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Exploration du territoire de l'Orégon, des Californies et de la mer Vermeille, exécutée pendant les années… Duflot de Mofras, Eugène, 1810-1884 1844

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Array       EXPLORATION
DU TERRITOIRE
DE L OREGON,
DES GALIFORNIES
ET DE LA MER  VERMEILLE,
EX&CUTEF   PENDANT   LES   ANNEES   1840,   1841    ET   1842. K
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H
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3
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PARIS. — TYPOGRAPHIE DE FIRMIN DIDOT FBEBES ,
HiPRIMEURg-LlBRAIRES DE I.'lNSTITUT DE FRANCE,
Rue Jacob, n° 56-
•7"\  jf
1
*c m m
m
s
i EXPLORATION
DU TERRITOIRE
DE L OREGON,
DES CALIFORNIES
ET DE LA MER VERMEILLE,
EXECUTEE   PENDANT   LES   ANNEES   1840,   1841   ET   1842,
M, DUFLOT DE MOFRAS,
Attach^ a la Legation de France a Mexico;
OUTRAGE   PUBLIE PAR   ORDRE  DU  ROT,
SOUS LES  AUSPICES  DE M. LE  MARECHAL SOULT, DUC DE DALMATIE,
| President du Conseil,
ET DE  M.   LE MINISTRE  DES  AFFAIRES  ETBANGERES.
TOME PREMIER.
PARIS,
ARTHUS BERTRAND, EDITEUR,
LIBRAIRE DE LA SOCIETE DE GEOGRAPHIE ,
Rue Hautefeuille, n° 23.
1844. m
•2.
9f;
m t
°*f
i
*/
a
1 A MONSIEUR LE MARECHAL SOULT, DUC DE DALMATIE,
PRESIDENT DU  CONSEIL DES MINISTBES.
Monsieur le Marechal,
En vous priant d'accepter la dedicace de la Relation
d'un voyage entrepris par vos ordres, je ne fais que
remplir un devoir, et j'ose esperer que le public appre-
ciera l'esprit et le but dans lesquels cette exploration a ete
con cue: il ne verra point seulenient dans cet ouvrage
les faibles efforts que j'ai tentes pour repondre a la con-
fiance dont ma mission etait le gage, mais encore cette
haute pensee dirigeante qui, apres vous avoir fait illustrer
la France pendant la guerre, vous porte aujourd'hui a
etendre, avec ses relations commerciales, les conquetes
pacifiques de son industrie et de son intelligence.
la
J'ai riionneur d'etre, avec respect,
Monsieur le Marechal ,
Votrc /res-humble et tres-obeissanl serviteur,
DUFLOT DE MOFRAS,
Attache a la Legation1 de France a Mexico. ■■H
w
V AVANT-PROPOS.
Les notions incertaines que Ion possedait
sur les cotes oceidentales de la Nouvelle
Espagne, la Mer Vermeille, les Provinces
internes du Mexique, les deux Califoraies,
les Etablissements russes, ainsi que sur le
Territoire de FOr^gon, dont l'Angleterreet J:
8
Mil
AVANT-PROPOS.
w.\
fe-H
I'!
les Etats-Unisse disputent maintenant la
possession; l'avenir immense reserve a
toutela cote de l'Amerique, situee aunord
de l'Equateur et baignee par l'Ocean Paci-
fique septentrional; l'interet qui s'attachait
deja aux differents archipels de la Mer du
Sud; le developpement de notre navigation
et de la peche de la baleine dans ces parages : toutes ces considerations avaient des
longtemps fixe Tattention du Gouverne-
ment francais. Aussi, a la fin de i83g,
M. le Marechal Due de Dalmatie, President
du Conseil des Ministres, et alors Ministre
des Affaires Etrangeres, voulant utiliser
les notions que nous pouvions avoir ac-
quises sin* ces questions, soit par des voyages ant&rieurs en Amerique, soit par un
sejour de trois anaees en Espagne, nous
appela de FAmbassade de France a Madrid,
S
!• AVANT-PROPOS.
IX
| laquelle nous etions Attache, et nous
adjoignit a la Legation du Roi a Mexico,
avec la mission speciale de visiter les provinces de louest du Mexique, la Nouvelle
Galice, Colima, Sinaloa, Sonora, le golfe
de Cortez, l'Ancienne et la Nouvelle Cali-
fornie, les Forts russes qui lavoisinent, les
postes des Americains et des Anglais a
Astoria, et sur l'etendue du Rio Colombia
et du Territoire del'Oregonjderechercher
enfin, independamment du point de vue
politique, quels avantages pourraieiit offrir
a notre commerce et a notre navigation
des expeditions mercantiles, et la fonda-
tion de comptoirs dans ces regions encore
peu connues en France.
Les sages previsions qui avaient ordonne
ce voyage se sont realisees : personne ni-
gnore  maintenantilimportance,   chaque ■fflrtrW
rs
1
x AVANT-PROPOS.
jour croissante, quont acquise lesgroupes
des lies Marquises, d'Otaiti, de Sandwich
etle Territoire del'Oregon^surtout depuis
louverture du commerce avec la Chine,
qui parait devoir conduire a des relations
plus generates avec le Japon, et depuis que
la communication des deux grands Oceans
semble rendue prochaine par les travaux
executables au lac de Nicaragua, et par le
percement devenu facile de l'isthme de
Panama. |-
Nous offrons aujourd'hui au public les
resultats de cette exploration, qui renferme
la description geographique, l'historique
des decouvertes, Fhydrographie des cotes,
la statistique du pays,le tableau des moeurs
des habitants et des Indiens, un precis sur
Tinfluence quexercerent les Missionnaires
espagnols, et sur les etablissements qu'ils
N AVANT-PROPOS
XI
ont fondes; des details sur le commerce que
peuvent faire dans ces contrees les arma-
teurs et les negociants francais, sur les ob-
jets europeens dechange, Importationdes
m^taux precieux, la peche de la baleine,
les points de ravitaillement et de relache
pour les navires baleiniers, les productions
du sol, et enfin des apercus sur la botani-
que et la zoologie.    #^|#i;;
Pour faciliter lintelligence du texte,
nous y avons joint, independamment de
vues et de dessins, les plans des principaux
ports, et une grande carte generate re-
levee avec le soin le plus minutieux, et qui
cpmprend tout le pays situe a louest des
Montagnes Rocheuses, une partie du Canada, des Territoires de la Compagnie de
la baie d'Hudson, des Ameriques Russe et
Anglaise,desEtats-Unis, du Texas, le plus t',,1
H i
XII
AVANT-PROPOS.
IP
I
grand nombre des provinces du Mexique,
et la totalite du Territoire de FOregon, si
inconnu jusqua nos jours. Les limites de-
terminees et les Hgnes proposees se trouvent
tracees sur cette carte, avec Findication
des traites de paix et des conventions qui y
ontdonne lieu. Cest un travail diplomatique entierement neuf. *$■
Ajoutons que ce livre eommence oil celui
de M. de Humboldt sest arrete, et ce sera
pour Fauteur le meilleur titre a Findul-
gence que dayoir essaye de suivre les traces et de continuer Foeuvre de cet illustre
voyageur.
If
I:
i
.i! AVERTISSEMENT
Nous observerons, dans cet ouvrage, un
ordre geographique en allant duSud vers
le Nord, et apres un rapide expose des cir-
constances qui ont amene la separation
des provinces de la Nouvelle Espagne de la
Couronne des Rois Catholiques, nous de-
crirons en detail la partie du Mexique et
de la cote Nord-Ouest de FAmerique qui
s'etend depuis Fisthme de Tehuantepec
jusquau detroit de Behring. Pour avoir une idee generate des pays decrits dans cet
ouvrage, il sera utile de jeter au prealable un coup d'oeil
sur la carte de l'Ocean Pacifique, n° 2 de YAtlas, qui ac-
compagne ce volume.
N NOT A
Les gisements sont rapportes au Nord du Monde.
Les longitudes sont comptees du meridien de Paris.
Les lieues terrestres sont de 25 au degre.
Les lieues marines sont d#20 au degre etont 5,557 metres.
Le mille marin de 60 au degre equivaut a 1,852 metres.
Les sondes sont exprimees en metres ou en brasses de lm,6.
Une brasse vaut 5 pieds de France ou lra,6.
Une encablure egale 100 toises ou 195 metres.
Les pieds et toises sont en mesures de France.
Les temperatures sont exprimees en degres centigrades.
Les hauteurs barometriques enoncent des millimetres.
Le jaugeage des navires est rendu en tonneaux de 1,000 kilog.
La fanega espagnole contient 563 litres.
Le quintal espagnol egale 46 kilogrammes.
L'arroba vaut llk,5 ou vingt-cinq livres espagnoles.
La livre sterling vaut en moyenne 25 francs.
Le dollar des Etats-Unis a une valeur egale a celle de la piastre.
La piastre forte vaut en moyenne 5f ,35c et se divise en huit r^aux. 9L;
K EXPLORATION
DU TERRITOIRE
DE LOREGON,
DES CALIFORNIES
ET DE LA MtfR VERMEILLE,
EXECOTEE   PENDANT   LES   ANNEES   1840,   1841   ET   1842.
CHAPITRE PREMIER.
INTRODUCTION.
Etat du Mexique sous la dominatioa espagnole. —Historique de
la revolution. — Situation actuelle.— Considerations politiques.
Aucune des anciennes vice-royautes de FAme-
rique espagnole n'aressenti plus cruellement que
le Mexique les funestes effets de la nouvelle ere
politique, decoree du nom d5Independence. Au
bien-etre et a la tranquillite dont jouissait la
Nouvelle-Espagne ont succede  de continuelles
i. K
i
2 DOMINATION ESPAGNOLE.
agitations, une misere generale, les symptomes
de dissolution les plus prononces. Des   1824 ,
apres le regne ephemere de FEmpereur Itur-
bide,  aux malheurs nes de la lutte contre la
Mere patrie vinrent s'ajouter les desastres de la
guerre que se firent entre eux les insurges, et,
comme pour porter le dernier coup a la prosperite
du Mexique, le congres federal decreta, en 1827,
l'expulsion des Espagnols europeens eehappes
aux assassinats anterieurs. Avec eux disparurent
lescapitaux de l'industrie, les ressources du commerce , la fortune du pays. Chasses par une loi
parricide, les principaux negociants se refugie-
rent a l'etranger et s'y fixereut. D'opulents pro-
prietaires, de hauts fonctionnaires, possesseurs
de grandes richesses, les envoyerent en Angle-
terre, en France , en Espagne, aux Etats-Unis.
Les exploitations importantes furentsuspendues;
le sol si fertile du Mexique, ses tresors metalli-
ques, son admirable position geographique, ses
ports sur les deux Grands Oceans devinrent en
quelque sorte de steriles a vantages ; il ne resta a
cette contree  appauvrie, pour compenser ses
desastres et ses fautes, qu'un mot vide et sonore,
un simulacre de liberte.
La domination espagnole, au contraire, Favait
rendue florissante; elle s'etait entouree de toutes
N POLITIQUE DE CHARLES III. 3
les conditions qui font les grands peuples et les
gouvernements respectes. Une marine considerable, de nombreuses places fortes, une armee
bien disciplined, une administration equitable et
vigilante, de salutaires lois municipales, la position iinanciere la plus brillante, tels etaient ses
moyens d'action, ses elements de puissance.
Fern and Cortez et Charles-Quint avaient cree
les premiers d'excellents reglements de colonisation. A son tour, Philippe II, dont les vues poli-
tiques furent si fermes etsi vastes, posa les bases
de la legislation des Indes. Perfectionnee par
Philippe V, Fceuvre se continua et prit un immense developpement sous le regne glorieux de
Charles III. Un grand ministre, le comted'Aranda,
s'effraya, a juste raison, en voyant les Etats-Unis,
eehappes a la souverainete de FAngleterre, pro-
clamer leur independance. II comprit qu'a leur
exemple, les colonies espagnoles se detacheraient
quelque jour de la Metropole, et, au risque meme
de deplaire, il signala le danger a son souverain.
Eclaire par ces sages conseils, par ces lumineuses
previsions, Charles III songea alors a eriger en
royaumes les vice-royautes americaines, et a ele-
ver sur ces trones les Infants d'Espagne : il se
flit reserve, quant a lui, le titre d'Empereur des
Indes, placant ainsi les rois de sa famille dans
• «-
I
1
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s
Hi t
w
4 POLITIQUE DE CHARLES III.
des conditions de vassalite, laissant toujours FEs-
pagne regulatrice de leurs interets, et faisant de
Madrid le grand centre d'oii Fimpulsion supe-
rieure serait parti e.
Ce plan qui portaiten lui le germe de precieux
resultats, puisquil pouvait rendre inebranlable
a jamais la domination espagnole sur ses colonies
d'Amerique, fut abandonne. Le temps et les
circonstances manquerent a Charles III pour Fac-
complir.
La politique de ce prince n'en poursuivit pas
moins avec perseverance le but d'une union plus
etroite encore entre FAmerique espagnole et la
Mere patrie. G'est dans cette perisee qu'il crea
une compagniede gardes du corps, exclusivement
composee de jeunes Americains,appartenant aux
families les plus distinguees. Cette mesure, inde-
pendamment des ressources qu'elle offrait a Charles III dans le cas d'une revolution au Mexique,
en livrant a sa discretion Felite de la jeunesse
hispano-americaine, avait le grand avantage d'ini-
tier cette derniere aux moaurs europeennes, et
d'identifier plus que jamais les deux peuples.
Malheureusement les successeurs de Charles III
heriterentde son pouvoirsans heriter de son ha-
bilete, et cette compagnie cessa d'exister sous
Ferdinand VII.
Hi MARCHE DE LA REVOLUTION. 5
Les orages souleves dans la Peninsule par la
revolution francaise, Fadministration debile de
Charles IV, et, avant toutes choses, les intrigues
de FAngleterre et des Etats-Unis en Amerique,
detacherent insensiblement la Nouvelle-Espagne
de la Metropole.
Un premier cri d'independance, pousse en
1810, fut facilement etouffe : mais le mouvement
devint plus prononce en 1814, et, en 1820, il
acquit un caractere veritablement redoutable.
Des generaux espagnols, les Xavier. Mina, Eche-
varri, Arana et Negrete, desertant les enseignes
royales, apporterent aux insurges Fappui de
leur science militaire et la discipline dont ils
manquaient. Ce fut d'ailleurs la faute*de Ferdinand VII. Rentre en Espagne, il avait ouvert
les bras a la faction absolutiste, proscrit le parti
liberal, destitue ses generaux les plus devoues,
frappe les hommes memes qui lui avaient conserve la couronne.
Les officiers espagnols qui se trouvaient en
Amerique pendant ces persecutions, furent indi-
gnes contre un systeme qui condamnait a Fostra-
cisme les plus belles gloires du pays. Ce sentiment
les poussa dans les rangs de Finsurrection, et, s'il
n'excuse leur trahison, il en attenue du moins
Fenormite. En vain les generaux restes fideles a 6 SEPARATION DEFINITIVE.
la cause de la Mere patrie, D. Jose de la Cruz,
Calleja, Novella, Venegas etTrujillo, combattirent
vaillamment pour la foire triompher; le succes
favorisa la revolte; et, au commencement de
1822, la separation definitive eut lieu. Ce fut un
jour de folie qu'ont expie des annees de desastres.
Tout nouvel etat de choses a besoin pour se
legitimer de calomnier celui qui succombe. Un
acte d'accusation fut dresse contre FEspagne; on
lui reprocha, entre autres, d'avoir tenu a Fecart
les Espagnols d'Amerique pour favoriser a leur
detriment les Espagnols europeens; mais ce fait
est de toute faussete. L'interet, a defaut' meme de
la justice, faisait une loi au gouvernement de
Madrid, afin d'amener entre les populations une
fusion rapide, d'eloigner toute preference. II sen-
tit cette verite et la pratiqua. Ce qui le prouve,
c'est qu'il existe encore de nos jours dans Fadmi-
nistration espagnole des hommes eminents et
prenant une part active aux affaires, qui sont
nes en Amerique.
Les pretendues cruautes exercees contre les
Indiens ne sont pas moins mensongeres. Si des les
premiers temps de la conquete quelques violences furent rendues malheureusement inevitables,
la domination espagnole s'appliqua surtout a re-
pandre parmi les naturels des semences catholi-
li CONDUITE DE LESPAGNE. 7
ques, des elements d'instruction et de tranquil-
lite : e'est ainsi qu'elle fonda dans les plus
importantes villes du Mexique des colleges royaux
pour les Indiens nobles (reales colegios de Indios
nobles), oil les fils des principales families de caciques etaient eleves aux frais du roi. Aujoui d'hui
meme, si Fon debarque sur un point quelconque
de la Nouvelle-Espagne, on y rencontre des villages indiens bien cultives, riants, gouvernes pa-
ternellement par leurs cures. Quelques pas plus
loin se remarquent des villages de blancs Creoles
a F aspect miserable et qu'entourent des campa-
gnes arides. N'ayant plus le frein de sages lois,
les mceurs v sont dans un relachement extreme, et
la misere, alliee a un faux patriotisme, y alimente
tous les vices.    .
Non, FEspagne ne se montra pas cruelle en-
vers ses colonies; elle fut tolerante et habile. Et
tandis que la race anglo-saxonne aneantissait les
infortunees peuplades de la Pensylvanie, de la
Nouvelle-Angleterre et de la Caroline1, les mis-
sionnaires espagnols laissaient le sabre du con-
querant pour le baton de Fapotre, et soumet-
taient les Indiens a FEspagne par Fautorite de
1 L'Amerique anglaise, a l'arrivee des Europeens, comptait
16 millions d'indigenes : elle en compte aujourd'hui 2 millions! m
I
8 ITURB1DE, EMPEREUU.
Fintelligence, de la religion et  de la justice.
On ne se doute pas d'ailleurs en Europe de la
magnificence que conservent les villes hispano-
americaines, malgre les devastations de la guerre
et le delaissement auquel les livre une situation
politique sans stabilite. Elles possedent meme
encore quelque apparence d'ordre et d'adminis-
tration locale, et ce fait s'explique aisement
lorsqu'on se rappelle qu'en Espagne comme
dans ses colonies le pouvoir central n'a qu'une
action bornee sur les provinces qui administrent
elles-memes leurs revenus, et dont les interets
sont proteges par d'admirables lois municipales.
Si Fon voulait enfin etudier ce qu'a ete FEspagne
comme splendeur, cest dans ses colonies d'Amerique qu'il faudrait en chercher les traces et les
preuves. En voyant les derniers vestiges de cette
prosperite merveilleuse, il semble que cette nation , pliant sous le poids de sa pro pre grandeur^
ait eu besoin de repandre a Fexterieur le superflu
de sa force et de sa vitalite.
Tel fut, en quelques mots, Fetat de la Nouvelle-
Espagne sous la domination de la Metropole;
examinons maintenant ce qu'est devenu le Mexique sous le regime de FIndependance.
Aussitot apres Fentree dlturbide a Mexico , a
la tete de Farmee insurgee, le Congres constituant LE GENERAL VICTORIA, PRESIDENT. 9
s'etablit et proclame, en mai 1822, ce general
Empereur. Mais la jalousie de ses compagnons
d'armes s'applique bientot a le depopulariser, et
apres avoir exerce Fautorite pendant quelques
mois, il est detrone, exile, mis hors la loi.
Compose des generaux Bravo, Michelena et
Victoria, le pouvoir supreme executif gouverne
jusqu'au jour oil ce dernier est elu le premier,
President.
Sur ces entrefaites, Iturbide, que Fespoir de
reconquerir la puissance avait suivi dans Fexil,
quitte FEurope, debarque, en juillet 1824, pres
de Tampico, et ne craint point de se confier a la
loyaute du gouverneur de cette ville, le general
Lagarza. Celui-ci Faccueille au mieux, le comble
de prevenances, le fait asseoir a sa table, et, une
heure apres, lui envoieun pretrepourseconfesser.
Victime de sa credulite, le malheureux Iturbide
meurt fusille au mepris de tout honneur.
Quarit au general Victoria, il continue sa
presidence et la termine en 1828, ou il est rem-
place parPedraza, legalement elu: mais, environne
d'intrigues habiles et de rivalites ardentes, ce
dernier ne tarde pas a se voir depossede, et il est
contraint, pour preserver sa vie, de se sauver de
Mexico sous les habits d'un moine. Guerrero lui
succede : porte a la presidence par le parti fede-
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10 ASSASSINAT DE GUERRERO.
raliste, il est, en 1829, renverse par le vice-president Bustamante, qui fait la revolution dite de
Jalap a. Guerrero, dont la tete est mise a prix et
qui se rappelle Iturbide, s'enfuit precipitamment
vers les departements du sud, gagne la cote et se
refugie sur un batiment sarde, commande par le
capitaine genois Picaluga. Celui-ci, auquel ils'est
imprudemment confie, va le livrer aux autorites
d'Acapulco, qui le font immediatement fusilier,
et donnent, pour prix de sa trahison, cinquante
mille piastres a Picaluga, que plus tard, dans un
noble elan d'indignation, la cite de Genes declare
infdme.
Pendant ces drames sanglants et ces regnes
ephemeres, le pays souffre, les lois sont mecon-
nues, les moeurs se corrompent, le commerce
s'appauvrit. Uniquement occupes du soin de leur
conservation, les divers competiteurs s'arrachent
successivement Fautorite, sans avoir le temps ni
la volonte de rien fonder. Bustamante cependant
se maintient a la presidence jusqu'en 1833 ; alors
Santa-Anna, qui s'est montre Fun des acteurs le§.
plus audacieux de la revolution et qui se sent
fort de sa popularite, s'arme contre lui, Fabat, le
fait exiler et retablit a sa place Pedraza, que
pousse d'ailleurs au pouvoir le parti federaliste.
Mais las deservir les interets des autres, le general •■■
I
LE GENERAL SANTA-ANNA. H
Santa-Anna songe a travailler plus efficacement
pour lui-meme:en 1834 ilrenversela federation,
s'empare de la presidence et la garde jusqu'en
1836. A cette epoque, les hostilites allumees entre
le Mexique et le Texas le determinent a laisser
le pouvoir executif au general Barragan, vice-
president : il prend le commandement de Farmee
et tombe durant la guerre entre les mains des
Texiens. Tandis que ces faits s'accomplissent,
Bustamante est revenu de Fexil; son parti a re-
conquis la majorite, il se voit de nouveau porte a
la presidence, et il la conserve pendant pres de
cinq annees.
Cependant, Santa-Anna qui, avec sa dexterite
habituelle, avait obtenu sa liberte des Texiens,
grace a la promesse illusoire de les declarer inde-
pendants du Mexique, jugeant opportun de se
tenir momentanement a Fecart, va se renfermer
dans ses proprietes voisines de Vera-Cruz, oil il
attend que les evenements le rappellent dans une
sphere active.
Santa-Anna eloigne, d'autres ambitions se font
jour. Le general Urrea seprononce contre Bustamante, le fait, en 1840, prisonnier dans le palais
meme, etproclame Gomez Farias a sa place. Le
president depossede echappe par la fuite aux
tnsurges et rallie autour de lui quelques troupes
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12 LES FRANQAIS A MEXICO.
fideles. La lutte s'engage, et pendant deux semai-
nes un feu plus bruyant que meurtrier n'aboutit
guere qu'a la demolition de plusieurs maisons et
d'un pavilion du, palais du gouvernement.
Ce simulacre belliqueux, qui eut pour resultat
la chute de Gomez Farias, offrit a quelques-uns de
nos compatriotes Foccasion de deployer une rare
energie, et causa plusieurs malheurs parmi la colonic francaise : le docteur Plane fut tue en se
rendant pr.es d'un malade; un autre, le docteur de
Villette, dut au genereux devouement dont il fit
preuve, en pansant au milieu de la fusillade un
general mexicain, Foffre du titre de colonel qu'il
refusa ; enfin, le courageux redacteur du Courrier
francais, M. Thivol *| atteint par un eclat d'o-
bus, eut la cuisse brisee, au moment oil il allait
inviter nos detaillants a fermer leurs magasins.
Investi de nouveau de la presidence, Bustamante decrete Foubli du passe, annule les lois
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*    I
KM
1 Le Courrier francais, journal pubiie en langue francaise a
Mexico, est d'une tres-grande utilite pour nos negociants repan-
dus dans Vinterieur du pays. Du reste , la Legation espagnole, re-
connaissant les avantages d'une semblable publication, a, depuis
son arrivee, fonde le journal laHesperia, dans le double but d'en-
tretenir des rapports entre les Espagnols residant au Mexique et
la Mere patrie, et de resserrer les liens des habitants de la Nou-
velle-Espagne avec leur ancienne Metropole.
hi CHUTE DE RUSTAMANTE. 13
promulguees pendant sa captivite, declarant que,
durant cet intervalle, la republique a etc ace-
phale, mot qui, soit dit en passant, ne fut com-
pris de personne, et dont les Mexicains durent
demander l'explication aux etrangers un peu
lettres.
Une annee s'ecoule, et le 8 aout 1841, le general Paredes, gouverneur de la Nouvelle-Galice, se
prononce a Guadalajara contre Bustamante, reu-
nit en chemin deux mille homines et marche sur
la ville de Mexico, devant laquelle, par suite d'un
mouvement concerte, se presente en meme temps
Santa-Anna. Apres trente-cinq jours d'escarmou-
ches, ce dernier est proclame president provi-
soire par Farmee, et fait une entree solennelle a
Mexico le 6 octobre, tandis que Bustamante se
dirige par Vera-Cruz vers FEurope, emportant
avec lui le fruit de ses economies et le souvenir de
sa grandeur passee. Depuis cette epoque, Santa-
Anna dispose a son gre des destinees de Fempire
de Montezuma : il vient recemment d'etre appele
a la presidence pour cinq annees, et quelques
personnes vont meme jusqu'a lui preter les vues
ambitieuses qui amenerent la chute et la mort
d'lturbide.
Mais Santa-Anna est trop clairvoyant pour se
laisser prendre a Fappat d'un vain titre, qui Yen-
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PRESIDENCE
vironnerait de perils sans accroitre son autorite :
s'il tient a la puissance, c'est moins pour F eclat
qu'elle jetteque pour les avantages effectifs qu'elle
donne. Soldat de fortune, il a embrasse successi-
vement toutes les causes, selon les necessites de
son interet. D'abord officier subalterne dans les
troupes espagnoles, il se rangea, en 1820, du
cote de Finsurrection, parce qu'il la vit forte et
soutenue. II obtint d'lturbide le commandement
du huitieme regiment d'infanterie et fut fait par
lui brigadier. Un caractere entreprenant, quelques
talents militaires, une souplesse extreme, et sur-
tout Fhabilete dont il fit preuve lors de la mal-
heureuse expedition du general Barradas, appe-
lerent sur lui Fattention et la confiance. Melange
de sang indien et de sang espagnol, Santa-Anna
a la ruse de Fun, Fenergie de Fautre.  Son ceil
noir est plein de finesse et de feu, et il conserve
a cinquante ans toute la vigueur d'un autre age.
Cruel,parfois jusqu'a la ferocite, il fit, en 1835,
fusilier, au mepris des conventions,  les deta-
chements  texiens qui s'etaient rendus prison-
niers.
Amoureux de popularite, il ne recule devant
aucun moyen pour la conserver, et on Fa vu
bien souvent, dans les combats de coqs, confondu
dans la foule, et pariant une piastre en faveur de
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DU GENERAL SANTA-ANNA.
Fun des champions, comme le dernier des leperos1.
On aurait tort de croire d'ailleurs que la dic-
tature qu'il exerce doive etre durable. Des germes
profonds de mecontentement se developpent au-
tour de lui : les differents chefs qui Font aide a
renverser Bustamante sont deja ses ennemis, ils
jseront bientot ses rivaux. Le plus redoutable de
tous par ses lumieres et son courage, le general
Paredes, qui donna naguere le signal de la revolution, esttombe en disgrace, et vit confine dans
une petite ville de Finterieur : dans le sud, vers
Acapulco, le general Bravo* a reussi a se placer
dans une sorte d'independance, et le general
Urrea, tout-puissant da us les riches provinces de
Jalisco, de Sinaloa et de la Sonora , a moins que
jamais renonce a realiser leur separation du gou-
vernement central et a les constituer libres, sous
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la denomination d'Etats de I'Occident Bustamante, de son cote, n'a pas perdu toute chance
de reconquerir le pouvoir : il se flatte que le
voeu national le rappellera d'ltalie ou il s'est retire , et les generaux Valencia, Gomez Farias,
Tornel et Pedraza nourrissent tous en secret
Fespoir de leur presidence future.
Santa-Anna lui-meme n'a pas foi dans laduree
1 On appelle ainsi les metis au Mexique. Rli
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16 MEURTRES ET DILAPIDATIONS.
de son gouvernement; il ne s'endort pas dans
une fausse securite de Favenir, et s'occupe in-
cessamment d'augmenter sa fortune deja si considerable : c'est ainsi que, realisant, soitperson-
nellement, soit par ses affides, des benefices
enormes dans les divers marches du gouvernement , il a recu deux cent mille piastres dans
Faffaire du monopole des tabacs, cent mille dans
les reglements pour les licences accordees aux
maisons anglaises, et deux cent mille sur le million employe en partie Fannee derniere a faire
des achats d'armes en Europe.
Cetexemple, que necraignent pas de donner
les hauts fonctionnaires, trouve de nombreux
imitateurs parmi les employes subalternes. Un
incroyable desordre regne -dans Fadministration
mexicaine. Les attaques a main armee et les assas-
sinats sont d'une frequence extreme dans toutes
les provinces, sur toutes les routes, et pas une
semainene s'ecoule sans que les diligences partant
de Mexico et de Puebla ne soient arretees a la
sortie meme de ces villes. Des officiers font exe-
cuter des vols par leurs soldats, afin de partager
avec eux les depouilles des voyageurs, et Fon se
rappelle que le colonel Yanez, dont la bande tua
et vola, en 1835, M. Mairet, consul Suisse a
Mexico, etait Fami et Faide de camp du general
ml ARMEE MEXICAINE. 17
Santa - Anna,  alors comme aujourd'hui President.
La composition de Farmee mexicaine explique
suffisamment ces faits inouis. Elle est en partie
recrutee a Faide de paysans et d'Indiens qu'on
arrache a leurs villages, en partie parmi les cri-
minels renfermes dans les prisons et dans les ba-
gnes. Nous avons entendu a Guadalajara un colonel mexicain nous dire que, pour remplacer
ses deserteurs, il faisait aligner par escouades les
huit cents malfaiteurs que contenait la prison pu-
blique, afin de choisir entre eux les hommes les
plus beaux et les plus robustes. Ce premier soin
rempli, il s'informait de la duree de leur peine,
et tel forcat condamne a dix ans de galeres etait
libere du temps qu'il lui restait a faire encore, a
la condition de servir pendant cinq annees dans
un regiment. Qu'attendre de tels soldats? En Europe , Fhabit militaire est pour celui qui le porte
une honorable distinction. On epure Farmee en
deversant les mauvais sujets dans les etablisse-
ments disciplinaires. Au Mexique, la difference
du soldat au galerien est en quelque sorte nulle,
puisque c'est, comme on vient de le voir, a Faide
d'ignobles bandits que se completent les regiments.
La desertion ne peut manquer d'etre fort con-
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IS SA FORCE 1SUMERIQUE.
siderable dans une armee oil aucune discipline
militaire ne s'exerce, oil aucune autorite n'est
respectee : les paysans s'echappent et regagnent
leurs fermes, tandis que les malfaiteurs rejoignent
leurs bandes ou demeurent caches dans les faubourgs des villes.
Les officiers qui, sous le gouvernement royal,
appartenaient aux families les plus distinguees,
sont tires maintenant des classes les plus mepri-
sables, ou fournis par une race de soldats parvenus , dont Fignorance egale seule la perversite.
Dansl'espece d'ecole militaire recemment transferee a Ghapul tepee , il n'existe qu'un simulacre
d'enseignement.
Les troupes mexicaines comptent cependant
quatre ou cinq jeunes officiers eleves en Europe,
et quelques officiers et generaux espagnols ayant
des connaissancesmilitaires;mais les premiers sont
un constant objet de jalousie pour leurs camara-
des, et les autres doivent etre fletris pour avoir
trahi leurpatrie et porte leurs armes contre elle.
Malgre les efforts du nouveau president pour
accroitre les ressources militaires du Mexique, il
n'a reussi jusqu'a present qu'a former un effectif
de vingt mille soldats en guenilles, pieds nus
pour la plupart, et armes de mauvais fusils anglais. Ces troupes sont ainsi distributes: a Mexico,
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huit mille hommes; a Guadalajara et dans le de-
partement de Jalisco, deux mille; a la division
duNord, contre le Texas, quinze cents; a la division du Sud, six cents; au cantonnement expedi-
tionnaire de Jalapa, anciennement destine contre
le Yucatan, deux mille quatre cents; a la forte-
resse de Perote, deux cents; a Vera-Cruz et San-
Juan de Ulua, mille. Le reste est dissemine dans
les provinces.
Les regiments d'infanterie se composent com-
munement de deux bataillons, et sont commandes
par un colonel. Chaque bataillon, sous les ordres
dun lieutenant-colonel et souvent d'un colonel
honoraire, est au plus de trois cents hommes, et
beaucoup n'en comptent pas cent cinquante. Les
compagnies, de vingt-cinq atrente hommes, ont
pour chef un lieutenant-colonel ou un chef de
bataillon, auquel sont adjoints un capitaine,
deux lieutenants et deux sous-lieutenants, c'est-
a-dire, un officier pour quatre soldats. On re-
trouve les memes disproportions et le meme de-
sordre dans la cavalerie, et des escadrons de cinquante chevauK ont six ou sept officiers.
C'est a peine si Fartillerie pourrait mettre en
ligne trente pieces de campagne attelees et du
meme calibre; quant aux batteries de siege et de
montagne, a celles des cotes, aux ouvriers, aux
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20 ETATS-MAJOR&
equipages de ponts et au train d'artillerie, ce sont
choses absolument inconnues. La presque tota-
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lite de la poudre meme est achete% aux Etats-
Unis et en Angleterre.
L'arme du genie, tout a fait au niveau de Far-
tillerie en ce qui concerne le materiel, est formee
d'un bataillon de deux cents hommes, en garni-
son a Matamoros, et d'une cdmpagnie occupant
la caserne assez ridiculement appelee citadelle de
Mexico.
Mentionnons encore une sortedemilicerurale,
mal organisee, mal entretenue, et dans laquelle
les paysans ne s'incorporent qu'avec une excessive
repugnance.
On le voit, a en juger par le nombre et la composition des etats-majors, Farmee mexicaine de-
vrait depasser toutes celles de I'Europe reunie;
car elle a a peine vingt mille soldats et elle
compte vingt-quatre mille officiers!
D'ailleurs, si le courage purement individuel
ne manque ni aux uns ni aux autres, il n'est point
soutenu par cette ardeur du patriotisme qui fait
supporter patiemment les souffrances, les privations , les revers, et rend faciles les plus grandes
choses.
Dernierement, lors des differends qui divi-
serent  le  Mexique et FAngleterre, le general
K POPULATION. — MARINE. 21
Santa-Anna se rendit a Jalapa pour passer en
revue les troupes; mais, ne connaissant pas le veritable but de cette reunion, les soldats, a sa vue,
se mirent a crier dune voix unanime quils ni-
raient pas au Yucatan, tant ils sont effrayes de
la mortalite et des defaites qu'ont eprouvees ceux
qui les ont precedes dans ce pays. Santa-Anna
leur repondit, sans rien perdre de son sang-froid,
q u'iletait venu a Jalapa pour les encourager a
defendre vaillamment le sol de la patrie, menace
d'une invasion anglaise. Ces paroles furent confirmees par une proclamation, et lord Aberdeen
accueillit en souriant cette nouvelle forfanterie
republicaine.
Compose de six millions d'habitants, le Mexique
est soumis aux intrigues de sept a huit mille officiers; ettandis que, par Fextension immoderee du
vote, les Etats-Unis se voient menaces de tomber
sous le joug de la populace [Mob domination),
cette belle contree, si heureuse et si opulente
lorsqu'elle s'appelait la Nouvelle-Espagne, est
aujourd'hui courbee sous le despotisme militaire.
La marine de guerre ne compte, a Vera-Cruz,
que deux pyroscaphes neufs, un ancien hors d'etat de tenir la mer, ainsi qu'une goelette de 150
tonneaux, armee de quatre pieces, et sur la Mer
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22 SYSTEME DE DEFENSE
portant quatre petites caronades, le tout commands par des officiers mexicains et manoeuvre
par des matelots de divers pays, a Fexception
toutefois des deux pyroscaphes, dont les equipages, officiers et commandants, etaient exclu-
sivement anglais : les officiers appartenaient a la
marine royale, mais ils ont quitte le service au
bout d'un an.
Sur tous les points du territoire, les magnifi-
ques ouvrages de fortification eleves a grands
frais par les Espagnols tombent en ruine. Les
frontieres du Nord sont degarnies, et les provinces septentrionales devastees par des hordes
de sauvages qui s'avancent jusqu'a trente lieues
de la capitale.
Sous le regime de la Metropole, une savante
combinaison demissions et de presidios arretait
les depredations des Indiens et repandait parmi
leurs tribus les bienfaits du catholicisme et les
lumieres de la civilisation : la ligne strategique,
qui comprenait une etendue de plus de douze
cents lieues, commencait au port de San-Francisco
et a Monte-Rey, dans la Haute Californie, et descendant du nord au sud jusqu'a San-Diego. De la
elle envoyait un double embranchement pour
ceindre les deux cotes de la Basse Californie;
puis, traversant le Rio Colorado, elle longeait le
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'II i DES ESPAGNOLS. 23
Rio Gila, passait la Sierra-Madre, et, apres avoir
protege le Nouveau-Mexique et le Texas, elle
venait finir a l'extremite des Florides, coupant
ainsi FAmerique dans toute sa largeur, et mettant
en communication les bords de FAtlantique avec
ceux de la mer du Sud.
En dedans de cette ligne, les gouverneurs et
les infatigables missionnaires appelaient les colons y fondaient des pueblos, villages composes
d'Espagnols et d'lndiens convertis, leur ensei-
gnant la culture des terres, Fexploitation des
mines et les arts mecaniques. Ces divers points j
garnis de compagnies presidiales, etaient relies
entre eux et formaient un systeme complet de
colonisation et de defense.
Les Jesuites, les premiers, eurent la gloire de
concevoir et d'executer en partie ce plan admirable si digne des vastes entreprises de cette corporation a jamais illustre.
Que reste-t-il de cette organisation si forte et
si compacte ? Des ruines et de F anarchic Aussi,
de nos jours, lorsqu'un voyageur, s'arretant de-
vant quelques debris d'anciens edifices, s'informe
de leur destination, on lui repond invariable-
ment : « Ceci etait un college, une eglise, une
caserne—du temps du Roi. »
Au point de vue financier, la situation  du m
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24 FINANCES. - DETTES.
Mexique nest pas moinsdeplorable. Ses revenus
n'atteignent point quinze millions de piastres :
ses depenses excedent dix-huitmillions, et ilest
remarquable que sur ce budget Farmee seule en
absorbe treize. C'est en vain que les creanciers du
Mexique nourriraient Fespoir d'un rembourse-
ment. II est devenu impossible dans les circons-
tances actuelles. La dette interieure seule s'eleve
a plus de quatorze millions de piastres; celle en-
vers FAngleterreadix millions sept cent vingt mille
livres sterling, deux cent soixante-dix millions de
francs, et les creances des Etats-Unis et de la
France a une somme egalement considerable.
Tels sont enfin lesembarras de ce gouvernement,
que ses employes ne touchent generalement pas
d'emoluments, et ses Agents diplomatiques en
Europe sont, la plupart du temps, obliges de
satisfaire, a Faide de leurs propres ressources, aux
exigences de leur position officielle.
Qu'il y a loin de cette perturbation profonde
a la situation financiere du Mexique sous le gouvernement espagnol! Les revenus alors depas-
saient vingt millions de piastres: un subside [el
situado) de quatre millions etait envoye chaque
anneea la Havane et aux Philippines, et FEspagne
recevait un excedant liquide de six millions.
Nous venons de montrer ce que le Mexique
1
mi 25
RAPPORTS POLITIQUES.
avait perdu au nouvel etat de choses qui le rendit
independant de la Mere Patrie; il ne nous reste
plus maintenant qu'a jeter dans ce chapitre un
coup d'oeil sur Favenir de ce pays, ainsi que sur
ses relations politiques avec les Etats-Unis, la
Grande-Bretagne et la France.
La premiere de ces trois puissances etait a peine
etablie, que son humeur envahissante se mani-
festa clairementpar les incursions reiterees deses
nationaux sur le territoire espagnol : en 1803, le
colonel Aaron Burr, qui avait succede a Jefferson
comme vice-president des Etats-Unis, annonca
publiquement Fintention d'envahir et de revolu-
tionner la Nouvelle-Espagne : ayant ete arrete,
sur les reclamations du vice-roi, il passa en juge-
ment et fut acquitte en octobre 1805. Une bonne
harmonie passagere suivit cette satisfaction deri-
soire, et quelques annees plus tard, le cabinet de
Washington proposa a celui de Madrid de fixer
les limites americaines a Fembouchure du Rio
Bravo del Norte , de le faire remonter jusqu'au
31e degre de latitude, puis de tirer une ligne
droite jusqu'a Focean Pacifique , ce qui aurait
rendu par consequentl'Unionmaitresse des provinces du Texas, du Nouveau-Santander, de la
Nouvelle-Biscaye, du Nouveau-Mexique, de la
Sonora et de la Haute Californie. mm i
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III
26 LE MEXIQUE
Le gouvernement espagnol rejeta de tellesou-
vertures avec indignation, et des hostilites isolees
mais perseverantes recommencerent. Desavoues
officiellement, et secretement encourages , des
agents americains s'emparerent de la ville de la
Bahia et de San Antonio de Bejar, et il ne fallut
rien moins qu'une victoire signalee du general
Elizondo, qui les tailla ejn pieces et refoula leurs
restes dans la Louisiane, pour arreter ces empie-
tements.
Le traite des Florides survint en 1819, et il ne
s'eleva aucune collision nouvelle jusqu'a la fin de
la domination royale au Mexique. Les citoyens
des Etats-Unis reussirent seulement a obtenirde
nombreuses concessions de terrains, qui furent
continuees par Iturbide et ses successeurs. Mais,
loin d'abandonner leur pensee conquerante, les
Etats-Unis ont travaille opiniatrementaen rendre
Faccomplissement facile, et Fon vit avec surprise,
en 1842, au milieu de la paix et sans declaration
de guerre prealable, le Commodore americain,
commandant la station de la Mer du Sud, s'em-
parer du port de Monte Rey, capitale de la Nouvelle Californie.
Le gouvernement mexicain s'est, au reste,
ecarte de la moderation que lui commandait sa
faiblesse, et un decret de Santa Anna, du8 aout ET LES ETATS-UNIS. 27
1843, a contribue a entretenir entre ces deux
puissances des germes d'animosite, puisqu'en fer-
mant sans restriction les douanes frontieres du
nord, il interdit form ell ement tout commerce par
terre aux Americains.
La question d'incorporation du Texas a la
grande Confederation americaine a tout recem-
ment donne lieu a un demele d'oii pourraient
sortir des evenements considerables. En effet,
M. de Bocanegra , ministre des Affaires Etran-
geres a Mexico, fit savoir au Plenipotentiaite des
Etats-Unis, que le cabinet mexicain verrait dans
cette incorporation une declaration de guerre. A
ces menaces, le cabinet de Washington repondit
sans s'emouvoir, que la France, FAngleterre et
les Etats-Unis avaient reconnu d'un commun accord Findependance du Texas; que cette repu-
blique etait des lors entierement libre de ses vo-
lontes ; qu'enfin la reunion, si elle avait lieu, ne
pouvant manquer d'etre toute pacifique, il n'ad-
mettait point les droits de reclamation du
Mexique, et laisserait retomber sur lui la respon-
sabilite de sa resistance.
Or le congres du Texas vient de voter son
annexation aux Etats-Unis, et Fon concoit aise-
ment combien cette mesure, si elle s'execute, doit
empirer la position du Mexique, qui se trouvera I % Sli
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28 DEMEMRREMENT DU MEXIQUE.
ainsi menace d'etre envahi sourdement, au sud,
par les Americains du nouvel Etat; au nord, par
ceux qui ont tente deja la conquete du Nouveau-
Mexique; et, a Fouest, par ceux qui ont essaye de
faire de la Haute Californie un autre Texas.
II est d'ailleurs interessant de considerer les
demembrements successifs que d'ici a peu d'an-
nees aura eprouves l'ancienne Vice-Royaute espagnole, transformee en Republique mexieaine.
Elle aura perdu, au sud et a Fest, la Capitai-
neriegeneralede Guatemala, le Yucatan, Chiapas
et Tabasco; au nord et a Fouest, le Texas, Coha-
huila, Chihuahua, leNouveauMexique, laSonora
et les Californies. On peut dire deja de la plupart
de ces provinces ce que Fillustre marquis de Bed-
mar disait des possessions de terre ferme de Ve-
nise : « que la Republique n'y conservait son
autorite que faute de quelqu'un qui entreprit
de Fusurper. »
Une colonne de trois mille hommes d'infante-
rie, et quelques corvettes envoyees sur les deux
* mers, suffiraient pour subjuguer   Fempire   de
Montezuma, dontla conquete serait aujourd'hui
plus facile qu'au temps de Fernand Cortez.
II y aurait cependant encore pour ce pays
plusieurs moyens d'eviter le funeste avenir qui
Fattend. Le premier serait de combler son defi-
111 CHANGEMENT DE GOUVERNEMENT. 29
cit financier, cequi lui permettrait de se soustraire
a la domination des puissances etrangeres; de
payer regulierement ses employes, et d'eviter
ainsi les dilapidations qu'ils exercent; d'entrete-
nir des troupes suffisantes pour repousser les
incursions des Indiens; garnir ses frontieres du
Nord et tenir en respect les Etats voisins. Mais
pour arriver a ces resultats, il ne s'agit pas seule-
ment d'introduire un ordre severe dans Fadmi-
nistration et d'y etablir un intelligent systeme
economique; il faudrait augmenter dans d'enor-
mes proportions le rendement des metaux pre-
cieux, ce qui ne pent etre obtenu par le Gouvernement mexicain quen appliquant sur une vaste
echelle, et en popularisant par tous les moyens
en son pouvoir, le savant procede de M. Becque-
rel, qui rend inutile Femploi si couteux du
mercure , et permettrait de tirer parti, dans
toute Fetendue du Mexique, d'immenses amas
de minerais jusqu'a present inexploites.
Totitefois ces ameliorations seraient impratica-
bles ou superflues, si la forme du gouvernement
restait la meme. Ce n'est pas d'aujourd'hui que
Fetablissement d'une monarchic europeenne a
ete indique comme pouvant seul mettre fin aux
dechirements, et aneantir les factions qui deso-
lent ce beau pays. M. Zavala, ministre du Mexique
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30 PARTIS POLITIQUES
a Londres, en 1834, avait entame deja des nego-
ciations a ce sujet, et vers la fin de 1840, undes
hommes les pi lis honorables du Yucatan, M. Gutierrez Estrada, bravant les clameurs et peut-etre
le poignard de quelques energumenes, osa impri-
mer, dans la capitate meme, un livre ou il pro-
posait, comme unique moyen de salut, la recons-
titution du trone, en y appelant un prince
etranger.
Le parti republicain est, au reste, sans force
reelle, partage qu'il est en deux factions : les centralist es ou francs-macons du rite ecossais, et
les federalistes ou francs-macons du rite yor-
kin. Les loges de ces derniers furent introduites
au Mexique des les premiers temps de Flndepen-
dance, par M. Poinsett, agent americain, qui,
fidele aux instructions de son cabinet, y favorisa
les idees federales, sachant bien qu'en divisant
r
ce pays en petits Etats libres, il serait plus facile
a FUnion den amener le demembrement. Les
evenements ont justifie ces previsions.
II est peu d'honnetes gens au Mexique qui
n'appartiennent au parti religieux royaliste et
europeen, nomme parti clerico-espagnol. Les
mineurs, les proprietaires, les negociants probes,
Fancienne noblesse, toutes les families oil se
retrouvent les vertus espagnoles, des sentiments
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Hi AU MEXIQUE. 31
dhonneur, de loyaute, regrettent le gouvernement royal, et font en secret des vceux pour son
retablissement. Et c'est assurement un serieux
sujet de meditation que le retour des republiques
americaines vers les idees monarchiques. Elle se
sontepuiseesa conqueriruneindependance desas--
treuse; mais elles n'ont rien pu edifier sur les
ruines qu'elles avaient faites , et se trouvent em-
barrassees aujourd'hui de,cette liberie achetee si
cher. Sans parler des Etats-Unis oil les tendances
du parti loyaliste sontbien connues, n'a-t-on pas
vu, des 1828, le Liberdteur Bolivar traiter avec
Fun de nos Envoyes pour Fetablissement d'un
prince francais sur le trone de la Colombie ? A
Montevideo les memes vceux ont ete foramies;
depuis dix ans le Mexique les partage , et, tout
recemment, une demande semblable a ete faite
par la republique de la Nouvelle-Grenade.
II va sans dire, en ce qui concerne le Mexique,
que la profession de la religion catholique, et des
relations par leur famille avec les anciens pos-
sesseurs de cette contree, seraient les premieres
conditions exigees des princes qui pourraient
etre appeles a y reconstituer un gouvernement
monarchique.
Les infants d'Espagne, les princes francais et les
archiducs d'Autriche remplissent ces conditions,
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32 LE MEXIQUE
et nous pouvons affirmer que de quelque part
que se presentat le competiteur , il serait unani-
mement accueilli par les populations mexicaines.
Quels sont maintenant les interets de la France
dans ces questions ?
L'etablissement au Mexique d'une monarchic
quelconque, posee sur de solides bases, devrait
etre le premier vceu de notre politique; car on
sait ce que Finstabilite attachee a la forme ac-
tuelle de son gouvernement entraine de desavan-
tages pour notre commerce et d'inconvenients
pour nos nationaux.
Mais si le Mexique Hevait conserver le regime
republicain, son incorporation a FUnion du
Nord nous semble devoir etre plus profitable a
la France que son etat actuel, puisque nos tran-,
sactions commerciales ne pourraient manquer
d'acquerir, sous Fadministration fortement assise
des Etats-Unis, un developpement considerable.
Nos compatriotes y jouiraient de toutes les garan-
ties de liberte, de securite, de justice, qu'ils ont
vainement demandees jusqu'a.present au cabinet
mexicain, quoique notre gouvernement ait tout
fait pour les leur assurer par des reclamations
energiques qui, nous Fesperons, ne sauraient
etre eludees plus longtemps.
L'Angleterre, en outre, perdrait a cet ordre ET LES ETATS-UNIS. 33
de choses ce qu'y gagnerait la France. Elle ver-
rait s'aneantir en meme temps, avec Fespece de
souverainete politique qu'elle impose au Mexique,
le monopole commercial qu'elle y exerce. Elle
s'affaiblirait en proportion des forces nouvelles
que Fabsorption de cette puissance et celle du
Texas preterait aux Etats-Unis. En effet, ce dernier pays, dont la population atteint deja dix-huit
millions d'habitants, grace a cette double reunion,
Feleverait a pres de vingt-cinq, et peut-etre un
jour parviendrait a realiser le reve eternel de ses
Presidents, de porter ses frontieres jusqu'a Fisthme
de Panama.
S'il en etait jamais ainsi, FUnion commande-
rait la Mer Pacifique par la partie du Territoire
de FOregon qui lui sera devolue; par les Ca-
lifornies et les cotes occidentales du Mexique , de
Guatemala, de FAmerique centrale et de la
Nouvelle-Grenade. A lest, elle serait maitresse
de l'Atlantique, depuis le Canada jusqu'a Fisthme
du Darien, et menacerait par consequent tous
les groupes d'iles situes a Fentree du golfe du
Mexique, et dans la mer des Antilles.
Ces immenses agrandissements, FAngleterre en
a deslongtemps compris lapossibilite et le peril:
aussi, a-t-on tout lieu de croire, d'apres de recen-
tes manifestations, qu'elle s'ppposeraa la reunion
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34 REUNION DU TEXAS
du Texas aux Etats-Unis. En effet, elle a convert
des sa naissance cette republique de sa protection : par les traites de 1840, elle a obtenu qu'elle
accedat au droit de visite, et qu'elle prit a sa
charge un million de livres sterling de la dette
mexicaine envers la Grande-Bretagne: c'est enfin
par Fentremise de ses agents diplomatiques qu'un
armistice a ete conclu Fannee derniere entre le
Mexique et le Texas.
Or Fopposition de FAngleterre touchant Fin-
corporation du Texas a l'Union pourrait avoir
les resultatsles plusnuisibles pour la grande Confederation americaine, puisque, avant tres-peu
d'anneesj la population des emigrants anglais de-
passerait dans une proportion considerable le
chiffre des colons des Etats-Unis etablis au Texas,
et que quatre ou cinq mille nouveaux votants
britanniques, devenus legalement citoy ens texiens,
suffiraientpour changer la majorite dans les elections, et influer par consequent sur le gouvernement du pays et sur sa politique exterieure.
Le Texas n'ayant ni marine, ni capitaux, FAngleterre Fapprovisionnerait des lors de tous les
objets de consommation, et, par une colonisation
fortement developpee, cette derniere puissance
pourrait obtenir du Texas, en echange de ses pro-
duits, tout le coton que l'Inde est dans l'impos-
lilt AUX ETATS-UNIS. j 35
sibilite de lui fournir, et qu'elle est aujourd'hui
forcee d'acheter aux Etats-Unis.
La non-annexation du Texas a FUnion laisse-
rait d'ailleurs a decouvert la frontiere occiden-
tale des Etats-Unis, et, sans parlerde Fenorme
contrebande de marchandises anglaises qui pourrait s'effectuer par le Texas, la libre navigation
des basses eaux et de Fembouchure du Mississipi
se trouverait compromise du jour oil FAngle-
terre serait assise sur la riviere Sabine, FArkansas
et le Rio Colorado du Levant.
Quant au Mexique, il ne ferait que changer de
voisin, et l'exemple de Balize dans le Yucatan est
une preuve qu'il ne gagnerait pas grand'chose a
ce deplacement.
L'Angleterre, on le voit, aussi ombrageuse
dans sa politique que tenace dans son ambition,
a eleve de toutes parts des obstacles aux agran-
dissements des Etats-Unis.
Elle s'est efforcee meme d'exagerer leurs re-
sultats, enpretendant qu'il impoftait a la France,
autant qu'aux autres puissances europeennes,
d'empecher en Amerique la trop grande extension de F element democratique, puisqu'il pourrait tot ou tard, reagissant du Nouveau Monde
sur F Ancien, venir y mettre en question l'exis-
tence de tous les trones.
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36 ROLE DE LA FRANCE.
La France, nous le repetons, dans le cas oil la
forme monarchique ne pourrait renaitre dans les
republiques espagnoles, aurait a recueillir de
grands avantages de leur incorporation aux Etats-
Unis. Mais, quoi qu'il advienne des destinees du
Mexique, il est utile pour notre gouvernement
d'entretenir avec ce pays des relations suivies,
d'y conserver un marche si precieux pour notre
commerce, et d'avoir des representants distin-
gues pour y defendre nos interets.
Ce dernier point est capital, car les affaires ne
se traitent point dans les republiques de FAmerique espagnole de la meme facpn qu'en Europe.
La morgue et la violence doivent etre avec soin
bannies. Ecrire peu et parler beaucoup, posseder
parfaitement la langue du pays, avoir des antecedents honorables, un caractere serieux sans pe-
dantisme et ferme sans emportement, savoir, tout
en n'abdiquant jamais leur dignite, se plier aise-
ment a la familiarite des mceurs espagnoles, telle
est la reunion de qualites indispensables dans les
agents europeens.
Quelques-uns d'eux, envoyes au Mexique, fa-
connes a d'autres usages, habitues a effacer com-
pletement l'homme prive sous l'homme politique,
apportent dans ce pays une extreme rigidite
d'etiquette, et toute la roideurgermanique: cette
mm CONCLUSION. 37
conduite inintelligente, en les isolant au milieu
de la societe mexicaine, les prive bientot de tout
ascendant. Avec les hommes d'Etat de race espagnole, c'est dans la conversation, dans le libre
epanchement des relations particulieres, que les
negociations doivent etre exposees et debattues :
si elles echouent de cette facon, si Finfluence
personnelle du diplomate est inefficace, toutes
les depeches officielles seront impuissantes en-
suite a les faire reussir. II ne restera plus reel lenient alors aux gouvernements etrangers que la
ressource de Fintimidation et Femploi de la force.
C'est ce que savent tres-bien les Etats-Unis et
FAngleterre, et c'est ce qui assure a ces deux nations, dans ce pays, une preponderance incon-
testee.
Disons, en terminant ces considerations pre-
liminaires et le rapide apercu que nous avons
offert dans ce chapitre de Fetat militaire, financier et politique du Mexique, que, pour etre
severes, nos appreciations nen sont pas moins
justes, car, toutes speculatives, elles ne touchent
ni aux merites personnels, ni aux vertus privees
de ses habitants. Pendant trois annees, nous avons
parcouru cet immense empire dans toutes ses
parties | nous avons etudie avec soin ses ressour-
cesmaterielles, ses institutions, son gouvernement,
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38 CONCLUSION.
connu les hommes les plus eminents dont il se
compose; et c'est parce que nous sommes reste
convaincu que cette nation, avec les richesses
dont est dote son territoire et les elements de vi-
talite qu'elle possede , peut reconquerir un jour
des destinees prosperes, que nous avons cru devoir lui dire la verite sans deguisement, et lui
montrer Fabime pour qu'elle Fevitat.
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CHAPITRE II.
Situation commerciale et financiere du Mexique. — Production et
exportation des metaux precieux. — fiudget des recettes et des
depenses. — Dettes etrangeres. — Population et interets francais.
Nous avons dit deja qu'a la suite de la mesure
inique et desastreuse qui expulsa du Mexique les
Espagnols europeens, les plus riches xiegociants,
se retirant de ce pays, se fixerent a la Havane, a
Cadix, a Bordeaux et a Paris. Les fonds qui par-
vinrent en France a cette epoque atteignirent un
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40 PRODUCTION
chiffre fort eleve : en 1828 ils se monterent a
pres de vingt et un millions de francs; en 1829,
a plus de treize; et en 1830, au dela de dix et
demi. Depuis lors, la moyenne des importations
annuelles d'especes n'est guere que de trois millions cinq cent mille francs. Des sommes de beau-
coup superieures a celles importees en France
furent envoyees aux Etats-Unis, en Espagne et
en Angleterre.
Cette enorme disparition des metaux precieux,
que ne purent compenser les fonds obtenus par
le gouvernement mexicain des capitalistes anglais, occasionna une perturbation qui explique
Fetat de malaise oil se trouve aujourd'hui le commerce. En effet, Fargent produit de nos jours
est exporte; il sert a peine a payer les marchan-
dises etrangeres, et il reste dans le pays si peu
d'especes en circulation, qua Mexico le taux
legal de Finteret de Fargent est d'un pour cent
par mois, et s'eleve meme jusqu'a trois sans blesser
les usages commerciaux.
De tout temps la production des metaux a ete
le thermometre exact de la prosperite du Mexique.
De 1801 a 1810, avant la guerre de Flndepen-
dance, l'hotel des monnaies de Mexico frappait
seul, annee moyenne, vingt-deux millions de
piastres fortes. En 1805, qui fut Fannee la plus
111!
Ill' DES METAUX PRECIEUX. 41
florissante, onfrappa a Mexico vingt-sept millions
cent soixante-cinq mille huit cent quatre-vingt-
huit piastres, tandis qu'en 1837, il n'ensortit de
Fhotel des monnaies que cinq cent soixante et un
mille sept cent trente. II est vrai que sous le gouvernement espagnol il n'y eut longtemps qu'un
seul hotel des monnaies, celui de Mexico, auquel
etait joint un atelier d'essai et de depart. Celui
de Zacatecas ne fut fonde qu'en 1810 : aujour-
d'hui, il en existe plusieurs : a Guadalajara,
San-Luiz de Potosi, Guanajuato, Chihuahua ,
Durango et Hermosillo, dans la Sonora. Ce dernier, etabli en 1838, ne frappa que soixante-dix
mille piastres qui contiennent beaucoup dor;
mais les fourneaux et le balancier s'etant brises ,
le monnayage fut abandonne pendant plusieurs
annees : il resulte toutefois d'un decret rendu le
16 fevrier 1842, que cet atelier ne tardera pas a
etre retabli, et sera confie a la direction de
MM. Duport et Bellange,ingenieurs et chimistes
francais. Un second decret du president Santa-
Anna (septembre 1842) ordonne, en outre, la
creation de deux hotels de monnaie a Culiacan,
dans la Sonora, et a Guadalupe yCalvo, dans le
departement de Chihuahua.
Plusieurs autres villes renferment seulement
des ateliers d'essai dont FEtat est proprietaire. J*
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42 HOTELS DES MONNAIES.
Le lerjanvier 1842, Fabolition des ateliers partS-
culiers de depart fut decretee, et en fevrier 1843,
le gouvernement acheta soixante mille piastres
le magnifique etablissement de MM. Duport et
Bellange, a Mexico. L'etat de delabrement des
ateliers, Fignoranee des essayeurs, le manque
d'instruments de precision, ne permettent pas
de determiner d'une maniere positive et uni-,
forme pour tout le Mexique le titre des lingots
et des monnaies d'or et d'argent. Le titre des
anciennes piastres espagnoles a colonnes etait de
917 milliemes; celui des piastres mexicaines a
Faigle n'est aujourd'hui que de 903. Le titre de
For est de 0,875.
La plus grande partie des piastres expedites
en Europe vient a Paris pour etre affinee, et il
n'est point inutile de signaler les fraudes, proter
gees par l'impunite, qui se commettent dans plusieurs etablissements du Mexique. Ainsi, en 1838,
on frappa a Guadalajara soixante mille piastres
qui, soumises a Fanalyse, furent trouvees infe-
rieures de quatre pour cent au titre qu'elles
accusaient. Aujourd'hui meme, a Fatelier del
Rosario, dans le departement de Sinaloa, un essay eur du gouvernement fourve les lingots avec
du plomb et les marque d'un titre superieur.
Les plaintes reiterees des commerrjants etrangers
Ri
m AFFINAGE. 43
du port de Mazatlan sont demeurees inefficaces,
et cet homme continue tranquillement cette
falsification scandaleuse sans qu'on ait encore pu
obtenir sa destitution.
Dans les hotels de monnaie du gouvernement,
le monnayage des lingots d'or ou d'argent coute
au proprietaire environ quatre et demi pour
cent. A Paris, les piastres varient de prix en
raison des ateliers d'oii elles proviennent. Celles
de Durango et de Mexico valent cinq francs
trente-quatre centimes a cinq francs trente-cinq
centimes; celles de Zacatecas, cinq francs trente
a trente-cinq centimes; celles de Potosi et Guadalajara, cinq francs trente-cinq a trente-sept
centimes; les piastres espagnoles a colonnes, cinq
francs quarante a quarante-cinq centimes, et en
Chine, oil elles constituent la monnaie courante,
elles ont six pour cent de prime sur les piastres
mexicaines. Les monnaies d'or subissent la meme
depression dans leur valeur; et tandis que les
quadruples espagnols se vendent jusqu'a quatre-
vingt-quatre francs soixante centimes, ceux des
Etats independants ne sont cotes que quatre-
vingt-deux francs-vingt centimes.
La moyenne de la production des metaux precieux au Mexique pour 1840, 41, 42 et 43,
est, a tres-peu de chose pres, de treize millions 41 EXPORTATION DES ESPECES.
de piastres en especes monnayees, auxquelles
il faut joindre trois millions pour les lingots
d'or et d'argent, exportes clandestinement.
Cette somme s'eleve, en totalite, a seize millions environ, dans lesquels le rapport de For
a Fargent est de un a soixante. Nous avons fait
observer deja que le pays ne gardait presque
rien de ces richesses, et le tableau suivant fera
connaitre les sommes qui sont destinees directe-
ments au commerce francais, ainsi que notre
commerce general avec le Mexique. Nous ajou-
tons encore, comme renseignement utile, Fetat
des quantites d'or et d'argent frappees a l'hotel
des monnaies de Mexico, depuis 1800 jusqu'a
1840.
mm COMMERCE AVEC LA FRANCE.
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MONNAYAGE.
QUANTITES D'ARGENT ET DOR MONNAYES
A L'HOTEL  DES  MONNAIES   DE   MEXICO DE   1800   A   1840'.
ANNEES.
ARGENT.
OR.
TOTAL.
piastres
piastres.
piastres.
1800
17,898,510
787,164
18,685,674
1801
15,958,044
610,398
16,568,442
1802
17,959,477
839,122
18,798,599
1803
22,520,856
646,050
23,166,906
1804
26,130,971
959,030
27,090,001
1805
25,806,074
1,369,814
27,165,888
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23,383,672
1,352,348
24,736,020
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24,708,164
1,464,818
26,172,982
1810
17,950,684
1,095,504
19,046,188
1811
8,956,432
1,085,364
10,041,796
1812
4,027,620
381,646
4,409,266
1813
6,133,983
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6,133,983
1814
6,902,481
618,069
7,520,550
1815
6,454,799
486,464
6,941,263
1816
8,315,616
960,393
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1817
7,994,951
854,942
8,849,893
1818
10,852,367
533,921
11,386,288
1819
11,491,138
539,377
12,030,515
1820
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509,076
10,456,154
1821
5,600,022
303,504
5,903,526
1822
5,329,126
214,128
5,543,254
1823
3,276,474
291,408
3,567,882
1824
3,267,000
236,944
3,503,944
1825
3,235,045
2,385,455
5,620,500
1826
2,998,411
218,592
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2,868,624
590,597
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1828
1,385,505
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1,497,281
1829
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380,996
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1830
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1,742,915
79,314
1,822,229
1840
1,917,617
71,207
1,988,824
De meme que dans le reste de FAmerique, le
retrait des capitaux espagnols, la guerre et Feta-
m COMPAGNIES ETRANGERES. 47
blissement de  FIndependance exercerent   une
influence desastreuse sur les exploitations mi-
nieres, et reduisirent leur produit au lieu de Fac-
croitre.  Les  mines  principales   se   remplirent
d'eau; le mercure, agent indispensable, ou man-
qua tout a fait ou ne s'obtint plus qu'a des prix
exorbitants. Grace a l'application des machines
a vapeur, les compagnies anglaises crurent d'a-
bord pouvoir obtenir promptement l'epuisement
des galeries inondees; mais ces procedes ne pu-
rent etre mis en usage que dans quelques locali-
tes : partout ailleurs, le manque de combustible,
joint a la difficulte des transports, presenterent
d'insurmontables obstacles. Aussi ces compagnies
y ont-elles successivement renonce,  et de nos
jours, la part que prennent les societes anglaises a l'exploitation generale des mines n'est plus
que de un dixieme environ.
L'absence de capitaux rend impossible Fetablis-
sement de nouvelles exploitations quelque peu
considerables, et il n'a fallu rien moins que la
decouverte de filons dune richesse inaccoutumee
pour determiner la formation recente de la com-
pagnie anglaise de Guadalupe y Calvo. Cette
mine, situee dans la Sierra-Madre, au sud de la
ville de Chihuahua, n'a commence a etre utilisee
que vers 1837, et deja elle a donne six millions
81
m' *   V
48
ECOLE DES MINES.
11511 •
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de piastres, dont les deux tiers en argent et un
tiers en or. Sa production annuelle depasse un
million, bien que le capital de la compagnie an-
glaise n'atteigne lui-meme que deux millions de
piastres.
Les compagnies allemandes qui existent dans
diverses mines, ne possedant que de faibles capi-
taux, ne peuvent agir sur une grande echelle :
neanmoins Famelioration des procedes chimiques
et mecaniques, et Fintroduction de Famalgame
du mercure d'apres la methode economique
usitee en Saxe, a Freyberg, leur permettent de
realiser des benefices assez importants.
Le gouvernement espagnol, dans son intelli-
gente sollicitude, avait etabli, independamment
d'une magnifique ecole des mines a Mexico, une
caisse de secours des mineurs {fondo de avio de
la mineria). Les fonds de cette caisse servaient a
faire aux proprietaires des mines, dont les filons
se perdaient momentanement ou auxquels man-
quaient les capitaux, des avances considerables
qui, dans quelques cas, se sont elevees jusqu'a
cent mille piastres1. En outre, depuis Fannee
1 Reales ordenanzas para la direccion, regimen y gobierno del
importante cuerpo de la mineria de Nueva Espana y de su real
tribunal general. —11 de mayo 1788, Mexico. PRIX DU MERCURE. 49
1776, le gouvernement vendait dans les depots
royaux, situes dans les mines principales du
Mexique, le mercure d'Almaden, moyennant
quarante-deux piastres le quintal espagnol
(46 kilogrammes). Aujourd'hui le mercure vaut
dans les ports cent vingt a cent trente piastres; a
Mexico, cent cinquante ;-Jta Zacatecas, cent
soixante-cinq, et dans les mines eloignees, le haut
prix du transport donne a ce metal, achete en
detail par les petits mineurs, une valeur qui at-
teint deux cents piastres. Aussi, pourrait-on citer,
a l'epoque actuelle, pres de trois mille localites
minieres dont l'exploitation est abandonnee, le
prix de revient depassant de beaucoup la valeur
des metaux obtenus.
Le monopole des mines d'Almaden appartient
a la maison Rothschild : ces mines produisent,
annee commune, de vingt a vingt et un mille
quintaux de metal. Se trouvant dans une position
financiere embarrassee, FEspagne a eleve succes-
sivement la valeur du vif-argent : ainsi le contrat
de 1839 avec la maison Rothschild en fixait le
prix a cinquante et une piastres et un quart : plus
tard il monta jusqu'a cinquante-neuf; et enfin, le
dernier traite de juin 1843 porte a quatre-vingt-
deux piastres etdemiele prix de ce metal achete a
Almaden. Cette hausse successive ne peut man-
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50 CONSOMMATION DE LAMERIQUE.
quer d'avoir des consequences facheuses pour le
Mexique : mais elle remplace aujourd'hui pour
FEspagne les benefices qu'elle retirait du droit
de monnayage dans son ancienne colonic
Le prix du mercure asubidesvariationstres-fre-
quentes, et s'est eleve depuis quatre ou cinq francs
jusqu'a vingt-deux francs le kilogramme. Cepen-
dant j|squ'aux premieres annees de ce siecle FEspa-
gne Favait tenu fixe a quatre francs quatre-vingt-
quatre centimes, parce que son gouvernement,
ayant passe des marches avec les divers centres,
d'exploitation de FEurope (Idria et le Palatinat),
s'en etait completement reserve le monopole, et
empechait, pour favoriser ses colonies, que les
prix n'en fussent portes au dela. Mais bientot
apres la separation de ces dernieres de la Metro-
pole , les prix ne tarderent pas a monter, et aujourd'hui le mercure se maintient entre dix et
onze francs le kilogramme. La production  de
FEurope en mercure est annuellement  de  un
million quatre cent mille kilogrammes. Sur cette
quantite, onze cent mille proviennent d'Almaden;
le reste est fourni par les mines d'ldria^ et aussi
par quelques mines peu importantes du Palatinat. La consommation annuelle de F Amerique est
de huit cent cinquante mille kilogrammes. Le
reste est consomme par FEurope meme, et aussi, MINES D'ALMADEN. 51
mais  en tres-faibles   proportions,   par FInde.
Apres Almaden, les mines d'Idria sont les
plus importantes; cependant leur production ne
s'est jamais elevee, dans les temps les plus pros-
peres, au dela de trois cent mille kilogrammes,
et Fon observe qu'elles s'appauvrissent de plus
en plus chaque jour. Ces mines, quoique de-
couvertes depuis 1497 , ne sont exploiters acti-
vement que depuis 1506.
Quant aux mines d'Almaden, elles sont si riches,
qu'une exploitation continue , pendant vingt-
cinq siecles, n'a pas fait foncer les travaux de plus
de trois cents metres. Ces mines furent exploiters
des la plus haute antiquite : suivant Pline, les
Grecs en tiraient du vermilion sept cents ans
avant notre ere, et le meme auteur nous apprend
qu'elles fournissaient annuellement aux Romains
dix mille livres de cinabre.
La consommation annuelle du Mexique est de
vingt mille quintaux environ, dont douze mille
disparaissent completement dans les manipulations, et representent, au prix moyen de cent
cinquante piastres, une perte de dix-huit cent
mille piastres ou neuf millions de francs.
C'est a tort que le gouvernement royal fut
accuse d'avoir interdit les exploitations des mines
de vif-argent dans la Nouvelle-Espagne.  11 les
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.52 VIF-ARGENT AU MEXIQUE.
protegea au contraire, tout en monopolisant la
vente des produits : si les mines furent abandonees, c'est que les frais en etaient exorbitants, le
rendement peu considerable* et que les produits
d'Almaden etaient infinimentmoins eouteuxpour
les consommateurs. On ne doit pas ignorer que
les mines del Durazno, pres de Tasco, furent
exploiters avant FIndependance; mais le mercure
qu'elles produisaient revenait a soixantepiastres,
tandis que celui importe d'Espagne pouvait se
vendre a quarante-deux, rendu dans les depots
royaux.
Quelquesetrangerss'occupentavecsoin, de nos
jours , a rechercher des mines de mercure : deja,
a San-Luiz de Potosi, on a trouve quelques filons
de cinabre : pres de Guadalajara, on exploite
une localite qui rapporte annuellement quatre a
cinq cents quintaux, et tout recemment, a Zaca-
tecas, on a decouvert un gisement qui a fait
concevoir de si riches esperanees, quau mois de
juillet 1843, une compagnie s'est formee pour
Fexploitation, et qu'elle a reuni tout aussitot a la
bourse de Mexico une somme de deux cent mille
piastres, divisee en vingt actions de dix mille
piastres chacune.
Lorsque Findependance de la Nouvelle-Espa-
gne fut, en 1836 , reconnue par la Mere patrie ,
5li     ;
I ! DROITS SUR LES METAUX. 53
le gouvernement mexicain n'aurait-il pas du offrir
i
au cabinet de Madrid des avantages particuliers,
afin de s'assurer directement la ferine des mines
d'Almaden, et realiserainsi les benefices enormes
que la maison Rothschild retire de ce monopole?
On se demande en effet quel serait le sort du
Mexique si les mines d'Almaden cessaient de
produire, ou si, par suite de guerre, le mercure cessait de lui arriver ? Le vif - ardent de
la Carniole est consomme en Transylvanie et
en Saxe. Ses produits sont d'ailleurs si bornes,
qu'il serait impossible d'en exporter au Mexique :
on concoit aisement la perturbation qui resulte-
rait pour le commerce europeen de Finterruption d'un apport annuel depres de quatre-vingts
millions de francs en especes. Quant au Mexique,
oil Findustrie est presque nulle, Fagriculture tres-
negligee, Fexportation des produits fort restreinte,
comment ferait-il, non pour payer les marchan-
dises europeennes dont sa population peut a la ri-
gueur se passer, mais pour acquitter Fenorme chif-
fre de ses dettes envers les puissances etrangeres ?
L'exportation des metaux monnayes est sou-
mise a des droits exorbitanjts. En execution dune
simple ordonnance du ministre des finances du
29 aout dernier, les convois d'especes ne de-
vront partir pour les ports du golfe du Mexique,
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54 DROITS D'EXPORTATION.
Tampico et Vera-Cruz, que tous les quatre mois,
les l^r Janvier, l^mai et ler septembre. Tout le
numeraire adresse de l'interieur au port est cense
destine a etre exporte, et est astreint a payer
prealablement les droits d'exportation, qu'il doive
ou non en realite sortir du pays : ces droits s'ele-
vent a onze pour cent ainsi divises:
Quatre pour cent, droit de circulation;
Six pour cent, droit d'exportation;
Un pour cent, droit d'extraction.
Cette ordonnance est en contradiction mani-
feste avec un decret rendu par le president, sous
la date du 10 mars precedent, et qui etablit une
distinction exacte et categorique entre le droit de
circulation d'un departement a un autre, et celui
de l'exportation pour Fetranger.
Prohibee dans les ports de FAtlantique sous
peine de confiscation et d'amende, l'exportation
des barres d'or et d'argent est maintenant per-
mise par les trois principaux ports de la Mer Paci-
fique ou verts au commerce, San-Bias, Mazatlan
et Guaymas. Toutefois, cette exportation, au
terme des decrets, devra cesser du jour oil les
ateliers des hotels des monnaies d'Hermosillo et
Culiacan seront en activite, etl'on n'embarquera
plus dans les ports ci-dessus nommes que des es-
peces monnayees, Mais Fexecution de ces mesures
Ililil i
JHlfJ   f?r'-.       if!
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if I- FRET DES NAVIRES. 55
est completement impraticable , car la plupart
des mines sont situees a deux ou trois cents lieues
des villes de Culiacan et d'Hermosillo, et nul
doute qu'en raison du mauvais etat des routes et
des bandes de voleurs qui desolent le pays, les
proprietaires n'evitent soigneusement d'envoyer
leurs metaux precieux a de telles distances, et
qu'il ne leur soit toujours plus avantageux de les
expedier au port le plus voisin oil ils peuvent
etre embarques en fraude.
Le gouvernement a parfaitement compris qu'il
etait de son interet de permettre ^exportation
des lingots d'or et d'argent, moyennant un droit
modere, afin de diminuer la contrebande en la
privant d'une partie des avantages qu'elle pou-
vait offrir.
Bien que le droit legal sur les barres soit de
sept pour cent, on ne percoit, par suite d'un arrangement fait avec la maison espagnole Rubio
freres de Mexico , que quatre pour cent de droit
d'exportation. Les batiments de guerre anglais
qui stationnent continuellement devant San-Bias,
Mazatlanet Guaymas, et qui partent tous les six
mois pour FAngleterre , percoivent deux pour
cent de fret ainsi repartis:
Un pour cent pour Fofficier commandant le
navire; 8§
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56 EXTRACTION PAR LES PORTS
Un demi pour cent pour le commodore commandant de la station de la mer du Sud;
Et un demi pour cent pour l'hopital des Invali-
des de la marine a Greenwich.
L'assurance par les batiments de guerre anglais
des trois ports designes est, a Paris, d'un et un
quart pour cent, et les fonds deposes a la banque
de Londressont transporters jusqu'a Paris, moyen-
nant un tiers pour cent ou trois francs pour mille
francs.
Le fret des matieres ou especes par les batiments de commerce est fixe a un et demi pour
cent, et l'assurance a deux et demi. Ce mode de
transport coiite un et un quart pour cent de plus
que par les navires de guerre, et n'offre pas, a
beaucoup pres, les raemes garanties desecurite.
Les corvettes anglaises qui stationnent sur les
cotes occidentales du Mexique sont des batiments
d'assez faible echantillon, armes de seize caro-
nades de 24 et ayant environ cent hommes d'e-
quipage. Elles sont relevees tous les six mois et
retournent h Londres avec les especes. Voici pour
ces quatre dernieres annees, etabli d'apres les
documents les plus exacts, le releve des sommes
moyennement exportees, en monnaie ou en lingots , des ports de Guaymas, San-Bias et Ma-
zatlan .
••aRHllif.
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mtM: DES DEUX MERS. S7
/ Guaymas  800,000 piastres.
Par corvettes anglaises. J San-Bias!  1,200,000
(Mazatlan  2,000,000
Par les navires de commerce des trois ports  1,000,000
Total general,  5,000,000 piastres.
Les ports d'Acapulco et de Monte-Rey, dans la
Haute-Californie, qui, avec les trois precedents,
sont les seuls ouverts au commerce exterieur sur
la cote occidentale du Mexique, ont un mouve-
ment d'affaires peu considerable et n'exportent
point de metaux.
Dans le golfe du Mexique, les especes sont ge-
neralement embarquees a bord des paquebots
anglais qui partent tous les mois de Vera-Cruz
et de Tampico, emportant a chaque voyage de
quatre a cinq cent mille piastres : le reste de Far-
gent qui forme les seize millions de piastres an-
nuellement produits, est exporte par les batiments
americains, francais, hambourgeois, espagnols et
autres.
Composee dune corvette de 24 canons et
de deux brigs qui n'apparaissent que rarement
dans ces parages oil sejournent continuellement
des divisions anglaises et americaines, notre station
dans le golfe du Mexique n'est point encore assez
considerable pour y proteger suffisamment nos
interets.Maisl'accroissementde notre station dans
la Mer Pacifique, qui possede actuellement huit
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58 STATION FRANCAISE.
navires, y assure a notre commerce la securite et
Finfluence qui lui sont indispensables. Toutefois,
la presence seule de nos batiments dans les ports
mexicains ne remplirait pas toutes les conditions
necessaires : pour qu'ils fussent veritablement
utiles a nos nationaux , il faudrait, qu'a l'exemple
des corvettes anglaises, ils stationnassent a des
epoques determinees, et operassent d'une maniere
directe leur retour en France, ou ils pourraient
non-seulement rapporter les fonds de nos nego-
ciants, mais aussi ceux des commercants etran-
gers. Nous avons en effet acquis la certitude que
plus de la moitie des sommes dont nous avons
donne le detail est destinee pour la France. La
maison Aguirre Vengoa de Paris recoit chaque
annee, par la voie de Londres, plus de quinze
cent mille piastres de la mer du Sud,et plus d'un
million est expedie a d'autres maisons de Bordeaux
et du Havre.
Or, si nos batiments en obtenaient Fautorisa-
sion et qu'ils fussent places sous la surveillance
de nos consuls, ils auraient a transporter les in-
terets espagnols dont le chiffre est considerable,
une partie de ceux des Etats-Unis, des Hambour-
geois, des Beiges, des Sardes, des Allemands et
des Suisses. On concoit, sans les detailler plus
explicitement, les avantages que nous offrirait ce STATION ANGLAISE. 59
mouvement de capitaux, de change, de commission et de courtage.
Ajoutons qu'aucun benefice personnel ne de-
vrait etre accorde a nos officiers , contrairement
a Fusage adopte pour les capitaines de la marine
anglaise. Que ces derniers continuent a se rend re
chezles negociants des ports, comme de veritables
courtiers, afin de leur faire des offres de services
pour embarquer, souvent meme en fraude, leurs
especes, et empechons que l'appat du gain n'excite
nos officiers a se livrer a ces speculations que Fes-
prit mercantile des Anglais peut seul tolerer.
A la verite, le profit qui resulte de ce trafic,
pour les deux parties, est enorme. Citons un
exemple : le droit mexicain pour Fextraction des
barres est, sur la Mer Pacifique, de quatre pour
cent; le fret du navire anglais de deux pour cent.
Les maisons de commerce devraient done payer
legalement six pour cent; mais les commandants
des corvettes anglaises se chargent d'effectuer
Fembarquement en contrebande moyennant trois
et demi au lieu des deux pour cent qui leur sont
reellement dus. Par ce moyen, Foperation presenter ne economie de deux et demi pour cent,
qui se trouve partagee entre les negociants et les
capitaines. On concoit que si les benefices sont
considerables pour les officiers, ils ne le sont pas :.-fo.
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60 PAQUEROTS TRANSATLANTIQUES.
moinspour des maisons qui operent annuellement
sur des millions de piastres.
Dans le cas oil le gouvernement francais juge-
rait convenable de prelever un droit de fret sur
les metaux precieux confies aux batiments de
FEtat, il ne saurait, a notre avis, mieux appli-
quer ce revenu qu'a la caisse des invalides de la
marine.
.Notre commerce au Mexique pourra recevoir
encore un essor avantageux de Fetablissement
des paquebots transatlantiques, a la construction
desquels on a consacre vingt-huit millions de^
francs, et il est tres-desirable que ces batiments
soient appliques a leur destination primitive; car
se presentant tous les mois dans les ports etran-
gers, ils seraient moins dispendieux que les stations permanentes, et contribueraient en outre a
former une excellente ecole pour nos matelots et
mecaniciens de la marine a vapeur, qui exige,
comme chacun sait, des connaissances tout a fait
speciales. L'un de ces grands pyroscaphes, le
Corner^ vient de rentrer du voyage qu'il avait
fait en Amerique et aux Antilles pour etudier les
divers points de relache, et les agents qu'il por-
tait ont arrete des conventions postales et mari-
times tres-favorables, avec plusieurs gouverne-
ments americains.
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. -\: 1 BUDGET DU MEXIQUE. 61
II n'est pas sans interet de remarquer que la
production de For dans les provinces de Fest et
du sud de la Nouvelle-Espagne est extremement
restreinte, bien que Fargent y soit toujours auri-
fere, tandis que dans les departements de Chihuahua , et surtout de la haute Sonora, se ren-
contrent des gisements d'or de la plus grande
richesse. Au nord des villes d'Hermosillo et d'A-
rispe, dans les ruisseaux affluents de la riviere
Gila, qui se jette avec le Rio Colorado au fond
de la merVermeille, on trouve, apres la saison
des pluies, et presqu'a la surface du sol , des
grains d'or vierge pesant plusieurs kilogrammes,
et qui ne le cedent en rien a ceux recemment de-
couverts dansl'Oural. Nous avons vu a Hermosillo
une de ces pepites dont le poids representait une
valeur de plus de dix mille piastres (cinquante
mille francs.)
Avec des ressources metalliques si abondantes,
il semblerait que le Mexique diit jouir d'une immense prosperite ; mais les finances, base fonda-
mentale de tout gouvernement, sont dans Fetat
le plus pitoyable, et il suffira, pour s'en con-
vaincre, de jeter un coup d'ceil, dans le tableau
suivant, sur le budget approximatif des recetteset
des depenses:
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REVENUS DE L'ETAT.
• Piastres fortes
Douanes maritimes et frontieres  9,000,000
Droits de circulation et d'exportation sur les monnaies,
barres et lingots d'or et d'argent  1,200,000
Rentes des departements  2,000,000
Poste aux lettres et courriers  200,000
Loterie  55,000
Salines  2,5,000
Papiertimbre I  100,000
Escompte du mont-de-piete  90,000
Revenus divers, hotels des monnaies, charges venales,
amendes, etc.  100,000
Droits de consommation  1,500,000
Recettes : Totalgeneral  14,270,000
jj     DtfPENSES.
President et Ministres  360,000
Senat, chambre des deputes et leurs secretariats  340,000
Cour supreme de justice  90,000
Legations, consulats et commissions des liraites  150,000
Employes des finances  260,000
Pensions de retraite  290,000
Pensions du mont-de-piete  200,000
Gouvernement des departements, juntes, secretariats,
prefectures et sous-prefectures  900,000
Administration de la justice  1,350,000
£veches et missions  50,000
Instruction publique  65,000
Travaux hydrauliques de Huehuetoca  50,000
Prisons et bagnes  150,000
Armee, marine et milices actives ^  10,500,000
Gelieraux, etat-major de 1'armee et f rais extraordinaires.. 2,500,000
Total general  17,255,000
Deficit annuel 2,985,000 piastres. EMPLOI DES RECETTES.
63
100
%
20
10
5
25
40
100
%
EMPLOI DES 100 POUR 100 DU REVENU BRUT.
Destines a payer I'interet dela dette anglaise.
Pour la solde des garnisons de Vera-Cruz et d'Acapulco.
Pour achat en Europe d'armes et de canons a la Paixhans.
Les fusils ont eteachetes aLondres, et les canons a Liege,,
par un ami de Santa-Anna.
Destines a amortir toutes les autres creances et les reclamations generalement quelconques.
Qui restent liquides au gouvernement central pour faire
face a toutes les depenses generales.
Depuis le mois de Janvier 1842, vingt pour
cent du revenu brut des douanes sont appliques
au payement des interets de la dette anglaise. Un
commissaire du gouvernement britannique, resi-
dant a Mexico, est specialement charge de la perception de ces fonds. Anterieurement, les Anglais
netouchaient que seize et deux tiers pour cent.
Les vingt pour cent percus aujourd'hui produi-
sent annuellement six a sept cent mille piastres ,
et representent un interet d'environ vingt pour
cent. Les fonds mexicains ne sont point cotes sur
nos places de commerce; ils se divisent en deux
series : les fonds actifs ou cinq pour cent {five)
valent a Londres trente deux a trente-trois pour
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64 DETTE ANGLAISE.
cent les actions de cent livres sterling, et ils sont
meme tombes jusqu'a vingt-huit. Quant aux bons
differes [deferred), ils ne touchent point d'interet
et ne valent que huit a neuf pour cent. Ces coupons ne servent point d'interets; on les a donnes
aux porteurs de la dette ancienne dans une cer-
taine proportion, en compensation des arrerages^
dont le payement est suspendu, et Fon a reduit
en consequence a zero, ou a peu pres, le capital
primitif: maniere de banqueroute gouvernemen-
tale assez en usageparmi les nouvelles republiques
de F Amerique espagnole, a Fexception toutefois
de celle du Chili, qui acquitte parfaitement ses
dettes. La seconde espece de fonds mexicains est
censee seulement differee, et du plus ou moins
de chances de reprise nait la fluctuation des
cours. Quant au cinq pour cent actif, c'est, comme
partout ailleurs, Fetat des demahdes qui occa-
sionne la hausse ou la baisse.
La maison Lizardi freres est chargee en Europe
des emprunts mexicains. En 1842, avant sa mort,
M. Lizardi pere regla les comptes, et les sommes
dues furent fixees a dix millions de livres sterling'.
II fut convenu que jusqu'a des jours plus pros-
peres la moitie de ce chiffre ne jouirait pas d'interet, et qu'il n'en serait servi que pour cinq millions. Au commencement de la presente annee, DETTE DES ETATS-UNIS. 65
les MM. Lizardi se trouvant a decouvei t pour des
sommes considerables, ont fait a la bourse de Lon-
dres une emission , non autorisee alors, de sept
cent vingt mille livres sterling, dont les coupons
furent admis a participer aux vingt pour cent
qui originairement ne devaient etre appliques
qu'aux cinq millions de la dette active. Les por-
teurs des anciens bons ont bien reclame; mais le
general Santa-Anna n'a point accueilli leur reclamation , parce qu'il a pris part dans cette operation lucrative qui a donne a la maison Lizardi
seule, un benefice de douze cent mille piastres.
Enfevrier 1844, le chiffre des reclamations des
Etats-Unis a ete regie a deux millions cent mille
piastres, payables par trimestre. Les premiers
payements de deux cent soixante mille piastres
chacun ont ete effectues entre les mains des agents
du Gouvernement federal, qui s'est charge d'en
faire la repartition aux particuliers. Quant au
Gouvernement mexicain , force lui a ete, pour se
procurer cette somme, de recourir a un emprunt
extraordinaire : cette mesure a souleve les reclamations des nationaux des autres puissances sans
que le Mexique s'en preoccupat, car il a trop a
redouter de la part des Etats-Unis pour ne pas
ceder a leur attitude ferme et menacante.
Hardi par exces meme de faiblesse, le Gouver-
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66 LEGATION ET CONSULATS DE FRANCE.
nement mexicain ne recule devant aucune mesure
arbitraire poursuppleer a son insuffisance finan-
ciere. C'est ainsi qu'il n'a pas craintde s'emparer
des biens des Missions de Californie, dont la valeur n'est pas moindre de deux millions de piastres ^ et de les vendre a la maison del Rarrio. Les
fonds de la loterie n'ont pas ete plus respectes;
Fadministration se borne a donner des a-compte
aux porteurs des billets gagnants, et souvent
meme elle ne pent leur offrir ce faible dedomma-
gement.
Les interets francais sont proteges au Mexique
par notre Legation a Mexico, par des consuls a
Vera-Cruz, Campeche, Mazatlan et Monte-Rey,
par des vice-consuls a Tampico, Zacatecas, Te-
huantepec, Guaymas et'Tepic pour le port de
San-Rlas et par des agents consulaires a la La-
guna del Carmen et a San-Juan de Tabasco.
Les proprietes industrielles et commerciales
possedees par nos nationaux ne s'elevent pas a
moins de huit millions de piastres. Quelques mai-
sons ont a elles seules dessommes immenses enga-
geesdans le pays. Les diverses usines de MM. Les-
tapis freres valent plus de cinq cent mille piastres,
sans parler d'autres etablissements, tels que filatures de laine , de coton , fabriques dedraps , de
papier, distilleries, plantations de muriers, si-
!!§!' POPULATION FRANCAISE. 67
a
tuees a Mexico, Puebla, Tlizco, Zacatecas, Orizaba, Durango,Valladolid,Guadalajara et Colima.
On peut compter dans Fetendue du Mexique quatre a cinq mille Francais, possedant la plupart de
cinq a dix mille piastres. Tous s'etablissent avec
esprit de retour, et des qu'ils ont amasse une
somme suffisante, ils Fexpedient ou reviennent
en France. Les bons ouvriers, notamment ceux
qui professent les arts mecaniques , peuvent ga-
gner par jour jusqu'a quatre piastres.
Composee de plus de trois mille individus, la
population franchise, a Mexico, realise des benefices annuels de pres de deux millions de piastres. Dans la periode de dix annees, de 1830 a
1840, nos ouvriers et petits commercants de la
ville capitale seulement ont envoye en France
plus de vingt millions de francs. Les marchandises
recues J les traites et especes expedites forment
par an un revirement d'affaires de vingt a vingt-
cinq millions de francs environ. Rien que depuis
ces dernieres annees notre commerce avec le
Mexique ait subi une diminution notable , ce
pays nen reste pas moins notre marche principal
dans FAmerique espagnole. II se trouve le ving-
tieme , par rang d'importance, sur la lisle gene-
rale des quarante-huit pays avec lesquels nous
commercons , et la moyenne de nos exportations
5.
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68 IMPORTATIONS ET EXPORTATION.
annuelles, a partir de 1839 jusqu'a nos jours,
atteint presque le chiffre de douze millions de
francs. Le Mexique, toutefois, n'occupe que le
vingt-neuvieme rang parmi les nations qui nous
expedient, et sa derniere moyenne quinquennale
ne va guere au-dessus de cinq millions de francs.
Notre commerce est generalement couvert de la
difference en notre faveur de nos exportations
sur les importations du Mexique, par des traites
ou des especes envoyees d'Angleterre. II serait
vivement a  desirer cependant qu'un traite de
commerce avantageux fit atteindre de nouveau a
notre commerce d'exportation avec ce pays,  le
chiffre el eve auquel il etait monte en 1830 et
1831. Dans la premiere de ces deux annees, ce
commerce depassa vingt-trois millions de francs,
et dans la seconde vingt millions. Plus tard, apres
diverses variations, nos exportations, en 1838,
tomberent a huit millions : en 1840, elles s'ele-
verent a pres de quatorze; mais depuis lors, cette
progression n'a pas cesse d'etre decroissante. Nous
sommes encore assez heureux neanmoins pour
que nos exportations soient superieures aux importations du Mexique.
II va sans dire egalement que la cessation de
Fenvoi des metaux precieux que ce pays expedie
directement en France ne laisserait pas que A'y MARINE MARCHANDE. 69
exercer une perturbation financiere, puisque depuis 1827 jusqu'aujourd'hui, nous avons recu de
lui directement cent millions de francs en barres
ou en especes d'or et d'argent.
Notre commerce avec ce pays n'a pas mo ins
d'importance au point de vue maritime, toutes
nos transactions ayant presque exclusivement
lieu sous pavilion francais, et employant, an nee
moyenne, trente navires expedies de France, et
un nombre egal qui y revient : ces navires jau-
gent ensemble douze mille tonneaux environ, et
sont montes par sept ou huit cents matelots.
La part que prennent les batiments sous pavilion mexicain a ces echanges , est infiniment
restreinte: quatre d'entre eux seulement y ont
coopere depuis 1827 jusqu'a 1843, tandisque,
pendant ce meme laps de temps , nous avons
consacre a ce commerce neuf cent trente-six navires.
Les ports de Rordeaux et du Havre se partagent
exclusivement en quelque sorte, et a nombre
egal, les navires francais expedies ou recus : Marseille et Nantes ne font que de tres-rares expeditions. Les quatre cinquiemes de nos batiments
sont destines au port de Vera-Cruz ; mais leur
retour pour France s'opere souvent par la Ha-
vane, ou par la Laguna del Carmen, dans le Yu- IH!<
•m
JO GRIEFS DES FRANCAIS
catan, oil ils vont charger du bois de teinture de
Campeche.
Malheureusement, si nos negociants parviennent
a realiser quelques benefices au Mexique, ce n'est
pas sans etre soumis a des charges onereuses et a
de continuelles vexations. L'expedition de Saint-
Jean d'Ulloa n'a produit en effet dans la position
de nos nationaux qu'une amelioration momenta-
nee. Le gouvernement mexicain en est reyenu vite
a leur egard a son systeme d'arbitraire et d'hos-
tilite ; car en songeant aux sacrifices que nous a
coute cette expedition, Santa-Anna a cru, mais a
tort sans doute, que la France ne la recommence-
rait pas, a moins d'evenements graves et d'avanies
reiterees.
Les conditions du traite de Vera-Cruz, du
9 mars 1839, n'ont point encore recu leur execution; les creances reconnues par ce traite ne sont
pas liquidees; les Francais ne sont pas traites
comme la nation la plus favorisee; et tandis que
nos negociants ne peuvent obtenir le payement
de sommes legitimement dues depuis plusieurs
annees par le gouvernement mexicain, on vient
de voir la maison anglaise Montgommery Nicod
et C,e, appuyeepar le cabinet britannique, forcer
le Mexique a signer a Londres, le ler decembre
1843, parl'entremisedeson Plenipotentiaire,une
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ill' CONTRE LE MEXIQUE. 71
convention en vertu de laquelle cette maison sera
remboursee integralement dune somme de neuf
cent quarante et un mille cinq cents piastres,
qu'elle a pretee au Mexique. Dans le courant de
1844 , MM. Montgommery recevront quarante
pour cent en especes, et le reste de la somme ser-
vira par an douzepour cent d'interet : pour sen
couvrir, il leur est abandonne deux et demi pour
cent sur le revenu de toutes les douanes mexi-
caines et une partie du fonds des vingt-cinq pour
cent mentionnes au budget general.
Nous allons, au reste, examiner avec tout le
soin qu'ils exigent, les decrets attentatoires du
gouvernement mexicain, contre lesquels le mi-
nistere francais a reclame avec la plus constante
enexgie.
1° Decret du 7 decembre 1841 , ajoutant un
droit de deux pour cent a celui d'importation,
attribue aux conseils de perfectionnement [juntas
defomento) et aux tribunaux de commerce.
2° Decret du 31 mai 1842, etablissant sur les
marchandises importees par le port de Vera-Cruz,
un droit de huit pour cent supplemental re aux
droits deja fixes d'importation, et applicable a la
construction dunchemin de fer de cinq lieues,
depuis le port jusqu'a la riviere San-Juan, tra-
versant la propriete du president Santa-Anna \
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72 GRIEFS DES FRANCAIS
nommee Manga de Clavo, et n'ayant evidemment
pour but que den augmenter la valeur.
3° Decret du 25 octobre 1842, etablissant aussi
un droit supplementaire sur les marchandises importers par Tampico, et soi-disant destine a la
creation d'un chemin entre le port de Tampico
et la ville de Saint-Louis de Potosi.
4° Decret du 2 decembre 1842, portant augmentation de droits sur les tissus de coton, et
frappant particulierement nos indiennes d'Alsace.
5° Decret du 16 mars 1843, concernant Fex-
traction, la circulation et l'exportation du numeraire, en elevant les droits de cinq etdemi a onze
pour cent.
6° Decret du 17 avril 1843, ordonnant que
pendant la duree de la guerre contre le Texas et
le Yucatan (il existe un armistice entre ces deux
pays, maisla guerre n'est pas terminee), tous les
droits d'importation, d'internation,deconsomma-
tion et autres, seront augmentes de vingt pour cent.
7° Decret du 14 aout 1843, prohibant une
tres-grande quantite d'articles qui ne sefabriquent
pas au Mexique et qui ne s'y fabriqueront jamais,
parce que leur consommation n'y est pas en rapport avec les capitaux necessaires a leur fabrication. CONTRE LE MEXIQUE. 73
8° Decret du 23 septembre 1843, qui interdit
aux etrangers le commerce de detail en ne leur
accordant que six mois pour terminer leurs affaires, et qui semble particulierement dirige contre
la France.
9° Nouveau tarif des douanes, publie le 5 oc-
tobre 1843, et decret ordonnant la reexportation,
dans le delai d'une annee, des marchandises deja
introduites, ayant acquitte les droits d'importation, et prohibees par le decret auquel Santa-
Anna voudrait donner un effet retroactif.
C'est en vain que le gouvernement mexicain
pretendrait faire application de ce principe qui
permet a chaque nation de modifier sestarifs, et
il n'en est pas moins contraire au droit des gens
de vouloir interdire aux nationaux d'un pays
ami l'exercice de certaines professions indus-
trielles.
Ce qui est egalement oppose aux plus simples
notions de la justice, c'est Fobligation imposee aux
detenteurs des marchandises dorenavant prohibees, de les reexporter dans un delai aussi court,
sans faire une distinction entre les marchandises
importees avant ou apres la publication du decret , et sans accorder aucun remboursement des
droits et frais payes par les importeurs, bien que
ces droits elevent parfois le capital primitif a \\\Wm
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74 NOUVEAU TAR1F DES DOUANES.
cinq et six fois sa valeur. On doit encore ajouter
que, quoique les articles prohibes soient designes
dans ce decret sans stipuler leur nationality, ils
ont ete cependant choisis de telle sorte que cette
disposition atteint tout particulierement le commerce francais, surtout les detaillants et la fabri-
que de Paris; et que si elle est executee, quant
a la reexportation, un certain nombre de nos
compatriotes se trouveront entierement ruines.
Remarquons, en outre, que par Farticle 13 du
nouveau tarif, plusieurs de nos marchandises, et
notamment nos vins et eaux-de-vie, sont specia-
lement maltraitees. Ainsi, nos vins rouges en ba-
"rils ne sont ad mis qu'au poids, et payent, y
compris la futaille, neuf piastres le quintal; les
vins blancs, dix piastres; les vins en bouteilles
et en caisses, douze et treize piastres : il n'est tenu
aucun compte de la tare, casse ou coulage des
liquides.
Les articles a denommer, non compris dans le
tarif, au lieu de payer vingt-cinq pour cent sur
la valeur de la facture, ainsi que cela se prati-
quait en vertu du decret du 2 mars 1842, en
payeront trente sur Festimation du verificateur
[aforo del vista), ce qui laisse Fintroducteur livre
completement a Farbitraire et a la venalite des
employes. CREANCES FRANCAISES. 75
Les tissus avec melange de soie, quelque mi-
nime que soit la quantite de cette matiere, sont
assimiles aux tissus de soie pure, et payeront un
droit de trois piastres par iivre. Cette mesure a
ete imaginee afin de doubler et tripler meme,
pour quelques-uns de ces articles melanges, le
droit auquel ils etaient assujettis auparavant. Les
fabriques de Roubaix, de Lille, d'Amiens , de
Nimes, et celles de Lyon avant toutes autres, souf-
friront surtout de cette augmentation.
On aurait tort de penser que tous les negociants etrangers aient a subir les meraes avanies
que les notres : le gouvernement mexicain s'est reserve tacitement de donner des licences pour des
marchandises prohibees, et depuis la publication
du tarif, le president Santa-Anna a accorde a cinq
maisons etrangeres, dont quatre anglaises et une
espagnole, Fintroduction de sept cent mille livres
de coton file, article severement prohibe. Ces
maisons peuvent effectuer cette introduction en
bobines, echeveaux et pelotes, en fils de toute
grosseur, depuis le n° 22 jusqu'au n° 200, moyen-
nantun droit de deux reaux la livre, ce qui rap-
porte au president cent soixante- quinze mille
piastres, soit huit cent vingt-cinq mille francs.
De tous ces decrets, ceux des 23 septembre et
du 5 octobre sont ceux dont Facceptation porte-
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76 EXPULSION DES FRANCAIS.
rait un coup mortel a notre commerce. Le gouvernement de Mexico a senti qu'il e'tait impossible
de mettre le second a execution : aussi a-t-il sou-
mis au congres, qui Fa votee, une proposition
tendant a proroger pour trois ans le delai de la
reexportation. Mais les chambres n'ont rien fait
pour arreter F execution du decret du 23 septem-
bre, qui atteint specialement les Francais et leur
interdit Fexercice du commerce de detail. Par
une contradiction inexplicable, d'une part on
accorde aux etrangers une prolongation pour la
reexportation de leurs marchandises, et del'autre,
par la fermeture de leurs boutiques , on leur ote
le seul moyen qu'ils aient de les vendre.
C'est le 23 mars dernier quest expire le terme
de six mois fixe par le decret du 23 septembre
1843 pour la cessation du commerce de detail.
A dater de ce jour, la plupart de nos nationaux,
craignant de voir employer contre eux la forceI
ont ferme leurs magasins; d'autres, plutot que
de se voir ruines, ont renonce sans courage a
leur qualite de Francais et se sont fait naturali-
ser Mexicains, et, malgre les plus equitables
representations, le general Santa-Anna a persiste
dans son aveugle pretention.
Si le gouvernement de Mexico restait sourd a
nos justes reclamations, s'il poussait l'imprudence
.i; w v
-ifif,'- INCENDIE DE LA DOUANE DE VERA-CRUZ.        77
jusqu'a nous refuser de nouveau le retrait de cet
autre decret d'expulsion — alors, independam-
ment des indemnitees que ses nationaux ont deja
le droit d'exiger, apres avoir epuise avec une
longanimite sans exemple tous les moyens de
conciliation, alors la France se verrait sans doute
obligee de faire retomber sur le Mexique toute
la responsabilite qu'entrain e sa politique barbare
et inintelligente.
Du reste, nous aurons le soin d'indiquer dans
le courant de cet ouvrage comment se sera ter-
minee une question d'un si haut interet pour
Findustrie et le commerce francais.
Au Mexique, les Francais se trouvent creancers du gouvernement a quatre titres distincts:
1° Comme expulses posterieurement a la prise
de San-Juan d'Ulloa.
2° Par suite de Fincendie de la douane de
Vera-Cruz.
3° Pour le remboursement des droits de con-
sommation illegalement perciis.
4° Par le non-remboursement de la valeur des
monnaies de cuivre demonetisees, et dont le ver-
sement a 'ete fait par nos nationaux.
Ces creances ne proviennent pas d'operations
ou de contrats aleatoires conclus de gre a gre,
mais d'evenenlents de force majeure, de mesures
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78
DROITS 1LLEGALEMENT PERCUS.
illegitimes ou d'engagements formels non executes. ij§
L'expulsion fut ordonnee a la suite de Faffaire
de Vera-Cruz, pendant que nos troupes occu-
paient le chateau de San-Juan d'UIloa. II ne fut
point accorde a nos compatriotes le delai stipule dans le traite de commerce existant entre
FAngleterre et le Mexique; traite qui, ce-
pendant, reglait et regie encore nos droits
dans ce dernier pays, puisque nous devons y
etre traites sur le pied de la nation la plus fa-
vorisee.
Par le traite de Vera - Cruz, il fut admis
en principe que la France et le Mexique accor-
deraient chacune aux nationaux de Fautre puissance des indemnites compensees pour les domma-
ges causes, soit aux Francais par leur expulsion,
soit aux Mexicains par le blocus et la capture de
leurs navires. Cette question, qui avait d'abord
du etre soumise a Farbitrage du roi deHollande,
fut laissee a la decision de FAngleterre, mais le
gouvernement mexicain a use d'une telle lenteur,
que c'est seulement depuis quelques mois qu'on
a recu a Londres les pieces qu'il a fournies.
Voici maintenant quelle a ete Forigine des reclamations de nos negociants au sujet de Fincendie
de la douane de Vera-Cruz. DEMONETISATION DU CUiVRE. 79
Au moment oil fut* sisme le traite du 9 mars
1839, tous les navires marchands, retenus par
nos croiseurs et qui se trouvaient a proximite de
Vera-Cruz, furent admis a effectuer leur dechar-
gement, et les marchandises debarquees furent
placees dans les magasins de la douane, en attendant que celle-ci operat leur verification et les
delivrat aux consignataires. Cette operation fut si
mollement conduite par les employes mexicains,
que le 8 avril, jour oil eclata Fincendie, la douane
de Vera-Cruz contenait encore beaucoup de marchandises provenant, soit des navires entres lors
de la levee du blocus, soit de ceux qui avaient
eu deja le temps d'arriver dans ce port, de la
Nouvelle-Orleans et de la Havane. L'unique se-
cours que Ion put obtenir pour se rendre maitre
du feu , fut donne par les navires de guerre francais , car la douane n'avait rien dispose pour un
semblable evenement.
Peu de jours apres la catastrophe, les negociants francais etablis a Vera-Cruz, tant en leur
nom personnel que comme representants de leurs
correspond ants des villes de Finterieur, adres-
serent une lettre au Ministre des finances, a
Mexico, lui declarant que le depot en douane
des marchandises qui leur avaient ete expedites,
etant de leur part un acte oblige, et qu'auciine
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80 DEMONETISATION DU CU1VRE.
precaution n'ayant du reste ete prise par la douane
de Vera-Cruz pour prevenir ou arreter Fincendie,
ils rendaient, a ces deux titres , le gouvernement
mexicain responsable des effets du desastre du
8 avril. Les negociants anglais, americains et alle-
mands, s'associant a cette demarche, ecrivirent a
leur tour au Ministre des finances, qui ne repon-
dit a aucune reclamation.
Cependant, FhonorableM. Pakenham, Ministre
de Sa Majeste Rritannique, ne s'accommoda point
de ce silence, et refuta sans peine les arguments
insoutenables que M. de Rocanegra, ministre des
affaires etrangeres du Mexique, avait entasses dans
une note adressee a la Legation anglaise, le 21 mars
1843. Le gouvernement mexicain pretendait faire
supporter par les negociants etrangers la perte
resultant de Fincendie, attendu, selon lui, qu'ils
etaient passibles de Faccident, le feu etant cense
avoir ete communique par un flacon d'acide ni-
trique contenu dans une caisse. En cette circons-
tance, du moins, nos interets ne furent point livres a Farbitrage, et nos reclamations, montant a
cinq cent mille francs, marcherent de front avec
celles des Anglais.
Quoi qu'il en soit, il y a plus de trois ans que
nos negociants sont en instance pour le rembour-
sement de droits percus illegalement etavec vio-
tiff DEMONETISATION DU CUIVRE. 81
lence : leur valeur depasse le chiffre de huit cent
trente-quatre mille piastres : plus de quatre millions de francs!
Ce n'est pas que le gouvernement mexicain
n'ait admis depuis deuxi annees la justice de la
reclamation, et reconnu en principe la legiti-
miteduremboursement; mais aucune disposition
n'a ete prise encore a cet egard. II est bon de
faire observer ici que certains droits du tarif
mexicain sont percus dune maniere tout a fait
inconnue en Europe. Ainsi le droit de dix pour
cent, preleve illegalement, ne se calcule point
d'apres son chiffre nominal, mais en le multi-
pliant par trois et un tiers, ce qui eleve les droits
de dix a trente et un.
Le dernier grief, cause par la demonetisation
de la monnaie de cuivre, ne merite pas moins
d'attention que les precedents. Tant que dura
Fadministration espagnole, au Mexique pas plus
qu'a laHavane aujourd'hui, il n'existait de monnaie de cuivre;mais peude temps apres sa creation
par le gouvernement republicain, la contrebande
que les Americains Brent sur une grande echelle,
surtouta partirde 1830, en introduisant denor-
mes quantitesdepieces falsifiees dans des caisses de
fer-blanc dont la verification etait difficile, et un
peu plus tard, les ateliers de fabrication de fausse
!m!
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6 S'
Ilfclit
1:
82 DEMONETISATION DU CUIVRE.
monnaie etablis par des deputes du congres et les
plus hauts fonctionnaires, aux portes memes de
Mexico, aTacubaya et San-Angel, occasionnerent
unegrande depreciation. Cependant, en 1834, la
monnaie de cuivre conservait encore une valeur
Active quatre foisplus eleveeque sa valeur intrin-
seque; mais Fon vit, vers 1837, Fescompte sur cette
monnaie se monter jusqu'a quarante pour cent.
La loi du 8 mars de cette meme annee, qui ren-
dait sa circulation obligatoire, ne recut qu'une
execution incomplete; les detaillants, en effet, .
demandaient deux prix pour leurs marchandises,
Fun payable en cuivre , Fautre en argent, et dans
les marches, les provisions se vendaient contre
du cuivre au double du prix auquel on les obte-
nait contre de F argent. Dans la crainte d'une
nouvelle reduction prononcee par le gouvernement, ou d'une admission rigoureusement forcee,
les detenteurs des farines et des objets d'ap-
provisionnement indispensable nen apportaient
plus dans la capitale. Cet etat de choses dura
jusqu'a la promulgation du decret du President
(24 novembre 1841), ordonnant la creation d'une
nouvelle monnaie de cuivre, valant un 96e de
piastre, beaucoup plus lourde que celle deja en
circulation, et par consequent d'une valeur reelle
plus rapprochee de la valeur nominale. Cette loi
«*'!." NON REMROURSEMENT DES VALEURS. 83
fixait a trente jours, dans le departement de
Mexico, et a soixante dans les autres, le delai
accorde pour verser dans les caisses du gouvernement , qui declarait les retirer de la circulation , les monnaies de cuivre existant entre les
mains des particuliers, letout, sous peine de per-
dre le benefice du remboursement. Celui-ci de-
vait s'effectuer dans les six mois, a dater du ver-
sement, par ordre d'inscription, au moyen dela
nouvelle monnaie. Des decrets successifs, qu'il
serait trop longd'enumerer, prorogerent les epo-
ques de versement, et affecterent divers produits
a Famortissement, entre autres la nouvelle monnaie , la vente des biens nationaux, du papier
timbre, etun droit sur les patentes.
Ces differentes dispositions eussent indique
reellement, de la part du gouvernement, Finten-
tion d'acquitter les dettes qu'il a contractees, si,
au lieu d'executer ces decrets, il ne s'etait applique le produit des biens nationaux, la plus grande
partie de la nouvelle monnaie qu'il a frappee et
le produit de la vente en masse des anciennes
especes de cuivre, dont il a vendu trente-cinq
mille quintaux, a raison de dix piastres, a la
maison francaise Duport et Rellange , qui, du
reste, les a apportees en France, et en a retire
quatre-vingt-dix a quatre -vingt-quinze francs le
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84 SOMMES DUES AUX FRANCAIS
quintal, realisant de la sorte un benefice de quarante pour cent environ. Quoi qu'il en soit, nos
maisons de commerce neri ont pas moins verse
en especes, depuis plus de deux ans, entre les
mains des agents du tresor mexicain , des valeurs
en cuivre excedant dix-sept cent mille francs, sur
lesquelles elles n'ont encore recu que trois pour
cent, et dont elles ne touchent aucun interet.
La somme totale a rembourser est d'environ
trois millions de piastres: or, les rentrees dont
dispose la commission d'amortissement depassent
a peine une somme annuelle de cent cinquante
mille piastres : il s'ensuit qu'il lui faudra quinze
a vingt ans pour operer le remboursement d'une
dette qui, au terme de la loi, auraitdu etre liqui-
dee pour nos negociants depuis le 15 juillet 1842.
Le tableau suivant fera connaitre les sommes
dues au commerce francais par le gouvernement
mexicain, non compris celles soumises a Farbi-
trage de FAngleterre , dont nous avons parle en
enumerant la nature des reclamations.
iiii
mm PAR LE GOUVERNEMENT MEXICAIN.
SOMMES DUES AUX NEGOCIANTS FRA1NCAIS
PAR LE GOUVERNEMENT MEXICAIN.
Sous la presidence du general Bustamante.
A sept maisons franchises, pour perception
forcee etillegale de differentes contributions-
A divers Francais, pour marchandises bru-
lees a l'incendie de la douane de Vera-Cruz
en 1839	
Sous la presidence du general Santa-Anna.
A neuf principales maisons et a divers Francais, pour non-remboursement des monnaies
de cuivre qu'ils ont versees dans les caisses
du gouvernement
Piastres  fortes.
734,349
100,000
834,349
344,925
Total general....
Un million cent soixante-dix-neuf mille deux
cent soixante-quatorze piastres, ou pres de six
millions de francs en capital, ce qui ferait plus
quedoublerce chiffre, si, d'apres Fusage legal du
pays, on y ajoutait les interets composes depuis
344,925
1,179,274 IP1
#4\
SiPl
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86 INTERNS FRANCAIS.
trois ou quatre ans, et dont le taux nest jamais
au-dessous de un pour cent par mois.
Ces sommes n'appartiennent pas toutes person-
nellement a nos negociants residant au Mexique,
mais ceux-ci representent un grand nombre de
maisons de Paris, de Rordeaux, du Havre , de
Lyon, d'Elbeuf, de Mulhouse, de Rouen et de
Saint-Etienne.
Des interets si majeurs, des mesures si perseve-
ramment injustes, des promesses tant de fois vio-
lees ont eveille au plus haut point la sollicitude
du gouvernement francais , et nul doute que des
dispositions energiques ne mettent promptement
fin a un etat de choses qui compromet la fortune
et la securite de nos commercants. En effet, si ce
systeme d'hostilite et de spoliation deguisee de-
vait etre durable, nos nationaux seraient obliges de deserter le marche de la Nouvelle-Espa-
gne. Et cependant, pas plus que celle de Ruenos-
Ayres et de Montevideo, notre population du
Mexique ne merite qu'on Fabandonne a elle-
meme et qu'on Foublie.
ii"-.v..< jj
™&i CHAPITRE III.
Historique des expeditions de decouvertes des Espagnols sur la
cote occidentale de 1'Amerique au nord de 1'Equateur.
Avant d'aborder la description de la cote sep-
tentrionale du Mexique , baignee par la MerPaci-
fique, il nous semble indispensable de presenter
ici un expose des expeditions des Espagnols qui
en amenerent la decouverte, et de leurs tenta-
tives reiterees pour trouver le passage du Nord-
Ouest. ;b|, fsfli'?'
a villi*
§
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1
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piiiii
3« !:l"-c/''- -Vv - -
p|S;||| I
88
CHRISTOPHE COLOMR.
1498-U02.
VOYAGE DE  CHRISTOPHE COLOMB.
En 1498, pendant son troisieme voyage, Chris-
tophe Colomb reconnut le continent americain.
Lors de sa quatrieme exploration , en 1502, il
s'appliqua a chercher le detroit qui devait lui fa-
ciliter la navigation dans la mer duSud et la de-
couverte des terres des Epiceries % Peut-etre les
Indiens de la cote de Veragua et de Nombre de
Dios, ou il esperait trouver ce passage , lui four-
nirent-ils quelques vagues renseignements sur la
mer du Sud et sur le peu de largeur de Fisthme
de Panama , qui separe les deux oceans. De la,
sans doute , sa croyance a Fexistence d'un detroit,
et ses investigations perseverantes sur la cote
orientale d'abord , et plus tard sur les bords
opposes.
3S:Sfg'!!!
IPS!
1513.
VOYAGE  DE BALBOA.
ISiSlft;
En 1513, Vazco Nunez de Ralboa, gouverneur
1 Hernando Colon : Historia del Almirante, cap. 90. Navarrete :
Introduccion al viaje delas goletas Sutil y Mexicana, page 6.
MSI
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Iliil
>-S8' :
iifitte ,'
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m\ RALROA. — MAGELLAN. 89
de la colonie espagnole du Darien, apres avoir
traverse les Cordilleres, constata F existence et
fixa la position de la mer du Sud, objet de tant
de vceux; enfin, en 1519, Magellan decouvrit le
passage qui porte son nom.
1519.
VOYAGE DE MAGELLAN.
Ainsi fut resolu le grand probleme geogra-
phique de la circumnavigation du globe. Toute-
fois, les Espagnols ne s'en tinrent point a cette
route qui offre les plus grands dangers, surtout
dans le detroit de Magellan oil le vent souffle
constamment de Fest,et dont la distance de FEurope estpresque aussi grande que celle des Indes
par la route orientale.
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m
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1522.
VOYAGE DE  FERNAND   CORTEZ.
M\
Fernand Cortez, deja maitre de Fempire des
Azteques, dirigea sur les cotes du Mexique, dans
la mer du Sud , diverses expeditions qui s'en em-
parerent. Dans sa lettre de Valladolid , datee du 90 FERNAND CORTEZ.
6 juin 1523 , Fempereur Charles-Quint ordonna
| Cortez de chercher le passage sur les cotes des
deuxmers*. Tandis que ce dernier envoyait trois
caravelles et deux brigantins parcourir la partie
septentrionale de FAtlantique depuis la Floride
jusqu'a Terre-Neuve , oil Fon pensait qu'existait
le detroit, d'autres explorateurs visitaient les cotes
de Panama, et reconnaissaient celles de Soco-
nusco, Tehuantepec et la Nouvelle-Galice.
1528.
VOYAGE DE MENDOZA  ET  OLID.
En 1528, Cortez ayant ete oblige de faire un
voyage en Espagne pour se disculper d'imputa-
tions calomnieusesrepandues contre lui, pendant
son absence , son neveu Don Diego Hurtado de
Mendoza et le capitaine Don Cristoval de Olid,
avec cinq navires et un brigantin, continuerent
leurs explorations-
1530.
RETOUR   DE   FERNAND   CORTEZ.
Revenu en 1530 avec une suite de quatre cents
m>
1 Gonaara : Cronica de Nueva Espaiia.
SUB-
MZ
-1 HURTADO DE MENDOZA.
9i
gentilshommes, aventuriers et artisans de toute
espece, Cortez arma, Fannee suivante, plusieurs
navires a Tehuantepec et a Acapulco.
1532.
SECOND   VOYAGE DE  MENDOZA.
Le 30 juin 1532, Fexpedition mit a la voile
sous le commandement de Hurtado de Mendoza,
qui avait ordre de reconnaitre la cote occidentale
de la Nouvelle-Espagne et les iles de la Mer du
Sud. Ce navigateur s'avanca jusqu'au 27e degre
de latitude nord; mais son equipage s'etant re-
volte, il se separa du reste de la flotte et perit
avec son navire sur des rochers voisins des lies
las Tres Marias , qu'il avait decouvertes et dont
il avait pris possession. Les autres vaisseaux fai-
sant partie de Fexpedition echouerent sur les
cotes de Culiacan, oil le gouverneur Nuno de
Guzman, apres s'etre empare de la cargaison, fit
mettre en jugement les personnes echappees au
desastre.
fe'.tSail
>i VOYAGE DE   DON  DIEGO BECERRA ET DE  DON HERNANDEZ DE
GRIJALVA.
Fernand Cortez ne se laissa point abattre par
cetriste evenement, mais, se rendantlui-memea
Tehuantepec, il equipa deux batiments dont il
confia le commandement a son lieutenant le ca-
pitaine Don Diego Recerra et a Don Hernandez de
Grijalva. Partie le 30 octobre 1533, Fexpedition
decouvrit et s'empara, deux mois apres , des iles
del Socorro et de San Renedicto; mais le commandant Recerra, qui montaitla capitane, ayant
ete assassine par le pilote Ximenez, celui-ci, en
naviguant a Fouest, aborda le premier dans la
Rasse Californie, ou il fut tue par les Indiens 1
ainsi que vingt-deux personnes de Fequipage. Le
navire revint a la cote de Jalisco, mais les perles
qu'il apportait tenterent la cupidite du gouver-
neur Guzman , qui s'empara a la fois de la cargai-
son et du batiment.
1535.
VOYAGE DE FERNAND CORTEZ EN CALIFORNIE.
A cette nouvelle, Fernand Cortez, voyantque
tKtk-, CORTEZ EN CALIFORNIE. 93
les ordres donnes en sa faveur par la Audiencia
n'etaient point executes, arma a ses frais trois
navires dans le port deTehuantepec, et les fit venir
a Chametla oil il se rendit lui-meme parterre, au
mois d'aout, suivi d'une troupe de cavaliers et
de fantassins, composee de quatre cents Espagnols et de trois cents negres. II mit a la voile le
ISavril 1535, reconnut, le ler mai, la cote de Californie, et, le 3, mouilla dans la baie de la Paz, sur
le rivage de laquelle furent retrouves les bou-
cliers, les epees et les ossements de Ximenez et
de ses compagnons.
L'expedition etait divisee en trois corps: Cortez , pour les rassembler, fut contraint de traverser plusieurs fois le golfe auquel il a donne son
nom; mais ayantapprisl'arrivee a Mexico de Don
Antonio de Mendoza, premier vice - roi de la
Nouvelle-Espagne, il s'empressa de retourner
dans la capitale pour y defendre ses interets menaces. Ift
En debarquant a Acapulco il avait envoye
deux navires au Perou au secours de Pizarre; et
fait commencer la construction de quatre vais-
seaux destines a tie nouvelles decouvertes. L'an-
nee suivante, il rappela de Californie lecapitaine
Don Francisco de Ulloa, et lui confia le comman-
dement d'une escadrille qui partit le 8 juin 1539
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94 FERNANDO DE ULLOA.
d'Acapulco, afin de pousser des explorations vers
le nord.
1539.
VOYAGE DE FERNANDO DE ULLOA.
Ulloa recommit toute la cote depuis la Paz jusqu'a Fembouchure du Rio Colorado, au fond de
la Mer Vermeille. II s'assura que les deux cotes
se reunissaient, et que la Californie etait une
presqu'ile. Redescendant ensuite au cap San-Lucas , il s'eleva de nouveau vers le nord jusqu'au
30e degre, visitant la baie de la Magdalena et les
ilesde Santa Margarita etde Cerros. Parvenu a cette
hauteur, les vents contraires, joints au manque
de vivres, forcerent Fexpedition a retrograder.
Ulloa rentra a Acapulco a la fin de mai 1540.
Ces diverses reconnaissances furent executees
avec tant de soin et d'habilete, que la carte de
Californie, dressee en 1541 par le pilote Domingo
del Castillo , ne differe presque pas de celles
levees de nos jours. Cependaht ces travaux eurent
si peu de retentissement que Woods Rogers, dans
la relation de son voyage, imprimee a Amsterdam en 1716, doute si la Californie est une ile
ou si elle fait partie du continent.
liili:
sldlif'iilil'ft- HERNANDO ALARCON. 95
Les expeditions de Fernand Cortez exciterent
la jalousie du vice-roi, qui, de son cote, en fit
diriger deux vers le nord-ouest, Fune par terre,
sous les ordres du capitaine Francisco Vasquez
Coronado, et Fautre par mer, commandee par
Hernando Alarcon.
1540.
VOYAGE DE HERNANDO  ALARCON.
■S.)':
Ce dernier quitta Acapulco en 1540, penetra
jusqu'au fond de la mer Vermeille, remonta le
Rio Colorado avec des bateaux pendant quatre-
vingt-cinq lieues , et revint quelques mois apres
sans avoir rencontre Coronado. L'exploration de
Hernando Alarcon dura deux annees; il s'eleva
environ jusqu'au 40°, et ne trouva nulle trace des
cites fabuleuses de Cibola et de Quiriva que le
Fr. Marcos de Niza pretendait avoir decouvertes
dans ses precedents voyages.
En Fannee 1540, Fernand Cortez retourna en
Espagne, fatigue de ses demeles avec le vice-roi,
et degoute de Finjustice avec laquelle la cour de
Madrid avait paye tant de services devoues et
d'aventureuses expeditions.
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96
CARRILLO ET VILLALOBOS.
1542.
VOYAGE  DE JUAN   RODRIGUEZ   CABRILLO   ET   DE  RUY   LOPEZ   DE
VILLALOBOS.
Deux ans plus tard, Don Antonio de Mendoza
se rendit dans la province de Jalisco ou Nouvelle Galice, et y prepara de nouvelles expeditions. L'une, dirigee par Ruy Lopez de Villalobos,
alia coloniser les Marianes et les Philippines;
Fautre, aux ordres de Juan Rodriguez Cabrillo,
sortit du port de Navidad le 27 juillet 1542. Elle
examina avec soin la cote de la Rasse Californie,
les groupes d'iles situes au nord et la baie des
Pins, connue depuis sous le nom de port de
Monte Rev.
IliliS-
1543.
VOYAGE DE BARTOLOME  FERRELO.
lill
lllijii-
Don Juan Rodriguez mourut le 5 Janvier 1543,
dans File de San Rernardo, dont la population
etait a cette epoque exclusivement composee
d'lndiens. Le pilote major Rartolome Ferrelo
prit  le   commandement   et   s'avanca jusqu'au
mm FLIRUSTIERS ANGLAIS. 97
43e degre; mais, assailli par de mauvais temps,
il fut force de redescendre vers le sud. Au 40e
parallele il decouvrit un cap tres-eleve, que le
general Vizcaino nomma plus tard Mendocino, en
l'honneur du vice-roi Mendoza.
1564.
EXPEDITION DU   VICE-ROI   VELASCO.
En 1564, une expedition fut envoyee en Californie par le vice-roi Don Luiz de Velasco, tan-
dis qu'une seconde allait prendre possession definitive des Philippines.
1575.
FLIBUSTIERS   ANGLAIS.
Tente par 1'exemple et par Fespoir du pillage,
un parti de flibustiers anglais, commande par
John Oxenham, traversa en 1575 Fisthme de
Panama, construisit unnavire sur la Mer Pacifique
et ravagea les etablissements espagnols. Heureuse-
ment on ne tardapasase saisir de ces malfaiteurs,
qui furent mis a mort peu de temps apres.
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FRANCISCO GALL
1579.
SIR  FRANCIS DRAKE.
En 1579,apparut sur les bords occidentaux de
la Nouvelle-Espagne, sir Francis Drake, qui,
apres avoir devaste la cote de Guatemala, courut
droit au nord jusqu'au 45e ou 46e degre. Se
rapprochant de terre, il mouilla dans une petite
baie qu'il ne designe pas, et ou il lui fut impossible de se maintenir. II se vit alors contraint de
redescendre jusqu'au 38e degre, oil il jeta l'ancre
dans le port de los Reyes, situe entre ceux de
San Francisco et de la Rodega.
Drake n'eut pas connaissance de ces deux der-
niers ports, et bien qu'il soit arrive en Californie
trente-sept ans apres Cabrillo, les Anglais n'ont
pas craint de donner a tout le pays le nom de .
Nouvelle-Albion, cherchant ainsi a s'attribuer
Fhonneur de la decouverte!.
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1582.
VOYAGE  DE GALI.
A son tour, le capitaine Francisco Gali quitta
' Lives and voyages of Drake, Cavendish and Dampier. i vol.,
i83i, London.
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fcllKfcijisi?
m«hv"'^ b^^3 JUAN DE FUCA. 99
Manille dans Fete de 1582, remonta au nord du
Japon, vint reconnaitre la cote d'Amerique au
nord du 57e degre de latitude, et descendit a
Acapulco, apres avoir visite les caps Mendocino,
San Lucas et Corrientes.
1587.
PILLAGES   DE  CAVENDISH.
*   -t
SL. ■
Le 15 novembre 1587, Thomas Cavendish, qui
s'etait applique a ravager divers points de YAme-
rique espagnole, attendit au cap San Lucas le
vaisseau des Philippines, le Santa Anna, fort
de sept cents tonneaux , et valant plus de cinq
millions de piastres, et il s'en empara a la suite
d'un combat acharne.
II
1588.
VOYAGES APOCRYPHES DE MALDONADO  ET DE   JUAN DE  FUCA ET DE
LAMIRAL FONTE.
Un an ne s'etait point ecoule, qu'un aventurier
appele Lorenzo Ferrer Maldonado pretendit avoir
traverse un detroit de la mer du Sud par lequel
on se rendait d'Espagne en Chine en trois mois.
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II
100 VOYAGES DU GENERAL
Ce passage imaginaire, dit detroit d'Anian, a
longtemps preoccupe les geographes. On suppo-
sait qu'il faisait communiquer les deux mers a
peu pres a la hauteur du banc de Terre-Neuve.
Le pretendu voyage de Maldonado et celui de
Famiral Pedro Rartolome Fonte qu'on fait re-
monter a 1640, ne meritent aucune attention.
Nous reparlerons plus tard du voyage de Juan
de Fuca.
1595.
VOYAGE DE SEBASTIAN RODRIGUEZ CERMENON.
En 1595, le gouverneur des iles Philippines,
Gomez Perez das Marinas, envoya le vaisseau San
Agustin, commande par Sebastian Rodriguez
Cermeiion, explorer la cote de Californie et spe-
cialement la baie de San Francisco. Malheureuse-
ment un coup de vent jeta le navire a la cote,
contre laquelle il se brisa, dans la baie meme
qu'il venait de reconnaitre.
1596- 1602.
VOYAGES DU GENERAL D. SEBASTIAN VIZCAINO.
Les depredations des forbans anglais dans la
jraHl?if<ul"*ill'i
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li
Wi DON SERASTIAN VIZCAINO. 101
mer du ISud, eveillerent la sollicitude du roi
Philippe II. Lecomtede Monte Rey, vice-roi de
la Nouvelle-Espagne, recut Fordre d'expedier le
general Don Sebastian Vizcaino en Californie,
afin d'y explorer les ports et d'en prendre possession. Le general Vizcaino partit en effet d'Aca-
pulco au commencement de 1596; il y revint a la
fin de la meme annee. Six ans plustard, en 1602,
le vice-roi le fit partir de nouveau pour la Californie avec une flottillecomposeede cinq navires,
etunequipageparmi lequel se trouvaient des reli-
gieux carmelites, des pilotes et des cosmographes.
Dans cette expedition, le port de los Pinos fut
appele pour la premiere fois Monte Rey. Un des
lieutenants de Vizcaino, Martin d'Aguilar,s'avanca
jusqu'au 43e degre, et reconnut le cap Rlanco
auquel le capitaine Cookne se fit pas scrupule de
substituer plus tard le nom de cap Gregory, de
meme que Van Couver donna le nom anglais de
Oxford au cap Diligencias, deeouvert bien long-
temps avantlui par Vizcaino. Ce dernier retourna
a Mexico au commencement de 1603.
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1616.
VOYAGES DE ITURBI, ORTEGA ET CARBONEL.
De 1616 a 1635, sous le gouvernement du m*
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102 FONDATION DES MISSIONS
marquis de Guadalcazar, vice-roi de la'Nouvelle-
Espagne, don Juan de Iturbi, Francisco Ortega
6t le pilote Carbonel firent des reconnaissances
dans la Mer Vermeille , dont ils rapporterent des
perles d'une beaute remarquable et dune valeur
enorme.
1635.
VOYAGE DE D. PEDRO  PORTER.
m!.
De 1635 a 1640, Famiral don Pedro Porter
dirigea quelques expeditions sur la Californie.
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1642.
PREMIER VOYAGE DES JESUITES FONDATEURS DES MISSIONS
DE CALIFORNIE.
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En 1642, le vice-roi due d'Escalonaenvoyadans
cette contree le gouverneur deSinaloa, avec des
membres de la Compagnie de Jesus, pour y fonder
des Missions et civiiiser les Indiens.
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MMm! PAR LES JESU1TES.
103
1665 - 1668.
VOYAGES DE L'AMIRAL D.  BERNARDO DE PINADERO ET  DU CAPITAINE
FRANCISCO  LUCENILLA.
Depuis 1665 jusqu'a 1668, Famiral Pinadero
et le capitaine Lucenilla entreprirent diverses
expeditions par ordre du gouvernement espagnol,
sur les cotes occidentales du Mexique.
1683.
NOUVEAU  VOYAGE  DES JESUITES.
En 1683, Famiral Atondo se rendit a la Paz
avec les deux Peres jesuites Salvatierra et Euse-
bio Kino (Kuhn), savant astronome dlngolstadt.
C'est a dater de cette epoque que les religieux
se trouverent investis de Fad ministration eccle-
siastique, civile et militaire des missions. Ils par-
vinrent a convertir en peu de temps toute la
Rasse-Californie, et le plan qu'ils adopterent
devra toujours servir de modele1.
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1 Venegas, Notieia de la California escrita por el R. P. Andres
Ruriel. Madrid, 1754.
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104
LE R. P. KINO.
1684.
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VOYAGE DE DAMPIER.
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En 1684, Dampier, et les boucaniers anglais
qui s'etablirent aux iles Galapagos, continuerent
leurs celebres depredations sur les cotes des vice-
royautes espagnoles.
1701 - 1703.
VOYAGE DU P. KINO.
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BR
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En 1701 et 1703, le Pere Kuhn fit ses celebres
explorations au nord de la Californie et au Rio
Colorado. Philippe V accorda aux missions des
Jesuites en Californie unsecours annuel de treize
mille piastres fortes.
1709- 1711.
PIRATES ANGLAIS.
En 1709 et 1711, les pirates anglais Rogers
et Dampier s'emparerent, au cap San Lucas, du GUILLEN ET UGARTE. 105
galion des Philippines, richement charge, et qui
se rendait a Acapulco.
1719- 1721.
VOYAGES DU P. GUILLEN ET DU P. UGARTE.
En 1719 le Pere Guillen , et en 1721 le Pere
Ugarte, Aendirent les domainesde leurs missions
' au moyen de plusieurs expeditions par terre en
Californie.
3'    '
1743.
mr
LAMIRAL ANSON.
En 1743, Famiral Anson enleva aux Espagnols
le galion qui se rendait d'Acapulco aux Philippines et en Chine. Cenavire portait quatre millions
de piastres.
Ces spolations reiterees determinerent le gouvernement a ordonner Fetablissement de points
fortifies et la fondation de villages espagnols. Des
navires de guerre commencerent a croiser sur
les cotes pour les proteger contre les attaques, et
le resultat de ces sages mesures fut de donner 106 LE P. CONSAG ET GALVEZ.
aux missions qui s'etablissaierit, la securite neces-
saire a leur developpement.
VOYAGE DU  P.   CONSAG.
En 1746, leP. Consag explora leRio Colorado,
dans le but d'organiser d'autres missions qui
permissent de faire par terre le trajet de Sonora
en Californie.
1767 - 1768.
VOYAGE DE GALVEZ.
il
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Les Jesuites continuerent a etendre lesdomai-
nes de la geographie, et a gouverner paternelle-
ment leurs missions jusqu'en 1767, ou ils en
firent cession aux Franciscainsdu college royal de
San Fernando de Mexico. Le visiteur general
Don Joseph de Galvez passa lui-meme en Californie en 1768, accompagne de Fingenieur Don
Miguel Constanzo. En novembre 1769, une
expedition par terre, apres avoir traverse la
Sonora, arriva a Monte Rey, tandis que cinq missions nouvelles s'elevaient dans la Haute-Califor-
,;:>, »i
Hi
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imi. PEREZ ET HECETA. 107
nie, et sur les bonds du Rio Colorado, par les
soins de trente religieux franciscains arrives d'Es-
pagne sur les corvettes San Carlos et la Concep-
aon
i
1774
VOYAGE DE JUAN PEREZ.
En Janvier 1774, la corvette Sant Yago, commanded par Don Juan Perez, sortit de San Rlas,
reconnut la cote jusqu'au 55e degre, et decouvrit,
a son retour, le port de Nutka, oil le capitaine
Cook pretendit avoir aborde le premier, bien
qu'il soit certain qu'il ne s'y arreta que quel-
ques annees plus tard, en 1779.
1775.
VOYAGE DE HECETA ET DE D. JUAN DE LA BODEGA Y QUADEA,
Le succes de la premiere expedition de Perez
engagea le vice-roi Don Antonio de Rucareli a
1 Relation historica de la vida del R. P. Junipero Serra y de las
Misiones que fundo en la California Septentrional, i vol., Mexico,
1787. 88th*?-:
313
Mitt iSii-i.S: A
i Mm
b
108 DON JUAN DE LA RODEGA Y QUADRA.
faire partir de nouveau la corvette Sant lago,
sous les ordres du capitaine D. Rruno de Heceta,
1 accompagnee de la goelette Felicidad, comman-
dee par D. Juan de la Rodega y Quadra.
Ces navires quitterent San Rlas le 16 septem-
bre 1775. Au 41e degre de latitude, ils de-
couvrirent le port de la Trinidad. Le mauvais
temps forca la corvette a revenir a Monte Rey;
mais les officiers de la goelette, jeunes et pleins
d'ardeur, n'obeirent point a ses signaux, etconti-
nuerent leurs hardies excursions vers le nord. Le
17 aout, la corvette apercut une vaste baie, qu'elle
appela Entree de Heceta, du nom de son capitaine.
C'est dans cette baie que se jette le Rio de
San Roque, designe sous la triple denomination
d'Oregon, de Rio Colombia ou de la Asuncion,
et dont enfin, vingt ans apres, Fentree du nord
recut de Van Couver le nom de cap de Desap-
pointement.
Quant a la goelette, elle s'eleva jusqu'au 58e
degre, et reconnut en chemin le mont Jacinto,
auquel Cook,, en 1779, imposa le nom d'Edge-
cumbe. Le scorbut s'etant declare a bord, Don
Juan de la Rodega crut prudent de reprendre la
route de Monte Rey; mais avant de retourner sur
ses pas, il decouvrit un port qu'il appela port de
i   -wli1 LES PP. VELEZ ET ESCALANTE. 109
la Rodega. Les Russes possedent aujourd'hui
dans ces parages un etablissement qu'ils designent
quelquefois par le nom de RomanzofF.
1777.
VOYAGES DES  PP.   VELEZ  ET  ESCALANTE.
En 1777, les Peres franciscains Velez et Esca-
lante explorerent le pays a Fouest de la Sierra
Madre, les hautes eaux du Rio Colorado, le
Navajoas et leRio Gila1.
1779.
VOYAGE DES CAPITAINES ARTEAGA ET DE LA BODEGA.
Le 11 fevrier 1779, les corvettes la Princesa et
la Favorita, sous lecommandement de Don Igna-
cio Arteaga et Don Juan de la Rodega y Quadra,
qui avaient ordre de s'elever jusqu'au 70e degre,
reconnurent la cote avec soin, et laisserent une
relation fort interessante de leur voyage2.
1 Voir: Cronica apostolica del Colegio de la Santa Cruz de Quere-
taro. Mexico, 1799, vol. l'
12 Relation del Viaje de la Fragata Princesa, tire des archives de
la mission de Santa Clara dans la Haute Californie. 3333
Li;|;«i
110
LAPEYROUSE.
1786.
VOYAGE DE LAPEYBOUSE.
ffitt
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IMP
MM'
On ne doit pas oublier non plus qu'en 1786
Fillustre La Peyrouse visita Monte Rey, apres
avoir donne le nom de port des Francais a une
baie situee au nord du 56e degre de latitude.
1788.
VOYAGE DE MARTINEZ ET DE LOPEZ  DE  HARO.
Depuis 1779, les Espagnols n'avaient pas en-
trepris d'expeditions a la cote nord-ouest; mais les
progres des Russes, les importants voyages de
Cook, ceux de plusieurs autres navigateurs anglais et americains, firent bientot sortir le cabinet
de Madrid de son inaction.
En effet, le 8 mars 1788, Don Estevan Martinez
etDon Gonsalvo Lopez, avec les deux corvettes la
Princesa et le San Carlos, quitterent San Rlas,
coururent au nord, explorerent la cote, et visite-
rent sur les iles Aleoutiennes divers etablissements
russes, entre autres Unimak, Kodiak et Ona-
laska.
■Fi.L. MARTINEZ , HARO ET NARVAEZ. 11 i
Ayant appris dans ce dernier port, du commandant Ismiloff, qu'il attendait trois navires du
Kamtschatka, destines a aller prendre possession
Fannee suivante du port de Nutka, oil deux
fregates de Saint-Petersbourg viendraient les re-
joindre, Martinez hata les preparatifs de son
retour a San Rlas, et y aborda au commencement
de decembre, apres avoir touche a Monte Rey.
Le vice-roi de la Nouvelle-Espagne , Don Manuel de Flores, ne fut pas plutot informe des
projets des Russes, qu'il fit partir sur-le-champ
Martinez pour Nutka, afin de les empecher, ainsi
que les Anglais, de s'y etablir les premiers, les
droits des Espagnols a cette prise de possession
etant incontestables, puisque le capitaine Perez
y avait mouille en 1774.
1789.
EXPEDITION  DE  JOSE NARVAEZ.
Martinez jeta Fancre a Nutka le 5 mai 1789, et
ne tarda point a expedier la goelette Gertrudis,
commandee par Don Jose Narvaez, pour s'assurer
de Fexistence de Fentree de Juan de Fuca. Narvaez se livra avec perseverance a cette exploration
qui dura deux mois. Le 6 juillet, arriva le navire
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"f fiSSilESiRis-.
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ffii-ifl*,!'
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r-'s -;'.; i ------
112 DON FRANCISCO ELISA.
anglais Argonaut, sous les ordres de M. James
Colnett, officier anglais, charge par son gouver-
. nementde prendre possession de Nutka. Cet officier, qui ne jouissait pas de la plenitude de ses
facultesintellectuelles, refusa demontrer ses instructions et se livra a de tels exces, que Martinez
crut devoir le constituer prisonnier et Fenvoyer a
la disposition du vice-roi.
Au mois de septembre, la fregate~7V&&rtra Se-
nora de Aranzazu ayant apporte aux navire§
espagnols Fordre de retourner a San Rlas, Mar-r
tinezquitta Nutka, emportant Fartillerie des batteries qu'il y avait construites , et apres en avoir
detruit les boulevards.
1790.
EXPEDITION DE D.   FRANCISCO  ELISA,
i lliw^
Le 3 fevrjer 1790, le vice-roi comte de Revil-
lagigedo dirigea vers le nouvel etablissement
une expedition commandee par Don Francisco
Elisa, et composee de la fregate Concepcion et
des balandres Princesa et Argonauta, bien
armees et pourvues de munitions suffisantes et de
troupes. Arrivee a Nutka le 4 mars, elle s'occupa
a Finstant de relever les batteries. FIDALGO ET QUIMPER.
113
1790.
VOYAGE DE D. SALVADOR FIGALDO.
Le4 mai suivant, Don Salvador Fidalgo partit
avec le paquebot San Carlos, pour reconnaitre la
cote jusqu'au 60e degre. II l'explora en detail, et
decouvrit pres du 61e degre un volcan en acti-
vite auquel il a donne son nom.
!fi;
1790.
VOYAGE DE  D.   MANUEL  QUIMPER.
Le 31 mai, Don Manuel Quimper, avec la ba-
landre Princesa Real, fonda Fetablissement du
port de Nunez Gaona, a Fentree sud du detroit
de Fuca. Les Anglais nomment ce port Neahbay.
1791.
NOUVEAU   VOYAGE  D ELISA.
Le detroit fut, en 1791, Fobjet d'une exploration plus complete. Elisa s'y rendit avec le paquebotSan Carlos et la goelette Santa Saturnina.
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114
MALESP1NA ET ESPINOSA.
1791
VOYAGE DE MALESPINA  ET ESPINOSA.
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Les corvettes Descubierta et Atrevida, alors
occupees d'une expedition scientifique autour du
monde, et commandees par les savants hydro-
graphes Malespina et Espinosa, se trouvaient a
Acapulco. La cour d'Espagne leur enjoignit d'al-
ler etudier attentivement la cote nord-ouest.
Le but de tant d'expeditions etait de s'assurer
definitivement de Fexistence douteuse du passage
du nord-ouest, dont M. Ruache, geographe du
roi, appuyant les pretentions mensongeres de
Lorenzo Ferrer Maldonado, avait, en septembre
1790, entretenu FAcademie des sciences a Paris.
Les corvettes atteignirent en juin 1791 la baie
de Rehring, examinerent soigneusement toutes
les entrees, tous les havres environnants, et se
convainquirent de la faussete des assertions de
Maldonado qui placait le passage dans ces latitudes elevees h
1 Voir a ce sujet les memoires publies, en 1798, a Madrid, par
le capitaine Don Ciriaco Cevallos.
Ha*.-, §t*■ ij GALIAN0 ET VALDES.
11
1792.
VOYAGE D ALCALA GALIANO ET DE VALDES.
Cependant, comme le detroit de Juan de Fuca
n'avait pu etre qu'imparfaitement reconnu, a
cause de la trop grande dimension des navires
charges de Fexplorer, le gouvernement espagnol,
afin de penetrer dans le dedale d'iles dont la
cote nord-ouest est semee, et qui pouvait cacher
F entree de quelque mer interieure ou Fembou-
chure de quelque riviere importante, fit armer
deux goelettes a Acapulco, avec mission expresse
de le visiter en tous sens. ^
Cette expedition , dirigee par deux savants
officiers, Alcala Galiano et D. Cayetano Valdes,
quitta Acapulco le 3 mars 1792. Le 12 du meme
mois elle jeta Fancre dans le port de Nutka, oil
elle trouva deux fregates et un brig aux ordres
ducapitaine de vaisseau D. Juan de la Rodega,
charge de mettre a execution le traite de cession
de Nutka a FAngleterre, conclu entre cette puissance et FEspagne, le 28 octobre 1790.
Le 13 mai,la fregate Nuestra Senora deAran-
zazu arriva a San Rlas et en partit quelque temps
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116 DERNIERES EXPLORATIONS
apres, pour faire des reconnaissances au nord de
Nutka.
Les goelettes oommandees par Galiario et Val-
des penetrerent le 2 juih dans le detroit et visi-
terent Fetablissement du port de Nunez-Gaona.
Elles employerent trois mois entiers a reconnaitre
le detroit, et lorsqu'elles en sortirent, il demeura
etabli que les assertions de Juan de Fuca ne me-
ritaient pas plus de credit que celles de Maldonado.
L'expedition de Van Couver, composee d'une
corvette et d'un brig, se trouvait alors dans ces
parages, afin d'explorer les cotes et de recevoir
des Espagnols le port de Nutka, arrache si injus-
tement a FEspagne par FAngleterre, par le
traite de FEscurial.
Ce fut a Foccasion de la reunion des deux commandants que la grande ile qui forme, avec le
continent, le detroit deFuca, prit le nom de File
de Quadra et * Van Couver.
Galiano et Valdes se dirigerent vers le sud de
Nutka a la fin d'aout, explorerent Fentree du Rio
Colombia, releverent la cote de Californie et re-
tournerent a San Rlasala fin de novembre 1792.
La se termina la serie d'expeditions scienti-
fiques dirigees par FEspagne sur la cote du nord-
ouest. Dans la suite, elle ne s'occupa plus exclu-
lli' DES ESPAGNOLS. 117
sivement que des etablissements de la Haute Californie, comme offrant des points de relache pour
les navires venant des Philippines.
On a pretendu que le gouvernement espagnol
n'avait pas toujours publie le resultat complet de
tant d'explorajions entreprises sous la direction
de savants astronomes et de hardis navigateurs.
Ilnoussemble quelesmagnifiques travauxpublies
par le depot hydrographique de Madrid repon-
dent suffisamment a cette assertion; mais lors
meme qu'il eut tenu secrets une partie de ses
documents, serait-on fonde a le lui reprocher ?
N'est-ce pas, en effet, du jour oil ses colonies
ont ete connues, qu'ont commence les menees des
etrangers pour les faire insurger contre la Mere-
patrie?
Hi
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-17 #'  CHAPITRE V.
1
Description de l'isthme de Tehuantepec; projet de communication
entre l'Ocean Atlantique et la Mer Pacifique. Port d'Acapulco.
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La communication de FAtlantique avec l'Ocean
Pacifique, decouvert par Nunez de Ralboa,excita
lasollicitude des premiers conquerants espagnols.
Des 1520, Angel Saavedra propose a Charles-
Quint de couper Fisthme du Darien. Dans ses cor-
respondances avec FEmpereur, Fernand Cortez
designe ce passage sous le nom de Secret du De- !tf|fff.:-
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120 ISTHME
troit (Secreto del Estrecho). Apres la conquete des
royaumes de Michoacan et de Oajaca, ce grand
capitaine fit explorer, en 1521, par D. Gonzalo
de Sandoval, la province et Fisthme de Tehuantepec. Depuis cette epoque, le peu de largeur
de l'isthme eveilla Fattention des vice-rois de
la Nouvelle - Espagne, et cette route fut assez
frequentee par les marchands qui se rendaient
d'Acapulco au golfe du Mexique. Vers la fin du
xvine siecle, le sage vice - roi Don Antonio de
Rucareli ayant voulu savoir comment des canons
en bronze, fondus a Manille, avaient ete trans-
portes au chateau de San-Juan d'Ulloa , on de-
couvrit dans la Cronica imperial de la ciudad de
Tehuantepec que ces pieces avaient fait le trajet
de la Mer Pacifique au golfe, en partie par terre,
mais surtout par les rivieres Chimalapa, Malpaso
et Coatzacoalco. Le terrain fut en consequence
releve par deux officiers du genie, Don Miguel
del Corral et Don Augustin Cramer,quipenserent
qu'un canal d'environ huit lieues, reunissant les
rivieres Chimalapa et Malpaso, pourrait etablir
une communication entre les deux oceans.
Au moment meme oil les agitations politiques
, de 1814 tenaient FEurope en eveil, les Cortes
espagnoles donnerent ordre au vice-roi de Mexico
de faire executer la coupure de l'isthme.
Ha-
sis iff!*-.;
> DE TEHUANTEPEC. 121
La revolution survenue en 1821 n'empecha
pas le general espagnol, Don Juan de Orbegoso ,
d'etudier attentivement la position et d'en dresser
une carte qui, il est vrai, n'a ete rendue publique
qu'en 1839. Quoique incomplet sous le rapport
geodesique, ce Jravail suffit pour donner une
idee exacte de la nature du terrain et des diffi-
cultes qu'il presente1.
Par un decret du ler mars 1842, le president
Santa-Anna a accorde le privilege de la communication a etablir a un de ses amis, Don Jose
Garay, negociant etcapitaliste, qui se trouve mele
dans tous les emprunts et dans toutes les fourni-
tures du gouvernement.
Une nouvelle commission soi-disant scientifi-
que est partie , en mai 1842, pour completer les
travaux du general Orbegoso et le nivellement.
Apres avoir donne un apercu de la topographie
de l'isthme, nous examinerons le privilege du
concessionnaire et les avantages que Fouverture
dune communication pourrait offrir.
L'isthme de Tehuantepec est situe dans les
Etats de Oajaca et de Vera-Cruz; il a cinquante
1 Voir : Resultado del Reconocimiento hecho en el istmo de Tehuantepec por el general Orbegoso, et Diario del Gobiemo de la Repu-
hlica Mexicana, 3 de marzo 1842, et la carte n° 3 de 1'atlas.
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122 LARGEUR DE L'ISTHME. §|
lieues de large dans son minimum et en ligne
droite d'une mer a Fautre. Compris entre les 16e
et 18e degres de latitude septentrionale et les.96e
degre 36 minutes et 97e degre 30 minutes de longitude ouest de Paris, il est partage par la Sierra-
Madre ou grande Cordillere, qui eprouve dans
ces parages une depression extraordinaire. La
chaine de montagnes se trouve, en partant de la
mer du Sud, au tiers de la largeur de l'isthme;
les deux autres tiers vers le nord s'abaissent
graduellement dans la direction du golfe du
Mexique. C'est dans cette partie que coule le
Rio Coatzacoalco, auquel appartient I e principal
role dans la jonction des deux mers.
Ce fleuve prend naissance dans la Sierra Madre
qui divise les provinces de Tabasco, Chiapas et
Oajaca. Ses hau tes eaux sont formees d'une foule de
petites rivieres, dont les plus importantes portent
les noms de Guelaguesa et Almoloya. Le pays
etant rempli de forets impenetrables, on ne peut
fixer exactement la position de la source du Coatzacoalco. A mesure que ce fleuve se rapproche de
la mer, un grand nombre de ruisseaux lateraux
viennent s'y reunir, et apres un cours sinueux
de plus de cinquante lieues, il se jette dans le
golfe du Mexique.
Sa barre qui est, dit-on, susceptible d'etre creu- RIO COATZACOALCO. 123
see, n'a pas plus de quatre ou cinq metres, mais
en dedans le Rio est d'une grande largeur, etsa
profondeur suffisante pour y admettre les navires
de tout tonnage. Les marees sont pen sensibles
sur la barre, et le canal se maintient a la meme
profondeur. Mais comme il ne se rencontre pas
de port voisin sur la cote, un batiment surpris
par un coup de vent du nord perirait infailli-
blement, s'il se dirigeait vers Fentree du fleuve.
Le premier pueblo considerable de la Sierra
presde Forigine du Coatzacoalco est Santa-Maria
de Chimalapa, eleve de deux cent quatre-vingt-
six metres au-dessus du niveau de la mer. C'est
un peu au-dessus que le malheureux essai de la
colonie francaise de M. Laisne de Villeveque fut
tente. Un des ruisseaux qui coulent de la Sierra
est borde de pins magnifiques. Le gouvernement
espagnol en faisait couper dans la foret de Tarifa
pour les chantiers de construction de la Havane.
Ces bois, reunis en trains, descendaientlecourant
du fleuve jusqu'a son embouchure.
A dix lieues au nord de la Hacienda ou metairie
de la Chivela, le fleuve recoit sur la gauche une
branche nommee Alaman, forme'e par la reunion
des Rios Malatengo et Guelaguesa. Cette riviere
est elle-meme grossie par le Rio Almoyola, desi-
gne dans le projet comme le point le plus eleve
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124
COURS DU FLEUVE.
ou les eaux du Coatzacoalco pourraient etre re-
montees au nord de la Sierra-Madre. Le lit du
fleuve est, a quatre lieues au-dessous de F Alaman,
bar re par le Malpaso, banc d'ardoise qui obs^
true presque entierement la navigation. A deux
lieues plus bas, on rencontre de nouveau a gauche le Rio Sara via, puis, a des distances a peu
pres egales les unes des autres, les Rios de la Puerta
ou Jurumuapa, Mijes ou Jaltepec, et a droite le
Chalchijalpa, le Teoolotepec et le Sugillaga.
C'est au-dessous de ce cours d'eau que la riviere,
se divisant en deux bras pendant neuf lieues,
donne naissance a File de Tacamichapa. Sur la
gauche, a Fextremitedel'ile,ellerecoitleMansapa
qui vient de la Sierra d'Acayucan. A quatre lieues
au-dessous debouchent a droite les Rios Cuachapa
et Chalchijalpa, a gauche la lagune de Tlacojal-
pam qui sort du pueblo de ce nom, et jusqu'au
pres duquel les goelettes peuvent remonter.
El paso de la Fabrica, qui n'est pas sans danger , est situe au-dessous de la lagune couverte
d'ilots; mais a partir de ce point, le fleuve devient
large, pro fond, et a une lieue avant son embouchure, ilabsorbe a gauche le Rio navigable de la
Calzada, qui forme une ile en se reunissant avec
le Rio dont Fentree est appelee la Rarrilla.
Les bords du Coatzacoalca sont bas, inondes I .:.t"i
RANCS D'ARDOISE. 12;
en partie pendant la saison pluvieuse, remplis
d'arbres gigantesques propres a la construction,
a Febenisterie et a la charpente; mais, faute de
debouches et de bras, ces bois demeurent inex-
ploites.
En arrivant au pasojde Saravia, le fleuve coule
encaisse entre des montagnes d'ardoise. La navigation, pour de grands navires, peut avoir
lieu depuis Fembouchure jusqu'a sept ou.huit
lieues en remontant vers la lagune de Tlacojal-
pam. A partir de ce point, le fond diminue etna
guere plus de quinze pieds. C'est au Mistan
Grande que commencent les bancs d'argile et
d'ardoise. Ces bancs deviennentsinombreux,que
depuis la Piedra Rlanca jusqu'au paso de Saravia,
pendant un trajet de trente lieues, on compte
vingt et une chutes ou cascades, qui ont souvent
un metre de hauteur et presentent si peu d'eau
dans leurs intervalles qu'au mois de mai le general Orbegoso etait oblige de faire trainer ou
porter les canotsqui ne tiraient cependant qu'un
pied.
Pour abreger les sinuosites multipliees du
fleuve, on pourrait etablir un canal lateral jusqu'a la Piedra Rlanca. Peut-etre plusieurs de ces
marches ou echelons d'argile seraient-ils suscep-
tibles d'etre creuses, mais les bancs d'ardoise
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126 POINT CULMINANT.
au-dessous et au-dessus du Saravia exigerai£ti|
des ecluses.
Tout le terrain compris entre la mer et le Saravia est compose d'argile sablonneuse, d'alluvions
et de detritus des roches qu'entrainent les eaux
duversant septentrional dela Sierra-Madre. Dans
les environs des montagnes, le sol est forme
d'ardoises, de terrains calcaires et de granit. On
a trouve au sud de la Cordillere, du porphyre
strie d'azur, des cristaux de feldspath et de hornblende, mais aucune partie de Fisthme n'a presented de produits d'origine volcanique.
La Sierra Mad re part des Etats de Puebla et
Vera Cruz; elle traverse du nord-ouest au sud-
est la province de Oajaca, et, arrivee a Fisthme,
elle incline vers le levant et se rapproche en meme
temps de la Mer Pacifique, puis, remontant entre
les haciendas de Chivela et la Venta de Chicapa,
elle court au nord-est vers Guatemala. La depression des montagnes est enorme a Fentree de
l'isthme. Au passage du port de Guieviehia la
hauteur absolue n'est que de cinq cent quatre-
vingt-treize metres, et dans la gorge de la Chivela,
de deux cent quarante et un metres; ce point
est celui oil se diviseht les deux versants. Au nord
de la Cordillere Felevation est graduee et occupe
un espace de pres de quinze lieues; au sud, au
MIR
§ipi LAGUNES DE LTSTHME. 127
contraire, Fabaissementsubit est de pres de deux
cents metres dans un parcours de trois lieues. II
forme l'immense plaine qui conduit a Tehuantepec et aux grandes lagunes navigables communi-
quant avec lamerdu Sud.
Le sol de cette plaine-est forme d'alluvions, de
debris de roches, et surtout de montagnes d'ar-
doises qui s'etendent jusqu'au bord de la mer et
dans les ilots voisins. L'espace compris entre la
Sierra et les lagunes est de six lieues. Ija plus
iriterieure de ces lagunes a quatre lieues de large
jusqu'a son embouchure, dite la Roca de Santa-
Teresa; un espace de trois lieues separe ce point
de la barre situee a Fembouchure des lagunes sur
la mer. La lagune exterieure a pres de quarante
lieues de long depuis Tilema jusqu'a Tonala; sa
profondeur est de cinq metres au plus dans la
ligne de navigation que suivent les barques, et
quant a la barre de San-Francisco (boca barra
del mar), elle est couverte de brisants et n'a pas
plus de deux a trois metres a la pleine mer. jS
Au nord de la Cordillere les eaux se reunissent
presque toutes au Coatzacoalco, mais il n'en est
pas ainsi sur le versant meridional oil les petits
ruisseaux se divisenta Finfini. A sec pendant Fete,
ces ruisseaux se jettent plus tard dans la lagune
interieure.
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128 ORSTACLES
Les rios de Fest se dirigent vers Tonala et ceux
de Fouest vont grossir la riviere de Tehuantepec.
Outre qu'ils sont sans eau pendant une partie de
Fannee, ils sont tous deux trop eloignes du Coat-
zacoalco et des positions les plus accessibles de
la Sierra pour servir a la communication desiree.
Le ruisseau qui passe non loin de San-Miguel et
de la Venta de Chicapa est celui dont Forigine se
trouve la plus rapprochee des hautes eaux du
Coatzacoalco, ihaisil est a sec pendant le tiers de
Fannee, et le sol d'ardoise est tellement friable et
rempli de crevasses qu'il faudrait revetir comple-
tement le canal de maconnerie. Ces ruisseaux se
trouvent aux points culminants de la Sierra; il
serait impossible d'y etablir des reservoirs.
Si Fon voulaitse servir des branches superieures
du Coatzacoalco vers Santa-Maria de Chimalapa,
peut-etre trouverait-on a Fest quelques gorges
d'un passage facile, mais il nefaut point se dissi-
muler que la nature meme du sol presente d'im-
menses obstacles, et qu'il est au moins proble-
matique que les avantages compensassent les
enormes depenses qu'occasionnerait ce travail.
Cependant, dans le cas oil Fon se deciderait a
entreprendre la communication, elledevrait avoir
lieu par le Rio de San-Miguel, qui se jette dans la
lagune superieure; mais, dans toutes les hypothe-
:v? A LA CANALISATION. 129
ses, ces ruisseaux auraient besoin d'etre profon-
dement canalises et garnis d'ecluses.
Les details qui precedent et l'examen attentif
de la carte suffisent pour demontrer que les diffi-
cultes d'etablissement d'un canal sont presque
insurmontables. Dans la saison des pluies, les
bateaux plats peuvent, a la verite, remonter meme
le Rio Almoloya, au nord de la Sierra, et les Rios
Juchitan et Chicapa au sud, qui se dechargent
dans la lagune superieure; mais ces communications, qui durent quelques mois a peine, ne sau-
raient constituer une viabilite reguliere. On
pourrait plutot rendre navigable le Coatzacoalco
pendant quarante lieues environ, jusqu'au confluent du Rio Malatengo; car il ne resterait plus,
a partir de ce point, que vingt-deux lieues de
chemin a construire pour atteindre le bord de la
lagune.
Le terrain ne rendrait que mediocrement
difficile le percement d'une route, et la declivite
ne s'opposerait meme pas a Fetablissement d'un
chemin de fer. Mais une fois arrive a la lagune,
deux obstacles fort graves se presentent. La communication de la lagune interieure avec Fautre
est obstruee par la barre de Santa Teresa, et le
passage de la lagune exterieure a la mer est presque oblitere par la barre. de San  Francisco;
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i.
9 130 MANQUE DE PORT,
il faudrait done, de toute necessite, canaliser
ces deux barres et creuser un port pour les
navires calant quinze pieds, pres du debarcadere
de la route. On ne doit pas oublier non plus
que ces travaux exigeraient un entretien couteux,
Dans le cas oil Fon ferait arriver le chemin jusqu'au
pueblo de San Dionisio, on aurait encore a sur-
monter Fobstacle de Fensablement continuel de
la barre sur la mer. line serait pas possible non
plus d'utiliser une petite anse qui se trouve sur la
cote, a Fouest de la barre de San Francisco et a
Fest de Fentree du Rio de Tehuantepec, car le
lit et Fembouchure de cette riviere changent
quelquefois. II y a vingt ans, elle se dechargeait
dans la lagune de Timela, au-dessous de Huilo-
tepec; depuis lors, le rio a repris son cours ordinaire; mais dans la saison des pluies quelques
branches vont a Tilema et inondent tous les
terrains voisins qui sont bas et marecageux.
C'est dans ce petit port de Tehuantepec , de-
signe dans les anciennes cartes espagnoles sous le
nom de Rarra de la Ventosa, que Fernand Cortez
construisit et equipa les premiers navires qui lui
servirent dans ses decouvertes de la mer du Sud.
Jusqu'au sommet de la Sierra Madre les pins
et les chenes croissent en abondance; le sol, dans
toute Fetendue de l'isthme, est tres-fertile et pro- • :.$M
HAUTEURS DE L'ISTHME. 131
pre a la culture du cafe, de la canne a sucre, du
cacaotier, de Findigo et du coton. Mais les cotes
et le&terrains inondes ou en friche engendrent
des maladies funestes pour les Creoles, et mortelles
pour les Europeens. Les seuls points salubres
sont les pueblos et les terres situes sur le plateau de la Cordillere et eloignes du rivage des
deux oceans, bien que leur hauteur au-dessus
du niveau de la merne soit pas tres-considerable,
ainsi que Findique le tableau suivant:
Table des hauteurs barometriques des differents points de Fisthme
de Tehuantepec en allant du nord au sud a travers la Sierra
Madre. Bien que ces elevations rCaient pas He obtenues avec une
exactitude rigoureusement mathematique, elles paraissent avoir
assez de eonsistance pour le but qu'on s'est propose.
Passage du Saravia dans le Rio Coatzacoalco  45 metres.
Rords du Charavia, chemin de Guichicovi  79
San Juan Guichicovi  265
Santa Maria Petapa  229
Cerro Pelado  615
Place de Santa Maria Chimalapa  2S6
Point culminant entre Santa Maria et Fe Coatzacoalco... 322
Hauteur pres de San Miguel  392
Rio Coatzacoalco a trois lieues a Test de Chimalapa  160
Metairie ou Hacienda de Tarifa  264
San Miguel Chimalapa   • • 173
Point culminant entre Tarifa et San Miguel  357
Hacienda de la Chivela I .• • • • 24t
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132 DECRET ET PRIVILEGE
Plaine de Chicapa en venantde San Miguel  112
Venta de Chicapa  54
Pueblo de Juchitan     30
Ville de Tehuantepec  41
Voici maintenant les principales conditions du
decret du general Santa-Anna, par lequel il ac-
corde a Don Jose Garay le privilege exclusif de
Fentreprise du percement de l'isthme de Tehuantepec :
Art. 2. La communication aura lieu par eau
ou au moyen de chemins de fer et voitures a
vapeur.
Art. 3. Le trajet de l'isthme sera neutre et divert a toutes les nations en paix avec la republique mexicaine.
Art. 4. M. Garay devra pratiquer a ses frais et
dans dix-huit mois, a partir de la presente concession , une reconnaissance de l'isthme; il desi-
gnera les ports et la route convenables, et si
dans vingt^huit mois les travaux ne sont pas commences, il perdra son privilege. Les voies ter-
restres ou celles de navigation devront etre exploiters par des machines a vapeur. Les ports
designes, Fentrepreneur fera construire des for-
m®
IliSii
■ POUR LE PERCEMENT DE LTSTHME. 133
tifications et des magasins; il devra payer aux
particuliers le terrain sur lequel passeront les
travaux; mais il ne pourra exiger au dela de la
vente d'une demi-Iieue de largeur.
Art. 5. Le concessionnaire ou ceux auxquels
il cedera son privilege ou ses actions, jouiront
des droits suivants. Pendant cinquante ans ils
percevront les benefices du transport sur les marchandises et les voyageurs, et apres ce laps de
temps le gouvernement de la republique aura le
droit exclusif d'exploiter la communication par
des pyroscaphes ou wagons a vapeur. Durant les
cinquante annees d'exploitation , la compagnie,
apres avoir preleve tous les frais d'entretien et
d'administration, donnera au gouvernement le
quart liquide deses benefices , et a son tour, pendant les soixante-dix annees suivantes, le gouvernement agira de meme a l'egard des actionnaires.
Le gouvernement cede en toute propriete, a la
compagnie, dix lieues de terrains vagues ou ap-
partenant a FEtat, de chaque cote de la route
ou du canal dans toute son etendue.
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xArt. 6. II est permis a tout etranger d'acquerir
des terres a cinquante lieues de distance de chaque cote de la voie de communication, et de s'y
!    '
mi
\mp
ijFf-lr 134 CONDITIONS
livrer a toute espece d'industrie, et meme a Fex-
ploitation des mines. Ce territoire sera la patrie
de tons ceux qui viendront s'y etablir en se sou-
mettant aux lois de la republique.
Art. 7. Le gouvernement s'engage a donner a
la compagnie toute aide et protection pour l'exe-
cution des travaux, et a n'imposer aucun droit
ni contribution sur les marchandises ou les pas-
sagers de transit pendant les cinquante premieres
annees de Fexploitation, et a ne faire peser sur
Fentreprise ni sur ses fonds aueunes impositions
ni emprunts forces.
Art. 8. Le gouvernement aura, sur la ligne et
dans les ports, des employes des douanes charges
d'empecher la contrebande, mais qui n'intervien-
dront en rien dans F administration interieure de
la eompagnie. Un reglement particulier sera fait
sur cette matiere.
Art. 9. Une fois les travaux d'art te. rmines, ils
seront verifies par deux ingenieurs qui examine-
ront si Fentreprise a tenu ses engagements.
Art. 10. Si la communication des deux mers r$H
ET GARANTIES. 135
etait reconnue praticable et que quelque per-
sonne ou une compagnie offrissent de la realiser,
ces offres ne pourraient etre acceptees pendant
la duree du privilege des cinquante annees ac-
cordeaM. Garay, si cenestavec le consentement
de ce dernier ou de ses ayants droit et repre-
sentants.
Art. 11. En vertu des bases de ce decret, les
conditions entre le gouvernement et Don Jose
Garay seront notarises et enregistrees avec toutes
les formalites exigees par les lois.
Nous avons cru devoir supprimer l'expose des
motifs du decret, rempli, suivant Fusage du pays,
des declamations les plus ampoulees, et qui pro-
met de faire du Mexique le centre du commerce
du mpnde entier, e\\ emporium de la puissance
et de la richesse!
On doit remarquer que F article 6, qui accorde
aux etrangers le droit d'acheter des terres a cinquante lieues de distance de la voie de communication , sera annule, ou se trouvera en contradiction manifeste avec le decret du meme
president Santa Anna, du 11 mars 1842, qui
permet aux etrangers de s'etablir indifferemment
dans toute Fetendue des departements du Mexique,
et d'y posseder des biens-fonds, a la seule condi-
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136 ORSTACLES A LA COUPURE
tion qu'ils seront situ& a cinq lieues des frontieres
ou de la mer1.
Don Jose Garay espere trouver des actionnaires
a Londres ; mais il est douteux que les maisons
anglaises veuillent risquer leurs capitaux dans
une entreprise qui n'offre que des chances si in-,
certaines de succes. Les actionnaires des compagnies anglaises pour F exploitation des mines au
Mexique ont perdu des sommes considerables,
et tout porte a croire que cette lecon les aura
rendus plus circonspects.
La canalisation presque entiere d'une riviere,
le creusement de deux ports sur le golfe du Mexique et la Mer Pacifique; enfin le curage de deux
barres s'ensablant sans cesse, sans parler du manque de ressources et de bras, et de la mortalite
qui decimerait les colons europeens, sont des obstacles en quelque sorte insurmontables a Fetablis-
sement du passage par Fisthme de Tehuantepec2.
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1 Voir Diario del Gobierno de la Repitblica Mexicana, numero
du i5 mars 1842, art. 1 et 10.
a Par un decret du mots d'octobre 1843, le president Santa-
Anna ordonne la construction d'une prison dans l'isthme de
Tehuantepec, destinee a renfermer trois cents malfaiteurs qui
seront entretenus aux frais de l'adjudicalaire du projet, et pour-
ront etre appliques par lui aux travaux de la canalisation , si elle
a lieu, ce qui est encore fort douteux.
IH; DE L'ISTHME DE TEHUANTEPEC. 137
L'examen de la carte et de la description topo-
graphique demontre la presqu'impossibilite de la
canalisation; et quant a une route par terre, elle
seraitdepeud'utilitepourles marchandises quien-
traineraient des frais de transport considerables.
Les habitants des provinces du Yucatan,Tabasco,
Chiapas et Oajaca peuvent en effet s'approvi-
sionner directement dans leurs petits ports, et il
serait plus opportun, pour ces differents Etats ,
d'etablir des routes carrossables depuis leurs prin-
cipales villes jusqu'a la mer.
De toutes les communications entre Focean
Atlantique et la mer du Sud, celle de l'isthme de
Tehuantepec nous parait done etre la derniere
qu'on puisse adopter. Le passage par Panama, et
surtout par le lac de San Juande Nicaragua, est
d'une execution bien plus facile, car ce dernier
pourrait offrir sur FAtlantique un port assez con-
venable, un port excellent sur la Mer Pacifique,
celui de Nicoya ou de Realejo. En outre, les lacs
de Leon et de Nicaragua permettraient la navigation a de grands navires.
Ce projet de communication avait ete examine
a diverses epoques. En 1780, Fingenieur francais
Martin de la Rastide soumit a la cour de Madrid
un projet de communication par le Rio Partido,
un canal de jonction ,  le lac de Nicaragua et le
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138
LAC DE NICARAGUA.
Rio San Juan, et en 1781, Fingeuieur Don Manuel
Galisteo executa un nivellement avec le plus
grand soin, par ordre du gouvernement espa-
gnol. Rien que la nouvelle vallee recemment de-
couverte dans l'isthme du Darien,et dont le savant
M. Arago a entretenu, en 1842, FAcademie des
sciences', reunisse, grace a son horizontalite, les
conditions les plus precieuses pour Fetablissement
d'un chemin de fer, le manque de ports a Fem-
bouchure du Rio de Chagres, et la facilite d'ac-
complir les travaux hydrauliques de Nicaragua ,
donneront toujours a cette derniere route un incontestable avantage sur celle de l'isthme de
Panama. On pourrait cependant prendre pour
tete d'un chemin de fer la magnifique rade de
Puerto Rello, sur FAtlantique, et la faire aboutir
a la baie de Panama, mais un canal a grande por-
tee ou toute autre communication pour les navires d'un fort tonnage sont evidemment prefe-
rables a un chemin de fer.
Independamment de la compagnie franco-grenadine , a la tete de laquelle s'est placee la maison
Salomon et Cie, de la Guadeloupe, MM. Raring
freres, de Londres, ont fait evaluer les frais qu'oc-
1  Comptes rendus des seances  de FAcademie  des Sciences,
decembre 1842. ^p;ll
ISTHME DE PANAMA. 139
casionnerait la coupurede FisthmedePanama.il
estresulte de cette estimation, que la depense s'e-
leverait a troismillions quatre centsoixante-quinze
mille piastres fortes, etle benefice annuel approxi-
mativement a sept cent soixante-quatre mille six
cent dix piastres, ce qui porte Finteret a vingt-
deux pour cent environ.
Le gouvernement francais, comprenant de son
cote toute l'importance de cette question, s'est
empresse de faire examiner Fisthme de Panama
par M. Garella, du corps royal des mines, et il
n'est pas douteux que les travaux de ce savant
ingenieur ne repandent un grand jour sur ce sujet,
dont on sepreoccupe si vivement depuis quelques
annees.
Dans le tableau suivant, nous indiquerons
exactement les distances et les temps de parcours
necessaires par navires a vapeur pour atteindre,
du point central de l'isthme (sans parler du Chili
ni du Perou), tous les ports interessants des provinces hispano-americaines au nord de Fequateurj
les principaux archipels de FQceanie, et quelques
points de la cote d'Asie.
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TARLEAUX DES DISTANCES.
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TABLEAU DES DISTANCES EN MILLES MABINS ET DU NOMBBE
D'HEUBES NECESSAIBES POUB ALLEB PAB PYBOSCAPHE DE PANAMA AUX POINTS SUIVANTS :
POINTS-DE DEPABT.
MILLES.
De Panama au golfe de Nicoya.-......,	
» au golfe del Papagayo.	
» a Realejo	
» a Sonsonate ,	
» a Soconusco..	
» a Tehuantepec	
» a Acapulco.... ........'..
» a Manzanillo	
» a San RIas	
» a Mazatlan	
» a Gaymas	
» au Rio Colorado	
. ^       .     (Par Mazatlan.....
» a San Diego? j.
(directement	
par Mazatlan	
directement	
par Mazatlan..
directement...
par Mazatlan	
directement	
par Mazatlan
a Monte
Re4!
a San Francisco
a la Bodega
au Rio Colombia
directement.
au detroit de Rehring par le Rio
de Colombia	
a Honolulu (iles Sandwich)	
a P6tropaulowski (Kamtschatka)
par Sandwich	
a Otaiti	
aux iles Marquises	
a Jedo (Japon) par Sandwich...
a Canton (Chine) par Sandw-ich.
435
590
680
847
1,095
1,2*10"
1,495
1,780
1,962
2,091
2,448
2,793
3,016
2,760
3,376
3,120
3,456
3,200
3,514
3;258
4,034
3,570
5,970
4,620
7,380
3,540
3,150
7,950
9,540
HEUBES.
48
65
75
94
121
134
166
197
218
232
272
310
335
306
375
346
384
355
390
362
448
385
6.63
513
820
! 381
347
883
1,060
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ill ■ TABLEAUX DES DISTANCES.
141
BOUTE DIBECTE d'eUBOPE EN   CHINE PAB L'ISTHME DE PANAMA
POINTS  DE DEPABT.
DISTANCES
en
MILLES  MABINS.
NOMBRE
de jours par
NAVIRES A VOILES.
NOMBRE
de jours
PAE PYKOSCAPHES.
Du Havre a Chagres	
DeChagres a Sandwich....
De Sandwich a Hong-Kong.
J r- ____
4,830
4,540
5,160
43
41
46
26
25
29
14,520
130
80
Par le cap de Bonne-Esperance, il n'y a que
deux cents milles de moins, et, a cinq milles par
heure, un batiment a voiles ferait le trajet en cent
vingt et un jours; mais cette navigation presente
plus de dangers et de plus grandes difficultes.
En partant d'Acapulco, on aurait les distances
et les parcours suivants:
POINTS  DE DEPABT.
D'Acapulco a Honolulu (ile Sandwich).
De Sandwich a Guam (iles Mariannes).
De Guam a Macao ou Canton (Chine)..
Totaux	
Milles marins.
3,000
3,100
1,600
7,700
Jours de  navigation
a vapeur.
10
10
5
25 142 NAVIGATION A VAPEUR
De Guam a Sincapour, a Fextremite de la pres-
qu'ile de Malaca, il y a deux mille trois cents
milles, et de la a Calcutta ou Madras douze cents,
ce qui donne un total de trois mille sept cent
trente-trois lieues marines pour la distance d'Acapulco a Calcutta.
En 1838, il s'est forme a Londres, sousle titre
de Compagnie de la navigation a vapeur dans
V Ocean Pacifique, une societe avec un capital
de deux cent cinquante mille livres sterling, qui
exploite, par ses pyroseaphes, les ports compris
entre le Chili et Panama. Son intention est de
faire remonter ses navires vers le Nord, a me-
sure que les affaires commerciales prendront plus
d'extension r et que les rapports entre le Perou,
FEquateur, la Nouvelle Grenade et le Mexique,
deviendront plus importants et plus suivis.
II serait superflu d'ajouter que la jonction des
deux Grands Oceans ne fera qu'imprimer un nou-
vel essor a cette utile entreprise, et nous faisons
des vceux pour que nos paquebots transatlantiques
prennent une part active dans ce developpement
maritime , qui ne pourrait qu'etre extremement
avantageux a notre commerce et a nos colonies
des Antilles et de la Mer Pacifique.
De toute maniere, les provinces de la Nouvelle-
Espagne, baignees par la mer du Sud, ne pour- DANS L'OCEAN PACIFIQUE. 143
ront que gagner immensement a la coiipure du
continent americain. Dans cette supposition, c'est
surtout le port d'Acapulco qui en recueilleraitles
plus grands fruits, puisque, sous le rapport de
Fetendue et de la securite, ce port ne laisse rien
a desirer, et qu'il se trouve en outre etre le point
le plus rapproche de Mexico, dont il n'est separe
que par une distance d'environ cent lieues. On
sait a quel degre d'opulence il etait parvenu
sous le regime royal, alors que les galions des
Philippines y apportaient leurs riches cargai-
sons.
C'est done sur ce port que le gouvernement
mexicain doit porter principalement son attention ; car la cote a Festd'Acapulco, nommee Costa
chica, et celle appelee Costa^ grande, qui s'etend
jusqu'au port de Manzanillo, jouissent toutes deux
d'une fertilite extraordinaire, et donnent^entre autres produits, du coton d'une qualite superieure
qui pourrait devenir plus tard, ainsi que celui du
territoire de Colima, un article essentiel d'exportation *.
1 Voir dans Patlas, le plan n° 4«
Latitude Nord : 16° 50' 28".
Port d'Acapulco..
Long. Ouest :  102° 12'41".
En temps : 6h 48m 50s.
Declinaison : 8° 17' N.-E. mmm
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144 VILLE ET PORT D'ACAPULCO.
La ville d'Acapulco est considerablement de-
chue de son ancienne splendeur; sa population,
qui se montait, du temps des Espagnols , a neuf
mille habitants, n'arrive pas a deux mille aujourd'hui, et son commerce exterieur se borne a
quelques echanges avec FEquateur et le Perou,
et a un cabotage tres-limite.
Les Espagnols avaient si bien senti Futilite de
faciles relations avec Acapulco, qu'al'instar de la
magnifique route construite par eux entre Vera-
Cruz et Mexico , ils avaient deja prepare le trace
et reurii les materiaux necessaires a Fexecution
de celle qui devait joindre la capitale a Acapulco , en passant par Cuernavaca et Chilpan-
cingo. On voit encore d'immenses amas de pierres
sur les bords du chemin actuel.
Mais il est a craindre que Fetat de disorganisation profonde dans lequel est plonge le
Mexique, et les revolutions qui s'y succedent
sans interruption, ne permettent jamais a ce beau
pays de mener a fin des projets qu'il appartenait
seulement a la bonne et sage administration des
vice-rois de la Nouvelle Espagne de concevoir et
de reahser.
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PS
*2lKfib A partir d'Acapulco, la cote court a Fouest.
Basse et formee par ce qu'on appelle les plages
de Coyuca, une fois arrivee a la pointe Jequepa,
elle se releve un peu vers le nord, et Fon de-
couvre alors, a vingt lieues environ, le Morro de 1
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146 COTE A LOUEST DACAPULCO.
Petatlan, haute montagne reconnaissable aux
ilots dont elle est entoureeT.
Entre cette pointe et plusieurs iles blanches, est
place le petit port de Siguantanejo.Toute cette cote
est bordee de villages et de salines exploiters par
les habitants. L'approche'du rivage est parfaite-
ment saine, bien qu'on y cherchat vainement des
mouillages tres-siirs. II n'y existe non plus aucune
riviere importante. Celle de Sacatula, qui pro-
vient du volcan de Jorullo, ainsi que les Rios
Camuta et Coalcaman, ne sont point navigables.
Les baies de Tejupan et de Santyago , situees au
sud et a Fest du promontoire nomme les Mame-
lons de Tejupan, ne peuvent etre considerees
que comme des rades foraines.
De ce point, la direction generale de la cote
est presque droit au nord pendant un demi-de-
gre. Elle s'incline ensuite a Fouest, et passant de-
vantl'embouchure des Rios Coaguanaja, Apisa et
de la Armeria jusqu'a la pointe de San Francisco
ou de Ventanas, qui marque Fentree meridio-
nale du port del Manzanillo, signale au nord par
les deux mornes eleves de Juluapan et par une
cote bordee de palmiers*
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1 Morro de Petatlan.
Lat. Nord: 170 3a'.
Long. Ouest: io*3  4°'54'
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PORT DEL MANZANILLO. 147
Le port del Manzanillo ou Salagua n'a point
ete decrit et doit cependant acquerir quelque
jour une importance majeure. En jetant les yeux
sur le plan inedit qui accompagne ce chapitre,
on verra qu'il est infinimeNnt superieur aux rades
ouvertes de San Bias et Mazatlan. II presente quatre excellents ancrages, et des navires d'un tres-
fort tonnage peuvent y mouiller en tout temps |
Pour venir chercher le port del Manzanillo, il
faut se placer au large en latitude et gouverner
sur la terre, ayant pour guide, tout en laissant
arriver un peu a Fouest, le double pic du volcan
de Colima. En arrivant pres du port, dont Fen-
tree est assez large, on reconnait qu'il est divise
en deux baies par la pointe de la Audiencia, qui
descend vers le sud. La baie du levant porte le
nom del Manzanillo, celle du couchant celui de
Santyago : c'est la qu'est la meilleure aiguade.
Quand le vent est dusud, le mouillage preferable
se trouve dans Fanse de Fest, oil Fon arrive en
suivant depuis Fentree la ligne Nord 52 degres
Est, et Fon mouille par douze et quinze metres
en face de la roche San Pedrito. On peut aller
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ieas.fei HI
Mfeii
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E* II
1 Voir le plan n° 5 de l'atlas.
i        Bklll mi   [Lat. Nord : iq° 6'.
Port   del   Manzanillol *
ou Salagua j
{Long. Ouest: io6° 48' i5''.
( Declinaison : 8° i5' N. E.
10.
■■'■:"■.
mi'
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BBil 148 M0U1LLAGE DE SALAGUA.
aussi dans la baie de Fouest en gouvernant au
Nord 42 degres Ouest, rangeant les rochers los
Frayles qui bordent la seconde pointe de Juhia-
pan, et Fon jette Fancre derriere la montagne,
par cinq et six brasses a quelques pas du bord.
Pour aller prendre le mouillage de Santyago ou
de Salagua avec un vent portant, on court Nord,
quelques degres Est ou Ouest, en evitantla roche
Estrada, situee a l'extremite sud de la pointe
de la Audiencia-, qui est, avons-nous dit, droit
en face de Fentree. La maree a lieu toutes les
vingt-quatre heures , le flux le matin et le reflux
le soir ; elle monte de deux metres environ , et
les courants portent vers le sud.
A Salagua Feau et leboissonttres-abondants, et
les bceufs a bon marche. On pourrait y prendre de
la vanille, des tortues a ecaille fine, de belles
perles, le coquillage qui donne la couleur pour-
pre, et divers bois precieux, tels que Febene,
Facajou et la grenadille.
Le port del Manzanillo a ete ouvert aux navires
etrangers, et il a recu plusieurs riches cargaisons
d'Europe; mais en 1836, la jalousie des negociants de Tepicet de San Bias le fit fermer, ainsi
que celui de Mazatlan, qui fut rendu plus tard
au commerce exterieur.
La situation avantageuse de Salagua lui per- '• *.M M •      £*'
LAGUNE DE CUYUTLAN. 149
mettait d'approvisionner, plus aisement que les
autres ports, les provinces de Colima, Michoa-
can et Jalisco , et surtout d'envoyer plus rapide-
ment, et a moinsdefrais, les marchandises a Guadalajara et a la celebre foire de San Juan del Rio.
Manzanillo est eloigne d'environ vingt lieues
de la ville de Colima, capitale du territoire de ce
nom. Le chemin , depuis la mer, est deja prati-
cable pour les charrettes, et le trajet serait di-
minue de sept lieues par terre au moyen d'une
courte tranchee qui mettrait le port en communication avec la lagune salee de Cuyutlan , navigable pour de grands bateaux plats.
Les cargaisons expedites de Mazatlan pour Fin-
terieur de la Nouvelle Galice ne passent point
par San Bias; le fret d'un port a Fautre est de
une piastre et demie par colis, et le transport par
terre de San Bias a la foire de San Juan, par
exemple, est de quatorze piastres, ce qui fait
quinze piastres et demie par colis ou trente et une
par charge de mulet. On eprouve, en outre ,
beaucoup de peine pour se procurer des betes de
somme, tandis qu'on en obtient tres-facilement
a Salagua. De Mazatlan a Manzanillo le fret vaut
deux piastres environ par colis, et le port jusqu'a
San Juan, neuti; la charge eoutedone vingt-deux
piastres au lieu de trente et une: economic con-
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150 TERRITOIRE
siderable pour les maisons qui expedient dix ou
douze mille colis par annee.
Les habitants de Colima sont encore en instance
aupres du gouvernement pour la reouverture de
leur port, qui interesse tout le commerce des provinces occidentales. II y a au Manzanillo trois
petits villages, un poste de quatre soldats et un
employe, de la douane qui se tiennent aux
hameaux de Salagua et de Santyago, pres du
mouillage le plus frequente. Le commerce a lieu
seulement entre les ports mexicains tels que
Acapulco, San Bias, Mazatlan et Guaymas.
Le territoire de Colima est riche et tres-fertile.
Bien qu'il ne renferme" que cinquante mille habitants, la consommation annuelle des marchandises d'Europe monte a un million de piastres.
Les produits principaux sont : le sel, qui s'ex-
porte, dans presque toutes les mines du Mexique,
a Fenorme quantite de cinq cent mille quintaux,
representant une valeur d'environ douze cent
mille piastres; il vaut a Zacatecas et a Guanajuato
quatre piastres le quintal; cent quintaux d'indigo,
a une piastre et une piastre et demie la livre; cinq
cents quintaux de cacao ; huit mille de riz; cinq
mille de sucre, et une grande quantite de savon.
Toutes les cereales se recoltent en abondance, et
on compte plus de cinquante mille plants de cafe.
*mm ET VILLE DE COLIMA. 151
Le coton est devenu depuis quelques annees
un article fort important; il est de tres-belle qua-
lite, blanc, a courte soie; c'est un arbuste qui
n'acquiert que la hauteur d'un metre et demi; on
le seme tous les ans en septembre : la premiere
recolte s'effectue en fevrier, et la seconde a la fin
de mai. On enrecueille annuellementde soixante-
quinze a quatre-vingt mille quintaux, qui, brut,
se vend de quatre a six piastres : a l'egrenage il y
a deux tiers de dechet, et le prix net de revient
est de douze a dix-huit piastres le quintal de qua-
rante-six kilogrammes. Le transport d'une charge
de trois quintaux jusqu'a Mexico coute seize
piastres, etdeux piastres jusqu'au Manzanillo. Ce
prix, eleve d'environ deux francs le kilogramme,
ne permet pas, quant a present, l'exportation du
coton en Europe.
II y a a Colima une bonne maison francaise ,
celle de M. Francois Meillon, et MM. Lestapis et
Corbiere ont etabli de grandes plantations avec
une machine a egrener et a nettoyer le coton;
ils y ont, en outre, organise une filature; le tout
d'une valeur de plus de deux cent mille piastres.
Si Fon en excepte d'assez frequents tremble-
ments de terre et les goitres dont les habitants
sont affectes , la ville ne presente rien de remar-
quable:   la population ,  d'environ vingt mille
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152 VOLCANS DE COLIMA.
ames, est entitlement adonnee a Fagriculture et
au commerce.
A huit lieues , dans Fest-nord-est, se trouve le
volcan de Colima , le plus occidental de ceux du
Mexique. Sa hauteur absolue est de 3656 metres;
il est en activite et laisse s'echapper des vapeurs
sulfureuses, descendres et des pierres, mais depuis longtemps il ne jette plus de lave. Le dia-
metre de son cratere est de 150 metres, et ses
bords sont dechires a pic ; les flancs de la mon-
tagne sont arides et escarpes, le soufre meme
est de mauvaise qualite. A une lieue au nord du
volcan on voit un cratere eteint qui depasse de
212 metres Felevation du precedent, et dont la
hauteur au - dessus du niveau du port est de
3868 metres; son sommet est couvert de neige;
on l'apercoit en mer a de tres-grandes distances,
et il offre, quand le ciel est pur, un excellent
point de reconnaissance aux na vigateurs qui cher-
chent le port del Manzanillo.
La vallee dans laquelle est situee Colima pa-
rait formee de produits volcaniques et de laves
decomposers melees a des detritus. On n'y rencontre pas de minerais , mais seulement de tres-
beaux morceaux de porphyre. La vegetation de
la plaine consiste en palmiers, aloes, grenadiers
et en orangers superbes. Des qu'on s'eleve sur
tr»,ik. VALLADOLID. 163
les plateaux superieurs, les arbres elegants des
tropiques sont remplaces par de sombres forets
de pins, recouvrant la partie de la Sierra-Madre
qui s'etend presque jusqu'a Valladolid.
Un Francais, M. Guinot, est charge, dans cette
ville, d'une entreprise considerable. Grace a un
capital de cent mille piastres , en partie fourni
par des actionnaires, il a etabli, sur une vaste
echelle , la culture du murier et Feducation des
vers a soie.
Depuis le port del Manzanillo jusqu'au cap
Corrientes, la cote, qui s'eleve presqu'au nord,
' presenteles trois mouillages de Guatlan, Navidad
et Tamatlan qui sont fort peu frequentes.
A partir du cap Corrientes, que les navires
allant d'Europe a San Bias ont toujours soin de
reconnaitre, se developpent, dans la partie orien-
tale, sur une etendue de douze ou quinze
lieues, la grande baie de Ameca et le Valle de
Banderas, oil les batiments etrangers viennent
charger quelquefois du bois de Bresil dont la
cote abonde 1
En face et un peu au sud de la pointe de Mita,
qui forme la limite nord de la grande baie , gi-
1 Cap Corrientes
Latitude Nord 200 a5' 3o".
Longitude Ouest 1070 5c/ 3i''.
mm 154 NOUVELLE GALICE.
sent, presqne sur le meme parallele , les trois pe-
tites iles las Marietas, et une quatrieme a Fouest,
appelee la Corvetana. Ce groupe etant distant
d'un degre seulement de celui de lasTres Marias,
une legere erreur en latitude suffirait pour les
faire prendre Fun pour Fautre. Mais il sera difficile de s'y tromper si Fon se souvient que las
Tres Marias sont beaucoup plus grandes, et
qu'elles se trouvent sur une meme ligne dont la
direction generale est nord-nord-ouest, tandis
que las Marietas et la Corvetana sont tres-pe-
tites et placees sur une ligne qui court est et
ouest.
La cote, au dela dela pointe de Mita, rentre
un peu au levant pendant un espace de vingt
lieues, et on y rencontre, apres la pointe de Te-
cusitan, les mouillages de Chacala et de Matan-
chel, au sud du petit cap de los Custodios, qui
indique Fentree meridionale de la rade de San
Bias.
Le port de San Bias est situe dans la Nouvelle
Galice, et s'il nous a semble inutile de decrire les
villes de Vera-Cruz, de Puebla et de Mexico ,
ainsi que celles de Guanajuato , Queretaro , Ce-
laya, Leon, Valladolid et Oajaca, que tant d'ou-
vrages ont deja rendues familieres au lecteur,
il n'en est pas de meme de Guadalajara, aujour- GUADALAJARA. 155
d'hui la seconde ville du Mexique, et qui joue
un tres-grand role dans toutes les revolutions du
pays. H     :- ,
Cette ville, capitale de Fancienne intendance
de ce nom et de la Nouvelle Galice, Fest aujourd'hui du departement de Jalisco, qui renferme
une population de six cent mille ames, et a une
superficie d'environ neuf mille lieues carrees.
Sa position geographique est par 20 degres
41 minutes de latitude nord et 105 degres 41 minutes 15 secondes de longitude a Fouest du meri-
dien de Paris. Guadalajara se trouve situee a cent
cinquante lieues dans Fouest de Mexico. La route
qui separe ces deux villes | quoique fort mau-
vaise , est cependant praticable pour les voitures,
mais elle pullule de voleiirs et d'assassins. C'est |
Guadalajara que resident le gouverneur, le commandant general et Feveque. On y remarque de
nombreuses eglises, et onze couvents des deux
sexes.
Par suite de son defaut de relations avec Fetran-
ger et du manque destitutions litteraires, cette
ville est Fune de celles oil la civilisation est le plus
arrieree. Elle ne possede qu'une assez pauvre im-
primerie en activite , et n'a ni bibliothequespu-
bliques, ni ecoles superieures; car Fenseignement
donne a un tres-petit nombre d'eleves dans le i
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m INDUSTRIE
seminaire ecclesiastique est extremement incom-
plet. L'ecole de dessin et les ecoles primaires
gratuites seules sont dans un etat satisfaisant.
Dans le departement, Fagriculture est assez
florissante. Les Indiens des campagnes se livrent
a la culture , et les recoltes se composent princi-
palement de ble, mais, riz , haricots, avoine,
cacao, cochenille, coton et de maguey [agave
americana), d'ou Fon retire, par la distillation,
Feau-de-vie appelee mescal. Les produits agri-
coles peuvent etre evalues annuellement a trois
millions de piastres fortes.
Quant a Findustrie, qui jouita son tour d'une
certaine prosperite, elle consiste surtout dans la
fabrication d'etoffes ordinaires en laine, les sa-
rapes et cobertones, et en toiles de coton unies et
imprimees, nominees mantas, rebozos et za-
razas.
On travaille fort bien Fecaille a Guadalajara ,
et Fon y trouve plusieurs fabriques de chapeaux,
des tanneries et des savonneries, dont Fexploitation est d'autant plus facile, que les champs ,
dans certaines localites, sont couverts de carbonate de soude efflorescent que les Indiens appel-
lent tequezquite, et qu'ils recueillent avec soin
pendant le mois d'octobre. Dans Fetat de Jalisco , le montant des produits industriels s'eleve DANS L'ETAT DE JALISCO
157
a quatre millions de piastres. La valeur du savon
entre dans ce chiffre pour un million, et celle
des etoffes de coton pour deux J.
La fabrique de cigares occupe huit cents ouvriers, dont six cents femmes. La culture du
tabac etant prohibee, les matieres sont apportees
du departement d'Orizaba. La vente en est affer-
mee : elle donne a Guadalajara un produit annuel de deux millions de piastres.
On ne cultive ni le lin, ni le chanvre, ni la soie
dans ce departement.
La presque totalite des pieces d'or et d'argent
frappees a Fhotel des monnaies est fournie par
la mine celebre de Bolailos et par celle de Hosto-
tipaquillo, bien qu'il y ait encore plus de vingt
localites ou fonctionnent de petites exploitations,
arretees souvent par le haut prix du mercure.
Si
M
1 Le tequezquite est un carbonate de soude naturel efflorescent.
II vaut une demi-piastre la fanegue ou 25 livres. L'analyse faite
par M. Rerthier, professeur a 1'Ecole royale des Mines a Paris,
donne :
Carbonate de soude anhydre o,5i6
Sulfate de soude anhydre o,i53
Sel marin «... ^ o,o45
Eau. *   0,246
Matieres terreuses 0,0 3o
°>99°
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158 GUADALAJARA.
II est aise de distinguer les pieces frappees a
Guadalajara, et qui portent a leur revers le
signe G*. Les maisons d'affinage en France doi-
vent s'attacher a les obtenir : elles contiennent
beaucoup d'or, car dans cette ville Fatelier d'essai et de depart [casa de ensayo y apartado) est
dirige de la facon la plus defectueuse; il ne pos-
sede ni les instruments, ni les reactifs necessaires,
et ses administrateurs ignorent completement les
savants procedes de MM. Gay-Lussac et d'Arcet.
Les especes monnayees et les lingots ou barres
d'or et d'argent sont diriges sur Tampico et San
Bias, afin d'etre embarques a bord des navires
de guerre anglais et des navires du commerce.
Le departement de Jalisco a quelques mines de
cuivre, mais elles demeurent inexploitees. Pres
de Tepic on obtient de petites quantites de fer,
et pres de Guadalajara un pe*u de mercure; mais
Fextraction de For et de Fargent par Famalga-
mation etant plus facile, lesmineurs s'y adonnent
de preference.
Guadalajara, situee dans une vaste plaine, est
depourvue de tout moyen de defense : elle n'a ni
fosses, ni murailles, et toute sa garnison consiste
en huit cents hommes de mauvaises troupes de
toutes armes.
Cette ville est d'ailleurs  un foyer perpetuel
-HI LAC DE MESCAL A. 159
d'intrigues et de conspirations politiques. On y
prepara la chute d'lturbide, le renversement de
Bustamante, Felevation de Santa-Anna , et ce fut
enfin le congres federal de Jalisco qui rendit le
decret parricide de l'expulsion des Espagnols. La
moralite du peuple est presque nulle, son ignorance , grossiere ; les vols et les assassinats sont la
chose du monde la plus commune; ils se commet-
tent tranquillement en plein jour, le plus sou-
vent avec impunite, et les prisons contiennent
plus de mille malfaiteurs. Douze cents criminels
sont en outre renfermes dans un hagne[presidio)
qui a ete etabli dans la petite ile de Mescala, au
milieu du lac de Chapala, a quinze lieues dans le
sud-est de Guadalajara.
Ce lac, situe a deux mille metres environ au-
dessus du niveau de la mer, a cent vingt lieues
de circonference, et presente un phenomene analogue a celui du Rhone dans le lac de Geneve. II
est traverse par le Rio Grande de Sant Yago, qui
debouche dans la Mer Pacifique, pres de San
Bias. Dans un cours de deux cents lieues ce fleuve
n'est navigable sur aucun point.
A Guadalajara et dans les environs, plus de
soixante Francais se livrent a des professions in-
dustrielles : ils y ont fonde des etablissements
importants, notamment deux grandes boulange-
§
'
'mh iiPl
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ICO ETAT DES ROUTES.
ries et minoteries, une brasserie, une distillerie
a vapeur, un atelier complet de teinture et d'im-
pression d'etoffes. Les ouvriers francais qui reus-
sissent le plus aisement a realiser, dans ce departement, de notables benefices, appartiennent aux
etats de fondeurs, de charpentiers, de mecani-
ciens et de serruriers.
La France n'est representee a Guadalajara
par aucune maison de commerce considerable;
toutes les grandes affaires, les vastes operations
sont concentrees entre les mains de quatre
maisons, dont trois espagnoles et_ Fautre anglaise.
La route qui conduit jusqu'a Tepic, a San Bias,
au Rosario eta Mazatlan, est, comme celle qui va
de Mexico a Guadalajara, infestee de voleurs, qui,
reunis en bandes de trente, quarante, et jusqu'a
cent cinquante hommes, bien montes, bien armes , organises militairement, pour ainsi dire ,
attaquent les voyageurs, enlevent les convois,
pillent les metairies, les hameaux (haciendas y
ranches) et frappent des contributions meme sur
de gros villages.
La distance de Guadalajara a Tepic est de
quatre-vingt-dix lieues, qu'il fautfairea cheval,
par la plus detestable route de tout le Mexique ,
en traversant d'immenses ravins qui se prolon-
iSlffKB
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.•   / TEPIC. — CONSUL ATS. 161
gent jusqu'a la mer, et sont remplis d'arbres
propres a la construction des navires.
Tepic, qui n'a guere que huit mille habitants
pendant les chaleurs, en compte plus de dix mille
durant la saison des pluies.
Les autorites et les employes de la douane de
San Bias y resident, et ne se rendent au port que
lors de Farrivee d'un batiment march and.
A une lieue de Tepic se trouve le village de
Jalisco, bati sur les ruines de Fancienne ville in-
dienne de ce nom, riche et puissante lors de la conquete. Les fouilles qui y ont ete faites ont amene
la decouverte d'ustensiles de toute espece , d'ar-
mes et d'idoles des anciennes divinites mexicaines.
Le sejour de Tepic est sain; Felevation de la
ville au-dessus du niveau de la mer est de huit
cent quatre-vingt-cinq metres.Tout le commerce
se trouve concentre aux mains de cinq maisons
espagnoles : MM. Menchaca, d'Anglada, vice-
consul d'Espagne ; Castanos , vice-consul des
Etats-Unis; Barron, vice-consul d'Angleterre, et
M. Yruretagoyena, dont le neveu, M. Joseph
Calvo, est vice-consul de France. M. Calvo, jeune
liomme eleve a Paris, nous est entierement de-
voue; il a rendu d'importants services a plusieurs
Francais et a des capitaines de batiments mar-
chands de Bordeaux.       Ms
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1.
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162 FEATURE DE COTON.
Aux portes de Tepic existe un grand etablisse-
ment de filature et de tissage de coton. Les machines sont mises en mouvement au moyen d'un
courant d'eau pris dans le Rio Grande de Sant-
yago. Le proprietaire est un Anglais, M. Forbes,
associe de la maison Barron. On ne compte que
deux ou trois Francais a Tepic, et la filature
est la seule entreprise industrielle qui s'y soit
formee.
La route actuelle de Tepic au port de San Bias
a vingt-deux lieues , tandis que la distance di-
recte est de huit lieues seulement. II y a peu de
temps encore, M. Castanos, riche negociant es-
pagnol de Tepic, proposa au gouvernement mexicain de faire construire a ses frais un chemin
pour les voitures. Les depenses devaient s'elever
a cinquante mille piastres environ, et M. Castanos n'exigeait que le droit de percevoir, pendant vingt ans, unmodique peage. L'apathie des
administrations qui se sont succede, a empeche
de donner suite a une offre si avantageuse. L'an-
cienne chaussee espagnole (el camino real)^ qui
s'etendait au milieu des marais, a presque entie-
rement disparu.
A San Bias , les fortifications, le chateau qui
defendait Fentree du port (el castillo de la en-
trada des plans espagnols , eleve a 32 metres au- VILLE ET PORT DE SAN RLAS. 163
dessus des eaux), la corderie,Fhopital, leschan-
tiers, Farsenal, les magasins , tout est en ruine;
il ne reste que des decombres a la place des ma-
gnifiques etablissements fondes /sous le regime
royal. II n'y a pas un canon en batterie, pas un
soldat, pas une piece de bois, pas un ouvrier
dans ce port, oil la marine espagnole en occupait
plus de trois mille, et dans lequel on construisait
des fregates!
La ville de San Bias, qui n'a guere que huit
cents habitants , est situee sur un morne, a une
lieue de la mer. On remarque, sur le rivage, quelques miserables cabanes occupees par des pe-
cheurs, des matelots et des muletiers. Cet endroit,
nomme la Playa, a un agent consulaire anglais,
M. Saunders, capitaine au long cours. Les navires
doivent eviter d'y faire de Feau, car elle est sau-
matre et malsaine. Les vivres,apportesde Tepic,
y sont fort chers: les bceufs valent de huit a douze
piastres.
San Bias n'a qu'une rade foraine : le mouillage
est sur dans la saison seche, et moins dangereux,
pendant lespluies, que celui de Mazatlan. L'eten-
due et la configuration de la rade rendentl'appa-
reillage plus facile, et assez souvent les courants
portent au large. On doit cependant eviter d'y
sojourner pendant la saison du cordonazo, oura-
mm.
II.
It; i. 164 ATTERAGE
gan periodique dont on donnera plus bas la description.
San Bias presente le grand avantage d'une petite anse, dite elpozo , fermee et abritee du cote
de la mer par une jetee naturelle de rochers. Elle
est d'une ressource particuliere pour y carener ;
il est a regretter toutefois qu'elle ne puisse guere
contenir que cinq ou six navires, qui, pour y
entrer et se mettre a Fabri du mauvais temps,
doivent avoir un tirant d'eau n'excedant pas dix
pieds; car un banc obstrue Fentreede Fanse.
Sousle gouvernement espagnol, on avait soin
d'enlever le sable , et la jetee etait entretenue de
maniere a permettre aux fregates de sojourner
sans danger dans le pozo. D'ailleurs, un bras du
Rio Grande de Santyago debouchait autrefois au
fond du port, et dans les grandes eaux, entrai-
nait avec lui le sable et la vase du port. Pendant la guerre de FInsurrection,le commandant
espagnol de San Bias, afin d'isoler la place et
d'empecher toute agression par la voie du fleuve,
fit couler, dans le bras qui se jetait dans le port,
un navire charge de pierres; mais on pourrait
aujourd'hui faire disparaitre aisement cet obstacle et rendre de la profondeur au bassin inte-
rieur.
II est tres-facile de venir chercher la rade de DE SAN RLAS. 165
San Bias; de nombreuses marques servent de
guide. Apres avoir double les iles las tres Marias,
qui sont- a trente lieues au large, on laisse arriver
sur la terre, et Fon apercoit dans FEst le mont
San Juan., morne eleve de dix-neuf cents metres,
et que par un beau temps on decouvre de vingt
lieues en mer1. Derriere cette montagne se cache
la ville de Tepic. En gouvernant sur le San Juan,
on ne tarde pas a reconnaitre une enorme roche
blanche appelee la Piedra blanca del mar ou.de
afuero,, la pierre blanche de la mer ou du large,
elevee de quarante-six metres. En en passant a
une petite distance au sud, et continuant la route
vers Fest, on voit bientot une nouvelle roche
blanche, celle du dedans, la Piedra de adentro,
plus petite que la premiere, et qui marque ex ac-
tement le mouillage. C'est dans Fest de celle-ci
que Fon doit jeter Fancre par quinze ou seize
metres.
On peut, de nuit comme de jour, venir cher-
cher ce mouillage. Les deux roches gisent Est et
Ouest Fune de Fautre, et sont distantes de onze
milles. Toute la cote de la baie est parfaitement
saine d'ecueils, et le brassiage regulier. Si Fon
>
Sommet du mont San Juan
Lat. Nord : 210 26'   i5"
) Long. Ouest -'1070 21' 3' 1
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166 COMMERCE DE SAN RLAS.
reste sous voile, il faut se defier des courants qui
portent assez fortement au sud.
San Bias est tres-malsain; il y regne des fievres
pernicieuses pendant la saison des pluies, et il y
a des nuees de moustiques et de maringouins,
dont les piqures occasionnent des eruptions cu-
tanees, des ophthalmies et difierentes inflammations graves. Les capitaines des navires ne doivent
point permettre a leurs matelots de dormir sur
le pont ou d'aller coucher a terre.
Les marchandises arrivant par le port de San
Bias servent a approvisionner la Nouvelle Galice
et le territoire de Colima. Quelques parties sont
expedites a Mazatlan, Durango, San Luiz dePo-
tosi et Zacatecas. Annee commune , il entre a San
Bias de dix-huit a vingt batiments marchands
etrangers, dont les chargements peuventetre lvalues a deux millions de piastres fortes. Tous ces
navires repartent sur lest, ou vont charger du bois
de Bresil a Mazatlan ou au Valle de Banderas.
En arrivant a San Bias en juillet, aout ou sep-
tembre au plus tard, les batiments se defont avec
plus de facilite et d'avantage de leurs cargaisons,
qu'on transports a la foire de San Juan de los
Lagos, et qui ont le privilege de payer cinquante-
trois pour cent de moins sur les droits d'entree.
II est a craindre que cette eirconstance favo-
msvm
m
m SAN JUAN DE LOS LAGOS. 107
rable ne soit ignoree des armateurs des ports de
France.
La petite ville de San Juan de los Lagos se rencontre sur la route de Mexico a Guadalajara, a
quarante lieues de cette derniere ville. II s'y tient
tous les ans, le 5 decembre, une foire qui dure
huit jours, et ou se rendent non-seulement les
marchands de tout le territoire mexicain, mais
meme ceux de Guatemala. Le niouvement d'affaires s'y eleve ordinairement a deux millions de
piastres.
La position geographique de San Bias est aux
mines de Farsenal et au niveau de la mer : latitude nord 21 degres 32 minutes 34 secondes;
longitude a Fouest du meridien de Paris, 107 degres 35 minutes 48 secondes; declinaison, 9 degres 12 minutes nord-est. Temperature de
novembre -f- 25 degres centigrades, a midi. Ba-
rometre reduit a zero et au niveau de la mer :
moyenne 76lmm,5 , maximum 765mm,5, minimum
764mm,5. Vents regnants : du sud a Fouest.
Etablissement de la maree, 9 heures 45 minutes;
hauteur aux equinoxes, 2 metres 40 centimetres1.
Sous le parallele de San Bias, et a trente lieues
au large, gisent les iles decouvertes par Mendoza
I Voir dans l'atlas le plan de San Rlas, n° 6.
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168 ILES LAS TRES MARIAS.
en 1532, et nommees las tres Marias, et Filot
San Juanico1. Hautes et inhabitees, ces iles ont
sou vent servi de refuge aux pirates, et elles peu-
vent devenir d'une grande importance, dans le
cas oil Fon voudrait bloquer la cote nord-ouest
du Mexique et capturer les navires venant de
Sandwich, de Chine et de la Haute Californie.
On y trouve des tortues dune belle ecaille, du
gibier, des eponges, du bois et d'excellente eau.
On peut aisement passer entre File du milieu et
celle du nord-ouest, et mouiller a Fouest de
celle-ci, oil il y a constamment plus de vingt
brasses.
A vingt lieues de Sari Bias dans le nord-ouest,
en face de l'embouchure du Rio San Pedro, ap-
parait la petite ile Isabelle, inhabitee2. Par 22 degres 25 minutes de latitude nord, on apercoit les
petites collines de laBayona; on peut jeter Fan-
cre par huit brasses pres de la pointe nord-ouest,
a Fabrides vents du nord-est. L'embouchure du
Rio Bayona est designee sous le nom de boca de
.
1 Extremite sud de la plus orientale des tres Marias : latitude
nord 2i° 16'; longitude ouest 1080 35' 5''. Hot San Juanico a
Fextremite nord-ouest des Tres Marias : latitude nord, 21° ^5'
3o"; longitude ouest 1080 5o/ 18". Declinaison : 8° N. E.
2 Hot Isabelle : latitude nord, 210 5o' 3o"; longitude ouest,
1080 14' 48". '..„,■ (<••
HYDROGRAPRTE. 169
Teacapan. A huit lieues plus au nord, on decou-
vre les monticules de Chametla. La pointe ouest
du Rio Cbametla ou del Rosario est situee par
22 degres 50 minutes latitude nord, et 108 degres
18 minutes longitude ouest. C'est dans le petit
port forme par son prolongement que Fernand
Cortez s'embarqua, le 15 avril 1535, pour aller
decouvrir la Californie. A un mille au large, le
fond est de quinze a seize metres.
Sur la cote, se voient plusieurs grandes fermes
qui sont, en partant de San Bias, les haciendas
del Mar, San Andres, Santa Cruz, Teacapan et
del Palmito. On peut y acheter des bceufs a huit^
piastres, et quelques legumes. L'eau de toutes les
rivieres est bonne, et le bois a brfiler fort abon-
dant.
Comme il n'existe aucune description hydro-
graphique des cotes* de San Bias, Mazatlan et
Guaymas, nous croyons utile de reunir ici,
laux renseignements fournis par les officiers les
plus pratiques, le resultat de nos propres observations.
II n'y a sur aucun point de la cote ni phares,^
ni signaux, ni balises, mais elle est partout par-
faitement saine et peut etre approchee a petite
distance. L'annee se divise en saison seche et en
saison des pluies. II faut remarquer que le chan-
i
Sit-If
ii
ISt 170 OURAGANS PERIODIQUES.
gement s'opere graduellement,et que son epoque
peut varier. Durant la saison seche, le temps est
constamment beau. Les vents soufflent regulie-.
rement, pendant le jour, du nord-ouest a Fouest,
en suivant la direction de la cote, et ils sont rem-
places la nuit par une legere brisede terre ou par
des calmes. La saison des pluies, qui commence en
juin, est d'abord indiquee par des calmes et de
legers grains de pluie; a mesure qu'elle avance,
les grains deviennent plus forts, et au lieu den'ar-
river que la nuit, ils commencent dans l'apres-
midi, et se terminent par des orages tres«violents,
accompagnes d'eclatsde tonnerre fort dangereux
et de vents impetueux soufflant de tous les points
de l'horizon. Le temps se maintient de la sorte
jusqu'a la fin de septembre, et il arrive parfois
que la saison se termine par un ouragan terrible,
qui ordinairement a lieu du ler au 5 octobre,
jour de la fete de Saint Francois. Ces ouragans,
qui soufflent toujours du sud-est ausud-ouest, ont
peu de duree; mais ils ont tant de violence et ren-
dent la mer si haute, que rien ne peut leur resis-
ter. C'est ce que Fon nomme dans le pays le
Cordonazo de San Francisco1. Le navire sur-
pris sur rade doit sombrer sur ses ancres ou
1 Le coup de cordon de Saint Francois. INVERSION DE L'ALIZE. 171
rompre ses amarres et faire cote. A Fapproche
du Cordonazo, il importe de courir des bordees
au large, ou, si Fon est force derester sur rade, de
mouiller a une telle distance de terre, que Fon
puisse facilement mettre a la voile aux premiers
signes precurseurs du coup de vent. Ces observations ne sont pas applicables aux rades entiere-
ment ouvertes, et Fon doit eviter d'y sojourner
pendant les mois de septembre et d'octobre. Ce-
pendant le Cordonazo, trompant les previsions
des navigateurs, arrive quelquefois plus tard
qu'a la Saint Francois : c'est ainsi que le ler no-
vembre 1839, douze navires qui le croyaient deja
passe, furent surpris dans le port de Mazatlan et
perirent pour laplupart corpset biens. Le ler no-
vembre 1840, trois batiments se^sont perdus dans
la rade de San Bias, et plusieurs personnes se
sont noyees, sans qu'il ait ete possible de leur
porter secours.
On observe sur la cote nord-ouest du Mexique et
dansle golfe de Californie le phenomene designe
en meteorologie sous lenom d'inversion de lalize.
En effet, ce vent qui, presque constamment,
souffle du nord-est sur FAtlantique et dans les
mers au nord de FEquateur, se trouve remplace
ici par un vent de sud-ouest, et meme par les
vents directs de Fouest. Cette inversion, qui ne
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11.
172 PORT ET VILLE
regne qu'en dedans de la Mer Vermeille, ne se
fait point sentir sur la cote de Californie baignee
par FOcean Pacifique, au dela du 23e degre de latitude Nord. VSi
San Bias' est distant de Mazatlan de soixante
lieues marines; la navigation tres-facile dure au
plus de deux a cinq jours. La cote est saine par-
tout. Pres de terre il y a toujours de douze a
quarante metres, et, a quelques milles au large,
le fond est de soixante-dix a cent.
Le port de Mazatlan, ainsi que celui de San
Bias, n'est qu'une rade foraine, quoique dans la
jsaison seche on y soit en siirete et a Fabri des
vents regnants qui viennent toujours alors du
nord-ouest et de la mer. Lorsque la saison des
pluiesest avancee, le port n'est pas tenable et est
excessivement perilleux. Un navire jete a la cote
est expose a s'y perdre corps et biens, car elle est
herissee de rochers, contre lesquels la mer se
brise avec violence1.
MAZATLAN.
La rade de Mazatlan, dans le departement de
Sinaloa, est entierement ouverte aux. vents les
1 Voir le plan n° 7 de Idtlas.
:■ DE MAZATLAN. 17 3
plus dangereux dans la saison des pluies. Le port
est forme par un enfoncement dans les terres, au
centre duquel est placee la ville; mais les petits
navires peuvent seuls en approcher. Les grands
mouillent dans le sud et sont abrites par le Creston, petite ile tres-haute formant la cote nord
de la rade. Le Creston n'est separe d'une autre
ile que par un canal de quelques brasses, et cette
derniere n'est elle-meme eloignee de la grande
terre que d'une encablure. En venant du large,
le point de reconnaissance est le Creston qui pa-
rait isole de la cote; dans le nord de cette ile se
trouvent deux ilots*nommes islas de los Pajaros
et de los Venados, qui servent aussi a reconnaitre
le mouillage, car c'est le seul point de la cote oil
existe un groupe d'iles. Le mouillage en pratique
aujourd'hui est dans le sud du Creston; mais les
ilots forment entre eux et la terre une autre rade
que frequentaient anciennement les Espagnols,
et qui est bien preferable dans la saison des
pluies : on y est a Fabri du sud et du sud-ouest
qui soufflent dans les coups de vent, et on a Fa-
vantage de pouvoir appareiller en passant entre
les iles ou entre ces iles et la cote; mais comme
pendant la saison seche les vents regnants du
nord-ouest ybattent enplein, etque la grosse mer
rend tres-diffieile sur la plage le debarquement
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'i jjl- pp6
Ml
Pfilr
Bill
17 l COMMERCE DE MAZATLAN.
des marchandises, les navires restent ausud du
Creston, ou ces inconvenients n'existent pas.
Quand on a reconnu le Creston, on peut gou-
verner dessus, et pour prendre le mouillage en
passer a une petite distance au sud, en ayant soin
de se defier des fausses risees qui font masquer la
voilure. On doit choisir, pour jeter Fancre,
comme le point le plus favorable, celui qui se
trouve en face de Fouverture existant entre le
Creston et Filot qui le suit; on y trouve un bon
fond de seize a vingt metres. Si Fon veut mouiller
de nuit, il faut eviter une roche plate eleveeseu-
lement de 4 a 5 pieds; on peut la ranger de
tres-pres; elle git a un quart de mille dans le sud-
est du Creston.
Le port de Mazatlan est ouvert au commerce
etranger depuis peu d'annees; le nomofficiel qui
lui fut donne par le gouvernement mexicain est
celui de la villa de los Costillas. Sa population
monte a environ huit mille habitants pendant la
saison des pluies, mais elle s'eleve a dix et douze
mille durant la saison seche et a l'epoque de Far-
rivage des navires, car alors les marchands des
provinces de Chihuahua, Jalisco, Sonora, Colima, Sinaloa et Durango, viennent faire leurs
achats. Le commerce est concentre exclusivement
entre les mains des etrangers, qui realisent des
ffifilii
M   .
111 175
NEGOCIANTS ETRANGERS.
benefices assez considerables. Les maisons principal es sont celles de M. Jhn Parrot et compagnie,
Nord-Americain, consul des Etats-Unis et associe
de M. Valade; de M. Scarborough et compagnie
de New-York, associe deM. Talbot, vice-consul
anglais; M. Kayser Hayn et compagnie de Ham-
bo urg , vice-consul de Prusse; M. Denghausen
de Hambourg, vice-consul des Villes Anseatiques;
M. Castanos, vice-consul d'Espagne; M. Gra-
nados, Espagnol; MM. Penny et Vega, le premier
Anglais, le second Mexicain; MM. Machado et
Yeoward, Fun Espagnol etlautre Anglais. Toutes
ces maisons operent avec un capital de cent a
trois cent mille piastres; quelques-unes meme
disposent de plus d'un million. Lesetablissements
francais sont au nombre de quatre; ilsappartien-
nent a MM. Patte et Sellier, M. Gaucheron,
M. Vial, et a MM. Fort et Serment, qui ont aussi
une maison a Mexico et font de grandes affaires
en matieres d'or et d'argent.
A Mazatlan etdans le departement de Sinaloa,
plus de deux cents Francais se livrent au commerce et a Findustrie, sans compter cent cinquante matelotsetcharpentiers environ employes
au cabotage, et la plupart provenant de nos
batiments de guerre et de commerce. Tous nos
nationaux desiraient vivement et ont vu avec
il 'I
m n \i
176 CONSUL AT DE FRANCE.
plaisir, apres Finstallation de M. Valade, nego-
ciant estimable, nomine vice-consul sur notre
proposition, la creation d'un consulat, dont la
protection ne saurait manquer d'etre efficace.
La ville de Mazatlan, ouverte de tous cotes, n'a
sur la cote ni fortifications ni batteries; la garnison
se compose de qui nzeou vingt dragons mal montes,
et dune soixantaine de fantassins; deux petits
gardes-cotes, ayant quatre pieces et quinze hommes
d'equipage, completent les forces militaires.
Les navires doivent aller faire de Feau dans la
presqu ile qui forme le cote sud de la rade; par-
tout ailleurs elle estsaumatre. Bien que lesejour
de Mazatlan soit moins malsain que celui de San
Bias, on y redoute avec raison, durant la saison
des pluies, des fievres pernicieuses; et comme il
n'existe pas d'hopital dans cette ville, les capitaines doivent prudemment veiller a ce que leurs
equipages ne se livrent pas a la debauche. Ce port
est, au reste, le seul sur toute la cote del'Amerique
en all ant de Guayaquil vers le nord, oil un grand
batiment puisse faire des approvisionnements
presque complets. Un bceuf s'y vend de huit a
douze piastres;la farine de Guaymas, qui est ex-
cellente, de douze a quatorze piastres la charge
de douzearrobes (trois cents livres franchises), et
le vin de Bordeaux trente-cinq a quarante pias-
•l: POSITION DE MAZATLAN. 177
tres la barrique. On peut se procurer dans les
magasins des rechanges en toile neuve, du gou-
dron, du suif, des cordages, des chaines, ancres
et pieces de bois provenant en partie des navires
naufrages.
En 1840, il est entre dans ce port vingt-huit
batiments marchands etrangers, dont quatre francais, qui se sont defaits de leur cargaison a des
conditions avantageuses. En 1841, il n'y a pas eu
d'arrivage francais; mais ils ont repris depuis ces
deux dernieres annees. Le mouvement du port de
San Bias est un peu inferieur a celui de Mazatlan,
qui augmente de ce que Fautre perd annu ellement.
La position geographique de Mazatlan est par
23 degres 12 minutes de latitude nord, et 108 degres 42 minutes de longitude a Fouest du meri-
dien de Paris, en temps 7 heures 14 minutes 48
secondes; la ville est au niveau de la mer; decli-
naison, 8 degres 33 minutes nord-est; temperature moyenne de novembre et decembre,a midi,
-I- 22 degres centigrades; barometre 760mm, sauf
la variation diurne; vents regnants, sud-ouest et
sud-est; hauteur de la maree aux equinoxes 2m,3;
etablissement du port, 9 heures 45 minutes.
A dix lieues a Fouest de la ville, sur la route
par terre qui vient de San Bias et Tepic, et a
trois lieues de la mer, est situe Fancien Presidio
1. 12 17 8 NAVACHIST A. — ALTAT A.
de Mazatlan. Ce village ne presente plus guere
que des mines depuis que tout le commerce a ete
transporte au port, et qu'il a perdu son importance militaire. On y chercherait vainement les
derniers vestiges d'anciennes fortifications, et la
belle caserne que les Espagnols y avaient batie,
n'abrite plus aujourd'hui que quelques soldats
de cavalerie. Le nombre des habitants est de cinq
cents environ. LeRio de Mazatlan, qui coule au-
pres du Presidio, vers la mer, n'est pas navigable.
Une distance de cent cinquante lieues, dans le
nord-ouest, separe le port de Mazatlan de celui
de Guaymas, et il n'existe aucune ville sur le
littoral. Pres de terre, on trouve de sept a huit
brasses, et au large, a quinze ou vingt milles, de
quatre-vingts a cent metres. II n'y a point de bancs
ni d'ecueils visibles. Les principales rivieres sont,
en allant vers le nord : le Rio Piastla dont l'embouchure forme le petit mouillage de Navachista,
le Tavala, le Rio Culiacan avec un petit port
nomme Altata (a l'embouchure de cette riviere,
il y a peu de fond, et les grands navires doivent
passer a cinq ou six milles au large); le Rio Tama-
sula et le Macapule, le Rio Sinaloa au nord duquel
se trouve la pointe San Ignacio; on peut mouiller
a son abri par sept brasses, et Fon est garanti
du nord-est. L'ecueil de San Ignacio git a trois ATTERAGE DE GUAYMAS. 179
milles dans le sud de la pointe. Plus au nord, le
Rio Santa-Maria de Aome. Quant au Rio del
Fuerte, il faut jeter Fancre a un mille au nord ou
au sud de son embouchure, afin de trouver dix
ou douze metres. Le Rio Mayo a un ancrage de
sept brasses a cinq lieues dans le nord-ouest :
tout pres de terre se trouve la petite ile deserte de
Lobos Marinos, et, a quatre lieues au sud de
Y entree du port de Guaymas, le Rio Yaqui, dont
les bords sont habites par la tribu indienne du
meme nom.
Quoiqu'aucune de ces rivieres ne soit navigable, leur embouchure suffit pour recevoir les
caboteurs. Les marchandises qu'ils dechargent
proviennent de Mazatlan, de Guaymas, et quel-
quefois meme de San Bias. Elles sont transporters
a dos de mulet a Culiacan, a la Villa Feliz de Tama-
sula, a Sinaloa, a la Villa del Fuerte et a Alamos.
I
WW.
Mm
GUAYMAS.
Leport de Guaymas se reconnait du large par
une montagne surmontee de deux pitons qui
figurent les tetines d'une chevre, et qu'on appelle
las Tetas de Cobra. Lorsqu'on a apercu la montagne, on court sur la cote en la laissant un peu
sur babord, et Fon reconnait bientot 1 ile de
12.
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180 VILLE ET PORT
Pajaros qui forme le cote nord de Fentree du
port. On peut alors gouverner a la laisser un peu
sur tribord, afin d'entrer dans le canal qu'elle
forme avec la terre, et Fon ne tarde pas a voir
poindre le port et la ville | II faut ranger de preference le cote babord a cause d'un banc qui se
trouve dans lest. L'entree du port une fois dou-
blee, deux iles se presentent dans Finterieur de
la baie, et il faut passer entre elles pour aller
prendre le mouillage plus ou moins pres de terre,
selon le tirant d'eau du navire. Les batiments de
cent tonneaux s'amarrent au debarcadere, et ceux
qui calent de douze a quinze pieds mouillent a
un quart de mille par sept et huit metres. Les
grandes corvettes et les fregates doivent jeter
Fancre en dehors des iles par sept et huit brasses.
Ce port, dont F enceinte peut renfermer un nombre considerable de navires, est tres-sur en
toutes saisons; car son fond est de bonne tenue; il
est abrite de tousles vents, et forme un vaste bas-
sin parseme d'iles qui empechent que la mer
puisse jamais y etre grosse. Le banc situe en face
du goulet, est le seul danger qu'il offre aux na~
vigateurs; mais on Fevite facilement avec des
vents portant et en rangeant le cote de terre.
1 Voir le plan n° 9 de l'atlas.
It* DE GUAYMAS. 181
Neanmoins, si Fon etait, en y entrant, force de
louvoyer, il faudrait se garder de prolonger les
bordees pour eviter de toucher Fecueil.
La ville de Guaymas compte a peine cinq mille
habitants dans la belle saison, car pendant les
pluies plus de deux mille se retirent dans les
petites villes de Finterieur. Le port ne possede ni
fortifications, ni garnison; et de meme qu'a
San Bias et a Mazatlan, le gouvernement mexicain n'a aucune espece d'embarcation armee en
guerre; ce qui n'empeche pas le personnel des
officiers d'etre assez nombreux : en effet, on
compte dans ces trois ports plusieurs capitaines
de vaisseau et de fregate; mais quant a ces navires ils n'existent que sur le papier.
Tout le commerce de gros est monopolise par
la maison Don Manuel Inigo et Compagnie. Cette
maison opere avec un capital de plus de deux
millions de piastres, et les batiments etrangers
qui arrivent a Guaymas doivent la prendre pour
consignataire, afin de se defaire de leur charge-
ment avec plus d'avantages.
Cette maison a re^u, en 1841, quatre grands
navires, dont les cargaisons peuvent etre eva-
luees a six cent mille piastres Elle fait etablir pres
de la ville de Hermosillo ou Pitic, a quarante
lieues dans le nord-est de Guaymas, une grande \mR
K«-
182 CONSULATS DE GUAYMAS.
filature et tissage de coton, dont les frais exce-
deront deux cent mille piastres. Le but principal
de cette entreprise, comme celles de Guadalajara
et Tepic, n'est pas, ainsi qu'on pourrait le croire,
de s'affranchir de Fintroduction des produits
etrangers, mais au contraire de favoriser la con-
trebande des cotons files et des tissus anglais,
contre lesquelsles manufactures du pays sont dans
F impossibility de soutenir la concurrence. II y a
encore a Guaymas quatre maisons de second ordre:
M. John Robinson, Nord-Americain, gerant le
consulat d'Angleterre et vice - consul des Etats-
Unis ; M. Mac Alpin, Anglais , et MM. Garcia et
Esprio, Espagnols. Plusieurs Francais se livrent
au commerce de detail, et le nombre de ceux re-
sidant dans le departement de Sonora s'eleve a
deux cents environ, y compris cinquante matelots
employes a Guaymas. L'Espagne a un vice-consul, M. Lousteauneau, associe de la maison Inigo.
Nous avons ete assez heureux pour faire insti-
tuer comme vice-consul de France M. Cubillas,
qui pendant plusieurs annees avait rempli ces
memes fonctions a Tepic. Ce jetfne homme, qui
nous est fort devoue, a ete eleve en France; il
est interesse dans la maison Inigo, et peut mieux
que tout autre traiter avec nos batiments mar-
chands et proteger nos nationaux. Les Francais
sit.
:... RATIMENTS FRANCAIS. 183
des departements de Sinaloa et Sonora ont beau-
coup souffert pendant Fex pulsion. Plusieurs d'en-
tre eux se voyant au moment de perdre le fruit
de leur travail, se sont fait naturaliser Mexicains;
d'autres, et notamment des Basques et des Bear-
nais, se sont donnes pour Espagnols. Leur nombre dans ces deux provinces est de cinq cents au
moins, et le capital dont ils disposent de pres de
deux millions de piastres. Tous desirent vivement
la presence sur la cote de navires de guerre francais , auxquels ils puissent remettre leurs fonds
pour les envoyer en France.
Le pavilion francais se montre fort rarement
sur la cote occidentale du Mexique ; le premier
navire de guerre qui ait visite ces parages depuis
longues annees, est la fregate la Venus, en 1838,
commandee par M. Dupetit-Thouars, alors capi-
taine de vaisseau; un an plus tard vint la corvette
la Dandide, aux ordres de M. de Rosamel; mais
ces batiments ne retournant pas directement en
France, n'ont pu prendre de chargement d'especes.
Cependant, la Dandide embarqua des fonds pour
quelques maisons des Philippines, et le commerce
de Mazatlan qui les lui confia fut agreablement
surpris detrouver dans le commandant un desin-
teressement inconnu des capitaines anglais. Or,
si les batiments de notre station du Perou ou de
i m
tVi Kit
til
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li'
184 POSITION
FOceanie venaient, avant leur retouren France,
chercher les matieres d'or et d'argent des trois
ports du Mexique, il est hors de doute que les negociants de toutes les nations, et les Anglais eux-
. memes, s'empresseraient de leur remettre leurs
fonds, pour eviter de payer les deux pour cent
exiges par la Marine royale britannique.
Le bas prix et Fexcellente qualite des farines
au port de Guaymas offrent de precieux avantages
aux navires qui veulent faire desvivres. La charge
de douze arrobes (cent trente-huit kilogrammes)
vaut de huit a dix piastres. La Dandide y fit fa-
briquer pour plus de quinze mille francs de biscuit. Ces farines sont expedites a Mazatlan, a San
Bias, a Loreto et a la Paz, sur la cote de Californie.
Le prix des bceufs est de douze piastres environ.
Les legumes sont fort rares et fort chers, et Feau
est si mauvaise dans le port, qu'on doit envoyer
les chaloupes la chercher dans le Rio Yaqui et a
quatre lieues dans le sud.
Guaymas est entoure de hautes montagnes, et
il y fait extremement chaud pendant la saison des
pluies; il y regne les memes fievres qua San Bias
et a Mazatlan.
La position geographique de Guaymas est, au
niveau de la mer, dans la petite ile nommeeMorrd
Almagre: 27 degres 53 minutes 50 secondes lati- ET COMMERCE DE GUAYMAS. 185
tude nord, et 113 degres 9 minutes 35 secondes
longitude a Fouest du meridien deParis; en temps,
7 heures 32 minutes 38 secondes; declinaison,
12 degres 4 minutes nord-est; hauteur moyenne
du barometre, sauf la variation diurne, 760 millimetres ; temperature moyenne de decembre, a
midi -f- 25 degres centigrades; vents regnants
(hors du port) du sud a Fouest; etablissement
du port, 9 heures 40 minutes; hauteur de la ma-
ree aux equinoxes, deux metres.
Bien que le nombre des navires venant de
France ne soit pas tres-considerable, la valeur
des marchandises franchises consommees sur cette
cote est extremement importante, puisqu'elle at-
teiht au moins cinq millions de francs, prix d'a-
chat en Europe, qui, tous frais payes, produisent
ici pres de quinze cent mille piastres fortes. Le
huitieme de la grande majorite des cargaisons
venant d'Angleterre, et le quart de celles des
Etats-Unis, de Lima et Valparaiso, et de Ham-
bourg surtout, sont formes par des produits francais , et tres-eertainement leur vente s'accroitrait
encore si nos fabricants, a l'exemple de ceux de
Silesie, de Saxe et d'Angleterre, consentaient a
faire des articles exprespour ce pays, dontlacon-
sommation a une etroite affinite avec celle de
FEspagne.
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186 IMPORTATIONS.
Voici maintenant quelques indications sur le»
marchandises qui trouvent un placement etendu
et facile. II ne faut pas oublier toutefois que la
plupart d'entre elles ont ete prohibees par le decret de Santa-Anna, du 14 aout 1843.
ARTICLES D'IMPORTATION.
COTON.
iiit
mmi
iilff
Hit
hi
*£l.:
Les calicots ecrus [manta) et blancs [imperial)
en trois quarts de large ; ceux de Rouen ne sont
pas connus; peut-etre pourraient-ils lutter heu-
reusement contre ceux des Anglais. Quant aux
indiennes, celles d'Alsace jouissent d'une incontestable superiorite en raison du bon gout des
dessins et de la solidite des couleurs; mais leur
prix eleve en restreint considerablement Fusage.
Les fabriques de Mulhouse, et celles de Rouen
surtout, devraient s'appliquer a imiter les indiennes a bon marche fournies par FAngleterre
et la Suisse. Nos impressions rouges sont fort es-
timees, mais nos etoffes sont trop larges ; les indiennes a bas prix ne doivent avoir qu'une demi-
aune. Les chales en indienne de toute grandeur,
les mouchoirs imitant les madras, trouvent un
ecoulementavantageux, et il serait a desirer pour
nos fabricants qu'ils parvinssent a contrefaire les
*v ARTICLES DE FIL.
Un des articles les plus importants est sans
I If"
1:11
ARTICLES DE COTON. 187
chiles nommes rebozos, qui sont ici d'un usage
general. Cet article presenterait de grands benefices. Les percales, les madapolams et les mous-
selinesenqualitestres-finessont assez recherches;
toutefois il est a craindre que nous ne puissions
soutenir la concurrence des fabriques anglaises.
Seules, nos mousselines imprimees obtiendront la
preference, grace a Felegance et a la nouveaute
des dessins.
Le velours en coton [pana) est dune bonne
consommation; les seules couleurs usitees sont le
bleu et le noir unis et en belle qualite. Les den-
telles de coton sont fournies par FAngleterre: il
s'en consomme peu; les broderies en tulle de
Nancy et de Saint-Quentin peuvent se placer,
mais en petites quantites. Les bas de coton unis
et a jour, et ceux dits en fil d'Ecosse, sont fournis
par la Saxe et FAngleterre. Les etoffes coton et
fil, laine et coton, connues sous le nom d'articles
de Lille et de Roubaix, sont entierement incon-
nues, et il est permis de croire que des essais
prudemment tentes auraient des resultats profi-
tables.
i;£: II
f'i &
lis M
i^itll
&M"
itfiits
ftfflp-
188 ARTICLES DE FIL.
contredit la toilerie, et il faut reconnaitre avec
peine que la negligence des fabricants francais a
permis aux toiles d'lrlande, de Saxe et de Silesie
de leur faire une concurrence redoutable. Nos
manufactures s'obstinent a ne pas fabriquer ex-
pres des largeurs et des qualites qui offrent dans
F Amerique espagnole une vente assuree.
Neanmoins, malgre les imitations etrangeres,
les toiles de Bretagne [Bretanas legitimas, Pon-
tiviy platillas), celles de Pontivy, a fil plat, celles
de Lille, Valenciennes; les batistes et linons de
Cambrai [plan, linon, Cambrai, estopilla)se pla-
cent tres-avantageusement, ainsi que les coutils
[dril) blancs et ecrus de Laval, pour pantalons,
et le coutil double a raies bleues ou rouges pour
matelas. Les rubans de fil, le fil a coudre, les
cordons ronds et plats sont exclusivement four-
nis par la Silesie. La Saxe envoie tout le linge de
table, et plusieurs qualites de toiles nommees dans
le pays ginga, rusia et cotense.hes bas en fil vien-
nent de Chemnitz et d'Angleterre.
If.'
•111!
ARTICLES  DE LAlNE.
Les draps anglais, allemands et beiges font le
plus grand tort a la draperie franchise; c'est pour- ARTICLES DE LAINE. 189
quoi elle aurait interet a n'expedier que des qualites tres-apparentes dans les prix moyens, et seu-
lement en noir, bleu de diverses nuances, vert
fonce et brun. Les draps de Sedan et d'Elbeuf
sont trop chers.; generalement on ne les apprecie
point a leur valeur. Les qualites legeres du Midi,
celles de Castres et de Carcassonne trouvent plus
aisement des acquereurs. L'emploi des merinos,
des casimirs et des/napolitaines etant tres-cir-
conscrit dans ces contrees, il importe de n'en
envoyer que pour assortiment. La meme observation s'applique aux flanelles, bayettes , pru-
nelles, bombasin et aux alepines. Ce dernier article
doit etre souple et imiter la soie. Deux couleurs
seulement sont en usage, noir noir pour le clerge,
et noir bleu lustre pour les femmes. Les bas de
laine, et en noir seulement, ne sont portes que
par les hommes : leur usage est fort restreint. Le
crepe, le lasting, le voile, les serges et les autres
etoffes de Rheims, d'Arras, d'Amiens et de Beau-
vais, doivent etre apportes en petite quantite. Les
tapis de toutes formes, de toute largeur et en
pieces, les draps imprimes et gaufres pour cou-
vrir les meubles et les pianos, et les descentes de
lit, se vendentbien, surtout s'ils sont de couleurs
voyantes.
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11 £;
1
Iff*?'.
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*RS§!::
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I
■
SOIERIES.
SOIEBIES.
Les chales en soie et ceux en cachemire ne sont
pas usites. Parmi les articles de grande consom-
mation il faut citer la soie a coudre. Malheureu-
sement nos fabricants ont a lutter ici contre les
produits de Piemont, et particulierement contre
ceux de la Chine. Nos soies ont cependant Favan-
tage. de la fixite des couleurs; mais on devrait
imiter avec soin la torsion et le poids des eche-
veaux chinois.
Le choix des etoffes unies demande une extreme attention par suite des progres des ma-
nufacturiers suisses et allemands. II importe de
donner aux taffetas, aux serges et aux satins une
qualite souple et apparente. Les couleurs prefe-
rees sont le noir noir, le noir bleu lustre, le blanc
mat et blanc d'argent, le bleu de ciel et le bleu
de roi, le lilas et le violet. Les satins de Chine,
fort estimes ici parce qu'ils ont plus de corps et
de solidite que ceux d'Europe, servent particulierement a faire des souliers de femmes, qui n'en
portent jamais d'autres.
Le velours doit etre uni, de premiere qualite,
bleu, noir, vert et cramoisi tres-fin. Quant aux
velours broches  d'or et de soie, aux velours SOIERIES. 191
epingles, aux draps de soie et aux differentes
etoffes de mode pour gilets, fabriques a Lyon,
la vente en est tres-facile. Nul doute qu'on ne
retirat d'importants avantages de 1'imitation des
robozos de soie, que Fon fait a Mexico; deja quelques essais ont ete tentes a cet egard avec succes.
Les rubans principalement en satin et ceux de
mode doivent etre etroits et legers. Les galons,
cordons, facets, brandebourgs et les articles de
passementerie se placent aisement. Les cravates,
les echarpes, mouchoirs de cou, les articles en
gaze et les objets de gout, sont egalement d'une
vente sure; mais il faut se garder d'expedier des
chales unis ou brodes en crepe, etc., non plus
que des damas et etoffes pour meubles, car les
Chinois ont sur nous, pour tous ces articles, une
superiorite marquee.
Les bas de soie, dont la consommation est
enorme, doivent etre pour femmes d'un blanc
brillant, unis et brodes a jour; tres-peu de noirs,
si ce n'est pour hommes; car le clerge seul en
fait usage; il est essentiel d'ailleurs qu'ils soient
de tres- belle qualite.
L'usage de la mantille espagnole disparait tous
les jours, et il faut mettre beaucoup de reserve
dans Fenvoi des dentelles, des chales et des voiles
en blonde.        fH Ife
;!| ||! I
il
Pi': fe
; H' 192 MERCURE. - PAPIER.
Quelques ornements d'eglise, comme des chasubles, bannieres et garnitures d'autels, peu vent
encore se placer avec assez d'avantage.
MERCURE.
La maison Rothschild de Londres fournit
annuellement pour les trois ports de San Bias,
Mazatlan et Guaymas, de quatre a cinq mille
quintaux de vif-argent. En 1841, a Mazatlan, on
en a recu seize cents quintaux; dont cinq cents
etaient destines a la compagnie anglaise de Gua-
dalupe y Calvo dans FEtat de Chihuahua. |||
On expedie le mercure dans des flacons fermes
a vis; ils contiennent trois arrobes (soixante-
quinze livres) de metal, et forment un fort bon lest
pour les navires, leur arrimage etant tres-facile.
PAPIER.
La fabrique de cigares a Guadalajara en consomme annuellement le chargement entier d'un
navire; cet article est d'une vente assuree; mais
nos fabricants d'Angouleme he s'adonnent pas
avec assez de soin a limitation complete des qualites espagnoles, telles que lefiorete et le medio
florete de Catalogue et du royaume de Valence. ARTICLES DE PARIS. 193
Les Genois ont profite de cette apathie, et ils
font des expeditions qui leur rapportent d'im-
portants benefices. Les papiers a lettres et les
papiers en couleurs se placent bien; maisle papier a tenture n'a qu'un ecoulement tres-borne.
INSTRUMENTS DE MUSIQUE ET PIANOS.
H:l
H.i
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L'usage des pianos devient general; tous les
navires anglais et hambourgeois en apportent, et
s'en defont avantageusement. On prefere aux
pianos a queue les carres et les verticaux. II ne
faut envoyer que des qualites moyennes. Un piano
qui coiite cinq cents francs a Paris, se vend tres-
aisement de quatre a cinq cents piastres a Mazatlan. Tous les autres instruments de musique, a
Fexception desharpes, sevendent assez bien, ainsi
que la musique gravee.
v.!
ft
ill
Hill'  ■
W
S0a
ARTICLES DE PARIS.
Les pendules, les bronzes, les glaces, les armes
ordinaires, les lustres, les eventails, la parfume-
rie, la bijouterie vraie, et fausse surtout, les por-
celaines dorees, la quincaillerie, les gants, les
mouchoirs de batiste brodes , les habits confec-
tionnes, les bottes et souliers, les galons en jne-
i. i3
llil
M
; w ■ i 194 VINS ET SPIR1TUEUX.
tal, la sellerie, les objets de mode, et tous les
milliers d'articles et de marchandises diverses
connuessous le nom general d'articles de Paris,
sont d'une vente assuree, et offrent des benefices
d'autant plus considerables que la superiority
nous est acquise.
Plusieurs de ces objets sont prohibes par le
tarif des douanes; mais on peut esperer une modification ou un arrangement avec les employes,
qui ont des appointements peu eleves, et dont
quelques-uns, par leur tolerance, se font un
revenu annuel de trente et quarante, et jusqu'a
cent mille piastres.
VINS ET SPIRITUEUX.
mer.
Citons parmi les vins et liqueurs, dont la con-
sommation est abondante, le Bordeaux et le Champagne (qualites moyennes), les eaux-de-vie de
Cognac, les liqueurs de Bordeaux et de Marseille,
et quelques vins doux, entre autres le Roussillon
et le Frontignan. Aux maisons de Hambourg,
qui recoivent quelques parties de vin blanc du
Rhin, on pourrait opposer des envois de Sau-
terne de qualite ordinaire. Les vins de Bourgo-
gne sont trop chauds et ne supportent point la ARTICLES D'EXPORTATION. 195
L'huile d'olive, les fruits sees et a Feau-de-vie,
les boltes de conserves pour les voyages de long
cpurs, et toutes les substances alimentaires venant
d'Europe, trouvent un placement avantageux.
Si-aux douze millions de nos produits, que nous
exportons annuellement et directement au Mexique, nous joignons les cinq millions qui arrivent
dans les ports de l'Ocean Pacifique par navires
etrangers, et une somme au moins egale introduite
paries ports du golfe, nous obtenons un chiffre
de vingt-deux millions d'exportation : ce qui est
bien fait pour appeler Fattention du gouvernement francais, et Fengager a ne rien negliger
pour conserver un marche aussi precieux a notre
commerce, a notre industrie et a notre navigation.
ARTICLES D'EXPORTATION.
Les ports de San Bias et de Guaymas ne pre-
sentent aucun article pour l'exportation. Le petit
nombre de perles pechees dans le golfe de Californie, est vendu en Sonora et a Sinaloa a des
prix exorbitants. Le seul objetde retour se trouve
a Mazatlan. C'est le bois de teinture, dit bois de
Bresil, qui se vend, rendu au port, une piastre le
quintal, ou vingt piastres le tonneau. Mazatlan
i3.
U 196 ROIS DE RRESIL.
en exporte, annee commune, quatre-vingt-dix
mille quintaux. Nous avons vu en 1841 deux
grands navires anglais de sept cents tonneaux,
partis d'Europe, venir sur lest chercher du Bresil
a Mazatlan, apres avoir laisse leur cargaison a
Sidney dans la Nouvelle Hollande. Comme on ne
peut reunir a Mazatlan d'aussi grandes quantites
de bois, a cause des frais de transport, on forme
des depots au port du Valle de Banderas, oil les
batiments vont charger,
On rencontre quelquefois a Mazatlan, mais
tres-rarement, de petites parties d'ecaille de tor-
tue, qui vaut de seize a dix-huit piastres le quintal.
II arrive aussi que des navires, allant en Chine,
prennent en passant a la Paz, dans la Basse Californie , quelques tonneaux de coquilles de nacre de perles; mais les Chinois trouvent leurs
qualitessuperieures et dun plus beau blanc.
Mais ces divers objets ne sauraient constituer
des chargements reguliers d'echange; aussi les batiments etrangers vont-ils generalement a Guayaquil prendre du cacao , ou a Valparaiso charger
des cuirs, du suif, et surtout du cuivre, afin d'ope-
rer leur retour en Europe ou aux Etats-Unis.
Les metaux precieux restent done le principal
article d'exportation de la cote occidentale du
Mexique, et nous croyons utile de rappeler ici IMPORTANCE DE MAZATLAN. 197
que les droits dont ils sont frappes a leur entree
en France, sont les suivants :
. d or  10 centimes  ,
Monnaies < .       } le kilogramme
d argent.  01 centime )
d'or   2 fr. 50 centimes /
Lingots... { .He kilogramme
1 d argent   0 » 05 centimes
par tout pavilion et par toute provenance.
Malgre l'importance de San Bias et de Guaymas, Mazatlan doit etre considere comme le point
central du commerce du Mexique dans lamer du
Sud, et on ne saurait trop attirer Fattention des
negociants francais sur ce port, dont la prosperite
s'accroit chaque jour, et qui peut etre justement
nomine la Vera-Cruz de l'Ocean Pacifique. Mazatlan recoit etembarque particulierement presque
tous les metaux precieux des departements de
Durango, Sinaloa, Sonora, et une partie de ceux
de la Nouvelle Galice et de Chihuahua. Par sa position geographique, il est le marche de la cote
nord-ouest de F Amerique; il entretient des
relations commerciales avec FEurope, les Etats-
Unis, le Chili, le Perou, FEquateur, FAmerique centrale, la Mer Vermeille, la Haute
Californie, les iles Sandwich, les Philippines et
la Chine. 198 IMPORTANCE DES PORTS DU MEXIQUE
En partant de France, les capitaines des navires marchands doivent toujours mentionner sur
leurs roles les quatre ports d'Acapulco, San Bias,
Mazatlan et Guaymas, et, s'ils veulent eviter le
visa de leurs pieces par les consuls mexicains re-
sidant a Bordeaux et au Havre, ils peu vent designer Valparaiso, Lima et Guayaquil, comme but
de leur voyage. De cette maniere, ils ne debar-
quent que dans le port qui leur presente, pour la
vente, les plus nombreux avantages. Lorsque
les batiments ont un consignataire, celui-ci
aplanit les difficultes et regie les conditions de
dechargement.
On doit noter avec soin que les employes des
douanes n'acceptent pas de traites sur Mexico,
et qu'ils exigent au contraire le pavement des
droits et des gratifications au comptant et en especes. Un navire, enfin, a toujours besoin, au
moment de son arrivee, d'une somme de quarante a soixante mille piastres, selon la valeur de
sa cargaison.
La presence sur la cote occidentaledu Mexique,
de nos consuls et des batiments de FEtat, inde-
pendamment de Finteret politique qu'elle pos-
sede, empecKera la desertion a bord des navires
marchands, y maintiendra la discipline, offrira
a nos nationaux toutes les garanties de protection SUR LA MER PACIFIQUE. 199
dont ils ont tant besoin, et engagera sans doute
nos armateurs a diriger des expeditions vers
l'Ocean Pacifique, dont les bords et les archipels
sont appeles a jouer un si grand role.
•'
1;    >,  CHAPITRE VI.
Mer Vermeille. Sinaloa. Sonora. Rio Colorado. Tribus Indiennes.
Rasse Californie.
>»a»g     v
L'entree du golfe de Californie est determinee
geographiquement par le cap Corrientes, dans
le departement de Jalisco, faisant partie de Fan-
cien royaume de la Nouvelle Galice, et par le
cap San Lucas, situe al'extremite sud de la Vieille
Californie. Ce golfe fut designe, par les premiers
navigateurs espagnols, sousle nom de Mer Rouge,
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I 202 MER VERMEILLE.
Mer Vermeille [Mar Rojo, Mar Vermejo), en
raison de la couleur de ses eaux, et de sa res-
semblance avec la Mer Rouge d'Arabic Les savants missionnaires Jesuites parcoururent en
entier cette mer, et l'appelerent Seno ou Mar
Lauretaneo, golfe ou mer de Lorette, en Fhon-
neur de la Sainte Vierge, patronne et protectrice
des entreprises apostoliques de la Societe.
La profondeur du golfe est d'environ trois cents
lieues; sa plus grande largeur est de soixante
lieues a son entree; mais dans toute son etendue
la distance dun cote a Fautre ne varie que de
vingt-cinq a quarante lieues. A partir du trente
et unieme parallele, la largeur diminue rapide-
ment jusqu'au Rio Colorado qui separe laVieille
Californie du nord de la Sonora. La configuration de la mer Adriatique donne une idee assez
exacte de la mer de Cortes.
On a souvent Foccasion d'y remarquer un phe-
nomene extraordinaire que la science n'explique
pas, etdont elle ne possede que peu d'exemples I
c'est celui de la pluie tombant par F atmosphere la
plus pure et par un ciel parfaitement serein. Le
savant M. Humboldt et le capitaine Beechey ont
deja signal e ce fait; le premier en a ete temoin dans
Finterieur des terres, et le second en pleine mer.
Nous trouvant, pendant Fhiver , sur les bords
• j ji: *
liillf M^TEOROLOGIE. 203
de la Mer Vermeille, nous esperions voir la pluie
d'etoiles qui est remarquee annuellement sur divers points de la cote orientale de F Amerique,
dans la nuit du 12 au 13 novembre. Nous exami-
names avec soin Fetat du ciel depuis le 8 jusqu'au
20 novembre, mais sans voir d'autre phenomene
que celui qui se presente pendant toutes les nuits
dans cesclimats, c'est-a-dire que tous les points
du firmament, mais surtout de la constellation
du Lion, partent des etoiles filantes dont la direction la plus frequente est opposee au mouye-
ment de la translation de la terre. Ces meteores
ont une vitesse apparente qui s'eleve quelquefois
a dix ou douze lieues par seconde.
Les marees se font sentir dans tout le golfe de
Cortes; leur hauteur varie selon la direction des
vents et la configuration des cotes : ainsi elle est
de sept pieds a Mazatlan dont la rade est ouverte,
et a Guaymas dont le port est parseme d'iles a
Fabri des vents, elle n'excede pas cinq pieds et
demi.
En cherchant les raisons qui ont pu faire
nommer ce golfe Mer Vermeille, on n'en trouve
que deux : la teinte communiquee a Feau dans la
saison des pluies par les rivieres qui coulent sur
des terrainsferrugineux, leRio Colorado surtout;
ou plutot encore la magnifique couleur pourpree
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204 DESCRIPTION
que prennent les vagues au lever et au coucher
du soleil. Pendant le jour, les eaux sont bleues
ou vertes, selon que les nuages interceptent ou
modifient les rayons sol aires conjointement avec
la nature et la hauteur du fond. On peut suppo-
ser encore que la coloration de Feau est produite
par des bancs a sa surface, formes par des myria-
des de petits crustaces rouges armes de tentacu-
les et semblables a nos crevettes.
Independamment d'un grand nombre de pois-
sons d'especes tres-variees, on trouve dans le golfe
deux genres de requins enormes [el tiburon et la
tintorera), qui devorent souvent les plongeurs
qui cherchent des perles. On rencontre des ba-
leines en assez grande quantite; mais jusqu'a
present aucun navire baleinier ne les a poursui-
vies, et les habitants des cotes ignorent entiere-
ment cette peche productive. Dans les iles il y a
beaucoup de loups de mer et de veaux marins
dont la fourrure est grossiere; mais il n'existe pas
de castors. Nous donnerons plus loin les details
concernant la peche des perles, et nous parlerons
des iles en decrivant les cotes dont elles sont le
plus pres.
Les deux cotes de la Mer Vermeille courent
parallelement vers le nord-ouest; elles sont tres-
basses et remplies de marais sal ants peuples de
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Mil
DU GOLFE DE CALIFORNIE. 205
caimans, de reptiles et d'insectes. L'aspect general du pays est horrible; Fimagination ne saurait
rien concevoir de plus nu, de plus desole. II y
a manque complet d'eau et de vegetation; on ne
voit que des mangliers et quelques arbustes
epineux, tels que les cactus, les magueys et quelques acacias (le cactus opuntia, Yagave ameri-
cana et le mimosa gummifera). II est tres-rare de
rencontrer au bord de la mer des Grangers et des
palmiers. II faut aller a plusieurs lieues dans Fin-
terieur, pour trouver de la terre vegetale. Le
rivage est forme par du sable et des terrains cal-
caires impropres a la culture. A F entree du golfe,
sur la cote orientale, on apercpit au loin les
sommets de Sierra-Madre, qui separe les provinces
de Jalisco, Sinaloa et Sonora, et celles du Nou-
veau Mexique, Chihuahua et Durango. La cote
de la Vieille Californie presente sans interruption
une suite de pics dechires, d'origine volcanique
et depouilles de toute vegetation. Cette chalne
de montagnes qui vient du nord se dirige, dans
toute la longueur de la presqu'ile, vers le sud, et
s'abaisse graduellement en arrivant au cap San
Lucas.
Les departements de Sinaloa et iSonora sont
compris du sud au nord entre les 23e et 34e degres
de latitude nord, depuis le Rio Bayona qui les
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206 VILLES ET MINES
separe de Jalisco^ jusqu'aux Rios Colorado et
Gila. Ils sont bornes a Fouest par la Mer Vermeille, et a Fest par la Sierra-Madre. Ces deux
provinces, limitees entre elles par le Rio del
Fuerte, ont chacune un prefet ou gouverneur
civil; mais elles sont reunies sous les ordres d'un
meme commandant general. Sous le gouvernement espagnol, elles formaient une seule inten-
dance,et, pendant le regime federal, elles com-
posaient YEtat libre de I Occident. Son etendue
etait de plus de vingt mille lieues carrees, et la
population s'y eleve a cent vingt mille habitants,
y compris soixante mille Indiens. Le climat est
tempere, et les terres de Finterieur fertiles; mais
leur principale source de richesse consiste dans
les mines d'or et d'argent. II y a plus de deux cents
localites exploiters, et Foil peut assurer que ces
metaux se rencontrent partout. Dans ces departements on rejette des minerais contenant cepen-
dant trois et quatre milliemes d'argent, qui est
toujours aurifere. II est facile de concevoir les
immenses benefices que realiseraient ceux qui in-
troduiraient les premiers le procede Becquerel,
qui permet d'obtenir jusqu'a un demi-millieme de
metal, et cela a tres-peu de frais. Toutes les mines
d'argent de ce pays sont auriferes, et bien qu'il
y ait des ateliers d'essai au Rosario, a Cosala, a DE SINALOA ET SONORA. 207
Alamos, a Hermosillo et a Guadalupe y Calvo,
comme ils sont dans un etat pitoyable, le titre
des lingots qui leur sont presentes, est toujours
superieur a celui reconnu par Fessayeur. Nos
maisons d'affinage doivent faire tous leurs efforts
pour obtenir a Londres des metaux proven ant de
cette cote. II n'y a guere que M. Brasdefer, ge-
rant de l'hotel des monnaies de Durango, qui
dirige avec une exactitude chimique les operations metallurgiques.
II n'existe pas dans ces deux departements de
villes considerables. Les principales sont : dans
la province de Sinaloa, Culiacan, residence du
gouverneur, du prefet et de Feveque; population , cinq mille cinq cents habitants. Le Rosario,
oil estdeposee la caisse departementale, renferme
a peine trois mille cinq cents habitants. II y a environ deux cents soldats de mauvaises troupes.
Le general de brigade, commandant-general de
Sinaloa et Sonora, residait habituellement au Rosario ; maintenant il habite Mazatlan. La mine la
plus riche du Rosario est remplie d'eau. II n'y a
d'etablissement important que Fatelier d'essai. Un
autre est en activite a Cosala, qui renferme trois
mille habitants. Pres de cette ville se trouve la
mine d'Iriarte dont on a tant exagere les produits.
Bien que son argent contienne beaucoup d'or, mm
Wmm
208 HAUTE SONORA.
elle donne a peine par an quarante mille piastres
de benefice.
Les petites villes de Sinaloa, San Sebastian,
Tamasula, et la Villa del Fuerte, ne presentent
rien d'interessant, et ont chacune une population
de deux mille cinq cents habitants.
La Sonora se divise en haute et basse, et prend
aussi, a cause des Indiens Pimas, le nom de Pi-
meria alta y baja, Pimerie haute et basse. La
premiere s'etend depuis les Rios Colorado et Gila
jusqu'a la ville deHermosillo et auRio delos Ures,
et la seconde depuis cette limite jusqu'au Rio del
Fuerte qui la separe de Sinaloa. Jusqu'en 1839 la
capitale du departement etait Arispe (latitude
nord 30 degres 36 minutes), qui renfermait il y a
quelques annees plus de sept mille habitants. Leur
nombre est aujourd'hui reduit a quinze cents, par
Immigration et la crainte qu'inspirent les conti-
nuelles incursions des Indiens Apaches quipene-
trent quelquefois dans la ville et se livrent au pillage et au meurtre. Le siege du gouvernement a
ete transporte a quarante lieues plus au sud, a
Fancienne mission de San Jose de los Ures, dont
la population est a peine de mille habitants. Le
gouverneur y fait sa residence habitu elle. Les villes de San Miguel de Horcasitas et de Oposura
ont chacune deux mille habitants. Alamos en ren- i m
HERMOSILLO. 209
ferme trois mille et possede un atelier d'essai.
Le port de Guaymas, dont nous avons deja
parle, concentre toutes les affaires maritimes de
la Sonora; apres lui, la ville la plus importante
estHermosillo,ancien presidio de Pitic ; elle renferme huit mille habitants, et est batie au milieu
d'une immense plaine delicieuse d'une fertilite
extraordinaire; on y recolte tous les fruits d'Eu-
rope, et duvin qui est consomme dans le pays. Le
terrain est arrose par plusieurs petites rivieres qui
mettent des moulins en mouvement; c'est de cette
partie de la Sonora que Fon exporte les farines
qui sont vendues a Guaymas et embarquees pour
tous les ports de la cote jusqu'a San Bias, ainsi
que pour Ja Basse Californie.
Hermosillo est le centre du commerce et de
toutes les richesses de la Sonora; d'apres un re-
leve officiel, nous nous sommes assure que pendant Fannee 1839 on a soumis a Fatelier d'essai
six cents barres d'argent et soixante en or, va-
lant ensemble plus d'un million de piastres; il
faut ajouter qu'une somme a peu pres egale
n'est pas presentee a la verification, pour eviter
de payer les droits qui sont de cinq pour cent
sur Fargent, et de quatre pour cent sur For.
II y a quelques mines de cuivre fort riches en
exploitation; mais la population abandonne ge-
i. 14 HP
mm
ffl.
210 GISEMENTS AURIFERES
neralement les autres metaux pour se livrer a la
recherche de For vierge.
Aucun pays du monde ne possede de gisements
auriferes aussi riches et aussi etendus ( criaderos
ou placeres de oro). Le metal se rencontre sur
les terrains d'alluvion, dans les ravins a la suite
des pluies, et toujours a la surface du sol ou a
quelques pieds seulement de profondeur. Au nord
de la ville d'Arispe les gisements de Quitovac et
de Sonoitacqui furent decouverts en 1836, pro-
duisirent pendant trois ans deux cents onces d'or
par jour. Les chercheursd'or se bornenta remuer
la terre avecun baton pointu, etne ramassentque
les grains visibles; mais si Fon voulait diriger des
cours d'eau et faire en grand le lavage des terres,
les benefices seraient encore plus considerables.
II n'est pas rare de rencontrer des grains d'or qui
pesent sou vent plusieurs livres, et dont la valeur
comme objet scientifique est inexprimable. M. Zavala, ancien plenipotentiaire du Mexique. a Lon-
dres, possedait un grain d'or qui pesait plus de
neuf mille piastres. Le cabinet du roi, a Madrid,
renferme plusieurs magnifiques echantillons de
cette espece. Malheureusement, depuis trois ans
les Indiens Papagos se sont soulevesetmassacrent
ceux qui penetrent dans le territoirede Sonoitac.
Le commerce de Sonora souffre de cette diminu- ill
DANS LA SONORA. 211
tion dans les revenus metalliques | mais on doit
esperer que sous peu la paix sera faite avec ces
tribus. Du reste, ces Indiens ignorent jusqu'a
present la valeur de For, et ne le recueillent pas.
Independamment des villes que nous venons
de citer, il y a en Sonora et Sinaloa de gros villages [pueblos), des missions et des presides
dont les habitants servent a former la population
presque nomade d'ouvriers et de marchands qui
viennent se grouper autour d'une mine un peu
importante,des qu'on en commence l'exploitation,
et qui rentrent dans leurs foyers lorsque les filons
sont epuises. Le lieu oil se reunissent les travail-
leurs prend le nom de Mineral ou Peal de Minus,
et si la mine promet de donner longtemps des
benefices, la population se fixe autour d'elle.
Zacatecas, San Luiz de Potosi, Durango, Guanajuato et plusieurs autres villes du Mexique n'ont
pas eu- d'autre origine. La facilite avec laquelle
les mineurs gagnent des sommes considerables
explique Fenorme consommation des marchandises d'Europequi a lieu dans ces provinces. On
voit frequemment de simples habitants des ha-
meaux [ranchos) depenser en peu de jours quatre
et cinq livres d'or, qui souvent ne leur ontcoute
qu'une semaine de recherches. La funeste passion
du jeu empeche les grands proprietairesde mines
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SSI:
212 TRD3US 1NDIENNES.
de conserver de forts capitaux, et entrave ainsi
les vastes exploitations.
En Sonora et Sinaloa les assassinats et les vols
sont bien plus rares que dans les autres departements du Mexique. Les routes presentent plus de
securite , et ce n'est guere que vers le nord de
Guaymas et d'Hermosillo que les Indiens se mon-
trent redoutables.
Le clerge est tres-peu nombreux dans ces provinces ; il n'y existe pas de couvents; Finstruction
publique est tellement negligee, que jusqu'en
1840 il n'y avait pas d'ecole a Mazatlan, et que
Fetablissement gratuit qui existe aujourd'hui a ete
fonde en grande partie avec les donations des negociants etrangers.
TRIRUS INDLENNES.
■ -
II y a en Sonora cinq tribus distinctes d'lndiens:
les Yaquis, les Mayos, les Opatas, les Gilenos et
les Apaches. Les Yaquis et les Mayos occupent
le pays situe au sud de Guaymas jusqu'au Rio
del Fuerte: ils sont employes comme agriculteurs,
macons, domestiques, mineurset plongeurs. On
en compte environ quarante mille. En 1827 ils
se souleverent et proclamerent un de leurs chefs FORCES MILITAIRES. 213
Empereur; au moyen de concessions, on etouffa
Finsurrection, et depuis lors ils sont restes pai-
sibles dans leurs villages.
Les Opatas habitent le long des Rios de San
Miguel de Horcasitas, d'Arispe, de los Ures et
d'Oposura; ils sont tres-bons ouvriers et excel-
lents soldats. Cette nation, ennemie mortelle des
Apaches, a toujours servi avec fidelite le gouvernement espagnol ou mexicain; c'est a elle
seule que, dans plusieurs circonstances, la province de Sonora a du d'etre preservee d'une devastation complete. On peut evaluer le nombre
des Opatas a vingt mille. Les Gileiios qui habitent sur les bords des Rios Gila et Colorado, avec
les Axuas et les Apaches qui viennent de la
Sierra - Madre, sont confondus sous le nom de
Papagos. Ces Indiens vivent de la chasse et du
pillage. Depuis pres de quatre ans qu'ils se sont
souleves, on n'a pu parvenir a les reduire. II est
vrai que le gouverneur de Sonora dispose seulement de quatre cents hommes de troupes reglees
composees d'Opatas et de quelques milices mal
organisees.
La force totale des troupes aux ordres du commandant general de Sinaloa et de Sonora s'eleve
a peine a six cents hommes d'infanterie, et au plus
a deux cents chevaux, sans artilleriede campagne.
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-.. 214 ILE DEL TIRURON.
Aux portes de la ville de Hermosillo est etablie
une Mission qui contient cinq cents Indiens Seris;
mille d'entre eux habitent la cote au nord de
Guaymas , et File du Requin (z^/a del Tiburon).
Les tribus du nord de Chihuahua et de la Sonora, refoulees au sud et a Fouest par les progres
des Americains et des Texiens, se jettent sur le
territoire mexicain; elles possedent en grande
quantite des armes a feu qu'elles acquierent en
echange de fourrures et de bestiaux, aux etablis-
sements de FArkansas, du Missouri et du Rio
Bravo del Norte.
En suivant la cote de Sonora vers le nord, on
trouve a quatre lieues de Guaymas un excellent
port nomme Puerto Escondido, les petites iles de
San Pedro Nolasco, la Tortuga, San Pedro, et
par 29 degres de latitude, File del Tiburon,
habitee par les Indiens Seris, qui, avons-nous
dit, ont quelques cabanes sur le Continent. Cette
ile a dix lieues de long; elle est la seule du golfe
qui ait des habitants. Elle forme avec la cote un
canal etroit et dangereux [el Canal peligroso)
qui est termine par Filot des Canards [de los Pa-
tos). Toute cette partie de la province est sterile;
on n'y rencontre que quelques miserables Indiens
Tepocas, et Fancienne Mission de Caborca, situee
a vingt-deux lieues dans Finterieur, au bord d'une RIO COLORADO. 215
petite riviere, par 31 degres de latitude boreale.
Au nord du Rio de la Concepcion de Caborca,
se trouvent la baie de Santa Sabina et la petite
ile de Santa Ines, le Rio de Santa Clara et Fai-
guade de los tres Ojitos. Jusqu'au Rio Colorado
la cote est aride et tres-basse; le vent souleve con-
tinuellement des nuages de sable tres-fin.
Le fleuve nomme Rio Colorado de FOccident,
pour le distinguer de celui qui se jette au levant
dans le golfe du Mexique, prend sa source dans
les Montagnes Rocheuses vers le 41e degre de latitude. Les Francais du Canada etdela Louisiane,
5 7
qui des longtemps connaissent son cours, desi-
gnent ses hautes eaux sous le nom de Riviere espagnole. Le Rio Colorado court du nord au sud
et un peu a Fouest, en s'eloignant du versant occidental de la grande Cordillere. Sa longueur est
de trois cents lieues environ, et ses bords sont
habites par differentes tribus indiennes. Le lit du
fleuve present e peu de profondeur, et il est guea-
ble presque partout pendant la belle saison. A
l'epoque des pluies et apres la fonte des neiges, il
deborde et inonde le pays plat au milieu duquel
il coule. Son embouchure au fond de la Mer Vermeille a pres de deux lieues de large ; elle est di-
visee en trois canaux par deux petites iles, nom-
mees islas de los tres Reyes. Sa position est par
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216 RIO GILA.
32 degres de latitude nord environ. La maree
monte de six a sept metres, et occasionne des cou-
rants terribles, dont la rapidite est quelquefois
de douze ou quinze milles a l'heure. Le fond, a
F entree de la riviere, est extremement bas; il faut
ranger de tres-pres la cote de Californie pour
trouver une passe qui n'a souvent que cinq a six
pieds, et est fort etroite. Le lit du fleuve est rempli
de bancs qui sont a sec a la maree basse.
A huit lieues au-dessus de son embouchure, le
Colorado recoit le Rio Gil a, qui arrive d e Fest apres
s'etre grossi de la riviere de la Asuncion, formee
elle-meme par la jonction des Rios Verde et Sa-
lado. Tous ces courants d'eau prennent naissance
dans les ramifications dela Sierra Madre; ilsn'ont
pas de profondeur, et pendant la saison des pluies
ils inondent les terrains qui les avoisinent. Les
bords de ces rivieres sont tres-fertiles, et on y rencontre des gisements d'or vierge fort abondants;
ils sont habites par quelques hordes d'lndiens
Yumas, Axuas, Cocomaricopas et Apaches, ap-
partenant tous a la famille des Papagos. Le nombre de ces tribus reunies doit s'elever a vingt mille
ames.
II y a quelques annees, on forma aux Etats-
Unis le projet d'etablir une communication in-
terieure entre le golfe du Mexique et celui de
■ RASSE CALIFORNIE. 217
Californie , en joignant par un canal le Rio Colorado etl'Arkansas qui se jette dans le Mississipi.
Les auteurs du projet n'ignoraient cependant pas
que ces deux rivieres prennent leur sourcesur les
versants opposes des Montagnes Rocheuses, et que
le Rio Colorado n'a que quelques pieds d'eau dans
la belle saison.
Depuis que les Missions sont presque toutes de-
truites, il est extremement difficile d'aller parterre
de Sonora en Californie; pour executer ce voyage
sans peril, il faudrait reunir une nombreuse ca-
ravane. A vingt lieues environ du Rio Colorado se
trouve la Mission de Santa Catalina qui est la plus
au nord de toutes celles de la Basse Californie.
Elle compte a peine quelques habitants, et est
eloignee de six journees de marche du port et de
la Mission de San Diego stir l'Ocean Pacifique.
La ligne de separation entre la Vieille et la
Nouvelle Californie commence a peu pres a l'embouchure du Rio Colorado, etse termine au sud
de la Mission de San Diego, en suivant le trente-
deuxieme parallele sur lequel est situee la Mission ,
de San Miguel. La presqu'ile formant FAncienne
ou Basse Californie est bornee au nord par la
Haute ou Nouvelle; au midi et a Fouest, par l'Ocean Pacifique, et au levantpar la Mer Vermeille.
Entre le versant occidental des monts d'Ana-
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218 GRAND DESERT AMERICAIN.
huac, le versant oriental de la Sierra-Nevada, la
branche nord de cette chaine , le Rio Gila et la
Pimeria Alta, partie la plus septentrionale de la
province de Sonora, se trouve compris le grand
desert americain, forme d'immenses plaines sa-
blonneuses impropres a la culture, et traverse
dans toute sa longueur par le Rio Colorado de
Foccident. Cette portion du Nouveau Continent
n'offre que peu d'interet. Elle est habitee par de
pauvres tribus indiennes, et ne presente point de
ressources aux caravanes qui se rendent du Nou-
veau Mexique et des Etats-Unis, en Californie,
ou au Territoire de FOregon.
En redescendant la cote orientale du golfe, du
nord au midi, on rencontre des marais qui s'e-
tendent jusqu'au cap San Buenavantura, les ai-
guades de San Felipe de Jesus, San Fermin,
Santa Ysabel, la Visitaeion, San Estanislao , la
baie de San Luiz de Gonzaga, San Juan y San
Pablo, los Remedios, la baie de los Angeles,
San Rafael, les caps San Miguel et San Juan-
Bautista, Pilot de San Barnabe , le cap Trinidad,
J'ilot Santa Anna et le cap de las Virgenes, qui
est le dernier volcan eteint de la Basse Californie. D'apres les relations des Jesuites, il etait
encore en activite en 1746. II y a beaucoup de
soufre aux environs du cratere.
M
-
m .*-,d'
BAIE DE MOLEJE. 219
Siir le meme parallele que le volcan, a cinq et
huit lieues dans Finterieur, sont fondees les Missions de Santa Maria Magdalena et de Nuestra
Senora de Guadalupe.
Par le 29e degre File del Angel de la Guardia,
qui est longue et etroite, forme avec la cote le
canal de Ballenas, oil Fon rencontre un grand
nombre de cetaces. En face de File, a neuf lieues
du rivage, est situee la Mission de San Francisco de Borja. Au sud, les iles de Salsi puedes
(Sors si tu peux), las Animas et San Lorenzo,
presentent un passage fort dangereux. Au midi
du cap de las Virgenes, on decouvre la baie
de Santa Agueda, File Galapagos , le cap et
File San Marcos, qui, avec les iles Tortuguitas
et le cap San Miguel, forment la baie de Mo-
leje.
Vis-a-vis File San Marcos, a six lieues dans les
terres, existe encore la Mission de San Ignacio.
Celle de Santa Rosalia est situee a une demi-lieue
de la mer, au bord du Rio Moleje. Ce point est
facile a reconnaitre ; en venant du large, on aper-
coit une petite montagne nominee el Sombrerito,
et qui a la forme d'un chapeau. La baie est tres-
peu profonde; des navires de quinze et vingt
tonneaux peuvent seuls y entrer. On y trouve
quelques perles, et, sur les bords de la riviere,
11 Si
i    II lir|?K!
B|||i;
220 CERRO DE LA GIGANTA.
on recolte du mais, du vin, des olives, desfigues
et des dattes.
Depuis la baie de Moleje jusqu'a Loreto, il y
a constamment, pres de terre , de quarante a cinquante metres, etla cotepresente debonsmouil-
lages : les pointes de la Concepcion, de Santa
Teresa , la Punta Colorada, celles del Pulpito ,
de San Juan, Fanse du meme nom, celle de los
Mercenarios, la pointe de Manglares et Fanse de
San Bruno.
A trois lieues au nord de Loreto, la petite ile
des Coronades offre un abri contre le nord-est.
Pres du rivage de la Mission , on trouve quatre
brasses, et sous le vent de File del Carmen, quinze
a dix-huit.
Le mouillage de Loreto est indique par Feglise
et un bouquet de palmiers; on le reconnait du
large a un pic tres-eleve, entoure de pitons infe-
rieurs. Cette montagne, nominee el Cerro de la
Giganta, est la plus haute de la Vieille Californie;
son elevation au-dessus du niveau de la mer est
de mille trois cent quatre-vingt-huit metres me-
surestrigonometriquement; sa formation estvol-
canique, comme celle du reste de la chaine qui
parcourt toute la presqu'ile. Le mouillage de
Loreto est ouvert aux vents du nord , du nord-
ouest et du sud-ouest. Lorsqu'ils deviennent tres-
I MISSION DE N. D. DE LORETTE. 221
forts, il faut mettre a la voile pour ne pas faire
cote. Si le navire est petit, il doit se rendre au
Puerto Escondido,a quatorze lieues dans lesud.
Le Real de Loreto, situe par 25 degres 59 minutes de latitude nord et 113 degres .20 minutes
37 secondes longitude a Fouest de Paris, n'a plus
que deux 'cents habitants. Cette Mission etait la
capitale de la Basse Californie; mais elle est telle-
ment dechue que les auto rites se sont transferees au
Real de San Antonio. Le Presidio, la Mission et
l'eglise tombent en mine. Ces batiments, constructs tres-solidement par les Jesuites, avaient
pour but d'offrir, en cas d'attaque, un refuge
aux habitants. Ils sont entoures d'une muraille
epaisse qui detournait les eaux d'un torrent venant des montagnes, etqui, plusieurs fois, avait
renverse les maisons et entraine la terre vegetale.
Le Presidio avait une petite esplanade defend ue
par deux pierriers en bronze, dont la culasseest
niaintenant ouverte, et qui n'ont pas d'affut.
L'eglise renferme encore un grand nombre de
tableaux, des vases d'argent, et les joyaux de la
Vierge qui ont une valeur assez considerable. Ces
objets restent sur les autels et dans la sacristie ;
les portes ne sont jamais fermees , mais personne
n'oserait commettre un vol sacrilege. II n'y a pas
de garnison, etle Missionnaire gouverne pater- 222 COURRIER ESPAGNOL.
nellement les habitants. A quinze lieues dans Fin-
terieur, et a Fouest, sont fondees les missions de
San Jose de Comandu et San Francisco Xavier.
A Loreto , il y a quelques jardins; mais Feau
manque generalement, et celle des puits est sau-
matre et malsaine.
Sous le gouvernement espagnol, un courrier,
partant de Guaymas tous les mois, traversait le
golfe sur une goelette et debarquait a Loreto.
De la, les lettres etaient portees par terre dans
les differentes Missions jusqu'a Monte Rey. Cette
communication n'a plus lieu depuis longtemps ,
et Fon reste souvent a Mexico une annee entiere
sans avoir des nouvelles de la Californie.
Au sud de File del Carmen, on trouve les ilots
de los Danzantes, bancs de perles, las Galeras,
la Catalana, Monserrate, San Marcial, Santa Cruz,
la Morena, San Diego, San Jose, San Francisco,
Espiritii Santo et Cerralbo, et sur la cote le
mouillage de Tripuy, le port del Agua Verde,
Fanse de Santa Marta, les rades de San Carlos ,
de Tembabiche, de Dolores , de los Burros, les
pointes San Abarito , Mechudo, San Lorenzo,
Fanse de la Paz ou port de Pichilingue, la pointe
de San Gonzalo, Fanse de Cerralvo , la pointe
Arenas, Fanse de Muertos, les capsPalma, Porfia,
San Jose et le cap San Lucas, qui forme 1'entree ill
PORT DE LA PAZ. 223
occidentale de la Mer Vermeille. Les seuls points
visites par les navires sont : le port de la Paz et
San Jose del Cabo.
La Paz, oil Fernand Cortez debarqua le 3 mai
1535, est situee par 24 degres 10 minutes de latitude
nord, et 112 degres 20 minutes de longitude ouest:
pour y aborder, on vient mouiller dans la baie de
Pichilingue, a Fest de File San Juan Nepomuceno,
par cinq a dix brasses, et a deux lieues des maisons , en passant a une egale distance de File del
Espiritu Santo et de la pointe San Lorenzo. II n'y
a que les petits navires qui puissent s'approcher
des habitations | La population de la Paz se compose de quatre cents habitants, la plupart descendants des marins etrangers. Un Francais,
M. Bellot, de Bordeaux, ancien capitaine aulong
cours, y est etabli avantageusement. Nos navires
visitent rarement ce port; on n'en a pas vu d'au-
tres depuis le trois-mats la Felicie, qui y mouilla
en 1830. Ce port est le plus commercant de*la
Basse Californie ; les batiments de San Bias, Mazatlan et Guaymas vont quelquefois y chercher
de Fecaille au prix de seize a dix-huit piastres le
quintal, et des coquilles de nacre de perles a six
piastres les cent livres.
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I Voir dans l'atlas le plan de la Paz, n° 8.
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224 PERLES DE CALIFORNIE.
On arme a la Paz, dans le Rio Yaqui et a Guaymas, huit ou dix petits navires de quinze a quarante tonneaux, montes par deux cents plongeurs,
qui sont tous des Indiens Yaquis. La peche commence en mai et finit en octobre. Jusqu'a la fin du
siecle dernier elle donna de grands benefices; mais
il nyen est pas de meme aujourd'hui. Le capital
qu'on y consacre annuellement est de douze mille
piastres environ, et Fon remarque que tousles ans
le nombre des perles diminue. Autrefois il y avait
jusqu'a huit cents plongeurs occupes a la peche.
II est maintenant difficile de trouver des Indiens
qui veuillent s'y livrer, car dans chaque saison
plusieurs d'entre ces malheureux sont devores par
les requins etles mantarayas, espece de raie mons-
trueuse qui a pres de quatre metres de long.
Les plongeurs descendent souvent a une profondeur de dix a douze brasses; il faut une grande
force pour arracher les hultres des anfractuosites
des roches, et ils remontent parfois avec les pieds
etles mains ensanglantes.L'expression des bancs
de perles [placeres de per las) induit generale-
nient en erreur. Les coquilles ne sont jamais su-
perposees ou repanduessur une surface horizon-
tale ; elles sont plutot cachees daris les fentes des
rochers; aussi la cloche a plongeur n'est-elle
d'aucun usage. La societe formee a Londres sous >n
RANCS DE PERLES. 225
le titre de General pearl and coral fishery Association, envoya en 1827 un agent a Guaymas. II
examiria avec soin les divers bancs du golfe , et
demeura convaincu que la cloche dont il etait
muni ne pouvait etre employee. Les deux navires
qu'il commandait ne purent reunir qu'une petite
quantite de perles d'une qualite inferieure et ne
trouverent pas de corail. La compagnie fut obligee de renoncer a son entreprise. Les bancs les
plus riches se rencontrent dans la baie de la Paz
et pres de Loreto, la pointe sud-ouest de File
del Carmen, Puerto Escondido , los Coronados,
los Danzahtes, San Bruno etl'ile San Marcos. On
croyait que les bords de File del Tiburon etaient
peuples de nombreuses coquilles, mais on n'osait
y aborder par crainte des Indiens Seris qui l'ha-
bitent et que Fon disaitetre fort cruels. M.Hardy,
officier anglais, debarqua dans File, fit plonger
tout autour et ne trouva que des perles de peu de
valeur. Plus au nord, et dans la baie de Moleje,
ses plongeurs Yaquis ne purent rien decouvrir.
A Loreto, une partie des perles est destinee a
la Vierge; les plongeurs ont aussi une part, inde-
pendamment de Fargent, desvetements et de la
nourriture que leur fournit Farmateur. Quand
les navires reviennent, les perles s'achetent en
bloc au prix de quinze a dix-huit cents piastres
ymM
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I.
5 Ittftl
226 MINES D'ARGENT.
la livre, puis elles sont revendues en detail dans
le pays. Les habitants de Sonora et de Sinaloa y
attachent un si grand prix qu'elles sont plus che-
res a Guaymas et a Mazatlan qu'a Mexico oil Fon
apporte celles de l'lndeetde Panama. Tous frais
payes, la peche rapporte aux armateurs de douze
a quatorze mille piastres par an de benefice. II
est a propos de remarquer que parmi les perles
il s'en trouve d'entierement noires qui sont aussi
fort estimees.
San Jose del Cabo , la Paz, Loreto et Moleje
envoient des caboteurs dans les ports de la cote
du Mexique, chercher des farines et des marchandises d'Europe en echangede fromages, deviande
seche, de beurre, d'oranges, de dattes, raisins
et autres fruits sees.
Pres de Moleje et au Real de San Antonio, a
quelques lieues de la Paz, on exploite des mines
d'argent dont le produit est peu important. II-est
cependant facile de se convaincre, par l'examen
comparatif du terrain, que la geologie de la Basse
Californie doit etre la meme que celle de Sonora
et de Sinaloa, que cette presqu'ile a ete violem-
ment separee du Continent a une epoque eloi-
gnee, et que si les roches prises sur les deux cotes,
a des latitudes a peu pres egales, sont de meme
nature, les gisements auriferes doivent sans doute L'ARRE CHAPPE D'AUTEROCHE. 227
etre les memes. En s'abaissant vers la mer, la
chaine de montagnes forme, pres du cap San
Lucas", un plateau assez fertile ou sont reunis ,
avec douze ou quinze hameaux, le Real de San
Antonio, capitale actuelle du district, Fancienne
Mission de Santyago de los Coras, celles de Todos
los Santos et de San Jose.
C'est dans cette derniere que mourut le savant
abbe Chappe d'Auteroche, que FAcademie royale
des sciences avait envoye pour observer le passage de Venus sur le disque du soleil, qui eut lieu
le 3 juin 1769. L'academicien francais etait accom-
pagne de deux officiers distingues de la marine
espagnole. Ils determinerent avec precision la position du cap San Lucas qui sert de point de reconnaissance et de depart aux navires de Chine
et d'Europe.
Les Indiens de la Basse Californie sont com-
pletement reduits, et les tribus des Coras, des
Edues, Pericues et Cochimies ne peuvent plus
etre distinguees entre elles. Le gouvernement
mexicain n'entretient aucune troupe dans le pays,
et Fautorite est confiee au moine dominicain, president ou prefet apostolique des missions, au prefet
civil et au juge de paix. Le commandant general
des deux Californies reside a Monte Rey. La population totale de Fancienne Californie n'atteintpas
i5.
^ ^ 228
POPULATION.
le chiffre de quatre mille habitants, dont le tiers
seulement de race blanche; en voici le tableau:
MISSIONS
DD   NORD-OUEST.
EN ALLANT DD  NORD AU SOD.
San Miguel	
Santa Catalina	
Santo Tomas	
San Vicente	
Santo Domingo	
Na Sa del Rosario ,
San Fernando de Velli
cata *. .
La Purisima (detruite)..
San Luiz (detruit)	
Todos los Santos	
Real de S. Antonio (capi
tale actueUe)	
H
H
1-4
s
430
48
233
261
159
75
45
260
717
2,228
MISSIONS
DU   NORD-EST.
EN ALLANT DU NORD AU SUD.
Repobt	
San Francisco de Rorja.
Santa Gertrudis	
San Ignacio.
Santa Magdalena	
Na Sa de Guadalupe	
Santa Rosalia de Moleje.
San Jose de Comandu...
Na Sa de Loreto (ancienne
capitale)	
San Francisco Javier	
San Jose del Cabo	
Le port de la Paz	
en
H
H
1-4
M
W
2,228
71
53
19
35
240
74
81
200
55
320
390
3,766
Ces missions sont dirigees par les Moines Dominicains du couvent de
Santyago de Predicadores de Mexico. Les Moines Franciscains dirigent seulement les missions de la Haute Californie.
Nous avons deja donne la description de la
cote orientale de la Basse Californie. Celle de
Fouest ne presente rien de plus remarquable. CAP SAN LUCAS. 229
C'est une cote aride oiil'on rencontre seulement
quelques bons mouillages. Celui du cap San Lucas
n'est tenable que depuis novembre jusqu'en mai,
epoque oil regnent les vents de nord-ouest et
d'ouest1. C'est un point de reconnaissance tres-
important pour les navires qui se rendent a San
Bias, Mazatlan et Guaymas, soit qu'ils proviennent
d'Europe, d'Asie, des iles Sandwich ou de la
Haute Californie. On a vu dans Fintroduction
que les corsaires anglais s'y sont sou vent postes
pour enlever les galions espagnols. Son extremite
sud est formee par plusieurs roches groupees
ensemble et nominees los, Fray les (les moines).
On peut les ranger de tres-pres pour venir prendre le mouillage. Le fond n'est pas de bonne
tenue; les petits navires eprouvent beaucoup de
peine a retirer leurs ancres a caiise de la profondeur. On y compte cinq maisons, dont trois
appartiennent a des Anglais et Americains. A quelques lieues se trouvent depetites fermes [ranchos]
oil Fon cultive le mais et la canne a sucre. Les navires baleiniers viennent au cap San Lucas prendre de la viande. Les beaux hceufs coutent huit
Latitude Nord : 22° 52' 28".
* Le cap,. San Lucas, : < Longitude Ouest: 112° 10' 38".
Diclinaison : 7° 53! N. K ?iig:sffi
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fijSif S3>:
230 TODOS LOS SANTOS.
piastres. On peut aussi se procurer des fromages.
du bois en abondance et quelques legumes. II y
a au bord du rivage des jardins potagers et des
puits creuses dans le sable.
Apres avoir double le cap, en allant vers la
cote, on rencontre a une petite lieue de cette
derniere, dans la direction du nord-ouest, la
mission deTodoslos Santos qui renferme encore
quelques Indiens. II y a un mouillage avec un
petit ruisseau oil Fon peut faire de Feau, et prendre des vivres1.
Au vingt-quatrieme parallele les montagnes
forment un promontoire surmonte de trois pics,
dont les sommets deprimes ressemblent a des
plateaux, et qu'on appelle pour cette raison les
tables ou las Mesas de Narvaez.
De ce point la cote court, presqu'a Fouest,
jusqu'a la grande ile de Santa Margarita, formant
Fentree sud de Fimmense baie de la Magdalena.
Cette entree est signalee par un morne eleve,
nomme le Morro Redondo. Elle a plus de deux
milles de large, et son fond, en conservant le
milieu du canal, est constamment de quarante a
cinquante metres, et sur les cot^sdequinze a vingt.
Mission de Todos los Santos
Lat. Nord : 23° 26'.
Lontf. Ouest : 112° 37' 3". RAJE DE LA MAGDALENA. 231
Cette rade est si vaste, qu'elle pourrait abri-
ter des escadres entieres; mais elle n'offre aucune. ressource; les missions de San Luiz de
Gonzague et de San Francisco Xavier , eloignees
de plusieurs lieues, sont aujourd'hui detruites. La
baie tres-poissonneuse ne presente ni eau potable,
ni bois. Lorsque les vents soufflent du nord, on
doit mouiller a Fabri de la presqu'ile formee par
la Punta Delgada, a Fextremite de laquelle se
trouvent situes le cap et le mont San Lazaro, ele-
ves a quatre cents metres l| En venant du large
ce cap a Fair d'une ile; il y a quelques annees un
baleinier anglais s'echoua sur la pointe Delgada,,
qui est tellement basse que dans les gros temps
la mer brise dessus et au dela. Quand le vent
vient de Fest ou du sud, on est beaucoup mieux
mouille dans la baie de las Almejas, situee dans
la partie est de File Santa Margarita; cette ile
renferme deux especes de tortues, Fune dont la
chair est excellente, mais dont Fecaille n'est
bonne a rien, Fautre, au contraire, qui ne peut
etre mangee, mais dont les eara/paces sont tres-
estimees dansle commerce. Les navires baleiniers
::'.'
Latitude Nord : 24° 36'.
1  Raie de laMagdalena.-{Longitude Ouest : 114° 25'.
Declinaison : 8° 15' N.-E. ItllS
lit
II
Kl*§.*
232 HAVRE DE SAN RARTOLOME.
et americains frequentent seuls la baie de la Mag-
dalena, oil ils vont faire de l'huile de baleine.
Le mont San Lazaro git par 24 degres 47 minutes de latitude; une fois qu'on Fa double, la cote
revient vers Fest et offre partout un fond regulier
de trente a quarante metres tres-pres de terre,
jusqu'a la petite anse formee a 26 degres par la
pointe de Santo Domingo. La cote court en-
suite au nord-ouest pendant pres de vingt lieues,
puis elle tourne brusquement pendant dix lieues
au sud-est oil elle atteint la pointe Abreojos (ou-
vre les yeux), qui est entouree a son extremite de
recifs fort dangereux1.
Les deux petites iles de la Asuncion et de San
Roque surgissent au nord-ouest. La cote est saine
pendant quatre-vingts milles vers le nord.
On peut mouiller en surete dans le havre de
San Bartolome, decouvert par le general Don Sebastian Vizcaino2. Toutefois on doit, en longeant
de pres la cote, avoir soin d'eviter la pointe de
San Eugenio qui semble former un seul promon-
1 Pointe de Abreojos : le sommet de l'un des pics les plus a
Latitude Nord : 26° 59' 30".
l'ouest
Longitude Ouest: 116° 7' 3".
( Lat. N.: 27° 40'.
Port San Rartolome, au nord de la baie: { Long. O.: 117° 11' 40".
Declin.: 10°46'N.-E. RAIE DE SAN FRANCISCO. 233
toire avec File de Natividad , situee a son extre-
mite ouest. Ici, comme au cap San Lazaro, des
baleiniers ont fait cote, en voulant passer de nuit
entre File et la terre ferme, et en venant se jeter
sur la pointe qui est assez basse. Le passage entre File et cette pointe a sept ou huit milles de
large, et presente un fond de trente a quarante
metres. Si Fon arrive du sud, une montagne assez
elevee, nominee le Morro Hermoso, accuse a
Fest l'existence de la pointe. Si Fon vient du nord,
les iles deCerros et San Benito donnent les indications suffisantes. A Fest de la pointe San Euge-
nio la cote rentre considerablement pendant Fes-
pace d'un degre en latitude, et forme la grande
baie de Sebastien Vizcaino, oil, par 28 degres 56
minutes, se trouve Fanse del Pescado Blanco, for-
mee par une pointe de cinq ou six milles qui
redescend vers le sud. A trente^ milles de cette
pointe dans le nord-ouest, on decouvre le pro-
montoire assez eleve du cap blanc de Santa Maria , et a dix lieues plus aunord , la pointe et anse
de las Canoas.
Apres ce mouillage, on rencontre la baie de
San Francisco de la Basse Californie, qui offre un
excellent abri contre tous les vents. Les navires qui
veulent entrer dans ce port doivent gouverner
sur la pointe sud-ouest de la baie, dont Fouver-
Bl
m iPli$
m
S»!?B«i
;>
234 CAP DE LAS VmGENES.
ture regarde le midi. Lorsqu'on est a deux milles
de l'extremite sud, il faut se diriger au nord-
nord-est jusqu'a ce que Fon ait la pointe a Fouest-
nord-ouest d'abord, puis au nord-nord-ouest, ou,
si le vent vient du dehors, il faut courir de cour-
tes bordees en ayant soin de ne pas approcher
du cote de Fest a moins de cinq brasses de sonde,
car apres cette profondeur le fond s'eleve tout a
coup. En approchant du rivage, on peut se tenir
a une encablure de terre, et des que Fon a la pointe
a Fouest, jeter Fancre par six ou quatorze metres.
Le fond vaseux est de bonne tenue. A l'extremite
de la pointe sud-ouest un banc court au sud-sud-
ouest. II n'a guere que trois pieds d'eau a la maree
basse. Dans la baie de San Francisco, la maree est
ordinairement de trois metres et de quatre environ a l'epoque des conjonctions. Ce port est de
bon refuge, mais il est difficile d'y faire de Feau
et du bois; il presente de quinze a vingt-cinq
metres, et tout pres de terre jusqu'a six et sept.
L'entree nord est signalee par une pointe assez
elevee s'avancant dans Fouest, et nominee la
pointe de las Virgenes %
\ Portde San Francisco de la Rasse Californie, a la pointe de
l'entree nord: latitude nord: 30° 22'; longitude ouest: 118° 16' 57 ';
variation de Paiguille aimantee : 12° 6' N.-E. CAP SAN QUINTIN. — SALINES. 235
La mission de Notre-Dame del Rosario est
eloignee de trois lieues, dans le nord-est, du mouillage : on y arrive par une assez bonne route et
Fon peut s'y procurer des bceufs, des moutons et
quelques vivres frais.
A dix lieues environ au nord, le port de San
Quintin, indique par le cap de ce nom, appele
aussi cap Colnett, presente un bon mouillage. La
mission de Santo Domingo en est eloignee de quelques lieues; les equipages y trouvent toujours de
la viande fraiche. Dans ce port, ainsi que dans
celui de San Francisco, il existe des salines tres-
considerabies, mais inexploitees. La Compagnie
de la baie d'Hudson a fait reconnaitre ces deux
points dans Fintention d'en tirer parti. Les batiments americains de Boston les ont aussi visites
dans le meme but, mais comme les bras manquent,
ils preferent apporter des Etats- Unis le sel neces-
saire a la salaison des cuirs de bceuf qu'ils recueil-
lent sur la cote des deux Californies.
Jusqu'au 32e degre la cote court presqu'au
nord; arrive a ce parallele, on apercoit un cap
termine par une suite d'ilots dont le dernier estle
plus gros, et qui s'avance vers Fouest; c'est le
cap Grajero ou de Todos los Santos qui forme la
partie sud de la baie de ce nom, dont l'extremite
nord-ouest est formee par la pointe de San Ra-
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236 MISSIONS
fael : ce refuge est bon, excepte contre les vents
d'ouest. II y a aussi des lagunes dont on peut ex-
traire, dans la saison seche , de grandes quanti-
tes de sel cristallise.
Les missions de Santo Tomas et de San Miguel,
distantes de deux ou trois lieues, fournissent aux
navires des vivres et des bestiaux. Celle de Nues-
tra Senora de Guadalupe, recemment fondee par
le R. P. Cavallero, president des Missionnaires
Dominicains, est eloignee de huit lieues au sud.
Depuis Todos los Santos jusqu'au port de San
Diego, la cote n'offre plus de mouillages. A Fin-
terieur, la division entre la Basse et la Haute
Californie semble marquee par deux montagnes
elevees, terminees par des plans horizontaux et
nominees les tables ou Mesas de Juan Gomez. A
partir de la baie de San Francisco de la Vieille
Californie, et a mesure qu'on remonte vers le
nord, le terrain devient moins aride; quelques
parties sont meme assez propres a la culture, surtout dans les environs des missions del Rosario,
de San Vicente, de Guadalupe, San Miguel et
Santo Tomas; mais la population indienneyest
tres-minime; les missions de San Miguel et de
Guadalupe seules possedent environ trois cents
Indiens, et celle de Santo Tomas, deux cents. La
plupart des autres missions sont completement DE LA RASSE CALIFORNIE. 237
abandonnees. San Francisco de Borja renferme
six Indiens, et celle de San Ignacio quatre families de race espagnole; celle de Jesus Maria ne
compte pas un seul habitant. Ca etla on apercoit
quelques petites fermes de colons blancs, et la
mission de San Vicente, autour de laquelle s'est
forme une espece de pueblo, est la seule, parmi
celles dela Basse Californie, qui ait conserve quelques troupes. On y trouve une compagnie de
vingt soldats du pays destines a tenir en respect
les Indiens Yumas de la rive droite du Rio Colorado, et a repousser leurs incursions. C'est la
douane de Monte Rey qui envoie quelques se-
cours en argent et en vetements a cette garnispn.
Les soldats, qui sont presque tous des paysans,
tirent leur nourriture de la culture du mais et
de Feleve des betes a cornes.
On ne saurait imaginer les difficultes que pre-
senteun voyage par terre dans la Basse Californie
depuis la destruction des missions. Pour s'aven-
turer dans quelques parties il faut emporter de
Feau pour deux jours. Le petit nombre de per-
sonnes qui font ce voyage viennent debarquer de
Mazatlan a Guaymas au preside de Notre-Dame
de Lorette. De la, passant par la Mission de San
Jose de Commandu, elles parcourent en douze
jours les quatre-vingts lieues qui conduisent a la ffi&ift
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238 TRIRUS INDIENNES.
Mission de San Ignacio, puis en huit autres jours les
quatre-vingts autres lieues qui menent a la cote
depuis San Francisco deBorja. Les cent soixante
lieues restant pour arriver a San Diego se font en
dix-sept jours. Ce parcours de trois cent trente-
six lieues, qui aujourd'hui est extremement peril-
leux, se faisait naguere presque sans danger. Les
cent soixante-dix lieues au sud, depuis Loreto
jusqu'au cap San Lucas, etaient aussi d'un trajet
assez facile. La ligne des missions et presidios de
la Basse Californie presentait une etendue de plus
de cinq cents lieues.
Ce territoire n'est depourvu ni de bons ports,
ni de richesses minerales dont on pourrait tirer
parti, et qui demeurent inexploitees. Les mines
d'argent environnant le Real de San Antonio oc-
cupent seules quelques travailleurs; mais on ne
fait aucun usage des mines d'or et de cristal de
roche de la Mission de Sainte Rosalie. Le soufre,
l'ocre, le sel gemme , le nitrate de potasse
sont fort abondants dans ces contrees; File del
Carmen, dans la Mer Vermeille9 renferme des
salines magnifiques. On trouve aussi, non loin de
la Mission de San Ignacio, des mines de sel fort
abond antes.
Les Indiens Pericues, Cochimies, les Coras et
les Monquis, qui formaient autrefois la popula- CLIMATOLOGIE. 239
tion de la Basse Californie, sont maintenant con-
fondus et ne forment plus de tribus distinctes;
ils sont du reste en tres-petit nombre.
Le pays ne possede aucune riviere; a peine si
Fon y rencontre de petits ruisseaux , aussi Fari-
dite est-elle extreme; dans quelques parties on
parvient cependant a elever des bestiaux, a culti-
ver de la canne a sucre et a recolter quelques
cereales. Le climat de la Basse Californie est ex-
tremement chaud; Fair y est d'une grande seche-
resse et la purete de Fatmosphere admirable. Le
thermometre s'ejeve jusqu'a 38 degres centigrades.
L'ete est la saison des pluies; elles sont accompa-
gnees de trombes d'eau , d'orages et de coups de
vent terribles. Ce n'est guere qu'en arrivant au
30e degre de latitude que le froid commence a se
faire sentir dans les montagnes et que les pics les
plus eleves se couvrent de neige. Ces.montagnes
paraissent etre le resultat des diverses revolutions
du globe; quelques-unessont formees de coquilles
et de produits calcaires; d'autres, au contraire,
d'un aspect tout volcanique, ne presentent que
des laves , des pierres-ponces , des sels nitreux,
des terres minerales, du soufre. Pres de la Mission
de Sainte Gertrude on recueille de grands mor-
ceaux de cristal de roche en prism es hexagones.
Le platre ou sulfate de chaux existe pres de Mo- 240 GEOLOGIE.
leje en plaques stratifiees et diaphanes, longues
de quatre a cinq pieds, larges de dix-huit pouces
et d'une epaisseur de trois a quatre doigts. Les
Missionnaires se servaient parfois de ces plaques
en guise de vitraux. II y a aussi d'excellentes
pierres de construction, et Fon pretend meme
avoir trouve des marbres1. Le vitriol bleu (sulfate de cuivre) en petits cristaux, se rencontre
dans quelques fonds humides de la Mission de
Guadalupe. On trouve dans la montagne d'argile
rougeatre, pres de Moleje , que Fon pense con-
tenir deJ'or, des filons d'ocre jaune et une sorte
de ceruse ou blanc de plomb natif (protoxyde de
plomb) dont on se sert pour blanchir les maisons.
Pres de la montagne del Rosario, et en plusieurs
autres localites, les sels de nitre (nitrate de po-
tasse) et le sel de soude, que les Indiens du Mexique
nomment tequezquite (sesqui-carbonate de soude)
sont efflorescents a la surface de la terre, comme
le soufre pur pres du volcan eteint de las Virgenes.
Le regne vegetal, dans un pays aussi aride qiie
la Basse Californie, ne saurait offrir de grandes
ressources. Les arbustes et les plantes epineuses
abondent.Quelques-uns, les cactus surtout, four-
1 Storia della California dell' abate Clavigero, pag. 38. REGNE VEGETAL. 241
nissent aux Indiens des fruits excellents. Une sorte
de groseillier et d'epine-vinette donne des baies
succulentes; le nopal et Fanaba, des figues savou-
reuses. Les graines de plusieurs grands arbres de
la famille des legumineuses, ressemblant aux acacias [le medezd, le dipud, Vasigandu, le guis-
ache), peuvent etre mangees comme des haricots;
d'autres portent des semences oleagineuses. On
extrait du jojoba une huile presque aussi bonne
que celle d'olive, et un baume excellent pour les
blessures. La saison des pluies fait naitre des herbes
et des plantes alimentaires. On tire des epis de
la teda des graines semblables a Fanis. La tedegua
est une espece d'ortie dont le contact produit le
meme effet douloureux que celle d'Europe, mais
dont les graines peuvent servir d'aliment. Une
sorte de chardon, s'elevant comme les cierges cactus a une hauteur de quarante pieds, fournit des
semences nutritives et un sue balsamique.
Tous les arbres fruitiers d'Europe, ainsi que
les plantes potageres et legumineuses, prospe-
rent dans les endroits oil Fon peut les arroser.
11 en est de meme des eereales, quoique le ble
vienne beaucoup moins bien quele mais; le ble
rend cependant, dans les bons terrains, jusqu'a
soixante pour un, et le mais plus de trois cents
pour un. La canne a sucre, le manioc , le tabac,
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242 ROTANIQUE.
Findigo, le ricin, une espece de roseau contenant
un principe saccharin, et des plantes tinctoriales
croissentspontanementauborddes ruisseaux. Les
plantes veneneuses, particulierement la yedra,
dont le contact ou Fatmosphere ambiante occa-
sionne une enflure generale du corps, y viennent
egalement en grand nombre: il ne faut pas ou-
blier le palo de laflecha dont le sue empoisonne
rend les armes des Indiens si terribles. Les pal-
miers fournissent des dattes excellentes. La vigne
sauvage est commune; mais les ceps importes des
plants d'Espagne produisent du vin bien supe-
rieiir. Un arbre pareil au garroubier donne des
gousses dont les Indiens font usage pour leur nour-
riture et pour celle des animaux. L'ebenier noir
et blanc, le vernis copal, Farbre a goudron, des
chenes, des ilex, des lieges, des pins de diffe-
rentes especes, du bois de fer et du Bresil, peu-
plent les montagnes. Malheureusement ces arbres,
dont la plupart peuvent etre employes pour la
construction, ne se trouvent guere que dans des
endroits presque inaccessibles.
On compte un grand nombre d'animaux indigenes dans la Basse Californie. Parmi les insectes,
il faut citer les scorpions, les tarentules, les sau-
terelles et les fourmis qui devorent souvent les
recoltes; les scolopendres, les cigales, les guepes, ZOOLOGIE. 243
et des nuees de moustiques et de tnaringouins.
On doit remarquer qu'il n'y a point d'abeilles ,
bien que les guepes donnent du miel. Les gre-
nouilles et les crapauds apparaissent pendant la
saison des pluies; les tortues de terre et d'eau
sont abondantes au bord de la mer. Les lezards
et les couleuvres ne sont point venimeux, mais la
morsure du serpent a sonnettes nomme en espagnol cascabel est souvent mortelle.
Les deux rives de la presqu'ile sont peuplees
par des baleines de toute espece, des requins,
Fespadon, les bonites, les dauphins, les dorades.
Les bancs recelent les coquillages les plus bril-
lants, les huitres a perles, les poulpes, les murex
(coquilles qui donnent la couleur pourpre), des
madrepores et des zoophytes.
Parmi les oiseaux, on distingue particuliere-
ment les aigles, les faucons, les vautours, les
eperviers, les corbeaux, les hiboux, les buses,
les pelicans blancs, les canards sauvages, les
mouettes, les poules d'eau, les calandres, les co-
libris, les oiseaux moqueurs.     S
Le chat sauvage, Fonce, le loup des prairies
(coyote), le lion d'Amerique sans criniere , le
bouquetin, les cerfs, les daims, le putois, Fecu-
reuil de terre, et, dans quejques ruisseaux du
nord, les castors et les loutres d'eau douce, sont les
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16. : '•vfi
-
II
244 ILES LAS TRES MARIAS.
principaux quadrupedes de la Vieille Californie.
Quant aux chevaux, aux bceufs, aux moutons,
aux cochons, aux anes et aux gallinaces intro-
duits par les Missionnaires, ils s'y sont prodigieu-
sement multiplies.
La cote de la Basse Californie offre plusieurs
iles interessantes pour les marins et les navires
baleiniers. Las tres Marias, situees au sud du cap
San Lucas, avaient deja appele Fattention du
gouvernement espagnol, et une cedule royale de
Ferdinand VI, en date du 13 novembre 1744,
ordonna de peupler ces iles. A la fin de 1747
Fordre fut reitere par la cour de Madrid; mais il
parait qu'il ne fut pas donne suite aux intentions
colonisatrices du gouvernement espagnol, car ces
iles sont encore desertes |
Plus au large, le groupe de Revillagigedo ,
ainsi nomme en l'honneur du vice-roi de la Nouvelle Espagne qui voulait y faire un etablisse-
ment, se compose de plusieurs iles comprises
entre les 18e et 20e degres de latitude. La date de
leur decouverte remonte au commencement du
seizieme siecle. Fernando de Grijalva decouvrit,
en 1523, la plus grande qu'il nomma Santo Tomas , etquel'onappelle aujourd'hui del Socorro.
• Le P. Ruriel, tome II, page 520. GROUPE DE REVILLAGIGEDO. 245
Cette ile a environ doiize lieues de long de Fest
a Fouest. Sonsommet le plus eleve peut s'aperce-
voir a une distance de vingt lieues. Au sud existent deux bons mouillages1.
Au nord et un peu a Fest del Socorro, appa-
rait File de San Benedicto, qui est tres-petite.
En 1542, Ruy Lopez de Villalobos la decouvrit
et la nomma Nublada; les Anglais l'appellent
Clouds (la nuageuse); elle a huit milles de cir-
conference; le cote nord est a pic, la mer pro-
fonde; le cote sud-ouest a une ou deux plages
oil Fon peut debarquer sur des rochers et fonds
de sable. On trouve un petit lac d'eau douce,
et au lieu d'arbres, des broussailles. Ces iles
sont habitees par desveaux marins et des tortues
de Fespece des bees de faucon [hawk's bill),
dont Fecaille est la meilleure pour la fabrication
des peignes. On doit noter que dans quelques
cartes espagnoles le nom de Nublada est quel-
quefois donne a une ile situee a vingt lieues a
Fouest de celle del Socorro. On designe aussi
sous le nom de Santa Rosa File de Roca Partida,
_  jg* | Latitude N. : 18° 48 .
1 Ile del Socorro, point culminant: \ ,      ..
,l (Long. O. : 112° 30' 37".
■     (Lat.N. : 18° 37'.
Ile Roea Partida: I m ,   .,
Lone. O. : 116° 25' 7".
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Itftif
246 ROCHERS LOS ALIJOS.
qui est la plus occidentale du groupe , et qui,
vue du nord-ouest, ressemble a deux navires sous
voiles; lorsqu'on la reconnait au coucher du so-
leil, cette erreurpeut causer dans la navigation de
la nuit des accidents funestes.
La meme observation s'applique a un groupe
de rochers nomme los Alijos [ les alleges ), qui
fut decouvert en 1791, par le capitaine Mar-
quina, venant.des Philippines; quatre rochers
principaux, qui s'etendent sur une ligne nord et
sud de trois cinquiemes de mille, composent ce
petit groupe. Le plus est n'a que dix-sept metres
de haut; le plus eleve est situe a Fouest; sa hauteur est de trente metres au-dessus du niveau de
la mer I# Lefond a plusieurs centaines de brasses
autour de ces ecueils; ils sont du reste les seuls
qui existent dans la navigation de la cote du
Mexique en Californie.
Quelques cartes anglaises placent au sud et a
Fest du cap San Lucas deux ou trois ilotsnommes
Seaotter, Shovel ou Shelvoes; mais ces points n'ont
jamais ete vus par personne.
1 Le contre-amiral Dupetit-Thouars, Voyage de   la    Venus,
tome I, page 149,
Leplus haut des Alijos :
I Lat. Nord : 24° 57' 30".
(Long. Ouest: 118° 5' 50". ILE DE CERROS. 247
Sur le parallele du groupe de Revillagigedo et
entre les 116e et 117e meridiens occidentaux,
sont situees d'autres petites iles dont Fune, ayant
a peine deux lieues de large , porte aussi le nom
de Nublada.
Pres de la cote de Californie surgit la grande
ile de Santa Margarita, qui forme la partie sud de
la baie de la Magdalena. Les iles de Natividad, de
San Benito etde Cerros, placees au nord eta Fest
de la pointe San Eugenio, presentent quelques
bons mouillages. Celle de Cerros ou Cedros, de-
couverte par Ulloa en 1539, a environ dix lieues
de circonference; elle est tres-elevee et composee
de rochers volcaniques. Sa distance de la cote est
seulement de quatre milles; le passage est exempt
de dangers, si Fon a soin d'eviter une ligne de
rochers noyes qui s'etend nord-nord-ouest a une
distance d'un demi-mille de la pointe de la grande
cote. Les baleiniers anglais, russes