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Journal d'un voyage autour du monde : pendant les années 1816, 1817, 1818 et 1819 Roquefeuil, Camille de 1823

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JOURNAL
D'UN VOYAGE
AUTOUR DU MONDE.
TOME I. PARIS, DE L IMPRIMERIE DE LE1SEL , IMPRIMEtFR DU KOI
rue d'Erfurth, pr& F Abbaye. JOURNAL
D'UN VOYAGE
AUTOUR DU MONDE,
PENDAWT LES ANNIES l8l6, 1817, 1 8 I 8 ET l8lt),
PAR M. CAMILLE DE ROQUEFEUIL,
LIEUTENANT  DEt VAISSEAU,   CHEVALIER.   DE   SAINT-LOUIS
ET   DE   LA   LEGIOST-D^HONNEUR,
Commandant   le navire  le  Bordelais,  arm& par M.  Balguerio   Junior,
de Bordeaux. - "
TOME PREMIER
4pjear3£_3'
I
PARIS
PONTHIETJ, LIBRA IRE, PALAIS-ROVAL, GALERIE DE BOIS, n0 252
LESAGE,   LIBRAIRE,   RUE BU  PAOK,   11°   8.
GIDE FILS, LIBRA1RE, RUE SAINT-MARC-FEYDEAU, 11° 20.
Mr*
m
i8a3. m
m
6 L_
VW4i 'JtyWJWV 1/MlWUVQA'Mi IrtUUA' WW WtiWfUmMnlUto^nAtoW^^
PREFACE.
Get Ouvrage etait ecrit depuis trois ans;
mais differentes circonstances, et une cer-
taine timidite, empecherent M. de Roque-
feuil de le livrer a l'impression : ce n'est
qu'en partant pour un voyage de long
cours (07 que, cedant aux solicitations de
sa famille, il lui a laisse son manuscrit avec
permission d'en faire tel usa*ge qu'elle vou-
drait. Un des fr&res de l'auteur s'est charge
de la publication de ce journal, auquel
il n'a fait aucun changement. L'ouvrage
est tel qu'il a 6t6 ecrit a bord meme du
Bordelais 1 aussi le lecteur ne doit pas
s'attendre a trouver de ces phrases pom-
(0 M. de Roquefeuil commande le navire VEntre-
prenant, arme par M. Rey, de Bordeaux, et parti
pour l'ile de France et le Bengale en juillet dernier. PREFACE.
peuses, dont souvent le principal objet est
de briller aux depens de la verite": c'est le
langage d'un marin qui decrit tout ce qu'il
voit, et qui rend~cbnipte des emotions
agreables ou penibles que le vaste tableau
soumis a ses regards lui a fait eprouver.
On reconnaitra facilement une certaine
teinte de localite qui est le cachet dis/tractif
de la bonne foi.
M. de Roquefeuil, par une modestie
dont le public ne lui peut savoir gre, s[est
borne a ne dotfner de details speciaux que
sur les pays peu connus, craignant de re-
peter ce que ses devanciers ont deja dit.
Ceux qu'il donne sin les iles Marquises,
la c6te Nord-Ouest d'Amerique, la Cali-
fornie, etc., sont d'un interet majeur, et
doivent plaire aux lecteurs qui aiment a
s'identifier avec les objets dont on les en-
tretient.
Lautcur s'est attach^*prihcipaTfemont a PREFACE. vij
ce qui regarde la marine et le commerce;
cette derniere partie surtout est traitee
d'une maniere qui seule ferait honneur a
son auteur, sil'ouvrage en entier ne prouvait
qu'il a voyage et observe en homme qui
aime la gloire et la prosperite de son pays.
Cet ouvrage vient resoudre un grand
probleme ,  celui de commercer avec la
Chine   sans   exportation   de   numeraire.
Par des raisonnemens aussi justes que pro-
fonds, l'auteur fait connaitre combien se-
raient avantageuses, sous tousles rapports,
des expeditions dans cette partie du monde.
Toutefois on ne trouvera point de nou-
veauxrenseignemens sur la Chine j car personne n'ignore comment s'y fait le commerce avec les etrangers ; mais le point
essentiel etait d'etablir la possibility d'c-
tendre notre Industrie jusque parmi ces
pays peu connus; et M. de Roquefeuil
peut s'attribuer le merite d'avoir contribue VJU
preface
a lever les obstacles qui s'opposaien* a ce
que notre commerce devint uDtrersfcl*
comme celui d'une puissance rivale.
Apr&smi voyage aussi long que pi-nil >l<■.
et fait d'apf^s l'autori^ation du ininist re et
dans un but d'utiHte generale, M. de Ro-
qi^eieuil croyait avoir des droits a la bien-
veillance du gouvernement; cependant, a
son arrivee a Paris ^ on lui a dit, au mmister c W de la marine, que, d'apres le carac-
tere du voyage, il ne pouvait esp^rer d'a-
vancement. Ce n'est qu'apres avoir reconnu
pendant deux annees la verite de cet aver-
tissement, que M. de Roquefeuil, comptant alors onze annees de grade de lieutenant, a quitte avec regret la maifiiieroyafe^
dans laqueile sa famille avait toujours servi
avec honneur, pour navigner au commerce.
Cette resolution lui -fut dict^e* encore
(0 Ministere de 1820. PREFACE.
IX
plus par son gout d'observation et dans le
dessein de se rendre utile a son pays, que
pour reparer les maux que la revolution
lui a faits, et dont M. le marquis de Roquefeuil, son pere, a ete Une des plus ho-
norables victimes.
Les bornes d'une Preface ne permettant
pas d'entrer dans beaucoup de details, on
traitera, dans l'lntroduction qui suit, les
differens sujets qui meritent une analyse.
C'est moins une Introduction particuliere
a cet ouvrage qua tous les voyages en general, ayant cru faire une chose agreable
au public et utile aux navigateurs en leur
presentant un precis historique des voyages
qui ont ete faits, soit autour du monde,
soit-dans la mer du Sud. Par l'indication
sommaire qui est faite de chacun d'eux,
Ie lecteur pourra facilement verifier les
erreurs que M. de Roquefeuil a ete dans
le cas de relever. Jl est d'aulant plus en PREFACE.
droit d'inspirer la confiance sur ce point.
qu'il a cherche tous le&moyens de rendre
justice aux habiles, navigateurs qui Tout
precede. On se convaincra aussi d'une verite qui fait honneur au caraetfere de 1 au-
teur, c'est qu'il n'a releve que les erreurs
qui pouvaient etre dangereuses par leur
importance, et que toujours il a fait va-
loir les raisons qui ont pu trOmper fatten tion de ceux qui;les. ont commises, ou
seduire leur imagination.
La mappemonde et la carte de la edte
Nord-Ouest ont ete jointes au voyage afin
que le lecteur puisse suivre aisement M. de
Roquefeuil dans toutes les contrees qu'il a
parcourues. L editeur a cru devoir suivre
cette methode,generalement adoptee pour
ces sortes d'ouvrages, et dont futile est
reconnue.
L'editeur a retranche de 1'ouvrage original le vocabulaire des differens idiomes PREFACE*
X]
indiens. La difficulte de bien exprimer la
prononciation, qui, dans ce cas, serait tout
le merite, lui ainterdit le desir qu'il en avait
concu d'abord. Quand on compare ceux
qu'ont donnes les precedens navigateurs,
on reconnait de suite les difficultes de
rendre exactement un langage que l'on
saisit a peine; et Ton remarque surtout,
par la maniere dont la prononciation est
figuree, qu'elle appartient a des traduc-
teurs d'une langue etrangere entre eux.
Nous esperons que le public accueillera
favorablement cet ouvrage, dont l'origina-
lite des details ajoute a l'agrement du sujet.
m i
WW
ai l.'VVVVVVVVVWtyWVVtyWVW'VWWW^WWV'tyVtliV'W'U VWl^WUWVl'VWVVV'VtyWWVVtyTlA VWV
INTRODUCTION.
Les voyages ont ete de tout temps places
en tete des moyens qui concourent de la
maniere la plus rapide et la plus efficace a
etendre le cercle de nos idees et de nos
connaissances , et a faire fleurir les arts ]
les scierftte&jlte commerce et la civilisation.
En effet, la nature n'est point par tout
identique a elle-meme 5 au contraire, elle
ne se presents a nos yeux qu'au milieu
d'un cortege de phenomenes, de nuances \
de formes souvent etfangeres les unes aux
autr&&. Toujours sublime, toujours admi-
'f&ble dans ses creations, elle les differencie
cependant dans chaque pays, dans chaque
province, dans chaque cantSn, et, en dis-
seminant d'un p61e attautre ses tresors,
ses bierifaits, ses merveilles, elle ajoute encore aux beaflt^s naturelles par lesquelles
ces phd&omenes nous seduisent, le charme
de la variete et la gr&ce du contraste. Que
iM
1 Xiv INTRODUCTION.
l'homme instruit et avide de connaissances
entreprenne des voyages, qu'il passe en
revue les nombreuses singularity qui sof-
frent en foule dans un monde Stranger, au
milieu de tant d'objets naguere encore
inapergus etsajift$xi#j£9pepour lm^peintre,
poete, natura]j^,?cpmmf^SQ»tpu homme
du monde, il va senft&ras j.4$fs se mx^n
jlier et s'agrandJLr, sa memoire s ciineliir
de pe^i'es. et d'images. nouvelles, et son
esgrit arrive^ comme par enchantement,
a une .sphere plus \asie, plus bnllante et
plus (Isjevee.
Undes iruitsdes voyages estjd'^pprendre
a connaifrje non-seulement les variations
et les irregul^ri^es apparenteside la nature
qf^erieure, inais encore Iqs.caprices.et les
ajQiq^lies del'e^prit humuin; anomalies et
c^pjjLqes quj g^gngent SQuventj#vec les
iieux, aiiisi <jue les phenoinenes eMcrjies.
On pe^ .^jjJgijaugQt entypvoir,^},im-.
in)en^^ya^t^g^s)qj.i,un habile oi^iTqftjew
peutlirer des voyages, etsoncefojr lopi-
mon de,gu§Jques na^fl^^^fSFfl^fthe?,
l^j^uelles ofl^Qftd^j-e letjvjpysgQs, (Ermine INTRODUCTION. XV
le complement necessaire de l'education;
enfin on concevra, en reportant un instant ses regards sur cette Grece qu'il faut
toujours citer quand on parle d'une gloire
quelconque, que les poetes, les naturalistes
et les philosophes les plus celebres de cette
terre classique des beaux-arts et de la philosophic allerent tous chercher des lumieres
et des connaissances nouvelles chez les nations voisines.
i^Qrphee, le premier, rapporta de l'Egypte
dans sa patrie, au milieu des peiiMades de
la Grece sauvage, des lumieres plus pures
et des traditions moins confuses sur fes-
sence et les at&ributs de la divinite. Trois
siecles apres, Horn ere vintril n'est personne qui, a la lecture de l'Hiade etde
-■^Idyssee, n'admire cette prodigieuse mul-
tiplicite de tableaux qui, toujours fideles,
toujours varies, semblent embrasser et reproduce les unes apr£s les autres toutes
les scenes du monde physique et du monde
intellectuel. Quelque riche, quelque flexible
que futl'imagination dece poetesans rival,
croit-on que sans la conteni^lllition atten- xvj introduction:
tive des hommes et $es choses qui se pre-
senterent successivement a sa vue pendant
la periode la plus longue de sa vie, au mi-»
lieu des cites et des nations etrangenM^
croit-on, disons-noug, qu'il eqipuis^ ep hi**
m£me cette eblouissant* abondance d'idecs
et d'images, cette flex&iUt&jfiftonnante, a
l'aide de laqueile il sut tout pdndre et em-
bellir, cette vajg^te de style toujours en
harmonic avec les pensees? .
Si de la litt era lure nous pussons a la
philosophic, la meme reflexion se. repre->
sente, surtout a l'egard de ceux qui, les
premiers, {qpderent en Grece et en Italic
des ecoles de metaphysique et de morale.
Thales, Pythagore, ne durent pas imi(piemen t a la force d'une imagination creat ricc
les syst^esqii'^feenseignerent et qu'ils re"-
pa^dirent; ils ne firen^J&jn et l'autape qu'em-
bellir et rendre .probables, pafiides develop-*
p^ipens, lesj&of$fines<|u'iis avaient puisees
originairemont, fun dans les mysterieuses
theories Usages de Memphis, 1'autre dans
ses entretiens avec tes mages de la Perse et
les brames de l'lnde. INTRODUCTION. Xvij
L'on peut poser en principe que puis-
qu'un des caracteres de la nature, soit
physique, soit morale, est de se presenter
sans cesse accompagnee de modifications
differentes et de phenomenes nouveaux,
Ton doit, lorsqu'on voyage, acquerir sur
une foulc d'objets une foule de notions
qu'il eiit e^e impossible d'avoir sans les
voyages.
Les voyages en eux - memes influent
non moins directement sur la formation
et 1'acCroissement des arts et des sciences.
Les beaux arts sont fils del'imaginationet
del'enthousiasme; reproduire avec energie
et fidelite le spectacle des scenes physiques
et des scenes morales qui eleven t et flat-
tent fame, voila leur but; unite et variete
dans cette copie des scenes du monde, voila
leur regie. Or, quand est-ce que le peintre,
le poete, l'artiste enfin, quel qu'il soit,
pourra repandre dans ses creations cette
variete qu'on demande, qu'on exige impe-
rieusement? C'est quand larsaap attentive
de tout ce qui se passe en lui et hors de
lui aura enrichi et festilifee son imagination.
b xvuj
INTRODUCTION»
Croit-on les vq^ages mutiles pour pro-
du ire cet effet?;;
Quant aux sciences philosophiques, un
instant d'attention suffit pour voir que
plus on observcra de feitp db l'hommcdans
divers' positions, plus on perfedionnera
la science dont l'homme est I'objet; c'est
ssirtout sous le point de vue religienx et
moral qu'il est curieux et utile de multiplier ses observations.
De ce tjpu precede, on doit se convaincre
(pie I'utilile des voyages demande neces-
sahreittent roi© reldtion exacte des e#6-
nemens et des c&constances qui peirVent
in ter ess cr les arts et la civilisation. Cest en
s'jdtentifiant en quelque sorte avec levoya-
'$&$ qu'on peut apprecier le merite de sa
Relation. Le lecteur doit J^prouver les memes
emotions^ju«|'auteur dontfl suit le vOyage;
jbdoit partager ses plaisirs et ses peines$ et
ai son cceur palpite en trouvant tm peuple
hKUreux/il doitjfaussi gemir sur les in aux
qaiisont r^pandus avec profusion sur notre
malheuPetox glofoe.
Apires ces consid^rteB&btoiprelimiiiaires,
It 4. INTRODUCTION. XIX
nous allons presenter succinctement les
faits principaux du voyage de M. de Roquefeuil, et developper les dive/js points
qui sont suscegftbles d'une analyse parti-
culiere. Mais animit tout, nous croyons devoir donner un precis du voyage, afin de
faire connaitre plus particuj&erement les
avantages qu'on peut en retirer.
M. de Roqutefeuil, commandant du
Bordelais. part de Bordeayg, doubl^|
Gap deHorn, et, apres cent dix-sept jours
de traversee, relaehe a Valparaiso 5 il se
trouvait dans cette ville lorsque les insur-
ges de Buenos-Ayres s'en emparerent et
datBuisirenJile gouverp.ement de la metrocele. M. de Roqifefenil donjLg quelques
details sur la ville, la situatJ4£>ju politique
du pays, le oarast^Je des Chiliens, et les
aa^iss'de comujjerfle.qubaQDi dune de faite
avantageweau ChiliJ.De Valpap^o, il fait
voile pour le Per.ou, s^m^^jdeux moj&
&&{fiallao et a Iaima, o&l&I £sjt accueilli avec
biensreilla<nee par le vice-roi, dont l,a protection lui fkeSfee les moyens de se dJ&JfB
d'une p"fi]kde sa eargaison. Se bornant a
b. XX INTRODUCTION..1
ne parler principalement qfc de ce qui
peut interesser le navigateur et le commer-
cant, il traite des differens articles de coin-
merce propres a etre importes dans *ce
p^5rs. II donne la description de quelques
etablissemens et fetes publics, fait con-
fi^tre l'#tat politique de cette partie de
l'Amerique, et motive 1'esprit d'indepen-
dance qui commengait alors a s'y mani-
fester, et qui*& eclate depuis. Du Perou, il
passe en Californie, relAchfe; au port Sah-
Franciistio. Dela Cahfornie, il se dirige vers
la c6te Nord-Ouest pour s'y procurer
des pelleteries en ^change des produits de
lindustrie frangaise; c^tait la le but principal de V expedition du BordeUus y ces
pelleteries devant etre portees en Chine et
converties en marchandises de ce pays, re-
cherche'es en Europe, et qu'on aurait par
ce moyen sans extraction de numeraire. 11
arrive a Noutka, y est bien accueilli par Ma-
couina, chef de ces-eOntr^es, deja connues
par les voyages de Cook et de Vancouver.
II commence ses echanges avec les naturels.
La saison, trop avancee, oblige M. de INTRODUCTION. XXJ
Roquefeuil a aller hiverner aux iles Marquises de Mendoga. Une relache de deux
mois dans cet archipel le met a meme de
prendre des notices exactes sur la navigation
de ces iles, les mceurs et les coutumes des
habitans, les productions du pays et les
objets recherches par les naturels. II donne
sur ces differens points des details circon-
stancies et interessans qui seront utiles aux
navigateurs, et qui piqueront la curiosite
des gens du monde.
Apres avoir fait sa cargaison de sandal,
principale production de ces iles, article
d'une bonne defaite en Chine, M. de Roquefeuil retourne a la c6te Nord - Ouest,
relache a la Nouvelle-Archangel, chef-lieu
des etablissemens russes dans cette partie
du monde. II conclut avec le gouverneur-
general, capitaine de Heigmeister, une convention pour faire la chasse aux loutres de
compte a demi, et par laqueile le gouverneur. doit lui fournir soixante chasseurs de
1'ilede Rodiack,etM. de Roquefeuils'engage
a payer 200 piastres pour chaque chasseur
qui serait tue dans l'expedition. Details sur i
1/
XXlj INTRODUCTION.
Kodiack, les productions du pays, les ports
Saint-Paul, Poustoy et Lesmoy. L'auteur y embarque les soixante chasseurs
etleur baidarques (bateau fait aveola peau
du lion marin), remonte la cote, d^barque
ses hommes a Kowalt, et commence la
chasse; mais,attaquesle troisieme jour par
les sauvages, qui, a la faveur d'un bois epais,
fondent sur les Kodiaques^l'improviste,
en tuent vingt-quatre et blessent douze, il
est force de se retirer et de ren oncer a cette
operation, et n'a d'autre ressbflfince a employer pour se procurer des4pelleteries que
par le moyen d'echange. 11 explore pendant
plus de six mois la cote Nord-Ouest |iis~
qu au 60 degre, les iles de la Reine Charlotte et du Prince de Galles, le canal de
Lynn, HousAon, e?tc. II donne sur ces
mers et detroits des details inrportans pour
les ^navigateurs, decrit les moeurs des di-
verses peuplades sauvages qui habitent ce&
cotes, leur maniere de trafiquer, indique
les precautions qu'il faut prendre pour se
preserver de surprises, seul g^ire d'at-
taque de ces peuples. INTRODUCTION. XXllj
Dans tout le cours de cette navigation ,
la relation de M. de Roquefeuil s'accorde
presque toujours avec celle de Vaftfcouver;
et lorsqu'elles different, ce nest que sur des
points de h cote que ce celebre navigateur
navait pas eu le temps d'explorer lui-
meme.
Le Bordelais retourne a San-Francisco
•pour faire une cargaison de bie, qui doit
&tre employee a payer les Kodiaques tues
par les Indiens. Description du port San-
Franciifeo, details sur le pays et les missions
de la Californie.33ans les trois relaches que
fit le Bordelais a San-Francisco, les Peres
lui fournirent avec empressement et a un
prix modere tous les vivres et autres objets
dont il avait besoin, et recurent dans leur
hdpital les malades du bord, qui y furent
traites avec une hospitalite et une charite
vraiment chretienne. Retour a la Nouvelle-
Archangel. Deuxieme relache a Noutka,
darits fespoir d'y trouver les pelleteries que
Macouina avait promis de lui conserver; il
«st trompe dans cet espoir. Macouina lui
fait des adieux affeetueux, et lui exprime Xxiv INTRODUCTION.
le desir de voir les Frangais former un ^ta-
blissement dans son pays. M. de Roquefeuil
a occasion de prouver combien etaient in-
justes les pretentions que les Anglais vou-
laient faire valoir sur Noutka; pretentions
qui furent sur le point d'allumer la guerre
entre trois grandes puissances, la France,
l'Angleterre et l'Espagne, et pour laq»ell$
la France arma, en 1790, quarante-cinq
vaisseaux. De Noutka, il fait voile pour
les iles Sandwich, et relache a l'ile de
Waoho. Tameamea etait souverain de ces
iles, qu'il avait successivement reduites
sous son obeissance. Details historiques sur
Tameamea, qui accueillit l'auteur avec
bonte, lui parla de la France, du Roi, et
fit des vceux pour la prosperite de Sa Ma-
jeste. Apres une relache de trois semaines
aux iles Sandwich, le Bordelais fait route
pour la Chine, et jette l'ancre devant Canton en avril 1819.
Avec le produit des pelleteries, du sandal et autres objets, recueillis sur la cdte
Nord-Ouest et dans la mer du Sud, M. de
Roquefeuil se compose une nouvelle car- INTRODUCTION. XXV
gaison d'articles les plus recherches en Europe , et que, jusqu'a ces derniers temps,
elle ne s'etait procures qu'a prix d'argent.
II donne des details interessans sur le commerce que les Anglais et les Americains
font avec la Chine, les marchandises qui y
ont leplus de debit; passe le detroit de
la Sonde, arrive a contre - mousson a
l'lle-de-France , double le cap de Bonne-
Esperance, rentre a Bordeaux, et complete
son tour du Monde, trois ans" et un mois
apres etre sorti de la Gironde.
C'est ici naturellement que doit trouver
place l'eloge de M. Balguerie, armateur du
navire le Bordelais, dont le commande-
ment etait conhe a M. de Roquefeuil. Cet
estimable negociant ne considerant l'entre-
prise d'un voyage autour du Monde que
sous le point de vue general, n'a pas craint
d'exposer une partie de sa fortune pour
courir des chances au moins tres-hasar-
deuses. Malgre le peu de succes de ce
voyage, quant a son resultat pecuniaire,
M. Balguerie a rempli ses engagemens avec
la plus scrupuleuse exactitude. Aussi Sa
wm XXV j INTRODUCTION.
Majeste, toujours empressee de reconnaiti^e
le vrai merite, lui a-t-elle accorde la decoration de la Legion-d'Honneur, et a ho-
nore le commerce en la personne de l'un
de ses membres les plus distingu&. Cette0
recompense etait la phis flatteuse que
M. Balguerie ait de»»ee; et le gouveri*e~
ment n'a seulement pas recompense le
commergant patriote, mais encore l'homme
integre, le citoyen vertueux, et le modele
de touties les quaht^s sod&les et privees.
Le but principal du voyage de M. de
Roquefeuil etent d'&ablir des relations
commerciales avec la Chine , il n'a pu se
livrer exclusivement a l'esprit de decouverte , il s'est en cela renferme' dans les
bornes de ses instructions; on ne pen t,
on ne doit done pas lui reprocher de n'a-
voir ete&du'le domaine de nos connaissan-
ces quant a cette partie. II ttft toutefok
une consideration qui vient diminuer le
regret que M. de Roquefeuil n'ait pu se
liVrer a des recherches que ses connaissun-
ces et son esprit d'observation auraaent
rendues interessantes ; c'est qu'au moins il INTRODUCTION. XXvij
n'a point a gemir sur des actes de cruaute
ou d'injustice qui accompagnent souvent
1'esprit de decouvertes. Sans doute, nous
sommes eloignes de blamer les actes de
rigueur que les circonstances comman-
dent. Dans le cas d'une defense legitime,
toute consideration doit s'evanouir et faire
place a Tintfeerieuse necessite : c'est ainsi
que l'equipage du Bordelais, ayant ete
attaque par les Indiens de Kowalt, a du
opposer une resistance exemplaire, qui
etait commandee autant par l'interet general que par la conservation particuliere.
Dans ces sortes d'expeditions \ on doit
repousser la force par la force; mais ex-
cepte ce seul cas, aucune rigueur ni violence ne doit etre exercee, et nous ne
sommes pa§ ftnoins affliges que surpris en
lisant dans l'lntroduction du deuxieme
voyage de Cook, le tkf<li@&^$r, M. Haw-
kesworth, s'ex|(fimer ainsi:
a Nous avolfe pu avoir qtt.felquefois des
| torts; mais les hommes a qui ces e^pedi-
» tions sont confiees sont-ils exempts de
» passion et de faiblesse? Qui done peut XXVUJ INTRODUCTION.
» repondre qu'une injure soudaine ne 1 ex-
I citera pas a sevenger ? qu'a l'aspect d un
i danger imminent, il ne cherchera pas a
i s'y soustraire par quelque acte de vio-
» lence? Un defaut de jugement, ou la co~
» lere, peuvent aussi egarer des hommes
» toujours disposes a invoquer la rigueur
» des lois qui les gouvernent. Tous ces
» inconviniens prennent leur source dans
» les imperfections humaines, et seront
» toujours inseparables.de l'entreprise des
» decouvertes.
» S'il faut craindre de tuer un Indien
»,pour accroitre, en examinant le pays
» qu il habite, les ressources commerciales
» et le progres des connaissances humaines,
w on devra s'interdire egalement de ris-
.» quer les jours de ses concitoyens, pour
» que l'activite du commerce national s'e-
»tende a des contrees deja connues	
» Je crois done pouvoir raisonnable-
» ment conclure que les progres des sciences
» et du commerce importent beaucoup a
» tous les hommes, et que s!ils causent la
» mort de quelques individus, les avan- INTRODUCTION. XXJX
» tages qu'ils procurent au plus grand
» nombre doivent faire considerer cette
m perte comme un des maux particuliers
» qui tournent au profit du bien gene-
» ral. »
Un tel langage se refute de lui-meme;
heureusement des principes aussi odieux
ne trouvent pas d'apologistes: quant a leur
auteur, il est assez puni, puisqu'il s'est fait
connaitre.
Dans les premiers siecles, les voyages
offraient un attrait plus vif et plus piquant,
que ceux entrepris dans les temps moder-
nes. A cette premiere epoque, les navigateurs allaient chercher des connaissances
sur les arts et les sciences; maintenant, au
contraire, nous portons les fruits de notre
civilisation, et ne recevons rien en echange
des lumieres que nous repandons. Aussi
pourrait-ori dire avec raison que les voyages actuels doivent plaire davantage aux
gens du monde, que le seul attrait de la
curiosite peut seduire, qu'aux moralistes et
aux philosophes, qui n'y trouvent rien a
acquerir. t
m
m.
XXX INTRODUCTION.
M. de Roquefeuil a bien send! ceti^on-
^nient; auaai, pour donner a son ouvrage
tout le merite dont il etait susceptible, il
s'$at attache partasulikrement a la partie
nautique et commerciale : c'est sous ce
doubkiJcapport que nous allons consid6rer
son ouvrage, et iadiquer brievement et
succinetement les passages principaux qui
traitent de ces deux objets.
Une des sources les plus fecondes de la
richesse publjque, au j our d' I uu, c'est le commerce : c'est a tort <que quelques hommes
declament contre le luxe qu'il en train e a sa
suite; ceux.qui ont re Heel ii sans partialitt':
sur la position actuelle de la socicte, savent
que le luxe, fatal sans doute dans quelques
okieonstances, alimente perpetuellement
cette nombreuse population, qui sans cela
serait r^duite a L%iactmt4 et a b'india;ence ,
O 7
et gee&lre ;le mouvement des richesses qui
resteraient easevelies et iautiles pour le
eorps social. Les nations les plus Mches et
les plus flouissantes de l'antiquite furent
toujours eelles qui se Jivp^rent en meme
temps aux travaux du commerce et aux
H INTRODUCTION. XXXJ
jouissances du luxe, et personne n'ignore
que si l'on passait en revue les peuples mo-
derUes, qji trouverait des, resultats analo-
gues. On presume bien qu'il ne s'agit pas
iejidu commerce, non-seulement pris dans
telle ou telle branche, ni reduit aux seules
loealitesd'un pays, d'un royaume meme,
mais en le consid&ant sousle rapport del'in-
t^ret general. L'importation des;marchan»
discs etrangeres peut facilement s'operep
au moyen dune extraction en numeraire ;
mais -pour an pays, quelle est la veritable
source de prosp&qpt&eommercialePiN'estrce
pas quand il jouit des produits de tous les
peuples, sans pour cela diminuer en rien
sa (ortune pu Ijlique; or, par tout et dans
chaque eirconslanee, M. de Roqueieuil s'est.
toujours sufli a lui-meme au moyen de ses
marchandises ,■ et si l'on considere un mo-
. meQfeque $€£ objets (dx'edhiangfes etaient igfo
neralement d'une qualite tres-mediocre ,
que ne potjrjt^^p pas attends dime sem-
blable expedition faite avec- desuocssourees
ggijfisant.es,, en icon§idejrant:le   'sulfljat -que
eelle-ci  a  eu, malgre  les diflicultes sans s;i
II;
XXxij INTRODUCTION.
nombre qui se presentment? ANotttka, aux
iles Marquises, a laNouvelle-Archangel, en
Chine, partout enfin ou M. de Roquefeuil
a pu sojourner, il a pris les renseignemens
les plus positifs et les plus certains, afin
d'etablir d'une maniere avantageuse des
rapports commerciaux avec ces diff&rens
pays. Sur la Chine, par exemple, c'est ma-
thematiquement qu'il prouve les produite
que les differentes nations ont feats a di-
verses epoques et dans un laps de temps
assez long pour etablir sur des bases cer-
taines l'interet immense qu'elles en ont retire.
On doit d'autant mieux louer M. de Roquefeuil du resultat heureux de sSs notions
sur le commerce, qu'&ranger a ces'sortes
d'operations , il n'avait pas pour lui l'expe-
rience que donne unelongue pratique dans
cette partie. La theorieseule ne lui etait pas
itrang&re, et le produit qu'il en a su tirer
est encore un nouveau tare a l'estitne de
ses coneitoyens.
La partie nautique, ainat que nous l'a-
vons dit plus haut, a et^trait^e%vtecune INTRODUCTION. XXXlij
attention scrupuleuse, pour ne pas dire mi-
nutieuse; toutefois, afin de ne pas fatiguer
le lecteur par des details qui n'^taient d'au-
cun avantage r^el, il a supprime tout ce
qui appartenait a la navigation dans les
pays connus par les precedens navigateurs:
c'est ainsi que son retour de Chine en
France est indique tres-sommairement,
ne voulant pas repe'ter les details donne's
par ses devanciers. Mais tout ee qui regarde
particuli&rement la navigation de la c6te
JVord-Ouest est-traite avec un soin extreme,
et devraplaireaux personnes qui ont Fhabi-
tude de ces sortes de voyages; faisant abstraction de tout cequi lui est personnel, il
passe sous silence ce qui ne presenterait
qu'un interet parliculier, et il se livre tout
entier a son gout dominant d'observations.
Peut-(3tre quelques personnes trouveront-
elles ces-details oiseux; nous leur repon-
drons que l'ouvrage ayant ete* communique
avant l'impression a des personnes exper-
tes en cette partie, elles ont ete d'avis de
n'en rien retrancher; laissons le soin aux
marins eux-m&nes de rendre justice  a XXXIV
INTRODUCTION.
cette partie de l'ouvrage. Quoique M. de
Roquefeuil se soit prineipalement occupe
de ce qui regardait plus particulierement
le commerce et la marine, il faut bien se
garder de croire qu'il ait neglige" ce qui
pouvait piquer la curiosite du lecteur ,
en omettant quelques circonstances sus-
ceptibles de lui faire connaitre les moeurs
d'un peuple, peu connu. Nous recomman-
dons surtout le chap, virdu tome Ier, dans
lequel l'auteur donne des details tres-cu-
rieux sur les iles Marquises et leurs habitans ; celui oil il traite de Noutka ( chapitre xn, t. II) est digne des plus, grands
eloges. Nous*osons affirmer ici, sans craindre d'etre contredit, qu'il est impossible de
mieux faire connaitre un peuple que ne l'a
fait M. de Roquefeuil. Mceurs, usages , religion , tout y est traite d'une maniere dis-
tinguee; les details qu'il donne sur cette
derniere partie surtout sont d'un intere't
tout particulier. L'auteur nous fait connaitre la vie du sauvage depuis sa naissance
jufqu'a sa mort, et n'abandorfhe son-sujet
qu'apres en avoir epuise" toute la matiere.
.-ill INTRODUCTION. 35I&XV
Quand on pense aux obstacles qu'il a
fallu surmonter pour obtenir des details
aussi circonstancies, on a peine a croire que
le caractere d'un marin ait pu se plier a
cette patience sans bornes dont l'auteur a
du faire usage : il est impossible d'en dire
plus qufil ne Fa fait, et le peu qu'on en re-
trancherait formerait une lacune dans l'ou-
vrage. Que le lecteur ne trouve pas ces
louanges e&agerees, et ne suppose pas.
qu'elles sont dictees par un sentiment par-
ticulier. Nous osons meme dire, si ce n'e*-
tait la crainte de biesser la modes tie de
M. de Roquefeuil, que nous femins connaitre quelques traits particuKers dont tout
homme se glorifierait; mais les liens qui
nous attachent a l'auteur nous font un devoir de passer sous silence ce qui pourrait
deceler une main amie plut6tque celle d'un
simple narrateur.
Beaucoup de navigateurs ont deja donne
des details sur Noutka; mais les uns sont
incomplets et les autres faux. Meares surtout se fait remarquer par des erreurs qui
decelent la rapiditHavec- laqueile son ou- XXXVJ INTRODUCTION.
vrage parait avoir ete fait. 11 donne sur la
religion des notions opposees a celles qui
sont veritables; les localites elles-memes
sont faussement decrites. Vancouver, au-
quel M. de Roquefeuil rend toute la justice qu'il merite , Vancouver lui-iri&ne,
a commis une erreur, bien invelontaire
sans doute,' en presentant Noutka comme
etant le nom de tout le pays, tandis
qu'il n'est que celui de la contree de Macouina. Sur ce personnage meme, M. de
Roquefeuil a prouve le peu de verite' des
assertions avancees par differens navigateurs. II n'y a pas de legers in conveniens
seulement a faire, d'une maniere inexacte,
le recit de ce qui pent faire connaitre, soit
un pays, soit m&neun personnage qui jouit
d'une certaine autorite. Meares, qui, selon
lui, s'etait empare d'une contree au nom
de son souverain, n'y avait qu'une pauvre
cabane dont il avait obtenu la^ concession
de la bienveillance, et l'on verra dans l'ou-
vra[ge meme quelle suite cette fausse allegation a failliavoir. Nous disons fausse allegation , et nous le faisSns ^ivec motif; il y INTRODUCTION.' XXXVlj
a faussete dfcvancer un feit qu'on sa i i n \ ■ i ri •
pas \ rai , et noiii iluniioii.s ici la' qualificu-
eat ion qui <■(iii\ lent a cet 1 e action.
• Sans doute on peuti&xe dans 1'erreur,
on pent donner une fausse cause a tel ou
tel effet; mais alors on avance.un fait que
1 on suppose etre tel qu'on le dt'en t, c'est
ainsi tpie Vancouver a dit avoir reconnu
un yolcan, tandis que M. de'Roquefeuil
piouve 1'erreur que cet habue iiavigateur
a e< ti i n i use; ma is 11 d< m ne en rue i ue temps
les  eelairci^seii i ei is   que   sans   doute   \ ai I -
couver n avait pu se procurer. Ainsi qu on
le vena dans le cours de 1 ouvrage, l'auteur
s'est toujours assure que ces rectifications
etaicnt exactes; 11 ne s en i ■ s t. r a p po 11 e a son
propre jugement qu apres qu un examen
ltti.a donue la cou\ iclioii que ses oliser-
vat ions person nelles etaient justes.
Quant aux erreurs quiiOnt <£te signalees
par M. de Roquefeuil, nous, renverrons le
leet eu r a l'ouvrage meme; cependant nous
croyons devoir en indiquer ici quelques-
iii ies. QUI, par leur importance, men ten I
un exaiucii part iciilier. XXXVlij INTRODUCTION.
La premiere est moins de Vancouver
que de sa nation. Ainsi que les geographes
anglais, il designe, sous le nom de Nouvelle-Albion , toute la cdte d'Amerique
s'etendant jusqu'au 3o deg. Nord au Sud
du detroit de Fucca. Cette denomination,
donnee par Drake en 1578, ne pent, etre'
appliquee avec justice qu'aux terres situ<£es
au Nord du cap Mendocino, vu et nomine"
en 1542 par Cabrillo. Le nom de Nouvelle
ou Haute-Californie, donne par les Espa-
gnols, doit rester aux conferees du Sud decouvertes par eux trente-six ans et plus
avant l'apparition des Anglais.
Ce fameux cap, tres^remarquable sur
cette partie pen elevee de la cdte, quoiqu'il
ait peu de saillie, nous semble aussi devoir
etre la borne rikturelle de la cdte Nord-
Ouestd'Ameriqueproprement dite, comme
il est celle des frimas et des gros temps qui
caraee&Ssent d'une mani&re partiddilre
les parages septentrionaux, ainsi que l'ob-
serve Vancouver. Ce Sujet nous paraiSsaftit
meriter quelque inteflt, a l'appui de
notre opinion nous citerons les pafoles INTRODUCTION. XX33X
de l'infatjigable explorateur de cette partie
du monde. (Traduction franchise, vol.'Ill,
pag. 345.)
« Le soir (le 3 novembre 1794), vers le
coucherdu soleil, un spectacle singulier
s'offrit a nos regards par-dessus les montagnes de l'interieur, et derriere ce promontoire eleve (le cap Mendocino), une
masse enormedenuages epais enveloppait
la cime des monts, s'agitant en tous sens
) comme des tourbillons de fumee sur une
>»chaudiere immense :ils se repandaient au
Nord et obscurcissaient toute cette partie
> de 1'horizon, tandis que le ciel demeu-
rait parfaitement clair et sans nuages du
cotedu Sud. D'apres notre experience et
■) les informations que nous avions tiroes
) des Espagnols, le cap Mendocino nous
> paraissait situe sur la limite qui s^pare
> les climats orageflx de cette cote de ceux
qui sont plus moderes. Par cette raison,
> dut-on nous taxer d'ignorance en physi-
| que,  nous presumions que l'immense
> amas d'exhalaisons arreteespar les hautes
> montagnes forment  les  tempetes vio- 1 INTRODUCTION.
lentes venant du S.-E., contre lesquelles nous avions lutte si souvent lors-
que nous etions plus au Nord, qu on
eprouve beaucoup plus rarement sur la
cdte de la Nouvelle-Albion, placee plus
au Sud, et qu'on n'y eprouve jamais avec
la meme violence. Ce phenomene extraordinaire nous disposait aussi a croire
que nous aurions bientot un de ces ora-
ges; mais nous ne pouvions conjecturer
de quel cote viendrait le gros temps, car
un Beau ciel et un vent favorable du
N.-O. nous donnaient d'autant moins
de raison de craindre qu'il ne passat au
S.-E., que, soufflant du rhumb oppose ,
il nous avait toujours annonce un
temps modere et agreable. Cette regie
generale fut en partie confirmee et en
partie detruite le 4 au matin; car les va-
peurs que nous aviorls observees, se ras-
semblant la veille au soir, se decharg£-
rent de Fair de vent a laqueile nous les
attendions le moins. (Le coup de vent
eclata du N.-N.-O.) »
Nous allons presentement donner la liste INTRODUCTION. xlj
des .navigateurs qui ont fait des voyages,
soit autour du monde, soit dans la mer du
Sud, mais'avec esprit de decouvertes.Nous
placerons d'abord ceux dont les decouvertes sont connues : quant a ceux qui
n'en ont fait aucunes, ou qui n'ont qu'un
inter^t secondaire , nous les placerons
ensuite.
Magellan, Portugais au service d'Espagne,
decouvrit, en i5iq. le detroit qui porte^on
nom, par le<jue*"jl entra dans la mer du Sud,
oii il decouvrit deux petites iles desertes dans
le Sud de la ligne, ensuite les iles Larrones
et les Philippines. Ainsi fut demontree phy-
sicruement, pour la premiere fois, laspheri-
cite et l'etendue de la circonference de la
terre.
Alphome de Salazar, Espagnol, decouvrit,
en 1525, Pile de Saint-Barthelemy, a i4 deg.
de latitude Nord, et environ i58 deg. de
longitude a l'Est de Paris.
Alvar Savaedra , Espagnol, decouvrit, en
r526, entre le neuvieme et le onzieme paral-
lele Nord, plusieurs iles, qu'il nomma les ]dij INTRODUCTION.
iles des Rois, a peu pres a la meme longitude que Pile Saint-Barthelemy. II eut le
premier connaissance des iles ou terres nominees NouveUe-Guinee et terres des Papons.
A quatre-vingts lieues dans l'Est des iles des
Rois, il decouvrit encore une suite dues
basses, nominees les iles des Barb-ares.
Ferdinand Grijalva et Alvaredo, Espagnols,
decouvrirent, en i53n} par 20 deg. 3o min.
de longitude Nord, environ a 100 deg. de
longitude du meridien de Pans, une ile
qu'ils nommerent ile Saint-Thomas.
Jean Gaetan, Espagnol, decouvrit, en i5/*J0
entre le vingtieme et vingt-neuvieme paral-
dele a differentes longitudes, plusieurs lies,
savoir : Rocca-Partida, les iles de Co rail, du
Jardin, la Malelote et l'Arezise.
Alvar de Mendana, en 1567, decouvrit les
iles de Salomon.
Dracke, Anglais, fit, le deuxieme, le tour du
monde de 1577 a i58o. Ses decouvertes ne
sont pas bien connues.
Thomas Gandish ou Cavendish, Anglais,• fit,
de 1586 a 1588, un troisieme voyage autour INTRODUCTION. xlKj
du monde, qui ne produisit aucune decouverte.
Alvar de Mend ana, Espagnol, en i595, decouvrit, entre le neuvieme etle onzieme pa-
rallele meridional, environ par 108 deg. a
l'Ouest de Paris, les iles Saint-Pierre, Mag-
deleine, la Dominique et Christine. II decouvrit a environ 80 deg. plus a l'Ouest, les
iles Saint-Bernard; a deux cents lieues dans
l'Ouest de celles-ci, Pile Solitaire, et enfin
Pile Sainta^jiroix, skuee a peu pres a i4o
deg. de longitude orientale de Paris. {J^oy.
premier volume, page 247, la note sur les iles
Marquises.)
Pedro Fernandez, Espagnol, decouvrit, en
1606, une petite ile vers le 25e deg. de latitude Sud, environ par 184 deg. de longitude
occidentale, entre le 18 et ige deg. Sud; sept
ou huit iles basses qui portent son nom \ par
•le 13e deg. de latitude Sud, environ 15y deg.
a l'Ouest de Paris, Pile qu'il nomma de la
Belle-Nation, et par i3 deg. de latitude Sud,
a peu pres. 176 deg. de longitude orientale de
Paris, Pile de Taumaco; enfin a cent lieues a jm
ZV&L~-is£&PXr *Z-
xliv INTRODUCTION.
l'Ouest de cette ile, par i5 deg. de latitude
Sud, il decouvrit la grande terre qu'il nomma
terre australe du Saint-Esprit. Les ge'ogra-
phes ont diversement place cette terre.
Georges Spilberg, Allemand au service de la
Hollande, de i6i4 a 1617, traversa le de-
troit de Magellan, fit des courses sur les c6tes
du Perou et du Mexique, d'ou il passa aux
Larrones et aux Moluques.
Lemaire et Schouten, en i6i5 et 1616, de-
couvrent le detroit qui parte le nom du
premier de ces deux navigateurs, entrent les
. premiers dans la mer du Sud, en doublant
le cap Horn; y decouvrent par 15 deg. 15
min. de latitude Sud, et environ 142 deg.
de longitude occidentale de Paris, Pile des
Chiens; par i5 deg. de latitude Sud; a cent
lieues dans l'Ouest, Pile Sans-Fond, par i4
def
g. 45 nun. Sud,  et  qurazc
ueues plus
a l'Ouest, Pile Water; a vingt lieues de
celle-la dans l'Ouest, Pile desMouches; par
le 16 deg.110 min. Sud, et de 173 a 175 dec.
de longitude occidentale de Paris, deux iles
nomme'es des Cocos et des Traitres; cinquante Heues plus Ouest, celle d'Esperance, INTRODUCTION. xlv
enfin Pile de Horn, par i4 deg. 56 min. de
latitude Sud, environ 179 deg. de longitude
orientale de Paris.
Abel Tasman, Hollandais, decouvrit, en 1642,
;■   par 4a deg. de longitude australe, et environ
155 deg. a PEst de Paris, une terre qu'il
nomma Van-Diemen; a environ 160 deg. de
notre longitude orientale, il decouvrit la Nou-
velle-Zelande, par 42 deg. 10 min. Sud; et
enfin par 22 deg. 35 min., environ 174 deg.
de Paris a PEst, les iles nominees Pylstaart,
Amsterdam et Rotterdam.
Roggewein, Mecklenbourgeois au service de
HoPlande, en 1722 et 1723, decouvrit dans
le Sud du tropique austral, Pile de Paques;
puis entre le quinzieme et seizieme parallele
austral, les iles Pernicieuses; puis, a peu
pres dans la meme latitude, les iles Aurore,
les Vespres et le Labyrinthe, au nombre de
six, et celle de la Recreation, ou il relacha.
Il decouvrit ensuite, sous le douzieme parallele Sud, trois iles qu'il nomma iles de Bau-
mon, et enfin, sous le onzieme parallele austral, les iles de Thienhoven et Groningue.
Anson, Anglais, i74i> a fait le tour du globe.
Son 8uvrage est tres-estime. Xlvj INTRODUCTION.
Bougainville, Franeais, 1766 a 1767. Pour
les voyages faits par les navigateurs dont les
expeditions sont connues, nous nous abstien-
drons d'en faire ici l'analyse.
Cook, Anglais, 1769 a 1772, et 1775. Mime
observation que pour le precedent.
Portlock et Dixon, Anglais, 1785 a 1788. II
existe une traduction par Lebas.
La Perouse, Franfiais. Sa reputation etant
universelle , nous nous abstiendron.s d'en
parler ici.
Meares, Anglais, 1788 a 1789. Son voyage a
ete publie par une main etrangere, ce qui
est peut-e'tre cause de 1'inexactitude que
l'on reproche a cet auteur.
"Vancouver, Anglais, 1790 a 1795. Son voyage
est tres-estime, et, pour ainsi dire, sert de
guide aux navigateurs qui suivent ses traces.
Marchand , est le deuxieme Francois qui ait
fait le tour du monde; a fait quelques decouvertes dans la mer du Sod. ("Voir les notes,
pag. 247 du tome 1", et 1 du tome 11s).
D'Entrecasteaux. Le voyage de ce navjgatQur
ne doit pas etre considere comme fait avec 1k-
INTRODUCTION. xlvij
Pesprit de decouvertes, son principal objet
etant la recherche de Pinfortune La Perouse.
Nous ne portons pas ici Tes voyages publics recemment, l'epoque de leur publication en faisant supposer la connaissanc'e.
Dans la mer du Sud seulement.
Paulmier de Gonneville, Frangais, en i5o3
et i5o4-
Garcia de Loaes, Portugais au service d'Es-
pagne, parti en i525. On neconnait point
ses decouvertes (0.
Juan Fernandez, Espagnol, en 1576, decouvrit les iles qui portent son nom. '•
Pedro Sarmiento, en 1679. Ry a une relation
de son voyage. Madrid, 1768.
Sir Richard Hawkins, Anglais, en i5g^..
Olivier de Nort, Hollandais, de 1598 a 1601,
ne fit aucune decouverte dans la mer du Sud.
t1) Sous cette designation ^, nous entendons les navigateurs
dont les decouvertes ne sont point connues en France , leur
voyage n'ayant point ete traduit; ce qui fait supposer, avec
raison , qu'il ne presente aucun int^ret general. 1.1
xlviij INTRODUCTION.
Simon de Cordes, Hollandais, de 1598 a 1600.
Antoine Laroche, Frangais, en 1675.
Cowley, Anglais, i683 a 1686.
Dampier, Anglais, en 1687.
Davis, Anglais, en 1687.
John Strong, Anglais, en 1689.
Gemelli Carueri, Napolitain, en 1693.
Beauchene Gouin, Frangais, en 1699.
William Funnell, Anglais, en 1703.
Wood Roger, Anglais, 1708, 1711.
Louis Feuillee, Frangais, en 1708.
Frezier, Frangais, en 1712. Son voyage est
generalement estime, et les navigateurs le
prennent souvent pour guide.
Gentil de la-Barbinais, Frangais, en 1715.
John Cliperton, Anglais, en 1719.
Georges Shelvocke, Anglais, en 1719. .
Lehen-Brignon, Frangais, en 1747-
Byron, Anglais, 1764 8,1766, decouvrit quelques iles dans la mer du Sud.
Wallis, Anglais, 1766 a 1768, decouvrit une INTRODUCTION. xlix
ile dans la mer du Sud, environ par le dix-
huitieme parallele.
Carteret, Anglais, en 1766.
PAGfes, Frangais, en 1766.
Surville, Frapcais, en 1769.
Marion du Clemeur, Frangais, en 1771.
Nous terminerons cette Introduction en
faisant observer que M. de Roquefeuil esfcle
troisi^me Frangais qui ait fait un semblable
voyage. Si dans ses nouveaux voyages il
fait quelques decouvertes ou obtient des
renseignemens utiles, nous nous ferons un
devoir de les publier, en nous conformant
toujours exaetement aux intentions de
l'auteur. •
ERRATA DU PREMIER VOLUME.' '
/
Page 4 j ligne 13 , Coronnades, lisez: Caronade.
  a6, ligne i5, devire, lisez: ddrive.
  36 , ligne i3, Dubouret, lisez: Dubouzet.
  643 ligne a-i, calmissant, lisez:calniant.
   174 > ligne 1 o, .sous les ris pris, lisez: tous les ris pris.
  186, ligne 1 , Partaneux, lisez : Portarieux.
  an , ligne 6 du sommaire, Bodeza, lisez: Bodega?
  269, ligne 1 (5, Java, lisez : Tava.
ERRATA DU SECOND VOLUME.
Page     4 > ligne 7, Nouhira, lisez : Nouhiva.
    81, ligne a6, portait, lisez: portant.
9 JOURNAL
DUN VOYAGE
AUTOUR DU MONDE.
CHAPITRE PREMIER.
Considerations pr&iminaires. — Armement du navire
le Bordelais. — Depart et traversed. —Passage au.
cap Horn. —Rel«lche a Valparaiso, c6tes du Chili.
— Revolution sub it e dans cette contree; reflexions a
ce sujet. — Description de Valparaiso; details sur les
moeurs de ses habitans. — Depart pour les cotes du
• I'erou. .
JLe commerce maritime de la France elant presque aneanti par la revolution, par les guerres
et les erreurs uuiluiontsuryecu, se trouvait,
a l'epoque de la seconde restauration, resserre
dansleshomes elro i t esou 1'avait e i i • eo n s en l une
implacable rivalitj^ et, pour aggraver. son etat
d'epuisemenl , une masse enorme de numeraire
nous etail periodiqueittent enlevee, en exc-cu-
T. I. i *
VOYAGE
1816-
tion des derniers traites. Dans de telles circons-
tances, c'etaifcsansdoute entrepr&fcdre une chose
utile a la France que de chercher de nouveaux
debouches a 1'industrie nationale; d'essayer au
moyen de nos seuls produigs, de faire fenaitre
ct d'alimenter nos anciennes relations avec un
pays dont, jusqu'a ces derniers temps, l'Europe
ne s'est procure les productions qu'au prix d'une
portion considerable des richesses metalliques
que lui fournit le Nouveau Monde.
M. Balguerie junior, de Bordeaux, negociant
dont la fortune et 1'honneur ont ete a^epreuve
des vicissitudes de la revolution^ s'est acquis un
double-titre al'estime eta la reconnaissance pu-
bliques, en faisant, de ses seuls fonds et a grands
frais, une expedition dans la mer du Sud et a
la cote N.-O. de l'Amerique. Son but etait d'y
aequerir des objets rQcherches a la Chine, et
dont le produit devoit 4tre converts en mar—
chandises de ce pays qui se consomment en
France, et dont nos marches auraient pu ainsi
s'alimenter sans extraction d'especes, et par l'u-
tile emploi des produits de notre sol efl de 1" Industrie firangaise.
Empire a Bordeaux en mai 1816, p©ur liarr AUTOUll DtT MONDE.
memetit de la fregate VAntigone, 1'alnitie d'un
officier superieur de la marine, sous qui j'avais
£tt 1'honneur de servir, mfe d&igna a M. Balguerie comme propre a diriger l'operation qu'il
medrfetit. H; n'y avait pas d'apparence erne?Antigone, e"t[uipee a Bordeaux comme bSftiment de
mer seulem^ift, et pour le court trajet qu'elle
avait a faire jusqu'a Rochefort, dut&re armde
et faite campagne : P&atde paix et les circons-
tances actueB& ne m'offrsffient qu'une esp6Tsbd&&
bien eloignde de pouvoit salts faire sur les vais'
seaux du Roi, irion gout pour la mer etle besoin de mte'rendife utile a mon pa'^S. D'un autre
cote, un voyage'dtttour dti Monde'avait toujours
&t& dans ma penste et dans mes projets, m&ne
avant mon eritr^e dans la marine; et 1'expedition' dont'if'sa'git <?t£it, autaui par son but de
haute utilite*' que par son etenduej hors de la
cla^stf'dfe's'navigations^pttteiri^nt commerciales.
La proposition qui m'etait faite ne pouvadt done
que in7etre tres-agreable : je ne l'acceptai nean-
moiii^ 'dfii&pV&s avoir pr^venu M. Balguerie de
la faibTesse de mes connaissances en fait de com-
ftiferfce, ne possetlanl sur cette matiere impor-
tante que les notions generates qu'on aime'a
i.
SI 4        • VOYAGE
Octobr* >Si&
avoir sur tout cc qui se rattache aux interets
de son pays.
L'araaemcnt du navire le Bordelais, trqis,
mats, de 200 tonncaux, choisi pour cette expedition, eut lieu dans le courant de l'ete, et
rien ne fut neglige pour le rendre propre au
voyage qu'il allait faire. On le munit de tons
les rechanges necessaires pour une campagne
de deux ans, d'un canot-chaloupc aussi grand
qu'il pouvait le porter, de deux baleinieres
dont une en pieces, ainsi que d'un canot de
poupe. B fut arme de 2 canons de quatre et
de 6 coronnades de huit, avec un nombre
suffisant d'armes de toute espece pour l'equipage et pour les embarcations. On porta la plus
scrupuleuse attention dans le choix et dans la
preparation des vivres; enfin, parmi les ins I rumens de navigation dont le Bordelais fut
pourvu, se trouvait un excellent chronometre
deBreguet, n° 172.
Le vice-amiral de Rosily, directeur du depot de la marine, voulut bien m'envoyer divers ouvrages et cartes, entr'autres celles de la
cote N.-O. d'Amerique, et le Voyage de Vancouver.
s.ai AUTOUR DU MONDE. 5
Octobre 1816.
L'equipage fut compose de trente - quatre
hommes, y compris les officiers, qui etaient
MM. Foucauit, lieutenant de vaisseau, Briole
et Saras; etpour le service de sante, M. Vimonl.
On avait embarque en outre un marin etranger,
nomme Sicpky, qui connaissaix'tfuelques parties du Grand-Ocean.
Le Bordelais demarra de devant Bordeaux
le ri octobre 1816; je le joignis a Pauillac le
16, et le lendemain nous laissames tomber
l'ancre en rade du Verdon. Le samedi 19, les
vents etant passes au N.-E., joli frais, avee
apparence de dur^e, a 5 heures et demie du
matin, je fis virer pour appareiller et'prendre
la mer. L'ancre a pic, la chaine qui servail de
cable cassa a sept brasses de l'entalingure. Je
fus fortement peine de cet accident, qui, dies
le debut de mon voyage, me faisait eprouver
une perte d'autant plus sensible, que la chaine
surtout m'aurait cle de la plus grande ulilile
dans lesmouillages multiplies que je d'eyais faire
dans des parages ou je devais rencontrer des
fonds de roche, et ou l'on voit trop souvent
les naturels du pays couper les amarres des ba-
timens mouilles'sur leurs c6tes. La saison dtant Q VOYAGER
Octobre 181(1.
deja avancee, je ne voulus pas ajouter aux retards que nous avions deja eprouves, en attenr
dant de Bordeaux un cable et une ancre en rem-
placement. Desirant done prendre lamer le piqs
tot possible, nous continuames a manceuvrer
pour sortir. A neuf heures et demie nous etions
hors des dangers. J'ecrivis a M. Balguerie par
le pilote, pour lui faire part de ce qui m'etait
arrive et des motifs qui m'avaient decide a faire
route.
A inidi, le point du depart fut determine
par la hauteur du soleil et le relevement de la
tour de Cordouan, qui etait encore a vue de
l'arriere.
Le 20.—Les esperances que j'avais concues
sur la duree du vent favorable, ne tarderent
pas a etre decues : il varia toute la nuit et le
temps devint pluvieux. L'obscurite nous eacha
VEglantine, navire destine pour Maitijle, sorti
en meme temps que nous, et qui au soleil cou-
chant etait a plus de deux lieues de 1'avant. Le
lendemain on ne vit plus ce batiment: il etait
commande par ls%. Alexandre Guerin, enseigne
de vaisseau, mon ami; nous nous etions promis
d aller de conserve jusqu'au tropique du can^- AUTOUR DU MONDE. 7
Novembre 1816.
cer, si nos navires n'etaient pas d'une marche
trop inegale. Une voie d'eau l'avait oblige de
faire route pour la Corogne, a ce que j'appris
depuis.
Le matin, on prescrivit a l'equipage les me-
sures de proprete que la nature du voyage ren-
dait necessaires.
Ces deux jours, nous eumes de fortes brises
et une mer dure, qui nous mirent a meme de
juger le navire. Je vis avec satisfaction qu'il se
comportait fort bien, fatiguait peu, et portait
superieurement la voile; en outre, il etait tres-
solidc et d'une bonne marche pour un navire
de sa classe.
Le 22. —Les vents, qui varierent jusqu'au
N.-O., ne nous permettant pas de doubler Or-
tegal a la bordee, no us eumes .connaissance de
la terre d'Espagne a la hauteur du cap Vares.
Les 24-29.—Le o.f\, nous primes noire poinl
de depart du cap Finistere; mais de forts vents
du S.-O. ne nous permanent de faire route au
S. que le 29.
Les 2-3 novembre.—Le 2 novembre, nous
doublames de nuit les dangers au N. de Porto-
Santo , les laissant a six lieues dans l'O., d'apres Horembr* 1816.
le chronometre. Le lendemain, nous eumes
connaissance de Porto-Santo etdeMadere.Nons
ftlmes obliges de passer dans l'E. de ces iles,
ou nous e'prouvames une bourrasque pendant
laqueile nous rangeames de tres-pres un batiment entre deux eau'x, dont la mature seule
paraissait.
Les contrarie'tes nous firent prendre la bor-
dee du N. qui nous ramena a" vue des De-
sertes et de Porto-Santo. La I >rise etait variable
et generalement accompagnee d'un tenqis Ire.s-
couvert et a grains. Le peu d'exactitude du petit
nombre d'observations que;nous pouvions faire,
et le voisinage des Desertes et des Salvages,
nous tinrent plusieurs jours sur le qui-vive.
Les 7-8. — Ayant attaint, d'apres Testime,
le parallele moyen entre les Salvages et Palma,
je fis route a TO. du monde toute la nuit, et le
lendemain matin nousvijnes cette ile dans Ie S.
a quatre lieues de distance. Les vents alisescom-
mencerent a se faire sentir a vue.de cette ile,
que nous doublames dans l'ouest.
Le io. — A % heures du soir, nous eumes
connaissance des feux sur la cote N.-O. de
Sant-Antonio, a la distance de deux lieues. AUTOUR DU  MONDE. 9
Novembre 1816.
L'horizon terne qu'on commence a trouver dans
ces parages, ne m'avait pas permis de voir de
jour aucune partie de cette ile qui est assez
elevee. Nous passames sous le vent, ou nous
eumes de petites varietes de la partie de l'ouest.
Le 16. — Je comptais prendre connaissance
de Brava, afin de multiplier les occasions de
verifier la marche du chronometre; mais je fus
contrarie par les vents etles courans dans 1'execution de ce projet. J'y renoncai avec d'autant
moins de peine que la regularite de la marche
de cet instrument, telle qu'elle avait ete determined a Bordeaux, par M. Ducum, hydro-
graphe d'un grand merite, venait d'etre confirmee de la maniere la plus satisfaisante par
les observations faites a vue de Porto-Santo,
de Palma et de Sant-Antonio. D'ailleurs les
vents qui occasionnaient cette legere contra-
riete, m'en indemnisaient amplement, en me
mettant a meme de faire plus de chemin au sud.
Les 20-28.—Apres avoir double Palma, la
brise repassaau N.-E.; mais en fraichissant elle
s'etablit a l'E., d'ou elle varia presque egale-
ment de deux quarts au N. et au S. Le temps,
quoique'gras et lourd, fut toujours degage et 10 VOYAGE
Novembre 1S1&
le barometre presque stafcionnaire -, variable j
le thermometre monta a 26 deg. Par 8 deg. N.
et 27 deg. 35 min. 0., nous commencames a
eprouver les calmes, les grains noirs sans force,
l#s.p}#ies et les orages ordinaires aux appro-
che6 de la ligne. Les vents soufflereot gen6ra-
lement du S.-E., Vctfiant d'un cote jusqu'au
S., et de 1'autre depassant rarement l'E. L'alis^
S.-E. s'etablit par o deg. 4o min. N. et 3i deg.
35 min. 0., et prit aussi lot de la force. Nous
avions ete' portes de 5o min. au N. et de 32 min.
a l'O. dans sept jours.
Le 29.—Avant le lever du soleil, nous dou-
Jdames le rocher de Penedo, a 9 lieues dans
l'O. Nous ne. vimes que peu d'oiseaux dans
son voisinage. Depuis quelque temps les nuages
presentaient un nouvel aspect: de noirs qu'ils
avaient ete a notre entree dans la region
des calmes, ils etaient devenus gris-blancs
et s'amoncelaient en grosses masses comme les
holies de eoton (0 au vent de l'ile de France.
Je remarquais quelquefois une levee du N.-E.
ou du S.-O., quoique leg vents n'enssent pas
(') Voyez le Vocabulaire. AUTOUR DU MONDE. I I
Dcccmbrc   181G.
souffle de ces parties. Dans la soiree du nj^me
jour nous coupanjes pour la prerruepe fois la
ligne equjpoxiale par 32 deg. 4o min. de lon-
.gijude O.
Le 3o. — Nous communiquames avec le
Defensor, de Lisbonne, allant a San-Salvador. Le capitaine Francisco Antoni m'of-
frit ses services de la maniere la plus cor-
diale; j'en profitai pour ecrire a mon pere et a
M. Balguerie, par les soins du consul fr^pT
§ais a San-Salvador.
Le icr decemfrre.—-Nous doublames Fernando de Noronha, a 3o mill$5 dans l'E., sans
avoir eprouvp Jes forts courans qu'on trouve
souvent dans ces parages.
Le 2. — Nojis mimes en paime tribord au
vent, pour boucher une petite voie d'eau pro-
venant de trois trous a clous que l'on ayait
oublie de remplir.
De ce point je dirigeai au S.-S.-O. douhlant
lc cap Saint-Augustin, a 25 lieues de distance.
La route, presque parallele au gisement de
cette pointe et du cap Frio, fut, a l'aftde des
observations, aussi d,iTecte que le pejmettaijent
les vents- mm.
VOYAGE
Ddccmbre  i?ifi.
Le 3. — En passant la ligne  nous avions
trouve les vents generaux du S.-E. plus frais,
plus constans en force et en direction que dans
le nord. Apres avoir double le cap Saint-Augustin , nous tombames dans  la region  des
vents de N.-E. qui regnent sur la cote du
Bresil jusqu'a 60 lieues au large. Peu apres, la
route nous conduisant sur la lisiere de cette
bande, la brise repassa au S.-E. par le N.-O.
ctle S.-O. Elle fit cette revolution a plukeurs
reprises, toujours dans le meme sens, et en
conservant assez de force pour fournir des jour-
nees de 45 a 60 lieues. Les vents du N. aft
N.-E. furent toujours les plus frais, et ceux
du S. a l'O. les plus faibles.
Le 4. — Nous apercumes une eclipse delune,
mais dans des circonstances peu favorables pour
l'observation.
Hors sa rapidite, la traversee depuis la ligne
offrit peu d'incidens remarquables. Nous vimes
beaucoup moins d'oiseaux et de poissons que
de coutume. De ceux-ci le seul que nous primes
etait un dauphin, le plus beau que j'aie vu.
Quoiqu'a la distance de plus de 60 lieues de
la cote du Bresil, les grains de la partie de l'O. AUTOUR DU MONDE.
i3
Decembre  1816.
nous portaient assez souvent des papillons de
''diverses formes, couleurs et grosseurs. Le
temps fut generalement beau, quoique souvent
couvert et humide la nuit. La chaleur e'tait
de 18 a 20 deg. Le barometre, si long-temps
fixe a 28 p. dans le nord de la ligne, varia
de 28 p. 3 lig. a 27 p. 10 lig.
Le 10. — Du cap Frio, dont nous passames
a 5o lieues, je dirigeai au S.-S.-O. 4-0., m'e-
loignant de la cote afin d'eviter les courans de
la riviere de la Plata.
Le beau temps fat mis a profit pour faire un
dernier ridage et bien tenir la mature, pour
enverguer un jeu de voiles neuf, et pour tout
disposer enfin pour le gros temps que nous
devions trouver sous les terres MageBaniquesi
Par le 4ome deg., les brumes commencaient a
paraitre d'abord peu epaissesj la mer etait
quelquefois decoloree et souvent couverte de
frai de baleines. On vit la premiere baleine
par 34 deg., ainsi que le premier Albatros.Nous
rencontrions beaucoup d'algues, d'abord cour-
tes et formant des grappes, et plus au S.
d'une longueur considerable et de la classe des
focus. »
J4 VOYAGE
Dtefcembre i8tf6.
Dans les calmes que noiis eprouvames apres
avoir coupe le tropique S., lc pef& canot fut
plusieurs fois mis a la mer pour chslsser les
tortues qui se montraient en grand nombre du
3ome au 35me deg. de latitude. Nous n'en p*fenes
que trois, pesant ensemble deux cents livres.
Une etait verte et les deux autres de l'espece
appelee couane.
On fit quelques epreuves pour determine?r:l£
courant par 3o deg. S. et 46'deg. O. JeMirouvai
qu'il portait au N.-E. avec la vitess# d'un * de
?a£llc seulement a i'heure. Par 4<> deg. S. et
56 deg. 0.!, lesi eaux ne parurent pas avoft
de mouvement j par 48 deg. S. et 63 O. le cou-
vtml portait a l'E.-N.-E. d'un ~ de mille setf-»
lftment.
Le 19. — Les observations me mettant pres
du banc vu par Marquez, devant l'embouchure
dfe la Plata, par 33 deg. 5o min. S. efl 48 deaj
3& min. O., je coirfus a l'O. sur un parallele
plus N. pendant quelques henapes de nuil En
passant par le travers de k< riviere de 1st Plata'}
a i4o liedes au large, nous epvrowvaines uttA
difference de 55-min. N. et 70 mimig/de cette
latitude, aux36deg. i5 min., dans deux jou¥s. AUTOUR DU MONDE.
15
Dec en ib re  1816.
Je ne pus me rendre compte de cette premiere
direction, presque diametralement opposee a
ceBe du cours de la riviere, la distance a laqueile nous en etions ne permettant guere de
1'attribuer a un contre-courant.
Le 24—Par 4o deg. S. et 56 deg. O. nous
nous trouvames en calme dans une mer d^co-
loree> verdatre et couverte de goemons. On
sonda, sans trouVer de fond, a cent vingt brasses'.
La nuit il venta assez frais du N.-O., pour
que je fisse reduire la voilure aux majeures :
regardant ce coup de fouet comme un avant-
coureur du gros temps, on allege a les hauts de
la mature du poids du greement de toutes tes
menues voiles. En effet, nous ne tardames pas
a avoir besoin de prendre' des ris.
Le 28. — Par 47 deg. S. et 61 deg. O. je
donnai plus*. d'O. a la route, afin de prendre
la sonde sur la cote des Patagons, et dfas^
surer mon passage par le deHrsit-de Lemai***',
avec les vents d?©t, qur skgnent-dans ces' p&^
rages.
Le 3i. — Par 49ildeg. 3 mitf^S. et 66 deg.
3o min. O., on eut fond a 3o lieues de la cdte
par 72 brasses, sable gMy-Jfoj je gouvemai VOYAGE
an S.-S.-O. r O., dirigeant sur le cap Sainte-
Ines de la terre-de-Feu.
Le ier Janvier. — La journee fut magnifi-
que, et je n'en ai pas vu sous aucun climat qui
Temportat pour la purete de l'atmosphere ct la
douceur de la temperature. La mer, paisible
comme un etang, etait a peine ridee par trae
legere brise du N.-E., qui nous faisait filer
trois ou quatre noeuds a l'-heure, parmi des
troupes de phoques, de pingoins et d'albatros,
qui ne fuyaient que lorsqu'ils etaient sous le
beaupre. Le thermometre marquait 16 deg. de
chaleur. A midi, nous nous trouvions par
5o deg. i3 min. S.,a 4° lieues de la c6te
des Patagons, et a 35 des Malouines. Ce
voisinage me rappelant que la France y avait
eu un etablissement qui promettait un accrois-
sement considerable, je formai des vceux pour
voir occuper de nouveau ces iles, qui ne sau-
raient donner, a la verite, de bien riches pro-
duits, mais ou la culture pourrait employer
beaucoup (le bras. Les interets qui porterent il
y a un demi-siecle le principejdominateur du
nouveau continent a solliciter l'e'vacuation d'une
position qui l'avoisine, ne peuvent plus existed
■fflif AUTOUR DU MONDE. IJ
Janvier 1817.
pour l'Espagne, a la veille d'etre exclue de l'Amerique meridionale. Quant a la puissance qui
embrasse le monde de ses colonies et de ses es-
cadres, la jalousie la plus ombrageuse pourrait
seule lui faire voir de mauvais ceil l'occupation
de cette terre sauvage. Cette colonie serait utile
pour les pecheries ,• elle nous pourrait servir
aussi de lieu de deportation : ce serait un de-
bouche pour notre population surabonjlante;
enfin, nous aurions ici, du moins, ^experience
en notre faveur.
Le lendemain, la brise passa a l'O., le temps
se couvrit, et dans la nuit il venta a prendre
tous les ris. Ces deux jours, la sonde donna de
70 a 84 brasses, petit gravier noir et jaune,
puis sable fin, jaune et blanc ; et la derniere,
le soir du 2, 72 brasses, sable fin, petits cail-
loux, et corail casse.
Le 3. — A 2 heures et demie du matin,
l'homme du bossoir annonca terre de l'avant.
Cette fausse alarme nous fit prendre la bordee
du nord : nous revirames presque aussitot en
reconnaissant notre erreur.
Au jour, les nuages etaient amonceles dans
le S.-O.; a 9 heures, on eut connaissance de
t. 1. 2
*m 18 VOYAGE
Janvier 1817.
la Terre-de-Feu dans le, mi, a six lieues de
distance («)• En ralliant la c^te^sbn gisement et
sa configuration me firent reconnaitre la partie
comprise entre les caps Sainte-Ines efcSaant-PauJ.
A midi, on releva ces pointes au S.-O. ~f O., et
au S.-S»-E., distance! de trois lieues; Deux haa-
t^vrs dubord superieur et deux dubordin&riewr
dn soleil, qui etait embrume, donnaient 54 deg.
6 min. S. Les relevemens nous mettaient par
54 deg. 1 min. S., et 69 deg. 10 min. O. La
difference depuis l*ile Sant-Antoni», derniere
terre vue, etait en 48 jours de 170 rain. "N.,
et 125 min.HJ*£. La proportion etait a peu presf
la meme depuis la ligne.
La cote, dans cette partie^ est aecore en plusieurs endroits, de hauteur inegale, et bordee
de mornes, dont plusieurs ont le pied dans la
(•) L'lle dela Terre-de-Feu, ou plntdt toutes Ies iles connues
sous cette denomination, furent ainsi appelecs par les premiers
navigateurs, qui y d ucouvriren t beaucoup de fea et de fumee.
C'est un pays tres-montagncux, ou l'on trouve cependant de
belles vallees et des prairies arrosces d'une infinite de ruisscaux.
Malgre un froid,ejweasifjjles hommes y vontsons aucun vfoe-
ment, et les femmes mfime ne portent que ecu* dont la pudeur
la moins severe impose l'usage. Cette terre, la plus meridionale
dto monde eonnu, n'oflVe au loin que des montagnes d'une hau-
teur immense et toujours couverl.cs de neigc. AUTO I'll DO   M()M)i:. l (>
Janvier 1817.
mer, <jni brise sur divers points. J.'iriterieur
est trcs-niontueux. Les so inn lets les plus t'-lcves
elaient converts de neigc : on en vovait aussi
dans quelques val lees, tain lis que d'autres of-
fraieni une asses belle vegetation. Rous tie
retnarquarnes aucune apparency de dangers
detaches.
Je contlimai a longer la cote & la distance
de trois a quatre lieues. & ven t ai t bon frais de
10.; le temps ('tail convertj la mer grosse et
creuse nous poussait' en poupe, et nous dou-
blions rapidement faisant sept milles au loc.
A 3 heures, le temps s'eclaircissanl, on apercut
de 1 ava 111 des terres considerables', h^rissees de
montagnes pyramidales,- dont les dentelures
bizarres offraient 1 aspects te'pros' sauvage j
elles s"e te n da ici 11 Mir tri 1 hi rd et se co 11 londaien t
avec celles que nous avions par le travel's. Ces
terres paraissaient d'abord former une baie Ttk-
mense, tennin-ee'a'l'ouest par Une pointe basse
dont nous etions pres-, et au-dela de laqueile
elles se developpaient au loin. Groyant n avoir
cour 11 q 11 une doir/.anie de lieues depuis innli,
1 e ne' POttVilS tai re cad re r ma position suppOsee
aved le rplevement et la distance de ctis liou- m
VOYAGE
Janvier 1817.
velles decouvertes, que je n'aurais pu mecon-
naitre pour la terre des £tats, si je ne m'etais
pas cru dix lieues trop loin pour la voir. Je
fus tire de cette incertitude a 4 heures, lors-
que ces terres eloignees, se detachant de celles
que nous avions par le travers, laisserent a de-
couvert un passage qui ne pouvait etre que le
detroit de Lemaire..
Je ne puis attribuer qu'a 1'influence des cou-
rans, 1'erreur dans laqueile je fus pendant quelque temps sur ma position j car je ne puis pas
en avoir commis de considerable sur mon point
a midi, d'apres l'accord a peu pres exact du
relevement et de la hauteur. Sauf 1'erreur
comparativement insignifiante des relevemens,
d'apres mes observations, je compte avoir par-
couru 18 lieues en quatre heures. De cettequan-
tite, j'en attribue 8 aux courans, n'en ayant fait
que 10 au plus au loc. Cette difference, toute
extraordinaire qu'elle paraisse d'abord, n'eton-
nera pas ceux qui connaissentla vitesse que peuvent acquerir les courans, quand la force de la
mare'e est augmentee par Taction d'un ventfrais,
prolongeant, sur un de'veloppement de plus de
4o lieues, une cote sans saillie conside'rable.
Ml AUTOUR DU MONDE. 21
Janvier 1817.
Le 4. —Le temps, quoique couvert, etant sans
mauvais indice, je me de'eidai a tenter le passage du detroit de Lemaire pendant la nuit(').
A 5 heures, j'arrondis le cap Saint-Vincent pour
donner dans le canal; mais a son entree la
brise, deja molle, tomba presqu'a calme en
variant au S., et je ne pus avancer pendant
quelque temps qu'a la faveur de la maree, qui
portait alors dans cette partie. La soiree etait
belle et la mer presqu'unie, a part quelques
remous de courans peu violens. Nous n'avions
a desirer que peu d'heures de vent favorable
pour nous faire doubler ce fameux passage.
Nous courions sur l'ile des EtatS; la brise, ayant
<varie auS.-O., nous fit esperer de douWer le
cap du milieu et de sortir a la bordee; maiS^f
minuit le vent changea, et le reste de la nuit
ainsi que la matinee, se passa a manoeuvre?
(') Le detroit de Lemaire est situe entre la Terre-de-Feu et
celle des Btats. Une compagnie ayant obtcnu des Hollandais le
privilege exclusif d'aller aux Indes par Ie detroit de Magellan,
Lemaire fit voile vers le Bresil avec deux batimeus qu'il avait
equipes a Horn, dans Fespoir de trouver un chemin sans passer
parce detroit, et cons^quemment sans contrevenir au privilege.
Le succes couronna ses esp^rances, et la decouverte du detroit
auquel Lemaire donna son nom immortalisa ce navigatcur. VOYAGE
Janvier  1817.
pour nous pousser dans le detroit, au milieu
des varietes :t$&-r&e'quentes des vents et des
courans qui se mapifestaient par l'agitation des
eaux. Nous rewarquames sur la cote occiderir
tale plusieurs feux que les naturels avaient aln-
lume's suivant lew? coutume, lorsq^ls voient
des navires, j maisiapcune embarcatjon ne se
montj§i, Nous n'apergumfes qu'upe seule ba-
iEJpfi dans le detroit■gue La Pe^rense avait vu
couvert dp ces poissons.
A midi et demi, etant en calme a ime lieue
de la cote S. de la baie Bon-Succ^sy sur laqueile le courant nous portait, M. Foucauit fut
e^pedie pour reconnaitre le mouillage. La brise
s'etant levee du N.-O. peu apr&s, nous pous-
sames une bordee devant la baie en tirant du
canon. M. Fouqaujt etant de retdnr a 3 heures,
nOWS forgaines de voiles pour sortir du^'etS-Gttfj
en rangeant a deux milles la cote entre la baie
et le cap Bon-Succes. Elle est e'levee, generale-
ment escarpee, accore et saine. Toute cette parr
tie estcouverte de mornes, ou plutdt de pics
pointus, dont la plupart des plans sont taille's
en precipices. Un d'eux se fait remarquer prin-
cipalement en ce. <$ue ses flancs sont coupes en AUTOUR DU MONDE. 23
Janvier 1817.
angles aigus, et forment une arete dentelee re-
presentant l'image grossiere d'une scie. On
voyait en plusieurs endroits des traces d'ebou-
lemens recens. La montagne de la Cloche (la
Campana) se montrait quelquefois parmi les
mornes, au dessus desquels elle eleve sa tete
enveloppee de nuages. A 5 heures nous etions
hors du detroit de Lemaire, et nous gouver-
names a doubler le cap Horn.
Dans la soiree nous eumes connaissance de
l'ile Nouvelle, et sU^cessivement des autres petites iles parsemees sttr la cote S.-E. de la
Terre-de*Feu. Le courant, dont 1'effet etait sensible, porta dans 1'est avec violence.
Le 5. —- Le vent continua du N.-O. bon
frais, inegal et variable, avec un temps plu-
vieux et des bancs de brume. La brise tomba
vers 4 heures, etavec elle l'espoir qu'elle nous
avait fait concevoir de doubler d'emblee le cap
Horn. A6 heures, ce promontoire se decouvrit
a 6 lieues dans le S.-O., s'elevant de la mer sous
la forme d'une enorme pyramide irreguliete et
tronquee. Bi&itot apres la brisepassant atfS.-O.,
nous louvoyames enforcant de voiles. Nos efforts n'eurent aucun succes, et je reconnus que «'!
I
!!'■■
24 VOYAGE
Janvior 181 •j.
les courans portaient constamment au N.-E., in-
de'pendamment des marees qui influent proba-
blementsur leur force, mais non sur leur direction. C'est 1'efFet naturel des vents d'O. qui re-
gnent toute l'annee, a quelques intervaD.es pres.
Le calme etant survenu apres midi, le navire
fut drosse sur les Baraevelt: il fallut le faire
remorquer par les embarcations pour le tenir
au large des dangers. H fut porte sur les ro-
chers par deux fois, et la seconde a une distance assez faible pour qu'on distinguat les
brisans malgre l'obscurite de la nuit. La brise
se leva enfin du S.-S.-O. a 10 heures, et nous
mit a m£me" de nous sauver de cet archipel dan-
gereux. Quelques heures apres, une variete
me fit tenter de doubler le cap Horn, les amures
a babord^ mais j'y renoncai bientot, quand,
en approchant, j'apercus le meme cap de
l'avant.
Je courus la borde'e du S. pendant trois
jours, faisant toute la voile que permettait le
vent, qui nous obligeait frequemment a prendre tous les ris. Le temps etait sombre, bru-
meux, avec de forts grains et beaucoup.de
pluie; la mer e'tait enorme, mais reguliere. Le AUTOUU DU MONDE. 25
Janvier 1817.
thcrmometre ne marqua pas moins de 4 deg.
de chaleur.
Les 9-11. — Les vents ayant hale le S.-O.
en mollissant, nous virames au nord a 4 heures
par 09 deg. 4°- min. Le second jour nous
eumes connaissance des iles Diego-Ramires sous
le vent. Apres quelques heures de calme, pendant lequel le courant nous en approcha sensi-
blement, le vent se leva du S.-E. et nous fimes
route grand largue en forcant de voile. Cette
variete favorable qui dura £5 heures, nous
eleva de 80 lieues dans l'E. Le vent varia ensuite au N.-O., et souffia avec force.
Le 14- — Nous rencontrames un baleinier
faisant route a l'E.-S.-E.; il hissa le pavilion
anglais : nous mimes le notre. Le soir la brise
tomba. Dans moins d'une heure on prit a la
ligne, treize albatros, dont plusieurs tres-
gros j l'un avait dix pieds d'envergure.
Les 15-21.—Cet acalmi dura peu, et fut
suivi d'une serie de coups de vent qui se suc-
cederent avec une telle force, pendant les sept
jours suivans, qu'on ne pouvait porter que les
voiles de tourmente. Le temps fut presque toujours sombre et menacant, avec des grains fu
ll, 26 VOYAGE
Janvier 1817
rieux, accompagnes de pi me, de grele et quel-
quefois de tonnerre. La mer s'elevait comme
des montagnes, formant de* Louies d'un deve-
loppement immense^ mais assez uni I brines, «*
qui les rendait moins dangereuses, quoiqn'elles
brisassent sur une etendue triple de la longueur du navire. L'eau etait brassillante a
l'approche des fortes tourmentes. Les vents, qni
dependaient constamment de l'ouesi, etaient
coniparalivcmeut nioderc's lorsqu'ils prenaient
du -sud.
Dans oette mer monstrueuse qui l'assaillait
sans relache et le couvraitsouvent, le Bordelais
se comportait d'une maniere admirable j il ne
faisait point d'eau, et avait moins de deviate
qu aucun batiment que j'aie jamais vu. Grace
a ces ex cell en les qual ites du navire, et aux precautions que nous avions prises pour tenir et
alleger sa mature, nous n'eprou va mes aucune
avarie dans oette partie importantes ^fous fumes
egalementheureux pour les voiles, q noiq uYntre
le desir de mettre a profit Ies cir cons lances fa-
vorables, et la necessite de ceder a la force des
vents, il fallut continuellementmanceuvrer pour
augmenter ou risduire la voilure. Nous eumes AUTOUR  DU MONDE. 27
Janvier 1617.
seulement les fargues de babord enfojicees : la
lisse fut cassee par un coup de mer.
Au commencement d'une de ces tempetes,
l'armwier fut emporte par une fausse lame, en
bordantla misainej l'ecowte le saliva.
Les embruns , <J»ji, sans pailer des coups de
SBper, couvraient le navise a chaque instant,
feints a la pluie et a la brume, mouill|aient tout
ce qui se presentait sur le pont, sans qu'il fut
possible de faire s^cher les hardes pendant
plusieurs jours de suite. Mais les hommes
etaient restaures par des alimens sains et chauds,
l'installation de la cuisine en fer, que j'avais fait
confectionner a Bordeaux, permettant de faire
la ehaudiere au milieu des plus gros temps.
L'experience me donna lieu de m'applaudir
d'avoir substitue des voiles de goelettes a la
grand'-vftife d'etai et au foe d'artimonj ces
nouvelles voiles entierement porte*es par les bas
mats, fatiguent infiniment moins la mature;
elles orientent mieux et donnent beaucoup plus
de sillage. Oelle de l'avant surtout, qui a le
plus de surface, va a toutes les allures, le vent
arriere ejgepte; au moyen de ris, elle peut etre
employee comme voile de cape. La meilleure m
iW:
28
VOYAGE
Janvier   181 7.
de ce genre pour le Bordelais etait la goelette
d'arriere.
Dans le cours de ces gros temps, les courans portant constamment sur la Teinre-de-
Feu, je pris toujours les bordees qui m'en
eloignaient le plus : malgre cette precautfcn,
les courans et les capes repetees nous firent
deriver jusqu'a 28 lieues du cap Noir, et 24
lieues du cap Pilares.
Le 22. — Nous doublames le parallele de
ce promontoire, extremite occidentale du detroit de Magellan (0, ayant ainsi contourne la
t1) Magellan, gentilhomme portugais au service de Charles-
Quint , ayant observe que le contid eirt de rAm6rique septen-
trionale se terminalt en pointe au midi, ainsi que celui de
l'Afrique, tirait cette consequence , que les mers devaient lire
ouvertes a l'extremite meridionale du Chili, comme au cap de
Bonne-Esperance. Penetre" de cette idee, il par tit de J5eSriHe
en 1519, avec une flotte de cinq'vaisseaux, et apres avoir
touche al'ile Tenerif, aucap Verd, etauBresiL tl deconyrit;
a environ cinquante lieues de la baie de Saint-Julicii, un «ap
auquel il donna le nom de Desire; mais les gens de l'equipage ,
par une acclamation generale, donnerent au detroit celui de
Magellan , qu'il a conserve. Les naturels l'appellenl Kaika. La
longueur de ce detroit est dc cent dix lieues; sa largenr n'a nolle
part moins d'une lieue ni plus de quatre. En hiver, les nuits y
sont de dix-sept heures. L'air y est si froid que les Espagnols ne
s'y arretercnt point. AUTOUR DU MONDE. 29
Janvier 1813.
Terre-de-Feu le dix-huitieme jour de notre
atterrage au cap Sainte-Ines, et le seizieme de
notre sortie du detroit de Lemaire.
D'apres le chronometre, nous avions ete por-
tes depuis cette epoque, de io5 milles dans le
N., 47 deg. E., de notre estime, et de 71
milles dans le N., 5i deg. E., depuis les iles
Diego-Ramir'ls. !
On avait vu constamment des oiseaux oce"ani-
ques, la plupart petrels de toutes especes; des
marsouins losanges de blanc surle dos, et quelques baleines, furent les seuls poissons qui se
montrerent dans cette partie de notre voyage.
Aujourd?hui la presque totalite des batimens
destines pour la mer du Sud, passent a l'E. des
iles Malouines et de celles des Etats, souvent
sans en prendre connaissance. Lorsqu'a cette
derniere hauteur ils rencontrent les vents d'O.,
si frequens dans ces parages, ils courent au S.
jusqu'au 60 deg. ou environ; la ils trouvent des
varietes de cette partie qui leur permettent de
s'elever dans le N.-O.
Sans pretendre critiquer unepratique adoptee
par la plupart des navigateurs, j'observerai
qu'en passant par le detroit de Lemaire on se *i
3© VOYAGE
Janvier  181 J.
trouve de suite de do lieues plus 0. qne eeux
qui contournent la Tewe-des-Etats, avantage
qui n'gst pas sans importance dans des mers otk
la grande diffictskte' est d# fare du elteniin dans
cette direction. Si l'on est contrary fti&t le
d^bouquement, et qtfon ne veuSlepas attend**
aUabri de laTerre-de-Feu, leS vents favorables
qui sont les plus communs, le-pi smaller est de
doubler le cap Saint-Jean, cxtremite E. de file
des Elals- ce qui n'exige que quelques heures.
La navigation- autour de* terres Magella-
niqucs se fait depuis long-temps en toute saison,
et si elle est plus penihle pour les equipages en
hivcr qu'en etc, a cause des froids et des longues
nuits, on a 1'avantage de trouver des varietes
d'E. plus frequentes et de plus longue durec
qu'en ete. En somme, cette travcrsee n'ofifre pas
de difficultes qu'un bon batiment doive craindre
de sur monter. On est etonne que les desastrds
des escadres d'Anson et de Pizarro aient Sttffi
pour accreditor une> prevention" Contraire au
milieu du siecle dernier, lorsepfon se rappelle
qu'a son commencementy- pendant k gue*iie de
lia succession d'Espagner, nombre de nos b&i"
mens doublaientannnellementde rap Horn. Cet AUTOUR DU MONDE.
3i
Janvier 1817
etonnement redouble quand on compare l'etat
de la science navale a cette epoque, a ce qu'elle
etait dansl'age desColomb, desGama, des Magellan. On pe&t ajouter que les progres impor-
tans qu'elle a faits depuis, ont affranchi la na-j
vigation moderne de tant de dangers, et lui
donnent tant de moyens de vaittere les diffi-
culjtes qui restentencore, que, sous ce rapport,
aussi bien que pour l'importance des decou-
yejftes, on ne peut pas etablirde parallele entre
les travaux des Argonautes du quinzieme et du
seizieme siecle, et ceux des plus celebres marins
de ces derniers temps, sans en excepter Cook
lui-meme.
Le 23. — N'ayan* plus d'aussi forts conrans&
craindre, je diriggai au N. -5- N.-O. pour sortir
de ces parages a tourjaoente; mais il nous fallut
essuyer encore una bourrasque, qui heureuse-
mcnt s'appaisa au bout de quelques heures. Les
vents passerent ensuite au S.-O., et nous fimes
route directe pour le Chili.
Le temps se degageait et la temperature s'a-
doucissait a mesure que nous avancions vers le
nprd..Qpiputouvrirles ecoutiilles, aerer etsecher-
partout, calfater les embareatfofns, et 08re les 1
tmm
'■War-
3a VOYAGE
Janvief 1817.
dispositions d'atterrage. L'espoir d'une rel&che
prochaine faisait oublier d'autant plus facile-
ment les fatigues et les contrarietes que nous'
avions eprouvees, qu'elles n'avaient pas laissd
de traces sur la sante de l'equipage. Ee seul
malade qu'il y eiit a bord se retabljssait journel-
lement: c'etait le fruit et la recompense des
soins qu'on avait portes a cet objet important,
et des mesures preservatrices de M. Vimont:
vetemens chauds et sees autant que possible,
proprete, fumigations frequentes, nourriture et
boisson variees et antiscorbutiques; tous les
moyens disponibles ava^ent eteemployes.il faut
avouer que les equipages des baleiniers anglais
et americains, qui negligent la plupart de ces
precautions, saufla proprete, et qui consom-
ment trois fois plus de salaisons que nous, n'en
sont pas moins robustes et bien portans; mais*
aussi sont-ils composes d'liommes que l'habi-
tude a endurcis aux fatigues, ce qui n'etait pas
le cas des gens que je commandais.
Le 31.—A vingt-cinq lieues a l'O. def^e de
Santa-Maria, nous apergumes deux gros navires
a trois mats, qui paraissaient &re des batimens
de guerre a batterie couverte. Nous pass&mes. AUTOUR DU MONDE. 33
Fcyrior 1617.*
dans leurs eaux a trois ou quatre milles de distance. Je sus par la suite que ces batimens
etaient des fregates espagnoles en croisiere.
Le 1"fevrier. — La mer, decoloree des la
veille, fut couverte de goemons et d'albatros :
on vit aussi a fleur d'eau beaucoup de poissons
blancs et plats, de forme circulaire, ayant a peu
pres une brasse de diametre, avec une nageoire
dorsale tres-saillante. Les baleiniers appellent
cette espece sunfish, parce qu'ils ne se montrent
guere qu'avec le soleil.
A midi, nous eumes connaissance de la cote
du Chili. A 4 heures, elle se dessinait distincte-
ment; les montagnes se detachaient les unes des
autres et presentaient trois enormes masses su-
perposees, formant un immense amphitheatre.
A 7 heures, nous etions a deux lieues du port
Saint-Antonio. II ventait toujours grand frais
du S. La crainte des courans dont parle Frezier
me fit prendre le large, afin de n'etre pas em-
porte pendant la nuit sous le vent de Valparaiso,
dont nous n'etions qu'a dix lieues.
Le 2.—-A minuit, nous rapportames a terre.'
Le courant ne s'etant pas fait sentir, nous nous
trouvames au jour a peu pres a la meme posi-
T. 1. 3
IBP 84
VOYAGE
Fikrier 1817
tion que la veille. Le vent torn ba tou t-a-fail, et
malgre tout ce que nouspumes faire, la houle
11 ou s d r ossa j us qu' a un mille de la P ie d r a-Bl an c a,
roclier accore et tres-remarquable par sa masse
et par sa blaucheur, autour duquel il n'y a pas
de fond. La plus grande partie de la matinee se
passa a manceuvrer, a 1'aide de nos em bar cations, pour nous tirer de cette position des-
La mer etait couverte de baleines dont on
re mar qua it les jets d'eau en cent en droits a la
Ibis, comme an tant de colonnes de In nice. Le
calme ayant dure jusqu'au soir, et la houle bal-
tant toujours en cote, je mouillai dans l'anse
de Tunquen, a 8 heures, par trente-six brasses
d'eau, sur un fond de roche qui aurait coupe
le cable si on n'avait eu la precaution de faire
ajus avec line chaine de seise brasses, entalin-
guee sur l'ancre. U fit calme toute la nuit qui
fut tres-belle. Nous eumes un feu au grand mat
jusqu'a io heures : il en parut un sur la plage
dans le S.-E., mais il ne vint pas d'embarca-
tions.
Le 3. — On leva l'ancre de bonne heure. La
chaine &ait encore hors de l'ecubier, quand la AUTOUR DU MONDE. 35
Fevrier 1817.
brise, qui j usque-la avait 6te tres-molle de la
partie de l'O., fraichit soudain, et dans quelques minutes sauta trois ou quatre fois d'autant
de quarts entre le N. et le N.-O. Ces varietes
rapides necessiterent dans la manoeuvre des
changemens successifs, pendant lesquels le navire fut porte au fond de l'anse, ou se trouvent
des brisans qu'il rangea a moins d'une enca-
blure, en virant vent- arriere pour recevoir la
brise du N.-O., qui nous mit au large. Elle
tomba aussitot apr&s, et les risees de la partie
de l'O. qui lui succederent, accompagnees de
brume, ne nous permirent de rallier Valparaiso
que le surlendemain.
Le 5. — A une heure apres midi la brume
se dissipa, et nous reconnumes successivement
la pointe N. de la baie et celle de Los Angeles,
qui en forme l'extremite ouest.
A 4 heures, une embarcation portant pavilion espagnol vint a bord avec le directfeur
de la douane, le capitaine de port et le pilote.
Peu apres nous gagnames la rade a l'aide des
embarcations, et en meme temps qu'un brick
espagnol vu le matin. A 5 heures un quart nous
mouillames devant Valparaiso, trois mois et
3.
in g&
36
m
VOYAGE
F^triet xo<7*
)tre sortie de la Gi-
dix-sept  jours apres  not
ronde (')• „ ■ •■  .
Apres avoir serre les Voiles, on fit un salut
de lgt-nn coups de canon; la battene du
chateau repondit de onze coups. Je descen-
dis ensuite a terre, portant les papiers du navxre
ct quelques lettres de recommandation. Jerecus
de don Jose de Villegas, capitaine de fregate et
gouverneur de Valparaiso, l'accueil le plus g^
cieux,-accompagne* de temoignages de bienveil-
lance que j'attribuai en grande partie a mon
titre d'officier de la marine royale, et au souvenir de MM. Dubouret et de Tilly, capitaines
de fregate, qu'il avait connuslorsqu'ilsservaient
en Espagne, et dont j'avais des lettres. Non-
seulement je fus autorise a pourvoir aux be-
soins du navire, mais j'eus encore la promesse
de trouver toutes faeilites dans ce qui ("jependait
du gouverneur.
Le6.—-Le pilote du port vint de bonne
(•) Valparaiso est distant de quelques lieues de Sarit-Yago.
Cc n'&ait d'abord que' des magafrins .etablis pour fecfliter le char-
gement et le transport des marchandises de Sant-Yago a Lima.
Par suite, des marchands s'y etablirent eux-memes avec leurs
families , et la bourgade s'est insensiblement agrandie et peuptee
de blancs , de mulJitres et de m6\is. AUTOUR DU MONDE. 37
Fevrier i$iy.
heure nous amarrer a poste; il nous affourcha
N. et S. avec la grosse ancre mouillee plus en
dedans par seize brasses, fond de vase gluantej
et un autre cable avec la 'chaine, amarres a
terre. Les deux cables resterent presque sur le
bout.
On relevait la pointe des Anges au N. 3 deg.
E., l'extremite O. de la batterie du gouverne-
ment au S. 5() deg. O., et les dernieres terres
dans le nord au N. 3o deg. E.
Le soir, le San-Sacramento, grand navire
marchand, partit pour Lima avec des deportes,
dont plusieurs ecclesiastiques et moines.
Don Jose de Villegas expedia pour Sant-
Yago un paqauet contenant une lettre que j'ecri-
vais a don Marco del Ponte, president et gouverneur general, qui avait ete prisonnier.de
guerre en France, et une autre- de M. Blandin de
Bordeaux, chez qui ce general avait passe une
partie de sa detention.
Je fus presente aux principaux employes et
aux particuliers les plus marquans parmi les Es -
pagnols europeens et Creoles. J'cus occasion de
m'apercevoir, dansle cours de mes visites, qu e
le  genie des revolutions n'avait pas oublie co 38 VOYAGE
Finin-tttf.
pays. Lemouvement qui avait d^jafait changer
de face a une partie de YAm6n^ae m&idionale
s^&ait propage jusqu'au Chili. Apres avoir leve
l'etendard de l'independance, ce pays avait e\e
sounds, en i8i4j parle general Osorio,mais les
fermens revolutionnaires existaient toujours, et
Fesprit de parti, qui eiclutlamoderation et sou-
vent la justice, re*gnait de l'un et dc I a u t re cole.
3fe remarqnai atissi, avec des sentimens bien
difierens, que, malgr^les maux qu'une aggrea-
sibn injuste avait vers& sur leur pa trie, les
Espagnols, loin de voir des ennenus dans les
FranQais, avaient repris pour nous les^sentamens
de  bienveil lance nature Is a deux,  nations  bees
par le pacte tacit e, mais indestructible, de l'in-
teret commun.
Je dinais avecM. de Villegas chez un negociant, lbrsqu'il recut unpaquet dont la(lecture
produisit une emotion sensible. Un corps- de
troupes de Buenos-Ayres avait passe les Andes
et diebute par des succes, qui, sans Itre decisifs,
inspirerent les plus vivesinquietudesatoutepFas-
semblee, composee d'Espagnols%europeens. Ds
ne dissimulerentpascombien ilsapprehendaient
de voir se joindre aux ennemis de l'exterieur AUXOUR DU MONDE. 3q
I'cfvricr 1817.
un grand nombre de mecontens, jusqu'alors
contenus par la craintc, mais qui n'attendaient
qu'une occasion favorable pour eclater et sc-
couer une secondc fois le joug de la metro-
pole. M. de Villegas seul ne prenait pas part a
la consternation generale; mais tous ses efforts
pour rassurer les esprits, en exposant les grands
moy ens que le gouvernement avait a sa disposition, faisaient peu d'unpression sur des hommes
d-e'ja frapp&s de terreur.
Le 7. — Un transport espagnol arriva de
CnHo^ avec des reerues. Le gouverneur me
fbrga par deux sommations a lui livrer les fusils dont le Bordelais etait charge; cependant
je ne lui en livrai que la moitie, et j'pus de
lui les plus fortes garanties que ceux doit il
s'emparait me seraient rendus ou remplaees, si
les ressources de 1'arsenal de Sant-Yago le
permettaient; dans le cas contraicej ils devaient
e'fcpe payes a un prix avantageux sur lequel je
ne voulus rien stipuler, afin d'avoir plus de
droits a reckiner la restitution. Outre la car<-
gaison destimee pour la cote N.-O., le Bordelais avait un assortiment assez considerable de
marchandises  convenables  pour  l'Amerique Ii
1
0
4o VOYAGE
Ft vr i r- r, 181;.
meridionale. Gette brancbe accessoire mais
importante de l'operation, n'etait, comme la
principale, qu'une tentative pour ouvrir de
nouveaux deboucbes aux produits de l'indus-
trie fran§aise. A part quelques recommanda-
tions particulieres, je n'etais muni d'aucun
moyen de m'en procurer la defaite dans les
colonies espagnoles, ou, a moins d'autorisation
de la cour de Madrid, aucun etranger n'avait
encore ete admis a traiter legalement. Ges considerations reglerent ma conduite.
Cependant les nouvelles qu'on recevaitijour-
nellement de I'mterieur, annoncaient les progres des troupes de Buenos-Ayres, dont les
partis, repandus sur divers points, faisaient
soulever le pays partout ou ils se presentaient.
Ces nouvelles ne faisaient qu'accroitre l'inqu^-
tude et le decouragement des Espagnols et du
petit nombre de Creoles qui leur etaient attaches. II n'y avait pas vingt-quatre heures que
le passage des montagnes par les insurges etait
connu, et deja on se disposait a fuir. Les employes du gouyernement etaient les premiers a
embarquer leurs effets avec un empressement
scandaleux: leurs families, et meme quelques-
w AUTOUR DU MONDE.
Fey
i
nns d'entr'eux, couchaient en rade pour etre
pr£ts en cas d'evenement.
Lesg-io.—Ces mouvemens, joints aux bruits
qui se re*pandaient sur les progres de 1'insur-
rection, firent fermenter quelques tetes de l'e-
quipage, parmi lequel se trouvaient plusieurs
mauvais sujets qui ne s'etaient embarque's que
dans l'espoir, excite par des bruits absurdes
accredites parmi le bas peuple de Bordeaux,
que le navire devait faire la course. Les dispositions que je pris de bonne heure etoul-
ferent ce levain pernicieux, sans qu'il fallut
mettre a execution les mesures de rieueur dont
j'avais menace les malintentionnes.
Sur ces entrefaites, je regus du capitaine ge-*
neral une reponse satisfaisante a ma lettre du 5;
mais dans les circonstances existantes, je ne ju-
geai pas a propos de profiter de l'autorisation
qu'il m'accordait de me rendre a Sant-Yago.
La joie des Creoles et 1'abattement des Espa-
gnols, ne me faisaient rien augurer d'avanta-
geux a ceux-ci dans Tissue de la lutte qui ve-
nait de s'engager. Tecrivis done au capitaine
general pour le remercicr de ses bontes, et le
prevenir que je me disposals a continuer mon Si
4a VOYAGE
Fevrier   1817.
voyage. J'ajoutai que j'attendais avec confiance
le remplacement des armes qui m'avaient<M4
enlev^es, ou le remboursement de leur valeur,
et que dans le cas ou ni 1'un ni 1'autre ne pour-*
rait s'effeotuer au Cbib, je comptais que Son
Excellence'voudraic bien me fairaexp^dier les
pieces ne"cessaires pour le recouvrement des
amies au Perou, ou une indemnite qui' mit 4
convert les inter&s de 1'expedition.
Le 11. — Les craintes augmentant, qulri—
qii'il n'y eitt eu encore aucune rencontre se-
riense, tous les balimens sur la rade 1 ment
mouiller au large. Nous fimes de meme afin
de rester maiires de nos mouvemens.
Le 12. — La journee fnt assez calme, grace
a de faux bruits d'avantages obtenus par les
troupes royales. Cette illusion fut delruile
dans la soiree par l'arrivee de plusieurs fiigi-
tife annoncant la deroute complete des roya-
lisics. Cette nouvelle fut amplement confirmee
par d'autres fuyards qui se succederent dans
la nuit.
Le i3. — Ils arriverent par bandes, la plupart sans chef et sans ordre, les officiers devan-
$ant g^n^ralement leurs soldats. Chacun cheiv AUTOUR DU MONDE. 43
Fevrier 1817.
cbait a se rendre a bord des .navires en rade.
ou rien n'etait dispose pour la reception des
troupes: le desordre etait a son comble.
Le 14- — J'envoyai de bonne heure a terre
M. Briole pour solder notre faible compte avec
le fournisseur, et se procurer quelques vivres
frais S*il etait possible. Cet offieier trouva la ville
dans la plus affreuse confusion : les habitans,
k enhardis par la terreur de ceux qu'ils regar-
daient comme leurs oppresseurs, s'etaient em-
pares du gouvernement et des batteries, dont
les pieces avaient ete enclouees. Un de leurs de-
lachemcns, de quarante a cinquante hommes,
cache par l'angle de la batterie infe"rieure du
chateau, surprenait les fuyards, qui, arrivant
eparsy ne pouvaient manquer de tomber entre
leurs-mains, et etaient aussi lot conduits en prison. Au milieu de ce desordre, le retour de
M. Briole ne s'effectua pas sans peine et meme
sans quelque danger. Presse par les soldats de-
bande*s qui assaillaient l'embarcation, il fallut
ahandonner en partie les vivres qu'on s'etait
procures, et essuyer quelques coups de fusil,
quiheureusementn'atteignirent personne. Pendant le trajet, M. Briole deposa a bord d'une
il M. ;• a
■w
44 VOYAGE
Fevrier 1817*
chaloupe espagnole le peu de ces malheureux
qu'il avait pu recevoir dans son canot: il re^
vint a bord a 7 heures. Du navire la Britannia,
ou il s'etait refugie, le brigadier Atero me fit
demander les embarkations du bord pour le
transport des troupes; je les avais deja promises
a M. de Villegas, qui etait venu se concerter
.avec moi; mais le rapport de M. Briole, con-
firme par la presence en rade des officiers, dont
la surveillance aurait pu accelerer l'embarque-
ment en maintenant 1'ordre, me fit juger qu'il
serait imprudent d'y employer nos gens. Au
reste cette operation n'etait rendue penible que
par l'imprevoyance et la pusillanimite des fu-
gitifs; elle aurait pu se faire. avecautant d'ordre
que de tranquillite, si, au lieu de s'empresser a
evacuer tous les postes et a mettre les transports
au large, on avait conserve les ouvrages qui
commandent la ville pour tenir les habitans en
respect.
Du cote de la mer, le seul navire la Britannia,
de 20 canons de neuf, embossea portee de but-
en-blanc de la cote, entre Valparaiso et Al-
mendral, n'aurait laisse aucune inquietude sur
les tentatives de l'ennemi jusqu'a l'arrivee dc AUTOUR  DU MONDE. 45
p<Svrier 1817.
son artillerie. D'ailleurs les troupes vietorieuses
etaient encore loin, et les Espagnols nletaient
harceles que par un petit nombre de citoyens
qui tiraient leur audace de la terreur de leurs
ennemis.
M. Heartley, capitaine depossede du navire
anglais le TVill, que les Espagnols avaient saisi,
vint, accompagne de sa femme, me demander
l'hospitalite. J'avais des la veille a bord les
Oydors, Caspe et Pereyra, le fils de ce dernier, trois negocians, et plusieurs autres Espagnols , outre les domestiques; il ne m'etait pas
possible d'en admettre un plus grand nombre,
n'ayant que le pont de libre. Les officiers etmoi
partagions notre logement avec les principaux
de hoshotes. Plusieurs de ces messieurs eprou-
vaient des inquietudes que rien ne paraissait
pouvoir dissiper tant que Valparaiso serait en
vue. N'ayant aucun motif de retarder mon depart, a 9 heures, avec une bonne brise de l'O.,
tous les navires en rade etaient deja sous voile.
Peu apres, la Britannia tira un coup de canon
dontle boulet passa au-dessus du Bordelais. Je
fis d'abord carguerla grande voile; mais le commandant espagnol, qui avait alors le cap sur le 64 VOYAGE
Fevrier 1817.
fond de la baie, n'ayant fait aucun mouvement,
je jugeai que cette algarade n'etait qu'une me-
prise, et je continuai a courir au large. A inidi
on prit le point du depart, et l'on fit route pour
le Callao.
C'est ici que doivent trouver place les ren-
seignemens que j'ai rccueilli.s sur le Chili, tant
par les rapports qui m'ont 4$& donnes que par
mes propres observations j je me renfermerai
dans les bornes d'une notice succincte, la brie-
vcle de mon sejour dans ce pays, dont je n'ai
vu que la ville de Valparaiso, jointe auxinp-
constances qui font signale, ne in" ay ant pern lis
de recueillir que des donnees Ires-impari'ailcs.
D'ailleurs les grandes colonies europeennes et
les autres pays d'une civilisation avancee oii
j'ai touche,-ayant ete visites par des hommes
que* des talens superieurs et de plus grandes fa-
caites ont mis a meme de bien voir et de pouvoir
mieux decrire, je me propose de parler seulement de ce que ces contrees oflrentd'interessant
a la marine et au commerce, ainsi que des divers
changemens oftdasionnes par les dernieres commotions politiqiies, me reservant de donner plus
defendue a mes observations sur des pays plus
•il; !■;!' AUTOUR DU MONDE. £7
Fevrier 1817.
recemment  decouverts,  moins frequente's  et
moins connus (0.
La salubrite et la douceur de son climat,
la variete et l'abondance de ses productions,
jointes a l'etendue de ses cotes, garnies de bons
mouillages, promettent au Chili un haut degre
de prosperite quand il lui sera donne de jouir
de la paix, et d'avoir un gouvernement sage et
eclaire qui sache apprecier ces avantages et les
utiliser dans 1'interet general. Le commerce et
la navigation se sont deja ressentis de l'ouver-
ture des ports de ce pays, suite naturelle de
son emancipation, et il offre des a present des
debouches importans a la France. Parmi les
produits de notre industrie, les draps, les soie-
ries etlestoiles, sont ceux dont la defaite reunit
le plus d'avantages. Les vins, les eaux-de-vie,
et quelques autres objets moins importans peu-
(') En 1535, les Espagnols, sous le oommandement d'Amagro,
firent la decouverte du Chili. II s'etend depuis les frontiferes du
ferou jttsqu'aux terres magellaniques, dans un espace de cinq
cents lieues de c6tes toaritimes. Cette contree avait ete soumise
en partie par les Incas, qui se proposaient de pousser leurs con-
quetes vers le sud; mais ils furent contraints de s'arreter, eprou-
vant une resistance opiniatre de la part des Indiens. Un desert
de quatre-vingts lieues separe le Chili du Perou. £
.<«
48
VOYAGE
1H17.
is*
vent entrer aussi dans la composition des car-
gaisons: il faut en exclure generalement les ob-
jets de qualite superieure, le luxe n'ayant pas
fait autant de progres au Chili que dans les autres
contre'es de l'Amerique, a la plupart desquelles
il le cede egalement en richesses metalliques.
La lutte dans laqueile ce pays se trouve engage pour conquerir son independance, fait re-
chercher aussi les armes et les munitions de
guerre. Les cuirs,lessuifs, et surtout le cuivre,
sont les principaux objets d'exportation pour
l'Europe, avec laqueile le Chili n'avait aucune
communication directe avant son emancipation.
Le peu de produits de cette partie du monde
qu'il consommait alors, lui parvenaitparl'inter-
mediaire de Lima, ainsi que ceux de l'Asie. En
outre, le Perou fournit au Chili, en temps de
paix, du sucre, du cacao, du tabac, et quelques
autres objets j celui-ci s'acquitte au moyen de
ses bles, de son cuivre, de ses viandes et fruits
sees, et de son cordage blanc, les proprietes
corrosives du goudron indigene en interdisant
l'emploi. L'interet des deux pays reclame le re-
tablissement de ces relations, que la difference
des dons que la nature leur a repartis rend pres- AUTOUR DU MONDE. 49
Fevrier 1817.
qu'egalement indispensables a l'un et a 1'autre.
Le Chili recoit du Paraguay l'herbe de ce
nom (hjerba de Puraguay), qu'il paie en numeraire, ces contrees, situees sous le meme ch-
mat, ayant d'ailleurs les memes produits. Ceux
du Chili etaient a bas prix sous le systeme pro-
hibitif: depuis l'admission libre des etrangers,
qui a suivi son independance, les objets d'ex-
portation ont double de valeur, a l'exception
des articles qui, comme le ble^ et la viande
seche (tasao ) employee au lieu de salaison dans
les armemens dela mer du Sud,ne trouvent de
debouche qu'au Perou. En meme temps les
marchandises d'Europe, dont ce marche a ete
encombre, y ont subi une depreciation non
moins remarquable. D'un autre bote, une grande
partie  des richesses metalliques du pays est
passee entre les mains des Anglais et des Ame-
ricains. Cette extraction avait commence dans
le laps de temps ecoule entre l'insurrection des
provinces de la Plata et celle du Chili: les spe-
culateurs anglais etablis a Buenos-Ayres intro-
duisirent alors en interlope une grande quan-
tite de leurs marchandises dans ce pays, qui
ne pouvait les payer qu'en especes, la nature
T. I. 4 5o
VOYAGE
F6reie^t8i7.
de-ses produits souffrant peu la contrebande.
La ville de Valparaiso a gagn^ seus plusieurs
rapports depuis le temps de Vancouver* Je n'ai
pu rien savoir de positif sur le nombre de ses
habitans; quelques rapports le portent a dix-
huit mille, ceux d'Alimendral compris ; mais il
ne m'a pas semble* qu*«3. y*en eut plus de dix a
douze mille, dont les deux tiers a Valparaiso.
Les hauteurs ne laissent entr'elles et la mer
qu'un tres-petit espace libre; la plupart des
janes-sont ^utnees sur le revers de plusieurs ra^-
vins, dont le fond est occupe par des torrens
dans la jsaison des pluies. Outre I'inconveuient
de leur position, les rues sont generalement
tortueuses, mal tcnucs, et' qtieiqueg-'unes escarp-ess. ■■■
Les maisons sont d'un seul etage, et l!ext^~
rieur en est assez soigne, quoique ^simple 5 elles
sont passablement meubl^es, et leur proprete,
sans pouvoir etre citee, m'a surpris fort agrea-
blement, d'apres l'idee que m'en avaient don-
nee les descriptions de Vancouver qui pou-
vaient etr@ tfrefr-exaetfes de son temps.
Les batteries de mer m'ont paru asses biea
entretenues, mais le revetement de 1'ouvrage le s*
AUTOUR DU MONDE.
Fevrier  1817.
plus considerable, qui se trouve en grande partie
dans la ville et renferme le gouvernementy etait
lezarde en plusieurs endroits etmenagait ruine.
Au reste, tous ces ouvrages qui comptaient au
plus 60 canons, ne pouvaient servir que contre
uncoup de main, tant par mer que par terre.
De ce cote ils n'ont pas de defenses reciproques;
ilsoffrent des parties qui ne sont pas flanquees,
et du reste ils sont tous domino's.
La rade, ouverte du nord seulement, peut
etre considered comme un port, et en a toute la
surete depuis octobre jusqu'en avril. Les vents
de N., qui y soufflent directement, dominent
depuis mai jusqu'en septembre, qui est aussi la
saison pluvieuse. L'excellence de la tenue com-
pense en partie ce grave defaut. Les dangers
$0ntapparejfls,;accores, et a tres-petite distance
de tecre aux extremite's du mouillage.La perte
d'un batiment espagnol a fait de'couvrir un rocher sous l'eau, sous la partie E. de la baie, a
une encablure et demie de la cote.
4 ?L'eau se fait difficilement a Valparaiso, qui
n'a que des puits, dont le principal est dans le
chateau : on troUve plus de commodite's a Al-
mendral, ou est un puits qui peut fournir de
4- l'eau a plusieurs conduits a la fois. II faut rouler
les futailles sur un espace de 4oo brasses, et
souvent les prendre a la remorque; a cause de la
houle qui intercepte par fois la communication
pendant les vents du nord.
Malgre ces inconveniens, le port de Valparaiso a ete choisi par le nouveau gouvernement
du Chili pour etre le siege de sa marine j il
n'en reste pas moins le premier port marchand
du pays. Les vivres de toute espece y abondent
et sont a un prix modere. Plusieurs voyageurs
dignes de foi m'ont assure que la ville s'etait
beaucoup accrue depuis 1'independance, et que
Fevrier j8*7«
les ouvrages avaient ete augmentes.
Almendral, qui n'est pour ainsi dire qu'une
longue rue, est situee dans une petite plainc
au bord de la mer : 1'espace de trois a quatre
cents toises qui le separe de Valparaiso, est'sJ
etroit, qu'il est presqu'entierement occupe par
le chemin. On y trouve cependant de petites
maisons nouvellement construites, adossees aflSs?
montagne qui forme en cet endroit un rempart
d'une hauteur considerable. Ces dispositions du
terrain rendent ce passage d'une defense tres-fa-
cile pour quiconque est maitre de la mer. C'est Ml
AUTOUR DU MONDE. 53
Barter 1817.
a Almendral que commence la grande route de
communication entre Valparaiso et Sant-Yago,
que le capitaine general Higins de Vallemar ve-
nait de faire ouvrir, lors de la relache de Vancouver .        M«|
Les Chiliens pratiquent l'hospitalite; ils ai-
ment les plaisirs de la societe; ils sont bien
faits, robustes, et generalement d'une stature
plus haute que les Espagnols. Leur physiono-
mie serieuse annonce de la fermete. Ils sont
bons cavaliers, et ceux des campagnes surtout
savent manier adroitement la lance et le lacet.
Ils supportent les fatigues des plus longuestraites
a cheval, bivouaquant enveloppes de leur poncho, espece de manteau des Indiens meridio-
naux, en forme de chasuble, et usite dans toute
l'Amerique espagnole. La rarete des gites, meme
sur les routes les plus frequentees, rend cette
maniere de voyager indispensable dan's la plus
grande partie du continent. C'est ainsi qu'on
fait dans vingt jours le trajet de Sant-Yago a
Buenos-Ayres en traversant les Andes.
Les femmes sont belles, mais beaucoup d'en-
tre elles acquierent de bonne heure trop d'em-
bonpoint. Elles  ont   abandonne   le   costume 54 VOYAGE
F&rier 1817,
rotesque sous lequel LaPeyrouseet meme Vancouver les virent a la fin du dernier Steele, et
lui ont substitue celui des dames espagnoles,
avec quelques modifications, dont la plttsre-
marquable est le schall de baguette a. longues
soies, que les femmes de toutes les classes portent en neglige.
On ne peut rien inferer au> desavantage des
Chiliens, du peu d'activite quiregnait dans leur
pays , et des faibles progres que les sciences,
les arts et l'industrie y avaient faits sous un
gouvernement dans le systeme duquel il n'en-
trait pas de stimuler ces grands mobiles de la
prosperite des nations. Parmi ceux qui ont recu
une education soignee, plusieurs ont prouve
qu'ils ne sont pas inferfeurs aux Europeens
sous le rapport des facultes intelleeluelles. II
en est de meme de leur courage, comme ils
l'ont fait voir dans les differens combats qu'ils
ont soutenus dans le cours de leur ltitte contre
la metropole, sans en excepter celle de Ran-
cague, qui remit temporairement le Chili sous
la domination espagnole en i8l4- J'ai entendu
le general Osorio vanter le sang-froid, la subordination et la patience des Creoles du sud A.UTOUB. DU MONDE. 55
F«5viier i8ij.
dont se composait, dans cette affaire, une
grande partie des troupes royales sous ses ordres.
La revolution subite qui s'effectua dans le
Chili pendant notre court sejour, fut peut-
etre moins determinee par les succes des troupes de Buenos-Ay res, que par l'esprif de m&-
contentement et de de'fection qui fermentait
dans toutes les classes, et qui eclata de toutes
parts a leur apparition. Une avant-garde, entie-
BCment composee de cavalerie, passa les Andes
dans les premiers jours de fevrier,. et poussa des
partis sur divers points ou l'insurrection se
manifesto aussitot. Afin de contenir le pays,
les Espagnols envoyerent des detachemens qui
arriverent trop tard ou se trouverent trop fai-
bles. Un corps laisse a la garde des gorges ne
put en empecher le passage au gros de l'armee
de Buenos-Ayres, commandee par don Jose San-
Martin, qui, en comptant son avant-garde,
avait sous ses ordres environ quatre mille huit
cents hommes bien equipes, la plupart de cavalerie. Cette armee etait accompagnee de mules
que les soldats montaient dans les chemins dif-
ficiles des montagnes. Presses de tous cotes, les
Espagnols, dont tous les corps reunis auraient 56 VOYAGE
Fevrier 1827*
offert a peu pres la meme force nume'rique,
aggraverent encore leur position en partageant
les troupes qui leur restaient pour couvrir la
capitale. Douze cents hommes avec quelques
pieces de canon, postes a C&acabuco, a douze
heues en*avant de Sant-Yago, fbrent attaques
le 12 par San-Martin, a la tete de ses prihed-
pales forces, et totalement defaits apres cinq
heures de la defense la plus opiniatre. Le ba-
taillon du regiment de Taia vera, qui avait eu
la plus, grande part aux succes du general Oso-
rio, y perit en entier, a 1'exception de cinq o£-
ciers et de dix-huit soldats. La perte des insur-
ges fut aussi tres-considerable. Les troupes
espagnoles, qui, au nombre de mille hommes,
sortaient enfin de Sant-Yago avec de l'artil-
lerie, sous le commandement du capitaine general en personne, pour renforeer celles qui
etaient en presence de l'ennemi, apprirent par
les fuyards la nouvelle de ce desastre a quelques lieues du champ de bataille. Elle ne fit
qu'animer l'ardeur des soldats qui demande-
rent hautement a marcher a l'ennemi. Au lieu
de profitcr de cet elan , on s'arreta pour
deliberer. La perte qu'on venait d'eprouver, et AUTOUR  DU MONDE. 5j
FeVrier 1817.
le soulevement recent de plusieurs villes de
l'interieur, deciderent la re traite. Cette mesurc
eut une influence funeste sur la disposition morale des soldats. Les fugitifs, qui se seraient rallies derriere les troupes s'ils les avaient trou-
vees mar chant en avant, leur communiquerent'
leur terreur, et les entrainerent dans leur de-
route qui fut complete et decisive dans ses
consequences. Sant-Yago fut evacue avec la
plus grande precipitation, etla foule desfuyards
se dirigea vers Valparaiso, que les premiers at-
teignirent l'apres-midi du 13 : ils y porterent
la terreur et le desordre qui avaient preside a
l'embarquement.
Lorsque les transports charges de ces tristes
debris sortirent de Valparaiso, on ignorait le
sort du capitaine general. Ce ne fut que le
mois suivant qu'on sut au Perou qu'il avait
ete pris en essayant de gagner le port Sant-
Antonio, dans l'espoir d'y trouver les moyens
de s'echapper. De tout son gouvcrnement, il ne
resta a l'Espagne sur le continent, que Bal-
divia etla presqu'ile de Talcaguana, pres de la
Conception. L'ile de Chiloe lui garda fidelite.
I ffiHl:
m
•'■■!|fa! 58
VOYAGE
Fevrier 1817.
CHAPITRE II.
Arrivee au Callao. — S^jour k Lima. — Virite aw vi«*-
roi — ^change de marchandises. — Description de
Lima et de ses environs. — Fete et r^jouissances a
l'occasionctujourcle Piques.—l)escrfptfon'du village
de MiraQores.—Moeurs p^mvienne» et details sur
cette par lie des colonies espagnol es.
iAm&
Le 17 fevrier. — Latraversee de Valparaiso
au Callao n'eut rien de plus remarqaable que
la facilite avec laqueile elle s'effeclua jusques a
Hatterage a la c6te du Perou. Le vent ftit d?a-
CI
bord variable du S.-O. an S. Par 26 deg. S. a
soixante lieues de terre, il commenca^ a prendre de l'E., et depuis dependit toujours de
cette partie generalement du S.-E. an SX>.-Ei,
variant quelcfuqfois au S. ou a l'E.-S.-E. B. etait
constamment joli frais et assez modere pour
pouvoir porter toutes les voiles en faisant de
4o a 55 lieues par jour. Cette brise regne
ainsi toute l'annee a une plus grande distance
de terre, jusques au 3me ou 4me deg. N. Le
temps etait nuageux , mais beau; la mer n'e- AUTOUR DU MONDE. 5g
Fe'vrier 1817.
tait agitee que par une houle tres-douce de la
partie du vent. Ces cirConstances furent parti-
eidierement heureuses pour nos passagers, peu
faits aux fatigues de la mer. Rien de notre cote
ne fut neglige pour leur rendre le sejour du
Bordelais agreable : l'etat de nos provisions
offrait des ressources quirae furent pas epar-*-
gnees pour remplir ce but.
Le 21. — Par 16 deg. nous renconHrames le
navire le Santo-Sacramento, sorti de Valparaiso
le 6 avec des deportes. Nous commencamesa
entrer dans les brumes qui regnent sur la cote,
dont nous etions a trente lieues. La mer, tres-
calme, etait decoloree.
Le 22. — Nous eumes connaissance de
deux batimens, dont un, a trois mats en
panne, paraissait etre un baleinier. On vit
plusieurs phoques. A une heure, la mer etant
toujours decoloree, et la vue bornee a une petite distance par la brume, on sondaj il n'y
avait pas fond a cent quarante brasses. Le soir,
le navire rangea a tres-petite distance deux ba-
leines tuees depuis peu de temps : une quan-
tite innombrable d'oiseaux, surtout d'albatros,
les couvraient et se repaissaient de leur chair. 60 VOYAGE
Fevrier JSj-j*-
A un mille alentour, la mer avait une teinte
rougeatre, que, vu son etat de calme absolu,.
on pouvait attribuer au sang que ces cetac^es
avaient du perdre; mais en prenant de l'eau
dans un seau, on reconnut que ce phenomene
etait occasionne par une multitude infinie de
corpuscules qui paiftLssaient animes, mais dont
la forme echappait a l'oeil.
Le a.3. — A 9 heures on eut fond de vase
fine olivatre, par cent brasses, et a midi par
soixante-dix brasses. Nous nous trouvions par
13 deg. a 4 ou 5 lieues de Canete'; une brume
epaisse empe'ehait de voir la terre, l'eau etait
verdatre, et sa surface annoncait des courans.
On remarqttait beaucoup d'oiseaux et quelques
goemons. A 4 heures, on eut connaissance de
la cote du Perou, a une lieue. D'apres les cartes
du depot hydrographique de Madrid, genera-
lement tres-exactes, les deux sondes prises pre-
cedemment nous auraient mis de dix lieues
plus au large. On gouverna au N.-N.-O., paral-
lelement au gisement de la c6te. A 5 heures, la
terre, par le travers, s'etant degagee, presen-
tait un coup d'ceil pittoresque. Sur le premier
plan, au bord de mer,  e'etait une vallee cou- AUTOUR DU MONDE. 6l
Fevrier 1817.
verte d'une vegetation fraiche et puissante, le
grand et beau bourg de Chilca, contenant^
outre plusieurs jolies maijsons, une belle eglise,
d'une architecture elegante, et dans le lointain,
une chaine de montagnes tres-coupees, dont l'as-
pect sauvage et sterile contrastait avec la grace
et la richesse du tableau qu'elle encadrait.
Nous courions vent arriere, longeant la cote
a trois ou quatre milles avec petit frais du S.-E.
An heures, etant en calme, et toutes les terres
cachees par la brume, on mouilla une anere a
jet par vingt-huit brasses, sur un fond de vase
fine olivatre qui regne sur toute la cote.
Le 24. — A 8 heures du matin la brume se
dissipa, et nous nous trouvames a moins d'une
lieue dans le S.-O. du Serro de Quipia, re-
mar quable par la regularite du plateau qui le
couronne, et la falaise elevee qui le termine du
cote de la mer. Le groupe des ilots Pachaca-
mac restait dans le N.-O. | N., direction de
leur gisement, le plus gros a trois milles. On
apercevait quelques maisons, granges ou ma-
gasins du nord du morne, et quelques ilots de
verdure : tout le reste etait desert et aride.
A midi, nous appareillames avec une petite m
I
62
VOYAGE
Fiivriec 1817
S.etS*EU
brise d'O.-S.-O., qui vara ensuite au
Npus passames ainsi le reste de cette journee
et partie dejUi suivante, sans voir la terre, que
la brume derobait a notre vue. Craignant de
m'eneager parmi lesPalominos, rochers ausud
du Cajllao, a 4. heures dn soir , le »5 , je
monillai une ancre a jet par igingtr-liuil brasses;
an^sitot apres on entendit le ressac, bien que
la cote ne parut pas.
Le 26. — L'extreme faiblesse de la brise
nous relint a l'ancre toute la nuit. Au jour,
nous relevames 1 ilol dit el Corcobado, le village de Lurin et la pointe Negra. Le calme
continuant, j'envoyai une embarkation avec un
officier et un de nos passagers espagnols, pour
prendre langue et faire des provisions ;|ls are*-
vinrent deux heures apres. lis s'elaicnt abou-
cbes avec un canot indien, dont ils n'«vaient
pu obtenir que la confirmation do notre position, sur laqueile, etaot sans observations de-
puig deux jour*j je n'avais de donnees que les
relevemens et les assertions contradictoires des
passagers.
A 10 heures /j'appareillai avec nne petite
brise deS.-iS.-0. Peu apres nous eumes con- ^^^P
AUTOUR   I)V   MONDE.                               63
Fevrier 1617-
naissance de file San-Lorenzo, qui lcnne la
baie du Callao dans l'O. A «  heures , il \ iul a
bord une pirogue montee par deux Indiens
qui nous vcndircnl de beaux poissous auii prix
modique.
Apres avoir pris lav is de messieurs les 0 v-
dors, j e periu is a un de nos passages da 1 ler
a terre dans cette embarcation, sous la condi
tion expresse de garder le pins profond secret
sur les affaires du Chili.
Pe
Ainsi que la presque tot a I ite de la cote du
cette partie est generalement aride et
rou
ne presente aucune vegetation ni cullure qu'a
de grands interval les. C'est dans ces oasis ,
dont l'aspect riant annonce une grande ferti-
lite, que sont siluees les habitations.
Lb v. 7, a 8 heures et demie nous doublames
las Palominos, et a IO lieu res San-Lorenzo,
sous lequel le calme nous sur prit a une denu-
cncablure de la pointe nord qui est accore et
tres-clevee. Jjes canots prirent la 1 online pour
nous mettre an large. A mumit, la brise ayant
repris, nous entrames dans la baie duCallao, dont
la brume cachait toutes les cotes. A 3 heures*,
Is calme nousobligca a mouiller par trente-deux 64 VOYAGE
Fevrier i S i n.
brasses. A 7 heures on leva l'ancre et toutes les
embarcations furent mises a la remorque. A
Q'heures , la brise s'eleva du sud et nous lou-
voyames sous toutes voiles pour gagner la rade,
ou l'on distinguait une vingtaine de batimens,
la plupart grands trois mats. Nousjiepoussames
les bordees qu'a demi-lieue de terre par treize
brasses, a cause de quelques.epics de sable,
qu'un passager qui avait pavigue me dityeten-
dre au large.
A deux lieues sad, la fclouque du port vint a
bord pour nous reconnaitre et faire la visite de
sanlu. Les passagers espagnols s'y embarqnerent
avec leurs efFets. Je rem is a M. Pereyra une let-
tre pour le Vice-Roi, par laqueile, apres avoir
expose les motifs qui m'appelaientaLima, je lui
demandai sa protection et la permission de lui
rendre mes devoirs dans sa fl&idence.
Nous nous croisames aveG le baleinier anglais 1'Akp qui sortait pour aller a la p^che.
La brise calmissant totalement, a sept heures
nous tames obliges, de laisser tomber -gancre
par six brasses au large du mouillage ordinaire
du Callao.
Peu apres, don Fernando Camunez, capi- AUTOUR DU MONDE. 65
Fevrier 1817.
taine du port, vint ai bord avec don Primo Ri-
bera, lieutenant, colonel du re'giment de 1'Infant
don Carlos. Ce dernier venait d'etre de'tache' au
Callao avec un bataillon de son regiment, pour
prevenir les mouvemens que les nouvelles dont
nous etions porteurs pourraient exciter parmi
les detenus au fort Real-Felipe, et en imposer
aux mecontens du pays par l'appareil de la
force. C'etait une suite de l'indiscretion de notre
passager, qui, malgre les promesses les plus
solennelles, avait proclame la revolution du
Chili.
Le lieutenant-colonel s'exprimait en frangais
avec facilite, ayant ete long-temps prisonnier de
guerre. Les bons traitemens qu'il avait eprouves
en France lui avaient inspire pour notre nation
une estime qu'il se plaisait a manifester : c!est
assez dire combien j'eus a me louer de ses pro-
cedes. Je ne fus pas moins satisfait de M. Ca-
munez, a qui je remis les papiers du navire.
Le 28 fevrier. -— J'allai de bonne heure
faire ma visite au capitaine de port, qui me pre-
senta a don Antonio Bacaro, capitaine de vaisseau, commandant de la marine. Je recus 1'ac-
cueil le plus affable de cet officier, qui avait
T. 1. 5 'fa
66 VOYAGE
Furrier 1817-
set^'dans l'annee combinee pendant la guerre
cFAniAri<pie, et avait contracte desliaisons avec
plusieurs officiers dela marinefranca ise. Le com-
mandan! me fit l'fconncar de venir a bord, afc-
cbittpagne' d'nne nombreuse suite. A son depart,
je lesaluai de neuf coups de canotd^j la corvette
la Pezuela, qui portait son guidon , rendit le
salut a nombre egal: elle e^tait command^ par
don EugSnio Gortez j lieutenant de la marine
d'fispagne, pour qui j'avais une lettrede M. du
Bouzet. Cet officier se montra aussi sensible au
souvenir de son ancien camarade, que dispose
a re 1 n pi i r ses intentions a mon egar d, ei 1 me re 11-
danl tons les services qui dependaienl de lid.
J'ai la i avec don Eugenio a bord de la corvette
dont il achevait l'armement: e'etail un brick
construit a Guayaquil sur de grandes dimensions, sol ide et bon marchenr. H etail arme de
16 bouches a feuj sa batterie avait le double
defaut d'etre composed*de pieces de trois oa-
libtefl difF<6rens et trop fortes. L'instalhrtion me
parut judici^ose f elle avait ete dinger par le.
commandant, qui joignait aux connaissances
generates && metier j eelles des diverses pratiques lftan§aiises et anglaises. AUTOUR DU MONDE. 67
FiSv r ier 1817.
Le maitre du port;vint a bord et mouilla le
navire a poste entre le fort Real-Felipe et l'arse-
nal, ou, selon la coutume de cette rade, nous
amarrames devant et derriere, ayant une grosse
ancre a terre par 4 brasses et demie d'eau avec
4o brasses de touee, et une ancre a jet en crou-
piere? dans le nord par 5 brasses fond de vase.
Aussi tot a poste, le navire fut assailli par une
foule de curieux, qui montaient sans attendre
d'etre invites, Ge que cette introduction avait
d'indiscret etait rachete par un abordaffectueux
et les temoignages de la satisfaction qu'inspirait
la presence d'un batiment frangais.
Le soir, le Santo-Sacramento et le Santo-
ChristjQ arriverent de Valparaiso. Les privations
qu'avait eprouveesle dernier, qui etait charge
de fugitifs, excitait la pitie et l'inquietude sur
le sort des malheureui entasses sur les autres
to&nsports, qui, aussi depour$jjs,que lui, se trou-
vaient exposes a de plus longues souffrances.
Le VicerRoi repondit favorablement a la
lettre que je lui avais adressec la veille, et me
fifcriiUStajfeion de venir a Lima.
Ayaipt appris que parmi les prifonniers du
fort il y avait trois Frangais, je voulus savoir
5.
, :%m':-.
68 VOYAGE"
Furrier 1817.
d'eux-memes la cause de leur detention. Je fus
introduit par un jeune officier nomme Norden-
flitz, fils d'un min&alogiste distingu^ cite par
M. de Humbolt. Un seui des prisonniers &ait
frangais : c'e'tait un jeune homme du Havre,
nomme Gasquerel. Aspirant de deuxi&me classe,
et comme tel renvoye dans ses foyers en 181/|,
il s'etait trbuveT annee suivanteaBuenos-Ayres,
sur un navire marchand, dont la nouvelle des
evenemens du mois de mars avait |necessite la
vente. Prive de ressources; il s'etait embarque"
sur un corsaire, sous le pavilion des insurges.
Apres une croisiere longue et fertile en vicissitudes, il avaite*te arre'te, ltltttroisieme, a Fembouchure du Rio de Esmesaldas, ou il etait
descendu pour faire des vivres, et conduit a
Quito et a Guayaquil, d'ou il etait passe par
mer au Callao. Touche de la situation de ce
jeune homme, dont la sante languissait par les
suites de la fatigue et d'-une longue detention,
je lui promis de faire mon possible pour obtenir
son elargissement.
Je pris des mesures avec le capitaine du port
pour fournir aux divers besoins du navire et de
l'equipage. AUTOUR DU MONDE. 6q
Mora 1817.
Le 1" mars.—M. Cortez yint dejeuner avec
nous.En descendant a terre, il me fit voir 1'ar-
senal de la marine, dont il etait directcur. Cet
etablissement, situe a Test du fort, dont il n'est
separe que par Tesplanade, etait bien tenu. II
contient la caserne des troupes de la marine,
une prison, des magasins, des hangars, desba-
timens pour les divers ateliers; le tout sur une
petite echelle. U n'est ferme que par une grille
en bois elevee sur un epaulement en magonne-
rie, qui n'est qu'a hauteur d'appui et n'a pas
assez d'epaisseur pour resister au boulet. Du
cote de la mer, cette enceinte est percee d'em-
brasures et defendue par des canons montes sur
des affuts marins.
A midi, je partis pour Lima (0 avec un de
mes passagers, dans un cabriolet du pays (ba-
lancin), attele de deux chevaux et conduit par
(") Lima fut fondee par Frangois Pizarre, qui lui donnk Ie
nom de la ville des Rois, soit parce que l'epoque de sa fondalion
etait vers le temps de l'Epiphanie, soit en 1'honneur de Charles-
Quint et de Jeanne sa mere, reine d'Espagne. Dans la suite, elle
fut JappchSc Rimac, nom de la riviere qui baigne ses murs, el
de la valine &u centre de laqueile elle est coristnrite. Par corruption , les Espagnols ont donne le nom de Lima a la ville seulement. m
/O
i«
m
VOYAGE
Mars 1817.
un potion muni d'un fouet et d'&tormes 4pe-
rons, dont il faisait un usagS conthinel; Le
Callao est separe de Is«$lle de lima, qui en
esteloignee de deux fortes lieues, par une chaussee presqu'en ligne droite, qui ne s'eteve nulle
part a plus de trois pieds au-dessus du sol, et
qui estreV&fce d'un petit mur de brique cuite
au soleil.
En sortant du GaUao, on voit a droite
le village de Bella&sta, et peu apres, sur la
gauche, un fourre de joncs qui sert d'etnbus-
eafcle aux voleurs. Du m&ne cote, a uh endroit
nomme la Legua, situe a peu pres a moitie clle-
min de Lima, est une petite eglise et un cabaret,
l'un et 1'autre objet du culte des postilions, qiti
ne manquent jamaaidejfairelesigne de la croix
devant le premier de ces batimens, et de s'ar*
r£ter au second pour boire de l'eau-de-vie^
aussi ponctuellement que leurs confreres d'Al-
lemagne.LesCapucins, a qui l'eglise apparti^BV
mettent a profit cette station des voyageuws, et
viennent reclamerleur charite au nom de nues-
tra Senora de la Legua, dont ils presentent
1'image. Jusque-la on ne voit presque aucune
trace de culture; on apergoit seulement quel-
■wm AUTOUR DU MONDE.
71
ques cabanes en torchis, quelques enclos pour
les bestiaux, et quelques touffes d'arhustes et
4<^broussaiHes qui sont eparses dans Ja plaine.
Apr£s. avoir passe la Legua, le chemin est
horde d'arbres qui, a un mille plus loin, for-
ment de chaque cote de la route sine aliee ver-
doyante. A deux milles de Lima, le chemin,
jusqu'a la porte, presente une belle avenue et
des promenades garnies de bancs: deux petits
canaux y entretiennent une fraiojije^r agreable,
et fertilisent des jardins dont la riohesse ej, la
beaute sont moins dues a l'art qu'a la nature.
Cette avenue est coupee de plusieurs places circulates; elle aboutit a la porte dite du Callao,
qui, malgre son architecture defectueuse, est
imposante par sa masse et se raccorde bien
avec le reste du tableau. Celui que presente
1'entree de la ville forme un contraste cho-
quant avec l'exterieur. En franchissant la
porte, on a devant soi une place, ouplutot
un grand espace vacant, couvert d'un pied de
poussiere noire, et entoure de murs de terre
appartenant a des etables et a des enclos aban-
donnes, ou on dqp$se les immondices, qui s'e-
lw^at en tas aurdessus deces chetives conslruc-
■ rj 2 (    VOYAGE
Mara 1817.
lions. Cette place forme un rectangle long de
quatre a cinq cents pas. Son apparence annonce
plutot un village ruine quel'entree d'une capitale opulente. Les maisons ne se trouvent qu'a
1'autre cxtremite. Les rues, longues, tirees au
cordeau, et se conpant a angle droit, offrentnn
coup-d'oeil satisfaisant par la regularite de l'en-
semble, mais desagreable par Ie defaut de proprete et par l'exterieur monotone des maisons,
■qui ont peu de fcnetres apparentes.
Je descendis chez don Martinez Teron, ami
de M. Pereyra. Ainsi que sa famille, il m'ac-
cueillit de la maniere la plus cordiale et la plus
affeclueu.se; il m'offrit ses services en homme
qui aime a reconnaitre ceux qu'on a rendus a
ses amis!
Le soir j'allai avec M. Pereyra rendre mes
devoirs au Vice-Roi. Son Excellence me fit l'ac-
cucil le plus flatteur, et me remcrcia de la maniere dont j'en avais agi envers les deux Oydors
etles autres sujets de Sa MajeSte Catholique que
j'avais regus a bord. Je repoudis a ces temoi-
gnages honorables, que ma conduite avait ele
dictee par mes sentimens autant que par la connaissance des devoirs que m'imposai t mon titre AUTOUR DU  MONDE. ^3
Mars 1817.
d'officier du roi de France. Le Vice-Roi s'en-
tretint avec moi sur les nouvelles d'Europe, et
surtout sur le Chili, pays qu'il avait l'intention
de reconquerir des qu'il aurait recu d'Espagne
les renforts qu'il attendait. Son Excellence mjjp?
vita a diner pour le lendemain.
M. Pereyra me presenta aussi a M8r Parche-
veque don Bart. M. deLas Heras, prelat venerable et d'une piete profonde ; a don Torribio
Aubal, secretaire-general, et a plusieurs autres
personnes de marque.
Le 2. —Je fis plusieurs visites, entr'autres au
commandant de la marine, et a don Pedro Aba-
dia, facteur de la compagnie des Philippines,
a qui sa place et son credit personnel donnaient
une grande influence sur le commerce etranger.
J'allai ensuite au palais, ou je fus presente a la
Vice-Reine. Pendant le repas, on parla beaucoup des affaires du Chili. Parmi les convives,
se trouvait le general don Mariano Osorio, qui
avait sounds ce pays en 1814, et en avait ete
capitaine-general jiisqu'al'arrivee du successeur
que lui avait donne le ministere de Madrid.
Prevenu paries bons offices de MM.Pereyra
etCaspe ,le Vice-Roi joignit aux politesses dont
11. 5* ii
SB*!'
^4 VOYAGE
M.ii-s   iS 1;.
iliaaUmnorait des preuves d'une bienveillanoe
sincere. Il accue&l&t favorablement la petition
que je lui presentai pour.etre admis a disposer
de la partie de la cargaison propre a la consom-
mation du pay^. Son Excellence, vu les motifs
speci&ux qui l'avaient portee a m'aoeQrder cette
grace, ayantdeeide de ne pas enreferer^u con-
sulado (chambre de commerce), l'affaire passa
entre les mains du fiscal, puis de i'assesseur,
avec toute 1'acfifriiW'que compertaientles formes.
D'apres le rapport de ces foiiclionnaircs, Pan**
torisation que je solheilais lui expediee, sous
la clause de convertir en marchandises du Pe-
rou le produifefide la vente:
Cette faveur, ] usque la sans exemplc pour put
navire arrive sans au torisation du ininistere
d-Espagne, pa^ut assurer l'accomplissement des
esperances que m'avait&ttttamcevnir Mi Abadia,
a qui je m^eteis confiy^lcdais diverste icifceons-
tances s'opposerent a ce qu'elle eut pour nous
lest'X&sdtats qu'eltedevgkaKJGJr-jjdans le cours
ordinaire des choses. L'ajnri^ppnemataree4.;un
navire aralmain venu en quatre-viog**treKZ«
jours, avec trois cents tonneaux-de marchandises d'Europe, dont un passe-port de la cour AUTOTOR DU MONDE. '^5
Mate 1817.
de Madrid assurait l'introduction; 1'arrivee pro-
ehaine de plusieurs Espagnols, annoncee par un
navire de la Jamaique, jointe al'eflfet qu'avaient
produit sur les affaires les nouvelles desastreuses
dont nous avions ete porteurs, occasionnerent
Une baisse progressive, et je fus oblige d'acceder
a des propositions dont les avantages furent absorbed par des frais, des charges et des droits
enormes.
Au moyen des pieces dont j'etais muni, je
n'eprouvai aucune difficulte pour faire recon-
naitre par le gouvernement la justice de mes
reclamations concernant les armes que j'avais ete
oblige de livrer a Valparaiso. Malheureusement
le denuement ou se trouvait 1'arsenal ne permit
pas de les remplacer. Je ne pus obtenir que trente
fusils; le reste fut paye d'apres une estimation
liberate, faite sur une montre de ceux qui nous
restaient; car on a vu que je n'avais pas voulu
fixer de prix avec M. Villegas, afin d'avoir plus
de droits a reclamer la restitution.
Le paiement de nos marchandises ne devant
s'operer qu'aubout de deuxmois, suivantl'usage
invariable du commerce de Lima, je pensai aux
moy ens d' employer utilementle navire par quel- 76
VOYAGE
Ma
que voyage auquel ce laps de temps pu£suffire.
Le voyage du Chili m'avait ete* propose et pro-
mettait des resultats avantageux; mais je ne crus
pas devoir prendre surmoi une operation qui,
dans les circonstances du moment, n'etait pas
sans quelque chance hasardeuse, et qui avait
surtout l'inconvenlent de m'eloigner du but qui
m'etait prescrit. Apres avoir m^dile plusieurs
projets, je trouvai que la seule operation prati-
cable etait d'aller chercher des grains sur la
cote au nord du Callao. Cette partie du PeVou
est tres-rlche en dcnrees; on pouvait faire des
cargaisons de bie et de riz, dans les ports de
San-Pedro etTruxillo, a 4o pour cent au-dessous
du prix de Lima; mais apres beaucoup de len-
teurs il fallut abandonner ce pro jet, dont l'exe-
cution facile aurait promis des resultats salis-
faisans, le consulado s'etant fortement oppose a
ce qu'on accordatune parellle favour a unetran-
ger. II est cependant aussi certain qu'extraor-
dlnalre qu'une branche de commerce qui pro-
curerait tant d'avantages a la capitale et aux
provinces, etait entierement a creer et n'em-
ployait pas alors un seul caboteur (0. Ge fait
(OApr^s le premier blocus par CocUrauc, laueccssiti; lit at- AUTOUR DU MONDE. 77
Mara 1817.
donne la mesure de l'e'tat arriere de la navigation et des relations commerclales entre les differentes parties du Perou, ainsi que de la jalousie aveugle du consulado de Limaenvers les
etrangers. Ce fut de l'equite du Vice-Roi que
j'obtlns la sortie franche des especes provenant
du palement des armes.
Etant oblige de convertlr en marchandises
du pays le produit de la vente, je l'employal
prlnclpalement en cuivre; cet article, malgre
le haut prix occaslonne par la suspension des
communications avec le Chill, etant a peu pres
le seul qu'on put porter en Chine, ou 11 est d'une
defalte prompte et ordinalrement avantageuse.
Je pris aussi quelques objets d'echange pour la
Californle et la cote nord-ouest d'Amerique. La
plus grande partie se composalt de vivres, qui,
s'ils ne pouvalent pas etre places dans le trafic,
devenalent une ressource pour l'equipage dans
le cours du voyage que je prevoyais devoir se
prolonger au-dela du terme determine en France,
et des moy ens dont nous etions pourvus.
corder aux etrangers la permission que j'avais sollicitee : ce
cabotage contribua beaucoup au succes des expeditions poste-
rieures a celle du Bordelais. 78
VOYAGE
Mars 181
Les rapports des baleiiaiers, et le journal du
capitaine Porter^, de la firegate americaine VEssex nl'avaut fait connaitre qu'on ponvait ex*
I raire des iles Marquises de Mend oca du bois de
sandal, dont.les Chinois font une grande con-
sommation> je me procurai une certaine quan-
tite de dents de baleines, qni sonttres-recher-
chees par les naturels de cet archipeLJe formai
le pro j e t d* a 11 er le visiter pen dan t 1 a man vaise
saison, si je ne trouvais pas ailleurs a mieux employer ce temps.
Au tan I la marche de nos affaires avait ete
facile et prompte dans le debut, an tant elle de-
v i nt pe ni bie et 1 en t e apres la vente de la car-
gaison. 11 fa Hut deux mois pour fixer les droits
dont une partie, n'etant pasetablie paries laril's,
devait etre determinee par les experts de la
douane. Poor terminer ce sujet, j'a j outerai .seulement que ce ne fut qu'au bout de ce temps, et
la veille de notre depart, que nous vi 11 ies le U line
de ces retards desespe*rans; encore f ul-ce un effet
de la protection du Vice-Roi, qui en temoigna
6on mecontentement et daigna interposer son
auto rite p o u r 1 es fai r e cesser. Quelques personnes
voulurent trouver l'explication dfe^fces contra- AUTOUR DU MONDE. nft
Mars 1817*
rietes dans l'armement d'un navire destine pour
la Californlc.
Je me suis hate de presenter de suite le tableau des obstacles qui trompaient nos espe-
rances, en nous faisant pcrdre un temps pre-
cieux; je reviehs a mon journal, ou je n'ai guere
faslere qtt8 quelques faits et observations aux-
quels les clrconstances peuvent donner de l'in-
teret (0.
Le 3. — Je fis connaissance avec don Jose
EspinOsa, negociant, qui avait ete pris par la
fregate la Nymphe, en 1812, en venant d'Es-
pagne sur le navire la Cas0da. Les circons-
tances ne permettant pas d'expedier cette prise,
le commandant Leblond Plassan l'avait relachec
sans user de la rigueur des droits que lp?.don-
naient les lols de la guerre. M. Esplnosa se
plalsalt a rappeler la conduitc de cet officier,
qui lui avait acquis l'estime et la gratitude dc
tous ses prisonniers. La connaissance de ce trai-
tement genereux avait deja affaibli a Lima,
W Ici, comme dans tout le cours de cette relation, je me stlis
abstenu de toucher a des sujets d'une importance plus generale,
deja traitfe ex prqfesso par des hommes d'un merite transcen->
dant, tels que M. de Humbolt, apres qui je ne puis parler que
de ce qui a rapport a la marine. i
Kg
80 VOYAGE
Man 1817.
avant la paix, les ressentimens que ses habitans partageaient avec la metropole contre la
France.
J'allai visiter la douane, qui occupe un batiment tres-vaste, en forme de rectangle, enfer-
mant une grande cour. La multiplicity des bureaux et le nombre des employes m'insplra sur
l'expedltion de nos affaires un prcssentiment
facheux qui se re*allsa trop bien.
En entrant dans une espece de corps-de-
garde, il me sembla voir une apparition de
Henri IV dans la personne d'un montagnard de
l'interieur, qui, quoique d'un age assez avanc^,
etait encore pleln de vlgueur. Ses traits, sa barhe
grise, l'expression de sa physionomie, meme
son costume; tout, exceptelelieu, pre tail a l'il-
lusion : on eut dit voir le plus populaire des
rois, non a la verite dans l'eclat du tr6ne, mais
tel qu'il se p ei n 11 ui-m em e lors dn siege d' Amiens,
avec son pourpoint perce aux coudes.
Le 7. — J'allai me promener sur la rive gauche
de la Rimac, ou se trouve le faubourg de Ma-
lumbo, qui communique avec la ville parle pont
de ce nom; il est en pierre de taille, et, quoique d'une construction ancienne, ne parait pas AUTOUR DU»MONDE.
81
Ma
avoir souffert par les tremblfemens de terre (i).
Le lit de la riviere est;<dedargeur irrej^Pss*
elle#enoCcupe qu'une partie ,.se partageanten
plusieurs branches, qui forment une infinite
d'ilots pierreux, dont quelques-uns seulement
sont tapisses de verdure. Geridefaut, joint a la
nudite de la rive gauche, couverte d'immon-
dices, rend desagreable Taspect de la riviere
pres de Malumbo. La rive de ce cote-ci contraste
avantageusement avec 1'autre: au-dessus dki fau-
£11rirC-i'3J  s-»' fafa :    ;.fa'fa;i ?;."l?rv,"i if fa>'ilif*«it-«-~-in,ii
W Dans le courant des annees 1690, 1734,1742 et 1743, Lima
a ressenti quatorze tremblemeris de terre; mais aucun d'eux ne
peut etre compare a celui du 28 octiflwe 1746, qui detraisrf
entierement la ville. Les secousses se succedaient avec une telle
rapidite, qu'on en compta jusqulardeux cents en vingt-quijaer
heures. De tous ses edifices, vingt-cinq maisons au plus echap-
perent. Cependant, malgre la grandeur de ce desastre, la population''cW Lima, qui s'elevait a soixante mille ames, n'eprouva
compaj|(Jtvement qu'une moins grande perte; car les cavites que
les ruines elles-memes formaient sauverent la vie a la grande
partie des habitans qui n'avaient pu fuir. On decouvrit treize
cents cadavres sous les ruines, sans conqil^r les estrtqries. Au
meme moment, Callao, situe a deux lieues de Lima, fut englouti
par les eaux de la mer, qui, sMtant retirees d'abord, jwjnrent
avec tant de violence qu'il ne resta qu'un pan de muraille du
fort de Saihte-Croix. II n'y eut que deux cents habitans de
sauves, sur quatre mille que l'on comptait a Callao. Vingt-iMflOia
vaisseaux qui etaient dans ce port .furent submerges.
T. I. 6 I.* '!'
82 -"SOY AGE
Mars 1817.
bourg elle est&ordee delongues allees d'oran-r
gers glgantesques, formant des promenades qui
ne lalssent a desirer qu'un peu d'entretien. Dans
cette partie, le bord esp rev^tu dihata mur de
ma5onneiie,pourepapecherlariraere de miner
le terrain a l'epoque des grandes eaux causees
par la fonte des neiges.
A l'extremite orientale de ces promenades,
qui ont environ une demi-lieue de long, un
Catalan venait d'etablir des bains froids; les baignoires sont des bassins creuses dans le terrain
el maconnes; elles ont pres de vingt pieds de
diametre sur trois de profondeur. L'eau y est
continuellement renouvelee par un petit canal
qui les traverse. Ces bains rustiques, ou il faut
porter son linge, se paient une demi-plastre.
Ils sont moins frequentes qu'ils ne devrajent;
l'etre, vu la ehaleur du climat et la rare to des
bains particuliers.
Outre ces promenades (almeidas), on en
trouve d'autres a peu pres perpendiculaires a
la riviere, en traversant le faubourg. Une fon-
talne qui devrait en faire l'ornement y forme un
bourbler, par la negligence que l'on met a procurer l'ecoulement des eaux.
1.1\m
mf- AUTOUR DU MONDE.
83
Mats xgiVy
LeS
■ Le navire americain le Sidney,
mouilla au Callao. II etait venu de Baltimore
dans quatj-e-vingt-treize jours. Sa traversee avait
e'te aussi facile que prompte; il n'avait eu des
ris dans ses, jguniers que pendant quelques
heures, et avait contourne les Terres-Magella-
nlques dans trois jours, passant au large de
celle des Etats.
Le ii. — J'allai au Callao avec M. Espinosa.
Ayant appris a bOrd qu'un baleinier en retour
pouvait disposer de quelques barriques de bls-i
cuit, je m'en procurai en echange pour de l'eau-
de-vle.
II y avait alors au Callao un concours prodi-
gieux d'©gangers compose d "emigres du Chili
et d'habitans de Lima, outre ceux qui s'y trou-
vaient des notre arrivee pour prendre les bains
de mer. Dans cette saison beaucoup de families
aisees de la capitale viennent hablter le port,
quoique le denuement de toutes les commodite's
habituelles en fasse un sejour insupportable
pour des hommes habitues comme nous aux
douceurs de la vie europeenne.
Depourvus d'ombrage et presque de verdure,
les environs ne peuvent offrir aucune espec>de
6. 1
84 VOYAGE'
Mars 1817.
compensation. Exctepte les baina-de mer, dont
la nature fait tous les frais, le Callao n'a rien
qui puisse attirer ses nombreux visitcurs;
mais il regne dans les rapports de sociele une
liberte qui Mt diversion avec la vie de lima.
Les femmes, qui dans cette viHfe ne paraissent
guerOjau dehors que masquees sous la saya et
la mania (0, sorlent lei habillees a l'europeenne
et es- chapeau x, coi flu re qui sicd a leur phy-
sionomie. On forme souvent des reunions, dans
lesquelles le ceremonial de la-capitale fait place
an plaisir. Je passai une soi ree tres-agreable
chez Mmc Abiles, dans une assemblee nom-
b reuse ou j'eprouvai l'accueil le plus a fleet ueux.
Cette famille, ainsi que quelques autres, etaient
logees dans le fort, dont l'entr^e' et la sortie
etaient tolerees jusqu'a une heure assez avancee
de la nuit.
Le 12. — Je rcvins a Lima avec le- memo
compagnon de voyage. M. Espinosa me con-
fir ma ce que j'avais deja apprls des voleurs qui
(>) La manta est un voile noir cei 111 au corps , qu il cache ainsi
que la figure. La saya est une jupe plissee , ctroite, qui dessine
les formes avec une exactitude indeccnte. Ce costume est le pri-
vilege exclusif du'beau sexe de Lima.
1 mm AUTOUR DU MONDE. 85
Mars 1817.
infestent la route, et de leur repaire connu ,
ou ils ne sont jamais iaiquietes; aussi ne se
permet-on guere de voyager de nuit. II n'y avait
que peu d'annees que plusieurs voitures qui s'e-
laient aventurees a partir du Callao une heure
apres le coucher du soleil, avaient ete arr^fees
et deValis&s, quoiqu'elles allassent ensemble.
Le 13. — Le 'JVM arriva : c'etait le seul
navire parti de Valparaiso qui manquat encore.
Plusieurs, se trouvant en detresse, avaient ete
obliges de toucher a Pisco, quelques-uns me'me
sur la cote du Chili, pour y faire de l'eau.
Le capitaine Heartley, qui n'etait venu au
>Perou que pour reclamer son batiment, n'avait
pas attendu son arrivee pour faire des demarches : elles promettaient un heureux succes;
j'avals eu la satisfaction de lui etre utile aupres
du Vice-Roi: on lui avait deja offert unjret a
raison de 3. et deml du tonneau par mois (environ 86 fr.).
Le x4. — Je retournai au Callao, ou j'ajoutai
a nos provisions quelques quintaux de biscuit
que je me procurai du Bambler, baleinler anglais commande par un capitaine americain.
Le 23.—Sur l'invitation du general Osoria, f
86 VOYAGE
Man 1817.
j'allai voir l'arsenah II est sltu&pres des rem*
parts de la ville et dans la partie meridion ale.
Son enceinte, qui forme>un rectangle, le met
a l'abri d'un coup de main. II a une manufacture d'armes et une fondetfe quiueenle des
canons jusqu'au calibre de 24. Jet vistine pi£ce
de montagne deft$, du poids de 25o livres.
D'apres une epret&e qui enfcUen-enfina pV^-
sence, la confection des artifices laissait beaucoup a desirer. La tenue de cet e^tablissement
annoncait l'ordre : les bcsoins extraOrdinaires
auxquels il avait ete oblige de subvenir dans le
cours de la gueisrp intestine, l'avalent epuise
d'armes de toutes especes. Le general m'assura
que les fusils <jtf on y confeotionnalt revenaient
a 70 piastres(370 fr.). La paie des ouvriers et
des chefs d'ateliers vkuaait de 2ioa 90 piastres
parjpoisrr^
Le general Osorio avait du gout pour son
metier et aimait a s'en occuper. II avait unefci-
bllotheque militaire compose*e en gramie partie
des ouvrages de nos auteurs. II inspirai t la con-
fiance aux troupes et paraissait avoir toute
celle du Vice-Roi. Dans son goiwernement du
Chili il avait su mettre a profit les lecons de
fe AUTOUR DU MONDE. 87
Mars 1817.
l'experience, et mitiger, par une sage moderation, l'arbltraire et la durete des habitudes mi-
lltaires, qu'ilgaivalt meles dans les commence-
mens a l'exerclce de son autorite (0.
Le 24. — J'allai voir Mme Montes, francaise,
veuve d'un employe du gouvernement a Guayaquil. Se trouvant sans fortune, avec plusieurs
enfans, elle avait etabli une maison d'education
qui etait tres'-estimee. Elle comptait parmi ses
eleves deux filles duVice-Rol.
Le 27. — La corvette la Veloz Passagera
et le brick la Vezuela, ayant sous leur convoi
trois transports charges de troupes et de munitions de guerre, firent voile pour Talcaguana.
Ce poste, qui avait deja servi de place d'armes
au general Osorio, en 1814, etait, avec Valdi-
via, tout ce qui restait aux Espagnols au Chili.
Le 29. —■• Le Kutusoff, batiment de la com^
pagnie russe d'Amerique, mouilla au Callao. II
etait parti de Cronstadt de conserve avec le
Suwarojf, dont il avait ete separe par le gros
temps en doublant le cap Horn.
(') Apres les re vers de la seconde expedition au Chili, en 1818,
le general Osorio partit pour l'Espagne; mais il mourtit' ds'l'a
tievre jaune a la Havane. 83
VOYAGE
m
u
tm
m
Mars 1B1;
Le 3o. — LeFfyingifiih, capitaine Fitch j
navire ainetrifcain expe'die pour la chasse aux
loups marins, sootit pour suivre son voyage.
II allait visiter les d&aoheniens qu'ijyfvaitegier
pos^PSUT divers points de la ©fitte et sur \ les
ilots'ailjacens, pour recnfeiHjjif Jpa produits de
leur chkssej pour retiiier son monde d-e$ llfeujt
epuises, et poujpjfitahhr de nofiiyeaux poster-.
Cette branche d'industrie maritime, a part
la mise dehors du navire'et les vivres, n'exige
que? des ustensiies de peu da valeur, sans frais
d?equipage, tout le monde etant a la part. Elle
a ete une source de richessCs pour beaucoup
d'armateurs anglais et americains. Depuis.trente
ans ces derniers surtout se sont livres avec ar-
dtfrir et succes a cette chasse, ainsi qu'ia'.celle
deslel^phans et del lions de menpdont on.aj*-
cherche plus 1 a graissc et les dents que le reste
de<la'tlep0railJ&i'Il s'en.est suiVi une^depopula-
tion sensible de ces-'eipeCes. Les loups marins
(•sag. seals) particuli&rement, ne se trouvent
plus en grand-nombre que dans les lieux-nouvellement reconnus. Quelquefois la decouverte
d'un rocher devient une mine d'or pour l'heu-
reux explorateur. Tel est l'esprit d'entreprlse AUTOUR DU MONDE. 89
Man 1817.
etl'activite de ces marins habiting a braver les
dangers etles fatigues, qu'on a vu un Ameri-
cain laisser ;fflli' detachement de soht'equipage
i§^Bc lies Malouines, doubler le cap Horn, re-
monter94 deg. dans lenord etendeposer un second sur les rochers devant le port San-Francisco en Calff6'rnie, a 2*>oo lieues de 1'autre j
ensuite repassef'Ilf'cap avec quelques hommes,
recueillir ses detachemens de l'un et 1'autre
cote, et du produit de leur chasse faire une
cargaison en Chine pour les E^fe-Unis. Plusieurs capitalnes baleiniers avaient aussi fait ces
voyages. Je remarquai a bord des navires des
deux nations occupees a ces dlverses expeditions,
l'activite, 1'esprit d'ordre et d'economie, ainsi
que le double talent de tirer parti de tout et de
suppleer a tout. L'adresse de leurs charpentiers
fixa aussi mon attention.
Le 3o. — Dans la soiree, qui etait le'di-
manche desRameaux, on celebra la procession
de 1'ane (procession del boriqulto), ceremonie
grotesque et^ridicule, indlgne de la gravite
castlllane, et surtout de la majeste de notre
jrefligion : elle attira, comme on peut le supposer, un concours immense de peuple, tant de 90 VOYAGE
Avril 1817.
la capitale que des environs. En remnant du
Callao, a la chute du jour, je trouvai la route
couverte d'une cavalcade de negres et de gens
de couleur, poussant leurs chevaux a toute
bride et j etant des cris d'allegresse. L'empres-
sement joyeux de cette multitude, la singula*^
des costumes et des harnals, fonnaient un tableau plttoresque qui etait obscurci par un epais
nuage depousslere. Plusieurs femmes,qui ne
le cedaient point aux hommes en hardiesse,
figuraient aussi dans cette marche.
Le 2 avril. — Je visitai l'hotel des Monnaies
avec un chef de 1'administration. Autant qu'une
inspection superficielle m'a permls d'en juger,
tout, dans cet etabllssement, qst sur une grande
echelle et repond a son importance. Dans le
cours de l'annee 1815, il avait ete frappe pour
pres de six millions de piastres en especes, et
pour un peu plus de cinq millions seulement
en 1816. Lapropriete des mines et leur exploitation sont entre les mains des particuliers,
ainsi que dans toutes les colonies espagnoles;
mais celles-ci n'ont jamais ete la source de fortunes aussi colossales que celles du Mexique.,
dont le prodult est quadruple. AUTOUR DU MONDE.
Avril 1817
9i
On falsait depuis quelquetfiemps de grands
efforts pour recouvrer les miftes de Pasco, dont
des inondations et des eboulemens*avaient oblige
de suspendre l'exploltation. M. Abadia etaiS^
la tete de ceUtfe entreprise; les travaux etaMst
diriges par un ingenieur anglais, qui y a¥a^t
introdult l'emploi des pompes a feu : lis avaient
deja occasionne des depenses enormes, dont
une partie seulement avait ete couverte par les
produits.
Le 5.—II arriya un batalllon du regiment de
I'siHfant don Carlos. Apres avoir traverse l'isthme,
ces troupes avaient ete transporters de Panama
a Paita, d'ou elles etaient venues par terre. Le
Vice-Roi, avec une suite brillante, alia au decant de ce renfort au-dela de Malumbo. Une
population nombreuse, comprenant ce que la
ville avait de plus marquant, alia aussi a leur
rencontre. Le temps etait chaud et la poussi&fe
etouffante : on ne trouvait dans le faubourg,
qui est d'une Iongueur4te0nsiderable, ni cafe
ni auberge ou l'on put se procurer le moindre
rafraichissement. Ce bataillon, qui n'etait pas
au complet, etait bien tenu, et les hommes ne
paraissaient pas avoir souffert de leur voyage, 92 VOYAGE
Avril 1R17 ■   i
dont la dui^e, tant par mer quepar terre, avait
ete de plusieiirs nioitf* '
Danslasoiree,ralle'gressepublique,devancanl
la solennite du lendemain (la fiSte dePaques),
commenca a.se manifester. Une multitude com-
posee de tous les rangs de la socielc' se repandit
dans les places et les princi pales rues.de Lima;
la grande place surtout c'lait rcmplie d'Espa-
gnols, de Peruvicns, de metis et de negres.
Les tentes, les echoppes et les tables qu'on y
avait dressees furent occupees jusqu'a une heure
lies - avancee par une population noinbreuse,
composee en grande partie des dernieres classes
du peuple, qui firent une grande consomination de rafraichissemens, de fruits, et sur I out
de viande, de vln et d'eau-de-vie. Je fus sur-
pris de la froideur et de la taciturnite qui re-
gnalent dans cette reunion joyeuse (noche
buena); car, excepte l'explosion de quelques
petards, une de nos fetes villageoises eut 6ti
plus bruyante. A peine enlcndail-on quelques
chants monotones, et,deloln en loin, quelques
crls pousses par des Individus de race afri-
caine.
Les Espagnols, qui parmi les Europeens se
1
i AUTOUR DU MONDE. g3
Avril 1817.
distlnguent par leur sobrlete, n'ont pas communique cette vertu aux races subjuguees ou trans-
por tees par eux dansleNouveau-Monde: au con-
tralre la posterite des conquerans que la fortune
a confondue dans la masse de la population,
n'est 'pas moins intemperante que les Indiens;
il est meme des femmes qui ne sont pas exemptes
de ce vice si odieux par son contraste avec les
devoirs de leur sexe. Dans l'emotion provoquee
par l'usage des boissons fortes, elles se livrent
avec fureur a des danses obscenCs jusqu'a ce
que, leurs forces etant epuisees^Mles tombent
de l'etat d'ivresse a celui d'aneantissement, qui
n'est pas moins degoutant que le premier.
Les 6-7. — La fote de Paques fut celebree
avec beaucoup de pompe, etles divertissemens
publics, suspendus par le careme, reprirent
leur cours. Le soirle spectacle fut rouvert; on
donna le Baron de Trenck, trag"edie pitoya-
blement ecrite et mal jouee, ensuite un opera
buffa et une farce qui furent un peu moins in-
supportables. Des artistes europeens execu-
terent des boleros dans les entre-actes, mais
d'une maniere bien inferieure a ce que j'avais
vu en ce genre dans les reunions parti#alleres I
VOYAGE
Avril 181
m
94
du CJaRao. Deux actenrs montrerent quelque
talent; aucune   des actrices, dont deux  ou
1 rois etaient Creoles, ne me rile rent le meme
elpge. L'orchestre ne valait pas mieux que le
reste, et d'aiHeursjl n'etaitpas assez nombreux.
La salle de spectacle est orn^e d'une maniere
simple et fraiche, et paraitrait agreable si elle
n'etait pas mal eclairee. Si on excepte la loge
du Vice-Roi et quelques autres plus ou moins
decorees, 1'ensemble repond aux theatres de
nos vii les du second ordre. La tenue qn'ob-
serve l'auditoire a Lima pourrait servir de mo-
dcle dans plusieurs de celles de nos departe-
ntens meridionaux. II faut dire cependant que
les habitans de tout es les classes y consacrent
un usage qui repugne anosidees de bienseance.
Aussi to t la toile baissee , un cl i q u e lis de b r i-
quels se fait entendre j chaque bouche, meme
la plus jolie, est annee d'un cigarro, ct, au milieu du nuage de fumee qui s'eleve de toutes
parts, on ne se distingue d'un cote a 1'autre de
la salle qu'a la lueur de ces houte-feux. Le par--
terre, deux rangs de loges fermees, etun grand
amphitheatre reserve Aux femmes de la ville,
peuvent recevoirlenviron douze'.cents specta- AUTOUR DU MONDE. g5
Aviil  1817
teurs, qui sont tous assis. Ce batiment, construit
eti fejtiis et situe au.fond d'une cour, n'a pas
d'entree, ni rien a l'exterieur qui annonce un
edifice public.
L'avenue du Callao devint un petit Long-
champs, oii se reunirent la* plupart des equipages de Lima: quelques-uns seulement e'taient
a quatre roues; le plus grand nombre etaient
des cabriolets dans le genre des balancins de
louage. Les uns et les autres etaient en general
proprement decores, mais grossierement cons-
truits. Les attelages etaient assez beaux, mais
peu soignes et lourdement harnaches. Le prix
des chevaux est moindre de moitie qu'en Europe ; au contraire, les voitures et les harnais
sont trois fois plus chers. On peut s'arreter dans
les cirques qui coupent l'avenue, pour voir de-
filer les equipages; mais, quoique le temps et la
fraicheur de l'ombrage invitassent a la promenade, tres-peu de personnes descendirent de
tTBMture.
Le 10. — Le Smvaroff, conserve du Ktih
imoff, arriva au Callao, ainsi que l'espagnol
Todos los Santos, venu de Cadix en cent dix-
sept jours. i
m
Mm-
g6 VOYAGE
Avril 18x7.
£,e x3# — Le regiment peruvien de Flgo, de
trois bataillons, fut Incorpore dans celui de
l'infant don Carlos, qui fut ainsl porte a cinq
bataillons, environ 35oo hommes. Ce corps ne
gagna pas autant en force reelle qu'en nombre,
ces Peruviens n'etant pas aguerris et d'alllents
ayant peu de dispositions militalres.
Le navire le Sant-Antonio arriva de Gadix.
Parmi les passagers etait don Felix Dolaberiaga
Blanco, qui venait remplieJes fonctlons de
deuxieme facte ur de la compagnie des Philippines a Lima, place sans utilite, excepte pour
celui qui en est revetu. Le grand nombre d'em-
ployes superflus, et les abjis qui se sont intro-
duits4l<ns la gestion des affaires, rendent a peu
pres nuls pour les actionnaires les benefices que
devrait leur donner le monopole du commerce
de la Chine et des Indes, dont la compagniedeis
Philippines jouit dans l'etendue des domlna-r
tlons espagnoles.
Le 21. — Le premier combat de taureaux
mit, pour ainsl dire, la ville en rumeur et at-
tira un concours immense, de spectateurs des
deux sexes, de tout age et de tente classe. J'avais
pu juger des la vellle de l'importance que l'on AUTOUR DU MONDE. 97
Avril 18x7.
met a ces representations, par l'empressement
avec lequel on s'etait porte a l'arene, qui ve-
nait d'etre \OUverte au public. J'estimai que
l'amphitheatre contenait dix mille personnes
assises.
On m'a assure qu'il existait des differences
assez marquees entre les combats de taureaux
au Perou et ceux d'Espagne, ou ces animaux
sont d'ailleurs plus farouches. Parmi les di-
verses manieres de les mettre amort, plusieurs
exigent autant de sang-froid que d'adresse; mais
la plupart de ces scenes sanglantes ne me.ffia>ent
eprouver que des sensations penibles.
On peut croire que cet usage n'aurait pas
pris naissance dans la capitale du Perou; mais,
importe par les conquerans qui en ont ete les
fondateurset les  premiers habitans, il   s'est
propage  parmi leurs descendans; et malgre
l'influence du climat le plus doux et le plus
egal de la terre, ce spectacle sanguinaire est
devenu le divertissement favori d'un peuple
remarquable par  sa douceur.  On  n'est   pas
moins frappe de l'impartialite  avec laqueile
les applaudissemens sont  repartis a tous les
combattans, hommes   ou  taureaux,   suivant
t. 1. 1 98 VOYAGE
Avril X817.
les prouesses de ch^cum II arrive rarementdes
accidens graves- II meparut que lesi blancs
lonnaicnl a peine la dixleme partie des sped-*-
lateurs.
Les Creoles des basses classes, surtout ceux
du sang africain (zatnbos) pdttent nn interel
sittgulie* a tout oe qui se rattache a ces combats.
Ms en font le sujet-fevori de leurs entretiens;
et comme les diverses races dont la population
se compose, meme les Indiens, sont appele'es a
y prendre part, chacun aime a citer dans la
sienne ceux qui se sont distingues. Je suis fonde
a croire que lessucces obfenus dansl'af^ne par
les Creoles, ont contribu^ a saper dans l'opinion
I'ascendant her&Utaire des Caslillans par des
comparaisons qui etevent les Americalns a leur
hauteur.
Les combats de coqs sont aussi fbrt en vogue
a Lima, et donnenl lieu a des paris considerables. Ce divertissement a lieu deux fois la se-
maine, outre les dimanches et les fetes, dans un
edifice public destin£a ce spectacle depuis 176a,
afin de prevenir les inconvenlens etles desordres
■qnl en resufciefct dans beaucoup de maisons
partifefeli^tes.
II AUTOUR DU MONDE.
Avril 1817.
Le*i6
99
Un navire venant de Taleaguana
mouilla au Callao. IIportait des avis satisfaisarts
surl'etat de ce poste, ou le brigadier Ordonez
s'etait retire apres avoir evaeue la Conception, a Fapproche des forces superieures des
insurgeS; II s'e'tait foftifie dans la presqu'ile, et
avait reuni des subsistances abondantes en grains
et en bestlaux dans cette position, qui, d'ail-
leurs protegee du cote de la mer par la petite
division que les Espagnols avaient dans ces parages, etait d'une defense facile.
Le 28. — H entra un batiment espagnol venant d'E&rOpe. II s'djjpait presente pour mouiller
a Valpa^lSfeb, mais l'empressement que l'on
Spirit mis a envoyer des embarcations contre
lui 1'avait sauve en lui faisant pressentir les
dangers dont il ignorait la cause.
Le 3o. i— J'allai visiter le depot hydifSgra-
©Mque. Ce repertoire est peu considerable pour
le nombre de cartes qu'il contient, mais on y
trouve les meilleures qu'on ait de la mer du
Sud, et des materiaux manuscrits interessans.
II a pour directeur don Andres Baleata, officier
de marine, instruit "et zele pour sa partie. II
irte communiqua avec beaucoup d'obligeance
7- VOYAGE
Max 1817
la position de plusieurs points nouvellement
determines dans diverses parties du Grand-
Ocean.
Le ier mai. — Les affaires m'appelerent au
Callao. Nous dinames a bord avec le capitaine
Best, du balelnler anglais the Countess of
Morley, arrive la veille. Ce batiment], qui ap-
partenait a Plymouth, etait le premier, et.
jusque-la le seul de sa nation, destine pour
cette peche, qu'on eut arme hors du port de
Londres. Dans l'annee ecoulee depuis son depart, 11 ne comptait qu'une relache de huit
jours. Le scorbut commen§ait a se manifester
parmi son equipage, mais un seul homme etait
hors dietat de service. La grande quantite d'eau
dont ces batimens peuvent s'approvlsionner au
commencement de leur voyage, au moyen des
futallles destinees a recevoir l'huile, les met a
meme de faire de si longues crolsleres. Leurs
matelots, pour ainsl dire naturalises a la mer
des leur enfance, supportent facilement ces
series de privations et de fatigues, qui abat-
tralent des hommes moins familiarises a la vie
et aux travaux du bord.
II y avait dans l'equipage de ce navire dix- AUTOUR DU MONDE.
101
hmt novices ( prentices ), appartenant a des
families aisees, dont une grande partie avaient
ete gardes-marines ( midshipmen ). De ces derniers , p'bjteieurs n'avaient pas renonce a la car-
-l^iere milit^iire, mais comptaient rentrer au service des qu'ils pourraient etre employes. Comme
-'ohfiz tous les etrangers, ces jeunes gens par-
tageaient avec les matelots tous les travaux du
bord. Le capitaine Best se louait beaucoup de
leur bonne volonte* et de leur docilite, et surtout du zele soutenu qu'ils portaient au service
penible des embarcations. Un instituteur, em-
barque aux frais de leurs parens, completait
l'education de ces eleves , en leur donnant les
elemens des connaissances theoriques de leur
etat, etl'instr-uction morale et religieusepropre
a en faire de bons citoyens. Ledimanche, quand
les circonstances le permettaient, l'instituteur
4aisait les prieres suivant le rit anglican, devant
l'equipage. Voila une ecole de marine ! (0
(0 OiljS^it que lorsque le capitaine Cook echoua sur la c<3te de
la Nouvelle-Hollande, son navire fut tenu a flot jusqu'au port, ou
il le radouba au moyen d'une voile lardee coulee sous sa carene.
Cet expedient lui fut suggere par un midshipman, qui 1'avoit vu
mettre en usage a bord d'un navire des Antilles. Qu'on aille cher-
T.   I.
7 iti#
102
VOYAGE
Mai 1817.
jre 3. — Je fis avec quelques iptersonnes une
promenade a ct&val au village de Miraflores,
situe pres de la mer a environ trois lieues dans
le sud de Lima. Le chemin, qui n'est que la vole
pratiquee dans un terrain vague, a de frequens
embranchemens; il est convert d'une poussMOf*
fine extremement incommode. Le sol, comme
par tout le pays, est uni depuis la cote jusqu'au
pied des montagnes, dont la chaine parallele
pousse rarementses ramifications jusqu'ala mer.
La campagne est d'une fertillte que la moindre
culture developpe avec l'energie particxfllere
aux regions equlnoxiales. On trouve entr'autres
une riche plantation d'olivSers, dont l'huile est
estimee presque a l'egal de celle d'Espagne. II y
a aussi plusieurs sucreries. Les terrains cultives,
qui, ainsi que les habitations, sont plus rap-
proches a mesure qu'on s'eloigne de la ville,
sont enclos de murs de terre. Parmi ces constructions, qui, etant de la meme nature que
le sol, ne se distihguent que par leur relief,
on voit beaucoup de  ruines qui  datent  des
cher de pareilles ressources parmi des eleves sortant d'une ecole
Me'diterrande. Cook lui-meme, ainsi que Nelson, Duguay-Trouin,
Jean-Bart, Dupere, etc., ont debute au commerce. AUTOUR DU MONDE. Io3
Hal 1817.
anciens Peruviens. L'etendue et l'elevati^n de
ces debris temolgnent assez la grandeur de cette
nation, etla plupart de ces restes ont conserve
quelque chose d'lmposant. Deux ou trois me
semblerent avoir appartenu a des aqueducs :
on sait que ces peuples avaient le talent de
conduire les eaux des hauteurs a de grandes
distances, et qu'au moyen de leur systeme d'ir-
rigation, 1'agriculture avait ete portee chez eux
a un degre bien superieur a ce qu'elle est a
present-dans le meme pays.
Plusieurs points de la cote sont parsemesrdjp
ruines : les plus remarquables sont situ&es wis-t
a-vis les ilots Pachacamacs. On trouve ehtfe
autres, dans cette partie, pour laqueile les Indiens avaient une veneration superstitieuse, les
restes d'un vaste temple dedie au solelli^E^ttfc
ces hatimens, ainsi que les plus modernes, sont
construits en briqnesrigillaes ou en torchis, ce
qui parait ne faire qu'une masse de chaque
muraille: ce| freles constructions, qui, sous un
autre ciel, auraienteteruin^par les variations
et l^itemperie des saisons; couvrent encore le
Perou apres plusieurs siecles, et n'attestent pas ijSI
E
&
I04 VOYAGE
Mai i3i?.
nioins la douceur et l'egalite' singuliere du cli-
mat, quejl'lndustrie de ses anciens habitans.
■■■MiraQdtes a beaucoup de maisons d?un exte-
rleur agr&ble etsdigneY mais, comme elles
appaiiiennent pour la plupart a des habitans
de Id capitale, plusieurs de ces maisonSSi'&aiefat
pasimbitees, ce qui donnait un air desert a ce
village. Le* jardins, qu'a la verite je ne vii
qu'en passant, me parurent bien infericurs a
leur reputation. Les environs ne sont pas plus
rians que le reste du canton que'nous avons
parcouro.- La c&te, qui«st a environ une demi-
1 ieue de distance, est conpee en falaise de cent
cinquante pieds de haut j forme'e d'une quantite
immense de calUoux et d'une faible portion de
terre legere et sablonneuse qui ne les'lie que
tee^if&fblement: cette meme terre forme la surface, mais sur une profondeur de quelques
poucesseiilement. Au-dessous de cette couche,
le nitre existe en si grande qraantiteyqu'il formte
pour ainsl dire une seconde couche adherente
aux pierres. Un pan$il terrain est facile a ebran-
ler; aussi les <tafemblemens de terre occasibn-
nent-ilsdeseboulemensepouvantables, en par
>ar- AUTOUR DU MONDE. 105
Mai 1817. 1
tie determines par le choc reitere des lames,
qui viennent se briser avec une violence terrible au pied de la falaise, dont la base se
compose vraisemblablement des memes mate-
riaux que le sommet. La mer, lors de ces phe-
nomenes, participe toujours a 1'agitatlon de la
terre, et dement dans cette circonstance unique
le nom de Pacifique, que lui merite sa tran-
quillite habituelle entre les 3o deg. S. et les
5 deg. N.
Du bord de la falaise la vue domine sur une
vaste etendue de mer, dont la surface toujours
tranquille se confond au loin avec l'horizon; a
droite et a gauche une cote haute et escarpee,
dont le developpement forme un immense croissant; le Moro Solar, Pile San-Lorenzo, les ro-
chers de Palominos, et le beau village de Lurin,
etaient les points de vue les plus marquans d'un
superbe tableau que le soleil eclairait alors de
ses derniers rayons. A l'impression causee par
le spectacle d'une grande nature, la pompe et
l'eclat du soleil peruvien, les ruines de ses
temples, tout contribuait a me rappeler un peuple
doux et malheureux, qui venait autrefois, du
haut de ces rivages, avec un sentiment si reh-
iv io6
VOYAGE
i
Mai 181
gleux, pour pontempler 1'immeraion du soleil
dans l'Oe&n.
Leg. — L'equipage ayant peu d'occupation
a cette epoque, on envoya une embarcation a
Me gan-Lorenzo, pour prendre des loups marins, de concert avec une des etnbarcations
du Sidney, commandee par son second, qui avait
des oonnaissances sUr cette chasse. Notre canot
revint le soi^ avec unetrentaine de peaux, mais
la plupart petites, et toutes depourvues de
fourrurc, ottcouvertesd'nnpoilgrossier, comme
il est ordinaire dans les climats chauds, ou la
depouille des phoques est g^neValement beaucoup moins precieuse que dans les hautes latitudes. &&A.
Le io. — Le baleinier anglais le Zephir-ar-
riva au Callao; il avait perdu, pres de Pisco,
son capitaine et trois hommes tn£s par une ba-
leinc qai'avait mis leu* embar cation en pieces.
Le reste/des matelots qui l'armaient avaient
&eHsattve*s par les autres canots. Ce navire an-
nonca Papparition de batimcns insures; mais
ce bruit, ainsl que plusieurs du meme genre
qui coururent pendant notre s^jotar, ne furent
pas confirmes. AUTOUR DU  MONDE.
Mai iSij.
Zen
107
Le Vice-Roi setransporta au Callao:
on doubla la garde au fort Real-Felipe, et on
prit diverses dispositions pour lasurete de cette
place et des prisons. On donna pour cause de
ces mesures, des intelligences decouvertes dhtre
les detenus et les mecontens de Lima.
Le 15. — Le baleinler anglais le TFaren,
qui n'etait sorti que depuis vingt-quatre jours,
mouilla en grande rade. II pretendit avoir eu
connaissance de trois batimens inconnus, et
avoir rencontre un autre baleinier qui avait
communique avec une goelette insurgee. Le
capitaine Pery n'ayant pas voulu deposer ses
papiers, on l'obligea a remettre a la voile le
lendemain. Le gouvernement, rendu ombra-
geux par les circonstances, fit Intimerle meme
ordre a tous las baleiniers. Mais par la maniere
dont s'exe£uta cette disposition, elle ne fit
qu'accelerer leur depart.
Le 17. — Les deux batimens rtisSes etant sur
le point de partir, j'allai voir a son bord M. Ha-
gemeister, capitai*e4ieutenant (capitaine de
fregate) de la marine imperlale, qui les com-
mandalt. Javais cultive la connaissance de cet
&Sicier distingue, qui avait temoign^ un desir »1
IP
108 VOYAGE
Mai  18x7.
sincere de m'kre utile. Aux renseignemens qu'il
m'avalt dohhessurla cote nord-ouest, etenpar-
ticidler sur les etablissemens de sa nation, il
jolgnit, en cas que je ne l'y trouvasse pas lui-
metfie, unelettre pour M. BaranofF, gouverneur.
Ce qu'il m'avait appris de ces contrees me falsalt
presager peu de succesdans cette partie, a cause
du choix defectueux de nos objets d'echange;
mais c'etait le but principal de notre expedition, d'apres les instructions dont je n'elais pas
autorlse a me departir; ■
J'allai ensuite a bord de la Presidentat qui
etait commandee par M. Martinez fils, et ap-
partenait a son pere. Ce batiment, d'environ
cinq cents tonneaux, sortait des chantiers de
Guayaquil, et etait d'une"construction solide
mais peu soignee'dtms son execution. Sa mature
etait en bois du pays qui, pour cet objet, ne
valent pas les notres, auxquels ils sont superieurs pour la construction. La Presidenta etait
venue avec une cargalson de cacao. On la disaii
de bonne marche; elle n'etait pas doub.lee en
cuivre, et cet article etant hors de prix, on
comptalt n'en faire la depense qu'apres quelques voyages. Je n'ai pas su quels avaient ete AUTOUR DU MONDE.
Mai
I09
les frais de construction et d'armement de ce
navire: ils sont tres-considerables a Guayaquil.
Un armateur m'a assure qu'un batiment de six
cents tonneaux, tout arme, lui etait revenu a
98,000 piastres.
Le 19.— Le Vice-Roi recut des felicitations
publiques pour les nouvelles marques de satisfaction que son souverain venait delui donner.
Les divers corps envoyerent une deputation
pour le haranguer.
II y eut combat de taureaux, feu d'artifice et
spectacle le soir. Le public accueillit par des
risees et des murmures d'improbation 1'acteur
jouantle role de 1'Anglais, qui fait etalage de
la generosite de sa nation dans la Moscovita
sensible, piece que les Espagnols nous ont em-
pruntee.
II m'avait ete fait des propositions pour revenir de Californie au Perou avec un fret. Ce
projet me convenalt d'autant mieux que, quand
meme son execution m'aurait occupe trop longtemps pour me permettre de toucher aux iles
Marquises, ou je me proposals d'hlverner, la
mauvaise salson n'en aurait pas moins ete employee utilement, ce qui etait mon but prin- no
VOYAGE
Mai i8i-.
cipal. II fallut renoncer-a cette operatktfi, a
laqueile un armement quon preparait pouf la
Californie vint mettre un obstacle insurmon-
table.
Les a4-25. — Je reunis a diner a bord dii
Bordelais leapersonnes de qui nous avions recu
deshonnetetes ■ entr'autres don Antonio Monet,
colonel du regiment de 1'infant don Carlos;
son lieutenant'colonel don Primo Ribera; le
lieutenant de vaisseau don Eugenio Corlez, et
plusieurs officiers des deux armes, qui nous
avaient accueillis en camarades. Ge repas fut
trouble par un accident arrive a un de nos
hommes chargeur a un canon, qui, par sa
precipitation imprudente, eut les* deux mains
mutilees. Les Espagnols, qui aiment a bruler
de la pondre, faisaient des saints en rade a toute
occasion, et j'avais 'ftru devbir me conformer a
leur usage dans cette circonstance. Ce malheu-
rcux evenement donna lierf a no* eonvivHw de
manifester les sentimens do la plus tendre ha-
manite. Le colonel et don Primo me solllci-
t&rent de mettrele blesse" a 1'lidpital Saint-Andr^
avec les malades dtf*£giment, et envoyerest le
kndeniain one corvee pour l'y porter, a&it &k AUTOUR DU MONDE.
Ill
Mai 1817.
luie'vlter l'incommodite etles douleur s d#t*ans*
port en voiture.
Le 27. — J'allai avec don Primo a Vhdpital
Saint-Andre; nous rencontrames le colonel qui
en revenait. L'etat du blessd &ait ausri satisfai^
sant qu'on pouvait 1'esperer. Ces messieurs
avaient d^ja pris toutes les mesures pour qu'il
re§ut les soins que sa situation exigealt. M. Do-
laberiaga temoigna aussi un vif H^eret a notre
matelot, et, de concert avec son collegue, il
proifiit de lifti procurer un passage en Europe des que sa^ saute pourrait supporter ce
voyage.
L'hopiial Salnf^Andre appartient a la ville,
et sert aussi aux troupes parabonnement. Parmi
les medecins qui y sont attaches, 11 en est d'un
grand merite. Les Kte*sont sur deux rangs Tun
au-dessus de 1'autre, an ffioyen d'une galerie
qui regne sur le pourtour. Ceux d'en bas sont
enformes dans une alcove a ciel ouvert. 11 m'a
paru que dans cet hospice on n'apportait pas a
la proprete des soins awssJ-sorupaleux que dans
nos ^feabhssemens de ee genre.
Le 28. — La douane ayant enfin fixe les
droits, j'eus la tardive satisfaction de terminer 112
VOYAGE
'PS
Mai 181 j.
mes affalreset de pouvolr continuer monvoyage.
Je fis mes visite.s de conge.
Le 29. — Je deposai entre les mains du ma-
jordome de l'hopital la somme exlgee pour le
traltement des malades qu on y laisse. L'etat du
notre continualt a donner des esperances qui
ne se sont pas realisees (0. Le colonel Monet
me reltera de la maniere la plus cordlale les
promesses qu'il m'avait faites en faveur de
ce malheureux, et dont les soins qui lui etaient
prodigueVme garantissalent deja l'accomplis-
sement. Je pris ensuite conge de M. Pereyra,
qui n'avait pas voulu que je logeasse ailleurs
que chez lui pendant tout mon sejour a Lima,
et qui m'avait rendu toutes sortes de bons
offices.
Je partis enfin a une heure et demie pour le
Callao. D. restait encore a subir la visite de la
douane, a pourvoir au remplacement des pertes
que l'equipage venait d'eprouver par la desertion de cinq hommes, outre celui dont l'accir
dent du 24 nous avait prives, et a divers objets
qui, dans d'autres clrconstances, m'auralent
CO II est mort d'une fieyre d'hdpital contractee lorsqu il etait
en pleine convalescence. AUTOUR DU MONDE. Il3
Mai 1817.
fait renvoyer le depart au lendemain. Mais, crai-
gnant que le moindre retard ne donnat lieu a
de nouvelles desertions, je pris des mesures
pour en terminer promptement avec la douane;
j'embarquai quatre matelots provenant des ba-
leinlers, et un mousse espagnol.
Nous nousprocurames, aun prix quadruple
de celui de France, du menu filain, pour
achever un filet d'abordage, objet indispensable a la cote nord-ouest, et dont nous n'etions
pas pourvus.
A 7 heures on leva la derniere ancre, et
on appareilla sous les burners avec la brise ordinaire du S.-E. Aussitot hors du mouillage,
je mis en panne pour finir le duplicata des de-
peches, les troislemes expedites du Perou, que
j'avals a remettre a M. Salis. J'avais consenti
au debarquement de cet officier, l'etat de sa
sante peu robuste, qui avait deja donne des
inquietudes pendant le cours de la travcrsee
d'Europe, ne lui permettant pas de continuer
la campagne, dont le debut lui avait ete si pe'-
nible. II devait passer second avec le capitaine
Heatley, qui etait rentre en possession de son
navire, et avait trouve un fret avantageux pour
t. 1. 8 iU
VOYAGE
Mai x8l7.
o 'r
Bordeaux. Ce voyage, etotoa^ par i&Vetsiibs-
fedes, ne s'est pas effectue.
A 9 heures et demie, M.SaKfcretJtttle paquet
contenaht, outre mes lettres a M. Bblgfcette, a
ma famille et a quelqttfe amis,<CfeHes des officiers et de plusieurs hommes du bord. Desijtfil
!e*flb*pris conge, on'fit tdtite sous toute voil&
Avarft de perdre de vuelBsfc&tes duJP&xfl*,
je rappetfterai un pfeftit nombre d'observationS
qui m'ont paru *m&$ter quelque int^ret-, iSOr ie
pays en general, et principalement tfiir la capitale.
Le -P&-OU (') offrlrafoom«lebonc!^-immense
a notre cornmei$te,Vil y etart hhre; maism^me
dans Yefett ou nOtte avons trotftfs Igs choses
en 1817 (e'est4tiiflii* 19tfe le regime des lews
re&tf&tiVes^la condoihmation des pro&irits de
fiOtre Industrie etait (Mjti consideraiiti&-, les Es*-
pagnolsles feiBant!em«rei,{p'our4lfie forte portion
dtfas la compositibh de le«¥s'c&rgaisaBfcKa).
■■ . -••
(') Ce qui suit a ete ecrit plusieurs annees avant 1'emancipation de ce pays.
(0 On peut juger d'apres cela de l'essor que doit prendre
notre commerce avec ce pays, oil il ri'a plus a redouter que'Ia
cblicurrenWe^aes-jftitec€s'ttatioite, si on ne lui suscitc pas 8es AUTOUJi. DU MONDE.
ii5
Mai 181-.
iGeux de nos articles dont la defaite est la plus
sure et promet le plus de benefice., sont les
sjsaeries ( dont la quantite que nous vimes ex-
posee dans tous les lieux-de debit nous etonna),
les toiles, les draps, le«;wins et les obdgts de
mode. Ceux d'expectation sont le cacao, le
cuivre, le kina, les lauaes communes et celle
de vigogne, et les peaux de Chinchilla. La co-
chenille pouBrait devenir une branche de .commerce Importante si -on voulait y donner des
soins; mais lors de notee passage il n'y en avait
pas uaae livre clans le joommerce.
Sous rtons ies rapports du .commerce, l'Es-
pagne <etait loin .die retirer du Perou les avan-
tages que pouvait lui procurer une possession
aussi asiiche. Les produits de la metoopole que
receptee pays etaient des 'vims, de l'huilp, des
fers, certaines especes de atj&eries et quelques
autE©sobje*s de nooindr-e Importance. Le reste
des cargaisons etait tire de l'etrangfer. La "France
fournissait les-draps, 'les toiles, les soieries, les
m
fjtoyss Bar49rfiW<Jj1'$fi;S,»'on adoptera eny.fiEs.le nomreau gou-
verjxement, auquel il serait aussi important que fpcile d'inspirer
Ies sentimens de bienveillance que le peuple a deja pour la
France.
8. t*
116
VOYAGE
Mai
moc
es, etc.; l'Angleterre, les.articles de mer-
cerle et de quincalUerie, ainsl que.plusieurs.
tissus delaine. Outre la quantite considerable
de produits anglais portes par les batimens
d'Espagne, le Perou en recevalt beaucoup de la
Jamaique par Panama. Une grande variete de,
marchandises, etnotamment des tissus de coton,
apres avoir traverse l'isthme, etait transportee
au Callao par des paquebots de .marche attaches a cette navigation. Des personnes bien in—
formees mfont assure que les sommes que ce
commerce rulneux falsalt sortir du Perou depuis les troubles, se.mOntaientannuellement a
2 millions de piastres. Les batimens destines k
entretenir ces communications sur les  deux
mers, offraient tous les deux mois.un passage
prompt et assure aux voyageut-s et aux depeches
qui, par la Jamaique, peuvent parvenlr|acile^
ment dans moins de trois mois du Perou en
Europe.
Dans les temps  de tranquillite, le Perou
f ournit au Chili des sucres, du cacao, et quelques autres articles de moindre valeur. II recolt
en retour des grains, des sulfs, du cuivre et des
vlandes seches (tasao). Ge commerce etait sua*
mm. AUTOUR DU MONDE. 11 7
Mai 1817.
pendu depuis 1817. Cet etat de choses etait plus
facheux pour le Chili que pour le Perou, qui
peut facilement tirer de son sol le bie, dont la
consommation n'est considerable que parmi les
Espagnols europeens. Lors de la premiere insurrection du Chili, le gouvernement ayant
assure aux proprietaires le debit de leurs bles
aun prix considerable, lei Perou etait parvenu
a se passer de grains etrangers dans le, peu
de temps que dura la suspension des communications : mais le gouvernement, aussitot la
soumission du Chili, revoqua ses promesses, et
les proprietaires suspendirent leurs cultures;
aussi se trouva-t-on de nouveau au depourvu
lors de laseconde insurrection.
Les troubles de la revolution avaient fait
abandonner les communications entre le Perou
et le Mexique, qui de tout temps ont ete peu
suivles; L'independance de ces pays doit leur
donner plus d'activite qu'elles n'ont eu jusqu'a present. D'apres de bons renseignemens,
le derniere expedition, en 1811, pour le port
de Saint-Bias, etait composee de sucre, cacao,
vins, coton, fruits sees. Par cette voie, les
cargaisons sont de longue defaite, devant etre
I I s
118
VOYAGE
Mai  1817.
■sM
transpOrtees a dos de mulet a Guadalaxara, a
80 lieues dans Fint&ieurk
La peche de la baleine rendrait de grands
benefices, si la paresse nationale permettait
qu'on se Hvrat a cette exploitation lucrative,
mais penible. D'apres le caract&re des Peru-
viens, 11 ne faut rien attendre de l'emanci-
pation sous ce rapport. "Dans aucune mer peut-
etre, les baleines n'abondcnt autant que sur la
t*6te du Perou, et an large jusqn'aux Galapagos. Le cachalot, (Jtd donne la ma tie re ap-
pelee sperrtla-ceti ou blanc de baleine, se
trouve dans les parages de ces iles en plus
gtand nombre que par tout ailleurs; aussi so 111-
11s frequentes par beaucoup de baleiniers ame-
ricains et anglais. Nous en avons vu une vinsr-
taine au Callao, ou lis venaient se rafraichir,
ce port etant alors le seul Xfpi leur fut Ouvert.
La rade du Callao, qui serf de port a Lima,
offre»*par sa situation un excellent mouilla"e,
au fond d'une baie^pacieuse, ouverte au nord
seulement. Sur "tfioe cote On les gros temps sont
inconnus, elle p5N&ente toutes les steetes et les
cqmmodltes qu'on ne trouve ailleurs que dans
des havres fermes. On peut choisi* son bras- m\
AUTOUR DU MONDE.
IK
Mai 1817
seyage et sa distance d e terpe depuis quatrebras-
ses a deux ou trois encablures de terre jusqu'a
trente-cinq brasses au milieu de la baie. L'eau se
fait commodenaent a un-conduit sur le cote est de.
la jet^e. On debarque ordinalrement du meme
cdte de cet ouvrage, auquel, lors de notre se-
jour, on faisait des reparations qui ne parais-
saient pas devoir etre aohevees de long-temps,
La rade est defendue dans 1'ouest par le fort
Real-Felipe et la batterie de l'assenal, et dans
Fest par un ouvrage considerable, de construction recente, appele le fort San-^Fernando. Lora?
qu'on craint un ennemi, on reunit tousles navires sur la partie de la rade comprise entre
les forts. Les extremites de ce mouillag© sont
assez bien protegees; mais vers la large la Mr
fense est eloignee, et la distance a laqueile les
feux se croisentj est tres-grande, les batteries
etant etsihlies sur des lignes presque. paralleled.
Elles reunissaient en 1817 environ soixante
bouches a feu.
Le fort Real ^Felipe est un pentagone
regulier d'environ cent soixante toises'de cote
exterieur; il a un fosse .sec avec escarpe et
contrescarpe, sans autre dehors que le che-
ri' 120
VOYAGE
&
Mai 1817.
min convert. Les depx bastions qui donnent
sur la rade sont couronnes de cavaliers; les.
flancs sont droits et sans defenses casematees.
Tous les ouvrages etaient en bon etat; on tra-
valllalt au front qui bat la rade. L'interieur
contient une eglise, des casernes, des maga-
sins, des prisons dans lesquelles 11 y avait alors
trois ou quatre cents detenus. Plusieurs. de ces
batimens ont des voutes a l'epreuve. Cette place
a le grand defaut de n'etre pas bien approvl-
slonnee d'eau, celle des puits qu'elle contient
etant saumatre et probablement malsaine a la
longue.
Le Callao a un apostadero, ou petit depar-
tement de la marine : il etait commande par
don Antonio Vacaro, capitaine de vaisseau ,
officler generalement aime et estime. L'arsenal,
dont etait directeur don Eugenio Cortez, est
petit, mais bien tenu; 11 etait alors mal appro-
vlslonne. Les forces navales se composalent
d'une fregate, une corvette, trois bricks et
quatre canonnleres : il y avait en outre trois
gros transports armes.
II est etonnant que le nouveau Gallao, eleve
en partie sur les ruines de l'ancien, n'ait pas AUTOUR DU MONDE.
121
Mai 181
ete constrult sur un plan regulier. On y trouve
plusieurs rues etroites, anguleuses, ou ne for-
mant pas equerre avec les principales. Excepte
l'avantage de sa position, qui le rend l'inter-
medialre du commerce de Lima, le Callao n'a
rien qui le recommande ouqui puisse.en faire
supporter le sejour a un etranger accoutume
aux commodites plus ou moins recherchees
qu'on trouve dans presque toutes les parties de
notre Europe. La meilleure auberge ne vaut pas
nos cabarets de campagne; on y trouve a la
verite des alimens, mais pas de fits, et une sa-
lete degoutante regne dans tous les apparte-
mens, qui sont d'ailleurs infectes des insectes
les plus incommodes. Les provisions sont d'une
cherte excessive, surtout le pain, qu'on fait
venir de Lima ou de Bella-Vista; car il n'est
pas encore donne au Callao d'avoir une bou-
langerie. R a environ quatre cents maisons,
dont plusieurs n'ont-qu'un rez-de-chaussee.
Les fortifications de la ville de Lima ne sont
propres qu'a la mettre a 1'abri d!un coup de
main : elles consistent en une enceinte bastion-
nee 3 dont quelques fronts seulement ont un
petit fosse  sec sans contrescarpe  ni  chemin *
122.
VOYAGE
Mai 1817.
ffik
convert. On a donne d'assez bons remparts aux
flancs et a quelques fe.c£g; mais les conrtines
n'ont qu'un terre-ptein de troia on quatre
pieds; les parapets n'ont pas plus d'epaisseur
et no s'&event qu'a hauteur d'appui, H y a des
barbettes aux angles de l'epaule , ainsi qua
plusieurs saillans. Ces ouvrages sont a environ
quinze pieds de connnandement sur la campagne, dont la surface est un plan presque par-
fait: ils sont reve lus de briques ou dun lo rchis
qui vaut autant dans un pays oii il ne pi eut
presque jamais. Les cotes exterieurs ont environ
cent cinquante toises. La ligne de defense est
presque partont fichante, aucun sail Ian t if e tan t
obtus, d'apres l'ancien systeme espagnol. Ces
ouvrages, de quatre on cinq milles de develop-
pement, couvrenl la ville dans les parlies du
sud, de l'est et de 1'ouest. Le cote du nord n'est
defendu que par la riviere, qui est presque par-
tout gueable, et dont le lit est large, plerreux
et encaisse*; enfin le pont et le faubourg de
Malembo, ou il conduit, n'ont aucune defense.
Les troupes etaient bien tenues, au moins
celles que j'ai vues j tous les employes civ ils
et militaires etaient exaetement payes. Les de
ft,* AUTOUR DU MONDE.
123
penses s'^tant accrues prodigleusement deputy
les troubles, il avait fallu augmenter les droits
et les impots; mais les nouvelles charges pe-
saient presqu'entierement sur le commerce: dans
des circoastances critiques le clerge avait fourni
des sommes considersMes.
La population de Lima est d'environ quatre-
vingt miUe ames, dont je ne pense pas que les
Espagnols europeens forment plus du vingtieme;
le nombre des Creoles blancs* est beaucoup plus
considerable; celui des Africains esclaves peut
egaler les deux autres reunis : ils sont genera-
lenient traites avec beaucoup de douceur; le
Sort de ceux de la campagne est plus malheu-
reux, a ce que l'on m'a assure. Le reste .des
habitans se compose de gens de couleur de
toutes les nuances, melanges de Sang espagnol,
africain et peruviens Indigenes , et croises a
1'lnfini.
La haine,queles Creoles manifestaient envers
les Espagnols, des le temps de Frezier, n'a
fait que s'accroitre avec les progres de la po-
•'ptflation. Les evenemens qui ont suivi les ten-
tatives de Napoleon sur l'independance de
l'Espagne, la marche adopte'e par les cortes, VOYAGE
Mai i§i7-
et le systeme du gouvernement actuel, ont
donne une nouvelle force a ce sentiment presque
general parmi les Creoles. L'exemple des provinces de la Plata, et les derniers evenemens
du Chili, ont accru leursoif de 1'independance
et l'espolr de la satlsfaire; mais, quelque vif
que soit son amour pour la liberte, le peuple
peruvien a trop peu d'energle pour tenter par
lui-meme un grand mouvement capable d'ac-
celerer Faccomplissement de ses vceux, et 11
parait devoir rester soumis tant que les troupes
royales pourront empecher ceUes de Buenos-
Ayres de penetrer dans 1'lnterleur (t). Au reste,
peu de peuples jouissent de plus de felicite
apparente que celui du Perou, a en juger par
la capitale. II se procure facilement une nour-
rlture saine et abon'dante; 11 est bien vetu pour
le climat, et a beaucoup de temps a donner
aux plaisirs, qu'il aime; l'ensemble de son exte-
rieur annonce le bien etre : il ne paie que peu
d'impots, qui pesent pririclpalement sur les
grandes proprietes et sur le commerce. Les
nombreux abus d'une mauvaise pohce sont, a
(x) On ne pouvait presumer alors les expeditions nayales du
Cluli. AUTOUR DU MONDE.
ia5
Mai 181
la verite, un obstacle au bonheur des Peru-
viens; mais ces abus sont de la nature de ceux
produits par lafaiblesse plutot que par i'oppres-
sion, etl'lgnorance d'un meiUeur etat de choses
les rend insensibles au plus grand nombre.
D'apres le sort heureux du peuple de Lima,
qu'on m'a assure etre aussi le partage des pro^;
vmces, l'inquletude des esprits ne peut etre
pour la multitude que 1'effet du desir d'inno-
vation (d'autres disent d'amelioration ) re-
pandu depuis trente ans sur le globe, et'des
insinuations des premieres classes (0. L'amour-
propre et l'ambition de celles-ci se trouvent
offenses de la preference que le gouvernement
accorde aux Europeens, quoiqu'il confie souvent a des Creoles des emplois Importans. Des
hommes a qui la fortune, les voyages et quelques connaissances peu repandues parmi leurs
compatriotes, donnent une sorte de superiorite,
(') L'esprit revolutionnaire.qui agite le Perou et presque toute
l'Amerique, s'est manifeste de tout temps dans les colonies par-
venues a un certain degre de force, par rapport a leurs metro-
poles et aux provinces oppriinees par des gouvernemens eloignes.
C'est l'esprit d'independance et de bien-etre qui a anime les
Suisses, les Hollandais, les £tats-Unis. 11 faut chercher ailleurs
l'esprit anti-nationalet anti-religieux. 126
VOYAGE
■Mai 1817.
s'^levent dans l&ur propre opinion a la hauteur
des plus grandes affaires, a&ndignent de n'etrp
pas appeles a 1'administration de leur pays, «t
emploient tous les moyens pour aec^ierer le
changement qui doit mettre fin a leur obscurity,
en etablsssantl'independance.H sea&ait a era indre
qu'elle ne iftit leng-temps un present funeste
pour nn pays ou les droits et les devoirs de ci-
toyen sont gene rale men I ignores, ou la supers*
lilion et la moll esse, ennemies du palrio tisme,
permetlent difficilement a l'esprit public de ger-
mer, et ou, a cote de la vanite puerile des distinctions et de l'ambilion du pouvoir, se trou-
verait le plus souvent 1'incapacite de le dirigcr
sur la ligne du bien public. Les circonslances
du temps feroient probablement adopter nn
gouvernement republican!, et les moeurs sont
monarchiques.
II est vraisenxblable que les veeux des Peru-
vlens ne tarderont pas a s'accomplir, d'apres
rmsufTisance'des moyens quePEspagne-emploie
pour arreter les progres des insurges du midi,
dont 1'independanoe se consolide de iour .eo
jour. L'armee que commandait centre eux, dans
le Haut-Perou,le general Lacerna, &ait d*en- AUTOUR DU MONDE.
.Mai 1&17.
I27
vironsix mille hommes. Si j'ai ete irien informe,
toutes les troupes reglees de la vice-royaute
ne montaient pas a quinze mille hommes, dont
•quafene mille etaient europeens, les se'oft.s sur
f Ssquels on peut compter en tout temps.
Parmi les principaux etablissemens de Lima,
on en distingue quelques-uns que je vais indi-
quer d'une maniere siioemote.
• L'universite de   Saint-Marc, fondee   par
Charles-Quint, en i553.
L'hospice des ICtepheliaes, ibnde en i654-
Depuis son origine, cet etablissement s'est am&-
Hare d'uaae manieije .sensible. Cefeajdes Orphe-
lins a re§u ?un saweiwrissement important par le
profit d'une imprimerie qui y est annexee.
9B y a unemaison de retraite pour les pauvres,
et un asiferpour les filles tepenties. En outre,
Ifes vifc&llards indigens trouvent un refuge dans
plusieurs COUVens.
fces empires, ctotttfe nombrcest consideraMe,
SQift deGOTe'es avec une opulence et une Tna-
gnificence ''qu'on tne peut aWsribuer'qu'a la ri-
Bhssse m&aH£que du Pdrou. L'or et 1'argenVen
font les principaux ornemens, et lespierrertes m
m
m
mm
'131
m
Im
:%$%
128 VOYAGE
Mai 1817.
viennent ajouter a l'eclat, peut-etre unpeu trop
mondain, de ces saints lieux.
Malheureusement a Lima, comme partout
ailleurs, les progres de la civilisation ont ete
accompagne's des ecarts du luxe et de ses suites
dangereuses.
Les femmes sonttres-recher chees dans leurs.'Rer
temens, etontun gout particuller pour les perles,
dont la blancheur contraste agreablement avec
le vif incarnat de leur telnt et le nolr brlllant
de leurs cheveux. En .'general, les Peruviennes
sont belles ou jolies; mais ces avantages perdent
de leur charme par une licence dont 11 y a
peu d'exemples parmi les autres peuples civilises : un honnete homme.ne peut entendre sans
rougir leur conversation ordinaire. Elles atta-
chent un grand prix a avoir de beaux bras et
surtout un beau pied: pour y parvenir, on
accoutume les filles, des leur plus jeune age,
a porter des soullers tres-etroits; aussi le plajsir
de faire admirer une belle jambe, et peut-^tce
aussi celui non moins vlf de.Jier des intrigues,
leur fait preferer .la danse a tous les autres
amusemens.
1.0. AUTOUR DU MONDE.
I29
A Lima, le luxe n'e'tend son empire que sur
la toilette; car les maisons, dont l'exterieur est
agre'able, n'annoncent ni gout ni richesse a
l'interieur.
L'extreme desir de briller qui domine les
femmes, desir dont les hommes memes ne sont
pas exempts, pourrait avoir des suites funestes,
si les families ne trouvaient dans le commerce
des ressources contre les de'penses excessives
que la vanite fait naitre. Le negociant jouit
d'une telle reputation a Lima, que les nobles
se livrent habituellement aux affaires, sans
croire pour cela deroger aux sentimens qui les
animent, ni ternir en rien la reputation de
leurs ancetres: cette qualite n'est pas la moindre
que l'on puisse remarquer chez les Peruviens.
Pendant mon sejour a Lima, j'eus lieu d'etre
satisfait de la predilection que j'y ai generale-
ment remarquee pour la France, aussi bien
chez les Creoles que chez les Espagnols de la
peninsule. Cette disposition des esprits, au
sortir d'une guerre qui avait ravage l'Espagne
et prepare tant de calamites a la France, doit
etre attribuee, pour les Europeans en particu-
lier, a la restauration de la maison de Bourbon,
t. 1. 9 i3o
VOYAGE
et pour tous, a la douce hospltakte qu'ont
recue en France les Espagnols que le sort des
armes y conduislt. Retournes dans leurs foyers,
les prisonnlers ont raconte les bons traitemens
qu'ils avaient eprouves; l'effet de ces temoi-
gnages irrecusables en faveur de Phumanite et
de la generosite francaise, a ete de substituer
aux plus vlfs ressentimens, la bienveillance et
l'estime que doivent se porter mutuellement
deux nations encore plus .unies par la communaute d'inter£ts que par les liaisons du sang
qui existent entre leurs souverains. Heureuse
revolution, egalement honorable au peuple
qui, pour la preparer, n'eut qu'a suivre les
Impulsions de^sonhumanite, et a celui qui, sor-
tant d'une lutte cruelle, sut rendre hommage
a la generosite de la nation qu'il avait regardee
comme son ennetnie !
Nous fumtes combles d'attentions et de prevenances par MM. les officers du corps de la
marine, ainsi que par ceux des troupes de terre,
et 'pfcrtlculierernfent du regiment de 1'infant
don Carlos. Je dois surtout un tribut de reconnaissance a S. Exc. don Joachim de la
Pezuela y Sanclies, lieutenant-general des ar- AUTOUR DU MONDE.
i3i
iSij.
mees d'Espagne, et vice-roi regnant, pour la
bienveillance marquee dont il m'a prodigue
les temoignages.
Dans le cours de cette relache, on visita le
grement, on calfata et on peignit le navire a
l'exterieur. Les charpentiers monterent la se-
conde baleinlere, qui avait ete embarquee en
pieces a Bordeaux : le petit canot, qui etait
vieux et en tres-mauvais etat, fut radoube.
9- VOYAGE' :
Mai i8i-.
-
CHAPITRE III.
Depart jdu Bordelais pour les cotes de la Californie. —
Ile Charles. — Le Bordelais echoue. — Relache a
San-Francisco. —Presidio. —Missions espagnoles. —
Details administratis, politiques, geographiques et
commerciaux. — Incursions des Kodiaques. — Etat
des missions dans les deux Californies.
Le 3o mal. — En partant du Callao je fis
route au N.-N.-O. ~ O. pour passer entre les
deux groupes de rochers que les Espagnols de-
signent sous les noms de Formigas et de Fa-
rellones de Huama. Au jour , pendant un
eclairci, on vit dans l'est-sud-est les Piscadores,
autres rochers plus sud, et une longue lisiere
de cotes s'etendant au nord et au sud. A 7 heures,
les Farellones se decouvrirent successlvement
dans le nord-ouest. Un fort courant nous portent
dessus, je fis venir de quelques quarts sur ba-
bord, pour les doubler a bonne distance. On
remarquait beaucoup de clapotis au large : on
eut connaissance d'un baleinler appareille la
veille avec deux autres ; il culait sensiblement. AUTOUR DU MONDE.
i33
Mai 181
A midi on prit le point de depart par n deg.,
32 min>, S. et 80 deg. O. II fut deduit du re-
levement des Farellones seulement, le soleil
ne paraissant pas. Le navire etait alors a moins
d'une lieue du rocher le plus au large. La
vue simultanee de la cote et des Farellones
me fit juger que ce groupe etait porte a une
trop grande distance de terre sur la carte espa-
gnole faisant partie de la collection du depot;
l'extremite la plus eloignee ne me parut qu'a
douze milles au lieu de vingt.
La nuit on fit hon quart, la route nous faisant passer a petite distance dans le nord d'un
rocher vu par YHercule a 17 lieues dan*
l'O .-N.-O. des Farellones. Je gouvernai sur les
iles Galapagos, que je voulais doubler par le
sud. Je me proposals de n'en prendre connaissance qu'autant que la brise se soutiendrait;
dans le cas contraire, j'aurais dirige la route
de maniere a ne couper leur latitude qu'a une
assez grande distance dans l'ouest pour n'avoir
pas a craindre les calmes qui, dans cette saison,
sont frequens dans cet archipel et dans l'est
jusqu'a la cote du Perou.
Cette partie de la traversee fut aussi paisible.
Hi
+m I34 VOYAGE
Juin '1817,
que monotone. Le vent fut toujours joKi frais et
tres-varlable entre le S.-S.-E. et l'E.-S.-E. A
l'exceptlon des journees du 5 et du 6, le temps
fut couvert; il y eut une brume legere et quel-
quefois une pluie fine de peu de duree. On vit
quelques baleines et une assez grande quantite
de poissons dont on prit un bon nombre. Les
fV/egates et quelques autres olseaux se montrerent
aux approches des iles, mais a part les sata-
niqnes, ils etaient en bien plus petit nombre
que dans l'Ocean-Indien.
Le i" juin. — Par 9 deg. S. et 84 deg. O.,
nous commencames a etre contraries par un cou-
ramtqul portait dans l'est a raison de 5 a 6tieUes
par 24 heures. Son effet devint de plus en plus
sensible en approchant del'archlpel. Je m'atten-
dais a le voir se diriger au nord comme 11 arrive
souvent entre les iles, ce qui me fit prendre des
precautions que l'evenement rendit superflues:*
Le 8.—A une heure apres mldi on eut con-,
nalssance de la partie sud de File Albemarle.
D'apres les relevemens des caps Ross etyfihrls-
tophe, nous nous trouvames avoir eprouve une
difference est de 4 min. etsud deQ5 min. dans
neuf jours depuis le depart du Callao. AUTOUR DU MONDE. l35
Jain  1817.
Vue du large, la partie de file Albemarle
dont nous avons eu connaissance, presente la
-forme d'un arc, c'est-a-dire qu'elle est basse au
milieu, que la terre s'eleve de chaque cote et
s'abaisse ensuite en descendant a la mer. La
pente est douce a l'extremite est (cap Ross),
et le terrain parait d'abord termine par un pic
dont la forme est celle d'un pain de sucre;
mais en approchant , on le voit s'etendre et
former une autre pointe basse. La pointe entre
les caps Ross et Christophe forme une haute
falaise escarpee et coupee de crenelures. Autant
que j'en ai pu juger a deux lieues de distance,
et a travers la brume qui l'enveloppait, cette
ile, qui n'est pour ainsi dire qu'un volcan eteint,
n'a ni eau ni vivres.
Je n'ai eu connaissance d'aucun rocher de-
tache, ni d'aucun danger apparent, quoique
la carte de Colnet horde de brisans la pointe
entre les deux caps.
D'apres les renseignemens les plus recens ,
file Charles est celle de cet archipel qui offre
le plus de ressources aux navigateurs. Elle a
deux mouillages; le premier, au nord, trcs-fre'-
quente par les baleiniers , est dans une baie 136
VOYAGE
tres-spacieuse, bien fermee et sans dangers. On
peut y mouiller jusques a moins d'un mille de
terre sur un beau fond de sable fin, depuis
douze jusqu'a cinq brasses d'eau. Malheureu-
sement on est oblige d'aller chercher l'eau
douce a plusieurs lieues de distance dans le
nord-ouest. H y a dans cette partie de File une
anse moins fermee, ou l'on mouille par dix et
vingt brasses, fond de gros gravier : U s'y
trouve des bits de rocher qui coupent les cables,
et qui rendent presque indispensable l'usage
des chaines. Les vents varient ( au moins en
mars et mal, epoque d.u sejour de M. Gacquerel,
qui m'a donne "ces renseignemens) de l'E. au
S.-E. Vers mldi il vente frais de cette partie ;
le debarcadaire est facile : un chemin pratique
dans les bois, et assez commode pour rouler-
des barils de galere, conduit a des puits dont
l'eau est fort bonne.
On trouve sur cette ile des tortues (') de terre
en grande quantite, ainsl que des iguanes et
des pigeons-ramiers de petite, espece qui se:
lalssent  prendre facllement,  n'ayant aucune
(') Leslies Chatham et James ont aussi des tortues. Sur cette '
derniere on trouve encore du bois et un peu d'eau. AUTOUR DU MONDE. 137
Juin 18x7.
mefiance des hommes qu'ils connaissent a peine;
et des tortues de mer sur les plages de sable de
la cote sud-ouest. Dans la partie sud-est on voit
quelquefois des loups marins sur les ilots et sur
les rochers. Cette derniere cote est herissee de
dangers detaches, et la mer s'y brise presque
partout. Les canards sauvages frequentent en
grand nombre les marecages. La mer est tres-
poissonneuse; la pomme d'une espece de raquette , est la seule production vegetale qui
puisse servir a la nourriture de l'homme.
Le 9". — Nous passames la ligne pour la
deuxieme fois, par fes q5 deg., dix-huit heures
apres avoir double Albemarle.
Des Galapagos, je gouvernai au N.-O. ~ O.
dans 1'intention de me tenir au large des bornes
extremes sous vents d'O. et de N.-O. qui, dans
cette saison, dite Yhiver, regnent sur les cotes
du Mexique. M. de Humbolt, qui a fait des
traversers dans ces parages, assure qu'ils ne se
font pas sentir au-dela de i5o lieues de terre.
Rome les renferme dans une zone de70 lieues.
Un des pilotes les plus connus de Lima , qui
avait faitle voyage du Perou en Californie,
m'avait dit qu'il fallait prendre connaissance de i
I38 VOYAGE
Juin 1817.
Socorro, et de la remqnter le long de la cote.
D'apres de pareilles. auto rites, je ne devais pas
cralpdre d'etre contrarie par les vents en faisant une route qui me tenait generalement a plus
de 200 lieues de terre, et ne m'en rapprochai^
a i5o lieues que sur un seul point. Cependant
les vents, apres avoir passe en dependant du
S.-S.-E. auS.-O., se halerent a l'O. et N.-O.
des la>sirieme deg. N. etles 100 deg. O., lors-
que j'etais a plus de 200 Ueues de la cote de
Guatimala. Jecrus d'abord que ces contrarietes
etaient le prelude des vents alises : j'etais d'au-
tant phis fonde a l'esperer qVeRes venaient par
raffales et accempagnees de grains , de grosses
pluie et d'autres indices qu'on remarque sur
les limites de vents opposes. Mais apres avoir
varie jusqu'au N.-N.-O., les vents repasserent
au S.-O.; je donnai plus d'O. a la route pour
compenser ce que m'avalent fait perdre lea
vents de cette partie.
Le 15.—On s'apercut que l'etrave fatigu^U»
et on recc^nut une gergure profonde qui se
paolongeait sur le milieu de cette piece, en
suivant le chevillage de la gulbre: eUe s'ouvrait
et se refermalt dans les violens tangages, mais AUTOUR   DU    MONDE. I 3q
Juin 13i7*
ne donnait que tres-peu d'eau. Le charpentier
decouvrit en outre de petits egouts le long de
la rablure : ces avaries, sans, etre dangereuses
pour l'instant, etaient inquiettotes a l'entre'e
d'une si longue campagne.
Les i8-3o. — Eprouvant des differences
S. et E. de plus en plus considerables en ap-
prochant la cote du Mexique, je> pris le parti
de louvoyer avec les varietes, en prenant toujours les bordees le plus pres de l'ouest.
En quittant les Galapagos, j'avais eprouve
5o min. de difference O.-N.-O. en deux jours;
mais elles changerent diametralement des le
troisieme avec la meme force, et s'accumulerent
tellement que le 18 elles etaient de 136 milles
E. et de i5 milles S., et le 24? de 255 milles E.
et de g5 milles S.; la veille, ayant mesure la
direction des eaux pendant le calme, je fus
etonne de ne trouver qu'un couranttres-faible,
et portant au sud-ouest a la surface. Le retour
du vent ne me permit pas de m'assurer de sa
direction a une plus grande profondeur : il
s'opera alors ( par i5 deg. 25 min. N. et 109
deg. 10 min. O.) un changement dans le temps,
\m i4o
VOYAGE
Juin 1817.
qui depuis la nouvelle lune avait ete plu-
vieux et a grains ; le ciel commenca a prendre
une serenite que nous ne kri avions pas encore
vue de toute cette traversee, et les nuages, de
sombres et nolratres qu'ils avaient ete, prirent
une nuance gris-blanc : ces changemens m'en
firent esperer un dans les vents',' mais seulement les differences devinrent morns fdrtes, et
furent meme O. de 6 min. le 3o. Ce jour,
leur resultat etait de 163 milles sud, et de 280
est, depuis les Galapagos, en 28 jours.
C'est ainsi que j'eus la douleur de voir s'eva^
noulr l'espoir de faire une belle traversee, quand
je pouvais considerer comme assure le succfe
de mon passage au nord-ouest, ayant franchi
les parages qui devaient mlnsplrer le plus de
craintes.
Dansle courant du mois, la temperature fut
moderee^ et varia de 17 deg., que marquait
Jethermometre en partantdu Perou, a 23 deg.
8 min. II y eut rarement plus d'un degre et
demi de difference de la nuit au jottr : le ba-
rometre ne varia que de 27 p. 11 1. a 28 p.
2 l._ Dans tous ces  parages,   comme  sur les AUTOUR  DU MONDE.
i4i
Galapagos, les oiseaux ne sont pas en nombre
'considerable;   nousvimes principalement des
fous et des fregates. La mer y est plus peuplee
que l'air.  Nous mmes souvent environnes de
marsouins, de tijons, de bonites, de dorades
et de maquereaux; nous  rencontrames aussi
quelques souffleurs. Outre les marsouins de
l'espece qu'on  trouve  dans toutes les  mers,
nous remarquames d'autres poissons qui leur
ressemblent sous plusieurs rapports : leur corps
ales memes formes, mais la tete est large et
arrondie; ils sont plus gros que les marsouins
ordinaires, et ont sur ie dos de grandes taches
blanches, distributes   irregulierement : c'est,
je crois, le beluga. On prit plusieurs poissons
que les matelots appelerent godilleurs, a cause
. de leur maniere de nager : ils ressemblaient a
l'espece que Lacepede designe sous le nom de
bahstes; mais nous avons remarque que la na-
geolre dorsale se ferme entierement, comme la
lame d'un couteau de poche, dans une painure
• sur l'arriere; elle   est munie d'une espece de
detente qui a une saillie de plusieurs lignes,
sur laqueile il suffit d'appuyer pour abattre la
nageoire par un mouvement semblable a celui 14'-*
VOYAGE
Juillet  1817
1
if'1
If"
de la gachette sur le chien d'un fusil. Vers le
i4e degre N-, nous vimes des tortues en assez
grande quantite, surtout dans les ealmes; nous
etions cependant a une centaine de lieues de
Socorro : nous en primes. deux ve#es tres-
bonnes. Onpecha aussi desthons-, desbonites,
et dans une seule soinee i5 dorades.
Les 1 "-21 juillet. —Apres quelques »almes
et des varietesehtre l'O. et N., les vents com-
mencerentaprendre de l'E.; ils vini*nt^usqu'au
N.-E.> jph frais le 6 et le 7, apres quoi ils se
fixerent au N.-N.-E. le.reste du mois, variant
generalement auN. etau N.-E., et quelquefois
au N.-N.-O. et a l'E.-N.-E. \ ils etaient ordi-
nairement tres-falbles, et nous ne faisions que
3o a 35 milles dans les 24 heures. La brise,
singulierement variable et inegale, torn bait
dans quelques minutes du N.-E. joli frais, au
N.-N.-O. presque calme. Ces varietes -.brusques
et frequentes, si extraordinaires a la distance
de terre ou nous nous trouvlons, etaient une
contrariete d'un nouveau genre; car, pour en
pouvoir tirer parti, il aurait fallu virer quand
le vent refusait, ce qui n'etait pas praticable,
le vent etant  rarement  stable   pendant une AUTOUR DU MONDE.
Juillet 1S17
i43
demi-heure de suite. Comme il m'importait
surtout de m'elever au nord, ou je devais trouver les brises d'O., la bordee tribord amure
etait generalement la plus avantageuse, d'apres
la direction moyenne des vents. II arriva trois
fois qu'ayantpris babord amure lorsque les vents
varialent au N.-N.-O., nous fumes obliges de
revirer quelques minutes apres, la brise etant
revenue au N.-E.
Des les premiers jours du mois le ciel fut
constamment couvert d'un nuage gris, ne
presentant presqu'aucuUe nuance et encore
moins d'interstices, de sorte que je ne pus
prendre de distance qu'une seule fois : le temps
avait cette apparence d'incrtie qu'on remarquc
dans les parages a calme, aux approches de
la ligne.
Rien n'offrait la moindre diversion a la nio-
notonie et aux degouts d'une navigation d'une
lenteur si desesperante. Quelquefois un alcion
paraissait au milieu de ce calme presque con-
tinuel, dont il ne venait pas annoncer la fin.
Nous ne vimes pas vingt oiseaux dans tout le
mois, et encore moins de poissons; les semaines
entieres se passaient dans une telle absence de
W4- i44
VOYAGE
Juillet l8l7.
tout etre anime, qu'on eut pu croire que nous
restions seuls de la creation : l'apparition d'uji
satanlque, d'un polsson volant, etait un eyene-
. ment pour nous.
On depeca, pour faire du bois a feu, le petit
canot, vieille embarcation hors de service,
malgre le radoub qu'elle avait recu au Callao.
Les 22-28. — La brise fraicbit du N.-E. et
N.-N.-E. par 29 deg. N. et i32 deg. O., et
les jours suivans nous fimes jusqu'a 110 milles
par vingt-quatre heures : il venta meme assez
fort pour faire prendre le premier ris, ce qui
ne s'etait pas fait depuis pres de 40 jours.
Nous traversames les paralleles de 3i a 33
sans eprouver les^arietes d'E.,qu'avalt trouv^es
quatre ans avant un Espagnol qui etait passe
dans ces parages dans la meme saison, et pour
ainsl dire aux memes jours, et qui, au moyen
de petites brlses de cette partie, s'etait eleve
jusqu'a la region du vent N.-O., sans faire tant
de chemin dans l'O.
Les 29-31.— Le vent mollit, et, apres
quelques heures de calme et de varletes, passa
a^ S.-O. par 36 deg. S., et 141 deg. O. Le
surlendemain,  a mon grand etonnement, la AAUTOUR DU MONDE. 145
Aout 1817.
brise revint au N.-N.-E. : nous eprouvions depuis plusieurs jours des courans portant sud :
ces nouvelles contrarietes nous firent craindre
de voir se prolonger encore cette traversee,
deja d'une duree desesperante.
Les ier-5 aout. — Le mois d'aout ne com-
menca pas sous des auspices plus favorables :
les deux premiers j6urs, les vents ne firent que
varier du N.-N.-E. au N.; enfin, le 3, nous
vimes une branche de goemon : le lendemain,
il en passa beaucoup le long du bord; nous
vimes aussi une baleine et quelques vols d'oi-
seaux, dont plusieurs des especes qui ne s'eloi-
gnent pas de terre. Ces choses ont leur prix
quand on a ete plusieurs semaines a ne voir
que de la brume et de l'eau.
Le 4. — A 2 heures 5 minutes la brume se
dissipa entierement, et nous jouimes d'un ciel
clair et sans nuages; agreable contraste a ce
que nous avions eprouve si long-temps. La brise
ayant fraichi, nous eumes le plaisir bien vif,
apres tant de contrarietes, de filer 8 noeuds
en route, et de voir la mer se decolorer et
prendre peu a peu une teinte verdatre. Le 5 ,
la brume revint avec la meme rapidite qu'elle
t. 1. 10 w
p
I46 VOYAGE
Aout 1S17.
^yait dlsparu la y$jlle, et bo?Aa la vue a un
horizon de moiQS d'une demi-lieue de rayon ;
de sorte que ce n'eteit qu'ftTec precaution que
nous pouvions approcher de la te^re, que nous
desirions tant d'atteindre : la opuleur de l'eau,
les aleues et les oiseaux annoncaient sa proxi-
mite.
A midi, les observations ne nous metlaicnt
qu'& 5 ^^aes dans le S--0. ■% O. de la pointe ^e
los Reyes, reconnaissance ordinaire du port
San-Francisco, ou je voulais relacher.
Enfin, a 2 heures, la brume comniencant a
se lever, nous decouy^imes la cote de Galifornie.
L'etat de l'atmosphere ne permettant pas de
reconnaitre la terre, quoiqa'eUe ne f#t gucre
qu'a deux lieues, je cour us dessus. Une de milieu re apres on relevail dans le nord-ouest
l'extremlte est d'tuie falaise tx^s-el^yee qui se
perdalt vers l'oucst. Bien lot la brnme s'etant
dissipee, nous reconnumes la co^e>qm,9 de la
pointe de los Reyes^ ^'.ejLend dans l'ouest et le
sud-ouest vers le port San-Francisco. La yue
que Vancouver en donne e$.de la plus grande
exactitude.La pointe ets^jcachee par la brume^
mais on distiflgus^t l'entree^u port J)rake. AUTOqR DU IJIONDE. l^n
Aout   l8l7.
Lft B9§Brtitait belle, le temps §JJB§J*be; une
bandg de brume dan§ l'ouest nous emggphait
cependant de voir les Farellones, rochers dans
le sud de la pointe des Reyes, devant le port
San-Francisco. Trois grosses baleinesse jouerent
pendant quelque temps autour du navire. Nous
doublames, vers 4 heures, ies deux pointes qui
se detachent de la c6tfi. A 5 heures, nous de-
couvrimcs Fgnjtree du poyt, et peu apres nous
reconnumes le fort sur la pointe sud-esU de
1'entree. Nous mime§ nos couleurs, et nous les
assurames d'un coup de canon; le fort en fit
autant en hissant le pavilion espagnol. Le navire entra rapidement avec le flot, accostant
un peu la bande du sud. A 6 heures, nous pas-
simes sous le fort; Fofficier hela le navire : on
Xfipondlt qu'il v.enait de Lima.
Nous nous avancames dans cette Mediterra-
»i,e, pour laqueile le nom d.e port est un dimi-
flUJtif, dirigeant sur la'pointe est .de la cote sud,
dlQjir nous rendre a la baie de laHyerba-Buena,
p,U Vancouver prit son premier mouillage. Apres
avoir iiepasse plusieurs sinuosites tres-bien de-
+aille'espar ce navigateur, je reconnus au gise-
,giejitides pointes qui bornent cette baie, l'en-
10.
*~ I48 VOYAGE
Aout 1817.
foncement que je cherchais, et je donnai dedans.
En rangeant la pointe ouest a petite portee de
fusil, la sonde donna 6 brasses fond de vase.
J'embardais au large ; mais le fond dimlnuant,
je revins sur trlbord etmoulllal, au coucher du
soleil, par 3 brasses.Le navire toucha au moment que l'ancre tombait; mais comme son air
etait amorti, et que le fond etait mol,l'echouage
se fit sans la moindre secousse, et la maree mon-
tante le remit a flot.
Bientot apres, le canot envoye pour sonder
autour du navire nous porta en revenant deux
officiers qu'on avait entendus heler sur la cote:
c'etait don Gabriel Moriaga, alfere (sous-lieutenant) de cavalerie, commandant par Interim
le Presidio; et don Manuel Gomez, alfere
d'artillerie. Ces messieurs temoignerent autant
de satisfaction que d'etonnement de nous voir.
Jamais batiment frangais n'etait entre dans leur
port. Ils resterent une heure a bord, firent une
petite collation, et causerent avec nous de la
maniere la plus cordiale. Rs paraissaient peu
s'inquieter des affaires generates, et n'avaient
aucune connaissance de celles du Chill. Ils nous
dirent que le Mexique etait presqu'entierement AUTOUR DU MONDE. l4o
Aoftt 1817.
paclfie. J'appris en outre qu'il ne restait que
peu de pelleteries dans le pays, un Americain,
parti depuis quinze jours de Monterey, ayant
emporte ce qui s'y trouvait.
Le commandant par interim m'accorda tres-
obllgeamment la permission de pourvoir aux
besolns qui avaient determine ma relache,
m'engagea d'allerle lendemain au Presidio ,.et
m'offrit des chevaux pour cette course, et un
bceuf pour l'equipage.
Le 6. — Le fils de don Gabriel, cavalier
dans le corps de son pere, vint de bonne heure
m'annoncer F arrivee des chevaux. Je descendis
a 7 heures avec le chirurgien ; apres avoir pris
les dispositions pour accelerer nos travaux,
nous mimes a terre dans le sud-ouest, a une
petite plage de sable, dont je suis etonne que
Vancouver ne fasse pas mention, car elle offre
un excellent debarcadaire dans une petite anse,
a Pextremite inferieure de la cote escarpee qui
borne le mouillage dans Fouest.
A peine en selle, nos chevaux, quoiqu'ils
eussent une colline assez roide a gravir, par-
tirent au galop, et conserverent cette allure , lot)
VOYAGE
Aout i t l
dkhs les montera et dans les desccntes comiftt
efi'filaine, jusqu'au Presioi6'.
Le cHemin on s&rtl& qui de la b.'iie de la
Hyerba conduit a ce "ptiite, prirftikige la "fc'6te a
la distance d'un quirt de Bene : fes hauteurs
dent Telle esftcoupee derobent*TOuveht la vtre
du port. ©Site roiities^eXeiid 'Sat un espace de
4 a 5 milles,u& traHferetth lerr;un I re.s-inegal J
presque'loWours dii ftfenfe t6Yak otriftoin&rtJide;
elle traverse aussi un boisou la ri£gl3^etoic-fftici-
t ion ale laisse des trones d'arh res et des 1) ranches
hfti^rontaliis a faut cur detBtte; te 'Atti rend le
trspftVIangerefax la riuit.
TfoHis ne vlnies jJjMT-IlrtHaindre afpparence "de
culture, mais noufe rencontrfotttes toluSieurs
troupfeaux de bcetift e*t SO chevaux. Entr6l§
chemiu etta Wer 'se Trouvent'fitielques 1 al;imi s,
dont tine Cointnunlqtfe Sjar Prat UV$c Ie port,
et"s ^tenu aafis l'du&t vers le PresMio , qu'on
apercoit', apres^oir passe le $W?s,*li'tfn'fe'afemi-
lleue au-dela d'un petit ravin.
"Nous dntrSines au Presidio par la porte
prmfei^pfetre', ou Fori "ttent tine ^at*de. Nous des-
cenaiines tlljtez   dtjfr G&hridl,  q*#i nous   ac-
^i AUT0UH DU MONDE. I$.l
Aout 1817.
eueillit, ainsi que sa femme, avec beaucoup
d'empresseinent: leur famille etait nombreua^j
Ici, comme a Valparaiso, ceque je voyais con-
trastait slnguiiierement avec les descriptions die
Vancouver. La maison, consistant en trois pieces
principalesj etait vaste, et il y regjaait une
eertaine proprete qui, quoique sans recherche,
excluait tout ce qui peut choquerun Europeen.
Don Gabriel nous fit servir un dejeuner c6m«-
pose d'une omelette, de fromage, de pain et
de petits biscuits, que je trouvai fort bons; le
vin etait passable, et j'appris avec etonnement
que e'^etait, ainsi que tout le reste, une production de la Californie. Don Gabriel renou-
vela les instances qu'il avait faites la veillfe
pour m'engager a venir au mouillage du Presidio, ou il serait, dit-il, plus a portee de nous
voir et de nous etre iHile. Je lui'J?epondis que
je ne pouvais me defSd&r qu'apres avoir vu
Faiguade : don Manuel s'oiffrit aussitot pour
fti'y accompagner, le commandant ne pouvant
sortir a cause des suifes d'une chute de cheval.
L'aiguade est fournie par un ruisseau qui
coule lenftement sur une lisiere marecageuse,
s^tendant entre Fanse du Presidio et la falaise
^fiM VOYAGE
Aout 181
qui termlne les terres elevees; il se d&sharge
dans la lagune dont j'ai parle, et est separe de
la mer par de petites dunes qtfil faut fair©
franchir aux Iiiladles, ce qui rend le travail
lentet penible; U est a un quart de lieue ;<jh*
Presidio, et vis-a-vis le mouillage : en y descendant, je remarquai quelques jardins mal
clos et mal cultivesy sepls echantiUons de 1 mi
dustrie agricole des Espagnols californiens. En
rentrant chez don Gabriel, j'y trouva! le pere
Ramon Abella, superieur de la mission, que
je me proposals d'aller vlsitejf. II me lei 1 cita
sur mon heureuse arrivee , m'offrlt lejs res-
sources de la mission, el temolgna q u"il sera 11
charme de m'y recevoir.
Le chemin qui conduit du Presidio a la
mission passe sur des collides de sable qui ne
produlsent que des herbes grossieres, de la
fougere, et des arbres rabougris, pins, chenes ,
houx, etc.; cette partie etait encore plus de-
serte que les environs de notre mouillage. La
croix de la mission, elevee stsr un mat d'en-
viron cinquante pieds, se volt de loin entre les
coUines; Fetabhssement est dans une vallee
tres-irregullere, qui s'etend dansie sud-ouest, AUTOUR DU MONDE. 153
Aout 1817.
entre les hauteurs au nord et un petit bras de
mer au sud. La terre parait beaucoup plus
fertile qu'au Presidio, et la temperature y est
sensiblement plus douce. Quand nous y arri-
vames, le pere Ramon etait seul, son compa-
gnon ayant ete faire la moisson a Saint-Matter,
avec la plupart des Indiens de la mission.
L'eglise est bien tenue et decoree avec soin;
les vases sacres, les tableaux, sont Fouvrage
d'artistes mexicains, et Femportent en richesse
et en gout sur ce qu'on voit generalement en
ce genre dans la plupart des villes dutroisieme
ordre de France et d'AUemagne; elle peut
contenir cinq a six cents personnes; il n'y a pas
un seul banc : Fensemble fait honneur a la
piete et au gout des Peres. Les magasins, bien
approvisionnesdeble,pois et d'autres legumes;
les metiers ou se tisse l'etoffe qui sert a vetir
les Indiens, et les autres ateliers, quoiquelais-
sant beaucoup a desirer, deposentdel'industrie
et de Factivite de ces hommes apostoliques.
Je ne pus que jeter un coup-d'ceil en passant
sur le village et les cultures des Indiens :*les
heures s'etaient rapidement ecoulees; il etait
pres de midi : le bon pere voulut me retenir I54 VOYAGE
A oil 1817.
a diner; maia fte fhs oblig^ de reftrAfer SSoia iti-*
vitetion. Nous nous quitt&mes les meilleWif
amis dti monde, etle religieux me promit d'en-
voyer tolis les jotirs le pain, les legumes , et
les au tres provisions dont nous potations avoir
beSoi&v
Je retourhai a bord, Sbtfs la condtdle tie don
Manuel, bar un chemin qui va directement
de la rftbsibn a la baie de la Hyerba-Buena,
dont elle n'est pas plus eloignee que du Pre-
sidlo.I?6uslraversani6sdes monticules de sable,
pass&bliEtoient$rais£es; uous descendimeS etosuite
dans des bas-fonds incultes, mais qui parais-
sent forties, 'efc qui Servient de p&turage ttttX.
boeufs et aux chfeVaufc.
Le 7.—Pallal a la mission pour ti*all!e¥avec
le pere Ratrion; i*fefotretien crae Thetis aV6c lui
ebtifirrtia ce que m'avaient dit 1& officiers tm
F enlevement des pellfetejftes par le capitaine'
Wifc'Oms, aVid^ricain. J\fppris que les Indiens,
les "prals insoucians et tes plus paij^ss'etix detdttS
ies /hommes, avaient renonce a cette chasse
£[uils tie raisaient qtravec leur moftesse ordi-
xMre, meme aans lies temps d'ffljo'hflance qui
aVSient precede 1'incurslon des&odiaques d&iii 155
AUTOUR DU MONDE.
Aout 1817.
le port San-Francisco. Le nombre des loutres
etant considerablement diminue dej5%i's la destruction que ces etrangers en avaient faite, les Indiens pretendaient qu'il n'y en avait plus, eton
ne pouvait que difficilement les engager a faire
la chasse, qui etS.it devenue plus penible et
moins productive. Le pere Ramon me promit
le peu de fourrures qui lui restait et celles
qu'il pourrait rectieimr. Ce veti'sf&ble religi'eW
paraissait age de 55 ans et avait une sante ro-
buste; il etait d'une viv&cite sitiguliere, qui
naturellement aurait du pi^adre une teinte d6
rudesse chez un homme habitue a commander
eti maitre aux sauvages les plus stupid&s de la
terre parmi lesquels il vivait depuis vingt ans.
La franchise du pere Ramon, jointe a la reputation de sespredecesseurs, si bien etablie par
LaPeyrouse et Vancouver, me fit mettre de cote
une reserve dont je n'use jamais qu'avec con-
trainte. Je n'eus pas a lui reprocher dem'avoir
donne des esperances trompeuses sur le parti
qu!e je pouvais tirer des objets que j'avais ap-
portes du Perou. Le temps avait amene de
grands chan^erncns dans les affaires; la plupart de 'ces articles etaient fort, deprecies. r56
VOYAGE
Aout xRir
En retournant a bord, je fis prendre dans les
cmbarcations le pain et les legumes que le Pere
nous avait envoyes, outre deux beaux moutons,
du beurre, deslangues seches, etc. Lessoldate
du Presidio commencerent a nous apporter
aussi des volallles, ainsl que des panlers et
autres curiosltes du pays. On nous presenta
aussi une tres-petite peau de loutre, dont nous
ftmes Facquisltion. Ce debut de notre traite fut
peu briUant.
Apres diner, j'allai au Presidio : je rencon-
tra! en chemin le commandant don Louis Ar-
guillo, qui etait sorti dans Fintention de venir
me voir : 11 m'accueulit avec beau coup de bien-
veiRance , et mit a ma disposition tout ce qui
dependait de lui pour remplir le but de ma
relache. II me conduislt ensuite a son loge-
ment, distribue comme celui de don Gabriel*,
mais un peu mieux meuble, et surtout mieux
tenu. Nous eumes ensemble une Jongue conversation sur le pays , le port et les affaires: il
parla assez vaguement sur ces dlfferens sujets,
apparemment parce que nous n'en etions qu'a
la premiere entrevue. II me dit qu'il me ren-
drait mes papiers apres en avoir tire une copie AUTOUR  DU MONDE.
Aout1817.
l57
qu'il enverrait a Monterey. Je le remerciai de
son obligeance , mais sans temoigner aucun
empressement de les ravoir. Don Louis me
promlt de venir a bord le lendemain, et que la
nous verrions ce qu'il y aurait a faire pour
notre convenance mutuelle. II me fit sur les
pelleteries le me"me rapport que les officiers
et le pere Ramon. Je remarquai que sur d'autres points il n'etoit pas toujours d'accord avec
ce dernier.
Nous allames ensuite chez don Manuel, qui
me presenta a son epouse, petite femme jeune
et assez jolie, d'une blancheur extreme. La
maison et ses habitans offralent le tableau qui
contrastait desagreablement avec ce que je ve-
nals de voir ailleurs , sous le rapport de Fai-
sance et de la tenue. La dame etait accroupie
sur une petite estrade, et avait autour d'elle
sa fiRe agee de six a sept ans, et d'autres enfans de son sexe, auxquels elle apprenait a lire
et a coudre. Don Manuel, de son cote, don-
nait des lecons a quelques petits garcons du
Presidio.
J'envoyai a don Louis, ainsi qu'a chacun des
officiers, un petit present de chocolat, de cafe,
de sucre, etc. et a ceux des officiers qui avaient
"W«» l58 VOYAGE
Aout 18x7.
leurs femmes , une mante du Me^cpieO) (pano
mexicano). Don Louis ejtfat veuf.
J'allai au Presidio dans la nf#t^#ee, et je
ip'entretins ayec don Louis, entr'autres f=>ujets?
sur Finterieur de la Gahfornie et gnr. les Indjflflf?
qui Fhabltent. II avait remonte jusqu'a §9 ljfflfif
de son embouchure la riviespe du San-Sacramento, qui, qdnriquc ceRe ^e San-Joaquin,
verse ses eaux dans cette Mediter^pee. La premiere vient du nord-est; la seconde du sud-cst.
fl m'assura qu'aussi haut qji'il ayaijt remonte
le San-Sacram£J}to, il avait trouve 7 a 8 brasses
d'eau. Cette riviere est d'une largeur tres-inj^-
gale, son lit ay#nt 2 et 3 mille^ dans quelques
endroits, et se reduisanjt en d'autres a ^flffpty
d'encablures. Dans la saigpn des pjluies, eUe
deborde souvent et couvre de chaque cote pne
etendue de plat pays a 3 et A jjjei^ de son eiiir-
bouchurc. Cette partie, marecageu^e et nj^ineJ
de lagunes, est habitee par des "fodlfiifts ichthio-
phages. L'interieur est d'une extreme $ejp\xbj$
la vigne y croit spon^apepient, $ quoiqu^^
raisin se ressente du defaut de culture, dpp
.fc) fisp&e deschal de cotoni fond Hanc raye de bleu qu'on
m'a dit etre $yg y^g. §pfleift} dans ce pays. Ss se ^bp^est
principalemcnt a -QuenStaro. AUTOUR DU MONDE. l5n
Aout 1817.
Louis croyait son jus propre kj$tre cojjjggfti
en eau-de-vie. Le mais ne demande guepe plus
de soin; aussi le pays esl-il moins desert. Les
^gjuvages, malgre Finferiorite de leu^s armes
(l'arcet la fleche), resistent aux partis que les
Espagnols y envoient a longs intervalles, S'ils
ont ^Qnnaissance de leur approche, ils aban-
donnent leurs viRages, qu'on trouve presque
toujours deserts ou occupes seulement pais quelques vieillards qui n'ont pas eu la force de fuir.
jj"ls tendepjt des embuscades a leurs ennemis et
cherchent a les surprendre. II est rare que dans
ces ipcjafsions (4o$Lt -fe but est ggperalement de
trouver les naturels deserteurs des missions)
leg Espagnols perff-P&t du nj^pde, leurs cotles
d'arfftes en buffle jLps me^tapt a Fabri des flechjs
$£s sauvages.
D'atiyes les rapports de La Peyrouse et de
Vancouver, et lg$ plaintes Qf}£ les pljaciers %$@
faisaient eux-ni£i!W£s $h? le gt&qqiUe absolu oii
ils ej^ipnt d'flURri^rs, j'etais ^fignne de voir cfym
pes messieurs des tables et des bancs assez b^gg'
I  Jj-^v^es. Ayant de&r£ savoir d'ou leur ve-
naient g#? meubles, .don Louis ni'^pprit que
I  c'^ait a un des Kodiaques pris en faisant la
IM 160 VOYAGE
Aout 1817.
chasse aux loutres, qu'on devalt les seuls ob-
jets qui rappelassent Fidee d'une Industrie
commune. Ainsi, dans un etablissement fonde
depuis quarante ans parFEspagne,un sauvage
des possessions russes se trouvait etre le plus
habile ouvrier.
Le commandant in'ayant rendu mes papiers,
tiOUS allames a bord avec les deux ofliciers, qui
vinrent prendre leur part de notre diner; et
pendant toute la relache quelqu'un de ces
messieurs nous fit journeRement le plaisir de
nous tenir compagnie, au moins a ce repas.
Je leur montrai les plans du port qui se trouvent dans l'atlas de La Peyrouse et dans celui
de Vancouver : lis me parurent en bien connaitre les details, et m'afllrmerent unanime—
ment que le dernier etait le plus exact. Pal pu
m'assurer par moi-meme de la justesse de leurs
observations, pour ce qui concerne la partie
sud-ouest du port et son entree ; au reste, le
plan qui fait partie de l'atlas de notre il lustre
compatriote, n'est pas de lui, puisqu'il n'est
pas entre a San - Francisco; mais "il lui -Sm
communique a Monterey, feus de mes convive*
les renseignemens striyans sur les oreilles-de- AUTOUR DU MONDE. l6l
Aout1817.
mer (heliotis), que La Peyrouse, et plus re-
cemment encore M. de Humbolt, representent
cOmme un objet tres-recherche des peuplades
dont on obtient les peaux de loutre. Ce coquil-
lage a eu en effet un grand prix a la cote
nord-ouest, mais il y est bien moins estime
depuis que les Americains-Unis en ont, pour
ainsi dire, introduit des cargaisons qu'ils ve-
naientprendre a Monterey; d'un autre cote, 11
est devenu rare en Californie, tant a cause de
cette extraction imimense, que par la consom-
mation qui s'en fait sur les lieux memes. Depuis plusieurs annees les Indiens mangent avec
avidite le poisson avant qu'il ait atteint sa
croissance, etles Espagnols brulent la coquille
pour faire de la chaux : ce coquillage ne s'est
jamais trouve a San -Francisco, et il ne commence a etre commun, sur la cote, qu'a San-
Matteo, qui est a 7 ou 8 lieues du port dans
le sud.
J'obtins aussi quelques details sur Fincursion
singuliere que firent les Kodiaques en 1809,
i8ioeti8n.Cespecheurs intrepides partaient
de la Bodega, ou les Russes en ont plusieurs
centaines, au dire des Espagnols ; ils venaient
T. 1. 11
s«- *ft»
VOYAGE
Aout j8it.
paf e^jc^drijles 4fi3o a 5p kayouques ( bateaux
co aver Is de peaux de lion in.iriu)', chacune
arniee de deux lioinines, lis entraient en raii-
gjeant la c$te nord de la pa$p§j une Id is en dedans , ils el aienl i na i Ires de cette .\b:d iter ranee,
oii les Espagnols n'avai cut pas alors une sen le
pirogue. Les loutres, qui j usque-la n'avai cut eu
a era i n d re que les la i 1 > les a 11 a< j lies des Indiens
du j >a\ s , se vi ren t pollr.->ui\ ies a ou trance par
l'ennemi le plus inl'alualile et le plus experi-
nienle : OU c-,1 line (j u'd en fut del ru it S,ooo
dans les I rois annees que se repeleivnl ces- incursions   d'un   nouvean   genre.   La §^curile
< j u' 1 lis j) 1 ra 11 aux Kod I aq 11 es le denucli len I 11 en l-
ba real ions OU se Irouvaient les [Espagnols le.-i
ayant rend us imp n ulcus, quclque.s-uns l'ureiil
sur pris sur les cotes, ou ils al la len t se rei'ai re ,
tandis que les iles leur oll'raient un asile ina-
bordable ayix cavaliers espagnols; en I in, sur
les instances de don Louis, on lit const mi re des'
chaloupes qui reniireul l'Espagne en possession
de sa sterile souverainete sur cette Mcdit er-
ranee. Ces e m ba real ions sont a present au
nombre de quatre; unp spul-e, ^ppartietit au
Roi, une antre au commandant, et deux a la AUTOUR DU MONDE. l63
Aout 1817.
mission : elles n'ont pour equipage que des
Indiens, et s$)t d'ailleurs si lourdes et si mal
armees, que je ne doute pas que les Kodiaqugs
ne pussent continuer leur cfeflsse avec succes,
£-krMsi«g>ouverneurs actjjels des etablissemens
ru^seg jugeaient a propos d'exploiter cette mine
negligee de ses possessors.
En debordant pour retourner a terre, le
commandant Arguello fut salue de sept coups
de canon.
Le 9. -—J'allai a la mi§&ipn. Le P. Ramon me
montra quelques usines, la forge, l'atelier du
ch/jrpenti^jPj etc. CfiJte inspection me fit juger
fpie, sous tous les rapports, Findustrie est dans
Fennjgpe en Califoj^njp. Le jaf din est superieu-
jyi#ient arrose et prpduit en abondance les
prinejjQaux lgg;ij§aes, tels que choux■• oi-
gnQps, etc., ainsi que des p^jjes, des pomjast&js
^.qjutplqwesantre§ifpip|s : il a enrifpu 100 toises
en cayre et est partage ,en trois paifties par deux
murs paralleles. Nous parcourumes aussi le
J^>#rg (i^fltpho ) : il fpiyne un regfrpigle partagiS
Eegulierejnenjt en dix iles par quatre rues pa-
xaUgks, coupees au milieu par une perpendi-
II.
m rfiiwla'
l64 VOIAGE
Aout 1817.
culairfe: il compte cent maisons ou plutdt ca-
banes assez solideinent cofcstfruites en briques
et couvertes en luiles, ainsi que tons les bau*
mens de la mission et du Presidio. Les cases
n'ont que les quatr^ nlurailles et le toit cou-
vert en tulles, une porte et quelque lb is uhe
lucarne: on n'y voit aucun meuble, et pour
toute batterie de cuisine, une plaque pour faire
les galettes (tortillas) et une chaudiere. La
vaisselle se compose de quelques vases ou angels en bois, et de paiders si sterres qu' 1 Is lien-
neiit l'eau ; c'est le produiI le plus remarquable
de 1'Industrie des Calil'orniens. Quelques cases
out un petit four el un lit en claie, convert
du ne peau de boeuf. II se trouva dans une de
celles oil nous en I rames une femme n 1 a lade qui
etait co uchee sur de la pa die, et absolunient pri-
vee de secours. Les Peres tie sachant pas faire
usage du petit nombre de meMlcamens qu'38
possedent, 11 n'y a pas d'infirmerle, et ces
malheureux, qui n'ont pas plus de raison
que les-ten-fens-, ne sont ni surVeilles ni soi-
gnes dans leurs lnaladies?,I,outeslceJs habitations sont un receptacle de salete et de puan- AUTOUR DU MONDE.
165
Aoftt 1817.
teur, tant a cause de la negligence extreme
des habitans, que de la viande seche coupee en
lanieres, dont elles sont tapissees.
A une extremlte du village, on voit couler
le ruisseau que l'on passe en arrivant; a 1'autre
bout est un petit canal qu'il alimente, et qui
fournit de Feau au jardin. Ce canal traverse
un espace vide qui regne entre le village et les
ateliers: une place assez etendue se trouve entre
lui et les batimens de la mission, qui com-
"prennent l'eglise, le logement des Peres, les
magasins avec les maisons, peu differentes des
eases des Indiens, lesquelles sont destinees au
detachement de garde. Tous ces batimens se
touchent et sont sur une ligne parallele au
village: le cimetiere est attenant a l'eglise et visa-vis du jardin.
Je mis fin a ma visite a Farrivee d'un expres
envoye par don Louis, qui s'etait rendu a bord,
ou j'allai le joindre. Apres avoir traite de nos
affaires, nous fimes une course a la pointe est
de la baie ou nous etions mouilles. De. cette
position elevee, la vue s'etend sur un arc des
trois quarts de la circonference, comprenant
l'entree, une grande partie de l'interieur de ce i66
VOYAGE
Aont181
port immense et la partie ou aboutit le bras de
mer (estero) qui penetreftis^es ala mission. Du
m&ne c6te on voit aussi une grande savanne entre
la mer efcdes bois epiis; dont le* issues sont 4et-
m^es. C'est la que l'on tient en reserve une parti-e
des chevaux appartenant a la compagnifr*«le
San-Fraricisco. Chaque cavaHer en a huit, dont
un fceulement auPresidio : le plus grand nombre
est a quelques lieues dans 1'intericur, dans Un
autre local qui reunit,"Comme ceiui-ci, a des
paturages abondans pour la nourriturc de ces*
animaux , des facilites pour les contenir. lis
sont dans ces lieux ( cavalcada ) sous la garde
d'un piqtiet qu'on fietirfe toutes les semaines,
et qtd conduit au Pr&kli©, en y rentrant, le
nombre de dhevaux ueccssaires pour le service
courant. Deux ou trois seulementsont ent'ermes
dans un pare en otii&; les autres sont libres et
paturcnt a FentoQr comme ils peuvent. Quand
on en a besoin , des cavaliers montent ceux
qu'on tient disponibles et attrapeafcles autres.
G'est aussi de cette maniere qu'on prend les
beeufe.
Les habitans Creoles et Indig&aes des possessions espagnolds dans les detix Ameriques^ ma- 1.
AUTOUR DU MONDE.
Aoiil 1817,
167
nient le lacet avec une adresse qui surprend
les Europeens. Cet instrument est devenu d'un
usagei indispensable a une infinite de peup|#s
de la zone temperee, attendu que ces peuples
sont devenus nomades et presque Bedouins par
suite de la multiplication des boeufs et des chevaux. Ces animaux, qui depuis long-temps font
toutes les richesses et les ressources des tribus
indigenes de la partie australe de l'Amerique,
jusques au detroit de Magellai^, se trouvent
aussi maintenant au-dela du cinquantieme
degre nord.
Le 10.—J'assistai avec la plupart des officiers de l'equipage au service divin au Presidio. On le celebrait dans une grande salle
a.ttenant au logement des officiers, qui rem-
placait provisoirement l'eglise, qui avait ete
brulee,- ainsi que plusieurs batimens au milieu desquels elle se trouvail. Cette chapelle ,
blanchie a la chauX et bien entretenue, avait
un autel d'assez bon gout, quelques tableaux
et des bans sur les cotes seulement II s'y trouva,
sans nous compter, quarante hommes, presqu©
tous militaires, et environ ce^t fenimes ou enfans, tous proprement vetus et observant un 168
VOYAGEr
Aout 1817.
mainlien fort religieux. Apres l'office, deux ea-
fans chanterent d'une voix juste et agreable
une invocation dont chaque verset ftit je'pete
en choeur par l'auditoire.
A fin vita lion du P. Ramon, qui avait officio,
nous allames diner a la mission , ainsi que don
Louis. Le repas, servi avec proprete, se-comp.o-
sait d'un petitnombre.de plats simples et subs-
tantiels, bien aecormnodes a la maniere cspa-
gnole. Le pain, la viande, les legumes et les
fruits etaient du produit de la mission, et de
bonne qualite*; la manipulation du pain f ou te foi s
me parut imparfaite, et le vin, qui venait de
Santa-Barbara, etait aigri faute de soins. -
La conversation roula principalement sur. la
diminution efFrayante que la race indigene
Eprouve dans les missions des deuxGaHfornies.
On convint qu'elle etait presqu'entierement
eteinte dans la vieille, ou pour cette.cause le
nombre des missions etait redo it de septideux;
quelqu'un dit meme quil n'y avait plus que
des presidios : on avoua aussi que dans la nouvelle province, plus fertile, et de tout temps
plus peuplee, il n'y avail pas une sen le mission
ou les naissances balancassent les deces. - AUTOUR DU MONDE. 169
Aout1817.
On avait permis a la majeure partie de
Fequipage de passer la journee a terre, ou la
plupart s'e'taient procure des chevaux des cavaliers : trois matelots etrangers ne rentrerent
pas.
Je passal toute la journee a bord, ou vintle
commandant Arguello, ainsl que les deux officiers, et plus tard le P. Ramon, avec qui je
terminal nos affaires pour cette relache.
Le 12.— On acheva de faire l'eau et lebois,
et de livrer les objets que je devais laisser dans
ce pays.Ladifficultede placer ailleurs plusieurs
de nos articles, et les ressources qu'il offre
pour les approvisionnemens, m'avaient decide
ay revenir, et c'etalt a notre prochalne relache
que nous devions recevoir le paiement de ce
qui nous serait du en sus du prix des fourni-
tures de vivres et des peaux de loutre qui nous
avaient ete livrees. Don Louis ainsl que le P.
Ramon me promirent de me reserver toutes
les fourrures qu'ils pourraient se procurer de
leur cote.
J'allai a la mission faire ma visite de conge
au superieur, qui voulut me signer une reconnaissance que je ne lui demandais pas. VOYAGE
Le matelot etranger qui restait deserta^ du
canot expe'die pottf mettre ces messieurs a terre.
Ge qu'il y avait de plus f&cheux , c'est que
piusieurs de nos hommes avaient 6te attaques
de douleurs d'entraiRes depuis notre relache
dans ce pays si sain, ou les meillettts aHmens
leur etaient fournis en abondance.
Le 13. — Je me rend is au Presidio pour
prendre conge des officiers et regler avec doll
Louis. Ces messieursm'accoulpagnerenI a bord.
A deux heures et demie, nous appareillames
avec deux ris dans los 1 m mers , par une lor to
brise d'O.-S.-O'- et un violent jusan, pour
aller inouiller a l'enlree du port. Nous fimes
plusieurs bonis dans ce beau bassin, ou nous
ne trouvames pas au-dessous de douze brasses
d'eau, et seize a moins d'un nulle de distance
de la pointe sud de File de los Angeles qui
occupe une grande partie de sa largeur : nous
dimes le courant encore pbfls rapide aupr&s de
deux rochers pea eleves 'sltueS dans la- dird*£i
tion du goulet. Nous poussames la 3* bor*
de'e jusque sous la oote nord (*ontra-costk)^;
a Fouvert d'une baie spaeieuse ou don Louis
nous assura qu'on ne trouvait pas le fond. De AUTOUR DU MONDE. in I
Aout 1817.
cette position nous eumes connaissance dans
le nord-ouest du passage entre la grande terre
etl'ile de los Angeles, qui a dans cette partie
un mouillage ou le Bacoon avait caremd en
1815. Cette corvette, commandee par le capitaine Broughton un des collaborateurs les plus
distingues de finfatigabfe Vancouver, etait
venue de la Columbia toujours pompant a la
suite d'un rude echouage qu'elle avait eprouve*
a sa sortie. En ralliant le mouillage, nous
eumeS a nous defier d'une roche coulee situee
a un petit mille de la cote Sud,- dans Faligne-
ment de Fangfo nord du Prdsidio, et d'un autre
rocher partie blanc en fornie de bloc, par le
travers de la pointe ouest de File de los
Angeles.
Le courant nous drossant, a 5 heures nous
mouillames par six brasses dans Fanse du
Presidio (ou dii Castillo), a une encablure de
la greve qui est a son extremite ouest: le fond
etant de sable vaseux leger, le navire chassa au
flot apres avoir'file du cable inutilement, on
vira croyant l'ancre surjoualle, mais elle etala
par dix-sept brasses a plus d'un mille de 1'en-
droit ou elle avait ete jetee: on tint bon pour 172
VOYAGE-
Ao&t 1817
II:'"
la nultsur. quarante brassesde cM>le. A 8 heures,
les officiers nous firent leurs adieux : une em-
barcation les porta a terre.
Pendant cette relache, nous fimes quelques
barils de salaison qui reussit assez bien pour un
coup d'essai.
Dans les neuf jours qu'eUe dura, le baro-
metre ne varia que de 27 p. 9 1. a 28 p.; le
thermometre de 12 deg. 5 min. a i5 deg. le
jour, et descendit jusqu'a 10 la nuit. Le
temps fut constamment beau, avec de la brume
le matin et quelquefois pendant une plus
grande partie de la journee. R venta toujours
de l'O. au S.-O. Fapres-midi, le plus souvent
bon frais : quand la brise elait forte, elle se
levait des le matin et se prolongeait dans la
nuit; elle mollissaitgraduellement, et les matinees etaient gencralement calmes. AUTOUR DU MONDE.
Aout 1817.
I73
WAW/IVW
WVMWVMAAWM/M^M
CHAPITRE IV.
Depart de Francisco pour l'anse des Amis. — Rel&che
k Noutka. — Details sur Macouina, chef des sauvages.
ErreurdeMearesausujetdece personnage.— Moyens
employes par les Indiens pour transporter leur habitation.— Echange de marchandises.—Les Indiens
de cette contree paraissent £tre anthropophages. —
.  Leur penchant pour le vol.
Le i4- — A cinq heures du matin, nousappa-
reillames de l'anse du Presidio de San-Francisco,
sous les auriques et latines, a la faveur du jusan
qui nous fit sortir en derivant contre le vent
d'O. En passant sous le fort il rendit a nombre
egal le salut fait au commandant Arguello a la
Hyerba-Buena. Ce ne fut qu'apres avoir double
les pointes exterieures que l'on etablit les voiles
carrees, a cause des apparences de battures
qu'on voyait en plusieurs endroits sur les deux
cotes, occasionnees probablement par la force
du courant. La pointe du sud-ouest, dite de
Amigas, est remarquable par une pierre percee
formant une arche ouverte au nord. A detix
I j 74 tg-xagp
Ao.'it 1S17.
heures et demie, je rapportai a terre pour
prendre connaissance des FarelJjOjBeft, qnenous
n'avions pas vues a notre arrivee. La brume ne
permettalt pas 'de decouvrir les rochers; mais
a quatre heures et demie on apercevait, a petite
distance et par tribord, les terres an nord et
au sud de Fentree. On prit la bordee du large
qu'on courut pendant trois jours avjgcune forte
brise de N.-N.-O., qui fit. reduire la voilure
aux quatre majeures sous les ris pris. n
Le in.— La brise se mod era en halant
l'O., et nous permit de faire route direclo sur
Noutka, notre destination. Malgre le voismage
de la tore, on ne vovait pas,d'oiscaux: la nuit'
suivante on en entendit quelques-uns, et dans
le K>ur on prit un roi j 11111. Nous eumes un long
calme auquel suece'iieront des vanele's si con--
traires guaprejsQ ipurs de mer nous n'avions
encore gagne que 00 lieues.
Les quatre Jours suivans nous fimes du chemin , les vents ayant varie duN. auS. par l'O.
Le on. — Par 45 dee* nord jet ^3g deg. ouest,
il venta grand frais de ffcpl.. avec beaucoup de
pluie et d'or^ge.rLe l^ndW&W* l§ "pP1 se teQ>-
d^raeu h^flt le N., et le temps s'eckimt. On AUTOUR DU MONDE. &£&
Septc mlire 1817. . *~^
vit beaucoup d'olseaux, dont quelques-uns des
especes qui ordinairement s'eloignent peu de la
terre (nous en e'tions a 80 lieues); ils avaient
ete empertes par le gros temps.
Le 3o. — Apres deux jours de fort vent de
N--N.-0. avec beaucoup de pluie, la brise se
modera en passant a FO.-N.-O.
Le 3i.—Au matin, on eut connaissance
d'un navire q.$i manceuvra d'abord pour nous
rallier; mais quand nous virames pour aller a
sa rencontre, if ^gpjit le cap au sud-ouest qui
etait sa prejjgere rpjjte- C'etait un trois m^Lts
de a5o a 3oo tosa©eaux>
L& i"septembre.—Nous fumes oooJrarifis a
l'atte,r^.ge par u&e brypie epaisse qui cacha
constammejat Je soleiL A midi, je me Msais a
Sj^y^^gs dan§ Fpuest de la pointe aux brisans.
A 4 hfiures, nous ejinafls i©9ffinaissanee de la
<?6te d'Amerique a qjjjghjues lieues dans Fouest
dfi F entree de Noutka. A 6 heures, on de'cou-
^rit toutes les terres depuis la pointe aux brisans qui restait a l'est jusqu'au nerd-nord-
ouest.:
La cote qui borne Fentaee dans l'est est ele-
vee : la pointe ouest est moins haute; celle des
brisans est tres-basse et ne se verrait pas du 1^6 VOYAGE
Septembre 1817-
large sans les arbres qui la couvrent. I/farte-1
rieur est montueux et tout boise, a l'excep-
tion de quelques mornes decharnes dont les
clmes pyramidales se font remarquer ati-dessus
de la bale. Les cirConstances ne permeltant pas
de donner dans Fentree de la passe, nous cou-
riimes des bordees toute la nuit.
Le 2. — Avant le jour, je manoeuvrai pour
rallier Noutka avec les vents d'O. et de N.-O.;
mais ils furent suivis de calmes et de brumes
qui vinrent aj outer aux retards que nous avions
deja eprouves. Dans la matinee, nous eumes connaissance de plusieurs embarcations; 11 en vint
deux a bord, Fune monte'e par deux Tndiqns et
1'autre par cinq. lis commencercnt par nous
etourdir de leurs cris de wacoch 1wacoch(i)I
qu'ils repe talent a chaque instant; ils n'approcher cnt qu'avec mefiance, et ne voulurent jamais monter a bord. Nous apprimes d'eux que
Macouina exlstait encore; ils nous engagerent
beaucoup a entrer, nous.-assurant que nous
trouverions une grande quantite de peaux de
loutre: une des pirogues en apportait deux dont
nous fimes acquisition.
(0 Wacoch (ami) est le terme d'accueilchez les Indiens de
cette partie. AUTOUR DU MONDE. I77
Septembie 1817.
Apres midl, la brise, quoique faible, me fit
espe'rer d'entrer; je forcai de voile dans cette
intention, en tenant la cote a trois milles, a
cause d*es dangers portes sur les cartes; nous
n'en vimes aucun, excepte quelques brisans sur
la terre. A 3 heures, le vent fraichit, poussant
devant lui une grosse brume qui couvrit la
terre : ne pouvant dans de pareilles circons-
tances donner dans la passe, je mouillai sur la
cote au nord de la pointe aux brisans. ,
Le 3. — J'appareillai avant le jour; mais
contraries par la brume, les calmes et surtout
les varietes qui n'etaient jamais favorables que
la nuit, nous passames encore deux jours a
manoeuvrer sans succes.
Le 5.—Apres douze heures de vent d'O., la
brume s'etant dissipee, nous nous trouvames
par la hauteur et les relevemens dans la position la plus avantageuse pour aRer chercher
Fentree. Nous arrivames le long de la cote avec
une brise d'O.-N.-O. assez forte pour faire
prendre des ris, et une grosse mer qui de'fer-
lait comme des brisans. Quoique rangeant la
cote a 3 ou 4 milles, nous ne distinguames
Fentree du port qu'en arrivant par son travers
t. i. i a
883 i78
VOYAGE
Scptcmbre l8$J
et a vue de la pointe aux brisans. En venant tie
F ouest,, les terres se chevfKMJhsnt, et eRes jat'of-
frent-pas de relief, a -moins d'en eltre tres-pres,
a cause de la teiste egalement monotone du
feu ilia ge des fore Is dont elles sont couver los.
Pans cette position, les arbres epars sur la
poiarie ouegt fournissent la meiReure jrecon-
naissance de Fentree, leur petit nombre dans
cette partie contra slant avec le four re con tin u
qui regne del'antre cole.
A 5 heures, nous donnanies dans la passe en
rangeant a moins d'une encabluoe la bande de
babocd.; aussitoten dedans, la brise, dejamolle,
loin ba tou t-ad'ai t, o t ce no l'ul q u' a 1 aide des canots
que nous gagnames l'anse des Amis, ou nous
mouillames a 6 heures o I demie par dix brasses,
fond de vase et co quill os. On porta aussi t6t urie
-ancre a jet en af four die dans le sud. La n ui I, les
officiers firent le quart comme a lamer, avec un
pilotin et quatre hommes en faction devant et
derriere; les filets d'abordage furent hisses,
•les canons charg&^et «ne partie des armes dis-
posees sur le pont.
Be 6. — On degagea divers objels juges les
plus utiles aux ;echanees avec les naturels: lis
J AUTOUR DU MONDE. 170
Septembrc 1817.
vinrent en grand nombre et resterent tres-long-
temps dans leurs pirogues le long du bord.
La traite commenca par Facquisition de quatre
peaux <le loutre assez belles: on se procura
aussi une quantite de treis - beaux saumons et
quelques autres poissons. Lasaison avancee avait
fait abandonner le village presqu'en entier;
le grand chef Macouina, ainsi que la plus grande
partie des Indiens, etait dejaaTaches, sa residence d'hiver : les naturels parurent faire des
rondes la nuit.
Le 7. — Macouina vint de Taches, et resta
quelque temps le long du bord dans une petite
pirogue chargee.de saumons : aucun appareil
n'annoncait la presence de ce grand personnage;
mais un des naturels me Fayant fait connaitre,
jel'engageai a venir a bord; il monta tres-leste-
ment pour son age, et me tendit aussitot la
main avec ungeste mele de confiance et de
dignite. Je le recus de mon mieux; je lui offris
une collation a laqueile il fit honneur, et un
present qu'il accepta avec non moins de satisfaction; malgre son incognito, il fut salue de
sept  coups de canon, honneur qui parut le
12.
«•» 180 VOVAGE
Septembre 1817.
flatter beaucoup, mais qui lui fit se boucher
les oreiRes.
A son arrivee, Macouina m'avait fait don des
saumons qui etaient danssa pirogue; apres avoir-
recumon present, il m'ofFrit trois petites peaux
de loutre, que j'acceptai aussi a titre de present; mais 11 m'en demanda ensuite lepaiement.
Il nous quitta a 3 heures, apres beaucoup de
promesses et de protestations d'amllie; il nous
fit esperer de lerevoir sous peu, et la satisfac--
tion qu'il temoignalt de notre bonne reception'
ne nous permettait pas d'en douter. Un chef
subalternenommeNoak, qui etait deja de notre*"
connaissance, avait egalement eu  part a nos
largesses, a cause de son utilite comme inter--
prete, sachant se faire comprendre au moyen^
de quelques mots anglais aides de slgnes qu'il
employalt avec beaucoup de sagacite : nous
nous trouvames avoir aussi unexceRent trachea
ment dans Eyssautier, pllotin, qui possedait
les memes talens dans un degre prodlgleux.
Peu apres le depart de Macouina, 11 vint a
bord une pirogue de Clayoquot, district de
la domination de Wicananich, chef puissant AUTOUR DU MONDE. l8l
Septembre 18x7,
dont parle Vancouver. Les Indiens qui la mon-
taient etaient vetus de couvertures blanches
ou de manteaux de drap bleu; ils avaient
trois ou quatre fusils en bon dtat, et parais-
saient superieurs en activite, en force et en
Intelligence a ceux de Noutka : lis etaient
moins sales. D'apres ce que nous pumes com-
prendre de leurs paroles et de leurs gestes, ils
nous engagerent a aller chez eux , et s'offrireht
a plloter le navire.
La presence du navire dans l'anse des Amis
avait augmente le nombre de ses habitans, et
le retour du chef, qui m'avait promis de venir
y demeurer pendant le reste de n'Qtre sejour,
allait le rendre encore plus considerable. Quoique rien dans leur conduite n'eut altere la
se*curite qu'insplralt leur faiblesse apparente,
j'ajoutai aux mesures defensives dejaenvigueur
de nouveRes dispositions que je jugeal plus
efficaces pour repousser une surprise, seul
genre d'attaque dangereux de la part de ces
peuples, et celui qu'ils emploient toujours
contre les batimens. Ces dispositions devaient
avoir lieu lorsqu'il paraitrait quelque pirogue
de guerre, ou que les naturels sepresenteraient
IM I82 VOYAGE
Scptcmbrc 1817.
en grand nombre et msplreralent   quelques
soupcons.
Le 8. — La journee fut perdue pour les trai* I
vaux quine pouvalent pas se faire sous latente,
a cause de la plule qui tomba sans ^feeontiftner.
Un fort vent du S. poussa dans la baie la grosse
mer du large qui causa une levee considerable,
dans l'anse; il brisait ayec force; sur toutes les
pointes, m&ne dans la bale, et la lame deferlait
le cote exterieure avec une (uric et un bruit
affreux.
Le 9. — Macouina vint a bord a-7 heures:
m Reu de 1 a p pared dont nous nous attend ions
\ le Voir ^nvlronne, 11 rfavait aveclni que
Noak, deux autres persbnnages que nous avions
deja bien accuoillis et que nos gens appelaient
ses minislres, et deux de ses enfans, dont Fun
etait son fils aine Macoula, qui ne me parut
pas. avoir Factijvite et Fintelligence de son pere.
Ils passerent la journee a bord faisant grande
consommation de nos vivres. Je fisa Macouln*
et a ses. fils plusieuss presens: eotrJautres-'O Idiots, je leur donnai deux canons de 6pouces, en
cuivre, qui ne lui pkilsalent pas molaS>^tt?aux
enfafts ohez^nous, et quelques orGsifles^de-mer AUTOUR DU MONDE. l83
Septexnbre 1817,
qu'il desiralt; mais il rebuta les plus belles de
ces coquilles, dont on lui avait fait un choix,
et ne parut faire castqijue dela nacre.
II vint aussi un grand nombre de pirogues.
Beaucoup de naturels chercherent a monter a
bord; mais sur ce que Finterprete lui-meme me
dit de leur disposition au vol, je fis hisser le
filet d'abordage pour nous mettre a Fabri de
leur rapacite. Cette manoeuvre ayant inspire
des craintes a Macouina, je fis, a sa demande,
amener le filet a babord, afin de le rassurer.
Alors il tint a ses sujets un discours anime^
sur la conduite qu'ils devalent tenir a notre
egard : son ton d'autorite et son attitude
etaient imposantes. Nous traitames trois peausS
de loutres assez mediocres; mais les couver-
tures que nous avions apportees furent trou-
vees beaucoup trop petites et de qualite infe-
rieure.
Je deseendis avec Macouina au village ou
il- ne restait que cinq ou six cases habitables;
on n'avait laisse aux autres que les montans,
les planches qui les recouvraient ayant ete
transporters dans Finterieur pour servir aux
habitations d'hiver, sulvant Fusage de tous les VOYAGE
Septemb)
Indiens de la cote nord-ouest; les planches qui
rcstaien t avaient jusqu'a trois pieds de large.
La maison la plus remarqnahle etait celle du
chef, dont il n'existalt que le cadre. L'arbre
qui formait le feitage du toit avait 76 pieds
de long, sur 39 4- de diametre au gros bout,
et 17 au petit; il etait sup porte- par deux pieces
enormes, sculp lees, represcn tant, a I'interieur,
des figures gigantcsques des formes.les plus
hideuses.
On ne peut se faire une idee de la sale te et
de la puanteur - qui regnent dans les cases et
au dehors.
Je vis Fern placement ou Meares avait co ns-
truit sa god eite et sa maison. Noak me fit
la relation de la mort de Canicum, tue par
Mar tines, a qui il avait fait des reproches 011-
trageans, l'appelant voleur a cause du pillage
d'une case par ses gens. Excepte cet officier,
les naturels parlent avantageusement des Espagnols; ils ont adopte plusieurs termes de leur
langue.
Une grande pirogue de Wicananlch etant
venue lelong du bord, Macouina parut extreme-
ment courrouce de sa presence dans son port, AUTOUR DU MONDE.
185
Sep ten ibre 1S1
et fit a ce sujet une harangue virulente; mais
son discours finl, je le vis rlre sous cape du
role factice qu'il venait de jouer : comblen de
grands personnages en font autant par tout
pays!
Apres diner, j'allai a Faiguade situee a la
pointe nord : elle se trouve dans une crique
appelee par les Espagnols Calleta de Santa-
Cruz , qui est aussi commode pour faire lebois
que pour faire de l'eau.
En retournant, j'entrai dans une case qui
se trouva etre ceRe d'Omacteachloa, fils de
Canicum, tant celebre par Meares : sa de-
meure etait dans tin etat miserable, petite et a
moitie decouverte, maisun peu moins sale que
les autres. R ne s'y trouvalt pas, mais je vis ses
deux femmes dont une, borgne et tres-loquace,
parlait un peu anglais : elle me prla de cracher
sur la tete de son enfant, qui y avait du mal.
Cette dame fut tres - empressee de me faire
savoir que son mari etait le premier chef apres
Macouina, el que les chefs seuls avaient le droit
d'avoir deux femmes; la concorde paraissait
regner dans   ce menage. Une autre femme, l86. VOYAGE.
Septemhre   1817.   „■■
plus vieille, fit a Partaneux beaucoup d'aga-
ceries et de complimens sur sa figure^et lui
passa meme la main sous le menton. Cette
fkveur faite a l'improviste* fu±;-B6§ue dfene maniere peu galante. Nous sumes par la suite <jti^
eette femme, que j'avais.Gru <§tre de la famlRe
du chef, appartenait-aux derniers rangs de la
tribu. Je lea/t. donnai des medailles , dont elles
firent aussildt des pendans d'oreilles. -.
Nous vimes dans une autre - case un enfant
completement  emmailjo'te,  et  serre   comme
une  carotte de tabac; son  front et §on nez*
etaient comprinaes,   et ses jouesr pressees de
maniere a les faire remonter.
Omacteachloa vint le solr a bord avec toute
sa families je leur fis servir du biscuit et de la
melasse; je donnai-au chef une petite hache,
et a ses femmes des nriroirs : il ne fiitpas pos--
slble de les faire monter a bord.
Le 10. — Une partie des naturels qui occu-
paient encore le village deme'nagea dajte la
matinee, et partit pour Taehes: cette teans-
lation de domicile s'opereavecrjane promptitude
singuhere, au moyen des pirogues 4pnt chaque AUTOUR DU MONDE. I 87
Septeinbre 1S17*
famille est pourvue. Dans moins de temps qu'il
n'en faut a un voyageur europeen pour faire
sa malle, l'Indien demonte sa case, transporte
dans ses bateaux les planches qui la couvraient,
ainsi que les deux ou trois coffres qui contien-
nent ses richesses, le poisson sec qiwcompose
ses provisions, les autres contenant son huile
de baleine, ses instrumens de peche et de
chasse; il s'embarque avec sa femme, ses enfans
et son chien, et le meme jour s'etablit dans
une nouvelle habitation iioou ia lieues de
celle qu'il a quittee le matin : on choisit un
temps calme et sec pour ces voyages de
p&mille. Quand ils se font par les bras de mer
de Finterieur, tel que celui qui conduit de
l'anse des Amis a Taehes, on etablit sur deux
pirogues une plate-forme de planches qui les
joint et qui recoit les effets legers et les indi-
vidus qui ne sont pas neCessaires a la manoeuvre
des embarcationsy^i
Comme les Indiens laissent en place les po-
teaux des habitations qu'ils abandonnent, ils
sont aussi expeditifs a les reconstruire qu'a les
demonter; au reste, ils n'elevent des maisons
en charpente que dans leurs villages d'ete et 188 VOYAGE
Septembro 1817.
d'hiver, et ceux-cl ne different des premiers
que par leur situation dans Flnterieur des
terres, et non par leur construction. Lors-
que dans la belle saison ils s'eloignent de leurs
bourgades pour la peche ou pour les echanges
avec d'afttres trlbus, Us n'emplolent que des
ecorces et des branches dans la construction
de leurs demeures temporalres. Ges courses •!
lolntaines.-sont moins frequentes chez les Indiens du sud de la cdte nord-ouest que chez
ceux du nord.
Le 11. — Macouina vint a 6 heures accom-
pagne de son fils et d'Omacteaehloa; il me -fit
present de deux peaux assez beRes, mais qui
avaient ete porte*es : on lui servit du poisson et
de la melasse, ce qui ne Fempccha pas de
prendre part a notre dejeuner a g heures. Il
fit a table un long discours qui fiit absolument
perdu pour nous, Flnterprete etant absent; je
compris seulement que nous en etions le sujet,
et le ton me fit crolre que ses sentimens nous
etaient favorables. Noak arrlva a la fin du <&&$
jeuner, apres lequel je fis a Macouina un present en retour du sien; 11 parut etre mediocre- >
ment satisfait demon cadeau, dans lequel il Bfl
AUTOUR   DU MONDE 189
Septembrc 1817.
n'entralt pas de tissu, quoiqu'll fut d'ailleurs
assez rlche, etun peu apres 11 medemanda du
drap ; sachant qu'a chaque visite c'etait a re-
commencer, j'essayai de le remettre a son pro-
chain retour, mais il me fit savoir qu'il ne
comptait pas revenir.
Je lui donnai deux aunes de drap bleu; 11 en
demanda alors pour son fils, a qui il en fut
remis la meme quantite. R voulut ensuite avoir
des balles, etpretendit que son fils devait avoir
part a mes largesses comme lui-meme, etant
proprietaire d'une des deux peaux que j'avais
recues. Cependant, non content d'avoir recu
gratuitement de la poudre, duplomb, du cafe,
du riz, etc., R m'extorqua par ses importu-
nites une bouteille d'eau-de-vie, que je lui
donnai pour l'expedier. Bref, Macouina se
montra dans cette visite mendiant, Impudent et
insatiable, tel que le decrit Vancouver, et
non le prince genereux que Meares a voulu
faire de lui. J'etais tres-dispose a congedier
ce potentat queteur, plutot que de ceder a ses
demandes importunes ; mais Fespoir de tirer
parti de lui la saison pro chaine me porta a le
renvoyer content de nous. II partit enfin pour
»j 190 VOTAGE
Si plcuibre   tfti^.
Taehes, apres m'avoir fait pro met ire de revenir et s'ei re engage a me re^erver ses pelleted
ries en me donnant beaucoup de wacoch!
wacoch!
Aussi tot apres son depart, jalfu a la
cote exterieure pour prendre la hauteur. Je
cotoyai ensuite la greve avec le charpentier
pour (lie rcber des espars. La difficulte etait de
trouver des arbres de dimensions assez la 1 Ides.
Ayant suivi un sentier qui .-> doignait un peu
de la mer, je me 1 rouvai toul-a-ooup au bord
d'u in* lag une d can douce divisee en plusieurs
bras et par lout bordee d arbres* et de sous-
bois form a lit des ih.is.m1.-. de von!inc. La %igne
sau vage s y rencontre a chaque pas, ainsi qu'un
boi arbu.sle qui porte des baies dun gout ai-
grelet agreable, dont les naturels 1! u pays lout
une grande consummation. Ayant 01 ism to qua I le
le sentier pour regagner la grevefafie me
tro uvai engage d a lis 1111 I ou r n; e pa is. J 'a r r i vai
enfin a une petite pointe garnie de rocheis , a
un mille de celle de l'on I roe. Ju.mj uc-la nous-
n'avions vu quo des pins, nous trouvauies ici
des sapins %ui, pour nous, n'avaient d'autre
d^faut que 'd'etre de  dimensions tipp fortes. In*
AUTOUR DU MONDE. Igi
Septembre 1817,
Cependant nous en decouvrimes quelques-uns
qui nous convenaient.
Retourne a bord , j'lnterrogeai Noak sur les
pelleteries et les batimens qui en font le commerce : ilme dit que les Anglais avaient eu autrefois une maison, dont il m'indiqua F emplacement; que les Espagnols en avaient occupe
aussi une autire plus grande, mais que Fune et
1'autre avaient ete abandonnees. R ajouta qu'il
y avait trente mois, en montrant trois fois,tes
jgloigts des deux mains, qu'il etait venu dans
l'anse un bajjment anglais, dont le capitaine
.ayait uue-jjainbe de bois, et qu'il n'y etait reste
ique trois jours; qu'antftrieurement, depuis
Uevacuatwm des Anglais et des Espagnols, il
jifetait entre dans la baje que deux batimens, Fun anglais et 1'autre amj&ficain; qu'ils
javaiesti^e mouiller aMawina; que m&intenant
M depuis long-temps ses compatriotes en-
voyaient les pelleteries a Naspate (a Fextremite
.occidentale de File), ou on les eqhaogeaS'&ppUir
des couvertures plus, belles que les notres. II
me dit aussi que la chasse donnait pendant six
mois, qu'R y en avait deux qu'elle etait finie,
qu'elle recommenceraii dans quatre ,ietm'assura
mm 192 VOYAGE
Septembre 1817.
qu'on me reserverait les peaux si on avait la
.certitude ^que je vinsse les prendre, ce que
je lui affirmai de nottveau. D'autres.rapports
ont confirme la plupart des assertions de Noak
sur la chasse des loutres et Fetatactuel des communications des navigateurs avec ces peuples.*-.
Nous nous procurames deux dahns et une
quantite d'exceRent poisson, en eehange d'ob-
jets qui en France ne vaudralent pas un franc.
Nous eumes aussi de tres-bonnes morelles, si
estimees a Bourbon et a Maurice sous le nom
de bredes. Macouina me les 'avait fait recon-
nailrc, en faisant entendre qu'elles sont recher-
chees par les Espagnols. Outre les corvees
ordinaires a l'eau et au hois, les char pen tiers
furent expedies pour coup er des espars sur la
c6te exterieure.
Le 12. — PaRai avec Noak reconnaitre la
c6te occidentale de la bale, que je remontai
jusqu'a 8 ou 9 miRes dans le nord, pres der
Mavriua. A un miRe-au plus de l'anse desAmls,
11 s'en trouve une autre encore plus petite qui
offre un exceUent mouillage sur trois brasses
d'eau a mer basse, et un carenage entierement
ferme. Les naturels, qui donnent des noms a AUTOUR DU MONDE. ig3
Scptcmbre 18x7.
tous les poil^g de la cote tant soit peu re-
taarquables, connalsgfnt cette anse sous celui
d'Outza. ,'afei
De ce point vers le nord, la cote forme la
bande ou£st d'un £anal d'une lieue de long sur
un mille de large, fernie dans l'est par une
ehajnede troisilots boises, appeleeHinasohous.
Par lefcavers de la pointe nord du plus gros,
qui est* celui du milieu, on rerffcc-ntre sur la
cote un recran en forme d'entonnoir, dont les
bords escarpes, composes de massifs de rochers,
augm^ntent en hauteur jusques au fond ; la ils
sont spares par une ouverture de 5 brasses
de larg"§ sur 20 de long, qui sert de communication a un bean-lac qui ,pgnetre a plusieurs
iaiRes dandles terres. Lprs des mouvemens des
marecs, ce passage devient une ecluse dans
laqueile les, eaux se precipitent avec autant de
bruit que de rapidite. C'etait alors le fort du
•%!&: prevenus du dang£u. par ce double aver-
tiss<pnent, ainsi que par les paroles de Noak,
nous sortimes a temps du fil du couran^, et
npu§mjQ§$k terre a la bande de IriHord, dans
un esp|lroit ou ^| avafe*]|eu de force. Nous allei-
gjsimcs sans peine le somnfet de la eiate, elcve
t. 1. i3 ScpUinbrc  1817.
I Ok{ VOYAGE
de 4o- pieds, a la faveur d'un ht epais de belle
mousse, dont elle est recouverte, qui rend
le talus praticable malgre :sa roideur. Arrives
sur le revers oppose, nous vimes a nos pieds
un magnifique bassin, um comme une glace,
qui tantot etendait ses bras entre des coRines
verdoyantes couronnees d'arbres gigantesques, |
et tantot etait borne par des falaises dont les
flancs .nus s'elevaient verticalement; Ce tableau
de la nature sauvage et silencieuse n'etait
anime que par quelques saumons qui s'agitalent
a la surface de Feau, et par un aigle qui planait
au-dessus. Je regrettai vivement de ne pouvoir
pas explorer cette petite Mediterranee, et les
clrconstances nenie pernurentpas dans la suite
d e satisfaire ce desir. Ki 1 rove 11a 111 nous re lieu n t rallies plusieurs pirogues des naturels. dont
nous ne re eumes que des temoignages do bion-
veiBance.
Le 13. —Les pefcheurs n£ vlnreirtratte tard;
mais ill arriv^rent du dehors en grand nombfe
vers* 11 "heures, et nous names entvirohnes de
pirogues .le reste de la journee : il en vint une
entradtres de Clayoqadt, montie pa r u n chef de
quelqu^tmportance, 4fid <takVftti%«n man- AUTOUR DU MONDE. Iq5
Septcinbre  1817.
teau compose de deux peatix de loutres, pOur
lesquelles il proposa de tranter. 11 fut admis
a bord et re*gale de biscuit et de melasse. R
rencheritsur ses compatriotes par les longueurs
qu'il mit dans le marche qu'il conclut etrompit
a plusieurs reprises. Ap»e> avoir mis en defaut
les talens d'Eyssautier, notre principal   agent
pour ce genre de negotiations, qui exige surtout une patience a toute  epretire, il disparut
et fut fortement soupconne d'avoir enleve dans
le caisson le gouvernail en fer du grand canot.
Il revint bientot, mais sans son manteau, et
protesta deson innocence avec Fassurance d'un
temoin a gages : n'ayant pas de preuve qui put
deposer contre lui, il falJbit le croire sur parole, mais je Fexpulsai dubord pour son defaut
de fidelite a garderles conventions*. Cet homme
etait mieux fait et plus vigoureux quelesNout-
kadiens, sa physionomie  annongait plus  de
vivaclte, dM.ntelligence et d'astuce.
Le solr, je gagnai non sans peine le somm^t
des deux ilots qui ferment l'anse des Amis dans
l&sud-est; ils comrSii|hiquent a mer basse, et
sont formes de rochers amonceles qui paraisse^t
avoir ete ebranles depuis peu par un tremble-
i3. mB VOYAGE
Septembrc 1817.
mfint de terre. Les Espagnols, lorsqu^occu-
paient Noutka, avaient eleve une batterie sur
celui qui est1 le plus en-dehor. s, auqiuel1 lis avaient
donne le nom de Sati-Miguel,
Le lh,—(^ugi<|jies families reyinrenthabiter
l'anse, et deux cases ffajefct recflpstruites des
6 hemes' du matin. Les pirogues n^up^envlron-
nerentyjjn grand nombre, mais il ne vint pas
plus d^iburrtires que la veiReynotre marche
fut tres-blen approvisionne de poissons : nous
eumes entr'^utres pour deux»couteaux d c 15 centimes trois barbues exceRentes, pesant ensemble
4o kRpgr.
Parmi l4s femmes qui viqrenf le long du
bord, on rcmarqua deux jeunes filles assez
joRes , et moins sales que fes autres : un
matelot ayaht fait des propositions a Funis*:
d7eHes, fut rudement reprtraande ptrla mefre*-
Ceux pour quffia malproprete 4a' jjlus hideuse
et la puanteur ne sont pas des rtSfrigerans/
eprouyent, dans la surjejRance de%paiiens et
dans la reserve des,fiRls, des obstacles qu'on
e&aiferait en vain de combat|rp« a ce qu'il nous'
se^ibla du nioins dans «et}epremiere rglache".
J'allai dSns la bafeinlere sur la cote entre les AUTOUR DU MONDE. ign
Septembrc 1817,
deux anses : c'est une chaine de rochers «qui,
d'apres les crevasses, les eboulemens et les
fragmens amonceles qu'on rencontre sur les severs, parait avoir eprouve recemment une vio-
lente secousse ainsi que les ilots de Fentree (0.
On trouve beaucoup de petits bara&hoistcom-
modes, sur cette partie de la cote. Je gravis sur
le rocher qui en forme la base et qui s'televe en
falaise bjafee a une hauteur moyenne; il me fut
impossible de penelrer a cent pas dans Finte-
rieup, a cause du sous-bois de 6 a 8 pieds ex-
tremement fourre, qui offre un obstacle bien
autremeut difficile a surmonter que les troncs
d'arbres abattus par les ouragans ou*mines par
le temps, qui jonchent le terrain de toutes
parts. Un de ces arbres, long de plus de 60 pieds,
etait en travers sur un precipice horde de massifs de rochers. J'allais tenter le passage de ce
pont; mais, en saisissant une grosse branche
dont je voulais m'aider pour monter sur le
tronc, je m'apercus que ce n'etait qu'un bois
vermoulu qui , malgre sa grosseur, se serait
certainement   enfonce sous moi.   Ces arbres
(') Noak nous parlaeffectivement d'un phenomene dfe ce genre,
mais d'une maniere peu intelligible. iq8 voyage
Septembrc 1817.
etaient tous 'life haute -futaie et d'esp£ce resl-
neuse.
Etantalle a la c6te*«t^rieurepourpreudc^scs
hauteurs', jefus accompagnepar tro||eune#|fens
qui, satis m'incommoder, suivaient tous me-*'
mbtivemens. En retouxnant a bord, j'en amenai
deux* dont la physionomie prevenalt en leur
faveur. Apres' avoir ete regales de biscuit ct
de nielasse, ces deux hommes tres-inteRigens
nous mirent a meme d'augmenter notre voca-
bulalre. Nous eumes aussi des renseignemens
d'une autre nature, tant d'eux que de la femme
d'Omacteachlpa. Cesrenseignemensnecadraient
pas toujours avec ceux de Noak. Nous sialics, a
la Verite, que la plupart des batimens croisaient
au large, mais qu'il en entrait fi§£l dajlstaljlaie >
et qu'un Anglais^ alBit mouiRe a Noutka c^ltfi1-
salson. Nous ehmes quelque peine a nous d£-
barrasser d$ nos nouveaux amis qui auraient
bien voulu passer la nuit a bord. Ilsne se ref&
rerent qu'avccl'assurance d'un patei&tl (present)
pour le lendemain, et apres nous avoir donne
an echantiRon de leur daBfe et de leur musi-
que. Leur chant etait simple et assez agreable,
mais interrompu par des cris affreux, les cour,,
3 AUTOUR DU MONDE, &QQ
Septembre 1817.
plets ttes-courts et les paroles du refrain so-
nores : Helle yalla he, helle yalla helle. Ne les
comprenant pas, j'aurais cru qu'ils les avaient
empruntees auxLascars de quelque batiment de
FInde venus dans ces parages dans les commen-
cemens de la traite ; mais les explications qu'ils
nous donnerent de leur propre mouvem%it
nous apprirent que ces chansons etaient a 1'honneur de leur pays, dont Us parlaient avec en-
thousiasme. Le plus age nous assura que Macouina diflait wacoch au soleil.
Le i5.—J'allai a terre le matin, avec dix
hommes, pour transporter de la foret sur la
greve les arbres abattus par nos charpentiers.
Eachtel, neveu de Macouina, vint nous joindre
avec un autre jeune homme; Fun et 1'autre se
montrerent tres-jaloux de gagner mes bonnes
graces en nous aidant dans nos travaux et en
me faisant connaitre diverses especes de baies
d'un gout aigrelet assez agreable, qui abondent
dans cet endroit; une enWautres ressemble a
la groseille autant par sa forme que par son
acidlte, quoique les grains soient isoles. Ces
deux Indiens savaient tres-bien tirer parti du
levier et le maniaient adroitement. Eachtel me 2Q0
VOYAGE;
Septembrc 1817.
:m
fit entendre que fc'&alt par ce moyen» qu'on
el&vait les grtiWte^ pierres '•giuVentraiei&^p&lft-'
construction dea casesrHe.-pMLacbnkia. E%^te>-
dant la chaloupdCpour, prendre les espaift, je
me baiguaijnos deuk Indiens en firent^autant;
et resterent long^temps dans Beau sans paratfce
sesflfeibles. a, sa froldeur glacifile.
J'allai ensuite a la pointe pour prendre un
angle ho rat re, toujoursusuivl par "mon jeune
wacoch. Je le rauienai a bord, ainsi que son
camarade; ils mting&rent et burent assez. pro-
prement, et quoiqu'un.peu gauches a se servir
du couteatt'et »de ia lourdietto, on voyait que
Fusage de ces inslriunens ne leur cLait pas
inconnu. A la fiji. ilu diner , Eachtel nioflwT
une petite boite ronde qui lui servaii de necessaire. 11 s'y trouvalt tin peigne, quelques
coR4£ta^*et pendans d'oreiUe, un.miroir, du
duvet d'oiseau destine a servir de poudre^ et
plusieurs sachets contenant du n&ir, ilu blanc,
du rouge et de la poussicre d'ufi mica ressem-
blant a la mitie de plomb. Peu <le naturals
s'eloighent de leur case sans etre munis <fe* ces
objets; car avec.*leur salete et leur mauvaise
minfe ils sont d'une coquetterie tnconcevable. autour du monde. aot
-Jfeptembre x8x7.
Jamais ils ne viennent a bord pour une premiere visite, sans s'etre frottes avec de l'huile
de baleine souvent melee d'ocre, et poudres,
et pelnt la figure avec trois ou quatre couleurs.
Nous avons ete souvent temoins de la toilette que faisoient dans leurs pirogues ceux
qui ne s'etaient pas ajustes d'avance. Notre convive avait mele avec son attirall de toilette le
biscuit que nous lui avions donne. Apres avoir
recu une medaille et un petit miroir, il allait
partir, lorsque voyant sa pirogue neuve et tres-
bien faite, je lui demandai a en faire Facqui-
sition; il se montra tres-dispose ji s'en defaire
pour deux brasses de drap. Le marche fut
conclu a ce prix, et j'y ajoutaiun miroir; mais
cet Indien, qui avait montre jusque la beaucoup d'ingenuite dans ses relations avec nous,
chercha a soustraire de la pirogue une des trois
pagaies qui composaient son armement. Je lui
temoignai aussitot combien j'etais mecontent
de ce procede, et la femme du chef, qui etait
presente, lui fit aussi des reproches.
M. Vimont trouva des ossemens humains,
et plusieurs indices nous firent croire que c'e-
taient les restes d'un repas d'anthropophages.
T. I.
i3* 202 VOYAGE
SepUmbre 1817.
Le 16.—Eachtel viiit de bon matin le long
du bord; mais Pottlcier qui etait de garde re-
fusa de le laisser monter. Un moment apres, la
baleiniere ayant ete envoyee a 1 aiguade, elle y
fut suivie parFastucieuxlndien, qui, apres avoir
aide ceux qui transportaient leau, entra dans
la baleiniere sans etre observe^ et enleva deux
couteaux qu'il trouva sur les bancs. L apparition d'un pilotin ne lui permit pas de prendre
autre chose. H s'enfuit aussi tot en toute bale.
Les clamours de nos gens a Falguade nous ap-
prireut le 1 arein; mais sachant que les objets
derobes etaient de peu de valettf, je ne voulus
pas qu on tirat sur la pirogue du voleur, qui
tot bientot cachee par les rochers.
Dans la journee il vint\m grand nombre de
pirogues ; la plupart arfivaient du dehors et
etaient charge*es de families qui allaient prendre
leur quartier d'hiveraTach&s. Plusieurs de ces
em bar oat ions <'laienl fortes; one on tr" autres,
dune construction soignee, portait i4 per*-
sonnes. Le chef qui la montait eut la permission de venir a bord, a la recoinmandat ion
dJOmacteachloa qui nous avait fait present
d'un tres-beau saumon.  Ce chef etait tred- AUTOUR DUTffONDE.
203
Septembrc X817.
blfen fait et robuste. II avait la barbe beaucoup plus forte que les autres Indiftls ; e'etait
un homme d'environ trente ans, parentj;de.
Macouina, et son lieutenant dans un 'village
du cote de Clayoquot. R paraisfeait tress^nsi-
dere par les autres chefs. II montra un carac-
tere franc et decide dans ses rapports avec
nous. On lui acheta quatre peaux de loutre
et une d?&irs. Gelle-ci etant son defeiier man-
teau, il resta en$ifer%&!ient nu pliant quelque
temps apres nous Favoir cede.
Les autres chefs qui furent admis a bord
etaient aussi de beaux hommes, ainsi que la
plupart de .gwx qui venaient de Clayoquot.
Ils se comporterenitJ.res-bien, et furent regales de biscuit et de melass* Un d'eux avait
";VlSI-e1 espece de diad£itie cte*peau d'ours blanc,
dont les polls' etaiem. longs, de plus de 8 pou-
ces, ce qui joint a ses formes robustes et a
sa fighre farouche , barbouillee docrc, §wil
donnait Fair endore plus sauvage que j ses
Compagnons. Nous eumes la plupart de ces
fourrures pour de la poudre, objet singu-
lierement recherche par les nal&rds de cette 204 VOYAGE
Septembrc 16x7.
partie; mais a notre grancj etpnnement, ilfc^e
demanderj9pt pas de fusjjs^,
Omacteachloa et Machoalick passerent la
journee a bord, et furent tces-gais pendant
le diner. Je leur fis a chacun un present. Rs
s'efforcerent de me te'moigfner leur reconnaissance et Pamitie qufjjs: me portai|nt. Comme
lis para^ssalent etre dans un de ce£ momens ou
le cceur s'epanouit, je crus la circonstance
favorable pour leur arracher le secret des
ossemens qu'avait vus le cMrurglen. M'etant
rendu sua, les ll^fux avec lui, je fisj|ppeler
Machoalifk qui etaij^descendbi'avant nous;
nous eumes d'abord la confirmation de la
conjecture que nous avions formee, que ce
lieu, a quelques centalneV'de pas dans la
facet", der$i5j»e la ca^e du chef, etait consasreL''
aux festins; mais je n'oifens rien de posflSf?
sur le point principal a ec^afrcir : 3Fne coni-
prit point ou felgnlt de tie pas comprendre
toutes les fois qu'on lui demandait quel sort
ses compatriotes faisaient subir a leurs prison-
nlers, et s'ils inangeaient de la chair humaine.
Au reste, voici ce  que nous pumes en'tirer : AUTOUR DU MONDE. 2o5
Septembrc  1817-
€es «ssemens provenalent, disalt-11, de cadavres deterres par les ours qui fouillent souvent
les tombeauxMls ensevehssenf raurs morts en
tout lieu et n'ont pas de "cimetiere (0. Cet
endroit etait destine aux repas qui suivent la
pe*che de la baleine; un grand coffre qu'on
voyait**a quelques pas dans le bois, servHt de
caisse a Macouina '"pour battre la mesure, et
pour s'&ecompagner en chantant. Machoalffck
entra sur ce sujet dans des details que nou^ne
pourions*suiv'*e que paftaefllement; 11s avaient
rapport aux ceremonies don^ces peuples font
preceder et suivre cette entrepfise imp'otetante
pour eux. H me sembia qu'eDes ressemblaie^nt
a ceRes qtil sont pratiquees par les Madecasses
en pareiRes'clrConstances. Le chef, avant de
couper les morceaux qVil doit servir aux
convives, joue uneespecede dramepantomime
pendant lequel il imite frequemment le souffle
du cetacee qu'il a vaitifctfc Machoalifck voulait
sans doute parler d'une formule ou de quelque
acte d'invocajion^ lorsqfu'il repetait avec em-
phase que Macouina disait wacoch au soleffT
Je ne safs §j c'etaitl'idee d'un repas abominaBIe,
CO Cet usage n'est observe que par les gens du peuple.
1:1 206 VOYAGfe*
Septembrc 1817.
stiggeree par les supports de Meares, tpil, sJetant
empare de monesprit, jeta&ur toute cette scene
im yeii#.lugubre, maHj'eprouvais une horreur
profonde pendan^ce recit, fait au commence-
mer^t de da nuit, dans un Reu tenebreux et
desert, par un sa$yagfei#uthdtisiaqje* qgi faisait
des gestes farouches en imitanl les mouvemens
et les crM*de son»($e||i.lorsqii'il*depe$ai't nuj
monstre marin vaincu par son harpon.
Le in. — Je partis de bonneheure dans la
baleiniere, armec de trois pilotins, avec Finten-
tloti   d'explorer la bande est de fentree de la
coteysers le sutf. Apres Favoir teaversee/, je
donnai dans une anse a l'est de celle des Anus,
au pied d'une montagne sur 'ies flancs de laqueile on remarqua des eboiilemens j olio if est
ouverte aux vents du large* que du S. a j^O.-
S.<-0., et a son entree seulement finals die est
exposee, du N. a. BO., aux vents de 1'autre cote
de la baie-, qui doivent en fitire souvent un
mouiRage  dangereux, en y entretenan€ one
lev^qui rend le debarc-iRalre Incommode. On
trouve aT^b^Klj en entranf, des rochejis»hp^
d'eau qai s'et^nd^n$«ai»d^p4-Ten^p)Jtire-; 11 n'y
en a pas de cVdieis. La pointe do ce cote est AtiTQUR DU MONDE. 207
Septembrc 18x7.
un rocher e*scarpe qui ddcrit unff-cburbe con-
vexe. Dans la partie tournee ver* le fond de
Fanse, le rocher'iJm perce et forme une arcade
naturelle, sur laqueile on voit le pied des
ajrBres dont la tete s'eteve au-dessus du. rocher.
p*est la seule cl5i"pS6^<pouvoir remarquer ou
mentionner sur cet endroit.
Peffectuai mon debarquement sous Farche
meme, au-dela de laqueile la haute mer pe-
netre et couvre une jolie plage <qui n'a gu&r0
que  100 pieds de contour; Fasche en peut
avoir 20 de p^ofondeur sur 13 a 1A de -hauteur
et io-»dc largeur. Nous deifeunames avec tft*
biscuit, de "reau-de-vie du bord, et quelques
nioulcs enormes  que   nous troi^imes sur les
rodheife ; nous eumes aussi des fw'ses et des
frambolses. Pendant ce repas, la brise se leva
du N.-O., et mit finggbma r&oonnaiJsance que
je ne crus pas prudent de pouBstuvre avec une
embaiSpation faiblement armee-^par un vent
afjiiftiffle ordinairement avec violence,  et
dont jle'tais d'allleurs bien aise de profiler pour
sortir de la baie.  1
De retour a bord, je pressafles dispositions
d'appareillage. En levant l'ancre  d'affourche
I 208 VOYAGE
Septembrc 1817.^
avec lc "rand canot, deux honimes furent jetes
a l'eau; lc second maitre recut utie forte
contusion a la jambc, par Forin qui etait sort!
de la coupurc pratiquec a Farrierc poor lui|
servir de conduit. A une heure a pres- in id i ,
nous appareillames sur une haussiere qu on j
avai 1 (•limbec sur Fextremite de la pointe nord
de l'anse; nous sorlirncs rapidement de la baie,
a la favour d'une forte brise du V qui tourna
a FO.-N.-O. au- dehors. A 2 heures, a bonne
distance des dangers, on mit en panne pour
embarquer les canots, ce qui nc s effeclua
qu avec beaucoup de peine et quelques a varies au plus grand, la mer etant grosse et tres-
dure; ensuite nous primes la bordec du large
sur les 3 huniers - au second ris et les au—
riques : a 11 heures, on vira a terre..
Pendant notre court sejour a Noutka, les
Indiens ne nous donne rent aucun sujet d'in-
quietude, et leur conduitc pacifique rendit
super flues nos mesures de sur ete. Nous fimes
avec la plus grande facilite noire can, notre
"boiS   et  tons   les   ral I'ai el 1 iSM'iiiens   qu'oflre  le
pay^ ma 1 s, malheureusftneht les fournpres y
sont a -present bun moins ahondantes que AUTOUR DU MONDE. 20Q
Septcinbre 1817.
dans les premiers temps; la traite etant epuisee
nous ne primes nous procurer que vingt peaux
de loutre. La plupart des families qui habi-
taient encore l'anse des Amis en partirent le
meme jour que nous, et les deux ou trois qui
restaient encore avec Omacteatchloa se dlspo-
saient a les suivre a Taehes, aussit6t que nous
serions sortls de leur canton.
Le barometre^varia de 27 p. 11 1. a 28 p.
2 1.; le thermometre fut de 10 deg. 5 min. a
13 deg. n min. le jour: il monta a 18 deg. au
soleil meridien et ne descendit qu'a  9 deg.
3 min. la nuit, ayant marque i3 deg. dans la
journee. Le temps fut variable, souvent couvert
et pluvieux; nous eumes deux jours de grosse
plule. Les vents du S. furent les plus frequens
etles seuls qui donnassent avec force; il n'y
eut que ceux entre N. et E. qui soufflassent
dans l'anse, etles autres ne se firent guere sentir
que par rafales.
J'ajouteraia ce que j'ai deja dit sur Fatterage
de Noutka, que la pointe aux brisans, situee
a Fextremite d'une langue de terre basse, est
une bonne remarque, tout le reste de la cote
etant eleve, particuRerement dansl'ouest. L'as-
t. 1. i4 11
m
2IO VOYAGE
Septembrc 1817.
pect general des terres ofFre aussi une bonne
reconnaissance, surtout en vcnant de cette
partie. Les montagnes qui environnent la baie
presente nt des somme Is anguleux et bizarre^
rnent decoupes, ainsi quo plusieurs pics, parmi
1 esquel s se fait remarquer celui de Taehes, qui
a la forme d'un clocher : dans Fouest les montagnes offrent des pro fils plus reguliers et gene-
raleinont arrondis. Septembre x8i?.
AUTOUR DU MONDE.
211
CHAPITRE V.
Depart de Noutka pour Nitinat. — Isle de Flores. —
Detroit de Fuca. — Dangers auxquels le Bordelais
e'chappe. —Perte d'un grand canot et d'une baleiniere.— Sdjour a Nitinat. — Nanat, chef de cette
peuplade. —Observations nauiiques et geologiques.
—Rel&che a la Bodeza, etablissemePiqgjisse.]— Retour
a. Francisco. — Complot contre le capitaine du Bordelais. — Mort du maitre d'equipage.
Le 18.— A 5 heures du matin, on eut connaissance de la cote s'etendant du nord-ouest
a l'est. A 7 heures, nous reconnumes Fentree
de Noutka et la pointe aux brisans. Une pirogue
sortie de derriere la pointe vint a bord; ellepor-
talt neuf Indiens, dont deux seulement eurent
permission de monter. lis reconnais£aient Macouina pour chef supreme. Ils etaient genera-
lement mieux faits, plus vifs, plus gais et
moins sales que ceux de Noutka. Ils chanterent
en battant la mesuresur lebord deleur pirogue
avec les pagayes : en meme temps un d'eux, se
tenant debout, executait une espece. de pantomime melee   de  gestes  et  d'attitudes tantot.
i4- 212
VOYAGE
Septembrc 1817.
ffroces, tantot grotesques. Us firent tous leurs
efforts pour nous engager a moulRer dans leur
port, qu'ils nous montraient : c'e*tait le canal
au nord-ouest de l'tte de Flores, ou ils nous
faisaient esperer beaucoup de peaux de loutre;
mais je les invltai a les apporter a bord. A
5 heures dusoir, je viral au large a une Reue et
demie de la pointe Saint-Raphael, extremite
ouest de Fentree du canal; la brise, mo 1 le de
FO.-N.-O. depuis le matin, moRlssant encore,
je voulais m'eloigner un peu pour ne pas passer
la nuit en calme sous cette cdte j mais elle etait
si laible que nous gouvcrnions a peine, malgre
la tranqui 11 ite de la mer un ie comme un etang.
Beaucoup de baleines se jouaient autour du
navire, et le bruit q 11'el les faisaient en soul-
llaut, nous les fit prendre plus d'une fois pour
des brisans. A une heure la brise sauta de FE.
au N.-O. efc.donna grand frais.
Le 19. — Je rep ris le bord de terre dans
Fespoir assez incerlain que la brise y serait
plus mod eree, et qu'il pourrait venir quelques
pirogues.avec des fourrures, d'ap res la demande
que j'en avais faite la veille. Je voulais aussi
prendre connaissance de cette partie de la cdte; AUTOUR DU MONDE. 2l3
ieptembre 18x7.
|e4a prolongeai a 3 ou 4 milles de distance ,
ious petite voile, afin de reconnaitre les pointes
et de donner aux pirogues le temps de sortir.
Mes esperances furent egalement frustrees dans
Fun et Fautre pro jet, aucune pirogue ne parut,
je ne vis meme aucun vestige d'habltation, et
excepte File de Flo res, je ne reconnus qu'im-
parfaitement les details que donne Vancouver
sur cette partie.D'apres les Espagnols, c'est le district appeleClayoquot par les Indiens. De quelque cote qu'on yatterisse, on distinguera deux
montagnes remarquables par des eboulemens.
La reconnaissance de la montagne la plus au
nord, est un eboulement etroit qui parait de
loin comme une rampe en ligne brisee, la se-
conde, qui est sur File Flores, presente al'ouest
un escarpement considerable : a sa partie supe-
rieure on voit, entre deux eboulemens, un grand
rocher blanc de la forme d'un fer de lance a
angle droit, la pointe en bas. Cette figure doit
le faire distinguer.
Je fus peu surpris de ne pas voir les Indiens
venir a bord, presumant, d'apres ce que j'avais
vu et appris a Noutka, que leurs fourrures
etaient epuisees a cette epoque de l'annee. Je aI4 VOYAGE
Scptcmfcrcr 1817'.
me decidal doniha aRer de suite a Nitinat ou
Berkley-Sound, non dans Fespoir d'un nidi lour
succes, mais afin de recucillir des renseigne-
mens pour Fannee piochaine. Nous* longeames
la cote avec une bonne brisc-d'O., jusqu'au
Soleil eouchant, sans voir le moiafchrfei'vestig-e
de population, cependant nous dtions' assez
proche de terre pour distinguer trdsi-facilement
un homme sur la plage.
Le ->.o.— Nous eumes connaissance de terre
du nord au nord-est a la distance de 3 ou 4 b e u es.
A 3 heures, je dingeai au nord-est, pouf'don-
ner entre le groupe d'ilols de Fouest et celui de
•¥est; mais en appro chant, je re conn us d'en-
haut que le fond de ce chenal, spacieuX 4-soil
ouverture, etait 11 erisse de brisans. Jo me < 10-
cidai a tenter la passe entre le' groupe de l'est
etla c&te de cette partie qtiii paraissalt plus
saine, bien que moins ouvoiio. Ouoiqno lo temps
fiat clair et>l&*ifcne belle, je ne voulus pas
m'aventurer dans ce labyrinthe, stir lequel )k
ltfavals de donnees que ceUes que ine procnrait
•l'atttis de Vancouver, dont les del a ils, pottt
bette partie, ne me paraissaienipafc^S-exacts,
et qui est d'aiReurs a trop petithpolnt potir AUTOUB. DU MONDE. 2l5
Scplembre   1817.
servir a piloter. Quant au plan de Meares, 11 ne
retracait guere plus Fentree que j'avals sous les
yeux que celle du Gange. Le fond ( solxante-
quatre brasses) etant trop considerable pour
permettre de moulller, je prisle large. Le calme
survlnt blentot.
Le 21. — A mid!, nous relevames a Fest-
sud-est 4- sud le cap Flatterie, pointe sud du
detroit de Jean de Fucca, dontle sommetnous
parut couvert de neige. Nous nous trouvames
au soleil eouchant en position de bien connaitre
Fentree dela baie; elle nous parut saine, comme
Findique FatlasdeVancouver. Sauflanuit, tou-
tesles circonstances etantfavorables, je continual
a courir sur le chenal sous toutes voiles, dans
Fespoir que la lune, presque dans son plein,
donnerait assez de clarte pour distinguer les
objets de maniere apouvoir chercherle mouillage; mais il faRut renoncer a ce projet, les
ilots de Fentree n'etantplus visibles a n heures.
Les deux jours suivans, des brises de FE.
firent succeder les brumes au temps clair dont
nous avlons joui, et rendlrent encore nos efforts
inutiles.    -
Le 24.—Le temps continua a etre brumeux, 2lG
VOYAGE
Septembrc 181
el nous perdlonsla terre de vue des que nous
faiwonsunpeude chemin au large. Nous aviflpu^
pris cette bordee a 10 heures, etant alors a une
demi-lieue sculemont des ilots. A mldi aucune
terre n'Ctait en vue; nous virames dessus, et en
en mes connaissance a 2 heures.
Le mcrcure descendu depuis la veille de
28 p. I 1. a 27 p. Io 1., et le changenient qui
s'etait opere, .soinblaienl annonccr lappioohe
du gros temps d'equinoxe; mais la brise etait
maniablo, la brume se dissipait, etl'apparence
des locaiites me faisait d'autant jilus esperer
trouver facilement un mouillage , que nous
avions toujours eu le fond de 3o a .\ o brasses a
l'ouverture de la bale. Je donnai done dans la
petite passe a 3 heures, gouvernant d'apres
le gisemeiit des pointes et la position des rochers, generalement a Fest-nord-est denpi-nord,
L'aire que portait le navire ne permettant pas
d'avoir le fond avec la sonde a la main, meme
en dontiant des auloffees, nous masquames a
plusieurs repi^ses le perroquet de fougue, et
ne trouvames pas moins de dix-sept trasses*
fond varle, rocher, coqulUes et sable. La brise
mollit dans Isl passe. A 3 heures et deiHMvnous AUTOUR DU MONDE. 217
Septembrc 1817.
Favlons franchle, et nous etions dans le canal
entre la grande terre a l'est et les ilots dans
l'ouest. On mit a la mer le grand canot et une
baleiniere, et M. Foucauit fut a la recherche
d'un mouillage dans la partie du nord, tandis
que le navire descendait le canal sous petite
spile avec une faible brise.
Plusieurs pirogues approcherent, mais sans
vouloir venir le long du bord, jusqu'a F arrivee
d'un chef qui monta sans temoigner de me-
fiatiee.
A 6 heures, M. Foucauit revint a bord, apres
avoir trouve a la bande de l'est deux bras de
mer contigus. H etait entre dans celui de tri-
bord, leplus large, qui offrait un bon mouillage, mais 11 y avait tres-grand fond a Fentree,
formee par une anse a laqueile ils aboutissent
tous deux. Les naturels qui etaient a bord m'in-
>  diquerent un bon mouill&ge, entre la trolsieme
etla quatrieme ile; je dlrlgeal sur Fenfonce-
ment qu'elles forment, tenant le vent babord
I  amure. En accostant la troisieme jusqu'a moins
!  d'une encablure, la sonde ne rapporta pas de
!   fond a vingt-cinq brasses. J'envoyai M. Siepky
a la recherche parmi les ilots sous le vent. II
ii» 2l8 VOYAGE
Septembre i8i~.
revint sans avoir trouve defend a trente brasses
a petite distance des quatrieme et clnquieme
ilots, qui sont d'ailleurs en partie hordes de
recifs. Je l'envoyai ausslt&t a la 6&te sud-est
dU canal ou on avait eu quelques sondes en
entrant.
A Q heures, nous eumes connaissance d un
feu de la baleiniere, qui signal ait qu'elle avait
trouve un mouillage. Le navire le gagna a
II heures et laissa tomber l'ancre par 16
brasses d'eau sur un fond de sable, a un cable
et deml de la cdte de l'est. De fortes rafales de
cette partie etant au meme instant survenues-,
l'ancre chassa, et le navire deriva rapidement
sur un grand fond! et nit porte vers les ilots
sous le vent. Trompe par 1 apparence des locality's qui me faisaient esporor de doriver dans
une eau moins profonde, je me resolus, trop
lard, a couper le cable. Les voiles do god elle
si faciles a etablir, permirent au navire de
doubler la pointe de Filot, pres duquel fut
executee cette mesure extreme. On fit de la
voile avec toute la promptitude que permefc*
talent un vent deja violent et une pluie tres<-
forte; mais avant que le grand hunier ne fut AUTOtIR DU MONDE. 319
Septembre 1817.
horde, un rocher qui se trouva sous le beaupre
nous obligea a envoyer vent devant. Le navire
loffa a masquer devant, mais n'ayant pas assez
de voiles au grand mat, il etala et commenca a
abattre. Dans cette circonstance il ne restait
qu'a tenter de virer vent arriere , malgre la
proximlte des dangers par le travers. Le com-
mandement de cette manoeuvre etait deja pro-
nonce ,  lorsqu'une  variete   nous masqua  de
nouveau. Ce changement Inespere, que me ca-
chalt Fobscurite de la nuit, fut heureusement
apereu et aussitot annonce par M. Foucauit,
et nous virames vent devant. Mais encore prive
de son grand hunler, le navire fit une abattee si
considerable, qu'en repassant devant la pointe,
il toucha de Farriere. La coupe verticale du
rocher nous sauva, et le flanc seul du navire
porta  : la barre ayant ete poussee au vent,
avant que le milieu ne fut par le travers des
dangers, le navire franchit sur son aire. La
nuit se passa a manoeuvrer pour nous entretenir
dans la partie que nous avions deja frequentee,
diverses raisons me faisant craindre des dangers
dans le nord de la baie. Le temps empira, la 220 VOYAGE
Septembrc 1817.
pluie ne cessa de tomber, et les grains tres-
violens se succederent a courts inlorvalles;
hcureusement que la lime nous faisait apercc-
voir les dangers.
Le 9.5. — Au jour, un virement de bord
manque nous mit do nouveau dans un danger
imminent. Peu apres, nous peril ii nos notre moil-
leure baleiniere qu'il n'avait pas etc possible
d'embarquer ainsi que le grand canot, it leur
retour a bord. Le temps s'c'lanl modere dans
la matinee, M. Foucauit fut envoye a la decouverte. 11 ne trouva pas de meiReur mouillage
que le plus petit des deux bras de mer qu'i 1
avait recomnis la \(>ilie. Nous lo gagnamesapres
douze heures d'elforts, en alongeant des touees
a lafaveur des acahnis que nous procurait l'abri
de la cote peu elevee, mais couverte de ban tes
fulaies. A 9 heures et demie le navire lot
amarre dans ce canal, ayant 9 brasses d'eau devant et 7 derriere a mer basse.
Malgre la pluie nous avions eu la visite de
beaucoup d'lndions, et entr'autres de Nanal,
^chef distingue*,, qui etait venu seul a bord la
•veiUe. Il avait une levhe de drap bleu Jf-VWT 3
AUTOUR DU MONDE. S2I
Septembrc 18x7,
des boutons de cuivre a Faigle americaine. II
nous ceda une peau de loutre, en forme de
present a la maniere de Macouina.
Le 26. — Quoique la brise ne se fit pas sentir
dans notre petit canal dont les bords etaient converts d'arbres enormes, il y eut encore de fortes
rafales«dans la baie. Il ne plut qu'a de longs
interyalles, ce qui nous mit a meme de faire
s&eher les voiles ainsl que les effets de l'equipage qui en avait le plu& grand besoin. L'ar-
murler travallla de suite a faire une chatte qui
nous manquait pour draguer le cable.
&Apres mldl, j'allai avec un officier et le chi-
rurgien reconnaitre le bassin qui se trouve a
Fextremite du bras ou nous etions moulRes, et
qui, avant d'y aboutir, forme un recran des
deux bords entre lesquels il y a de quatre a six
brasses d'eau. Au cote nord est une aiguade
ahondante et commode. Latejagueur du bassin,
sur une direction a peu pres perpendiculaire a
celle du canal, est d'environ trois encablures
sur une trois-quarts de largeur. On y trouve
generalement trois brasses a moins d'une demi-
encablure du bord, et au milieu jusqu'a six et
demie. Le fond estvarie, sable et coqullles.De
M. 2(20 VOYAGE
Septcmbre 1827*
la partte. sttd-rest qui parait avoir le mo indre
fond, part un bras encorerplns droit <pie le
premier et qui, a mer bassa^'conserve a peine
une brasse d'eau. 11 me conduisiI a un second
bassin a peu pres do la meme etendue que le
premier, uiais qui asseche en grande partie au
jusan.
Nous trouvames, a Fembouchure. d'un petit
ruisseau, 1" habitat ion d'un Indion qui vint nous
recevoir au debarcadaire ; nous enframes dans
sa domeurc, qui etait occupee par cinq personnes outre plusieurs enfans. suvoir : noire
bote, son frere, leurs deux femmes et une
vieille (jui paraissait etre leur mere. Nous
fumes accueillis avec une bienveillance quel
nos presens, quoique de peu de valeur, ne
lirent qu accroitre. L Indien qui nous accueil-
lit dait d'une petite taille, R avait la physio-
110 n lie fixe ainsl que son»ifrere,cet son regard
etait exempt de cette expression farouche si
commune..chgfc-iee£ sauvages. Sa femme etait
joRe,; sa.figure,annoncaji,aussi beaucoup de
douceur et non moinsRe coquetterie. La maison
etait construite en planches, comme cellos de
Nftutka, mais avec plus .dejsoin : R y regnait m
AUTOUR DU MONDE. 223
Septembrc x8xj.
plus de proprete ainsi que sur -ceux qui l'ha-
bitalent. TrOiscotes de la case avaient un plan-
cher formant estrade : le foyer etait au milieu.
Une case adjacente plus petite servait de ma-
gasin. Parmi les enfans , 11 y en avait un de
six ou sept ans dont le ventre etait d'une gros-
seur monstrueuse. R chanta et dansa d'une maniere facetieuse , apres quol il tendit la main
d'un air riant en demandant un patchitl. On
me pressa de Facheter , ce qui ne me surprit
pas peu. Malgre mon refus, nous nous sepa-
rames d'une maniere tres-amicale de ces bonnes
gens, qui nous obligerent a accepter des co-
quillages et quelques poissons sees. Tengageai
le chef de la famille, qui s'appelait Cia, a
venir a bord.
Leon. — M. Siepki fut envoye a la recherche
de la baleiniere qu'il ne trouva pas. II reconnut
un passage entre la troisieme ile du groupe
(celle sur laqueile nous avions touche) et la
quatrieme; il trouva aussi un mouillage entre
\  la troisieme ile et la seconde qui forment un
port ouvert a l'ouest.
Nanat revint a bord avec son fils, enfant de
■  treize an&> celui-ci avait mis la levite de son
«- I
224 VOYAGE
Septcmbie 1817.
pere, dans laqueRell etait empaquetede la focon
kpfus bizarre, car il Favait pass^e de maniere
a la boutonner derriere le dosv-
Le 28. —J'allai reconnaitre la partie nord
du canal forme par la c6te ou se trouvaient
noire petit port et les ilots qui le bordent.
Pendant cette excursion qui ne s'etendait qu'a
3 lieues, nous rencqUtrames une douzalne de
pirogues avecijesqueRes nous traltames de deux
peaux de loutre et de plusieurs peaux d'ouft&
Les naturels ne nous donnerent Reu de nous
pl&indre que de leur Importunate a demander
des patchitls.
Le 29. — Je partis de bonne heure avec le
grand canot et la baleiniere pour draguer le
cable et l'ancre perdus la nuit de notre entree. La chatte fut jetee neuf fois sans succes
sur un espace de 2 -^ encablure, le long de la
cQte nord-est de Mot sur lequel nous avions
touche.
Les cinq jours suivans, les embarcations
furent oCcSfcpees a cette recherche pendant six
ou sept heures.
Le 3o. — Deux Indiens venus a bord dans
une petite pirogue, furent surpris volant une AUTOUR DU MONDE. 225
Octobre 1817.
drlsse de pavilion ; ils s'eloignerent aussitot a
force de rames. Sur leur refus de rendre Fobjet
de'robe, je fis tirer un coup de fusil par dessus
leur tete; ils gagnerent alors la terre, et se ca-
cherent dans les bois. La pirogue envoyee a
leur poursuite ramena la leur. Cet incident ne
troubla pas la bonne intelligence entre nous, et
les naturels, a qui on eut soin de faire connaitre la cause de la saisie de la pirogue.
Le 5 octobre. — L'equipage se reposa. Quelque facheuse que fut la perte de l'ancre et du
cable qui en etaient Fobjet, je ne crus pas devoir donner plus de temps a des recherches qui
j^es^probablement devaient etre infructueuses.
D'ailleurs le peu de succes de nos recherches,
Fiepoque tnes-avancee de la saison, et le facheux
etat de la sante de Fequipage, me faisaient une
loi de quitter ces parages et d'aller hlverner
dans un chmat plus doux, et ouil nit possible
de mettre le *temps a profit. Le tonnelier fit
quelques barils de biere avec des sommites de
sapinette.
J'employaiune partie de la journee arecon-
naitre les passes qui menent au canal entre les
ilots; quoique toutes paraissent saines *siir la
t. 1. !5 2 0.6
VOYAOE
Octobre   18:1
ear& que Tatifcttttver en dbtirife d'apres les Espagnols, pftfti^Urd Sont impraticablos , soit a
cause des baticS? d#nt ^-llfiJ '^otit obstru^fefe,
soit k Causeiflfe. 4tettr pteu de largeUk Qtiant 'a&
plan patticiilifilP^tite Meares donne Rle son
Berkley-Sound, il m a feetnbte fait 'Sk^klisir.
Je trouv&i sur titi trot queliptei epis grdtiti&
et pen <Hevos, qui me parurenl apparlenir a
une espece de seiglo : aucun des grains n'avait
inuri a point; et la plupart daient noirs et
mo is is.
Les Indiens dn littoral de Nitinat sont gene-
ralomonl   mieux  faits   et moins  sales que ceux
de Noutka ; ils paraisscnl plus adits   et ont  la
p 11 \ sionon 1 ie plus expressive; mais, a certains
egards, ils sont plus doigues de la civilisation,
attendu qu'ils  eoiiimuniquciil  moins  avec les
etrangers;   aussi ont-ils *l'air   plus   sauvage.
fls sont phis end ins att vol, et plus imp or tuns
st demander des patchitls. Au redte^ Us tie ma**
nifest^rent jamais d'intenlions hostiles, tant a
bord qu'a l'egard des embarcations. A la v^
rite j quand on les expediait a quelque distance j dies etaient toujours annees, et a bord
le filet d'abordage etait   hiss£ avant que le
-I AUTOUR DU MONDE. 227
Octobre 1817.
nombre des Indiens ne devint plus considerable. De tous les moyens de defense que pos-
seaait le Bordelais, aucun ne leur inspirait
autant de terreur qu'un chien noir de la race
des dogues, que nous avions pris au Perou.
Nous avons vu quelques hommes et un plus
grand nombre de femmes dont le teint ne dif—
feral t du blanc que par une nuance de jaune
pale. Quelques jeunes gens des deux sexes avaient
des couleurs, et beaucoup d'enfans auraient
passe pour jolis en Europe. La plus grande
partie des Indiens ont les clieveux noirs, le
reste d'un blond roussatre; ceux-ci les ont aussi
fins que les habitans des contrees centrales de
l'Europe : tous portent les cheveux longs; les
femmes surtout ont le soin de les peigner, et les
partagent au milieu du front. Les deux sexes
s'habillent comme a Noutka, avec cette diffe-
T$hce qufe les femmes portent ici sous leurs autres
v^teiffehs une espece de tablier, compose d'e-
corce non tissue, mais seulement attache a un
cordon qui leur ceint les reins. Nous avons vu
beaucoup de femmes bien faites, et ayant les
bras bieti dessines, mais presque toutes ont de
Vil#yies nSaitiS.En general, elles sont mieux que
i5.
*- 1
i
228 » VOYAGE
Octobre   1817.
les femmes de Noutka, quolqu'eRes alent dans
la physlonomie quelque chose de plus dur et
de plus sauvage : c'est surtout leur front (droit
et ride de bonne heure qui Jeur donne cette.
expression. Nous n'en avons vu que trois ou
quatre qui auraient pu avoir en Europe quelque
pretention a la beaute. De ce nombre etait la
femme de Cla, qui nous avait fait un accueil
si hospitaher; une autre, epouse d'un grand
chef, etait presque blanche; olio avait de grands
yeux noirs, des traits reguhers, un beau carac-
tere de figure,et un inanition remp 11 de decepce
et de dignite. Les femmes et les filles nous pain rent aussi mod es tes que celles de Noutka, et
nous semblerent meme encore plus reservees.,
Nous remarquames lei la meme hierarchic
et la meme subordination qu'a Nouika. Nanal
paraissait etre le grand chef. R mettalt dans
Fexercice de son autorlte plus de hauteur que
Macouina; nousle vimes plusieurs fois rudoyer
Cla, et une partie des presens que nous avions
faits a ce dernier, passa entre les mains de son
suzerain.
D'apres ce que j'ai compris, les naturels appelant Anachtchitl (et aussi Oheia) le canton AUTOUR DU MONDE. a!K)
Octobre 1817.
qui environne leur baie. Au moins est-il certain que le nom de Nitinat n'appartient a
aucune de ses parties, mais a un village qui est
loin dans le sud-est, vers le detroit de Fucca.
Ils donnent celui de Tchaxa ou plutot
Tchachtza au port desire, et au canton ou il
se trouve. Nous avions ainsi designe d'avance,
le matin du 25, le mouillage dont la decouverte
nous interessait vivement. Ce port, ou les na-
IfSnrels nous dirent qu'aucun navire n'etait entre
avant nous, est situe a deux lieues de la passe,
a la bande orientale dela baie, et, tout porte a
le croire, sur la grande lie Quadra de Vancouver. La seule reconnaissance est un tertre es-
carpe depourvu d'arbres; mais couvert d'une
belle verdure, qui se trouve au bord de la
mer a quelques encablures dans le sud, et qui
presente Faspect d'une fortificationruine'e. Elant
cerne vers Finterieur d'arbres qui le dominent,
il n'est pas tres - facile a distinguer. L'entree
meme du canal de Tchachtza, large de 10
brasses seulement, et environne' de hautes
futaies, ne s'apercevrait que de tres-pres, si
elle n'etait precedee d'une anse moins ouverte
que profonde, mais qui a trop d'eau pour y '■W-'
tin
230 VOYAGE
Octobre 1817.
mouiller avec un seul cable. C'est dans cet en-
foncement que notre port se trouvait ajnsj
qu'un autre bras de mer plus spacieux , mais
moins abrite et obstrue de rochers et de va^f
a Finterieur.
Ces mouillages, qui doubleraientFimportance
de la belle ile de Bourbon, sont pour apngj
dire perdues sur cette cote, ou la BWtture s'est
plue a creer des pprts, et a preparer tous les
elemens d'une inarine dorit Fessor sera pr#r
portlonne a Factivlte du peuple appelg a les
exploiter.
Dans cette relache nous ne pumes nous procurer que neuf peaux de loutres, dont trpw sea-jj
lement etaient belles, et six peaux d'ours. La
cargaison etait mal assortie pour ces parages :
la poudre seule etait de la qualite conyenable,
aussi etait-elle la base des echanges importans.
D'apres Fardeur avec lauuelle les Ind[mns la
recherchaient, nous fumes etonnes de voir
qu'ils ne demandaient pas nos fusils, imltant
en cela les habitans de Noutka. J'attribuai ce
defaut d'empressement a se procurer les armes,
sans lesquelles la poudre doit leur etre inutile,
a ce qu'ils avaient encore en bon etat les fusils AUTOUR   DU   MONDE. 231
Octobre 181 -j.
que leur avaient livres les batimpns qui ve-
naient de visiter ces c6tes.
Les Indiens me solliclterent de revenlrFannee
suivante, mais je ne voulus pas m'engager a
faire une seconde visite dans cette partie, que
ies loutres ont presque abandonnee depuis les
prenjiejesitemps de la traite. R y a deja nombre
d'annees* que ce denuement eloigns les navi-
gateui^, qui de nos jours n'entrent que tres-
rarement a Nitinat. L'entren du detroit de
I?ucca est plus frequentee par les navires appar-
■ tenant a FetabKssement de la Columbia. Ce
jrest guere qtitan, seconde main que l$s naturels
'de cette baie obtieuqent les articles d'Europe.
Outre le poisson et les coquillaggs., aussa
abondans et aussi bops qu'a Noutka, les naturels nouspapporterent quelque gibier* lis nous
l^aatesenterent.^ussi de&oiseaux de prole, parli-
culierement des aigles, et un alfodtrpis qulilb
; .isenaient Ide tuer. Nousnper tibuvames pas de
morepes, mais beaucoup de. perttepiarres. ;'tqA
Le 6. — Le barometre, qui le jour de notre
:fteutreeavait e4e' a 27 p. 8 1., etait bientot remonte a 28 p. et varia entre 28 p. 1 1. et 27 p.
10 1. LeJrher-mometre fut de 17 deg. a io deg.
ilrfl ■Ill
II
.'
s3a VOYAGE
Octobre 1817.
lo jour et a 7 deg. la 1111 i I. .1 e n'eus pas occasion j
d'observerl'etabhssementduport. Nous ensortir
mes a la t o u <i e, et de la rade avec une petite, brise
de N.-O- Pour, nous avancer avec le secours des
embarcations, nous.manceuvrames ensuite vers
la passe par laqueile nous etions entres.: d'apres
la reconnaissance que j a\ a is lai I <• la veille, elle
est la pins sure, et a l'avantage de.conduire de
Stute au large. A 4 heures, la hrix' 11011.1 nian-
qua sous FRot dont la rencontre avait faiRi
nous etre lit I ale dans la unit du :>.J : 11 o 11 > \\;\ i-
lames a Falde.-des embarcations et nous iiioulI-
James a 4 uu 51 encablures par ,s5 brasses,
fond de sable fin. Nous passanaes la nuit a ce
mouillage.- Ii
Le 7. — A 5 heures, la brise se leva du
N. E., et nous tip pared I ainos. A 8 heures, nous
avions. double tons los dango/w, mais la brise
Ion 1 hail, ot une grosse ho 11 le du N.-Efetious pQT-
(ait sur hi cole E., qui est herissce de hri>ans.
Apresavoir lolle jusqu'au S.-E. on arm a • mais
let cah 110 e tan t su rv on u, e I I a houle 11 ous jdros-
sani scnsi l> lemon t, a q Inures-i-jeniuuilhii l'ancre
a; jol par 32 brasses, fond de grosj gravier.
Peu apres, il \ml a bord 1111 homiiu• presijue AUTOUR DU MONDE. 233
Octobre 1817.
blanc, qui avait dans son abord et dans ses ma-
nieres quelque chose qui annoncalt une civilisation plus avance'e. Arrive le long du bord, il
demanda en angkis, avec une sorte depolitesse,
aetre admis; jelefisdescendredansma chambre,
et lui offris du biscuit, de la melasse et du vin.
31 se comporta toujours avec beaucoup de defence sans rien demander. II parlait anglais
,«kiieux;qu'aucun autre Indien et de maniere a
se faire assez bien comprendre, malgre sa prononciation ridicule. Ayant recu quelques bagatelles Uiim'offrit une petite peau ; j'ajoutal
quelque chose au present qu'il avait deja reon',
mais sans qu'il le solJicitat. II s'appelait Swa--
nlmlllch et habitant Tchlnouk ( derriere le cap
Flatery, a ce qu'il me fit entendre) d'ou il etki*
yenu pour faire la peche. II m'assura avoir laisse
a cet endroit quatre Americains qui y avaient
ete deposes par un navire de New-York. Ibrofe
nomma tres-distinctement MM. Clark, Lewis
et Kean. Ils avaient une maison a eux, et de-
vaient y passer Fhiver : il me dit qu'il venait
tous les ans plusieurs navires, et en cita un anglais , VOcean. Je n'ai jamais pu eclaircir ces
faits, dont les Ame'ricalns que j'ai vus depW-S' 234 VOYAGE
Oc tobrc  1817.
clflfls diveygfs parses m'ont djt n'^yftjr, $%W*ne
connaissance.
A n4di, la bri$fl s?<&jiant levee du N.-O., je
fis virer pour j&e tine? att plutot de cette po-
silion disagreaitle. A ti9£ hertre ^, UOU& ap p a-
reillames (0.
Le 8. — La brise frafohit un peu dans la
nuit, avec le temps le plus clair possible qui
nous permit de consent la terre a vue. Lc
mont Olynipe, dont le sommet couvert de neige
dominalt tous les autres, res tail au N.-O .-S.-E.;
11 se dislinguait encore le lendemain au lever
du soleil. Le 9, la brise prit de la force dans
la matinee, et il se leva de 1*0. tine bande bra*
meuse qui, dans ces parages, annonce genera-
lenient au moins de forts vents , comme nous
ne lardames pas a f eprouver. A midi ot demi,
etant a vue de la cote par le travers de la fli*
mere Columbia, nous eumes connaissance d'un
W On releva ea meme temps la cole iaord-est du detroit de
Fucca a l'est 8 deg. nord ; les hauteurs de Glosset sud 64 deg.
nord-esj; la pointe Est de Niiinal au nord i5 -^g. Quest dpi couv-
pas. Jepris de la le point de depart, nord AS^deg. 38 mm.,
ouest 127 deg. 5o min.
(La pointcEst de llentree restait au nord 57 deg. Est, latitude
Qgfd, 48-48.) AUTOUR DU JIONDE. a&5
Octobre i8ij.
brick coura.$t.sur la terre. Je manoeuvrai pour
rallier ce batime$i£, qui de son cote en fit au-
|£#]t. II mit en panne et hissa le pavilion anglais;
nous mi^is le notre et doublames le brick
$gfls le vent. Nous nous helames reciproque-
rnent sans pouvoir ni^as entendre. A 1 heur%&,
nous virames dans ses eaux; il fit servir en
meme temps, et forca de voiles de maniere a ipe
faire jjyjger qujjl avait eopgu dei^nguietudgi,
gj, ne voujalt pas se laisser jolndre. Je renfis en
route aussitot. Ce batiment dc 180 totiti€$U*£
Wvjyon avait oA homines suij.SjQn pont.
Les 12-13.—II vex$L.g$%gid frais du N.-N.-O.
avec temps  dair. Nous  vinjgs he%ucpun de
rg)grsouins dans   la nuit, et d^j baleities le
matin, ainsi qu'un grant$ nombre d'oigaaux ,
dont qu#Jques-uj$6 de rivage.
D'apres ce que j'avais appris des Espagnoll^
mon intention etant de reconnaitfieil'j^tabblsse-
inent russe a la Bodega, je ralhai•(& terre, dont
j'eus connal§ftance a 6 heures du matip par
38 deg. 4o pu#., s'etendant de FE. au N.-N.-E.
L'interieur est de hauteur mediocre , partie
boisee, partie eij^avanne, et couverte d'une
verdure pale ou de tafihes jaunatres. La cafe que 236 VOYAGE
Oclol.rc  1R17.
j'approchaia 4 ou5 milles est geneValementbasse,
et terminee en falaises vertical es, avec queP"
qttes coupnres aussi a pic et dos rochers hi an cs
detaches. Nous observances un enfoncemerit
bordd'de rochers et de brisans, et au Iond une
coupee remarquable tresaescarpee^etrepresen-
tant les bords d'une riviere encaissee, del'exis-
Icnce ile laqueile nous ne pu mes nous assuror.
Les brumes et les calmes nous ayant fait
perdre A8 lieures, je ne monillai que deux
jours apres devant le port de la Bodega, qui
n'est qu'a quelques lieues. Presqu aussitot on
vit une em bar cation se dirigcant vers lo navire :
c'i'lait une cavoui] ue ( bateau do poau) con-
d u i ti • pa r (I oi l x Ko d iaq u cs qui 111 o 111 e r en I a bo I'll
a la pronm'.'re invitation qu'on leur on fit. Le
plus jeune ('tail vein d'un gild de to ile bleue,
d'une chemise, et d'un pan talon blanc ; Faut re
n?avait qu'un pan talon et une1 espece de va-
reuse. A leurs manieres, aulant qu'4'letir cd£
tunie, on les aurait plutol pris pour des ma-.
teaots Europeens, que pour des sauvages dont
le'nom esVit peine connu en Europe. Un d'etaf1
parlaltpassablement espagnol: 11 etait de ceux
qui avaient ete pris faisant la chasse aux lou- AUTOUR DU MONDE. a3n
Octobre 1817,
tres dans le port San-Francisco, d'ou 11 etait
parvenu a s'echapper. Apres qu'on les eut fait
dejeuner, j'allai a terre dans la baleiniere, em-
menant celui qui parlait espagnol. Nous pas-
sames entre la pointe nord et le rocher qu'on
volt aupres. II est presque toujours couvert de
pelicans et autres oiseaux dont la fiente donne
a sa surface une teinte blanche, tandis que sa
base, lavee par la mer, est noire.
Lc port forme par un recran derriere la
pointe, se trouve de suite a babord en entrant.;
H ne peut recevoir que des petits navires, etant
obstrue par une barre ou il ne reste qu'une
brasse et demie d'eau a mer basse. Le meilleur
mouillage, d'apres ce que j'ai pu juger, et le
rapport du Kodiaque, doit etre dans le nord-
est de Filot, ou il m'a dit qu'il y avait 5 brasses,
fond sable. C'est l'eau et lefond que Foajfcrouve
dans la passe et autour du rocher, dans les parties degagees de Goemon. Le Kutusoff avait
mouille dans ce parage, et e'tait entre et sort!
par la passe au nord de Filot. L'autre partie de
Feptree, quoique tres-ouverte , n'est pas pra-
ticable.
J'appris  que   Fetablissement russe etait a
It. ,m
238 VOYAGE
Octobre 1817.
quelqii.es lieues dans ie nord, a Fembouchu*^
d'une petite riviere que les Russes appellent
Slavinska-Boss, par le 38 deg.3o min., surfcnK
partie de la cote qui n'a pas de moiiSlage.
M. Koskoff, gouverneur de l'etablissement,
venaHt.de partir potir San-Francisco, sat W.
vaisseau de Ik llWapagnle le KutUsoff. Ce' rapport me fit perdre FeBpoir qtri riif &7$&t conduit-
dans cet endroit.
H n'existe maintenant att fond du port qu'un
magasln en bois, construit par Ies Russes. Le
Ktodiaque me dit qu'il etait ferme et sans gstt-l
dien, hii-inenie etson compagnotf Etaient ventis
la ve"ille de Slavinska-Ross pour aller jomdrc
le Kutusofftit San-Francisco. Quelques* natiti'
rels d'es dfeux sexes, les plus sales et les plus
stup'M^'qrie fine jamais vus , occupalent3$Jif
4 fcdbanes1 bastes eti forme de ruche, de 8 pledtf
de diidneMre , con^1xuite& avec des brandies
d'£r<bre& fisl "stai&it nus a Fexce^tiori d'tttie pes-'
tit^efotftf&^JJetiw Mbl^Haons etaient d^nn^ss1
(Ste- tttute esjl&ce de me'tflbles ; Ok cofddltetletit
dans la j}|ftifeie8& Le Kodlaque avait d€fil
fait cboix d'une femme pour son court jffi$&r*
A midi je reMlftS IfRWd et j'sipparSBifett? afus- Octobre x8x
AUTOUR DU MONDE. 23q
sitot de la Bodega avec une petite brise d'O.-
S^-O., qui fraichit en passant au N.-O. Je fis
route pour Sin-Francisco, longeant la cote a 3
ou 4 milles de distance jusqu'a la pointe de
los Reyes, par le travers de laqueile nobs nous
trouvarhes a 5 Injures. La brise qui niollit a
cette hauteur, m'ayant feit perdre Fespolr de
reconnaitre Fentree du port avant la nuit, je
ne voulus pas m'engager en-dfedans dtfs farel-
loties sur lesqueUes les courans pou^aient me
porter si le calme survenait. Ces motifs de prudence me firent sacrlfier le reste du jour et utie
partie de la huit suivante a courir des bordees
devant la pointe de los Reyes.
Le \6. —Nous fimes route en rangeant
la pointe a deu± milles dans le sud, et a
deux heures nous dietottvrlhiefc 1&5 pointeSfde
Fentree. Peu apres le fort hissa les couleurs
espdgnoles;, nous arboraines les notres. On
apercdt le Kutusoffku mouillage du Presidio-..
En acostant la bande du nord, le navire se
trouva dans une mertres-clapoteuseetagit&j de
forts femoux -, fcauses par la force flu jusan* tjui
l'emp^ehaient de gagner. Ayant knee sur tri-
bordi, nous sortimeSde ce lit de eoilrant aiti-i 24o
VOYAGE
Octobre 1B17.
canal, et nous donnames dans le porta 4 heures.
A 5 "Heures nous pasBames a poupe du Ku-
tusoff, commande par le capitaine Heigemelster.
Quelques minutes apres nous mouillames a
terre du Kutusoffl Je descendis aussitot. Je
trotcvai sur la plage don L. Arguello qui
m'accueillit en ancienne connaissance, ainsl
que 1 es autres officlersqul montrerent beaucoup^
de satisfaction de nous revolr. Je fis aussi ma
visite a M. Heigemeister^n revenant a bord.
Le in. — Notis commencames nos travaux :
j'allai au Presidio et a la mission, prendre deb.
mesures pour la fourniture reguBere du pain,
de la viande et des legumes; un reghtie sain et
restaurant etant necessaire a la sante de l'eqni-
pagedontax hommes etaient sur les cadres. Le
reste se resscnlail plus ou moins de'notre debut
a la cote, nord-ouest. Je m'occupai aussi des ap->
provlsionnemetis necessalres a la continuation
A* voyage, qui paraissait devoir se prolonger"
bien'au double de la duree presumee qui avait
servi* d'echelle.
Le 19.— Jour anniversaire de notre depart
de France, teus les travaux furent suspendusj
J'allai au Presidio avecl'etat-major et Fequipage AUTOUR DU MONDE. ifa
Octobre 1817.
assister au service divin. Pn donna double ration a diner.
Le 21.—La bale de la Hyerba-Buona offrant
plus de commodites que celle du Presidio pour
faire du bois et du charbon, je me decidai a
y condulre le tiavire.
Des corvees furent mlses a terre et com-
mencerent les travaux. A leur rentree le soir
on s'apercut.que Paris et Ostein avaient de-
serte. Je descendis aussitot avec M. Briole pour
les poursuivre, mais, ne trouvant pas de chevaux, 11 faUut renoncer a ce pro jet, nos de-
serteurs etant montes. .
Le 22.— LeP. Ramon vint a bord pour faire
un choix des objets les plus utiles a la mission
en eehange des fournitures qu'elle nous faifeit.
Le 23. — Sa chaloupe nous porta trente fa-
negues de bie et autres provisions de campagne:
en outre vingt-une peaux de loutre, la plupart
petites.
Les 28-29. — D'apres Foffre que m'avaient
faite les Peres de la mission de recevoir nos
gens, dont la sante ne se retabllssait que len-
tement, malgre la bonne qualite des vivres et
les soins eclalre's de M. Vimon, la chaloupe
t. 1. 16 242
VOYAGE
Octobre 181
transporta quatre malades a Festero de la mission. M. Vimon fut tous les jours leur donner
ses souis.
J'eus alors le premier avis d un complot frame
pond a 111 la re 1 ao 11 e a Nitinat, t en d a n t a en 1 ever
le navire apres s'etre defait des chefs. Ostein,
u n des deux hommes desertes le 21, en avait ete
le moteur • mais le petit nombre de scede rats
qu'il trouva capables de com mettre nn pared
crime, ne lui permit pas de tenter son execution. Les c 1 rconst a noes 11c me pernio I tan t pas
de pou rsu iv re cet le affaire, sans pre] ml icier aux
in lords qui in etaient i oldies , je on is devoir
fein dre de fignorer, et. con server pour lo suc-
ces de 1 expedition des hommes qui n'avaient
aucun litre a la eleinence.
Ayant acheve les travaux qui m'avaient ap-
[ioIo a laHyerba-Buona, je lepris le mouillage
du Presidio , sur lout d'apres ce qui 11 fa va it etc
rapporte, que notre eloignement avait para
porter umbrage a don Louis.
On eut beaucoup do peine a derapper a cause
do la tdiacile du fond. Contraries par les fortes
brises d?0., par los brumes et les ma roes de
flot plus longues.«jue celles dejusan, jene pus AUTOUR  DU  MONDE. 243
Novembre 1817.
attelndre l'anse du Presidio que le 29, apres
avoir ete oblige de mouiller deux fois.
M. Heigmester eut la complaisance de me
ceder divers objets qui nous manquaient, tant
pour le navire que pour l'equipage.
Les 3-9 novembre. — Nous regumes deux
convalescens de la mission. Le maitre d'equi-
pagey fut transporte, etant attelnt d'une affection dangereuse au fole.
Au commencement de ce mois il venta grand
foais, particuherement les apres-midi. La mer
brisait avec force sur les pointes et deferiait
sur toute la plage. Sur la cote exterieure, le
ressac  se faSsait  entendre  avec grand bruit.
L'apparence du temps fut singulierement nw-
nagante le  4 apres le coueher du soleil,  de
gros nuages cuivres venant de Fouest, s'etant
eleves jusqu'au zenith en couvraflt la moitie de
Fhorizon. Les marees furent tres-violentesr surtout celle du 9, qui depassa de plusieurs pied*
les preceflentes et inonda   tout le terrain bas
autour de l'anse du Presidio. Ce jourily avait.
nouveUe lune et eclipse. L'ancre   d'affouj?ehe>.
chassa par la violence du jusan, le navire ayant
ceia$re sur le  grelin dans une embardee, la
16. 244
VOYAGE
Novembre 1817.
»a
barre qu'on avait amarree imprudemment cas«
avec une forte secousse.
Au milieu de ces contrarietes, les travaux
fSrent rarement Interrompus, quoique le bat-
telage fut devenu plus penible, le grand canot
etant la seule embarcation disponible, les pirogues n'etant pas propres au service penible
de ce port, et la maladie du charpentier ayant
arrete le radoub de la baleiniere. Les progres
des ouvrages furent conslderablement ralentis
par le nombre des malades qui augmenta au
point de nous p river de la moltfti des ho in mes
faisant service sur le pont. Ce retard, joint au
devoir que m'lmposait Fhumarute de donner
aux maladas le temps de se retablir, prolongea
du double le sejour que je comptais faire a San-
Francisco.
Le 11. — Le KutusofFnaxtit pour la Nou-
velle-Archangel, chef-lieu des &ablissemens
russes en Amerique.
Le 14.—Charles Renom, maitre d'equlpage,
succomba a la force de la maladie, malgre les
soins de M. Vlmont et les secours hospitallers
qu'il recevait a la mission oii tous nos malades
etaient traites avec une charite vrainrent tou- AUTOUR DU MONDE. 245
Novembre 1817.
chante. II fut inhume le lendemain, j'assistai a
ses funerailles avec deux officiers et six hommes.
Renom fut generalement regrette et sa perte
affecta vivement l'equipage.
Le in. ■— Ostein et Paris furent arretes par
les soldats et conduits a bord, ou on les mit
aux fers.
Le 19. — II venta par rafales du S.-S.-O.,
le mugissement du ressac sur la cote exterieure
s'entendait distinctement, ce que les gens du
paya conslderent comme un Indice des gros
vents du S. - O. A midi on desaffourcha; a
3 heures, les officiers du Presidio qui etaient
venus a bord pour nous faire leurs adieux
retournerent a terre. Diverses dispositions em-
ployerent le reste du jusan et m'obligerent a
diffe'rer le depart jusqu'au lendemain.
Dans la nuit le navire fut purge de la presence d'Ostein : son doignement devint un sujet
de satisfaction pour tout l'equipage. oW
VOYAGE
Novembre 1817.
uvvv WVfc VW^ VV^Wl/W-WV-^^ i'VTy-fcVVw^VVVVj^ft»'VVVVVyvi»
CHAPITRE VI.
Depart de San-Francisco pour Idfettes MarqaiBfeS deMen-
<ipea. —Promotion daa^l'dquipage.'— Echangecde
poudre contre du[bois de sandal. —ObseiVatidBSjiBfr--.
portantes.—Suspicions de l'auteur envers les naturels
que tout porlea croire anthropophages. —Te^tatives!
des.sauvages contre le Bordelais. — Reconnaissance
de l'anse d'Hacahoui. — Grotte remarquable. —
Poetes et music ions a nib u kins. — Tentative de vol
et de meurtre. —Tend-fa! amitid (Tuti pfettie sauvage
|)our le capitaino. — Details utiles ot licccssaircs aux
navign leurs dans ces comrecs.
Le 20 novembre. — La briie etatit for'le on
prit les ris des lc point dtfqbur; mais la^fclia-
loupe du Presidio q*ui devait nous porter dti^M
ques provisions s'etatitlESnt attendre, on fi^leva
1 Snore qua 10 heures dii matin, et'reil^Vire
deriw&^fcc le jusan. Notts trouvaimes la mer
tres-dure au dehors ; £ cause dp Foppositidn
du courant et du vent qui etait S.-O. bon fraifc.*
Ce conflit la faisait briser 'fr&juemment, prin-
cipalemerit a la bande nord que nous hantions,
le jusan y etant plus fort. La brise s'etant faite
du S.-E.  apres un  calme  tres-penible  dans B
AUTOUR DU MONDE. lAn
Dc'combre 1817.
notre position, a 2 heures du soir nous fimes
route pour les iles Marquises de Mendoca CO \
ou j'esperais mettre a profit une partie de la
saison que la rigueur du climat ne permet pas
d'utiMser % la cote nord-ouest.
Nous eprouvames des vents contraires ettres-
violens, souvent avec tourmente, j usque par les
3o* degres.
Le ier decembre. — Nous entrames dans les
alises par on deg., en nous felicitant d'etre
exempts pour quelques mois des hasards et des
fatigues des cotes orageuses d'Amerique. Les
vents alis$s varlerent d'abord de FE.-N.-E. au
(») En i5g5, Alvaro Mendana decouvrit le grouppe d'lles qu'il
nomma ties Marquises de Mendoca, en 1'honneur de don Garcia
•ilurtado de Mendoca, quatrieme marqi&gde Cane^, et vice-roi
.du-Perou, qui avait ordonne l'expeditiou commandee par Men-
^dane. Voici le nom pjfftictdier que chaque lie regut de ce navi-
i^at'eur :
Magdeleine (Hatouheva).
SaintSfigrre (Motani).
Dominique (Ohevahoa).
Sainte-CteiStine ( Taouhata).
Fernandez Quiros, capitaine sous les ordres de Mendana, fit
la decouverte de file Magdeleine.
Le 5 mars 1774 ■> Cook dgfouvrit une ile qu'il nomma Hood
{Hatouhougou).
Plusieurs lies ont ete aussi decouvertes par differens navigateurs, entr'autres par Marchand, Vancouver, Hergest, etc. 248
VOYAGE
Dccembrc 1817.
N. et ensuite au N.-O. jusqu'au tropjgue du
cancer. Ils commeticerent a hiuer le sud pay
le treizienie parage et fbrent apres tres-va-
riables du N.-N*-E. au S.-S.-E. etmeme au S.-O.
La brise etait frajche et accompagnee de beaucoup de pluie et de grains qui des 12 deg..
aux 7 deg. prirent l'apparence et la force de
ceux de Sumatra.
Le 7.— Nous etions pres de la,position assignee par Espinosa au banc decouvert par Villa-
lobos vers Pan 1600, qui trouva Q brasses d eau
par i3 deg. nord et 121 deg. ouAt. Ce banc^
ip. est de corall, ayant pu devenir dangereux
depuis cette epoqu6 0e ne voulus pas doubler
de nuit son parallele. Je courus a Fouefitjjro.uta
qui faisait jjerdre pfcu de cheuun. Le matin on
ne vit que quelqties pailles en queue et tine
goelette.La couleurde l'eau n'eprouva*aucune
alteration; mais nous eumes pendant quelque
temps une mer battue et irregnlterc.
La force du courant de rotatiySn augmenta
progressivement en appro chantt&^equ
et donna 89 min. de difference ouest.
uateur
L
17. — Jour ou nous le coupames pour la
troisieme fois par i3o deer. 3o min. ™<***" AUTOUR DU MONDE. a^Q
Dt'cembrc 1817.
mer etait agitee de clapotis et de remous vio-
lens comme dans les Maldives. Je fis porter con-
siderablement au vent, pour me premunir
contre les differences ouest et les varietes de sud
que la saison me falsait craindre. Mais la brise
ne varia que de l'E.-N.-E. a FE.-S.-E. et la
force des courans ainsi que leurs kidices, dimi-
nuerent considerablement aussitot apres avoir
passe la .fene.
Depuis notre entree dans la region cles beaux
temps, chacun des ouvriers e'tait occu/pe (fens sa
partie respee^tve. Au moyen d'un petit moulin
de campagne, on faissait de la farine, et j'en
fis donner une ration journaliere en pudding
pour le diner.
Le 20. — On vit beaucoup d'oiseaux: Yhfij
rizon etait couvert et presentait des apparences
de terre dans le nord-ouest. Je fis tenir le vent j
mais apres apres avoir couru deux lieues au
N.-O. -jN., Fespoir de decouvrir quelque terre
nouvelle s'evanouit avec les nuages qui Favaient
fait naitre.
Le 01. — M. P. Portarieux, ^nbarque pi-
lotin, fut fait sous-lieutenant. Cette promotion
e'tait exige'e par le mauvais etat de la sante de 25o VOYAGE
tMttaxbr* iS 17.
M. Siepky, et par les besoliis du service, a la
veifie de notre arrivee dans un arch i pi ■ 1 dont
les Iiabltans doivent ewe continuellement sni^
vlflles. C'&alt potHf* M. Portarievfit une recompense merite6.
Le 22. — Nous eumes connaissance des ilea -
les pi 1 is orientales du groupe des Marquises
decouvertes par Mendana. Nous vimes d'abord Hatouhougou ('), (ile Hood tie Cook)
et peu apres Olicvul 11 >a (la Doniiniqlie de Mendana) el une terre qui paraissait delachee, si
ellfi ttest hc'e a lli grande*tle par quelque ter-'-
ra i n bas W, et qui fle petiw £tre que San-
Pedro. La vti&'plus rapprcftlhee Me ces terres
eoidirniaiii le jugement que j en avals rFabord
peflrte, je dirigeai au N.-O.-^-O. en for cant de
voile afin de »fjrehfflre connaissance   de' file
(0 On m'a assure qu'il existe des brisans autour de Hatouhougou. Nous vimes dc loin des pointes de rochers dans la partie
ouest. II doit y en avoir de moins apparens dans le nurd-est.
(») Si cY.st San-Pedro (Mutani), il taut que la'position soit
mal delerminec sur les cartes, oil'elle pa rail etre au sud de la
pointe Est d'Ohcvahoa, et meme un peu ouest. Nous avons Aleve
San-lV'd 1 u au sud-est, encore dctache de ccllc grande ile. La
pointe ouest dc Ohevahoa etla pointe Est de Hatouhougou gissent
sad 35 dog. ouest et nord 35 deg. est. 3
25l
AUTOUR DU MONDE.
Decembre 1817.
Raouga (ou de Hergest) avant la nuit. A 9 heures,
en latitude de Raouga sans en avoir connaissance, je dirigeai au sud. A minuit, a mi-canal
entre cette ile et celles du sud, j'arriva^l l'oucst.
On cut connaissance de Raouga dans le nord-
nord-lftiest.Onloffaausud'estsouspetites voiles:
peu apre§ Cette ile diSJiarut. Je pris ces precau-
'tilottfTjui, dans notre position au vent, n'entisit*-
'fifh^M^qk'^ii retard" insignifiant, pour evitcr la
rericontre inopinee de quelqnierocherou autre
~Waflger k ffefiu*iFeau, tel qu'il s'en trouve dans
te£*petits archipels. QuOrcfue March ami' et Her-
gestri^ln eusS^t^yu aucun dans cette partie,les
reeormaissancISs eldigrw&s quils avaient faites
n§TOe^raiss$iefi,t*pas des'garans suffisans, non
plus^gie les rapports'vagues que?j^^s re-
cueiWi$ itir les navigations post^iefirfes.
Le 23. — A 4 heures du m^ein je ralliSi
Raouga, dont nous eumes connaissa'tice au ti6ru
4 np'rd-ouest a 5 lieues de^distance, et Hatouhougou paasut dans Fest-sud-est. Nousprolongeatnes
la prferiere de ces ills, dans sa partie sud, a 5
milles de distance. Elle nous a paru peu hoi-
see ; on voit cependant d'assez beaux massifs
dLa&bs&s dans les vallons qui se rencontrent 252
VOYAGE
Decembrc 181 -.
entte les mornes tres-escarpes. La pointe sud-*
ouest est remarquable par une montagne dont
Je sommet forme.deux mamelles qui son I de-
tachees quand on vient de l'est et qui paraissent
ferme'es lorsqu'on vient Est dans le sod" 0).
A 9 heiyes.nous eumes ^uccessrvement. connaissance de File Nouluva dans FoudSt., et de
file , Mar el i a n 11 ( Rahopou ) dans le s 11 d-sud-
ouest. Nous portames sur la premiere, et on li t
toutes les dispositions de mouillage. Nous diri-
gion.s sur la pointe Marl in q ui forme Fextremite
stftl-est deFileNouhlvagtfeVme labale.dx^Con-.
trdleur (Chiaume) dans l'est. (Test une langue
de terres ou pjjtttot de rochers, treS'jetJfolte,
d'une ban leur considerable et tres-escarpce ,
surtout le cote du large, qui sjelewfra pic en
sortant de la rner : Fensemblcoffre im tableau
p^jttpreSque (2).
De la bai§ du Controleur, nous longeames IS
cotes.a un mille de  distance."EHe est partpufc
(') L'ilot le plus au large de la pointesud-ouest est un coin de '
mire dont le taKis #ourt nurd-c.«t. II est porte trop Est dansies
carles. Sa position, par rapport a la pointe ouest, est sud-sud-est
a*lieu d'est-sud-est. Du reste, 1$ corifigteition qu'Hergest ii
donn^e auxtejrjesm'a paru trcs-cxacte.   '
M A 3 ou 4 encablares an large, il y a un rocher de l'orine AUTOUR DU MONDE. 253
Decembre 1817.
elevee, accore et taillee en rempart dans plusieurs endroits ou sa coupe presente des couches paralleles de nuances variees««La vegetation
ne parait pas vigoureuse dans cette partie, qui
n'est habltee et habitable que dans un seul endroit, ou les mornes, qui partout ailleurs ferment la cote, laissent un espace libre au bord
de la mer. Cette petite vallee, coupee d'un filet
d'eau, est couverte d'une riante verdure, par-
semee de cocotlers et d'arbres a pain, sous les-
quels nous vimes deux ou trois pirogues et au-
tant de cases d'ou les habitans sortirent pour
jouir du spectacle que leur offrait le navire. En
doublant Filot Tahia-Hoy qui forme fa pointe
Estdu port Anna-Maria (d'Hergest), nous dd«-
tlnguames au fond de ce beau mouillage un
batiment a trois mats qui mit aussitot le pavilion
americain. Nous avions arbore le notre sur la
cote.
. -Nous louvoyames^our gagner le mouiljgjge
avec la brise du N.-E. qui mollit, et hala le N.
pyratnidale dans le sud- quart-sud-oues't*de la pointe Martin, et
; au sud 15 deg. Est d'un banc adjacent a la cdte au fond de la
baie du contrdleur. II n'est"pas porte sur la carte d'Hergest,
oh lWvoit un rocher detache sur la bande Est de la baie, dont
nous n'avons pas eu connaissance. 254 VOYAGE
Dcceinbre 1817.
a mesure que nous avaricious. A 4 heures et
demie, 11 vint 4 bord une "baleiniere nagee^par
d0s natusell^oortant un Americana des Etats-
Un is, nomme Ross, q u i residait depuis plusieurs
annees clans ce. pays, ou il traitait pon#*les
batimens qui venaienU charger du sandal. II
ni'olfrit ses services ainsi qtie ceux du capitaine
Cornelius Sovvlc, du navire la Bessource de
New-York, que nous, voyions au mouillage.
Apres m'avoir donne quelques rcnseignemens
gencraux, M. Ross s'en -retourna en se char-
geant de reinercier de ma partie capitaine
Sowle, et de Fassurer que je ni'estimerads heureux de pouvoir lui etre utile. Peu apres, le
capitaine vint lui-incme me reiterer ses olfres
obligeaiites.
A 8 heures nous inouillames par onzc brasses,
sable gris, fin , a quatre encabl ures de terre.
Pendant que je m'entretenais avec le capi-
fc$ine Sowle, et qu'il me, p aria it des motifs qui
Favaapnt engage a cxclure les femmes de son
navire, on vint nf avertir qu!il s'en etait intro-
duit sijr le mien»une cinquantaine"?^tuWeHaient
d*&rrrPer si linage, et qt^e^esVetalent montees
l'estement a Faide des bouts de manceuvres qui
m
A AUTOUR BU MONDE. 255
De'c eni b rc 181 n..
s'etaient trouves-rite long du bord. Malgre les
avis du sage M.Sowle, jene.jugeal pas apropos
de repousser cet abordage, et d'-alUems je
ijraurais su quel moyen prendre pour ehasser
un pareil ennemi, qui s'etait deja empare* du
pont. J'ajouterai jjue je ne crus pas devoir etre
plus rlgoaiste que les navigateurs nos devanciej%
sans en excepter Cook, qu'on ne saurait accuser de falblesse dans ce genre. La plus agee
de ces femmes n'avait pas plfis de 25 ans.
Legs^. — On travailla a faire de l'eau et du
bois. Le grand canot porta de bonne heure
une ancre a*jet en affouuehe dans Fouest de la
grosse (0.
J'allai faire ma visite au vieux cbef Keata-
nou'i dit Porter qui, dans ce pays ou il n'existe
pas dfautorite reconnue, jouissait de toute celle
que peuvent donner Famour et Festime. Je
trouvai ce bon; vieillard sous un hangar eleve
aubord de la. naeri ssur une platewforme revenue
de gros galets : il nfaceueilllt dp la maniere la
(0 On relevaitles pointes de 1'entree au sud deux deg. Est, et
sgd a8 deg. ouesftjl.la pointe Est du rocher accore ofcjl'en de-
bafmie au fond du port au nord tsois deg. Est; un petit morne
battu par la mer a Fextremite nord d'une plage de sable blanc,
a l'est 5 deg. sud. I sin
256 VOYAGE
Dec embrc 1817.
plus aflectueuse, me fit asseoir pres de kttjgur
une natte, et parut chftnne de voir chez lui
un navir-tfdu pays aux bops fusils ,<fax il ne
connais^ait la France que comme le lieu ou-eeux
porte^*par le capitaine Sowlc avaient*■&» manufactures. Ce qu'ij apprit de la quantity
d'armegy <d&poudre, de dents de baleifKs, etc.,
que nous avions a bord, lui- causa une satis-
faction qu'il manifesla avec beaucoup de viva-
cite et de gestes qui, joints^tfexpressiottade
la physionomie la plus heureuse , servaicnt
d'in ter pre tes a ses paroles.
Le vieux chef ayant fait apporter des cocos
pour me desalterer, nous conversames quelque
temps par fintermediaire d'un matelol anglais
qui habitalt File depuis pi usieurs annees- Nous
f&mes bientot environnesde naturels. Quelques
femmes entj^rent sous le hangar, un plus
grand nombre d'hommes vint s'asseoir sur la
plate- forjne ou regta debout a Fentour. Les
hommes e'tqient d'une stature superieure a la
plupart des.Europeens, et ne Femportaient pas
moins par la perfection de leurs formes. A
l'exception d'une ceinturej iisJ etaient sans vetemens, a moins qu'on ne consldere comme tels
0 AUTOUR DU MONDE. 257
De'cembre 1817.
le tatouage pratique sur le corps et les membres
des adultes. Les femmes, generalement de la
taille des frangalses, etaient pleines de graces,
parfaitement bien faites et d'une physionomie
plquante et reguhere. Les Nouhlvlennes posse-
dent tous les attralts et toutes les graces de
leur sexe, a la pudeur et la modestie pres. Taia,
fiUe du chef, se faisalt remarquer par les agre-
mens de sa figure, par sa physionomie jolie,
et son regard doux, simple et coquet. La cou-
leur de leur peau^ est une nuance de citron
clair. A Fexceptlon de l'huile, dont elles font
usage pour entretenir Felasticite, les femmes,
commeleshommes,etalentd'unepropreteremar- '
;quable. Leur vetement se compose d'une cein-
ture qui couvre la partie inferleure du corps,
en tombant jusqu'aux genoux, et d'une espece
de manteau noue sur l'epaule gauche. L'un et
1'autre sont d'uneetoffe d'ecorce d'arbre, aussi
bien qu'une coiffure enveloppant les cheveux,
qui sied tres-blen a leur physionomie.
Le 25. — Les travaux furent suspendus a
cause de la fete de Noel. Le capitaine  Sowle
vint dtner a bord. Le but de son expedition
avait ete origlnalrement la peche aux loups
t. 1. M
W[ 258 VOYAGE
Deccinhrc   1817.
marins, mais les contrariety survennes dans
Farmement ne lui ayant pas permis de partir a
temps pour employer la saison de 1816, ses
armateurs lui avaient donne des -fusils pour
faire la traite du sandal, en attendant I epoque
de la pesche. Il avait recueill i environ 60 ton-
neaii.v de bois pendant cinq mois de sejour dans
cet archipel, dont il avait l'ouille presque toutes
les iles. 11 etait sur son depart pour poursuivre
Fob jet principal de son voyage. (He qu'il me
dit, et surtout ce qu'il vena it de fai re 1111-n lenie,
con fir 111a 111 les rapports que Java is reci ie 111 is ,
sur f utilite d'explorer les iles du vent ou l'on
se procure facilement et a peu de frais des
provisions, dont une partie peut etre employee
en c change a Nouliiva, je me decidai a la ire
cette tour nee, des que je pourrais y etre ac-
compagneparM. Ross, celui des blancs residant
dans ces iles qui nierilait le plus de confiance.
Le- ajjj.—La Bes source par tit pour la CI line,
ou elle devait disposer de son sandal avant
d'aller a la peche. EHe pouvait faire route
apres avoir visite la partie nord de File, ou le
capitaine Sowle esperait augmenter son char-
gement. II voulut bleu se charger d'un paquet AUTOUR DU MONDE. 25o
Dc'cembre 1817.
pour la France et d'une lettre pour Manille. II
devait laisser Fun et 1'autre a Macao.
Le depart de la Bessource mettant M. Ross
a ma disposition, je nevoulus pas differer plus
long-temps de visiter les iles du vent. On avait
fait de l'eau et du bois des le lendemain de
notre arrivee, les gres, devenus mois dans les
chaleurs, avaient ete rides; le batiment etait en
etat de prendre la mer pour cette exploration.
On desaffourcha de bonne heure. En meme
temps, pour degager le pont, j'envoyai a terre
sous le hangar de M. Ross, la drome de re-
change et la baleiniere qui etaient hors de service pour le moment. Nous appareillames sous
toutes voiles, et a 4 heures, etant hors du port,
nous mimes en travers pour embarquer le grand
canot, ainsi qu'une baleiniere appartenant a
M. Ross. Nous avions, outre ce traitant, cinq
naturels, ses canotiers, et deux Anglais, residant
depuis quelque temps dans ces iles, qui m'a-
valent demande pa'ssage dans Fintention de
faire des provisions a Ohevahoa.
La nuit fut superbe; a la faveur de la lune
nous eumes .continuellement la vue des deux
iles Nouhiva et Rahopou.
M 260 VOYAGE
Dicembre 1817.
Le 29. — Nous fimes-peu de progrfes. La
falblesse de la brise qiii.fut variable du N.-E.
au S.-E., avec des intervalles de calme, nous
retint'toute la journee sous Rahopou, louvoyant
pour doubler la pointe de FEst. An heures du
matin, en etant a petite distance le cap a terre j
la brise ayant molll pendant Fevolution, le
navire manqua a virer   vent  devant. Api-es>:
avoir ete quelque temps sans obeir au gouver-
nail, il prit vent arriere a la faveur d'une risee
de FE. qui se leva au moment ou "la baleiniere;
allait prendre la toullne. Pendant cette manoeuvre necessairement lente, le batiment fitt
porte a une encablure de la pointe devant la-r
quelle est un Tocber qui n'en est separe que
parun tres-petit canal. Apres avoir oriente, on
trouva 25 brasses fond de gravier, a 2 encablures de terre; a deux milles de distance, il.
nly avait pas de fond a i3o brasses.
L'ile, dans cette partie, eststerile et inhabiteej
la cote est formee de rocberS noir&tres dont quelques-uns sont detaches, mais qui s'etendent peu
au large. Je n'a! pas apprls qu'il y en eut de ca-
cbes. L'lnterieur de l'ile est en grande partie'
occupee par des montagnes, les plus hautes de
H AUTOUR DU MONDE. 261
Deceinbrc 1817.
Farchipel, et encore plus remarquables par
leurs formes pyramidales, par leurs coupes ver-
ticales et par leurs profils bizarres. La partie
sous le vent est fertile et bien peuplee.
Le3o.—A 2 heures du matin nous dou-
blames Fextremite orientale de Rahopou et fimes route largue pour Ohevahoa. Au jour, nous
eumes connaissance de cette ile dans FEst; nous
mimes le cap dessus. Peu apres on vit Taouhala
( Santa-Christina) dansle sud-est. Apres nous
etre mis en position de ne pas craindre les va-
rletes, nous portames en dependant sur la pointe
sud-ouest d'Ohevahoa; cette ile, la plus fe^ti>]$
de Farchipel, devant etre la premiere a visi&p
En la ralliant, 'je dirigeai a en passer au sud
dans le canal qui la separe de Taouhata, pour
gagner le mouillage de Taogou (Ontario des
Americalns) que Ross Indiquait comme le plus
favorablement situe pour nos projets.
A une heure du solr, nous trouvant a un mille
par le travers de la pointe sud-ouest, un grain
nous obligea de diminuer de voiles et fut bientot
suivl de calmes et de petites varietes, qui nous
tinrent pendant 12 heures sans faire de progres sensibles.
■•'Hfa 262 VOYAGE V
« Decemfcre 1817.
Le 31. — A une heure du matin, la brise se
leva du^>^>0. et nous mit a 3 heures a petit*
distance parletravferai du port,'0&noti^restames
sous les hunlers poitt attendre le jlfur. Contra^
rie's par une variel& de nord-oaest qui nous
stik'prit dans Fouest, ce ne tat qu'a ontzie heures
et demie que nous laissames tomber 1%ncre a
Ffentree du port par 12 brasses, fond de sable
gris.
Aussi*t6t mouille, le navire ftit environne
d^Intbfens venus pribeijpalement de la partie de
FouSSt, tant en plrdguefe &nra la nage.A mldl,
on elongea tine toufepOafc&alfer le nsftire dans
l^irariear; maiisfia brisk1 ffc^Mt et fit chasser
Ffcncdfe a jet, dlP^fui' obliges a mouiU'er celle
de bossdir avant <FaVGlF'atfelnt la position do*
slree.
J'allai avec le traitant, dans sa baleiniere,
visiter le village de Taoa au fond d'une grande
bale sittie'e a Fouest du port Ontario. H n'y
avait que trois mois qu'une embafeition du
Flying-WYsh, que nous avions connu au Callao,
avait ete enlevee dans cet endroit. Les mal-
heureux qui composaient son Equipage aVaient
paye de leur vfe leur negligence, et leurs ca- AUTOUR DU MONDE. 263
Dec e m br c 1817.
davres etaient devenus la proie de leurs assassins. Ross, qui deux ans auparavant avait fait
dans ce village un sejour de plusieurs semai-
mes, ne jugeant pas a propos de se livrer a ses
anciens botes, nous restames sur les avirons a
jjtortee de fusil du rivagequl fut bientot couvert
d'Indiens des deux sexes. II en vint un certain
nombre a la nage le long des embarcations. La
majorite elalt composee de femmes et de jeunes
filles qui, sans etre aussi jolies que celles. de
Nouhiva, etaient pleines de gentillesses; elles
c'annoncalent pas moins de complaisance, et
je ne pouvais me faire a Fidee que des physio-
nomles si engageantes appartinssent a une race
jde cannibales. Les hommes, que la curioslte,
ou peut-etre quelque motif coupable, attirait
pres de nous, ne le cedaient pas pour la taille et
Ies formes a ceux de Nouhiva, mais leurs mein-
bres annoncalent plus de vigueur et leur visage
.plus de rudesse; on y renaarquait une empreinte
de feroclte qui ne se trouve pas sur la physionomie de leurs voisins. Us avaient la peau d'Ufie
teinte plus sombre, le corps plus velu et plus
charge de tatoasage.
Nous ne restames la que fort peu dc temp's, 264 VOYAGE
Janvier 1818.
n'ayant pu avoir que quelques cocos; les insu-
lalresne nous pro current ni bois de sandal,
ni cochons, but principal de nos recherches.
A 6 heures nous allames dans la baleiniere
de Ross, escortee du grand canot, a   l'anse
d'Atouona, qui n'est separee du port qae par la
langue de terre qulle ferme dansle nord-onestj
nous accostames a la bande ouest borde^e de rochers accores. Les Indiens nous y attendaient
avec plusieurs lots  de bois  de sandal, dont
nous obtinmes, en tr&s-peu de temps, neufquin-
taux pour autant de livres de poudre. Leg embarcations etaient de retour a sept heures. Afin
d'entretenlr le bon voislnage, 11 avait folio donner passage a quelques jeunes filles qui avaient
temolgne Je desir de faire connaissance avec nos
gens.
On prit pour la nuit les memes dispositions
qua la cote nord-ouest, a F exception des filets
qu on ne hissa pas; les pirogues a balanciers
de ces insulaires et leur maladresse a les ma-
nier, ne permettant pas de craindre Fabordage
de leur part.
Le I" Janvier. — Nos em bar cations furent
le matin a Altouona, et en rapporterent huit .3
autour du monde. 265
Janvier 1818*
a neuf quintaux de sandal et  quelques  co-
chons.
Le 2. — Je partis de bonne heure avec le
traitant, dans sa baleiniere, pour visiter les
anses a FEst du port. Le grand canot nous
escorta, portant, outre son armement, des fusils
et autres objets de traite. Le temps etait beau ,
la brise falble du N.-N.-O. avec des acalmis.
A 7 heures nous arrivames a la petite anse de
Hanahehe, ou nous mouillames. La vallee qui
y aboutit parait s'etendre dans Finterleur. Elle
est parsemee de cases jusqu'au rivage; cependant le nombre des Indiens qui s'y rassemble-
rent ne fut pas considerable. II en vint quelques-uns des deux sexes le long des embarcations. Ross traita avec eux ; mais apres avoir
attendu pendant trois heures Farrivee des co-
chons qu'ils avaient promis, nous fimes route
pour Hanamate.
Cette anse offre un meilleur abri que la premiere , s'avangant davantage dans les terres; a
Fune et a 1'autre le fond est de sable : au reste ,-
elles sont sans importance, a cause de la proxi-
mlte du port Ontario qui est preferable a tous
egards. L'anse de Hanamate est ferme'e a l'est, a 266 VOYAGE
Jan tier l8l8.
Fouest et au nord par de hautes terres qui V&-
levent sur les rochers dont toute la cote est
bordee.
Notre touraee ne Ait pas infructueuse, car
nous nous procurames avec facilite trente co-
chons, dont une partie avait etc port.ee d'Ha-
nahelie. Nous payames le -tout avec trois fusils.
Nous appareillames avec ce ciiargement, et ar-
rivames a bord a 4 heures.
Pendant notre absence, on avait eu des Indiens 4 quintaux de sandal et 6 cochons.
Le 3. —A 4 heures du matin, nous part lines
avec les embarcations annees comme prece-
demment. Nous nous rendimes dlrectement -a,
Hanamate, qui me parut etre a 7 ou 8 milles
de Taogou. Excepte au fond des-deux a uses ou
-nous avions etc', et de trois ou quatre autres
points, ou aboutissent ties ravins, la cole s'elcve
en falaise jusqu'a plus de cent pieds de hauteur,
et rarement au-dessous de trente. Elle est ge-
ne^alement revetue d'un xocher noiratre dont
la composition et les formes deposent de Poa$r
glne volcanique de File. Des fragmens detaches
a quelques brasses de la cote sont perce^ d'un
grand nombre de trous disposes avec une sorte .3
AUTOUR DU MONDE.
Janvier iSxB.
267
de symetrie, et represented quelquefois des
mknes de facades gothiques. Dans plusieurs
endroits, le rocher forme une espece de quai
au pied de la falaise. Nous en remarquames un,
en deca de Hanajh^he, occupe par des Indiens
qui y avaient une pecherie. Leur case etait
ebnstruite sur une espece d'elevation que la
nature avait pratiquee.
Quoique M. Ross eut pris la veille des me-
sures qui devaient prevenir toute espece de
retards, ilfallut beaucoup de temps pour rassem-
bler le chargement qui fut encore compose de
cochons. M. Ross descendit avec son ami pour
lever quelques difficultes. Voyant beaucoup de
femmes et d'enfans au bord de lamer, je voulus
en faire autant, et je mis a terre sur un rocher
au pied de la montagne qui forme la bande Est
de l'anse. Je fus bientot entoure de femmes;
elles etaient generalement plus grandes et plus
?fertement constitutes que celles de Nouhiva,
mais elles leur etaient fort inferieures pour les
graces des formes, ainsl que pour la douceur et
la delicatesse de la physionomie.
Ross revint apres une courte absence, et
trouva ma demarche imprudente,  malgre la 268 VOYAGE-
JacTier iui8.
garantie que devalt donner la proximite du
canot arme. Nous* nous rembarquames ,acicom-
pagnes de son ami. Peu apres, la femme* de
ce dernier, qui, depuis notre arrivee, s'etait
souv&at fait voir a la nage autour des embarcations, vorilut bien noushonorerdesa presence,
et vint dan? le canot en costume de bain, c'est-
a-dire, avec une ceiriture de feuilles de bana-
nier desfinee a voiler ses c bar mes. J'appris de
M. Ross que cet heureuxepoux avai t une seconde
femme et qu'il partageait leurs j*aveurs avec une
douzaine d'amisiPour yaincre mon refusa Fiif
vitation qu'il m'avalt deja faite de passer une
journee chez lui, il m'o'ffrit, pour la nuit, la
compagnie de celle de ces dames dont la visite
avait annonce des dispositions si hospitalieres:
c'etait une grosse rejoule d'envlron 22 ans:
malgre" les 4evoirs tres-multiplies qu'elle avait
a remplir, sa sante n'en paraissait pas moins
florissante, mais jfc Ufe jugeai pas a propos
d'acceder a la proposition de son marl.
Un jeune American nomme Ch. Person,
natif de Boston, qui demeurait depuis plusieurs mois avec un vieux chef, pere de Fam!
de Ross, s'etait rendu a Hanamate, au moment AUTOUR DU MONDE. 269
Janvier 1818.
de notre depart, pour voir ce dernier. Je Fen-
gageai a venir a bord, esperant en tirer quelques renseignemens; il se louait beaucoup de
ses hotes, mais il faut dire qu'il n'avait rien qui
put les tenter (0.
Nous emmenames a bord 3i cochons, dont
deux arriverent morts. On avait etabli un pare
pour ces animaux et on en avait scile deux qui,
la veille, avaient souffert dans les embarcations.
Nous eumes aussi quelques fruits a pain."
Le soir, les canots allerent tralter avec les
Indiens reunis en grand nombre a la bande Est
du port. Ils revinrent a bord avec 19 cochons
et quelques quintaux de sandal.
LeA'—A 11 heures du matin, jerepartis avec
Ross pour Java, ou d'apres les promesses qu'on
nous avait faites precedemment, nous'devions
trouver dubois et des vivres. Vu le mauvais etat
de la seule embarcation legere qui restat au
(1) J'ai su en Chine que Person ayant re§u d'un Mtiment des
Etats-Unis des fusils et de la poudre pour traiter du sandal,
n'avait echappe qu'avec beaucoup de peine aux Indiens, qui
voulaient s'emparer de ses marchandises, dont ils firent leur
proie. Malgre cette le^on, ce jeune homme, appartenant a une
famille connue de Boston, avait fait un second essai de la societe
des sauvages aux lies Fidji. i
370 VOYAGE-
Janvier 1818.
navire, je desir a is aussi faire acquisition de la
baleiniere du Flying-Fish, que les Indiens
avaienthalee a-'tawe apres Ie massacre de Feqitf*
page. Peu d'instans apres leur arrivdfe, les
deux canots furent environnes dlndiens des
deux sexes, venusa,la nage. La plupart etaient
de jeunes Indiennes qui folatraient comme
des nereides et cherchaienl a se surprendre
en plongeanl; elles nageaient dans les positions les plus varices, et ne manquaient
pas de venir ensuite demander la recompense
da spectacle qu'elles nous avaient donne : un
morceau de biscuit les contenlai t. Les anciennes
connaissances de Ross etaient aussi venues le
visiter, et lui apporter destemoignages de leur
affection. lis Fengagerent a descend re, mais
leurs demonstrations voilaient des desseins per-
fides. Un canotier du t rait ant, envoye pour
prendre connaissance de Fe ta t de la baleiniere
que je voulais acbeter, rapporta que les Indiens
avaient depose des armes dans un endroit cou»-
vert par des rocherf, et que sans aucun d ou te
ils les auraient tournees contre nous, si on s'etait laisse aller a leurs invitations fallacieuses-
Nous nous separames de ces anthropophage*> AUTOUR DU MONDE. 27I
Janvier 1818.
sans avoir rempli Fobjet de notre course. A trois
heures nous etions de retour; je repartis pres-
qu'aussitot pour relever les points principaux
du port et de la cote environnante. La pluie me
fit renoncer a Fexeeution de ce projet.
Le 5. — La nuit on prit les precautions or-
dinaires. Le temps fut tres-charge et sombre,
une grande pluie tomba presque sans interruption ; une petite fraicheur du nord succeda
au calme vers mlnuit. A une heure et demie du
matin, le chien aboya avec furie; peu apres
on s'apercut que Famarre d'avant du grand
canot avait ete coupee; on en frappa aussitot une
autre, et on redoubla de isurveillance. A deux
heures un quart les deux amarres furent cou-
pees en meme temps, absolument sous les yeux
des gens de quart, dont Fattention excitee par la
premiere tentative etait plus particulierement
fixee sur Fembarcation. Mais F extreme obscu-
rite ne leur avait permis d'apercevoir que le
deplacement du canot qui commenealt a s'eloi-
i gner du bord; il etait encore assez pres pour
qu'on puty sauter et s'en assurer. L'equipage fut
I aussitot sur pied. Je fis tirer quelques coups de
fusil sur les deux rives, quoique le plus pro- 272 VOYAGE
Janvier 1818.
fond silence y regnat. Aussitot arme, le grand
canot fut visiter les amarres. On .s'etait deja
assure en le halant que le grelin d'affourche j
etait coupe : un torron du cable 1 etait aussi.
On decouvrit sur la sous-barbe a la flotaison
une petite amarre de bastin ( bourre de coco-1
tier) tres-roide, dirigee sur la cote de FEstj
on tira di- ce cote une caronnade a mitraille
et plusieurs coups de fusil: 1 amarre fut aussitot larguee. J1 envoy ai le grand canot lever
l'ancre d'affourche, mais dans lobscunte.il ne
put pas trouver la boi ice. On COntinua a la ire
bon quart et de frequentes.rondes jusqu au
jour : deux hommes reslerent dans le canot
amarre le long dn bord. A 5 heures, on ml
connaissance de la bouee de 1 ancre tl alfotiri be,
qu'on fut lever aussit&t.
Notre courte relache nous avait procure ,
on I re quelques provisions vege tales, 4 mil tiers
de sandal et plus de 80 cochons. Ayant rempli
le principal but que je me proposals, je ne
voulus pas prolonger mon sejour parmi ces
perfides sauvages, et je resolus de retourner a
Taia-Hoy , ou nous appelaieiil les best 1 ins du
navire, sans toucher aux autres iles du sud de AUTOUR DU MONDE,
Janvier, 1818.
iWlf-
cet archipel, toutes habitees par des peuplades
aussi mechantes que ceux d'Ohevahoa. D'ail-
leurs le sandal y est inferieur a celui de
Nouhiva.
Pendant qu'on s'occupait des dispositions
d'appareillage, un vieux chef- que nous avlons
vu plusieurs fois vint avec plusieurs autres
Indiens nous porter quelques quintaux de
sandal et des cochons. Afin d'en connaitre les
auteurs, je feignis de le croire implique dans
la tentative, hostile dont nous venions d'etre
Fobjet. Quoique sa demarche actuelle deposat
de son innocence, a cette accusation, le vieil-
lard fut frappe d'un effroi plus difficile a
peindre qu'a expliquer. II protesta de son innocence, et designa ceux d'Atouona comme
coupables de Fattentat, auquel il n'avait pu
prendre part, appartenantaune vallee ennemie
et eloignee. Sa deposition fut confirmee par
les autres Indiens. Tous en partant parurent
s'estimer heureux de n'avoir pas eprouve les
effets de notre vengeance; peut-etre est-ce a la
crainte des represailles que nous dumes d'ob-
tenir pour un; pistolet les objets qu'ils avaient
apportes.
t. 1. l8 Janvier 1S1S.
274 VOYAGE
A une heure nous appareillames du port de
Tao^ou et louvoyames pour sortir de la baie.
Quoique remorques par le grand canot et la
baleiniere, nous fimes peu de progres, la brise
etant faible et la houle portant en dedans vers
le village de Tava. A 4 heures le vent fraichit
efroous gouvernames pour nous detacher de la
cote. La quantity d'anlmaux parques sur Iq
pont ne permit pas d'embarquer la pirogue, tie
Nitinat; elle 1'ut laissee a la remorque.. Nona
eumes dans la nuit des ra(Tales assez lories ,
avec un temps nuageux et tres-sombre. Obliges
de mettre a terre FAmerlcaln que j'avais pris
a Hanamate, nous louvoyames pour nous elevei
dans FEst, poussant des bord ces sur Oheval 10a
et jusqu'a Motani. Nous eprouvames sous cette
derniere ile de forts courans portant ouest,
qui nous empecherent dela doubler. Le matin,
la bosse de la pirogue cassa. Motani etant alors
a petite distance sous le vent et la mer grosse,
je ne voulus pas mettre en panne pour recueillir
cette embarcation, qui nous e'tait peu utile, et
qui d'ailleurs se trouvait en mauvais etat.
A 9 heures, etant sous le vent d'Hanamate"
et assez pres de terre, M. Ross y mena son AUTOUR DU MONDE. 2^5
Janvier 1818.
jeune compatriote. Lorsqu'il fut revenu    on
for5a de voiles pour donner dans le canal.
A notre retour, nous nous occupames des
travaux que la navigation penible , les per-
tes et les avaries que le navire avait eprouvees,
rendaient Indlspensables. Le charpentier fut
employe a terre au radoub de la baleiniere
ses aides a calfater l'exterieur, Farmurier a faire
des outils pour netoyer le sandal, c'est-a-dire
enlever Faubier et le bois deteriore, ainsi qu'a
divers tra vaux d'entretien. Le reste del'equi-
page fut employe a disposer la cale pour recevoir le sandal, et ensuite a faire dubois, du
charbon, a visiter le grement, etc. Dans les
premiers jours de notre retour nous eumes
quelques milliers de bois en echange pour des
cochons; mais ce trafic fut de courte duree,
l'epoque des grandes solennites a laqueile il se
fait une consommation enorme de ces animaux
etant eloignee de plusieurs mois.
Leu. —Le temps, qui depuis notre retour
avait ete generalement pluvieux et a grains
futassez, beau. J'allai avec le traitant a Hacahouy
a 2 lieues dans Fouest. Les Americains appelant cet endroit Louis Bay, du nom du pre-
18. Janvier 1818.
276 VOYAGE
mier de leuijs capHaines qui y entta, quoiqa'il
eut &4. devance par le celebaro eapitaine russc
£rvse»9tern, qui Fa appele port Tchitchakof,
nam qui probablement ne sera jamais prononce
par un habitant des-iies Marquises. Nous sor-
1 imes pur la passe en dedans da rocher de
Fones'*,1 qui n'est praticable que pour les em-
ba real ions ; nous pass a in cs devant I anse de
CIlaoutonpa, separee de ce port par une langue
de terre. On voit au fond quelques. cases et des
bouquets clairsemes de cocotiers et d'arbres a
pain. De la a Hacahouy, la cote est for 1 nee par
une falaise de plus de 100 pieds de bant, qui
offre a peine une coupure ou Fon puisse tie—
barquer. Comme a FEst de Taia-Hoy, on y voit
souvent des couches paralleles de diverses
nuances et ides rochers volcaniques , dont quel-
ques-uns s'elevent jusqu'au haul de la falaise.
En raogeant la cote, on ne peut manquer (Fen
remarquer un sltue a peu pres a moitie che-
mjgou I^e choc perpetual *de la mer y a mine
une caserne profonde dans laqueile la lame s'en-
gouffrantarcec une force prodigieuse, y produit
une detonnatiftn.semblaWteacelle d'une forte
bouche a feu, tandis qu une partie des eaux AUTOUR DU MONDE. 2nn
Janvier 1818.
s'echappant par un soupirail que les memes
vagues ont egalement pratique dans la voute
s'elance a une hauteur considerable, ou elle se
disperse  en brume.   Ce double   phenomene
a fait donner a ce rocher le nom de la Baleine,
par nos gens, dans les courses que nous fimes
plus tard a Hagatia. A un mille de cette entree
en venant de l'est, la cote forme une anse que
les naturels appellent Ouahouga. Apres Favoir
double, on voit deux petits enfoncemens con-
tigus, dont Fun, celui de Hacahouy, courant
nord, aboutit au village; 1'autre, Hagatea, forme
dans le Nord-Est un petit port,   qui pour
la surete du mouillage ne laisse rien a desircr.
La passe exterieure n'a pas plus d'une encablurc
et demie de large entre la pointe Est et la cole
opposee, qui du village s'etend en falaise dans
le sud-sud-est, a 2 milles environ. Au milieu
et jusqu'a | encablure de la pointe, on tronve
18 et 20 brasses d'eau , sur un fond de sable
gris, vasard dans la passe, et des coquilles bri-
sees au-dehors. *
L'anse d'Hacahouy termine, dans le sud,
une vallee que nous parcourumes dans la partie
opposee, a plus d'une lieue. A l'Ouest et a FEst, Janvier 1818.
278 VOYAGE
elle est resserree par deux remparts de rochers,
qui, au bord de la mer et a plus d une clemi—
lieue dans Finterieur, bornent sa largeur a 3*
ou 4 cents 10ises an plus. La montagne de FEst
s'abalsse ensuite, et se repliant vers cette partie,"
elle permet It la va 11 ee de s etendre dans le nord-.
est. L'autreselie au sud avec la falaise et se pro-
longc dans Finterieur vers le nord. Toutes deux
dominent de beaucoup les plus grands arbres
de la valle*e. Un grand rulsseau, qui coule entre
le village et la montagne de FEst, repand dans
Cette 1 leu reuse vallee  11 ii" fertilite extraordinaire. Tout le terrain qui n est pas occupe par
les nom 1)reuses eases des naturels est •entierement convert de diverscs plan tes, decocotiers,
d arbres a pam, de banamers, de papoyers et
autres grands v^getaux des tropiqnes. Les uns
prodmsent  des alimens aussi  agreables  que
sal u ia i res, les autres fburnissent des materiaux
pour les 1 ia 1 >11 aiii ins, ou pour le peu *'de vetemens que la coutume et la vanite, pinto t que
le tl i mat, imposentaux naturels. Enfin ils pro-
curent un ombrage paisible et rafraichissant,
qm dans la longue duree des chaleurs est Fabri
le plus agreable et le plus salutaire. AUTOUR DU MONDE.
Janvier 1818.
Les Indiens des deux-sexes ne sont pas moins
favorises de la nature que ceux de Taia-Hoy.
Je remarquai une plus grande proportion d'in-
dividus a taille colossale, et en general ils
etaient plus fortement constitues. Le teint des
femmes me parut aussi se rapprocher davantage du blanc que celui de leurs volsines, difference qu'on peut expliquer par Fombrage
presque continu qui couvre la vallee.
Quoique Ross m'assura que ces gens-la ne va-
laient pas ceux de notre portet qu'llne fallalt pas
se fier a eux, nous fumes partout accueillis avec
les demonstrations les plus satisfalsantes. Dans
plusieurs eases que nous visltames en cherchant
du sandal, on nous offrit des cocos excellens et
-superbes. Etant entre seul dans une des plus ap-
parentes, je trouvai, dansle neglige de la nature,
deux jeunes femmes, les plus belles que j'aie
vues dans cette partie du monde. La curloslte
de ces hour Is et de leurs voisines, dont je fus
bientot entoure, etant excltee par mon costume
et par la couleur de ma peau, j'eus quelque
peine a me soustraire aux recherches slngu-
lleres dont elles voulalent me rendre Fobjet.
Avant de partir nous fimes une collation avec 280
VOYAGE
Janvier iHi*.
les vivres que nous avions apportes du bord.et
aveedesfrultsdu pays, dans une petite case sitnee
au bord de la mer, sous un ombrage delicieux.
lllle etait oocupee par une veuve et sa fille,
qui nous accueillirent de la maniere la plus
affable.
£e 14. — H vint deux doubles pirogues
d'Oltevahoa, qui n'entrerent qu'apres avoir
crolse quelque temps dans le port et annoiiee
leur arrivee en soufilant dans de grosses con-
quesqui produisaieiit 11 n son sum Ida bie a celui
des cornemusesi Elles Jftirent hoiees sur la greve
avec beaucoup de pompe et de grandes acclamations, paries habitans du port accounts en
grand nombre des differentes vallees, dans le
costume le plus recherche. Le beau «exe ne
manqua pas une occasion si favorable a sa cu-
nosite et surtout au desir de se faire voir, qu'il
eprouve par tout pays; mais id ou la nature n'a
pas d'entrave, il se manifesto de la maniere la
plus franche. Au reste tout se passa avec la
plus .grande decence et me'me avec une cer-
taine gravite ceremonleuse.
Danslajournee,cese^angere,aunombre<d'ea-»
vrron quarante, nous apporterent, ohtre des AUTOUR DU MONDE.
Janvier 1818.
pieces detoile, des calebasses et autres richessMs
de leur pays, un poeme en Fhonneur du premier
ne du jeune chef, petit-fils de Kiatanoui Porter,
et d'autres productions de leur genie poetique,
qu'ils chantaient sur des airs assez monotones
et qui tenaient un peu de notre plain-chant.
Le 21. — Je fis acquisition d'une baleiniere
appartenant a unnatureld'Otahiti. Sans etre en
bon etat, elle pouvalt nous etre tres-utile apres
avoir subi un radoub; elle couta au navire un
fiiril et 8 livres de poudre.
Le meme jour une decharge nous annonca
la mort d'un jeune chef, petit-fils de Porter. A
ftotre premiere arrivee nous Favions trouve
dans un etat de marasme affreux, cause par
une eonsomptiona laqueile etait joint un'vice
venerien.
Le 25. — On vit descendre des differentes
vallees un grand nombre de femmes qui se
rendaient a la case d'un vieux chef, nomme
par les Indiens Pahoutehe, et FElephant par
les etrangers, a cause de sa grosseur enorme.
J'appris de Ross que ee concours extraordinaire du beau sexe avait lieu a Foccasion de
:*##fcatdesespere de sa femme, aupres de qui elles W*"j
282 VOYAGE
T[iftfm ijhac
allaient celebrer les ceremonies lugubres dont
je parlerai plus loin.
Outre la traite du sandal, on s'occupa dans
le coorant de ce mois a finir la visite du gre-
ment, a achever le calfatage exterieur, a completer l'eau, le bois et le charbon. L'annurier
terinina la visite des armes de traite elles reparations dont elles avaienl besoin. Malgre les
courses des pilotins qui allaient fouiller les
vallees autour du port, la traite du sandal
n'etait pas tres -productive. A la fin du mois
nous n'en avions a bord que 22 milliers.
Le 5 fevrier. — Quoiqtfil restat pendant la
nuit une garde de quatre hommes aux futailles
que nous avions au hangard de Ross pour les
reparer, on s'apercut, a mi nuit, qu'il en man-
quait deux. Trois de nos hommes. furent
aussitot a la recherche et en trouverent une,
apparemment la derniere derobee, que les
Indiens abandonnerent a leur approche. L'auti^.
fut perdue sans retour. On apprlt que ce .vqI
avait ete commis par les voyageurs venus
d'Ohevahoa. On enlevait frequemment des
outils a nos ouvriers.
Le 9. — Je descendis a terre de bonne iS\
AUTOUR DU MONDE. a83
Fevrier 1818.
heure, et j'allai avec Partarieux et Ross faire
une tournee sur la plus elevee des montagnes
qui ferment les vallees dans la partie nord-est
du port. Nous eprouvames beaucoup de fatigue
pour gravir le sentier escarpe, tantot a pic,
tantot en rampe, qui conduit au sommet. Dans
cette course, j'eus Foccasion d'admircr Fagilite
avec laqueile les indigenes franchissent les
endroits les plus dangereux. Quoique souvent
charges de 5o a 60 livres de sandal, ils avan-
gaient beaucoup plus lestement que nous qui
ne portions rien. Heureusement que les buis-
sons et les roseaux qui bordent les precipices
en rendent le passage moins perilleux. A moitie
chemin de la montagne, on trouve une fon-
taine d'eau delicleuse, pres de laqueile nous
dejeunames. Quelques naturels que nous ren-
contrames, se montrerent tres-affables et obli-
geans. Arrives sur le sommet d'ou l'on domine
la cote et Finterieur, la plus belle vue s'offrit
a nos regards. De la partie Est on plonge sur la
baie du Controleur, la grande vallee des
Ta'ipis, celle des Happas dont on voit les cases,
les premiers a une lieue, les autres a deux. Il
y a de ce cote un chemin moins mauvais que
iff a84
VOYAGE
Fevrier 1818.
celui par lequel nous avons monlo, quoique
encore tres-escarpe. Cest par laquele capitaine
Porter a passe, marchant contre les Taipis, et
que les naturels de Taia-1 [©j, ses allies, ont
111011 U: un Canon j usq u'ai i lo il : e n 11 ep r ise qui,
pour ces sauvages, presentait autant de diffi-
cultes, que celle du passage du Moni-Saini-
Bernai 11 par nos a 1 inees.
Lc 16. — Les \o\ageurs d'Obevahoa parti-
rent pour retourner dans leur ile. Ils avaient
tire bon parti de leurs marchandises, et surtout
des productions de leur muse qni leur avaient
% alu Faccueil le plus hospitatier et beaucoup
de p rese n s que leur faisaient les nomhreux amateurs ax/a accuuraieiii a leurs concerts. Ces representations s etaient repetees tres-souvent, par-
1 icu 1 icren ici 11 dans le.> p rein ie rs jours 1 le le u r arrivee. La multitude des deux sexes qui venaitdes
parties les plus recnlees des vallees et se renins-
sa 11 des le matin, me fit presumer que la JeIe
etait annoncee d'avance , et que 1 e jour et le
hen etaient fixes. Ce dernier el ait I ou jou in une
de ces are lies q if on I run ve dans 10111 e.s les Valines, en tonne do rectangle de trois a quatre
oeilts pieds de long, et large du quart, a peu AUTOUR DU MONDE.
$m
Fevrier 1818.
pres, entouree  dun parapet a hauteur d'ap>-
pal, de dix pieds df^aisseur, revefo et cou-
vert de  gros galets, et quelquefois de dalles
d'une pierre taillee tr£s»-mall>e. II regne souvent
une rangee d'arbres sur le terre-plein ou a
Finterieur, a petite distance du revetement. II
y a toujours a l'exterieur plusieurs allees qui
forment des promenades agreables dont la frai-
cheur ajoute aux avanlages de ces amphithelj-
•;tees. Les1 musiciens se  reunissent a une des
fextremltes,  ou lis se tienuent accroupis. Le
principal de la troupe ou le poete lui-m&me,
chante d'abord seul chaque couplet qui est
aussitoSo repete en chorus par les autres. Les uns
s'acconpapagnent en'frappant dansleurs main*, les
autres, tenant Favant-bras gatnehe appuye sn*
la poitrine, frapp^nt a la foi^de1 la' main droite
la poitrine et la partiffe&terne du bras, a Far-
tlcuktion (poko).Par la fofce qu'ils empleienH,
chaque coup* rend un son treswforlj, et il1 arrive
quelquefois qu'lfe se meurtrissent au poirubdle
s'enlever la peau dubras. Ils ont aussi de grands
tamtams^pahou), seul instrument que j-'aie vu
chez eux. A leur afrrivee aH lieu du concert, Ha
phapart des: amateuvsi deposent leur offrande
M
I 286 VOYAGE
Ffvrier  l8t8,
aux pieds des musiciens. Les i ndi \n I us des dei ix
sexes ne se presentent que pares de ce qn lis ont
de plus beau et de plus precieux. Les tones,
neuves sont reservees pour ces occasions on tout
leur exterieur ofifre l'apparence d'une proprete
rcchercbee; mais on est desagreablement de-
troinpe en approchant, lorsque le temoignage
de plus d'un sens annonce a letranger qne
IImile de baleine a coule a grands flots.
Au reste, les femmes ne s etaient pas mon trees
moins a ttenlives que les hommes, pour traiter
ces heureux visiteurs de la facon la pins hos-
j i i I a 111 • re ; 11 v a\ a 11 tons les so i rs autour de la
grande case, qu'on leur avait codec, un nom-
breiix rassemblement de jeunes filles, qui ne
laissalent rien desiref a ces etrangers de ce qui.
po ii va111 e11r faire oublier les belles de leur pays.
Le in. — Nous n a\ ions pu nous procurer
que io mi liters de sandal depuis le commencement du mois; il en res t ai t peu dans les val lees
du port, je pensai a en ex train- d'Hacahoui. A.
6 heures et demie du matin, je partis dang la
grande baleiniere de bord, armee, accompagne
du traiiaut dans la sienne qui,marchait beaucoup mieux. Le temps qui avait ete tres-plu- AUTOUR DU MONDE. 287
Fevrier 1818.
vieux la nuit, s'embellit, et a la faveur de la
brise N.-E., notre traversee fut agreable et
prompte. Je descendis avec Ross et une partie
des Indiens de son embarcation, nos canotiers
resterent dans la baleiniere, mouillee a une
petite distance de la plage. Nous fumes accucillis
avec bienvelllance par les amis de Ross, et surtout par un chef, dont nous avions eu la visite
a bord, qui n'etait pas moins remarquable par
sa taille de pres de sept pieds, que par la parfaite proportion de toutes les parties de son
corps gigaritesque. II me sembla cette fois que
les habitans d'Hagatea ne recevaient pas les
etrangers avec cette expression de cordialite et
de satisfaction qui donne tant de charmes a
Faccueil qu'on eprouve a Taia - Hoy. II faut
avouer, cependant, que si les femmes n'avaient
pas autant de graces et .d'enjouement que nos
voislnes, elles ne semontraient pas moms disposers a nous faire les honneurs du pays. Nous
poussames nos recherches jusqu'a plus de deux
lieues dans Finterieur. Nous entrames dans une
vingtalne de cases dont les proprietaires avaient
du sandal. La plupart de ces cases etaient cons-
trultes sur la rive droite d'un joliruisseau, que 288
VOYAGE
Flvrier 1818.
nous passim ies a gue. Jfres de la, n
e. Pres de la. nous fimes
un repas de cocos et de biscuit, chez un ami de
Ross. En retournant nous suivimes un autre
chemin et visitames les cases que nous n'avions
pas encore vues. Nous repassames pres de celle
du chef (le colosse) qui avait fait preparer pour
notre dejeuner un melange de fruit a pain et
de noix de cocos reduit en pate, dont les cano-
tiers de Ross se regalerent.
Nous i'ci oilman ies ensuite au bord de la mer,
on I'eni rai en marche pour dn sandal. Dans
cette occasion, un acte de confiance irreuechi
de ma p art faillit avoir les suites les plus graves,
TJn des proprietaires de sandal etait venu avec
mo i dans la baleiniere, pour voir la poudre que
) e lui o 11 r a i s pour prix de son bois a apres avoir I
conc 1 u le marche, .je eras ponvoir acceder a la
demande qu'il me fit d'emportep sa poudre a
terre, d autant j > I us que le bois etait sur la plage
pret a etre embarque. Lorsque Ross vit la
poudre entre les mains de l'Indien, il sYxpri ma
lornielleineiit $ur 1"inqimilence d'un pareil
abandon ; on eifet j lorsiju"environ la moil 101 u
bois cut ete embarquee, flin lien , souspretexte
quil n etait   pas sufBsanunent paye, refusa de AUTOUR DU MONDE. '$j§&
Fevrier 1818.
livrer le reste. II etait assis pres du monceau de
bois, tenant a la main une.espfee de massue.
Les pensees qui Fagitalent donnaient a sa phy-
SJfata&mie une expression ide fe'rocffce, qu'il etait
aufisi difficile de meconnaitreq-ue''devoir s8fi§
uh sentiment d'horreur. A^r^i'fc avoir fait
faire par Ross des represent^tijphs pressantes
sur Finjustlce de ses pretentions, pageant par
son silence et sa contenaffleit qw^fallait-^ete ar-
gumen|.plus forts pour Fengager a s'en de'sister,
je hailal la baleiniere d'accds^eV1^ deq&endre
Iles armes, en recommanclant dgQae pas en faire
usage sans ordre. Je retournai aussitot a l'Indien
et faisantisauter le bMon desamain, d'undoup
de billot, dont a son exeiHple-je m'etais pourvu,
je lui demandai sechement son ultimatum?*®
j laissa encore cette question sans reponse; mais
son silence morne^ son regard de tigre, Fex-
I pjsession   farouche de  sa figure, annoncaient
' qu'il etait agite par les passions les plus fu-
rieuses. Pendant qu'il flo.ttait entre les tenta-
I tions de la cupidite et la cralnte du chatiment,
I sijnpere, qui etait present, craignant les suites
I de son opiniatrete, en me voyant resolu de
I soutenir par la force la justice de mes droits,
T. I. 19 3Q°
VOYAGE
i)l'it une brassce de bois el la jela dans la baleiniere. Son exemple fut aussitot suivi par plusieurs autres sau.vq.ges, fit en un instant le bois
(illembarque.feme felicitais del'avoir emportc
sans en venir aux dernieres extremites; mais
f Indieii , furieux tie n'a\oir pu I in-r parti de
nion Imprudence , meditalt une vengeance
cruelle. A (ires a\ oir porte la poudre chez lui,
il re\ int a i ine 11 une massue de ban leu r < 1 1 ion une
el grosse a prpp,orjtion, telle que ces insulair.es
Iiorteni sou\ent en guise de baton, et pendant
q ni' je nn- pi'oineiiais sur la greve dans.la .plus
grande s.ecurite, il vint a moi par derriere, tenant >a massue a ileu\ mains , et deja il favait
leyep s.ur ma tete. lorsque son pere s'elanca a
temps pour lui arreter le bras;' ensuite 11 Fen-
traina d'un autre cote.
Je ne si is cc tail de floss que dans noire tra jet
au petqur , le bruit que faisaient les Indiens
repainlus sur la plage el quelques pensees dont
j'etais p reo coupe , m'av an I cm p ec lit- de I a i re attention ace qui se passait 11 errien■ moi.
{?§$ &$WMfeig»e Ross signalait comme un
•4ff Pfe5 ra&fyws Ct dS5 ploa dangereux des
iles, e'tait du petit nombre de ceux qui avaient AUTOUR DU MONDE. 2QI
;riMyKier 1818.
deux femmes attitrees. C etaient les deux belles
personnes si blanches dont j'ai deja parle, et
quelle que fut chez lui la violence des passions,
on put s'assurer du moins que la jalousie n'ac-
compagnait pas e'glle dont j'avais fait l'epreuve.
» Jreus be'jLsfeoup a me louer dans cette occasion
des bons offices de Jahouhangk pretre d'une des
'\ji$lees pres d'Hacahoui. Nous etionsj-gg connaissance depuis quelque temps ; il etait venu me
voir a bord, etm/kyait demande de changer de
nom avec lui: iffgtait connu depuis sous le nom
de Roki, le mien ne pouvant pas etre pro-
Ugnce par ces Insulalrefe J'eus, "^eg&fcle croirc
que ce n'etait pas de la part de cet homme,
chez qui tout annoncait un bon caractere, une
-d-marche di;etee par la vanite ou Finljgret. Il
joigm$Wseg instances a celf^s de ses compatriotes gjglji.r ™®&%h'§$$:: % conduire le navire a
Hagatea ; mais tous les compatriotes de ce
*hra,ye honime 5fo ffl)inspir%j^it pas, a beaucoup pres, le£» jjik^a.es s^n^gjgns que lui
dhtilleurs ce .^haggejSient de mouillage ne
m'crffrait aucun avantage pour F|gpedition.
Dennis cette h^jgon mon ami me yigita de
temp^en ten^ps, e^m'sa^porla q^^jues pre-
19- *Q2
99
VOYAGE
Ft'vricr i8i8»
sens   entr'autres un bel cvenlail du pays : il ne i
manquait pas chaque fois de me faire rwnar**
quer l'efcit d'epuisejnent  ou &ait*r£dui|'e W^
boutcifle cFeau-de-vie,' qu'il avait recu'e pr£c£-'
i lei nine nt, et qa*il*portaifhi sautoir comme
pour"' firire le pendant rde la eonque  garnie
d'une touffe de cheveux, qui est la marque distinctive dc ceux qui, chez les Indiens, se me len I
des choses rehgieuses.
Nous I iiiii-s encore trois4courses a Hacahdui,
qui pn id ui si rent en\'i run 11 nulbers de sandal,
gei ie rali -nieiil plus gms q ue eel u i de T'a'ia-1 lo v.
Tout se passa Iranquilleinenl dans nos relations avec les naturels; nous traitames toujours sur la plage a portee des embarcations.
Je ne m eeartai plus de ces precautions, d'apres
1 avis de Ross, qui me dit qu'aucuh etranger.
n'avait ete si avant que moi dans.la vallee d'Ha-
cahoui.
Dans ces differentes tonrn&s, je mesurai
une baseau fond dTBagateU 6t quelques angles, et je pi is des sondes polir esquissef le
plan du mouillage.
Le id. —Nous nous trouvames 'ftvoir k bord
I20 quintaux tie sandal qui prenaient plus de AUTOUR DU MONDE. 2Q3
Fevrier 1818*
80 tonneaux d'encombrement, et qui, avec la
cargaison de traite, remplissalent tellement le
-navire qu'il fallut en mettre dans le logement
de Farriere, dans les caissons, et meme en
laisser sur 4e pont.
Les travaux pour mettre le navire a meme
de prendre la mgr furent retardes par le gros
temps qui regna a la fin du mois, et nous in-
commoda aussi dans nos courses. Depuis le 17
il venta presque tous les jours avec beaucoup
de pluie. Le o3, la chaine entalinguee sur Faf-
fourche cassa encore dans un saut de vent
de la partie sud. L'orin ayant aussi manque,
il fallut draguer l'ancre pendant plusieurs
heures. Malgrele desir que j'avais deme rendre
a la cote nord-ouest le plus tot possible, ces di-
verses contrarietes ne nous permirent d'achever
nos dispositions que le 27. On desaffourcha de
bonne heure, mais le calme nous retint encore
au mouillage.
M. Siepki, troisieme officier, fut debarque
a sa sollicitation et sur Fattestation de M.Vi-
mont, chlrurglen, que sa sante mauvaise des lc
commencement de la campagne^ etait dans un ft
0$% ' fOYAGE
Fevrier 1848;
etat a ne pas lui permettrk de la cbntlhlifen w$'
Hegflil aussi avec Ross, des services dudue\ f&Q
vals ete iatisfMt."
Le 28. — A cj flfeiirfes et fltemie'elu matin,
nous appareillames. AUTOUR DU  MONDE.
1818.
CHAPITRE VII.
Beiails sin: les iles Marquises. — Prodaelions de leur
sol. — Nature de leurs mouillages. — C&fectere,
mcetlrs et cotttrtmes d£& naturels.
Les iles Marquises sont une bonne relache
pour les batimens qui, apres avoir, double le
cap Horn, seraient appeles, par la nature de
leur expedition, dans quelques parties del'Aus-
tralasiej pour les baleiniers qui frequentent le
grand Ocean meridional; pour les navires allanl
a la cote nord-ouest, a qui des besoinjs urgens
ne permettraient pas de pousser jusqii'aux
jj^jaiid$pch, en tout preferables. Enfin les Marquises sont la relache naturelle des navigateurs
destines a aller des ports de l'Ameriq'ue meri-
dionale a la Chine, et de ceux qui, partant de
la cote nord-ouegt, vont doubler lecap Horn.
Malgre les facilite's qu'offre le port de Ta'ia-
Hoy pour l'eau et le bois, et la confiance que
doit inspirer la conduite palsibje des habitans
jusqu'a ce jour, celui de Taogou a Oevahoa, »*■■»
2q6 VOYAGE
17 1818.   .
me semble devoir etre prefe're, surtout par les
navigateurs dont la relache n'est motivee qu6
par le besoin de rajysiclussemens. La cascade
de la bande nprd-ouest, et le petit bois qui
Fenvlronne, leur fournlronl l'eau et le chauf-
fage, avec cet avantage qu'amarre par,le travers
de Falguade, le navire aura ses corvees sous la
protection de sa mousqueterie en cas de tenta-
tfrres de- la  part des Indiens;   d'ailleurs une
vlgie au haut des mats pourrait eclalrer tous
leurs mouvemens, le jiays etant absolument nu
dans cette partie, a Fexception du petitfabols
ou plutot ffto bouquet dont les arbres sont
clafiVrsemes. 11 serait bon de garder a bord jusqu'au depart quelques filles de chef, qui sont
aussi empressees de visiter les etrangers* que
celles de la plus basse classe. Les embarcaftions
bien armees, et sous la direction d'un officier
prudent, pourront aller  dahs les anses de la
partie de Fest recuellHr des rafraichissemens.
Outre les cochons dont il est facile de se pro-
j||Brer un nombre quelconque, a raison de dix
pour un fusil, cette-Se produit beaucoup de
cannes a sucre, des patates, des  cltrouilles,
ainsi que des bananes, des petites oranges a
)
/ AUTOUR DU MONDE.
i8i8>
a97
chair rouge, et plusieurs especes de fruits, outre
celui a pain, qui, avec les cocos, est la base de
lajoourriture des^abltans. On y tfouve aus&
une espece de nob; appelee ahi etle ty, racine
dont le sue a la meme qualite et est presque
aussi abondant que celui de la canne, et qui,
cuite sous la cendre, est un aliment agreable et
sain. Tout vaisseau mouille sur la cote recevra
probablement comme nous, des naturels memes,
une quantite de ces objets qu'il n'est pas possible de se procurer a Nouhiva, ou, a l'excep-
tion de quelques cocos, on ne trouve que, des
l'eau et du bois. Si en passant aux Marquises
on a Fintention d'y prendre du sandal, la relache d'Oevahoa. aura en core son utilite, quoique
ce bois y soit d'une qualite inferieure, et on
pourra s'y procurer divers objets d'un echaiige
avantageux a j^puhiva.
Cette derniere* ile produit le meilleur sandal
de Farchipel. Le capitaine Rogers, americain,
fut le premier a en extraire pour le commerce,
apres avoir fait la decouverte de ce bois pre-
cieux en passant pres d'un feu, a Fodeur que
sepandaient quelques morceaux que les Indiens
y avaient jete's. En 1810, il s'en procura plus
m 298
V0YA(8&
1818,
de 260 tonneaux en eclian^e d'obj$ts dont la
valeur prftllitive n'allait pas & mille piastres,
composes de hachfes et autres outils 3 de gro8s€&
rasades et de (|Atelques dents de htleine} qui
se trouvaient par hazard a bord -, et dont l'un§
valait alors 3 ou 4 wnn^ftix. II vendit sa car-
gaison a la Chine a raison de 20 p. le pickle
et revint en faire une seconde avec la valeur de
3ooo p. d'echange. 11 avait cette fois de l'ivoire
tftt'il |&conna a bcfcffcl eh forme de dents de baleine, dont il n'avait pu se procurer qu'une
petite quantite. Cetle* frltiide lui procura de
^•ands benefices 5 IfMis les naturals la recon-
nureiit bientot, et ils ne s'y lai§§eraient plus
%*f'omper aujouMllui. Quelques semaines suffi-
saieht alors pour ftire une cargaison d'une de-
faite sure et avantagetfee, tant par la qualite
que par la grosseur du bois. Tout est change
maintenant, 1'exportatiUn de pres de 1800 tonneaux apresqu'entierementepuiseies ressources
cfe cette petite it§ j le peu de b$is de sandal qui
se trouve encore dans Tirilerieijftf, est tortu y ra-
bougri et de Ires-faibles dimeiMbns ? la plupart
des morceaux n'ayant j3&s d£ux pouces de diii*
metre. D'apres les resultats des recherches du AUTOUR DU MONDE.
m
1818.
capitifine Sowleet notre propre expe*rieh6e, on
ne peut r&cueillir, au plus, que dix ou douze l6n-
neaux de sandal par mois. A quelques exceptions pres I comparativement insigninaiifes, les
naturels ne recoivent plus en echange qite des
Mms, de la poudre et autres munitiong.^es
objets doivent conserver leur valeur ? vu 1'etat
continuel d'hostilite dans lequel vivent ces
peuplades. Les dents de baleine n'ont de prfefe
qu'autant qu'el^s sont de la grosseur enorme
de trois travers de doigt en cliametre.Les d^nts
de souffleurs (black-fish) et de phoques sont
a%M de quelque valeur lorsqu'elles sont fortes
etassorties. LesTiacheset quelques autres outils
sont recherches, mais en general le f# l'est
peu. Les mouchoirs, les toiles bleues et blanched ont de la vogue aupres des femmes prin-
cipalement. Elles ont au&i pour les miroifs la
predilection ordinaire a leur £exe. Les pitches
a panaches sont recherchees, surtout les
rouges.
Au reste7 tous ces objets n'entrent que
comme appoinf dans les echanges, dont les armes
et la poudre font toujours la base. La valeur
comparative de ces objets par rapport au san-
1
1 1 300 VOYAGE
1818.
dal a subi une balsse considerable,; un fusil
valait, il y a encore peu dejtemps,un tpnneau
de bois. Voici celle que nous leur avons trouvee
dans nos echanges. Pour un fusil, 5oo hv. de
.sandaU; pour deux livres et quart de poudre,
100 liv.; un hachpt, 45 liv.; une dent de baleine 100 liv.; de ces dernieres nous n'avons
place que les plus belles, et il n'y en avail pa§
dte 'fortes dimensions, parmi celles que nous
nous etions>procurees au Callao.
II faut se mefief des blancs que l'on trouve
dans ces iles, la plupart sont des ma tel o ts de-
serteurs qui»ont tous les vices de la civilisation,
sans aucune des qualites de fed oca lion. Malgre
leur petit npmbre, ils ne con^ribuent pas peu
a faire perdje aux Indiens les qualites qui les
distinguaient encore a la fin du dernier siecle,
au dire des navigateurs de ce temps. Je crois
pouvoir faire une exception en faveur de
M. Rcfss, qui a ete envoye jdans ces iles par
M. Wllcocke r consul des £tats-Unisa Canton,
pour faciljts^tla. traite du sandal aux batimens
de sa nation.
D'apres les. rapports de M. Ross, il parait
qu'il n'y a que tres-peu d'annees que les indl- AUTOUR DU MONDE.
3oi
1818.
genes etaient tels que les ont points t^uiros ,
Marchand, etc. Depuis , ils ont beaucoup
change, quant au moral, car il est incontestable
que la douceur et" l'humanite Etaient le fond
du cafactere des Mendo gains anterieureritent a
\0ars communications avec les Europeans. Ross,
qui etait plus a meme de les conMitre que personne, leur rend cette justice. Mais quelques
annees ont*amcne un chan^ement deplpilti^*'-
dans toutes les wef. A Wahitoa meme, les fils
de ceux que la vue du sang de leur compatriote
ne porta a aucun exces envers les etrangers im-
prudens qu'll§ pouvalent croire ses assassins,
ont, en *8i5, enleve traitreusement un canot
americain, massacre et mange Fequipage : car
malgre la douceur de leurs moeurs, les MenP
domains sont, dfepaais tres-long-t£mps, anthropophagies. Du reste, c'est incomparablement
la plus belle espece d'hommes que j'ai vue,
8mt pour l'elev&tion de la taille et la beaute
des formes que pour la force. Jamais on n'en
voit de contrefaits. J'ai observe parmi eux des
differences tres-prononcees dans la coulcur de
la peau, dans les traits du visage et dans les
cheveux 5 mais ceux qui se faisaient ainsi re- 3pa
VOYAGE
marqn» nicest pas en asse* grand nombre
pour "fence-gf^sinner qu'il existat deux races.
.Les uns sont djnft noir palj?* comme les* Ma 1-
saches, les autres sont moins basanes que beau-
coup de Erovengaux. Les femmes, qui soul de
taille ordinaire, soul jolies et tres-bien faites,
elles ont de F embonpoint, la physionomiespi-
riluelle el agreable, et les dents du plus bel
email. 11 y en a dont le teinl ne se ferait pas,
remarquer dans, le midi de la France , aussi
prennent-elles les soins les .plus, assidus pour
le conservcrj elles ne sortent jamais de leur
case dans les grandes chaleurs, ou lorsqu'elles
sont oldlge'es de s'exposer au jour, elles se pre-
servent du soleil avec leur eventail et Fetoffe
dont elles s'envelappent. Quoiqu'admiialeur
des Mendocaines, je ne puis so user ire a la preference que Quiros leur donne sur 1 cs beaute's
dc Lima, qui, a la perfection des formes, joi—
gpent F avantage de traits plus*fypicatset d'une
nfeysinnogpi^fiidhs fine. Au reste, le portrait
qu'en font "^ voyageu^s &apg$%, n'est pas t£pj>
flatte.
Leg "opmmes ppjitent ordinairenient un mpi^f
ceau'd,'4feoffe, extE*te de ¥4corcei$jia$,e&fk(te r
J:
AUTOUA DU MONDE.
Ml
1818.
,-fe nyy^e&fdontj^s fpnt plujjeurs tours sur la
£$>S$BW- Aux Marquises les plus amples ss>&&
les plus estinjes; ils sonj.epais et de couleur
brungoaunat^j.^^ne la plupart vi^nnjnt
^'Og^gbm, ils Sjw$^^&9aftd prix dans les
aulres iles. Un bout^gse ^Rft^J'ssrojiisses et
tjygbe par-deyant, c'est le langouti des noirS
des colonies. Quand un M^ndagain n'a pas sa
ceinture x&omme^L arrive quelquefois, 11. n*
manque pas de se fabriquer une ligature «)j]ii
qauvre gjj-piet a Fabjrj. la partie,du coups la
plus susceptible compressions. C"^t autant
par prec^J|tion que par ptideur, car^Us1*ont
ag$si la Igjar, ef/^lle se borne la, tout le reste
q$ compte' pour rien ou a peu pres. Une fois
la ligature faite, on est en gdtise de.cente et on
petit ae presenter. Qudkjugs insu^aires, mais
^iS.ont les pjgtitsrsaaaitres de ces contrees, por-
fgn% u^^y&e. fflBLo&e en man^au comme les
femmes. Dans les matineg#jfia$ehes, on en voit
qui se couvaignt de la natte sur laqueile lis
cpuchent. Ils se rasent la tete depuis^Ie'mJMfe'ffi
du 6?0.nt jjisqifa la nuque, et portent de chaque
q-j&e de cette raie, qui a un pouce environ dc
largeur, Ies cheveux noues en pompon»6* pen- i
3o4 VOIAOK
i8it;
dans sur leurs epaules. Dan's les grandes occa^
si0ns lis o-rnent leur tete d'un diademe de
plumes de queue de coq, ou d'autres oiseaux.
A Oevahoa nous vimes un ariki (chef) decore
d'ttn diademe d'ecaille, incruste d'ivoire et de
nacre d'un assez bon gout.
L'habillement des femmes consiste daus une
ceinture qui les couvre jusqu'aux genoux,' et
une grande piece d'etoffe, dont elles s'enve—
loppent les epaules et qui lonibe un peu plus
bas j mais elles n'en font usage que lorsqu'elles
sortent clc.lcur case, car dans leur inleneur,
elles se debarrassent de ce manleau et restent
alors dans un neglige fres-simple, mettantsouvent meme la ceinture de cote. Quand elles
veulcnl se.parer, elles se coiffenl d'une toile
tres—fine dont elles se lout mi I ion ml qui leur
serre la tele et cache les cheveux. Les coins
toumes sur eux-mernes torment nn pompon qui
complete Gette coiffure tres-gracleuse. Peu" de
feninies ont une die vein re k laisser Hotter ;
presque toutes out les cheveux coupe's courts
ou au ras des epaules. Elles portent souvent iles
colliers composes de petits bouquets de I leurs
de franchipane, de petits concombres , ou de »3
AUTOUR DU MONDE.
1S18. ;
3o5
pommfes de vacofe. Elles ont aussi pour les
grandes occasions des colliers de dents de pho-
qfaes, des pendans d'oreille faits de dents de
baleine; les plus gros sont les plus beaux, on
en voit qui ont plus de deux pouces de dia-
metre, mais ceux qu'on porte ordinairement
n?ont pas la moitie de cette dimension enorme.
Ge sontimoibs?des pendens d'oreilFSs'que des
oreilles postitehes perpendi^ctdaires a celles que
donne la nature. On les fe.it tenir au moyen de
deuxpetitesceh^v&lles, dont celle d'en-haut, la
.plus petite, est fixee a F-8#n8ment et traverse
le cartilage dfe Fdfleille, 1'autre plus grosse traverse et le lobe etla parure. Elles sont retenues
au moyen d'une brochette ou epingle qui passe
dans' ce#'cli#villes entre la tete et l'oreille. Les
hommes portent aussi cet ornement.
Lesyrassad#s'' et les verroteries sont passees
de mode. Qtfglques femmes suspendent a leur
cou des moflSSaux d'ivoire, des coquillages
ou du corail de diverses figures, imitant souvent celle d'une grosse dent.
Les licfSffifes' ont' de la barbe comme les
EUtopeens, maisf*?ils ne la conserved jamais
eHti&re. QuelJjtiefeauns portent des moustaches,
t. i. 20
i m
3o6
VOYAGE
d'autres quelques poils isoles, la | i I n j >art 1 a r-
rachent.
Si ce que dit  \\<>blei sur la depilation etait
vrai de son temps, il en est differemment a u-
jiiiinl Inn, pour faire usage de ses paroles: il
est certain que les femmes, dans les  parties'
que la nature a voilees a dessein, respectent:
son ouvrage. II faut ai outer que la nature a
neglige cc soin—la pour beaucoup d entre elles, <
et c'est j 11 -i11-i-11 e ce qui a trompe Roblet. -
11 n'existe aucun obstacle a 1 union des deux
sexes, le consentement mutuel suffit, et la con-1
si)11111 la 11 o n est la seule ceremonie. Filles et gar-
cons sont absolument mail res dc leur personne,
else 1 ais.m 111 aller aux impulsions de la nature,
des qu ils en eprouvent le desir. Les uns et lesj
autres devanccnt ordmaircment 1 epoquc de la
nubilite, les jeunes filles surtonLOn m'a cependant assure, et tout ce que j'ai vu porte k le
croi n-, que les jeunes gens des deux sexes <■ 1 ier-
chent rarement a se re 11 ni r avant i'epoque ou
ils ont acquis la faculte de se reproduire. La
force et la sank- des individus prouvent one
meme alors, i Is ne se 1 ivrei11 pas avec exces aux
plaisirs de Famour. C'est ]ieut-etre a la liberie AUTOUR DU  MONDE.
1818.
3on
flSknitee dont jouitla jeunesse, qu'il faut attrl-
buer cette retenue dans F&ge de l'effervescence
de la plus violente et de la plus douce des passions. Ici, sacrifier au plaisir est un droit que
personne ne conteste, dont$%xercice n'expose
a aucune fl&ri§&ift'e et qui n'est soumis a aucune
entrave; la propriete meme y vient rarement
apposeifcSpn veto. On se prend, on se quitte le
lendemain ou au bout de quelques jours, soit
pour se separer entierement soit pour se reunir
encore. Une jeune fille regoit en meme temps les
hommagesde plusieurs am ans, qui ont eux-me-
mes plusieurs belles; et personne ne s'en iriele.
II arrive souvent qu'a Fage oii elle commence
a attirer les regards des jeunes gens, une fille
sort de la case paternelle et va vivre ou bon
luisemble, avant meme d'avoir fait un chdix.
Cependant apres avoir passe cette saison d'ar-
deur et de licence, quelquefois meme des ses
premiers pas dans la carriere de la volupte, la
jeune Indienne, parmi ses adorateurs ephe-
meres, en distingue un plus tendre ou plus
assidu. SI elle a obtenu sur son coeur la meme
. preference, un attachement plus serieux etpi^fS"
solide se forme alors. Bientot elle devjent mere
20. 3g8 VOYAGE,
1818.
el les so ins quexige 1111 en 1 ant et.ablis.sent nal 11-
rellenient ehcz le jeinie couple, one partie des
rapports de devoirs et. d'aUacliemeiit qui existent dans 11ns meiiages. .Mais ici run d exdn.sit
dpfflf ce ^i-nre; parn 11 les devoirs Conpiganx0i
< on>la 1 ice n'est pas d obiigal ion , et meme la
lit Id ill- en est exclue par f usage. C'est sn rt on t aux
i I cm Ma rip uses que les nio-nrs sont 1101 l-seu lenient d 1II ere 11 tes, mais meme en op posj lion a\ ee
1 elles dn monde civilise. Clie/, les ()rientau\.
II1011 une, se laisaiil illusion sur ses lor ces, satin 1 me la possession de pi 1 i.sieill's leinines , f Kn-
1 opei-n se conti■ 11 le 11 11 ne seu 1 e: le M< -11 do(-a 1 n ,
ii'apercevanl. chez I nn et 1 anl re sexe q)lQ- les
1.1 e 1111 es p11 ysiq 1 ies, 1 aissi• la I'<• n 1 n 11 ■ |o 11 ir sans
eo ill ra nit e de cette liberie 1 p ie 1" 1101 nn ie par-
I011I ailleurs s'est exdusiveincnl reservee. Le
mari <-n litre n'esl presi)ne jamais seul , 11011-
seuleinent il a des sup plea lis, 111a is ce qu'il v a
do singulier, ces suppleans sont a\ones par la
ten line et agrees par le marl. Cbaque t'emnie
dispose d e. deux homines • a u n 1 o i 1 is, e t ce so 111
les 1 'us nioderecs qui so conlenlent de ce
noml^De^l^J^jSUpipleanfcest <mlinairenient le.
fr^teOSfA'awi) dft.tjtwl&iEft* eUfe coudio entre >3]
AUTOUR DU MONDE. . <3?fo
les deux. Le niari de son cot&'pteut slndemniscr
s&fcs que cek tift? a cOnse<^fiehce, ni que il
femme y trouve un sujet de se plaimff^^EfH
febfens appaftiennent a celui qui nou^fif la
Bfl&re, ou bien a celui quelle d^ii^^'f5^afi^feBi
£t£e le pere. Tr&S^pe'u d'jhftMfiPgg oiMtJlfegteurs
femmes afti*r&s, et datfiP'toutes &s lies on cWi
les maris quilSSnt datSs ce cas-la,- j'en ai corinn
deuX don¥j'ai deja p'^rle. Quelques epoiixs'a^i-
sent cependant d'etre jaloux tet de chatier ru-
deittent leurs femmes pour les infldelites qu'elles
se peJPih$ient avec le^fettmmes qui ne sont^SS^
de leur association. Aux Marquffces la ^arentdi
exclut Funioh des Sexes, mais au premier deg¥it?
Seulement, cVst-a-^dire entre le pere et la fille,
la mere et son fils, le frere et la soeur.
Ces iri&fiaires patfafissent aimer tehuremmt
leurs enfant, tant qu'il$ sont ert bas age; le jjfflffi
et la nieS^* l6ur prodigu^ht alors les soins les
plus touchans , quoique les titres du premier
St/leht presque tMjouTs dou^i^; inais &£&\jue
les faculWSS^&feloppent, les jeundS gChs so
separent delators parens, chacun d&4i£nt ce
qu'il petit et vit a sa guise. Cette sedation
ftiflue sattS dfitite sur ISS stShtimefiS tffciproqnfes, 3io
VOYAGE
1818.
et ce dolt etre une suite de leur maniere de
vivre avec les femmes qui «)nt presqu'en communaute.
Entr'autrps singularites de ces peuples, 11
nJest pas permls a un homme de porter, meme
de soulever, aucune partie -du v£tement d'une
femme , n! la natlc sur laqueile elle couche.
Aucun Indlvldu de Fun et 1'autre sexe ne peut
s'asseoir sur les oreillers, objet dont les femmes
seules ont le privilege de se servir.
Les insulaires des Marquises croient que la
transgression de ces .usages est punie par des
maladies ou par la mort. lis ont une sorte de
superstition respectueuse pour la chevelure j
j'ai vu une femme ramasser aveG-soin et avaler
quelques cheveux qu'elle avait apercus par
terre. Ross me dit que c'etalt leur coutume : ils
ne verdent pas que les etrangers touchent les
cheveux de leurs enfans, ni qu'on passe la main
sur leur tete.
Quand des am!s,se rencontrent, lis se frot-
tent nez a nez; mais c'est un temolgnage d'a-
mitie qu'ils se donnent peu frequemment, et je
n'a! recu cette faveur-la que de mon ami Roki.
Je h'ai vu que tres-peu d'lndlvldus dont le AUTOUR DU MONDE.
iSiB.
tatouage offrlt un dessln regulier j on dirait
que pour le visage surtout ils evitent la symetric et cherclient les contrastes. J'ai aussi vu
sur la poitrine des tatouages en forme de^cui-
rasse brisee. II est rare que les deux mains
soienttatouees, et plus encore qu'elles le soient
de la meme maniere. Je crois que la quantite
du tatouage tient au rang et plus encore a
Fage; et je trouve, comme Chanal, que ces
cuirasses tatouees forment un bon effet sur des
corps nus , vigoureux et fortement dessines.
Les femmes ne se tatouent guere que les mains
et les pieds j mais on en voit qui ont au lobe
de Foreille un cercle concentrique au milieu
duquel est pratiquee Fouverture ordinaire.
Beaucoup de femmes sont aussi marquees d'une
espece d'epaulette, ou bien elles ont sur les
bras ou sur les cuisses la figure d'un lezard ou
d'un poisson : quelques-unes ont ces memes
parties couvertes de dessins, ainsi que le cbn-
tour des reins; et des Americains m'ont assure
avoir vu a la Madeleine ( Hatouhiva ) une
femme de la plus haute taille qui etait tatouee
de la tete aux pieds, comme le sont les hommes.
Ceux dont lc tatouage a le meme dessin ou se 3ia
VOYAGE
ress'.'inble par un trait principal, tel qu'liin-
marque particullere au nez, sur Foell, etc.,,
forment enI i-Vu x une espe.ce < I association ou
de fraternite et se secourent mutellemenl dans
Foccasion, comme nos francs-macons j aussi
le choix du tatouage est-11 une affaire impor-
iante.
Ces i ns n 1 a ires n'si s te n I ra re i in - n I a la I ei i ta-
tioii que leur fait eprouver la vue < 1 un objet
precieux : il est dangereux de les y exposer.
Les jeunes filles que nous recevions a bord, et
non-seulenient celles de la basse clas.se , mais
aussi les demoiselles les plus comme ilfaut, ne
se faisaient aucun scrupule de, comxnettre des
la re 111 s , meme apres avoir r < • (; 11 des presens dont
elles paraissaient trcs-salislaites. I.nlr aulres
choses, elles n i'enl eve re nt un jour mon eba-
peau dans lequel se trpuyaient deux ou trois
hvre§ qu'on y avait mis pour l'elargir,: elles fai-r
saient vol ont lers n la m-basse ■ sur les I i M'es a ca use
du papier dont les naturels savent I iii re des
cartouches. Au reste; il $St aujo11 n I" 1 i ui fort''''"
prudent de s'^ypntnref a terre parioul ailleurs
qu'a Ta'ia-Hoy (port ^nna-Maria), etla meme
les insulajres volent toujours lorsqu'ils en trou-» w
AUTOUR DU MONDE.
3l3
■ventl'joeeaslon, mais dumoins^esl&ans'violencc.
Us n'atfachent au vol awcun deshontoeur.; et cet
acte, uafame parmi nous, n'entache Findividu
qui s'len rend coupablequViCstantqu'ilestpris sur
le fait jil passe'aHons pour ^tre maladroit et voila
tout. Si le propri«feadre*t^gitime retfsouve sesefifets
.•yjples chez le larron on ailleurs, Urf-a* pas le droit
de les reprendre etne peut rentrer en possession
jqu'en les enlevanl fiirtivement a son tour. Ce qui
est encore plus elonnant que ce defaufrde police,
c'est qu'il est*re&-rare qu'iien resulte des rixes;
£t pes peuples ont natdrellement tant de douceur d&ns le caraetere qu'il n'ariive-jamais de
meurtres dans ces occasions. D'apres le^temoi-
gnage de Ross et ee que j'ai vu moi-meme,
aucun chef n'a assez d'autorite" pour faire resti-
tuer un objet vole. Le seul moyen estd'arreter
gig vpleur outrode ses. parens, oumemeun des
ghefc, ebe-est alow a Fattachement qu'on leur
vUQri-e et np®. k leur autorite qu'lkfeut allribuer
la restitution.
Je dois dire a la louange de ces insulaires
que Fassasslnat est egalement Incbnnu entre
mx, a moins qu'il ne soit inspire par l'esprit
de vengeance ou de parti, ce qui le fait ren- m
314
VOYAGE
1818.
trer dans la classe des homicides autofises par
le droit des gens, dans un pays ou chacun a
celui de faire la guerre a son voisi n. D'nn autre
cote, il faut avouertjue depuis quelque temps
11 n'est pas (File dont Ies habitans ne se soient
portes aux derniers execs covers les Strangers.
L'inlroduct ion des armes a feu, en diminnant
la  era in I e   que  leur   mspiraieiil   les   b lanes et
Fidee de leur sup (-non te, a cause: sous ce rapport une -revolution facheuse dans leurs mceurs,
et pour peu que F interest SOlt en )eu, ces insula ires ne font pas dlfficulte d'-egorger un etran-
ger. Les habitans de Taia-1 iov font a cet egard
une exception honorable, quoique plusieurs
meurtres y aient eh: commis; mais si les natu-
re Is sont quelqucfois  sort is de  leu r caracl ere
de douceur, c'est qu ils y ont*ete poussos par
une condu lie  re vol taille ou par des insinuations perfides}-*Nous avons nons-memes par co u ru
ces vallees, portant des objets d'un tres-grand
prix p our eux; nous les avons dales k leurs yeux
sans eprouver de -vexations', sans jamais 'conrir-
de danger;bien entendu cependant qu'ils se re-
servent-de vQier tout ce qui n'est pas bien garde*.
Excepte  a Carnicobar ( dans  le golfe de AUTOUR DU MONDE.
3i5
Bengale), je n'ai vu nullepartde tableau debon-
heur comparable a celui qu'offre ce pays. La
nature prodigue a ses fortune's habitans tout ce
qui leur est necessaire,- et ce qui n'est pas moins
heureux, elle n'a donne a leur terre aucune ri-
chesse factice, aucune de ces productions pre-
cieuses recherchees des peuples civilises , et
qui font souvent le malheur des pays ou elles
se trouvent. Leurs habitations sont entourees
de cocotiers et d'arbres a pain qui ne content
aucun soin, et dont les fruits donnent une
nourriture salne, abondante et agreable, tandis
que le tronc, Fecorce et les feuilles fournissent
a leurs vetemens et a leurs habitations. Les
Marquises etant beaucoup plus saines que les
Nicobars, leurs productions plus riches, plus
varlees, leurs habitans seraient sans doute aussi
plus heureux , s'ils ne se privaient pas d'une
portion de la felicite domestique, non-seule-
ment par la licence de leurs moeurs qui enleve
a l'union conjugate son plus doux apanage,
mais encore par leur penchant au vol. Ce vice,
qui n'est pas reprime par la crainte de Fau-
torite, les porte a enlever-les fruits que la
hauteur des tiges ne met pas hors de Fatteinte
£i'
il 3l6 VOYAGE
I >8i8.
de leur rapacitd La nidi a rice qu'ils s'lnspin-nl
mutuellemcnt , a cet egard, les empeche
de s'adonnei a la culture facile de plusieurs
ve'gdan\ sains et agreables qu'on trouve en
abondance dans d'autres iles mieux policces.
Elle leur a fait prendre, par maniere de precaution , Fhabitude de cueillir les bananes
avant qu'elles soient parvenucs a matunte, et
meme qu elles nc soient entierement formees.
II n'y a d habile que les terrains garnis de
co co I id's   el    (I arbres   a  pain.   La nal ii re   fait
presque Toujours les frais -de ces plantations,
les naturels se don nan I raremenl la peine de
faire pousser ces arbres preoeux dans Ies lieux
ou ils ne viennent pas spontanement. Les terres
sont en propnete: les chefs en ont de co ns i < I (-rabies ; ils habitant brdinairement les bords dela
mer, et a 11 ennen I les I e r res si I in'es da ns 1 e bant
des vallees pour* une redevsince modique eh pro*
dints du sol. La volorite des deux parties fixe
seuli- la (bird- du bail. Les proprietaires ex credit nalurelleinent une grande influence sur
leurs fermiers, qubn peut considerer comme
vassalix j mais ce vasselage volontaire est un
e change de bons offices entre le chef et ses fer-- AUTOUR DU MONDE.
i3i8.
iniers. deist la ^elncipale source de Fautorite
des saaibis, ( chefs), Safe? lis n'ont d'aiflij^urs d?lu-
fluence dansleurs vallees et dansleu*sSfcii$»sque
^ftjle que donnent parmi des egaux les qualites
physiques ou morales.. Mais,il n'y a. reellement
aucune auto rite publique; nul ne doit comptedll
ses actions a qui que ce soit, et egficri qui lese eni
quelque maniene les inters d'ausfrui n'a a craindre que de la part die la personne offensee ou
de ses amis. On voit sQuyepfc des hommes posfe^
danfc pem de teases jouir de -plus de consideration etetoje d'un plus grandfcpoids que certains
arikis:,. temoin Fami de Ross, Agomohiti. Les
($efjSenfali[i$ibteun< ornement nl marquie distinctive , que clans la maniere de porter leurs che-
veux.Ils n'adoptent pas la coutume de:se<pa#ii
tager les cheveux en rasant lai tete depuis le
milieu dp fi»n^ jsisqu'a la nuque, et n'en font
quJtin nceudderriere la tete ; encore cette distinction ne leur est pas uniquemenu reservee,
cast j'en al vuquelques-uns qui, sans*4tre chefs^
c^nservaienteLaur chevelui^jentiere.
La propriete des terres-nfest pasJ^tierement
assunaeiaux possesseurs ,• il arrive* quelque fois
que le fmto sJempare des< biens du;fiiible; un
m 3i8
VOYAGE
parent puissant, de ceux d'un heritier en bas
age. J'ai ete temoin d'un differend excite par
les pretentions injustes d'un oncle sur une portion de terre de son neveu, fils du protecteur
defunt de Ross. On avait tenu de bonne heure
une.espece de conseil de famille, qui n'avait
► rien decide. Nous arrivames peu apres sa dissolution. Outre les parens et les amis de part et
d'autre, les habitans de cette partie de la % aliee
etaient reunis en divers groupesj presque tous
etaient armes de leur grand baton, quelques -
uns avaient des lances de bois dur (sagaies).
On se dispulait , on se laisait des rep roches,- de
temps en temps la querelle s dbaullail jusqu'a'
faire c roi n- qu on a I la it en venir aux mains j
mais tout se passa sans effusion de sang. Les
seuls coups porles le furent par une tante de
1 en Ian t a un de ses cousins : celui-cl eut le
dessous j ce fut Faffaire d'un moment. Cette
femme encore jeune et, d'une grande taille,
soutenait ainsi que sa sieur les interets de son
neveu j toutes deux faisaient tres-bien leur partie
an milieu de ce vacarme, et n'y paralssalent pas.
deplacees. Lorsque la querelle s'echaufifait le.
plus, on voy a i t plusieurs des co in [ >e t i t e u r s a ba 11 re AUTOUR DU MONDE.
1818.
3ig
les bulssons avec leurs batons, comme pour
essayer la force de leurs bras ou pour degager le
champ de bataille. Quelques hommes et beaucoup de femmes etaient simples spectateurs et
setenaient, pour la plupart, un peu a l'ecaif>
Aucun d'eux cependant netemolgnait de crainte
dans le cas qu'on en vint aux mains. Les pro-
tecteurs de Fenfant etant les plus nombreux,
son adversalre parut se relacher d'une partie
de ses pretentions. Mais quelques jours apres,
ayant pris des mesures dont il esperait plus de
succes, il revint sur les terres ode son neveu.
Cette nouvelle tentative n'eut pas un meilleur
succes. Ross ayant reuni dans la nuit, a Finsu
de Fusurpateur, les partisans du fils de son ami*,
Foncle n'osa tenter le sort des armes, et on le
chassa de nouveau du terrain dont il se bornait
alors a demander une partie. Ses projets ini-
ques ayant completement echoue de ce cote,
il se'tourna contre un de ses freres plus age
que lui et aveugle, qui apres Favoir seconde
dans ses tentatives contre leur neveu, ne se
trouvant pas aussi bien appuye que  Fenfant,
fut oblige de se refugier dans un coin de sa 3ao
VOVAGE
terra et <fabandon ner le rester.de sa' propri&£ A1
son cadet.
II est a remarquer que Ke*atonoui (Porter),
quoique   premier < bet', ne prit aucune part a
s querelles. Les amis ou parens des parties
nleressees,s'en melcrent seuls. Dans les guerres
le tribu a I ribu , les prisonniers, sans exception d'age ni de sexe, sont mis a mort et manges , cxccptes ceux quil plait aux pretres de
coiisaerer aux du-ii.x, et qu on en terre apres
les avoir egorges.- Ni les femmes ni les enfans
ne peuvent assistcr a ces horribles repas j ce*
privilege csl reserve- aux guerrierset aux jeunes
gens qui sont deja tatones. Dans les guerres
civil es de vallee a vallee ou entre families d'une.'
indue tribu , on ne mange pas les prisonniers.
.1 ai aeijuis pai moi-nidne la cert it m Ie que les
enlans sunt non-.seulenient epargnes , niais peuvent aussi passer en toute surete sur les terres
Ct.devant la  porte de fennemi de leur pd'e.
Lors des grandes   fetes,  toute  bostilite est
suspend tie pendant le ten i [is (It's j in'-j>a rati lis et
tnua* joiirs'apres. la- celebration j les ennemis
memos y/sontiaccuelllis, etf pour^trfeverseriottt' :*3
AUTOUR DU MONDE.
321
1818.
le pays, il leur suffit de dire qu'ils yont a la
fete de telle vallee. On les regoit avec hospita-
llte j ils prennent part aux repas et aux diver-
tissemens, pele-mele avec ceux de la tribu qui
en fait les frais. Ils partent ordinairement la
nuit du troisieme jour: cependant ceux que les
suites du repas ou d'autres causes retiennent
quelques heures au - dela du terme, sont
epargnes.
' Les habitans de Ta'ilPHoy traltaient en en-
nemis les habitans des autres valleys; ilstualent
et mangealent tous ceux qui abordaient sur
leurs cotes. II n'y a que peu d'annees que cet
etat d'hostillte permanent n'existe, plus; c'est
au vieux chef Keatanou'i que l'humanlte en a
Fobligation. On n'est actuellement en guerre
qu'avec Rahouga. Les habitans de cette ile sont
partages en deux tribus entre lesquelles 11 regne
beaucoup d'anlmoslte. Nouhiva prend part a
leurs querelles. Les Hapas etant allies d'une
tribu, les Havaux: de 1'autre, ils font des expeditions qui tournent tou^rars au de'triment de
cette ile. Chaque parti enleve Ies cochons et
les recoltes de son advergaire, coupe les coco-
tiers, les arbres a pain, en un mot, exerce toute
T. 1.
21 3a* VOYAGE
sorte de ravages. L'lionime a peine sort i des
mains de la nature ainsi que celui- qui est cor-
rompu par la civilisation, ne trouve pas d ennen ii i plus redoutables que so n se in b 1 able. Cette
rage n'est pas moins etonnante que deplorable
chez un peuple exempt de toute oppression,
viyapt des dons de la nature qui lui prodigue
tout cc qu'exigent ses vrais besoms et ses p I a i-
s i rs, et ne connalssant ni Ies richesses ni les
puissances faclic.es. Pour leur malbeur ils font
une exception en favour deslnstrumens de < I es-
I ruction, l.es I.H) ns bab i la ris de 0cobar out.. a
cet ega r d , i> 111s de sagessc ainsi que plus de
\ ertu et de bonbeiir.
Ajircs a\ on- ravage le^ terres des Ta'ipis, le
capitaine Porter (0 les avait obliges a faire la
(') I.e tapitaine Porter, commandant la frigate amdricaine
VEssex, fit tm sejour dc plusieurs mois aux ilea Marquises, pen-
danL lequel it si- joignit au parti dc Keatanou'i , et l'aida a sou-
1111 un- les vallo-s voisines de Taia-Hoj. Depuis cette alliance,
Ki'-atanoui, qui a\ ail change de nom avec lid, s'est toujours fait
appelir PorterlCet officer 6tait vonu reliclicr aux Marquises a la
suite d'une croisicrc dans laqueile il avait delruit sur la cdte du
Pi'-rou et ans Galapagos li-s baleiniers anglais, dont un senl lui
avait echappe. Le plan de 'cette belle campagne, qui a cli-ve le
capitaine Porter an premier rang dans la briSante marine des
Etals-Unis, avail ct,e i-onnu et propose au gouvernement pqr le AOTOUR DU MONDE.
1818,
paix avec ceux de Ta'ia-Hoy qui etaient tres-
dlsposes a ne plus prendre les armes. Mais
quand la cralnte de voir revenir I'Essex fut
evanouie, les Taipis, qui gardaient toujours
du ressentiment, recommencerent les hostilites
en tuant un pretre qui etait venu chez eux de
confiance. Maintenant, la plus grande animoslte
parait regner entre les deux tribus. Je n'ai pas
connaissance qu'il se soit fait d'expedition im-
portante contre les Ta'iplsj mais de petits
detachemens passent quelquefois les montagnes, s'avancent furtivement sur les lisieres
peu habltees de leurs vallees, et enl^vent les
malheureux qu'ils peuvent surprendre a Fecart.
Ni le sexe ni Fage n'est epargne; rien ne peut
arracher la victime a la mort, ni Fempecher de
devenir la pature de ses ennemis. Les pretres
seuls peuvent la reclamer au nom de leurs
Eatouas (dieux). Ordlnalrement cette espece
capitaine Cb. Baudin, alors lieutenant de vaisseau et une des
esperances de notre marine, a qui fa perte, apres plusieurs
annees, fait eprouver les plus justes regrets. II est inutile de
dire que le mauvais genie qui plana il depuis si Jong-temps sur la
marine frangaise ne permit pas que ce projet fut adopte, quoique le capitaine Baudin ne demandat pour l'executer qu'une
corvette a batterie couverte.
21. s«S
324 VOYAGE
»81H.
de consecration ne sanye pas la viedu prison-
nler, mais 11 n'est pas-mange et on lYniern-
aupres des cases ou sont enterr&Jes fetiches.-
On m'a cite comme un fait unique qu'une jeune
fille avait 6ti preservee par un prdtre qui, apres
Favoir gardee quelque temps chez lui, f avait.
fait passer dans-son pays.
Quoique ces ins u 1 a i res aient leurs p re tres ,
je n'al pu decouvrir chez eux aucune trace de
culte, ni aucune idee d'un el re supreme. Les
fetiches qu'on pourrait d'abord prendre pour
des idol es, sont je tees sans soin dans des cases,
et Fon ne montre pour elles aucune espece de
veneration. Tout ce que j'ai pu decouvrir sur
leurs croy an ces, c'est que les chefs et genera-
lenient tous ceux qui ont ete renommes dans
cette vie, pour leur force ou pour toute autre.
qualite physique ou morale, jouissent des
memes avantagessdans Fantre vie.
Les pirogues sont tabou pour les femmes, il
leur est deTendu d'y entrer lorsqu'elles sont
a flot, et meme de les toucher quand elles
sont halees a tente: Le tabou s'etend sur les
mats, les balanciers, etc. de ces embarcations,
quolqu'on recuellle souvent ces objets dans des AUTOUR DU MONDE.
1818.
3a5
cases ou sous des hangards. On m'a assure que
ce tabou est en vigueur dans tout Farchipel. Ce
que j'ai vu a Ohevahoa, me fait croire que le
rapport est exact au moins quant a cette ile.
Un fait qu'on m'a cite, prouve qu'il en est de
meme a la Madeleine ( Hathouheva ). Je n'ai
pas les memes preuves pour les autres iles. II
parait d'apres la relation de Marchand, qu'il
n'etait pas adopte a Taouhata, de son temps.
II peut y avoir ete introduit depuis, car cette
institution n'a souvent qu'une existence locale
et meme ephemere. Tel objet est tabou dans
une vallee et ne l'est pas dans la vallee voisine;
tel autre l'est aujourd'hui et ne Fetait pas il y
a un an. Ces interdictions n'ont lieu qu'a la
volonte des pretres ,• mais pour devenir gene-
rales dans une tribu, il faut que la proposition
qu'ils en font soit adoptee par les chefs. Un
pretre declare avoir communique avec un de
ses confreres ou un chef defunt et devenu
etoua (dieu ) dans 1'autre monde, en vertu du
rang qu'il occupait dans celui-ci. Cet esprit lui
' a annonce qu'il ferait eprouver les effets de sa
colereatout indlvidu quimangerait du cochon
ayant telle marque, a la femme qui toucherait 3a6 VOTAGE
1818.
certaine arme ou .autre objct a l'usage dei
hommes. Voil& l'anhnal, Fobjet design'-, sous
interdit. Quelques vetemens It Fusage de I un
des deux sexes sont tabou pour Fautre. Au reste
ces peuples ont le bon esprit de laisser a fur
eloua le soin de se venger eux-indues, et de
pimir ceux qui enfrdgnent le tabou. Aussi
arrive-1 - 11 souvent que les maladies ou tout
autremalheur survenus a un inclividu peuscru—
puleux observateur des taboos, sont consul drs
comme une vengeance de la divinite.
Beaucoup de ces insulaires nieiirentde vnil-
lesse, sans presque avoir eprouve les innrmites
dont elle est si souvent accompagnee die/, les
jn - u I > 1 (-s e 1 \ 111 si -s. lb sont en general emportespar
une consomptiOn qui les mine lentement et sans
les faire soufFrir, jusqu'aux approches du der*
mer moment. Ds n'emploient aucun moyen pour
le retarder, et 1 Is ne paraissentpas y perdre^ au
moms ont-ds Favantage de ne pas se lour 1 neuter
Inutilement. J'ai vu plusieurs i ml i vii I us attaques
de ce mal. Ds se couchent des qu'ils en sont
attemts et attendent la conclusion, sans so rt i r
a peine de leur case, avec une tranquillite au
moins apparente : leurs proches s'empressent
\ AUTOUR DU MONDE.
1818.
3 37
de pourvoir a leurs besoinsj on leur porte a
boire, a mangerj on les mass© frequemment, et
V^Ha tout. Quand la maladie a fait desl progres,
on s'occupe des funerailles et du cercueil; c'est
une grande pi^ce de tronc de cocotier, evidee
en forme de tuile, sur laqueile on expose le
mort Sans Fenfermer. On travaille aussi a faire
la case ou le corps doit etre depose. EHe est
ordinairement attenante a celle qu'hablte la
famille. Tous ces prdparatifs. se font sous Ies
yeux du maladc, duquel ils doivent annoncer
sa dissolution prochaine. Toutes joes dispositions, dont la vue serait penible pour nous,ne
sont considerees par ces Insulair-es que comme
des temoignages de Fattachement de leurs pro-
ches, et ne lettr causent sans doute aucun sentiment douloureux, car j'en al vu plusieurs en
parell eas, qui ne paraissaient nullement affec-
tes de ces so ins lugubres. On trouve'de; ces
blares dans presque tput&s W cases.' Elles sont
polies avec soin, au moyen de cotfail pulverise:
a la forme, on le& prendrait pour deB boucliers
remains. J'ai aussi vu quelques hommes travailler a leur cercUeiL, quoiqu'il net parut pas
quflls dusscnt en avoir besoito-d.e long-temps. 328 VOYAGE
1818.
Aux approches de la mort, on fait une- de*
charge de toutes les armes de la maison : les
parens et les amis du meme sexe que le malade
s'asse 111111 en t autour de lui. Si c'est un personnage i in portant par bii-mdne oil ap parti-nan I a
une famille; considerable, on y voit accounr
tout ce qui tient un certain rang. J'ai ete temoin
a "Nouhiva d'une dc ces scenes de douleur. La
personne qui en etait lobjet etait femme du
vieux chef Pahoutehe, surnomme FElephantj
depuis plus d'un an, elle etait mince par une
consoinplion qui paraissait devoir 1 emporter
lncessamnieiil. Quarante a cinquante femmes
etaient reunies dans la case au mil leu de laqueile on avait place la malade, qui ordinal—
rement occupait un pet 11 id I 1 111 sen a re a une
extremite. Toutes etaient velues de toile blanche, pai ces de leurs plus beaux ornemens et
surtout d une proprete parfaite , Fusage de
1 Im de et du safran etant absolnment intevdit
pour, ces cd'd 110nies 1 iigu I>res. (VI le-ei ne l'da i I
reellement qu autour de la malade. Son marilui
tenait la main drqite, un de ses fils la gauche;
ils les frottalent doucemeht, les rechauffaient
dans les leurs et lefr-arrosaient de larnn-s. Les AUTOUR  DU   MONDE. 3og
i8j8.
pieds et les jambes etaient masses de meme par
des femmes qui, avec quatre ou cinq autres,
les plus pres de la malade ,Jouaient ses bonnes
qualites et deploraient en sanglottant la perte
qu'elles allaient faire. H regnait un certain
accord dans ces lamentations; toutes les pleu-
reuses n'employaientpas les memes expressions,
mais elles parlaient sur le meme ton, et termi-
naient slmultanement leurs versets par des cris
et des gemissemens cadences qui etouffaient
leur voix. Cet exercice etant d'autant plus fa-
tlgant que, pour la plupart, cetait un jeu
force, les actrices etaient relevees de temps en
temps, et allaient un peu a Fecart pour se re-
poser de la contrainte que leur avait impose
ce role penible. Excepte les pleureuses en scene,
lerestede Fassembleeparaissaittresi-peuaffecte;
on causait, on riait meme, comme on aurait
fait ailleurs, seulement en faisant moins de
bruit. Si les jeunes filles s'abstenaient de faire des
agaceries aux etrangers que la curiosite attirait,
. les vieilles les recompensaient de cette retenue
peu commune, en faisant remarquer leur beaute
aux nouveaux venus, et en les engageant obll-
geamment a leur rendre des hommages aux- 33o
VOYAGE
SS&ir
quels, par le#r age, elles n'osaient plus pr&-
I en11 re elles - memes. Cette■ com'edie se repeta
deux jours de suite,, et chaque fois pendant eim[
heures. Le troisidiie jour la malade avait iv-
cou vnl une partie de ses forces, et lors de mon
depart, plus de six semaines apres, elle lui tail
encore avec vigueur contre la maladie, qtu dans
ces con I rees-la du mo ills; u a jamais la n id lec mo
pour aux 11 nun;.
Ces insiilaires n'ont pas d'expression qui
sign i lie ben de sop u 1 in re. lis ont cependant
des cases destinees a recevoir ex<-lusivemeni les
moris : on m'a assure <ju ib ne leur presen—
la lent pas de vivres, et je n'en ai pas VU 1ft
nioind re l ml ice dans aucun endroit OU on les
deposa t. 11 est probable que les Espagnols qui
en I on i mention furent conduits dans une case
tabouee,*OU Ott avait prepare un repas pour les
pretres,. a l'occasion de la mort de quelque
chef,   OU de   quebpfautre  c'vdiement   remar-
quable.
D'apres ce que j'ai appris, les.Indiens des
Marquises n'ont pas la cotrtume cPaHter pleurer
leurs morts sur les' montagnes, comme le dit
Cook, mats bien dans les petites cases ou on autour du Monde.
1818.
les conserve. Celle ou on avait porte l'homme
\n6 par les Anglais e'tait sfireinent vers la montagne , et c'est peut-6tre d'apres lei* signes qu'on
faisait pour indiquer que les femmes avaient
ste de ce cote, que Cook a cru qu?elles pleu-
raient les niorls sur le sommet des montagnes.
Les dimensions donnees dans Marchand, sttr
leurs habitations, sont celles des plus petites.
La largeur ne varie guere que d^ huit a quinze
pieds • mais on en voit<qui ont plus de cinquante
pieds de longueur et celles des proprietaires en
ont rarement moins de vingt. II est e'tonnant
que leS voyageurs frangais et an'glais n'aient
pas remarque^ la disposition de la partie de la
case qui sert de Ut commuU. II regne sur le
sol, le long de la murallle opposed a la porte,
une piece de boisarrondle de huit a dix pouces
de diametre. Parallelement et a quatre pieds et
demi de distance, il y a une autre piece de
bois aussi arrondie, mais plus forte que la premiere. L'espace Intermedlalre est un air bien
applaud et couvert d'une herbe fOrte ou de petit
jonc, sur lequel on eterid des Mattes.
Leurs armes se composent d'un. arc, d'une
fronde etd"une especede pique de bois tres-dur'.
• 33a
VOYAGE
i
Les habitans des Marquises, de meme que
ceux d'Otahitl, ont une maniere de faire rdtir
les viandes qui md 1 te une description ton te
part i cube're. lis const ruisent des fours sou terrains dont le fond est pave; on y al 1 nine da
feu sur lequel plusieurs pierres sont mises. Lors-
que le four est suffisamment ecbau lie, on retire
le charbon et les cendres, ensuite la viande,
enveloppee de feuilles, est placee sous les pierres:
le tout est reconvert de terre, et la viande a nisi
. cuite devient un inets dehcieux.
Ijes do lies sont tissues avec l'ecorce d'un
arbuste cult im' avec le plus grand soin. Cette
ecorce est mise en maceration dans l'eau pendant quelques jours, lorsqu'on en a enleve la
surface exterieure, qui ne peut die ut iii see a
cause de sa durete. Cette ecorce est ensuite
battue, et devient gluante en acquerant la vis-
cosiie d'une pale ferme. Cette do lie a autant
de consis I a nee que de force, et par le blanchis-
sage elle acquiert une blancheur parfaite.
Pour battre ces c to I fes, les Indiens se servent
<run morceau de bois tres-dur, qui est equarri
et raye* sur ses quatre faces. La circonference
est ordinalrement de six pouces, et sa longueur, AUTOUR DU MONDE.
333
1818.
le manche excepte, en a quinze. Cette etoffe
devient extremement mince quand on la bat j
aussi quand les Insulaires desirent en avoir'
d'epalsses, lis en etendent deux ou trois pieces
Fune sur 1'autre et les collent ensemble.
La langue est douce, harmonleuse, flexible,
et facile a prononcer. Le grand nombre de
voyelles dont elle est composee lui donnent cet
avantage, qui, au reste, est commun aux peu-
ples qui vivent entre les troplques.
Les habitans de Rahopou (une des Marquises) ont sur tous les autres Favantage de ne
pas avoir ete trouble depuis long-temps par des
querelles intestines; j'ignore si c'est a leur sa-
gesse qu'ils doivent les douceurs de la paix,
au moins est-il certain qu'en vertu d'un tabou
depuis long-temps en vigueur, Fexportatlon du
sandal est interdite : cette disposition, dont
Feffet naturel est d'empecher Fintroduction des
armes meurtrieres dont la navigation inondent
les autres iles, prouve comblen cet interdit
religieux, seule legislation des insulaires du
grand ocean equlnoxlal, pourrait contribuer a
leur bien-e"tre, entre les mains de sages depo-
sitalres qui, au lieu de Fusage frlvole et ridi- 334 VOYAGE
I8i«.
rule qui s'en fait souvent, saiiraient fern pi oyer
avec adresse pour linteret et le bonheur de
leurs compatriotes.
Mais si les habitans de Rahopou sont pai-
sibles entre eux, d'un autre cote ils sont cruels
envers les prison mers etrangers que le sort fait
tomber entre leurs mains '' ■ Le brick anglais
la Matilda, capitaine Fowler, etant a l'ancre
devant cette ile, fut pule au mois d avril i8i5.
Cinq naturels des iles de la Socie'te, enibarques
co nunc mat dots, avaient deserte pen de JOUTS
auparavant et s etaient joints aux naturels.
P roll tant d une nuit obscure ef d'un vent qui
sou 111 ait avec violence vers la terre, ils cou—
pd'ent les cables qui retenaient le navire • la
mer etant trds-grosse il Jfat en peu de, temps
jete a la cdte et rempli d'eau. Lorsquc les na-
lurds vireiit qu'il d.ut impossible de le re-
mellre a Hot, ils rdolurent de massaerer tout
Fequipage j ce qui pa rait etre en general la
coutnine des differentes lies de cet archipel,
lorsque le mauvais temps Ott qiidq u'au I re accident fait ehavirer un canot dranger sur les
cotes. Le capitaine Fowler avait heureusement
■ d/&VQye*jjJHttticjournal, n? tS. AUTOUR DU MONDE.
335
gagne Famltie* du chef, nomme Nouhatou, qui
ptf&Sdait l'espece de tribunal qui devait decider du sort de ces infortunes marins. II permit
sans peine le pillage de la Matilda, mais ne
voulut jamais consentir au massaore de l'equipage. Ces malheureuxvoyaient, parle peu d'ex-
pressions qu'ils pouvaient comprendre et tous
les gestes qu'on falsait, que leur vie dependait
de Fissue du debat qui s'etait eleve a leur sujet.
Plusieurs chefs, mais d'une autorite Inferleure,
s'opposalent fortement a Nouhatou; ce ne fut
qu'apres les  plus ardentes  sollicitations que
celui-cl parvlnt k soustralre les naufrages a la
fureur de ces barbares. Onrapporte meme que
voyant que toutes ses prieres et ses argumens
ne  faisaient aucune  impression sur Fassem-
blee,il prit une corde et Fattachant autour de
son cou, et de celui de son fils, il ordonna
au chef qui etait le plus pres de lui de les
etrangler tous deux, « afin que je ne voie pas,
» dlt-il, de mon vivant, une action aussi ln-
» fame, et que moi et mon fils ne soyons pas
» accuses d'avoir sanctlonne par notre presence
n la mort d'hommes qui ne nous avaient jamais
» fait de mal. » Une action aussi magnanime Ii
m
336 VOYAGE  AUTOUR DV MONDE.
1818.
excita la surprise et Fad mi rat um de ces sauvages, qui rest d'en t u n 1 n st a n t st 11 pd'ai t s d d olinen lent, et ensuite s ecnerent d un mouvemcnt
una 11 iine : A ri k y ! A ri ky ! ( chef! chef.) que les
etrangers viventl nous voulons garder notre
A ri k v. La vie des malheureux Anglais 1'ul sau-
vee, mais le navire fut entierement pilld
FIH OU PREM1EK VOLUME. P TABLE DES MATIERES
CONTENUES
DANS CE  VOLUME.
•ii
Preface pag. v
Introduction  xj
CHAPITRE PREMIER.
Considerations pre'liminaires  i
Armement du  Bordelais  4
Depart de Bordeaux  5
Rencontre [du Defensor.  * *
Iles Malouines  I°
Terre de feu '    •    • l8
De'troit de Lemaire  2I
Rochers Barnavelt  24
Passage au cap Horn  lbld-
De'troit de Magellan  a8
Relache a Valparaiso  35
Revolution au Chili  4°
Depart pour le Perou  4^
Renseignemens sur le Chili.    ..... pp*
22
T.   I- 338 TABLE
Description de Valparaiso pag. 5o
Passage des Andes par Farmee du g^n^ral
Saint-Martin  56
Combat de Chacabuco  ibid.
CHAPITRE II.
Arrivee au Callao § 63
Sejour a Lima.    ,  69
"Visite au vice-roi  72
Visite a la vice-reine  73
Echange de marchandises  74
Riviere de la I'd mac  80
Tremblemens de terre a Lima et au Callao. 81
Details sur le Callao  83
Visite a Farsenal  86
Procession de Fane  89
Fetes et diver lissome ns a F occasion du jour
de Paques  92
Combat de taureaux.    .          96
Combat de coqs  98
Education des novices a bord des baleiniers
anglais  101
Village de Miraflores  102
Observations sur le Perou  nA
Details sur Lima et sur les moeurs et cou-
tumes ae ses habitans  121
0-'
iW des matieres. 33g
CHAPITRE  III.
Depart du Callao pag. i32
Ile Albemarle  i^A
Ile Charles  x35
Relache a San-Francisco  \An
Le Bordelais echoue  1/5.8
Presidio  i5o
Details sur les missions  i52
Pere Ramon-Abella., superieur d'une mission  i54
Riviere de San-Sacramento  i58
Incursion des Kodiaques  161
Nouveaux details sur les missions.    .    .    . i63
CHAPITRE IV.
Depart de San-Francisco  173
Relache Ii Noutka  176
Mouillage dans l'anse des Amis.    .    .    . 178
Macouina, chef indien.    .    .    3    .    .    . 179
Noak, autre chef indien  180
Details sur Omoct&ichloa et sa famille.    . i85
Voyages indiens  187
Caractere de Macouina.    ...    1    .. 189
Commerce de pelleteries  190
Anse nominee Outza par les naturels.    .    . 193 3.|0                                            TAI1I.
i
Toilette des Indiens.
pa
g. 200
202
Indices que ces peuples
sont anthrojio-
phages	
204
CHAPIT1
f\E \
Depart de N uuik a.
211
Pointe San-Raphael.
212
Ile de Flore.     .    .    .
e
2l3
Cap  l-'lat ter ie.
2 l5
demode qui met en dang
er le Bordelais.
2l8
Perte d'une baleiniere et d
'un canot.
220
.   ibid.
Details sur une famille inn
lienne.
222
Vol d une dnsse de pavi]
ion.    .
225
Indiens de Nitinat.   . -jpfl
I'ort De.dre	
229
Acquisition de peaux.   .
23o
Detroit de Fucca.
; ; I
1\\ an 11 u iii eh; habitant de'
i 'chinouk.
233
235
Betour a San-Francisco.
.     '->.:>()
Desertion parmi IVuuipagi
a4i
Mort du maitre d'equipage
~ / /
Les deserteurs sont ai ret fa
et mis aux fers
/ If *3
DES   MATIERES.
34 i
CHAPITRE VI.
Depart de  San-Francisco.      pag. 246
Note sur les iles Marquises  -247
Promotion dans l'equipage  249
Marquises de Mendoca  25o
lies Marchand et Nouhiva  252
Ross, Americain  etabli parmi les Indiens. 254
Le Bordelais est assailli   par  un grand
nombre de jeunes et jolies femmes.   .    . ibid.
Visite aKeatanoui, dit Porter, chef indien. 255
Reception que ce chef fait au capitaine du
Bordelais  2 56
Portraits des Nouhiviennes.    fa.    .    .    . 257
Iles Nouhiva et Rahopou  259
Village de Taoa  262
Details sur les insulaires de cette contree. 263
Anse dAtouona  264
Anse d'Anamate'  265
Depart pour Tava  269
Echange contre des cochons et du sandal. 27 2
Travaux a bord du Bordelais  275
Caverne remarquable  276
Curiosite de^deux Indiennes envers le capitaine du Bordelais  279
hi '3f\->. TAui.i-:
Poeme en 1'honneur d'un petit-Els de Kea-
tanoui Porter pag. 281
Pahoutehe, chef indien, surnonune l'Ele-
phant ibid.
Traite de* sandal  282
Vol de deux futailles  id.
Etonnante agilitd des Indiens  283
Poetes et musiciens ambulans  284
Observations sur les habitans d'Hagatea.    . 287
Acte de con fiance de la part du capitaine
du Bordelais, qui faiHit lui couter la vie. 288
Ami lie de Iahouhania, pre Ire indien. 291
La mauvaise santd de M. Siepki Foblige a
debarquer  2o3
CHAPITRE VII.
Details sur les ties Marquises.
Ile Nouhiva	
Objets de commerce	
Observations importantes sur les blancs
Moeurs indiennes	
Habillement des hommes.   .   .
Ilabillenient des femmes.  .
Union parmi les deux sexes.   .
Liherte" des femmes.
295
299
3 00
Jo I
3o2
3o4
3 06
3o8
'm DES   MATIERES. 343
Amitie des peres et meres pour iurs enfans pag. 3o9
Respect pour ce qui appartient aujfemmes. 31 o
Salut indien  ibid.
Tatouage  3n
Penchant que les insulaires ont pur le vol. 312
Caractere particulier.   .    .    . •    .    .    . 314
Comparaison des  Marquises vec Carni-
cobar.    .    .    .-   .  3i5
Propriete des terres.    .    .      1    .    .    . 316
Pouvoirs et marques distinctes des chefs
indiens aux Marquises  317
Querelle indienne. .    .  318
HostilitCs suspendues pendft les fetes.    . 320
Guerre entre tribu. .    .    . •    •    •    .    . 321
Les insulaires mangent hrs prisonniers. 323
Les pretres seuls peuvent uver la vie aux
prisonniers  ibid.
Tabou sur les pirogues.  324
Le tabou  325
Maladies communes aujfndiens.    .    .    . 326
Cercueil  327
Ceremonie funebre.         328
Habitations.   ...      ...... 331
Armes  ibid. ii**:-;
■'§
'S$
im
344       • URLE   DES   MAT1BRES.
Maniere de faite rolir les viandes.    -     • pag
Etoffes. •  •    T •    •   ft	
Details sur leshabitans de Rahopou.   .    .
Magnanimity cun. chef indien envers un
equipage anais
ibid.
335
n
W   DE   LA    I'* 1.   DU   To Ml-'.   PnEMIER  I   H&IPIPMI®PIDIg

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