ventes^un grand nombre de familles se sont établies dans le Waldo-patent sans
autres titres que la convenance, et sans au*
cune opposition , puisque^çes possessions dans
un état d'abandon n'étaient gardées par personne ; c'est particulièrement sur les côtes que
le plus grand nombre de ces settlers sans titres
stf sont établis. La commodité d'une pèche
abondante a été leur premier attrait, et long-
tems leur seul moyen de. subsistance. Peu à
peu ils ont défriché les terres qui entouraient
leur cabane ; lejfoferres se sont trouvées%>nnes>
ont produit d'abondantes récoltes ; les premières huttes ont disparu, et ont été remplacées par des maisons plus solides f et de meil«*
leure apparence. Les bords de la rivière St.,
C 4 ( 4o)
"George, et de la mer dans l'étendue du Waldo-patent , se trouvent aujourd'hui presque
dans leur totalité habités et défrichés, sur une
profondeur d'un demi mille plus ou moins. Ces
possesseurs sans titre sont ainsi en jouissance
des plus précieuses parties de la patent ; car
le commerce des produits naturels de ces
terres pouvant être immense, le voisinage de
la mer et des rivières qui en donnent les débouchés , est la position, la plus désirable. Le
droit qu'aurait le général de les -évincer de
cette illégitime possession est entier ; mais ce
droit est plus aisé à démontrer qu'à exercer;
peut-être mille familles sont établies avec la
même nullité de titres. Le plus grand nombre
en se plaçant sur ces terres , savait bien
qu'elles s'y établissaient sans en avoir acquis
le droit, mais ne savaient pas qu'elles appartinssent au général Knox , ou à la famille
Waldo ; c'était à leurs yeux des terreins vogues, inhabités, appartenans à la couronn&
dAngleterre, et depuis à l'État de-Massachus-
sets : l'exemple d'un grand nombre de settlers
Sans titres, comme elles, encourageait et autorisait leur établissement ; elles n'ont donc
pas réellement et de volonté préméditée commis une violation de la propriété du général,
et elles ont depuis leur établissement donné (4i )
à la terre , sur laquelle elles se sont établies ,
leurs soins, et leurs travaux ; elles lui ont
donné la valeur à laquelle elfe est portée à
présent ; et aux terres inhabitées qui les avoi-
sinent, une valeur à laquelle sans leur voisinage elles ne pourraient atteindre. Ces titres
qui dans la rigueur des loix n'établiraient pas
un droit positif, doivent leur assurer une faveur réelle aux yeux de l'équité. Un grand
propriétaire qui n'y aurait aucun égard se rendrait coupable d'injustice et d'iîlibéralité , il
s'attirerait l'animadversion du pays, et cette
disposition générale s'opposerait non-seulement à l'exécution de tous les arrêts d'évince-
ment que des droits irrécusables obtiendraient
des tribunaux , mais aussi au succès de tout ce
qu'il entreprendrait ultérieurement, car pour
les entreprises , dans un nouveau pays surtout, l'opinion publique est nécessaire.
L'esprit de justice et de raison du général
Knox, l'a pénétré de ces vérités et le guide
dans sa conduite avec cette classe nombreuse
d'habitans de ses propriétés. Ses titres ne sont
niés par aucun d'eux; en vertu de cette conviction il achettera des uns à bas prix les parties des settlemens dont il aura besoin, il légalisera la possession des autres , en s'accor-
dant avec eux pour une petite somme qu'ils r„__
(4a )
devront lui payer, et il réduira la possession
de faveur de tous à cent acres , qui dans l'État
de Massachussets sont jugés être la portion
nécessaire à la subsistance d'une famille: ainsi
tirant le meilleur parti des circonstances , le
général Knox ne heurtera ni les intérêts particuliers , ni l'opinion du pays, et préparera
le succès de ses vues ultérieures avec autant
de probabilité qu'il en appartient à tout ce qui
dépend des hommes et des circonstances.
Le pays qu'il habite me semble fournir des
moyens assurés de fortune à tout homme qui
unira de l'intelligence , de la prudence et de
l'activité , à la disposition libre de quelques
capitaux.
Une plus grande proportion de tous ces
êîémens nécessaires, accélérera d'autant plus
cette fortune, qui est encore plus promptement
certaine pour un grand propriétaire de terres f
comme le général Knox. Tout ce que je connais de son caractère et de ses moyens , tout:cé
qu'il m'a confié de ses projets, me donne autant
d'espérance de ses succès que j'en ai réellement
le désir. Mais l'obligation de suivre constamment ces opérations , sur un plan uniforme
sans interruption, est une condition indispensable pour ce succès. Ce n'est ni de Pihla-
deïphie, ni du milieu d'occupations d'un autre ( 43 )
genre qu'on peut se le procurer ; il faut
être sur les lieux , n'en pas sortir , tendre
Vers ces objets toutes ses pensées , toutes ses
actions , et alors la réussite est immanquable.
Le général Knox, pénétré de ces principes ,
a quitté les affaires publiques , auxquelles il
avait honorablement donné vingt - cinq ans
de sa vie et une partie de sa fortune , et
s'est déterminé à ne pas sortir, même en hiver , de l'État de Massachussetts : ainsi, en
menant une vie occupée et heureuse, liquidant et augmentant sa fortune \ faisant beaucoup de bien autour de lui , il laissera des
richesses immenses peut-être à sa nombreuse
famille. Est-ii une existence et une perspective plus desirables ?
Détails sur la Province de Wain.
Jusqu'ici le commerce dont est susceptible
la rivière St.-George, est fait avec lenteur,
petitement , et ne donne pas de grands profits ; une douzaine de petits marchands établis
à Warren, Thomas-town et Waldoborough 0
sont propriétaires par partie des bâtimens ; le
capitaine est Communément associé lui-même
à la propriété de celui qu'il conduit ; les marchands ont des stores , ils paient avec les . It»
(44)
denrées de ces stores les bois que les habitans leur apportent, et réunissent ainsi des
parties de chargement, que les marchandises
qu'ils donnent en échange leur fait acquérir à
meilleur marché. Mais malgré cette facilité
que le besoin des habitans et le débit de leurs
propres marchandises assurent aux marchands
dans ce commerce, il est rare que même au
printems ils rassemblent ce qu'il faut de bois
pour charger à leur propre compte un bâtiment tout entier, au moins n'en chargent-ils
pas un grand nombre ; alors leur gain se
borne au profit sur leur store et à charger
de tems en tems quelque cargaison , au bénéfice du fret | comme co - propriétaire du
bâtiment.
Le reste du commerce se fait entre les
petits propriétaires de terre, et les capitaines
des bâtimens. Chaque habitant coupe en hiver
une certaine quantité d'arbres , qu'il réduit
en bois à brûler, ou qu'il conduit au moulin
à scie ; ce sont ces produits qu'il charge les
capitaines de sloops de porter à Boston , et
de vendre pour son compte, quand le besoin
ne les leur a pas fait vendre plutôt aux marchands. Le fret de ces bois et des autres
produits que peuvent fournir les environs de
la rivière St. - George , est réglé  selon leur. ( 45 )
espèce ; mais l'arrangement le plus général,
fait avec les capitaines,  est de leur donner
le quart du chargement, c'est-à dire le quart
de la somme que produit la cargaison. Le capitaine partage sur ce produit, moitié pour
le  vaisseau,  c'est-à-dire pour  ceux qui ont
part à sa propriété , et  moitié pour lui; il
paie et nourrit son  monde ; le propriétaire
de la cargaison a ainsi les trois quarts de la
somme totale, mais souvent le profit net de
ces trois quarts est moins considérable que
le quart qu'il paie pour le fret : car supposé
par exemple que la valeur de sa partie de
cargaison soit de cent dollars , et que la yente
à Boston soit   de  cent-quatre-vingt, le fret
est  de quarante-cinq dollars , tandis que le
profit réel pour le chargeur, au - dessus de
la valeur réelle de la cargaison, n'est que de
trente-cinq. II est vrai que la plupart de ces
petits  chargeurs, coupant eux-mêmes leur
bois , l'amenant au rivage sur leurs traîneaux
ou par  leurs propres bœufs, dans un tems
mort à tout autre travail, et comptant leurs
peines pour rien , rendent ainsi leurs profits
plus grands. Il est encore vrai qu'il y a peu de
nouveaux pays en Amérique, où le défrichement ne soit une dépense , tandis qu'il  est
réellement un produit dans toutes les parties ( 46 )
de la province de Main ,   où les bois quoiqu'ils soient peuvent commodément atteindre
le rivage.
Quand le chargeur est seul propriétaire du
bâtiment,   ce qui est je crois sans exemple
dans la rivière Saint-George , il donne au capitaine la  moitié du profit net de la vente ,
au-dessus de la valeur de la marchandise. Ainsi,
soit que cette marchandise vienne du produit
de sa terre, soit qu'il l'ait achetée, elle est comptée au prix  commun j   et ce prix est déduit
avant que le capitaine prenne sa moitié de la
vente.   Supposez  donc une  cargaison valant
quatre cents dollars , et vendue six cents. Le
capitaine en a cent, et le marchand propriétaire du bâtiment cent. Ces petits détails , tout
minutieux qu'ils sont,   ne peuvent pas être
indifférons à la connaissance d'un pays aussi
neuf que celui-ci,   et fait pour devenir aussi
intéressant ; mais ce commerce dans la rivière
St - George • est  encore , 'comme je l'ai dit,
sans grande activité ; les vaisseaux qui devraient
s'y charger en deux ou trois jours, en restent
quelquefois quinze ou vingt ,  et partent sans
un chargement complet. - •
La raison de cette inactivité est i°. le défaut
de creeks assez profonds pour amener en tout
les tems, des bois des parties reculées du pays ^ (47 )
presque tous les approches de la rivière étant
défrichés ; 2°. le défaut de bons et nombreux
moulins à scie , suite naturelle du premier
inconvénient; 3°. le manque de capitaux considérables dans les mains des négocians, qui,
avec de l'activité et de l'intelligence , suppléeraient en partie à ces inconvéniens naturels,
ou du moins en diminueraient les désavantages.
Le général Knox projette un canal le long
O 1        > _»
de la rivière Saint-George, qui, évitant les
rapides multipliés de son cours , et rentrant
dans son lit rjpand il est sans rochers, rendra
ses eaux navigables pour soixante et dix à
quatre-vingt milles de plus qu'elles ne le sont
aujourd'hui , et donnera ainsi un débouché à
une immense quantité de beaux bois intacts
jusqu'ici, parce qu'ils ne peuvent être conduits
à aucune rivière. Le canal est même déjà commencé. Les rapides évités fourniront place à
un grand nombre de moulins , qu'il a intéressé
le méchanicien le plus habile de l'Amérique,
M. Pope, à construire , et qui doivent lui pro->
mettre , par conséquent, une grande perfection. Peut-être ce canal, ainsi ouvert, sera-t-il
susceptible de communiquer à d'autres eaux,
dont la navigation , rendue facile , vivifiera
une plus grande quantité de pays, et donnera III!
(48)
au commerce plus d'aliment ; alors des magasins considérables de bois de toute espèce
pourront se former , entretenir sans interruption l'activité des Jjâtimens de la rivière St-
George, et fournir constamment aux besoins
et aux calculs des négocians. Aujourd'hui,
comme je l'ai dit, le marchand du pays le
plus accrédité ne peut fournir une cargaison
d'un bâtiment de quatre-vingt-dix tonneaux
que deux mois après la demande.
La fabrication des vaisseaÉx est un article
. de commerce de quelque importance dans cette
rivière ; les chênes sont assez iflbondans dans
les environs pour fournir long-tems à ces constructions , même sans le secours des pays de
derrière qui en augmenteront la quantité. Le
prix commun de la construction des bâtimens
dans la rivière St-George , est de dix
pounds ou trente-trois dollars deux schelîings
par tonneau , garnis de tout, et prêts à mettre
à la mer ; ils se vendent de douze à treize
pounds à Boston, ou de quarante à quarante-
trois dollars. On en construit cinq à six par
an dans la rivière St-George. Les vaisseaux
de tout tonnage peuvent arriver jusqu'à la
maison du général Knox , mais ne peuvent
remonter jusqu'à Warren , point où atteint
la marée, que chargés de quatre-vingt to__t-
neaux. La (49)
La culture est très-médiocre dans ce pays ,
quoique les terres soient généralement assez
bonnes ; on sème peu de bled, dans l'idée que
le climat est trop froid, presque point de maïs,
en tout peu de grains ; les terres sont généralement en pâture , et donnent de beaux foins,
du trèfle naturel, épais et de bonne odeur. A
la nonchalance native de presque tous les cultivateurs Américains , se joignent ici, comme
obstacles au travail assidu de la culture, i°. la
facilité de la pêche , qui produit une nourriture abondante et suffisante pour l'entretien
de la population qu'elle favorise ; 20. la coupe
des arbres qui donnant un produit, petit à
la vérité , mais facile , certain , et de tous
les jours, dispense du travail de la charrue,
dont les produits , plus considérables , sont
moins quotidiens , et demandent plus d'efforts ; 3°. la fabrication de la chaux dont
le produit assuré et assez grand occupant
un grand nombre d'habitans , les détourne
du travail de la terre, outre que cette fabrication épuisant leurs forces augmente leurs
besoins, et sur-tout leurs dispositions à l'usage
immodéré des liqueurs spirîtueuses. L'expérience fait voir que les habitans de ces
trois classes sont les plus pauvres et les
plus endettés ,   par  conséquent ,  les moin»
Tome III. D (5o)
bons. Il n'est aucune raison pour que cette
partie de la province de Main , ne produise
pas des grains comme les environs de Kingston , dans le Haut-Canada , dont les terres
ne sont pas meilleures , et dont la latitude
n'est pas moins septentrionale. La prodigieuse quantité de prairies qui couvrent ce
pays , le grand nombre de bétail que l'on peut
y entretenir , la longueur des hivers qui forcent à garder les animaux six mois" dans la
cour , multiplient les fumiers, faciles encore
à augmenter par les dépôts de la rivière , les
plantes sauvages, etc. etc. ; tout cela ouvrirait
à la bonne culture de grands moyens, et en
assurerait les succès ; mais il faut rompre des
habitudes, secouer des préjugés et vaincre la
nonchalance , ce qui est plus difficile encore.
Des exemples longuement répétés peuvent
seuls opérer ce grand œuvre.
On m'assure que les habitans établis à i5
ou 20 milles dans les terres sont meilleurs fermiers, et qu'ils récoltent des grains ; je le crois
aisément. La pêcherie , la fabrication de la
chaux, sont comme toutes les autres manufactures , un genre de travail utile à une grande
société, très-avantageux pour les riches capitalistes qui savent en profiter, mais presque
-toujours nuisibles à la solidité du bien-être, et (5i )
à la moralité des hommes qui s'y emploient?
Le prix des bœufs dans ces environs est de
soixante dollars la paire, les vaches en valent
de dix-huit à vingt-deux. Quoique les habitans
ne sachent pas ce que c'est que le mérite des
races, l'espèce en est généralement assez belle,;
On les acquiert avec facilité dans ce pays, surtout des settlers pêcheurs , qui sont souvent
aux ressources. Le prix du bled est de sept
schellings le boisseau ; il vient presque tout de
New-Yorck ou de Philadelphie. Celui du maïs
est le même ; le seigle vaut six schellings ou
un dollar ; il se cultive sur les lieux ; l'avoine
deux schell. cinq pences; l'orge sixschell. ; le
foin neuf dollars les deux milliers. Les ouvriers
se trouvent difficilement sur les lieux; on s'en
procure avec assez facilité des environs de
Boston ; ils coûtent dix dollars par mois d'été ;
sept par mois d'hiver. Tout ce qui tient au
laitage est ici d'une première qualité.
Le thermomètre ne s'est pas élevé cette
année à St. George au-dessus de 72 degrés de
Farenheit, ou 17 deg. un quart de Réaumur. Il
varie à présent de 5o à 55 de Farenheit, c'est-
àwlire , de 8 à 10 et demi de Réaumur. li com*
mence à faire froid et il pleut beaucoup.
D à i 52)
Voyage à la rivière de Penobscot et
retour.
Les affaires du général Knox l'appelant
dans plusieurs points de ses terres , j'ai saisi
cette occasion de connaître un peu plus de
pays. Nous avons suivi les bords de la baie
de Penobscot ; cette baie et la rivière de ce
nom sont regardés comme les points capitaux
du commerce fait et à faire dans la province
de Main ; les bords de la baie du côté ouest,
et ceux de la rivière jusqu'à la hauteur de
vingt milles , sont les limites de Waldo-
patent ; ces bords sont tous occupés par des
habitans, le plus grand nombre sans titres,
de sorte que le véritable propriétaire par les
raisons que j'ai dites plus haut, est dans l'impossibilité de disposer de ces portions les plus
importantes de ses propriétés, à moins qu'il
ne les achette de ceux qui s'en sont emparés.
La plus grande amélioration faite par les set-
tiers de tous ces rivages, est l'abattis des bois,
C'est même à-peu-prés la seule. Les bois près
de la baie sont d'une grande valeur, et d'un
sûr et prompt débit. Un lot de cent acres assure pour bien des années la subsistance d'une
famille \ ainsi tandis que dans tous les pay,*. (53)
nouveaux que j'ai parcourus depuis cinq mois |
on n'abat les bois que pour faire rapporter la
terre, et que les arbres étant à peine brûlés,
le terrein est enclos et semé , ici les bois sont
déjà une richesse, et dès qu'ils sont à bas on
retire de la plupart des terres un bon produit
en treffle naturel qui croît par-tout, et pousse
avec abondance au milieu des troncs et des
arbres abattus laissés sur place ; ce trèfle nourrit quelques moutons et quelques bestiaux t
que le propriétaire laisse courir dans les abatis ; une clôture en préserve le petit jardin,
le petit champ de pommes de terre cultivé
autour de sa maison ; et ce sont les seules par*
ties encloses de la propriété.
Telle est la manière générale du pays qui
a peu d'exceptions, mais qui cependant en
a quelques - unes ; presque toutes ces terres
sont bonnes, et meilleures qu'autour de la
rivière St. George ; il arrive souvent que le
possesseur sans titre après avoir coupé dans
un lot ce qu'il y a de beau bois, ou de plus
facile à mener au rivage, le vend et va s'établir sans un meilleur titre sur un autre lot
encore vierge , qu'il exploite de la même manière. L'acquéreur n'offre pas un haut prix
de cette terre, qu'il sait lui être vendue sans
titre valable, mais il espère être confirmé dans
D 3 (54)
sa possession par le général Knox en lui payant
quelques sommes, qui ajoutées à celle donnée à l'usurpateur qui l'abandonne, ne la porte
pas encore à sa véritable valeur ; ou bien il
compte la vendre plus cher que son prix d'achat , si le général veut par quelques raisons
particulières avoir la terre dans sa possession ;
ces calculs sont rarement faux.
La vue de la baie de Penobscot est une des
plus agréables vues de mer que l'on puisse
avoir; cette baie est immense, peuplée d'une
quantité prodigieuse d'îles de toute grandeur,
habitées et cultivées pour la plupart. Il est rare
de ne pas voir à la fois plusieurs vaisseaux
traversant la baie, ou passant à son ouverture.
Notre première station a été à Camden >
appelée par les Indiens , et souvent encore
par les habitans du pays, Myganticok ; le
squire Glavery , chez qui nous nous sommes
arrêtés, est un de ces possesseurs sans titres
dont la justice prononcerait l'évincement ,
mais dont des circonstances particulières porteront le général Knox à légaliser l'usurpation
moyennant quelques schellings par acre qu'il
se fera payer. Il est établi sur une anse à
l'embouchure d'une petite rivière ; il occupe
les deux côtés de cette anse5 y a bâti deux (55)
moulins, et il fait beaucoup d'argent de tous
ces moyens, que son industrie a réunis sur un
terrein qu'il sait bien ne pas lui appartenir.
Il construit à présent une goélette de cent-vingt
tonneaux, qui , prête à mettre en mer, lui
coûtera trente dollars le tonneau ; il a un store,
et il est le seul habitant du voisinage qui
fasse quelque commerce, quoique celui qu'il
fait soit jusqu'ici sur une très-petite échelle.
La rivière de Camden est difficilement navigable pour les bateaux , jusqu'à un grand
étang , distant de près de trois milles de son
embouchure ; quelques dépenses feraient disparaître les difficultés qui se trouvent entre
l'étang et la baye , et rendraient même la
navigation praticable encore quelques milles
plus haut, mais jamais assez pour être d'un
grand avantage. Il est vraisemblable cependant que quand ce pays sera plus habité,
ce qui est jugé aujourd'hui impossible, ne sera
trouvé que difficile , et que la navigation
s'étendaAt beaucoup plus haut, procurera les
débouchés nécessaires à une bien plus grande
prospérité des habitans.
L'Anse un peu considérable la plus prochaine de Camden, est celle de Dugtrap;
nous nous y sommes arrêtés. Le capitaine
Aima j qui en occupe les deux bords, y est
D 4 ra-KJ
( 56 )
i depuis sept à huit ans, par la permission du général. Son frère ethii ont servi comme
officiers dans l'armée, et ils étaient l'un et l'autre
sans un dollar de propriété ou même d'espérance quand ils sont venus sur cette terre
alors inhabitée. Aujourd'hui ils sont marchands , propriétaires de terres acquises, propriétaires ne vaisseaux , et sûrement d'une
fortune déjà bonne, et que leur âge donne à
leur industrie le tems d'accroître encore considérablement. L'intelligence et l'activité de
ces deux frères ne s'est pas encore tournée
vers l'amélioration de leurs terres ; elles sont
sans aucune culture comme celles de presque
toute la baie ; l'herbe naturelle qui croît dans
les terres découvertes , fournit assez de foin
pour nourrir pendant l'hiver le peu de bestiaux
qu'ils ont. Leurs intérêts sont communs en
toute chose , quoique demeurant dans deux
maisons différentes ; le capitaine Aima que nous
avons vu reste en Amérique, y fait les affaires
de la société , et le frère fait sur leur vaisseau les voyages d'Angleterre , des Antilles,
et le cabotage. Il est à présent à Liverpool,
avec un chargement de bois , qui leur a coûté
six cens dollars , et qui , d'après les prix
connus de Liverpool, doit être vendu environ
six mille quatre cents dollars. Indépendam- (57)
ment du commerce extérieur auquel les frères
Aima se livrent de préférence au cabotage,
ils font encore celui de la pêcherie, celui
de la construction des vaisseaux, et sans
doute celui de la spéculation sur les terres,
à laquelle se livrent tous les habitans de la
province de Main , qui en ont la facilité , et
les Aima l'ont plus que tout autre, ayant dans
une assez grande étendue, la confiance du
général Knox, propriétaire légal de toutes les
terres du pays.
J'ai su du capitaine Aima et de quelques
autres habitans dont les réponses ont été conformes aux siennes , i°. que le prix de la construction des vaisseaux d'une plus haute proportion , en raison des plus gros échantillons
de bois à employer, était à Dugtrap de quarante dollars par tonneau, pour un bâtiment
au-dessus de deux cents, et de vingt à trente
dollars pour les bâtimens d'un moins grand
tonnage. 20. Que le prix de la main-d'œuvre
était un dollar et demi pour le maître charpentier, un dollar pour les autres ; les uns
et les autres nourris. 3°. Que la pèche des
côtes, telle qu'elle se pratique par presque
tous les marchands de cette baie , est faite
sur des bâtimens de quinze à dix-huit tonneaux , le capitaine fourni par le propriétaire i i
( 58)
de lignes, de cordes, de nourriture, même
de café, et ayant moitié profit dans la pêche.
Le poisson se sèche aux Fox-Islands, à l'entrée de la baie de Penobscot, et le seizième
en est laissé à l'homme qui veille à cette
opération ; cette pêche , dans le courant de
l'été, donne soixante dollars de profit au propriétaire du bâtiment, dont le prix est de
cent cinquante dollars ; cette pêche est indépendante de celle du saumon , qui abonde
dans cette baie au commencement de l'été y
la morue est presqu'entièrement achetée
par les settlers des pays de derrière , qui la
paient cinq dollars le barril ; ce qui n'est pas
ainsi vendu , est envoyé dans les Antilles, par
des marchands qui réunissent la pêche de;
plusieurs de ceux qui y envoient. 4°- Que le
commerce à l'étranger est jugé de plus du
double plus profitable que le cabotage. 5°. Que
le prix des bois de toute espèce ne s'éloigne
pas de ceux dès bois de la rivière St.-George ;
la rareté ou l'abondance des diverses espèces
dans ces deux pays , faisant seule la différence.
Dans cette partie de la province de Main ,
on emploie dans la construction des bâtimens
pour les arcboutans qui soutiennent le pont,
des racines de spruce , qui avec le reste du
tronc auquel elles tiennent, font des jambes (59)
de force d'un seul morceau , et remplacent
économiquement et suffisamment pour la solidité , les pièces de chêne que l'on y emploie
dans les autres pays. C'est depuis trois ans
seulement que cet usage s'établit dans les
constructions de cette baie ; les constructeurs
disent que c'est pour l'avantage de la construction ; je crois que le défaut de chêne, ou
au moins l'économie de ce bois précieux ,
en est le motif principal. On assure cependant
ici que réellement ce bois de spruce ainsi
employé , est d'une grande solidité ; si cela
est, on joint à l'économie du chêne l'avantage
de tirer un grand parti d'une espèce de bois
qui \ jusqu'à présent, n'avait été d'aucun usage,
et qu'on laissait pourrir en terre. Il nous a été
dit, comme preuve de la grande solidité de
ce bois , que des troncs coupés depuis dix ans,
et placés par le hasard de leur position à l'abri
• du soleil, ont été trouvés aussi sains que le
jour où les arbres avaient été abattus.
Souvent aussi les planches du fond du bâtiment jusqu'à la flottaison , au lieu d'être de
chêne , sont de bois de hêtre ou de bouleau
noir, qui a la même pesanteur que le hêtre ,
et qui est autant estimé. Les quilles sont de
hêtre ou d'érable à sucre , ou d'un autre érable
connu sous le nom de rockmaple. La différence- (6o )
du prix de ces arbres employés , ou en pièces
ou en planches , à celui du chêne , est d'un
cinquième meilleur marché. Par chêne , on
entend le chêne gris , car le chêne rouge n'est
estimé pour rien dans les constructions , et le
chêne blanc, le meilleur de tous, ne croit pas
dans ce pays. Les constructeurs assurent encore que la qualité saccharine des bois de
hêtre, du bouleau noir et de l'érable , est utile
à la conservation des fers, que la qualité
saline des chênes attaque ; c'est dans cette
intention qu'au Heu de saturer de sel les bois
verds employés à la construction des vaisseaux,
ainsi qu'il se pratique dans presque tous les
chantiers de l'Amérique , on préfère ici de les
imprégner d'huile par deux couches épaisses.
Mais comme cette huile, fruit de leur pêche ,
est encore d'un cinquième meilleur marché
que le sel, il est permis de douter que tous
ces grands motifs , dont on appuie dans ces
parages ce nouveau système, ait un autre fondement réel que celui de l'économie ; l'expérience prononcera. En attendant, les bâtimens
ainsi construits se vendent dans tous les ports
d'Amérique aussi chers que ceux construits
autrement il y a trois ou quatre ans , et donnent un grand profit aux hommes qui se livrent
à ce genre de commerce.  Cette branche est ( 6i )
encore bien loin d'être aussi étendue dans c©
pays qu'elle pourrait l'être. Le peu de capi*
taux des habitans actuels de la province de
Main, au moins de la partie que j'ai parcourue
jusqu'ici, en est la cause unique ; en considérant même cette pauvreté, on est étonné
qu'il s'en construise un aussi grand nombre.
Un petit creek navigable seulement à un
mille au-dessus de son embouchure, et pour
de petits bateaux, se jette dans l'anse de Dug*
trap, et fait mouvoir un médiocre moulin k
scie appartenant à MM. Aima. Je n'ai pas été
peu surpris de voir auprès de ces moulins de
longues pièces de bois sciées à main d'hommes.
C'est l'usage dans tout ce pays, et cet usage
prouve lui seul l'imperfection des moulins.
Indépendamment de MM. Aima, il y a encore
à Dugtrap deux à trois marchands qui font le
cabotage, à la vérité petitement.
Les bœufs se vendent ici soixante-dix dollars
la paire, les vaches vingt-huit, les moutons
dix à douze schellings, et s'achètent des set-
tiers que le besoin force à vendre ; l'espèce des
bestiaux est médiocre ; on tire à un prix beaucoup plus bas de Marthe-wine-island, sur les
côtes de Massachussets des moutons , qui ,
quoique d'une petite espèce , donnent une
race élevée quand ils sont depuis un an dans
la province de Main.. (6a)
Après avoir très-mal soupe et avoir été plus
mal couchés encore chez le capitaine Aima ,
qui, tout riche qu'il est, n'a dans l'indigne
log-house qu'il habite , ni pain, ni rhum , ni
sucre , et moins encore de viande ; nous avons
continué notre route par des chemins très-
mauvais , moins mauvais cependant que ceux
du Genessée ; nous sommes arrivés à Little-
river , autre petite anse , dont la rivière qui
lui donne son nom est aussi peu navigable
que celle de Dugtrap , et fait aussi tourner un
mauvais moulin à scie. Quelques settlers sont
réunis autour de cette anse ; ils sont presque
tous possesseurs d'un petit bâtiment pêcheur ,
que la plupart d'entre eux conduisent eux-
mêmes ou font conduire à la pèche par leurs
enfans. Ils font sécher sur leur propre rivage les poissons qu'ils prennent. Leur terre
est, comme toutes les autres, dans une entière nullité de culture. Le bord des côtes est
garni de ces petits pêcheurs , toujours misérablement logés , misérablement vêtus , et
vivant misérablement.
Le township de Belfast joignant à celui de
Little-river, est un peu mieux habité que les
autres ; les maisons y sont meilleures, quelques-unes sont peintes , les terres y sont un
peu en meilleur état. Ce township a été vendu (63)
il y a environ trente ans parla famille Waldo,
et l'état infiniment meilleur dans lequel il est,
peut faire croire que la possession préc'aire
où sont les habitans des autres townships, est
une des raisons à joindre à celle du genre de
leur occupation, pour expliquer l'état d'abandon où sont les terres qu'ils tiennent dans
leurs mains. Une rivière large de près d'un
mille à son embouchure, mais navigable seulement à trois milles plus haut, tombe dans
une anse plus étendue qu'aucune des précédentes. On passe cette rivière à un point dont
l'abord est difficile ; le bateau dans lequel on
la traverse est très-petit, très-mauvais pour
les chevaux ; nous l'avons attendu une heure,
et nous nous sommes trouvés heureux d'arriver à l'autre bord, le vent étant assez élevé,
la mer houleuse, nos chevaux peu tranquilles;
les deux autres avaient passé à la nage avec
le nègre du général. Tout ce que nous avons
vu des rivages de cette rivière bordée demon-
. tagnes assez hautes, est défriché , sans aucun
reste de troncs ni d'arbres morts , et m'a semblé garni de bonnes prairies, qu'à la vérité je
n'ai vu que de loin ; le township de Belfast a
une église, ce qui est rare, sinon unique dans
cette partie de Waldopatent ; lés routes y sont
meilleures, d'abord par la nature du sol, mais ( 64 )
aussi les parties qui ont besoin de réparation
y sont mieux entretenues que dans les autres.
Il est assez remarquable que dans presque
toute la province de Main les rivières ou creeks
coulent tous perpendiculairement à la mer
dans un cours plus ou moins prolongé, sans
recevoir dans ce cours d'autres eaux. Cette
vérité générale a quelques exceptions, comme
les rivières de Kennebech, de Penobscot, de
VUnion, mais je crois aucune autre.
Nous nous sommes arrêtés le soir chez Nicholson, fermier à réputation dans le pays ;
il est établi depuis trente - quatre ans dans
Prospect , township qui joint celui de Belfast
toujours sur la côte. Il a près de quatre vingts
acres d'abattus, et seulement cinq sont dans
un état de culture supportable ; cette culture est une prairie labourée, semée, et tenue
dans un assez bon ordre. Mais il a coupé cet
hiver cent cinquante cordes de bois, cent ou
deux cents gros arbres ; ses enfans lui ont
rapporté une dixaine de barriîs de morue ou
de saumon, et ses filles filent la laine de ses
moutons, et font des habits pour toute la famille ; elles font même avec les peaux des
bœufs qu'on tue pour vendre , des souliers
pour tout ce qui la compose. Il est donc très-
content de son sort, quoiqu'encroûté de tous
les (65)
les préjugés des vieux et ignorans laboureurs
de la province de Main ; et l'on ne peut pas
dire pis. Il pense que le bled ne peut pas venir dans son canton , que le seigle et forge y
viennent même avec peine, et en conséquence
il ne cultive de seigle et de maïs que ce qu'il
en faut pour faire une espèce de pain humide, nourriture commune des habitans du
pays, mais que dans tout autre on se ferait
presque scWfpule de donner aux chiens. Sur
cette immensité de terres dépouillées d'arbres,
il n'a que vingt têtes de bétail, bœufs , vaches
et veaux, et vingt à vingt-cinq moutons. Chacun de ces cinq acres en bon pré lui donne
plus de six milliers de foin , qui joints à
ce qu'il fauche de trèfle naturel, fournissent
plus que n'en exige la nourriture de ses,
bestiaux et de ses moutons , qu'il faut garder
à l'étable au moins six mois de l'année. Il
fume quelques acres de pommes de terre qui
lui en ont quelquefois donné quatre cents
boisseaux chaque, et qui dans les médiocres
années comme celle-ci, lui en rendent au
moins deux cents cinquante ; ces pommes de
terre se vendent facilement dans toute la province de Main un schelling et demi à deux
schellings le boisseau.
i Sa terre est excellente ; ses moutons , dont
Tome III, E (66)
il pourrait nourrir un nombre dix fois plu§
grand, et dont il ne cherche pas à augmenter la quantité, sont beaux, et lui donnent
des toisons d'une bonne laine, dont le poids
commun est de six livres. Ce qu'il n'en consomme pas pour l'usage de sa famille, se vend
un schelling la livre, et se vendrait le même
prix quand la laine seroit moins bonne. D'ailleurs , on ne conçoit pas ce qui peut donner
à ce vieux Nicholson la réputation d'un bon
fermier. Il ne me semble distingué en rien
parmi les autres, si ce n'est parce qu'au lieu
de tenir un lot de cent acres , il en tient deux
ou trois j sans avoir plus payé que les autres
pour leur possession, dont il use si mal.
On ne construit pas de vaisseaux dans le
township Prospect, mais seulement quelques-
unes de ces chaloupes renforcées j qui vont
à la pêche.
L'occupation générale du pays est de couper
du bois; un bon ouvrier en coupe deux cordes
par jour , quelques-uns/ mê*ae en coupent
trois. Elles se vendent communément sept
schellings. On paye un tiers de leur valeur
pour les faire mener au rivage , quand on
ne les y mène pas soi-même : un settler, qui
pas
.de bœufs ,
agne donc net neuf à
sUx. scheLUngs par jour ; il en gagne quatorze, m >
quand il conduit son bois lui-même ; en
voilà suffisamment pour expliquer leur incurie , la négligence qu'ils portent dans la culture de leurs terres , quelque sérieusement
désavantageuse qu'elle soit à leurs intérêts
bien entendus.
Un propriétaire , qui ne coupe , ni ne conduit lui-même son bois , donne deux schellings
par corde pour le couper, deux pour le conduire au rivage ; il a donc un demi dollar
par corde : lacre bien fourni est estimé
contenir soixante cordes ; c'est donc à peu
près trente dollars de valeur de bois par acre
qu'il met en poche: et cette information ne
seroit pas sans utilité pour ceux qui songeraient à acheter des terres dans la province
de Main. La rareté des bois aux environs de
Boston, et tout le long des côtes, qui devient
annuellement plus grande , doit augmenter
successivement encore la valeur de ces bois.
Notre première station , après avoir quitté
les Nicholson, a été à Brigadier s - island ;
cette île , faisant partie de Waldopatent,
comme toutes celles qui ne sont pas éloignées
de plus de trois milles du rivage , qui borde
ses limites , étoit aussi occupée par sept familles , qui s'étoient partagé les huit à neuf
. cents acres qui la composent.  Ces familles
E 2 warn
(68)
ont abattu les bois de tous les bords de)
l'île , et usé de ceux de l'intérieur , selon
leurs besoins ou leur commodité. La possession entière de cette île convenant aux projets du général Knox, il a fallu traiter avec
les occupans , et il lui en coûte 3,ooo dollars , soit en terres plus reculées , soit en
argent, pour faire abandonner le terrein à
ces sept familles , qui doivent en sortir dans
le courant de l'automne actuel.
Cette île , qui tient au continent par une
langue de terre de cent toises , découverte à
haute marée, est un terrein excellent pour élever des bestiaux , des moutons , et répondre
avantageusement à tous les soins d'une agriculture bien entendue ; les pierres qu'on trouve
à sa surface /donnent lieu de croire qu'elle
renferme des carrières de marbre et d'ardoise,
et du fer. Sa position la rend d'ailleurs intéressante pour toutes les vues de commerce dont
cette baye est susceptible ; elle a aussi pour
le général Knox l'intérêt particulier de se
trouver placée presqu'au centre de ses possessions ; il projette de la faire entièrement défricher , d'y tenir un grand nombre de moutons , d'en faire une propriété agréable et
Utile, et d'y venir passer tous les ans un mois
ayec sa famille ,  dans une maison qu'il fait (6g)
construire ; il compte par sa résidence, accélérer la rentrée de beaucoup de fonds qui lui
sont dus pour les terres de ces environs qu'il
consent à laisser aux usurpateurs , moyennant un prix très-inférieur à leur valeur, et
aussi empêcher les prévarications ultérieures.
M. Griffin , un des habitans actuels de
cette île, construit à présent une goélette de
quatre-vingt-cinq tonneaux, qu'il destine au
cabotage. Ce bâtiment lui coûte, prêt à mettre
en mer, 245o dollars, c'est à-dire trente dollars le tonneau; il a acheté presque tous les
bois dans la rivière de Penobscot ; Brigadier's-
island n'en fournissant pas d'assez gros pour
les fortes pièces du bâtiment.
Le township Krankford était le dernier dd§
points de Waldopatent, que le général Knox
était dans l'intention de visiter. Nous nous
sommes arrêtés chez un vieux fermier, qu'on
appelle le colonel Shulz. Il possède, avec la
permission du général, trois lots sur le bord
du Penobscot-river, à dix milles de son embouchure.
Quoique très-mauvais fermier, il dément,
par sa culture ; ou peut-être il justifie les préjugés contre le'bled ; car il en sème quelques
arpens , qui lui donnent communément une
récolte de quinze boisseaux par acre. Celle de
7orne III. E 3 (70)
cette année est infectée de rouille ; les grains
sont petits , gris et vuides , et ne rendront
pas la dixième partie de la farine accoutumée.
Il récolte aussi de très-bon maïs, une vingtaine
de boisseaux par acre; cependant il laboure
mal , il fume peu \ et choisit mal la nature et
l'exposition de son terrein pour cultiver du
grain. Ses champs dé pommes de terre lui
donnent le même produit que ceux de Nicholson. Il est depuis vingt-huit ans , établi
sur cette ferme , et sur les trois cents arpens ,
qui composent ces trois lots, vingt-cinq n'en
sont pas en réelle production.
La pêche de la morue est peu suivie dans
la rivière de Penobscot, et même au fond
<-Ee la baie. La pèche du saumon occupe tous
les habitans pendant les mois de juin et de
juillet. On le harponne souvent, mais plus
habituellement on tend les filets dans lesquels
il se prend quand la marée descend. Les habitans dans les lots desquels il se trouve une
petite pointe de terre qui s'avance , ont un
grand avantage dans cette pêche ; elle produit
communément à chaque famille , de dix à
soixante barrils de saumon , du poids de deux
cents livres , qui se vendent huit dollars le
barril. Les bords de Brigadier's-island sont
renommés pour cette pêche. Depuis quelques < m )
années, elle diminue beaucoup , et elle a
moins produit cette année que jamais. On
accuse de cette diminution les Indiens qui
demeurent à cent milles , au haut de la rivière
de Penobscot. Ils pèchent dans tous les tems ,
et tous les jours de l'année , conséquemment
ils empêchent la multiplication ; tandis que la
pèche du saumon, est, par la loi, bornée,
pour les Américains , à deux mois , et qu'elle
est prohibée le dimanche \ pour favoriser son
accroissement.
Ces Indiens sont réunis le long de la rivière
dans un village , assez bien bâti. Ils vivent
à peu-près comme les autres Indiens , mais
sont un peu plus civilisés. C'est une des tribus que , lorsque le Canada appartenait à la
France , les missionnaires français ont à peu-
près converti ou cru convertir à la religion
catholique. Depuis que cette partie du pays
a passé successivement dans les mains des
Anglais et des Américains, la religion catholique continue d'être préchée à ces Indiens ,
aux frais du gouvernement ; et aujourd'hui
un prêtre français est au milieu d'eux, leur
démontrant Y évidence de la transubstantia-
tion, et ne leur enseignant ni le devoir et les
avantages de la sobriété , ni les principes et
l'importance de la culture, ni la convenance
E 4 ■Si
(72 )
de ne pas détruire , sans profit pour eux,
une pêcherie qui fait la substance et la richesse
d'un pays aussi étendu. Ces Indiens rassemblent un assez grand nombre de peaux de
renards, de castors, de loutres, de rats musqués, et les vendent à quelques marchands
de la rivière, qui, à la faveur de l'échange
en  rhum , les acquièrent à très-bas prix.
La rivière de Penobscot est navigable pour
les vaisseaux jusqu'à la tète de la marée, c'est-
à-dire jusqu'à trente milles de son embouchure , et en bateau, cent milles plus haut
encore. Elle arrose dans ce trajet les plus
belles terres garnies des plus beaux bois , et
reçoit un grand nombre de creeks tous susceptibles de faire tourner plusieurs moulins.
Ses bords sont settles contiguement jusqu'à
la tète de la marée, et le sont encore de distance en distance , jusqu'à la réserve des
Indiens.
Vingt vaisseaux seulement jusqu'ici appartiennent à cette rivière : deux seuls d'entre
eux font le commerce d'Europe, et sont la
propriété d'un marchand CM. FréatJ qui,
ayant sa demeure principale à la tête de
la marée, a établi plusieurs stores le long
de la rivière, et a fait, depuis dix ans qu'il
est dans le pays, une fortune considérable* (73)
Les autres font le commerce des côtes , et
celui des colonies dans le tems de l'année où
le premier est impraticable* Tous les rensei-
gnemens que j'ai pris me font croire que les
bois de toute nature sont à meilleur marché
ici que dans les autres parties de la province
de Main que j'ai parcourues. Le prix d'un
bâtiment prêt à aller en mer , y est de 26
dollars deux tiers le tonneau ; on en bâtit seulement cette année cinq dans cette rivière. Le
défaut de capitaux est la seule raison sans
doute de ce petit nombre de constructions.
Il est vrai qu'elles sont plus chères à présent
à cause de la guerre d'Europe , qu'elles ne
l'ont encore été , mais les années passées où
elles coûtaient moins , le nombre n'en était
pas plus considérable.
Tout ce pays depuis Belfast, est dans le
comté dé Hancock, dont la plus grande partie
n'est pas encore habitée, et dont la population
totale n'excède pas encore 10,000 habitans,
sur une surface de 11,400 milles quarrés. Penobscot en est la ville principale.
Whasington, autre comté plus septentrional
encore , et qui joint aux possessions anglaises ,
sur une surface beaucoup plus étendue, n'a
pas trois mille habitans.
Les exportations de Penobscot, jusqu'ici ap- (74 )
pelée du nom indien Bagadus, sont peu considérables. Leur valeur estimée, a été en 1791 (*),
de io,854 dollars; en 1792, de 8,3i5 ; en
1793, de 19,327 ; en 1794 > de 5,825 ; en
1795, de 4>9/t9-
C'est avec raison , je crois, qu'on regarde
la rivière de Penobscot comme le point le
plus favorable au commerce dont la province
de Main est. susceptible ; mais on peut dire ,
en général, que ce pays est ti^s-propre pour
faire acquérir de grandes fortunes à toute compagnie , ou à tout homme qui apportant un
capital de quelque valeur , saurait l'employer
dans une suite d'opérations de défrichemens
et de commerce de plusieurs espèces. Il aurait
plusieurs vaisseaux, qui lui rendant plus profitables les bois qu'il couperait sur ses terres,
ne resteraient jamais un jour sans être employés ; ses moulins à scie donneraient encore
à ces bois plus de valeur , et il ne tarderait
pas à reconnaître que les moulins actuels sont
susceptibles d'un perfectionnement qui rendra
leur puissance plus grande , et qui étendra leur
emploi à plusieurs usages , auxquels personne
n'a songé encore, tels que la fabrication des
(*) Les années pour le compte des douanes coin men-
cent et finissent au premier octobre. (75)
essentes ou bardeaux, le broyage des écorcas
de spruces portées aujourd'hui en nature à Boston; où elles sont mises en poudre pour l'usage
des tanneurs,  etc. \  etc.  Ses  vaisseaux,  en
hiver \ porteraient aux colonies des mulets et
chevaux qu'il élèverait, et qui se multiplieraient promptement, si l'exemple et un sûr
débit en exilaient la propagation. Le poisson
salé qu'il pourrait faire pécher par d'autres
vaisseaux qui lui appartiendraient,   ou  qu'il
acheterrait, serait encore envoyé utilement
aux   îles ,   qu'il   pourrait  fournir   aussi  des
bœufs dont les pâturages de cette  province
entretiendront une grande abondance, et des
grains qui ne peuvent manquer d'être avantageusement cultivés , quand l'agriculture sera
un  peu encouragée ;   pendant  ce   tems , il
mettrait en bon ordre et en bonne valeur les
terres qu'il aurait débarassées de leurs bois,
et de tous ces produits, il se ferait un revenu
considérable , sûr, et de bon exemple. Enfin ,
ayant pour base de tous ses  travaux un ou
plusieurs stores qui, dans ces nouveaux pays,
sont, comme je crois l'avoir déjà dit plusieurs
fois , un produit immense pour tous ceux qui
emploient beaucoup d'ouvriers , un tel homme
ou une telle compagnie ferait une fortune considérable , rapide, et la ferait en enrichissant (76)
tout ce qui l'entourerait, tout ce qu'il mettrait
en mouvement : les circonstances, son industrie, fourniraient encore à son activité beaucoup d'autres moyens de multiplier ses succès.
Les dépenses qui décuplent le bénéfice d'un
grand propriétaire de terres , en comparaison
du profit de celui qui les garde pour attendre
du tems l'élévation naturelle de leur prix, sont
plus nécessaires à la province de Main qu'ailleurs. Les émigrations ne s'y portent pas naturellement ,  leur   cours  naturel est vers le
Genessée , les derrières de la Pensyîvanie , le
Kentuky , toujours à l'Ouest, parce que le
climat est plus doux, les terres meilleures et à
meilleur marché. La comparaison de la population du Genessée, par exemple, qui était encore il y a dix ans dans les mains des Indiens,
et de celle de la province de Main, dont beaucoup de parties sont établies depuis cent ans,
est une preuve indubitable de  cette vérité ,
qui doit guider la conduite de tout grand propriétaire de terres dans cette province : car
quoiqu'elle ait bien quelques espérances fondées à recevoir quelque chose de l'excès de la
population de l'Etat de Massachussetts , dont
la similitude des manières et du gouvernement
peuvent diriger de ce côté l'émigration ,  il
s'en faut beaucoup que ce qu'on peut espérer (77)
d'habitans de cette partie puisse peupler les
forêts de la province de Main, de manière à y
attirer l'activité et l'industrie nécessaires pour
augmenter beaucoup la valeur des terres, et
pour servir ainsi l'intérêt du propriétaire et
celui du pays.
Les bras s'y trouvent dans quelques parties
avec assez de facilité, et pour les travaux de
quelque durée on s'en procure aisément
comme je l'ai dit des derrières de Boston.
Le pays d'ailleurs, quoique plus froid que
les grands propriétaires de ces terres neveu-
lent en convenir, est sain. Il est un peu plus
sujet aux pluies et aux brumes que les parties
d'Amérique plus méridionales ; et il peut être
vrai que le voisinage de la mer rende les terres
de la province de Main situées près ses bords
moins propres à porter du bled, qui réellement est plus sujet à la rouille le long des côtes
que dans les terres plus reculées ; mais le
maïs s'y cultive avec avantage, et les prairies
pour peu qu'on leur donne quelques soins
sont d'Un grand et sûr produit.
Le climat de la province de Main est généralement beau. Les vieillards de quatre-vingt
à quatre-vingt-dix ans n'y sont pas rares;
mais il est habité jusqu'ici misérablement, au
moins pour la partie que j'ai parcourue avec ( 73)
le général Knox. Aux frères Aima près, nous
n'avons pas rencontré un seul homme que l'on
puisse dire intelligent avec quelque distinction ; presque tous sont pauvres, ou vivant
comme s'ils l'étaient au dernier degré. Vilaines
et basses maisons par-tout, saleté par-tout,
pas même de farine de seigle ; jam ait d'autre
viande fraîche , même chez les habitans les
plus aisés, que de l'agneau tué autant pour empêcher l'augmentation du troupeau, que pour
avoir la satifaction de le manger. Enfin cette
partie de la province de Main est celle
de toute l'Amérique où j'ai trouvé encore
moins de ressources, et c'est tout dire , car
ceux qui ont lu le journal jusqu'ici , savent
qu'il y a des lieux où j'en ai trouvé bien
peu.
-La boisson commune du pays est comme
dans presque toute l'Amérique le grog, c'est
à-dire de l'eau et du rhum ou du whiskey.
On en fait hien aussi avec de l'eau-de-vie
de genièvre ou de l'eau-de-vie de vin , mais
non pas dans ces pays reculés.
On y boit encore une sorte de bierre faite
avec une décoction de jeunes branches de
spruce ou épinette noire , à laquelle on joint
une certaine quantité de mélasse, ou plus souvent de sucre d'érable. (79)
On fabrique une autre bierre à peu-prés semblable , en faisant bouillir de jeunes branches
de bouleau, au lieu de celles de spruce.
Ces deux boissons sont très-communes dans
le Canada et dans le Massachussets, et se
trouvent même quelquefois sur les bonnes
tables : c'est, selon moi, une désagréable
boisson.      S
Tous les settlers sur le Waldopatent sont,
comme je l'ai dit, à ceux près de quelques
townships , sans aucun titre de propriété ;
ils sont cependant de deux espèces ; les uns
établis avec la permission du général ou de
ses préposés qui ont remis à un tems ultérieur à convenir du prix de vente, les autres
établis sans aucune permission. Quoique la
première manière de posséder donne plus
de titre que l'autre , la grande quantité de
ceux qui possèdent de la dernière manière
est telle , qu'ils se trouvent dans la même
position que les premiers. Tous conviennent
qu'ils doivent payer, offrent des intérêts f
mais aucun ne propose ni . argent comptant,
ni époque pour en donner. Il faut au Générai
un plan bien fait , une grande constance ,
une extrême patience pour se tirer de toutes
ces difficultés.
:"Vl (8o)
Prix des bois de la province de
Main.
J'ai pensé que le tableau indiqué ici des
prix des bois diversement façonnés dans plusieurs endroits de la province ne serait pas
sans intérêt, à causede leur élévation actuelle
qui changera tous les ans en augmentation
progressive au prix de l'époque présente.
J'y ai joint celui de quelques denrées, pour
completter autant que possible l'état des produits de ce district, et pour donner un point
de comparaison avec ce qu'ils pourront être
par la suite.
C'est aussi dans la même intention que j'ai
recueilli , et que je publie le résultat détaillé
d'un voyage fait récemment en Angleterre par
une goélette sur laquelle nous sommes montés,
pour revenir de chez le colonel Shulz au
travers de la baie.
Prioo w
_.
1 *
(i.
—"""1
xij3j_-s
« ^
__
«
II
'1   O  j^  o   o
_8    «
-2
•"§
j
wn o o  o rt
6
CO
o
•>T O) OSCO   -<
p-l
%
t
S „ & __-§-_-_  S. „
o
h3
Il     §
CO CO   rt   M   rt   C
« CO -<t
CO
to CO   .-.to   -<   -
.  -  «  «
«
-
s   i
_j £,
D_
s
i_a _,' J _a* ^ « « ,__< ,o ,__j _.
S
°   _     1
' "O
Oi__««rto»-i v+-o *<
r o
CO •<_■     ! j
Il  >
toco  t-to - -
S
I          0>
1      o
: 'S  i'u-l-l^
1    •    •'c "o
'o
'o
-a
:   h
1      -2
CO    •  rt  o  rt  c
>   •   • o to
^
sO
Il     o
to    -  t~- esi  >-« -
.        .      rH
I   °*
!    I
1      c_
•-^.fl-..
'o'o^SS^
"o
81 - 3
-4fl    O    «   C
>   Oirt CO
[>x ■
CO
1     Q
tCO   h   fl   -;   r
j j
•
1    ^
«
o
1    5
«J     OT     «  "S r_
: : s
-a'
o
CO o  «  o  o
•    '• CO
co
CO
Il   s
M-    Nfl   h
•   ;  -*
Il   ^
— 1
c
,._   * __i _q ,__
2
"o i, ""S'o [o ^
3^
o
1
© O   o Lo  « X
I-   I    .   {<) vj-tr
o o a>
■<}-co CO   fl   «   ,-
I    '.  "*
« -n
•_'.<-
■ ; <-v-nr*
• .' c *§    p_
'S-Tw 'ÊVo
• '3-O       0)
1
\_-Y>_'v-»-Y^-
I
^   -   o    .
C-H
c
_     •    o
; *s>-]z
*_
~C
•    s-_
'. f? "S-
1
.    a    «o:
.    <_>    « r
i
.    rt   -*
a    sas
8    o   «*(i
. ^ '£!_
<_>          *§        _    4
5 _3 .-_
^M>3
"i    *     J      *
.   * ._-   M)    II
°    «
' U tuO
173    'o   c "£
_ V__»-v-^__>>        1
1 si la
G 1    I
|    ||   |        ll
>o   «o
' ^ > £ ■*_    9
L__7. r,__.
-^--ri ...
4£—S II
r--     O S
Tome III. (82)
Résultat du voyage du Schooner le Dolphin
de Gushing, province de Main , du port
de 122 tonneaux, capitaine Buyenton,
fait en mai, juin et juillet 1795, trois
mois moins cinq jours, de Camden à
Liverpool, et de Liverpool à Boston.
Dépenses du marchand.
Fret du vaisseau , à un dollar  et
demi par tonneau     44° dol. *]
Gages pour le voyage du capitaine.     166.
— du maître, à vingt dollars par
mois        60.      V 078 dol.
— de quatre matelots,  à dix-huit
dollars     192.
Nourriture de l'équipage     120.
Achat de la cargaison à Camden,
cent tonneaux bois de chêne, à
trois dollars le tonneau     300.
Quatorze milliers douves de chêne ,
à huit dollars le millier      112.       > 424»
Deux milliers pieds de planches ,.à
six dollars le millier       12.
Droits payés en Angleterre     225.      ") ~g
Dépenses accidentelles     i56.      3
Achat de cargaison en Angleterre,
quatre cent vingt tonneaux de sel,
a trois schell. quatre pences sterl.    33i.       }
Deux cent soixante-douze boisseaux > o/fi.
de charbon, à trois pences sterl.      14.      j
Droits sur le sel à Boston,     420.
Total    2548 d__^ ( 83 )
Recette du marchand.
T'ente à Liverpool.
Quatre mille pieds ou cent tonneaux,
bois de chêne , à trois dollars le
pied ou vingt doll, le tonneau..  2000 dol.
Quatorze milliers dou ve£-d_r chêne >
à quarante-trois dollars     63o.       > 2720 **°M
Deux milliers pieds de planches , à
quarante-cinq dollars        90.
fente à Boston.
Quatre cent vingt tonneaux de sel,
à quatre doll. quatre-vjngt-cinq
schell   2068.       J
Deux cent soixante boisseaux de h 21D4-
charbon       96.      3
Total de la recette _.. 4884 dol_i
Montant de la dépense ci-contre....  2548.
Profit net pour le marchand  2336.
Ce gain considérable n'est pas donné ici
comme celui que l'on peut toujours attendre
d'une cargaison semblable envoyée en Angleterre ; mais s'il ne donne pas une mesure
juste, il doit au moins servir à juger le
profit qu'un très-petit déboursé peut procurer
dans ce pays, et par conséquent les ressources
qu'il présente.
En attendant, je le répète , ce pays est
dans l'enfance , dans une enfance rude-et assez
désagréable. Les impositions, sans y être considérables, le sont beaucoup plus que dans
F a Iff
Mil
ï-Kl
(84)
tous les nouveaux pays que j'ai parcourus;
M. Shulz, dont j'ai parlé, paie vingt dollars.
Dans ces impositions est comprise une taxe
pour les écoles , et en général les écoles ne
sont pas établies.
Suite des observations sur la province
de Main.
Il n'y a dans cette province aucune maison
de culte bâtie ailleurs qu'à Belfast et à Penobscot. Cette dernière place est regardée
comme la seule ville de cette partie de la
province de Main , et cette ville est composée d'une douzaine de maisons. Quelques
ministres affamés courent les townships ,
prêchent un ou deux sermons qu'on leur paie
quatre dollars , et vont le dimanche suivant
prêcher ailleurs. C'est dans toute l'Amérique
un grand objet d'ambition pour un nouveau
township qu'une église bâtie; s'il y joint une
bonne taverne, il acquiert une certaine consistance parmi les autres townships qui sont
ou qui ne sont pas aussi bien pourvus que
lui. L'église , indépendamment de la vanité
municipale, est encore désirée par les jeunes
personnes des deux sexes ; par les jeunes
filles sur-tout, qui vont y montrer une toi- (85)
îette soignée pour le pays, et qui y rencontrent leurs amis. Le dimanche, tout plaisir ,
tout exercice le plus innocent est interdit
dans le pays réellement superstitieux de la
Nouvelle-Angleterre ; mais on monte à cheval
pour aller à l'église ; on sort de chez soi, et
ainsi on aime l'église.
Le pays est aussi absolument dépourvu de
chirurgiens , au moins d'hommes à qui des
connaissances suffisantes méritent ce nom. Les
habitans ne sont pas assez multipliés ni assez
riches pour entretenir de bons chirurgiens ;
cet état, toujours joint à quelqu'autre profession plus utile , n'est donc que secondaire
pour celui qui le pratique, et il n'est pratiqué
que par des ignorans qui savent à peine saigner. Dans l'État de Massachussetts, est chirurgien qui veut; et l'on peut dire avec vérité
que cette faculté , laissée dans une aussi
entière étendue, est un tort de la;législature
qui devrait prendre des mesures pour qu'un
homme entièrement inepte ne rendit pas victimes de sa charlatanerie et de son impudence
la santé et la vie de ces habitans simples et
crédules.
Les affaires du général Knox étant terminées,
nous sommes montés dans la goélette dont
j'ai parlé, avec l'espérance d'être quatre heures
F 3 __v.a
(86)
après chez le général. Il était dix heures du
matin, et le vent était bon, mais il a promptement changé ; il est devenu très-mauvais,
le tems a tourné à l'orage , et nous avons
cherché un abri. Le lendemain , la marée ne
pouvant pas nous mener loin, nous avons
été chercher une autre anse à six milles plus
près de notre but que la première , mais à
quinze milles encore de celle d'où nous devions nous rendre à St. - George. Le tems
continuait d'être mauvais le lendemain, et le
général qui n'aime pas la mer, a préféré de
nous débarquer, assurant que nous trouverions chez le capitaine Aima des chevaux qui
nous mèneraient promptement à St.-George.
Nous étions près de Dugtrap ; arrivés chez
le capitaine , d'autres difficultés se sont présentées : il a fallu attendre nos chevaux qui
devaient venir avec la poste , car la poste suit
le bord du rivage, sur lequel seulement dans
cette partie de la province-, il y a quelqu'ap-
parence de chemin , parce que c'est la seule
partie où il y ait une espèce de continuité de
settlemens. Les chevaux qui devaient arriver
à midi, ne l'étaient pas à six heures ; il a donc
fallu nous arrêter et coucher dans cette sale
maison , tandis que le vent devenant favorable , a emmené la goélette que nous avions <87)
abandonnée, beaucoup plus loin encore que
nous n'avions besoin qu'elle allât. Ce désappointement m'a contrarié , car il me reste
bien peu de tems pour finir la longue tournée
que j'ai encore à faire, et je suis pressé de
me mettre en route, mais il faut recourir à
la patience. Elle est aisée à trouver quand
il s'agit de rester quelques jours de plus avec
le général Knox et sa famille.
Départ de chez le général Knox.
Le 5 octobre, vingt - quatre heures après
être revenu à St.-George, je me suis mis en
route pour Boston par terre. J'ai tant éprouvé
de bontés du général Knox et de sa famille,
que j'ai senti une véritable peine en me séparant d'eux ; ce n'étaient plus pour moi des
étrangers, c'étaient, je n'ose pas dire des amis,
mais des êtres bons , soigneux avec délicatesse , excellens pour moi, et ce qui est cent
fois mieux encore , à qui je paraissais n'être
pas indifférent. Mistris Knox gagne extrêmement à être connue ; quand on ne l'a vue qu'à
Phyladelphie, on ne la croit heureuse qu'entra
une table de commerce et une de wisk ; quand
on la voit quelque tems chez elle à la campagne , on la  trouve spirituelle,  instruite r
F4 (88)
excellente dans tous les rapports, et pleine
de mérite ; on lui reconnaît une tête vraiment
forte. Miss Knox perd à la campagne de son
excessive timidité ; elle se laisse voir spirituelle,
line et gaie. Pour mistriss Fluker, elle paraît
aimable dès le premier jour qu'on la voit, et
ne perd rien quand on la voit long-tems. Je
ne parle pas du général ; je l'ai déjà dit;
c'est un des plus excellens hommes que l'on
puisse connaître ; aimable, gai, et aussi estimable que bon ami et que joyeux compagnon. Je suis parti de cette maison pénétré
de reconnaissance ; c'est le seul sentiment
vraiment doux qui appartienne à ma position
actuelle. Toute la famille jusqu'aux enfans,
même les domestiques , ont paru fâchés de
me voir partir ; j'ai joui de ce sentiment qui
peut-être encore n'est qu'une illusion.
Il n'y a que peu de settlers de St.-George
à Jfarren , qui est le township joignant
celui de Thomas-town, qu'habite le général ;
une vingtaine de maisons sont réunies au
lieu où la marée cesse ; on y trouve deux
ou trois moulins à scie , à grain , à foulon,
deux à trois stores, deux à trois marchands,
mais tout cela sur une très-petite échelle. Là ,
comme je crois l'avoir dit, la rivière cesse
d'être navigable , parce  que son  cours est (8g)
obstrué par une infinité de rochers; c'est là
aussi que commence le canal que le général fait
construire, qui doit rendre les eaux de cette
rivière navigables, pour 60 a 70 milles , canal
mal commencé , confié à un étourdi de français qui n'y entend rien, et dont le succès
cependant est de la plus grande importance
pour la fortune du général et de ses enfans.
Les terres sont médiocres dans ce township,
et nullement aidées par la culture. Je n'en ai
pas vu les derrières , mais tous les propriétaires
qui avoisinent la rivière et ont le moyen de
couper du bois avec succès , ne pensent pas
plus ici que ceux que j'ai vu déjà dans la province de Main , à mettre les terres en valeur.
TValdoborough ; Broad-bay ; Noble-
borough; Newcastle.
Le township voisin est Waldoborough.
C'est un settlement allemand, établi il y a
quarante ans par le brigadier général Waldo,
qui pendant trois années de suite, a fait venir
à ses frais des familles d'Allemagne, et les a
dotées chacune de cent acres de terre. Le
settlement a parfaitement réussi ; ces familles ,
au nombre de quarante dans le principe, sont
au nombre ae deux cent cinquante aujourd'hui. ( go )
Une cinquantaine d'autres settlers Irlandais ,
Anglais, Américains, s'y sont réunis; mais il
faut qu'ils parlent allemand, c'est la langue
commune du township, quoique tous ces allemands estropient l'anglais, et que les juge-
mens se rendent en anglais ; mais on traite
les affaires, on cause et on prie Dieu en
allemand.
Broad-bay est la partie de la mer qui s'avance
dans cette partie de terre ; une petite rivière,
venant d'une trentaine de milles, se jette
dans cette baie ; comme presque toutes les
rivières du pays , elle n'est pas navigable;
les troncs d'arbres , ou jetés séparément, ou
mis en radeaux, peuvent arriver de d;x à
douze milles plus haut, mais pas autrement.
La tête de la baie est distante de la mer de dix
milles ; on y construit trois à quatre vaisseaux
par an ; huit bâtimens dont trois seulement
à trois mats , appartiennent à cette place, et
sont presque tous, ou la propriété réelle des
marchands de Wiscasset et des autres ports
voisins plus considérables, ou employés par
eux. Un marchand irlandais, établi à Waldo-
borough depuis peu d'années , y fait cependant des affaires pour son compte et avec
succès. On peut compléter assez promptement
nn chargement à Waldoborough ; les prix y (g* )
sont un peu plus élevés que dans la rivière
St.-George  et dans la baie de Penobscot.
Les maisons sont multipliées sur tous les
penchans des montagnes qui avoisinent cette
baie, mais elles sont petites et se ressentent
de la misère et de la saleté de toutes celles
que j'aie vues dans ma dernière excursion. Les
terres sont médiocres ; quinze à dix-huit boisseaux de maïs, vingt d'orge, quinze de seigle,
sont le produit commun d'un acre , qui en
donne assez communément trois cents de
pommes dé terres. Chaque famille a son petit
troupeau de dix à vingt moutons ; la crainte
des loups et des ours, que l'on m'assure être
assez communs dans le pays, n'empêche pas
de laisser errer ces troupeaux dans les bois ;
quelquefois ils sont mangés en partie , mais
le reste n'en va pas moins au bois le lendemain ; ces accidens d'ailleurs ne sont pas très-
fréquens ; il n'y a pas d'exemple que ces animaux aient attaqué même des enfans. J'ai
moi-même, dans cette journée , à quelques
milles de Waldoborough, vu un ours assez
gros traverser le chemin en fuyant ; j'ai pressé
mon cheval vers lui, sans cependant sortir
de la route, et il a fui plus vite.
Broad-bay est la ligne de terminaison de
Waldopatent, et est le centre de Waldobo-
I
__i_r (gO
rough, dont les maisons ne sont un peu rassemblées qu'aux environs de cette baie, mais qui
est plus peuplé que les townships précédens.
On m'a dit qu'à quelques milles dans les terres
les settlemens étaient multipliés , le terrein
et la culture meilleure.
Waldoborough est dans le comté de Lincoln , peuplé d'environ 3o,ooo habitans. Les
cours de justice du comté se tiennent successi-
vemens à Hallowell, à Pownalborough, et à
Waldoborough. Thomas-town, où est la maison du général Knox , est aussi dans le comté
de Lincoln, qui s'étend au-delà jusqu'à Belfart.
Nobleborough , township suivant, est plus
habité que le précédent , mais encore sans
grande différence pour la qualité des maisons
et l'apparence de richesse ou plutôt de pauvreté des propriétaires. Ce township a aussi sa
baie, Damasco-bay, qui rémoise à dix ou douze
milles dans les terres ; à quelques toises de
sa tête commence un étang qui a cinquante
milles d'étendue. Tout ce pays est plein d'étangs plus ou moins grands, tous très-poissonneux , mais d'aucun usage pour les habitans, qui, n'y trouvant pas assez de poisson
pour le saler et le vendre, dédaignent de le
pêcher pour en manger. Quelques bâtimens
se construisent dans Damasco-bay, la plupart (g3)
sont pareillement employés par les marchands
de Wiscasset.
Le township de Newcastle a de même sa
baie , ou plutôt il est traversé par la rivière
de Sheepsent, qui passe ensuite à Wiscasset.
Newcastle est le point où elle cesse d'être navigable pour des bâtimens chargés ; elle l'est
quelques milles de plus encore pour de petits
bateaux ; deux navires sont en construction
à Newcastle ; c'est là qu'on passe cette rivière ; le bateau est bon et bien conduit. On
s'occupe à présent d'y construire un pont à
la grande satisfaction du batelier, qui quoique
perdant par cette construction les profits du
passage , ne les regrette pas, étant par eux
peu dédommagé de la continuelle assiduité à
laquelle il l'oblige.
Les chemins de cette journée sont mauvais,
pleins de rocs quand ils ne le sont pas de
racines et de boue, montueux , et qui pis est,
difficiles à trouver dans les bois où ils sont
très-multipliés. L'excellent général Knox m'a
accompagné huit milles, et m'a mis pour quelques milles de plus sous la conduite d'un bon
allemand, chirurgien de profession, à qui son
sétat rapporte soixante à quatre-vingt dollars
dans les bonnes années, et qui dit qu'à vingt
milles à la ronde il n'y a que lui qui entende ( 94)
la médecine ; ce brave homme ne m'a quité
que quand j'ai été hors de tout risque de me
perdre, et n'a pas même voulu que je payasse
son diner. Il a six enfans qui sont tous mariés , et une petite ferme de quarante arpens,
que d'après ce qu'il m'a dit , il fait assez
mal valoir ; mais il en a assez , parce que,
dit-il, il n'a pas besoin d'être riche. Le bon
homme a dépensé l'année dernière trois cens
dollars pour aller chercher à Philadelphie un
prêtre allemand à qui, indépendamment de la
contribution de chacun , il donne par an
trente dollars de sa poche. On trouve des
originaux par-tout, et de toute espèce.
Wiscasset.
M.* Lee , que j'avais vu chez le général '
Knox , m'avait invité à descendre chez lui
à Wiscasset ; je l'ai fait. C'est un homme
de loi , et je pense des plus employés du
pays; il a une jolie maison ; il est fort bon
homme, m'a très-bien reçu , et a regretté
avec moi que sa femme , qui était depuis peu
partie pour Boston, né l'aidât pas dans l'excellent accueil qu'il m'af fait.
Wiscasset est du côté de la baie de Penobscot , la première place de la province de Main, lip
où l'on fasse réellement des affaires. Les
marchands n'y sont pas bien riches , mais
ils sont nombreux, et comme je l'ai dit, ils
sont propriétaires de la plupart des vaisseaux
que Ion construit dans les anses ou baies voisines ; quelques - uns même le sont de six à .
sept vaisseaux, mais ils les louent plus qu'ils
ne les emploient eux-mêmes , et l'état actuel
de l'Europe a donné beaucoup d'étendue à
ce genre de commerce, qui assure un profit
considérable sans aucun risque. M. Swan de
Boston a fretté un grand nombre de tonneaux
de cette place, pour faire passer en France
des grains et des farines.
Cinquante vaisseaux appartiennent à Wiscasset ; une dixaine vont en Europe au compte
des marchands du lieu. Ils se chargent des
productions du pays, et rapportent à Boston les marchandises en retour qui ne se
consommeraient pas dans la province de Main.
Wiscasset est à douze «milles de la mer ,
aussi n'y a-t-il pas de pécheurs établis dans
ce petit port. C'est sur la côte que cette espèce d'habitans réside ; ils perdraient la moitié
de leur modique profit s'ils sen écartaient.
La ville assez ramassée est composée d'environ cent-cinquante maisons , dont quelques-
unes très-jolies. En 1789, trente-cinq bâti-
J (gs)
timens faisaient seuls le commerce dans toute
l'étendue du district, et le tonnage général
en était de 2090 tonneaux. En 1795, et au
10 octobre seulement ; il a cent-deux vaisseaux
enregistrés, qui portent 9,o,44 tonneaux. Ceite
progression surprenante montre à quel point
ce genre de commerce s'étend dans ce canton,
car ce n'est pas le débit qui est augmenté,
mais seulement l'industrie navigative. Les exportations en ont été , en 1791 , de 35,56a
dollars; en 1792, de 39,255 ; en 1793, de
36,483 ; en 1794 \ de 32,33o; en 1795, de 34,65g.
Cette parité dans la valeur des exportations ,
malgré l'élévation croissante des prix des
denrées dont elles sont composées , prouve ,
comme je l'ai dit, qu'une grande quantité des
vaisseaux appartenans à Wiscasset, sont loués
pour le fret et vont chercher leur cargaison
dans d'autres  ports.
Rivière de Kennebeck.
Toute cette route longe les têtes des baies,
et à mesure que l'on s'avance vers Boston ,
elles sont plus remplies d'activité , les
maisons sont plus grandes et plus belles.
Vçlwick-bay est la plus prochaine de Wiscasset ;  un ou deux petits bâtimens y sont
en ( 97 )1
en construction, et plusieurs moulins à scie, à
grain , y sont mis en mouvement par la petite
rivière qui s'y jette , en sautant par-dessus des
rocs assez élevés pour former à ces moulins
une digue naturelle. Le pays est pierreux de
Wiscasset à la rivière de Kennebeck ; les
terres sont cependant bonnes , toujours médiocrement cultivées , mais settlées par-tout.
Dans les dix milles de ce trajet, on ne traverse pas un quart de mille de bois. On passe
en bateau la rivière de Kennebeck ; elle
est large d'environ un demi-mille : le passage
en est , dit-on , quelquefois dangereux , il a
été .pour moi très-aisé. Un très-beau tems et
la faveur de la marée , m'ont mis en cinq
minutes de l'autre côté. Le conducteur et le
bâtiment sont très-bons.
Kennebeck est une des plus grandes rivières
de la province de Main ; elle a sa source à
deux cents milles de son embouchure j et
arrose les plus belles parties de bois du pays.
Mais cette rivière , où les vaisseaux d'une certaine force peuvent monter jusqu'à cinquante
milles de son embouchure , est d'une navigation très-difficile et continuellement obstruée
par des rocs et des barres. On construit des
vaisseaux à Hallowel, qui en est à quarante
^nilles ; mais ces vaisseaux ne sont chargés
Tome III. G (98)
qu'à Bath , à six mille au-dessous du point où
se passe la rivière. Les bois qui poussent à
Hallowel, ou qui se coupent aux environs ,
sont conduits ou en trains, ou en bateaux ,
jusqu'à Bath, où ils sont mis dans les vaisseaux. L'entrée de la rivière de Kennebeck,
est même d'une navigation assez mauvaise ,
pour que les navires , qui y sont destinés ,
s'assurent à Londres à un plus haut denier-!]!
que pour toutes les autres baies, ports ou
rivières de ces parages , au moins me l'a-t-on
dit.
Quarante vaisseaux appartiennent à la rivière de Kennebeck ; le plus grand nombre
est la propriété des marchands résidens à
Bath même , ou à Hallovel, mais ayant leur
comptoir à Bath. Le reste appartient aux marchands de Wiscasset, même à ceux de Portland. D'ailleurs, les bords de la rivière sont
habités jusqu'à cent trente milles. Le pays ,
dans la partie qui n'est arrosée par aucune
rivière, est settle dans l'étendue de quatre-
vingt à.cent milles.
Hallowel est, dit-on, une ville de deux cents
maisons. Une autre ville du même nom , et
aussi considérable, est à deux milles plus haut
sur la même rivière; elles sont l'une et l'autre
H marché des produits du pays , que l'on di% (99)
être trèsabondans, les terres étant excellentes
et cultivées en bled et en grains de toute
espèce. Il se tire aussi beaucoup de bois de
la rivière de Kennebeck; mais ils commencent
à être très-éloignés des bords, sur-tout comme
on peut le juger, dans les endroits où les habitations sont plus multipliées. On assure, par
exemple , que les grands bois sont coupés à
plus de vingt milles au-delà de Hallowel. Les
hommes, qui font de la vente première de
cette denrée le prinî_s_pal moyen de leur existence , vont, dans le commencement de novembre , s'établir avec leurs familles et leurs
bœufs , dans les beds bien ga_t$.is , n'importe
qui en soitpropriéta_rre , souvent à quarante et
soixante milles de chez &ùx ; ils ont eu soin
d'y aller, en été, couper de l'ike-be grossière ,
qu'ils 4>nt laissée sécher en tas. Là ils cons-
>trnisent une hutte, coupent leur bois , le
mènent e-BK^raîneauat sur lel&rd du creeck le
plus voisiiu, de manière à ce que les crues
•«STeau du prfntems l'emportent en rivière. Ils
ont soin de mawçuer chaqlie pièce de ce bois
ainsi al_»andonné^-& tachent, et comme chacun
des coupeurs a sa marque particulière , il n'y
-a ni erreur, ni dispute ésù&s les recouvremens.-
Les familles reviennent en avril, ou en mai,
«elon la rigueur de l'hiver dans leurs maisons z
Ga (   100   )
et reprennent leur travail de terre. Batîi est
ce qu'on appelle en Amérique un port d'entrée , c'est-à-dire un port où il y a établissement de douane. Les exportations en ont été
en 1791 de 29,457 dollars; en 1792 de 37,002 ;
en 1793 de 45,35i ; en 1794 de 23,644? en
1795 de 04,659.
Dans le township de Brunswick, qui succède à celui de Bath , les terres sont généralement pauvres, un sable sec presque partout ; point d'autres arbres que des pins blancs)>J
des bouleaux blancs, et des hemlocks, qui
viennent assez mal; aussi peu de cléfriche-
mens , quelques habitations à grande distance ;
elles sont presque toutes concentrées , au
moins pour la partie que traverse la route ,
dans deux ou trois réunions de maisons que
nous appellerions villages en Europe. La première , où j'ai dîné , en contient trente à quarante. Quelques-unes sont assez propres ; ces
habitans, éloignés de la mer, n'y ont presque
pas d'autres occupations que la culture et quelques petits trafics. Le rapport commun d'un
acre y est de vingt-cinq boisseaux de maïs ,
de cent cinquante boisseaux de pommes de
terre , de dix-huit de seigle, mais on en cultive très-peu. On fait un peu d'orge , et point
de bled. ( ici )
Le voisinage de la mer , et les hauts gages
que depuis deux ans on donne aux matelots ,
portent presque tous les jeunes gens vers cette
profession, et rend les ouvriers pour la terre plus
difficiles à trouver et plus chers; on les paye
onze à douze dollars par mois. Les prairies
donnent du foin avec assez d'abondance ; c'est la
première nécessité d'un pays où les bestiaux
restent de six à sept mois à l'étable , et où le
foin seul est alors leur nourriture : chaque
bœuf mange , pendant ce tems, près de six
milliers de foin et soixante-dix à quatre-vingt
boisseaux de maïs.
L'autre village de Brunswick , où j'ai passé ,
est à cinq milles plus loin. Trente ou quarante familles , réunies à l'embouchure de la
rivière Ammarcskoghin, y sont généralement
employées à la construction des vaisseaux et
à un peu de commerce; trois bâtimens étaient
en construction : dix autres appartiennent à
cette petite ville ; mais, comme tous les bâtimens construits dans ces petits creeks, presque tous sont la propriété des marchands qui
habitent les villes voisines plus considérables.
La baie de Casco baigne le rivage où la plupart
des maisons de ce petit village sont bâties ; cette
baie , dont les branches sont très-étendue, est
dans ce point à trente milles de la .mer. Les
G _> (   102 )
bâtimens construits ou appartenans à Bruns*
wick se chargent à Brick-islands, dix milles plus
bas dans la baie. On retrouve la baie de Casco à
Trueport, township voisin, où l'activité en construction est plus grande encore, et dont les
terres sablonneuses , comme celles de Brunswick , dans la partie qui avoisine ce dernier
township , s'améliorent en s'en éloignant.
North - Yarmouth.
North-Yarmouth a l'apparence d'une petite
ville ; plus de maisons, plus d'ouvriers de toute
espèce y sont rassemblés. Elle est bâtie sur
une des petites anses de la baie de Casco, où
se jette la rivière Royale , qui n'est navigable
qu'en bateaux, et jusqu'à cinquante-huit milles
de son embouchure. Ce petit coin de pays est
très-actif; trois vaisseaux, dont un de cent
cinquante tonneaux, y sont en construction,
indépendamment de deux autres commencés
cette année et déjà en mer. On y voit des
moulins, de différente espèce. Les terres aux
environs sont un peu plus soignées ; la mer
est trop loin pour que la pêche distraie les
habitans de la culture. Les maisons sont mieux
bâties dans toute l'étendue de ce township que
le chemin parcourt.  La potasse commence a ( io3 )
y être un objet de commerce. Quelques petits
marchands résident à North-Yarmouth. Trois
ou quatre se réunissent pour faire construire
un bâtiment : le capitaine y met aussi sa part ;
la cargaison est faite en société, et si elle est
destinée pour les Antilles ou pour l'Europe,
( ce dernier cas est rare dans ce port ) les
retours sont portés à Boston. Plus communément les vaisseaux portent des bois à Boston
ou à New-Yorck , quoique le prix des bois
soit déjà dans cette partie beaucoup plus élevé
que dans celle qui précèdent, puisque la corde
y vaut de dix à onze schellings. Les settlemens,
dans les derrières de North-Yarmouth , s'étendent jusqu'à soixante-dix milles.
Portland.
Je suis arrivé à Portland le dimanche...
octobre , et j'ai été étonné de trouver des auberges propres et attentivement servies dans
un pays si sauvage, trop peu habité encore ,
pour que les voyageurs y soient communs. Celle
de North-Yarmouth est petite , mais bonne ;
et peu de maîtresses d'auberge en France sont
plus soigneuses que madame Eota. De North-
Yarmouth à Portland les terres sont médiocres ; le pays est très habité ; mais beaucoup
G 4 — ( io4 )
de petites maisons en troncs grossiers ou en
planches mal jointes , annoncent au- dehors
peu de richesse et de propreté. Un voyageur
européen n'est pas peu surpris de voir sortir
de ces hutes de jolies femmes ou filles, avec
des chapeaux dune bonne tournure , des rubans , des plumes même, des mante!ets , et
toutes habillées avec élégance. C'est le spectacle qu'il a tous les dimanches matin , lorsque
le tems est assez beau pour permettre d'aller
à l'église. Les hommes sont aussi vêtus avec
propreté , mais ils ont l'air endimanchés t
au-lieu que les femmes et les filles, qui sortent
de faire la cuisine et de laver les plats, de
traire les vaches ou d'engraisser les cochons,
n'ont rien d'emprunté sous cette toilette recherchée. Presque toutes sont grandes et bien
faites, beaucoup sont même très-jolies.
• Portland est sur une péninsule qui s'avance
dans la baie; il faut donc, pour y arriver ,
gagner l'istme qui l'attache à la terre, et c'est
en venant de North-Yarmouth un détour de
pjus de trois milles. On s'occupe à construire
un pont, pour traverser le bras de la baie
qu'aujourd'hui il faut tourner. Ce pont, entrepris par souscription , est à moitié fait ; s'il
peut s'achever de manière à résister avec solidité à la rapidité des courans, aux mouvemens ( i65 )
des grandes marées et à la force des vents,
qui, aux equinoxes, soufflent dans cette baie/
avec violence, cet ouvrage sera beau et utile.
Mais cette solidité est jusqu'à présent un
problème.
La ville de Portland est jolie. Le nouveau
quartier est bien bafti en maisons assez vastes
et agréables. L'ancien quartier qui a été brûlé
par les Anglais.dans la révolution, est rebâti de
maisons médiocres , et habité par les familles
les moins riches. De beaux quais , contre
lesquels les vaisseaux chargés peuvent s'approcher en tout tems, des magasins, donnent
une grande facilité au commerce. La rade est
bonne et sûre. Cette rade est cette même baie
de Casco, dont les branches s'étendent depuis
Brunswick jusqu'à Portland, et qui, dans toute
son étendue , offre un mouillage aux vaisseaux:
de toute force. Le principal inconvénient de
cette baie est d'être accessible par six à sept
passages assez larges, et d'une navigation aisée , de manière qu'en tems de guerre, les
mêmes dangers d'incendie se renouvelleraient
sans qu'il fût réellement possible de s'y opposer. L'ouverture de la partie de la baie
dans laquelle-est située Portland, est de plus
de deux' milles ; ainsi les canons qui pourraient être>tirés des deux pointes, auraient de ( io6)
la peine à se croiser, et ne feraient que peu
d'effet.
On s'occupe à présent de construire, sur
les débris d'un ancien fort en terre , une
nouvelle fortification pour dominer la ville
et empêcher les ennemis de s'y établir.
Cette fortification placée sur la pointe de la
presqu'île où est bâti Portland, est composée
d'une batterie de quinze à vingt pièces de
gros canons, qui a vue sur la large entrée
de la rade dont j'ai parlé. Cette batterie doit
communiquer par un chemin couvert, à un
fortin placé sur la partie la plus élevée de
la pointe, et à quatre à cinq cents toises de
la batterie. Ce petit fort peut contenir deux
cents hommes. Si Portland était une ville de
guerre d'un accès difficile , et à la défense
de laquelle on dut employer une grande garnison , la position de ce fort comme citadelle ,
en le faisant communiquer avec la ville, serait
bien choisie , mais dans la position naturelle
de Portland , on ne conçoit pas l'utilité d'un
tel fort , et par conséquent de la grande
dépense auquel il entraîne. Portland est un
point que dans aucun cas il n'est de l'intérêt
des ennemis de tenir. Ils brûleront la ville et
sen iront. L'équipage de deux à trois vaisseaux
suffira pour cette expédition. Si la garnison
I ( 107 )
des batteries ne peut pas l'empêcher, et est
obligée de se retirer dans son fortin , les ennemis , pressés He s'en aller, l'y laisseront,
sans même lui faire l'honneur de lui proposer de se rendre. Je ne puis donc concevoir
l'utilité de cette fortification. C'est en 1770
qu'une frégate anglaise brûla les trois quarts
de la ville de Falmouth , dont alors Portland
faisait partie. En 1786 , la législature de l'État
de Massachussetts a incorporé les restes de
Falmouth et la ville de Portland , qui alors
était déjà plus considérable sous le nom de
Portland.
Le commerce de Portland se fait avec soixante-
dix vaisseaux de toute grandeur, qui appartiennent à la ville. Beaucoup d'entr'eux vont
en Europe, un plus grand nombre aux Antilles. Une vingtaine sont employés à la pêche
de la morue , et le poisson se sèche sur lès
iles qui sont à l'entrée de la baie. Les négocians sont nombreux à Portland, mais aucun
n'a de grands capitaux. Comme la ville, ni les
environs, ni même les pays de derrière ne
suffisent pas à la consommation de tous les
retours faits sur les vaisseaux qui appartiennent
à ce port , ces retours sont presque tous
amenés à Boston. Le besoin toujours pressant
d'argent fait même porter à cette capitale un ( io8)
plus grand nombre de ces cargaisons qu'il ne
conviendrait pour la commodité de la ville ,
et il arrive sans cesse que les magasins de
Portland manquant des marchandises que leurs
propriétaires ont envoyées à Boston , sont
obligés d'y r'acheter de la seconde main ces
mêmes marchandises.
En 17891e tonnage de ce district composé
de Portland et de Falmouth était pour le
commerce étranger de 5341 tonneaux ; pour
la pêche et le cabotage de 1628 ; en tout
6969. En 1795 , et au mois d'octobre seulement les vaisseaux enregistrés se montent à
8408, pour le commerce à l'étranger , et à
a pêche et le cabotage.   En tout
13,798. Les exportations de Portland ont été
pendant l'année 1791 , de 74,804 dollars ; en
1792, de 105,192; en 1793, de 146,921; en
1794, de n5,6i2; en 1795 , de 165,682.
Il n'y a point de marché régulier établi
encore à Portland , pour les denrées et les
provisions , chacun doit pourvoir à la sienne,
mais les moyens en sont aisés. Trois cents
maisons à-peu-près forment cette jolie petite
ville , dont la population est de 23oo habitans
Les congrégationistes y ont deux églises , les
épiscopaux une. Des écoles y sont établies ;
on les dit assez bonnes. Les lots de ville sont ( 109 )
d'un prix qui peut passer pour élevé , et les
terres jusqu'à quelques milles de distance de
la ville se vendent environ vingt dollars l'acre,
Portland est la capitale du comté de Cumberland, peuplé d'environ 24,000 habitans.
Bidderfort. M. Thasteher.
Plus on approche de Boston , plus l'activité augmente, pas un creek où quelques
vaisseaux ne soient en construction , pas une
anse où quelques marchands réunis ne chargent ou ne louent à fret quelques vaisseaux;
pas une possibilité d'établir un moulin sans
qu'un moulin n'y soit établi. Ainsi Falmouth ,
Pepperborough, S ago , Bidderfort, Zenne-
bunk, Berwick , montrent une activité supé-
rieure à celles des petites villes que j'ai traversées jusqu'ici. Les terres sont toujours négligées , mais par tout aussi la qualité la plus
mauvaise des terres se trouve près de la mer.
J'avais couché à Portland, chez M. Davrès ,
jeune homme de loi, que j'avais rencontré
comme M. Lee , chez le général Knox , et
qui est très-distingué par ses manières , son
ton, sa politesse aisée , et aussi, dit-on , par
ses lumières. Je me suis arrêté pour dîner
3. Bidderfort,   chez  M.   Thasteher ,  aussj
il f   "O)
homme de loi, que j'avais , comme M. Da-
vrès, vu chez le général à leur retour de la
cour de circuit de Penobscot. M. Thasteher
est de plus membre du congrès; il demeure à
deux milles de la ville , dans une petite
maison basse , où sûrement le plus petit avocat de France n'aurait pas consenti à loger.
Vis-à-vis sa maison et de l'autre côté du chemin est une hute de douze pieds quarrés
faite et couverte de planches mal jointes.Cette
hute juchée sur la sommité du revers du chemin , et assez mal assurée sur des rochers
qui se trouvent abondamment là comme dans
tout le reste du pays , est son cabinet d'affaires , de consultation , et sa bibliothèque.
Cette bibliothèque est composée de deux milles
volumes d'un excellent choix en livres de son
état d'abord , mais aussi en histoire, en morale , en littérature. Il est fourni de tout ce qui
paraît de nouveau en Amérique, et fait venir
d'Angleterre tous les ouvrages auxquels il
croit du mérite , et qu'il ne peut pas se procurer dans les Etats-Unis. 11 lit beaucoup et
est fort instruit. Il a dans l'esprit comme dans
toutes ses manières une tournure originale qui
n'est pas déplaisante , parce qu'elle n'a rien
d'affecté , mais qui donne à ses idées généralement excentriques, souvent de l'exagération ( p )
et quelquefois du faux. Simple danS son extérieur, rigide dans ses principes jusqu'à la
sévérité , il est bon \ hospitalier , obligeant et
respecté dans son voisinage. Il cultive une petite ferme et mange avec sa nombreuse famille un dîner aussi austère que ses propres
înaximes. Sa grange n'est jamais fermée,, son
cabinet est toujours ouvert, et comme il n'a
jamais été volé , il croit rendre par cette confiance peu commune , hommage à la probité
de ses voisins, fédéraliste dans ses opinions ,
il n'aime pas plus les intrigans de son parti
que ceux de l'opposition , ou plutôt il n'appartient à aucun parti, et se vante , avec raison , si cela est vrai, de ne savoir jamais en
allant au congrès avec qui il votera. lires*
peu riche, mais plus cependant qu'il n'est nécessaire de l'être pour vivre plus confortablement qu'il ne fait, si ce genre ne plaisait pas
à la tournure originale de son esprit. Ses
terres sont bonnes ; il ne les tient dans ses
mains que depuis deux ans ; il ne les fume
pas, et elles donnent cinquante boisseaux de
ix cents de pommes
maïs, quarante d'orge
de terre ; les prés , qui ne sont pas encore en
entière valeur , donnent déjà six milliers de
foin. Mais ses charrues, ses herses , sont
aussi communes que toutes celles dont on fait ( p )
usage dans le pays , mal calculées , mal
faites. M. Thasteher se plaint de ce que l'établissement de bonnes écoles n'est pas assez
prompt dans son canton ; bientôt elles s'amér
lioreront, car dans ce pays tout avance à pas
de géant.
Bidderfort fait avec Pepperborough un
port d'entrée; la valeur de ses exportations a
été en 1791 , de 26,644 dollars ; en 1792 , de
37,446 ; en 1793 , de 39,014 ; en 1794 ? de
5o,4i4 » et en 1795 , de 47,645.
La rivière de Sago, sur laquelle Bidderfort
est bâti, n'est pas navigable au-delà du pont,
mais est pleine de rapides qui donnent le
mouvement à un grand nombre de moulins
et une vue .très-agréable et très - pittoresque
aux voyageurs. On traverse encore dans le
chemin quelques rivières , de peu de conséquence , jusqu'à Berwick , où la rivière
de Salmon-fall, assez large par elle-même,
reçoit de la marée une grande extension j
qui rend son lit plus large que profond.
Berwick.
Je suis arrivé le mardi... octobre , dans
ce township qui est d'une grande étendue.
La partie où, comme l'on dit dans ce pays,
les ( ii3)
les affaires se font, c'est-à-dire où passe la
rivière, est à sept milles de celle où je me
suis arrêté , et ces deux points ne sont pas
les plus éloignés. Une quarantaine de maisons
réunies forment le bourg ; mais les habitations
sont multipliées sur la route ; on m'assure^
qu'elles le sont aussi dans toute l'étendue du
township. Les terres que j'ai vues semblent
un peu meilleures que les autres , quoique
bien légères encore et bien pierreuses. La culture du maïs et de la citrouille ? dans les intervalles , est le fond de l'agriculture du pays.*
Les seigles et les bleds se cultivent dans les
terres plus en arrière. M. Roger, quaker,
tient à Berwick une taverne vraiment excellente. Les compagnies ne sont pas mêlées,
chacun a son parloir, son souper , sa chambre
particulière ; tout est propre, soigné , beaucoup de domestiques qui servent à-la-fois à
la ferme considérable qu'il cultive, et à l'auberge; le maître et la maîtresse sont intel-
ligens et préyenans; cette auberge est un
phénomène jusqu'ici sans exemple pour moi.
M. Roger ne mange point avec ses domestiques ; sa femme ne va dans la cuisine que
pour y commander et non pour se mêler manuellement du ménage ; ils ont tous les deux
le ton de supériorité sur leurs domestiques,
Tome III. H
M ( «4)
et ceux-ci l'espèce de respect pour eux, que
je n'avais encore vu dans aucune auberge
depuis que j'ai quitté l'Europe.
Le comté d'Yorck où est situé Berwick , n'a
que 4,000 habitans, et par conséquent est
proportionnellement le plus peuplé , quoiqu'il
soit le plus petit de la province de Main ,
dont Berwick est le dernier township. Toute
cette partie, depuis Portland, est réellement
florissante , et cependant les terres, dans
l'opinion commune, y sont moins bonnes que
vers Penobscot. C'est aussi la partie la plus
anciennement habitée de toute la province.
Si les troubles trop à craindre n'empêchent
pas les progrès de ce pays , il en fera de
grands et de rapides. Mais plus on le voit,
plus on y réfléchit, plus on est convaincu
qu'il est de toute nécessité pour ses succès
que de riches habitans , que de bons cultivateurs s'établissent dans ces parties aujourd'hui si mal et si pauvrement cultivées. Un
pays dont le climat condamne les bestiaux
à rester six mois au moins dans les écuries,
exige une agriculture soignée, productive,
afin de pourvoir avec abondance à cette nourriture d'hiver , et d'entretenir un bon nombre
de bestiaux. Il faut donc une bonne préparation à la terre,  un travail réfléchi, et des ( n5 )
capitaux pour soutenir ce travail. C'est ainsi
qu'on réparera le défaut du climat , si fâcheux pour un agriculteur; ainsi, on donnera aux laboureurs moins intelligens, de
bons exemples ; on propagera un bon système
de culture , le seul convenable au pays , et
l'on aura des fermes profitables.
Observations générales sur la province
de Main.
Avant de quitter la province de Main, je
vais dire un mot de son histoire et de sa
situation générale.
Quelques tentatives d'établissement y furent
faites par des Hollandais près de Newcastle ,
en 1625, même dit-on en i5oy , sous la jurisdiction du gouvernement de New-Yorck ,
mais ils n'eurent pas de suite. En i635 , un
Espagnol nommé Ferdinand Gorges, reçut
du conseil de la compagnie de Plymouth, la
donation d'une grande étendue de terres entre
les rivières de Piscataqua et de Kennebeck.
Elle fut augmentée peu de tems après par la
couronne d'Angleterre, qui accorda à Gorges
un pouvoir de jurisdiction plus ample que
jamais elle n'en avait encore donné. Il forma
un gouvernement très-populaire, qui se con-»
H a ( 116 )
serva jusqu'à sa mort en  i652. Alors cette
colonie se mit volontairement sous la jurisdiction  de Massachussetts. En 1691, sous le
règne de Guillaume et Marie, tout ce territoire, et jusqu'à la Nouvelle-Ecosse, fut incorporé   au Massachussetts , mais alors les
terres comprises sous le nom de Main et de
Sagadahock, ne  s'étendaient pas plus loin
qu'à cent-vingt milles de la mer. Celles plus
en arrière étaient réservées , comme appartenant à la couronne. La révolution les a toutes
données à l'Etat de Massachussetts. Un rapport
d'un comité de la législature , nommé pour
rendre compte des ventes faites de ces terres
depuis la révolution, et de celles qui restaient
à vendre , a établi qu'il y en avait 7,400,000
acres de vendus, et qu'il en restait à vendre
un million d'arpentées, et une quantité non-
arpentée , estimée environ 7,000,000 , non-
compris plusieurs îles, etc. Indépendamment
de  ces  terres ,  qui  étaient la   propriété de
l'Etat, plus de 356,ooo acres avaient été donnés à des établissemens d'instruction ou d'utilité publique.
La population de la province de Main est
aujourd'hui estimée à plus de cent mille habitans. Elle contient, selon Morse, 4o,ooo
quajrés ou 24,600,000 acres. C'est une bie/i ( "7 )
petite population, puisqu'elle n'équivaut qu'à
deux habitans et demi par mille quarré. La
grande quantité de terres tenues dans les mains
des spéculateurs des villes, ralentira probablement l'accroissement de cette population.
La meilleure partie de la province est entre
les rivières Kennebeck et Penobscot, particulièrement dans les parties distantes de la
mer au-delà de dix à douze milles.
New-Hampshire. Dover.
En quittant la province de Main , on entre
dans le New-Hampshire par Dover. La principale réunion de maisons de ce township
très-habité, est auprès de la rivière Cochecho ,
qui se jette, à peu de distance au-dessous,
dans la Piscataqua. Dover est commandé
par une petite élévation qui s'étend entre la
rivière Piscataqua et la rivière Back, d'où
l'œil embrasse une grande quantité de rivières,
de baies , de pointes de terres cultivées et
habitées , et s'arrête au loin sur les montagnes
de New-Hampshire. Cette vue est grande et
belle, et un fort bâti à ce point défendrait utilement l'entrée du pays. On dit que les premiers
habitans arrivés dans cette partie en i63o ,
s'étaient établis sur cette hauteur , mais que
H 3 ,( i-8 )
l'intérêt du commerce a successivement fait
préférer le local actuel de Dover , et abandonner cette charmante situation. Dover est
la capitale du comté de Watteford, peuplé
de 24,000 habitans; on en compte 2000 à
Dover. De Dover, on peut gagner Portsmouth par deux routes. L'une plus courte de
cinq milles, passe par le bord de la mer ; en
la suivant, on traverse la rivière en bateau.
L'autre tenant un peu plus le haut du pays,
passe la même rivière de Piscataqua, sur un
nouveau pont, fini l'année dernière , le plus
beau sans  doute de toute l'Amérique.
Ce pont de planches , dont les deux parties
forment un angle , en se réunissant sur une
île, a 2,291 pieds. Il n'a , dans toute cette
étendue, rien de remarquable pour sa construction que cette grande longueur , et sa largeur de 5o pieds. Il est bâti sur pilotis ;
mais dans une de ses parties, et près de l'île ,
est une arche de 244 pieds 9 pouces d'ouverture , dont les piles n'appuient d'aucun
côté à la terre , et ne portent que sur un bâtis
de bois. Cette arche , qui reçoit beaucoup de
force et de solidité des arcs-boutans et con-
trepentes qui la soutiennent, a son sommet
élevé de cent pieds du fond de la rivière , et
de cinquante au-dessus de  la hauteur ordi- ( ng )
naire des eaux. Indépendamment des deux
parapets , qui bordent cette partie du pont,
comme les autres , une barrière forte et parallèle aux deux parapets , la divise dans son
milieu, et ajoute à la force de l'arche dont
l'élévation au-dessus du niveau du pont est
de dix pieds , ce qui en rend la montée et
la descente assez roides. Ce pont est beau ,
sans doute ; mais le peu de connaissances que
j'ai, en construction me suffit pour être assuré
qu'en France, nos ingénieurs feraient beaucoup mieux et plus agréablement, sans compromettre la solidité. Cette arche a pour objet
de laisser passer les petits bâtimens qui se
construisent , ou même qui naviguent en rivière , et la grande partie du pont qui est en
planches, s'ouvre aussi en deux endroits ,
dans la même intention.
Portsmouth.
Portsmouth , à cinq milles de ce pont, est
sur une espèce de baie que forme cette même
grande rivière de Piscataqua, avant de se
rendre à la mer. C'est sur les branches de cette
baie , ou sur les rivières qui s'y jettent, que
sont bâtis Dover , Exeter, Derham , petites
villes de New-Hampshire , où se construisent
H 4 ( If! )
quelques bâtimens, et où il se fait quelque
commerce. Mais Portsmouth est le seul port de
l'État de New-Hampshire ; cet État n'a sur la
mer qu'une étendue de quinze à vingt milles. Le
port est remarquable par la sûreté de sa rade,
la profondeur de ses eaux, et la nature de
son entrée, qui obligeant les vaisseaux à passer
dans un canal peu large, en rend la défense
très-facile.
Le commerce de Portsmouth a fait peu de
progrès depuis la révolution , et il est sensiblement diminué depuis cinq à six ans. Un
nombre considérable de vaisseaux ont été vendus à d'autres ports, et plus de moitié de ceux
qui sont annuellement en construction ont Li
même destination ah. Le commerce des vaisseaux était même une des plus considérables
branches de celui de Portsmouth , où la construction est reconnue excellente ; il s'y en
construisait, avant la guerre de la révolution ,
un grand nombre pour l'Angleterre. Indépendamment de ce que ce débouché n'est pas si
ouvert aujourd'hui , les bois sont aussi plus
rares et plus chers à Portsmouth ; par conséquent le prix de la construction est plus élevé
( * ) Voyez pour les détails du commerce, exportations
çt tonnage de Portsmouth, le Journal du voyage de 1796. (   121   )
qu'il ne l'était alors. Il se monte à vingt dollars par tonneau , sortant de la main du charpentier , et à environ cinquante-cinq dollars ,
prêt à rrfettre en.mer.
Cependant, malgré cette diminution incontestée du commerce , les terreins de ville sont
à Portsmouth d'un prix exhorbitant. Un lot
de quarante pieds de face sur quatre-vingt-
huit de profondeur ( à la vérité avec un petit
quai) fut vendu dernièrement 17,777 dollars.
Aux environs de la ville , l'acre s'achette selon la qualité de la terre , depuis trente-trois
jusqu'à quatre-vingt-dix dollars. La campagne
est belle dans le voisinage de Portsmouth ; les
fermes sont assez bien tenues en pâture ; les
terres, d'ailleurs très-propres à cet emploi ,
sont souvent remplies de gros rochers. Dans
les pays de derrière, que l'on dit être tous
assez peuplés , à quelques" townships près, les
terres se vendent deux à trois dollars l'acre :
on assure qu'elles y sont excellentes. Un habitant de Portsmouth m'a dit que celles de sa
ferme , à environ cent cinquante milles de
cette ville , rendent quarante boisseaux de
bled la première année du défrichement, et
trente dans les autres. Mais comme cet habitant a beaucoup de terres à vendre , il est
peut être prudent de ne pas avoir une con- C   122  )
fiance entière dans cette assertion. Le bled,
dans  ces pays  reculés,   se vend cinq à   six
schellings. (Le dollar vaut, dans le New-Hamp- :
shire,  six schellings , comme dans toute  la
Nouvelle-Angleterre. )
Le prix général des ouvriers , dans le New-
Hampshire, est de six à huit dollars par mois ,
et il n'est pas très-difficile de s'en procurer.'
Le prix du bétail est le même que dans la partie voisine de la province de Main. Les denrées abondent à Portsmouth , et sont débitées
dans un marché très-bien approvisionné. La
corde de bois à brûler s'y paye de quatre à
cinq dollars.
Dans la province de Main , il ne s'imprime
qu'une gazette, deux fois par semaine, et c'est
à Portland. Elle est assez répandue dans les
campagnes , et lue avec intérêt. Les papiers
Sont bien plus multipliés dans le New-Hampshire. Trois gazettes s'impriment à Portsmouth,
deux à Dover, et une à Darmouth, sur la rivière de Connecticut, où est le collège de l'Etat.
Tout le monde est politique à Portsmouth,
et politique avec chaleur. La majorité y paraît
évidemment contre le traité avec l'Angleterre. Ses partisans accusent de cette disposition de la ville M. Langdon, un des dix sénateurs qui ont voté contre sa  ratification.; (   125)
J'ignore à quel point l'influence de M. Langdon
peut être grande , et si elle dirige une partie
/des opinions de la ville et du pays contre cette
opération politique ; mais il est assez naturel
de croire que le grand nombre de raisons qu'on
peut y opposer , frappent tout naturellement
ceux qui s'en montrent ennemis. On commence à être en Amérique , comme on est en
France depuis la révolution , et en Angleterre depuis qu'on la craint; on se traite de
jacobin ou de fripon, d'aristocrate ou de
fripon , quand on diffère d'opinion politique.
Un homme est aujourd'hui , en Amérique ,
bien près d'être un coupeur de têtes , quand
il n'admire pas le traité ; ou d'être l'ennemi
de la liberté publique, le gagé de l'Angleterre, quand il ne dit pas que le traité est
détestable , et qu'il faut pendre M. Jay. Ces
opinions exagérées, cette chaleur, se trouvent
plus ou moins dans toutes les villes. Le peuple
de la campagne de presque toutes les classes
est tranquille , veut la paix, le respect des
loix, et l'ordre , qui lui assurent ses moissons.
La plupart des habitans ne pensent pas au
traité , et parmi ceux qui y pensent, il en est
beaucoup qui disent, «qu'il ne leur plaît pas,
pi qu'ils n'ont aucune confiance aux Anglais ; »
mais presque tous ajoutent : « Si on ne l'eût
i _-^_r____H______H
(   124)
» pas ratifié, on dit que nous aurions eu la
» guerre avec l'Angleterre , on a donc bien
» fait. _o Ils disent plus souvent encore : «Le
» président, notre vieux père , en sait plus
» que nous ; laissons-le faire ; il ne se trom-
x> pera pas. » Cependant le président, dont le
caractère n'avait pas encore été attaqué , commence à l'être.
M. Langdon.
J'ai passé deux jours chez M. Langdon, le
sénateur opposant au traité ; il m'y avait invité dès Philadelphie ; c'est le personnage le
plus considérable de Portsmouth, Il a commencé sa vie par être capitaine marchand ,
puis armateur , puis négociant. Il a fait une
grande fortune , qu'il a jointe à celle que son
père lui avait laissée. Il passait pour habile
dans la construction des vaisseaux , dont il
s'est beaucoup occupé. C'est lui qui a fait
construire le vaisseau donné à la France par
les États-Unis. Aujourd'hui, il a réalisé tout
son bien en terres , et ne fait plus de commerce. Il était l'ami de MM. Hamilton, Jay
et Madison pendant la révolution ; et, dans
les débats de la nouvelle constitution, lors de
la division des partis, il a suivi celui de Fop- (   125)
position. Quoi qu'il en soit de ce que disent
ses adversaires de son caractère politique , il
est impossible de montrer plus d'attachement
pour son pays , et de meilleurs principes. Il
est d'ailleurs bon , obligeant avec franchise
et simplicité ; il m'a reçu bien, sans compliment , amicalement, et comme il faut recevoir un étranger, quand on le veut bien recevoir. On dit qu'il est très-riche , et sa manière
de vivre l'annonce. Il est marié depuis vingt
ans , à une femme , encore aussi fraîche et
aussi jolie que si elle n'en avait que dix-huit.
Leur fille, Miss Elisa, est particulièrement
agréable et aimable.
Le général Knox m'avait donné une lettre
pour M. Shceff, négociant de la ville. La différence connue de ses opinions politiques n'a
pas empêché M. Langdon de m'y présenter ,
et d'y venir ensuite déjeûner avec moi.M.Sheeff
est un des négocians de Portsmouth qui fait
le plus d'affaires ; mais il était si occupé , que
je n'ai pu le voir que très-peu de momens.
Il y a dans Portsmouth plusieurs églises ,
entr'autres une de quakers. Peu de membres
de cette société habitent la ville. Presque tous
sont fermiers dans les environs, et bons ,
simples et honnêtes, comme les quakers et les
fermiers le sont par-tout. (126   )
La pluie continuelle m'a fait rester à Portsmouth un jour de plus que je ne l'avais projette. Hampton-fall, où j'ai couêhé , appartient encore à l'Etat de New-Hampshire, et en
est la limite. M. Wells y tient une auberge,
renommée pour sa propreté.
; Newbury-port.
Avant d'arriver à Newbury - port, on traverse la rivière de Merrimack, sur un pont
qui passait pour le premier pont de la Nouvelle-Angleterre , avant que celui de la Piscataqua fût construit. Il est au moins d'un tiers
moins long , et l'arche, qui n'a que cent trente
pieds de portée , est soutenue par une courbe
de vingt pieds au-dessous du pont qui l'appesantit extrêmement à la vue. Le long de la
rivière, et avant d'arriver à ce pont, est New-
hury-Newh&wn , village considérable , où I'qqI
construit beaucoup de vaisseaux , qui vont se
finir et se charger à Newbury-port. M. Langdon m'avait donné une lettre pour M. Jackson
son ami, dont j'espérais quelques renseigne- |
mens sur la ville et son commerce. 11 est à !
Boston. Il a donc fallu me borner à savoir par
quelques habitans que j'ai trouvés à l'auberge,
que le commerce de la ville,  qui, comme (  127  )
celui de Portsmputh , avait beaucoup décru
depuis la guerre , se relève depuis quelques
années , et augmente annuellement ; qu'il est
de même nature que celui de Portsmouth et
des autres ports du Massachusetts ; que le tonnage qu'il employe aujourd'hui est d'environ
seize mille tonneaux ; que les exportations en
ont été en 1791 de la valeur de 250,193 dollars ;   en   1792 , de 273,551 ;   en  1793 , de
370,343 ;  en 1794, de 495,4o5 ; en 1795 , de
410,586 ; que les pêcheurs y sont peu nombreux ; que la rade et le port sont bons, pro-
fonds, sûrs, les quais commodes et très-étendus.
La ville, d'ailleurs, est à-peu-près de la même
grandeur que celle de Portsmouth. Cependant
quelques   amas   de  sable  mouvant ,   qui se
trouvent en mer à l'entrée du port, en font
changer le canal deux ou trois fois l'an
pour éviter les accidens, qui pourraient arriver   aux vaisseaux rentrant  après   de  longs
Voyages , on a placé deux fanaux sur la côte,
dont l'un mobile est toujours placé derrière
l'autre , dans la direction actuelle de la passe :
de sorte que de nuit ou de jour, les vaisseaux
qui entrent, en se dirigeant sur le point où
le second des fanaux est couvert par le premier , sont sûrs de ne pas courir le danger des
sables. ( i*8)
Newbury-port est bâti sur la rivière de 1
Merrimach. Dix écoles publiques y sont éta-^1
blies. Une société d'habitans de la ville, connue sous le nom de société marine, a bâti par j
souscription quelques petites maisons de bois I
sur Plumb-island, qui se trouve à l'embouchure de la rivière. Là les équipages des bâti-j
mens naufragés trouvent quelque nourriture, 1
du bois pour se chauffer, enfin de quoi satis- .
faire à leurs premiers besoins.
Newbury-port, commerçant beaucoup avec î
les Antilles , apporte en retour des mélasses
qui alimentent huit à dix distilleries. Il y a
aussi dans la ville quelques brasseries , et une
grande manufacture de doux qui m'a paru
habilement conduite. Newbury-port est peuplé
de 4,000 habitans.
La route de Portsmouth à Boston est une I
succession de maisons , de boutiques , de petites manufactures et de villages. C'est un I
jardin continuel. Le chemin d'ailleurs est dans I
toute son étendue le meilleur que j'aie encore.:!
vu en Amérique. Ce serait un beau chemin ;
dans les plus belles parties de la France et
de l'Angleterre.
Ipswich. (   129  )
Ipswich*
Ipswich, un des villages les plus considérables
que l'on rencontre sur la route , est bâti sur
une rivière à laquelle il donne son nom f
et où quelques vaisseaux sont en construction. Ce petit port participe au grand commerce du Massachussetts , mais moins qu'il
ne le faisait il y a quelques années.
Le lin est assez abondamment cultivé dans
toutes les parties de l'Etat, et paraît bien
réussir. Il l'est dit-on encore plus à une plus
grande distance de la côte, et par - tout il
l'est beaucoup plus que le chanvre.
Beverley.
Beverley est encore un joli petit village
gué traverse la route de Boston; son port
est sur la rivière du Sud. Il occupe lui-
znéme une péninsule formée par cette rivière
du Sud et celle du Nord. Le commerce de
cette ville est tout en pêche de morue , et
quarante vaisseaux y sont employés. Les poissons sont séchés dans le village même , ce
• qui en rend le passage assez désagréable. Le
nombre des bâtimens qui partent de ce port
Tome IIIt I ( i5o )
pour l'Europe ou les colonies, n'est pas considérable. Salem fait  presqu'entièrement le
commerce.
Salem. M.  Godhuc.
C'est une des plus jolies petites villes de
l'État , et qui n'est séparé de Beverley que
par un pont de quinze cents pieds de long;
La population de Salem, qui s'accroît annuellement , est aujourd'hui de 10,000 habitans.
Par son commerce , cette ville tient le sixième'
rang parmi celles de T Amérique , et le second
entre celles du Massachussetts. Le génie particulièrement actif et entreprenant de ses habitans, peut seul donner la raison de l'étendue
et d^es progrès de ce commerce ; car cette
ville n'a pas derrière elle des pays cultivés
qui puissent fournir à ses exportations , ce
que l'on regarde en Amérique et avec raison
comme un des élémens essentiels d'une ville
de commerce ; son port est médiocre , ses
quais sont à sec à marée basse, et les vaisseaux d'une certaine force sont obligés de
s'alléger pour arriver à ces quais , même à
marée haute. Cependant le tonnage de ce
port est de plus de 20,000 tonneaux. Ses
vaisseaux parcourent toutes les  parties  du ( i3i )
monde ;  douze d'entre eux ,  par  exemple,
sont employés  dans le commerce des Indes
orientales, et l'un de ceux-là était arrivé de
Calcuttala. veille du jour où jesui6 passé, après
neuf mois et douze jours d'absence, dont trente-deux jours de séjour à Calcutta. Le nombre
des vaisseaux qui composent les 20,000 tonneaux est de cent cinquante, dont cent pour le
commerce étranger, vingt pour le cabotage et
trente pour la pêche. Les exportations ont été
en 1791 de la valeur de 610,oo5 dollars; en
1792, de 657,3o3 ; en  1793, de 812,066; en
1794, de i,452,4n; en 1795, de i,5o4,5n. Sa-
lam et Beverley n'ayant qu'une même douane,
les exportations de ce dernier port font partie
de ces totaux , mais sont peu considérables.
A deux ou trois fortunes prés , de 3oo,ooo
dollars,  la richesse   des  négocians n'y  est
pas très - grande , mais toutes sont dans un
état d'accroissement  d'autant plus sûr , que
la manière de vivre dans cette ville est très-
économique , et que le luxe paraît n'y être
encore  que peu connu. Tous les profits  du
commerce s'employent donc toujours au corn*
merce , et cette accumulation des intérêts sur
, les intérêts , assure urî grand capital qui donnerait les moyens de supporter des événemens
malheureux s'il en arrivait. La   plupart des
la      1 I 102  )
vaisseaux de Salem vont chercher leur cargaison en Virginie , ou dans la Caroline
du Sud. Dans ces parties de l'Amérique la
terre donne beaucoup plus de produits et de
riches produits que les ports ne peuvent fournir de vaisseaux pour les transporter ; l'activité des ports du Nord y supplée , car les
produits y sont avec les vaisseaux en raison
inverse de ce qu'ils sont dans les États du
Sud. 11 s'exporte cependant du port de Salem
annuellement sept à huit mille barils de bœuf
salé , et dix-huit mille bariques de poisson.
Cette dernière quantité est depuis quelque
tems un peu diminuée , parce qu'à Salem
comme dans les autres ports on trouve le
grand commerce plus avantageux. Les marchandises importées des Indes orientales et
occidentales fournissent aussi à l'exportation
de ce port , comme les chanvres , les fers g
les cuirs de Russie fournissent à son cabotage.,
Peu de vaisseaux étrangers y arrivent ; les
habitans de Salem disent que leur activité
ne leur laisse point de place.
Un Européen , qui croit que l'on ne peut
être capitaine de vaisseau qu'après plusieurs
campagnes de mer, et une étude préliminaire , est étonné d'apprendre que les njégo-
cians de Salem confient leurs vaisseaux à des ( i55 )
jeunes gens qui n'ont été souvent qu'un an à
la mer. Élevés dans leurs comptoirs, ils sont
instruits dans la connaissance des prix , de la
nature et du débit des marchandises. On leur
donne la première année t un bon second,
et ils sont à la fois capitaine, et subrecargue
de ces bâtimens , qui, on ne sait pas pourquoi,
ne font pas plus naufrage que d'autres plus
raisonnablement commandés. Après quelques
campagnes , ces jeunes gens deviennent négocians eux-mêmes , le profit des capitaines étant
considérable ; comme ils appartiennent ordinairement à des familles de négocians , ils sont
très-souvent aidés par ceux qui les emploient.
L'inconvénient qui résulte pour le port de
l_talem de son peu de profondeur, fait la sécurité de ses habitans contre les invasions de
l'ennemi ; l'entrée n'en étant d'ailleurs ni défendue ni défendable.
J'étais particulièrement adressé à M. God-
huc, membre du congrès , que j'avais vu à
Philadelphie. Je ne dirai pas plus de bien de
la réception qu'il m'a faite , de la patience
avec laquelle il a répondu à mes questions |
que de tous ceux à qui, dans mon long voyage,
j'ai été adressé , et même de ceux que le
hasard m'a fait rencontrer et interroger. Mais
M.  Godhuc a été aussi bon que les autres.
I 3 ( i34)
C'est un homme intelligent, instruit, simple
dans ses manières. Il est, dans sa politique ,
attaché au parti fédéraliste,-et par conséquent
favorable au traité avec l'Angleterre. La ville
de Salem partage son opinion , mais particulièrement par la crainte de la guerre, qu'elle
croyait une suite inévitable de la non-ratification de ce traité.
Avant de quitter l'article de Salem, je ne
veux pas oublier de dire que la veille du jour
où j'y ai passé, un vaisseau y était arrivé de
Bordeaux , apportant en payement des farines
qu'il y avait vendues, des plats et des assiettes
d'argent, donnés au poids pour valeur,, et confisqués sur les émigrés.
Salem est la capitale du comté d'Fssex*
peuplé d'environ soixante mille âmes ; c'est'
une jolie 'ville , dont les maisons bien bâties ,
petites et propres , correspondent très-bien
avec les mœurs des habitans. La maison de
ville est un bâtiment assez spacieux et même
élégant.
Il y a dans Salem une manufacture de toiles
à voiles, qui occupe un assez grand nombre
d'ouvriers , et fait de bons ouvrages.
Cette ville est le second établissement fait
dans l'Etat de Massachussetts , par les Européens. Commencée en 1622, elle a été le prin- I i55 )
fcipai théâtre des supplices que l'ignorance j
la superstition, et l'intolérance des ministres
de l'évangile,, et  de  ceux qu'ils  abusaient ,
ont fait subir en 1692 aux prétendus sorciers.
Marblehead et Lynn.
Voici encore un petit port dans la même
baie de Salem, et plus considérable en bâtimens que Beverley. Marblehead, bâti au milieu des rocs , ne fait que la pèche de la
morue. Tous les hommes sont si généralement employés à cette pêche, que cette petite ville semble, à un étranger qui passe dans
les rues , n'être peuplée que de femmes et
d'enfans, et tous y ont l'air d'une extrême
pauvreté. Marblehead a une douane, et il se
fait quelques exportations par ce port. Leur
valeur a été, en 1794, de cent vingt-quatre
mille dollars.   te>,
Lynn, qui en dépend, est un autre petit
port, plus rapproché de neuf milles de Boston. Il est célèbre par sa manufacture de sot*-
liers. Il n'est presque pas de maison qui ne
soit habitée par un cordonnier, et il s'y fait
annuellement quatre cent mille paires de souliers , la plupart pour femmes. Ce port ne fait
d'autre commerce que le transport de ces
souliers à Boston , New - Yorck , Philadel--
12 ( m )
phie , d'où une grande partie en est exportée
en Angleterre. Il s'en exporte aussi quelque
quantité de Lynn directement pour l'Europe.
Boston ; monument élevé au général
TYarren ; tonnage des vaisseaux
Bostoniens : M. Jeffery ; le docteur
Eustis, etc.
Enfin on arrive à Boston, par le joli et riche
village de Charles-town. Tous les abords de
cette ville annoncent plus l'aisance , et même
la richesse de ses habitans, que la sévérité
des mœurs républicaines.
J'ai vu , cette fois , le monument simple et
touchant , élevé à la mémoire du général
Warren , qui commandait à la célèbre affaire de Runkershill, en 1775, affaire qui a
coûté si cher aux Anglais , qui a appris à
leurs troupes à ne plus mépriser la valeur des
légions américaines , et qui a donné à juste
titre à celles-ci la confiance en elles-mêmes. Il
ne faut pas oublier que ce général Warren
était médecin de profession, et h'avait jamais
servi dans aucune armée. Il n'a pu donner
des preuves de grands taiens, puisque cette
affaire était la première où il se trouvait :
mais son courage et son patriotisme étaient ( i37)
très-distingués ,  dans un  tems où il y avait
peu de ses compatriotes , qui ne montrassent
une grande énergie.
Ce monument simple est placé dans le lieu
même de la redoute , dont la prise a coûté
aux Anglais quatre-vingt-dix officiers et quatorze cents hommes , et où le général Warren
a été tué. Il a été élevé par les soins et aux
frais de la société des francs-maçons, dont le
général était grand-maître.
L'obligeance du général Lincoln, directeur
de là douane de l'État de Massachussetts ,
m'a donné le moyen de relever dans ses registres l'état du tonnage appartenant au port
de Boston, et celui de ses exportations. Le
tonnage sera cette année d'environ 90,000
tonneaux, au moins pour les neuf premiers
mois les vaisseaux enregistrés le portent-ils
à 73,53g , et on n'estime pas beaucoup l'enregistrement de ce dernier quartier , en ne
l'évaluant qu'à 17,000 tonneaux. Dans toute
l'année 1794, il n'était que de 68,967 tonneaux , et de 53,o42 seulement dans Tannée
1793. Avant cette époque, la loi qui ordonne
l'enregistrement des bâtimens dans tous les
ports auxquels ils appartiennent, n'était pas
passée.
Dans les 73^39 tonneaux enregistrés pour
-' ( p )
les neuf premiers mois de cette année , 60,295
sont employés au commerce étranger; 8,4oi
pour le cabotage ;'3,534 pour la pêche; 3og
en bâtimens au dessous de vingt tonneaux.
Les exportations du port de Boston , ont
été , en 1791 , de 1,159,004 dollars; en 1792,
dei,355,o38; en 1793, de i,834,84o; en 1794.
de 2,554,o53; en 1795, de 4,^55,688. Elles
avaient été, en 1787, de 1,147,357 dollars.
Il est difficile de présenter les importations
d'une manière satisfaisante , parce que les
différentes marchandises dont elles sont composées étant sujettes à des droits différens,
la valeur totale de ces droits ne donne qu'une
idée très-imparfaite de l'étendue de l'importation. Le nombre des vaisseaux arrivés des
ports étrangers, c'est-à-dire autres que ceux
des États-Unis, dans les différentes années,
peut donner une meilleure idée du mouvement de ce commerce. Les vaisseaux arrivés
à Boston de l'étranger , ont été, en 1793 ,
456; en 1794, 567; en 1795 , 725. En 1784,
ils avaient été de  460*
Dans mon premier article sur Boston ,
(pages 10 et 11 de ce vol.) j'ai parlé de l'irrégularité du mode d'impositions pour les habitans de cette ville, du mécontentement et des
inconvéniens qui en résultaient.  Cette taxe, ( i39)
qui a pour objet de pourvoir à l'entretien de»
rues , des pavés et des gardes de nuit, au
soulagement des pauvres dans l'hôpital, au
paiement des écoles gratuites, est votée chaque
mois de mai dans une assemblée générale. Elle
a, dans la dernière, été portée à 40,000 dollars
ce qui est 10,000 dollars de plus que les sept
années précédentes.
Des 159,759 dollars imposés dans l'Etat de
Massachussetts pour les frais du gouvernement
général, la ville de Boston en paie pour sa
part 12,958.
Il y a aussi dans l'État de Massachussetts
une taxe sur chaque habitant mâle, et elle
est dans tout l'État de 28 cents ou de 28
centièmes de dollar. Elle est à Boston de 87
cents. L'augmentation de tous les prix est en
grande partie cause de cet immense accroissement ( * ).
M. Jeffery, négociant anglais , établi depuis
quinze à vingt ans à Boston, en société avec
M. Jos. Rus sel, m'avait, lors de mon premier voyage , invité à prendre à mon retour
un logement chez lui. J'y ai passé une semaine très-agréablement.  C'est un excellent
\t
(*) Voyez pour le détail des impositions , loix et constitution de l'Etat de Massachussetts, le voyage de 1796. ( i4o)
et aimable homme, joyeux compagnon, et
qui possède cette obligeance franche et amicale que les Anglais ont si bien. Il vit en
garçon, a une assez grande fortune, et reçoit
chez lui la meilleure compagnie de la ville ,
dans laquelle se distingue encore le docteur
Eustis, d'un esprit aimable et très-cultivé ,
d'un caractère piquant et doux, d'une humeur
enjouée et toujours égale ,• de principes sages
et fermes en politique, d'une grande indépendance d'opinion et d'une aussi grande honnêteté de sentimens. MM. Jeffery et ïlussel
sont propriétaires d'une manufacture considérable de spermacéty, et ont deux vaisseaux à
la pêche de la baleine. Ils occupent aussi quarante ouvriers dans la plus belle corderie de
Boston , qui leur appartient.
Boston , dont les habitans sont connus dans
toute l'Amérique pour leur hospitalité envers
les étrangers, est une des villes les plus agréables
à habiter. J'y ai retrouvé avec plaisir M. Cabat,
sénateur des États-Unis pour l'État de Massachussetts; c'est encore un homme distingué
parmi les Américains , par son esprit orné
et son caractère estimable. M. Gore, avocat-
général pour les États-Unis, homme d'esprit
aussi; M. Sullivan, avocat-général de l'État
même,  homme instruit, à qui le parti qui ( m )
s'appelle fédéraliste, reproche d'être dans l'opinion contraire; M, Thomas Russel, le plus
riche négociant peut-être de l'Amérique, et
renommé pour sa bienfaisance, sont les habitans de Boston de qui j'ai reçu les civilités
les plus distinguées, au milieu de celles que
tout le monde m'a prodigué dans cette ville.
Hingham. Le général Lincoln.
Le général Lincoln , en me donnant à la
douane , les détails sur le tonnage de Boston,
que j'ai placés dans ce journal, avait,, par un
surcroît d'obligeance , mis pour condition à
ce service , que j'irais le voira Hingham. J'ai
acquitté ma promesse en passant vingt-quatre
heures chez lui, le dimanche, 18 octobre.
Le général Lincoln est un des plus vieux des
généraux qui ont servi dans la guerre de la
révolution. Il l'a faite toute entière, a été à
toutes les actions importantes, a parmi les
généraux une réputation militaire , et dans
toute l'Amérique une réputation incontestée de probité et de bonté. Il a depuis la
guerre, été chargé de différentes commissions
et négociations avec les Indiens , delà pacification des troubles qui s'élevèrent dans le Massachussetts   en l'année   1787 ;  enfin ,  il est ( i4a )
aujourd'hui à la tète de la douane de l'État,
et cette place, une des plus lucratives, que I
le gouvernement puisse donner , lui vaut à-
peu-près 5ooo dollars, produit des cinq-huitièmes d'un pour cent , qui lui sont alloués
sur la recette de la douane. Il doit, sur cette
rétribution , payer cinq commis qui font tout
le travail , mais il a quelques-autres rétributions qui font face à cette dépense. Le général
Lincoln est d'ailleurs membre de l'académie
des sciences de Massachussetts. J'ai lu quelques mémoires de lui, contenant des observations d'histoire naturelle, faites dans ses
voyages en Amérique, et aussi les détails de
son expédition contre les insurgés de 1787.
Ces mémoires indiquent un esprit éclairé ,
et dont la direction constante est vers le bien
public. C'est à Hingham que sa famille est
établie j et qu'il vient passer le peu de jours
dont les dev^i^s de sa place lui permettent
de disposer.
Hingham est sur la baie de Boston, entre
ce port et Plyn_^_ith. C'est un des plus anciens étabfiséèmens du Massachussetts. Les
habitans originaires vinrent de Suffolk et de
Norfolk en Angleterre. Le ministre venait
par tic nlièr emeiit d'Hingham, et la tradition
â; transmis aux habitans, qui sont pour une ( i43 )
grande partie les descendans des premiers
settlers, que ce ministre apporta même d'Hin-
gham la chaire où il prêchait. Pendant bien
long-tems , ce village n'a été habité que par
les familles des premiers colons. Depuis que
l'Amérique se peuple par tout, d'autres familles
s'y sont jointes , et aujourd'hui sa population
est portée à environ deux mille individus.
Les maisons sont réunies sans régularité, au
bord de deux creeks dont la beauté des eaux
a dit-on déterminé le choix qu'ont fait de
ce local les premiers arrivans d'Angleterre.
Elles sont bien bâties et peuplées d'habitans
aisés , qui composent une bonne société. Le
village , situé dans une position un peu basse,
est préservé des vents du Nord, par un rang
de petites collines qui l'empêchent aussi de
voir la baie , dont il n'est pas distant d'un
quart de mille , et dont on a une vue très-
étendue et très - agréable de dessus une
hauteur dont le pied s'étend jusqu'à la maison du général. Les curiosités du lieu sont
un vieux fort de cinquante pieds en quarré ,
fait par les premiers settlers contre les Indiens.
Hingham est aujourd'hui fameux par une
grande réunion de petites écoles , rassemblées
autour d'un collège qui a quelque réputation
dans l'Etat.  Ces écoles sont au nombre  de
II ( i44)
quatorze, et réunissent de trois cents à quatre
cents écoliers.
Les terres aux environs sont presque toutes
sablonneuses, et ne produisent pas plus de
vingt-cinq à trente boisseaux de maïs , de
forge et du seigle en proportion. Les prairies
n'y donnent même pas plus de quatre milliers
de foin , quand elles sont en bon état. Cependant ces terres se vendent de vingt à quarante
dollars l'acre. Le commerce , ou plutôt l'industrie de ce petit village, est une fabrication
de seaux , d'écuelies , et de toute sorte d'ustensiles de bois, propres pour le ménage, la
laiterie , etc. Les paquebots, établis de Hingham à Boston, en portent dans cette ville
une assez grande quantité , pour fournir à
une exportation en Angleterre , de quelque
valeur. Les bois employés à cette fabrication ,
sont le pin et le cèdre, tirés de la province
de Main. Le général Lincoln est un grand
propriétaire de terres dans cette province.
Je ne veux pas oublier de dire que madame
Lincoln, veuve du fils aîné du général, qui
demeure aussi à Hingham, et que j'ai vue
chez le général pendant le petit séjour que j'y
ai fait, est une des femmes d'Amérique, dont
l'amabilité et la tournure d'esprit m'ont plu
davantage , parmi celles que j'ai encore rencontrées ( p I
Montrées de ce côté-ci de la mer • on parle
avec autant d'éloge de ses qualités que de ses
agrémens.
Il y a dans ce township, qui fait partie du
Comté de Suffolk, plusieurs moulins à scie,
à bled et à foulon. Quelques-uns d'eux sont
mis en mouvement par la marée.
La route de Hingham à Plymouth ne pré-^
sente à la vue rien d'agréable ; des settlemens
assez multipliés > mais au milieu des rocs et
du sable ; il faudrait de l'argent et de l'intelligence pour rendre ces terres de quelque
rapport, et l'un et l'autre manquent dans ce
pays pour la culture*
Plymouth.
C'est à Plymouth , qu'en 1620 les premiers
Anglais persécutés pour leur religion , et rassemblés au nombre de cent de différentes
parties d'Angleterre, ont abordé , ou plutôt
se sont établis ; car ils avaient pris quelques
jours plutôt terre au cap Codi "L&. beauté d'un
ruisseau, et la pureté de ses eaux décidèrent
leur choix , dit la tradition. Descendus dans
ce désert, appelé aujourd'hui Plymouth, au
milieu des glaces et des neiges , ils y furent
accueillis par les Indiens,  alors possesseurs
Tome III K ( i46 )
uniques du terrein ; ils furent assistés par eux
dans la construction de leurs premières huttes,
furent pourvus par eux des provisions dont ils
avaient besoin, et bientôt après de grains pour
ensemencer leurs nouvelles terres; et deux ans
après, ces Anglais , chassés de chez eux par
la persécution , par l'intolérance , devinrent
les persécuteurs de leurs hôtes bienfaisans, et
leur firent la guerre pour prendre leurs terres
et les bannir même de leurs environs.
Cette guerre fut suivie par les différens
colons qui arrivèrent successivement d'Europe , pour s'établir dans. cette baie , et depuis lors jusqu'à ce jour, les malheureux Indiens ont été l'objet de la persécution, de
l'injustice, des mauvais traitemens de tout ce
qui a été habitant de l'Amérique septentrionale.
Cette guerre inique dure toujours , pour
arracher aux malheureux Indiens , qui subsistent encore , le peu d'acres de terres dont
il n'ont pas été chassés ; et l'on peut, sans
être taxé ou d'une philantropie exagérée , ou
d'un jugement trop sévère pour le peuple
venu d'Europe , assurer que toutes les cruautés que l'on a pu partiellement reprocher aux
Jfodiens, tous leurs vices , sont le fait des Européens , sont le résultat de notre ambition et
de notre cupidité. w
c *n )
La pierre où les premiers Anglais ont mis
îe pied en débarquant à Plymouth , est montrée soigneusement aux étrangers. La mer
l'avait depuis cette époque couvert de vingt
pieds de sable , mais la tradition des premiers venus avait conservé le souvenir de la
place où elle était enfouie. Aux premiers mo-
mens de la révolution elle fut découverte ;
on employa une grande force pour l'enlever
de son enfoncement et la mettre à la hauteur du terrein actuel. Elle se rompit en
deux dans ces efforts , et le peuple vit dansl
cette rupture un augure favorable de la séparation des colonies américaines d'avec l'Angleterre. La partie plus considérable fut laissée
sur le rivage , l'autre fut amenée à grande
peine sur la place de la ville , où elle est
laissée depuis ce tems. L'une et l'autre sont
sans aucun monument, sans aucune inscrip«
tion qui indique l'attention particulière que
l'on doit donner à ces rochers mémorables ,
confondus par leur forme et leur position
avec un grand nombre d'autres qui couvrent
le pays.
Cette pierre , qu'un étranger est bien aise
d'avoir vue , et qui , par les grandes idées
qu'elle rappelle, est vraiment monumentale ,
«st le seul objet digne  d'attention dans c©
K I ( i43 g
lieu. Le commerce s'y réduit aux pêcheries.
Soixante-dix goélettes de trente à quarante ,
tonneaux, et deux à trois de cent, vont à la
pèche sur le banc, quelques-unes la com-
plettent sur les côtes. Les deux bâtimens
plus considérables vont quelquefois porter le
poisson en Europe ou dans les Antilles.
La rade est d'ailleurs sans abri des vents de
Nord-est, et ce port est à sec à marée basse.
Tous les bâtimens de ce port ont été brûlés
ou pris par les Anglais au commencement
erre. Ils étaient alors en beaucoup
plus grand nombre qu'ils ne le sont aujourd'hui , et le commerce y était plus étendu.
Je ne sais si c'est par ce souvenir que les habitans de Plymouth , sont encore tant exaspérés contre l'Angleterre ; mais les artisans ,
les ouvriers, lessens de mer, sont enragés
contre le traité ; et les personnes d'un rang
supérieur s'y montrent contraires , quoique
sans exprimer autant de chaleur dans leur
opposition. Tandis que le peuple dit qu'il
faut déclarer la guerre aux Anglais et se
joindre aux Français, ce qu'on appelle les
gentlemen, au moins m'a-t-on assuré le plus
1 nombre d'entre-eux, dit qu'il ne fallait
jamais faire un traité de commerce et d'amitié
avec les Anglais qui sont et seront à jamais ( i4o )
les plus mortels ennemis de l'Amérique.
A l'occupation que la pêcherie donne aux
habitans de la ville de Plymouth, se joignent
quelques forges , quelques manufactures de
gros ouvrages en fer, mues en grande partie
par la petite rivière t et qui emploient tant
dans la fabrication du charbon que dans le
charroi du fer en mine , et dans la fabrication des ancres et autres ouvrages , environ
de quatre vingt à cent ouvriers. La ville est
peuplée de trois mille habitans , et cette population décroît annuellement plutôt qu'elle
Les exportations de Plymouth ont été en
1791 , de la valeur de i5,841 dollars ; en 1792 ^
de 28,945 ; en 1793, de 29,427; en 1794»
de 35,452 ; en 1795, de 52,638.
J'étais adressé au général FP^arren , vieillard fort employé durant la guerre , mais
plutôt dans l'administration de l'armée que
dans la ligne précisément militaire , et qui
jouit dans le pays d'une excellente réputar
tion. Il est à présent vieux et infirme. Sa
femme, de même âge que lui, est d'une con*
versation beaucoup plus intéressante. Contre
l'usage des dames américaines, elle s'est occupée toute sa vie de lectures de toute espèce ;
elle a imprimé même  un ou deux volumes
K3 ( i5o )
de poésies assez estimées, et a écrit une histoire de la révolution , qu'elle a la modestie
et le bon esprit de ne vouloir laisser imprimer
qu'après elle. Elle assure qu'elle y dit toutes
les vérités. Ceux de ses amis qui ont lu cette
histoire en tout ou en partie, disent qu'elle
est exacte, impartiale et bien écrite. Cette
bonne dame de soixante-dix ans est aimable
et n'a rien perdu de son activité, ni de sa
sensibilité, car elle pleure comme le premier
jour un fils qu'elle a perdu à la guerre. Elle
en lit sans cesse les lettres , a toujours son
portrait devant elle , et n'en est pas , malgré
cette sensible affection , moins tendre pour
les enfans qui lui restent, dont un que j'ai
vu chez le général Lincoln , a perdu aussi
la cuisse à la guerre sur une frégate américaine. On assure que les occupations littéraires
de cette estimable dame ne l'ont jamais détournée des devoirs de son ménage. Elle est
sœur d'un M. Otis , célèbre homme de loi de
Massachussetts, qui a pris aussi grande part
à la révolution, que l'on dit avoir été homme
d'un vrai mérite , et qui était père de madame/
Lincoln , dont j'ai parlé hier.
Plymouth est le chef-lieu du comté auquel
il donne son nom , et qui est peuplé d'environ
29,000 habitans. Le sol de ce comté est géné-r ( _5i)
raïement aride , mais il contient une grande,
quantité  de   mines de fer qui occupent Un
assez grand nombre de forges.
Ne wbedford- Township.
Le chemin de Plymouth ici n'a rien que d'ennuyeux , il est de plus très-difficile à trouver.
Plymouth est à trente-cinq milles de New-
bedfort, et la communication entre ces deux
villes si rapprochées , et situées dans le même
État, est si peu fréquentée , que personne à
Plymouth n'a pu m'indiquer la route au-delà
des six premiers milles. Ce n'est qu'à force
de questions que je me suis tiré de tous ces
chemins croisés dans tous les sens , tous ouverts , et tous aussi peu fréquentés les uns que
les autres. Encore ai-je été trompé par un
mauvais plaisant qui a prolongé ma route de
quatre à cinq milles. On ne voit ici que peu
de settlemens considérables ; les petits qu'on
trouve sont même très - distans entr'eux; le
pays est sec et sabloneux, et les bois, dont
on ne sort pas , ne sont qu'une suite continuelle de pins blancs et de bouleaux , la plupart employés à faire du charbon ; voilà la
nature de la route dans toute son étendue.
Beaucoup de terres ferrugineuses, qui donnent
K4
^j$;.j ( i5a)
assez de minerai pour alimenter un nombre
considérable d'usines pareilles à celles de Plymouth. L'aspect de pauvreté qui dans presque
tous les pays accompagne les mauvaises terres
ou les terres mal cultivées, s'y trouve par-tout.
J'ai vu toutefois avec plaisir deux familles nègres établies chacune dans de petites fermes
qui sont leur propriétés , et qu'elles cultivent
aussi bien que leurs voisins blancs. Ces exemples ne sont pas très^rares dans l'Etat de Massachussetts.
La pluie considérable dont j'étais percé m'a
obligé de m'arréter à Middleborough dans
une petite taverne, dont le maître est propriétaire d'une de ces mines. Le minerai se
trouve en grain , sur la surface de la terre ,
ou à quelques pieds de profondeur, et en
grande quantité dans l'étang dAssowamset.
Cette mine brute donne quelques fois jusqu'à un quart de vraie matière ferrugineuse,
quelquefois seulement un huitième. La mine
se tire de cet étang par la même espèce de
tramail dont se servent les pécheurs d'huîtres ; mais elle y est déjà très-épuisée, et le
travail d'un homme qui en produisait deux à
trois tonneaux il y a quinze~ans, en produit
à peine un aujourd'hui. Un autre étang, qui
se trouve aussi dans le territoire de Middle-. ( i53)
borough ,    en  contient  une beaucoup  plus
grande quantité ; mais comme il est aussi beaucoup plus profond ,   l'extraction  de la mine
est bien plus difficile.
Les maîtres ouvriers gagnent quarante dollars par mois. Les communs sont au taux des
ouvriers de ferme, on ne leur donne que sept
ou huit dollars par mois. Les terres se vendent
à deux dollars quand elles ne sont pas connues pour renfermer du minerai, et dans ce
dernier cas , plus ou moins , selon la richesse
de la mine qu'elles contiennent. La taverne
est à dix-huit milles de Plymouth. Les lits en
sont occupés par les ouvriers employés au
travail des forges et des clouteries. Cependant
Je maître m'en avait promis un, si la pluie
continuait ; elle a cessé ; mais trop tard pour
que je pusse arriver avant la nuit à la ville
de Newbedfprt. Je me suis donc arrêté , cinq
milles avant d'y arriver, dans une taverne assez?"
médiocre en apparence , mais que la fatigue
et l'appétit m'ont fait trouver bonne.
Newbedfort-town, où je suis arrivé le mercredi 21 , est bâti seulement depuis trente
. ans. C'est encore une des places de cet État,
qui se souvient le plus amèrement de la guerre
de la révolution. Vaisseaux, magasins, maisons,
presque tout a été brûlé par les Anglais. Le (i54)
dommage qu'ils ont causé dans cette ville a
été évalué à j-lus de 33o,ooo dollars. Le com4
xnerce a été long-tems à se rétablir, mais if
y est porté aujourd'hui plus loin qu'il n'a été
dans aucun tems.
Le district de Newbedfort est composé del
cinq petits ports : Newbedfort, Westport 1
Rochester, Wareham,Darmouth. Les quatre!
derniers ne sont pour ainsi dire que des ports"
de construction ; le plus grand nombre de
leurs bâtimens est bientôt vendu , soit à New-S
bedfort, soit dans les autres ports des Etats
où ils font leur premier voyage. Cependant,
on compte dans ces quatre ports environ vingt
bâtimens de trente à quatrevingt tonneaux
qui font le cabotage ; deux à trois dans le
nombre vont à la pèche sur le grand banc.
Darmouth est un peu plus considérable que
les quatre autres, il s'y construit plus de bâtimens , et il a une très-bonne rade, particulièrement sûre contre les vents d'est. Les,
terres des environs de Newbedfort étant généralement mauvaises, et les ports étant trés-
multipliés sur les côtes de Massachussetts, les
exportations de Newbedfort se réduisent à
des fruits, à des légumes, à une petite quantité
de maïs, à quelques salaisons de viande et de
>oisson , et à quelques
-Tos ouvrages en fer* ( i5£~)
Les retours ne se font pas toujours dans ces
ports , et les bâtimens en sont plus communément frétés par les négocians. Ceux de
Newbedfort sont particulièrement occupés
de la pêche de la baleine , qui se fait avec
plus d'étendue encore jpar ceux de file de
Nantucket, distante de vingt-cinq lieues de
Newbedfort.
Ce dernier port en emploie ainsi aujourd'hui douze de cent cinquante à deux cent
soixante-dix ttmneaux. Nantucket en occupe
trente ; Boston deux à trois ; Rhode-island un
ou deux.
Pêche de la baleine.
C'est sur les côtes du Brésil et dans la mer
Pacifique à la même latitude , ou sur les côtes
d'Afrique, ou sur celles des Antilles, ou quelquefois même au-delà du cap de Bonne-Espérance , dans les latitudes de dix-huit à vingt-
>cinq degrés, que se fait la pêche de la baleine,
dont les détails sont trop connus pour que je
croye devoir les rapporter ici.
La destination de ces vaisseaux vers l'un de
ces points, détermine l'époque où leur retour
est attendu après une absence depuis dix jus-
cru'à dix-huit mois. Le succès de ces pêches ( i56 )
n'est pas toujours complet; il est cependant
rare qu'il ne soit ^pas considérable et qu'il
ne donne pas au moins vingt pour cent au
propriétaire sur les expéditions dont les premières dépenses sont très-fortes. Indépendamment du vaisseau en lui-même , les provisions pour l'équipage , les deux bateaux qui, à
proprement parler , font la pêche, les cordes,
les harpons, les haches , les chaudières, les
barrils tous cerclés de fer, coûtent de cinq à
six mille dollars. L'équipage ite reçoit point
de gages, il est payé par une part dans l'huile
faite à bord. Le capitaine a un quinzième, le
second un quarante-cinquième , les matelots
ordinaires un cinquantième ou un soixantième
selon leur capacité. Un vaisseau de deux cent
cinquante tonneaux peut porter deux cent dix
à deux cent vingt tonneaux d'huile , indépendamment des fanons de la baleine. Le prix
moyen d'un tonneau d'huile était avant 1793
de soixante-cinq dollars. L'huile des spermacetis valait cent dollars, celle des autres baleines cinquante-cinq, et ces dernières se
rencontrent plus fréquemment. Aujourdhui
ces prix sont doublés. Cette augmentation
tient aux plus grandes demandes d'huile et de
bougies, et au plus petit nombre de vaisseaux,
européens employés à la pêche. Le profit du.
«£_i C i57 )
capitaine était donc ainsi dans une bonne pêche
de huit à neuf cents dollars pour un voyage
d'environ un an, il est aujourd'hui de seize à
dix-huit cents.
Un vaisseau de cent soixante tonneaux est
monté de quinze hommes; douze de ces quinze
forment l'équipage des deux bateaux qui vont
à la poursuite des baleines , trois restent à
bord du bâtiment. Les vaisseaux plus considérables ont un troisième bateau et par conséquent six hommes de plus. L'huile mise à
bord dans les barrils est souvent au port
transvasée dans d'autres barrils, parce que
ordinairement les premiers souffrent à la
mer, et parce qu'aussi quelques soins que
l'on apporte à la fabrication de l'huile , elle
dépose presque toujours une espèce de sédiment, également bon pour manufacturer le
savon , mais qui dans plusieurs ports d'Europe, rend l'huile moins estimée. Ce résidu,
et l'espèce de chair laiteuse qui se trouve
dans la tête et dans le ventre de la baleine ,
sont mis en presse. Cette opération donne
une huile aussi pure que la première faite à
la mer. Ce qui reste à cette première pression
est encore mis sous une presse plus forte , et
produit une certaine quantité d'huile, et c'est
le dernier marc qui, fondu dans de grandes (i58)
chaudières et coulé ensuite en moule, four-*
nit le C spermacety - candles J bougies de
blanc de baleine. Elles se vendent un demi
dollar la livre. Les baleines appelées spermacetis, produisent beaucoup plus de cette matière , puisque seulement dans leur tête, faite
différemment de celles des autres , il s,etiw
irouve souvent cinq à six tonneaux, tandis qu'il
ne s'en trouve guères que le quart d'un dans
les autres. Cependant toutes fournissent plus
ou moins de cette matière, propre à être manufacturée en bougies.
La construcion des vaisseaux pour ce genre
de pêche est la même que pour tout autre
commerce ; seulement une large chaudière
est placée entre les deux mâts pour faire
l'huile , et ils ont un plus grand nombre
d'ouvertures d'un pont à l'autre, afin que les
barrils puissent monter et descendre avec plus
de promptitude et de facilité. Comme les
huiles sont de nature chaude , et attaqueraient promptement les bois verds , dont
les vaisseaux Américains sont presque tous
construits, on a le soin de leur faire faire
un voyage ou deux en Europe avant de
les employer à la pêche ; ou ce qui arrive
plus communément ; les marchands qui en-
voyent à la pêche achètent  des   vaisseaux ( »5g )
construits depuis deux à trois ans : les chan-
gemens à  faire pour les rendre   propres  à
leur nouvelle   destination   étant  de  peu de
conséquence.
Je croyais, d'après tout ce que j'avais lu et
entendu , que la pêche de la baleine était très-
dangereuse pour les hommes qui s'y employaient ; que les accidens y étaient fré-
quens , et l'on m'a donné ici des renseigne-
niens absolument contraires. La flotte de
Nantuket est revenue l'année, dernière sans
avoir perdu un seul homme ; elle était de
trente vaisseaux ; cette année elle en a perdu
deux. A peine ici se souvient-on d'un seul
homme péri par un accident proprement appartenant à la pêche ; et ici, ni à Nantuket,
on n'a connaissance d'aucun homme mangé
ou blessé par les requins, quoique les exemples
des bateaux renversés par les baleines ne soient
pas très-rares.
La baie di Hudson, les mers du Groenland et
du Labrador, sont plus abondantes en baleines,
et les baleines y sont plus grosses , plus pleines d'huile , et d'une huile meilleure que dans
le Sud ; mais la pêche y est plus dangereuse
par les montagnes énormes de glace qu'il
n'est pas toujours possible d'éviter , et qui
brisent un vaisseau quand elles le rencontrent. ( _6o)
On ne peut d'ailleurs envoyer assez tôt dd
ces côtes-ci dans ces mers , où la pêche est
de courte durée. Quelques vaisseaux , dans
leur retour d'Europery vont de tems à autres,*
mais cette pêche est en générai faite par les
Européens.
Quoique les pèches sur les côtes d'Afrique
et du Brésil aient encore du succès, on croit
cependant remarquer que le nombre des ba-8
leines diminue, ce qu'on attribue au nombre
de femelles  prises  avant  le   tems où  leurs
jeunes peuvent se passer d'elles. ( Les mot»
anglais, pour exprimer baleine mâle , femelle!
et jeune  baleine ,   sont bull ,  cow et calfm
whales, taureau , vache et veau-baleine).
Les baleines étaient, il y a vingt ans, fora
communes sur les côtes de l'Amérique, et il
y a six à sept ans que, quoique moins abondantes,  elles y fournissaient  encore à  una
bonne pêche. Aujourd'hui il ne s'y en trouve!
presque plus ; la fréquence des pêches les en
a chassées , et deux à trois vajsseaux peuvent!
à peine y trouver  une  cargaison suffisante.
Les spermacetis même ne se pèchent que danai
les mers de l'Inde, sur les côtes d'Afrique et de
Madagascar, ou dans la mer pacifique, sur
les côtes du Pérou et du Chily.
Les huiles et les bougies de baleine sont
importées. ( x6i )
importées dans les différens ports d'Amêriqne>
par les vaisseaux appartenans à Newbedfort,
qui emploie à ce transport une douzaine de
navires, dont deux à trois font le commerce
d'Europe. Vingt vaisseaux appartenans au
même port servent aussi au cabotage ; mais les
retours sont si peu considérables, que la recette pour les neuf premiers mois de 1795 j
n'est à la douane que de 219 dollars. Elle n'a
été, dans tout 1790, que de i56 dollars. Quant
à la valeur des exportations de Newbedfort,
elle a été, en 1791 , de 26,344 dollars; en
1792, de 27,176; en 1793, de 27,844? en
1794, de 82,o85; en 1795, de 62,202.
Le port   de Newbedfort ,  qui  est   à huit
milles de l'entrée de la rivière Acchussnet>
est bon , plein d'eau jusqu'aux quais dans tous
les tems. Le mouillage est excellent. Comme
la seul canal par où les vaisseaux d'une certaine force peuvent  arriver   dans   le  port ,
est très-étroit, la rivière étant peu profonde
et remplie  de rochers-dans le reste  de sa
largeur ,  on croit le port en sûreté par un
fort dont les vaisseaux qui entrent ne peuvent
pus s'éloigner de plus d'un quart de mille. La
rivière Acchusnet   se  jette dans une petite
baie de son nom.   Cette  baie  communique
elle-même à Buzzard-bay > qui n'est séparée
Tome III, *      h ( m )
de la baie du cap Cod que par une langue
de terre, large de trois ou quatre milles, au
travers de laquelle on a le projet de faire un
canal de communication.
Le commesvse de Newbedfort est fait près*
qu'entièrement par les quakers. Plus de la
moitié des habitans de la ville appartiennent
à cette société , et forment comme les quakers le font par - tout, un peuple honnête
et moral. J'avais des lettres pour plusieiiB
d'entr'eux. 'William Rush est celui qui m'a
procuré le plus de renseignemens. Il est propriétaire de six vaisseaux. Sa famille est de
père en fils dans le commerce, et il joint une
grande netteté d'idées à une complaisance
infatigable pour répondre aux questions. ||^M
père est un des habitans de Nantucket, que
M. de Calonne avait fait venir de Dunkerque
pour naturaliser en France la pèche de 111
baleine. Rush a commencé en 1786 cette pécKb j
avec deux vaisseaux, et en 1793, quand les
troubles et le maximum l'ont forcé à quitter
la France , Dunkerque comptait dans sot-
port quarante bâtimens qui allaient à la pêche
de la baleine. Sans doute cette branche féconde d'industrie et de richesse sera promptement reprise en France quand le fléau de
la guerre sera passé, et la chaleur de la révo- ( i63)
îution éteinte.. La liberté solidement établie
en France, y rendra plus active encore cette
prodigieuse industrie , caractère commun du
peuple Français ; elle y fera participer toutes
ses classes , et conduira notre patrie à la plus
haute prospérité ; il n'en est d'aucun genre
auquel elle ne puisse prétendre. \
Ce bon Rush, âgé de soixante-cinq ans, a,
toute l'activité de la jeunesse. Il était allé en
France avec de violens préjugés contr'elle, et
il a fallu tous les troubles qui y Ont eu lieu,
tousles crimes qui y ont été commis pour l'en
faire revenir. Il aime le caractère , la gaité,
l'industrie du peuple français, la loyauté généralement commune aux négocians de ce
pays, et le climat de la France, il en parle
comme un Français : mais il hait les violences^
les injustices de la révolution, et les juge
avec sagesse et discernement.
Territoire de Newbedfort ; comté de
Bristol ; prix des productions et des
services.
Les terres aux environs de Newbedfort,
médiocres en général, engraissent cependant
une assez grande quantité de bœufs pour fournir à l'approvisionnement des vaisseaux de ce
L % ( i64)
port, et même de Nantuket. Elles se vendent
de douze à dix-huit dollars l'acre. Le prix du
bœuf est de six pences la livre. La farine dull
bled y est aussi rare que dans toutes les petitesfj
villes du Massachussetts. Elle s'y vend aujour-ii
d'hui de treize à quatorze dollars le  barr^B
Le pain y est fait de maïs et d'orge ; c'est le j
pain commun dans tout  l'État. Les  biscuits
de mer y  sont le-seul pain blanc que l'on j
trouve habituellement dans les tavernes. Les
gages des ouvriers communs y sont de neuf j
à dix dollars par mois ; le prix  de la cons- i
truction des vaisseaux est de quarante à qua- j
rante-deux dollars du pays par tonneau. New- !
hedfort est dans le comté de Bristol, dont
; Taunton est la ville capitale. Le comté peu- j
plé d'environ 58,ooo âmes , est abondant en r
mines de fer. Une de cuivre y a été derniè^B
ment découverte.
Rhode-island. Newport. M. ElemM
La route de Newbedfort à Rhode-island est
comme celle qui conduit de Plymouth à Newbedfort, pierreuse, rocailleuse, montueuse ;
terres très-médiocres aux environs de Newbedfort. On traverse le township de Westport,
et l'on passe à la tête de cette rivière, où se I i65 )
construisent les bâtimens qui vont se charger
quelques milles plus bas. Deux seules goélettes
appartenaient à ce port; une vient de se perdre
dernièrement sur les côtes de Salem, en re»
venant de la province de Main.
Les limites de l'État dé Rhode-island com-"
mencent à trois milles en-deçà de la baie,
communément appelée East-passage, sur laquelle on vient de construire un pont pour
communiquer de la terre à l'île. La longueur
de ce passage n'est pas considérable; mais la
profondeur de l'eau ( elle est de cinquante
pieds) et la rapidité du courant et de la marée
sont si grandes, que cet ouvrage était regardé
comme très-difficile , et que la solidité en est
encore jugée douteuse.
L'île de Rhode-island est une succesion de
prairies, et de champs de maïs ; on y cultive
cependant l'orge en assez grande quantité.
Les besoins des brasseries de New-Yorck et
de Philadelphie élèvent continuellement le
prix de ce grain. Jadis cette île était garnie de
beaux arbres fruitiers et autres , il ont été
coupés par les Anglais dans le tems de la guerre-
La terre est légère et sabloneuse , généralement peu fumée , mal cultivée. Le rapport
moyen des prés n'est pas deux milliers de foin
par acre, et l'acre cultivé ne rend pas plus
L 3
«« X i66 )
de vingt-cinq boisseaux de maïs, ou de cent
boisseaux de pommes de terre. Il est des exceptions , mais elles sont dues aux soins particuliers et peu communs que certains fermiers
prennent de leurs terres. Près de Newport,
par exemple, où l'on peut se procurer du fu-1
mier avec assez de facilité et à bon marché,
puisque le tonneau ne coûte pas plus d'uni
demi dollar, les terres sont plus engraissées
et produisent jusqu'à quatre-vingt-dix bois-J
seaux de maïs ; mais ces exemples sont rares,
et ne peuvent se voir que sur des terres qua
indépendamment de l'engrais qu'elles reçoi-J
vent, soient de meilleure qualité que l'espèce!
commune de celles de l'île. Les fermes sont
rarement de plus de soixante-dix acres ; quel*!
ques-unes en réunissent deux cents, etdeu_«
ou trois seulement, quatre cents.
Celle de Samuel Elem , pour qui j'avais
une lettre de William Rush, est de cent quarante. C'est le seul propriétaire de l'île qui ne
cultive pas de ses propres mains. Il est anglais
d'une famille de Yorkshire. Des affaires de
commerce l'ont amené en Amérique avant la
guerre de la révolution. Le long séjour qu'il
a été obligé d'y faire, lui a inspiré le goût du
e pays et l'a déterminé à s'y fixer. Il est établi
dans une jolie petite maison à cinq milles de 1167 )
.Newport sur le passage de l'Est. La culture
fait sa seule occupation, et jusqu'ici il ne se
loue pas encore de ses résultats ; mais sa fortune , indépendante de sa ferme, lui permet de
ne regarder à ces produits qu'avec l'intérêt de
la curiosité , de l'observation et du plaisir.
Cette ferme sur laquelle il est depuis six ans,
commence à être dans un état vraiment bom
Les murs en pierre sèche qui divisent ses
champs, sont plus élevés et mieux faits que
je n'en ai vus même dans le Massachussetts.
Quelques-uns de ses prés sont bien tenus, et
commencent à bien produire , mais la difficulté de se procurer des ouvriers l'empêche de
pousser ses améliorations aussi vite qu'il le
voudrait. Seul fermier de l'île qui ne cultive
pas de ses mains, il éprouve aussi quelques
contrariétés de ses ouvriers, plutôt pour la manière dont il veut les faire opérer, que pour le
travail en lui-même. Son bétail est d'une beauté
distinguée parmi celui de l'Ile, qui est généralement beau. Ses moutons sont aussi d'une
meilleure espèce ; il en vend la laine un quart
de dollar la livre, et chaque toison lui en donne
deux et demi; il entretient de cent à cent cinquante moutons en été, et en réduit pour l'hiver
le nombre à soixante. Il tient ses bestiaux à
l'écurie depuis le premie* décembre jusqu'au
h 4 ( i68 )
Quinze mai. Cet usage n'est pourtant pas général chez les fermiers de l'île. Soit pauvreté,
soit opinion particulière, le plus grand nombre n'a pas de grange. Ils mettent en tas dans
les prés le foin qu'ils récoltent, et en répandent journellement en hiver dans ces mêmes
prés où ils gardent leurs bestiaux, la quantité nécessaire à leur consommation ; le peu
déneige qui reste sur terre dans cette île,
leur en donne la facilité. On ne tient à
l'écurie que les chevaux, et les vaches à lait.
On parle dans toute l'Amérique des fromages
de Rhode-island. Ceux qui en fournissent au
commerce se font dans l'île de Connanicut Â
dans celle de Block , et dans la partie de
l'État qui tient au continent ; ceux qui sont
fait dans l'Ile ne servent guères qu'à la consommation des habitans , peu de fermiers!
élevant assez de vaches pour que la quantité
de leurs fromages surpasse leurs besoins.
On donne plusieurs raisons de la pauvreté!
de Rhode-island. i°. Les enfans de treize ans
y montrent un tel désir de quitter la maison
paternelle , que s'ils y sont gardés malgré eux ,
ils ne travaillent pas aux terres ; mais lés pères |
les y gardent rarement contre leur volonté ,
et quoiqu'alors ils partagent avec leurs enfans
les gages que ceux-ci reçoiyent chez d'autres ( x6g )
Fermiers, jusqu'à ce qu'ils aient atteint l'âge
de vingt-un ans, le dédommagement ne suffit
qu'à payer la moitié des salaires des ouvriers
étrangers qu'ils sont obligés de prendre. La
perte pour le fermier s'accroitdonc en raison du
nombre de ses enfans ; souvent il ne peut pas
payer la quantité d'ouvriers dont il a besoin , et
il s'ensuit que les terres sorft incomplètement
cultivées. 2°. La routine prévaut ici comme
par-tout, et y prévaut avec d'autant plus de
désavantage pour la culture , que cette île et
tout l'État étant rapprochés de la mer dans
tous leurs points , les habitans se livrent de
préférence à la navigation , qui leur offre
des gages plus élevés ; et que , d'ailleurs , les
fermierjs trouvant avec facilité par deux heures
de pêche dans la baie , le moyen de nourrir
abondamment leur famille pour plusieurs jours,
et cela dans tous les tems de l'année, ils se
donnent moins de peine pour obtenir de la
terre tous les produits qu'elle pourrait rendre :
cette observation peut être faite presque partout en Amérique le long des rivages de la mer.
5°. Les productions de la terre n'ont pas dans
l'île un débit certain, au moins à chaque instant où le cultivateur désire s'en défaire. Il y a
bien à Newport une place de marché , mais
les fermiers y portent rarement leurs denrées, ( i7°)
et les consommateurs en général n'y vont pas*
chercher leurs provisions. Les fermiers qui
ont de la viande , des grains, des légumes
à vendre, les promènent autour de la ville ,
et les rapportent à la maison s'ils ne sont pas
vendus , ce qui arrive assez fréquemment, les
grains dont ils peuvent disposer n'étant jamais
en assez grande quantité pour fournir aux
spéculations des négocians. 4°» L'He est tellement dépourvue de bois , qu'il n'est pas de
fermier qui ne soit forcé d'aller chercher sur
le continent celui dont il a besoin pour sa
consommation, et il le paye de quatre à cinq
dollars la corde. D'ailleurs le défaut de bois
sur pied laisse les terres à découvert aux vents,
qui sont souvent violens sur l'Ile. La différence
dans la bonté des fruits y est particulièrement
remarquable , depuis que les Anglais l'ont dépouillée des grands arbres dont elle était couverte. 5°. Les élections pour toutes les places
du gouvernement et de la législature se renou-
vellant tous les six mois , tiennent les habitans
de l'État dans des voyages continuels , enlève
beaucoup de momens à la culture, et ajoute
ainsi, pour son mauvais état, un inconvénient
de plus à tous les autres. 6°. Enfin, le peuple
de l'État de Rhode-island est le plus ignorant
de tous les peuples Américains. Cet Etat, placé ( 171 )
dans la Nouvelle-Angleterre , n'a aucune de
ces précieuses institutions d'écoles gratuites
qui donnent tant d'avantages aux peuples chez
qui elles sont établies. Aussi l'histoire ancienne
et moderne du petit État de Rhode-island ,
présente-t-elle plus de désordres que celui d'aucun autre État de l'Union ; et ces désordres
ayant pour cause première l'ignorance du
peuple, sont, comme presque toutes les fautes
des peuples, le tort réel des gouvernans.
Le prix des terres, dans toute l'Ile , est de
a5 à 35 dollars. Il était le même il y a six
ans, tandis que tous les prix de main-d'œuvre
y sont augmentés comme par - tout ailleurs.
Les terres, à Newport même, et celles qui
touchent à la ville , sont un peu plus chères.
En arrivant à Newport, on voit les hauteurs
que les Anglais ont occupées longtems quand
ils étaient maîtres de la ville , et les restes des
retranchemens qu'ils avaient élevés pour fortifier encore ses hauteurs. Les Français s'en
sont emparés au premier moment de leur débarquement.
Newport est de nom la capitale de l'État de
Rhode-island , c'est la plus ancienne ville , et
celle dont les députés tiennent le premier
rang dans l'assemblée, mais elle est de fait
très-inférieure en population et plus encore ( *7â )
en commerce à Providence. Avant la guerre
de la révolution il y avait à Newport dix mille
habitans, et Providence en comptait seulement
mille. Aujourd'hui Newport est réduit à cinq
mille , et Providence en a de six à sept
mille. La cause de ce changement est la
quantité de riches habitans que Newport a
perdus par émigration. Les familles attachées
à la révolution ont quitté 'la ville quand les
Anglais en étaient en possession , se sont
établis à Providence , y ont porté leurs
moyens , et s'y sont fixées , et celles qui
étaient attachées à la cause de l'Angleterre
ont suivi les troupes anglaises quand elles
ont été contraintes d'évacuer l'île. Les troubles politiques qui ontlong-tems agité Rhode-
island ont prolongé et confirmé cet état de
détresse de Newport, et c'est seulement depuis deux à trois ans que son commerce
commence à reprendre un peu. Douze vaisseaux assez forts y font le commerce d'Europe , deux à trois font celui de Guinée, et
portent des Nègres en Géorgie ou aux Antilles ; quarante autres font le cabotage , et
quelques-uns vont dans les Colonies ; ce
commerce est même celui que fait priùcipa-
lement cette ville. La valeur des exportations
de Newport a été en 1791 de 217^94 dollars ^ ( i75 )
en 1792,  de s.60,337 ; en 1793, de 247,860 ;
en 1794, de 3n,i95; en 1795, de 317,860.
L'orge est l'espèce de production du pays
qui fournit le plus à l'exportation, les îles de
' Connanicut, de Providence et quelques autres
situées aussi dans la baie , étant particulièrement semées de ce grain. Quelque peu de
bois produit par la partie de l'État qui tient
au continent et les parties voisines du Massachussetts , et une grande quantité de linN
cultivé assez abondamment dans l'État sont
aussi exportées de Newport ; mais, aux orges
près , le peu de productions exportables de
Rhode-island est plus généralement chargé sur
les vaisseaux de Providence que sur ceux de
Newport, qui vont chercher dans les États du
Sud des cargaisons pour les transporter ou
dans d'autres ports des États-Unis , ou en
Europe, ou dans les îles.
Les maisons de Newport sont presque toutes
petites , vilaines ; elles sont de bois , et ne
sont pas peintes ; en tout cette ville a tous
les traits de la décadence ; le port seul a
quelqu'apparence de richesse ; le voisinage
de la mer, la sûreté, la beauté de sa rade ,
la facilité de son entrée et sa situation le rendent souvent le lieu d'abri, ou de relâche des
vaisseaux qui vont du Nord an Sud et du ( 174 )
Sud au Nord du continent américain , et il
réunit plus qu'aucun autre un grand nombre
de vaisseaux étrangers. Newport semble destiné par tous ses avantages à être un port militaire des États-Unis quand ils  auront une
marine. Alors sans doute plus de soins seront
pris pour le fortifier. Un fort sur Goat-island
et quelques batteries placées sur la rive opposée n'en défendent aujourd'hui que très-
incomplettement l'entrée ,  et  ne l'empêcheraient pas de devenir en cas de guerre la propriété de la puissance qui voudrait s'en emparer la première. Goat-island est fortifiée par
les États-Unis à qui l'Etat de Rhode-island en
a fait une cession.
La religion est libre dans l'État de Rhode-
îsland , comme dans celui de Pensyîvanie.
Les anabaptistes , et après eux les quakers, y
sont les plus nombreux. Mais le peuple, en
général, y est peu religieux ; dans l'île même,
qui a quinze milles de long sur trois de large ,
il n'y a de maison de culte qu'à Newport, et
les habitans de la campagne ne s'y rendent
pas quatre fois dans l'année. Le peuple de cet
État passe pour être difficile, processif, paresseux. Ces défauts ( s'ils existent ) expliquent
encore sa pauvreté. Les opinions politiques
sont, dit-on, très-vacillantes dans l'État de. ( i75)
Hhode island ; elles sont moins bien disposées
pour la France , depuis que l'ordre commence
à s'y rétablir. L'île de Rhode-island était, avant
la guerre; habitée par des propriétaires aisés;
on voit les ruines de la plupart de leurs maisons , et celles qui existent sont en dégradation , ou occupées dans leurs parties les moins
endommagées par des fermiers , que beaucoup
de circonstances, rendent très - inférieurs à
ceux du reste de la Nouvelle-Angleterre.
On voit, dans l'église principale deNewport9
le monument élevé par l'ordre de Louis XVI,
à la mémoire de M. de Ternav, commandant
l'escadre qui avait amené en Amérique M. de
Rochambeau et l'armée française, et qui mourut à Newport en 1780. L'inscription en est
très-honorable et simple dans son style.
L'État de Rhode-island s'enorgueillit avec
raison d'avoir donné naissance au général
Green , un des plus grands généraux , si ce
n'est réellement le plus grand général de l'armée américaine. Élevé dans la religion des
quakers, et exerçant avec honneur la profession de négociant à Newport, Green sacrifia promptement les préjugés de sa secte, et
les intérêts de son commerce, à la cause de
la liberté, qu'il se résolut à servir contre l'oppression britannique dès le commencement de ( i76)
la guerre. Il n'est aucun combat , aucune
bataille de cette mémorable guerre, où Green
n'ait montré une bravoure distinguée et des ta*
iens remarquables. Son esprit habile et ferme
a plus d'une fois rendu des services aussi im-
portans dans les conseils. Mais c'est par sa
campagne de 1781 , dans les États du Sud,
qu'il est particulièrement célèbre. A la tête
d'une faible armée de mille à onze cents im*
liciens, à peine vêtus j que la confiance qu'il
leur inspirait, avait disciplinés , le général
Green, par des manœuvres savantes, et par
une intrépidité peu commune , chassa successivement de la Haute - Virginie > de la
Caroline du Nord , et de presque toute la
Caroline du Sud , les armées anglaises, qui
dévastaient ces provinces , et en avaient maltraité et dispersé les habitans ( * ). Il rendit ces
malheureux fugitifs à leurs habitations , en
forçant les troupes anglaises de se renfermer
à Charles-town et à Yorck, où elles furent
bientôt complètement vaincues par les armées
(*) C'est dans le même tems que la Fayette , à la tête
d'une petite armée, empêchant, par une suite habile de
inarches et de positions, le général anglais de rentrer dans
]e pays , le poursuivait, le harcelait, et le contraignit enfin
eu parti fatal pour l'armée anglaise de se retirer à Yorck- j
town, où , attaquée peu après par 'Washington et Ho-.
chujnbeau, elle devait meure bas les armes.
combinées. ( 277^)
combinées de France et d'Amérique. Green,
aussi humain dans la victoire, qu'entreprenant
et brave dans les'combats, ne souilla point sea
triomphes par la représaille de cruautés que
l'exemple des généraux anglais semblait autoriser ; ami chaud de la liberté , mais ami
aussi décidé de la justice et de l'humanité, sa
vie fut une suite continuelle de vertus. Il
avait été , après cette campagne mémorable ,
proclamé le sauveur des Etats du Sud, par
les législatures de ces États ; il avait été honoré
des justes remerciemens du congrès. Mort peu,
d'années après la paix , le même congrès ,
exprimant le vœu unanime de l'Amérique reconnaissante , ordonna l'érection d'un monument au siège du gouvernement, en honneur
de son patriotisme \ de ses vertus et de ses
talens.
L'État de Rhode-island a donné aussi le
jour à un autre homme distingué par ses talens
militaires , et son intrépide activité , mais bien
plus encore par son infamie, le traître Arnold.
11 était marchand avant la révolution d'Amérique , et Ton m'a assuré , conducteur de bestiaux. Ayant embrassé la cause de sa patrie
avec ardeur , il s'est rendu célèbre par l'expédition du Canada, et par la marche hardie ,
qui, au travers des diserts de la province d@
Tome III '   M ( 178 )
Main, par des passages jugés presqu'encore impraticables aujourd'hui pour une armée, l'ont
conduit sur le fleuve Saint-Laurent. Arnold ,
un des généraux sous les ordres du général
Gates , avait aussi partagé la gloire du mémorable événement de Saratoga ; il s'était distingué dans les combats multipliés qui avaient
précédé cette grande journée.  Peu de tems
après , séduit par l'or corrupteur de l'Angleterre , Arnold s'est  couvert d'opprobre ; dévastateur , incendiaire de sa patrie,  dans les
dernières années de la guerre , il s'en est montré l'ennemi le plus barbare. Il voulait ainsi
sans doute J paraître digne^ du payement qu'il
avait reçu , de celui qu'il espérait encore , et
de  la confiance  qu'il  ambitionnait. Mais  le
gouvernement anglais , qui sait provoquer et
salarier  les trahisons , sait aussi mépriser les
traîtres ; et Arnold, plus ou moins bien pensionné , vit dans je ne sais quel coin de l'Angleterre , avili par la méfiance  et la honte,
qui sont et  seront à  jamais le partage des
traîtres ; et il n'a tenu qu'à lui que son nom
béni par ses compatriotes, arrivât, chargé cle
gloire , à la postérité, parmi ceux   des plus
illustres défenseurs de la liberté américaine !
Que me feraient les Américains , s'ils me
prenaient, disait-il un jour à un prisonnier. (»79
-c< Ils vous feraient couper la jambe que vous
-o avez eue cassée à leur service ,._ répondit le
répubficain , » et ils l'enterreraient avec hon-
-- neur : ensuite de quoi, ils vous feraient
-) pendre. M
Après avoir couché à la campagne de Samuel Elem, et avoir passé quelques heures à
Newport, j'ai saisi avec empressement l'occasion d'une goélette de Boston qui montait à
Providence ; j'en devais revenir deux jours
après ; pendant ce tems, mon cheval se reposait , et je reprenais ensuite ma route vers
New-London, en traversant la large baie qui
sépare l'île de Rhode-island du continent.
Mais je suis , en vérité , tenté de croire que
je porte malheur aux bâtimens où je monte.
Le vent, qui était excellent à notre départ,
est devenu absolument de bout , une heure
après , et nous avons été obligés , sous peine
d'essuyer un grand orage , de revenir à New-
port , après avoir employé trois heures à
prendre des bordées qui ne nous avaient pas
avancé deux* milles. J'ai donc passé à New-
port le reste de ma journée, que j'ai pourtant
été finir avec mon ami Samuel Elem , le
meilleur des quakers , le meilleur des hommes.
Il est garçon , riche , aime la campagne et la
société, et j'ai en ainsi la confiance de ne pus
M 2 ( i8o)
le gêner , en ne me gênant aucunement moi*
même.
Bristol. Warren.
Cet excellent Samuel Elem a voulu me faire
jusqu'à la fin les honneurs du pays. Il m'a
reconduit le samedi 24 à l'extrémité de l'île,
où il faut passer la rivière pour se rendre à
Bristol. Il a dans son obligeance une simplicité affectueuse qui le distingue de la rudesse
que l'on reproche souvent aux quakers , sans
paraître moins sincère.
Quoique je n'aie pas suivi dans l'île le même
chemin qu'en y arrivant, je n'ai rien observé
de différent dans l'aspect du pays, ni dans les
habitations, ni dans l'espèce de terres , ni
dans les cultures ; mais la vue de la baie ,
des îles qui s'y trouvent, et du continent au-
delà de la baie , est extrêmement agréable-
Le trajet d'eau de l'île à Bristol est large d'un
mille, on le passe dans un bateau à voile ; ce
bateau est grand, profond et sûr ; son seul
défaut est que l'entrée en est très-difficile pour
les chevaux, le mien s'y est blessé et a pensé
se casser les jambes.
De l'autre côté de la rivière , les terres de- ,
viennent, jusqu'à Warren , c'est-à-dire, pen- i
dant six à sept milles, plus sabloneuses et plus ( m )
pierreuses que dans l'île ; mais produisent des
fruits et une grande quantité de légumes renommés par leur bonté.
Bristol est un petit port sur la baie r il-fait-
quelque commerce avec les Antilles. En 1776 ,
les maisons en ont été presqu'en totalité brûlées par le capitaine Jfallace r commandant
une petite escadre anglaise ; elles ont été rebâties depuis, et sont aujourd'hui en beaucoup plus grand nombre qu'à l'époque du
bombardement.
Warren est' un port de la même espèce que
Bristol ; on y construit huit ou dix navires par
an. Barrington , autre petit port séparé de
Warren, seulement par la rivière dont il porte
le nom , n'a commencé à être bâti qu'en^i^tjo, ,
et contient environ cent cinquante ^liea-inai-
sons. Quelques négocianêlb«--t établis dans ces
trois ports, mais- la p_u_r>grande quantité des
vaisseaux en appartient au commerce de Providence. Ces petits villages sont beaucoup
mieux bâtis que Newport. Les terres dépendantes de leur enceinte ont, depuis cette
époque, plus que triplé de valeur, d'après
l'estinm-ion qui sert de base à la répartition
de l'imper A)
A deux milles au-delà de Warren , la route
de Providence rentre dans l'État de Massachus-
M 3 ( i8a )
setts. Les terres y sont pendant plusieurs milles
assez3£_abloneuses ou assez marécageuses pour
ne fournir aucune pierre pour les clôtures.
D'un autre côté, le bois y est trop rare et
trop précieux pour l'employer ainsi. Cependant , on clôt les champs, et cette clôture
est dans plus des deux tiers de sa hauteur en
terre gazonnée, surmontée ensuite d une seule
traverse ; dans d'aujtres points où les pierres
sont moins rares, les clôtures sont faites moitié
en bois , moitié en pierres.
Je ne sais si ce que j'avais entiendu dire à
Newport du peuple de Rhodes-island , m'avait
donné contre lui une préV0ï#ipndéfavorable ,
mais j'ai cru reconnaître plji&t-d'obligeance ,
plus de bonhûàrimie pour répondre à mes
questions sur le chemin dans le-peuple habitant la petite partie de Mâss&èhussetts que j'ai
.traversée , que-flans celui que j'avaisjj|uitté ,
et qu-9_^»aè bientôt retrouvé en rentrant sur les
terres de Providence.
Ce n'est pas que-je n'aie eu fort à me louer
de laobohne réception que m'a fait , dans la
manière la plus rigidement quaker , .Moses
Brown \ pour qui TVillia in Rush m'avait donné
une lettre. Il demeure sur une ferme près le
pont d'en haut, sur lequel on passe la rivière
Selchoon ,  pour entrer dans le territoire de Providence. Moses Brown est quaker d'autant
plus austère qu'il l'est de choix, et que ce choix
ne s'est déterminé qu'à l'âge de quarante ans.
Il avait fait alors une grande fortune dans le
commerce , qu'il a laissé presqu'en totalité à
son fils, pour vivre tranquille , et n'avoir d'au-
très affaires que celle de s'employer pour les
autres. Il paraît bon homme dans sa rude simplicité , et m'a fort pressé de demeurer chez
lui , en me disant toujours qu'il ne faisait
point de complimens , et que s'il ne voulait
pas de moi, il ne me le proposerait pas. Je
me suis refusé à sa proposition , voulant faire
à Providence le plus court séjour que je pourrais , et profiter des beaux jours qui s'annonçaient ; ils ont été rares cet automne.
Les environs de Providence sont plus agréables que ceux de Newport, et donnent une
plus grande idée de la ville. La montagne
au bas de laquelle celle-ci est bâtie, et qu'il
faut descendre pour y arriver , est coupée en
deux points différens , et offre un chemin
pavé , d'une pente douce et facile. La ville
occupe les deux bords de la rivière , ses deux-
parties communiquent par un pont bien fait»
Ses maisons vastes , bien bâties, bien peintes 9
sont très-multipliées; les rues sont pavées.
Cette ville sétend tous les jours, et l'espérance
MA ( i§4 )
d'un plus considérable accroissement est si
grand , que les rues et les quarrés dé maisons à
bâtir sont tracés jusques fort avant sur la montagne. Le commerce est, comme je l'ai dit,
beaucoup plus considérable à Providence' qu'à
Newport : quatre à cinq fois davantage. Les
matières d'exportation sont, indépendamment
de celles qui viennent de l'État même, produites par une partie du Massachussetts et du
Connectitut. Quelques distilleries, les plus
grandes peut-être des États-Unis, quelques
forges , quelques manufactures de doux fournissent encore à l'exportation (*).
On tente depuis un an d'établir à Providence des manufactures de coton en filature,
et en fabrication d'étoffe. L'entrepreneur dit
même qu'il y trouve déjà du profit. Cette assertion tient sans doute plus à sa vanité et à
ses espérances qu'à la réalité. Tout ce qui
est machine peut donner du profit dans ce
pays, mais tout ce qui a besoin du travail des
mains ne peut supporter la concurrence avec
les produits des manufactures d'Europe, où
l'ouvrier plus habile ,   plus assidu ,   toujours
( * ) Voyez pour les détails des exportations , du commerce, de la constitution , etc. , de l'Etat de Rhode-»
Island, le Journal du voyage de I7q6« t
( __. J
cherchant de l'emploi , est payé deux fois
meilleur marché qu'en Amérique et sur-tout
que dans les pons.
Quelques vaisseaux de Providence font l'odieux commerce des nègres, et le font malgré
les loix du Congrès qui le défendent. Les négocians qui y sont intéressés disent que le
Congrès ne peut pas par ses loix affaiblir ou
fortifier la constitution; que la constitution
ayant permis jusqu'en l'année 1808 l'importation des nègres dans les États qui voudraient
en admettre, ce commerce ne peut recevoir
jusqu'à cette époque d'altération par aucune
loi générale; que c'est aux États particuliers
à faire à cet égard leurs loix , et que, comme
l'État de Rhode-island n'en a faitaucune contre
le commerce des nègres, ils en achettent et
les portent en Géorgie, où il n'existe point
de loix contre leur admission. Vingt vaisseaux
à peu-près dans les différens ports de l'Etat
font ce commerce, et portent des nègres tant
en Géorgie que dans les Antilles.
Je m'étonne qu'une telle contravention aux
loix générales et dans une matière aussi cruellement contrastante avec l'esprit de liberté et
la disposition générale de l'Amérique ne soit
pas dénoncée au Congrès. On m'assure ici
qu'elle va l'être. Au demeurant, les négocians C 186 )
de Rhode-island qui font le commerce de
nègres, le font un peu moins cruellement que
les négocians d'Europe. Ils ne chargent dans
leurs vaisseaux qu un nègre par tonneau , tandis que les Anglais en chargent, dit-on, un
et demi et jusqu'à deux. Les nègres quoique
toujours dans les fers, ont plus de place et"
souffrent moins. Les vaisseaux employés à ce
commerce sont aussi moins grands , et les
nègres arrivent généralement en bonne santé ,
du moins on l'assure.
Un seul vaisseau de Providence est employé
à la pêche de la baleine , dont le mauvais succès a dégoûté plusieurs autres qui y étaient
occupés les années précédentes. Enfin le commerce de ce port se dirige jusqu'en Chine , et
jusqu'à Nootka-sound. Cependant l'accroissement des vaisseaux, l'augmentation et l'embellissement des maisons. est plutôt à Providence le résultat de l'augmentation de la fortune des habitans nés dans le lieu, que de
l'établissement des étrangers dont il n'y a
presque point.
Ce petit État placé au milieu de la Nouvelle-
Angleterre, prouve par la différence de ses
manières, de ses habitudes, de ses principes,
quelle est en bien ou en mal l'influence d'un
gouvernement sur les points qui sembleraient ( *-7 )
devoir en recevoir le moins. Il parait que les
gens sages désirent un changement à cette
constitution particulière de Rhode-island. Il
a déjà été proposé à l'assemblée de former
une convention ad hoc : mais la majorité a
rejette cette proposition, que les gens à propriété espèrent faire réussir d'ici à deux ou
trois ans.
La   population de  l'État   entier   s'élève   à
soixante - huit   mille âmes.   La totalité  des
taxes    levées  au  profit   de  l'État,   est   de
20,000   dollars.   Quand on sait que  les ap-
pointemens   du gouverneur ne   sont   que de
666 dollars   deux tiers |$Iet  que   les   membres de rassemblée ne sont point payés ,  on
n'est   pas   étonné   de  la modicité   de   cette
somme dont Newport paie 3,916 dollars deux
tiers,  et  Providence,   7,120.   Les  taxes  de
comtés et de townships s'élèvent à-peu-près
à la même somme.  Il y a peu de pauvres
dans l'État, et les chemins sont entretenus
par  une journée du travail de chaque habitant. Il se fait très-peu d'améliorations extraordinaires dans les chemins ;  l'État est si petit
qu'ils paraissent toujours suffisamment bons
aux   gens   de campagne  quivi-erembarràssent
peu que les voyageurs  les trouvent un peu
plus ou un peu moins commodes, et quand ( i88)
il s'y fait quelques travaux extraordinaires f
ils se font par souscription.
Mais le nombre des riches dans cet État, n'est
pas considérable ; celui des gens qui veulent
le paraître l'est encore moins , et cela aussi par
une suite de l'esprit du pays et de la démagogie de la constitution. Il en est de même
de tout établissement public ; un collège est
entretenu à Providence par des legs , des
donations et des souscriptions particulières Û
et il est si incomplettement entretenu, que
les familles qui veulent donner à leurs
enfans une éducation un peu soignée , les
envoient dans le Massachussetts ou dans le
Connecticut. Les principales dotations de ce
collège ayant été faites par un anabaptiste ,
il a mis pour condition que la première place1
et le plus grand nombre des autres devaient
être occupées par des hommes de cette religion, et cette disposition de la fondation a
attiré et fixé dans l'État une plus grande
quantité d'hommeide cette secte que de toute
autre. Les quakers n'y sont pas aimés , ils
y ont d'abord une rigidité rude, une exagé-.
ration dans leurs principes, dans leurs ma- •
nières et même dans leurs vêtemens, contraires.,
à la simplicité estimable et même à mon avis
aimable des vrais quakers de Philadelphie.. ( i8g)
Cependant ils sont comme par-tout ennemis du commerce des noirs, ennemis de
l'esclavage ; et cette vertu qui choque si positivement l'intérêt des propriétaires de nègres ,
dans ce pays où l'esclavage est autorisé
par les loix , les y fait voir d'autant plus de
mauvais œil que la petitesse de l'État donne
une grande facilité à l'évasion des esclaves.
Il y a dans Providence quelques marchands
riches qui jouissent même de leur fortune avec
une sorte de luxe. MM. Clark et Nitinghale
sont de ce nombre. Je leur étais adressé. J'ai
été très-civilement accueilli du premier , qui
paraît être un homme de bon sens et de principes raisonnables. Je dois ajouter que ,j'ai
dîné chez lui avec un des habitans de la ville,
qui récemment arrivé de France, et s'expri-
mant très-fortement contre la révolution et ses
injustices , se vantait d'avoir acheté à très-
bon compte un château d'émigré prés Vin-
cennes , et citait un assez grand nombre de
ses compatriotes , qui, aussi révoltés que lui
des proscriptions et des confiscations , en
avaient aussi utilement profité. Je ne sais pas
le nom du moral gentlman, je me ferais un
devoir de le faire connaître.
Le plus riche de tous les négocians de Providence  est  John Brown,  frère de Moses ( J9° )
Brown, le quaker dont j'ai déjà parlé. Il a fait
dans une partie de la ville des établissemens
dignes de l'Europe. Il a de ses propres deniers
coupé une montagne qui descendait jusques
dans la rivière, et dans cette partie coupée il
a  établi des quais , bâti des magasins, des
moulins, des maisons, une grande distillerie,
enfin un pont qui abrège de plus d'un mille
la route de Newport à Providence. Il a vendu
beaucoup de ses maisons , ses quais servent
au chargement et au déchargement des nombreux vaisseaux dont il est propriéraire, et sa
distillerie considérable lui donne  le moyen
d'engraisser avec  grand profit beaucoup de
bœufs, dont le travail en été lui est d'un grand
secours , et par là d une grande économie. Je
n'avais pas de lettres pour lui , et j'ai resté
trop peu de tems à Providence pour pouvoir
lui être présenté.  Mais j'ai fort regretté de
quitter cette ville sans connaître personnellement un homme que ses entreprises font juger devoir être d'une intelligence au-dessus du
commun.
Les terres autour de Providence et dans tout
l'Etat sont inférieures à celles de l'île, elles
rapportent quinze à vingt boisseaux de maïs ;
les autres productions dans la même proportion. ( *9* )
Providence a deux églises, une d'anabaptistes et une de presbytériens, remarquables
par l'élégance et la simplicité de leur construction et de leur décoration. Le clocher de
la dernière est léger et hardi.
Le prix de la construction des bâtimens et
celui du travail en général sont à Newport et
à Providence le même qu'à Newbedfort, mais
les nègres y sont à-peu-près les seuls domestiques.
L'État de Rhode-island, et particulièrement
l'île, donnent beaucoup de colons aux nouveaux pays et jusqu'en Canada, peut-être plus
en proportion que le Massachussetts, qui cependant en fournit beaucoup aussi. Il y a une
banque établie dans l'une et dans l'autre de
ces deux villes. Celle de Newport vient de l'être
récemment. Les billets y sont pour le plus
grand nombre d'un dollar.
S ci tua te et Fishes-ta
ver n.
Scituate est un des townships de l'État de
Providence. Fishes - tavern, où je me suis
arrêté le dimanche 24, est distante de vingt-
six milles de la ville. La route jusques là est
montueuse, remplie de pierres, et aussi mauvaise que puisse être une route de cette es- ( igO
péce. Les terres deviennent moins bonnes encore et plus mal cultivées, les maisons plus:
pauvres et plus rares, à mesure que l'on s'é-?
loigne de Providence ; de vastes étendues de
bois assez mauvais où ne croissent que des
petits chênes rabougris, et une plus grande
quantité de pins et de bouleaux ; des prairies
mai tenues,  où l'on voit  cependant d'assez
beaux bestiaux, occupent les parties de terrein
défrichées, et se trouvent souvent au milieu^
des forêts comme dans les pays les plus éloignés.  Quelques creeks font tourner plusieurs
moulins à scie, et mouvoir plusieurs forges;
mais bois, prairies , maisons , usines, tout a ,
l'air pauvre. Cependant dans  le cours de la
route il y a quelques  vues de vallons assez ?
agréables.   La saison a d'ailleurs été si  plu-|
vieuse, que les plus mauvais prés conservent 'i
une verdure qu'ils n'ont pas communément àj;
cette époque de l'année.
Arrivé à la taverne j'y ai trouyé M. Trum-è
brull, sénateur des États-Unis, voyageant avec
sa famille. De tous les Américains pour qui
j'avais des lettres d'Europe, c'est un de ceux
que j'avais le moins rencontré pendant la
tenue du Congrès. Mais je l'avais vu cependant quelquefois à Philadelphie. C'est donc
une de mes plus anciennes connaissances en
Amérique, ( 193)
Amérique, et dans l'isolement de mon solitaire voyage, j'ai éprouvé en le rencontrant
une espèce de plaisir qu'on ne peut bien concevoir peut-être qu'en s'identifiant à ma position.
Norwich et New-London.
Après Fishes - tavern, où j'ai couché, on
voyage encore sept milles dans l'État de Rhode-
island , et toujours dans un pays et par des
chemins semblables à ceux dont je me plaignais hier. On commence à les trouver plus
soignés en entrant dans le Connecticut. Sur
la frontière les terres sont semblables, mais
mieux cultivées ; les maisons ne sont pas beaucoup meilleures , mais en avançant un peu
plus , les maisons et les champs prennent une
plus belle apparence. Les rivières de quelque
largeur sont assez multipliées , et quoique
dans tout ce trajet le terrein soit sabloneux
et léger, les meules de foin sont plus nombreuses et plus grosses dans la même étendue
de terrein, par conséquent le bétail y est en
plus grande quantité. On rencontre fréquemment des moulins i des forges , des tanneries
jusqu'à Norwich, petite ville bâtie sur un
creek qui se jette dans la rivière de Thames,
à l'endroit où elle commence à être navigable.
Tome IIL N ( 194)
Le port est cependant encore distant de deux
milles du lieu où le gros de la ville a été bâti ,
dans  un  tems  où   les  idées  de   commerce
étaient fort éloignées.
De Norwich à New-London, les terres sont
meilleures, mais toujours légères ; c'est une
suite de vallons arrosés d'une grande quantité
de petites rivières , de creeks ou de sources,
qui grossissent promptement les eaux de la
Thames. Toutes les prairies sont remplies de
bouquets d'arbres comme en Angleterre ; la
vue n'est jamais étendue , mais est toujours
agréable et riante. Les maisons y sont plus
considérables, meilleures, mieux peintes ; l'habitant y est mieux vêtu , et ressemble déjà plus
à celui du Massachussetts. Une partie du chemin est améliorée par entreprise ; les chevaux
et les voitures y sont soumis à un péage. La
navigation de la rivière qui est ouverte aux
bâtimens de cent tonneaux jusqu'à Norwich,
et le commerce de New-London avivent tout
be pays. Enfin on arrive dans cette ville par
une descente moins soignée peut - être que
celle de Providence, mais douce et bonne.
New-London est bâti le long de la rivière
de Thames , à deux milles de la mer. Sa principale rue a un mille de long ; les maisons ne
sont pas toutes jointes les unes aux autres ^ ( ig5 )
mais les intervalles sont peu nombreux , et
se remplissent journellement de nouveaux
bâtimens. Quelques rues adjacentes , même
parallèles, se garnissent aussi de jolies maisons. New-London a été en 1781 presquentiè-
rement brûlé par les Anglais, conduits par
l'infâme Arnold , et le dommage qu'ils ont
causé a été alors estimé à 5oo,ooo dollars.
C'est aujourd hui parmi les villes du quatrième
ordre d'Amérique, une de celles dont l'apparence est la plus agréable, quoique entourée
de gros rochers.
New-London peut être regardé comme le
port principal de l'État de Connecticut, son
mouillage est sûr, ses eaux assez profondes,
et la navigation pour y arriver, sans aucun
danger. Son entrée est aujourd'hui défendue
.par deux forts, celui de Grisworth, sur la
rive Est de la Thames, et celui de Trumbull,
sur la rive opposée , celle même où la ville
est bâtie. Je n'ai vu que ce dernier qui est en
bien mauvais état, mais le peu de largeur de
la rivière rend très-facile la défense de cette
entrée. Les vaisseaux de Norwich ne peuvent
achever leur chargement qu'à New-London, et
il en est.de même de ceux de la rivière
de Connecticut, et du port de New-haven,
quand leur force excède cent vingt tonneaux*
N a ( 196)
Le district de New-London, comme douane ,
s'étendait autrefois jusques sur la rivière de
Connecticut.   Les représentations des négocians de cette rivière ont déterminé le congrès ,
dans sa dernière session ,   à faire un district
séparé pour leurs ports , et à réduire celui de
New-London à ce port même ,'à celui de Nor-
wick et à celui de Stoming-town, autre petit
port sur la rivière Mistruck, dans la partie
du Connecticut la plus voisine de l'Etat de
îlhode-island. Dans l'état actuel, le district de
New-London occupe à-peu-près six mille tonneaux au commerce avec l'éi ranger ,  autant
à-peu-près au cabotage ,   et six à sept petits
natimens que Stoming-town envoie à la pêche
de la morue. On peut évaluer à cent dix tonneaux ,   l'un dans l'autre ,  les bâtimens employés  au  commerce  avec   l'étranger,  et   à
tfuatrevingt ceux employés au cabotage.  Les
exportations de New-London ont été en 1791 -,
de 608,993 dojTaTîTpén' 1792, de 519,333; en
1793, de §_^,65B;; en 1794? de 563,468; en
1795, de 5i7,858.
Le commerce de New-London, à l'étranger ,
se fait presqu'entièrement av^cPles colonies.
tfëà exportations consistent en chevaux,en bœuf
et porc salé , en mulets , bétail de t.m^^è&pèéV,
'volailles , légumes, bois , beurre , fromage', 1 i9? 3
et en poisson salé. L'ordre dans lequel ces différentes denrées se trouvent écrites ici, indique
la proportion de leurs quantités dans le tableau
des exportations. Les chevaux et les bestiaux
sont élevés en grand nombre dans l'État même ,
mais il en arrive beaucoup aussi des parlies
du nord de l'État de New Yorck et de ceux
de Vermont, de New-Hampshire et de Massachussetts.
Indépendamment de la nonchalance des
négocians d'Albany, qui laissent ainsi échapper
de leurs mains , cette branche utile et abondante de commerce , si bien à leur portée , la
grande habitude que les gens de mer de New-
London ont de cet espèce de chargement, et
les succès qui en résultent pour eux dans la
traversée-, font donner par les propriétaires
la préférence à cette voie sur toute autre. On
assure qu'il ne meurt pas , par terme moyen ,
un centième d'animaux de toute espèce dans
le trajet jusqu'aux colonies , et à voir à quel
point ils sont empilés les uns sur les autres à
différens étages , et serrés dans chacun , on
a peine à croire qu'un quart puisse échapper.
Les propriétaires des bâtimens se chargent dé
l'approvisionnement des nourritures qui sont
toujours de la meilleure qu-haté. La plus grande
propreté est entretenue dans toutes ces diffé* ti98)
rentes cases , et il y a peu d'exemples que le
mauvais tems et les longues traversées occasionnent de grandes pertes. Le capitaine est
communément payé par mois , sans aucun
intérêt dans la cargaison ; seulement quand il
est, ce qui arrive souvent, chargé de la vente
dans les iles , il y a cinq pour cent de commission.
Presque tous les animaux destinés à être
portés sur des bâtimens de Norwich , souvent
même sur ceux de la rivière de Connecticut,
arrivent à New-London par terre , et s'y embarquent sur les bâtimens qui viennent les y attendre. Le bœuf et le porc salé, le beurre et
le fromage sont aussi versés par ce port, en
grande quantité dans les autres des États-
Unis. Plusieurs des navires qui les y portent
prennent en retour un chargement pour les
colonies ou pour l'Europe. Les exportations
directes en Europe, c'est à-dire, en Angleterre
et en Irlande, se bornent à une douzaine de
cargaisons par année , et consistent en bois ,
graine de lin, potasse et pearlasse, et en poudre
de sumac, qu'un négociant du port a le privilège exclusif ( à titre d'invention ) de fabriquer
pendant quatorze a»s. Le sumac, qui croît abondamment dans les terres incultes, est coupé
en petits morceaux et mis à sécher, puis au
'• C *99 )
prïntems , il est moulu dans des meules de
pierre, et réduit en poudre assez grossière ; il
est alors propre à la teinture. Il se vend dix-
huit dollars et un tiers le barril, et il s'en
exporte depuis deux années seulement, deux
mille barrils par an.
Quant à la pêche , le lieu où elle se fait
est trop éloigné des côtes de New-London pour
que le poisson puisse y être rapporté pour
sécher. Il reçoit sur les lies de la province de
Main, quelquefois sur les côtes de Labrador,
toutes ses préparations, et il est rapporté à
New-London , propre à la vente , et delà envoyé dans les colonies , ou à New-Yorck ou
à Boston , qui l'emploient dans leur grand
commerce. Les retours des colonies se font
généralement à New-London même ; mais il
est rare que ceux d'Europe y arrivent. L'exi-
guité des capitaux des négocians du Connecticut, les met hors d'état d'attendre les rentrées
de leurs fonds aussi long-tems qu'il le faudrait
si les marchandises arrivaient dans leur port,
où le débit ne pourrait s'en faire qu'avec
lenteur. Aussi les stores du Connecticut sont-
ils presque tous fournis par Boston ou par
New-Yorck. Il y a cependant quelques exceptions.
Les négocians de New-London ne sont pas
N4 (   200 ) .  ï
propriétaires  de tous  les vaisseaux   de leur
port.   Quelques - uns  appartiennent   à    ceux
d'Harford et de New Yorck. Peu de négocians
du Connecticut  ont   trente mille   dollars   à|
mettre au commerce ,   en Comptant même j
leur crédit, dont sagement ils font peu d'usage..!
Aussi les fortunes , qui comme le commerce
reçoivent un accroissement annuel, s'augmen-|
tent-elles dans une proportion plus lente quef
dans presque tous les autres ports actifs de
l'Amérique.   Cette proportion est à peu-près
d'un cinquième depuis six ans. Celle de l'accroissement et de l'embellissement des maisons
est la même. Je tiens tous ces détails de M.
Hundington,   receveur des  douanes   de ce
port,   homme instruit,   intelligent,   et d'un
bon esprit.
Les meilleures terres , dans tout ce district,
même aux environs des villes , ne se vendent I
pas au-dessus de vingt-cinq dollars l'acre. Elles
produisent plus d'un tiers au-dessus de celles
de Rhode-island , en y comprenant même
l'île. Le prix de la main-d'œuvre y est aussi
plus élevé. Deux tiers de dollars par jour , ou
treize à quatorze dollars par mois, sont les
salaires de l'ouvrier de la ferme. L'hiver, c'est-
à-dire , le tems ou les bestiaux doivent être
nourris au sec , n'est pas de plus de quatre (   201   )
mois et demi à cinq mois. Beaucoup de fermiers ne les tiennent dans aucun tems à l'écurie. Le manque d'étables et de granges est
bien pour quelques-uns la raison de cette pratique, qui , par quelques autres plus riches,
est aussi jugée plus salutaires aux bestiaux.
New-London a quatre mille habitans. Il a
une banque incorporée en mai 1782, dont le
capital est de 5o,000dollars , et peut s'élever à
5oo,ooo , ayant d'ailleurs les mêmes réglemens
que celles d'Harford, dont je parlerai. Les
billets sont divisés jusqu'à un dollar. Les dividendes de cette banque ont été de trois et
demi à quatre pour cent par semestre. New-
London est la capitale du comté auquel elle
donne son nom, qui est peuplé d'environ
trente-cinq mille habitans, dont cinq cents
esclaves.
Chelséa.
En quittant New-London pour aller à Harford,
il m'a fallu reprendre la route de Norwich ;
mais au lieu de traverser la ville , j'ai passé
par le port qu'on nomme Chelsea, et qui,
comme je l'ai dit , est à deux milles de la
partie de Norwich la plus peuplée. C'est-là que
la rivière, formée de la réunion du Guina- ( 202 )
%aug et du Shetuket, prend le nom de Thames. C'est même , je crois , le seul exemple
d'une rivière dans le Connecticut, à laquelle
on n'ait pas conservé le nom Indien. Au-dessus
de cette jonction et de la chute dont je vais
parler, la Guinabaug n'est navigable que pour
des bateaux. La Thames a, dit-on, douze pieds
d'eau dans tous les tems, et est large, à cet
endroit, d'environ un huitième de mille. Une
douzaine de goélettes , de sloops , ou brigs,
y étaient en réparation quand j'y suis passé.
Cent ou deux cents maisons, quelques-unes
assez jolies, sont bâties des deux côtés de la
rivière , et communiquent par un pont de
planches. A un mille du pont, et sur le chemin
de Norwich, la Guinabaug , un des élémens
de la Thames , se précipite de rochers assez
élevés, et forme une chute qui vaut la peine
d'être vue , sur-tout pour la position hardie ,
et la grande élévation des rochers qui en forment la scène, et pour l'effet peu commun
de bouillonnement que produisent les eaux
en tombant.
La banque de Norwick, incorporée en mai
1795 , a les mêmes réglemens que celle de
Harford. Son capital peut s'élever de cinquante
mille à deux cents mille dollars. Ses actions
sont de  cent dollars ; ses billets, jusqu'ici (  203  )
très-peu reçus, se divisent jusqu'à un demi-
dollar.
Norwich et Chelséa contiennent environ
trois mille habitans. Des moulins de toute
espèce sont établis dans leurs environs , où
l'industrie et l'activité sont grandes.
Entre Norwich et Lebanon , et dans les environs de Norwich principalement, les bois
sont multipliés ; presque tous les sommets des
collines en sont couverts ; mais par-tout les
penchans sont cultivés , ainsi que les vallons ,
souvent vastes , qu'on rencontre dans la route.
Lebanon.
Dans le Connecticut , l'éducation des bestiaux est la destination principale des terres.
Les environs de Lebanon sont connus pour
en élever plus encore qu'aucune autre partie
de l'État. Ce township est dans le comté de
Windham , peuplé de vingt-neuf mille habitans dont cent soixante à-peu-près sont nègres
esclaves. La population de Lebanon est d'environ quatre mille âmes. La réunion la plus
considérable de maisons y est de cent cinquante à cent soixante , toutes bâties sur une
rue large de deux à trois cents toises , et qui
sert de pâturage commun aux  besti__tix du ( 204  )
pays. Les maisons sont généralement petites,
mais propres , et si elles ne donnent pas l'idée
de l'opulence , elles donnent moins encore
celle de la pauvreté. Cette même apparence
est commune à presque toutes les parties du
Connecticut.
Indépendamment des moutons et des cochons, élevés en quelque abondance , les fer-"
miers de Lebanon entretiennent généralement!
un bœuf, une vache ou un mulet,  par deux
acres.  Ils vendent annuellement le quart dé
leurs bêtes à cornes , sans distinction d'age.lj
Les chevaux sont mis en vente à trois ans ■
et les mulets à deux. Les uns et  les autres
sont destinés  aux  colonies.   Le propriétaire
vend dans sa ferme les mules de deux ans ,
de quarante à cinquante dollars.
Une meilleure culture, des soins plus in-
telligens dans le choix des  herbes à semer M
dans l'engrais ,   dans   l'arrosement ,   dans  la I
propreté des prairies , tripleraient les produits 1
de ces terres.  Mais ici , comme ailleurs , îe-
haut prix de la main-d'œuvre est donné pour
cause de ce manque de soin  avec moins dèH
raison cependant que dans les terres à grains M
et, comme ailleurs, l'ignorance et l'habitude en
sont les motifs réels. Peu de terres sont fumées , et peu de soins même sont pris pour (  205   )
recueillir le fumier, qu'il serait aisé de ne
pas perdre. Les ouvriers se payent ici dix à
douze dollars par mois. Les meilleurs terres,
vingt dollars l'acre.
La maison de M. Trumbrull , sénateur des
États-Unis , a , comme lui, la modestie et la
simplicité pour partage. Il faut, quand on J
est, éloigner un peu les idées européennes ,
pour s'accoutumer à penser qu'on est chez un
des hommes les plus riches de l'État, qui
occupe une des plus importantes places de
l'Union. Je ne puis assez nie, louer de sa réception obligeante , et de celle de toute son
aimable famille. M. Trumbrull a un frère
connu par ses talens pour la peinture. Il a
entrepris les tableaux des actions les plus briff
lantes de la guerre qui a donné l'indépendance
à son pays. Plusieurs d'eux sont déjà gravés
en Angleterre , où il est lui-même, employé
par le gouvernement des États-Unis.
Harford.
Le pays entre Lebanon et Harford offre le
même aspect que les parties du Connecticut
que j'avais vues jusqu'ici. Les bois sont de
beaux chênes et d'hycl-orisl^Pëu de grands
arbres cependant, excepté ceux qui sont iso- (  206   )
ïés dans les champs. Les bois semblent êtrct
plutôt de nouvelle plantation , qu'appartenin
à l'état primitif de l'Amérique. Le terrein est
toujours léger, beaucoup d^ pierres, et l'on
ne conçoit pas , en voyant leur abondance ,
comment les maisons sont toutes de bois. Le
pays, qui est toujours plus ou moins mon-
tueux , s'applatit entièrement à huit milles ,
en approchant de la rivière de Connecticut,
et devient absolument plaine. Les terres sont!
plus sablonneuses, mais d'un sable gras. Les
prairies sont plus vertes, plus épaisses ; et les
habitations généralement multipliées dans cet
Etat, le deviennent plus encore en approchant!
de Harford , que l'on n'atteint qu'après avoim
passé la rivière dans un bac large et sûr ,
ressemblant beaucoup, par sa forme, à nos
bacs de la Seine , mais conduit à la rame , et
gouverné aussi par une rame.
J'ai été tristement désappointé^ en appre-1
nant que le colonel TJ^astworth n'était pas à
Harford. Je le connaissais de Philadelphie.
Il m'avait fort invité à venir chez lui. La
confiance de le trouver , m^a_xfu_$ fait négliger de prendre - aijLCunes lettres pour cette
ville. Ainsi, au, chagrin t£$pLde ne pas voir
un des J^ommes le& plus importants de l'Etat , par ses richesses et son influence, es (   207)
par conséquent celui dont je devais attendre
les informations les plus complettes, s'est
joint encore l'inconvénient de ne pouvoir
m'adresser à personne, pour en recevoir de
moins étendues sans doute , mais au moins
quelques-unes intéressantes sur cet{e ville, la
.plus peuplée de l'État de Connecticut , et
qui en est généralement considérée comme la
capitale. J'ai cependant trouvé , dans une ou
deux maisons où je me suis introduit, et dans
l'auberge très-fréquentée par les habitans de
la ville, des personnes obligeantes et raisonnables qui ont bien voulu répondre à quelques-unes de mes questions ; et voici ce que
j'en ai recueilli.
i°. Harford est peuplé de six mille habitans ; le nombre en augmente annuellement,
mais dans une proportion pareille à celle dont
se fait l'augmentation de la population de
New-Londen. 2°. Soixante à quatrevingt bâtimens , depuis vingt jusqulàsoixante tonneaux,
appartiennent à ce port, sur lequel les ren-
seignemens qui m'avaient été donnjés à New-
London , se trouvent absoiumen|ius.es. Quj§-
ques bâtimens de deux cents tonneaux y sont
construits, mais ceux-là descendent la rivière
sans être chargés , parce que, dans les saisons ordinaires, il n'y a pas plus de six pieds ( _-o8 )
d'eau. 3°. Le commerce d'Harford est de la
même nature pour les denrées qu'il exporte,
pour les lieux où elles sont exportées et pour
ses retours, que celui de New-London. 4°* Les
terres, dans les environs d'Harford, se vendent^
en corps de ferme, depuis trente-quatre jusqu'à!
quarante dollars l'acre, et produisent du bled.|
5°. Les manufactures de drap , que l'on avait
établies  depuis quelques années , dans  lesquelles le colonel Wastworth avait un inté-|
rêt considérable ,  et qui étaient montées à
quelque point de perfection , sont en déca-I
dence.  Elles ont été abandonnées par leurs
premiers entrepreneurs , et les seconds sont
aujourd'hui menacés d'une perte plus grande
encore que les premiers, par la raison de lai
rareté des ouvriers , de  la facilité qu'ils ont
dé gagner de plus gros gages en allant à la
mer, et par la cherté de la main-d'œuvre,
qui est la conséquence du désir général, del
devenir propriétaire , désir si naturel et si aiséj
à satisfaire en Amérique. Toutes ces raisons!
s'opposent à l'établissement de grandes manufactures dans les États-Unis, autres que celles
qui, ayant l'eau ou le  feu  pour principaux^
agens , réduisent à presque rien le travail des
bras.
Ce besoin de manufactures est moins gran#1
dans ( 209 )
Sans le Connecticut qu'ailleurs, parce que
plus généralement encore, on y fabrique dans
chaque ferme tout ce qui est nécessaire au
vêtement de la famille, et qu'ainsi la cherté
des étoffes d'Europe n'est pas sentie par la
classe la moins aisée des habitans.
Harford est une petite ville régulièrement
^tracée, et coupée d'une petite rivière qui^
avant d'y arriver , arrose d'agréables prairies
dont tous ces environs sont couverts. Les
maisons y sont petites et jolies ; aucune ne
semble plus magnifique que les autres. On y
construit à présent un bâtiment pour l'assemblée de l'État, qui tient ses sessions une
année à Harford et l'autre à New-haven. Celte
maison , dont les soubassemens très - élevés
sont d'une pierre rougeàtre qui se trouve
dans le pays , et dont les deux étages supérieurs sont en briques, est presqu'entièrement
achevée. Elle a fort bonne apparence , et conserve dans la masse une simplicité de bon
goût , que les artistes français trouveraient
cependant un peu lourde.
Le pays qui environne Harford est charmant. C'est une suite continuelle de prairies
assez bien soignées ; que l'humidité de la saison entretient aujourd'hui vertes comme au
priptems, elles sont couvertes de bestiaux, de
Tome III. O (  210  )
fchevaux et de mules, et chargées de toute
espèce d'arbres, mais principalement d'arbres
à fruit. Les propriétés de chacun sont peu
étendues, par  conséquent les maisons  très-j
multipliées. Elles ne sont ni aussi ornées ni
aussi bien peintes qu'aux environs de Boston ,
mais elles réunissent complettement dans leur
exiguïté tout ce qui est nécessaire au besoin
et à la commodité de ceux qui les habitent,!
et pour être enfin ce qu'exprime  si bien le
mot anglais confortables. L'aspect de l'autre |
côté de la rivière, est le même , et la vue de J
ces jolies prairies est terminée des deux côtés
par des montagnes assez élevées, qui,  dans!
cette partie , sont les unes et les autres pa- j
rallèles à la rivière.
En atendant le dîner à la taverne, j'ai entendu  deux Messieurs parler français. Je nej
puis me défendre  dun attrait plus fort que
moi, lorsque je rencontre des compatriotes, m
Ceux-là ne l'étaient qu'à demi, comme je l'ai
appris en les abordant. Ce sont des habitans del
la Martinique , fixés depuis plusieurs mois sur
deux petites fermes qu'ils ont achetées.   La
connaissance s'est promptement établie entre
nous ;   nous   nous somraes  assis   au  mêrae|"
bout de la table , et l'un  d'eux le plus parlant et le plus persuadé qu'il connaissait son (  SU   )
monde , m'a attaqué sur Philadelphie, où il
assurait qu'il avait  les   meilleurs correspondances : ce II y a là, » disait-il, ce des Français
.- de la première distinction , des personnes
3| de la famille de Bourbon. » — Je ne le crois
pas , lui   ai-je   répondu ,  au moins  ils n'y
étaient pas au mois de mai dernier, ce Je vous
p. demande pardon, » m'a-t-il répliqué très-civilement , mais aussi très-positivement; i il
_»_ se peut que vous ne viviez pas dans leur
» société, mais je suis sûr qu'il y en a un
--> depuis plus de deux ans. g — 11 est donc
au moins caché sous un autre nom. — ce Non,
» il porte le nom qu'il a toujours  porté en
-. France ; c'est.., c'est.. ; attendez, car j'en suis
-o sûr; c'est..., c'est M. le comte de Noailles. »
\— Je sais bien, ai-je répondu ,   que M. de
Noailles est à Philadelphie , mais il n'est pas
de la  maison de Bourbon. — ce Pardonnez-
5> moi, Monsieur, il en est Il n'est pas
_o frère du roi.... Je ne dis pas qu'il soit frère
_o du roi. Mais il est de la famille Bourbon,
_o cousin du roi, j'en suis sûr, _d Ce n'est pas
sans peine que je suis parvenu à donner à ce
Monsieur quelques doutes sur cette opinion
qu'il tenait de personnes bien faufilées dans
Philadelphie. — ce Au moins , Monsieur, est-
__ il bien riche \ vous n'en disconviendrez
O a (  212 )
-o pas. sa —Il n'avait rien en arrivant à Philadelphie , ai-je reparti , et son intelligence
et son bonheur lui ont procuré peut-être quarante à cinquante mille dollars. — ce Cela ne.
» s'appelle pas être immensément riche , s'il
:» n'a que cela p, a répondu mon ami des iles M
<c certes, cela ne peut pas s'appeler riche pour
» un homme comme lui : mais convenez pour-
_- tant que si vous ou moi nous en avions le )
33 xjuart nous nous trouverions bienheureux,
» et que nous ne regretterions rien de notre
_o ^vieux avoir. » — J'écris en toute humilité;
cette petite anecdote pour montrer combien
je paye peu de mine , comment j'ai l'air de.
ce qu'on appelle en Amérique valoir peu da
choses ; car dans l'idiome du pays pour demander quelle est la fortune d'un homme ,
on demande combien tel homme vaut-il ?
Pendant mon séjour à la taverne j'ai eu occasion d'apprendre que dans la partie du
Connecticut , qui touche au Massachussetts
et le long de la rivière, on cultive une assez
grande quantité de chanvre pour alimenter
une manufacture de toile à voile établie à
Spring-field, où vingt hommes sont constam-1
ment à l'ouvrage, et dont le propriétaire tire
un profit qui s'accroît annuellement dçfpuis '
sept ans qu'il l'a établie. c il!
Harford est la ville principale du comté qui
en reçoit le nom , et qui est peuplé d'environ
32,ooo habitans , dont 260 à peu-près sont
encore esclaves.
La banque d'Harford est incorporée par
acte de la législature de l'État en mai 1792.
Son capital est de 100,000 dollars , avec facilité de le porter jusqu'à 5oo,ooo. Ses actions
sont de 4oo dollars chacune. La charte pone
injonction aux directeurs de ne jamais faire
circuler du papier au-delà de 5o pour cent
des capitaux et des dépôts. Cettehanque fait
peu d'affaires , elle n'a jamais donné plus
de trois pour cent de dividende par six mois.
Ses billets qui sont divisés jusqu'à un dollar
sont reçus à quelque distance le long de la
rivière de Connecticut, mais plus au-dessous.
Quelques-unes des autres banques de ConJ
necticut les reçoivent aussi en paiement.
Middletown.
* De Harford à Middletown , la même suite
de prairies chargées d'arbres et couvertes de
bestiaux continue. Le chemin longe la rivière
à plus ou moins de distance , mais ne s'en
écarte jamais de plus d'un demi mille. A dix
milles on trouve West-fields, petit port ou
O 3 ( §11 )
deux navires, trois brigs, et deux goc-lette*-
étaient au quai. Les deux navires viennent
d'être construits cette année à Middletown.
Le   nombre   des   bâtimens   appartenans S
West-fields est beaucoup plus considérable ,
mais la plus grande partie est en mer.
Middletown à quelques milles plus bas encore, est le lieu où les fermiers du Nord des
États de New-Yorck, de Massachussetts, et
de Vermont viennent vendre les bestiaux,
les mules et les chevaux qu'ils destinent aux
colonies. Quelques petits bâtimens prennent cette oargaison à Middletown même ,
quoique, comme je l'ai déjà dit, ils se chargent plus généralement à New-London.
Harford partage ce marché avec Middletown et croit avoir l'avantage.
Middletown est une jolie ville, bien bâtie,
les rues sont larges et plantées d'arbres ,
mais elle est de trois quarts moins grande
qu'Harford. Cette petite place a aussi moins
de navires ; c'est à Middletown que la. douane
du district est établie, parce que c'est le port
le plus voisin de rembouc_q_uto£ de la rivière,
dont il est cependant éloigné encore de vingt-
neuf à trente milles* Il y a dans les hautes marées neuf à dix pieds d'eau à Middletown.   I
A deux milles de la ville, se trouve une («5 I
mine de plomb, que les besoins de la guerre
de l'indépendance ont fait exploiter, mais où
le plomb se trouve dans une si petite propor-:
tion, que son exploitation serait aujourd'hui
ruineuse pour ses propriétaires quand même
le prix de la main - d'oeuvre ne serait pas si
élevé.
Les exportations du district de Middletown
ont été en 179$ de 3i,3y5 dollars, ce district
de douane n'a été formé qu'en 1794*
Une banque a été incorporée à Middletown
en octobre 1795. Elle a un capital de 100,000
dollars, qui peut être porté jusqu'à 4oo,ooo.
D'ailleurs , les règlemens sont les mêmes
que pour celle d'Harford ; elle a aussi donné
jusqu'à présent le même dividende.
Middletown est le chef-lieu d'un comté de
son nom, peuplé d'environ 19,000 habitans;
dont 200 esclaves.
A Middletown, le chemin de New-haven
quitte la rivière et reprend les montagnes qui
à ce point s'approchent de la rivière et là bordent de très près des deux côtés. Le pays devient moins riant, moins habité, les prairies
moins vertes, moins soignées , les maisons
moins agréables, les bois y sont en plus grande
quantité, et le chêne y domine. Peu ou point
d'arbres vercls» Le pays  continue  d'être le
O 4 ( 2l6  )
même jusqu'à dix milles de New-haven; lé
chemin est souvent pierreux, souvent sablo-
neux. A dix mille de New-haven les montagnes
s'appîatissent, et on arrive dans un pays marécageux. On paraît n'avoir rien fait pour soigner les prairies, qui, à en juger par la figure
du terrein, doivent être faciles à sécher. La
marée monte à quatre milles de New-haven f
et par la petite rivière de ce nom , assez haut
pour inonder souvent le chemin. Il l'était
aujourd'hui dans la longueur d'un demi milleJa
Enfin, entre ce point et New-haven les terres
sont plus sèches, tout-à-fait sabloneuses, et
paraissent peu fertiles. Quelques pins blancs,
çà et là, leur donnent l'apparence de la stérilité. Aucune culture prochaine, et beaucoup
de terres en pâtures,
New-haven.
La ville de New-haven occupe un vaste terrein , mais les maisons dans sa plus grande
partie sont loin d'être contigues ; beaucoup
de champs cultivés sont au milieu de la ville.
Toutes les rues sont droites, et coupées en-
tr'elles à angle droit ; les maisons, la plupart en bois, sont petites et jolies ; les rues
sont plantées d'arbres. Deux grands bâtimens
I ( 2i7 )
en briques appartenant au collège , une belle
église, et la maison de l'Etat ornent la principale place, au milieu de laquelle se trouve
cependant le triste spectacle du cimetierre.
L'aspect total de la ville est agréable ; elle
paraît située de manière à devoir être saine,
et l'on assure que la mortalité y est dans une
proportion moins grande que dans aucune
autre ville des États-Unis. Cependant l'année
dernière, la fièvre jaune y a fait de grands ravages, et cette année une dyssenterie épidé-
mique y a enlevé autant d'habitans qu'à Harford , où il en a péri beaucoup. De cent cinquante-neuf personnes mortes dans la ville
en août, septembre et octobre, quatre-vingt-
quinze sont mortes de cette maladie, et la population totale de la ville est d'environ cinq
mille âmes.
Le port situé à quatre milles du bras de
mer qui sépare le continent de Long-island,
est à"srec à marée basse auprès des quais, et
les bâtimens quelques petits qu'il s-soient, ne
peuvent se charger qu'à quelque distance plus
près de la mer, où un quai est bâti à cette
intention. Durant les hautes marées, il y a
six pieds d'eau dans le port, et quatre seulement dans les marées ordinaires. Le mouillage, quoique inférieur à celui de New-London , y est cependant assez bon» (_z8)
Cinquante bâtimens appartiennent à ce portv
Un seul fait le commerce d'Europe ; quelques
autres vont aux colonies , et y portent dest
bois et] du bétail,  des mules , des chevaux $%
élevés à quarante  milles  aux environs.  Le§
autres bâtimens font le cabotage, particulié%
rement avec New-Yorck. Les exportations de
New-haven ont été en 1791, de i5i,o43 doll.
en 1792, de 207,041 ; en 1793, de 146,387 ;É
en 1794? de 171,869; en 1796, de i84}o82.v-
Le tonnage général de tous les bâtimens du
port n'est pas de plus trois mille tonneaux ;
huit paquebots qui vont continuellement de>
New-haven à New-Yorck, port eut à cette der- ;
nière ville la plus grande partie des cargaisons!
venant des colonies , et une grande partie (
grains croissant dans le district de New-haven J|
et qui ne se débitent pas ici avec facilité. Les$
capitaux des négocians de New haven sem-8
blent encore  plus  modiques que  ceux  de_B
négocians d'aucun autre port du Connecticut.
Il n'est pas de bâtimens qui appartiennent à
un seul d'entreux.  Le nombre des  co-propriétaires pour le même bâtiment les déter-w
mine souvent à ne point faire  assurer. Les
pertes en sont moins fortes pour chaque ind£j
vidu, quand quelqu'accident arrive : mais il ei-jj
est arrivé un assez grand nombre depuis deus; (   219*5
ans, tant en naufrages qu'en captures ; aussi les
assurances deviennent-elles plus en usage à
New-haven. Le commerce n'y éprouve ni augmentation , ni diminution depuis quelques an*
nées , et la population reste aussi dans la même
situation. Les terres autour de la ville sont
pour la plupart d'un sable gras , elles peuvent
donner cinquante boisseaux de maïs par acre,
quand elles sont fumées, et les gros roseaux
des prés salés ainsi que les herbes de la mer
sont employés  comme  engrais  avec utilité
quand ils sont mêlés avec d'autre fumier. Beau*
coup d'autres terres sont jugées par les propriétaires n'être susceptibles d'aucune amélioration , et sont laissées en bois très-vieux et
très-vilains. Les terres en corps de ferme se
vendent près la ville de quatorze à dix-huit
dollars l'acre. L'ouvrier se paye quatre à cinq
schellings par jour , douze dollars par mois
d'été , et  quatre-vingt dollars quand il s'en ;
gage pour  toute l'année.   Les bestiaux sont
médiocres. La paire des plus beaux bœufs du
pays ne se vend pas plus de soixante dollars.
La fortune des habitans de la ville est très-
modique. Le plus grand nombre ont aux environs des fermes dont ils tirent leurs provisions. Ces petites propriétés particulières, capables de suffire aux besoins de chaque fa- (   220   )
mille , prive ainsi celui qui récolte plus de;
légumes qu'il n'en peut consommer dans son
ménage , du moyen de les vendre à New-haven ; elles sont envoyées à New-Yorck. Un
résultat plus pénible encore de cet ordre de
choses est que la culture est négligée.
Deux riches négocians ont depuis un an
élevé à grands frais une manufacture de colon
à deux milles de la ville. La filature y est miseH
en mouvement par l'eau, mais on y fabrique
aussi des étoffes. Il y a beaucoup de bras employés, et la chute de cette manufacture est
déjà prévue par toutes les raisons communes
qui s'opposent ici aux succès des fabriques,
et encore parce que les dépenses pour les
bâtimens ont été beaucoup trop considérables.
Une banque a été incorporée à New-haven
en octobre 1792. Son capital de 100,000 dollars est divisé en 5oo actions de 200 dollars
chaque. Elle n'a commencé ses opérations
qu'en 1796, et le premier dividende ne doit
être donné qu'en janvier 1797. Le prix actuel
des actions n'est que de cinq dollars au-dessus
du prix primitif. On dit à New-haven qu'avant
l'établissement de cette banque l'argent y
était tellement rare, qu'il fallait en payer
quatre pour cent par mois avec de bonnes h y- (  221   )
pothéques pour des sommes qui n'excédaient
pas à la fois quatre à cinq cents dollars.
Les ravages faits par les Anglais pendant
la guerre avaient ruiné les habitans de New-
haven , qui pour se réparer un peu s'étaient
livrés à l'usure. Après l'établissement de la
banque, ils ont trouvé à y faire escompter leurs
notes, étant presque tous propriétaires des
maisons où ils logent , qui sont prises pour
hypothèques. L'usure est donc tombée depuis cette époque ; le taux des prêts passagers
n'est plus que d'un ou un et demi pour cent
par mois, et ils ne sont d'usage que pour ceux
des, habitans de New-haven qui ne trouvent
pas d'escompte à la banque.
On voit auprès de New-haven le rocher
sous lequel Golf et Wadley, deux des juges
de Charles Ier. ont été cachés pour échapper
à la scrupuleuse recherche faite d'eux par
ordre de Charles second, et le pont sous
lequel ils ont restés plusieurs jours quand les
Soldats qui étaient à leur poursuite passaient
et repassaient dessus continuellement.
Il y a dans New-haven un collège d'une fon-
I dation déjà ancienne, et où l'on assure que
l'instruction est aussi bonne que dans aucun
çtutre des Etats - Unis.   Une bibliothèque de
deux à trois mille volumes appartient à ce '( __22   )
collège, ainsi qu'un petit cabinet de physique,
et un muséum plus petit encore , que l'on
enrichit annuellement, autant qu'il est possible , mais qui ne s'accroît cependant quefl
bien lentement. La ville a une église d'épis-
copaux , et trois de congrégationalistes.
On évalue  à  plus de  100,000 dollars  le
dommage que le pillage du commodore TryonM
a occasionné à cette ville en 1779.
New-haven est la ville principale du comté
de son nom , peuplé de 33,ooo habitans,
dont environ 400 esclaves.
Observations sur le Connecticut.
La colonie  anglaise qui s'est la premiered
établie dans le pays appelé aujourd'hui Connecticut , y est venue en i633 , en vertu d'une
patente du conseil de Plymouth, donné etM
n63o au comte  de  Warwick.  Elle a eu à
combattre les Indiens maîtres du pays, qu'il
a fallu chasser de chez eux , ainsi qu'il en a
été usé avant et depuis dans l'établissement
de toutes les colonies européennes en Amé-1
rique.  En 1662,  la colonie de Connecticut!?
obtint une charte qui régla son gouvernemental
Mais le presbytérianisme le plus outré était
l'esprit dominant de ce peuple entièrement (-23)
livré aux prêtres. On ne pouvait être free-
hurgess (bourgeois libre) , sans appartenir à
l'église , et l'on ne pouvait participer aux élections sans être free burgess. La plus grande
intolérance , la plus vive persécution s'exerçait sans relâche , et particulièrement contre
les quakers , qui étaient traités comme des
sorciers , c'est-à-dire , tourmentés , chassés ,
battus et punis de mort.
La constitution qui gouverne aujourd'hui
l'État de Connecticut, est la même qu'elle
était sous la souveraineté du roi d'Angleterre.
Un acte abrégé de la déclaration des droits
du peuple de cet État, déclare que l'ancienne
forme du gouvernement civil contenue dans
la charte de Charles second, roi d'Angleterre,
et adoptée par le peuple de l'État, sera et
demeurera la constitution civile de l'État,
sous la seule autorité du peuple et sans aucune
dépendance de quelque roi ou prince que
ce soit. Cette constitution consiste en une
chambre de représentans, ou chambre - basse,
composée de deux députés par ville , et en
une chambre-haute , ou conseil composé de
douze assistans. Ces deux chambres , sous le
nom de cour générale , sont le tribunal de
certaines causes , et peuvent annuller ou adoucir les sentences crimiaclles. Elles sont élues (  224 )
tous les six mois. Le gouverneur et le îieute*
nant-gouverneur ne sont élus qu'une fois par
an. Le gouverneur est président du conseil,
et a , ainsi que l'orateur de la chambre des
représentans, voix dans les délibérations, indépendamment de celle par laquelle ils départagent les opinions en cas de nombre égal.
Les assemblées se tiennent en mai et errl
octobre. Les différentes branches du pouvoir
©nt d'ailleurs à-peu-près les mêmes attributions , que dans toutes les constitutions plusfi
récentes des autres États. Les juges de la cour
supérieure ,  ceux des cours de comté, et leà!
juges de paix sont nommés par la cour généi
raie; les premiers continuent leurs fonctions
tant qu'ils n'en sont pas révoqués par la cour
générale ,  les deux autres  espèces de jugesS
sont nommés tous les ans , mais peuvent être
réélus.  Le gouverneur et le conseil nomment
les shérifs sans limitation prononcée dans la
durée de leurs exercices.
Les lois anglaises qui sont la base de presque
toutes les législations des différens États de
l'Amérique Unie , composent presqu'entiêre-
ment le code du Connecticut. Peu ont été
changées ou même modifiées. La loi sur les
intestats est la loi anglaise , aujourd'hui encore en force   dans presque tons les États
d'Amérique^ (   225   )
d'Amérique, donnant sur le bien du mbrt un
tiers à sa veuve, partageant le reste également
entre les enfans, avec les précautions nécessaires , pour qu'en cas de mort de l'un des en*
fans qui aurait laissé postérité, ou dans tout
autre cas de même nature, le même principe
d'égalité dans la répartition soit observé. La loi
sur les dettes ordonne la vente des biens ,
meubles et terres des débiteurs, s'ils ne peuvent pas payer autrement , et ne permet la
détention qu'en Gas d'insolvabilité. La loi criminelle est aussi la loi anglaise dans toute sa
rigueur. Un article (j'ignore s'il est dans la
loi aujourd'hui en usage en Angleterre , ou
s'il était particulier au Connecticut , mais il
est ancien ) ce déclare tout homme qui nierait
w l'existence d'un Dieu , ou de la Trinité , ou
3. la vérité des écritures, incapable de posséder
I aucun emploi, et le prive ) en cas de réci-
É dive de la protection de. la loi. » La loi sur
les mariages prononce divorce avec peine corporelle en cas d'adultère , Ou de mariage à
degrés prohibés ; et elle en admet la possibilité dans le cas où soit le mari, soit la femme
séparés l'un de l'autre par les mers depuis
sept ans S n'aurait pas la connaissance de
l'existence de l'autre ; et aussi dans le cas où
fun des deux , parti pour un voyage de mer,
Tome III. P (  226  )
dont le cours devait être de trois mois, aurait
été embarqué sur un vaisseau dont on n'aurait
pas eu connaissance depuis trois ans, ou que
l'on saurait perdu. Dans ces deux cas, la
cour supérieure seule peut, par un jugement,
déclarer le mari ou la femme, se présentant
devant elle , déliés de ses engagemens, et
libre d'en contracter un nouveau. La même
loi condamne à soixante-quinze dollars d'amende tout homme ou femme qui prend les
habits d'un sexe qui n'est pas le sien.
L'adultère qui jusqu'en 1784 était puni def
mort , l'est depuis cette époque du fouet
donné publiquement à ceux qui en sont convaincus , et d'une marque par un fer rouge
qui leur est imprimée sur* le visage. Le viol
est puni de mort sur la seule déposition de
la personne violée. Soit, comme le disent les
habitans du Connecticut, que de tels crimes nëj
soient pas commis dans cet État, soit, ce qui
est plus probable encore, que la barbarie dû
ces loix y dérobe les coupables , il n'y a pas
d'exemple que ces loix ayent été appliquées.
Les loix contre le jeu sont aussi très-sé|f
vères en Connecticut, et les mœurs ne s'opposent pas également à leur exécution. Il y
en a une particulière contre la course des
chevaux.  L'expositif de cette  Joi  présente (   227   )
cet amusement comme celui des gens oisifs ,
dérangés , et comme entraînant des conséquences d'immoralité et de vice qui rendent
nuls les avantages de l'amélioration de la race
des chevaux qui lui sert de prétexte. La loi
pour l'observation du dimanche, qui défend
tout amusement, etc. , est plus observée dans
lé Connecticut que par-tout ailleurs. La défense de voyager ne l'est pas aussi strictement,
mais elle l'est quelquefois, et il ne tient toujours qu'à la mauvaise humeur ou à la dévotion exaltée d'un selectmen ; d'arrêter un voyageur , et de lui faire payer une amende.
La loi pour les pauvres a pour base la difficulté pour un nouveau venu de s'établir dans
une des villes dont il n'était pas habitant, soit
qu'il ait eu précédemment son domicile dans
une autre ville du Connecticut , soit qu'il
vienne d'un autre État. Les conditions pour
être réputé domicilié sont d'avoir possédé un
bien libre de la valeur au moins de cent dollars , ou de s'être maintenu six ans par une
profession dans la ville d'où l'on vient. Les
selectmen ,   ( hommes  choisis  dans   chaque
ville ou township ,
pour exercer la police su
périeure ) ont le devoir de faire chasser de la
ville le nouveau venu qui ne prouverait point
4tre dans le Cas exigé par la loi, et c
P a (   22.8   )
est fouetté s'il y revient. Les maîtres ne peîi*v
vent engager comme ouvrier ou domestique J
un homme qui n'aurait pas rempli ces conditions, sous peine d'amende , ce qui ne dis-É
pense pas le nouveau venu d'être chassé. Les
villes doivent  d'ailleurs  avoir  soin  de leurs
pauvres ,   et les  selectmen doivent engager!
en  apprentissage   jusqu'à  vingt-un   ans  tout|
enfant de pauvre à l'éducation utile desquels
les parens ne veillent pas. Les pauvres passans,
les soldats ou matelots malades, sont assistés
momentanément par les ordres des selectmen,
dont les dépen ses sont remboursées par l'Union,
par l'Etat ou par la ville, selon la nature du
pauvre ou du malade à soutenir.
Indépendamment des divisions politiques
ordinaires d'État, de comtés, de townships , I
y a encore en Connecticut deux subdivisions,
les paroisses et les districts d'école. Chaque
ville ou society ( nom donné aux réunions
de maisons dont les propriétaires ont le droit
de s'assembler pour régler les affaires de la
communauté. ) chaque society donc doit choisir un ministre de l'évangile , et l'entretenir
par une taxe votée à la majorité , répartie
selon les facultés de chacun, à moins toutefois que quelque fondation ancienne , faite
A cette intention % &e dcrnie à la société de* I I   ( 229 I
fonds Suffisans pour maintenir le ministre.
Les villes doivent nommer un collecteur particulier pour cette taxe que les habitans sont
indispensablement obligés de payer, à moins
que la proportion exigée d'eux ne fut au-delà
de celle de leurs moyens, auquel cas la cour
du comté à laquelle ils doivent s'adresser ,
leur ferait droit. Les collecteurs de cette taxe
sont comme ceux pour les taxes de l'État ,
responsables de leur collecte et de leur négligence à la lever. Les ministres pour qui
les sociétés ne voteraient pas un traitement
suffisant pour les maintenir, peuvent s'adresser à l'assemblée générale qui ordonne la levée
du salaire convenable. Cette même assemblée
générale ordonne l'établissement d'un ministre
dans les sociétés qui n'en ont pas depuis une
année entière, et la levée des taxes nécessaires pour le maintenir.
Une loi de 1791 permet aux habitans qui.
diffèrent en opinions religieuses avec le reste
de la société , de s'incorporer à des sociétés
de leur opinion, et de porter leur taxe au
maintien du culte auquel ils s'associent, mais
sous la condition, i°. Qu'ils déclareront préalablement leur résolution aux selectmen de
leur ville. 20. Que la société à laquelle ils
s'associent professe un culte chrétien. 3°. En-
P 5 ( d.5o )
fin qu'ils ne participeront plus à aucnne dé-*
libération de leur ville, excepté pour les afj ■,-
faires des écoles.
La  religion la plus   commune dans l'État
de Connecticut est la presbytérienne , on péufrp;
même l'appeler la religion   dominante ,  par,;
la grande influence que lui donne le nombre
de ses adherens et de ses ministres , et par I
l'impossibilité qui en résuite pour les ministres
des  autres  religions , de   parvenir à aucune
place dans les collèges, toutes étant accapa-v
rées par les presbytériens.  Après la religion^
presbytérienne, l'anabaptiste est la plus nombreuse.   Il   y   a   aussi  dans l'État   quelques
épiscopaux et quelques quakers. Ainsi, quoi-'
que la liberté de conscience soit protégée en
Connecticut par la lettre de la loi,  elle n'y
existe pas réellement, et le presbytérianisme
y règne avec  toute sa dureté , tout son despotisme , toute  son intolérance.
Par une loi du Connecticut, aussi très-antérieure    à   la' révolution  ,   chaque réunions
de soixante-dix familles doit entretenir onze,
mois   de l'année une école où l'on enseigne
à lire et à écrire.   Si cette  réunion est au-:
dessous de soixante-dix, elle n'est obligée §
entretenir cette école que six mois. Chaque C
yille incorporée doit entretenir une grammar*^ ( « )
school où l'on enseigne la grammaire anglaise,
le grec et le latin. Les différentes sociétés
doivent nommer un comité pour inspecter
les écoles. Deux dollars sur chaque mille dollars imposés dans l'État, doivent être fournis
par le trésorier, pour aider à l'entretien de
ces écoles. Les maîtres sont payés à raison de
la part que les districts auxquels ils enseignent
prennent à l'impôt général. Les villes ou
sociétés qui précédemment ont reçu des
remboursemens ou des donations , à l'effet
d'entretenir des écoles , encourent la peine
d'être privées de ces rentes aussi long-te__-|s
qu'elles n'entretiennent pas ces écotes, et
de les perdre pour toujours , si elles les emploient à un autre usage. Les villes ou sociétés qui n'ont aucune fondation pour les
écoles , doivent les maintenir ou par une imposition qui suffise à la dépense totale , ou
au moins par une qui puisse payer la moitié
des frais, l'autre moitié devant, dans ce cas,
l'être par les parens qui envoient leurs enfans à l'école. Dans les villes très-peuplées,
la division des society-schools est laissée à la
volonté des habitans.
Les écoles sont sous l'inspection de la législature , à laquelle les selectmen de chaque
ville doivent rendre compte de leur situation,
P 4 (232)
C'est sur ce compte que ces villes reçoivent
de l'État la répartition de la partie de l'impôt,
réservée à cette intention. Elle est toujours
en proportion de l'impôt qu'elles paient. Les
villes qui n'ont point d'écoles, ou qui les entretiennent mal, ne reçoivent rien de cette
-répartition, qui est alors versée sur les autrefjï
Cette partie de l'impôt, quoiqu'insuffisante
pour payer les maîtres , allège d'autant la
taxe imposée pour cet objet. Il est presque
sans exemple qu'une ville ou society n'ait
pas d'école, et beaucoup en maintiennent
pendant un tems de l'année plus long que
celui auquel elles sont astreintes par la loi.
Les selectmen et les comités sont les administrateurs des biens et autres revenus des
écoles.
Les maîtres sont généralement des je un es gens I
récemment sortis du collège , qui se destinent
à l'église ou aux loix. Leurs appointemens,
qui varient au gré des sociétés, sont depuis
deux cents jusqu'à trois cents dollars. Presque
.tous les hommes de la Nouvelle-Angleterre,
.qui aujourd'hui jouent un rôle dans les affaires , ont commencé par cette profession
réputée très-honorable. Quelquefois les districts
choisissent des femmes dont les appointemens
sont moins chers \ mais elles doivent pouvoir ( s33 )
bien montrer à lire, à écrire, et l'arithmétique.
Chaque comté doit avoir une école où l'on
enseigne le latin et le grec. Il faut ajouter
qu'il y a une amende de trois dollars pour
tout père ou mère qui néglige d'envoyer son
enfant à l'école , et que cette police d'inspection est confiée aux selectmen.
De l'exécution ponctuelle de ces loix sages,
il résulte que dans le Connecticut comme dans
le Massachussetts , on rencontre rarement
quelqu'un qui ne sache lire , écrire et tenir
un compte, et que, par une suite naturelle
de cette instruction générale , les mœurs y
sont meilleures qu'ailleurs , le peuple plus
attaché aux loix , et les crimes plus rares.
La peine de mort , comme je l'ai dit, n'est
pas proscrite dans le Connecticut; elle est
ordonnée pour plusieurs crimes , et depuis
huit ans, il n'y a pas eu une seule exécution.
Une loi de 1795 attribue au maintien des
écoles le prix des ventes des terres appartenantes à l'État, à l'Ouest de la Pensyîvanie.
Les sommes en provenantes doivent être employées par la législature de manière à produire intérêt , et ce sont les intérêts répartis
dans les sociétés, et aussi en proportion de
leur contribution à l'impôt de l'État que ces
sociétés reçoivent.  Si la majorité des deux . ( 234 )
tiers des habitans préfèrent d'employer ces
sommes au maintien des ministres, alors leur
distribution se fait en conséquence , mais les
différentes religions chrétiennes comprises dans
ces sociétés doivent y participer.
L'esclavage des nègres n'est pas aboli dans
le Connecticut, comme dans le Massachussetts ; la loi de l'État s'est bornée à déclarer
libre à l'âge de vingt-un ans, tout enfant né
de mère esclave après l'année 1784. Il est
permis de croire que l'intérêt des législateurs
a été pour quelque chose dans cette loi. Car.iïl
est vrai qu'aucune loi antérieure dans cet État
ne prononçait positivement la légitimité de
l'esclavage, quoique les cours , qui souvent
ont porté des jugemens contre l'esclavage,
en aient aussi rendus quelquefois en faveur
des maîtres qui le réclamaient. Les motifs
donnés par les membres de la législature qui
ont participé à reconnaître l'esclavage et à
décider ainsi le doute des loix antérieures ,
ont été la crainte des effets d'une liberté générale accordée sans précautions , et aussi le
respect des propriétés. Mais ce prétendu respect des propriétés est un tort, si cette espèce
de propriété n'existait pas légalement , si
elle n'était, (comme cela était de fait, ) qu'un
simple usage sans autorisation de la loi f rien W
(235)
qu'une habitude d'abus et d'usurpation. Quant
à la crainte des mauvais effets dune liberté générale accordée tout-à-coup, le nombre de
nègres esclaves, ou crus tels , était trop peu
considérable dans le Connecticut , pour
qu'elle eût quelque fondement. L'exemple du
Massachussetts , qui se trouvait , pour la
question de l'esclavage, dans les mêmes circonstances que le Connecticut, et qui contenait un plus grand nombre de nègres , récla-
mes esclaves parleurs maîtres , prouve encore
le peu de valeur de cette crainte prétendue.
Il n'est résulté aucun effet fâcheux pour la
société de cette liberté de tous les nègres.
Peu d'entr'eux ont abusé de leur liberté pour
commettre des crimes; on n'a remarqué ni plus
de vols , ni plus de meurtres, que dans les
tems précédens. Presque tous les nègres sont
demeurés dans l'état de domesticité, parce
qu'il faut sans doute avoir été élevé comme un
homme libre pour savoir vivre indépendant-t
Quelques-uns se sont établis artisans, fermiers , mais en petit nombre. L'espèce au
total en est fort diminuée dans l'État, d'où
les partisans de l'esclavage croyejat pouvoir
soutenir que la classe totale des nègres du
Classa chu s setts n'en a pas été plus heureuse
après leur affranchissement général.   Cepen- ( 236 )
dant, on n'en a vu aucun aller se refaire
esclave dans ceux des États où l'esclavage a
continué d'être autorisé. On n'en a vu aucun
mourir de misère ; et l'État de Massachussetts
a, par cette loi de bienfaisance , effacé une
tache réellement flétrissante pour un pays où
le respect pour les droits de l'homme , et la
jouissance de la liberté sont mis avec tant de
raison à un si haut prix.
La milice, dans l'État de Connecticut, est
répartie en quatre divisions , huit brigades I
trente-cinq régimens, dont huit de cavalerie et
huit d'infanterie légère. La législature nomme
le commandant-général , les généraux , et les
officiers de l'état-major. Les autres officiers
sont choisis par les régimens. Tous reçoivent
leur commission du gouvernement. Les loix
de détail sont, d'ailleurs f les mêmes à peu-
près que dans les autres États. La législature
exerce ici, pour la police supérieure, la même
autorité que les gouverneurs exercent ailleurs.
Les exemptions sont , d'ailleurs , les mêmes.
L'âge , pour être miliciable, est de dix-huit à
quarante-cinq ans. Le gouverneur est général
de la milice, et le gouverneur-lieutenant en
est lieutenant-général.
Les chemins sont faits et entretenus dans le •
Connecticut par le travail qu'y doivent tous (
)
les habitans, depuis l'âge de quinze ans jusqu'à celui de soixante. Les chemins doivent
être tenus , dit la loi , dans un grand état de
réparation; et si quelques dépenses extraordinaires sont jugées nécessaires, les plus riches
habitans doivent s'imposer. Un inspecteur est
•nommé chaque année, pour présider au travail des chemins , toujours sous l'inspection
supérieure des selectmen. Les précautions sont
prises, pour que chacune des personnes concourantes à cet objet remplissent leur devoir.
Cependant on peut dire que généralement
les routes du Connecticut ne sont pas bien
entretenues.
Les loix pour le mode d'imposition n'ont
reçu aussi que peu d'altération depuis la révolution. Toute espèce de propriété , à peu
d'exceptions près, est matière imposable en
Connecticut, et chacune de ces matières imposables , terres divisées en dix classes différentes , chevaux , voitures , capitaux , etc. ,
ont reçu par la loi une valeur d'estimation
qui sert de base à la proportion de l'impôt.
Les assesseurs , qui y sont appelés listers ,
sont choisis annuellement par les villes ; ils
doivent demander tous les ans à chaque habitant la déclaration de ses propriétés , et en
former une U^te générale qu'ils envoyent à la ( _5Ô )
législature. Cette assemblée compare toutes
les listes , et fixe en conséquence la proportion dans laquelle chaque ville doit supporter
l'impôt. Les listes envoyées par chacun des
listers, servent à ceux-ci de base pour la répartition partielle de la taxe dans leur ville.
Ils doivent chercher à connaître si les déclarations , qui leur ont été faites , sont exactes.
Ceux qui seraient convaincus d'infidélité dans
leurs déclarations , seraient condamnés à payer
une taxe quadruple.
Les listes qui servent de base pour la répartition des taxes qu'impose l'État, servent aussi
pour répartir toutes les autres. Les listers reçoivent pour salaire treize cents ou treize
centièmes de dollar par chaque valeur de mille
livres contenue dans leur liste, et de plus la
moitié des taxes quadruples que leurs recherches font payer. Les collecteurs choisis aussi
par les villes , mais pour trois ans, reçoivent
deux et demi pour cent de leur collecte, et
ils en sont payés par l'Etat. Quand ils sont
obligés de poursuivre des taxables pour défaut de paiement, ils reçoivent une augmentation de traitement aux frais des délinquans.
La loi a pourvu à l'inexactitude des iibters et
des collecteurs.
Quoique la loi semble avoir pris toutes les (23g )
précautions pour faire payer à chacun en pro*
portion de ses propriétés , elle est éludée en
Connecticut comme ailleurs. Elle n'exige pas
de sermens dans la déclaration des propriétés
et dans ces pays où les sermens sont fréquemment requis, la conscience s'accommode très-
bien de mentir lorsque le mensonge n'est pas
affirmé par le serment.  Les recherches que
font les listers ne sont pas exactes, elles sont
entravées par  mille considérations ;   et  j'ai
l'aveu de plusieurs personnes des plus riches
de l'État, qu'elles ne payent pas la sixième
partie de la somme qu'elles devraient payer
dans la proportion réelle de leurs propriétés.
Une manière  d'éluder dans le  Connecticut
la juste proportion de la taxe, est au milieu
de beaucoup d'autres , de  déclarer  comme
terres de la dernière classe celles qui, par leur
position, leur nature,  l'état de leur cultivation, devraient être comprises dans les premières , ce qui fait souvent la différence des
cinq sixièmes, et quelquefois jusqu'à vingt-
neuf trentièmes ; et le tableau des propriétés
taxables de cet État, tel qu'il est adopté par
la cour générale  comme base de taxation ,
offre une proportion de terres de ces dernières
classes évidemment  excessive  aux yeux de
tous ceux qui ont voyagé dans, le Connecticut. ( *4o )
La valeur des propriétés sur lesquelles les taxes
«ont imposées se montait par estimation pour
l'année 1796 à 5,720,480 dollars.
La taxe pour l'État n'a été depuis quelques
années que de 23,000 dollars; elle est réguliè--*;
rement payée. Les dépenses pour le maintien
du gouvernement sont à peu-près de 5o,ooo
dollars. Mais une taxe sur les actes , et qui
sous un autre nom est une taxe de  timbre ,
rend de six à huit mille dollars. L'État a une.;
créance de 55o,ooo dollars sur les États-Unis ,
dont il reçoit l'intérêt à quatre pour cent, et
encore quelques autres fonds dont je n'ai pu
obtenir l'estimation précise. Mais tous ses revenus couvrent entièrement ses dépenses. Le
montant de la taxe demandée par la cour gé- I
nérale dépend des besoins de l'année courante, I
et des économies de l'année passée. Les banques sont multipliées en Connecticut ; il y en
a comme on l'a vu ,  à Harford, à Middle-^
town, à Norwich , à New-London, et à New-
ïiaven.
Le commerce de Connecticut n'est, ainsi que 1
je l'ai dit à l'article de New-London , que lei
transport des productions du pays dans les
entres États et dans les colonies, où il porte
aussi des mules, des chevaux et d'autre bétail . de l'État de New-Yorck au-dessus d'Albany, (24l   )
bany. Mais New-Yorck fait la plus grande
partie du commerce du Connecticut dont les
vaisseaux vont fréquemment prendre dans
cette ville, ou au moins y completter et y
rapporter leur chargement.
Les exportations totales de l'État de Con-^
necticut ont été en l'année 1791 de la valeur
de 710,352 dollars ; en 1792, de 879,752; en
1793, de 770,254; en 1794 > de 712,764; et
en 1795, de 819,465.
Le tonnage des vaisseaux appartenant à
l'Etat de Connecticut, employés dans le commerce étranger, et pour le cabotage est de
35,ooo tonneaux.
L'État de Connecticut est après ceux de
Rhode-island, et de Delawarre , le plus petit
de l'Union, mais aussi est-il proportionnellement le plus peuplé. Sa population est d'environ cinquante-une personnes par mille quarré.
Comme toutes ses terres sont cultivées , aucun peuple ne fournit à l'émigration vers .les
nouveaux pays dans une plus grande proportion, les détails suivans en seront la preuve.
La population du Connecticut était en 1756
de 129,024 ; elle était en 1774 de 197,856; en
1782 de 219, i5o; enfin en 1791 de 237,946.
Ainsi quand l'accroissement du nombre des
habitans a été pendant les dix-huit premières
Tome III Q (   242   )
années à raison de 3,820 par an, il n'a étepen-
tïant les huit années suivantes annuellement que
de 2,661, et pendant les neuf dernières (depuis
2782 à 1791) que dé 2,086. Cependant il n'y
a pas aujourd'hui plus de célibataires qu'autrefois, et il n'y en a jamais eu dans le Connecticut ; les mariages ont lieu d'aussi bonne
heure , ils sont tout aussi féconds , et l'augmentation de la population les rend très-
nombreux ; d'où il résulte que plus des deux
tiers de la population naissante de ce pays
émigré et va peupler les nouveaux États. Il est
beaucoup de fermiers du Connecticut qui ont
acheté des terres dans l'État de Vermont, particulièrement quand elles y étaient à très-bas
prix, et qui les gardent dans leurs mains jusqu'à ce que leur famille devenant nombreuse!
ils y envoient quelques-uns de leurs enfansi
Mais le plus grand nombre des émigrans n'est
pas aussi assuré du lieu dé son futur établissement , quand l'impossibilité d'en trouver un
dans le Connecticut les force à sen éloigner.
Le peuple de Connecticut est presqu'entiè-1
ment d'origine anglaise , sobre , industrieux ,
actif; il partage les qualités du peuple de la
Nouvelle-Angleterre, dont il fait partie.
On s'accorde à le dire chicaneur ; il s'élève*;
peu de contestations, même de la plus légère ( 243 )
espèce , entre les habitans du Connecticut,
qui ne soient portées devant les tribunaux ;
nul État de l'Union , et peut-être nulle population semblable , dans le monde entier, ne
fournit à autant de procès ; aussi les avocats
ne sont-ils nulle part aussi nombreux que dans
le Connecticut. Sont-ce les procès qui les ont
multipliés ? est-ce leur existence qui m
plie les procès ? Quoi qu'il en soit, leur influence sur le peuple e§t grande en toute
matière, particulièrement en politique ; on
assure même qu'elle lest plus que celle des
ministres de la religion, auxquels les disputes
entre ceux de sectes différentes, et leur intolérance réciproque,en ont fait perdre beaucoup.
Les habitans du Connecticut sont très-exacts
à l'observance du culte t et cependant j'ai entendu dire, que la véritable dévotion, celle
de croyance et de conviction , n'y était pas
très-commune.
Les mœurs y sont sévères j et vraiment républicaines.
Tous les habitans sont aisés, et peu sont
riches. Ceux-là même sont continuellement
occupés à cacher leur fortune , pour ne pas
exciter la jalousie de leurs concitoyens , toujours prête à s'effaroucher.
La disposition politique est l'attachement à ( M4 )
îa constitution actuelle, et à la liberté. Le
peuple est d'ailleurs, dans sa rudesse , obligeant et hospitalier ; mais ces formes sont
moins aimables que celles des habitans de
Massachussetts , qui ne sont pourtant pas non
plus sans rudesse.
En l'année 1784, je reçus à Paris, un diplôme de citoyen de la ville de New haven. Il
était accompagné d'une lettre très-honorable
des maires et aldermen de la ville. Je ne sais
à qui je dus cette faveur , à laquelle je fus
fort sensible , quoique je fusse alors loin de
me douter que huit ans après , New-haven
serait la seule place du monde , dont je pourrais , sans crainte d'être renié , oser me dire
citoyen. Arrivé à JNew-haven, il m'a fallu témoigner , au moins autant qu'il m'était possible , ma reconnaissance pour cette civilité,
que les magistrats, qui me l'avaient faite il
y a onze ans , auraient probablement oubliée
à jamais , si je ne leur en eusse pas reparlé. Je
les ai donc visité en qualité de concitoyens ,
et je dirai comme petite anecdote, que l'un
d'eux voyageant en France il y a quelques
années, et visitant les lieux qu'on lui indiquait
comme dignes de sa curiosité , était venu à
Liancourt, que j'y étais à table avec nombreuse compagnie , au moment où il désirait ( 245 )
voir les appartenions , et qu'il avait regardé ,
comme une grande politesse de ma part, la
permission que je lui avais donnée de rester
quelques momens dans la salle où nous étions
à, dîner , sans qu'il eût reçu de moi aucune
autre civilité, que ne le connaissant pas , je
ne pouvais pas lui faire , plus qu'à tous les
curieux qui visitaient continuellement le château et les jardins. Le brave homme , même
dans mon état actuel de médiocrité , se souvenait encore avec sensibilité de ce qu'il appelait une grande complaisance de ma part,
et dont, comme de raison , je n'avais pas le
moindre souvenir. Tous les maires, aldermen et principaux citoyens , m'ont reçu avec
une cordialité, une franchise , et une simplicité de manières , qu'on aurait du plaisir
à rencontrer , même sans en être l'objet.
M. Hillhouse , membre du congrès , que
j'avais eu occasion de connaître à Philadelphie , m'a introduit chez eux , et a joint
cette obligeance à la bonne réception qu'il
m'a faite. C'est un bon et galant homme ,
républicain par principes et dans les mœurs ,
ce qui est presque général chez tous les habitans du Connecticut , auxquels je préfère cependant ceux du Massachussetts , qui, avec
autant de simplicité ,  ont quelque  chose  de
Q3 ( 0 )
moins sévère et de plus   aimable  dans leurs
formes.
Fairfield. Nothwarck. Stamfort.
L'État de Connecticut s'étend jusqu'à six k
sept milles plus loin que Stamfort, où je suis J
arrivé le lundi 2 novembre ; mais cette partie I
est moins riche que celle que j'avais traversée
jusqu'ici. Les terres près de la mer sont toujours inférieures à celles qui sont un peu plus
reculées , et depuis Penobscot jusqu'à New-
York elles sont remplies de rocs. Cependant
quelques parties de celles que le chemin traverse , sont riantes, vertes , produisent d'assez
bonnes récoltes et offrent des vues agréables.
Un plus grand nombre sont couvertes de bois
de pins , de spruces , de bouleaux. On passe
à treize milles de New-haven dans un bateau
très-bon et très-sûr la rivière de Straford ,
large d'un demi mille ; le chemin est mon-
tueux, et assez mauvais par la quantité de pierres
dont il est rempli. On traverse sur des ponts
assez bons plusieurs petits creeks dont la navigation n'a lieu qu'à la faveur de la marée,
mais auxquels appartiennent un, deux , ou
trois petits bâtimens qui font habituellement
le commerce avec New-York et les ports voi- ( 247 )
sins, quelques-uns , mais peu avec les Antilles ; j'en ai vu un à Neuwied , chargé de
bétail ; il avait cette destination , mais il était
d'un très-petit tonnage. Tous ces petits ports
ou plutôt ces anses appartiennent au district
de Fairfield, le moins considérable des quatre
du Connecticut. Les exportations de ce district
ont été en 1791, de 5o,5i5 dollars; en 1792,
de 53,3i7 ; en 1793 , de 75,3o8 ; en 1794 ? de
77,426; en 1795, de 80,146.
De Fairfied à Stamfort les rocs deviennent
encore plus communs ; cependant les habitations ne le sont pas moins. Quelques villages
assez considérables se rencontrent sur la
route , les cultures ne sont que des prairies;
on dit par-tout que les terres peuvent porter
du bled, mais qu'il est sujet à la rouille , ce
qui équivaut à dire qu'elles n'en peuvent pas
porter. Cet inconvénient se rencontre le long
des côtes dans toute leur étendue.
A Northwarck , où je me suis arrêté pour
diner , j'ai rencontré M. Colle , négociant
anglais , établi en Amérique , mais faisant
souvent des voyages en Angleterre. Je l'avais
vu à Philadelphie chez notre ami commun
M. Nicklni, dont nous avons beaucoup parlé,
il m'a donné de ses nouvelles, il l'avait quitté
depuis peu de jours, il m'en a donné de l'ai-
Q4 ( MS )
mabïe et bonne famille   Chew. Philadelphie
est le lieu de l'Amérique que j'ai jusqu'ici habité le plus long-tems , ce plus long-tems est
cinq mois; mais enfin c'est le lieu où j'ai le
plus de connaissances et les plus  anciennes.' ;
J'ai eu un  vrai plaisir à en parler,  autant?!
qu'on en peut avoir dans ma position. M. Colle
est  un bon Anglais, franc,  excellent,  tout
cœur ; il a une maison à New-London , dont il-
m'a offert la jouissance pendant l'année qu'il
Va passer en Angleterre. Je n'ai plus qu'à re-'ii
mercier , il ne m'appartient plus d'obliger personne , mais il m'appartient peut-être plus que
jamais de sentir les bons procédés et de ne les
point oublier.
JE n v iro ns de Ne w- Yo rck. Pa u lush ook.
A huit, milles de Stamford on entre dans
l'État de New-Yorck. La nature du pays ne
change pas. Le chemin qui depuis New-haven suit toujours les côtes , continue dans la
même direction à New-London. La côte est
distante de celle de Long-island de quarante
milles, et à New-haven de vingt seuleme. M
Plus on avance vers New-Yorck, plus les
deux côtes se rapprochent, au point que New-
Yorck n'est pas séparé de Long-island d'un demi mille. C'est par le Sound que les vaisseaux d'un petit tonnage arrivent à New-
Yorck. Le passage de -f_e//-^-2_-£?(porte-d'Enfer)
qui s'y rencontre, est tellement difficile pour
les gros bâtimens, qu'il
été bazardé que
deux fois dans la guerre d'Amérique.
Une petite partie du chemin fait par entreprise est payée au moyen d'un péage, et la
route prèsqu'impraticabie il y a deux ans, y est
à présent excellente. Mais les rocs se retrouvent bientôt après le turn-picke, et donnent
le regret de ne pas le voir plus étendu. A
Hingsferry on entre dans l'île de New-Yorck,
et on est encore à quatorze milles de la ville.
Cette île séparée de la terre ferme à Hingsferry par une petite branche de la rivière du
Nord qui rejoint le Sound , est entre le Sound
et cette belle rivière large alors de plus d'un
mille et demi, et bordée encore dans sa rive
droite par les rochers arides du Jersey. L'île
de New-Yorck est formée d'un sable stérile.*
Quelques fermes de peu de rapport se rencon-
tent sur le chemin, mais l'Ile est couverte de
maisons de campagnes appartenantes aux habitans riches de New-Yorck , plus on approche
de la ville , plus elles sont jolies et multipliées.
Le fumier et îe grand travail procurent d'assez
bonnes récoltes dans  les  champs , et font (  250  )
Croître à grande peine des légumes dans le**
jardins. L'aspect du pays ainsi meublé , devient
plus vivant et plus agréable.
Je savais la maladie de New-Yorck assez
terminée pour que les communications eussent
été rétablies entre cette ville et Philadelphie ; mais j'allais à Elysabeth-town , chez
M. Ricketts. J'ignorais à quel point sa tendresse
et celle de sa femme pour leurs enfans pouvait encore être rassurée sur le danger de la
contagion. J'ai donc pris le parti de ne pas
m'arrèter à New-Yorck, d'où les personnes
que j'y connaissais pouvaient d'ailleurs avoir
fui. Je me suis borné à le traverser, pour
passer la rivière du Nord, et aller coucher à
Paulushook. Je n'ai donc vu que la masse
de cette grande ville, depuis le rivage , me
réservant de la venir visiter si la famille chez
qui je vais n'en est pas effrayée, et si je puis
espérer y trouver quelques-unes de mes connaissances.
Observations minéralogiq ues.
Le granit forme le caractère principal
des côtes du Massachussetts , du New-Hampshire et de la province de Main. La forme
ronde de ces masses de rocs , indique seule ( s5i )
la nature du pays , avant même qu'un examen plus approfondi l'ait constatée. Le granit n'est pas cependant la seule espèce de
pierres qui occupe le pays. A Thomas-town,
Belfast, Dugtrap et à Waldoborough, la pierre
calcaire se trouve en grande quantité. Mais
une espèce de rocs, de la nature du grès ,
y abonde plus encore. Quelques schistes, les
uns très - compacts , mais plus généralement
feuilletés et noirs , s'y trouvent aussi, et particulièrement au sommet de la montagne
connue sous le nom de montagne de Madame
Beatrix.
La pierre à chaux , dans la carrière du
général Knox à Thomas-town, est demi-crys-
tallisée, entremêlée de couches de grés micacé. Quelquefois de petites portions de mica
pur, s'y trouvent comme enchâssées. Cette
pierre se cuit bien, et fait de très-bonne
chaux. Plus avant dans l'intérieur de la province de Main, j'ai trouvé les mêmes espèces
de pierres que sur les côtes, formant le noyau
desmontagnes, couvertes d'ailleurs d'une terre
souvent purement sabloneuse, mais plus souvent d'un sable gras, d'un argile très-dur,
(stiff-loam) ou d'une riche terre végétale.
La chute d'Androocaggin, rivière qui se jette
dans  le Kennebeck près son embouchure, (252  )
offre des couches de schiste dur et feuilleté. A
Portland , on voit encore du granit entremêlé
avec du grès et différentes pierres micacées.
De la hauteur de Portland, on distingue très-
clairement les Montagnes blanches. Ces montagnes sont les plus élevées de la Nouvelle-
Angleterre ; elles sont dans le New-Hampshire,
n'appartiennent à aucune chaîne et sont placées en arrière des trois premières qui courétfra
du Nord-est au Sud-ouest. Elles divisent les
eaux du Merrimack de celles du Connecticut.
On les voit de l'Est à une très-grande distance. Elles sont à plus de 70 milles de Portland. On dit qu'elles sont formées de granit
mais je ne les ai pas vues de près. Telle»
est en effet la nature des hautes montagnes'
du New-Hampshire. Sur la route de Salem à
Boston, il se trouve de larges rocs d'une
couleur jaune rouge, ils semblent au premier
aspect être du jaspe, mais ce n'est réellement
qu'un ocre   très-dur.
Près Boston , sur le rivage et dans les
champs en arrière de la ville, on trouve une
grande variété de serpentines , de feld-spath
et autres pierres dures dont quelques-unes
sont dune beauté frappante. Derrière* Af/to/z,
village à huit milles de Boston , une assez
grande étendue de terres est couverte de pou- ( 253)
dings très-durs, et les ruisseaux sont remplis
de cailloux graniteux, de schorl, et de grès,
arrondis. Les mêmes rochers de granit et de
•grès se trouvent près Plymouth ainsi que dans
Bhode-island et dans les environs de Providence. Mais près de cette dernière ville , la
fouille des puits donne de, la terre d'asbeste,
..et en quelques endroits une grossière espèce
de plumbagine. Les mêmes espèces de rochers
se trouvent communément sur les côtes de
l'État de Connecticut et jusqu'à New-Yorck.
L'observation que j'ai faite sur l'espèce de terrasses qui bordent en quelques points la rivière
des Mohawks près les German s-flats s'applique plus complettement encore à la rivière
de Connecticut. Les deux bords du lit actuel
de cette rivière en générai, mais quelquefois
un seul, sont des terreins plats plus ou moins
couverts d'eau presqu'en tous tems, le dont
fond est d'argile. Les terreins plats sont, à
quelque distance , terminés par un banc en
talus , haut de vingt-cinq à quarante pieds ,
au-dessus duquel commence une autre plaine
également plate , du même sol mais sec ; un
banc de la même nature et du même talus
termine encore cette plaine, et est suivi d'une
autre plaine également terminée. On voit quelquefois quatre successions de ces plaines et ( 254)
de ces bancs, s'éîevant avec une régularité
presque pareille à celle des terrasses des jardins, et se prolongeant jusqu'aux hautes moiîB
tagnes. Dans }es endroits où ces hautes mon"
tagnes descendent jusques dans le lit de la
rivière, les plaines en terrasses ne se voient
que d'un côté, mais plus souvent on les trouve
des deux , et alors les terrasses correspondantes d'un côté à l'autre sont absolument sur
le même plan. L'aspect de ce phénomène vraiment remarquable porte à croire que ces hautes
montagnes étaient jadis les limites du lit de
la rivière qui , pour arriver à celui qu'elle
occupe aujourd'hui, a successivement creusé
ces plaines , et l'on est confirmé dans cette
opinion en observant que ces montagnes sont
formées d'un schiste argilleux fort tendre, qui,
exposé à l'air se brise et devient une terre
onctueuse, très-propre à la végétation, et de
la même nature que celle qui couvre les
plaines. Dans ces terres des plaines on trouve
fréquemment des fragmens de branches d'arbres
plus ou moins conservées , mais tellement
imprégnées d'humidité qu'elles se pétrissent
comme de l'argile ; si elles sont mises à sécher,
elles reprennent une consistance solide et leur
texture fibreuse. Je n'ai pas ouï dire qu'on
ait jamais trouvé des arbres entiers dans ce. (255)
état, mais peut-être et selon toute apparence.
des fouilles profondes en découvriraient.
Je n'ai vu dans ces terres aucune dépouille
marine. Les pierres de cette rivière n'offrent
non plus aucun vestige d'animaux , au moins
n'en ai-je pas trouvé. On trouve dans l'intérieur du pays des schistes déforme, de couleur
et de  qualité différentes.
Arbres.
Les espèces d'arbres sont dans la province
de Main les mêmes à peu-près que dans le
Canada. Quelques-uns comme le tuva occidental ne croissent pas à une latitude plus
méridionale. L'hemlock y est abondant, particulièrement près de North-Yarmouth. On y
voit le chêne rouge , le chêne gris et une
autre espèce de chêne qui ne s'élève pas à
plus de quinze pieds, et qui ne devient jamais
bien gros ; on ne l'emploie que pour le feu.
Les pins noirs, les pins du Lord, les sapins,
le cèdre rouge, l'érable rouge, celui de Pensyîvanie , celui appelé en France à peau de
serpent ; le bouleau noir et le bouleau nain
y sont communs. Les mêmes espèces d'arbres
se retrouvent dans le Massachussetts , le New-
Hampshire et le Connecticut ;  le   sassafras (256)
qui est très-commun dans ce dernier État, est
rare dans la province de Main. Je n'ai pas vu
non plus de peuplier beaumier plus au Nord
que le New-FIampshire.
Oiseaux.
La variété des oiseaux et sur-tout des petits
oiseaux de toute couleur, est immense. J'étais
dans la province de Main dans le moment du
passage des pigeons sauvages pour retourner
aux pays méridionaux. Ce passage dure environ une semaine, et les nuées de pigeons
qui couvrent les airs , qui s'arrêtent sur les
arbres , se posent dans les champs , sont innombrables ; cependant il n'est pas de point
des États-Unis , ou dans leur passage du prin-
tems et en automne, ils ne soient tués par
milliers.
Ecureuils.
Les écureuils , communs dans toute l'Amérique , semblent l'être davantage encore dans .
la Nouvelle-Angleterre. Ils sont variés dans
leur espèce comme dans leur couleur. On
distingue parmi eux , le petit gris , et l'écureuil volant. Leur chair est recherchée par
beaucoup d'Américains.
Elizabeth-town ( 257 )
Elizabeth-town
N'ayant fait ici qu'un très-court séjour et
n'étant presque pas sorti de la maison de M. et
Madame Ricketts , que j'y venais voir , mes
informations sur ce lieu ne sont pas étendues.
Je me bornerai seulement à dire que le terrein
de cette ville, acheté en 1664 des Indiens, a
été promptement habité par des émigrans de
Long-island. Elle contient aujourd'hui près
de deux cents maisons bien bâties , deux jolies
églises \ une d'épiscopaux et une de presbytériens , une maison de ville bien construite
et une académie. A un mille de la ville et à
l'Ouest, est la branche Nord de la rivière Pas-
saïck, qui passant au Nord de Staaten-island,
se jette dans la baie de New-Yorck. Cette commodité de navigation fait d'Eiizabeth-town un
entrepôt de quelqu'importance pour les produits des derrières des Jersey depuis les montagnes , destinés à être portés à New-Yorck.
J'ai trouvé chez M. Ricketts mistriss Kean,
sœur de madame Ricketts , une des personnes
que j'avais vues habituellement l'hiver dernier
à Philadelphie, et de qui j'avais reçu beaucoup
de bontés. Elle est dans l'affliction de la mort
de son mari qu'elle a perdu le jour même de
Tome III. ^ ( 258 )
mon départ de Philadelphie, et qui était un
des caractères les plus estimables et les plus
estimés de l'Amérique. M» Ricketts, Anglais
d'origine, et long-tems officier dans les troupes
du roi d'Angleterre, a le caractère franc et loyaL
d'un very true english country gentleman.
Il est de plus possesseur d'une riche plantation
à la Jamaïque , d'où il tire tous les nègres dont
il est servi, et dont les loix du Jersey confirment l'esclavage. Cet esclavage est moins dur
dans les États du Nord d'Amérique, sans doute,
que dans les iles ;  mais les mœurs générales
font seules cette différence ; car il n'existe pas
en Jersey une loi qui puisse empêcher un maître
de battre et de maltraiter ses nègres. S'il lui
coupait quelque membre, s'il lui crevait un
œil,  etc. ,  il se pourrait que les magistrats
punissent le maître même de l'emprisonnement ; mais ils ne pourraient prononcer l'affranchissement du maltraité , ni le faire chan*
ger de maître ; ainsi il est plus que probable
qu'un maître même cruel ne serait pas dé-
-loncé.   Cet état de choses fait horreur dans
tous les pays , sans doute , mais plus particulièrement dans un pays libre, dans un pays
républicain. Le9 nègres de M. Ricketts sont,
sous tous les rapports, aussi bien traités que
les domestiques les plus libres. Cette faculté <s59)
de conserver les nègres esclaves , et cette opinion générale dans le pays en faveur de l'esclavage , a attiré dans le Jersey un grand
nombre de familles françaises de St. Domingue.
qui ont sauvé beaucoup de nègres. Elles les
emploient au .travail de leurs fermes , sans
craindre beaucoup qu'ils ne s'échappem , et
louent ceux qu'elles ont au-delà de leurs besoins. Ces familles , dont les propriétés sont
pour la plupart aujourd'hui sous la sauve-garde
des Anglais , ne se louent pas de leur administration. Quelques-unes de ces falh_31es sont
un peu plus distinguées que les autres en
principes et en conduite , mais les préjugés
des colons ne sont encore entièrement effacés
chez aucunes d'elles.
Dans mon petit séjour à New-Yorck, je
n'ai pu m'occuper que de quelques affâiirèà
qui m'y appelaient, et sur-tout du désir de
courir après mes lettres d'Europe , que j'espérais y trouver en plus grande quantité. Je
n'ai donc même pu penser à prendre sur cette
ville importante les informations qu'il faudrait
bien du tems pour obtenir complettes. J'y projette un plus long voyage, et je remettrai à ce
moment pour en parler. J'ai vu les chefs prin-
cipaux du parti qu'on appelle fédéraliste. Ce
que j'ai appiiade M. Jay, même par ses amis,;
R *
.__^ (  200  )
me fait croire que cet homme est un aussi
mauvais personnage à porter à la présidence,
que son traité est une mauvaise pièce à défendre. On assure qu'il tient à la secte des
illuminés, et qu'il voit dans l'apocalypse la
raison et la fin de tous les évènemens politiques. J'ignore à quel point il pousse ce système
absurdo-religieux, mais je ne puis douter qu'il
he soit le sien.
Ce que j'ai entendu dire de M. Hamilton
me confirme dans l'opinion où j'étais déjà qu'il
voudrait avoir un meilleur traité à soutenir.
D'ailleurs , M. Hamilton est un des premiers
hommes de l'Amérique , au moins de ceux
que j'ai vus jusqu'ici. Étendue d'esprit, génie
même , clarté dans les idées, facilité dans leur
expression, instruction dans tous les points,
gaîté, bonté de caractère , et grande amabilité. Cet éloge est encore, je crois , au-dessous
de son mérite.
M. King, sénateur des États-Unis , l'un des
chefs du parti, est aussi un homme distingué
par sa capacité et son caractère aimable ; mais
l'esprit de parti agit sur les honnêtes gens
comme sur ceux qui ne le sont pas, et tout
ce que j'ai remarqué à New-Yorck comme
ce que j'ai vu depuis trois mois dans les différons lieux que j'ai parcourus, me fait craindre; ( s6i )
que l'Amérique ne soit pas assez heureuse pour
conserver long-tems la paix dont elle jouit,
et qui seule peut confirmer et étendre la prospérité à laquelle elle est appelée par toutes
les autres circonstances.
J'ai aussi vu pendant mon séjour à New-
Yorck la jolie maison de campagne du colonel
Burr. Le colonel Burr est en politique du
pai$i de l'opposition, il est sénateur des États-
Unis , et l'un des hommes les plus aimables
que l'on puisse rencontrer dans quelque pays
que ce soit. Je ne le connais pas d'ailleurs
particulièrement,
La fièvre jaune qui a ravagé New-Yorck
pendant trois mois , y a été beaucoup moins
mortelle qu'elle ne l'avait été l'année dernière
à Philadelphie, quoiqu'elle l'ait été beaucoup
encore. Elle a d'ailleurs été confinée dans la
partie de la ville qui avoisine le port. Les
premiers froids l'ont éteinte, car il ne paraît
pas que les médecins ayent trouvé un traitement sûr pour la guérir.
Entre Élizabeth-town et New-Yorck est le
village , ou, comme on l'appelle , la ville de
Newark. C'est un des plus jolis villages de
l'Amérique, composé d'une seule rue, mais
très-longue, très-large , bien plantée d'arbres ,
et bâtie de fort jolies maisons , presque toutes
R 3 1
( 262 )
ou de briques ou de bois, bien peintes, et
toutes entourées d'un joli jardin. Newark est
la station commune de tous les stages établis
6ur la route de Philadelphie à New-Yorck et
de tous les voyageurs. Aussi les auberges y
abondent et y sont très-bonnes. Le pays est
renommé pour la bonté du cidre qui s'y fait,
et qu'on trouve fort supérieur à ceux du reste
du Jersey, qui le sont eux-mêmes à tousses
autres cidres d'Amérique, mêmes à ceux de
Virginie qui sont bons aussi. Une manufacture de souliers pour l'exportation occupe à
Newark trois ou quatre cents ouvriers ; c'est-
à-dire près de la moitié des habitans : le nombre
de ceux-ci est augmenté par une assez grande
quantité de familles échappées aux massacres de St-Domingue et des autres iles françaises. Newark est bâtie sur la rivière Pas-
saïck. Avant d'y arriver du côté de New-Yorck
on traverse un pays absolument marécageux.
La route y est coupée depuis un an seulement
au travers d'un marais mouvant; elle est faite
de bois ronds contiguëment placés et médiocrement recouverts de terre, ce qui la rend très-
désagréable et très-^pude en voiture. Comme
j'étais à cheval je n'ai pas éprouvé cet inconvénient , mais bien celui du peu de largeur du
chemin , où deux voitures ne peuvent pas se (263)
rencontrer sans prendre l'une# et l'autre d'extrêmes précautions, et où un cavalier même
n'est pas à son aise quand il en rencontre une.
Cette chaussée mal construite et trop étroite,
a coûté fort cher ; elle a trois milles de
long , et est terminée à ses deux extrémités
par deux ponts de bois , larges , bien faits,
et passablement élégans ; le péage que l'on
paye à ces deux ponts est calculé pour défrayer aussi la dépense de la chaussée.
La route de Newark à Élizabeth-town est
agréable, peuplée de jolies maisons, et de
jolies fermes ; les champs , assez bien cultivés,
sont couverts d'arbres fruitiers, et particulièrement de pêchers dont le Jersey abonde. J'ai
rencontré , dans ce petit trajet, une chasse
au renard. C'est un amusement assez commun
aux gentlemen du Jersey, au moins de ces
cantons , et auxquels s'associent, comme en
Angleterre, toutes les personnes des environs , qui ont un cheval, ou la faculté d'en
louer un. Je me suis cru un moment transporté en Suffolk : les chevaux et les chiens
n'ont pas cependant ici, à beaucoup près , si
bon air.
»4 ( a64)
Dans les environs d'Élizabeth-town, et jusqu'à
"Wooabridge , qui en est distant de dix milles ,
le pays est bien cultivé , mais plutôt en prairies .
et en maïs qu'en bled. La terre est sablonneuse
et légère ; quand elle est un peu fumée , le
bled y croît , et j'en ai vu de beaux champs
bien verds et d'une belle apparence. Le ravage
qu'a fait la mouche hessoise dans tout ce canton , dégoûte les fermiers du Jersey de cette
culture ; et ce n'est que le haut prix actuel
de la farine qui peut vaincre aujourd'hui la
répugnance qu'ils ont, depuis deux ans, à
semer du bled.
Woodbridge est un long village , dont les
maisons assez nombreuses sont fort distantes ;
il est traversé par un petit creek, qui se rend
dans un plus grand (ArthurkillJ , qui lui-
même se jette promptement dans la baie près
Amboy. Avant d'arriver à Woodbridge , la
route traverse trois fois la rivière T^array,
sur laquelle est bâti le petit village de Bridge-town ; ce point est même un des plus jolis
de la route, par la diversité des cultures, et des
petites maisons très-propres qui le bordent,
ainsi que par l'abondance des jolis vergers. ( s65 )
Brunswick.
De "Woodbridge à Brunswick, le pays est
stérile , les prairies sont sèches ; on rencontre
des champ, assez nombreux sans culture , et
sans autres productions naturelles que de
mauvaises herbes ; mais du haut des petites
élévations que la route traverse , on jouit de
la vue de la rivière de Rariton jusqu'à «Am-
boy , de celle d'Amboy Jtnême , de celle de
Staaten-island et de toutes les eaux environnantes. C'est une belle et magnifique vue ,
mais dont l'œil se rassasie promptement. Un
très-beau pont de bois sur le Rariton, conduit
aux premières maisons de Brunswick. Il vient
d'être achevé , les grandes eaux ayant enlevé
l'hiver dernier, celui qui avait été construit
trop légèrement l'année précédente. Brunswick est la capitale du comté de Middlessex ,
peuplé d'environ dix-sept mille habitans, dont
deux mille esclaves. La ville de Brunswick
contient environ deux cent vingt habitans ,
et s'augmente annuellement. La partie près
de la rivière est extrêmement basse. L'accroissement se porte sur la montagne qui commence à deux cents toises de la rivière. Cette
petite ville sert de dépôt à tous les produits (266)
des environs , et à ceux des pays de derrière I
jusqu'aux pieds des grandes montagnes, dans
l'étendue d'une vingtaine de milles , et a par
le Rariton une navigation directe et un commerce assez actif avec New-Yorck.
Prince-town.
En sortant de Brunswick , le pays est assez
agréable pendant deux ou trois milles. Mais
de-là jusqu'à Prince-Èown , 41 est aride ; les
terres sont mauvaises , rougeâtres. Le pays ,
et même les chemins sont couverts de très-
gros rocs de schiste. C'est une assez longue
succession de petites montées et descentes
rudes , et l'œil n'est dédommagé par aucune
vue piquante , de cette route désagréable.
Deux ou trois petits creeks que l'on traverse ,
font tourner quelques moulins. A deux ou
trois milles de Prince-town , Je pays devient
plus plat, les terres mieux cultivées et meilleures. Les maisons dépendantes de Prince-
town commencent à un mille du petit grouppe
que l'on peut appeler la ville, et qui n'en
réunit pas plus de soixante et dix à quatre-
vingt. Il n'en est presqu'aucune qui yie soit
entourée des plus beaux catalpas.
Prince-town est célèbre en Amérique, par ( 267 )
un des collèges les plus estimés du continent.
Il réunit de cent vingt à cent cinquante étu-
dians qui y sont envoyés des différens points
des États-Unis.
Maidenhead. Avantages des segars.
A huit milles de Prince-town, est Maidenhead, d'où j'écris , le mardi 10 novembre.
J'avais choisi de préférence cette chétive petite taverne, pour éviter de me rencontrer
avec les stages, dont les passagers ont tous les
avantages sur un modeste voyageur à cheval,
que le maître de la maison envoie toujours
coucher dans le lit dont ces messieurs ne
veulent pas. J'y espérais aussi de la tranquillité. Je ne me suis pas trompé pour les stages,
mais bien pour le calme que j'espérais trouver
dans ce petit bouchon. La seule salle de cette
maison a bientôt été remplie des habitans et
des ouvriers de deux milles à la ronde ; c'est
le club de tous les jours. Il était augmenté ce
soir de tous les revenans d'une petite course
de chevaux qui avait eu lieu à trois milles de
Maindenhead. Ces arrivans avaient déjà quelques verres de grog dans la tête \ et ils venaient s'achever dans l'auberge. Il a fallu ,
comme.de raison, tirer ma table au plus petit ( s68 )
coin du feu , répondre à leurs questions qu'ils
faisaient tous ensemble, et laisser prendre mes
plumes | dont ils usaient tous aussi sans façort
pour griffonner leur compte de la journée.
lis étaient les meilleurs gens du monde, mais
un peu irop bruyans pour ma disposition du
moment, qu'il a bien fallu néanmoins accommoder à la leur , tout en fumant ma segar.
C'est une grande ressource qu'une segar. Il
faut avoir voyagé en Amérique , dans les bois ,
y avoir voyagé seul pour les concevoir toutes ;
car ce qu'il y a de moins dans la segar , c'est
le plaisir de fumer. Tout son avantage est
moral. Êtes vous porté à l'ennui? la segar
vous occupe , et vous dissipé. Étes-vous enclin à l'humeur? la segar en fait évanouir la
disposition. Êtes-vous harrassé de questions
saugrenues? l'attitude de la segar vous dispense d'y répondre sans trop d'impolitesse. Ne
trouvez-vous dans un mauvais gîte , qu'à peine
à manger, quand vous en auriez le plus de
besoin? la segar trompe la faim , et vous console. Étes-vous poursuivi d'idées tristes? la
segar vous plonge dans une abstraction qu'on
appellera, si l'on veut, un état d'imbécillité ,
mais qui est bon ; parce qu'alors c'est de
l'engourdissement à la place de la peine. Enfin j avez-vous quelque souvenir doux, quel- C269)
que pensée consolante? la segar vous y retient
davantage, en vous ôtant toute distraction ;
alors quelquefois elle s'éteint , et heureux
celui qui, dans cette position , ne sent pas le
besoin de la rallumer bien vite. J'en pourrais
dire encore davantage ; mais en voilà assez
sur la segàr , à qui je devais bien ce petit éloge
pour les services qu'elle m'a rendus.
Arrivée à Philadelphie.
Les terres sont médiocres de Maidenhead à
Trenton ; aussi beaucoup de parties que la
route traverse , ne sont-elles pas défrichées.
Le pays est triste. Trenton esr la capitale de
l'Etat de New-Jersey; elle contient à peu-
près trois cents maisons , la plupart bâties en
bois. Celles de la rue principale le sont un
peu mieux , mais encore assez médiocrement.
Trenton, d'ailleurs , renferme tous les bâtimens publics nécessaires à une capitale d'État.
En le quittant , et environ à un quart de
mille , on traverse la Deiawarre, dans un
bac bien léger et bien étroit, où cependant
dix stages passent tous les jours , mais qu'on
appellerait en Europe un très-mauvais bac. Là
rivière n'a guères plus de cent cinquante
toisçs.  Là commencent les rapides , qui ne ( 270 )
laissent de possibilité à la navigation, que pour
des bateaux à fonds plats et chargés de huit à
dix tonneaux seulement. C'est en passant la
rivière , que la vue de Trenton est la plus
agréable. L'espace qui est entre le commencement de ses maisons et la Delawarre, s'élève par une pente douce couverte de prairies. La ville est d'ailleurs entourée de beaucoup de maisons de campagne qui enrichissent
infiniment cette jolie vue. Trenton est aussi
la capitale du comté de Middleton, peuplé
d'environ six mille habitans , dont quatre à
cinq cents esclaves. Ce comté s'étend vers les
montagnes ; une grande partie n'en est ni habitée , ni défrichée. Après avoir passé la rivière,
on trouve Morrisville. Robert Morris , propriétaire de tout le terrein de cette petite ville ,
y a une agréable maison de campagne ; il a entrepris l'établissement de plusieurs usines pour
le fer, qui abonde dans le voisinage, et aussi
quelques autres branches d'industrie , dont aucune n'a réussi. S'il était moins engagé dans
les affaires de spéculation, et moins embarrassé dans les siennes propres , il aurait donné
plus de soin à ces établissemens, et les aurait
fait prospérer , personne n'ayant plus d'intelligence , d'activité et de désir du bien public,
que Robert Morris, qui en a donné de grandes
preuves dans la révolution. ( 271 )
Après avoir passé la Delawarre, on est dans
l'État de Pensyîvanie, à trente-quatre milles
de Philadelphie. La route qui côtoie la rivière
en s'en approchant plus ou moins, traverse
les jolis villages de Bristol et de Frankfort.
Les terres n'en semblent pas bien bonnes;
mais elles sont tenues dans un aussi bon état
de culture qu'aucunes de celles de Pensyîvanie. Le chemin est large et bon; les ponts
multipliés sur les petits creeks qu'il rencontre,
sont tous de pierres , larges et bien faits.
Aucun État ne prend autant de soin, que
celui de Pensyîvanie, de ses chemins et de
ses ponts. La route se couvre d'une plus grande
quantité de jolies maisons, à mesure qu'on
arrive plus près de Philadelphie , dont les approches annoncent le voisinage d'une grande
ville.
On entre dans cette capitale de la Pensyîvanie , et l'on peut dire de l'Amérique septentrionale , par Kinsington, lieu où se font toutes
les constructions de bâtimens de commerce ,
ou au moins la plus grande partie.
J'ai senti, en arrivant à Philadelphie , et
même en appercevant ses clochers , un plaisir
qui avait quelque rapport avec celui qu'on a
de rentrer chez soi, après une longue absence.
C'était le lieu où j'étais abordé d'Europe, où ( 272 )
j'avais passé plus de tems qu'ailleurs en Amé*
rique , où étaient mes principales connaissances , qui, bien récentes encore sont néan*
moins mes plus anciennes sur ce continent, e#j
parmi lesquelles je compte cette respectable
famille Chew, dont l'accueil a toujours été
pour moi réellement fraternel.
Ainsi, j'ai donc vu avec satisfaction la h\\
d'un voyage de sept mois , que j'avais fait avec -,
beaucoup de plaisir, où j'ai eu à me louer de
tous ceux que j'ai rencontrés , mais dont la?
fatigue me rendait le repos nécessaire.
Fin de la première Partie.
TABLff AVIS.
On renouvelle au Lecteur la prière de cor»
riger à la main les fautes qui se sont glissées,
sur-tout dans les noms de lieux et de personnes , et qui étaient à peu-près inévitables,
l'édition ayant été faite loin de l'Auteur sur
Un manuscrit difficile.
Errata du troisième  Volume.
Page 11, lignes 4 et 5, M. Bruck; mettez M. Breefa
Page 13 , ligne 4 , à ; mettez de.
Page 3o, lig. ig,  deux toises,  mettez deux  cent
toises.
Page 32 , ligne z5 , pêcheur ; mettez sécheur.
Page 72, ligne 24, M. Freat; mettez M. Treat.
Page io3 , ligne antépénultième, Eota; mettez Cota.
Page  109,  ligne i3, S ago ; mettez  Saco.
Même page, lignes  14 et  i5,   Zennebunk; mettez
Kennebunk.
Même   page ,  ligne dernière,   Thasteher ;   mettez
Thasteher.
Page  112, ligne  12, Sago} mettez Saco.
Page i3o, ligne 4 5 Godhuc ;   mettez  Godhite^
Page i3!_, lignes 20 et 21 , même correction.
Page 14° 1 ligne 21 , Cabat ; mettez Cabot.
Page 189, lig. 11, Nitingh.ale ; mettez Nightinghale,
Tome III. S (274)
Page 247, ligne antépénultième, Nicklni; mette*
Nicklin.
Page 249» hgne i3, Hingsferry/ mettez Kingsferry.
Même page, lignes i5 et 16; même correction.
Page 253, ligne 19, le dont 4 mettez dont le.
Page 257, ligne i5, Staaten; mettez Staten.
Page 267, ligne _a3 , Maindenhead, mettez Mai-1
denhead.
Et dans le Tome second, à la Table , page iij,
ligne 26, et pages 267, ligne première, 268, ligne
24, Stanurix ; mettez Stamvix.
Page 272 , ligne n5 f Hamwich , mettez aussi
Stanwix. TABLE
DES   MATIÈRES
DE LA PREMIÈRE PARTIE,
Contenant le  Voyage de   1790"-
Adams CM. John): alors vice-président des États*
Unis, vivant avec simplicité à quinze milles de Bos*
ton, quand il n'était pas au sénat. Tome III, page»
i3 et i4«
Alampicon. Poste sur le lac supérieur ou se fait
un commerce de pelleteries fines, II, 216.   .
Albany. Ville de six mille âmes sur la rivière
d'Hudson, État de New-Yorck; quoiqu'à cinquante
lieues de la mer, son port reçoit des bâtimens de
quatre-vingt tonneaux. Il y a dans Albany une
banque,, et cinq églises , pour autant de cultes
différens. Les mœurs y sont hollandaises, II, 289 à
299-
Alma ( les frères), établis à Dugtrap , dans le
district de Main , par concession du général Knox,
III, 55 à 6*.
Américain* des Etats- Unis. Sentimens   de la
plupart des Américains sur la révolution française,
I, 39, io5, n3, 114.—De Boston, vont à Buf-
S 2 (276)
falo'creek, faire le commerce des pelleteries , 20,3 ,
394.
Tome IL Quelques Américains des États-Unis, en
petit nombre, émigrent pour le Haut-Ganada, attirés par la concession gratuite des terres, mais
peu s'y trouvent bien, 104? 176. —Réception que
leur fait le gouverneur Simcoê , 110.—ils ont des
gazeltes qui se répandent dans tous les villages.
Tous raisonnent plus ou moiias bien de politique ; tous
ment un extrême attachement pour le général
La Fayette ,287. — Leurs vœux contre l'Angleterre
et pour les Français , quoique détestant les crimes
qui ont été commis dans notre révolution , 3og.
Andei.ot ( M. d'J : né en Franche-Comté , ancien
officier d'infanterie, habitant d'Asylum , et s'y occupant à l'agriculture, I, i58. — Il fabrique de beau
sucre d'érable ,  217.    |pl|i
Andriani (M. ) , Milanais. Extrait du mémoire
qu'il a fait sur le commerce des pelleteries, II ,
216  à z32.
Anecdotes. A Ephrata, chez les Dunkers, I,
61 à 66. ■— Relatives au docteur Priestley, 128
à i33. —Touchante sur mistriss Dash , i33 à i55.'
— Sur Asylum et ses habitans, i5i à 161.—De
la prophètesse Gemaima, 1.92 à 2o3. — Histoire
des établissemens du capitaine Williamson, 220
à 241. — M. de Boui, 269 à 274.—Poudrit, 285
à 287. — Dune jeune Indienne pour sauver son
frère , 288 à 290.
Tom. II. Anecdote sur la politique des Tuscororas ( 277 )
vct des  Senëcas,  107 à 109.—D'une jeune Elle
malade   aux Trois - rivières ,   248  à 252.  —   De
M.  Elroy j à Pitts-Fields\ 338.
Tome III. Anecdote sur Arnold , 178,179. — D'un
Américain de Providence, relativement à la révolution française , 189. — Plaisante sur M. de
Noailles à Harford, 210 à 212. — Sur un magistrat de New-Hawen , 244.   24^*
Angêlico , crée_L entre Reading et Lancaster ,
I,   52.
Angêlico, ferme sur le creek du même nom, à
trois milles de Reading , près du chemin de Lancaster. M. Evans la fait valoir pour M. Nicholson ,
1, 5i , 52. — Description de sa culture et détail de ses produits, 52 à 59.
Anglais.*Vestiges de leurs redoutes sur le Bidge-
road , 1,5. — Incendies et ravages qu'ils ont commis
aux environs, ibid. —Ils excitaient et commandaient
les sauvages dans leur dernière bataille contre le
général Waine, suivant le rapport du capitaine
Slough, 77,  78.
Tome II. Haine dans laquelle les Anglais s'efforcent
d'entretenir les sauvages contre les Etats-Unis , 83.
i—Leurs torts et leur mauvais esprit dans la guerre
avec la France, 17b à 172. — Les Angla:s du Canada sont àlgri_ par l'aversion que leur témoignent ,
les Canadiens , ce qui ajoute à cette aversion ,
184, i85..vsrt*!*ft
Tome III. Incendies  et pillages commis pai> les,
S3
1 (878)
ftttgîais, dans la partie des Etafs-Unïs au Nord
de Philadelphie, Ils ont brûlé Falmouth, dans le
district de Main, 107. — Ils ont, dans le Massachussetts, brûlé Plymouth, 143, et New-Bedfort±
153. — Ils ont, dans l'Etat de Rhode-island , brûlé
Bristol, coupé tous les arbres à fruit, détruit presquo
toutes les maisons qui étaient hors des villes , a65,
a.'jS , 281. — Dans le Connecticut ils ont brûlé
New-London , 194 , et entièrement pillé New-
Haven, 216.
Anglais (Officiers) en Canada , se font servir
personnellement par les soldats sous leurs ordres.
Ceux qui ont des jardins ou des terres les font
aussi cultiver par ces soldats, pour une rétribution qui n'est pas le cinquième du prix des journées dans le pays, II, 86, 87. — Ils ont de l'obligeance et de la politesse, 92. — Opinions de ceux
du soixantième régiment, très-favorables à la liberté, 146 à 148. — Ils pensent qu'il serait avantageux à l'Angleterre de renoncer à la possession
du Canada, 186,188.—Ceux de la garnison d'Oswego
refusent des nourritures fraîches à M. Van-Allen ,
malade, par la seule raison qu'il est Américain,
a33. —\ Ils donnent en abondance toutes sortes de
provisions à nos voyageurs qui ne sont que Français , 234.
Anglais (Soldats) , en Canada , sont engagés à
vie , servent leurs officiers comme domestiques >
pour un schelling par semaine ; cultivent les terres
ou les jardins des officiers supérieurs, pour une _&*
(279)
retribution fort au-dessous du prix courant* Une
loi du pays déclare libres les nègres qui mettent
le pied en Canada : ainsi les nègres y sont libres,
et les soldats à-peu-près esclaves, II, 85 à 88.
— Leur toilette mise en parallèle avec celle des
sauvages , n'est pas moins extraordinaire, 120 à
121.«— Ils désertent volontiers; on emploie les
sauvages pour poursuivre les déserteurs* i52 à i54>
Ann (cap), dans l'île de Glocester, près de
Boston ; c'est un pays de pécheurs de morue ,
III , 3o.
Antrepont (Mme. d') , établie avec ses deux
fils, tous deux très-estimables , à Asylum, I, 161.
Arbres ( espèces d' ) remarquées par l'auteur
entre Philadelphie et le lac Erié , 1, 364 | 365.
Tome II. Arbres et plantes observés depuis le
lac Erié jusqu'à Kingston dans le Haut-Canada,
194 7 — et aux environs de Saratoga, 3i3.
Tome III. Arbres du district de Main , du Massachussetts , du New-Hampshire et du Connecti •
eut, 255 , 256 ; — dans le nouveau Jersey , 263.
Arnold (le général) , né dans l'Etat de Rho4e-
island ; anecdote à  son sujet, III, 177 à 179.
Arthur-Kill. Greek du New-Jersey, qui passe
à Wood-Bridge , III, 264.
Assemblée legislative du Haut-Canada. Récit
d'une de ses sessions ,11, 88 à 90.
Assowamset. Étang près de Middleboroug, lentre
Plymouth et Newbedfort, dans l'Etat de Massa*
S4 ( z8o )
chussetts j est sur une mine de fer ; on tire le mt-»
nérai de ses eaux avec un tramai!, III, i52 , i53.
Asylum. Petite ville de trente maisons , sur la
rive droite de la Susquehannah, fondée par MM.
Talon et de Noailles, histoire détaillée de cet établissement, ses avantages , ses iuconvéniens, ses
principaux habitans , I,  i5i à  170.
B.
Back. Rivière du New-Hampshire, qui se jette
dans la Piscataqua, Tome III, page 117.
Ballstown. C'est une des sources d'eau minérale
de Saratoga, II, 307, 3o8.
Banques. A Albany,  II, 296.
Tome III. Dans l'Etat de Rhode-island, une banque à Providence, 191 ; — et une autre à Newport ,ib.
— Dans l'État de Connecticut, banques àNew-Lon- '
don , 201 ;—à Norwich , 202 ; — à Harford, 2i3; —
à Middletown , 215 ; — à New-Haven , 220,
Bath, Petite ville, chef-lieu des établissemens du
capitaine kViiliamson , dans le Genessée, I, 189,
■—Trois routes ouvertes par le capitaine, y aboiw
tissent, 224 î — sa description , 232 à 255 , et 239.
Bath. Ville et port vers l'embouchure de la rivière de Kennebeck , dans le district de Main »
III ,  98 à 100.
Batzy , chef de plusieurs familles allemandes
que le capitaine Williamson avait fait venir de Ham-- ( m )
bourg, et que les Anglais lui ont débauchées ,
II,   112.
Beach (le squire) , établi entre Wilkesbarre et
Berwick, qui,, par amour-propre indique à nos
voyageurs un chemin qu'il a ouvert, et les égare,
I, 141 ,   142. -;%**;.'
Beaulieu (M. de), ancien capitaine d'infanterie
en France , puis en Amérique , dans la légion de
Pulawski, marié à une anglaise, tenant taverne
à  Asylum , I, i58.
Becdelievre. (M. de), ci-devant chanoine, tenant un store à Asylum , en société avec MM. de
la Roue , I ) ^7 , i58.
Belfast, township sur la baie de Penobscot, dans
le district de Main 5 sa ville est une des meilleures
de cette province. H y a une église , ce qui est
•rare dans le pays, III. 62 à  64.
Bellew (M. ) , officier commandant d'un détachement anglais , qui passe avec nos voyageurs
de Navy-Hall à Kingston , à bord de YOnondago,
II, 118,
Bell-y-town ou Bfook-Field, point de jonction
des deux routes d'Albany et de New-Yorck à
Boston ,  II , 341.
Berkshire , comté de l'Etat de New-Yorck , où
est la jolie ville de Pitts-Field ,  II,  338.
Berry (M.) , tenant taverne à Cananwaga ,
I,275.
Berwick, village chef-lieu da township de Fish-
(ngcreek, entre Northumberland et  Wilkesbarre, ( ô8s_ )
peuplé de Gallois, d'Allemands i de Flamands e_
d'Ecossais , I, i3_»,  140.
Berwick , dernière ville du district de Main , du
côté du New-Hampshire. A sept milles de distance
sous le même nom de Berwick, et dans le même
township , est le lieu où se font les affaires, III,
112 à   114.
Bethléem , petite ville de Moraves dans l'Etat
de Pensyîvanie , 1, 4°»
Béverley , joli village avec port, près Boston,
III,  129, i3o.
Bevers (Mistriss) , très-malade tie la fièvre du
Genessée , entre Bath et Canandargué, 1, 242 ,
s43.
Bevers (M. ), mari de la précédente, tenant
taverne dans le Genessée, à vingt-deux milles de
Bath ; prend nos  voyageurs  pour des médecins
et n'est  détrompé que parce qu'ils refusent son
argent, 1, 243 , 244»
Bidderfort , petite ville sur la rivière de Saco ,
dans le district de Main, III, 109 à 112.
Bingham fie squire), q*ii tient la taverne de
Three-rivers-point, malade de la fièvre, ainsi que
sa femme, ses enfans et ses domestiques , II, 248
à   252.
Blacons (M. de) ancien membre de l'assemblée
constituante de France, établi k Asylum, 1,36; marié
à Mile. de Maulde, chanoinesse de Bourbourg. Ils
tiennent un store avec M. Colin, jadis abbé de
Sévigny, archidiacre de Toul, 157.—M. de Bla- 'tons se Joint à l'auteur, pour le voyage dans là
Haut-Canada, 170;—fait une chute, et quitte
la compagnie à la ferme de Robinson, pour aller
l'attendre à Canandargué, 219; — porte à M. Chip'
ping une lettre de recommandation du général
ICnox, 253 ; — mène l'auteur rendre visite à M.
de Boui, dans le Genessée, 271.
Tom. II. M. de Blacons conduit fauteur au second
aspect de la chute de Niagara, 18, 19;—il retourne
chez lui , après avoir passé deux jours à Navy"
Hall, où restent l'auteur, M. Guillemard et M.
du Petit Thouars, 96.
Blerff , vieux soldat allemand, qui tient taverne
sur la route de Sunbury; conversation dans cette
taverne avec un chapelier et un colonel, I, io5à io5.
Blight (le docteur), associé du général Schuiler 9
pour les beaux établissemens de la rivière des
Mohawks , H , 274.
Bloch , lie de l'État de Rhode-island. Elle fait
Un commerce de fromages estimés, III, 168.
Block-house, maison à machicoulis, qu'on appelle
souvent fort dans les Etats-Unis et en Canada, II, 4*
Blue-Hills , ou Montagnes Bleues ; l'auteur les
traverse auprès de Reading, 1, 40; — elles prennent
un peu plus loin le nom de Lehig-Hills, ibid.
Bordley (M.) de Philadelphie, donne à fauteur
une provision de poudres de James, Il, 25o; — est
effrayé de l'usage que celui-ci en a fait, quoiqu'il
ait été heureux, 251 , 252.
Boston , capitale de l'État de Massachussetts, ( a84 y
troisième ville de l'Amérique , a plus de vingt
mille habitans; les maisons y sont jolies et propres,
les moeurs douces et hospitalières. Son havre est
superbe ; il contient deux îles qui devaient être fortifiées aux frais des États-Unis ; mais l'État de Massachussetts se refuse à en céder la souveraineté à
l'Union. Ses prisons et leur police sont loin de
la perfection de celles de Philadelphie. Les taxes
pour les dépenses de la ville y sont arbitrairement
réparties; la plupart des riches habitans passent
l'été à leurs maisons de campagne. Boston commerce
avec l'univers entier ; exemple de ses armemens .
pour la mer du Sud ,111, i à 18; — nombre des
vaisseaux., et quantité du tonnage qu'emploie son
commerce, 137, i58. Voyez aussi sur Boston , la
table du voyage de 1796..
Bouchotte fie commodore) , canadien d'origine H
capitaine de vaisseau au service d'Angleterre; à la
tête de  tous les   établissemens de  marine  du   lac :
Ontario ; pur pour  lui-même,   en fait d'argent^'
facile pour ses subalternes ,  Il , i5i ,  i52.
Boui (M. de) , élève du corps du génie de France,
ancien habitant de Sr.-Domingue , retiré avec un
mulâtre dans le Genessée; sa maison , et la vie qu'il
y mène ,   I ,  2G9 à 274.
Bower. (le général) , constamment emp^oy^ous
La Fayette, dans la guerre de l'indépendance ,
greffier à Reading, I ,   5o.
Boys (M.) , tenant une mauvaise taverne entre
Bath et Friends-mill, dans le Genessée , I, 190. (285 )
Brant (le colonel) , indien qui a fait la guerre
pour les Anglais avec distinction , breveté par le
roi d'Angleterre ; vivant presqu'à l'européenne ,
conservant beaucoup de crédit sur sa nation et
sur les autres tribus indiennes , Il , 81 , 82.
Bresvitt , île de la rivière d' Oswego, entre le
fort et les chûtes, II, 23g.
Brevost (M.) , connu par sa bienfaisance à Paris , où il était trésorier de la société philantro-
pique, établi avec sa femme et sa belle-sœur au
Loyal-Sock, dépendance à'Asylum , >I , 160 , 161.
Brick-islands , dans la baie de Casco , district
de Main, III,  102.'
Bridle (M.) , à Reading ,  I , 5o.
Bridle (M.  Joseph) ,  à Lancaster , 1, 68.
Bridge-town, joli village du New-Jersey, sur la
rivière de Varray, III, 264.
Brigadier's-island , île dans la baie de Penobscot , où le général Knox compte faire un parc
à moutons ,  III , 67 à 69.
Bristol , comté de l'Etat de Massachussetts;
il y a dfans ce comté plusieurs mines de fer et
une de cuivre ,   III, 164.
Bristol , ville et port de FÉtat de Rhode-island,-
brûlés par les Anglais en   1775, III ,  181 , 182.
Bristol, joli village de Pensyîvanie ■ sur la route
de New-Yorck, III , 271.
Broad-bay, baie sur laquelle est FFaldoborongh
dans le  district de Main, III, 88 à 89.
Brook-field  ou Belley-town, \\ , 341. ( û86 )
Brown (M.), sénateur des Etats - Unis poutf
l'État de Kentuky, renseignemens qu'il donne sur
cet Etat ,4, 79 , 80.
Brown (Moses), quaker austère de Providence 9
dans l'État de Rhode - island, demeurant sur sa
ferme près de la ville, MI, 182, i8_5.
Brown (John), frère du précédent, le plus
riche des négocians de Providence, faisant un noble
et bienfaisant usage de sa fortune, III,. 189, 190.
Brumpton , (le fort ) maison palissadée près des
ruines d'un fort anglais, au has du lac Oneida»
et au commencement de la rivière, H, 253.
Brunswick. Township en pays peu fertile, entre
la rivière de Kennebeck et Portland, district de
Main. III, 100 à 102.
Brunswick , petite ville du New-Jersey, sur le
'Rariton? Ill, 265, 266.
Buffalo-creek , gros ruisseau qui se jette dans la
rivière de Niagara, et qui donne son nom à un
village d'Indiens Senecas, I, 299.
Bvffalo-creek , village des Senecas, sur le creek
du même nom. C'est le chef-lieu de leur nation ;
et un rendez-vous où l'on vient de Boston pour
le commerce des pelleteries , 1, 293, 294 , 298, 299.
— Observations particulières sur les Indiens de ce
Village , 299 à 3o3.
Burgoine (le général), battu par le général
Gates à Stillwater, se retire à Saratoga , et s'y
rend prisonnier avec son armée. Détails sur le local ( *fy )
de ces deux actions et sur quelques-unes de leurs
circonstances,  II, 299a 307.
Burlington (baie de), à l'extrémité ouest du
làc Ontario, II, 96 , 97.
Burr (le colonel) , sénateur des États-Unis, du
parti de l'opposition , homme extrêmement aimable , III, 261.
B utter millf all , chute du Tanawaga - creek ,
entre Cananwaga et Bigh-Plain, sur le chemin de
Cananwaga à Tonnawanta , 1, 292.
Buttler (le colonel), Américain transfuge , fameux par les cruautés qu'il a exercées contre ses
concitoyens dans la guerre de l'indépendance ;
agent chèrement payé du gouvernement anglais
pour traiter avec les sauvages, II, 78, 79.
Buzard (M.), propriétaire et médecin à St.-
Domingue , établi à Asylum , avec sa femme +
son beau-fils , sa helle-fille , et quelques nègres,
débris de leur fortune, I , i58.
c.
Cabot (M. ), Sénateur des États-Unis pour celui
de Massachussetts, distingué par son esprit et son
caractère , Tome III, page 140.
Casco. Vaste baie, dans le district de Main 3
III, 101, 102,  io5.
Caldhowel ( M.), Entrepreneur ; de plusieurs
moulins et autres beaux établissemens d'industrie ^
près d'Albany ; estime qu'il inspire ; II, 296, 297., '
wr
( 288 )
Calumet. Pipe des Sauvages, qu'ils donnent &f
fumer en signe d'amitié et de paix, I,3i3.
Camden. Petit établissement que les Indiens, et
souvent même les habitans du pays appellent My-
ganticok, dans le district de Main , III, 54, ^*
Camden. Rivière qui passe au village du même,
nom , dans le district de Main , III, 55.
Cambridge. Beau village près de Boston , sur la
roule d'Albany, avec un pont de bois d'un mille
de long et dune construcîion élégante,  II,  349*
Tome III. H y a dans Cambridge une université. — Détails sur cet établissement, 11 , 12.
Canada. Sort et ration des troupes que le roi.
d'Angleterre y entretient, II , 5, 6. — Elles y sont
stables et incomplettes , 7. — Rareté du numéraire,
dans ce pays,.8 ,9. — A été divisé dans 1 année
1791, en Haut-Canada et Bas-Canada , 28. —Constitution des Deux-Canadas, 3i à 3g. — Ils coûtent
quatre à cinq cents mille livres sterling par an au
trésor public de l'Angleterre , 70. — Y compris les
pensions secrètes que ses gouverneurs payent à des
citoyens des États-Unis ,  ibid.
Canada. (Haut) Son gouverneur , qui n'a que
le titre de Lieutenant-Gouverneur, correspond avec
les ministres d'Angleterre , et reçoit directement,
leurs ordres pour toutes les matières civiles et d'administration. Mais, relativement aux affaires militaires , il doit rendre compte au gouverneur-général résidant à Québec , et ne peut faire aucune
dépense qu'avec la signature de ce gouverneur-général (289   )
ïiéral, II, 29, 3o. — Le Haut-Canada commence
à cent milles au-dessus de Montréal, et s'étend jusqu'aux bornes des possessions ou  prétentions anglaises du côté des Sauvages, 3o, Si. — Sa population
passe pour être de trente mille habitans européens
ou descendans d'européens , 3i» — Il est douteux
qu'elle soit aussi forte , 57.— Ses impositions , 61 à
63. —- Sa monnoie ,*62. — Ses tribunaux, 63 , 64. —
Il est divisé en quatre districts pour l'administration de la justice , 65. — Et en douze comtés pour
la milice, ibid. — Son administration civile et militaire est payée par la Grande-Bretagne, 67 à 70.
;— Son conseil exécutif, 70. •— Loix et usages qu'on
y suit pour la concession des terres , 71 , 72. — Ses
cultures sur les parties habitées des lacs Érié et Ontario , 94, 95. — On lit peu dans le Haut-Canada. Il
n'y a qu'une gazette , et elle est imprimée aux frais
du Gouvernement, io3 , 104. — Ilya quelque mécontentement à cause des retards dans la délivrance
des  titres de propriété des terres,   104,  io5.—
Dans les trois districts inférieurs , le culte protestant
est seul payé, et l'est par un septième du produit des
terres, io5.—Au Détroit, le culte catholique est aussi
payé , ibid. — H y a dans le pays des Quakers , des
Memnonistes et des Dunkers en petit nombre , ibid.
— Ce pays parait devoir se séparer assez promptement de l'Angleterre ,114a 116.—L'instruction y est
presque nulle , 143. — Les routes s'y font par une
corvée annuelle de douze jours ,  144? 14^«
Canada. (Bas) Sa navigation, ses villes, sa cul-
Tome III. T ( 290 )
ture , moeurs des habitans, II, 196 à 204. — Les
femmes y sont plus instruites que les hommes , et lé
sont peu , 204 , 2o5. — La féodalité y a lieu, 2o51
206. — Les loix y sont les mêmes que dans le Haut-
Canada , 206.—Le Bas-Canada est divisé, pour l'ad-
nistration de la justice , en trois districts , ibid. — Les-f:
crimes y sont très-rares , parce que le peuple y estf?
très-bon , 207. —Les seigneurs y haïssent la révolution française , et même avec exagération ; les bour-|
geois l'aiment et la louent, mais regardent ses crimes avec horreur. La classe ouvrière et cultivatrice ;•
aime la France et les Français , sans se soucier de
leur gouvernement et sans songer à leur révolution 9
209, 210.   — Quoique le gouvernement y donne*;
des terres, on lui en demande peu. La lenteur de.
ses  formalités et  les  réserves qu'il   fait  rendant:
pour  plusieurs années la possession peu sûre , 53
à 55 , 210, 211.
Canadiens. Bienveillance et respect qu'ils témoignent aux Français ,11, 8. —Excellent peuple, vif,
actif, ardent, gai, ne cachant point son attachement pour la France ; dédaignant de parler et même
d'apprendre l'anglais , 148, 149 > 182. — Famille de
Canadiens emigrant pour la rivière des Illinois, 160.—-
Ces émigrations sont fréquentes ; elles ont lieu par
trois routes différentes. Détail de ces routes. Elles.
se font paisiblement au milieu de ces mêmes Sauvages qui ont si cruellement traité M. Johnson et
ses compagnons , voyageant sur l'Ohio , comme
Américains des États-Unis, (Voyez Johnson) 16iA ( agi ï
162. — Plus grands détails sur les Canadiens i
toujours courageux , toujours rians ou chantans $
qu'aucune entrepris©, aucune fatigue, aucun danger ne rebutent ; industrieux , durs à la peine,
sobres , ou s'ils tombent dans l'ivresse y devenant
encore plus gais , tandis qu'elle rend les Anglais
mornes et silencieux, 178 à 181. — Le gouvernement anglais les laisse sans aucuns moyens d'éducation. Ils restent avec leurs vertus naturelles 5 le*
vols, les meurtres y sont plus rares qu'en aucuu
autre pays , 180, 182.—-Leur amour pour la France
se montre en toute occasion. Quoique la domifia-
tion anglaise y soit plus douce , moins arbitraire ,
et plus libérale que ne le fut la française, ils re~
grettent celle-ci. Leur milice a refusé au lord Dorchester de marcher, si ce devait être contre des
Français. Ils s'enorgueillissent d'être Français.
Leur prévention contre ce qui vient d'Angleterre
est telle , qu'ils se sont opposés même à l'établissement de la procédure par jurés ,  181 à i85.
Canadaoreek , seul ruisseau qui se jette dans
le Wood-creek,  II, 265,266.
Canalmgi , ancien settlement allemand , fertile
et bien cultivé , entre Palatine et Shenectady ,
II, 282, 285.
Canandargué , lac qui a donné son nom à la
capitale du comté d'Ontario, I ,249.
Canandargué, jolie ville à quatre milles du lao
dont elle porte le nom dans le Genessée, I, 189.
— Cette vilie est <màksÂ&&.î elle est chef-lieu du
T 2 comté à"1 Ontario. MM. Phipps, G arum , Chipping
et Thomas Morris , fils de Robert, y hahite_^jj
251. — Petite aventure dans l'auberge de cette*
Ville , 256 à 257.
Canaux.   Canal  qui   joindra  le  Skuylkill  à   la
Delaware, 1. 26  et 27. — Canal commencé pour*
joindre le Skuylkill à la Susquehannah , 48.
Tome II, canal ingénieux pour conduire les bois
aux moulins à scie placés au-dessous de la chûteâl
de Niagara, 21. — Canal projette du poste appelé!
la Chine, à Montréal, en Bas-Canada, pour tournera
les rapides du fleuve St.-Laurent , 396. — Autnw
canal projette et même commencé pour joindrai
la rivière des Mohawks au lac Oneida, 264. — Canal!
commencé pour tourner les rapides de la rivière^
des Mohawks à JJttle - falls , 280, 281. — Canal!
projette  de Shenectady à Albany , 283, 284.
Tome III. Canal commencé pour rendre la rivière
St.-George , dans le district d@ Main , navigable
jusqu'à cent  milles de la mer, 47»
Cananwaga , petite ville sur la rivière de Genessée , I, 267 ; — son terrein appartient à M.
Morris , 275.
Carles (M.) , ancien chanoine du Quercy , colon
très-estimé d!Asylum , I ,  160.
Carleton-psland , sur le lac Ontario, dans la
Haut-Canada, I, 201.
Castle's-island, ou île du Château, dans le havre-
de Boston, devait è ire t'ortiliée au x frais de l'Union,- ( ^3 )
III, 3, 4. "^Causes qui ont jusqu'à present retardé
cette opération ,4^7.
I Catherine - town, petite ville fondée par le
capitaine TVilliamson, k l'extrémité sud du lac
Seneca , I , 213.
Chanvre sauvage qui croît spontanément sur
les bords du lac  Ontario , II ,   i56.
Charlatan allemand qui rode sur la route de
Lancaster à* Northumberland , I , 110.
Charles-town , village ou petite ville jolie et
riche , qui sert de faubourg à Boston ; on y a
élevé un monument à la mémoire du général JVar-
ren , III ,  i36 , 137.
Chatam , ville projettée par le gouverneur Simcoe,  pour  être le chantier militaire  de  la Nou*
velle  Londres, Il , 5o (Voyez Simcoë).
.Chelsea, port de la ville  de Norwick, dont il
porte aussi le nom, III,   201 , 202.
Chemin en corniche sur la Susquehannah , près
de Sunbury , 1,   102.
Cherokees , nation sauvage établie à l'ouest et
au sud des États-Unis, I, 325. ( Voyez les articles
Phlyn et Johnson ).
Cherokees chykamougées , tribu de la! nation des
-Cherokees, qui  habite les bords du grand Miami.
Elle fait périr William Phlyn dans les supplices,
I , 355.
Chew (la famille) de Philadelphie ; sentimens
que cette famille a inspirés à l'auteur, I, 3; et
III , 247 > M8 ,  272.
T 3 ( 291 )
Csippawas > nation sauvage, I , 333 , (Voytz
Johnson).
Chippawa , creek qui tire son nom de la nation ,
et qui le donne au fort situé à son embouchure,
dans la rivière de Niagara , II , 11 ; — ses eaux
sont bourbeuses , 18; — il y a sur ses bords une
mine do fer, 23.
Chippawa , fort anglais au haut du portage que
nécessite la chute de Niagara , II. 5 ; — sa garni-,
son , 6.
Chippawa , village qui environne le fort; il est
marécageux et mal-sain, Il , 18.
Chippawa (le) , sloop anglais, commandé par le
capitaine Haro, sur le lac Erié, II, 8.
Chipping (le capitaine) , agent des États - Unis
auprès des sauvages ou Indiens, habitant à Canan-
darguè, donne à nos voyageurs un guide indien
parlant français, I, 253; — rencontre qu'ils font
chez lui d'une deputation de àix Indiens Senecas, ib.
Christiana, rivière qui tombe dans la Delaware,
t y
Chirurgiens (les) sont assez nombreux daris
les environs de Philadelphie ; prix et produit de
leurs services , I, §__.
Tome II, les chirurgiens sont très-rares et très-
mauvais   dans le Haut-Canada , 98, 143.
Tome III, est chirurgien qui veut, dans l'Etat de
Massachussetts, et sur - tout dans ie district de
Main,, 85. — Honnête chirurgien allemand dans
ce même district, g3 , 94• ( 2g5 )
Clark (M.) , négociant de Providence dans
l'État de Rhode-island, associé avec M. Nicholson ;
sa  civilité, son bon sens, III, 189.
Cohoes-fall , chute de la rivière des Mohawks ,
II, 309, 3 j o.
Cohoes-fall (pontde) sur la rivière des Mohawks,
d'où l'on voit bien la chute, II, 3io.
Colin (M.) , ci-devant abbé de Sévigny, archidiacre de Toul, associé de M. et Mme. de Blacons,
pour tenir un store à Asylum, I, 157.
Colle (M.) , négociant anglais établi à New-
London , ami de M. Nicklin et de la famille Chew ,
III j 247 , 248.
Colman (M.) ; ses forges près de Lancaster, I,
66, 67.
Commerce. Celui des grains est le plus étendu
de la ville de Reading, 1, ^8.
Tome II. Commerce des fourrures entre le Canada
et l'établissement des Illinois, i63 à 166; — des
pelleteries en général , et des approvisionnemens
en Canada, 189 â 191; — du Canada, nombr©
des bâtimens qu'il emploie , valeur de ses exportations et de ses importations, 200; — mémoire
détaillé sur le commerce des pelleteries en Canada,
216 à 232;—la plus grande partie de ce commerce va naturellement appartenir aux États-Unis,
et il passera par la Louisiane, 222 ; — commerce
des pelleteries au Labrador , à la baie des chaleurs et à Gaspy, 223, — 227; nature et quantité des
T 4 (296)
pelleteries qui,   en   1786, ont été exportées  du
Canada , 23o ; — commerce d'Albany , 290 , 2g3.
Tome III. Commerce de la ville de Glocester, dans
l'État de Massachussetts,  35 ,   et  au   district  de
Main, 36; — de la rivière St.-George,  43 k 5o ; *
— de Camden, 55 ; — de Dugtrap ,  £7 ,  58 ; *— deI
Portland , 108 ; — de Bidderfort, 112 ; — de Newbury-^
port, État de Massachussetts ,   127; — de Salem
et de Beverley, i3oà i32; — de Boston, en tonnage *
et valeurs, 137, i38; — de Plymouth,  148, 149 J $
de New-port et de  Providence ,   dans   l'État de
Rhode-island,  172,  173; — de New-London , port-
dans l'État de Connecticut, 196 à 200; — de Harford,  207 ,   208; — de Middletown,   214 î — de
New - Haven ,   218; —du   district   de   Fairfield,.
246, 247-.
Compagnie du nord-ouest, à Montréal, en
Canada, pour le commerce des fourrures; détails
étendus sur ses opérations,  II, 216  à 226,
Conestogo , creek qui se jette dans la Susquehannah , près de Lancaster, I, 70.
Connanicut , lie de l'État de Rhode-island, célèbre par la bonté   de ses   fromages , III, 168.
Connecteon , creek qui se jette dans le Tioga ,
près de Painted-post ; c'est sur ce creek que le
capitaine Williamson a fondé Bath, lieu principal
de  ses établissement , I,   188,  189.
Connecticut. Belle rivière, que des bateaux de
vingt tonneaux remontent jusqu'à cent milles au-
dessus de son embouchure, II, 34i< ( 297 )
Connecticut (État de), qui tire son nom de la
principale rivière qui l'arrose. Incertitude des propriétés vendues par cet Etat sur le territoire qui
a depuis été reconnu appartenir à celui de Pensyîvanie, I, 148 à i5i. —Danger de cette disposition des choses et des esprits pour les propriétaires voisins d'Asylum ,  i63, 164, 167.
Tome III. Les chemins sont meilleurs dans l'Etat
de Connectitut que dans celui de 'Rhode-island ; les
terres mieux cultivées, les maisons plus jolies, ig3,
_94. — Commencement de cet État, 222 , 223. — Sa
constitution, 223 à 225. — Ses loix civiles , criminelles et d'administration , 224 à 240.— Ses écoles;
l'instruction y est bonne et générale j 23o à 235. —
Sa milice, 236. — Ses chemins, 236, 237.—Ses
impositions ,237à 240.—Sa population, 241, 242.—
Caractère et mœurs de ses habitans ,  242 à 244»
Construction des navires dans le district de
Main , à la rivière Sainr-Georges , III , 48. — A
Camden , 55. — A Dugtfap , 56 à 61. — A Briga-
dier's-island, 69. — A la rivière de Penobscot, 73.—
A Broad-Bay, 90. A Damascobay, 92. — A Newcastle , 93. —.A Hallowel, ^7.—A Brunswick ,101.
—■ A North-Yarmouth, 102. — A Portsmouth, dans
l'État de New - Hampshire , 120.—A Newbury-
Newtown , dans l'État de Massachussetts j 126.-—
A Ipswich , 129. — A Newbedford ; à Westport ;
à Rochester ; à Wareham ; à Darmouth , i54- — A
.Warren , 181.
Cooper (M.) , auteur des RenseiQnemens sur ( 298 )
i Amérique , I , 94 , g5. — Il est retiré à NortHum^
berland , auprès du docteur Priestley, i32.
Cota (Mistriss), tenant très-bien l'auberge de
North-Yarmouth , sur la baie de Casco , III, io3.
Cothy (le Docteur) , chirurgien de Marlborough, donne des soins utiles et affectueux à l'auteur, retenu par une maladie grave dans la taverne
de M. Williams, II, 345.
Couteulx (M. le), établi près d'Albany; son
éloge. 11 est associé de M. Quesnel, et intéressé
dans la maison Olive , à New-Yorck, II , 3i8 , 319.
Cowél (le Docteur), à Wilkesbarre. Bonne
réception qu'il a fait à nos voyageurs, I, i43, i44*
Craig (le Docteur) , de Boston , propriétaire des
eaux minérales de Lebanon , II, 336, 537.   ,
Crooked , petit lac à l'est du pays de Genessée,
I,  190.  — Il est près de celui de Canandargué ,f
249.
Culte. Manière dont il est salarié dans les environs ,de Philadelphie , I, ^o. — Entière liberté de
conscience , 47-
Tome II, Dans le Haut-Canada, le culte catholique
n'est payé qu'au district du Détroit. Le protestant
anglican l'est par un septième du produit des terres.
Les partisans des autres religions sont en petit
nombre et sans culte dans ce district et dans celui de
Niagara, io5. — il y a des Quakers , des Presbytériens et des Anabaptistes, mais sans église, dans celui
de Kingston , 142. — A Québec, 202. — Et dans
les campagnes du Bas-Canada, ibid. i 299 )
Culte des Shaking-quakers à Lebanon, 327 à 336*_;j
Culture du Quaker Roberson, près Rocksbury,
sur les bords du Skuylkill, 1, 9 ; — des nouveaux
colons , près de iSunbury, et qui donne une idée
de toutes les cultures nouvelles, 101, 102;— de
Mac-Ailister, près Harrisburg , 94 à 99; — du sucre
d'érable et autres , par Abraham Miller, à Fishing-
creek, i38, i3g ; —de M. Harding et de M. Harris,
entre Wilkesbarre et Wioming, 146, 147; ■— de
M. Warren , près Tioga , 177 ; — du colonel Star-
ret, près de Newtown, 179;—du Squire Mac-
Cornick , dans le même canton ,  181,   182; — de
• Benedict -Robinson , près Friendsmiil, 204.
Tome II. Culture du Haut-Canada , sur les bords
du lac Erié, de la rivière de Niagara , et vers le
haut du lac Ontario, i33 à 109; du Bas-Canada,
196 à 198.
Tome III. Culture misérable dans la province ou le
district de Main, quoiqu'en plusieurs endroits la
terre y soit bonne , 5o à 117 ; — à la rivière Saint-*
. George , 5o; — à Dugtrap ,56; —à Belfast, 63; —■
à Prospect, 64, 65;—à Brigadier's-island , 68;—a
Penobscot ,69, 70 ; — à Hallowel , 99 ; — à Brunswick, 100 , 101. — Elle devient meilleure à North-
Yarmouth , 1 02 ; — et à mesure qu'on se rapproche
du New-Hampshire, 114 > 1T5. — Culture du lin et
du chanvre en Massachusetts , et particulièrement
auprès d'Ipswick , 129 ; — de Samuel Elem , dans
l'État de Rhode-island, 166 à 168 ; — de l'Etat de
Connecticut, et particulièrement auprès de   Leba-s I 3oo )
irion , 2o3 à 2o5 ; — des environs de Harford , 209 i
210; —à New-Hawen, 219; — près de Fairfield,
247 ; — à New-arck , dans le New-Jersey, 263 ; —■
à Wood-Bridge *, 264; — à Prince-town, 266. — De
VUliams , près de Marlborough , 345.
Cutavessy, passage de la Susquehannah, sur la
route de Philadelphie à Wilkesbarre , I, 109.
D.
Damasco-bay , baie du district de Main, Tome
HI, page 92.
Darmouth , ville de New-Hampshire. On y imprime une gazette. Il y a un bon collège , III, 122.
Darmouth , port , avec une bonne rade , dans
le township de Newbedfort, État de Massachussetts,
in I 154.
Dash (Mistriss) , dame anglaise, arrivée d'Europe avec ses trois filles et cinq cents guinées, pour
préparer une retraite à son mari. Établissement
qu'elle a fait sur les bords de la Susquehannah ,
près de Northumberland. Elle a retiré de sa première récolte près de la moitié de ses frais d'acquisition , de bâtiment et de culture , I, i33 à i36.
Dash (Miss Sara) , jeune et jolie personne qui
embellit par ses vertus et ses talens distingués pé&r -/•*
nisique, l'asyle que sa mère a crée, I, i35.
Davrès (M.), homme de loi , distingué par ses
lumières et sa politesse, à Portland, dans le district
de Main , III, 109. C 3oi ;
Delaware , belle rivière , sur laquelle est Phi*
ladelphie. On la passe dans un mauvais bac, entre
Morrisville et Trenton , III, 270.
Delawares j nation sauvage, 1, 333. ( Foyez
Johnson).
Dirham, petite ville et petit port du New-
Hampshire, 111,  119, 120.
Des jardins (M.), Français marié à Albany, où
il bâtit une maison, associé avec M. Faroux, architecte français , et d'autres Français , pour un
tract de trois cents mille acres de terres le long de
Black-river et de Hongary-bay , Il, 260 ,261.
Detroit (Fort et Ville du) , au haut du lac Erié,
sur la rivière, ou la décharge par laquelle il reçoit
les eaux du lac Saint-CJair ,11, 6,7.— II forme ,
avec ses dépendances , un des quatre districts du
Haut-Canada , 65. — Il doit être rendu aux États-
Unis ,92. — C'est un grand entrepôt du commerce
des pelleteries mêlées , 216.
Dobson (le Major) , commandant à Kingston ,
dans le Haut-Canada, M, 145.— Il fait équiper
avec beaucoup de diligence et de civilité , un bateau pour ramener l'auteur et M. du Petit-Thouars
aux États-Unis , 168.
Dorchester (Ljord) , -gouverneur - général des
Canadas , II, 27. — Donne plusieurs dégoûts au
gouverneur Simcoë , 52, 53, 125; — voudrait que
la capitale du Haut-Canada fût à Kingston plutôt qu'à
Yorck , ou à la Nouvelle-Londres , 125, 126. — Ses
idées sont défensives , celles du gouverneur Simcoë (  302   )
se tournent vers l'offensive , 125 à 128. — Il est
vanté par les négocians du lac Ontario, 129. — Il
répond négativement par un secrétaire, et par une
défense formelle d'entrer dans le Bas-Canada , à la
lettre que l'auteur lui avait adressée , d'après les
promesses et les invitations de M. Hammond, 166,
167. — Observations de l'auteur sur cette aventure, 167 , 168. — Le lord Dorchester a demandé
son rappel dans la douleur que lui ont causé les
milices du Canada , en refusant de marcher si ce
devait être contre des Français , i83, 188.—Il se
se croyait aimé pour avoir gouverné avec douceur,
et donné au Canada une constitution représentative. Il a vu que la France l'était plus que lui, 188.
Dower , premier township de l'État de New-
Hampshire , en venant du district de Main. Près
de cette ville est sur la Piscataqua un très - beau
pont de deux mille deux cent quatre-vingt-onze
pieds de long, III, 117 à 119. —On y imprime
deux gazettes, 122.
Duchoquet (M), négociant français-canadien
établi au Détroit, et ayant une maison à Santuky ;
il rachète des Indiens Shawaneses , M. Johnson ,
pour une valeur de vinq-cinq louis , 1, 346 , 347 ,
55o. ( Foyez Johnson).
Ducks-islands (îles aux canards), seul danger-
de la navigation du lac Ontario , en tems ordinaire ,  II, 118,   119.
Dugtrap , village au bord d'une anse du même ( 5o3 )
nom , près de Camden , dans le district de Main,
III, 55 à 6i,
Dcjnkers, espèce de moines établis à Ephrata ,
entre Reading et Lancaster ; leur histoire , leur
règle, description de leur maison ; un de leurs jeunes
frères dément les discours de leur Prieur, I, 61
à 66.
E.
Earl (M.), lieutenant de la marine d'Angleterre , commandant la goélette YOnondago , à bord
de laquelle nos voyageurs passent de Navy-Hall
à Kingston , Tome II, page 120; — son éloge , 124;
— l'auteur et M. du Petit-Thouars exigent qu'il
accepte le prix de leur passage, et pourquoi, ibid.
Échard (M.) , à Reading, I, 5i.
Ecureuils , III , 256.
Égalité, ses effets en Amérique, I, 41-
Ëlem (M. Samuel) quaker propriétaire cultivateur dans l'État de Rhode-island, 111 , 166 à 168;
—son éloge, 179, 180.
Elisabeth - town , ville de deux cents maisons
bien bâties , et plusieurs établissemens publics dans
le nouveau Jersey , III, 257 , à 2.5g.
Elroy (M.) , compagnon de voyage de l'auteur,
dans le stage d'Albany à Boston , II , 325, 326 ;
il va visiter avec lui les Shaking-quakers, et assiste
à leur office, 327, 336;—demie bonne fortune
qu'il trouve à Pitts-Field , 338.
Ephrata, maison ou couvent de Dunkers, sur
le chemin de Heading à Lancaster , l, 5°, à 66.. (3o4)
Ërîé , grand lac qui se décharge dans celui
d'Ontario, par la rivière et la chût® de Niagara,
I, 333.
Tome II , cinq bâtimens particuliers marchands , I
et quatre sloops armés du roi d'Angleterre, fontjj
le commerce et le service du lac Érié , 7 et 8.   I
Erié , nation sauvage Hnronne , dont le nom |
signifiait chat, et qui a été détruite par les Iro-a
quois , I ,  35g.
Érie, poste américain de  cinq  maisons,  près
du lac du même nom , et de la rivière de Niagara ,||
I, 356 , 35g.
Érié., fort anglais sur le lac Erié, et près del
la chute de Niagaj-a , II, 3 et \. — Il y a au |
fort Erié un entrepôt de commerce , 7 , — et prin- I
cipalement de celui des pelleteries mêlées, 216.   |
Essex , comté dont la capitale est Salem, dans^j
l'État  de  Massachussetts , III ,   i34-
Établissement naval de l'Angleterre , sur le lac
Ontario, II, i5o ,  i5i.
Eustys (le docteur) de Boston, son éloge , III, 140.
Évans (M.) , à Reading, I, 5o.
Exeter , petite ville et petit port du New-Hamp-|
shire,   III ,  119,   120.
Exportations et importations du Canada , en
1786,  II, 228 , 229 ,   23l , 232.
Tome III. Exportations de la ville et du port de
Glocester dans l'État de Massachussetts , en 1794
et 1795, 35 ; —de la baie de Penobscot, en 1791 ,
1792, ( 5o5 )
1792, 1793, 1794 et 1795 , p. 74; — du port de Wiscasset} dans le district de Main , 96 ; — de Portland,
108 ; — de Bidderfort et de Peppersborough , 112 ;
— qui ont; eu lieu en 1791 , 179^, 1<79^ , 1794
et 1795, par Newbury-port , État de Massachussetts , 127 ;—par Salem et Beverley , même État,
i3i ; — de Marblehead , en 1794. i35; — du port
de Boston, en 1787 . 1791 , 1792 , 1793, 1794 et
1795, i38 : — de Plymouth, dans la plupart des
mêmes'années, 149; —de New-Bedfort, dans les
mêmes années, 162; — de New-port dans l'État
de Rhoderisland durant les mêmes années , 172 ,
173 ; —de New-London , port du Connecticut ,
dans les mêmes années , 196; —Middletown en 1795,
2(5 ; — de New-haven , dansle^ années 1791, 1792 ,
1.793,-1794 et 1795 , 218 ; de tout l'État de Connecticut , dans les mêmes années , 241 ; — du
district de Fairfield, dans les mêmes années , 247.
Fairfield , petit port de l'État de Connecticut,
Tome III , page 247.
Falmouth f reste de la ville brûlée par les Anglais , dans la guerre de l'indépendance , réuni à
Portland, III ,   107 ,  109.
Faroux \ (M.) ) architecte français , associé de
M. Desjardins , dans une propriété, près du lac
Oneïda , s'est noyé en traversant Black - river ,
II , 260.
Faulkner  (le lieutenant), chargé par le major
Tome III, V w
( 3o6 )
Pratt, commandant du fort Érié , d'accompagner
l'auteur à la chute de Niagara, II, 10 , 12, 27;
Fayette (le général laJ ; on porte son toast
immédiatement après celui du Président , dans
tous les diners , aux États - Unis  de l'Amérique,
J> 99-
Tome II, le nom de la Fayette fait verser des I
larmes d'attendrissement à presque tous les Américains : manière dont ils s'expriment à son sujet, 287.
Fièvres, très-générales dans le Genessée , I , 238 ,
239 ; — auprès dé Bath , 242 , — et plus loin , sur
la route de Canandargué; ibid; — k la ferme de
mistri-s Bevers , 243.
Tome II , les fièvres sont aussi communes dans
le Haut-Canada, sur les bords du lac Ontario, 98 ; —
traitement superstitieux auquel les Canadiens ont
recours , 99;—fièvres dans le village des Tusco-
roras, près de Niagara , 109; — entre le fleuve'
S t.-Laurent et le lac Ontario , 242;—à Three-rivers-
point, 247 ; — au fort Brumpton , 253 ; — à Rotterdam , sur le lac Oneïda, 256 ; — au fort Stanwix
267;—à SterneyVtavern et dans tout le Genessée,
269; — à Mayer's-tavern , 271.
Fièvre  jaune  (la) a fait moins de ravage en$
179,5   qu'en   1794;—est restée confinée  à  New-
Yorck , dans la partie de la ville qui avoisine le
port , III, 261.
Fishcreek, gros ruisseau qui passe à Saratoga^?
et y bordait la ligne de défense du général Bur-
goine , II, 5oo , So 1 _, 3o3. ( So7 )
Fishes-tavéHn J hameau et auberge du township de Sciiuates , dans l'État de Rhode^island ,
III ,  191 , 192.
FtshtNg-creek , township entre Northumberland
et Wiike barre , I , i38.
Flamming, (miss DolyJ , tuée par les Sauvages
en 1790, lorsqu'elle descendait TOhio avec son
parent M. William Phlyn, et MM. May et Johnson,
I, 3ig , 322 (Voyez Phlyn et Johnson).
Flamming (miss Peggy) , soeur de la précédente , prise par les Sauvages qui avaient tué miss
Doly , 1, 319 , 324 , — elle adoucit ses vainqueurs,
.334, 335; —suite de ses aventures, 341 ; — sa délivrance , 351 à 353.
Flatts, plaines très-fertiles, en prairies naturelles; description des flatts de la Genessée , I,
262 à 264;—la préemption de la plus grande partie
en appartient à la compagnie ' hollandaise, qui la
tient de M. Robert Morris, lequel la tenait de MM.
Phipps et Garum ; mais les Indiens occupent encore
,1e terrein, 264.
Fond-du-lac , poste sur le lac supérieur, où la
compagnie du Nord-ouest, établie à Montréal, fait
un commerce de pelleteries fines,   11. 216.
Forbisher et Mactawish (MM.), négocians de
Montréal , à la tête de la compagnie du Nord-ouest
pour le commerce des pelleteries ; Il, 217 , 218;
— ils ont vingt-quatre actions des quarante - six de
leur compagnie , 226.
V   2 ( 3o8 )
Forest-mountains, montagnes à la gauche et à
roues t de Post grove, I , 34.
Forty-mile-crej-k , gros ruisseau qui se jette au
nord du lac Ontario, à quinze mille de New-arck ,
IIJ 93.
Frame-houses , maisons de bois équarris et recouverts de planches, 1, 40.
Français (rivière des) , qui communique du lac
Nipissin au lac Huron, et par le lac JSipissin au
fleuve Saint-Laurent, II, 220.
Erankfort , joli village entre Philadelphie et
Bristol, sur la route de New-Yorck, III, 271.
Franklin (le colonel) , I , i5o.
Frey (M.) , vieux Allemand, bon meunier, qui
par une mauvaise économie , a privé la ville de Middletown , dont il est le plus grand propriétaire,
d'être la capitale du comté , 1, 85 à 87.
Friends-ivIill , jolie petite ville bâtie par des Quakers , entre le lac Seneca et le lac Crooked, I, 191,
.192. —H y a dans le Township quatre églises, dont
deux de Quakers , une de Méthodistes, et une
d'Anabaptistes. C'est le séjour de la prophétesse
Gemaima, 192, 204. — Eloge d'une jeune femme
très jolie, qui tient taverne à Friends-mill, 218,219.»
G.
Garum et Phipps (MM.) , propriétaires et marchands de terres, associés dans le comté d'Ontario , Etat de New-Yorck, Tome I, page 38a.—Us
habitent à Canandargué . 25o. i 309 )
'à ISates, (le général) vainqueur de Burgoine à Stills
Water et à Saratoga ; description de ces deux importantes affaires , II, 299 à 3o5.
Gaylor^M.^ , établi près de Wioming , I, 147»
Gem aima Wilkinson , prophétesse et fondatrice de
secte à Friends-mill ; elle se fait appeler Y amie universelle. Curieuse histoire de cette femme ; description de sa maison. Séjour qn'y fait l'auteur , I ,
192 a 204.
Genesseb , rivière qui se jette dans le lac Ontario. Elle donne son nom au pays qu'elle arrose , I,
2,62, 267, 269. — Elle a trois chûtes, 285.
Genessée , pays à l'ouest de l'État de New-Yorck ,
entre les lacs Érié , Ontario, Seneca et la Pensyîvanie , et qui appartient en partie aux six nations
Iroquoises , en partie au capitaine Williamson ,
et en partie à MM. Phipps , Garum, Morris,
TVatkins , Wadworth , ou leurs concessionnaires,
I , 207, 221.
Tome II. Le Genessée est extrêmement mal-sain ;
les habitans y sont tourmentés'de la fièvre , à laquelle se joint souvent une mortelle dyssenterie ,
t269, 270.
v Geneva, l'une des petites villes du Genessée,
fondées par le capitaine Williamson , à l'extrémité
nord du lac Seneca, 1, 208, 213.
Gerbier (M. ) , français , neveu du célèbre avooat
du même nom , ayant épousé une créole de Saint-
Domingue , demeurant  avec elle provisoirement à
V 3 ( 3io )
Potsgrove ; propriétaire d'un lot de terre k Asylum , 1,36.
German's-Flatts, plaines extrêmement fertiles ,
cultivées par des Allemands et des Hollandais à la
rive droite  de la rivière des Mohawks , II, 276 à
s79-
Glavery (le squire), établi à Camden, III, 54,
55.
Glocester, petite et jolie "ville au fond de la
baie que termine le cap Ann , près Boston , III, 33
à 35.
GoDHUE^ik-,^, membre du congrès : établi à Salem, homme instruit et simple. Il est du parti favorable au traité avec l'Angleterre, III,  i34, i35,
Goat-ist.and , île devant New-port, fortifiée par
es États-Unis , III, 174,
Gore ( M. ) Attorney-général pour les États-
Unis, à Bo,ton , III, 140.
Governors-island ou île du gouverneur , qui devait être fortifiée aux frais des États-Unis , pour concourir avec celle du château k défendre le port de
Boston, IJI, 3 , 4- — Causes qui ont jusqu'à présent retardé cette opération ,4,7*
Green (le général) , ses vertus , ses exploits , III,
_.75 à 177.
Green (M.) loyaliste américain du Jersey , établi depuis sept ans à Forty mile-creek, en Canada ,
où il a bâti trois moulins , et n'a pas encore les titres
de propriété des trois cents acres de terre qu'on lui
a concédés, U , 90, 94 , 96,
un (5n)
Green-Briar , comté de Virginie à l'ouest des Alleghany s, 1, 318.
Green-Briar-court-house , chef-lieu du comté
de Green-Briar, domicile de Jacob Skuyl marchand
qui est pris par les Sauvages , I , 318. ( Voyez
Johnson. )
Griffin (M.) ,  habitant  de Brigadier s-island,
in, 69.
Grisworth , fort qui défend l'entrée de la rivière
de Thames, en Connecticut ,111, 19$.
Guansignougua, creek qui se jette dans le fleuve
Saint-Laurent, et on le capitaine Store a fait son établissement , II, i58,   15g.
Guilbert (M.) qui tient la taverne de Canada-
creek, vers le commencement du portage, entre
W^ood-creek et la rivière des Mohawks. Toute sa famille et tous ses voisins sont malades de la fièvre ,
II, 267, 268.
Guillemard (M.) accompagne l'auteur dans son
voyage au nord-ouest et en Canada ,1, 1 ,2. — Si
bonté , 57. — Accidens qu'occasionne son bagage,'
3i , 3a , 37 , 38, 67, 68. — Il protège l'auteur auprès du docteur Priestley et de M. Cooper, i33.
— Les voiles de gaze qu'il avait apportés ont été de
faibles armes contre les Moustiques , 292. — II
reste presque malade au village Indien de Tonna-
vanta , chez l'Indienne , femme du Canadien demi-
Sauvage Poudrit, 294, 295 ; — Se rend au poste dw
lac Erié, et passe la Niagara avant ses compagnons ,, 359. — Observations dont il a recueilli la
•V4 (312)
plus grande partie sur les terres , les pierres et le*
bois , depuis Philadelphie jusqu'au lac Érié, o5g k
365.
Tome IL II ne trouve pas le bruit de la chute de
Niagara aussi grand que celui de la chute du Rhin
à Sehafhouse, 20, 21
- Son éloge , i57- — Il ac
compagne le capitaine Parr à Montréal, et va voir
le BasrCanada , i5y, i58. — Relation de son voyage I
particulier dans ce pays , 394 à 216.
Guinabaug ; rivière du Connecticut , qui se réunissant avec la rivière de Shetuket , forme celle de
Thames. Elle a une belle chute. III , 201 , 202.
Guioavanan (baie de) dans le lac supérieur, ou
l'on fait un commerce de pelleteries fines   II, 216.
H.
Hallowel , petite rivière du comté de Lincoln ,
au district de Main , Tome III, page 92.
Hallowel-hoock ; autre petite ville à deux milles
au dessous de la précédente , et quarante milles au
dessus de l'embouchure de la rivière de Kennebeck,
III, 98 à 100.
Half-moon-point , passage de la rivière d'Hud-
son , entre Albany et Saratoga, II , 3io.
Hamilton (famille) , priacipale propriétaire de
Lancaster et de son territoire qu'elle a vendu par
accensement, 1, 70, 71.
Hamilton (M. William) de Lancaster,
I, 70. ( 3i5 )
Hamilton (M.) , secrétaire d'Etat, gendre du général Schuiler, II, 299.
Tom. III. M. Hamilton a écrit l'ouvrage int__ulé
. Camillus, pour justifier le traité avec l'Angleterre,
i5, 16. —Il voudrait  avoir une  meilleure  cause
à défendre. Eloge de son mérite très-éminent, 260.
Hamilton (le capitaine) , commandant du fort
Chippawa, sa politesse pour l'auteur , II, 12, 17.
— Son intéressante famille, 17 , 18.
Hamilton (M. ) négociant de Queenstown ,
membre de la législature du _^___rt-Canada , II, 25.
Hammond (M.) ministre d'Angleterre aux États-
Unis , prévient le gouverneur Simcoë du voyage
de l'auteur en Canada , II, 2 ; — avait promis de
prévenir de même le lord Dorchester , et assuré
qvue son passeport suffirait pour parcourir les deux
Canadas , 27, 28. — Les instructions de lord Dorchester au gouverneur Simcoë démentent cette promesse. Ce lord, après une longue attente , fait
signifier à l'auteur une défense formelle, 166, 167.
Hampton-fall , petite ville de New-Hampshire,
vers le Massachussetts, III , 126.
Hancock, comté dans le district de Main, dont
Penobscot est la capitale. Il n'a qu'une faible population , III , 73.
Hancook , montagne qui est la limite de l'État
de New-Yorck et de celui de Massachussetts sur
la route d'Albany à Boston , II, 33y.
Hand (legénéral) à Lancaster , 1, 68.
Hannah (le général) à Harrisburg: a été sénateur, ( m >
fea bonté, sa politesse; il porte à nos voyageurs le
toast de La Fayette, I, g3 , 94.
Harding (M.) , fermier , à vingt-sept milles de
Wilkesbarre, sur la route d'Asylum, sa culture ,
I, 146,  147.   .
Harford, ville de six mille âmes , la plus gr_mde|j
et l'une des plus jolies du Connecticut. On y construit une maison pour l'assemblée de l'État. Petite
aventure de l'auteur à la taverne de Harford , III,
207 à 213.
Haro ( le capitaine) commandant sur le lac Érié
le sloop du roi d'Angleterre le Chippawa , II, 8.
Harris (M.), fondateur de Harrisburg , en
i785,1, 88 à 90.
Harrisburg , capitale du comté Dauphin , en
Pensyîvanie située sur la Susquehannah. Sa première maison a été bâtie en •avril 1785 ; elle en
a trois cents. Cette ville n'est pas en très-bon air.
Il y a un médecin français. Ses habitans sont laborieux et sages , 1, 88 à 93.
Harris  (M.) fermier ,   capitaine de  milice , à
douze milles de Wilkesbarre , sur la route d'Asy-
um, 1, 146.
Hell-gate (porte d'enfer) , passage entre Long-
island et New-Yorck ,  III , 249.
Henri (M.) riche habitant d'Albany , rencontre
nos voyageurs aux trois rivières, et fait route avec
eux , II 248. — Le jeune M. Rensselaer et lui son, I
es seuls habitans d'Albany dont l'auteur ait à se
louer , 525. ( 3i5 j)
Hill (Mistriss) , tenant store à Friendswill, 11
_37.
Hill fM.J officier janglais, II, 118.
Hill-house (M.) membre du congrès , habitant
de New-Haven, en Connecticut; son caractère, III,
245.
Hingham , beau et grand Tê-Ufege sur la baie de
Boston, entre ce port et celui.de Plymouth. Il y
a quatorze petites écoles , et un collège de quelque
réputation. C'est le séjour de délassement du général Lincoln, III, 142 à 145.
Hunts (M.), Irlandais établi sur la route de
Wilkesbarre à Asylum , se plaint , ainsi que sa
femme , de l'insalubrité du pays, I , 147.
Hunts-Ferry , sur le chemin de Wilkesbarre à
'Asylum , 1, 145.
Huron. Grand lac,au-dessus du lac Érié, et où
l'on fait un important commerce de peateries
fines, II, 216.
1.
Illinois (Rivière des) , qui se jette à la rive gauche du Mississipi, au-dessus de l'Ohio. Les Canadiens émigrent pour aller s'établir sur ses bords,
II,   160.
, 'Illinois, nation sauvage de la Louisianae , qui
habite le pays arrosé par la rivière à laquelle il donne
son nom , II, 164.
Illinois.  Comptoir principal pour le commerce (5iG)
Ses fourrures. C'est une colonie presque entièrement
composée de Français. Le chef-lieu est au fort .-5ÉÉM
chilimakinak , II, i,63, 164. — Le principal commerce des fourrures s'y fait pour le compte de deux
maisons anglaises du Canada , établies à Montréal.
Détails sur ce commerce,  164, 166.
Impositions.   Très - faibles  dans le  township de;;
Rocksbury, I, 14. — En quoi consistent celles du
comté de Montgommery , 25.—Celles du township |
de Proyidence , 3i. — Presque nulles à Reading et |
dans le comté de Bercks, 47-—Pins fortes dans le
comté Dauphin et à Harrisburg, 92.
Tome II. Dans le Haut-Canada , 61 , 62. — Dans
le Bas-Canada , i85.
Tome III. Dans l'État de Massachussetts et à
Boston, 10 , 11 , 139 ;—dans l'État de Rhode-island
à Newport, à Providence , 187 ; — dans l'État de
Connecticut, 237 à 240.
Indiens , Sauvages ou réputés tels. Nos voyageurs
en rencontrent un entre la ferme de Robinson et i
Bath. I, 220. -— Ils en trouvent dix en deputation fl
Canandargué , chez M. Chipping, agent des États- I
Unis. Description de   cette ambassade , 253 , 255.1
— Par quels odieux moyens on abrutit ces peuples,
2§4 , 255. — Autre deputation venue du fort /e
Bœuf ^ afin de demander justice d'un assassinat qui^
demeure impuni pour quelque argent, 255.  — Injustice et corruption que les Européens établis en-
Amérique , les Anglais , les États-Unis même em-
ployent sans cesse  envers les Indiens -, 264, #65. <3i7)
— Deux de leurs villages Squawh-hill, et Mount-
Morris , dans les Flatts de la Genessée. Description,
de ces villages. Un fermier de M. Morris habite le
dernier, 265 , 266. — Leurs habitans sont Senecas,
267. — Il y a un village diOnèidas à cinq milles plus
bas sur la même rivière, ibid.— Les quatre autres
nations iroqueises sont les Tuscororas , un peu plus
laborieux que les autres , les Onondagos , les
Cayugas et les Mohawks , 267. — Dans leurs querelles avec les Européens et leurs descendans, les
Sauvages n'ont pas   tort une fois sur cent, 267,
268, — Rencontre de deux Indiens entre Ontario
et Cananwaga , 274. — Comment on les repousse
des pays en préemption , 275 , 276.— Courage d'une
jeune Indienne pour sauver son frère, 288 à 290.
— Un de leurs villages auprès de Cananwaga , 288.
— Détails sur ceux de Buffalo-creek , chef-lieu
de la nation des Senecas , 299 à 3o3. — Moeurs et
usages des Indiens sauvages en général, 3o3 à 317V
— Histoire de M. Johnson , dont l'objet est de faire
connaître la manière atroce dont ces peuples font
la guerre
5i7à
Tome II. Camps d'Indiens sur le bord Anglais de
la rivière de Niagara, 9. — Une grande deputation
des Tuscororas , vient visiter le gouverneur Simcoë , 75. — Danse et jeux dont elle lui donne le
spectacle , 74 , 77. — Leur serait-il ou non avanta«
geux d'être plus civilisés? 79 à 81. — Le colonel
Brant, Indien , vivant presque à l'européenne,
et n'en étant que plus considéré par les Sauvages , (3-8}
81 ,S2. — Autre visite de Senecas au gouverneur-
Haine* qu'on leur inspire contre les États-Unis ,
82,83. — Visite du gouverneur Simcoë aux Tuscororas Il leur parle aussi très-mal des États-Unis ,
io5 à 109.— Européens ou descendans d'Européens
établis chez les Indiens , et qui s'y montrant plus
Vicieux que les indigenes, 109. —• Missassogas autour de la ville d'Yorck, au nord du lac Ontario ,
n3. Les Indiens ont quelques villages sur la route
de Jownstown à Quebec , au lac Saint-Pierre, auprès des villes de Quebec et de Montréal ; entre
autres celui de Laurette, presque civilisé, et où ils
réunissent les vices des deux nations. 211.
Tome III.'Autres Indiens catholiques sur la rivière de Penobscot, dans le district de Main. Ils
ont un curé français qui leur explique le dogme ,
et qui ne leur apprend ni la sobriété , ni la culture ,
ni à ne pas détruire le poisson en péchant lorsqu'il multiplie , 71, 72.
Inoculation très en usage dans les environs de
Philadelphie , 1, 32.
Ipswich, rivière de l'État de Massachussetts,
m, 129.
Ipswich, gros village et petit port à l'embouchure de la rivière du même nom , III, 12g.
Jackson (M.), négociant de Newbury■- port,
III, 126. ( Sig )
Jay (M. John), auteur du traité avec l'Angleterre ; il est de la secte des illuminés : ce qu'en
disent ses amis , III, 2,5g , s.ro.
Jeffery (M.) , négociant anglais établi depuis
près de vingt ans à Boston; son éloge. Il est en
société avec M. Jos. Russel, III, 139,   140.
John (Saint) , un des quatre districts du Haut-
Cana'da , pour l'administration de la justice. On
l'appelle le district inférieur,  II, 65,   196.
Johnson (M.) , négociant de Richmond en Virginie , pris en 1790 par les Sauvages , tandis qu'il
descendait l'Ohio pour aller au Kentuky ; histoire
de sa captivité, I, 317a 355.
Johnson (M.), propriétaire d'un moulin à scie
sur le creek de Guansignougua , II, i5g.
Johnstown, ville sur le fleuve St.-Laurent, à
moitié chemin de Kingston à Montréal ; c'est la
capitale du district inférieur du Haut - Canada ,
II , 196.
Jos , domestique de M. Guillemard, son zèle ,
I , 5x, 02,; —complaisance de M. Guillemard pour
lui, 67
• Joseph. Mulâtre qui, par attachement, et de son
travail, fait principalement subsister $Éj de Bout
dans le Genessée, I, 272, 273.
K.
Kanhawa (le grand) , rivière de Virginie, qui
se jette dans l'Ohio à Point-pleasant, Tome Ier.,
pages 3i8, Sig. ( 3__o )
Keating (M.), excellent homme, I, 36. — Ir-<
landais, ancien capitaine au régiment de Welsh,
fugitif de Saint-Domingue, ayant parfaitement servi
et en plusieurs manières, la colonie d?Asylum J
où il est fixé, i5g, 160.
Kennebeck , l'une des plus grandes rivières de la
province de Main, III, 64. — Sa navigation est
périlleuse. Idée de son commerce, 96 à ioo.
Kennebunck. Petite ville entre Portland et Wels,
dans le district de Main,  III, 109.
Kentuky. Population de cet État ; ses récoltes ;
prix de quelques-unes de ses productions, 1, 79 ,
King (M.), sénateur des États - Unis , un des
chefs du parti fédéraliste, distingué par sa capacité, III, 260, 261.
Kingston. Ville du Haut-Canada , à l'entrée de
la baie qui porte aujourd'hui son nom, et que les
Français nommaient Cataraqui , dans le lac Ontario , II, 65.—Elle a environ cent trente maisons ,
123, — fort vilaines. — Son commerce occupe trois
navires; mais il doit augmenter, i3i à i33. — Ses
casernes sont sur le terrein de l'ancien fort Frontenac , i32. — Kingston est chef-lieu du district du
milieu du Haut-Canada , dans lequel se trouve la
baie de Qiienti, i33.—Ce district produit beaucoup
'de bled : détails sur sa culture, i33 à 140.
Knott (le Docteur) , médecin de l'armée d'Angleterre, en Canada, fait à Québec des observations
météorologiques, II, 208.
Knox (  321  )
Knox
(le
Gt
hiéral) donne
à fauteur
une lettre
de
recomms
nd
at ion pour M.
Chipping,
I, 253.
Tome
IL
Ap
prenant que l'auteur était malade à
M
arlboroug
h,
il vient de Bost
on pour le
chercher,
3^
8.
Tome
III
L(
3 général invite
l'auteur à venir voir
ses établissemens dans le district de Main , 29. — Il
y est propriétaire d une va^te étendue de terres , 38 i
39. -— Embarras que lui donnent un grand nombre
de familles qui se sont établies sur ce terrein, y
ont bâti des maisons, et en vendent les bois , sans
titre, 39 à 415 —sagesse de sa conduite envers
elles, 41, 43, — 11 a racheté Brigadiers-island de
ceux qui l'avaient usurpée; il y fait bâtir, et y prépare un établissement, 68 , 69. — La bonté et l'amabilité de toute sa famille, 87,88. — 11 conduit
fauteur à ton retour pendant huit milles, et lui
donne un guide pour quelques milles de plus, 93.;
Krankford , township sur la rivière de Penobscot,
III, 69. ffgp*
Lancaster, ville et capitale du comté de son
nom. i—Bonté de ses terres, sa description, mœurs
de ses habitans , Tome I, pages 66 à 79.
Langdon (M.) , sénateur des Etats-Unis, mem~
bre de l'opposition ; son éloge, sa famille, III t 122
à  125.
Lanisquaga , creek qui se jette dans la rivière de
Genessée , près de Williamsburg, I. 269.
Tome 111 X (   322   )
Laurette , village indien , à cinq milles de Québec.   Les  Indiens y cultivent la terre comme les
Blancs; y sont logés de même , parlent français,/
sont catholiques, ont un curé, s'habillent en canadiens les jours de travail, et reprennent celui des
Sauvages les fêtes et dimanches, lis réunissent lesjl
vices , et portent au plus haut degré la corruption
des mœurs des deux nations. Quelques autres villages indiens, entre Québec et Kingston , ont une
civilisation à-peu-près du même genre , mais moins i
avancée en bien et en mal que ceux de Laurette,%
II, 211.
Lebanon. Lieu où l'on prend des eaux minérales ,
entre Albany et Northampton, dans l'État de Massachussetts , II , 526 , 527, 336 , 337, — Les Shakings-Quakers y ont un établissement : détails sur
ces religieux , 327 à 336.
Lebanon. Township de quatre mille âmes, dans*
le comté de Windham, État de Connecticut ;
mais où il n'y a pas ensemble plus de cent soixante'"
maisons , III, 2o3, à 2o5.
Lebbns-town ou New-city , petite ville très-nou-  I
Telle et déjà florissante , entre Albany et Stillwater,
II, 5io , 3n.
Lee ( M.), homme de Loi, à Wiscasset, bien'
logé et obligeant , III, 94.
Leese (Anna) , première prophétesse et grande1
maîtresse de la secte et de l'ordre monastique des
Siïiùkirtgs-Qua frets, dans l'État de New-Yorck, Elle
est venue ^'Angleterre en 1774, et a persuadé ses.' ( 323 )
sectateurs de sa sainteté. Après sa mort en 1704,
on a élu , pour lui succéder , une autre femme qui
.passe comme elle pour infaillible, et continue de
gouverner cette société par des vicaires qu'on appelle chief-ciders, 11, 335, 336. (Voyez Shakings-
Quakers. )
Légaux (M.) , I, 17; — ses vignes commencent
à réussir , 20 ; — son caractère diffère de ce qu'en
dit Brissot ,  21.
Lehig-hills , chaîne de montagnes qui est la
suite des Blue-hills, I , 40.
Liberties de Philadelphie , espèce de banlieue
cfans laquelle Penn a donné des terres à ceux qui
en  acquéraient  à   des   distances   plus   éloignées,
1,4-
Limestone, premier port du Kentuky , où descendent ordinairement les voyageurs qui arrivent
du haut de l'Ohio , I , 319.
Lincoln , comté du district de Main , et l'un
des plus peuplés ,  III , 92.
Lincoln (le général) , sa réputation militaire chez
les généraux, et de bonté dans toute l'Amérique;
est actuellement directeur général des douanes
dans l'État de Massachussetts , et membre de
société des sciences ; il passe ses momens de loisir
à"Hingham , III, i5y,   141,   i42-
Lincoln (mistriss) , fille de M. Otis , veuve
du fils atné du général Lincoln ; son éloge , III,
144 , 145.
Little-falls , petite ville assez jolie d'une cin-ç (5_4)
quantaine de maisons au haut d'un rapide de la rivière des Mohawks ; on y construit un canal pour
tourner le rapide,  il, 279 à 281.
Little-hales (le major) , adjudant et premier
secrétaire du gouverneur Simcoë; son éloge, II,
116, 117.
Llttle-river , creek entre Dngtrap et Belfast,
dans le district de Main , III, 62.
Log houses , maisons en troncs d'arbres couchés les uns sur les autres , et dont les vuides sont
garnis de  terre , I , 4°-
Londres (nouvelle ) , ville projettée parle gouverneur Simcoë, au nord du lac Érié, et dont
il veut faire la capitale du Haut-Canada , II , 41 »
42 ; — avantages de sa position , 42 > 4^.
Long-island , île séparée de New-Yorck par un
bras de mer d'un demi mille; et du Connectitut par
le Sound , III , 248 , 249.
Lowcreek , nation sauvage, I , 533 ( Voyez
Johnson.
Lotowha , frégate anglaise de seize canons, sur le
lac Erié , II, 10.
Lowe ( le docteur) prétendu proph ète du tems
de Cromwel, dont la prophétesse Gemaima montre
les écrits , 1, 200.
Loyal-Sock , terroir de vingt-cinq mille acres dépendant d'Asylum , quoiqu'il en soit éloigné de
plusieurs lieues , et où les habitans d'Asylum ont
leurs principales cultures , I,   i54 , i55.
Lynn , petite ville et petit port près de Boston , Efc_
_Ë__^
l 5s5 )
célèbres par une riche manufacture de souliers ; III,
135 , i36.
M.
Mac-Allister (M.), fermier à sept milles d'Har-
risburg ; détails sur saxftiture , I , 94 k 99.
Mac-Cornick (Sêfétire) qui tieWftrme et taverne
dans le comté d'Ontario , et dément les rapports dû
colonel S turret, dont il est voisin ,1 , 181 à i83.
MAC-lNTOSH^ilf.J ; négociant anglais , associé dé
M. Duehoquet , cherche à racheter desChefôRées
miss Peggy Flamfâihg , 1, 351.
Mackensie (M.) voyageur qui a pénétré très-
avant à l'ouest, chèzAIèVnations sairVâ^es , 1, 3o4.
Tome II, il a été accomp'agifé ^êti^xtêi Canadiens , sans le%_fùelsil n'eut pu réS3__r , 80.
Macombe (M. ) vend à Paris des terres près du
lac Oneldà', II, 260.
- Mactawish (M.) est avec M. Fotofflièr, administrateur de la compagnie du Nord - cue t^&SSffim à
Montréal pour le coftiHierce-des fourrures, II, 217,
218 , 226.  ^j^-f||||^|! umma
Maiden-head, tSVeMe* entre Prince-town et
Trenton , Iil, 267 \ 268.
Mai_©_*00_*ing , chaîne1-teT-ïïdhtagn es. sur la rri'ffte
de Harris_w»gK-P#-i_-bury , plus haute que les montagnes Bleues^ I, 99.
Mahonohy , montagnes qui dominent la plaine
deSunbury , I , 112.
Main , province ou district dépendant/ de~ra.-__lr
de Massachussetts ; mais qui deviendra vraisembla-'
X 3 ( 3a6 )
Moment bientôt un dix-rseptième E^#;-pays froid,
sain , peu cultivé , ayant peu d'habitans ; où l'on
s'occupe principalement de la pêche , du commerce
de bo£s et de la construcj^pn des vaisseaux. Le général Knox a beaucoup de bons projets pour l'amélioration de ce pays , III, depuis la page^F $yL^i'à
la page 117. ■'$&&&
Marble-head ? petit ppjGjijsur la baie, <&% Salem,
III, i35.
Marlborough , bourg entre Worcester et Boston.
L'auteur y reste dangereusement malade , II, 343 ,
|ggL 346, 347.
MA^TH^W^NE-isLAN» , île sur les côtes de l'État
de Massachussetts , III, 61.
Massachussetts (Etat de) presque aussi cultivé
que la France, bien peuplé , bâti de joligs maisons
à vue l'une de l'autre au milieu des champs, couvert de beaux bestiaux, Il , 340, 341,
Tome III, l'État de Massachussetts lève pour l^gf*
tretien de son-jgouvernenjigiit cent cinquante-trois
mille trois cents trente-trois dollars. Ses loix civiles
sont celles d'Angleterre, et les crijpjâjielles , celles
d'Angleterre encere, maisun pen adoucie. Ses éta-
blissemens pour l'instruction publique sont très-
bons , et au premier rang parmi ceux d'Amérique ,
8 à 12. I— De tail des taxes qu'on y lèse pour le
gouvernement, 139.
May (M.) habitant de Petersburg eu Virginie^
tué parles Sanvages en 1790, à côté de M. Johnson
en descendant l'Ohio, 1, 318 à 022. < ^27 )
Mayer (M.) , tenant taverne à la fin du portage
en venant du Wood-creek à la rivière des Mohawks , II, 271 , 272.
Maytown , village allemand , sans eau , dont les
terres sont bonnes et bien cultivées , à seize milles
de Lancaster, I , 82.
Metcalf (le capitaine ) tenant taverne dans le
township de Watkinstown I, 246 , 247.
Miami , rivière qui se jette à la rive droite de
l'Ohio , I , 353.
Miami , ancien fort Français , puis Anglais , à
l'embouchure de la rivière de Miami, et près duquel
s'est conclu , en 1795 , un traité entre les Indiens
sauvages et les États-Unis , II, 82 , 90. —Il doit
être rendu-par les Anglais aux États-Unis, 90.
Miçhillimakinack , fort ci - devant français, et
qui dépendait de la Louisiane ; il est le chef-lieu de
la colonie ou de l'établissement des Illinois , II , 90 ,
163,164; — c'est le principal entrepôt du comm