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Journal d'un voyage autour du monde : pendant les années 1816, 1817, 1818 et 1819 Roquefeuil, Camille de 1823

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Array     JOURNAL
D'UN VOYAGE
1
AUTOUR DU MONDE.
TOME II.
I PARIS, DE t IMKUMERIE DE I.EDt'L , IMPR1METJR DTT ROI.
rue d'Erfarth, pr& 1'Abbaye. JOURNAL
D'UN VOYAGE
AUTOUR DU MONDE,
PENDANT LES ANNIES  l8l6,  1817,  l8l8 ET  I-BlC),
PAR M. CAMILLE DE ROQUEFEUIL,
LIEUTENANT  DE   VAISSEAU,   CHEVALIER   DE   SAIHT-LOUIS
ET   DE   LA   LEGlOIf-D'HONNETJR,
Commandant   Ie navire le  Bordelais t arme par M. Balguerie   Junior-
de Bordeaux.
TOME wSECOND.
PARIS,
LESAGE,  L1BRAIRE,  RUE DU  jaon,  n<> 8.
GIDE FILS, L1BRA1RE, RUE SA1NT-MARC-FEYDEAU, U° 20.
PONTHIEU,tIBRAIRE, PAtAIS-R01AL,GALERIEDE ROIS, n025a.
l823.  JOURNAL
UN VOYAGE
AUTOUR DU MONDE,
CHAPITRE VIII.
Relache a la Nouvelle- Archangel. — Etat de cette
colonie russe. — Kodiack. — Port Saint-Paul. 	
Details sur les iles Poustoy et Lesmoy. — Avanta«-es
pour la compagnie russe d'Amdrique e'tahlie k
Kodiak. — Dangers de certains courans.
Le i" mars. —La brise fut variable de l'E.-
N.-E., job frais, avec beau temps. Je fis gou-
verner au nord-est. Nous passames a n heures
dans fouest des iles Masse cl Cbenal (0 (He*-
beaou). Quoique nous n'en fussions alors qu'a
o lieues 4-, on ne vit aucun indice d'habitation
ni aucun arbre. Les cocotiers dont parle Vancouver, d'apres Heigerst,ne se trouvent pro-
(J) Ces deux iles font partie de cellesL decouvertes par Mar-
chand, en i -795.
T. II. l 2 VOYAGE
Mais 1818-
bableD&ent pas au bord d# la mer. D'apres le
garde-temps, dont la marche avait ete ar-
retee'la veille a Nouhiva, l'ile Heheaou est a
35 deg. ouest de la pointe Est du port de Ta'ia-
Hoy. _ .     fe
Ross m'avait idit qu'elle etait occupee par une
petite colonie de Nouhiva. Ces pauvres gens,
ne se trouvant pas bien dans leur pays (la partie
nord de l'ile), donnerent a un Americain une
certaine quantite de sandal pour qu'il les transports dans une ile qu'il pretendait connaitre,
et dont il leur avait fait nn tableau bien different, sans do»te,de celui que dutleur presenter
le rocher ou illes deposa. Leur nouveau sejour
n'offre que quelques cocotiers; la peche leur
fournit aussi des ressources. Quoiqu'ils aient en
somme de quoine pasmourir de faim^ ils prierent
le capitaine d'un navire qui les visita, de les
ramener a Nouhiva; mais il en sortait, et la position de ces ilots sous le vent de tout 1'archi-
pelj et,plus encore, le defaut de bois pour faire
des pirogues, doivent empeeher ces malheu-
reux Indiens de retourner dans l'ile fortunee
dont 1'imprudence les a eloignes.
Le 5. — A 1'exception de quelques grains, AUTOUJR DU MONDE.
Macs 1818.
le teigpg £ut beau au commeftqement du mois.
Quoique la brise, toujours moderee, ne nous
permit pas de faire de grandes journees, noug
coupames la ligne pour la quatriejne fois, lc
sixieme jour de notre depart, par i^5 deg.
5o min. ouest. Jusque-la, la plus grande diflSen-
rence ouest avait ete de 5o min., et la somme
de ces differences cinquante*cinq lieues en cinq
jours.
Les 18-21. — A cent quarmate lieues dans
Test des iles Sand^yick, sousle i5oe meridieu,
entre le i8e et le 25e paxallele nord, le baro-
metre eprouva des oscillations extraordinaires.
La cause de ce phenomene nous est restee in-
connu#, #aais elle ne peut etce attribute al'agi-
tation du navire.
Le 3.3. —Le navire passa sur la position que
Spinosa^ssigne a file do&teuse de Maria Laxara
ou Lagorta, sur laqueile j'avais gouverne, le
cap au nord-oujast-quart-oiiiest. Nous n'eumes
aacun indice de terre. Un gros albatros brun
fut leseuloiseau qui parut ces deux jours. Cette
ile a ete chercbee dnixtlilement sur divers points
par Lapeyrouse et plusieurs autres navigateurs
r.
m 9F
I
VOYAGE
modernes. Les Amerieuins,-qui depuis trente
ans frequentent habituellement ces parages,
ne croient pas a son existence.
| Les grains et les pluieB , quoique frequens,
nous permirent d'achever le calfatage du
pont, qu'on n'avait fait que commeneer a
Nouhira. Ouiiie lesitravaux ordid&ires pour
l'entretien du grement, l'equipage fut occupy
a moudre du bie, et les ouvriers employes a
divers objjets utiles a la cote nord-ou6st. Les
voiles vieilles avaient ete deverguees et rem-
placees par de meilleures capablcs de soutenir
les coups de vents frequens dans les parages ou
nous allions entrer.
Un baril de salaison confectionne a San-
Francisco, ayant perdu sasaumure, fut trouve
.dans unetat de deterioration avancee. On es-
saya de desinfecter la viande en la faisant
bouillir entouree d'une couche decbarbon, le
tout enveloppe d'une*toile$ mais-ees tentativ^es
n'eurent aucuitsucces, quoiqu'on eutsuceessi-
vement employe l'eau de mer et l'eau douce.
Si la vertu du charbon trompa nos esperances
dans cette occasibn, nousluidumesen revanche AUTOUR DU MONDE.
lars laiH
la conservation de douze jarnbons contenus dans
une futaille ou on les avait enfouis dans du
charbon pulverise.
Le oA- — On s'apercut que le cuivre com-
rnencait a se detacher sous les bossoirs. Cett&
avarie etait d'autant plus facheuse que ne pou-
vantprovenir que de la mauvaise qualite de la
matiere, il etait probable que tout le doublage
se trouverait sous peu dans lememe etat de
deterioration.
Le meme jour, par 3o deg., nous eumes les
premieres brumes qui ne durerent que quelques
heures dans la matinee; il y avait une longue
houle du N. - N. - O. La brise hala le S.
le soir, en renforcant, et il venta constamment
bon frais de cette partie le reste du mois, avec
quelques varietes du S.-S.-E. et S.-O. Aucun
jour ne sepassaplus sans la brume qui s'accrut
en duree et en densite.
Le 25. — Nous fimes rencontre d'une baleine
et d'un banc de marsouins. Le 29 , il parut
beaucoup d'oiseaux oceaniques, la plupart de
la famille des.petales, albatros et plongeurs■;
on vit aussi une branche de goemon.
Le 3i.  —  Le soleil ne parut pas. A midi 6 ' vWaW*5
je me Msaikpar 49 ^g: nord et i45 deg. 4o
min. ouest. Nous aVions fait 60 lieues dans ies
vingt-quatre heures. Le barottietre a\fait baids£
de on p, 9 I. k-&] p. 31. A middle teiri^prit
un aspect menacant, il Se fofitM tin ridea# de
brume dans la partfe de l'ouest', la b&se, qui
s'etait modefee au S.-E., renforca V6W le st&f
et sauta par avalaidtm ati S.-O. II venta toti*-
mente de cette fj&ftie variant a l'O., avfte
des grains violens, une pluie neigeuse eitr^-
mement froide, et une me^lres^-grosse, que le
eboc croise des1 lames du sud-est et de celles du
vent regllant rencfait tres** fatigante et faisait
embarquer fre^'eniment. On redtrisitla vdilure
a la mifcfcltie. Quoiqu'on eut commence de
botine heure a se^rer les huniers, cette m&*-
nceuvre couta beaucoup de peine et de temps,
a cause de la rigueur' sOtidaine du froid qui
engourdissait les hommes, et leur laissait k
peine 1'usage des mains. Le froid et les lames
firent perir la plupart de nos anitoaux, sans
epargner un mouton de CaEfornie, qui avait
fait la campagne de Noutka, etqui, enprenant
les habitudes du bord, s'etait acquis la bien-
Veillance generale. If s'etait opere dans Ie ca- AUTOUR DU MONDE. 7
Avril 1818.
ractere de cet animal un ehangement aussi
remarquable que dans son regime. II etait de-
venu audacieux et jaloux de ses droits, et ne
souffrait pas d'empietement de la part de Ne-
gritto (0, la terreur des sauvages.
Les deux jours suivans le temps se modera,
etle vent mollit en halant le S. De forts grains
se succedaient encore a intervalles, etamenaient
de la pluie, de la neige et du givre.
Le 3 avril. — On put larguer les ris; on
etalingaa et on fit les dispositions d'atterrage.
A midi je me faisais a 52 lieues du cap Omancy.
Le 4- — A 2 heures, la brise ayant hale le
N. par l'O., on orienta au plus pres babord
sous les majeures; bientot apres le vent retourna a l'O., joli frais, mais toujours avec des
grains etleur accompagnement ordinaire.
A midi nous etions par 55 deg. 4^ min. nord,
et 138 deg. 25 min. ouest. Lc cap Engano restart au nord 8 deg. Est, distance 27 lieues, lo
cap Omancy au nord-est-quart-est, distance 18
lieues. Nous courions au plus pres babord sous
les majeures et auriques, le premier ris pris.Le
temps s'embellissait etles grains perdaientleur
(0 Nom du chien'que nous avwasiJtbord. Avril 1818.
force. 11 passait des touffesde goemon le long
du bord , mais on ne voyait pas d'oiseaux,
quoiqu'ils eussent paru en assez grand nombre
les jours precedens.
A 3 heures et demie on eut connaissance de
la cote d'Amerique a toute vue, dans le Nord-
Est-demi-Est. Je portai dessus pour la recoti-
naitre en forcant de voile.
A 6 heures le cap Omancy, extremite sud
des terres apparentes, restait a l'Est, 1'autre au
nord-est quart-nord, de hautes terres coupees
pyramidales les plus remarquables au nord-est,
distance 14 lieues. Toutes les terres etaient cou-
vertes de neige.
Ce relevement mettait le riavire par 56
deg.
ia min. nord et i38 deg. 24
mm.
ouest, po
sition qui donnait sur l'estime suivie depuis les
Marquises une difference sud de 35 deg'. ouest,
170 milles en 35 jours.
Le 5. —I Apres minuit, nous eumes pour la
premiere fois le spectacle magnifique des au-
rores boreales.
A 3 heures du matin la brise se leva du
N.-E., et prit ensuite un peu de force au N.-
N.-O. A 4 beures et demie on apercut la terre '-p
AUTOUR DU MONDE. 9
Avril 1818.
s'etendant de cet air de vent au IN.-N.-E.:
bientot apres elle se developpa au N.-E. s N.
et N.-O. -j O., et on reconnut au nord le mont
Saint-Hyacinthe, dont le sommet etait convert
d'une neige epaisse.
Nos efforts pour nous elever a la faveur des
varietes, furent en grande partie neutralises par
la faiblesse de la brise : malgre la proximite de
la cote, on ne vit pas un seul oiseau et tres-
peu de goemon.
A 8 heures nous nous trouvames a une lieue
de la coteau pied dumont, le cap nous restant
au nord 79 deg. ouest, et l'ilot Robin ou Laza-
roffaunord 25 deg. Est du compas, a une demi-
lieue. Pendant le reste de la matinee nous
n'eumes que des risees variables, melees de
calme, qui nous retinrent pendant deux heures
•a un mille de l'ile Lazaroff, malgre nos efforts
pour nous en detacher a la faveur des varietes.
A 10 heures on mit les embarcations dehors;
en meme temps le fanal de l'etablissement fut
a vue dans le nord-est quart-est. Apres avoir
double l'ilot, le calme reprit.
A midi on releva le cap Engano au sud 60
deg. ouest, le fanal au nord 55 deg. Est du com- VOYAGE
Avril 1818.
pas. Nous etions a un mille dans 1'Est de l'ilot,
et a la meme distance au sud de la cote. La
sonde donnait 22 brasses, roehe et corail; notes
avions trouve le m|me fond, et pas moins de
18 brasses a l'ouest et au sud de Lazaroff. Dans
ces parties il est borde de rochers sur lesquels
la mer brise avec force. On en voit aussi sur la
cote, mais ni les uns ni les autres ne s'etendent
au large. Le canal qui separe l'ilot de la gr/ande
terre parait sain et praticable, quoiqu'etroit.
Apres quelques varietes melees de calme, la
forise s'etant faite de l'O.-N.-O. joli frais, je
fis route sous les trois corps de voiles pour entrer dans la baie de Sitka. Afin de menager le
vent en cas de varietes dans l'interieu*, je me
decidai a passer entre le banc de brisans du cap
White et 1© groupe de rochers dans l'Est, au
lieu de donner dans la grande passe sous le vent
de ces dangers. Je rangeai le banc au quart
du chenal. En dedans on dirigea sur le fanal.,
sous la misaine et les huniers, on hissa le pavilion et on tira deux coups de canon pour
appeler le pilote. Pea apresihous vimes l'etablis-
sement qui se decouvre en doublant les ilots
qui sont en avant. AUTOWffi IM MONDE.
tl
A*riV 1818.
A 3 heures nous etions a un mille da hml,-
seaeun© embarcation ne paraissait. J'arrivai par
la passe du sud-ouest (ou du milieui)■ que je
j-ttgeai plus facile que celle du nord, nieps un
moment apres on apejp^otsouffle fanal tfiit canot
kodiaque qui se dirigeait sur nous, on mit
dttgfeit6t en travers babord au Vent; Fembar-
^ation ne tarda pas a nous joindtfe e% mit a bord
un pilote russe. Sous sa direction, nous tinmes
levent pour gagnertemouillag&'dWttordjWais
aufsitot apres, voulant apparemment eviter la
perte du temps, il tenttoigna le desir de cofl-
duire le navire a celui du sud, sur lequel je
gouveiftiais avant qu'il ne vint. A 3 heures trois
quarts notes doflnames dans la pksse gftSSd'
largue, babord amures.
A 4 hetittes nous mouillames sur la rade du
sud de la Notevelle-Archangel par 17 brasses
fond de ^etse.
A notre arrivee a la Nouvelle-Archangel,
chef- lieti des etablissemens russes dans eette
partie du monde, qui appartiennent a la compagnie russe dite d'Amerique, M. Heigmeister,
capitaine - lieutenant de la marine hfop&dale ,
venait d'en prendre le commandeJnetit. J'alias i
12 VOYAGE
Avril 1818.
le voir a bord du Kutusoff. La bienveillan cc
qu'il m'avait precedemment temoignee a Lima
et a San-Francisco ne s'etait pas refroidie depuis qu'il etait a meme de la rendre efficace.
Des cette premiere entrevue, j'eus l'assurance
de trouver, pour reparer le debut facheux de
1'expedition, tous les secours dont il pourrait
disposer sans prejudicier aux interets dont il
etait depositaire.
Nous conclumes ensemble#une convention
pour faire la chasse aux loutres de compte a
demi. Les principales stipulations etaient que
la compagnie nous fournirait trente bateaux de
peau (baidarka), chacun arme de deux chasseurs kodiaques, le tout sous la surveillance
de deux agens; que les produits de la chasse
seraient egalement partages, et qu'une indemnity de 200 piastres serait payee pour chacun des
chasseurs qui perdrait la vie dans une attaque
de la part des Indiens.
Cet arrangement me parut d'autantplus avan-
tageux, que 1'experience que j'avais acquise
l'annee precedente, ne me laissait que tres-peu
d'espoir de succes en faisant la traite des pelleteries avec les sauvages, au moyen de nos objets IP
AUTOUR DU MONDE. 13
Avril i8i8.
d'echange mal assortis, et que l'accident pour
lequel j'etais tenu a une indemnite, ne se ren-
contrait que rarement depuis plusieurs annees.
Nous fumes aussi autorises a deposer sans frais,
dans les magasins de la compagnie, le sandal
et les objets qui ne pouvaient pas etre employes pendant 1'expedition. La nature de ce
service m'engagea a prendre une ancre de detroit et son cable.
Mon depart pour le port Saint-Paul de l'ile
de Kodiack ou nous devions aller prendre les
chasseurs, fut retardee par la visite qu'exigeait
le cuivre, dont une grande partie etait deja
deterioree. On echoua le navire, mais la rigueur de la- saison suspendit souvent les
travaux.    •
Le 21. — J'allai visiter un etablissement
indien dans une des petites iles au nord-ouest
de la Nouvelle-Archangel, a cinq ou six milles.
Je fis ce trajet dans une baidarque a trois places
qui me fut fournie par ordre de M. de Heig-
meister. Un des Kodiaques qui m'accompagnait
avait ete quelque temps prisonnier des Espagnols a San-Francisco, et parlait leur langue
d'une maniere assez intelligible. II avait apporte tf£
r<
VOYAGE
Avril 1818
de ce sejour une certaine predilection pour le
pays et ses habitans, ce qui est assez naturel si
l'on compare le climat apre et la vie dure et
laborieuse des Kodiaques dans leur ile ou dans
les autres etablissemens russes, avec la temperature de la Califoraie et le bienheureux far
niente, qui, du plus'au moins, repand son
influence sur tout ee qui tient aux Esipagnols.
Nous entrames dans une anse presque eutie«-
rement fermee par une-pie sur laqueile estusaJtue
un village indien, compose d'une vingtaine de
casesenbois. Le debarcadaireetantinqommode,
les ^Indiens, que la vue de la baidarque avait
^assembles au nombre d'environ cinquante, enlevement l'embareataon avant que je pusse en
sortir, et me porterent avec de grands cris
jnsque dans la case du chef, qui me recut avec
hospitalite, me fit porter des tranches de je ne
sais quelle graisse que je goutai et que, a mon
grand etonnement, je trouvai mangeable. II me
sea>yit ensuite deux especes de pates de fruits,
i'aaned'un gout assez agreable et approchant de
la groseille, Fautae, melee avec de la graisse
d'jpa goat ranee, execrable. On me servit dans
des asf»ettesde porcelaine, et on me donna un AUTOUR DU MONDE.
i5
Ma
*8t8.
couveit complet, tout cela assez propre. Apres
s'etre conqerte avec sa femme, le chef me pr&*
senta quatre petites peaux de martresblanches,
quoiqu'il vit bien, d'apres les faibles cadeaux
que jelui avais fait, qu'il me restait tres-peu a
lui donner en retour. II y avait dans la case
environ une centatne d'Indiens, qui secondui-
sirent avec beaucoup de decence. Les femmes
paraissent 4res^c6n6iderees par ies naturels.
Le \** moi. — La matinee fut belle, mais
calme. On se disposa a appareiller avec la premiere brise. L'ageiit (PeHrowsky) de la compagnie, charge de surveiller la chasse, vint a
bord avec le pilote, ainsi qu'un passager pour
Kodiack.
A dix heures le gouverneur HeigmeisterviialG
me faire sa visite d'adieu; il votiaut bien recevoir un paquet pour la France, en secliSrgeant
de 1'acheminer par la goelette qu'il allait expe-
dier pour'Ochotsk.
La fraicheur se faisant sentir de Fouest, des
qifil eut pris conge on leva l'ancre a jet, on
etablit les auriques et les latines et on dirigea
le navire a sojftir par la passe du nord. La chaloupe du Kutusoff que M. Heigmeister avait riwnim»inmr
16
VOYAGE
Mai 1818.
bien voulu envoyer pour cet effet, nous re-
morquant', a onze heures,et demie, la brise
prenant de la force, on mit les huniers orientes
babord.
A deux heures, etant deg'age des ilots, on
mit en travers sous les huniers; j'expediai le
pilote dans la chaloupe du Kutusoff, et on mit
a bord les embarcations. A deux heures trois
quarts je fis servir au plus pres tribord sous les
trois corps de voile , le cap au sud-ouest, la
brise qui avait ete fraiche mollissant. A trois
heures un quart le capitaine Young, du brick
de la compagnie la Finlandia, vint a bord
porter quelques efiets pour Kodiack. La brise
de l'O. tomba tout-a-fait, et fut remplacee par
des calmes et des varietes qui nousempecherent
de gagner le large.
Le 2. — Les calmes durerent la majeure
partie de la journee, sans autre interruption
que de faibles risees del'O.-S.-O. Ala faveur de
ces varietes et des courans qui porterent N.-O.
depuis notre sortie, nous fimes quelques progres dans le Sud-Ouest (0.
(O'A midi, on relevait le cap Engano au Nord i3 deg. Est,
les exfic^mites apparentes Nord i3 deg. Ouest, et Est 3 deg. Sud AUTOUR DU MONDE. in
Mai 1818.
Le temps etait superbe, la mer etait belle et
seulement ondulee par une petite houle du
S.-O. Les hautes terres de l'ile du roi Georgia
ou plutot la chaine de montagnes couronnees
de neige qui la composent, presentaient un
coup - d'oeil imposant quoique monotone et
sombre. On reinarquait le mont Engano, dont
la proximite faisait ressortir la masse; mais
aupres du mont Beautemps, qui s'elevait dans
lenord, toutesles autres montagnes paraissaient
en quelque sorte s'abaisser?*|i
A sept heures du soir Jitbrise se fitde l'O.,
faible; on tint le vent tribord amures, sous les
trois corps de voiles ,(0.
Cette petite brise tint de la partie de l'Ouest,
pendant six jours,iavec quelques intermittences
de varietes de S.-E., encore plus faibles et me-,
lees de calme; le 9, elle passa de FO.-S.-O.
au S. et S.-E., d'ou il venta bon frais. Le
temps, qui jusque-la avait ete assez beau, de-
vint sombre et pluvieu^.. Nous rencontramesr
du compasj lat. Nord 86 deg. 44 min., long. Ouest i38 deg.
28 min.
(')Ahuit heures on releva, pour point de depart, le Inont
Saint-Hyacinthe au Nord 48 deg. Est. Latitude Word 56:deg. 45
min., longitude Ouest, i38 deg. 36 min.
T. II. 2
Ii
-**** VOYAGE -
Mai 1818.
n n
'■ *J
?3
fcti gros arbre, un baleineau (fin-back ), et un
Banc de gros marsouins noirs; on avjfifvu fr^*
queintoent des baleines et tous les jours de&
oisy&iX'de diff&'entes especes , entr'autres
qnelqties albatros.
£e 10. —Je me faisais a 70 Unties a FEst
Jfircap TcHbaiat, le nombre des oiseaux avait
i&aucoup augmented on cammenc^tttfa"voir des
&%ncs. Mais la brise", qui avait d^ja perdu de
sa force au Sud, mollit encore en halant lc
N.-O. l'apres-midi, et nous laissa presr^1d7ttti
caWe dans une grosSe mer du S.-O.
A sept heures du soir il venta tout^-a-cotfp
grand frais du N.-O., aVec beaffcbup de phase.
Cette bour'rSVque sui^vemre brusquement sans
§trfe annohcee parlltulitt^}H"tiice/'ie1!*fia'dera;Sti
Bout de quelques !hce'ures en halant l'O., et a
trois heures et demie du ntfettin on put larguef
les ris et faire de la voile. En m&ne temp's ¥6
rapportais a terre, que la force du vent etla
brume m'avaierif*fait craindre de rallier pefidant
la nuit.
Le 11. — A sept heures on apergut confu-
sqpaent les hautes terres de Kodiack, a grande
distance dans le nord<-ouest denn-rnord. AUTOUR DU MONDE.
Mai 1818.
La brise etait faible, le temps assez beau; le
navire faisait son sillage au travers des algues,
mais les oiseaux etaient en petit nombre.
A midi quelques sommites paraissaient dans
l'Ouest quart - Nord - Ouest, et Nord-Ouest
quart-Ouest, mais pas assez distinctementpour
pouvoir se reconnaitre. Nous etions par lati
tude Nord 57 deg. 36 min. et longitude Ouest,
i53 deg. 4 min.
Apres midi, la brise tomba et nous laissa en
calme avec un temps tres-beau quoiqu'un peu
brumeux. A onze heures, la fraicheur s'etant
fait sentir du N.-^jH., on orienta grand largue
les bonettes a tribord, le cap a l'Ouest-Sud-
Ouest.
A sept heures on vit la terre de Favant.
A midi le cap Tchiniat restait a l'Ouest-
Nord - Ouest, l'ilot Ougak au Sud 60 deg.
Ouest, Fextremite Nord de la grande ile au
Nord 13 deg. Est (0.
'$#e portai au vent de la baie de Tchiniat, au
fond de laqueile est le port Saint-Paul, avec
joli-ftffitis de^N.-E. En ralliant File Poustoy
(') La difference en dix jours, depuis Sitka, etait: Sud 12 milles,
Est 88 min.; elle avait ete Ouest Ie premier jour.
2.    9H
***** wmmr'SrfmiwmrtFW^TrWM nm.
20
I    I
VOYAGE
Mai 1818.
qui ferme la baie dans le Nord, j'arrivai en dependant, ayant le pavilion frangais a la corne
et celui de Russie au.mat de misaine. A quatre
heures je donnai dans la passe du Sud entre le
rocher qui est au milieu de Fentre'e etla pointe
Sud de Poustoy,que nous rangeamesa un quart
de lieue. L'agent dela compagnie, qui avait fait
plusieurs voyages a Kodiack, servait de pilote.
Nous passames ensuite a un mille et demi, sous
le vent de la pierre, devant la pointe Sud du
Lesnoy. Aussitot apres, nous tinmes le vent et
nous louvoyames dans le canal, entre cette derniere ile et celle de Kamenoy, situee au Nord-
Est du port. Nous prolongeames les bordees sur
cclle-ci, exceptea sa partie Nord qui est cernee
de rochers detaches. La cote opposee de Lesnoy
en etant aussi bordee, le chenal praticable a
moins d'un mille de large dans cette partie.
A la pointe Nord il vint une grande bai-
darque (chaloupe en peau) avec un pilote dont
nous n'avions plus besoin, les dangers etant
doubles. Nous arrivames en rangeant d'abord
la cote de Kodiack, et en donnant dans le
canal etroit entre cette c6te et Pradsnik qui
forme le port; nous prolongeames cette derniere AUTOUR DU MONDE.
21
Mai 1818.
a undemi-mille, jusqu'au mouillage ordinaire,
ou nous laissames tomber l'ancre de babord a
cinq heures, par huit brasses gravier. Le grand
canot fut mis a l'eau et porta un grelin a terre
sur une ancre enterree sur la cote danslc Nord-
Ouest.
Le 13. — On fit un salut de sept coups do
canon, qui fut rendu a nombre egal. Je descen-
dis pour voir le chef de Fetabhssement, gouverneur de.l'ile, nomme Patarotch, qualifie de
super-intendant. II me fit un accueil plein de
bienveillance, me felicita de mon arrivee, par
l'intermediaire d'un Americain qui parlait le
russe, me fit part des ordres qu'il avail regus
en notre faveur, etse montra dispose a faire en.
son particuher tout ce qui dependrait de lui
pour la prompte expedition des baidarques,et
pour toute autre chose qui pourrait m'etre
agreable. Les baidarques etaient pretes en execution des ordres anterieurs du gouverneur-
general; il ne restait plus qu'a les reunir, ce
qui devait etre Faffaire de peu de jours. Les
deux jours suivans on dechargeales objets em-
barques a Sitka pour cet etahhssement.
J'usai des offres de M. Patarotch pour re- 22
VOYAGE.
Mai 1818.
parer le guindeau origpnajrement mal constroi*
et qui etait dalabre. On le mit a terre pr& de la
forge ou le forgeron put travailler a hire des
cercles, tandis que le charpentier changeait les
flasques. ;
On envoya aussi du bie au moulin de Yet&-
blissement pour le reduire en farine. On s'a-
pergut, en visitant, les futailles qui le conte-
naient, qu'une partie etait gatee, ayant ete
mouillee d'eau de la cale lors de l'echouage a
Sitka; le tout fut mis a terre pour faire l'extrac-
tion du mauvais et secher le reste. La plus im-
portante de nos operations fut Fextirpation des
rats, qui avaient pullule d'une maniere eton-
nante depuis notre depart du Perou, et dont les
degats et Faudace allaient toujours en croissant.
Ayant obtenu du super-intendant l'usage eFun
magasin, on y deposa la poudre et toils les
objets qui craignaient les injures du temps; le
reste fut depose sur des radeaux le long du
bord. L'interieur etant suffisamment degage, et
les mesures prises pour prevenirles accidens du
feu, le 19, onalluma, dans cinq endroits diffe-
rens, autant de rechauds charges de charbon de
bois, on mit en meme temps dans chacun une AUTOUR  DU MONDE.
23
Mai 1818.
livre de soufre, et on condamna toutes les
ouveytures ; par ce moyen , tous ces animaux
furent etoufl$?; il n'en parut jamais depuis sur
.le Bordelais. On courut la grande bordee
comme a la mer pour parer a tout accident: le
quart qui n'etait pas de service coucha a terre
dans! des logemens que le surintendant nous
preta. Dans la nuit il venta grand frais a l'O.
Le Hot qui venait de cette partie etant aussi
tres-violent, l'ancre chassa a l'appel du grelin.
Le 20. — Au matin, on porta sur File
Pradsnik un grelin dont on laissa 90 brasses
dehors. On ouvrit les panneaux, on parfuma la
cale pour purifier Fair, apres quoi on travailla
a rembarquer le sandal, etc.
Le 22. — M. Foucauit fut avec une corvee
pour relever un sloop de la compagnie :fgn$&ffy
dans le port, qui avait chavire en touchant a
pjLjgr basse dans la nuit.
Le 23. — II arriva par la passe du Nord-
Est vingt -oinq baidarques faisant partie de
F expedition, ife&p
Le 24. — II venta bon frais de FE. avec for.£e
pjuie ; la brise augmenta cogside*j$t>lej&ent
dans la nuit en halant le N.-E-; l'ancre chassa FT"--**"***
v&lsi.
\%
VOYAGE
1818
a l'appel du cable amarre sur Pradsnik; nous
nous trouvames le derriere a demi-longueur de
navire de la cote de Kodiack. Nous ne nous
tirames de cette position desagreable qu'avec
beaucoup de peine, a cause de la violence du
vent. Enfin, apres six heures de travail, le navire se trouva sur trois amarres^par huit brasses
a ~ encablure de la cote, a mer basse. La nuit,
nous mouiHames l'ancre de veille, a cause de
la violence dela tempete plus forte que jamais.
Elle se modera vers le matin en halant le
Nord.
Les a5-28. — On prit a bord 8 tonneaux
de lest en pierre, et l'on acheva d'embarquer les
objets qui avaient ete deposes a terre. On regut
aussi des poissons sees, de 1'huile de baleine et
dutabac pour les Kodiaques ainsi que descaisses
pour serrerles peaux. Lescharpentierstravaille-
rent a etablir un faux pont dans la grande cafej
on disposa tout pour recevoir les baidarques des
qu'elles seraient assez seches pour etre embar-
quees, ce que le temps pluvieux n'avait pas
encore permis.
Le 29. — On commenga a embarquer les
baidarques, qu'on fut oblige de faire passer AUTOUR DU MONDE.
25
Mi>i 1818.
par une fenetre de poupe. Les vingt-deux qui
purent entrer dans Fentrepont avec beaucoup
de peine furent ainsi placees : deux sous lc
faux pont du grand panneau, quatorze dans
Fentrepont tribordet babord, trois en travers
sur Favant et trois autres entre barreaux. On
travailla en meme temps a faire une cambuse
dans le carre, Fancienne ayant e'te demolie
pour faire place aux baidarques.
Le 3o. — La plupart des Kodiaques de Fex-
pedition porterent a bord leurs lances, dards
et autres apparaux de chasse, qu'on plaga
entre barreaux. Je prescrivis a l'equipage assemble la conduite qu'il devait observer envers
ces gens paisibles, mais d'un caractere susceptible. Je defendis toute relation autre que celles
necessities par le service, et tout achat d'effets,
d'armes, etc., sous quelque pretexte que ce
fut. On regut un perier, dix?ifosils, etc., pour
Fexpedition. On acheva les dispositions d'ap-
pareillage.
Le 3l.—On leva l'ancre de bonne'heure;
le navire resta sur ses amarres de terre; on tira
un coup de canon pour faire rallier les Kodiaques. Les cinq malades que nous avions encore, 26 VOYAGE
Juin i818.
et qui avaient ete loges a terre, revinrent
a bord. L'incertitude du vent variable de
FO. au N. et inegal, ne permit pas d'appa-
reiller.
Le 1" juin. — A onze heures trois quarts
nous appareillames du port Saint-Paul avec
joli frais de S.-S.-E, et dirigeames a sortir par
le nord-est, passant entre la grande ile a babord , et Lesnoy et Poustoy a tribord. A midi
et un quart, croyant avoir double tous les
dangers, le pilote nous qujj^a ainsi que M. Patarotch, que je chargeai d'un paquet pour
le {gouverneur, et je dirigeai a Fest-quart
nord-est, sous trois corps de voile , avec bon
frais du S.
A midi trois quarts, on eut connaissance d'un
brisant a petite distance, par le bossoir de tribord ; je fis arriver au nord-nord-est, et nous
doublames a trois encablures sous le vent.
On vit a plusieurs reprises la mer briser avec
force, sur ce danger, qui ne decouvrit pas, la
maree etant haute. II a au plus une demi-enca-
blure de developpement. De son travers on releva
au compas le cap Tchiniat au sud-sud-est, la
pointe nord-est de Poustoy au sud-sud-ouest, m
AUTOUR DU MONDE.
Juin 1838.
distance quatre a cinq milles. On m'avait parle
de ce rocher, que le pilote croyait avoir double.
On loffa en dependant a FE. £ N.-E. a une
heure, et peu apres a FE. A trois heures il
fallut serrer les perroquets.
A cinq heures, la terre paraissait encore du
sud-ouest a l'ouest-quart-sud-ouest, mais on ne
distinguait aucune pointe. Je pris pour point
de depart le relevemeut fait a une heure. Latitude nord 57 deg. 5i min. , longitude ouest
154 deg. 17 min. Je dirigeai sur la partie
nord-ouest de l'ile du Prince de Galles, dont
le cap Addington restait alors a l'est 4o deg.
sud, distance 225 lieues.
Le defaut de connaissance de la langue russe
et de celle des indigenes ne me permit de re-
cueillir que peu de renseignemens sur Kodiack.
La population y est considerablement diminuee
depuis sa soumission aux Russes: elle n'est main-
tenant que de douze a quinze mille ames. Je
m'assurai par moi-meme que les bourgades sont
tres-elairsemees, et que les iles , en avant du
port, jadis occupees par une population nom-
breuse, ne comptent aujourd'hui que trois petits villages. Cette diminution est surtout attri-
m ntumi'mmwiimtimim
H
28 VOYAGE
Join 1818.
buee aux ravages de la petite-verole. Ge fleau
avait ete probablement arrete depuis quelque
temps par la vaccine, car je ne vis que tres-peu
d'individus qui en portassent les marques.
La compagnie emploie, tant dans son administration civile et commerciale que dans ses
ateliers, environ trente Russes, et un nombre
a peu pres double de Creoles nes de femmes du
pays.
L'ile produitspontanement une grande quan-
tite de baies dont les naturels font une consom-
mation considerable, particulierement dan§ la
belle saison. Quoique le terrain soit mareca-
geux en beaucoup d'endroits, on cultive avec
succes la plupart de nos legumes; mais les
tentatives qu'on a faites pour naturaliser nos
cereales ont ete infructueuses. Lessoins qu'on a
donnes a Feducation des bestiaux ont ete plus
heureux. La compagnie possede des troupeaux
considerables de bceufs et de meutons, dont la
chair est excellente. Les cotes sont tres-pois-"
sonneuses. Nous trouvames la morue en si
grande abondance dans le port Saint-Paul,
qu'avec un seul hamegon on en prit une cen-
taine dans une heure. Nous en salames une bar- AUTOUR DU MONDE. 29
Juin 1818. i
rique, qui, malgre ce que sa preparation avait
sans doute de. defectueux, se trouva en bon
etat apres plusieurs mois. Les naturels trouvent
des ressources encore plus precieuses dans la
baleine et surtout dans le lion de mer; ils se
nourrissent de sa chair, couvrent leurs embarcations de sa peau, et font de ses boyaux et de
son gosier des vetemens et des chaussures im-
permeables. Presque toutes les especes de
phoques frequentent ces cotes, et il arrive
quelquefois que les loutres s'y montrent impu-
nement, tandis que les chasseurs, ne comptant
pas sur leur retour dans les parages dont des
siecles de persecution les ont eloignees, ont
ete les chercher sur les rives du continent.
Le bois est rare a Kodiack. La penurie du
chauffage a motive Fabandon du vieux port,
situe dans la partie sud-ouest de File, ou etait
Fetablissementprincipal, qui fut transfere, il y
a environ quinze ans, au port Saint-Paul. Au-
jourd'hui les environs de celui-ci sont entierement deboises, excepte dans le nord-est; mais
les petites iles Poustoy et Lesmoy suppleent a
cet epuisement.
La compagnie russe d'Amerique exerce le i Jjft
31
W'Jn
1 i
t]
41
I'll
3o
VOYAGE
Juiu 1818'
monopole le plus absolu a Kodiack, ainsi que
dans' toutes les possessions de la Russie dans
dette paiittie du monde. Les mesures qu'elle a
adoptees pour l'assurer, jointes a la soWmasion
et au caractere des naturels, opposent de si
grands  obstacles a la contrebande, et ne lui
laissent esperer que de si faibles resultats^prSr
n'est pas probable qu'on pense a la tenter. Sous
ait regime moins exclusif, les armes a feu, la
poudre, et autres munitions, les gros.tissus de
laine et de coton, avec les inStrumens les plus
commons de charpentage, seraient d'une de-
faite avantageuse, On obtiendrait en echange
dtes peaux de louflte et autres fourrures pre-
cieuses, dont les Kodiaques, s'lfeetaient "fibres,
$re*fe*reraient traiter avfeb les Strangers, comme
fdrit les Ihdiehs tie la cote Nord-Ouest, plutot
que'de les'liVrer aux Russes au tauif SBtuel nx<&
j4ar la compagnie. II est a remarquer qu'on ne
permet pas aux Ktfifiaques id'avorP ides afin'ds a
fiffiw leur po^s^Sabii, quoiqu'tln leur en pr'lfti
et qu'on leur en montre Fusage pour les mettre
a rii&he de^sl' defendre contre les Indiens con-
tinentaux.
Le port Saiift-Paul est situd par 57 deg. 47 AUTOUR DU MONDE.
3l
Juin  1818.
min. nord et i34 deg. 38 min. ouest. La mer
marne de onze pieds : Fetablissement est de
onze heures trois quarts. Le flot porte au nord-
Est et le jusan au sud-ouest^Le port pres du-
quel se trouve Fetablissement est forme par le
canal etroit entre la grande ile et celle de
Pradsnik; il a environ un quart de lieue de
long, dans la direction nord-est et sud-ouest. Le
meilleur mouillage est dans le recran que fait
la cote de Kodiack, dans cette derniere partie, a
la distance d'une a trois encablures de la pointe.
II est"|>rttdent de s'amarrer sur les ancres que
l'on a disposees a cet effet sur les deux cotes,
le fond, generalement de gravier, n'ayant pas
assez de tenue pour resister a l'effort des an-
c¥es, lors des vents de N.-E., qui sont tres-
violens.
L&pn ne pratique pas la passe du sud-ouest,
qui est tres-etroite et herissee de dangers ; on
entre et on sort par celle du nord-est, soit en
suivant dans cette 'direction le canal qui se-
pare de Kodiack les iles Poustoy et Lesmoy,
soit en prenant la passe du sud entre Lesmoy
dans FEst et Komanoy et Pradsnik dans
Fouest. Si l'on n'a pas de pilote, il faut user de
I VOYAGE
Juin 1818.
beaucoup de precautions en frequentant ce canal, a cause des bancs qui bordent les iles. H
n'y a au deliors que deux rochers apparens et
accores dans le Sud de ces iles. Dans la passe du
Nord-Est, il faut se defier d'un rocher a fleur
d'eau, situe a environ une lieue et demie dans
leNord-Nord-Est du compas de la pointe Nord-
Est de l'ile Poustoy.
On m'a assure que les courans portent au
Sud-Ouest sur toute la cote Sud-Est de l'ile.
Leur vitesse va jusqu'a trois noeuds et demi
entre les iles en avant du port: au reste , on
me raconta des choses merveilleuses sur ces
courans, qui, au dire des narrateurs, portent
a Kodiack des arbres, des bris et autres
corps flottans du continent. Il parait certain
que la mer jette' souvent sur ces cotes, ou sur
les iles situees dans le Sud-Ouest des debris
de navires japonais. II y a peu de temps qu'on
trouva sur une d'elles un gouvernail que la
forme et la qualite du bois annongaient etre
d'origine japonaise. Nous trouvames nous-
memes a quarante-cinq lieues de Kodiack un
gros arbre qui ne pouvait venir que de la
cote nord-ouest. AUTOUR DU MONDE. 33
Jain i8c8.
On peut assurer comme un fait incontestable
qu'en i8i5 le brick anglais le Forester, commande par le capitaine Pigot, rencontra a trois
cents lieues dans l'Ouest de la Californie un
batiment japonais qui etait en mer depuis
treize mois, ayant ete pousse au large par une
serie de coups de vent. De dix-sept hommes
qui composaient originairement l'equipage, il
n'en restait que trois. Le capitaine Pigot porta
ces malheureux a Kodiak, d'ou on les fit passer
dans leur pays par un batiment de la compagnie. Cet acte d'humanite n'eut pas de resultats pour les communications qu'on esperait
ouvrir avec le Japon. Le capitaine Pigot me fit
l'eloge du capitaine japonais, qui ne laissait
echapper aucune occasion de temoigner sa reconnaissance d'une maniere qui annongait au^
tant de sensibilite que d'elevation-
IWi
T. II. VOYAGE
Jain 181B.
CHAPITRE IX.
Depart duport&iint-Paul. —ReMche a File du Prince
de Gallcs. — Chasse aux loutnqfi — Les Kodiaques
sont attaque"s par les sauvages. — Dangers que court
le capitaine du Bordelais. —Les pertes faites par
suite de l'attaque des Indiens o*bligent le capitaine k
retourner k la Nouvelle-Archangel.
Le 3 juin. — La brise du S. avec laqueile
nfiuS etions mortis du port Saint-Paul hala jusqu'a FE.-N.-E., le lendemain, en molissajlt.
Apres avoir donne de nouveau, mais faiblement
de la partie du S-., cllc passa au S.-O. dans la
soiree, ct fraichit dans peu dc temps de maniere a reduire la voilure a la misaine et^deux
huniers arises, quoique l'on courutvenlarriere
a cause de la mer qui etait enorme; pendant
cette courte bourrasque la force du vent egala
au moins tout ce que nous avions eprouve ante-
rieurement. Jusqu'a ce que la nouvelle houle
du vent regnant eut pris le dessus, son conflit
avec celle duS. produisait une mer croisee ex-
tremement dure.
§ AUTOUR OU MONDE.
35
Juin :8i8.
Le A
A deux heures du matin le vent se
inodera, le temps ^ qui avait ete'pris de partout
et tres-anitiae, devint moins menagant. On put
hisser le grand hunier et mettre les bonnettes
basses. Dans la nuit on etablit les deux bonnettes de hune derriere et le grand perroquet.
Le barometrc n'avait subi qu'une alteration
tres-legere.
Depuis ce jour-la., les vents dependirent tou^
jours de l'O. en variant de six quarts de chaque
cote. A l'exception de ce petit echantillon des
coups de ventde ces parages, la traversee ne fut
marquee par aucun evenement.
Nous ne vimes pas de poissons, mais quelques
oiseaux seulement a quatre-vingts lieues de la
cote Nord-Ouest; de ce nombre fut un alba-
tros i quelques branches de goemon se trouverent aussi dans ces meines parages. *■
Le n. — On ne put pas avoir la latitude : je
me faisais a midi a vingt lieues dans l'Ouest
demi-Sud du cap Addington, sur File du Prince
de Galles.
A sept heures un quart on eut connaissance
de terre a toute vue dans le Nord-Est demi-
3.
-cr** m
if
36
VOYAGE
Jnin 1818.
Nord. Je tins le vent babord avec petit frais
d'O.-N.-O. pour la reconnaatre: le temps etait
d'une purete remarquable. A dix heures on
releva la petite pointe Est de l'ile de la Coronation au Nord 4o deg. Est, le plus Est des iles
Croyeres CO au nord. De minuit a une heure et
demie je courus le bord du large. A cette derniere heure, je rep ris les amures a babord sous
les trois oorps de voile. Peu apres, on aper-
gut une grosse terre de 1'avant et des ilots au
vent (2).
Me trouvant a la limite Nord du terrain
designe pour la chasse, je nFoccupai de la
recherche d'un mouillage propre a servir de
station. Je manceuvrai pour passer dans le Sud-
Ouest de deux ilots tres-ren5arquables, malgre
leur petitesse, par leur position detachee (dans
Fouest) du labyrinthe de brisans, de rochers
et d'ilots qui borde le fond du  golfe  com-
(0 lies ainsi nominees par La Perouse. Vancouver les appelle
Hazy Islands (iles brnmeuses.)
W A quatre heures on releva les ilols au Nord 20 deg.
Ouest; File de la Coronation du Nord 16 deg. O. a 4o deg.
-Est; le sommet le plus eleve" de l'ile Warren au Nord 60 deg. Est
du eompas. AUTOUR DU* MONDE.
Juin l8lg.
37
pris entre le cap Addington etles iles Croyeres.
Le 8.—Nous n'eumes aucun indice des cinq
rochers que Vancouver place dans le Sud de la
pointe de File Warren, quoique nous nous
soyons trouves a une lieue de la position que
les cartes leur assignent.' Je suis bien loin de
mettre mes remarques en opposition avec celles
d'un marin geographe aussi recommandable
par son exactitude; il est possible que la vue
de ces rochers nous ait ete cachee, malgre le
temps clair qui regnait alors. A deux heures, je
laissai a un demi-mille dans FEst les deux ilots,
extremite nord-ouest de cet archipel dangereux
dont ils sont une bonne remarque, et que j'ap-
pellerai les Balises, et je dirigeai au Sud-Est
quart-Est sur un |lot pres de la cote Sud du
golfe separe du groupe. En rangeant la pointe
Est de cette ile isolee, nous fumes reconnus
par trois canots indiens qui nous observerent,
hors de portee de fusil, avec toutes les marques
d'une mefiance bien plus caracterisee que celle
des Indiens du Sud. Enfin, une de ces embarcations accosta, et un Indien qui parlait quelques mots d'anglais monta a bord. II etait de
Kaigarny, lieu tres-frequente par les Ameri- 38
VOYAGE
Juin 1818.
cains; il m'apprit que le brick le Bruttis, capitaine Nye, etait a Haniga, a queftjues lieues
dans le Nord, et s'offidt a m'y conduire* Je
prefe'rai un mouillage qu'il nfindiquait dans
une anse sur la partie Nord-Ouest de l'ile du
Prince de Galles. Apres Favoir fait reconnaitre
nous y mouillames a six heures et demie par
vingtbrasses, fond de vase. On prit, pour la nuit,
les mesures de surete usitees dans la partie Sud
de la o6te: un officier et trois hommes de quart,
la batterie chargee a mitraille_, les filets d'a-
bordage hisses, etc.
Aussitot que le navire fut amarre, je m'a-
bouchai, par FintermediaJre de Petrowsfey,
qui parlait un peu anglais, avec les chefs de
l'expedition. II fut convenu.qu'ils iraient des
le lendemain en reconnaissance. Les Indiens
nous avaient quittes, et avaient e"te, selon leur
coutume, bivouaquer dans les bois au bord
de la mer; j'avais permis a celui de Kaigarny
de coucher a bord, esperant en tirer parti.
II avait temoigne" beaucoup de curiosite de
savoir qui nous etions, car notre pavilion lui
&ait inconnu, et la vue des Kodiaques et de
leurs embarcations lui donnant lieu de nous AUTOUR DU MONDE. 3(J
Jnm 1818.
prendre pour des Russes; nous eumes de la
peine a le desabuser et a nous faire reconnaitre
pour Frangais, nom qu'il ne connaissait que
par nos fusils que les Americains avaient ap-
p or tes, et dont ils appreciaienl la superiorile.
Le 9. — Le grand canot fut expedie sow
les ordres de M. Foucauit avec huit baidarques,
niontecs paries chefs de Fexpedition, tant russes
que kodiaques, qui furent reconnaitre la grande
entree dans FEst du mouillage. M. Foucauit
parcourut plusieurs lieues de cote sans voir
aucun indice de population. 11 reconnut des
baies spacieuses et un bras de mer qui se pro-
longe a perte de vue dans le Sud. Quoique le
temps fut beau, la force de la brise du N.
rendit les circonslances peu favorables, la loutre
se montrant peu au large quand la mer est
agilee. On n'en vit que deux; mais, malgre ce
petit nombre, les Kodiaques jugerent, d'apres
I'aspect des localites, que ces animaux devaient
frequenter cette partie de la cote et qu'ePe me-
rilait d'etre exploitee.
£e io. — Les vingt - neuf baidarques ,
chacune armee d'une paire de pistolets et de
deux poignards, partirent pour commencer la
J 4o
VOYAGE
chasse* Je les escortai dans le grand canot. Nous
dirigeames sur la partie Nord de Fentree de
Kowalt. Les baidarques, gagnant le canot quoi-
qu'il fut favorise par une jolie brise de N.-
O., et qu'elles n'eussent que leurs pagayes,
m'attendirent a Fentree d'un canal courant
Nord-Est, forme dans le Nord-Ouest, par la
grande terre; au Sud - Est, par une chaine
d'ilots. Cette partie , que je parcourus sur un
developpement de sept a huit milles, offre plusieurs bons mouillages, entr'autres un port de
plus d'une lieue de profondeur dans le Sud-
Sud-Ouest, sur un quart de large, fly a beaucoup d'eau dansle canal, generalementquarante
brasses, et rarement moins de dix, excepte* dans
les anses ou dans les endroits resserres. Rien ne
pouvant faire soupgonner la proximite des naturels, les Kodiaques s'etaient disperses dans
les canaux tortueux d'un groupe d^lots. Les
ayant fait rallier a un signal convenu, je fis
route pour remonter le canal, enlouvoyant sous
la bande Nord-Ouest. Je reeonnus Fentree d'un
bras qui court dans cette direction, et dont les
cotes, ainsi que celles du canal, sont d'une hauteur prodigieuse et formees d'un roc gris-noir.
I AUTOUR DU MONDE.
4i
Join 1818
On voit, a mi-canal, un rocheftres-remarquable.
C'est le seul danger dont j'ai eu connaissance
entraversaut deux fois Fentree, qui dans cette
partie n'a pas moins de quatre Heues de large
du Nord au Sud. En revenant, les baidarques
avaient fouille entre les ilots au Sud du grand
Canal. Gontraries.-par le clapotis, elles ne trouverent qu'une seule loutre: ce fut toutleproduit
de leurs recherches.
Le 10. — Quatre pirogues des naturels
etaient venues a bord, on n'avait pu en obtenir
,<|ue du poisson, deux peaux de castor, et quelques queues de loutres. L'Indien de Ka'igarny,
•ayant ete surpris a la fene'tre de la grande
chambre s'abouchant avec ses compatriotes,
fut chasse et sortit du bord avec la colere et
le ressL-ntiment peints sur sa physionomie
farouche.
Au retour des chasseurs, Fagent de la compagnie me sollicita pour les faire bivouaquer a
tore aupres de leurs embarcations, qui ,
d'apres la nature des materiaux employes dans
leur construction, ne peuvent rester long-temps
a l'eau sans se deteriorer, et qu'il aurait fallu
embarquer pour les secher. Ces considerations, it
I  fa:
I
I
VOYAGE
Join 1B18.
jointes a la confiance que je. croyais pouvoir
mettre dans via homme revetu de celle de ses
superieurs, et a qui six ans de sejour devaicul
avoir appris1 a connaitre le pays'et le geuie de
ses habitans, me d&ermirierent k consentir a
sa demande. D&-lors les Kodiaques passerent
la nuit a terre sous la protection d'une garde
commandee par un ofBcier du bord. lis y res-
(aii-n I aussi le jour, lorsque le" temps n'etait pas
favorable a la chasse , circonstance qui se
repetait souvent. Les loutres ne se montraient
(Fa i lie ins qu'en petit nombre (0 : nos chasseurs
(0 « La loutre est un animal vorace, plus avide de poissou
» que de chair, qui ne quitte gucrc les bords des rivieres , dee
a lacs et de la mer, et (tui depcnple quelquefois les etangs ; elle
» a plus de facilite qu'un autre pour nagcr, plus meme que Ie
» castor, la loutre ayant des membranes a tousles piedt : die
» nage presqu'aussi vite quelle marche; souvent elle nage entre
a deux eaux, et y demeure assez long-temps; elle vient ensuite
a a la surface afin de respirer. A parler exactement, elle n'est
a point animal amphybie;elle n'est pas conformee pour demeu-
» rer dans l'eau, et die a besoin de respirer 4 peu prfes comme
» tous les autres animaux terrestres: si meme il arrive qu'elle
» s engage dans une nasse a la poursuite d'un poisson, on la
a trouve noyee; et Pon voit qn'elle n'a pas eu le temps d'en
a cou per tous les osiers pour en sortir. Elle a les dents comme
a la limine, mais plus grosses et pins fortes relativement au
u volume de son corps. Faute de poissons, cTecre vissea , de grc-
» nouilies, de rats d'eau, ou d'autre nourritnre, elle coupe les
a jeunes rameaux, et mange Fecorce des arbres aquatiques: elle AUTOUR DU MONDE. 43
Juin 1818.
n'avaient obtenu que vingt-une peaux le 17.
Dans ce laps de temps, les echanges nous en
avaient procure dix des naturels. Nous n'avions
trouve a notre arrivee que cinq ou six de ces
sauvages, toujours errans dans la belle saison.
II en etait ensuite venu trente environ de tout
age et de tout sexe, et en dernier lieu leur
nombre s'etait diminue et avait subi diverses
variations (r),
a mange aussi de l'herbe nouvelle au printemps ; elle ne craint
o> pas plus le froid que l'humidile; elle devient en chaleur en
a hiver et met bas au moi? de mai; les portees sont de trois ou
» quatre.
a Les jeunes loutres sont plus laides que les vieilles i la tete
» mal -(kite, les oreilles placees bas, des yeux trop petits et cou-
» verts, 1'air obscur, les mouvemens gauches, toute la figure
»ignoble, informe; un cri qui parait machinal, et qu'elles repetent
a k tout moment, semblerait annoncer un animal stupide :
a cependant la loutre devient industrieuse avec l'age.
a Les loutres ne creusent point leur domicile elles-m&nes,
» elles se gitent dans le premier trou qui se presente, sous les
a racines des peupliers, des saules, dans les fentes des rochers,
a et meme dans les piles de bois a Hotter : elles y font aussi leurs
» petits.
a Le poil de la loutre ne mue guere; sa peau d'hiver est ce-
» pendant plus brune et se vend plus cher que celle d'ete : elle
a fait une tres-bonne fourrure, qui est particulierement recher-
a chee en Chine, malgre la chaleur du climat. La loutre de terre
» a generalement le poil plus clair que celle de mer. » (Buffow. )
(») En accompagnantles Kodiaques dans leur chasse, je passai
**BtW 44 VOYAGE
Juin i8i9.
£e in.—Le matin, il vint plus d'Indiens que
les jours precedensavec une quantite assez considerable de pelleteries. Ils se retirerent a leur
ordinaire a midi, pour prendre leur repas, en
promettant de revenir pour traiter le reste des
fourrures dont ils n'avaient pas encore dispose; il n'en parut cependant aucun dans la
soiree.
Le i8. — Il ne se montra qu'une seule
pirogue qui fut mettre a terre au fond de
l'anse sans s'arreter a bord. Cette disparition
subite des naturels, apres la promesse qu'ils
m'avaient faite la veille, m'inspirant des soup-
cons, je resolus de faire rentrer les Kodiaques
entre l'ile isolee et la grande terre; je trouvai ce canal parfaia
tement sain. Je reconnus la partie Ouest et Nord-Ouest de l'ile
cernee de rochers noiratres, au-dedans desquels, apres avoir
traverse un canal tortueux ou le canot passait a peine, je trouvai
une petite anse qui offrait des commodites pour les baidarques
et les chasseurs, notamment un ruisseau. Je visitai aussi la cute
Nord-Est de l'ile; je reconnus dans le Nord-Nord-Ouest une
crique plus commode que la. premiere , dont elle n'est qu'a quelques encablures.. TTne petite'plage de sable, couverte par le
rocher, sans en Stre obstruee, offre un debarcadaire facile, ou
l'on trouve aussi de l'eau j mais deux remparts de roche reduisent
le terrain libre a un espace a peine suffisant pour recevoir trente
baidarques. La partie Est, moins heriss^e , n'a pas de debarcadaire.
**&-;
m* AUTOUR DU MONDE. 45
Juin   1818.
qui etaient a leur bivouac, le temps ne leur
ayant pas permis de sortirj mais ne pensant
pas qu'il y eut rien a craindre des Indiens pendant le jour, le camp etant a portee de fusil du
navire, je remis ausoirl'execution de ce projet.
En attendant je descendis pour visiter les environs du camp, ou je faisais ordinairement une
tournee vers cinq heures. Je coitij.iE&is aussi
veiller 1! heure de la haute-mer, la lune etant
a son plein. Je renvoyai de suite la petite baleiniere : quelques Kodiaques profiterent de cette
occasion pour retourner a bord. Remarquant
que la maree etait deja tres-haute, je remis, jusqu'a l'heure de la pleine mer, la tournee que je
me proposals de faire autour du camp, et je me
promenai vers le fond de l'anse le long de' la
greve, en veillant la maree. Apres avoir fait
deux ou trois cents pas, je me croisai avec un
Indien, quis'arretaun instant, en se detournant
un peu pour me faire place, et me dit en sou-
riant quelques mots que je ne compris pas et
auxquels je ne pus repondre que d'un signe de
' tete. Un baton etait sa seule arme apparente.
Quelques minutes apres, mon attention fut
reveillee par un coup de feu parti du cote du If
VOYAGE
Join 1818.
camp, et que je eras d'abord avoir &ti6 tir^par
les Kodiaques, qui le matin s'etaient exetces
au pistolet; mais ce premier, coup fut aussitot
suivi d'une decharge, apr&s laqueile le feu,
quoiqije moins noorri, fut entretenu avec
vi vacate. Jugeant alors que ce ne pouvait ette
qu'une attaque des Indiens, mon premier mon-
vement fut de tourner vers le camp; mais
voyant les Kodiaques foir sans resistance, et
dans une deroute complete, je pensai que ma
presence ne ponvait chare d'aucune utihte, et
qu'il ne me restait qu'a pourvobr a ma surety
persennelle, que la rencontre que je venais de
fkire, devait rendre plus precaire. J'appelai
l'embarcation qui m'avait porte* a terre, et qui
n'etait pas encore arrivee a bord, mais dans
ce desordre je ncfus pas entendu. Apres avoir
agite un mouchoir pour me faire remarquer du
,0#vire, car il etait dangereux, en cfriant, de
faire savoir aux sauvages on je me trouvais.
Je me deshabillai le long du fourr£ qui
horde la gr&ve. Quelques instans aprfe, ayant
encore agit£ mon mouchoir, je me jetai a la
nage avec ma montre entre les dents, au brtlft
confas de pltisieurs voix qiii approchaient. AUTOtTR DU MONDE. 47
JoiniStfl.
Cependant le navire , qu'une   risee tenait
evfte* l'arrl^re aiterre au momerit«de l'atfecftie,
^taitvenu en travers, tirtiit slpr les Indiens et
avait fexpedielegrand canot, ^uis'^tant d'abord
diwg^ sur le caMp, toufna  vers moj. apres
m'avcar apergp, et me joignit encore <pre*s de
terre. Il fut bicntot aocueilli tPun feu ferfeHfcif^
auquel il riposta de ses espingoles*tet de ses
fusils. Je i$g en accostantun-effort inntife pour
monter dans Xe canot, dont je m'a^ercUs que
plusieurs hommes etaient bJesses*. Ne votuant
pas retenir 4'embarcation sous le feu que les
Indiens, acGOurus en grand nombre, faisaient
sur* elle a Fabri des buissons que je venais de
quitter, et ne "voyant d'ailleurs dans cette partie
aucun   Kodiaque  a secourir ,  j'ordonnai  a
M. Parfeaieux, qui la commandAit, de porter
au large sans perdre de temps a me prendre.
Je me tins le long du canot qui s'eloigna de la
cote en tirant vers le camp. II leva rame tuafc
seconde fois et me prit k bord, ou je trouv&i
quatre-hommes blesses sur n qui composaient
l'equipage. Deux ne Fetaient que legerement j
mais la plupart des munitions etaient consom-
mees,  et l'embarcatfon etait encombree de SP
*4
48 VOYA&E
Join 1818.
futailles. Dans ces circonstances, je ne crus pas
devoir la ramener au feu, et ^e fiswiager vfcrs
le navire, ou j'a^fivai a uneeheure et demie. H
tirait toujours sur les endroits d'ou partait le
feu des naturels, qui se tenaient constamment
a convert dans le bois, a la faveur duquel ils
s'etaient approches a portee de pistolet, sans
etre apercus, et avaient attaque a l'improviste
les Kodiaques plonges dans la plus parfaite
securite- Les deux baleinieres s'etant trouvees
pretes un moment apres mon arrivee a bord,
je les expediai sous les ordres de M. Foucauit,
pour recueillir ceux de ces malheureux qui
avaient pu se soustraire a la fureur de la premiere attaque, soit en se j etant dans leurs embarcations , soit en se cachant dans les cavites
des rochers qui bordaient la greve. M. Briole
retira de divers baidarques, qui avaient rempli
etant percees de balles, sept hommes dont
quatre blesses et un mort. La grande baleiniere
ayant ete prendre un Kodiaque qu'on voyait
entre les rochers au Nord du camp, en Sauva-
sept autres sortis successivement du meme
trou ou , dans d'autres' circonstances , trois
hommes auraient eu de la peine a se tenir. Nos
MSB Autour du monde.
49
embarcations allerent prendre les fugitifs a
terre meme, ou a tres-petite distance, et pour
ainsi dire sous les fusils des Indiens. Quoique
soutenues par le feu du navire, je considere
comme un effet de la Providence qu'elles
n'aient pas eprouve de pertes.. Ce succes, au
milieu des desastres de cette journee, fut du
au devouement et au sang-froid que les officiers
mirent a remplir un devoir aussi sacre que
dangereux, et a la conduite de quelques braves
gens qui les accompagnaient volontairement.
A trois heures, le grand canot sous M. Foucauit et une baleiniere sous M. Partarieux,
prolongerent la cote a petite distance jusqu'a
une anse de sable a l'Ouest de Fentree, afin de
recueillir les Kodiaques qui pouvaient s'^tre
sauves de ce c6te; mais ils revinrent a quatre
heures sans avoir rien vu.
Cependant les Indiens tiraient par intervalle
sur le navire, qui aussitot envoyait des coups de
canon sur la partie du fourre d'ou partait leur
feu. 11 en venait isolement autour des baidarques pour pilfer, et ils se retiraient au premier
coup de-fusil. Leur presence etait tres-peu
inquie*tante, mais la   certitude qu'ils e*ta*.ent
T. II. 4
1 .  ill of
' ill'
;.-|:i!
■II
8
!
.1
V0VAGE
Join 1818.
embusques dans une position ou tout leur etait
favorable,ne nous perniottait pas de descendre
a terre<pouJ? enlever les baidarques et ensevelir
les morts. Quant aux blesses, outre la cruaute
ordinaire a ces sauvages, la vue du'terrain ne
nous prouvait que trop qu'il n'en existait pins
en vie.
Avant la nuit on degagea le pont de tout ce
qui pouvait gener le service des pieces, on
remplit les pares, et l'on completa l'armement
du grand canot. On lira pendant toute la nuit
cinq k six coups de canon par heure, pour eloigner les sauvages.- lis ne riposterent que d'un
seul coup de fusil a dix heures et demie.
Le 19.—Au matin il parut encore quelques
naturels, tant autour des baidarques que dans
le fond de l'anse. Le grand canot et une balei-
niere furent expedies sous les ordres dejVI.Foucauit accompagne du second agent. Us remonte rent la bande de l'Ouest jusqu'a la pointe-
Fagent helait de temps en temps en langue
kodiaque, afin de faire sortir de lew retraite
ceux qui auraient trouv^ nn refuge dans cette
' partie; mais aucune voix ne repondit a cet
appel, qui devait faire accouyir les fugitifs,
i
1 AUTOUR DU MONDE. 5j
Juin i8i8.
s'il eneiitexiste. M. Foucauit eut connaissance
a grande distance, de trois pirogues qui pa-
raissaient venir de Fentree et diriger au Nord-
Ouest. II rentra a bord a trois heures.
Tout annoneant que le gros des Indiens
s'etait &oigne, M. Foucauit fut de nouveau
expedie a six heures pour ramener les baidarques. Toutes les mesures furent prises pour
assurer sa retraite en cas d'attaque, et prevenir
les surprises. Une descendit qu'apres avoir fait
reconnaitre les environs du debarcadaire. Nos
embarcations ramenerent a bord dix-huit baidarques. On recueillit aussi quelques armes.
On compta dix-neuf Kodiaques morts dans le
camp ou sur la greve, a petite distance. Tous
avaient ete tues par des coups de feu; la plupart
avaient ete frappes de plusieurs projectiles et
devaient avoir ete tires a bout portant. Des
pistolets trouve's de'charge's prouvaient que
quelques-uns de ces malheureux s'etaient de-
fendus; de ce nombre, d'apres le rapport des
l&gitifs, etait Fintefprete, jeune creole plein de
vivacite et d'intelligence, qui, apres avoir tire
son coup depistolet, se saisissait d'une pique,
lorsqu'il re(jut une balle dans la poitrine. Sur
4-
ill
Iii
I
.  -^W r^ VOYAGE
qftarante-sept Kodiaques qui se trouvaient au
camp au moment de l'attaque, il y en eut vingt
de tues, vingt-cinq s'echapp&rent a la nagc ou
furent recueillis par nos embarcations, ce qui
faisait un total de quarante-cinq dont le sort
etait eonnu. II ne restait de doute que sur deux
Kodiaques qui probablement s?etaient noyes,
car on savait qu'une baidarque avait dbayire;
et la barbarie avec laqueile les Indiens avaient
mis a mort les femmes, ne permettait pas de
croire qu'ils eussent fait des prisonniers. Des
vingt-cinq echappes au massacre se trouvaient
douze blesses, la plupart tres-gravement.
Le oo. — On fit les dispositions d'appareil-
Iage et divers autres a Finterieur pour le placement des blesses et des baidarques.
Le o I.—Au matin on leva l'ancre d'affourche.
M. Foucauit fut ensuite a terre avec quatre
hommes, sous la protection du grand canot,
pour donner la sepulture aux malheureuaes
victimes de la ferocite des Indiens. Les Kodiaques ne voulurent pas aller rendre ce pieux
devoir aux restes de leurs compatriotes; ils ne
parurent nullement affectes de lejir mort, et
montrerent tous dans cette occasion une insen- AUTOUR DU MONDE. 53
Juin 1818.
sibilite revoltante. Un jeune homme qui avait
eu le malheur de perdre son pere et son frere,
ne versa pasunelarme et ne donna aucun signe
de douleur. Ces gens sont d'une durete d'ame
a laqueile je n'ai rien vu de comparable ; ils
paraissent reserver pour la chasse et pour la
peche toute Fintelligence et la vivacite que
la nature leur a departies.
Desirant de recouvrer les baidarques et les
armes qui manquaient encore le soir, j'allai
dans la baleiniere faire une tournee dans l'anse.
Je descendis d'abord au camp, ou il ne restait
que quelques piques et diyers objets peu importans appartenant aux Kodiaques. Je vis
dans le bois, a cent cinquante pas de la mer,
le cadavre d'un Indien qu'on avait decouvert
la veille, et que je reconnus pour un de ceux
qui etaient venus le plus souvent a bord. II
avait encore sur le corps une veste et un pan-
talon qu'il avait recus de nous, etpar-dessus une
capote bleue. Ses compatriotes Favaient assis
contre un arbre, le dos tourne a lamer: excepte
j la partie superieure de la tete, il etait entierement couvert de mousse, dans laqueile on
avait plante un rameau qui s'elevait au-dessus ii
VOYAGE
Joi.
de la tete. J'allai '$fifW\e au fond de Fansej
nous vimes dans la par|# §nd-Ouest les restes
de deux feux etejnfej et nous trouvames pr&
de la, sous un arbre, une baidarque a trq&
places, en bon, etaj, fie, yemontai la greve avec
quelques hommes jusqu'au camp, mais sans
decouvrir aucun stxtfre objet de nos recherches.
Je fus etonne de trouver, % Fendroit ou je
m'et£J$ deshabille le 18, le pantalon que j'y
avais laisse avec le reste de mes effets. Des
trentq baidarques (}uicomposaieiitV6£peclition,
une seule manquait et leys Indiens avaient pu la
cacher facjlement.
Je descendis une seconde fois a la bande de
l'Est, dans la petite baleinieye, avec deux
mousses, sous pretexte de voir le bois qu'on
avait coupe avant l'affajujej mais dans Fintentioft
de'dissiper la terreur panique qui s'etait enfVp
paree de pli^eurs de nos matelots, au bru&
eloigne de deux coups de fusil.
Convaincu qu'un plus long sejour seraitaussi,
infructueux aux interets de Farmement qu'a
ceux de Fhumanite, je me decidai a quitter ce
mouillage funeste, des que le vent le permet-
trait, me proposant d'aller a la  Nouvelle^ AUTOUR DU B|ONDE. 55
Juin 18184
Archangel pour remplacer les armes de chasse
perduesle i8, reparerles baidarques, et mettre
a terre les blesses.
Le 22. — On leva l'ancre de bonne, heure,
et nous courumes plusieurs bordees pour sortir,
mais sans faire de progres, malgre le secours des
embarcations, la brise etant tres-faible. A neuf*
heures, le calme m'obligea de mouiller pa£
neuf brasses, a une demi-encablure du rocher
de 1'aiguade. Je fis porter la grande ancre a jet
dans le Nord - Ouest, avec cent quatre-vingts
brasses de touee, pour nous retirer de cette
mauvaise position oii les Indiens pouvaient
nous inquieter avec avantage, a. Fabri du bois
auquel nous presefltions le derriere. Nous primes en meme temps des mesures pour les
recevoir.
Trois pirogues avaient paru des le jour a
Filot de Fentree, et, apres etre restees q^seique
temps en observation,avaient accosteala pointe
de FEst, d'ou quelques Indiens vinrent jusqu'au camp en suivantla cote. Nous les vimes
avec horreur exhumer leurs vietimes pour pro-
fiter de leurs chetives depouilles. On leur
envoya quelques coups de canon : ils riposte-^ I
56
VOYAGE
,Ju'in i8i8.
rent a coups de fusils sur les embarcations qui
elongeaient les touees. Nous appareillames a
quatre heures du soir et sortimes enfin de cette*
anse fatale faisant route pour la Nouvelle-
Archangel.
Le 23. — A six heures du matin, nous portions au vent de l'ile Isolee et de toutes les
terres dans le Sud. La brise ayant pris un peu
de force, j'esperais doubler j mais a sept heures
elle mollit et refusa lorsque nous avions l'ile a
petite distance par le travers. La faiblesse du
vent ne permit pas au navire de prendre vent
devant, et il ne vira ventarrierequ'avecbeaucoup de peine a deux encablures des rochers.
A un quart de lieue dans leNord de l'ile Isolee,
la sonde donna cinquante->cinq brasses («). Le
calme regna pendant le reste de la journee sans
autre interruption que des risees de la partie
de l'Ouest.
Leo A- — A minuit les courans nous dros->
sant dans le Nord-Est, je fis prendre la touline
aux baleinieres et nager versl'ile Isolee, afin de
(0 A midi, on releva les iles La Croyere auNord-Est-quart-
Estj le cap Addingum-' Sud-Sud-Ouest, l'ile Wgrren Nord-
Nord-Est du compas. AUTOUR DU MONDE.
Kn
Juin i9i8.
gagner le fond du mouillage decouvert le matin;
mais les efforts des embarcations ne purent que
ralentir l'effet du flot qui portait le navire sur
les brisans dansle Sud-Est des balises.Enfin,a
deux heures du matin, on eut fond par cin-
quante-huit brasses, gravier; nous mouillames
a un mille du recif le plus pres (*). On entendait
depuis long-temps les brisans, qui semblaient
nous menacer. Ces deux heures nous parurent
tres - longues. Lorsque nous mouillames, le
courant aVait perdu de sa force, que jeUecrois
pas avoir ete plus d'un nceud et demi.
Desirant m'assurer des dispositions des Kodiaques, qui, depuis la catastrophe du 18 ,
paraissaient frappes de terreur, je proposal a
Fagent d'envoyer quelques baidarques faire une
tournee a vue du navire. Les chasseurs firent
preuve de bonne volonte ou de soumission. Des
dix baidarques placees sur les ranees, quatre seulement furent trouvees en bon etat et partirent
sous Fescortede la grande baleiniere, en se diri-
geant dans le Nord-Ouest vers l'ile de la Coro-
(') II restait dans le Nord-Nord-Est, et les extremites appa-
tentes au Nord-Ouest-quart-Ouest, et au Sud-quart-Sud-Ouest
ducompas.
I
#' r 1
■1 .!■ :
'IP
II
VOYAGE
Jum 1818.
nation. J'appareillai a neofi "heures j le signal de
ralliement fut hissa", et les. chasseurs revinrent
a onze heures et demie. Us avajent pris une
grosse loutre, dont nous mangeames le foie,
qui fut trOuve assez bon.
Le 25.—Un des Kodiaques blesses le 18
cxpira dans la matinee.
Les calmes et les varietejs tres-fpibles, et ge-
neralement de la pointe de FOuesJj ne cesserent
de nous contrarier cette journee et la suivantc.
Le 06. — A quatre heures du matin nous
eumes connaissance du cap Engano a grande
distance dans le Nord 3o deg. Ouest; le cap
Omancy res tail encore au Nord-Est quart>Est-
A trois heures du soi? nous doublames Filot
extyemite Sud-Est de Fentree de Sitka, et nous
donnames dans la baie. La brume in avait
trompe sur la distance des iles qui bordent
cette oote ; je m'apereus dans une eclaireie
que nous n'en etions qu'a. une lieue. Nous
n'eumes aucune connaissance du rocher qu'un
Americana dit avoir vu a nurcanal. Aussitot
en dedans des pointes , une brume epaisse
cacha toutes les terres , excepte l'ile Lazaroff
au pied du mont Saint-Hyacinthe. Je tins le
: m
1 AUTOUR DU MONDE. 5g,
Juin 1818.
vent babord avec petite brise de S-, ne vou-
lant pas accoster, dans ces circonstances, les
dangers dont Fentree de la baie est seinc'e.
On tira deux coups de canon pour appeler le
pilote. A quatre heures, la brume se dissipa en
grande partie, et je fis route pour le port. A
sept heures, le pilote vint a bord et dirigea $a$
la passe du Sud-Ouest. J'envoyai au gouverneur un paquet contenant la relation de la catastrophe du 18. A huit heures nous entrames
dans la passe, en rangeant a 1'honneur par tri-
bordle rocher le plus en dehors. Aussit&tapjfes
la lirise tomba tout>-a-fait: le courant nqus
drossant sur le second ilot, les embarcations
|i}rent mises a la touhne, et on tira un coup
de canon. Peu apres la chaloupe du port ar-
rivaj elle etait armee, ainsi que tout son equipage, les naturels ayant tue deux Busses a vue
meme de Fetablissement. A neuf heures, nous
donnames dans la rade du Sud de la Nou-
velle-Arcbangel, ou nous mouiUames par huit
brasses. .
Je me rendis au$sij$t aupre§ du gouverneur
que je trouvai tres-affecjt4 de notre malheur
commun, mais toujours ple^n de bienveifUajace VOYAGE
Juin  l8io
et tout dispose a nous mettre a meme de re-
parer nospertes. Sa bonne volonte se manifesta
par la proposition qu'il me fit de joindre F expedition de chasse qu'il venait de mettre dehors, avec ce que je pourrais armer de baidarques, si toutefois les Kodiaques consentaient
a une seconde sortie. Je ne balancai pas a accepter cette offre, qui, d'apres les chances de
succes qu'une longue experience a donnee aux
Busses, me faisait concevoir Fespoir de com-
penser par les produits de la chasse l'indem-
nite a laqueile j'etais tenu pour les Kodiaques
tues, et de la faire avec moins de danger que
si nous restions reduits a nos seuls moyens.
M.Heighmeister me parla des hostilites des
Indiens, qui rarement laissent passer la belle
saison sans donner des sujets d'inquietude. La
rande quantite de baies qu'ils trouvent alors
dans les bois, et Fabondance du poisson d'eau
douce, en leur assurant une nourriture spon-
tanee, leur permet d'employer a l'exercice de
leur malveillance le temps qu'a d'autres epo-
ques ils sont obliges de consacrer a se procurer
des moyens de subsistence.
Je pris les mesures de surete qu'exigeait la AUTOUR DU MONDE.
6l
Juin s8irf.
situation de la colonie, particulierement pour
le service des embarcations et pour les communications avec la terre.
Le on. — Le chirurgien du Kutusojff'vint
prendre les Kodiaques blesses, au nombre de
onze, etles fit transporter a terre. Les baidarques furent aussi envoyees a Farsenal pour subir
le radoub dont la plupart avaient besoin.
Le 28. — On porta a terre les quatre affuts
brises le 18, et qui pouvaient encore servir.
Afin d'eviter la perte du temps, mon intention
etant de sortir le jour suivant, les ouvriers du
port travaillerent aux affuts qui furent reportes
a bord le soirj les baidarques etaient pretes
aussi, etles Kodiaques, persuades parM. Heigh-
meistcr, etaient disposes a ressortir pour tenter
la fortune avec leurs compatriotes.
Le matin M. Foucauit me prevint que Fequipage temoignait'de la repugnance a ressortir
avec des baidarques. Etant monte sur le pont
unmoment apres,la majeure partie passasurle
gaillard d'arriere et me manifesta ses sentimens
par Forgane de Farmurier : les matelots basaient
leur refussur ce que le genre de service qu'exige la
protection des baidarques n'etait pas mentionne*
1ST
I VOYAGE
Juin x&x8.
dans les engagemens souscrits par l'equipage,
et sur ce que les hommes qui pouvaient etre
mutiles n'avaient rien a attendre de Farmateur.
Je crus devoir user de moyens de persuasion,
et l'impression que parut faire le peu de mots
que je leur adressai me fit concevoir l'espoir de
les ramener. Je fiis cependant etOttne de voir
parmi eux ceux sur lesquels je cbmptais le plus,
et qui avaient fait preuve de devouement le 18.
Le 29.—Mes esperaiices ne se realiserent pas:
les motifs de devoir, d'honneur et m&ne d'in-
tere*t.que je fis valoir de la maniere la plus
propre a les stimuler ne purent relever Immoral
de Ces gens frappes de terreur. Des symp-
tdmes de cett© faiblesse s'e"taient manifestes
k Kowalt, meme apres FafFaire. Cette disposition des esprits n'avait fait que s'accroitfce
par l'etat d'alarme dans laqueile nouS trouvames
la coloflie russe, a la'sttite du meurtre des deux
Busses tues par les Indiens a vue de Fetablissement , et par les rapports exageres de quelques employes sur Faudace , la force et les
sUcces anuMe&rs des sauvages. Les moyens de
persuasion ayant echoue, fort du deVouement
de Fetatanajor, je n'aurais pas balance a en em- AUTOUR DU MONDE.
63
Juillet 1818.
gloyer de plus energiques s'il ne s'etait agi que
d^nn coup de main, d'une affaire du moment:
mais la protection des embarcations de chasse
devant se rep&er journellement pendant plusieurs mois, etait un service qui exigeait des
hommes d'une resolution ferme et constante,
•et on he pouvait Fentreprendre, avec des gens
mal [disposes, qu'en s'exposant aux evenemens
les plus, facheux. Cedant a la force des circonstances, je renoncai a F execution du projet ar-
rete avec le gouverneur-, et je' resolus d'em-
ployer, sans plus tarder, la seule ressource qui
me restat, savoir de parooutii?les de'troits et de
faire la traite avec la cargaison mal assortie que
j'avais, et de suppleer par Factivite et la perseverance a la faiblesse de nos moyens.
Le 2 juillet. — Le Kutusoff sd\a. moulller a
l'ouverture de la passe du Nord. D. etait sur
son depart pour la Gahfornie, ouM.de Heigh-
meistjer, laissant ses pouvoirs a M. Yanovsky,
se. rendait afin d'extraire une cargaison de
bie", et probablement aussi dansl'intentiou de
prendre avec le gouvernement espagnol des arrangements ulterieurs.
Je me proposals de sortir aussit6t le retour VOYAGE
Juillet 1818.
du pilote qui etait a bord du Kutusoff", il ne
vint que le lendemain, et nous ne pumes ap-
pareiller que le soir a la faveur d'une petite
fraicheur de FE. et a Faide de nos embarcations et du grand canot de VOtkritie, b&timent
de la kompagnie. Nous allames mouiller dans
la rade du Nord ou l'on est plus en appareil-
lage^avec les vents de la saison. Cette precaution ne fit que retarder notre depart, la brise
s'etant levee du S.-S.-E., avec laqueile la sortie
de cette passe n'est pas praticable. J'eus le de-
plaisir d'etre retenu deux jours a ce mouillage
paries varietes de S.-O. etles calmes.
Ri
SisS? AUTOUR DU MONDE.
65
Juillet 1818
%*/%/W)AAfoW^A> VWlft'Wlft/VVVll/U'VWl/^V&rc/VVVWi' Vtrt'V V<ytlrt/Vty<l/WVQ/VV<VWVtl> UUmfWlWAIl
CHAPITBE X.
Reconnaissance du cap Tchirik^ff.^JGhjftstiali-Sound.
— FredericK'-Sound. — Detroit- de Chatham. —
Combat entre deux pirogues. — Description gdogra-
phiquc de la baie appclec par les Indiens Koutikir
kakon. — Details sur la cote de Ivckh et sur -les
mouillages et ports qm Fienvironnent.
* Le 6 juillet. — Nous appareilllkmes a one-
heure du matin avec la fralcheur de FEst et fimes
route pour sOrtir par la passe; du Nord-Ouest j le
grand canot prit la touline, 1& brise etant tr&s"-'
faible. Elle passa au Nord avant que nous fus-
sions en position d'aif£?#i8F^et nous'Obhgea a raio^
ger a demi-longueur de navii'e le premier ilbt
mt^rieur a la bande Sud, sur lequel on voit un
blockhouse; aussitot double nous arrivames en
dependant jusqu'au Sud-Sud-Ouest. Bientdt;
apres,labrisefraichit de:POufest-Nord-Ouest. Le
pilote nous quitta en dehors des dangers. Je fis
servirisous les trois corps de voile. Apres diverges manoeuvres pour profiter des vandtes, a
onze heures nous doublames la pointe'Wood-
hotise. On dirigea au Sud-Est demi Sud. A midi
t. 11. 5
III!
-w
_w—mt$* m
m
k*«*2
VOYAGE
Juillet 1818.
le cap Engano restait au Nord 54 deg. Ouest
du compas.
Je fis route a doublet le Cap Tchirikoff, en
]oiigeant,a quatre.*et cinq milles/ la cote Ouest
de File du Boi-Georges.- Je me proposais~-de
vfet^frfes deffi&B&^k FEst de^ eette ile, ou les
fdiffiPfr&S sonraB^fl&htes, Apres m'&x'feabouifihe
avec le capitaine Young > du brick dc la compagnie la Finlandia, convoyeur d'une expedition partie depuis peu, de qui j'csp&ai-s a^oir
des renseiaflemens utiles,
jilja rallianfclfeicap Tchirikoff, je vins sur ba-
borcLpom3:le douWer 3 mais, a neuf (heures, la
bgi^eg giant mollfty/je ftig^le vent trjbord, me
n^efiant deti,courans, souvent S^es-forts-dans
ces debouquemens. \& nuit se pasSaj&mano&u-
vrer dans le but <p.fyne pas accoster le cap pendant ce demi-calme. Le n au matin, la brise
prit uftjpeu de force, je dirigeai sur Christian*
Sound, ou j'e$ftrai ajfruit heures. Je rarige&cp
denx;,n&illes l'ilot Wooden, qui forme son e&-
trjtsnite Sud-Ouest, ensuite je cotoyai a trois
milles la bande Ouest> sous laqueile nous res*
tames en calme & moins d'une lieue de terrek
On n'eut pas le fond a soixante brasses. La
brise du gud-Est s'etant levee toujours foible,
;,'■ ijii AUTOUR DU MONDE. Qn
J uillet iS18. ^ .
nous oontinuames a remonter vei*s Frdd^lck-
Sound , en tenant la c6te do F0Uest a quatre ou
cinq milles; Elle me parut saine comme Findi-
que Vancouver; celle de FEst, au contraire, a
beaucoup- d'ilots et de rocheW detache's dont
nous vimes plusieurs. Nos progres &a3ent tres-
lents a cause de la faiblesse de la brise.
Le 8. —Au jour, la partie Sud-Ouest de File
del'Amiraute, et Fentree de Fred^fck-Sound
etaient en vue dans le Nord, mais tres-confu-
senient, a cause do la brume. La partis Nord de
la c6te orientale de Christian-Sound etant de-
gagee>ie Favais tiaHyepour me rendre les c&tr-
rans plus favorables; car dariff^e detrtftt et dans
celui de Chatham, dont il n'est quele prolon-
gement, le flot porte Nord el a plus de force a
la bande Est, et le jusan court au Sud et a plus
de force a la bande Ouest.
A aettf'beures da matin, a Fembranchement
«Ja*id©tro4t de Chatham et deFWd&ick-Sound,
en vit phtsieurs baidarques dans le Nord, sous la
pointe Gardrit* de l'ile del'Aiiiiraute : quelqiuW
unes nous aeC6sflffent. Les KMiaques nous
appriaent quele gros del'armement dont ils "rat*
Say^ptfitieetait dans Frt&grfck-Sound, et que
5. 68 VOYAGE
Juillet 1818.
la Finhmdia et une goelette d'escorte etaient
au portCambden. Je!pris a bordnn Kodiaque
qui connaissait .leur mouillage, et, desirant
voir le capitaine Young, je donnai dans le Sound
en passant entre la pointe Gardner eti'flot qui
est a deux ou troisniilles dans le Sud. J'eus connaissance du brick la Finlandia sous voile dans
FEst-Nord-E$$*La faiblesse de la brise dn Sud-
Esl ne perme I tant aux deux navires de se rallier
que lentement, je partis dans la grande baleiniere pour aller a bord du brick, que je jo ignis
devant le port Cambden. Je n'eus du capitaine
Youug que des renseignemens vagues sur la
traite dans cette partie; il me designa Iloutsnau,
dans le detroit de Chatham, comme un entrepot.
Le capitaine Young n'avait pas ete heureux dans
sa chasse j ses so ixante-dix baidarques n'avai en t
pris que quatre cents loutres^JL'armement sous
son convoi n'avait pas ete inquiete pa r lesln d ien s.
Ceux de Kekh se montrerent une seule fois
au nombre de trente-sept dans deux grandes
pirogues; mais, quoiqu'eloignesdeleurescorte,
les Kodiaques, aguerlis par un long sejour
dans ce pays, avaient fait bonne contenance et
en avaient impose aux Indiens, qui, intimides AUTOUR DU MONDE. G()
Juillet. 1818
en voyant les baidarques former cercle autour
d'eux, sYlaient con ten tes de proposer qu'on se
donnai matuellement des otages. Les Kodiaques
ayant refere la deeision de cette affaire au chef
de F expedition, les Indiens se retirerent sans
commettre d'hostilites.
A cinq heures du soir, je retournai a bord
avec le capitaine Young, et les trois Mtimens
firent route pour sortir du SoundrA sept heures,
ie dirigeai ponr le detroit de .Chatham. En passant a terre de filot, nous eumes connaissance
dn bivouac que les Kodiaques que nous avions
rencontres le matin v a\ aieiit etabli. Ayant rail ie
la cut i • de Tile du Rot-Georges, i'anivai dans le
detroit que je descend is avec petit frais de la
partie du Sud.
Le 9.—Au j our, on tira un coup de canon et
l'on ln.ssa. au grand mat, le pavilion americam,
le pins co nn 11 des sauvages de ces parages. A
six heures, nous eumes connaissance dune.pirogue venantde la bande de lOuest; on nut en
panne pour 1 at I end re et elle nous ar cos la. A pres
qudqu"hesiIution, un des Indiens qu'elle portait monta a.bord, on il passa uue demirkeure,
ex am ina ni tout  avec la plus  graude attention,
.^**tW w5"
no VOVAGE
Juillet !8i8.
et avec toutes les marques de la mefiance ordinaire a ces peuples. 11 n'avfiifcTien a "Itaiter et
paraissait n'etre venu que pour nous recon-
ljaitre. Jusqii'a la rencontaiede cette pirogue,
nous tn'avions rien aperca, sat irente lieues de
cote de Fune et Fautre bande des detroits, qui
annoneat que ce pays eut des habitans. Je ralliai
la cote Est, sur laqueile je savais qu'dtaitisitue
le village de Hout6nau. A une heure du soir,
nous etions a trois ou quatre milles au vent de
Hoodbay, derriere la pointe Samuel, au Nord
de laqueile il se trouve. A mi-canal, nous eumes
la visite de deux pirogues, dont une fut reconnuc
pour celle de notre espion du matin. II avait
une assez belle peau de loutre que nous lui
payames en poudre.
A cinq heures, (boob Vii&mes su?r la cotefistj
les Indiens nous quitte*ent peu apreSi A sept
heures, nous fumes aceostes par une embarca-
tion venant du cote de Houtsnau. Un Indien,
d'une physionomie feroce, mais dont la mise
avait une sorte de pompe, monta a bord :il se
dit etre un chef {sinoket)<f Houtsnau, et avoir
fait plusieurs courses sur la e&te avec les Ame-
ricaMaS. Si me parut intelligent, et posseder 7«
AUTOUR DU MONDE.
JulUcl 181S.
des connaissances sur la traite el la nayi"alion
des detroit.s. IVnsaiit qu'il nous serait utile , je
lui accordai la permission qu'il ^< illicit ait, direst er a bord, Il renvoya aussitot son einbar-
cation. 0t me fit present d'une peau de loutre
et d une autre dc castor, pour lesquelles jelui
donnai, aussi a titre de present, de la pond n-
at une epee qui avait fixe son attention.
Nous eumes pendant la nuit des petites va."
ill-tes et des calmes a\ ee de la pluie, et tunics
obliges de beaucoup manoeuvre? pour nous detacher de la bande Est, sur laqueile le courani
nOUS porta jusqu'a minuit. Nous nous inaiii-
tinines au vent d Houlsnaii, et lr lo, au jour ,
nous etlOUS a j mi-tee de n-ccvi u r les embarcations des naturels. lien pai-ut |>1 u>n-m >, mais 11
. n'en a bord; i q u une seule , encore elk- n a p portait que du iioisson- Comme cet eloigm nn ni
conli rinai I 1 as.sei I ion de not re I r;u tant 0u I c b-
k i tan , qui ni" a \ a 11 a 1111 o 11 ce q 11 11 I j >  aurait j ia s
de traite a moins que le navir<- n<- viot an mouillage, M. Foucauit tut cxjh'iI ii' daiin une baleiniere annee pour recon nail re eel in d 1 lood ba} ,
qu'indiqiiait l'Indien, qui I'accompagna. La baleiniere ren i 111;i midi sans a voi r I rou\ <■ de n iou 11 - ill
itrh.;
.--?;! I-.;
Iii
72 VOYAGE
Juill»ti8iS.
Iage, le pilote Fayant conduite dans l'anse devant
le village de Houtsnau, ou Fon n'avait eu que
des sondes trop fortes.
La brise etant faible et la mer unie, il vint
jusqu'a onze pirogues, dont une montee par
treize hommes, une autre par sept, le reste par
un moindre nombre^ la plupart etaient armes
de fusils. Cette vue reveilla les craintes de nos
trembleurs, que la presence de plusieurs femmes
et de quelques enfans aurait du rassurer, si la
peur pouvait raisonner: d'ailleurs le Glet d'a-
liordage avait ete hisse, et toutes les mesures
defensives prises avant que le nombre des canots
devint considerable. Quelques Indiens furent
admis a bord, entr'autres un des principaux
chefs de cette partie, nomme Katahanack , et
son fils. La plupart des pirogues avaient apporte des fourrures, mais la mefiance naturelle
a ces peuples s'etant accrue de celle qu'ils re-
marquerent a nos gens, ils ne les produisirent
pas pour la traite.
Dansle courantdel'apres-midi, nous avions
manoeuvre pour nous maintenir a proximite du
village. Jeconservai ma position au vent d'Hout-
snau pendant la nuit, ne voulant pas sacrifier
II   ■ I ■  II   I 111 M      IIWHi   -)IM  h AUTOUR DU MONDE. n3
Juillet 1818.
aux t err curs paniques de Fequipage les avan-
tages que j'y trouvais pour la traite.
Le 11. — Les pirogues vinrenl a bord d£s
dix heures, mais en petit nombre et avec peu
de peaux. Les Indiens rc'itererent leurs ins-;
tances pour faire venir le navire au mouillage,
prelendant qu'au large la nioindre mer incom-
modait leurs pirogues le long du bord, ce qui
etait d'une verite evidente. A six heures du
soir, M. Foucauit alia cbercber un n 10 u ill age
dans Hood bav, ou il en trouva un passable..
Le 12. — Au matin, apres avoir pris toutes
les dispositions, nous arrivames sur la baie, ou
nous mouillames a dix heures et demie avec
une ancre a jet par trente brasses, fond de sable
vasard. Le navire fat In en lot en ton re d'un
grand nombre d'embarcations ; la traite se fit
rondemeul, et ne fut 11 oublee par aucune tentative de la part des Indiens, dont la conduite
ne donna pas de graves sujets de plainte. H n y
cut dadmis a bord que ceux qui avaient des
lburi'iires a tra 1 ter, et quelques cbels qui d ine-
rcn t avec nous. Je fus satisfait de notre homme
de confiance Youtchkitau, qui dans pi 1 isieu rs
circonslan< es nous previnI des 1 ues 1 ires qu i 1 y PI
74 VOVAGE
Juillet 1818.
avait a prendre. A trois heu»es la brise du Sud^
Sud-Ouest fit chasser Fai^erej le fond dela baie
n'etant pas sain, naous appareillames apres avoir
fait retirer les Indiens. Ayant mfe-le aaavire a
une distance suffisante de terre, on masqqa le
grand hunier pour la commodite des embarcations qui oousanivaient, afin de <£owtmuer les
^changes. Pendant «ette panne le navire derive
dans Fanse< devant le village d'Houtsnau , ou
nous renames en calme, mele de petites varietes,
pendant une heure, dans une position facheuse,
a petite distassoe de deux rochers qui en occu^
pent le milieu. A sept heures la brise dq Sud«-
Ouestnous mit a m^me de nous tirer de ce naau-
vais pas et de prendre ie large. Pendant que
nous etions par le travers de leur village, ces
Indiens afrborerpnt un pavilion blanc et le pavilion russe marchand} k une grande palissade
qui paraissait 4txe un ouvrage deTensif. Nous
Bepondimes a cette prevenance en hissant nos
couleurs. Je voulais-les assurer, mais Youtdh-^
kitau me fit entendre qji'un coup de ©anon re-
pandrait Falarme.
La nuit nous manoeuvrames pour conferver
notre position au vent. La brise fraichit assez AUTOUR DU MOKDE. n5
Juillet 1818.
pour faire prendre «p ris; mais elle molit le
matin. A cinqibevres et demie nous arrivames
sur Houtsnau.
Le 13. — A sept heures nous primes Ie plus
pres sous petite voile, et nous nous tinmes
jusqu'a la nuit a la distance de deux a cinq
milles du village. La mer 4tant unie et toutes
les circonstances favorabies , il vint beaucoup
d'embaroaiions avec iesqweiles la traite se fit
avec vivacite et d'une maniere paisible.
Ces deaatj ournees nous avaient valu quarante-
cinq peaux de loutre , sans compter les autres
fourrures de moindre valeur. La plupart de ces
objets s'>etaient payes en poudre, a raison de*
douze livres pour une peau de loutre. Ici
comme a jNoutka, les Indiens trouvaient nos
lainages tres-niauvais: quant aux fusils, il s'en
I Jhmcontrait parmi ceux de nos manufactures
quelques-uns qui leur convenaient; mais ils ne
voulaient a aucun prix des fhisils espagnols.
Au taux de ce marche, la poudre qui nous
restait ne pouvait suffire qu'a traiter pour deux
cents peaux de loutoe environ. Youtchkitau
fflfayamt assure que dans Cross-Sound et dans
le canal de Lynn je trouverais des fourrures a n6 VOYAGE
Juillet 1818.
moitie prix qu'a Houtsnau, je me decidai, d'apres son conseil, a faire une tournee dans cette
partie. A huit heures du soir nous dirigeames
vers le Nord avec une faible brise variable du
Nord-Ouest au Sud-Sud-Ouest.
Le 14- — Au jour, nous etions encore a vue
d'Houtsnau. Une pirogue, appartenant a des
Indiens auxquels on avait permis de s'amarrer,
nous quitta et fit route vers un groUpe d'ilots
au Sud de la pointe Augusta ou ils etaient can-
tonnes. A onze heures il venta joli frais de FE.;
le temps prit une mauvaise apparence et la
brume devint si epaisse qu'a midi nous ne
•pumes prendre qu'un relevemenf tres-incertain. La brise fraichit encore du Sud-Est, et le
temps s'embruma tellement que parfois on
n'apercevait ni Fune ni 1'autre cote, quoique
celle de l'Ouest fut a moins de deux lieues, et
celle de FEst-au tiers de cette distance.
A trois heures du soir nous entrames dans
Cross-Sound. La brise continuait a fraichir et
l'apparence du temps devenait de plus en plus
menacante. Dans de pareilles circonstances, il
me parut egalement hasardeux d'aller mouiller
a Tchiks sous la pointe Couverden, comme j'en AUTOUR DU MONDE. nn
Juillet 1818.
etais convenu avec le pratique, ou de m'engager
de nuit dans Fentree resserree du canal de Lynn.
L'Indien m'ayant indique une pointe basse sur_
la cote Nord - Est de File du Roi - Georges,
en dedans de laqueile il pretendait connaitre
un mouillage, je gouvernaidessus, sous la mi-
saine et les huniers babord amure. Mais en
appro chant la pointe, Youtchkitau montra de
Fin certitude, etme parla de rochers dont cette
partie etait bordee. La recherche d'un pareil
refuge me paraissant le dernier parti a prendre,
je me decidai a faire route pour le canal de
Lynn, dont les cotes sont saines et accores,
avantage qui compense en quelque sorte le defaut d'espace. A quatre heures, nous arrivames
vent-arriere le cap an Nord-Ouest du compas
sous la meme voile, mon intention etant de ne
pas faire avant le jour File Kitghaka, sous la-
quell$ .Youtchkitau m'annoncait un mouillage.
A six heures, la pointe Couverden etait par le
travers, nous donnames dans le canal.
La nuit, le vent fut de FE.-S.-E. variable,
bon frais tres-inegal; mais , a Fexception de
quelques rafales, plus moderees que je ne Fat-
tendais: le temps  fut  constamment pris  de
) nS VOYAGE
juiilrt 1818.
toutes parts, e* phwieux, aVee'tine brume qui
permettaft rarentent de voir la cdte, partout
tces-elevee, a plus d'un quart de lieue et ge'ne-
ralement a plusside deux encablures. A huit
heures, le courant portait scnsildement en dedans. Apres, avoir depasse les4lots Nord-Est
de la pointe Gouverden, nous louvoyames sons
la inisaine et les huniers , Un lis pris. Le peu
de largeur du Canal dans, cette partie ( out il n'a
que deux lieues) obligeait de faire les bor-
dees tres-cour tes , quoiqu'on les prolongcat
sous Fune et 1'autre cote a vue, c'est-a-dire a
quelques encablures.
Le 15. — A une heure du matin, le courant
reversa et porta au vent; on prit le vent de
Farriere en embardant sur chaque bord. Le
temps et la brise s'etant moderes, on largua les
ris, mais cette embellie fut de courte duree ;
peu apres en doublant hi pointe Retraite, le
vent repiit une nouvelle force par grains, avec
beaucoup de pluiej A deux heure% nous eianes
connaissanC*de.dittos ilots s'etendant dn Nord-
NorijUOuesfc au Nord-Est quart-Nord^dtt'cOB^
pas. A trois lifures, Youtchkitau me montra sod*
le vent, entee une llequJil dk 4tre Kkghaka et &
AUTOUR DU MONDE. ^ft
juillet 1818.
mi ilot ddns le Nord-Ouest > une passe qui de-
tait conduire au mouilldge, Un fort grain qui
survint dans ce moment m'emp$cha d'6$i*iver
dessus aussitot. En. attendant des circoii£tafi$8
plus favorableS, nous louvoyames entre File et
la cote Ouest, dans un espace de moins d'une
lieue* A quatre heures> le temps Sg decouvrit fet
le vent devint plus maniablerU^aril! d'aller
chercher le mouillage, je "ftonsultai de nouveau
notre In<Mlh sur la passe qu'il avait kidiquee. II
avoua francbement la meprifee dans laqueile la
brume Favait fait tomber, et me fit entdsalr©
que Cette passe n'avait pdS assez d'eau (elle
assecha dans le moment), et indiqua comme la
veritable un chenal sous le vent duquel nous
etions tombes avant que d'avoir tenu le pitta
pres. II fallut cOntinufer a louvoyer pour gagft^r
ce passage^ mais nos efforts furent sxhSm&&&&}
etant contraries par le fl©4 qui se fit sentir a
cinq heures portantcdkrls le NhM> A midi, le
navire etait entre la pointe Nord-Ouest de I^fcM
ghaka etla cote Ouestysbt Canal.Q&diqtt'a/une
deuHfheue a« plus des c6tes,nous ne pumes pas
avoir de relevemeht, l'^paisseur dela bfume ne
pCrmettant pas d© ies distinguer^ cette dlStatttefe.- 8o
Voyage
Juillet   1818.
Apres midi, la brise varia du-Sud-Sud-Est
a FEst-Sud-Est, et ces varietes nous etant
contraires, nous ne fimes que tres-peu de progres, quoique la maree eAt.reverse* et port&t an
Sud; mais parle gisement des terres, le jusan
avait beaucoup moins de force que le flot, dans
l'espece de cul-de-sac ou nous etions. Apres le
diner de Fequipage, j'expediai la baleiniere
sous-les ordres de M. Briole, pour aller avec
Youtchkitau reconnaitre le mouillage tant
desire. Efle revint a sept heures. M. Briole
n'avait trouve qu'un mauvais mouillage trop
rapproche de la cote, Ouest de llle situee au
Sud-Est de Kibghaka. Ne voulanfcpas restef
plus long-temps/dans le canal etroit ou nous
avions louvoye inutilement toute la journee,
et ou lanecessite de virer toutes les demi-heureg
hajfassait Fequipage, aussitot la baleiniere em-
barquee, nous aijcivames sous le vent des iles,
ou, ayant tout le canal Hbre, on peut cojti£&?
des bordees de plusieurs lieues. A hint heures,
nous doublames a trois encSblures le rocher
extremite Nord - Ouest de ce petit groupe.
Le temps s'eclaircit et la brise se modera variant du S.-E. a FE. En accostant la bande
<mi.m>!.mwj»m AUTOUR DU MONDE. -       81
Juillet 1S1S.
orientale, on sonda a plusieurs reprises, mais
on n'eut fond qu'a un demi-mille de terre par
cjnquante-huit brasses. On prit aussitot babord
amures. A neuf heures tout l'equipage, qui avait
ete sur le pont depuis quatre heures du matin,
put enfin prendre un peu de repos. La nuit se
passa a mancauvrer pour tenir le navire a distance des ilots a FEst de Kitghaka, sur lesquels
il etait porte avec force par le jusan, dont je
ne pouvais me permettre de profiter par le defaut de connaissance des localites. Je n'avais,
sur cette partie, d'autres donnees que celles
que four nit Vancouver, qui latepresente comme
unlabyrinthe.
Le 16. — Lorsque le jour se fit, la maree
etait etale et ne tarda pas a reverser. A cinq
heures on tira un coup de canon pour nous
annoncer aux Indiens du voisinage. Le vent
fraichit dans Fapres-midi en variant au S.-E.,
et fut encore accompagne du temps briimeux
et pluvieux qui durait depuis trois jours. A
deux heures, une pirogue, qui venait du Sud,
portait deux hommes et, une femme , nous
aborda. Un instant apres, le navire etant sous
la bande de l'Ouest, on envoya vent devant. En
T. II. 6
1
_-*rf^ m
■
^J
I lip
.117
1
, 8a VOYAGE
Juillet 1818.
voulant se haler a 1'autre bord, la pirogue vint
en travers, et se fit- passer dessus par la baleiniere , dans laqueile les. trois Indiens ȣe
sauverent. On mit aussitfrt en panne, et la
baleiniere fut expedyepoutfieeueillir lapiiJOgue
et les efFets. A la faveur dti jusaH qui nous avait
soutenus pendant la panne, nous doublames
une pointe qui nous avait arreles le matin, et
noUs nous elevames considerablement. A sept
•heures, on Vira pres de terre pour prendre la
bordee de l'Ouest. Peu apres il passa le long du
bord un jeune daim que la baleiniere fut re*-
cueiflir: il etait sans blessure et ne pouvait etre
a l'eau que depuis tres-peu de temps. La chair
de cet animal fut trouvSee excellente a la table
de Fetat-major, et refasee par l'equipage a qui
j'avais voulu en faire part; c'etait ^ disaient-ils,
4e la b^temorte- Ce daim a'Stafitprobablement
precipite en fuyant quelque ennemi, du haut
des rochers escarpes dont est bordee cette cote,
la plus sauvage que j'aie vue. Nous vimes aussi
un colibri qui voltigea quelque temps autour
du navire.
A huit heures, le rocher preS de Filot Noed*
Ouest de   Kitghaka nous obligea d'amver. AUTOUR DU MONDE. 83
Juillet 1818.
Nous louvoyames ensuite dans la cote Nord-
Est de File pour gagner un mouillage indique
par les: Indiens de la pirogue, qui hous quit-
terentaprep avoir radoube, en la cousant, leur
einbarcation defoncee des deux bords. Je fis
present) a la vieille naufrageeidbane couveit&irej
grise et d'un petit miroir quirfeut a represehter
la plushideuse figure qufait jamaisporteecrea-
ture-hiimaine.
Le in. — A cinq heures du matin, a deux
milles de la pointe Est de FitorKitghaiMyjj'ex-
pediai M. Partarieux pour reconnaitre le mouilf
Iage design^| qu'il trouva en effet dans le Sud-
Est. Nous dSrigeames dessus, mais la bride
etant>i/temb$i*?'graduellement a ealme , ncnfos
fames portes dans le Sud par le courant; et
ffialgre les effortf-de nO-s enlbarcatidn#yiiaou$
ftimes oblig^sfde mosaller adSt' heures, a moins
^ane erK&blure de la cote, f&f vingt-hmt
K^^ssfes. La fraicbeur du Sud-E&t s'etatfftfait
satttir'^l une heure du sSfer, on leva FancreMit
8fl fef'Jprefiidlfe un meilleur mouillage vers^i
pointe Nord-OueS, a de^'faScablures et dentfe
de terre, par trente-huit brasses fond de sable
vasard, avec petit cOrail et coquilles cassees.
6. 84
VOYAGE
Juillet 1818.
mm:
£e 18.—La pluie cessa le matin, et le temps
permit a nos gens de secher leurs effets et de
se refaire. Dans I'apres - midi il vint plusieuw
pirogues avec des fourrures, ce qui^parut faire
beaucoup de plaisir a Youtchkitau, qui etait
tout honteux depuis notre entree dans le canal
ou il s'etait mOntre* si mauvais pilote. A trois
heures, une belle pirogue armee de quinze
hommes arriva lelong dubord. Ayant reconnu
Katahanack, chef d'Houtsnau, et-son fils, je
les invitai a monter'a bord, et ils dinerent avec
nous. L'arrivee-de ces personnages et Faccueil
quecjeileupi%isais, parurent mecoirtenter Youtchkitau; mais il prit bientot dies manieres
plus amicales, s'entretint avec eux, ct ecouta
avec beaucoup d'attentijm un long recit qu'ils
lui firent, a la suite duquel il se repandit en
execrations contre les habitans d'Ako (')• Peu
de temps apres une grande pirogue entra dans
la baie par la pointe de FEst. Le chef et son
fils s'embarquerent aussitot dans la leur, pre-
parerent leurs fusils,;dont ils avaient dans un
coffre un nombre plus que suffisant pour celui
(0 Village situe a la partie Est de l'extremite Nord de Hie de
l'Amiraute, qui forme une langue de terre. AUTOUR DU MONDE. 85
Jinllri 1818.
de leurs gens, et allerent a 11-devant ties nou-
veaux venus qui s'approchaient en chantant.
Arrives a petite distance, ils helerent la pirogue
etrangere qui s a rrcla et bit aussitot ajbordee de
long en long par celle de Houtsnau. II se lit un
nnm\enieiii d'armes dans les deux embarcations, on se dispute un moment avec chaleur,
un des Strangers fat frappe et tomba sous le
COUp. Ses compagnons ccderenl aussilut. Les
gens de Katahanack enleverent des peanx, des
lusils, et se retirerent avec precipitation par la
passe en lre les deux lies. La pirogue pillee vint
a bord j elle appartenait a Ako et portait quinze
hommes et une femme, qui gouvernait. be blesse,
qui avait n-eu au bunt un coup de poignard
de la main du jeune chef, tot pause par
M. Vimont. Je lui fis un present ainsi qu a la
patrone qui avait la levre infdrieure decoree
d'une   <-non in-   ecuelle    '  . lis   a\ a lent  so us tra it
a la rapacite du corsaire, deux peaux quils
nous cede nn 1 pour de la poudre.
(*) Cette esp£ce d'ecuclle, de forme eHiptique, est excavde a
ses deux surfaces, et a communcment un demi-pouce erepais-
seur, deux de < I lam/-in- et trois de long. Elle caose nn ecoule-
ini-ii t de laltve qui n'est pas moins incommode que degoutant.
Les femmes la portent comme ornement: des leur plus jeune m
86 VOYAGE
Juillet 1818.
Youtchkitau donna toutes les marques de
la plus vive indignation en voyant la con-
duite de son compatriote; il nous parut qu'il
avait ete joue* par lui. Quelques heures apres ,
il montra lui-^meme autant d'avidite. Le pos^-
sesseur d'un manteau de pean d'elan, ne vou-
lant pas le lui oeder a son prix, il me demanda
la permission de le prendre de force, proposition que je repoussai avec mepris.
Le 19. — II vint plusieurs pirogues, mais
dans la crainte de se voir ranconnees par le
4ge on leur perce la levr-f jnferieure avec une espe«^d'epingle
de cuivre ou d'or qu'on laisse dans l'ouverture, on bien un
anneau de meme metal, que les jeunes filles conservent jusqu'a
Fage de 'puberte. On sttbstiluc h l'epingle ou a l'anneau une
petite ecuelle , ensuite une plus grande, a proporlion de l'ouver-
turej mais ordinairement cette ecuelle est de la grandeur ci-
dessus indiquee.
Je ja'ai-v.u que des femmes avec cette par are bizarre; cependant quelques Indiens de l'anse du Prince Guillaumc se font
aussi une seconde bouche a laqueile ils altacbent un ornement
plat et etroit, tire d'un coquillage solide et d'un os decoupe
comme une scie, du c6te qui paraft. D'autres se percent la
levre inferieure de plusieurs trous, et les garnissent de mor-
ceaux de coquilles tailles en forme de clous. Les Indiens ont un
gout si passionne pour cette parure, qu'ils mettent quelquefois
des clous de fer et meme des boutons de cuivre dans la levre
percee.
JWMtlMWU'WMWW AUTOUR DU MONDE. 87
Juillet 1816.
corBaire Katahanack, elles ne portaient que
des fourrures de peu de valeur, a Fexception
d'une seule peau de loutre. Ge coptre-temps
inopinefitevanouir les esperances qui m'avaient
porte k visiter cette partie, et me determina a
ne pas y faire jm long sejour. Je renoncai aussi
au projet que j'avais con^u , sur l'avis de
Youtchkitau, de pousser jusqu'a Tchilkat, au
fond de la branche Ouest du canal de Lynn ,
a cause de la difficulte d?en sortir en remontant
contre les vents du S., frequens dans cette sai-
son, et Fincertitnde de trouver des pelleteries
. chez les naturels de ce canton, connus d'ailleurs
ppur les plus feroces et les plus entreprenans
de la cote. D'apres ces Considerations, je resolus
de sortir du canal au premier vent favorable,
et de retourner dans le detroit de Chatham,
dont j'avais a regretter dem'etre eloigne.
La baie C1) que les Indiens nous ont designee
sous le nom de Koulikikakoa et a laqueile
avant de le connaitre j'avais donne celui de
Balguerie, est fbrmee par les deux iles Kit et
Haka dont les cotes font un arc coupe en deux
m
■  (0 Les pointes extrlmes de la baie gissent Ouest-Nord-Ouest
st Est-Sud-Est.
_^-K^ 88 VOYAGE
JallUt l8i8.
parties, par un chenal de moins d'un quart de
lieue. Celle de l'Ouest, appartenant a la grande
ile, est la plus considerable. La pointe Ouest
et toute la cdte de ce cote est saine et accore. La
pointe Est, ainsi qu'une partie de la petite ile,
est bordee de rochers dont un epi qui couvre
la pleine mer, s'etend a trois encablures de la
pointe dans le Nord-Ouest. Le meilleur mouillage est sur la cole Ouest, a quelques encablures
de la pointe, ou l'on trouve moins d'eau que
dans celui que les circonstances me firent
prendre plus au Sud. Dans cette partie, on a
Favantage d'etre mieux abrite des vents de
S.-E.; mais le fond augmente a mesure qu'on
s'approche du canal. A son entree, la cote Ouest
est bordee d'un platin sur lequel il reste peu
d'eau a mer basse; 1'autre bande est accore. On
trouve trente-cinq brasses par le travers de la
passe a une encablure en dedans, et quarante
brasses un peu plus loin. Elle a environ une
demi-lieue de long, sur une largeur de deux a
cinq *encablures. II y a beaucoup d'eau et pas
de dangers. Les courans y sont forts ainsi qu'a
la pointe Est de la baie, ou ils causent de vio-
lens remoux. Us se font beaucoup moins sentir AUTOUR DU MONDE.
Juillet 1818.
89
dans la partie ou nous mouillames. Le in,
jour de la pleine lune, la mer fut haute vers
une heure et demie. Je ne pus m'assurer de la
quantite dont elle marne; c'est de dix pieds
environ.
La baie de Balguerie ( Koutikikakoa) est
une position centrale, ou, dans des circonstances moins defavorables que celles ou nous
nous sommes trouves, on peut recevoir les
fourrures du canal de Lynn et de la partie Nord
de l'ile de l'Amiraute. L'eau et le bois s'y font
facilement a petite distance du bord; mais
ainsi. que sur toute la cote, il est bon de' pro-
ceder a ces operations en arrivant, pour nepas
donner le temps aux Indiens de tramer quelques
surprises.
Le 20. — Nous appareillames a onze heures
. et sortimes par la passe entre les deux lies, sur
lesquelles nous apercumes des ruines d'habita-
tions avec une palissade abandonnee. A midi,
a Fextremite Sud de ce petit chenal, on releva
la pointe Retraite au Sud i4 deg. Ouest, a six
milles de distance. TJne bonne hauteur donna
pour latitude 58 deg. 33 min., position plus
Nord de huit minutes que celle assignee par
._*mm&& 90 VOYAGE
luillct 1818.
Vancouver. La distance de la pointe Retraite
me parut aussi de trois milles plus grande que
celle indiquee sur l'atlas, et lalargeur du canal
entre les iles est incontestablement moindre. Je
me crois fonde en raison sur ces details peu
importans, ce parage n'ayant ete explore ou
plutot traverse par les dignes collaborateurs de
Vancouver, que dans des circonstances tres-
peu favorabies, et en partie pendant la nuit.
A dix heures du soir, nous doublames la
pointe Couvorden, et nous nous trouvames
a Fentree de Cross-Sound, le cap sur l'ile de
lA.mir3.ute a petite distance. Le courant. portant encore au vent alors faible du S.-E., nous
empecha de virer. Apres plusieurs tentatives
pour changer d'amure, tant vent devant que
vent arriere, le navire etant pres de terre, la
baleiniere fut nuse a la touline, et prit enfin
lof pour lof.
Le 01.—La matinee se passa a louvoyer pour
gagner le detroit; mais le courant, qui fut cons^,
tamnient contraire, paralysapresqu'entierement
UQs efforts, et nous ne fimes que tres-peu de
progres. II vint de File de FAmiraute une pirogue qui n'avait pour traiter que de mauvaises
'wm^ AUTOUR DU MONDE. QI
Juillet 1818.
petites peaux. Ce qui nous fit encore moins de
plaisir, fut la nouvelle de Farrivee d'un brick
que les Indiens avaient vu s'elevant dans le Sud.
A quatre heures, le vent passa a l'O. et donna
par raffales. Nous embouquames le detroit de
Chatham que nous n'avions pu atteindre jusque
la, et, quoique le vent eut molli dans la nuit,
nous nous trpuvames a six heures du matin par
le travers d'Houtsnau.Onapercut dans leport,
au Nord pres du village, un brick qui tira un
coup de canon et liissa le pavilion des Etats-
'Unis; nous mimes le notre*
Leoo.—Il vint un grandnombre d'Indiensavec
des fourrures; mais il n'y eut pas de traite, le
seul article demande en echange etant la poudre,
dont je ne voulus pas donner la meme quan-
tite que preg^demment, Youtchkitau m'ayant
fait entendre que ce taux etait trop considerable et pouvait etre diminue en donnant en
compensation des haches et autres butils de fer
dont nous Etions abondammeritpourvus. Lesln-
diens nous quitterent avant midi: j'esperais les
voir revenir, et je me proposals de me relacher
demes pretentions plutot que de ne rien faire 7
mais mon attente ne se realisa pas, et j'eprou- 9«
VOYAGE
Juillet l8l8 .
vai, comme je venais de le faire en quittant
Houtsnau pour le canal de Lynn, que le mieux
est souvent l'ennemi du bien.
II ne resta le long du bord que la pirogue
de Youtchkitau, qui avait amene une de ses
femmes, son fils, enfant, et ses trois freres. Je
donnai quelques bagatelles a la femme et a Fenfant. Youtchkitau, apres s'etre long-temps con-
certe avec ses freres, me temoigna le desir de
retourner chez lui pour mettre ordre aux dilapidations que des etrangers y faisaient pendant
son absence, sans que ses femmes pussent Fem-
pecher.il me fit a ce sujet une longue narration,
ou je ne vis clairement que sa mauvaise foi,
son avidite et son effronterie a demander. H
partita six heures, emportant, outre ce que je
lui avais donne precedemment, un petit assor-
timent, principalement compose de quincail-
lerie, mais non certain fusil a deux coups, qui
depuis quelques jours etait Fobjet de sa con-
voitise et le theme de ses importunites. Afin de
vaincre ma resistance, il joua, au moment de
son depart, le role de blesse en artiste consomme : il feignit une chute qui lui arracha
des plaintes lamentables, le coup, a Fen croire, AUTOUR DU MONDE. q3
Juillet  1818.
ayant porte sur d'anciennes blessures, dont a la
verite il etait couvert.
Dans ces entrefaites, le brick etait sorti du port
et portait sur nous; je mis en panne, et ilpassa
a poupe. Nous demandames etregumes recipro-
quement les renseignemens d'usage. Ce navire,
sorti de Boston depuis dix-sept mois, se nommait
leBrutus, etait commande par le capitaine Nye,
qui s'offrit de m'accompagner dans le port, si
mon intention etait d'y mouiller. Esperant re-
cueillir des renseignemens, j'allai a son bord
avec M. Vimont. L'accueil que j'eprouvai du
capitaine Nye fut celui  de   la bienveillance
plutot que de la rivalite. II parut etonne de
trouver dans ces parages un navire sans pratique, surtout sortant du canal de Lynn, la partie
la plus dangereuse de la cote. « Vous etes sans
» doute venu anterieurement dans ces parages
» sur nos batimens? me dit-il; je lui repondis
» que non. — Mais vous avez quelqu'officier
» qui les connait?—Aucun. — Comment faites-
» vous donef — Et vous - meme ? — Moi, j'ai
» fait trois voyages a la cote comme officier,
» avant de commander.— Un de vos compa- 1 $p-
I
fJCli,.
'litlfll 1
■■•i-i--.
l,HI
•afilii''
toNi
94 VOYAGB
.  Juillet 1818.
» triotes a commence le premier cette naviga-
» tion, sans guide; je fais comme lui. »
Nous convinmes d'aller moui 1 ler dans le
port du Sud au fond de Hood-Bay, preferable
a celui du Nord, et de partager les prodtnts de
la traite tant que nous serions ensemble. Je re-
vins a bord a onze heures.Le reste de la nuit
se passa a courir des bordees. Le Brutus nous
gagnait au vent et de vitesse.•■
Le 23. — Au matin, le Brutus nous envoya
son second officier pour nous piloteTj il prit
ensuite-les devans, et nousle sui vimes en l6tf-
geattt la cdte Sttd de Hood*Bay. Nous ran-
geames a petite distance un rocher, a deux
encablures de la cote, qui etait decottvert, la
maree du j us an etant presqu'etale. A onze hetri^eir
nous entr&mes dans' le port, nomme TchastiehT
par les Indiens, et Suddsti^fiarbour par les
Am&teAins, du nom du capitaine qhJ y moiffflj
le premier. A midi", le brick laisKftetortber son
aiifcre a Fentree* de la petSteTanse situee a Vex-
tremite* Sud-Ouest du port. Peu apres, la brise
ei&ht tombee, nous mimes a la fottline nos deux
baleitii£res et le'&inot du Bfafflus*.'hes embar- AUTOUR DU MONDE. q5
Juillet i«i8.
cations ne pouvant plus gagner, nous mouillames une grosse ancre a jet a moins de cent
brasses dans FEst du Brutus. Cette prOximite
nous obligea aussi a affourcher a contre, c'est-
a-dire dans le Sud-Est, partie dont le/vents
soufflent le plus ordinairement et avec le plus
de force dans cette saison.
II ne vint a bord des deux navires que pteu
d'embarcations, avec des fourrures d'animaux
terrestres seulement. J'allai passer l'apres-midi
avec le capitaine Nye, qui etait incommode.
Nous parl&mes principalement de la navigation
de la cote. II venait de faire le tour de File de
l'Amiraute, et n'avait recueilli qu'une seule
feffirrure. II me donna des renseignemens sur
differens points de la cote.
II venta bon frais du S.-E. dans la matirtee :
Fancre d'affourche chassa. On vira dessus dans
un ae-sai&Eii," et on mouilla celle idu" bossoir de
babord par huit brasses, fond de coquillfe&-bri-
sjfes, mais a quarante*-cinq brasses seulement
dans FEst de la grande airere^^ffet, et a Upfe
demi-encablure du Brutus.
Le capitaine Nye ayant resolu de ne pas-'pTO-
longer son sejour mfructueux a ce mouillage 96
VOYAGE
Juillet 1818.
m'envoya quatre peaux de castor ou de loutres
de terre, moitie du produit de sa traite; la
notre avait ete encore plus insignifiante, il
recut en echange quelques quincailleries.
Comme il etait toujours souffrant, j'allai le voir
avant son depart. II me remit une serie de
papiers americains qui allait jusqu'au mois
d'octobre 1817. Nous nous donnames recipro-
quement quelques provisions, dont nous n'e-
tions pas plus riches Fun que 1'autre, et nous
times quelques petits echanges.
Afin d'eteindre une concurrence, qui malgre
la faiblesse de nos moyens ne pouvait que lui
etre nuisible, le capitaine Nye me proposa de
lui ceder ce qui nous restait de cargaison.
Quoique F experience m'eut prouve l'impossi—
bilite de tirer parti d'objets si mal assortis,
j'abandonnai toute idee d'arrangement en ap-
prenant qu'il n'etait autorise a me donner en
echange que des fourrures de terre. 11 m'en-
gagea a passer a Sitka, ou devait se trouver le
capitaine Davis, co-armateur et supercargue
de plusieurs navires de la cote, et muni de
pouvoirs plus etendus que les siens.
Jepris pour renforcer l'equipage, qui comp-r AUTOUR DU MONDE.
Juil.'et 1818.
97
tait toujours beaucoup de malades, deux jeunes
gens des Sandwich des quatre qui etaient a
hord du Brutus. II appareilla a six heures.
Nous eumes peu apres la visite de Youtchkitau, qui vint a bord avec deux peaux dont il
me fit present. Apres avoir refuse le fusil a
deux coups, il en demanda un de munition et
de la poudre. II me fit unlong recit, ou je crus
Comprendre   qu'il m'annongait beaucoup de
fourrures pour lc lendemain. Mais cet avis ne
se verifia pas, le peu de pirogues qui vinrent a
bord n'avaient a nous offrir que du poisson et
des petites fourrures, et Smed,  chef que je
connaissais depuis Sitka ,  m'annonca que le
plus grand nombre des Indiens etaient partis
pour la chasse aux loutres et ne reviendraient
pas de plusieurs jours. Cette nouvelle faisant
evanouir tout espoir de succes dont je  m'etais
flatte apres le depart du brick, me decida, en
attendant  la  rentree des chasseurs,   d'aller
tenter fortune dans Frederick-Sound, ou Nye
m'avait fait esperer de trouver les Indiens de la
tribu de Kekh.
A huit heures du soir nous appareillames et
sortimes du port au commencement du jusan,
t. 11. 7 ill
q8 VOYAGE
** Juillet 1818.
et nous dirigeames vers le Sud. Nous fimes peu
de progres la nuit, pendant laqueile il n'y eut
que des risees variables et des calmes, ainsi que
le lendemain.
Les 25-27. — La nuit suivante, nous nous
elevames beaucoup a la faveur des varietes du
S.-E. au S.-S.-O., et surtout du jusan. Mais
tout ce que nous pumes faire le matin fut de
nous soutenir contre le Hot. II venta bon frais
du S.-E., avec grosse mer et une brume si
epaisse, qu'a midi nous ne pumes relever que
la pointe Gardner. Les courans, qui me paru-
rent irreguliers, ayant ete presque toujours
contraires depuis le jour, nous ne piimes doubler qu'a cinq heures du soir la pointe Gardner, en passant a petite distance des rochers
qui sont au Sud.
En avancant dans Frederick-Sound, la brise
se modera et nous trouvames la mer belle,
mais la brume devint de plus en plus epaisse.
Nous primes cependant a huit heures un rele-
vement que, malgre le soin que j'y apportai,
je ne pus faire cadrer exactement avec la carte
de Vancouver. Nous eumes pendant la nuit des
calmes et des varietes, beaucoup de pluie et une
ism. AUTOUR DU MONDE. 99
Juillet 1818.
brume epaisse coupee d'eclairs. Nous manceu-
vrames pour tenir le navire a mi-canal et ne
pas depasser la pointe Macartney (Est du port
Cambden), au-dela de laqueile il se re'trecit et
est parseme de rochers. Le jusan nous servit
sous ce rapport, mais il nous porta a plusieurs
reprises sur la cote, qu'on ne voyait pas la plupart du temps.
Le 28. — Ce temps desagreable se prolongea
toute la matinee, dont le commencement se
passa a manceuvrer pour gagner le large a la
faveur des risees. A six heures nous etions en
calme plat, lorsqu'un bruit confus de brisans
se fit entendre dans le Nord. La sonde donnant
en meme temps vingt-trois brasses, gravier et
coquilles brisees, on mouilla l'ancre a jet. Le
navire evita au jusan qui portait Sud-Ouest. A
sept heures trois quarts, le rideau de brume se
levant, on eut connaissance des terres de l'ile
de FAmiraute, dans la partie du Nord, les plus
pres a quatre encablures seulement. Les embarcations sonderent autour du navire, et ne
trouverent pas de difference marquee dans le
brasseyage ni la qualite du fond. On tira un
coup de canon pour attirer les Indiens.
^--** ■*.«!
I
VOYAGE;
Juillet 1818.
Ii
PappareiH&i a une heu¥e du soir avec une
bri^e du Siid. Mon intention etait de rallier la
cote 8nd du canal, ou je savais par Young
?fh*B y a mouillagepa-rvingt brasses, a un mille
de terre entre les pointes CornWalis et Kingsmill.
Mais la brise mollitbientot et deg&lera en risees
variables melee's de calme. Le peu ePair qui se
fit sentir vers le soir etant directemenHS-'de la
partie ou je voulais m'elever, je ne pus gagner
que lemilfeu du canal. Nousy passames presque
toute la nuit en calme, avec moins de pluie
que la pr^t^dente. La brume ne -fbrmait qu'tfii
rideau transparent a l'horl£6&4& travers duquel
on apercevait de temps en temps Ies deUx c&tes.
Le navire fut entoure de baleines, mugissant,
soufflant, battaritfes vaguesdeleur-queueavec
un bruit epotiVantable. L'amour et ses fureurs
etaient sans doute pour beaucoup dans;tout ce
fracas, car il nous sembla que plttsieurs 'de ces
monsttes etaient accotrpl&s0
Le 29. — A deux Beures da matin, la brise
se leva du S.-E.; on orienta babord amure.;*&
trois heures, & Fembranchement des tr6is:d&-
troits (0, la force du vent qui enfilait Ghrlstiad*-
(•) Le detroit de Chatham, Christian-Sound etFrederic-Sound.
I! AUTOUR DU MONDE.
IOI
Juillet 1818.
Sound,augmenta considerablement. Apres avoir
vire, nous trouvames la brise plus moderee en
rentrant dans Frederick-Sound. Ayant gagne
Fentree du port Cambden, on tira deux coups
de canon pour annoncer le navire aux Indiens
Kekh qui l'habitent dans cette saison. Aperce-
vant un feu en dedans de la pointe Macartney,
je dirigeai dessUs. A une heure, rien ne parais-
sant, M. Foucauit fut expedie pour chercher
un mouillage sous l'ilot, extremite Ouest du
port. A trois heures, il arriva enfin une pirogue,
venant du fond, et peu apres il en sortit une
autre d'entre les ilots, qui, sansaborder, parut
prendre des renseignemens de la premiere.
M. Foucauit revint apres avoir trouve un mouillage ; d'apres son rapport, nous arrivames sur
l'ilot le cap au Sud-Sud-Est demi-Est, mais
bientot nous donnames plus au Sud, sur Favis
d'un des Indiens venus dans la pirogue, qui
indiqua sur cette premiere route un banc de
sable que nous reconmimes en effet en appro-
chant. Nous rangeames la cote Nord-Est de
l'ilot, depuis sa pointe Nord, a la distance de
trois a cinq encablures. A cinq heures, on
mouilla par trente-cinq brasses, coquilles bri-
lii
.^atffr 102
VOYAGE
Juillet 1818.
sees, dans une anse spacieuse formeepar plusieurs ilots. II vint plusieurs pirogues, mais
comme la plupart n'etaient qu'en reconnaissance, comme celle du matin, nous n'en eumes
que deux peaux. Une pirogue du matin partit de
bonne heure pour faire son rapport au chef qui
Favait expediee, nomme Tachahanak, dont les
naturels nous parlerent comme d'un grand personnage. Les autres ne -nous quitterent qu'a
neuf heures et passerent la nuit sur les ilots
voisins. Tous ces Indiens avaient e'te fort pai-
sibles.
A six heures, j'allai reconnaitre une coupee
qu'on voyait des hunes entre les rochers qui
cement les ilots, et que le jusan laisse a decou-
vert. Je trouvai dans l'Ouest, entre l'ilot du
mouillage et le second, une passe qui a assez
d'eau pour les plus gros vaisseaux, mais qui est
trop etroite pour pouvoir etre tentee, a moins
de circonstances particulieres et de grandes
precautions. Elle conduit a un bassin spacieux,
tres-decoupe, et ayant une communication di-
recte avec le detroit par le Nord-Ouest.
Nous eumes quelques pirogues le long du
bord, mais elles avaient peu de peaux, et ces AUTOUR DU MONDE.
io3
Juillet 1818.
Indiens, qui avaient plus besoin de vetemens
que de munitions, trouvaient, comme tous les
autres, que nos lainages ne valaient rien, malgre
le soin qu'on avait eu de faire des manteaux de
,drap bleu, garnis de galons et de boutons.
J'allai une seconde fois dans le port, dont je
reconnus la communication avec  le Sound.
La rencontre de plusieurs pirogues me fit ral-
lier le bord plus tot que je ne comptais, les
naturels de cette partie m'inspirant peu de con-
fiance. C'est par eux que dans les commence-
mens de Fetablissement ala Nouvelle-Archangel,
une expedition considerable de chasse fut surprise a la pointe Macartney. Sur trois cents
. chasseurs, pres de deux cents furent tues ou
pris, le reste erra long-temps dans les bois,
une partie seulement put regagner Fetablissement, 1'autre perit de misere ou fut esclave.
Pendant mon sejour a la cote, un de ces mal-
heureux fut ramene a la Nouvelle-Archangel
par un Americain qui Favait rachete des sauvages.
Le 31. — A une heure du soir, Tachahanak,
un des principaux chefs du pays dont j'atten-
dais la visite avec impatience, arriva dans une m
Io4 VOYAGE
JuilM 1818.
belle pirogue arme'e de six nageurs, avec ses
deux femmes, un enfant, et son-frere, que nous
avions deja vu le matin. Ce personnage debuta
par me faire present de cinq peaux, mais ce
que je lui ofFris en retour de cette generosite
fut peu de son go4t> et malgr&la collation qu'il
prit e t les largesses que je fis a ses femmes, nous
eumes de la peine a nous arranger; car ne Iron-
van t pas a bord les objets qui auraient etc Id
plus a sa bienseance, il voulait tout ce que nous
avions. Au reste, ces deux freres joignaient a
une physionomie assez agreable une certaine
tenue et une propretecomparative qui ne lais-
saient a leur exlerieur qu'une partie de cette
rudesse sauvage, qui caraeterise les Indiens du
Nord. Us etaient completement habilles a Feu-
ropeenne, a la chaussnre pres, Les deux femmes
etaient aussi assez propres. Tachahanak nous
quilta a sept heures.
Ce mouillage, appele Tika par les naturels,
n'a rien qui le rende particulierement recom-
mandable sur cette partie dela cote de Kekh (1)
qui en offre partout. En venant le chercher,
|J) C'est le nom <|ue les Indiens donnent aux deux lies qui
forment la cdte Sud de Prederic-Soufld. Elles ne sonte^parees AUTOUR DU MONDE.
l©5
Juillet 1818.
il faut-sem^fierdu (forager qui nous fit changer
de route : c'est un rocher qui decouvre sitae
dans FEst-Nord-Est de la pointe Ouest, et de
Filot place a Fextremite Ouest de Fentree du
port Cambden, et dans le Nord-Ouest quart-
Nord de notre mouillage. De cette position,
nous relevions a l'Est-quart-Nord-Est un autre
rocher vers Finterieur. Les pointes gissent a
peu pres Est-Sud-Estrdemi-Sud etOuest-Nord-
Ouest-demi-Nord. La passe etroite qui mene au
bassin dans l'Ouest git au Sud-Sud-Ouest demi-
Sud de l'ilot devant la pointe Macartney: c'est
un vrai port ou l'on peut se mettre parfaitement
a l'abri. II parait y avoir plusieurs passes parmi'
les ilots de la partie de l'Ouest. Quelques-uns
de ces ilots sont eleveset boises; le plus haut
est remarquable : taille a pic, il represente une
tour antique, avec une terrasse couverte d'une
belle verdure, qui fait ressortir la blancheur
du rocher.
que par un canal parsenie de rochers, qui n'a que quelques
encablures de large et court a peu pr& Word et Sud. Celle de
l'Est est de beaucoup plus petite, et est cUcoupee en dente-
lures de la maniere la plus bizarre. Vancouver ne leur a pas
assigne de nom, quoiqtfil ignor&t celui que leur' donnent le»
naturels.
I Io6 VOYAGE
Aofct 1818.
Ce jour, vingt-septieme de la lane, la mer
fut haute a onze heures et demie du matin.
Elle me parut marner de douze pieds. Les courans sont faibles. Nous les avons toujours
trouves de meme dans Frederick-Sound.
Le 1" aout. — Nous appareillames de bonne
heure de la rade de Tikat Nous passames entre
les deux bancs qui decouvrent, et nous sor ti n ie s
du port Cambden par la grande passe. A huit
heures, nous etions en canal: nous louvoyames
pour gagner Fembranchement des detrbits, mon
intention e"tant de retourner a Houtsnau, ou j'es-
peraisrecueillir, sans concurrent, le produit de
la' chasse que les Indiens avaient du fane en
notre absence. A midi, le calme nous pritravant
d'avoir double la pointe Gardner. On sonda plusieurs fois avec cinquante-cinq brasses de ligne,
sans avoir le fond, a moins d'une lieue de l'ilot
et de la cote qui s'etend dans le Nordr-Est.
Le 2. — A quatre heures du matin, la brise
se leva du N.-O.; nous doublames la pointe
Gardner, en passant a terre de l'ilot, et nous
entrames dans le detroit de Chatham, ou nous
nous elevames considerablement a la faveur du
flot. A midi, courant sur l'ile de l'Amiraute, AUTOUR DU MONDE. IO7
Aofct 1818.
on eut connaissance de F avant, d'un banc de
rochers de deux encablures environ d'etendue,
a cinq ou six encablures d'une cote basse for-
mant une anse. Nous en virames a petiffe
distance. Ainsi que-la pr^cedente, cette journee
fut superbe. Nous eprouv&mes plusieurs bouf-
fe*es de vent chaud. La brise fut singulierement
inegale dans la nuit, donnant tantot par fortes
rafales de l'O. au N., aussitot apres calme
plat, risees variables, puis de nouveau grand
vent. La mer fut houleuse et agitee d'un fort
clapotis, quoique le courant se fit sentir a
peine. Nous eumes une aurore boreale.
Le 3.— A trois heures du matin, nous
trouvant au vent de Fentree du port, nous arri-
vames sur Hood - Bay (Tzakoa ) dont nous
rangeames la partie Sud a bonne distance, a
cause des rochers qui la bordent et que le flot
couvrait alors. A quatre heures, on arma les
avirons de galere, et les baleinieres prirent la
tbuline : peu apres nous entrames dans le port
de Suddart ( Tchatkih ) avec commencement
du jusan, et mouillames dans la passe a cause
de la faiblesse du vent.
Nous recumes la visite de notre ex - traitant -•Ii"
H'lHi I
ill
pi
I08 VOYAGB
Audi 1818.
Youtchkitau. II me fit un long recit, que je ne
pus comprendre, sur la guerre de Katahanack
avec ceux d'Ako , sur un brick mouille a
Kutzetll dans Gross-Sound, et enfin sur le
mauvais succes dela chasse. Apres avoir parle
du denuement de" fourrures a Houtsnau , il me
dit qu'on en apporlerait beaucoup si je voulais
les payer sur l'ancien taux, cequejenebalangai
pas a lui promettre. Je fus surpr^de le trouver
avec ses femmes, dans cet endroit ou £1 etait
campe pour je ne sais quelle raison.
Le 4* —"A sept heures du matin, nous appareilla mes avec la fraicheur du Nord-Ouest,
pour aller prendre notre ancien mouillage dans
l'anse du Sud-Ouest. Par la securite dans laqueile me mettail la certitude qu'il n'existait
dans le port aucun danger qui put endonimager
le navire, je portai moins d'attention a la route
que je ne Faurais fait dans d'autres circonstances. Je pensai trop tard au banc de sable
qui cerne une partie de l'anse, et jen'apergus,
qu'a tres-petite distance souafle vent, les goe-
mons qui signalent satete. Le peu d'air qu'avait
le navire ne lui permit pas d'arriver assez vive-
ment pour le parer. Je fis de suite revenir au
■It   ■■I.MUgjiifW AUTOUR DU MONDE.
Ao&t 1818.
109
vent dans Fespoir de trouver quelque coupee
dans la partie de Fepi plus a terre, que je
savais etre tres-etroite et avoir un bon fond,
Mais a neuf heures trois quarts le navire toucha
sans la moindre secousse, par son avant qui
se trouva par onze pieds d'eau, tandis qu'il y
en avait quinze derriere. Sachant que dans la
position ou etait le navire, Fechouage ne pou-
vait avoir de suites facheuses, je laissai au flcft
qui se faisait le soin de le relever. Les ba-
leinieres qui furent sonder ne trouverent pas
meins de dix pieds d'eau, sur un fond coquille
et gravier. Le banc par son milieu n'a que
quelques brasses de large dans la direction Sud-
Ouest , qui etait celle du navire. Au bout de
trente-cinq ou quarante minutes la maree mon-
tant nous remit a flot. Apres avoir franehi et
etale a plusieurs reprises a cause des inegalites
•du banc, le navire arrete par son arriere fit
une grande arrivee, flotta entierement et le
doubla en passant sur sa tete. Nous mouillames
un instant apres et affourcMmes sous voile.
J'envoyai aussftot des corvees au bois et a
l'eau ettous les ouvriers travaillerent dans leurs
parties respectives. ..if;. -■
' ill ■ -
HO VOYAGE
A.,tit <8i(.
Le 5. — Les pirogues qui vinrent a bord,
ne se trouverent pas plus riches que celles de
la veille qui n'avaient eu a offrir que du
poisson et des fourrures de terre. Smed arriva
le soir, accompagne d'un autre chef, avec un
appareil qui nous fit concevoir des esperances.
Il me donna d'abord deux peaux de castor,
mais en vertu de cette largesse, il se crut au-
torise a faire des demandes exorbitantes. II ne
fut pas plus modere en traitant pour son ami,
qui avait trois peaux dont nous ne pumes nous
procurer qu'une seule pour de la poudre au
prix courant. Smed se conduisit d'ailleurs avec
beaucoup de decence a son ordinaire, et je lui
permis de coucher a bord. De tous les Indiens
de cette c6te, aucun n'avait autant de douceur
dans la.physionomie et dans les manieres. Mais
si son regard n'annoncait pas la ferocite, on y
voyait percer Fenvie : c'est le second vice qui
caracterise ces peuples. Du reste Smed etait
rempli d'intelligence; il paraissait conna$fre,
parfaitement les canaux de la partie Nord, et
je le vis tracer une esquisse exacte de la petite
Kekh, remarquable par ses sinuosites et les
coupures de ses cotes. II m'avoua qu'il ne res-
III! AUTOUR DU MONDE.
Ill
Aout1818
tait que tres-peu de fourrures dans le detroit,
et sur le reproche que je lui fis de m'avoir
induit en erreur a mon dernier passage, il
donna sur ce qu'il m'avait communique alors
une explication bien differente du sens que j'en
avais tire. H m'assura qu'il n'y avait que peu de
peaux de loutres a esperer dans cette partie de
l'annee; qu'il commengait a s'en trouver en
decembre, et qu'elles seraient abondantes en
fevrier. D'apres ces renseignemens, et ce que je
voyais moi-meme, je resolus de quitter au plus
tot ce mouillage. J'aurais beaucoup regrette le
temps que je venais d'y passer, s'il n'avait ete
;mis a profit pour divers travaux indispensables.
On avait peint le navire, tenu les gries, fait du
bois, de l'eau et de la bierre. La seule peau
que nous nous procurames cette fois, fut la
sOixantieme recueillie dans le detroit, ou pour
mieux dire a Houtsnau.
Nota. II n'y a pas de dangers entre les points de Hood-Bay
que les Indiens appellent Tzakoa : elle est egalement saine dans
son milieu et la partie Sud, mais on rencontre des bancs de rochers dans le Nord et l'Est, et il y en a un qui s'etend a pres
d'un mille de terre. On voit aussi des rochers a la bande du Sud,
mais ils ne portent guere qu'a urie encablure et demie de la
c6te; ils decouvrent a mi-jusan. Ils s'etendent moins vers Fentree Si
m*
■l   •[ • mil,
jJBi
IIs VOYAGE
Aout 1818.
du port. Celui qui s'eloigne le plus de la cdte est a pr& d'un
mille de la partie Ouest de Fentree. Derritere Ies rochers qui
decouvrcn t dans le Nord-Est, est un petit canal qui va joindre
Ie bassin en arriere du village de Houtsnau. Ce bassin, parfai-
tcmcnt ferme, a une seconde communication avec le detroit,
aboutissant a l'anse Nord du village. C'est par celle-ci que nous
vimes sortir le Brutusf Fune et 1'autre sont tres-etroites et les
marees trfe-rapides. Je n'ai pas vu ce port et n'en coimais
point les details j mais d'apres ce qui m'a etii rapports, il ne
vaut pas celui de Sud dart. Dc Fentree de ce dernier , qui pa-
ralt avoir un mille de large, on rclc ve les ex tremites de Hood-
Bay environ Ouest et Nonl-Onest-quart-Nora. Tfdus mouillames
a pen pres au milieu de la passe par trente-buit brasses fond de
coqttilles pourries. A deux encablures environ en dedans, on
trouva qua ra nle-sep t brasses. D'apres le pen de sonde que nous
primes, le mil ie u dn port est trop profond pour permettre d'y
mouillcr avec une touee simple, mais il y a plusieurs bons mo milages sur la cdte. Le plus frequente est l'anse dn Sud-Ouest, oil
nous entrames avec le Brutus. On trouve generalement du gravier
et coquillcs, et quelquefois sable dans le fond dn cul-de-sac
jusqu'a'une cncablurc dela cdte, et de six a dix brasses d'eau
sur une e tenduc de cinq encablures de l'Est a l'O nest, et de deux
et demie a trois et demie dn Sud an Nord. JLy a dans cette
partie nn banc qui porte dans FEst a une et demie ou deux en-
eSblures de la pointe de l'anse; il ne reste en quelques endroits
que dix pieds a mer basse. H est marque par des goemons. On
mouille aussi dans le canal au fond dn port a l'Est de l'anse,
quoiqu'il y ait des rochers a son entree. H se prolonge bien avant
dans les terres, ses bords sont babit^s, car nous en vimes sortir
journeHement des embarcations. Un Americain y a biverne. On
trouve une bonne aiguade a un mille environ de l'anse dans le AUTOUR DU MONDE. Il3
Aout1818.     fao£.,
Sud. Toute cette partie est basse, ainsi que les extremites de
Hood-Bay.
Les Indiens d'Houtsnau, quoique presque toujours en guerre
avec leurs voisins, n'ont jamais commis d'hostilites contre les
Europeens, a ce qu'on m'a dit, et Ies Busses les considerent
comme les meilleurs voisins de ces parages.
•tat*
afjoi
T. II.
8 1
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m
VOYAGE
Aout 1S.8.
t/VM(VM'VVV4I^VVVVVVUVVfuVMfl/tA%n/%^VVVVV^/^/V^l/^/^V^V%-U^AA*VVVV
CHAPITRE XI.
it
pp
Reconnaissance et description de la coterid'Dcnou, de
son port et de ses environs. — Retour a la Nouvelle-
Archangel. — Infructtieuse tentative du capitaine
da Bordelais, afin d'engager les Indiens a venir a
son bord pour traitor de peaux de loutre.—Ile de
la Reine Charlotte. — Port de Masset. — Le capitaine
change de nom avec I tern tchou, chef indien. — Le
Bordelais echoue. — Indiens de Skitigats. — Details
surSkitansnanaetsurseshabitans.—Re tour a Noutka.
— Fourberie prdsumee de Maconina. — Le Bordelais
fait une ample provision de bois, d'ean, de gibier et
de poissons, pour une valeur de 5o fr. en marchandises. — Depart pour la Californie.
Le n aout. — Nous appareillames le matin
du port Snddart. Nous fimes route a sortir
de Hood-Bay (Tzakoa), en rangeant a moins
d'une enoablure les bancs de la partie Sud
que le jusan mettait a decouvert. Apres avoir
double la pointe, nous'manceuvrames pour nous
Clever dans le Sud et pour aller visiter Christian-Sound. Dans cette courte traversee, nous
fumes singulierement contraries par les vents
B 8 •" -T AUTOUR DU MONDE.
no
Aout 1818.
la brise n'ayant ete favorable que quand elle
etait faible; elle fraichissait au contraire en
halant le Sud et Sud-Est, ou elle nous etait
directement opposee. ,
Le 9.—Nous rencontrames deux pirogues
qui traversaient a la voile de file du Roi-
Georges a celle de l'Aiaaxraute : en les aecpte
tant, un des Indiens, se doutant dgfla cause
de notre empressement, nous hate.- qu'il n'avait
point de fourrures. Nous jouimias/ide la vue>de
plusieurs torrens, qui, enfles par la fonte des
neiges, se precipitaient en cascade du haut des
montagnes de l'ile du Roi-GeoKgfis, et dont les
eaux rougeattfes se faisaient remarquer sur une
large bande. Nous etions encore en dedans de la
pointe Gardner, lorsqu'a sept heures la brise
porta au Nord, joli frais : nous fumes bientot
hors du detroit, et une heure apres nous en-
trames dans Christian-Sound.
Le 10. — Dans la nuit, les courans furent
violens, particulierement le flot que le navire
tfeflouait a peine, quoique Slant plus de quatre
noeuds. Le matin, les variete's, generalement de
l'Ouest, nous favoriserent pour rallier Iknou
snr la cote Est, ou j'avais le projet de mouiller.
8. 116 VO-VAGE
A„ut  1818.
A dix heures, M. Foucauit fut expedie pour
reconnaitre 1'entree; il r&mil a midi et me fit
un rapport satisfaisant.de sa reconnaissance. A
une heure, nous donnames dans la passe, et
peu apres nous mouillames dans le port eite-
rieur d'Iknou par vingt-deux brasses, sable et
coquilles brisees. Le soir, j'allai faire unfe
tournee dans le port inlerieur.
Le 11. — On tira de bonne heure deux
coups de canon pour appeler les Indiens; mais
quoique le temps fut assez beau, on ne vit
qu'une seule pirogue qui n'avait que du poisson.
Les officiers-trouverent sur la cote Nprd-Ouest
un petit espace de terrain cultive ou il restait
quelques pommes de terre. Cette decouverte,
fortifiant mon opinion sur le passage recent du
capitaine Nye qui m'avait parle de ce jardin ,
me determina a ne pas faire un plus long se-
jour dans cet endroit, ou ilne restait plus rien
a gianer.
Le 14- — Contraries par les calmes, les brumes et lesmarees, dont celles du jusan avaient
moins de duree, nous ne pumes sortir que le
jour a la touee et apres trois mouillages. A
cinq heures du soir, etant babord amures  a AUTOUR DU MONDE.
II7
petite distance des bancs qui decouvrent au Sud-
Ouest del'entree, sans pouvoir les doiibler, des
varietes favorables nous permirent de les doubler a 1'autre bord, et lorsque le flot se fit,
nous etions hors du parage ou il porte dans
Iknou. II fut a peine sensible en dedans des
bancs; mais aussitot dans le canal libre, le navire fut drosse dans le Nord avec ttne rapidite
qui ne permet pas de supposer moins de trois
nceuds au courant.
Le port d'Iknou (0 est situe au fond d'un
entonnoir forme par la cote, qui des deux cotes
est bordee de rochers et d'ilots, dont plusieurs
ne decouvrent qu'a mer basse. On double tous
les dangers, au moins ceux que j'ai vus a de-
couvert, en se tenant en position de relever la
pointe Sud-Est de l'entree a l'Est du Nord 3o
deg. Est et la pointe Nord-Ouest au Nord de
Nord 65 deg. Est, ou quand on a vent sous
Vergue, en tenant la premiere et la deuxieme
entree 1'une par 1'autre. A un mille de la premiere entree, nous n'avons pas eu moins de
(0 Latitude Nord 56 deg. $•} min.; longitude Ouest 136 deg.
22 min. a l'Est-Sud-Est de la pointe Salivan, sur la cdte Ouest
de la petite Kekh. IP
; ■mml
.
*&'
ii8 Voyage
Aout 1818.
quinzO brasses tfi'^lttS de vingl^Jinq, maiWe
brasseyage est«»reguS6r. Le fond est v&rie de
coquiHefe bris^es, corail, gravies roche et quel-
quefoisiable en approchant. La premiere entree
a environ trois <iencabltires de large. De la cote*
Est, des rochers coules s'&endent a une demi-
encablure; il ifen trouve-cnAsi a 1'autre bande^
mais pOrtant moins an large. Des algues les si-
gnalent des deux cotes.
Le port exterieur a plus d'un mill6<le pro-
f ondeur du Sud-Ouest-qu&rt-Ouest au^P?ord-Est-
qufirt-Bft, sur unedemi'-enCablure de'large: qnel-*
tfttesfd&hekteparaissent stories deux c6tes, mais
a petite distance, et je ne crois pas qu'auctm
danger s^tfend'e a une demi-encablure. Nous
ri'avons pas eu au-dela de vingt-deux brasses
d'eau au milieu du port; notre ancre de detrdit
etait moaillee par cette proforidefor, et l'ancre
a jet par quatorze. H y a beaucoup d'eau jusqtfa
terre a la bande du Sud-Eitf'qtti *st accore,
mais moins a la cote opposee; l'apparence de
celleHfeS: me fait penser quil y a quelque banc.
Nous trouvames des ruines d'habitations sur
un rocher peu eleve, mais escarpe, qui n'est
separe de la cote Sud que par un canjfl^de moins AUTOUR DU MONDE. IIQ
Aout 1818.
ditme demi-encablure. Une palissade, dont il
restait encore une partie, defendait le debar-
cadaire dans les endroits les moins difficiles.
Le port interieur a environ Wois milles sur
cinq, dans la direction Nord-Est du compas.
Apres etre sortis des passes d'Iknou, nous
manceuvrames pour debouquer du Sound, dans
J'intention de tenter les parties les plus meri-
dionales de la cote, ou, a defaut des succes que
le mauvais assortiment de notre?"-cargaison ne
permettait pas d'esperer, nous devions recueillir
des connaissances qui pouvaient fructifier par
la suite. Nous fumes tellement contraries par
les calmes etle vent toujours faible de la partie
du Sud, que malgre le soin que nous mimes a
profiter des varietes et a tenir la partie Ouest
du canal ou les courans devaient etre plus fa-
vorables, nous n'atteignimes que le troisieme
jour la hauteur du cap Tchirikoff, a douze
lieues d'Iknou. Cette traversee n'eut rien de re-
marquable que sa lenteur.
£e in. — A midi, nous n'etions que par 36
deg. 3 min., c'est-a-dire a quelques milles seulement au Sud du cap Tchirikoff. Outre les
courans qui portaient  dans le detroit, et le
«Bl
11 Wa h
120 0 VOYAGE
Ao u t 1818.
calme, le peu de brise qui se faisait sentir par
intervalle &ait duSud, et, par consequent, ne
nous permettait pas d'avancer dans cette partie.
Considerant ces contrarietes dans une epoque
deja avance'e de la saison, etle peu de chance
probable de succes qui nous restait sur ces
cotes, moins abondantes en pelleteries que celles
ou nos reclierdies avaienI ete si peu fruclueuses ,
je crus devoir suspend re la visite de la cole, et
sacrifiant aux in ter els qui m' etaient confie's Je
desir d'augmenter mes connaissanccs sur cette
navigation, je me decidai, d'apres 1 ouverture
qui m'avait ete faite par le capitaine Nye, a
traiter avec quelques Aniericains de Yechange
du reste de notre cargaison contre des fourrures. Dans cette intention, je gouvernai pour
la Nouvelle-Archangel, ou j'esperais trouver le
capitaine Davis.
Lei8.—A six heures du matin, nous eumes
connaissance de la pointe Woodhouse, mais la
brume etait trop epaisse pour tenter 1'entree,
etles forts vents, qui nous obligerent de tenir
la cape pendant quelques heures, nous firent
perdre cette journe'e et la suivante. Le surlen-
demain, le calme ne promettant pas plus de
1 AUTOUR DU MONDE.
121
Aofit 1818,
succes, je m'embarquai dan's la sA.de baleiniere, et laissant le batiment a fentree, aux
soins de M. Foucauit, je me rendis a la Nouvelle - Archangel. On n'y avait pas  entendu
parler du capitaine Davis, dont le retard don-
nait de l'inquietude. Apres avoir dine  chez
M.  Yanosky, gouverneur par interim , j'allai
avec lui a bord de la fregate la Kamschatka,
arrivee depuis peu, et commandee par le capitaine de vaisseau Galownine. qui n'etait pas a
bord. Je fus accueilli de la maniere la plus
gracieuse par M. Moravief, premier lieutenant.
En descendant a terre nous trouvames le com-*
mandant Galownine, chez M. Yanosky; je n'eus
pas moins a me louer de l'accueil que je recus
de lui : sa conversation instructive  et interes-
sante m'ayant fait oublier les heures, lorsque
je voulus m'embarquer, il etait trop tard pour
pouvoir esperer de me rendre a bord avant la
nuit. Le temps etait couvertet sombre, je me
decidai a differer mon retour. A l'imitation de
M. Patouchkin, lieutenant de la marine impe-
riale, j'allai passer la nuit a bord de YOkdritie,
batiment de la compagnie, qu'il commandait.
Le 01. — La matinee ayant ete brumeuse,
'if
Wm 122
VOYAGE
Aout 18.8.
je ne rejoignis le navire qu'a onze heures. On
s'occupa aussitot apres a embarquer la baleiniere etle peu de provisions que j'avais pu faire
a fetablissement. A midi, je fis servir pour
sortir de la baie. Les rochers du milieu restaient
au Sud-Ouest quart-Ouest, a une demi-lieue,
la brume couvrait toutes les terres. Nous louvoyames pour gagner le large.
A dix heures, sous le cap Engano, nous
eumes connaissance d'un feu a petite distance,
et peu apres on entendit tin coup de fusil,
Croyant que e'-e*tait un navire en danger, j'ar-
riVai dessus avec un feu a la corne. En accofs4^
tant je reconnus un brick qui manceuvrait pour
nous rallicr. A onze heures, nous primes la
panne tribord. En meme temps il partit un
coup de fusil du brick, j'en fis tirer un sur son
avant; il mit ensuite en travers sous le vent
et nous notis helames. II dit etre le brick de
sa majeste britannique la Colombia, parrx
d'Europe en novembre 1817. II cula pendant
que nous nous parlions et s'eloigna : a minuit
il reparut encore dans nos eaux; une demi-
heure apres il tira deux coups de fusil auxquels
il ne fut pas riposte. Nous mimes en panne, et AUTOUR DU MONDE.
123
Aofit 1818.}
le capitaine me hela quil allait se rendre a
bord. Nous resumes en effet sa visite. II refusa
de prendre connaissance des expeditions du
navire, disant qu'il venait en ami et seulement
pour avoir des renseignemens. Je lui commu"-
niquai tous ceux que je possedais sur la cote,
sur fetablissement ruSse, etc. II parut prendre
beaucoup de part au changement de gouverneur
qui venait de s'operer a la Nouvelle-Archangel,
ou il allait entrer. II avait laisse l'Europe dans
1'etat le plus paisible; il' in'annonea la restitution de la Colombia aux Am^nteains, il me
parla du depart de VUranie, pour un voyage
de decouverte, sans pouvoir dire le nom du
commandant. Ce capitaine, nomme Robson,
mettaitpeu de suite dans ses discours, et rien dans
son costume, sa tenue et ses manieres, n'annon-
gait un officier. II partit a trois heures du matin, apres avoir fait une rude chute sur le pont.
Les oA-o5. — La recherche infructueuse
que je venais de faire a Sitka m'ayant encore
fait perdre plusieurs jours, je resolus d'all§f
directement dans l'entree de Peres, et de bor-
ner a quelques points des cotes qu'elle baigne,
et a Noutka , mes tentativcs pour echanger, Ill
'ia4 VOYAGE
Aout 1818.
contre des fourrures, le reste de ma cargaison.
A neuf heures du soir on eut connaissance de
l'ile Forester, situee dans le Nord-Ouest de
l'entree. Je dirigeai au Sud. A minuit nous
etions sur le parallele moyen, entre les iles de
la Reine Charlotte et du Prince de Galles, qui
forme l'entree. On ne voyait aucune terre, mais
le temps etait tres-beau. J'arrivai dans le canal
avec joli frais du S. - O. a l'O. A trois heures
on apercut File Forester dans le Nord-Ouestr>
et celle du Prince de Galles dans .le Nord-Est.
Nous donnames dans l'entree de Per&s, en ral-
liant la bande Nord que nous longeames- jusqu'au cap Muzon. En le doublant, je fis.tirer
un coup de canon et hisser le pavilion anie'ri-
cain, avec lequel le navire se presenta a l'ouyer-
ture du port Cordova que les Indiens appellent
Ka'igarny.
Ayant appris des Americains et des Russes,
que les- habitans de ce canton avaient eu le
plus de part a l'affaire du 18 juin, j'avais
forme le pro jet de me saisir des premiers qui
viendraient a bord, et d'en tirer une rangon
en fourrures, comme une.juste indemnite des
pertes que la perfidie de ces Indiens avaient AUTOUR DU MONDE. 125
Aout1818.
fait eprouver a l'armement. Dans cette vue, afin
de deguiser le navire, j'avais fait faire divers
changemens; il avait ete peint differemment;
les mats de perroquets simples avaient ete rem-
places par d'autres a fleches, etc. Apres avoir
double le cap, je dirigeai sur un village au
fond d'une petite anse, la premiere en remontant
la bande Ouest du port. II en sortit une pirogue
montee par cinq Indiens qui, apres nous avoir
observe deloin, appro cherent a portee de voix,
ethelerent en anglais, demandant d'ou venait
le navire, son nom, celui du capitaine, etc. Je
fis a toutes ces questions les reponses les plus
propres a leur inspirer de la securite, et je les
invitai a me donner un pilote pour me conduire
au mouillage. Mais au lieu d'accoster, ils pro-
fiterent d'un virement de bord, pendant lequel
le navire leur presentait 1'avant, pour s'eloigner
a force de rames et gagner la cote. Jugeant que
toute autre tentative de ce genre serait inutile,
et le temps et le defaut de connaissance des
localites ne me permettant pas de chercher a
leur infliger une punition meritee, je pris le
large et fis route, le cap au Sud-Est, pour le
port Estrada (Masset), sur la cote Nord de l'ile
de la Reine-Gharlotte.
■i;.- j pife
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III   -
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*a§ VOYAGE
Aout 1818.
A quatrehenres, les relevemens ayant inclique un courant portant .sous, le vent, on loffk
au Sud-£i»4R£st. A cinq hewes, on reconnsrft
dans 1'EstriSudr-Est, l'entijee du port Estrada,
sur lequel tious arritfames en ralliant la cole a
une lieue de distance. Les tfrres, dans cette
partie, conlraslent d'une maniere ■ frappante
avec celles diiShtd, ou pour mieux dire avec
tout ce que j'ai vu de la cote Nord-OueslkJElles
sont basses, parliculierement les bords de 111 er,
ne s'elevent que par un talus peu sensible en
avamjant dans l'int6riieur, ou elles ne forment
que des collines de moyenne hauteur, dont les
sommftts arrondis etles pontes douces n'offrent
ni les rochers escarpes ni les dentelures angu-
leuses qui ;se rencontreht a illeurs si fr&jueiB-*-
ment. Le feuillage des bois me parut etre aussi
d'une teinte moins>sombre, et tout Vensemble
beaucoup moins sauvage.
Le irctee de la co te que Vancotftter a donfl^j
d'aprtEsdes'Espagnols, me parut tres-exa1^- ei ]&
n'eus pas de peine &idistingt#r le port qufcPjtf
oWe^aisi, du pott Massaredo et de plttsieurs
autres coupees^ qui etaient en inline temps ei
vfiS diarisiTOuisft ;Ayant(teu cOi)tiaissance de AUTOUR DU MONDE. I 27
Aout 1818.
quatre pirogues, dont trois a la voile, on rentra
les bonnettes afin de les mettre a meme de'nous
rallier. On vit, attenant a la pointe Nord-
Ouest de Masset, des rochers et des brisans,
et, au large, un espace considerable d'eau de**<
coloree, jaunatre, qui semblait annoncer un
banc. Les pirogues passerent sans nous accosted
et le jour etatit beaucoup trop avance pour
permettre de donner dans une passe que je
savais e&re-i.dangereuse , nous* portames au
large.
Le 26. — Nous donnames de borme|iheure
dans le port ou plutot hras de mer de Masset,
sous la direction d'un Indien nommd Tayan,
yejaju dan&une pijjogue ^^0iTe rencoiltre. Nous
rjangQ|itifi5',Ia pointer Nord-Ouest de l'entrd&&
uneidemi-Heue, et, quoiqu'a mer basse, sans
avoi-pj connaissance du banc j'diont nous avio'flf
eu des indices la veille.aiKljnidaeti nous-fit g<fit-
verner sur la pafte Sud-Estu-La necessite de
vgiller la manteuvjs&neab&'pewai* pas de faii*&
les remarques que j'aurai&desir^es.  ;
A huit heures, nous raijgeankes la poitt^
(0 latitude Nord 54 deg. 1 min. j longitude Ouest 144 dea.
»■*&. 1 fob xass     -idtiJ
G mm. j '■ IB
128 VOYAGE
Aout 1818.
Sud-Est avec bon flot, et, peu apres, e'tant
devant un gros village, nous fames environnes
d'embarcations. A neuf heures, nous trouvant
a sept ou huit milles en dedans de la pointe,
nous laissames tomber par treize brasses, fond
de gravier, l'ancre de detroit pour le flot, et
l'ancre a jet dans le Sud-Est pour le jusan;
de cette maniere nous nous trouvames af-
fourGhes.
Le on. — Plusieurs piroguesi^dnrent a bord
avec des pelleteries, dont nous ne pumes obtenir que deux, les Indiens, qui voulaient des
lainages en echange, trouvant les notres de mau-
vajse qualite.
Le matin, il venta grand frais de S.-E.,
nous chassames et fumes obliges d'affourcher
de nouveau. Le mouvement d'ancre fit croir-e
aux naturels, dont nous avions plusieurs pibo*-^
gues a bord, que nous allions appareiller. Je
cherchai a len&^dre comprendre que ce n'etait
pas mon intenjjon; mais malgre mes assurances,
le petit foe ayant e'te' hisse pour faciliter nos
ogflfations, ij-s/se jeterent dans leurs embarcations avec tantjle pre'eipitation qu'ils aban-
donnerent trois  peaux  dont ils n'avaient pas AUTOUR DU MONDE.
Ao&t 1818.
129
encore recu le prix. Malgre tout ce que nous
pumes faire pour les detromper, ils allerent a
terre a la bande du Sud; A deux heures du
soir, une pirogue revint a bord en reconnaissance : rassurgs par nos promesses et surtout
en voyant mouiller l'ancre d'affourche, ils he-
lerent leurs compatriotes, et un grand nombre
d'embarcations nous accosterent. Ceux qui
avaient laisse leurs fourrures le matin ne man-
querent pas de venir en demander le paiement,
et ils parurent agreableinent surpris de le
recevoir. Ils avaient peu de pelleteries, et se
montrerent dans leurs relations les plus avides
de tous les Indiens avec qui nous ayons traits
sur la co#.«
Le 28. — II vftlt encore beaucoup de pirogues, mais elles avaient peu de peaux de
loutres. Les Indiens attrlbtierent ce denuement
aux visites qu'ils avaient deja reeues des Ame*-
ricains. Nous fimes acquisition d'une jolie pirogue en echange d'un mauvais raMl a deux
coups. Ainsi que dans les autres moufflages,
nous nous etions procure une suffisante quan-
tite de poissons, et, pour la premiere fois sur
T. 11. 9 130 VOYAGE
Aout 1818.
g^fte pwtie Nord de la qote,, (,Lesoi$eaux aqua-
tiqucs qui ne.spntoi£# pas la njarjee.
» J^bs Indiens ne nous .donnerefctf jaijtfun sujet
d'iuquictude. Ce sont les ]tins beaux homines
de la cdte Nord-Ouest; ils paraissent mieux
'•ourris, plus forts, et beaucoup moins sales
que fes autres. II regno sur leur personne, el
dans tout ce qui le u r a p par I ten t, un air 1 To [ > 11-
I ence et de p ro p rele ci mi pa ra li ve supericu re a
ce que nous avions reniarqin: )iisque la. Aulant
que nous avons pu eu j tiger en passant, les cases
qui composent les qualrt: villages ([tie l'on voit
sur les deux rives de l'enlree , sont nueux cons-
I rui tes et mieux lenues ([tie celles du Nord. L < 11-
semble de ces fortes bourgades a quelq 1 io chose
de piltorosque ; il est sur tout re mar q liable par
I'aspcct des figures mo ns true uses et colossal es
qui decorent les maisons ties principaux per-
sonnages, et don,t la bouche beanie sort de
porte. En remontant le bras de mer, on voit
sur la cote Nord, au-dessus tin plus grand vil-
lae"e > uu Ibrt dont le parapet est couverI d'un
beau gazon, et onto tire d'une palissade en b.on
et^t, ce qui lui donne Tap par ence   do nos ou- AUTOUR DU MONDE.
i3i
Aout 1818.
vrages exterieurs de places fortes. Ce canton
et toute la bande Nord de file de la Reiae
Charlotte, est sans comparaison ce que nous
avons vu de plus beau dans cette partie de l'Amerique. Les Indiens savaient non-seulement
notre affaire de Kowalt, mais meme notre apparition a Kaigarny, une pirogue de cette tribu,
leur alliee, etant venue leur en donner avis. Gefcbe
circo&$tance,et leurs querelles recentes acvecie
Brutus, explique la terreur de ceux qui nous
avaientquitt^ si brusquementla veille.Ilsiw^j-
prouvaient la conduite de ceux de Kaigarny, ou
idu moins ils cherchaient a nous le persuader.
Le 29. — Mon intention etait d 'appareiller a
mi-jusan, mais la brume m'en empecha.A 1'etale,
on vira sur l'ancre a jet pour dpsaffourcher ;
mais elle avait chasse et etait prise avec l'autue;
le flot s'etant fait on ne put pas travailler a les
degager. A dix heures, on fjla quarante brasses
de chaque amarre, le courant ayant plus de
quatre noeuds. On hissa au haut des mats trois
pavilions a armes pour les secher; leur aspeGt
nous procura la visite d'une douzaine de pirogues , dont il n'e'tait venu que deux prece-
demment..
9-
I l32
VOYAGE
Aout 1818.
Itemtchou, grand chef de Masset, vint dans
une belle pirogue, accompagne de ses trois
femmes. Sa figure est longue, tant soit peu severe et sauvage, avec quelque chose de Suisse.
Une ligne anguleuse en rouge, au front, se
.prolongeait sur une partie de son nez aquilin.
11 portait en manteau une couverture blanche
avec une raie bleue aux extremites, ouverte par
le devant et retenue par un cordon; son cha-
peau etait en cone obtus a la chinoise, domine
par une eolonne coupee en quatre parties, et
chargee de dessins bizarrea. H ne voulut monter
a bord qu'apres avoir recu l'assurance qu'un
officier resterait en otage dans sa pirogue. Nous
l'accueillimes de notre mieux, et je lui donnai
quelques presens ainsi qu'a ses femmes. Notre
entrptien se faisait par l'intermediaire d'un Indien de Skitigats, nomine" latchortge (0. Ayant
(■) Intchortge etait bien fait, d'une taille avantageuse ; son
teint etait une Iegere nuance basanee, et sa physionomie toute
europeenne, aux yeux pres, qui, chez tous les naturels que
j'ai vus, de la cdte Nord-Ouest, ont toujours quelque chose de
farouche. II se piquait non-seulement de bien parler anglais
mais meme d'avoir de belles manieres; il cherchait a nous le
persuader, en disant frequemment ■ « Me all the sames Boston
»gentleman.» Par ces Indiens, qui n'ont guere de relations AUTOUR DU MONDE.
133
Auut'iSiS.
demande le nom du chef en lui disant le mien,
il crut que je desirais changer de nom avec lui,
ce qui est parmi ces peuples le gage d'amitiele
plus inviolable. II acceda avec empressement a
cette proposition qui parut le flatter. L'echange
se fit malgre la difficulte qu'eprouva le chef a
prononcer son nouveau nom, dont je fis en sa faveur le diminutif Roki; nous nous fimes recipro-
quement quelques presens, et nous nous sepa-
rames en amis. A trois heures, lorsque le navire
commencait a deriver avec le jusan, on avait leve
les deux ancres, en virant sur la grosse. A quatre
vheures et demie, nous avions depasse le mi-canal:
le courant paraissant porter sur la bande du
Sud-Ouest qui a peu de fondet qui est parsemee
de rochers dans cette partie, nous virames lof
pour lof. En approchant 1'autre cote tres-saine
et accore, le courant nous drossa dessus, et
ayant ensuite contrarie les manoeuvres que nous
fimes tant pour culer que pour virer, a cinq
heures un quart le navire touchapar son avant, et
aussitot ttpres par son travers, ayant le vent par
handle de babord et portant a terre. On aurait
qn'avec des navires de cette ville, Boston est la capitale  du
monde civilis^. ilfK
I34 VOYAGE
Aout 1818.
pu ysautler de dessus Ie feeaupre, et un fourre
epais s'eHenthrit jusqtia la laisse de basse mer,
qui etedt a portee de jbdstolet. Nous nfotriOBB pas
eu moins de onze1 brasses a une ens&blure' et
demie de terre, dix; inintutes avant d'edboue'r.
Nous n'avions alors que hx&i pieds devarit et"
douze sous les porte-haubansd'artimon.
On s'occupa d© suite a serrer les voiles^,.'
d&gfieer les perroquets et depasser les mats ; en:
meme temps on etablit flrois bigues a tribord
et deux a babord, et peu apres on travailla a
mettre le grand canot dehors, les bigues, en
perdant le fond a plusieurs reprises, nous ayant
fawvoir que Feau montait nialgre le courant de
jusan ^Ui filait encore un demi-nceud. Ctfe divers mouvemens nous ayant oblig-e*' a amener les
filets, les Indlfetis qui nous accompagnaient en
grand nombre pour faire des echanges s'intro-
duisirent peu a peu, en nombre au moins egal
a celui de nos gens. Quoique la faible quafi—
tite d'armes et le nombre de femmes et d'enfans
qu'on voyait dans les pirogues n'annoncat rien
(rhostile de leur part, non plus que leur con-
duite, ces apparences pacifiques pouvaient
changer d'un moment a 1'autre. Mais dans les AUTOUR DU MONDE.
i35
Aout 1818.
circonstances ou nous nous trouvions, il etait
moins- dangereux d'agir de' confiance que de te-
mtoigner une mefiance qui, en faisant voir ce
que notre position avait de critique, pouvait
les porter a en profiter pour nous attaquer. J'etais d'ailleurs rassure par la presence de mon
ami Itemtchou, qui etait venu a bord peu apres
l'echouage sans exiger d'otag'e. II chereha a
me rassurer sur la position du navire, et surtout sur ses dispositions personnelles en notre
faveur, sur lesquelles je devais entierement
compter, me disait-il, d'apres l'amitie qui nous
unissait. Je lui temoignai l'entiere confiance que
j'avais dans ses sentimens pour nous, ainsi que
dans les dispositions pacifiques de ses sujetsj
mais je lui fis sentir en m&ne temps que le
grand nombre d'hommes dont le pont etait
couverty eU la quantite de pirogues qui envi-
rotinfcftent le navire, sans nous donner d'inquietude, notis g^naient beaucoup dans les mesures
qu'i/f falkit prendre pour^'remettre le navire a
flOU.'fltie fit aucune reponse a cette sollicitation
indirecte, riikis un moment apres, lorsqu'on
allait elontger l'ancre a jet, il prit conge de
netiS. Apres avoir deborde, il prononca quel- i36
VOYAGE
Aoul 1S18.
WlilY
amp paroles a haute voix, et au bout de cinq
minutes, il ne restait plus une seule enibarca-
tion le long du bord, ni un homme sur Ie pont,
excente l'interprete. Cet Indien m'annon§a qtfil
n'y restait qu'avec l'autorisation du chef, et il
me demanda la mienne, que je lui aecordai
avec plaisir. Cet homme, dont je comprenais
l'anglais, etait tres-inteffligent et connaissait
fort bien son pays.
La nuit, il venta joli frais de N.-O. y O.
A huit heures, on commenca a virer .sur le
grelin; peu apres, l'avant evita au large, et le
navire vint a l'appel de l'ancre a jet dans la
direction du courant de Hot, qui avait deja
pris beaucoup de force. A neuf heures, on
mouilla la moyenne ancre, et on fila du grelin
pour la faire travailler; mais le grelin etant a
bout sans que le cable fit force, on s'apercut
quela violence du courant avait emp^ehe l'ancre
de prendre en la portant sur l'aridere. On fit
ajus sur le grelin avec une haussiere qu'on
molHt apres avoir file du cable a grandes brasr
sees. Nous passames la nuit avec trente - cinq
brasses de cable et cent quatre-vingts d'haus-
siere, sur quatorze brasses, fond de gros gra-
II
«jfc».., AUTOUR DU MONDE. l37
Aonti8i8»
vier, relevant au flot les pointes de l'entree a
l'Ouest - Nord-Ouest-demi-Nord et au Nord
quart-Nord-Ouest, celles de l'inte'rieur Sud
21 deg. Ouest et au Sud-Est.
La matinee du 3o fut employee a lever l'ancre
a jet, a refaire la drome dont un mat de hune
qui avait servi de bigue se trouva manquer.
A onze heures, nous chassames de deux encablures pendant le flot; on mouilla l'ancre de
veille par quinze brasses fond gravier; on fila
trente brasses de son cable et vingt-cinq de plus
de celui de babord.
Mon ami Itemtchou reparut le matin, en
homme sur d'etre le bien venu, et temoigna
beaucoup de joie du succes de nos operations.
Je lui donnai, outre divers petits objets, un
fusil a deux coups. Cet homme n'est pas etran-
ger aux sentimens du cceur, et c'est la peut-etre
ce qui a prevenu toute tentative hostile de la
part de ses sujets.
Nous traitames encore de quelques peaux de
loutre.
A unje heure et demie, on leva l'ancre de
veille, on derapa la moyenne, on mit la brigantine, le perroquet de fougue, le petit foe, et le
sjggg ft'li
m
im
l38 VOYAGE
Aout xoio. ■
navire deriva avec le juskti. A quktre heures
ttdemie, nous Etions sous la pointe Nord-ESt
de l'entree, babord au vent. Le? remtex du
courant portant a- terre,- on maticeuVra pour
titfgr vent arriere. La violence du jusan ayant
fe$GJmanquer Involution, on mbuiHkrTancre de*
babord qui fit eViter le navire vent arriere.
On apparralla aussifSt1' fes htbAiers, l'ancre fat
d&apee, et on s6r*fit en d&ivant contre un verilf
violent qui soufflail? en potipe. A cibq heures
un quart, ayatit double la pointe, on serra le
vent babord sous les huniefts, peiflfoquets et
foes, portant au vent des banos qui sont dans
le Nord-E^t. Le fotid diminua graduellement
do dix a six et-a quatre et demie. A cinq heures
trois quai*ts nous Etions a a&e dfitiii'-'lteH.e au-
vent1 des bancs, mais la sonde ne donnftit- que
(juatre brasses, et depuis quelque temps la mer
brisait de 1'avant. Quoiq$fe cela pai'&t etf e oc-
casionne par un ras de maree, j'envoyai vent:
dfevant. Ayant manque alvirer, je fis mouiHer
les deux ancres ensemble par seize pieds^ fond
de gros gravis. On fila quarante brasses de
babord (premier mouille) et quatorze de tri-
bord, on serra les voiles, etc. A sept heures un AUTOUR DU fllONDE. 139
Abfit'iStS:
quart j'expediai la grande baleiniere sous
M. Bsttole:, pour sonder de 1'arriere; a hfiffiif?
JegUres trois quartselle etait de retour. M. Briole
fapporta avoir trouve vingt-deux pieds a terre
et plus grand fond jusqu'a six Masses dans l'Est,
a un; mille dans le! Nord de notre position
d'alors, partout sable ou gravier. Le brasseyage
et le fond etaient les memes dans 1'endroit ou
la mer avait brise par l'effet dn courant, quoi-
qu'il filat deux noeuds de jusan portSnt" Est-
Nord-Est. Lorsque nous mouillames, la mer
montait deja. Le courant de flot ne fut sensible
que vers dix heures : a onze heures ef demie, le
navire etait entre le vent et le courant.
Le 3i. —-A une heure, on embraqua vingt
brasses du cable de babord, qui ne travaillait
pas. Le navire evita- au courant peu apres, et a
trois heures, le jusan se fit.
A quatre heures et demie, n'ayant'que quinze
piedSs d'eau, on fila du cable de babord afin de
mettre le navire en dehors de ses ancres, et
qu'il ne tombat pas dessus. La mer perdit encore un pied et commenga a monter a cinq
heures et demie. On embarqua le grand canot-
et la grande baleiniere. l4o VOYAGE
Aon I 1818-
A huit heures, il vint deux canots de nos
amis de Masset pour nous engager a rentrer,
pretendant qu'il allait venir beaucoup de peaux,
mais je ne jugeai pas devoir me laisser aller a
de pareilles esperances (0.
A neuf heures, on leva l'ancre de babord et
on vira sur 1'autre, qui dc'rappa au tan gage
lorsqn'elle n'etait encore qu'a long pic. Le navire a bat lit a terre malgre' la manoeuvre, et fat
long-temps a prendre vent arriere et a revenir
au vent a cause du jusan qui marquait encore
portant Est. A neuf heures trois quarts, on
appareilla les burners, les gocleltes et auriques,.
babord amures, et aussitot l'ancre caponnee^.
on etabHt largue sous les trois corps de voiles
et les bo nn el les bau tes, dirigeant d'abord au
Nord-quart-Nord-Est, et arrivant ensuite jusqu'au Nord-Est.
D'apres plusieurs sondes prises avec grand
sillage, il doit y avoir mouillage jusques a plu-
(') Itelevcment du moofllage a huit heures. — LTIe du Prince
de Galles, le cap Chacon, Nord-quart-Nord-Est; File de la
Reine Ctiarlotie, le mondrain de la pointe Invisible, a PEst; la
pointe Nord-Ouest de Masset, a l'Ouest-Nord-Ouest; la pointe
Sud-Est au Sud 28 deg. Quest. Des bancs dans le Sud-Est, Ies
plus proches a un mille.
m. AUTOUR DU MONDE. Ijjl
Aout1818.
sieurs lieues au large, comme l'annoncel'aSpect
de la terre, qui est basse et se perd a la mer
en talus imperceptible.
La seconde partie de la journee fut tres-
belle; nous contournames avec joli frais de l'O.-
N.-O., a la distance de quatre a cinq milles, la
pointe Invisible, qu'on ne pouvait pas mieux
nommer. La langue de terre basse et sablon-
neuse qui la termine, me parut se prolonger
plus que ne l'indique Vancouver d'apres les
Espagnols. Au Nord de la partie boisee, son
peu de hauteur, ses sables blancs, et son incli-
naison a peine sensible, donnent a son aspect
quelque chose de vague meme dans un temps
clair, et doivent la rendre tres - dangereuse,
pendant les brumes, qui sont frequentes dans
ces parages. En doublant la pointe, nous trouvames que le jusan portait dans Ie canal entre
"farchipel de la Reine Charlotte et celui de Pitt.
A trois heures, nousgouvernames sur ce detroit
dans lequel nous donnames a quatre heures et
demie, la pointe Invisible nous restant alors a
l'Ouest.
Cette soiree fut d'une beaute singnliere;
l'atmosphere etait pur, le ciel sans nuage, la r/l2
VOYAGE
III!]
man
II
lii
liilf
II
Aout i3i8
n>er unie, la temperature douce. Les cotes qui
bornent ce beau canal etaient a vue des deux
bords; celles des iles de la Reine Charlotte qui
comniencent a s'elever a peu de distance de la
pointe Invisible, et forment bientot des montagnes escarpees, etaient assez rapprochees pour
qu'on put distinguer parties de rocher des
masses boisees. Pendant plusieurs heures, l'as-
pect le plus extraordinaire et le plus m^gnifique
s'offrit a nos regards. Sur un deyfiloppemeijt
qui, d'apres la distance et Tangle compjis entile
Ies extremites, devait etre d'environ deux lieues,
leur profil se dessinant sur l'azur du ciel, pre-
sentait une suite d'edifices dont Igs <uns par^j*>
saient dans un etat parfait de conservation A
les autres etaient en ruines. Ceupk-Q. represeti-
laient des mopumens grecs, ceux-la des ouvrages
gothiques. D'autres, d'apres leur gfandes^r
gigantesque, ressemblaient a des taavaux egyp-
tiens. On disti^guait aussi d'immenses frrfijit-
cations, les unes antiques, avec de hay^s toq^,
les autres figurant nos ouvra^s rasajos, mo-
dernes. Des rochers qui ne representaient que
le chaos, se-melaient sonyegjt a eeg jnopumens
illusoires de l'industrie hjqm^s , qui siflfWip
HIS
"fossil AUTOUR DU MONDE. l43
Aout 1818.
paraissaient disposes dans un ordre parfait, et
semblaient former, non-seulement des edifices
cntiers, mais meme des parties d'enceintes pour
de grandes cites. Cette vue singuliere, assem-
fefcige aussi remarquable par sa grandeur que
par les formes des masses qu'elle presentait,
doit etre attribuee, je crois, a la disposition
des rochers qui couronnent les hauteurs de
cette partie des iles dela Reine Charlotte, ainsi
que la plupart des montagnes de ces contrees.
Je dois dire que quoique plusieurs eussent dej4
fixe notre attrition dans, d'autres parties, aucune n'approchaiit de la regularite et du gran*
diose qui, dans .cet endroit, excita notre
admiration. Nous pumes les contempler pendant plusieurs hewes, et la nuit seule les cacha
a nos yeux, en les couvrant de son voile, sans
que leurs formes eussent ^ubi d'alteration sensible, autre que celle que devait produire le
mouvement progressif du navire. Cette cireons-
laace me faii-sealoire que cela ne peut £t»e
attribue a des nuages, ce qui au reste ne seraS.<|
gwere moins extraordinaire. La grandeur de
ce tableau, que relevait la splencteur du soleil
a  son eoucher, remplissait nos eoeurs d'une HI fe
I44 VOYAGE
Sejptembre 1818.
emotion religieuse, et j'en conserve unsouvei^'
ineffacable.
J'aurais desire toucher k Skitigats, un des
principaux villages Indiens, dont le capitaine
du Brutus et Intchortge m'avaient beaucoup
parle; mais ne pouvant pas y arriver avant la
nuit, il aurait fallu en perdre la plus grancfe-
partie devant l'entree, et les circonstances ne
me permettaient pas de sacrifices de ce genre.
Le ier septembre. — Nous fimes route avec
joli frais de N.-O. pour descendre le canal,
en tenant le milieu par precaution pour les
courans, sur lesquels je n'avais aucun indice,
Vancouver, mon seul guide, n'ayant pas explore
cette partie. Elle nfestporteej dans son atlas que
d'apres les relevemens espagnols et traced d'une
maniere particuliere, qui parait indiquer que
la reconnaissance en est moins parfaite' que
celle des autres cotes.
On loffa de bonne heure pour rallier File de
la Reine Charlotte, dont la cote elevee formait
plusieurs entrees. Le courant n'avait pas eu
d'effets sensibles; je fis tirer un coup de canon
et mettre un pavilion au grand ipat pour at-
tirer   les  naturels.  Nous etions par  52 deg. m
AUTOUR DU MONDE. 145
Septembre 1818.
etions par 52 deg. 46 min.; la terre de l'avant
etait a cinq a six milles. Nous avions sous le vent'
une pointe d'ou s'e'levait de la fumee : ellef&fS
mait fextremite Sud d'une entree spacieuse pai£-'
semee d'ilots. Nous tenions le vent pour donner
dans un autre plus Nord, ou les deux Indiens des
Sandwich que j'avais recus du capitaine Nye'*^S
dont j'avais reconnul'intelligence, m'assuraient
qu'il avait traite. Les naturels se firent attendre,
et j'allais arriver sur la pointe ou paraissaitle feu,
lorsqu'on apercut une pirogue sortie de la baie
du Nord. Un des cinq Indiens qu'elle portait
monta sans mefiance, et, suivant l'usage, nous
engagea a venir mouiller a Skitansnana, village
qui m'etait deja connu, tant par le rapport du
capitaine Nye, que par les renseignemens que
j'avais puises a Masset. Cet Indien avait plu^
sieurs peaux deloutre; il nous en fit voir une tres-
mediocre, et demanda en echange qual^jp'fcou-
vertures. II parut fiaire peu d,8'ca.s de celles qu'on
lui montra, ainsi que de tous nos lainages.
Deux autres pirogues, dont une de l'entree sous
le vetot, vinrent aussi nous visiter. Celles-ci
produisrrent quatre peaux de loutre et beaucoup
de petites pelleteries; les naturels en avaient
T. 11. 10 l46 VOYAGE
Septsiabre  181&.
probabliJ»ent encore d'autres dans les coffres
qu'on voyait»<ians leurs pirogues. Tons parta-
gerent l'opinion du piremier venu, sur nos marchandises, et ne voulaient que des tissus de
laine et non la poudre que nous leur offrions.
Ils echangerent assez volontiers leurs petites
peaux pour des uslensiles de fer blanc et quelques autres objets de quincaillerie. Mais ce ne
fa| qu'avec beaucoup de peine qu'on put obtenir la mauvai^e fourrure du premier qqi
vint, et il fut impossible d'en avoir d'autre.
Nous eumes encore une fois le' deplaisir de voir
nous echapper des fourrures precieuses, dont
I'acquisition etait le principal but de l'expedi-
tion, faute d'obfets d'echange convenables.
La brise ayant considerablement niolli,
j'avais vire au large pour ne pas me trouver
engage dans l'obscurifc" parmi ces groupes
d'ilots ^et de rochers inconnus. Le calme etant
survenu avec la nuit, il fallut border les avi-
rons de galere pour tenir le cap au large,
la houle du Nord-Ouest fisdsant abattre le navire sur les ilots, dont le plus pres n'etait qu'a.
un mille. Au cajjne succederent des risees variables du Nord-Ouest au Sud, a la faveur des- A-tTTOUR DU MONDE. \[f]
Septembre i8j8.
quellgsnousmanceuvrames pour nous detaeher
des teprea. A dix heures et demie, la brise se
fit du N.-O., et on tint le vent babord amure.
Mon intention etait de revenir au jour me
mettre en position de communiquer de nouveau avec les naturels, malgre le peu de succes
de nos premieres relations et la mauvaise qualite des objets qui font la base des echanges,
mais la brise fraichit progressivement et leva
bientot une grosse mer. Dans ces circonstances,
doiit l'apparence animee du temps annoncait la
continuation, je ne pouvais pas esperer de recevoir des pirogues au large. Mes projets ulte-
rieurs ne me permettaient pas de prendre un
mouillage, ou je pouvais etre bloque par les
vents de S.-E. La brise etant favorable pour
faire route au Sud, j'en profitai pour me rendre
a Noutka, me reservant de tOtieher, chemin fki-
sant, aNouhiti ouaNaspate,^ la pointe Ouest
de la meme ile, si le temps le permettait. En
consequence, j'arrivai en dependant jusqu'au
Sud-Est, route sur laqueile on gouverna vent
arriere.
Leo. — La brise mollit dans la matine'e pendant laqueile l'flb 4e la Reine Charlotte fut
io.
;»   ■■( "J" iiill
iffill
''-!t;'tO'''-
148 VOYAGE
Septf mbre 1818.
constamment a vue. A midi, nous^tions par
51 deg. 58 min. Nord et i3a deg. 4© min. Ouest,
d'apres lessrelevemens. Le cap Hector, extre-
mite' Sud de File, restait a sept ou huitrlieues
dans l'Ouest demi-Sud.
Les naturels de Skitansnana sontevidemment
inferieurs a ceux de Masset, tant pour la taille
et la vivacite que pour la vigueur et l'energie.
Ils paraissent moins bien nourris, et leur ext<&-
rieur est loin de presentes- cet air d'aisance >
d'abondance et de proprete qui distingue lettrs
voisins du Nord-Ouest. Une difference marquee
se voit aussi dans l'apparence du canton qu'ils
habitent: quoiqu'il Scat moins. sauvage que sur
les cotes des iles plus septentrionales, il est plus
montueuxet entiereitient convert d'arbres, que
je croisresineux,' d'apres la teintesombre deleur
fetiillage. La coutume deuporter une .ecuelle a.
la levre inferieure n'est pas usitee sur ce rivage;
au moins aucune des femmes" que nous vimes.
dans les pirogueS-atie portait cet affreux et ridicule ornement; elles etaient tres^reservees.
L'apres-midi, la brise varia du N.-E. au S.,.
et fut tres-faible. A quatre heures, quoique
nous n'eussions fait que quatre milles danSflft, AUTOUR tre MONDE. l4g
Septeinbrc  1818.
Sud-Est .fpiart-Sud, on relevait le cap Hector
a l'Ouest-Nord-Ouest demi-Ouest a la distance
d'environ dix lieues, relevement qui indiquait
un courant portant a peu pres Sud-Sud-Est. A
cinq heures, la brise se fit du Sud-Ouest et
donna bientot grand frais, avec un temps gris,
a grains et pluvieuxi. Ces circonstances me firent
renoncer a la reconnaissance des mouillages
situes a fextremite de l'ile Quadra et Vancouver, d'autant plus que je n'avais que des don-
nees vagties sur leur position, et qua cette
,epoque de la saison, une visite qui ne promet-
tait que. de faibles avantages, ne pouvait etre
qu'un objet de curiosite; ainsi je fis route di-
rectement pour Noutka, le cap au Sud quart-
Sud-Est, sous les cinq voiles majeures avec
deux ris aux huniers. Malgre le grand chemin
que faisait le navire, comme nous tie pouvions
pas esperer d'entrerle joursuivant, je ne voulus
pas doubler de nuit les ilots Bereford, dont les
courans avaietit pu nous approcher. Dans la
•matinee on arriva en dependant jusqu'a l'Est
quart-Nord-Est. On n'eut pas connaissance des
abts dont on passa dans l'Ouest. Le matin a
.kinq heures la terre parut dans le Nord-Est; l50 VOYAGE
Septembre i8iH.
on ti»t le vent pdar la rfeootitiaitro. A huit
heures, oh eteut fehcore a leincf lieues de la tote,
tiu'on reconnaissait pour les hautes terres a
l'Ouefet de Notitka, s'etendant de l'Est au Nord-
Ouest* A midi) l'entree de la baie se dedouvrit
dansl'Est-quarfc-Nord-Esti On arriva le long
de tferre, faisant peu de progres, a clause de la
faiblesse de la brise qui sauta au sud. A trois
heures, nous etions encore a tfeu'x lieues de
lWtree>«nalgretous noseffbrts portrl'ktteindre.
Dans la nuit, la brise d'abord faibledu S.-S.-E.
flraiehit en halant !'£&$ je louvoyal' a petite
bords pour m'entsetenir -k terre de la fMnnte
-aux brisans, en dehors de laqueile leS Courans
portent gAa^ralement au Sud-Est.
iJLe 5. — Ces contrariete's durerent toute la
imitj le pen de brisexjfu se fit sentir an premier quart souffla de la partie de l'E., c'est-a-
ddre droit de bout; die IterfcftcSe\tee par le
calme et de petites riseete variables. Plusieurs
pirogues parurent peu apres levjour et vinrent
&cSSSit&t a bord. OnMssaies filets, moins pour
se pretifranMf contre les hostilite's des Itfiiens
que pour se garailttr des importunites de oes
bonnes gens, cprift&rntoignaiettt, par leurs wacoch
is tig*
AUTOUR DU MONDE.
Septewbre 1818,
reiteres, beaucoup de joie de notre retour. A
huit heures, je fis prendre la tonline au grand
canot, precede de la baleiniej!&»,i;>
A quelques encabfures de l'entree, je rap-
pelai les embarcations pour faire dejeuner l'equipage avant de remorquer le navire an mouillage. Aussitot apres, le grand canot reprit la
remorque, aide de seize pijse-,gues qui etaient
venues avec beaucoup d'empressenient au-de-
vant de nous, et qui se porterent a ce service
avec la meilletire volonte du monde. Les Indiens qui les armaient nageaient autour de nous
avec ardeur en gpussant des cris de joie. A
onze heures, le Bordelais mouilla dans l'anse
des Amis par huit brasses et demie, fond de
sable vasard et coquilles. Chacun des Indiens
des pirogues qui nous avaient toues recut un
petit hamecont ils furent tres-ysattsfaits de cette
recompense. Cette seconde entree s'effectua le
jwr anniversaire de la premiere. On porta aussitot un ancjpe a jet en affourche dans le Sud-
Ouest avec trente brasses de touee de grelin et
soixante du cable.
A midi, Macouina vint sans  suite; il se
montra fort heupeux de nous  revoir; mais il
Iii
il
ii Ill
x5a
818.
■Ill
-.-*j*      VOYAGE
Septembrc  t
nous temoigna bientot qtfil #aitmoFtine' de ne
pouvoir nous satisfeire sur l'objet principal qui
nous altirait chez lui, apr&ia perte qu? il venait d'eprouver. H raconla ensuite, avec toutes
les marqueS dedoulearet d*indignation, qujtin
trois mats americain etant entre dans l'anse, il
s'etaitl rendu a bord avec son fiWj a la sollici-
tation du capitaine, qui etait boi leu x; qU'apres
avoir'-eH^. regus avec l'apparence de la cord ia-
lite' et regales a la table du capi t aine , ils avaient
ete saisis et garottes par ses ordres; que pour
recouvrer'set liberte et celle de son fils, il avait
fallu donner une grande quantite de fourrures,
rancoU qui avait epmse ses coffrestil ajouta
que ce navire efeit parti depuis dix jours et
avait $£* a Naspate. Malgre tout ce qu'il y avait
de louche dans ce rapport, je ne manifestai pas
de doute sur sa vefacite. L'intelligence avec
laqueile le tahi suppleait par des signes aux
termes que nous ne comptenions pas, et l'aptir
tude singaliere d'Eyssautiee a saisir les discours
de ces sauvages, me font croire que je ne m'&-
tais pas trompe sur la substance de ce re'eit,
que le vieux chef prononca d'un ton persuasif
et penetre. Je lurrepondis que, quoique decu AUTOUR DU MONDE. 153
Sep 1 embre 1818,
dans l'espoir de trouver chez lui des fourrures,
je n'en etais pas moins de ses amis; que je lui
savais gre   de l'accueil qu'il nous avait fait,
ainsi que les siens, a notre premier passage;
enfin que la confiance avec laqueile il s'e'tait
empresse de venir a bord, aussitot mon retour,
e'tait fort agreable pour moi. On fitun salut de
sept coups de canon, et j'ajoutai a cet honneur
-un present dOnt il ne parut pas moins satisfait.
Je donnai aussi divers objets de moindre valeur
a son fils Macoula, qui etait arrive peu apres
dans une pirogue chargee de poissons pour le
navire. Je fis savoir au chef que les fourrures
etant le principal but de ma visite, je parti-
raisle surlendemain s'il ne venait pas de peaux,
mais que si on en apportait, je resterais quatre
ou cinq jours. Je le priai de permettre aux sujets de Wicananich de venir avec nousNNon-
seulement il  acceda a cette  demande,  mais
me'me il promit d'envoyer son fils donner la
nouvelle de notre arrivee a ses voisins, et les
engager a nous porter leurs pelleteries. Il se
chargea aussi avec empressefnent de nous procurer une esparre propre a un mat de hune,
et de faire faire dubois. Je voulais profiter des l54 VOYAGE
Septembrt 1818.
cpmmodites qu'offre cette *alachepour prendre
autant de bois de chauffage et d'eau que possible, etil me convenait d'employer ces sau*
vages aux travaux de l'exterieur; car malgre*
leur conduite paisible et les ifc&noignages de
bienveillance de leur chef, je r^pugnais a en-
voyer nos hommes a terre. Macouina descenctii
a deux heures et demie : nous le vimes sortir
de l'anse peu apres dans une petite pirogue.
Les Indiens ne tarderent pas a apporter du bois,
des bredes et plus de poisson qu'on ne pouvait
en consommer; on leur donnait en echange des
hamegons, des medailles, etc D'apres les dispositions satisfaisantes des naturals, aussitot
que le navire fut amarre, le grand canot fut
envoye a l'eau, et il revint de bonne heure. ..»
A six heures et demie, Macouina vint a bord
remorquantl'esparre qu'il avaitjUjes-Jjien choisLej
d'apres les dimensions qu'on lui avait donnees.
Je lui fis present d'un fusil, et il parut charme
de Gette marque de satisfaction.
Malgre la conduite paoifique des Indiens, on
prit toutes les mesuresdesurete ordinaires pour
la nuit.
Nous eumes de petites varietes de N. et S.-O.
>J 15S
AUTOUK DU MONDE.
- Septembrc 18x8.
dans 1'ansa-j mais il venta grand frais de cette
derniere partie au larges partieuli&iiement l'a-
pres-midi.
Le 6.— Le grand canot continua a faire de
l'eau J mais le peu d'abondance de l'aiguade,
par suite de la disette des pluies, mit de la
lenteur dans ce service. Le tonnelier et le maitre
d'hotel furent employes a recueUMr de la sapi-
nette, dont le meme soir on fit de la bierre.
"""/jssparre que nous avions recue de Macouina
fut mise a terre sur la plage du village, et
les charpentiers travaillerent a I'-equai-ifi?, ce
qui fiat acheve dans la journee. Les Indiens
nous apporterent beaucoup de poisson et de
bois a bruler. Nous eumes continuellement de
leurs pirogues le long du bord, leur conduite
fut constamment paisible, et nous n'eumes a
nofts plaindre que de leur pauvrete'. Ils ne
parent nous fournir que trois petites peaux de
loutre demer, dont nous fimes' ikeq-uisitkai,
ainsi que de quelques pelleteries de terre.
Macouina et son fils d£jeunerent avec nous j
Ce dernier partit ensuite pour aller nous an-
noncer a Wioananiteh. Nous eumes aussi la
irasite de ieurs femmes avec   f>feeaetfrs petits m
I56 VOYAGE
-   Septembrc xSiS.
enfans. On fit des presens a ces dames qui, de
meme qu'a notre premier passage, ne monterent
pas a bord.
A deux heures et demie, a la sollicitation de
Macouina, je descendis a terre avec luil H me
conduisit dans sa maison , ou je fus accuejilli
par sa nombreuse famille et quelques person-
nages marquans, aux cris mille fois repetes de
wacoch! wacoch ! Ces acclamations se repe-
terent souvent en chorus, pendant le discours
tres-anime,que fit le vieux chef, dont je ne
pus saisir, plutot par ses gestes que par ses paroles , que l'expression de son affection pour
nous, et il me sembla comprendre aussi quelques imprecations contre les AmericainsttQ me
parut que cette partie de son discours etait
ecoutee avec indifference par l'auditoire, etque
lui - meme y mettait un air d'affectation. Ces
indices alimentaient les soupgons que j'avais
congus des le premier recit de Macouina, que
ce qu'il m'avait debite sur la perfidie du capi^
taine americain, e'tait une invention pour se
laver d'avoir manque a la parole qu'il m'avait
donne'e l'annee precedente, de me reserase?
toutes ses fourrures. Toutefois, la pauvrete qui AUTOUR DU MONDE. I5^
Septembrc 1S18.
se faisait remarquer dans la demeure du chef
etl'habillement de ses sujets, paraissait deposer
de la veracite de son rapport. Je ne vis dans sa
grande case qu'un seul fusil, qui etait celui que
je lui avais donne la veille. A la ve'rite, on
pouvait supposer qu'il avait deja transporte a
Taehes, sa residence d'hiver, la plupart de ses
richesses. Apres son discours,  il mangea du
poisson bouilli, et il fit ensuite tirer d'un coffre
un gobelet et une bouteille contenant un peu
d'eau-de-vie, apres m'avoir fait comprendre que
e'etait le reste de celle que je lui avais donnee
a mon precedent voyage, il m'engagea a boire.
D'apres ce qu'il avait vu pratiquer -a bord, il
desira trinquer, ce que nous fimes de verre a
bouteille. II satisfit; ensuite a un autre besoin
sans se lever de l'endroit ouj if etait assjis, et
sans observer aucune des precautions que nous
prescrit la decence. II se servit dans cette obetef
sion d'un vase de bois forme de planches carrees,
que lui presenta un enfant, et qufslposa ensuite
derriere lui. Tout cela fut fait avec un air de
gravite qui prouvait qu'on ne croyait nullement
deroger a la bienseance, ni meme aux egards
dus a un e'tranger a qui on veut feire honneur. 158 VOYAGE
Septemt>r« 1818.
Apres cette visite, j'allai voir jmw charpen*
tiers, et fis une tournee dans le village, dont
les habitans dea deux-sexes me tenioignerent la
joie que leur inspirait noire retour. Je remar-
quai le meme denuement de marchandises
d'Europe qui m'a v a it dc j a frapp e sur les Indiens
qui venaient a bord. Tres-peu avaient des cou-r-
ver lures, etla salete de ces vetemens annoncait
qu'ils n't'taient pas le produit des eclianges de
l'annee. Le village, que nous avions trouve entierement abandonne a pareille epoque l'annee
pnkc'dente,f e'tait en grande partie lors de notre
second passage.
Pendant ma promenade, Macoula reparut
tout desappointe, ayant ete oblige de renoncer
a son ambassade, et de rentrer pay la grosse
mer qui 1'avait trouve dehors. Je retournai
chez Macouina avec son fils, et cette fois je
prolongeai ma visite pour examiner sa grande
maison, que nous avions trouvee in b a hi tee et
meme decouverte l'annee precedence, Elle avait
soixante-quatorze pieds de long, trente-six de
large, environ treize de hauteur au faite, et
n'etait partagee qu'en trois oompartimens. Des
cloisons qui ne s'elevaient pas j usqu'a la toi» autour du monde. i5g
Septembrc 1S18.
ture, formaient deux appartemens a droite et
a gauche de la porte principale pratiqu^e au
milieu du grand cote donnant sur le port. Ces
tehambres, entre lesquelles regnait un corridor,
occupaient a peu pres la moitie de la profondeur
de la maison. Le long de trois des cotes etait
elevee une estrade de quelques pouces de haut,
qui etait couverte de nattes et servait de lit;
des coffres etaient places sur les cotes , et
d'enormes outres, formees de la depouille en-
tiere du veau marin, et contenant de Phuile de
baleine, etaient suspendues aux murailles et a
la charpente du toit. Plusieurs de ces vases
enormes etaient ornes de peintures bizarres.
Macouina habitait l'appartement qui etait a
gauche, et son fils celui de la droite. Chacun
avait son foyer situe au milieu; le toit etait ouvert au-dessus pour l'evacuation de la fumee.
Je remarquai plus de proprete" dans le logement
deMacoula, qui, a la verite, etait moins fre-
quente et moins encombre que celui du pere.
Le jeune chef avait une femme d'une physionomie assez agreable, qui etait deja mere; a son
arrivee de sa navigation penible etinfructueuse,
elle lui presenta a manger : ces soins peu em-
m
0 *3r$
l6o VOYAGE
Septembrc 1818.
presses et quelques froides caresses , nous
paraitraientdans de pareilles circonstances de
faibles temoignages d'attaehement entre un
jeune couple dont l'union ne da tail guere que
d'un an.J'enfuspeuetonhe*, habitud'que j'etais
aux moeurs de ces hommes, chez qui une existence precaire et un etat d'hostility permanent
avec toute la creation, tendent bien plus a
developper les passions hameuses que les affections douces.
L'autre moitie de la maison, ou l'on ne voyait
que quelques natlcs et quelques ustensiles de
peche ou de menage, etait lb a 1 illation des
esclaves, que leur peu de laveur aupres ides
mal tres ou le defaut de place exclut de leur
logement particulier. Une porte correspondant
a celle de la facade, mais plus petite, ouvre sur
le bois. Deux figures eolossales et jnonstrueusesy
embleme de la puissance, et dont j'ai deja
parle, e'taient la glincipale decoration de cette
case indienne.
Je retournai a bord avee "Macouina et son
fils, ou je regus la vj&te d'Omae^adiloa, vena
expres de Taehes, dit - il, pour voir ses bons
amis les Frangais. La soiree se passa a converser AUTOUR DU MONDE. l6l
Septembrc 1818.
de la maniere la plus amicale, soit que notre
conduite eut capte la bienveillance des Indiens,
soit que l'interet leur en fit affecter les appa-
rences. Comme entr'autres sujets je parlai de la
possibilite d'un nouveau voyage a Noutka, le
vieux chef manifesta un vif desir de nous voir
revenir et  former un etablissement stable ,
comme avaient fait autrefois les Espagnols. II
temoigna aussi la plus grande envie de garder
Eyssautier jusqu'a mon retour : son caractere
heureux, joint a sa facilite singuliere a saisir
leur idiome et leur pantomime, le faisait bien
venir de tous les sauvages aupres de qui il etait
notre interprete ne. R me pria de le lui laisser
et chercha a le gagner par l'assurance de son
amitie constante, par l'offre d'une femme d'une
famille distinguee et a son choix, etla promesse
de lui faire partager avec lui les nobles travaux
de la p£che de la baleine et de la chasse aux
loutres. Rien ne lui parut plus seduisantetplus
propre a ebranler notre jeune compagnon, que
le tableau qu'il lui fit, avec complaisance, du
doux repos dontil jouirait pendant la mauvaise
saison,  ou pour mieux dire de la faineantise
absolue a laqueile il pourrait se livrer, et qu'il
t. 11. IJ
i i6s
VOYAGE
Scpternbre i8rS.
exprimait a ne pas s'y meprendre, en croisant
leis bras et en feignant de sommeiller. II nous
expliqua ensuite d'nne maniere tr&Hinteltygible
qu'il avait .conclu avec les Espagnols un traite,
qu'il nous fit entendre par signe avoir et^ ini|
en-ecrit; que, d'apres cette convention, il letir
avait cede line portion de terrain sur lescdtes
de la baie, moyennant une quantitc d'instru-*
mens de far, des lainages , etc., qu'ils ha
•Uwiifaient peaodiquement; qu'ils vivaient ep-
semble dans la meijleure intelligence (les Es-2-
pagnols occupantune partie de l'anse, et les
Indiens 1'autre); qu'ils avaient ball des grandes
maisons et ^leve des batteries Snr les ilots de
l'entree; que la presence de ces boles lui ekait
tres-avanfageuse, tant a cause des choses utiles
qu'il recevait d?dix, que par la terreur qu'ils
inspiraientiaisesjennemis , ce qu'il expriaaa en
affectant de trembler, et en disant qu'alors
Claomas, un de ses rivaux vers la pointe Nord'-
Ouest de""Bi|e, e'tait cococo (comme cela). 11
tempigna beaucoup de regret de leur depart il
vantala boa#des commandans Quadra Alava
Fidalgo , etc. qu'il designa^ominativement, et
donna a tous les Espagnols en general j exceple
i HP
1 ffife AUTOUR DU MONDE.
*J53
Si-utcmbro 1818.
a Martinez, des louanges qui .parurent avoir
l'assentiment d'Omacteachloa lui-meme, qui
ne confondit pas dans sa baine contre le meur-
trier de son pere, ses compatriotes innocens du
fbrfait.
Macouina parla aussi avec eloge de Vancouver, de Brougton, et des capitaines anglais qui
avaient frequente Noutka dans le m£me temps.
II cita entr'autres Meares, qu'il dit avoir Mti.
une petite maison dans un endroit qu'il indiqua
a fextremite Ouest du railage, et qu'il m'avait
deja fait connaitre precedemmentv.J^ profitaj
de l'occasion pour puiser a la source des renseignemens sur ce sujet.dey.enu inte'ressanl, par
. la querelle a laqueile il avait donne lieu. Le
resultat de cette jn&rmation fut que la petite
maison de Meares a^ak ete construite avec la
permission de Maco^jna, mais qu'il n'y avait
eu entr'eux ni acte de cession, ni traite quel-
conque. Voila done les edifices eleves par
Meares et ses droits sur des districts et portions
de terrains, droits que l'Angleterre pretend lui
avoir ete transmis par ledit Meares, venu de
Macao en Amerique sous un pavilion portu^-
gais sans aucun caractere public ! Et voila la
11.
ml km
;-Vil'lo-.
lif
0|o     ■
It!;
iGA
VOYAGE
Septie mbrc 1818.
querelle qui fut sur le point d'allumer la guerre
entre les trois grafides puissances maritimes»en
1790, et pour laqueile la Prance, seule, arma
quarante-cinq vaisseaux de ligne.
Les chefs ne nous quitterent qu'a sept heures,
et furent bientdt sufais par les pirogues qui
#£$ient encore le long du bord. Quelques minutes apres, une petite pirogue, condulte par
ufirseul Indien, accosta a la souraihe et avec les
plus grandes precautions. Ce pauvre diable,
qui temoignait beaucoup de cfalnt'e que Macouina n'ertt connaissance dssa visite , ne se
decida que tres-aimCTlementr k dcsccndre et a
lsietfonbntre# k la luniiere, sous pretexts1 6*& gar-
dfer'^ffibognito; m£u8^raicSii§e''detout ce rayi-'
rerS'ljrait qu'il alvait 'aqSlacef une peau de lOulre
de ter?e qu'il espei^ Jarre passer pour la de-
pliftSlle d'un loiiffcSAu de mer, a la faveur de
1 ODSCttme. Irons n'avions recu qutlne sMfe
belle peau dans toute la journee.
Le 7. — II vcnra encore grand frais du S. a
.'FET' donnant sdw&nt !dtlns l'aftfse'Wafif'TWrteS
r&Mes, i^ec une pluie continuelle, la tSH£
part de la journee. Malgre l'abri que procure
la pointe aux brisans, la grosse mer du'Mge? AUTOUR DU MONDE.. l65
Septembre 1818.
penetrait dans la baie et se faisait sentir au
mouillage.
Le mauvais temps n'empecha pas de confi-
nuer a faire du bois et de l'eau. Le premier article nous etait fourni comme precedemment
par les naturels.
LeS.—Le temps s'embellit, la brise tomba et
varia du N.-O. Les travaux furent pousses avec u ne
activite proportionnee aux facilites qu'offrait le
temps : on acheva de remplir les futailles. Le
navire fut presque constamment environne de
pirogues; mais le denuement des Indiens etait
si grand, que tout ce concours ne nous procura
que quelques fourrures de terre. Ils nous por-
terent aussi beaucoup de nattes, de poissons
et un beau daim.
Macoula se remit en route de bonne heure
pour remplir sa mission aupres de Wicananich.
L'apres-midi, j'allai sur la cote extericure
prendre des hauteurs pour verifier la marche
du chronometre, qui se trouva en la regulasite
la plus satisfaisante, comme a l'ordinaire.
Le 9.—Ce jour fut donne a l'equipage pour
laver et raccommoder ses effets, dont il, n'avait
PJ vS
11
l66 WtfAGE
Septembrc 1818.
guere pu soigner l'entretien depuis nc/tre derniere relache a Sitka.
Dans la nuit, un banc de harengs iHrht se re-
fuller dans nos parages, ayant ete chasses par
une baleine qW les poursuivit jusqu au fond
de l'anse, a tres-petite distance'de terre, Ou le
peu de profondetir de l'eau mettalt sa proie a
1'abri. La  quantite innombrable des haretigs
rendant cet asile insutBsant, la baleine se pre-
cipitait sur ceux qui restaient a decouvert. A
son approche, le fretin, frappe de terreur, s'e-
lancait hors de l'eau avec un bruit s'emblable a
cerux}que prodiiit utie lame courte en brisanl;
un   petit nombre de  ces malneureux fugitiK
\dnt se cacher sous les facons du navire, et
lorsquela baleine en approchait, on les voyait,
suivant la position de ce tertible ennemi, passer
d'un bord a 1'autre aVec une rapidSte qui, mil>-
grt; fa trainee phosphorescente qui marquait
leur  sillkge,   permettait   a peine a l'oeil de
srflvre leurs mouvemens.
Le 10.—Des Indiens, venus de l'inte'rieur,
apporfetfent encore quelques fourrures; mais la
f&ible quantite' qui nous avatf ete presentee ne AUTOUR DU MONDE.
f&
perm'CtJtait pas d'eSp^rer qrfit e&xmtatss'ei db-
r^tiaVSttt pour nfautO^i^ei? a 'fffblonger ce^te
relache, d'autant plus qu'on ne pouvait plus
s'attendre que Wie&ianicb en envbyat. Un
jeune hommfe, se disant fils de Ce chef, etait
arrive a bord au point du joti* ei avaif ate6nce a
Eyssauticr qjrfil ne nousviehdraitpas de fourrures de son pere tant que nous resterions a ce
ftlouillage; mais que nous en reCevrions des que
le navire paraitrait sur ses cotes. Ce Jeune ctasf
parlaitavec animosite de MdOofiina, m8is voyant
venir Omacteadhloa, envoye* pfO'bajblemen'v pour
1'observer, il se jeta dans son? canot, malgr^ les
-instances qu'on fit pour le retenir,  et partit
sans m'avoir vu. D-gpres Cela , je resolus de
B . .
sortir le lendemain et de faire route pour la
r€alifornie, apres avoir range la cote de Clayo-
quot pour cosnmuniquer avec les piro^ttes de
l'Ouest. Nous apprifltes ainsi que, malgre les
talens diplomatiques de Macoula, il avait echoue
dans sa negotiation, ce qui ne m'^tOnna pas
sachant que FaHianoequi regnait etitre les deiix
families, parlemariagedeWic&nanich avec une
fille de Macouina, n'a^Ere pu eteindre l%ur ri-
Valite, et la rudesse avec laqueile chacun Sttu- il
mm'.
I68 VOYAGE
Septembrc x8l8.
tenait ses pretentions a la preeminence, ne lais-
sait pas d'espoir de voir les communications
s'ouvrir.
Lei i.—Outre 1'ampleprovision d'eau etdebois
recueiUie sans exposer ni fatiguer nos gens , et
qui aUait nous epargner beaucoup de peine a
San-Francisco, ou ces objets ne se font que
difficilement, nous nous etions aussi procure
des naturels beaucoup de nattes qui devaient
nous etre tres-utiles en Californie pour faire des
sacs a bie. Enfin nous avions acquis dans cette
relache une nourriture saine et abondante en
gibier, poissons et vegetaux, dont nous em portions encore pour suffire a la consommation de
plusieurs jours. Tout cela ne nous avait pas coute
la valeur de 5o fr. enhamegons, couteauxetcoli-
fichets, dont il nous restait beaucoup plus qu'on
ne pouvait en employer. Nous avions aussi fait
quelques tiergons de bonne.biere; mais nous
eumes le malheur de perdre la meilleure dans
la fermentation. Ces avantagescompensaienten
quelque sorte le peu de succes de la traite, qui
n'augmenta notre partie de fourrures que de
onze peaux de grandeur.
Le matin, on leva l'ancre a jet, les mats et AUTOUR DU  MONDE. 169
Septembre 1818*
vergues de perroquet furent mis en haut, les
cornes des goelettes hissees, et on disposa tout
pour prendre la mer. L'apres-midi, on desaf-
fourcha en levant la grosse ancre, et on porta
une embossure sur le rocher Nord-Ouest de la
passe. Je pus, pour la seconde fois, prendre un
angle horaire.
Macouina et Omacteachloa ne manquerent
pas de venir partager notre. diner, comme
c'etait assez leur habitude : la conversation ne
languit pas et fut tres-amicale; elle roula prin-
cipalement sur notre retour, que nos hotes
paraissaient fort desirer; ils firent sur ce sujet
beaucoup de questions auxquelles je repondis
autant que possible de maniere a entretenir
leurs esperances sans trop les flatter. Macouina
me fit les plus belles promessespour m'engager
a les realiser. Nos adieux furent affectueux; je
les scellai par un present que je fis a chacun
d'eux.
A cinq heures trois quarts, on leva la derniere ancre; le navire evita sur l'embossure et
arriva en dependant sur la passe sous les burners et perroquets. La brise, deja faible en ap-
pareillant, ayant continue a mollir, et le flot se VOYAGBB- '
Septembrc 1818.
la i sau t encode sen 11 r, iHtas ftimes'<ljuel^[tie Wm^rf
a doubler la pointe de l'anse  et restames &&
calme aussitot  apres a la longdfetfr do na'fittl
des rochers. Je fis prendre la ton 11ne aux pirogues qui-restaient encode le long du bord ei
b£lef a tert*e pour qUfori en envoy&t cPAuhteS ^
il en vint bientot huit ou dix, <■<>11du11 <-s par le
vieux chef 'en peMOftne. Avec le secouW de nos
amis, joints aux enbrts' de la 1 >a 1 e i n i e re et des
avirons de galere, nous nous detachames- ctes
rod his. Atires quelques usk s variables, la
jrise S^tant levee du S.-E., on orienta an plus
totes-tiibord, et les pirogues largherent la re-
mofque a notre invitation. En reconnaissance
de ce service rendtt ave6 le zele die la mi he, je
fis un petit present a Macouina et lui remis un
nombre suffisant de couteaux pbttf £tre distrimes a ceux de sa suite qui nous avaient ass is tes.
Nous nous firiies les derniers ad leux en bu van I
ensemble un verre d'eau-de-vie; le vieui cheflf
et ses compagnons s^oignerient de nous en
etiaiit wacoch! wacoch! nous manifestant par
a' les voeux qu'ils faissftent pour notre heureux
voyage. Ces atcens de 1'amitie, si loin de notre
patrie, e'iivh'onnes des sombres tableaux d'une A.UTOUR DU  MONDE. 171
Septembre 1818.
nature sauvage, pro'duisirent, je l'avoue, une
impression profonde sur mon cceur, et il m'en
aurait coute de ne pas pouvoir croire a la sin-
cerite du sentiment qu'ils exprimaient.
A dix heure'S, courant bab ord arriures, nous
eurncs connaissance, au Sud-Ouest, d'une pirbjj^fie
a la voile qui venait de la pointe aux brisans et
cherchait a nous rallier. A dix heures et demie,
IKnis viratnes sur elle et masquames le perro-
quet de fou'gffie. Peu apres, elle accosta-, "et un
des six Indiens qui l'armaient monta a bord ;
cet homme fit beaucoup de contes, criant a 1u6-
{ete et parlabt avec volubilite, comme celui
que nous avions rencontre au meme endroit,
il y avait juste un an. II nous fit entendre que
fes sujets de Wicananich avaient surtout besoin de couvertures, et qu'un brick americafn
etait mouille depuis deux jours dans un de ses
ports. Quoique je fusse tente de croire que ce
n'etait qu'une ruse de Macouina pour me de-
tourner du prbjet de communiquer avec son
rival, cet avis me fit renoncer a explorer la cote
de Clayoquot, d'autant plus facilement que le
temjffglrie permettait gtiere d'esperer que les pi- 173
VOYAGE
0   !
fill
ScpU-mbro 1818-
rogues vinssent au-devant de nous pour traiter.
Comme je ne voulais pas m'exposer a perdre
du temps en allanl mouiller chez Wicananich ,
dont j'avais de fortes raisons de me metier, je
me decidai a faire de suite route pour la Cali-
fornie. Entr'autres puissans motifs, les affaires
que j'avais a terminer a San-Francisco, les
vivres quit
allait remplacer, le bie que nous
avions a nous procurer pour remplir nos en-
gagemens avec les Russes, me mettaient dans la
necessite de gagner ce port sous le plus bref
delai, d'ou il la 11 ail retourner a la Nouvelle-
Archangel avant que la mauvaise saison itil
trop avancee. Je me reservai cependant de toucher sur la cote de la Nouvelle-Albion, au Nord
du cap Mendocino, si les circonstances etaient
favorables; en consequence, a onze heures je
repris babord amures et portai le cap au Sud
sous trois corps de voiles. A midi, le soleil ne
parut pas (').
(*) On releva les extr&nites apparentes de Pile Quadra et
Vancouver a l'Est et au Nord 35 deg. Ouest; Pile Ronde dans la
baie de Noutka, au Nord io deg. Est, et la pointe anx brisans
au Nord 70 deg. Est du oompas, distance 5 milles. Le point de
mun
'■'.m AUTOUR DU MONDE. 1^3
Scptembre   181S.
Dans la nuit, la brise fraichit en variant du
Sud-Ouest au Nord-Ouest: la suivante , elle
hala le nord, d'ou il venta grand frais pendant
vingt-quatre heures.
depart fut determine, d'apres ces donnees, par Nord 49 deg.
a5 min. et Est 129 deg. 2 min.
fe\f BE
Mum   r-*BflaMErf* BiM <
>?4
VOYAGE
1818.
CHAPITRE XII.
1
■MS
Details historiqu.es et geographiques sur Noutka. —
Prod nil du sol. — IV-clics et cJiasscs iinlirunes. —
Rapport i-nt 1 e ccriaincs coutumes des Madecasses et
celle des sauvages de Noutka. — Coutumes. —
Moeurs. — Flabillement. — Travaux. — Croyance j
religieuse. — La plurality des femmes en usage chez .
les tahis et chez les gens riches. — Mariage. —
Sepulture des chefs de Noutka.
Gette partie de la cole Nord-Ouest d'Amerique a ete reconnue, pour la premiere to is, en
1774, par la corvette espagnole le Sanfr^Tago,
commandee par l'enseigne de fregate don Juan
Perez, expedie de Saint-Bias pour un voyage
de decouvertes. Cook vint^ quatre ans apres,
et ne sachant pas qu'il avait'ete precede a la
baie, que l'Espagnol avait deja appelee Puerto^
de San-Lorenzo, il lui donna le nom de King-
, Georges -Sound. II adopta ensuite celui de
Noutka, qu'un quiproquo lui fit croire £tre la
designation en usage parmi les naturels; mais
ils appellent leur pays Youcouast. Us, ne le
eonnaissent sous le nom de Noutka que par AUTOUR DU MONDE. \n5
j,8i8.
suite de leurs relations avec les navigateurs chez
qui il a pris racine. Le mot Nou, celui de
leur langue qui en approchc le plus, signing
montagne. Au reste, le nom de Youcouast n'ap-
partient qu'au canton actuellejnent sous la
domination de Macouina ; file Quadra et Vancouver, ainsi que toutes celles d'une certaine
etendue, dans ces parages, n'ayant pas de designation propre jiarmi les Indiens. C'est une suite
de leurmorcelfement en peuplades presque toujours ennemies, et n'ayant presque jamais aucun
autre rapport entr'elles que celui de la guerre.
Le Sund, dont l'entree a au moins trois quarts
de lieue de large, contient plusieurs ilots de
hauteur moyenne et couverts d'arbres qui s'e-
levent parmi les rochers, dont les plus gros se
montrent ami. Ilya passage presque par tous
et plusieurs bons mouillages. Lorsque les Ame-
ricains frequentaient cette partie, ils donnerent
la preference a celui de Macouina, a septou huit
niilles dans le Nord de l'anse des Amis. Trois ca-
p.ajjx navigables aboutissent au Sundj le. principal quienestcommeleprolongementdela partie
Ouest, s'avance d'abord dans le Nord, et apres
avoir fait deux coudes rejoint la mer. a la baie VOYAGE
e la Bonne-Esperance, et forme une ile parti-
culiere de treize ou quartorze lieues de-cfrcuit,
a laqueile appartient l'anse des Amis, ap-
pelee Mamma-Ho par les naturels, qu'on trouve
a l'entree du Sund sur la cote Ouest. Elle est
fermee par la cote dans cette partie et au Sud ,
et a l'Est par un rocher qui n'en est separe qtie
par un canal de quelques brasses de large,
praticable pour les embarcations. Son entree,
ouverte au Nord-Est, donne sur l'inte'rieur deJa
baie. Ce petit portne peut reiceyoMNque quatre
ouidnq navires a moins d'amarrer a quatre
heures. La tenue y est bonne et>l'eau parfoufc-
d'une profondeur sufhsante jusqu'au pied des
rochers, surlesquels on peut porter des amarres.
L'etablissement est de 12 a 20 lieues. Les mar
rees sont de. qaiinze pieds. Cook y a remarque
quelques iraegularites qui, dans ces parages ,
ne peuvent pas tirer a consequence.
D'apres les Espagnols qui y ont ete etablis-
plusieurs annees, le temps est generalement
beau dans le mois de mai et les mois suivansl
La brise de terre du N.-E., se fait sentir de
minuit a huit heures, et avant midi elle saute
au N.-O., d'ou elle donne parfois avec force. AUTOUR DU MONDE.
1818.
I77
Le  soir  elle tombe et hale le N. A la fin
d'aout, les vents sont de la partie du S., soit
par l'E. soit par l'O.; les brumes etlespluies
deviennent frequentes. En novembre on eprouve
des tempetes et des orages d'une extreme violence , quoique le tonnerre se fasse rarement
entendre, et dans l'hiver, de furieuses tour-
mentes du Nord qui deracinent les arbres et
mettent en danger les batimens qui se trouvent
au mouillage. II   ne gele qu'en Janvier;   la
glace prend les ruisseaux, mais la baie et les
grands   canaux sont toujours libres. D'apres
notre experience, il parait que la chaleur est
aussi moderee que le froid. Pendant notre relache en 1817, du 5 au i7septembre, le ther-
mometre marqua de 10 deg. 5 min. a i41e
jour, et l'annee suivante de 10 deg. 5 min. a
18 deg., dans l'une et 1'autre il ne descendait
guere que d'environ 8 deg. la nuit. II est evident que   dans ces  mers septentrionales, la
temperature est infiniment plus douce a la cote
occidentale qu'a celle. orientale.
Le peu de maladies auxqueUes les indigenes
sont sujets, depose de la salubrite du climat.
Nous en avons vu plusieurs qui avaient perdu
T. 11. 12 178
VOYAGE
1818.
H
I
uft ail, et un plus grand nombre dont la vue
etait affectee : il est probable que leur salete
habituelle est une de[s pirindpales causes des in-
commoditesqui leur suTviennent a cet organe.
Le sol est fertile, quoiqu'U ne soit en general
forme que d'une mince couche de terre audessus des pierres qui en font la base. La for£t
qui le couvre en entier contient des arbres de
la plus beUe dimension ; elle ab rile beaucoup
de plantes medicinales et d'autres a fleursd'un
parfum tr^s-agreable, enfin le sol produit dt-
verses especes de fruits, de baies et de racines
nutritives, agreables et salutaires. On y trouve
surtout, et en abondance, l'espece de morejle
si connue a l'ile de France et a Bourhon sous
le nom de bred. EDe nous fut indiquee par les
naturels, comme etant recherche'e par les Espagnols. Je fus d'abord seul a en manger, mais
bientot tout le monde y piit gout, eteaa en fit
une grande consommation. A repoqueavancde
de notre passage^, la plupart des frwilscetaient
passes. Nous vimes cependant plusieuate baies,
dont l'une etait produite par un joJi arbuste,
et qui ressemblait a la groseille pour la forme,
le gout et la coiueur. AUTOUR DU MONDE.
X79
Les Espagnols ont trouve que les divers legumes qu'ils y ont cultives, ne le cedaient pas
a ceux de l'Andalousie, tant pour la grosseur
que pour la qualite; mais le bie et le ma'is ne
reassiraient pas. A Noutka il serait difficile
d'y elever des bestiaux, autres que des chevres
et des cochons, les herbes n'etant pas assez
abondantes pour suffire aux app rovisionnemgns
necessaires pour passer lamauvaise saison, pendant laqueile la terre est couverte de neige.
Les forets   sont  pleines   d'animaux.   Nous
vimes seulement quelques dajms  et quelques
cerfs que les Indiens avaient tues ,• mais d'apres
leurs rapports et les depouilles qu'ils nous pre-
senterent, elles renferment des ours, des loups,
l'elan, le linx, lamartre,la belette, le renard,
le  blaireau,  l'ecureuil,   etc. Ils ont aussi le
castor et la loutre de terre, ces deux especes
en petit nombre j  mais les ours surtout sont
tres-nombreux : le morceau de fourrure a poils
blancs que nous vimes sur la tete d'un  chef,
me fait penser qu'il y en avait de cette couleur.
L'epaisseur de la peau, la longueur et la ru-
desse du poil, semblaient indiquer une taille
eaorme dans l'animal auquel ils avaient appar-
12.
i^rtd*^ im$
180
VOYAGE
1818.
tenu. Comme crest le seul echantillon que nous
en ayons vu, cette espece doit £tre rarej peut-
etre me*me ne se trouve-t-elle que sur le continent. II est probable que ces for£ts ont nombre
d'autres habitans qui ne sont pas parvenus a
notre connaissance, mais je ne erois pas que le
mouton de montagne qui se trouve dans le
Nord se repande au Sud jusques ici. Nous n'en
avons eu aucun indice etles Indiens ne nous en
ont pas parle.
II nous a semble que les volatiles sont beaucoup moins nombreux que dans notre Europe.
Les plus communs, au moins sur la c6te, sont
les oiseaux de proie et surtout les corbeaux et
les eorneilles : nous avons aussi vu des aigles
a tete blanche, des faucons, des piesj etdans
les autres especes, des herons, des ramiers, des
moineaux, desalouettes, des oies et des canards
d'assez bon gout. Les oiseaux aquatiques, dont
lfes especes sont peu varices, sont les goelans,
les plongeons, les taille-vent : il y a aussi des
albatros, mais en tres-petit nombre. Leur existence dans cette partie du monde est niee par
le savant redacteur du Voyage de Marchand,'
mais nous pouvons assurer en avoir vu plusieurs
Iff AUTOUR DU MONDE.
181
en mer, et un a Nitinat qui nous fut presente
par les Indiens.
Les ressources qu'offrent la terre et les forets,
sont pour les naturels de Noutka et de toute la
cote d'Amerique au Nord de la Californie,
tres-inferieures a celles qu'ils tirent de la mer.
Elle est peuplee d'une infinite de poissons et
de phoques qui leur procure la principale
nourriture et leurs vetemens, en leur fournissant
des moyens d'echange. On trouve en grand
nombre dans ces parages diverses especes de
baleines : nous n'en avons cependant pas vu
autant que dans le Nord et dans l'ocean austral,
peut-etre a cause de la saison a laqueile nous
avons fait nos deux relaches. La plupart des
amphibies sont aussi tres-multiplies, mais l'espece de la loutre saricovienne, qui, jusqu'a
present, fait la grande richesse de toute cette
partie de l'Amerique, a beaucoup diminue et
parait devoir s'eteindre sous peu dans les eaux
de Noutka. Les Indiens preferent sa chair a
ceUe de tous les autres phoques qui passent avant
celle de la baleine. Toutes ces especes sont
moins nombreuses que dans le Nord. Les poissons les  plus  communs sont la sardine , le
ii i8a VOYAGE
1818.
harengy le tariaot, la truitc, la morue, le
"oulu etc. Au reste, les Indiens font ventfe^ti
lout excepte du marsonin. Une partie de ces
especes sont de passage comme chez nous, en-
tr'autres le saumon, qui ne parait guere qu'en
ete. Les naturels •en prennent une quantite
en or me a cette (ipoque, lis le inn lent et c'est
leur prtncipale provision d'hiver: ce poisson
est infhiiment plus delicat ici que dans les parties septentrionales de la cote Nord-Ouest. Le
bar eng, la sardine et la plupart des autres
especes sont aussi excellens. On trouve, en
outre, beaucoup de testacees, surf out desmoules
de plusieurs especes, dont quelques-uns out
jusqu'a huit pouces de long ('). II y a aussi quantite de petits crustace'cs de bon gout; mais les
especes en sont peu varices.
Les Indiens ont diverses inanieres de peclier,
dont la plupart sont ingenieuses et exigent
beaucoup d'adresse. Pour prendre le gros poisson qui parait a fleur d'eau, leur instrument
ordinaire est le harpon : leurs filets de pea
d'etendue ne servent guere que pour pSeher le
(0 Us contienflent sftuvent de petites pedes mal conformees
et teraes. AUTOUR DU MONDE.
183
fretin. Ils emploient aussi, pour le petit poisson
qui vient en bancs, une espece de peigne
double de la longueur de quatre a six pieds.
Le dos de cet instrument est en bois, et les
dents qui y/semt adaptees sont generalement en
os, et a chaque coup de ce peigne, on le releve
charge de poissons qaii se trouvent embroches
aux dents. Le corps de leurs hamecons, tire
x d'une racine d'arbre resineux ayant la courbure
convenable, est arme d'une pointe d'os ou de
pierre (quoique ces hamegons remplissent
-Jaenleur destination, les naturels preferentles
ijotres.) La ligne de substances vegetales qu'on
^Weit rapement adaptee a une gaule, est attache©
a une peitite vessie qui flotte a quelques pieds
du bout hors de l'eau, et le reste de l'appareil
«aest ama»re sur la pirogue; par ce moyen, le
pecheur peut surveiller plusieurs lignes avec
facilite.
Ces differens genres de p£ehe, sans danger
et sans gloire, sont abandonnes aux nristchi-
-mis (esclaves), les chefs seuls font celle de la
baleine, au moins c'est a eux a la harponner.
-fisipartagent ,avec la basse elasse celle de la
loutre, quoique moins honorable. Pour prendre
-'tap
!2S 184
VOYAGE
1818.
"cet amphihie deux canots vont de conserve,
chacun monte par deux hommes armes d'arcs,
de tlechies, et d'un petit harpon muni.d'une
ligne d'une certaine longueur, au moyen de
laqueile les pecheurs peuvent arreler dans sa
fuile fanimal qu'ils ont I'rappe, et le baler a
bord. Paiiois on surprend la loutre donnant a
fleur d'eau, mais le plus souvent ce n'est qu'a-
pres. une longue chasse qu'on l'approche a
porlee de la Heche et du harpon. L'organisation
de ces an i 11 mux ne leur permettant pas de res ter
plus de deux minutes sous 1 eau, ils sont obliges
de se montrer a cet intervalle de temps pour
teSpirer, ce qui tient leur ennemi sur leurs
traces. Malgre ce desavantage, la vitesse et la
ruse de la loutre me 1 ten l tie< j u em men t la vigilance des chasseurs en defautetrendentleurs
efforts infruetueux. Mais il s'engage toujours
un furieux combat entr'eux et la proie qu'ils
ont surprise: lorsqu'ilsl'onttiree dans le canot,
il leur reste a vaincre la resistance opiniatre
que fait la loutre au moyen de ses dents tres-
fortes, et des griffes dont elle est armee a ses
ailerons de l'avant, qui, ainsi que ceux de l'ar-
riere, lui servent de nageoires dans l'eau, etde Autour du monde.
i 85
pattes pour se trainer a terre. Quand les chasseurs rencontrent ces animaux avec leurs petits,
qu'ils portent sur leur dos quand ils cheminent,
et sur leur ventre quand ils reposent, ils font
facilement leur proie de toute la famille, car
les petits ne pouvant pas se sauver, et le male
et la femelle ne les abandonnant jamais, ils les
-defendent au contraire avec une vigueur incomparable ; ils mettent en pieces avec leurs
dents les dards dont ils sont perces et saisissent
meme le bord de la pirogue, mais ces pauvres
animaux ne sauraient alors eviter leur perte,
et meurent en couvrant leurs petits de leur
corps.
II arrive aussi, mais rarement, qu'on les
trouve dormant a terre, et c'est dans ce cas
qu'il est le plus facile de les prendre.
C'est avec des pirogues"qui n'ont guere plus
de quinze pieds de long, sur deux et demi de
large, armees de trois ou quatre hommes, que
les naturels de cette partie de l'Amerique domp-
tent l'animal le plus enorme de la creation. lis
font usage pour la peche de la baleine d'un
harpon adapte a une hampe d'un certain poids,
afin que l'instrument enfonce plus facilement.
il
.■.01,'J
■gof^ :§i!
18G
VOYAGE
i8>8.
Une ligne est attachee d'un bout au harpon, et
t i en I de 1'autre a ^ine vessie qui signale la direction que suit fanimal en i'uyant sous l'eau,
apres avoir etc frappe. Quand il reparait [lour
-respirer, apres un laps de temps qui -n'excede
jamais une demi - heure, il est de nouveau
assailli par les pirogues, qui ne cessenl de le
ponrsuivre jusqu'a ce qu'il succombe en per-
d a n l son sang • on le remorque alors vers une
partie con ven a hie de la cote, ou il est e'choue,
et coupe en morceaux dont le chef lui-meme
fait la distribution. 11 donne ensuite un ieslin
auquel tous ses vassaux n'ont qua se presenter
pour etre ad mis.
La peche de la baleine est la phis impo rt ante
de toutes, la capture d'une settle loiirnissant,
pour quelque temps, a tout un village, non-
seulement une nourriturc abondante, mais encore une boisson deljcieuse a leur palais, car
pour tans les Indiens de la cote Nord-0uest,
■cette huile est <Un veritable nectar.
L'audace et l'adresse, qui  peuvent settles
promeitrelfc succes de ces expeditions dange-
reuses, assurent, a ceux qm^y4fetinguent$#ifi't
haul degre de consideration aupres de leurs
lilt AUTOUR DU MONDE.
187
conapatriote$. Le surnom de Tchochosep, que
portait Macouina lors de notre passage, exprime
son habilete dans la peche de la baleine.
Si nous avons bien compris les habitans de
Noutka, c'est pour leuirs chefs une prerogative
et un devoir de la diriger«. lis s'y preparent par
le jeune, la priere, l'abstinence des plaisirs et
diverses ceremonies pour obtenir la protection
de la diviffiite, a qui ils offrent des actions de
graces apres le succes. Le festin qui s'ensuit
est aussi accompagne de certaines formes^ J'ai
cru re connaitre dans tout cela, ainsi que je 1'ai
dit, quelque ressemblance avec ce que les
"Madecasses pratiquent en pareil cas : je dois
aj outer que le judicieux auteur du Voyage au
detroit de Succa, ne parle pas de ces prepa-
ratifs et du ceremonial dont ils sont I'objet.
Les naturels de Youcouast ou de Noutka
sont generalement d'une stature moyenne, et
inferieure a celle de la plupart des autres h Li-
tans de la eote Nord-Ouest. Comme les autres,
il sont peu charges d'embonpoint. Les chefs
sont d'une taille et d'une corpulence plus for*e*
l'exterieur peu avantageux de cette tribu, n'an-
nonce ni la force des peuples cultivateurs, ni i88
VOYAGE
1818.
rande
l'agilite des chasseurs. Passant une g
partie de leur temps dans leurs embarcations
etroites,ils ont une demarche gauche, et comme
ils s'y tiennent accroupis ainsi que dans leurs
habitations, cette position habituelle deforme
leurs membres ainsi que la partie inferieure de
leur corps. Le ventre comprime vers le milieu
se projette de chaque cote, ou il parait former
une tumeur, ce qu'on remarque surtout parmi
les femmes. Le gras de jambe eprouve le meme
displacement, il est pour ainsi dire coupe en
deux. Les chevilles sont tres - saillantes et les
pieds tournes en dedans. Ces defauts sont com-
muns a la plupart des naturels de la c6t6^
accoutumes au meme genre de vie. Mais ceux
de Noutka se distinguent de leurs voisins, par
la forme pyramidale de leur tete, qu'ils ob-
tiennent en comprimant celles des enfans par
des ligatures qui descendent a peu pres jus-^
qu'aux yeux. Cette coutume altere les traits en
relevant les cils et en changeant la position
horizontale des yeux. II ne parait pas que cetfe?
violence faite a la nature ait aucune influence
sur leurs facultes intellectuelles. L'expression autour du Monde.
1818.
189
de leur physionomie annonce l'intelligence dont
ils sont doues ; on en voit cependant dont le
regard est abattu; mais tres-peu ont l'appa-
rence de la stupidite. Leurs cheveux sont
longs et forts, le noir est chez eux la couleur
dominantej mais on y voit aussi des chatains
et des blonds. La barbe pousse aux jeunes gens
au meme age que chez nous ; les hommes d'un
certain aee la laissent croitre : nous en avons
vu quelques-uns chez qui elle etait tres-epaisse,
mais en general elle est clair-semee. Les jeunes
gens s'arrachent les poils si exactement avec
des pinces faites de petites coquilles, qu'on les
prendrait pour imberbes.
Ces peuples sont de couleur cuivree d'une
nuance legere; quelques enfans et un plus
petit nombre de femmes sont blancs. Au reste,
il est rare qu'on puisse juger de la couleur de
la peau de ces sauvages, etant presque toujours
couverte d'un melange d'huile et de peinture
dont ils se barbouillent, ce qui, joint a leur
salete habituelle, empeche de distinguer leur
veritable couleur.
Ils se font dans leur enfance trois ou quatre
III
%
i« I$0 VOYAGE
i»i8.
trous au lobe, et quelquefois au rebord de
Koreille, et un ou deux a la cloison da nez. Us
y placent des ornemens divers dont le genre ft
varae depuis leur communication avec les peoples civilises. Autrefois c'e'tait principalement
des morceaux de cuivTe, de nacre, ou des c«v-
quilles blanches emaillees, fonnanl un' luyau
de quinze a dix-huit 1 ignes de long sur une de
diametre. Ils ont aussi des colliers de coqmilage, derassade, etc., et melent a ces p am res
des bon tons, des pieces de monnaie, de la
nacre, etc.: cette derniere substance etait rare
et singulicrement reeherchee autrefois, mais
elle a perdu beaucoup de sa valeur en devenant
commune. Les Amerieains ayant repandu dans
toutes les parlies de la cote une quantite enor me
d'oreilles de mer de la Californie, ou de co-
quilles de Monterey, i$s foot usage de bracelets. iBs> Raiment1 § avoir beaucoup de cheveux
et ont diverses manieres de les porter j la ph»*.%
part les ooupent en vergette dewifere comme
devant. Quelques^uais les portent en queue;
d'autres les attachent au sommet de la tete,
tous les ont t*es-sales et pleins de vermine, dont
ils s'embarrassent si peu qu'on peut croire qu'ils AUTOUR-'BU-MONDE. IQI
1818.
ne chercheraient pas a en diminuer le nombre
si le chasseiar n'en faisait son profit. Ils con-
naissent a peine 1'usage du peigne, et n'en ont
que de grossiers qu'ils ornettt de sujets au&Si?
grotesques qu'indecens. Ici, la malproprete 1&
plus degoutante n'exclut pas le gout de la pa-
rure ; cet etrange amalgame se remarque plus
chez les hommes que chez les femmes. Plusieurs,
apparemment lesagreables dupays, ne nousfei-
saient leur premiia'e visite que dans le costume
leplus recherche. Quelques-uns nou«ont rendus
spectateurs de leur toilette, qu'ils faisaient dans
leurs pirogues le long du bord. On les voyaSt
©uvrir une boite contenant un.ndroir, du duvet
d'oiseau, diu blanc, du noir, de 1'ocre, et une
espece deaiica qu'on pirendrait pour de la mine
de plomb. Tffiwrtefe ces couleurs etaient dispo-
sees avec art ewe le visage, le eol et quelquefois
la bouchre, a 1'aide, du mir®«b qui etafct souvent
consulte. Les ornemens etaient ensuite places;
et le duvet mis en guise de poudre -dans les
cheveux, pommades avec la graisse de baleine >
completai* la toiktte du pe«sonnage, <P** »»on-
tait a bord d'un air satisfeit. Au- reste, le duvet
est en usage parmi les chefs dans les •e&remo- iga
VOYAGE
1818.
nies. La graisse est employee par left'naturels
detoutesles classes etprawjue de tous les ages,
pour ise frotter le corps. Sur cette premiere
couche, ils en mettent fr&juemment une seconde avec un end nil compose de graisse de
baleineet tfocre rouge, de sorte que cette couleur se confond avec celle qui leur est natn-I
reUe.
Outre ce genre de Iraveslissement haliituel,
ces sauvages font-usage de masques representant
des teles nionstrueuses d'homines Ott d'animaux.
Les chefs, qui tiennent toujours one ligne de
demarcation entre eux et le peuple, out le privilege d'employer plusieurs couleurs dans leurs
deguisemens et de les orner de figures varices.
Le costume des hommes est aussi simple que
possible : c'est general emeu t un manteau de
peau de betes, ou d'un tissu fail de la partie
filandreuse de l'eeorce du cypres; ce ve lenient
est rareiuenl assez ample pour pouvbir croiser
par devant, et ils s'enembarrassentpeu, etant
sous ce rapport d'une indecence absolue, au
point de mettre bas, a toute occasion, ce veto-*
ment unique, et de se montrer alors. absolu-
njent nus.  Tantot  il  leur   couvre  les   deux AUTOUR DU MONDE.
I93
epaules, tantot une seule, laissant 1'autre bras
libre. II tient an moyen d'une courroie ou d'une
epine. '$$$
Nous avons vu a quelques chefs de tres-beaux
manteaux composes de deux peaux de loutres
parfaitement cousues dans leur longueur, et
d'autres de grandes peaux d'ours noirs. II y en
a aussi de peaux de betes fauves bien corroyees.
Celles d'elans en quatre doubles servent de
cottes d'armes. Ceux de laine, bien moins com-
muns dans cette partie de la cote que dans le
Nord, ne sont ordinairement qu'une couverture
blanche.
Les femmes, d'une modestie qui contraste
avec le cynisme de 1'autre sexe, portent aussi
le manteau, qu'elles tiennent soigneusement
ferme, et dessous une ceinture de peaux qui les
couvre jusqu'aux genoux et qui est presque
toujours accompagnee d'une echarpe com-
posee de fils d'ecorce, attaches seulement a une
courroie ou a une petite corde. Quand le temps
esthumide, elles portent une pelerine tissue de
ce meme til, ornee d'une bordure de fourrures.
Ce vetement est aussi a l'usage des hommes,
mais pioins frequemment.
t. 11. 13
M
IIP ig4 VOYAGE
Pour se couvrir la t$te:,,nous ne lenr avons
vu Que des chapeaux en forme de c6ne obf us,
dont une calotte placet- dans l'int&ieur fait 1 e
fond; ils les attachent sous le men ton , et em-
ploi en I pour les 1'ai re d 1 v< ■ rses especes d her b es
ou de paille. Ceux des chefs se distinguent des
autres, non-seulementpar la qualite, mais surtout par les desseins dont ils sont charges, qui
representenl toujours (juelqui: scene de la peche
de la baleine.
Leurs armes, avant 1 arrivee des Europeens,
etaient fare et la Heche, I'uu et 1'autre d" assez
mauvaise qualite, avec la lance, de douze a
quin/.e pouces de long, annee d'une pointe de
cuivre, de pierre ou de coquille, do six ponces
de long; a present ils garnissent en fer leurs
11 cches et leurs lances, dont nous n'avons vu
qu'un t res-petit nombre, car ils prelerenl le
fusil a toutes leurs armes, et s'en servent fort
adroitement.
Pour 1 aire leurs habitations, ils el event aux
angles et sur les cotes d'un earn'- long des po-
leaux aux quels ils attachent soli dement des
planches, dont chacune del horde celle qui est AUTOUR DU MONDE.
1S18.
195
au-dessous. De grandes colonnes formees de
troncs d'arbres resineux, placees au milieu des
petits cotes, soutiennent un arbre enorme de-
pouille de ses branches et de son ecorce, qui
sert de faitage au toit, qui est d'ailleurs supports de distance en distance par d'autres
poutres moins fortes. II est aussi compose de
planches, dont une partie sont mobiles afin de
donner du jour ou de faire evacuer la fumee.
Ces habitations ont environ six pieds d'eleva-,
tion, trois aux grands cotes. Le toit fait un
angle tres-obtus. La piece qui composait le
faitage de la case de Macouina a Mama-ho avait
soixante-seize pieds de long sur trente-neuf de
diametre au gros bout. Les colonnes qui soutiennent ces fattages sont sculptees et peixites ;
elles representent toujours une figure hunlaine,
moins monstrueuse encore par l'enormite de ses
dimensions que par la difformite de ses trairSl
Les Indiens n'attachent aucune idee supersti-
tieuse a ces statues monstrueuses. Si on ne les
voyait donner des formes hideuses presque a
tout ce qu'ils font en ce genre en sculpture et
en peinture, on pourrait croire qu'elles font
13. I'l.
196
VOYAGE
1818.
allusion aux efforts extraordinaires. que leur
coute l'erection des poutres e"normes qui sup-
portent ces colonnes.
Leurs ustensiles de cuisine et de menage sont
en bois, et le nombre n'en est pas considerable;
ils font bouillir au moyen de cailloux brulans
que les femmes mettent dans les vases et rem-
placent continuellement avec beaucoup d'a-
dresse; ils mangent aussi leurs alimens grilles
et souvent crus ou fumes : comme ils n'ont pas.
de sel,ilsne connaissent que cette derniere maniere de conserver leurs provisions d'hiver. H$
eprouvent quelquefois de grandes penuries,
soit qu'ils negligent de se pourvoir du poisson
convenable, soitplutot que les poissons de passage viennent a manquer. Au reste, lout leur
est bon, et ils mangent indifferemment la chair
d'ours ou celle du daim, du phoque ou du sau-
mon; le seul assaisonnement est l'huile, surtout celle de baleine, dontOs sont tres-friands.
On sert une grande variete de mets aux repas
que se donnent les tahis ; ils mangent avec les
doigts, d'une maniere aussi sale que gloutonne ,
sans se laver ni avant ni apres le repas. lis s'ac-
commodent tres-bien de notre cuisine. Ma- sa
f
AUTOUR DU MONDE.
1818.
*97
couina, fidele a ses anciennes coutumes envers
les etrangers, mangeait journellement avec
nous ; il aimait beaucoup notre maniere d'ac-
commoder le poisson en friture, et savait ap-
precier le vin et le cafe.
On a les plus fortes raisons de croire que les
Indiens de Noutka ont ete anthropophages, et je
serais tente de croire que cet usage abominable
existe encore chez plusieurs d'entr'eux, quoi-
qn'ils ne l'avoueht pas. lis offrirent aux gens du
capitaine Cook, aux Espagnols du San-Carlos
et de plusieurs autres batimens, diverses parties
du coijps humain , dont plusieurs morceaux
etaient cuits. Ne connaissant pas l'honreur des
peuples civilises pour de pareilles atrocites,
ils avouerent aux Espagnols de fetablissement,
lors de leurs premieres relations avec eux, que
<|ttelques-uttsde leurs chefs, et leurs-guerriers
les plus exaltes se livraient encore a ce gout
execrable, lorsqu'ils se disposaient a marcher
a l'ennemi. D'apres les rapports de deux chefs
marquans, dont s'appuie Meares, Macouina, a
cette epoque, immolait tous les mois un de ses
esclaves a.sa gloutonnerie. Le destin choisissait
la viptime par la main du chef qui la cherchait
H 198
VOYAGE
1818.
les»yeux bandes au milieu d'eux ; cehl&ii^tri
a^vaajfclemalhehr d'etre saisi etait aussit&t eg6rg£,
depece, et servait a regaler les chefe ^tie leur
gout appclait a cet abominable repas, pendant
que ses compagnons celebraient lettrdflivrance
par des cris joyeux et des diV^rtissemens digues de ces pen pies. Avec nous, ils ont toujours fein I de ne pas comprendre les questions
qu'on leur Sasait sur ce sUjet. II me repugne
cependant de croire que Macouina, dont la
conduile a gdneralemettt 6t£ digne dMloges, ait
conserve jusqu'a present les m£mes inclinations
apres ses frequentes communications avec les
Europeans.
Chez nn peuple dont la civilisation est a}
peuavancee, les hommes ont peu de besoins
fiictices, et comme chacun eprouve au meme
degrd ceux que la nature a imposes, chacunaussi
sait y pourvoir; de la il sur que le nombre des
arts cultiveS'dans ces •soei&es est toujours tr^s^
borne, et qu'ils sont exerces par tons. A Noutka,
et dans toute cette partie de l'Amer&pie, feS
hommes sont charpentiers, pecheurs et chasseurs. Les occupations des femmes, outre les soilfe?
du manage , sont principalement de filer et de AUTOUR DU MONDE.
1818.
J99
tisser. Chaque individu de fun et 1'autre sexe
cherche a exceller dans les arts pratiques dans
le pays. lis s^ppliquent surtout a la construction des embarcations, objet de la premiere
importance chez un peuple qui tire de la haute
mer une grande partie de sa suhsistance et de
ses vetemens; ils donnent a leurs pirogues des
formes alongees et tres-agreables; et quoique
fort legeres, elles sont d'une solidite sulfisante ■
cependant il faut dire que les habitans de
Noutka sont surpasses dans cet art par les
tribus du Nord. Maintenant ils ont subslilue
nos outils de fer a ceux de pierre aux quels ils
etaient reduits avant de communiqucr avec
nous ; mais.ils ne se servent d'instruniens tran-
chans dans la construction que pour achever
les pirogues qui sont toujours crcusecs au moyen
du feu. Hommes et femmes sont adroils a les
manoeuvrer avec les pagayes (celle del'arriere
leur sert de gouvernail), dont l'usage, ainsi
que celui des rames agissant sur un point fixe,
est inconnu sur toute la cote et de tous les
peuples sauvages que ]e connaisse dans l'un ou
1'autre hemisphere. Ii en est de meme des
voiles, que ces pirogues ne peuvent,pas porter 200
VOYAGE
1818.
m
1
w
a cause de leur peu de largeur, et auxquelles
les Indiens ne savent passuppleer par le balan-
cier, comme les insulaires du grand Ocean. Nous
avons vu dans le Nord. quelques pirogues a la
voile: celles de Masset et de la c6te Nord des lies
de la Reine Charlotte sont les plus propres k
naviguer de cette mam ere, et, en general, les
mieux conslruiles de ces. parages.
A Noutka, il y aune difference remarquable
entre les. pagayes dont se servent les hommes,
et celles des femmes. Toutes ont la pelle tres-
longue, mais ces dernieres ont l'extr&nite ar-
rondie; les autres au contraire sont si poin-
tues que dans l'occasion elles peuvent servir
d'armes. Elles sont tresr-legeres, commodes et
travaillees avec soin. Les grandes pirogues sont
peintes de diverses couleurs et ornees de dents
de loutres et d'autres phoques, qu'on a pris
quelquefois pour des dents humaines. Les naturels decorent de la meme maniere les- cof-
fres dans lesquels ils renferment .leurs richesses
et ce qu'ils.ont de plus preeieux.
Les femmes, auxquelles les arts sedentaires
sont devolus , n'emploient pas la quenouille
pour filer; elles reunissent ,  en les   tordant AUTOUR DU MONDE.
30I
1818.
sur leur cuisse ou sur une planche, avec la
main, les ,filamens extraits de branches de cypres et les brins de plantes a tige filandreuse.
La chain'e est portee par une baguette assujetie
horizontalement a une hauteur convenable.
L'ouvriere passe la trame avec ses doigts seulement, sans le secours de la navette et de l'ap-
pareil indispensable a nos tisserands; elle sup-
plee a tout par l'adresse de ses doigts que l'ha-
bitude a doues d'une precision et d'une vivacite
singulieres. II faut avouer apres tout que ce travail est peu expeditif et ne donne que des tissus
grossiers.
Le gouvernement est, sous beaucoup de rapports, patriarcal, le chef (tahis) exercantnon-
seulement les fonctions de prince et de pontife,
mais aussi en quelque sorte celle de pere de
famille dans sa residence. II preside ou ordonne
la repartition des produits des grandes peches,
qui, comme je l'ai dit, se font en commun, et
dans les villages ce partage se fait en son nom
par les chefs auxquels il a confie partie de son
autoriy. Il n'y a pas a Noutka de classe intermediate entreles patriciens, tahis-kalati (freres
du tahis), et les esclaves( mistchimis), parmi
m mm
H
i
VOYAGE
1818.
lesquels comptent tons ceux qui ne sont pas
freres du chef ou ses proches jnsqu'att troisieme
degre*. Dans cette classe, sont aussi les»|Jtdson-»-
niers de euerre et leurs descfendans* Nous n'a-
vons pas eu connaissance qu'il existat de ces
esclaves a Noutka, la paix y. ayant r^gne pendant tres-long-temps. Chez tons les sauvages,
1'esclaVage est bien moins dur dans cespaysque
parmi ceux qui sont plus civilises. Iii surtout,
il est temper^ par les liens du sang, qui, dans
cette opinion, unissenI tous les membres de la
nation, depuis le dernier niislcbinus jusqu'au
tahis, et par la persuasion qu'a celui-ci que
meme avec la protection du cu 1 il ne peut se
soutenir que par le devouement de Son peuple
et l'assiduilc qu'il porte aux travaux de la p£che
et de la chasse.
. Us ad ore nt et ex al lent un dieu bien faisant,
create u r et c0nse rvateur universel, mais en meme
temps ils recomiaissenl et ont en horreur une
div in ile malfaisante, auteur de la guerre, de la
mort, etc. Pour obtenir les graces dti> ipremier,
le tahis se soumel a de longs jeunes et garde
la plus Strifctebhastet-^ depuis jla ttdttvelle lune
jusqu'a son plan. II chante en choeur avec sa AUTOUR DU MONDE.
203
1818.
famille des hymnes a la louange du protecteur
(kouautzl), brule de l'huile de baleine,.et
livre des plumes au vent en actions de graces.
t-jjQs pretendent qu'en Youlant propager l'espece humaine, Dieu acre'a d'abord une femme
qu'il* deposa dans les bosquets fleuris de Youcouast, ou il avait^iMja mis des Ghiens sans
queue, des cerfs sans bois, et des oiseaux sans
ailes. AurraaiMfeU de cette compagnie, elle se
trouVait seule et ne'fitisait que pleurer nuit et
jour. Kouautal etant enfin touche de ses larmes,
elle apercut un jour une pirogue du cuivre le
plus eclatant, pleine de jeunes gens qui ramaient
avec des pagayes de meme metal. Au milieu de
la stupefaction que causait a la solitaire ce spectacle singulier, un des beaux etrangers descend
a terre et lui annonce que detait le Tout-Puissant lui-meme qui avait la bonte de visiter sa
retraite et de lui procurer la s<Je'ieu3 pour laqueile eB&.soupirait. A ces motSj'Jes pleurs de
la femme ne firent xpieredottbler, etil coula de
son nez une humeur dont, em eWrnuant, quelques gouttes tomberentiiur le sable. Kouautal
lui ayant oommande de regard'er de ce cote, elle
apercut, a son grand etonnement, un petit en- 204
VOYAGE
1818.
II
ii
fant dont le corps venait de se former. Le dieu
lui recommanda de le recueillir dans une co-
quille proportionnee a sa grosseur, etde ne pas
manquer de le deposer dans de plus grandes a
mesure qu'il croitrait. Le createur s'embarqua
ensuite, mais non sans avoir repandu ses bien-
faits sur les animaux, car aussitot il poussa des
cornes au cerf, une queue au chien, et des ailes
aux oiseaux, qui prirent bientot leur vol. Le
nouveau-ne grandit, prit des forces, et fut
transfere successivement de la coquille qui avait
ete son premier berceau, a d'autres plus grandes,
jusqu'a ce qu'il commengat a marcher. Bientot
il parvint a l'adolescence, et le premier usage
qu'il fit de ses nouvelles facultesfut de feconder
sa mere : c'est de son fils lune que descendant
les tahis, et de ses autres enfans le reste du
peuple.
Leur ere date de 1'arrivee de Kouautzl.
Ils redoutent singulierement Mattoch, etre
fantasque, habitant les montagnes, dont ils font
un monstre hid'eux et feroce, couvert de poils
noirs, ayant une tete humaine avec une bouche
enorme, armee de dents plus longues et plus
fortes que celles de fours, dont il a aussi les AUTOUR DU MONDE.
ao5
»8i8.
ongles tant aux mains qu'aux pieds. Le tonnerre
de sa voix renverse ceux qui l'entendent, et il
met en pieces ceux qui ontlemalheur de tomber
sous sa main.
Les Noutkadiens croient que l'ame est imma-
terielle, et qu'apres la mort elle ne fait que
changer d'existence, mais avec cette difference
que lesames des tahis et de leurs proches vont
joindre celles de leurs ancetres pres de Kouautzl,
et celles des mistehimis passent dans un elysde
inferieur nomme Pin-Paula, sous la dependance
du genie Ismitz. Les premiers disposent du tonnerre et des pluies par lesquels ils manifestent
leur indignation ou leur bienveiHancfe. Ils sont
tellement infatues de leur importance, qu'ils
sont persuades que s'il arrive quelque malheur
a un tahis, la pluie n'est autre chose que les
larmes que versent sesancetres, pour le chagrin
qu'ils en ressentent dans le ciel. Les tahis, livres
a la luxure, a la gourmandise, ou qui negligent
le culte de la divinite, partagent dans 1'autre
vie le sort des mistehimis.
Si un degre de felicite inferieur a celui des
tahis doit etre le partage du peuple dans 1'autre
vie, en revanche, ils peuvent mieux jouir des VOYAGE
plaisirs des sens dans ceUe~4k>> etant affranchis
des abstinences et das^xercices religieux dont
1'observation est rigoureusement imposee aux
chefs. La mort d'un tahis sepleure quatre mois,
etles femmes, enterooignage de leva- douleur,
§e coupent les cheveux a quelques pouces de la
tete. Son corps est porte au sommet d'une montagne, ou on le depose, enveloppe de peaux>dft
loulre, dans une biere qu'on suspend a un ar brc.
Des chefs des tribus amies assistent a ses fune-
raillcs. Comm'c chez la plupart des peuples sauvages, ceux-ci se font a diverses parties du
corps des incisions, en temoignage de leur af-
ffliction. A la mort d'un tahi ainsi que d'un
proche parent, quelques-uns des affides du
defunt vont journellement, pendant-wi certain
temps, visiter ses depouilles niortellesj et chan-
tent aupres d'elles des cantiqucs qui expriment
leur douleur, convaincus qu?i|s sont d'4$re en-
tendus par 1'ame qui erre autour du corps jusqu'a sa dissolution entierc. Les mistehimis sont
ensevelis en terre pour etre plus a portee de la
demeure qu'ils doiventQocuper chez Pin-Paula,
oii ilsn'eprouvent d'autre peine que eelle d'£ti?ft
separes de leurs anciens maitres, sans espoir AUTOUR DU MONDE.
207
de parvenir jamais a la felicite parfaite dont
ceux-ci jouissent.
Les Indiens nomment tche'-ha le hangar qui
Sert de cimetiere aux grarifis chefs de Noutka
seulement (0.
A l'entree du hangar, il y a cinq files de
statues en bois, grossierement sculp tees, qui se
prolongent jusqu'a 1'autre extremite ou se trouve
une espece de guerite decoree, comme les ba-
leines, de quelques cranes humains. Plusieurs
de ces statues portent les parties sexuelles de
1'homme, et ont meme des cheveux naturels.
Une galerie d'ossemens humains fixe les limites
du hangar.
Vis-a-vis l'entree, il y a huit grosses baleines
en bois, placees de front sur une ligne, et sur
le dos de chacune desquelles on arrange avec
symetrie les tetes de morts. Sur un lac nres du
tehet-ha, il y a aussi une pirogue ordinairement
jonchee de plumes d'aigles.
On procede a l'enterrement des chefs en en-
sevelissant leurs cadavres sous le hangar, a
huit pieds de profondeur dans la terre; apres
un certain temps, on Ies exhume pour leur 6ter
(1) On a vu dans le premier volume, pag.    ao5, que les gens
■du peuple n'ont point de cimetiere.
mm 208
VOYAGE
1818.
la tete qu'on place ensuite sur le dos d'ugg
baleine, en memoire de l'adresse qu'on recon-
naissait au defunt pour les harponner; ptji^'
enfin, on eleve la statue du decede comme un
monument de son souvenir, et pour indiquer
que nul autre ne peut etre enterr^ sous" Qfctte
statue.
Les chefs seuls ont le droit d'entrer dans le
cimetiere, et Macouina faisait tuer ceux qu'il
connaissail y avoir ete. II y allait souvent dans
la nuit, ou bien de grand matin, avant qu'il
n'y eut personne de leve dans son village, pour
saluer les manes de ses ancetres, et pour im-
plorer le soleil, enlui demandant, comme a son
dieu, de le rendre heureux dans 1'autre monde.
Quand Macouina prend une baleine, il se
rend de nuit au tche-ha pour rendre hommage
au soleil de son heureusc journee, et pour offrir
a ses ancetres une partie de sa proie. Apres
avoir termine" cette ceremonic relisdeuse, il
preside a la distribution de cette baleine, qu'il
partage entre tous ses vassaux. II ordonne ensuite une grande fete qui a lieu dans un petit
boisderriere le village, et dans laqueile il parle
au soleil a haute voix, en presence de tout son
peuple. Les divertissemens de cette fete con- AUTOUR DU MONDE.
209
sistent a manger de la chair de baleine, a sauter
au son d'un grand coffre vide, eta faire toutes
sortes de contorsions et surtout beaucoup de
bruit. Apres cette rejouissance, Macouina s'pip-
cupe de sculpter grossierement une baleine en
bois, et de la placer devant le tche-ha, en
memoire de son offrande.
Les grandsj^hefs de Noutka, leurs femmes
et leurs enfans, jnsqu'a l'age de douze ans seulement , peuvent etre enterres dans le tche-ha.
Quant aux autres individus de toutes classes,
on leur donne la sepulture en les allongeant
tout nus dans le petit bois qui est derxiere le
soilage, et on les laisse ainsi se consumer sans
autre ceremonie.
Les naturels sont pleins de veneraj^pn pour.
Macouina; ils s'igpaginent qu'il est parent du
soleil, et que chaque fois qu'il va au tche-ha,
c'est pour avoir des entretiens avec lui; ils
croient aussi que leurs grands chefs, revienglejjj'
quand ils veulent, et que la pirogue qui est
vis-a-vis du tchesjia leur ser^ traverser le lac
toutes les nw$&; car c'est alors, d&enjg$&., qu'ils
reviennebjt pour.se promener dans le vjjlage.
La persuasion qu'ont ces sauvag&r qw& du
T. II. 14 VOYAGE
1818.
sejour des bienhetirehi ou il doit £f£e admid;
le prince qui les gouverne Jpourra utt'^our commander aux^yihens, leur itlfe^rre une profohdfe
veneration pour un persbhfaage appele a pditw-
ciper aux attfifeutS de la divinite. Cependant
nous n'avons rien vu de servile dans \es hom-
mages que le peuple rend aux ^hfefir '
La digitize de tethi es¥*liere<tifcarre de pere
en fils. Elle fut devohie a Macouina dans
l'annee 1778 , ou son pere rat tu£ par les Ta-
hfaioraSSes, n&xibn qui feabite 1'autre cote de
l'ile: son successeur ffira de s£ moW-nhe vefc«
geance terrible.
"B. parait, d'apres les rapports &Bs Anglais'et
des Espagnols, ainsi que de ce qAfce? nous
iVbhs vii nous-memes, qu'il y a Wuidft^s' a
Noutka trois chefs! {Mncipatfiqm'exei*b6iit une
gfcbnde aulorit^ 'sat 16 pteuple, com;ifleidelegtt&
du tarn, auquel ils sont eriti&rement soumi&
^iorb de notre p&ssttge, ses lietiteftafts ^ftaient
Oaaacteaefefea, fifti d^^aMcttBa^iifacllV^iek et
Noak. Il'artive solvent que le taM^fe Ies ch&fe
subalternesj lorsquel^e ne lei& perifttet-blai
de renkplir les devoirs supr&niSj, abdiquent
6ra feveur  dc leuf^Uj s'ils eft ont-gti gtat de ^hp
AUTOUR DU MONDE.
211
1818.
les rempiacer. Les descend ans des collate'-
raux du tahi, qui forment le corps des patnk
.4*ebs, perdent ce privilege a la troisieme gene'-
-ration et tombent dans la classe du peuple.
Ces*taiserable sdhefs-ide^euplades affamees§ft
moitie iftuij sales habitaias 4e esses enfumees, vrai
receptacle d'ordures et de puanje^uj?, sont aussi
fiers de leur illustre origine que les ppgmiers
potentats du monde civilly : ils en font souvent
le sujet de leurs convefcg&tions. Leurs femmes
et leurs filles partaggftt aussi^eur orgueil. Le
rang^des individtt&de ce sexe est determine par
celui des pe-res et des merfes.
A Noutka, et sur toute Ja cote Nord-Ouest,
la polygamic est en usage chez les tahis et les
nobles, <f$m la cop^deyej^t comme une marque
■^fcicihesse etde grandeur. Eneffet,onn'obtient
une fille qu'en donnant aux parens des pellete-
^8J§s^ d$sjpi#pg$ies, des vetemeps a l'europeenne,
defc ljusils , etc. .-: #jissi sont-elles une source de
J^fi'^essfes pour leurs peres, pour peu qu'elles
talent quelques avantages personnels. Les pau-
;iVl5es>'iffiistchimis, ne disposant que d'une faible
.teartie du fruit de leur travail, peuvent rare-
naent fournir a une telle depense : les mieux
i4- 2*a
VOYAGE
■818.
partagds sont ceui-'a qui le^taiii donne une
femme en recompense de leurs serviefegj la plupart des autres vivent dans un  trisle celibat.
Quoiquelesfemmes soient pour ainsi dire ache-,
:tees, elles sont traitees avec beaucoup de douceur par lenrs maKCfff" qui n'exigent d'ellcs que
*$&§ soins du m^nagf et les travaux Sjui cofnvien-
nent a leur sexe. D'a^is§s»div*rs rapports dignes
de foi, elles exercent Sir le sexe le pltts fort
une supr&hatie marqu&r^chez quelques taribtts
du Nord, on en a vu maltraiter des hommes de
la m&hierela plus cruelte.'EnpreSuinant, comme
je le fais, que dans les faits cites a ce sujet, il
s'asissait de femmes de la haute classe contre
des gens du peuple, cette parti cularite serait
encore loin de jusllfier un aete d'autcbrit^si r&-
voltant, puisqu'il est en opposition directeavec
les lois de la nature. II est bifcn certain qtte
dans cette partie lesftkatrbnes sont appelees aUX
deliberations. C'est presque toujours une d'elles
qui gouverneles pirogues de guerre. La destruction du premier etablissement russe a Sitka fut
determined par les plaintes des femmes des
tribus voisines, indignees du mepris de la msfl-
tresse du gouverneur. Entr^utfies- fevanies, cette
m fenime, Creole de Kodiack, avait crache dans
l'ecuelle qui ornait la levre inferieure de la
femme d'un chef; elles dirent aux hommes que
s'ils n'avaient pas assez de courage pour com-
battre les Russes, elles iraient elles-memes les
attaquer dans leur fort.
A Noutka, et je crois sur toute la cote, les
ceremonies nuptiales se bornent a un repas. Les
femmes sont nubiles au meme age que les Eu-
ropeennes; elles accouchent avec une facilite
singuliere. Les Espagnols qui ont reside longtemps a l'anse des Amis, assurent qu'.elles se
jeltent aussitot a la mer et nagent long-temps
sans donner de marques de douleur. Lorsqu'un
tahi devient pere, il s'enferme pendant un cer-
tain temps dans sa case, sans oser regarder le
soleil ni la mer, de peur de s'attircr le cour-
roux de Kouautzl, qui le ferait mourir, ainsi
que le nouveau-ne. Au bout d'un mois, le pere
lui impose un nom devant les chefs assembles,
auxquels il donne un repas et fait des presens.
En entrant dans les divers ages de la vie, le fils
d'un chef prend successivement un nouveau
nom, qui est toujours significatif ou allego-
rique. Le meme changement a lieu pour les 214
VOYAGE
filles a l'epoque ou la nubilite se manifeste.
Cette ceremonie se fait* avec appatfefl, si celle
qui en est fobjet appartietot au grand *hef; elle
est accompagnee de jetts, ou des prix sont de-»
cernes aux vainqueutfs. Ensuite le tahi la me-
nant a un metier a tisser, dispose dans la partie
la plus apparente de la case, lui dit qu"etant
parvenue a l'age de femme, elle ne doit plus
s'occuper que des devoirs de son sexe. Des-lors
la jeune princesse ne sort plus de la demenre
de son pere, renonce au chant, a la danse et a
tousles amusemens del'enfancej.s'applique aux
divers ouvrages qui cenviennent aux femmes,' et;
Observe une retenue exemplaire. Nous avons
remarque generalement beaucoup de modestie
chez le beau sexe, dans cette partie de la cote,
et nous avons lieu de croire que, hbres ou marines , les femmes se livrent rarement an liber-
tinage.
Le tahi ne peut approcher ses femmesqu'apres
la pleine lune, et meme alors il se prive de*
plaisirs du maliage', si des mtelheurs publics,
tels que le retard des poissons de passage , la
suspension de la peehe par le gros temps,
exigent de lui le j^une et la pri&re. Dans ces AUTOUR DU MONDE.
2l5
1818.
occasions, il se rend au lieu destine au culte de
hi diyinite, et reste deux ou trois jours sans
prendre d'autre nourriture que quelques herbgg
et Un peu d'^ji, une fois seulement dans toute
la journee. Apres avoir tenu les yeux leves au
ciel et }gs ihras ycappises sur la poitr ji^e, il ijga
plore, avec ferveur et a grandscris, la clemence
d^Yine, en invoquant la pjjojection des tahis
ses ancetjges, dont il promet de ge montrer toujours digne de descendjre, Les -jeuftes et \e§
prieres du tahi sent meles de djufepaes. ceremonies dans lesquelles ses fjsmmeg jjjtgrvientteijt
pour f engager a mettre fin a ses austerites.
La jgpnduite des habitans de Noutka nous
porte a croire que c'est la triJ^u de la cote
Nord - Ouest, dont la j§f§quent3tion offre le
iuoins de dangers aux navigateurs ; il faut
avoupf aussi qu'elle est Hfl£ 4es plvKvfjHJbJe8 et
uujourd'hui la plus pauvre que nous ayons
yu#. Cepegdsnt fa douceur comparative des
mcems dg. OPS §9i|V9ges fajj prjegumer que le
septiaaeBfrde ]e.u? inferiorite n'est pgs la seule
c§Hse deAeur moderation. Ils sont pga&donne's
<Ws veil,, ffee si generalement repandu parmi les
sauvages, quoiqu'ils ne connaissent pas les be- 8.8.
■5l«.
2l6 VOYAGE
soins factices que eree la civilisation. A Noutka,
les moyens de satisfaire a ceux que la nature
impose sont a peu pres communs a tons.
Nous n'avons pas remarque que le mal vene-
rien y fasse de grands ratvages, ce qui est une
nouvelle preuve de la sagesse des femmes.
Il ne parait pas que leur population ait
eprouv^ de diminution, depuis l'arrivV'e des premiers navigateurs qui les yisiterent. A Noutka,
eomme sur toute la c6te, elle est tres-clair
semee et presqu'impossible a evaltter d'apres
la vie errante des sauvages.
L'idiome de Noutka est pi ein de consonnes
et d'aspirations. Les ter mi liaisons en tz, en tl
et en tzl s'y rencontrent frequemment. Bean-4-
coup de mots sont coupes sans egard au nombre
des syllabes, qui est rarement de plus de trois.
II ne parait cependant pas que celui de4 composes soit considerable. Dans leurs conversations
avec nous, les naturels prononcaient d'unema^
niere tres^istincte et u 1 eltaicut beaucoup tie
sagacite dans 1'emploi et le choix des expressions-, ainsi que dans 1'emploi et l'intelligence
des signes>auxquels on etait oblige d'avoir re-
cours de part et d'autre. AUTOUR DU MQNDE.
1818.
*M^
Nous avons remarque quatre dialecles diff&-
tens, dans-fes parties de la cote Nord-Ouest que
nous avons explorees: celui de Noutka qui, avec
quelques variations, est commun a Nitinat, et
je crois a toute l'ile Quadra et Vancouver;
celui de la Riine Charlotte qui, modifie, se
parle aussi dans'celle du Prince de Galles; un
autre, usite a Sitka, dans le detroit de Chatham,
dans les sunds de Christian et de Frederick ses
afiluens dans le Sud;le quatrieme, dans le
canal de Lynn. Il ne nous a pas semble que les
langues du Nord aient aucune affinite avec
eelle de Noutka; mais il est evident qu'elles
sortent de la meme souche , ayant beaucoup
d'expressions communes ou qui ne different
que par la maniere de prononcer. II y a plusieurs autres'dialectes chez les tribus tant con-
tinentales qu'insulaires que nous uS-avons pas
visitees. Lors de notre premiere rel&ohe, nous
trouvames la langue qu'on parle a Noutka tres-
dure; elle nous parut presque de l'italien quand
nous retournaiftesia l'anse des Amis, apres avoir
frequente les parties septentrionales de la cote.
A mesure qu'on s'avance dans cette direction,
le langage devient de plus en plus rude et de-
I VOYAGE
1818.
sagreable a 1'oreiBe. Les consonnes dures, les
st Izl sont plus multiplies et se prononcent
avec une espece de sifflement de chaque cole de
la bouche, semblable k celui que font les chats
quand ils sont provoques, et qui se rencontre
aussi dans le dialecte aleautien. Les Indiens du
Nord out un k aspire et guttural qui, lire du
fond du gosier, rend le son le plus dur et on
peut dire le plus degoutant qu'il soit possible
d'i maginer : ils out aussi nn grasseyement tres-
desagreable. Dans la meme partie, nous n'avons
pas estendu prononcer ialettre v, et tres-peu
ou iniparfaitement d et n. II est inn I ile de dive
qne 1 ecuelle que fes femmes portent a la levre
inferieure ne leur permet pas de prononcer les
eonsonnes.
Aulant que nous avons pu en juger a Noutka,
les chefs sont habitues a parler en public avec
facihle, et plusieurs possedent le genre d'elo--
quenoe que donnent f imagination, le jugement <e% f habitude.
Ghez~tputes les tribus, le systeme de numeration est decimal. A Noutka , on ne compte
qnejiusqu'a dhtfayo). Pourexprimerunnombre
compose de dizaines e* d'unites, on repete aya AUTOUR DU MONDE.
1818.
3*9
autant de foisquMl y a de dizaines, et on de-
signe les unites au-moyen des doigts; ainsi pour
dire viagMxois, on dit ayo, ayo, et on eleve
trois doigts. Les Indiens du Nord comptent
plusieurs dizainesnen faisant preceder le mot
Ichinkat (di*) de ce nombre , qui indique
eombien de fois la dizaine doit &re prise etde^-
signent les unites par les doigts , ou bien lis
indiqucnt pap-.signe les vingtaines et nomment
les unites restantes. II nous a paru que ces
peuples ne connaissaient d'autre mesure que la
brasse, l'empan et l'epaisseur du doigb*>.-
Tous les Indiens de la cote Nord-Ouest pos-
sedent la musique de la nature, et aiment a
chanter en ehceur, en mesure, sur unton grave,
s^aCcompagnant du bruit qu'il* font en frappant
sur une planche, sur le bord de leurs pirogues,
avec leurs pagayes ou tdut autre corps soli-de'i
lis ont aussi pour eefcusage des especes de Bja+
rotes composees de morceaux de bois evides,
dans lesquels ils mettent de petits oailloux. Un
des musicians donne le ton et est suivi par lesf
autres) qui elevent la voix plus ou moins 5 un
d'eux interrompt le chant par intervalle en
poussant de grands e|ris. A«ela nres, "leur ma
il 220
VOYAGE
<8.8.
ni^re se rapproebfe de notre plain-chant: ils
prenaient plaisir a entendre notre petit orgue;
mais en general la musique n'est de leur gout
qu'autant qu'elle est bruyante.
Les chefs ne chantent que des sujets religieux , moraux ou patriotiques; mais il en est
aUtrement de ceux que choisisscnt les mistehimis, pour qui la pantomime, les danses et les
chants d'une obsce*nite extreme sont les passe-
tempsfles plus agreables de Shiver. Les tahis ne
se permettent pas de prendre part a ces bac-
chanales, mais ils peuvent y assister comme
spectateurs.
Nous avons de fortes raisons de croire que
le genre de libertinage qu'on reproche aux
peuples orientaux est repandu parmi toutes les-
tribus indigenes de la cote Nord-Ouest. Leurs
pipes et leurs batons sontsouvent ornes de figures
representant 1'image de la corruption la plus
degoutante et la plus depravee.
Nous n'avons eu occasion de voir ni les danses
pyrrhiques, ni les representations pantomimes
de chasse , dont Vancouver donne la description.  .
L'annee commence en juillet et se   diviseen AUTOUR DU MONDE.
221
1818.
quatorze moislde vinjgt jours, outre lessirimle-
mentaires adjoints a chacun, dont le nombre
est determine annuellementpardes causes acci-
dentelles^telles que la duree du passage dei t$l
poisson, l'epoque plus ou moins avancee de la
maturite des fruits, etc. Tous ont des noms
significatifs tires de ces circonstances ou des
vicissitudes des saisons. Chez un peuple dont
le systeme de numeration est si imparfait, la
chronologie ne peut etre qu'un chaos; aussi,
quoique les Indiens de Noutka connaissent la
succession des tahis qui les ont gouvernes, ce
n'est que par une connaissance approfondie de
leur langue et de leurs coutumes, qu'on pourrait parvenir a determiner l'epoque a laqueile
ce pays a ete peuple.
En Eesume, le peuple de Noutka est peu fa-
vorise de la nature; il est sale et paresseux, et
anjourd'hui pauvre et foible; mais il est gene-
ralement assez judicieux et d'une imagination
vive. Il a de la douceur et de la docilite dans le
caractere; il est porte au bien et sensible aux
bons procedes. Les chefs , quoique toujours
pr&s a demander, ne sont pas etrangers aux
sentimens genereux.  Enfin  les  Noutkadiens
-\
I  ! ont le coeiir bon et sont le meilleur peuple de
la coterNord-Ouest; c'est eel u i avec lequfel on
peut traifaaoavec le plus de confiance, et chez
qui les navigateurs peuvent pourvoir lie plus
commodement a leurs besoins.
p!S§«S
^trw;   fe
kttfeg-ei*.'
*?■
iimk'iattvhiR
1st
iv
i-'l-.K AUTOUR DU MONDE.
223
Septf-rabre 1818,
CHAPITRE XIII.
■Ckp Mendocino. — Incendie ttaustS par les Indiens. —
Moqillage d^J'^hse du Presidio, -j- Le gouveweHu?
de lajHaute-Californiej^'oppose a ce que le'Bordelais
ex eree les droits que precedemment il avait obtenus
a San-Francisco. — Humani te des missionnaires espagnols envers 1'Equipage du Bordelais. — Desertion.
Les 16-J4 septembrc. — Le temps fut otitis1-4
beattj,et le del d'uae olart^ remartjuabte.iGB
dernier jour, un rideau brumeux se forma a
l'horizon dans la partie de l'Est, Andiquant la
terre que nous lortgiotis. Uh pigeon ramieir',
epuise de fatigue^ vint m faire prendre sur les
verguesv Qti6£que la mer, quiseflait tres+grot^ej
occasionnat de violfiHSiiroolisf/leaaviren^serfe**
sentait pas dels ^dhOuages qu'il avaif^prbuWs^
et ne faisait que tasfesr-peu d'eau, mai^lamarche
se ressentait da mauvttis etat druifcaivre, dont
la deteridcataon'fitisafl* des progr&sseniiWtasi'u]
£e j5. — La IjjiSe tatollit considerfiblfcfilebrt
en passant a 1'E. et au S.-E. Le temps s^m*
bruma an point de  Caofe^r l8>*«leil ^>m*Si
!ffi«
ill
•' u$ b
1 VOYAG?'. .
Septembrc 1818*
L'estime nous mettait par A% deg. i min. On
Vit quelques branches de goeinon.
Les deux journees suivanies se passerent en
calme mele de petits airs qui soufflerent de
tous les points du compas., Beaucoup de gofe-
mons parurent a la surface de la mer; on vit
aussi quelques poissons ct un oiseau de terre.
La hauteur meridienne donna encore Ao deg.
2 min. de latitude.
Le temps, perdu pour la navigation, fht
mis a profit pour lea-travaux, dont la grosse
mer. n'avartipas p&ini's qut'on s'occupatejnsqu&
la.
Le in.-—A Seritlheures du matin, une petite
brise se rleva du S>S*-E. On orienta tribord
amures sous les trois corps de voiles. Peu ap res,
a grandeJdistahce' dans le Nord-Eslpon apeiv-
§ut la terse :,v qui resta asmie tresrcOhfusement
tOttte<kuatoatinee, s'Pendant de l'Estw5udt4Eat
au Nord. A quatre heuresy.ina parit JeBibordndiu
large "I'troialie^estde la teiraendeil'.avant. Aisise
henrW,'les extremitesapp aremt'es fuaJent jreleVeeS
id'Est i^i-deguSud, et EstiijtB deg. Ndrdpine
coupee a KEfet-^ordyEStt^es deffaieres pointes
asoisii qWil^sommite's etaient Oacheesidans \es
-;u?;. :u . AUTOUR DU MONDE.
225
Septembrc   1818.
nuages. On vit plusieurs feux sur les terres
basses les plus vols hies.  Un entr'autres, qui
s'etendait sur un grand espace dans le Nord-
Esl, se fit remarquer pendant plusieurs heures.
A minuit, apres six heures de calme et de pe-.
tiles risees, la brise se leva du N.-E. foible et
variable. Nous mimes sous toutes voiles, et fimes
route au Sud , parallelement a la cote. Quoi-
fftt'embrumee, elle parut au jour dans la partie
de l'Est, a quatre lieues environ de distance.
A midi, les ex t rem lies a vue restate nt Nord 15
deg. Est, et Sud o5 deg. Est; la partie Sud
d'un enfoncement au Sud, no deg. Est du com-
pas, distance quatre a cinq lieues. D'apres le
relevement rapportesur la carte de Vancouver,
cette derniere pointe pouvait etre egalement
celle au Nord de la baie Trinidad, ou une autre
au Nord du cap Mendocino, qui, dans ce cas,
aurait ete fextremite Sud; mais la premiere position cadrait avec l'estime suivie  depuis les
observations du 16, qui etaient les dernieres.
Je mis le cap  au Sud-iEst pour me rappro-
cher de  la terre elle reconnaitre. Dans toute
cette partie ? elle est de hauteur moyenne,
assez reeulikte   et generalement boise*e. La
T. II.
10 .li'i-'v;'
lit
Pi-
aat6 voyajg*-'
Septembrc 1818.
brise fraichit graduellement du N.^N. -E.
I A^sixiheurds,apr^savoirfeiwingt*deuxmilles,
on releva au Sud quarWSttd-Est la <pteifite qui
formait l'extremittfiSud,<f#lqttte ^% jugfeai &rte 4e
cap Mendoeuw f Fautre extr^miteappafettte qui
senerdait dans la brume, au Nord-Sst-demi-
Nord, et une petite coupee sur la cote a l'Est a
trois ou quatre lieues de distance. Je presumai
que ceei devaat etre 1* entire-d'un bras de mer,
qui m'a vai t e te indique par un Am^rifeaili*, et que
j'aurais bien desire visit&r ; mais comme en
n'au rail pu n louillcr avant la nuit, il aurait
fallu la perdre en en tier a attendre le jour, a
moins de mottiller en pi cine cote dans une position inconnue; et d'ailleurs une fois engages
dans ce canal, dont l'en&ee est tr&S-M&tfOifte,
nous pouwions y etre »retenus plusieurs jours
par les vents de N.-«0., si frequens dans ces
.parages. Je sacrifiai a l'avantage de repare*4!fe
temps peijdu par les icblmes, la satisfaction de
reconnaatre ntte positiem qtii pbraft«%ffrir des
ressources aux navigateurs, mais qui j*iemet<-
tait peu pourJBobjet principal de l'<efcp^ditiott.
Parifiuitei, J'ac&vai au Sud qwart-Sud-Bst,
sous toutefe voiles, les bonneltes & babor&afifr AUTOUa DU MONDE. . &fiw
Septembre 1818 .
Jjrise,  qui de'ja avait pris.de-la force, >ay&»t
encore ,&mchi-, mous fimes um joli sillage; le
temps etatit couvert et ;aaaime au vent. A sept
heures et demie, nous decouvrimes tout-a-cowpi,
dans le Sud-Sud-Est, un feu considerable sur un
jnondrain qui fut reconnu etre le plus Sudidasfe
deux qui signalent  le cap Mendocino,   doUt
1'autoe ,nous avaijt^tempeche de voir plus tot eet
amcendie. Le cap, dans cette position, restait
Jprfesque de l'avant; J'illusion causee par la i<b-
mikre, me Je fit jtiger a trois lieues de distance.
J'arrivai au Sud quart-Sud-Ouest. L'incendie
yOiiveloppait la plus grande partie >de la colline,
depuis le bord de la mer jusqu'au sommet, et
paraissait s'etendre sur le versaoat   interieur.
Pousse par   une rfarise dieaiehe, il.-faisaifc.des
^jTQgres rapides sous le vent. Noras de'couvuimes
suec^sivement les ilots qui cement- le cap a
l'Ouest et au N«xrd, a la distance d'mne a deux
J*eues. Cette montagne dieifeu ;avec sa t£te;coH-
-TOiwiee d'enormes .nuages   de fumee, la *sjfer
brillante de reflets que >chaque vague mtdti-
pldait, Ies.roche»SfepausiaB*oiM,'du pmemontoire
ei&a. seconde colline, revetuside tein*es varies,
i5. ilb
228
VOYAGE
Septeiubi?  l8l3.
cet aspect; dis-je, au milieu des ombres de la
nuit, avait le caract&re le plus imposant, et
remplissait fame d'idees grandes et melanco-
liques.
De dix heures a onze heures et demie , on
loffa successivement jttsqn'au Sud quart-Sud-
Est. A ce moment, le feu sur le cap Mendocino restait a l'Est du meridien, a environ
dix milles de distance. D'apres le chemin fait
depuis sept henres et demie, je 1'avais estime
beaucoup trop pres alors; il devait otre a sept
a huit lieues.
Des informations exactes a San-Francisco ne
me pcnneltent pas de douter que cetincendie,
que de loin on aurait pu prendre pour uh
volcan , ne doive etre attribue aux Indiens,
ainsi que d'autres moms considerables et plus
eloignes vers la m£me nuit et la precedente.
Les naturels, dans cette saison, mettentle feu
aux herbes pour secher la cosse d'une graine
dont ils se nourrissent, afin d'en rendre la re-
colte plus facile. C'est indubitablement cette
circonstance que devait ignorer notre illustre
La Perouse,   qui fut cause de  son erreur, AUTOUR DU MONDE. 22Q
Septembrc 1818.
lorsque, voyant un grand feu sur Ie cap Mendocino, a peu pres a la meme epoque de l'annee,
il crut que c'etait un volcan. Je n'emettrais
mon opinion qu'avec une defiance extreme,
meme sur un point d'une importance secon-
daire, lorsqu'elle se trouve en opposition avec
les recits d'un navigateur aussi recommandable
par sa veracite que par la solidite de son jugement , si je n'avais pour moi les donnees les
plus certaines; alors meme j'obeirais avec repugnance au devoir que la verite impose a tout
navigateur, si je ne pouvais, en signalant une
erreur, l'expliquer de la maniere la plus satis-
faisante pour la memoire du grand homme
objet eternel de regrets pour la marine franchise.
La vue du cap Mendocino nous fit aussi remarquer une autre erreur qui s'est glissee dans
l'edition francaise de Vancouver; car la seule
inspection de l'atlas qui accompagne le voyage
de ce digne eleve de l'immortel Cook, suffit
pour prouver que c'est par une simple faute
d'impression qu'il est dit (vol. Ier, pag. 23)
que les deux promontoires qui le forment sont
I
M ,.
2,30 VOYAGE
SeptemLro 1818.
^loignes d'eamtati I0 ra*n' : ^a distance qqiles
sepace n'est evidemment que,- d'un- mille; c'est
aussi l'e'tendufe qja-e la. carte de cettie partifi
donne au cap,
Le  19. — H venta bon frais de N.-E. Le
chemin fait au Sud quart-Sud-Est nous ayant
mis a environ neuf lieues de tesre, nous fimes
route aw Sud-Est deini-Sud,  c'est-a-dire pa-
rallelement a la cdte. Quqiqufassez haute pour
etre vue a cette distance, nous n'en eumes pas
connaissanee^, le temps etant convert.  Nous
manoeuvrames pour raJkiecf lartearre avec les pr&*
cautions  convenables pour le temps , qui fut
brumeux , surtout de deux heures a quatre.
A cinq heures , on la decouvrit par le bossoir
de babord, et on reconnut aussitot la pointe
de Los-Reyes, restant a dix miHeS dans l'Est
qBart-Sud-Est; lesterres basses qui ravoisinent
s'etendadent' d ans le Nord. Nous gouverft&mes
de suite pour San-Francisco (0. Peu apres,1
CtJ A huit heures,la pointe de Eos-Reyes restait au Sud-Est
c-jii;-ii-t Sud , a deux milIc-s st-iilcini-nt. Les terres a vue ^eten-
daient de l'Est i-5 deg. 1,5- min. au Nord-Nord-Est. D'apres ec
lavement, nous avions une difference Nord, i5 min. , et Est
65f mm. ou 46 mm. , depuis Noutfea, dans huit jours. A.UTOUR DU MONDE. *$$&
Septembrc 1818,
On reconnut l'entree du port Drake : les Fa-
r-fJtpnes, rochers qui sont quelquefois ap-
peles Frayles, se decouvrirent suceessivement
dans Ija matinee, qui fut brumeuse. II est re-
marquablea que nous les ayons parfaitemeat dis-
tingues dans de pareilles circonstances, lorsqu'a
notre premiere relache nous n'en avions pas eu
connaissance soit en entrant, soit en sortant,
quoique le temps fut plus beau, et q^eU appa-
-rence il n'y eut qu'un rideau de brume peu
eyads a l'horizon. Qt&oique nous courussions
vent arrive sous toutes voiles, nos progres
etaient IqMs, a cause dela faiblesse de la brise
de l'O. :f®HtP'$raichit l'apres-midi. Nous ral-
liames la cote ou le flot se^isait sentir avec plus
de forceuAfinq heures tools quarts, nousdon-
nshnes dans la passe sous les huniers. Nous ran-
geames'ebe> pr&s la pointe du fort qui nous pre-
s^ntait une s^|ne animee pour le pays et tres-
agreaible pour nous. Tout le Presidio etait
aceouru;nous disfcinguions le commandant Ar-
guello et nos- Sutres connaissances qui nous ac-
eueillaient avec des-gestes de felicitation. On
helale navire en passant sous le fort; nous re-
^eplr 2.3 3 VOYAGE
Septembre iBiS-
pfcjpdimes qu'il venait de Noutka. A six heures,
nous mouillames dans l'anse du Presidio, par
sept brasses, fond de^aable. Aussitot les embarkations a la mer, j'allai a terre, em. je fus
rccu en ami, sur la plage, par don Luis et les
agtres officiers.
Le diz,.— Je m'occupai, sans perte de temps,
de remplir deux objets importans, qui m'au-
raient oblige de revenir en Californie , quand
meme je n'y aurais pas ete appele pour recevoir le prix des marchantfeses que j'y avais
laissees dansjes deux relaches precedentes. Nos
salaisons et nos legumes etaient presqu'entierement epuises, et il etait indispensable d'en
faire suffisamment pour nous conduire a la
Chine. II etait aussi tres-important pour moi de
s4iprocurer des produits du pays pour remplir
legs engageniens que nous avions contractus
avec le gouverneur de la Nouvelle-AroJbangel,
et en second lieu pour nous mettre a meme
d'acquitter, de la maniere la mojps onereuse
possible, la dette contractee par suite de l'af-
faire du 18 juin (0. On dressa une tente pres
(i) Voir pag.''44 e* suivantes.
wmr AUTOUR DU MONDE. 233
Septembre 1818.
du d^barcadaire, pour servir d'atelier au tdn^
nelier; on y etablit une table ett plan incline*
pour servir de saloir, et on y disposa leS fu-
tailles et tout ce qui etait necessaire a cette
operation. On commenca aussi a travailler pour
mettre la cale a meme de recevoir un charge-
ment parbel en grains, et l'on s'oecttpa ttes-*
activement des reparations dont le grement
pou va it avoir besoin.
Apres avoir pris avec don Luis des arrattge-
mens pour avoir, a mesure qu'on les demande—
rait, le nombre *le bc.stiaux necessaire, je me
rend is a la mission , tant pour regler Je^-fofif*1
111 tures   journalicres   en pain   et en  legumes
verds, que pour aviser aux moyens de tirer des
missions,   si luces sur le port, du hie, du suif
et des legumes sees. Le P. Ramon etait a San-
Raphael, nouvel et a I >l issement qu'on formait sur
la cote Nord j. je ne trouvai que son 'fcOtt'frere le;
P. Vincente Oliva, qui n'ayant pas les pouvoirs
de son superaeur pour traiter d'affaires , ne put
que' con firmer mes esp^ranceS sto les disposi-
t i o 11 s des missions a me fourniptout ce que je pouvais desirer de leurs produits. Le P. Viricente
s'engagea seulement a envoyer aorenavant les: 1*34 WffAGB
Septembrc  i8t8.
viffB«s jp^Knajl(i^rs et le sel peur-servir aux sa-
laisttuS). Pour ce jour-la,, sous refufnes, des le
matiiv^ du paift, aina qu'une vache, dont les
Espagnols, de cepayai preferentk siande a: cell*
d,i* bceuf, ce genre de provisions etant a tres-
bon compte. Afin Se deferoire les germes de-
scorbul que nos gens pouyaientavoir«ontraotes,
ainsi^epoiirrepargBleuraforces affaiblies par
la rude campagne que nouxvenions de faire, et
les mettie a meme do soutenir les nouvelles laii-
gucs qui nous allendaient a notre retour dans
WNord, je fis donner, outre la ration ordir.
naire de pain, qui est suflisante, une livre et
demie de viande et une ample portion de ehoux,
qui, avec les oignons, sont les seulcs productions abondantes du jardin de la mission.
A bord, on cala le petit mat de luine pour
changer la clef et visiter la caisse, qui se trouva
ne pas avoir swflfert de sa rupture-On debarqua
le$ canots, et on hala a terre la grande baleiniere qui se (tflouvait eq t rcs-n um va is etat.
Mitgrela Wise fraichede l'Ouest, auflotchpt
soir on leva l'ancre de detroit, et on la mouilla
en affourche, plus a terre dans l'Est de la
grosse, ceUe-ci pat sept brasses a mer haute, ¥
AUTOUR DU MONDE. 235
Septembrc 1818.
fond de sable, et Fautre par k m&ae eau sur
fond de sable et petit gravier (0.
Le courier annom^ant noire arrivee, partit
le matin pour Monterey. On profita du beau
temps pour visiter les peaux que1 nous avions a
bord,. et pouaf'les metfcpe a fair, une seule elafe
mouillee, mais sans Stre avaride.
Le 22. —On tua deux bcftfefo destines a etre
sales. Les animaux avaient ete cboisis gras et
bien portans laugsitot tues et ecorches,, on les
saspendait poairbien faire evaeuer le sang.
Le a3. — On proceda a saler la chair des
deux boeufetu'es depuis environ tjKx-huit heures.
Apres avoir ete separee des os meduJlaires, et
penrgee autant que possible des parties glan-
duleuses, on la coupaitefijmorceaux de quatre
a six livres, que l'on frappait fortement sur less
faces paraiHieles au fit des chairs, avec une espece de carde.garnie de clous, pour les rendre-
(1) Le name] faite du flot. relevait fe pointe du Cassillo ;V
l'Oue'st qnarl^Nord-Ouest,.la pointe Est de Pause a l'Est demi-
Sud, la grande porte du Presidio au Sud quart-SujlrEst,, et
File des Alcatraces a 1'Est-Nord-Est. La terre la plus rapprochee
etait dans le; Sad £ trois ow jffetre etfeSMares. m
Hi
236 VOYAGE
Septembrc x8lS.
plus propres a recevoir le sel. Apres en avoir
bien frotte chaque morceau de tous c6te*s, on
les ari'imai t dans une barrique dont les cercles
avaient ete leves de maniere a disjoindre les
douvelles, et a laqueile on avait ote un fond,
in a tee sur 1'autre. et perc^e de irous de vrilles,
particulierement vers le bas. Sur chaque plan
de viande on met tail une couche de sel, ainsi
que sur le fond de la barrique, lo rsqu'elle etait
a peu pres pleine. Celui qu'on avast demonte
etait pose a plat sur le plan supeneu r, et charge
de grosses pierres dont la pression faisait rendre
aux chairs ce qu"elles avaient conserve de K—
quide. Au bout de viiigt- quatre heures aii
moins, la viande etait retiree des pressoirs, les
morceaux etaient seconds et essuye's isolenieni,
puis sales denouveauetmis dans uneautrefiitaille
avec du sel entre eux. Deux ou trois jours apres
on visitaitlaviande; les morceaux, enpetitnom-
bre, qui paraissaient etre atteints de corruption,
Etaient rebutes, on met tail les autres-dans un
troisieme baril avec les memes soins deja indi-
ques. On faisait ensuite le plein avec de la sau-
mure. Avant d'etre embarquee, tou tela salaison AUTOUR DU MONDE. bin
S«pl.mbre   , "iS.
subit une nouvelle visite dont le resultat fut sa-
tis faisant; on eut seulement a changer la saumure
de quelques barils qui avaient pris une teinte
sanguinolente. Un novice fut adjoint aux ton-
neliers pour les aider dans ces travaux. De ces
trois hommes, il en restait toujours deux dans
la tente, la nuit, pour faire la garde contre les
loups etles autres animaux carnassiers qui ve-
naient souvent roder sur la plage.
Les 2
t-'w
Don Luis m'ayant donne avis
que le courrier, p or leur des ordres du gouverneur nous concernant, etait arrive, jeme rend is
au Presidio, on il me communiqua la depe'che
contenant les dispositions que le gouverneur
prescrivait a notre egard. Elles etaient que le
Bordelais, dont 1'expedition nYtait que com-
merciale, fut sou mis aux regl em ens pro In In id's
recemment promulgues j qu'il ne fut souffert
dans le port que le temps necessaire pour pour-
voir a ses besoins les plus pressans • que la
co m muni cation ne lui fot permise que pour-cet
objet et sur la plage seulement. Le memo courrier portait la nouvelle de l'arrryee de la £re^
gate russe laKamtschotka, et de la rentage du
Kjitusoff qu'elle avait rencontre sortant.  Le 1
w§
£g
238 VOYAGE
Septembrc 1R1S.
dernier etait reparli. Le oo , le brick la Co*
Itfmbiaif.a&ecqminous avions communique devant Silk a, 6 tail aussi arrive k Monterey.
Les avis les plus certains no me permettant
pas de d outer qu'en ad op tant en vers nous des
mesures si opposecs aux procedes que nous
avions cprouves jusque la, on n'eut cede aux
insinuations haincuses des capitaines des lettres
de marques peruviennes, dont unjatva& mani-
fesle son aveugle jalousie des notre sejour au
Callao, je me decidai a me transporter a Monterey pour de'truire ces caIon in ies. Mais don
Luis, a qui je devais necessairement m'adresscr
pour obtenir Ha permission ^ les moyens de
faire ce voyage, in'ayant assure quil n'etait
pas auto rise a me les accorder, id nc me re.sta
plus que d'en e'erire a l'autorite supcrieure. Ma
lettre a don Pablo Vuentes Sola, gouverneur
de la. Haute "--Galifarnie, ptortaitfeli.«|fbstaince
que, d'apres faccueil hospitalicr que j'avais
recti jusqu'alors dans les.iliverses parties de
l'Ameriqfie espagnole-oti j'sOTai^toucbe, et pa**
tfedliwremeni dans Report desonigou^ernementj
je ne ipouvaas -attribuer qsu&de faux *apports
le Itramement tigoureux que j'^prwivais en-M^ AUTOUR BU MONDE.
n5g
moment, ma conduite, toujours exempte de
blame, n'ayant pu donner lieu a un tel chan-
gement. Gertain de dissiper en paraissanl dfe«-
vant lui les impressions facheuses qu'il avait
pu recevoir, je le pnais -de na'autoriser lit me
rendre a _M ontcrey. Daiisle cas ou il UC j libera it
pas a prqpos de m'accorder cette faveur, je
•l'engageais a prendre des informations exactes
'sur Ies faits qui m'avaient ete imputes, meme a
faire des recherches a bord. Que, si lc resultat
de ces perquisitions m'etait favorable■, comme
I en avais la confiance, il voulut bien in accorder
quinze jours pour me ravitaiHer et particulie-
rement pour faire des salaisons. Je d'efnandais
aussi la permission de debarquer quelques malades, sur la sante desquels 1'air d'une terre
j usqu'alors si hospifciliere ne poiivait avoir que
les effets les plus salulaires, sans que leur pi-'e-
sence dut inspirer la fnoindre inquietude, leur
maladie n'ayant rien de contagieux.
Je litisai.s anssi part-a'u gouverneur des e'nga-
gemens que j'avais pris avec 'celtii des 'etabJis-
semens russes, et je le priais de me mettre a
meme ile les remplir.
J'eeiivis   en  meme temps att «eapitaiWs *fe 24© VOYAGE
Sopt.'mKrc 1818.
vaisseau Golownine, commandant la Kamts-
chatka, pour lui faire connaitre ma posit ion,
et lui demander ses bons offices pour le succes
d'une operation utile aux colonies de sanation.
Le 26. — Ges dep^ches partirent avec celles
de don Luis sur le meme sujet. J'esperais par
ces demarches gagner au moins quelques jours,
dont chacun etait ui dement .employe, don
Luis ayant consent! a miiiger, jusqu'a nouvel
ordre, la rigueur des restrictions. qui nous
etaient imposees, dans ce qu elles avaient de
plus nuisible. Les missions ne pouvant foornir
la quantite de grains que je comptais porter a
Sitka,sans l'autorisation du gouverneur, toutes
mes demarches ne purent obtenir que cinquante
fanegas (dont 1000 font 5853 decalitres ion
45o2 boisseaux dupays), a titre de provisions,
du P. Ramon, qui etait enfin revenu de San-
Raphael, ou son confrere alia aussitot le rem-
placer.
Le on. — Le superieur ayant consenti adonner l'hospitalite a nos malades, comme il avait
deja fait precedemment, la chaloupe qui avait
porte le bie, transporta a la mission, a son
retour, M. Gasquerel, piloting Renier, maitre AUTOUR DUMONDE. £$#1
Septembre  1818.
d'eqa&page, et Rabot, novice charpenftier, que
M. Vimont accompagna.
Le q8. —Je regitsla repohsd du gouverneur
don Pablo de S&M; elle'ielait con^Ue en teriflSl
tres - polis,: mais peu dlaif%t,'Je la consideP&l-,
comme assez^'sfftiSra&aiite, quoique toutes mes
demandes ne fussent p^s^eiplateflfeinent accor-
dKes. II consentait a ce q^e je fisse des vivres,
maisiiis'expliqUait d^tfne nSfiiere aiaMgiie au
sujet des objets que jfe^eifiahtlais a prendre
comme1 eargafson?*
Je recus aussi -'?fcie Mftx^'dn commandant
Golownine,* il avait ^1 la uotite de parler eri
ma faveur a don Pablo, et n'en avait pa^ o'b-
tenu une reponse pfflsr?$lei$se que celle (Jul
n^tmi^kV^e^Ue^inWW^iis^L1; sur mon projet-
d'importation des grains a la Nouvelle-Af^ihan-
ge\, des a§ffet?es-s^.g€3^'fetfaefe sur I'abdncE&nce
ou ces etAMfsseinens 'allaient se trouv^r5^ i'ar-
PVr4e du Kutusoff", change rafe cinq cents ton-
neaux, '•&%■&%&$¥£&& m^ f5tP8:renoncer a mes
pro jets si mes arrangemens aveoM. YYsiguemeis^t
n'avafent e'te a la Jfois un garant sdJtde de sa
part, etune obligation hiaispensable pour n¥oi>:
II m'apprenait que la Columbia, qui a son
t. 11. 16
!1 VOYAGE
Scptembro 1818.
IS:
arrivee avait reclame, .sa protection, (Sprouvait
a Monterey les memes entraves qn'on voulait
m'imposer a San -Francisco. En m'annoncant
son prochain depart pour: la.Russie,le capitaine
Golownine m'invitait obligeamment a le charger de mes jiaquets pour la France.
Le commandant Arguello envoya aussitot
une circulaire aux trois missions situees sur le
port (San-Fra#ejs$o, San-Jose el Santa-Clara),
pour les engager a transporter leurs grains a
bord. La maniere dont cette invitation etait
co neue donnai I a entendre qu'elle ven ail phi lot
de lui que de bantui'ite siijierieure.
On pro^ta de cette journee qui fut ehaude
et assez belle, pour visiter et me tire a l'air les
fourrures qui n'y avaient pas encore ete ex-
posees.
Le 3o. — La chaloupe du Presidio venant
de la cote* Nord, porta a^ bord qual re-% ingl-
quinze fanegues de bie. Nous recumes, dans
l'intervalle des quatre jours suivans, un second
envoi de. grains, appartenant aux officiers du
Presidio, et deux, provenant des missions. Les
charpentiers construisirent dans la cale u»e
dloison appuyee sur le bau, en avant de  celui
■m
?BWi
mm AUTOUR DU MONDE. 243
Octobgc 1818.
du grand panneau, laqueile, avec celui de la
cale'a eau, forma un grenier pour le bie'.
J'ecrivis a M. Balguerie et a ma famille; les
officiers et quelques hommes de l'equipage pro-
ftfisrent aussi de cette occasion pour donner'H's".
leurs nouvelles a leurs parens et amis.J'adrri^s^
le paquet au consul general de France en Rus-
sie, sous l'enveloppe du commandant Golow-
nine, a qui je le recommandais.
Ge jour, le thermometre monta a 28 deg. au
soleil.
Le 2 octobre. — Nous eumes la visite des
peres superieurs des missions de San-Jose et de
Santa-Clara, qui vinrent avec les officiers du
Presidio, que nous avions ordinairement a
diner. Je pris des arrangemens avec ces Peres
pour avoir des grains payables en ustensmlfP
d'agriculture et de charpentage, tissus divers,
et coutellerie pour les Indiens.
Ce jour-ci etles quatre precedens, le temps
fut constamment beau et tres-chaud, le thermometre n'ayant jamais ete au-dessous de 21
deg: 5 min. au soleil meridien, et le barometre
au-dessous de 27 p. 11 H Le vent, variaMe du
S. au N. par TO., regna generalement du S.-O.
16.
L. ^44
VOYAGE
Octobre 1818.
att N.-O., bon frais de ce rhumb et surtout
du Nord.
La chaleur du temps etait encore augmentee
par celle des i'eux que les Jftdieps, selon la cou-
tume dont j'ai deja parle,avaient a 11 nines sur
la cote Nord. La secheress.e fayorisant le progres des 11 amines, elles gagnerent rapidement
de tons cotes jusques au bord de la mer. Pousse
par les vents de la partie de l'Ouest, l'incendie
s'etendiI a perte dc vue tlansfinterieur. Le jour,
d'enormes nuages de fumee s'^levaient en tour-
billons dans les accalnus, couvraient la c6te
Nord, quand le vent reprenait de la force, et se
rcpandaient de notre cote lorsqu'il soutllait
de oette partie. L(a nuit, les feux de rincendie
et la clarte qu'ita- versaient sur un loin tain
immense , formaient un spectacle non moins
curieux et plus magniiique encode..-.,.
Le 3. — Je fis connaissance avec le P. Yin*-:
ccntc Saria, prefe t apostolique dans les missions
dela Haute-Californie. Ce venerable neligiei«j5t;
semontra dispose^ nous rendre tpug"lfs^ej^ifi«^f
qui dependaient de lui, etj#§j£$-igna;:$p^paj|,
pour nos malades les sentimens de la charite
la plus touchante. /
AUTOUR DU MONDE. itfi$
Oclobro 1818.
La misiidn celebra la ftfte de s&int Francois
son patron1; outre le pere prefet, plusieurs religieux des missions voisines, de Sa"n - Jose
Santa-Clara et Santa-Cruz, etaient venus pour
y ass&ter. II y eut un repas proprement servr4,
et ou abondaient les diverses productions du
pays, toutes de tres-bonne qualite, excepte le
"vrtl que les bons Peres se condamnaient a boire
aigre, en negligeant les legers soins qHi'tfurait
exiges sa conservation. J'assistai par"5nvitation
a ce repas avec les officier^du Presidio et la
plupart des notres. Comme c'etait'iSh dimanche,
presque tous nos hdmmes,'qTti se prOcuraient
Facilement des chevaux, au moyen des economies qu'ils faisaient sur leur ratidu^t&rflibres
Flip res - mid^'1'vmrent a cheval attires par la
Qfiffifisite de voir les danses des Indi&iis, a qui
les Peres ne pertn'ettent ces divertisSefeaens
€pi aux jours de rejouissances solenUelles. C'est
une faveur insigne pour ces sauvages, qui, dans
leur etat primitif de li*foferte', se IrvTeiit ttes-
fr&juemmcnt a ce phtisir, qu^flfc preferent a tout
autre. lis nous parurent sortir de leur apathie
habituelle dans cet exercice, auquel ils sont
cependant loin 3e porter YSgW^M, la vivacit£ ■ M
S3     '-gMt
a46 VOYAGE
Octobre 1818.
et l'energie qu'on remarque chez les negres
dans le meme divertissement. II faut dire aussi
que - les missionnaires ne tolerent jamais les
danses lascives qui, sans doute, etaient les plus
en faveur chez leurs disciples ainsi .'que chez
les Africains. Celles dont nous fumes spectateurs
etaient des pantomimes ou monotones ou gros-
sieres, composees en grande partie de contor-
sions, de gesles et d'attitudes ridicules, bi-
zarres, ou menacantes, accompagnces de, cris
et de hurlemens afl'reux. On nous dit que la
plupart de ces scenes etaient des simulacrcs de
chasse et de combats; il etait facile d'en juger
a l'accoutrement des aclcurs plutot qua leur
action. Us etaient tons du sexe ma.sculin, leur
figure et leur corps etaient teints de couleur s varices, et ils avaient subs tit tie an sarrau
de laine rayee de la mission, divers., costumes
et ornemens barbares composes de depouilles
de betes feroces.
Le 5. — Je recus du P. Ramon une invitation de me rendre a la mission; il s'agissait de
nouvelles entraves qui allaient suspendre la
fourniture du bie. Ce contre - temps facheux
etait du a la tepeur de la lettre d'invitation de fPI
AUTOUR DU MONDE. a47
Otlobrc  1818.
don Luis aux missions, dans laqueile il donnait
a entendre que c'etait sans ordre du gouverneur
qu'il les engageaita pourvoir a nos besoins, etc.
Cette missive ayant ete mise sous les yeux du
pere prefet, homme tres-scrupule'ux, il avait
juge qu'une piece pareille ne pouvait pas etre
une autorisation suffisante, et il avait ordonne
de suspendre les envois : toutes mes representations a ce sujet ne purent ebranler ce saint
homme, dont la conscience s'y croyait interes-
see. Cependant, afin de faire cesser prompte-
ment un retard si onereux pour nous, il e"crivit
en grande hate au gouverneur, dans les termes
les plus pressans, pour l'engager a autoriser
l'extraction des grains, qui n'etait pas moins
avantageuse au pays qu'a nous-memes. II lui
representa en meme temps, avec toute la chaleur et le zele de sa charite, combien il etait
indispensable que nos malades pussent rester a
terre afin de s'y retablir.
Le n. — De m£me que les'quatre jours pre-
cedens, les marees furent tres-fortes, et monterent plus haut qu'a la nouvelle lune, quoi-
qu'eUe &A a son premier quartier. J'attribuai
en grande partie ce phenomene aux vents d'O. Octobre- 18iS.
qui regn^tient avec iorce; maisije ne saurais
expliquer l'irregularj,^ de la du ice des mare'es,
plus longues la nuil .que le jour.
Les mili la ires ainsi que les colons, pro fit ant
de la permission quele commandant venait de
donner, i oinmcneerent a venir a bord pour se
pourvoir dc nos objets a leur convenancc. Don
l.uis prit sur 1 in tie ju'i-vciur laiilorisalion du
gouverneur, a cause de la [x-uurie de divers
articles indispensal>lcs queproiivaicnI ces deux
classes, dont se compose toute la population
espagnole du pays. Jls etaient surtout depourvus
de draps et de toute sorte d'objets d'habille-
inen t, et cet etat de detresse etait une suite des
troubles de la Ndnvelle-Espagne, qui suspen-
daient,. depuis plusieurs annees, l'envoi des
fonds et des elfels destines a la soldo et a l'c-n-
tretien;des troupes (situado ). Les diilicultcs
qu'on eprouvail de faulorile pour obtenir une
concession que les circonstances rendaient nn
acte dftjjjjistioe/i avaient excite le mecoBtente-
ment iet! le^munRttres ties mililaircs, (F ailleurs
tres-subordonnes. i
On voyait encorqides fenx sur la cote Nord,
moisjdisperses .a .de grandes distances, et ne
BrUH'r AUTOUR DU MONDE. &A(i
Octobre t8i8.
couvrant pas des espaces aussi considerables
que precedemment.
Le g.— Le courrier que le pei^ 'pHfet avait
envoye a Monterey revint avec des dep^ches
dont le contenu etait de la nature la plas satis-
faisante. II en donna aussitot avis aux missions
afin qu'elles expediassent les grains dont ellfes
pouvaient disposer. Quoique'<je dusse attribuer
a la delicatesse exageree de ce bon pere le retard facheux que nous avions Eprouve, je le re-
merciai sincerement du zhle avec lequel il avait
intercede', pour nous, aupres du gouvehrUeur.
H venta grand frais de l'O. au S.-0., avec
fortes raffales de cette derniere partie, particu-
Herement la nuit, comme nous l'avions deja
eprouve les preeddentes^ On fit peneau de
l'ancre de veille. La^bossO de la 'jftit'ogue de
Masset, qu'on avait amarijee sur la bou£e, ayant
manque, cette jolie embarcation fut perdue. II
ne nous resta qtterle grand fendt et la petite
baleiniere montee au Callao, la grande, hors
d'etat de servir a bord, ayant etd donn^e a don
Luis.
Le io. — R arriva un nouveau courrier de
Monterffljj;perteur de depeches'paFlesquenSs IK
m
o5o VOYAGE
Oclobr*  iSrS.
lc eouverneur annoncait qu'un brick ame'ricain
arriv£ a Santa-Barbara, des iles Sandwich,
pretendait y avoir laisse deux batimens de
Buenos-Ayres, de trente-deux et vingt-quatre
canons, qui devaient faire une tentative sur la
Calil'ornie, et prescrivait des mesures defensives. D'apres cet avis, le commandant Af-
guello donna des ordres pour le rassemblemenl
de la mil ice, com jiose'e principalement des habitans de Pueblo et de San-Jose, se concerta avec
les missionnaires pour placer des vedettes sur
les points les plus cloves de la cote, et disposa
les foibles moyens qu'il avait pour repousser
une attaque (0.
Le 13. — Nous re eumes deux chaloupes
chargees de grains des missions de Finterieur
du port j c'etait le premier envoi depuis la suspension occasionnee par les scrupules dtt pere
prefet, qui retarderent ainsi notre chargement
de huit jours, ce qui, joint au temps perdu par
la mauvaise volonte* du gouverneur, prolongea
notre relache du double.
(') Elle eut lieu en effet peu de temps apres no|re depart, sur
Monterey et les Presidios du Sud, qui furent enleves sans beaucoup de resistanoe. San-Francisco ne fat pas inqniete. AUTOUR DU  MONDE. a5l
Octel»r« i8t8.
Don Luis me transmit, par ordre du gouverneur, une reclamation d'Hosteins, tend ant a
obtenir le paiement de ses gages; je repondis
en temoignant mon etonnement de voir one pared le pretention appuyee.par son Excellence :
la perte des avanlagcs acquis devant etre dans
tous les services la suite naturelle de la desertion. Ge scelerat, qui m'avait des obligations
particulieres, avait repandu contre moi des
calomnies atroces, il etait parvenu a etre ad mis
daus l'artillerie, et il etait en detachement a
Sanla-Ba rba ra. j.
J.c 15. — On embarqua deux barriques de
salaison, reste de celle confectionnee par nos
gens; il y en avait deja a bord vingt barils, ce
qui, joint au pen qui nous restait encore de
celles de France, devait suffire amplement jusqu'a la fin de la campagne. On avait employe
vingt-trois boeufs, qui avaient aussi servi a
nourrir l'equipage pendant la relache. Quoique
nos precedes l'ussent loin dc la perfection, fetal
des dernieres salaisons consommees au bout de
six mois etait tel, qu'on peut pres tuner qu'elles
auraient pu durer encore aussi long-temps.
En execution  des ordres   du  commandanl II
1
SOQ VOYAGE
OctobM rttft
pour le rassemhi enien t de la malice, la plupart
des. colon's arrivaient successivement au Presidio. On gardait ceux destines au service de
1'artilleTie, les autres etaient pour la plupart
disperses sur la cole. Ce concours act iva la de-
la i te des objets qui restaient encore de la car-
gaisbn destines pour la! cote, dont aucun ne
pouvait el re place a la Ch me. Nous rerun ies en
jiaicmr nl des piastres, du grain j du suit'et des
peaux de loutre.
> L'etal sanitaire de l'equipage s'etait sensible-
men l a met i ore dans un pays saluhre, abondant,
et dont les eaux sont bonnes. Un des t rois
malades envoyes a la mission a no ire a r r i m -e,
et plusieurs autres qui avaient ete allaques
depuis, etaient entierement retablis; mais mal-
gr$ les so ins de M. Vimont, lair pur qxl'ils
respiraient et l'hospitahle des missionnaires,
Reiner, mail re d'equipage, a I lei n t de I a mala the
de tfoie qui- avait emportd son predecess&ir, et
Rarbot, novice charpentier, mine par la dis's'en-
terie'j-1aer5& trouvant pas -dans un ^tat/dm-lew?
]^e^&^Pd§'disposer ftps privatiois^ au malaise inseparables dc la rutic tifeverse%*cAgg nous
allions  fairs dans tm navire de la classe du ■■Pi
AUTOUR OU MONDE.
253
Octobre 1818.
Bordelais,, I a leur demande et d'apres I'attes-
tationdeM. Vimont, constatant leur eta.t, ils
furent debarques du role d'equipage, et pour
ne pas les laisser sans ressounce dans ces con-
trees eloignees, j e leur pay ai leurs gages acquis.
M. Gaquerel, dont la sante etait delabree pap
les inauvais traitemens et les iehagrins des son
embarquement a Callao, se trouvait a peine
eonvalescent d'un violent flux de sang qu'il
avait garde pendant long-temps; il voulut cependant continuer le voyage, etantsoutenu par
le desir de revoiriison pays etsa fomille, etpar
sa juste confiance dans les soins eclaikeisl que
M. Vimont lui prodiguait avec tout le4S&le de
1'amitie. :
Mes -recommandatioias aupre&des missibfi-^
naires, en foyeur des malades que je confiais a
leur hospitalite, etaient superflues,d4tait asseizi
pour ces bons rebJgiehx qu'ils fussent hommes
et chretiens. Le superieur de la mission me
promit deleur i^minuenpjusqp^itetttftretal^s^
sement tous les soins qu^jU avaietftire§usde*eiiy
etlepere prefefesSengagea a les faire veflis k la
mission de San^ari<Ks,!pBes de Monterey, dont
le port est plus frequente que celui de San- 254 VOYAGE
Octobre jM.
Francisco, et'it user de son credit-aupres du
gouverneur pour obtenir .leur passage a la pre*
nlie re occasion. Au moyen de la connaissance
qu'il avait conserve de notre langue, qnoiqu'il
n'eut pas cu I'occasion de la parler. depuis trente
ans qu'il residait en Amerique, cet homme
venerable, a nunc du veritable esprit de Dieu,
avait port*-! des paroles de tendresse et de consolation a ces pauvres gens, et leur avait admi-
nistre les sacrcniens de son ministere. Je ltti
remis une lettreque j'avais ecri te an gouverneur,
pour le remercier des dispositions que son "human ile lui in spiral t en faveur dc nos malades,
et pour le prior de leur continner sa protection
en leur lacilitant les moyens de se rapprocher
de l'Europe. A son depart, j'accompagnai le
P. Saria jusqucs a la chaloupe (jui devait lc
transporter a Santa-Clara; notre separation fut
marquee de sa part par les temoignages d'une
bicnveillancc qu'il m'a vail deja si bien prouvee,
et:de la mienne par ceux de:la reconnaibsance
etde la veneration les plus sinceres:je ne trouvai pour les lui rendre que des expressions bien
wf&tieares au sentiment dont j'etais emu.
La chaloUpe de la .mission, que inous attend AUTOUR OU MONDE. 255
' Octobre 1818.
dions depuis la veille, vint nous apporter le
dernier envoi de grains et de suif, completant
quarante tonneaux environ du premier de ces
articles et dix du second. Nous en avions aussi
obtenu, outre diverses provisions, soixante
peaux de loutre, portant a cent soixante-six le
nombre de ces fourrures reeueillies dans nos
trois relaches. La memfe chaloupe rameUa de
la mission l'armurier qui y avait ete occupe,
depuis les premiers jours de la relache, a divers
ouvrages de forge et de ferblanterie.
Le P. Ramon vint nous faire ses adieux, je
le priai d'accepter pour son eglise une vielle
organisee, qui avait ete embarquee pour re-
cteeer l'equipage.
Le in. — Je me rendis de bonne heure a la
mission pour regler nos comptes, prendre conge
du superieur, et voir encore une fois nos malades ; je les encourageai en leur rappelant les
dispositions favorables du gouverneur et des
missionnaires, qui leur assurait les sec'e'urs de
Hhospitalite pendant leur sejour dans ce pays,
et les moyens de se rapprocher de la France
des que leur sante et les circonstances le per-
mettraient. Je lesjfexhortai a repondre par leur %;i-'.'
2&P VOYAGE
Octobre l8»8.
conduite aux bontes.dont ils etoient fob jet, et
a la conside'ration dont j^swsait, parno/rloBrs
bienfoiteifTs, la nation a laqueUe-vils avaient
1'honneur d'appartenir. Je remis a chacun un
certilccat qui deposit de leuf moralite et de la
satisfaction que j'eprouvaidwde leurs services,
Ce temoignagc clait surtout du au mailrc d'equipage Renier, homme Joli del et probe.
L'equipage complait encore vingl-huil hommes, dont deux convalescens et un Venerien
exempt de service.
Je reglai aussi avec don Luis son compte
particulier cl celui des droitsejtiges, tant'pour
les objets enibarques Comme: cargaison, que
pour les marchandises introduites eh paiement.
Ces dernieres furent laxees a sept et demi pour
cent du prix de vente, le bie ajieis reauxila
fanegjie ou quince -ppur ce»tr,ttti le suif a deux
reaux "f'a^obe ou seipe pour cent de la valeur.
Le prodfut total des ventes dans les trois re->
laches etait de6fta6 p., celuii^es achats, provisions et droitgicompris dfi:6356 p., donnant
an exceclant de i3o p. qui fat pay^ en
especes.
Tous les preparati& de deparfts&aient faits, AUTOUR DU MONDE. 257
Octobre 18x8.
et nous aurions appareille le soir, s'il n'avait
fallu installer un faux pont sur le greMtr du
bie; cette perte de temps, causee pari'expedition tardive du dernier envoi de la mission,
donna lieu a la desertion de Paris, novice, qui,
quoique robuste et doue d'une excellente sante,
redoutait les fatigues d'une feampagne d'hiver
a la c6te Nord-Ouest;; il s'evada a la nage la
nuit. II avait ete precede de quelques jours par
le maatre d'h&tel, ne Espagnol.
Le 18. — Nous re§&fi»6s*'*#n§8*e quelques
provisions de campagne, entr'd&tres uilJbceuf
en quartiers qu'on prifc»f&;i)era. J'al-Hi-prenftftF
conge du commandant  Argttello et de   son
lieutenant ,   qui mttrent pgfta-ger le dernier'
diner que nous dcvionsi'foire}idaatf Mte> J&J'SP
A trois heures, le jusan commeri<jijttrt&'se fei&^w
le grand canot fut 'i-Bvdr •l'tfJHJi*Ia—jeir qu'on
avai$(mouiflee au flot£e£»i«emplacement de celle
d'aflSbutajbe. A quat^e^hOTrei^Ptfis •quarts, nos
amis nous firent leurs adieux, accompagnes
de part ;i$?2d3fentre de temoignages affectueux
et de voeux sinceres. On mit a bord aussit6t
apres'l-e'gTand canot etla petite baleiniertlmon-
t&'au GaHao, seules eiibarcations  qui nous
t. 11. ln 258 VOYAGE
Octobro 1818.
restaient depuis la perte de la pirogue, car
ayant reconntt que la grande baleiniere achetee
aftx Marqnises n'etait plus propre au service
du bord, j'en avais fait don an commandant
A?gufllo.
A cinq heures un quart on vira. La for ce d u
courant f|t derives le navire sur son ancre; on
le tint en travers, le cap sur la cote Nord, en
manoeuvranl le grand foe el la brigantine, le
vent etant alors joli frais de 1 O.-S. -O. A six
heures, l'ancre au bossoir, on etablit aii plus
pres tribord, SOUS la misaine, les huniers et les
auriques. Peu apres le navire doubla les pointes
oxterieures , et a sept lit.-ures celle du Sud-
Ouest au troisieme bord. A sept heures un
quart celte pointe , dite de Almegas, restait a
une lieue a l'Est demirN.ord.
Le 19. — La nuit I'ut brumeuse ainsi que la
plfipart de la matinee. La brise ayant regne de
l'O. au N.-O- tres-fai.ble veijsle matin, le:joj^>
nous trouva encore en dedans des FarpIJones. A
hjiit .hettres, le plus Sud festait a sept milles
dans le Nord. A njj-^ij ce rocher fut geleve au
Nord 4° deg. Es£, a dufefqij^ss de distance es-
timee a.Tceil, et la pointe dc los Reyes fta "§Jgrd AUTOUR DU MONDE. 25o.
Octobre 1818.
26 deg. Est. La terre, dont les sommets etaient
embrumes, s'etendaitjusques a l'Est demi-Nord.
Nous primes la notre point de depart par 3n
deg. 3o min. de latitude Nord, et 125 deg. 28
minutes de longitude Oudst, d'ap^s'fos releve-
mens. En les faisant cadrer avec la latitude sur
la carte de Vancouver, nous nous serions trou-
ves a quinze milles du Farellone, c'est-a-dire
plus rapproches de cinq milles que nous nous
en estimions a la vue.
Le. cap Engano nous restait a quatre cent
vingt-huit lieues dans le Nord, oA deg. Ouest.
La brise ayant continue tres-faible et contraire,
les hautes terres, au Nord du port San-Francisco, etaient encore a vue a six heures dusoir.
&ti^M&£gfe*&fe.-•■'-   /•"t'- • 'Ml''- '
"7- 260
VOYAGE
1818.
tl
CHAPITRE XIV.
0?..- wi&^&uYl    -mfatei      hqt
Dei a its cii-ndii* sur les etabiissemens espagnols en Cali-
l'< iniie. — Naturels. — Colons. — Cul lure. — Prod u i U
dn sol..—-- Administration civile et militaire. — Commerce d'dcliange.--j—-# San - Francisco. — Mopterey..
—Santa-Barbara. — Sa u-D iego.
Parvenu a l'epoque de mon depart definitif
de Ta *ailfornie, jerais reunir les principaux
renseignemens que j ai rccueillis sur cette partie
de l'Amerique septentrionale. Toutefois fe ne
traiterai dans ce chapitre que de ce qui a rapport aux etabiissemens des missions, crbyant
superflu de revenir sur ces objets.
Les etabiissemens espagnols dans la Haute-
Californie se composent de quatre Presidios, ou
postes militaires, et de dix-neuf missions, dont
chacune est sous la protection d'un des Presidios qui y entretient un detachement.
Ces divers etabiissemens, tels qu'ils se pre-
sentent sur la carte, en les prenant du Nord an
Sud, sont: ROMS
des
PRESIDIOS.
Saw-Carlos
OU   MoWTERET.
•S A K TA -BlJtlAIA
Sas-Di£co.
j San-Gabriel, San-Juan   Capistrau, San-Luis
j   Hey, Sim-Dirjjo.
A la fin de 1817, on a fonde le nouvel eta-
bhssement de San-Raphael, situc sur la c6te
Nord 1 lu port San-Francisco. 11 n etait encore
qu une succursale de la mission de ce nom, a
la finde 1818.
A cette epoque (1817) , la population to tale
etait de aO,33o individus. Des deux classes qui
a composent, la premiere, formee par la race
cspaguolc, ne com plait qu'environ i3oo times.
Elle est designee sous le nom de genie dc razon
(gens ou hommes dc. raison), qu'on donue dans
l'Amerique espagnole a tout ce qui n est pas dc
race indigene, meme aux noirs esclaves. Le
gouverneur, un officier, et fes missionnaires,
sont les seuls nalifs de la peninsule. Les Indiens
composent la seconde classe au nombre d'envi- *M
262
VOYAGE
1818.
ron 19,000, repartis tres-inegalement dajp^ les
missions. Celle de Santa-Barbara, la plus po-
puleuse, en a 1800, et San-Carlos, la plus
faible, 4°°'
La moitie a peu pres de la population espa-
gnole, ou plutot creole, se compose de mili-
taires et de leurs families residant dans les
Presidios, dont celui de San-Francisco comp-
tait cent cinquante-detix individiis. Le reste,
qui se compose ou, qui descend des families
de soldats retraite's , habile les trois villages
(Pueblos) de San-Jose, Nuestral-Segnora de los
Angeles, et Villa de Branciforte. Le premier est
le plus considerable : trente intlividus seulement fonnent la population du dernier. Les
Creoles des deux sexes sont generalement de
belle taille , forts et bien proportionnes j leur
exteneur annonce la douceur et l'indolence
qui les caraclerisent. Cette partie de la population s'accroit rapidement.
La population indienne presente un exte-
rieur tout different: les individus s'elevent ra-
rement au-dela de la taille moyenne ; leur
corps n'a ni grace ni vigueur, et leur physionomie porte rempreinte de l'apathie et de la AUTOUR DU MONDE.
aG3
stupidite. Leur personne et tout ce qui les en-
toure est de la salete la plus horrible. Dans
incline mission les naissances ne compensefit
la mortalite; leur population ne s'entretikfift
que par les renfbrts qu'elle recoit des Indiens
independans ,• mais la plupart de ces recrues
sont des vieillards qui, n'ayant plus la force
de pourvoir ajleur subsistance, viennent cher-
cher aupres des missionnaires un asile contre
la faim. Les principales causes de cette diminution de la race indienne sont, i° lesavorte-
mens volontaires j 2° 1'insouciance des meres •
pour leurs enfans, dont la plupart perissent
pendant l'allaitement; 3° la voraciteetFinciirie
des deux sexes, qui ne leur permettent pas de
s'astreindre a aucun regime pendant leurs maladies; aussi tres-peu de victimes echappent-
elles a la dyssenterie et a la maladie honteuse
si commune dans ce climat. II n'existe dans la
Haute-Californie qu'un seul medecin , qui s'e-
loigne rarement de Monterey. De toutes les
missions, celle de Saint-Luis Rey est la seule
qui possede un hopital passablement tenu; et
l'on peut remarquer que-la mortalite y est moins
considerable que dans aucune autre. II y a cu
m
mm VOYAGE
181S.
en 1817, parmi les Indiens,, i634 deces et 1990
baptemes. Dans ce dernier nombre on ne
comptait que 762 enfans des missions, les 1008
restant se composaient de nouveaux convertis,
parmi lesquels etaient 780 adultes. Quoique
cette majorite^'individus d'un age avance doive
faire supposer une mortatite plus considerable
parmi les Indiens venus de l'extesgieur, quelque
reduction sur les deces que puisse aotoriser
cette consideration, leur nqmbre, compare a
celui des naissances ,.sera encore approximati-
vement dans la proportion de 3 a 2; d'ou 11 est
evident  que quoique cette annee le  nombre
des chretiens ait augmente de 376, la popu-;
lation- a reel lenient eprouvepune diminution
considerable. D'apres tous les .rapports, il en
est de meme dans les autres missions;
Dans toute la province, la race espagnole
n'avait perdu que 5i individus,et avait eu i4l
naissances. D'un autre cote, quoique la mission de San-Francisco eut regu i55 naturels,
la population etait tombee de 1210 a 1090. Au
contraire, dans le courant de cette annee et de
laprecedente, le Presidio avait compte 26 naissances et seulement 7 deces. Dans la memfe annee, les produits agricoles
des missions donnerent les resnltats suivans :
SEMENCES.
Sift. , a;987 fandgues
Mais.      n5   dito
Legumes div.   .  i,o33    dito
Total. . . 4>i35fanegnes
A San-Franciseo, dont le terrain est des
moins fertiles de la province, A&B (anegaes de
semence de touteespece en aVaientdonne 4820.
La vigne est cultivee dans les missions du
Sud; le.vdn de Santa-Barbara, le meilleur,
est rouge, liquoreux, un peu capiteux , et res1-
semble assez au vin de qualite moyenne du cap
de Bonne-Esperance. Les legumes et les fruits
d'Europe prosperent dans les jardins des Missions. Celui de San-Francisco, quoique mal
tenu, rend des produits abondans, maispeu
v£uies,.qui sont une ressource precieuse pour
les batimens en relache.
La meme mission possedait 553o tetes de
gros betail, 9600 mdutons, 770 chevaux et 3o
mules. Le nombre des bestiaux diminue depuis
que les troubles du Mexique ontsuspendu l'en-
voi annuel de l'herbe de la Puebla (hyerbade o66
VOYAGE
la Puebla ), poison subtil, qui detruisait un
grand nombre de loups.
Quantal'industrie, on peut dire qu'elle n'est
encore qu'ebauchee dans toutes ses branches
Les ouvriers des missions sont les plus mauvals
qu'on puisse voir, tant pour la solidite et le
fini du travail, que pour l'expedition. Ce sont
les naturels qui exercent les differens metiers
de forgeron et de macon, et qui soot occupes
de l'agricullure et de la fabrication des etoffes.
Le peu de meubles passables que l'on voit au
Presidio de San-Francisco sont 1'ouvKlge de
quelques cliarpcnliers elrangers, aussi bien que
quatre chaloupes appartenant au Presidio ou
aux missions qui avoisihent le port. Ces embarcations, lourdes et mal maneeuvrees par les
soldats et les Indiens, ont Ste conslruites en
1812 et depuis, et sont ies premiers et jusqu'a
present lesseulsbaliinens de mer qu'aicnt eus les
Espagnols dans ce pays. Les habitations des
Indiens convertis sont aujourd'hui des cabanes
assez spaeiettses, solides et couvertes en t.uiles,
mais denuees des meubrles les plus commuaS;::"
Les extractions de denr^es faites en 1817 et
1818 par divers navires du Perou, par le Ku- AUTOUR DU MONDE.
2&7
tusoffet par nous-m&nes, me portent a croire
quelaHaute-Californie peut fournir des a present a 1'exportation 2000 tonneaux de grains
ou legumes, 7 a 800 de suif, et i5o ou 200 de
viandes seches ou salees. La consommation
enorme de peaux de bceuf qu'on emploie a une
infinite d'usages n'enlaisse de disponible qu'une
faible quantite.
Ainsi que les produits de l'agriculture, les
exportations sont susceptibles d'un accroisse-
ment immense; on peut y joindre le sel, qu'on
trouve en grande abondance sur divers points
de la cote. Nos salaisons, dans lesquelles celui
du pays a ete employe presque exclusivement,
se sont assez bien conservees, surtout vu les imperfections que le defaut d'usage et d'experience
avait du introduire dans nos procedes.
Outre les ri chesses du terroir, la Californie
en possede encore d'importantes sur ses c6tes.
Les loutres et les loups marins s'y trouvent en
plus grande quantite que sur celles des parties
plus septentrionales de l'Amerique, ou, a la
verite, les fourrures sont plus belles. Suivant
leur coutume, les Espagnols profitent peu de
ces avantages, ne sachant se procurer les de- VOYAGE
«8iS.
jio ui 1 les p rec i cu ses de ces animaux qu'en les
tuant a coups de fusil lorsqu'ils les surprennent
sur les roches. Les Indiens en prennent un petit
nombre au filet. Le defaut de preparation
augmentc fade nor ile de ces pelleteries, coin-
pa rccs a celles de la cole Nord-Ouest.
Les forces mi 1 iI aires de la' Haute-Californie
se composent de quatre compagmes de cava-
lerie, formant au coin pi et nn total de trois cent
cinquante bom mes, dont el i acinic est attachee
a un des Presidios, et d'une compagnie d'arld-
lcrie de quatre-vingt-cinq hommes, rcpartie
dans les divers postes. Les soldats des deux
armes sont tres—subordonnes, sobres, et bons
t i reu rs. Les premiers sont en outre tres-bons cavaliers, bien endurciSala la lig u c, et fort adroits
a jeter le lacet, ce qoi se fait ainsi : chaque
soldat est pou rvu d'une forte ligne en crin, on
d'une courroie de cuir avec un noeud coulant.
L adresse consiste a la jeter sur une des conies
du bceuf qu'il veut prendre. A la selle de son
cheval, chaque cavalier a un pommeau eleve^
autour duquel il fixe la ligne, et empeche ainsi
le bceuf de blesser ni l'homme ni le cheval. On
le conduit de la sorte, et tandis qu'il s'agite de AUTOUR DU MONDE.
1818.
269
la tete et des pieds, on lui passe tres-adroite-
meni-une corde aux jambes de derriere pourle
faire tomber, et on lui coupe la gorge. Leurs
armes offensives sont la lance, le sabre droit
et la carabine. Un bouclier de cuir et un corselet de peau tres - souple leur laissent peu a
redouter les fleches des Indiens. Sur sa paie de
tH'-^fiastres par mois, chaque cavalier est tenu
de se fournir huit chevaux qui, ainsi que ceux
des missions, doivent trouver leur notfrriture
dans la  campagne. Ces animaux sont de taille
mjpyenne, ils sont dociles, infatigables, et ils
ont le. pieditres-sur. La cavalerie faitun service*
actif et souvent pemblejitersque les  d&&enWi
mens vont dans finterieur a la -^gcherche des
Indieni d&erteSdelsuaMjsfiidns. OtfBre ces troupes
regleeSj, il existe un corps de ttffllice compose
des habit§ns des>!Ptteblos. Nous n'avons ren|$^^,
que parrni les mjjitaires aucun vestige de l'ac-
tisite et de l'industrie du soldat frangais qui
apprit aux Grecs de Corfou le secret de la,gf£
chesse de leur ile. Les soldats du Pre'sidio, une
foisleaJB^rvice fini, croupisseht dans la fat2-1
neatftis^f a'' l'exception de leur chaussure, ils
ne s'occupent d'aucun ouvrage qu'ils ne peuvent *7o
VOYAGE
1818.
M
m
pas frire sOOneval j aussi deurs casernes ptesea-
tent-elles le m3me desordre et a peu pres le
meme deniiment que les cases'des Indiens. Je
n'ai pas vi si I e les Pueblos (>), mais j'ai de fortes
raisons de cjjO^re que leurs habitans ne surpas-
sent guere les soldats en amour de travail et
en indusirie. Depuis plusieurs annees les troubles du Mexique li'avaicnt pas permis l'ex-
p edit ion du situado, OU secours en argent .
et en efl "els pour la paie et l'entreticn des
trffupes.
En're la baie et le port San - Francisco , le
climat est sujet a de grandes secberesses. Les
pluies commencent en decembre etse pr ol on gen t
jusqu'en mars. En general: Ies auto nines •'Sont
tres-secs; cependant les productions de la terre
provienncnt assez bien, la rosee sufTisaiit pour
empeclier qu'ellcs ne soient de'truites.
■-(1.) Les Pueblos ne sont en grande partie que des villages habitus par de vieux soldats espagnols ou Creoles qui, apres avoir
acheve le temps de leur service, obtiennent la permission de
s etablir dans ces villages ou de retourner dans leur pa trie*. Ils
sont presque tous marics : on leur accorde des terres et des iris-
trumens pour l'cs cultivor. Ces habitans.n'ontni commandant 11'
magistrals , mais Fenseigne du Presidio ex eree Mir eux une j 1111-
diclion pailieuliere ; c'csl en quelque sorte une 111 ilice qui sert *
peuplfeV le pays. AUTOUR DU MONDE.
271
La Cahfornie ne possede pas de postes ca-
pables de la moindre resistance contre une
attaque par terre. Les ouvrages eleves a San-
Franjgfejco, Monterey, Santa-Barbara et San-
Diego ne battent que la mer. Quoique les Espagnols clecorent du nom de Castillo celui que
l'on a elesve sur la pointe Sud de l'entree de
San-Fraueisco, ce n'est reellement qu'une bat-
terie en fer a cheval. Le parapet, assez bien
revetu, est perce de seize, embrasures dont
quatorze sont annees. L^pieces de calibre de
douze, dix-huit et vingt-quatee sont la plupart
en fer et rongees de rouille, plusieurs ayant un
siecle de service, et q.uelques-unes pres de deux
cents ans. A proportion de la duree desaniate-
riaux, les affuts ne sont guere moins surannes;
on en voit peu en etat de soutenir la commotion
de leur piece tiree a charge entiere. Une plate-
forme continue et assez solide regne le long du
parapet. Cette batterie contient un magasin a
poudre et une caserne, a laqueile on n'a donne
aucune disposition defensive. Tout est en assez
bon etat, a 1'exception de l'artillerie ; mais la
defectuosite de cet objet d'importance premiere
doit rendre illusoire la de'fense de l'entree, dont if!
VOYAGE
iii8.
la largeur exigerait d'ailleurs le concours du
faaasMMtila coteiiNord. La position trop domi-
nante de cet ouvrage ne lui permet pas debattre
le corps des batimensiqui rahgent de pres la
pointe accore sur.iaquell»i}lJest constrtiit. Sa
gorge, trop ottverte pour pouvoir etre fermee
par une barriere, n'a aucune defense, et des
bultes a portee de fusil decouvrent totltiBin-^
terieu*. H
Les marees rendent faciles "ttentijee et la sortie
de San-Francisco, quel que soft le vent. Leur
violence fait craindre ce mouillage aux--Espagnols, qu'on n'y aipas vus depuis vingt' ad&; mais
on y tient avecxde bonnes ariiaiTes, en mouillant
de manierea fermer l'entree.
"u CT i'   ■     -. ' - - ■■ •   ■  *- - -^ -■- .
£ ft#RJ?0r:f.UiI   pJ0$l%QO; C;-i--o
Vsnn.. r, n no   .i. ,;:::-,] ■-•-[-; \
\   :?.;; OO ii' 5&bi   .   ffattsl
uon
out; AUTOUR DU MONDE.
Octobre 1818.
WMil^WVWVWftMfWWMftlMWM'Vl^W AAMUMm^WW^WWAVWlWV
CHAPITRE XVI.
Depart de Francisco. — Avaries au navire a la suite
d'une tempete furieuse. — ReMche au port de Sitka.
Le 20. — A deux heures du matin, la brise se
leva du S.-O., et nous permit de faire bonne
route jusques au lendemain matin, avec un
temps convert et pluvieux.
Le 21. — On reconnut une voie d'eau contre
l'etrave au ras du pont; elle n'etait pas considerable, et ne donnait qu'au tangage quand la
mer etait houleuse. Pour soulager 1'avant, je
fis passer derriere les deux pieces de quatre qui
s'y trouvaient, et je fis transporter sur le pont
le cordage de la soute.
Le vent mollit en passant au S.-O., d'ou il
varia jusques au Nord. Le temps s'eclaircit, des
que les vents halerent l'O., et fut tres-beau
pendant les deux jours qu'ils de'pendirent de
cette partie.
Le 22. — A midi nous n'etions encore que
par 38 de". 21 min. La terre, dont nous etions
T. II. J8 «?4
VOYAGE
Octobre 1818.
t dans l'Est et
a onze lieues, paraiSsaitvaguemen
le Nord-Est. Un banc de poissons passa a vue
l'apres-midi. Notts fumes en calme plat presque
toute la nuit.
Le 23. — La brise se leva de bonne heure
du N.-E., et dans le courant de la matinee
passa au S.-E., d'ou elle donna bon frais. Nous
fimes route vent-arriere sous toutes voues, les
bonnettes des deux bords. A midi, l'estime
nous mettait encore a vingt-quatre lieues Sud du
cap Mendocino, et a neuf lieues seulement de la
terre la plus rapprochee dans l'Est. La brise frai-
chit considerablement le soir, avec une grosse
mer et beaucoup de pluie. On serra succesave-
ment les voiles legeres. Apres minuit, ventant
grand frais et par raffales, il fallut rentrer les
bonnettes de hune avarices, et reduire la voi-
ture a la misaine et aux deux huniers arises.
A trois heures trois-quarts le vent sauta au
S.-O. par avalaison, et il mollit (le thermo-
metre baissa a 9 deg. 5 min. ). H repril bientot
apres de la force en repassant au S.-E., et varia pendant trois jours entre ces rhumbs avec
une force tr&s-inegale, donnant grand frais par
raffales quand il soufflait du S.-O. Cette nuit autour du Monde. 275
Octobre 181S.
surtout il fallut prendre trois ris au petit hu-
nier, deux derriere et celui de la grande voile.
Le navire parut avoir beaucoup perdu de sa
marche par suite de la deterioration progressive de son cuivre. De oA pouces d'eau qu'il
faisait par vingt-quatre heures en sortant, il
augmenta jusqu'a 5o dans ces gros temps. En
entrant dans ces parages, ou ils sont presque
continuels dans cette saison, on depassales mats
de perroquets a fleche ordinaire, et on guinda
d'autres mats pour mats d'hiver ; on allegea la
mature autant que possible, et l'on redoubta,
de soins pour sa tenue.
Le 06. —Les vents refuserent jusques a TO.-
S.-O. et mollirent considerablement. A onze
heures, la mer ayant aussi beaucoup tombe,
nous profitames de cette embellie pour change);
la clef du petit mat de hune. A midi, on fit
servir les cinq majeures, le grand perroquet et
les auriques. Les vents conjipuerent encore a
varier du S.-E. au S.-O., avec assez beau
temps, jusques au jour suivant.
Le on. — Ils passerent pendant plusieurs
heures au N.-O., ettomberent jusqu'a,/;ahne ;
ils fraicltirent dans l'apres-midi en arrondissant
18. on6
VOYAGE
I
Octobre 18
au S.-O.,  et dans la nuit au S., d'ou il venta
grand frais   par   raffales,   avec  beau  temps.
Le 28. — A sept heures nous en eumes un
tres-fort, accompagne de grele, apres quoi le
temps s'embellit et le vent se modera en passant
au S. - E. On vit beaucoup d'oiseaux. Nous
pumes prendre des angles horaires et la hauteur
du soleil a midi. Nous nous trouvames par
48 deg. 49 min- Nord et i32 deg. 46 min. Ouest,
a la distance de quarante-deuxlieues delapointe
boiseeal'Ouest de Noutka. Nous avions eprouve
ces trois derniers jours une difference Est de
53 min., etNord de 9 min. seulement. La mer
etait dure et le temps presque constamment a
grain, avec pluie et grele; la mer, avant grosse
et dure, etait remplacee par une longue houle
dtt vent.
Le 29. — Le thermometre etait encore rare-
ment au-dessous de 9 deg. le jour. A midi,
nous etions par 5o deg. 41 min. a vingt-sept
lieues dans le Sud-Sud-Ouest du cap Hector
( Saint-James des Anglais ), extremite Sud de
file delaReine Charlotte.
On vit de gros marsouins noirs.
A sept heures du soir, les vents refuserent a ■■■
AtJTOtTR DTJ MONDE*.
Ftovembre iS 18.
277
porter au N.-O. Nous primes tribord amures vent
arriere, la grosse mer ayant fait manquer revolution vent devant. A peine avait-on oriente
qu'ils refuserent a ma grande satisfaction, et
nous»revirames lof pour lof dans un grain qui
fit amener les huniers. La brise nous permit de
nous tenir au large de file de laReine Charlotte.
Le 3o. — A midi, nous nous trouvames par
51 deg. 55 min. a vingt-six lieues du cap Hector, et a vingt-quatre du cap Henry plus proche
de terre.
Le 31 octobre. — Apres midi, les vents,
apres avoir hale le S., passerent au N. par l'E.
en mollissant. On fut oblige d'amener les per-
roquets et les bonnettes de hune pour soulager
la mature tant que le navire fut vent arriere, la
grosse mer de l'O.-S.-O. le faisant rouler vio-
Jemment dans cette position. A huit heures,
On etablit au plus pres tribord. Nous fumes en-
vironnes d'oiseaux oceaniques, dont la presence
n'etait annoncee que par leurs cris. Nous cou-
riimes cette bordee vingt-quatre heures, pendant lesquelles le vent, en halant l'O.-N.-O.,
nous obligea de donner du Sud a la route.
Les ier et 2 novembre. — A midi nous ne 278 VOYAGE
Novembre 1818.
nousgtrouvames qu'a 52 deg.9 nun.; le thenno-
metre etait descendu a 6 deg. A huit heures du-
soir, le vent etant passe a?l'O. quartSi-4&., nous
vi ramcs au N.
Le temps se mode'ra, et la journee suivante
fut assez belle pour ces parages j mais la brise
etant faible, nous fimes encore peu de chemin.
On vit quelques sataniqaes et un plongeon.
Cette.- nuit, on recommenca a distribucr a
l'equipage un melange an li-scor bull que comme
en passant le cap Horn. Le quart, montant et
descendant, reoevait dans les gros temps-des
boissons chaudes melees avec du sucre.
. Le 4-1— La journee du lendemain fut assez
belle pour ces.mersij it n'y eut que'quelques
grains peu violens, accompagnes de pluie, et
parfois de neige. Therm. 4 degi 5 min. A midi',
les observations nous mcttaient par 55 deg.
31 minitNord, etpar i38 deg. 28 min. Ouest, a
•vingt-tipisfal&ehes dans le> Sud-Ouest?<demi-
Ouest du cap Tchirikoff (Omancy). Je dirigesd
au NordKEst -quart- Nord en for can I de voiles,
afin de le reconnaltre avant la nuit. A quatre
heures et demie, apres avoir fait onze lieues,
nous eumes connaissance deS hautettrs neigeuses AUTOUR DU MONDE. 279
Novembve i8i8.
qui s'eleventau Nord du cap, s'etendant duNord-
Nord-Est a l'Est-Nord-Est, a neuf ou di& lieues
de distance. Ijanuit, qui commengait a se faire,
ne nous permit de voir la terre que le temps
necessaire pour la reconnaitre. Je fis route pa-
rallelement a la cote. La brise s'etait mpde'ree en
Mlantle S. E., et le temps, quoique charge dans
cette partie avec des grains de pluie, n'avait pas
une apparence menacante. Comptant avoir a lou-
voyer devant Sitka en attendant le jour, on
prit un seul ris, et on garda le grand perro-
quet, la bonnette basse et celle du grand hu-
pier. Mais le barometre, dont le mouvement
avait ete a peine remarquable dans le cours
de l'apres-midi, commgpga a baisser sensi-
.blement. Un rideau bleuatre, signele plus certain de gros temps dans ces parages, s'eleva
a l'horizon dans l'Est-Sud-Est, et enveloppa
bientot toute cette partie ou la brise passa, et
prit en peu de temps beaucoup de force. Je fis
porter au large pour decharger le navire de sa
voilure qu'on reduisit a la misaine et au grand
hunier; mais lorsqu'on vint au vent a minuit,
il fallut serrer la misaine, et a quatre heures
le   grand  hunier ,  et  rester   en   cape   sous
^JS£*T 280 VOYAGE
Novembre x8i8.
les voiles  de   tourmente avant   la   temp^te.
Le 5. — La tempete s'etait  declaree  d'une
violence extreme, la1 mer e'tait grosse et dure
a l'avenant'w le  temps etait  pris" de toutes
parts et   de l'apparence la   plus menacante.
Une  mer  enorme   qui  couvrait le batiment
de  l'avant a  l'arriere,   cassa le bout-dehoiw
du beaupre, que la violence des lames avait
empeche de rentrer, causa sur l'avant d'autres
avaries dont on ne s'apercut pas d'abord, et
defonca le petit foe de cape. La rupture des
amarrages des bagues de la voile d'etai l'ayant
deja mis hors de service, je pensai d'abord a
fuir vent arriere'; mais voyant le navire tenir
tre&Bien sous sS petite gtoelette, pendant qu'on
larguait la!hfisaine, jefis tenir bon, et je continual a capayer sous cette seule voile. Quoi-
qu'avec  les perroquets  hauts,  le Bordeladk
continua a se comporter admirablement, malgre la force de la tourmente, laqueile e'tait
sans contredit la plus terrible que j'aie jamais
vue. Dans l'apres-midi, onparvint apres beaucoup de travail a saisir au beaupre, afin de
moins le fatiguer, le troncon du mat de foe,
dont on ne put pas le decharger entierement, AUTOUR DU MONDE.
28l
Novembre 18
les manoeuvres del'extremite que je voulais con-
server etant  engagees avec la civadiere. On
tcnta inutilement de degre'er les perroquets; on
soulagea le mat d'artimOn en amenant le guy et
la corne sur le pont. Quoique la tempete eut un
peu molli, le vent etait encore si violent que
le matelot le plus propre a ce genre de travail
par sa force et par son adresse avait a peine
assez de ses deux mains pour se tenir sur les
barres. Une boucle et la sangle de la baleiniere,
qui etait en portemanteau, ayant manque, il
fallut abandonner a la mer cette embarcation,
qui etait deja fortement avariee. La tourmente
se calma apres quatre heures, et ne donna que
par grains dans la nuit qui fut d'ailleurs affreuse:
pluie, grele, fort tonnerre,  eclairs   eblouis-
sans, feux de Saint-Elme, cependant la mer
moins dure.
Le 6. — Le matin on put degreer le petit
perroquet et depasser le mat. On s'apercut que
la guibre etait eblanlee au point de jouer sen-
siblement dans les forts mouvemens de roulis
et de tangage, de maniere que les lieures ne
travaillaient plus, et quele beaupre n'etait plus 282
VOYAGE
NovrmbrC 1S1S.
On
tenu en dessous que par des sous-carnes
etablit aussitdt les caliornes pour tenir le mat
de misaine de l'avant; on grea un foe en inu-
qualle. Apres ces dispositions on arriva vent
a ni ere.  Afin de reined icr an I a nt que  possible
a ces a vanes, une forte jumelle fut clouee de
chaque cote entre les jotreaux qui etaient rumpus. On fit un lieare sur la poolaine et les
apuin-s, et un second saisissant la potuaine et
le beaupre. On coupa les herses et courbatons
de babord qui etaient ebranle.s : les autres
avaient ete emportes par la mer. Apres cette
operation1 penible dans la circonstance ou nous
nous I rou v ions, nous re vi nines au ven I avec le
grand bonier, les r is pris. Lie matin on vit quelques canards et on oiseau de proie.
Le n. —La brise, qui avait molli , repni de
la force en passant au Sud-Ouest et au Sud.
Nous en pro fit aincs pour cour ir au Nord-Est
sous les cinq majeures et les bonnet tes. On put
prendre un angle horaire et la 1 lauteur nieri-
dienne. Nous nous iron van ies par 5G deg. 5 min.
Nord, et l4o deg. 4o min. Ouest, a vingt-neuf
milles a l'Ouest de notre esti me (a t rente-sept Autour du monde.
283
Novembre iSii
lieues du cap Engano ) ,«malgre qu'on eut lar-
gement alloue pour la derive pendant les trois
jours ecoules depuis les dernieres observations.
Le barometre, qui efaita 27 p. 9 1. le 4, et n'etait descendu qu'a 27 p. 2 1. pendant le plus
gros temps, remonta de 2 1.
Le contentement que nous faisait eprouver
le vent qui nous portait sur le port, et un temps
agr^able en comparaison avec celui qui venait
de regner, fut trouble par la decouverte de
plusieurs fentes au beaupre a la naissance de la
caisse; quoiqu'elles ouvrissentpeu, et n'eussent
que dix-huit pouces de long, je jugeai le mal
assez grave pour diminuer de voile de l'avant.
Nous continuamesa courir sur la terre; on faisait
assez bonsillage, la brise etant fraiche duS.-E.
au Sud-Sud-Ouest.
Le 8.—A deux heures du matin, on estimait
n'etre qu'a quelques lieues de terre; je mis le
cap au large sous petite voile. A quatre heures
on revira, et on tint le plus pres tribord sous
les cinq majeures, les ris 1 argues, la brise alors
au S. - E. ayant molli. A cinq heures trois
quarts on eut connaissance de la terre de
l'avant, s'etendant jusque   par le bossoir sous
^jee*. It
111
Si;
m-:
m
284 VOYAGE'
Novembro   1815,
le vent. A huit heures, le cap White restait k
UEst quart-Nord-Estdu meridien, a sept milles
seulement de distance, d'ou nous pumes juger
que nous avions etc porles de vingt milles au
Nord et de 59 min. ou trente - deux milles a.
l'Ouest dans vingt heures. Jusque la nous n'a-
vions jamais eprouve de courans sur cette partie
de la cole que nous altaquions pour la quatrieme
fois, et ils ne pouvaient venir plus a contretemps. Le vent etant passe a fE.-S.-E., nous
fit prendre la bordee du S., et perdre l'espoir
d'entrer, dan tant plus quele courant con ti una a
so faire sentir. A midi, la cute au pied du mont
Saint-Hyacinlhe restait a l'Est, distance onze
milles, etles ext rem iles apparenlcs tres-cin bru-
mees, a l'Est 26 deg. Sud et au Nord 4 deg.
Est. Contraries par le vent et le courant, nous
ne pumes gagner l'entree de Sitka que 1 e lendemain matin, ou nous eumes des varietes S.-O.,
mais si faibles, que nos progres etaient a peine
sensibles. Cependant a midi nous etions a une
lieue dans l'Ouest, 20 deg. Sud de filot qui
forme la pointe Est de l'entree. La brume cou-
vrait toutes les terres par intervalle. Le baro-
metre etait a 27 p. 2 1., e'est^f-dire aussi bas —*—*
AUTOUR DU MONDE.
a85
Novembre 181
que pendant le gros temps. La brise, toujour*?
faible et inegale, passa a l'Est-Nord-Est par le
Nord l'apres-midi. Cependant, a une heure et
demie, nous donnames dans le Sound, en ran-
geant a un mille l'ilot de l'Est. A deux heures
trois quarts il vint a bord une kayouque montee
par un seul Kodiaque. Comme a raison de la
saison et de nos avaries il etait urgent d'entrer
sans delai, j'expediai aussitot ce pecheur a fetablissement avec une Iettre pour le capitaine de
port, que je priais de m'envoyer un pilote le
plus tot possible, en lui faisant connaitre notre
position. On tira deux coups de canon et on
mit le pavilion en berne au grand mat. On fit
des dispositions de mouillage. Au coucher du
soleil, labrume, qui se levait parintervalle,ne
laissait a vue que quelques masses de la terre,
et cachait toutes les pointes.
A cinq heures un quart le pilote vint a bord,
nous louvoyames pour gagner le port sous sa
direction et a la faveur du feu du fanal qu'on
avait change de place. Nous virames de bord
plusieurs fois a vue des rochers, que la lune,
presqu'a son plein, permettait d'apercevoir. La
brise ayant fraichi a l'O., a dix heures, au iii
286 VOYAGE
Novembre 1818.
moment ou l'on venait de mettre le canot a la
mer a cause du calme, nous pumes courir largue
sur la passe du Sud-Ouest, qui, dans les varietes, doit etre p referee a celle du Nord, qui est
plus etroit& Elle nous masqua de l'Est, a onze
heures, entre les rochers)^ l'entree de la rade,
et nous ne pumes gagner que quelques encablures a l'aide du canot et des avirons de galere
jusqu'a deux heures et demie, qu'une bouffee
de l'O. nous fit gagner la rade ou il fallut
mouiller par dix-^sept brasses vase, la brise en
variant au N. nous ayant empeches de gagner le
port.
Le 10. — A neuf heures j'allai faire ma
visite au commandant Haguemeister, ainsi qu'a
M- Yenowsky, a qui il avait remis ses pouvdirs
de gouverneur a raison de son prochain depart
pour l'Europe. Ces messieurs ne firent aucune
diffidulte derbdevoir, conformement a nos conventions, les grains, que je portaisj<quoique le
Kittusoff'en eutprisune cargaison en Cali lor n i c.
Sa traversee avaitete aussi longue que la notre*
et il avait eprouve sous l'ile de la Reine Ghat*-
Itftte un coup de vent aussi dela partie de l'Est,
qui l'avaitfeblige de mettre a la capeet lui avait ♦ATTTOUR DU MONDE. 287
Novembre 1818.
fait eprouver quelqUes avaries. On affourcha
avec l'ancre de detroit par onze brasses et demie
dans le Nord-Est de la grosse, celle-ci par dix-
sept, fond de vase.
Nous recumes un canot que le capitaine de
port voulut bien nous preter, pour le service
du bord. Je m'arrangeai avec le boulanger de
fetablissement pour avoir le pain necessaire a
la consommation, en lui fournissant la farine.
Je fis faire aussi de la biere. Je fus oblige de
prendre du rhum pour Fequipage et du genie-
vre pour la chambre, notre vin et notre eau-
de-vie 'etant! epuises. On se procura aussi des
pommes de terre, seul aliment vegetal de ce
pays, de maniere a pouvoir en donner de temps
en temps.
Les premiers"jours de cette relache furent
perdus pour le debarquement des grains, a
cause de la pluie et de la neige qui paraissaient
se partager le temps; il ne put etre mis a profit
que pour des ouvrages de reparation et d'entre-
tien auxquels les ouvriers et l'equipage furent
respectivemetit employes.
Le 12. — On travailla a demater le beaupre
que ses avaries mettaient hors d'etat de souteifir
1
^jnrV ea
288 VOYAGB;.
Novembre 1818.
la navigation qui nous restait a faire. L'etat de
la poulaine, entierement delie'e, exigea aussi
qu'elle fut remplacee. Je me resolus d'autant
plus facilement a ces travaux, qu'on pouvait les
faire sans perte de temps, et a moins de frais
que partout ailleurs.
Un sloop arriva de Kodiack apres huit jours
de traversee.
Le 1 A.- — Il venta grand frais de l'E.-N.-
E. par fortes raffales avec pluie continuelle et
une grosse mer. Les vents dans cette partie pro-
longeant la cote sur une etendue de plusieurs
milles, on mouilla l'ancre de veille, et on fila
quarante brasses du grand cable pour la faire
travailler.
Le 15. — La nuit il venta tourmente; mais
apres minuit la brise se modera.
Le 16.—Le temps permit enfin de continuer
le dechargement: il fut suspendu des le lendemain, le ventayantrepris grand frais dans l'Est
avec une grosse pluie.
Le in. —La force des vents d'E., qui regnent
dans cette saison, rendant ce mouillage dange-
reux et d'ailleurs incommode pour les communications, j e me decidai a prendre un meilleur abri, AtTTOTJHiDU MONDE
Novimbro 1818.
prevoyant que les retards presque journaliers
que Fintemperie du elimat poifcat a tous nos
ttfavaux, n^cessiteitaient un sejour plus long que
je ne comptais d'abord.
L'apres-midi, le navire fut conduit dans le
port par le pilote. La passe qui communique
avec la rade de l'Est est tres-etroite et obstruee
par une roche coulee. Les batimens de la compagnie occupant.les meilleurs ports, nous
mouillames par quinifie brasses, sable vasard.
On affourchaavefc rancre de detroit dansl'Ouest,
pres de l'ile du Japon, par cinq biases et demie.
Le n&vire, -evite a l'Ou!3it, relevait la pointe
Sud-Est de cette^le au63 deg. Ouest, le grand
e*boulement auNord 27 deg. Ouest, etla pointe
de 1'eHablissement au Nord 78 deg. Est du
compas.
Quoique le nav$rte"~f&t beaucoup mieux
abrite, surtout pour la mer, nous chassames
plusieurs fois datts4es gros temps qui se succe-
d^rent pendant notre sejour. Nous primes notre mouillage dans une position ouverte aux
vents d'E. et sur un fond de tenue mediocre.
On deseendit a Fetablissement les fourrures de
la Galifbrnic et quelques-unes de celles de la
t. 11. 19
H VOYAGE
Deccmbre 1818.
c6te eaalementnialsoigndes, pour les faire ap-
pr&er par les Kodiaqnes. Celles de San-Francisco surtout avaient grand besoin de cette
operation.
I^ss charpentiers demonterent la poulaine en
cou pant les chevilles : cette piece, d'une masse
disproportionnee pour le navire, bit remplaceo
par une simple cour be.
Le 25. — On acheva de mettre a terre le
chargement de Galilornie , et on eommenea k
rem bar que r le sandal depose-dans les inagasins
au mois d'avril. Malgre la neige qui tombait
sans discontinue!, on mit en place l;i eourbc
d'etrave rem pla cant la poulaine, et l'on mat a
le beaupre neuf. On retablit aussi les 1 argues
qui avaient ete cmportees dans le coup de vent
du 5 novembre.
Le i" decembre. — On eommenea a faire
de l'eau et du bois, a tenir les gris, et a disposer le navire a prendre la mer. Les travaux
etaient trcs-retank's par Fintemperie de la sad-
son , et par la gelee meme, qui dessecbail presque les ruisseaux.
Len Le Kutusoff"nax^A pour retourner
en Europe par lc cap de Bonne - Esperance. AUTOUR DU MONDE. 2QI
IMcnmbrc 1S18.
J'allai prendre conge du commandant Hage-
meister, des procede's duquel j'avais tant a me
louer.
Outre la terminaison des affaires qui nous
avaient appele's a la Nouvelle Archangel, cette
relache avait e'te mise a profit pour les divers
travaux du bord, et le batiment, malgre tout
ce qu'il avait eprouve, etait en etat de fournir
le trajet qui lui restait a faire, et qui, quoique
enc®re long, offrait proportionnellement peu
de difficultes.
Le 12. — Tous nos travaux etaient termi-
nesj on mit a terre le reste des objets que
M. Yanowsky avait acceptes en paiement de ce
que nous redevions a la Compagnie pour balance de compte. Au moyen de ces marchandises de traite, dont if etait' impossible de
trouver la defaite a la Chine, et des denrees de
Californie, nous n'eumes qu'une somme tres-
minime a payer en especes, tant pour l'indem-
nite due pour les Kodiaques tues a Kowalt, que
pour les diverses fournitures qui nous avaient
ete faites. Dans cet article figuraient en premiere
ligne un cable et une ancre pris a notre premiere relache, un canot, plusieurs pieces de
*9- m*
lilt
m
i rMW
292
VOYAGE
Drccml.re 1818.
m&tiire, du cordage et de la toile&tfo&e, rem-
placemens necessifces par les avaries du dernier
coup de vent, ou par les pertes que nous avions
eprouvees a Nitinat.
Apres midi, on leva l'ancre d'affourche et
celle d'evitage, et on pressales dispositions d'ap-
pareillage, qui? cependant ne purent etre ache^-
vees a temps pour sottix avec le jusan dusoir.
Le i3. —A une heure du matin, on leva la
seule .ancre qui refetait mouilliSej on appareilla
sous les voiles auriques et latines, on fit prendre la touMhe a la chaloupe du port, la brise
etanttr^Srffiwble et variable du N* E. au N;0: €«£
nuit etait superbe, le temps clair, e%>la lune
a sdn plein. Nous sortimes du port par la passe
du chateau, et de la rade par celle du milieu :
a deux heures et demie, on embarqua les canots, c'esfr^Hlire notre canot-chaloupe, et'hf
petit dont^avais fait acquisition pour servitf'de
portenmanteau, et on largua la misaine et les
trois huniers. Chaque voile formant un glabra , on eut beaucottp de peine a les etablir.
A quatre heures, nous etions hors du canal. La
brise se faisant, je renvoyai la chaloupe, dont
l'equipage prit conge du notre avec cordialite. ATJTOtFR DTJ MONDE. 2o3
De'cembre i8i8.
A six heures, le pilote nous quitta, et nous
fimes route pour sortir de la baie, le cap au
Sud-Ouest demi-Ouest. A neuf heures, nous
avions double les pointes. En sortant, nous
e'prouvames un changement de t^mpe'rature
frappant, et le navire etait a peine a une lieue
au large, que le thermometre avait monte de
4 deg. de froid qu'il marquait dans le port, a
4 deg. de chaleur ('). Au coucher du soleil,
nous quittames definitivement la cote Nord-
Ouest d'Amerique, que nous avions exploree
pendant dix mois avec plus de dangers et de
fatigues que je n'en avais jamais eproirs& a la
mer.
(i) A midi, Ie mont Beautemps fut releve' an Nord quart-
Nord-Ouest; le cap White au Nord 28 deg. Est 5 la pointe Est de
l'entree de Sitka au Nord 50 deg. Est; le cap Omancy au Sud
76 deg. Sud-Est; et le cap Engano au Nord demi-Est du com-
pas, a quinze ou seize milles de distance. La hauteur nous met-
tait par Nord 56 deg. 48 min. Nord, et le relevement par 138
deg. 1 min. Ouest. De ce point de depart, je fis route pour
Owehie, qui restait a 800 lieues flaps le Sud-Ouest demi-Ouest. a94
VOYAGE
iSifl.
CHAPITRE XVI.
Renseignemens relatifs & la traite des fourrures indigenes de la cote Nord-Ouest de I'Ameiique sep-
t ei it riona I <;. — Avis ' importans- aux   na v iga teu rs qui
,, relacheraient pour traiter dans ces parages. — Considerations sur les etablisseniens russes, et reflexions
sur leur ukase imperial.—Observations genera les sur
la cote Nord-Ouest.
En qui Hani la c6te Nord-Ouesi'd'Am&ique,
je vajflfp^sumer les renseignemens que j'ai pui-
ses, et les remarques que j'ai faites par moi-
meme pendant les dix mois que j'ai passes dans
ces parages, dans le cours des annees 1817
et 1818. Ainsi que^e l'ai feit jusqu'a present,
je neHnf occuperai que de ce -qui concerne la
navigation et le commerce, en y joignant les
rapports politiques qui exercent sur ces objets
une influence immediate.
La traite des peaux de loutres de mer ou
saricoviennes ne se fait maintenant que sur les
cotes, tant du continent que des iles qui le
cement, depuis le detroit de Fucca, en remon- AUTOUR DU MONDE.
295
tant au Nord-Ouest, jusqu'a Cross-Sound et au
canal de Lynn. Le littoral M Nord et a l'Ouest
de ces dernieres limites est occupe par les
Russes, qui exploitent exclusivement cette
branche de commerce. La cote dans le Sud du
detroit est peu frequentee par les loutres de
mer, et leur fourrure y est moins precjeusc.
Les loutres de terre et les castors sont plus
communs, et fetablissement de la riviere Columbia recueille une quantite considerable de
fourrures de cette espece. Je n'ai pu savoir a
quoi il faut attribuer le denument actuel !du
detroit de Fouca et de Tile Quadra et Vancouver j ce quil y a de certain, c'est qu'aujour-
d'hui les saricoviennes paraissent peu sur les
cotes, ou elles etaient si nombreuses du temps
de Meares. Nous avons ete nous-memes temoins
de cet abandon a Noutka et a Nitinat, ou la
rarete des armes et des lainages d'Europe de-
posaient de la penurie constante des moyens
d'echange , autant que le petit nombre de
peaux qui nous etaient presentees. Maintenant
les batimens de traite entrent rarement dans le
detroit : ils ne font que passer devant Noutka ,
et n'y trafiquent que sous voile. Ils mouillent
^^j&M og6 vovAot
1818.
a Naspate et a Noubiti sig9l'extremit^ Nord-
Ouest de l'ile, 011 les naturels des  cantons
1 im i I iop 1 ies portent leurs (b 11 r r 11 res.
En avancant vers le Nord, les loutares de
mer setrottvent en plus grand nombre, et on
assure que l'espece n'a eprouve f] if inn - diminution peu sensible, quoique la destruction
des individus ait du augmenter considerablement, depuis que f ardeur des sauvages est ex-
cilee par le desir de satisfaire aux nooveaux
besoins qu'ont mlrodiuls parmi .<les naturels
leurs communications suivies avec les naviga—
teurs.
Nous avons vu nons-memes beaucoup de
loutres dans le detroit dc Cbatbain, dans Frederic-Sound et Christian-Sound, sur les cotes
Occident ales de l'ile du Prince dc Galles, dans
Fentree de Perez, entre cette lie et celle de<la
Reine Charlotte, et sur la cote orientale de
cette derniere. D'apres les rapports, toutes les
cqtes tant du continent que des iles situees au
Nord du cifiqnante-unieitte parallele sont plus
fre'quenteeg'p&r les lotttres que celles du Sud.
Parmi les parages dans Icsquels nous n'avoiis
pas pu porter nOS rechSreh^S, Milbanok-Sound AUTOUR DU MONDE.
297
et les coteis voisines des iles de la Princesse
Royale nous ont ete particulierement desigfieTes
pour la quantite de fourrures qu'on y trouve.
Les 'peaux de loutres de terre, de castor et de
quelques autftes animaux plus petits, quoique
bien inferieures a celles des saricoviennes, ferment neanmoins un objet d'echange important.
Les tribus indiennes, dont on est oblige
d'acheter les fourrures, etant faibles, claifM-
semees et la plupart sans residence fixe, la dif-
ficulte de les trouver sur l'immense develop-
pement des cotes ou elles errent, est un des
principaux embarras que doivent eprouver
les navigateurs qui debutent a la traite dans
ces parages. Le nombre des etabiissemens per-
manens des Indiens est tres-faible; nou§ n'en
avons reconnu que trois , savoir : cetei de
Houtsnaudansle detroit de Chatham; Kaygaray
et Masset dans l'entree de Perez (ou detroit de
Dixon): il n'y en a peut-etre pas six autres ou 1'oft
puisse etre assure de trouver en tout temps des
naturels. Partout ailleurs, les#ttdiens n'ont que
des H^b-i^tions temporaires qu'ils elwent dans
les lieux ou la maturite desfi^Lls^la chaSse de
telle ou telle espece d'animal, le passage de ii
*>8
VOYAGE
1818.
quelques poissons^ etc., les appellent a diverses
epoques de l'annee. Les deplacemens s'operent
toujours par eau et avec autant de facilile que
de promptitude, Les families voyagent souvent
isolement; on en rencontre rarementplus de deux
ou trois ensemble. La connaissance de ces circonstances esttres-importante sur ces cotes presque desertes, pour mettre les navigateurs sur les
traces des Indiens, dont la plupart ne s'e'ta-
blissent a poste fixe qu'en hiver.
Le choix des objets d'echange est ge*nerale-
ment determine par la nature des besoins qu'e-
prouvent les Indiens, et rarement par le caprice,
qui trouve peu d'acces aupres d'eux, leur existence etant sans cesse menacee par les ennemis
implacables qui les entourent, par la rigueur
des hivers et la penurie des subsistences. Les
cargaisons de traite doivent se composer de
■fusils, de poudre et autres munitions, de cou-
vertures, d'etoffes de laine fortes, chaudes, et
assez amples pour fournir la hauteur d'un man-
teau dans la largeur. Ces objets, qui forment
toujours la base des echanges, doivent etre de
bonne qualite, particulierement les fusils. Les
naturels, pour qui cette arme est devenue de AUTOUR DU MONDE.
>99
necessite premiere, la connaissent parfaitement
dans toutes les parties, et rebutent, pour le
moindre defaut, celles qu'on leur presente. Ceux
du Nord s'en servent pour la chasse aux loutres;
tous donnent une preference decidee a noire
fusil de munition,- les autres articles sont acces-
soires, et ne peuvent etre employes que comme
appoints. Dans cette classe, le biscuit, le riz,
la melasse et les spiritueux sont en premiere
ligne; il faut aussi avoir des haches, limes et
couteaux de diverses dimensions, de petits mi-
roirs, des rassades, desbagues, quelques mou-
choirs et autres tissus de toile et de coton de
qualite inferieure. Un fusil paie generalement
une belle peau. La valeur de la poudre varie;
il en faut rarement plus de douze livres pour
servir d'equivalent a un fusil, et souvent huit
livres suffisent. Les echanges dans lesquels on
emploie   les lainages   sont   beaucoup   moins
avantaeeux.
II est indispensable d'apporter la plus grande
prudence dans les communications avec les
naturels de la cote Nord-Ouest. Vancouver et
tous les navigateurs qui les frequenterent les
premiers eprouverentleurs dispositions hostiles I
VOYAGE
1818.
et per fid cs, qui n'ont fait que- s'acc roitre avec
les moyens d e destruction que la possession des
projectiles a mis en leur pouvoir. Quoique leur
confiance ait egalement augmente, ils n'atta-
quenl jamais que par surprise, d on 11 Is cberchent
a faire n ai ire lea occasions pax tous les moyens
propres a inspirer la securite. Dix a douze batimens anlcricai ns ont ete aItaques de cdte
maniere a diverses epoques j la plupart ont
eprouve* des pertes considerables, et deux ont
ele enleves il y a douze a quinzc ans.
Le capitaine Told, du navire americain le
Tonquin, apres avoir ravitaillc: Yetablissement
de la Columbia, ou il avail perdu une em bar-
cation et plusieurs hommes par sa temerite et
son opiniatrete, fut lue par des Indiens, sujets
de Macouina, dans un mouillage situe sous la
pointe boisee(Woodypoint). Cette catastrophe
avait ete preparee par la confiance aveugle de
ce navigateur, qui, au mepris des representations de son second, laissait monter les naturels
a son bord sans aucune precaution.
Ce fut egalement par suite (fun abandon imprudent , que le second enlevement cut lieu a
Clayoquot. Wicananich avait gagne la confiance AUTOUR DU  MONDE.
3oi
du capitaine par des demonstrations fallacieu-
ses. Ce dernier etant tres-presse d'appareiller
pour profiter d'une brise qui lui permettait de
sortir du port, ou il avait ete retenu par des
vents contraires, le chef lui offrit de faire monter de ses gens pour aider a virer; le capitaine
ayant eu l'imprudence d'agreer ces perfides
auxiliaires, les sauvages tombea?fentsur l'equipage
au nioment oii, ayant derappe l'ancre, il etait
disperse a la manoeuvre. Le capitiaine et la plupart de ceux qui se trouvaient sur le pont furent
tues ou blesses. Heureusement que le second et
quelques hommes employes devant eurent le
temps de se refugier dans le poste de l'equipage,
ou etaient aussi de leurs camarades malades,
etechapperent a la premiere fureur del'attaque,
aussi bien que ceux qui etaient occupes a lar-
guer les voiles. Ces derniers firent si bon usage
des boulets qu'on tenait dans les hunes, qu'ils
mirent leurs camarades a mime de sortir de leur
rCtraite et de prendre l'offensive. (§es braves
gens, apres des efforts admirables, repousserent
leurs perfides ennemis sur 1'arriere, a coups de
barres d?anspect, et s'etant procusrie des armes ?
lefe chasserent entierement du navire. Le bati^- 3oa
VOYAGE
I
1
,111.
18x8.
ment ayant touche pendant cette lutte inegale,
le reste de ce vaillant equipage l'abandonna
la nuit dans le grand canot, et arriva heureu-
senienl a la Columbia.
Elanl sur les lieux memes, on m'a communique le re ci t d'un troisieme attentat dont void
les details :
Le capitaine Porter avait en des succes ex-
traordinaires a la traite des pelleteries en 1808,
quoique ce fut son premier voyage a la cote.
A la fin de la saison, il alia faire une derniere
escale a Woyella, dans le canal que Vancouver
a appele Mil bank-Sound, et v augmenta encore
sa cargaison. Sur le point d'en partir, il con-
sen11L a prolonger sa relache, a la solicitation
des chefs, jusqu'au retour d'un parti de chasseurs qu'ils attettdaient jou me 1 lenient. Ces sauvages, habiles dans l'art de dissimuler (lequel,
ainsi que celui de flatter, n'exige vraisembla-
blement pas beaucoup de science et de culture),
avaient capte 1'amitie de Porter, qui, plean de
franchise et de loyaute, ne pouvait soupgonner
une trahison de la part d'hommes dont il re-
cevait des marques d'affection auxquelles sa
conduite lui donnait toute sorte de droits. Cette T
AUTOUR DU MONDE.
3o3
confiance decaractere, affermie par cellequ'in-
spirenaturellementune force de corps extraordinaire , lui faisaient negliger, au mepris des
avis de ses compatriotes qu'il avait rencontres
dans ces parages, les precautions que l'expe-
rience a fait adopter a bord des batimens qui
les frequentent. Un matin, les chefs vinrent lui
annoncer le retour des chassenrset la livraison
des riches fourrures qu'ils avaient recueillies.
Peu apres, parait une division de canots qui s'a-
vacent en ordre, reglant la nage sur des chants
auxquels les coups de pagayes servaient d'ac-
compagnement. Ils font plusieurs fois le tour
du navire, s'arretent par son travers, tous les
hommes se levent a la fois, et chacun fait voir
une peau de loutre qu'il tient deployee. Plonge
dans la securite la plus fatale, le trop confiant
capitaine contemple ce singulier spectacle au
milieu de ses perfides hotes, qui lui font remarquer la beaute des fourrures. Dans ce moment, celui qu'il affectionne le plus lui passe
familierement le bras gauche autour du corps,
et de 1'autre lui enfonce entre les epaules le
poignard qu'il tenait cache. L'execrable assassin
pousse un cri, les chefs qui l'acconipagnent 3o4
VOYAGE
assaiUent l'equipage, les sauvages qui arment
les embarcations montent de tous cotes, et cou.*?
vrentle pont. Les deux officiers torn bent comme
leur capitaine victimes de son imprudence, et
dans quelques ins tans, sept hommes seulement
de tout l'equipage restent en etat d'agir. De ce
nombre cinq etaient d e\ a n I, un se trouvait par
hasard dans la soute de la chambre, et le coq
dans sa cuisine. Ce dernier, arme de son cou-
teau, fit une longue defense et tua trois des
assaillans, nuns les Indiens ayant ouvert la seconde porte de la cuisine , il lui poignarde par
derrierc. Celui ijui etait dans la soute, averti
de bonne heure paries ens des sauvages, eut
la presence d'esprit d'enlever l'escalier du
dome, et an moyen des armes quil trouva < 1 is-
posties dans la chambre, tua tons lea Indiens
qui saute re ill successivement pour le forcer
dans son red nil. Les liomnies dugaillard da vaut,
animes par les discours etl'exemple du ma lire
d'equipage , Suedois, doue de beaucoup de
foroe et d'energie, se.defendirent vaillamment
aVec les barres d'anspeet et autres instrumens
dont. ils purent se saisir. Plusieurs sauvages
etant tombes assommes,leurs camarades, eton- AUTOUR DU   MONDE.
3o5
nes de l'effet de ces armes nouvelles et redou-
tghJes entre des mains vfgqnreuses accoutumees
alesmanier, se ralentirent de leur premiere
a$4eur. Les matelots les poussent, gagnent du
1$gi&in, et quoique affaiblis par la perte d'un
<&§ideurs, p^Eyiennent au coffre d'armes que
les Indiens venoient de'defoncer. Leur ardeur
^tcroit avec ces nouveaux moyens de vaincre;
$§. acculent leurs perfides ennemis, tugijt les
uns, et for cent les autres, qui pjjeppent l'epou-
fgute, a se jeter a la mer, en Jgisignf a bord
plus de trente de leurs compatriotes. Ayant
§345v.e.leur naYJtfe, ces braves marins, vainqueurs^
apres; des&e£e$de valeur digues dJun plus grand
thg|i[tr.^, ne se trouveg-ep^.jplus que.qmg en etat
d^ftgiiffaffides leurs ayantj-fjteblesse dangereu|e=
ment au milieu de cette sangljan^g, luttc ), soit
pour sorlir le navire dans des can^ux etajmts ou
ils etaient enffm^gfo soit pour le defeqgpe contre
des ^j^mis nombreux qui ljjdMta*ent les cotes
euyironnantes, dont les n&^swns forcenees
4fejent e^isper^s.jp^.rle depit etla soif dgla
jeng.ea.nice. HeufJ^epient la brigf^passa a l'Est,
ttgjgipp^reilla en coujMj.prt^gs ^bj^i^^s le com-
mandementdumaitre, qjij.conduisitleypisseau
m
T.  II.
20 i1 iii
3o6
VOYAGB
1818.
a Kaigarny, ou il trouva d'autres Americains
qui lui fournireht les hommes ne*cessaires pour
continuer son voyage vers la Chi ne.
Parmi les dispositions defensives, les plus
e 11 i races pour prevenir ces a It aques et les faire
echouer,sontd'avoir des filets d'abordage bien
eta Id is, et de if ad me lire a bord qu'un petit
nombre de naturels, apres s^etre assure quils
n'ont pas d'armes. II faut ex dure soignensement
de ces precautions tout ce qui peut exciter 1 e
ressentiment en choquant 1 amour-propre, qui
domine chez les peuples les plus sauvages au-
tant que chez les peuples les plus polices. On
doit surtout chercher a capter la bienveillance
des chefs par des egards. J'ai reconnu par moi-'
m£me que ces hommes savent reconnoitre les
bons procedes, et que leur cceur n'est ps&etran-
ger aux sentimens affectueux on genereux.
Nofre echouage a Masset aurait pu avoir les
suites les pluSTunestes, si nous n'avions eu le
protecteur le plus affectiobne dans Itemtchou.
H faut s'abstenir d'aller a terre, surtout dafcbir
les parties qu'on sait etre habitues, a moins
que les besoins du navire ne l'exigent absoltf-
ment. Dans ce cas, les corvees, qu'il faut garder AUTOUR DU MONDE.
3o?
le plus pres possible, doivent etre armees ainsi
que les embarcations, et exp^diees des 1'arrivee
du navire, afin de ne pas donner le temps aUx
Indiens de dresser des embuches. II est preferable de les employer eux-memes quand l'oc-
casion s'en presente, a faire de Feau et du bois,
ee qui est expeditif et peu dispendieux. On se
procure partout du poisson, et de temps en
temps du eerf et des oiseaux aquatiques. La
navigation de traite exclut en partie la circon-
spection dont on use ordinairement dans les
parages peu frequentes, a cause de la perte du
temps et des occasions qu'elle entrainerait. II
faut aller, la sonde a la main, chercher des
mouillages meme mconnus, lorsqu'il y a quelque chose a faire. On trouve par fois des pratiques Indiens qui, a la verite, connaissent les
sinuosites de leurs canaux, mais dont il faut
toujours se defier, a cause dela differenceenorme
qui existe sous les rapports de la manoeuvre,
entre nos navires et leurs pirogues. En entre-
lfrenant cette navigation, il faut se disposer a
se passer de tout secours exterieur.
Les annees i8o4, i8o5, 1806 et 1807 ont
etc* l'epoque la plus florissante de la traite des
20.
T
^ted*. 3o8
VOYAGE
pelleteries : dans ce laps de temps les Ameri-
cains introduisirent a la Chine of),3 \6 peaux
de sa ri <o\ i en nes, dont 17,44-* dans le cours de
18o5 seulement. Al'exceptiond un petit nombre
qui ont pu provenir de la Californie, ces fourrures ont i'i(' exirailes de la cote Nord-Ouest.
Cette bran el ie de commerce' se ressentit de la
decadence que les pretentions I \ ramikjlies dc
l'Angleterre, et les inquietudes qu'elles mspi—
reren t, firent eprouver ala navigation des Eta ts-
Unis les annees • suivantes, et en 1808, 1809,
1810,1811 et i8i2,elle ne produisit que 47,962
peaux, dont plusieurs milliers ont du etre ex—
trailesde la ('al il'ornie. Les deux a nnecsde guerre'
1813 et 1814 ne donnerent ensemble que 6200
peaux, celles de i8i5, i8i6et 1817, respecti—
vement 43oo, 365o,4I77-Je ne connais pas
exactement le produit de 1818, mais je suis
fonde a croire qu'il a .4ste de 45oo a 48oo. Cette
diminution doit £tre presque entierement attri—
buee a celle du nombre des navires employes a
ce genre de navigation. A ma connaissance, la
derniere importation en Chine a ete le fruit de
la traite de trois navires seulement; ily en avait
annuellement un nombre triple, lors de la pre- AUTOUR DU MONDE. 3oQ
.1818. v
miere epoque cifee ci-dessus. II faut observer
que les Americains font deux campagnes a la
cote, soit qu'ils y hivernent, soit qu'ils aillent
passer la mauvaise saison aux Sandwick. lis
comptentsur un produit total de i5oo peaux
de saricoviennes, outre celles de moindre valeur. Un des derniers navires avait presque
double ce nombre. Le prix moyen de cette
espece de pelleteries a la Chine etait de 3o
piastres ces dernieres annees.
D'apres ce que nous avons vu et fait nous-
memes, on peut croire que, munis de cargaisons
convenables, les Frangais obtiendraient des
resultats peu inferieurs a ceux des Americains,
en rivalisant avec eux d'activite, de perseverance et d'entreprise. Quatre navires au moins,
dont le tirant d'eau ne devrait pas depasser
douze pieds, pourraient etre employes a la traite
sans se nuire mutuellement, ni porter ombrage
a nos devanciers. Des produits de leurs operations a la cote et dans la mer du Sud, ils ex-
trairaient dela Chine les objets dontl'habitude
nous a fait un besoin, et cette branche de commerce se trouverait ainsi alimentee, sans perte
de numeraire.
^j&* VOYAGE
i8i8-
Les expeditions a la cAte Mord - Ouest d'Amerique joindraient a cet avantage, dont le
deperissement actztel du commerce et 1 epuise—
iiient de nos ncbcsses metalliques relevent encore I'importance, celui non moins precieuxde
former d'excellens marins, sans qu on eut a re-
douter de voir les equipages perdxe en nombre
ce qu'ils gagneraient en pratique. L'experience
i)rouve que, malgre l'aprete du climat et les
fatigues longues et continues de cette navigation,
les hommes faits conservrnt leur sante, et les
jeunes gens se fortifient au milieu des travaux,
race a la salubrite del' air dans cette partie du
Nouveau-Monde, et dans toutes celles du grand
Ocean ou peuvent £tre appeles les navigateurs;
Avec une perspective aussi Hal I ruse, cette
branche de commerce qu'on avait a peine es-
sayee avant la revolution, et que trente ans
d'oubli nous ont rendue nouvelle, ne peut man-
quer d'attirer I'al tent ion d'un gouvernement*r4-
parateur, jalotix d'ouvrir a la France toutes lei
sources de prosperite. II serait digne de lui de sti*
muler l'esprit d'entreprise des armateurs,qui sont
intimides par l'e'poque reculee des retours, et
l'incertitude attachee aux premieres tentfetiveis/ AUTOUR DU MONDE.
D'apres les faveurs qu'il accorde aux expeditions
faites pour la Cochinchine, la Chine etManille,
1'exception integrate des droits serait,; a raison
des risques et de la duree des voyages, un encouragement a peine equivalent, pour les ar~
memens composes de produits nationaux, qui
rapporteraient de la Chine dps cargaisons procurers par les resultats de la traite a la cote
Nord-Ouest, ou par des operations dans lamer
du Sud.
Les Russes, qui du temps de Vancouver
commencaient a s'etendre sur le continent de
l'Amerique, apres avoir soumis Kodiack, oc-
cupent a present tout l'arc que forme la cote,
depuis le cap Cross jusqu'a la pointe d'Alaska.
Ils ont des postes a la riviere de Cook, a William - Sound, et sur tous les points les plus
avantageusement situes pour la chasse et la
traite, qu'ils font exclusivement. II y a environ
dix-huit ans qu'ils formerent a Sitka un eta-
blissement qui, en 1808, fut surpris et de'truit
par les naturels. Le gouverneur Bararibff, ayant
oblige les tribus hostiles a abandonner cette
partie de file du Roi Georges, eleva fetablissement actuel sur la bande orientale de la baie,
T
^jse*r 312
• VOYAGE
1818.
•■:WaL
:>■■■'--
«
a quelques milles au. Sud-Est du premier, lui
donna le nom do Nouvelle -Archangel, et y
transient le siege du gouvernement general
des possessions pusses.dans cette partie dn
monde (').
(1) Un ukase imperial, eu date da 16 septembre 1820, motive par le besoin de delivrer les comptoirs russes de la rivable
dans la traite du commerce etranger, qui y est qualifie d'intcr-
lopc, contient les dispositions suivantcs:
Aht. Icr. Les Russes seuls peuvent frequenter la cdte Nord-
Ouest d'Amerique et celle de Siberie, ainsi que Ies lies Alleu-
tiennes, Kurdcs,- etc. Les etrangers sont c.xclus tit- toute espece
de navigation, depuis le detroit de Bchring jusqu'au 5i deg. de
latitude a l'Ouest et 45 deg. .-jo min. a l'Est.
Aht. II. Aucun etranger ne peut approcher ces coles a moins
de cent milles d'ltalie, sous peine de confiscation de la cargaison.
L'aht. HI stipule des exceptions en favour des batimens en
delresse et de ceux expedics en decouverte par des gouverne-
mens amis, et munis de passeports du minisire de la marine B..
L'art. IV oblige les navires etrangers, compris dans le cas
d'execption, a choisir un etablissement russe pour relache, sous
des peines plus ou moins graves.
11 est penible de voir de nos jours le puissant monarque du
Nord, environne d'une juste reputation d'equile et de moderation, consai rer un acle d'usurpation qui parait caique sur les
ordonnances des Ferdinand et des Philippe au seizieme Steele,
dans un 1ml scmblaHe. et plus mal etabli sous les rapports de
droit. Excepts aux yeux des naturels, les Russes ont tout droit
sur le pays au Nord et a l'Ouest de Cross-Sound, p'uisqu'ils en
ont fait la decouverte et y ont forme des etabiissemens, malgre AUTOUR DU MONDE.
3i3
Ge chef-lieu est situe par 5n deg. Nord et 13
deg. Ouest, sur une pointe de rocher que la
mer baigne de l'Ouest au Sud-Ouest. II se compose d'un donjon qui couronne un rocher es-
carpe s'elevant de l'eau sur la cote de la rade
les actes de prise de possession faits par les Espagnols ct les
Anglais, anterieurement a l'arrivee des Russes. Je ne pense pas
que personne leur dispute la cdte exterieure occidentale de l'ile
du Roi Georges, ou ils ont eleve la Nouvelle-Archangel: mats
de quel droit pretendent-ils s'arroger la souverainete de toutes
les c6tes jusqu'au cinquante-unieme parallele, et en inter dire
l'acces aux autres nations ? Ils n'ont pas le moindre etablissement
au Sud du cap Tchirikoff, ni sur aucun des nombreux bras de
mer qui separent les iles entre elles et du continent, pas meme
sur les c6tes de celle du Roi Georges qui donnent sur Cross-
Sound et sur Ie detroit de Chatham. Leurs batimens ne frequent-
tent guere que Ies canaux qui avoisinent Sitka, et encore faut-il
en excepter le detroit, ou ils n'entrent pas en vertu de conven-,
tions avec la tribu d'Hhoutsnau. Jusqu'a ces derniers temps, au
contraire, les cdtes, tant exterieures qu'interieures, ont ete ou-
vertes et frequentees sans entraves par tous les batimens qui sy
sont presentes, et particulierement par ceux des Etats-TJnis, qui
- depuis trente ans sont en possession de les visiter et de traiter
librement avec les naturels sans aucune intervention etrangere.
A la verite , cet etat de choses nujt au monopole que les Russes
voudraient etablir a la c6te Nord-Ouest, ainsi qu'ils ont fait sur
le continent et les lies a l'Ouest de Cross-Sound; mais, sans
parler du point de droit, ils ne peuvent obtenir ce resultat
qu'en entretenant des croiseurs armes pour eloigner les Strangers , ou en formant, comme dans les pays deja soumis, une
T 3l4 VOYAGE
181S.
qu'il domine. Cette enceinte contient le loge-
inen l du gouverneur et qtielques dependances;
elle a deux, tours bastionnees, constitutes par
le gouverneur Heigmeister, dont celle qui bat
la rade dans le Sud a trois etages, chacune
ar11iee de cinq canons de petit calibre; quelques
pieces plus fortes placees aux embrasures en
forme de sabords, i>ra11qui-es dans 1'enceinte,
battent la rade, et da i it res la campagne dans
l'Est. Une seconde palissade embrasse le rocher
du role de la terre et ensuite la pomte, qui ne
laisse entre le port et la rade qu on passage
etroit. Gette enceinte, qni dans l'Est et dans
chaine de posies. Le premier de ces moyens, pour etre efficace,
cxigerait des depenses considerables, devant etre adopte sur une
grande echclle, outre les suites que son execution pourrait avoir.
La formation de nouvcanx etabiissemens devvait eprouver de
grandes diilicullcs de la part des naturels , et il est meme probable qu'a pres l'avoir ell'ectuee on serait encore loin du resullat
desire, d'apres lc caraclere belliqueux et independant de ces
peuples, et leur aversion prononcee contre les Russes, dans les-
quels ils voicnt des dominaleurs injustes. Lc concours de ces
deux moyens serait peut-Stre necessaire pour obliger des
hommes jalouX de leurs droits et avides de gain, comme le sont
ies Americains civilises et sauvages, a qui on aurait affaire , de
renoncer a l'exercice de l'un des plus iiloontestables dont Ua
sont en possession depuis tant d'annees, celui de commerce! avec
qui ils veulent.
i--iV:.-'
V lf.!; if,
iifSS AUTOUR DU MONDE.
3i5
l'Ouest aboutit a la premiere qu'elle enveloppe,
contient les magasins de vivres, de pelleteries,
de marchandises, d'objets d'armement, etc.,
ainsi que les casernes des ouvriers russes et les
logemens de quelques employes. L'enceinte
exterieure se ratlache dans l'Est a la seconde,
et appuie son extremite opposee a la mer;lais-
sant entre elle et la deuxieme palissade un
espace libre qui sert de debarcadaire et de cale
de construction. Sur le terrain qu'enferment
ces deux ouvrages, et la plage, se trouvent les
ateliers de divers metiers, des hangars , les
casernes des Kodiaques, et quelques logemens
d'employes. On communique avec l'exterieur
au moyen de deux portes qui donnent sur la
plage. Dans l'Est et le Nord-Ouest, en dehors
de la premiere, on trouve quelques batimens
appartenans a la Compagnie, un entre autres qui
contient l'eglise et la voilerie, et une vingtaine
de maisons qui s'etendent au bord de la mer,
et dont le nombre augmente lous les ans. Sur
le rivage du port il y a au dehors une maison
en pierres qui appartient a la Compagnie, ainsi
que quelques cases en bois, occupees tempo-
rairement par les chefs indiens qui viennent
T VOYAGE
iSjS.
faire visite a l'etabjissement. Le marche, ou les
naturels sont admis a vendre leur poisson etles
faibles produits de leur indostne, se bent devant cette maison, qui est la seule conslruclion
de niaconnerie. Un vieux navire ainericain,
qui seri d'hopilal, est ecboue le long de la pa-
issade, a quelques pieds en dehors. Le cimetiere se trouve du meme cole, a quelques
encablures des cases, et plus loin est la greve
on nous ecliouauies le Bordelais.
La hsiere etroite, entre la mer et les montagnes, de fun et 1'autre c6te de fetablissement,
est occupee par des champs de pommes de
terre, seule. culture que permette ce terroir
nigral, dont l'aspect est le plus affreux de tout
ce que nous avons vu de cette cole. Les cochons,
qui co user vent le gout du poisson , dont ils se
nourrissent toute l'annee, donnent la seule nour-
nture animale qu'on puisse se procurer : les
bceufs, les chevresetlesvolaillessontentrop petit -
nombre pour pouvoir etre. considered comme
une ressource. On a forme dans la baie, ainsi
qu'en dehors du cap Engano, et dans le Sud
vers le cap Omancy, divers petits postes favo-
rablement situes, tant pour la chasse du lion
mm: AUTOUR DU MONDE.
et du loup marin, que pour la peehe. Son pro-
duit le plus important consiste en harengs, dont
on prend ordinairement une quantite suffisante
pour alimenter la colonie pendant l'epoque de
leur passage, qui a lieu au printemps et plusieurs mois apres. Cette espece de denree avait
presqu'entierement manque en 1818.
La population totale de la Nouvelle-Archan-
gel, qui s'accroit considerablement, reunit au
plus six cents individus; dans ce nombre on
compte environ cent soixante Russes et cent
Creoles, le reste se compose de Kodiaques et de
naturels des iles Alleutiennes : cette ^lasse ne
s'occupe que derpeche et de chasse, et des travaux qui y ont rapport. Les Russes, employes
dans les bureaux et les magasins de la compagnie , exercent differens metiers et arment des
navires; ils font aussi le service militaire de la
place, auquel on porte une exactitude propor-
tionnee aux dangers d'une surprise. Les com-
mandemens de confiance sont donnes a des
etrangers, a 1'exception d'un ou deux officiers
de la marine imperiale, attaches au service de
la Compagnie. La paie qu'elle alloue est gene'-
ralement tres - modique, et ses salaries sont
T
_-*@P*r 8i8.
Haf'
tm
3l8 VOYAGE
forces d'en recevoir la plus grande partie en
fou rni in res. Des dettes que pi u.sieurs ont cdn-
traetees les tiennent attaches a ce service ;
l'ordre de choses etabli par M. Heigmeister
parait devoir prevenir de pareils mconvenn. ns.
Autrefois le poisson et les miserables productions de cette terre ingrate etaient a peu
pres la seule nourriture de toutes les classes
d'employes j main tenant la compagnie leur
donne a chacnn une ration de faiine ou de legumes, depuis qu'elle a ouvert aveelaCalifor-
nie des communications que tout an nonce
devoir etre permanentes. Malgre ces ameliorations dans le sort des colons de la Nouvelle-
Ar cl i an gel, on peut dire que de tous Ies Eu ro-
peens les Russes sont seuls capables de supporter un pareil genre de vie. La plupart des
autres etabiissemens, et surtout celui de Slaviau-
ka-Ross, sont plus heureusenient partages.
Une chaine d'ilots tres-rapproches, qui horde
kr^6te a une petite distance, forme devant la
Nouvelle-Archaagel un port dont la longueur
git Est et Ouest, et qui, de chaquecote, est
precede d'une rade j. ii a cinq a six encablures
dans cette direction, et deux ou trois de large
l8*> AUTOUR DU MONDE.
3l9
il ne communique avec la  rade de l'Est que
par une passe tres-etroite et obstruee d'une
pierre entre la pointe de l'e'tablissement et des
ilots. A son .extremite OuesU, beaucoup plus
ouverte, on trouve pres de la cote Nord un
rocher qui decouvre. La plus grande profon-
deur de l'eau est de quinze brasses, et elle est
assez considerable pres de terre, pourpermetlre
de mouiller a moins d'une encablure de distance. Le fond, generalement de sable vasard,
n'est pas tres-tenace. II y a dans la partie de
l'Ouest quelques rochers qui coupent les cables; le meilleur mouillage est dans le recran
que forme la plage de fetablissement dans l'Est:
la tenue y est tres-bonne, on y est parfaitement
a l'abri des vents de S.-E., mais il ne peut con-
tenir qu'un petit nombre de navires, et ceux
de la compagnie l'occupent ordinairement.
Des batimens venus des iles Sandwich ont
porte a Sitka de gros vers qui font les plus
grands ravages dans les carenes qui ne sont pas
doublees en cuivre. Malgre la difference des
climats, ce fleau se multiplie d'une maniere
singuliere.
II y a un bon mouillage a une profondeur
n 320 VOYAGJS '
i8i8.
moderee, non-seulemenfc '-sur les deux rades,
mais encore sur la plupart des points de la cdte
et entre les ilots.
Trois passes conduisent au port, une par la
rade de l'Ouest, et deux par celle de l'Est.
Malgre le nombre des rochers entre lesquels il
faut passer, on peut, avec un plan et des circonstances favorabies, venir chercher le mouillage , en observant les precautions necessaires.
A moins d'un motif particulier, la passe du
milieu merite la preference sur celle de l'Ouest,
qui a des dangers caches, et sur celle de l'Est;
quoique beaucoup plus libre, mais ou les vents
sont souvent trop courts. En venant du large,
il fautj apres avoir reconnu le monl Saint-
Hyacinthe ou Edge, hauler Fune ou 1'autre ■
bande suivant le vent. A moins' de circonstances fort heureuses, on doit passer dans l'Est du
banc et des rochers du cap.White, qui s'avan-
cent jusque vers le milieu de l'entree; de la on
doit deja decouvrir le fainal. En dirigeant au
Nord-Est quart-Nord du monde, on reconnait
bient6t la passe qui s'ouyre entre des ilots ali-
gnes sur la direction Nord-Est et Sud-Ouest,
et d'autres disperses irre"gulierement dansle AUTOUR DU MONDE.
3ai
Nord-Ouest des premiers, que l'on pent ranger a 1'honneur; on recoit ordinairementlefflit .
lote a l'entre'e. La position de Sitka fiivj^itfdte
exte'rieure met les navires a meme de gagner le
port peu d'beures apr^s leur atterrage, ou de
prendre le large en ap pareillan l. C'est probable-
ment cet avantage qui lui a fait donner la preference sur les nombreux mouillages des de'lroits.
En 1818, la marine dela compagnie sc com-
posail de dix batimens de vingt-cinq a trois
cent cinquante tonneaux j savoir : sept a Hot,
tant a la Nouvelle-Archangel qu'en mission, et
trois en construction, dont deux en California
et un au chef-lieu. L'ordre etl'activite.r^gnaienl
dans ce petit chantier, ainsi que dans to us les
travaux.
Parmi les batimens attache's aux etabiissemens pour entretenir les communications, pour
prolegcr la chasse, etc., on ne comprend pas
ceux que la compagnie exp^die d'Burope. Les
commandans, les etats-majors, et les equipages
de ces derniess* appartiennent a la marine impe-
riale, ainsi que quelques officiers qui res tent en
Am^rfque ,• Us cumulent la paie de l'emperenr
avec celle de la compagnie: le temps qu'ils pas-
T. ii. 3I
sn 3ss
VOYAGE
El"
M
sent, a son service est coinpte pourletir avance-
ment, dans le corps on ils conliintent a jouir
de tousles avantagesdeleur grade (*).
Au mois de mai de chaque annee , un bati-
nient est expedis de la NonVelle^Archangel
pour Ochotsk, avec les depeches du gouvernement et les lettres des particuliery; il revient
en automne avec les paquets de Petersbourg et
de nouveaux employes, quand il peut effectuer
sa sortie de la mer d'Ochotsk avant septembre.
Dansle Cas contraire, son retour est'diflfere jusques a l'annee prochaine, comme il arriva
en 1818.
La Nouvelle-Archangel est le chef-lieu et le
siege du gouvernenienl de toutes les possessions
russes, tant sur le -continent d'Amerique que
(1) Cet avantage existe aussi dans la marine anglaise : les ofli-
. ciers qui en font partie peuvent employer leur temps de dispo-
uibilite a des navigations particulierea, dont le service est compte
comme celui actif. La seule condition qui leur soit imposee est
dc rejoindra leurs drapeaux sitdt qu'ils en recoivent Fqjcdre; s'ils
refusent a s'y soumettre, alors ils perdent leur emploi. H est utile
de remarquer toute fois que ces ordres sont toujours justifies par
Ie besoin et non dictes par des motifs particuliers. Si cette me •
diode etait etablie en France, sa marine pourrait hitter avec
la marine anglaise, car les avantages que les officiers en retirenl
sont une des principalis causes qui lui font tenir uu rang si distingue parmi les nations civilisees.
bjgjup AUTOUR DU MONDE.
3'i3
dans les lies que leur position attache a cette
partie du monde. II n'y a probablement pas
plus de six cents Russes naturels dans tous ces
pays, dont la population indigene, quelque
faible qu'ou la suppose, doit etre au moins
centuple j ainsi on ne peut attribuer qu'a la
moderation et a l'adresse de leur conduite la
tranquillite dont jouissenl les Russes, qui, au
milieu des preventions les plus hosliles , ont
consolide leur empire, origitoairement fonde
sur la force, par l'affeetion et le respect qu'ils
ont su inspirer aux naturels, dont le caractere
doux et en apparence impassible supporte-
rait toutefois diffieilenient l'oppression. C'est
par 1'emploi -judicieux de ces moyens que la
compagnie mahilient son aulorile a Kodiack et
dans toutes les iles AleUtiennes, et qu!elle fait
tourner a son profit toutes les facultes de leurs
habitans. Ils'lui livrent a un taux fort bas, fixe
par-elle, toutes les depouilles pre'cieuses ou
communes que la chasse peut leur procurer.
Outre les expeditions qui parteht annuellement
de ces -ties et y effeetuent leur retour avec.le
prod in l de leurs chasses, la compagnie en tire
;' un certain nombre de chasseurs avec leurs fa-
21. 3a4
VOYAGE
i8«8.
s
:'H«
i
li "V. Vi
milles, qui sont repartis dans les etabiissemens
de la cote Nord-Ouest, a Slavianka-Ross. La
"jHomreUe^A?cbangei, qui a le plus fort detachement , en envoie tous les ans le plus grand
nombre pour explorer les canaux si lues a l'Est
de l'ile du Roi Georges, avec une escorte de
petits batimens am ies. Ces expeditions n'ent ren t
jamais dans le d e tr o i t de Chatham, pour menager
la puissante tribu d'lloulsnau (Ilood-Bay ) ,
qui n'a jamais donne de sujets de plainte.
Les dispositions favorablcs aux Russes dont
je viens de parler, n'ex is tent que chez les habitans de Kodiack et des iles Aleiitiennes, et a
un degre moins eminent chez les sauvages de
la riviere de Cook ; el 1 es soul loin d'etre par la-
gees pa? \es autres Indiens de la cote. Nord-
Ouest, dont le caractere altier, violent et cruel,
forme un contrasle frappant avec la douceur et
la doeihte de leurs vqjsins de l'Ouest, envers
lesquels ils maniiestent beaucoup de haine et
de mep^is. Aussi les Russes, qui a Kodiack
yfvent en s^urite au milieu des naturels, sont-
ils toujours sur le qui vive a Sitka, et ne s'eloi-
gnent jamais de leurs patissades qu'aviec. la
circonspection qu'inspire la proximite d'un
ennemi perfide et implacable. Une despremieres AUTOUK DU MONDE.
3a5
s8>8.
et des plus fortes expeditions sorties de la Nouvelle - Archangel fut surprise au port Cornwallis (Kekh), et perdit les deux tiers de Ses
chasseurs. Malgre les mesures les plus sages,
peu d'etes se passent sans que quelque colon
ne soit victime des tentatives hostiles des Indiens. En 1818, pendant que UOflS eprouvions
a Kowalt l'effet de leur aninJOsite, deux Russes,
surpris a vue de Fetablissement, payaient de
leuT vie finfraction de la coflsigne. L'expedi-
tion qui, dans les mois suivans, parcourut
ChristianrSound, Frederirik-Sound et le canal
Seymour ^ fut menaeeeparles Indiens de Kekh.
QuoiqUe composee de soixante-dix baidarques,
elle ne reciieillit que quatre cent cinquante
peaux de loutres.
Les pelletdries des divers posies sont envoyees
a Kodiackou a Onolaska, sur de petits navii^si
expedies annuellement df la Nonvelle-Archan-
gel, qui les transportent a ce chef-lieu. Depuis
quelque temps il rectsit regulierement tons les
ans, de Petersbourg, un navire charge de marchandises de traite, et de tout ce qui peut etre
utile aux etabKssemens; il prend a son retour
des peaux de loutres et d'autres fourrures fines.
:;! 3a&
VOYAGE
1818.
On garde, pour le marche de Canton la plupart des peaux de loups marins qu'on tire
prindjpalement des ties Saint-Pierre et Saint-
Georges.
Jusqu'a 1818 les Americains ont fait avec
la Nouvelle - Archangel un commerce tres-
lucratif. La raret-e* des expeditions d'Europe et
la perte de plusieurs navires, inettaient les eta-
blissemens dans un dei 1 a ment penible, et auto ri saien t le gouverneur BarannofF a chercner
chez les etrangers les ressources qu'il ne rece-^
vait pas de Russie. Jusques a cette epoque, Ies
batimens des Etats-Unis etaient, pour ainsi
d 1 re, en possession de fournir aux etabiissemens les marchandises de traite, ainsi que les
produits de l'un et 1'autre monde, dont le cli-
mal el 1 lialutiule ibnt un besoin. En outre, ils
Iiortaient souvent des fourrures a Canton pour
lc I compte de la compagnie j ils prenaient en
labour Je$i objets de ce pays convenables pour
les .etabiissemens, et principalement du th^,
du sucre, des nankins, et. des soieries communes : ils faisaient meme le cabotage et etaient
parlois employes a transporter au chef-lieu- lgs;
fourrures recueilliea dans ses divers arrondis- AUTOUR DU MONDE.
1818.
327
semens. Le paiement de leurs fournitures s'ef-
fectuait en peaux de loups marimWdont ils
trouvaient une defaite avantageuse a la Chine.
Rs obtenaient aussi l'assistance de plvjgf&fcs
Kodiaques pour faire la chasse aux loutres, de
compte a demi avec la compagnie. Ces relations
paraissent proscrites par le systeme>.misen yi~
gueur sous l'administration de M. Heigmeister;
tleja les Americains ne sont plus admis qu'en
relache, et la compagnie manifesto 1'intention v
de sub venir aux besoins de ses possessions, au
moyen des expeditions qu'elle fera de Ilussie,
.tandis que les batimens amies dans les ports
d'Amerique entretiendront les communications
entre les divers etabiissemens, et feront \es
voyages de Manille.
Tout annonce que c'est par l'intermediaire de
cette capitale des PMlJtppjnes-, que la compa-
^gnie compte se pourvoir dorenavant d€S a\a$r
chandises de la Chine qui lui sont necessaires.
£& presence d'un cousuJ de Russie ( M. Dobell,
Amerlcain ), dans un pays avec lequel cette
.puissance n'a eu jusqu'a nos jours aucune relation quelconque, peut faire supposer a la
Russie des projets plus importans (0.
(1) Rien n'annonce que ces conjectures doivent serialiser. VOYAGE
1818.
C'est vraisemblablenient aux obstacles im-
prcvus qui se rencont rent presque I ou j ou rs
dans 1'execution des expeditions lointaines les
plus sagement combinoes, qu d faut attribiur
l'ineflicacitt; des inesnres que la compagnie a
sous doute prises pottr approvisionnt-r Ses etabiissemens d'Amerii] ue. Lors de no I re depart,
les inagasins etaient non-settlement mal pourvtis
de t be et de sucre, que les progres dune civi—
Iisation mal dirigee leur remit nt presqu'aussi
ncccssaire.s qu a une colon 1 e am; 1 aise, mais
encore d'e'toffes de lame dont les rigueurs dn
clinlal font un objet iin 1 ispen.sa 1 de.
lies etabiissemens russes etaient dans une situation bien diffcrente sous le rapport des subsist an ces j non—seulement cues etaient assurees
pour long-temps au moyen des grains apportes
par le Kutusofj et par nons-m£mes, mais les
eon cessions que la Russie parait avoir obtenues
de la cour de Madrid du cdt£ de la Galifornie,
doivent eloigner toute inquietude a l'avenir en
garaniissanI la facililc des approvisionnemens.
La mission de la fregate la Kamtchatka a
Monterey, les bruits qu'elle re'pandit k la Nouvelle-Archangel et en Californie, et surtout
les avis parvenus du Mexique, excitaient les AUTOUR DU MONDE.
esperances ties Russes et les craintes des Espagnols , a qui la difference de religion fait re-
pousser l'idee de la domination de ces etrangers, quoiqu'ils les esti men l. II reste a savoir
jusqu'a quel point cette attente a die remplie •
s'il s'agit d'une cession in teg rale de la province,
de 1'abandon de la partie septentrionalc, ou
simp lenient de l'autorisation d'en ex I r aire des
vivres. Ce dernier cas est peut-elrc celui dont
la realisation offre le plus d'avantages imme-
diais a la Russie, dont la population ne peat
supporter les sacrifices qu'e.xige la colonisation
de ce grand pays, trop eloigne pour attirer des
etrangers qui donneraient probablement la
preference aux terres pins rapprochees et aux
institutions plus hberales des Etats-Unis.
A une cpoque ou la Russie ne pouvait avoir
sur la Cal i Ibrme que des projets vagues, comme
1'ambition s'en permet avant d'y trouver aucune chance de probability, une sage pre-
voyance avait menage dans l'avenir a ces
colonies du Nord-Ouest'les fessources qn'elles
puiseront dorenavant dans les etabiissemens espagnols. D'apres les renseignemens imparfails
que j'ai pu me procurer, celui de Slavianka- 33o
VOYAGE
Ross est situe dans un terrain fertile, ses cut —
tures sont varices, et les produits en sont  d'-ja
considerables. Led bestiaux qu'on tronve dans
les missions y abondent^ il o(frail aussi des
nia teriaux pour les const ru el ions navales. On
a du lancer, a la fin de 1818, deux batimens,
dont iin de plus de cent tonneaux, que le defaut de mouillage obligead'envoyer a la Bodega. Quant a la population, jai appris seulement qu'elle s'eleve a plusieurs centaines d'itt—
dividus, dont les Kodiaques font le plus grand
nombre. Plusieurs colons ont pris des femmes
parmi les naturels. Des families de ces Indiens
se sont ra pp rochet -s de 1 etablissement, et con-
tractent gradueuement des habitudes de civilisation dont i at lop 1 ion ne pent etre attribuee
qu a -. la force de l'exemple, toute espece de
conl ramie en elant exclue.
La corvette a men came VOntario , com-
niantlce par le capitaine Beadle*, qui toucha a
Monterey en septembre 1818, venait de prendre
possession de fetablissement sur la Columbia,
retrocede par l'Angleterre aux fitats-Unis.
D apres notre propre experience et ce que
nous avons appris des RusseS, le climat de la AUTOUR DU MONDE.
331
i8t8.
cote Nord-Ouest n'est pas plus rigoureux que
celui d'Europe sous les memes paralleles. Le
plus grand froid que nous ayons eprouve au
mois de decembre 1818 a ete de six degres. L'hi-
ver precedent, le thermometre n'etait descendu
qu'a 13 deg., encore cette temperature n'avait
ete que de peu de duree. R parait cependant
que les hivers sont en general plus rudes, mais
ils sont certainement plus moderes que ceux
des cotes orientales du meme continent. Les
montagnes et les masses enormes de rochers
dont nous avons vu l'ile du Roi Georges cou-
! verte paraissent exclure la culture de son sol,
d'ailleurs extremement humide et ingrat, a en
juger par celui de Sitka. Les iles a l'Est et au
Sud de celle-ci,  quoique generalement tres-
montueuses ,   offriraient   a   l'agriculteur   des
parties degagees de rochers, et la plus belle
verdure anhonce la fertilite dont elles seraient
susceptibles. Ces apparences se font particulie-
rement remarquer sur la partie Nord de l'ile
de la Reine Charlotte, dont les terres basses au
bord de la mer s'elevent par un talus a peine
sensible dans l'inte'rieur, qui ne presente que
quelques collines peu elevees dont les formes VOYAGE
1818.
awondies etla verdure fraiohe contrastettt agr&L-
blement avec les rochers pel^s, les Ctrapes an-*
guleuses et les teintes noii&tres si frequentes
sur le reste de la cMe Noffd-Ouest* Les baBi»
tans de cette partie sont les plus nombreux,
ainsi que les plus forts et le& plus fiers de tous
les Indiens^ ids paraissent egalement les moins
disposes, non^seuletnefit a se soumettre a des
etrangers:, mais meme a souffrir qu'ils s^etablis-
sent dans leur vofsinage. Le^naturels de Noutka
sont les seuls qui nous ont paru ne point par--
tagerce sentiment, qui est surtout dirigi contre
les Russes, dont les enterprises ont de^jS justifM
les inquietudes des Indiens. En general, ils paraissent voir les Americains d'assez bon oeily
et leurs nombreuses tentatifes centre eux ddfi
venture attributes a la cupidite pltftof qti^*.
quelque sentiment d'animosite particuliere.
Consid^rant le caractere de ces sauvages,
nous pouvofls nous flatter d'avoif laisse parmi
eux des impressions favorables. La conduite
de ceux de Masset, et particulierement de
leur chef Itemchou, merite nos eloges et
prouve encore une fois que les bons procedes,
joints a la fermete, peuvent commander le res- AUTOUR DU MONDE.
333
pect et l'affection def-tcibus les plus sauvages.
Ne'anm.oins, quiconque voudra s'e'tablir sur ces
cotes doit s'attendre a trouver, tot ou tard, des
ennemis implacables parmi les naturels.
Quoique les Russes aient pris les devans, la
faiblesse de leur population et de leur naviga->
tion ne parait pas promettre une grande extension a leurs etabiissemens situes sur la partie
la moins favorisee de la cote. Les Americains,
qui n'ont encore que la factorerie de Columbia,
seront probablement les premiers a former des
colonies considerables. Les negotiations du
gouvernement des Etats-Unis pour obtenir de
l'Angleterre la cession de cet etablisfement, et
de l'Espagne celle de la Nouvelle-Albion, jusqu'au cap Mendocin, sa vraie limite dans le
Sud, jointes aux tentatives qu'il fait annuelle-
ment pour etablir une ligne de communication
entre le Mi^sissipi et la cote occidentale,, an-
noncent de sa part un vaste pro j et, dont il a tous
les moyens de poursuivre Fegecution, Il'estpeo-
bable que sans negliger leur etablissement de
la Columbia, a qui sa position sur cette belle
riviere assure une importance permanente, \e&
Americains, avec le genie aetif et entreprenant ISI.
VOYAGE
1818.
qui les ea rade rise, porteront leurs colonies
dans le Nord an moins jusqu'a l'ile de la Heine
Charlotte, que sa sitnation geographique parait
mettre hors des 11 mites de la domination que
la Russie est probablement des line e a exercer
sur la partie la pins septentrionale de ces cotes
immcnses. Aucune position da globe n'offre
)eut-etre a la marine des avantages compa rabies
a ceux que la nature a accumules entre le detroit de Fncca et Gross-Sound. La terre et la
mer paraissent rivaliser pour fournir aux besoms tin construct eur et du navigateur j I agri-
culture et l'industrie peuvent donner a ces
vastes conlre'es ce que la bar baric de leurs habitans , et non la nature, leur refuse sous le
rapport des subsist ances et dn commerce.
L'experience des navigateurs qu'allire la
traite, jointe aux rapports des naturels, con-
firment de la maniere la plus incontestable le
jugement porte par Vancouver sur la formation
des grandes iles du Roi Georges, de la Reine
Charlotte, du prince de Galles-. etc. Quoi-
qu'eUes ne present cut qu'une masse a l'oeil du
ma 1111 qui les con tou rue, chacune d'elles est un
groupe de terres detach ties plus ou moins eten- AUTOUR DU MONDE.
335
Octobre i8>8.
dues, separees par des canaux de peu de lar-
geur,mais dont une partie au moins sont navi-
gables. Un batiment russe a traverse l'ile du Roi
Georges par celui qui joint la baie de Sitka au
detroit de Chatham, vis-a-vis de Houtsnau. Les
navires qui frequentent la cote Nord-Ouest decouvrent tous les ans de nouveaux ports parmi
les decoupures dont elles sont herissees: nous
avons nous-memes mouille dans plusieurs endroits oti les Indiens n'avaient jamais vu de navire. Les circonstances qui precederent notre entree a Tchaxa me firent donner a ce mouillage le
nom deport Desire, avant de connaitre celui sous
lequel les naturels le designent: j'appelai anse
Funeste celle ou nous perdimes les Kodiaques,
a l'entree de Kowalt, et dont je ne pus savoir
le nom indigene. Celui de 1'estimable armateur
du Bordelais fut assigne at la petite baie formee
par les deux ilots Kitchaka dans le canal de
Lynn : les Indiens l'appellent Koukitikakoa. 336
VOYAGE
Dcctmbro   1818.
0/VW/lft/^Vl/^t/VVVV3/V./VVVVVi/VVVVVV3rt/VW5A'T^^
CHAPITRE XVII.
Depart d« Sitka. —Rel&che it l'ile d'OweUe. — Mouillage a Ta'iroa. — Details historiques sur Tameamda,
souverain des iles Sandwich.—Reconnaissance des
iles Taourowa, Mowie, Ranay et Morotay. — Sejour
a VVoaw < >. —Depart pont- la Chine. — Details sur les
ties Sand »pith.
Les 14-31. —11 venta grand frais de 1"K. les
deux jours cjin nivirent notre sort u- de Sitka.
Les images clias.serent avec une rapi11 ite extraordinaire; la gros.seur et firn-gulaiiit- de la mer
in co 1 n n iot U-ren 1 la plus grande partie de 1 equi-
page; plusieurs homines t'urent meme hors d'etat
de I "ai re 1 e ser v ice. Cet e lie t si ngulier de l'agi latum des vagues, sur des marins aussi endurcis
aux fatigues, fut sans doute determine par dee
dispositions personnel les. A la suite de ce gros
temps, nous fumes contraries par des vents de
S.-E. et de S. tres-inegaux. Ceux du N.-O. an
N.-E. constamment frais, qui commencerent a se
faire sentir par 5o deg., nous firent gagner deux
cents lieues au §ud les quatre jours snivans. Le AUTOUR DU HOBDB* 337
Janvier iStg.
19, les compas eprouverent des oscillations
extraordinaires, et aftalerenl de quatre quarts
dans la soiree, sans qu'on put decouvrir aucune
cause apparentc. Les vents rcpasserent au S. le
23, eta de courtes varietes pres, furent toujours
con Ira ires entre le quaranlieme et le trenlieme
paralleles, espace que nous cmployames dix
jours a traverser. Une houle da N.-O., d'un
dcveloppcment immense, mais par cela memo
peu faligaulc, regna sur un trajet d'environ
soixante lieues, vers 35 deg. Nord, et i44
deg. Ouest. Le navire, qu'elle elevait sans rou-
Iis., tombait ensuite dans lc creux des lames de
maniere a nous cacher la vue de l'horizon, et
cette ontlul.it ion extraordinaire, d.uis une direction diametral ement opposee a celle do vent
regnant, me parut devoir dtre le resultat d'une
forte t empete passee depuis peu.
Le 3 ianvier. — Nous entrames dans les
vents alises par 3l deg. de latitude Nord et i j< i
deg. de longitude Ouest: ils variercnt duN.-E.
al'E.-S.-E., et furent constamracnt frais. Lc lendemain, un albatros se mont i a parmi les paille-
en-queue.
Le 6.—A midi, nous coupai
lfiii.
Ik W:
338 VOTlGB
Jan fin* iHirj.
pique da Cancer par 154 deg. 33 min. Ouest.
Lc 8.-—A six heures da mal m. Hani en latitude de la pointe Nord d'Owehie, je dirigeai
sur cette ile h- ca p a 1 Ouest: on en eat con—
naissance dans la partie du Sud a sept heures
et demie. Les images dont elle etait char gee ne
permirent de l'aperce v oi r que tres-confu sement.
A midi, la hauteur dn soleil donna aO deg. 17
nun., les e \ l re n 11 It ■ s a p pa r 1 ■ n11 -s d Owehie res-
taient a l'O nest e I a u S11 d 1 j 11 a r I -S u 11 - lis 1, les plus
proc 1 ies terres dansle Sud-0uest quart-Sud. Le
vent, qui avait varie duN- a 10., en appro chant
la terre, etant entierement to mhe, nous restames
en calme, pendant lequel le navire fut fatigue
par une grosse mer tres-clapoteuse. La fraicheur
se lr\;i ilu N.-fl. a deux heures, et prit rapi-
deinenl dc la force. Nous en prolitames pour
courir sur le canal entre Owcliie et Mowie.
Nous demeurames dans ee passage avec grand
frais et une mer tres-battue et brisant de toutes
parts, en rangcanl a de; 1 x o 11 trois milles la cote
d Owehie, sur. laqueile on distinguait plusieurs;
leux , nm lgrt! I a brume qui cachait les montagnes. Apres avoir double la pointe NordrOuest
de file, nous longeames la cote Occident ale at
bonne distance, jusque par le traverft die la
ft' AUTOUH DU MONDE. 33g
Janvier iSii).
baie de Toeyaya (Toeaigh de Vancouver )/devant laqueile nous couriimes del bords avec,1a
grande voile serre'e et des ffi^aux hiPtfeMs. La
brise mod-era a terre e'tant toujours forte an
large.
Le 9. — Nous couriimes de bonne heure sur
la baie avec le pavilion au grand mat) mais les
varie'te's contraires etles calme^nousempeche-
rent de rallicr lc village, que je'savais>eti^e sou-
Vent le sejour de Tameamea (0 dont la vie et
(1) Tameamea etait, lors {Ai, passage, de Cook, chef lieredi-
taire d'un canton de l&Ub d'Owehie-j ou aae espece-de, syftpipe
feodal etait depuis long-lemps ctablic, ainsi que Jans tout l'ai-
cliipel. Dans une discussion qui s'cle va quelques ami ces apres ,
a la suite de dill'crends entre lc chef-suzerain de File et ses. vas-
saux, le premier, craporte par la colore , frappa Tameamea.ii la
figure. Pour punir ce Iraitemcnt indigne, que ces peuples re-
garden t comme le dernier des. affronts, I'asscmblee des chefs
condamua le rnalhcurcux prince a oplcr entre le poigiiacd et
le poison. Tameamea se conduisil avec tant d'adresse dans ces
^circonstances, qu'il fut appclcrfciernplac'cr.le defimt a 1'exclusion des heritiers naturels. Apres -cette:.ehi-ration inattcndiie-j
-mais non pas illegale dang ce'pays ,:hrrive.e vers. 1785, Tameamea
mit s'a^tadleti par dds alliances ou des hicnfails, les i.hefs les
■plus influcns cti MqzpleBS capahles de ile servir. Les. iiitiiaens
qui commeneaieiit -a frequenter ces parages lui fountirci)I des
armes a feu et des munitions , et il reunit autour de lui des
aventuriers intropides. Son auto rile une fois solidement clublie
a Owehie, Tameamea attaqua succcssivcment Tes  iles voisincs .
23. 34o VOIAGB
Janvier 1819.
1©regne se sont prolonges jusqu'a ce temps;
On voyait sur la cote quelques pirogues et un
petit batiment a denx mats. A dix heures, il
vint a bord une cmbarcation qui nous apprit
ipie Tameamea etait parti depuis* cinq jours
plus ou moins souraiscs a 1 i u fluence de son inforlune predecesseur. Apres des guerrcs longucs et sanglantes , soulennes de part
et d'autro avec autaut d'animosite que dc Constance, tout farchipel fut reduit. Ad milieu des obstacles sans nombre qu'ele-
vaicnt contre lui les droits et 1 ambition des grands, el la riva-
litc qui regnail entre les peuples des diverses iles , Tameamea sut
s'afferrair dans ses conquctcs, et apres celle de "Woao, acbevce
en. 1808, son auto rite fut reconnue dans les six iles les plus
oricntalcs de I'archipel, oil il cntreunt des gouvcrncurs de-
voucs. Atouai et Oniow, defendues par leur eloignement,
n'avaient pas etc altaquees; mais Tamari, souverain de ces iles,
rcconnaissait sa suzeraincte et lui payait tribut.
Non content d'avoir depossede ces princes, Tameamea res-
scrra dans des homes etroitcs la puissance des vassaux jadis
pi-i-sqii'indi'-pendans. Plusieurs furent depouillcs de leurs do-
maincs, d'autres n'en conservercnt qu'une partie , et un grand
nombre, retenus pax le conquerant, resterent eloignes de leurs
possessions. Pendant que ce despote habile tenait les chefs dans
l'impuissancc de lui nuire, la justice et la fermete de son gouvernement lui conciliaient 1'affection et le respect des peuples
dont il avait merite l'admiration par ses exploits. II etablit dans
ses cutis un ordre et une police qui pourraient servir de modele
a plusieurs royaumes de l'Europe. Apres avoir employe utilement
dans ses guerres tous les aventuriers que Ie hasard lui avait
amentis, Tameamea sot distinguer les plus recommandables par AUTOUR nu MONDE. 34l
Janvier l&iQ.
pour Ta'iroa, oii il devait passer quelque temps,
et qu'il n'etait pas possible de se procurer des
vivres, aucun chef ne pouvant en fournir aux
etrangers sans l'autorisation du souverain. Sur
cet avis, je me decidai aussitot a aller le trou-
leur conduite et leur deVouement, et se les attacha en les flevant
aux premiers rangs de la hierarchic du pays, et en leur donnant
des terres. II adopta quelques coutumes europeennes, mais sans
paraitre vouloir les substituer a celles des insulaires, qu'il obser-
vait toujours dans les ceremonies religieuses ou politiques.
En echange du bois de sandal et des provisions que ces iles pro-
duisent en abondance, Tameamea s'etait procure par les navigateurs , presque tous Americains, qui les fWquentent depuis
trente ans, des bouches a feu de divers calibres, plusieurs mil-
liers de fusils avec une quantite proportionnee de munitions,
beaucoup plus de marchandises de toute espece que ses besoins
n'exigeaient, et 200,000 piastres. Des magasins en pierre ont
ete' construits pour recevoir ces ricbesses. Le port d'Anaroura,
sur la cdte Sud de Woao, rendess-vous ordinaire des navjgar;
teurs, est defendu par un fort carre arme de quarante canons.
Ces moyens imposans ne peuvent etre redoutables entre les
mains d'artilleurs aussi inexperimenles que lies naturels : ils l'a
vouent volontiers; mais ils ajoutent que les agresseurs une fois
debarques trouveraient d'autres obstacles. Tameamea s'etait
aussi eree une marine a l'europeenne; elle se composait dernie-
rement de trois bricks de cent cinquante a deux cents tonneaux,
et de quatre petites goelettes.
Ces batimens sont presqu'entierement montes degens du pays,
qui deviennent en peu de temps de bons niatelots de manoeuvre.
Les matelots de ces navires vont faire la traite des pelleteries a 34^ t0* AGE
Janviei 1S10.
ver k sa residence. INous fimes peu de progres
l'apres-midi, dans 1'execution de ce projet,
ayant ete contraries tant par la brise du
S.-O. que par le courant portant Nord, et re-
lardes par un accident qui nous obligea de
la nfltc Nord-Ouest d'Amerique. II est ctonnant de voir avec
quelle facilitc ces jeunes gens, m'-s sous la zone tor ride, suppor-
tent les fatigues dc cette navigation si rude et si active.
Tameamea possedait des troupeaux nombreux, provenus des
animaux deposes par les premiers navigateurs : il avait aussi a
"Woao des chevaux de race californicnne. Jusqu'a ces derniers
temps les naturels et les navigateurs n'ont retire que peu de
fruit dc la multiplication dc ces races : on n'en fait aucun usage
pour les travaux , et le clief, qui n'en consomme que rarenieiit,
est peu dispose a en ceder aux etrangers.
Malgre son age avance, Tameamea jouissait d'une bonne saute
en Janvier 1810. Loin d'annoncer l'approcbe dc la mort, son
cxlcrieur portait encore l'cmpreintc dc la force prodigieuse
dont il avait etc douc.
II • ■ 1. lit co m pie teinen t habille a l'curopecnne , comme lc sont
nos bons artisans en hiver ■ sa misc etait propre et decente. un
regard sombre et scrutateur etait Ie caractcristiquc de sa physionomie. Chez lui l'ambilion satisfaitc paraissait avoir cede lc pas
a l'insaliable avarice.
Les evencmens memorables qui ont agitc le monde civilise
. n etaient pas sans interct pour Tameamea, et ce qu'il en avait
appris paraissait lui avoir inspire une haute idee de la France ,
malgre nos derniers desastres.
On s attendait dans le pays a une revolution a la mort de Tameamea , ct son fils Biorio, peu semblable a lui, ne paraissait AUTOUR DU MONDE.
343
mettre en panne. Nous ne fames pas plus favorises
pendant la nuit, qui fut tres-belle. Le volcan
de Mowna-Hoa ne se fit remarquer que par une
lueur faible causee par la clarte de la lune qui
etait a son plein.
Le 10 A la faveur de petites varietes du
N.-O. nous prolongeames la c6te qui est bordee de rochers, sur lesquels la mer brise
avec violence. En appitochant de Ta'iroa nous
recumes la visite de deux chefs, et d'un Ame-
ricain attache a Tameamea; a dix heures,
un naturel decemment habille a l'europeenne,
devoir heriter qu'en partie de sa puissance et de ses qualitfe. On
ne le croyait pas destine a regner sur les iles conquises, ou
l'ambilion des anciennes families et les animosites locales, com-
primees par les talens et la puissance du pere, ne manqucraient
pas de se reveiller des que cetuirci ne serait plus. Biorio devait
d'ailleurs eprouver une opposition formidable de la part de Ta-
manou, sa belle-mere , femme favorite de Tameamea, apparte-
nant a une famille tres puissante. Les dangers qui menagaient
ce jeune prince, doue cependant de plusieurs qualites, semblaient
devoir s'accroltre par l'iniluence facheuse -que quelques notions
superlicieilcs des coutumes ettropeennes exergaient sur son faible
jugement. On assurait qu'au lieu d'imiter la conduite de son pere
au sujet des institutions du pays, il manifestait d'avance l'inten-
tion d'abolir le tabou, qui, cbez les insulaires du grant Ocean
equinoxial, est la base de la legidjation politique et religieuse.
m
T 344 VOTAGB
Janvier 1819.
et parlant passablement anglais , s'annonca
comme pilote, et me montra son brevet. II
fit dinger beaucoup au Sud 1111 mouillage,
a cause du courant qui portait alors an Nord-
Ouest sur cette partie de la cote. La brise
ayant toujours etc faible, nous ne pumes gagner
qu'a quatre heures la rade de 1 airoa, on nous
mouillames par dix brasses, petit gravn.T, relevant Ies i x I rem ill's apparent es de l'ile an Slid
ii deg. 10 et Nord r5 deg. Ouest; celles de
la baie Nord 67 deg. Ouest et 53" deg. Est;
la pointe de rochers a 1 extremite Nonl de la
plage, au Nord 17 deg. Ouest da compas, a un
mille. Ce mouillage n est pas assez a van ce dans
la baie, et est trop rapprocne' de la pointe Nord,
stir laqueile les conrans portaient alors. On aI-
Ibnrclia Nord-Est et Sinl-Onest.
Je descendis anssitdt poor faire ma visite au
roi Tameamea; son secretaire I'd hot me presenta a ce souverain des iles Sand wick (0, qui
(1) Cet arc In'pel se compose de douze lies, sitnees entre
le 18* deg. 54 min. et le -aa* deg. i5 min. de latitude septen-
trionale, et le 217° deg. 3o min. et le aa5* deg. 34 min. de longitude.
Cook ayant decouvert le premier cinq de ces lies, Ies ap- »
AUTOUR DU MONDE. 3^5
Janvier 1819.
etait assi9 au bord de la mer, pres d'une de ses
maisons : il me fit diverses questions sur mon
voyage, sur la cargaison, et parut tres-fache
qu'elle ne eontint pas d'objets de prix. II s'in-
forma ensuite des nouvelles d'Europe et de la
sante de divers potentats. Deux de ses femmes
qui etaient presentes, parurent aussi prendre
part aux affaires du monde civilise, dont les
personnages les plus marquans ne leur etaient
pas inconnus. Une d'elles fit plusieurs questions sur Napoleon. Le chef remit au lendemain
de traiter sur les divers objets qui motivaient
ma relache. Dans une seconde visite, le lendemain , j'obtins des vivres frais et du menu cordage du pays, en echange d'outils de charpen-
tier, seuls objets du reste de la cargaison que
Tameamea trouva a sa convenance. Les propositions que je lui fis pour du sandal n'eurent
pas de suite, a cause du prix exorbitant qu'il
demanda. Il m'accorda sans difficulte la permission d'aller aAnaroura, dans l'ile de Woao,
ou j'etais appele par la necessite de faire de
pela Sandwich, nom du premier lord de l'amiraute de cette
^poque.
m 346 VOVAGE
Janvier 1819.
l'eau, du bois, et des rafraichissemens qu'on
s'y procure bien plus facilement que dans la
partie d'Owehie ou. nous nous trouvions : je
tenais d'ailleurs a visiter ce port, qui est le rendezvous ordinaire des navires qui frequentent
ces parages, dans l'espoir de trouver a placer
d'une maniere quelconque notre fonds de cargaison, dont 11 e'tait impossible de tirer parti
a la Chine. L'apres-midi, il vint beaucoup de naturels a bord, entre autres Rio no, prince heredi-
'taire, Tamamarou sa belle-soeur et sa femme,
ainsi qu'une de celles du roi, avec une suite de
gardes et de courtisans. A son depart, le jeune
chef fut sal ue par trois coups de canon. A1'exception de quelques vols pen importans, dont le
pilote, qui etait reste a bord comme commis-
saire de police, ne sut jamais decouvrir les
au leurs, nous n eum.es pas a nous plain tiro des
natiirels.
Dans la soiree, je fus prendre conge de
Tameamea. II montra dans cette derniere entre-
vue une affabilite que je ne lui avais pas encore
reman|nee. Je cherchai a dissiper l'impression
que pouvait lui avoir faite l'etat de denument Ai"Torn du MONDE.
Janvier l8lQ.
ou se trouvait le premier batiment frangais qui
eut encore paru a Owehie (0. Ce sujt-t 111 i rap-
pela notre illustre et infortune Lapeyrouse,
dont il cita le passage a Mowie, avec deux
grands batimens portant le meme pavilion que
nous. II me demanda aussi le nom du roi de
France, fit des voeux pour la prosperite de
S. IM., et me recommanda de les ini transmettre.
Le vieux chef ne negligea pas de me prevenir
qu on n etait ad mis dans son port d'Anaroura
qu'en payant un droit. Je n-eus a bord un
homme de confiance charge de communiquer
verbalement les ordres du souverain au gouverneur de Woao ('■*).
Les calmes etla faiblesse de la brise, variable
du N.-E. au S.-E., nous firent employer
pres de trois jours a ce court tra jet. Pendant
cette traversee nous eumes successivement connaissance des iles Taourowa, Mowie, Ranay ct
Morokay, intermediaire entre Owehie etWoao.
(i) JPignorais alors le passage de la fregate la Canonnicre,
command ce par le brave capitaine Bourains, daus son voyage au
Mexique.
(aj J'eus aussi pour passagcrs lYpousc tie PAnglais Young, et
une jeone.femme de Woao, qui viul joiudrc lc navire au large.
7 ■ e«jh;.
348 VOYAGE
Janvier l8l£.
Ranay, dont nous passames a deux lieues,
n'offre qu'une surface aride, sur laqueile on
n'apercoit aucun vestige de culture ni d'habi-
talion. La nuit du 13 au i/*, nous eumes sous
Morokay un fort orage, avec beaucoup de pluie
et de tonnerre, mais peu de vent. H etait encore plus menacant,sur Woao, qu'il nous cacha
jusqu'au jour malgre sa proximite. Le i4, nous
prolongeames a deux ou-trois milles de distance,
une partie de la c6te orientale de cette ile, qui
git Nord-Est et Sud-Ouest. A dix heures, sous
le point Sud-Est, il vint a bord un noir ame-
ricain qui s'ofTrit pour pilote. Sous sa direction,
apres avoir traverse la baie de Witite, dont la
cote presente nn aspect riant, nous mouillames
a midi sur la rade d'Anaroura, situee a son
extremity Ouest, par douze brasses, fond de
petit corail, coquilles brisees et sable fin. On
relevait les extremites apparentes de l'ile au
Nord, 80 deg. Ouest, etSud 76 deg. Est, etle
mat de pavilion du port au Nord Nord-Est.
Le navire a trois mats YEagle de Boston se
trouvait seul dans le port.
En arrivant a terre je fus accueilli avec labien-
veillance la plus cordiale *pat trois capitaines AUTOUR DU MONDE. 34o
Janvier 1819.
americains, qui mavaient fait inviter a des-
cendre chez eux. Dans la soiree, je m'abouchai
avec Bouky, chef d'Owehie, et gouverneur de
Woao pour Tameamea, par l'intermediaire de
don Francisco Paulo y Marina, espagnol, resi-
dant depuis long-temps dans ce pays, et je pris
des arrangemens relativement aux besoins du
navire. Je traitai aussi avec le capitaine Davis,
pour le placement de ce qui nous restait de
cargaison, qu'il prit payable en sandal.
Le 15.—La brise sauta brusquement au Sud-
Ouest , avec de fortes apparences de gros temps.
La rade n'etant pas tenable pour les vents de
cette partie, qui soufflent quelquefois avec
beaucoup de violence dans cette saison, je me
decidai a entrer dans le port. Le navire ayant
appareille avec une petite brise de l'Ouest, sous
la direction d'un Anglais, pilote au service de
Tameamea, toucha sur l'extremite du banc
de l'Est j une double pirogue aidee du petit
canot l'ayant fait abattre au vent, il para apres
avoir talonne fortement pendant dix minutes,
sans etaler. A deux heures il mouilla en dehors
du fort par 6 brasses fond de vase grisatre, et
aflburcha aussitot dansle Nord-Ouest, relevant
if mm
350 VOYAGE
Janvier xBiq.
lee pointes de la baie au Sud-Est, et a l'Ouest
o deg. Nordip'le "baton de pavilion du fort au
Nord 19 deg. Est, a la distance de cinq a
six en call lu res. Cet accident n'eut pas de suites
appar.eintes.
Le 20.— L'eau, le bois et tousles rafrai-
cliissemens etaient cm barques , ainsi que le
sandal dont nous avions fait acquisition, et
toutes les dispositions de depart etaient prises.
Les vents du Sud et les calmes qui regnerent
pendant sept jours nous firent pen I re un temps
pi'ccieuv en nous re tenant dans le port
Le de plaisir que me causa ce lac lieux retard
fut a do 1 ici par la bien veil lance dont ie roc us
tous los jours de nouveaux temoignages de la
part do mes boles, les capital nos americains,
qui noublioront rien pour 1110 rendre agreablo
mon sejour aupres d'eux. C'est pour moi une
vraie satisfaction de consigner ici les droils
quont acquis a ma reconnaissance MM. Davis
et Meek, armateur et capitaine do VEagle dc
Boston, et M. Pigpt, venu quelques. iannees
avant sur le Forester j.tit arrivfj depuis quei*-
quesinois du Kamtchatka, apres avoi* travjejtf*
deux fois le continent..f
I *
AUTOUR DU MONDE. 35l
Janvier 1819.
Le 06. — Une fraicheur du N.-E s'etant fait
Sentir, nous sortimes du port d'Anaroura a
sept heures du matin, remorques par deux canots de VEagle, une pirogue double, et notre
grand canot. Nous bumes notre derniere bouteille de vin avec' le capitaine Meek, qui etait
venu nous mettre dehors. A son depart, le navire lui rendit le salut qu'il avait fait le surlen-
demain de son arrivee lorsque j'avais ete dmMtf
a son bord. II nous repondit de la voix. C etait
une veritable separation d'amis. La brise tres-*-
molle ayant varie au Sud, nous gagnames peu
au large dans la journee. Au soleil eouchant le
relevement du port d'Anaroura et des extre-
mites apparentes de Woao nous mit par 21
deg. 13 min. Nord et 160 deg. 20 min. Ouest.
Prenant cette position pour point de depart,
je fis route pour la Chine en dirigeknt sur les
Mariannes.
Sans anticjper sur l'importance que la colonisation des cotes occidentales de l'Amerique
baignees par le grand Ocean septentrional doit
donner un jour aux iles Sandwich, cet archipel
est deja d'un grand interet, malgre' l'imperfec-
tion actuelle de sa civilisation et de ses cul-
T 352 VOYAGE
Ja n v i f r 1811).
tures} iies ports ofFrent des relaches commodes
aux navires employed a la c6te Nord-rOuest et
a ceux qui passent d'un continent a l'autrc. lis
y trouvent des rafraichissemens abondans; et
d'apres le bon ordre etabli par le souvcrain,
ils peuvent proceder aux radoubs necessites
par les suites de leur navigation, avec la plus
grande securite, en se conformant aux coutumes et aux lois des naturels.
Outre les mouillagcs reconnus par Cook et
Vancouver, les Americains ont de cou vert de
bons ports dans ces parages. L'ile d'Owehie en
a un dans la baie de Weytea^ connu par Vancouver, qui en avait porte un jugement defavo-
rable. II faut en entrant et en sortant ranger la
bande Ouest; on mouille a l'extremite de l'en-
foncement, ou on trouve sept brasses d'eau et
bonne tenue. On ne peut sortir avec les vents
de N., la baie etant ouverte dans cette partie,
quoiqu'elle soit situe'e sur la pointe Est de l'ile.
L'eau, le bois et les rafraichissemens s'y font
facilement, ce canton etant plus fertile orae
ceux sous le vent.
Woao a un excellent port que la nature a
creuse dans le banc de corail qui cerne la cdte A-UTOUR DU MONDE. 353
Janvier 1819.
meridionale. C'est un barachois tortueux d'e-n-
viron deux milles de long sur une encablure
de large a l'entree, et deux et demie dans 1'ia-
terieur. Vis-a-vis de son ouverture se trouve
un pate, a l'Ouest duquel il ne Feste que douze
pieds d'eau a mer basse j la passe git a peu
pres Sud quart-Sud-Ouest, et Nord quart-Nord-
Est du compas. II faut pour entrer tenir l'un
par 1'autre la pointe du fort et un magasin de
maconnerie qui reste dans le Nord. Un autre
batiment semblable se decouvre de l'avant a
quelques quarts par babord. On laisse de ce cote
le pate*, par letravers duquel ily a quatre brasses,
fond de corail. Le barachois a sept brasses d'eau
a l'entree, et plus avant six:le fond est partout
de vase. Le port fait deux coudes*, le premier sur
babord, le second sur tribord. Malgre ces si-
nuosites, on penetre facilement dans Finterieur
a la faveur des nuances differentes de l'eau qui
signalent le canal et les deux bancs qui le bor-
nent, pour peu que le ciel soit beau. On peut
aller jusqu'en dedans du fort, ou l'on trouve
encore quatie brasses. Les navires qui occu-
pent ce mouillage paient 80 piastres d'ancrage;
on en exige 60 de ceux qui s'arr&ent dans le
23
T.  II. 1
Km
354 VOYAGE
Jnnviev s8lO*
port exterieur, et de tons 25 pour le pilotage
d'entree et de sortie. Une partie des bancs de-
couvre dans les malines; la mer brise en tout
temps sur leurs accores et dans la passe meme
lors des forts vents de S.-O. qui soufflent par-
fois dans les mois d'hiver. Ils rendent dangereux
le mouillage de la baie de Witite , qui sert de
rac".e au port situe a son cxtremite Ouest.
Ce port, dont l'entree etroite avait echappe
aux recherches de l'infatigable Vancouver, a ete
decouvert paries Americains. D'apres les cartes
de ce grand navigateur, il se trouve par 21
deg. 20 min. Nord et 157 deg. 58 min. Ouest
de Greenvick, ou 160 deg. 20 min. de Paris.
La variation y est de 10 deg. Nord-Est. Le village d'Anaraura. occupe la partie occidentale
dhine plaine fertile qui s'etend entre la mer et
les montagnes, sur une demi-lieue environ de
profondeur. Les navigateurs y trouvent des
rafraichissemens abondans, tant en produits
indigenes qu'en ceux que la prevoyance de nos
devanciers y a introduits. Un gros ruisseau se
decharge du fond du port a l'extremite Ouest
du village; il ne peut pas recevoir a mer basse
nos embarcations europeennes: on est oblige AUTOUR DU MOKDE. 355
Janvier ifllQ,
-de traiter avec le chef pour avoir du bois.
Je nai pas pu me procurer des renseignemens satisfaisans sur l'etat numerique, meme
approximatif, de la population des iles Sandwich. Les personnes qui les frequentent depuis long-temps assurent que le nombre des
naturels diminue,. et donnent pour preuve
de cette decadence celle des cultures, beaucoup de terrains naguere couverts de plantations etant maintenant en friche.
Get insulaires sont robustes et fort endurcis
aux fatigues. II est etoimanl de voir des habitans
de la -zone torride supporter les froids de la cote
Nord-Ouest d'Amerique et les travaux de cette
penible navigation, sans que leur sante en soit
alteree. Les jeunes gens mettent une espece de
point d'honneur a faire quelques voyages: on en
trouve a bord de tous les batimens de traite,
qui en prennent en all ant a la cote pour renfor-
cer leur Equipage : nous en eumes nous-memes
deux que le Brutus nous ceda dans le detroit
de Chatham,* ils soutinrent aussi bien que nos
gens les rigueurs de l'hiver de la Nouvelle-
Archangel/pendant lequel ils furent constpm-
ment employes aux corvees les plus penibl'es,
»3. m
Im
356 VOTAGB
concurrcmmenI. avec nos matelots. Le nombre
des naturels qui ont snbi bet apprentissage est
assez considerable pour ton nur a larmoment
des navires de Tameamea. Les Indiens ont generale mont ado]ito nos inst ninK-ns de charpen—
t a'_;<-, et s'en sorvent adroitementj lis se sont
'egalement familiarises avec nos armes a leu ; ils
substitiieiit volontiers a leurs vetemens indigenes quelques-uns de nos t is.su.->, particuhi re-
men I nos draps bleus legers. Sons le rapport
des coutumes et de l'industrie, 1 inline nee de
la communication des insulaires des Sandwich
avec les nations civilisees n'a pas ete plus loin:
les naturels n'ont rien change a la construction
de leurs ileineuns ni a lour maniere de vivre.
Les best i aux se son I multiplies; nuns, m a I l; re les
troupeaux considerables de bo-ul's, de rooutons
et de cbevros qui existentaujonrd'hnidans ces
iles, les naturels en consomment pea, et le caprice de Tameamea, qui en est le possesseor
exclusit', ne permet pas qu'ils deviennent une
ressource poor les navigateurs, auxquels il n'en
cede que rarement. Les chevaux venus origi-
nairement de California prosporont aussi; i*en
ai vu une dnquantaine dans la plaine d'A na- AUTOUR DU MONDE. 357
Janvier fSick.
raura, qui ne paraissent pas avoir degener^,-
mais on ne les emploie d'aueune maniere.
Quoique le climat et le sol des Sandwich
soient generalement favorables a nos legumes,
ils n'entrent que^comme un faible accessoire
dansle regime alimentaire des naturels, qui ne
se sont attaches qu'a la culture de ceux qui
n'exigent que peu de soins, tels que les girau-
mons et les melons d'eau; les autres se rencon-
trent rarement.
Un vieux soldat prussien, que sa destinee a
conduit du camp du grand Frederic a Woao,
y exerce le jardinage avec succes, et four-
nit d'excellens legumes aux navires qui rela-
chent a Anaraura., Don Francisco Maria fait
d'assez bon vin des vignes dont il a apporte les
plants de la Californie. Cet homme actif et in-
dustrieux distille aussi le jus de la canne indigene, et eleve des arbres fruitiers. Les essais
qu'il a faits sur la culture des cafes, de 1'indigo
et du coton, ont eu des resultats non moins
satisfaisans, qui prouvent qu'il est peu de productions- prex&euses des deux Indes qui ne
puissent etre naturalisees dans cet archipel, ou
des bras laborieux ouvriraient bientot des res-
"Y" Hi .
358 VOYAGE
Janvier i 81 g."
sources importantes au commerces Mais avant
tout il faudrait vaincre la repugnance que les
gouts et les habitudes paresseuses des naturels
apportent aux travaux des grandes cultures, et.
on ne peut attendre ce rosuliat que des; progres
de la civilisation, qui excite l'industrie en faisant naitre de nouveaux besoiiis.
11 y a peu. tV an noes que Tameamea (') fit coh-
struii'o a Anaraura un fort carxe d'environ cinquante toises de cote, dont celui du Sud bat le
port exterieur et les passes, celui. de l'Ouest le
port inlerieur, et les deux autres la campagne.
Le front du Sud n'a qu'un simple parapet, les
trois autres cotes out un remparl de hint a neuf
pieds de hauteur. Les deux fronts, de.mer sont
armes de quarante canons; celui du Sud a des
pieces de dix-huit* Cet ouvrage, qui a ete trace
par Young, a plusieurs defauts , dont le principal est que trois de ses cotes seraient battus
en enfilade ou de revers par le navire qui ca-
nonnerait un des fronts de mer. Tous les canons
sont monfces sur des affuts de marine, dont la
plupart ont ete faits par les naturelsi La con-
(i) Ce personnage remarquable est mort quelques semaines
-apr& notre passas*.5  ' AUTOUR DU J&OKDE.
Janvier   i5iq
359
struction de ce fort fut determinee par les inquietudes qu'inspira a Tameamea 1'apparition
des Russes a Atonay. Le de'sir de prendre part
au commerce du sandal, deja en decadence,
avait fait concevoir au gouverneur Baranoff
l'idee dfe former un etablissement dans cette
ile. Cette entreprise, a laqueile le souverain du
pays ne mit pas d'opposition, excita l'inquietude
de Tameamea, etlui fit prendre des dispositions
defensives extraordinaires; elle fut abandonnee
aussitot l'arrivee de M. Heigmeister a Sitka. Cet
etablissement, qui, quoique toujours languis-
sant, avait coute des sommes enormes a la compagnie , n'a servi qu'a inspirer aux Indiens des
sentimens de mefiance envers les Russes. Ces
impressions, que la retraite de ces Strangers
n'avait fait qu'assoupir, ont ete reveillees par
le passage du Burik et de la Kamtchatka.
Peu de temps avant notre passage , Tameamea avait expedie un de ses navires pour la
Chine, sous son pavilion particulier, qui est a
sept bandes horizontales, blanches et rouges.
Les Chinois n'ayant pas permis a ces nouveaux
venus de monter a Canton, ils avaient du traiter
leurs affaires a Macao , ou ils avaient vendu
7 3?6o VOYAGE
Janvier 18 jg.
leur cargajs^n de sandal. Ce bois est jusqn'a
present le seal ob jet qui puisse s'exporter de
ce pays , que des bras laborieux pourraient
couvrir des productions des Antilles. Les Americains furent les premiers a y reconnaitre cotte
production il y a environ douze ans, et en font
depuis une branche de commerce. Les cargai-
sons qu'ils OBt cxporlees ont ele tirees princi-
palement de Woao, on il en reste pen dans les
envk>ons du port. L'int^rieur des quatre grandes
iles, et particuli^rement cPOwehie et deMowie,
en est encore convert. Le sandal des Sa ndw i ch
ne passe qu'apres celui de la cote de Malabar
et de Timor. Le sandal a ete e*galement d*une
grande ressource a Tamari, chef d'Atonay.
Outre le commerce de ce bois precifeux, Tameamea se reserve generalement tous les trafics
de quelque importance; quelques-uns de ses
favoris settlement obtiennent la permission de
traiter avec les etrangers. La quantitte-etonnante
de munitionsetd'armes, detissusetdemarchandises de toute espece qu'il possede ne lui laisse
rien a desirer de necessaire, ni meme cPuiile dans
la sphere de ses besoms et de ses eonnaissances.
Les bases sur lesquelles les Americains ont AUTOUR DU MONDE.
Janvier 1819,
etabli leurs operations ttexistent plus. Comme
on ne peut pas speculer sur les caprices du
vieux chef, qui lors de mon passage voulait
des draps fins, des mousselines, des vins deli-
cats , le commerce du sandal de ces iles, qui
d'ailleurs tombe en defaveur a Canton, doit se
ralentir considerablement.
7 362
TOT AGS.
Fevrier i8i0.
♦'V^l^TV-VWMA'tyVWVty^W-iAwWylXty^
CHAPITRE  XVIII ET   DERNIER.
P 1 w ■
Mouillage a Macao et a Wampou, — Echange de mar-
g chandises, — Commerce de la Chine avec les Etats-
Unis et l'Angleterre.—Depart de Macao.—Thonqua,
mandarin de troisieme classe. —Detroit de la Sonde.
— Relache a Aniers.—Ile Maurice. —Cap de Bonne-
Esperance. — Entree dans la Gironde. — Resume.
En partant de Woao? je donnai du Sud a la
route jusquau dix-liuitieme parallele; que je
comptais suivrejusqu'aux Mariannes, les vents
etant plus frais dans ce parage que vers le Tro-
pique. Le debut de cette traversee fut loin de
repondre a notre impatience. Woao3 dont les
plus hautes terres ne meritent pas le nom de
montagnes ^ fut a vue pendant trente heures.
Nous ne gagnames que 56 lieues jusqu'au 31,
cinquieme jour de notre sortie. Dans ce laps de
temps, Ies vents; tres-faibles, avec des mter-
Talles de calme , varierent d'abord du S.-E.
au S.-O., et ensuite au N.-E.; il regna une
houle de 10. tres-longue.
Leiet fevrier.—-£&brise fraichit, et; depuis, Um?"-*
AUTOUR DU MONDE. 363
F^vriei 1819.
souffla generalement de la partie de l'Est, avec
une force moderee. Nous la trouvames cependant beaucoup moins constante sous tous les
rapports, qua la meme distance de l'equateur
dans d'autres parties des deux hemispheres :
nous eumes des journees de cinquante - cinq
lieues, d'autres seulement de vingt-trois. Le
vent varia souvent de quatre a cinq quarts de
chaque cote dans les vingt-quatre heures, et
hala quelquefois l'O., tant par le S.. que par
le N. Les grains et les pluiejs furent tres-fre-
quens.
Le 24. —A huit heures du soir, je me faisais
a 5o milles dans le Sud-Est de la partie Nord
d'Agrigan ; je dirigeai au Nord-Ouest dans 1'in-
tentionde traverser les Mariannes parle passage
de La Perouse (0. Le lendemain a cinq heures
du matin, etant en latitude, je mis le cap a
l'Ouest. Un moment apres de fortes apparences
de terre se firent remarquer sous les nuages
amonceles dans cette partie. A sept heures on
eut connaissance de l'Assomption par le bos-
soir du vent, et Agrigan se decouvrit en meme
(i) C'est le nom que donnenl les Americains au canal entre
Agrigan et FAssomption.
\m
S 59S
Ii
364
VOYAGE
Furrier  1S1,,.
a
temps par le travers de 1'autre bord. A midi 1
hauteur du soleil donna 19 deg. 3i min. de
latitude Nord; on releva en meme temps 1 As-
somption du Nord ia a 18 deg. Ouest, le milieu d'Agrigan au Sud 7 deg. Est du compas.
Quoique cette derniere ile I ii t a peine visible a
1'] 1 or izon, le soin q u'on avait mis a la suivre de
l'oeil ne laisse pas lien de craindre de mepn.se
dans cerclevcnicnl. 1) ;q>ies cesdonneesetlalati-
tude de 18 deg. 54 """?■ Nond, que les n 11 • 111 < ■ u res
a u to n I es moil ernes assigneDt a Agrigan, le milieu de cette ile serait situe a sept milles a l'Est
de l'Assomption; cette derniere etant par i43
deg. 15 min. Est selon La IVrouse, la longitude d'Agrigan doit etn- 143 deg. 22 min.
Cette difference de nu'riilii-n etait confirmee
par la mo n t re qui mettait l'Assomption par 143
deg. 28 min., et Agrigan par 143 deg. 35 min.
Les relevemens ont ete coniges de 3 deg. 3o
nun. de variation Nord-Est. L'etat du del ne
permit pas de prendre des distances la nuit. Le
sommet de l'Assomption futconstammeni cache
par un petit nuage de vapeur blanche; de l'ex-
tremite de cette espece de bonnet, il se deta-
chait a chaque instant des flocons qui dispa-
00.
fi ml
y t«Pl - .   AUTOUR DU  MOHDE. 365
raissaient bientot. H me semble que ce ne pou-
vwt etre que la fumee de quelques feux sou-
terrains.
L aspect de ce rocher, dont nous passames a
Io milles, n'est pas moinslugubrequedutemps
de La Perouse. Nous ne fumes jamais a moins
de huit I ieues d'Agrigan; a cette distance nous
ne pumes faire de remarque. Dans cette tra-
versee des Sandwich aux Mariannes, nous n'e-
prou vaiue.s que 18 min. de difference Ouest $
mais le navire fut porte de 107 min. dans le
Sud. Apres avoir double Ces Ues, la brise ne
varia que de l'E. au N.-N.-E., et fut constam-
ment assez fraiche.
Le n mars. —* A trois heures et demie du
matin, n'etant qu'a quelques milles de la plus
Nord des iles Bachees, je pris le bord de l'Est
sous petite voile. Le temps etait menacttnt, il
▼entait grand frais du N.-N.-E. En revirant au
Nord-Ouest, a cinq heures et demie, nous eumes
k la fois connaissance des six iles les plus sep-
teptrienales, s'etendant du Nord-Nord-Ooeat a
la distance de quatre lieues. La grosse mer et
la force du vent me faisant perdre l'espoir de
yv.'. .ULILI—.T,l« 366 VOYAGE --
>Iur«  1K19.
doubler la troisieme, j'arrivai a sept heures un
quart pour passer entre la quatrieme et la cin-
quieme.Ce canal a environ cinq milles de large;
il m'a paru lib re de dangers, a 1'exception
d'un rocher cerne de pierres et de petits brisans a un quart de lieue seulement dans le Sud-
Est de la quatrieme ile. La cinquieme, qui est
la plus grande de cet archipel, estelevee, accore et parfaitement saine. Aucun navire, a ma
connaissance , n'avait pratique ce debouque-
ment avant le Bordelais. Au moment d'y entrer, on vit une septieme ile dans"le Sud quart-
Sud-Est de la grande. Autant que j'ai pu juger
en cotoyant a la distance de une. a trois lieues
avec un sillage de sept a huit noeuds, il y a
passage entre toutes ces iles, excepte entre la
troisieme et la quatrieme, qui sont presque liees
par une chaine.de rochers. D'apres le gisement
des cotes opposees de ces deux ilots, l'ouverture
etroite qui les separe ne peut etre apercue que
des batimens qui parent dans l'Est ou dans
l'Ouest, ce qui est probablement cause que les
cartes n'en font qu'une seule ile , designee sous
le nom d'ile Monmouth. Dans la traverse'e de AUTOUR DU MONDE.
36n
dix jours des Mariannes aux Bachees, la difference Ouest ne fut que de 9 min., mais nous
fumes portes de 121 min. dans le Sud.
A huit heures nous debouquames dans les
mers de la Chine (0. Je portai au vent du banc
de Pratas, de maniere a assurer notre passage
au Nord de ce danger, malgre les forts courans portant au Sud. II continua a venter grand
frais en halant le N.-E., avec une mer grosse,
cla pott-use et tres-dure, et un temps qui ne
permit pas de faire d'observations ni le 7 ni
le 8. Le vent se modera de bonne heure le 9,
la mer s'embellit, et les apparences de mauvais
temps firent place a la brume. A quatre heures
on eut connaissance de deux sampaugs (2) qui
couraient au large, en meme temps la sonde
donna trente-six brasses fond de sable et co-
quille.s eassees. A cinq heures et demie on
apercut la cote de Chine dans le Nord-Est: elle
S^tendit bientot dans la partie de l'Ouest j plusieurs ilots la bordaient, et toutl'interieur etait
(1) Un instantapr&, le petit tinnier, qni, alav£rit6, etait
mftr, fiit defiance. Cest Parade la plus grave que nous ayons
epfouvee dans la voilure.
(i) Bateaux chinois s cenx-ci rtaicnt des pecbew». 368 VOTAGE
Mars  i3j(>.
montueux. Nous louvoyames a petits bords en
nous entretenant par le brasseyage de douze a
vingt brasses. Un grand nombre de sampaugs
pichaient autour de nous. La brume ne permit
pas de faire d'observations : les relevemens et
le gissement de la c&te qui s'e*tendait Est et
Ouest, rapportes a mes cartes qui etaient a
petit point, determine rent notre position a la
hauteur de Kingoe par as deg. 33 min. Nord,
ct 11a deg. /p min. Est, ce qui nous mettait
a trente lieues a l'Est-Nord-Est de Macao. Pendant cette t raver see de deux jours des ues Ba-
chees a la cdte de Chine, les courans nous por-
terent ill min. a l'Ouest, et i.\ min. seulement
au Sud. Les renseignemens que nous .obtinmes
des peelieurs, tout impartaits qu'ils etaient,
confirmerent l'opinion que j'avais concue sur
notre position. La faiblesse du vent et les varices conlraires rendaient nos progres tres-
lents, malgre notre empressement a mettre les
circonstances a profit. On prit des mesures pour
recevoir les pirates en cas de rencontre; et afin
d'^yiter les surprises de nuit, on tint a distance
les sampaugs <rui se trouvaient en grand nombre
sur notre chemin. Le temps, constamment cou-
f**^ AUTOUR DU  MONDE. 369
Mars 1^19.
vert depuis le 6, s?&$aire$t ie \r©. A midi la
hauteur du soleil nous mit par 22 deg.3g mfltt?
de latitude etle relevem@fit:;par 112 deg. Ouest
de longitude.
. Le 11. — On decouvifitf de bonne heure les
Lemas et plusieurs autfles iles orientales du
groupe situe a l'embouchure de? la riviere de
Canton. A cinq heures, au moment de donner
dans les passes, unl'pHote vint a bord : apres
aWiir'*5fait des demand^3°eSfirfe*itantes , me
voyant dispose a me pass^de lui, 53^'engagea
a0ondu^,e:fei0B9S^H,ie devSn't Macao, a des conditions raisonnafbld^C^^Be calme et le jusan
nous obliget^nt a moiiiWfer a trois heures et
demie, relevant le pic de'B&utao au Nord-Nora-
Est, celui de Linting a l'Est-Suu-Est. Jeme
rendis aussitdt 'a Macao afin de {H*Bndre langue
et de me procurer un pilote pbin" remonter a
Wampou. J'arrivai a Macao a minuife Le nara^
mouilia en rade a neuf heures du matin le lendemain , qui, pbuf'les haWtku'S de cette ville et
pour les navigatfeurs venus°par 1'Es^" etait le
13 roars. Nous avancames notre date d'un jour
afih de nous mettre au cO'iftant. Je rev5hs a bord
(1) Ponr cjuinze piastres.'
T. II.
24 3#$
VOYAGE
Ma
avec le pilote, et le 14 nous appareillamesk
six heures du soir pour Canton. Nous enirauies
dans la riviere le surlendeniain, et le 17, a deux
heures et demie apres midi, nous mouillames a
\ Va 111 [) o u aupres Aumwivvl'Indienne, de Na tiles.
■ Les retards t|uc nous avions eprouves taut
en A n i('ri que qu'a ux iles Sandwich eurent une
inllueiice lacheuse sur nos operations a la Chine,
ou nous n'arrivitLnes que dans larnere-saisou.
Les diiiicultc'.s qui < ntravent les affaires a cette
epoque reculee. se trouvaient, aggravees par le
no in! ne inoti d'Anier icains qu i, nous a van t pr-e
' cedes, avaient fait tomber la val eu r des im po r-
tat 1011s et I'puise ou renehcri les marchandises
du pa\s. Nous ne pumes placer le cuivre qu'a
19 piastres le pikle (62k.1l.). Le sandal des
Sandwich, qui j usque la n'avait jamais etc au-
dessous de 13 njastges, ne se vend it que 9, et
celui des Marquises 6. Les peaux de loutres,
dont il etait venu une quantite mediocre ,
avaient conserve leur valeur , et rapporterent
l'une dans 1'autre 3o piastres, malgre la qualite
inferieur de cellos.de Caliiornie, qui faisaient
pres de la moitie. Quelques fpHjurrurjB^fles d&r,
troits du Word furent portees a 54,Jft&$tEgft Lps AUTOUR DU MONDE. 371
Mars 1819.
soies ecrues, l'e'caille,huiimbarbe, etaien%epui-
sees, et le the vert tres-rare. Ge ne fut qu'au
taux de 80 piastres le pikle que nous pumes
obtenir une petites'quantite de celui dit poudre
a canon, le plus recherche dans nos marches.
Le suc«?e, seul objet d'un prix raisonnable, etait
a 7 piastres -?. Nous le fimes entrer pour une
portion consideijalble dans la composition' de
notre petite cargaison, quoique cette espece
fut encore peu connue en France, et que les
lettres que j'avais trouvees a Macao ne m'auto-
risassent a en prendre que quelques quintaux
pour echantiUon.
DesJjnotre arrivee a Wampou, on s'occupa
des trayaux.luecessaires pour mettre le navire
en etat d'effectuer son retour en France. La soli ditedes.';liadsf>n8-et 1'etat de la carem® m'inspi-
rant encore beaucoup de confiance, malgre la
perte du doublage etles accidens de nos lon-
gues navigations, je me bornai exchanger qvtel-
ques ecarts des ceuvres mortes et placer soualeb)
bossoirs le peu de cuivre qui nous restait. Le.
biscuit e'tait epuise ainsi querla salaison, une
partie de celle faite a San-Francisco ayant ^bq
eedee aux Anreidoeunsaux'Sand-frieb. Je fis con-
24-
1 m
Mi:
3"]0 VOYAGE'
Avril 1819.
fectionner de ces deux articles, a un prix assez
modere , une   quantite' suffisante pour nous
rendre en Eu rope: 11 fallnt aussi n o u s n 1 u n 1 r de
manoeuvres cou ran les et de tone a voile.
Je fis valoir la pet ites.se du navire et la ta 1-
blesse de sa cargaison pour lo so u si ra 1 re aux
charges enonnes imposees a nos hat 1 mens, dans
un temps ou il n'en venait a la Chine que d'un
port considerable, et pour obtenir qu'il ffiit
1 ra 11 ('■ com 1 ne 1 es Americains venant de la cdte
Nord-Ouest: malgre I'ahsunlite d'assimiler le
Bordelais k un vaisseau d e com pa gn 1 e, les Chinois, all^guantl'usage etabli, rejetereof ma demande ; et le seul tin lt que je retirai de mes
denian lies, flit une diminution de 700 piastres sur la gratification dn comprador, dont
la meiUeure partie, ainsi que les autres depenses de cette espece, tour 1 ie au profit 'des
anion tes. '
Nous apparedlames de Wampou le a3 avrii^.
et nous mimes a l'ancre devant Macao le o5,
ap res avoir feit deux moniliases dans la r i v 1 e re.
Je passai la journee"1 suivante dans cette ville.
pour remettre mes paquets pourda France, et
pour prendre du vin avec quelques medica- AUTO0R DU MONDE. 3^3
Avril i3ig.
mens. Le 27 nous fimes voile de la rade de
Macao, de conserve avec VLndienne.
Le commerce de la Chine a eprouve quelques changemens dans le quart de siecle pendant lequel les circonstances nous ont exclus de
ce pays. Celui qu'y font les Etats-Unis, si faible
au commencement de nos troubles, a pris une
extension proportionnee a l'accroissement de
leur population et de leurs richesses. La guerre
avait presque entierement suspendu ces relations ; il n'etait venu que neuf batimens pendant les annees i8i3 et 1814- Depuis la paix,
cette branche de navigation a repris une acti-
vite que chaque annee a vue s'accroitre. Dans le
cours de la saison ou annee commerciale, comprise entre le ier juillet 1815 et le 3o juin sui-
vant, la riviere de Canton a ete frequentee par
trente batimens americains, dont le port reuni
s'elevait a 10,200 tonneaux; la saison de 1816
a 1817, il en est entre trente-huit, du tonnage
total de 13,096 tonneauxj la suivante en a vu
trente-neuf, portant 14,325 tonneaux. II en etait
arrive quarante-sept dans les dix mois de la
saison 1818 a 1819, ecoule's jusqu'a notre de'-
part; les trois quarts de ces derniers ont du 374 VOTAGE
Avr.l   1S11).
porter leurs cai*gaisons dans leurs ports. Les
avantayes que presente ce tableau sous le rapport de la navigation, sont en grande partie
balances par les- suites 1 aehe11ses que doit avoir
pour un pays aussi pen nehe en numeraire q ue
les Etats-Ums, l'exportation enorme d'especes
mon nay ces, au mo ven desquelles ce commerce
s'alimente. La Chine a recu par cette von- dans
les trois premieres annees precitees, 1,922,000
piastres, 4,545,000 et 5,6o 1,000 piastres, lien
avait ete introduit plus de 7,000,000 dans leS
dix premiers moi.s de 1818 a 1810. Dans les
trois annees dont le rel eve com pie t a ete lint,
la valeur totale des importations par les batimens des Elat.s-Unis, avait ete respeeli ven lent
de a,5a7,5oo piastres, 5,609,600 et 74076,800
piastres. Les produits des con trees baignees par
le grand Ocean dans 1'un et l'autare hemisphere,
formaient une partie considerable des marchandises importees. II est probable que la Chine
ne reccvra pas de long-temps an tant de navires
americains, d'apres les mauvais succes qu'ont
du. avoir'la plupart des expeditions de l'annee
derniere.
Tandis que les autres nations 11c se procurent AUTOUR DU MONDE. 375
Avril 1819.
les produits de la Chine que par le sacrifice
d'une partie plus ou moins considerable de leur
numeraire, 1'Angleterre est parvefiue non-seu-
lement a s'affranohir de ee tribut, mais mdme
a faire de ce commerce une mine fertile, qui
augmente les rich esses metalliques de ses possessions asiatiques, et par consequent sa puissance. Ge succes est du a l'accroissement pro-
gressif de l'inaporlation des marchandises de
l'Inde, partioulierement des colons et de l'o-
pium, ainsi que des lainagcs de ses manulac-
tures. Le debouche immense que ce dernier
article trouve mainlenant chez les Chinois, est
le fruit de sacrifices faits pendant plusieurs annees, avec une perseverance courageuse qui a
vainou la- repugnance de ce peuple pout* tout
ce qui vient des etrangers; et l'a accoutume* a
l'usage des tissus anglais. Dans la saison de 1817
a 1818, la Chine re^ut seize vaisseaux de compagnie d'Angleterre, et trente^S&tflP batimens
particuliers armes dans l'Inde. La valeur des
importations' dfeites par les premiers fut de
5,o45,ooo piastres, somme dans laqueile lestti1-
na^es et les metaux de la metropole figurent
respectivement-pour 3,i3o,ooo et 260,000 pias- 376 ,   V0XAGE
Avril 1819.
tres, et les cotona.de l'Inde pour les i,65o.ooo
piastres restantes. Les exportations chargees
d'environ 7.00,000 piastres de frais et depenses
diverses, monterent a la somme tie 6,390,600
piastres*. Le commerce par ticuher ml rod 111s it
pour 1,082,000 piastres de marchandises j ses
exportations furent de 4,004,000 piastres, en
comptant !\ 60,000 de fra is. Les pa co ti 11 es et
les depenses des capitaines et des officiers de
la compagnie sont comprises dans le second
dief, mais j'ignore dans quel les proportions $
pcut-etre  colitient-il   les   280.OOO   piastres^  de
marchandises d'Europe qm lout partie des
importations particuliebes. La totahte des importations faites par les batimens anglais, tant
a ji par tenant a la compagnie qu'a 11 x armateurs
parliculiei's, s'est ('levee, de 1817 a l8l8, a la
somme de 16,1 26,700 piastres j les exportations
ne presentent qu'une valeur de 10,09 1,700
piastres, toutes depenses comprises j la balance
en faveur du commerce anglais est de 5,63 2,000
piastres, dont la remise doit s'effectuer dans
l'Inde. Dans la somme des importations, les
produits de l'Angleterre representeht une valeur de 3,670,000 piastres j  ceux de l'Inde AUTOUR DU MONDE. 377
Avril 1819.
12,456,000 piastres. En isolant son compte de
celui de 1'Angleterre, ce pays aurait 8,45o,ooo
piastres a repeter sur la Chine.
Aupres du commerce de FAngleterre et des
Etats-Unis, celui des autres nations est insigni-
fiant. J'ignore le nombre des batimens qu'elles
ont envoyes a la Chine depuis la pa-cification
de i8i4> A ma connaissance, il n'en est venu
que trois hollandais et un suedois; mais les portugais ont ete plus nombreux.
Si les circonstances dans lesquelles nous nous
trouvons excluentla probabilite de voir le commerce de la Chine nous procurer des avantages
comparables a ceux qu'en retirent les domina-
teurs actuels de l'Inde, elles nous permettent
au moins d'aspirer a entretenir ces relations sans
aucun sacrifice de numeraire; peut-etre pour-
rons-nous un jour faire entrer nos tissus en concurrence avec ceux del'Angleterre. En attendant,
la traite des pelleteries a la cote Nord-Ouest
d'Amerique, et le commerce de la mer du Sud,
nous offrent des a presentles moyens de pourvoir
par les echanges aux besoins de nos marches.
La faveur dont jouissent les produits de notre
sol et de notre Industrie dans l'Amerique me- 378
VOVAGE
ridionale, nous promet des resultats bien plus
importans, et doit nous faire espe*rer de voifr
notre commerce former des relations aussi e ten-
dues qu'avantageuses avec les riohes con trees
situees sur le grand Ocean; mais dans letat de
I'aiblesse et de tnnidit(- mi un quart de sieclesi
fecond en desastres a plonge le commerce fran-
cais, il serait necessaire de stiinulc-r l'esprit
(Ten I reprise par des encouragemens. Dans les
circonstances act nelles, lap pan lion de quelques batimens du Roi, d'une force respectable,
serait aussi tres-avantageuse en entretenant le
respect du au pavilion franca is, et en deposant
de la protection que Sa Majeste accorde au
commerce de ses sujets.
Avant de qnitter la Chine, je me fais un
plaisir de reconnsutre les pro cedes aussi obli-
geans que dehcats que j'y- recus de la part de
M. de Verinnes, anna leur de I'Indien ne. Je ne
puis non plus passer sous silence la maniere
agreable dont je frs acciiei 11 i par les faCteurs
et les negocians des diverses nations- unies par
les hens de la civilisation. J'eus particuliere-
ment a me louer du chevalieriliungsted, fac-
teur de Suede, dont les temoignages affectueux AUTOUR DU MONDE. 379
Avril—Juillet iSiy.
et la bienveillance me firent oublier que la
France n'avait pas d'agent dans ce pays.
La conduite du haniste Chonqua, mandarin
de troisieme classe, avec qui j'ai traite toutes
les affaires du navire, le rend digne sous tous
les rapports de devenir, comme il le desire, le
haniste en titre des Frangais.
Je ne porterai pas plus loin ma relation: l'inte-
ret qui s'attache a Yexpedition du Bordelais jusqu'a son arrivee en Chine, nepouvant s'etend re
a sa, derniere traversee, qui n'a pu rien ajouter
aux connaissances que plus de deux siecles de
frequentation reguliere ont fait acquerir sur les
parages qui lui restaient a parcourir pour se
rendre en France. Je me contenterai de dire que,
parti de la rade de Macao le 17 avril, ayant eu
a remonter les mers de Chine a contre-mous-
sOn, ce ne fut que le 3o mai qu'il en sortit par
le passage de Carimata, et le 7 juin qu'il dou-
bla le detroit de la Sonde, apres vingt-quatre
heures de relache a Aniers. Une voie d'eau qui
se declara de l'avant, necessita son entree a l'ile
Maurice, ou il relacha du ier au 17 juillet
Le 20 il passa sur la rade de Saint-Denis pour
prendre les paquets du gouverneur de l'ile de 380 VOYAGE
A'>ut. ^— rfovemljre i8i().
Bourbon. II doubla b- cap de Bonhe-^Esp^rance
le 13 aout. Sa traversee ayant etc retard^e jus-
qu'aux A co res par des h rises faibles et presque
toujours contraires, et dans l'Est de ces iles par
^^dne serie de vents de N.-E. souvent tres-vio-
lens, le Bordelais fut oblige" de demander des
vivres k trois batimens differens, et ne fit son
atterrage sur la cdte d'Oleron que le in novembre. U Tentfa dans la Gironde le a i   et ter-
mina ainsi son vdyage autour du globe en
trente-sept mois et deux jours, dont vingt-
deux mois et six jours sous voile.
Quoique l'equipage fut encore fort de vin«»t-
trois hommes, il n'en restait que dix-sept des
trente^juatre embarquds a Bordeaux j nn seul
avait ete enleve" par la mort, mais il avait fallu
en d^barquer oinq pour cause de sante, et onze
avaient deserte. Le nombre de ces derniers ne
doit pas Conner, en considerant que 1'espoir
de trouver l'occasion de faite la course sur les
cdtes d'Amerique avait attire a bord, lors de
l'armement, beaucoup de mauvais sujets. D'un
autre cote, nous eumes le plaisir de ramene
sous pavilion quatre Francais. La compositioi
de l'e
;r
in
'equipage, dont la presque-totalite appar- AUTOUR DU MONDE.
381
tenait au Midi de la France, et etait peu ac-
coutumee aux fatigues, explique les maladies
continues qui le desolerent pendant les deux
premieres annees.
II est a remarquer que, malgre la rigueur
de l'hiver de la cote Nord-Ouest, la sante de
l'equipage ne fut jamais dans un etat plus satis-
faisant que depuis notre depart de Californie.
Le scorbut ne se manifesta que tres-legere-
ment, dans la traversee des Sandwich en Chine
seulement.
II m'est agreable de terminer ma tache en ren-
dant a mes braves collaborateurs les temoignages
dus au courage, aux talens et a la patience dont
ils ont fait preuve au milieu de la longue serie
de dangers, de fatigues et de privations que
nous avons eprouves dans le cours ,de notre
voyage, et particulierement dans les deux camp
pagnes a la cote Nord-Ouest d'Arn^gique. J'ai
surtout a me louer des services deM. Foucauit,
lieutenant de vaisseau, mon second, dont le
coup d'oftl. sur et rapide previjj$l la perte du
jq^vire a Nitinat, la nuit du 24 au 25 sep-
tembre 1817. Je fis le sacrificg-jd^qpt officier
distingue, dont 1'an^.tie ne m'etait pas moins 38a
VOYAGE
connue que Yexp6rientmff'en faveur de Flfa*
dicime , dont il p r 111 e con 1111a i id en i en I en C11111 e.
M. Bfiiole, qui le remplaca, ajouta aux litres
qu'il avait deja a ma confiance, par la maniere
dont il s"a equilla de ses nou vel les ton el ions. La
cond uit e de -M. Partarieux, embarque volbn-
t ;ii re , lui merit a d'etiffe fail oil icier en d6-
ccmbre 1817, et repondit toiqours a mon at-
tente. Pottfr'fairjB l'eloge de HhHHtnont, ofiicier
de sanle , il suflit, de dire que la mort, qui le
nienaca lui-me me plusieurs ibis , n iitteignit
parmi nous qu'une seule victime. M. Eyssku-
tier, volontaire, se rendit. surtout tres-utile par
son intelligence a saisir les differens idiomes
des peuplades sauvages. J'ai ete gdneralement sa-
ti.slait des homines del'Equipage, qttf, fidfelesat
leurs en gage mens, sont revetiti& eti France itfet
le navire.
: Ex^fei^tt^d-uneetitrepifisfe k laqtreHfe^fcole
d'i&^tsgttf'partreUlils-tftf,1 se trotfVfcWI attacks des
ftft&^ts nationaui!, je regr#ft6 VrvitiieUt de
ri'Woi¥,Jpu obt&cfflP'des resultats assefc1 &?£&&•*
geux pOiir'tJoin^eilser'lts saterificett'du n^g'dfcidJnft
patriate et cOUrag^eiix qui VtipsacRaTLnt de faire
sfctfl1 tous les ftais d?-ar5te' fjtfSse-dehors consid£- AUTOUR DU MONDE.
383
rable, et pour presenter, sous un jour favo-
JS^^jajnos amateurs, l'immense debouche que
le grand OceMoffre a leurs speculations. Mes
gegrets sont alleges par la conviction d'avoir
employe toutes les ressources de l'activite et de
la pe^verance afin de suppleer a la defe^tuo-
g^des moyens mis a ma disposition, d'apres
des rense%nemen^iinexacts ou surannes, et par
la perspective des suteces que notre experience
a prepares aux expeditions qu'on pourra tente?
^atv.enir.
En envisageant le voyage du Bordelais sous
le rapport de 1'interet general, on remarquera
que, par l'intermediaire de ses operations sur
les cotes du grand Ocean, il a pu obtenir son
retour au moyen d'une cargaison composee des
produits de notre sol et de notre industrie,
tandis que par la voie suivie ordinairement dans
les relations avec la Chine, le chargement que
le navire a pris dans ce port aurait coute a la
France une extraction d'especes de plusieurs
centaines de mille francs. Ces considerations
fixeront l'atterilion d'un gouvernement sage,
juste appreciateur de tout ce qui se rattache
aux interets nationaux, et appelleront sa solli- 384
VOYAGE AUTOUR DU MONDE.
citude sur une carriere nouvelle qui, sous les
rapports'commerciaux, aTavantage de substi-
tuer 1'emploi tl es p rod u it s a eel in d u n 1uneraire,
et, sous le rapport de la marine , devient une
e'cole inappreciable pour former d'excellens
sujets pourle service des vaisseaux du Roi.
Je croirai mes peines bien employees si elles
peuvent concounr a l'aecomjihsseinenI de fun
ou de 1'autre. de ces objets importans. Quel les
que soient les suites de mon voyage^ fose croire
que, quoique entrepris sur un batiment par lien her, sa nature, ne-permettra pas dele con-
siderer comme etranger au service de f Etat.
FIN.
i*w  386
VOCABITLAIBE
ANCRE surjouallcc ou surjalec. Embarras du cable qui
re I i c ■ n I 1 .-mere.    j
 ' chasser 1'). On dit que l'ancre chasse quand le
vaisseau lYntraine avec lui.
— laisser tomber f>). Action de mouiller l'ancre.
— de veHIe (faire peneau de 1'). Se disposer k mouiller
l'ancre.
APPAREILLER. Cest cesser d'etre It l'ancre pour
mettre a la voile.
ASSURER ses couleurs. Cest tirer un coup de canon
en arborant le pavilion national.
M KK) M-'.S et latines. Differentes voiles.
B.
BABORD. Cdte* gauche du vaisseau.
BONNETTES basses. Espece de voile de beau temps.
BORDEES (prendre les). C'est lorsque la direction du
vent avec la quille d un vaisseau forme nn angle
de 67 dec. 3o min.
BOSSOlR (le . Piece de la construction d'un vaisseau , 11 es 1 i 11 <-e a supporter l'ancre.
BOIJEE. Corps leger fait de hois ou de 10e. destine
a Holier au-dessus d'une ancre mouillce , k laqueile
il est \i6 par l'orin.
BRASSE (une). Longueur de cinq pieds.
BRISANS. Ecueils a fleur d'eau sur lesquels la mer
brise et ecu me. DES   TERMES   DE   MARINE
c.
CAP (porter le). Un vaisseau porte le cap sur un objet
quand il se trouve devant lui dans la direction de
sa quill e.
CARGUER les voiles. Action de diminuer la surface
des voiles pour faire cesser Taction du vent dessus.
CLAPOTEUSE (mer). Etat de la mer lorsque ses
vagues courtes, multipliees et sans forme, comme
sans direction determinee, ne font que s'elever et
s'abaisser sur elles-memes sans se propager dans l'es-
pace avec la regularity du mouvement des lames
dans une mer libre.
COMPORTER. On dit qu'un Mtiment se comporte
bien quand il navigue bien.
CONSERVE (aller de). Batiment qui en accompagne
un autre.
D.
DANGERS. Rochers , bancs, hauts-fonds, etc.' qui
peuvent menacer les vaisseaux et les navigateurs de
quelques dangers.   .
DEBOUQUEMENT. Embouchure ou ouverture d'un
canal vers la grande mer. Ce canal peut se'parer deux
grandes terres;. il peut aussi se prolonger entre des
ties, et le debouquement est le lieu par lequel les
m 388 ' VOCARULAlRE
vaisseaux sortent de ces canaux pour arriver dans
une mer hbre.
DEFERLER- Defer ler une voile c'est la degager dc
tous les liens ou rabans qui la tienncnt pliec et percee
sous sa verguc.
— se dit de la mer quand les lames, repliant leur
sommet sur elles-memes, se brisent en ecumant et
avec bruit k la rencontre d'un rocher cache ou d un
haut-lond.
DERAPER. Une ancre mouillec derape lorsque, ceil a a t aux efforts que la mer ou le vent exerce sur le
batiment qu'elle doit relenir, sa patte est lorcee de
labourer le sol ou elle est engagee.
DER1VER. Suivre le cours de l'eau.
DEVERGUER les voiles. Oter les voiles des vergucs.
DOUBLER. Un vaisseau double une pointe, un cap ,
un banc, un danger, etc, lorsquu les depasse dc
maniere qu ils lui restent sous le veut.
DRAGUER le cable. Si un cable est au fond de l'eau,
et qu al'aide de grappins qu'on promene sur ce fond
on cherche a le trouver et a le retirer, c'est draguer
Ie c&ble.
DROSSER. Un vaisseau entrain^ par un courant est
> i dit d rosse par ce courant. DES   TERMES   DE .MARINE.
E.
E. Est.
EAUX (naviguer dans les). Un vaisseau navigue dans
les eaux d'un autre quand il se place dans la trace
que celui-ci laisse sur la mer.
ECLAIRCIE (une). Etatpassager du ciel, lorsqu'apres
avoir ete couvert il devient d'abord plus clair, et
moins nebuleux dans quelques parlies, pour etre voile
ensuite par de nouveaux nuages qui ramenent la pre"-
cedente obscurite".
ECOUTILLES (les ). Ouverture quadrangulaire ou
trape qui est faite dans l'epaisseur d'un pont ou d'un
gaillard, c'est-a-dire d'un'plancher etabli dans l?inte'-
rieur d'un bdtiment de' mer, pour faciliUCr la communication de toutes les parties superieures et infe-
rieures de ce batiment.
ECUBIERS- Trous qui servent au passage des cables,
qui, attaches par un bout a l'anneau d'une ancre,
entrent par ces trous dans le batiment pour y etre
arretes sur les montans des bittes.
ELONGER les touees. C'est disposer a hiller Ie vaisseau par le moyen des touees.
ENCABLURE. Longueur d'un c&ble ou mesure de
cent vingt brasses.
ENTALINGURE. Liure du bout d'un c&ble, ou d'un ■fill
1
3q0 VOCABULAIRE
grelin, ou d'un orin, avec une ancre, ou un grappin,
ou uue bouee.
ENVERGUER. Cest lacer le cdte* d'mie voile avec la
vergue qui est dcstinee k la porter, et sur laqueile
elle doit etre replide lorsqu'elle ne doit pas etre ex-
posee k Faction du vent.
11
FARGUES. Noms de bordages suppldmentaires ou de
certaines planches avec lesquelles on augmeute, dans
certaines circonstances, la hauteur des bords d'un ha-
. teau au-dessus du niveau de la mer, pour le de-
fendre davantage de 1'acres de la mer, en lui oppo-
sant une harnfere plus 6lev6e. Ces bordages ou ces
fargues sont -^ tab lis a coulisse entre des mont ans qui
ne sont places qu'au moment du besoin.
FATIGUER. Un vaisseau fatigue., lorsqu'au milieu
d une grosse mer il est violemment- agite et fait des
mouvemens qui alterent la liaison de ses parties et
ebranlent sa mature. S'il est mouille, on dit qu'il
fatigue k l'ancre j mais s'il est a voile, il fatigue k la
voile.
FILET d'abordage. Filet.qui entoure le vaisseau a une
hauteur de douze k quinze pieds, et qui est destine
a garantir le vaisseau de l'abordaee.
FILER
11
tm na
ud, ou filer le loc. Operation par la
queue on mesure la'Titesse du vaisseau. DES  TERMES  DE  MilRINE.
FOC. Nom d'une voile. •
FRAICHIR, exprime que le vent devient plus fort.
FRAIS (joli oubon), exprime l'dtat du vent modere ,
et qui permet de deployer toutes les voiles dont un
vaisseau est pourvu.
GISSEJMENT. Position d'une ligne qui reunit deux
objets a l'egard de la ligne meridienne. Le gissement
d'une partie des cotes de la mer est l'air de vent at
quel est parallele la direction de la ligne qui reunit
les deux extr^mit^s de cette partie de la cote. Si
cette direction est Nord-Est ou Sud-Ouest, on dit
que le gissement est Nord-Est ou Sud-Ouest.
&RAINS de vente. Coups de vents de peu de durec.
GRELIN. Sorte   de   cordage   moins   gros   que ceux
nornmes cables.
GUIBRE. Nom donne a toute la charpgnte qui: est
placee en saillie devant l'^trave d'un vaisseau.
GUY. Espece de perche qui, appuyee par une extre"-
mite sur le corps d'un mat, sert k deployer le cote
inferieur d'une voile nominee borne.
HALER. Tirer avec une corde et a force de bras. 3Q2 vocabulaibe
HELER. Parler par le porte-voix a.-l'equipage d'un
vaisseau.
HOULE (la). V agues encore agitees a la suite dune
'- tempete.
HOULEUSE (mer). La mer esthouleusc lorsqu'elle
est elevee et agite'e par de grosses lames longues
sans brisans.
HUNIER. Voile qui dans un vaisseau est placde im-
mediatement au-dessus des voiles basses du grand
mat et du mat de misaine, ou entre ces voiles et
celles de perroquet.
JUSAN. Reflux de la mer;
L.
LANGUE. Coin ordinaire d'une longueur plus ou
moins considerable.
LARGUE. Cordage l&che et sans tension.
LARGUER. LorsquOta liche un cordage tendu, et
qu'on Ie laisse aller, c'est le larguer.
LOC. Morceau de hois auquel est at Lichee une longue
ficelle ayant plusieurs nceuds, et que l'on jette k la
mer pour mesurer la marche d'un vaisseau.
LOFFER. Venhfvtm vtfHt;-'  m
3g4 vocabuLaire
autres, et queleurs efforts opposes ('-i.-ini en Ajuilibre
niai111 iennent le batiment sa111 Vitesse progressive.
QUART. Le quart est la garde du batiment pendant
un temps determine, qui ordinairement est 'le .quart
d'un jour, ce qui embrasse six heures constScutives.
— 'etre de). Cest etre de service ou de garde a bord
d'un vaisseau pour veiller a la surete du batiment.
et pour cooperer it toutes les manoeuvres que peuvent exiger les vents, la mer et les circonstances.
— (faire bon). Cest faire le service avec une surveillance par t ic.u liere et con I im i el I e.
RADOUB. I .e radoub d un vaisseau cousistc dans l'o-
[xiration de mettre des pieces de Bois neuves k la
place de celles qui sont pourries ou qui ne peuvent
plus remplir leur destination primitive.
RAFALES. Coups de vents sub tils et impetueux, mais
de peu de ilun-c.
RANGER k 1'honneur. Cest passer pres d'un batintent
ou d'un lieu quelconque le plus pres possible.
RELEVEMENT. Determiner une position.
REMORQUER. Aider la marche d'un vaisseau en le
tirant apres soi. DES   TERMES  DE  MARINE. 3o5~
REMOUX. Tourbilious d'eau qui se forment lorsque -
les eaux sont ddtourndes tres-directement de leur
cours primitif.
RHUMB. Angle forme" par la direction d'un air de
vent quelconqne et la ligne Nord et Sud ou mdri-
dienne: ainsi le rhumb de vent de la route d'un
vaisseau est l'angle de eette route avec le meridiem
RIDER. Roidir un cordage.
RIS. Partie d'une voile comprise entre le c6te" qui est
lace* k la vergue et une ligne parallele a cette en-
vergure.
— (prendre les). Cest soustrfcrire k l'impulsiou du vent
la partie super-ieure, nominee ris, de l'e"tendue ckune
voile ddployee, ou raccourcir cette voile dans le
sens de sa hauteur. Un vaisseau a tous les ris pris
dans ses voiles lorsque les ris de ses voiles deployees
sont tous serres sur leurs vergues. ■
RISEE. Voy. Rafales.
S. Sud.
S.-E. Sud-Est.
S.-O. Sud-Ouest..
T.
TANG AGE. Oscillation d'un vaisseau.
TONNEAU. Mot par lequel on exprime le poids que ii
396
VOCABULAIRE   DES TERMES. DE   MARINE.
peut porter un vaisseau. Un tonneau est un poids de
deux mille livres.
TOUEE. Cordage k l'aide duquel on tire un vaisseau
pour lui faire parcourir uu certain espace.
TRIBORD. Cote" droit d'un batiment.
FIN DU VOCABULAIRE DES TERMES DE MARINE. WWV^^VWl/fcV&/W^UVVW4TvTi/VV^
TABLE DES MATIERES
CONTENUES
DANS CE VOLUME
CHAPITRE  VIII.
Iles Masse et Chenal nag. i
Renseignemens sur les habitans de ces deux
iles  2
Ile Maria-Laxara.  3
Particularity remarquable sur un mouton
de Californie  6
Mont Saint-Hyacinthe  g
Mouillage a la Nouvelle-Archangel.    .     . 11
Conventions pour la chasse aux loutres. . i %
Re'ception flatteuse faite  au capitaine du
Bordelais  i4
Ile du Roi Georges  17
Port Saint-Paul; lie Poustoy  19
Arrivee a Kodiack. ........ 20
Destruction totale des rats qui infectaient
le Bordelais  22
Ile Pradsnik  a3
mem 3g8 table
Dispositions du capitaine ppur la chasse
aux loutres PaS- 2^
Details sur Kodiack  27
Daneers de certains courans  3 a
CHAPITRE  IX.
Depart du port Saint-Pan 1  34 "
Relache a l'tle du Prince de Galles. ... 38
Chasse aux loutres  4°
Note sur la loutre  As.
Les Kodiaques sont attaquespar les Indiens. \5
Danger que court le capitaine du Bordelais. 0
Combat dans lequel vingt Kodiaques sont
t ues et douze blesses  4 7
Insensibility extraordinaire des insulaires. 5o
Les pertes cprouvees par le Bordelais uhli-
gent le capitaine a retourner a la Nouvelle-Archangel  55
Ile isole'e  56
Arrive"? "k Sitka  58
L'equipage du Bordelais se refuse a sortir de
nouveau pour la chasse aux loutres.    . 61
CHAPITRE  X.
Reconnaissance du  cap Tchirikoff.    .    j .66
Christian-Sound ibid. DES    M ATIKRF.S. 3oQ
Fr^de/rick-Sound pag. 67
Detroit de Chatham ibid.
Ile de l'Amiraute ibid.
Village d'Houtsnau 70
Youtchkitau, traitant 71
Katahanack, chef indien.    .'....      72
Gross-Sound 76
Ile Kitghaka 78
Combat entre deux pirogues indiennes.    .      85
Ornement bizarre des femmes de ces con-
trees ibid.
Description gec-graphique de la baie ap-
pelee Koutikikakoa par les Indiens. . 87
Rencontre du navire le Brutus. ... 93
Le capitaine du Bordelais recoit k bord
deux Indiens pour renforcer l'equipage. 96
Visite de Tachahanak et de sa famille. . 1 o3
Retraite sur la cote de Kekh et sur les
mouillages qui l'erivironnent.     .    . 104
Le Bordelais echoue 109
Details sur Smed, chef indien no
Observations geographiques et nautiques
sur Hood-Bay m •■'
400 TABLE
CHAPITRE  XI.
Depart de Hood-Bay pag. i i\
Reconnaissance et description  de la cote
d'Iknou, de son port et de ses environs. 115
Arrivee au port Cordova  124
Tentative du capitaine du Bordelais afin
d'engager les Indiens a venir a son bord. ia5
Port Estrada  126
Bras de mer de Masset  127
Details sur les habitans de Masset.              . i3o
Itemtchou, grand chef de Masset. i3a
Le capitaine change de nom avec Itemtchou. 13 3
Le Bordelais echoue  ibid.
Detroit de Pitt  i4i
Spectacle d une nuit superbe qui fait eprou-
ver une emotion rebgieuse a tout it ■<pi 1-
Page  i44
Renseignemens sur Skitansnana et ses habitans  i48
Retour a Noutka  i5i
Fourberie presumee de Macouina.   .    . i5a
Reception faite au capitaine du Bordelais
par la famille de Macouina  i56
Habitations de Macouina et de son fils. . . i58 DES MA.TIERES. 4oi
Macouina engage le capitaine a former un
etablissement a Noutka.     .     .    .    pag.  161
Eloge de Vancouver, de Brougton, etc.    . i63
Renseignemens sur le pretendu droit de
Meares sur des districts et portions "de
terrains de cette contree  ibid.
Ample provision de bois, d'eau, de gibier
et de poissons pour une valeur de 5o fr.
en marchandises  168
Depart pour la Californie  172
CHAPITRE XII.
Details historiques, geographiques et nau-
tiques sur Noutka  17 4
Produit du sol.  178
Animaux qui s'y trouvent  179
P^ches et chasses indiennes  182
Rapport entre certaines coutumes des Ma-
decasses et celles des sauvages de Noutka. 187
Description de ces naturels.  ibid.
Ornemens  J*)0
Toilette  ^9l
Habillemens  192
Moeurs.     •  x9^
Armes  I94
Habitations  ihid-
t. n. a6 409. TABLE
Nourriture pag-  *96
Travaux des deux sexes  198
Gouvernement. ..    .•  201
Religion  20a
Sepulture  206
Cimetiere.des chefs  207
La pluralite des femmes en usage parmi les
tahis (chefe) et les gens riches.    .    .    . 210
Empire des femmes  21a
Manages  ai3
Superstition des tahis  214
Population  216
Idiome  ibid.
Dialectes.  2 it
Maniere de compter  218
Chant  219
Chronologie  220
Observations generates  221
CHAPITRE XIII.
Cap Mendocino  2a5
Incendie  a^T
Erreur de La Peyrouse a ce sujet.    .    .    . 228
Mouillage dans l'anse^du Presidio.   .    .    . 231
Travaux k bord du Bordelais  234 DES  MA.TIERES. 4°3
Precede employe pour conserver la viande
k bord du batiment pag. 235
Le gouverneur de la Haute-Californie s'oppose a ce que le Bordelais exerce les
droits dont il avait joui precedemment a
San-Francisco 237
Demarche du capitaine du Bordelais rela-
tivement a cet emp^chement.    .    .    .    238
Fete de Saint-Francois 245
Le mattre d'equipage et le charpentier sont
obbges de quitter l'equipage par suite
de maladie 252
Desertion 257
Depart du Presidio 258
CHAPITRE XIV.
Renseignemens sur les etabiissemens espagnols en Californie  260
Population  261
Produits agricoles  a65
Industrie  a67
Habitations  **«*■
Etat militaire  268
Climat  27°
Villages nommes Pueblos  ibid.
Force militaire  27 l 4o4 TABLE
CHAPITRE   W
Tempete qui met en da ngerle Bordelais. pag. 27 9
Avaries au navire par suite de la tempete. 281
Relache au port de Sitka.  a 84
Approvisionnemens de pain, bois, biere,
rim in et genievre  207
Travaux a bord du navire  209
Depart de la cote Nord-Ouest d'Amerique. 393
CHAPITRE XVI.
Details relatifs a la traite des fourrures indigenes de la eote \ 1 nil-() 1 u-si de 1 Ame-
iKnie septentriouale  ■'•<) j
1111 his indiennes  son
Objets d'echange  298
Avis important aux navigateurs qui relS-
cheraient dans ces parages  200
Traite des pelleteries des annees 1804 a
1818  3o8
Avantages pour le commerce firancais. 3oo
Considerations sur les etabiissemens russes,
et reflexions sur un- ukase imperial. 311
Population de la Nouvelle -Archangel. 317
Colons  3t8- DES   MATIERES. 4o5
Details geographiques pag. 3i8
Force maritime de la compagnie russe
d'Amerique 3ai
Avantages pour les officiers de la marine
russe et anglaise 322
La Nouvelle-Archangel, chef-lieu des possessions russes 322
Autorite des Russes k Kodiak et dans les
ties Aleutiennes     .    223
Difference de l'autorite des Russes de ces
contrees avec ceux de Sitka 324
Details sur le commerce des Americains k
la Nouvelle-Archangel 326
Observations geographiques sur la cote
Nord-Ouest 331
Observations sur les habitans 332
Port Desire' 336
Anse Funeste t    .    .   ibid.
Baie appelee Koukitikakoa par les Indiens,
et a laqueile M. de Roquefeuil a donne
le nom de Balguerie, en l'honneuf de
l'armateur du Bordelais ibid.
CHAPITRE XVII.
Depart de Sitka. 336
Relache a l'ile d'Owehie.   ......    338
ml *
4o6 TABLE
Tameamea, souverain des lies Sandwich, pag. 339
Details historiques sur ce personnage. ibid.
Son avenement au tr6ne  ibid.
Gouvernement de ce chef.  34o
Ses forces militaires  34*
Haute idee que ce souverain avait de la
France  342
Cook donna aux iles Sandwick le nom
qu'elles portent  344
Femmes de Tameamea  345
Une d elles s'informe de Napoleon.    .    . ibid.
Reconnaissance des iles Taourowa, M1 >wie,
Ranay et Morokay  347
Arrivee k Woao  340
Observations sur l'arehipel des Sandwich; 351
Population  355
Habitans  ibid.
Bestiaux  355
CIimat et sol.    . aKn
Fort d'Anaroura  353
Commerce du sandal  3Q0
CHAPITRE   XVIII   ET   DERHIER.
Depart de Woao  3g0
Iles Bachees  o^k DES MATlfeRES. 4°7
Arrivee dans les mers de la Chine. . pag. 367
Sampaugs, sorte de bateaux chinois.    .    .
Arrivee k Macao  369
Mouillage k Wampou  370
Echanges de marchandises  ibid.
Dispositions et travaux a bord du Bordelais pour le retour en France.    .    .    . 371
Depart de Wampou  372
Considerations generates sur le commerce
de la Chine  373
Eloge de Chonqua, mandarin de troisieme
classe  379
Arrivee a Bordeaux  3 80
Etat de l'equipage k cette epoque.    .    .    . ibid.
Resume  38i
FIW   DE   LA   TABLE   DU   TOME   DEUX1EME. m
KE  g
is   

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