Open Collections

BC Historical Books

BC Historical Books

BC Historical Books

Voyage dans les États-Unis d'Amérique, fait en 1795, 1796 et 1797. Tome quatrième La Rochefoucauld-Liancourt, François-Alexandre-Frédéric, duc de, 1747-1827 1799

Item Metadata

Download

Media
bcbooks-1.0308111.pdf
Metadata
JSON: bcbooks-1.0308111.json
JSON-LD: bcbooks-1.0308111-ld.json
RDF/XML (Pretty): bcbooks-1.0308111-rdf.xml
RDF/JSON: bcbooks-1.0308111-rdf.json
Turtle: bcbooks-1.0308111-turtle.txt
N-Triples: bcbooks-1.0308111-rdf-ntriples.txt
Original Record: bcbooks-1.0308111-source.json
Full Text
bcbooks-1.0308111-fulltext.txt
Citation
bcbooks-1.0308111.ris

Full Text

Array     1   VOYAGE     ;
DANS
LES   E T A T S-U N I S
D'AMERIQURr  I'VOYA G E
DANS "**;
LES  ETATS-UNI S
D'AMERIQ UE.
FAIT   EN   1795,    1796   ET    1797,
Par LA  ROCHEFOUCAULD - LIANCOURT.
TOME   QUATRIEME.
A    PARIS,
( Du Pont, Imprimeur-Libraire, ruedelaLoi, N.° 12S1
Chez / Butsson, Libraire, rue Haute-feuille.
(. Charles Pougens , Libraire, rue StrThomas du Louvre*,
LAN    VII   DE   LA   REPUBLIQUEi  TABLE
DU QUATRIEME VOLUME.
VOYAGE   AU   SUD
E N      17960
Depart de Philadelphia et navigation jusqti'a
Charles-town, Pages 1
Ville et meeurs de Charles-toWn , " <& ' "i§,
Ilistoire abregee de Vetabl'issemenb de la Caroline
du Sud , . 15
ISfouvelle Constitution, ' 18
Jurisprudence civile , 2.0
Jurisprudence criminelle , 22,
Milices , . 2.S
Impositions , 3a
Dettes de VEtat, 5j
Banque , 4ll
Des fortunes de la Caroline, 46
I4oi contre £ importation des Negres , 48
Details geographiques et meteorologiques sur la Carolina du Sud , 5o
Climat et police de Charles - town, 55
JEccles , Colleges, 60
Industrie, 62, Construction des vaisseaux, Pages 63
Marches et prix , 65
Societe de Midecine , Bibliotheque , Curiosites ,    66
Jeux , Clubs , 70
Le Docteur Polony, M. de la Chapelle, M. Isard, 71
Promenade aux Ormes -, culture des plaines de la
Caroline, 7$
Jardin Franqais , 80
Course le long de la riviere Ashley 9 81
Depart pour la Georgie , 91
flabitation du   general   Washinsgton , parent du
95
106
114
119
128
i39
143
147
i5o
i56
186
204
2<)6
ties ,
234
Depart de la Caroline du Sud, 2.35
Caroline du Nord. Sa Constitution, son commerce,
256
Passage de Charles-town a Norfolk.. 249
President,
Sandy - hill. Docteur Pringle ,
Biviere dd Beauford,
Beauford. Maniere de bdtir en  Toby %
•Culture du coton,
Indigo y \
Details sur Vile de Beauford ,
Voyage a Savannah,
Savannah ,
Observations sur la Georgie-,
Informations sur les Florides et la Louisiane ,
Betour a Charles - town,
Culture et commerce de la Caroline du Sud,
Beconnaissance pour quelques Caroliens distingi Entree de la riviere Elisabeth, Pages s53f
Etat de Virginie , Norfolk et Portsmouth 3 2.5^
Hampton, 278
Y"orck, 280
Williamsburg, zSG
Boute jusqu'a Puclnnond , 296
Ville de Bichmond , 298
Canal de Bichmond, 3o3
Inspection du commerce , 3o5
Moulins} 3o8
Moeurs et Loix> 3 09
Depart de Bichmond. Manchester. Boute de Petersburg, - 334 [
Petersburg , 336,
Presqu'ile. Ferme de M. Davies Bandolph , 340
Bermuda-hundred. Exportations de Bichmond et de
Petersburg, *^44
JXetour a Bichmond , 347 VOYAGE  i VOYAGE
DANS
LES    ETATS-UN I S
DIME RIQUE.
SECONDE    PARTI E.
VOYAGE AU  SUD
; en   1796.
Depart de Philadelphie et navigation
jusqua Charles-town.
Ouelque desireux que je fusse de commencer
de bonne heure raon voyage dans le Sud des
Etats-Unis, afln qu'il puisse etre acheve
avant les grandes chaleurs; il ma fallu atten-
dre jusqu'a la fin de mars. Le commerce direct de Charle s-to wn a Philadelphie etant i nter-
rompu pendant 1'hiver, je n'ai pas pu trouver
plutot une occasion de m'y rendre.
Tome IV. A
1 C'est done le jeudi 24 mars 1796, que je
me suis embarque sur la South-Carolina ?
navire de 25o tonneaux , faisant constamment
le commerce de Philadelphie a Charles-town,
et de Charles-town a Philadelphie. Comrae il
est aussi destine a £tre paquebot , la cabine
est disposee en consequence, et Test tres bien
pour une douzaine de passagers ; mais nous
etions vingt-cinq sans compter quatre negres,
ainsi nous avons ^te presses , mal a notre aise,
et a-peu-pr£s aussi incommodement qu'il soit
possible, Mais le proprietaire a touche vingt-
cinq fois vingt-cinq gourdes pour notre passage , le capitaine vingt-cinq fois vingt gourdes
pour notre nourriture; il faut etre juste, voiia
des raisons determinantes pour nous avoir ainsi
empiles, et pour en avoir empile dix autres
encore par-dessus s'ils s'etaient presentes.
Quoique nous ayons eu deux jours de vents
contraires ou decalmeplat, notre navigation
n'a cependant dure que dix jours. Elle na
fourni a aucune observation ; danstoute notre
traversed a peine avons-nous rencontre quatre
batimens.
Un de nos passagers etait M. Ell e word,
dti Connecticut, r^cemment nomme chefde
justice des Etats-Unis. Les Am^ricains qui
passaient avec nous? et quipresque tous etaient ( 3 )
des jeun.es gens, n'a vaient pas plus d'egard pour
lui que pour le maitre-d'hotel negre , et ce-
pendant c'est, apres le President, le second,
peut-etre le premier personnage de l'Union.
Ce manque d egards pour les fonctionnaires
publics et pour l'age, J>arait ekre une etude
chez les Americains; la disposition contraire
est, certes , bien naturelle , et se trouve
inline parmi les nations sauvages. C'est une
grossiere explication que ce peuple se fait de
la liberte; explication bien fausse, ear si jamais
des personnes en place ont droit aux respects ,
c'est dans un gouvernernent libre , et quand
leur elevation est le r^sultat du choix general.
On est ^galement dtonne" de voir avec quelle
indecence le peuple qui assiste aux cours de
justice s'y conduit; le chapeau sur la tete ,
causant, faisant du bruit, enhn y fumant; et
combien en me'me-terns il porte de respect
aux jugemens rendus. Cette derniere disposition , toujours constante, diminue sans doute
les torts de l'autre, et en acquiert peut-^tre
plus de merite ; mais cette irreverence, ce
manque d'egards pour les fonctionnaires publics exercant leurs fonctions, s'occupant de
rendre la justice : la justice, un des plus grands
bicns que l'homine puisse attendre , a toujours quelque chose de revoltant ,  presque
A 2 Incompatible avec l'id^e dun peuple police.
Cinq a six Franeais de St. Domhigue ^taient
a bord, deux d'entr'eux ne pouvaient se faire
a l'id^e de la grande diminution de leur fortune ; ce sont d'ailleurs des hommes doux ,
polis, et d'une societe agreable.
J'ai passe" la plus grande partie de mon terns
a prendre sur le pays que j'allais parcourir
des connaissances preparatoires ; j en ai trouve
les raoyens dans la conversation de M. Pringle
attorney-general de l'Etat de la Caroline du
Sud. Il revenait de Philadelphie, ou il avait
ete" deTendre pres de la cour supreme de
l'Union la cause de quelques corsaires franeais.
Nous avons beaucoup fume sur le pont,
dans la cabine, meme dans les petites cham-
bres ; j'ai souvent ete effraye du peu de precaution des fumeurs, et du peu de police qu'y
mettait le capitaine : mais je l'ai ^te" plus encore, quand le lendemain de notre arrivee
allant a bord pour chercher mes effets , j'ai
vu de"barquer deux cents tonneaux de poudre
dont plusieurs e"taient assez mal joints pour
laisser des trainees apres eux dans leur de-
chargement, et ces tonneaux e" taient le char-
gement d'en haut sous la chambre ou nous
waangions, ou nous fumions ,   dont le trou (5)
qui communiquait a cet entre-pont e*tait
souvent ouvert. II faut convenir que la prudence n'e"tait pas la premiere vertu de notre
capitaine.
J^ille et mceurs de Charles-town.
Ventree de la riviere de Charles-town est
deTendue par une barre de sable dont les deux
extremit^s s'appuient au rivage. Cette barre
d'un sable assez dur, assez tenace pourrete-
rub sans ressource un batiment qui la touche-
rait dans sa marche , est percde de quatre
passages dont le plus profond a quatorze pieds
a maree haute, douze a mar^e basse, et jus-
qu'a vingt dans les grandes marees. Cette barre
ne se passe point la nuit, independamment
des points de reconnaissance qu'ont a terre
les pilotes pour ne point manquer les passes ,
des boues bien fixers les avertissent encore,
defagonque le danger de la barre, tres-grand
pour les vaisseaux conduits sans prudence ,
est reduit a rien pour ceux qui veulent prendre
les precautions necessaires. La mer etait
douce, le terns beau , nous ne nous serions
pas appercus de ce passage, si nous n'avions
ete avertis que nous y etions. Les vaisseaux
peuvent mouilier en avant de M^barre , le
A 3 (6)
fond en est bon, mais ils ne s'y risquent que
lorsque le vent est faible, et que le terns
serable assure. Au-dela de la barre et jusqua
Charles town, le mouillnge est bon et devient
toujours meilleur a mcsure qu'on approche de
la ville. Charles-town situee a douze milles
de la barre est batie au confluent de la riviere
Ashlej, et de la riviere Cooper : un petit
fort en bois sur Fooc- island, reste de l'an-
cien fort Johnston, defend incomplettement
l'entr^e du port. Un autre fort projette sur
Sullivan-island, doit croiser ses feux avec
celui du fort Jonhston que Ton se propose
d'augmenter beaucoup; en attendant le gou-
vernement, proprietaire de cette ile I en a depuis quatre ans cede la jouissance k qui veut
y balir, a la condition qu'il la reprendra sans
dedommagement quand il en aura besoin.
Mais cette ile est reputee tres-saine, les plus
riches habitans de la ville y ont eleve des mai-
sons, ils y vont chercher dans les ternschauds
de l'ete la salubrite de Fair, que les habitans
des rizieres viennent demander a Charles-
town , et on sent que leur influence peut em-
pecher la reclamation que le gouvernement
pourrait vouloir faire, et s'opposer ainsi a la
construction des redoutes et batteries qui fe-
raient la surety du port, et qui ont ete tr^s- (7)
nuisibles aux Anglais quand ils se sont em-
pares de cette ville en 1780. Le gouvernement
de 1'Union reclame cette ile pour la faire mettre
en e*tat complet de defense . et assurer ainsi
un des ports les plus irnportans des Etats Unis;
mais il enacquiererait par cela memelasouve-
rainete d'apres les dispositions de la constitution, et l'Etat de la Caroline du Sud qui la
perdrait s'y refuse. Mes amis ont vu dans mon
voyage au Nord que l'Etat de Massachassetts
en fait autant pour les lies du Chateau et du
gouverneur, non moins n^cessaires a la. conservation de Boston.
Charles-town du terns des Anglais etaiten-
tour^e de fortifications , trois ou quatre batteries , en plus ou moins mauvais etat, sont
tout ce qui en reste : un ingenieur frangais
en a constmit dernierement une a grands
frais , mais comme |^,n'arrive que trop sou-
vent aux ouvrages entrepris en Amerique, ce
fort est mal fait. La direction de sa face prin-
cipale , trop parallele au canal de la riviere
qui s'en approche , empeche que le plus grand
nombre de ses feux ne defende l'entree de la
rade, et rend inutile son flanc gauche dont
les canons peuvent dxfficilement etre pointes
dans une autre direction que sur les maisons
de la ville. D'ailleurs cette batterie faite en
A 4 ( 8 |
bois n est pas assez eleve'e pour etre a Fabri
des degradations de la mar^e j eta la hauteur
ou elle est , les bois qui la construisent ne
sont ni assez gros, ni assez multiplies. L'inge*--
nieur repond , dit-on, a ce dernier reproche,
qu'on ne lui a pas donne assez d'argent. Alors
pourquoi se chargeait-il d'un ouvrage qu'il
savait n'etre pas complet, ne devoir pas etre
solide; il ne pourrait donner a cette objection
d'autre reponse que le desir qu'il avait d'etre
employe, et il est difficile de s'en contenter.
La ville de Charles-town, commencee en
1670 , a, ainsi que ses environs, et que toute la
Caroline du Sud, beaucoup souffert de la
guerre de la-revolution. Les Anglais en ont ete.
maitres trois ans , et ils n'ont rien epargne en
duretes, en vexations, en depredations, pour
3[aisser d'eux un long et amer souvenir.
Beaucoup de maisons y etaient en bois, un
grand nombre de celles qu'ils ont detruites
ont ete rebaties en briques. Cepenclant quel-
ques particuliers riches font encore leurs
maisons en bois , les croyant moins suscep-
tibles que celles en briques de conserver et
de transmettre dans Finterieur la chaleur du
soleil. C'est contre 1'excessive chaleur de rete*
que tons les calculs de la construction sont
faits, que toutes les precautions sont prises ? (9)
les jours sont ouverts , les portes percees k
cette intention ; la possibjlite d'obtenir un
courant d'air continuel, est toujours recher-
chee ; de grandes galeries exterieures e^cartent
le soleil du corps des maisons, et y laissent
arriver dans les appartemens Fair frais du
Nord ou de FEst q*3&y maintient une temperature douce. On ne se vante pas a Charles-
town d'avoir la plus belle maison , mais la
plus fraiche. Les rues de la ville ne sont pas
si bien calculees , contre les ardeurs de Fete ;
elles sont presque toutes trop etroites. Le de-
faut de pierre dans le pays empeche de les
paver, et le sable dont elles sont remplies se
penetre d'une chaleur brulante, qui! communique aux maisons qui les bordent. Ce
sable assez menu pour etre erii©v6 en poussiere
au moindre vent, a aussi pour les gens a pied
Fineonvenient de rendre leur marche penible
dans la s^cheresse j et d'etre change" en une
boue e^paisse pour peu qu'il soit tombe de la
pluie. Quelques trottoirs separent les maisons
du passage laisse aux voitures, mais ces trottoirs
etroits etsouvent interrompus par des portes
de caves , en font un passage tres-desagreabie;
d'ailleurs il ne s'en trouve pas dans toutes les
rues. Deux ou trois bouts de rues ont ete
paves avec quelques pierres qui avaient servi ( io)
'de lest a plusieurs vaisseaux venant sans char-
gement des Etats du Nord. C'est la seule res-
source de Charles-town pour e^tre pavee', et
cette ressource est tres - dispendieuse : de
plus, elle est par sa nature extremement
bornee.
Les maisons assez commodes, bien meu-
blees et bien finies en dedans, sont negligees
quant a leur apparence ext^rieure, les bois
sont mal peints, et le sont meme rarement :
les barrieres, les portes sont peu soignees;
I'humidite de Fair est si epaisse et si saline ,
qu'elle detruit promptement ia peinture ; 3a
proprete interieure des maisons n'est pas aussi
grande que dans le Nord, malgre la multitude de negres qui abondent dans la ville.
Le luxe de la table est a-peu-pres le meme a
Charles-town qu'a Philadelphie ; celui des voi-
tures est plus considerable, au moins pour leur
11 ombre ; il est peu de famille qui n'ait son
carosse et son cabriolet; jamais les dames ne
sortent a pied, meme en hiver, et la course
la plus rapprochee est toujours faite en voi-
ture; les hommes s'en servent aussi tres-fre-
quemment. Le luxe des domestiques est fort
grand 5 mais c'est en negres ou mulatres-
esclaves hommes et femmes, ils remplissent
la maison. Un Carolinien,   sans etre d'une (11)
grande fortune, en rassemhle une vingtaine
pour son service a Fecurie, a la cuisine, a.la
table; Fenfant de la maison en est entoure
en naissant, de petits negrillons] sont charges de souffrir toutes les humeurs de sa
premiere enfance , et il sait deja qu'il est
maitre avant de savoir marcher.
Les habitans de Charles-town sont obligeans,
polls, et regoivent les etrangers avec empres-
sement et franchise : ils ont ete d'une bien-
faisance, d'une hospitalite remarquable, pour
les Frangais echappes des lies : argent, se-
cours, linge, logement, soins de toute nature
leur ont ete prodigues avec une generosite
affectueuse , simple et soutenue. II est penible
de devoir ajouter que la conduite des obliges
n'a pas ton jours ete digne de celle des bien-
faiteurs; que Finconsequence trop commune
au peuple colon, a tire un profit peu utile de
Fassistance qu'ils ont recue, et a pour ainsi
dire force les habitans de Charles-town de
changer <fceonduite, quoique beaucoup de
secours soient encore continues. On trouve
par-tout des Frangais qui disent du mal des
Ainericains, qui les detestent, et aussi souvent
on trouve des Ainericains qui les ont obli^g
avec loyaute", et qui nes'en sont lapses que par
de trop bonnes raisons. (   12)
Tous les gens riches dans cette ville ne s'oc-
cupent pas comme a Philadelphie a augmen-
ter leurs revenus par des speculations , des
jeux sur la place, des parts sur des vaisseaux.
Les negocians y sont tres-nombreux \ et eux
seuls en ge^n^ral font des affaires. Le planteur
y vend les produits de sa terre aussi cher qu'il
le peut, et les vend communement aux negocians. A ces petits details d'interet pres ,
qui ne Foccupent pas beaucoup , tout le reste
de son terns est donne" au plaisir et a la so-
cidte\ Un grand nombre de ces planteurs ne
resident pas sur leurs plantations qu'ils visitent
cependant de terns a autre, et qui sont cons-
tamment conduites par des economes. Ils
passent a Charles-town la plus grande partie
de l'annee j et tous les planteurs les plus assi-
duement etablis sur leurs biens, en abandon-
nent le sejour depuis juin jusqu'en novembre,
pour venir fuir a la ville les fie vies dange-
i*euses auxquelles (§chappent difficilement les
blancs qui restent a la campagne dans le voi-
sinage des rizieres.
Les negocians de Charles-town font beaucoup d'affaires , sur-tout depuis le commencement de la guerre actuelle ; mais ils ont plus
de commis qua Philadelphie, et il en est peu
qui apres quatre heures de Fapres-midi s'og < i3 )
cupent d'autre chose quede plaisir. Les formes,
les manieres de la societe sont a Charles-town
les mdmes que dans toutes les villes d'AnieV
rique. Grands diners, grands thes ; les spectacles , car il y en a deux, sont toujours rem-
plis. La plupart des riches habitans de la Caroline du Sud, ayant ete elev^s en Europe, en ont
apporte plus de gout, et des connaissances
plus analogues a nos moeurs, que les habitans
des provinces du Nord, ce qui doit leur donner
ge"ne*ralement sur ceux-ci de Favantage en socie'te. Les femmes semblent aussi plus anim^es
^ue dans le Nord, prennent plus de part a la
conversation, sont davantage dans la societe,
sans que Fexactitude de leur conduite en soit
plus attaquee. Elles sont jolies , agreables ,
piquantes; mais proportionnellement il n'y en
a pas autant qu'on puisse appeler belles qu'a
Philadelphie ', d'ailleurs les hommes et les
femmes vieillissent promptement dans ce cli-
mat; une femme de trente ans parait souvent
une vieille femme, on en voit qui nourrissent,
et a qui sans cette preuve de leur age on
croirait soixante ans. Les hommes ont tous
leurs cheveux blancs a cinquante.
L'opinion politique de la socie'te" et de FEtat,
est celie de F opposition; la haine contre les
Anglais est presque generale j il est peu d§ (m
riches planteurs qui n'aient considerablement
souffert de leur sejour dans la Caroline, lis
estiment a trente mille le nombre des negres
morts, evades ou tues pendant la guerre, en
v comprenant les six a sept cents que les Anglais ont emmene avec eux en evacuant Charles-town. Cette lesion dans les fortunes f les
reclamations non ecoutees par FAngleterre,
pour le paiement au moins de ceux des
esclaves que ses troupes ont enleves a la paix
contre tout droit des gens, les creances par-
ticulieres de beaucoup de negocians de Charles-
town envers les maisons anglaises, contrac*-
tees avant la guerre , et qui , malgre la liquidation qui en a ete" faite par plusieurs
d'entr'eux, s'eleve encore a plus d'un million
sterling , toutes ces causes r^unies alimentent
la haine contre FAngleterre dans toutes les
classes, et par consequent portent a la disapprobation du traite ; cependant on n'entend
ordinairement apres diner que des propos tres-
f^deralistes, des assurances d'attachementpour
1'Union ,   de confiance dans le President.
II semble que les Caroliniens du Sud ver-
raient aujourd'hui avec peine la separation
des Etats du Sud de ceux du Nord. Toute
raison politique a part, leur peu de population ,   la nicessite*   pour eux d'une grande
3HE523S1SKH ( m)
Emigration du Nord pour Faugmenter, pour
acquerirune force plus considerable dans leurs
moyens de navigation, enfin pour porter leurs
ressources de toute nature a un point respectable, leur font aujourd'hui un besoin du
maintien de FUnion. Les Etats du Nord attri-
buent a ce besoin reconnu , la disposition
pr^sente des Etats du Sud, quand ils n'en
doutent pas ; ils disent qu'elle changerait si
ces Etats parvenus a un grand point de pros-
pe"rite" , pouvaient se suffire a eux - monies.
Mais cette prosperite n'est pas sans obstacles,
et je parlerai plus loin de ceux qui s'opposent
a son complement dans la Caroline du Sud.
Histoire abregee de V etahlis semen t de
la Caroline du Sud.
Walter Raleigh 9 en 1684, et Famiral de
Coligny, en i5go, tenterent d'6tablir, mais
sans succes , des colonies dans la Caroline.
Les maladies , les disputes avec les Indiens,
les en chasserent; ce n'est que de 1662 que
Fon peut dater Fetablissement des Europeans
dans ces contrees.
Charles II, .apres sa restauration, donna a
huit seigneurs anglais la proprie"te" entiere et
absolue des pays cofitijpris depuis le 3ie. jusqu'au ( i6)
36e. degre delatitude, en reservant seulement la
souverainete a la couronne dAngleterre. Ces
seigneurs etaientlecomtedeGY^reWo/z, le due
dAlbermarle, lord Cravet, lord Derby, lord
A.sley, lord Carteret et Sir Colleton ; ceux-ci
s'adresserent au celebre Looke , pour en obte-
nir une constitution, et ce qui peut surprendre,
il en donna une qui partageait les habitans
en noblesse et en communes. La noblesse
1'etait en landgraves, en caciques et en barons.
La colonie etait divisee en comtes ; la premiere classe des nobles devait posseder qua-
rante-huit mille acres de terre, la seconde
vingt-quatre mille acres, la troisieme douze
mille; les trois cinquiemes des terres devaient
etre partages entre les habitans non nobles.
Un parlement compose" des nobles ou de leurs
representans, et d'un habitant non noble pour
chaque comte , devait etre le conseil de l'Etat
sous Fautorite des huit proprietaires, formes
en un conseil preside parle plus ancien d'entre
eux, Sous le nom depalatin. Ce ne fut tpute-
fois qu'en 1667 que les premiers colons furent
envoye"s d'Angleterre par les proprietaires.
Quelques autres emigrations suivirent a dif-
ferentes e"poques , venant d'Angleterre, de
Hollande , de France, de New - Yorck , etc.
Cette forme compliquee de gouvernement,
les
aim ( i?)
les guerres continuelles avec les Espagnols ;
les Franc;ais , les Indiens , sur-tout les dissen-
tions intestines resultant particulierement de
la supre"matie donne*e a la religion anglicane,
dont le cuke et ait entretenu aux frais de l'Etat,
jnirent cette colonie dans une telle confusion
quelle y aurait promptement succombe" si les
proprietaires, penetres de ce danger,  ne se
fussent pas , a la demande des habitans, determines a ce" der la colonie au roi d'Angleterre.
Alors, et c'etait en 1729, le roi rachetant
de sept de ses proprietaires leurs possessions
pour la somme de 22,510 liv. , divisa par acte
du parlement cette grande province en deux ,
sous le nom de Caroline du Nord et Caroline
du Sud. Lord Carteret seul des fruit, en cedant
sa part de souverainete, voulut conserver ses
terres et les conserva. Une constitution plus
conforme a celle  d'Angleterre et des autres
colonies de FAmeVique, fut donnee aux deux
provinces.
Depuis cette e"poque , les deux Carolines
et particulierement celle du Sud, se sont peu-
plees, ont ete cultivees, sont deyeUues com-
mergantes, et la Caroline du Sud , a l'epoque
de la revolution, tenait un des premiers rangs
pour ses richesses et ses ressources, parmi
les autres colonies anglaises de FAme"rique.
Tome IV p ( i8)
i
Nouvelle Constitution,
Par la constitution nouvelle de la Caroline
du Sud, qui n'a ete etablie qu'en 1790, l'Etat
est divise en districts, et en paroisses ; les districts sont au nombre de neuf; le pouvoir
legislatif estpartage" comme dans tous les autres,
Etats de FUnion entre un senat compose de
trente-sept membres et une chambre de re-
presentans qui en a cent vingt-quatre.
Pour etre eligible comme senateur, il faut
avoir trente ans, avoir habite l'Etat cinq ans
avant l'eiection , posseder un bien libre da
quinze cents quarante-trois dollars (le dollar
vautici4 schellings ethuitpences),sion reside
dans le district ou on est nomme, ou du double
si Fon n'y reside pas. Les senateurs sont elus
pour quatre atis , mais ils ne sortent que par
moitie tous les deux ans.
Pour etre eligible a la chambre des repre-
sentans, il faut avoir vingt-quatre ans, avoir
habite FEtat pendant trois annees avant l'eiection , posseder un bien libre de cinq cents
acres de terre et dix negres , ou une va-
leur de sept cent soixante et douze dollars ,
exempte cle dettes. II faut avoir le double
d© ce bien si on ne reside pas dans le district. ( i9)
La chambre des representans est eiue pour
deux ans ,   et se renouvelle toute entiere a-
la-fois.
Pour etre eligible comme gouverneur , il
faut etre age de trente-un ans, resider dans
FEtat depuis diic ans, avoir une propriete de
sept mille sept cent quinze dollars , franche
de dettes. Le gouverneur est elu pour deux
ans, et ne peut etre reelu qu'apres un in-
tervalle de quatre. Le gouverneur ainsi que
le lieutenant-gouverneur , sont nommes par
la legislature, Fun et Fautre pour le meme
terns, les juges sont elus de meme, mais
pour autant de terns que leur conduite est
bonne. Les commissaires de la tresorerie P
le secretaire d'Etat, Farpenteur - general, les
scherifs, etc. sont aussi nommes par la legislature j et pour quatre ans.
Les accusations contre les membres des
chambres ou contre les officiers de l'Etat, ne
peuvent etre portees que par la chambre des
representans. Le senat juge , mais ne peu
prononcer que la perte de Femploi et l'inca-
pacite a toute place de conflance; les cours
de justice prononcent une peine plus graye
s'il y a lieu.
Les conditions pour etre electeur sont d'etre
■|y*e de vingt - un ans ?  d'habiter dans l'Etat
B 2 ( so )
depuis deux ans , d'avoir un bien libre ds
cinquante acres de terre, ou un lot de ville.
Au defaut de cette propriete, il faut avoir
reside six mois dans le district ou l'eiection
a lieu I et y payer une taxe de trois schellings
sterling. Les changemens a la constitution ne
peuvent avoir lieu que par le vceu de la ma-
jorite des deux tiers des membres reels des
deux chambres, repete* par la meme majorite
dans la legislature suivante. Cette constitution
est terminee par une declaration des droits
composee de dix articles les plus simples et
les plus sages.
Les electeurs pour la nomination du president des Etats - Unis , sont dans la Caroline
du Sud , nommes par les deux chambres. Les
habitans qui ont des proprietes dans plusieurs
districts , peuvent voter dans chacun pour
les elections, ou par eux-memes ou par fondes
de pouvoir. Chaque membre de la legislature
recoit sept schellings par jour, c'est - a - dire
un dollar et un peu plus des deux cinquiemes.
Jurisprudence civile.
Quant a la jurisprudence civile, la plupart
des loix anglaises sont en vigueur en Caroline comme dans presque toute FAmerique,
les alterations n'y sont pas tres^multipliees.' (   21   )
La loi sur les intestats donne a la femme le'
taers du bien du mari s'il y a des enfans, la
moitie s'il n'y en a pas. Elle fait partager les
enfans egalement entr'eux, d'ailleurs la facult6
entiere de disposer de son bien a son gr6 est
laissee au testateur par les loix , hors le cas
ou un homme vivrait publiquement en etat
de concubinage avec une femme, alors il ne
peut laisser a cette femme et a ses enfans que
le quart de son bien, sous peine de nullite
du testament.
Tout batard dont le pere ne peut etre trouve,
est eleve aux frais publics, mais le pere nomm6
par la fille enceinte , est oblige de payer
deux cent cinquante-huit dollars a Fetablisse-
ment des orphelins.
Jl y a encore un etablissement fait a Charles-
town , pour toutes les families pauvres qui y
arrivent. Elles sont mises dans une maison
qu'on appelle maison de travail, mais ou elles
ne travaillent pas. Cet etablissement coute
vingt-un mille quatre cent vingt-huit dollars
par an a FEtat} et sert \ comme on doit s'y
attendre, d'asvle a la paresse.
Le recouyrement des dettes est la cause la-
plus frequente des proces civils qui sont tres-
nombreux dans cet Etat. Les proces sont longs,
et les jugemens eprouvent dans leur execution
B 3 (22)
des deiais prolonges qui rendent la profession
d'avocat extremement lucrative : on assure
iqueles scherifs par qui les jugemens s'execu-
tent, sont faciles a corrompre, et que cette
facilite ajoute encore des longueurs a celles
deja considerables qui resultent du cours ordinaire des procedures. Ce mauvais ordre de
choses est une suite naturelle du peu d'ai-
sance des Caroliniens dans leur fortune , et
de leur gout pour la depense.
Cinq ou six avocats , MM. Charles Pinch'
ney , Eel. Rudlege , Pringle , Holmes , font
annuellement de dix-huit mille a environ
vingt - quatre mille dollars de leur cabinet.
Huit a dix autres gagnent de dix a douze
mille dollars. Tous les emolumens ne leur
sont pas payes aussi exactement qu'ils de-
vraient Fetre , mais de toutes les dettes, ce
sont encore celles qui sont payees avec le
plus de ponctualite.
Jurisprudence criminelle.
Le code criminel est tres-dur dans la Caroline du Sud. La mort , le fouet , y sont la
peine d'un grand nombre de debts, qui dans
beaucoup d'Etats , meme d'Europe , sont punis
moins severement. Le vol de chevaux ou de -(   23   )
mulets est puni de mort. Cette severite trouve
son excuse parmi les Caroliniens, dans Fusage
commun du pays , de laisser les chevaux au
milieu des champs , et dans la necessite d'ar-
reter la propension de beaucoup d'habitans a
profiter de cette facility pour les voler ; mais
toutes ces raisons locales ne peuvent justifies:
la durete d'une jurisprudence qui dans la dispensation des peines a trop evidemment ete
dictee par Finteret, plutot que par Fhumanitd
et la justice.
Le vol des betes a cornes n'est puni que
par dix livres d'amende, ou au defaut de
moyen de les payer , par trente-neuf coups
de fouet. Une autre loi criminelle porte la
peine de mort pour tout homme qui briserait
les digues ou deteriorerait mechamment tout
ouvrage du canal qui reunit la riviere de
^Santee a celle de Cooper , et seulement
de sept ans de chaines pour celui qui ferait
le meme degat aux ouvrages des deux autres
canaux ouverts dans l'Etat, L'importance
du canal de Santee ne justifiera jamais aux
yeux de tout homme sage cette barbarie de
la loi , ni sa disposition differente pour des
cas absolument semblables quant a leur intention.
On dit  que la recommandation que font
B 4
■ ; I
M
(   fj  )
souvent les jur^-s au gouverneur en faveur des
condamnes , leur obtient toujours leur grace ,
et adoucit ainsi la trop grande severite de la
loi ; mais cette necessite frequente du pardon
est deja elle-meme une censure de la loi ,
puisqu'elle est un aveu de la disproportion des
peines avec les crimes qu'elles doivent punir,
fait par ceux memes qui sont les organes de
cette loi , et puis cette pitie des jures , prend
encore , comme on doit s'y attendre , Fimpres-
sion des opinions du pays , tellement que le
voleur de chevaux estbien moins frecfuemment
recommande a la clemence du gouverneur ,
que le meurtrier. II ne doit y avoir dans
un pays bien adnlinistre , d'a%rt-re moyen de
remedier aux mauvaises loix que de les reformer.
La loi pour les negres est encore toute en-
tiere le fait de la jurisprudence anglaise ; elle
est de 1740 , et est atroce dans ses dispositions: Un juge de paix et trois hommes fibres
du voisinage connaissent des delits des negres,
les jugent sans qirils aient de defenseurs , et
sont autorises , s'ils croieht qu'ils aient merite
la mort , a ordonner le genre qu'ils jugent le
plus utile pour l'exemple. Le simple vol est
puni de mort. Quand il n'y a pas peine de
mort a prononcer , un seul juge de   paix et ( »5)
un homme libre peuvent ordonner la mutilation , ou telle autre peine qu'ils jugent conve-
nable. Tout blanc qui tue un negre avec la
volonte manifeste de le tuer j ( ce qui ne se
prouve jamais ) est puni de trois mille six
cent cinquante dollars d'amencle. Celui qui
ne le tue qua force de le battre , ( et tout
blanc a le droit de battre un negre) est puni
par une amende de quinze cents dollars ; celui
qui Festropie , lui arrache les yeux , la langue ,
le ch'atre , est condamne a payer quatre mille
deux cent quatrevingt dollars. Le blanc doit,
dans tous les cas , tenir prison jusqua parfait
paiement de l'amende. On sent que le blanc
n'est presque jamais reconnu coupable , puis-
que les negres ne sont pas regus en temoignage,,
et qu'un blanc croirait compromettre la dignity
de Fespece blanche , et donner trop d'avantage
a Fespece noire en Se renclant deiateur oh
meme en paraissant comme temoin dans pa-
reilie circonstance. Le negre qui tuerait un
blanc en defendant la vie de soil maitre , asa
grace ; mais si en defendant la sienne il tue
ou meirie il blesse un blanc, ne fut-il pas son
maitre, il est irrevocablement puni de mort.
D'ailleurs , le fouet est la peine des plus ie-
geres fautes. Cet extrait, tres-exact du code
meme des loix . excitera mieux ^indignation ( M
contre  cette abominable  barbarie ,  que  les
expressions les  plus fortes que  j'y pourrais
a] outer.
Les gens les plus raisonnables de la Caroline
€emblent sentir la necessite" de reformer ce
code, et Fon assure que la legislature prochaine
e'en occupera ; mais il est permis de craindre
que cette reforme ne soit pas aussi complette
qu'elle devait Fetre; car on croit appercevoir
que ceux qui en parlent sont plus honteux
que revokes des lois qu'il s'agit de changer.
Je n'ai vu que les prisons de Charles-town
dans la Caroline. Ce sont, dit-on, les meil-
leures de FEtat. Elles consistent en un seul
batiment a plusieurs etages. Les chambres sont
assez vastes et aerees , mais en petit nombre.
Les prisonniers pour dettes sont dans une
chambre a part. Tous les autres sont confon-
dus selon Fepoque de leur arrivee ; les prisonniers pour fait de police , ceux accuses , juges
ou condamnes sont ensemble et traites de
meme. Les prevenus de crimes sont enchaines.
Cet horrible traitement est une precaution
necessaire par Fexiguite de la prison , et la
faciUte" des emeutes qui en resultent. Les
prisonniers ne peuvent se promener que dans
leur chambre , il n'y a point de cour dans la
prison, Le geolier regoit un schelling par jour (27)
pour la'nourriture du prisonnier , auquel il
donne une livre de pain et de la viande trois
fois par semaine.
Les crimes sont frequens dans la Caroline;
On dit que leur nombre augmente annuelle-
ment plutot qu'il ne decrolt. A la derniere
session, il y avait trente-quatre criminels k
juger, et cela seulement dans le district de
Charles-town , dont la population blanche ,
<Jul etait en 1791 de vingt-huit mille trois
cent cinquante-un, peut etre aujourd'hui de
trente deux a trente-trois mille. Les negres
ont leur tribunal a part, qui, comme je Fai
dit, ressemble a *ce qu etaient autrefois nos
cours prevotales. Ils ont aussi leur prison de
police , ou les maitres qui ne veulent pas
prendre la peine de les battre eux-memes , les
envoient recevoir les coups qu'il leur plait de
leur faire donner. Les negres sont , dans le
district de Charles-town, au nombre d'environ
cinquante-cinq mille. On evalue a cent vingt
mille leur nombre total dans FEtat. Iletajt de
cent sept mille cent lors du dernier recense-
ment, et la population blanche montait a cent
quarante-un mille neuf cent soixante-dix-neuf.
Je tiens des hommes de loi et des juges de
la Caroline , que les crimes de toute nature
sont,   en ayant egard a la proportion de la
1 (28)
population, beaucoup plus frequemment com-
mis par les blancs que par les noirs. Sans
doute Finteret qu'a le maitre de ne pas livrer
a la justice son negre , pour le dedommage-
ment duquel, en cas d'execution , il ne recoit
que cent vingt-huit dollars, peut bien derober
au jugement quelque criminel noir; mais ce
ne peut^etre que pour les crimes commis dans
Finterieur des plantations et des families ; car
peu de gens voles , attaques, offenses par un
negre dans ses possessions , auraient la douceur de ne pas le poursuivre, dans la crainte
de faire perdre quelques centaines de dollars
a son maitre. Ainsi, la comparaison n'est pas
au desavantage de cette classe d'hommes a
qui Fetat d'esclavage et d'abjection dans le-
quel on la retient, pourrait servir d'excuse
quand il en serait autrement.
Milices.
Les loix sur les milices , fort insuffisantes
jusqu'en 1794? °ht ete rendues complettes a
cet epoque> Elles partagent l'Etat en deux divisions. La premiere , composee de cinq brigades , la seconde de quatre. Les deux majors-
gen eraux commandant chaque division , les
neuf brigadiers-o-eneraux commandant les neuf (29)
brigades , et Fadjudant-general J sont nommes
pour la premiere fois par la legislature. Chaque
brigade doit etre divisee par les officiers-gene-
raux en autant de regimens que la population
le permet. Les officiers sont nommes par les
regimens , les bataillons et les compagnies
auxquels ils appartiennent ; mais ils peuvent
monter successivement par anciennete aux
grades superieurs.
Tout homme, des qu'il atteint Page de dix-
huit ans , est averti par un sous-offlcier , au
nom du capitaine du canton ou il demeure ,
qu'il appartient a la milice. Cet avertissement,
donne ainsi devant temoin , est la seule forme
requise. Chaque compagnie doit s'assembler
un jour par mois , et chaque bataillon ou regiment deux jours par an, pour etre, pendant
ce terns , instruit al'exercice et a la discipline
militaire.
Tout officier ou soldat, qui sans des raisons
approuvees ne se trouve pas aux assemblees,
est condamne a une amende proportionnee
a son grade , et a la prison s'il ne paye pas
Famende. Les amendes pour cas de desobeis-
sance sont plus considerables. L'officier de
mauvaise conduite est envoye par le gouverneur de l'Etat a une cour d'enquete, composee
au moins de trois officiew, dont un au moins (3o)
du grade de Faccuse , ou envoye a la cour
martiale ,  si la cour d'enquete trouve qu'il y
a lieu.
Tout apprentif ou domestique blanc doit
etre arme et equipe par son maitre , qui en
est responsable a la cour martiale. L'apprentif
ou domestique qui .manque a ses devoirs de
milice par sa faute , est condamne , pour cha-
cune de ces fautes, a servir son maitre deux
seraaines au-dela de son engagement.
Un brigadier-general par division est charge
de FiiKpection et reeoit, pour cette fonction ,
deux cent quatorze dollars par an , indepen-
damment de ses appointemens pour le service
actif de son grade.
Tout commandant de bataillon , sur Favis
qu'il a d'un trouble dans la province, doit
assembler son bataillon, et rendre sur-le-champ
compte a son superieur immediat des raisons
qui Fy ont determine. En cas de danger d'in-
vasion ou d'une grande insurrection, toute
personne qui en a connaissance doit donner
l'alarme par trois coups de fusil, qui doivent
etre repetes par tous ceux qui les entendent.
Alors chaque officier doit assembler sa troupe
au lieu du rendez-vous. Dans toutes les occasions , le gouverneur de l'Etat a droit d'assem-
bler la milice. Toutes les fois qu'elle lest pour (5i )
marcher hors de ses lieux de rassemblement
orclinaires , elle est payee comme les troupes
regies ; quand les compagnies marchent hors
du lieu ordinaire de leur rassemblement J il
doit en rester un quart dans la paroisse sous
les armes pour y faire patrouille. Le soldat
peut se faire remplacer pour marcher , mais
rien ne peut le dispenser du service de patrouille. En cas d'aiarme , les officiers peuvent
se servir des armes , munitions, bateaux, etc.,
par tout ou ils les trouvent. Le gouverneur de
FEtat, et en son absence le commandant-general de la division , peut adoucir la peine
prononcee par la cour martiale, ou meme la
remettre entierement. Les amendes sont employees a Fachat des tambours et des armes
dans les compagnies auxquelles appartiennent
ceux qui y sont condamnes.
Teis sont les articles principaux de cette
loi. Le general Pinckney , brigadier-general,
inspecteur de la premiere division, est de fait
i'homme de cette besogne ; il y donne ses
soins continuels , et il ajoute a Fautorite que
lui donne son grade pour Fexecution stricte
de ces loix, Finfluence qu'il regoit de la con*
fiance et de Festime generate .qu'il possede.
Les reglemens pour Finstruction sont clairs et
fcons : mais les milices sont mal armees , une (32)
partie ne Fest pas du tout. L'Etat n'a point
ou n'a que peu de canons : il n'y a pas de
magasin a poudre , point de boulets , point
de balles. Une loi a ete faite en 1795 pour
Fachat de deux mille armes , de trente - six
pieces de canon , de cinq cents paires de pis-
tolets , de cinq cents sabres et de vingt mille
livres de poudre ; mais ce mince appro vision-
nement, qui doit etre fait par les ordres du
gouverneur, ne sera complette que dans le
cours de plusieurs annees. Ce manque absolu
de tous moyens de defense , est Fetat ou se
trouve toute FAmerique , et quand on en
parle a la plupart des homines influens , ils
disent que FAmerique etait dans un bien plus
grand denuement de tout au commencement
de la revolution ; voila tout ce qu'on en peut
tirer. On aime cette reponse, en ce qu'elle
semble indiquer dans ceux qui la font la meme
energie qu ont developpes les Ainericains dans
la guerre de Findependance; mais la privation
des vrais moyens de defense , n'est pas une
condition necessaire a cette energie.
Impositions.
Les impositions , dans la Caroline du Sud,
portent sur les terres, sur les lots de ville, sur
pp« (33)
les capitaux existans soit dans le commerce,
en ban que, ou autrement, en capitations sur
les negres libres ou esclaves; et tout homme
ou femme de couleur est repute negre.
La loi divise les terres en neuf classes , depuis les swamps a riz arroses par la maree (*) ,
jusqu'aux terres jugees incultivables. Elles sont
estimees, selon la graduation, depuis vingt-cinq
dollars Facre jusqu'a vingt centiemes de dollar.
Elles paient un demi pour cent cle leur valeur
estimee. Les lots de ville paient dans la meme
proportion. Les capitaux de meme. La capitation des negres libres depuis Fage de seize ans
jusqu'a celui de cinquante , est de deux dollars
par tete. Celle des esclaves de tout sexe et de
tout age est d'un dollar. Chaque voiture de
commodite est taxee a trois quarts de dollar
par roue. II y a encore une taxe sur les encans ,
dont je n'ai pu savoir la proportion.
(*) La traduction litterale du mot anglais swamp est
tnarais ou terre mar6cageuse ; mais ces expressions
dans le sens que nous leur donnons ne rendent pas ce-
pendant Tid^e du mot swamp employe pour designer un
tenein propre a la culture du riz. Je ne connais aucuna
expression trancaise qui puisse la donner ; c'est done
par n*§cessite , quoiqu'a regret , que je fais usage du mot
swamp, toutes les fois qu'il est ici question de terres
humides sur lesquelles le riz se cultive ou peut se cuhiver.
Tome IF*. ( 34 )
'Ces taxes sont assises et se levent par des
preposes que la legislature nomme , et qui
conservent leur place jusqu'a ce qu'ils en
soient revoques. Ces officiers publics doivent
donnerun cautionnement de quatre mille deux
cent quatrevingt dollars. Le cautionnement
de ceux employes a Charles-town , est decuple , ou de quarante-deux mille huit cents
dollars. Chaque habitant doit, sur Favis du
collecteur , faire , sous serment, la declaration de ses proprietes taxables en terres , lots
de ville , esclaves , voitures. Celui qui en fait
une fausse , encourt la peine d'une taxe quintuple. S'il se borne a refuser sa declaration ,
il la paye double , et Festimation du collecteur fait loi en ce cas. Les capitaux sont evalues aussi d'apres Festimation du collecteur.
Si un habitant se croit trop taxe , il fait j sous
serment, la declaration de son capital , et il
est cru. Mais ces sortes d'estimations s£>ntge*'
neralement tres-moderees, puisqu'elles ne s e-
levent qu a cinq mille dollars pour les plus
laautes fortunes.
Les collecteurs envoyent aux tresoriers de
l'Etat ( car il y en a deux , un dans la basse ,
un dans la haute Caroline) la liste et des per-
sonnes taxees d'apres leur declaration , et de
relies qui ont refuse d'en faire, avec le mon- (35)
tant de leur taxe. Ces listes sont affichees dans
les chefs lieux des districts de recette , et tout
taxable , qui, dix jours apres cette publication , n'a pas paye sa taxe , est sujet a etre
poursuivi , a voir saisir et vendre ses biens,
et a etre emprisonne. Le payement de la taxe
se preieve avant toute autre creance. Les habitans ont la facuke de choisir la paroisse ou
ils veulent payer leur taxe. Le collecteur regoit
cinq pour cent du montant de sa recette, ceux
de Charles-town seulement un demipour cent.
Ces taxes suffisent aux depenses de l'Etat,
qui, pour Fannee 1796, sont portees a cent
vingt mille trois cent quatrevingt-huit dollars.
Mais la reunion des offices d'assesseurs et de
collecteurs de Fimp6t dans les memos per-
sonnes , le defaut de controle suffisant sur le
compte des collecteurs, et la liberte laissee
aux taxables de choisir la paroisse ou ils payent
leur taxe , occasionnent, dans sa perception ,
des deiais et des mecomptes quelquefois considerables.
L'Etat de Caroline est un de ceux qui don-
nent de meilleurs salaires aux officiers publics.
Le gouverneur a deux mille sept cent cin-
quante-deux dollars ; le chef de la justice trois
mille trois cents; les autres juges deux mille
cinq cents. Ces salaires, a-peu-pres aussi ele*»
Ca (56 )
ves que ceux que donne FUnion , rendent peu
desireux d'aucune place dans le gouvernement
des Etats-Unis les Caroliniens qui pourraient
y pretendre. Bien payes chez eux , au milieu
de leur famille et de leurs affaires, iraient-ils
se deplacer , pour ne trouver en dedommage-
ment de tous ces avantages , que les censures , les injustices , les clabauderies populates, et les inquietudes qui en sont la consequence ?
Les routes, dans la Caroline da Sud, sont
entretenues par des journees de chaque negre
que Fon fait travailler sur celles de ces routes
qui avoisinent le plus la plantation a laquelle
il appartient. Le blanc, qui n'a pas de negre ,
est tenu de travailler lui-meme. L'Etat se
charge des frais des batimens publics ; ainsi, il
n'y a pas de taxe de district. Celle pour les
pauvres se paye par une imposition sur les
negres, et sur les blancs qui n'ont pas de
negres. Les taxes des villes ont la meme base.
Celles de Charles-town se moment a six mille
quatre cent trente dollars, compris deux mille
dollars qui proviennent des permissions de
vendre en detail du vin et des liqueurs spiri-
tueuses. (37 )
Dettes de l'Etat.
L'Etat de la Caroline du Sud a deux especes
de dettes : celle contractee., dans le terns de. la
guerre de la revolution , pour les frais quelle
a  occasionnes, et que FUnion a prise a son
compte, a titre de depense generate;.cette dette
est de onze a douze cent mille dollars. L'Union
en paye a l'Etat Finteret a sept pour cent (taux
legal de Finteret dans la Caroline du Sud ) ,
jusqu'a  parfait  remboursement.   L'Etat paye
aux  creanciers de cette dette le meme irlte-
ret, dont il n'est que de\pcjsjtaire : cependant,
si, par quelcjue revirement de parlies , ou par
quelque revenant-bon accidentel ,  il amortit
des  portions  de cap.kaux , il  n'en  reste pas
moins creancier de  FUnion   pour la totalite
de la dette. Par exemple , il a vendu des terres;
cet argent a ete employe en partie a cet amor-
tissement : il reclame aujourd'hui  cent mille
dollars pour des forts construits sur les limites
des Indiens ,  et pour d'autres depenses relatives a cette defense :  si cette somme lui est
aliouee , comme il parait quelle le sera , elle
servira encore au meme usage , toujours sans
diminuer la dette de FUnion envers lui, dont
alors les interets , et le remboursement quand
C. 5, ( 38 )
il aura lieu, seront employes en diminution cle
taxes , ou autre objet d'utilite publique , dans
Finterieur de l'Etat.
L'autre dette est particuliere a l'Etat; quoique
contraetee en grande partie dans le terns et
pour fait de la guerre, elle n'etait cependant
pas de nature a etre reconnue par FUnion
comme depense generale. Elle etait de deux
cent quinze mille a deux cent vingt-cinq mille
dollars ; elle est aujourd'hui reduite a cent dix
ou Cent douze mille. Une imposition d'un quart
de dollar sur chaque tele de negre, et la recette
de quelques autres droits sur les distilleries , le
tabac, etc., ont ete affectes a Fextinction de
cette dette , a raison de dix pour cent du
capital par annee : cette dette sera eteinte dans
dix ou douze ans , et alors les impositions,
levees pour cet effet , cesseront. La plus
grande et presque la seule partie de cette
dette , qui reste a payer , est relative a une
fregate , et il ne me se ruble pas hors de propos
de dire un mot de cette affaire qui a fait
quelque bruit.
En 1778 ou 1779 , le commodore Gillon ,
Carolinien, charge de se procurer, pour la
Caroline du Sud , une fregate , reeut du prince
de Luxembourg la proposition de la lui four-
nir. Le marche fut fait, avec les conditions t 39 )
^j'tfe M. cle Luxembourg serait paye , sur ses
foemoires ■, des depenses de Farmement, des
provisions , de Fenrolement de Fequipage ;
qu'il aurait le quart net des prises que ferait
la ft^gate, et que si elle etait prise elle-
xneme, il recevrait le remboursement total de
•sa valeur. La fregate, portant quarante-huit
canons , etait construite en Hollande. Son
emplci au service de la Caroline fut retarded
'de quelques inois , parce que M. de Luxembourg loua son equipage a la France pour
1'expedition de Jersey, et cela sans le con's entement du commodore Gillon, a qui de fait
il appartenait.
Mise en mer > cette Fregate fit quelques
prises, mais fut prise a son tour sur les cotes
d'Amerique > et le prince de Luxembourg
accusa le commodore Gillon d'avoir livre fe,
fi^gate aux Anglais pour une somme considerable qu'il en avait regue. La dette de l'Etat
en vers M-. de Luxembourg fut reconnue de
trente mille livres sterling, toutes prises de*
duites , independammeiit des soixante mille
livres sterling qu'il avait deja recus. M. da
Luxembourg mort, sa succession a reclame
sa dette , et a envoye le docteur Curing , ame-
ricain, jadis employe dans Fapothicairerie de
Farmee, pour hater le remboursement; mais
Tome IV.. *       G 4 <4o )
M. le marechal de Castries ayant , pendant
son ministere , cru reconnaitre que les de-
penses faites par le prince de Luxembourg,
1'avaient ete avec les deniers de la France ;
qu'il n'avait ete que son agent secret, dansle
terns oil le gouvernement frangais voulant
servir la cause de FAmerique, ne croyait pas
devoir encore se declarer publiquement ,
avait reclame cette dette comme propriete
du tresor royal. Le consul de France, en
j795 , a done fait opposition a la demande
de la succession , en representant Fancienne
reclamation de M. de Castries. Cette liquidation est demeuree en suspends , et l'Etat
de Caroline , qui a les fonds faits pour le
remboursement , attend , pour l'effectuer ,
qu'un jugement competent lui apprenne a
qui il doit payer la dette. Mais les sollicita-
tions de M. Curing ont obtenu de l'Etat
quatre mille livres sterling pour le paiement
de ses frais , etc. , etc., a la charge et avec
surete de les rembourser , si le proces etait
juge contre les interets de la succession
Luxembourg. (4i )
Ba
nqi
La devastation de toutes les proprietes par
les 4-nglais durantJa guerre, et la cessation
de tout commerce, avaient reduit la Caroline
du Sud a un grand etat de detresse. L'argent
manquait absolument , et le defaut reel de
monnaie etait la cause et le pretexte du non-
acquittement des dettes publiques et particu-
lieres.
Ces considerations determinerent la legislature k creer un papier en 1785. A cet effet7
l'Etat ouvrit une caisse de cent mille livres
sterling, quipretait en papier pour une double valeur d'effets , d'or , d'argent, bijoux ,
vaisselle , etc. deposes , et pretait pour cinq
ans. Le papier donne etait recevable au tresor
de l'Etat pour acquirement des dettes an-
ciennes et pour pavement des impositions. Si
Femprunteur ne remboursait pas son emprunc
a epoque Bxee ? avec Finteret annuel de sept
pour cent , les effets deposes etaient vendus
au profit de l'Etat jusqu'au remboursement de
sa chance. Ce genre de pret, qui devait cesser
en 1796, vient, par la derniere legislature,
d'etre prolonge jusqu'en 1801 , et les intents
en ont et6 appropries au profit de l'Etat, en i m)
^emplacement des sommes arrierees sur to
payement des taxes. Ce papier, auquel la loi
ne donnait pas un cours force, etait cepen-
dant, par la necessite, tellement admis dans
les transactions particulieres, qu'il ne pouyait
y etre refuse. tl a perdu jusqu'a vingt pour
cent; aujourd'huiil en perd a peine un, et cela
seulement pour Fachat des lettres de change
etrangeres , car pour tous les autres usages il
est pris au meme taux que le papier de banque
et FargenU
G'est aux deux banques etablies a Charles-
town depuis trois a quatre ans, qu'est due la
fin de cette depreciation, et une plus grande
aisance dans le commerce*
On avait vu plusieurs fois avant cette epo^
que, les meilleurs negocians payer Fargent
jusqu'a cinq pour cent par mois , et Fon
trouve encore a present, sur la place, de bons
billets a eseompter a trois pour cent par mois;
c'est ce qu'on rencontre plus ou inoins dans
toutes les places de commerce dans les Etats-*
Unis. II est encore commun de voir des planteurs emprunter au meme intent, a un inte-
ret meme plus eleve, pour trois , six mois,
par des obligations avec hypotheque. Mais ce
dernier fait, qui tient sans doute au manque
d'argent general 9 appartient'plus particuliere- (43)
ment au peu dfaifiance dans la fortune des
planteurs, peut-etre aussi a leur disposition
un peu depensiere ; circonstanees qui les
obJigent, quand ils sont presses , de recourir
aux expediemso .
Ce,manque reconnu de monnale, et la de-
tresse dans laquelle les devastations anglaises
avaient mis »p$eSi(2pae tous les habitans de la
Car©iiae,fdAtermina encore la legislature , en
1788, a donner aux creanciers un delai de
ci^q ans pour acquitter leurs dettes particulates , en en payant un cinquieme annuelle-
ment, et donnant des cautionnemens pour la
totalite de la dette.
Des deux autres banques etablies dans la
Caroline du Sud, Fune est une branche de
celle des Etats-Unis, et son capital, faisant
parrie de celui de la banque geneJfale de
FUnion qui est a Philadelphie , on n'en con-
oag^ pas precisement le montant. Elle a commence en 1790.
La conduitede la branche qui sgit a Charles-
town est la meme que celle de toutes les autres branches etablies dans FUnixDW. Ses divi-
dendes moment a neuf pour cent.
En 1792, une autre banque s'est formee
sous le nom de banque de Caroline da Sud,
par une reunion de negocians  de  la ville* ( U )
Cette banque portee dans son principe a un
capital de 200,000 dollars, par cinq mille actions, a quarante dollars chaque, Fa ete Fan-
nee suivante a 3oo,ooo dollars, par une addition de deux mille cinq cents actions au meme
prix, Elle vient de Fetre au mois de mars dernier a 525,000 dollars, par une noUvelle Ot6^-i
tion de cinq mille actions dont on a pousse la
valeur a quarante-cinq dollars; Laugmenta-'
tion de cinq dollars par action ay ant ete jugee
equitable pour faire partager egalement les an-
ciens et les nouveaux acrionnaires dans les
profits de la banque.
Cette banque n'a pas encore ete incorporee.
La stirete des acrionnaires et de ceux cfui
prennent ses papiersen circulation, n'est done
que le capital meme de la banque et les fortunes particulieres des directeurs , autant
qu'elles sont ceaanues. Il paralt qu'elle sera
incorporee a la prochaine session de la legislature. Cette banque qui partage tousles trois
mois son dividende Fa donne &neuf pour cent
pour les annees 1792 et 1793, et a quinae
pour les annee 1794 et 179,5, et les six premiers mois de 1796. Les directeurs assurent
avoir en reserve , au-dela du capital, un foncls
de soixante mille dollars: j|u ils n'ont pas fait
CQtttribuer au dividende. Cette banque fait le
meme genre d'affaires, d'escompte , de dis- (45 )
compte,' de pret sur securite et de dep6t que
toutes les banques d'Amerique. On Faccuse
de Favoir fait au-dela des proportions avec son
capital, qu'observent generalement les banques
conduites avec sagesse. Les succes ont justifie
son imprudence, et elle se trouve aujourd'hui
dans une situation infiniment superieure a
celle ou elle a ete a toute autre epoque depuis sa formation. L'augmentation de son capital lui donne les moyens de faire plus et avec
plus de sagesse, et c'est aujourd'hui son plan.
Elle a aussi le projet d'elever d'ici a deux ans
son capital a un million de dollars par de nou-
velles creations successives, dont la premiere
va le porter incessamment a 700,000 dollars.
L'etablissement de ces deux banques a dans
la Caroline Feffet qu'ont de pareils etablisse-
mens dans tous les pays commercans. Elle
en a meme produit un plus considerable
qu'ailleurs par le besoin toujours plus grand.
d'argent dans ce pays. Le commerce en a recu
une forte extension par les avances faites aux
negocians, Fescompte de lettres de change,
etc. etc. Le commerce de FInde s'est etabii
directement, et plusieurs batimens de Charles-
town y sont annuellement employes ; Fagri-
culture s'en est soutenue, et a meme aug-
mente par des pr£ts faits aux planteurs peu (46 )
aises, dont les plantations auraient ete saisieS
et vendues sans ce secours. La banque en
pretant des sommes assez considerables a la
compagnie du canal de Santee, lui a donne
les moyens d'avancer rapidement cet ouvrage,
considere generalement comme de la plus
grande importance a la culture et au commerce de la Caroline. Enfin les billets de ces
banques ont cours en Georgie comme en Caroline. 11 est aise de seutir par tous ces avan-
tages reels, quelle facilite ont ces banques et
quelle tentation elles peuvent avoir de porter
leurs affaires au-dela de la proportion de leurs
moyens, danger qui compense bien leurs avan-
tages , et de quelle importance il est au veritable interet du pays que la banque de la
Caroline du Sud regoive une charte et des
regulations de la legislature de l'Etat.
Des fortunes de la Caroline.
A M. Bligh pres, qui habite en Angleterre
et qui possede en Caroline de nombrenses et
belles plantations sur lesquelles travaillent
douze a quinze cents negres, et qui fait an~
mielJemcnt de trois mille cinq cents a quatre
mille cinq cents barrils de riz, peu de planteurs ont des richesses remarquables. Iln'en (47)
est aucun qui ne se ressente encore des mal-
heurs de la guerre , quoiqu'ils eommencent
a se retablir ; mais le nombre des fortunes
entierement liquides n'est pas considerable.
II en est beaucoup qui sont encore debitrices
<les negocians tant pour le prix des negres ,
quand Fimportation en etait permise en Caroline, que pour les avances annuelles qu'ils en
regoiyent pour les approvisionnemens neces-
saires a leur plantation , dont la recolte, qui
en est toujours lagarantie promise, n'est pas
toujours employee exactement au remboursement : d'abord parce que souvent elle n'est
pas sufflsante ,• et encore parce que les planteurs, peuple inoccupe, et mettant par consequent un grand prix aux petites jouissances
de vanite , sont quelquefois plus disposes a
employer le haut prix de leurs produits a
accroitre ces jouissances qu'a diminuer leurs
dettes. D'un autre cote les capitaux des negocians ne sont pas bien considerables, et etant
presque tous plus ou moins en avance avec
les planteurs, une partie de leurs minces capitaux s'en trouve encore embarrassee. Aussi
les speculations sur les fonds publics sont-elles
une des plus grandes branches de leurs affaires
et tres-utile a ceux qui &'y livrent avec dis-
cernement et sagesse ; les fonds publics de (48 )
FUnion etant, par le defaut d'argent, presque
toujours plus bas a Charles-town qu'a Philadelphie.
Loi contre Vimportation des Negres.
L'importation des negres d'Afrique en Caroline est defendue par les lois depuis 1788.
Elle eut alors pour motif, au moins apparent,
Fetat de dette dans lequel etaientles planteurs
de la Caroline , et la necessite ou la legislature se trouvait d'intervenir pour assurer leur
paiement en en eloignantles epoques, etd'em-
pedier par consequent qu'une nouvelle source
de dettes s'ouvrit dans un terns ou les ancien-
nes ne pouvaient pas etre acquittees. Cette
prohibition ne s'etendait que jusqu'en 1793.
Eile a ete prolongee alors de deux ans , et
de deux annees encore par la legislature de
1794. Mais cette prohibition a toujours trouve
de grands opposans, et ils se multiplient a
mesure que les fortunes des planteurs se \i-
quident ; elle doit cesser au premier Janvier
prochain ( 1797).
On s'attend a de grands debats : on croit
cependant que les partisans de la prohibition
auront la majorite, particulierement parce que ^
depuis que Findigo de la  Caroline  est sans
demande, (49)
idemande, les pays,de deijritere qui en faisaient
beaucoup et quisentaient pour cette culture,
et sur-tout pour cette fabrication, le grand besoin de negres, l'eprouvent beaucoup moins
aujourd'hui pour la culture du mais, du bled,
du tabac et meme pour celle du coton, qui
remplace generalement Findigo^
Cette question dans le rapport de la politique et de la richesse du pays n'est pas tres-
simple , et je me propose de la trailer dans
ce journal, quand les informations que je re-
cevrai encore a ce sujet auront ajoute k celles
que j'ai dej'4.. et aux reflexions qu'elles m'ont
fait faire. En attendant je dirai que cette loi
de prohibition a , de Faveu de presque tous
ceux que j'ai entendus , apporte un grand
adoucisseijent au sort des negres, qui avant
cette epoque etaient traites en Caroline avea
une excessive durete.
Mais jejcjirai aussi que les n6gres se vendent
a Charles-town au marche, comme les ehe-
vaux et lejL^oaufs. Leur vente est annoncee
xUns les papiers publics , et au jour fixe ils
jSgnt presentes dans la place sur un petit echa-
faud, tournes, retournes par Fhuissier priseur
igui les fai&mouvoir et marcher, puis mis a
Fencan et livres au dernier ench^isseur.
L'habitude de ce spectacle qui se renouvelle
Tome IV Q <5o)
quatre k cinq fois par semafne, y rend in*
sensibfes ceux qui en sont temoins, et leso-
phisme de Finteret appelle cette odieuse ma-
feiere , droit et libre usage de la propriete.
Quels mots sacres, grands dieux, pour justi-
fier cette barbare et vile coutume !
L'accroisserhent de la population noire, qui
dans les plantations sagement et doucement
adrninistrees s'eieve jusqiFa six pour cent par
an , peut, dit-on, etre comptee a. deux par un
terme moyen dans tout l'Etat. Le prix d'un
negre bon ouvrier est d'environ trois cents a
trois cent cinquante dollars; celui d'un negre
ordinaire deux cents ; celui d'une negresse ordinaire de cent a cent ciiiduante.
Details geographiques et  meteorolo-
giques sur la Caroline du Sud.
La Careli&feidu Sud est dfi^ee jpar la nature
elle-meme en haute et basso. Le long des cotes
et jusq#a plus de cent milles vers FOuest,
le pays e%tbas etfelat; c'est la que se trouvent
les swamps , tant cerrx ¥orlife$ par le secours
des maizes, appe$6s tides'swamps, que ceux
Jtjtii^Se trouvent1-j^Ni^ eibi^r?ers de la mer, qui
sont arrises par des niasfc'es tf'eaiibue Ion tient
en reseWoir ? et cftte Ion connalt sous le nom
mmsrn ( 5i )
d'iniandtewrimps. Au-dela de ces cent milled
le pays s'eieve 'feul est rempli de collines de
diHerentes grandeurs , jusqu'a ce qu'il par-
irisenne aux montagnes Alleganys, qui font
la separation des eaux qui coulent vers FA-
tlanti^fcf, et de celles qui vont se jeter dans
le Misaissipi.
Cette divisioBfl^iaturelle duipays fait la di-
1£j&ion des culfirres. Dans le pays has on cul^
tive le riz, et rien que le xm| shUjon en ex-*
!$3^te les grains qui servent a la nourriture
des negBfsiemployes a la culsrare. On pour-
jpait bien mettre a profit les terres quiusei
trouvent entre les swamps, et qui quoiquene
produkant presque que des pins , et paraissant
d'une nature sabLoneuise , seraient susceptibles
avec uneitfcilture bien ©wtendue de donneff
de banjiearite«SiOfefces de gfcains. Mais ces terres
demeuiPeM)incultes par le defeat de bras.
Les lies qui bordent les cotes d® la Caroline
du Su d, efememe quekp$©8 parties des go^3 tres-
voisines de la mer , el}4fti!if>r$7ft06fr& coltivees
en indigo il y a peu d'annees j elles le sont
actuellement er#i<J#f0rf>^f^,
Dans lejpaysoi'en naut, ou la eA«re du
eoton coratoience aussi a s'etablir , le tabac,
les grains^$e toute espece sont cultives. Les
plus riches planteurs  habitent seuls le pays
Da (52   )
des swamps. Le pays d'en haut est peuple"
d'habitans d'une fortune plus bornee, de families meme qui n'en ont pas, qui viennent
en chercher sur des terres qu'elles achetent"
un ou deux dollars Facre, qui leur sont gene-
ralement donnees a credit, et qu'elles peuvent
facilement revendre quatre ou cinq fois plus
cher, apr^s les avpir defrichees, et apres en
avoir paye le prix d'achat par les produits de
ces premieres anhees.
Le climat dans la par tie basse de la Caroline
est chaud, humide, vataable et;fK:al sain. Les
habitans des campagnes y sont chaque au-
tomne attaques de fievces bilieuses, malignesy
qui en enlevent un grand nombre , et les plus
fcO&Jifriates ne peuvent par aucun intoyen se
pi&sexver de quelques acces de fievre. Le climat dans la partie haute est moins chaud ,
plus sec, par consequent plus sain. 0»ne peut
rapporter aucune observation meteorfclogique
faite dans les pays de>4wiere , car on n'y con-
nait pas le thermometre. Celles iaites dans le
pays bas se reduisent a Charles-town , ou elles
sont tres-regulietement suiwes^par la society
de medecine depuis sa creation, qui ne date
que de 1791. Depuis cette epoque le mercure
n'a pas descendu plus bas que 28 degres ( gra-
duation de Farenheit) ou 1 d. sept ncuv ieuies ( 53 )
au-<ies8ous de zero, ( graduation de Reaumur)
II etait descendueri 1752 a 18 d. (Farenh.) ou
6 deg. deux neuviemes au-dessous de zero,
( Reau. ) ; les memes observations donnent le
plus haut degre de chaleur en 1791 k 90 d.
(Farenh. ) ou 25 sept neuviemes ( Reau.) en
1792 k 93 d. ( Farenh.) ou 27 d. un neuvieme
( Reau. ), en 1793 k 89 deg. ( Farenh* ) ou
25 un tiers ( Reau.), en 1794 & 9* d. ( Farenh. )
ou 26 d. deux cinquiemes ( Reau. ) ; en 1795
a 92 d. ( Farenh. ) ou 26d. deux tiers ( Reau. )
En 1750, le thermometre etait monteagGd.
(Farenh.) ou 28 d. quatre neuviemes (Reau. );
en 1751 k 94 d. (Farenh. ) ou 27 d. cinq neuviemes (Reau. ) ; en 1702 a 101 d. ( Farenh.)
ou 3o d. deux tiers ( Reau. ). Le plus grand
degre de froid en 1791 a ete 28 d. (Farenh.) ou
1 d. sept neuviemes au-dessous de zero (Reau.);
en 1792 a 3o d. (Farenh. ) ou huit neuviemes
au-dessous de zero (Reau.); en 1793 a 5o
d. ( Farenh.) ou huit neuviemes au-dessous de
zero ( Reau. ); en 1794 a 34 d. ( Farenh. ) ou
trois neuviemes au-dessous de zero ( Reau. ) ;
en 1795 a 29 d. ( Farenh.) ou 1 un tiers au-
dessous de zero ( Reau. ). II avait ete en 1750
a 25 d. ( Farenh.) ou 3 au-dessous de zero
( Reau. ) ; en 1751 a 23 d. ( Farenh. ) ou 4 d.
au-dessous de zero ( Reau.); en 1752 & 18 deg,
D 3 I
(54)
(Farenh.) ou 6 deux neuviemes au-dessous de
feero ( Reau. ). L'eau des puits est a Charles-
town a la temperature de 64 deg. et demi du
thermometre de Farenheit, c'est-a-dire de 12
degrees plus chaude que celle des puits de Philadelphie. L'eau de pluie cortservee dans les
citernes est d'un degre et demi plus chaude
que celle des puits.
Je tiens ces observations du vice-president
de la societe de medecine,le docteur Ramsay>
qui m'en a certifie Fexactitude.
La grande quantite de terres mises en culture
de.puis quarante-six ans doit avoir apporte sans
doute un notable changementdans le climat.
Mais les observations de cinq amuses seule-
ment, ne sont pas de nature a fixer une opinion.
Les variations soudaines dans la tem|)Ferature
sont considerables a Charles-town, et quoique
la societe de medecine assure qu'elles le sont
beaucoup moins qu'autrefois j il testilte eepen-
dant de ses propres observations qu%lles le sont
beaucoup encore. En voici des examples.
Le 28 octobre 1793, le mercuri ^defecendu
dans le thermometre de 74 a 37 d. (Farenh. )
ou de 18 deux tiers k 2 trois neuviemes (feeau.),
ce qui est 37 d. (Farenh.) ou 16 tjuatre neu-
'yi&nes ( Reau.) dans un jour. Le 10 decembre
mmm (sr,)
2751 le thermometre etait descendu de 70 k
24 d. ( Farenh.) ou de 16 d. huit cinquie^aif
-au-dessus de zero a 3 d. cinq neuviemes au-dessous (Reau. ) c'est-a-dire de 46 d. (Farenh.)
ou 20 d. quatre neuviemes ( Reau. ).   |
Climat et police de Charles-town.
L'hyver est a Charles-town la saison la plus
iagteable : la plus forte geiee n'y penetre pas
la terre a deux pouces , et le froid n'y dure
pas trois jours de suite. Cependant la chaleur
excessive et longue de Fete , y rend les corps
tellement sensibles au froid, que les habitans
de Charles-town y font du feu toujours cinq
a six mois de Fannee , et que d'apres les informations que je me suis procurees , la con-
sommation du bois est a. Charles - town aussi
^considerable qu'a Philadelphie, pour deux families dans les memes circonstances.
Les vents sont generalement Nord-ouest en
hyver, et Sud-ouest en ete. Ce qui fait qua
Charles-town ou, comme jel'aidit deja, tout
est calcuie dans la construction des maisons
pour se procurer le plus d'air frais possible ,
les expositions au Sud sont toujours recher-
chees pour preference.
Les piuies sont tres-abondantes en Caroline.
' D 4 HF (56 )
Souvent a trois mois de secheresse sans interruption sue cedent trois semaines ou un
mois d'une pluie aussi continuelle, Les observations de la societe de nicidecine portent
a quaerevingt- seize polices la pluie tombee
en 1791, a quatrevingt-huit celle de 1792;
k cent quatorze celle de 1793, a centdix-huit
celle de 1794? a soixante-onze celle de 1795.
Quoique Charles-town serve en ete de refuge aux planteurs de riz, cette ville n'est pas
pourtant exempte de maladies en automne ;
les fievres intermittentes y sont frequentes, et
les fievres bilieuses , maladie commune des
pays chauds, n'y sont pas rares. La chaleur
dans laquelle Fusage du \in et des liqueurs
spiritueuses met le sang des Caroliniens y
apporte une disposition a Finflammation que
la chaleur de Fete developpe. La fievre ma-
ligne y a fait de grands ravages en 1792 et
1794. On dit que dans le commencement et
jusqu'au milieu du siede la fievre jaune s'y
est renouvelee six fois avec tous ses dangers
et tous ses desastres, et que depuis 1748 elle
n'a pas reparu dans la ville. Quelques mede-
cins pensent cependant que les fievres malignes
de 1792 et 1794 tenaient beaucoup de la fievre
jaune. Il est vrai que particulierement depuis
celle de Philadelphie en 1793 on la voit par-
mm (57 )
tout. Quoiqu'il en soit, un fait digne d'observa-
tion , c'est que tandis que les cruelles maladies
qui ont enleve tant d'habitans a New-Yorck
et a Philadelphie n'atteignaient pas les etran-
gers et particulierement les Frangais, ils ont
ete a Charles-town plus frequemment victimes
de la meme maladie que les habitans de la
ville. Cependant tout porte a croire que la
salubrite est plus grande a Charles-town qu'au-
trefois, et comme d'apres les plus grandes re-
cherches sur cette amelioration du climat,
les medecins n'y trouvent d'autre cause que la
grande reunion d'habitations et la neutralisation des vapeurs mephitiques environnantes,
par la quantite de furnee qui s'eieve de la
ville ; il est a presumer que son accroisse-
ment qui devient tous les ans plus considerable augmentera et consolidera encore da-
vantage ces heureux effets.
Mais Charles-town manque de tous les re-
glemens de police necessaires dans toute ville
oil la population est nombreuse, reglemens
plus indispensables encore dans un climat bru-
lant. La proprete est tres-negligee tant au-
tour des maisons que dans les rues. On y
sent souvent une mauvaise odeur. Les ci-
metieres sont au milieu de la ville. Des ani-
maux morts sont frequemment laisses dans ( 58)
differentes places sans etre couyerts de terre.
II est vrai qu un oiseau qui tient dans sa forme
et dans son plumage du dindon et de Foiseau
de proie, et connu dans le pays sous le nom
de turkey-buzard, devore promptement les
charognes et ne les quitte qu'apres les avoir
entierement depouillees de toute leur chair.
Mais la voracite de ces animaux qui sert de
pretexte a la negligence des magistrats , ne
peut la justifier , et ne rendrait pas la surveil*
lance moins importante. Cet oiseau tres-com-
mun dans toute la Caroline du Sud, est conserve sur-tout par les habitans des villes avec
une espece de culte; et quoiqu'il ne soit de-
fendu de le tuer par aucune loi, Fopinion en
fait tellement une offense publique , que leur
vie est soigneusement respectee.
Les precautions contre le feu sont aussi
negligees que les autres dans cette ville ,
dont plus des trois quarts des maisons sont
en bois , et ou le petit nombre de celles
baties en briques sont presque toujours
couvertes d'essentes. Cependant les environs de la ville abondent en briqueteries et
en tuileries; et il serait aussi sage qu'aise de
prescrire une maniere plus rassurante de ba-
tir, au anoins pour les maisons nouvelles et
celles a reparer. Cette construction des mai- <59)
sons, le peu de soins des negres ( dont cette
ville renferme treize a quatorze mille, sur
une population totale de vingt - cinq mille
habitans ) , rend les accidens du feu, frequens
et les incendies considerables. Jen ai vu un
•ou Soixante-dix-sept maisons ont ete briiiees,
c'est-a-dire toutle quarrecontenuentre quatre
rues , sans qu'aucune ait echappe. Un beaucoup plus considerable encore a eu lieu peu
de terns apres mon depart.
L'ordre en cas de feu n'est pas plus com-
plet que les precautions pour Feviter. Tout
le monde y court, mais pour y faire foule;
personne n'ordorine , personne n'est ecoute
ni pour la direction des pompes qui ne
sont pas nombreuses et qui sont en mauvais
ordre , ni pour la destruction des batimens ,
dont le sacrifice arreterait le progres de Fin-
cendie. Les negres seuls travaillent, car il y
a peu de blancs qui daignent se meler a eux.
Ils travaillent aveczele, courage, mais avec
peu d'utilite , puisqu'ils ne sont pas diriges.
On court , on crie , on deplore le malheur
des bruies , mais Fon ne fait rieft a propos
pour s'opposer au progres du mal.
Quelle difference entre cet absurde cahos
et l'ordre actif qu'on emploie en pareille cir-
^onstance dans les Etats du Nord. La chaque (60 )
habitant est incorpore dans une compagidce
particuliere formee a cette bienfaisante intention. Chacun arrive au moins avec deux
seaux de cuir, dont chaque maison doit etre
pourvue. Le soin des pompes est pris par des
habitans qui en ont Fusage , et qui se con-
sacrent a les servir dans les occasions. Les
seaux remplis d'eau passent sans disconti-
nuer de main en main par une chaine d'hom-
mes qui s'etend depuis les pompes jusqu'au
lieu du feu, et quoique sans doute les ordres
et les moyens soient encore fort inferieurs a
ceux employes k Paris en cas d'incendie , ils
sont grands , ils sont constans ; ils arretent le
mal, et Fon y voit dans les habitans de toufces
les clashes un zele aussi respectable qu'il est
reellement utile et bien entendu.
Ecoles, Colleges.
Loin qu'il y ait dans la Caroline du Sud des
ecoles gratuires repandues dans tous les townships comme dans la Nouvelle-Angleterre , il
en est peu encore ou des parens pnissent,
meme en payant, procurer quoique education
a leurs enfans. L'espoir de gagner un peu d'ar-
gent appelle quelquesmairres dans les villes ou
villages les plus peuples. Deux ou trois ecoles ( 6i )
oj Fenseignement s'etend un peu au-dela de
la lecture, sont aussi etablies dans la Caroline ,
et la legislature de l'Etat a depuis trois ans
dote un college a Charles town , un a Columbia etjuria Beaufortyiou Fedueation doit etre
complette. Les Caroliniens, jusqu'ici dans-
Ujljsage d'envoyer leurs enfans arix colleges
des Etats du Nord, ou a ceux d'Angleterre,
eommencent a etre frapp^s de 1 inconvenient
de voir ainsi ces enfans eioignes de leurs parens, darilrft'age oii ils auqaieAle plus besoin
de lears soins et de leurs; sms '7 de les voir
eioignes de ledrpatrie dans I'&ge ou se forme
toutes les inclinations , tous les sentimens ,
toutes les habitudes, et ou ils en prennent
de differentes , soammtediopposees aux inte-
rets et au'tfpnoeurs du paysaDuHls sont destines a vivre. Ce motif flfaisbnnable a determine la legislature a l'etablissement des colleges j mais ces trois colleges ne sont pas
encore tous formes; celui de Gfaarlesr-town,
le seul qui commence a etreMeh activite n'est
pas complet. Le^petit nombre de maltres fait
precijftter Fedueation , et Fenfant a quinze
ans a passe par tofafes les classes , par tous
les degresv-t|^sttmetlbn qu'il peut recevoir. Il
a done alors fin#T$es etudes , et quand trois ou
quatre de ses annees detl&ient encore etreenv ( 62 )
ployees a les etendre et a les completer., il
entre dans la societ&jdans umige ou il y est
encore avec d^savantage , et s'y trouve expose
presque sans au<£<une defense a tous les dangers
moraux qui sont communs dans la Caroline
du Sud.
Ce mal tres-grand , tant pour les individual
h deffitijforanes que pour la societe, qui ainsi
ne regoit pas deux dans le reste de leur vie
tous les services qu'an meilieur plan d^educa-
tion les mettrait aportee de luirendre, commence a etre senti de mairiece dii faire esperer
qu'il y sera, porte remede;; mais toujours n'y
aura-t-il rien de fait pour la classe la plus pau-
vre, meme pour la masse genii ale du peuple :
et F esprit <du pays ne paraitep^s etre encore
assez;pen^tre de ce devoir pour qu'on puis&ec
croire qu'il sera biefflt64f<rempli en Caroline.
Industrie.
II n'y a point de manufafitwgfrt&'sucun genre
en Carolij8#r, si Fon en exfiepte quelques mou-
lins k bled dans le pays de dei^re , assez im-
parfaif$ment f^ts pour ne dcmner que de la
%rifle> )>ise , qui ne peuih&re expoitee, et cpsj
est consomm;^^lai§iles pays ou le felsd est
cultjgfei.et pwty\^Qw§jQBti}te& in bas pays? (63)
les riches habitans de Charles-town et les
riches planteurs n'usant que de la farine de
PhirMefphie ou de Baltimore. Un seul moulin
recemment etabli pres Cambden, a cent vingt
milles de Cfrarles-town, sur le modele deceux
de Brandy wine , commence a donner de la
belle farirfe.
Il y a aussi , dans differentes parties de
l'Etat, comme je Fai'dit , des briqueteries
dont la vente donne un profit considerable a
ceux qui en sont proprietaires. La brique se
vend onze dollars le millier.
Construction des "vaisseaux.
Quoique la Caroline produise en abondance
les chenes Verds , les cedres , les ^cftenes , les
cypres , les pins , enfin les plus beaux bois de
construction , on n'y constralj'pas annuelle-
ment dix vaisseaux ; et ils ne peuvent Fetre
que par des ouvriersdu Nord, Findustrie etant
peu en activite en Caroline. Les negocians
trouvCnt plus commode et plus economiqne
d'acheter des vaisseaux construits dans le Nord
ou avec le bois du Nord, ou mieux encore lavec
les bois de Caroline qu'ils y envoient.
Le prix d'un vaisseau bati et arme actuelle-
ment a Charles-town ,   est de soixante-dix^ (64)
sept dollars le tonneau , tout pret a mettre
en mer. A Georges-town et a Beauford, il
est de sept a huit dollars meilleur marche. En
terns de paix , le prix de cette construction
est d'un quart ou d'un tiers moindre. Le fer
est tire de Russie ou de Suede , ainsi qu'une
grande partie du chanvre , quoiqu'il se recolte
deja une assez grande quantite de cette mar-
chandise dans le pays de derriere de la Caroline du Sud. Les voiles viennent de Boston
ou d'Angleterre.
Un vaisseau construit de bois de la Caroline n'a point de fin , quand il recoit a terns
les petites reparations dont ilpeut avoir besoin.
Le chene verd coute vingt-deux centiemes le
pied cube. Les madriers de chene de six pieds
de long, un demi dollar. Le bois de pin quatre
^Ukrs les cent pieds cubes. Les mats de dix-
huit a vingt-deux pouces dediametre , et de
soixante a soixante-dix pieds de long , de qua-
rante-quatre a quarante-huit dollars.(>J1 ne sen
trouve que diQicdement d'une plus forte gros-
seur; mmsja0uesajateur des pins du Sud em-
peche de les emnL^ver-.autrenient que pour
les basses matures. Les planches de cypres
coutent deux dollars et demi les cent pi^fek
Jgalle^de pins.deux dollars. La journee d'un
iharpentier blanc est de deux dollars et demi
k (65)
A trois dollars , celle d'un charpentier negro
am dollar et demi.
Marches et pri^f^i
Les marches sont generalement mal fournis
a Charles-town. La viande que nous appelons
de boucherie y est mauvaise , tant par la chaleur du climat que par Fusage de laisser les
animaux chercher eux-memes leur nourriture
dans les bois. En hiver, ou la paille de maj's
est donnee a ceux que Fon desrinej$u marche,
le boeuf est , dit-on, meilleur , mais toujours
inferieur a celui du Nord. Depuis Farrivee d'un
grand nombre de families des lies frangaises
qui se livrent au jardinage, les legumes sont
plus abondans et meilleurs.
Le bceuf coute un huitieme de dollar la
livre ; le mouton , le veau, f un.apart; la farine
du Nord vingt dollars le barril, celle d*n pays
quinze. Le sel vient des lies Turques dans les
Antilles. On en tire aussijje Portugal et d'Angleterre , il se vend un dollar le boisseau ; le
bois cinq dollars la corde , sans d^sinc.tipn de
qualite.
Le loyer moyen des maisons est de trois
cents dollars. II en est qui se louent treize
cents.
xTome iff' oST* ml
(66)
Societe de Medecine , Bibliothequet
Curiosites.
La societe* d-e'medecine , dont j'ai deja eu
occasion de parler, est le seul etablissement
qui ait les'sciences pour objet dans la Caroline
ffif Sud. Elle n'est formee que depuis cinq ans.
Plusieurs de ses membres semblent vouloir la
rendre utile. Mais il'y a tant d'indolence dans
le pays , que Ton' peut craindre que ses efforts
he soient pas bien etendns , tant qu'on n'en
;verra pas les effets.
Cette indolence pOiir les sciences est un
grand defaut de toutes les parties cle FAme-
.^fqiie. Sans doute, en considerant sa mediocre
population , et les occupations lucratives aux-
quelles se livrent la plupart de ceux de ses ha?-
bitans qui ont le plus de connaissances , on
ne peut pas etre etonne que les sciences ne
fassent aucun progres dans ce pays nouveau.
Mais on peut, on doit Fetre que des diffe-
rentes societes repandues dans tous les Etats-
Ums'islSus lenom de philosophique, litteraire,
3ragriculture , de me'decine, il ne sorte pas
de bons avis pour perfectionner Fagriculture,
pour repanare les connaissances des machines
les plus ttrnes; il ne faudrait que traduire cer-
Jains articles choisis de livres et de journaux C67)
europeens. On peut, on doit meme s^tonndf
que ces societes savantes ne correspondent
pas reguiierement entr'elles , et ne se com-
muniquent point par des publications , si Sadies dans les Etats-Unis, des connaissances
sur les maladies contagieuses qui y sont tres-
Cfcecruentes; sur le genre des traitemens que
i'experience montre les plus utiles; sur les
moyens de les eviter par une quantite de pre"-
. cautions, soit de police , soit de regime par-
ticulier surlesquelsl'ignoranceetl'insouciance
tant du gouvernement que des individus ont
besoin d'etre eveillees.
Ces societes seules peuvent faire ce Men de
premiere necessite , et fussent-elles aussi savantes que les societes royales de Londres ou
que Facademiedes sciences de Paris, al'epoque
ou est aujourd'hui FAmerique , ce haut degr£
de sciences lui serait inutile pour long terns
encore, tandis qu'elle a le besoin actuel destructions plus simples , destructions eiemen-
taires , essentielles a son bonheur, a sa ri-
chesse, a la conservation de ses habitans i
et dont la communication est un devoir premier de tout corps qui peut les repandre ; car
il ne saurait avoir dans sa formation d'autre
objet, d'autre interet avoue que le bien de la
societe. Sans doute le terns donnera cette utile. —
(68)
direction aux travaux de ces corps; mais il
faut connaitre deja beaucoup FAmerique pour
concevoir comment il ne la leur a pas encore
donnee.
II est un genre d'information que le monde
entier.ne peut recevoir que de FAmerique;
ce sont celles de Finfluence plus ou moins
rapijcfe des defrichemens , sur la temperature^,
la salubrite , la variabilite du climat, sur le
jcljangement qu'en regoit souvent le cours des
■vents. Des observations meteorologiques et
physiques faites avec soin dans toute Fetendue
des Etats-Unis promettraient aisement et su-
renier$ ces connaissances qui sont pour les
^sciences et Fhumanite d'un si grand interest.
Une bibliotheque est aussi entretenue a
Charles-town par les souscriptions d'un assez
grand nombre de citoyens. Les batimens et les
livres ont ete brules quand les Anglais etaient
en possession de la ville , et une fois encore
depuis. Cette bibliotheque , jusqu'ici pen considerable , est composee d'un bon choix de
livres dans toutes les iangues. Elle est annuel-?
lement augmentee par de nouvelles acquisitions et par des donations, et quoique Fusage
n'en appartienne par le reglement qu'aux
souscripteurs, les livres sont, sans difficult^
pretes a tous ceux qui en desirent.   j ( 69)
Quelques gravures assez bonnes , quelques
machines de physique, se trouvent aussi dans
les salles de cette bibliotheque , ou Fon voit
encore des os d'une grosseur extraordinaire
trouves depuis peu dans les fouilles du canal
de Santee.
Ces os , dont une grande partie sont des
dents et des portions de machoire pareils a
ceux deja trouves dans plusieurs parties de
FAmerique , nomm^ment dans le Kentuky ,
sur les bords de FOhio , dans les Western-
territorys, et sur les bords du Missoury,
passent pour etre ceux de ce mammouth,
animal dont Fexistence parait fabuleuse a,
quelques savans , parce que aucun de cette
espece n'a encore ete vu vivant dans aucune
partie du monde. II y a des naturalistes qui
oroient que ces os appartiennent a Feiephant,
et la plupart d'entre eux en expliquent la pre-;
sence en Amerique par le systeme de M. ,de
Buffon sur Fincandescence etle refroidisse*
ment du globe. Cependant, beaucoup de ces
os sont plus gros que ceux de Feiephant.
On a trouve des os de la jambe de dix pouces
de diametre , des dents de plus de deux pieds
de long. J'en ai vu une qui avec la partie
inferieure de la machoire a laquelle elle tenait^,
pesait cinquante Hyres.
E 5 ( 70 )
J eux, Clubs,
Charles-town est, comme je Fai dit, rempll
de Frangais , colons de Saint - Domingue ,
et de corsaires. Quelques - uns des colons y
ont apporte de la fortune , et tous ne Font
point encore dissipee. Beaucoup n'en ont pas
sauve ou n'en ont plus , et vivent du produit
de la location de quelques negres qu'ils ont
amenes avec eux. Les opinions, ou plutot le
langage politique des colons et des corsaires,
sont fort differens ; mais Famour du jeu nivelle
tout, etles tripots frangais, dont Charles-town
est rempli, rassemblent autour de leurs tables
les aristocrates forceps et les sans-culottes. On
dit qu'il s'y joue un argent considerable.
La demagogie frangaise a long-tems pre vain
dans Charles-town \ ou pendant plusieurs an-
nees un club jacobin etait etabli, et dont
M. Harper , aujourd'hui grand federaliste ,
^tait membre zeie. Le consul Mangourit >
predecesseur du consul actuel, en etait un
membre assidu ; mais sa qualite d'agent de la
nation frangaise , et meme de president du
club , n'a pu Fempecher d'etre denonce a ce
club par un matelot frangais pour soupgon
d'incivisme, et d'entendre prononcer son ex- elusion de la societe , exclusion dont 1 'elo-*
quence d'un perruquier americain a cepend^s^
retarde et enfin empeche Fexecution. E>epuis
la nouvelle constitution frangaise , ce^pjlub a
subi la meme interdiction que qeux de France^
II n'etait plus , au moment de sa destruction ,
compose que de FrarTeais , tous les Auujr&f
cains , meme le perruquier defenseur dr^
consul Mangourit, Favaient deserte.
Le Docteur Polony , M^ de la
Chapelle, M. Isard.
Parmi les echappes de Saint-Domingue , le
docteur Polony tient une place absolument
distinguee. Ses connaissances dans presque
toutes les sciences en font un homme remar-
quable pour tous les pays du moncle. Il ap-
partient a un grand nombre de societes savantes
en Europe. Les voyages multiplies qu'il a faits
dans toutes les parties de FAmerique du Nord
et du Sud, ses connaissances profondes et son
bon esprit Font mis a. portee d'eniiclur Faca-
demie des sciences d'un grand nombre cl'ob-
servations nouvelles et utiles. II etait en his-
toire naturelle, et en chimie , particulierement
estime de -M. de Buffon , et cela prouve au
moins son active application aux sciences. II a
E 4 '(7*>
Un travail sur Saint-Domingue, dont la publi^
cation, moins curieuse peut-etre qu'elle ne Feut
ete avant la revolution, serait meme a l'epoque
actuelle d'un tres-grand interet. Le peu qu'il m'a
ete possible de lire de cet ouvrage , presqu'en-
tierement acheve, m'a paru rempli d'une philosophic eclairee , sage, et humaine. Je ne
puis juger du merite de la partie qui a pour -
objet les maladies des pays chauds , mais il
me semble que c'est une reunion plus com-
plette qu'aucune autre de profondes et savantes
recherches, d'observations meditees et de reflexions lumineuses.
J'ai retrouve a Charles - town un ami de
college, M. de la Chapel le, le meilleur de
tous les hommes, le coeur le plus genereux.
II n'a sauve que quinze cents louis , vit dans
la plus extreme economic , et menage ce-
pendant encore assez pour faire du bien ,
meme a des gens qui abusent de la bonte
de son ame.
J'avai& promis k M. I sard, quand il etait
a Philadelphie dans l'hiver de 1795, d'aller
le voir a sa campagne, si jamais je visitais
la Garoline du Sud. II etait alors senateur
au congres, et l'etait depuis le commencement de la nouvelle constitution. Il a, des le
grincipe de la revolution, suivi la carriers
wm» r(73)
politique avec la probite, le desinteresement
et la chaleur qui constituent son caractere.
Ses affaires particulieres qui avaient souffert
considerablement par les brulemens et les
pillages des Anglais dans la Caroline , souf-
fraient beaucoup encore de sa longue absence
de ses foyers. Sa famille est nombreuse. Toutes
ces raisons et le penchant si naturel au re-
pos, dans un pays sur-tout ou le devouement
aux affaires publiques, ne rapportent ni con*
sideration, ni argent, Font determine a les
quitter et il est venu se fixer dans la Caroline du Sud, ou il se destine a passer le reste
de sa vie , partie a Charles-town , partie a
la campagne , entoure d'une grande famille
dont il est egalement cheri  et respecte.
La politique de M, Isard est celle du parti qui
s'appelle federaliste. II la professe avec toute la
sincerite d'un homme loyal, et avec la vehemence d'un caractere chaud et impatient. Cette
politique n'est pas celle qui regne dans cette
partie des Etats-Unis, mais aucun de Ceux
qui different de sentimens avec M. Isard,
n'attaque son caractere. Avant beaucoup voyage
en Europe, il a plus de connaissances agrea-*
bles que n'en ont les Ainericains en general.
Sa femme qui a Testime de tout le monde,
r&st instruite, amiable, polie ayec obligeance, (M )
Elle a , ainsi que plusieurs de ses enfans ?
passe beaucoup de terns en Europe, et on
trouve dans cette famille, dont tous lesmem-
bres sont tres-unis , des formes de bonne education et de bonne compagnie , quelquefois
trop negligees en Amerique , et qui, quoi-
qu'en disent ceux qui ne les ont pas , sont
loin de nuire aux qualites essentielles et aux
vertus domestiques.
La presque totalite des biens de M. Isard
est en rizieres; il a trois ou quatre plantations
extremement bien placees pour cette culture.
Elles sont, dit-on, bien conduites. II possede
cinq cents negres. Le lieu qu'il habite n'est
pour ainsi dire qu'une maison de campa-
gne ; elle a ete batie par son bisayeul , venu
d'Angleterre dans le terns des premiers eta-
blissemens , et cette continuite de possession dans la meme famille, ne se rencontre
pas souvent en Caroline , ou Finconstance et
plus souvent encore le derangement dans les
fortunes, produit des yentes et des reventes
aussi frequentes que Fappat d'un meiileur
prix en occasionne dans les Etats du Nord. (75)
Promenade aux Ormes, culture de$
plaines de la Caroline.
Cette plantation a laquelle M. Isard a donnei
le nom des Ormes , a cause d'une belle avenue d'ormes qu'il a plantee lui-meme , con-
tient quatorze cents acres; il en cultive seu-
lement trois cents , qui occupent vingt - cinq
a trente negres, a faire du mais, des pommes
de terre , de Forge. Un swamp de cent acres
environ y est propre a la culture du riz , et
on l'y emploie deja. en partie. M. Isard fait
abattre les arbres du reste , pour en cultiver
ainsi la totalite.
J'ai vu les premiers travaux dudefrichement;
on le commence par entourer d'un grand fosse
la partie qu'on veut mettre en rizieres : la
terre du fosse aide a faire une large levee
qui sert de digue aux inondations. Un ou
deux passages sont diverts dans Fun de ses
c6tes , et fermes avec de petites ecluses,
pour porter sur le riz, aux terns necessaires,
l'eau que Fon retient toujours a cette intention , sur des terres plus haut.es. Sans la precaution de cette digue , les eaux qui arrive-
raient en abondance dans certains terns de
*Fannee sur les rizieres, en arraeheraient et en
emporteraient le riz , pour peu qu'il fut hors (76)
ne terre. Le fosse fini, les levees dressees ,
les arbres sont abattus a la meme hauteur
que dans les defrichemens du Nord; les petites
branches en sont briilees , la terre un peu
fouiliee, et le riz plante au milieu des gros
troncs qui ne se debitent ou ne se brulent
que quelques anises apres. M. Isard assure
que la recolte obtenue au milieu de celte
grande quantite de troncs , est aussi considerable la premiere annee et meme la seconde
que dans tout autre terrein plus ancien, ou
il n'y aurait pas de place perdue. C'est le sys-
teme de tous les nouveaux defrichemens dans
toute FAmerique. Le produit des terres varie
pour le riz , comme pour toute autre production , selon leur boute", de deux a quatre barrils
par acre. Celles de M. Isard lui en rapportent
trois. Le barril pese six cent vingt-cinq livres.
Les terres de M. Isard donnent en mais quinze
a vingt boisseaux , en pommes de terre environ cent. Un negre cultive cinq acres en riz,
et trois ou quatre en ce qu'on appelle provisions , c'est-a-dire mais et pommes de terre.
M. Isard est extremement partisan du sys-
teme de Fesclavage ; il croit etre assure par
tous les renseignemens qu'il a pris, qu'un
negre libre est plus vicieux, plus paresseux
qu'un negre esclave. Il ne veut pas meme ( 77)
admettre dans la conversation les raisons qui
peuvent expliquer cet etat de choses dans
un   pays d'esclaves ,  en le  supposant vrai,
ce qui n'est aucunement prouve.
Tout moyen de faire sortir la race noire
de Fetat de servitude, semble a M. Isard un
crime et une chimere, quelque sucGessif, quel-
que long, quelque prudent que soit ce moyen,
quelque respect qu'il conses^.a la propriete
actuelle. Mais il n'abuse pas envers ses negres
de Farbitraice que laisse la loi de Caroline a
ceux qui en sont proprietairgf., et son caractere de bonte se rgj^ouve dans sa conduite
envers eux comme dans toutes les circons-
tances ou ses opinions, sur-tout ses opinions
politi^fties n'agitent pas trop violemment son
caract^e impetueux. Madame Isard fait aux
Ormes des essais d'education dejcers-a-soie:
je ne sais si dans ce pays _qui leur est si
propre, d'autres qu'elle songenf a en eiever.
Le desir de propager cette utile et facile Industrie , est le seui motif q^; determine la
Ja^r^faisante Madame Isard a ces soins que
elle confinue aj^ sucees3depum deux ans.
Goose»creek est la paroisse ou se trouve la
plantation de M. Isard. Cette parois^e^Lenviron trois cents mjllesu-quarre^f et n'a',au'une,
^glise qui, apres avoir ete plusieiu's.,ani}ees sans ministre, vient dernierement d'en ac^
querir un. Comme les ministres se paient ici
par souscription voiontaire, les planteurs voi-
sins de l'eglise sont a peu pres les seuls qui
contribuent a son entretien. La devotion est
d'ailleurs fert peu a la mode dans ce pays.
Le ministre actuel n'a jusqu'ici que six cent-
quarante-trois dollars de revenu assure. Ayant
passe le dirhanche chez M. lard, je Fai suivi
a Feglise , oil il ne s'est pas trouve plus de
quinze blancs et ^environ une trentaine de
negres ou negresses dans la tribune, car;les
negres, des Etats du Sud, ne se melent pas
ns les eglises avec les blancs*
Le chemi'fiTEe' Charles-town aux Ormes, est
celui w6W0^8rHiester. II est s'a'bloneux comme
tous les cflSfflSpSPftas de la Caroline du Sud.
Le voisinage ^dePia ville est d'un sable plus
remue et par' consequent jllus fatig'uant pour
mi hommes et les chevaux que les routes
qui en sont plus eloignees , a cause- de %i
grande quantite des charriots : qui , comme
1'on dit ici, labourent le cnernin. Dans les
trois ou quatre premiers milles , on trouve
quelques maisons assez rappfochees, plus loin
on ne trouve plus que des plantations dont
les maisons sont raremen* pres du chemin.-
Une taverne. a dix milles de la visile est^aana 1KB
( 79 I
tout cet espace de dix sept milles, la seule
qu'on rencontre.
Les Anglais \ pendant leur sejour a Charles-
town lors de la guerre, avaient, par precaution
miiitaire , par besoin de bois et par esprit de devastation , coupe tous les arbres jusqu'a dix
milles de la ville. La vegetation dans ce pays est
si rapide que tous les bois sont repousses, et
beaucoup sont deja d'une tres-grande hauteur.
Rien n'egale la magnificence de ces bois ;
chenes de dix - huit especes difierentes , et
particulierement le chene verd , le chene .4
feuille de saule , le chene a feuille de qJi^-
taignier; beaucoup d'autres arbres , le magnolia , le beaumier , le frangier, le cypres k
feuille d'acaeia, le liquidambar, le cornouiiler
fleuri , Fameianchier,Fhicorys , tousles arbif^s.
enEn que Fon paie si cher en Europe, dont
on achete dix pour en conserver un , pour
lesquels on choisir Tes expositions, pour-les-
quels on forme uaiiaA, et que Fon ne voit
jamais s'eiever d'une grande hauteur , son.%
ici la production commune du pays, et crois-
sent dans toute la pompe de leur beaute. Les
buissons, les plantes, les herbes naturellejSjjj
ne sont pas moins admirables pour un Euro-*
peen; il en est peu qui ne repandent une
pdeur agreable, Mes premieres courses da&s (80 )
ces bois m ont donne un plaisir reel et meme
deiicieux.
Il est des parties de terrein ou le sable
d'une nature plus sterile ne produik que des
pins blancs. Ces terres n'en nourrissent pas
moins cependant une herbe naturelle, qui,
comme on doit le croire , est plus touffue
dans les bons terreins , mais qui crolt abon-
damment dans toute la Caroline , et qui y
sert de pat!&e hyver et ete aux chevaux , aux
boeufs et aux vaches que Fonlaisse courir dans
les bois. Cette herbe est appeiee ici crab-
g#k$s.
' - Jar din Franca is.
A quelque distance de la route est un jardin
oti un botaniste frangais , entretenu par la
France, eleve de graine ou de bouture les
arbres du pays dans Fintenfci©n de les envoyer
a Paris k M. Thomn, avec lequel il correspond. Ce botaniste s'appelle Michaud , etabli
en Amerique dejittis environ quinze ans, en
ayarit couru et en courant encore continuel-
lement toutes les parjies pour enrichir des
productions de ce vaste continent le territoire
frangais. Il a*$ivait des Illitobis , et avait fait
dans ce voyage une ample collection de belies
plantes et de beaux ari&ressj&l vante particu->
Here ment
mm (Si t
lierement la richesse de la vegetation dans le
Tenessee, ou il a decouvert un arbre nouveau,
dont les racines donnent une belle couleur
d'un jaune pale. II place cet arbre dans le
genre des sophora , mais il ne Fa pas vu en
fleur, et n'en juge que par le port de Farbre ,
ses feuilles et ses graines. II a confie celles-ci
aux soins du general Blount, qui s'estengag6
a en soigner la culture , et a lui en faire re-
passer les produits.
Pendant son absence son jardin a ete confie a deux negres qui Font tenu proprfement.
Ce precieux depot sert tres-utilement au grand
projet qua depuis longtems M. Thouin de
naturaliser en France les productions de tous
les pays dans le plus grand nombre possible,
et pour lequel il a deja etabli avec tant de
succes plusieurs pepinieres en France a
differens degres de latitude afin d'acclimater
successivement les plantes exotiques ; et je
dirai a ce sujet, sans craindre de me tromper,
que M. Thouin est une des richesses de la
France.
' Course le long de la riviere Ashley.
Le lendemain de mon retour de chez 3VJ.
Isard , mon obligeant ami M. Pringle m'ayant
proposebdSsiler faire une petite excursion sur
Tome J£". E
l»- (82)
les bords de la riviere Ashley, j'ai saisi aveC
plaisir cette occasion de voir un peu plus de
pays, et de connaitre les maisons de cam-
pagne qui dans les environs de la ville ont le
plus de reputation.
Charles-town etant batie sur la pointe for-
mee par les deux rivieres qui s'y rencontrent
dans un angle fort aigu, le chemin pour en
sortir, soit que Fon se dirige vers la Georgie,
ou vers la Caroline du Nord, ou vers quelque
point que ce soit de la Caroline du Sud, est.
le meme pendant sept milles. Le chemin qui
mene a Dorchester,  et auquel a quelque distance s'embranchent ceux qui voht sur les rives
de^Xa riviere Cooper ,  est le premier qui se
rencontre. A dix milles est le passage de la
riviere Ashley, qui fait la seconde divergence,
et qui mene auSud. Pour s'y rendre onprend
a gauche en abandonnant le chemin qui mene
FOuest de  l'Etat, et qui a quelques milles
encore se clivise pour ouvrir une. route vers les
provinces du Nord. Notre premiere station a
ete une petite plantation recemment achetee
par le docteur Baron, medecin ecossais , §t
en grande reputation dans Charles-town, ou
Fon assure qu'il se fait treize mille dollars an-
nuellernent de sa profession. C'estun homme
instruit ,  de bonne compagnie,: te#>dont les ( 83 )
principes semblent bons, sages et justes. Celts
petite plantation appeiee Fitterasso, estcom^
posee de quatre cents acres , et lui a coute
4,288 dollars. Elle est sur une espece de petite
elevation pres des bords de la riviere, et la
place de la maison , car il n'y en a pas encore
de batie, est choisie pour avoir la vue la plus
agreable qu'il soit possible de se procurer dans
ce pays toujours plat, et ou la monotome
des bois interrompue seulement par quelques
maisons placees de loin en loin, ne donne pas
la possibilile d'un paysage passablement piquant. De grands marais presqu'entierement
sees separent son jardin de la riviere, et c'est
a peu-pres Fetat general de toute la cote Nord
*de cette riviere, Le docteur Baron se promet
avec le terns d'achever le dessechement entier
de ce grand marais , et de le convertir en
prairie , ainsi que quelques planteurs Font
deja fait. Ce changement donnera plus de douceur a la vue, mais on ne parviendra jamais
k en avoir une agreable dans un pays ou il n'y
a que ce genre de culture.
De chez le docteur Baron , et apres avoir
passe la riviere , nous nous sommes arret.es a
une plantation que vient aussi d'acheter re-
cemment M. Pringle. Cette plantation s'appe-
lait jadis Glenville; il Fappelle a present $u~
I a Iff
(84 J
^ons place, 3u nom de son aim able femineV
11 n'y a pas encore dans cette place plus de
maison batie que dans celle du docteur. Celle
du predecesseur de M. Pringle a ete brulee,
et les fondations qui en sont restees attendent
une charpente qui sera placee et couverte
avant la fin de Fete, Cette plantation contient
six cents acres, et lui a coute douze cent qua-
treyingt-cinq dollars. La situation est la meme
que celle de Fitterasso excepte que les marais
CGuyerts.de roseaux sont de Fautre cote de
la riviere, et que par consequent la riviere
baignant les bords du jardin y facilite Fap-
proche des bateaux ou meme des sloops, qui
y naviguent assez constamment. Ceux de cent
tonneaux remontent jusqu'a Baconbridge i
a yingt mille de Charles-town.
Nous avons fait une autre pause a une maison dont le dernier proprietaire , le commodore Gillon , est mort a-peu-pres insolvable.
Cette plantation laissee aux creanciers est par
cela meme dans le plus mauvais etat, car le
commodore est mort depuis trois ans. La maison etait batie assez elegamment, et avec quelque legere idee d'architecture, le jardin mieux
dessine \ plante avec plus de soin, plus vaste
et plus orne, que les jardins ordinaires^de ce
pays. Mais toute cette plantation est dansun ( 85 )
si mauvais terrein, que Je commodore en avait
une autre a deux ou trois milles; pour four^
nir sa table de legumes , et ses eeuries de fou-
rage. Ce ne peut done etre qu'un homme
riche qui achete ce bien qui, fut-il dans un
terrein meilleur, est dans un tei etat de degradation , qu'il faudrait une grande depense
pour le retablir.
A un demi mille de Batavia, c'est ainsi
que le commodore Gillon avait nomme sa
plantation, est Middleton-house, maison ap-
partenante aujourd'hui a madame Middleton,
belle-mere du jeune Isard , et reputee la*
plus belle maison de tous les environs de la
ville. Cette maison est grande; les dependances,
cuisine , lingerie , buanderie , logemens des
domestiques, etc. en sont vastes et dans des
corps-de-logis sepals. L'ensemble des bati-
mens rappelle les vieilles maisons de campagne
d'Angleterre. Mais dans cette grande maison
les appartemens sont tres-petits, et tonus avec
beaucoup de negligence en dehors et en dedans. Sa situation a cela de particulier que
le circuit que fait Ta riviere avant d'y arriver9
en forme pour elle un long et large canal qui
se dirige perpendiculairement sur son front.
D'ailleurs les jardins sont mediocres , aussi
mal soignee que la maison y le terrein detes-*
I 3 (86 )
table, et cette habitation est, selon moi, fori
au-dessous de sa reputation.
Enfin nous sommes venus diner chez le
docteur Drayton a Dray ton-hall , maison
ancienne , commode et assez bonne , et jardin
mieux dessine , mieux entretenu , plante de
meilleurs arbres qu'aucun autre que j aye encore vu dans ce pays. II ne faut ici popr
avoir un jardin agreable qu'y transporter les
riches productions des bois , les isoler afin
de les faire paraitre avec plus d'a vantage, placer
avec quelque art les buissons en avant des
arbres , et les arbres selon la hauteur a laquelle
leur genre les destine. Voila ce qu'avait commence le pere du docteur Drayton \ medeein
comme lui, et ce que continue avec gout son
Ills , dont le plaisir unique parait etre celui de
la campagne. Les vues de ce jardin sont les
memes que celles de tous les autres. Cepen-
dant le maitre n'y trouve pas la meme uni-
formite que le voyageur y voit. II vante la vue
d'une maison qu'on a souvent peine a distin-
guer au milieu des bois , un tour plus ou
moins rapide de la riviere , et voila tous les
avantages dont son amour propre de proprie-
taire puisse se targuer. Encore si Fon pouvaifc
appercevoir quelques villages, quelques fermes,
memes quelques cabanes, Foeil s'y reposerait ( 87 )
avec plaisir, et trouverait par leur forme , par
leur distance quelque difference  d'un lieu a
un autre. Mais si dans toute la  Caroline du
Sud .
on compte cmq ou six
villa*
que 1 on honore de ce nom la reunion de quatre
ou cinq maisons. Il n'y a point de classes , et
consequemment point de proprietes interme-
diaires dans la Caroline I gentleman ou negre , planteur ou esclave. Cet etat de societe
attristant pour la pensee du voyageur j pro-
duit dans Faspect du pays une monotonie aussi
triste que celle de cette platitude eternelledu
terrein. Un planteur est sur sa plantation en-
toure de ses negres , qui couchent dans de
mauvaises cahutes pres de sa maison; a quelques milles de la un autre vit de la meme
maniere , et puis un autre; enfjn toujours de
meme tant que s'etend la partie basse de la
Caroline du Sud.
Charles second avait partage la propriete
de la Caroline entre huit Lords ou Grands
d'Angleterre. Elle Fest aujourd'hui peut-etre
entre quinze a vingt mille proprietaires qui ne
sont pas Lords, mais qui en se moquant du
premier partage dune aussi grande etendue
de terrein entre si peu de mains ; ne s apper-
^oivent pas que cette grande propriete aujourd'hui plus diyisee? est loin de Fetre encore au,
F4 ( 88 )
plus grand avantage de la societe et de l'Etat;
Beaucoup de planteurs ont plusieurs planta-
tations , et dans aucune le quart du terrein
n'est mis en valeur. Leproprietaire n'a d'autres
ouvriers que ses propres negres : il n'a pas
ou il n'a que peu de moyens d'en louer, car
chacun a besoin des siens, et il en faut un grand
nombre pour faire peu d'ouvrage. Dans' tous
les Etats du Nord on peut prevoir Fepoque
de Fentier defrichement d'un pays a peine
aujourd'hui enleve aux Indiens , et Fon ne
peut prevoir en Caroline celle ou le double
des terres aujourd'hui cultivees sera mis en
valeur , parce que la chaleur du climat se^
joint au prejuge des couleurs pour empecher
le blanc de travailler, et met obstacle par consequent a Femigration qui pourrait venir des
Etats voisins , et que la loi de l'Etat qui defend Fadmission des negres d'Afrique s'oppose
aussi a Faugmentation des bras noirs travail-
lans. Je parle toujours pour la partie basse de
l'Etat, car les parties au-dela des inontagnes
sont peuplees de blancs qui travaillent comme
ailleurs , et dont le nombre s'augmente an-
nuellement, a ce que Fon assure par une
immigration constante.
Nous avons rencontre dans notre route un
troupeau (car en verite on peut l'appeler ainsi (8g)
par sa destination) de negres , envoyes d'au-
pres de Cambridge par leur maitre, pour etre
vendusau marche de Charles-town. Le maitre,
avocat de Cambrigde , un des districts de
FEtat de Caroline , quitte sa plantation pour
employer autrement son terns et son argent.
C'est un calcul que font assez souvent les
planteurs de peu de fortune dans ce pays , et
auquel le prix eieve des negres donne beaucoup
de force. Ils etaient environ cent, femmes,
homines , enfans. La vente des maris n'entraine
pas en Caroline celle de la femme. L'enfant
meme a la mammelle n'est pas necessairement
vendu avec sa mere ; le calcul de Facheteur
est dans ces marches la seule loi en vigueur.
Je n'entends pas me permettre ici les declamations philantropiques auxquelles tant d'arnis
pretendus des noirs , et qui se sont montres
ennemis du genre humain, se sont livres par
vanite bien plus que par humanite ; mais il
est aise de sentir tout ce que ce spectacle a
daffligeant pour un Europeen qui reflechit
et qui n'a pas le cceur gate.
La partie des bois que jen'avais pastraversee
en aliant chez M. Isard , est aussi abondante
en arbres et arbustes precieux : Fandromeda
de deux especes, le sassafras , Fazalea , Faze-
darack,  le colicanthos ,  le chevre-feuilte k f 9<>)
fleurs tres-rouges , qui vient dans la terre
humide et qui est grimpant; le pavia rouge,
celui qui dans nos jardins d Europe , greffe
sur un maronnier ordinaire, produit un arbre
d'une grande elevation , et ne croit ici qu'en
buisson peu eleve ; enfin , le myrtle , ou
arbre a suif, (dont on fait des chandelles
vertes en faisant bouillir les baies dans l'eau ,
la partie qui surnage est le suif qui forme la
chandelle. Un boisseau de baies donne huit
livres de chandelles , qui se vendent un cin-
quierne de dollar la livre. )
Un grand nombre d'arbres de ces forets ont
leurs branches couvertes d'une longue mousse
d'ungris jaunatre qui tombe en forme de barbe
de plusieurs pieds de long, connue sous le
nom de barbe espagnole. C'est une vegetation
dont la couleur ne varie a aucune epoque de
Fannee, mais qui au printems porte des petites
fleurs bleues. Elle s'attache particulierement
aux chenes, aux muriers , aux ormes. Les
platanes, des erables \ les magnolia , les pins
en sont tres-rarement attaques. Cette mousse
ne nuit qua la beaute des arbres qu'elle at-
teint , mais n'en altere ni la croissance ni
meme beaucoup le feuillage. Dans les jardins
solgnes I on Farrache avec des rateaux de
fer. Elle est souyent arrachee dans les bois ( 91 )
par les negres qui la vendent a Charles-town
aux tapissiers pour en rembourrer des matelats
et cles chaises. Elle est, pour cet usage , en-
voyee en assez grande quantite a Philadelphie , a New-Yorck, meme dans les Etats du
Nord; et quoiqu'elie conserve toujours une
espece d'odeur de poussiere, quand elle est
employee en matelats , la grande difference
de son prix avec celui de la laine ou du crin,
la rend d'un usage tres-frequent. Cette mousse
est aussi en hiver une bonne nourriture pour
le helail.
Depart pour la Georgie.
Apres un sejour de vingt jours a Charles-
town , je me suis mis en route pour la Georgie le 17 mai. L'excessive chaleur du climat
rend necessaire de faire ce voyage avant le
mois de juin, ou elle devient insupportable,
et ou les maladies dangereuses qui en resultent,
epargnent peu d'habitans \ et moins encore
les etrangers voyageant au milieu j de ces
swamps pestiferes.
Je me suis mis en route avec M. de Beau-
vois, Frangais tres passionne pour la bota-
nique , homme d'un caractere honnete et
doux. Mais comme ses gouts le feraient rester ( 92 )
peut-etre plus longtems a herboriser ou a dim
sequer des animaux que je ne Faimerais moi~
meme, et que la condition la plus necessaire
de la vie apres Faffection , est Findependance,
nous avons pris chacun un petit cabriolet eS
un petit negre, et de cette maniere nous serous
ensemble sans nous gener. Je voyage cette
annee comme un prince, et je me trouve tout
etonne de ma magnificence.
La route que j'avais suivie dans ma course
de campagne avec M.  Pringle , nous a corf*
duits   jusqu'au - dela  de   la  riviere   Ashley,
c'est-a-dire a dix milles de la vide. Celle qua
nous avons suivie depuis , est de la meme nature , sables et bois. Le sable est moins pro-
fond , et semble plus meie de terre. Les boisf
continuent de la meme beaute ,   et pendant
quelques milles les plantations sont plus rap-
prochees. La culture principale est le riz.
On passe une des branches de la riviere
Stono , huit milles apres avoir trouve la riviere Ashley. Le pont sous lequel elle coule ,
et qui n'a pas quarante toises de long , a et&
construit aux frais du general Washington,
parent du President. Ce general a pres de la
une plantation assez considerable qui n'est pas
cependant celle qu'il habite. Le peage sur le
pont est assez cher ; un quart de dollar pour un I 9§ )
cabriolet et un cheval; et le fermier qui tlent
le peage n'en rend que quatre cent vingt-huit
dollars deux tiers au general; d'ou Fon peut
croire que la frequentation de ce chemin n'est
pas grande , ce que je suis d'ailleurs dispose a
croire . d'apres la petite quantite de voyageurs
que nous avons rencontres. C'est cependant la
grande route de Savannah, que nous n'avons
quittee qu'a six milles de chez le general
Washington, vers la maison duquel nous nous
sommes diriges. SBfe
J'ai trouve tous les habitans de la Caroline
beaucoup plus effrayes des  serpens-sonnettes
que ceux de l'Etat de New-Yorck et de toute
jjaJfensylvanie. Ces serpens y paraissent plus
dangereux ,   puisqu'il y  a des  exemples  en
assez grand nombre de personnes mortes, en
un derni-quart-d'heure de JejUYmorsure.  Les
medecins assurent que la mort n'a lieu que
quand le serpent a attaque un vaisseau , parce
qu'alors la resorbtioa, du venin dans le sang
est subite. Une autre morsure que celle qui
atteint la veine est curable, selon eux; mais
sans  doute   la chaleur du  climat donne  au
poison du serpent cette energie si malfaisante^
car ,   parmi   la quantite   assez  considerable
d'hommes qui ont ete et qui en sont conti-
nuellement mordus dans le Nord ,  il est k (m r
presumer que quelques morsures ont touche
des vaisseaux de cette espece , et encore une
fois personne n'en meurt. Le remede le plus
commun est le jus de plantin et de mahube,
obtenu en pilant leurs racines et leurs branches : une cueilleree ou tout au plus deux
prises a la distance d'une heure , detruisenw
Feffet du venin. Une seule de ces deux plantesB
suffit; mais leur reunion est regardee comme
plus avantageuse. Une feuille de tabac trempee
dans du rhum , ou seulement de ces memes
plantin et mahube , appliques sur la morsure 1
en calment la douleur, et en abattent Fenflure.
Ce remede a ete trouve en Caroline, par un
negre appeie Cesar , qui donna la preuve de
sonefficacitea Fassemblee de l'Etat en 1700, en
se faisant mordre par un serpent-sonnette. II
obtint pour ce secret sa liberte, et une peu-
sion de cent guinees. D'ailleurs , les serpens-
sonnettes sont en Caroline d'un caractere aussi
tranquiile que dans le Nord. lis n'attaquent
faffiais , quelque pres que Fon soit d'eux , s'ils
ne sont pas touches. Mamre la frayeur avec
laqueile on parle dans le pays de ce serpeVit^M
il parait qu'il n'est pas infiniment commun \
puisque les negres , qui*^travaillent dans les
swamps ; et dans les bois^ ibnt toujours pieds
et jambes nues , et quef*toute humanite a (i)
part , les maltres ont trop d'interet a leur
conservation, pour la compromettre , faute
d'une paire de grosses guetres de laine , qui
amortissent, dans le Nord, la malignite de la
morsure , en retenant la liqueur que le serpent lache dans Fincision que font ses dents,
et dont tout homme qui va dans les bois ,
ne manque pas de se garnir.
Habitation du general Washington 9
W§k   parent du President.
Les amis du general Washington m'avaienfc
engage a m'arreter chez lui. J'y etais annon-
ce , et son accueil obligeant et sans compliment nous a promptement mis a notre aise.
Ce general, de la meme famille que le President , en est cepenclant parent tres-eloigne.
II a fait fort bien la guerre de Findepen-
dance , et jouit d'une bonne reputation. Il est
aujourd'hui un des plus riches planteurs de
cette partie de la Caroline. II a de quatre a
cinq pents negres , car c'est ainsi qu'ici Fon
compte la richesse , et avec raison , puisque
les produjtfp^gla terre ne s'obtiennent que
par leurs bras. -ioriBfijKlXcf^ mSizmkti
Les renseignemens que s^obligeance m/a
procures sur la culture et la fabrication, jd$ (§6)
riz me semblent assez complets. Cependant,
j'attendrai pour les consigner dans ce journal ,
que je les aie confirmes dans d'autres plantations , et que j'en aie recueillis et aussi confirmes d'autres qui me manquent encore. Je
dirai seulement, i°. que les swamps ou marais que plante le general , sont ce qu'on ap-
pelle inland-swamp , c'est a-dire, des swamps
qui se trouvent au milieu des terres, hors de la
portee de la maree, et qui ne sont couverts
d'eau que par Faide de reservoirs , ou Fon
garde , par des digues , l'eau de la pluie que
Fon lache a volonte sur le riz par le moyen
des eduses ; 2°. que le general emploie un
boisseau et demi de riz par acre pour ses se-
mences ; 3°. qu'il recolte par termes moyens,
deux barrils sur chaque acre ; 4°- que chaque
negre travaillant cultive quatre acres ou quatre
acres et demi, independamment de deux a
trois en provisions : 5°. qu'il calcule a un tiers
le nombre de ses negres trafofillant aux champs;
les deux autres tiers et&nt composes ou de
fievres vieux ou enfans, ou de malades, ou
de negres ouvriers , charron , serrurier, etc.
ou de domestiques; 6°. cjnerle calcul de Fac-
croissement de population de ses negr%s est
d'un vS^rleme par an ; 70. qifSS^ftSk ou est
le^riz actuellement, il estime le produit de
chaque (97 )
chaque'negre a deux cent cinquante-sept
dollars par an , toute depense occasionnee par
eux prelevee. Mais le riz, qui se vend aujourd'hui plus de six dollars , ne se vendait avant'
la guerre que deux dollars et demi ; 8°. qu'il
calcule la depense annuelie de chacun de ses
taxe , nonrriture , habillement, traitement en
cas de maladie , depenses qu'encore une fois
il deduit de son calcul general de profit;
9°. qu'il vient de batir un moulin qui rem-
place le travail de la mouture , de la brisure
et de la criblure qui , dans toutes les plantations , sont faites a bras.
Ces moulins sont d'une grande economie ;
ils epargnent au negre le travail le plus pe-
nible de la fabrication du riz , et laissent ses
bras au travail de la terre, dont une plus grande
quantite est, ainsi, mise en valeur. Un autre
avantage de ce moulin est de regler avec
uniformite le mouvement des pilons , condition essentielle; car entre le riz pile avec soin
et celui pile avec negligence, il y a la difference d'une moitie de dechet; un bon batteur
faisant dix-neuf vingtiemes de gros riz, et un
vingtieme de petit, et le mauvais ouvrier n'en
faisant qu'un dixieme de bon. Le riz petit,
c'est-a-dire trop casse, n'est pas de vente, ou
Tome IF". G vf
(98)
au moins il ne se vend que la moitie du prix
<lu gros.
Il paralt, par tout ce que j'ai recueilli ici,
que cette culture s'etendet se perfectionne ; les
plus grands caracteres de cette amelioration
sont la plus grande quantite de sillons ,
faits aujourd'hui dans le m^me espace de terrein : les anciens planteurs n'en faisaient que
cinquante-cinq dans un quart d'acre; aujourd'hui on en fait de soixante-cinq a soixante-
dix, et c'est dans le sillon que le riz se plante.
Cette augmentation de production n'affaiblit
pas la terre , et ne diminue pas la richesse des
epis. Un autre perfectionnement est dans Far*-
rosement , pour le mode d'introduire l'eau
dans les champs , pour l'epoque ou on Fy fait
arriver, et aussi pour la quantite que Fon leur
en donne. Enfin , ces machines , employees
settlement depuis quatre ans , sont, comme je
l'ai dit, un perfectionnement bien positif.
II parait, d'ailleurs , que les planteurs sont
plus edaires sur leur interet, qu'ils ne Font ete
jusqu'& present. Le rizestporte d'ici en charette
jusqu'& douze milles, et dans beaucoup d'autres habitations , la distance jusqu'au creek le
plus prochain est beaucoup plus grande encore. Les planteurs souscrivent aujourd'hui
pour un canal, qui , passant I au centre des
L i 99 )
swamps , conduira les riz jusqu'a Charles town
par une navigation sure , et sans difficult e. Ce
canal doit etre de dix milles de long : la de-
pense en est calculee de trente-huit a quarante - deux mille dollars. J'ai assiste" a une
assemblee de commissaires qui se reunissaient
pour agiter la meilleure maniere de faire cet
ouvrage ; Falternative est ou une contribution
sur chacun des planteurs , d'un certain nombre
de negres par an , travaillant tant de jours ,.
selon la distance de sa plantation au canal
projette , l'etendue de ses swamps , et le
nombre de negres qu'il possede , ou Fentre-
prise donnee a un seul homme de la confection de ce canal, auquel chacun des planteurs
contribuerait de ses deniers sur les memes
bases qui fixeraient, dans Fautre cas , sa pro-
portion a fournir de negres travailleurs.
Les bons planteurs sont de ce dernier avis ,
parce que la privation , pendant quelques
journees , des negres qu'ils donneraient a ce
travail commun , diminuerait la quantite de
ceux de la plantation , et par consequent du
produit, tandis que leur contribution en argent ne ferait aucun tort a leur culture. Il y a
discussions sur ces deux moyens d'operer ce
travail, et rien n'est encore decide. Un etran-
ger concoit difficile ment comment dans un
G 2 <"ioo )
"pays ou les negres seuls travaillent j et ou
chaque planteur a tant d'interet a employer
leurs bras , un entrepreneur peut mettre a fin
un travail aussi considerable. Mais , beaucoup
de proprietaires sont mauvais planteurs, deranges dans leurs affaires : ils voient alors un
a vantage a tirer un haut prix de la location
de leurs negres, et ainsi les negres a louer pour
Fan nee ne sont pas difficiles a trouver.
Cette assemblee de commissaires qui avait
aussi pour objet de surveiller le commencement de travail pour lequel chaque planteur
avait fourni trois journees de negre , a ete
terrninee, comme le sont en Angleterre toutes
les assembles pour election, deliberation, etc.
par un diner; mais le rendez vous n'etait pas
comme en Angleterre , dans une bonne ta-
verne; le diner n'etait pas bon , le vin ne s'y
trouvait pas a discretion. Le rendez-vous etait
dans une vieille maison, ou faute de reparation a Fescalier, on ne pouvait monter que
par une mauvaise echelle. Le diner etait froid,
et la boisson du brandy, du rhum et du gin,
dont les conseillers ont bu comme du petit
vin de champagne. D'ailleurs force segars ,
le tout fourni par le general, c'etait son tour
d'entretenir la compagnie.
Si ce canal se fait, comme cela ne semble
il (   101   )
pas douteux, la culture en augmentera neces-
sairement, par la facilite du transport, par Feco-
nomie des negres employes a present au char-
rois, et enfin par le defrichemens de beaucoup
de swamps aujourd'hui sans rapport, et que les
proprietaires verront un tres grand interet a
cultiver. Le general Washington estime la
proportion des swamps a present sans culture
dans cetie partie de la Caroline, a la moitie de
la totalite.
Quant a ses propres plantations, elles sont
rapprochees de lui sans etre contigiies. Un.
econome les surveille routes. Des sous-eco-
nomes particuliers sont dans chacune. II cul-
tivevdeux cents acres en mais ou pommes
de terre; le produit moyen d'un acre en mais
est ici de douze a quinze boisseaux.
Les planteurs de riz ne cultivent du mais
et des pommes de terre que pour les provisions de leur famille et de leurs negres, au-
trement'. c'est un terns enleve a un travail
plus productif, et si les transports ne renche-
rissaient pas autant les denies, beaucoup de
planteurs prefereraient de les acheter plutot
que de les obtenir de leurs champs.
Chaque planteur a un nombre considerable
de bceufs , de vaches , de cochons, que la.
grande quantite   de  bois  qu'il   possede, e&
G 3 «r
1
(   102   )
Fabondance des herbes qui y croissent ,  lui
donnent la facilite de nourrir sans depense.
Les chevaux vont souvent dans le bois, mais
ceux des planteurs qui les aiment, et ce gout
est assez  general en Caroline, preferent les
envoyer plutot dans un champ de riz ou de
mais de Faimee precedente , car quelquefois
on laisse reposer les champs de riz, et Fherbe
appelee   crab grass y vient avec abondance.
Dans les  bois ou  Fherbe  de Fannee precedente qui n'a pas ete mangee, pourrait etouf-
fer Fherbe naissante , on met le feu a cette
vieilie herbe au commencement du printeras ,
et la nouvelle en acquiert plus de force. Le
prix d'un swamp est dans ce canton , depuis
vingt jusqu'a quarante-deux dollars Facre; sa
position   pour recevoir l'eau , pour la commander, influe beaucoup sur cette difference
dans le prix. Les hautes terres valent de cinq
a six dollars ,  mais se vendent rarement. Le
mais cotite un dollar un quart le  boisseau,
une vache de six a neuf dollars, une paire de
boeufs quarante dollars. Iff.'
Le general Washington est un des planteurs
de la Caroline , qui, pour ne pas laisser aux
negocians de Charles-town le grand profit de
re:
elevation des prix du riz, a envoye lui-meme
sa recolte en Angleterre. Le resultat n'a pu ( io3 )
encore decider si son calcul etait bon. Le haut
prix des riz repand dans tous ces cantons
une grande satisfaction parmi les planteurs.
La depense de ceux qui sont raisonnables
n'en augmente pas, et quelques-uns d'entreux
en grossissent considerablement leur capital.
Les planteurs sages aiment beaucoup le se-
jour de leurs plantations ; ils y trouvent pour
leur depense une grande economie et des
ressources infinies pour la viande , le gibier,
le poisson qu'ils se procurent en abondance
et sans frais ; mais il faut etre longuement
accoutume" k ce sejour pour s'y plaire. Nulle
variete dans le pays , dans la culture; toujours
entoure d'eau et de boue; Peu ou point de
voisinage. Le plus grand plaisir de Fagri-
culture , celui de voir croltre et murir les
moissons , est perdu pour le planteur. En
juin , tems ou la premiere eau se met dans
le champ , les planteurs , de crainte d'etre
attaques par les cruelles maladies que les
exhalaisons de ces marais infects renouvellent
tous les etes , vont passer quatre mois a la
ville, et c'est pendant ce tems que le riz
prend sa croissance, est nettoye, arrose, en-
fin murit et est coupe. L'econome blanc qui
reste sur la plantation, paye de sa vie ou
d'une maladie terrible son premier ete de re-
G4 ( io4 )
sidence ; celui qui y survit est encore douze
a quinze jours malade chaque ete. Les negres
resistent a toutes ces pestilentielles exhalai-
sons au milieu desquelles ils vivent, et aucun
n'en est incommode.
Le general joint a la bonne reputation de
militaire et de citoyen , celle d'etre un excellent maitre pour ses negres. Leur tache n'est
pas trop forte. lis ont pour leur propre usage
autant de terres qu'ils en veulent cultiver.
Les permissions compatibles avecle bon ordre,
dans ce mauvais ordre de choses, leur sont
donnees, et le general nen perd aucun par le
maronage. Dans les deux jours que j'ai passes
avec lui, je Fai vu justifier plusieurs fois la
borlne reputation dont il jouit
Mistriss Washington parait s'accoutumer
moins que lui de la vie de la plantation ; elle y
est presque toujours seule , les affaires du general Fappelant souvent dehors , et son gout
le retenant ordinairement a table ou a finner.
Elle semble bonne et d'un caractere aimable.
Le general voulait nous arreter un jour de
plus; nous etions si fort a notre aise chez lui,
que nous avons eu besoin , pour nous refuser
a ces obligeantes instances , de nous rappeler
la iongue- route que nous avions a faire, et
le peu de tems qui nous restait.
i
i ( io5 )
La plantation du general est dans la paroisse
St-Paul, qui a quinze milles en quarre. Quoi-
qu'il y ait quatre a cinq restes d'eglises dans
cette paroisse, il Lien existe .pas reellement
une ou Fon puisse s'assembler. Les batimens
ont ete detruits dans le tems de la guerre. Il
n'y a pas d'empressement dans ce pays a sous-
crire pour leur reconstruction , ni meme
pour le paiement des ministres quipourraient,
dans quelques maisons , lire les prieres si on
le desirait.
J'oublie de dire que dans. la paroisse St.-
Paul, ou est la plantation du general Washington , un negre libre qui a su depuis sa jeu-
nesse mettre a profit son industrie et en manager soigneusement les produits , a une plantation considerable et plus de deux cents esclaves. On me dit qu'a St. - Domingue ces
exemples n'etai^nt pas rares ; ici'jE&e&t unphe-
nomene. A la durete pt^s que cet affranchi
exerce contfe ses negres, on assure qu'il s'est
toujours conduit ti^s - bien. Il a epouse une
blanche , et sa fille mulatresse a epouse un
blanc, mais d'une classe inferieure et que la
'fortune considerable qu'il s'est procuree par
ce mariage , ne fait pas voir de moins mau-
vais ceil dans ce pays ou le prejuge couvre
d'une sorte de mepris toute alliance meme ( *o6 )
temporaire avec les personnes de couleur. Pin*
darin , c'est le nom du vieux negre , a aujourd'hui quatrevingt-cinq ans; il a plusieurs
fois traite les planteurs ses voisins dans
differentes circonstances , et comme le vin
etait bon et en abondance , les convives ne
manquaient pas; mais le bon Pindarin ne s'as-
seyait jamais a la table avec eux; il s'en excu-
sait sur sa couleur qui, disait-il, Fen rendait
indigne , et aucune sollicitation n'a jamais
pu Fy determiner. Que de blancs dont la
fortune a fait oublier les actions et les vices
aux autres ou a eux-memes ! et parmi ceux-la
on en trouverait encore auxquels Findustrie
et les vertus reconnues d'un negre ou d'un
mulatre ne feraient pas pardonner la difference de couleur.
Sandy-hill. Docteur Pringle.
La route de Sandy ~ hill chez le docfeur
Pringle, fiere demon obligeant ami M. Pringle
de Charles-town, est de la meme culture que
toutes celles que nous avons suivies jusqu'ici;
seulement les petits ponts, qui se rencontrent
frequemment sur les chaussees , deviennent de
plus en plus mauvais. Nous avons passe dans
un bac la riyiere diEdisto ou Pompon,  qui, ( i»7 )
ayant sa source a deux cents milles, apporte en
radeaux les bois des derrieres de la Caroline ,
eioignes de plus de cent cinquante milles de
Charles-town.
M. Pringle loge dans la paroisse de St.-Bar-
thelemy ,   et  y cultive deux cents  acres  de
swamps et quarante acres de terre haute sur
la totalite de dix-neuf cents dont ilest proprie-
taire. S'il avait plus de bras, il en cultiverait
davantage ; s'il n'emondait et ne pilait pas son
grain a la main, il pourrait employer plus de
bras a la terre. Mais sa fortune est bornee, et
les petits planteurs feront toujours difficilement
l'avance necessaire  pour la construction des
machines.  II m'a fait voir en detail tous les
precedes de sa fabrication de riz, m'a explique
tous ceux de la culture, et les renseignemens
que j'ai obtenu de lui sont telle ment conform es
a ceux que je m'etais deja procures, qu'apres
trois ou quatre autros conversations pareiiles
avec d'autres planteurs , j'aurai droit de me
croire complettement instruit sur Farticle du
riz. On le seme a jpresent; c'est le tems ou
le commun des planteurs commencent ce*tte
operation que quelques-uns ont deja finie et
a laquelle quelques autres ne penseront pas
de quinze jours.
Le pays est plein de Fespece de crocodiles ( io8 )
que les naturalistes appellent cavmans. Nous
en, avons vu un petit chez le general Washington , que son chasseur avait tue. Dans une
promenade avec le docteur Pringle nous en
avons vu deux endormis sur la berge d'un
large fosse bourbeux , Fun et Fautre d'une
grande taille, mais Fun particulierement long
de plus de douze pieds, de Fextremite de la
tete a celle de la queue. Nous avons pu Fexa-
miner a notre aise de dix a douze pas de
distance. Le bruit que nous avons fait apres
cinq a six minutes , Fa eveille et il s'est en-
fonce dans l'eau. Rarement cet animal touche
l'homme , quelque pres qu'il en soit ; il fuit
toujours, sur-tout quand, ce qui arrive quelquefois , il est sur terre. Dans l'eau , on a
des exemples qu'il est plus feroce. Il y a
quelques annees qu'une femme qui se bai-
gnait a eu la cuisse. coupee par un cayman.
Plus conimunement cet animal attaque les
chiens, qu'il vient enlever quelquefois assez
pres des hommes. Souvent aussi, quand a la
suite.des daims les chiens passent la riviere,
il ^aisit le daira et quelquefois le chien ; et
Fanimal ainsi pris est entraine au fond de lean
et ne reparait plus. Les ecailleS dont toutes
les parties du corps du cayman sont couvertes
le rendent invulnerable \ s'il n'est pas frappd ( 109 )
aleurextremite, toujours moins forte al'epaule
ou aux yeux.
Le serpent-sonnette est encore fort craint
dans ce canton. Il n'y a pas d'exemple recent de personne morte de sa morsure, mais
ceux de chiens, de chevaux, de vaches peris peu d'instans apres avoir ete mordus, sont
assez communs. Ceux des morsures gueries
le sont cependant beaucoup davantage. Mais
en tout, il parait que le nombre de ces ani-
maux dangereux est peu considerable dans
ce pays. D'apres ce que dit le docteur Pringle qui en a beaucoup vu, ils sont bien plus
gros ici que dans le Nord. J'en ai vu moi-
meme deux qui m'ont paru pareils a ceux
du Genessee , seulement de couleur plus
animee.
Le Water-rattle-snake , en frangais , le
serpent-sonnette d'eau, a aussi quelque ve-
nin dans sa morsure, mais moins que Fautre.
On ne sait pourquoi on Fappelle serpent-
sonnette , car il n'a pas de sonnette; il n'a
pas non plus les deux longues dents incisives
qui font le danger du serpent - sonnette , et
qui, en histoire naturelle, en forment le caractere. Quelques naturalistes le croient la fe-
melle du serpent-sonnette , d'autres pensent
que c'est une espece particuliere , et de cette ( no)
discussion comme de bien d'autres, a la lu-
miere desquelles Fobservation de beaucoup de
fails manque, il ne reste qu'incertitude et que
systeme. Le serpent noir est assez commun
en Caroline; il poursuit Faggresseur qui Fat-
taque ,  mais rnord sans venin.
On voit aussi des pantheres dans les bois ,
mais peu, et les exemples ou elles ont atta-
que l'homme sont rares et meme contredits.
Le chat - tigre ,  le loup , le renard, y sont
assez communs.   Quelques  poules  pres  deS
habitations, quelques  moutons ,  meme   par
fois  quelques veaux sont  enleves   par eux.
Les planteurs qui, deux fois   tous  les ans,
font ramener aupres de la maison la totalite
de leur troupeau pour le compter, marquer
les jeunes,   choisir  ceux qu'ils yeulent   en-
graisser ou faire travailler ,   accusent  moins
les betes  sauvages du manque qu'ils y trou-
vent ,  que les negres ou   meme les   blancs
perils planteurs  ou ouvriers.   D'ailieurs ,   le
nombre de ces troupeaux est si considerable
que le  planteur   s'afflige peu de la perte de
trois  ou  quatre   animaux.  L'hiver n'est pas
assez  froid dans ce pays pour  empecher le
betail d'etre toujours dans le bois. II y trouve
une nourriture abondante; et quoique beaucoup de planteurs  engraissent  les animaux (m)
avec de la paille, du son de riz et de mais ,
avant de les tuer, il en est beaucoup davan-
rage qui les tuent dans Fetat ou ils les trou-
vent dans les bois. M. Pringle, qui n'a que
soixante-dix a quatre vingt negres , et qui,
ainsi, ne peut etre mis au nombre des grands
proprietaires , a de deux a trois cents tetes
de betail.
Par ce que j'ai vu des gentlemen plan*
teurs, tant au diner des commissaires , pres
l'habitation du general Washington, que dans
le voisinage de celle de M. Pringle, il me
semble que la conversation de cette classe
d'hommes a peu d'interet. La chasse, la table ,
le jeu et la paresse , semblent Femploi le plus
ordinaire de leur tems. Au petit nombre pres
de ceux que leurs peres assez riches ont pu
envoyer en Europe, ils ont peu d'education,
par consequent d'instruction.
M. Pringle, chez qui je suis, est un exemple
tres-distingue , parmi les planteurs instruits,
sages et honnetes. II a iini en Europe son
education. Il y a appris la medecine , qu'il
a exercee quelque tems ici, mais qu'il n'exerce
plus que par bienfaisance, afin de se tenir
plus independant. C'est un homme bon sous
tous les rapports , aimable , obligeant, ins-
truit, communicatif, simple , et tel qu'il est I
(IP
heureux et rare d'en trouver dans tous les
pays du monde.
II est d'ailleurs excellent maitre pour ses
negres, qualite qui , a mes \eux , ajoute
beaucoup aux autres. II professe contre Fopi-
nion de quelques - uns , que les maitres in-
dulgens et doux sont ceux dont les plantations prosperent le plus , ou les negres sont
plus fideles , plus laborieux. Il est aime des
siens ; ce qu'il culrive de sa plantation est
dans le meilleur ordre, et sa population noire
comme celle du general "Washington , accroit
tous les ans d'un vingtieme.
Dans les environs de Fhabitation de M. Pringle, il y en a quelques-unes tres mediocres ,
occupees par des blancs qui n'ont pas de negres, et qui cultivent avec leurs bceufs une
vingtaine d'acres dans les cinquante dont la
possession est necessaire pour avoir droit
d'eiection. Cette classe de planteurs a peu ,
et semble, d'apres ce qu'on dit, meriter peu
d'avoir Festime des autres; mais le travail que
les perils planteurs font eux-memgs pour re-
colter du mais , des pommes de terre ou du
seigle , prouve que les blancs peuvent se faire
a ce climat. II est vrai qu'ils travaillertt peu
de suite dans les saisons chaudes, qu'ils ne
trayaillent pas dans les swamps dont ils sont
generalement ( »»3)
geWralement assez eloignes. Mais si, comme
on le croit jusqu'ici, Fespece blanche ne
peut s'accoutumer ni au travail ni meme au
sejour des swamps dans les tems chauds , c'est
encore beaucoup que d'avoir la certitude qu'ils
peuvent travailler dans les hautes terres , a
la culture des bleds , des pommes de terre,
des turneps , etc., car ainsi, on a Fesperance
et le moyen de mettre en valeur cette eten-
due enorme de hauies terres qui divisent les
swamps, et dont Fabondance des arbres qui
y poussent fait voir la bonte.
Je ne veux pas oublier d'ajouter que M.
Pringle a fait avec beaucoup d'obligeance
present a M. de Beauvois, d'une hultre petri-
fiee , ramassee pres de Columbia-, k cent
vingt milles de la mer. Elle a seize pouces
anglais de long. II y en a Ik une couche considerable de la meme espece , ce qui , avec
beaucoup d'autres preuves de la meme nature,
atteste que la mer a coiivert toute cette
etendue de pays , et il est probable que la
chaine de hautes montagnes qui court de la
Floride au Canada, en etaient de ce c6te les
limites originaires. Les habitans voisins de
cette couche s'en servent tres-utilement pour
faire de la chaux.
Tome IV%
Ji i
( *U )
Riviere de Beaufort..
Je ne parlerai plus des chemins tant qu'ils
seront de cette ennuyeuse beaute qui ne
nous a pas encore otfert la plus legere interruption depuis Charles - town jusqu'ici. Je
ne suis pas fatigue de cette magnificence
de productions que les bois offrent a chaque
pas dans la plus grande abondance; mais
toujours des bois 1 on ne peut cesser, en les
traversant , de regretter qu'une terre assez
riche pour les produire ne soit pas employee
a une culture utile, et que, par la reunion
des circonstances ou se trouve la Caroline , plus
des dix-neuf vingtiemes de ses belles terres ,
qui pourraient produire tant de mais, d'orge ,
de seigle, d'avoine, de bled , et augmenter ainsi
larichesse de l'Etat en diminuantl'insalubrite
de son climat, soient condamnes a une tres-
longue , sinon meme a une eternelle sterilite.
La nature appelle ce pays a une grande pros-
perite. C'est la faute des hommes s'il n'y
arrive pas.
Nous voyagions avec l'excellent M., Robert
Pringle , digne frere de John Pringle de Charles-town. II a voulu nous conduire le 20 k^
Beaufort f dontU connait tous les habitans* ( i>5)
Les plantations sont rares et peu considerables
dans tout le trajet que nous avons fait aujourd'hui ; nous y avons vu planter le riz par-
tout , mais encore une fois ce par-tout ne
se trouve pas souvent.
J'avais une lettre pour M. Th. Fuller a Sheldon , sur notre chemin; il n'y etait pas , mais
sa femme nous a regus aussi bien que son
raari Feut pu faire , tout obligeant qu'on dit
qu'il soit. Madame Fuller est une femme ai-
mable , et je le dis independamment de sa
reception polie et de son bon diner. On assure
quelle ajoute des qualites essentielles a ses
agremens qui n'ont rien d'affecte , et j'ai du
plaisir a croire a. la reunion de ses vertus
avec ses manieres agreables et distinguees.
C'est le sort des voyageurs de contracter
frequemment des obligations. Nous Favons
eprouve le soir meme avec une autre dame
qui demeure sur le rivage de File de Beauford.
Le bateau qui conduit de la terre a cette ile
etait trop petit pour contenir nos deux voi-
tures et tous nos cheyaux. II a done fallu
passer successivement, et ce passage a plus
de deux milles de long, tant pour descendre
le creek de Port-royal que pour traverser la
riviere de Beauford, dans laquelle il se jette
a trayers des marais qui obligent a s'embar-
H 2 ( m6 )
quer aussi loin. 11 etait deja pres de sept
heures avant que notre seconde voiture fut
arrivee , et nous avions dix milles a faire pour
nous rendre a Beauford. Mistriss Ruppel et sa
fille ont une habitation aupres du lieu ou
arrive le bateau ; c'est meme a elles qu'appar-
tient le peage. Nous voyant promener sur le
rivage , elles nous ont fait proposer d'entrer
chez elles , puis de nous y donner un asyle
pour la nuit.
Mistriss Ruppel est encore une dame ca-
rolinienne tres-aimable ; elle etait il y a quinze
ans la beaute par excellence de Charles-town :
quoiqu'e'lle ait a present trente-cinq ans , et
qu'elle soit tourmeniee de maux de nerfs
affreux , elle a encore beaucoup d'agremens.
Elle habite ordinairement Charles-town ou
elle doit retourner avant le mois de Juin ,
dans la crainte de ces terribles fievres, qui,
a cette epoque de Fannee, font un desert des
campagnes.
- On peut dire toutes les belles choses que,
Fon voudra de nos politesses europeennes,
mais en aucun lieu du monde cette vertu ,
ou si Fon veut cette qualite que les Anglais
appellant hospital!te n'est exercee aussi bien,
aussi simplement, avec autant de sine trite
qu'en Amerique, et ne peut Fetre nulle part ( m)
mieux qu'en Caroline, au moins d'apres tout
ce que j'en ai eprouve jusqu'ici.
Nous avons passe aujourd'hui sur un tres-
mauvais pont la riviere Combahee. Elle e^t la
limite du district de Charles-town et de celui de
Beauford. Le seul evenement de notre route
a ete la rencontre d'un. grand cayman trouve
mourant dans un fosse qui bordait notre
etroit chemin : il etait frappe a la tete d'un
coup de hache , et se trouvait plus eioignd
de l'eau que ces animaux ne le sont ordinai-
rement ; nous Favons acheve a coups de
buche et apres avoir constate en le mesu-
rant qu'il avait onze pieds et demi de
long , nous Favons abandonne au grand regret de M. de Beauvois , qui eut voulu pou-
voir le dissequer , Fempailler et Femporter ;
mais il en trouvera d'autres. Ils sont tres-com-
muns dans les eaux douces de la Caroline
et de la Georgie. Ces animaux , terribles par
leur aspect et par tout ce qu'on dit de leur*
ferocite n'effrayent ici personne , soit que
les voyageurs ayent beaucoup exagere le
danger dont ils sont pour les hommes , soit
qu'ils ayent pris ici Fespece de timidite et
de douceur que Fon remarque en Amerique
chez les animaux les plus feroces des autres
parties du monde. II est sans exemple qu'ils
H5 ill
( n8)
attaquent un homme sur terre, et celui que
j'ai cite d'une femme attaquee dans l'eau est
le seul dont il soit parle dans le pays. Mais
ces animaux horribles sont vus avec haine ,
et tues par tous ceux qui les rencontrent.
On rn'avait dit chez M. Isard que lorsque
Fon abattait des pins dans les parties de ter-
reins appelees pine-barrens, c'est-a-dire ,
terres ou il ne vient que des pins , la terre,
si elle n'est pas fortement labouree , se couvre
Fannee suivante de petits chenes , et qu'alors
les pins ne repoussent pas; et qu'au contraire
quand les chenes sont abattus , ce sont les
pins qui reparaissent. Je me refusais a croire
cet espece de phenomene, mais il m'a ete si
souvent repete sans aucune contradiction,
que je le consigne ici. Il ne peut etre explique
que par la facilite que Feclairci du terrein
donne au gland de se developper et de pons-
ser , facilite dont le privait Fepaisseur des
pins et leur ombrage , et de meme pour la
pousse des jeunes pins apres Fabattis des
chenes. Cet espece de chene qui croit ainsi
dans les pine-barrens, est un chene a larges
feuilles , qui ne s'eieve jamais a plus de huit
k dix pieds. Il est appele serob dans le pays,
quelquefois chinque~pine dans d'autres par~ HH9m
(119)
ties des Etats-Unis, et par les botanistes anglais  dark-black-oak , chene noir fonce.
Le metier des teneurs de stores est en
Caroline comme dans le reste de FAmerique
un metier profitable , cependant moins qu'ail-
leurs , au moins dans cette partie de FEtat.
Les stores y sont en petit nombre , parce que
les planteurs dont ils sont environnes tirant
directement presque toutes leurs provisions
de Charles - town , ou la vente de leur re-
colte leur donne des affaires I les teneurs- de
stores sont reduits a vendre aux passans , aux
tres - petits planteurs ou aux negres. lis sont
vus de tres-mauvais ceil par les grands planteurs , qui les regardent comme les receleurs
des vols de riz, de bestiaux, etc, , que leur
font leurs negres , et qu'ils trouvent a echan-
ger au store pour du rhum, du gin et quelquefois de Fargent.
Cet espece de marchands payerft annuel-
lement trois pounds ou treize dollars a l'Etat
pour la permission de tenir magashji.
Beauford. Maniere de bdtir eh Taby.
L'ile de Beauford , sur laquelle on arrive
apres avoir fait ce mauvais et ennuyeux passage de riviere ,   a  environ quinze mille de
1 4 If
(   120   )
long sur dix de large ; elle est isoiee de 1st
terre par les eaux de Broad-river, a Fem-
bouchure de laquelle se trouvent aussi beaucoup d'autres lies. Broad-river n'est plutot
que Fembouchure de la riviere Coosaw a laquelle se joignent les eaux de la mer qui
1'agrandissent. La ville de Beauford , com-
posee d'environ soixante maisons , est a dix
milles de ce point. Les maisons sont presque
toutes baties sur le port, au moins ce sont
les plus belles , et la proportion de celles-la est
considerable.
La maniere de batir particuHere a cette
ville est le taby. Le taby est une chaux d'e-
cailles d'huitres que Fon delaye avec de
l'eau. On y mele une assez grande proportion
d'ecailles d'huitres en nature. Ce mortier se
met dans une caisse de toute la longueur et de
Fepaisseur du mur que Fon veut construire.
Les caisses n'ont point de fond, mais leurs
cotes sont de distance en distance reunis-
entre eux en haut et en bas par des liens de
bois. Le mortier s'y pile avec force , et quand
on les en a remplis autant qu'elles en peuvent
contenir , on le laisse sedier deux a trois
jours , alors on 6te la caisse et la premiere
assise du mur est faite. On place ensuite cette
caisse au - dessus de la couche sechee { et on
ill (  121  5
recommence toujours successivementle m erne
procede, les memes caisses servant & toutes les
differentes couches dont le mur est compose.
La hauteur de ces caisses est de deux pieds et
demi, leur largeur depuis quinze pouces jusqu'a deux pieds et demi , selon Feievation
des batimens. Les ouvertures des portes et des
fenetres sont laissees sans batisse. On remplit
generalement de brique les soubassemens des
fenetres k chaque etage. L'epaisseur du mur
en haut et sur les cotes des fenetres et des
portes est garnie de planches. Les cheminees,
faites dans l'epaisseur des murs , tenus alors
plus epais , ou plus communement construites
en dehors , sont aussi de briques. A cela pr6s
tout est en taby, meme les fondations, dans
lesquelles souvent on creuse une cave. Le prix
de cette batisse est de dix pences le pied cube,
un peu plus d'un cinquieme de dollar quand
elle se fait par entreprise. On enduit ces
murs d'une couche de ce meme mortier plus
delaye, et meie du petit gravier qu'on trouve
dans les rivieres, et dont on remplit aussi les
vuides laisses par les bois qui unissent les
cotes des boltes. On dit que cette espece de
maison est aussi durable que celles en bois
et meme en briques. J'<#i ai vu que Fon m'a
assure etre baties depuis plus de cinquante (   122  )
&ns , et elles n'ont aucune apparence de ve-
tuste. L'humidite generale de tout ce pays
detruit souvent par places Fenduit exterieur,
mais pas plus qu'il ne detruit la peinture des
maisons de bois , les plafonds des galeries
ouvertes, enfin tout ce qui est expose a Fair ,
non-seulement dans la ville de Beauford , mais
dans toute la Basse-Caroline.
Le port de Beauford est pour son entree et
sa rade le plus beau peut-etre des Etats du
Sud. Aux marees les plus basses , il y a dans
les places les moins profondes vingt- deux
pieds d'eau et trente dans les grandes marees.
Des vaisseaux de soixante-quatorze canons y
ont mouilie pendant la guerre , et cette pre-
fondeur d'eau continue jusques aux quais, en
avant desquels est une grande et sure rade
entouree d'lles. Mais cinq passages conduisent
de la mer dans Broad-river; ces cinq passages
sont egalement profonds , tous assez larges
pour que les vaisseaux puissent en y navi-
guant se tenir hors de la portee du canon. II
est par consequent impossible de mettre le
port en etat de defense. L'art et les depenses
europeennes pourraient peut-etre vaincre ces
obstacles naturels, mais la Caroline et FAmerique entiere n'aulfcmt pas ces moyens de
long-tems. Ainsi ce port est reduit a la seule (   123   )
defense des batteries flottanses , des vaisseaux
embosses, etc. , moyens qui sont etrangers a
sa propre situation.
Deux a trois bricqs seulement appartiennent
a cette place , et sont employes k porter k
Charles-town les produits de File , des iles voi-
sines, d'une partie meme des pays de der-
riere, et a en rapporter les marchandises\an^
glaises a Fusage des habitans. La longueur, la
difficujte du passage de la riviere et le mau-
vais etat du bateau , seul moyen de communication avec la terre-ferme detournent beaucoup de planteurs d'envoyer a Beauford leurs
productions , et les determinent a les faire
passer directement a Charles-town. On espere
que dans deux ans cet obstacle n'existera plus ,
et qu'alors ce port ou avant la guerre de la
revolution on chargeait annuellement quarante ou cinquante vaisseaux , deviendra port
de commerce de quelque intent au moins
pour le cabotage.
Les planteurs de File ont forme une com-
pagnie dont les fonds divises en cent actions
de trente dollars sont destines a la construction d'un pont et de deux chaussees. Le marche1
est fait en consequence avec Fentrepreneur;
mais cet entrepreneur est le charpentier de
Massachussetts , qui a fait le beau pont  de (   124)
Boston , et le lieu ou ce pont doit etre cons-
truit etant aussi mal sain que toutes les cam-
pagnes de la Basse-Caroline ; la crainte trop
fondee des maladies qui ravagent le pays en
ete et en automne lui fait suspendre ses tra-
vaux pendant quatre ou cinq mois. Rien n'est
done moins certain que le tems ou seront finis
le pont et la chaussee, que le defaut de plus
grands moyens d'argent a reduit a la beaucoup
trop petite largeur de dix-huit pieds.
Avant la guerre, on construisait annuelle*
ment de quatre a cinq vaisseaux ou bricqs
dans le port de Beauford. Le sejour de dix-
huit mois qu'ont fait les Anglais dans cette
ville , a entraine la meme devastation de pro-
prietes, et des incendies pareils a ceux qu'ils
ont commis dans le reste de la Caroline, et
dans presque tous les autres points de FAmerique dont ils ont ete les maitres. Les fortunes
ne sont pas encore retablies , et on batit a
present un navire seulement tous les deux ou
trois ans. J'ai vu sur le chantier un bricq de
cent soixante tonneaux, destine a servir de
paquebot de Charles-town a New-Yorck. Il est
entierement constmit dans ses membres en
chene verd, ses bordages sont de pin , la
quille de liquidambar. Le chene verd est
coupe de novembre en Janvier j il est laisse dans l'eau jusqu'en mars. Les constructeurs
ne croient pas qu'en l'attendant davantage, il
soit d'une plus grande duree. Le charpentier
est un homme de New-Yorck, ainsi que ses
-quatre principaux ouvriers. La construction
de ce bailment coutera pour la partie des bois,
quarante-deux dollars, et sa depense totale
pour le mettre a la voile, s'elevera k soixante-
deux dollars par tonneau, prix dun tiers plus
grand qu'avant la guerre actuelle. Les voiles ,
les cordages, se tirent de Charles-town, c'est-
&-dire, pour leur plus grande partie, d'Angleterre. La quantite de chanvre »qui se recolte
dans les derrieres de la Caroline , est enlevee
par les negocians de Charles -town, au grand
avantage des cultivateurs , qui, dans la situation presente de Beauford, n'y trouveraient
pas un marche assure.
La vegetation est encore plus riche a Beau^
ford qu'a Charles-town : les orangers , qui,
dans cette denuere ville et ses environs , sont
detruits par la gelee tous les cinq a six ans, ne
le sont pas ici une fois en douze annees. II
paralt que le froid de deux degres au-dessous
de la glace est celui qu'ils ne peuvent pas
supporter. Mais Fexperience de ce pays montre
que le meme degre , auquel ils resistent en
decembre et en Janvier , les tue en mars lors* fit
ill!
(126)
que la seve est plus en mouvenient, et le3
boutons prets a se former. On nous a communique ici une autre observation sur les
prangers, qui est neuve au moins pour moi,
et qui me semble si extraordinaire , que je ne
Faurais pas consignee ici, si elle ne m'eiit ete
repetee par tous les planteurs de Beauford.
Comme le climat de ce canton n'est pas tout-
a-fait au degre de chaleur desirable pour cette
espece d'arbres , leurs fruits sont quelquefois
trouves aigres au tems de leur maturite. Alors
ils sont laisses sur les arbres , y passent l'hi-
ver, s'y fietrissent, s'y dessechent, et au prin-
tems suivant ils reprennent leur premiere
couleur verte, se remplissent de jus, et passent
par tous les degres de vegetation qui les ame-
nent a la maturite ou ils etaient Fannee pre-
cedente, etmeme a une plus parfaite, puisque
leur jus est devenu plus doux. 11 arrive aussi
de tems en tems que les oranges sont moins
clouces, et c'est en les laissant une annee de
plus sur Farbre , que Farbre et le fruit sont
corriges,
Le plus grand nombre des habitans de Beauford out leurs plantations dans File meme , ou
dans les iles voisines , et en retirent toutes les
provisions dont ils ont besoin. Il n'y a pas
de marche\ dans la ville , ni d'autre moyen de (127 )
se procurer ce qu'on ne tire pas de chez soi.
La peche four nit en abondance des drumps ,
des basses, et d'excellentes petites tortues a
qui veut se donner la peine d'en prendre.
L'iie , occupee aujourd'hui par soixante a
soixan;e-clix planteurs, etait encore presque
entierement cultivee en indigo il y a quatre
ans , epoque ou le mauvais succes de la culture, Fincertitude de la fabrication , etle bas
prix de la ven.te a fait tenter d'y suppie'er par
la culture du coton , commencee deux ans
piutot en Georgie. Les essais ont reussi , et
comme les indigos ne trouvent plus aucun
debouche, la culture en a diminue successive-
ment; elle est, cette annee , tout-a-fait aban-
donnee dans File de Beauford , dans les lies
voisinas et presque dans toutes les parties
de la Caroline, et remplacee par celle du
coton.
Le major FFright ,\egene'v&\Barnewelt, et
ses fibres , sont ceux des planteurs qui les premiers ont essaye Iexoton dans File de Beauford , et qui aujourd'hui le plantent plus en
grand. C'est d'eux que je tiens mes renseigne-
mens sur la culture de cette plante et sur ses
precedes. ( 1*8)
Culture du coton.
C'est de Georgie que les premieres graines
semees en Caroline ont ete tirees. La Georgie
avait fait venir les siennes des iles de Bahama.
Avant le tems de la semence , la terre est
bechee en silions de cinq pieds de large : c'est
sur la partie eievee de ces silions , que Fon
seme, dans une espece de rigole tracee pour
servir de direction au semeur. Avant desemer,
la graine est eprouvee en la trempant vingt-
quatre heures dans Feau ; celle qui surnage
est rejettee, pour ne faire usage que de celle
qui tombe au fond. Ainsi eprouvee, la graine
est plantee de dix pieds en dix pieds. Un
boisseau suffit pour trois acres. On seme un
mois plutot, c'est-a-dire en fevrier, des graines
de mais dans cette meme rigole , aussi de dix
en dix pieds , de fagon qu'il se trouve alterna-
tivement dans les lignes un mais et un coto-
nier. C'est vers la fin de mars, que les planteurs les plus diligens sement leur coton ; plutot on craindrait les froids qui detruisent la
plante quand elle pousse. Il est beaucoup de
planteurs qui sement seulement en avril,
meme en mai; mais ils ont une recolte plus
tardive, et que Fon croit moins abondante.
Independamment ( lag )
Independamment du froid qui, comme je Fai
dit, est a craindre pour les cotons naissans ,
cette plante est souvent attaquee par un ver,
qui coupe les racines quand elles sont encore
trop jeunes , et qui fait perir la plante. C'est
pour rendre le danger moins grand, que Fon
s6me plusieurs graines dans la meme place ,
et que Fon fait ainsi la part aux vers, espe-
rant que dans la quantite que Fon leur sacri-
fte , une tige se sauvera, ce qui arrive en effet
ordinairement.
II parait que ce ver est le meme qui attaque
le maiis , et quelques autres plantes; mais une
fois que le cotonnier est haut de deux pouces,
il est a l'abri de ce danger. Un autre objet,
en semant le colon si epais , est d'empecher
Fherbe etrangere de s'y nuMer, et de rendre le
nettovage de la terre plus facile. La pluie trop
abondante est aussi redoutee des planteurs a
cette epoque : elle noie la graine, et la pour-
rit. Quand le coton a trois a quatre pouces de
haut, on commence a arracher dans chaque
place quelques tiges, et ainsi successivement
excepte trois ou quatre. On nettoye le terrein , on en 6te toutes les herbes, et on chausse
le coton autour de sa racine. Cette operation
qui se renouvelle aussi souvent qu'elle est
necessaire, a lieu communement trois a quatre
Tome IV. I ( i3o )
fois pendant la pousse entiere du cotonnier.
Quand le mais a ses grains formes, on en casse
la tete pour empecher la pousse de ses feuilles,
qui s'eievant avec le cotonnier, le priverait
de la circulation de Fair , et Fempecherait de
croltre , et c'est aussi a cette intention qu'on
le seme un mois plutot. Cette operation est
meme utile au mais , en preservant ses grains
des injures qu'ils pourraient recevoir et de la
pluie et des oiseaux. Les tiges du cotonnier,
ainsi debarrassees , prennent le dessus. Enfln
on cueille le coton de sa coque en aout; mais
cette operation dure souvent jusqu'en decembre , parce que la vegetation subsiste dans
ces plantes jusqu'au froid , et que jusqu'alors
le coton se reproduit plus ou moins sur la
meme plante. II est des planteurs qui at ten-
dent , pour recueillir le coton , que la coque
s'ouvre d'elle-meme. II en est qui en forcent
Fouverture. II ne parait pas jusqu'ici que les
resultats de ces deux procedes soient fort dif«
ferens.
Les grandes pluies sont encore a craindre
pour les cotons , aux epoques de vegetation
les plus avancees. Elles fletrissent la coque ,
en detruisent plusieurs, et nuisent a Fabon-
dance de la production de presque toutes.
Cependant, il n'y a pas d'exemple d'une pert© (i3i )
entiere de la recolte par les pluies, et a cet
egard Fete dernier a 6te d'une bonne experience , puisqu'il a ete en Caroline , comme
au Nord du continent, pluvieux au-dela de ce
dont on avait le souvenir.
Les chenilles sont un autre ennemi beaucoup plus dangereux  du cotonnier.  Si elles
l'attaquent quand  il est en fleur, et si leur
devastation n'est pas arr^tee , la recolte entiere
est perdue. Quand elles attaquent le coton en
coque  formee ,   elles  nuisent  encore beaucoup , mais ne detruisent pas toute la recolte.
Il est des planteurs qui, pour les empecher
d'arriver, ou pour les chasser quand elles y
sont,  brulent du   souffre   dans les   silions,
d'autres  du  tabac.  Le  plus grand nombre ,
attentif a se promener dans les champs ,   a
faire regarder  aux plantes presque  tous  les
jours , font detruire les chenilles a la main ,
desle moment qu'elles paraissent, et ce moyen
en diminue plus le mal qu'aucuri autre. Il s'exe~
cute facilement ,   dans les plantations de la
Caroline , ou Fon a une fourmillere de perils
negrillons ; mais sans cette ressource, il se-
rait trop dispendieux pour y  avoir recours,
et serait d'adleurs souvent impossible, Le coton
recueilli,  est nettoye de sa graine, qui s'y
trouve toujours enveloppee en plus ou moins
I   2 (  iSa )
grande quantite. Si dans la recolte il se trouve
des* colons  taches  et jaunes , on les met au
rebut, et on ne nettoye que ceux destines a
la vente.
Le procede employe jusqu'ici pour cette
operation, etait de faire passer les colons
entre deux petits cylindres de bois tres-rap-
proches, et nuts en sens contraire par une
roue mise elle-meme en mouvement par le
pied de Fhomme qui presente le coton au
cylindre. Les cylindres saisissent le coton ;
la graine est trop grosse pour passer avec lui;
elle tombe d'un cote , tandis que le coton qui
s'en est separe tombe de Fautre. Le meme
homme travaille a-la-fois de ses deux mains
et de ses deux pieds , la machine etant double , et nettoie ainsi sept a huit livres de co-
ton par jour. J'ai vu a Beauford une machine
mue par un cheval , infiniment plus grande,
plus complette et plus expeditive que Fautre.
Elle consiste en un cylindre de bois de mar
hogani, garni de dents de fer , qui saisit le
coton , le divise , et en separe les graines a
Faide d'une plaque de cuivre un peu tran-
chante, contre laquelle il tourne, et qui serre
ces graines d'assez pres pour n'en laisser
passer aucune. Le coton separe de sa graine
est immediatement ressaisi par une espece de ( -33)
brosse tournant dans un sens conlraire de
celui du cylindre , qui, en 6tant les petits
grains qui pourraient etre restes, le nettoie
encore da vantage. Ce -moulin fera mouvoir
six de ces machines ; deux seules sont a present en mouvement. Chacune d'elles nettoie
par jour cent livres de coton. Quelqu'avan-
tage que cette machine ait pour la promptitude et la perfection du nettoyage, on n'est
pas sans inquietude a Beauford pour son ef-
fet sur le coton quelle nettoie. Les negocians
de Charles-town ne donnent plus que seize
pences du coton dont ils donnaient vingt
Fan nee derniere, et disent pour raison que
la soie n'en est pas si longue ; or il n'y a que
le coton passe a cette machine qui eprouve
cette diminution de prix. On craint done que
le coton n'en soit trop altere, trop peigne,
trop divise. Par Fexamen de ces deux machines , on voit que cette crainte peut etre
fondee; les dents de la nouvelle sont aigiies,
tranchantes , courtes ; le mouvement rapide
ajoute a Faction de ce tranchant, et le co-
ton qui en ^rt , mieux nettoye sans doute
que celui qui sort de Fautre machine , est
visiblement plus divise. II me semble que de
la combinaion des deux machines on peut
aisement en composer une qui reunirait les
1 5 (134)
avantages de chacune, en corrigeant les in-
conveniens de Fune et Fautre.
C'est un M. Witteney de Connecticut qui
a invente celle-sci , et a obtenu pour elle un
privilege. Probablement, quand ilen connaitra
les inconveniens , il les rectifiera , s'il ne le
fait pas, un autre en inventera une meilleure.
Car Finteret qu'ont les planteurs de nettoyer
promptement et bien leurs cotons , est et
devient tous les jours si grand qu'une telle
invention assure un gain considerable a son
auteur. Le proprietaire de la machine actuelle
de Beauford, prend pour nettoyer le coton,
un quart de ce qu'il en nettoie. Il parait que
tous les planteurs de ces lies et de toutes les
parties basses de la Caroline, ou Fon ne peut
cultiver le riz , de tous les points enfin ou
Fon cultivait Findigo , s'occupent de planter
le coton.
L'indigo de la Caroline, comme je Fai dit,
ne trouve plus d'acheteurs, mais en trou-
vat-il au prix le plus haut qu'il ait eu jusqu'a present, la culture du coton serait toujours beaucoup plus avantageuse. i°. Un negre ne pouvait cultiver en indigo que trois
acres , et le produit de chaque acre , par un
moyen terme , est de trente-cinq livres d'in-
digo pret a vendre. Le prix en etait de trois ( iSf )
'quarts de dollar la livre. Un negre produisait
done par la culture de Findigo, un revenu
annuel de soixante - dix - neuf dollars a son
maitre. En coton , il cuitive sept acres, ( et
par le mot cultiver , on entend ici comme
pour Findigo , toutes les operations qui ame •
nent les substances au point d'etre mises en
vente ) la recolte ordinaire est de cent quarante livres de coton net; le prix commun
dix-huit pences. Chaque acre produit done
dix livres sterling dix schellings ou quarante-
cinq dollars , et par consequent chaque n6gre
produit soixante - dix - huit livres sterling dix
schellings ou trois cent quinze dollars. 2°. La
culture du coton est sujette a beaucoup moins
d'accidens que celle de Findigo, qui souvent
dans une nuit , est devaste" dans la totalite
d'un champ par les mouches. 3°. Le coton
recolte , il n'y a plus qu'a le vendre ; la recolte de Findigo achevee, il reste encore la
fabrication , difficile , incertaine dans le suc-
ces , laborieuse dans son travail, et produi-
sant par la fermentation et par le residu, une
odeur putride, qui, dans un pays chaud particulierement , est un germe de maladies.
4Q. L'indigo ne peut etre laboure, fabrique ,
que par des hommes faits , dans la recolte
du coton et dans  sa preparation ,  on  peut
14 ( i36)
occuper jusqu'a des enfans en bas age; s'il
est meme une culture a laquelle les blancs
puissent travailler dans ce pays, c'est a celle
du coton. Le terrein bien prepare est toujours
raeuble : la terre d'un sable gras, mais legere,
est la plus propre a cette culture, a qui Fap-
proche des swamps est nuisible. Voila done
bien des raisons pour lui donner la preference.
Diminution d'emploi des bras et augmentation de produit dans la meme quantite de
terrein, plus grande probabilite d'une bonne
recolte , salubrite de la culture, facilite d'y
employer des ouvriers de tout age , vente
assuree des produits. D'ailleurs , le mais cul-
tive avec le coton, en servant a la nourriture
des negres , economise un terrein qui aurait
ete employe a cetre culture, et sauve au maitre
le tems des negres qui soignent a-la-fois la
mais et le colon. Enfin, on peut ajouter
comme un bien general pour l'Etat , qu'une "
quantite plus grande d'acres de terre etant
mise en valeur par une seule main Faugmen-
tation des defrichemens en est la consequence
( et deja beaucoup de planteurs cedent leurs
terres a leurs voisins qui les cultivent entie-
rement avec la meme quantite de negres qui
n'en rnettaient pas la moitie en valeur il y a
quatre ans ). L'augmentation  de la richesse
I (i37 )
des planteurs est encore pour l'Etat un grand
bien , et beaucoup plus profitable que Faug-
mentation des fortunes par speculation.
La culture du coton est encore trop nouvelle dans ce pays pour que toutes les observations necessaires sur son meilleur mode
aient ete faites. Le major Wright, par exemple,
croit que la culture melee du coton et du
mais ne nuit pas au coton; avec les precautions qu'il prend , il assure qu'il en obtient
autant que dans les terres de meme qualite,
ou il ne s^me que du coton et plus rappro-
che. Quelques planteurs en doutent et sement leur coton et leur mais dans des champs
differens. II y a aussi des planteurs qui sement
la graine a des distances diverses. Des experiences bien faites , bien compares, fiXeront
promptement toutes ces incertitudes.
Le choix des graines pour la qualite du
coton n'est pas encore connu. Les noires etant
plus lisses , elles sont plus faciles a enlever
du coton que les vertes qui s'en depouillent
difficilement. Les noires sont done, sous ce
rapport, preferables, mais le coton est-il meilleur , est-il aussi bon , Fest-il moins ? Voila.
ce qu'on ne sait pas ici , et ce qu'une facile
observation apprendra , ainsi que la juste
quantite des graines a semer, et que les rai- 22a
( i38)
sons de preference pour le choix des terres 9
car les opinions different encore sur les plus
ou moins elevees, peut-etre meme en Georgie,
ou. cette culture est plus ancienne , quoique
deja moins etendue a present qu'en Caroline,
Fexperience a-t-eile eclairci quelques-unes de
ces questions ? II en est encore une impor-
tante , mais qui sera probablement long-
tems sans etre decidee, c'est Futilite de Fen-
grais sur les terres a coton.
Cette culture trop nouvelle n'a pu encore epuiser les terres. La petite quantite de
bras a employer en proportion de Fetendue
des terres cultivables , donne aussi la faculte
de changer de terrein , et de laisser reposer
celui que Fon croit fatigue. Mais cette miserable abondance cessera tot ou tard; on
voudra mettre tout en produit, et les engrais
seuls en donneront les moyens. Ils augmen-
teraient meme sans doute les produits des
terres aujourd'hui cultivees , et le melange
de la terre prise dans les marais sales avec
de la terre ordinaire , des herbes et plantes
marines que Fon pourrait y joindre , est un
engrais d'une utilite reconnue ? facile a se
procurer dans le voisinage de la mer, et qui
ne peut etre qu'avantageusement employe
pour le coton,  I »;JWP>
(1J9)
Indh
go.
J'ai cherche a connaitre, tant a Charles-
town qu'ici, quelles pouvaient etre les rai-
sons de Favilissement du prix actuel de Findigo , et meme de la grande inferiorite de
son plus haut prix, quand il trouvait plus
d'acheteurs, au prix commun de Findigo de
St.-Domingue ou du Mexique, et voici celles
qui m'ont ete donnees.
L'indigo cultive en Caroline j est une
espece d'indigo batard , dont les feuiiles
minces et dures se terminent en pointe.
II est seme a la fin d'avril , peu soigne ,
sur des terres mediocrement nettoyees , de
fagon que la plante croit imparfaitement, et
qu'en la coupant, on coupe souvent autant
d'herbe que d'indigo. On ne la coupe que
quand elle monte en graine, et elle n'est
coupee que deux fois , rarement trois.
On emploie pom* la lessive de Feau de
chaux, qui, s'amalgamant avec la partie jaune
colorante , s'unit avec elle a la partie bleue,
qui pour etre portee au dernier degre de perfection, devrait(etre exempte de toute partie
heterogene.
Une cuyee d'indigo de Caroline, du poids ( 140 )
de quinze cents livres , ne donne que sept a
huit livres d'indigo, et en donne moins , selon que le melange de mauvaises herbes fau-
chees avec la plante est plus considerable. De
tous ces defauts de culture et de fabrication,
il resulte que Findigo de la Caroline n'est
propre qu'a teindre les  laines grossieres.
II est employe par les Anglais pour les
grosses etoffes, dont une grande quantite est
envoyee dans les Etats-Unis, et sert a l'habil-
lement des negres. II ne se vendait au plus
que quatre cinquiemes de dollar la livre.
L'indigo, cultivea St.-Domingue, est Findigo
franc, d'une crue moins eleve que Fautre, de
feuilles plus charnues et qui se terminent en
cceur. Les champs qui en sont semes , sont
mieux tenus , et nettoyes de toute herbe etran-
gere : il est coupe des que la fleur commence a
pointer, et il Fest regulierement trois fois,
souvent quatre, quelquefois cinq. Dans sa fabrication , il est mis a fermenter, lave , et
sa partie colorante precipice sans autre agent
que Teau.
Cependant, cette operation soumise & Fin-
fluence de la variation des saisons , a celui
de Fetat de Fatmosphere, ne doit son succes
a St.-Domingue, cpik la grande habitude; les
principes chimiques n'en ont pas ete jusqu'ici nmm
( If )
assez etudies. Le docteur Polony P de qui je
tiens une grande partie de ces renseignemens ,
pretend avoir trouve un agent qui rend sure
et prompte cette operation dans tous les tems,
et son produit a-la-fois plus abondant et plus
certain. A St.-Domingue, une cuvee, pesant
quinze cents livres , donne quinze livres d'indigo ; chaque   coupe d'un carreau  en donne
quatre   cuves ,   ce   qui ,    portant   le  nombre des coupes  au taux  moyen de quatre,
donne par carreau deux cent quarante livres
d'indigo; qui  se   vend un dollar et demi  la
livre. (Le carreau est a St.-Domingue la me-
sure de la terre; il est de cent pas en quarre,
chacun de trois pieds et demi ,  ce  qui fait
122,5oo pieds   frangais   de  surface ).  L'acre
ne   contient   que   43,56o  pieds quarres,   et
Yon sait que le pied anglais est de neuf lignes
plus petit que le notre.
La Caroline pourrait encore tirer un bien
grand avantage de la culture des oliviers, de
Fedueation des vers-a-soie , de la propagation
des abeilles. Il n'est aucune raison qui per-
mette de douter que rintroduction de ces
trois nouvelles branches d'industrie ne fut
suivie d'un grand succes, et la premiere sur-
tout peut etre de la plus grande importance
pour FAmerique. If
(142)
Details sur I'Ue de Beaufort.
On cultive encore dans File de Beauford
le seigle, Favoine , les patates douces. Le
seigle se seme en fevrier ou en septembre ,
et se recolte k la fin de mai. L'avoine qui se
seme en fevrier , se recolte en juin , mais
les recoltes sont peu abondantes; on obtient
de huit a quinze boisseaux de seigle ou d'avoine
par acre , vingt de mais , et seulement a peu-
pres dix , lorsque^le mais est plante avec le
coton. Le seigle est cultive principalement
pour les bestiaux.
Le prix des meilleures terres dans File de
Beauford est de douze a quatorze dollars Facre,
celui des plus mauvaises de deux. Les lots de
ville , selon leur position , sont de cinquante a
deux cent cinquante dollars ; ils sont de soixante pieds sur deux cents. La compagnie de
milice de File est de soixante-dix hommes.
Les habitans de Beauford vantent la salubrite
de leur ville. Beaucoup de families de planteurs , qui craignent la depense de Charles-
town , ou qui ne peuvent y trouver des maisons , viennent a Beauford passer les mois
d"ete; celles qui craignent plus encore la
depense, ou qui sont etablies plus loin de
la mer, vont dans les pays de derriere. Les i 143)
villes sont en general plus saines et toujours
davantage en raison du plus grand nombre de
maisons , ce qui semble confirmer Fopinion
que leur salubrite tient plutot a Feffet de la
fumee sur Fair qu a leur position reelle. Les
habitans de File qui vivent sur leurs plantations , ne les quittent pas, mais il n'est pas
un individu de ces families qui n'ait dans le
cours de Fete au moins cinq a six acc6s de
fievre.
Une couche legere de terre un peu ferru-
gineuse , qui se trouve sous une partie de la
ville de Beauford, est la cause presumee des
frequens orages et des chutes multiples de
tonnerre qui y ont lieu. Les villes de Beauford
et de Cootawatchie se disputent le titre ae
capitale du district de Beauford , dont la
population etait en 1791 , de quatre mille
cent cinquante-sept blancs , et quatorze mille
deux cent trente-six negres esclaves , dans
une etendue de soixante-neuf milles de long
sur trente-sept de large. La population est
augmentee depuis cette epoque.
J'avais des lettres pourle general Barnewelt:
j'ai recu de lui, de sa famille et de tous ses
parens la plus amicale reception. Le general
Barnewelt est un hdmme de sens, d'une bonne
reputation dans sa profession militaire;   il a ( i44 )
bien fait la guerre, il est aujourd'hui brigadier-
general de milice. II est membre du senat
de l'Etat, et il y jouit, dit-on , de beaucoup de
consideration et d'influence. Son frere Robert
estorateurde la chambre des representans de
FEtat. Il a beaucoup de severite dans ses prin-
cipes , et beaucoup de franchise ; c'est un
homme distingue pour Fesprit et le caractere.
Son second frere Edward, aussi colonel de milice , qui vit sur sa plantation a quatre milles
de la ville , est encore un homme de sens et
de bonne education. Cette famille tient par
alliance a presque toutes les families de File, au
moins a celles des plus considerables habitans.
Les opinions politiques paraissent ici plus
en faveur de Fexecution du traite qu'a Charles-town , mais la haine contre les Anglais
n'y est pas moindre. Le President y est res-
pecte et cheri. On y semble attache a la
constitution, et tous les sentimens que j'ai
entendu exprimer, sont patriotiques, inde-
pendans, genereux et loyaux.
J'ai vu ici un grand interet pour M. de la
Fayette , allant presque jusqu'a Fexaltation.
J'y ai entendu dire avec unanimite que « tout
» Americain qui ne serait pas dispose a con-
•» tribuer de sa fortune et de ses perils a sa
» delivrance ,  meriierait d'etre renie par la
% nation ( i45)
tiation x>. Ces sentimens sont aussi honorables
pour ceux qui les sentent que pour celui
qui les inspire.
II y a dans Beauford une association volon-
taire d'habitans , qui , sous le nom de societe charitable , a pour objet de secourir
le malheur et de pourvoir a Fedueation des
enfans pauvres. 11 snffit d'avoir une honnete
reputation pour y etre admis. Chaque membre
se soumet a payer annuellement cinq dollars,
et il acquiert ainsi la certitude que s'il meurt
dans la misere, sa femme recevra une pension annuelle de la societe , et que ses enfans
seront mis par elle en apprentissage. La condition d'etre habitant ou proprietaire de File
n'est pas necessaire. Tout Carolinien , tout
Americain meme peut s'y faire admettre. Elle
est deja composee de cent cinquante membres.
La legislature vient d'accorder a cette societe un fond de vingt-un mille quatre cent
vingt-huit dollars sur la vente des biens confis-
ques, pour batir un college, ou cette societe,
par une augmentation de souscription, pro-
jette dereserver des places absolument gratuites
pour les enfans hors d'etat de payer, et d'autres
a demi et k quart de prix pour ceux qui ne
pourraient pas payer la pension entiere. On es-
pere procurer a ce college de bons maltres.
Tome IV. K
71
1 ( i46)
Pendant le long sejour que nous avons faiff
a Beauford, nous avons ete invites a un^club
qui, ayant la chasse pour pretexte , a pour
veritable intention la reunion des planteurs,
l'occasion de parler des intents communs , de
raisonner sur la culture du coton , plus le plai-
sirde diner, de boire et de fumer ensemble.
Le club a lieu tous les quinze jours ; on
n'y boit que de l'eau -de - vie et du rhum,
parce que la depense du vin empecherait
les planteurs moins riches d'y prendre part,
chacun devant a son tour fournir le diner.
Je n'aime pas les longs diners , les journees
entieres perdues en boisson et en tabac ,
mais Fagreable et simple maniere dont nous y
avons ete traites a dii me rendre indulgent sur
ces petits inconveniens , dont j'ai tire parti ,
en questionnant jusqu'a Findiscrerion, et en
faisant une bonne recolte d'informations.
On parle ici bien mal des ventes de terre ,
qui ont eu lieu en Georgie, et de tous. ceux
qui y ont pris part; il parait en tout que la
speculation en terres est tres-mal vue en Ca-j
roline. Il y a deux ans que le gouverneur de
cet Etat, peiitionne par la chambre, a fait?
une proclamation pour avertir f Amerique et
l'Europe entiere quel Etat n'a vait plus de terres
h vendre, et qu il y avait a ne defier de ceux ( M7 )
qui en proposefaient. Les habitans de la Ca»
roi tie ont cet avantage sur ceux des Etats
du Nord , qui sont loin d'anathemari>er ainsi
les ^peculations de terres > et qui donnent trop
souvent lieu et protection a leur agiotage
Voyage a Savannah.
La longueur du voyage de Beauford a Sa*
vannah par terre , et Finvariable uniformity
de cette route ressemblant a toutes les autres,
nous ont determines a nous y rendre par eau.
JSTous nous menagions les moyens de voir
toutes les c6tes ou ja culture du colon s'etablifi
avec une si grande etendue , et ou croissent >
dans une si riche abondance , les beaux chenes
verds envies de toutes les marines du monde.
Nous avons eonfie nos chevaux et nos voittires
a nos negres , et sous la conduite de notre
ami Robert Pringle , nous nous sommes em»
barques dans un bateau garni de quatre ra-*
meurs. Le bateau appartenait au docteur Steward , un de ces obligeans habitans de Beau*
lord qui nous ont si bien regus. Deux negres
lui appartenaient aussi ; les autres nous ont
ete donnas par d'autres habitans qui ont voulu
contribuer a la surete et a la promptitude de
noue navigation. Notre bateau a ete pourvu
K. a ( i48 )
de viande et d'oranges , et ainsi charges de
bienfaits, et pleins de reconnaissance , nous
avons quitte Beauford.
La navigation est toujours entre les lies. On
suit Port-royal-river, jusqu'a Broad-river ,
que Fon traverse dans une largeur de neuf
milles. On entre dans Seall-creek, puis dans
Caliboge-river. Nous avons pris dela le Broad-
creek , pour aller coucher le 25 avril, a une
habitation de notre ami Robert Pringle.
Le vent et la maree nous ayant ete con-
traires toute cette jounce, notre navigation a
ete de cinq a six heures plus longue qu'elle
ne 1'eu.t ete avec un tems moins defavorable-;
Le lendemain redescendant le meme Broad-
creek, nous avons traverse Caliboge-river,
suivi Coosk-river le long de Pine-island, puis
Trascut-river, puis en traversant FVright*
river, nous sommes arrives dans la riviere
de Savannah, et de la a la ville de ce nom
batie a vingt milles de la mer. L'augmentation
a notre equipage d'un negre pilote , que nous
trouvames a Hilton-head a abrege notre route
de plusieurs milles. II nous a fait traverser de
petits canaux tenement remplis de joncs qu'ils
ne seraient pas appergus de ceux qui ne les
connaitraient pas d'avance. C'est par un de
&es petits canaux si converts qui aboutissent; ( i"49 )
dans la riviere de Savannah, que le colonel
Maitland passa pour venir secourir le general Prevost a Savannah contre Fattaque de
M. d'Estaing en 1779. Nous avons vu , dans
ce trajet, un grand nombre de ces ehoux pal-:
mistes dont les feuilles sortent immediate-
ment de la tige , comme celles de tous les
palmiers , et dont le tronc est couronne par
ties feuilles de la meme espece , develfpppees
en even.tail. L'extremite superieure du tronc
de cet arbre est molle et semblable pour la
forme au choux, et pour le gout au turneps.
Les habitans le mangent , ou cru et avec du
vinaigre, ou cuit avec da beurre. Le bois de
cet arbre , tout poreux qu'il paraisse y esl
avantageusement employe pour la construction des digues. Les quais de Charles-town
en sont revetus ; il a ete utilement employe
pendant la guerre aux batteries de File de
Sullivan. Nous avons vu aussi beaucoup
de chenes verds y quelques -uns d'une considerable grosseur r mais tres-peu eieves ,
ce qui est le caractere de cet arbre , k cette
latitude. EnRn , soit en passant dans les
creeks , soit en naviguant dans la riviere de Savannah , nous avons rencontre des centairtesL
de caymans les uns nageant, les autres en-*
jdormis sur la plage-
K5 3*»
C i5o)
Savannah.
Cette capitale de la Georgie , est batie sur
un large monceau de sable, eleve de trente
a trenie-cinq pieds a pic au bord du fleuve
qui lui donne son nom. Sa reputation d'insa-
lubrite remplit le monde en tier : cependant
ses habitans, comme ceux de tous les lieux
mai-sains , assurent qu'elle est salubre ; que
Feievation de sable , sur laquelle elle est batie,
la preserve de tous les accidens communs dans
le Sud des Etats-Unis aux lieux bas et fiu-
mides ; enfin , que Savannah est beaucoup plus
Sain que Charles-town; car Charles-town et
la Caroline sont sous tous les rapports un
objec constant de jalousie pour Savannah
et la Georgie.
Pour prononcer sur cette question, il fau-
drait avoir sous les yeux les etats de mortaiite
de ces deux yilles depuis un certain nombre
d'annees, comparer Feffet que produit Fac-
croissement de la population dans les deux
places, avoir un releve des maladies, etc. etc.
On ne peut se procurer cette reunion d'in-
formations, meme a Philadelphie; comment
esperer de la trouver a Savannah ?
Si Fon exam.ne cependant les causes qui ( i5i )
servent ordinairement a juger la salubrite des
villes, on tronvera que Charles-town a, par
s virion j le benefice de Fair de la mer ,
reeonnu generalement pour etre sain ; qu'elle
n h separee de la mer que par deux lies ,
pin saines encore que la ville , et qu'elle est
distante au moins de douze milles , de la plus
prochaine culture de riz ; tandis que Savannah , a vingt milles de la mer , en est separee
par un pays tres-plat, tres-humide , cultive en
riz, et ou aucun planteur ne reste en ete ; que
File d Hutchinson, situee de Fautre cote de la
riviere , au Nord-est de la ville, c'est>a-dire ,
dans la direction ou les vents soufflent le plus
habituellement a la fin de Fete et en autornne,
est tellement pestiferee , que les negres y
meurent dans une proportion quatre fois au
moins plus considerable que par-tout ailleurs,
et qu'il n'y a pas d'econome qui puisse y re-
sister trois ans ; on trouvera que les habitans
de la Caroline affluent a Charles-town, dans
les mois ou les maladies sont les plus communes et les plus contagieuses , et que Savannah n'est pas , a. beaucoup pres , dans les
memes tems , un. refuge aussi general. Enfin,
la fumee des maisons etant generalement re-
gardee comme anti-putride , la ville qui en
produit une plus grande quantite, doit etre celle
K 4 ( i5a)
qui combat, avec plusd'avantages lesexhalai-
sons mephitiquesquil'entourent,et a cet egard
encore Charles - town merite la preference ,
puisque sa population est de vingt-deux a vingt-
cinq mille habitans, tandis que celle de Savannah , par le plus haut calcul, ne peut pas
etre portee a sept.
La chaleur est aussi plus forte a Savannah
qu'a Charles-town; le degre moyen du thermometre , dans les trois mois d'ete, etant 94 degres
(Farenh. ) , ou 27 degres cinq neuviemes
( Reaum. ) , et celle de Charles-town de 90 degres (Farenh.), ou 25 degres sept neuviemes
( Reaum. ); et cette montagne de sable, d'ou
les habitans de Savannah veulent tirer un motif
de saiubrite pour leur ville , reflechit et rend
encore plus terrible la violence de cette chaleur. La chaleur de ce sable est telle, qu'un
ceuf, qiiiy est enfonce dans les chauds jours
d'ete, y durcit, dit-on, en douze minutes. Cependant , les rues de Savannah sont beaucoup
mieux calcuiees pour un pays chaud que celles
de Charles-town. Elles sontlargea, multiplies,,
coupees de plusieurs places tres-vastes. Les maisons y sont moins elevees , et sans doute Fair y
circule plus librement. Mais cet avantage, reel
sans doute , ne peut pas compenser pour Sa-r
.vannalx  tous  ceux que Charles- town a sux
II ( i53 )
elle. Savannah n'est pas plus payee que Charles*
town, par la meme raison de defaut de pierres
k une tres-grande distance. Il n'y a pas de
trottoirs comme a Charles-town , et le sable y
etant plus mouvant encore , y rend la marche
plus desagreable.
En accordant k Savannah une population
de sept mille individus , ce qui ( comme je
Fai dit est meme au-dela de la plus haute estimation) il fauty comprendre au moins quatre
mille noirs. Les maisons y sont presque toutes
de bois , tres-inferieures a celles de Charles-
town. Parmi les edifices publics , le plus re-
marquable par son etendue et sa solidite, ainsi
que le travail de ses murs en briques, est le
cimetiere. Si Fon pouvait croire que la grandeur de ce dernier asyle est proportionnee
aux besoins de cette ville, on y trouverait encore un motif de juger defavorablement sa
salubrite" , d'autant que les negres (qui par
la raison commune a tous les pays ou Fes-
clavage est en vigueur, ne sont pas juges
dignes d'approcher d'un blanc , meme apr&s
leur mort) ont un lieu de sepulture dans les
.bois. Quelqu'un a dit en voyant ce cimetiere
reellement remarquable entre tons ceux de
FAmerique , que les habitans de Savannah
avaient voulu  honorer d'un beau temple la ( i54)
divinite   qui  a   choisi son sejour, parmi eux,
Depuis la guerre, Savannah s'est fort accru
en population, mais ce n'est que depuis trois
ans que le nombre de nouvelles maisons y est
considerable. Le prix des lots de la ville est
de deux cent vingt a quatre cent quarante
dollars. Le prix des loyers de maisons du premier ordre est de cent trente dollars , des
plus belies deux cent cinquante. Il y a marche
reguiierement tous les jours. Le gibier est la
viande la meilleure , la plus commune et la
moins chere. Le bceuf coute six pences, le
mouton huit, le veau, l'agneau, neuf; tout
cela mauvais et maigre; les poulers trois quarts
de dollar la paire. Un dinclon sauvagequi pese
vingt a ving-cinq livres, coute rarernent plus
d'un dollar, et y est assez commun. On y
trouve quelques poissons de riviere fort bons,
quelques tortues, quelques bons coquillages,
jamais de poisson de mer. Le barril de farine
y coute aujourd'hui vingt dollars.
II y a dans Savannah des eglises d'episco-
paux, de presbyteriens, d'anabaptistes, de lu-
theriens allemands, de juifs et de methodistes.
Mais plusieurs d'entr'elies sont sans ministres;
les candidats etant rares , et la devotion peu
commune.
Quoique Sunbury , Saint-Simon , Sainte- raras
( ,55)
Mary, soit aussi des ports de mer de Geor*
gie , Savannah peut-etre regarde comme le
seul par la grande superiorite de son commerce , d'autant que generalement les autres
y versent les productions qu'ils regoivent de
leurs environs. Les exportation de Savannah
ont ete , Fannee 1795, de 695,260 dollars,
Elles consistent en nz , coton , indigo, tabac,
mais , bled et seigle, bois de construction. On
peut y ajouter aussi le sagou , qu'un ducteur
Bier of ft fait avec la patate douce et la moelle
du paimiste, et qui s'exporte dans les differens
ports des Etats-Unis avec quelque abondance.
Ce docteur Bierofft a herite de cette rece*tte
d'un docteur Boswell, qui avait long-tems
reside dans les Indes Orientales , et elle est
un secret , tant pour la proportion de ses deux
elemens que pour le mode de la fabrication.
Ce sagou, quoiqu'inferieur a celui des Indes
Orientales , est cependant bon , et a les memes
proprietes. Quant a la patate douce % un des
elemens de ce.sagou, c'est un fruit long,
qui, comme les pommes de terre ordinaires ,
dont cependant elle differe pour Fespece, se
forme et grossit en terre. Sa culture consiste
k la planter au nombre de quatre a cinq mor-
ceaux que Fon recouvre d'une petite motte
dans   un champ laboure soigne us ement. Le ( i56 )
icTiamp est tenu propre, la motte rechargee de
terre pendant la croissance de la plante , et
le fruit est recueilli. Le terrein sabloneux , un
peu eleve, est preferable pour cette culture
facile. La patate douce , que beaucoup de
Georgiens et de Caroliniens mangent avec
delices , sert de nourriture aux esclaves.
J'ai vu pres de Savannah, dans les terres
humides qui entourent cette ville , des cypres
a feuilles d'acacia en grande quantite, et de
vingt-cinq a trente pieds d'eievation.
Observations sur la Georgie.
La riviere de Savannah , navigable jusqu'a
Augusta en bateaux de cinquante tonneaux,
apporte presque tous les produits qui se re-
coltent sur ses bords. La navigation de cette
riviere , obstruee a trois milles au-dessus par
des rapides , est encore ouverte par dela dans
un cours de cent cinquante autres milles.
La culture de Findigo est abandonnee en
Georgie comme en Caroline, et pour la meme
raison. Celle du coton s'y accroit tous les
jours , et celle du tabac y est depuis quelques
annees diminuee des deux tiers , par la double
raison , et qu'elle appauvrit les terres , et que
la suryeillance des officiers de l'Etat charges ( i37 )
Se Finspection des tabacs destines k Fexpor*
tation , etant peu exacte, ses qualites et la
fidelite de ses poids ne sont pas les memes
que dans les Etats voisins ; par consequent ,
les tabacs de Georgie ne trouvent pas une
vente aussi facile dans les marches d'Europe/
La culture des grains et celle des cotons
remplacent encore la diminution de celle des
tabacs. Les cotons cultives a une certaine
distance de la mer, ont moins de qualite ,
moins de finesse et de longueur dans leur soie
que ceux qui en sont plus rapproches ; mais
cette difference n'en met cependant qu'une
de deux a trois pences par livre dans leur prix.
Le coton qui croit dans les pays recules, se
vend communement dix-huit pences , et Fautre
de vingt a vingt-un.
De cette exportation totale de 695,260 dollars pour Fan nee 1795 , on n'en peut compter
pour les productions de la Georgie, que 56o,445,
le surplus etant la reexportation de marchan*
dises etrangeres a l'Etat.
C'est a* Charles-town que se porte la plus
grande quantite de tous les produits de la
Georgie , par quelques batimens appartenant
a Savannah. Ils en rapportent les marchandises
europeennes qui se repandent dans FEiat,
Quelques vaisseaux du Nord  viennent aussi ( 1,58 )
faire a Savannah , ou y completter leur char-*
gement pour FEurope. Les batimens apparte*
nant k Savannah ne sont qu'au nombre de
treize, encore son seul vaisseau a trois mats
vient-il de perir aMadere. A ce commerce de
cabotage avec Charles-town , Savannah ajoute
un petit commerce avec Bahama, et avec les
colonies.
Le defaut absolu de bras empeche les constructions a Savannah, comme il yempeche les
armemens. Les proprietes ont ete devastees
pendant la guerre , et les fortunes ne sont pas
encore remises; le gouvernement, d'ailleursV
est sans ordre , les loix sans vigueur, les negocians ont peu de credit. II n'y a pas de
banque en Georgie, les pays dederriere s'op-
posent a aucun eti blissement dp ce genre ,
tant par ignorance de Futilite qu'ils en pour-
raient tirer, que par la mefiance qu'ils ont de
l'avidite , du peu de solidite et du peu de
bonne-foi de la plupart des negocians de Savannah , qui seraient les principaux agens de
cette banque.
Voila plus de raisons qu'il n'en faut pour
expliquer comment le nombre des vaisseaux
ne s'augmente pas en Georgie , et comment
son commerce se continue dune man iere aussi
inferieure. La quantite considerable d'emigra- rzm
( i5q)
tions arrivant de la Caroline du Nord et de
'la Virginie , et Faccroissement de la culture
qui en resulte font cependant annuellement
augmenter les exportations; celle de 1791
etait de 491^72 dollars ; celle de 1792 , de
488,973; celle 1793, de 5oi,385; celle de
1794, de 676,154 ; celle de 179C a ete deplus
de 900,000 dollars.
C'est de 1732 seulement que date l'etablis-
sement de la Georgie. Vingt-un particuliers
riches firent une souscription pour y envoyer
de pauvres families d'Angleterre et d'Irlande.
Beaucoup de donations particulieres se joi-
gnirenta la souscription, et le parlementd'Angleterre donna aussi 72,000. liv. sterlings pour
faciliter cet etablissement , qui avait Fobjet
politique de separer la Caroline du Sud des
etablissemens espagnols. En -qn an environ ,
cinq cents Anglais , Irlandais , Hollandais ,
Allemands, arriverent en Georgie , alors gou-
vernee par les souscripteurs qui avaient fait
les premiers frais de Fetablissement de cette
colonie ; mais constamment tourmentee par
les guerres avec les Indiens et avec les Espagnols , la souverainete et le gouvernement en
^furent reinis a la. couronne d'Angleterre par
les souscripteurs eux-memes. Alors cette pro-
yince regut une forme de gouvernement a-peu> ( i6o)
pr6s semblable a celle des autres colonies
anglaises d'Amerique , et commenga a pros-
perer sous ce gouvernement, qu'elle conserva
jusqu'a Ja revolution.
La constitution que se donna la Georgie
etait absolument democratique. La legislature
etait composee d'une seule chambre qui n'a-
vait dans la formation des loix aucun contra-
dicteur. Le gouverneur etait chef des forces
militaires, charge de Fexecution des loix pour
lesquelles cependant il ne pouvait agir que de
Fagrement du conseil executif. Toutes les
differentes places etaient renouvellees cnaque
annee par Felection du peuple. Le peuple de
Georgie le plus democrate de tous ceux de
FUnion , ou a plus proprement parler, le plus
eloigne par ses inclinations de toute constitution gouvernante , a cependant senti qu'il etait
necessaire de poser quelque frein a la precipitation et a la passion avec laquelle cette
chambre unique faisait et detruisait les loix.
C'est en 1789 qu'il a forme une nouvelle constitution , mais qui devant etre revue en 1794
par une nouvelle convention , et Fayant ete
reellement, n'est datee que de cette derniere
epoque.
Par cette constitution , qui a les principaux
caracteres de celles des autres Etats , le gouvernement ( i6, )
nement de Georgie est compose cFune chambre
de senateurs , d'une de representans et d'un
gouverneur. Le nombre des senateurs est d'un
par comte. La duree du senat est de trois
ans, tous ses membres sont elus a la fois ,
et cessent a la fois leurs functions. Pour etre
eligible comme senateur, il faut etre age de
trente-huit ans , resider depuis huit ans dans
les Etats-Unis , etre citoyen de Georgie depuis
trois ans , resider depuis six mois dans le
comte ou Yon est eiu , etre proprietaire de
deux cent cinquante acres de terre ou de
toute autre propriete yalant au moins cent
cinquante livres sterling , ou six cent qua-
rante-deux dollars et demi; car la monnoie
de la Georgie est la meme que celle de la
Caroline du Sud. Chaque comte fournit un
nombre de membres a la chambre des representans proportionne a sa population. La
chambre est renonveiee chaque annee. Pour
etre eligible comme membre de la chambre
des representans , il faut etre age de vingt-
un ans , resider depuis sept ans dans les Etats-
Unis , etre citoyen de l'Etat depuis deux,
habiter depuis trois mois le comte dont on
est representant , posseder deux cents acres
de terre ou six cent quarante-deux dollars en
valeur.
Tome IV. h (   ,62)
Le gouverneur est eiu pour deux ans. A
cet effet la chambre des representans nomme
par scrutin trois personnes. La liste en est
remise au senat, qui par scrutin aussi choisit
sur les trois. Pour etre eligible comme gouverneur , il faut etre age de trente ans, citoyen
des Etats-Unis depuis douze , habitant de
l'Etat depuis six , posseder six cents acres de
terre ou quatre mille deux cent quatre vingt-
huit dollars en proprietes d'une autre espece.
En cas de mort ou d'autres motifs qui em-
pedient le gouverneur dexercers il est rem-
place par le president du senat, que le senat
choisit. Le gouverneur peut accorder grace
apres sentence rendue , hors pour meurtre
et trahison : mais dans ces deux cas il peut
suspendre la sentence jusqu'a la seconde legislature qui prononce. Toute loi est soumise
a sa revision , mais la majorite des deux tiers
de la chambre fait loi sans son concours. Tous
les officiers de FEtat , juges et autres sont
nommes par les chambres comme le gouverneur et pour le meme tems. Le gouverneur
nomme seulement son secretaire et les premiers officiers de milice.
Pour etre electeur il suffit.d'avoir vingt-un
ans , d'avoir reside six mois dans l'Etat , et;
4d'y avoir paye taxe Fannee precedents. lEM&P
'(  M |
Le choix des sept eiecteurs qui doivent
nommer le President des Etats-Unis se fait par
les assembles ordinaires d'eiection.
La constitution regie aussi qu'en cas de mort
sans testament , la femme a part d enfans ,
tous les enfans partagent egalement, ou faute
d'eux leur representant au premier degre.
Comme la Georgie est ires-peu habitee an
Sud de Savannah jusqu'a ses frontieres avec
la Floride , et que le fort de sa population
est dans les comtes d'en-haut, la plus grande
partie des representans appartiennent a ces
pays eloignes qui ont ainsi Finfluence dans
toutes les deliberations; et comme Fignoranea
y est encore plus grande que dans les comtes
d'en-bas, peupies d'habitans plus riches, et un
peu eclaires par le commerce, il resulte d'a-
foord que les hommes de loi et les proprietaires un peu plus aises de ces parties , ne
sont pas eius deputes, parce que la defiance
contre.eux est extreme , que le plus petit habitant se croit aussi capable de faire des loix
que Fhomme d'Etat le plus consomme, et
qu'il aime mieux gagner les deux dollars par
jour attribues a chaque representant que de
les laisser gagner a d'autres ; et par une consequence naturelle , il suit encore de tout
cela que les loix sont le resultat des prejuges
L a c m)
cle Fignorance, et de Finteret suppose de ce^
pays recuies, et que souvent meme Fassemblee
jnanque d'hommes en etat de les libeller.
Cet etat de choses est fe^eause ou Feffet du
desordre qui regne dans toute Fadministration
de l'Etat ; par exemple , Finteret que le gouvernement des Etats-Unis paye a la Georgie
pour les i5,888 dollars, dette de la guerre
dont il s'est charge , comme il le fait pour les
autres Etats , n'est pas paye pour l'Etat de
Georgie aux creanciers qui en ont les certi-
ficats , et pour qui reellement ces interets
sont payes par FUnion. L'Etat le garde sans
aucun titre, sans aucun pretexte, etles emploie
aux frais de son gouvernement pour lesquels
il y a beaucoup de taxes ordonhees , mais
qui sont aussi payees tres-irregulierement.
Ces taxes sont de quarante cents ou cen-
tiemes de dollars pour chaque cent dollars de
la valeur estimee des terres , elles sont eva-
luees selon leur classes ; les terres de swamps ,
de la premiere qualite le sont a dix dollars
trente-neuf cents, he pine-barrens k vingt-un
cents. Les terres de qualite intermediaire out
aussi une evaluation intermediaire.
Les lots de ville , les quais , les maisons
payent dans la meme proportion.
Xes capitaux des marchands payent vingt ( i65 )
cents pour chaque cent dollars de leur valetitf
estimee. Les agens de change et facteurs poutf
affaire qu'ils font faire en marchandises etran~
geres , liqueurs, payent dix-neuf cents dans la
meme estimation. Wffi.
Chaque Cent dollars de la dette fondee des
Etats-Unis paye cinquante cents.
Une capitation de trente-sept cents et demi
est imposee sur tou£ blanc de quelque age
qu'il soit, et sur les esclaves -au-dessous de
soixante ans. Une de 'cinquante centssur tout
negre ou muUitre libre. Une prime de dix.
dollars sur tout negre importe par mer. Une
taxe de quatre dollars sur tout homme 'pra'tft
quant les loix ou la medecine , tout agent du
facteur. Un droit de cinquante dollars sur tout
billard.
Les cours de comte peuvent remettre le*
capitations a ceux juges hors d'etat de les
payer.
Les comtes sont les districts de collectes $.
etil y en a dix neuf. Chaque individu posses--
seur d'une propriete taxable doit faire sa declaration I et encourt {'amende de dix dollars
pour chaque valeur de cent dollars qu'il n'a
pas declare , sans compter la peine d'une
double taxe. Les capitaines de milice dana
ieur arrondissement doivent recevoir les do- ( 166 )
tlarations et les faire passer aux receveurs des
districts. Les receveurs et les collecteurs sont
nommes par la legislature. Les derniers doi-
yent dLonner un cautionnement de 3,ooo a
20,000 dollars. Ils ont cinq pour cent des
taxes qu'ils levent , le receveur deux et
demi.
Tel est le sysieme de la taxation en Georgie , ou , comme je Fai dit, les impots sont
tres-mal payes.
La partie de la dette que FUnion n'a pas
prise a sa charge et qui est demeuree dette
cle l'Etat, n'est. ni.fondee , ni meme calculee.
|^S comptes des finances'sont imparfaite-
anent rendus , 'quand ils le sont. II regne dans
cette partie essentielle d'administration une
©bscurite que personne ne pent percer, ni ne
cherche a debrouilier , car Finsouciance en
Georgie est aussi forte que Fesprit de de-
sordre.
Presque nulle regie pour la levee de la milice. Une loi vient d'etre rendue par la der-
niere legislature a ce sujet , mais elle est
incomplette , et ne sera pas probablement plus
suivie que les autres.
Les loix sont imprimees partiellement, len-
tement , sans ordre. Le nombre des avocats
qui en possedent la reunion se borne pent- C 167)
fctre a deux ou trois dans l'Etat. 11 est de3
loix d'administration , des loix en vigueur
que deux personnes de Georgie ont seuls
en leur possession , on les leur emprunte
quand il s'eleve sur ces loix un debat ou une
incertitude. On ne sera pas peu surpris , je
pense , de savoir que mes recherches les
plus assidues n'ont pu me procurer, un seul
exemplaire de la constitution de Georgie im-
primee en 1790 , et qu'apres huit jours de
sejour a Savannah , capitale de l'Etat , je
n'en ai obtenu un que de Fobligeance du general Jackson, qui m'a donne le sien , sans
avoir pu me procurer les changemens qu'y a
fait la convention de   1794.
Lamefiance est le sentiment dominant entre
presque tous les habitans ; Festime , la consideration generale n'y sont pas eonnues. On
assure que Savannah est la place de FAmerique 011 les recouvremens d'argent se font
avec le plus de difficulte. Le planteur doit au
negociant , le negociant au planteur ou a sor*
correspondant , les habitans entr'eux. Les
dettes sont le suj'et le plus commun des prow
ces qui consomment une grande partie dela
somme diseutee , sans que le jugement avance
le remboursement du creancier. Cette disposition actuelle de mefiance vient d'acquerisr
L4 ( 108 }
ttne  nouvelle force par la grande  affaire de
terres qui divise aujourd'hui la Georgie.
La legislature de Fannee derniere (1795)
avait vendu a quatre compagnies quatre tracts
considerables de terre connues sous' le nom
de terres d' Yazzow, dont le montant total in-
connu de tout le monde , differe datis les
opinions depuis trente-six millions jusqu'a
cinquante millions d'acres , et qui en pre-
nant pour reelle terme moyen de quarante-
trois millions ont ete vend us un pence sterling Fa ere. Il etait connu dans le tems de
cette vente que les membres influens des deux
chambres avaient ete corrompus. Plusieurs
d'entr'eux sont meme acheteurs nominaux
formant les compagnies ; les juges , le gouverneur , tout y etait interessA. Quand la
constitution prescrit que les terres a vendre
en grands tracts , seront divisees en comtes ,
qu'il sera ouvert un bureau de ventes de
terres, ou les propositions des acquereurs seront regues , la legislature a dans Fespace d'un
mois , propose , discute et termine cette vente
immense qui renferme des terreins apparte-
nant aux Etats-Unis , et d'autres aux Indiens.
La legislature suivante a detruit cette
vente tenement terminee, que les quatre cin-
quiemes  des terres achetees par les quatre miy--
( 169 )
compagnies avaient ete re vendues a d'autresV
Elle Fa annullee , Fa dcclaree frauduleuse , et
a mis a la dissolution de ce marche , a la
briilure cle Facte original, etc. une telle passion , qu'il est difficile de croire que Feian de
Fhonnetete revoltee , et que le devouement
au veritable interet de l'Etat en ayent ete les
seuls ou meme les plus puissans motifs. Cependant il parait quo Finteret d'argent n'a ete
pour rien dans la conduite de ceux qui ont
renverse ce marche avec tant de passion; le
general Jackson qui est le chef de ce parti
reformateur a la reputation generale d'une
grande purete en raatiere d'interet.
II parait evidemment que la premiere vente
etait frauduleuse , qu'elle etait Feffet de la
plus impudente et de la plus sordide corruption, et les. neuf dixieines de l'Etat sont aujourd'hui de cette opinion ; mais , indepen-
damment du peu de confiance qui doit resul-
ter , pour toutes , les ventes ulterieures de
l'Etat, de ce contrat fait par une legislature,
et detruit par une autre ; les intents , les reputations attaquees par cette dissolution de marche , doivent exciter, et excitent des haines
que rien ne peut eteindre , et qui sont,
dans ce pays d'ignorance et d'interet personnel ,  un nouyeau ferment de discorde,  de (III)
trouble et d'injustice. Les papiers sont pleinS
d'articles diffamans , d'invectives , de cartels t
leur lecture seule prouverait, sans information ulterieure , le desordre et la licence de
l'Etat de Georgie. Les opinions politiques sont
en Georgie Fanti-federalisme le plus outre. La
profession publique de demagogic , la haine
contre le President, poussee souvent jusqu'aux
injures et aux imprecations ; voila la politique
de la Georgie , qui a cependant, en 1790 ,
accepte la constitution federale actuelle, sans
examen, a Funanimite, avec le meme enthou-
siasme avec lequel on la maudit aujourd'hui ,
et on en souhaite une autre , sans savoir
laquelle.
L'Etat de Georgie , le plus desordonne de .
tons ceux de FUnion , sans aucune corapa-
raison, est, dans sa petite population, un
compose de toutes les nations de FEurope , et
de toutes les parties des Etats-Unis. Son his-
toire , depuis son recent etablissement, n'est
qu'une succession de querelies interieures ,
de disputes avec les voisins , sans qu'au milieu de tous ces desordres , on puisse distin-
guer une etincelle d'esprit public. On sent
que , dans cette peinture generate du moral
et des opinions de la Georgie , il y a beaucoup d exceptions. J'ai rencontre moi-meme I kf* )
k Savannah, dans le court sejour que j'y ai
ikit, des hommes dont le caracrere honore- |
rait tous les pays ; mais on m'assure que ce ne
sont que des exceptions. C'est depuis la der-
riiere session settlement qu'une forme un peu
fe^uhere vient '-d'etre etablie dans *la distribution de la justice ; ainsi elle n'est pas encore
en vigueur, et n'y sera pas probablement de
long-tems.
Les cours ne se tiennent pas regulierement;
les jures s'assemblent avec difficuke; mais la
profession d'avocat n'en est pas moins, n'en
est peut-etre que plus , une de celles que Ion
peut embrasser dans ce pays avec le plus de
certitude de fortune.
La culture est la meme que celle de la
Caroline. Le coton est celle ou chacun a
present s'adonne a Fenvi , et qui est consi-
deree comme devant former la principale
branche de commerce. Les observations sur-
la meilleure maniere de cultiver le coton, ne
sont pas plus avancees en Georgie qu'en Caroline , et les planteurs de bonne foi con-
viennent qu'ils sont loin d'etre arrives au plus
haut degre de perfection. Par tout ce que
j'ai dit de l'etat des esprits , cette perfection
doit s'acquerir plutot en Caroline. La machine a nettoyer le coton est plus multipliee I 172 I
en Georgie ; mais on ne s'y appergoit ^a|
moins, qu'elle altere la longueur de la soie, et
elle commence a etre abandonnee par les
planteurs , qui attendent avec impatience una
machine de'Bahama, qui nettoyant le coton
avec plus de rapidite" encore , ne fait, dit-on,
rien perdre a la soie de sa longueur.
Les pays de derriere , backs-countries, k
commencer d'Augusta , sont, comme j'ai dit ,
beaucoup plus peupies , et ce sont ces habitans
qui fournissent al'exportation le tabac, lemais,
le seigle , le bled. On assure que la population des noirs est aussi plus abondante au-
dela qu'en-dega d'Augusta ; qu'il n'existe pas 9
a la verite , de planteurs qui en reunissent un
grand nombre dans leur propriete, mais que
tous les petits fermiers cherchent a s'en procurer , des le moment ou ils ont amasse Far-
gent necessaire pour en acheter, et que des
qu'ils en possedent, ils cessent eux-memes de
travailler , et se livrent a Findolence a laquelle
Fetat de maitre d'esclave dispose naturelle-
ment, que la chaleur du climat favorise encore , et dont les mceurs du pays font une
habitude.
La loi de Georgie permet Fimportation de$
negres de la cote d'Afrique; c'est le seul Etat
de FUnion qui  ait encore ses "ports ouyerts < 173)
& cet odieux commerce. Cette facilite n'en a
pas jusqu'ici amene un grand nombre dans le
port de Savannah. Six a sept cents seulement
sont arrives Fannee derniere ; quatre cents
cinquante dans les quatre premiers mois de
cette annee. On croit qu'il en arrivera deuxk
trois cents encore. Leport de Savannah n'en-
voie aucun batiment a la traite. Ils y vont
spontanement, et malgre la loi, de differena
ports de la Nouvelle-Angleterre , particulierement de Rhode-island ; et la cargaison arrive
a Savannah, on le debit n'est pas toujours
aussi sur que les besoins , parce que Fargent
manque, et qu'il est peu de negocians etran-
gers qui fassent de grands credits a ceux de
Savannah , et peu de negocians a Savannah ,
qui fassent de grands credits aux planteurs.
Pour cultiver seulement les swamps capables
de porter du riz , il faudrait, pendant dix ans ,
une importation annuelle de huit a dix mille
negres ; et, par la raison de mal-aisance dans
la fortune des Georgiens, un tiers de la
petite importation qui a lieu par le port de
Savannah, passe en Caroline, ou , malgre la
loi qui le defend, les negres sont introduits
en contrebande.
Ces negres , arrives d'Afrique , sont vendus
trois cents dollars. Ceux de la Cote-d'Or sont ( 174 )
prefers , puis ceux de Congo , puis les Thos.
Ceux-ci travaillent le mieux ; mais souvent,
dans les deux premieres annees de leur am-
vee , ils se detruisent.
J'ai vu a Savannah une de ces ventes de
negres nouvellem'ent arrives d'Afrique ; et,
quoique j'en aie eprouye Fhorreur commune ,
je crois , a tous ceux a qui Finteret note pas
le sentiment de Fhumanite et ne paralyse
pas le jugement, elle a ete moins grande en
moi, que celle que j'avais eprouvee en voyant
arriver au marche de Charles-town cette cen-
taine de negres de tout age , de tout sexe ,
qui y etait envoyee par un planteur d'aupres
de Cambridge. Les nouyeaux arrives d'Afrique
etaient presque tous enfans. Aucun sentiment,
aucun lien d'affection, aucune habitude, au-
cune reflexion ne pouvaient augmenter pour
eux le malheur, Favilissement de leur situation. Ceux de Cambridge , deyk civilises, pouvaient comparer leur situation a celle des
hommes au milieu desquels ils avaient vecu.
lis etaient peres , maris , femmes ; ils avaient
des affections et des habitudes ; et quelque
bornee qu'on veuille supposer leur intelligence , ils en ont assez pour que leur pensee
ajoute beaucoup a leur affreuse situation.
Les terres de la Georgie sont bonnes dans. ( *75 )
presque toute Fimmense etendue de l'Etat j
quoique de natures differentes selon leur situation qui, depuis cent milles de la mer,
s'eleve continuellement jusqu'aux Apalaches*
ces montagnes sont la continuite de cette
grande chaine , qui, sous differens noms ,
traversent FAmerique du Nord depuis le Haut-
Canada, et qui disparaissent sur les bords du
golfe du Mexique , pour rejoindre le continent
de FAmerique meridionale sous le nom de
Topinambourg , apres s'etre montrees dans
les Antilles ; au moins cette opinion est-elle
celle deplusieurs naturalistes. Toutes ces terres
paraissent meilleures meme que celles de la
Caroline dans la meme situation. Au-dela des
Apalaches , et jusqu'au Mississipi , elles sem-
blent d'une nature plus riche encore.
II n'est pas d'Etat mieux arrose que celui
de Georgie. Les rivieres de Savannah, d'Ogo-
hochee, d'Ogonnee , dAlatamaka et de St.-.
Mary qui forment ses limites avec la Floride
de FEst , coulent de FOuest a 1'Est, et re-
goivent dans leurs cours un grand nombre de
creeks ou petites rivieres qui pourraient plus
ou moins completteinent convoyer a 1'Atlan-
tique les productions des pays de Finterieur,
s'ils etaient habites. Toutes les grandes rivieres
d: Apalachicola, de Governa/iti., de Mobile $ ( i?6)
de Pascagoula , de   Pearl, qui traversant la
Floride de FOuest)  se jettent dans le golfe
du Mexique, ont leur source et coulent dans
TEtat de Georgie. Enfin, le grand fleuve d.'i
Mississipi ,  qui forme  sa  limite  a FOuest ,
offrirait encore depuis le dernier traite avec
FEspagne ,  un immense et sur debouche a
toutes les productions qui seraient utilement
envoyees dans les Antilles. Les points de la
cote , au Sud de Savannah , sont meme in~
comparablement plus sains que Savannah et
que toutes les cotes de la Virginie et des deux
Carolines , parce que  plus   rapprochees des
vents alises , elles jouissent de leur benefice
generalement reconnu. Le climat d'une chaleur moins incommode dans Finterieur de la
Georgie , meme que dans la Caroline , y est
plus doux en  hiver.  La neige  y  tombe   et
sur-tout  y sejourne  rarement i   rarement, la
vegetation y est interrompue.   Si on en ex-
eepte les environs des swamps , les maladies
-y  sont  moins  fYequentes  qu'en Caroline et
en Virginie, et les sources d'eau pure s'y ren-
contrent en abondance.
11 faut a j outer a ces avantages la  facilite
d'une navigation interieure entre le continent
et toutes'les iles qui bordent la Georgie dans I
toute son etendue » et qui assurent la com-
niunicatiorj; ( 177 )
munication de toutes les c6tes, sans entrer
dans la mer. La plupart de ces lies sont tres-
vastes, leur climat est sain, leur sol excellent f
elles produisent de tres-beaux cotons, et presque toutes les especes de grains ; le chene
verd, si precieux pour la construction des
vaisseaux, y croit en abondance.
Les parties de la Georgie qui avoisinent la
Floride  de FOuest, contiennent le long des
rivieres beaucoup de terres a riz , particulierement sur les bords et entre les deux branches de la Mobile ,  ou les chenes de toute
espece, Fhicory , le sassafras, le murier, le
chataignier viennent de la plus grande beaute.
On y trouve peu de chenes verds , peu ou
point de cypres et de cedre. Les pins blancs,
les seuls qui y croissent, et les spruces y sont
meme en petite quantite.  Enfin ,  on assure
que les trois branches de FAlatamaka fqrment
avec File St.-Simon, qui est en avant d'elles ,
un des meilleurs ports, des plus profonds et
des plus surs  abris qui se  trouvent   sur les.
c6tes de FAmerique, au-dessous de la Chesa-
peak.   II est done peu d'Etats dans Funion,
appeies par la nature de leur sol et par leur
position physique, a une plus grande richesse
que la Georgie.  Mais il faut des bras , pour
exploiter cette mine de richesses, et il faut
Tome IV. M
T* u
(173)
de l'ordre , un gouvernement respecte , une
justice assuree pour appeler ces bras et les
mettre a profit. Sans doute le tems viendra
ou toutes ces conditions necessaires auront
lieu en Georgie , mais dans Fetat actuel, il
est difficile de prevoir que cette epoque soit
prochaine. Les habitans des derrieres de la
Georgie, sont plus paresseux , plus iyrognes,
plus desordonnes que ceux-des derrieres d'au-
cun autre Etat de FUnion, et c'est encore au
gouvernement seul qu'on peut avec justice
reprocher ces vices qui n'ont point en Georgie plus de motifs qu'ailleurs.
Le prix actuel des terres a swamps, garnies
des batimens necessaires pour la fabrication
et la culture du riz , le tout en bon etat, est de
soixante a soixante cinq dollars Facre. Chiles
non en etat de onze a quatorze. Les meiileures
terres a coton, bled, etc. , ne valent que
sept a huit dollars. II se fait aussi en Georgie
un commerce de peaux de daims, de loutres
et de castors. Augusta est le centre de ce commerce. Mais comme les Indiens qui peuvent
y fournir avec plus d'a&ondance , trouvent
dans la Floride de FOuest plus de bonne-
foi et des edianges plus abondans et meilleurs
qu'en Georgie, ils portent presque toutes leurs
peaux k Pensacola en Floride, Le commerce ( 179)
des peaux que fait la Georgie, reduit ainsi
presque uniquement a celle:, que fournissent
les Georgiens des pays de derriere, est peu
considerable.
C'est sur les limites de l'Etat de Georgie que sont etablies les nations indiennes
les plus peupiees et les plus guerrieres , les
Chaksaws, les Cherokees et les Creeks. On
porte a douze milles le nombre des guerriers
de ces nations , et a six ceux de la seule
nation Creek , la plus guerriere de toutes, et
composee de diverses tribus. Le nombre des
Indiens etablis en Georgie, est, dit-on , de
trente-cinq mille. On dit que la nation Creek,
contre Fordinaire des nations indiennes, aug-
mente en population. Malgre le desir general
qu'ont les Georgiens de voir toutes ces nations porteeS au-dela de Mississipi, et malgre
Findisposition qui nalt dans un peuple deja
injuste , de cet injuste projet, presque tous
conviennent que les habitans blartcs des fron-
tieres ont tort quatre fois contre une dans
les querelles continuelles qui ont lieu entre
eux et les Indiens , et dont encore une fois,
Favidite des premiers est le seul motif. Cette
espece d'hommes est, d'apres Fopinion gene-
rale, la plus mauvaise de toutes celles qui ha-
bitent les Etats-Unis. Vexations, vols, assassi-
M % ( 1S0 )
nats, trahisons , ils emploient tous les crimes
contre les Indiens qui souvent se vengent
avec fureur en tuant a leur tour leurs oppres-
seurs et leurs families, mais , qui , mettant
sans doute une grande violence dans leurs
represailles , n'attaquent cependant jamais, et
ont le meme caractere de bonte , de franchise, de iidelite que ceux des Elats du Nord ;
il est meine a remarquer que dans le moment
ou ils sont le plus tourmentes par leurs voi-
sins, ils n'en vivent pas moins dans une cor-
dialite imperturbable avec les families blanches
qui sont en assez grand nombre etablies au
milieu d'eux, et qui trouvent plus de protection de la part des Indiens que de celle des
blancs des frontieres. Ceux-ci, comme des
Sauvages , scalpent les Indiens qu'ils tuent,
et portent leur scalpel en triomphe. Cette
petite guerre continuelle est une nouvelle
source interminable de desordres dans cet
Etat qui semble etre livre a ceux de toute
espece , et encore une fois elle a pour seul
motif Favidite , et le projet de chasser les Indiens de leur territoire a force de vexations,
afin de s'en emparer.
L'Etat de Georgie, conjointement avec le
gouvernementgeneraldes Etats-Unis, s'occupe
a present d'un projet de traite general avec ( ,8, )
les Indiens , qui doit se negocier dans un
mois. Ce traite , s'il a lieu, se terminera par
repousser les Indiens, a cent milles plus loin 7
en leur donnant quelqu'argent. Mais les habitans des frontieres les suivront toujours
dans ce meme esprit, et aucun traite n'em-
pechera leurs attaques injustes et leurs depredations , tant qu'il n'existera pas un gouvernement assez fort pour les contenir par
des punitions legates et severes et pour em-
pedier ainsi les represailles des Indiens, qui
sont de tout droit, il faut en convenir, tant
que la justice ne les protege pas.
Ces Indiens cultivent avec plus de soins
que ceux du Nord; ils ont meme des negres
qu'ils enlevent dans leurs petites guerres, ou
*ljfSa. souvent desertent a eux. Ils les tiennent
esclaves mais les traitent doucement, les me-
nagent dans leur travail, et leur font partager
leur nourriture. On m'a assure qu'il y avait
des Indiens qui avaient jusqu'a trente negres.
C'est toujours a Pensacola qu'ils portent les
fruits de leur culture comme ceux de leur
chasse , dont avec plus de sagesse dans le
gouvernement de l'Etat > le commerce de la
Georgie poiiccait Jjrofiter.     is'b* Suitf fgiriR
On m'alacentequate$r#& rd'un de ces Indiens
qui pourra , je crois,   dernier nrre rideeo4a
M 3 (,8a )
teur caractere. Les Indiens furent, il y a quelques annees , convoques pour un traite avec
les Etats-Unis. Un celebre guerrier nomme
Talasking, influant. dans sa nation, et qui,
toujours ami des Etats-Unis , s'etait oppose
a toute guerre , a tout acte d'hostilite contre
eux, connu pour tel parmi les Indiens, arriva
a New-York, lieu de Fassembiee, comme
elle etait deja commenc^e. Il trouva qu'un
certain Molasky, Indien a demi-blanc, connu
par sa haine contre les Etats et par tout le
mal qu'il leur avait fait, et quil avait cher-
che a leur faire, etait bien traite , meme
caresse par les commissaires americains charges de la negociation. II en sentit une telle
indignation, quoiqu'il fut lui-meme traite avec
distinction, qu'il quitta deux jours apres
Fassembiee, et qu'il devint ennemi des Etats-
Unis. N'y a-t-il pas dans ce mouvement sau-
vage une severity de principe , un sentiment
d honneur qui fait honte a la fine et fausse
politique des Etats polices ?
L'avidite des Georgiens et leur ambition
ne se boment pas a convoiter les - terres des
Indiens, elles.se p6rtent aussi sur la Floride9
et il est plus d'un habitant desjJ£>fcat*s - Unis
qui regard© cette partie-desirpossesBions espa-
gnoles commeioleuri:apanage. La population ( ,83)
des Etats du Sud, beaucoup plus nombreuse
que celle de cette colonie de FEspagne leur
donnera a la premiere guerre la facilite de
satisfaire leur ambition ; et quand on consi-
dere de quel petit intent cette etroite larague
de terre est a FEspagne , de combien de que*
relies serieuse cette petite possession peut etre
la source, on desire que FEspagne fasse pat
politique, et avec le merite de la generosite,
le sacrifice volontaire de ce pays qui ne lui
rapporte rien et qui, d'apres toutes les profe^
bilites, ne peut pas lui rester.
La loi pour les negroes est plus douce en
Georgie  qu'en Caroline. C'est aussi une  loi
angu
comme   d$@''est   de  trente
ans plus nouvelle que Fautre, elle se ressent
de Fespritiale pliilosophiecet d humanite qui
caracghtise au moins les ecrits de cette der-
niere partie du siecle , et elle me semble ^
la quelques exceptions, a-peu-pres aussi douce
et aussi peu arfeitraireHJil'il soit possible en
admettant Fesclavage1.4^^^
On as&ditG que le nombsre,|<$e]S iMai^e^er^ls?
n'est pas considerable en Glofg^e^lMis on
dit aussi que les Negres y sont plus mal ha-
biiles iena©fier et plus mal nourris qu'en Caroline ou ils le sont bien mal.
Augusta a ete jusqu'en 1794? le chef-lieu
M 4
1 ( i84 )
du gouvernement de la Georgie. C'est la ville
la plus considerable apres Savannah , et la
seule ville commergante de Finterieur. Louisville aujourd'hui siege du gouvernement, n'est
qu'une simple reunion d'une trentaine de
maisons.
La ville de Savannah a acquis une certaine
ceiebrite par la defaite de M. d'Estaing, lors-
qu'en 1779, il tenia d'attaquer cette ville. Il
me semble par tout ce que j'ai pu apprendre
du grand nombre des temoins oculaires de
cette affaire et de ses circonstances : i°. Que
si M. d'Estaing eut tente en arrivant, et sans
attendre . la grosse artillerie , d'enlever Savannah a la bayonnette , il Feut emporte.
La ville etait alors sans-defense, et telle est
1'opinion des officiers anglais qui y etaient
enfermes. 20. Qu-k^res avoir donne au general
Prevost le tems de se mettre en defense , il
eut fallu achever le siege en regie, comme il
Favait commence , operation toutefois que la
saison rendait impossible , car les i vaisseaux
couraient un grand danger en rest&at plus
long-terns dans la riviere. 3 '. Que M. d'Estaing
aurait encore ete indubitablement isnaitre
de la place, si, aprea la premiere somnaation
faite au general Prevost , il ne lui eut pas
donne deux ou trois jours de delai, pendant iflO
( i85 )
lesquels il a regu des secours de Beauford,
et a redouble d'activite pour fortifier ses defenses. 4°- Que meme dans Fattaque, il au-
rait encore reussi, si , au lieu d'attaquer la
seuie redoute vraiment forte, ~tant par la petite elevation sur laquelle elle etait placee ,
que par sa construction , il eitt perce entre
les autres redoutes tres-eparses et tres-mal
gardees. II eut alors force les Anglais de sor-
tir de leurs retranchemens , et aurait reduit
Faffaire a un combat simple dans lequel les
Frangais et les Americains auraient eu Favan-
tage du nombre, Les habitans de Savannah
se ressouviennent avec reconnaissance des
efforts faits par M. d'Estaing, pour les arra-
cher des mains des Anglais. Leurs eloges ne
tarissent point sur la bravoure et Fintrepidite
des troupes .&^n$aises ; mais on se rappette
avec peine que. M„ d'Estaing*■>dans la suspension d'armes a laquelle il a consenti pour
vingt-qual^-jlejires , ait refuse "®n general
Prevost la penpg&sion de faire sortir sailemme
de la ville. ijf.ifTf       p^SF^
La fievre qi^ejjjai eue a Saneannah m'ayant
determine a reuoncer , quoique a regret y^mx
projet que j^va^s-de faire unel^^cijitjiojte.dans
les derrieres dfj.a-Georgie. et .de la Choline ,
j'aiquitte sans peineuine yilie desagreable par ( ,86)
son climat, par sa position , par le sable qui
brule et qui harasse , et un pays ou Fesprit
de desordre et d'anarchie est scandaleux et
fatiguant pour un homme vraiment ami de
la liberte , et qui sait qu'elle ne peut exister
qu'ou les loix sont respectees et suivies.
Informations   sur   les   Florides
et la Louisiane.
Je ne crois point sans interet, ni hors de
propos, de consigner ici quelques renseigne-
mens que mon sejour a Charles-town et en
Georgie in'ont mis a portee de prendre sur les
possessions espagnoles qui avoisinent le terri-
toire cles Etats-Unis.
La riviere Apalachicola separe la Floride de
FEst de la Floride de FOuest. Le Mississipi est
a limite entre la Floride de FOuest et la
Louisiane.
,La Floride de FEst est tres-peu hab§t&&
^nss»d elle appartenait a FAngleterre , plu-
sieurs plantations de riz y ont ete etabSe^s
avec beafoxrowp d'ei endue et dtp sue ces. On
rya fait aussi des plarP®ftlftri8 de coton qui
itfMssttes&HflfEFfl^parait qu'une'gr'iHttde quairti^
e"€fep*es sont tres-proprisaces deux cultures,
et que Fon pourrait tirer menae quelque parti ( ,87 )
des pine-barrens , quoique leur terrein sablo-
neux semble a beaucoup d'habitans incapable
de productions. La plupart des planteurs ont
quitt^ la Floride de FEst, a la paix de 1785,
quand FAngleterre Fa cedee a FEspagne. Cependant quelques cultures y existent encore,
BK&is en petit nombre, et elles sont dans les
mains de quelques families anglaises qui n'ont
pas abandonne le pays. Peu ou point de families espagnoles se sont etablies en Floride.
Les terres les plus propres aux rizieres sont
dans le Nord de cette province pres la riviere
Saint-Mary. Debons swamps se trouvent aussi
plus au midi, sur les bords des rivieres , et
particulierement de la riviere Saint John.
Cette riviere qui longe la cote parallellement
a la mer , est plutot une suite de petits lacs
qu'une veritable riviere. Cependant elle est
susceptible de navigation dans tout son cour$|
et peut, par consequent ? servir de route aux;
bois qui croissent en attendance dans cette
province , arrosee , d'ailleurs , de pl.usieurs
©reeks sur lesquels onifefait aisesnent Hotter
des trains. Les arbres de la Floride sont
le chene verd , le ch&ie^hlanc , le cheng
rouge , T^Tpypres , fhicoryn ife cedre rouge
et blanc, le magnolia. lis y sonts&'une trles-
grande  dimension.    Les   eaux  de la rivi&rjfc ( ,88 )
Saint-John peuvent meme communiquer k la
mer , a la cote Sud-ouest de la peninsule, dans
la baie Charlotte, par la riviere Coloosehat-
che , en coupant un canal de huit a dix milles
de long a travers les marais. Ainsi par cette
navigation interieure , facile a pratiquer , on
communiquerait directement de FAtlantique
au golfe du Mexique : et les bois qui ne se-
raient point employes aux constructions en
Floride, seraient promptement envoyes aux
lies.
Saint-Angus tin est une tres-petite ville ,
qui n'a gueres qu'une seule rue. Elle est batie
sur un sable meilieur que celui de Charles-
town et de Savannah , mais aussi abondant.
Son port ne peut pas recevoir les batimens
^tritirent plus de dix pieds d'eau. Les hautes
marees n'y sont que de treize a quatorze pieds.
Son climat est moins chaud et plus sain que
celui de Charles-town , par le benefice de&
vents alises qui raftkichissent constamment
Fair. Le commerce actuel de ce port est aveq
Savannah, et Charles-town ou il porte les productions de la Havanne, qu'il regoit en depot,
fHiais en petite quantite. II est approvisionne
par Bahama de marcnandises anglaifces.
Les Indiens Semeneluka , petite tribu de
4BBe«ks, ont une valle d'enyiron cent huttes, ( i8g)
Atuska - villa , sur le Poly-creek. Ils en ont
quelques autres plus petites , pres des bords
de la mer du cote de la Floride de FEst.
Les cotes de la Floride de FOuest sont ele-
vees a. pic au-dessus de la mer, dans presque
toute leur etendue. Elles sont saines : la maree
n'y monte pas plus de trois a quatre pieds ,
dans les points on elle s'eleve le plus. On
assure que les terres , le long des bouches du
Mississipi, ont gagne douze a quinze milles sur
la mer , depuis que les Frangais se sont eta-
blis la premiere fois dans cette partie. Mais
ces terres , qui acquierent annuellement un
peu plus de consistance , n'ont pas encore de
solidite.
Les vents Sud-ouest sont presque continuels
sur ces cotes. Les ouragans (huriccanes)
viennent par les vents Sud-est, et n'y sont
point frequens.
Les terres , depuis le Mississipi jusqu'a Be-
tikfoha-river, sont excellentes. Leurs productions naturelles sont une espece de roseau
gros et eleve, de belles prairies dont Fherbe
est aussi fort elevee , des hicorys , des cedres.
des cypres de la plus belle dimension. Mais la
terre y est plus couverte encore d'une herbe
extremement fournie. Elle est susceptible de
toute espece de culture.
"1 ( IS")
Depuis la riviere de Betikfoha jusqu'a Pearl-
river , les terres sont un peu moins bonnes.
Elles sont plus garnies d'arbres des memes
especes , de differentes sortes de chenes, mais
peu de chenes verds.
De Pearl-river jusqu'a la Floride de FEst,
le terrein est un sable gras qui serait susceptible de culture ; les arbres y abondentet sur-
tout le chene verd qui y devient une enorme
grosseur.
Je fais cette division pour etre mieux entendu. Elle est juste en general, mais non
avec precision. Toutes les terres qui avoisinent
les rivieres sont de la premiere qualite.
Les habitations sont tres-multipliees le long
du Mississipi. Quelques families frangaises sont
encore etablies pres de la baie de Saint-Louis.
II y a des settlemens considerables le long de
la riviere de Mobile, autour de la baiedePen-
sacola , et pres des autres rivieres. Quoique
ces provinces appartiennent depuis treize ans
k FEspagne , les Espagnols sont ce qu'on y'
trouve le moins, et cela est de meme dans la
Louisiane ; si on en excepte les officiers de
1'armee , ceuxde la douane , ceux del'adminis-
tration , il n'y a peut-etre pas cent families
espagnoles dans toute cette vaste etendue. Les
Frangais , restes depuis les premiers etablis- ( '91 )
semens, les Anglais, habitues depuis la cession
de ces pays k 1'Espagne , composent a-peu-
pres toute la population de ces contrees. Les
families franchises et anglaises, et aussi quelques families espagnoles , sont proprietaires de
terres , mais d'une petite quantite. Presque la
totalite en appartient au gouvernement espa-
gnol qui ne les-aliene jamais ni par vente, ni
par concession a rente , mais seulement a
plaisir. La faculte de ces concessions tempo-
raires est laissee au gouverneur qui en tire
par fois de Fargent, mais qui ne peut garantir
la jouissance de ces terres que pour le tems
ou il restera en place.
Les moines etles pretressont en Floride et en
Louisiane en petite quantite, et tous les ren-
seignemens que je regois me portent a croire
que la religion n'y joue pas un r61e principal.
Cependant elle en joue un; la philosophic franchise sur ce point y aurait peu de proselytes,
et y attirerait beaucoup d'ennemis a ceux qui
voudraient Fintroduire.
Le cours des rivieres est du Nord au Sud,
leur rapidite est moderee. Les marees y moment
assez loin ; on remonte Pearl- river en ba-
' teaux a soixante ou soixante-dix milles. La
riviere de Mobile peut etre remontee a cent
milles dans sa branche de FOuest , et deux ( *9a )
cents milles dans celle de FEst; FApalachicola
a deux cents milles. Toutes ces rivieres pren-
nent leur source en Georgie, y sont navi-
gables avec tres-peu d'interruptions. La pro-
fondeur de la Floride de FOuest n'est depuis
la mer jusqu'a ses limites *me de vingt milles
jusqu'a soixante.
Le port de Pensacola est un des meilleurs
de toute FAmerique septentrionale. Son entree est sure , saine ; l'eau y est toujours a
cinq brasses jusqu'aux quais. A Mobile l'eau
est a dix pieds a maree basse , a quatorze
dans les hautes marees. A la Nouvelle-Orleans il y a de quatorze a seize pieds d'eau ,
mais le chenal est etroit et Fentree difficile.
Les cotes sont d'ailieurs couvertesde beaucoup
de petites anses ou la mer est rarement mau-
vaise.
Le climat n'est pas si chaud dans la Floride de FOuest que dans la Caroline , malgre
sa position beaucoup plus meridionale. Du
Mississipi a la riviere de Mobile , il y a en
automne de6 fievres intermittentes , meme
des fievres bilieuses. De la riviere Mobile a
la Floride de FEst, le pays est tres-sain.
Dans beaucoup de parties de la Floride de
FOuest, et particulierement aux Natches, qui
sont a present dans le territoire de la Georgie, ( 195 )
et ou la richesse du sol a depuis quelques an-
nees attire beaucoup d'habitans de la Floride ,
on cultive du riz, du coton , du tabac, de
Findigo, on recueille de belle soie. L'indigo,
connu dans le commerce sous le nom d'indigo de la Nouvelle - Orleans est d'une bonne
espece, inferieur a celui de Saint-Domingue ,
mais tres-superieur a celui de la Caroline. On
assure qu'en soignant mieux la culture et renou-
velant plus souvent la semence avec des graines
de Guatimala, cet indigo approcherait beaucoup de la beaute de celui de St-Domingue.
On n'apprend point sans etonnement que
toute la Floride de FOuest appartenant a
FEspagne, est approvisionnee en marchandises
d'Europe uniquement par FAngleterre. Cette
verite soit qu'elle appartienne a Finerrie de la
nation espagnole, ou aux speculations de fortune des ministres et des gouverneursv, n'en est
pas moins exacte. Le roi d'Espagne a concede
a deux compagnies anglaises, dont une sous le
nom de Penton et Firmer le privilege exclusif
d'approvisionner le pays tant pour les besoins
des habitans que pour ceux des Indiens, ce
qui donne aux Anglais tout le commerce
des fourrures , de castors , de loutres, etc. ,
jusques dans les parties les plus voisines d'Au-
gusta en Georgie ; car comme ils mettent plus
Tome IV. N (*94) •
de bonne-foi dans leurs ^changes que les
Georgiens , et qu'ils sont d'ailleurs incompa-
rablement mieux assortis ; les Indiens preTe-
rent avoir affaire a eux. Ainsi quand la politique la moins prevoyan£e faisait un devoir
k l'Espagne de couper dans ses nouvelles possessions tous les liens avec FAngleterre, c'est
elle qui leur en a forme" de nouveaux et de
plus puissans. On aurait peine a croire a une
telle absurdity, si contraire a tous les int£-
rets politiques et commerciaux de FEspagne ,
s'il y avait moyen d'en douter. Le privilege I
exclusif ne s'&end pas de droit jusqu'a la
Nouvelle-Orleans , mais il y a lieu de fait.
Quelques vaisseaux espagnols qui approvi- .
sionnent la Havane , arrivent a la Nouvelle-
Orbians et y apportent des marchandises d'Eu-
rope si mal assorties , si insuffisantes , que
les e^ablissemens espagnols des Illinois ne
peuvent que tres-rarementet tres-partiellement
s'en procurer , et qu'ils tirent de Mont-Real la
plus grande partie de celles qui leur sont necessaires. II existe meme un fait recent qui
peut conduire a deviner ce que les informations particulieres ne peuvent e^clairc'ir; ce fait
est que le gouverneur de la Nouvelle-Orleans
a donne" a la maison anglaise Tode et Com-
pagnie (qui fait le commerce des fourrures au- (jg)
deli du Mississipi au-dessous des lacs ) le privilege exclusif de faire la traite avec les Indiens tout le long de la rive gauche du Mis-
soury. On assure que ce privilege qui met de
fait dans les mains des Anglais la partie la
plus interessante du cours de certe belle riviere et qui leur ouvre le commerce avec une
grande quantity de nations nombreuses et actives , a ete paye" vingt mille livres sterling au
goiwrerneur de la Nouvelle-Orleans.
On peut done s'en fier a la nonchalance
du gouvernement d'Espagne , a la cupidity
de ses agens pour ouvrir encore cette pone
a Factivite anglaise, qui ne perd aucune occasion, ni aucun moyen, pour s'etendre par-
tout ou elle en appercoit la possibility.
Il serait bien tems , meme pour Favantage
de FEspagne que ces possessions repassassent
dans les mains de la France. Si elles restent
encore quelque tems aux Espagnols , elles
appartiendront promptement a FAngleterre;
ce qui existe deja en partie, puisque plusieurs
garnisons anglaises sont etablies le long du
Mississipi dans le territoire espagnol, et que
les commercans anglais sont presque les seuls
connus des Indiens dans tout ce vaste territoire si ricbe en pelleteries et peuple d'un si
grand nombre de nations. Les Anglais un peu
N a g*r~
(196 >•
plus avances qu'ils ne le sont aujourd'hui dans
ce commerce deviendront encore plus influens,
et alors les riches possessions espagnoles des
deux Mexiques ne seront pas long-tems en
surete. Mais cette verite qui m'est palpable,
exigerait, pour etre entierement demontree
dans toute son etendue, des details qui me
manquent, et qui sans doute seront recueillis
par ceux des Frangais qui dans leurs voyages
s'approcheront plus que moi de ces points in-
teressans. 11 me suffira de dire ici que , malgr6
Fopinion, ou au moins Fassertion de quelques
Americains qui cependant se disent bien ins-
truits , le fleuve du Mississipi peut se remonter
et porter jusqu'au Kentuky, jusqu'aux Illinois,
et par consequent plus haut encore les mar-
chandises d'Europe dans les memes bateaux
qui apportent a la Nouvelle-Orleans les pro-
duits de ces pays. Sans doute les bateaux doi~
vent etre moins charges qu'en descendant la riviere ; mais toujours est-il plus que probable
quils doivent ainsi faire arriver a ce point les
marchandises d'Europe a meilleur marche que
celles qui n'y parviennent que par la voie de
terre depuis les ports de FAtlantique.
Les ressources que la Louisiane pourrait
fournir au commerce d'une nation active et
intelligente, sont immenses.  Elle offre de* li^JW^
( *97 )
bois de toute espece et des plus durables pour
la construction, la mature des vaisseaux. Un
seul fait donnera une idee de la solidite et de
la duree de ces bois. Je tiens d'un ingenieur
qui, dans la guerre derniere , etait en Floride
au service de FAngleterre , qu'ayant voulu
alors detruire pr6s Pensacoia un fortin , cons*
truit en i58o par les Frangais, lors de leur
premier etablissement, il trouva les bois aussi
intacts , aussi sains dans toutes leurs parties,
que s'ils avaient ete coupes la veille , et qu'ib
furent tous employes , sans aucun rebut, a la
construction d'un retranchement plus considerable fait a la meme place. La Louisiane
pourrait fournir nos colonies de carcasses de
maisons toutes faites , et qui seront necessaires en grande abondance, quand la paix s'y
retablira, et elle pourrait le faire plus faci-
lement et a meilleur marche , que la province
de Main et la riviere du Nord qui leur en en-
verront aussi. Elle pourrait fournir des essentes
de cedre ou de cypres , d'une dimension plus
grande , d'une plus grande epaisseur, et d'une
duree dix fois plus longue que celle de pin ,
que Fon tire aujourd'hui du Nord-est de FAmerique , et que leur peu de solidite empeche
de resister dans nos lies aux ouragans fre-
quens , par lesquels beaucoup de maisons sont
N 3 ( M )
souvent decouvertes dans une nuit. On tire-
rait de la Louisiane du chanvre en abondance,
du lin , et par consequent des cordages et des
voiles ; on en tirerait des briques , on en fa-
brique deja aux environs de la Nouvelle-Orleans. Le goudron pourrait y etre extrait en
grande quantite des pins tres-multiplies dans
le pays. On assure que beaucoup de terres y
donneraient du salpetre. On y reconnait l'exis-
tence de plusieurs mines de fer et de plomb,
dont Fextraction ne serait pas difficile. Le riz
est beau dans la Louisiane. II s'en cultive beaucoup dans le bas du Mississipi ; on dit meme
qu'on y en cultive a sec. Cette partie du
pays produit d'ailleurs beaucoup de mais, de
froment, de grains de toute espece. Le depot
qui serait fait a la Nouvelle-Orleans , de tous
ces produits des Etats de FOuest- de FAmerique , assurerait encore infailliblement Fap-
provisionnement des lies ; et ce commerce
dediange avec les Etats qui se fourniraient
a la Nouvelle-Orleans de marchandises d'Europe , serait un lien politique qui n'est pas a
negliger pour toute nation maitresse de la
Louisiane. Ce vaste territoire fournirait a la
metropole du tabac que Fon dit e;re plus fin
que celui de-la Virginie , des peaux, des four-
rures de loutres , de castors,   de  chats  sau- ( *99 )
vages , de racoons, toutes celles d'ailleurs qui
se recueillent aujourd'hui par les compagnies
anglaises , et en beaucoup plus grande quantite. Enfin les produits de la Louisiane et son
commerce constament ouvert avec FEurope,
donneraient le moyen d'un commerce d'e-
change avec les colonies espagrtoles, dont on
obtiendrait abondament la cochenille , le
bois de Campeche , le cacao , la vanille , les
cuirs tannes , le tabac de la Havane, Findigo
de Guatimala, etc. On pourrait etendre davan-
tage cette liste de produits a tirer, tant de la
Louisiane meme, que des colonies espagnoles.
Mais cette courte indication parait suffire pour
donner une idee des ressources de cette grande
colonie j et je n'ai pas la pretention de faire
ici un memoire sur la Louisiane. On y cul-
tiverait, sans doute avec beaucoup d'urilite,
les oliviers et la vigne. Enfin , la possession de
la Louisiane , et les soins sages , actifs edai-
res , liberaux , que Fon emploierait , pour
inettre a profit toutes ses ressources , auraient
encore Favantage de poser une barriere a cette
avidite enfantine qu'ont les Americains de s'e«
tendre par-tout, et qui tenant plus a une in-
constance de caractere qu'a aucune vue de
politique , empeche qu'ils ne s'etablissent avec
force,dans aucun de leurs nouveaux Etats, et
N4
1 (   200   )
nuit a leur veritable puissance , en importu-
nant leurs voisins. 11 ne faut point, d'ailleurs ,
oublier que les Etats-Unis , par le caractere
de leur politique et par leur faiblesse , seront
toujours plus disposes a rester amis dune nation dont ils pourraient craindre , que de celle
qui n'aurait a leur offrir que des secours sans
avoir aucun moyen de leur nuire. Une grande
nation, dont la politique doit toujours etre
loyale et genereuse, ne doit pas abuser de ces
moyens ; mais il lui est utile de les avoir ,
meme pour le veritable avantage des Etats-
Unis.
Jajouterai encore un mot sur les Indiens.
Toutes celles de leurs nations , qui ont eu
affaire avec les Frangais , les preferent a tout
autre peuple , les considerent sous un rapport
tout particulier. Les Francais avaient avec eux
une generosite , une bonne-foi, une bienveil-
lance , et en meme tems une sorte de fermete
qui font dire a ces Indiens , en s'adressant aux
Anglais memes: Vous etes nos freres, mais
les Francais etaient nos peres. Ce souvenir
nest pas efface parmi les Indiens , depuis si
long-tems qu'ils n'ont plus rien de commun
avec la nation francaise ; et quoiqu'il soit en-
tretenu par quelquesanciens Francais, habitans
des Illinois, et faisant quelques traites de pelle- (   201   )
teries , on sent qu'il ne cloit se renouveller
que dans peu d'occasions. Les Indiens du Sud
ne connaissent absolument que les Anglais
dans leur commerce. Ceux du Nord et de
FOuest du Mississipi en connaissent peu d'autres. Les Anglais les traitent bien ; les Ame-
ricains les vexent et"*les trichent ; les Espa-
guols ne s'en melent point. lis sont done k
present lies avec les Anglais, et generalement
contens d'eux. Mais la moindre circortstance
favorable , la moindre connexion suivie avec
eux , de la part de la France , les rendrait
aisement Frangais. La disposition des nations
indiennes , consideree dans le rapport que
pourrait avoir la France sur la .Louisiane ,
est done indubitablement favorable. Ce sentiment est egalement celui des Creeks et des
Cherokees, qui ne font aucun cas des Espagnols , detestent les Georgiens et les Caroli-
niens , et ne donnent d'autre nom a la Floride
que celui du pays francais.
Le gouvernement espagnol est dans la
Louisiane et dans la Floride, depouiile de la
persecution et de Fintolerance qui le rend
ailleurs inquietant et desagreable. Mais les
forces espagnoles n'y sont rien ; elles consistent en trois a quatre mille hommes qui gar-
nissent quelques forts depuis St.-Louis jus- (   202   )
qu'a la Nouvelle-Orleans. Les Indiens aiment
assez les Espagnols qui ne leur font point de
mal; les Americains des territoires de FOuest,
du Kentuky et de la Georgie ne se plaignent
pas de leur voisinage; mais ni les Indiens ni
les Americains ne les regardent comme amis
puissans non plus que comme ennemis dan-
gereux. Des-lors leur credit dans ces contrees
est et doit etre au-dessous encore de la proportion de leurs moyens. Cette opinion de
leur faiblesse , le peu d'encouragement qu'ils
donnent a Findustrie et au commerce rend
meme les habitans de leurs possessions si fai-
. blement attaches a leur gouvernement, qu'il
en est peu qui ne lui preferassent celui de
FAngleterre, stirs que dans ce cas leur activite"
serait aidee , leurs entreprises et leurs proprie-
tes protegees. Mais c'est vers la France que
se portent reellement leurs voeux. Ils sont
Francais et attaches a leur patrie originaire,
comme s'ils en faisaient encore partie.
La France est done dans la situation la plus
favorable pour obtenir de FEspagne la cession de la Louisiane. L'Espagne n'en tire aucun profit que quelques bois de construction.
La Louisiane est dans ses mains un moyen
de plus d'activite et de commerce pour FAngleterre ; elle en sera meme chassee entiere- tFjm
(   203   )
ment par les Anglais et les Ainericains , si
elle veut la conserver et si pour cela elle ne
change pas de systeme, ce qui semble difficile a esperer. La France au contraire riche,
active, manufacturiere , porterait prompte-
ment ces etablissemens a un grand develop-
pement; elle y verrait un debouche pour une
multitude de families qui manquent de tout
en France, qui sont peut-etre disposees par
la revolution a une agitation inquietante , et
que la donation de terres rendrait aisees,
par consequent bonnes; et s'il etait possible
de douter que Faisance du peuple, le portat
a la bonte, aux vertus sociales, aux respect
,des loix, on en trouverait la preuve en Amerique parmi tous les immigrans qui arrivent
annuellement en foule d'Allemagne et d'lr-
lande, qui payent leur passage en se louant
au capitaine pour une annee ou deux, et
qui ensuite repandus dans les pays recules ,
y etant devenus proprietaires, y vivant pas-
sablement bien , semblent avoir oublie les
vices qui avaient ete , pour beaucoup d'en-
tr'eux la cause de leur emigration.
Je tiens toutes les informations que j'ar
consignees ici sur la Floride et sur la Loui-^
siane, de plusieurs ingenieurs, officiers, negocians , devenus Americains, mais qui ont etd ( 2o4 )
constamment au service de FAngleterre, jusqu'au moment ou. la Louisiane est devenue
espagnole. L'un d'euxetait arpenteur-general,
.et a de la Floride de FOuest la carte la plus
remplie de details qu'on puisse desirer. Elle
a ete dessinee par lui-meme et sur une grande
echelle.
Re tour a Charles-town.
Le 2 mai je me suis embarque sur le
Savannah - packet , un de ces bricks qui
font habituellement le voyage de Savannah
a Charles-town. Ces batimens appartiennent
presque tous aux capitaines. Ils font jusqu'a trente - cinq voyages^ par an , toujours
charges , et donnent ainsi un profit immense sur le fret. Une balle de coton, un
boucaud de tabac payent par exemple trois
dollars. Les capitaines moment ces batimens
de quelques noirs esclaves qui leur appartiennent aussi, et ont par consequent le plus
lent, le plus mauvais , le plus stupide equipage , d'autant qua toutes ces raisons communes de nonchalance dans le travail des
esclaves, et de lenteur naturelle aux negres J
ceux-ci sont nourris toute Fannee de mauvais
pois qui encore leur sont donnes avec toute la (  205  )
parcimonie de Favarice. A la marnere engour-
die dont travaillent dans le beau tems ces
equipages, on peut etre effraye de Fidee de
se trouver avec eux a la mer dans des mo*
mens ou le salut du navire depend quelquefois de la promptitude d'une manoeuvre. Notre
navigation a dure deux jours , ce qui est
long dans la saison actuelle; mais les vents,
sans etre contraires , ont ete mous, et arrives
pres la barre de Charles-town le lundi au so-
leil couchant, il nous a fallu attendre le
lendemain pour la passer. Celle de Savannah
ou il y a toujours quatre brasses d'eau , se
passe par de petits batimens dans tous les
tems.
A mon retour de Savannah, j'ai passe encore trois semaines a Charles-town, et j'y ai
ajoute beaucoup d'informations nouvelles a
celles que je m etais procures dans mon premier voyage. J'ai ete en cela utilement servi
par Fobligeance de ceux des habitans de cette
ville qui etaient les plus propres a m'en don-
ner decertaines. J'ai fait aussi quelques courses
dans les environs, qui m'ont mis a meme d'en
verifier personnellement un grand nombre. (   206  )
Culture et commerce de la Caroline
du Sud.
J'ai dit que la Caroline du Sud etait divisee
naturellement en haute et basse ; par les
montagnes Apalaches ou Alleganys, qui font
la meme division dans la Virginie , la Caroline du Nord et la Georgie, division egale-
ment marquee pour la nature de la terre et
pour le climat.
II parait que toute la Basse-Caroline a ete
couverte par la mer. Cette opinion est fondee sur ce que, dans nulle deses parties, on
ne trouve dans la terre aucune pierre, etque
dans les fouilles on ne rencontre en matiere
etrangeres que des lits de coquillages de mer,
et souvent des poissons petrifies au milieu
de couches de sable. Des bancs entiers d'huitres se trouvent si considerables et a une
telle distance de la mer, soixante a quatre-
vingt milles par exemple, qu'il est impossible
de supposer qu'ils y ont ete transportes de
main d'homme. Un de ces bancs entr'autres
a plus de cinquante milles d'etendue , et
enferme une espece d'huitres plus grandes
et differentes de toutes celles qui se trouvent
sur les cotes. II est dirige au Sud-ouest de- (  207   )
puis la riviere Santee dans la Caroline du
Sud jusqu'a la riviere Oconnee en Georgie,
traversant la riviere Savannah.
L'eau douce se trouve a dix a douze pieds
sous terre , et ce n'est que dans les puits fairs
tres-pres des bords de la mer que l'eau est
un peu saiee, de sorte que le gout de sel ne
peut etre suppose que l'effet de Finfiltration
de la mer.
Les terres de la Basse-Caroline du Sud sont
aussi divisees en swamps , en marais et en
terres hautes. Les swamps qui, comme je
Fai deja dit, sont de deux especes , ceux
arroses par la maree et ceux arroses par
des eaux donees , sont les uns et les autres
particulierement employes a la culture du
riz et a celle du chanvre. La nature de la terre
qui les forme est une riche argile bleue ou
une espece de terreau noir extremement doux.
A quelque profondeur qu'on la creuse, on la
trouve toujours la meme et sans aucun fond.
On y trouve souvent d'immenses troncs d'ar-
bres qui semblent y avoir ete enfouis depuis
des siedes ; mais l'eau qui perce par - tout
empeche de pouvoir faire ces fouilles bien
profondement. Les swamps, avant d'etre de-
friches, produisent des cypres , des pins et
des  roseaux (  208  )
Le riz qui est la principale culture des
swamps, se seme en avril et en mai ; la
terre est labouree a la beche, et de la pro-
fondeur de huit a neuf pouces; elle Fest en
silions , etNc'est dans les raies de ces silions
que le riz est seme. Cette operation est faite
par une femme qui y repand le grain avec la
meme abondance que les grains de bled le
sont dans un champ destine a, cette culture.
Les negres recouvrent aussi-tot ce grain avec
la terre du sillon. Ces trois operations se font
a la fois , et une semeuse suffit a vingt ou
vingt-cinq becheurs ou recouvreurs , parmi
lesquels sont aussi beaucoup de femmes.
La semence commence a lever au bout de
dix a douze jours , selon la bonte du terrein,
et sa plus ou moins grande humidite. Des que
la plante est haute de six a sept pouces , et
que les negres Font nettoyee a la beche des
plantes etrangeres qui lui nuisent, on fait en-
trer l'eau dans le champ, de facon a ne laisser
a decouvert que la cime de la plante pous-
sante. Le riz profite ainsi, s'eieve , tandis que
les mauvaises herbes ne poussent plus et meu-
rent en partie. Apres trois ou quatre semaines
on laisse couler l'eau. Les negres enievent encore a la beche les herbes qui ne sont point
tout-a-faite detruites , et on remet l'eau que
Fon ( 209 )
Fon ne retire plus que peu de jours avant la
recolte. Les indices de la maturite du riz sont
la couleur jaune de l'epi et la durete de la
paille. Le riz alors est coupe a la faucille et mis
en meule jusqu'en hirer.
II est battu au fleau pour separer le grain
de Fepi, on le porte ensuite dans une petite
maison de bois , elevee de quelques pieds
au-dessus de la terre , soutenue par quatre
pilliers et percee a son plancher d'un gros
crible. On jette le riz sur ce crible, il se separe du reste d'epis auquel il pouvait encore
etre mele , et dans Fespace qu'il -a a par-
courir jusqu'a terre le vent acheve de le ne~
toyer.
Le riz ainsi separe entierement de Fepi
doit etre degage de sa premiere ecorce. A
cet effet il est mis au moulin. Ces moulins
sont composes de deux meules de bois de
pin ; epaisses d'environ quatre pouces et de
deux pieds a deux pieds et demi de dia-
metre, Fune est fixe et Fautre est mobile.
Toutes les deux sont de leur centre a la cir-
conference tailiees en une succession de petits
plans inclines tranchans a leur extremite , et
contre les quels le grain presse se depouille de
son e.corce. Ces moulins sont tournes par un
negre. La rapidite du mouvement des meules,
Tome IV O (   210   )
Feffort qu'elles font dans leur travail et le
peu de durete du bois dont elles sont faites,
les met hors d'etat de servir plus d'une annee;
encore faut-il les Sparer plusieurs fois. Le riz
tombant du moulin est vanne : mais  il a encore une seconde ecorce dont il doit etre de-
pouille. Cette operation se fait en le pilant.
Les pilons sont egalement mus par les negres , et ce travail est aussi penible que celui
du moulin. Quelquefois plusieurs pilons sont
mus a la fois par une espece de moulin tourne
par des boeufs. Le grain du riz se casse plus
ou  moins ; il  est  alors vanne  de nouveau
pour en separer cette seconde ecorce que le
pilon a detachee , puis on le passe dans un
autre crible ou gros tamis , pour separer les
petits grains des gros. Ces derniers sont seuls
marchands; mais l'exactitude de cette separation depend de la bonne-foi du planteur; et
ils conyiennent eux-memes que depuis que le
riz a acquis un si haut prix et qu'il est si recherche , leur exactitude est moins severe, et
leur tamis plus serre. Les inspections pour le
riz ne sont pas d'ailleurs dans la Caroline du
Sud plus exactes que celles pour le tabac. Le
riz destine a la vente est mis en barrils ,  et
c'est   en  cet etat qu'il est sou mis a Finspecr
tion, et qu'il est ensuite export^. (  211   )
J'ai dit que les machines , telles que j'en
ai vu chez le general Washington, abregeaient
beaucoup ces operations et les rendaient plus
parfaites. Mais elles sont encore peu repandues
dans la Caroline, et sont trop cheres a etablir
pour le commun des planteurs, qui n'auront
de long-tems d'autre moyen d'operer que ceux
que je viens de decrire.
La plante du riz est souvent , avant de pous-
ser, ou dans les premiers momens de sacrue ,
attaquee par de petits vers qui en mangent
la racine. De petits poissons vivant dans l'eau
dont les swamps sont recouverts , Fattaquent
aussi a cette premiere epoque. Les oiseaux
qu'on nomme aigrettes (Aldea alba minor)
sont alors les seuls protecteurs du riz. Ils vivent
de ces vers et de ces petits poissons, et sont
a ce titre menages des planteurs, comme les
turkey-buzards le sont des habitans des villes.
Les aigrettes sont de grands oiseaux de la classe
du heron, qui portent a leur queue ces belles
plumes connues sous le nom d'aigrettes. Le
nom anglais de ces oiseaux est crans.
Quand le riz approche de sa maturite, il
est devore par des nuees de petits oiseaux,
connus en Caroline sous le nom d'oiseaux a
riz. On les fait chasser des champs par des
negrillons que Fon y tient constamment , et
O % (   212   )
ce moyen meilleur que les coups de fusil aux-
quels le plus grand nombre echappe, n'est pas
encore suffisant, car Finsolence de ces petits
oiseaux gloutons est plus forte et plus cons-
tante que Factivite et la surveillance des
enfans.
Le riz recolte peut se conserver long-tems
quand il est dans son ecorce, mais quand il
en est depouilie il est sujet aux charencons.
Le produit d'un acre de swamp , cultive en
riz , est de cinquante a quatrevingt boisseaux,
selon la qualite du swamp. Il y a des exem-
ples d'une recolte de cent vingt boisseaux dans
un acre, mais ils sont rares. Vingt boisseaux
de riz revetu de son ecorce, pesent environ
cinq cents livres; quand il en est depouilie , ces
vingt boisseaux n'en font plus que huit, mais
il y a eu peu de perte pour le poids. La paille
se donne aux chevaux et aux boeufs de travail.
Les marais ou savanes , qui sont la seconde
espece de terre dans la division de celles de la
Caroline du Sud, ne produisent que des herbes
assez grossieres, mais en abondance. lis sont
generalement sous l'eau, mais seraient suscep-
tibles d'etre desseches,' et de donner une meil-
leure herbe. Quelques-unes de ces savanes ,
dans leurs parties les moins basses , produisent
du chanvre, du mais et de Forge. <2l3)
Les terres hautes sont de differentes classes,
et produisent, selon la richesse de leur sol,
des hicorys et des chenes , ou seulement des
pins , et c'est cette derniere classe qui est generalement connue sous le nom de pine-bar^
7-ens.  Ces terres sont jusqu'ici meprisees des
proprietaires  de la Caroline ,  et  a tort, car
elles peuvent aussi etre cultivees en grains et
en   pi^s. La force des pins qui y croissent ,
et l'epaisseur des   herbes naturelles qui  les
couvrent,  n'en  laisseraient pas dourer a la
seule inspection , si d'ailleurs la connaissance
de la nature de ces terres, qui sont un sable
assez gras , et Fexemple de quelques parties
misesen culture, n'en etaient pas des preuvea
moins   recusables   encore.    La   richesse  des
swamps , Fopinion generale de Favantage de
la  culture  du riz par   la valeur de son produit , et le manque de bras pour faire de nou-
veaux defrichemens, concourent a entretenir
le prejuge defavorable aux pine-barrens, qui,
d'ailleurs , sont entr'eux d'une nature de terre
differente , mais dont je crois pouvoir assurer
que peu de parties resteraient sans culture en
Europe.   La culture du riz est done le plus
grand  obstacle  au defrichement   des  terres
Jiautes.
Le  riz ne peut etre cultive que par des,
0 3 (   2l4  )
negres esclaves; et la population blanche i
celle sur-tout qui pourrait s'employer au travail , ne peut que decroltre dans un pays d'es-
clavage , ou le blanc croit se deshonorer en
travaillant. Ainsi Fesclavage entretient les planteurs dans leur prejuge pour la culture du riz;
et reciproquement cette culture qu'ils croyent
preferable a toute autre, concourrait a les at-
tacher de plus en plus a Fesclavage , sils pou-
vaient jamais etre disposes a s'en relacher.
On traitera mon opinion de paradoxe ,
quand je dirai que la culture du riz est le plus
mauvais genre de culture , le moins produc-
tif, auquel un planteur de Caroline puisse
appliquer ses soins et son travail. D'abord, la
constante humidite* dans laquelle elle tient les
terres , est une cause d'insalubrite j de morta-
lite meme , et For du Perou serait paye trop
cher de la dixieme partie des maladies occa-
sionnees par les swamps '; mais en mettant de
cote ce motif de condamnation pour la culture du riz , qui cependant est , a mon sens,
le premier de tous , cette culture, consi-
deree seulement dans les profits qu'elle
donne, est encore dun mauvais calcul, II ne
faut pas prendre pour la veritable valeur du
riz, le prix que Fon en trouve a present! c'est
d'apres son prix ordinaire qu'il faut Festimer. (   2l5   )
Ce prix, il y a trois ans, etait seulement do
sept a huit schellings le cent pesant. Je le
porte a dix , c'est-a-dire a un peu plus de deux
dollars pour valeur commune , et ainsi j'eieve
d'un cinquieme son prix moyen. Il est re-
conn u que dans une habitation , fournie de
soixante-dix negres, quarante seulement vont
aux champs, les autres etant vieux, enfans,
malades, employes presdu maitre, etc. Chaque,
negre travaillant produit a peine , par terme
moyen , sept barrils de riz. La valeur du barril.
est de quatre pounds dix schellings , ou dix--
neuf dollars vingt-huit cents, les sept barrils
valent done trente-un pounds dix schellings,
ou cent trente-trois dollars quatrevingt-seize
cents. Mais il faut oter de cette sommeles gages
de Feconome : ils sont, k basse estimation, de,
seize pounds ou de pres de quatrevingt dollars. Il en faut retrancher Fhabillement des
soixante-dix negres , estime Fun dans Fautre
a un pound , qui , pour la totalite , font
soixante et dix livres currency, autrement trois
cents dollars. II en faut retrancher les depenses
pour maladie de ces negres, estimees atrente
pounds , ou cent vingt-huit dollars : enfin les
taxes d'un dollar par chaque negre, qui font
encore soixante et dix dollars. Total des depenses , cinq cent soixante-dix-huit dollars a
04 ( ai6 )
retrancher de cinq mille trois cent cinquante
dollars, total de la valeur du travail de quarante negres \ ce qui donne un profit net de
quatre mille sept cent soixante - douze dollars , lequel doit etre reparti sur les soixante-
dix negres dont j'ai suppose Fhabitation com-
posee. II en resultera soixante-huit dollars de
profit par chaque tele de negre; carles champs
de mais , qui peuvent etre cultives au-dela du
travail du riz, servent a la consommation de
cette peuplade. Les quarante negres ouvriers,
ou plutot cette reunion de soixante-dix iridi-
vidus a nourrir, a entretenir, n'auront tra-
vailie au plus que trois cents acres de swamps.
Ainsi chaque acre n'aura pas rapporte" tout-a-
fait seize dollars , et c'est la meilleure espece
de terre. On conviendra qu'il y a peu de
bonne terre, bien cultivee, qui ne produise
davantage; qu'il n'est point d'autre culture ,
a Fexception de Findigo et du coton , dans
laquelle un ouvrier ne cultive beaucoup plus
de sept acres , et qu'en louant a Fannee des
ouvriers dont le salaire n'excederait pas de
beaucoup les frais occasionnes par Fentretien
du negre esclave, par ses taxes et par Finteret de son prix d'achat, et les employant a la
culture ordinaire, le proprietaire aurait un
profit net bien plus considerable. Ce calcul se ( fll7)
fetrouve toujours vrai, toutes les fois que Fon
Compare, dans quelque pays que ce soit, et
pour quelque culture que ce soit, le travail
fait par les esclaves a celui fait par les ouvriers libres ; et il devrait seui eclairer les
habitans des pays k esclaves sur leurs propres
interets. Mais il acquiert une plus grande
force , en y joignant la comparaison de la
culture du riz avec toute autre ; car cette
culture , par son insalubrite , depeuple le
pays; et d'ailleurs elle emploie plus de bras
qu'aucune autre , et par cette raison elle s'op-
pose au defrichement de beaucoup de terres
qui seraient d'un bon rapport, meme de beaucoup de swamps , qui en les dessechant et les
cultivant de toute autre maniere, donneraient
a la societe plus de productions , et a leurs
maitres plus de profits. Le dessediement de
ces terres, qui serait acheve en peu d'annees
par la culture, rendrait a la Caroline la salu-
brite dont la stagnation de ses eaux , et la pu-
tridite de ses terres, toujours tenues en etat
de boue , la privent. Les ouvriers blancs pour-
raient s'employer au travail. Iln'existerait plus
de puissant motif d'interet pour faire durer Fesclavage , qui, tout perpetue qu'il puisse etre ,
ne pourra jamais augmenter la proportion des
swamps en culture ,  puisque la population ( 2l8 )
noire s'accroit peu, que Fesprit public s'op«
pose a Fimportation des negres , et que le
nombre de ceux qui sont introduits de Georgie en fraude, est tres-petit. De-la resulterait
enfin , le defrichement de ces hautes terres
qui ne sont aujourd'hui abandonees que par
le defaut de bras. On peut encore ajouter
que les anciens swamps se dessechant d'eux-
memes, par Fardeur du soleil, par les vents ,
etc., deviennent annuellement moins pro-
ductifs , sans pour cela exhaler moins de va-
peurs pernicieuses.
Cette suite de demonstrations et d'argu-
mens me parait sans replique | mais comment
esperer que Fhabitude n'en triomphera pas,
ou plutot n'y fermera point Foreille? Ce n'est
pas aujourd'hui sur-tout que Fon peut esperer
de les faire ecouter favorablement i puisque
le riz se vend trois fois plus que le prix
ordinaire, qu'il est monte a ce prix succes-
sivement depuis deux ans, et que les planteurs ne sont pas disposes a croire qu'il re-
viendra promptement a sa premiere valeur ,
quoique tout se reunisse pour n'en pas faire
douter ceux qui jugent avec impartiable.
Les rivieres de la Caroline du Sud qui pren-
nent leur source dans les montagnes, sont
sujettes a de grands debordemens ( appeie* (319)
dans le pays freshes ). Ces debordemens qui
arrivent presqu'instantanement, se repandent
avec violence et au loin sur les bords de ces
rivieres dans tout leur cours, entrainent toutes
les recoltes et souvent les digues qui entourent
les swamps a riz. La grande quantite de pluie
qui tombe en Caroline , le grand nombre de
sources et de ruisseaux que recoivent les rivieres dans leur cours , enfin la grande incli-
naison du terrein que parcourent ces rivieres
depuis leurs sources jusqu'a leurs embouchures , sont les causes aUxquelles ces debordemens sont attribues. Ils sont plus communs depuis quelques .annees , et Fon croit que la plus
grande quantite de terres defriehees occasion-
nent leur plus grande frequence , parce que les
eaux qui, dans les terreins converts de bois
sont retenues par les racines, par les herbes,
et qui sont ainsi dans un etat de stagnation,
deviennent courantes des que les terres sont
degagees des arbres et des plantes , et aug-
mentent par consequent la quantite de celles
qui coulaient deja dans le lit de ces rivieres
auxquelles elles,vont se joindre. Elles y aug-
mentent aussi, par les terres qu'elles y entrainent, la quantite de limon apporte par les
autres ; ainsi , en ajoutant une plus grande
masse d'eau dans leur canal, elles en diminuenti (   220   )
la profondeur et obstruent le cours des eaux*
On n'a pas trouve jusqu'ici en Caroline le
moyen de remedier a ce desastreux inconvenient ; on y pense que le soin de donner
aux sources, ruisseaux et petites rivieres le
cours le plus direct qu'il serait possible , une
grande ouverture a leur embouchure dans les
grandes rivieres , de couper meme par des
petits canaux les sinuosites quelquefois mul-
tipliees de ces grandes rivieres, garantiraient
du danger de ces debordemens les terres si-
tuees au haut de leur cours, et le diminue-
raient par consequent pour les terres plus
rapprochees de leur embouchure. II est per^
mis de craindre que ce remede, qui jusqu'ici
n'a pas ete mis en pratique , ne soit que par-
tiel et incomplet.
Je crois avoir deja dit que dans la Haute-
Caroline , la culture comme le climat sont
entierement differens de ce qu'ils sont dans
la Basse-Caroline; mais jusqu'ici les prejuges
sont les nlemes , et par la m^me cause , la
plus forte de toutes, Fhabitude.
Les premiers habitans de la Basse-Caroline
etaient des Europeens, et la comme par-tout,
ils ont commence leur etablissement aupres
de la mer et des rivieres ; la culture du riz
s'est promptement etablie. C'est une produce (22!   )
tion recherchee k laquelle tous les terreins ne
sont pas propres , et qui ne peut meme s'obte-
nir qu'avec le secours des esclaves. Les nou-
veaux habitans de Ja Basse-Caroline avaient
tous ces moyens. L'experience de Finsalubrite
de cette culture n'exisiait pas pour eux; ils
s'y sont livres. L'habitude Fa transmise et la
conserve, malgre cette insalubrite reconnue
qui oblige a deserter les campagnes , et malgr6
Finteret meme monetaire de ceux qui la sui-
vent. Le tems seul triomphera de cette habitude mortelle et ruineuse.
La Haute-Caroline n'a ete habitee que beaucoup plus tard , et Fa ete par des emigrans
de la Pensylvanie , et particulierement de la
Virginie et du Maryland. Us ont apporte
avec eux l'habitude de la culture du tabac , et
ils Font etablie dans leurs nouvelles terres. Les
premiers settlemens ont eu lieu d'abord aupres
des rivieres et sur les meiileurs fonds qui ont
repondu a leurs soins. Les Pensylvaniens y
ont cultive le bled, culture principale du pays
d'ou ils arrivaient; mais le bled a ete cultive
en moindre quantite , parce que les Pensylvaniens emigrans etaient moins nombreux ,
et le tabac a ete pour long-terns la principale
culture de la Haute-Caroline. La baisse de
son prix et sur-tout Fepuisement des terres (  222   )
qui le produisaient ont enfin ouvert les yeux
aux cultivateurs, et la culture des bleds et
de toutes sortes de grains, celle des cotons,
celle des prairies, sont aujourd'hui plus en
faveur.
Mais ce n'est que depuis peu de tems que
ce changement a commence, et les anciennes
habitudes ne sont point detruites. D'ailleurs
la population n'est pas bien considerable dans
la Haute Caroline , et quoique Immigration
en sa faveur soit plus nombreuse que celle
qui sort de cette partie de l'Etat, cette der-
niere est encore assez grande. D'ou il resulte
que les meilleures terres, les terres grasses
d'argile ou de claye, sont presque les seules
cultivees , et que celles jugees d'inferieure
qualite restent encore couvertes de bois, particulierement de pins, mais plus eleves et plus
gros que ceux de la Basse-Caroline. Cet etat
de choses tres-naturel subsistera tant que la
population ne recevra pas un plus grand ac-
croissement, et que les nouveaux habitans ne
seront pas plus stables dans le pays. Car le
meme esprit de changement prevaut ici parmi
les nouveaux settlers , presqu'autant qu'en
Georgie, et y prevaut particulierement dans
les parties les plus rapprochees des frontieres.
Une famille abat les arbres de quelques acres (  223  )
de terre , gratte superficiellement le sol , y
plante en mais et en patates ce qu'il en faut
pour subsister j vit d'ailleurs de chasse et des
cochons qui courent dans les bois, sans beaucoup prendre garde s'ils lui appartiennent : et
souvent avant que cette petite portion de
terre ait perdu sa premiere fertilite, la famille
emigre et va se porter en avant dans les bois,
ou, moins entouree d'autres settlers, elle me-
nera une vie plus analogue a son gout de pa-
resse et d'envahissement. Ce sont des especes
de sauvages qui, avec plus de vices et d'avi-
dite que les Indiens, n'en different d'ailleurs
que par la couleur. Les peuples des frontieres
de la Caroline vivent cependant en meilleur©
intelligence avec les nations indigenes que
ceux des frontieres de Georgie.
II est rare ici comme en Pensylvanie, que
les premiers settlers restent sur les terres qu'ils
ont commence a defricher. Les seconds, les
troisieines meme souvent, ne sont pas plus
cons tans. Ehfin il y arrive des habitans moins
partisans de la vie errante, qui profitant des
cornmencemens de trayaux faits par leurs pre-
decesseurs et s'y lixant, peuvent etre avec certitude comptes parmi les habitans de l'Etat, les
autres n'etant reellement rien pour sa population. C'est vers le Tenessee , le Kentuky, (   224)
les territoires de FOuest, que se porte Immigration qui sort de la Caroline du Sud, dont
une partie va aussi dans les derrieres de la
Georgie.
Le recensement de la population de la Caroline du Sud , fait en 1791 , la portait a
249,973 habitans, dont 107,994 esclaves. Plus
des deux tiers de cette population appartenait
a la Haute-Caroline , et elle y est augmentee
considerablement depuis cette epoque , particulierement en habitans blancs. On assure que
la partie basse n'a point eu d'augmentation
dans sa population, ni noire, ni blanche.
Le  commerce  de   la  Caroline  du  Sud  a
eprouve plus d'accroissement encore que celui  des autres  Etats.  Charles-town est vrai-
ment sous ce rapport le seul port de l'Etat M
Beauford ne faisant aucun commerce, et celui
de Georges-town etant tres-peu considerable. }
Par la   suite   le canal de  Santee  amenantj
directement a Charles-town les produits quia
descendent aujourd'hui tout le cours de la ri-\
yiere et passant devant Georges-town, s'y ar-|
retent en partie,  diminuera encore le com-J
merce de cette derniere ville.
Montanm !
^___ ___ m
■^
«   C
to  *   ^
M
H3   (
* m"10 aT S
5 S to         * ■* 0         S <Tu3
CD
Oio to          O-o   t-^         O-o  0
!>.
©J
*9
E 5
:i|f«
*"° A --a'?  "o.ina^   '*-.-.-o!5
K
a> 0      -<u    «  w  7  a    <v  v  w -«
ri
>'c g*^ S
w5^ * S    ^U H §    S3- * 1
•|ll|l||P|l|
s
$
C    '1-    H   -X
ho iP .5 .0
I
m
to              10               eo
CD '
*  3
»
cS                   .-1                    CD
*o               0                «
to
-              to               CO
to
^
H "
p
0
1              °°                 9?
**1
o
r
/     0               0               m
n
" j
i
£
0              "^r            oc/
00               <i                f^
s
"^ «<
Q
t>"              ^             "i.
I
o
■*
-?             to
5
m
m
c            -er           to
G~>                O                  ei
^?
1
"*> CO
•^r            cs            co
WO
£>£>
s
-2
t^.            £           »o
<D
1
»5 *>*
O
J^rt
N
>.
Q
vo               -              co
1
p4
§
r*ii>
ur>                t-.              co
r-
8
es                -                0
!
<«   ~
CO                c^               <D
fcJD>0
«
u
w
<£                              (£                            >£
v^
<s cd
«
co              to              00
to
C  r^
0
I -<
|
^r            co              <D
O
o
»o
00            <s           to
to
to              cd           10^
to
0
-2
CD
«o              A             0
CO
|
*5     &>
^r            <D            t^.
1M
M
If
Q
0^
to            *o              cs
rt
\
v
Cto
"2
^0
M            J*           *
£ en
.g*
*
e\              -               m
S ^
M
a
1
1
ti"                          <?                           rT
\
•»
cy
1	
\
• l  ■
to
0               0              co
CO
\
«
Oi                to                   (J)
t>
q
•^             us               i>.
Oi
I
||
d             vr           vo
O
■ >^   1 Q
~
\
<tt
H
to            00             «
6
0
y>
to
to                >o                 CD
»o
i
c:
CJ
«     ■;
sf
|
.0
3  I ^
""I   j    ~
55
•H                   c^                   t^«
d             vj-           to
a
0
?       «■
ri
cd            t^.
9?
H
U
•i>! a
if
t--             to
£
|
*3
(4
a
us
S
00
e<          '       «    .             jD
Oi
^
j
s
I
>o~
to                   O                   M
to~              vcT              -^
CD
|
^
1
-cy
«
n
5|
1
!     2
i
1     H
ei
0
<j>
^
t^»                 t-»                 t-^   O.
s
1
1        ri
H
r-                   «                   «     ^
S -
1!
I
  !3
s
Tome IF. (   226  I
Notes sur le tableau pre1 cedent et sur le
commerce de la Caroline.
Dans la colonne des autres articles sont
compris les bois, chanvre ) goudrons, quelques
peaux de daims, etc. et aussi les demees des
Antilles reexportees de Charles-town.
De Fexamen de cet etat, il resulte que la
prodigieuse augmentation des exportations de
Charles-town dans les quatre annees et demi
mentionnees , n'est qu'en valeur, mais que les
quantites sont a peu-pres les memes, et plutot
diminuees quaccrues; car s'il y a plus de coton
et de riz d'exporte, il y a moins de tabac et
d'indigo. La situation dit tonnage en est encore
la preuve, puisque 1786) tonneaux ont ete employes de moins en 1795 qu'en 1792, quoique
la valeur des exportations ait ete en 1795 plus
forte de 2,949>491 dollars qu'en 1792, cest-a-
dire presque du double. II est aise de voir aussi
que l'etat de guerre ou est 1'Europe, et qui a fait
augmenter les produits de la Caroline , comme
ceux des autres Etats, a augmente conside-
rablement les reexportations des denies des
Antilles, puisque la valeur des articles non
particulierement nommes, et qui ont ces den-
rees pour principal element, a ete en 1796 de
2,931,264 dollars plus forte qu'en 179^, c'est- ( 227 )
a-dire quadruple. L'etat ci-apres des exportations en nature des trois principaux produits
de la Caroline du Sud par le port de Charles-
town; pendant les annees 1783, 1784 et 1785,
donnera une idee comparative de la culture
k ces epoques et a Fepoque presente.
RIZ. TABAC. INIUGO.
1783... .61,974 ban £,680 bouc 2061 caisses.
1784* • • .63,713.        2,3o3. 1,789.
1785....65,857.       3,929. a,i65. (*)
Le commerce de Charles-town, dont Facti-
vite a ete grande, a fait des profits considerables , dont un des resultats est que, quand
en 1792 il n'avait la propriete que de 7,665
tonneaux dans les 26,772 appartenant au commerce americain , il en avait en 1795 vingt-trois
mille trois cent trente, c'est-a-dire , 15,665
de plus ou trois fois davantage. La reduction
du tonnage etranger de 20,081 tonneaux dans
cet espace de tems prouvera aussi que cette
grande augmentation du commerce de Charles-town est principalement due encore a la
guerre d'Europe, qui reduit presqu'a rien le
commerce des nations belligerantes, et com-
bien par consequent elle est precaire. Car, k
(*) A cette epoque le coton n'etait pas encore cultive
cfcaas la Caroline du Sud.
P a ( nj|')
la paix , ces nations reprendront leur part dan$
le commeice de FAmerique, et probablement
restreindront celle que prend le tonnage ame-
ricain au commerce de leurs colonies.
Je n'ai pas ete a portee de me procurer
par-tout des renseignemens aussi complets
qu'a Chales-town : mais sans pouvoir donner
des details egalement circonstancies sur toutes
les places de commerce des Etats-Unis, je
suis assure que les resultats sont par-tout a-
peu-pres les memes et conduisent aux memes
Consequences.
Independamment des 60,202 tonneaux oc-
cupes par le commerce de Charles - town a
1'etranger, i4,3i5 autres sont employes pour
le cabotage et la pedie en petits batimens depuis douze tonneaux jusqu'a quarante.
L'augmentation du tonnage appartenant aux
negocians de Charles-town, n'a pas fait aug-
menter le nombre des constructions de ce
port. Da commencement de 1791 jusquen,
avril 1796, il n'y a ete construit que vingt six
batimens qui ne portent ensemble que 2,785
tonneaux , et sont presque tous des sloops ou
des goelettes depuis quarante tonneaux jusqu'a
cent; quelques bricks un peu plus forts ; enfin
deux vaisseaux a trois mats ; etla progression
de cette petite quantite de constructions n'a ( 229 )
nullement suivi celle de l'augmentation dans
la valeur des exportations, par consequent
dans la richesse des negocians. La raison en
est la rarete , on pourrait dire Fabsence presque totale d'ouvriers a Charles-town, d'ou suit
la cherte de la construction, qui est de quinze
dollars par tonneau plus grande que dans les
Etats de FEst.
Ces Etats , comme je l'ai dit k leur article,
n'ont point assez de produits pour charger ces
batimens employes dans leur commerce. Ils
sont d'ailleurs manuFacturiers de vaisseaux,
et tous les ans ils en envoient dans les Etats
du Sud, pour y etre vendus. C'est done par
Facquisition des vaisseaux construits dans FEst
que les negocians de Charles-town accroissent
le tonnage de ce port, et cet etat de choses
subsistera toujours tant que la population de
la Basse-Caroline restera aussi faible qu'elle
Fest a present, et qu'ainsi les travaiileurs y
seront plus utilement occupes a la culture qua
tout autre emploi. Cependant la duree des
batimens construits en Caroline, et avec les
bois du pays, est trois fois plus longue que
celle des batimens de FEst, car quoiqu'il s'im-
porte souvent dans les ports de FEst des bois
de construction du Sud , ils n'y sont jamais
employes sans melange, et par consequent ne
P 5 (   230  )
peuvent avoir la meme solidite que ceux construits dans les Etats du Sud, ou toutefois ils
ne peuvent gueres Fetre que par les charpen-
tiers de FEst.
Les metnes raisons par lesquelles il ne se
fait pas de constructions de vaisseaux dans les
Carolines et en Georgie, empedient aussi dV
trouver des matelots pour monter les batimens
appartenant a Charles-town. Ce sont encore
les Etats de FEst qui les leur fournissent, ou
parmi ceux qui viennent avec les batimens
de FEst, amenes pour etre vendus , oubien
ceux qui-etant deja employes sur les cabo-
teurs qui apportent a Charles-town, pendant
l'hiver , les produits des differentes rivieres
de la Caroline et de la Georgie , s'engagent
pour le grand commerce , qui leur donne
de plus hauts gages. Peu de ces matelots
restent a Charles-town apres la fin de leur
engagement. Ils retournent dans FEst ou ils
retrouvent leurs families, et d'ou ils ne les ap-
pellent pas a Charles-town , parce que la vie
est de moitie plus chere dans cette denuere
place que dans leur pays. Quelques negres sont
aussi employes sur les batimens de commerce,
mais dans la proportion seulement d'un cin-
quieme par terme moyen , et ce sont des
negres libres , tandis que pour le cabotage, et ( a3i )
sur-tont pour celui fait dans le district meme*
de Charles-town , la proportion des negres aux
matelots blancs est de trois cinquiemes plus>
forte; parce que , alors les capitaines etant
presque tous proprietaires de ces petits batimens, les montent de leurs propres esclaves. ,
Les produits de Finterieur de la Caroline,
qui fournissent k son exportation , arrivent en
certaine quantite par les rivieres qui coulent
pr£s les lieux ou ils se recoltent, et plus par
la riviere de Santee que par aucune autre,
parce-que son cours est plus long, et qu'elle
recoit un grand nombre d'autres rivieres qui
ont leur source et line bonne navigation assez
avant dans Finterieur des terres. Cependant,
la difficuke de la navigation de la riviere de
Santee , dans sa partie la plus voisine de la
mer, le trajet de mer de Georges-town a
Charles-town , et la difficulte des retours que
presente la rapidite du courant, rend le transport de ces produits par terre plus frequent
que celui par eau. II est d'ailleurs dans la
Haute-Caroline, des parties tellement eioignees
de toute eau navigable, que le transport par
terre y est indispensable. Celui des cotons,
des indigos, des chanvres, se fait dans de
grands chariots atteies de quatre ou six die-
vaux. Quant aux boucauds de tabac, ils sont
P 4 (   232   )
traines par des chevaux sans voiture , avec ungy
espece de train tres-semblable a ceux de nos
rouleaux de jardins. Le charriage est tres-peu
dispendieux en Caroline, parce que les chevaux' qui y sont employes n'entrent jamais
dans les ^curies. Ils passent la nuit et pren-
nent leur nourriture dans les bois , ou Fherbe
est toujours epaisse et abondante : et les
ivaggoniers, d'une grande frugalite , portent
avec eux leur mais , leur viande salee et leur
fromage , et n'entrent dans les tavernes que
pour y boire quelques verres de wiskey. On
assure que le commerce du charriage est tres-
lucratif en Caroline. Le prix pour amener des
denrees des derrieres de la Caroline du Sud,
peut etre evalue par terme moyen a uu dollar
un tiers le cent pesant. II est un peu plus cher
dansle printems que dans Fautomne. Le prix
du charriage jusqu'a Columbia, ville sur la
riviere Combahee, ou la bonne navigation
commence, jusqu a la riviere Santee, peut etre
evalue a deux schellings six pences.
Le canal de Santee qui joindra les eaux de
cette riviere avec celles de la riviere Cooper ,
augmentant la facilite de la navigation , dimi-
nuera beaucoup la quantite des transports par
terre ; ce canal, qui aura vingt-deux milles de
long ,   est presqu'enuerement creuse,   Deja ( 233 )
quelques eduses y sont posees , et on assure
qu'il sera navigable a la fin de 1797 , ou au
plus tard Fannee suivante. II atteint la riviere
a un point plus bas que celui ou monte la
maree. Ainsi, la facilite du retour sera aidee
par la maree montante. Des bateaux de toute
grandeur arriveront en surete par cette navigation interieure, de tous les points ou les
plus petits creeks qui se jettent dans la riviere
Santeepourrontles porter, etindependamment
de tous ces avantages, qui abregeront la duree
de la navigation en la rendant plus certaine ,
le trajeten sera raccourci de plusieurs dixaines
de milles.
Ce canal est fait par une compagnie qui a
recu de la legislature de l'Etat, en 1786 , une
charte d'incorporation par laquelle toutes les
terres , non alors concedees , lui ont ete
donnees, et dont elle a recu aussi avec plusieurs autres privileges , celui d'etablir un
peage pour un tems illimite. Le canal de Santee
n'est pas le seui dont la legislature de ia Caroline encourage la confection. Elle s'occupe
aussi de faeiliter la navigation de toutes les
rivieres qui en sont suscesptibles. ( 234)
ill
Reconnaissance pour quelques Caro-
liniens distingues.
Je ne terminerai pas ce long article de la
Caroline ■ sans consigner le souvenir de la reception pleine d'obligeance que j'ai eprouvee.
a Charles-town : c'est un devoir que j'ai a
remplir dans toutes les parties de FAmerique
que j'ai parcourues; mais nullepart plus qu'ici.
II n'est pas de ville dans les Etats-Unis ou un
etranger puisse trouver plus de bienveillance ,
plus d'hospitalite, des manieres plus agreables,
plus de formes de bonne education, ou il puisse
enfin se pi aire davantage , et qu'il doive quitter
avec plus de regret. Je devrais nommer presque
toutes les personnes que j'ai vues a Charles-
town , pour indiquer toutes celles dont j'ai a
me louer; Fenumeration en serait trop longue.
Je me bornerai done a citer M. John Pringle ,
dont la maison a ete la mienne pendant tout
le sejour que j'ai fait a Charles-town ; M. Isaac
Holme, collecteur de la douane, homme ins-
truit; excellent, et a la bonte de qui je dois
le plus grand nombre des renseignemens que
j'ai recueillis ; M. Edward Rutledge , homme
d'un esprit distingue , d'un caractere aimable
et gai, de connaissances etendues,  et d'une (235)
bienfaisance genereuse, dont les Francais mal-
heureux de St.-Domingue ont recu de grandesr
preuves ; le general Pinkney , dont Fesprit
sage , les connaissances et la vertu , reunissent
la confiance et Fes time de ses concitoyens;
enfin , Fexcellent M. Man, et son associe
M. Foltz , auxquels-j'etais recommande , et
dont la loyaute , la bienveilance et Fintelli-
gence sont peu commune.
Depart de la Caroline
J'aurais bien voulu me rendre en Virginie
en traversant la Caroline du Nord; mais la
saison etait avancee, le soleil dAja extreme-
ment chaud; Fepoque ou je devais arriver a
Philadelphie etait a peu-pres fixee, et je voulais
voir la Virginie avec quelque detail. II m'a
done fallu me departir de ce projet; neanmoins,
le delai de mon depart de Charles-town \ oc-
casionne par la lenteur du capitaine et la longueur du passage causee par son irnperitie,
ont occupe autant de jours qu'il m'en eut
fallu pour faire par terre la route a laquelle
je n'avais renonce que pour abreger le tems.
J'ai regrette de ne pas voir ce vaste Etat ,
qui, quoiqu'un des moins avances de FUnion
dans tous les points , presente a la curiosite ( 236 )
du voyageur beaucoup d'observations interes-
santes , ne les port&t-il que sur la probability
des progres futurs plus ou moins grands.de sa
population , de son commerce. Je suis done
reduit a ne consigner ici sur la Caroline du
Nord, que les renseignemens que je tiens de
la complaisance de plusieurs de ses habitans ,
et particulierement de M. Iredwell, juge de
la cour supreme des Etats-Unis , homme dun
esprit sain, d'un caractere estimable et estime.
Caroline du Nord. Sa Constitution ?
son Commerce.
Les cotes de la Caroline du Nord ont ite
visitees des avant le commencement du siede
dernier , mais les petits etablissemens qui s'y
etaient faits n'ont ete que temporaires. Les
etablissemens un peu plus permanens ont
commence seulement en 1710 par des emigres Allemands du Palatinat. Les proprie-.
taires de la Caroline encouragerent leurs etablissemens , et donnerent aux nouveaux arri-
vans Fetendue de terre qui se trouve entre la
baie & Albemarle , formee par la riviere
Roanoke, et la baie deBath, formee par la
riviere Taar. Un grand complot des Indiens
de la nation des Tuscororas3 dont on ignore la ( f? )
cause (car d'ailleurs , les details del'histoire de
la Caroline du Nord sont encore moins connus
que ceux de tout autre Etat) detruisit presqu'en-
tierement cet etablissement en 1721. Cent
trente-sept habitans, hommes, femmes et
enfans , furent massacres. Ceux qui surve-
*curent implorerent vengeance du gouvernement de la Caroline du Sud, dont les terres
ouils etaient etablis ont long-tems encore apres
fait partie. II s'en suivit une guerre dans laquelle les Sauvages perdirent beaucoup de
leur monde , et ou la petite arraee de la Caroline du Sud fut aidee par un assez grand
nombre d'Indiens de differentes tribus. Il est
meme a remarquer que ceux des Tuscororas
qui echapperent a cette destruction , abandon-
nerent la Caroline du Nord pour aller se joindre.
aux cinq nations pres les grands lacs. La colonie., assez tranquiile depuis cette epoque,
s'accrut en population et en richesses , jus-
qu'en 1729 , 011 les. sept proprietaires remirent
a la couronne d'Angleterre leur droit de jurisdiction et de siizerainete. La colonie alors
fut separee de la Caroline du Sud , et "erigee
en province1 particuliere sous le nom de Caroline du Nord , par ordre de Georges II.
La Constitution de la Caroline du Nord a
^te faite en  1776 sur les memes bases que.
jf>; <'i (238)
celles des autres Etats. La chambre des representans est composee de deux membres par
comte (et il y en a cinquante-huit dans l'Etat)
et deux membres pour chacune des villes considerables d'Edenton, de Newbern, de Wilmington , de Salisbury , d1Hills borough ,
dHHallifax et de la Fayette. Les conditions
pour etre membre de la chambre des representans sont la residence depuis un an dans le
comte ou se fait l'eiection , la possession depuis six^mois de cent acres en franc-fief ou a
bail a vie. Le senat est compose d'un membre
par comte. Les conditions pour etre senateur,
sont un an de residence dans le comte, et la
propriete de trois cents acres de terre.
Les eiecteurs des senateurs doivent etre
ages de vingt-un ans, etre habitans de l'Etat
depuis un an , et posseder depuis au moins
six mois cinquante acres de terre en franc-fief.'
Les eiecteurs des representans doivent avoir
le meme age, la meme anciennete d'habitation
dans l'Etat; mais il leur suffit d'avoir paye
les taxes publiques, sans la necessite d'aucune
propriete. Le senat et la chambre des representans sont  nommes annuellement.
Le gouverneur est elu par les deux chambres, ainsi que son conseil compose de sept
membres.  lis sont tous elus pour un an. Le ( ^9 )
gouverneur ne peut etre continue dans sa
place que trois annees sur six. Les conditions
exigees pour etre eligible comme gouverneur
sont Fage de trente ans, l'habitation dans
l'Etat depuis plus de cinq ans, et la possession en franc-fief au moins de mille livres ,
ou s5oo dollars ( la monnoie de la Caroline
du Nord etant comme celle de New-Yorck
de huit schellings au dollar). Toutes les
places de l'Etat sont nommees^ par les deux
chambres. Le secretaire d'Etat Fest tous les
trois ans. Les juges et le procureur general ou
attorney general sont nommes de meme, mais
ils recoivent leur commission du gouverneur,
et conservent leur place tant que leur con-
duite est bonne. Le gouverneur n'a aucune
participation a la confection des loix. Il est
a remarquer que la constitution exclud de
Feligibilite a la legislature toute personne ne
croyant pas a Dieu, a la verite de la religion protestante, ou a Vautorite divine de
Uancien et du nouveau testament.
Les depenses de l'Etat varient de 37,5oo
a 45,ooo dollars.
Les taxes consistent en huit pences ou
deux tiers de schelling sur chaque lot de cent
acres de terre , sans egard a sa qualite ou a sa
situation, ( elles commencent des que le pro- ■fit:
( 240 )
prietaire entre en possession) ; en deux schellings pour chaque valeur estimee cent livres ,
ou deux cents cinquante dollars, en lots de
ville; en deux schellings pour tout homme
blanc ou noir, libre ou esclave, depuis Fage
de douze ans jusqu'a celui de cinquante; en
dix schellings pour chaque etalon; en quarante
schellings sur toute tayerne ou vendeur de
liqueur spiritueuses en detail; en vingt livres
ou cinquante dollars pour chaque table de
billard ; en une somme depuis huit jusqu'a
vingt schellings pour chaque sentence ou arret,
selon la cour ou ils sont rendus.
L'Etat est divise en cinquante-huit districts
de collecte qui peuvent etre changes par les
cours de comte. Les sherifs sont par leur
place collecteurs de taxes. Ils sont appointes
par les cours de comtes qui jugent de leur
solidite. lis recoivent six pour cent de leur
collecte, et un demi-schelling par mille qu'ils
sont obliges de paicourir a cette intention.
En 1795, les taxes ont produit i5,68i livres,
ou 39,200 dollars, dont les taxes sur les terres
6,386 livres dix schellings, (le nombre des
acres payant taxe etant de 1,399,670) les
taxes sur les lots de ville 2,5oo dollars,
celles pour capitation a5,4oo dollars , celles
sur les proems, billards, cheyaux, 2,600 dollars.
■» (24i   )
lars. Total, 46,118 dollars. En preievant les
depenses pour la collecte et les pertes pour
faute de paiemens , il reste net 39,200 dollars.
Les dettes de l'Etat consistent en billets de
credit pour environ i5o,ooo livres, ou 375,000
dollars , que I'm estime etre ou dans la tre-
sorerie ou en circulation. L'Etat de la Caroline du Nord , dans Festimation des sommes
dues a FUnion, faite par les commissaires ,
est debiteur pour 5oi,882 dollars.
■ Les montagnes Apalaches ou Alleganys di-
visent cet Etat en deux parties, aussi diffe-
rentes pour le climat que pour la nature du
sol; mais sa partie basse , susceptible proba-
blement de cultures aussi productives que
celles ie Virginie et de la Caroline du Sud,
n'est point, a beaucoup pres , autant cultivee.
La difficulte de la navigation des rivieres et
sur-tout le defaut de ports , qui est une consequence de cette difficulte de navigation et
de l'Etat des cotes , n'offrant aucun debou-
che facile au commerce, a du retarder les
progres de la culture et de la richesse de la
Caroline du Nord: et le manque de richesse
dans l'Etat , a empeche jusqu'ici les efforts
qui pourraient, et prolonger le cours des navigations actuelles, et les degager de leurs
obstacles. Le plus grand de ceux qui s'op-
Tome IV Q ( 24a )
posent a la complette navigation de ces rivieres , et peut-etre le plus difficile a detruire
est celui qui resulte des bancs de sable dont
toutes leurs embouchures sont plus ou moins
obstruees. On donne pour cause de ces bancs
la rapidite de plusieurs de ces rivieres vers
leur source , leur lenteur pres de leur embouchure , ou alors elles parcourent un pays
absolument plat , et ou elles deposent ainsi
toute la terre qu'elles ont recue ou entrainee
dans leur cours. Ces bancs de sable doivent,
selon quelques opinions, etre attribues au cou-
rant des eaux venant du golfe du Mexique, qui,
s'approchant des cotes de la Caroline, y pousse
le sable qu'il contient et empeche celui que
les rivieres charrient d'arriver jusques dans la
mer. II est probable que les deux causes con-
courent k ce facheux resultat, qui empechera
peut-etre la Caroline du Nord de profiler jamais
de tous les avantages de son sol et de sa position.
On peut dire qu'il n'y a point de port dans
la Caroline du Nord, tant Fentree des places
auxquelles on y donne ce nom est difficile,
et tant les canaux par lesquels on y arrive
sont peu profonds. Le meilleur de tous est
Wilmington , a trente-cinq milles sur la
riviere  Fear.  Les  vaisseaux   de  trois cents ( s43 )
tonneaux peuvent y remoriter; mais un larg&
banc de sable et de rocs y connu par tous les
navigateurs sous le nom d'ecueils du cap Fear,
couvre presqu'entierementl'entree de la riviere
et n'y laisse qu'un passage pres des cotes $
qui, comme toutes celles de la Caroline du
Nord, sont tres - dangereuses. La branche
Nord-est de la riviere Fear est navigable cent
milles plus haut que Wilmington , et jusqu'si.
Fayette-ville, pour les bateaux portant dix-
huit a vingt tonneaux. C'est cette navigation t
plus prolongee que celle d'aucune autre riviere de l'Etat , qui donne plus dactivite au
commerce de Wilmington qu'a aucun autre
de la Caroline du Nord. Les produits des
pays de derriere y arrivent, et ceux des Antilles ou des manufactures d'Europe en sont
envoyes dans ces memes pays par des bateaux.
Fayette-ville devient aussi par cette raison
une ville de quelque consequence. Son commerce s'accroit annuellement; celui de Wil*
mington ne se fait principalement qu'avec les
Antilles. Lesmarchandises d'Europe y viennent
de Charles-town , Baltimore ou Norfolk. Les
exportations de Wilmington se sont monteeg
en 1791, a 258,728 dollars ; en 1792, a 262,498$
en 1793, a 171,569; en 1794? a 133,167; en
1795, a254>r5i dollars. Les deux autres porW
t ( s44 ) ,
les plus considerables de l'Etat apres Wilmington sont Edenton et Newbern. Newbern est
sur la riviere Nius, a son confluent avec la riviere Trent, k cent milles de la mer dont les
co.tes de Caroline sont separees par une suite
de longs et etroits ilets depuis le cap Lookout
jusqu'a la limite de la Virginie. C'est au trayers
de ces ilets, et dans les etroits et perilleux
passages qu'ils laissent entr'eux, que les batimens entrent de la mer dans ces larges baie3
ou sounds ou se jettent toutes les rivieres de la
Caroline. Les batimens de cent quatrevingt
ou deux cents tonneaux, remontent a douze
milles au-dessus de Newbern, etla riviere est
navigable cent milles encore par dela pour de
perits bateaux. Mais ceux qui portent plus de
cent tonneaux sont obliges sou vent de s'alieger.
Les exportations de Newbern se sont montees
en 1791, aio5,685 dollars; en 1792,& 101,367;
en 1793, a 60,695; en 1794? k 69,617; et en
1795 , a 73,652 dollars.
Edenton est situe sur la riviere Roanoke,
a la tete d"Albemarle-sound, et a cent cinquante milles de File Roanoke, qui fait par-
tie de ces ilets dont j'ai parie, et aupres de
laquelle est l'etroit et difficile passage par ou
les batimens gagnent la mer, et en arrivent
dans ie sound. Des vaisseaux de cent cin- ( 245 ) .
quante tonneaux viennent a Edenton • et peuvent monter quelques milles plus loin. De la.
jusqu'aux rapides, c'est-a-dire a soixante-dix
milles d'Edenton , la riviere n'est plus navigable qu'en bateaux de vingt a trente tonneaux et de construction extremement plate.
Le Roanoke arrose les terres les plus fertiles
de la Caroline du Nord. Les produits , depuis
les rapides jusqu'a Edenton et au-dessous,
sont portes a Edenton , et fournissent a une
exportation qui s'est montee en 1791 , k
92,306 dollars ; en 1792, a 87,203 ; en 1793,
k 59,576; en 1794 , k 5o,648-; et en 1795 , a
77,907 dollars.
Les produits des terres au-dessus des rapides , se debarquent a leur commencement >
et sont conduits par terre a Petersburg en
Virginie. Quand le canal projette au travers de
Dismal-swamp,(marais terrible) et qui doit
joindre les eaux d'Albemarle-sound a celles de
la riviere Elisabeth, sera acheve, les produits
qui s'exportent aujourd'hui d'Edenton, se por-
teronta Norfolk, la communication de la mer
avec Albemarle-sound devenant annuellement
plus difficile. Le comte de Carnbden, place sur
FAlbemarle -^ sound, et plus pres de la mer
qu'Edenton, a aussi un bureau de douane, ainsi
que la ville de Wilmington 7 ;&tuee sur la ri-^
Q 3 CMS)
viere Fear a cent milles de File Oere-cok.
\]un et Fautre , plus mal situes que les trois
premiers pour la navigation, fournissent beaucoup moins a Fexportation. En reunissant le
montant des exportations de ces cinq bureaux
de douane , on trouve que Fexportation gene-
rale de la Caroline du Nord s'est montee pour
3791 a 524,548 dollars ; pour 1792, a 527,899;
pour 1790, a 365,4i4 ; pour 17945 a 321,587;
<et pour 1795 , a 492,161 dollars. Les produits
de la partie basse de la Caroline du Nord fournissent presque seuls a ces exportations qui
consistent engoudrons, terebentine, poix-re-
sine, mais , bois en poutres, en planches , en es-
sentes, en douves, peaux de daims et de veaux,
tabac et riz ( mais ces deux articles en petite
quantite), pore, lard, suif, cire produit des
abeilles et produit de Farbre a cire, etc. Presque
tous les produits de la .partie haute de la Caroline du Nord se versent directement en Virginie - ou dans la Caroline du Sud. lis consistent en bled , mnis, avoine , orge , seigle ,
pois et tabac. Les produits de la partie basset?
de la Caroline du Nord oe portent dans les .
Etats de 1 Est\^V3iii, en echange , fournissent
la Caroline de farine , from age •, cidre, pommes
de terre , fer* manufacture, chap eaux et mar- •
chandises d'Europe.  La clierte de la* torn-* ( 247 )
d'oeuvre et la difficulte de la navigation em-
peche la construction des vaisseaux dans cet
Etat ou les bois de la plus belle qualite sont
en grande abondance.
La partie basse de la Caroline du Nord est
aussi mal-saine que celle de la Caroline du
Sud: elle Fest meme davantage ; quoique les
Swamps a riz n'y soient pas a beaucoup pres
aussi multiplies. En hiver meme , les fievres ,
et sur-tout les maladies de poitrine , y sont
frequentes. La partie haute, bien aeree, arro-
she de ruisseaux rapides, ne partage aucun de
ces dangers. Dans les deux parties, mais particulierement dans la partie haute, les boeufs,
les veaux et les cochons, sont tres-nombreux
dans les bois, ils vivent en liberte , portant une
marque particuliere a chaque proprietaire ;
c'est une branche importante de Fexportation.
La population de la Caroline du Nord etait,
par le recensement fait en 1791 , de trois
cent quatrevingt-treize mille sept cent cinquante, dont deux cent quatrevingt-treize
mille cent soixante-seize personnes libres, et
cent cinq mille soixante-onze esclaves. On dit
que ce recensement a ete mal fait, et que la
population etait deja, en 1791, plus considerable qu'il ne Fa etablie. Depuis cette eppque,
elle a augmente, plus par sa propre reproduc-
Q4 ( 248 )
tion, que par Immigration des autres fitats ,!
qui , quoiqu'assez considerable , ne lest pas
plus que celle qui sort de cet Etat, pour alter
en Georgie, en Caroline du Sud, au Kentuky,
et au Tenessee. Raleigh est, depuis 1788 , la|
capitale de l'Etat qui jusqu'alors n'en avait pas;
la legislature se portant successivement d'une
ville a Fautre.   Les villes de la Caroline  du
Nord sont peu nombreuses et peu conside-l
rabies. La plus grande partie des proprietaires;
hahitent leurs plantations, et y vivent commej'
les Virginiens , mais avec moins dabondance §a
etant generalement moins riches.   On assure!
que , depuis quelques annees ,  ils s'occupentj
de Fameiioration de leur culture. Les esclaves
sont, dit-on , traites avec douceur. Je n'ai pu
me procurer les loix qui leur sont relatives!
ni aucune autre.
La secte la plus nombreuse dans l'Etat de
la Caroline du Nord , est la presbyterienne ,
sur-tout dans la partie de FOuest, habitee^
par des emigrans de la Pensylvahie. D'ailleurs
les calvinistes , les lutheriens, les episcopaux
et les quakers y sont aussi en assez grande
quantite , mais les cultes de ces differentes
sectes n'y sont pas plus exerces que dans la
Caroline du Sud et qu'en Virginie. Il y a dans-
cet Etat un etablissement de freres Moraves, ( 249)
C'est a ces connaissances generales, que sa
bornent les renseignemens , qui m'ont ete
fourni sur la Caroline du Nord , qui me parait
un des Etats les plus eloignes de toutes les
ameliorations dont la qualite de ses terres et
la nature de ses productions le rendent susceptible. Le tems les operera, mais il ne pourra
pas etendre la richesse du pays au-dela de
celle des produits de son agriculture ; et la
nature de ses cotes et de ses rivieres ne lui
permettra jamais de prendre rang parmi les
Etats commercans.
Passage de Charles-town a Norfolk.
Les occasions de passage de Charles-town
a Norfolk ne sont pas frequentes. La saison
etait trop avancee pour traverser a chevai la
Caroline du Nord, et y faire le sejour necessaire
afin de m'y procurer de bons renseignemens.
Apres avoir attendu huit jours un batiment
qui put me porter en Virginie , j'avais arrete
une place sur un sloop. Mais mes amis de
Charles-town Font juge trop encombre de
passagers , pour ma commodito , assez mal
equipe d'ailleurs , et M. Grant, Fun des hommes de qui j'avais recu le plus d'honnetetes
4 Charles-town * *&& invite a donner la prefe- ( 25o )
rence a un petit bailment dont il etait consign ataire, qui appartenait a un de ses amis
de Norfolk, et qui devait mettre deux jours
apres a la voile. Le batiment devait netre
point charge, n'avoir d'autres passagers que
le neveu du proprietaire et moi, et nous con-
cluire en trois jours k Norfolk. La petitesse du
batiment ne me piaisait point, il n'etait que
de vingt-neuf tonneaux, Favantage de toutes
les autres circonstances a cependant prevail? ,
et j'ai accepte avec reconnaissance; mais au
lieu de partir au bout de deux jours il a ete
retarde six jours de plus; au lieu de n'etre
pas charge , il Fetait de barriques de riz jusques
dans la cabine; au lieu d'un seul passager, il
en avait quatre; au lieu d'etre un bon voilier,
c'etait une vraie charette; le capitaine ignorant,
paresseux, sans soins, ne connaissait pas les
cotes difflciles de la Caroline du Nord. Enfin
apres avoir couru les dangers les plus reds sur
les brisans du cap Fear, et du cap Lookout ,
que nous aurions du laisser a trente milles de
nous. Apres avoir eu par les gros tems Fun
de nos mats casse quatre fois , apres avoir
edioue la nuit dans la baie de Chesapeak sur
un banc dont quatre heures de rude travail ne
nous ont arraches qu'avec peine, apres avoir
^chappe  a plusieurs autres perils  auxquels (25!   )
Fignorance et la negligence de notre capitaine
nous avaient exposes, et apres onze jours de la
navigation la plus desagreable , nous somnies
arrives a Norfolk le 29 mai. Ainsi bien souvent
les evenemens dejouent la prevoyance, mais
le mal-aise et les dangers ne sont rien quand
ils sont passes, et ceux de la mer laissent encore moins de souvenir que les autres. D'ailleurs , a la mer le peril ne donne au passager
aucun travail, car la plus qu'ailleurs il est force
desereconnaltre sousl'empire de la necessite.
Cette situation n'en est pas plus douce , il s'en
faut; mais elle a quelque chose de tristement
tranquillisant pour Fhomme deja fatigue d'e-
venemens malheureux, et dispose d'avance a
supporter tous ceux dont il est encore destine
a etre le jouet.
J'ai appris en route que ce petit batiment
appartenait au colonel Hamilton, consul anglais , chef d'une des plus riches maisons de
commerce de Norfolk, qui ne porte pas son
nom, mais celui de son neveu Thomas Hamilton : car par les loix anglaises et par celles de
tout peuple qui veut que le devoir d'un envOye»
soit sa premiere affaire , un consul ne doit faire
aucun commerce dans le pays ou il est employe. Le colonel Hamilton, comme tant d'autres, elude ainsi cette loi, et ses capitaux foiit-> (   252   )
aller pour son compte la maison de son neveu,
qu il dirige comme s'il en etait le chef nominal. C'est avec M. Morgan, qui n'est pas son
parent, comme me Favaitdit M. Grant, mais
un de ses agens pour les affaires du consulat,
que j'ai voyage, et j'ai eu une nouvelle occasion de voir comment tout ce qui est employe
par le ministere anglais , et tout ce qui en
prend les principes , parlent des Americains
avec aversion et mepris. II est difficile de
trouver dans cette disposition plus de motifs
de gouter le dernier traite d'amitie et de com- *
mefce que dans les articles meme de ce traite.
L'Angleterre depuis la revolution a nomme
de FAmerique pour avoir pris parti contre
Findependance ; elle y a envoye pour ministres
les hommes les plus violens en opinions et en
propos contre la nation americaine. Elle prend
en pleine paix ses vaisseaux, presse ses matelots ; elle renouvdie plus yiolemment ces
outrages au moment ou elle conclut son alliance , et le gouvernement de FAmerique ne
sen montre pas mecontent. Quand on voit
comme aujourd'hui la morale et la loyauto
comptes pour rien dans la politique, on con*,
c,oit la conduite de FAngleterre ; mais pour
celle de FAmerique elle ne peut se concevoir^ ( 253 )
Nous avons en quittant Charles-town passed
la barre par le passage du Nord pr6s File Sullivan , c'est le plus etroit et le moins profond
de tous, mais il Fetait encore fort au-dela de
nos besoins ; nous avions un bon pilote a bord,
et ainsi nous avons abrege en toute surete
notre course dune douzaine de milles. Peude
jours auparavant un vaisseau de la Jamaique ,
riche prise faite par un corsaire francais ,
avait ete perdu par la faute d'un pilote ivre,
qui Favait echoue en le cOnduisant par la passe
du milieu la plus profonde de toutes. La nature du sable qui forme le banc est telle ,
qu'elle engouffre en peu d'heures tout ce qui
y touche , et que ce vaisseau dont on a pu
sauver a peine quelques balles de cafe, a dis-
paru entierement en douze heures , corps et
mats, tellement qu'il n'en restait aucun vestige.
Entree de la riviere Elisabeth.
Les batimens qui, comme le notre , sont
destines k Norfolk, se dirigenta gauche apres
avoir passe entre les caps Henry et Charles ,
qui forment Fentree de la Chesapeak. Sur le
cap Henry, est bati un fort que Fon voifc.df*
tres-loin. En arriere et vis-a-vis de Fentree de
cette vaste baie, et un peu a gauche est la (*«4)
rade ft Hampton. Nous en sommes approches
jusqu'a vue pour gagner la riviere Elisabeth I
apres avoir depasse Fembouchure des rivieres
James et Nansemond*
Etat de   Virginie ,   Norfolk et
Portsmouth.
Norfolk est bati sur la riviere Elisabeth, k
neuf milles de son embouchure danslabaieJ
Jusqu'a ce point, les habitations sont rares,
et presque toutes miserables. Une continuite
presque non-interrompue de pins est le seul
objet qui s'offre a la vue du voyageur.
L'ile Erancy se trouve presqu'au milieu du
lit de la riviere un peu plus haut que son
embouchure dans la baie. Deux pointes quia
se rapprochent d'un quart de mille en avant
de Norfolk sont garnies de forts qui en peuvent defendre utilement Fentree. Celui du
cote de Norfolk est en meilleur etat que Fautre
qui pourrait promptement et a peu de fraisjH
etre repare. La ville de Norfolk a ete entiere-
ment brulee au commencement de la guerre
par les ordres du lord Dunmore, qui etait
alors gouverneur de la Virginie pour le roi
d'Jg&taterre. Pas une seule maison n'est res-
tee sur pied. Le dommage en a ete estime k ( 255 )
pres de i,5oo,ooo dollars. Les Anglais aujour^
d'hui habitans de la ville, honteux de cet acte
de barbarie, disent que lord Dunmore n'a
ordonne Fincendie que des magasins sur les
quais, pour en faciliter la defense , et que
ce sont les Americains eux-memes qui ont
bruie entierement la ville par ordre du comite>
de surete de la legislature de Virginie. Onse
rappelle que les Jacobins de France disaient
il y a quelques annees que les aristocrates brij-
laient eux-memes leurs chateaux. L'exaltation
de parti fait avancer les plus grossieres absur-
dites, et les fait meme croire par ceux qui les
disent. Les hommes sont les memes par-tout,
c'est une verite rebattue.
Portsmouth, petite reunion de maisons de
Fautre cote de la riviere, n'a pas subi le meme
incendie. Sa position Fappelait a reunir tout
le commerce- de la riviere Elisabeth. C'est le
long de ses quais que l'eau est la plusprofonde;
elle Festa Portsmouth de douze pieds aux plus
hautes marees , et seulement de six a Norfolk.
L'eau des pompes n'y est pas saumatre comme
a Norfolk ; le terrein ou cette ville est batie
est plus sec, Fair plus sain. Mais a la paix les
habitans exaltes contre les Anglais, ont refuse
d'y recevoir aucun negociant de cette nation
et aucun nouveau venu dont la politique pou- ( a56 )
vait etre suspecte. On a donne a cette disposition de rancune un motif moins genereuse-
ment politique, celui de la crainte des negocians americains qui etaient restes a Portsmouth , que les nouveaux negocians apportant
plus de fonds qu'ils n'en avaient, ne les pri-
massent dans le commerce.
Quoiqu'il en soit, il en est resulte que les jl
habitans se sont .portes de Fautre cote , que
Norfolk a ete rebatie, que son commerce est
vingt fois plus considerable que celui de Portsmouth ; encore le peu de negocians etablis
dans cette derniere ville font-ils a Norfolk
presque tous les achats pour leur chargement;
quelques-uns meme y ont leur comptoir.
Portsmouth, qui contient a present a-peu-
pres cent maisons dans un ties-grand espace,
et dont les rues sont tres-alignees, a plutot Fair
' d'une ville tracee que d'une ville batie. On y
tient un petit marche mgl approvisionne. II y
a aussi une eglise anglicane assez jolie , oil,
comme dans toutes les eglises de Georgie ,
de Caroline et de Virginie, les negres ont des
places affectees , et ne peuvent se meler aux
blancs.
II n'y avait pas encore , a la fin de 1783,
douze maisons reconstruiteS a Norfolk ; il y
en a aujourd'hui sept a huit cents. C'est une
des ( 257 )
dos plus laides ,' des plusirregulieres, des plus
sales villes que Fon puisse renCO-ntrer. Les maisons sont basses et vilaines , presque toutes de
bois , construites sans alignement; il n'y en a
pas vingt en briques. Les rues ne sont point
pavees; la Ville est entouree de marais. La
xnalproprete , la puanteur , y sont excessives ,
et ajotitent uti degre d'insalubrite de plus a
celle du local et du climat, qui est extreme-
ment chaud; Les magistrats ont, dit-on , quel-*
cfuefois tente detablir un peu plus d'ordre j
et sur-tout de proprete dans la ville : mais
leurs reglemens sont sans execution , et personne ne veut plus etre magistrate De ces
Causes comI)inees d'insarubrite , il resulte que
les maladies sont a Norfolk habituelles en ete
et en automne , et que les epidemies malignes
y sont frequentes. L'an detnier , la fievre jaune
y a ettleve, dit-on , cinq cents personnes * sur
Une population de quatre mille. II ert est mort
trois cents dans le moment nieme de la ma-
ladie, le reste de ses suites. Les habitans de
Norfolk meme les plus riches, croienttrouver
dans Fusage dtf vin et des liqueurs fortes un
preservatif contre Finsalubrite du climat , et
ils usent amplement de ce remede. On dit
qu'avant la guerre cette ville etait peupiee de
Huit mille habitans.
Tome IV, ft ( 258 )
Norfolk faitun commerce considerable aveo
FEurope , avec les Antilles et avec les Etats
du Nord. Ses exportations sont en bled,
farine, mais. bois de toute espece, mais particulierement en planches , merreins , es-
sentes , viande et poisson sale , fer, plomb,
graine de lin, tabac , goudron, terebenthine ,
chanvre. Toutes ces denrees sont le produit
de la Virginie , ou de la Caroline du Nord qui,
n'ayant point de ports ou n'en ayant que de
mauvais, a son principal debouche par ceux
de Virginie.
Norfolk est le seul port de la partie meri-
dionale de ce grand Etat; car les batimens de
cent a cent vingt tonneaux pouvant seuls
monter a Petersburg et Richmond, le produit des pays de derriere qui y arrivent par
terre , sont en plus grande partie envoyes par
des alleges a Norfolk , d'ou ils sont exportes.
Ainsi, ceport fait a-peu-pres seul le commerce
de toute la partie de la Virginie , depuis le
Rapahanock, et de celle de la Caroline du
Nord , fort au-dela du Roanoke. On construit.
a present nn canal qui passant au travers du
Dismal - swamp, doit unir les eaux de la
branche Sud de la riviere Elisabeth , ou plutot
du Dupcreek qui s'y jette , avec Albemarle-
sound , par la riviere Paskotank 3  et qui, ( 259)
einsi, abregera et facilitera beaucoup la com*
rnunication de la Caroline du Nord avec Norfolk. Ce canal, auquel .$es deux legislatures
de Caroline et de Virginie ont donne leur
sanction , est fait par actions ; il est commence
depuis trois ans ; on espere qu'il sera fini
dans trois autres annees. Sa longueur est de
vingt-huit milles, dans un terrein que Fon dit
tres-bon et dun travail facile. Cinq milles
sont deja creuses du cote de la Virginie , et
m'ont paru Fetre tres - bien , je les ai visites
avec quelque soin. Six autres le sont du cote
de la Caroline. Le Dismal-swamp a moins de
solidite qu'aucun des marais que j'ai vus encore ; mais la terre que Fon coupe pour le passage du canal, se durcit a Fair et fait une tres-
bonne digue. Ce qui doit surprendre j c'est que
pour ce canal, qui parait si avance , le terrein
n'a pas e^e nivelle. On ne sait pas quelle quantite il faudra d'ecluses, si meme il en faudra,
par consequent, on ne peut savoir quelle en
pourra etre la depense, et si le succes de
Fouvrage pent etre assure. C'est ainsi que se
font presque tous les ouvrages publics en Amerique , ou les hommes de talent dans les arts
manquent absolument,et ou tant de gens habiles
d'Europe, peut-etre inoccupes, trouveraient
|ine fortune assuree en faisant le bien du pays.
R a (  260   )
Les exportations de Norfolk ont ete, en
1791 , de 1,028,789 dollars; en 1792, de
2,147,414; en 1793 , de 1,045,525 ; en 1794?
de 1,687,194; en 1795, 1,934,827; et deja,
de i,o88,io5 dollars pour le premier quartier
de l'annee actuelle(i796). Quand on considere
Faugmentation des exportations depuis plusieurs annees, il faut toujours se rappeler qu'elle
est beaucoup plus grande en valeurs qu'en
quantites. Les besoins de 1'Europe ont plus
que double les prix , et quoiqu'il soit positive-
ment vrai que les defrichemens nouveaux
augmentent la quantite des produits, ils ne
Faugmentent pas dans la proportion de la
difference que presentent depuis trois ans les
tableaux envoyes des differentes douanes.
En reunissant les details des exportations
des trois articles principaux des produits du
pays , pour les cinq dernieres annees , j'ajoute
une nouvelle preuves a cette assertion. (261)
ri
w
t^-   ir
*o
2
CO        C7i      ~        j
1
t>
co     g
-0-
"0
CT5       «       tO
«     t^   to
I
^
"*"
a
CO
1
-    to
co
I
«
;          •
oo       -
CO
>o    CO      0
0s.    to
to
1 A
^     ^   lri.
to    m*   *o
CO
t>-     i
«
i   ""3
0    xl-
m
CI
Q
1
co    io
to
^5-   st
j
to
CJ5
to    to
»o
CO        t>s      t^
xf    «     0
\ *
§£
CN       CO
' f
"0
1
co     ^i-    «1
«
«
<
M   ^r   vo
I i
tV.     t^.    -*      J
c5
CD
t>.
o    to
CO
>     r>-   to
0)   oc
CO
to       O    CO
'
>o     of
IF
'o
«    V
i"       <f        '<
*<r   cc
c
^
a
p
r     O     CO
■
I
te
'     ^      sr     CD      1
w
CT)    tO      to
t-~     CO
t-.
to    to    to
O      O)   w-
CO     r^   to
un       -
<35
O
O      «
tO      -3"      M
Q
O     c
\       ^>
to
'■ '.
i
■H
ce
>
C
c
0
w
1   -w
j   PS
Q
w
21
.g     J>
1
0
III
J         .
<J
fe     4
4>
Eg
CI
f*.H
3
Z 1
3
1
a
c
b
w
01
.c
.2     1
0      J
1
m  w
H
fi
|i
c£
II ( 262 )
Aifisi Yon voit que le barril de farine doni
la valeur moyenne etait en 1791, de cinq dol-;
lars cinquante-cinq centiemes ; en 1792, de
cinq dollars trente centiemes ; en 1793 , de
cinq dollars quinze centiemes ; en 1794 > de
cinq dollars cinquante-six centiemes, s'est ele-
ve en 1795 a neuf dollars trente-cinq centiemes ; et que le mais qui n'est que de seconde demande, a ete en 1791 a trente-sept
centiemes le boisseau ; en 1792, a cinquanter-
quat4e ; en 1793, a soixante-un ; en 1794»
a. cinlquante-un , et en 1795 a soixante-six.
Le tableau des prix compares des bois pour
les cinq annees precedentes montre la meme
augmentation de prix. ( 263)
«      «       cs      fl     to
'o
Q
«
«
«
M
to
I
O
o
VO
o
*o
**,"?'
»o
G3
-I      «      «
^     S      3      S      3
S i
s _*>
«        rt        cl        ci
O        O        6        O
p      CO        CO       CO O O j
R (264)
Quant aux provisions navales, comme elles
gont composees de divers elemens tres-diffe-
rens dans leur valeur , et comme je manque de
ces details , je ne puis soumettre le montant
des estimations generates a la meme comparison que le bled; le mois et les bois.
Independamment des farines exportees de
Norfolk , il sort de l'Etat par ce port et par
tous les autres une tres grande quantite de
bled , qui est enleve par les n/goc^ans de
Philadelphie et de New-Yorck, ou les meii-*
niers de Brandy wine qui le manufaeiurent en
farine et Fexportent en Europe. Les bons mou*
lins ne sont pas meme bien commups en Virginie , ef le defaut de capitaux pour en cons-
trnire ce qu'il en Paudrait, ne permetjbas aux
Virgijniens de faire eux-memes ce grarjfl profit
en moiiture , qu'ils abandonnent jusqu'ici aux
autres Etats. Le haut prix des bleds cette an-*
nee et Fesperanoe qu ils augmenteront en-»
core , a retenu en Virginie une grande quantite
de cette-^enree , et par cette speculation
que Fetat present du marche montre fausse ,
les ^ultivateurs etles meuniers en ont aujour-*
d'hui plus dans leurs mains qu'ils n'en ont
jamais, Qu les annees piecedentes a la meme
epoque,
U en eit de m^me du. tonnage des tyff&$(!t . ( 265 )
ports de FAmerique , dont Faccroissement
tient aussi en plus grande partie aux circons-
tances de la guerre qui rend les vaisseaujc
Americains , les seuis moyens un peu surs de
transport des denies aniericaines dont FEu-
rope et les Colonies ont besoin, et qui en-
:ferment les vaj^seaux marchands francais ,
anglais , hollandais , ect. , dans leurs ports
vjjgjsqu'a la paix.,Norfolk ne comptait pas il y a
six ans dix gxos Jb££imen& twai lui appartinssent,
il en a aujourd'hui cinquante , independam-
ment de cinquante autres plus petits , particulierement occupes au commerce des Antilles. Par Norfolk il faut entendre Norfolk et
Portsmouth , car ces deux differentes places
ne composent qu'un seul port d'entree, et
sont Fun et Fautre soumis a la meme douane.
Le tonnage actuel de Norfolk est de 15,567
tonneaux , sans compter les batimens employes au cabotage.
Le danger de la contrebande que pour-
raient faire les vaisseaux venant de l'etranger,
et dediargeant leurs marchandises. dans la
riviere de James ou dans celle d'Yorck , a:&f£
j rendre au congres une loi qui defend aux
vaisseaux charges pour Richemond , Petersburg ou Yorck , d'entrer dans ce§ riyi&r&s
slfsfes ^YQtfji4?Q^J :un officiier de la douane que ( 266 )
leur capitaine vietit ou envoye chercher k
Norfolk. Cette precaution qui empedie une
.partie de la contrebande ne la re prime pas
toute , et Fon assure qu'il s'en fait une asses
importante par la baie de Chesapeak, malgre la surveillance de deux petits batimens de
FUnion qui y croisent conslamment pour la
prevenir.
L'exportation du tabac a Norfolk , est par
la diminution de la culture de cette denree
en Virginie diminuee depuis cinq ans de plus
d'un tiers ; elle etait en 1793 de i5,oo2 bou-
cauds , en 1794 de n,o52 , et en 1795 de
9,968. Je n'ai pu me procurer avec exactitude
celle des annees 1791 et 1792.
Beaucoup de maisons de commerce an-
•glatses sont etablies a Norfolk , et les negocians de cette nation ha'issent les Americains ,
comme dans presque tout le reste de FAmerique ; s'exaltent en invectives , prodiguent
les expressions de mepris contre le pays qui
fait leur fortune. II ne faut jamais s'etonner des
prejuges ni de la passion; mais pour com-
prendre cependant cette ridicule conduite,
il est encore n&cessaire de savoir que la
plupart de ces negocians , agens de maisoi4df|
d'Angleterre , sont gens sans education, car
la bonne espece de negocians anglais etablis ( ^7 )
en Amerique , n'est pas   coupable  d'un te!
tort.
L'exaltation des negocians anglais habitant
Norfolk , est encore animee par la presence
du consul originaire d'Am^fi^ue , loyaliste ,
ayant seryi dans le tems de la guerre contre
son pays , et ajoutant a la politique de son
cabinet le ressentiment personnel des confiscations qu'il a eprouvees. L'opinion publique
s'accorde toutefois en sa faveur pour sa con-
duite dans le tems de la guerre, bien diffe-
rente de celle de tant d'officiers qui ont si
fort deroge au caractere de loyaute que Fon
rfeconnait generalement a la nation anglaise.
L'Angleterre a tire cette annee des chevauk
de Virginie , pour monter les dragons qu'elle
se prbposait d'envoyer dans les lies franchises;
et ces envois , qui , dans tons les tems |
avaient ete regardes comme provisions •>«*.
guerre , ont ete juges par le ministere ame-
ricain rnarchandises de nature ordinaire ;
en consequence ils ont ete autorises par la
loi, malgre les reclamations du consul francais. La fortune n'a pas ete aussi favorable
aux dispositions britanniques que le conseil
8fe$ Etats-Unis. De quatre cents chevaux deja
embarques, cent cinquante seulement sont
arrives yivans a leur destination , et y sont 1268f
arrives en mauvais etat. Un batiment qui en
portait a-peu-pres cent, n'en a pas conserve
un seul. Les precautions pour y conduire les
'trois cents qui sont encore a Norfolk , etant
les memes que pour les precedens, le meme
resultat est inevitable, et il en sera probable-
ment encore de meme de cinq cents autres
qui s'achetent actuellement dans la Caroline
du Sud.
Si la societe des negocians anglais et les
courtisans du consul se dediaine a Norfolk
contre les Americains et contre le parti attache a la France , les negocians et Fautre par-
tie de la societe , qui embrassent le parti
contraire, ne le soutiennent pas avec moins
de chaleur , de sorte que sous ce rapport Jj
tout est division a Norfolk. Mais Fopinion pr6-
valante y est en faveur des Francais. Cettei
chaleur des esprits autant que Finsalubrite
du climat, retarde Faecroisement de Norfolk ,
ou peu de negocians nouveaux s'etablissent,
malgre la position avantageuse de la place pour
le commerce. 11 n'est cependant pas douteux
que plutot ou plus tard Fappas de la fortune
prevaudra sur ces inconveniens comme il a
prevalu pour les negocians deja etablis , sur
la probabilite des maladies. J'ai entendu parler
par-tout du President avec un grand respect* (■a69 )
II n'y a de banques etablies dans toute la
Virginie, qu'une a Alexandrie, qui par consequent n'apporte au commerce de Norfolk
d'autre secours que celui de son papier, qui
est pris comme argent dans tout l'Etat, quand
il est endosse d'un bon nom. Il n'y a dans
Norfolk que peu de maisons riches , qu'un
tres - petit nombre qui fassent de grandes
affaires, mais il y en a beaucoup qui en font
de petites.
La culture est a-peu-pres nulle dans le comte
de Norfolk , et dans celui de Princess-Ann
qui Favoisine. Ces deux comtes produisent
quelques mais, et les terres y exigeraient par
leur nature de grands soins pour donner de
bonnes recoltes , sur-tout le long des cotes
de la baie et de la mer. Les proprietes sont
tres-divisees; les habitans generalement peu
aises , s'occupent plus a abattre du bois qua
cultiver. A peine ont - ils un jardin de dix
verges , ils coupent des arbres et sur leurs
proprietes et par-tout on ils en trouvent de
quelque valeur , etils consomment en liqueurs
tout leur gain, ainsi qu'il arrive a tous ceux
qui menent ce genre de vie. Cependant ils
gagnent habituellement plus d'un dollar par
jour, frais deduits de la conduite de ce bois
coupe au bord de la riviere, et cette depense 1
( 270 )
est a-peu-pres de la moitie de la valeur des
bois a conduire. Ces bois   sont  achetes par
des negocians de Norfolk, auxquels leur em-
ploi ou leur revente donnent un grand profit:.'
Les plantations des parties interieures dim
ces comtes, un peu mieux cultivees que les
bords de la mer ou des rivieres , fournissent
le marche de Norfolk de bceuf et pore ss^jfl
meme pour Fexportation.
Les terrres, dans toutes ces parties, se ven*
dent de six a sept dollars Facre , et souventf
le prix des bois a y couper, excede quatre*
a cinq fois le prix de la vente.
On construit annuellement de quatrevingt
a quatrevingt-dix batimens de toute grandeur
a Norfolk. Le prix de la construction est pour
la carcasse sortant de la main du charpentier,I
de vingt-quatre dollars par tonneau pour ceux
au-dessus de cent-vingt tonneaux. Prets a
mettre en mer , ils reviennent par tonneau,
le quarante-sept a cinquante dollars. Les prix
sont augmentes de plus d'un quart depuis trois
ans. Les gages du charpentier sont de deux j:
dollars et trois quarts par jour. Les batimensI
moins forts coutent beaucoup meilleur marche.
Il s'en vend un grand nombre et avec avan*
tage a Philadelphie. Ces petits batimens sont
construits pour une marche rapide; mais ce (   271   )
port partage avec presque tous ceux de la
Chesapeak , Finconvenient de vers qui atta-
quent les vaisseaux depuis juin jusqu'en sep-
tembre , et leur font un grand tort.
Les environs de Norfolk fournissent avec
abondance des ouvriers de toute espece, des
matelots , des capitaines, et la Virginie n'est
pas a cet egard dependante des Etats du
Nord comme la Caroline et la Georgie. Il y
a dans Norfolk une assez bonne ecole pour
les garcons, mais elle est nouvellement etablie.
C'est ce qu'on appelle grammar-school. On
y paie quarante dollars par an pour chaque
enfant. II n'y a point d'ecole pour les filles
au-dela de celles ou elles apprennent a lire;
les parens qui veulent leur donner une autre
education , les envoient a Williamsburg ou a
Baltimore.
Les cours de juges de paix pour la police
de la ville et de ses environs, se tiennent a
Norfolk ; celle du comte se tient a Suffolk,
autre ville eloignee de Norfolk d'environ huit
milles. Les prisons sont petites , mal tenues,
aucune promenade pour les prisonniers. lis
sont nourris par le geolier qui recoit un schel-
ling par jour pour chacun d'eux.
Le marche de Norfolk a lieu tous les
jours et n'est pas bien fourni. Le boeuf y est i
( 272 J
cependant meilleur qu'a Charles-town. Il coute
dix pences la livre ; le mouton , veau , ete< ,
un schelling. La farine , quatorze dollars le
barril. L'ouvrier ordinaire se paie un dollar
par jour et est nourri. La corde de bois a
bruler, trois dollars: Fhicory un demi-dollar
de plus. Le negre se loue de huit k dix.
dollars par mois. Le prix moyen des loyers
de maison est de deux cents trente dollars.
Le prix des lots de ville est de neuf a dix
dollars par pied de front, sur soixante-dix de
profondeur. Le poisson est tres-abondant dans
la riviere et dans la baie. La monnaie de
Virginie est de six schellings au dollar. Dix
dollars font trois pounds.
M. Bloom , Irlandais d'origine , homme
actif et intelligent, etabli a Norfolk avant la
guerre, y tient une corderie et une tannerie ,
dont les ouvriers sont ses negres. II fabrique
beaucoup , fournit une grande partie des cordages que le port consomme, et envoie ses
cuirs dans toute FAmerique. Il tire presque
tons ses chanvres des derrieres de la Virginie , le surplus lui vient de Russie. Ceux-
ci , sans etre plus forts que ceux de la Virginie , sont plus aises a travailler , et pren-
nent mieux Fappret. Le pays fournit a M.
Bloom presque toutes les peaux dont il a besoin. (273)
soln. II en tire cependant aussi de la partie
jadis espagnole de Saint-Domingue.
Norfolk etait destine a construire une des
six ftegates dont les Etats - Unis avaient determine de composer leur marine; mais comme
de nouvelles considerations ont fait prendre
cette annee au congres la resolution de reduire
a trois le nombre de six decrete il y a deux,
ans; les trois autres fregates sont contreman-
dees. Celle de Norfolk est une des proscribes ;
elle etait construite a Gasport, petite depen-
dance de Portsmouth , et lieu de chantier des
batimens les plus considerables. Nous avons
vu le commencement de cette construction.
La quille , et quelques courbes principales ,
sont seulement jointes. L'approvisionnement
des bois est presqu'entierement fait; ils sont
la, sans ouvriers et sans abri. On assure que
ces beaux bois, qui n'ont ete rassembles qu'a-
vec une peine et sur-tout une depense enorme,
vont etre vendus. II semble qu'ils pourraient
etre conserves avec beaucoup plus d'utilite
par les Etats Unis , qui paraissent par cet
ordre de vente vouloir s'interdire jusqu'a la
possibilite de revenir a leur premier avis.
La communication entre Norfolk et Portsmouth est continuelle ; elle est exercee par
six bateaux a rames appartenans a des entre-
Tome IV S W4>
preneurs, et par trois bacs, ou les chevaux
et voiiures peuvent passer commodement. Le
prix du passage par personne y est d'un sei-
xieme de dollar. On peut s'abonner pour Fannee
moyennant six dollars. Ces bateaux sont conduits par des negres appartenans aux entrepreneurs. II n'est pas sans interet de remarquerj
que Fun de ces negres , nomine Semes, age de
trente a ti ente-cinq ans, a appris seul a lire et a
ecrire. Sa conversation annonce un sens droit,
un grand desir d'instruction , et. api^s 1'avoir
vu, il est difficile de partager Favis de ceux
qui refusent une grande intelligence a Fespece noire.
Tout le pays de Norfolk est plat, sans au-
cune elevation. La largeur , les belles formes
de la riviere Elisabeth , la petite ville de Portsmouth , qui est a Fautre bord , les batimens
en tres-grande quantite a Fancre , aux quays ,
en chargement, en reparation , en construction , en animent la vue, et la rendent assez
agreable. Mais sans tous ces accessoires , elle
serait insipide. La navigation de quinze milles
qu'il faut faire pour arriver au commencement
du canal de Dismal-swamp , traverse un paysS
egalement plat. Les habitations n'y sont pas
multipliees ; ce sont toutes petites maisons de
pauyre apparence, au centre d'un defriche- ( 275 )
ment de deux a trois acres. On construit dans
toute la riviere Elisabeth et les creeks qui s'y
jet tent, une grande quantite de petits batimens qui sont presque tous destines a etre ven-
dus a Philadelphie.
La temperature de Norfolk est constamment
variable, ainsi que dans beaucoup d'autres parties de FAmerique. On eprouve souvent, dans
la meme journee, la diversite de deux a trois
saisons. Les vents d'Est et de Nord-ouest ap-
portent du froid meme en ete , et tous les
autres sont brulans. Le priniems, comme dans
presque toute FAmerique, n'existe pas a Norfolk. La chaleur s'y fait sentir de bonne heure.
Des le commencement d'avril , les pois , les
feves , les epines , les rosiers memes , sont en
fleurs.
Dans quelque lieu d'Amerique que j'aie
parcouru jusqu'ici, Fobligeance que Fon m'a
temoignee a toujours dementi les prdjuges
que les Francais et les Anglais entretiennent
aussi opiniatrement contre les Americains. Si je
liem'enrapportais qu'&ma propre experience,
on pourrait Fappeler aussi prejuge; mais j'ai
trouve mon opinion partagee par tous les
voyageurs que j'ai eu occasion de voir, et qui
ont bien voulu juger par eux-mernes sans par*
tialite. Le bon accueil que Fon recoit en voya-
S a ( a76 )
geant en Amerique , de ceux principalement
a qui Fon est adresse, ne se borne point a un
diner , monnaie habituelle dont se paient les
lettres d'introduction ; il est commun de ren-
contrer des hommes, memes tres-occupes, qui
vous devouent tout ce que vous jugez a propos
de prendre de leurs momens, qui cherchent
les moyens de rendre votre sejour agreable ,
et cela sans compliment, avec une apparence
de sincerite , de plaisir , qui ne rend jamais
leur complaisance embarrassante , et qui la fait
trouver toujours plus agreable. Pour moi, qui
me crois exempt d'exageration. et qui suis loin
d'etre admirateur de tout ce que je vois en Amerique, je confesse que je quitte rarement un
des lieux ou je sejourne quelque tems, sans rne
croire , sans me reconnaitre oblige a une gratitude dont j'emporte toujours Fenvie de pou-
voir t6t ou tard prouver la reaiite. Le major
Ff^illiam Lindsey, directeur de la douane ,
est celui de tous les habitans de Norfolk de
qui j'ai plus particulierement a me louer. C'est
un homme simple, bon , generalement estime.
Je lui suis personnellement redevable d'un
grand nombre d'informations, et c'est a son
aimable disposition pour moi, que je dois
les occasions d avoir acquis celles qu'il n&
pouvait pas me fournir lui-meme. ( 277 )
f 1 y a trois eglises a Norfolk , Fune est pro-
testante episcopale , comme toutes les autres
de cette secte en Virginie , sous Finspection
de Feveque de Williamsburg ; Fautre est ca-
tholique , et son ministre tient ses pouvoirs
de M. Carrol, eveque de Maryland. La troi-
sieme est une eglise de methodistes , ou,
comme dans toutes celles de la meme espece , on fait beaucoup de grimaces, de hur-
lemens et de contorsions.
Norfolk est le port des Etats-Unis , ou le
plus grand nombre de colons echappes de
Saint-Domingue , sont arrives dans le commencement de leur desastre. Les principaux
motifs de ce choix sont la relache que fit k
Hampton-road le convoi qui sortit du cap
apres Fincendie. Norfolk esr. a vingt miBe%
de la rade ; la chaleur du climat, Fesclavage
des negres, qui permettait aux colons echappes
d'employer ceux qu'ils avaient pu emmener ,
et la bonne reception que les malheureux
fugitifs recurent des habitans', les y fixerent.
Des souscriptions particulieres faites dans
toutes les villes dela Virginie, d'autressommes
votees par la legislature de l'Etat et par le
congres , donnerent aux malheureux Francais
des preuves evidentes de la bienveillance et
de la generosite des Americains.   Le peuple
S3 (273)
de Norfolk se montra tres-chaud pour la catisft
francaise , et parmi plusieurs temoignages qu'il
en donna , on doit citer celui-ci : le conyoi
francais allait quitter la Chesapeak pour gagner le Nord de FAmerique, on repandit que
les amis de FAngleterre allaient envoyer a
Hallifax un bateau de pilote afin de prevenir
1'escadre anglaise de cette sortie , et dans le
soir meme , tous les bateaux de pilote se trou-
verent degrees.
Le nombre des Francais residens a Norfolk
a beaucoup diminue. Ils se sont repandus dans
le reste de FAmerique, ou. il est peu de villes
qui nen comptent quelques - uns parmi $e$
habitans.
J'ai rencontre avec un grand plaisir a Norfolk mon ami M. Guillemard , que j'avais
laisse malade a Philadelphie ; mais nous allons
nous separer encore pour nous retrouver a
Richmond.
Hampton.
Une goelette , ckargee de porter la malle
de Norfolk a Hampton, d'ou elle est conduce:
a Richmond par terre , est le moyen ordinaire
ides pass&gers qui se destinent a prendre cette
route. Dans les beaux tems , ce passage, dont ( =79)
fa longueur est de dix-huit milles , se fait en
deux heures : nous y en avons mis dix, faute
de vent; et comme la maree etait basse a
notre arrivee a Hampton , le 2 juin , nos matelots negres ont manque Fetroit canal qui y
conduit , et nous ont tellement echoues sur
une barre qui ferme Fentree du creek , qu'il
nous a fallu gagner Hampton en bateau. C'est
un tres-petit village, que la difficulte de Fentree de son creek enipediera toujours de de-
venir plus considerable.
Hampton est le seul lieu ou, de Norfolk,
on puisse aborder, en allant par terre dans
cette partie de la Virginie. L'arrivee du stage
de Richmond trois fois par semaine; le sejour
de quelques pilotes a qui le voisinage de Fentree de laChesapeak a fait choisir ce lieu d'ha-
bitation , donne a ce petit village un peu , mais
bien peu d'activite. L'auberge y est detestable , et nous n avons pu trouver que deux
peti;s lits pour cinq passagers qui arrivions
ensemble. On dit qu'il va sen etablir une
meilleure ; tant mieux pour ceux qui vien-
dront apres nous. Heureusement nous devions
. partir de cet abominable gite a deux heures
du matin : il en etait onze; ainsi cette nuit
de mal-aisance a ete bient6t passee. Mais il
n'y avait pas un pauvre morceau de pain a es-
S 4 (  280  )
perer avant notre depart, et j'en avals grand
besoin.
Une douane etait etablie a Hampton : les
exportations y ont ete en 1791 de la valeur de
1,393 dollars; en 1792, de 4*961 J en *79^ ,
de 11,789 ; en 1794? de 4-?947- Cette douane
a ete reunie en 1795 a celle de Norfolk.
Yorck.
La route de Hampton a Yorck est toujours
au milieu des bois. Les defrichemens sont rares
et peu considerables encore dans ce canton.
On rencontre, cependant, quelques champs de
mais, des pres, quelquesseigles. Des clotures
entourent plusieurs acres ; elles sont meme
quelquefois bien faites , au moyen de la terre
relevee de deux pieds , et formant une espece
de mur sur lequel on plante des piquets qu'on
entrelace ensuite de branches de pin. Mais
on se demande toujours , en voyageant en
Amerique , pourquoi pas de haies vives , qui
sont a la fois la plus grande surete , et la
parure des champs ?
Les terres ne paraisseht point mauvaises ,
dans tout ce trajet, ou elles ne sont cependant pas de la premiere qualite. Les arbres
Jes plus communs dans les bois sont le pin, le (a»i )
chene, le hetre, l'hichory. J'en ai vu quelques-
uns d'une grande hauteur. Le terrein est plat.
Il se trouve cependant a Yorck d'une tren-
taine de pieds au-dessus de la riviere ; mais
la route a deux ou trois petites buttes pres ,
n'en a pas moins pour la vue tous les incon-
veniens d'un pays absolument egal.
Yorck est le lieu dans lequel a Jfini la guerre
d'Amerique , ou les Francais ont efficacement
aide les Americains a secouer le joug de FAngleterre , et ou Forgueil britannique a ete une
seconde fois fortement humilie.
J'ai parcouru la partie du pays occupee par
les campemens et les travaux des armees al-
liees. Il metait tres-familier par les cartes que
j'en avais souvent examinees. On a peine a
trouver quelques vestiges des batteries, des
paralieies , meme des deux redoutes enlevees
d'une maniere si brillante par les grenadiers
Americains et Francais , sous les ordres de
MM. de la Fayette et de Viomesnil. La terre
n'en conserve pas plus de traces , que beaucoup de tetes americaines n'en voudraient
-aujourd'hui conserver de souvenir. Quelques
retranchemens des Anglais, fails en avant de
la ville , se peuvent mieux reconnaitre. Mais
le seul monument redlement existant de ce
siege memorable , est la maison du general (   282   )
Nd°on, la plus considerable de toutes celles
de la ville , et qui, jusqu'apres les premiers
jours du siege , etait le quartier-generai dn
lord Cprnwallis. Cette grande maison de bri-
que, qui alors venait d'etre construite, esi
percee dans tous les sens de bouleis et de
bombes. Le terrein qui l'entoure , en e t encore tout laboure. Cette maison, que le general Nelson a neglige de faire reparer promp-
tement apres le siege , est devenue apres sa
mort Fheritage de ses trois enfans avec le reste
de ses biens. Ils ne se sont pas entendus sur
le sort de cette propriete, et elle reste sans reparation. Ce resultat, nni.sible aux interets de
la famille , est a mon sens , tres-avantageux
pour la ville , ou il laisse subsister un monument curieux dun evenement decisif pour
Findependance americaine, et qui serait glo-
rieux a toutes' les epoques, pour toutes les
nations. Le congres , apres la reddition de la
ville d Y orok, en volant des remerciemens poujr
Farmee americaine et -Farmee frangaise , qui
avaient ainsi termine la guerre , avait ordonne
Felevation dun monument pour en conserver
le souvenir. II n'a pas seulement ete commence. Cette negligence est inconcevable ,
honteuse, et Fon ne sait a quoi Fattribuer. Les
dispositions actuelles du gouvernement ame- ricain pour FAngleterre , ne permettent pas
de croire qu'il songe a present k I'erection de
ce monument.
La ville d'Yorck, ou nous sommes arrives
le 3 juin, ne presente d'ailleurs aucun objet
de curiosite. C'est un petit village assez bien
bati, ou les Anglais, contre leur usage dans
la guerre d'Amerique, n'ont detruit que les
maisons qui nuisaient k leur defense. Sa po»-
pulation est de huit cents personnes, dont les
deux tiers sont negres. Sa position est agreable , dominant cette belle riviere d'Yorck,que
la pointe de Glocester, qui se trouve vis-avis , retrecit k deux tiers de mille , mais qui au-
dessus et au-dessous est large de deux milles.
Yorck ne fait aucun commerce. Les habitans
disent qu'il y a quarante ans , on y faisait tout
celui de la Virginie. Yorck fournissait enden-
rees d'Europe tous les magasins des villes les
plus reculees; c'etait le port oil les planteurs
qui vendaient alors directement leur tabac aux
negocians anglais les fai^aient embarquer.
Avant la guerre de la revolution, on y char-
geait encore annuellement six ou sept vaisseaux pour FAngleterre. Depuis lors son commerce a toujours ete en decroissant. Il est
aujourd'hui reduit a rien. Norfolk et Baltimore embarquent toutes les productions de la C 284 )
riviere d'Yorck, et la fournissent des marchan-
dises europeennes. Les habitans y sont done
sans occupation. Les uns vendent en detail
des liqueurs spiritueuses et quelques etoffes ;
d'autres s'appellent avocats , d'autres juges de
paix. La plupart ont , a quelque distance de
la ville , une petite ferme qu'ils vont visiter
tous les matins; mais tout cela n'occupe
beaucoup ni la tete, ni le tems ; et les habitans d'Yorck, qui vivent en tres - bonne
intelligence , occupent Fun et Fautre bien plus
assiduement, en dinant ensemble , en buvant
du punch, en jouant au billard; pour donner
un peu plus de piquant a cette vie habi-
tuelle, ils changent souvent les lieux de leurs
assembiees.
On construit annuellement, de Fautre cote
de la riviere , dans le comte de Glocester ,
un grand nombre de batimens.
Yorck est capitale du comte de son nom ,
peuple d'environ six mille habitans dont plus
de la moitie sont esclaves. La ville, quelque
diminue que soit son commerce, a une douane
dont ressortent plusieurs petits ports voisins.
La valeur de ses exportations a ete en 1791
de 99,811 dollars; en 1792, de i54,466; en
1793, de 34,992; en 1794, de 7,579; en 179$
de 3,o6o.
i
tmn ( 285 )
J'ai dlnd avec la plupart de ceux qui com-
posent la societe d'Yorck chez M. Charkton,
k qui j'etais adresse. Le docteur Griffin, pour
lequel j'avais aussi une lettre, etait absent
de la ville ; on le dit instruit. J'ai trouve
dans M. Charkton et dans tous les autres une
grande obligeance, un grand desir de faire
tout ce qu'ils pouvaient juger m'etre agreable,
enfin tous les caracteres d'une bonne, simple
et franche hospitalite. Ils conservent tous un
souvenir honorable de Farmee francaise pour
la conduite exemplaire qu'elle a tenue, et
pendant le siege, et dans les mois qui apres le
siege ont precede son depart pour France; le
nom de M. le marechal Rochambeau y est
en grande veneration.
Il n'y a pas de marche regulier a Yorck.
Chacun s'y fournit de viande comme il peut,
et en manque rarement. Le boeuf coute trois
k quatre pences la livre. Le mouton et le veau
six pences ; le reste a proportion. Le poisson
y est abondant et pour rien. Les plus hauts
loyers de la ville sont de quatrevingt a cent
dollars. La farine qu'on y trouve avec diffiV
culte y coute a present quinze dollars. Quoique
Fair y soit irifiniment plus sain qnk Norfolk,
on n'y eprouve pas moins de frequentes fievres
d'acces en automne. ( 286 )
William sburg.
Le peu de fortune des habitans d'Yorck les
empediant d'entretenir des chevaux dont cependant ils ont souvent besoin, une ou deux
personnes en louent dans cette petite ville
composee seulement d'une cinquantaine de
maisons. J'ai done eu la possibilite d'en prendre un pour arriver a FVilliamsburg, ou je
me suis rendu le 4 juin. La route d'Yorck
jusqu'& cette ville est agreable dans beaucoup
d'endroits, le pays est un peu plus montueux,
la culture un peu plus commune. On rencontre des defrichemens nouveaux assez bien
commences, presque ifous entourres de fosses
bien gazonnes, bien faits; mais les maisons
ont toujours Fair pauvre , et les habitans
en paraissent assez miserables. On traverse
encore une longue partie de bois sans culture. Les chenes, les hichorys, lesliquidam-
bars, les sassafras y crpissent avec vigueur,
et semblent annoncer un bon terrein. Les bes^
tiaux sont comme en Caroline, toujours dans
les bois ; ils sont chetifs, et d'une espece mediocre. On les nourrit quelques semaines a
Fecurie avant de les tuer. Les terres dans tout
ce trajet se vendent quatre a cinq dollar*
l'acre. ' ( a87 )
Williamsburg est situee dans une plaine a
une egale distance de cinq milles de la riviere
d Yorck et de celle de James. Deux creeks
qui se jettent dans ces grandes rivieres appro-
chent a deux milles de chaque cote de la
ville, et y sont navigables; c'est par eux qu'ar-
rivent de Richmond , de Norfolk, et quelquefois de Baltimore, les denrees d'Europe
qui fournissent les stores de la ville ; ils le
sont generalement assez mal. Williamsburg
etait avant la revolution la capitale de la Virginie ; mais alors la legislature etablit son
siege a Richmond, comme ville plus eioignee
des cotes de la mer, et s'y est fixee depuis ce
tems. Richmond est done aujourd'hui la capitale de la Virginie. Ce deplacement a fait de
Williamsburg un village. Tout ce qui tenait
au gouvernement Fa suivi dans son etablisse-
ment a Richmond*, et le nombre des habitans
decroit annuellement a Williamsburg comme
a Yorck. II est aujourd'hui de douze a treize
cents , dont plus de la moitie negres esclaves.
Une maison de l'Etat, dont une partie sert
de siege au tribunal de district, porte le nom
de capitole; c'est un assez beau batiment en
briques , mais qui tombe en ruine. La statue
en marbre du lord Botetourt, un des gouver-
neurs de Virginie sous l'ancien regime, dont ( s.88 )
la conduite avait merite le respect et Fattache-
ment des Virginiens, est sous le peristile de ce
capitole, mais elle y est defiguree; la plus basse !
classe du peuple de Williamsburg dans l'exalta-
tion de la revolution, a pris pour un hommage
a la liberte les insultes faites k un monument
de reconnaissance erige a un ancien lord; et ce
peuple Fa honteusement mutiie. L'inscription
de la reconnaissance du peuple de Virginie
gravee sur le piedestal, que cette populace n'a
pas detruit, est un constraste frappant avec
les insultes qu'a recu la statue, et en venge
honorablement la memoire de lord Botetourt.
Ce capitole termine une rue de cent soixante
pieds de large, de trois quarts de mille de long,
et dont Fautre extremite aboutit au college. .
Ce dernier etablissement fonde sous le regne
de Guillaume et Marie, porte encore leurs
noms. Son revenu avant la revolution etait
de dix-sept a dix-huit mille dollars; il est
aujourd'hui reduit k trois mille cinq cents.
II consistait en des droits sur Fexportation du
tabac, et sur plusieurs autres denies, et en
terres. Les droits sont tombes avec la franchise absolue du commerce ; les vingt mille'
acres de terres sont seuls restes , ils sont loues
a tres-longs termes sur deux ou trois vies, et
sont tous en culture. Un autre petit droit sur
1'arpentagq ( 289 )
l'arpentage des terres, concourt avec la location des vingt mille acres a composer ce petit
revenu de trois mille cinq cents dollars, que
la legislature ne semble pas  dans Fintention
d'augmenter. Une chaire de^mathematiques,
une de physique et de philosophic   morale ,
une de droit naturel et civil, enfin une de lan-
gues modernes , forment Fensemble des instructions donnees dans ce college. Lesjeunes
gens n'y arrivent qu'a Fage de seize ans , et
sont deux ans ordinairement k suivre les dif-
ferentes lemons.   On est etonne d'apprendre
qu'aucun n'habite dans   les vastes b&timens
destines a les loger, et qu'ils sont repandus
dans les differentes pensions de la ville, loin
de toute surveillance. L'eveque Madjssonnre~
sident de ce college, et les autres professeurs,
qui avec lui font en definitif tous les reglemens
de kupolice interieure du college , disent que
Fexperience prouve que l'ordre, la tranquil-
lite, meme le succes des etudes, est plus su-
rement obtenu par cette separation des jeunes
gens, que par leur reunion , dont les querelles
frequentes, lesemeutescomplottees, etaient le
resultat commun. On est tente de croire en les
entendant, qu'ils ont consuhe Finteret de leur
propre tranquillite plus que celui de ces jeunes
gens , qu'une grande surveillance, avec  de
Tome IV. T ( 290 )
bonnes manieres et des soins proportionnes a
leur age, auraient aussi infailliblement tenus
en bon ordre a Williamsburg que dans tous
les autres colleges du monde. Les jeunes gens
payent quatorze dollars a chacun des profes-
seurs dont ils suivent les lecons. Leur pension
leur coute de cent a cent vingt dollars. La depense est done de cent soixante a soixante-dix
dollars par an pour leurs parens. Les profes-
seurs independamment cle ces emolumens, re-
coivent annuellement quatre cents dollars des
fonds de Fetablissement. L'eveque Madisson
tient la chaire de philosophic naturelle et
morale, et a independamment de son salaire
deux cents dollars de plus comme president.
L'administration interieure du college est don-
nee aux soins des professeurs qui sont nommes
par une assemble de dix-huit visiteurs. Ceux- <
ci sont choisis dans tout l'Etat. La maison est
comme presque toutes celles de Williamsburg/
d'Yorck et meme de Norfolk , extremement
mal entretenue. Le college n'est pas assez
riche pour faire les reparations annueiles, et
il est secouru par la legislature quand il est
necessaire d'en faire de considerables. II pos-
sede une bibliotheque assez bien fournie de
livres classiques ; presque tous sont de vieux
livres , a l'exception de deux cents volumes ( G9l )
des plus beaux et des meilleurs ouvrages
frangais , envoyes en present par Louis XVI,
a la fin de la guerre d'Amerique, et que le
negociant de Richmond qui etait charge de
les faire passer au college , a oublie assez long-
tems dans sa cave au milieu des barrils de
sucre et d'huile, pour les avoir remis absolu-
ment gates. Les fonds du college ne permet-
tent aucune addition a cette bibliotheque ,
tres-mal tenue d'ailleurs pour l'ordre et la pro-
prete.
On dit que la legislature de Virginie se propose d'etablir un college dans un point plus
central de l'Etat; on ne sait si celui de Williamsburg en sera le noyau, ou s'il seralaisse
ou il est, livre a la penurie de ses moyens, tan-
dis que le nouveau serait abondamment dote.
Il y a en outre a Williamsburg un hopital
pour les fous ; il est soutenu parle tresor public. C'est un beau batiment ou les fous sont
plutot abandonnes a leur malheureuse existence que traites pour les en tirer. Les observations faites en Virginie sur ces maladies leur
donnent pour causes principales la devotion et
les liqueurs spiritueuses , et demontrent que
la derniere de ces causes est moins incurable
que Fautre. II n'y a que quinze fous ou folles
dans cet hopital, qui en peut contenir trente.
T 2 (  292   )
Les terres sont assez bien cultivees aupres
de W illiamsburg , mais comme dans le reste
de la Virginie , la quantite en est si grande
dans les mains du meme proprietaire , qu'il
n'en cultive qu'une tres-petite partie. La succession ordinaire dans les cultures est ici le
mais , le bled ou autre grain , puis trois a
quatre annees de jacheres , ou Fherbe qui y
croit fournit aux bestiaux une bonne nourri-
ture. Apr6s ces trois a quatre annees de repos,
Cette terre est cultivee de la meme maniere.
Les terres ainsi conduites , donnent ici de
huit a douze boisseaux de bled par acre , ou
de douze a quatorze boisseaux de mais. Celles
en petit nombre , qui sont fumees produisent
le double. Les terres sont generalement me-
diocres autour de la ville. Elles se vendent de
sept a huit dollars Facre. Les meilleures,
principalement relies qui sont situees aupres
des creeks , se vendent jusqu'a douze dollars,
mais il est a remarqu.er que , quand les terres'
ont double et quadruple de prix dans presque
toutes les parries de FAmerique , celles de ces
bas pays de la Virginie n'ont pas augmente
depuis vingt ans. On tient k Williamsburg un
marche regulier, et les prix v sont les memes
qu'a Yorck. La paire de bceufs propre au labour , se vend quarante dollars. Ils sont pcuts (*& )
etchetifs. Les moutons sont assez abondans;
mais dune espece basse et vilaine. Leur laine
vaut a-peu-pres un quart de dollar la livre.
Le besoin plus que la qualite fait un peu va-
rier ce prix.
Les impositions de l'Etat ne sont pas considerables. J'en parlerai avec plus d'etendua
lorsqu'il m aura ete possible de me procurer
des informations plus complettes. Les taxes des
villes ne sont rien; il n'y a ni paves, ni batimens
publics , ni ponts a entretenir. La taxe la plus
forte est celle des pauvres. Chaque chef de
famille contribue pour lui et pour chacun de
ses negres au-dessus de seize ans , d'un demi
dollar a cette intention. La somme totale est
repartie par les inspecteurs des pauvres sous
Finspection des juges de paix , entre les families jugees necessiteuses. Elles recoivent depuis douze jusqu'a trente six dollars par an ,
selon qu'elles sont encore dans la possibilite
de faire quelque travail, ou qu'elles en sont
incapables. Dans un pays oil il est aise de
pourvoir a sa subsistance et de se menager
des ressources dans la vieillesse , dans un
pays ou la population, extremement reproductive , donne toujours a chaque famille
quelque enfant en etat de la soutenir, on
peut difficilement approuyer une taxe qui doit (294)
perpetuer et creer meme Foisivete et Fimpre^
voyance , et Fon dirait peut-etre avec raison
qu'il y a plus de vanite et d'insouciance dans
cette pretendue charite , que de bienfaisance
redle , que de politique bien entendue. Elle
a ete etablie en Virginie parce qu'elle Fetait
en Angleterre; elle y est maintenue parce que
ce genre de taxe ne se reforme pas aise-
ment , que l'habitude Fentretient , et que
d'ailleurs , dans un pays a esclaves , ou les
proprietes sont aussi peu divisees , la classe
des blancs qui n'a pas de propriete est plus
miserable; les noirs ne participent point a cette
charite publique.
M. Andrews, professeur de mathematiques
au college, et l'eveque Madisson, m'ont fait
l'un et Fautre les honneurs de la ville, avec
cette obligeance que je suis accoutume a ren-
contrer en Amerique. J'avais fait connais-
sance avec le premier a Norfolk, et j'avais
des lettres pour le second. Dans les deux
jours que j'ai passes a Williamsburg , ils m'ont
fait connaitre une grande partie de la societe ;
elle semble tres-unie, et composee d'hom-
mes assez instruits. L'eveque Madisson lest
beaucoup , en physique, en chimie, et meme
en litterature. Sa bibliotheque , bien moins
nombreuse que celle du college, est composee
y ( 295 )
de livres d'un meilleur choix, sur-tout parmi
ceux relatifs aux sciences. Il augmente an-
nuellement sa collection des ouvrages savans
et nouveaux les plus estimes. C'est a lui que
sont dues des observations meteorologiques
tres-bien faites en differens points de la Virginie , et auxquelles il a consacre beaucoup
de tems.
Les habitans de Williamsburg, aux profes-
seurs et juges pres , ne sont gueres plus riches
ni plus occupes que ceux d'Yorck ; ils se ras-
semblent aussi frequemment qu'eux; mais il
semble qu'ils menent, suivant Fexpression du
pays , une vie moins free (moins libre ) , ce
qui veut dire, qu'ils boivent moins de vins
et de liqueurs. Jusqu'ici , tout ce que j'ai
entendu de politique en Virginie , dement
l'idee qu'on men avait donnee dans les Etats
du Nord. L'opinion generale est sans doute
manifestement contre le traite. On eut voulu
qu'il n'eut pas existe , ou du moins qu'il eutet&
mieux fait, que les instructions du President
eussent ete plus fideiementsuivies, que celui-ci
en cedant a ce qui parait avoir ete sa premiere
impulsion, Feut renvoye en Angleterre sans
le communiquer au senat. On ne croit pas
ici que la guerre en eut ete la suite ; mais au
point ou en etaient les choses,  on  eut &%&
T 4 (296)
tres-fache que Fopinion de Topposition dans
le dernier congres, sur la non-appropriation
des fonds pour le mettre a execution , eut
prevalu ; et on parait content que les longs
debats par lesquels la desapprobation ne peut
etre mise en doute, aient ete termines ainsi
qu'ils viennent de l'etre.
En avancant davantage dans le pays je con*
naitrai mieux encore Fopinion generate. Je
trouve ici avec un grand plaisir le souvenir
de i'armee francaise en veneration; elle y a
sejourne en partie pendant plusieurs mois ,
et chacun se rappelle avec intent et reconnaissance de Fofficier qu'il a connu. M. de Ro-
chambeau avant tous, et le baron de Viomes-
nil, y ont laisse particulierement les souvenirs
les plus honorables, et quand la conversation
se porte en detail sur les individus de cette
armee, generaux , chefs de corps, aides-decamp , on trouve qu'ils ont ete juges ici avec
beaucoup de bienveillance , de sagacite et de
justice.
Route jusqua Richmond.
Parmi tous les inconveniens des voitures
publiques en Amerique, et elles en ont beaucoup , un des plus facheux sans doute est
celui de parcourir presque toujours les plus ( 297 )
mauvaises parties du pays ou Fon voyage. LeS
routes sont ordinairement et avec raison couples dans les terreins Fes plus sees, et par consequent les plus mauvais pour la culture. Dans
Fespace de soixante milles que j'ai faits hierde
Williamsburg a Richmond, je n'ai pas vu vingt
habitations, encoresont-elles cherivesetmise-
rables. Quelques champs de mais de tems a
autres, des defrichemens d'une assez grande
etendue , mais pas un champ passablement
cultive , tandis qu'on m'assure qu'a quatre
mille des deux cotes de la route les terres sont
bonnes, les plantations nombreuses, Faspect
agitable et riant. Cependant on rencontre quelques petites montagnes , et quand la vue a ete,
comme la mienne , pres de trois mois fatiguee
de cette uniformite continuelle de sables et de
marais stagnans, une montagne est une jouis-
sance. On lui pardonne alors d'etre aride,
parce quelle est montagne, et quant a cette
diversite, a cette animation que les mouve-
mens du terrein donnent a la vue, on ajoute
Fidee qu'elles apportent au climat plus de salu-
brite , qu'elles sont la fin de cette stagnation
mephitique , qui engendre et propage si rapi-
dement toutes sortes de maladies, Foeil n'est
pas seul a jouir.
Fouies dans le stage par dix passagers et
—r—— ( 29»)
leurs bagages, nous ne sommes arrives qu'^
onze heures du soir a Richmond, apres etre
partis a huit heures du matin de Williamsburg,
la pluie qui tombe abondamment depuis deux
jours  ayant fort  gate les chemins.
Ville de Richmond.
La position de Richmond est veritablement
agreable. La ville basse , situee le long de
James - river , est placee entre ce fleuve et
une colline assez elevee ; mais le plus grand
nombre des maisons, celles de presque tout
ce qui n'est pas marchand sont baties sur la
colline qui domine la riviere, et dont la vue
embrasse a-la-fois les iles qu'elle forme, la val-
lee etendue qu'elle arrose , et les rapides dont
elle est remplie. De Fautre cote de la riviere,
le pays s'eieve doucement , et la petite ville
de Manchester , bien batie , entouree de
champs cultives , ornes d'une infinite d'arbres ,
de beaucoup de maisons eparses , embellit
cette vue douce, variee, agreable et roman-
tique.
Le capitole est eleve sur la pointe de cette
colline qui commande la ville. Ce batiment,
tres-vaste., est construit sur le plan de la maison quarree de Nismes, mais sur une beau-: ( 299 )
coup plus grande edielle. Les attiques de la
maison quarree sont piacees au capitole en
soubassemens , pour la comrnodite des bureaux de toute espece, qui ainsi tres en
surete contre les accidens du feu, sont a
portee des tribunaux, du conseil executif,
du gouverneur, de Fassembiee generate, qui
tous siegent au capitole et y attirent une
grande affluence. Ce batiment tout en brique
n'est pas encore revetu de platre ; les colonnes,
les pilastres sont sans bases, sans chapiteaux ,
mais les corniches interieures et exterieures
sont faites, et elles sont bien executees. Le
reste s'achevera plus ou moins promptement,
et dans son imperfection actuelle , ce batiment est sans aucune comparaison, le plus
beau, le plus noble, le plus grand de toute
FAmerique. Sa distribution interieure est tres-
bien adaptee a Fusage auquel il est destine.
C'est M. Jefferson qui , pendant son ambas-
sade en France, en a envoye le modeie. II
a dit-on coute jusqu'ici cent soixante-dix
mille dollars, et Fon estime a quinze milles la
somme necessaire pour Fachever et pour re~
parer quelques defauts dont on s'est appercn
dans la construction.
Dans le grand vestibule du milieu, edaire
par une espece de dome pratique dans Fepais- ( 3oo 5
seur du tolt, la statue de George Washington vient d'etre recemment placee. L'assem-
biee de Virginie Favait votee il y a environ
huit ans. Elle joignait a la reconnaissance
publique de toute FAmerique une affection
particuliere pour lui, et Forgueil de Favoir
pour compatriote. Depuis cette epoque, le
President a acquis de nouveaux droits a la reconnaissance et a Festime generale ; si comme
je lepense, on peut Faccuser de quelques fautes I
en administration , son devouement a la chose
publique , la purete de ses intentions ne peuvent etre meme soupeonnes , et cependant il
est douteux que Fassembiee de Virginie lui
votat aujourd'hui un tel hommage , au moins
est-il sur que 1'unanimite ne serait pas la
meme. Cette statue a ete faite par Houdon,
Fun des premiers sculpteurs de France. Il a
fait le voyage de FAmerique il y cinq a six
ans , expres pour faire, d'apres nature, le
buste du President. Quoique la statue soit
belle , qu'il y ait meme de la noblesse dans
la composition, de la ressemblance dans la
tete, on n'y reconnait pas le talent de Houdon,
on ne retrouve pas le ciseau de Fauteur de la
celeste Diane , qui a fait en grande partie la
reputation de cet artiste. Pres de la statue du
President est le buste enmarbre de M. de la ( 3oi )
Fayette , vote a la meme  epoque   par Fassembiee de Virginie, et sculpte aussi par Houdon , mais avec plus de talent.
La population de Richmond est de cinq a
six mille habitans , dont a peu-pres un tiers
de negres. Cette ville s'est prodigieusement
accrue dans les annees qui ont suivi 1 etablissement de la legislature dans ses murs. Mais
depuis trois ou quatre ans, elle est demeuree
dans le meme etat. Un incendie a consume
il y a quelques annees, presque toute la partie
basse de la ville. Cet accident a determine a
reconstruire en briques non seulement toutes
les maisons incendiees qui etaient en bois,
mais encore beaucoup d'autres que la.frayeur
des proprietaires a voulu preserver du meme
Jleau. Il reste aajourd'hui peu de maisons de
bois  a Richmond.
Le commerce de cette ville consiste dans
1'acha.t des denizes du pays, qui se bornent au
bled, au mais, au tabac, et la revente des
marchandises de consommation , qui sont generalement tirees d'Angleterre. Le nombre des
negocians qui font directement le commerce
d'Europe , est peu considerable , ils tien-
nent a Norfolk leurs batimens, la riviere n'en
pouvant pas porter de tres-gros plus loin que
City-point, distant de Richmond de soixan- (  302   )
te-six milles par eau. lis envoient done par
des petits batimens les produits de leurs terriS[
a Norfolk, ou ils trouvent facilement a completer leur chargement, s'ils  en ont besoin.
La plupart de ces premiers negocians ne sont
qu'agens ou associes de maisons anglaises. Les
autres ne font gueres que le commerce de
commission , que  Fon peut appeler le veritable commerce de la place. C'est des negocians de  Richmond   ou   de   Petersburg  que
ceux de  Norfolk   achetent le plus commu-
nement  les  grains,   les   farines,   les  tabacs
qu'ils exponent eux-memes , et que ceux-ci
achetent de la premiere main. Les produits
se paieht argent comptant par les marchands
ou a court terme ; ils les obtiennent,   meme
souvent a meilleur   marche, en avancant de
Fargent aux planteurs   sur leur  recolte.   Les
negocians de  Richmond fournissent  tous les
stores des pays de derriere dans une grande
etendue.  Comme ils recoivent un tres-long
credit de  FAngleterre , ils peuvent en  faire
un de six, neuf et douze mois aux marchands
qu'ils approvisionnent, et sur lesquels ils font
toujours un grand profit , qui augmente encore quand ils se font payer en produits du*
pays. Presque tous les negocians de Richmond
ont un magasin ou ils vendent en detail. Ils ( 3o3 )
font tous le commerce de lettres de change
sur FEurope, qui souvent leur est tres-profitable.
I%u de negocians a Richmond sont dans
l'opulence ; beaucoup moins encore sont aises,
et les bonnes notes a quatre et cinq pour cent
par mois n'y sont pas difficiles a trouver. Mais
on n'a pas ici comme dans les principales villes
de FAmerique la ressource de mettre ces notes
k la banque : aussi ce genre de trafic y est-il
beaucoup plus chanceux. L'interet legal de
Fargent qui est a cinq pour cent par an , se
joint a la rarete de Fespece et a la mefiance
generate, pour rendre les emprunts plus difficiles.
Canal de Richmond.
Les rapides de James - river , qui en obs-
truaient la navigation depuis sept milles plus
haut que Richmond, obligeaient d'employer
les charrois pour ce trajet. Un canal qui longe
le cours de la riviere dans toute cette etendue
etablit la communication par eau , et ouvre
une navigation sans obstacles jusqu'a deux
cent milles au-dessus de Richmond. Ce canal
presqu'acheve le sera entierement cette an-
nee, au bassin pres que les directeurs se prc-
posent de faire a Fentree de la ville, et beau- ( 3o4 )
coup plus grand qu'il ne semble necessaire
pour le commerce de Richmond, dans toute
la supposition que Fon puisse donner a son
accroissement. Les eduses a Fouverture du
canal sont placees, elles sont simples, se ma-
nceuvrent aisement par un homme ou deux,
mais pourraient encore etre rendues dun mouvement plus facile. Ces ecluses au nombre de
trois consecutives font passer aux bateaux une
elevation de dix-sept pieds. Il en faudra encore d'autres, si on veut porter ce canal jusqu'a Pioquette, point a un mille au-dessous
de la ville, au-dela duquel les batimens de
quarante tonneaux ne peuvent pas monterdu
cote de Richmond; de Fautre cote des batimens meme plus considerables peuvent monter
presque vis-a-vis de la ville. L'extension du
canal jusqu'a Roquette a pour objet de faci-
liter les transports directs des demies des pays
de derriere, jusqu'a City-point, et ainsi jusqu'a Norfolk. Par ce moyen ces denies , qui
autrement n'auraient de marche que celui de
Richmond , parviendraient a Norfolk , et don-
neraient probablement par la concurrence une
augmentation de profit aux planteurs. Mais
la depense de ces eduses serait considerable.
Les fonds de deux cent quarante mille dollars ,
resnltat de sept cents actions, sont epuises ;
et ( 3o5 )
et un emprunt de vingt-un mille dollars fait
par les directeurs du canal sous l'autorisation
de l'Etat, ayant pour garantie le peage deja en
recette de la partie achevee, est demontre k
peine suffisant pour terminer 1 execution du
premier projet. II parait que la grande depense
que cette addition occasionnerait sert de pre-
texteaux acrionnaires du canal poursy oppo-
ser, et que les negocians de Richmond cou-
vrent ainsi le desir qu'ils ont de rester les
seuls marchands des produits des pays d'en-
haut, cause redle de leur opposition a ce
prolongement du canal.
Inspection du commerce.
La culture du tabac n'a pas lieu au moins
en grand , dans les environs de Richmond.
II y acependant dans cette vilie trois magasins
d'inspection, il y en a dans tous les cantons
de la Virgiiae ou Fon cultive le tabac, et dans
toutes lestfailes de commerce, Ces inspections
qui ont pour objet de garantir au commerce
etranger la qualite de la denree qu'il achette,
sont ord ounces-par l'Etat pour le tabac , les
famines et autres articles. Elles le sont de
Jneme dans tous leslEtats qui en produisent;
mais inspection du tabac de Virgkiie, et sur-
Tome IV* V ( 3o6 )
tout de James-river, passe pour etre faite avec
une exactitude et une severite qui contribue
autant que la meilleure qualite reelle de la
<lenree , a hausser son prix dans le commerce. Tout planteur de tabac, qui destine
sa recolte a Fexportation , la met en boucauds
et Fenvoie ainsi a un des magasins. La le tabac
est ote de sa barrique que Fon defonce , et est
sonde dans tous les sens pour connaitre sa
qualite , son homogeneite, sa nettete, rejette
comme n*n exportable si Fon y appercoit quelque defaut, ou dans le cas contraire admis a
Fexportation. Alors il est remis dans sa barrique, que Fon marque avec un fer rouge du
nom du lieu de Finspection, et de sa qualite;
puis il est "mis dans les magasins de Finspection , k la disposition du planteur qui recoit
un certificat, qui est a la fois un recu du depot.
C'est en vendant ce papier au negociant que le
planteur vend son tabac. Celui-la le connait
par le billet d'inspection comme s'il Favaitins-
pecte lui-meme ; il envoie seulement son billet
et le transfert au magasin ou est le tabac, d'ou
il est delivre pour son compte. Souvent ce
tabac est envoye par le planteur meme a un
autre magasin d'inspection que celui du bureau ou il le fait inspecter, parce qu'il le croit
plus pres du marche, ou par d'autres raison*
mil (3o7)
particulieres. C'est ce qui arrive pour Richmond, dont les magasins recoivent annuelle-
mentdes boucauds inspectes ailleurs. Les ins-
pecteurs ( car ils sont deux a chaque inspec-
pection ) recoivent pour droit d'inspection un
dollar et demi, sur laquelle somme sont payes
leurs salaires qui varient de cent dollars a deux
cent cinquante par an, selon Fimportance du
bureau. Le reste des droits d'inspection fait
une partie des revenus de l'Etat.
Tous les autres produits destines a Fexportation, farine, chanvre, goudron, sont soumis
aussi a Fml^pection , mais il semble qu'elle
n'est pas aussi severe. Car par exemple, a Pm-
ladelphie , la farine de Virginie toute timbree
superfine qu'elle puisse etre, est soumise a une
nouvelle inspection. Les commercans de Virginie attribuent cette seconde inspection exi-;
gee a la jalousie du commerce de Philadelphie.
Mais la difference reelle entre les farines fa-
briquees jusqu'ici a Richmond, et celles des
moulins de Pensylvanie ou de la Delawarre
est immense, les premieres sont toujours prises
dans le commerce a un demi-dollar, et meme
quelquefois un dollar et demi au-dessous
de celles-ci. (3o8 )
Moulins.
J'ai vu Fun des deux moulins de Richmond;
il est au dessous des, ijapides, reeoif une grande
force d'eau, et fait tourner six paifjes, de meules. Ce moulin est beau ; il reunit toutes les
nouvelles inventions ; mais il est mal bati;
les dentures des roues de rencontre sont gro$-
sierement faites. Il est peu espace. H n'en
coute pas moins environ six mille dollars de
loyer a M. Chevalier, fjrarujais de Roqhafort,
jadis directeur des paqu^bots de France c»
Amerique , etabli aujourd'hui en Virginie. Ce
moulin travaille generalement pour manufacture , rarement pour le public, qui donne alors
pour fraisde mouture cinq boisseaux par barril
de farine. M. Chevalier etsa compagnie Sj^ecu-
lent habituellement sur le tems ou i;s doivent
envoyer leur farine au marche. Leur speculation leur a ete jusqu'ici tres-avantageuse; mais
ils ont lieu de craindre que celle par laquelle
ils se sont determines a ne pas vcndre il y a
deux mois au prix de treize dollars, qui leur
etait offert, dans Fespoird'enobtenir im encore
plus avantageux , ne leur fasse perdre beaucoup. Ils n'en trouveraient pas plus de dix
dollars aujourd'hui.
an ( 3o9 )
Moeurs et Loix.
II regne ici dans la societe un ton simple
et bon ; cependant elle y est desunie. Les
hommes appartenant aux partis opposes se
voient peu , mais quand ils se rencontrent ils
se traitent poliment et avec toutes les ma-
nieres de la bonne compagnie.
Le parti oppose au gouvernement, c'est-a-
dire, celui qui vient un changement & la constitution actuelle, une restriction dans le pou-
voir executif, y a beaucoup de zelateurs. Ce
parti y prefererait la nouvelle constitution
francaise , telle qu'elle est. II voit, dans la permanence de cette constitution en France, un
appui au changement de la constitution des
Etats-Unis.
Le parti attache k FAngleterre ,  voit dans
le maintien de la constitution angiaise , meme ,
avec ses abus, la destruction de la constitution frangaise actuelle, son remplacement par,
une monarchic, et un appui  au  desir qu'il,
manifeste d'une grande augmentation de force
k donner au pouvoir executif des Etats-Unis ,
et au desir aussi red , mais qui n'est pas aussi
hautement avoue, de voir etablir une monarchic hereditaire dans les Etats-Unis.
V 5 (3io )
Entre ces extremes, il y a des models. Il
y a aussi des exageres qui embrassent aveu-
giement le parti francais , ou le parti anglais,
sans aucune consideration politique uherieure,
et seulement par intent, ou par passion. Le
commerce est, par exemple, a Richmond ,
comme presque par-tout, attache a FAngleterre avec exclusion , parce qu'il ne traite
qu'avec elle, ne voit que par elle du credit
et des profits ; et a Richmond, comme dans
presque toutes les villes de commerce , ce
parti a quelque superiorite. La majorite de la
ville a , pendant la derniere discussion du
traite au congres, fait connaitre a ses representans , qu'elle desirerait qu'ils votassent pour
son acceptation. J'ai vu toute sorte de com-
pagnie, et dans aucune , je n'ai entendu parler
du President qu'avec respect.
M. Edmund Randolph , ancien secretaire
d'Etat de FUnion , si ceiebre par la lettre de
M. Fauchet, exerce ici la profession d'avo-
cat, dont il avait occupe la partie de sa vie,
qui ne Favait pas ete aux affaires publiques.
II est tres-employe , et se trouve a cet egard
presqu'au niveau de M. /. Marshall, le plus
estime et le plus renomme de tous ceux de
cette ville.
La profession d'avocat est ici, comme dans (3n )
toute FAmerique, une des plus profitables.
Mais , quoique plus constamment employes
qu'en Caroline, les emolumens de ceux qui
la professent ne sont pas , a beaucoup pres,
aussi considerables. M. Marshall ne fait pas de
son cabinet plus de quatre a cinq mille dollars , et pas meme , tous les ans. Les avocats
ont en general soin en Virginie de se faire
payer avant de proceder dans une affaire. Cet
usage est justifie par la disposition commune
des habitans de payer le moins, et le moins
souvent possible. J'ai entendu dire a des
medecins , qu'ils ne recoivent pas annuelle-
ment un tiers de ce qui leur est du pour leurs
soins; qu'ils ont un grand nombre de ces
creances qui datent de vingt - cinq ans ;
que souvent elles leur etaient niees ; qu'ils
etaient obliges d'envoyer , pour les recou-
vrer , des assignations , de soutenir des proces, etc. etc. etc.
Le derangement occasionne dans les fortunes par des depenses plus fortes que les
revenus , sur-tout par le jeu : et par- dessus
tout le defaut de deiicatesse qui resulte de
ce derangement, et de l'habitude de regard
der les dettes avec legerete , sont la cause
de cet ordre immoral de choses. Les loix
du  pavs  le   fayorisent   en    quelque   sorte
V 4
l
j (512)
en ne permettant pas la saisie des terres et
des immeubles pour Facquit des dettes. Cette
loi, que les Virginiens disent leur venir de
FAngleterre, a ete conservee par eux dans les
reformes qu'ils ont faites de leur code , et n'a
ete conservee que par eux. Les esclaves et les
meubles sont saisissables ; mais en connaissanf
les mceurs du pays , on concoit la facilite d'en
faire une vente supposee , et alors , en les
gardant comme loues , ils deviennent hors du
pouvoir de la saisie.
he jeu est la passion dorninante des Virginiens. Ils perdent au pharaon , au dez, au
billard, a tous les jeux de hasard possibles ,
un argent considerable. Les jeux se tiennent
publiquement dans presque toutes les villes ,
et particulierement a Richmond. Cependant,
une loi de l'Etat dont la date n'est pas plus
ancienne que decembre 1792 , defend ex-
pressement tous jeux de hasard, tous paris
aux courses , aux combats de coqs , dont les
Virginiens sont tres - amateurs ; defend de
perdre aux jeux^de commerce plus de vingt
dollars, en vingt-quatre heures; traite de vagabonds tous les teneurs de banques ; ordonne
aux juges de paix sur le moindre indice,
d'entrer dans les lieux ou elles se tiennent ,
de detruire les tables, de saisir t'argent, etc. y (3i3)
<q$£.cependant encore, la plus grande partie
de ceux qui ont fait la loi, des legislateurs
actuels, des juges de paix, et autres magistrats
publics , participent assiduement a ces tri-
pots. Les teneurs de banque sont des gentlemen re^us par-tout, et dont on envie la profession , parce qu'elle est bonne. La partie
de cette loi contre le jeu , qui est , dit-on ,
la mieux executee, est celle qui defend d'en
payer les dettes, et qui les annulle.
Il n'est pas rare qu'il se passe a ces jeux des
scenes de sang. Depuis que je suis ici, un
jeune homme appartenant a une famille considerable de Virginie , daus Fimpatience d'une
partie de billard, croyant avoir a se plaindre
d'un marqueur qu'il trouvait lui avoir manque
de respect, apres une suite d'invectives envers
cet homme, qui les supportait avec peine, lui a
donne k travers le corps un coup d'une espece
de couteau de chasse qu'il portait a son c®te»
L'homme n'en est pas mort; Feut-il ete , le
jeune homme n'en aurait pas ete poursuivi
da vantage. Il a quitte la ville pour quatre
jours ; il y va reparaltre sous peu , et reprendre
ses exercices , comme s'il s'etait absente pour
maladie , quoique personne ne nie cet acte
public , et ne pense a Fexcuser.
La loi contre Finoculation est plus severe* ( 5i4)
ment observee. Elle defend a toute personne
de faire inocuier lui ou les siens sans en
avoir la permission de tous les juges du comte,
qui doivent , sur sa petition , s'assembler,
prendre connaissance des motifs de la de-
mande, de sa necessite , de sa convenance.
S'ils y acquiescent, la permission qu'ils doivent en donner par ecrit n'est rien encore.
Ils faut celle de tous les voisins a deux milles
a la ronde. Le refus dun seul empedie Fino-
culation. Les medecins qui, sans cette precaution , inoculeraient , seraient punis de
10.000 dollars d'amende. Un homme acciden-
tellement attaque de la petite verole, est en-
voye dans une maison ecartee, au milieu des
bois; la, il recoit les secours du medecin.
Si le village , la ville, le canton auquel il ap-
partient, partage cette infection , ces places
sont tenues privees de toute communication
avec le reste du pays, et Finoculation v est
permise ; mais sans cela elle ne Fest jamais ,
oar on sent que cette faculte d'en acquerir la
permission de Funanimite des magistrats du
comte, et du consentement general des voisins , dans un pays ou les prejuges recoivent
tant de force de la loi, est absolument illu-
soire. On entend souvent murmurer contre
cette loi absurde,  mais elle est exaqtement (J9
(3x5)
suivie, etl'on ne saurait donner pour pretexte
a ce prejuge , la crainte que les Virginiens ont
de tenter Dieu, ainsi que le disaient en France
nos pretres , qui ont fait a cet egard , comme
dans beaucoup d'autres , tout le mal qu'ils ont
pu. Ceux a qui on en demande une raison la
trouvent dans la crainte de propager une ma-
ladie dangereuse, dont la Virginie , disent-ils ^
n'a jamais ete que partiellement , qu'acciden-
tellement infectee. Ils repetent les assertions
qui ont long-tems empeche en Europe, Fex-
pension de cette admirable decouverte. lis
disent que Fusage de Finoculation rendant la
maladie plus commune , augmente le nombre
de ses victimes fort au-dela de celui que la
nature lui designait; que Finoculation est elle-
meme pleine de dangers; que ses depenses ,
tres-considerables , ne sont pas a portee du
pauvre, (car en Virginie comme ailleurs il faut
bien une raison populaire), etc., etc. On est
etonne d'entendre sortir de la bouche d'hom-
mes edaires , ces raisonnemens , que les
vieilles femmes d'Europe ne repetent plus.
La population ne decroit pas plus en Pensyl-
vanie, et dans tous les Etats de FAmerique ou
Finoculation est permise, qu'en Virginie, ou
elle est prohibee; elle augmente , au con-
traire. Cette separation entiere du lieu ou la <S»6)
petite verole se declare, telle que les loix de
Virginie la prescrivent, ne peut pas avoir
lieu avec toutes les conditions qui pourraient
la rendre salutaire. La contagion de cette
maladie ne peut-elle pas etre apportee par,
les medecins que la loi ne met pas en qua-
rantaine? etles frais que Finoculation entraine
etant reconnus si modiques , ne pourraient-ils
pas etre reduits par la prevoyance du gouvernement , a une sorame dont aucune famille
ne pourrait etre genee ? Toutes ces veritesj
palpables ne trouvent aucune reponse solide „
et cependant, les partisans de Finoculation
sont loin d'esperer de faire apporter aucun
changement a la loi.
Je lui ai entendu donner pour motif veritable ,   la  crainte qu'auraient   les planteurs |
d'etre obliges d'inoculer leur negres , si Finoculation se repandait assez pour rendre ce pre^l
servatif necessaire  contre le danger de son
epidemic On a peine a croire a cette raison,  :
quand cette depense est si petite , que cette I
pratique est si aisee ,  et que d'ailleurs ils ont
l'habitude de ne pas payer leurs medecins, Les
causes les plus probables sont Finsouciance,
le defaut de reflexion et Vusage ; et cependant
le premier droit de Fhomme, celui de se de-
fendre contre la mort est interdit par cette (5i7)
gothique legislation. La politique est trop souvent comme la religion , chacun s'en*fait une,
^elon son interet, composee des plus grandes
absurdites et des plus grandes contradictions,la
conscience s'yaccoutume et s'en accommode.
Les ltfix civiles de la Virginie m'ont sembie
sages. Celle sur les intestats partage le bien ega-
lement entre les enfans , donne un tiers de la
totalite a la mere , et pousse la division de la
fortune du mort, au defaut d'enfans , de femme , de pere, de mere , de frere , de sceur,
etc. j avec prevoyance et justice. Mais la li-
berte de tester est laissee toute entiere, et les
mceurs du pays portfefet la presque universalite
des testateurs a suivre plut6t les anciennes
coutumes que Fintention de la loi nouvelle;
il en resulte que Faine des enfans reunit pres-
n^ae tout le bien , et que les garcons sont
dotes au detriment des filles.
La loi sur les esclaves est beaucoup plus
douce que dans aucun des pays que j'ai par-
courus jusqu'ici. La justice il est vrai , n'y est
pas la meme pour le maitre et pour Fesclave,
pour Fhomme blanc et pour Fhomme noir. La
legislation est toujours inique en ce point ;
mais cette iniqnite est u&e consequence
cruelie et pfcesqrae indispensable de Fad mission de Fesclavage , et cette verity devrait a 1
( 3i8 )
elle seule en entratner Fabolition chez un
peuple 4claire et qui conserve quelque idee de
moralite. Quoiqu'il en soit, les Virginiens ont
reforme la barbaric des anciennes loix sur
Fesclavage, plus qu'aucun peuple des Etats-
Unis, plus peut-etre qu'aucun des peuples de
la terre ou Fesclavage est en vigUeur.
Des 1772 la legislature de Virginie suppliait
le roi d'Angleterre d'autoriser le gouverneur
a donner son consentement a une loi qui in-
terdit toute future importation des negres
dans la province. Le refus d'accorder a cette
petition est un des griefs les plus amerement
reproches au roi d'Angleterre dans le pream-
bule de la nouvelle constitution faite en 1776.
Aussi la prohibition de toute imporj$a$ion de
negres clans FEtat fut-elle une des preniiM&M
loix faites par la legislature , apr^s Fadoption
de la constitution.
Le negre qui.ieve la main sur un blanc est
absous s'il est prouve que c'est en se defen-I
dant, sans quoi il n'est puni que de trente!
coups de fouet. L'esclave est juge par cinq
juges de paix , dont Funanimite est neces-
saire pour prononcer la mort. Les esclaves
sont appeles en temoignage dans les proces
criminels des autres esf laves. Ils sont seulement prevenus par les juges que si leurtemoi- 1 (3ig)
gnage est demontre faux, ils auront les oreilles
coupees. Tout homme qui a Fe moindre in-
teret pour ou contre un n6gre ne peut etre
son juge , ni temoigner contre lui. Le maitre
d'un negre est paye de sa veritable valeur, si
la justice dispose de lui, ce qui rend les maitres
moins portes a les soustraire a la loi.
Les cours de justice sont multipliees a Fin-
fini en Virginie. Les frais de proces sont peu
considerables ; aussi les proces y sont-ils tres-
frequens. Ceux pour recouvrement des dettes
occupent plus de la moitie des sessions des
cours. La creance la plus evidente ne peut
pas se recouvrer dans un tems moindre que
de dix-huit mois. Souvent plusieurs annees
ne suffisent pas pour mettre le creancier dans
ses droits. La chicane offre a la disposition de
ne pas payer mille moyens de se satifaire, et
sur cela, comme en tous les pays du monde,
les mceurs aident et fortifient les ressources de
la chicane.
Les disputes pour les titres de terre sont
aussi une des causes les plus frequentes des
procedures.
Le code criminel est a-peu-pres le meme
que celui des auires Etats qui n'ont pas suivi
Fadmirable exemple de la Pensylvanie : il est
meme un peu'plus doux ; on y voit cependant
1 ( 3ao )
avec peine que Fetranger qui s'engage pour
servir un maitre est puni de coups de fouet,
dans plusieurs cas de debts, meme particuliers
au service de "son maitre; les autres peines
sont comme ailleurs de pendre , fouetter ,
briiler le dedans de la main , etc. (*).
L'Etat de Virginie n'a point de dettes , si
Fon eh excepte cent mille dollars qu'il a ete
reconnu devoir a FUnion dans la balance
faite de la situation de tous les Etats avec le
gouvernement general , et une reclamation
de trois a quatre millions de livres de France,
faite par M. de Beaumai chais pour armes, et
munitions de toutes especes , fournies par lui
dans le tems de la guerre. On rend ici justice
a la bonte de ces fournitures > a Fabsolue necessity dont elles etaient quand elles ont ete
faites ; on avoue meme la plus grande partie
de la dette , mais on n'en donne pas plus pour
cela acte en forme, parce qu'ici ffitat n'est pas
(*) Depuis que ce Journal est <*crit j'ai sous les yeux
une loi <ie la legislature de Virginie pass^'e le 22 decembre
1796 , par laquelle la peine de mort est reservee>atf>$eu}.^
roetutre preoiidite. Tous les autres crimes , meme celui
de haute trabison , sont punis de detentions plusou moins
longues. Enfin le syst£me de Pensylvanie pour le code penal et la tenue des prisons est aujourdjhui eiabli en Yir-
plus (   321   )
plus que les particuliers dispose a payer ses
dettes.
L'Etat a meme un capital que Fon estime a
plus de soixante mille dollars , mais ce  capital qui s'accroit sans cesse a une source,
qui doit devenir  tot ou tard  une cause de
trouble.   Ce sont les concessions de terres;
l'Etat par la loi dispose des terres vacantes
a raison   de deux cents  par acre , ou vingt
dollars par mille acres, ce qui est la proportion commune des concessions. Pour obtenir
ces concessions, il suffit de declarer que les
terres que Fon demande ,  et des limites des-
quelles on fait la description dans sa petition,
n'ont point de proprietaires. L'Etat , c'est-a-
dire  le bureau des terres qui le represente
pour ce sujet donne un warrant ou ordre de
faire arpenter. Le concessionnaire fait arpen-
ter par Farpenteur de l'Etat sa concession;
elle est enregistree et  la taxe annuelle  ex-
tremement modique qu'il paie pour ses terres,
lui en assure la propriete.   Mais  les memes
terres sont souvent demandees successivement
par differentes personnes,   non pas  precise-
ment le  meme tract de  terre confine dans*
les memes limites, mais un tract qui , avant
des linlites   differentes ,   couvre  une  partie
plus ou moins grande du tract deja concede.
Tome IV. X (   322   )
Une autre demande pareille couvre ce qui
reste. Celles - ci le sont par d'autres de la
meme espece et a Finfini, de faeon que les
memes acres ont souvent cinq a six et plus
encore de concessionaires. L'Etat ne repond
pas au concessionaire que ces terres n'ont
pas ete concedees , c'est a lui a prendre les
informations qui mettent sa propriete future
en surete. Mais dans un pays non habite ,
avec un seul bureau , ou les terres apparte-
nant a tout FEtat ( sans divisions de townships, de comtes) sont concedees, les informations sont impossibles a prendre. La bonne
foi est souvent trompee. Les specuiateurs s'ac-
commodent tres-bien de cette obscurite, et
ce genre de speculations assez a la mode en
Virginie , est fortement partage par les habitans de la Pensylvanie et des autres Etats du
Nord. L'Etat profile aussi de ces doubles ou
triples ventes par l'argent qu'il recoit. Mais
outre qu'il est du devoir d'un gouvernement
de preserver les gouvernes de la fraude , et
plus encore de ne pas y participer, il n'est
pas difficile de prevoir qu'il arrivera un tems
ou les concessionnaires de ces terres, affiig s
de leur duperie, irrites des refus qu'ils eprou-
yeront de la restitution de leurs deniers ,
apporteront dans ce pays un nouveau germe I
( 3*3 )
de mecontentemens, et par consequent de
trouble. Cet etat de choses est assez generalement connu aujourd'hui. Aussi les terres
de Virginie, sont-elles tombees dans le discredit ; la quantite en est immense ; Femigration annuelle est plutot en perte pour la
Virginie qu'en augmentation de population ;
ainsi, le tems ou les terres incultes qui sont
en grande quantite seront habitees , est plus
eloigne que dans aucun autre Etat de FUnion.
Cependant des reclamations en assez grand
nombre se font deja a la cour qui peut en
connaitre , mais qui, prononcant seulement
en faveur des premiers titles, declare la perte
absolue de Fargent que les seconds et troi-
siemes concessiannaires ont paye a FEtat pour
leurs terres, et aux arpenteurs pour les frais
de Farpentage. Ces derniers frais se montent
au double du prix de Fachat, c'est-a-dire a
quatre cents par acre.
De la situation des finances de FEtat de
Virginie , il resulte que les impositions sont,
comme je crois Favoir dit, peu considerables.
Les droits de ['inspection du tabac les alle-
gent encore. Elles consistent en cinq schellings pour cent livres valeur estimee des terres
divisees en quatre classes , ( elles sont toujours
estimeesaii-rdessous de leur valeur) ; en deux ( 3a4)
dollars et un douzieme pour chaque trois
cent trente trois dollars de valeur estimee en
]ots de ville ; en un schelling huit pences pour
chaque esclave au-dessous de Fage de douze
ans , dont il faut excepter ceux exemptes de
taxes par la corporation du lieu a raison de
leurs infirmites; en une somme par chaque
etalon , clieval ou ane, egale au prix deman-
de pour le sault; en quatre pences pour tout
autre cheval, jument, mulet; en quarante
schellings pour toute licence ordinaire ; en
cmquante dollars pour chaque table de bil-
lard ; en six schellings par roue de chaque
voiture a quatre roues, hors les phaetons et
les charriots qui n'en paient que quatre; eten
dix schellings par roue de chaque voiture a
deux roues. Telles sont les taxes votees dans
la session derniere, pour les depenses de 1796.
Elles varient a raison du plus ou moins de
depenses publiques ordonnees. Independamment de ces taxes, il y a des droits imposes
sur les procedures a la cour superieure , sur
les transfers des certificats d'arpentage des
terres, sur les certificats et contrats passes
par devant les notaires , sur les certificats
donnes par les cours de comtes et de villes,
enfin sur ceux passes au sceau de FEtat.
L'estimation d*s terres a ete faite en 178% ( 325 )
et 1782; elle est permanente. Les terres n'ou-
vellement concedees par l'Etat sont soumises
a la taxe. Les scherifs par comtes sont collecteurs nes de tous les impots. lis sont nommes tous les ans par le gouverneur de FEtat,
sur  une liste de   trois   juges de paix , faite
par les cours de comtes. Ils ne peuvent etre
continues en   place   plus   de  deux   ans.    Ils
doivent   donner  caution pour   trente    mille
dollars. Ils recoivent  pour  commission cinq
pour cent de leur collecte. Les commissaires
qui , generalement au nombre de  deux par
comte, asseyent les taxes , recoivent un dollar
par chaque jour qu'ils employent a ce travail.
Les droits  sur les actes  sont percus par les
clerks des comtes et par les officiers qui don-
nent les actes. Tout immigrant artiste, etarri-
vant dans l'Etat, est exempt pendant cinq ans
de toute autre taxe que celle des terres , s'il
exerce une profession. Les taxes etant legeres
se  paient bien   en   Virginie.   La  saisie   des
meubles et meme des esclaves  de celui qui
ne paie   pas,   assure la rentree   de tous les
fongls. Les depenses du gouvernement de Virginie se moment annuellement a cent soixante
milles dollars.
Les comtes n'ont de taxes  que  quand ils
ont des ponts, des prisons , des' maisons de
X 3 (3*6)
justice a batir. Alors les terres a la valeur
estim.ee pour les taxes de l'Etat et les negres,
sont les elemens des impositions jngees tern-
porairement necessaires. J'ai dit que les che-
mins se faisaient et se reparaient par le
travail des habitans.
Les taxes des villes sont en general bornees
a celles pour le maintien des pauvres. Elles
embrassent un grand nombre d'objets a Richmond ; elles y portent sur les voitures , et les
locations des maisons; elles prennent en outre
deux schellings par tete de negres au-dessus
de seize ans , ete., mais dies n'ont rien qui
ressemble a une capitation arbitraire dont
beaucoup d'autres Etats, ne sont pas exempts.
L'Etat de Virginie est, comme presque
tous les autres de FUnion, depourvu d'armes
pour sa milice, et de canon pour son artil-
lerie. L'assernblee derniere vient dordonner
I'approvisionnement annuel de quatre mille
armes , d'equimens militaires, et de dix pieces
de canon, Chaque compagnie d'arcilierie doit
en avoir une. Le magasin en est fixe, a Point-
ofrforck sur  James - river ,   et les armes se
fabriquent a New-London, dans le comte de
Ww&      Bedfort.
Une loi sage de la Virginie , dans Finten-
tion de stimuler les   eiecteurs a se  rendre
1'    ■ "   ■  :'        :
' ( 3a7 )
ftux elections nrultipUees. qui  ont lieu   dans
cet Etat, condamne a une double taxe tous
ceux qui s'en absentent sans raioon de same.
II n'y aeu pendantlong-tems aucun etablissement d'ecoles gratuites en Virginie. Tout etait a
faire: division des comtes et districts d'ecoles ,
organisation de leur administration, construction des ecoles, etc. Une loi du 22 decembre
1776 s'est occupee de tous ces objets avec
sagesse , prevoyance et dans le meilleur esprit. Quelques annees doivent s'ecouler encore
avant que cet e:abiissement ait lieu dans tous
les points de FEtat, mais les fondemens en
sont jetes , et Fon peut prevoir Fepoque ou
le systeme d'education publique gratuile sera
en vigueur en Virginie pour les blancs, comme
il Fest en Massachussetts , et en Connecticut
pour tous les habitans.
La constitution de Virginie, faite en 1776,
etablit la meme division que les autres dans
les pouvoirs. Chaque comte , et il y en a
quatrevingt-huit, envoie deux membres a la
chambre des representans, Norfolk, Williamsburg , Richmond ( villes priviiegiees ) en
envoient chacune un. lis sont elus tous les
ans. Les conditions pour etre eligible, sont
le droit de citoyen de Virginie, et Fage de
vingt-un ans. ( 328 )
Le senat est compose de vingt-quatre membres , deux par district, FEtat etant, a cette
intention seulement, divise fictivement en
douze districts. Ils sont elus pour quatre ans ,
et quittent annuellement par quart. L'age de
vingt-cinq ans ,est celui requis pour etre se-
nateur. Les eiecteurs doivent posseder cent
acres de terres incultes , ou vingt-cinq acres
cultives , ou une maison, ou un lot dans
une ville.
Le gouverneur, le conseil executif, sans
Fa vis duquel il ne peut rien faire , les juges
de cours superieures , Fattorney general, le
tresorier, le directeur du bureau des terres,
et le general de milice, sont nommes au scrutin par les deux chambres.
Le gouverneur elu pour une annee , ne
peut etre continue que trois ans sur sept.
Le conseil executif est compose de huit membres , dont deux sortent tous les trois ans
par le scrutin des deux chambres , et ne
sont eligibles que trois ans apres. Le president du conseil executif, choisi par le conseil meme , fait les fonctions de gouverneur
de l'Etat, en cas de mort, d'incompetence
ou d'absence du gouverneur.
Les juges restent en place tant que leur
conduite n'est pas reprehensible. Le tresorier (329 )
n'est nomme que pour un  an, mais il  est
reeiigible.    '.
Les juges de paix sont proposes par les
cours de comtes au gouverneur qui les appointe
sans pouvoir les refuser. Les officiers subal-
ternes de justice sont nommes par les cours
dont ils ressortent , les constables par les
juges de paix.
Le gouverneur ne peut donner son avis
sur les loix ; il ne peut accorder grace que
de Favis du conseil. C'est de tous les Etats,
celui ou le gouverneur a le moins de pouvoir
et oil ses salaires sont les plus faibles. Tous
les officiers publics en recoivent tres-peu en
Virginie: aussi les places y sont-elles habi-
tuellement refusees par les hommes les plus
capables de les remplir , mais qui, en les
acceptant, perdraient une partie considerable
du revenu qu'ils peuvent se procurer par leur
profession, et ne pourraient rien epargner
pour Fetablissement de leurs  families,
Cette constitution, faite dans le tems de la
guerre , est precedee d'un preambule , qui relate les griefs que la Virginie reprochait avec
tant de raison a FAngleterre.
L'organisation du systeme judiciaire est plus
compliquee en Virginie qu'ailleurs. Chaque
comte a une cour par mois. Quatre ou cinq ( 33o )
comtes forment un district , ou se tiennent
les cours de circuit, puis la cour generale ,
cour d'orphelins , de chancellerie , etc. etc.
Les Virginiens s'accordent tous a dire , que
les places de juges sont, a quelques - unes
pres , tres-mal remplies , et dans les exceptions
qu'ils font, ils nomment tous celle de chan-
celier, occupee par M. Whyte, qui jouit de la
consideration generale. Ceux qui pourraient
mieux remplir les places de juges, les refusent
parce qu'elles sont penibles et peu lucratives.
La liberte de religion est entiere en Virginie
par les loix. Mais peu de peuples sont moins
devots que les Virginiens. A Richmond il n'y
a pas d'eglise. On lit quelquefois la priere au
capitole dans une des chambres destinees a la
legislature ; et alors elle est lue par un ministre episcopal, parce que ceux qui se disent
de cette religion sont plus nombreux. Les
assemblees d'anabaptistes , de methodistes, et
meme de quakers , se tiennent plus exacte-
ment, mais dans des maisons particulieres ;
aucune de ces sectes n'ayant d'edifice destine
Fexercice de son culte.
L'etablissement de Virginie, ou plutot les
premiers settlmens remontent a i584, epoque
a laquelle la reine Elisabeth accorda a sir Walter Raleigh la propriete de toutes les terres mm
( 33i )
au-dela des mers qu'il pourrait decouvrir non
habitees par aucun peuple chretien. Cette propriete s'etendait a deux cents lieues des habitations que la nouvelle colonie pourrait avoir
etablies dans six ans. La reine ne se reservait
que la cinquieme partie des mines d'or ou
d'argent qui pourraient etre decouvertes. C'est
dans File de Roanoke qui fait aujourd'hui
partie de la Caroline du Nord , que debar-
querent les nouveaux colons qui furent en-
suite portes a Ha tor ask dans la baie de Che-
sapeak. Cet etablissement qui ne fut aide par
aucun secours de FAngleterre, coutait deja
quarante mille livres sterling a Walter-Raleigh. II fut done oblige de s'associer avec Thomas Smith et d'autres aventuriers auxqueis ,
pour des sommes assez considerables qu'il re-
^ut d'eux, il donna la liberte entiere de commerce et partage dans sa propriete. Mais en
i6o3, il fut arrete par ordre de la cour d'An-.
gleterre, et Fon a toujours ignore ce que sont
devenus le petit nombre de colons alors etablis
dans son immense concession.
Les malheurs de sir Walter-Raleigh firent
penser a quelques riches proprietaires et negocians de Londres jalonx de sa possession qu'il
n'y avait plus de droit. Le roi Jacques con-
firma cette opinion en faisant donation par ( 332 )
patente a sir Thomas Gate , au comte de
Salisbury, a quelques autres, et a leurs suc-
cesseurs, de toutes les terres en Virginie dans
Fetendue de deux cents milles au Nord et
au Sud de la pointe Comfort et des iles en
mer jusqu'a la distance de cent milles des
cotes , etc. etc. Cette compagnie etait incorporee sous le nom de tresoriers , et compagnie des avcnturiers et planteurs de la ville
de Londrespour la premiere colonie de Virginie. Cette patente , donnee en 1609, accor-
dait et permettait la liberie du commerce en
Angleterre, Fexemption de toute taxe, le droit
de citoyen anglais, a tout ce qui naitrait dans
cette nouvelle col< nie. Le conseil, qui devait
sieger a Londres pour la direction de Fentre-
prise , etait a la nomination de la compagnie;
aucune patente n'a jamais ete accordee avec
une aussi grande latitude.
Les Indiens, comme par-tout, ailleurs, ai-
derent cette colonie naissante. Ils s'etaient
montres aussi bons , aussi hospitaliers pour
sir Walter Raleigh ; mais aussi comme par-
tout ailleurs, ils finirent par etre persecutes ,
et des guerres avec eux agiterent et troubie-
rent la colonie.
En 1621 , une espece de constitution avait
ete donnee a la colonie par la compagnie qui ( 333 )
en etait proprietaire. Cette constitution eta-
blissait une assemblee annuelle formee de deux
representans par ville , plantation , ou hundred; un conseil d'Etat, nomme par la compagnie, et un gouverneur aussi a sa nomination , qui avait la negative sur les loix propo-
sees par Fassembiee.
En 1622 , le roi Charles Ier , mecontent de
la compagnie , prit le gouvernement dans ses
mains, au mepris de la charte accordee, qui
lui en otait le droit. Ce changement de maitre
n'affecta ni les droits , ni les opinions du
peuple de la colonie.
Ce fut sous le gouvernement de Charles Ier,
que les lords Baltimore et Fairfax, obtinrent
un demembrement de la jurisdiction, gouvernement , et territoire de la Virginie.
En i65o , apres la deposition de ce prince,
le parlement d'Angleterre difendit aux colonies le commerce avec Fetranger, et dest le
premier acte de cette prohibition, dont le
maintien et les consequences ont coute a
FAngleterre la perte des colonies de FAmerique septentrionale.
La colonie de Virginie resista quelque tems
k reconnaitre Cromwel et le parlement usur-
pateur ; mais en i65i elle mit bas les armes,
et recut une nouyelle charte da parlement, ( 334 )
qui lui assurait ses premiers droits a Fexcep-
tion de la partie de son territoire , precedem-
ment concedee aux lords Baltimore et Fairfax.
Mais les rois d'Angleterre , retablis , ne res-
pecterent pas plus cette charte que Charles Ier
n'avait respecte la premiere. L'assemblee fut
divisee en deux chambres. L'appel des juge-
mens des tribunaux de Virginie fut porte a
Londres ; la prohibition du commerce a l'e-
tranger fut retablie , le territoire de la Virginie diminue , les habitans de cette colonie
emprisonnes , transportes en Angleterre, etc.
etc. etc.
La Virginie , se croyant plus de griefs
contre FAngleterre que toute autre colonie de
FAmerique, fut Fune des premieres a prendre-
part a la revolution; et aucun Etat n'a fait
plus d'efforts et de depenses , n'a developpe
une plus grande energie pour parvenir a cet
heureux resultat.
Manchester,
Depart de Richmond.
Route de Petersburg.
Le pont qui joint Richmond a Manchester est
le plus mauvais et le plus dangereux de tous les
ponts. II est, dans sa longueur, divise par deux
lies, mais ce n'est d'un bout a Fautre qu'une (•335 )
reunion irreguliere de planches non jointes ,
non fixees, posees sur des madriers courbes par
la longueur de leur portee , et portant eux-
memes sur des restes de piles, partie en bois ,
partie en pierre , debris chancelans d'un pont
un peu meilleur , detruit il y a quelques annees par une crue d'eau extraordinaire. Ces
restes de piles sont d'une hauteur inegale, de
sorte. que ce pont a tous les caracteres possibles d'insolidite. On Fappelle temporaire,
parce qu'on parle den faire un autre ; mais il
est en ainsi question depuis cinq ou six ans que
ce passage est dans le meme etat. II n'y a pas
meme de fonds projettes pour cet objet, et il
en faudrait d'assez considerables pour le con*-
truire de maniere a le defendre cle ces crues
d'eau qui sont annuellement tres-fortes , et
qui acquierent plus de force encore en passant
sur les rapides, a Fextremite desquels le pont
est place ; les crues d'eau annuelles sont, particulierement a la fin de Fhiver, de vingt-cinq
a trente pieds. Ce miserable pont n'a point,
d'ailleurs , de garde-foux, et ii n'est pas d'an-
nee ou il n'y arrive de grands accidens.
Manchester est un tres - joli petit village ,
assez bien bati, sur une pente tres-douce; les
jardins , les arbres sont multiplies dans son
enceinte, et il offre de Richmond , comme ( 336 )
Je Fai dit, un point de vue tres-agreable.
D'ailleurs , le pays que Fon parcourt de Manchester a Petersburg est plat, sterile dans sa
plus grande partie ; tres-peu de culture , toujours des bois , de tems en tems des champs,
qui rapportent quatre ou cinq boisseaux de
bled par acre, huit ou dix de mais ; on ne
les fume jamais, on les laboure a peine, et
on leur demande rarement deux ans de suite
ces chetives recoltes.
Oshurne, a quinze milles de Richmond ,
est le seul village qu'on rencontre. II est situe
sur le bord de la riviere dont les sinuosites
sont multipliees. D'Osburne a Petersburg ,
la nature du pays est toujours la meme, on y
trouve quelques log-houses de plus, mais par-
tout la paresse , Fignorance ,et par consequent
la misere. Quoique beaucoup de ces terres
soient mauvaises, une culture plus active, et
mieux entendue, en pourrait tirer parti; car
elles produisent des  arbres assez eieyes^ et
de bonne qualite.
Petersburg.
Petersburg est bati sur I'Appamatox. Cette
riviere n'a dans la ville, et a dix milles plus
bas que quatre a cinq pieds d'eau. Les batimens (337)
mens qui peuvent arriver a Petersburg sont
par consequent d'un tonnage inferieur encore a
ceux qui peuvent monter a Richmond. Broad*
bay , a huit milles au-dessous de Petersburg^
est le lieu ou se chargent les batimens.
Le commerce de Petersburg est le meme
que celui de Richmond; seulement, comme
cette place est plus voisine de la Caroline du
Nord i elle recoit plus que Fautre de ses pra-i
duits, en bled, tabac , viande salee, et quelques
chanvres. Ses exportations sont par celamema
plus considerables que celles de Richmond,
quoiqu'en general les produits qu'elle regoitf
soient inferieurs par leur qualite. Le tabac*
par exemple , qui se vend a Richmond de six
a sept dollars le cent, ne s'en vend pas tout-
a-fait cinq a Petersburg. La raison de cette
difference est la superiorite des terres sur les
bords de James-river, et a sa droite ou croifr
le tabac qui s'apporte en presque totalite a
Richmond , et Fon dit aussi la meilleure
culture. Le prix du tabac est augmente depuis deux a trois ans de deux cinquiemes,
parce que Feievation du prix du bled a fait
appliqjuer a cette culture beaucoup de terres
qui etaient precedemment cultivees en tabac ,
et que les deux derni6res recoltes de cett©
plante ont d'ailleurs gte tre>nkauyaises.
Tome IV Y ( 33S )
Les moulins k bled sont a Petersburg , et
dans les environs , plus multiplies qu'a Richmond ; mais si Fon peut juger de la farine que
Fon exporte par celle dont on fait le pain que
Fon mange dans les meilleures maisons, et
meme chez les proprietaires des moulins , elle
est extremement iiiferjeure a celle de Philadelphie. Elle n'est pas blanche , elle sent la
poussiere ; les meuniers disent que Fon peut
difficilement se procurer de bon bled. Les
grains que j'ai vu de la recolte presente, car
elle est a-peu-pres faite par - tout, sont petits
et legers. Cela n'a pas empeche la farine de
se vendre treize et jusqu'a quatorze dollars ,
et les meuniers de Petersburg comptant encore sur urte nouvelle augmentation de prix ,
ont paye, il y a deux mois , le bled jusqu'a
deux dollars et demi le boisseau, et cela pour
de tres-grandes quantites. Les nouvelles d'Europe leur annoncent un immense decompte
dans leur speculation , puisqu'il vient d'ar-
river a Boston un batiment parti de Norfolk
en fevrier , et qui rapporte en Amerique
sa cargaison de trois mille barrils de farine ,
dont il n'a pu trouver plus de huit dollars
le barril en France , ni en Angleterre. On Fa
vendue dernierement sept et demi a Alexan-
d.rie etii Norfolk. Les moulins sont bien cons-* ( 33g )
truitsa Petersburg ainsi qua Richmond. Cinq
boisseaux de bled donnent un barril de
premiere farine; il en faut six pour un barril
de farine superfine, independamment des se-
condes farines , recoupes et sons. Le droit du
meunier est d'un huitieme. Quelquefois quand
il manque d'ouvrage, il se contente d'un di-
xieme. II parait, d'ailleurs , que Fhabilete des
meuniers de Virginie, pour augmenter les
profits dela mouture , ne le cede en rien a celle
des meuniers d'Europe.
Petersburg est une assez jolie petite ville ,
batie le long de la riviere, dans la profondeur
seulement de deux rues , et dans une eten-
due d'un mille et demi, sur une colline assez
rapide dans son elevation. Blandford qui est
a-present reuni sous la meme administration
de ville que Petersburg, est la partie ou les
maisons sont les plus jolies , et les mieux
baties.
La societe semble bonne, obligeante, et
hospitaliere a Petersburg; les opinions poli-
tiques, divisees comme ailleurs, y sont en
grande majorite pour Fopposition; cette difference d'opinion empedie moins qu'a Richmond les hommes appartenant aux differ ens
partis de se r- unir. Le colonel Pachy, le
docteur Ston, M. Eustis, frere de mon ami
Y a (34o )
le docteur Eustis de Boston; le major Gibbin ,
M. Campbell, sont les personnes que j'ai vu le
plus souvent pendant le petit sejou^ que j'ai fait
dans cette ville. Le dernier a epouse derniere^
ment mademoiselle de la Porte, francaise,
niece de M. de Tubeuf, qui , apres s'etre eta-
bli, depuis trois ans, dans les derrieres de la
Virginie, y a ete assassine par deux Irlandais,
ses voisins , qui lui supposaient beaucoup
d'argent.
Les prix sont a-peu-pres les memes a Petersburg qua Richmond. Il n'y existepas plus
d'eglises.
Presquile. Ferme de M. Davies
Randolph.
J'avais rencontre a Petersburg M. Davies
Randolph, pour qui j'avais une lettre, et
d'apres son invitation, j'ai ete passer une
jounce chea lui. II demeure a City-point ou
Bermuda*hundred lieu ou la riviere Appa-
matodc se jette dans James - river. La , les
eaux du fleuve sont assez profondes pour re-
cevoir des batimens de tout tonnage, et c'est
a ce point que les plus grands sont decharges
dans des alleges , pour faire arriver a Richmond et a Petersburg les denies qu'ils ap-
portent. City-point est le- lieu de FetafeKsse- jaw*»
(34i )
ment de la douane pour ces deux places. Si
les deux villes de Richmond et de Petersburg
eusent ete baties a City-point, leur commerce
eut ete plus considerable * jslus direct avec
FEurope , et Norfolk n'aurait pas reuni ,
comme a present, la presque totalite des affaires qui se font dans cette partie de la Virginie. Mais City-point est un lieu bas , entente de marais. Le pays n'est pas sain, et
les habitans eussent d'apres toutes les proba-
bilites , perdu en santo ce qu'ils eussent gagne
en richesse.
C'est a un demi - mille du bureau de la
douane qu'est l'habitation de M. Davies Randolph , dans un des longs detours que fait
James - river, et c est de cette position que
cette plantation recoit le nom de Pi-esquile*
M. Davies Randolph merite la reputation
qu'il a d'etre le meilleur fermier du pays. II
possede sept cent cinquante acres , dont trois
cent cinquante sont aujourd'hui cultivables j
le reste etant des marais que Fon pourra pro-
bablement dessedieravec de grandes depenses,
mais qui ne le sont pas encore. Huit negres,
dont deux presqu'enfans , deux chevaux et
quatre bceufs cultivent cesttois cent cinquante
acres qu'il a divises en champs de quarante
acres enclos. De ces trois cent cinquante acres P
Y 5 'quarante seulement, subdivises en six parrs ?
sont fumes alternativement, le reste ne Fa
jamais ete.
La succession des recoltes , commune dans
le pays , est mais , bled , jacheres, et
toujours ainsi de suite. Les terres rendent
de cinq a huit boisseaux de bled par acre ,
et de douze a quinze de mais , selon leur
qualite. M. Randolph a change pour ses
terres ce systeme de culture ; voici celui
qu'il suit: mais , avoine, bled, seigle et jacheres , et il obtient de dix a douze boisseaux
de bled par acre , et depuis dix-huit jusqu'a
vingt-cinq de mais. L'eievation du prix du
bled lui a fait varier cette rotation pour y
substituer celle de bled , avoine ou seigle ,
bled, deux annees de jacheres. II recolte,
en suivant cette derniere methode, de treize
a seize boisseaux de bled. Il cultive a part
le mais, dans un ou deux champs , d'apres
ses anciennes rotations. II a Fexperience que
le fumier triple le produit. Ses terres sont
bonnes, et tres-bien tenues , en comparaison
de toutes celles de ce pays, mais cependant encore fort mediocrement en comparaison des
cultures les plus ordinaires de FEurope. II n'en-
tretient de vaches que pour sa laiterie, et pour
lui donner des veaux qu'il mange. Ses vaches (543 )
sont tres-belles et sont elevees chez lui. Ses
boeufs de travail sont d'une petite espece, et
Fon croit dans le pays que des boeufs plus
grands ne resisteraient pas a la chaleur. II
achete ces boeufs de travail trente dollars la
paire. M. Randolph nourrit trente moutons,
mais uniquement pour en fournir sa table.
II assure que Fannee derniere, chacun de ses
negres lui a produit, toute depense payee, trow
cents dollars , quoiqu'il n'ait vendu le bled
qu'un dollar le boisseau. II comptait qu'ils
lui produiraient cette annnee quatre cents
dollars, mais la baisse des prix fera evanouir
ses esperances.
La position de son habitation lui donne
aussi le moyen de vendre pour huit & neuf
cents dollars de poisson, esturgeons , aloses
et harengs-qu'il sale.
Ses terres marecageuses lui fournissent eil
abondance du bois pour le chauffage et pour
les closures , mais elles produisent avec plus de
certitude encore des exhalaisons qui sont la
cause de maladies frequentes et dangereuses.
M. Randolph est lui-meme tres-maladif, et-sa
jeune et aimable femme n'a pas joui d'un
mois de sante depuis qu'elle habite cette
plantation; aussi M. Randolph y renohce-t-il
pour habiter Richmond, ou sa place de ma-
Y 4 ( 344 )
f4^b'a} de FEtat lui donne d'ailleurs frequemment des affaires. Il veut vendre cette
ferme , qui, dans les annees les plus faibles, lui
a rapporte dix-huit cents dollars, et les deux
dernieres jusqu'a trois mille cinq cent, elle est
en tres-l&en etat, et il n'en peut pas trouver
vingt mille dollars qu'il demande. Ce fait donne
une idee juste du peu de prix qu'ont les terres
dans ce pays. On assure que si quelques-unes
ont double de valeur depuis vingt ans, le prix
d'une beaucoup plus grande quantite en a di-
minue.
Bermuda-hundred.   E asportations de
Richmond et de Petersburg.
J'ai eu, pendant mon sejour chez M. Davies
Randolph la facilite de connaltre avec quel-
fpie detail le montant et la valeur des exportations de Bermuda- hundred ou City-
point , entrepot et bureau de douane des deux
villes de Richmond et de Petersburg.
Je les tiens de M. He It, collecteur de cette
douane. ( 345 )
[
j '
.
^    I      co
o
CD
CD
o
O
»o
H      u
S
B 1   F^
VO
CD
^
to
CD
K     v
CD
wo
t^
*tf
t°
o
«o
K*
Q   1      <i
tl
oo
»o
•o
to
«
Jn'.
1      -1
—
w
i   ^
j
o
ri
>o
^J.
t>.
o
o
^ I ?
o
to
3       E
•^3
i
-<?
vT
to
CD
eT
<       1
-<<
f
Q.   I     -*
CS
«
f
1    <o
t^
^f.
co
CD
•CD
[
v
CO
u     \
to
o      \
J8
<o
o>
E
Q 1 s
o
>o
><r
to
M        <,
1
^         S
I I
i
><j-
o
to
VO
VO
to
-      H        /
o>
CD
C75
o
O)
•>*-
f
* .
OS
f^
vr>
OS
><r
I
<y
CH
«
fi
TJ
/
09        i              t—
«
to
«
1
00
oo
«o
\
to
o    ;
\ 5
9>
e\
1 >
CD
Cj
to
pa     <
nr
3     1        >0
CD
*o
«
3 /
f |
.1
CD
«o
co~
«
\
M
CD
c-~
00
to
i (
as
^
CD
fcO
to
£
<
v«.
u      \
i  s
j) s
1  3
CD
S    1
)*
P
|
to
) -»
*
0
«
e»
f*.
CO
J  ■-
co
cr>
f   |
f>.
o
to
l   1
o
«
4j:
*
to
to
*  <y
|  £L
un
to
oo
^
to
oo
1
«
V)
CO
W        '
|   |
-2
•J
**£
o^
i!$p
t^
*J
1   "5
O
«>
fc
) 6
Q
NT
v)
«D
co
-<r
1-1        •<
i
) £
O
oo
t^
to
CT
o
■<
r •£
CT>
o
o
o
*    S
oo
CO
* 1
*    &
«
£
o
CO
Si
00*
to
I
CO
*s
j
O
O)
Oi
*8>
2   O)
1
S3
t*.
B*
l>
t^
t>»
B   t>.
Ok
1
•4
CO
j
S3
5 t 546 )
Note sur le tableau precedent.
Dans la colonne des farines, les secondes
et meme les recoupes sont comprises avec
celles de premiere qualite.
Il resulte des etats reunis dans le tableau ci-
dessus :
i°. Que , dans ces cinq annees et demie ,
toutes les valeurs sont plus ou moins augmen-
tees chacune en particulier, mais toujours en
general dans une assez forte proportion ;
2°. Que Fexportation du tabac est diminuee
de plus des deux tiers pour la quanjtite et que
la valeur en est doubiee ;
3°. Que la quantite de la farine est exces-
sivement diminuee, au moins comme exportation directe, car il est vrai que la plus grande
quantite s'en exporte par Baltimore;
4°. Que Fexportation des bleds est reduite
a rien, ce qui, independamment de la meme
cause qui a contribue a diminuer celle des
farines , a pour raison particuliere la quanti§£
de moulins qui s'etablissent journellement en
Vffginie. ."SSTCW
( Ml  )
Retour   a   Richmond et  suite des
observations sur cette ville.
M. Guillemard etait venu avec moi a Pres-
qu'ile , nous sommes retournes ensemble a
Richmond par le meme chemin que nous
avions fait la veille.
M. Hopkins, commissaire a Femprunt des
Etats-Unis; M. Chevalier son beau-frere,
Francais dont j'ai deja parie ; le docteur
Maklew, Ecossais d'origine , medecin dune
grande distinction et homme fort instruit ;
le gouverneur Broke ; M. John Marshall; M.
Campbell; le docteur Foulchie , avec qui les
affaires d'un de mes amis m'avaient donne
des liaisons ; MM. Brown et Burton, negocians anglais , sont les personnes que j'ai
vues le plus frequemment a Richmond. Les
opinions de ces diverses personnes sont ex-
tremement differentes , mais ilregne enti'elles
en societe un ton d'honnetete qui empedierait
les etrangers de s'en appercevoir, sils n'en
etaient pas infoianes d'avance.
Il y a sans doute a Richmond comme dans
toute la Virginie , quelques hommes qui m£-
content du traite en poussi&rt tres*-loin le res-
sentiment, et desireraient unchangemeiYfcdan**
J (348>
la constitution de FUnion, qui la rendit plus
democratique ; mais jamais je n'ai entendu les
plus exageres prononcer le voeu de separation,
de division, rien enfin qui puisse etre appeie
anti-federaiiste : et en verite il faut convenir
que, d'apres le mediocre etat de richesse, de
population proportionnelle a son etendue ,
d'ameiioration dans sa culture , dans lequel
est encore l'Etat de Virginie, ses habitans ne
pourraient raisonnablement en concevoir le
desir.
M. J. Marshall, professant les loix, avec une
grande distinction, est sans aucun doute un
des hommes de Richmond que Fopinion publique honore le plus. II est ce qui s'appelle
federaliste , peut - etre quelquefois un peu
chaud , mais cependant jamais hors de la
mesure dont un esprit anssi bon, aussi sage,
aussi edaire que le sien ne peut pas sortir ;
il peut etre consider comme un personnage
distingue dans les Etats - Unis. Ses enneniisj
d'opinions lui accordent de grands talens ,
nia4S Faccusent d'ambition, J'ignore si c'est
ou non avec fondement , et si cette ambition pourrait jamais le faire sortir de ses
princ»pes, ce que je suis dispose a ne pas
croire. II a deja refuse plusieurs places dans
le goavernement general, auxquelles il pre- ( 34g )
fere le revenu , plus que suffisant pour sa
maniere moderee de vivre , que son travail
lui produit, et une vie d'ailleurs tranquille,
au milieu de sa famille, dans sa propre ville.
II est accuse meme par ses amis d'un peu de
paresse, mais quand ce reproche aurait quelque fondement, il ne Fempeche pas d'etre
un homme tres-superieur dans son etat quand
il se livre au travail.
Fin du Tome IV.  I   Il   I

Cite

Citation Scheme:

        

Citations by CSL (citeproc-js)

Usage Statistics

Share

Embed

Customize your widget with the following options, then copy and paste the code below into the HTML of your page to embed this item in your website.
                        
                            <div id="ubcOpenCollectionsWidgetDisplay">
                            <script id="ubcOpenCollectionsWidget"
                            src="{[{embed.src}]}"
                            data-item="{[{embed.item}]}"
                            data-collection="{[{embed.collection}]}"
                            data-metadata="{[{embed.showMetadata}]}"
                            data-width="{[{embed.width}]}"
                            async >
                            </script>
                            </div>
                        
                    
IIIF logo Our image viewer uses the IIIF 2.0 standard. To load this item in other compatible viewers, use this url:
http://iiif.library.ubc.ca/presentation/cdm.bcbooks.1-0308111/manifest

Comment

Related Items