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Voyage autour du monde ; et principalement a la côte nord-ouest de l'Amérique ; fait en 1785, 1786, 1787… Beresford, William, active 1788 1789

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     V O Y A G E
AUTOUR DU  MONDE.
Fait en iy85, 1786, 1787 et 1788,
PAR
LE CAPITAINE GEORGE DIXON
I
TOME   PREMIER.
4  V O Y A G E
AUTOUR  DU  MONDE,
ETPRINCIPALEMENT   "■'
A LA COTE NORD-OUEST DE L'AJV1ERIQUE,:
Fait en j785, 1786, 178761 1788,
A bord du KipLg-George et de la Queenr
Charlotte, par les Capitaines Portlqck.
1 et Dixon.
Dedie, par permission, a Sir JOSEPH
%BANKS, Baronet;
Par le Capitaine George Dixok.
Tracluit de VAnglois, par JM.  Lee as.
TOME   PREM I e'r.       '
aaaaa^aaaaawaaaaaaaaa^aaaMaaaaaaaaaaaaaaaaaaa^ i i i     ,.■■—■■      aa»   — i- ■ ■ i iaaaaaaaaaaaaaa.il aaaa»»-a»a»aaa»»Maa»
%«
A   PARIS,
Chez Maradan , Libraire, Hotel de Chateau-
Yieux , rue Saint-Andrd-des-Arcs.
^sa
I789.
W
m WfrR. '- A SIR JOSEPH BANKS,
B A R O N E T
PRESIDENT DE LA SOCI^TE ROYAL.1L-
ONSIEUil
En proie k la crainte et k
Pincertitude qu'un auteur ne peut
^empecher d?eprou\n£t: ?&lorsqu'il
soumer son ouvrage au public ? j'ai,
pour me rassurer./ia satisfaction de
songer que yous m'avez permis de
mettre k la tete de mon livre le
nam d'lm hamme qui s'est rendu
JiJuHre dansie moiide litteraire ? et
&
\ iqnl f neWrolitentanFpas de posse-
der la tlie&rie dies sciences ? 9. par-
couru le globe pour acquerir aes
coniioi^4c^?tiles. Cette permission, Monsieur , donnera du
prixfa'ition Buvrage ? et elle me met
dans le cas de le risquer avec moins
d'apprehension.      ■  ;     ■ -    '     '$fW
:cevez * je vous eBi stipplie y
mes rres --sinceres ' remefciemens
pour ce temoignage public que
vous voulez bien me donner de
vos bontes.-fll^ "-;'   C;v:'-'l|^--"' :
|jL Je suis avec un profbnd respect,
Ifi: MONSIEUR, |£-^
Votre tres-liumble et tres-
'bbelsl&SSJt serviteui* y
George DixrpN.
Londres. Janvier 1789.
;A%<f
INTRODUCTION. \
4
f TT
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Jd
fi
oo
OQ INTRODUCTION.
Il ne paroit pas que les aventuriers qui,
les premiers, ont entrepris des voyages
de long cours , il y a deux ou trois^
siecles, aient eu pour but de faire torj-
ner leurs de*couvertes au profit du commerce. Quoiqu'ils aient dte*, en general,
protege's par leurs Souverains respectifs, il
est eVident qu'ils n'avoient gueres d1 autre
objet que celui de se couvrir de gloire,
de satisfairer ambition demesurde d'ajou-
ter a la force et a Tetendue de leur ter-
ritoire , ou peut-etre encore ne desiroient-
ils que d'accumuler des richesses , et
d'acquerir la reputation d1 avoir fait de
grandes decouvertes.
Tome I. 2 Introduction.
II ne peut pas exister de preuves plus
fortes de cette opinion, que la conduite
uniforme des  Espagnols, pendant tout
le terns quils ont donne" a des decouvertes,
a des conquet.es qui ont lieu d'£gonner,
et  qui leur ont  procure  des richesses
immenses. Les cruaute's quils exercerent
lorsquils semparerent  de ces  contr^es
qui fuxent depuis appellees le Nouveau-
Monde, ont imprint une tache sur cette
epoque de leurs annales que le terns ne
pourra jamais effacer.
On doit dire, a la louange des Angleis,
que leur conduite a toujours ete" absolu-
ment contraire  a  celle des Espagnols.
Quand ils ont reconnu des terres qui J
x    jusqualors, n'avoient point £te" decouJ
vertes; quand ils y ont rencontre"  des
—^w ItftfRODUctfiatf. 3
h&bitans, leurs att&tttiofis, leur humanity
en vers ces naturels , ont tou jours e*te*
telles, qu ils se soiit concilia's leur affeo
tion et leur estime , au lieu dexciter
leur ressentiment, ou && s'attirer leur
haine.
SiY a la verite* , nous considerons ce
qu'ont fe.it pour le commerce les naviga-
f6tfirs, m£me a une epoque aussi voisine
$& celle-ci, que la fin du i7e- siecle
ou le commencement du i8e'« ,^nous
coftviendronS que la plus gr&nde partie
d'entreux: ne^toient guei'es que <fes cou-
reurs presque sans objets. Rapprochons-
nous davantage de l1 Epoque prdsente;
jfeiflfras les yeux sur les voyages faits
depuis cinquante ans I et sous la protection   immediate du   gouvernemejtt:';'
A 2
4 4 Introduction.
nous trouverons que ,• non - seulement
ceux qui les ont entrepris ont eu pour
but le bien  des homines , en general,
mais encore que leurs efforts, pour ac-
celerer   les   progres  de la   navigation,
et des sciences qui y ont rapport, ont
et6 suivis des plus brillans succes; nous
trouverons   quil est   difficile de determiner si c est le zele pour le bien public
qui a engage* les navigateurs a  tenter
des decouvertes,  ou le desir quils ont
constamment  temoigne'  de   les rendre
publiques, qui ont reflechi plus d'hon-
neur sur les souverains qui les ont pro-
te
'ges.
Sans entrer ici dans une enumeration
de voyages, qui -devfendroit inutile, il
nous  suffira  de   dire   que   pendant   le Introduction. 5
dernier voyage du capitaine Cook a ¥ ocean
pacifique , outre les avantages qui en
sont resultes pour les sciences , on a
ouvert aux navigateurs a venir un champ
nouveau et inepuisable pour le commerce
des fourrures les plus precieuses, sur la
c6te au nord-ouest de FAmeriqu^
Cette decouverte, quoiquTetant evi~
demment une source d'ou Ton pouvoit
tirer des richesses* immenses, et quoique
plusieurs personnes en fussent convain-
cues des fanne'e 1780, ne fit pas naitre
sur-le-champ Ten vie de tenter d'en pro-
fiter. Former un plan avantageux, pour
executer une semblable entr'eprise, exi-
geoit, non-seulement de la patience et
de la perseverance , mais encore un
degre de genie et de hardiesse qui n'est
»•-■ - ■ '^'   ' A 3   ' . ^ 6 Introduction.
pas souvent  le. partage   des liommes.
Dans-le printems de l'annee 1786, quel-
ques particuliers obtinrent une charte
de la compagnie de la mer du sud ( a
qui appartient le  privilege exclusif de
commercer sur Y ocean pacifique septentrional), qui leur donnoit le droit unique
de porter ce commerce a son plus haut
degre de perfection.  Pour  executer   ce
dessein on acheta aussi-t6t deux bati-
mens, et on les equipa avec toute la
promptitude possible ,   pour   faire  ua
yoyage a la c6te nord-ouest de VAme!-
rique. Les details de ce voyage forment
le sujet de Vouvrage suivant.
Un desir aussi louable que celui
d1 ouvrir ce nouveau champ au commerce
devoit attirer V attention generale. Cette Tfc
■INTRODUCTION, J
eiitreprise fut approuvee et encouragee
par des. personnes dont les. noms seuls
sulnsent pour la recommander au public,
Le tres-honore lord Mulgrave", le chevalier Banks et M. Rose, nous honorerent
d'une visite; ils monterent sur notre bord;
et, avec ce degre de bonte qui les carac-
terise , ils nous assurerent quils approu-
voient notre plan, et quils formoient
des voeux ardens pour sa reussite.
Ces encouragemens si flatteurs furent
pour les proprietaires" un nouveau motif
de poursuivre leur entreprise avec vigueur *,
et Ton na neglige aucune tentative de
toutes cellea qui pouvoient promettre'
quelque succes. Nous devious nous de-
faire a la Chine, sous le controle im-
mediat des subreca#gues delaCompaguie
4 8 Introduction.
des Indes, de toutes les fourrures que
nous nous procurerions sur la cote de
TAmerique ; et en consequence de cet
arrangement, nos batimens devoient etre
fretes aux depens de cette Compagnie.
Des avantages pecuniaires n'&ant pas,
dans cette circonstance, les principaux
motifs des entrepreneurs, independam-
ment des provisions que Ton accorde or^
dinairement dans le service marchand,
(et dont on eut le plus grand soin de
ne se procurer que les meilleurs de cha-
que espece, ) on se munit encorel de
tous les differens anti-scorbutiques que
Ton crut capables de contribuer a en-
tretenir la sante parmi les equipages.
Cette precaution, et une attention scru-
puleuse aux regies observes par le ca- Introduction. 9
pitaine Cook, nous ont servi, avec le
secours de la Providence, a conserver la
sante de nos hommes, dans tous les
differens climats que nous avons par-
courus, au point que pendant le cours
du voyage dont il est ici question , et
qui a dure plus de trois ans, sur trente-
trois personnes qui composoient T equipage de la Queen-Charlotte (1), nous n'en
avons perdu quune seule.
De quelquimportance que soit la
publicite de ces soins et de ces precautions infinis, pour toutes les personnes
engagees dans le service maritime, et
dans des voyages de long cours, cette
(1) Reine-Charlotte. io Introduction.
raison nauroit cependant pas ete suffi*
sante pour engager a imprimer le voyage
suivant; mais on presume que les avaa*
tages qui en resulteront pout les progres
de la geographie et du commerce seront
C^onsideres comme interessans et mtee
comme tres-essentiels, et que son utilite
aervira d1 excuse pour en avoir soumis le
resultat au public.
Afin que le lecteur puisse se former
une idee plus juste des avantages qu il
pent retirer de cet ouvrage, nous croyons
qu il ne sera pas inutile de resumer ici
ee qui a ete fait par les navigateurs qui
ont parcouru avant n©us les e6tes de
TAmerique; ce que nous avons ajoute
aux decouvertes faites par le feu capitaine
Cook,  et  de   donner   quelques details \
Introduction.       11
tres-succints sur le commerce des four-
rures.
Bearing , navigateur russe , semble
avoir ete le premier qui reconnut cette
c6te sauvage, au nord de Y entree du roi
George, On dit qu il appercut la terra
au 58e degre, 28 minutes de latitude
septentrionale , et jetta Tancre au  69*
degre, 18  minutes.  Tscherikon   jetta
Tancre> en. 1741 * vers le 56e degre de
latitude.
Que ces deux navigateurs aient ap-
percu la c6te de T Amerique, c'est une
chose qui nest point douteuse; mais il
ri est pas egalement facile de determiner
dans quelle position ils etoient lorscpi il&
virent la terre, ni Ten droit precis ou ils
1 ^l
12 Introduction.
mouillerent: les meilleures relations que
nous ayons de ces voyages sont tres-
inexactes; on doit, en outre, se rappeller
que la navigation n'etoit point parvenue
au degre de perfection anquel nous
Tavons portee depuis; et la c6te , dans
la situation ou Ton pretend que Bearing
mouilla, par 5g degres 18 minutes, porte
presque deTest a Touest; de sorte que,
dans retat ou etoit alors la navigation, il
n'est pas etonnant que Ton ait erre de
6 a 8 degres sur la longitude. Cependant,
quoique Ton ait raison de supposer que
ce ceiebre navigateur, n'a pas ete par-
faitement exact dans la latitude quil a
prise; il est a croire que Tendroit ou il
jetta Tancre, est beaucoup plus pres de
la riviere de Cook qu1 on ne le place or-
dinairement sur les cartes.
HtfttU. Introduction. i3
Mais tandis que nous nous plaignons
de retat d1 imperfection oil etoit alors la
navigation, et des details plus imparfaits
encore , qui nous sont parvenus des
voyages de ce fameux Russe, d'apres
lesquels nous ne pouvons pas juger pat-
faitement de la partie de la c6te qu il a
reconnue; il nest pas moins essentiel de
demontrer la faussete d'un navigateur
plus moderne, qui pretend avoir reconnu
la m&me c6te.
Dans le journal d'un voyage sur la
c6te au nord-ouest de TAmerique, par
don Francisco-Antonio Maurelle, publie
par Thonorable M, Daines Barrington;
apres avoir rendu compte des operations
preiiminaires du voyage, nous trouvons
le passage suivant: « Nous essayames
**4
4
3 IV
i4       Introduction.
cc alors de trouver le detroit de Tamiral
t< de Fonfte, quoique n'ayant pas encc&e
cc ijecouvert T Archipel de Saint-Lazare ,
« a travers duqiaiel on pretend quil na^
k vigua. Dans cette intention > nous £&-
«c connutnes chaque bate, chaque enfon~
« cement que nous vhnes sur la cote; nous
cc voguajrUes a Teatour de toutes les pointer
« de terre r mettant en panne pendant la
« nuit, pour ne pas manquer de tfouveor
« cette entree. Apres tant de peines que
« nous nous sommes donnees inutile-
c< ntent, et ayant toujours ete favorises
cc d'un bon vent de nord-ouest; nous- pou->
cc voas prononcer que ce de&&$t n'exists*
« pa^i).»
(i) V6ye*f les Melanges de Barrington , page 5o8\
\
——Ug^t-    ■ Introduction. i5
Pourquoi Maurelle a-t-il avance un
mensonge aussi manifeste, cest ce quil
ne nous est pas facile de concevoir ; on
pourra se convaincre de la faussete de
son assertion, en y refiechissant un seul
instant. Si ce navigateur eut reellement
ree&nnu chaque baie et chaque enforcement
quitvit $m la c6te; s'il eut voyage" a I'en&ur
4e toutes les pointes de terrer mettant en
panne toutes les nuits, meme avec le bon
vent dont il nous dit quil a ete favorise,
je soutiens qu il n auroit pas pu execute*
tout cela, dans un espace de terns deux
foisplus considerable que celui qu1 il passa
sur cette partie de la c6te. Mais la decou-
verte que nous fimes dans notre voyage,
des lies de la reine Charlotte , prouvenfc
d'une maniere incontestable, que don
Francisco Maurelle na. point ete dans les
M I*fr
16       Introduction.
I parages ou il se vante d7 avoir fait des m-
cherches infructueuses: la situation de ces
iles, qui s'etendent du 54e degre, 20 minutes, au 5ie degre, 56 minutes de latitude nord, et du i3oe au i33e degre*,
3o minutes de longitude ouest, prouve
clairement que ce sont celles qui com-
posent Tarchipel de Saint-Lazare, et qui
sont voisines du detroit de de Fonte ,
quoiqu'il soit necessaire de faire de nou-
velles recherches pour donner un certain
degre de confiance aux details pompeux
que cet amiral nous a donnes de cet
endroit.
sin
Si les Espagnols ne purent trouver,
dans cette circonstance, des iles ou il
en existe actuellement ; dans d'autres
terns, ils ontdecouvert en compensation,
des Introduction.       17
des terres , que nous sommes certains
aujourd'hui qui n existent point. Nous
avons cherche inutilement les Jles de Los-
Majos, la Maso et Sancta-Maria-la-Gorta,
qui s'etendent, suivant M. Ptoberts, du
18e degre , 3o minutes, au 28e degre de
latitude nord, et du i35e au i49e degre
de longitude ; et qui, d'apr£s le rapport
de ce navigateur, ont ete mises sur une
carte manuscrite espagnole ,  et , pour
nous servir des mots de Maurelle, nous
pouvons prononcer que ces iles n existent
pas. 11 resulte dela que leur intention a
toujours ete d'induire en erreur les navi-
gateurs a venir, plut6t que de chercher
a. leur etre utile.
S'etendre sur fabsurdite (pour ne pas
lui donner un autre nom) d'une telle
B
4 18       Introduction.
conduite § seroit une tache penible a
remplir : nous abandonnerons un sujet
aussi desagreable a traiter , pour dire
quelques mots sur 4es decouvertes de
notre ceiebre compatriote , le feu capi-
taine Cook.
Ce fameux navigateur etant par le
44e degre de latitude nord, appercut
la c6te d1 Amerique; mais il neut pas
occasion de jetter Tan ere avant d'etre
arrive a Nootka , quil norama Yentree
du roi George ( Ring George's sound ).
Cette entree est situee au 49e degre ,
36 minutes de latitude nord , et au
i26e degre , 42 minutes de longitude
ouest.
En quittant ce havre, le mauvais terns
f« i Introduction. 19
remp&cha de ranger la c6te (1) ; et nous
ne revimes la terre, que lorsque nous
(1) A midi , le 28 avril 1778, notre latitude etoit,
suivant l'observation, de 5i degres une minute nord,
et la longitude de 229 degres 26 minutes est. Je mis
alors le cap au nord-ouest-quart-de-nord, avec vent
frais de sud-sud-est et un beau terns; mais a neuf
heures du soir, il s'eleva un vent tres-fort, accom-
pagn£ de/rafales et de pluie. Le terns continuant a
etre orageux, et le vent se tenant toujours entre le
sud-sud-est et le sud-ouest, je courus dans la m^nie
direction jusqu'au 3o a quatre heures du matin, Je
ehangeai alors de route , et cinglai au nord-quart-
nord-ouest pour regagner la c6te. J'etois bien fach6
de n'avoir pas pu rallier plut6t la terre , par la faison
que nous passions alors a la hauteur ou les geo-
graphes ont place le pretendu detroit de Tamiral de
Fonte.'Quoique je sois eloigne de ih'en rappofter a
des Justoires vagues, denuees de vraisemblance, et
€|Bi portent avec elles leur refutation , je desjrois
ardemmeut de reconnoitre exactement la c6te, pour
ne  laisser aucun  doute ,sur ce point.   II eut   6t$ so Introduction.
tjumes atteint le 55e degre, 20 minutes
de latitude nord. De ce moment, le
capitaine Cook eut presque toujours la
facilite de rallier la terre : il determina
la situation reelle du cap Edgecumbe ;
decouvrit file de Kaye, T entree du prince
YVilliams et la riviere de Cook. 11
mouilla dans ces deux endroits.
11 est inutile de dire que la position
cependant tres-imprudent  de   rallier la terre  de
trop pres , dans un terns si orageux, ou de perdre
1'avantage d'un bon vent, pour attendre un, terns
plus favorable. Le melne jour k midi notre latitude
observee fut de 53 degres 22 minutes nord, et notre
longitude ,  de 225  degres 14 minutes est. (Voyez
le dernier voyage  de Cook a 1'Ocean pacifique •
volume XL , pag. 343 de r edition angloise , in-40. )
Note de I'auteur. J
Introduction. 21'
des differentes baies a ete fixee d'une
maniere exacte et precise ; il suffit d'observer que les hauteurs ont toujours ete
prises par le capitaine Cook.
Comme les decouvertes que ce savant
navigateur lit en s'avancant davantage
vers le nord , n'ont aucune liaison avec
ce voyage , et que leur importance est
assez connue ; nous ne croyons pas nd-
cessaire de le suivre plus loin ; nous
nous contenterons d'observer , que le capitaine Cook, ne trouva de fourrures
que dans la riviere de Cook , et dans les
entrees du prince Williams et du roi
George; et que ces endroits sont, en consequence , les plus dignes de fixer T attention de ceux qui voudroient se livrer
a cette branche de commerce.
B 3
4$
4 22
Introduction.
V
Les personnes qui les premieres out
entrepris le commerce de fourrures, ne
Sont peut-etre pas toutes connues ; mais
il est certain quil ne sen est point
trouve d'assez hardies pour faire partir
d'Angleterre des vaisseaux uniquement
destines a ce commerce; nous trouvons
que le premier qui mit a la voile, pour
aller chercher des fourrures, fut un bri-
gantin de soixante tonneaux, commande
par un capitaine nomme Hanna, qui le
fit equipper a la Chine , et sortit du Typa,
au mois d'avril 1785 : il fit voile vers Ten-
tree <Ju roi George, ou il arriva au mois
d'aout de la meme annee.
Peu de terns apres son arrivee , les
naturels voulurent monter a bord de son
vaisseau, en plein jour ; mais ils furent Introduction. 23
repousses, et il y en eut un grand nombre
detues. Cette affaire leur valut cependant
T ami tie des Indiens , qui traiiquerent
ensuite avec eux de la maniere la plus
paisible.
On pretend que le capitaine Hanna
se procura une riche cargaison de fourrures, quoique le nombre n'en soit pas
specifie (1).
Ce meme navigateur quitta Nootka,
vers la fin de septembre de la me" me an-
nee: il repartit de Macao en mai 1786 a
(1) On donnera, dans le cours de cet ouvrage , un
detail particulier des  fourrures qui ont eie ^ohaj^,
gees sur cette e6te. Pp?
■■■''!■■■ ■' .      f -B4       Si
*;
4
m 24 Introduction.
bord du Sea-Otter, batiment de cent-vingt
tonneaux, -et arriva a Yentree du ror
George au mois d'aoiit : on ignore quel
fut le succes de ce voyage; mais on ne
doute pas qu il nait ete fort inferieur au
premier; il arriva a Macao en fevrier
1787.
Le Senau le Lark, capitaine Peters,
de deux cents vingt tonneaux et de qua-
rantehommes d1 equipage-, fit voile de Macao en juillet 1786 : les instructions de
ce capitaine portoient , qu'il gagneroit
la c6te au nord-ouestde TAmerique,
par la route du Kamschatka , et qu'il
reconnoitroit les iles, qui restent au nord
du. Japon. II arriva au Kamschatka le 20
aout,et en repartit le 18 septembre : le
bruit s'est depuis repandu que ce vaisseau
N
f Introduction.- 25
avoit peri pres de Tile de Coper, et qu il
n'y avoit que deux personnes de V equipage qui etoient parvenues a. se sauver.
Au commencement deF annee 1786,
les senauts , le capitaine Cook de trois
cens tonneaux, et VExperiment de cent
tonneaux, furent equipes et partirent 'de
Bombay : ces batimens arriverent a. N00-.
tka, a la fin de juin de la m&me annee ;
d'ou ils se rendirent a F entree du prince
Williams : apres y avoir fait quelque se*-
jour, ils quitterent la c6te , et arriverent
en bon etat a Macao ; mais on croit
qu1 ils ne purent se procurer qu'une tres-
petite quantite de fourrures.
Au printems de la meme annee (1786),
on equipa au Bengale deux vaisseaux ,
fi 26        Introduction.
le Nootka de deux cens tonneaux, capitaine Meares , et  le Sea-Otter de   cent
tonneaux, capitaine Tipping.
Le capitaine Meares partitduBengale
au mois de mars : nous parlerons de ses
operations dans le cours de cet ouvrage,
Fay ant rencontre   a F entree  du prince
Williams.
-^caaaaaiat.^
Le Sea-Otter quitta Calcutta, quelques
jours apres le Nootka; il etoit destine a se
rendre a F entree du prince Williams , ou
il arriva en septembre , pendant que le
capitaine Cook et Y Experiment y etoient
encore : il repartk de cette entree le len-
demain, selon toutes les apparences, pour
remonter jusqua la riviere de Cook ; mais
comme on n a plus entendu parler depuis Introduction. 27
de ce batiment, il est a presumer quil
s'est perdu.
MAigle Imperial, capitaine Berkley,
quitta Ostende vers la fin de novembre
1786, et arriva a Nootka au commencement de juin 1787 : on trouvera^ dans
ce voyage,quelques details relatifs a son
expedition.
Apres avoir donne un extrait tres-
succinct des differens voyages qui se sont
faits sur la c6te au nordrouest de F Am.e-
rique ;jene puis memp&cher de faire
mention d'une expedition qui fut projet-
tee bien auparavant, et qui , si elle eiit
ete executee , auroit probablement 6t&
tres-avantageuse a ceux qui Fauroient
entreprise , parce quelle leur auroit as- 28       Introduction.
sure, exclusivement, cette branche  lucrative de commerce.
Des 1781 , le sieur Williams Bolts
frettale Cobenzelly navire arme , de sept
cens tonneaux, portant pavilion imperial,
pour faire le voyage de la c6te nord-ouest
de F Amerique : il devoit appareiller, de
conserve avec le Trieste , patache de
quarante-cinq tonneaux. Ce batiment etoit
equipe de maniere a pouvoir commercer,
et a faire en m&me-tems des decouvertes:
on avoit engage, pour monter ce navire,
des artistes et des savans dans tous les
genres; on ecrivit des lettres a toutes les
puissances maritimes de F Europe, afin
de s1 assurer une reception favorable dans
leurs ports respectifs. Les reponses qui
furent faites a ces lettres, etoient telles Introduction. 29
que les entrepreneurs pouvoient les de-
sirer : cependant, cette expedition qui
promettoit la plus heureuse reussite ,
echoua par les cabales de plusieurs personnes interessees a la faire avorter, et
qui jouissoient de beaucoup de credit a
la cour de Vienne.
Cet appercu des tentatives deja faites,
relativement au commerce de fourrures,
suffit pour faire voir que les negocians
qui Font entrepris , ont toujours fixe
principalement leur attention sur la
riviere de Cook, et sur les entrees de
Nootka et du prince Williams; mais le
lecteur, en lisant ce voyage , sera con-
vaincu de la probability quil y a que
Fon pourroit se procurer une plus grande
quantite de fourrures, sur certaine partie 3o Introduction.
de cette cote, que dans les baies dont
je viens de parler, et on ne m'accusera
pas, j'ose m'en flatter, d'un fol orgueil,
lorsque j'avancerai quaucune des entre-
prises faites, par quelque negociant que
ce soit , na ete mieux fondee que la
n6tre , sur les veritables principes du
commerce.
II sera facile de saisir dun seul
coup d'oeil, en examinant la carte gene-
rale , annexee a cet ouvrage, les additions x que nous avons faites aux decouvertes du capitaine Cook; mais cette
carte n'etant pas entierement dessinee,
dapres mes propres remarques , je dois
au public de citer les autorites qui m'ont
fait adopter les positions que je n1ai pas
reconnues moi-meme. ^ Introduction. 3i
A partir du Kodiaque du capitaine
Cook (qui est la partie la plus occidentals
de la carte) jusqua la baie de la Pen*
tec6te, cest la m^me que celle qui a
ete publiee, dapres les observations du
capitaine Cook, depuis cette baie jusqu au
cap Douglas. Elie est dessinee dapres Je
trajet du senaut, le Nootka, commande
par le capitaine Meares , dont la carte
m'a ete remise par M. Ross , second de
ce vaisseau : cette route est tracee par
vine ligne poiritee. Du cap Douglas a la
riviere de Cook, et jusquau sud et a Fest
du havre de Portlock, elle est faite dapres
mes observations, et celles du capitaine
Portlock. Cest la que , dans plusieurs
endroits , nous' ne nous rapportons
pas avec la carte generale du capitaine
Cook. $M
m
4 32        Introduction.
Depuis le havre de Portlock , err re-
descendant vers le sud jusqua File de
Beresford, la carte est entierement des-
sinee d'apres mes observations. La partie
de la carte qui n est pas marquee d'ombre
depuis le cap Woody jusquau cap Cox,
est prise de deux cartes que M. Cox a
eu la bonte de me donner; Fune est faite
par le capitaine Guise , commandant du
senaut YExperiment; Fautre, par le capitaine Hanna, commandant le senaut le
Sea-Otter. Enfin, depuis le cap des Brisans,
(Breakers Point) je me suis servi d'une
carte qui m'a ete communique par le
capitaine Berkley, commandant de YAigle
imperial.
U ne me reste plus qua reclamer
Findulgence des personnes qui liront cet
ouvrage Introduction. 33
ouvrage. Elles sont priees de se souvenir
quil a ete ecrit par une personne qui
etoit a bord de la Queen - Charlotte, et
qui s'est aussi pen exerce dans la carriere
litteraire, qu'il a ete pen accoutume A
la vie maritime. Pour obvier cependanfc
a toutes les objections qui pourroient etre
faites contre son peu de connoissances
en fait de marine , j'ai corrigd soigneu-
sement tout ce qui a rapport a la
navigation .Jet je me suis etendu sur
tout ce que je croyois devojx interesser
Fhomme demer. 6**'"
J'ai encore traite de quelques sujets
relatifs a Fhistoire naturelle, qui m'ont
paru meriter d'etre offerts aux regards
des curieux, et j'espere qu'une simpl©
narration de faits, ecrits a mesure qn'ils
Tome I. G   \ 34 Introduction*.
tint eU lieu, quoique denude des graces
du style et de I'dldgance que Fon exige
dans nos ouvrages modernes, pourra ee>
pendant interesser le lecteur, et meriter
de fixer son attention.
--'■■:■■'      ■ -.a-.-- ." .   g. d, -..-.: UtWft'MB'.mJt.yM.AML
VOYAGE    I
AUTOUR DU MONDE.
LETTRE    PREMIERE.     Aout i785.
A Gravesend , le 29 aou^ 1785.
MON  CHER  HAMLEN ,
Lorsque je pris conge de toi, en par-
tant de Londres , tu me pressas avec tous
les temoignajges d'une sincere amitie de
t'envoyer, non-seulement une description
de tous les endroits et de tous les paps
que j'aurois occasion de voir, mais encore un detail  circonstancie de tout ce
c 2 B
/ Aout 178&.
36 YoYAGE   A   LA    C O T e|^
qui pourroit m'arriver pendant le cours
de rnon voyage. Je ferai , avec le plus
grand plaisir, tous mes efforts pour exe-
cuter tes intentions ; j'aurai le double
motif de te procurer quelques instans de
plaisir^ et d'employer agreablement mes
heures de loisir. Comme tes voyages
maritimes , si je ne me trompe, ne t'ont
jamais mene plus loin que Deptford ou
Blackwal, je redoute moins les erreurs
que je pourrois faire dans Fusage des
termes relatifs a la navigation ; je sais
que tu ne pourras point rire a mes de-
pens , et je te connois trop bien pour te
supposer capable d'exposer mon ignorance aux yeux des gens de Fart. Tout
ce que j e 8 enverrai, bon ou mauvais, sera,
je m'en flatte, bien recu , ne fiit- ce que
par la raison que cela viendra de ton
fidele ami.
^     ■ ;..  .. /. ■:  -;     '    -   '     -     W.  B.
"*"—r nrn—nn- nord-ouesTjUbe l Am^rique.   3%
f      ,|IETTRE   I I.    ^il^W^:
A Gravesend , le 3o aout 1785,
Avant det'informer, mon cher Ham*
lem, des differens evenemens de notrli
voyage , il est necessaire de te donner
quelques details relatifs a son objet. Lors*
que jBQme rendis a bord j j'avois si pea
d'idee de ce que seroit ce voyage y que je
n'ai pas pu te dire la moindre chose suu
notre destination. Je suis maintenant en
e^at de te satiSfaire a. cet egard. Lors du
dernier voyage que fit le feu capitairiU
Cook a F Ocean Pacifique, on jugea qu'il
etoit possible d'etablir un commerce de
fourrures, fort etendu, sur la c6te occi-
dentale de FAmerique, et qu'on trouvy
roit a la Chine les moyens de se defaire*
-   -    ' C 3
«
4 Aout 1785.
I    §1 Voyage a la c6te,
= tres-avantageusement des marchandises
que Fon se seroit procures sur cette c6te.
Quoique cette speculation ait ete faite
desl'annee 1780, on n'avoit cependant
tente aucune entreprise jusqu'au printems
dernier. Plusieurs particuliers se procure-
rent alors une charte de la Compagnie
de la mer du Sud, et furent revetuS de
pouvoirs , a Feffet de tirer tout le parti
possible de cette branche de commerce.
Pour faciliter cette entreprise , on leur a
fourni deux batimens, et on les a jequipes
pour les mettre en etat de partir le plut6f>
possible.
Le vaisseau le plus grand des deux est
nomme le King-George, et estcommandd
par le capitaine Portlock, qui est en m^me
tems charge en chef du commandement
del'expedition; le plus petit,nomme la
Queen-Charlotte , a bord duquel je suis,
est commande par le capitaine Dixon.
H* 1 NORDOUE8T,   DE. l'AmE*RIQUE.     3g
Le choix que Fon a Mt de ces deux k  A '.
^ Aout 1700.'
officiers, pour les mettre a la tete de cette
operation importante ne pouvoiEetre meil-
leur, non seulement parce que ce sont
d'habiles raarins , mais parce qu'ayant
deja fait ce voyage avec le capitaine
Cook , ils connoissent parfaitement bien
les parties du continent ou nous devons
trouver les occasions les plus avantageuses
de trafiquer, et peuvent se former une idee
plus juste du caractereet des dispositions
des naturels. Je dois encore ajouterque ce
sont des hommes pfieins de sentiment
et d'humanite, et qui veilleront avec la
plus serupuleuse attention a entretenir la
sante parmi les equipages, chose bien es-
sentielle dans un voyage aussi long que
le sera probablement celui que nous allons
entreprendre. AyanlraiiSfi entame ma cor-
respondance , je t'informerai, a mesure,
de tout? ce qui uura rapport a notre
voyagefmais comme je ve\ix profiter^a%ne .
I.      I 1 !   le 4   I
■
1 Yoyage a la c 6 t e ,
n - / occasion qui se prdsente pour t'envoyer
Aout 1785. ,
cette lettre , il ne me reste que le terns^
de t' assurer que je suis bien et sincerensenfr
ton ami,
w :.::■:£*     W. B.       i^  -
LETTRE   III.
Spithead, le 9 Septembre 1786,
Je me rendis a bord de la Reine-Char*
lotte le samedi au soir, 27 du mois dernier , et j'y fus re§u avec laplus grande
honn&tete de la part de mes compagnoi^
de table, le premier , le second et le troit
sieme lieutenans, le chirurgien et le corn-
mis du capitaine. Le docteur , jeune
Ecossois de vingt-deux ans, me donna,
ave;c beaucoup de complaisance, tous les
detail qui pouvoient rajinteresser sur la nord-ouest, de l'Ameri^ue.   41
nature de notre table , sur la  maniere
Septembre.
dont elle etpit servie , et sur beaucoup .1.785.
d' autres particularites, autant que le terns
put nous le permettre. Quand Fheure du
coucher fut arrivee je me trouvai dans
un grand embarras, mon hamac ayant
dte envoye par erreur a bord du King*
George. Mon ami le docteur me proposa
obligeamment de partager le sien, ce que
j'acceptai avec quelque repugnance , §en»
tant bien que je Fincommoderois beau*
coup: cependant nous nous en accoijgt*
modames du mieux que nous pumes„
Vers minuit le hamac cassa, et je me
trouvai dans une position des plus desa-
greables. J'aimai mieux la supporter pa-
tiemment que de troubler mon corn^
pagnon ; raoi^damais le matin grisdtre,
revetu de son manteau mux (1), ne fut
(i) Expression d'un poete aiiglois.
Ul 42 Voyage alac6te,
vu de personne avec autant de plaisir,que
Septembr
1780.     de moi dans cette occasion.
Le genre de vie que j'ai adopteetant encore tout nouveau pour moi, je dois t'in-
former du plan de conduite que je me suis
trace pour FavenirW J'espere que tu diras
avec moi que c'est la methode qui doit
le plus probablement m'assurer , pendant
mon voyage, une portion suffisante de
bonheur et de tranquillite. Je ne connois
absolument aucune des personnes qui
sont a bord ; je ne suis pas mieux familiarise avec les moeurs et les usages des
gens de mer; mon dessein est de nr ao
commoder a tout autant qu'il me sera
possible , et comme dit Chesterfield ,
d'etre cc tout a tous p Cette tache , je le
crains, ne sera pas facile a remplir; mais
les avantages que j'y trouverai sont si
grands , qu'ils valent la peine que je me
donnerai pour y parvenir.
14 NORD-OUEST, DE l'AMeRIQUE.      Lfi
Je te sais   si curieux d'apprendre  a
Septembro
eonnoitre les caracteres des hommes , l7s&
que tu es de|a, sans doute , impatient de
me voir tracer ceux de mes camarades
de voyage. Mais contrainsf un peu ce
desir : peut-etre te donnerai-}e cette ss£f£§£
faction dans un autre instant.
Le pilote etant venu a bord, et tout
etant pr$t pr&ur mettre a la voile, nous
levames Fancre le 29 a neuf heures du
matin, et nous descendimes la riviere*
pour nous r&idre a Grevesend. Le coup-
d'oeil des deux cotes , quoique n'etaijE
pas embelli par des chateaux magnrfiques
et de grands pares , comme on en trouve
lorsqu'on remonte la riVJere au-dessus de
Londres, n'en est pas pour cela moins piquant. II y a des points de vue tres-etendus
et agreablement varies; ce qui prouved' une
maniere incontestable , que la nature ,
abandonnee a elle-meme, defie souvent
*-
4 44 Voyage a la cute ,
1 tous les efforts de Fart. Favorises par le
Septembre . -,,
27S5. vent et la maree , nous jetames 1 an ere
a Gravesend vers les deux heures. Pres
de cet endroit est le fort de Tisbury. Je
ne pus, en le voyant, m'empe'eher de ri§§&
rappeller le politique de G. A. Steven,
dans son fameux discours sur les t£-
tes (1 ). Apres le dine, jedescendis dans
un de nos bateaux avec le chirurgien, et
nous nous rendimes a Gravesend, autant
pour prendre des provisions a notre usage 4
que pour voir F endroit. Je ne puis, t'en
donner d'autre description, sino% que les
rues sont etroites et malpropres, et que
la plus grande partie des habitans gagnent
leiu* vie en travaillant sur la riviere ou
en allant kla mer.
(1) C*est une'satyre des plus plaisantes , ^crite
II ~y a environ quinze ans , sur les ctifferentes
Jigures. NORD-OUEST, DE  l'AmIERIQUE.    /±5
Quoique nous fussions deja si loin, •
Septembre
notre voyage a manque d'etre retardd 1785.
par la circonstance suivante. Les articles
de convention ayant ete lus le meme soir
aux equipages, ils refuserent de les signer
si on ne leur faisoit pas sur leur paye une
avance plus forte que cello qui se fait
ordinairement. Le capitaine Portlock ne
Voulut pas absolument se prater a cette
fantaisie ; il leur parla assez long-tems,
et ils prirent enfin gaiement le parti de
contihuer leur route. Cest par Fadresse
du capitaine Portlock que cette difficult^
s'est evanouie. Elle auroit pu avoir des
Suites tres - desagreables , et nous faire
peut-etre perdre la saison.
Le 3o au matin, les equipages regurent
ce qui leur etoit &£i de gages , et un mois
d'avance, qu'ils depenserent aussit6t a.
acheter des marchandises de gens qui ne
manquent jamais de se rendre a bord 46 Voyage   a   la  cote,
|p avec leurs bateaux dans ces sortes d'oc-
•Septembre
1780. casions , sachant qu'un bon matelot n£
croiroit pas sa conscience en surete $Sj|
alloit a la mer avec de Fargent dans sa
poche. Nous levftmes Fancre vers les onze
heures, et nous partimes avec la maree
pour nous rendre aux Dunes. L'eau conv
menga alors a prendre une teinte ver-
datre, et le ba£ime£|t a etre un- peu tow-
mente. Je me sentis fort mal a mon
aise; mais cette indisposition ne dura p&$,
et je n'ai pas 6t6 incommode depuis , ce
qui est assez extraordinaire ; car il y a
peu de matelots d'eau douce qui ne soient
atteints du mal de mer. La vue com-
J|| mencoit aussi a s'etendre; nous nous
trouvions a une grande distance de chaque bord; mais ne cessant cependantpas
de voir la terre des deux c6tes.
La journee fut belle , et £¥ers les huk
heures du soir nous motiillames aupres nord-ouest, de l' Amerique.    47
de Margate , sans qu'il nous soit rien
arrivd digne de remarque. Margate est
une ville tres-frequentee dans la belle
saison, par les femmes et filles des premiers bourgeois de Londres , qui s'y
rendent pour boire de Feau de mer, pour
se laver des tacbes qu'impriment sur leur
peau la fumee et la poussiere de la cite,
pour singer les mceurs des gens de qua-
lite, dechirer la reputation de leurs voi-
sins, et cacher soigneusement leurs pro-
pres defauts. Le vent etant bon , nous
mimes a la voile le lendemain de tres-
bonne heure, et apres avoir vogue agrea-
blement ^pendant le cours d'une belle
journee, nous mimes a la cape le soir,
par le travers de Deal.
Septembre
La situation de cette ville est assez,
agreable , et singulierement commode
pour la contrj^bande. Celle qui s'y fait
est tres-considerable a cause de son voi- 48 Voyage   a   la   c6te*
 • sin age des Dunes ,  et de  Fabri qu'elle
Septembre
"1785. fournit aux batimens destines a remonter
la riviere. Outre cela, ses habitans sont
des gens entreprenans , courageux, qui
meprisent les dangers , et que rien ne
retient, lorsqu'il s'agit d'executer ce qu'ils
ont une fois enrrepris. 11 est vrai qu'un
homme ne peut pas toe parfaifejcontre-
bandier, s'il n'est point tel que je viens
de depeindre les habitans de Deal.
Le vent etant absolument contraire,
nous restames a la vue de Deal toute la
journee du premier septembre; mais dans
la matinee du 2 , une brise favorable
s'etant eievee , nous levames Fan ere et
partimes. La cote que nous rangeames
ne paroit pas &tre fort bifen cultivee,
cependant elle offre de terns en terns des
perspectives agreables , principalemo<Qt
Douvres , et son voisinage. En voyant le
chateau , je me rappellai la fameuse description
-■-^^-■.^■_. ....-■•---.
     » 1 j'li'iiii nord-ouest, de l Am^rique.    49
cription qu'en a faite  notre  immortel
\
Septembre
Shakespeare dans sa tragedie du roi Lear. i785.
Le jour etant tres-clair, nous voyions
en plein la c6te de France et les roches
blanchatres de la vieille Albion , objets
deiicieux pour le miirin qui les revoit
apres un long voyage, et qui, j'espere,
frapperont de nouveau mes regards dans
quelques annees. Nous eumes peu de
variations dans notre route jusqu'au 5.
Ce jour il s'eieva un vent violent, et
notre batiment fut balote au gre des
vents et des flots. Tout etoit alors dans
le plus grand desordre. Le craquement
de la carcasse du vaisseau, le bruit que
faisoient sur le pont, les matelots qui
courroient sans cesse de Farriere a Favant,
et de Favant a Farriere, et les sifflemens
du vent qui se glissoient a travers les
mats et les vergues , etoient autant de
choses qui ajoutoient a la confusion ge-
nerale.
Tome L D 5o        Voyage a la c 6te,
1 i^endant ce terns je restai constam-
Sep'tea^bre
2.7^ ment en-bas , et , comme tu peux te
l'imaginer, dans une situation qui n'etoit
llullement agreable. Si je me fusse abaij-
donne k mes premiers mouveraens de
frayeur , j'aurois alors ete plus mort que
vif ; mftis ife-m'etoit reste assez de sangfroid pour reflechir que notre premier
et notre second lieutenans etoient des.
marins experimentes, etque si nous etions
dans un danger reel, je le reconnoitrois
a leur mine qui devoit £tre le barometre
d'apres lequel il convenoit de mesurer
mes craintes. Cette • reflexion prudente
contribua beaucoup a calmer mes inquie^
tudes. Ils me dirent que nous n'avions
aucun danger a apprehender que celui
d'atterer, mais que nous avion s llavan-
tage du jour et d'etre a une grande distance de la terre. Vers le soir Forage
s-'appaisa, et toutes mes craintes disparu-
rent avec lui. Je risquai alors de monter nord-ouest,de lAm^rique.     5l
sur le pont; mais quel  fut mon etonne- ■
Septembre
ment en voyant la mer rouler des flpts I1785;
enormes, avec un bruit affreux : chaque
vague etoit dun volume assez conside-
rable pour engloutir notre petit b&timent.
Le joursuivant la mer etoit rede venue
calme, et la nature sembloit s'e'tre re-
nouveliee. Que cette comparaison du bon
vieux patriarche est forte , lorsqu'il dit ,
en decrivant Finconstance de son fils :
.cc // seraaussi peu stable que l'onde*» Tu
me pardonneras ces petits ecarts; quand
quelque reflexion (si je puis\m'exprimer
ainsi ) nait au bout de ma plume , je
ne puis m'empecher de la tracer; et tu
prefereras peut-^tre mes petites digressions aux phrases les mieux etudiees*
,!^Ma lettre dtant deja d'une longueur
qui passe les bornes, je me contenterai
de te dire que nous avons jette Fancre a
D 2 52        Voyage a la c6te,|
.j>_ Spitheadhier 8 du courant, dans l'apres-
Septembre m[d^ et apr£s une journ^e de route des
I plus agreables. Tu peux etre sur de rece-
'0. voir des details plus etendus a la premiere
occasion.  Ton ami,
W. B.
L E T T R E   IV.
A Spithead, le 14 septembre 1785.
Cet endroit est situeentre Portsmouth
et File Whigt dont il est eloign e d'environ
huit a dix milles. Ce n'est qu'un havre
propre a recevoir les batimens qui y rela-
chent occasionnellement, ou les vais-
seaux de roi qui sont sur le point de
partir pour leurs differentes destinations.
L'endroit ou les navires se retirent, pour
etre a couvert ou   mis  en reparation , NORD-OUEST, DE l'AmeRIQUE.       53
nest  qu'une calangue Sovt  etroite qui
separe Portsmouth.de Gosport.
Un des premiers objets qui se.. pre-
senterent a ma vue, des que nous fumes
a Fancre , fut le mat du Royal-George
qui, comme tu te le rappelles, a ete. en-
glouti dans les Hots, il y aquelques.an-
nees. On ne peut se defendre d'un sentiment de douleur et d'effroi, quand on
songe que pres de quinze cens personnes
qui montoient ce vaisseau, dont plusieurs
etoient des gens de la premiere distinction , y ont perdu la vie dans un memew
moment ( 1). II y a maintenant a Faner®
Septembre
1785.
(1) En 1782 , le jeudi 28 aout , a une heure et
demie de relevee , le vaisseau le Royal - George.
de i3o canons, commandepar Tamiral Kempenfelt *
qui etoit alors sur son bord , sombra tout-a-coup ~
et 1'amiral , 1'equipage et tous les.officiers et soldats
qui s y trouvoient, perirent avec lui. (Note du tra^
ducteur).
D 3
4
L-^sB 54 YO Y A G E   A   L A   C uTE,
~ dans ce mouillage un grand nombre de
&\jS5. vaisseaux de ligne : c'est un spectacle
tout-a-fait nouveau pour moi ; mais ce
qui acheve de rendre la perspective deli-
cieuse, c'est le paysage charmant que
alile de Whigt offre a nos yeux. II nest
Tien dans la nature qui soit a comparer,
pour le coup-d'oeil, a la verdure de ses
plaines et de ses prairies. Je ne puis
HI prononcer sur la beaute de Finterieur de
File ; mais on m'assure quelle est au
moms egale a celle des c6tes. Si cela est
vrai, tctus les partisans de la vie cbampetre
doivent desirerde fixer leur residence dans
File de Wight. §F ' ~-
II n'est point de marches ou le fermier
se defasse plus vitede ses denies qu a Spir
thead: les vaisseaux j qui s'y trouvent
toujours en tres-grand nombre, en con-
somment davaritage que les cultivateurs
ne peuvent leur enfournir, et ils ne les NORD-OUEST, DE l'AmERIQUE.       55
livrent, en consequence , qua tres-haut -   ■ . —
Septembre
prix, sur-tout en tems de guerre. Nous 1785.
avons neanmoins achete a un prix assez
raisonnable nos provisions de bouche ;
telles que des cochons, des dies, de la
volaille, des lapins , des canards, des
jambons , du beurre, du fromage , des
oignons, des pommes de terre , etc., etc.
Pairni les vaisseaux de guerre qui sont
dans cette rade , se trouve le Gdliah de
soixante-quatorze canons, commandepar
le chevalier Hyde Parker. M. Lauder ,
notre.chirurgien, a ete aide a bord de ce
vaisseau, et comme il y avoit conserve un
grand nombre de conndissances, il me fit
Famitie de m'inviter al'accompagner dans
la visite qu'il se proposoit de leur rendre.
Je fus charme de trouver cette occasion
de satisfaire ma curiosite, et j'acceptai
son invitation sans balancer. Nous sommes
restes plusieurs heures a bord du Goliah*
f D 4    W   W ■'   * 56        Voyage  a l a c 6 t e ,
1 mais je suis encore trop novice dans Fart
Septembre . .
1785. du nautonmer* pour te xaire une description passable dun vaisseau de guerre :
quand je serois, d'ailleurs, plus habile,
il n'auroit pas ete en mon pouvoir de
profiter de la circonstance. Le docteur
dtoit tout entier a ses camarades; toutes
les personnes qui m'entouroient m'etoient
absolument inconnues, et je ne savois a
qui m'adresser pour faire des questions.
Tout ce que je puis te dire, c'est que
les ponts , les galeries et generalement
tous les passages sont aussi projires que
peuvent l'£tre tous les ustensiles de cuisine dune bonne menagere de village :
il n'y a pas autant de monde a bord de ce
vaisseau, que si c etoit en terns de guerre;
mais on m'assure qu'on ne prend pas
moins de soin d'y entretenir la proprete.
Je crois bien qu'on n'a pas toujours eu
tant de precautions, et qu'il a fallu que NORBrOUEST, DE l'AmeRIQUE.       5j
la  necessitd  demontrat   combien- elles I
Septembre
etoient utiles : dans les pays ou regne 1785.
le despotisme, il est possible ,sans doute,
de nmintenir la basse classe du peuple
dans la subordination que FAjrglois ne
supporte qu'avec impatience, tant Famour
de Findependance et de la liberte est en-
racine dans son coeur; et cependant, le
capitaine d'un vaisseau d© guerre est plu#
absolu que le monarque le plus des-
potique. La prudence peut quelquefois
rendre necessaire Fexercice de cette au-
torite ; car un vaisseau de guerre est,
souvent, le receptacle de tout ce qu'il
y a de plus sceierat et de plus debauchd
parmi les hommes : faous dinames a.
bord , avec plus de vingt volontaires ,
aides-chirurgiens, etc., tout se passa avec
la plus grande regularite et la plus grande
decence; il regnoit entr'eux une politesse
que je n'aurois jamais crurencontrer parmi
des marins, et qui, si je ne me, trompe,
m
4 58       Voyage a la c6te,
ne s'y rencontre pas toujours ; la bonne
Septembre  . * i       •        i
i785. intelligence, et souvent theme la simple
decence n*en etant quetrop frequemment
bannies.
Quant a la ville de Portsmouth , jen
dirai peu de choses, n'y etant reste que
quelques heures : c'est m'a-t-on dit , la
place la mieux forti Yiee du royaume, et
je suis dispose a le croire. Si   Ion en
excepte le chantier et d'autres batimens
publics , la ville est peu considerable,
quoique la plus grande de cette partie du
royaume. En tems de guerre, les auber-
gistes et tous les   marchands  vendent
leurs denrees k un prix exorbitant ; ils
sont, j'imagine, souvent k portee de voir
'se verifier le proverbe^que : cc les matelots
cc gagnent leur argent comme des chevaux,
« etle depensent comme des anesn. Comme
il n'y a pas de regie sans exception, j'ai
soupe et passe une soiree agreable avec NORD-OUEST, DE l'AmeIRIQUE.       So,
notre premier lieutenant et un parent du   -—-----
Septembro
capitaine Dixon , au star and Garter, qui.. i785.
est regarde comme Fauberge ou Fon traite
le plus cherenient; nous avons ete supe-
rieurement bien servis, et nous n'avons
pas eu sujet de nous plaindre de ce que
Fh6te a demande. ILy a ici un grand
nombre de juifs ; ils demeurent presque
tous dans la meme rue , qui est appellee^
pour cette raison, la rue des juifs : elle
est aussi le refuge d'un grand nombre de
prostituees de la plus basse classe, pour
qui la guerre est la saison dune abon-
dante recolte, vu qu'elles emportent une
grande partie de Fargent provenant de
la paie et des parts de prises des ma-
telots qui s'abandonnent a elles.
Notre vaisseau etant pourvu de toutes
les provisions necessaires, et nos futailles
etant remplies d'eau , nous irattendons
qu'un vent favorable pour appareiller. Je 60        Voyage a la cute,
- te promets de t'ecrire  encore de Guer-
Septembre G
1785.     nesey, ou nous devons relacher. Adieu,
tout a toi, etc.
W.    B.
L E T T R E   V
De Guernesey, le 25 septembre 1785.
- Comme je n'ai pas oublie ma pro-
messe, je prends* la plume pour satisfaire
a mes engagemens : le vent est si impe-
tueux, et le mouvement du vaisseau si
violent ( quoique nous portions sur deux
ancr.es), qu'il m'est a peine possible d'e-
crire lisiblement: nous quittames Spithead
le 16du courant a huit heures du matin,
et nous passames par le travers de Sainte-
Heiene a onze heures : mais un vent con-
traire s'etant eleve et le terns etant devenu .   N0RD-0UEST, DE  l'AmerIQUE.       6l
pluvieux, nous gouvernames sur la rade ---".- >-■-
. . Septembre
de Samte-Heiene,  et nous y jettames    1785.
Fancre dans la soiree. Nous remimes a
la voile le lendemain matin a sept heures;
pendant cette jounce et les deux sui-
vantes, le terns fut assez bon et les vents
variables ; il y avoit a  bord du King-
George , plusieurs dames qui alloient a
Guernesey en partie  de plaisir ; et un
cutter de Gosport, appartenant k nos
proprietaires , nous accompagnoit pour
les ramener. Dans la soiree du 19, nous
jettames Fancre detonee (qui est une des
petites ancres), et le cutter etoit amarrd
a notre pouppe avec un gros cable ; mais
quoique le terns fut tres-calme , la maree
etoit si forte, que le cable ceda tout-a-
coup et le cutter fut entraine au gre des
flots ^les partes de notre ancre furent pa-
reillement emportees :  neanmoins , cet
accident n'a pas eu de suites facheuses.
Quoique je ne sois encore qu'un marin ■• i 1
62   »Voyagealac6te,
,   ^tres-novice, ie me suis cependant deja
-Septembre x g
1785. trouve au milieu du peril: tu te rappelles
le coup de vent que nous essuyames a
la hauteur de Beachy ? Je rrie suis vu
dans une situation plus facheuse encore,
dont la cause etoit/direofcement contraire;
elle etoit due a un calme. Ceci te paroitra
sans doute un paradoxe ? Vous. autres gens,
qui navez jamais vu de I'eau salee , vous
croyez quil fait toujours beau terns ,
quand le ciel est serein et la surface de
la mer unie comme iin crystal. Le 20,
dans Fapres-midi, nous decouvrimes les
casquettes (1); c'est un amas de ro-
ehers, ainsi appelies par les marShs,
vraisemblablement k cause de leur res-
semblance. Ce grouppe de rochers a peut
4tre ete pius fatal aux marins, que les
ecueils   si   fameux de Charybde  et de
a.      11        fail
(1) Le mot  aaskett signifie cassette.
m nord-ouest,de l'Amerique.     63
Scylla : la maree nous portoit dire^te- Septembre
ment sur eux; et, nous trouvant dans 1785*
un calme parfait, il nous etoit impossible de gouverner : k huit heures du
soir, ces rochers n'etoient guere elovgnds
de nous de plus d'un mille. La sonde
nous rapportoit, il est vrai, dix-huit a
vingt brasses d'eau; mais le fond n'etoit
que des rochers, et si nous eussions etd
indispensablement obliges de jetter Fancre , il n'etoit guere possible quelle nous
fut de quelqu'utilite : a neuf heures, la
maree baissa et nos craintes furent bien-
tot dissipees. Cette circonstance contEJ-
buera a vous prouver que les calmes,
quand on est pres dela terre, sont souvent
plus dangereux que les plus violens coups
de vent.
Le 21 , vers les une heure, nos pro
prietaires amenerent a bord un pilote
( nous   voyions par proue le havre de t=
64       Voyage alac6te,
==: Guernesey) pour nous conduire dans le
iSeptembre. , .   .,        ,   .
1785. port. II pretendoit ne pas savour 1 anglois,
et nous n'avions parmi nous personne
qui sut parler francois ; mais lorsquil
entendit que puisqu'il ne comprenoit
pas notre langue, nous allions prendre,
un autre pilote, nous appercftmes bien
vite qu'il n'etoit pas aussi ignorant qu'il
vouloit le paroitre.
Nous mouillames dans la rade de
Guernesey, vers les six heures du soir,
par un terns humide et bruineux. Tu
^attends sans doute a une description de
cet endroit, je te satisferai autant qu'il
est en mon pouvoir; elle sera beaucoup
plus concise que jenevoudrois; mais tu
peux etre assure que , pour enfler ma>
narration , je ne m'ecarterai pas de la
verite. Le chateau est situe surun rocherv
totalement environne d'eau , et eioignd
de la ville denviron trois quarts de mille.
m- "*'     '        %        11' NORD-OUEST,.'DE L'AlVliRIQUE.      65
ILaa rien de cet air gothique que les Q   ,   ,-
o a        a SeptembrQ
edifices de cette esp&cp ont drdinairement. * 78&>
11 est extremement bas, et, je crois , fort
ancien v mais les reparations qu'on yap
faites nouvellement, lui donnent un air
rapiece qui est tout-a fait desagreal^e. II
a pour sa defense des canons et une
garnison : je ne puis t'en dire davant-age
a cet egard. II est probable que ce fort
sert de prison , au civil et au criminel,
pop? toute File* Le seul merite de la rade
q\i nous sommes, est que les vaisseaux
y trouvent un excellent mouillage. Sa
sjfuation ^est d'ailleurs tres-mauvajse,
ne Jtburnissant pas un abri contre les
vea|s ; mais les Ijabitans ont, au-des$ous
des.murs de la ville, un port pour leurs
propres vaisseaux, et ou ils sont parfai-
tement en surete. Guernesey est situe sur
le penchant d'une coUine assez escarpee,
et bati sur unipnds de pierre, ou plutot
de rocher. Les. ruesLen sont sombres,
Tome L E 66        Voyage a la c6te,
I?-1 etioites et kfreiommodes, mais ce|jendant
Septembre   k
1786^ toujours propres. Cen'est pas seulement
au fonds solide sur lequel la ville est
construite, que Fon doxt attribuer cette
proprete, mais k sa pente, et a ce que la\
moindre pluie forme des ruisseaux qui
en train en t avec eux toute la boue%t toutes
les ordures.
Les maisons Idnt en general baties
airec fine sorte de pierre de taille brute.
II y ell a peu qui aient Fair d'etre coin.
modes, et aucune qui soit elegante; parmi
cefl.es m&mes qui sont nouveflemfe^fecons-
truites, on paroit ne s'£tre attache qu'au
8fedans. Cette tie, k ce que j*imagine,
n'esx paS fort peupiee, et la plupart de
fe habitans sont employes a lamer. Ella
iie produit pas toutes les choses neces-
$affes a la vie ,^Bon quelle soit1tiat#el-
liment sterile, mais parce quelle n'est
pas cultivee comme elle est susceptible JSrORD-OUEST, DE l'AmERIQUE.      67
de F&tre. Cet inconvenient est peu sen- • -—-----
-7|F,: Septembre
sible!*Les armateurs de Guernesey se 1785.
rendent continufilement sur les c6tes
d'Angleterre, dont les plaines fertiles re~
compensent si amplement le cultivateur
des peines qu'il prend * et ils y trouvent k
bon marche tout ce dont ils ont besoin.
11  y a un assez  grand nombre de
••* >A*li?&
negocians a Guernesey, et plusieurs font
un commerce tres-considerable. En terns
de guerre, ils arment, a leurs depens , un
certain nombre de corsaires , et font
beaucoup de prises ; mais je crois que
c'est plut6t par avidite , que par amour
pour leur patrie , qu'ils font ces sortes
d'entreprises. Leur principal commerce
est fonde sur la contrebande ; ils font, par
ce moyen, des affaires considerables, et
non-seulemeht la France leur offte d^r
debouchds, mais encore FEspagne , W
Portugal e^mt^Sons^^es habitans de'
I - "I      1 2
m 68        Voyage a la  c6tb,
| ■■ - cette $le ont. beaucoup de respect pour
?785. ^ leur religion , ( qui est celle de l'eglise
angiicane^ et ils gardent le dimanche
avec la plus severe exactitude. Tu me diras
peut-etre que tu ne peux pas concilier ce
respect pour la religion avec F habitude
continuelle qu'ils   ont de violer les loix
divines et humaines. Je suis de ton opinion^, mais je  tache d'expliquer cette
contradiction, en supposant que le texte
de l'ecriture: ( rendez a Cesar cc qui est a
Cesar,) ne se trouve  pas dans Fedition
de leur bible, et quel'axiome fondamental
III de leur grande chartre , est liberte , pro-
priete, et point d'accise. Un des avantages
qu'ils tirentdes frequen tes occasions qu'ils
ont d'en venir aux mains avec les commis
des douanes d'Angleterre, est quesachant
qu'ilsjagissent d'une maniere coritraire a
la lor, les hommes qu'ils emploient s'en-
durcissent le ccaur augoint deperdre cette
amenite qui convient a la race humaine^ 785.
1J
nord-ouest, de l'Ame'rique.    69
et de ne savoir que combattre en deses- ~~   mhrQ
peres ; c'est ce  qui contribue beaucoup
au grand succes des corsaires de Guernesey. m
Leur principal commerce consiste en
Yin et en eau-de-vie, etc. Ces articles ,
tu le sais , paient des droits considerables
en Angle terre ; c'est ce qui les rend plus
dignes de leur attention. Oil faisoit encore
ici de grandes speculations sur le the,
mais depuis que M. Pitt a si considerable-
ment diminue' les droits, auxquels il etoit
sujet , ils ne se soucient plus de cette
branche de commerce. Dans le peu de
femmes que j'ai vues, il n'y en a pas de
jolies ;' elles sont d'ailleurs tellement
fardees qu'il est impossible de juger de leur
teint. Le Ian gage vulgaire est un melange
de mauvais Francois et d'un dialecte provincial , qui est inintelligible pour tout
autre que pour eux; cependant la pliipart
E 3 7°
Vo Y A GE   A   LA   c6TE,
I    I
- des personnes qui habitent la ville, parlent
Septembre x
1785. assez him Anglois; La principale raison
pour laquelle nous avons relache dan£*
cette rade , etoit de faire passer sur notre
bord differens articles qui etoient sur le
Roi-George, ainsi que pour embarquer une
provision de liqueurs fortes destines pour
nos gens, pendant le voyage. Nous avons
maintenant rempli ces deux objets, et
nous n'attendons plus qu'un bon vent
pour lever Fancre , et continuer notre
route. Helas! je ne puis m'empecher de
soupirer, quand je songe que nous serons
sous peu a une si grande distance de....,. .
JVtais tr£ve a ces tristes reflexions, et sois
assure que tant que j'existerai, je serai, etc.
W.  B.   1
♦
aaaS NORD-0UEST, DE lAmERIQEE.      £1
"T
LET T R E   V I.
De la rade de Funchialfr a Madere, le 14 octobre.
Gctobre
i785.
Je t'ai dit, k la fin de ma derniere
lettre , que nous n'attendions qu'unvent
favorable pour quitter Guernesey; le
lendemain 26 septembre nous profitame$
du beautems , et nous levames Fancre.
Le 27 , nous vimes sept ilesi environ
sept lieues de distance. Le 28 , on nous
§@rvit des viandes saiees. Je prevois deja
qu'en t'ecrivant tous les details que £g|
exiges de moi, m$s lettres seront remplies
4e repetitions ennuyeuses et de circons-
tances indifferentes. lime semblete voir,
t'arr&ter court, et t'entendre dire , en
levant les epaules : que^ifgnifie tout cela ?
"   I' Hr       E 4 W 72        Voyage a  la c6te,
—-' •••• '•■"■ II n'a surement pas la variite de croire
i785. que lameilleure de ses leftres soit autre
chose qu'un bavardage insipide et rebu-
tant. Eh bien, si telle est ton opinion ,
nous sommes d'accord ; mais , quand
m£me mes talens seroient plus distingues,
il y auroit encore des redites que je ne
pourrois pas eviter.
Le 3o, on fit une distribution de grog(^,V
ce qui repandit la joie dt la gaiete parmi
tout l'equipage : ne t'imagine pas qu'il
soit ici question des personnes de notre
tabletC)utre la portion de liqueur qui nous
est accordee, nous en avons en provision,
que nous nous sommes procuree a nos
depeift. Depuis notre depar#de Guer.
nesey nous avons toujours eu un gros
tems , mais j'y etois accoutume. Avant
(1) Melange de rum ou d'eau-de-vie et d'eau. nord-ouest, de lWmeriqjje.    73
de te *aconter ce qui nous est arrive le   ,     '
1 Octobre
dimanche 2 octobre , il est bon que tu 1785.
saches que nous observons ce jour avec
la decence convenable. Tout le monde,
( comme dit le. spectateur, en parlant
des villageois , en pareille occasion ) cc se
nettoye le visage , endosse ses meilleurs
habits , et se debarrasse de la rouille ra-
massde pendant le cours de Id semaine p
On fait de bonnes lectures , et on ne fait
absolument que ce qu il est impossible de
remettre au lendemain.
Le 2 , vers midi, un de nos gens vit
quelque chose Hotter sur Feau, k une
certaine distance; cela excita notre curio-
site , et nous vouttmes nous en approcher,
mais n'ayant que peu ou point du tout
de vent, nos effibrts pour aller de ce c6te
furent inutiles. On se dedda a mettre la
chaloupe en m^r; on n'avoit pas sous la
maSri les cordages destines a cette ope- Ill
Qctobre
r785.
74 Voyage a lac6te,
ration. Plusieurs matelots , dans leur
impatience 4 vouloient se jetter k Feau
pour reconnoitre ce que c'etoits et Fame-
ner a bord si cela en valoit la peine. Le
capitaine Dixon s'y opposa d'abord, dans
la crainte qu'ils ne fussent attaques par
des requinS, ou qu'il ne leur arrivat quel-
qu'autre accident; mais il n'y avoit pas
d'alternatpe; car ce qui attiroit notre
attention scloignoit a chaque instant.
Le capitaine permit done a deux de nos
gens de satisfaire leur curiosite ; ils se
jetterent aussit6t a la mer, et ils virent
que e'etoit une grosse barrique toute
couverte de testacees, de Fespece appellee
bernacle ; ils j'amenerent a la hanche du
bailment, et on la hissa a bord. II est
certain que ce tonneau avoit ete tres-
long-terns dans Feau; eggr on eut bien
de la peine a en detacher tous les coquil-
lages , qui en avoient pr^sque ronge le
bois; e'etoit un muid de vin de Bordeaux. N0RD-0UEST,DE L'AMiRlQUE.      75
Nous pouvons regarder ce tonneau comme
une bonne trouvaille; mais il est triste
de reilechir qu'un vaisseau nabandonne
une chose aussi utile, que lorsqu'il est
dans le plus grand peril r^et que nous ne
proiitames dans cette occasion que par le
malheur d'autrui.
Octobre
i785.
Jusqu'au i3, il ne nous arriva rien de
particulier;  nous  vlmes  des vaisseaux
etrangers , k deux ou trois differentes
reprises, mais. ils  etoient trop eioignes
pour distinguer a quelle nation ils appar-
tenoient. Ce meme jour, de tresionne
heure, nous decouvrlmes File de Porto-
Santo , a environ six lieues de distance,
et un peu plus pres celle de Madere. ( La
lieue marine equivaut k trois milles an-
glois. ) Le terns etoit beau et le ciel
serein. Nous rangeames la c6te a environ
un mille. Cette lie ,  si renommee par
m
% Octobre
1785.
'/G        Voyage  a la c6te,
F excellence de ses vins , dans le monde
commercant , ( et je pourrois ajouter,
parmi les gens qui airneut les plaisirs de
la table,) presente un aspect mdntagneux,
mais qui n'est pas desagreable a la vue
le sol etant coupe par des vallons qui desPl
cendent enpente douce jusqiies sur le bord
deFeau. Les nombreuxvignobles qui cou-
vrent ces coteaux , abondamment garnis
de grappes deja mures, semblent inviter
le vendangeur soi^neux a recueillir le fruit
de ses travaux. Ces vignobfts sont par-
tout entremeles de diverses autres sortes
de plantations, ainsi que de couvens et
decommunautes religleusesdont il paroit
quil y a ici un grand nombre.  Cela me
rappelle la mere Cole de Foote , quand elle
se plaint si amerement des mechans qui
claquemurent pour la vie de si aimables
jeunes creatures. Funchiale, ville capitale
de cette ile paroit renfermer beaucoup
d'egfises, et les rues en semblent regu-
\ nord-ouest,:de lAm^rique.    77
lieres (1). Tu te contenteras de cette des- •    i ■;—*
v   ' Octobre
cription, ear je n'ai appercu la ville qua     l7^-
Faide d'une longue vue, a une distance
de trois milles.
(i) M. FoKter le His nous a donn4 la description
suivante de cette ville.
... Funchiale est batie en forme d'amphith^atre ».
autour de la baie , sur la pente des premieres col- §&f,
lines. L'oeil plane aisement de la mer sur tous les
batimens publics et particuliers : en general , le
dehors des Edifices est tout blanc ; la plupart ont
deux Stages, lis sont converts de toits bas , et l'archi-
tecture a cette elegance oriental© , et une simplicity
qu'on ne trouve pas dans nos maisons etroites, qui
portent * a leur sommet, des toits escarpes , et plu-
sieurs rangs de cheminees. II y a , du c6te de la
mer, differentes batteries et des plates-formes garnies
de canons. Un vieux chateau , qui commande la
rade, est situe au haut d'un rocher noir ; il est
entoure d'eau a la maree haute, et les Anglois
l'appellent Loe-Rock. Un autre , qu'on nomme le
chateau de Saint-Jean , est place sur une eminence
voisine, au-dessus de la ville.
Les collines derriere Funchiale , couvertes d$
vignes, de plantations , de bosquets , de maisons
de plaisance et d'eglises , ajoutent encore a la beautd
4
1 m%
78        Voyage a la c6te,
0ctobre        Quand j'ai commence ma lettre, Je
*?85.     n'etois pas certain de trouver une occasion pour te l'envoyer de Madere; iflais
du paysage. Ces lieux font penser aux jardins des
lees, et ils donnent quelqu'idee de ceux de Semi-
ramis.
La ville cependant ne repond pas a 1'aspect quelle
pr&ente du cote de la rade. Les rues sont etroites ,
mal pavees et sales; les maisons baties de pierres
de taille ou de briques ; mais elles sontnoires , et»
except^ quelques-unes qui appartiennent aux nego-
cians anglois, et aux principaux habitans , elles
manquent de vitres. Les autres n'ont qu'une espece
de treillis qu'on baisse et qu'on leve aisement. Les
domestiques , les boutiques et les magasins occupent
la plupart des rez-de-chaussee.
L'eglise et les monasteres sonttres-simples s il n'y
a aucun ordre d'architecture. On remarque le de-
faut de gout, sur-tout dans 1'interieur. Le peu de
jour que donne 1* edifice ne sert qua eclairer des
ornemens de clinquans, entasses les uns sur les autres ,
et arranges d'une maniere tout-a-fait gothique. Le
t»uvent des Franciscains est propre et spaci^ux ; mais
le jardin est fort mal tenu. Les religieuses de Sainte-
Claire nous recurent poliment a la grille. ( Deuxikme
imyage de Cook, liv. 1, chap. 1 , de la trad^Jratic.y NORD-OUEST, DE  lAm^RI<£UE.      79
lorsque nous sommes arrives par te tra-
vers de cette baie , nous y avons rencontre deux vaisseaux de roi, qui retour-
nent en Angleterre, et nous sommes a
Fancre, jusqu'a ce que les depeches soient
expediees.
Octobre
1785.
Je me rappelle qu'en te parlant de
nos batimens , et de leur destination,
je ne t'ai rien dit du nombre de personnel que nous avions a bord; notre
vaisseau contient, en tout, trente-deux
personnes, compris le capitaine Dixtm;
l'equipage du roi George est presque une
fdis aussi nombreux que le n6tre*mais
il y en a qui ne sont, pour ainsi dire,
que des enfans, appartenanl a des ge*ns
de distinction, qui lesv destinent au service de mer. Je crois qu'ils ne pouvoient
mieux faire, que de saisir cette occasion,
pour les mettre de bonne hefire au fait
de leur profession : afin de remplir plo« 8o        Voyage a la c6te,
*"■■-■    ■ completement leurs intentions , le capi-
Octobre . ,       ,
1785.    taine Portlock a pns sur son bord un
^f   jejune homme de 1'ecole de mathematiques
de Yhdpitaidc Christ, qui doit les instruire
dans la theorie de la navigation , pendant
qu'il leur enseignera la pratique.
- Parmi les hasards et les vicissitudes
dont cette vie mortelle est accompagnee,
jetted un regard sur ton ami, condamne a
passer quelques-unes des plus belles arinees
de sa vie , si la Providence daigne la lui
conserver, entierement sequestre du mon?J
de: cet evenement pourroit etre regarde
comme heure^ix par un hermite ; mais je
ne pense pas de meme; peut-6tre, diras-tu
que je ne suis pas entierement prive des
douceurs delasociete?... J'en conviens. .Il
mais tu sauras que je n'ai guere d'autre
compagnie, que celle de mes compagnons
W"de table, et comme la conversation de
ces messieurs, ne roule ordinairement que
sur NORDOT^BST,   DE L'AlVliRIQUE.      8l!
sur des objets relatifs a la marine, et
qu'ils traitent leurs sujets de maniere a
prouver que la logique a ete exclue du
cours de leurs etudes , tu dois croire que
je ne m'amuse pas infiniment.
Octobre
1785..
Je mepromene souvent sur le pont,
pendant quatre heures entieres sans pro-
ferer quatre paroles : pendant ce terns,
je m'occupe dune multitude de reflexions , dont. je me propose de te faire
part, autant pour me distraire, que pour
avoir le plaisir de savoir les remarques
queues te feront faire; je te priedeme
les communiquer toujours librement; les
lettres du capitaine sont pretes, et la
chaloupe attend, adieu.
•       ife :  .4&       W.   B.     ■    ' '
SL
Tome L
F Au port Praya, ile Saint-Jago , le 26 octobre.
S*il est possible que quelque chose
puisse me procurer un plaisir plus vif que
celui de t'ecrire, c'est celui que je viens
deprouver, en mettant le pied sur la terre
ferme : tu vas conclure , sans doute ,
qu'etant debarque, je te donnerai une
description de cette lie; c'est ce que je
me propose de faire, mais auparavant, je
reprendrai le fil de ma narration.
Apres avoir envoye nos lettres a bord
du vaisseau qui devoit les porter en
Angleterre, nous quittames la rade de
Desemchialle, et nous gouvernames sur
cette ile, a Faide d'une brise moderee
et d'un beau terns. NORD-OUE.ST, DE l'Am^RIQUE.      83
Le 16, nous decouvrimes Palma et
Octobre
Fero , deux des lies Canaries qui nous *7&>-
restoient au sud, quart sud-est, a la distance d'environ douze lieues. Tu souriras,
peut-etre, en m'entendant parler, et de
positions, et de distances ; mais sois
assure que je me sers des termes de Fart:
cela pose, j'espere non-seulement me
mettre a Fabri de ta critique, mais me-
riter ton approbation.
Le 19, nous etions par 22 degres de
latitude nord, et le ciel etoit assez serein,
mais il faisoit une chaleur etouffante;
nos ponts etant en fort mauvais etat,
les charpentiers eurent beaucou|> a faire k
les calfater.
De bonne heure dans la matinee du
24 , nous appercumes File de Bonavistaf
a la distance de sept lieues : si je ne me
trompe , cette ile est la premiere ique le
4 84 Voyage a la c6te,
ceiebre  Christophe  Colomb  decouvrit,
Octobre
1785.    lorsqu'il alia a la recherche du nouveau
monde.
A dix heures, File de Mayo nous res-
toit nord nord est a quatre lieues retSaint-
Jago (le port ou nous avions intention
de relacher), a la distance de huit lieues.
Tu as assez de connoissances en geographic , pour savoir que ces iles font
partie de celles du Cap Vert, et sont
soumises aux Portugais : a midi , nous
mouillames dans le port de Praya , ile
Saint-Jago, sur un fond de huit brasses;
les extremites de la terre qui forment la
baie, s'etendoient de Fest quart sud-est,
au sud-ouest. Le chateau et le fort ,
portoient nord-ouest quart - d'ouest, a la
distance de pres  de deux milles.
L'Jle de Saint-Jago est situee par les nord-ouest, de l'Ame*rique.    85
14 degres, 54 minutes de latitude nord, =====
^       &       I     ^ m Octobre
et par les 23 degres , 29 minutes de Ion-     1785.
gitude ouest ; je ne ffuis pas determiner
exactement quelle est son etendue , mais
je ne crois pas quelle ait cent milles de
circonference.
II est naturel de conclure de sa position , que le climat doit etre tres-chaud ,
les vents dest, qui y ddminent ordinaire-
ment, et qui, soufflent cdntinuellement
des deserts sablonneux de FAfrique ,
ajoutent encore beaucoup a la chaleurdu
climat. |J|
Nous avons reMche dans ce port, pour
faire de Feau et des provisions fraiches,
et.acheter en general toutes les choses
que nous avons pu trouver dans cette
ile , dont nous avions besoin , pour le
moment, ou pour la suite; nos capitaines
ont saisi dans cette intention le premier
F 3      •
#-
4
i 86 Voyage  a   la c6te,
.,. moment^u il a ete possible d'alleraterre
Octobre n i        i _
1785.     pour trouver les moyens les plus conve-
* nables de parvenir a leur but.
Le commandant du fort les traita
d'abord avec hauteur, mais apres avoir
recu un present peu considerable , il
devint plus hpnnete , et leur accorda la
permission de faire de Feau pour leurs
vaisseaux : e'etoit la seule grace qu'on
pouvoit attendre de lui. Tous les autres
articles nous furent fournis par un negotiant Portugais qui demeuroit a un quart
de mille de la cote.
Lorsque tous les arrangemens furent
faits, j'eus la satisfaction d'aller a. terre
avec les capitaines ; nous fumes rencontres sur le rivage par un vieuxnegre (natif
de cette ile; ) il parloit un tres mauvais
Anglois , et apprenant ce qui nous ame-
noit, il nous conduisit chezle negotiant, nord-ouest, de l'Am^rique.  87
ou il nous fut d'une grande utiBg^, aucun
de nous ne sachant un seul mot Portu-
gais , et ce negotiant ne parlant pas An-
glois, de maniere qu'il nous servit d'inter*
prete.
Octobre
178$.
Nous fumes recus avec la plus grande
politesse; on nous offrit du vin de Madere
excellent , du syrop de capillaire , des
oranges , etc. Nous payamesune guinee
par chaque vaisseau, comme une sorte de
droit de port, et leurs noms furent ins-
dits sur un registre destine a cet usage.
On y mentionna pareiflement le nom de
1'endroit d'ou ils venoient, et celui pour
lequel ils etoient destines.
Le capitaine Portlock fit un arrangement avec le negotiant pour fournir du
bceuf et d'autres denies ; mais notre
interpr&te nous assura que les paysans
nous procureroient plusieurs des choses 1
88 Voyage   a   la   c6te,
dont nous avions   besoin , a plus bas
Octobre
i785.      Pnx,
En arrivant k Praya, nous vimes une
espece de marche ou un grand nombre de
gens s'etdient rassembles des differentes
parties defile pour y vendre leurs denrees,
telles que pores , moutons , chevres , vo-
lailles, din dons , ainsi que des oranges,
des citrons, des limons, des noix de coco ,
des bananes , des ananas , et du sucre
brut, en petite quantite, divises en petits
paquets. Tousles fruits etoient tres-bons,
et nous parurent d'autant plus exquis,
que non-seulement ils etoient agreables
au gout, mais encore servoient a etancher
la soif: de plus ils sont tous d'excellens
anti-scorbutiques. m
Leurs pores et leurs dindons sont
bons; mais les chevres et les moutons sont
fort maigres; leurs  boeufs Tie sont pas NORD-OUEST,   DE L Am^RIQUE.      89
aussi eras que les n6tres a un an. Les ha- ' —^
bitans sont si pauvres, qu" il ne s' en trouva     * 785.
aucun qui nous put fournir des salaisons.
Le marchand portugais paroit etre le
seul en etat de faire ce commerce. Nous
reconnumes que les insulaires faisoient
plus de cas de vieux habits et d'effets de
peu de valeur que d'argent, principale- .
ment quand ils ediangent leurs denizes
les moins pretieuses, telles que les chevres , les volailles , les fruits, etc. Cette
circonstance nous fut tres-favorable, la
monnoie angloise n'ayant point cours ici.
Comme il nous falldit cependant quel-
qu'argent monnoye, nous nous adressa*
mes au negotiant portugais qui nous
changea des guinees contre des piastres,
nous en donnant quatre pour une guinee;
la piastre vaut ici cinq schelings; ainsi
le change fut a notre desavantage de
quinze pour cent. Un capitaine qui se
mm
4 Octobre
i785.
90        Voyage a la   c6te,
proposeroit de relacher dans ce port pour
se fournir de provisions, feroit tres-bien
de porter quelques marchandises de clin-
cailkjrie, telles que des couteaux, des
boucles, des rasoirs, etc. II en tireroit un
benefice honne-te,, et se procu|^roit en
outre de la monnoie courante en suffi-
sante quantite pour acheter ce dont il
auroit besoin.
Je n'ai pas le terns d'en ecrire davan-
tage^ mais dans ma premiere je te don-
nerai d'autres details sur cet endroit. Je
suis, etc.
W. B. '-'"   .■ M
%p£
Si ^- .       .      V vvW»r'jj
HORD-OUEST, DE l' Am^RIQUE.    gi
LETTRE   VIII.    .
De Saint-Jago , le 28 octobre 1785.
.   Depuis la date de ma derniere, il est
arrive dans ce port trois vaisseaux venant
de Londres , et un brigantin americain.
# » sip
Le capitaine de ce dernier n avoit
point a ce qu'il paroit d'autre but en
relachant dans ce port , que d'acheter
des chevaux et des betes a cornes; mais
n'y en trouvant point, il leva Fancre peu
dheures apres qu'il fut entre\ Les vaisseaux venant de Londres sont destines
a la p&che de la baleine dans la mer du
Sud; Fun de ces batimens appartient a
M. Montgomery qui demeure a Londres,
Prescot street, Goodpians fields, Je ne
puis rien vous dire du brigantin, nen
a?
Octobre
i785. Octobre
1785.
92 Vo YAGE  A   LA   c6tE,
ayant pas ete informe; le troisieme navim
appartient a M. Hamet ( aujourd'hui sir
Benjamin Stamet. ) II porte le nom de
son, proprietaire, et est commande par
le capitaine Clarke , qui paroit etre un
tres-brave homme, et qui veut bien se
charger de nos lettres.
Je vais maintenant continuer a te
donner quelques details sur ce pays. Le
fort et le chateau, ( si toutefois on peut
leur donner ce nom, ) sont situes sur
une eminence , a pres d'un demi-mille du
rivage, et gardes par un detachement de
soldats commande par un capitaine. Cette
garnison suffit sans doute pour tenir dans'
le devoir les habitans de cette ile; mais
tres-certainement elle seroit incapable de
repousser Fattaque d'un ennemi.
La ville de Praya est situee dans une
grande plaine derriere le fort. Elle est com- nord-ouest, de l'Amisrique.    g3
posee de cinquante a soixante maison- ■  ■•■
r £ Octobre
nettes assez eioignees les unes des autres,    1785.
et qui forment un large quarre ou se tient
le marche: vers le centre il y a une croix
de pierre. Les huttes 9 ( car il n'est gueres
possible de leur donner un autre nom,) 9
sont baties a pierres seches, et plus mal l
construites peut-^tre que les plus mau-
vaises  cahutes de la liasse-cour de nos
fermiers en Angleterre. Elleg consistent
en deux, ou tout au plus trois chambres
a rez-terre.
Les lits sont un meuble de luxe que
Fon ne connoit gueres ici. Les insulaires
couchent sur des nattes. Je vis, il est vrai,
un lit chez le marchand portugais dont
jo vous ai parie, mais si mauvais qu'un
domestique anglois voudroit k peine s'en
servir.
Les naturels sont noirs ,   et la plus
\ SB
4$
n 4      M%
m
i Octobre
i785.
g4 Voyage a la cote ,
grande partie, employes au service des
Portugais quidemeurent dans cette ile. lis
professent la religion catholique romaine,
a laquelle ils paroissent fort attaches. Un
jour que j'etois a Praya, lorsque le peuple
se rendoit a l'eglise , curieux de voir la
maniere dont ils disent la messe, je me
reiidois a la pardisse; mais le commandant du fort m'envoya dire par un de ses
soldats de me retirer. Les Portugais se
comportent tres-honnetement envers les
etrangers *r mais peut-etre cela n'est-il
dii qua des motifs d'int.er&t , et parce
que nous allons chez eux acheter nos
denrees. Une bonne femme, dans une de
ces maisons , me prepara un plat de
farine de bled-d'inde, bouillie dans du
lait de che* vre; elle y mit ensuite du sucre:
ce mets ressembloit assez a certains puddings que Fon fait dans les families angloi-
ses. Elle me pressa de si bonne grace d'en
gouter, que je ne pus m'y refuser, et je nord-ouest,de l'Ame'rique.    95
le trouvai fort bon. On pourroit conclure , ^
qu'eu egard a la chaleur du climat. les I785.
femmes doivent avoir beaucoup de tem-
peramment; cependant les Insulaires et
les Portugaises resisterent constamment
a toutes les solicitations de nos messieurs,
quoiqu'ils eussent soin d'aj outer a la force
de leurs argumens des presens capables
de les tenter. Cette rigueur provient-elle
d'un fonds reel de chaste te ; c'est ce que
je te laisse k decider.
Le sol me paroit &tre le me^ne que
celui de toutes les iles qui sont sous le
tropique ; mais quand il seroit aussi fertile que celui de FAngleterre, les habitans
sont trop indolens pour entreprendre de le
cultiver. J'ai deja fait mention des productions de cette ile;. elles n'exigent en
general que peu ou point du tout de travail , a Fexception du bled-d'inde , et de
la fagon du sucre, provenant des cannes,    m§.
a
4
a
fc&iin*4l^& Octobre
*7&5.
96       Voyage a la c6te,
qui croissent en petite quantise dans cette
ile. On en fait une espece de liqueur k
laquelle on donne jci le nom de rum ;
mais que les marins appellent aqua dente.
Elle sert a faire du punch que Fon rend
assez agreable en y m&lant une bonne
quantite de jus de citron , et de limon et
du  sucre. Jg
On trouve dans cette lie une grande
quantite d^ chevres , dont le lait paroit
faire la base de la nourriture du peuple.
J'ai observe qu'il y avoit dans toutes les
maisons ou je suis entre, des jattes rem-
plies de ce lait et un bon nombre de,»
fromages. Je suis d autant plus dispose
a. me le persuader, que je n'ai vu faire
dans ces maisons aucune disposition pour
cuire des viandes , et pas merne un
seul feu, quoique j'en aie visite une
grande partie et a differentes heures du
JQur.
La NQRlfc-OUEST , DE jE'AmERIQUE.       97
La cbaieur du climat est caifcse que ~;    h    '
les habitans n'ont besoin que de peu de     1785* ^1
vetemens ; cela s'arrange assez bien avec
leur bourse. Le peu d'habits qu'ils ont,
excepte ceux des soldats, paroissent tous
achates de rencontre5?1 sur  les batimens
quiurelcichent ici ,  pour y  prendre des
vivres. Ceci ne regarde point les femmes :
( j'allots dire le beau sexe). Elles portent
une camisole lache , faite d'ifne etoffe de
coton , recueilli   et fabrique dans  File.
Cette toile est ordinairement  rayee   de
bleu-, sans desseiil*Jparticulier, n'ayant en
celfl'd'autre regie que Timagination  du
fabriquant. Cettecamisole, avec un jupon
fort leger , "%t un bonnet , constituent
presqu entierement Fhabillement del'fem-
mes. Pour se parer , elles suspendent a
leurs oreilles, ou mettent autour de leur
cou des grains de verre enides , ou quel-
ques autres bagatelles de peu de valeiir,'
et elles ont generalement une eroix atta-      K ||t
Tome /. G
*■
4 g&      .kY°XAOS A  LA c.6auft*ji
= chee ^yy co^f I^SfePortugaili-ont F&ir de
%$$ y^^dft^foe niauvai^e sante, ils sjdnt tons
maigses et blames. Je nje puis de^epnmer
si cel^ e§t ordinaire aux Portugais en ge-
twk&l \ W si c'est un effet du climat; mai*
%s nat$rels ont assez bonne mine. Je ne
puis pas lion plus te parler bien sciem**
ni§nj: de la forme de leur gouverciement;
ji© presume cependant quelle ab^aucou])
de ressemblance avec celle du gouverne*
ment portugais.
C'es| assez[rj^rler de Saint-Jagq. L$
tems ne nou&jpera^iet pas de sejourrief
ici plu^ qu'il n'ejt necessaire pour ach^
ve^rr^.^lfemplir nos futailles , et laisser
aux^gens de F equipage Fagrement de se
promener un p$u a terre , ce qui^es^
tg^necessair% |$ur la conservation^; de
Ifur sa$$e. La plupart de ces objets extant
deja pjesque remplis , je m'attends a. cha,-.
que moment a entendre^pier par le m^t^e. NORD-OUEST, DE LAlMfellQUE.       gg
d'equipage, avec une voix de tontierre , =
Octobre
de depfoyer toutes les voiles. Je finirai     i785.
ma lettre par ces mots du pere d'Hamlet:
cc Adieu ! . % . Souvenez-vous da moi. »
Pour toujours ton  ami. R
..' w :f w. b.
LETTRE    IX.
Novembre
i785.
En mer ,   le 20 decembre.
Je t'ai deja observe que jecorrespon-
dois avec toi, autant pour mon propre
amusement que pour ton instruction.—
Pardon ! — Je venx dire , pour satisfaire
ta cua*io$ite : tu ne t'etonneras pas par
consequent de voir souvent mes lettres
datees de la mer. En mettant par ecrit cf
qui nous arrive journellement, je me
laisse entierement gouverner par le bon
■   ^ I   #    G 2'. •
#
d ioo      Voyage a la cAte,   Ic
- tems et par les occasions ; mais  je   te
Novembre
1785.     connois   si   indulgent ,* qu'en  vdrit£   ce
111 pr^ambule etoit a-peu-pres inutile. Je re-
prendrai done le hi de ma narration, sans
. - _ .    plus de cdr&nonie. L.   . - ;Jfir .,   ■'$$&$:■ .
;| Ayant termine toutes nos  affaires a.
.wjfr       SaintsJago, et une  bonne  brise s'^tant
6lev6e, nous levames Fancre a dix heures,
f -. dans la matinee du  29 octobre , apres
U avoir pris cong^ gaiement de notre bon
ami  le capitaine Clarke que nous  lais-
s^mes a Tancre. Le navire de M. Mont-
'HI gomery <^toit pareillement mouille dans
la baie. Les provisions de   bouclie   que
nous avions apportees de Tile de Wight
etant presque consomm^es, nous avions
acliete   dans   ce   dernier  port  plusieurs
|| chevres , des brebis  et  de  la  volaille ,
pour   faire   plus   commodement notre
route I et nous tenir en garde contre le
scorbut.
— ITORD-OUESTa DE L AmERIQUE.      101
r    Jetai parte de F extreme chaleur qu il _
1 x Novembre
fait a Saint-Jago j et j'ai essay^ de t'en     i.785-
donner la raison. Tu dois fimaginer que g^ ^
plus nous approchions de la ligne equi- J
noxiale 9/ plus elle devenoit insupportable.
Les calmes y contribuoient encore beau-
coup . et ils sont tres-frequens dans ces
parages : quand une brise l^gere s'eleve,
la chaleur est beaucoup plus supportable.. -
Le 5 novembre i etant par les 8 degres
de latitude nord \ et la chaleur extreme r
nos gens furent employes a frotter et kr
nettoyer avec le plus grand soin, les ponts
et tous les coins du batiment, et ils le
laverent ensuite avec du vinaisre : cette
methode etoit constamment rnise en usage
par le feu capitaine Cook, dans le cours
de ses longs voyages; et elle a toujour^
6t6 suivie des plus heureux effets | relativ
vement a la santi4 des equipages. Lorsqu'im
capitaine prend tant de soin de la sail t&
j 5
/ ios      Voyage A la c 6 te,
====== des gens qui sont sous ses ordres, il merite
T785/   assurementl'estimeentieredetouthomme
qui a un sentiment d'humanite.
II est vrai que je ne puis m'empecher
de regarder ce soin comme un des devoirs
essentiels de sa profession. Si le pere de
famille, tranquille dans sa Bftaison, se
regarde comme oblige de faire soigner ses
domestiques lorsqu'ils sont malades, et
qu'il est en son pouvoir de leur procurer
des secours ; a plus forte raison, le capitaine d'un vaisseau doit-il donner toute
son attention a maintenir la sante parmi
ceux qu'il c6mmande: au inilieu du vast©
ocean, a qui s'adresseront-ils pour avoir
des secours ? Hs n'ont point la de parens,
d'arnis, dont ils puissent redamer Fassis-
tance : ils ne peuvent implorer la charite
deces ames compatissantes, qui manquent
rarement de*tendre une main bienfaisante
k Finfortune sans ressources: malgre des NORDrOUEST, DE l'AmerIQUE.     4o3
motifs aussi puissans , il y a , je n'en — ■ :^w~~,.-
.     . /   .     ,      i Novembre
doute pas , des capitaine® qui s embar-     17s6.
rassent peu de faire attention a des bagatelles semblables, et qui laissent au hir
sard a decider du sort de leurs matelots,
naalades , ou en bonne sante.
Du 4 au 12 novembre , le 'ferns fut
t^es-ihconstant: dans des momens il etoit
clair , et nous nous trouvions dans un
calme presque parfait; dans dautres , il
sWevonT un vent tres-fort accompagne
d'une grosse pluie, de tonnerre etu edairsw
J'ai oublie de te dire que le 9 , qn servit
des fiois sur notre table; il en a ete al-
loue une pinte par personne, pour trois
jours par semaine; c'est une addition fort
agitable , et qui nous fait manger notre
p<3*M"Sale avec plus de plaisir. Le'13,
lions nous trouvames par les 2 degres de
latitude nord $ le terns devint plus constant et le ve&t favotable : nous avidiis une
G 4 io4      Voyage  a la cote,
—=—r~- brise legere de Fest, avec un beau ciel ,
Novembre ,
i785. et sans essuyerfide coups de vent , de
tonnerre , ni declairs. Le 16 , nous passa |
mes la ligne, et a midi, nous observames
22 minutes de latitude sud.
II peut etre necessaire de t'informer,
que la rnaniere de connoltre quelle est la £
latitude ou se trouve un vaisseau, est de
prendre la hauteur du sole.il , quand il
est au meridien ( ce qui est toujours a
midil^. et cette hauteur, soumfse a un
calcul facile, donne la latitude.
Les matelots, en passant la ligne, ont
coutume de plonger dans une cy^e rem-
pligj^deau, toutes les personnes qui sont
a bord et qui n'ont pas encore et^fau-dela
de cette ligne. Cette ceremonie deplaisant
a quelques personnes cle l'equjtpage , le
capitaine Dixon promit a tous les ma-
i^ots^iui^double portion de grog^. s'ils NORD-OUEST^ DE l'AmERIQUE.      1 o5
vouloient s'en dispenser. La proposition -
. t Novembre
fut acceptee avec joie , et le i^alme fut i785.
bient6t retabli; mais helas! le grog etant
disparu, et la bonne humeur avec l'iii-,
qu&lques matelots firent tant de tapage
qu'on fut oblige de les mettre aux fers.
Cette correction leur fit revenir la rai-
pon; et, apres avoir fait la promesse de
se mieux comporter a Favenir , on les
remit en liberte. lis
J'exprimai ma surprise a nos messieurs , de ce qu'il s'eievoit a bord des
querelles aussi fortes; mais ils se mirent
a rire, et me dirent que des choses de
cette espece etoient si communes a la
mer, que cela ne valoit pas la peine d'y
faire attention.
A deux heuires , dans FaipiPes-midi du
21 , nous vlmes un batiment a Test; mais
il etoit a une trop' grande distance pour -
io6      Voyage a la c6te,
an _. que Fon put distinguer a quelle natioa
iNbvembre ., •      t / ••_ _
i78k il appartenoit. Le 24 > on ser^it sur nos
PH tables du vinaigre , ce qui rendit nos
salaisons plus saines et plus agreables au
gout: nous le trouvames ftncore tr&B-bon
pour manger le poisson qufe nous attra-
pions frequemment; tels que des bonites ,
des dauphins, des alba&ours, etc. Le25,
on donna aux matelots les habillemens
dont ils avoient besoin ^et ils furent,
par-la, deiivres dela crainte qu'ils avoient
temoignee en partant, de ne pouvoir se
procurer des habits , lorsque les leurs se-
roient uses. Le 26 , on /nous donna du
the et du sucre en quantite suffisante
pour dejeuner tous les jours : nous nous
trouvames bien de cette augmentation ,
par la variete quelle nous offroit; le the
et le sucre sont d'ailleurs d'excellens
anti-scorbutiques , et par cette raison,
tres-necessaires dans les voyages de long
cours: cette provision abfciadante detM, nord-ouest,de l'Am^rique.    107
de cafe et de sucre, qui nous fut don- —-
_» .   A  .     i, v.   / / . \ *.     *. Novembre
nee, etoit dune qualite supeneure a tout g^
ce que nous avions eu jusqu'alprs; elte
etoit encore plus pretieuse pour le mate-
J#t, a qui, je crois, onj^fn alloue jamais,
ni sur les vaisseaux de roi, ni sur les
navires marchands. Le 3o, on etendit
au-dessus du gaillard d'arriere, une grande
voile de rechange pour servir d'abri: elle
avoit Feffet, non-seulement, de rendre
moins etouffante la chaleur que Fon resr
sentoit sur le pont; mais encore , de le
garantir des rayons du soleil.
Le 6 decembre , nous nous trouvions
deja bien eloigns des tropiques, notre
latitude etant de 26 degres, 16 minutes
sud : le tems commencoit a etre tres-
agreable et nous avions conptamment
vent frais de Fest. Le 7 r a neuf heures
du matin, le King-George fit signal qu'il
appercevoit un batiment $enais il ne s'ap- f
100     Voyage a la c6te,
| procha pas assez, pour que nous pussions
KOi7e85bre distinguer de quelle nation il etoit.       :
Je crois que Fintention du capitaine
Portlock est de relacher aux iles de Falkland : si cela est, tu peux compter sur
des details plus etendus. Pour toujours,
ton ami,
'"#- W,B. / -•"•■--= ifc- -^
^p ;     LET %R E    X.   ■
Aux iles de Falkland, le 7 Janvier 1786.
Quoique Fhabitude de vivre a la mer
me soit, en quelque sorte, devenue plus
familiere; cependant la vue de la terre
me remplit d'une joie momentanee^! je
dis momentanee, car elle ne tarde pas a
s'obseurcir, lorsque je refleeiiis qu'il doit NORD-OUEST, DE l'AiV^RIQUE.    IO9
$f*core se passer quelques annees, avant
que je jouisse du bonheur de revoir mon     1785-
pays natal.
Je suis honteux de t'ennuyer avec des
raisonnemens si peu essentiels; mais je
t&cherai desqprnais de les eviter et de ne
jamais parler de ce qui cpncerne le passe
pu Favenir, pour ne m'entretenir que
du present.
Le 11 decembre, etant par les 33 de-^
gres, 16 itiinutes de latitude sud , il s'e>
leva une brise tres-forte ; ce qui nous
obligea.de prendre tous les ris de nos
huniers et de notre grande voile. Peu de
tems apples, le vent s'appaisa: la declinai-
son du compas etoit alors de i i degres ,
16 minutes a Fest. Le i 6 , le vent etant
modere et le terns beau, nous vimes au-
tour du navire une grande quantite de
baleines : notre latitude observe etoit
<r
♦ F
11?! I
no      Voyage a la c6te,
z^zztzz- de 41 degres. Le 21 , le vent #6ufffa graritf
1785.     frais : nous fumes obliges  de ferler  les
/'
huniers et de prendre les ris de toutes nos
basses voiles; nous passames aussi de faux
bras, pour assujettir leS vergues des huniers , et de failSses lignes d'arnarrage,
pour mettre nos bateaux ."eff'surete : cm
baissa la grande ecoutille et ceHe de Id
fosse aux cables; et on prit enfin toutes
les precautions possibles pour^rcnir IS
batiment bien clos et sec. Ce jour, dans
tous les points au sud de la ligne, est le
plus long de Fannee. II t?aurdf#paru fort
singulier, de voir le soleil leve avant quatre
heures du matin; et je suis persuade quil
y a dans Londres un bonnombredepersfoW
lie's qui ne croiront pas facilement f^qu'il
e£t des contrees ou le soleil se ^ve avant
quatre heures dans le mois de decembre.
.'•fLe 23, nous etions par 1% /fi degres
de latitude. La mer presenftit une sur- NORD-GUESS1, DE L'AMlhllQUE.     Ill
face fort trouble et sale : nous vlmes un -
Decembre
veau  marin ,  et   une  grande   quantite     i78§.
d'autres especes de poissons qui nageoient
autour du vaisseau.
De bonne heure, dans la matinee d&
&4 » il tomfea une grande quantite de
neige et de pluie : depuis le 21 , nous
n'avions presque pas cesse d'avoir un vent
tres-fort, accompagne de grains. Nous
perdimes le 24, dans la matinee, notre
derniere chevre ;clle est absolument morte
de froid', quoique nous eussions pris
toutes les precautions possibles pour lui
conserver la vie: nous ressenthtSes vive-
ment cette perte; car Jllle nous avoit
fourni de lait, regulierement deux fois
par jour, ce qui rendoit notre the plus
agreable a boire. La latitude observee,
a midi, etoit de 4y degres, 2 minutes.
Dans la matinee du 25, nouseumes » .112      Voyage   a l a  c 6 t e ,
]-   - •' — vent frais et un ciel assez serein; mais jjt'-.
.Deeembro
i785. quatre heures apres midi, un vent violent qui s'eieva, nous obligea de ferler les
huniers et de prendre tous,les ris aux
basses voiles. Comme e'etoit le jour de
Noel, nous le fetames atissi bien que
notre situation pouvoit nous le perriiettre:
les'matelots regardent ce jour, comme
plus saint meme que le dimanche, quoique leur maniere de le regarder ne sac-
corde giiere avec leur opinion: ils le passent
en s'abandonnant a une gaiSte bruyante,
et buvant a pleins verres du grog, a la
sante de leurs amis absens et de leurs
mattresses. Nous etions a midi par les
48 degres, 14 minutes de latitude sud.
Du 16 au 3i, le tems fut inconstant:
nous avions de niomens a autres, un vent
modere et un tems couvert; et peu apres,
des vents tres-forts, accompagnes de.
pluie. La saison actuelle est celle de ljj^te,
3M dans nord-ouest, de l'Am^rique. Il3
dans cette partiedu monde; et la latitude =====
Decembre
ou nous etions alors, etoit de 5o degres, 1786.
32 minutes, c'est-a-dire , a-peu-pres la
m&me que celle dune partie de FAngle-
terre; cependant, la temperature de Fair
y est plus semblable a celle du mois de
mars, qu'a. celle du mois de juillet..'
Le premier Janvier 1786, nous vimes ~janvier^
autour de nous un bon nombre de veaux
marins , ainsi que des pinguins, et urte
grande variete d autres especes d'piseaux,
ce qui prouvoit que nous nations pas
loin de terre.
Le 2, a trois heures du matin, nous
vimes la terre dont les extremites nou$
restoient du sud-est, quart de sud , au
sud, quart sud-ouest : k dix heures, la
sonde rapporta soixante-dix-huit brasses^
beau fond de sable tachete de noir^ k
midi, la terre portoitdu sud-est au sud-
Tome /. H
mt
1/ Janvier
1786.
114 Voyage a la c6te,
ouest; le tems etoit epais et brumeux, et
Jl tomboit^de la pluie: dans l'apres - midi
du m£me jour , nous n'eumes que de
legers souffles de vents , et approchant
dun calme ; noils sondames encore dans
la soiree et nous trouvames, de m^me
que le matin, 78 brasses, et un fond
a-peu pres semblable.
Le 3, a huit heures du matin, nous
vimes la terre portant est , quart nord-
est; et a. dix heures, les extremites de la
partie que nous pouvions appercevoir nou&
restoient du sud-est au sud-ouest, quart
de sud, a. la distance de neuf a dix lieues.
L'eau paroissoit tres-noire et bourbeuse:
a onze heures, nous appercumes un rocher
qui portoit sud-est a environ sept lieues,
et qui avoit si bien Fair d'un vaisseau
marchant sous toutes ses voiles, que
nous le primes d'abord pour tel; nous
avons su depuis, que ce rocher s'appelle nord-ouest,' de l^Amerique ll5
Eddystone : k midi, la latitude et>servee Janvier M
etoit de 5i   degres , 2 minutes sud ; et    l7* '
la longitude de 58  degres, 48 minutes
ouest.
J'ai fait jusqu'ici plus souvent mention
des latitudes que des longitudes, afin que
tu puisses suivre les progres de notre
marche; et pour qu'a Favenir tu sois en
etat de trouver plus facilement le point
du globe sur lequel nous sommes, je te
marqueraf\dorenavant dans toutes les
occasions les unes et les autres.
Dans Fapres-ftiidi, nous eumes boil
firais et un tems couvert ; ne voulant pas
perdre la terre de vue , nous portames
la bordee sur le rivage, revirant de tems
en tems : a huit heures du soir, la partie
la plus occidentale de la terre nous restoit
kl'ouest sud-ouest , et FEddystone au
aord-est; nous eunites deiegeres brises,
4^        t'   - s      mm-''-        4- .
#.
# n6 Voyage a la c6t£,
avec un tems couvert et brumeux, et de
Janvier
■^S.    tems |i autres, un brouillard epais.
Dans la matinee du 4 * nous vimes
deux petites lies portant sud quart sud-
est et sud quart-ouest, et derriere elles,
une terre eievee : a.midi, la partie de
terre occidentale etoit a environ 4 lieues,
et la pointe la plus orientale a pres de
huit lieues de distance; latitude, 5i degres , 10 minutes sud. Pendant Fapres-
midi, nous rangeames la c6te , jugeant
que le port Egmont, dans lequel nous
avions intention de mouiller, ne pouvoit
^treloin: vers minuit, etant a trois milles
de l'extremite la plus occidentale de la
terre, le capitaine Portlock nous fit signal
de ne pas approcher de la c6te. J'ai
deja observe que nous avions des jours
fort longs, mais pour bien dire , nous
n'avions pas de nuit; et le' tems tres -
modere , nous  pouvions , sans  impru- NORD-OUEST,   DE   L'AlttiRiqUE.   117
dence , rester pres de la terre pendant la u ■ V   f
A A Janvier
nuit. 17^
Le 5 , a deux heures du matin , nous
virames vent arriere , et forgames de
voiles : a trois heures, le capitaine Port-
lock envoyasa chaloupe avecM. Machod,
son premier lieutenant t pour sohder a.
Favant du vaisseau et chercher un rhouil-
lage. M. Machod laissa a bord de la
Queen Charlotte une copie des differens
signaux convenus pour nous servir de
guide , notre bailment marchant en t£te
du King-George.
A sept heures et demie, M. Machod
tira un coup de mousquet. Comme e'etoit
un signal de danger, nous nous port&mes
au large, revirant de tems-en-tems, pouff
mieux observer les mouvemens du bateau:
vers neuf heures r nous trouvant assea
pres de Fendroit ou M. Machod avoit
H    3" , '*'" : •    I
#
» ■mi'     aaaa|)a»«iaaaaapp
118       Voyage   a la c6te,
fait le signal de danger, nous mimes notre
W86-    chaloupe a la mer et la fimes marcher
a Favant pour sonder.
Janvier.
Vers les neuf heures et demie, M. Machod hissa un pavilion sur le sommet
dun moudrain, ce qui etoit le signal qu'il
avoit trouve un mouillage :||les deux
navires gouvernerent sur Fentree, et le
capitaine Portlock donna le signal a sa
chaloupe de revenir, en tirant un coup de
canon.
M. Machod nous informa qu'il avoit
appercu un petit retif de rochers, et que
c etoit ce qui Favoit mis dans le cas de
tirer un coup de mousquet; mais que le
havre fournissoit un excellent mouillage:
a onze heures , les deux batimens jet-
terent Fancre dans le port Egmont, par
dix-sept brasses d'eau sur un fond de
sable. nord-ouest, de l'Amerique. 119
J'ai fait mes efforts pour t'instruire
de toutes les circonstances de notre tra-
versee, quelque peu importantes qu'elles
soient : j'espere qu'une attention aussi
exacte, donnee aux details les plus mi-
nutieux, non-seulement te fera plaisir;
mais sera un dedommagement pour toi,
des defauts qui se trouvent dans le cours
de ma narration. Je te donnerai dans ma
Janvier-
1786*.-
premiere lettre, une description du lieu
ou nous sommes.
- '   *iv           ■    !   W.   B.     (   .
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120
Voyage   a  la c 6 t e ,
Janvier
1786,
L E T T R E   XL
Aux iles Falkland, le 22 Janvier.
Ayant serre les voiles et mis toutes
clioses en bon etat, nous jettames Fancre
de tonee et la haussierede tonee; mais
le jour suivant ( le 6 ) , le vent ayant
fraichi, et la mer etant fort houleuse ,
nous relevames Fancre de tonee et nous
posames sur les deux ancres de poste.
Notre premier objet etoit de faire de Feau
pour les deux vaisseaux : nous etions,.
comme je Fai deja observe , tres-bien
situes pour cela ; nous avions encore
reconnu pendant la traversee , que la
Queen Charlotte ne prenoit pas assez
d'eau;.nous employames en consequence
qiielques hommes a ramasser des pierres
pour faire du lest: on se init sans delai nord-ouest, de l'Amerique. 121
a Fouvrage , et ces deux objets auroient
ete remplis en trois ou quatre jours , au
plus , si nous n'eussions pas ete incommodes par de frequentes raffales. Quoiqull
en soit, le 14 nous avions fini nos operations et fait notre nouvead chargement.
Pendant tout ce tems , les gens de l'equi-
page ont ete a terre pour se deiasser; car
il est reconnu que rien n'est meilleur pour
la sante des marins , que Fair de terre.
Janvier
17S6.
Le 14, on employa les equipages a
greer les batimens , a les netoyer de
Favant a Farriere et a faire toutes les
autres clioses necessaires. Le 15, une corvette anglaise vint jetter Fancre dans la
baie , et envoya son bateau a. bord du
King-George. Nous apprimes que le bati-
ment a qui appartenoit ce bateau etoit
commande par le capitaine Hussey; qu'il
portoit le nom des Etats-unis , quoiqu'il
fut Anglois; qu'il etoit a Fancre dans le 1
m
Janvier
1786.
122 Voyage  a  la c6te ,
havre de Hussey, baie des etats , dan&
File du Cygne ( Svvan Island), avec un
navire Ameriquain. La corvette les Etats-
unis, appartient a madameHayley, veuve
du sieur George Hayley et seeur du ceie-
bre M. Wilkes.    *
Ces batimens sont, par occasion, aux
lies de Falkland , depuis plus dun an;
et ils ont hyverne dansle havre de Hussey
dont je viens de parler; de maniere que
les equipages connnoissent parfaitement
bien les marees, les courans et, en un
mot, tout ce qui est necessaire pour
piloter surement un navire a travers les
rades, baies et entrees , qui sont ici en
si grand nombre,.
Pendant qu'on disposoit toutes choses,
nos capitaines visiterent le port et les
differentes parties de terre: dans une de
leurs   excursions ,   ils  decouvrirent  un NORD-OUEST , DE   L'AMERlQUE.   123
aiotJ&llage infiniment  superkur a celui    T
° x Janvier
ou nous etions , sur le c6te occidental de 178&
La baie; et comme ils se proposoient de
passer encore ici quelques jours , on se
determinaa y amener les vaisseaux. Le
16, de grand matin, nous levames Fancre
et nous mimes a la voile a huit heures ;
a. dix heures , nous jettames Fancre par
sept brasses d'eau; nous ne fumes pas
long-tems sans nous appercevoir que nous
avions beaucoup gagne au change , etant
bien a Fabri du vent,. et n'ayant point
de houle qui nous incommodat* II est tres*-
probale que ce fut a-peu-pres la que le
capitaine Macbride mouilla en 1776, lors-
qu'il hiverna dans ce|jieu; car nous trouvames sur la rive adjacente, les ruines
de plusieurs maisons que Fon pretenjl
qu'il y batit, et que les Espagnols ont
depuis detruites.
Du 16 au 19 , les gens de F equipage
#
»
J Janvier
124 Voyage a la  c6te,
descendirent alteraMivement pour aller
J786.    respirer Fair de terre: ceTieu fournit peu
d'autres ressources, comme jevais bient6t
en faire la remarque.
M. Coffin, master de la. corvette, nous
ayant appris qu'il y avoit un passage a
travers ces lies ,J& s'etant, de plus , of-
fert de nous servir de pilbte pour nous
y conduire, nos capitaines se determi-
nerent a mettre en mer a la premiere
occasion , la saison etant deja trop avan-
cee pour pouvoir esperer de doubler aisement le Cap Horn : en consequence ,
nous levames Fancre dans la matinee du
19 et nous mimes a la voile : a huit
heures, le baton de pavilion plante
sur Keppel (le meme sur lequel M. Machod hissa le signal , le jour ou nous
atterrames dans le port Egmoht), nous
re^toit a Fest quart sud-est, la baie sa-
blonneuse au sud-est quart de sud,  et
. NORD   OUEST,  DE L'AMERIQUE.    125
la pointe la plus occidentale des terres sud- I
Janvier
ouest, a environ quatre lieues de distance.    1786.
Nous jettames Fancre a huit heures
et demie du soir, sans avoir rien vu qui
merite d'etre remarque , par le travers
de File des Carcasses, et la sonde rap-*
portant douze^brasses. Le 20, nous remt-
mes k la voile, et nous allames jetter
Fancre a midi , dans le havre du Cap
Ouest, par huit brasses d'eau.
Le 21 au matin, nous remtmes encore a la voile ; M. Coffin nous recom-
manda d'etre bien sur nos gardes, en
tournant le Cap Ouest, parce que le vent
qui souffloit du haut des montagnes, nous
accueilleroit comme un torrent : la matinee etoit belle r le ciel serein, et nous
avions un vent modere; cependant, fort
heureusement pour nous, nous ne dedai-
gnames pas de prendre les precautions qui Janvier
#86.
126 Voyage  a la  cote ,
nous avoient ete recommandees, et tous
les matelots avoient la main aux manoeuvres et se tenoient prets a carguer les
voiles. En effet, avant que nous eussions
depasse le Cap, le vent nous accueillit
avec une force terrible et continua a
souffler avee la meme impetuosite pendant pres d'une heure : durant tout cet
espace de tems, nous n'osames pas laisser
%a. moSkdre voile ; mais k mesure que.
nous nous e^oign#ites des terres hautesr,!
le vent devint plus modere. A une heure,
hous decouvrimes les deux batimens dont
j'ai parie ei-dessus , qui etoient a Fancro
dans le havre de Hussey, et a trois heures, nous moujllames dans la baie des*
Etats , ile du Cygne, par le travers du
Cap Elephant, ayant vingt-sept brasses
d'eau et a un mille de distance des na-
vires ai«eriquains.
Avant d'acHeVerma Iettre, je te don- NORD-OUEST, DE l'Ame'rIQUE.    127
nerai une description, aussi exaefe que je
pourrai, de ces lies, d' apres les observations     1786
que j'y ai faites pendant mon sejour.
Janvier
Elles furent decouvertes par sir Richard
Hamwkins, en i5g4: mais c'est probable-
ment le capitaine Strong qui les appella
File de Falkland , ou pour mieux dire,
les iles, de Falkland , etant en tres-grand
nombre. II sembleroit que les Anglois se
sont proposes d'y etablir une colonie, par
le sejour qu'y a fait, pendant toute une
saison, le capitaine Macbride, qui y avoit
meyne bati plusieurs maisons : elles ont
ete detruites, comme je Fai (St , par les
Espagnols , qui nous en depossederent en
1770. > -   ■•■'*
Cette affaire fit grand bruit a Londres,
et appreta beaucoup k parler aux politi*
ques de ce tems: mais je nen dirai pas
davantagea ce sujet, tesachantbeaucotiji
i_ Janvier
2786.
128 Voyage a la c6te,
mieux au fait de l'histoire politique de
ces iles, que je ne le suis moi-m^me: je
me cpntenterai d'observer qu'il n'est pas
surprenant que les Espagnols nous aient
envie la possession de ces iles , etant, par
leur situation, la clef de tous les eta-
blissemens espagnols| dans les mers du
sud.
Le port Egmont (celui ou nous etions
dernierementa Fancre) , est situe par
les 5i degres, 12 minutes de latitude sud,
et par les 5g degres, 54 minutes de longitude ouest: il est tres-spacieux, et pour-
roit, je crois, contenir, a-la-fois, tous les
vaisseaux qui appartiennent a la Grande-
Bretagne.
II ne m'est|>as possible de determiner
positivement l'etendua deuces lies; mais
j'imagine qu'eEes ont plus d'un degre ejj
latitude et^de deux en longitude.
fc La NORD-OUEST, DE l'AmERIQUE.      129
La situation du port Egmont est a-
Janvier
peu-pres dans le centre; d'aprescela, et     1786.
suivant la conjoncture que je viens de te
mettre sous les yeux, tu peux te former
une idee assez juste de leur etehdue.
Quoique ces iles soient generalement
connues sous le nom de Falkland; ce-
pendant plusieurs d'entr'elles portent
differens noms -qui leur ont ete donnes,
j'imagine % selonle caprice des navigateurs
qui y ont touche : je te previens de cela ,
pour que tu ne sois pas surpris de les voir
nommerl'ile du Cygne, FiledeKeppel, etc.
Par la situation de ces iles, on seroit
tente de croire que leur climat est a-peu-
pres semblable a celui de F Angleterre,
mais la temperature en est bien differente:
quoique nous soyons ici presqu'au milieu de Fete, il fait souvent froid, et on
se croiroit dans Fhiver, le thermometre
Tome L I
#
» Janvier
i3o        Voyage a la c6te,
ne s'eievant jamais audessus du 53e degre:
1786.     les vents soufflent, presque constamment
de F ouest et amenent de frequentes raf-
fales accompagnees de grosses pluies.
Le sol paroit leger, fertile et conve-
11 able aux paturages; cependant, en bien
des endroits, il seroit difficile de determiner sa qualite reelle; les plan tes croissent,
se pourissent, et poussent de nouveaux
jets, qui sont de m^me , etouffes par
dautres , jusqu'a ce qu'ils forment une
infinite de monticules : sur. leursPsom-
mets , il croit encore de nouvelles plantes
qui s'inclinent les unes vers les autres ,
et forment des berceaux , ou se refugient
ISs veaux marins , les lions de mer , les
pinguins, etc. On trouve ici une quantite
surprenante de toutes ces especes d'ani-
maux,
Pres des mines de la ville, on voit un NORD-OUEST, DE L'AftlliftlQUE.    l3l
grand nombre de petites portions de terre,
entoure.es de .gazon , qui, stoement, for-
moient autrefois des jardins ; car il e"St
slise de s'appircevoir que ces terreins ont
ete cultives. Je suis enfare dans un de ces
enclos, j'y ai trouve differentes sortes de
fleurs et quelcfues be^iix raiforts : il est
bien surprenant que, dans ces iles , il ne
croisse aucune espece darbre , ni me"nie
quelque chose qui y ressemble; nos gens ,
apres bien des recherches, ont efo beau-
eoup de peine a se procurer quet^fue mentis branchages, tr$p fables m^me ^our
faire des balais a F usage cMvaisseau.
Janvier
.1786.
On ne trouve ici que't*fe-peu , ou
point du tout d'fesectes ; et c'est en vain
que M^ Hogan , clfeargien du King-
George , savafit naturaliste, s'est- doling
des- peines irifiiiies pour sen- procurer.
II y a sur les cotes une grande quantite Janvier
1786.
l32 VOYAGE   A   LA   C&TE,
d'oieset de canards , mais plus petits et
dT tine espece differente des n6tres ; ils
sont assez familiers et faciles a prendre :
quand nos gens les virent, ils furent,frans-
I
portes, s'imaginant qu'ils alloient faire
une chere excellente , pendant notre rela-
che; mais ils furent bien trompes , ces
•oiseaux ayant une forte odeur de poisson;
*pe qu'il faut attribuer, sans doute , aux
productions marines dont ils se nourris-
sent uniquement. Les matelots se lasse-
rent bien vite d'en manger, quoique le
plaisir qu'ils prenoient a les attraper, ,fiit
un exercice a-la-fois agreable et salutaire.
On trouve encore ici differentes autres
cspeces d oiseaux , parmi lesquels on re-
marque la poule-^du port Egmont (que
Pennant nomme Sknagull) et Falbatrosse.
Pennant distingue Fespece que Fon trouve
ici, par le nom d'albatrosse errant; mais
je ne puis pas dire k quel tems de Fannee
H NORD-OUEST, DE LAniRIQUE.    133
il change de pays; je sais seulement, que
c'est actuellement le tems de la ponte,
j'en ai vu plusieurs centaines sur le nid
et une grande quantite de petits qui avoient
a peine des plumes. La poule du porfi
Egmont est un oiseau tres-vorace; elle
res_semble un peu au faucon , mais elle
est plus grosse; on en trouve beau coup ici,
il y a encore plusieurs autres especes d'oi-
seaux, mais il nest pas en mon pouvoir
de vous en donner des descriptions par-
ticulieres: enfin,pourconclurecet article,
le seul oiseau que nous ayons pris ici, qui
ne soit pas desagreable augout, est celui
nomme par les marins, pie de mer: ses
pattes ne sont pas garnies d'une membrane , comme celles des amphibies, et
elle a des griffes semblables a celles de la
volaille de notre pays ; elle se nourrit
principalement de vers et ne s'eloign©
c[ue rarement, ou jamais, des bords de
la mer.
"fk       : ' I 3
Janvier
1786? i34      Voyage  a lac6te,
Nos gens essayerent plusieurs fois de
pecher, et jamais ils ne prirent de pois-
sons, de sorte que nous commencames
a croire qu'il n'y en avoit pas; cependant
le capitaine Hussey nous prouva le con-
traire, en nous faisant present d'un tres-
beau mulet; il paroit que c'est la seule
espece de poissons que Fon trouve ici, et
on en pedie en grande quantite : sur la
plupart des c6tes , on trouve des couches
epaisses de moules de differentes sortes ,
et plusieurs productions marines , qui
servent de nourriture* aux pinguins , aux
oies , etc. : nous ne devons pas douter
qu'elles n'aient toutes leur utilite; car le
createur de Funivers n'a rien fait d'inutile.
J'ai examine du mieux que j'ai pu tout
ce qui s'est presente a mes yeux; si je ne
te donne pas des details plus satisfaisans,
ne ten prends passeulement au defaut
d'occasions, mais encore a mon peu de
-H Janvier
nord-ouest, de vAm^rique.   l35
connoissances. Tout est pret pour notre
depart, et nous n'attendons plus qu'un    1786.
bon vent pour mettre eiTmer, etdoubler
le cap Horn. Adieu.
W. B.       M
LETTRE   XII.
En mer, le 6 mars.
Le 23, a la pointe du jour, nous mimes
a la voile. A neuf heures, la pointe nord-
ouest de. File nouvelle nous restoit au
sud-ouest-quart-de-sud, a la distance- de
cinq milles. A midi, nous etions par les
5i degres 35 minutes de latitude sud, et
par les 6o degres 54 minutes de longitude ouest. L'apres midi, et toute la soiree , nous eumes une brume epaisse ac-
compagnee dune petite pluie.
nf   I .    -1 i 14 Janvier
1786.
i36      Voyage  a  la  c6te,
A huit heures du matin I le 24,' la
pointe occidentale des lies Falkland, nous
restoit au n'ord-est, a dix lieues de distance. A midi, la latitude observee etoit
de 52 degres 3 minutes de latitude sud.
Nous marchames au plus pres, pour nous
tenir bien au large du cap Horn, et le
doubler sans danger, en cas qu'il survint
des vents coritraires.
Du 24 au 26, nous eumes un tems
modere et brumeux, avec des brises du
nord-ouest. Le 26, nous etions par les
53 degres 39 minutes de latitude sud ,
et la declinaison du compas. etoit de
25 degres a Fest. Le 26 , a dix /heures
du soir, nous vimes la terre de Staten,
portant sud - est. Pendant la nuit, nous
avions eprouve de frequentes rafalles ,
accompagndes d'etiairs.
Le 27, a huit heures du matin, les nord-ouest, de l'Amerique.   137
bxti-emites de la terre de Staten s'eten-
doient du sud un quart de rumb a Fouest,
a Fouest un demi-rumb au sud, a environ
cinq milles de /distance. Vers les neuf
heures , nous appercumes du clapotage
a Favant du vaisseau ; nous diminuames
de voiles, et nous nous appuyames; mais
nous reconnumes bientot que le bouillon-
nement etoit occasionne par le courant;
et , ayant remis le cap au sud , nous
fimes force de voiles. La partie du nord-
ouest de la terre de Staten est couverte
de montagnes, et paroit absolument sterile ; mais Fon ma dit que la partie orien-
tale etoit assez unie et boisee. Dans la soiree, les extremites de cette terre s'eten-
doient de Fouest nord-ouest* au nord-
quart-nord-ouest , a neuf lieues de distance. Du 28 au 3o , le vent fut tres-fort,
et nous essuyames de frequentes rafalles,
le vent variant du sud-quartstsud-est a
Fouest,
vneaa
Jai
avier
.786.
• i38       Voyage a la c6te , |
Le 3i , et jusqu'au 4 fevrier, le tems
fut un peu meilleur, nous avions double
heureusement le cap Horn. A midi nous
etions par les 60 degres 14 minutes de
latitude sud, et par les 67 degres 3o minutes de longitude ouest. Nous revirames
alors , mettant le Cap au nord - ouest,
nous serrions le vent autant qu'il etoit
possible pour tenir le large a Fouest, et
eviter le continent, s'il arrivoit que les
vents sautassent a Fouest. Depuis notre
depart des iles Falkland le froid avoit
ete tres-piquam, et il etoit tres-souvent
tombe de la pluie meiee de neige : le
therm ometre s'etoit presque toujours tenu
a 44 degres. La saison est plus avancee
que nous n^e Faurions desire, et cependant
on est en plein ete dans cette partie du
monde. Pendant presque tout le mois de
fevrier nous avons eu des vents violenfcJ
du nord et de Fouest , et la mer etoit
extremement forte, ce qui retarda consi- nord-ouest, de l'Amerique. i3g
demblement notre marche. Le 28, nous
Fevrier1
etions par les 52 degres 14 minutes de lati-    17g6
tude  sud, et par les  84 degres 34 minutes de longitude ouest.
w
J'ai souvent admire la description
postpeuse de la temp£te dans le 107^
pseaume. Je suis tellement frappe de la
beaiftte de ce tableau , par rapport a la
situation ou je me suis trouve derniere-
ment, que je ne puis m'emp.echer de
le trattscrire. cc Ceux qui s'eiancent sur la
<c mer dans des navires, et parcourent les
« plaines immenses de FOcean ; ceux-
cc la voient les ceuvres de FEterndL , ils
cc admirent ses merveilles, jusques dans
cc les gouffres de Fonde. A sa parole les
cc vents orageux commencent a soufMer;
cc ils soulevent les vagues ecumantes jus*
cc quaux cieux, et le nautonier dans sa
cc freie machine suit leur mouvement;
cc les ablmes effrayans s'ouvrent pour le i4o       Voyage a  la   c6te,
*786.
Fevrier cc recevoir. La crainte s'empare de son
« ame, il chancelle comme Fhomme ivre,
cc et bientot ses sens 1'abandonnent ».
Jepense qu'il n'est pas necessaire de
m'excuser d'avoir rapporte ce passage des
ecritssacres , non seulement parce que je
sais que tu peux etre serieux dans F occasion , mais encore parce qu'il peint
mieux les sentimens de Fhomme , a bord
dun vaisseau , au moment d'une tem-
pete , que ne pourroit le faire un volume
sur ce sujet.
J'avois oublie de te dire , que le 27
nous nous appergumes que la liure de
notre beaupre etoit partie; nous diminua-
ines de voiles, et nous Fassujettimes avec
une autre liure. iii
Le tems devient de plus en plus mo
dere , et.aFaide d'un bon frais de Fouest, NORD-OUEST, DE l'AmeRIQUE.   l4l
nous faisons beaucoup dechemin. Quand
je serai remis des fatigues que j'ai essuyees
dans la derniere tempete, je reprendrai
la plume. Adieu.
■     , : .-&- • ' ;;. • w. b.
Avril
1786.
LETTR EfX III
Aux iles Sandwich , le 28 mai..
Je t'ai mande dang ma derniere lettre
que le tems etoit beaucoup meilleur, qu'il
etoit meme beau , et que tout sembloit
nous promettre qu'il continueroit a Fetre.
Comme on ne savoit pas combien de tems
nous serions en mer avant de relacher, le
7 mars, le capitaine Dixon fixa notre portion d'eau a deux pintes par jour pour
chaque homme, et determina qu'on nous
donneroit des pois trois fois la semaine.
1
J i4^       Voyage  a  la  c6te,
A midi nous etions par les 44 degres i3
1786.     minutes de latitude sud , et par les 83
degres 25 minute^i^
Avril
Le 23 a midi, nous observames 34
degres 8 minutes de latitude sud: quoique
lorsqu'on a quitte les tropiques , on ne
puisse gueres compter sur les vents alises,
nous eftmes cependant le Bbnheur d'en
avoir assez regulierement dans cette latitude : notre capitaine se determina en
consequence a porter le cap sur Los-
Majos ( ile , ou plut6t grouppe d'ifei decouvertes par les Espagnols, et qui gis-
sent, par les 20 degres de latitude nord,
et par les i3o degres de longitude ouest)
ou nous devions vraisemblablement trou-
ver toutes les provisions dont nous avions
feesoin. Cela nous detournoit d'ailleurs
>tres-peu de notre route.
Le 23 au $oir, nous appere&mes un NORD-OUEST, DE l'Ame'rIQUE.   l43
vaisseau etranger au nord-ouest, et a dix
heures il nous depassa presqu'a la portee
du canon : nous croyions qu'il cherche-
roit h parler ; mais il jugea a propos de
n'en rien faire. Nous ne pumes distinguer
de quelle nation il etoit; nous le jugeames
Espagnol, et pensames qu'il faisoit voile /
vers Baldivia. On sortit deux barriques de
cidre , que Fon mit en perce le 3 avril; il
en fut alloue une pinte par jour a chaque
hqmme de F equipage ; cette boisson leur
fit beaucoup de plaisir, car la chaleur
etoit excessive et etouffante : le vent se
tenoit de Fest au nord-est.
Avril
1786.
V
Le 5 , on monta et Fon fixa sur le
pont la forge de notre armurier ; il se
mit aussi-t.6t a Fouvrage, et forgea dif-
ferentes choses a F usage de notre bati-
ment, ainsi que des toes pour les edianger
avec les Indiens. Les toes sont des mor-
ceatix de fer, plats et longs , ressemblans -Avril
2785.
i44 Voyage a la cote ,
beaucoup au fer tranchant des rabots de
menuisiers, excepte qu'ils sont un peu
plus etroits : les Indiens en font grand
cas, et nous esperons qu'ils nous seront
dune grande ressource , quand nous
trafiquerons avec eux.
Le 6 , les charpentiers furent employes a ouvrir les sabords pour les canons , et a. placer des appuis pour les
pierriers. Le 1 o, nous avions deux canons
de quatre livres de balle, et huit pierriers, fixes sur le eaillard d'arriere.
Le 20, nous observames 1 degre de
latitude nord, et la chaleur etoit si excessive , qu'on augmenta la portion d'eau de
trois pint.es par jour pour chaque homme.
A la fin du mois , nous attrapames plusieurs requins *, on regarde ce poisson
comme un aliment grossier et de mauvais
gout, j'en conviendrai; mais , pour des
personnes NORD-OUEST, DE  l'Am^RIQUE.   l45
personnes qui avoient ete si long-tems
reduites a ne manger que des salaisons,
le requin etoit un mets deiicieux ; et
en en faisant ce que les gens de mer
appellent un chouder,nous ne le trouvames pas trop mauvais. La chaleur etoit
excessive, et meme insupportable ; le
plus souvent nous n'avions qu§ de legeres
haleines de vent, et du calme. Du premier au 3 niai, nous vimes beaucoup de
tortues , ce qui nous donna lieu d'esperer
que nous pourrions rencontrer une ile
a. tortues; le capitaine Cook, dans son
dernier voyage, en a vu une, qui ne doit
I pas etre eioignee de ces parages ; mais
| nous fumes trompes dans notre attente.
Mai  1786.
Malgre toutes les peines que nous
primes, nousnep&mesattraperqu'un seul
de ces animaux : le capjtaine Portlock
fut plus heureux que nous, sa chaloupe
e£oit posee sur le gaiUard d'arriere, de
Tome L j K
h Mai 1786:
l46 Vo YABE  A LA   COTE,
$brte que quand on appercevoit quelquefc
tortues, ses gens la mettoientaussi-t6t a
ia mer , et ils etoient dans l'mstant k
leur poursuite; par ce moyen , ils en at-
trapperent de dix a quatorze par jour, et
•on en faisoit toujours passer une partie
sur notre bord : quoique ce soit un mets
fort recherche, a force d'en manger, nous*
commenetmes bient6t a ne plus nous en
soucier. Ce changement de nourriture fut
cependant tres-avantageux pour les equi-
pages des deux vaisseaux , en ce qu'il
fit, pour un tems , cesser Fusage des sa-
laisons.
Selon Fobservation faite k 'midi , le
8 mai, nous trouvames 17 degres 4 m^
nutes de latitude nord, et 129 degres,
5z minutes de longitude ouest: nous cher-
^chames alors une lie que les Espagnols
nomment Roco-Partida , mais en vain;
nous portames toute-fois le cap au nord, NORD-OUEST, DE I.\A.Mi&IQUE.    l4?
marehant assez bien, et observant conti- rfr
Mai
nuellement , pour tacher de decou-
vrir ce grouppe d'iles dont je viens de
parler.
1786.
Du 11 au 14, nous mettions en panne
toutes les nuits, et lorsque nous remet-
tions a la voile, le matin, nou#eourions
les bordees de huit a dix milles, por-
tant toujours vers Fouest. II est tres-
probable que , quoique les Espagnols
puissent avoir ete assez exacts, en determinant la latitude de ces lies , ils se sont
mepris de plusieurs degres sur la longitude : notre observation du 15. a midi,
aous donnant 20 degres , 9 minutes de
atitude nord , et 140 degres, une minute
le longitude ouest, ce qui est beaucoup
3lus a Fouest qu'aucune des iles designees
Darles Espagnols; nous conclftmes done,
ivec raison , qu'il y avoit quelqu'err^ur
hit grossiere sur leur^arte.
K 2 Jyin
• 700.
148. Voyage a la c6te, ,'| "
||.; Tout Fequipage de laQueen-Charlotte
avoit joui, jusqualors, d'une assez bonne
sante, excepte M. Turner, notre second
lieutenant , qui tomba malade peu de
tems apres avoir quitte Saint- Jago , et
le capitaine Dixon, qui a dernierement
ete attaque dune maladie assez compli-
quee; mais tout-a coup le scorbut conV
menca k se manifester parmi nous ; pltt
sieurs de nqs gens en furent attaques,
plus ou moins, et un d'entr'eux fut si
malade , qu'il fut force de garder le lit.
Quoique Fon mit en usage tous les anti-
scorbutiques possibles, et qu'on les admi-
nistrat avec le plus grand soin et la plus
grande regularite , nous reconmimes
qu'ils n'auroient ancun effet , si nous
ne respirions Fair de terre , et si nous ne
potpvions pas nous procurer des provisions
fralches, de Feau douce et des vegetaux;
on resolut, en consequence de gagner,
le plutot possible les lies Sandwich. NORD-OUEST, DE lAm^RIQUE.    l49
Nous nous trouvions dans la latitude
de ces lies, et nous mimes le cap a Fouest,
avec une jolie brise de Fest nord-est. Le
24 , a. sept heures du matin, nous decou-
vrlmes Owhyhee , la plus considerable
des iles de Sandwich, portant ouest a la
distance de 14 lieues; a midi, la pointe
nord-est nous restoit au nord, a la distance de'trois lieues ; cpmme nous etions
surs de trouver abondamment , dans
cette lie, toutes les choses qui nous etoient
necessaires, tu t imagines aisement quelle
dut etre la joie de tout F equipage.
Apres avoir range la c6te pendant
deux jours, avec un vent foible et incli-
nant vers le calme, le 26, a une heure du
matin, nous mouillames a un mille du
rivage occidental de File-, dans la baie
de Karak-Kakooa , par huit brasses
d'eau; la pdinte occidentale de la baie
portant ouest-quart-nord-ouest ,   et   la
. '    K 3
R Mai 17 86.
i5o      Voyage a la c6te,
pointe meridionale, sud, un demi rumb
a Fouest : dans Fapres midi, nous fumes
environnes d'une quantite prodigieuse de
pirogues et d'un grand nombre de personnes des deux sexes qui s'avancoient
vers nous a la nage , plusieurs d'entr'eux
n'avoient, sans doute , d'autre but que
de satisfaire leur curiosite; mais beaucoup
nous apporterent des provisions, dans Fin-
tention de nous les vendre, telles que des
pores , des patates douces , des fruits de
plantain, du fruit k pain, etc.: nous ache-
tames ces denrees , que nous payames
avec des marchandises de peu de valeur,
telles que des toes, des hamecons, des*
clous, etc., et nos matelots acheterent des
lignes'pour peeher, des nattes et d'autres
objets.
Des le matin du 27 , nous nous JHp
parames k remplir nos futailles , nous
proposant dy mettre toute la diligence NORD-OUEST, DE  lAm&R^QUE.    $5\
possible ; mais le capitaine Dixon s'etant
rendu a bord du King-George, fut jnforme
que les nabitans conamenqoient a devea|§
importans , et qu'ils avoient Taboe (mis
embargo sur), leurs sources d'eau douce ;
cette nouvelle nous contraria infiniment.
j||l ceremonie de Taboer se fait par leurs
pr£tres ,r et de la maniere   suivante : ils
plantentune quantite de petites baguettes
surmontees d'une touffe de cheveux blancs
autour des endroits qu'ils veulent faire
regarder comme sacres; des-lors personne
n'ose en approcher , dans la crainte du
chatiment, qui, altce que je crois , n'est
pas moins que la mort du  sacrilege ;
nous craignions d'abordque celane pro*
vintdu souvenir des pertes qu'ils avoient
essuyees apres la mort malheureuse du
capitaine Cook; car c'est dans ce m^me
port qu'il a ete tue*; mais nous nous trom-
pions , la raison qu'ils  nous en donne-
rent , fut que leurs chefs etant absens
Mai 1786. Mai 1786.
i52      Voyage a la c6te,
et engages daiis une guerre contre les
naturels d'une ile voisine, ils n'osoient,
sous aucun pretexte , permettre a. des
etrangers de debarquer dans la leur.
Cette circonstance nous frustroit d'un
des principaux objets qui nous avoient
amene dans cet endroit, et nos capitaines
se determinerent , en consequence, a
quitter au plut6t cette ile : nous acheta-
mes, cependant, des pores, de la volaille,
des legumes, etc. Tout Fequipage cofl>
mence^ deja a se trouver bien d'une nour-
riture fralche, mais je doute que personne
en ressente mieux les effets salutaires que
ton ami.
" M    .'       '■   ■/■ "   :|  W.    B,  "
w, NORD-OUEST, DE l'AmERIQUE.    l53
LETTRE   XIV,
"Mai 1786.
Aux iles Sandwich, le 12 jum*
Avant de continuer mon retit ,^e te
ferai observer , que les iles Sandwich
fttrent decouvertes par le capitaine Cook,
dans son dernier voyage k FOcean paci-
fique. Owhyhee , la plus considerable
d'entr'elles, se trouve la premiere du cote
du sud et de Fest; les autres courent presque dans la direction du nord-ouest. Xes
noms des principales sont, Mowee, Mo-
retoy, Ranay, Whahoo, Attooi et One-
chow* Je crois que ce detail te suffira
pour le present.
Le 27, a huit heures du soir, nous
appareillames , et continuames notre
route, en revirant de tems en tems pen- Mai 1786.
*i:54 Voyage a la c6te,
= dant la nuit, et durant toute la journee
du 28, par rapport aux vents legers et
variables. Nos gens s'occuperent pendant
ce tems , a tuer et a saler des pores ,
pout la consommation de l'equipage ;
et une quantite de pirogues nous suivoient
e^ncore pour nous vendre des pores,
des legumes, etc.
Le 29 a midi, Karak-Kakoa nous res-
toit au nord-est quar.fedest a la distance
de sept ou huit lieues , et nous decou-
vrimes la parflfe eievee de Mowee (lie ou
nous nous proposions d'abord de rela-
cher )^m\e brise tres- forte , qui
dura pendant toute la journee du 3o,
nous en enipecha. Dans la matinee I
File de Ranay nous restoit au nord,
nord-ouest, a la distance de six lieues,
a midi, la partie eievee la plus occidentale portok nord-quart nord-dauest;
nous    continuances   a    gouverner    sur
J NORD-OUEST, DE l'AmERIQUE.     1 55
File Whahoo , favorise d'une bonne brise !
* Mai   178&
de Fest.
Le3i, a huit heures du matin , la.
pointe nord-est de File de More toy
nous re$toit au nord , nord-ouest , k
hi distance d'environ six lieues; a rnidl
nous^appercumes Whahoo , dont la
partie sud-est nous restoit ouest -sud-*
ouest , et celle du nord-est au nord-
ouest, notre latitude 21 degres 14 minutes nord.
Le premier juin , a une heure de Jum 17§g4
Fapres-midi, nous mouillames a. pses de
deux milles de distance du rivage dans la
tetie au sud de Whahoo , par huit brasses
et demie fond de sable ; 1'extaremite de
File nous restoit de Fest-sud-est a Fouest-
cqnart - sud-.ouest. Les naturels vinrent
dans leurs pirogues, nous apporter des
provisions, mais les pores et les legumes s ;
i56
Voyage a la cote,
Juin  1786.
- etoient   beaucoup   plus  rares   dans cefi
endroit qu'a Owhyhee.
Des le matin du. 2,1'nos capitaines
allerent a terre, pour trouver un endroit
commode pour faire de Feau , et nous
procurer les choses necessaires pour lerfl
malades.  Ils  ne  tarderent   pas  a   ren-
contrer une source de bonne eau ; mais
il etodt difficile den j approcher a cause
d'un retif de rocher qui regnoit presque
dans toute la longueur de la baye; ce
retif est a une distance considerable du
rivage, et tenement eleve, que le passage
en paroit impossible , ou tout au moins
tresdangereux pour une chaloupe chargee.
Ce  contre-tems nous fit craindre de ne
pouvoir pas remplir ici nos futailles; mais
le capitaine Dixon ayant remarqu'e que
la plupart des naturels avoient dans leurs
canots des gourdes, ou calebasses pleines
d'eau , il ordonna de les acheter jj ce quo NORD OUEST,   DE l'Ame'rIQUE.    167
as*
nous fimes, donnajit en retour des cloux,=f=
Juin 1700.
des boutons, et autres semblables bagatelles : ce commerce etoit tenement a leur
gout, que tous les Indiens , au moins
ceux qui habitoient la partie de File qui
etoit la plus voisine de la baye , aban-
^aai
donnerent toute autre occupation , et
ne firent que nous apporter de Feau.
Nous donnions un petit clou pour une
gourde contenant deux ou trois gallons 5
on payoit les plus grandes a proportion ,
par ce moyen singulier , je dirai m^me,
inusite jusqu'alors , non-seulement nos
vaisseaux furent approvisionnes d'eau,
avec une tres-iegere depense, mais encore
nos chaloupes , nos futailles , nos cordages , n'eurent point a souffrir; nos gens
ne coururent pas les risques d'etre mouil-
les, et de gagner des rhumes. Pendant que
nous faisions de.l'eau , et d'autres provisions , une partie de F equipage fut
occupe k etendre toutes les manoeuvres 1786.
i58       Voyage  a  la   c6te,
et les agres , a netoyer les cotes des vaisseaux , et a. faire les autres reparations
necessaires. Le 2, le chirurgien fit porter
les malades a terre , esperant que Fair de
terre leur seroit avanta^eux ; mais la
chaleur etoit si etouffante , et les Na-
turels les incommoderent tellement, en
venant en foule les en tourer, qu'ils furent
obliges de retourner a bord, plus fatigues,
que rafralchis de leur promenade.
Notre objet principal etoit rempli, et
nos malades presque convalescens; mais
nous desirions, s'il etoit possible, de nous
procurer encore des pores , des legumes,
etc. et Whahoo n'etant presque pas
pourvu de ces sortes de denies , nous
nous determinames a faire voile vers
Attoui , sachant que cette ile abonde do
toutes les choses dont nous avions besoin.
Le 5 juin ,  a sept heures du matin   NORD-OUEST,  DE l'AlttERIQUE.   l5g
nous appareillames , et portames surr. ~~rr
Attoui, avec un vent modere et un tems
sombre. A midi, la pointe meridionale
de Whahoofiaous restoit a F est-sud-est,
a la distance de six lieues, etant par les
21 degres i5 minutes de latitude nord. -
Dans la matipfee du 6 , — nous
decouvrimes Attoui; et k midi le Mon-
drain qui s'eieve sur la partie de sud-est,
nous restoit a Fouest- nord -ouest, k la
distance de neuf lieues; nous n'avions
pas cesse de voir File de Whahoo.
Le 7 , a 3 heures apres - midi, nous
etions par le travers de la baie de Why-
moa , lie d'Attoui ; e'etoit la que nous
nous proposions de jetter Fancre, mais
le vent soufflant grand frais du sud-est,
et la baie etant tout-a-fait ouverte k ce
rumb , le capitaine Portlock ne voulut
pas y entrer, et proposa de gouverner Jnin 1786.
160^ Voyage a la c6te,
sur Oneehow. A quatre heures cette ile^
nous restoit a Fouest, nord-ouest, k la
distance de cinq lieues. Pendant la nuit
nous courumes plusieurs bordees \ et \m
8 a. dix heures du matin, nous mouill
lames a un mille et demi de la cote dansl
la baie d'Yam , ile d'Oneehow, par septl
brasses d'eau, surun fonds de sable. Laj
pointe septentrionale de la baie , nousl
restoit au nord-nord-est , et la pointe!
meridionale au sud-quart, sud-est. Cettel
ile produit une grande quantite d'ignamesj
excellens (sorte de patates ) , et les habitans nous en apportereiit un grand
nombre que nous achetames pour desj
cloux , et d'autres choses d'aussi peu de'
valeur. Cette ile ne fournit guere autre
chose , n'etant point a beaucoup pres
peupiee comme Attoui, Whahoo et lesl
autres lies voisines. On mit a terre nos
malades ; et n'etant point incommodes
par les Naturels, ils pn retirerent tout
Favantage JPlc&uAe lfe
aa^M»*^BE>
y ScuzdwuJi #>
**? NORD-OUEST,   DE L'AMiRIQtfE    l6l
Favantage possible. Le principal person- ~. £■
nage de cette ile s'appelle Abbenooe. II 1
paroit actif et doue de beaucoup d'in-
telligence. Le capitaine Portlock lui ayant
fait qaelques presens de peu de valeur,
nous avons par-la acquis sabienveillance,
jet nos malades en ont ete mieux traites..
Nous n'avons pu nous, procurer dans cette
lie que tres-peu de pores , et la plupart
venant d'Attoui; mais comme nos gen§
sont convalescens, et que toutes nos autres
affaires sont a - peu - pres terminees ,
nous nous proposons de poursuivre notre
voyage le plut6t possible; tu peuxcompter
qua la premiere occasion je contin'uerai
mon journal. Je suis , etc.
.*    . .. ..    w. b. ..  .. '* Jiii
m
Tome L 162
Voyage a la c6te ,
Juin  1786.
LETTRE    XV.
De la riviere de Cook, le 25 juillet.
Tu verras par la date de cette lettre,*
que nous sommes enfin arrives au termd
ou doivent cdmmencer nos recherclie&i
Tu t'imagines , sans-doute , que nous
devons etre au comMe derla joie. Prenctai
patience ,' mon ami, et tu t'appercevrasj
que cctout ce qui reluit n'est pas ot. :»
Je t'ai inform e, k la fin da^ma der*j
niere, que nous faisions toute diligence
pour remettre en mer, np^tre attention
etant fixee aussi invariablement vers la
cote de FAmerique que Faiguille de la
boussole vers le nord. Ayant achete
autant de pores, que nous pumes nous NORD-OU^ST,   DE  £ Am1?RIQUE.   l63
)n procurer , dans un espace de tems j^ l73^
tussi court, et nous.etant munis dun$
provision suffifante d'ignames, nous ap*
pareillames le i3 de juin k 10 heures
du matin , et mimes le cap au nord-
ouest, seconde par une j olio brise et un
beau tems. (Jfe
Comme il est probable que nous
mouillerons plus d'une fois aux lies Sandwich., pendant le cours de ce voyage, je
t'en donnorai la description dans un autre
moment. J'aurai eu alors occasion de
pousser mes recherches un peu plus loin
que je n'ai fait jusqu'a present.
II ne nous est rien arrive qui soitdigne
de remarque, depuis Finstant de notre de*-
part des iles Sandwich, jusqu'a la rivierf
de Cook; mais comme tu aimes les details,
quelque minutieux qu'ils puissent etre, je
ferai mes efforts pour te satisfaire.
"t ' l 2 1
fuiii  1786
164        VoyagjIM la c6te,
Le i5 , etant bien au large , noi^
revirames du nord, au nord-quart-nor&
est, et depuis ce jour jusqu'au 22, nous
eunies de jolies brises, et fort beau tems.
Du 23 au 28, le vent souffla aveci
force, et sautoit du sud - ouest au nord-
ouest. Ces variations etoient plus fr£
quentes, depuis que les vents alises nous
avoient abandonnes, et nous n'en avions
pas ressenti apres avoir depasse le vingt-
sixieme degre de latitude de nord. II
tomba beauconp de pluie pendant le
meme tems.
Du 29 juin au premier juillet, nous
eumes des vents legers et variables, ac-
compagnes de brouillards epais et de
•petites pluies; le 3o juin, notre latitude
observee fut de 40 degres 3o min. nord,
et notre longitude de i5i degres 42 minutes ouest. IfORD-OUEST, DE l\AmeRIQUE.     l65
Le 2 juillet, Feau changea de coul&ur y
et nous vimes un grand nombre de veaux
marins autour du vaisseau. On en blessa
un que Fon amena a bord du King-
George, Nous jettames la sonde, mais une,
ligne de 120 brasses ne rapport a point
de<^$)nds , le 3^|nous appercumes une
piece de bois qui flottoit; sur Feau., §j|*
une multitude d oiseaux perches defesus :
nous avions frequemment des bpuffees,
qui souffloient du nord-ouest, et etoient
acconipagnees de pluies: le 4 etant par
les 44 degres 2 minutes de latit. nord, et
par les i5o degres 10 minutes de longitude ouest, nous trouvames un courajg£.
rapide qui nous portoit avec force au
sud - ouest. H
Juillet
17864
Du 5 au 11, nous eumes des vents
inconstans, tantot du sud-est, et taAt6t
du sud-ouest, et quelquefois de fortes
brises accompagnees de brume ,  et de
L P
ffj Juiilet
1786.
166        Voyage   a la  cote1/*
beaucMip de pluie. Le 10 ,  la latitude
GStimee fut de 5i degres 24 minutes nord
et la longitude de 149 degres 35 minutes
ouest j le tems continuant a etre epalM
et charge de brume.
Nous vimes ifrequemment une grande j
ftuaritite de Fespece de plante marine,
£pie ffcs inatelots appellent poireaux oil
mer, et une espece d'oiseaux qui r£sSern- j
blent beaucoup aux pigeons*du Gap. Le
11^ vers le sbir , il y eut une  eclipse
"{$tale de-lune; m£is Fair etoit si charge*
de brouiilards , et Fobscurite de la nuif
etoit si grande, c\uil nous fut absolument
impossible de Fobserver.
Le i3, notre provision d'ignames se
trouva presque consommee ; e'etoit pour
nous une circonstance des plus facheuses,
•vu que cette plant! nous tenoiftlieu de
patatesW de-pain. Nous vimes encore un IV 86.
NORD-OUEST ,  DE   l'AjMERIQUE.   l6j&
grand nouifore de,pi£ces de bois flottante§£ Wjuill
beaucoup-dherbes marines et d'oiseaux
de differentes esp§ce§. Notre latitude ,
observee. le meme jjbjar^midi, etoit-de;
§4 degres S^> minutes nord/, et notre lolVj
gitude de 148 degres 54l"hinutes ouest*
Le i5, la* couleur de Feau nous pa-
roissant changee, le King-George jetta la
sonde a differentes reprises 3 mais les
lignes de' 90 , et meme de 120 brasses, ne
rapportereilt point de fond. A midi, nous
etions paries 37 degres 4 minutes de latitude nord , et par 149 degres 22 minutes
de longitude ouest.
Le £f${tn6us vimes voler autour du
batament un grand iiombre de plongeons
de mery;"de mouettes, de perroquets de
mer,- ;et "3'autres oiseaux marins; nous
rencontrions a chaque instant des poi-
reaux de;mer etdes pieces de bois. A dix jjfiilet
1786.
168 Voyage a  la'cAte,  :|8
heures du matin, nous jetames la sonde
et une ligne de 120 brasses ne rapporta
>as de fond. A midi, nous nous trouvions
par les 58 degres 34 minutes nord, et
i5i minutes de longitude ouest. A dix
heures apres midi, nous jettames encore
la sonde, qui nous rapporta 66 brasses,
fond de roche noire et de sable , mele
avec une sorte de coquillages noirs. A
sept heures, courant presque directement
au nord , nous appercumes la terre au
grand contentement de tout Fequipage;
elle restoit a environ huit lieues de distance , portant nord-ouest, quart-ouest 1
et nous jugeames quelle devoit dtre voi-
sine de la riviere de Cook. Dans la soiree,
nous vimes un grand nombre de baleines
qu|jouoient autour de notre vaisseau. J'ai
oublie d'observer qu'il avoit ete arrete"'
d'abord que nous nous porterions dans
Fen tree du roi George; mais comme la
saison etoit deja fort avancee, nos capi- NORBjOUEST, DE lAm^RIQUE.      169
tobies crurent p)|is prudent de gagner la
riviere de Cook, et de ranger la^pAte au
sud.
Juillet
1786.
Le vent etan^directement contraire,
^tpus serrames au plus pres le 17 et le
18, et nous reconnumes que la terre que
nous avions apperque dans la soiree du
%§, etoit un grouppe d'lles que le capitaine
Cook a designees sous le nom des lies
steriles, et qui sont situees a F entree de la
riviere de Cook. j
Le 18 , a quatre heures de Fapres-
midi, nous decouvrimes File de Sainte-
Hermogenes, portant du sud sud-ouest a
Fouest, a trois lieues de distance. Les ba-
leines etoient en si grand nombre aupres de
la terre, que Feau qu'elles faisoient jaillir
ressembloit a un long retif de rochers.
Le 19 , a onze heures du matin ^ nous Juillet
1786.
170    Voyage a la c 6# e ,
entrames dans la riviere de Cook, lafesant
les iles sterns au sud et a 4^-est. Le vent
et la maree nous favorisant, nous ran-
geames la rive orientale , dans Fintention , s'il etoit possible^/ de remonter
jusqu'au cap Ancho^W^nWde ffl&U&ltetf
mais a sept heures de Mpros-midi^jftous
fumes sttrfris d'entendre un coup de
canon , <£&£ nous pa^issoit avoir ete
tire d'une baie qui etoit presque eitfMJ&a-*
vers de nous , et nous restoit a. environ
quatre 1 milles de distance. Le capitaine
Portlock fit aussi-t6t tirer un coup de
canon pour rejSfrndre a. ce signal ; et
conme la baie sembloit promettre un bon
mouillage , il resolut d'y ehtrer et d'y
fitter Fancre, pour savoir d'ou proveiiStt
le coup de canon que n&us avions en-
tendu.
l|f Nous ibrmions, sur ce point, differentes conjeeture%. Les uns pens#ent que NORD-OU^EST, D£ l'AmerIQUE.     171
ce signal avoit ete donne par quelques-
uns de nos compatriotes, et d'autres qu il
venoit dun vaisseau francois qui avoit
relaehe en cet endroit. Cette derniere
opinion nous paroissoitla mieux fondee ,
en ce qu'a notre depart d'Angteteire ,
nous'^&vions entendu dire que deux bati-
mens francois alloient mettre a la voile
pour se rendre sur ces c6tes. Nous fumes
bient6t hors d'inquietude ; au moment
ou nous entrions dans la baie, a la faveur
d'une brise fralche, une chaloupe, partie
du rivage, s'avanca vers le King-George,
et nous apprimes que ceux qui la nion-
>ient etoient des Russes.
Juillet.
1786a
A huit heures, etant absolument dans
la baie, nous jettames Fancre par 55
brasses d'eau, le cap Bede portant nord-
est , a trois milles de distance , et le
mont Saint - Augustin sud-ouest quart-
oues& Juillet
1786.
•$72 V O Y A G E   A   LA   COTE,
Aussi-t6t apres que nous eiimes jett&
Fancre, nous vimes venir quatre ou cinq
pirogues , qui ne contenoient chacune
qu'une seule personne. Cela nous parut
d'un si bon augure , que nous nous em-
pressames de preparer tout ce que nous
voulions donner en etiiange pour ce que?
nous allions acheter; et nous avions deji
a bord , en idee, une enorme quantite
de fourrures ; mais nos esperances^eva-
nouirent bien vlte , lorsque nous sumes
que ces pirogues appartenoient aussi aux
Russes.
Quoique trompes dans Fattente ou
nous etions de trouver des habitans stir
cette cute , le lieu nous paroissant ce-
pendant convenable pour faire du bois et
de Feau, nous nous preparames a nous
en fournir abondamment. Dans la matinee du 20 , plusieurs de ncs gens se
rendirent a terre pour couper du bois et NORD-OUEST, DE lAm^RIQUE. '  175
remplir leurs futailles., pendant que nos
:apitaines se rendirent sur la chaloupe
iu King-George aupres des Russes, afin
de prendre les informations qu ils pour-
roient sur Fob jet de leur voyage et de
leur arrivee sur ces cAtes.
Juillet
1786.
11 paroit que les Russes n'avoient
point d'etablissement fixe dans cet endroit , et que leur sejour n'y etoit que
momentane. Ils avoient tire leurs cha-
loupps sur le rivage, et apres les avoir
assujeties, ils avoient etendu de Favant
a Farriere, des peaux pour se mettle: a
Fabri des injures de Fair. Tout ce que
nous pumes apprendre, fut qu'ils etoient
venus d'Onalaska sur une corvette ; que
les sauvages que nous avions vus. dans
les canots etoit des Indiens de Kodiac
qu'ils avoient amenes aved^ux pour tra-
fiquer plus aisement avec les habitans du
voisinage de la riviere de Cook et ceux
s 174 Voyage a la cote,
des con trees adjacen tes; que cependant
ils avoient eu avec eux de frequented
querelles, et qu'ils en etoient venus ph>
sienrs fois aux mains; qu'enfin, il existoit
entr'eux et les ndturels , une si grande
inimitie, qu'ils ne se couehoient jamais
sans avoir aupres d'eux leurs fusils charges.
I#es Russes ne saccorderent pas tres-bien
dans les r4ponse$ qu'ils firent a nps di-
verses questions ; nous n'eumes qu'une
ids© jmparfaite de ce qu'ils avoient en
vue, en s'arretant sur cette cAte. Peut-etr£
.&u$$i le peu de connois&ance que npus
avions de la langue Russe, fut-il caus$
que nous ne comprlmes pas tout ce qu'ils
vouloient nous dire. Nous sommes cependant presqjassures qu'ils nont pu
se procurer qxinne tres-petite quantite
de peaux. , si meme ils en ont trouve,
quoiqu ils eussent apporte avec eux pour
ganger, das pieces de Nankin et des
soieriej de Perse. NORD-OUEST, DE lAmERIQI/E.      Ij5
L'endroit oil Fon pouvoit faire de
Feau, etoit si voisin du rivage, et d'up.,
acces si facile, qu'un seul jour nous suffit
pour remplir nos fu&ailles; ce fut le 21.
De ce moment ^jusqu'au 26 , l'eqtjipage
n'eut rien a faife qua couper du boi%pu
a se promener sur les bords de la mer.
Juillet
Le 24, nos capitaines allerent reconnoitre la baie, et etant descenctus sur la
pointe sud-est, ils trou^erent une veine
de charbon, dont ils apporterent a bord
quelques morceaux. Cette drfcouverte fit
donner a la baie^e nom de toul ha^kpur,
(havre du charbon.)
Nos matelats essayerent plusieurs fois
de p^cher k la hgne et a l'hamecon; mais
sans auctfn #ucces. Le capitaine Portlock,
qui avoit une seine ou filet a bord, la fit
jetter a la m^fcv et on prit une grande
quantite de larges saumons qu'on dis-
mOi 176     Voyage a la cAte,
'  ,    w tribua   aux  equipages   des   deux   vais
Juillet 1    r  b
*78&     seaux.
Ce pays est extremement montueiix.
Les montagnes les plus voisines de la
mer sont toutes couvertes de pins, parfiilj
lesquels se trouvent^des bouleaux , des
aulnes et differens arbres et arbustes. Les
montagnes les plus eloignees du rivage ,
sont si eievees , que leur#*sommets se
perdentWkns les nues, et Kfaimense quaitd
tite de neige qui les couvre entierement,
offre a Fceil l'image d'un hiver perpetuel.
Je ne me permettrai pa!pde te donner
une plus ample description d'un pays
qui m'est si peu connu. II te suffira de
savoifjpour le moment que, quoique nous
soyons parvenus a la fin du mois de
juillet, le tems est en general froid, nuclide et desagreable ; qu'il tombe tres-
souvent de la neige et de la pluie; et
que tout ce que Fon voit de la terre, ne
presente
In ^yr^ll2___ijrf^:
_ *m
NORD-OUEST, DE  l'Ame'rIQUE.      177
presente qu'un sol ingrat, sterile et aride.
En voila assez de dit, pour aujourd'hui,
sur la terre promise. Adieu.
m "   • w. b.
Juillet
1786.
LETTRE    XVI.
De la riviere de Cook, le 10 juillet.
Ayant fait notre provision d'eau, et
nous etant procure une quantite suffi-
sante de bois, nous levames Fancre le 26
de grand matin, et nous mimes le cap
sur la grande riviere, nos capitaines etant
persuades qu'en faisant le nord , nous
trouverions des habitans , et ne doutant
pas que nous ne pussions alors nous procurer des fourrures, par-tout ou nous se-
rions a m^me de traiter avec les sauvages.
Le flux dans cette riviere est t^res-rapide ? et
Tome I. M Juillet
1786?.
178     Voyage a la cAte,
I court au moins quatre nceuds par heur^j
ce qui nous obligeoit de mouiller a chaque
maree , excepte quand nous avions un
vent frais favorable. Cet inconvenient
nous parut cependant de peu de consequence , parce que , nous attendant a
faire beaucoup de commerce en remontant
cette riviere, il devenoit necessaire de
jetter souvent Fancre. L'espoir dont nous
nous fiattions , fut entierement depu. j
Pendant les journees du 26 et du 27,
nous continuames a remonterla riviere,
le vent etoit variable et le tems assez
beau. Nous ne vimes point d'habitanSj
et il ne nous arriva rien de remarquable,
Le 27 a midi, la montagne du volcan
nous restoit au sud-ouest-quart-d'ouest
I Une fumee epaisse sortoit du sommet de
cette montagne , qui est tres-eievee;
mais nous ne vimes point de llamme;
et je tiens du capitaine Dixon que, lors-
que Fon decouvrit pour la preadere^fbis
/- NORD-OUEST, DE l'AmERIQUE.    179
cette montagne , en remontant la riviere
de Cook, dans le voyage qui a precede
celui-ci, on n'avoit point vu d'autre
indice du volcan, qu'une fumee sem-
blable k celle que nous appercevions.
Juillet
1786.
Le 28, a. trois heures de Fapres-midi,
nous mouillames par onze brasses , sur
un fond de sable; la cAte adjacente du
cAte de Fouest, etoit a trois milles environ
de distance; elle paroissoit assez unie, et
nos capitaines ne doutoient pas que nous
n'y trouvassions enfin des fourrures: dans
la soiree, une pirogue, manceuvree par
un seul homme, vint de notre cAte;
il ne nous apporta qu'un petit saumon
seche, pour lequel nous lui donnames,
en retour, quelques grains de verre,
dont il parut' parfaitement satisfait : il
est probable que son principal objet, en
nous abordant, etoit de savoir qui nous
etions et de sonder nos intentions. Quand
M 2 Juillet
180     PI O Y A0 E   A   LA   cATE,
I il eutJ§ompris que nc|§§l|de||ein etoit de
traiter er||amis, et que nous lui eumjjl
monfc 4feers articles, ^nt^ious lltt
lio|jjj|ij|us deiaire,pl pariit cdiitent«
fjjlous donna a entendre, en montranl§di|
|||t le ri^ge, queues compatrjjj|es noua
Jfc   grandfeidjlapBtite de
peauglejjour suu^^^^^^^^^^|ran<|
mati]
mj^-pr^^^^^pirogu
s'ajjancer veji no^^quelqu^^^^^ioient
Si petites^^^^f^^^^^^^^^^^^n oti
deux httmn^^^^^i^^'at^^^^^y eji
avoit dix e^^^l^^^bjuatofte rips ioifl
Aport^^^^^^ pe^^^^l^^^tees sprtesl
tellfs <^^^e^^lfl^^^l^^^^p^^^errei|
d'o||§g|||§ie -^pins des Indesl! de niarjj
mottes , etc. ej||jjpy? prirent en echlnge ,
des grain^^^^p-e Iftus efldes toes. Ils
onJ^une predilection sijparliculiere pour
ce||ernier objetjl et ils mattachent un
fl grand prix , qu'ils donnoient la pins
belle peau j|j| loutre;fe  leur mfgafin
SEser'; MmcAe JH.,
</n Havre t/u Cfar&azt {   4 EM3L
i NORD-OUEST, DE l'AmeRIQUE.      l8l
pour un toe de mediocre grandeur: nous
trafiquames assez avantageusement, pendant la plus grande partie du jour , et
les habitans se comporterent de la ma?
niere la plus tranquille; nous ne negli-
geames rien pour maintenir cette bonne
intelligence , parfaitement convaincus ,
que les bons traitemens etoient les seulst
moyens d'obtenir des sauvages tout ce
que nous pouvions desirer.
Juillet
1786..
Le vent ayant fralchi sur le soir, lea
pirogues n'oserent plus avancer vers iious:
mais le 3q , le tems etant redevenu calme,
il en vint un grand nombre de petites et
deux plus larges, qui coururent a. la handle de nos vaisseaux, etnous vendirent
tout ce qui parut nous con'venir.
D*apres les observations que nous
fimes ce m^me jour , a midi, Fendroit oil
nous etions en panne, etoit paries 60 de-
k: .MS -'
Aoiit 1786. 1
l82
Vo YAGE   A   LA   cAte,
— gre's, 4^ minutes de latitude nord, et par
Aout 1786. T . 7   ,        .     j
les,-1 52 degres , 11 minutes de long! jjudfl
ouest. Du 3o juillet au 3 aout, le temp
11'a pas cesse d'etre beau : nos amis , les
sauvages , continuerent a nous apporter
des peaux de differentes especes ; mais
ils nous donnerent a entendre , que touted
celles qui leur appartenoient 4foient vendues , et que celles qu'ils nous fournis-
soient actuellement, venoient des tribute
fixees dans Finterieur des terres , avec qui
ils etoient en relation   de commerce.   lis
nous apporterent aussi une grande quantite d'excellens saumons frais , que nous
achetames a. tres-bon marche, donnant
un seul grain de verre pour un gros pois-
son : la p^che en est si abondante , que,
quand nous refusions de les acheter, ils
nous les jettoient a bord, pour s'epargner
Fembarras de les remporter a terre. Pendant cette saison, le saumon entre dans
la riviere de Cook en troupes innombra- NORD-OUEST, DE l'AmEIUQUE.    1 83
bles, et les naturels les attirent dans des        • ■•-■■
Aout 1786.
reservoirs ou ils les prennent avec la piu^tji
grande facilite : ils les enferment^et les
font sedier dans leurs huttes; c'est ce qui
fait leur printipale  nourriture pendant
l'hiver. Quelle nouvelle preuve de la bonte
de la Providence envers   ses creatures !
Le  ciel   a   pourvu  abondamment a la
subsistance de ces malheureux habitans
d'une cpntree sterile ! Existeroit-il encore,
apres cela, un homme qui osat deman-
der, avec FIsraelite mecontent : cc Dieu
peut-il couvrir une table dans le desert % n
Le 4 aout, une forte brise du sud-sud-
est , empecha les pirogues de nous appro-
cher ; mais le tems etant devenu plus
calme le 5, nous en vimes partir plusieurs
du rivage ; les naturels ne nous apporterent qu'un tres-petit nombre de pefex
et nous fireiit entendre que nous avions
presqu'epuise tousles magasins du paysu:
M 4 184     Voyage  a la cAtie,
- nous posions alors sur les deux ancres de.
" postes ; dans la matinee du 5 , nous leva-
mes la seconde ancre, pour etre pr£ts a
mettre a la voile, quand le capitaine Port-
lock en donneroit le signal.
*
Le 6, au matin , nous eumes un gros
vent du sud-sud-ouest, accompagne d'une
pluie continuelle. Le 7 , a. midi, le vent
tomba et le tems devhtt meilleur : dans
l'apres-midi du mdme jour, le capitaine
Portlock vint sur notre bord, et nous
proposa de lever Fancre le lendemain a
quatre heures du matin. Nous apparent
lames , comme il avoit e%e convenu, et
nous etions deja a la voile, quand le
capitaine Portlock nous envoya son troi-
sieme lieutenant, pour nous dire que, le
tems menacant de devenir mauvais, il
valoit mieux rester a Fancre, que de nous
engager dans un endroit ou nous pour-
rions etre plus exposes an vent: en eonse- nord-ouest, de l'Am^rique. i85
quence , nous mouillames de nouveau, .  ,      ■ *
* * Aout 1786..
et nous vimes bientAt qu'il avoit eu raison.
II survint dans la soiree, un vent extrA-
mement fort, qui continua a souffler pendant la plus grande partie de la nuit:
nous appuyames le vaisseau, en laissant
tomber la seconde ancre *, mais dans la
matinee du 9, le tems etant fedevenu
calme , nous la relevames pour etre prets
a Hilfteher au premier bon ventsiJDepuis
plusieurs joiirs, il n'etoit venu pres de
nous que tres-peu d'Indiens , et ils ne nous
apportoient que de vieilles peiaetex , sales
et dechirees , qui leur avoienfc\servi a se
couvrir pour se garantir des fctgueurs de
la saison : surlesderniers tems, les bonnes peaux qu'ils nous fournissoient ,
etoient coupees en bandes, probablement
dans Fespoir de les vend re a un plus haut
prix; mais nbus f Imes tous nos efforts
pour les empAcher de faire cette manoeuvre. 186 Voyage a la  cote,
Avant d'aller plus lain, je tacher^
de te donner une idee du paysajui a veil
sine le lieu de notre moiiillage: je croI$|
qu'il est difficile d'en voir unplusiaride
que celui qui se presentoit. a notre vue
au nord-ouest; le terrein qui est pres de
la mer est assez uni, il produit quelques
pins, qui avec les taillis, les arbustes et
une herfae fort haute , qui croit. parrni^
eux, forment un paysage assez agreable m
les montagnes adjacentes, dont les som-
mets tortudux se perdent dans les nues ,-
sontau-dessus de toute description; sans
cesse couvertes de neiges , j^xcepte dans
les endroits oil  le fier aquilon du nord
prend soin de nettoyer leurs times  ari-
des , ils glacent le sang dans les veines de
celui qui  les  contemple. Leur   etendue
prodigieqse , et les pretipfrces, dont ils
sont parsemes, les rendent egalement inac-
cessibles  aux hommes et aux animaux.
J'oubliois que dans ma derniere lettre, NORD   OJ0EST,  DE l'Am^RIQUE.     187
je t'avois prevenu de ne point t'attendre, I
pour le moment, a une descriptioBrde ce
pays : ce que je viens de te decrire , m'a
tenement frappe par son aspecjt impo-
sant, que je n'ai pu me dispenser de t'en
dire un mot; je sais, d'ailleurs, que tu me
pardonneras volontiers ces sortes d'ecarts,
pe^uade que je ne cherche qua te distraire
.£$ a te faire plaisir : tu dois t'attendre a
pne continuation exact© de mon journal.
Adieu.
a ^ -« W.        B. •
Aout 1786.
i ■ '~u|M| ET* RE   XVII.
En rade a 1'ile de Montagu, le 27 aout.
Je t'ai dit, dans ma derniere lettre,
que nous tenidns prAts a mettre a la
voile , au premier vent favorable. Nous Aout 1786.
188 Voyage a la cAte,
appareillames , le 1 p aout, a cinq heures
du matin, a Faide d'une bonne brise, et:
par un beau tems, a. huit heures , voyant
que la maree nous faisoit deriver forte-I
ment vers la cAte, et pres d'un banc de
sable fort long qui est au sud , nous jem
tames Fancre par dix brasses d'eau, surun
fond pierreux, ayant une petite lie au sud,
a la distance dun peu plus d'un mill§J
Vers les 5 lieubes de l'apres-midi, nous
levame&l'ancre, et nous mimes a. la^voile;
mais ffe vent n'etant pas assez fort pour;
refouler la maree, nous fumes oblige^ -dei
jetter Fancre sur  un £mid de roche de|
douze brasses deprofondeur : Fextremite
nord-ouest de la petite ile nous restoit. a f
Fouest-nord-ouest, et nous etions a cinq
mijjes de distance du rivage au nord, ayant
vent rnodere efle ciel serein,
s.   Le 11 , a 5  heures du >$iatm, nous
appareillames, et nous despendimes la NORD-OUEST,   DE   l'AmiIrIQUE.   189
riviere. A 8 heures , nous appercumes
deux barques russes, con tenant chacune
dix-huit hommes , qui gouvernoient au
sud pour gagner File. Ce sont, sans doute,
les memes que nous rencontrames en
remontant la riviere. Leur projet est sans
doute de subjuguer les pauvres Indiens ,
et d'en exiger ensuite autant de peaux
qu'ils pourront, a titre de tribut. Cepen-
dant les naturels sont tenement disperses,
que ce projet sera^d'une execution tres-
difficile. An heures, nous mouillames a
quatre milles du rivage, par dix-neuf
brasses; le cap Anchor nous restoit au
sud-quart-sud-est; et suivant F estimation ^
nous etions a midi par les 60 degres 9 minutes de latitude nord ; comme nous
n'avions que desbrises legeres, nous fumes
obliges d'attendre la maree pour descen-
dre la riviere.
Aout 1786.
Le 12 , a midi, le cap B&de nous res- igo        Voyage  a  la cAte,
toit k Fest-sud-est, et le havre du Cnar-
bon, est quart-sud-est; a deux heurell
nous mouillames par trente-neuf brasses
d'eau, les lies stcriles portoient sueHtid*
est; la montagne du Volcan ouest-nord-
ouest; le mont Saint-Augustin sud-ouesta
et le havre du Charbon , est. Notre ledim
tude observe, fut de 5q degres 28 minutes nord, et notre longitude de i5i de-j
gres ouest. Le tems etant dpux, et le ciel7
serein, nous avions  tout Ifeu d'esperer*
que la prochaine maree , et une brise 16-
ger&, nous porteroient hors dela rt^iAre/
II m'est impossiblende parler, avec cer-*~
titude de cette riviere ; nous savons settlement qu'elles'etend bien plus loin au nord
que Fendroit ou nous etionsftnotfilies. Sa
plus grande largeur n'excede guAres vingt
milles.
Les naturels ne
paroissent pas avoir NORD-OUEST, DE   l'AfeRIQUE.   igi
choisi  un endroit  fixe   pour leur resi-:
dence ; mais ils sont epars <^a et la , selon
leur commodite ou leur inclination. II est
vraisemblable qu'ils sont divises en clans
outribus; car , dans toutes les grandes
pirogues que nous avons rencontres, il
se trouvoit au moins une personne qui
avoit Fair de posseder un certain degre
d'autorite sur les autres, et qui, non-
seulement les guidoit dans les edhanges,
mais encore les tenoit dans la subordination. Ils paroissent doux et incapables de
chercher a faire du mal; mais cela pro-
vient peut-etre de notre facon de traiter
avec eux, si differente de celle des Russes.
Les amies , dont nous les vimes se servir,
sont des lances, des arcs et des Heches.
Les lances leur sont d'une grande utilite -,
aussi bien a la chasse que dans les combats : la chair des differens animaux qu'ils
tuent leur sert de nourri%ire, et ife se
couvrent de leur peau. II seroit naturel de
Aotit 1786. Aout 1786.
•192 Voyage a la cAte,
supposer que les peaux des plus grands
animaux , tels que les   ours , les loups I
etc. sont celles qu'ils choississen$ide preference pour se vetir, mais c'est le conJ
traire. La plus grande partie des habits
qu'ils portent ,  sont faits de peaux do
marmotes, proprement jointes ensemble,
et un manteau est souvent fait de plus*
de cent peaux; les femmes sont probable-
ment occupees a  ces sortes d'ouvrages.
On trouve^ci, outre les loutres de mer ,
des ours , des loups , des renards, des
lapins de l'Inde , des marmotes ou mu-
lots , des   rats   musques ,  des hermjjl
nes, etc. mais les renards et les marmotes paroissent y Atre en plus grand'
nombre que les autres animaux. Les merchandises que les naturels paroissent pre-
ferer en echange de leurs fourrures, sont
les toes, et de petits grains de verre bleu;
ils ne firent presque nulle attention a
cetK d'une autre couleur, quoique nous
en NORD-OUEST, DE  l'Ah^B-IQUE.   ig3
en ayohs une grande quantite de diffe-
renteaasortes. kM
Aout 1786.
lis sont d'une taillei moyenne et bien
proportionnee ; leurs traits paroissent re-
guliers^mais leur visage est tenement
imprittie de crasse et d'ordure , qu'il est
impossible de juger de leur veritable cou-
lenr. Celled'entr eux , dont le visage et
les cheiseux sont le plus fortement em-
preints de graisseet de suje, est regarde
coskne -fhomme qui a la meilleure tour-
nure. H^
Leur nez et leurs oreilles sont ornes
de grains- de verrjg , et? ceux qui n'en posr
sedent point y suppleent par des dents. Ils
ont aussi urie fente paraHele a la boucher,
coupee ai^-dessious de la levre inferieure,
et qui est ornee a peu pres de la meme
maniere que le nez et les oreilles; mais
j'ai observe que cette partie de leur pa-
Tome I, N g^4 VOYIAGE   A   LAC'kE,
: ~ riueei6it£plus?ou moins recherchee, selon
quils etoient plus ou moin&a?j$nes.?klN ousj
ne vimes qu'une seule femme ainsi paree;
ft     iles naturels ltd temoignoient beaucoup
^.ogards , et ils la iservoient avecrun^Pes-
;pe4?t infini. Son visage/^ntefir usage ordinaire , etoit assezjpropre, *et loimd'avoif I
.un teint et des ItBaifcs desagreables , j&l
puis t'assurer que jriai vu bien  des Art- j
.gloises   qui n'avoient .-pas aussi^fionne ;
Ifliiine. Leurs petites pirogues sont cons- *
Jruites de  fa^on a ne contenir^qatUB^
seule personne, ou tout au plus deux-, $t
les grandes comme les petites sont converter de ^peaux. Peut-etre me seca-t-il
/possible de te donner encoreij^rU^lqucs^^'
tails i§ur ces.peuples avao&t lajfin demotre
voyage ; tu peux Atre assure que si j'ea
ai Foccasion, je ne la laissej^fi-pas^ejchap*
Per- ||§l
; Je t'ai deja dit ,^que?nous eAmes hem
I NORD-OUaEST,DJB L'AMiaiQUE.    ig5
'ems dans Fapres midi du 12; nous ap-
^areillilmes le i3 aout , k Faide d'une
teise favorable , et d'une continuation
le beau tems , et nous descendimes la
ata&ne vers Fest-nord-est, laissant les iles
steriles au sud. W&
Avant midi, nous sortlmes de la ri*
/ierede Cook.; et nan's proposant de nous
^endte a F entree du prince William ,
bous njilmes le cap au nord-oiaesf ,r fc&Sant
e large a deux lieues du rivage. A midiT,
a pajtae la plus septentrionale du continent , nous restoit au nord est quart-de-*
aord, fet nous avions au sud-ouest Filgs
J& pain de Sucre (l'un&ftes ifes steriles )*
^ers le soir, le vent tomba t©mfeirfait;
^t pendant la nuit, nous n'eumes que
BrgXausses brises.
Pendant toute la matinee da i4, QQu$
tungeames la c'Ate; a midi, la latitude,
Bff."        ' N2 fW^: I96 VOYA-GE   A   LA   COTE   ,     ;|j
-       i.. _:• observee  ntbus donna 5g degres  6Wmi-
out *7   ' nutes nord; dans 1'apres-midijtile tems
devint sombre et brumeux ; a 4$ieures,
nous revirames et portdmes  le   cap; au
nord-ouest; mais, incertains  de notre
veritable position, relativernenta FenEree
du prince William , sur les huit heures,
• nous: revirames encore ai<e£ nous gardames
le Ilarge jnsquiji minuit.
J inw'iwW   •:  \hq   xik  -£,!.  rrj^^^^^9
^Le i5-^ttdus eurles des vent^'Bgers et
de la biume; nous perdimes alors la terre
detaoie; mais a deux heures $|elle repariflf
portant du  nftrd-nord ouest, a^'^iiest-
abfd-ouest; nous jettames la sMdelp-et
elle nous\ Md&jfi&'io^ brassses ^u^pun
fond de' vase'et d'arejSte. W
Le 16, nous eumes pareillement des1
vents foibles et de la brume , et nous
efentinuames rk ranger la cAte^^la
distance de deux lieues : la terfe^%o#:' NORD-OUEST, DE  l'AmERIOJUE.     197
restoit de Fouest-sud-ouest a*t nord. Le
17 , mAmes ven$s , et tems nebuleux.
N'ayant pas eu la possibilite de prendre
la hauteur, depuis le 14 , nous n'avions
point de certitude sur notre position ;
mais nous conclumes, que la terre que
nous appercevions au nord-est, etoit File
Montagu. Le tems etant calme, et nos
sondes rapportant moins de profondeur,
nous jettames Fancre a trois heures , pa£
43 brasses, fond de sable, a trois milles
de distance des cAtes. Je dois observer
que depuis plusieurs jours, les sondes
nous avoient toujours rapporte entre 120
et 128^ brasses de profondeur sur un fond
de vase. Une ile que nous avions au nord,
s'etendoit dunord-est-quart-est, au nord-
nord-est, et un autre point de terre au
nord a six inilles de distance ; tandis que
nous etions a Fancre, plusieurs de nos gens
jetterent leurs filets, croyant que nous
etions sur un banc de monies ; mais
N 3
Aout 1700. 198       Voyage  a  la cAte,
Aout 1786. ^s ne prirent €Lne des sculpms et dLes pffij
en petit nombre, et sans trouver ce qu5i^
cberchoient IB
Le tems continua a. Atre epais et bru- j
meux ; mais a 6 heures'de l'apres-niidi,l
fe 18 , une brise s'eievant du sud-ouest-
quart-ouest, nous levames Fancre , et
gouvernames vers le rivage. A dix heures,
nous jettames la sonde, qui nous indiqua
45 brasses sur un fond de sable, mAie de
e#quillages; a midi | une ligne de 80 bra§-
«es ne rapporta pas de fond.
Le 19, a la pointe du jour, le brouil- •
lard etoit telleinent epais , que nous ne
vimes plus la terre; mais a huit heures
nous la decouvrimes de nouveau , portant nord - est - quart-nord. Nous mar-
chames au plus pres , pour rallier, s'il
etoit possible, le passage sud-ouest de
Fentree du prince William, qui, a quatre nord-oub;St, de ifiAaiiRiQUE. 1:99:
heures de Fapres-u&i4i nous restoit aib
toord - es$-quart - nord. L& pointe la plus*
orientale de la* terre, qui etoit a notre*
M«&, portoit est - quarfen©rd - est Fbot-~
Island (l'ijfr du Pied ) du nord - quarts
nord-estj, a l'ouest-nord-e&t; Leg-Isldndi
(File de la Jambe,) de Fouest au nofd-
Q^est-quart de nord; et le continen£said-
ouest ; le vent soufQpit bop? frai& djii
nord-est, et la mer etoit fort houtaise,
vers Fouest; nous ne pou|*$gj$^ par ooiifs
sequent faire que li^peuyde cl$emin: 4,
ljuit heures du soir, la poji^te sudtoue^i/
de File de Montagu ^pus rest$|£ fel'es&t
nord esth, a la distance de 4 niillB& L'ej
vent etant variable, pendant la nu|t, nfeus*
^ouriimes des bordees, a. dix heures , les$
sondes rapporterent 4° brasses, fondb 4ft
sable.
Le 20 , a huit heuresj du matin , la
partie de ter$e que nous voyions, sfejeikr
A0UH178&
# Aout 1786.
200 11 Voyage a la cAte,
doit du nord-est^ au nord , un demi-
rumb a Fouest , et nous ne trouvames
point de fond avec une'ligne de 5o brasses.
Nous continuames a marcher en sjsrrant
le vent, autant qu'il nous etoit possible;
mais nous ne fAmes pas plus heureux
i que les jours precedes, ayant un vent
frais du nord-est, et un courant qui nous
portoit vers Fouest. • |g{
Dans la matinee du 21 , nous eumes:
un tems brumeux, accompagne de pluie.
A quatre heures , nous esperions decou-
, >rir une baie , dans Fentree si desiree,
n'ayant que 17 brasses de profondeur, et
n'etant eloigns de terre, que d'un mille
et demi; mais un courant violent, ajoute
aux houles , qui venoient de l'est, nous
fit deriver sous le vent. Dans la soiree et
pendant la nuit , nous eumes de fortes
brises du nord-est, accompagnees d'une
pluie abondante ; dans la matinee du
22 , le tems etoit couvert et pluvieux , NORD-OUEST , DE L Am^RIQUE.     201
mais le vent souffloit avec mdifis de
forco. A midi , nous pumes prendre
hauteur; elle nous indiqua 5g degres i5
minutes de latitude nord: e'etoit la seule
observation , que le tems nous avoit
permis de faire depuis dix jours.
Aout 1786.
Durant l'apres-midi, et pendant toute
la journee du 23, le tems fut epais et
couvert de brume , avec vent frais et
variable , mais soufflant cependant plus
souvent du nord-est , et nous avions
perdu la terre de vue.
Le 24, a quatre heures du matin, le
vent sauta au sud-est, et nous en profi-
tames pour rallier la terre, que nous de-
couvrlmes a trois heures de F apres midi,
et qui s'etendoit alors du nord-quart-
nord-est a Fouest-quart-ouest, a dix millea
de distance. La sonde nous, rapportoit
70 brasses d'eau , sur un fond de vase.
A huit heures du soir, le vent repassa 2p2        Vo Y A G W A   LA   C A,xTb; ,
encore au nord-est, et npjj$s no#s t^n^e%
au large , pendant la nuij|^&'ayam> pasi
une connoissance exacte de la. dir-e§^£)*3£
des couran.si«Je reprendr^ai; ce$ details soiffcj
tjres-peu de tems. Tout a toi.
LETTRE   XVII L
Dan$ Tentree du Roi-George, le 24 septeiufore^
Le 25 et le 26 aout, nous eumes des
vents iegers et un tems brumeux. Le 26,
a six heures du soir , le ven!fi#auta at|j
sud, et nous e&j^es beaucoup despoil?
de rallier la terre le iendemain, s'il restoit
da$%^gujn;|>. S^ffe jes dix heures, il com*
fnenca h? soujfler grand frais, ce qui nous
obljgea d#mettvre a la cap^,. et d'y rester
jjisqu'au len.derni|in w , a trois heures du BgMSaWBtLlJl'lillaVJaWUUBJ* H      f* MMi 1
N0RD-0UBST, DE l'AmSIUQUE.   2oS I
matin , que nous gouverBame* vers le g=^ 1
nord. A midi, nous deeouv*tmes la te^re    1786. ^| 1
qui nous restoit tout a fait au nord.   | *^. i
Nos observations nous donnerent 5® de-      |J ■.. ■ I
gres de latitude nord; ce sont les senles*          ~ I
precises que nous anions pu faire depose |
quinze jours. Notre longitude etoit df* i45 1
degres 44 minutes ouest. Nous trouvant I
trop avances a Fest, pour esp<5r<* encore |
de faire Fentree du prince William, par           ;g I
le passage dn sud ouest, nos capitaines |
resolurent de la tenter par le cap Hin-    l|    : ~      1
chinbrooke  ayant une brise favorable|w         , M
et un assez beau tems.
<|| J'aurois du vous dire que For peut       , m
penetrer dans Fentree par deux passages* W
r
differens; 1'V (celui que nous avions    g   j «
en vain essaye de passer depuis un certain       gr A
tems,) a Fouest, et Fautre qui est a Fest    1. m
de File de Montagu. A cinq heures do    . 1[
Fapr^s-midi, nous appercumes des terres       |; Mli 204       Voyage a la cAte,
Septembre basses qiii nous restoierit*au nord-est, e$
que nous primes pour File de Kayes. Af
huit heures, la pointe de terre qui nous*
faisoit face , portoit nord - quart - nords
ouest, a la distance de 10 milles. Le ver™
commenca alors a fraichir : nous revi«
rames, et primes le large durant la nuit,
ne croyantpas prudent de tenir trop pres
des cSies,
Dans  la matinee  du   28,  la terref
nous restoit a Fouest, a la distance de^
12 a 14 milles, et nous la perdimes entierement de vue a midi, le tems etoit
pluvieux, nous eumes quelques raffales I
et vent frais du nord-ierst;  nous aban-
donnames Fespoir de p^netrer dans Fen-
tree du prince William pendant cette
saison , et il  fut resolu par  nos capi-
taines de   gouverner sur Fentree de la
Croix , qui etoit le port le plus voisin,'
que nous conrioissions vers le sud,  pit
r
/ NtORD-OUE£T, DE LA^tJSftlf'UE. (205
Fon pouvoit esper$> de se procurer des \
peaux. ^
Septembre
178$.
Du 26 aout au 3 septembre , nous
eumes vent frais du nord - est accom-
pagne de raff ales. Le 4 > W tems devint
plus modere , et assez bon ; le&jiyents
etoieM legers et variables, et ils se tinrent
aiasi jusqu'au 7 , oil nous eivB®Q§ gr^§.
|mis du nord esfcfeYers le soir ^J^venE
bsa&i&'j'rGt nous* nouastrouvame^rpresque
dans un cabgae. LeȤ, il s'eleva une' bonne
Briseiilu sud-sud-ouest; notre obseri&j^on
a midi nous donitahB^E' degres ^tini©.utes
defliifiitude nontd ; et 137 degiSss; £2 mi-
naiteskde longifaade ouest. Cett© position
dfcantia^peu-pres celle ou le capitaine Coeft
a placelsur sa carte Fentree de-la^Saroix,
liouSrAgouvernarnesiau nord est-qi»art-est,
et le mAme vent de sud continuant a
souffier, nous vimes la terre absolument
en face de nous danSula matinee. Vers 206      Voy%ge a e& cAte,
-j—a^.les 0nze heures du&#et a dettx heumi
'Septembre ^
J786. de Fapres-ihidi, elle nous restoit du nord*
ouest a Fest-quart-sud-est, a la distance
de 6 milles. 111
lltenMUt la mer depuis un moi»
Mt&jfiie nous cornptions ne faire q«|
l#$iSer pteaidant Mi jottf ou deux, tU
doik%0^wi^>it aved .quelle joie nous
i Wyfofeis FiftM;a£it<P& nous&llions mdaiilleij
et c^Bpi^icer :jffiGft*re trafic. Nous fum-d
aMUSipes dans nos esperaMes ; car quoi*
qu^siipts rangeasSions la cAte jiasqua
ipia$£e heures ,8** 3 inilles de distance^
naus^ke viinds pas lamoindre apparency
d*j*R^ le capitaine
Ccmk:iia^k^B£<&mmilen aeffet une espece
d«S>aie, toais il ftWbifcjpas possible qiiuH
va^seam put y m.auuBm^ awe sftatite.
KTcfxts jsttames une sonde de 110 brassses
Imi ne'mpporta point de fond, et la ||hi-
leur de Feau n?etan£:point changee* iftotis NORD-OUEST ,DE\imTME^klQUE.   2P7
•arsons He'll de c¥mre que la mer etoit
*Septenit>r»
encore &es-pFofonde aupres des cAtes..        1786.
Ne t£#nvant pas Fentree de la uroix
oil nou%* ^dysirions mouiller , nmts ju- Pp
geames que ce seroit perdre notre tems,
que d|e la dhsrcher dans une autre position, d'autant plus que le capitaine^ took
n'y avoit pas mouilie luf^rneine, mais
Favoit seulement decouverte a une distance coiasMeral>le^*itbus saviofcfe, d'ail-
leurs > par notue prdpre experience, quo
fc app&roifde's de £erre , sur ces cfttfes,
sont ifort tromp@f£&es; ce qui eM fltf % un
fe&eaiilkrd ccwrtfcfatuei, qui change a tons
momens de place > et empfechre des'assurer de la irritable position des terres.
•1S&:'- ■ - ^\ S-- *L'"' "'0§& •
dalmie des isles etoit le seul port, oil
nOuS devious alors chercher un mouillage,
et elle devoit nous rester a environ 3o
milles . au sud et a Test, une brise favo- -V
VoYA%E   A   LA     GATE,
jSeptembre rable s etant elevee dans la soiree, ni®m
flmes assez de chemin durant la nuit
et toutes les apparences sembloient noui
promettrer d'entrer bipnt^t dans^ce port
Dans la matinee du io, nous essuyamd
nn violent coup de vent, venant du sud
et qui continua jusqu^uf^oir; il s'appai$}
ensuite, et^ous^eumes du calme pendant
plusieurs heurej^ ||| ggj|
Le^i 1 fok deux heurfes&du matin,, le
vent devint encore plus fort, quJiln'avoit
ete la yeille, et il fut a<|eompagn^ d'ua^
grosse pluie , qui tomj^a sans discos
tinner, jusq^Fau i3 a n^^fe que le tems
devinfjmodere, etle ciej^assez clair. Pendant louraganjipnous Jg^^pns de ten||
en tems, ,afin d'eviter d'Atre jefctes sur
une cAte qui etoit sous le vent.Lorsquil
sabaissa, nous nous,trouvames eioiene's
'ill'-jdr^T^^'-.      [^nic jlsn.       w d
de plus de 10 lieues du cap Edgecombe
j     do$ $®  ' 3-r'IHpIr      °
(la pointe. de terre la plus voisine dfrla
Wm& baie NORD-OUEST, DE I,'AMiRIQUB.    209
:ec
baie des isles.) Notre observation, a midi, 7~
Septembre
nous donna 56 degres 5o minutes de la-     1'
latiude nbrd ; nous ndus determinames
■
cependant a. gouverner sur ce port, pour
y aller, sll etoit possible, attendu que
nos voiles et nos agres avoienty^te fort
endommages pendant Forage.
Nous mimes dans cette intention le
cap a 1'est-nord-est, avec une brise mo-
deree du sud; et a. six heures, dans la
matinee du 14, nous decouvrimes la terre,
portant de Fest-quart-nord-est, au nord-
ouest, aja distance de 14 milles. A midi,
le cap Edgecombe nous restoit au sud,
60 degres a Fest ,  a la distance de 10
milles, et nous etions, par les Sj degres
6 minutes de latitude nord : nous conti-
nuames a porter sur Fouest, jusqu'a cinq
heures de Fapres-midi, dans Fespoir de
trouver la baie des isles; mais nous ne
pumes la   decouvrir a Fouest du  cap.
Cette partie de la cAte, que nous exa-
Tome I,     H O 210     Voyage a la gAte,
minames,   forme  une  espece de baie
Septembre x
l7%6. etroite, mais qui ne seroit pas capable
de mettre a couvert un vaisseai* a Fancre;
nous ne nous apperoumes pas non plus
qu'il y eut des habitans ; nous avions
en rendu dire que des Espagnols avoient
relache pres de cet endroit, en 1775 ,
mais nous soupconnions que ce rapport
pouvoit Atre faux. A six heures du soir,
nous marchames au plus pres du vent,
vers le sud, arm d'examiner le cAtA sud-
est du cap; mais a minuit, il s'eieva une
bourasque du sud-est qui, continuant a
subsister pendant toute la journee du
i5 , et etant accompagnee d'une pluie
continuelle , nous forpa de prendre le
large, et de nous eloigner des cAtes autant
qu'il Atoit possible. Nous nous trouvanies
en consequence, dans la matinee du 16,
eloignes de plus de 20 lieues de la partie
du cap Edgecombe, qui etoit au sud. Le
vent devintplus modere. quoique variable, NORD-OUEST, DB  L^Ame'rIQUE.   211
et que nous eussions de frequentes raf-
Septembre
fales et de la pluie ; le tems etoit couvert 1786.
et tenement bfumeux , que nous ne
pouvions rien decouvrir k la distance d'un
mille. La saison etant fort avancee, nous
abandbnnames le projet d'entrer dans la
baie des isles ; et nous nous determinancies a gouverner sur Fentree du roi
George K sans cependant nous eloigner
des cAtes, pour ne pas perdre l'occ&sion
d'atterer, si par hazard il se presentoit
un havre passable.
fev: *
Le 17 , le tems devint plus doux, et
une bonne brise de Fouest s'eleva des le
matin: notre latitude a midi, 4toit de 55
degres 15 minutes nord, et notre longitude de i36 degres 14 minutes ouest.
iMous eumes encore une bonne brise du
nord-ouest. Le 18 , k une heure, gou-
vernant a Fest, nous decouvrimes la terre
absolument en face de nous, et nous
'     O2
""•'""■•■■•'
miikM# 212       Voyage a la cAte,
——^"^ limes force  de  voiles pour la   gagner.
Septembre *
1786. Notre latitude etoit a midi de 53 degres
46 minutes nord, et notre longitude de
i53 degres 53 minutes ouest. A m
heures, nous nous trouvames pres des
cAtes, mais ne voyant point de baie , ni
aucune apparence que cette isle fut habitue, nous mimes le cap au sud. La terre
que nous voyions etoit elevee , et nous
restoit au nord 65 degres a Fest , a la
distance de 4 milles. La soiree etoit tres-
belle, et le tems clair et serein. Nous
appergumes une espece d'oiseaux d'unej
forme bien differente de tous ceux que
nous avions vus jusqu'alors. Quoique long
et mince, son vol etoit pesant; le bout
de ses ailes et de sa queue etoit blanc,
et ses ailes nuancees d'une variete des
plus belles couleurs. II etoit a-peu-prel|
de la grosseur d'une mouette. Nous vimes
aussi une grande quantite d'oies sau-
vages, d'especes differentes. nord-ouest, de l'Am£rique. 2l3
Le vent resta au mAme rumb, dans
Septejjrbre
la journee du 19, et souffla bon frais; 1786.
la terre, que nous vimes a six heures/du
matin, s'etendoit du nord-ouest au nord-
est , a la distance denviron 9 lieues : a
midi, nous etions , suivant Festii$iation,
par les 5i degres, 56 minutes de latitude nord , et par les i33 degres de
longitude ouest.
Le 20 et le 21 , le tems fut modere,
|et nous continuames a marcher vers Fest:
[nous etions a 8 ou 9 lieues a la distance
des cAtes, que nous appercevions encore
K 21 a midi, etant par les 5o degres , 40
minutes de latitude nord, lorsque nous
decouvrlmes une ile qui portoit nord, 53
degres est. Dans Fapres-midi, nous vimes
a la hanche du batiment, un requin;. je
ne vous en parle , que parce que. ce
[poisson monstrueux se trouve rarement
dans une latitude si voisine du nord; a
I '     ■      .:   : '£' '   f      '    . OS I
\ 3i4      Voyage a la cAte,
3 neuf heures, File, ou plutAt, les lies qu*
Septeinbre
178& nous avions vues a midi, s'etendoient du
nord, 2,2 degres au nord 45 degres est,
a la distance de 3 lieues*
Le 22, nous mimes le cap a Fest, pour
chercher Fentree du roi *George , aides
d'un vent frais de nord - ouest; a une
heure, le cap brise nous restoit au nord-
ouest-quart-ouest, a 2 milles de distance,
A une petite distance de ce cap, se trouye
un rocher, auquel on a donne le nprh
de Split-Rock (le rocher fendu ) , et qui
paroit tenir a la cAte, par un retif Jtbrt
bas : la pointe de terre nous restoit au
nord - nord - est, et depuis cet endroi#f
ptsqu'au cap brise , la cote forme une
espece de baie, couverte d'epines, et qui
presente un coup-d'ceil tres - agreable^1 la
terre, aupres des cotes, etant assez unie,
le brouillard que nous eumes pendadft la
journee, nous empAcha de prendre la hau* KORD OUEST , JDEl'A'MERIQUE.   21 5^
teur, pour determiner notre latitude ; et ^
Septembre
comme il nous fut egalement impossible 1786:
de sonder avant le coucher du soleil, le
capitaine Dixon trouva qu'il seroit prudent.
de gagner le large avant la nuit, aim
d'eviter les rochers et les brisans, qui se
trouvent en grand nombre sur cette cAte.
Le capitaine Portlock fit mettre sa chaloupe en mer, et envoya son troisieme
lieutenant, pour gagner la pointe de terre
la plus orie&fele- et nous chercher un
mouillage; n'ayant pas reussi a en trouver
un, nous serrames le vent an sud-ouest,
et tlnmes le large jusqu'au matin du 23;
a la fm du jour, la pointe de terre la plus
voisine de nous, nous restoit a la distance
de 6 milles, et la sonde rapporta quarante-
cinq brasses, fond de roche tres-dur.
Ce havre etant la derniere ressource
qui nous restoit, pour cette saison, nous
desirions bien ardemment de le rencon-
0 4 2l6    Toyac E i IA c6te,
Septembre trer- Quel a 4t4 le succes de nos recher-
^786.     ches ? C'est ce que tu sauras daus mm
|        •   prochaine Iettre. Pour toujoura, ton ami.
LETTRE   XIX.
En mer ,le 2  octobre 1786.
Je finissois ma dernieretjjettre, en te .
parlant du desir ardent que nous avions
de decouvrir le port, depuis si long-tems
Fobjetdenos recherches.^Notre espoirs'est
evanoui entierement , au moins , pour
cette annee : je ne veux pas aiiticiper;
mais te faire voyager pas a pas avec nous.
J'ai deja observe que nous etions le
22, a 6 milles de distance de la terre, et
que nous fimes le sud pendant la nuit.
Le 23 , a six  heures du matin , nous NORD-OUEST, DE L Am^RIQUE.    21J
iilmes le cap au plus pres du nord-est _   -
r 1 r Septembre
ivec vent frais du nord - ouest: a huit 17^-
leures, le rocher fendu portoitnord, 43
liegres a Fouest, a six lieues de distance,
it une observation faite a midi, nous M§
lonna 49 degres, 5o minutes cfe latitude
iiord et 127 degres , 52 minutes de longitude ouest; de maniere que nous etions
ja-peu-pres a 5o milles a Fouest, et a. 20
milles a Fest, du havre que»inous cher-
chions. Le mondrain de Fouest portoit
nord, 69 degres a Fouest, et la partie la
plus orientale sujj;, 60 degres a Fes^, a 6
milles de distance. Pendant Fapres-midi,
les brises devinrent plus legeres, et vers
cjfiq Leures, nous etions presqu'en calme:
il nous etoit, en consequence, impossible
I de faire Fentree, ce qui nous engagea a
revenir au sud ; cependant, la hauteur
que nous avions prise a midi,JjBLOUs avoit
mis en etat de determiner, dune maniere
precise, la position de cette entree : a six ff^^ii
it
218      Voyage a la cAte,
•"•■ heures , la pointe avancee de Fentree
Septembre
1786. portoit nord , 60 degres a Fest, a la distance de 16 ou ij milles.: a huit heures,
la sonde rapporta cinquante-sept brasses,
Wm fond de sable ; pendant la nuit , nous
#umes deW vents legers et inconstans, et
quelquefois des raffales et de la pluie.,
Dans la matinee du 24, nous mimes
le cap au nord-est-quart-est , dans Fin-
tention de rallier la terre, avec une brise;
moderee , au sud-est-qua^-sud-est; mais
-^buseumes bientAt des vents legers et
variables ajifec de fausses brises et £r£-
quemment? dii,Tcalme. II nous fut done
impossible d'arriver dans le havjte: a midi,
suivant Fobservation , nous nous trou-
vions par les 49 degres, 28 minutes de
latitude nord ; Fextremite de la terre
vers Fentree, portoit nord-est, a 4 lieues
de distance, et la pointe des brisans est
6 degres 811 sud, a la distance de 6 milles. NORD-OUEST, DE L^AmeRIQUE.   2ig
A deux heures, nou#Jettames la scmdtey
[ui donna soixante-aitaq brasses, sur un
llond de rochers: k quatre heures, le port
Inous restoit au nord, 55 degres a Fest,
a la distance de 4 lieues; a 6 heures$e$
extrAmites de la terre s'etendoient deltet,
9 degres au sud, au nord 25 degres a-
Fouest, et la pointe de Nootka, nord-est-
qkart-de-nord, a la distance de 10 milles,
la sonde nous rapporta tinqua6$e - cir&f
brasses, fendde sable.
"Pendant la maMaee du 25, nous eunfies
des vents foiblefc et- mconstans et des
pluies frequentes : a^ljidi \ nous^etions
qua i#milles de Fentree; cepe&dant des
calmes frequeris , de fausses brises, qui
souffloient de tous les points , et une
houje tre#fot>te, que nous avions a Favant,
nous rendoient Fatterrage imprajticable:
a ciiltj heures, nous revirames et gouver-
liames au sud; k six heures, les eitrA-
Septembre
1786.
r 220 VOYAG^A    LA    cAtE ,
mites de la terre portoient de Fest-quart-
Septembre
->^86. sud-est, a Fouest-nord-ouest, a la distan«
d'environ 8 milles. Dans la soirAe , le
vent fraichit et se porta au sud-est, et
a $lx heures du soir, il devint extreme-
nient .^rt, et fut accompagne d'une
forte pluie.
Le 26 , t$ers trois heures du matin,
nojp_e^nes un orage tres-fort et une
grosse pluie: les coups de tonnerre etoient
affreux, les eclairs si frequens et si vifs,
que ceux de nos gens qui etoient sur les
ponts, ejn furent aveugies pour un tems
considerable; chaque eclair laissoit apres
lui , une odeur   de  souffre  tres - desa-
greable. |g
Je restai sur le pont pendant la plus
grande partie de Forage; et je t'avouerai,
que ce spectacle imposant et terrible, me
fit un effet des pld&singaliers ; combien NORD-OUEST,   DE L Am^RIQUE.   221
de fois, n'ai-ie pas eu la folie de croire  ■—~"
'    r Septembre
qu'il etoit • impossible que les eiemens l7%6*
reunis pussent offrir aux yeux, un aspect
aussi terrible que celui qui nous est presents par Thompson, dans son poeme des
saisons; mais ici, tous les tableaux de ce
peintre habile recevoient une nouvelle
touche, donnee par la main de la nature,
elle - meme : nous entendions la foudre
Aclater de tous les cAtes; les vents rugis-
soient en s'entrechoquant, et les vagues
enchainAes rouloient, avec un bruit af-
freux, les unes sur les autres ; et, pour
comble d'horreur, une brume epaisse
etant repandue sur tout Fatmosphere,
nous n'appercevions notre situation ef-
frayante, qua la lueur des feux du ciel,
qui; se refiechissant sur la time ecumante
des flots , dissipoaent, par momens, le
brouillard qui nous environnoit.
L'orage s'appaisa vers 6 heures du -
Vo YAGE  A  LA   cATE,
======== matin j|fet nous eumes encore des vent
Septembre
1786.    foibles et de fausses brises, avec une me
tres-grosse, ce qui nous empecha de rallies
la terre; le tems etoit, d'ailleurs, chaj|
dune brume epaisse: a dix heures, nou
re vimes Ja t^rre, qui nous restoit du nord
©uest, a Fest, k la distance de 9 milles
mais des calnies frecfuens, et une hoult
tres-ferte, qui'barit&it la cAte, nous fir#
regarder, eomnie ume circonstance av&i
8» tageuse , de tenir le large, autant qui
nous etoit possible. Ranger la terre it
$lop pres, auroit ete d'autant plus dan-
gereux, que, de la pointe du havre, jusqu'a la distance de 2 milles des cAtes,
au moins ,  il se tfou^fe une cbame de
brisans qui se prolongent a 2 milles vefi
le nord: Fapses-midi, et pendant la nuit
suivante, nous eumes des vents lAgers^t
inconstans ,  accompanies de pluie : &
quatre heures du matin, il s'eieva une
brise fralche, du sud-sud-ouest >&ous NORD-OUEST, DE  L'AMERIQUE.   223
mimes a la voile et portames le cap sur s tenjkr7
Fouverture du havre ; mais vers les dix x786-
heures, le vent tomba, et nous, n eumes
plus que de fausses^Arises et une mer
extrAmement houleuse au sud: nous de~
rivions visiblement sur les brisans dont je
viens de parler, et notre position fut, pour
un moment, trAs-alarmante. Cependant,
un peu apres onze heures , nous etions
hors de danger: le King-George etoit au
sud de notre batiment; ainsi, le capitaine
Portlock n' avoit>pas eu beaucoup a cr&ndre
pour lui-mAme: a midi, FextrAmitA occidentale du port, nous restoit au nord, 66
degres est, et la terre s'etendoit de Fouest-
nord-ouest a Fest-quart-sud^st. L'apres^
midi et la soiree furent tres-orageux, et
il tomba »ne grande quantite de grAle :
a.six heures, Fentree de Nootka nous
' restoit au nord, 55 degres est, a douze
milles de distance ; durant la nuit, nous
eumes des vents trAs-lAgers et ipconstans.
m 224      Voyage a la  cAte,
Le 2§ , a cinq heures et demie d
•Septembre
2786. matin, nous portames encore le cap ver
Fentree , mais les mAmes vents subsis
toient, et la mer etoit aussi houleuse qu*
la veille. A onze heures , voyant qu'I
n'etoit pas possible d'entrer dans le port,
nous flmes voile vers le sud. A midi,
Fextremite du port nous restoit au nord,
65 degres est, a sept milles de distance
Dans l'apres-midi, le vent etant encore
foible et chaneeant et la mer extrA™
Ep ment houleuse, nous continudmes d'aller
vers le sud. A sept heures le capitaine
Portock nous parla, et nous informa qu'il
avoit resolu de quitter immediatement
cette cAte pour se rendre aux iles Sandwich , nous ordonnant en mAme-tems
de gouverner vers le sud-ouest ou sud-
quart-sud-ouest, si le vent nous le per-
mettoit. Pendant la nuit nous eumes de
frequentes ondees de pluie et de grele;
inais a cinq heures du. matin , le 29, il
s'eieva NORD-OUEST, DE   l'AmE* RIQUE.   225
s^eieva de Fouest une brise fraiche , qui _—    ,   •
L     oeptembre
nous mit en etat de suivre les intentions x7^'
du capitaine Portlock. Ce ne fut pas sans
regret que nous quittames cette cAte d'autant que le vent etoit favorable pour nous
porter dans Fentree. II faut cependant te
rappeller que le vent avoit ete, pendant
plusieurs jours, aussi favorable que nous
pouvions le desirer, lorsque nous etions
a une certaine distance de la cAte; mais
qu'il s'abbatoit et changeoit quand nous
approchions de la terre; c,'eut ete, sans-
doute , encore la m^me chose si nous
eussions fait de nouvelles tentatives , et
tout consider, la revolution subite qui
fut prise, etoit sans-doute la meilleure.
A midi, le port nous restoit au nord, 49
degres est, a environ douze lieues; nous
etions alors par les 49 degres 15 minutes
de latitude nord, et par les 127 degres
35 minutes de longitude ouest. Avant la
nuit nous avions totalement perdu de
Tome I, P 226     Voyage a la c6te,
- ■ vue la cAte ; ainsi s'Avanouit Fespoir que
Septembre
278k     nous avions de penetrer dans le cours de
cette saison dans Fentree du Roi George*
Si Fon passe en revue les differens eve-
semens qui nous sont survenus , depuis
notre depart de la riviere Cook, Fon verra
que nous avons ete* singulierement mal-
heureux dans toutes les tentatives que
nous avons faites pour nous procurer un
second mouillage sur ces cAtes inacces-
sibles. Deux fois, en effet, ( a Fentre'e
de la Croix et a la baie des iles) nous
avons manque notre coup , en grande
partie, parce que nous n'avions que de
niauvais renseignemens, et si nous n'avons
pas ete plus heureux, a Fentree de Nootka,
et a celle du prince William , on peut,
avec raison, attribuer nos mauvais succes
aux vents contraires et au mauvais tems,
qui se joueront toujours des vaines speculations des hommes. Quoique le capi- NORD-OUEST, DE  lAmERIQUE.    227
taine Portlock ne m'ait pas communique • •-
1 x   %Septembre
les motifs qui Font determine k quitter     *786.
cette cAte, je suis sur qu'il etoit convaincu
qu'on ne pouvoit prudemment faire d'autres tentatives , sans s'exposer k perdre
les vaisseaux oules equipages.
Telle est la fin de notre premiere
campagne , et quoiqu'elle ne soit pas
absolument malheureuse, elle n'en foutv
nit pas moins une lecon tres - utile ,
pour plusieurs pirconstances de la vie ,
dans lesquelles il est possible de se trou-
ver , et une ample matiere k ceux qui
voudront discourir sur Finstabilite des
esperances humaines , etc. etc. mais.
crainte qtie tu ne me .soupQonnes Fenvie
de t'accabler de sentences f de- moralites
si souvent rebattues , je conclus en t'as-
surant que je serai toujours
W. B.        ,
Pa Voyage a la cAte ,
Septembre
2786.
LETTRE    XX.
A la hauteur des iles Sandwich, leao novembre 1786.
Ayant en partie oublie les contre-tems
que nous avons eprouves sur les cAtes de
FAmerique, semblables aux israeiites de
FAncien Testament , nous ne pensions
plus qu'aux oignons d'Egypte, ou biei||
pour ne pas user de metaphore, Fespoir
de bien nous regaler d'ignames, de pore
frais, et des autres productions deiicieuses
des iles Sandwich soutenoit notre courage ; d'apres ce que je t'ai mande daris
ma derniere lettre ,'relativement a nos
mauvais succes , tu concluras , sans-
doute, que nous quittames cette cAte sans
en avoir rien rapportA qui ait quelque
valeur. Pour te faire connoitre la verite k NORD-OUEST, DE L AMERiqUE,.     22g
et Agard, tu sauras, que dans la riviere —- •        ■
^     , ,       \       i    Septembre
Le Cook nous avons ramasse pres de     178g#
oixante peaux de loutre, de la premiere'
pialite, environ une quantite pareille de
peaux de marmottes, d'une qualke in-
Perieure, pour faire une vingtaine de fourrures , des peaux de lapins des Indes, de
renards, etc. etc. et qu'enfin nous avons
achete assez de fourrures pour en remplir
trois poincons. Si nos acquisitions n'oni
pas ete considerables, il s'en fautde beaucoup qu'elles soient a dedaigner. Je crois
que les succes du capitaine Portlock ont
Ate a-peu-pres semblables aux nAtres^
Je t'ai dit que nous avions quitte
Fentree du Roi George le 29 septembre,
a Faide d'une jolie brise de Fouest; mais
le 3o, elle sauta k Fest, et le tems fut
assez beau.
Le 3i, le vent.se reporta a Fouest, et  Octobre
P3, i76' p?
ii-fll
Octobre
1786.
23o Voyage a la cAte,
le tems etoit beau et serein. Le 4 octobrei
nous eumes une brume epaisse et de fre
quentes rafalles. Le 7 , a midi , noa$
Etions par les 4^ degrAs 8 minutes de;
latitude nord, et par les i3i degrAs 5g
minutes de longitude ouest: les vents
etoient inconstans , et le tems encore
brUmeux. Pendant la nuit, le vent souffla
de Fouest grand frais, mais vers le matin
du 8 il s'appaisa.
Dans la soiree du 11, nous vimes. une
sorte de mAteore igne, qiii brilloit autour
de notre vaisseau; les matelots sont assez
superstitieux , et ces meteores qu'ils ap-
pellent Davy Jones leur causent beaucoup
d'effroi. La puissance de Davy est fort ,
grande; Fon pretend qu'il exerce uarpou-
voirabsolusurles vents etsur les flots, et
qu'il ne paroit presque jamais sans mauvais
dessein : c'est la, je presume, ce qui rend
cette divinite si redoutable aux matelots. NORD-OUEST, DE LAMliRIQUE.    $3l
N'est-il pas Atonnant que des hommes '    •       ■
L *■ Octobre
courageux et accoutumes a braver de§    1786-
jdangers reels, se laissent effrayer par de&
chimeres qui ne devroient faire impression
que sur des enfans?
Pendant la nuit nous eumes un vent *>
tres - fort du sud , accompagne d'une
grosse pluie. Un semblable evenement,
immediatement apres Fapparition de
Davy Jones, ne put qu'augmenter la ter-
reur qu'il avoit deja inspire a tout notre
equipage.
Dans la.matinee du 12, le vent fut
plus, modere, et a dix heures il sauta au
nord et souffla bon frais.
Lf i3, a midi, nous etions par les,
37 'degres 2 minutes de latitude nord,
et d'apres le resultat de plusieurs observations lunaires, nous nous jugeames par fl
2$2        Voyage awla cAte,
les i34 degres 47 minutes ouest. Dans
Octobre ° '
2786.    cette position nous appercumes un courant assez violent a Fest.
Le 14, nous pAchames plusieurs gros
requins, qui nous arriverent tres-a-propos,
a cause de l'huile que nous en retirames,
et qui nous Atoit necessaire pour la lampe |
de l'habitacle, et pour suiffer nos mats
et nos agres.
Du 14 au 24 I il ne nous arriva rien
d'essentiel ; les vents furent inconstans J
et le ciel assez beau.
Le 25, nous etions par les 33 degres de
latitude nord, et par les i43 degres 36
minutes de longitude ouest; nous eumes
un vent modere qui souffloit du sud-sud-
est^, et il tomba de frequentes ondees de
pluies. Dans Fapres-midi du m^me jour,
nous eumes sur notre vaisseau une sorte NORD-OUEST,   DE   L Am^RIQUE.   233
d'oiseaux que je pris pour Atre de Fespece 0ctobre
du flutteur roux cannele, de Pennant,     *7 •
et il y en avoit deux qui etoient si fa-
miliers, que peu s'en est fallu que nos
gens ne les attrapassent k la main.
Jusquau 3i, le tems fut a-peu-pres
le meme, assez beau , malgre quelques
raffales , et de la pluie de fois a autre.
L'observation que nous f imes a midi nous
donna 29 degres 5 minutes de latitude
nord, et 148 degres de longitude ouest.
Le premier novembre, nous chercha-
mes St, Maria le Gorta, qui est placee
dans la carte de Cook au 27 degres 5o
minutes de latitude nord , et au i4g
degres de longitude ouest; et dans Fapres-
midi nous passames exactement sur la
position indiquee. A dire la veritA, nous
ne comptions gueres trouver cette terre,
la pqption ayant etA marquee dans la
Novembre
1786. If/ }
p
234       Voyage a la cAte, i
■ • ■        * carte que je viens de designer,  d'aprJi
2786.    mL Robert, que nou^avions deja trouve
en  defaut par rapport a Los-Majos ett
JRoco Partida.
Le cinq novembre a midi, nous etions
par les 24 degres, 32 minutes^[e latitude
nord, et le vent soufflant de Fest, depuis
quelques jours, nous eumesFespoir d'avoir
bientAt des vents alises constans ; mais
nous fumes trompes dans notre attente:
car, dans l'apres-midi, le vent passa au
sud, et nous amena de la pluie et des
raffales continuelles. II paroit que cette
saison est celle  des tempetes dans  les
parages des iles Sandwich: quoique nous
essuyions souvent des coups de vent, il$
h'etoient point de duree; mais ils venoient
nous assaillir a Fimproviste , et etoient;
accompagnes de torrens de pluie.
Le 8 et le g^ j| faisoi$ une chaleur NORD-OUEST, DE l'AmeViQUE.    »35
Atouffante; on voyoit des Aclairs partir zzzz
Novembre
de tous les points de l'horison, particu- 1786*.
liArement dans la soiree du 9. Le 10, vers
les cinq heures du matin, nous essuyames
une bourasque qui dura environ une
demi - heure, et il tomba beaucoup de
pluie, ce qui contribua beaucoup a di-
aS&inuer la chaleur del'atmosphere, dont
nous Ations fort incommodes.
II est Atonnant que nous ayoris ren-
contial si pen^d'oiseaux, pendant plusieurs
jours, les oiseaux du tropique etant fort
eommuns dans la latitude oil nous Ations.
Le 9, nous rip vimes qu'une seule frigate,
et, le meme jour, nous primes a la ligne
deux dauphins; ce sont les seuls poissons
que nous avons pu nous procurer depuis
quet nous avions qiaitte le continent : a
midi, nous etions par les 22 degrAs, 54
minutes de latitude nord, et par les i5i
degres^ 24 minutes ouest.
am
I 236 Voyage a la cAte,
Le i i, dans la matinee, le vent saut
Novembre , , • i
i786.    au nord, et le tems se mit au beau.
Le 12, nous prhjpes un requin, dan<
le ventre duquel nous trouvames un oiseau
et partie d'une tortue : e'etoit un indice
certain , que nous nations pas eloignes
de la terre, et en effet, nous savions que
noiis devions avoir File d'Attoui sous le/
vent. A midi, la latitude estimee, fut de
21 degres , 3o minutes nord ; la longitude , prise d'apres des observations lu-
naires, de i52 degres, 4 minutes" ouest:
nous avions une jolie brise du nord et
un tems serein.
Vers le soir, nous vimes une grande
quantite de fluteurs roux voler autour de
notre vaisseau : pendant quelque tems ,
nous gouvernames au sud, en ayant ete
considerablement eioignAs par les vents
de sud; mais le soir, le capitmne Portlock NORD-OUEST,   DE l'Ame\rIQUE   237
nous parla et nous temoigna son intention ■     ■   .
1 ° Novembre
de mettre le cap au sud-sud-ouest, nos     x786.
observations  nous indiquant que nous
etions au vent de toutes les iles< j|
Le 13, k midi , nous etions par 20
degres, 36 minutes de latitude nord, et
nous trouvant exactement au vent d'Ou-
hyhec, qui etoit File ou nous avions envie
de relacher d'abord, nous portames le cap
plus a'Fouest, avec une assez bonne brise
de Fest et beau tems. SI I
Le 14, a midi, nous etions par les
20 degres, 6 minutes de latitude nord,
et le resultat des differentes observations
faites sur la lune, nous donna 152 degrees,
39 minutes de longitude ouest: nous gou-
vernames a Fouest-quart-sud-ouest, et
nous vimes des oiseaux de diverses sortes,
entr'autres, des aiQuettes de mer et des
fregates, voler aupres de nous. Les dau- s38     Voyage aiacJtb,'    |
====== phins etoient en assez grand nombre; et |
Novembre
1786.    parmi plusieurs requins que?ilous attra-
pames, il y ep. eut un dans le ventre du-
quel nous trouvames une grosse tortue
entiere. Le 15, nous etions par les 20
. degres, 7 minutes de latitude nord. Pendant plusieurs jours, nous avions soup-
conne qu'il y avoit un fort courant, au
nord , entre Ouhyhec et Mowec ; nos
doutes devinrent une certitude, lorsque,
du 14 jusqu'au  i5 ,  nous nous vimes
portes a une si grande distance au sud:
1'apres-midi, nous decouvrimes une terre
Alevee, dont la time se perdoit dans les
nues; elle nous restoit au sud-sud-ouest,
a 10 ou 12 lieues de distancp, et nous ne
tardames pas a reconnoitre que e'etoit
le Monokaah, haute montagne de File
d'Ouhyhec: pendant la nuit, nous gou-
vernames  tranquillemerit   vers   Fouest-
nord-ouest, et a sept heures du matin,
le Monokaah nous restoit au sud | 25 N0RD»0UEST, DE L'AMliRIQtfE.     23g
degres ouest; une partie considerable deNovemb^
^to sommet etoit cotlverte de neige, et     17*6*
j'ai tout lieu de croiro qu'il y a des en-
droits ok elle ne fond jamais.
Pendant la matinee , nous gouver-
iaames au plus pres de Fouest-quart-sud-
ouest, k 3 milles de la cAte: il souffloit
tine jolie brise de Fest, mais la mer etoit
assez agitee , pour qu'aucune pirogue
n'osat se hazarder de venir k nous. A deux
heures , nous decouvrimes Mowec , qui
portoit nord 70 degres ouest, a environ
7 lieues de distance: le tems etant alors
serein , nous ne perdimes pas un seul
i&stant la vue du Monokaah , (la terre
la plus eievee del'ile Ouhyhec). Quoique
cette montagne soit extrAmement haute,
elle n'a rien dans sa forme qui soit dans
le cas de surprendre, et de tous cAtAs, elle
paroit s'eiever par gradation et en pente
douce. * 240       Voyage  a   la   cAte
' --       La partie de File que nous cAtoyo
Novembre
2786. est charmante; il semble quelle soit (
visee en plantations reguliAres, qui, toute
sont'supArieurement bien cultivAes; If
terreins Aleves sont couverts d'arbrf
toujours verds: dans trois ou quatre en
droits , on voit des ouvertures dans let
terres ; ces vallons , etant arroses d'uD
grand nombre de ruisseaux , rendent lei
paysage charmant.
Comme nous avions trouve que la
baie de Karak-Kakooa etoit, a plusieurs
Agards , un mauvais mouillage, nous* jjl
solumes de chercher une autre baie, qui
git au sud-ouest: cette baie avoit ete visi«
tAe par le capitaine Cook, lorsqu'il vial
dans cette ile, et nous pensions y trouvei
un bon havre; mais, a quatre heures de ,
Fapres-midi, le vent tomba tout-a-fait:
nous vimes partir du rivage plusieurs
pirogues, et nous nous avancames vers
elles, NORD-OUEST,  DE l'AmjERXO/UE.   24l
Biles , pour traliquer avec les naturels *
Novembre
qui nous apportoient des pores, des plan*    i$mk
tains, des fruits k pain; et, dans ce moment , toutes ces choses Atoient bien pre^-
cieuses pour nous, vu que la plupart de
nos gens etoient attaques du scorbut.
Quand nous refiedhissons au tems
qui si&t ecouie, depuis que nous avons
quitte ces lies, et a la tres-iegere quantise de provisions fraiches que nous avions
pu nous procurer pendant ce long espace,
il est etonnant que notre sante se soit
consearvee aussi bien; mais, sans parler des
soins^ de la Providence , nous devons,
en quelque sorte, notre conservation aux
anti-scorbutfl[ues que nous avions en
abondance dans nos vaisseaux, et dont il
Atoit permis a chacun de se servir k sa
volonte; dans la soiree, et pendant la nuit,
nous eumes un calme parfait et une chaleur etouffante , accompagnAe d'edairs.
Tome L Q
wmmmM _^
2^3 Voyage  a la cAte^i
—       • -■       Dans la matineof|du 17 ,  une bri
Novembre
1*786. legere s eleva du sud-sud-ouest, et no«
poit&mes sur la baie, dont j'ai deja parM
mais comme on avoit forme le dessein d
se procurer des provisions, et toufes lei
autres choses necessaires que^pjodui
soient ces iles , le capitaine Portlock esj
9roja son.premier lieMenant(MAlacho(ljl
dans la chaloupe, afin d'examiner la baie
Pendant ce tems, nous mimes en panne,
pour pouvoir trafiquer avec les natorii
A*anq heures de Fapres-midi, -Mr Machod revitat , et nous dit que la baie
ti'bffroit point de mouillage , non - settlement parce que le fond etoit mauvais,
XBaiis encore parce que ce port etoit en-
^rewent exposA aux vents de sud>
iouesfc. II ne fut done ipluffiLquesfcfon de
•felacher k Owhyhee, mais settlement de
Rallier la terre, pendant quelque teilis, sile
Vent le permisttoit 3jafin de nomsiburni:
«*fespor§s qui s'yjtrouvoienten abondaoce. NORD-OUEST, DE  l'Ame'rIQUE,     243
Le 18, nous restames k la cape , ou —
Novembre
nous courumes des bordees , suivant les     1786.
circonstances , pour faire nos emplettes.
L'equipage fut occupe pendant ce tems
k tuer et a saler des pores pour les mettre
en reserve;
Cette partie de File ne produit que
peu de noix de coco ou des plantains. Les
vegetaux qui s'y trouvent en plus grande
quantite, sont le fruit a pain et les pa-
tates douces. i2i
Parmi les differentes curiosites qg&
les naturels nous proposgrent d'acheter ,
ils nous montrerent des especes de paniers
de forme circulaire, artistement travail-
lAs, de la hauteur de 18 pouces et de
cinq de dialsiAtre ; les joncs dont ces cor-
beilles ou paniers sont fails, sont melAs
d'une sorte d'osier,. de couleur rouge ,
ce qui produit une agreable variete. Ces
Ls§ JNTovera
Voyage  a l a cAte,
—— paniers etoient une nouveautA pour nous,;
nbre *■ x
1786.     ^en ayant pas encore vu de semblables
dans ces iles.
La-matinee du 19 etoit belle , et nous
avions lieu d'esperer une continuation
de beau tems. Le capitaine Portlod
nous fit en consequence une visite , se
proposant de passer la plus grande partie
du jour sur notre bord ; mais une forte
brise s'etant eievee du sud-ouest, il re-
tourna sur le King-George dans Fapres-
midi. Mowee nous restant a Fouest, il
fut resoiu de porter sur la pointe qui se
tronvoit le plus aM'est, et de jetter Fancre
dans cet endroit.
Je quitte la plume pour Finstant I
mais , malgre toute la varietc d'objets
dont nous sommes environnes , je la
reprendrai au premier moment. Adieu.
* "    • . -     '"'   W. B..   ;
■aaaaaSal N0RD-0UE&T, DE L AMERI.qUE.   245
LETTRE   XXL
Novembre
2786.
A Wahoo, le 2 decembre 1786**.
Les vents contraires , et un tems
incertain , nous ont force d'abandonner
le projet de relacher a Mbwee; mais c'est
par ordre que je- veux*te detailler les
causes de cette contrariete..
Dans Fapres-midi du 19 novembre y
le vent souffla bon frais du sud-ouest; vers
le soir il augmenta considerablement,
et fut accompagne de tonnerre, declairs
et d'une pluie abondante. Pendant la nuit,
nous primes tous les ris au grand hunier,
et courumes des bordees , avec toutes precautions , pour nous mettre a Fabri des
dangers auxquels les coups de vents inat-
tendus (qui sont ftAquens dans ces iles),
Q3 »46     Voyage a la cAte,
- —> pouvoient nous exposer. Dans la matinee
Novembre x x*
*786- du 20, le tems etant passablement beau
et le vent continuant a etre au sud-
ouest, nous mimes le cap sur la point*
la plus orientale de MowAe ,. en gouver-
nant a Fouest-nord-ouest ; mais , vers
midi , comme nous marchions sous le
vent de la bande, la brise tomba, et
nous eumes presque un calme. Plusieurs
pirogues vinrent a la hanclie de nos M-
thnens, pour nous vendre des provisions;
mais ce qu'ils nous apporterent etoit
bien peu de chose ; ils n'avoient avec eux
que quatre pores assez petits, une legere
quantite de patates et un peu de fruit a
pain. A midi, Fextremite nord-est de
Mowee nous restoit a Fouest-nord-ouest,
a. la' distance de cinq ou six lieues ; il
faisoit une chaleur etouffante , et le
thermometre etoit a go degres. Daris
Fapres-midi, ayant des vents legers et de
fausses brises, nous ralliames la cAte pour i !
N ORD-OUEST , DE L AmERIQUE,    2^7
heter tous les rafraichissemens que les ~ =«**-
iturels jugeroient a- propos de nous ap-     mp
>rter. jal!
L'ile de Mowee n'a rien de rernait
uable dans son aspect; FextremitA orient
ile de  cette ile, est  tres-eievee, mais
3 pays ne paroit pas etre montagneux ;
. descend par une pente assez reguliere
Lisqu'au bord de la mer. Le paysage est
Lgreablement varie par des arbres de dif-
erentes sortes, par des plantations, etc.
Vlais toutes ces choses me parurent fort
nferieures a ce que je vis a Owhyhee.
• Vers les 5 heures de Fapres-midi, nous
eiimes une forte brise du sud-est, et de
irAquejfttes raffales, ce'qui nous obligea
de diminuer de voiles, et de porter au
nord-ouest. A huit heures, FextremitA
occidentale de Mowee nous restoit au
sud-ouest ,   a la distance de 5 lieues.
Q4 Novembre
2786.     dere.
248        YoYAGE   A   LA   CgTE,
~ Pendant la nuit, le tems fut assez me
1» »
If
\
A six heures , dans la matinee  du
21 ,  nous revirames et marchames  au
sud. A huit heures , FextrAmitA de Mowee \
portoit sud 20 degres est, et File de«Mo-
rotoy ouest-sud-ouest. Notre observation,
a midi, nous donna 21 degres 12 minutes i
de latitude nord; et FextrAmitA de Mowee ;
s'etendoit du sud i5 degrAs est , au sud
60 degrAs ouest , le centre de More toy
etoit au sud y6 degres ouest. Nous eumes
une chaleur etouffante pendant Fapres-
midi et durant la nuit, accompagnee de
vents inconstans et legers.
Dans la matinee du 22, un assez bon
nombre depirogues s'approcherent de nous
et nous vendirent des patates, du tarrow,
des plantains, des cannes a sucre, et plusieurs   autres  demies  pour Fusage  de NORD-OUEST, DE  L'AlVIE'RIQUE.   249
'equipage. Le vent continuoit a etre leger —     ■■ ■ -
Novembre
3t variable ,   et  nous etions obliges de    2786.
aiettre successivement le cap a tous les
points du compas. A midi, File de Moro-
toy portoit ouest quart-sud-ouest, a la
distance de 8 a 9 milles.
Je dois observer ici que plusieurs
insulaires de Mowee et de Morotoy |
qui vinrent a bord de nos vaisseaux ,
parurent les examiner avec plus d'etonne-
ment que n'avoient encore fait aucuns
naturels des autres iles, ou nous avions
relache. II est probable que plusieurs d'en-
tr'eux n'avoient pas encore vu de vaisseaux.
Pendant la journee du 23, nous eume^
des vents legers , qui venoient tantAt de
Fest, et tantAt de Felffc-sud-est. Etant a
une distance assez eioignee des cAtes, nous
ne vimes paroitre aucune pirogue. A midi,
l'extr&mite meridionale de Morotoy nous 1
25o        V O Y A G E   A   LA   C 6 qgrE ,
/ restoit au sud 8 degres k Fest r a la dii
Novembre .      1f .
1786.    tanee de 5 lieues ; notre iatituae etoit cj
21 degres 3o minutes nord. Asixheur^l
toute File de Morotoy nous restoit au sut
trois quarts de rumb a Fouest, et Mowd
ausud-est-quart-de' sud. Nous etions aloij
a 6 lieues de distance des cAtes. Pendan
la plus grande partie de la nuit , nouj
eunifss une brise fralch^ du sud-est, et j
quatre heures du matin, nous revirame
et porta'mes au  sud-sud-ouest. A midi
FextrAmitA orientale de Mowee nous res
toit au sud 23 degres est ; nous  etions)
eioignes des terres , et aucune pirogue ne
vint vers nous. A cinq heures, nous decoii*
vrlmes Owhyhee qui nous restoit au sud,
a la distance d'environ 7 lieues.
Pendant la nuit?f et presque toute la
journee du 25, nous eumes des vents
legers et variables. Presque tous nos pores
et nos legumes etant consommes, notre
4 NORD   OUEST,   DE l'AmERIQUE.    25l
intention etoit de gouverner sur Owhyhee, j*Jg
ie plutAt possible , pour nous fournir de 1786f
nouvelles provisions. Dans la soiree du 25,
une brise fraiche s'eieva du sud , et se
tint dans le mAme rumb le 26 et le 27 :
le 26, notre latitude observe a midi,
etoit de 21 degres 25 minutes nord. La
partie orientale de Mowee portoit sud
trois quarts de rumb a Fest; le 27 a midi^
Mowee nous restoit au suofequart-sud-est,
et Morotoy au sud 24 degres a Fouest,
terns assez beau, et vent desud-sud-ouest.
II est probable que dans ces parages ,
le vent ne se tient jamais long-tems dans
la mAme direction , et on ne peut pas
compter, dans cette saisoa , sur un vent
alise constant. Quelquefois nous avion$fi;
des vents d'est, d'autres - fois de sud ; ils
souffloient ensuite du sud - ouest , de
Fouest, du nord ouest et du nord: erifin,
jie tous les points du compas^^too le§
mam 252
Voyage  a la cAte,    |
w.      ,  - differ^ tes bandes de terre que nous ran''
Novembre A
gions.
1786.
£!Le vent s'etant remis au sud, nous
abandonnames entierement le dessein de
mouiller a Owhvhe'e.
Le 28 , nous trouvant a 4 milles de
Morotoy, plusieurs pirogues vinrent norif
apporter des pores fort petits, un peu de
tarrow et des patates; mais cette mince
provision, n'etant pas a beaucoup pres
suffisante, il fut resolu de gouverner sur
Whahoo ; malheureusement   les   vents
frais ne souffloient presque jamais pendant la nuit, la prudence nous deferidoit
de faire beaucaup de voile, et le jour nous
atavions que des vents legers et de fausses
brises.
Le 28  a midi , le promontoire  de
Morotoy nous restoit au sud-ouest-quarte
r~ NORD-OUEST,   DE   l'AlVliRIQUE.   253
d'ouest, a la distance de 12 milles; dans    : *?-
Novembr|f
Fapres-midi ,  nous eumes quelques on*     1786.
dees d'une petite pluie , qui rafralchirent
le tems, et le rendirent plus supportable.    §
A huit heures, dans la matinee du 29,
nous vimes Whahoo ; et kmidi, la pointe
de terre qui s'Aleve a Fest, portoit ouest-
sud-ouest, a la distance de 8 lieues, etant
par les 21 degres 26 minutes de latitude
nord. L'apres-midi, nous continuames de
manceuvrer le long des cAtes Morotoy*
A huit heures , le mondrain de Whahoo
nous restoit a Fouest^sud-ouest, et Fextre>
mite occidentale de Morotoy au sud-quart-
sud-est, nous reviisames et portion es au
nord-est, jusqu'a midi; nous revirames de
nouveau a cette heure, et nous gouver*
names au sud-oues^ quart de sud.
111
Dans la matiqee du 3o, nous tinmes le
cap au sud-ouest, aide d'une jolie brise 254
Voyage a la c6te,
Novembre
1786.
- au sud - est, notre observation a'fmid
nous iudiqua 21 degres 20 minutes d
latitude nord. L'extremjte orientale di
Morotoy nous restoit au sud 45 degr&<
est; et Whahoo au sud-ouest, a la distance de 2 lieues.
A cinq heures de Fapres-midi, noun
mouillames par 8 brasses dans la baie ou
nous ations dejja relachA; et nous nous
trouvilmes a-peu-pres dans la mAme position , que lorsjjue nous y avions jetti
Fancre la premiere foiai; FexlrAmifie de
la baie nous restant a Fest-quart-sud-est,
a la distance d'environ 2 milles des cAte&
Dans la soiree , nous arrivamesifaryec
FartrCre et le cable de tonAe.
Comme il y a dej& plus de i5 jours,
que nous sommes arrives a la vue de ces
Jles, tu peux Afye AtonnA que nous n'ayons i
pas SKglillA plut£tjjmais rappelles-toi que NORD-OUEST, DE if AmERIQUE.      $55
notre but en venant dans ces parages, —	
Novettstbre
etant principalefiient de nous procurer 1786.l
des porcs%tdes legumes, il nous etoit
#ussi facile de faire nos provisions en co-
toyant la terre, a plus ou moins de distance, qu'en jettitftt Faiiccre. Nous savions
d'ailleurs que nous resterions long^tems
dans ces parages, et nous ne vouHohsFjpas
quitter les iles qui se trouvoient au vent,
vu que nous sentions Frmpossifenite d'y
retourner ensuite.
Si toutes ces raisons, jointes aux vents
contraires et legers que nous avons es-
suyes, ne te satisfont pas, je ne puis t'en
donner demeilleures. Je m'inquiete mAme
assez peu de ce qu'il te plaira d'en dire,
pensant comme Pope, que tout ce qui est,
est bien.
MalgrA tous ces contre-tems, je ne
puis m'empAcher d'etre satisfait de notre 256
Voyage a la  c6te ,
— -■?:  ■ I situation actuelle ,  en la comparant
Novembre ',     | , ,, . ,   ,
vi&86\ celle^ians iaquelie nous aunons ete,
nous eussions hivernA dans Fentree du re
George. Peut-etre a present, la moitie c|
requipage. . . mais je ne veux pas*|'en
nuyer par des peut-Atre ; qu'il te suffisi
ae savoir qu'a la reserve d'un seul, noui
sommes tous en bonne sante.
Je saisirai la premiere occasion de te
communiquer le journal de ce qui nous
arrivera, en attendant, crois moi pour la
vie, etc.
A
UETThE xxn. NORD-OUEST, DE l'AmeRIQUE.    267
1
• f|- LETTRE    XXII.
Wahoo, le 26 decembre,
Des le matin du premier decembre,
nos gens commencerent a faire la visite
de tous les agres, de Favant k Farriere,
qui se trouvoient fort endommages?
Aussi-tAt que le jour parut, nous eumes
a bord une grande quantite de pirogues
qui etoient chargees, en tres-grandepartie,
d'eau douce , que nous achetames au
mAme prix que nous avions deja. fait,
c'est-a-dire , une grosse gourde pleine
d'eau , pour un clou de 8 a 1 o sols, et
les plus petites en proportion.
Plusieurs de ces gourdes , ou calle-
basses sont fort larges vers Fouverture t
Tome I. R
Decembre*
1786. >^
Voyage  a  la cAte>
i^cenibrTet *es naturels les employent a differens
usages, et pri^cipalement a contenir une
soite de pudding Fait de tarrow. Ils ont tant
d'empressement pour le commerce dont
nous leur avons donne Fidee, que sou/
vent ils ne prennent pas la peine de rincf
les vases, et par consequent, nous a|§ons
du pudding de tarrow, meie avec notre eau,
Nous ne nous sommes pas appercus que
cela Fait gatAe. Mais un Epicurien deli cat
ne Fauroit pas bue avec plaisir. Les naturels nous apporterent en outre des
pores, des patates et du tarrow^mais la
quantite ne suffisoit pas pour notre con-
spmmation journaliAre.
I En ayant demandA la raison, on nous
fit entendre que les pores et les vege*aux
Atoient tabooes jusqu'a ce que le roi, qui
se proposoit de nous faire une visite sous
peuj fut venu a bord de nos batimens. Si
jai bonne mempire, je t'ai.dit, ce que NOR|f-OUEST,7DE l'Am^RIQUE.   25g
e'etoit que le taboo, lors de notre dernier — ■■•   ■  »
WW it • tDecembre
sejour dans cette ile. Je me contenterai 1786.
dobserver que, cet 'embargo est souvent
tres-Ajtendu , et qu'on le met | non-scii-
lement sur des endroits designes , mais
encore sur toutes les choses, necessaires
a la vie.
Dans F apres - midi du premier de-
cembre, nous essuyames de frequentes
raffales, accompagnees de beaucoup de
pluie.
Le 3 a. midi, nous avions rempli nos
futailles. Nous aurions pu nous procurer
une quantite d'eau encore plus considerable, si nous en eussions eu besoin; les
naturels ne cessoient de nous en apporter
avec le plus grand empressement : cela
ne doit pas surprendre , quand on con-
sidere quel est le prix qu'ils attachent
au fer, et que Feau ne leur coutoit que
R
r~ ©ecembre
260 Vo Y A G E   A   LA   C A T E ,
Fembarras du transport du rivage a notre
vr86.    vaisseau.
•
Nous avons remarque qu'outre les
clous , les boutons nous etoient d'un
grand usage dans notre trafic avec ces
peuples. Je dois cependant dire , pour
l'honneur de la*partie male des naturels,
qu'ils les regardent comme des objets de
nulle valeur ; mais les femmes en juge-
rent differemment. Elles se plaisoient a
les porter en forme de bracelets autour
des poignets et de la cheville du pied, et
les appeloient booboo et quelquefois
poreema. La ga'lanterie n'etant peut-etre
pas moins en honneur ici que jparmi les
nations plus civilisees , les hommes pre-
feroient souvent les boutons aux clous,
quoique leur jugement les portat a faire
un choix oppose. Cela prouve d'une maniere incontestable, que le pouvoir de la
beautA n'est pas circonscrit dans les bor- NOR|t-OUESTt DE l'AmERIQUE.   2^1:.
ues A&qoites de nos. cercles   europeejis, ========
Mp Decern bre
et quelle etend son influence sur, toutes     ^ft*-. .
l$$, paries du paondes
Daris Fapres-midi du 4 j Tecretecre, lo
roi, nous rendit une visite. II vint a nous
dans une grande double pirogue ,  ac-
compagne de deux jeunes gens qui , a
ce que Fon nous apprit, etoient ses ne-
veryt, etde plusieurs autres desprintipaux
de la nation. Le roi est un homme de
bonne   mine , et paroit age   denviron
quarante - cinq a cinquante ans. II est
grand, droit et hienfait; mais ses yeux
(font un peu ternes, et il en coule conti-
nuellement une sorte dhumeur. Je ne
sai^^a^1si une maladie ou un froid acci-
dentel refa est la cause. Les chefs n'avoient
rien-de  particulier    dans leur   mise ,
quoiqu'il   fut   aise   cependant   de  voir
qu'ils etoient au-dessuS du reste des in-
sulaires. fm
% '  "•■ ' .    . . R 3    " ■ IUU.4WUI.UI..H
J?l
262        To Y,A G E   A'\f.A   COTE,
= -        ■ -       Les neveux du roi sont les plus beaux
Decembre
786. nonffles que nous ayons vus dans aucune
des iles. Ils ne sont pas freres. L'aine qjQ
se nomine Piapia est, si nous Favons bien
compris, fils du roi d1 Attoui, et Myaro,
qui est le plus jeune, a pour mere- la
soeur de Tecretecre.
Piapia est haut d'environ ciriq pieds
neuf polices, droit et %ien proportionii
dans sa taille^ses ja%ibes et ses cuisses
sont tres - nerveuses ; sa demarclie^st
ferme, et il i^estfpas denue d0^&$St
II y a dans son niaintMi un air cfe^i-
gnite qui denote une personnel du nW
mier rang. Sa physionomie ohvSrte ex-
prime la franchise: ele^t-cepenoitftftn
new gatee par la perte de trois ierrf^ue
devant qui lui ont ete arrachAes 7 noiisF
a-t-dn dit, a la mort d'un de ses parens;
les arces, ou chefs, ayant ici lacoutuine
de s'arracher une dent a la mort d^fe de NORD-OUEST , DE L AMERIQUE.  »^63
leurs amis. Ses jambes, ses cuisses , ses
rSSg,
Decenrfirfll
bras   et  les differenfts   parties de^ son    ^§6.
corps sont tatonees (1) d'une maniere tr*es-
curieuse. HF
Myaro qui est presque aussi grand que
son cfeusm; il est jette , ( si je puis me
servir de cette expression ) dans un moule
plus delicate il a dans *sa demarche' ati-
tant de graces que de majeste. Je c?M&
que les Wilton , les BacJSn et les H5SS-
billacn^auroient jamais pu reuSsir a' re-
presenter Fexacte proportion etle contour
elegant de ses jambes*f de ses cuissesTpffi.
un mot , de toutes le¥ parties de son
corps. Sa physiondmie elf^on ne pent pas
plus prevenante.
(1) Marques que les Indiens se font sur les diverses
parties du corps.
R 4
/
M $6*4      Voyage a la cAtjE*
~ :       Tecretecre , apres avoir satisfait sa
Pecembre
278^ jgnriosite et recu du capitaine Djxon quel-
gues grains de verre et d'autres bagatelles,
nous quitta vers les deux heures de Fapres:
midi , et nous ne tardames pas a res-
sentir les bons effets de sa visitf. Les
habitans nous apporterent des ceehons
et des legumes en beaucoup plus' grande
^abondance qu'auparavant. Le peu de res-
igect que les naturels paroissoient avoir
pour leur prince , nous avoit cependant
fait supposer au premier abftgd.,. qu'il
•ji'avoit pas sur eux beaucoup d'ascendant:
nous Ations dans. Ferreur.
Avant d'entrer dans le detail dun
fait que j'ai a vous rapporter, il est ne-
cessaire de revenir sur nos pas.
Quand nous quittames FAngleterre,
notre provision de charbon etoit troppeu
Considerable pour un voyage aussi long L.
NORD-OUEST, DE  L'AMiRIQUE.   265
que celui que nous avions entrepris, quel- •
D^cembre
que^fut notre attention a l'eponomiser.        1786.
Les iles Balkland ne fournissant point
de bois, nous ne pouvions nous en pro*
curer que sur les cAtes  de^FAmerique.
Comme nous esperions relacher dans dif*
I
ferens ports , et peut-&tre passer Fhiver
dans Fentree du Roi-George, le bois dont
nous avions fait provision dans la riviere^
de Cook avoit ete bientAt consomme.
Nous n'oublierons pas de long-temps
dans quelle pirconstance et avec quel
regret nous* nous sommes eloigns des
cotes de F Amerique, d'autant plus que le
bois etoit ce dont nous avions le plus
grand besoin. Quoique nous fussions sfirs
de trouver dans les iles Sandwich, toutes
les choses necessaires a la vie , et-.eft,
abondance , nous desesperions; presque
de pouvoir y faire du bois. Nous fumes ^66       Voyage a la   cAIte,
i  '■•■'  - A agreablement  dAtrompes sur ce point j
Decembre
nous n'eumes pas plutAt fait entendre
aux naturels que nous en avions besoin,
qu'ils nous en apporteren* autant que
nous en pouviSns desirer, et nous Faciw
tames ati meme prix que Feau.
Pendant les journees du 5 et du 6,
nous funies tous tres-occupes, les uffisa
ranger dans1 le magasin le bois quMIeS
naturels apportoient , d'autres a Visiter
les agres, etc. , et le reste a tuer et a
saler les pores pour les conserver. Le
tems, depuis le premier du mois a ete
constamment beau, et nous avions une
bonne arise du nord-nord-est<
Du 7 au i o, le vent^buMa plus frais
de Fest-nord-est, et la mer etant assez
grosse, il vint tres-peu de personnes k
Jiotre portee. Cela n^eM|>Acha pas le roi
et sateite de ious rendre de frequentes NORD-OUEST, DE L'AMiRIQUE.    267*
Elites'; mais £1 etoit afeA de s'apperbevoir — -—
Pecemhre
que Finteret, plutAt que la curiosite, 1 en-    2786.
gageoit a venir si  souvent a bord. Car
quAfqu'il apportat toujours quelque chose
en forme de Matano (presentence n'etoft
generilement que des objets de peu dim-Jf||
portahce  ,   telsflqulin petit   cochon ,
quelques noix de coco, et de tems eri
tems de petits barbots. Le capitaine Dixon
lui donnoit toujours dix fois la valeur de
ces presens. Cent ete une mal-adrisse
efexeme et un defaut de politique de ne
pas^W^aire, puisqu'il pduvoit aisement*
e^raiettant le tabbe errijpecher toutes leU1
pirogues de vemr Pilous. En alimeiW"
tarn? ainsi son avarice j et en ^atisfai^iit
^ ^'^-y^aaa#^-«fei^".»*Tar. '      r-~sMtF$L "   0/"^? f 'XftfcaS^&V^
son ambition: f Iron-seulement, it' permit
aM£*nararels de nous apfporter toutes lAs
provisions que File piSuvoit fournir, mais
W%e% y e*hcoura£ea. Le vent cdiltinuAit a
Souffler de Fest-nord-est, et le temarAtott
beau. Decembre
' 2786-
268       Voyage a la cAte ,
Aussi-tAt apres 1 que nous eumes jett*
Fancre, notre chaloupe fut mise a la mer.
Nous voulions nous Aviter par-la la peine
<fc||a descendre et de la remonter*Jtputes
les fois qu'on en avoit besoin. Elle resta
attachee par son cablot a la poupe du
vaisseau. Un mousse etoit charge 4§,W
surveiller pendjnt le jour, et la nj^^la
sentinelle devoit y avoir Foeil. La clartA
de la lime avoit jusqu'alors einpechequ'on
ne cherchat a s'en emparer. Mais dans la
soiree da. 1 1, quelques naturels qui avoient
4j|ylessein de]$a yoJLer, s'ayancqrejit
dans^eurs pirogues a Ia^faveur de^pb^J
curit^r(ia lune ne se levoit ce jour-la
qu'apregyrninuit) et nous les vimes tres-
occuoAs au to urdu cablot de la chaloupe. Le
capitaine Dixon tira deux coups dejnous-
jtjuet au-dessus de leurs tAtes; ce quilesoblifi
gea d^ s'Aloign^|vec- precipitation. -<3$igm
laremimes abordlelendemain,pourpre-
veniruneseconde visite de cette nature. NORD-OUEST, DE lAm^RIQUE.     269
Dans Fapres-midi du 12, nous primes
Decembre
un tres-gros requin , et sachant que ce     2786.
seroit un present agreable au roi, le capitaine Dixon en envoya donner avis k
quelques naturels qui se trouvoient dans
ce moment k bord du King-George.
Tecretecre depecha aussi-tAt son filsN
et plusieurs de ses officiers dans une
grande pirogue pour recevoir le requin,
et ils paroissoient extr£mement satisfaits.
Le roi nous envoya, par la meme occasion , un beau cochon , en retour du
present qui lui etoit fait. Mais son fils,
avec ce degre de desinteressement par-
ticulier aux habitans de ces iles , nous
vendit le cochon pour un grand toe.
La derniere fois que nous avions fait
voile de Whahoo a Attoui, nous avions
appercu line baie , a Fouest de notre
position acruelle, qui sembloit promettre 270
Voyage a la cAte ,
Bccembre un bon mouillage ; les terres voisines
paroissoient fertileset bienpeupiees. Nous
n'eumes pas alors le.;|ems de Fexaminer;
mais comme nous avons maintenant tout
le loisir necessaire pour cette operation,
le capitaine Portlock envoya le i3 la
grande chaloupe, qui avoit etc reparee et
disposee en forme de goelette depuis notre
arrivee a Whahoo n avec M. Havward,
troisieme Heutenant du King - George,
accompagne de M. Whit, troisieme lieutenant de la Queen-Charlotte. lis avoient
ordre de reconnoitre la baie , et de
nous donner a ce sujet des informations
exactes.
M. Hayward fut de retour dans la
matinee du 15. II nous rapporta que cette
baie n'gjffroit point de mouillage conve-*
nable, et qu'il y avoit de 66 a jo brasses
d'eau pres du rivage. Nous apprimes aussi
que Tecretecre   residoit   prdinairement NORD-O.UESJI, DE  l'AmERIQUE.    27 1
pres de. cette baie , qui est appellee par w.
les naturels, la baie de Whitette. i786-
La tentative faite sur notre chaloupe
exceptee , nous n' avons decouvert que
tres-peu de vols; ce qui est du sans-doute
au soin que nous avons d'empecher les
naturels, autant qu'il nous est possible,
de roder.sur notre vaisseau , plutAt qua
leur probite, sur laquelle nous s*ommes.
persuades qu'il ne faut nullement compter.
-Jo profiterai de toutes les occasions
qui me seront offertes pour t'informer
4e nos operations "futures; crpis-moi pour
la vie ton ami, $L
:'.. ■ ;■ . ■•,£ '  W. B.     H
♦ 272
Voyage a la cote,
JiFecembre
1786.
toE T TRE   XXII L
Attoui, le 22 decembre 1786,
Parmi le petit nombre de naturels que
nous admettions a bord, outre le roi et
sa suite, il se trouvoit un vieux pretra
qui sembloit jouir d'une grande autoM
sur ces insulaires. II avoit toujours deux
personnes a sa suite, Fune pour preparer
son ava, et Fautre pour rester constant-
ment pres de lui, en cas que ses services
lui)fussent necessaires. \}ava (ou poivre
enivrant) est une ratine, qui par sa forme
et par sa couleur ressemble a notre x&
glisse; mais elle differe totalement par le
gc4t. Les arces, ou chefs, sont les seuls
auxquels il soit permis d'en faire usage.
Hs ne la preparent jamais eux-mAmesj
ila
f NORD-OUEST , DE L A&IERIQUE.   273
ils ont un domestique qui, nouveau Ga- ,
nimede, n'est charge d'aucun autre soin    17^"*
que de celui de preparer et de verser ce
nectar a son maitre. II commence par
macher une certaine quantite de cette
ratine, et jusqu'a-ce quelle soit reduite
en pate : elle est alors mise dans une
jatte de bois tres-propre, destinee a ce seul
usage; et apres avoir versA dessus une
petite quantite d'eau, on en exprime le
jus., et on passe la liqueur k travers un
morceau d'etoffe. Ce breuvage deiicieux,
ainsi prepare, est bu avec deiices.
Cette liqueur est capable d'enivrer;
mais elle paroit assoupir les esprits , au
lieu de les mettre en agitation; Ses effets
sont tres-pernicieux; on en peut juger par
le vieux pr£tre qilfjtest tout, detiiarne, et
dont le corps est convert de pustules
blanches qui ressemblent a la lepre. Le
vent s'est tenu constamment du nord-est
Tome L S 274      Voyage a la cAte,
m«     *     a Fest-nord-est; mais*du i3 au 16, un*
Decembre,
2786. houle tres-forte venant du sud-est s'esf
fait sentir dans la baie , ce qui nous a
occasionne un roulis tres-fort et des plus
desagreables.
Le 14, nous vimes les insulaires fort
occupes sur la montagne a l'extremite
sud est de File ; et le i5 a midi, leur ou-
vrage etoit tellement avance, que quoique
tres-eloignes de Fendroit, nous pouvions
voir distinctement qu'ils batissoient une
maison. Dans le mAme apres-midi, toutes
les pirogues s'eioignerent des deux vaisseaux , et nous n'en revimes pas dans la
soiree; ce qui n'etoit jamais arrive jusqu'a
ce jour, car les matelots ayant la permission de communiquer avec les femmes
de File (inconvenient a^quel il n'etoit pas
aise de mettre obstacle ) ils en avoient
toujours un grand nombre a bord toutes
les nuits. Cette singularite nous fit sour> nord-ouest, de l'Amerique. 275
cfenner que les insulaires etoient tabooes;
f. Decembre
et nous ne nous trompames pas dans cette 2$86.
conjecture. Pendant toute la journee du
16 , il ne parut point encore de pirogues
dans la baie. Le sommet de la montagne,
autour del'edifice nouvellement erige, fut
couvert de monde tput le long du jour ;
et dans la soiree , on y alluma des feux,
aussi pres de Fedifice que le vent pouvoit
le permettre.
Dans la matinee du 17, les pirogues
ne se montrerent pas, mais on ne voyoit?
presque plus d'insulaires sur la montagne;
a dix heures du matin, un indien qui
nous etoit inconnu vint k bord , nous
apportant en present un tres-petit cochori
et une branche de cocotier pour fixer ait
haut du nTat. Cela nous fit esperer que le
taboo etoit leve ; et nous le desirions
d'autant plus ardemment, que notre provision de pores et de legumes etoit epuisee.
;    l- • .        S 2 -H
276 Vo YAGE  A  LA   cATE,
Bientot apres , notre ancienne connoi*
Decembre -, v itlsi ■ '*mt
2786. sance, le vieux pretre, nous rendit visits
nous apportant , selon sa louable cou
tume, quelques bagatelles en forme dc
presens , dont il recevoit toujours cin|
fois la valeur. Nous Favions fortement
soupconne d'etre la cause du taboo, parce
que le 15 il avoit quitte le vaisseau d'un
air mecontent. dont nous nous etions
appercus , mais dont il nous avoit ete*
impossible de deviner la cause , nous ne
Favions pas revu depuis; mais nous fumes
convaincus que nos soupcons etoient mal
fondes. II ne nous donna pas cependant
un detail satisfaisant de ce qui s'etoit
£E| passe dans File. II rApeta a differentes
reprises d'une voix forte et elevee, « Te-
cretecre Poonepoone, Tecretecre Arreaura,»
c'est-a-dire, que le roi etoit un menteur,
un coquin, un honime artificieux et trom-
peur; Poonepoone et Arreaura etant des
termes de reproche. D'apres, ces excla^ NORD-OUEST, DE  l'AmERIQUE.   277
nations, il etoit evident qu il s'etoit passe " x
1 Decembre
pielque chose de contraire aux coutumes    J78&.
£tablies et aux loix reconnues dans File.
Vers midi, Tecretecre vint a bord de
notre vaisseau , et nous fit le present ao-
boutume d'un cochon, de quelques pois-
sons ,   et de noix de coco.   Un granct
Inombre de pirogues vinrent ensuite vers
j nous ; nous achetames quelques pores et
des legumes ; mais nous ne pumes pas
[nous procurer d'informations' exactes sur
j la cause du taboo qui avoit eu lieu. Quel*
ques naturels nous donnerent a entendre
qu'il s'etoit ceiebre une fete solemnelle
sur lej sommet de la montagne ; si nous
avons bien compris ce qu'ils vouloient
nous dire, il s'y etoit offert un sacrifice
humain; mais il nous fut impossible de
savoir si e'etoit une femme ou un homme
que Fon avoit immoie. Nous remarqtiai-
mes cependant que les fenimes  etoient
encore tabooees^ et qu'il n'y en eut pas
S3 1
278
Voyage  a  la cAte,
i^nir7 Une SeuIe <Illi s'apFochat de
nosj^vai
seaux.
A minnit, un coup de vent, fit cassi
le cable de Fancre d'affourche; et noul
jettames aussitAt la seconde an ere. En res
.tirant le cable, nous le trouvames dam
un tres-mauvais etat; ce que nous at-
trihuanies a la mauvaise tenue du fond.
Toute la matinee du 18 fut employed
a. chercher notre ancre ,   que nous ne
trouvames qu'a midi, parce que la boueej
adtoit enfoncee. On ne perdit pas de tems j
pour essayer de la tirer a bord; et vers
|f| six heures de F apres midi, nous en 1
Atitftis presque venus a bout, quand il
survint une   raffale   soudaine ,  qui  fit
rompre, au moment oil elle etoit presque
levee, le grelin que nous avions attache'
a la partie du cable qui etoit restee k
Fancre. Cet accident etoit fachpux , et 1
NORD OUEST ,   DE l'AmiIrIQUE.    279
btous fit craindre qu'il ne fut tres-difntile ~—*~T~^
* Decern brer
e recouvrer notre ancre ; le jour corn- 1786*
mencoit a tomber , et nous semblions
menaces d'une tempete. A Fentree de la
nuit, le ciel s'edaircit, et la matinee dti
jour suivant etant tres - belle , avec peu
ou point de vent, nous reussimes a re-
tirer notre ancre vers les onze heures.
-J
Nous avions une assez bonne provision de-pores et de legumes, mais an*
cime femme n avoit la permission de venir
j a nous. Nous apprlmes que la decouvertk
que Fon avoit faite, qu1 une femme avoit
mange du pore a bord d'un des vaisseaux,
etoit la cause de cette defense. II paroit
que les femmes sont toujours tabooees syfo
cet article; c'est-a-dire^qu'elles n'ont) jamais la permission de manger du pore
sur le rivage. L'infraction faite au taif&S^.
comme je Fai deja dit, est ran gee parmi
les plus grands crimes. Nous avons tout      K
S 4
r
rnw > 280      Voyage a la cAte,     jL
"7"     T   sujet de croire que TinfortunAe a AtAl
Decembre    *<*% x
2786.     victime des loix du pays, et que les inj
sulaires Font sacrifice, pour appaiser id
colere de leurs dieux. Mais outre ce sacril
fice, une autre cause avoit reuni sur le
sommet de la montagne cette foule de
naturels que nous y avions vus, et e'etoit
le motif du taboo qui avoit eu lieu, pendant le tems de cette assemble generate*
Tecretecre avoit fait batir sur le sommet de la montagne la maison dont j'ai
deja parie, pour servir de magasin , dans \
lequel les naturels devoient deposer tout
ce que leur commerce avec nous pourroit
leur procurer. Quand elle fut entierement
achevee, il fit tabooerla baie, et convoqua
une assemblee generale  des insulaires,
su^-Ie sommet de cette montagne, leur
ordonnant en meme-tems d'apporter tout
ce que nous leur avions donne en ediange
des productions du pays, pour Atre depose nord-ouest, de l\Ame,rique. 281'
dans le nouveau maeasin. Cet ordre ayant z~ T*
0 J Dejcembr*
Ate execute, il trouva moyen , sous dif- ^7^*
ferens pretextes, de s'approprier la moitie
de tout ce qui y etoit contenu. Nous ne
fumes plus alors etonnes de la chaleur
avec laquelle le vieux pr£tre fulminoit
contre un coup d'autorite si contraire a
toutes les regies de la justice.
Quoique le peu que nous avons vu de
cette operation , et les informations peu
certaines que nous avons pur-obtenir , ne
suffisent pas pour porter un jugement
fonde stir les loix de ces lies, nous sommet
au moins assures que F horrible coutume
djoffrir des sacrifices humains , en certaines occasions , existe actuelleirlent
parmi ces peuples, et que Fautorite du
roi y est absolue.
Le dernier accident qui nous etoit
arrive, nous demontroit evidemmentque
jl'S
HH
*mm- 282   J, Voyage a la cAte,
L^n^ *• ne  p0llvions Pas tester ou   nous
2786.     etions , sans risquer d'endommager nos
cables. II fut en consequence resolu de
s eloigner ^ cette ile, et de faire voile
H pour Attoui, a la premiere occasionjij
Le 19 , a cinq heures de Fapres-midi,
le  capitaine Portlock donna   signal de
lever Fancre; ce que nous fimes en peu
de terns,, et nous sordmeslde la baie a
la faveur d'une brise moderee, qui souf-
Hoit de Fest. Apres avoir marche quelque
tems^et ne voyantpas le King-George
derriere nous, nous revirames de bord et
fimes force de voile au plus pres du vent,
engnous reportant sur la baie. Nq^ ap7
primes que le King-George n'etoit pas'
encore parvenu a retirer ses ancres , et
qu'il n'etoit gueres probable qu'on put
en venir a bout dans le cours de la soiree.
Nous avaneames lentement en courant
de petites  bordees jusqu'a huit heures NORD-OUEST,  DE L Am^RIQUE.   283
lasses , et le capitaine Portlock nous
lonna signal de moniller.
Le 20, a dix heures du matin, Fancre
du King - George ayant ete levee , nous
appareillames et fimes voile pour sortir
de la baie a la faveur d'une brise mo-
deree , qui souffloit du nord est. A midi,
nous etions eioisrnes de la baie d'environ
dix milles. Nous apprimes du capitaine
Portlock que les insulaires avoient. coupA
le cable de la secohae ancre, ce qui avoit
occasionne le retard de la veille et celui
du matin. Le capit&me Portlock avoit sur
son bord Piapia, neveu de Tecretecre,
accompagne de l'edianson du roi, ou.
officier charge de preparer Yava. II paroit
que Piapia avoit concu une affection si
vivepour le capitaine Portlock, quil etoit
rAs^m de le suivre a Pritane; ( c'est ainsi
qu'ils appellent F Angle terre;) et l'edianson etoit dispose a partager lesort de
Decembr«
2786.. 284       Voyage   a   la   cAte,
_ .   ., -son jeune maitre. Comme nous avions
JJe^jembie %
*78&    un beau tems, les parens et les amis des
deux jeunes voyageurs, suivirent le King-1
George dans des pirogues , jusqu'a une j
distance considerable de Whahoo ;  et
quand ils prirent conge d'eux pour toujours , comme ils se Fimaginoient , ils
donnerent des signes de la plus vive dou-
leur. Ils se tordoient les mains et ils s'aban-
donnerent aux lamentations les plus ame-
res,   tant  qu'ils purent   appercevoir le
vaisseau. Piapia et spn  domestique ne
firent pas leurs adieux a leurs parens et
a leur patrie, sans paroltre emus. Mais
la nouveaute de leur situation diminuoit
beaucoup la vivacite de leurs regrets.
Nous eixm.es des vents legers et de
fausses brises jusques dans la soiree du
i2jjiine forte brise s'eieva alors du nord-
est , et nous porta a la$jvue d'Attain*,
dans la matinee du,j^2. A midi,  notre L
NORD-OUEST, DE L Amj£riQUEv   285
latitude etoit de 22 degres 12 minutes .  -
0 -Decembra
jnord. La pointe orientale de File nous 1786^
1 restoit k Fest - nord - est, a environ dix>
I milles de distance, File d'Oneehow, a
F ouest-sud-ouest, et la baie de Wymoa
ou nous nous proposions de mouiller, au
sud et a Fouest. A deux heures environ,
etant encore a une grande distance k
Fest de la baie ou nous avions dessein
de jetter Fancre, nous passames sur un
bas-fond, ou la sonde, nous rapportoit
rarement plus de cinq brasses, fond de
sable. Le rivage adjacent n'etoit pas a
plus de deux milles de distance; et le
sol paroissoit uni et bien iultivA.
*
Vers les trois heures , le capitaine
Portlock jetta Fancre; nous etions dans
ce moment-la a "une distance eonvenable
du King-George, et la sonde nous indi-
quant vingt - cinq brasses , nous nous
preparames aussi a mouiller. Mais, quel-
mm 286     Voyage a la cAte,
que diligence que nous ayons pu appM
Decembre   |
2786. ter , et quoique nous ayons hie ci$|
quaMe brasses de cable, Fancre ne trou-
voit point de fond. Nous conjecturames
que nous avions depass*e le banc , etf
notre opinion fut confirmee en sqndant
encore au-dela , puisqu'une ligne de
quatre-vingt brasses ne rapporta point de
fond. Pendant que nous retirions notre
ancre a bord , nous ne pouvions era-
pecher le vaisseau de deriver; ce qui nous
mit dans Fimpossibilite de mouiller ou
nous nous l'etions propose. Nous cou-
riimes plusieurs bordees, et a cinq heures,
nous trouvames un tres-bon mouillage,
au nord-ouest du King-George, (dont
nous etions eloignAs d'environ trois milles ,) par dix-huit brasses et demie , fond
de sable vaseux. Nous avions la partie
sud-ouest d'une pointe sablonense, longue
et basse, a Fouest-quart-sud-ouest; la
pointe la plus orientale de la baie portoit L_
NORD-OUEST, DE l'AmERIQUE.    287
est-sud-est ; F embouchure d'une riviere        *    ,r
Decembre
d'eau douce, nord-est-quart- d'est; et     1786..
nous n'etions guAres qu'a un mille de_
distance du rivage, File d'Oneehow noust
reStant au sud-sud-ouest.
Nos operations, dans cette ile , for-
meront le sujet de ma prochaine lettre.
•;- w   'w.b. ;-%i
LETTRE   X X I V.
-Oneeliow , le 29 Janvier 1787
Attoui estle premier endroit oumouilla
le capitaine Cook, quand il decouvrit ces
iles ; et nous savions qu'on pouvoit s'y
procurer des cochons et des vegetaux
en abondance. II etoit necessaire que
nous fissions une provision de pores , car
ceux que nous avions achetAs depuis notre 1
Voyage a la cAte,
g| depart d'Owhyhee, n'avoient gueres su.
Decembre . f R
1786.     qu'a notre subsistance journaliere.
Dans la matinee du 23 decembre
nous fumes environnes de bonne heure
par un grand nombre de pirogues , 1
plupart chargees de tarrow, de patates, d
cannes a sucre, de noix de coco et d'um]
assez grande quantite de beaux cochons
II nous fut aise de voir que les habitans
savoient que nous etions venus pour cherj
cher des provisions, et qu'ils avoient fait
leurs preparatifs en consAquence. Nous
trouvames les vegetaux a. un prix beaucoup plus modique , et en plus grande
abondance qua Whahoo; mais lorsqu'on
s'appergut que nous avions dessein d'ache-
ter de gros pores, ils en demanderent
d'abord un prix exorbitant, au moins en
proportion de ce que nous en avions donne'
dans les autres iles. Nous affectames de
ne pas nous en soucier, et par ce moyen,
fe nous
* L
NORD-OUEST, DE   l'Am^RIQUE.   289
ious parvinmes a nous procurer les plus _■-,-- -;—
x x x        Decembre
>eaux, pour un grand toe ou pour deux de     x7^*
noyenne grandeur.
Quand nous leur eumes demande de
'eat%i ils s' empresserent de nous en ap- j
porter d'excellente ; nous n'en avions pas
trouve d'aussi bonne dans aucune des
ties ou nous avions relachA. Ce commerce
etant entierement nouveau pour eux, ils
|nous en fburnirent au meme prix que
celle que nous avions achetAe a Whahoo.
Nous nous procurames une grande quan-
itite de noix de coco; selon la convention
faite, ils nous en donnoient cinq pour un
clou de huit sols. Les Cannes k sucre
etoient de la premiere qualite, et nous
les avions pour le mAme prix ; le tarrow
crolt dans cette He en plus grande abon-
dance que par tout ailleurs, et nous n'en
avions jamais vu d'aussi beau; on nous
donnoit communement cinq belles ra-
Tomel.  -' I-"   "      • Tjr.
ifj
J H-
: II
290     Voyage a la cote,
~^=—— tines pour un clou de huit ou dix
Decembre
1786, Cette ile ne produit pas d'ignames; et I
y croit des fruits a pain, ce n'est qtfei
tres-petite quantite.
Jusqu'au 27 , le vent fut moderA et
le tems beau; mais, ce jour la, une forte
brise s'eieva de Fest-nord-est, et unehoiile
consideraBl#, provPnant de Fest-sud-est,
se fit sentir tout le long du rivage. Nous
Ations amarrAs avec Fancre de tonee, et
nous nous soutenions beaucoup mieux
qu'a Whahoo : d'ailleurs, le fond n'etant
point encombre de rocailles , nous na*
vions pas tant a craindre pour nos cables.
Le 28, et pendant une partie du 29,
le tems fut sombre et pluvieux; mais vers
le soir, le ciel s'etiaircit, le vent devint
modesA-et le tems beau.
Pendant les fetes de Noel, tems ou nord-ouest, de l'Amerique.   291
presque tous les pennies n^lisAs-fce livrent - -!
1        x A      x Decembre
a la joie et aux plaisirs de la table; nous 1786.
passames notre tems aussi agreablement
que les circonstances pouvoient le per-
mettre, et nous couvrlmes nos tables de
tout ce que nous pumes nous procurer de
meilleur, tel que des cochons rAtis, des
pies de mer, etc., etc. ; et par un exces
de deiicatess^e, qu£ nous voul times etendre
jusqu'a notre boisson, nous dAdaignames
le grog fait avec de Feau seule, et nous
fimes nos? libations avec du punch., dans
lequel nous avions meie du jus de noix
de coco; nous portames les santes de nos
amis et de nos maitresses, en multipliant
les rasades de cette liqueur, que sa nou-
veaute, plus peut-Atre que toute autre
chose, nous faisoit trouver agrAable.
Le tems etoit raremeBkt plus d'une
journee dans la meme position: le vent
souflloit de tems en terns grand frais de
W ' T 2 1
292 Voyage a la cAte ,
r""    ,     Fest-nord-est; etnous etions frequemment
Decembre I
4.786.    incommodes par une houle considerable
-   du sud-est.
Janvier
2787.
Le 4 de Janvier, nous avions sale et
rempli cinq poingons de pore, pour mettre
en reserve: on commenga alors a ne plus
nous apporter de cochons, que de loin
en loin : nous ne supposames pas qu'il en
manquat dans File; mais, bien, que les
chefs subalternes empechoient que Fon
ne nous en vendit. Nous nous attendions
depuis quelque tems a recevoir la visite
du roi, et on nous avoit donne a entendre
que sa presence feroit pleuvoir sur notre
bord une abondance de provisions : sa
majeste n'a pas encorqjjugA a propos de
nous accorder cette faveur.
Abbenoue, le chef que nous avons vu
a Oneehow,!'annee derniere, etoit presque
toujours a bord du King - George,  et
-H L^.
NORD-OUEST, DE l'AmeRIQUE.     2g3
comme il s'etoit singulierement attache
au capitaine Portlock, il promit de lui
envoyer un grand nombre de beaux q©£
chons : mais , jusqu'a present, nous ne
nous sommes pas encore appercus des
bons effets de son credit..
Du 5 au 9, le tems a Ate tres-variable,
le vent passant souveliit au sud; mais
soutenant rarement douze heures de
suite dans le mAme rumb, et ce n'etoit
alors qu'une brise moderee : nous etions
tous les jours visites par les naturels ,. qui
continuoient a nous apporter quelques
cochons, avec du tarrow, desnoix de coco,
etc.; mais seulement en quantite su
sante pour notre eonsommation jour-
naliere. ■„:.
Outre ce trafic, qui avoit pour objet
les necessMs de la vie, les naturels nous
offroient en ediange de ce que nous leur
T 3
Janvier
2787. ~A
Janvier
2787.
294     Voyage a la cAte,
donnfens , des curiosites de different^
especes, telles que des manteaux, de
bonnets , des nattes, des^filets, des ha-
megons, des c^ffifers, etc., etc. Sme sen!
pemvAtre, possflSle un jour de vo^donner
une description de ces divers objfl$s : i
nous apporterent aussi une grande quau-j
tite de peaux d oiseaux merveilleusement
bien conservAes; ils etoient assez ordinai-
rement reunis dix par dix, au moyen d'tm
petit baton qui leur passoit a travers le
bee. Des que nous eumes temoignA Fenvie
d'en avoir de vivans , nous trouvames
bientAt autant d'oiseleurs que nous pou-1
vions en desirer: ils nous vendirent les
oiseaux vivans, presqu'au me*me prix que
ceux qui etoient conservAs; ils sont a-peu-
pres de la grandeur d'un rouge-gorge; ils
ont la poitrine et le cou teints d'un rouge
magnifique, et le bee long; leurs ailes et
leur dos sont d'un brun obscur. M. Hogan,
chirurgien du King-George, qui a fait, NORD-OUEST, DE lAmERIQUE.    2g5
comme je t'ai deja. dit, une etude parti- —:
•" x Janvier
culiere de l'histoire naturelle, m'a assure     }7%7m
que ces oiseaux sont de Fespece des bourdons (1).
Les naturels , voyaut que nous les
achetious avec avidite, nous apporterent
tput ce que leur lie leur fournissoit dans
ce genre et, entr autres, une sorte de canard sauvage. Le capitaine Dixon en con-
clut qu'il y avoit dans File du gibier en
abondance et, comme ilaime beaucoup
la chasse; il se rendit deux ou trois fois
a terre, avec son fusil, accompagne d'un
seul domestique , dans une pirogue in-
dienne. Celui a. qui cette pirogue appar-
tenoit, avoit montre beaucoup dempres-
(i) Le nom anglois est humming-bird. Cet oiseau
est le plus petit des habitans de 1'air. Voyez sa description dans TEsprit des Jouriiaux, Janvier 1785,
page 35-2. J
Janvier
2787.
296        Voyage a la cAte,
sement pour nous apporter de Feau eti
pour nous rendre les autres petits services 1
qui etoient en sonpouvoir: aussi avoit-on •
pour lui beaucoup d'egards; le capitaine
Dixon, surtout, le traitoit parfaitement
bien, a cause de sa grande ressemblance
avec un de nos gens ; il etoit enehante de
la preference qui lui etoit donnee sur ses
compatriotes, et il paroissoit fier de con-
duire le capitaine.
La premiere ibis qu'il se rendit a terre,
il craignoit que les naturels, en s'attrou-
pant autour de lui, ne Fempediassent de
chasser avec agrement; mais ils monrre-
rent moins de curiosite-, et se rendirent
moins importuns que ceux de Whahoo;
au lieu de se voir environne par une foule
de spectateurs oisifs , les insulaires se
tinrent a leurs atteliers respectifs et con-'
tinuArent a donner toute leur attention
a leurs occupations respecti ves, qui Atoient NORD-OUEST,   DE   l'Ame'riQUE.   297
ie fabriquer des etoffes, de faire deslignes,
des cordes, etc.: si bien, qu'il traversa le
pays avec autant de tranquillite , qu'il
auroit pu le faire en Angleterre. Contre
son attente , il ne trouva que peu de:
grbrer ; mais il ne revint jamais sans rap-
porter quelque chose, tel que des canards,
des hirondelles de mer, ou oiseaux d'oeufs,
espece d'oiseaux semblable a nos poules
d'eau, et d'autres sortes de volatiles.
Janvier
2787.
A cette epoque, nous commencions
a nous appercevoir d'une grande diminution dans la provision de bois que nous
avions faite a. Whahoo : nous avions etA
obliges d'entretenir un feu presque con-
tinuel , pour chauffer Feau destinee a
Achauder nos pores et a plusieurs autres
usages. Nous nous adressames aux naturels pour en avoir, mais nous avions peu
d'espoir de reussir dans notre demande;
car les montagnes d'ou Fon tire le bois,
Hail Janvier
2787.
5^98        Voyage   a la cAte,
: sont beaucoup plus eioignees de la nieri
dans cette ile, que dan&toutes les autres:
nous fumes agreablement trompes; tous
les naturels, sans ei$ excepter un , s'en-
gagerent a nous foucnir du bois, et chacun
nous en apporta plus   ou  moins. J^ar
plusieurs perches et soliveaux qu'ils nous
vendirent, et qui etoient tout nouvelle-
mant sortis de terre, il etoj|-evident qu'ils
avoient demoli leurs pali|$ ades, et pfgit-
Atre leurs maisons, pour nous satisfaire;
et j'ajouterai ,   pour se  satisfaire eux-
ifiAihes. Cela prouve que Fon pent obtenir
Mcilement de ces insulaires, tout ce que
produit leur lie , et niA'me toutes celles
qui les environnent, tant la valeur quils
donnent au fer est considerable.
Hi f1""  ' jj-A
Le tems co^tiauant a Atre incertain,
et ce que Fon nous fournisgoit d&we'ge'-
taux, ne suffisant pas pour notre con-
sommation joiirnafiere; i| fut resolu de Janvier
NORD-OUESff, DE L'Ajtf^RI^UE.    299
se rendre a Oi^eW#\ des qu^ 4'on en
inroit la possifeSMfcA* En fft^sAqtence , de     1787^
xAs-bonfte heure, dtes la matfft^e)'#u 16
Janvier, le capitaine "^brtfo^.; donnale
signal de tever^amcre : j'ai #e^k observA
|3j£fte son batihien#^^oft an^rA plus a®
large  qttfe le notr#; par cette raison ,
!tandis qu'il etoit favo^e dtu& bon vent
d'est, nous avions urFcalme par fait, et
il nous etoit impossible cFobAir &u signal.
Apres  avoit GOj&roa I une petite bordee |
ayant udSvenR foible bt de feussesibrises^
I le capitaine Portlock revint jetter Fancre
tout pres de ftdadroit d)ou il etoit p&rti.
Le 11, a cinq feures duy mating une
forte 'birise s'etant elevAte de Fest-sud-est;
notis levames Fanei^e e#flmes voile, portant d^ort stir "Q"n%ehA$v: cette brise souffla
toute% matinee , et fut acconrp&gnee de
tonherre, d'eclairs^ etde pluie ^a midi,
la pointe occidentale d'Attoil! nous restoit
ii
r-
mmmm Janvier
1787.
3oo Voyage a la c6te,    -
nord, 21 degres est, a 7 lieues de diV
tance , et la partie 4lev&e de la pointe
in^riiiUonale dOneehow sud, 70 degrAs
ouest. II y avoit tout a croire que nous
motjallorions vers les tro^ heures devant
Oiiee]#Ovv; mais avant ce tems, le vent
se tourna a Fouest, et nous nous vimes
m&lfie dans rtpopogsibilite de le tenter.
Du 11 au 18, nous eftmes vent frais,
tant6t de T ouest et tant6t du nord, et
de tems-en-tems de fausses brisesir
. Le 15, le King-George doubla la pointe
m^ridionale d'Oneehow ; et le 16, nous
le perdimes de vue, ce qui nous fit con-
clure quil avoit jett^ Fancre: notre bAti-
ment ^tant trAs-chargci de vase , up pou-
voit tenir le vent comme le King-George;
nous nous content&mes done, d'aller au
plus prAs du vent, entre les iles , et de
courir des bord<3es plus ou moins longues, NORD-OUEST,   DE l'AmeRIQUE   3oi
elon que les circontances Pexigeoient.   j
flbus ne pouvions  nous  empedier de     1787-
iious plaindre de notre situation, lorsque
h®us la comparions a celle de nos com-'
pagnons de voyage; mais, l'evenement a
prouve qu'ils etoient loin d'Atre dans une
position digne d'en vie: nous eumes grande \
[attention, pendant tout ce tems, de faire
force de voiles, pour nous Atendre au sud
et k Fest, en serrant le vent autant qu'il
nous etoit possible: cette precaution nous
fut d'une grande utilite; car, le 19, nous
fumes  accueillis d'un violent coup de
vent, venant d ouest; la mer etoit tres-
forte, et le mauvais tems ne cessa que
le 21 , vers midi.
Dans l'apres-dinee du 20, Fair etant
Apais et brumeux, nous perdimes la terre
de vue, et nous ne la re vimes que le 22
a pres de midi : Attoui portoit alors du
nord ,   15 degres est , au nord 55. de- A
3o2     Voyage a la c6t
E
Janvier    «■ oueJSt j * la distance d'enmoj
*7§7.     lieues.
Tant que dura la tempAte, nous fun I
extrAmement inqulets du capfeaine Po
lock : nous savions quil devoit Atre da
une position tres-alarmante; car il riy
pas un seul havre a Oneehow, dans lequ
on puisse Atre a Fabri des vents de sa
et  d'ouest; mais le  22', vers les  un
heure , nous eumes la satisfaction d'ap
percevoir le King-George a Fouest-quail
nord - ouest, a environ 3 lieues de distance.
Nous jugeames , par la position oil
nous le voyions, qu'il avoit fait le tour
d'Oneehow, et nous ne doutames pas que
la violence du vent, x%e 1'eut obligA de
filer ses cables jusques au bout, ou mAme
de les couper, et de s'abandonner au gr6
des flots. Le vent resta k Fouest, jusqu'au NORD-OUEST, DE L Att*ti&IQUB.     3o3
25 ; il tourna enstiite au sud - est , et=
bieafctAt apres, au nord-nord-esst: ce vent
nous etant favorable , et ayant lieu de
croire qu'il resteroit quelque ten&s dans
cette position, nous port&mes de nouyeau
sur Oneehow; et, dans la sou?Ae du 26 „
nous jettames Fancre dans Yam-Bay,
par laa&gt-neuf brasses, sur un fond de
sable. Les deux extr^wtes d Oneehow.
portoient du suoVest an nord-quart-nord-
ouest, a un mJLJe et demi de distance
et nous avions File d§ Tahoora au sud,
48 degres ouest.
ier
1787.
Le 27 , le vent resta nord-nord-est;
mais il souflloit si frais que notre position
Atoit fort dAsagreable : notre principal
motif, en allant a Oneehow, 6toit de nous
procurer une certaine quantite dTigna-
mes , qui est la seule ratine susceptible
de se conserver, que Fon trouve dans cett$
i*le> mais leressac etoit si fort, que tres-
fj -A
Janvier
2787.
S»o4 Voyage a la cAte
peu de canots oserent venir jusqu'a noi
La mAme raison nous empAcha de no
mettre a la recherche des ancres, que
capitaine Portlock avoit laisses dans 0
endroit. Le King-George etant en panu
a pres de 2 milles de nous, nous levame
Fancre dans la matinee du 28; et, apre
avoir couru quelques bordees , nous arj
rivames , et mimes a la cape sur note
seconde ancre, ayant vingt-sept brasses
d'eau sur un fond de sable et de corait
a environ 2 milles de distance du rivage,
et assez pres du King- George. Nous ap-
primes que nos inquietudes pour le ca« 1
pitaine Portlock, n'avoient ete que trop
bien fondees : il avoit Ate reduit a la
necessite de couper ses cables et de se
laisser aller au gre des vagues, etquoiqu'il
eut saisi Finstant le plus favorable pour
le faire, il n'avoit eu cependant que la
place necessaire pour gagner le vent sur
les brisans de la pointe septentrionale de
' l la NORD-OUEST,   DE   l'Am^RIQUE.   3o5
a baie. Ce fut pour nous une excellente
^on, et qui pourra nous servir dans la
suite ; ejle nous apprit combien nous
etiojis iiijustes de murmurer j me sera-t-il
permis de le dire ? contre les bienfaits
de la Providence. Si nous fussions entrdi
dans Yarn - Bay ,*$en mAme-tems que le
King-Geonge, il est impossible de dAeider,
quelle auroit i6te notre situation , et ou
nous aurions pu 6tre jettAs, quand nous
nous serions vus forcAs de quitter ce
havre; mais il y en avoit peu parmi nous,
qui fussent assez philosoplies, pour dire
av$£ le poete :   ,, . .../.. '''Sj&jffi**' •". •
Janvier
1787.
n
Les voies du ciel sont obscures ,  et impenetrates ;
Embarrass e dans des labyrinthes ^environn6
d'erreurs,
Egare ,  perdu dans ses  recherches infruc-
tueuses,
Notre esprit vewt en vain les tracer ;
ne voit pas avec quel art la Toute-Puissance en a
dessine les detours,
Ni le point ou se termine cette confusion
reguHere.
Tome L V
fWfl —«1
Janvier
2787.
<5o6 Voyage a la cAte,
II m'est impossible , quand des cir-
coastances semblables me frappen-t, de
ne pas moralker un :peu , et, sur-tout,
lorsque je vois des gens qui attribuent
un malheur im&ginaire quiWleur &rrive^
a la -fatalite ; et leurs succes momen-
ianes, a mn hasard heureux , oubliant
entiArement, qu'il y a une Providence
bieriigisante , qui determine , qui or-
dom^, qui dirige touted cfioses.
p&Je ne chercherai plus dAso^niais d'emi
cuses pour ces sortes de digressions^ qu^
qu'etrangeres qu'elles soient-a monfenJeT$
je sais que tu seras toujours prAt a user
a'indulgence quand tu reconnoitras quelques imperfections dans ton-sincere ami.
**&$r NORD-OUEST , DE lAmERIQUE.    3o7
LETTRE   XXL
A Oneehow, le 29 Janvier 1787.
Janvier
1787.
Dans Fapres-midi du 28 Janvier, le
vent sauta a Fouest, et soufflant grand
frais , nous donna lieu de craindre le
retour du mauvais tems. L'experience
nous avoit appris que nous ne pouvions
trouver de mouillage par un vent d'ouest,
nous nous determinames en consequence
a mettre en mer, s'il continuoit a sAiiffler
du m^me cAte.
Le 29 , vers deux heures , le vent
n'ayant point change , le capitaine Port-
lock donna le signal de lever Fancre; a.
trois heures nous mimes a la voile , et
nous longeames la cAte, nous efforcant
de prendre le large, autant qu'il serdi;
•*        V 2 ■
mm -mm
5o8     Voyage  a la cAte,
'■ J ■;      possible , au sud et a Fest, afin de pon-
Janvier
2787.     voir, en cas devenement, nous garantir
de la terre.
Pendant la journee du 5o, le tems
fut assez beau , et le vent tournant au
nord-est, il fut decide d'entrer dans la
baie de Wymoo, dans File d'Attoui, ce
que nous fimes, et nous jetames Fancre
vers les onze heures , a environ ^deux
milles a Fest de notre ancienne station,
par vingt - cinq brasses d'eau sur un fond
de sahje ; les extremites de la terre por-
toient du sud-est, quart-d'est a Fouest-
trois-quarts de rumb nord-ouest.
Le 3i, nous jetames les deux ancres de
poste, resolus de rester ici aussiwlong-
tems que la situation du vent le permet-
troit, cette baie etant infiniment meil-
leure que la rade d'Oneehow ; et comme
nous ne pouvions pas songer a poursuivre NORD-OUEST, DE L AmERIQUE.    O^X)
notre route vers le nord avant six se-
maines , nous n'avions a nous occuper
que detfuettre nos batimens dans le Jieu
ou ils seroient le plus en suretA , et en
mAme tems ou nous po;urrions faire plus
facilement des provisions et de Feau : a,
ce dernier egard , si nous en exceptons
les ignames, Attoui etoit F endroit le plus
favorable qui se trouvat a notre portee*
Janvier
1787.
i787.
Du premier au 8 fevrier, les vents fu- •—	
Fevrier
rent mconstans , et peu lorts , et le ciei
beau et tempere. Les batimens se trou-
vant beaucoup plus pres les uns des autres
qu'auparavant, nous eumes frequemment
la visite d'Abbenoue. Au moyen de quelques presens, nous rious en fimes un bon
ami , et nous eumes souvent occasion
d'eprouver les heureux- effets de son credit , qui etoit fort etendu , lorsque nous
travaillames a nous procurer les provisions
dont nous avions besoin.
1. & Y3 -4
3io     Voyage a la cAte,
Abbenoue est d'une taille moyenneJ
et paroit avoir environ cinquante ans,
Quand nous le vimes pour la premier!
fois a Oneehow, son corps etoit presque4
couvert d'une lepre blanche, et ses yeux^
paroissoient affoiblis , ce qui Atoit occa-
sionne par Fusage immodere qu'il faisoit
de Fava; mais il cessa d'en boire, Iorsque
nous lui en eumes fait sentir les consequences.   On   peut   reconnoitre  avec I
certitude les bons effets de ce regime,
sa peau avoit commence a reprendre sa
couleur naturelle , ses yeux paroissoient
sains et pleins de vivacite, et il avoit Fair
d'etre en parfaite sante et dans toute sa
vigueur. 11 a un fils nomme Tyheira,
qui nous a paru jouir d'une grande consideration , et qui nous temoigna autant
d'envie de nous obliger que son pere;
mais il etoit loin de posseder Factivite et
Fintelligence d'Abbenoue; sonNamitien'A-
toit ni aussi franche ni aiissi desinteressde; NORD-OU$STr, DR> l'AmJBRIOOT.     5l 1
on reconnoissoit a. chaque moment qu'rfc
nt'agissoit que par des vues mercenaires.
Pom? s'assnrer de son attachement , il
etoit souvent necessaire d'avoir recoura
aux prAseiis, et plutAt que de refuser un
matano (present) , il auroit accepte la
plus legere bagatelle, ou meme un clou.
Outre les bons offices d'Abbenoue et de
'jfyheira, nous reeeyions des visites frequences de deux %utres chefs qui nous
dq&noient souvent dfes pores et des \&t
gumes. Leurs nqms etoient Toetoe et
Nqmaitahaite, mais nous appelames tou-
JourSj le dernier L&ng~ shanks | longu§s_-
jambes) , parce qu'il etoit extremement
grand et mince , et que ses cuisses et ses
jambes paroissoient beaucoup trop lon-
gues pour son corps. Toetoe est fort avancA
en age , et paroit singulierement affoibli
par Fusage immodere de Fava, qu'il n'a
pas pu, a Fexemple d'Abbenoue, se ve-
soudre a abandonner. U paroit avoir en
=«£
Fevrier
2787.
lP\ —4
Fevrier
mm\        VoVAd   A   LA   C6TE,
sa possession une tres - grande quantit*
*a.x«-l^       VIU.ClilLiC6i
7787? de plantations de tarrow, car il nous en I
a fourni en bien plus grande abondanea
que les autres chefs, et il s'est toujours
contente de ce qu'il nous a plu de lui
offrir en retour.
Long-shanks, etoit aussi fort attentif
a nous fournir tout ce dont nous pou-
vions avoir besoin, et quoique son pouvoir
fut de beaucoup inferieur a celui d'Abbe-
noue ou de Toetoe, il nous fut tres-utile
dans bien des occasions. II faut cepen-
dant avouer que , comme Tyheira , il
etoit interesse dans tout ce qu'il faisoit,
et demandoit continuellement une chose
ou une autre a titre de matano. J'avois
oublie d'observer que nous recevions souvent la visite dun frAre du roi, qui ve-
noit toujours dans une grande et superbe
pirogue double, accompagne d'un certain
nombre de chefs d'un rang inferieur ; Fevrier
NORD-OUEST, DE l'Am^RIQUE.      3l3
mais , soit cju'il regardat le commerce
comme au - dessous de sa dignite , soit 2787.
par d'autres motifs que je ne puis de-
viner, il apportoit rarement avec lui des
choses dont il voulut disposer. La cu-
riosite , sans doute , etoit la principale
raison qui Famenoit vers nous. Sa fille,
belle enfant, Agee d'environ sept ans,
venoit ordinairement avec lui. II la traitoit
avec une tendresse vraiment paternelle;
il la portoit presque toujours dans ses-
bras; et, quand il etoit fatigue, chacun
de sesofficiers s'efforcoit de-mAriter.Ijhon-*
neur de porter la petite princesse, jusqu'a
ce que le pere s'emparat de nouveau de
ce fardeau agreable. Ayant temoigne le
desir de monter sur notre batiment, on
la fit passer a bord, en lui donnant la
main avec beaucoup d'attention; etlors-
qu'elle y f u?t, on ne voulut pas qu'ell^
rest4t sur le pont; son pere et une des
personnes_de sa suite, que nous apprlmes Fe
exrier
3i4*\ Voyage a la cAite,
Atre un de ses parens, la tinrent towd
^7-     low dans leurs bras. Le eapifcaane Dixo
lui fit present d'un eraye, ou collier A
grains de verre, quipairajfe la flatter innni-
aient.
La tendresse et les soins affecfe&eu)
que Fob tAmoignoit a sgette petite fille
st differens de ce que nous avions vu
|us^^aters, nous donnerent une> idee de
la maniere deaat les filles des Erees sonl
traitees , et elle peut servir a fournir |
quelques notions genArale& sur le carae
tere de ces peuples.
Pendant quelques jours , les chefs
dont je viens de parler nous cederenl
des pores et du tarrow, etc. en suffisante
quantite , a ce qu'ils pensoient , pour
notre consummation journaliAre. Aucun
des petits chefs ou du peuple ne nous
approchoient. Abbenoue nous apprit que j Fevrier
NORD-OUEST,  DE l'Ame'rIQUE.    3l5
le peuple etoit taboed (sous arret ),et
que personne n'osoit rien apporter pour    1787.
vendre , pas mAme de Feau , jugqu'a ce
que le roi nous eftt rendu visite, ce qu' il
se proposoit de faire sous tres - peu de
tems.
Nous ne pumes pas savoir la veritable
raison de cet embargo mis sur le peuple,
et qui ne paroissoit pas s'etendre aux
principaux chefs. Mais, si nous le com-
parons a la prohibition qui avoit ete faite
a Wahoo, dans de semblables circons-
tances, nous pouvons supposer avec fon-
dement que cet arrAt n'avoit lieu qu'afin
d'exiger du peuple quelque tribut ou droit,
pour avoir le privilege de traliquer1 avec
nous.
Le 5 fevrier , le roi nous rendit la
visite qu'il nous avoit promise. II vint
dans une large double pirogue, accom* ijui.il ijiiiiiiu ii
N
Fevrier
2787.
3i6     Voyage a la cAte,
-pagnA d'un certain nombre de chefs,
sans compter les hommes qui manoeu-
vroient sur la pirogue. Parmi les gens de
sa suite etoit Piapia, que je t'ai dit que
le capitaine  Portlock  avoit  ame^nA de
Whahoo. II paroit que Piapia avoit pris
tant de gout a sa situation , qu'il s'etoit
determine a rester a Attoui, et avoit ab-
solument abandonne lie projet d'aller a
Pritane. Le capitaine Portlock avoit suppose que la chose seroit ainsi, et c'est ce
qui Favoit engagA a le transporter plus
promptement de. Whahoo dans cette ile.
L'envie qu'il avoit manifestAe de quitter
son pays natal n'etoit due sans doute
qu'au desir de voir des choses nouvelles.
Cet amour pour la nouveaute ou pour
la variete des objets, comme tu voudras
l'appeller, se fait voir parmi les jeunes
gens, dans un degre plus ou moins grand,
chez les peuples du monde les plus civilises. nord-ouest, de l'Ame"rique. 3l7
Le plus fort de cette curiositA etoit
dejk appaise en grande partie avant que
nous arrivassions a Attoui. Quand Piapia
descendit sur le rivage , qu'il se trouva
au milieu d'amis, de parens, qu'il n'avoit
pas vus depuis bien du tems , et dont
quelques^uns peut-etre lui etoient tout-a-
fait inconnus , il n'est pas etonnant que
cette ardeur de voir du pays se soit ra-
lentie, et qu'il se soit determine a rester
parmi ses anciennes connoitsances.
FeVrier
2787.
Pour revenir k sa m&feste , son nom,
si je Fai bien entendu , est Tiara, C'est
am homme entre deux ages et de fort
bonne mine. II aime^beaucoupTecretecre,
'rbi de Whahoo, dont il paroit Atre le^fcere,
mais auquel il est infiniment superior ea
connoissances et en sagacite. II fit plusieurs questions sur le vaisseau; sur la
maniere de le faire virer , d'«Atendre e£
de replier les voiles r et il admtfa le conf-
§S9 Fevrier
*1$7-
3i8 Voyage a la  cAte,
pas , et parut comprendre que e'etoit
guide qui nous servoit a nous diriger vej
les diffArentes parties du naonde. II degj
fiiir-tout de savoir quel Atoit le point <$
compas qui portoit sur Pritane, et co
bien il y avoit de distance. Un grand
nombre de ses questions etoient foit
sensAg£, et loin d'etre faites pour satis
faire a une inutile curiosite, ( ce qui
auroit ete excusable,) elles tAmoignoieni
touted le desir ardent de s'instruire , et
prouvoient Fesprit naturel de celui de
qui elles ven#ient.
Avant que le roi quitta le vaisseau,!
le capitailpe Dixon lui fit present de toes
et de grains de verre, qui parurent le
satjafaire infiriiment. II nous promit que
lembargo ser^jt leve incessamment, et
qu'il pernaettroit a ses sujets de trafiquer
avec noua* comme auparavant. II nous
^iat parpfe; au bout d'un ou deux jours NORD-ouES*r>, rm x1A,m6r<ique. <5i<§
tes choses se iretrouvArent sur»Fanoien
pied , des habitans nous .apportarft *en
abondance des pores , oHu ctarsow , -des
cannes'desucfej, des noix de coco,*des
bananes , de -Wean , des curiosites, et&
comaaie^a Kordinaire.^
Fevrier
•2787.
J'ai deja observe que le '^nts^i^p
doux et serein. Pour en tirer tout Favan-
-t3age possible, -1*^ cfoarpentI|rgF»*des>fieux
batimens furent ^©dupfefa cal%ter i^k
■pouts, Jes^hancfaefe =et >$ousp les en^^oits
quiiparoiss^ilnt auiavoirbesoin. La pefttpe
etleshanches de Farriere ont ete peMteis
J.
a neuf, et les cAtes espalmes avec un
amalgame de brai sec , de goudron et
d'huile. On a hele les manoeuvres et agres,
et enfin on a fait^putes les reparations
necessaires. Pour qu'il ne nous manquat
rien de ce qui pouvoit Atre essentiel pour
maintenir la santA des equipages , et
nous mettre en etat de poursuivre promp-
1 32o        Voyage  a |* a c A t e ,
*= tement notre route dans la bonne saisi
.Fevrier
i787- qui approche, nous avons fait un ariaj
gement avec Abbenoue , pour que noj
:gens puissent aller a terre se deiasser
sans Atre inquietes par les naturels. I
a aussi ete convenu qu'il leur fourniroi
les rafraichissemens nAcessaires pendant
qu'ils y seroient.
Je suis allA a terre par partie de plaisi
Notre promenade dans File, et le dim
somptueux qui npjts fut donnA par $
benoue , sera le sujet de ma prochaine
lettre. ;||j
4£n
LETTRE XXVI NORD»0UES^ DE •fefAlKliRIQUE.   521
m
L E T T R E    XX.
A Attoui, le  11 fevrier $0?*
Fevrier
1^87.
■Si ma memoire me sert bi&n, je t'ai
promis, en finissant ma derniere lettre,
de te donner les details de F excursion
que j'ai faite dans File d'-Attoui , et de
la maniere dont nous y avons AtA fecus.
Des promesses, selon moli humble o]£fi$
nion , et quoiqu*en piksse penser lo
monde, doivent toujours Atre sacrAes et
tenues fidellement. Je tacher&i done
d'exAcuteipla mienke du mieux que je
pourrai.
Dans la matinee du 9 fAvrier, le tems*
<£tant fort beau , je me rendis sur le
rivage, accompagne de M. White, et &&
plusieurs de nos gens^our prendre un
Tome L X Fevrier
2787.
322      Voyage a  la cAte,
jour de recreation. Quand nous arrivames
pres du bord, le ressac etoit si fort, que
nous fumes obl%es de mettre notre bateau a Fancre , n'ayant pas plus de la
longueur de deux cables a filer pour at* j
terer; mais notre bon ami Abbenoue avoit
pris soin de pourvoir a cet inconvenient
Un bon nombre de ses gens nous atten-
doit sur le rivage avec leurs pirogues, et I
ijs nous mirent a terre avec aussi peu de
danger, et autant de promptitude que le
pourroit faire un batelier de Londres, d'un
cAte a Fautre de la Tamise.
Nous abordames tout auprA^j de
Faiguade , dont je t'ai deja parie, et qui
restoit presque au nord-est des vaisseaux.
Avant que nous nous promenassions dans
l$le i Abbenoue nous conduisk darrsfufl
endroit tout pres du rivage pour nous
faire voir les preparatifs de notre diner.
Nous y trouvames quelques-uns de ses nord-ouest, de l Amerique.  §23
domestiques qui nettoyoient un fort beau -zrr-~.—
x x J Fevrier
cochon, qu'on alloit faire cuire an four *787-
avec du tarrow , et il nous dit qu'il es-
peroit qu'il y auroit arouarou (ou grande
abondandfi ) Ndus Fassurames '^que ce
seroit plus qu'il ne falloit pour toils', et
il en parut satisfait. II nous avertit de
ne pas aller trop loin , vu que le dine
seroit prAt a midi; ce qu'il fit entendre
en montrant le soleil. Apres cela Abbenoue ayant a se rendre k bord des batimens , coniia les preparatifs du diner k
Rvheira.
Ayant souvent entendu parler a ceux
de nos gens qui etoient descendus k terre,
d'un village appelie par les naturels A
Rappa, ou il y avoit un grand nombre
de gens employes a fauriquer des etoffes,
la curiosite m'engagea k aller d'abord
dans cet endroit, sachant qu'il n'y avoit
pas plus de trois milles, et que je pour-
mm Fevrier
524
YoVAQE   A  I. A   C6TE,§{". .
rois facilement &tre revenu  aupres de
Rvheira a llieure du diner. Uxie foule de
wm*3f*m
naturels nous avoit entour^s Iprsque nous
4Vions mis pied a terre ; mais comme
opus avions tous pris des chemifis dif-
|£rens • selon le but j ou la fantaisie de
chacun , la foule s'etoit divis^e en autant
de pelptons, et je ne |us que tr&&-peu |p
commode dans ma route. Un homme se
mosfffra particuliArenien& empress^ a me
rendre de petits services. Non-seulement
il s'offrit k me montrer le chemin pour
aller a A Kappa, mais de m'accompagner
toute la journee moyennant un grand clou
cpe je lui donnerois. Comme il ^toit dans
son marcli(|, que je lui donnerois le clou
avant de nous mettre en marche , je
lit1 attendois quil s'enfui^oitaussi^tqu'il
Eauroit entre les ma^is. Je ^esolus cepeii-
dant d^n coi^rir les riscpies, et je t4iohai
de i^ assurer d^ s£ fidelity, en lui pro-
HiettaBt uij matqiio pour le soir.    ' ; NORD-OUEST, DE  lWmERIQUE.    $%S
Le pays, depuis Fendroit ou nous
abordames jusqu'a A Rappa est assez
uni, et pendant l'espace de deux milles,
fort sec. Le sol est une terre legere et
rouge , et si elle etoit cultivee convena-
blement , elle produiroit d'excellentes
patates , et toutes les plantes qui se
plaisent dans un terreiii sec. Quant a
present il est entierement convert d'une
herbe longue et forte. Les Naturels lais-
sent, j'imagine, cette terre inculte, parce
qu'ils en ont autour de leurs habitations
en ahondance, et de fort bonnes, qui sont
beaudiup  plus  commodement   skuAes.
i
Jusques-la l'espace qui se trouve entfe
le rivage et le pied de la montagne est
d'environ deux milles; mais de cet endroit
a A Pmppa il se retretit preportionnelle-
ment et se termine en une longue pointe
sablonneuse , qui , comme je 1'ai deja
observe, forme Fextremite occidentale de-
la baie de Wymoa.
X 3
Fevrier
1787.,
mmm Fevrier
1787.
5&6       Voyage a la   cAte,
A Rappa est un assez grand village
situe derriAre une longue avenue de do-
cotiers qui fournit a ses habitans un excellent abri contre les rayons brulans du
soleil, lorsqu.il est dans sa plus grande
force. Entre ces cocotiers il y a une bonne
quantity de terres humides et mar^ca-
geuses qui sont bien plantees de tarcow
et de cannes de sucre.
II ^toit dans mon projet en allant a i
A Rappa de voir la maniere d'op^rer des
naturels en fabriquant leurs etoffes; mais
je fus degu. Plusieurs de nos messieurs,
guides par le m&ne motif que moi, etoient I
arrivAs avant moi a A Rappa i et le travail
fut suspendu lorsque nous passames. Les
ouvriers nous entourerent; quelques-uns
rxous offrirent de nous reposer a Tombre
des branches darbres plantes aupres de
leur porte ; d autres coururent vers les
cocotiers et nous apporterent des noix,
. NORD-OUEST , DE L AlVtERlQUE.   Zvj"
avec toutes les marques possibles d'hon-
nAtete et de bonne volonte; en un mot,
chaque habitant de ce village etoit oc-
cupe , soit a nous offrir tout ce qui de-
pendoit de lui, soit a satisfaire sa cu-
riosite en nous regardan
Fevrier
1787.
't.
Pendant que plusieurs de nous etoient
occupes a la porte d'un de ces honnetes
insulaires, j'entendis un bruit semblable
a celui de pierres lancees avec violence; et
au m^me instant tous les naturels s:en-
fuirent avec precipitation. En me retour-
nant j'appercus Ryheira qui venoit vers
nous ; craignant que la foule qui nous
entouroit ne nous incommodet, il avoit
p|is ce moyen pour la dissiper. Cette cir-
constance est une preuve bien forte de
F extreme pouvoir des Erees sur les gens
du peuple. II n'y avoit pas une des
pierres jetAes par Ryheira qui ne fut au
moins stiff isante pour estropier un homme.
W    * X 4   ■<   .
. llf.j
atataW".1 ilTWaaWMMBipiPj f  j ijn—i
Fevrier
1787.
3zB  |  Voyage   aIla  c6te,
Les naturels le souffrirent cependant av6e
patience.; -||, :■:'-■■, .;|j \ : ,.; ;   . . ,.|H
111
^Ryheira nous dit que lorsque nous
*jagnerions Tendroit ou nous etions abor-
des nous trouverions le diner pret. Nous I
fumes reconnoissans de son honnAtetA,
mais aussi-t6t il gata toilt en sollicitant
un Matano. Comme ce n'etoit pas Ik le
moment de le refuser, il rassembla six ou i
huit clous que nous lui donnames et qui
le satisfirent pour Finstant, $jr , jj
La chaleur ^tant excessive, nous nous
en retourndmes a pas lents   et par un |
cBemin different de celui que j avois pris 1
en allant 1A Rappa. En examinantriierbe
qui, dans plusieurs endroits est plus haute
que le gendu, je trouvai qu'elle n'etoit
pas aussi grossiere que la premiAre que
j'avois vue, mais quelle dtoit eiitreni^Me
deflifferentes sortes de fleurs, et dlierbes NORD-OUEST, DE  L A&ERIQUE.   32§
de F espece de celle dont on forme les
prairies. Je ne doute pas que si on en
prenoit le soin convenable , elle ne fit
d'excellent foin. Lorsqne j'arrivai sur le
rivage, le diner etoit presque pr£t, et on
avoit dispose pour notre reception un
grand batiment oil Abbenoue avoit cou-
tume de retirer ses pirogues.
Fevrier
2787.
Ryheira s'oceupa du soin de rassembler
tout notre monde ; lorsque nous fftmes
tous reunis on servit le diner. Si un cui-
sinier de Londres eut vu dresser ce diner,
je puis t'assureryqu'il n'auroit pas pu s'em-
pAcher de rire , et cette vue contribua
beaucoup a me divertir.
II n'y avoit pas moins de quatre valets
q^ii y etoient employes. L'un apporta une
grande calebasse remplie d'eaii, un autre
un paquet de noix de coco, un troisieme'
un vase plein de belles ratines de tarrow Fevrier
j 787.
35o>     Voyage a la cute,
cuites au four, et le dernier aid^ par
Ryheira lui-m^me, apporta le cochon,
tres-bien dresse sur un grand plat rond
fait de bois. Cela fait, le dernier valet qui
paroissoit 4tre le chef de cuisine , versa
de feau sur le pore et le frotta avec se$j
mains , nous donnant a entendre quil
feroit ainsi d'excellente sauce. Nousfau-
rions bien volontiers dispense de ce rafi-
nement de delicatesse > niais cela ne pou-
voit £tre sans risquer d'offenser notre h6te.
L'appdtit que nous avions ne nous per-
rnettoit pas d'ailleurs d^tre bien delicats.
Je mangeai de bon coeur, et je crois que
presque tous les autres en firent autant.
Pendant le diner les domestiques de
Piyheira Etoient pres de nous , occupAs a
nous ouvrir des noix de coco pour boire
lorsque nous avions soif; et bref, nous
fumes aussi bien servis que si nous eus-
sions dind a une guinde par tete, dans
une taverne de Londres, norb-ouest,dB'l'Amerique.  53i
J'aurai par la suite occasion de te de- :
)rire leur maniere de faire la Cuisine ;
tout ce que je puis te dire k present, c'est
que le cochon fut rAti comme il faut. Le
tarrow etoit beaucoup mieux cuit que
nous n'aurions pu le faire a bord; et tout
le repas, si nous en exceptons la maniere
de faire de la sauce fut servi avec un degre
de decence et de proprete que Fon ne s'at-
tendoit gueres a trouver dans un endroit'
si eloigne des pays civilises, et ou la nature et la necessite seules ont donne Fidee
des ustenciles necessaires a preparer les
mets.
Apres le diner, je fis une excursion
dans tine partie du pays differente de
celle ou j'avois ete le matin; et la valiee,
le long de la riviere, presentant F aspect le
plus riant de tous ceux qui etoient a la
portee de ma vue, ce fut vers ce cAte que
je m'acheminai.
Fevrier
1787. IffSff
_—
niif
Fevrier
*7S7'
352      #.4||VoYAGE.|A   LA§G6tE  f    '-•     JL
~ Lorsque j'arrivai sur les bords de la
riviere, je vis un des naturels quipagajoit
ert^vant et en arriere une petite pirogue,
a ce qu'il me parut, pours'amuser. Cela
me lit songe^qu'une promenade sur feau
me fourniroit une agrdable variety , et
p6ut-«kre Toccasion de voitfitine partie du
pays sur le rivage oppose. II y avoit sur
le penchant de la colline qui me faisoit
face , une haute pyramide de bois , qui
paroissoit de forme quadrangulaire , et
que je souhaitois d'examiner. Une couple
de cloux engagArent 1'Indien k me prendi#
dans sa pirogue, et a me conduire.
A. Je ne pus cependant jamais gagner
de cet h'omme qu'il me descend! t a terre,
pres de |endroit dont je viens de parler.
II me donna a entendre que la pyramide
que je voyois, ^toit un morai, (place ou
ils enterrentleurs morts,) et qu'il n'osoit
point en approcher.   , • r   i
——-—"i nord-ouest, de l'Ame'rique. 333
TrompA dans Fe^erance quA j'avois
Fe\
fier
:onb**e d'examiner ce-timetiere , je lui 17B7.
Pis signe de ramer lentement, pour avoir
Le terns de considerer les dif£erensvpaysa-
ges qui s'offroient a ma vue V^^i^HK
soient tres - bornes. Dans sa plus grande
largeur, la valiee n'a pas plus d?fifepHfefille,
et elle va en s'ftrecissant pet^a*:pe$&,
%fmesure qu'on la remonte.;
La riviere a a peine cent pas de large,
et dans beauooup d'endroits $' elle est
encore plus resserree. Son cours est* |>res-
qu'uaperceptible, et^eau bie^Wansfia-'
rente; mais j'iEaagMe qu'il n'en est pas
de ipxAnie dans les tems pluvieux, sa riv&
orientale etant fort esparpAe et garnie de
rochers,
®0Qes roohe^s par^sSent presque ee-^
vdarts Sune couche mince- de ce^fce t$a*#
rouge et legei&j dm&f&i dAja parte ,:-^
ill.
I 1
Fevrier
mm
354  >    Voyage a la c6te,   '
qui est sans doute entrainde dans
riviere par les pluies ; c'est ce qui e:
rend souvent l'eau bourbei&se , et ce q
augmente larapidit^ de son cours. II me
impossible de determiner qu'elles sont 1<
sinuosit^s de cette riviere, et les earn
qu'elleregoit dans son cours! Maisd'apre,
laspect que pr^sente le pays, il y a liei
de croire qu'elle prend sa source versdl
centre de Tile.
Quand nous eftmes remont^ la ri
vi&re , l'espace d'un demi - mille , mon
conducteur s'dlanca sans m'en avertir,ei
avec tant de precipitation , hors du ca-
not , qu'il manqua de le renverser; je
ne fus pas effrayd, parce que l'eau n'A toil 1
pas d'une profondeur hors de ma portAe;
mais je fus surpris d'entendre une voix
s
qui ne m'^toit pas iflconnue, crier avecj|
force, berre, berre. Regardant autour de
moi, je vis un homnae qui traversoit la NORD-OUEST, DE l'Am^RIQUE.     335
:iviere , et venoit a toutes jambes de
itiotre c6te; je le reconnus aussi-tAt pour
celui que j'avois engage le matin a m'ac-
compagner. Je Favois quitte a Fheure du
diner , et ne le voyant pas apres etre
isorti de table , j'avois conclu qu'il ne
falloit plus compter sur lui; mais il avoit
tenement afcoeur le matano que je lui
avoMwpromis, qu'il avoit epie tous mes
mouvemens, pendant le cours de Fapres-
midi , pour saisir Foccasion de me rap-
peller F exactitude avec laquelle il m'avoit
&ccompagne, et lifateret qu'il prenoit a
ma conservation pendant que j'etois sur
Feau.
Mon batelier (si je puis donner ce
nom a celui a qui appartenoit la pirogue)
reprit alors sa place , et nous continuances a remonter la riviere; il ne Fa-
voit quittee que pour laisser couler Feau
'qui y entroit a gros bouillons, vu quelle
Fevrier
1787: Fevrier
1787.
336      Voyage a la  c6te,  -
dtoit pleine de crevasses. Nous avions
Barcouru deux milles sur la riviere , et il
commengoit a se faire tard. Je cms quil
^toit tems de reprendre le chamiii du
rivage , et ce qui ^toit encore pour moi
un nouveau motif de ne pas attendre la
nuit, c'est que la valine * a Foudst de la
riviere, a travers laquelle je devois passer
pour me rendre au bord da la mer, sem*
bloit me promettre des points de vue trejfcr
varies.
Le terrein sur la five orientale ™e la
riviere est dans cet endroit d'un acces
beaucoup plus facile que lorsqu'on est
redescendu juscju'au Moral , et je me
ierois promenc? dans cette pa-rtie de l'isle,
si j'avois eu assez de tems pour cela.
Etant press^ de retourner, je ftis non-
seulementoblig^d'abandonner cette idAe,
mais encore le projet que j'avois form^
d'abord de remonter jusqu'a la source de
I II la NORD-OUEST, DE l'AmERIQUE.   337
la riviere. II est vrai que d'apres F observation que je fis , le passage n'est pas
assez bon pour que les pirogues puisseist
remonter plus haut quel'endroit ou j'etois
parvenu, c'est-k-dire a.-peu-pres a deepl,
milles de distance du rivage.
Fevrier
1787.
Ayant congedie mon batelier , je
m'acheminai vers un village ecarte can
est k peu de distance de la riviere ; j'y
rencontrai plusieurs personnes de Fequi-*
page qui avoient ete se promener dans les
plantations qui dominent la valiee.
Plusieurs d'entr'eux etoient remontes
beaucoup plus haut, mais aucun n'avoit
ete assez loin pour appercevoir la source
de la riviere; ils me confirmerent nean-
moins, dans Fidee quelle n'etoit gueres
navigable , pour les pirogues , qu'a un*
demi-mille plus haut que Fendroit ou je
m'etois arrete. w
Tome I. Y Fevrier
2787.
338      Voyage a lac Ate,
Nous apprimes qu'Abbenoue .faisoit
$a residence dans ce village, et on nous
montra plusieurs maisons qui lui appar-
tenoient; mais on nous dit qu'il n'avoit
pas ete chez lui depuis le matin , avast
passe toute la journee avec PopotiM, (nom
que les insulaires donnent au capitaine
Pbrtlok.)
II y a nn bon nombre des maisons
Aparses ca et la, toutle long du chemis,
depuis le village jusqu'au bord de la mer;
et comme nous allions tres - doucement,
les habitans nous engaereoient continue!-
lenient a nous reposer un peu sous les
arbres , il s'en trouve toujours plusieurs
aupres de leurs habitations. II etoit evident queleurs sollicitations n'a voient.point
pour unique objet que de satisfaire une
curiosite insatiable , mais qu'elles etoient
dictees par Fen vie de nous faire plaisir,
et de nous donner des marques d'attention Fevrier
NORD-OUEST, DE lAmERIQUE.    53o,
qui doivent leur meriter notre reconnois-
sance; on voyoit la joie briller dans les     1787.
traits de tous ceux chez qui nous nous
arretions. Leur famille se rassembloit au-
tour de nous; les mis nous appojtoient
des noix de coco, pour nous raffraichir ,
d'autres eventoient ceux de nous qui pa-
roissoient fatigues^ de leur promenade ;
enlin ils etoient singulierement empresses
a nous rendre tous les bons offices qui
Atoieift en leur pouvoir.
La valiee que nous lorigeames pour
"nous rendre sur le rivage , est entierement consacree a la culture du tarrow,
et ces plantations sont disposees avec
beaucoup de jugement. Le terrein est bas,
et les endroits plantes de tarrow sont
totalement couverts d'eau et environnes
de fosses, de sorte qn'oni peut a volontA en
faire ecouler Feau ou les arroser avec
celle que Fon tire de la riviere par des
Y 2 Jwfili
V /
040
XI
Voyage a ia cAte,
Fevrier
2787.
saignees. Le tarrow est plante suivant la
fantaisie des propriAtaires, dont les possessions sont marquAes avec la plus scru-
puleuse exactitude. Elles sont coupAes a
des distances convenables, par des sen-
tiers elev^s de la largeur de deux pieds.
J'ajouterai que ces plantations s'enten-
dent le long des bords de la riviere, et
que les maisons dont j'ai parl^ sont si-
tuees a l'ouest, de 1'endroit ou la riviere
cesse d'etre navigable, les arbres qui se
trouvent en assez grand nombre sont la
plupart de 1'espAce du murier....
Je te parlerai dans ma prochaine lettre
des maisons et de tout ce que j'ai vu
qui m'a paru digne d'&tre remarquA. Je
finirai &n observant que le jugement sain
( je dirai presque scientifique ) et l'art
avec lequel ces terreins sont cultivAs ;
l'exacte attention et l'assiduit^ qu'ils aprfl
portent a leurs travaux champAtres fe- NORD-OUEST,  DE L Am^RIQUE.   34l
roienfc honneur  mAme   au cultivateur *
anglois.
Fevrier
1787.
La nuit etoit presque close quand
nous arrivames sur le rivage, notre chaloupe nous attendoit, et etoit a Fancre,
a peu-pres au mAme endroit que le rrfatin.
Un gtand nombre d'insulaires s'y etoient
rassenibies. Plusieurs prirent conge de
nous et d'autres nous tourmenterent pour
avoir des matanos. Parmi ces derniers, se
trouvoit fhomme que j'avois engage le
mat^n pourm'accompagner, jelui donnai.
deux clous et il parut fort satisfait. Pauvre
recompense , diras - tu , pour toutes les
fatigues d'un jour ! cela m'a rappelle les
siecles recuies de notre vieille patrie , ou
le laboureur diligent avoit a choisir entre
un sol et une mesure de bled pour le
salaire d'une journee de travail.
Les serviteurs d'Abbenoue nous at-
Y 5 Fevrier
1787.
342  ;   Voyage a la cute,-
tendoient sur le rivage pour nous pagayer
sur le ressac jusques a notre canot,
comme ils avoient fait le matin , et nous
fumes rendus a bord peu de tems apres le
coucher du soleil.
. Le plaisir que j'ai eprouv^ dans cette
promenade est infinimeiit superieur a
celui que j'ai ressenti d&ns toutes les parties de plaisir que j'ai faites en ma vie,
et si la relation imparfaite que je te donne
te prouve la moindre satisfaction, ce sera
■     ;J$tJ
encore une nouvelle raison de sslrejouir
pour ton ami. #:
,. ■'    -. .i  ■-'   vv. b. •■■• •■:
% NORD OUEST,   DE l'AteE* RIQUE.   $$&
Fevrier,
1787.
- • #L ETTRE   XXV I L'^p
En incr, le 16 mars 1787.'
Vous ayant fait part de mon incrift
sion dans File d'Attoui, je vais a present
reprendre le recit de ce qui s'est passe a
bord.
Vers le 8 fevrier, il fit une chaleur
etouffante , aceompagnee d'un grand
nombre d'edairs. Dans la nuit du 9 il
s'eleva un vent frais , et le lerider\%in^i4
cinq heures du matin, le cable de Fancre
d'affourche se rompit a vingt-une brasses
de Fancre.
Nous avions encore un tres-gros vent
du sud, et une houle qui augmenta, de o
Fevrier
1787.
44      Voyage a  la cAte,
maniere a rendre inutiles tous les effort*
que nous aurions pu faire pour reprendre
notre ancre. La seule ressource que nous
eumes pour le •moment, fut de laisser
deux ou trois bouees aussi pres qu'il nous
fut possible de 1'endroit ou nous jugions
que Fancre etoit rest^e, celle sur laquelle
nous avions pose s'dtant enfoncee.
/ Le 1 o dans Papres-midi, et pendant la
soiree, nous nous trouvames dans une
position tres - desagreable. Nous fumes
accueillis par de frequentes raffales, du
tonnerre, des Eclairs et une grosse pluie;
de sorte que si nous avions 6te forces de
filer notre cable , il nous auroit proba-
blement et6 impossible d'eviter la terre.
Le 11 dans fapres-midi, le vent sauta
a l'ouest et devint plus moder^, ce qui
fit consid^rablernent diminuer la houle*
Quoique la mer flit si grosse • notre ami NORD-OUEST, DE   l'Am^RIQUE.  545
Long-Shanks vint Fapres-midi nous ap- —-        -
^ x I       Fevriet
porter du tarrow. II ne manqua pas de l7**7*
nous faire valoir ce service, et nous le re-
compensames en consequence , quoique
nous n'eussions pas un grand besoin de
cette racine, en ayant heureusemerrt fait
une abondante provision avant Farrivee
du mauvais tems.
¥IW:
m&M
Les eiemens paroissant pr$tf% se de-
chainer contre nous , nous resolnmes de
quitter cette place; et le 12 a trofs heures
du mating le capitaine Portlock nous
donna signal de lever Fancre. Nous fimes
alors voile vers le sud/WTaide d'une brise
legere du nord-ouest.
m
Du 12 auw5r, nous croisames devant
Oneehow, mais nous ne primes parvenir
a y atterer, k cSuse des vents le^brs et in-
variables que nous rencontr&mesf^Nous
essuyames pendant les trois jours une ff*"
b
Fevrier
X/K,7m
^4^' M' Voyage a la cATE,ffe J
chaleur ^touffante, et le tems fut cons-
tamment nebuleux.
Le 16 avant - midi, il s'eleva un vent
frais du nord-est : nous portames djpoit
sur Oneehow; et dans 1'apres-midi nous
jetumes l'ancre dans la baie d'Yam, a environ deux milles du rivage , par vingt-
neuf brasses, fond de sable. Les extrdmites
de la baie nous restoient du sud 20 degres
est , au nord i5 degres est ; le corj§j
d'Orechoura au nord 4° degres est, et
Tahoiifa au sud 5o degrds ouest.     *w
,; Le principal motif qui nous avoit e%
gages a y relacher , ^toit celui de re-
^couvrer les ancres qu'y avoit laisse le
capitaine Portlock, Le 17 a la pointe du
jour, on envoya a cet effet les chaloupes
des deux vaisseaux. Le tems dtoit heu-
reusement assez beau, et la mer n'etoit
point trap agit^e; de sorte que vers les NORD-OUEST, DE l'AmERIQUE.   347
ideux heures de l'apres   midi^le King- —    , -
Fevrier
George avoit recouvre ses deux ancres.    *7&7-
Nous avions d'autant plus lieu de nous
tf^ouir de ce succes, que celle que nous
#vion$ laissee pres d'Attoui pouvoit presr
qu^i etre regardee comme perdue. jg£|
Pendant ce meme tems, nous ache-
tames des naturels, qui etoient venus en
assez grand nombre, de Feau et une bonne
quantite d'ignames ; ces provisions ^ve~
noient fort a propos, car nous avions
consomme presque toutes nos racines.
Vers les trois heures de Fapres-midi,
% vent passa au sud; nous levames Fancre
et mimes le cap au nord-est, daus le des-
sein , si le vent continuoit a souffler dtt
meme point, de nous rendre a Attoui, a
travers le passage pres dfi)rechoura , et
d'essayer de repecfeer notre ancre; mais.
nous eumes alors de nouvelles raisons do fPfW
Fevrier
348 Vo ,YAGE   A   LA    c6tE,
juger que, pres de ces Mes, le vent est
toujours variable; car du 17 au23, nous
n'eunies que des brises foibles qui sau-
toient continuellement dun rumb a Fautre
et des calmes frequens; nous fumes en
consequence obliges de porter au noni
et a Fest, en courant des bordees plus ou
moins longues , suivant que les circons-
tance§£ l'exigeoient. Nous eumes en general, pengjant tout ceipems , Attoui au
sud-sud-est, et OnefehQmau sud^st.
I^Pendant que nous eti^as a louvoyer,
et incertains sur le parti que nous de-
vions prendre, nous eumes occasion d'examiner la c6te septentrionale d'Attoui, ou
la partie ^irectement en face de la baie
de Wymoa. Jusqu'au bord de la mer, la
cote est presque par-tout montueuse fft
d'un acces difficile. Je n'y distinguai au-
cune plaine, et nun*! marque que cette
partis fiit habitue, au moins par une peu- NORD-OUEST , DE  L AmeRIQUE.   34$
)lade un peu forte. Je presume d'apres
:ela , que la partie meridionale de File
:ontient presque tous ses habitans.
Fevrier
1787.
Le 24 et le 25, nous eumes un assez
beau tems , mais presque toujours des
vents legers et par intervalles un vent
frais de Fest-nord-est.
Le 26, nous passames entre Orechoura
et Attoui. A midi, la pointe de cette derniere ile se prolongeoit du nord au nord
58 degres est, et Oneehow nous restoit
a Fouest 8 degres sud.
Dans Fapres-midi du 26, et pendant
toute la journee du 27 , nous eumes des
vents frais et variables; mais dansl'&pres-
mi'di du 28, le tems etant beau et le vent
soufftant bon frais de Fest, nous jetames
Fancre dans la baie de Wymoa par trente-
sept brasses, fond de sable. *if| Fevrier
2787.
35o      Voyage a la  cote,
Nous etions venus dans cette baie
dans Fintention de nous mettre a la recherche de notre ancre; c'est pourquoi
on mit aussi - t6t la chaloupe a la mer.
Tous nos efforts furent inutiles, quoique
nous eussions eu le soin de bien remar-
quer la place ou nous Favions perdue,
et que la mer fut assez tranquille; les
bottees que nous y avions laissees, qu
avoient ete entrainees par les flots , ou
etoient devenues la proie des insulaires.
. Le  ier mars, nous* eumes un vent
7 7* modere et un beau tems, ce qui nous fit
|% esperer que nous pourrions nous procurer
des pores et des vegetaux ; mais les habitans etoient taboes, et nous n'en vimes
aucttn venir de notre c6te, si ce n'est quelques chefs de la seconde classe, qui nous
apporterent une petite quantise de tarrow.
Nous eumes lieu de croire, d'apreifles NORD-OUEST, DE l'Am^RIQUE.    35l
Uffi^rens avis que nous pumes nous pro-  g
1 r r v   'Mars 1787.
surer, que le roi etoit las de nous , qu'il
avoit taboes ses sujets, aim qu'ils ne nous |
apportassent a bord aucun rafraichisse-
ment, et qu'il pensoit de nos fre^juentes
visites, que nous avions envie de former
un etablissement a Attoui ; les appa-
rences pouvoient, en effet, autoriser cette
supposition : nous avions , a plusieurs
reprises , relache sur leurs c6tes ; nous
■SH    T
avions long-tems cfOise a la vue de leur
lie, nous y etions revenu jetter Fancre :
enfin , nous avions fait parmi ses insu-
laires un sejour assez prolonge, pour qu'ils
pu&sent s'imaginer que nous avions resolu
| de nous fixer dans cet endroit deiicieux.
Si ce sont Ik les motifVreels qui ont
engage Tiara a taboer les r^ibitans, comme
Jfen suis intimement persuade'; cette
conduite n' est qu une preuve de la penetration et du bon coeur de ce prince, dont 35s       Voyage a lX c6te,
• je t'ai deja fait l'eioge: je ne crois pas que
7   ' le politique le plus habile, put trouver
une maniere plus commode de se de»
i *x
Barrasser des gens incommodes, et avec
lesquels il ne se soucieroit pas d'avoir de
querelle ouverte, qu'en les affamant....
Revenons a mon journal:
Le 2, le vent s'etant porte a Fouest,
nous levames Fancre a huit heures du
soir, et nous primes le large. Nous avions
tres-bien fait; car, le lendemain, nous
eumes de frequentes raffales , avec une
pluie tres-abondante; le vent etoit pres-
qu'au sufl-ouest: a midi, Attoui portoit
du nord-nord-est au nord, 25 degres k
Fouest, et Oneehow du nord 6o degres
a Fouest au nord, 8o degres ouest, a la
distance de 6 lieues. Dans Fapres-midi,
ayant un tems charge de brume e t de brouil-
lard,nousperdimes les deux iles de vue.
.y.    ..    - % Le NORD-OUEST, DE  l'Am^RIQUE.    353
Le meme tems continua pendant les
journees du 4 et du 5, et nous eumes des
coups de vent violens venant de Fest,
accompagnes d'une forte pluie et d'une
grosse mer : nous jugeames, en consequence , qu'il seroit prudent de mettre
en panne, ne sachant pas positivement
ou se trouvoient les courans et ne voulant
pas cependant nous eloigner davantage
des c6tes.
Mars 2787.
Dans la matinee du 5, nous vimes Attoui, qui nous restoit de Fouest a Fouest-
sud-ouest, et Whahoo au sud-sud-est.
Dans Fapres-midi, le tems devint plus
modere , et nos gens furent occupes k
hisser un nouveau mat de palan, notre
ancien ayant ete emporte par les vagues.
Comme il y avoit a forger quelques' ou-
vrages en fer, Farmurier s'en oecupoit,
lorsqu'un roulis subit du vaisseau fit
tomber Fenclume dans la mer. Cet ag-
Tome I, Z 554       Voyage a la c6te,
-' ■ ■  ■    ■ cident nous fit d'autant plus de peine,
Mars 1787*;^; Wb%
que nous avions peu de iocs de faits, et
nous savions combien cet article nous seroit es^entiel par la suite, pour trafiquer
avec les Insulaires.
Pendant les journees du 6 et du 7,
nous eumes des brises fraiches de Fouest.
Dans la matinee du 7, le capitaine Dixon .
se rendit a bord du King-George, et a son
retour, nous mimes le cap a Fest-sud-est,
nos capitaines s'etant determines a rallier
Owh^hee, si le vent restoit au sud-ouest.
Nos efforts furent inutiles; le vent ayant
saute a Fest-nord-est dans la matinee du
8, nous fumes obliges d'abandonner notre
projet.
Le 9 et le 10, nous serrames le vent,
croyant qu'il continueroit a etre variable;
mais, au contraire, nous eumes un vent
alise constant, qui nous forga de renoncer NORD-OUEST, DE   l'Am^RIQUE.   355
au projet de relacher a Owhyhee, et nous
fimes force de voiles vers le sud-ouest.
Dans Fapres-midi, favorises d'un vent
frais et constant de Fest, nous nous trouvames a 2 milles de la terre nord-ouest de
Whahoo. Appercevant alors un petit
village sur la partie occidentale de File,
nous mimes a. la cape, et nous y restames
pendant trois heures , croyant que les
habitans nous apporteroient des pores et
des vegetaux: nous avions d'autant plus
lieu de Fesperer, que e'etoit la premiere
fois que nous approchions de cette c6te;
mais il ne vint que deux pirogues, et elles
nous apporterent si peu de choses, qu'a
cinq heures, nous remimes a la voile et
gouvernames a Fouest.
Mars 1787.
Les extremites de Whahoo , s'eten-
doient alors du sud , 5o degres est au
sud; 35 degres ouest, a la distance d'en- Mars 2787.
356       Voyage  a  la c6te,
viron 3 lieues. Except e le petit hameau
dont je viens de parler, la partie septen-
trionale de Whahoo paroit inhabitee. Ce
parage ne paroit pas, non plus, offrirv
un abri assez bon pour qu'un vaisseau
y jette Fancre; la c6te est en general es-
carpee et montagneuse, et, sous ce rapport , elle ressemble beaucoup a la partie
"septentrionale d'Attoui.
Le 12 , a sept heures du matin, nous
vimes Attoui, et a midi nous etions a
peu de milles du lieu de notre ancien
mouillage, a la baie de Wymoa. Le tems
etoit tres-beau, et nous avions une assez
bonne brise de Fest; nous diminuames de
voiles , esperant que les naturels nous
apporteroient des rafraichissemens; mais
nous ne vimes pas paroitre la moindre
pirogue dans la baie; cela nous confirma
dans Fidee que le roi etoit absolument
determine a nous faire quitter son ils NORD-OUEST, DE l'AmERIQUE.   35?
sn nous affamant. A six heures du soir ,
les extremites d'Attoui portoient du nord
|io degres ouest, au nord SS degres est,
et Fextremite sep tent rion ale d'Oneehow
de Fouest a Fouest-quart-sud-ouest.
Mars 1787.
Nous perdimes alors toute esperance
de nous procurer des pores, et la seule
chose qui nous restoit a faire, avant de
continuer notre voyage vers le nord, etoit
de nous munir au moins d'une provision
d'ignames fraiches d'Oneehow. Pour exe-
cuter ce nouveau projet, il nous falloit un
vent constant de Fest.
Le i3, nous eumes des vents legers
et variables; vers le soir, le ciel s'obscurcit
et se couvrit de nuages, et il fit une chaleur etouffante. Pendant la nuit nous
eumes un orage tres-long, beaucoup de
pluie, des coups de tonnerre violens et
des eclairs tres-vifs. Le 14, nous eumes des
■  I   *R    ■ Z3 Mars 1787.
558       Voyage a la cote ,
souffles legers , et de tems en tems du
calme; vers les six heures de Fapres-midi,
il s'eieva une brise fraiche de Fest-nord-
est , et nous serrames le vent au sud
pendant la nuit, esperant qu'a la pointe
du jour nous arriverions a Oneehow;
mais a six heures du matin , le 15, le
vent ayant saute a Fest-sud-est, le capitaine Portlock •, contre notre attente ,
porta au plus pres sur le nord-est. A midi,
les bandes d'Attoui nous restoient du
nord au nord 35 degres ouest; pendant
la journee nous eumes une jolie brise du
sud - est, et un tres - beau tems ; notre
latitude etoit a midi de 21 degres 29
minutes, et notre longitude de i5o, degres
ouest. A six heures la pointe nord-est
d'Attoui nous restoit au nord l±2 degres
a Fouest, a la distance de treize lieues
et File de Whahoo a Fest. Le vent se tint
dans le m^me rumb pendant toute la
nuit; et dans la matinee du 16 ayant perdu NORD-OUEST, DE L'AMERIQUE.      35o,
toutes les iles de vue, nous gouvernames
[au nord, aides d'un bon vent du sud.
C'est ainsi que nous avons quitte ces
i lies pour la seconde fois, et nous faisons
| voile maintenant vers la c6te d'Amerique,
I tres-riches en esperance. Je te donnerai
dans ma prochame lettre la relation de
notre traversee. Adieu.
W. B.fv
LETTRE   XXVIII.
De File de Montagu, le 26 avriL
Avant de te donner les details de notre
traversee, pour nous rendre sur la e6te
d'Amerique, il me reste quelques mots, a
te dire sur notre depart d'Oneehow, a
Finstant oil nous paroissions, toucher au
7-A
£j 36o      Voyage a la c6te,
- but que tant d'efforts sembloient nous
Mars 1787, .    . . .
promettre d attemdre depuis plusieurs se-
maines. S
Le tems etoit beau et modere pendant
la nuit du 14, et toute la journee du i5
de mars nous avions eu une jolie brise de
Fest qui pouvoit favoriser le projet de
raUier Oneehow, ou nous etions presque
surs de nous procurer une provision nou-
velle d'ignames, dont nous avions le plus
grand besoin. II doit paroitre etrange que
ce soit justement le moment choisi par
le capitaine Portlock pour gouverner au
nord; mais on doit se rappeller que jusqu'a cette epoque le tems avoit toujours
ete tres - variable , et que nous n'avions
jamais manque de le trouver tel aupres
d'Oneehow; que quand meme nous n'au-
rionspas eprouve de vents contraires dans
notre route, il etoit tres-probable que
lorsque nous serions  converts  par  les NORD-OUEST, DE lAmERIQUE.   361!
bandes de File, nous rencontrerions des
fcalmes qui pouvoient nous faire beaucoup
Re tort. La saison etoit deja assez avancee
pour que nous songeassions a nous rendre
p. la c6te, aim de reparer, s'il etoit pos-
Isible, le tems perdu pendant la derniere
saison. Que ces raisons soient bonnes ou
[mauvaises , l'evenement a prouve que
nous avions bien vu. Le vent avant saute
au sud, comme je te Fai deja mande, nous
n'aurions jamais pu parvenir a entrer dans
la baied'Oneehow.Revenons a notre route.
Mars 1787.
Dans la matinee du 17, le vent souffla
grand frais du sud: nous eumes de fre-
quentes ondees , et dans Fapres-niidi ,
le vent devint leger et variable. La nuit
nous eumes des raffales, accompagnees
de tonnerre, d'edairs et d'une ySluie con-
tinuelle. |||
Le 18 dans la matinee, nous eumes
if t ■
■■--          :
1
o6\
Voyage a  la c6te,
— un gros vent du sud-sud-est, et la mei
Mars 2787.
etoit tres-houleuse ; il ton^ba de la plul^
sans discontinuer, le vent souffla dememe
toute la journee , et une grande partie
de la nuit. Comme il faisoit tres -noir,
nous mimes en panne , et a cinq heures
du matin le 19 , le tems etant modere,
nous forcames  de  voile.   A midi nous
etions , suivant Festimation, par les 2
degres , 24 minutes de latitude nord, .
paries i5i degres, 17 minutes de long
tude ouest.
Jusqu'au 23, nous avons eu a-peu-
pres le meme tems , toujours vent frais
etkvariable , et un ciel nebuleux,- le 22,
notre latitude observee a midi etoit de 29
degres 1 o minutes nord, et notre longitude
pri^e d'apres plusieurs observations de la
liine de i58 degres, 27 minutes ouest.
Le 24 etlea5, nous eumes des raffales k  NORtT-TlUEST, DE L'AMliRIQUE.   363
'requentes , accompagnees de pluie , le *
, . ,   ., ",   Mars 2787..
rent portant alternativement de 1 est-sud-
sst au sud-sud-est, et le tems etant charge
de brouillards et de brume.
Le 26 le tems fut moder&^notre latitude etoit a midi de 34 degres 59 minutes nord, et notre longitude de i5g
degres 3o minutes ouest. Contre notre
attente, le brouillard se dissipa dans la
journee du 27, et nous eumes un tems
modere et un ciel serein, avec une jolie
brise du sud; elle continua jusqu'au 29
au soir , que nous eumes un vent frais
du sud, accompagne de frequentes on -
dees et dun brouillard epais. Nous avons
remarque que les vents de sud-ouest, dans
1 ces latitudes, c'est-a-dire du 5o au 60 degres
de latitude nord, ne manquent jamais
. d'etre accompagnes de brouillards. epais.
Le 13 au matin, le tems devint plus
# Mars 1787.
364      Voyage a la c6te,
modere , nous etions a midi par les 3g
degres, 23 minutes de latitude nord,, et
par les 154 degres, 23 minutes de longitude ouest; pendant Fapres-midi , nous
eumes des souffles iegers et inconstans,
et un tems nebuleux. Vers le soir , nous
vimes plusieurs plongeons de mer et un
je'une veau marin qui nageoit le long du
batiment, ce qui etoit une preuve que
nous nations pas eloigns de terre.
sif Etant a. peu-pres dans la meme position lors de notre precedente campagne,
nous avions deja ete convaincus , d'apffa
de semblables indices, que nous nations
eioignes de terre que de quelques lieues.
Mais malheureusement, alors comme a
present, les brouillards etoient si epais,
que nous n'aurions pas pu appercevoir la
terre la plus elevee a dix milles de distance.
Du ier au 4 avril, nous avons tou- nord-ouest, de lAmeriojue.  365
jours eu a-peu-pres le meme tems; le
vent soufilant ordinairement du sud-sud-
est , ou du sud-ouest, et Fair etant humide
et charge de brume. Le 3 a midi, notre
latitude etoit de 44 degres , 4 minutes
nord, et notre longitude de i5i degres,.
5q minutes ouest. Les nuits etant tres-
obscures, nous etions presque toujours
obliges de nous tenir a la cape, et nous
remettions a la voile a la pointe du jour.
Le 7 a midi , nous etions par les 47
degres, 21 minutes de latitude , et par
les 148 degres , 3q minutes de longitude
ouest; nous appercumes des mouettes,
des plongeons et differens autres oiseaux,
et des herbes marines.    &%
Avril 1787.
Dans Fapres-midi du 8 , nous vimes
un lion de mer qui jouoit autour du vaisseau. Du 5 au 9 , le vent fut leger, et le
plus souvent au nord; mais dans la ma- Avril 1787.
566       Voyage a la   c6te,
tinee du 9, il passa au sud-ouest, et nous
eumes alors un tems modere , accom-
pagne par intervaHes de gibouiees et de
pluie neigeuse. Le 12 a midi, notre latitude etoit de 52 degres , Tfi minutes
nord , et notre longitude , suivant des
observations lunaires, de i45 degres, 43-
minutes ouest.
Depuis ce jour jusqu'au 16 , nous
eumes peu de changemens , les vents
resterent frais et variables, accompagnes
par intervalle de chute de neige et de
bruine. Nous observames que la dedi-
v naison du compas etoit de 19 degres a
Fest.
Le 16 , le tems etoit extremement
froid, et le thermometre descendoit jusqu'au 25e degre, ce qui etoit deux degres
et demi plus bas qu'il n'etoit descendu
durant le dernier voyage  du capitainef I*
NORD-OUEST , DE  l'AmERIQUE.    367
Cool^, quoiqu'il se fut avance jusqu'au
72 degre de latitude nord.
Le 16, a midi, notre latitude etoit
de 58 degres 9 minutes nord , et notre
longitude de 149 , 23 ouest. Jusqu'au 18,
le tems fut si charge de brouillard et de
brume , que nous ne pumes faire aucune
observation, et qu'il nous auroit ete impossible de decouvrir terre a la moindre
distance ; nous nous contentames de
louvoyer , etant incertains de la dip
tance ou nous etions des cotes d'Amerique.
Dans Fapres-midi du 18 , nous es-
suyames une bourasque de Fouest; mais
ayant ferie les voiles a. tems, nous ne
souffrimes aucun dommage. Le vent con-
tinua a soiiffier assez vivement pendant
la plus grande partie de la nuit ; mais
dans la matinee du 19 il s'appaisa , et
Avril 1787.
I Avril 2787.
lyj^i1
368        Voyage a la c6te,
le tems s'edaircit assez pour pouvoir
prendre liauteur. Elle nous donna 57
degres 4* minutes de latitude nord.
Du 20 au 22 , nous eumes un tems
tres-brumeux, et de frequentes raffales
accompagnees sans discontinuer, de neige
et de pluie. Le vent souffla le plus souvent du sud-ouest, et du sud-sud-ouest;
a midi, nous nous trouvions par les 59
degres 1 minute de latitude nord. Nous
serrames le vent autant qu'il nous etoit
possible, et nous marchames avec precaution , certains que nous nations gueres
eioignes de la c6te, et le brouillard etant
si epais, que nous n'aurions pas, pu d£
couvrir la terre a la distance d'une lieue
du vaisseau.
Le 23 au matin, le tems devint assez
clair. D'apres deux suites d'observations
de la lune, nous nous trouvions a midi,
"■   -     "f '■   '' \' '   /        "     .   '   par
.U.' W.AUI '-'- LI    ■■ nord-ouest, de l'Am^rique. 0*69
par tes 5g degres, 9 minutes de latitude
nord, et par les 47 degres, 55 infinites
de longitude ouest. A une heure, nous
decouvrimes une terre, qui se prolongeoit
du nord-est-quart-de-nord a Fouest, a4-#
lieues de distance. A sept heures du soir ,
elfehous restoit ,  et nous reconnumes
que e'etoit File de Foot. L'ile Montagu
portoit  est;  de sorte   que  nous etions
absolument en face de Fentree du prince
William , que nous avions en vain tente\
de trouver, lors de notre precedent voyage
sur cette c6te. A la pointe du jour , la
boudie de Fentree etoit au nord, 14 degres est , et la partie sud-est de File Montagu nous restoit au nord, 32 degres est,
k la distance d'environ 5 lieues. Le vent
etant leger et variable, nous portames a
Fest durant la nuit; et le matin du 24*
un vent modere de Fouest s'etant eiev^j
nous deployames toutes nos voiles et gou-
vernames  directement  sur  Fentree.  A
Tome L A a
Avril 1787: Avril 1787
370      Voyage a la c6te,
midi, suivant notre observation , nous
etions par les 59 degres, 47 minutes de
latitude nord, et par les 147 degres, 53
fainu£es de longitude ouest, justes par le
travers de Fentree du canal.
Dans la carte generate du capitaine
Cook , cette entree est placee a 59 de*
gres, 36 minutes de latitude nord, ce qui
fait i 1 milles au sud; mais nous avonn
apporte la plus grande exactitude en pre-
nant les hauteurs , et , etant favoris&
d'un tres-beau ciel, nous avons pu determiner notre latitude avec precision. Le c&«
pitaine Dixon fut, par-la, bien convaincu
j|| Feijpeur qui se trouve dans la carte ck
dessus mentionnee , et il etoit demontre'
que l'^n avoit fixe la latitude, d'apres les
angles tires du terme vrai, de la haute«*
du meridien, a une certaine distance.
Dans cette position, la terre s'etei* NOR©-OUEST, DE l'AmERIQUE.      $J$
doit du nord, 34 degres ouest au nord-
quart-d'est; les iles Vertes nous restoient
au nord, et nous etions a 2 milles de la
pointe sud-est de File Montagu. Le vent
tomba entierement dans Fapres-midi, er
n'y ayant pas de probabilite que nous
pussions penetrer dans Fentree , nous
portltmes dans une baie profonde, qui
nous restoit a Fest. A cinq heures, noua
y mouillames par vingt - quatre brasses ,
fond de vase , et la terre se prolongeoit
du nord-ouest au sud-ouest.
Avril 1787.
Nous voila encore une fois sur le
thellre de nos grandes operations ; mais
je vais conclure , pour le present, en
souhaitant sincerement que nous n'ac-
complissions pas le vieux proverbe, la,
montagne est en travail, etc.
Je suis, etc.,   W. B,
Aaa 372
Voyage  a  la c6te,
Avril 1787.
LETTRE    XXIX.
De l'lle de Montagu ^le 2$mai.
Je t'ai laisse' dans ma derniere lettre,
a F instant ou nous venions de jetter
Fancre, et je ne doute pas que tu ne sois
impatient de savoir ce qui nous est -arrive'
depuis ce moment. Connoissantf^e desa-
grement d'etre tenu en suspens, je vais
satisMire ta curiosite du mieux qtm me
sera possible.
II paroit que ce qui a determine le
capitaine Portlock a relacherici, est quil
avoit vu deux pirogues vers le fond de
cette baie , ce qui lui avoit fait esperer de
rencontrer des insulaires, avec lesquels il
seroit possible de trafiquer. C'est ce que WL>
NORD-OUEST, DE L'AMERfQUE.   373
nous avons le plus fortement a coeur,
notre derniere saison etant deja avancee.
im i»aVTjWf^«j-wa-.
Avril 1787.
Le 24 au soir, cinq pirogues virirent
se ranger sous notre bord; mais les naturels n'avoit ni fourrures , ni aucune
autre chose a echanger. lis nous salue-
rent, en etendant les bras et en repetant
plusieurs fois le mot louleigh, appuyant
generalement, avec beaucoup d'emphase,
sur la derniere syllabe. Nous primes ceci
pour des marques d'amitie, et nous re»
pondimes a leur salut avec les memes
gestes, en repetant le mot louleigh. Lors-
que nous leur demandames des hotoonc-
shuck, ce qui signifie en  leur  langue,
peaux de loutre, ils etendirent aussi-t6t
le bras vers Fentree du prince William,
en repetant plusieurs fois, et avec le plus
grand empressement , les mots  nootka,
notooncshuck. Quelques chiens,que nous
avions sur   le vaisseau , entendant des
Aa 5 A
Sj4 fV0 Y A G E   A   LA   C 6 T E,
*";••- —— etrangefs , monterent sur le Mat bord1,!
I
AvrU j 787. et se mjren^. a aboyer apres e^x. Les In*l
diens les appellerent aussi-t6t, disant
fouzer, touzer, ici, ici; et ils sifTlerent,
comme Fon a coutume de faire en Angle terre quand on veut attirer un chien.
Nous ne savions que penser de cela, maij
il paroissoit evident, par des mots anglois
qu'ils avoient prononces ,  et par Fidee
qu'ils avoient de quelques - unes de nos
cpntumes , qu'un vaisseau de notre nation etoit actuellement dans cette entree,
ou qu'il en etoit sorti tres-recemment.
Nous ne pouvions deviner ce que signilioit
nootka, quoiqu'ils le repetassent beaucdsp j
plus souvent qu'aucun autre mot.
Leurs pirogues etoient couvertes de
peaux, de  m^me que celles que nous \
avions vues pendant la derniere saison j
dans la riviere de Cook : il y en avoit trois
qui   etoient  construites  pour  contenir NORD-OUEST, DE  l'AmeRIQUE.   5$jl
deux personnes, et dans les deux atifees,
il n'y avoit place que pour une seule.
Ces Indiens avoient aux oreilles des
pendans formes d'un grand noriibre de
petits grains de verre; mais nous avons.
lieu de croire qu'ils leur ont ete donmes
par les Russes , ainsi que des couteaux
et des armes de fer qu'ils nous montrerent,
et que nous reconnumes avoir ete fabri-
ques par des gens de cette nation.
Le 25 , de grand matin , on envoya
les canQts a la c6te, pour faire du bois
et de Feau, ce qui fut aisement execute!
Nos capitaines firent en meme-tems le
tour de la baie, et examinerent toutes
les criques et toutes les anses voismes ,
sans trouver aucun insulaire, ni rien qui
indiquat que cette partie de File eut 6t&
recemment habitee. Nous en conclumes
que ceux que nous avions vus , n etoient
Aa 4
_ja,«aHi
Avril 1787*-
.
•
1   !i 5j6        V O Y A G E_ A^fX. A   C 6 T E-,
fc qu'tu|g troupe de;||hasseurs de Fentree
A.vril 1787.
du prince William. Nous le^r a^ons-iait
quelques presens de peu de valeur, espe-
rant que non-seulement cela les engageroit
a nous appojjgif des fourrures , mais
encore, que leurs voisins, encourages a
suivre leur exemple, viendroient trafiqtier
a^ecgiousj ils avoientparu tres-satisfaits
du peu que nous leur avions donne, et
nous avoient promis de nous apporter
sous peu une bonne quantite de no-
tooncshuck.
Nous^at ten dimes jusqu'au 28 , dans
la plus grande inquietude, esperant toujours que les Indiens re viendroient pour
trafiquer avec^ nous ; mais nous fumes
decus, et nous nous determinames a
quitter cette baie au prettier vent favorable.
Le 29 , a quatre heures du matin, NORD   OUE^T,  DE l'AmERIQUE.    377
une brise du sud-ouest  s^tant eievee m
nous demarrames et sortimes de la baie. vr *7 7*
Mais nous avions a peine atteint le$b.nai
qui conduit dans ^entvee, que nous eumes
un calme parfait. La maree etoit alors
contre nous; nous mimes les chaloupes
a Favant de nos vaisseaux, pour les re-
morquer, et nous eumes soin de tenir le
ntilieu du canal autant que notre surety
pouvoit le permettre. A dix heures, nous
jettjanies Fancre par vingt-trois brasses,
fond de vase, a 1 mille de distance du
rivage. Les extremes de la baie portant
du nord , 4° degres ouest, au sud, 5^
degres ouest.
Le 3o, le tems etoit assez- beau, le
vent leger et variable ; aucim Indien
ne nous approcha , et le peu d'espoir
que nous avions conserve jusqu'alors ,
de les voir revenir ,* s'evanouit entierement. 378 Voyage a la  c6te,
53        ■■-.       II y a dans cette baie une quantity
Avril 2^87.  ,,  . , , .    .,
fm. doies et, de canards sauvages; mais ils
sont si farouches, que nous pumes rare-
ment en approdher a la portee du fusil.
On y troiive atik&i beaucoup de monettes,
quelques aigles de F espece a tete blanche,
^t une grande quantite d'oiseaux plus
petits; tels que des guignettes, des
£ai|sines, des pluvious, etc., etc.
!|||,Nos hamecons et nos lignes etisteit
presque toujours a Feau; mais la settle #
pece de poissons que nous pumes prendre,
ressembloit beaucoup au carrelet, que les
matelots appellent sand dabs (barbue de
sable ). Les autres productions marines
que Fon trouve ici sont des monies , des
pitoucdes, des clams, des crabes et des
etoiles de mer.
Je ne dois pas oublier de vous dire
qu'un homme de notre equipage prit a NORD-OUEST , DE l'AmeRI^UE.    ^79
Vkameo41i un fcbjet curieux, que je crois : !—
j       1 -i •     v p "•    ^iX ^7'
une espece de polype; il paroissoit iaire
tout-a-la*fcis partie du regue animal et M
du regne vegetal, et tenoit a une bran&lisf
mince d'errviron trc^s pieds de long.
Le premier de mai, les vents conti-.   ■
Wm       t , .,! Mai  1787.
nuant a etre legers et variables, nos ca-
, JitaiAes ptjrfirent de grand matin, dans
les petites chaloupes pour visiter les c6te#v
Le capitaine Porfftock donna ordre a M.
Machod , de lever Fancre pendant son
absence , si le ve&t devenoit favorable.
Une partie des matelots des deux vais^-
seaux, avoit eu la pernaission d'aller s&-
prornener sur le rivage; mais vers les onze
heures, une brise du sud-ouest s'etant
eievee, on donna le signal de rappel, et
a deux heures , nous appareillames et
fimes force de voiles vers le canal de Fentree du prince William. A six heuresy#i
etant pres de la c6te, et le vent dim*-
I 38o Vo YAGE   A   LA   COTE
= nuant, nous mouillames dans mae baie,
Mai   2787.
du c6te de Fest, par vingt et une brasses,
fond de vase. A dix heures du soir nos
capitaines revinrent, ils ne rapportoient
pas de fourrures, et ils n'avoient vu que
quelques Indiens a une distance considerable de Fendroit oil nous etions.
Pendant la nuit , nous eumes des
souffles legers. Le 2 , a dix heures du
matin , le vent sautant au sud - ouest,
nous fimes force-de voiles vers le canal,
gouvernant entre les iles Vertes et File de
Montagu. Vers les six heures de Fapres-
midi, nous avions les iles Vertes a babord.
Ce passage est dangereux , pendant la
nuit, bit dans les mauvais tems, n'ayant
qu'un mille dans sa plus grande largeur,
et etant rempli de rochers a fleur d'eau.
La sonde nous rapportoit alors de vingt-
cinq a vingt-six brasses , fond de sable.
A;$gpt heures, le vent tomba tout-a-fait,
m NORD-OUEST,  DE  l'Am^RIQUB.   58l
et nous jettamesFancre par treizebrasses;
mais, nous voyant trop pres d'un rocher
a fleur d'eau , nous la relevancies , et, a
Faide d'une brise legere, nous atteignlmes
une baie de File Montagu. A neuf heures,
nous mouillames de nouveau par treize
brasses, sur un fond de sable , et nous
remorquames le vaisseau avec la petite
ancre et le cable de tonee.
Mai: 1787-.
Le 3, le vent fut modere pendant la
plus grande partie du jour; mafe il s'eieva
pendant la nuit, un vent fort du nord-
ouest , qui rendit les mouvemens du vaisseau fort durs. Nous levames le 4 & six
heures du matin, et nous portAmes sur la
fond de la baie. Dans Fapres-midi, nous
jettames notre seconde ancre paphuit
brasses d'eau , et nous amarrames a un
arbre, sur la c6te, avec le cable de tonee.
Notre capitaineavoitintention dehaler $A|i i78y.
382 Voyage a la c6te,
les batimens sur le rivage du premier port
bien abrite, ou nous pourrions reletchstf
afin de nettoyer les carenes et de les gou!
dronner. Cette place etoit tdes-favorable
a Fex^cution d'un tel dessMn; c'est poim
quoi, le 5 , de grand matin , on hala le
King-George et on Fabattit en careai
L'equipage se mit aussi-t6t a FiStavragej
on frotta et on nettovaJ3e tous o$fc&)
et les charpentiers se mirent a reparer
les doublages ; et comme il n'auroit pas
ete prudent de carener M&~f<afe les deifr
vatisseatix , nos gens furent employe^ pen*
dant ce tems; le&flraS ISdefetaasser la
cale et a visiter les provilions; les atitrei)
a aller k terre cherefaer de Feau; etles
tonnejiers furent employes a reparer les
barriqul|s qui etoient endommagejes.
5| Pendant qug Fon ppursuivoit ces tra*
vattx avec toute la promptitude possible,
alin de ne nfgliger aucun moyen qiiCput NORD-OUEST, DE LAiVt^RIQUE.     383
faciliter Fexecution de notre dessein prin- j|
cipal, le capitaine Dixon prit sa chaloupe
et celle du capitaine Portlock , avec la
grande barque du King Geprge, rem-*
plies d'hommes bien armes, et partit le 5
de grand matin pour trafiquer dans les
detroits voisins, ou en tout autre endroit
ou il supposoit pouvoir rencontrer des
Indiens.
a>
Le 6, notre tonnelier fut employe k
faire de la bierre de spruce, en attendant
que nous pussions nous pourvoir abon-
damment de cette boisson salutaire sur
les c6tes de FAmerique ; nous avions
apporte une bonne quantite de levaiit
prepare par madame Stainsby de Londres,
et renfermd dans des bouteilles. Je doid
lui rendre la justice de dire que ce levain
a rempii parfaitement notre attente, eii
faisant fermenter le spruce, et qu'il etoit
aussi bon qua Finstant oil nousTavionl
d
f~ -
384
VoYAGE"'^#LA   c
6te
Mai   2787
5 embarque. Nos gens furent occupes a
apporter a bord les futailles qu'ils avoient
remplips a terre , eta les ranger dans la
cale ; ce qu^ffut entierement acheve le
meme jou^ [^
Le 7 , la careueidu Kin^f-George
etant presque entierement nettoyee, nous
abatimes nos matAde hunes , et nous
fimes toutes les preparations neces-
saires pour haler notre batimelair sur le
rivage.
:m Le 8, a quatre ^jfceures du mati^ a
Faide de la maree, nous halames notre
vaisseau sur im;4>aiip de sable;, a huit
heures nous commen^ames a nettoyer
un c6te, noils y passames le $®u, et nous
Fenduisimes d'un^omj^bs^onfid'huile,
de goudron, de rouge et deferaie, ce cpi
etoit le meilleur doublage que nous Missions en etat de lui donner. NORD-OUEST, DE   l'Am^RIQUE.   385
A 5 heures de Fapres-midi, la maree
etant presque k sa plus grande hauteur,
nous retournames le vaisseau sur Fautre
c6te, pour le nettoyer, et lui appliquer un
pareil enduit.
Mai   1787.
Le 9, nous nous mimes a Fouvrage;
mais le tems etant humide, et contraire
a notre dessein, nous ne pumes achever
ce jour la notre operation, et nous en-
voyames, en consequence, autant de nos
gens que nous pumes en epargner, pour
faire du bois sur le rivage.
Le 10, le capitaine Dixon revint, avec
les bateaux et chaloupes. Comme cette
excursion a ete accompagnee de circons-
tances interessantes , je t'en ferai le retit
dans les propres termes du capitaine, que
j'ai tirees de son journal.
cc Le 5 au matin, je partis avec les
Tome L B b Mai   1-87.
386        Voyage   a   la   c6te
33 deux chaloupes, et la grande barque
».du King-George, pour aller en quete
33 des Indiens , et en obtenir, s'il etoit
33 possible, quelques fourrures. Mon in-
33 tention etoit d'abord, d'aller a la crique
33 d'Hinchinbrooke, et de passer ensuite
33 a celle de Sung-Corner , sachant que
33 je devois plus probablement m'attendre
33 a rencontrer des habitans dans ces deux
33 endroits. A huit heures il survint du
33 mauvais tems, et nous relachames dans
3> la crique de File Montagu; mais vers
33 les neuf heures, le tems s'etant edairci,
*> je redoublai la pointe nord-est de cette
33 ile^.et j'entrai dans une grande baie:
ȣ.j'y trouvai une bande de'chasseurs in-
33. diens qui me firent entendre qu'ils habi-
33 toient le cap Hinchinbrooke. Comme
r> Fapres-midi etoit fortavance, je jettai
33 Fancre, et passai la nuit dans le ba-
33 teau du King-George, et je fis amarrer
» dexhaque c6te les deux chaloupes. NORD-OUEST,   DE l'A,MERIQUE    387
cc Le soleil etoit couche, et les insu?:
» laire&rine nous quittant pas encore ,
33 j'ordonnai a six de mes gens de faire
33 sentinelle, et aux autres de tenir leurs
33 armes prates, pour obeir^au moindre
33 signal. Les Indiens restereut caches
33 dans les environs, jusqu'a pres de deux
33 heures , epiant, sans doute , Foccasion
33 de s'emparer de nos bateaux ; mais
33 voyant que nous etions attentifs a tous
33 leurs mouvemens ils se retirerent.
Mai   1787.
33 Le 6 , vers les quatre- heures du
33 matija^, je fis lever Fancre, et je gou-
33 vernai sur le cap Hinchinbrooke; ou
33 je mou^hyy, a dix heures et demie. Je
33 trouvai dans cet endroit plusieurs in-.
33 diens, de qui j'achetai quelques peaux
33 de loutres. Les Indiens etendoient tres-
33 souvent le bras du c6te de la crique de
33 Sung-Corner, et tachoient de me faire
33 entendre qu'il y avoit dans cet endroit
i I. ;1   S Bb2 \ . 388 Voyage  a la  c^te ,
33 un vaisseau a Fancre. Quoique cela
33 excitat ma curiosite, etque je desirasse
33 vivernent de m'assurer de la verite du
& fait, la journee etant fort avancee, je
33 me determinai a rester ou j'etois pen-
» dant la nuit; le tems paroissoit d'ail-
n leurs mal dispose, et nous aurions pu
33 nous exposer a quelques dangers , en
33 tentantrde nous rendre dans la crique
cc de Sung-Cbrner.
3> Nous trouvames qu'il etoit neces-
33 saire de veiller avec encore plus d'afc-
?3 tendon cette*tttit que les precedentes.
33 Les Indiens aveclesquels j'avois trafique*
33 pendant Fapres-midi pour des four-
33 rttres, etoient d'une tribu differl§nte'de
33 ceux que j'avois rencontres dans la baie,
33 a l'extremite nord-est de File de Mon-
33 taigu: ils se comporterent tres-insdlem-
33 ment, et d' une maniere fort audacieuse,
33 quoiqu'ils ne nous aient pas attaques nord-ouest, de ^'AmiIrique. 38g
a ouvertement ,  et qu'ils   soient restes j -■ —
.      , .     Mai m
» dans les bateaux jusqu'au lendemain a
>3 la pointe du jour ; mais je ne doute
)3 nullement que la vue des marchandises
33 differentes que nous avions prises avec
33 nous pour les edianger avec ces insu-
» laires, ne leur eut fait prendre la re~
3) solution de nous cerner pendant, la
33 nuit, dans Fespoir de piller. Trompes
33 dans leurs vues, ils s en retournerent en
33 temoignant beaucoup de mecontente-
33 ment.
33 Le 7, des le matin, je me rendis a
33 la crique de Sung-Corner; mais le vent
33 etant tres-ieger pendant le cours de la
33 journee , le bateau ne put faire que
33 tres-peu de chemin , et il fallut que
33 les chaloupes le prissent a la remorque.
33 Ceci retarda tenement mon passage ,
33 que je n'arrivai dans la crique qua onze
33 heures du soir. Contre mon attente, je
■**      M ■ .Bb3    f Mai   2787.
390        Voyage a la c6te,
» ne trouvai point de vaisseau dans cette
35 anse, et je n'y vis aucun des habitans.
33 Je donnai ordre neanmoins de faire la
33 garde aussi exactement que les autres
33 jours, n'ayant pas oublie que la decou-
33 verte avoit ete environnee par les na-
33 turels en plein jour, dans cette meme
33 anse, lors du dernier voyage qu'y fit le
33 capitaine Cook.
33 Pendant la nuit, aucun des habi-
33 tans ne nous approcherent; mais le 8,
33 a la pointe du jour, nous vimes deux
03 Indiens dans une^pirogue , aupres de
33 notre bord. Ils me firent entendre qu'il
33 y avoit un vaisseau qui n'etoit pas fort
33 eioigne, et que si je voulois leur donner
33 un chapelet de grains de verre, ils me
33 conduiroient au lieu de son mouillage.
33 Enchante de cette proposition , j'ac-
33 ceptai leur offre avec grand plaisir; et
33 ayant laisse a Fancre le grand bateau nord-ouest, de l'Amerique.    3qi
33 qui ne pouvoit que retarder mon voyage,
33 je suivis mes deux guides , dans ies
33 chaloupes, fort inquiet de savoir s'il se
33 trouvoit redlement un vaisseau dans
33 ces parages , ou si les Indiens cher-
33 choient seulement a m' am user par un
33 faux retit.
Mai   1787.
33 Je n'avois pas ete loin, que le tems
33 devenant mauvais,mes guides m'aban-
33 donnerent. Malgre ce petit accident,
33 je continual mes recherches le long des
33 c6tes jusqu'a midi, je me trouvai alors
33 par le travers de Fentree d'une large
33 baie; mais, accueilli d'une chute con-
33 siderable de neige, de pluie neige use et
33 de'raffales, je jugeai plus prudent de
33 retourner vers le bateau, et j'y arrivai
33 sur les trois heures.
33 A six heures et demie, six pirogues
33 remplies dTndiens, vinrentdaHfe Fanse
I     I .    Bb 4   '
■OH ^T'
Mai   1787.
392 Voyage  a  la cote,
33 ou nous etions mouilies, et me dirent!
33 qu'il y avoit un vaisseau qui n'etoit)
33 pas bien eloigne, vers lequel ils alloient.
33 Ils offrirent de m'y conduire; le tems
33 etoit alors fort mauvais; mais comme
33 ils n'alloient que vers le golfe, et non
33 pas au large, ainsi qu'avoient fait mes
33 autres guides , je me mis dans ma
;» chaloupe , laissant Fautre dans Tanse
33 avec le bateau, et je les suivis.
33 A dix heures du soir, nous arri-
33 vames dans la crique ou le vaisseau que
33 je desirois tant de voir, etoit a. Fancre.
» Cetoit un senaut, nomme le Nootka,
33 venant du Bengale, commande par
» le capitaine Meares, et portant pavilion
w anglois.
33 Le capitaine m'apprit qu'il etoit
33 parti du Bengale en mars 1786, et avoit
33 touche a Oonalaska dans le mois d' Aout-;
rfr**rfe NORD-OUEST, DE l'AmERIQUE.      3q3
33 que de cet endroit.il avoit continue^     8
33 sa marche vers la riviere de Cook, ou
33 il avoit dessein de penetrer par la route
33 des Iles Steriles; mais que le tems etant
3» tres-brumeux , il etoit entre dans la
33 baie de la Pentec6te, et qu'il avoit troirveS
33 dans  cette baie un passage pour  so
» rendre a la riviere de Cook. II avoit
33 rencontre plusieurs colons russes qua
33 Finformerent que la terre qui se trou-
33 voit a Fest du detroit, etoit nomme'e
33 par eux Codiac, et qu'ils y avoient une
m colonie. Les Russes lui apprirent encore
33 qu'il y avoit deux vaisseaux etiropeens
3> a Fancre a Codiac, et qu'ils avoient vu
33 deux autres vaisseaux dans la riviere
U de Cook. Cette nouvelle Favoit engage
33 de  gouverner sur Fentree du prince
33 William, ou il etoit arrive vers la fin
33 de septembre.
cc II avoit hiverne dans la crique ou
^i
m 3g4      Voyage a la c 6 t e ,
Mai   1787
j 3> je le trouVois , et son vaisseau etoit
33 encore embarrasse dans les glaces. Le
33 scorbut avoit fait les plus grands ravages
33 parmi son equipage, et il avoit perdu
33 par cette maladie terrible son deuxieme
33 et son troisieme lieutenans , le chirur-
33 gien , le charpentier, le tonnelier, le
33 voilier, et un grand nombre de gens qui
33 faisoient le service au mat de misaine.
33 Tout le reste de son equipage se trouvoit
33 tellement affoibli a la fois , que le
33 capitaine Meares etoit le seul qui fut
33 capable de se promener sur le pout.
33 II fut extremement satisfait d'ap-
33 prendre qu'il se trouvoit si pres de lui
33 deux vaisseaux qui pourroient peut-etre
33 Faider dans la detresse, et je n'en eus
33 pas moins a Fassurer que nous lui four-
33 nirions tous les secours et toutes les
» provisions dont il seroit en notre pou-
33 voir de disposer ; comme les gens de NORD-OUEST, DE l'Am^RIQUE.     3g5
3 son equipage commencpient a se reta- *   .     g
3 blir, il me dit de ne point me donner
3 la   peine  de lui  envoyer des   rafrar-
o chissemens, et qu'il se rendroit bient6t
»3 lui-meme a notre  bord dans sa cha-
o loupe.
» Je quittai le Nootka le 9 a 3 heures
33 du matin , et je rejoignis les chaloupes
n vers les 8 heures : a 10 heures je leva!
» Fancre, et je marchai vers nos vais-
» seaux, convaincu qu'il n'y avoit pas
h beaucoup a compter sur les fourrures
33 de prix dans ces parages. Vers midi
>3 le vent tomba presqu' entierement, et
» nous fumes obliges de faire remorquer
>3 le bateau par les deux chaloupes.
33 Pendant que nous traversions Fen-
>3 tree de cette maniere, plusieurs piro-
>3 gues vinrent a notfe rencontre. Un
33 des naturels offrit de nous vendre quel- ¥
5g6     Voyage  a la cote,
—; 33 ques peaux de loutre , et ayant jete pa:
33 hasard les yeux sur une poele a frire
33 dont nos gens se servoient dans le ba
33 teau, pour preparer leur repas, il de
33 manda quelle lui fut donneeen echan-
33 ge ; je la lui offris au m^me moment,
33 mais il refusa absolument de la pren-
33 dre en en tier, et me pria d'en detacher
» le manche, qu'il parut regarder comme
33 un tresor inestimable , tandis qu'il re
. 33 jetta le fond avec dedain.
33 Vers les 6 heures , le vent fraichis-
33 sant, le bateau se trouva en etat-de
33 marcher sans avoir besoin d'etre remor
.33 que. Peu de momens apres , le tems
33 devint tres-mattvais; nous eumes beau-
33 coup de neige et de pluie neigeuse , ce
33 qui fut cause que les chaloupes se se-
33 parerent. La nuit fut tres-orageuse , et
33 je ne pus arriver a bord de mon vais
33 seatt que le 10 a 4 heures du matin NORD-OUEST, DE  L'AMiRIQUE.    397
La chaloupe  et le bateau du King- ffr^^^f*
1 b  Mai   1787.
George revinrent a-peu-pres vers le
mdme tems 33.
Le 1 o, sur les 11 heures du matin , le !
capitaine Meares vint a bord du King-
George   accompagne  de M.  Ross son
premier lieutenant-alls apporterent avec
eux plusieurs sacs de ris pour les edianger
contred'autres demies , dont ils avoient
le plus grand besoin.
C'est d'eux que nous avons appris
que depuis quelques annees on venoit de
differentes parties des Indes orientales ,
faire sur ces cdtes^ le commerce des fourrures.
II nous firent differentes higfcoires sur
leurs succes dans le commerce ; mais
nous ne pumes pas donner un grand degre de confiance a leurs retits , d'autant
H— Mai,  2787.
398 Vo Y A G E    A   LA   C 6 T E ,
plus que le capitaine et son lieutenanj
racontoient les memes choses d'une mal
mere toute differente, tant6t ils avoiemj
achete 2000 peaux de loutres ; dans uul
autre moment il n'etoit question que]
de 700. II est cependant certain qu'ils
s etoient procure une bonne quantite de
fourrures pretieuses r et cela principals i
ment, et petit-^tre m^me entierement
dans Fentree du Prince William.
I
L'intention du capitaine Meares avoit
ete de completter son voyage dans Fespace
d'une annee; mais la gelee Fayant•sur-
pris plutot qu'il ne pensoit, il avoit eti
forcement detenu dans Fentree pendant
tout Fhiver. J'ai deja parie des ravages
que le scorbut avoit fait parmi Fequi-
page : e'etoit malheureusement dans le
moment memo ou tous ceux qui mon-
toient ce vaisseau etoient attaques de
cette  cruelle maladie , que le bois de NORD-OUEST, DE  l'AmERIQU-E.    3q9
>hauffage leur manqua absolument, et"        ■"   5
?e ne fut qu'avec la plus grande peine
ipi'ils purent en porter k bord en quantite
suffisante pour leur consommation jour-
naliere.
Nous etant informe s'il etoit possible
que le scorbut, sajus etre accompagne
d'aucune autre maladie , eut occasionne
des maux aussi funestes que ceux qu'avoit
eprouve le Nootka ; on nous avoua
qu'ayant permis aux gens de boire la quantite de liqueurs fortes qu'ils jugeroient ftr
propos , pendant la saison la plus rigou-
reuse, vers Noel ils en avoient bu avec
tant d'exces , que plusieurs d'entr'eux
avoient ete obliges de rester dans leurs
hamacs pendant i5 jours. La liqueur
dont ils firent usage etoit en outre d'un
genre pernicieux; il n'est pas etonnant
que ces deux causes aient eu des effets
plus dangereux encore' que le scorbut lui- Mai   2787.
400     Voyage a la c6te,
ni^me. II est certain que si ma supposition est vraie , le capitaine Meares a eu
le^plus grand tort de permettre de sem-
blables debauches a ses gens, et je drains
que n'ayant dabord qu'une tres-petite
provision des differens anti-scorbutiques
necessaires pour tin tel voyage , il ne se
trouve dans Fimpossibilite d'arreter ce
mal, que les gens de mer ont tant a
redcuter.
i
Le 11 , dans la matinee , le capitaine
Meares , et M. R.oss nous quitterent;
nous leur donnames du sucre , de la
farine , de la melasse , et de Feau-de-vie,
et enfin tout ce que nous pumes prendre
sur notre provision , et le capitaine Port-
lock detacha deux matelots de son equipage , pour aider le capitaine Meares a
conduire son vaisseau aux iles Sandwich,
ou il se proposoit de relacher aussi-t6t
que le  tems le lui permettroit.
Nous Mai   1787.
NORD-OUEST, DE l'AmBRIQUE.    401
Nous ne fumes plus embarrasses de
avoir ce   que vouloient   nous  dire  les
ndiens, en nous montrant toujours du
loigt Fentree du Prince William , et en
[epetant le mot Nootka, cela nous ex-
f)liquoit egalement pourquoi ils avoient
;aresse nos chiens et parie anglois; ils ont
me prononciation assez nette', et Fun
Feux ayant passe plusieurs semaines a
bord du Nootka , il n'est pas surprenant
Qu'ils ayent retenu quelques   mots anglois. Mais revenons a ce qui nous occupa
d'abord.
Le 10 , vers midi, le tems etant assez
bon , nous compietames nos reparations,
et dans Fapres-midi nous travaillames a
nos amarres.
La journee du 11 fut employee a rem-
plir la cale de bois et d'eau; les armu-
riers des deux vaisseaux , qui avoient une
Tome I. C c Mai   1787.
402      Voyage  a la  c6te,
tente a terre, travaillerent a faire des toes
surl'enclume du King-George, la nfttre;
etant perdue. Nous jettames dans la cale
environ une tonne de pierre pour servir
de lest, nous hissames 110s mats de hune,
et nous rem ontames toutes les manoeuvres.
Le 12 fut employe a achever de remplir
nos futailles , et a disposer toutes choses
pour nous remettre en mer.
Je te quitte pour le moment, et je
me trouverai tres-heureux , lorsque je
pourrai t'informer de notre bonne fortune,
comme je Fai fait jusqu'a present de
toutes nos contrarietes. Je suis tout a toi.
•1,   ■  m -   :    „    W. B. NORD OUEST,   DE L'AMERIQUE.    /lQZ
LETTRE   XXX.
Du port Mulgrave , le 24 mai.
Mai  1787.
Notre derniere saison  sur   ces cotes
etant deja bien  avancee ,  il  fut arrete
que nous   nous  separerions ;  e'etoit le
seul moyen qui nous restoit a prendre
potirreussir dans nos entreprises. On con-
vint en consequence d'envoyer le grand
bateau du King-George , sous la direction de   MM. Hayward et Hill ,   pour
trafiquer dans la riviere de Cook. Le King-
George   devoit  rester  dans  Fentree du
Prince William jusqu'au retour du bateau , et notre batiment devoit faire voile
Vers Fentree du Roi George. Nous devions
avoir grand soin de ne pas nous eloigner
des c6tes, pour ne perdre aucune occasion
Cc 2 4©4 Vo Y A G E   A   LA   C 6 T E ,
—-  de nous procurer des fourrures. Tu ap-
Mai   1787. r
prouveras , sans-doute cet arrangement,
car il etoit plus que tems de faire nos
derniers efforts, et encore notre perspective
n'etoit-elle pas tres-agreable. Nous'nous
trouvions devances dans Fentree du Prince
William, et nous craignions avec r'aison, de
Fetre encore dans Fentree du Roi George.
Le 12 mai, apres-midi, MM. Hayward
et Hill s'embarquerent dans le bateau
pour se rendre a la riviere de Cook ,
ayant avec eux un bon assortiment d'ar-
ticles de defaite, pour trafiquer avec les
Naturels. Pen de tems apres leur depart,
deux pirogues vinrent a notre bord; dans
Fune d'elles se trouvoient huit personnes,
et trois settlement dans Fautre ; mais ils
ne nous apportoient rien. Ils nous pro-
mirent cependant de re venir le lendemain,
avec beaucoup de fourrures , et accom-
pagnes d'un de leurs chefs. NORD-OUEST, DE l'AmERIQUE.   4°5
Le 13 , la matinee etoit belle , et le ~~    T~"
' Mai   1707*
ciel tres-clair, mais le vent leger et va-
riable ; et comme il etoit possible que les
Indiens revinssent , on envoya cinq de
nos gens dans la chaloupe sous les ordres
du maitre d'equipage , pour p£cher , avec
defense expresse de s'eioigner trop , et
de perdre de vue les vaisseaux : quelques
autres eurent la permission d'aller se pro-
mener a terre.
A une heure, nous eumes le plaisir
de voir arriver deux grandes pirogues',
et plusieurs petites , pleines  dTndiens,
qui venoient  de  la pointe nord-est de
la baie.  Lorsqu'ils  furent  a. la vue  du
vaisseau, ils commencerent a  chanter I
leur mesure   s'accordant   tres-reguliere-
ment avec les coups  de pagayes qu'ils
donnoient. Leurs chants paroissoient di-
riges par leur chef, et leur cadence n'etoit
pas sans harmonie.
Cc 3
,1
m -t
4o6        Voyage   a   la   cote ,
. Lorsqu'ils furent pres du King-George,]
1 I7 7'ils nous firent beaucoup de saints, eir
signe d'amitie ,et leur chef, dont le-nomj
etoit Shauvvay , fit voir une lettre pour le
capitaine Portlock, qui venoit, nous dit-il,
du Nootka; il fut en consequence recti
a bord, avec plusieurs de ses gens.
I
II me parut que  les chasseurs que i
nous  avions rencontres , lors  de notre j
arrivee dans cette baie (le 24 avril) etoient
des gens qui faisoient partie de la tribu ■
du vieux Shauway , qu'ils demeuroient »
pres de la crique   de. Sung-Comer , et
qu'a leur re tour ils avoient inform e le
capitaine Meares , qu'ils avoient vu deux
vaisseauxqtti etoient mouilies a tine grande
distance dans le canal; d'apres cette information , le capitaine avoit ecrit cette
lettre sans savoir a qui il devoit l'adresser,
et il Favoitdonne'e aux Indiens, qui avoient
promis de se rendre sur le champ aupres
f NORD-OUEST, DE l'AmERIQUE.    4°7
e nous; mais ces messagers fideles n"a- *—r-^-r-1
°       ^ Mai   1787*
uient point jusqu'alors trouve moyen de
ous   la remettre ,  et elle n'etoit plus
.'aucune consequence. Le capitaine Port-
ock en admettant sur son bord Shauway,
)t les gens de sa suite, avoit espere qu'une
3areille favour les encourageroit a trafi-
quer plus librement; mais, a son grand
deplaisir, il  s'appercut bien tot   que  ce
n'etoit point la leur principale intention
en venant a nous , quelle leur avoit settlement servi de pretexte , et  qu'ils n'avoient apporte la lettre que pour avoir
occasion de venir a bord, et de voler tout
ce qui se trouveroit a leur portee ; j'ai vu
du   gaillard d'arriere plusieurs de  leurs
exploits , et je dois convenir qu'ils y met-
toient beaucoup d'adresse. Shauway, et
quelques-uns de sa suite, tachoient d'a-
muser l'equipage  du King-George par
leurs danses et par leurs chants , tandis
que d'autres traversoient les pouts,  et
C c 4
pa 4o8     Voyage a la c6te,
S jettoient a ceux de leurs compagnons,j
qui etoient res tes dans les pirogues , tout
ce qui leur tomboit sous la main. Le capitaine Portlock ne pouvoit plus douter
des inclinations spartiates de ses hdtes:
mais ne voulant pas les econduire de
force, il posta ses gens dans differens en-
droits du vaisseau pourepier leurs actions.
Malgre cette precaution, ils trouverent le
moyen de voler beaucoup d'effets , et de
les emporter dans leurs pirogues sans que
Fon s'en appercut. Quand on les surpre-
noit a faire le coup, ils lachoient prise
de Fair le plus indifferent; mais lors-
qu'ils avoient une fois une chose en leur
possession , ce n'etoit qu'avec la plus
grande difficultc qu'on parvenoit a lafeur
faire rendre. Ils ne cherchoient d'abord
a prendre que du fer et des vetemens;
mais quand ils se virent surveilles , ils
ne mirent plus de difference dans les
objets de leurs vols, etfirent main basse NORD-OUEST , DE  l'AmERIQUE.   4°9
sur tout   ce  qui se presehtoit k leurs 98
1 r Ma2  2787.
yeux.
Vers les 5 heures de Fapres-midi, apres
avoir satisfait leur curiosite , et voyant
qu'on mettoit obstacle a leurs depress
dations , le vieux Shauway et sa suite
nous quitterent. La petite chaloupe etoit
alors a Fancre, a la distance d'environ
deux milles des vaisseaux ; les Indiens, en
scrtant de la baie , avoient vu ceux qui
la montoient, occupes a pecher , et ils
allerent directement a eux. Le capitaine
Portlock, qui avfyit toujours eu les yeux
attaches sur les moindres mouvemens de
Shauway, s'appercevant de la marche des
Indiens , en fut tres-allarme. 11 fournit
d'hommes sa chaloupe et son esquif, et
vola au secours de nqs gens , craignant
non-seulement que leur bateau ne courut
quelque danger , mais memo que leur vie
ne fut exposee , les Indiens etant armes ■/"/'
410       Voyage a la c6te,
;.  . ■     • de couteaux et de lances. Nous depecha-
Mai   2787. i
mes aussi notre esquif , et le capitaine
Dixon ayant mis le feu a. un pierrier,
les Indiens en furent effrayes, et se reti-
rerent avec precipitation.
Quand nos gens furent revenus a bord,
ils nous apprirent que nos craintes n'e-
toient pas sans fondement. Les Indiens
avoient cherche a voler leur ancre, et ils
s'etoient empares de plusieurs de leurs
lignes. l/um d'entr'eux vouloit meme per-
cer un de nos matelots avec sa lance,
parce qu'il refusoit de lui ceder sa ligne ;
mais il en fut empeche par Shauway qui,
heureusement pour nous , paroit doue
d'un caractere pacifique , et qtii se con-
tenta de piller tranquillement et cle sangfroid.
C'en etoit assez pour nous montrer la
necessite de nous tenir a Favenir sur nos NORD-OUEST, DE l'AmERIQUE.   41 I
gardes , de nous defier des Indiens, et I
meme de ne permettre a aucun d'eux de
venir a bord. Le capitaine Meares nous
avoit dit, en effet, qu'un vaisseau , venant de la Chine , avoit eu avec les habitans de Fentree du Roi George , une
querelle, dans laquelle plusieurs Indiens
avoient perdu la vie ; mais apres cela ,
ils trafiquerent avec l'equipage , aussi
tranquillement que s'il n'etoit rien arrive.
m
Notre pedie fut assez heureuse ; nos
gens prirent une grande quantite de bar-
bues de sable, et quelques poissons de
rocher.
Les oiseaux etles poissons, sont a. tres-
peu de differenee pres , les memes que
nous avions vus dans la premiere baie ou
nous avions mouilie; il est probable qu'on
y trouve aussi des saurnons , quand la
saison est plus avancee, et que la fonte 412        Voyage a la cote,
i. des neiges , occasionnee par la chaleur
Mai 2787. (Ju soleil, y produit de petits courans
d'eau douce; mais jusqu'a present , les
effets de son influence se reduisent a bien
peu de chose, et tout ce cjui nous envi-
ronne est une image affreuse des horreurs
de l'hiver. Le Hot est ici plus considerable
pendant la nuit, que pendant le jour: mais
il ne m'est pas possible de determiner avec
certitude le degre auquel Feau s'eleve.
m
Nous attendions avec impatience qu'un
bon vent nous permit de mettre a la voile,
et de nous eloigner de cette ile. Le 14 >
a quatre heures du matin, une brise le-
gere s'etant eievee du sud-est, nous le-
vames Fancre, et nous sortimes de la
baie. Vers midi, le vent passa au sud-
ouest, et nous fut tout-a-fait favorable
pour porter sur Fentree du Prince William.
A midi, la pointe septentrionale defile
Montagu nous restoit.au nord-est. Suivant NORD-OUEST, DE   l'Am^RIQUE.   /l\S
nos  observations , nous nous trouvions      .
Mai   2787.
par les 60 degres 23 minutes de latitude
nord; et la dedinaison du compas etoit
de 29 degres 46 minutes a Fest.
Dans Fapres-midi, le vent fraichit, et
comme nous approchions de 1'endroit ou
il etoit  convenu que les deux vaisseaux:
se separeroient,   le  capitaine Dixon se
rendit a bord du King-George pour prendre conge du capitaine Portlock : il fut
de retour a sept heures :  nous remon-
tames nos chaloupes a bord, et nous nous
separarnes, pavilions deployes,etenpous-
sant de part et d'autre trois grands cris
de joie. Le capitaine Portlock gouverna
sur la crique d'Hinchinbrooke, et nous
continuames  a porter sur  le passage ,
entre le   cap   Hinchinbrooke ,   et   File
Montagu. Pendant la nuit, nous eumes
vent du nord-ouest, soufflant toujours en
brise moderee.
\-
IBIaaH Mai   1787
4i4      Voyage a la  cote,
Le 15 , a quatre heures du matin , le
cap Hinchinbrooke nous restoit au nord-
ouest, un demi rumb ouest, a environ
huit lieues de distance , et la terre du
cote du nord , au nord 25 degres est. Les
extremites de File Montagu se prolon-
geoient du sud 55 degres ouest, a Fouest-
nord-ouest. La sonde nous rapporta 35
brasses, fond de sable. A huit heures, le
cap Hinchinbrooke portoit nord 63 degres ouest. Pendant la premiere partie du
jour, le vent s'etoit affoibli; eta midi,
nous n'avions plus que des brises legeres
et variables. Nous vimes un grand nom-
bre de baleines presque de tous les cotes,
mais principalement du cote de la terre.
La hauteur prise a midi, donna 5q degres
48 minutes de latitude nord. Le cap Hinchinbrooke nous restoit au nord 65 degres ouest, a environ douze lfeues de distance, et la pointe sud-ouest de File Montagu , au sud soixante-trois degres ouest. NORD-OUEST,   DE l'AmERIQUE.   4*5
A sept heures de Fapres-midi, nons :5::*':::"~- "-
h ,N . .   Mai  1787*
appercumes File de Kaye qui nous restoit
au nord, 4o degres est; nous avions toujours des vents legers et des calmes par
intervalle, Le 16 a midi, nous etions par
les 5g degres, 28 minutes de latitude nord
et par les ij|§ degres, 20 minutes de longitude ouest. La sonde nous rapporta de cin-
quante  a quatre-vingt brasses , fond de
vase. Dans la soiree , le vent passant a
Fest, nous mimes le cap  au sud a dix
heures, et nous finies force de voiles au
plus pres du vent pendant le reste de la
nuit. A minuit, une ligne  de cent-qua-
rante brasses ne rapporta point de fond.
Pendant les journees du 17 et du 18 ,
nous eumes des vents legers et variables,
entre-meies de calmes , et le tems etoit
assez beau. Dans Fapres-midi du 18, nous
decouvrimes le Mont Saint-Elie qui, a
huit heures , nous restoit au nord 29 de-
=.
ass Mai   2787.
416      Voyage a  la c6te,
gres est; et la pointe meridionale de File
de Kaye portoit ouest.
Dans Fapres-midi du 19, le vent souf-
fla grand frais de Fest-nord-est et la mer
devint tres-houleuse au sud, ce qui nous
obligea de prendre un double ris a nos
htmiers; mais vers le soir, le tems fut pl||
modere.
Pendant la plus grande partie du. 20,
nous eumes des vents legers, de fausses
brises et des calmes frequens. Notre latitude, a midi, etoit de 5g degres 9 minutes
nord, et notre longitude, de i43 degres,
34 minutes ouest. Le Mont Saint- Elie
nous restoit au nord-quart-nord-est. A huit
heures du soir , il s'eieva une brise favorable de Fouest, accompagnee d'un tems
clair, ce qui nous mit en etat de gouverner
sur la c6te qui, dans cette position, rem-
plit presqu'entierement Fest et Fouest.
Dans NORD-OUEST, DE  lAm^RIQUE.    4x7
Dans Fapres-midi du 21, le tems fut JK
pais et charge de brume, le vent toujours
nodere et se tenant constamment a Fest.
kiivant Fobservation faite a midi, nous
kions par les 59 degres, 21 minutes de
atitude nord,. et par les 141 degres , 34
minutes de longitude ouest. A huit heures
du soir, nous marchames au plus pres
vers le nord, apres avoir appercu une
pointe de terre basse qui portoit nord
4o degres est; et les extremites de la terre
que nous avions en vue se prolongeoient
du nord 32 degres ouest, au nord 76 degres ouest, ala distance d'environ 4 milles. II n'etoit pas prudent de porter sur
la c6te pendant la nuit; nous revirames
de bord a neuf heures , et nous fimes
force de voiles en serrant le vent vers le
sud. La sonde nous indiqua soixante
brasses , fond de vase.
Mai  2787-.
Le 22, a la'pointe du jour, nous revi-
Tome I, D d Mai   ij§$&
4i8        Voyage  a la  cote,
rames et gouvernames au nord ; mais
nous n'avions , malheureusement , que
des souffles de vent tres-inconstans, et
le tems etoit brumeux. Cependant, a
neuf heures, nous decouvrimes la terre,
qui s'etendoit du nord-ouest-quart-de-nord
k Jest-noid-est; et comme , selon toute
apparence, nous ne pouvions pas man-
quer d'y rencontrerun havre, le capitaine
Dixon resolut d'aller la reconnoitre. Nous
avions, en outre, Fesperance bien fondee
d'y trouver des habitans, et par consequent , celle d'y faire quelqtte trafic.
N'ayant eu pendant tout le cours de
cette journee que des vents legers et du
calme, il nous fut impossible de gagner la
terre. Le tems etoit obscur et brumeux. La
sonde nous donnoit de soixante-dix a qua-
tre-vingt-cinq brasses, fond de vase.
Le 23, a deux  heures et  demie du NORD-OUEST, DE l'Ame'rIQUE.    4*9
atin, une brise legere commenca a, souf
sr de Fest, nous portames sur la pointe
. plus occidentale de la terre, qui etoit
lors k la distance d'environ 5 milles. A
uatre heures, etant a 2 milles de distance
e la c6te , la sonde rapporta quarante-
eux brasses , fond de vase liquide.  Le
ems etant extrAmement charge de brume
>endantla matinee, la chaloupe fut mise
l la mer a six heures, et M. Turner, notre
econd lieutenant, fut envoye dans la
jaie qui nous restoit au nord-nord-est,
£>our chercher un  mouillage. Aussi-t6t
apres  que le bateau fut parti, nous ap-
ber^umes une pirogue manoeuvree paitun
keulhomme,  qui sembloit occupe a pe~
bher a F entree de la baie. Cette decouverte
uious transporta de joie, ence qu'elle nous
tournissoit la prettve que nous trouverions
des habitans dans File adjacente.
Mai  1787.
M. Turner fut de retottr a huit heures,
Dd 2
S Mai   1787.
420        Voyage   a   la   c6te> *
et rapporta qu'il avoit trouv^ un exceller
mouillage et Mi un grandftiombre dhab
tans sur le rivage de Tile. La brise s'
teignant , nous mimes notre esquif a ]
mer, et nous le fimes passer a Favant d
vaisseau avec la chaloupe,.pour le remoi
quer et le faire entrer dans la baie ; mai
k dix heures, nous nous appergumes d
linutilit^ de nos efforts, le reflux etar
contre nous. Nous commencames aloi
khalerle vaisseau; mais nous navant^
mest que tres-lentement, ayant de quil
rante-cinq a cinquante brasses d'eau , e
trouvant, k mesure que nous entrioii
pliJs avant dans la baie, que les sond<
rapportoient une plus grande profondeui
L'endroit que M. Turner avoit trou^j
le plus convenable pour jetter Tancre, \
trouvoit autour d une pointe basse qi
^toit au nord, a 3 milles environ de Ten
tr^e de la baie. Malgrd tous les efforts qii aJL*
NORD-OUEST, DE l'AmEJUQUE.   l\%\
lous fimes pour y arriver de jour, nous ~
\y mouillames   qua huit heures avec
'ancre d'affourche, sur un fotnd de vase.
Notre perspective paroit actuellement
plus agr^able. Je te promets de te donner,
le plutot possible , un detail exact de ce
qui noua arfivera dans cette ile.
W    P.
Y  V  a. JrA.
Mai   1787'.
L E TbT re iixi.
Du port Mulgrave* le 3 juin 1787.,;
< Les extr^ngtes de la.baie dans laquelle
nous mopiMmes dans la soiree du 20 ,
s ^te^doient de Fouest au nord, 42 degres
ouest; et la tpointe sous Fabri de laquelle
nous avions intention de jetter Fancre,
dtoit au nord, 20 degres est. Nous n1 etions
Dd 3
>! 422       Voyage a la  cote,
=== pas eioignes d'un mille du rivage. Plu-
Mai   1787.    . . , .
sieurs pirogues savancerent vers nous,
tandis que nous halions le vaisseau dans
la baie. Nous nous adressames a. ceux
qui les montoient, en articulant quelques
mots en usage parmi les naturels de len-
tree du prince William; maisMs ne partfc
rent pas avoir la moindre idee de leur
signification. II etoit aise de voir que e'etoit une nation differente, d'apres la construction de leurs pirogues , qui etoient
faites de bois, proprement travailiees, et
assez ressemblantes, pour la formef *a nos
chaloupes.
Au sud de Fendroit 011 nous sommes
maintenant , nous voyions %&$§ crique
etroite qui paroissoit se profeiger biei?
avant dans File, et qui s'eiargSi&liM'nie-
sure quelle s'approchoitTO^rlvage.'
Dans la mafihee du 24 j 'iWS^ii^peT- nord-ouest, de l'Amerique.  42^
eumes sur le rivage, pres de Fouverture
de cette crique, un grand n@mbre de naturels , qui nous faisoient des signes et
nous inyitoient a venir   a  terre. Nous
vimes aussi une fumee crui* s'eievoit de
derriere des pins, a peu de distance de la
pointe oil nous etions. Le capitaine Dixon
se determina. alors a aller reconnoitre la
place dans sa chaloupe , a j octant que les
Indiens   residoient   principalement  sur
cette partie; et, persuade que , s'il pou-
voit y trouver un bon mouillage, notre
situation seroit beaucoup plus convenable
que celle qu'avoit choisie M. Turner. II y
vit un certain nombre dhabitans et deux
ou trois huttes; mais il y avoit trop peu
d'eau dans Fouverture  de  cette anse,
pour que notre vaisseau put y entrer. A
hu|t heures, a Faide d'une brise fraiche
de Fest , nous levames Fancre et nous
gouvernames an plus pres du vent, vers
le nord. A deux heures, nous mouillames
Mai  1787^
pa 424      Voyage  a la cote,
H par huit brasses, fond de vase, a mie porte'e
Mai   17.& *
de pistolet de la c6te, et tres-pres de
^eux grandes huttes.
Nous etions alors completement en-
fermes dans les terres, environnees de
toutes parts d'iles basses et unies , sur
lesquelles on n'appercevoitpcnnt de neige,
et parfaitemeg^ a Fabri de toute espece
de vent.
■; - ■ > *
Les Indiens parurent nous voir arriver
avec plajsir, et plusieurs di'entr'eux s'em-
presserent de venir a nous. Ils comprirent
aisement ce que nous venions rec[iie^ir
j^aeiix, etijan vieillard. nous apport&uhuit
ou dix excellentes peaux de loutres. Cette
circonstance , jointe a ce que nous na-
vions pas encore vu de grains de verre et
autres ornemens ni aucun ouvrage defer,
riiousTfitconclurre que mil vaisseau wty?oi%
^encore relache dans cette ile , et que con- NORD-OUEST, DE  l'AmeRIQUE.   425
sequemment , nous y ferions un trafic c
avantageux. Nos conjectures portoientsut
une fausse supposition; des que les naturels furent devenus plus familiers avec
nous , ils nous montrerent une grande
quantite de grains de verre, de couteaux}
et de lances de la me*me espece que ceux
que nous avions vus dans Fentree du
pri^^^Williani; et la^preuve que nous ne
glaiiions qu'apres des voyagerrrs plus heu-
reux que nous, c'est que les fourrures que
nous apporterent nos Indiens, a Fexcep-
tion des huit ou dix dont je viens de
parler , etoient d'une qualite tres-me-
diocre.
Mai   27874
ixrff
Du 25 mai au premier juin , notre
trafic fut peu considerable Nqtts etions
frequeiiiment visites par les naturels qui
liabitoient le voisiiiage de la crique dont
]% t'ai deja parie; mais ils ne faisoient
qu'une mime tribu avec leurs voisins , et Mai   2787.
§z6       Voyage  a la   cote,
avoient consequemment tres-peu de four-
rilEes qui va^tssent la peine d'etre ache-
tees^
J'ai deja. observe que nous etions
entoures d'un grand nombre de petites
Jles> Elles formoient differentes baies et
havres que le capitaine Dixon se propose
d'aller reconnoitre, espera&t qu'une^en-
tree'aussi etendue que celle-ci paroissoit
l'etre, contenoit plus d'habitans que nous
n'en avions vu jusqu'alors. Mais 1^ tems
devint si obscur, si charge de brume et
si pluvieux, qu'il ne lui fut pas possible
d'executer ce projet. Le tems s'etant ce-
pendant bien edairci dans la matinee
duqpremier j uin, il prit ave^c lui un des
Indiensjqui etoit souvent venu a bord,
et qui? ne manquoit pas d'intejjigence, et
se mit en mer a dix heures dans sa chaloupe, afijQ d'examiner les hav»es adjar
oenskj iki      -» NORD-OUEST, DE lAmERIQUE.    427
A cinq heures de Fapres-midi, le capitaine Dixon fut de retour |%ans que ses
recherches eussent repondu a ses espe-
rances. II avoit deconvert plusieurs huttes
dispersees c^a et la dans les differentes
parties de Fentree; mais elles etoient presque toutes habitees par les Indiens que
nous avions deja vus, et aucun d'eux ne
possedoit de fourrures de prix. Nous fumes
en general bien trompes dans Fespoir que
nous avions concu d' apres la situation de
cette ile, et a la premiere vue de ses habitans. Mais ce ne fut pas des le premier
jour que nous nous aprpercumes de' leur
indigence ; car quoique tout ce que nous
leur achetames ne consistat que dans
eifviron seize bonnes peaux de loutres,
deux belles fourrures de marmottes sans
oreilles , quelques lapins des Indes , et
quelques bandes de peaux de cS^r d'une
qualite tres-n^ediocre , le tout pouvant
etre contenu dans un seul poincon ; ce /   /
428       Voyage a la cote ,
===~z ne fut que le 3 juin, ( dix jours apres
notre arrivee dans le havre, ) que noiis
decouvrimes que les insulaires non-seule-
ment n'avoient plus de fourrures , mais
qu'ils s'etoient presqu'entierement de>
pouilles pour con tin iter leur trafic aussi
long-tems qu'il leur avoit ete poss£ble.|pe
retard ennuyeux fut occasionne par la
lenteur qu'ils mettent dans leitr maniere
de trafic|uer ; quatre ou six Indiens s'a-
vancent dans une pirogue, et il s'ecoule
souvent une heure avant qu'ils donnent,
a entendre qu'ils ont quelque chose a
vendre. B|[suite, par deferens gestes et
contorsions , ils font compreudre qu'ils
ont apporte des choses precieuses , et|de-
mandent a voir ce qui leugpsera donne en
echange, m^me avant d'exposer a la vue
ce dont ils ont en vie de se defaire ; cajf
ils cachggjlpavec un soin par^Cjulier tout;
ce qu'ils apportent enftyente. Si cette
manoeuvre ne reussjit pas, apres rnaintes NORD-OUEST, DE L'AMERIQUE.      429
et maintes considerations , ils montrent
leurs marchandises qui consistent gene-
ralement dans quelques morceaux de
vieilles peaux de loutres; et lorsque mime
ils en sont venus a ce point, il se passe
encore un tems considerable avant que le
marche soit conclu; de sorte qu'une
journee etoit souvent totalement employee a acheter une tres-petite quantite
d'effets de fort peu d'importance. Telle
etoit neanmoins notre position, que nous
nous soumettions patiemment a ces len-
teurs insupportables, dans Fespoir qu'ils
nous apporteroient quelque chose de meil-
leur. Mais voyant qu'ils etoient presque
nuds , et qu'il n'etoit gueres raisonnable
d'esperer qu'on put jamais trafiquer avan-
tageusement avec eux, le capitaine Dixon
resolut de quitter cette ile au premier bon
vent.
Juin 1^87.
Je vais m'efforcer de te donner quel- 1
Juin 2787.
430 V O Y $g| E   A    LA   c6tE,
ques derails instructifs sur cette ile et sur
ses habitans. Comme il est tres-probable
que nous sommes les premiers qui ayon§j
decouvert ce havre , le capitaine Fa ap-
pelie le port Mulgrave, en l'honneur du
lord Mulgrave. L'endroit de notre mouillage est situe par les 59 degres 32 minutes de latitude nord, et par les 140
degres de longitude ouest. II ne m'est
pas possible de determiner l'etendue de
Fentree; elle contient un grand nombre
de petites iles basses; et, par intervalles,
quand la brume se dissipoit, nous pou-
vions distinguer au nord et a Fouest, a|
environ dix lieues de distance, un pays
eieve , montueux, entierement couverJ
de neige , et que nous jugeames faire
partie du continent. Ces iles, ainsi que
le reste de la cote , sont totalement cou-
vertes de pins , de deux ou trois especes
differentes, entremiies ck et la de noi-
setiers et de  differentes sOrtes d'abris- NORD-OUEST, DE l'AmerIQUE.   /fil
seaux. Nous vimes un grand nombre
d'arbustes qui commencoient seulement
k s'eiever de terre; mais leur vegetation
etoit trop peu avancee pour qu'il nous
fttt possible de distinguer leurs especes;
neanmoins le tems etoit assez doux $
et le thermometre se trouvoit a /fi degres.
Juin 17817a
Nous vimes dans cette ile des oies et
des canards sauvages , et quoiqu'ils ne
fussent pas en aussi grand nombre, a
beaucoup pres, que dans File Montagu,
il etoit aise d'en approcher. Le capitaine
Dixon se rendit souvent a terre pour jouir
du plaisir de la chasse, et il revint rare-
ment a bord, sans apporter du gibier;
ce qui produisit deux tres-bons effets;
nos tables se trouvoient couvertes de mets
excellens, et les Indiens voyant Feffet de
nos armes a feu, concurentpottr elles tant
de crainte , qu'ils se tinrent parfaitement 432        Voyage a la cote ,
tranquilles , et ne chercherent jamais a
nous molester.
Le nombre des Indiens qui habitent
dans toutes les differentes parties de Fentree , se monte a peu pres k soixante-dix
personnes, y compris femmes et enfans.
Ils sont en general d'une taille moyenne;
leurs membres sont droits , et bien pro-
portionnes; mais, semblables au reste des
naturels que nous avons vus sur la c6te,
ils aiment a se peindre le visage de differentes couleurs; de sorte qu'il n'est pas
aise de decouvrir quel est leur teint reel.
Nous parvinmes cependant a engager une
femme, tant a force d'instances que par
des pre sens de peu de valeur, a se laver
le visage et les mains. Le changernenli
que cette ablution produisit sur sa figure,
nous causa la plus grande surprise. Son
teint avoit toute la fraicheur et le coloris
de nos joyeuses laitieres angloises ; et
JHI Fincarnat NORD   OUEST,  DE l'AmERIQUE.    TlZZ
l'incarnat de la jeunesse qui brilloit sur.       .==
tit        t Juin  2787.
ses joues, contrastant avec la blancneur ' '
de son cou, lui donnoient un air char-
mant. Ses yeux etoient noirs et d'une
vivacite singuliere ; elle avoit les sourcils
de la mime couleur, et admirablement
bien arques. Son front etoit si ouvert,
que Fon pouvoit y suivre les veines bleua-
tres jusques dans leurs plus petites si-
nuosites. Enfin, elle auroit pu passer pour
une beaute, mime en Angleterre. Mais
cette proportion dans les traits est de-
truite par une coutume fort singuliere,
dont nous n'avions jamais vu d'exemple
auparavant, et dont je ne crois pas qu'au-
cun voyageur ait encore fait mention.
Elles se font une ouverture dans la
partie epaisse de la levre inferieure, qui
est continuee par degres en une ligne pa-
rallele a la bouche , et dune longueur
semblable. Elles inserent dans cette ou-
Tome I. E e Juin   1787.
434 Voyage a la c 6 t e ,
verture un morceau de bois de forme ellip-
tique, et d'environ un demi-pouce de-
paisseur. La surface en est creusee de
chaque c6te* a. peu pres comme une
ciiiller , excepte que le creux n'est pas
aussi profond. Les deux bouts sont aussi
creuses en forme de poulies, pour que cet
ornement pretieux soit plus fortement
attache a la levre , qui, par ce moyen,
est presque toujours eiargie d'au moins
trois pouces en direction horiiontale| et
consequemment defigure tous les traits
de la partie infierieure du visage. Ce mor-
fieau de bois curieux n'est porte que par
les femmes, et semble itre regarde comme
une marque de distinction, puisque tout
le sexe ne le porte pas indifferemment,
mais seulement celles qui paroissent itre
d'un rang superieur a celui du plus grand
nombre.
Leur langue ne ressemble pas a celle
—1 NORD-OUEST,   DE   L'AMERIQUE.   4^5
que parlent les habitans de Fentree du
prince William; elle paroit barbare, gios-
siere et difficile a prononcer. lis se servent
frequemment du mot amcou, qui signifie
ami ou chef. Ils n'ont point de termes
^nour exprimerles nombres au-dela de dix;
il ne m'a pas ete possible d'acquerir une
plus grande connoissance de leur langage,
ces insulaires etajjt tr^r^erves et parlant
;^prt peu. |J|
&im   17S7.
Leurs i^bitatMnjiiSj^^tt les plusroii^ifs
5j$duitsdo&t il soit po^bje de se fay|£u&e
idee. Quelques pieux: ficj^^fen tegre sans
ordrg^iS^ans ir^gulaj^te , e&towtgs et cou-
,yerts dejpJa^Jjies q^^fe^rt^tjn.e Jiaison
i§s unes av$§ les lauti^g^ vojja rce qui
cQf^titue lesgJjp^t^es j^ 6j^ife4iej^^ elles
sont coiistruitesrfg^^ a^fepon d&dfoin,
qu'elles jae peu ve&J|<j>a^]JO$tf#fia Y a^sMe
la neige ou de^la pj#fe. Si ®J|Wferpoint
d'ouverture particuliere pagl,^. lail&i&ile
H- Ee2 Juin   1787.
436 Voyage a la  c6te,
puisse passer , et elle s'ediappe par les
fentes nombrelises qui se trouvent de
toutes parts dans ces miserables edifices.
L'interieur de ces maisons offre un
tableau parfait de^la malproprete et de
1'indolence de ceux qui les habitent. Ils
jettent dans un coin de leur cabane, les
os et les restes des viandes qui ont servi
a leurs repas; dans Fautre, ils conservent
des amas de poissons gates, des morceaux
de viande puans, de la graisse, de l'huile,
etc. En un mot, F ensemble nous montra
dans quel etat de misere Fhomme peut
exteter.^Ces insulaires paroissent, nean-
moinsj satisfaits^de leur situation ; et il
est probable que, dan!leurs tristes huttes,
ils^Suissent d'un bonheur plus grand et
d'une tranquility plus parfaite, que le
Monarqug le pluigdespote ,>f'sous $es
lambris doresr NORD-OUEST, DE l'AmERIQUE.    4^7
II esfprobable que la principale raison
qui detourne les Indiens d'apporter plus
de soin dans la construction de leurs de-
meures, est que leur situation dans un
endroit n'est jamais que momentanee.Des
que le chef d'une tribu voit que la chasse-
ou la piche sont moins abondantes dans
un endroit, qu'il ne Favoit espere, il abat
sahutte, en transporte les planches dans
sa pirogue, et va chercher ailleurs une
position qui lui convienne davantage ;
lorsqu'il Fa trouvee, il construit son habitation sur le mime plan, et avec aussi
peu de soin que la precedente.
Juin   1787
J'ai deja observe que leurs petites pirogues .sont artistement faites (1). On ne
peut pas dire la mime chose des grandes.
(1) Le capitaine Dixon en a apporte une en An-
gleterre, et elle est-maintenant en la possession de sir
Joseph Banks*
Ee 3 Juin   1787*
438     Voyage a la c6te,
Elles sont formees d'un seul grand arbre,
grossierement creuse, sans proportion et
sans forme reguliere. Les deux extremites
de ces pirogues sont assez semblables a
des auges peu profondes, et elles pettvent
contenir de douze a quatorze personnes,
Pendant que nous etions a Fancre, les
insulaires  nous  fournissoient en abori-''
dance , des plies pour lesquelles nous leur
dbnnions des grains de verre et de petits
toes. Ils voiit pecher ce poisson au large,
a'utour de la pointe de terre que nous
decouvrimes dans la matinee du 23 mai.
Notre chaloupe y fut un jour envoyee a
la piche, avec sept hommes de Fequipage:
mais ils furent beaucoup moins heureux
que les Indiens , qui pichoient dans le
mime tems; ce qui paroltra assez extraordinaire, si Fon fait attention a la supe-
riorite de nos palans sur les leurs. Leurs
hamecons sont de longs morceaux de bois
qui ont I au moins , un demi-pouce de NORD-OUEST, DE  l'AmERIQUE.     4^9
diametre , jusqu'a Fendroit ou ils se re- '-*-. ■ —
courbent, formant un angle ajgu; ils di-. pi *7 I
minuent alors graduellement, et se ter-
minent en pointe. A l'extremite superieure
de l'hamecon, se trouve artistement nxee,
une piece de bois plate, longue d'environ
six polices , et large de deux , sur laquelle est grossierement sculptee la figure
dun homme. &
Je ne puis pas croire que cette sculpture soit destinee a servir d'ornement a
leurs hamecons; j'imagine que c'est une
allusion religieuse, et que cette figure re-
presente peut-etre une divinite qui assure,
selon leurs opinions , le succes de leur
piche, a laquelle ils procedent d'une maniere singuliere, L'appat cm'ils attachent
a leur hamecon est une sorte de poisson,
appelie par les matelots squids. Quand cet
hameqon est plonge dans feau, ils fixent
k 1" extremity de la ligne une vessie ou
E
e4 h
>j/jo Voyage a la c6te,
s*Mp deux, s'ils le trouvent necessaire, en forme
Jum 2787. je DOU^e# Leurs lignes sont tres-fortes,
etant faites de nerfs ou d'intestins d'ani-
maux.
W
Un seul homme suffit pour avoir l'ceil
sur cinq a six de ces bouees. S'il appercoit
qu'un poisson ait mordu, il ne se presse
pas d'enlever la ligne , mais il lui laisse
le tems de bien saisir l'hamecon.; lors-
qu'il a souleve le poisson au-dessus de la
surface de Feau, il lui donne un coup sur
la tite, avec une espece de massue destinee a cet usage. Par ce moyen, il peut
retirer son poisson tout a son aise. Ils
prennent cette precaution , afin d'em-
picher que les plies qui, quelquefois,
sont d'une grosseur extraordinaire, n'en-
dommagent et mime ne renversent leurs
canots, dans les secousses violentesqu'elles
donnent pour se degager. Les Indiens
etoient done nos maitres dans cette ope-
1	 NORD-OUEST, DE l'AmERIQUE.      441
ration; et, comme ils nous en apportoierit =======
Juin  1787.
tous les jours en grande abondance, nous
cessames d'envoyer nos chaloupes a la
piche.
Ils preparent leurs mits, en mettant
des cailloux brulans dans une espece de
panier d'osier ou sont des morceaux de
veau marin, de marsouin et d'autres poissons , et qu'ils couvrent ensuite avec soin.
Quelquefois ils font de la mime maniere
du bouillon et de la soupe de poisson, et
quoique nous leur eussions donne des mar-
mites de cuivre, en leur indiquant la maniere de sen servir , ils prefererent toujours leur methode a la notre.
Les Indiens aiment singulierement a
macher une plante qui paroit itre une
espice de tabac , a laquelle ils milent
ordinairement de la chaux, et quelquefois
Fecorce interieure du pin , avec la subs-
m Juin  2787.
442      Voyage a la cote,
tance   resineuse   qu'ils   s a vent   en  ex-
traire.
Quand nous arrivames dans ce havre,
le 23 mai, nous remarquames un grand
nombre de barrieres blanches, eievees sur
un terrein uni, pres de la crique dont
j'ai parie plus haut, et qui se trouvent
au sud, relativement a. notre position.
Ces barrieres etoient a la distance d'en^
viron un mille et demi du vaisseau; et,
de loin , elles paroissoient construites
avec tant de regularite, et des proportions si justes, que nous conclumes qu'elles
ne pouvoient itre Fouvrage des Indiens,
mais celui de quelques individus d'une
nation civilisee, qui avoient relacho dans
cette ile. Le capitaine Dixon , voulant,
sur ce point, satisfaire sa curiosite , se
rendit sur les lieux, et il fut fort etonne
de voir que e'etoit une espece de cime-
tiere, si Fon peut appeller ainsi un en-w NORD-OUEST, DE   l'AmeRIQUE.   44^
droit ou etoient amonceies des cadavres ,
sans itre enterres. La maniere dontxes
Indiens disposent de leurs morts est digne
d'itre remarquee. lis separent la tite du
corps; et, apres les avoir enveloppes Fun
et Fautre dans des fourrures, ils enfer-
ment la tite dans une boite quango et le
corps dans un coffre oblong. A chaque
extremite du coffre dans lequel le corps
est contenu ,   se trouve un  gros piett,
d'environ dix pieds de hauteur qui est en-
fonce obliquement dans la terre ; de sorte
que les extremites de ces pieux se joi-
gnant, on les lie Fun a Fautre, avec une
espece de corde faite a ce dessein.
Juin  2787.;
A environ deux pieds du sommet. de'
ces deux pieces de bois , s'avance , en
travers , une autre petite piece \ tres-
artistement attachee a chaque pieu: c'est
sur cette derniere quest posee la boite
dans laquelle est renfermee la tite ,et qui 444        Voyage  a la c6te,
i I y est fixee par un tris-gros cable. Cette
' boite est souvent ornee d'une double ou
d'une triple rangee de petits coquillages,
et quelquefois de dents, qui sont incrus-
tees dans le bois avec beaucoup d'adresse.
Elle est, en outre , peinte de differentes
couleurs ; mais les pieux sont toujours
blancs. Ils sont quelquefois plantes per-
pendiculairement en terre , au lieu de
l'itre obliquement, a chaque extremite du
coffre; mais la boite est toujours dans la
position que je viens de decrire.
/
Nous n'avons pas eu lieu d'observer
les ceremonies d'usage parmi ce peuple,
quand ils inhument les morts , parce
qu'aucun de ces insulaires n'a perdu la
vie, pendant le tems que nous sommes
restes a la vue de ces lies.
Outre les fourrures dont j'ai deja fait
mention , nous avons achete quelques NORD-OUEST, DE lAm^RIQUE.    445
peaux d'ours et de castors. Je suis ce-
pendant tente de croire que les fourrures
de marmotte que ces insulaires nous ont
vendues, leur ont ete cedees par quelques
Indiens d'une tribu voisrne.
Juin   1787...
Les toes sont ce a quoi ils attacheiit
le plus grand prix; et c'est ensuite aux
bassins detain qu'ils donnent la preference1?
Les grains de verre nous servoient a
acheter des peaux de peu de valeur; mais
les Indiens ne vouloieiS: prendre que^ceux
d'un bleu fonce ou d'un verd pale.
Notre trafic dans cet endroit etoit si
peu de chose, qu'il devenoit inutile de
montrer a ces Indiens une grande variete
de marchandises , qui n'auroient servi
qu'a les eblouir, et a ralentir encore leur
maniere deja trop longue de trafiquer. ■n
Jtl
221    2707
446 Voyage  a la c6te,
Je t'ai donne sur ce pays , et sur "ses
habitans, les details qui dependoient de
moi , c'est d'apres des remarques et des
observations faites en differens tems : et
tu ne dois pas par consequent t'attendre
a les recevoir ecrits avec ordre, et dans \
un style bien chatie^; mais j'aurai an moins
eu la satisfaction de te procurer un moment de deiassement et d'amusejjient, et
peut-itre me sera-t-il possible de t'envoyer
encore, en forme de supplement, avant de
quitter ces c6tes, ce qui m'a pu ediapper
a*f|aps CG&^ lettre.  Adieu , nous allons
_,bie^it6t remettre en^er; je suis , etc.
^^^Rai;:. M&fcsk, • w. B.ft,  2 NORD-OUEST,  DE  l'AMilRIQUE.   447
LETTRE   XXXII.
De 1'entree du Roi-George, le 9 aout 1787.
N'ayant pill's aucun espoir de pouvoir
trafiquer dans le port de Mulgrave , le
capitaine Dixon prit la resolution de le
quitter au premier vent favorable; et une
brise du sud-est s'etant eievee a quatre
heures du matin, le 4 de juin, nous por-
tames en avant Fancre d'affourche , et
nous halames notre vaisseau hors du
port; a huit heures du matin, nous re-
mimes a la voile, et nous debouquames
de Fentree a midi; la pointe meridionale
de Fentree du port Mulgrave nous restoit
au sud - est, et la pointe septentrionale
au nord 85 degres ouest ; le mondrain
du sud etant a environ 5 milles de distance.
Juin 2787..
■ 448      Voyage a la co-te,
j^n 2 « Pendant le reste de cette  journee,
nous eumes des vents legers et variables
et des  calmes par intervalles. Le 5 se
III passa absolument de mime.
Le 6 au matin, la terre nous restoit
du nord 78 degres ouest , au nord 5o
degres est; et la pointe occidentale de la
baie que nous avions quittee , portoit
nord 10 degres ouest , a. environ cinq
lieues de distance. La hauteur, prise a
midi, nous donna 59 degres i3 minutes
de latitude nord, et 140 degres 40 minutes ouest. Une brise fraiche de Fest
commenca k souffler; le ciel etant serein
a quatre heures de fapres-midi , nous
decouvrimes le mpjiit Sainte-Elie qui nous
restoit au nord-ouest trois quarts de rumb
au nord, a plus de vingt lieues de distance. JS
Du 7 au 9, le vent resta a Fest, et fut
accompagne NORD-OUEST,  DE   l'AmERIQUE.   4^9
iconipagne de pluie et de brume, nous
tions obliges de serrer le vent au sud,  um *7 f
bar consequent nous nous eioignions de
prre plus que nous n'aurions desire de le
aire; la c6te, dans ces parages, s'etendant
JL-peu-pres de Fest-sud-est a Fouest-nord-
puest. Le 8 , a midi , notre latitude ob-
;ervee fut de 57 degres, 5q minutes nord,
;t notre longitude de 141 degres, 26 mi-
mtes ouest.
• ;Le ^ipa,' a une heure du matin ^le
bent satttaau sud-ouest; ce qui, a notre
grande satisfaction, nous permit de mar-
slier vers la cote. La hauteur calcuiee,
a midi, nous donna 56 degres , 49 g£!cj
Liutes; de latitude nord-, et; 140 degres,
iv minutes de longitude ouest.
Le reste de ce jour, et toute la journee
du 11, nous eumes vent frais du sud, et
nous continuames a porter sur la c6te,
Tome L F f Juin   17S7.;
45o      Voyage a la c6te,
que nous ne pouvions cependant voir a
aucune distance, Fatmosphere etant fort
chargee de brume. Nous etions, a midi,
par les 5j degres, i3 minutes de latitude
nord, et par les 136 degres, 26 minutes de
longitude ouest. A deux heures et demie
de Fapres-midiVnous decouvrimes la terre
qui s'etendoit de Fouest-nord-ouest a Fest-
sud-est, a la distance d environ 4 milles,
la pointe la plus meridionale nous parut
itre sur le cap Edgecombe ; nous mimes
aussit6t le cap sur cette pointe , et nous
vimes bientot que nous ne nous etions
pas trompes dans notre conjecture. A six
heures, le cap nous restoit au nord-nord-
ouest, et nous etions a environ un mille
de distance du rivage. Nous apperc&mes
alors une baie tres-large et tres-etendue,
qui paroissoit devoir itre un excellent port.
A environ un mille du cap, git une petite
ile, et nous gouvernames sur le detroit qui
se trouve entr'elle et le cap; mais, a sept nord-ouest, de l'Amerique.    45i
heures, voyant une grande quantite de ;•
38 m 17®7-
passes-pierres a Favant, le capitaine Dixon
jugea prudent de porter au sud pendant
la nuit, pour nous tenir a une certain©
distance du rivage.
Le 12 , a une heure du matin , nous
revirames de bord et portames de nouveau
sur la baie, laissant a Fouest la petite il©(
dont je viens de parlor, et etant favorises
d'une brise legere du nord-ouest-quart-
ouest. A quatre heures, nous oaAmes*wla
chaloupe a la mer, et die marcha e«|
avant pour sqnder. Vers les six Jkeures ,•
nous appercumes une grande chaloupe
pleine de monde , a une distance tres-
considerable, et qui s'avancoit vers nous
avec toute la vitesse possible..Nous vimes
hisser quelqtte chose qui ressembloit a
un pavilion blanc; mais nous ne pumes
pas , mime avec le secours des lunettes,
decouvrir a quelle nation'die appartenoit.
Ff 2 Juin. :i fuf.
45^ Vtf* A G it 3A.    LA   C 6 *fe ,
—7N4rffisfl6inies bi4ri des conjectures a ce six-
jso^iplnsieiirs: 'pretehdoient que o etoient
defeDiRuss&■; •dautt^s disoieMt que ce ne
pouvtjijen0iitre que des Espagnols , "qui
avoient ete laisses dans ces parages, depuis Fannee 1776 , epoque a laquelle,
dej£X vaisseaux de cerite nation avoient
mo tulles: pres de cet endroit; d'autres con-
jecrturerent encore f que ces gens faisoient
partie .de5 Feqiiipage de quelque vaisseau
qui ejLpit peut-itre a Jpbesent a Fafltre dans
cette fbai@. Lorsqu'ils furent arrives plus
p#Uf^nous, nOtis reconnumes que e'etoit
uefe pirogue reMpliodTndiens; et bientit,
se trduffant auto portee de la voix, nous
appiirnes avec plaisir qu'ils habitoientle
pajysiqui borde. Fentree sur laqueftenous
gouvBrnions.. lis avoient appercu notre
vai$adau, fe veille au soir, et nous avoient
suttii% mais, ibmme nous avkkis pris le
la^gew pendant, la nuatSlils nous avoient
p^rdus de vueff^c A
NqR3p|-OUEST, DE  ExAmERIQUE.    $5$
;Ih§*j Jffcpi&s six lienresi, le .rfemt tonafea
toutr^fetili et<ttL chLal^pM*&vjg|tJ a b^pgl^
Fesqu,i^ifut Wafers miiiinM men :et [ ®ablM
fit nf^chi|r tous deuxjSrijl'avant ^poiiji
reniorqucrjle yai&seails^iet le faire enH^esr
dansla baie. Pendanfc^e tem^, nous aojite*
Ijetnie^ de ,ftos nouveilesMon?noissaneeJt>.
quelq«^s-^)uriBires d^|)e^#e vaieur ■ $>*&,.
n^us^gini?jejttendre qu§ w$us trouver#ns
un gr^ajicksijjiribre d'habitan&il&fbeaueoup
de fourrures, dans la baie adjacente. Cette
information , quoiqu'o'H ne put pas y
ajouterjdine confiance entiege*, ne laissa
pa^ddefaious faire le plnU grand plaisiiri,
Ce qUi'jious avoit d'&boiiab paru itre uid
pa^ll^fcl&inc | n'etoit qti'mne tottffe do
pl^ieBjhlanchissriqu'iteavCaient attasdmeefs*
auitetit^kine longue pei^ey etjIqsuH ras
ce; qu&j$[ai su depuis, es#jgalsighe de>paif^
et d'amitiffetA 10 heures dib, soir,j noirES
decQuvtAmeauineibaie au. nord qui tmu&>
paru]^refbieji^^aSrite]e ^i^^lfe^ajen mffine.
JtiiiiL 1=787.! =sr
Juin  1787.
454 Voyage  a la c6te ,
tems une brise favorable et nous gouver-
riames dessus. M. ^Burner fut envoye dans
laldtaloupe a Fentree de cette baie, pour
^ihercher un mouillage ; et M/1'White,
notre troisieme lieutenant, alia en avant
d^Sfl'esquif^ a fin deSonder. Un peu apres
onze heurest,oM. White revint nous dire
que la baie paroissoit itre tres-propre a
jetfer Fancreu^0f]|?$bnd etoicwde bonne
tenue et donnoitfde huitwi-douze brasses,
fond de sable.b& %M
Apres avoir couru de petites bordees,
nous jettames Fancre a minuit, par huit
brasses d'eau sttr un fond de sable, I a en-
vibon trois quarts de mille du rivage.*lLes
@3aiil-M.ites delavterre qui formoient la baie
au nord, portoient du sud, 3 degres ouest
au nord ?r5 degres est, et la pointe de
t^re" au <i®idr-fest y rinous restoit sud-est-
qnart-de^urlipra environ trois quarts de
ille de 'diisance'-,, le  havre au sud  et NORD-OUEST,   DE   l'AmERIQUE.   455
au sud-est-quart-d'est, et bien abrite par^f=
x *■       Juin   l"
un^[ grande quantite de passes-pierres,..
/v/
Vers quatre heures de^'apres - midi,
M.; Turner revint, apres avoir fajt son
examen : il avoit trouve plusieurs havres|
oil 1 on pouvoit se mettre a Fabri de tous
les vents; mais, presque par-tout, le fond
etoit de roche: le capitaine Dixon se, deV
termina en consequence a ne point changer, de position, la baie ou nous etions
etant d'ailleurs egalement bien couverte,
e£le^ieu tres-commode pot^rtrafiquer avec
les Indiens.
Pendant que M.- Turner fit sa toupee,
ffiiv&jUiie;lar2;e caverne formee naAurelle^
mfca^fens le flanc duneniontagnje^o^da
dis.%koce de 4 niille&^an^lnord feil^3^®
premier ancrage. La curiosite le fit aller
k;terre,;_pour examiner §§t endroit: c<a qui
$g engagejt enco^^Yftf^rg^i* Pi^tSUhil
m *      "IB  1   F f 4    H Juin  2.7P5&.
i
456        VfeY JafW E   A   LA   C^TE,
tSrybtt a uife certaine di^tarii*^^fifelque
chose qui jettditf- un ecl{#'feseJ^.$llB|ttfc.j
Etant arrive dans la caverne, il trouva que
Fobjet qui avoit excite sa curios&eVetoit
flfne Ibl&te qiiarree, renfermant une tite
humaine qui Jretoit deposee de la mifile
iiianieTe qtt'au port Mtrlgrave. Je t'ai deja
parle de leur maniere d'inhumerle^Kibrm I
La* boite etoit ma^ifiquem%ii% orneVlie
pertlts coquillages, e^paroissoit n'avoir ete
mise dans cet endroit, que^d'epuis tJSS-
^fSeBi de* 'tems ^xWet6tela8" seme qui^y
^Souvat. Cette decouverle me par^t^r©^-
* )T Llaaaaaaaaai
ver que ces naturels se conforfiieAi aux
mimes usages , relativement aux cer&-
^on&sWunebres , que ceux dufebort de
Mulgrave; mars'lbest; vrMsemblabi^<|iiS|l
almeift mieux enterrerHs corps ifatosMdes
caWfnW, qtle^als*texr3§sfe, au gi&nd>$ii» w\
BJiie i3 , de^la pointe du jofir^plufc
sieurs pirogt'ites remfjfe^ltTndietiS, vinre4& pin %$§£.<. Juin  178-
-I NORD-OUESTf D^EIL'Am^rWqUE   /{Bj
^thatoche de notre vaisseau. Apifestavoiri: .—sstts
>asse un tems cod£d^abler*abichranteruTls-
^fiMeftc^rent al^afojuer avacbious, at
iou&i&Miet4mes>-;ur£dgrand nimbrb dfe
&^#£*dtl<$fttre. Cesisauvages paro%sent
^auc<^p"$iXis vifs^t&elaucoup plus alert^s
Jicedesifeabitants Hu pori Mulgsave; et£
Fapres^tes appaeipi^res^nous avians' tout
lieu- cd'espe^er que^Saotts feriori^tfiarissttfcl'
3SfiJroit,sdes affaires avantageupessbn^
'ASQi shqarrr hw'B ?|
t5§ o j j
&
WtW i^-lafe^p6,34es ^changes^&e fire&t
grand^^afe^P^^is chsuil§ ell^^^m^e^P
cerent a dediner, et^pmsie^lrS ll^JSP^Btf*
diens s'eioignerent pour aller chez leurs
$oiWfi§ lel^tirv6^Id^utresnpeaux.1
^Le^m^rdia^iSes^ie les nat$r%lipief
Fentree^ue N^rfoB^r§ferote'nt e^^ti^a^^
Se^iuTS«foiii¥ttresi etore&IPdes yl&b%? m^SS
H^^s^refusoient lor^u'Hs^e^oi^iW^liSj^
f^ffisf fGetI£s €B&r ii% %MMent% *^I^Pde
■
r- Juin   1787.
458        Voyage a !$p#&#T>fe$3
cas etoient, en general, de hifk a q^atorz^i
pouces de longueur. lis prirent aussi ^esj
bassins detain , des Jkadies , deji-houes.,
des iboucles , des bag^es , etc. Mai$j|de
toutes oej chosesj, les bassins eiiien^-c«
quils ainaoient leicmieux.  Qu^ftqu^Bles
haches e^idis houcsflftissent, sans con>
tredife^ les insteume^qui^pou^orit leur
Atre le;Jpfejs ut^&jpfthei.aa voulwentj^ii
prendreoque pouserides fottrrpres, jie. pea
de valeur. Ils refuserent avec mepris tous >
les grains de verre ,  de gjuelqtf£f QOjgleur
qu'ils fussent, etjils vouloient £; peine les
acce^tp%^ .titre de presens. £ i£i&M
Le 16, dans la soire^, le vent s^iajfl^
bon frais du sud , ce qui nous rendit la
^er houleuse da:o^ laj^»aie. N^u^nous
prepajions deja a anae^er no%|a^mers;
"$n§$§ h§preujem§nt, veiss m.^$$ ,8JLevjeng
sappaisa;. nous ylmes parvja que nous
^etioja^^pas au^.g)t Jfc\ ^§^vl d$f^ mauvais
TffTllinU    M  IT    - .-.  _^_-.-      -   - NORD-OUEST,  DE l'AmERIQUE.     459
3111s que nous nous Fetions d'abord3^^- ;—.
x j Jinn: 170$.
ne.
Du 17 au 21 , le commerc® 'fledina
taaduellement, et a la fin, les naturels ne
ious apporterent plus que de§ lambeaux
it des morceaux de vieux vetemens" priH£
m'uses. Nous 11' avions pas, rieamHfims,
plson de nou1> plaiiidre d'eMxl,8pulsqu'ils
pfous offroient tour ce qu'iPitbfteri^leur
pouvoir d'offrir : leur conduite, en cela^
fut bien differente de celle de nos anciens
amis du port Mulgr&ve.
Parmi ceux qui venoient trafi^uer avec
iious , etoit un vieillard qui paroissyit fort
entendu. II nous fit compreridre'que deux
[vaisseaux avoient mouilie dans ces parages , il y avoit deja du tems; que Yun
de^deux etoit infiniment pluW grattd que
les n6tres ; qu'ils portoient une grande
quantite de canons; et que les geiis* "qui 1
469
3T
Voyage   a.ia  c6te,(
Juin JU787.
montpient ces   batiniens pnous  rgsse
bloient par la couleur et par Fhabillcmg|^.
II nous montra une chemise d'homme,
^'•ftSa? ^iwdt?? ^ftP11 ^ a^oit donpee,
et qirjjj^^pssoit garc|er conan|ae unj^gn?
riositfL L'ayant examinee , nous vimes
quMLewetoit faite a la^|namere d<|§. Es-
pagnols^et nousjuge^mcs q&e les naVRfjS
dont nous parloit ce wgilla^d, etoen^gjes
batin^e^igrq^ je t'ai d^j^jdit qurjving
A.t
Dans le journal jde^eeJypyage fait.paj
les Espagnols , et publie par F honorable
I)aine^.BaTrinarton; il esjsditmie^aarais-
^eaux .avqjggi jette Faa-ere,,.par les 5^rd%
gre^: a§r minutes de latitude, nord.? Notre,
position^ etoit par les Igy^g^es,^^^-,
nutes^d^laj^ude nord; e.jj^.yieillar^^en
voulant nousindiquerl'endrQit.ouces vats?-
s#au^avoientiltenu l&u£onouillase/*nous
moiitroijgJgjpj^.urs du J^gl^ ^utre^^'
TiB. NORD-OUEST, DE  l'AmERIQUE.    461
i nord, ce qui nous confirmoit dansiiotfe w^T^g^
pinion, que ce ne*p>ouvoit itre qiie■ ces>
^spagiiGls. Si notre conjecture esf^veri-
able, elle devient #rie pretive que Fentree
le Norfolk n'a ete^que bien pen frequentee
>ar les Europeens. Dans le cas oil notrW
deillard auroit vu une certaine quantite
le differens vaisseaux , les details qu'il
mrohwpu en donner eussent ete confus et
impar-faks ; au lieu que toutes ses re-
niarques etoient justes et claires, et il
expliquoit toujours de la mime maniere
lewmime objet.
Quoique  notre  trafic  attirat princi-
Ipalement notre attention, nous ne lais-
! sanies pas de nous  occuper  de choses
! secondaires, qui etoient aussi fort essfen-
I tidies. Nous fimes aller a terre plusieurs
de nos gens pour couper du bois de chauf-
fage , et pour remplir nos futailles , nos
charpentiers taillerent un mat derechan ge, 462      Voyage a la c 6 t e ,
; et plusijeurs epares de sapin pour servii\
a differens usages. L'aiguade oil nous en-
vov4me.§ puiser etoit une petite riviere
qui tournoit autour dune pointe de terre,
et qui n'etoit qu'a un mille de distance
du vaisseau.
Les naturels se comporterent d'abord
avec assez d'honnitete, et laisserent nos
gens s'occuper tranquillement des differentes choses qu'ils avoient a faire ,
sans les molester; mais ils se rendirent 1
importuns et essayerent souvent de vider
les poches, mime de voler les scies et les i
haches de ceux qui travailloient, et cela
ouvertement, et de la maniere la plus
brutale. II etoit presque impossible de les
coritraindre, sans employer la force, ce
que nous n'avions pas intention de faire,
s'il nous restoit quelques moyens de l'evi-
ter: notre interit y etoit. Nos gens n'al-
lerent plus jamais a terre sans itre bien NORD-OUEST, DE L AmeriQUE.     $.65
amies; et, tres-heureusement, la vue des --.   ■
Juin  1787.
mousquets imposa un certain respect aux
naturels. Ils avoient vu frequemment le
capitaine Dixon tirer des oiseaux, et ils
jconnoissoient par consequent ce que pou-
voient les armes a feu. C'est de cette ma-
mere que nous achevames les diverses
operations qui exigeoient notre presence
a terre, et elles se terminerent sans que
nous fussions obliges d'avoir desquerelles
^.vec ce peuple.
Dans ma lettre suivante, je te ferai
part de quelques details sur cette entree
a laquelle le capitaine Dixon a donne le
nom d'entree de Norfolk, en l'honneur du
due de Norfolk. Je desire sincerement que
le peu que je t'ai dit de nos succes puisse
|te procurer une partie du plaisir qu'a res^
senti celui qui est pour la vie ton ami.
id   m      .k- W. B. . *■■ ::        '-%:
&
n 464
Voyage   a   la   cote
Juin 2787.
LETTRE   XXXIII,
De 1'enii-ee ?de Norfolk , le ,24-Juin.,,
. LSgntrg&e  de Norfolk,  au moinsvla
partieide cetJte entree oil nous sommes
fellancre, gltipar lesg57 degres 3 minutes
de latitude nord, et par les i35 degree]
36 minutes de longitude ouest. Le montj
Edgecombe nous reste a Fouest -quart-j
sud-:©uest, a tres-peu dfi milles de distance. Cette entree est d'une tresf-grande
etendue; mais il ne m'est pas possible^je/i
dire  jusqu'ou  elle se prolongejjver&jle
nord. Je ne doute pas nlanmoins quelle
n'ait une communication avec la baie des
lies. Tu dois te rappeller que F annee derniere en rarigeant cette c6te, nous avons
vainement cherche ce passage a Fouest
du
iafa---   NORD OUEST,   DE l'Ame'r-IQUE.    4^5
du cap- Edgecombe. Si le vent nous eut i.
permis de doubler la pointe sud-est de ce mn 17^'
cap, comme nous Favions projette dans la
matinee du 15 septembre, nous eussions
indubitablement trouve le havre que nous
occupons aujourd'hui. Depuis que nous y
sommes a Fancre , le tems a presque toujours ete assez modere, le vent en general
leger et variant du sud-est au sud-ouest.
Terme moyen du thermometre 48 degres.
Le rivage, de mime que le reste de
la c6te, est bien garni de pins. On y trouve
aussi une plus grande quantite de noise-
tiers que nous n'en avions vu jusqu'ici.
Nous y vimes des arbres a fleurs et des
arbustes de differentes especes, entr'au-
tres, des groseilliers sauvages k maque-
reaux et a grappes , et des fraraboisiers.
II y croit aussi du persil en abondance;
nous en cueillimes une grande quantite
qui etoit excellent a manger en salade ou
Tome I, Gg -4
466      Voyage a la c6te,
- bouilli avec la soupe. Le saranne, ou lys
um 1707. ^s yaliees , s'y trouve aussi tres-abon-
damment, et y acquiert un grand degre
de perfection.
On y voit tres - peu d'oies ou de canards sauvages; et ceux qu'on y rencontre
feont tr&s-farouches. Le capitaine Dixon,
comme je Far deja dit, se rendoit fre-
quemment a terre avec s&i fusil; mais il
tiroit indifferemment sur tout ce qui se
presentoit a sa* vme, son motif principal
etant moins de se procurer dugibier, qu^
de montrer aux Indiens Feffet des armes
a feu. L'evenement a prouve que ses intentions avoient ete completeaient rom-
plies.
•tHies insulaires pichoient souvent des
plies, et nous Vimes plusieurs fois une
grande quantite de saumons etendus sur
le rivage pour les faire secher. Ils ne se N
ORD-OUEST,   DE  l'AmERIQUE.   4^7
joucioient pas df^nous en vendre; ce qui jj
aiontre que ce poisson est leur nojysriture
favorite et grincipale. Nous en achetames
quelques - uns ; mais d'une espece bien
inferieure a ceux que nous avions trouv<&
dans  la riviere de  Cook. .Cependant ,
comme il n'etoit pas possible de nous
procurer autre chose que du poisson en
fait de  provisions fraiches ,  on envoya
souvent la chaloupe et six hommes a la
piche. lis eurent assez de succes, et pri>
rent une grande quantite de poissons^
roches, quelques hakes, mais tres-peu de
plies.
Juin   2787.
N'ayant jamais vu ces insulaires a
la piche, il ne m'est pas possible de dire
s'ils y procedent de la mime maniire qu£
ceux du port Mulgrave. II y a dans quelques parties de Fentree, une grange quantite de mottles et un petit nombre de
crabes, d'etoiles de mer, etc.
Gs 2 Juin   1787.
46$        Voy^Age^a   LA   COTE',31
J'ai fait tous rriek efforts pour§u^>puter
' le nomte^exajfe des na"Mrels^cpi®6^ident
dans Fentree et dans ses environs. Je ijfen
ai jamais vu plus de 175, a-la-fois, autour
du vaisseau, y compris leurs femm'es et
leiirs enfans. En doiiblant ce nombre, on
auroit a-peu-pres celui de tous les habitants mais enfeupposantque la population
soit do 45o personnes , en y comprenant
fesxvieillards , les infirmes , les absenlf
ceux c[ui sont employes a la piche, a la
ehasse, etc., et enfin , les enfans et les
femmes , je crois qu'on aura donne a
cette supputation, toute l'etendue quf elle
doit avoir.
Ges habitans ressemblent beaucoup,
par leurs traits et par leur forme exte-
4ieure, a. ceux que nous avons vus au port
-Mulgrave. lis ont, de mime, le visage
peint de diverses couleurs. Les femmes
ornent aussi, ouplutdt, defigurent leurs j  NORD - OUE S T, D E L A M^L-R I QU E.    4^9
[evres, de la maniere qpfe jJ^Mecrite; et
il semble quenelles qui .sont decorees de
cette large piece de bois , soient plu^ge*
neralement respectees par leurs amies, et
parfia nation en general^H
Juin 1787.
^Cette incision curieuse dans la levre
inferieure des femmes,, n'a jamais lieu
dans leur enfance ; mais , d'apres les re-
marques que j'ai pu faire, il paroit qu'il
y a un certain periode de la vie, marque
pour cette operaj^on. Quand les filles
parviennent a Fage de quatorze a quinze
ans , on commence a percer le centre de
la levre inferieure, dans la partie epaisse
et voisine de la boucfie, et on y introdtiit
un fil d'archal pour empicher Fouverture
de se fermer. Cette incision est ensuite
prolong^ de tems en tems, paralldement
a la bouche; et le morceau de bois, qu'on
y attache , est augrfiente en proportion.
On en voit souvent qui ont trois, et mime
E   1"      "." '   Gg3      I
*r Juin  1787.
470 Jp^^O^&GE 3A    LA    C6TE ,f      §      I
itpiatre pouces de longueur, sur une lar-
geur presque s^hiblable. ]N$ais cela n1 arrive I en g^n^ral , que quand les femmes
sont avanceesen Age, et que, consdquem-
ment, elles ont les muscles tres-relach^s.
II en resulte que la vieillesse est res-
pectee, en raison de la largeur de ce tres-
singulier ornement.      ' : *' ^B;
m Les inclinations et les moeurs de ce
peuple, approchent' plus de celles des
habitans de la riviefce de Cook et de Ten-
tree du prince William, que de celles de
nos amis du port Mulgrave. Cela peut £tre
attribud en quelque sorte a la population,
qui est ici plus nombreuse , et aux occasions continuelles que les habitans ont
de se rapprocher les uns 'des autres.     .'5
*r J'ai observe que leur trafic, et en general, tout ce qu'ils font, est dirig^ avec
beaucoup d'ordre et de rdgularite. lis ar« NORD-OUEST, DR I?Am£rIQWBs   4?1
rtvent toujours vers nous a la pointe du =^i.
P L Juin 1907.
jour, et ne naanquent jamais de dbaater. -t^'V
pendant plus d'une demi-liBnre, avant de
parlor   d'affaires.   Le  chef de   la   tribu       f|.'
a Tentiere   direction  dkificotninei'ce  de it
ceux  qui lui obeissent ,   et prend de$      J-
peines   infimes  pour   Sisposer   av^nta-      If
geusement de& fourrures qui lui appar-
tieiqnenl;.   ...  . ,   ... ■ /•.:•<     . ■&
jgp   Si une tribu s'avance / tandis que le   ||
chef d'une autre est en affaire aveemoms s
elle attend avec patience qu'il ait fi*qd; et
si elle croit qu'il ait fait un bop marche,,
<elle le charge ordinairement de veiMre
les fourrures qu' elle apporte. II arrive quel-   .
quefois , a -ia verite* q-aetoea trtbus se
porfeent respectivement entie, et qtl*elfes
mettent en usage tous les moyens possibles  de soustraire aux yeux les un££       )
des autres , ce qu'elles ont obtenu en
^chi^fise.detleurs nharchandises.
o
. |||
l i.j \ in If
Juin   2787.
m?
472 VokAGE  Aal»A   c6TE, j
Vers midi, les Indiens quittent le vaisseau et retouraent au rivage ,ocgu iils res-
tent pres d'une heure. Nous avons eti|de
fVequentes occasions d'observer qu'ils em-
ploient ce tems a faire un repas, ce tpii
prouve qu'ils ont, au moins une fois le
jour> une heure fixe pour manger, et que
cette heure est regiee par le soleiL Ils
nous quittent egalement, vers les quatre
heures de Fapres-midi; mais ils ne sont
pas apssi exacts a se retirer a cette heure,
quaiMoadi. Vers.le soir , noiisgxrecevons
1$gJ*rand nombre de visites^rhais on ne
<sk)ccupe plus^tgueres de commerce, et les
naturels»keiviennent a. bord, que' pour se
delasser des fatigues du jour. Quelquefois,
cependant, il nous a ete apporte a cet
instant d'exceUentes fourrures, paroceux
qui aMoient: passe la journee chfez leurs
voiains, dans les baies adjacentes.
Ce fut dans une de ces belles soirees
. - *
I
rcl eta Port Jtfxdqrttve
jPoxan<xrd r\ NORD-OUESTf DE lAmE^IQUE.    fyjS
oh nous avions a bord un grand nombre ■"■-■   .   n '
\ & . Juin  1787.
d'lndieiPs , tant deceux queJla simple
curiosite y av6it arnenes , que de ceux
qui etoient venus dans F intention de
trafiquer, que je comptai 175 personnes,
^olfame je Fai marque plus haut; et je suis
presepie certain que la supputation que
j'ai faite, en consequence de ce calcul,
donne aussi exactfement qu'il est possible,
le nombre des naturels de^Yentiee} de
Norfolk.  ;-
if n
Quand ils onlt fini toutes lemurs affaires,
ils se mettent a chainter et ne cessent qu'a
l^frpproche de la nuft p de sorte qu'ils com-
mencent et terminent la journee de la
meme maniere.
J'ai observe une coutume assez sin-
guliere et dont, jfcisqu'alors , nous ne
nous etions pas appercus. Au moment ou
un chef a conclu un marche, il repete
M i|74      Voyage a la c6te,
- trois fois le mot coocoo, d'un ton preejk
Juiii, 2787. . .
pite; et aussi - t6t«j les Indiens qui sont
dans la pirogue ou il se trouve , repon-
dentjjar le mot v^fioah, prononce en forme
d'exclamation , et avec plus ou moing
d'energie, selon que le marche que le:dief
a conclu est plus ou moins approuve.
Les habits que portent les habitans
de cette c6te, sont faits de peaux cousues
ensemble de differentes manieres ; je
m'efforcerai de ten donner, dans la suite,
une. idee plus satisfaisante. Je nen parle
dans ce moment-ci, qu'a Foccasion d'un
fait remarquable. L'un des chefs qui ve-»
noient trafiquer avec nous, appercevanf
un jour une piece d'etoffe des iles Sandwich
qui sechoit suspendue sur les hauhans,
voulut absolument qu'on la lui <%$%xnat.
Celui a qui elle appartenoit, la lui. ceda
volontiers, et Flndien re^ut ce present
avec de grandes demonstrations de joie. Ifti
nord-ouest, de l'Amerique. 47^
Apres avoir vendu a la hate toutes les
fourrures qu'il avoit apportees , il nous
quitta aussitot, et retourna a terre, sans
nous donner une chanson d'adieux ,
selon la coutume generalement etablie.
Le lendemain , a la pointe du jourl| il
revint a bord , vitu d'un habit fait de
Fetoffe qui lui avoit; ete donnee la veille1,
et coupe exactement dans la mime forme
que celle de leurs habits de peaux , qui
ressemblent beaucoup a une souquenille
de chartier , a Fexception du collet et
des poignets. Cet Indien etoit plus vain
de sa nouvelle parure, qu'unpetS-maitre
de Londres Fa jamais ete, en portant un
habit d'un nouveau gout; et cette preuve
d'intelligence et d'activite nous causa
beaucoup de plaisir. L'habit lui alloit par-
faitement bien ,les coutures avoient autant
u% solidite que la fc*fce de Fetoffe pouvoit
le permettre ; et une couturiire angioise
n auroit pas pu les faire plus proprement.
Juin   2787. 1787. ;
476      Voyage a la c6te,
Un jour que j etois occupe a demander
a Fun des chefs, la signification de quelques rnots de sa langue , et que je lui
montrois le soleil; il prit des peines in-
fin^s pour me faire entendre que, malgre
la superiorite apparente que nous avions
sur eux , en possedant plusieurs objets
utiles d<fnt ils etoient prives, notre origine
etoit la mime que la leur; qu'ils venoient
d'en.haut, aussi-bien que nous, et que
le soleil animoit et vivifioit toutes les
creatures de Funivers. Ces notions, de
la part d'un Indien , rappellerent a ma
memoire ce beau passage de Pope, dans
son essai sur Fhomme :
« L'Indien , abandonne  aux foibles
» lueurs de sa raison, voit Dieu dans^de^
« nuages   et  entend sa voix   dans  leS
» mugissemens des vents. Son esprit ne
53 s'egare point dans des calculs scienti-
53 fiques; il n'a jamais appris a mesurer NORD-OUEST , DE Lx\me"rIQUE.   477
33 la marche du soleil, ni a compter les
» e to iles innombrables qui composent la
33 voie lactee. Cependant les seules lu-
33 mieres de la nature lui font entrevoir,
3> derriere la montagne sur laquelle se
33 reposent les nuages, une terre paisibfe
33 cachee dans l'epaisseur des bois , une
33 ile fortunee, surnageant au-dessus de
33 la surface des mers, ou le malheureux
» esclave jouira du seul bonheur auquel
33 il aspire, celui de re voir sapatrie; une
» terre ou il ne rencontrera plus d'en-
» nemis qui se plaisent ale tourmenter,
33 des chretiens alteres de la s€ftf de For et
3> acharnes a. lui.;rendre la vie odieuse.
» Exister, voila le seul objet de ses desirs.
33 II ne demande point a occuper une
» place parmi les intelligences celestes;
3> il vit et meurt dans Fespoir que son
33 chien sera son cqmpagnon fidele dans
33 le sejour paisible qu'il doit habiter apres
>3 sa mort. 33 Wh®&&
Ji2in  2787. Juin  1787.
478      Voyage  a  la c6te,
Les Indiens auxquels Pope fait allusion , sont ceux qui hat^tent la partie
meridionale de FAmerique : mais ce qu'il
en dit petit itre en partie applique a ceux
qui demeurent le long de cette c6te. Le
chef de la tribu, avec qui j'ai eu cette
conversation, avoit indubitablement quel-
qu'idee d'un Etre suprime; et il y a lieu
de croire que leurs chansons du matin et
du soir 1 sont des actes d'adoration en
i'honneur de cette intelligence celeste.
Les pirogues sont ici construites de
la mime maniere que celles du port Mulgrave : mais les plus grandes sont travail-
lees avec beaucoup plus de soin, et peu-
ivent contenir de seize a vingt personnes.
Outre leur habillement ordinaire , les
naturels ont une espece de manteau ,
qu'ils portent pour se garantir de la rigueur
du froid. Je n'ai pas eu moyen de les exa- NORD-OUEST, DE l'AmERIQUE.    %9
fl^ner avec une attention bien scrupu- =
Ifiise ; mais ils paroissent faits de roseaux
cousus ensemble tres-proprement, et un
de nos messieurs, qui a accompagne le
capitaine Cook dans son dernier voyage ,
m'a dit qu'ils ressembloient parfaitement
a ceux que portent les habitans de la
nouvelle Zeiande.
Leur langue, k ce que j'imagine ,
est a-peu-pris la mime que celle des
habitans du port Mulgrave. Cependant,
comme il sera peut-itre possible de me
procurer sur ce sujet des informations
plus exactes, je me propose d'y revenir.
Je t'ai deja dit que notre trafic com-
mencpit a languir, des le 21 Juin; le 22,
nous nous appercumes que les naturels
11'avoient plus rien a nous vendre qui valut
la peine d itre achete, et nous resolumes
de remettre a la voile au premier bon vent.
r Juin  1787.
480        Voyage a la c6te,
Nos succes dans ce flteu , quoiqu^
n'ayant pas repondu entierement a nos
esperances, ont et_e neanmoins les plus
grands que nous ayons obtenus jusqu'ici.
Nous avon§ achete environ deux cens
peaux de loutres de^premiere qualite ,
une bonne quantite deuces mimes peaux,
dune espece inferieure, et beaucoup de
piices etde bandes des mimes fourrures;
environ cent bonnes peaux de veaux ma-
rins et un grand nombre de belles queues
de castor.
J'ai deja spetifie les objets que nous
donnions en ediange, et les differens degres de valeur que les naturels y attachment. Le fer est Farticlfgque nous leur
fournissions le plus constamment , la
vente du reste dependant beaucoup de
la fantaisie et du caprice. Nous avions
gene^alement une peau de veau marin
ou une queue de castor pour une bague;
' *    V       ^   W 1 de NORD-OUEST, DE  l'Am^RIQUE.  48l
}e sorte que nos echanges , quand il
i'agissait de ces objets la, etoient prompte-
jnent expedies.
Juin  1787.
Nous nattendons plus qu'un vent
[avorable pour remettre en mer. Encourages par , nos derniers succis , nous
bsperons que nous en obtiendrons de
beaucoup plus grands encore le long de
ac6te. Quelque soit F evenement, compte,
inon ami, que tu sauras de mes nouvelles,
Routes les fois que jepourrai saisir Finstant
le t'en donner.
!  ..?■.'     .•'■" rwib.
%$h
Tome /.
Hh 4os      Voyagea la c6te,
Juin  1787.
L E T T R E   X X X I V.
Des iles de la Reine-Cliarlotte, le 4 Juillet I
Le 2? Juin, a la pointe du jour , ill
s'eleva une brise legere de Fouest; nous
demarrames, et a six heures, nous levames j
Fancre et mimes a la voile. En retirant
notre ancre d'affourche, nous vimes qu'il
y avoit vingt brasses^ de son cable, ha*
chees par les rochers; et comme il etoit
trop endbmmage, on le condamna au
rebut.
A midi, le cap Edgecombe nous restoit au nordi, 64 degres ouest, a environ
3 milles de la c6te , et Fobservation nous
donna 56 degres , 48 minutes de latitude
nord. Le capitaine Dixon avoit intention
de rallier la terre , autant qu'il seroit  -Vi' ~~ NQRDxOUEST, DE  l'AmERI^UE.    jlfiZ
possible u afin d'exaniiner tousles en droits E
ou il ^aouvpit esperer de rencontrer des
habitans. L'apres-midi le vent fraiohit^
moki six heures^ nous ylnaes a Fest-nord-
<est, une. belle entree , sur laquelle nous
mimes le cap, en  diminuant de voiles.
En approchant plus pres de la terre , le
canal, que nous avions alors en proue,
aVrpjt lair d'une riviere qui venoit du nord;
mais la maree eta^t tTes^^t,ex:, et le vej*$
sautant ^.Uopord , nous  entrames   dans
TOe^elle baie qui s'ouyroit au sud-est. A
§opi ,ejaifeoticlH)^e|*ila spOjde nous rappor^*}.
4§ tin§&£n|e a se&xante brasses ,,fond de
rocfe^li Bm^is q^adyriQus fumes un. pen
l^ilSiiavances, elle ne nous en donna plus
quje^i&gt-et-une J^ fond de vase. Nous
l&fc&m&s l'ancreidans, jpe^te position 3 nofgf
b^timent se trouvoit complitement en*
§effin$imtfe'i&tim temes i&t nous stations
qu^a-P^e poi$$e de fu^ilVtant de la -e6t$
dujg^4/qu§ lie iOelle du nord.
m I  i'    '1 Hh2
Juin  1787.
Y '
;'F    '      1 I^f
1
Juin  1787.
484       Voyage a la c&te ,
Quoique cet endroit pariit prbpr&k\
inviter les naturels a s'y fixer, noi^ih'en
vimes cependant aucun. Le !so&^:iatei
fimes feu d'une piice de qn#trex^pbur
extifcerlia curiosite des insul<£ii?eb, s?il y en
avoit quelques-uhs^S portee demons en-
tencbe.lfc Il
nrfr ft
Q i'Ji;
EflBl
La matinee du §7l fut tre^belle | iiSais
nous nevinies aucun1^^!^!'^fimt aJo§$r
laTJefealOupe   a la nier, W ^eM^apita&SJ:
Dixon partit pour voir s'il n'en rene$n£wi
roit pas , dans les eriqu^l:e%'°lfe3i% rle^j
havres voisinsMl* allax^bbr>^I^s1te'a? f£m
cariaMtue a. une des^^ntes ^@la?mi^
a l%s$Ade notre s^ttftidii^^ii re%ftfff%iirJ4|
midi, sans aucun sliccis.Ce <^n¥lifbft®&
ling baie qui s'avance! a   unci *S^tan^
considerable dans lets teM?es, et sarre^telA|i
pied d'une montagne"?qul*$&^#mkitt&@
bonne quantite d'eau fraidhe ,^i^eii&£ft
de la fonte aes neige£*q«i en e$l^e$tf4fe NORD-OUBST , DE l'AmERIQUE.
soniknet; le soleil avoit alors assez de —
tonee pour quune petite riviere endes-
cendlt sans discontinues mi
Pres de la , Fon voyoit les vestiges
d'une hutte indienne, qui paroissoit avoir
4fc& recemment emportee et qui, proba-
blement, n' avoit ete batie par les Indiens!^
que pour leur servir de demeure pendant
leur chasse. II y avoit differentes sortes
de ileurs et d'arbustes lleuris, qui crois-
soient dans la valiee, pres du ruisseau ,
et quoiqu'on n'y trouvat pas dhabitans,
elle n'en paroissoit pas moins un endroit
deiicieux pour une habitation d'ete. II est
d'ailleurs probable, que la baie fottrnit
une grande quantite de beaux saumons,
et que les naturels frequentent constam-
ment cet endroit, quand la saison est plus
avancee.
Apres le diner , le capitaine  Dixon
-t Hh 3 486        Voyage   a   la   c6te;
: partit pour examiner le passage qui se
trouve au nord; le tems continuoit a itm
beau, et on monta?les>iburrures sur le
pontpour les exposeral'air; elles n'avoient
eprouve aucun  dommage ,  d'avoir*iete
entassees dans les tonneaux ou on les
avoitplacees. Quelques-unes des plus coni^ I
munes se trouveirent un peu  mcdsiesiw
mais il n'y parut plus quand elles furent
seches. Dans la soiree, le capitaine Dixon
ne revekant pas, nous commencames a
craindre qu'il ne lui flit arrive quelqu'aql
cident fgaalgre' qu'il eut dans sa chaloupe
sept hommes bien armes ; mais vers les
onze heures , nous fumes deiivres de nos
inquietudes, en le voyant arriver. 11 ndM
voit pas appercu un seul Indien., quoi-
qu'il se fut eioigne d'au moins 6 milles
de notre vaisseau.
Plusieurs  de nos barrils a poudre ,
s'etant decercies, la poudre avoit attiape NORD-OUEST, DE L'AMliRIQUK,   4^7
m peu d'huniidite. Lori regarda ce port, j
xmime un des plus convenables pour la
>echer et pour reparer les barrils, d autant plus que Fair etoit extrimement serein. Le 25, au matin, le canonnier em-
porta en consequence la poudre sur le
rivage , et le tonnelier alia a terre, pour
y reparer les barrils. Le capitaine Dixon,
pendant le mime tems, s'occupa d'exa-
miner Fentree du havre ou nous etions,
et quelques anses que nous avions remar-
quees au sud et a Fouest, dans Fapres-
midi du 23. Le tems etoit extrimement
beau. La poudre fut bient6t sechee et
on la reporta a bord, de bonne heure ,
dans Fapres-midi. Lescharpentiers furent
aussi envoyes sur la c6te , pour couper
un mat de hune, et quelques esparres de
sapin, pour diflerens usages.
Vers  les  sept heures,,   le capitaine
Dixon revint avec aussi peu de succes
I Hh4 mm
Juin 2787.
488       Voyage a la c6te,
que les autres fois ; il avoit parcourti
plusiEurs baiesv a^une distance consider
rable de notre mouillage; mais il n'avoit
rencontre ni Indiens, ni aucune marquf'
d'habitation.
11
i   Ce havre est situe par les 5o degres,
35 minutes de latitude nord, et i35 degres de longitude ouest : nous le nom-
mames le port Banks, en Fhonneur de sir
Joseph Banks.  Quoique la perspective,
dans ce port, ne soit pas etendue; c'est
le lieu le plus agreable et le plus pittores-
que que j'aie vu sur la cdte. La  terre ,
au nord et au sud, s'eieve assez haut, et
represente un tableau fidele de l'hiver.
Quoique les  flancs  des collines soient
perpetuellement couverts  de neiges , le
grand nombre de pins qui eleven t leurs
tites superbes , de toutes parts, en ren-
dent Faspect moins affreux, que celui
des montagnes steriles que Fon voit au 12
PlaiicneJA.- j
■mm r V
NORD-OUEST, DE L'AMERIQUE.   4°9
nord-ouest de la riviere de Cook. A Fest,
le terrein est beaucoup plus bas, et les
pins y paroissent plantes avec la syme-
trie la plus reguliere ; ce qui, joint aux
arbustes et aux arbrisseaux qui entourent
le havre, forme un contraste agreable avec
les terresplus eievees, et donne al'ensem-
ble un coup-d'oeil vraiment magnifique.
Juin  1787.
Un plus long sejour dans cet endroit,
n'etit ete que du tems inutilement perdu.
Le 26 , a trois heures du matin, nous
levames Fancre et, comme nous n'avions
pas de vent, nous mimes nos chaloupes a
Favant, pour remorquer le vaisseau hors
de la baie. Pendant le peu de tems que
nous sommes restes dans ce port, il a
toujours fait tris-beau; nous avons eu un
calme presque continuel, et le thermo-
metre etoit a 5o degres.
Vers les dix heures, nous nous trou- €*?!»  J787'
490      Voyage a la c6te,
vames par le travers de Fentree que nous
avions depassee lors de notre arrivee dans
ce havre ; mais le vent nous fut contraire
et nous fumes accueillis dune brume
epaisse, ce qui nous obligea de courir
differentes bordees, avant de gagner le
large. A midi, nous etions, suivantl'obserjj
vation , par les 56 degres, 3o minutes de
latitude nord , et par les 135 degres,
35 minutes de longitude ouest.
La brume continuant pendant Fapres-
midi et toute la soiree , nous mimes le
cap au sud pendant la nuit ; et le 27, a
la pointe du jour, nous gouvernames encore vers Fest. A onze heures du matin ,
le brouillard s'etant dissipe , nous vimes
une terre qui paroissoit itre deux iles de
rochers portant nord-est, et nous gouver?
names aussi-tiit dessus. A midi , nous
avions cette terre en proue; elle s'etendoit
du nord, 18 degres est, au nord , 5o de- NORD-OUESfT , DE L Am^RIQUE,   491
gres est, a 4 r&illes de distance. iSTous
4t£bns par les 55 degres, 52 minutes de
latitude nord, et paries i35 degres, 12 minutes de longitude ouest.
En approchant encore plus pres de
la terre , nous appercumes une belle baie,
dont la pointe la plus orientale nous restoit au nord, 35 degres est, et la pointe la
plus occidentale, qui etoit toute bordee
de rochers , au nord , 45 degres ouest,
a 2 milles de distance.
A trois heures , M. Turner fut envoye
dans la chaloupe, pour sonder Fentree
de la bale et pour chercher un mouillage:
il revint a cinq heures , et nous rapporta que la plus grande partie de
la baie n'etoit qu'un bas fond, et qu'il
n'y avoit pas d'esperance d'y rencon-
trer une place convenable pour y jetter
Fancre.
Juin 2787L
** Wi
1
Juin  1787.
492        Voyage a la   cote,
A six heures , le tems se chargea de
brumes et nous eprouvamesde frequented
raffales, ce qui nous fit prendre un double
ris aux huniers et marcher au plus pres
au sud. A huit heures , la terre se pro-
ldngeoit du nord, 60 degres est, a Fouest;
et Fon voyoit une grande ile , s'etendre
du nord , 6 degres est, au nord , 26 degres ouest.
Le 28, au matin, il fit un tems gris
et brumeux, accompagne d'un vent frais
de Fouest: dans le cours de l'apris-midi,
nous vimes terre au nord et a Fouest,
a environ 4 milles de distance ; mais le
tems continua a itre si charge, que nous
ne crumes pas prudent de rallier la cdte.
Vers les trois heures de Fapres-midi, le
tems s'edaircit et nous revimes la terre,
dont les extremites s'etendoientdu nord ,
12 degres est, au sud, 65 degres est; NORD-OUEST, DE L'AM^RIQUE.    ^9*5
meiouverture, qui paroissoit itre une
jaiehprofonde, portoit nord , 4.7 degres
^st, a environ 3 lieues de distance.
Juin 1787.
Nous g§uvernames sur cette baie comp-
tant y trouver un port; mais en appro-^
chant de la terre, nous reconnumes que
ta'c6te etoit tres-escarpee et quelle n of-
froit aucun abr&La pointe la plus septen-
It^nale est un rocher sterile et fort eieve,
qui etoi£ e^ouvert d'une quantite irinom-
brable d'oiseaux de differentes especes.
Daris le cours de la nuit, et toute la
matinee du 29 , nous ne fimes que lou-
voyp*#letems etant fort brumeux. A midi,
notre latitude observee , fut de 55 de-
grfestoti8 minutes nord, et notre longitude s^fcj i34 degres 3o minutes ouest.
A trois heures de Fapres-midi , noils
avions la vue d'une Mihie qui s'etendoit
du nord-ouest au sud-est-quart-est. Juin 2787
494        Voyage a la  cote,
Pendant la nuit et la matinee du So ■,
* nous eumes des vents legers et variable^
et le tems etoit encore charge de brume;
ce qui nous obligea de courir defrequentes
Jbordees, radiant de nous tenir toujours
aussi pris de la cote , que la prudence
pouvoit le permettre. A midi, nou$ yimes
la terre au nord et a Fest, a eny*jpon.4
lieues de distance; notre latitude estinp^e,
fut de 55 degres , i3 minutes nor&£|j$|a$
vimes l'apparence d'une entree a$bpptdi$
38 degres est; mais les veji|£s^e%a^g;jlj^
gers et variables, nous ne pumes guere
en approcher. A cinq heures, ilg^Seva
une fralche brise d'ouest , ^fl'aid&ijd®
JHquelle nous gouvernames droit) sur^ce
passage : le jyent ne resta pas loifcg?
tems dans le mime rumb ; i| tQiaifal
tout-a-fait , et nous n'eumes phis $jj&@
de legers souffles Jj qui souffloient suc-
cessivement de tous les points icja G9M?
pas. teaiSl NORD-OUEST, DE l'Am^RIQUE.    4g5
A huit heures, nous decouvrimes une
ile, qui s'etendoit du nord-est-quart-est
a Fest-quart-nord-est, apres de 4 lieues
de distance; le tems , pendant la nuit,
fut modere et brumeux.
Juin  1787.
Le premier Juillet, a sept heures du !
matin, il s'eieva une brise fraiche de
Fouest, et nous cinglames au sud-est. La
terre que nous avions en vue, s'etendoit
du nord , 22 degres ouest ,Li ail sud-est,
un demi-rumb a Fest; et File que nous
avions vue le soir precedent nous restoit
ait nord , 3o degres est , a 6" milles de
distance. A midi, nous vimes une baie
prdfonde au nord-est-quart-est , dont
Fextreriiite septentrionale portoit nord-
est-quart-de-nord : la terre la plus orientate , portoit sud-est, a sept lieues de dis-
tance. La hauteur prise a midi , nous
donna 54 degres, 22 minutes de latitude
nord, et i34 degres de longitude ouest.
Juillet
1787.
m Juillet
1787.
496      Voyage a  la c6te,
Dans Fapres-midi, nous eumes des
vents legers et inconstans; nous gouver-
names au nord, dans la crainte de tomber
sous le vent de la baie que nous voyions ,
et nous nous determinants a y entrer, si
nous le pouvions, etant tres-probable que
nous y rencontrerions des habitans.
Pendant la nuit, nous n'eumes que de^
legers souffles qui changeoient a chaque
instant de direction ^pi une forte houle
au sud-ouest; de sorte que, le 2 au matin,
nous vimes que tous nos efforts pour
gagner la baie etoient inutiles. Une petite
brise du nord-est s'etant cependant eieve@j|
nous gouvernames encore sur la terre, en
serrant le vent et ayant toutes les amures
atribord. Vers les sept heures , a notre
grande satisfaction, nous vimes plusieurs
embarcations d'Indiens ? qui' paroissoient
revenir de la haute mer et s'avancer vers
nous. Quand ils furent plus pris, nous les
reconnumes n ord-ouest , de l'Amerique. 497
reconnumes pour des pedieurs : il s'en
trouvoit plusieurs qui portoient des man-
teaux de castor , a la vue desquels....
Mais k present, je suis oblige d'aban-
donnercesujet;je lereprendrai auplutct.
W.    B.
Juillet
2787.
LETTRE   XXXV.
Des iles de la Reine Charlotte, le 1a Juillet 1787.
Je ne doute pas que tu ne te sois
bien emporte contre moi , pour avoir
conclu ma.derniere lettre aussi brusque-
ment, et a Finstant mime ou la fortune
paroissoit promettre de nous combler de
ses faveurs : mais j'espere que tu me par-
donneras , quand je t'aurai fait part de
nos succes, qui ont egale nos voeux les
plus ardens. |||       ''kM
Tome L li Juillet
2787.
4q8 Voyage a la   c6te,
r      Les Indiens que nous vimes le 2 del
juillet au matin, ne parurent pas disposes
a se dessaisir de leurs nianteaux, nialgre
tout ce que nous pumes faire pour les
tenter, en etalant devant eux differentes
sortes de marchandises,   telles que des
toes, des coignees , des hones , des bouil-
loires de fer blanc et des poeles.   Leur
attention se  tourna toute entiire  vers
notre vaisseau , quils regardoient avec
un air d'admiration et de surprise. Ceci
fious fut d'un bon augiire, Fevinemeiit ,
pour cette fois, prouve que nous ne nous
etions pas mepris.
Quand ils eurent eu le tems de
satisfaire leur curiosite , ils commen-
cerent a trafiquer avec nous , et nous -
leur donnames des toes , dont ils pa-
roissoient faire beaucoup de cas , pour
ce qu'ils avoient de manteaux et de
peaux. nord-ouest, de l'Amerique. .499
lis nous   firent   ensttite   des  signes
d'avancer vers la c6te , nous donnant. k   >~$$k
entendre que nous y trouverions ug^pjus
grand nombre dliabitans et beaucoup de
"Jttillet
fou
rrures,
Vers Jfes dix hernrm, nous etions a un
mille du rivage ^cet ;fious etions par le
txaversi^dn village on demeuroien&cces
Indiens?;: il consl$tbiis> en&^urieusdemi-
douzajhe de huttfes , qui paroissoient plus
reguliei?emfe.nt bafeies qu'aticune de celles
que nous avions if ues jusoj&'a present, et
la ^iti^Lt^on en paroissoit fort agreable.
Mais la^t^te etoit boro^e de rochers , et
on ne pouvoit pas y jetter Fancre. Nous
vimes une baie qui s'ouvroit a FesJ:, sur
laqueJie nous gouvern&jaies aussi-t6t, a
laide d'une jolie brise du nord et$e FesJ.-
Pendant ce tems, plusi^^*s des;0Indi£ns
avec lesquels nous avions trafique le matin, etoientalies sur la c6te, pouiwmQjltrer
Ii 2 5oO II Vo YAGE   A   LA   C 6 #E ,
1 ..,      probablement les malbhandises quftious
l?ty-    leur avions donnees en echa-nge ; et nous
voyant   porter   sur la  baie ,  ilsf^nous
suivirent, accompa^nesdeplusieurs autres
pirogues.
En nous avancant vers la baie , par
le travers do laquelle nousiaous trbu^ions
alors, elle nous parat itre un havre excellent et bien abrite de tous cotes ; die
n'etoit guire qu'a une lieue' de distance.
La sonde nous rapportoit^ide 10 a 25
brasses fond de roOke. Malheureusement
jious avions le vent contraire, et a une
heure, la maree nous repoussoit avec tarit j
de force, qu'il nous fut impossible de gagner le havre; car nous perdions du terrein
a chaque bordee que nous coupons, ^ela
nous deterr^ina a haler le grand hunier,
pdtfr pouvoir trafiquer avec les Indiens.
II m'est impossible de te faire une NORD   OUEST,  DE L'AlVliRIQUE.     5oi*
description exacte de la scene qui s'ouvrit -■' '-' *
alors a nos regards ; elle nous enchanta 1787.;
tellement, que nous pouvions a peine
en croire le temoignage de nos sens.
Nous vimes dix pirogues autour de notre
batiment, contenant a-peu-pres 120 per*;,
sonnes, et dont beaucoup nous apporti-
rent les plus beaux manteaux de peaux
de castor ; d'autres etoient munis de
fourrures de prix, et personne n'arriva les
mains vuides. La promptitude avec laquelle ils conciuoieiit leurs marches ,
ajoutoit au plaisir que nous avions d'ac-
querir : ils se disputoient mime a qui se
debarrasseroit le plus vlte de son manteau,
et quelques uns jettoient leurs fourrures
a bord du vaisseau, si personne n'etoit la
dans Finstant pour les recevoir. Nous
eumes la plus grande attention a ce que
chaque article leur fut tres-exactement
paye. Les toes furent presque la seule.
marchandise que nous leur donnames en
1 li 3 5o2 Voyage a la cote,
echan'ge de leurs fourrures , et nous
n'avions pas mime occasion de leur
proposer autre chose, taut leurf aviditc*
etoit grande. En moins d'une demi-heure,
nous achetames pres de 3oo peaux de
castors de premiere qualite: ce qui ajoutoit
encore beaucoup a notre satisfaction ,
etoit que la quantite de belles fourrures
que nous venions d acquerir, et Pempres-
sement que les naturels remoignoient,
etoient des preuves incontestables que
ce trafic etoit nouveau pour eux, ou au
moins, qu'ils nel'avoient pas fait depuis
long-tems. Nous pouvions esperer, d'apres
cela , que nos succes ne feroient qu'aller
en augmentant. Pour que tu puisnes te
former une idee des manteaux que nous
avons achetes dans cet endroit; j'obser-
verai qu'ils sont ordinairement faits de
trois peaux de loutre , Fune desquelles
est coupee en deux morceaux. Elles sont
cousues  ensemble tres-proprement ,  de NORD-OUEST, DE l'AmERIQUE.      5o5
facpn qu'elles forment un quarre. Les i
naturels les attachent nedigemment sur
leurs  epaules avec  de petits cordons de
peaux, qui y sont fixes de chaque cute.
A trois heures, nous avions achefc
tout ce qu'ils avoient apporte , et le vent
continuant a nous itre contraire; nous
mimes a la voile et nous sortimes de la
baie , dans Fintention d'y rentrer. Le
lendemain matin, a. huit heures y\es extre-
mites de cette baie portoient du nord \
19 degres est a Fest, a la distance d'environ 3 lieues. Pendant la nuit , nous
gouvernames au sud et a Fouest , en
revirant de bord, selon que les circons-
tances Fexigeoient.
Dans la m atinee du 3, nous eumes une
brise fraiche de Fest et tems pluvieux,
accompagne de raffales; mais en rallijuit
la terre, nous eumes du calme; a dix hejures^
Wl      '%   - " Ii 4
Juillet
1787.
( J
% Juillet
1787.
504*        Voyage  a la c6te,
nous nations eloigns que d'un mille
du rivage , la maree nous chassoit avec
force sur une pointe de rocher qui
etoit au nord de la baie ; nous des-
cendimes en consequence Fesquif et la
chaloupe , pour remorquer le vaisseau
et le garantir de porter contre les rochers.
Plusieurs pirogues vinrent pres de
nous; nous reconnumes les naturels pour
Atre les mimes que nous avions vus la
veille; mais nous trouvames qu'ils n'avoient plus rien qui valut la peine d'itre
achete, et ce fut pour nous une raison
d'itre moins empresses de rentrer dans le
havre , etant plus probable que nous
trouverions des fourrures, en nous eten-
dant vers Fest. A trois heures , une brise
fraiche s'etant eievee, nous halames les
bateaux , et le tems devenant brumeux,
nous fimes force de voiles au plus pris du NORD-OUEST, DE  LAM^RIQUE.      5o5
vent, et nous passames la nuit a courir M
des bordees.
Juillet
1787.
Dans la matinee du 4 » x8i terre
qui nous restoit en vue s'etendoit du
nord, 75 degres est, au sud , 48 degres
est, a la distance d1 environ 4 lieues. A
midi, la pointe avancee de la baie , ou
nous etions d'abord en tres, et que je de-
signerai sous le nom de Cloak-bai ( la
baie du manteau ) , nous restoit presqua
Fest, a la distance de 4 lieues. La hauteur prise a midi, nous donna 54 degres ,
14 minutes de latitude nord , et i33 degres , 23 minutes ouest: dedinaison de
Faiguille , 24 degres', 28 minutes a Fest.
L'apres-midi, nous eumes un vent frais
du nord et tems nebuleux. Sur les trois
heures, nous decouvrimes une baie a Fest
et nous serrames le vent, en portant le
cap sur elle : n'appercevant aucune appa- Juillet
i787.
5o6     Voyage  a la cote,
: rence ni de port, ni d'habitant; et h'etant
cependant qua la distance de 2 milles des
terres, nous reprlmes le large vers le sud.
A huit heures du soir, nous virames vent
devant, et portames vers Fest; les extre-
mircs de la terre s'etendoient alors au
sud, 48 degres est, a. 4 milles de distance.
Pendant la nuit, nous eumes des vents
legers, de fausses brises et tres - souvent
du calme; mais dans la matinee du 5,
une brise s'eieva du nord - ouest; nous
ralliames la c6te pendant toute la ma-
tineee, courant de tems en tems des bor-
dees pour perdre d'aussi peu loin la vue
de terre qu'il nous etoit possible. A midi,
la terre s'etendoit du sud, 58 degres est-,
au nerd, 11 degres ouest, a la distance
d'environ 3 milles; la latitude observee
fut de 53 degres, 4^ minutes nord. Dans
Fapres-midi, plusieurs pirogues vinrent a
notre rencontre: les naturels nous appor- "NORD-OUEST,   DE   l'AmE*RIQUE.    5b7
terent une certaine quantite de tres-bons
manteaux , qu'ils nous vendirent avec
empressement; mais la nature des edian-
ges n'etoit plus la mime, les casseroles de
cfcrivre, les bassins detain, et les bouil-
loires de fer blanc, etant ce dont ces
Indiens faisoient le plus de cas.
Juillet
2787.
Le vent se tenant constamment au
nord-ouest, le capitaine Dixon jugea qu'il
seroit plus avantageux de serrer le vent,
en ralliant la terre autant qu'il seroit
possible, et ensuite de jetter Fancre. Nous
avions d'ailleurs toutes les raisons possibles de croire, que les naturels ne vi-
voient pas en une seule societe ; mais
qu'ils etoient epars ck et la, et divises
en differentes tribus, qui se regardoient
probablemerit comme ennemies les unes
des autres. A huit heures, les extremites
de la terre nous restoient dii nord , 20
degres ouest, au sud-sud, 60 degres est; 5o8 Voyage a la c6te,
une petite anse ou baie portoit nord, 70
Juillet
1787.     degres est, a la distance de 4 milles.
Les Indiens ne nous quitterent qua
la nuit, en nous faisant entendre qu'ils
reviendroient le lendemain matin , et
nous apporteroient plus de fourrures.
Pendant la nuit, le tems fut modere, et
nous eumes une bonne brise du nord-est,
qui nous fatilita les moyens de tenir la
cote: dans la matinee du 6 , nos Indiens
revinrent comme ils Favoient promis, et
nous apporterent plusieurs superbes man-
teaux de peaux de loutres , qu'ils edian-
gerent avec la mime facilite que la veille.
Notre latitude observee a. midi, fut de 53
degres., 34 minutes nord : les extremites,
de la terre s'etendoient du sud , 58 degres est, au nord ,25 ouest. Le vent
ayant fraichi , nous mimes en panne ,
aiin de donner aux Indiens plus de faci- NORD-OUEST,   DE  l'AmiIrIQUE.   5og
lite de trafiquer avec nous ; et a deux ..
i >i i •      i •        i Juiilet
heures, il ne leur restoit plus nen de ce    17g7,
qu ils avoient apporte^
II etoit evident que ces Indiens etoient
d'une tribu differente de ceux que nous
avions rencontres dans la baie" du Man-
teau, mais ils n'etoient pas en aussi grand
nombre; je n'ai jamais pu compter que
65 k 8o personnes a-la-fois. Les fourrures
qui se trouvoient dans les differentes
pirogues, sembloient itre d'une propriite
distincte ; et les Indiens etoient tres-
soigneux d'empicher que leurs voisins ne
vissent les articles qu'ils demandoient en
ediange: peu apres deux heures, ils nous
quitterent, nous remimes k la voile et
nous continuames a courir des bordees ,
.ayant soin de tenir exactement la c6te.
Depuis le 2, nous avions parcouru plus
de 3o.milles de la c6te^ et en rencon-. Juillet
2787.
5io      Voyage a la cote,
trant une tribu d'Indiens , nous avions
ete convaincus que notre dernier plan
nous seroit plus profitable, que de rester
tranquillement a Fancre. A huit heures,
les extremites de la terre s'etendoient du
nord, 10 degres a Fouest, atisud, 75 degres
est, a environ 6 milles. Le tems fut
modere pendant la nuit, que nous pas-
sames a marcher au plus pres du vent,
au sud et a Fouest , et a courir des
bordees. %M iM
Le 7 au matin, nous mimes le cap
sur la terre; et a dix heures, appercevant
une baie tres-profonde qui nous restoit
au nord-nord-ouest, nous boulinames nos
voiles et nous gouverfiames sur elle, es-
perant que la terre qui Fentouroit seroit
habitec. Enapprochantplus pres des cotes,
nous ne vimes plus aucune apparence de
havre ni d'hahitans ; et en consequence,
nous reprimes le large en poussant vers  **l
Fu& ck I'Is/e, tA NORD-OUEST, DE   l'Ami4rIQUE.   5ll
le sud: a midi, les extremes de la terre
sMtendoient du sud-est au nord, 60 degres
ouest, a la distance de 4 miles. Notre
latitude etoit de 53 degresJji 5 minutes
nord , et notre longitude de i33 degres,
19 minutes ouest.
Juillet
2787.
Vers les deux heures de Fapres-midi,
etan#j£g|s du rivage , nous appercumes
plusj^^^^rogues qui pagayoient de notre*
;c6te|||nous diminuames alors de voiles,
et noui| mimes a la cape pour les at-
|tencu^r venl^ouffiant avec assez de
Jlbrce^L'endroit®'ou les Indiens debou-
qu&en^^pit une apparence assez singn-
liire ^ et, en l'examinant avec attention,
pous^isUnguamj^qiiils vivoient dans
June espece de gr|L|lje h^^e, batie sur une
|pfetit<^^^ilt bi^facojjid'une'
redclullpfce quiW^u^^i^oiaW^^^^^^
ile leBiom de File dCHippd^^^
(1) II y a une petite tie tie ce noni clans la nouveliV jv
Juillet
i787.
5iz      Voyage a la c6te,
=       Les Indiens qui habitent cette redoute
paroissent itre , par leur position , bien
a Fabri de toute attaque subite de la
part  de leurs  ennemis ;   la pente qui
conduit de ce fort jusqu'a la grive est
tris-escarpee et d'un acces tres-difficile.
Toutes les autres cdtes sont barricadees
par des pins et par des ronces ; malgre
ces avantages naturels, ils se sont donnes
des peines infinies a. elever des barriires ,
des palissades et des planches ; et il me
semble que, toutre tribu qui seroit assez
temeraire pour les attaquer dans leurs
retranchemens , seroit indiibitablement
repoussee.
Zeknde, et qui est jointe a celle de Motuara a la
mer basse. II y avoit sur cette ile un vieux fort aban-
donne par les naturels quand le capitaine Cook y re-
Ucha. en xnai i773 J c'est k cause de la ressemblance
de & fort avec celui dont il est ici question, qu,
on a donne a cette derniere ile le nom d'Ue d'Hippa.
D'apris NORD-OUEST , DE   l'AjMliR IQUE.   5l3
D'apres plusieurs circonstances,  ou-
nous noiis  etions trouves , depuis que
nous  avions   commence   a   comrriercer
dans la baie du Manteau, nous etions oon-
vaincus que les naturels de cette c6te,
etoient d'un caractere plus sauvage ,  et
qu'ils vivoient moins%i societe que tous
les autres Indiens que nous avions deja
rencontres jusqu'alors : nous  commen-
cames bient6t a les soupconner mime
d'itre antropophages. Le capitaine Dixon
iPappercut pas plut6t Fespece de redoute,
dont je viens de pafler, cftie ces soupcons
I augmenterent, cette hutte etant exacte-
nient batie, nous dit-il, d'apres le plan
de la redoute des sauvages de la nouvelle
Zeiande : lorsque ces Indiens arriverent
aupres c% nous, ils trafiquereht avec beau-
jcou*p de tranquillite, et ils nous impor-
tunirent beaucoup par le&rs signes d'iri-
vitatipn, pour nous engager a nous rendre
a terre ; ils nous firent entendre en mime
Tome L Kk
Juillet
2787.
m
V
m Juillet
2787.
5i4        Voyage   a   la   c6te
tems (en nous designant Fest), que si
nous visitions cette partie de la c6te, les
naturels nous couperoient la tite , cela
prouvoit au moins qu'ils etoient brouilles
avec leurs voisins; et leur air guerrier, les
couteaux et les lances dont ils etoient
armes, confirmoient assez qu'ils leur fai-
soient la guerre.
Je n'aime pas beaucoup a hasarder des
conjectures, mais je ne puis m'empicher
d'observer que, malgre que ces Indiens
se soient comportes a notre egard d'une
nraniire fort innocente, et qu'ils n'aient
cherche en aucune facon a nous nuire,
leurs importunites et les instances qu'ils
nous firent d'aller a terre etoient suf-
fisantes pour confirmer nos soupcons.
Leur intention etoit , certainement ,
de nous attirer dans leurs redoutes ;
et sans doute alors ils nous auroient massacres. NQRD-OUEST, DE l'AmENRIQUE.    5l5
Nous achetames de ces Indiens un
assez grand nombre de tres*bons man-
teaux et plusieurs peaux de la premiire
qualite ; nous donnames en echange une
grande variete de marchandises ; quel-
ques-uns choisirent des toes, d'autres des
bassins detain, et bouilloires de fer blantj|
et couteaux, etc. Cette tribu nous a paru
itre la moindre de celles que nous avions
deja vues; je n'ai pu compter que 34 ou
36 personnes, auplus, mais on doit con-
siderer que ceux-ci etoient peut-itre des
hommes de tite qui s'attendoient a ren-
contrer des ennemis, etant egalement
prepares pour combattre et pour trafiquer.
Juillet
1787.
<
Ayant achete toutes les fourrures que
ces sauvages avoient apportees , et ne
voyant plus arnver de pirogues pres de
nous, nous remimes a la voile: k huit
heures , les extremes de la terre nous
restoient de Fest-sud-est, au nord-ouest-
I IS    Kka Juillet
1787.
&16     Voyage a la c&te,
P quart - de - nord , a environ 7 milles de
distance.
Pendant la nuit nous ne fimes que
louvoyer avec une brise de nord-ouest,
et dans la matinee du 8, nous remimes
le cap sur la^terre; appercevant quelques
pirogues qui s'avancoient vers nous, nouS
mime% en panne pour les attendre, et
trafiquer avec eux; mais lorsqu'ils furent
a peu de distance, nous reconnumes que
Etoient les mimes Indiens , avec les-
cfuels nous avions commerce par le tra*
vers de File d'Hippa. Les fourrures qu'ils
nous apportoient etoient d'un#espice
tris-mediocre, nous ayant vendu la veille
tout ce qu'ils avoient de bon. A dix lieues , les Indiens nayant plus rien a nous
vendre nous quittirent, et nous conti-
mianies notre route: a midi, nous etions
par les' 53 degres, 2 minutes de latitude
nordfffle d'Hippa nous restoit au nord, nord-ou^st, de l'Amerique §t$
28 degres ouest. Une petite ile au nord,
11 degres jO'uest ; et la pointe- la plus
meridian ale de la terre , au sud ie68
degres est; la cdte la plus pres de nou&i
etoit ks-la  distance  d'environ 3 lieues.
Jriillet
Toji^e Fapres - d|nee, nous restimes
pres des ^&tesi£ en couran-fc defe borjdeej$j
suivant les circonstancesr^maisnnousnne
yimes aucune pirogue. A -k&it he$g$to(
JJiJe d'J^ppa nous restoit au nord-oues%.
et la partie la plus n^ridionale de la
terre, au sud, 75 degres est, a la distance
d'environ 4 lieues.
Pendant la nuit, nous louvoyames et
notre plus grand soin etoit de ne pas;trop
nous eloigner de terre , ajjn de pouvoir
la rallier aussi-t6t qu'il feroit jour: c'etoi^
le moven de ne perdre aucune occasion
de reconnnf^e la moindre partie des
bandes.
Ill'   . -      ' • Kk 3 Wia^ipat
Juillet
J787,
if 18 Voyage  a  la c6te,
iDans la matinee du 9 , nou^eum^
4lnq pirogues a la hanche du vaisseaii|
elles contenoient, en to$fe, environ 40
personnes; nous achetame& d'elles plu-
sieiifs bons manteaux, et quelc^ies peaux
qui etoient de premiere qualite. II nous
partit qu'ils almoient aussi la variete; ils
lie se fixerent a aucun article, maif ils
donnfafcnt cependant plut&t sur les boniP
i<$ires de fer blanc eft- sur les bassins'
detain , que sur les autres cboses que
nowi leurs montrames,
Dans une de ces pirogues, se trouvoit
un vieillard qui paroissoit avoir une cer-
taine autorite sur les autres , quoiqu'il
n'eiit aucune fourrurea sa disposition:
il nous fit entendre que dans une autre
partie de ces ilesu(en indiquant Fest), il
pourroit nous en procurer une grande
quantite. Le capitaine Dixon lui fit present
d'un bonnet de chasse, pour le remeitier NORD-OUEST, DE L'AMiRIQUE.    5ig
de sa bonne voionte.  Ce cadeau  parut —
vi • I . Juillet
aj outer a la consideration qu'on avoit pour 2787.
lui; mais, en mime tems, il excita Fen vie
de ses compagnons, qui etoient dans les
autres pirogues: ils regarderent le bonnet
d'un ceil de jalousie, et parurent en de-
sirer la possession.
II y avoit parmi ces Indiens , pltBt
sieurs femmes qui paroissoient toutes
assez agees; leurs levres inferieures etoient
defigurees de mime que celles des femmes
du port Mulgrave et de Fentree de Norfolk , et les pieces de bois qu'elles por-
toient au-dessous etoient singulierement
iarges : une de ces parures de levres etant
travailiee d'une maniere plus recherchce
que les autres , le capitaine Dixon cut
mvie de Facheter, il offrit une hache a
a vieille femme qui la portoit, mais elle
-ejetta cette offre avec mepris ; les toes,
es bassins et plusieurs autres articles, ne
m   ' - Kk 4 .§•• Juillet
2787.
520        Vo yage   a la c6te,
la tentegent pas dayantage. II ccgnmenca
alors a craindre de ne pouvoir pas accom-
plir le marcheqijil desirmt 4^ faire; et,
^rce par la circonstane^^l alloit aban-
donner la pou^uite^ lorsqu'unlde nos
gens fit voir a la yjgille Indienng quelque§
boutons qui avoient beaucoup d'eclat. lt&
Feblouirent au point qu'elle fut aussi
empressee d£ -se clefaire de sa^arnre de
levres, quelle avoit ete jusqu'ajgrs jalouse
de la conseryer. Cette parare curieuse
porte 3 pouces, 7 huitiemes de long, et
dans sa plus grande largeur . & pouces,
5 huitiemes : il y a une ecaille £e perle
incrustee dans cette parure, et elle est
kOitree d'une j^pr.diire de ciiiyre (1),
Ces Indiens formoient evidemment
(1) Cette parure des levres appartiant aujourd'hui
& sir Joseph Banks.  iflT NORD-OUEST,   DE   l'AmI^QUE.   5$|:
une tribu differente de c§y§t^gui habitf
F^l'd'Hippa; mais ils paroisSpient egaj-
lement sauvages et cruels.^ej'L ils etoieiif.
tres-bien pourvus d'armies offensives. Ob-
pendant ils trjajiquereiit pa^siblentejit asejs
nous, et ne nous causereht pas la moindre
inquietude: qualities s]^ae^|f4^aits des
fourrures qu'ils nous apportje$£nt en
edian^ge de nos objets, ils nous qij^piejiji;
et retournoient § terre. Jfous etiojE$&Ji
naidi par les §a. degres, 54on§iiiutes d$
latitude nord; §t xlotre |o;B.gijude-, d'apr^S
Ujoe suite d'observations lungf£e$,x etfoifed©
i32 degres, 23 minutes ouest? les extre^f
mites de la terre se prolongeoient du sud
76 degres, au nord 42 Quest;, notre dis*n
tance de la cote etoit d'environ 6 milles*.
Juillet
Dans l'apr^midi, quatre^pirogues qui
portoient environ 02 personnes, yinre^
a. nous. Mais elles appartenoient a ceu|f
qui nous avoient rendu visite le mating 522
Voyage a la cot:
j~L,t    et les manteaux qu'ils nous apportoient
#78^     en vente Etoient de peu de valeur, etant
$&us tres-uses. A quatre heures, les Indiens a^fnt dispose de ce quils avoienfjf
nous quitterent, et retournerent au rivage.
Pendant la nuit, nous Jfitenes accueillis
tFune forte feise de Fouest, accompagneo
d'une pluie continuelle , qui ne cessa que
dans Fapres-midi du 10 ; le vent devint
alors leger et variable , et le tems tres-
fefumeux. Nifc observations, a midi, nous
doiinerent 52 degres 4& minutes de latitude nord. A six heures, les extremites
de la terre nous restoient du nord-est-
quart-de-nord au nord 75 degres ouest >
et une petite ile au nord 22 degres est,'
a la distance de quatre lieues. Dans le
courant de la nuit, le vent se fixa encore
au nord-ouest, soufflant en jolie brise; le
tems etoit n&buleux. Nous coHtinuames
a gouverner au' sud-ouest.
== N.ORD-0UEST, DE L'AMl&f^UE.    523
J'imagine qu'il me sera permis a present de quitter pour un instant la pluirilK
La precipitation dans les retits n'est pas
mieux a: sa plate que dans les affaires. Je
suis, etc.
•     -#:'■■-'-:*'-"-   '^   W. B. ^MR'
LETTRE   XXXVI.
Des'ues de la Reine-Charlotte , le 3o juillet 1787.-
Tu as pu voir, par le contfenii de ma
derniere lettre, qu'en c6toyant ainsrces
iles, nous avions pris le mbyln le plus
expeditif et le plus^ avantageux atnotfo
trafic quil nous fut possible de trouver.
9jtin
Dans la matinee du  11 ,c urie bonne
I brise soufflant du nord-ouest, nous now
tames sur la terre, qui, a midi, nous restoit mm
Juillet
*7m
624       YofAG & A   LA   C6TE,
du nord 55 degres ouest, au sud 7L degred
est. Notre latitude observee a midi etoit
de 52 degres 3o ^minutes, ^iord, et noujJi
etions a environ deux milles de distance I
du rivage. Pendant Fapres - midi, i^us;
ralliames la cdte, dans Fesperance que
quelques Indiens viendroient de notre
c6te. Mais, a six heures, aucun ne pa-
roissant, nous serrames le vent au sud-
ouest. A huit heures, la terrfj nous restoit de Fest-sud-est au nord-ouest-quart-
ouest, a environ trois milles de distance.
Pendant la nuit , nous eumes un vent
frajs du nord - ouest, accompagne fre-
iguemment de fortes raffales, ce qui nous
obligea de ferler le petit huiiier , et de
prendre tQ,*fy^le$t ris au grand htinier.
Dans la matinee du 12, le tems de-
yei%a$jt plus modere, nous fimes de la
ypjle, et portames sur la terre. Notre
latitude, a midi, etoit de 52 degres 3 m^b
P=gsq 11*1
NORD-OUEST, DE l'AmERI^UE.      525
nutes nord. Pendant Fapres-midi, le vent
souffla grand frais , de sorte qu'aucun
Lndien ne nous approcha. A huit heures
du soir, les extremites de la terre nous
restoientde Fest-quart-nord-est au nord-
nord-ouest , a. la distance de quatre
lieues.
Juillet
1787..
Dans la matinee 8u 13 , le tems fut
modere, mais* tres-brumeux. La terre , a
midi, couroit du sud 65 degres est, au
uord 60 degics ouest, a environ deux
milles de distance. Nous etions, suivant
['observation, par les 52 degres 17 minutes
le latitude nord. Nous rangeames la c6te
pendant toute l'apres-dinee, quoique 16
tems fut tres-brumeux. Un peu avant sept
iieures,la brume se dissipa, et nous vimes
dusieurs pirogues qui s'avancoient vers
nous. Nous serrames le vent, et nous
nimes en panne pour leur faciliter les
noyens de nous atteindre. Ces Indiens Juillet
2787.
§26        Voyage a la c6te, |
~n' etoient pas&de la mime tribu que les
derniers  avec lesquels nous avions tra-;
|ique. Ils nous apportoient plusieurs man--
teaux superbes et quelques peaux excel-1
lentes que nous achetames a-peu-fires au
prix ordinaire.  Cette   troupe etoit com-
posee  d'environ trente-six Indiens, et
de mime que les autres tribus avec les- j
quelles nous  anions recemment traitc;
elle etoit bien armee, et disposee a at-
taquer ou a se defendre.
Avant la fin du jour ,  nous avions
achete tout ce que les Indiens avoient a
nous vendre. Neanmoins ils ne quitterent
pas le vaisseau, quoique nous eussions
mis toutes les voiles au vent, et que nous
leur eussions donne a entendre que nous
reviendrions le Jendemain. Enfin, vers les
dix heures, un brouillard epais etant sur-
venu, ils redescendirent dans leurs pirogues, et reprirent leur route vers la terre. nord-ouest, de l'Amerique.    527
Nous etions alors a la distance d'au moins - -■   .„ -
Juillet
huit milles de la cote, et plusieurs d'entre *fp|*
nous craignoient que ces pauvres Indiens
ne fussent pas capables de reconnoitre
leur chemin , la brume etant si epaisse,
qu'il etoit impossible de rien voir a vingt
brasses en avant du vaisseau. Pendant la
nuit, nous serrames le vent au sud-ouest,
comme de coutume.
Du 14 au 20, nous eumes en general
un tems tres-brumeux, avec une forte
brise qui souffla constamment du nord-
ouest , accompagnee de frequentes raf-
fales. Comme nous avions des raisons
d'esperer que nous trouverions plus d'oc-
casions de trafiquer de ce c6te-la , on
jugea prudent de porter sur la terre, et
deprendrede large alternativement, afin
le ne pas trop s'avancer vers Fest, et de
30uvoir aisement rallier la terre , quand
a brume s'edairciroit.
m Juillet
£28     Voyage a la cote,
Le 18,. notre latitude observee nous
donna 5i degres 56 minutes nord , et
d'apris une suite cf observations lunaires,
Sous etions paries i3i degres 22 minutes
de longitude ouest. Le tems n'etoit pas
si constamment brumeux que nous ne
pussions voir souvent la terre. Nous la
ralHames deux ou trois fois d'assez pres
pour que les Indiens eussent pu venir aisement a nous, s'ils Feussent voulu; mais
aucun ne paroissant, nous commen^auies
$eriiuserment a croire que ceux qui nous
avefeit quitte dans la nuit du 16 avoient
pfiS,-etque leurs compatriotes en ayanrl
^nclu qu% hWis les avions massacres,
n'oseroient jflus approcher de notre vais-
iseau.
Le 20', notre latitude .observee a
jnidi, etoit de 52 dej|res 1 minute nord;
solute que depuis le i3, nous n'avions
fait que seize milles au sud. Le tems
etanfc NORD-OUEST,   DE L Am^RIQUE.   629
etant modere et clair, nous portames sur
la terre, et, a une heure environ, nous
;&*r^*W iSa^T*
etant appercus que plusieurs pirogues ve-
noient de notre c6te , nous mimes en
panne pour les attendre. Lorsqu'elles furent pres de nous , nous reconnumes
qu'elles portoient les mimes Indiens avec
lesquels nous avions dernierement tra-
fique ; ce qui nous causa une grande
satisfaction , les alarmes que nous avions
concues etant denuees de fondement.
Juillet
1787.
Les fourrures qu'ils nous apportoient
etoient d'une qualite tres - mediocre , et
consistoient la plupart dans de vieux,
manteaux fort uses. Nous leur donnames
en echange des marmites de cuivre, des
couteaux et des boucles. Les Indiens
ayant vendu tout ce qu'ils avoient, s'em-
presserent de retourner a terre; eta quatre
heures, nous continuames a faire voile
vers le sud.
Tome I. LI m
Juillet
t787.
53o       Voyage  a  la  c6tb*
Pendant la nuit du 20, et durant la
plus grande partie du jour suivant, nous
eumes une forte brise du nord-ouest, ac-
compagnee de frequentes raffajes. Nos
observations a midi nous donnerent 52
degres 54 minutes de latitude nord. Dans
la soiree, une houlle tres-grosse de Fouest-
sud-ouest etant renforcee par la maree,
la mer nous parut plus agitee que nous
ne Favions encore vue depuis le commencement de notre voyage.
Le 22, le tems fut modere et brumeux. Notre latitude observee a midi
e*toit de 52 degres 1 o minutes nord. Dans
l'apris-midi , nous courumes de petites
bordees, pour ne pas trop nous eloigner
de la cote.
Dans la matinee du 23, nous eumes
ides vents legers, etle tems toujours brumeux. Notre latitude k midi etoit de 5a NORD-OUEST, DE   L*AMER1QUE.   53l
legres 13 minutes nord. La brume s'etant -
lissipee  dans Fapres-midi, nous apper-
gumes vers les sept heures plusieurs pirogues qui s'avancoient vers nous; nous
nous empressames aussi-t6t de porter sur
eux. Notre distance de la c6te etoit alors
d'environ cinq milles. II y avoit huit em-
barquations, con ten ant pres de cent Indiens , dont plusieurs etoient du nombre
de ceux qui etoient venus a nous le i5
et le 20. Ces Indiens nous apportoient
quelques manteauxtres-beaux, et un petit
nombre de bonnes fourrures que nous
achetames pour des toes et des boucles.
Pendant la nuit, nous serrames le vent ,
comme a Fordinaire, en revirantfde bord
de tems en tems pour nous tenir pris de
terre. Le tems etoit encore modere et
brumeux.
Le 24 , a midi, la brume commeri-
^ant a se dissiper, nous appercumes pin--
LI 2
Juillet
2787. 	
1 Y
Juillet
2787.
532      Voyage a la c 6 t e ,
I sieurs pirogues qui quittoient le rivage.
Nous mimes aussi-t6t en panne pour
leur donner la facilite de nous joindre.:
En moins d'une heure, nous eumes sous
notre bord onze pirogues, contenant pres
de 180 Indiens j tant hommes que femmes
et enfans. Depuis que nous cotoyioj&s ces
ilel* fortunees, nous n'avions pas vu a la:
fois tant d'Indiens reunis. Mais nous ne
fumes pas long-tems. -sans" nous apper?
cevoir que la curiosite etoititle .principal
jaigtif qui les avoit amenes vers nous,
ce qu'ils nous a