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Exploration du territoire de l'Orégon, des Californies et de la mer Vermeille, exécutée pendant les années… Duflot de Mofras, Eugène, 1810-1884 1844

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Array     EXPLORATION
DU TERRITOIRE
DE LOREGON,
DES GALIFORNIES
ET DE LA MER VERMEILLE,
EX&QCTEE   PENDANT   LES   ANNEES   1840,   1841   ET   1842. t«?
1
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PARIS. — TYPOGRAPHIC DE FIRMIN DIDOT  FRERES,
IMPRIMEURS  DE i/lNSTITOT,
Rue Jacob, n°  56.  Si
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\ EXPLORATION
DU TERRITOIRE
DE  L OREGON,
DES CALIFORNIES        \J|K
ET DE LA MER VERMEILLE, ||
EXECUTEE PENDANT LES ANNEES 1840, 1841 ET 1842,
PAB
M. DUFLOT DE MOFRAS,
Attache a la Legation de France a Mexico;
OUTRAGE   PUBLIE  PAR   ORDRE   DU   ROI,
SOUS  LES AUSPICES DE M. LE MARECHAL SOULT , DUC DE DALMATIE ,
President du Conseil,
ET DE M. LE MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES.
TOME SECOND
PARIS,
ARTHUS BERTRAND,  EDITEUR,
LIBRAIRE DE LA SOCIETE DE GEOGRAPHIE ,
Rue Hautefeuille, n° 23.
"1844. It J  !
I
/S3,S$Z
fr EXPLORATION
DU TERRITOIRE
DE LOREGON,
DES CALIFORNIES
ET DE LA MER VERMEILLE,
EXECUTEE   PENDANT   LES   ANNEES   1840,   1841   ET   1842.
CHAPITRE PREMIER.
Etablissements russes en Californie. — Leur origine et leur
importance. — Los Farallones. — Fort de Ross. — Port de la Ro-
dega. — Hospitalite du Gouverneur et des officiers russes.
M. de Resanoff, chambellan de FEmpereur de
Russie, revenant de son ambassade du Japon,
apres avoir inspecte, par ordre de la cour de
Saint-Petersbourg, les postes, etablissements et
ii. FONDATION DE LA COLONIE
comptoirs que la Compagnie Imperiale Russo
americaine des Fourrures possedait, tant sur la
coted'Asie, au Kamschatka et dans les lies Aleou-
tiennes, que sur le continent et les iles de la cote
nord-ouest de l'Amerique , vint mouiller au port
de San Francisco au mois de mai 1807. Le navire
qu'il montait s'etait arrete a l'embouchure duRio
Colombia, avec Fintention d'y former un etablis-
sement; mais le mauvais temps, le manque de
vivres, et surtout les diffieultes et les dangers sans
egaux que presente le passage de la barre qui
ferme en quelque sorte l'entree du fleuve, force-
rent les Russes a continuer leur navigation vers
le Sud I
Le savant M. Langsdorff faisait partie de Fexpedition en qualite de naturaliste. II visita avec
soin la contree qui entoure la magnifique baie de
San Francisco. Les officiers russes recurent des
9
moines et des autorites espagnoles Faccueil le
plus amical, et M. de Resanoff fut meme fiance a
la fille de Don Luiz Arguello jj commandant du
Presidio. II partit pour Saint-Petersbourg, pour
obtenir de FEmpereur Fagrement a son mariage,
1 Voir : Voyages and  travels of Langsdorff.  London ,  1816 ,
2 vol.in-40. RUSSE EN CALIFORNIE. 3
et mourut d'une chute de cheval au moment oil
il revenait en Californie.
A cette epoque, les religieux espagnols n'avaient
encore fonde aucune Mission au nord du port
de San Francisco , bien qu'ils eussent explore le
pays. Dans les courses que MM. Langsdorff et de
Resanoff firent en compagnie des autres officiers,
ils furent tous f rap pes de la beaute et de la fertility de la contree.
Le port de la Rodega, dont la partie sud est
eloignee de huit a neuf lieues seulement de la
partie nord du port de San Francisco , Fim-
mense quantite de loutres et de veaux marins
qui s'y trouvaient alors, les superbes bois de construction qui Favoisinent, attirerent surtout Fat-
tention des voyageurs. Aussi, d'apres le rapport
fait au gouvernement de Saint-Petersbourg, M. de
Raranoff, gouverneur general des colonies russo-
americaines, envoya de Sitka, au commencement de 1812, M. de Kuskoff au port de la Rodega, avec cent Russes et cent Indiens Kodiaks;
ils eurent le soin de demand er auparavant, aux
autorites espagnoles, la permission de s'etablir
sur ce point, dans le but special de se livrer a la
peche, et de preparer les peaux et fourrures.
La Compagnie realisa d'immenses benefices
dans cette branche de commerce. Les Kodiaks,
m 1
v
!\3
4 COMMERCE AVEC LA CHINE.
dans descanots en cuir dephoque nommeskayou-
kas ou baidarkas, firent une guerre acharnee aux
loups marins , aux castors, et surtout aux loutres
de mer; ils exploiterent toute la cote, les iles voi-
sines, les Farallones, et meme lesmarais et canaux
innombrables du port de San Francisco. II y eut
des semaines ou cette baie seule produisit sept ou
huit cents peaux de loutres. Les fourrures etaient
transportees par mer au port de Okhotsk, sur la
cote d'Asie, et de la, par terre, aux foires de
Kiakta ou Maimakin, ville moitie russe et moi-
tie chinoise, situee sur la limite des deux Etats.
Ces foires se tiennent en fevrier et en octobre, et
les loutres s'y vendaient, il y a dix ans encore,
de quatre - vingts a cent piastres espagnoles la
piece; leur prix est aujourd'hui tombe a quarante-cinq |
Les colonies moscovites que nous decrirons
plus loin en detail en traitant de F Amerique
Russe, situees dans de hautes latitudes et toutes
au dela du 54e degre, ne produisent point de ce-
;Jt>
R
rt
■Okhotsk:   11""-^rd : 59° 20' JO".
(Long. Est: 140° 53' 30".
_. I (Lat. Nord: 50° 20'.
Kiakta :     {
/Long. Est : 103°.
Voir dans l'Atlas la carte n° 2 de l'Ocean Pacifique. PROGRtS DES RUSSES. 5
reales, et les navires de la Compagnie Imperiale
ont souvent ete forces d'aller chercher de la farine
a Guaymas, et meme a Valparaiso. Cependant la
Californie a toujours ete le point principal de leur
approvisionnement. Dans les premieres annees,
les Russes payaient avec des piastres, mais plus
tard ils apporterent des marchandises qu'ils don-
naient en echange des grains, du suif, de la graisse
et de la viande seche. Le prix moyen de la fane-
gue (0 hectol., 563) de bie, a San Francisco et a
MonteRey, etait de deux piastres.
En 1815, les Russes avaient deja etabli quelques
fermes a Finterieur; ils avaient achete du betail
aux colons espagnols et commencaient a recueillir
du froment. Ce developpement inattendu, joint
a la prise de possession d'une des iles Sandwich,
donna Feveil aux autorites espagnoles qui n'a-
vaient encore aucun etablissement au nord de
la baie de San Francisco. Le P. Mariano Paye-
ras, prefet apostolique et president .des religieux franciscains, adressa un rapport au roi d'Espagne a ce sujet, le 2 mai 1817, et au mois de
decembre de la meme annee, il fonda la Mission de San Rafael, situee a douze lieues au sud
du port de la Rodega et a vingt-cinq lieues de la
premiere des fermes russes situees a Finterieur,
et nommee de Klebnikoff ou de Vasili. Le mal-
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1
31
6 UKASE DE LEMPEREUR.
heureux etat de FEspagne et les troubles qui
agitaient la vice-royaute du Mexique, permi-
rent aux Russes de devenir possesseurs definitifs
du terrain qu'ils occupaient. Ils construisirent a
douze lieues de la Rodega, au dela du Rio de San
Sebastian, qu'ils nommerent Slawianska, le fort
de Ross, ou le gouverneur etablit sa residence;
ils donnerent des lors le nom deRomanzoff au port
de la Rodega, et firent Hotter leur pavilion sur la
cote.
II faut cependant remarquer qu'il n'est pas
fait mention de Fetablissement de Californie dans
Fukase relatif a FAmerique russe, que FEmpereur
Alexandre publia le 4 (16) septembre 1821, par
lequel il declare que les iles et la cote situee a
partir du detroit de Retiring jusqu'au 51e degre
de latitude nord, appartiennent a la Russie, et il
defend aux batiments etrangers d'approcher des
cotes a moins de cent milles nautiques.
En aout 1823, les Peres Fortuni et Amoros fon-
derent la Mission de San Francisco Solano, situee
a treize lieues de San Rafael et a douze de la ferme
de Klebnikoff, et en 1827 ils commencerent la
Mission de Santa Rosa, eloignee seulement de six
lieues des terrains occupes par les Russes, avec
lesquels les habitants conserverent toujours les
relations les plusamicales. Dansle traite entre la TRA1TES DIVERS. 7
Russie et les Etats-Unis, du 5 (17) avril 1824, et
dans celui entre FAutocrate et FAngleterre, du 16
(28) fevrier 1825, il n'est point question dela Californie , bien que FEmpereur s'engage envers les
deux autres gouvernements a ne point fonder d'e-
tablissements sur la cote nord-ouest ou sur les iles
de FAmerique, au sud du 54e degre 40 minutes
de latitude nord; mais ces traites n'ont rapport
qu'a des iles etterritoires tels que celui de FOre-
gon, sur lesquels les Anglais ou les Americains
pouvaient avoir des droits encore indivis.
En 1821, a l'epoque dela separation du Mexjque
de la couronne d'Espagne, aucune negociation
ne fut entamee entre le nouvel Etat et le cabinet
de Saint-Petersbourg. Le territoire que les Russes
occupent en Californie ne saurait done en aucune maniere etre considere comme une enclave
mexicaine; en effet, dans les conferences tenues
a Mexico en Janvier 1828, entre MM. Esteva et
Camacho , plenipotentiaires mexicains , d'une
part, et M. Poinsett, plenipotentiaire des Etats-
Unis , de Fautre, pour le reglement des limites
entre les deux Republiques, il futsolennellement
reconnu par MM. Esteva et Camacho, que leur
gouvernement devait agir invariablement d'apres
ce principe, que le Mexique est tenu d'observer a
l'egard des autres nations les traite's conclus par 8
1
a
FERMES RUSSES.
la Monarchic espagnole, alors que la vice-royaute
de la Nouvelle Espagne en faisait partie |!
C'est en vertu de ce principe que les Anglais
qui avaient recu du gouvernement espagnol Fau-
torisation de faire des etablissements dans le golfe
de Honduras, ont conserve la possession absolue
de Ralize, depuis la separation du Yucatan et de
Guatemala de FEspagne. Les Russes fonderent
leurs etablissements de la Rodega en 1812, avec
Fassentiment des autorites espagnoles, et depuis
Findependance du Mexique, leur souverainete
sur ce point n'a jamais ete contestee, le pavilion russe y a toujours flotte, les navires des autres
nations y abordent librement : rious y avons ete
nous-meme a bord d'un trois-mats anglais, et
chaque fois que les batiments marchands russes
vont de la Rodega a MonteRey ou a San Francisco , ils payent les droits de tonnage comme proven ant d'un port etranger.
Les fermes russes produisaient environ deux
mille cinq cents fanegas de bie (mille quatre cent
sept hectolitres), et on en achetait a peu pres au-
b
vr*
1 Voirle Document du Congres de Washington, n° 42, pag. 27 ,
et le Traite entre le Mexique etles Etats-Unis, du 12 Janvier 1828,
acceptantet ratifiant Ie Traite des Florides, du 22 fevrier 1819 ,
enlre les Etats-Unis et l'Espagne. DEPART DU GOUVERNEUR. 9
tantaux Espagnols et aux Missions, surtout a celles
de San Jose et de San Clara. Recemment on a pense
qu'il serait plus avantageuxd'acheter entierement
la provision de bie et celle de viande seche etsalee,
et on a vendu, en septembre 1841,a M. Sutter,
une partie des fermes d'exploitation, et environ
trois mille cinq cents teles de betail. M. de Rots-
cheff, gouverneur de Ross, a quitte la Californie
le ler Janvier 1842, a bord du brig Constantin,
apres avoir renvoye a Sitka ceux des colons de-
venus inutiles par suite de Fabandon de la culture des terres, et a laisse le soin des affaires a
M. Nicolai, residant au port de la Rodega, ou a
Fetablissement de Chlebnikoff, eloigne dedeux
lieues.
Pendant notre sejour en Californie, les etablissements russes etaient dans le meilleur etat; le
noyau de la population etait forme par huit cents
individus russes ou russo-asiatiques, autour des-
quels se groupaient des tribus d'indigenes qui
travaillaient moyennant un salaire. Les Russes
traitent les Indiens avec la plus grande douceur,
ils les payent exactement et ne les maltraitent
jamais. Cependant, pour tenir en respect les tribus hostiles, les colons russes sont soumis a tour
de role a un service militaire, et cette protection
s'etend sur toute la population espagnole qui ha- .1:
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73$
10 RORNES DE LA COLONLE.
bite ie nord de San Francisco, et qui se trouve
ainsi a Fabri des incursions des Indiens qui de-
vastent le pays situe au sud , volent les bestiaux,
et tuent quelquefois les habitants.
Le terrain occupe par les Russes n'a jamais eu
de limites bien fixes, puisqu'a l'epoque de leur
etablissement en 1812, il n'existait aucune ferme
espagnole au nord du port de San Francisco, et
qu'ils commirent alors la faute de ne pas y fonder
quelques maisons. Cependant, d'apresles rensei-
gnementsles plus precis, on peut dire que la ligne
de demarcation commencait au sud du port de
la Rodega, a la lagune nominee el Estero ameri-
cano, et qu'elle se prolongeait vers Fest-nord-est
jusqu'a la rencontre de la petite riviere de San
Ignacio (Avatcha des cartes russes). Mais il y a au
moins six lieues inoccupees entre cette limite et
la chaumiere espagnole de Rohorquez, qui est la
plus au nord-ouest. Au sud-est, a une lieue de la
ferme de Vasili, ils ont laisse s'etablir, il y a cinq
ans, FEcossais Mackinstosh et FAmericain Dor-
son : les fermes de Fancienne chapelle de Santa
Rosa sont eloignees de six a huit lieues; au nord-
est et au nord on ne trouve que des tribus indiennes peu nombreuses, et a Fouest la mer. Les Russes ont souvent fait des excursions a Fest pour
tuer des castors, et parcouru la cote par mer pour
I.r»i TOPOGRAPHIE. 11
chasser les phoques et les loutres; mais parterre,
ils n'ont pas depasse la Punta Rarra de Arena,
long promontoire tres-bas qui s'avance dans la
mer.
La topographic est celle de toute la Californie;
une chaine de collines court parallelement a la
cote, etderriere,vers Forient, se trouvent de belles
prairies oil paissent des troupeaux de cerfs et les
bestiaux des fermes. Ces plaines sont tres-fertiles
et arrosees de petits ruisseaux; les mamelons sont
boises. Le long de la mer, depuis la Rodega jusqu'a la riviere Slawianska, il n'y a pas de pins;
mais au dela, jusqu'au fort Ross et jusqu'a Rarra
de Arena, ils croissent presque dans Feau, et gar-
nissent tous les versants occidentaux, de maniere
qu'en les coupant, ils roulent au bord du rivage.
Rien n'est alors plus facile que d'en former des
radeaux et de les remorquer, soit au port de la
Rodega, soit pres de la petite anse qui est devant
le fort de Ross oil les Russes ont construit des
bricks et des goelettes. Les coteaux de Finterieur
sont remplis de chenes, de frenes, desycomores,
d'enormes lauriers royaux, de petits lauriers-
camphre, et de plus de vingt especes differentes
de pins et autres arbres de la famille des coni-
feres. Quelques-uns atteignent une hauteur de
trois cents pieds.
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12 PRODUCTIONS.
Sur une etendue de vingt lieues de cote, onne
trouve aucune riviere navigable. Le petit Rio San
Ignacio ou Avatcha se jette dans le port de la
Rodega ; la Slawianska ou Rio de San Sebastian
presente, pendant la saison des pluies , une embouchure de six cents metres; mais en ete, elle est
fermee, et Fon passe a pied sec sur le bord de la
mer. Le ruisseau de Ross merite a peine d'etre
mentionne, ainsi que la riviere Kostromitinoff,
qui est situee a quelques lieues au nord. Aucune
de ces rivieres n'est navigable, si ce n'est pour de
petits canots, mais elles sont utiles pour abreuver
les bestiaux; elles fertilisent les plaines, et leurs
rives, celles de la Slawianska surtout, sont bordees
de bois magnifiques. La cote comprise entre la
Rodega et Ross est tres-saine; il n'y a ni bancs ni
ecueils, et les quelques roches qu'on rencontre
sont tres-visibles. Des fermes interieures, les char-
rettes peuvent aller porter les produits aux ports
de la Rodega et de San Francisco, pendant la saison seche. *\v
Au bord de la mer, les arbres fruitiers d'Europe
viennent bien , ainsi que le tabac, la vigne, les
legumes et les.cereales; cependant les bles semes
sur les coteaux exposes a l'Ouest peuvent souf-
frir des brouillards. Tout croit plus vite et plus
abondamment dans la plaine ou se trouvent les
v«i FORT DE ROSS. 13
deux fermes de Klebnikoff et Don George, qui
sont en outre tres-boisees; celle de Kostromitinoff
a d'excellents paturages, et celle de Don George
de tres-belles vignes.
Le fort de Ross avec ses beaux jardins est dans
une superbe position; il n existe rien de plus
pittoresque ni de plus grandiose que les forets
de  pins gigantesques  qui les  entourent.  Ross
presente un quadrilatere de quatre-vingts metres
de front, au centre duquel se trouvaient la maison du gouverneur, celles des officiers, Farsenal,
la caserne, des magasins, et une chapelle grec-
que surmontee de croix et de clochetons de Feffet
le plus agreable. L'enceinte, formee par d'epais
madriers, avait quatre metres de haut; elle etait
percee d'embrasures garniesdecaronades,etaux
angles opposes s'elevaient deux bastions hexago-
nes, a deux etages, et armes de six pieces. Dans
les autres etablissements principaux,  tels  que
Kostromitinoff, Vasili, Klebnikoff, Don Jorje
Tschernick, les batiments d'exploitation, les fermes , les corps de garde et les maisons des officiers
sont entoures de jardins etbatis en bois avec de
fort jobs ornements. Ces maisons, nominees isba
par les Russes, ressemblent a celles des villages
moscovites. Au port de la Rodega il n'y a que les
deux ou trois petites maisons d'habitation des
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14 CLIMAT0L0G1E.
pilotes et du chef du port; mais les magasins sont
vastes; ils servent a renfermer les marchandises,
les grains, les barils de viande, les cuirs, et les
agres et apparaux des navires. Chaque ferme a
des maisons de bains, de grandes loges pour les
Indiens, des moulins k ventet a bras, des scieries,
des greniers et des sechoirs pour les tabacs. Les
grands ateliers des menuisiers, forgerons, tonne-
liers et charpentiers de la marine, se trouvaient
au pied du fort de Ross, au bord de la petite cri-
que oil mouillent les embarcations.
Quant a la temperature et au clinlat de la colonic russe, le tableau suivant en donnera la
meilleure idee. Ces tables meteorologiques ont
ete construites avec le plus grand soin d'apres les
donnees des officiers russes. On doit remarquer
qu'il ne gele jamais, et que la chaleur moyenne de
Fannee est de plus de 12 degres centigrades. On
ne voit de la neige que sur les pics eleves de la
Sierra Nevada qui se trouve a quarante ou cinquante lieues dans FEst, mais il n'en tombe jamais dans la plaine, ni au bord de la mer. Ce
tableau de la meteorologie d'uri point situe a
l'extremite nord de la partie habitee de la Haute
Californie, donne une juste appreciation de la
douceur du climat de toute cette magnifique
province. Lm
MfiTEOROLOGIE.
FORT DE ROSS (Haute Californie),
Latitude nord : 38° 33'; longitude
OUEST DE PARIS : 125° 35' 24" ,* EN temps : 8h 22m 21s; DISTANCE du rivage :
250 METRES;
ELETATION AU-DESSUS DU
NIVEAU DE LA MER * 45 METRES.
TABLEAU METEOROLOGIQUE.
1840.
THERMOMfeTRE
DE REAUMUR.
Jours    \
de pluie. J
ph£nom£nes.
RAROMfcTRE
EN MILLIMETRES.
MOIS.
6 h. du
matin.
■
2 h. du
soir.
8 h. du
soir.
Jours
de
brouillard.
><
a
16
Jours
sereins.
Tonnerre
et Eclairs.
Jours
de grele../
I
*
•
6
"S
754
a
V
K
s
37
JANVIER.
+4°,16
9°, 12
4°,50
11
1
3
1
»
761,99
FEVRIER.
3°,43
9°,41
4°,50
8
4
16
1
t
2
767,07
754
37
MARS-
4°,38
8°,90
6°,69
7
4
17
3
■»
1
761,99
751
83
AVRIL.
6°,46
10°,93
6°,86
2
2
10
16
»
1
769,61
756
81
MAI.
9°,97
14°,22
10°,29
1
1
17
12
»
»
764,53
»
»
JUIN.
10°,53
14°,55
10°, 16
»
6
19
5
»
M
764,53
»
»
JUILLET.
10°,93
14°,50
10°, 54
»
13
8
10
»
)>
761,99
»
»
AOUT.
10°,32
13°,65
10°,27
»
12
13
6
M
»
764,63
»
»
SEPTEMBRE.
10o,20
14°,06
10°, 46
»
4
19
7
»
»
761,99
»
»
OCTOBRE.
8°,93
12°,54
9°, 69
1
4
19
7
»
»
764,63
»
»     !
NOVEMBRE.
9°,86
12°,60
9°,56
8
1
16
3
U
»
767,70
•»
»    !
DECEMBRE.
6°,83
10°,42
7°,51
2
4
17
8
»
»
767,70
»
mm.
MOYENNE
l
AU-DESSUS DE ZERO.
86,60
12°,70
8°,87
40
56
187
81
2
4
Difference.
17,78
Temperature
moyenne de Fannee d'apre
s 1095 observations:-!- 10°,8Reaumur,
ou + 12°,60 c<
jntigrades. Ml
K
It'1
m
/-
1
B
b
J:|.f
%'
IG PORT DE LA RODEGA.
Le thermometre du barometre a ete toujours
semblable dans ses variations au thermometre
libre expose a Fombre et au Nord.
Saison des pluies, d'octobre a avril; vents re-
gnants, sud-est et sud-ouest.
Saison seche, de mai a septembre; vent regnant,
nord-ouest. — Dans Finterieur des terres il fait
plus chaud en ete et plus froid en hiver. — Variation de Faiguille, 16 degres nord-est.— Comme
dans toute la Californie, le tonnerrese fait entendre si rarement, que les Indiens n'ont meme pas
de mot pour exprimer ce phenomene.
En tout temps, l'entree du port de la Rodega
est tres-facile, meme pour les navires d'un fort
tonnage; ils peuvent venir mouiller en arrivant
du sud et evitant la pointe des brisants de la
petite ile, ou en venant du nord et de Fouest, en
prenant la passe entre File et le cap : elle est ex-
cell ente et a assez de fond pour les navires de
cinq cents tonneaux. La fregate de soixante
canons V Artemise, jaugeant au dela de deux mille,
n'y est pas passee, mais nous avons nous-meme
pris cette route plusieurs fois. Les batiments de
quatre a cinq cents tonneaux peuvent mouiller
bien en dedans du cap, et a deux encablures de
terre, par dix et douze metres. Les navires d'un
fort  tonnage  devront rester plus  dans FEst, MOUILLAGE. 17
pres de la grande cote, en tenant la petite ile a
l'Ouest; ils trouveront jusqu'a dix-huit et vingt
metres; le fond est de sable et de bonne tenue
partout1.
Ce port est excellent depuis avril jusqu'a octobre , saison du vent du nord-ouest; mais avec
les vents du sud-est, qui regnent generalement
de novembre a mars, il peut presenter quelques
dangers. J'y ai cependant rencontre un capitaine
russe et un Anglais qui m'ont assure qu'avec
de bonnes ancres ils ne craindraient pas d'y
mouiller en tout temps.
A l'extremite nord du port, se trouve un passage etro it donnant entree a une lagune qui a
assez de fond, et pourrait aisement devenir un
second port pour les petits navires en creusant
le goulet qui y conduit. La source d'eau douce
qui se trouve pres du grand magasin est bonne et
1 Voir dans l'Atlas la carte de la cote russe et le plan du port de
la Rodega, n° 17.
Latitude Nord : 38° 18' 30''.
Longitude Ouest: 125° 24' 20".
, En temps : 8h 21m 30s.
La Rodega, au mouillage :< .
j Etabhssement du port: 1 lh 40™.
[ Hauteur de la maree : 2m 1.
\Variation : 16° N. E. i
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18 ARMEMENT DU PORT.
abondante; mais il y a peu de bois de ce cote.
En suivant la cote pour aller a Ross, on trouve
la ferme de Kostromitinoff, et quatre postes ou
vigies qui servaient aussi aux gardiens des bestiaux. La ferme de Vasili est eloignee d'environ
deux lieues dans Fest, et celle de Don George de
six lieues vers Fest-nord-est.
Les Russes n'ont construit aucune espece de
fortifications au port de la Rodega, ils y ont seulement une piece en bronze pour repondre aux
signaux des navires. La defense dece point serait
rendue tres-facile au moyen de cinq batteries
ainsi situees : au sud a la pointe de la Grande
Rodega, a Fest en face de l'ile, au nord au milieu de la lagune de terre qui separe les deux
ports, et sur le cap Romanzoff, a Fouest de la
petite ile qui commande en quelque sorte les
mouillages. Depuis la Rodega jusqu'a Ross, iln'y
a point d'abri, et la petite anse qui est devant les
ateliers du fort, bien qu'elle ait un fond suffisant,
n'est tenable que dans un beau temps.
Tant que les ilots los Farallones, qui sont en
face du port de San Francisco, ont ete habites
par des veaux marins ou des loutres, les Russes
y ont laisse a demeure quelques Indiens Kodiaks
excellents pecheurs; mais ils les ont retires des
que la chasse n'a plus ete favorable. Les autres
K S&IOURAROSS. 19
comptoirs ou postes de F Amerique Russe, au dela
du Territoire de FOregon, ne sauraient presenter moins d'interet que les etablissements de
Californie; et nous regrettons d'autant plusqu'au-
r
cun batiment de FEtat ne les ait visites, que dans
le sejour de la Venus au Kamschatka, a Petro-
paulowski en 1837, nos officiers ont pu juger de
Fempressement avec lequel ils seraient rectus.
Quant a nous, nous ne saurions nous montrer
trop reconnaissant de Faccueil amical que, dans
nos differentes visites en 1841, nous avons toujours trouve aupres des agents russes. Le gouverneur de Ross, M. Alexandre de Rotscheff, sa dame,
nee princesse Gagarin, M* Kostromitinoff, chef
du comptoir de Sitka, le capitaine Sagoskin,
commandant la corvette Helene, M. Wosnesenski,
naturaliste de FAcademie de Saint-Petersbourg,
se sont empresses de nous rendre le sejour de
leurs etablissements agreable. Independamment
d'une reception tout europeenne, ils nous ont
facilite l'exploration d'une partie de la contree,
mettant a notre disposition des embarcations,
des mougiks, des soldats, et organisant pour nous
de nombreux relais d'excellents chevaux. Ces
soins, ces attentions sont surtout appreciables
lorsqu'on a passe de longs mois ne vivant que de
privations, et n'ayant pour toute societe que de
2. 1
fil
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20 HOSPITALITE RUSSE.
pauvres Indiens. II faut avoir mene cette terrible
vie de trappeur, cette vie de la Longue carabine, avoir ete poursuivi par les hurlements des
Sauvages, pour savourer le plaisir d'une biblio-
theque choisie, des vins de France, d'un piano et
d'une partition de Mozart! Aussi saisissons-nous
avec satisfaction cette occasion de temoigner pu-
bliquement notre gratitude aux officiers russes
pour leur hospitalite vraiment imperiale.
iij CHAPITRE II.
Moeurs des habitants de la Nouvelle Californie. — Partie habi-
tee paries Indiens. — Meteorologie. —Hydrographie.—Resume.
— Avenir de la Haute Californie.
Avant de decrire la partie inhabitee de la Californie, de parler de son avenir politique, et de
dire quel avantage les autres nations pourraient
tirer d'etablissements dans ces contrees, il im-
porte de jeter un coup d'ceil rapide sur les usa- m
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22 MCEURS DES HARITANTS
ges et coutumes de ses habitants. Leurs mceurs
sont celles des anciens colons de FAmerique espagnole; les Californiens ont conserve les qualites et les defauts de leurs ancetres. Malheureu-
sement un grand nombre de circonstances ont,
dans ces derniers temps, contribue a les corrom-
pre; le contact des etrangers, en introduisant
parmi eux des habitudes de luxe, a augmente
leurs besoins, et n'a fait que les exciter au pillage
des Missions; la disorganisation des milices espagnols les a rendus moins braves, et leur penchant
naturel pour le jeu et Fivrognerie surtout s'est
accru a ce point, qu'on ne rencontre guere de
Californien qui ne porte dans les fontes de sa
selle, a cote de ses armes, une bouteille d'eau-
de-vie : « La bouteille pour Fami, disent-ils, et
cc les armes pour l'ennemi.)> Ces hommes, qui sont
d'une tres-belle race, ne vont jamais a pied.
Leur premier soin en se levant est de seller un
cheval, qui reste attache a la porte de leur maison, et dont ils se servent meme pour franchir
des distances de moins de cinquante pas. Leur vie
§'eeoule dans Foisivete la plus complete. On ne
voij; jamais un colon californien travailler la terre.
Si Yox\ entre dans un rancho, on est assure de
trouver les hommes couches, fumant et buvant de
Feau-de-vie; les femmes seules s'occupent un peu DE LA CALIFORNIE. 23
d'agriculture et de jardinage; elles parviennent
a louer quelques Indiens et a faire de petites
semailles.
Ces femmes sont en general grandes, fortes,
et ont conserve le type de beaute des paysan-
nes espagnoles, Leur fecondite est extreme; il
n'est pas rare d'en voir qui ont jusqu'a douze et
quinze enfants, ce qui, avec la superiorite nume-
rique des hommes, explique le rapide accrois-
sement de la population en Californie; sur cinq
mille habitants derace blanche, on compte, en
effet, pres de six cents etrangers, hommes faits ,
que les femmes p referent aux gens du pays, parce
qu'ils sont en general plus laborieux, qu'ils les
traitent mieux, et prennent plus de soin de leurs
enfants. L'existence de ces femmes est fort
active, la plupart des travaux ordinairement
reserves aux hommes leur etant devolus; elles
manient les chevaux et le lazo avec autant d'a-
dresse que leurs maris, auxquels elles sont d'ail-
leurs bien superieures pour Fintelligence et les
qualites morales.
Comme le nombre des etrangers angmente
tous les jours, il est a craindre qu'avant peu
quelque perturbation ne resulte de l'immense
disproportion existant entre la population masculine et celle des femmes. I'
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24 RAPPORTS AVEC LES ETRANGERS.
La salubrite du pays est telle, que les maladies
des colons sont toujours independantes des influences climateriques; ceux-ci, ainsi que les
Indiens des Missions, vaccines par les soins des
religieux, sont exempts des fievres intermitten-
tes et de la petite verole qui deciment les Indiens
des tribus sauvages. Les exemples delongevite ne
sont pas rares et il existe plusieurs centenaires,
chose assez remarquable, en raison du chiffre
peu eleve de la population. II n'y a pas de rae-
decins en Californie. Leur presence n'y serait du
reste utile que pour les cas dechirurgie, tels
que les fractures causees par les chutes de cheval
oublessures resultant desquerelles. De meme que
parmi les Arabes et chez tous les peuples a demi
civilises, les habitants s'imaginent dans leur
simplicite, que les etrangers doivent tout savoir:
aussi, des qu'ils en voient quelques-uns au-dessus du commun, s'empressent-ils de leur appor-
ter leurs malades, et souvent a l'homme qu'ils ont
consulte la veille pour une luxation, ils deman-
dent le lendemain de reparer un fusil, de faire
marcher une montre ou les moyeris d'exploiter
une mine, de construire un moulin , etc.
Les Californiens, qui naissent pour ainsi dire
a cheval, sont les plus intrepides cavaliers qu'on
puisse imaginer; ils aiment avec passion les cour-
II: COMRATS D'OURS ET DE TAUREAUX. 25
ses; et les paris exorbitants qu'ils font entre
eux ne contribuent pas peu a leur ruine. Nous
avons vu des rancheros risquer sur la vitesse
de leurs chevaux cent et deux cents tetes de betail. Ils sont aussi grands amateurs de jeux de
cartes, qui pour la plupart sont des jeux de ha-
sard, de combats de coqs, des courses de tau-
reaux, et de combats de taureaux et d'ours.
Pour empecher les deux ennemis de se fuir, ils
attachent Fun par la patte droite de derriere et
Fautre par la patte gauche. L'ours, plus adroit,
sort presque toujours vainqueur de la lutte.
Au moment oil le taureau baisse la tete, il lui
plonge ses griffes dans le naseau, et avec Fautre
patte lui dechire le poitrail. Ce n'est que bien
rarement que le taureau parvient a se soustraire
a cette etreinte, en percant son antagoniste avect
ses cornes.
Les principales reunions ont lieu aux fetes de$
Missions, et pendant les herraderos, nommes
aussi rodeos, dont nous avons deja donne la
description. Dans ces occasions, les habitants sor-
tent de leur apathie habituelle et deviennent
infatigables pour le plaisir. On les voit danser
jusqu'a deux jours et deux nuits, sans autre inter^
ruption que celle necessitee paries repas. Lors-
oqu'un mariage ou toute autre fete est celebree
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26 ACCUEIL HOSPITALIER.
dans le pays, on rencontre sur les routes des con-
vois de charrettes trainees par des bceufs et rem-
plies de femmes, de vieillards et d'enfants. Ces
charrettes, dune construction fort simple, sont
interieurement garnies de cuirs de bceuf, avec
des roues tres-basses et formees d'une seule piece
de bois; d'autres fois, on trouve des caravanes
entieres de trente et quarante personnes de tout
sexe et de tout age, courantau galop, munies de
violons, de guitares et autres instruments.
Le premier soin des Californiens, en vous abor-
dant, est de vous tendre la main, de vous offrir
de Feau-de-vie, et de vous demander votre nom,
votre profession et le but de votre voyage. Quant
a eux, repondant d'avance a toutes les questions
qu'on pourrait leur faire a cesujet, ils vous enga-
gent a les accompagner soit al rodeo de mi senor
tio (au ferrage des bestiaux de monsieur mon on-
cle), soit a la boda de mi prima (a la noce de ma
cousine). Si Fon accepte, on est sur d'etre parfai-
tement recu; mais souyent ces est|mables parents demeurent a cent ou a cent cinquante
lieues de Fendroit oil la proposition vous est
faite. Presque tous les colons de race espagnole etant unis par des liens de parente,
ces excursions se renouvellent frequemment;
les habitants semblent regarder comme la chose FETES ET JEUX. 27
dii monde la plus simple de faire deux ou
trois cents lieue§ pour danser quelques jours.
4-umois d'aout 1841, une caravane dece genre,
composee d'une trentaine de personnes, hommes et femmes, se rendit de la Mission de San
Francisco Solano aux etablissements russes, pour
celebrer la fete de madame Helene de Rotscheff,
femmedq gouverneur. Partis le matin, ils arrive-
rent le soir a la ferme de Klebnikoff, danserent
toute Ja nuit, la journee du Jendemain et toute la
nuit suivante: puis le troisieme jour a cinq heures
du matin, apres avoir ete sous les fenetres de
madame de Rotscheff quj ^'etait retiree de bonne
heure, la saluer d'un vivat general, la troupe re-
tourna cljpz elle au galop, sans avoir pris up seul
instant de repos.
Je visitais alors pour la seconde fois les etablissements russes. En traversal!t, par une nuit obscure,
\$n bois de pins rempli d'ours, le cheval de mon
guide s'etant effraye, Femporta. Je me trouvai
sgul pendant plusieurs heures, tirant au hasard
{Je§ coups de carabine pour eloigner les betes
fauves, pt (dans Fespoir d'attirer quelqu'un pres
de mpi, ou qu'on repondrait a mes signaux. Yers
onz.e heures du soir, ayant debouche d^ns la
pjaine, j'aperc|is a une distance assez considerable
un grandj feu, au-dessus duqiiel se mouvaientdeiix tarn
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28 LA MARSEILLAISE CHEZ LES RUSSES.
ombres de forme humaine. A mesure que mon
cheval avancait, ces formes devenaient plus dis-
tinctes, et je ne tardai pas a reconnaitre deux
hommes grotesquement deguises en Turcs et
dansant sur la corde! J'appris, en descendant
de cheval, que ces jeunes acrobates etaient les
deux tambours de la compagnie presidiale de
San Francisco, qui donnaient ce divertissement
aux Russes.
C'est dans cette meme ferme de Klebnikoff
que peu de temps auparavant, ayant demande du
papier pour ecrire, un soldat m'apporta un
cahier sur lequel, parmi divers exercices de lan-
gue francaise, se trouvait la Marseillaise. En me
voyant poursuivi jusqu'au fond de F Amerique, et
au milieu des Russes, par les paroles de cet air,
que j'avais entendu jouer a la messe aux Indiens
de la Mission de Santa Cruz, je ne pus m'em-
pecher de m'ecrier : cc Marseillaise, que me
veux-tu ? »
Le costume habituel des Californiens se compose d'un large pantalon en drap, ouvert a partir
du genou, et laissant voir un calecon en toile;
d'une chemise en toile blanche brodee, avec une
cravate noire negligemment serree autour du cou;
d'une ceinture en soie, et d'une veste ronde en
indienne, avec des bouffantes aux manches et sur
K-iii COSTUME DES HOMMES. 29
la poitrine, ou d'une veste de drap, brodee et
ornee de passementeries; enfin de souliers en
peau dedaim, et d'unchapeau noiralargesbords,
entoure d'un enorme galon, et quelquefoisdecore
sur les deux cotes d'aigles en argent. Au-dessous
de ce chapeau, ils portent generalement un foulard en soie noire. Le sarape, couverture en
laine, leur tient lieu de manteau; cette couverture est assez semblable au poncho de FAmerique
du Sud ; un trou pratique au milieu permet de
passer la tete. Ils se couvrent aussi quelquefois de
la manga , sorte de manteau carre long a angles
arrondis, en drap double enetoffe, avec une ou-
verture comme au sarape, mais autour de la-
quelle se trouve un collet circulaire en velours,
orne d'une grande frange en soie, en or ou en
argent.
Ces costumes coiitent fort cher; une calzo-
nera ou large pantalon avec boutons et galons
d'or, se vend cinquante et soixante piastres; un
beau sarape ou une manga a franges d'or, de
soixante a cent piastres. Quand les rancheros
montent a cheval, ils s'attachent au-dessous du
genou, a Faide de jarretieres brodees, des especes de jambieres qu'ils nomment botas (bottes).
Ces jambieres, dans le pli desquelles ils placent
le long couteau qui ne les quitte jamais, sont tip!
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™wM :
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30 COSTUME DES FEMMES.
formees de pieces en cuir corroye assez epais,
mais tres-souple, ayant environ quinze pouces de
hauteur sur un pied et demi de large ; elles sont
travaillees a la molette et a Femporte-pieces, et
presentent de fort jolis dessins decoupes et repousses. Ils portent encore une paire d'enormes
eperons, dont les etoiles n'ont pas moins de
quatre pouces de diametre, et sont composees de
cinq branches de la grosseur d'une plume d'oie
a pointes emoussees. Ces eperons sont destines
moins a piquerle cheval qu'aexercer une pression
sur ses flancs, et a le forcer a enlever de terre
Farriere-train si on lui lache la bride, et si on le
retient, a s'asseoir en quelque sorte sur ses handles. II est inutile d'ajouter qu'a MonteRey et
parmi quelques habitants des Pueblos, on re-
trouve un costume a peu pres europeen, et, danS1
les grandes occasions, Finevitable habit noir. Les
Californiens riches seuls font usage du drap fin
et de la soie; les autres se servent de culottes de
peau de daim, et d'etoffes en coton et en laine
grossiere.
Le costume des femmes est plus simple; il se
compose generalement d'une robe en indienne
ou en soie, dont la coupe suit de loin les mod#§?
franchises; d'un rebozo, espece d'echarpe en coton
ou en soie, avec lequel elles se couvrent la tete au
i GOUT POUR LA MUSIQUE. 31
besoin, et qu'elles remplacent les jours de fete
par de grands chales en crepe de Chine brodes;
un tres-petit nombre ont conserve la mantilft?
noire espagnole. Dans Fete, au lieu d'une robe
entiere, elles n'ont qu'une jupe (enaguas), dont
la partie superieure est d'une couleur differente
du reste. Les bas de soie et les souliers de satin
sont reserves pour la grande toilette. Lorsqu'elles
vont tete nue, elleslaissentpendre leursnattes,ou
meme tomber leurs cheveux sans les tresser; lorsqu'elles se coiffent, elles portent au sommetdela
tete un fichu en soie noire. Le chapeau dont la
dimension est enorme ne leur sert que pour
monter a cheval; elles emploient des selles
d'hommes, en se formant seulement uri etrier plus
long pour le pied gauche, avec une ceinture at-
tachee au pommeau de la selle. Si un homme et
une femme montent le meme cheval, le cavalier
est place en croupe et la femme xlevant, la tete
couverte, afin de se garantir des rayons du soleil, avec Ie chapeau de son compagnon, qui, dans
ce cas, se coiffe lui-meme d'un foulard.
Les Californiens ont un gout aussi prononce
pour la musique que pour la danse; la guitare
espagnole est leur instrument favori, et, dans les
reunions que Fon nomme fandangos ,\\ n'est pas
rare d'en voir improviser des paroles sur les airs ii:
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EJ.,if.-(
32 DANSES ET IMPROVISATIONS.
qu'ils jouent, des couplets en Fhonneur des dames, des etrangers presents, et des satires ou
sont passes en revue tous les ridicules de la so-
ciete. Souvent une strophe commencee par un
homme est terminee par une femme.
II existe un certain pas nomme el son, execute
par une personne seule : lorsque c'est une femme
qui danse, les cavalieros, qui sont generalement
des parents, font pleuvoir des piastres au tour d'elle.
II nous arriva, chez Falcalde du pueblo de los
Angeles, de jeter un doublonen or et la musique
celebra aussitot notre generosite en ces termes :
3s
« El Frances el Capitan
« Es muy noble en su querer,
« Agasaja a las mugeres,
Asi las ha de coger!
La politique elle-meme n'est pas etrangere a
ces chansons, ainsi que nous en fumes temoin
dans un bal a Santa Rarbara. Disons d'abord que
les habitants confondent souvent les Anglais avec
les Americains : Fescadre de ces derniers venait
de quitter San Francisco, et on avait craint qu'elle
ne s'emparat du pays. L'improvisateur etait un
soldat; il commence ainsi un couplet d'un ton
dolent:
•
ill HOSPITALITE ESPAGNOLE.
Q 9
oo
« Ay! si vienen los Ingleses, Ay !
« California esta perdida !
Une charmante fille espagnole termina ainsi le
quatrain :
« Mas si vienen los Franceses, Ay!
I La muger esta rendida !
Le commerce des habitants est agreable et
facile; ils sympathisent particulierement avec les
Francais; nous qui n'avons pas laisse une ferme
sans la visiter, nous n'avons eu qua nous louer
de Faccueil que nous avons partout recju, surtout
de la part du clerge espagnol.
L'hospitalite est exercee par tout le monde en
Californie; et comme il n'y a aucune espece
d'auberges, on arrive a toute heure de jour et de
nuit dans les Missions, dans les fermes, chezdes
individus que Fon ne connait pas, et oil Fon est
sur cependant d'etre bien accueilli sans retribution aucune. II n'y a qu'un bien petit nombre
d'individus qui fassent exception, et cherchent a
abuser de Finexperience des voyageurs.
Malheureusement Fon ne rencontre pas par-
tout des fermes et des Missions; on voyage sou-
ii.
3 mi
34 REVERS DE LA MEDAIL1E.     ;
vent pendant des journees et des nuits entieres,
manquant d'eau et denourriture, expose Fhiver
a des pluies glaciales, traversant des bois fem-
plis d'ours, oblige de mettre partout la main a
Fceuvre, car dans ce pays, quel que soit le nombre
des domestiques dont on se fasse suivre, on est
reduit a faire presque tout soi-meme; il faut
savoir manier le lazo pour s'assurer un cheval
au besoin , la hache pour couper le bois, Faviron
pour traverser les lacs et les rivieres, la carabine
pour tuer le gibier ou defendre sa vie contre les
betes fauves et les Indiens des tribus errantes.
On ne saurait se faire une idee des tristesses et
des decouragements qui accompagnent le voya-
seur dans de semblables explorations. Que de
fois, etendu par terre, malade, abattu par la fatigue et la faim, brise par des courses furieuses
sur des chevaux a demi sauvages, seul dans ces
immenses deserts ou livre a la foi de domestiques
mercenaires ou d'Indiens souvent perfides , nous
avonssoupire apres FEurope, en pensant, helas!
a ceux que nous ne devions plus retrouver! Mais
au milieu de cet abandon complet oil on nous a
laisse a quatre mille lieues de la France, Fespoir
que Ie resultat de notre voyage pouvait etre
utile a notre pays, nous donnait des forces, car
nous etions loin de prevoirles deboires et lesde- PARTIE DESERTE DE LA CALIFORNIE. 35
gouts de toute espece qui nous attendaient a notre
arrivee!
PARTIE  INHABITEE  DE  LA  CALIFORNIE.
Nous allons donner maintenant la description
topographique de la partie de la Californie ha-
bitee seulement par les Indiens, mais traversee
quelquefois par les Francais Canadiens ou les
caravanes des Etats-Unis et celles du Nouveau
Mexique.
A partir du port de la Rodega, la cote, bordee
de pins superbes, court au nord-ouest jusqu'au
cap Mendocino; elle ne presente ni rivieres im-
portantes, ni abris surs; cependant, comme elle
est parfaitement saine , on peut, dans la belle saison, l'approcher de fort pres ] et mouiller derriere
la pointe Rarra de Arena, borne du territoire
russe; la punta Delgada et le cap Vizcaino. Les
rivieres Kostromitinoff, du Radeau et des Marrons
ne sont point navigables.
Le cap Mendocino , ainsi nomme en l'honneur
du vice-roi Mendoza, fut decouvert par Ferrelo,
en 1543; il forme un enorme promontoire entoure
d'ilots ou les Russes chassaient autrefois les loutres et les veaux marins. Ce cap, par sa projection,
semble marquer la limite des orages de la cote
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36 CAP MENDOCINO.
Nord-Ouest. Tous les navigateurs espagnols, et
Van Couver lui-meme, out note que la cote situee
au Sud jouit d'une temperature plus douce, et
n'est point exposee aux terribles coups de vent
qu'on eprouve dans la partie septentrionale de
ce
cap
PORT DE LA  TRINIDAD.
Les Espagnols avaient cependant songe a fonder un etablissement plus au nord sur la cote, au
port de la Trinidad, decouvert, le 11 juin 1775,
par Don Rruno de Heceta. En effet, le vice-roi
de la Nouvelle Espagne, le bailli.de Rucareli,
donna Fordre d'occuper ce point, le 20 Janvier
1776. Le soin apporte a la fondation des Missions de Californie empecha que cet ordre ne fut
mis a execution.
Le port de la Trinidad n'est, a proprement
parler, qu'une petite baie ouverte aux vents
qui regnent pendant Fhiver. Onne peut y mouiller que dans Fete; on s'y trouve a Fabri du nord-
ouest. II faut jeter Fancre a un mille de terre, a
1 Cap Mendocino :
Latitude Nord : 40° 29'.
Long. Ouest : 126° 49' 30". 37
PORT DE LA TRINIDAD.
une egale distance de la cote, du cap au nord et de
Filot situe a un mille au-dessus de cecap. On aura
alors seize metres et un bon fond de sable noir.
On ne court aucun danger entre la pointe nord
et Filot; le fond est partout de huit a neuf brasses;
mais on doit eviter de se tenir trop rpres de la
grande cote, entierement bordee de rochers. Tl
existe entre eux des passes pour les canots; aussi,
une fois en dedans, peut-on assez facilement
prendre terre, cette ligne de roches protegeant
la plage contre la houle de Fouest. Au fond du
mouillage, au riord-est, se trouve une petite riviere oil il est aise de faire de Feau. Le bois
abonde dans ces parages; cependant les grands pins
ne s'elevent qu'a quelque distance de la plage 1
1 Voir dans l'Atlas le plan, n° 15.
Latitude Nord : 41° 7'.
Longitude Ouest: 126° 35' 37".
Port de la Trinidad]En temps : 8** 26m 22s.
au mouillage: J Declinaison: 16° Nord-Est.
Etablissement du port : 12h 30m.
Hauteur de la maree : 2 metres.
Voir : Relacion historica de la vida del R. P. Junipero Serra,
page 171. I
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38
RIVIERE DES KLAMAKS.
RIVIERE DES KLAMAKS.
La riviere des Indiens Klamaks, situee a dix
lieues au nord de la Trinidad, presente une barre
qui empeche les grands navires d'y penetrer; tou-
tefois, la Compagnie d'Hudsony a fait entrer des
goelettes qui ne tiraient que sept a huit pieds
d'eau. Elle fut visitee avec soin, en 1836 , par le
schooner Cadborough, capitaine Rrotchie, qui
explora attentivement divers autres points de la
cote pour le compte de la Compagnie, et auquel
nous devons plusieurs renseignements fort utiles.
L'etablissement du port au mouillage est a cinq
heures, et la maree monte de deux metres1.
Des arbres magnifiques couvrent les bords de
cette riviere, que les embarcations peuvent re-
monter pendant vingt ou vingt-cinq lieues, et
qui prend sa source dans le lac Klamak, au pied
des Monts Sastes, non loin de Forigine del Rio
del Sacramento. Cette partie de la Californie est
habitee par des tribus indiennes assez nom-
breuses, qui vivent des produits de la peche et
1 Riviere Klamak :
Latitude Nord,: 41° S3'.
Longitude Ouest : 126° 12r 24,x.
ft n ! LIMITES DE LA CALIFORNIE. 39
de Fechange de5 fourrures qu'ils operent avec les
trappeurs.
PORT DE SAINT  GEORGE.
En suivant la cote, on rencontre le capde San
Sebastian, ainsi nomme par Vizcaino en 1602,
dont le prolongement forme au sud la petite baie
appelee de Saint George par Van Couver, et oil
Fon ne peut mouiller qu'en ete. Divers groupes
d'ilots en rendent d'ailleurs Fapproche assez dan-
gereuse i
LIMITES  DE LA CALIFORNIE
D'apres le traite des Floridesconclu entre FEs-^
pagne et les Etats-Unis, le 22 fevrier 1819, et
ratifie par cette derniere puissance et le Mexique
le 15 Janvier 1828,le quarante-deuxieme parallele
s'etendant de la Mer Pacifique jusqu'aux Montagnes Rocheuses a FEst, se trouve etre la limite
nord de la Californie et des anciennes possessions
' Cap San Sebastian :
Latitude Nord : 41° 46'.
Longitude Ouest: 126° 42' 15'.. IflU
I
pi
HittvjM
SBiliiil'
mi
40 LAC TIMPANOGOS.
espagnoles; aussi ne nous occuperons-nous pas
maintenant du territoire situe au dela de cette
ligne, et qui est devenu le sujet des differends
existants entre les gouvernements anglais et ame-
ricain.
Tout le pays situe entre la cote de Californie et
la Sierra Nevada est, ainsi que nous Favons dit,
d'une fertilite admirable et parfaitement propre
a la colonisation. II n'en est pas de meme des im-
menses plaines sablonneuses connues sous le nom
de Desert americain, qui s'etendent depuis le ver-
sant oriental de la Sierra Nevada jusqu'au pied
des Montagnes Rocheuses, etqui prennentle nom
de Monts Anahuac et Sierra Madre, du moment
ou elles entrent dans le territoire du INouveau
Mexique.
Le lac Youta ou Sale, lac Timpanogos ou Te-
guayo des anciennes cartes espagnoles, est situe
au nord de cette plaine, entre les 40e et 41e degres, dans une region volcanique; aux environs
on rencontre du soufre sublime a la surface du
sol, et des eaux minerales de plusieurs especes.
Ce lac a une etendue d'au moins vingt-cinq lieues
de long sur vingt de large; il renferme plusieurs
iles^ et report quelques petites rivieres d'eau
douce.
Sur Fune delles, appelee Riviere Plate, etsi-
mm FORTS ANGLAIS ET AMERICAIN. 41
tuee vers le milieu du bord oriental du lac, se
trouve etabli le fort ou depot de la Compagnie
americaine desfourrures de Saint Louis du Missouri. Les Indiens Youtas habitent les environs
de ce lac, que les Americains appellent quelque-
fois lac Ronneville.
A quarante lieues au nord, sur la riviere Port-
Neuf, un des affluents de la riviere des Serpents,
branche sud du Rio Colombia , la Compagnie
d'Hudson possede le fort Hall, achete il y a peir
d'annees au capitaine Wyeth , Americain, et eloi-
gne de quinze lieues a peine de la frontiere de la
Californie. II est necessaire d'ajouter qu'un autre
fortde la Compagnie se trouve a vingt-cinq lieues
dela ligne de demarcation,sur la riviere Umqua,
qui debouche dans la Mer Pacifique.
Ainsi, les Americains sont deja etablis sur ce
territoire, qui n'appartientquenominalementau
Mexique, et les Anglais n'ont plus qu'un pas a
faire pour y penetrer. Les Montagnes Rocheuses
ont cesse d'etre un obstacle, car depuis peu d'annees on y a decouvert des gorges ou passes qui
permettent aux voitures de les traverser. Nous
avons vu, au bord du Rio Colombia, des wagons
a quatre roues verius de la Louisiane.      |j|
Les Americains suivent deux routes distinctes;
les uns, apres avoir remonte le Missouri, pren- HHM
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42 PASSES DES MONTAGNES ROCHEUSES.
nent la riviere Padouca, branche sud de la Riviere
Plate, et passant les Montagnes Rocheuses a Fouest
du Long Pic, viennent aboutir a la Riviere Verte,
branche superieure du Rio Colorado , que les
Francais Canadiens et Louisianais nomment Ri-
viere Espagnole; et de la , ils ont a peine quelques
jours de marche pour arriver, soit a la station
americaine du lac Youta, soit a Fetablissement
anglais du fort Hall. D'autres caravanes prennent
la branche nord de la riviere Plate, la riviere
Eau Claire, et traversant la montagne par la passe
des Trois Tetons , rencontrent les hautes eaux de
la riviere des Serpents.
Deux fois par an la Compagnie americaine des
fourrures envoie, de Saint Louis, un pyroscaphe
d'un faible tirant d'eau, qui, apres avoir remonte
le Missouri, redescend au sud eta Fouest la riviere
Pierre Jaune (Yellow Stone), soit dans sa branche
superieure jusqu'au lac Eustis, soit par la branche
inferieure de la riviere des Longues Cornes (Rig
Horn) jusqu'au lac Riddle. Ces deux lacs sont au
pied des montagnes et non loin de la Passe. Les
bateaux a vapeur, charges d'objets d'echange ,
remportent les pelleteries recueillies dans les hautes eaux du Missouri et de FArkansas.
La Compagnie d'Hudson fait exploiter cester-
ritoires par ses trappeurs canadiens; ils chassent
■&M. GE0L0G1E. 43
dans toute la Californie, et vont, en suivant le
Rio Colorado, jusqu'au fond.de la Mer Vermeille.
Nous avons deja parle des caravan es qui viennent
annuellement de Santa Fe du Nouveau Mexique
pour acheter des chevaux.
Malgre les nombreuses peuplades d'lndiens
repandues dans les vallees, ces expeditions, du
reste fort penibles a cause de la fatigue et des privations de toute espece, ne presentent de dangers
serieux que lorsqu'on voyage isolement ou en petit nombre, car les sauvages n'attaquent jamais
des troupes de soixante ou quatre-vingts blancs
armes de carabines. Les animaux, particuliere-
ment les ours et les serpents a sonnettes, sont en
realite plus redoutables que les indigenes |
GEOLOGIE DE LA CALIFORNIE.
La constitution geologique du sol de la Californie est extremement simple. La base des Montagues Rocheuses est formee de granits de diverses
couleurs, tantot blanchatres et a points noirs,
tantot gris ou rouges; au-dessus sel event des
1 Tous ces itineraires sont traces en points rouges sur la Carte
generale, n° 1 de PAtlas. mi
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44 SIERRA NEVADA.
stratifications de gneiss, de hornblende, de quartz,
d'ardoises talqueuses semblables a celles qui, au
Mexique , renferment des filons d'or, de mica-
schiste et de schiste talqueux. La composition des
Montagnes Rocheuses semble etre la meme que
celle de la Cordillere des Andes, dont Fillustre
M. de Humboldt a donne une savante description. De ces differentes couches jaillissent d'abon-
d antes sources mineral es.
Le grand desert compris entre les Montagnes
Rocheuses et la Sierra Nevada est forme en partie
de detritus de ces montagnes, de roches basal-
tiques, de gres rouge et bigarre, et de depots
calcaires; leur aspect general est volcanique, et
les laves s'y rencontrent souvent. On apercoit
dans les sections verticales du lit des rivieres ,
d'immenses assises de colonnes^asaltiques res-
semblant a des tuyaux d'orgue.
La Sierra Nevada, independamment des gra-
nits rouges, des roches trachytiques, offre des
gres, des schistes, des roches amphiboliques, et
des phylades grises et noiratres.
La formation des Monts Californiens est en general celle des terrains cretaces. Leur partie infe-
rieure presente des gres melanges de divers oxydes
et de silicates de fer; plusieurs de leurs sommets
sont couronnes de gypses et autres depots cal- MONTS CALIFORNIENS. 45
caires d'une blancheur eblouissante, qui, de loin,
les font ressembler a des montagnes couvertes de
neige. Le chainon peu eleve qui suit la direction
de la mer et la cote elle-meme, a tous les caracteres
d'un depot tertiaire recent; le sol est melange de
silices, de sables, de marnes, de gres, de gypses,
de kaolin et d'ocres de diverses couleurs; on y
remarque Falternance entre les depots des eaux
douces et les formations marines faciles a distin-
guer par les coquilles qu'elles renferment. Un
exemple frappant de ce fait se retrouve pres de
la Mission de Santa Rarbara.
Quelques parties du rivage seulement ontl'as-
pect de terrains diluviens; ainsi il est aise de reconnaitre que les parties sud-est et ouest des ports
de la Rodega, de MonteRey, de San Francisco,
de Santa Rarbara et San Diego, sur une etendue
de plusieurs lieues, ont ete couvertes par les eaux
de la mer. On rencontre aussi dans des vallees
interieuresde grands blocs erratiques, dont la composition n'a aucun rapport avec le terrain sur
lequel ils se trouvent transported. Nous n'avons
decouvert nulle part d'aerolithes, ni de ces enor-
mes masses de fer magnetique dont la presence
n'a pas d'explication connue, et qu'on trouve
dans quelques parties desertes du Continent ame-
ricain. frill'I;
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4 6 CLIMATOLOGIE.
La terre vegetale a souvent, dans les vailees,
deux metres d'epaisseur; les strata superieurs du
sol sont en partie formes par des detritus orga-
niques; aussi est-il d'une extreme fertilite, que
contribuent encore a augmenter, les couches de
cendres produites par les incendies des savanes.
L'humus n'est jamais a nu, Fherbe le couvre toute
Fannee; les graminees atteignent une hauteur de
huit a dix pieds, et les arbres de la Californie
sont, sinon les plus gros, du moins les plus eleves
du sdobe.
CLIMATOLOGIE.
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Les saisons suivent le meme coursqu'en Europe,
et Fannee se divise en deux parties bien dis-
tinctes : la saison des pluies qui commence en
octobre et finit en mars, et la saison seche qui
embrasse les six autres mois de printemps et d'ete.
Par une heureuse alternative, les vents regnants
de l'hiver sont ceux du sud-est, qui eleventla temperature, tandis que ceux de Fete, soufflant du
nord-ouest, diminuent Fardeur du soleil. Ces
vents, il est vrai, sont quelquefois si froids, qu'au
bord de la mer et au mois d'aout ils obligent a
faire du feu dans les maisons qui y sont exposees. TEMPERATURE,    j 47
Dans les plaines interieures, la temperature est
au contraire tres-elevee.
A la fin d'aout et dans les premiers jours de
septembre 1841, a la Nouvelle Helvetie, sur le
Rio del Sacramento, le thermometre centigrade |
place a Fombre et au nord, donnait de midi a
deux heures un maximum de 36 a 38 degres; au
fort deRoss, qui est situe au bord de la mer, au
dela du trente-huitieme parallele, la moyenne de
Fannee est de 13 degres au-dessus de zero , le
maximum de 30 et le minimum de 4 ; au port de
San Francisco (partie nord) et a MonteRey, la temperature de Fair et des sources, aux mois de septembre, octobre et novembre, offre une moyenne
de 17 degres au-dessus de zero, que Ion peut
considerer comme celle de Fannee.
Dans quelques matinees de decembre et en Janvier, on trouve du verglas et de rares gelees blanches. Une seule fois depuis la colonisation on a
vu tomber de la neige dans la plaine. Ce pheno-
mene fut observe par le R. P. Pay eras, le 26 Janvier 1806, a la Mission de Saint Jean Raptiste.
Les sommetsvdes monts Californiens, qui n'ont
guere que douze ou quinze cents metres d'eleva-
tion absolue, conservent a peine quelques jours
la neige qu'ilS recoivent.
A partir de la Mission de San Antonio, la region HP-'
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48 BROUILLARDS j
des palmiers et des orangers commence, et a mesure que Fon descend vers le sud de la province ,
la temperature s'eleve. La Haute Californie , depuis San Diego jusqu'a la Rodega , sur une eten-
due de cote de deux cents lieues, est, selon nous,
comprise entre les deux lignes isothermes de 15
a 20 degres, et jouit par consequent d'une temperature analogue a celle du royaume de Valence et des plus belles regions de la Mediterra-
nee.
II est a remarquer que cette temperature est
bien plus douce que dans les points situes a latitude egale sur la cote est de FAmerique, ce qui
confirme cette grande loi de climatologie, que les
cotes occidentales d'un continent sont toujours
plus chaudes que les cotes orientales comprises
entre les memes paralleles.
En ete, les brumes frequentes contribueht a
rafraichir Fatmosphere; elles sont apportees par
les vents qui soufflent du nord-ouest, et sont souvent si epaisses que Fobscurite est presque complete pendant la journee. Ce phenomene expose
a de grands dangers les navires qui sont sur la
cote; et meme en voyageant dans Finterieur,
comme les routes ne sont pas toujours bien tra-
cees, on peut s'egarer et courir le risque d'etre
tue a coups de fleches paries Indiens maraudeurs,
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tlli VENTS ET PLUIES. 49
ou d'etre attaque par les ours qui sont tres-nom-
breux. Deux fois dans le mois de juillet nous nous
sommes perdu au milieu dim menses plaines ,
faute de pouvoir observer le soleil, et n'ayant
pour tout guide qu'une boussole.
Ces brumes epaisses de Fete n'entretiennent
cependant pas une grande humidite dans Fatmos-
phere, car il ne pleut jamais, et le vent de nord-
ouest , qui desseche tout, a une si grande violence, qu'il emporte incessamment les couches
de brouillards, et les remplace par de nouvelles,
sans leur laisser en quelque sorte le temps de se
changer en pluie. Malgre les averses journalieres
de Fhiver, en Californie ainsi que dans le reste de
VAmerique , la quantite de pluie tombant annuellement est moins considerable qu'en Europe, a
cause des six mois de secheresse du- reste de
Fannee.
Dans plusieurs localites, sur la cote surtout, la
terre est depouillee de verdure, tandis qu'en hi-
ver les vents du sud et du sud-est ayant moins de
force et permettant aux images de s'arreter sur
les plaines et de se fondre en eau, tout le pays se
couvre de la plus riche vegetation.
En ete, les Inatinees sont generalement belles ,
les brumes et le vent n'arrivant que vers onze
heures. En hiver, il pleut tous les jours vers trois
ii. 4
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HYGROMETRIE.
heures du soir, et tres-rarement pendant la nuit.
Vers le sud on observe parfois le phenomene extraordinaire de la pluie tombant par un ciel par-
faitement pur et serein. Dans la saison froide, la
mer, au large, est quelquefois couverte de brouil-
lards, pendant que la cote et Finterieur des terres
jouissent du plus beau soleil. On voit arriver des
courants de nuages qui restent suspendus au-
dessus de la terre, se condensent et retombent en
pluie : dans la saison chaude, au contraire, les
brumes apportees par le nord-ouest cachent le
ciel pendant des semaines entieres, mais ne se
convertissent jamais en averses, sans doute parce
que le sol emet plus de calorique qu'en hiver, et
que dans cette derniere saison le refroidissement
de la terre facilite la condensation et la chute des
vapeurs aqueuses. La moyenne de Fhygrometre
anglais se trouve etre a San Francisco de 52 degres
pour les mois de novembre, decembre et Janvier,
avec les vents regnants du sud et du sud-est.
Quelquefois en voyageant, on est surpris de
voir le ciel couvert de nuages noirs et rougeatres,
d'eprouver une chaleur etouffante ou de sentir
tomber une pluie fine de cendre. Les causes de ces
particularites sont dues aux incendies produits
dans les forets et les savanes par la negligence des
Indiens oudes blancs, qui, apres avoir allume du
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ft INCENDIES DES SAVANES. 51
feu pendant leurs campements, oublient de Fe-
teindre en s'eloignant. Ces incendies durent souvent plusieurs mois, et se propagent d'un bout
a Fautre de la province, au point d'empecher les
voyageurs d'avancer. Malheur a ceux qui se lais-
sent surprendre par les flammes dans les prairies
dont l'herbe s'eleve souvent a neuf et dix pieds,
ou dans les bois qui n'ont pas de routes tracees!
Dans le chainon de la sierra de Santa Cruz qui
conduit a la Mission de Santa Clara, nous avons
passe plusieurs heures errant au milieu d'une
foret embrasee, recevant les branchages enflam-
mes et aveugle par la cendre. L'aspect du' feu
fait perdre aux animaux toute leur intelligence;
les chevaux ne reconnaissent plus leur route, et
sont tellement effrayes qu'ils se laisseraient brii-
ler sur place. Les ours, les antilopes, les cerfs
courent ca et la, et nous avons vu de ces derniers
poursuivis par Fincendie sur la cote orientale
du port de San Francisco , se jeter a la mer sans
craindre les requins, et gagner a la nage les iles
de la baie.
Sous Fautorite espagnole, des qu'un incendie
se declarait, les Compagnies presidiales et les
neophytes des Missions arrivaient par centaines,
armes de haches, et parvenaient en peu de temps
a s'en rendre maitres. Maintenant, la negligence
4.
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RAROMETRIE.
est telle, que pendant notre sejour a MonteRey,
les bois de la presqu'ile de Pinos, situes a deux
ou trois cents pas des maisons de cette ville, ont
ete en proie au feu, sans qu'on ait fait la moindre
tentative pour Feteindre. C'est, du reste, un spectacle magnifique que celui d'une plaine embrasee.
Les flammes courentdans les herbes de la savane?
enveloppent les coteaux boises, et s'elancent en
serpentant au sommet des arbres, devorant les
lianes et les plantes grimpantes. Les frenes, les
sycomores, les chenes brulent en entier, mais les
troncs des pins, qui sembleraient devoir etre les
premiers consumes, resistent a cause de Fepais-
seur de leur ecorce; on voit seulement couler de
longues larmes de resine transparente le long de
leur tronc, tandis que Fincendie projette une
lueur rougeatre, et que les fortes brises du nord-
ouest emportent des nuages de cendre et de
fumee.
Les variations diurnes du barometre situe au
niveau de la mer sont presque insensibles lorsque
c'est le meme vent qui souffle; mais le nord-ouest
fait monter le mercure, et le sud-est opere un
effet contraire; les minima avec ce dernier vent,
sont de 751 a754 millimetres, etles maxima avec
le nord-ouest de 767 et 769 millimetres , et la difference de Fannee 17 millimetres. Le barometre
mm
• M:'>. i HYDROGRAPHIE. 53
est le meilleur indice du changement de vent,
et nous avons remarque en Janvier 1842, a MonteRey, des variations ascensionnelles de 20 et 30 millimetres en moins d'une heure , lorsque le vent
passait du sud-est au nord-ouest.
Rien que les ouragans soient tres-forts sur la
cote de Californie, les orages accompagnes de
grele et d'eclairs y sont fort rares; on passe des
annees sans entendre gronder le tonnerre et sans
voir tomber la foudre.
HYDROGRAPHIE.
Par la description detaillee que nous avons
donnee de la cote, il est facile de voir que la
navigation est aisee et ne presente d'autre inconvenient que la direction constante des vents, soit
du nord-ouest pendant Fete, soit du sud-est
pendant Fhiver. Ce premier vent est d'une violence extreme, mais il est regulier et ne procede
ni par tourbillons, ni par rafales. Sa force est
telle, qu'il nous est arrive en mai et en juillet 1841,
de rester a la cape pendant quatorze jours une
fois, etdix-rsept Fautre, avecd'excellents navires,
et d'etre enfin obliges de fuir devant le vent, et de
mouiller a la cote derriere quelque abri.
Pendant les intermittences du vent on eprouve
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54 CALMES, COURANTS.
quelquefois des calmes plats qui durent plusieurs
jours. On concoit que si, pendant ce temps, le
brouillard est epais, le navire qui se trouve sur
la cote est fort expose, a cause des courants
qui Fentrainent, et de Fimpossibilite ou il est
de determiner sa position. C'est ainsi qu'au mois
d'aoiit, apres etre restes sept jours sans observations astronomiques a bord d'un brick americain,
nous avons manque faire cote pres de Santa Rarbara , et avons ete forces de mouiller au milieu
des brisants de la pointe nord de la baie. Aussi,
est-il preferable, pour les capitaines qui n'ont pas
une connaissance parfaite de tous les points oil
Fon peut jeter Fancre, d'attendreun peuau large
que le brouillard se dissipe, et de n'atterrir que
par un temps clair.
Le nord-ouest s'etend jusqu'aux regions inter-
tropicales, et remplace les vents regnants, produi-
sant ainsi le phenomene connu sous le nom ^inversion de lalize. II importe done aux navires
venant du Perou, du Chili et de la cote du Mexique, de rester au large et de ne venir reconnaitre
la terre que lorsqu'ils sont en latitude du port
oil ilsveulentaborder. Pour aller ausud, au con-
traire, s'ils partent de Californie en ete, ils doivent se tenir a peu de distance de la cote. Un
batiment peut descendre ainsi de MonteRey a Ma-
vmr. ETAT DU CIEL. 55
zatlan en huit ou dix jours, tandis qu'il emploie
souvent un mois pour remonter de l'entree du
golfe de Cortez a la Haute Californie. Les navires
qui font le cabotage se tiennent en toute saison
tres-presde la cote, parce qu'ils remontent la nuit
avec la brise de terre. Le voyage de MonteRey
aux Sandwich dure quinze jours environ, et celui
de Lima un mois.
Les courants viennent du nord et suivent la
direction de la cote; dans le canal de Santa Barbara ils ont jusqu'a deux et trois milles ; partout
ailleurs ils sont assez faibles et modifies par la direction des vents.
Dans certaines baies, Fimmense quantite defu-
cus et de goemons donne a la mer, bleue ailleurs i
une teinte vert fonce. Le bitume liquide, surna-
geant a la surface des eaux, les rend noiratres
dans le canal de Santa Barbara.
Pendant notre sejour, nous n'avons point observe de phenomene celeste particulier, a Fexception de quelques etoiles filantes et d'arcs-en-ciel
avec arcs supplementaires concentriques nette-
ment dessines. Dans les nuits du 11 au 15 novembre, Fetat du ciel n'a presente aucun aspect
extraordinaire, et la grande pluie anpuelle des
etoiles filantes n'a pas eu lieu sur la cote d'Ame-
rique comprise entre les 17e et 58e degres de lati- mm
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56
TREMBLEMENTS DE TERRE
tude nord, ainsi que nous nous en sommes assure
avec exactitude.
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TREMBLEMENTS DE TERRE.
Les habitants de la Californie disent que les
tremblements sont assez frequents; seulement,
comme les secousses sont tres-faibles, ilsne s'en
effrayent guere. Dans Fespace de neuf mois, nous
en avons ressenti deux. Le 12 mai 1841, a MonteRey, a neuf heures du soir, nous eprouvames une
secousse tres-courte et si peu caracterisee qu'on
pouvait croire que la vibration du plancherde la
maison oil nous nous trouvions, etait produite
par une porte fermee bruyamment. A MonteRey
encore, le 3 juillet suivant, par un temps magni-
fique, etant dans un jardin a deux heures sept
minutes du soir, je fus assez heureux pour eprou-
ver une secousse bien determinee et pour pouvoir
etudier le phenomene dans ses details.
Au milieu de notre conversation, nous enten-
dimes s'elever tout a coup un bruit terrible
semblable a des roulements croissants de ton-
nerre, bruit qui s'eteignit apres avoir dure a
peine vingt secondes: la personne qui m'accom-
pagnait s'ecria : cc el temblor (le tremblement), »
et aussitot je sentis le sol s'agiter sous mes pieds ET VOLCANS EN CALIFORNIE. 57
assez violemment pour me contraindre a m'ap-
puyer contre un arbre; les oscillations se repe-
terent quatre fois, elles etaient horizontales et
dans la direction nord et sud- Les arbres s'agite-
rent un instant, mais la commotion ne causa
aucun dommage aux maisons. Mon chien, qui
etait a quelques pas, vint tout tremblant se refu-
gier aupres de moi, et me regardant d'un air
suppliant, semblait me demander de le defendre
contre un danger qu'il ne pouvait comprendre.
J'examinai aussitot Fetat de mes boussoles et
celles des navires en rade; aucun de ces instruments , non plus que les barometres et thermo-
metres, n'avaient eprouve d'alteration. La baie et
la plage etaient couvertes de poissons morts et
echoues, et Ja secousse futressentie au meme instant a bord des batiments et dans les fermes de
Finterieur; mais il est sans exemple dans ce pays
qu'a la suite de tremblements de terre, le sol se
soit entr'ouvert ou exhausse, ou que des sources
nouvelles aient jailli et que d'anciennes se soient
taries subitement, ainsi que cela arrive si fre-
quemment et avec de si funestes catastrophes sur
les cotes de Venezuela, du Chili et du Perou.
Excepte quelques fumeroles pres de Santa Rarbara , il n'existe point en Californie de volcan
ou de cratere importants.
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HAUTE CALIFORNIE.
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RESUME.
En resume, la Haute Californie dans son ensemble est admirablement propre a une colonisation , dont le plan est d'ailleurs pour ainsi dire
tout trace par les vingt-deux Missions et les six
Pueblos echelonnes sur la surface du sol, et qui
pourront devenir le noyau d'autant de villus
parfaitement situees et a la portee de tous les
ports; cette province presente les plus grandes
facilites pour F eleve des bestiaux, la culture des
cereales et la plantation des vignes ; elle pourrait
contenir vingt millions d'habitants; malgre les
depredations de tout genre, elle possede encore
pres de quatre cent mille betes a cornes, et ses
ports sont un point de relache forcee pour les
navires allant de la Chine et de FAsie aux cotes
occidentales de F Amerique.
II n'est pas douteux que du moment oil une
population intelligente et laborieuse s'y etabli-
rait, ce pays parviendrait aoccuper un rang eleve
dans Fechelle commerciale, il formerait Fentre-
pot ou les cotes du Grand Ocean enverraient
leurs produits, et fournirait la plus grande partie
de leur subsistanceen grains a la cote Nord-Ouest,
au Mexique,aFAmeriquecentrale, al'Equateur,
Ml: RESUME. 59
au Perou, a la cote nord de FAsie et a plusieurs groupes de la Polynesie, tels que les iles
Sandwich, les Marquises et Otaiti; il pourrait
enfin faire concurrence aux farines de Guav-
mas  et du Chili1.
La configuration du sol serait extremement favorable a Fetablissement de chemins de fer, ou
de routes en bois, comme on commence a les exe-
cuter dans les landes deRordeaux; les materiaux
necessaires a la construction de ces dernieres ne
couteraient presque rien, a cause de Fabondance
des forets; il n'y aurait point de travaux d'art a
ex^cuter; il ne faudrait qu'elever quelques pilotis
et des petits ponts sur les rivieres.
D'un bout a Fautre de la Californie, les routes
sont d'une horizontalite presque parfaite; ce n'est
que pres de la Mission de Sainte Ines qu'on rencontre quelques difficultes de terrain; mais par-
tout ailleurs, meme dans Fetat actuel, les voitures
suspendues peuvent facilement circuler. Rien
qu'on ne prenne aucun soin de ces routes, elles
sont fort belles pendant Fete; mais Fhiver les
pluies abondantes et les debordements des ruisseaux les rendent impraticables; autrefois les
moines de chaque Mission faisaient reparer deux
' Voir dans l'Atlas la carte de l'Ocean Pacifique, n.,2.
im :'(•!<!
i
60 PORTS DE LA PROVINCE.
fois par an, au printemps et a l'entree de Fhiver,
la moitie de la route conduisant aux deux Missions voisines; les Peres de celles-ci reparaient
Fautre moitie, et, de cette maniere, les communications etaient toujours faciles.
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PORTS.
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Aux deux extremites de la province, se trouvent deux ports excellents, au sud celui de
San Diego, au nord celui de San Francisco qu'on
peut considerer comme la clef de la cote nord-
ouest de FAmerique et de l'Ocean Pacifique Septentrional. C'est surtout pour arriver a la possession de ce port que les Anglais et les Americains
convoitent depuis longtemps la Californie. Voici
la description qu'en donne le savant capitaine
Reechey de la Marine royale anglaise, auquel
nous sommes d'ailleurs redevable de plusieurs
details hydrographiques important^1 :
cc Le port de San Francisco est une immense
« etendue d'eau capable de contenir toute la
cc marine rritannique  (sufficiently extensive to
1 Narrative of a Voyage to the Pacific Ocean by Cap. Reechey.
London, 1831, vol. I.
Narrative of a Voyage round the World, etc., 1836-1842, by
Ctip. Relcher. London, 1843, vol. I, pag. 118. EXPLORATIONS ANGLAISES. 61
cc contain all the british navy), ayant d'excellents
cc abris, des mouillages partout, et se trouvant
cc entoure d'un pays varie par des collines et des
<c vallees en partie boisees, en partie presentant
« de beaux paturages, et abondant en betail de
cc toute espece. »
Le voyage du capitaine Reechey avait eu lieu
en 1827; en 1840, le capitaine Relcher eut encore
mission d'examiner avec soin le port de San
Francisco et la Californie. En ce moment la
Compagnie de la baie d'Hudson, sure de l'appui
du gouvernement britannique, pousse une ligne
de forts vers ce territoire ; elle espere que les ne-
gociations commencees il y a peu d'annees par la
maison Lizardi deLondres, comme agent du Mexi
que pour la cession des terrains en payement dt
la dette anglaise, et renouvelees tres-recemment
pourront etre couronnees de succes, etque cette
fois ce ne sera plus au Texas ou dans Finterieur du
Nouveau Mexique et de la Sonora que le gouvernement mexicain offrira des terrains, mais bien
dans la Haute Californie. Personne n'ignore que
la dette anglaise du Mexique s'eleve a deux cent
soixante-dix millions de francs, et que cette dette
ne pourra jamais etre payee. Si la cession de la
province avait lieu, la Compagnie anglaise vou-
drait etre la premiere a occuper les meilleurs m£
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62 IMMIGRATIONS DES ETATS-UNIS.
terrains, pour les revendre ensuite en detail avec
un enorme benefice.
Mais nous pensons que les Americains auraient
plus de chances de s'emparer de la Californie. Le
mouvement de Immigration vers Fouest (thefar
ff^est)devient tous les jours plus prononce parmi
les backsettlers ou colons des comtes occidentaux
des Etats-Unis. Depuis trois ans, plusieurs cara-
vanes se dirigent vers la Californie, et les moyens
de resistance du gouvernement de cette province
sont tellement faibles, que rien n'empecherait
les Americains d'en faire, au moment meme oil
nous ecrivons, un nouveau Texas. La revolution
de 1836 et Foccupation sans declaration de
guerre de MonteRey par Fescadre americaine, il
y a dix-huit mois a peine, en sont une preuve
suffisante, et les tristes fanfaronnades, les impru-
dentes menaces du gouvernement mexicain contre les Etats-Unis, a Foccasion de Fannexation du
Texas, pourraient fort bien hater ce moment i
Pour se faire une idee de Favenir de toute la
Californie et de tout le Mexique, il n'est peut-etre
pas sans interet d'examiner en detail la politique
suivie a son egard par le gouvernement ameri-
cain. Deja en 1789, lorsque Fillustre comte deRe-
1 Voir le message du President Tyler au Senat, le 15 mai 1844.
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mm ■<■■ CONDUITE DES AMERICAINS.. 63
villagigedo occupait la vice-royaute de la Nouvelle
Espagne, un aventurier, nomme Philip Nolan,
traversait a la tete de cinquante Americains les
Rios Rrazos et Colorado, et penetrait dans le
Texas oil il fut tue dans un combat. Le 27 octobre 1795, les Etats-Unis et FEspagne signereht un
traite de limites; mais cette question ne fut point
assez clairement resolue pour que les Americains
ne se crussent en droit de reclamer des territoi-
res qui ne devaient point leur appartenir. A la
fin de 1803, M. de Laussat, prefet de la Nouvelle
Orleans, fit remise de la Louisiane au gouverneur americain, M. Claiborne, et quelque
temps apres eut lieu Fagression du colonel Rurr
dont nous avons deja parle. Le general Wilkinson, qui commandait les troupes des Etats-Unis
sur la frontiere, avait promis six cents hommes a
Fancien vice-president pour Faider a envahir le
Mexique. Des 1796, Rurr avait etabli son plan,
et Favait communique au gouverneur Gay du
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Missouri et a d'autres personnes des Etats li-
mitrophes j.
Par sa depeche du ler avril 1812, Don Luiz de
Onis , ministre d'Espagne a Washington, preve-
t Voir : Memoirs of Aaron Rurr, by L. Davis, New-York, 1838 5
et W. Kennedy : Texas, vol. I, page 237 et suiv. London, 1840. m
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64 ANCIENNES AGRESSIONS,
nait le vice-roi de Mexico, Don Francisco de Ve-
negas, de se tenir sur ses gardes et cl'armer la
frontiere, attendu que le gouvernement des Etats-
Unis s'etait propose de fixer ses limites a l'embouchure du Rio Rravo del Norte, de le remonter
jusqu'au 31e de latitude, et de la tirer une ligne
droite jusqu'a la Mer Pacifique, ce qui, des lors,
aurait donne la Haute Californie a F Union1. La
conduite ferme du gouvernement espagnol put
faire ajourner de pareils projets. Dans le mois de
septembre de la meme annee , le colonel Magee,
et les officiers americains Kemper, Perry, Loc-
kett et Ross, rassemblerent jusqu'a cinq cents
aventuriers, et le ler novembre s'emparerent de
la ville dela Rahia. Peu apres, le ler avril 1813, ils
prirent San Antonio de Rejar, et resterent mai-
tres de ce point jusqu'au 16 juin suivant, jour
oil le general espagnol Elizondo detruisit le corps
americain, dont les restes chercherent un refuge
dans la Louisiane. Pendant ces expeditions, les
Etats-Unis protestaient de leur amitie pour FEspagne, tout en favorisant clandestinement les
envahisseurs.
Le 22 fevrier 1819, le traite des Florides fut
Documents   extraits des   Archives   de  la   vice-royaute  de
Mexico. TRAITti DES FLORIDES. 65
conclu pour la cession, par FEspagne, de ces
r
territoires aux Etats-Unis, en payement d'une
somme de cinq millions de piastres, consacree
aux reclamations faites par les armateurs americains contre FEspagne, pour des navires saisis
dans ses ports pendant la guerre. Les limites a
l'Ouest, entre ces deux puissances, furent rigou-
reusement determinees.
La possession du port de San Francisco est
consideree, par les Americains, comme si impor-
tante, que leur gouvernement a offert a celui de
Mexico Fenorme somme decinq millions de piastres, soit plus de vingt-cinq millions de francs,
pour la cession de ce point. Voici les instructions
originales donnees par M. Forsyth, Ministre des
affaires etrangeres, a M. Rutler, Charge d'affaires
des Etats-Unis a Mexico.
TRADUCTION.
cc Monsieur ,
Washington, 6 aout i835.
cc II a ete represente au President, que le port
cc de San Francisco, sur la cote nord-ouest du
cc Mexique, serait le lieu le plus desirable pour
cc la relache de nos nombreux navires baleiniers
« de l'Ocean Pacifique, et qu'il est bien supe-
ii. lli'ilifc!
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66 NEGOCIATIONS POUR L'ACHAT
cc rieur a tous ceux oil ils peuvent maintenant
cr avoir acces. En consequence le President a or-
cc donne de faire une addition a vos instructions
cc relatives a la negociation du Texas. Le princi-
« pal objet est de faire entrer dans nos limites
cc la baie de San Francisco tout entiere. Si vous
cc pouvez engager le gouvernement mexicain a
cc accepter toute ligne tiree a cet effet, vous etes
cc autorise  a offrir  une  somme  de ,  a
cc ajouter a celle qu'il vous est enjoint d'offrir
cc pour la premiere ligne mentionnee dans vos
cc instructions originales a ce sujet. Vous devez
cc d'abord vous efforcer d'obtenir les limites
cc suivantes \ qui sont considerees comme les plus
cc avantageuses.
cc Une ligne tiree du golfe du Mexique, suivant
cc la rive orientale du Rio Rravo del Norte jus-
<c qu'au 37e degre de latitude, et de ce parallele a
cc la Mer Pacifique. Cette ligne devra probable-
ment etre supposee s'approcher de trop pres, si
elle ne com prend meme pas Fetablissement
c mexicain de MonteRey. Si cette objection etait
cc soulevee, vous pourriez la detruire, en expli-
<c quant que nous n'avons pas Fintention de nous
<c meler des etablissements actuels de Mexico sur
cc cette cote, et vous pourrez accepter tout arrangement touchant le but principal de nous assu-
cc DU PORT DE SAN FRANCISCO. 67
cc rer la possession de San Francisco, en excluant
cc MonteRey et le territoire situe dans son voisi-
cc nage immediat.
« Comme il n'est pas juge essentiel d'obtenirle
cc Rio Bravo del Norte pour notre frontiere occi-
« dentale, si quelque objection vous etait pre-*
cc sentee, vous pourrez proposer la ligne Ouest
« specifiee dans vos instructions originales, mais
« s'arretant au trente-septieme parallele ou a
« tout autre point comprenant la baie de San
cc Francisco, dans une ligne tiree jusqu'a l'Ocean
« Pacifique. Si le Rio Rravo del Norte etait ac-
cc cepte comme limite occidentale, vous pourrez
cc stipuler pour la libre navigation de ce fleuve
cc en faveur des deux parties.
cc Si toutefois vous ne pouvez obtenir une ligne
cc Sud, qui ferait entrer dans nos limites la baie
cc de San Francisco, vous continuerez d'agir con-
cc formement a vos instructions originales, et
« menerez la negociation a son terme comme il
« vous est enjoint parla depeche du departement,
ccdu2juinl835, n° 94.
cc J'ai l'honneur d'etre, etc.
cc Signe: John Forsyth | »
1 Collection des documents du Congres de Washington, n° 42,
page 18 etsuivantes, 1835.
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68 VUES PATRIOTIQUES DES ETATS-UNIS
II n'y a rien a ajouter a ce document que nous
venons decker; les intentions du gouvernement
des Etats-Unis y sont assez clairement manifestoes;
les negociations furent suivies avec activite par le
Plenipotentiaire americain, et il est probable
que les off res eussent ete acceptees par le gouvernement mexicain, qui en est toujours aux
expedients, sans les representations de FAngleterre.
Dans les derniers mois de 1841, cinq batiments
de guerre des Etats-Unis ont mouille dans la
baie de San Francisco, et Font relevee avec'soin,
ainsi que tous les terrains environnants. Nous
avons passe plusieurs semaines a bord de ces
navires, dont les officiers nous ont fait Faccueil
le plus amical, et, en rapprochant lesrenseigne-
ments que nousy avons puises, de ceux recueillis
par nous, a bord des batiments anglais et des navires de la Compagnie de la baie d'Hudson, nous
nous sommes aisement convaincu que FAngle-
terre et les Etats-Unis se flattent egalement d'en-
lever ce territoire au Mexique. II est du reste
evident pour nous, que la Californie appartien-
dra a la nation quelconque qui voudra y envoyer
une corvette et deux cents hommes, et nous ne
pouvons qu'approuver la conduite patriotique
des gouvernements anglais et americain, de s'as- ET DE L'ANGLETERRE. 69
surer a Favance des points importants dans la
Mer Pacifique.
La Nouvelle Espagne tend a une dissolution
complete, consequence inevitable de sa separation d'avec la Mere Patrie. Le sort de ce pays
est d'etre conquis, s'il ne se replace sous la
protection d'une monarchic europeenne, seul
moyen de salut qui lui reste. Ce moyen est, il
nous semble, celui que la France doit preferer;
mais, du reste, nous croyons avoir prouve que
Fetat actuel du Mexique est si nuisible a nos in-
terets, que nous aurions beaucoup a gagner
commercialement et politiquement a son absorp-
tion par les Etats-Unis.
L'histoire des troubles politiques de la Californie, que nous avons deja tracee, a pu donner
une idee du mepris et de la haine que la masse
de la population californienne a pour les Mexicains et leur gouvernement. Le seul parti veri-
tablement fort est le parti royaliste, autour duquel
viennent se grouper presque tous les Europeens,
les Californiens restes honnetes gens, et meme
ceux qui ont pille les Missions; en un mot, tous
les habitants qui, par leur religion, leurs mceurs,
leur langue et leur origine, sont naturellement
antipathiques aux Anglais et aux Americains
leurs descendants. pif
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En Californie comme dans le reste de FAme-
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rique, les membres de Fancien clerge espagnol
s'eteignent tous les jours sans etre remplaces par
leurs compatriotes, et, il faut bien le dire, le
clerge americain est en general loin de posseder
les vert us des pretres europeens. Mele trop inti-
mement a la population dont il sort, il n'exerce
pas sur elle Fempire necessaire. Ce serait certes
la une belle occasion, pour les societes ecclesias-
tiques, d'etablir leur influence dans ces contrees,
en substituant leurs Missionnaires a Fancien
clerge espagnol, et en preparant, par Fascendant
religieux, les voies d'une preponderance politique.
Depuis longtemps les hommes senses de la
Californie sont convaincus que les presidents de
Mexico, inhabiles a les gouverner, impuissants a
les defendre, ne cherchent qu'a se debarrasser
d'eux en vendant lachement leur territoire aux
Anglais oil aux Americains : des negociations ren-
dues publiques sont la pour attester ce fait. Tous
ces hommes se voient sur le point d'etre livres a
une raceimpitoyable, et lesort de notre malheu-
reux Canada, celui des Florides espagnoles et du
Texas, n'est guere de nature a les rassurer. C'est
done vers FEurope catholique qu'ils tournent
leurs regards, car ils sentent fort bien qu'elle DE LA CALIFORNIE. 71
seule peut les soustraire a la domination de deux
puissances qu'ils redoutent egalement; mais il est
probable qu'avant peu le flot de la population
des Etats-Unis, se portant a l'Ouest, inondera
cette province de ses invasions d'emigrants.
Rien que le senat de Washington vienne de
rejeter Fannexation du Texas, on peut assurer que
la ratification du traite de reunion n'est qu'a jour-
nee, et sera accordee a la prochaine session du
Congres americain. Alors le sort de la Californie
sera decide : comme le Nouveau Mexique, elle
sera absorbee par contiguite, et il est douteux
que les Anglais, malgre Fadmirable force d'ex-
p'ansion de leur gouvernement, puissent devan-
cer leurs rivaux dans Foccupation de ce beau
territoire. Quant a nous, il est inutile d'ajouter
que nos sympathies politiques sont pour les Americains, et que, puisque la Californie doit changer de maitres, nous aimerons evidemment mieux
la voir aux mains des Etats-Unis qu'entre celles
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■*_i.:.,'. CHAPITRE III.
1
Des iles Sandwich envisagees comme appendice naturel de la
Californie. — Quelques considerations sur les autres groupes de
la Mer Pacifique. — Otaiti et les Marquises.
II nous semble utile de dire quelques mots
des iles Sandwich , qui peuvent etre considerees
comme Fappendice naturel de la Californie. Leurs
rapports deviennent plus frequents chaque jour,
et sur quarante-trois navires en tres a MonteRey
dans Fespace d'une annee, quatorze venaient de wmm
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74 ETARLISSEMENT RUSSE
Sandwich. L'avenir de ces iles est intimement lie
a celui dela Californie, et la nation qui deviendra
maitresse del'une devra posseder les autres; elles
semblent en effet servir de lieu de ralliement aux
batiments de toute espece qui sillonnent la Mer
Pacifique au nord de FEquateur, placees comme
elles sont entre la Californie, les territoires contested de FOregon, la cote Nord-Ouest, FAmerique russe et les nombreux archipels du grand
Ocean et FAsie.
La Compagnie imperiale de Saint-Petersbourg
avait bien compris leur importance comme point
intermediate entre ses possessions d'Amerique et
celles de la cote asiatique. Aussi, des 1812, M. de
Baranoff, gouverneur de FAmerique russe, resi-
dant a la Nouvelle Arkangel, dans l'ile de Sitka,
en meme temps qu'il faisait fonder Fetablissement
du port de la Bodega sur la cote de Californie,
envoya un navire a Honoloulou, dans File de
Oahou, Tune des Sandwich, pour essayer d'y
etablir un comptoir; mais le nombre et Fattitude
hostile des naturels forcerent le capitaine du
batiment a renoncer a ce projet et a mettre a la
voile. Le roi Kamehameha, qui habitait alors
File de Haouai, vint a Honoloulou et y fit elever
un fort pour s'opposer aux tentatives des etrangers. 	
AUX ILES SANDWICH. 75
En 1814, M. deBaranoff envoya le navire Ata-
welpa&ux iles Sandwich, pour sonder de nouveau
le terrain et tenter quelques affaires commer-
ciales. Au moment de revenir a la Nouvelle Ar-
kangel, le batiment fit naufrage a Ouaimea, sur
File Kaouai. La plus grande partie du chargement
et des effets furent sauves et confies aux soins de
Kaumualii, le chef de cette ile. En 1815, le gouverneur Baranoff envoya pour recueillir les pro-
prietes sauvees, en qualite d'agent, un medeein
allemand nomme Schaeffer. Ce dernier arriva aux
iles a bord dun navire americain, accompagne
de quelques personnes, et apportant une tres-
grande quantite de marchandises, consistant prin-
cipalement en poudre a canon et en effets d'habil-
lement. II debarqua d'abord a Kailoua, dans l'ile
de Kaouai, d'oii, apres quelques semaines, il se
rendit a Kaouai meme. Le roi Kamehameha envoya avec le docteur, un messager porter Fordre
au chef Kaumualii de remettre aux Russes les
objets dont il etait depositaire. Apres avoir de-
barque ses marchandises, M. Schseffer construisit
une maison a Ouaimea, et commenca a trafiquer
avec les naturels. Le chef lui acheta sa poudre et
une partie de son chargement qu'il paya en bois
de sandal.
Peu de temps apres, le navire russe la Decou-
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76 ARANDON DE LA COLONIE
verte arriva dans l'ile avec unetrentaine d'Indiens
Kodiaks, dont la plupart etaient des femmes; ils
etaient envoyes par le gouverneur de la Nouvelle
Arkangel, pour chasser les veaux marins, tres-
abondants, disait-on , sur une petite ile que Fon
supposait avoir ete reconnue recemment unpeu
au nord ou a Fouest du groupe de Sandwich. Le
capitaine de la Decouverte avait recu de M. Rara-
noff Fordre de laisser les Indiens au docteur,
dans le cas ou il ne trouverait pas File qu'il
cherchait; cet ordre fut execute : un brick mos-
covite qui commercait sur la cote du Mexique
et le trois-mats russe le Myrte, envoye de Sitka,
furent places sous les ordres de M. Schaeffer. Ces
deux batiments etaient mouilles a Hanalei, sur
la cote nord de File Kaouai.
Ce fut la que le docteur, auquel le chef Kaumualii avait deja donne la vallee de Hanalei et
deux ou trois autres portions d'excellent terrain , fit elever une petite redoute, armee de
quelques pieces de canon. II proposa meme au
chef de lui ceder la propriete de l'ile pour quelques annees, et il commenca a batir un fort a
Ouaimea. Afin d'engager Findigene a cette cession,
il acheta la goelette americaine Lydia, dont il
lui fit present: plusieurs personnes pensent que
le traite fut alors signe. La construction des bati- PAR LES RUSSES. 77
ments du fort et des magasins se continua, et Fon
monta un certain nombre de pieces de canon sur
la batterie qui regardait la mer. Le fort etait sur-
monte d'un mat de pavilion oil Fon voyait Hotter
les couleurs russes I
Le roi Kamehameha et Kalaimoku, le chef
de Oahou , alarmes de cet etablissement,
ordonnerent a Kaumualii de renvoyer cet hote
incommode. M. Schaeffer, averti qu'il devait
quitter File immediatement, embarqua tous
les objets qui etaient sa propriete personnels, ainsi que tous les articles appartenant
a la Compagnie imperiale, et mit a la voile
de Hanalei pour Sitka avec son brick et le
navire le Myrte. Deux mois apres le depart de
Schaeffer, la corvette de guerre la Diane arriva
a Ouaimea. Le capitaine prit des informations
sur Fetablissement, les plans et les proprietes du
docteur, et poursuivit son voyage.
La tentative de colonisation russe n'eut pas
d'autre suite. Rien que la retraite de M. Schaeffer
n'entrainat aucune perte de valeurs commer-
ciales, et qu'elle fut justifiee par la faiblesse de ses
m
| Hawaiian Spectator, 1838, vol. 1, page 48.
Le capitaine Lutke de la marine imperiale russe, Voyage autour du monde, vol. I, page 133. m
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78 IMPORTANCE DES ILES.
moyens de resistance contre des milliers d'insulai-
res pourvus d'armes a feu, il est probable cependant que si le gouvernement de Saint-Petersbourg
et la Compagnie imperiale americaine ne persis-
terent pas dans leurs projets de colonisation, c'est
qu'on leur en exagera les dangers et les frais, sans
faire suffisamment ressortir les incontestables
avantages qui resulteraient plus tard de Foccu-
pation de l'ile.
Sous le regne glorieux de Charles III, le gouvernement espagnol avait deja compris Fimpor-
tance de relier par des points intermedial res
ses possessions de la cote occidentale de l'Ame-
rique avec les Mariannes et les Philippines. En
octobre 1771 , la cour de Madrid ordonna au
vice-roi du Perou de former un etablissement
dans File d'Otaiti, decouverte en Janvier 1606,
et nominee la Sagitdria par le celebre navi-
gateur Don Pedro Fernandez de Quiros. Au
mois de septembre 1772, le capitaine Don Domingo Ronechea partit de Lima avec la fregate
Aguila, et fonda une colonie dans la baie de Oal-
tipiha. II y laissa des Missionnaires, des agri-
culteurs et des femmes; malheureusement l'ile
fut abandonnee pour des causes inconnues, et
les colons retournerent a Lima en fevrier 1776.
L'annee suivante, le capitaine Cook, en visitant ces
li!
Hfil VUES DE LANGLETERRE. 79
parages, trou va une partie des ruines de l'eglise |
Ces deux exemples, en justifiant notre prise de
possession des Marquises et de Taiti, prouvent la
necessite, pour les puissances europeennes mari-
times, d'avoir des points de relache dans lesnom-
breux archipels de la Mer Pacifique, surtout si
elles possedent deja, ou ont Fintention de fonder
des etablissements sur la cote occidentale de FA-
merique.
Les vues de FAngleterre sur les iles Sandwich
ne sont un mystere pour personne; deja en 1788
le capitaine Meares, officier de la marine anglaise,
ne craignit pas d'avancer cc que les habitants de
cc ces iles seraient un jour ranges parmi les sujets
« civilises de Fempire britannique . » En 1792,
alors que chaque ile etait gouvernee par un chef
different, Van Couver obtint pour FAngleterre
la cession de l'ile Haouai; les Americains eux-
memes, bien que leur constitution s'oppose a la
formation de colonies, ne cachent pas leurs intenr
tions futures sur ce groupe interessant.
Au commencement del'annee derniere, sous pre-
texte de reclamations et de redressement de griefs,
1 Memoires de la Societe de Geographie, 1834, tome I. Documents de M. Ternaux Compans.
a Meares's Voyages, page 210. Bill
iliill
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80 PRISE ET RESTITUTION
le capitaine de la marine anglaise, lord Paulet,
commandant le Carysford, deposa le roi Kame-
hameha III, s'empara du groupe entier et y fit
Hotter le pavilion britannique. Des que cette nouvelle fut connue aux Etats-Unis, le cabinet de
Washington fit des representations energiques au
ministere anglais, et celui-ci donna Fordre au
commodore Thomas, commandant les forces anglaises dans la Mer Pacifique , de retablir Fauto-
rite du prince indigene, endesavouant la conduite
trop precipitee de Fofficier commandant le Carysford. Le comte d'Aberdeen s'empressa de ras-
surer le gouvernement americain, et le Pleni-
potentiaire anglais a Washington annonca le
desaveu des actes de lord Paulet dans la depeche
suivante au Ministre des affaires etrangeres:
« Washington , le a5 juin i843.
Pf*
E<;-'f>V,"'L
KH'lS& K
H
'im
cc Monsieur, le gouvernement de Sa Majeste,
cc avant le depart d'Angleterre du dernier paque-
cc bot a vapeur, avait deja recu la nouvelle (quoi-
cc que non officielle) de Foccupation provisoire
cc des iles Sandwich, au nom de la Grande-Rre-
L
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hi
if
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•;WJ DES ILES PAR LANGLETERRE. 81
cc tagne, par Fofficier commandant le navire de
« Sa Majeste le Carysford.
cc Je suis requis par le comte d'Aberdeen de
cc vous affirmer, pour Finformation du gouver-
r
cc nement des Etats-Unis, que Foccupation des
cc iles Sandwich etait unacte que le gouvernement
cc de Sa Majeste n'avait nullement autorise, et
cc que dans le plus bref delai possible il sera fait
cc une enquete legale sur les evenements qui ont
cc amene Foccupation.
cc Le gouvernement anglais a deja annonce a
cc certains commissaires venus en Angleterre en
cc mars dernier, de la part des iles Sandwich,
cc que Sa Majeste etait prete a reconnaitre Fin-
« dependance de ces iles sous leur chef ac-
cc tuel.
cc Le gouvernement de Sa Majeste a l'intention
cc d'adherer a cette determination. En meme
a temps, toutefois, il est juste que le gouverne-
cc ment anglais engage, et s'il est necessaire, con-
cc traigne le chef des iles Sandwich a reparer les
cc actes d'injusticequelui, ses ministres ou agents,
cc arbitrairement ou sous de faux semblants de
« procedures legales, pourraient avoir commis
cc contre des sujets anglais.
<c L'annee derniere, le gouvernement de Sa
« Majeste adressa des instructions au consul an-
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DEPEGHE OFFICIELLE.
cc glais, residant aux iles Sandwich, et aux office ciers de marine servant dans la station de la Mer
cc Pacifique, enjoignant a ces officiers de traiter,
cc en toutes occasions, les chefs naturels de ces iles
cc avec politesse et courtoisie, et tout en accor-
cc dant une protection efficace aux sujets anglais
cc leses, d'eviter toute intervention dure et menace cante dans les lois et coutumes du gouverne-
cc ment indigene.
cc Le desir du gouvernement anglais, en reglant
la marche a suivre par ses officiers publics en-
vers les autorites indigenes des iles Sandwich,
cc a plutot ete de raffermir ces autorites, de leur
cc donner une idee de leur independance, en lais-
cc sant entre leurs mains Fadministration de la jus-
cc tice, que de leur faire sentir leur dependance
cc des pouvoirs etrangers, en exer^ant une inter-
cc vention inutile. Ce n'a jamais ete Fintention
cc du gouvernement de Sa Majeste de chercher a
cc faire predominer sur ces iles Finfluence de
cc FAngleterre aux depens de celle dont jouissent
cc d'autres nations. Tout ce que le gouvernement
cc anglais a demande, c'est que d'autres puis-
cc sances n'exercassent pas dans ces iles une
« influence superieure a celle que possede FAngleterre.
Je me felicite de cette occasion pour vous
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mmf- TRAITE DE RECONNAISSANCE. 83
cc renouveler l'assurance de ma consideration dis-
cc tinguee.
cc H.-S. Fox. »
« Al'honorable Abel P. Upshur, Ministre des Affaires Etrangeres.»
Le capitaine lord Paulet etait revenu a Valparaiso apres la prise de possession des iles. Le sur-
lendemain de son arrivee, le commodore Thomas
fit voile lui-meme pour Sandwich sur la fregate
Dublin, y arriva le 26 juillet, et le 31 amena les
couleurs anglaises, fit hisser le pavilion haouaien,
et retablit solennellement dans l'exercice de tout
ses pouvoirs le roi Kamehameha III. Ce prince ,
de son cote , avait envoye en Europe deux com-
missaires, et ces agents ont obtenu des Etats-Unis,
de FAngleterre et de la France, un traite signe le
23 novembre 1843, en vertu duquel les trois
puissances reconnaissent Findependance des iles
Sandwich, et s'engagent a ne point admettre, et
a s'opposer meme a Fetablissement de tout pro-
tectorat, suzerainete ou autres droits quelconques
qui pourraient porter atteinte a la souverainete
absolue du monarque indigene.
L'existence politique des iles Sandwich comme
Etat independant est pour le moment parfaite-
ment etablie; mais il y a une question bien plus
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84 DIMINUTION DE LA POPULATION
simple, question de temps , et qui, selon nous,
n'a pas ete etudiee avec assez de soin ; c'est celle
de la depopulation croissante de ces iles. Le capitaine Cook, qui les visita plusieurs fois et y fut tue
en 1779, evaluait leur population a quatre cent
mille ames; en 1792 elle n'etait estimeequ'a trois
cent mille par Van Couver, dont les assertions
sont confirmees par les naturels les plus anciens
et les plus intelligents, ainsi que par les indices
que le pays offre dune culture naguereplus eten-
due. Depuis lors j le decroissement a suivi une
progression si effrayante, que le nombre des habitants etait a peine, en 1832, de cent trente mille
individus, et en 1836 de cent dix mille, d'apres
les recensements faits par les Methodistes americains repandus dans les diverses iles, et qui pos-
sedent tous les moyens de donner a ce travail une
rigoureuse exactitude. En 1837, suivant le docteur Chapin, le nombre des naissances ne fut que
trois mille trois cent trente-cinq, tandis que celui
des deces s'eleva a six mille huit cent trente-huit |
1 The Sandwich islands : by Alex. Simpson lale h. b. m. Consul.
1 vol. London, 1843.
Voir : An Inquiry into the causes of decrease in the population
of the Sandwich islands. Hawaiian spectator, nos 1 et 3, 1838-
1839. Excellent travail du docteur Chapin et de M. Rishop, minis-
tres methodistes americains aux iles Saudwich. DES ILES ET SES CAUSES. 85
Cette disproportion n'a fait que s'accroitre; en
1838, le cens donna cent cinq mille habitants;
dans ce chiffre, l£ nombre des enfants est seulement d'un peu plus du tiers du total (presque
tous meurent avant leur deuxieme annee), et a
peine le quart des families a des enfants vivants.
Plusieurs d'entre elles n'ont d'heritiers d'aucune
espece.
Les causes principales de cette depopulation
doivent etre, il faut bien le dire, attributes aux
lois que les Methodistes americains, tout-puis-
sants aupres du roi et des chefs, leur ont fait
promulguer. Ils ont soumis ces insulaires a un regime que les blancs eux-memes ne sauraient supporter, et ont voulu les arracher d'un seul coup
a la vie sauvage. A une population habitueea des
mceurs trop faciles peut-etre, a des peuplades
accoutumees a aller nues, a se livrer aux jeux , a
la danse , a la natation, a des bains de mer conti-
nuels, ils ont impose Fobligation de se vetir et
interdit tous divertissements. lis ont appris au roi
a infliger, sous le plus leger pretexte , des chati-
ments corporels et des amend es a son benefice, et
tout en construisant des temples et des ecoles (qui
ne sont pas gratuites) et en for^ant les Kanakas
a les frequenter, ils ont completement neglige
leur education physique; ils ont voulu avoir a #11
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86 LOIS PURITAINES.
tout prix des eleves, et n'ont pas remarque que
ces mesures coercitives augmentaient la mortalite
parmi les enfants; ils ont oublie que la privation
des bains et Fusage des vetements que les naturels
portent jusqu'a ce qu'ils tombent en lambeaux,
ameneraient, avec la malproprete , des maladies
cutanees terribles; que leurs reglements n'anean-
tiraient pas la debauche, qu'ils ne feraient que la
rendre secrete , et par la meme plus dangereuse;
et ils n'ont pas reflechi, que meme le moral de la
population se ressentirait profondement de cet
etat de contrainte.
Parmi les plus f unestes consequences de la legislation puritaine appliquee aux insulaires, on doit
signaler les avortements frequents que les jeunes
filles pratiquent, dans lacrainte des amendes et des
chatiments infliges a celles qui ont des enfants
naturels; si elles se marient plus tard , il est rare
que ces femmes soient fecondes; leurs exces passes
les rendent presque toutes steriles. L'abus des
liqueurs fortes, la syphilis apporteepar les navires,
et devenue generale parmi la population, sont
venus joindre leurs ravages aux maux deja indi-
ques. L'oisivete d'une part, l'exces de travail de
Fautre, n'ont fait qu'affaiblir la constitution des
indigenes. Les terres du roi et des chefs methodistes sont cultivees a force de bras et sans aucun
m MISSIONNAIRES FRANCAIS. 87
salaire. Les naturels remplissent l'office de betes
de somme; les provisions pour les marches, les
pierres, les bois pour la batisse et le chauffage,
sont amenes a dos d'homme, et les habitants sont
souvent obliges de porter, pendant plusieurs jours
de marche, des fardeaux de cent a cent cinquante
livres. Tous les naturels doivent un certain nombre de journees par mois au gouvernement et aux
ministres americains. Ces derniers cependant ont,
dit-on, la generosite de donner toutes les semai-
nes un feuillet de la Rible en anglais a leurs ouvriers Kanakas, et ils les excitent ainsi a gagner
par leur travail le livre entier. Ce mode de pavement nous a paru aussi ingenieux qu'economique.
En traitant du commerce de la Californie , nous
avons deja parle de celui de Sandwich et de la
navigation marchande comparee de ces iles.
Quant a nos Missionnaires, tous leurs succes
sont dus a la seule persuasion, et comme les Franciscains espagnols de la Californie, leur precepte
est celui de FEcriture : cc Gratis accepistis, gratis
(a date. » Aussi, leur influence s'est-elle develop-
pee rapidement, et comptent-ils aujourd'hui
douze mille neophytes et plus de vingt ecoles
entierement gratuites. Celle d'Honoloulou, residence du Prefet apostolique, renferme seule huit
cents eleves. Neanmoins, il ne faut pas se faire
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88 DEPOPULATION PROCHAINE.
illusion, ces soins sauveront quelques individus
isoles etprolongeront l'existence de quelques autres ; mais la race insulaire est desormais viciee,
le contact des blancs lui a ete funeste; elle porte
en elle un germe mortel, et comme les aborigenes
de FAmerique, nous n'hesitons pas a dire qu'elle
est destinee a disparaitre. En 1842, d'apres les
renseignements les plus positifs, la population
etait descendue au-dessous de cent mille habitants. II est facile, d'apres ce qui precede, d'eta-
blir par un calcul des probabilites, qu'avant
quinze ou vingt ans la population indigene de ce
groupe aura completement d.isparu; alors se pre-
sentera la question de savoir d quelle puissance
appartiendront ces iles?
En admettant meme, ce qui est fort contestable, que le traite de 1843 n'ait pas detruit
la validite de la cession faite a Van Couver, la
Grande-Rretagne ne serait en droit de reclamer
que la seule ile de Haouai, et le moment viendra
peut-etre alors de combattre energiquement cet
esprit systematique avec lequel FAngleterre s'op-
pose a tout developpement exterieur dela France.
Rien que la plus grande de FArchipel, Haouai
n'est pas la plus importante; elle ne possede en
effet que deux bons mouillages, et encore ne sont-
ils pas tenables en toute saison, celui de Kara- CAPITALE DU GROUPE. 89
kakoa a Fouest, et la baie de Ryron au nord-est;
cette derniere n'est point sure pendant les mois
de novembre a mars |
PORT  D HONOLOUIOU.
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Le meilleur port de tout le groupe est celui
d'Honoloulou, ville de dix mille habitants, dont
huit cents etrangers, situee dans File de Oahou,
qui renferme au plus vingt mille ames. C'est la
que resident le roi Kamehameha III, ses ministres,
les Consuls etrangers et l'Eveque. Esperons que
l'appui prete par la France a nos Missionnaires,
les sommes fournies annuellement par la Societe
de la propagation de la Foi, la presence frequente
des batiments de FEtat, et la nomination d'un
Consul de France, ne manqueront pas d'etendre
notre preponderance dans ces iles.
L'occupation recente des Marquises et d'Otaiti
ne sera, il faut Fesperer, que le prelude dun
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Karakakoa
Honoloulou :
[Latitude Nord : 19° 28' 9".
| Longitude Ouest: 158° 22' 39"
(Entemps: 10b 33m 3is.
[LatitudeNord: 21° 18' 12".
Longitude Ouest: 160° 20' 49".
En temps: 10h4tm23 .
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f|| 90 IMPORTANCE DOTAITI
developpement mercantile et maritime plus considerable dans la Mer Pacifique. En effet, ces
iles sont depourvues de bestiaux et de bois de
construction, les denrees coloniales qu'elles en-
verraient dans nos ports ne feraient qu'ajouter
aux souffrances de nos Antilles, les cereales n'y
viennent pas, elles ne produisent rien de ce qui
forme la base de Falimentation des blancs, et ne
feraient des lors qu'entrainer des depenses enor-
mes, et ne pourraient etre considerees que comme
des ports de relache et des stations purement
militaires.
Voici les distances des seuls points ou Fon
puisse, si Fon renonce a les apporter d'Europe,
trouver du bie, de la viande et du vin a des prix
convenables et en quantite suffisante. Valparaiso
est eloigne de Houka Hiva de douze cents lieues
marines, et San Francisco de neuf cent quarante;
ainsi le trajet plus court, des prix moins eleves
surtout, et Fabondance de bois, dont Valparaiso
est depourvu, semblent designer la Haute Californie comme le point le plus favorable pour
aller chercher les approvisionnements de nos
etablissements de FOceanie 1 La fondation de ces
1 Voir dans 1'Atlas la carte de l'Ocean Pacifique n° 2, ou toutes
ces distances sont exprimees. ET DES ILES MARQUISES. 91
colonies situees a moins de trois cents lieues Fune
de Fautre, et a une distance de mille lieues environ de Fisthme de Panama et du lac de Nicaragua,
a travers lesquels les deux Oceans Atlantique et
Pacifique peuvent etre mis en communication,
ne saurait done, a notre avis, produire de grands
avantages, qu'autant que ces points, jusqu'a present isoles, pourront se relier a d'autres, qu'ils
deviendront des centres importants d'entrepot,
et entretiendront les relations commerciales les
plus suivies avec les etablissements de toute la
cote occidentale de rAmerique. mi
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CHAPITRE IV
Territoire de 1'Oregon.— Decouverte et description du Rio
'Colombia. — Astoria ou fort Georges. — Montagnes Rocheuses.
— Detroit de Juan  de Fuca.—Ile de Quadra et Van Couver.
—Riviere Fraser. — Importance de la Raie de Puget.
GEOGRAPHIE.  TOPOGRAPHIE.
Au nord de la Californie commence le vaste
territoire que les Americains appellent Oregon ,
et auquel les Anglais donnent les noms de territoire du Rio Colombia, Nouvelle Albion, Nouvelle Georgie, Nouveau Hanovre, Nouvelle Cale- iftt'
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94 TERRITOffiE DE L'OR^GON.
donie, Nouveau Cornouailles et Nouveau Norfolk
juscju'a FAmerique russe. Les Espagnols, qui les
premiers ont decouvert ces contrees, etendaient
le nom de Californie jusqu'au Rio Colombia ou
Rio San Roque, et donnaient a tout le pays situe
au dela le nom general de Cote Nord-Ouest.
Aujourd'hui encore la delimitation des regions
situees au nord de la Nouvelle Espagne n'est pas
definitivement etablie. Le Mexique seul et FAmerique russe ont des frontieres bien marquees.
Nous discuterons plus loin la valeur diplomatique des traites sur lesquels FAngleterre et les
Etats-Unis s'appuient pour faire valoir leurs
droits respectifs a la propriete exclusive de l'im-
mense territoire compris du sud au nord entre
les 42e et 54e degres 40 minutes de latitude, et
de Fest a Fouest entre les Montagnes Rocheuses
et l'Ocean Pacifique.
Le pays a des divisions geographiques natu-
relles clairement indiquees; on peut le partager
en deux parties presque egales : Fune s'etendant
du quarante-deuxieme au quarante-neuvieme parallele environ, c'est-a-dire depuis la Californie
jusqu'a l'entree meridionale du detroit de Juan
de Fuca; Fautre se prolongeant depuis ce point
jusqu'a FAmerique russe.
En all ant de Fouest a Fest, le pays presente GEOGRAPHIE.
95
trois grandes vallees separees par des chaines de
montagnes. Chacune d'elles a un sol et un climat
distincts. La premiere commence au bord de la
mer et s'etend jusqu'a la chaine qui court nord-
ouest et sud-est; sa largeur est de vingt-cinq a
quarante lieues. Son climat est tres - chaud en
ete, mais on y eprouve des nuits tres-fraiehes.
Depuis octobre jusqu'en avril, il pleut presque
sans interruption; le reste de Fannee est genera-
lement tres-beau; la neige sejourne rarement
dans les plaines, et les rivieres telles que Ie Rio
Colombia ne se gelent pas tous les ans. Le sol est
plus fertile dans cette vallee que dans Finterieur
des terres; les pluies d'hiver favorisent la vegetation et produisent des amas de detritus qui se
transforment en couches epaisses de terres vege-
tales. Cependant les terrains situesimmediatement
au bord de la mer sont moins pro pres a la culture
que ceux des vallees, et les bas-fonds bordant
les fleuves presentent Finconvenient d'etre sujets
auxinondations. Les meilleures regions sont celles
qu'on trouve vers le nord autour de la baie de
Puget, pres de la riviere Kaoulis, et au sud sur
les bords du Ouallamet. Leur etendue est de cent
cinquante lieues nord et sud sur trente a quarante
de large; le reste du sol au nord et a Fest est
montagneux et souvent inaccessible.
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96 TOPOGRAPHIE.   \
La grande vallee est bien arrosee et possede
des forets superbes; son aspect ne differe pas de
celui des plus belles plaines de la Californie, et
c'est a sa possession que les Anglais et les Americains attachent tant de prix.
La seconde vallee prend naissance aux cascades du Rio Colombia; elle est comprise entre la
chaine dont nous venons de parler et les Montagnes Rleues d'origine volcanique , situees a cinquante lieues a Fest. Les pluies y sont moins
frequentes que dans la precedente, les cours
d'eau moins abondants , les couches d'humus
moins epaisses; enfin, le pays, quoique boise et
propre a la culture, n'a pas la meme fertilite.
La troisieme vallee est situee entre les Montagnes Rleues et les versants occidentaux des Montagnes Rocheuses; elle presente un plateau fort
eleve, dune largeur de quatre-vingt-dix a cent
lieues, et remarquable par son extreme seche-
resse et la difference de la temperature entre les
jours et les nuits. La purete de Fatmosphere y
est admirable; on y voit rarement un nuage, et
les pluies, qui sont toujours legeres , n'arrivent
qu'au printemps. Dans l'hiver, la neige a si peu
d'epaisseur, que les chevaux trouvent toujours
de l'herbe dans les gorges traversees par les rivieres. Cette region, qui fait partie du Grand OROGRAPHIE. 97
Desert Americain, est occupeepar de vastes plaines sablonneuses presque sans eau. On y trouve
peu de terre vegetale, et sur des espaces considerables le sol offre des surfaces blanches couvertes
de sulfates de soude et de magnesie sublimes.
L'aspect de cette contree est aride ; des debris
d'origine volcanique s'y rencontrent a chaque
pas. Cependant, au bord des cours d'eau , sur
les versants orientaux des Montagnes Rleues, au
bord de la Riviere Rrulee et de celle la Poudre,
ainsi qu'a la naissance de la riviere du Saumon et
de la Rranche Nord de celle des Indiens Serpents, on remarque des etendues de terrain tres-
fertiles et couvertes d'arbres et d'un gazon epais.
OROGRAPHIE.
Les trois chaines de montagnes qui forment ces
vallees, sont les Montagnes Rocheuses , les Montagues Rleues, et les montagnes les plus rappro
chees de la mer, qui courent du nord-ouest au
sud-est, et comprennent ces hautspicscouronnes
de neige que Fon apercoit a des distances de trente
a quarante lieues en mer. A cette derniere chaine
appartiennent le Mont Saint Elias, la plus haute
montagne jusqu'a present mesuree dans FAmerique septentrionale^lgt dont la hauteur depasse
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MONTAGNES RLEUES. |f|
cinq mille quatre cents metres, la montagne du
Beau Temps, les monts Baker, Olympe, Rainier,
Sainte Helene, Hood, Van Couver, Umqua, Mac
Loughlhi, Saste et Klamak. La Sierra Nevada
de la Californie forme la continuation de cette
chaine, qui, apres s'etre reunie aux Monts Cali-
forniens, vers l'embouchure du Rio Colorado,
vient se terminer au cap San Lucas, a l'extremite
sud de la presqu'ile de la Vieille Californie.
La largeur de cette chaine est d'environ dix
lieues. On ne peut la traverser sans difficultes;
cependant les caravanes venant de Fest la fran-
chissenttous les ans. Les pics, qui atteignent une
hauteur moyenne de quatre mille metres, affec-
tent specialement la forme conique; leurs som-
mets, places au-dessus de la region des neiges
eternelles et sur une ligne presque parallele a la
cote, offrent, vus du rivage ou de Forient, une
serie de points brillants semblables a d'i in menses
pains de sucre.
MONTAGNES  BLEUES.
Les Montagnes Rleues constituent la chaine
intermediaire; elles sont traversees par la riviere
des Tetes Plates et par le Rio Colombia; leur direction est du nord-ouest au sud-est; le nord ,
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&mu MONTAGNES ROCHEUSES. 99
toujours couvert de neige, presente des formations primaires et de tres-beaux marbres de di-
verses couleurs; au sud, la composition est plus
particulierement volcanique. Le terrain est couvert de laves et de pierres ponces, et Fon remar-
que sur les pics dechires les traces de plusieurs
crater es eteints. Les rivieres qui traversent ces
montagnes sont rarement navigables ; leur cours
est rempli de cascades et de rapides: on emploie
deux jours, avec des betes de somme, pour traverser les Montagnes Bleues.
MONTAGNES  ROCHEUSES.
Les Montagnes Rocheuses forment la partie
nord de cette immense chaine vertebrale, qui jj
descendant au sud et se reliant sous le nom de
Sierra Madre a la Cordillere des Andes, divise
FAmerique dans toute sa longueur, depuis le
Cercle Arctique jusqu'au cap Horn. Elles parta-
gent les eaux au nord de FEquateur , et c'est
dans leurs flancs que prennent naissance les
grands fleuves qui vont se jeter a Fest dans le
Grand Ocean Atlantique, a Fouest dans la Mer
Pacifique. Leur direction generale est du nord-
nord-ouest au sud-sud-est, et leur region culmi-
nante offre des pics mesures, tels que les monts
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IMBflJiV-
100 FLEUVES ET RIVIERES.
Hooker et Rrowne qui atteignent pres de cinq
mille metres. II parait cependant qu'il en existe
d'autres plus au nord, qui s'eleveraient jusqu'a
vingt et vingt-cinq mille pieds, c'est-a-dire jusqu'a la hauteur du Chimborazo et du Nevado de
Sorata.
Des depressions extraordinaires qui rendent le
passage facile, meme pour les voitures, existent
dans les Montagnes Rocheuses; nous avons deja
parle de ces passes qui se trouvent vers le sud.
La neige couvre toujours te sommet de ces mon-
tagnes ; mais dans les gorges et le long des rivieres
on rencontre des paturages et des forets magni-
fiques.
Les trois grands bassins situes entre les chaines
principales de montagnes presentent des systemes
second aires et des contre-forts dont les ramifications nombreuses forment ces ondulations qui
donnent aux deux vallees occidentales Faspectle
plus varie.
FLEUVES   ET   RIVIERES.
ill!
Le Rio de San Roque, Rio Colombia ou Oregon,
est le fleuve le plus important de ce Territoire,
auquel il a impose son nom. Les rivieres des
Tetes Plates, des Serpents,Okanagam , des Chu-
(W,V
lifliiPM LACS DU TERRITOIRE. 101
tes, le Ouallamet et la Kaoulis, sont ses princi-
paux affluents. Au sud du Rio Colombia, la riviere des Toutounis, la riviere aux Vaches et
FUmqua meritent seules d'etre mentionnees.
Au nord on trouve la riviere Chekilis, la Nes-
qually, la grande riviere Fraser, la riviere Simpson, et la Stikine, decouverte depuis peu d'annees.
Toutes ces rivieres recjoivent une foule de ruisseaux ; elles sont peuplees de castors, de saumons,
de truites; et de tres-beaux bouquets de bois em-
bellissent leurs rivages |
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LACS.
Les lacs, fort nombreux a Fouest des Montagnes Rocheuses, n'ont qu'une mediocre eten-
due, et ne sauraient etre compares a ceux qui
existent a Fest de ces montagnes.
Le lac des Indiens Pend'oreilles ouKellespem,
que traverse la riviere des Tetes Plates, n'a pas
plus de dix lieues de long de Fest a Fouest, sur
deux de large. Le lac Okanagam, celui des Indiens
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1 Riviere Toutounis
Riviere aux Vaches
j Latitude Nord:   42° 26'.
| Long.   Ouest : 126° 36' 24".
(LatitudeNord:   43° 31'.
j Long.  Ouest  : 126° 24' 24"
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102 LIMITE SUD DE LOREGON.
Cceurs d'alene, celui de la tribu des Arcs plats,
le lac Quesnel, le lac Stuart, le lac Babine, ne pre-
sentent guere plus de surface que celui des Pen-
d'oreilles. Tous ces lacs, navigables en canots,
sont habites par des castors , et fourmillent de
truites et de poissons de toute espece. Quelques-
uns meme ont du saumon en abondance.
Donnons maintenant la topographie detaillee
du territoire en litige entre les Anglais et les
Americains, et qui commence au 42e degre de
latitude. A quatre milles au-dessus de ce parallele , a l'embouchure de la petite riviere de la
Fleche, se trouve la baie du Pelican, qui n'est
tenable que pendant Fete. Plus au nord , par
42 degres 26 minutes, debouche la riviere des
Coquins, ou des Indiens Toutounis, navigable
pour des batiments calant huit pieds d'eau. L'eta-
blissement du port est a trois heures, et la maree
monte de deux metres.
A neuf milles au-dessous du 43e degre, la cote
forme a Fouest un promontoire nomme le cap
Blanc de Martin de Aguilar, appele aussi cap Di-
ligencias ou Orford. A partir du cap Blanc, la
cote \ bordee d'ilots, rentre un peu a Fest. Au-
dessus du cap, a sept lieues, apparait le cap Toledo , et par 43 degres 26 minutes le cap Redondo
ou Gregory. A deux lieues plus haut, par 43 degres FORT ANGLAIS SUR L'UMQUA. 103
31 minutes, la riviere aux Vaches, oil peuvent entrer des goelettes. L'etablissement du port est a
deux heures vingt minutes : hauteur dela maree,
deux metres1.
La riviere des Indiens Umqua , decouverte en
1602 par Don Martin de Aguilar, a une entree
praticable pour des batiments calant au-dessous
de dix pieds. La maree monte d'une brasse, et
l'etablissement du port est a deux heures dix minutes. En remontant, a quinze lieues au-dessus
de son embouchure j on remarque le fort Umqua,
erige depuis quatre ans par la Compagnie de la
baie d'Hudson, et que les batiments legers peuvent atteindre. Les bords de cette riviere, ainsi
que ceux de la riviere Toutounis, sont couverts de
pins gigantesques dont la hauteur depasse quelquefois trois cents pieds. Au quarante-quatrieme
parallele, on apercoitle cap Perpetua, ausud du-
quel on peut mouiller dans la petite baie de
Sidman, qui n'est du reste tenable que pendant
la saison d'ete. Le cap Alto ou Foulweather s'a-
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1 Cap Diligencias:
Cap Redondo :
Riviere Umqua :
Latitude Nord :    42° 51'.
Long.   Ouest : 127° 06' 15".
Latitude Nord:    43° 26'.
Long.  Ouest  : 126° 52' 45".
Latitude Nord:    43° 50'.
Long.   Ouest : 126°  16' 24".
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104 DESCRIPTION DE LA COTE.
vance un peu a Fouest; mais une fois qu'il est double , la cote court droit au nord jusqu'au cap de
la Mesa ou Lookout, qui, a une certaine distance,
ressemble exactement a une table ronde, et a
l'extremite duquel apparaissent trois ilots appeles
par les Espagnols Farallones de las tres Marias.
Derriere ce cap, et un peu au sud, on voit, du
large, s'elever une montagne d'environ trois mille
metres, nommee, a cause de la forme de ses deux
sommets, Montagne de la Selle (Saddle Mount) ou
Mont Yacoun. Entre les deux pics il existe un
ancien cratere eteintT.
Les rivieres qui se jettent dans la mer, depuis
FUmqua, telles que la riviere Sayousta, Alseya,
Kaouai, Nikas, Killimou , Yacoun et Nahelem,
n'ont aucune espece dimportance, et ne sont
navigables que pour de petites embarcations. Cependant , un voyageur visitant la cote a l'epoque
des pluies ou a la fonte des neiges, pourrait se lais-
ser tromper par Fimmense largeur qu'elles ac-
quierent pendant cette saison, et qu'elles perdent
ensuite au point de demeurer presque a sec. En
1836, la Compagnie de la baie d'Hudson a fait
examiner avec soin ces rivieres qui sont peuplees
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1 Cap Alto :
Latitude Nord:   44° 49'.
Long.  Ouest : 126°  34' 15".
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MANQUE DE PORTS. 105
de castors; peu d'annees auparavant, les Russes
avaient explore minutieusement les ilots sans
nombre qui bordent la cote , et qui fourmillaient
alors de loutres, de phoques et de veaux marins.
Au-dessus du cap Lookout, s'avance dans la mer
une pointe tres-basse, allongee et couverte d'ar-
bres eleves et verdoyants qui semblent sortir des
flots; cette pointe forme l'entree sud du Rio Colombia ; elle fut nommee par les Espagnols cap
Frondoso (cap boise), et plus tard par les Americains et par les Anglais, pointe Adams.
II est indispensable de remarquer des a present, et cette observation acquerra plus tard une
grande valeur, que depuis le port deSan Francisco jusqu'a l'embouchure du Rio Colombia, la
cote, quoique tres-saine, ne presente pas un seul
point oil les navires puissent trouver un abri
complet en toute saison, et que ses differents
mouillages ne sont tenables que pendant Fete
et par un tres-beau temps.
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DECOUVERTE DU  RIO  COLOMRIA.
Tandis que se deroule sur la cote orientate de
FAmerique, depuis le Labrador jusqu'au cap
Horn, une succession de fleuves magnifiques se
jetant dans l'Ocean Atlantique, la cote occiden-
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106 DECOUVERTE DE RIO COLOMBIA
tale, au contraire, baignee par la Mer Pacifique,
ne possede, depuis le detroit de Magellan jusqu'a
celui de Rehring, qu'un seul grand cours d'eau
qui offre les ressources d'une navigation etendue.
Des longtemps les historiens de la Nouvelle
France, les PP. Hennepin et Charlevoix, le baron
de la Hontan en 1689, les journaux de voyage
de Fillustre Lasalle, decouvreur du Mississipi,
ceux de Lepage-Dupratz et de Jeremie, de De-
lapoterie, de Joseph Lafrance et de l'Escarbot,
annoncaient qu'on pouvait atteindre a l'Ouest
du Canada, par une suite de lacs et de rivieres , un grand fleuve debouchant a Foccident
dans l'Ocean Pacifique, et que cette partie de la
cote nord-ouest de FAmerique ne devait pas
etre eloignee de la cote de FAsie. Ces indications ne paraitront pas extraordinaires, si Fon
se rappelle Fesprit aventureux de nos Francais
Canadiens, leurs peregrinations lointaines et
leurs nombreux rapports avec les tribus indiennes.
II fut reserve a un officier francais, M. de la Ve-
rendrye, d'acquerir sur le Grand fleuve et la, Mer
de VOuest les renseignements les plus complets
et les plus precis. Nous rendrons ailleurs un
compte detaille des expeditions qu'il entreprit
de 1711 a 1754, et qui etablissent, d'une maniere
m PAR LES FRANCAIS ET LES ESPAGNOLS.        107
incontestable, les droits que les habitants de la
Nouvelle France n'ont pas cesse d'avoir a la possession exclusive des Territoires s'etendant a
l'Ouest du Canada jusqu'a l'Ocean Pacifique1.
Le capitaine Jonathan Carver est le premier
auteur anglais qui ait parte de la Grande riviere
de rOuest. Cet officier partit deRoston en 1766,
et employa deux ans a visiter la region qui s'e-
tend jusqu'aux hautes eaux du Missouri qu'il ne
depassa pas. Son intention etait de traverser le
continent d'Amerique et de gagner les rivages de
la Mer elu Sud. Dans la relation de son voyage,
il ne consacre qu'une seule ligne a la Grande
riviere de l'Ouest, qu'il nomme Oregon2.
II est impossible et d'ailleurs sans importance
de retrouver Fetymologie de ce nom, soit qu'on
le fasse deriver des mots espagnols Orejon,
Oregano, Hurracan, ou du mot irlandais O'Regan. Nous nous bornerons a dire qu'il ne se
retrouve dans aucune langue des tribus indien-
tfl
1 Memoires du chevalier de la Verendrye, aux Archives de
la Marine : Documents divers sur la Nouvelle France.
Le P. Hennepin, Histoirede la Nouvelle France, Paris,  1688.
Le P. Charlevoix, Histoire de la Nouvelle France, Paris, 1744.
Voyages du baron de la Hontan en 1689, Amsterdam, 1728.
Voyage dans Pinterieur de FAmerique Septentrionale, par
J. Carver, traduit de l'anglais par Montucla; Paris, 1784.
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108 ETYMOLOGIES DIVERSES.
nes habitant les bords du fleuve. Les Tchinouks
ou vrais Tetes Plates, qu'on rencontre pres de
son embouchure, Fappellent Yakaitl OuimaklQa
grande riviere).
Le capitaine espagnol Don Rruno de Heceta,
commandant la corvette SantYago, doit etre
considere comme le veritable decouvreur. par
mer, du Rio Colombia! C'est en explorant la cote
au nord de la Californie, par ordre du vice-roi
de la Nouvelle Espagne, que Heceta reconnut,
le 17 aout 1775, l'entree de la riviere qu'il
nomma Rio de San Roque, et le cap auquel il
donna le nom de cap de FAssomption, en Fhon-
neur de la fete de la Vierge. II est appele aussi
cap Saint-Roch1.
Le 7 juillet 1788, le capitaine anglais Meares
approcha du cap de FAssomption; mais n'ayant
point su decouvrir le fleuve San Roque, il de-
clara qu'il n'existait pas, et laissa au cap le nom
de cap Desappointement.
Le 13 mai 1792, le capitaine americain Gray,
avec le navire marchand de Roston, Colombia,
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1 Relacion del viage para reconocer el estrecho de Juan de
Fuca, etc. Madrid, Imprenta Real, 1802, y la introduccion por
Navarrete : pag. 75 et 157.
2 Meares's Voyages. London, 1792.
F.';|V. NAVIGATEURS AxNGLAIS ET AMERICAINS. 109
entra dans la riviere a laquelle il donna le nom
de son navire qu'elle a conserve depuis1.
Dans le cours de la meme annee, le 4 septembre, les officiers espagnols Galiano et Valdes, au
retour de leur expedition scientifique dans le
detroit de Juan de Fuca, examinerent avec soin
l'entree du Rio San Roque; mais ce ne fut que le
20 octobre suivant que le brick anglais Chatam,
commande par le lieutenant Rroughton, Fun
des officiers de Van Couver, y penetra et Fex-
plora avec des chaloupes jusqu'a trente lieues
au-dessus de son embouchure. Quelques mois
au para van t, Van Couver ayant reconnu attenti-
vement la cote, avait nie, a l'exemple de Meares,
Fexistence de ce fleuve. Son entree avait du reste
echappe, en 1778, aux investigations du capitaine Cook.
Les Anglais se servent,. pour le designer, de la
denomination de Rio Colombia; les Americains
lui donnent quelquefois celle d'Oregon, et les
Francais Canadiens, qui en ont explore toutes les
parties, l'appellent riviere de la Colombie.
Ce fleuve est forme par deux branches princi-
pales. Celle du Nord est la plus importante, en
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1 Greenhow; Memoir historical and political on the North West
Coast of North America. New-York, 1840. Pag. 127.
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110 SOURCES DE LA COLOMBIE.
ce qu'elle est presque constamment navigable.
Elle prend naissance dans les Montagnes Rocheuses, vers le 53e degre de latitude, a peu de distance des eaux superieures de la riviere Fraser
qui coule a Fouest, et des rivieres Atabasca et
Saskatchaouanquidescendentdes versants orien-
taux de ces montagnes. La premiere direction du
fleuve est du nord au sud pendant quatre-vingts
lieues; il recoit alors au-dessus du fort Col ville
et sur sa rive gauche, la riviere des Indiens Tetes
Plates ou de Clarke, venant du sud-est. Le fleuve
court ensuite a Fouest jusqu'au fort Okanagam
pendant un espace de trente lieues, et regoit a
droite la riviere de ce nom. Depuis cette jonction,
son cours devient extremement tortueux, et sa
direction generate pendant deux degres est au
sud-sud-est jusqu'au fort des Indiens Nez Perces,
au-dessus duquel elle s'unit a gauche avec sa
branche inferieure nominee riviere des Indiens
Serpents ou de Lewis.
Cette derniere a un cours tres-sinueux, de pres
de deux cents lieues; elle vient du sud-est, et
prend sa source dans les Montagnes Rocheuses, a
une distance tres-rapprochee des hautes eaux du
Missouri. En face du fort des Nez Perces, la Co-
lombie a deja une largeur de pres de mille metres; puis elle court a Fouest et un peu au sud
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pendant quatre-vingts lieues, jusqu'au fort Van
Couver, au-dessous duquel debouchent, a trois et
cinq lieues de distance, les deux bras de la riviere
Ouallamet dont il sera question plus loin. Avant
d'arriver au fort, la direction du fleuve change
brusquement, et pendant quarante lieues il court
entre le nord-ouest et Fouest. En face du fort,
sa largeur est de douze cents metres environ.
Cette largeur va en augmentant jusqu'a l'embouchure comprise entre la pointe Adams et le cap
Desappointement; elle se trouve etre alors de
trois lieues. La maree se fait sentir jusqu'a la premiere cascade , a soixante lieues de la mer.
Disons ici en passant, que les Francais Canadiens et Louisianais appellent cascades ou chutes,
tout endroit oil le cours des fleuves est interrompu
par des rochers, et oil il est necessaire de faire un
portage, c'est-a-dire de retirer les canots ou barges de la riviere, et de les transporter, soit en les
roulant, soit a dos d'hommes, jusqu'au lieu oil il
est possible de les remettre a flot; ils nomment
rapides les points oil le courant est tres-fort, et
dalles ceux oil les rivieres sont etroitement encais-
sees entre des rochers.
L'espace qui existe entre la premiere et la se-
conde cascade est de vingt-cinq lieues navigables.
La hauteur verticale de la seconde chute est de
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112 ANCIEN LIT DU FLEUVE.
sept metres. Au-dessus, jusqu'a la jonction de la
riviere des Serpents, et en remontant au nord du
fort des Nez Perces pendant vingt lieues, la navigation est excellente; on se voit alors arrete par
un rapide nomme le Saut du pretre; mais une
fois cet obstacle franchi, on peut arriver aise-
ment au fort Okanagam, situe pres du rivage, a
quarante lieues vers le nord.
A Fest du cours du fleuve on trouve une
gorge immense nominee le Grand Coule, qui
n'est autre que Fancien lit de la riviere qu'elle
a du abandonner a une epoque inconnue. La
longueur de la courbe qu'il decrit, est de plus
de cinquante lieues, et dans quelques endroits
la largeur de Fancien lit depasse sept a huit milles. II presente d'enormes rochers qui devaient
former de grandes cascades, avec des bancs et
des murailles coupes a pic, d'une hauteur de
cinq a six cents metres. Ailleurs, le terrain est
parfaitement plat, et les ondulations qu'on y
remarque, ont du etre autrefois des iles. Dans
ces bas-fonds, l'herbe est abondante. Les sources
se distinguent la plupart par un gout sulfureux,
les roches sont d'origine volcanique, et le sol est
jonche de pierres ponces et de laves vitrifiees. Le
Grand Coule forme enfin une espece d'arc dont
le cours actuel de la riviere est la corde. Pen- DALLE DES MORTS. 113
dant soixante lieues, depuis le fort Okanagam
jusqu'aux rapidesdu fort Colville, la navigation
est assez aisee; mais au-dessus de ce fort jusqu'a
la riviere des Indiens Arcs Plats, on doit signaler plusieurs rapides tres-dangereux. La fameuse
Dalle des Morts, oil douze voyageurs, agents de
la Compagnie d'Hudson, perirenten 1839, est a
trente lieues au nord de cette derniere. Au-dessus de cette dalle, il en existe une autre ainsi
que plusieurs rapides, qui pendant Fespace de
vingt-cinq lieues rendent la navigation extreme-
ment perilleuse, jusqu'a la station nommee le
Campement des barges, point ou elle commence.
II est facile de concevoir que la partie la plus
interessante du Rio Colombia est celle qui s'etend
depuis son embouchure jusqu'aux premieres chutes. Cet intervalle est navigable pour des navires
jaugeant pres de quatre cents tonneaux. Nous
avons vu deux trois-mats anglais, de trois cent
soixante, amarres devant le fort Van Couver,
a quelques metres du rivage, et ayant de cinq
a huit brasses. Le cours de la riviere est rempli
d'iles, de troncs d'arbres enormes et de bancs de
sable; mais ces dangers n'ont rien de comparable
a ceux que pres"ente la barre de l'entree 1
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Que Fon se figure, en effet, une immense
ligne de brisants s'etendant, pendant trois lieues,
du cap Desappointement a la pointe Adams, et
formant devant la bouche du fleuve une espece
de croissant. Au moment ou la maree descend,
le courant de la riviere a une rapidite de six et
sept milles par heure, et lorsque les vents venant de la mer, tels que le nord-ouest, poussent
les flots vers l'embouchure, il resulte de ce choc
des eaux arrivant dans des directions contraires,
d'enormes montagnes de vagues cjui atteignent
une elevation de plus de soixante pieds. Quand
on est mouille dans Finterieur du fleuve, dont
les bords sont couverts de la plus riche vegetation et de forets magnifiques, on ne saurait
imaginer le spectacle terrible qu'offre la barre,
dontle bruit se fait entendre a plusieurs lieues, et
dont les lames en deferlant derobent l'horizon de
la mer, et semblent former une barriere insur-
montable a la sortie comme a l'entree du fleuve.
Au-dessus des cretes ecumeuses des vagues, on
voit planer des bandes d'oiseaux pecheurs, de
cormorans et d'albatros.
La barre, dont la largeur est de quinze cents
metres, s'etend a un mille de terre. On peut reconnaitre sans difficulte le canal qui conduit
dans   le   fleuve,   parce   qu'il   brise  beaucoup SIGNES D'ATTERRAGE. 115
moins. II a un quart de mille de large, et dans
toute sa longueur son fond ri'est jamais au-dessous de huit metres ou quatre brasses et demie,
ce qui ne permet l'entree qu'a des navires calant
moins de dix-huit pieds. II faut remarquer cependant que les plus grands navires de la Compagnie de la baie d'Hudson, et qui jaugent trois
cent soixante tonneaux, ont un tirant d'eau de
quatorze pieds seulement. En juillet 1839, le
capitaine Relcher passa la barre avec le Sulphur,
jaugeant trois cent quatre-vingts tonneaux.
En arrivant du large, les points de repere du
Rio Colombia sont tres-aises a distinguer. Si Fon
se place en latitude, on decouvrira au nord et
a Fest le mont Sainte-Helene de forme conique ,
dont le pic est couvert d'une neige eternelle et
qui est visible a trente lieues de distance; au sud
et plus pres de la mer , la montagne de la Selle,
elevee d'environ trois mille metres, et remarqua-
ble par ses trois pitons dechires. Lorscju'on sera
arrive a cinq ou six milles de terre, on reconnai-
tra sans peine la vaste entree formee par l'embouchure du fleuve; au sud, la pointe basse, al-
longee et couverte de pins, de la pointe Adams;
au nord, le cap Desappointement, haut de deux
cent vingt metres, et qui ressemble a une ile
arrondie et detachee de la cote.
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116 CAP DESAPPOINTEMENT.
Comme point de reconnaissance, les Anglais
ont fait elaguer jusqu'a leur cime, sur le sommet
du cap, trois pins eleves qu'on apercoit de fort
loin. Aunord du cap , il existe une sorte de baie
qui entre dans les terres, mais dont il faut bien
se garder dapprocher, car elle est pleine de re-
cifs et de bancs. On ne saurait d'ailleurs con-
fondre cette entree avec l'embouchure du fleuve,
qui, nous le repetons, se trouve au sud, et dont
les signes differentiels sont clairement indiques
par le cap, les arbres qui servent de signaux et
la pointe Adams.
Si le temps est beau, on doit se situer a cinq
milles de terre, avancer la sonde a la main, et
gouverner en tenant toujours l'extremite sud du
cap au nord-est et au nord-quart-nord-est du
compas. Une fois la barre franchie, il faut, pour
venir prendre le mouillage, courir droit sur le
cap, dont on passera sans danger a une portee de
pistolet, et Fon ira jeter Fancre dans la baie de
Baker, a un quart ou un demi-mille de terre ,
par six et quinze metres , fond de bonne tenue.
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CAP DESAPPOINTEMENT.
Le cap Desappointement est situe par 46 degres 19 minutes de latitude nord, et 126 degres
14 minutes 24 secondes de longitude ouest. Sa VENTS FAVORARLES. 117
hauteur est de deux cent vingt metres; la decli-
naison de Faiguille de 18 degres nord-est; l'etablissement du port a une heure, et la maree monte
de trois metres h.
L'entree du Rio Colombia est dangereuse en
tout temps, pendant l'hiver surtout, depuis le
mois d'octobre jusqu'a celui d'avril. Les meil-
leurs vents, pour y penetrer, sont ceux compris
entre le sud-ouest et le nord-ouest, pourvu, tou-
tefois, que ce dernier ne soit pas trop violent;
il faut pour sortir, attendre les vents soufflants
entre le nord-nord-est et te sud-est. La direction
duvent, l'heure de la maree et Fexamen de la
barre fait du haut des mats, servent d'indications
pour entrer; pour sortir, il faut voir si le canal
est tranquille, et tacher de reconnaitre quels
vents soufflent au large. On obtiendra ces indications soit en montant sur le cap Desappointe-
ment, soit en en faisant le tour en chaloupe, et
surtout en consultant les Indiens, qui sont les
meilleurs juges du temps. On devra, d'ailleurs,
gouverner au sud-est, qui est la direction du canal , et prendre les memes soins que pour entrer.
Rien que le bruit des brisants empeche presque
toujours les coups de canon d'etre entendusau
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118 RAIE DE BAKER.
fort George, qui est situe a pres de quinze milles
du cap, on ne devra pas negliger de faire des
signaux, parce qu'il peut arriver que quelques
blancs ou des Indiens se trouvent aux environs,
et qu'ils envoient des canots avec des pilotes.
Pour entrer comme pour sortir, il faudra toujours
attendre des vents fermes et bien etablis, car si la
brise venait a manquer au milieu dela barre, le
navire serait infailliblement entraine sur les bri-
sants et demoli par les vagues. Une precaution
fort utile aussi, c'est de tenir les embarcations
en etat d'etre mises a Feau au moindre danger.
Dans Fete, lorsque le nord-ouest souffle , on
mouille dans la baie de Raker avec assez de su-
rete; mais dans l'hiver, pendant les vents du sud-
est, il peut survenir des rafales assez violentes
pour que les navires fassent cote.
Durant la mauvaise saison, les vents sont infi-
niment plus variables que dans la belle, et il arrive , en decembre et en Janvier, des ouragans si
terribles, que le vent fait le tour du compas. C'est
alors surtout que le mouillage de la baie de Raker
est perilleux , et qu'il faut se tenir constamment
en position d'appareiller au premier signal. Nous
sommes restes, a la fin de decembre 1841, a bord
d'un batiment anglais a l'embouchure du fleuve,
et nous, avons passe dix-neuf mortels jours au
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H3f8$$ DANGERS DE L'EMROUCHURE. 119
milieu d'orages et de tempetes furieuses, ne pou-
vant ni remonter, a cause des courants, ni mouiller eri dedans de la baie , a cause de la violence
des vents du sud, nous tenant a un mille et demi
de la pointe du cap, affourches sur trois ancres,
prets a mettre a la voile a la premiere eclaircie, et
aimant mieux courir la chance de traverser la
barre que d'aller faire cote sur les rochers.
Quelques mois auparavant, nous etions entres
dans le Rio Colombia, a bord d'un excellent
navire commande par le capitaine Rrotchie, un
des officiers les plus experimentes de la Compagnie de la baie d'Hudson. Nous nous etions
approches de terre avec une forte brise de Fouest,
et nous nous trouvions deja sur la barre, lorsque
le vent faiblit et nous laissa entrainer en derive
par les courants vers les brisants du nord. La
houle empechait de mettre les embarcations a la
mer pour nous faire remorquer, et nous ne pou-
vions laisser tomber les ancres sur un fond ou
elles ne tiennent pas. Enfin, apres une heure
d'angoisse, la brise fraichit un peu, et nous permit d'aller prendre le mouillage derrierele cap.
II est arrive a des navires de la Compagnie de
rester pendant deux mois, courant des bordees
devant l'entree du fleuve, sapprochant chaque
jour de la barre pour la recoririaitre, et forces la
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120 NAUFRAGES NOMBREUX
nuit de regagner la haute mer, afin de n'etre pas
surpris par des coups de vent, au milieu de Fobs-
curite, pres de terre et dans des parages si dangereux. D'autres batiments, au contraire, se sont
vus retenus dans la riviere pendant six et sept
semaines, sans pouvoir profi ter dun instant favorable pour en sortir.
Nous avons entendu dire a des marins anglais
et americains, et nous declarons nous-meme que
dans nos nombreux voyages nous n'avons jamais
trouve un passage si epouvantable que l'entree
du Rio Colombia. Ni la Manche, ni le detroit de
Gibraltar, ni le golfe du Mexique ne presentent
des courants aussi rapides , des tourmentes aussi
fortes, des changements de vent aussi brusques,
et une barre d'une pareille etendue.
Le nombre des navires qui ont peri a l'entree
du Rio Colombia est considerable, eu egard au
chiffre peu eleve de ceux qui frequentent ces
parages. En 1829, le brig TVilliam and Ann,
de la Compagnie d'Hudson, y perit corps et biens,
avec vingt-sept personnes. En 1830, la Compagnie
eut a regretter le naufrage du navire Isabella;
en juillet 1839, le Starling, du capitaine Rel-
cher, faillitetre englouti, etlaissa son gouvernail
sur la barre; etle 28 juillet 1841, la corvette de
r
guerre des Etats-Unis, le Peacock, s'y est perdue
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tig: A L'ENTREE DE LA COLOMBIE. 121
entierement par un temps superbe, ayant ete
entrainee, faute de vent, sur les brisants. L'e-
quipage put a grand'peine gagner le cap Desap-
pointement.
La barre est formee de sable tellement meuble,
que lorsque les navires touchent, la quille n'est
point brisee, mais elle creuse un lit dans lequel
le corps du batiment s'enfonce graduellement,
tandis que la partie superieure est demolie par
les vagues. II serait peut-etre imprudent, dans
Fespoir d'alleger le batiment, de jeter les canons
ou les mats a la mer, car le roulis pourrait s'en
emparer et venir les faire battre contre ses flancs;
ce qu'il y aurait de mieux a faire en pareil cas,
serait d'attendre la maree, et si la mer n'etait pas
trop grosse, de mettre les embarcations a Feau ,
et de se faire remorquer.
A diverses epoques, plusieurs autres navires,
mouilles dans Finterieur du fleuve, ont ete a la
cote; neanmoins, dans Fete, durant les mois de
juin, juillet et aout, la barre est parfaitement
tranquille, et Fon peut la traverser sans risques,
mais avec des vents portants.La navigation serait
alors tres-facile pour des batiments a vapeur, et
c'est cette saison que la Compagnie anglaise a
choisie, il y a quelques annees, pour faire sortir le
pyroscaphe Beaver (le Castor) qu'elle avait recu
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122 SARLES MOUVANTS.
de Londres en pieces, et qu'elle avait fait assembler devant le fort Van Couver.
Pendant la belle saison, les flottilles indiennes
viennent de trois et quatre cents lieues pour pe-
cher le saumon dont le fleuve et ses affluents
fourmillent. Les canots grossiers dans lesquels
les naturels entreprennent ces longs voyages, ne
sont autre chose que des pins creuses par le
feu, ayant a peine deux pieds de profondeur
sur quatre de large, et vingt-cinq ou trente de
long.
Un des plus redoutables perils que presente
l'entree du Rio Colombia, c'est la mobilite des
bancs de sable, qui se deplacent souvent apres la
grande crue des eaux et modifient la direction
du canal. Pour etre bien au courant de l'hydro-
graphie de cette entree, il faudrait avoir cons-
tamment sur les lieux des pilotes qui en recti-
fiassent les plans. Ainsi, en 1792, les goelettes
espagnoles, parvenues en dedans de la barre pres
du cap, regagnerent la pleine mer au sud, en
longeant la pointe Adams; mais aujourd'hui ce
passage serait impraticable , et les vieux Indiens
se souviennent d'avoir vu, a l'entree du fleuve,
deux ou trois grandes iles sablonneuses dont rl
ne reste d'autres vestiges que quelques brisants.
En hiver, a l'embouchure de la Colombie, les
'      Mf- 0RAGES. — MAREES. 123
marees combinees s'elevent jusqu'a quatre metres, et a l'epoque de la fonte des neiges, les eaux
du fleuve montent jusqu'a quinze et vingt pieds
au-dessus de leur niveau ordinaire. Elles entrai-
nent avec elles des debris de terrains inondes,
des arbres deracines, et des pans de bois tout
entiers; il est tres-rare, pendant cette saison, de
voir Ie fleuve se geler : la glace ne prend guere
que vers le nord, et ne dure jamais longtemps.
En novembre et en decembre 1841, au cap De-
sappointement, nous avons obtenu pour temperature moyenne huit degres centigrades au-dessus
de zero; rarement le mercure descendait au-dessous , et si le vent etait calme et que la pluie ces-
sat un instant dans le milieu de la journee, le
thermometre s'elevait jusqu'a 10 et 12 degres.
Les matinees etaient generalement belles, et ce
n'etait ordinairement que vers deux heures de
l'apres-midi que les orages se formaient. Les torrents de pluie etaient accompagnes d'eclairs, de
coups de tonnerre epouvantables, et le 16 novembre a trois heures un quart du soir, pendant
que des nuages charges d'electricite s'entre-cho-
quaientavec fracas, nousvimes un rayon fulminant tomber des regions superieures, puis, arrive
a une distance d'environ trois cents metres des
eaux, se bifurquer et venir frapper simultane-
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124 DERNffiRS RELEVEMENTS.
ment les grands mats des deux navires anglais
mouilles a une encablure Fun de Fautre.
Mais les phenomenes les plus extraordinaires
nous ont ete fournis par le barometre, et les faits
qui vont suivre doivent convaincre de l'extreme
utilite, pour les navigateurs, de consulter souvent
les variations de cet instrument.
Les 21, 23, 25 et 26 decembre 1841, a l'entree
du fleuve, le thermometre indiquait, de midi a
une heure, + 10 degres centigrades avec les vents
etablis du nord - ouest, et les barometres mar-
quaient 0,769ram. Le vent tournait a Fouest d'a-
bord, puisau sud et au sud-est, et les instruments
descendaient jusqu'a 0,723mm. La marche ascen-
sionnelle du mercure avait lieu lorsque les vents
revenaient au nord et au nord-ouest, de maniere
que dans Fespace d'une heure les barometres pre-
sentaient Fenorme difference de 46mm. En pleine
mer et sur toute la cote, le meme phenomene se
reproduit, mais avec des variations moindres, et
ces instruments ont ete pour nous les meilleurs
indicateurs des changements de vent. Cependant
les relevements recents, les sondes executees en
aout 1839 par la goelette anglaise Starling, aux
ordres du capitaine Relcher, et les travaux de
l'escadrille americaine commandee par M. Wilkes, pendant les six derniers mois de 1841, de-
il. • ASTORIA OU FORT GEORGE. 125
vront, une fois publies, donner la position la
plus exacte des passes et Findication des dangers,
et faciliter aux navires l'entree du Rio Colombia.
II n'y a point d'habitations a la baie de Raker
ni au cap Desappointement; mais au sud de l'entree, pres de la pointe Adams, dans un lieu
nomme Clatsop, s'elevent quelques loges d'ln-
diens Tchinouks, et au bord du rivage la petite
maison et ferme de M. Frost, methodiste americain. Vers le milieu de la riviere, on distingue
quelques restes d'iles sablonneuses que les eaux
achevent de detruire tous les jours ; au-dessus ,
la petite riviere et la baie de Young, sur les bords
de laquelle Lewis et Clarke hivernerent en 1805
et 1806 , et de Fautre cote de la baie, la pointe
George.
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FORT  GEORGE  OU  ASTORIA.
Une mauvaise maison en planches, avec un hangar et un petit champ de pommes de terre, est
situee a un mille a Fest de cette pointe et a quelques metres du rivage. C'est cette baraque qui
constitue ce que les Anglais nomment pompeu-
sement le Fort George, et les Americains Town
of Astoria, la ville dAstoria. Ce lieu, rendu
celebre par M. Washington Irving, qui a ecrit m
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126 M. JAMES BURNEY.
d'une maniere si pittoresque 1 histoire de sa fon-
dation, est habite par un seul homme, M. James
Burney, Ecossais, et agent de la Compagnie d'Hudson, qui y reside avec ses jeunes enfants et sa
femme, qui est Canadienne. Derriere la maison,
on montre la place sur laquelle etait construit
Fancien fort d'Astoria, dont il ne subsiste plus
aucun vestige. La maison actuelle est batie sur un
petit plateau de prairie, derriere lequel apparait
une foret de pins. Nous avons mesure un de ces
arbres couehe par terre, dont la longueur etait
de quatre-vingts metres sur cinq, trois et un de
diametre a diverses hauteurs. L'ecorce seule avait
un pied d'epaisseur. M. Burney, qui est un excellent pilote, reside depuis longues annees au Fort
George; il nous a donne plusieurs fois Fhospi-
talite, et nous a fourni des renseignements precieux. Presde la maison qu'il habite, on remarque
quelques miserables loges d'Indiens , qui appor-
tent du saumon, des canards et de la venaison ,
seule viande dont on fasse usage, M. Burney
n'ayant qu'une vache pour tout betail. Dans le
hangar sont emmagasines des cordages, des ancres et des agres pour les navires de la Compagnie, et 1 on voit amarrees au rivage deux bonnes
chaloupes, dont Fune , provenant de la corvette
americaine naufragee, a ete laissee par le com- AIGUADE. — SIGNAUX. 127
mandant de Fexpedition, dans le but special d'aller piloter les navires entrant dans le fleuve.
Les grands batiments peuvent ancrer devant
le Fort George; mais la distance de quatorze
milles qui le separe de la baie de Baker est tres-
difficile a parcourir; le canal du sud nous a paru
meriter la preference; toutefois, il serait d'une
imprudence extreme de vouloir quitter le cap et
de remonter le fleuve sans pilote. Du mouillage,
on decouvre la maison de M. Burney, et on peut
lui faire dessignaux avec Ie canon. LeFort George n'a point de pieces pour repondre, mais on
expedie des canots d'Indiens qui resistent fort
bien a la lame. La position de cette maison est
fort importante, en ce qu'elle offre les moyens
de decouvrir les naviresjentrant dans le fleuve;
on peut leur envoyer un pratique, et informer
de leur arrivee les agents du fort Van Couver.
Ajoutons que si ce point etait fortifie, il comman-
derait le passage de la riviere, puisque le meil-
leur canal se trouve devant elle, a cent metres a
peine du rivage.
II y a du bois en abondance dans la baie de
Baker, une excellente aiguade et toute espece de
gibier. La presqu'ile situee derriere la baie, au
pied du cap, est tres-etroite et assez commode a
franchir; elle conduit a une petite anse que nous 'lilt•
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128 COURS DU FLEUVE.
avons deja dit etre inabordable, et au sud de la-
quelle est creusee une immense et magnifique
caverne. En cotoyant la rive nord de la Colom-
bie, on rencontre les pointes Tchinouk et Ellice,
et la baie de Gray, au-dessus de laquelle se dresse,
a peu de distance dans le fleuve, un enorme
rocher. Sur la rive gauche, a deux lieues du Fort
George, apparait un petit promontoire sur-
nomme, a cause de sa forme, Pointe de la Langue
(Tongue point), et plus loin, la pointeduChene,
oil une fumerie de saumon a ete etablie par la
Compagnie anglaise. On y voit aussi quelques
cabanes d'Indiens, formees de troncs d'arbres, et
couvertes d'ecorce depins. Pres de la Pointe de la
Langue, on peut recueillir, dans des bancs d'argile, des debris d'ossements fossiles, et particu-
lierement des fragments de squelettes d'ichthyo-
saures. Apres avoir franchi plusieurs bancs de
sable et des iles couvertes de vegetation, entre
autres FileKallamet, celles de Puget, des Grues,
de Walker, on apercoit sur la rive nord la montagne des Cercueils, dont les assises rocheuses
supportent des canots indiens renfermant des
cadavres entoures de leurs armes, vetements et
ustensiles.
A Fest de la montagne, debouche la riviere
Kaoulis, et un peu au sud, sur la rive gauche,
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%! HAVRE DE GRAY. 129
les deux bras du Ouallamet, en face de la grande
ile Ouapato ou Multonomah, qui a pres de six
lieues de long. Cette ile, comme toutes celles du
fleuve, est basse , sujette aux inondations, et
remplie de broussailles, de sautes, de chenes
blancs et de trembles. En 1835, le capitaine americain Wyeth voulut y fonder un etablissement,
mais il fut bientot oblige de Fabandonner. A
cinq lieues au-dessus du Ouallamet, s'eleve le fort
Van Couver, chef-lieu des etablissements anglais a
Fouest des Montagnes Rocheuses. Lorsqu'il sera
question de la Compagnie de la baie d'Hudson,
nous decrirons les endroits habites, et nous dirons
quelleestleur importance; mais nous devons, dans
ce chapitre, continuer la description de la cote.
Au nord du cap Desappointement, par 46 degres 30 minutes, existe une rade ouverte qui n'est
pas tenable, et que les Espagnols nommaient le
Mauvais abri (Mal abrigo), et a quelques milles
plus loin, le cap Shoal water, au-dessus du-
quel, par 47 degres, est situe le havre de Gray ,
dont une barre de sable obstrue l'entree. En
suivant la cote, se presentent successivement
Fanse de la Rastida ou Grenville, la petite riviere
Kiniat, l'ile de Dolores, le Rio des Martyrs,
te mouillage d'Alava, les ilots los Deseados, et
enfin, la pointe Martinez ou cap Flattery, qui,
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130 DETROIT DE JUAN DE FUCA.
avec la petite ile de Tutusi, forme l'extremite
de l'entree sud du detroit suppose de Juan de
Fuca. Dans notre premier volume, en faisant
Fhistorique des decouvertes des Espagnols sur la
cote Nord-Ouest de FAmerique, nous avons deja
parle de ce navigateur ne a Cephalonie.
DETROIT DE  JUAN DE FUCA.
Vers la fin du dix-huitieme siecle, les officiers
espagnols, naviguant au nord de la Californie,
soupconnaient l'existence d'un passage condui-
santdela Mer du Sud a l'Ocean Atlantique, qu'un
pilote nomme Juan de Fuca, avait, disait-on ,
decouvert en 1592, entre les quarante-septieme
et quarante-huitiemeparalleles. Al'appuidecette
assertion , le capitaine Don Estevan Martinez,
qui, en 1789, commandait l'etablissement de
Noutka, se souvint d'avoirvu une immense entree
situee vers 48 degres 20 minutes, et qu'il n'a-
vait pu reconnaitre exactement au retour de son
voyage vers le Nord avec Don Juan Perez, en
1774. Pour eclaircir ses doutes, Martinez fit par-
tir de Noutka, au commencement de juin 1789,
l'officier hydrographe Don Jose Narvaez, commandant la goelette Gertrudis, qui reconnut en
effet l'entree du detroit, et penetra assez avant ■ ...
ILE DE QUADRA ET VAN COUVER. 131
dans le canal, en allant, vers le sud-est | Le succes
de ces decouvertes encouragea a les poursuivre,
et Fannee suivante le lieutenant Quimper, avec
la balandre la Princesa Real, poussa plus loin
les reconnaissances; elles furent continuees en
1791 par Narvaez , qui remonta dans le bras
nord-ouest du detroit jusqu'a la moitie de sa longueur, prouvant ainsi la faussete de Fassertion
attribute a Juan de Fuca. Les expeditions espagnole et anglaise de 1792 acheverent de dissiper
les doutes qui auraient pu rester a cet egard.
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ILE DE QUADRA ET VAN COUVER.
Le detroit est forme par la grande ile de Quadra et Van Couver, qui a plus de cent lieues de
long, et court au nord-ouest sur une largeur qui
varie de dix a vingt-cinq. Lebras de l'entree sud
suit la direction du sud-est pendant pres de quarante lieues; sa largeur est de sept a douze, et il
se termine par l'entree de l'Amiraute et la baie de
Puget, canaux larges de trois et cinq milles, et
qui descendent au sud pendant plus de trente
lieues. A la pointe sud-est de l'ile , commence le
1 En 1840, a Guadalajara de la Nouvelle Espagne, D. Jose
Narvaez nous a communique lui-meme le journal et les plans ori-
ginaux de son interessant voyage.
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liliJ 132 PORTS DE GAONA ET DE QUADRA.
bras du nord-ouest.  Sa premiere moitie a une
largeur de six et huit lieues; la seconde est un
canal etroit, de quelques milles de large; la longueur totale de ce bras est d'environ cent trente
lieues. L'espace compris entre la grande ile etla
terre ferme est seme d ilots et d'archipels; la mer
y forme mille detours sinueux, et la cote est de-
coupee par des bras et des canaux souvent impra-
ticables, excepte pour de petites embarcations. -
A peine a-t-on double le cap Flattery, que Fon
trouve a quelques lieues dansle sud-est, le port
de Nunez Gaona, que les Anglais nomment Neah
Ray, et oil les Espagnols avaient forme un etablis-
sement. Ce mouillage est petit, expose aux vents
du nord-ouest, et meme a ceux du sud-ouest qui
arrivent par une gorge dans les montagnes derriere le port. La mer brise avec violence sur les
roches qui s'etendent a une assez grande distance
de la plage, et un ressac tres-fort rendle debar-
quement extremement difficile. Le pays qui en-
vironnece port est rempli de forets, et d'une ferti-
lite remarquable. En suivant la cote, on rencontre
la baie de Davila, le port de los Angeles, Fanse
de Quimper et le port de Quadra, que Van Couver nomma de la Decouverte, et dont l'entree
est defendue par la petite ile de la Protection. Ce
port est une sorte de cul-de-sac large de deux a RA1E DE PUGET. 133
trois milles et d'une profondeur de quatre lieues;
on n'y est expose qu'aux vents du nord; son fond
est de vingt a cinquante metres V
La cote court au sud pendant vingt milles, et
offre d'autres mouillages importants, entre autres
le canal de Hood, qui a dix lieues de longueur, et
le grand canal de FAmiraute, ou Rouches de
Caamano, au fond duquel se trouve l'excellente
baie de Puget.
Ce canal, qui suit la direction du sud-ouest,
est parseme d'iles : sa largeur varie de un a cinq
milles, et sa longueur totale est de vingt-cinq
lieues. Au fond de la baie de Puget, sur la petite
riviere Nesqually, s'eleve le fort anglais du meme
nom, et Fune des Missions francaises deM.l'abbe
Demers. On doit remarquer que te portde Puget
est distant de la Colombie de vingt lieues a peine,
et que la riviere Kaoulis, qui s'unit au fleuve, et
la Nesqually, qui se jette au fond de la baie, cou-
rent dans des directions opposees; qu'enfin leurs
sources, qui naissent au pied du mont Rainier, ne
sont pas tres-eloignees. C'est par le Rio Colombia et la Kaoulis que Fon se rend du fort Van
Couver a la baie de Puget.
1 Voir dans l'Atlas le plan n° 19.
I   I       , lLat.  N. :   48°   2' 30".
Port de Quadra ou de la Decouverle :  I I   mm.   ,,
^Lonir.O. :124°57'54".
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134 EXPLORATIONS RECENTES.
Le mouillage qu'offre cette baie est le seul depuis le port de San Francisco oil les navires soient
en surete, et c'est le point a la conservation du-
quel tendent tous les efforts de la Compagnie
d'Hudson, dans les negociations du gouverne-
ment anglais avec les Etats-Unis pour Ie reglement
des frontieres. En effet, la baie de Puget et le canal de FAmiraute en entier sont compris entre
les quarante-septieme et quarante-huitieme paral-
leles, c'est-a-dire, au sud de la ligne de limites
que les Americains reclament, et qui suit le 49e degre de latitude a Fouest comme a Fest des Montagnes Rocheuses.
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HYDROGRAPHIE.
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En 1840, Fhydrographie de ces parages fut
refaite avec le plus grand soin par le savant capitaine Reich er, de la marine anglaise, et en 1841
Fescadrille americaine executa tres-habilement
les memes travaux; elle envoya en outre des expeditions par terre vers le Rio Colombia et les Montagnes Bteues.Un autre detachement de vingt-cinq
hommes, avec des astronomes et des naturalistes,
fut dirige par Finterieur depuis la riviere Oualla-
met jusqu'a la baie de San Francisco, en Californie, afin d'acquerir, sur le territoire, les notions
lip 135
RIVIERE FRASER.
que la Compagnie d'Hudson possedait seule jus-
qu'alors.
Le pays qui entoure les entrees de Hood et le
bras de F Amiraute est merveilleusement beau; la
terre y est couverte d'une herbe epaisse, le sol
en est fertile, la temperature douce, et la con tree
formee de magnifiques forets et de vastes prairies
arrosees de mille ruisseaux. On a en outre decou-
vert recemment, dans divers points du detroit,
des gisements de houille.
Au 48e degre, et pres de la cote, apparait File
tres-etroite de Whidbey, qui court nord et sud,
dont la longueur est de douze lieues, et qui pos-
sede d'exeellentsmouillages, surtout celui appele
Rade de la Possession, situee entre le cote oriental
de l'ile et le continent. Dans Fespace qui s'etend
de la terre ferme jusqu'a la partie Est de la grande
ile de Quadra, il existe une foule de petites iles
qui, malgre les abris surs qu'elles offrent aux
navires, presentent a la navigation de grandes
difficultes. Le passage le plus facile est par le
canal de Haro, entre l'ile de Quadra et Van Couver et celle de San Juan. Les petites iles de Gue-
mes et de Pacheco sont situees en face de la baie
de Rellingham ou anse de Gaston. On compte encore quelques ilots et d'autres mouillages jusqu'a
l'entree de la baie formee a Fest par la pointe de
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136 VOYAGE DE MACKENSIE.
San Rafael et te sud de la presqu'ile de Cepeda,
au fond de laquelle debouche la grande riviere
Fraser.
Ce fleuve, ainsi nomme en l'honneur de M. Simon Fraser, agent de la Compagnie du Nord-
Ouest,est appele par les Indiens riviere Tacoutchi.
II prend naissance sur le versant occidental des
Montagnes Rocheuses, vers le 55e degre, pres
de Forigine de la riviere des Canots, le premier
tributaire important de la Colombie. L'une des
sources principal es de la Fraser n'est eloignee que
de deux cent quatre-vingt-dix metres de la riviere
de Paix ou Unjigah, qui coule a Fest de ces montagnes. La riviere Fraser a un cours de cent trente
lieues environ, presque parallele a celui de FO-
regon; elle recoit a peu pres toutes les eaux de
la Nouvelle Caledonie, les rivieres Stuart, Chil-
cotin, Pinklitsa,  Thompson et Quesnel.
Dans son celebre voyage en 1793, Sir Alexander
Mackenzie reconnut les hautes eaux de ce fleuve
qu'il descendit pendant cinquante lieues, le pre-
nant pour te Rio Colombia. Arrive au-dessous de
sa jonction avec la riviere Stuart, et voyant que
le fleuve courait vers le midi, dans Fespoir de
rencontrer plus tot la mer, il abandonna la riviere et se dirigea par terre en droite ligne a
Fouest.  Le 22 juillet 1793, il  parvint sur les CANAL DEL ROSARIO. 137
bords de FOcean, par 52 degres 20 minutes de
latitude aupres du canal Cascade dans le Rras de
Rentick, et en face d'une des iles sud de Farchi-
pel de la Princesse Royale. Par une singuliere
coincidence, le meme jour oil Mackenzie attei-
gnait les bords de la Mer Pacifique, le capitaine
Van Couver poursuivait sur les memes rivages,
a quarante-cinq lieues environ plus au nord, son
exploration scientifique T.
En 1828, Sir George Simpson, gouverneur
des territoires de la Compagnie d'Hudson, venant
du Canada par les lacs, descendit en entier la riviere de Fraser; mais il la trouva pleine de dangers, de roches, de rapides, de cascades elevees,
et par consequent impropre a la navigation. Son
embouchure presente une barre que les navires
calant douze a quatorze pieds franchissent; ils
peuvent remonter ensuite a quelques lieues au-
dessus du fort Langley, bati sur la rive gauche, a
vingt-cinq milles de la mer. La partie inferieure
de la riviere Fraser offre un sol assez propre a la
culture, de beaux paturages et des forets epais-
ses de bouleaux, de peupliers, de cedres, de pins
et d'autres arbres verts.
Dans cette partie, le bras qui separele continent
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1 Voir Mackensie's Travels. Vol. II, pag. 188.
ES 138 ILES DU DETROIT.
de File de Quadra et Van Couver acquiert une
largeur de quatre 'a sept lieues. Les Espagnols
l'appelerent canal del Rosario; mais Van Couver
eut soin de changer ce nom en celui de Golfe de
Georgie, selon la detestable coutume des naviga-
teurs britanniques qui ne manquent jamais de
substituer des noms anglais a ceux precedem-
ment donnes par les decouvreurs des autres nations. II y a, jusqu'a la sortie du detroit, une foule
d'iles, parmi lesquelles on compte celles de Las-
queti, Texada, Concha, et les iles de Galiano et
Valdes, qui terminent le canal du detroit de Juan
de Fuca. Depuis la riviere Fraser jusqu'a l'Ocean,
onremarque des bras de mer ayant douze et
quinze lieues de long sur une largeur de plusieurs
milles, quiremontent au nord dans Finterieur des
terres; mais aucun ne recoit de riviere impor-
tante. A partir du 50e degre, la navigation devient
presque impossible, a cause des myriades d'iles
qu'on y rencontre, des tourbillons et des courants , qui, dans certains canaux, atteignent une
vitesse evaluee a douze milles a l'heure, vitesse
qui Femporte meme sur celle du detroit de Magellan, qui ne depasse pas sept milles r.
La Compagnie d'Hudson, des 1833, avait des
Relacion del viage de Galiano y Valdes, pag. 15, 81, 117, etc. mifei
MINES DE H0UILLE. 139
stations commerciales a la pointe nord-ouest et
nord-est de File de Quadra, au port de Guemes,
au milieu des Indiens Nouittis et chez les Co-
kouilts; elle les a recemment converties en forts,
et c'est M. Douglas, facteur en chef, qui, a la fin
de 1842, a ete fonder ces nouveaux etablissements, ainsi que d'autres dans la partie meridio-
nale de la grande ile et sur celle de Whidbey, ou
M. Fabbe Demers a obtenu les resultats les plus
satisfaisantspourla civilisation des indigenes. II y
a dix ans deja, qu'en trafiquant avec les Nouittis,
M. Finlayson, a bord d'un pyroscaphe de la
Compagnie, decouvrit a la surface du sol et sur
une immense etendue des gisements de charbon
de terre excellent; il apprit aux Indiens a te re-
cueillir, et pour des objets d'echange de peu de
valeur, la Compagnie acquiert maintenant d'enor-
mes quantites de ce precieux combustible, qu'elle
etait auparavant obligee d'apporter d'Europe.
La grande ile de Quadra et Van Couver est
bordee d'ilots :-a chaque pas ses cotes presentent
des caps, des havres et des mouillages ; a son ex-
tremite nord-ouest apparaissent les ilots de San
Joaquin ou de Lanz, et le cap Scott, au sud du-
quel se trouve la baie de San Jose. En descendant
vers le sud-est, apres avoir passe le cap Fron-
doso (cap boise), on arrive a. l'ile Noutka. Cette ile,
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■140 ILE DE NOUTKA.
qui faillit occasionner la guerre entre FEspagne et
FAngleterre, et qui fut cedee a cette derniere
puissance par le traite de FEscurial du 28 octobre 1790, est le point qui merite le plus d'atten-
tion, puisque c'est surl'interpretationde ce traite
que les Anglais se fondent pour reclamer la possession absoluedu Territoire en litige etl'exelu-
sion des Americains.
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CHAPITRE V.
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He de Noutka decouverte et occupee par les Espagnols, puis
cedee par eux a l'Angleterre. — Gisements houillers dans l'ile de
Quadra.—Fort Mac Loughlin.— Entree de Perez. — Detroit suppose de Fonte. — Nouvelle Caledonie. — Son climat et ses productions. — Limite septentrionale du Territoire en litige.
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L'ile de Noutka a la forme d!un delta dont les
faces ont de cinq a sept lieues. Le cote qui regarde
la mer court du nord-ouest au sud-est; dans sa
partie centrale est situee Fanse de Ferrer. Le
canal du Nord, a l'embouchure duquel se trouve
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142 ILE DE NOUTKA.
File de Catala, offre un passage difficile. II n'en
est pas de meme de l'entree sud, qui forme a pro-
prement parler le port de Noutka. La cale des
Amis ou port de San Lorenzo se trouve a l'extremite sud-est de File. En venant de la mer, on
decouvre, au nord-ouest, le pic d'une montagne
elevee nommee Pic de Tasis, et en approchant de
terre, la pointe de San Estevan, bordee de quelques roches qu'il importe d'eviter avec soin.
Pour arriver au mouillage, il ne faut pas crain-
dre de ranger de tres-pres les petites iles de San
Rafael et de San Miguel qui occupent la bouche
de Fanse, et reduisent a une encablure la largeur
de l'entree. On peut passer a une portee de fusil
de ces iles; elles sont assez elevees, et ont la forme
de mornes; c'est sur celle de San Miguel que les
Espagnols avaient eleve une batterie. II n'est pas
inutile d'ajouter que pour prendre te mouillage
avec les vents d'ouest, il faut longer l'ile du nord,
et, arrive a la bouche du port, venir au vent en
amenant les voiles; si la brise est fraiche et le
navire un peu fin, avec son aire il arrivera aise-
ment au meilleur ancrage , situe vers le sud-
ouest, ou Fon aura de huit a dix metres, fond
de sable et de bonne tenue. On peut mouiller
aussi en dehors des pointes, mais en se souvenant
que le fond est tres-considerable et accore, meme GISEMENTS METALLIQUES. 143
a une petite distance de l'entree du port qui presente de huit a dix brasses1.
Le port de Noutka fut decouvert, en 1774, par
la fregate SantYago, commandee par Don Juan
Perez. Le capitaine Cook, qui visita ce point quatre ans plus tard, ne manqua pas de lui imposer
un nom anglais et de Fappeler Entree du roi
George, bien qu'il sut par les Indiens que les
Espagnols Favaient explore avantlui, et qu'il eut
trouve parmi les naturels divers objets de manufacture europeenne, entre autres deux cuillers
en argent de fabrique espagnole.
Le nom de Noutka n'a point d'origine connue.
Le mot qui s'en rapproche le plus dans la langue
des naturels est le mot noutchi, qui signifie montagne. Les Indiens nomment le port, Yucuatl.
Vue de la mer, File de Noutka offre un coup
d'ceil agreable; ses hauteurs sont couronnees d'e-
paisses forets de pins, de chenes, de cedres et de
cypres. Le sol est loin d'etre fertile dans les terrains qui avoisinent la plage; il est forme de gres
et de pierres calcaires, recouverts d'une couche
legere de terre vegetate. Un naturaliste espagnol,
Don Francisco Mosino, a constate dans les montagnes la presence de minerals de fer, de cuivre
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1 Voir dans l'Atlas le plan, n° 20.
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14 4 PRODUITS. — POSITION.
et d'argent. Les plantes potageres d'Europe et
les arbres fruitiers y viennent bien, ainsi que
Forge; mais le mais et le bie reussissent rare-
ment. Comme la terre se couvre de neige pendant
l'hiver, F eleve des bestiaux est necessairement
difficile. Des ours redoutables, des loups, des
daims etdes cerfs peuplent les forets; les plages
sont infestees par les moustiques; on trouve dans
File une grande quantite d'oiseaux terrestres et
aquatiques, et surtout d'oiseaux-mouches etince-
lants des couleurs les plus vives. La mer abonde
en saumons, monies, sardines, harengs, truites,
raies et baleines de toute espece, qui servent a la
nourriture des Indiens ; ]es phoques et les loutres, nombreux autrefois dans ces parages, ont
presque entierement disparu.
La position de Noutka aux ruines de Fobser-
vatoire espagnol est de 49 degres 35 minutes 15
secondes, latitude nord, et de 128 degres 57
minutes 1 seconde de longitude ouest; l'etablissement du port est a 12 heures 20 minutes, et le
maximum de la maree de quatre metres. Le climat de File est tres-salubre et assez doux, et bien
qu'au mois de Janvier les petites rivieres se gelent, la navigation est toujours libre dans le
grand canal. Depuis mai jusqu'a la fin d'aout, le
temps est clair. Pendant la nuit, c'est te vent du
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h.;;,''V'' §9&
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CESSION DE NOUTKA AUX ANGLAIS. 14 5
nord-est qui souffle; durant la journee, il passe
au nord-ouest, et quelquefois au nord au coucher
du soleil. Le mois de septembre signale la saison
des phiies; a cette epoque, les brouillardss'elevent
et les tempetes commencent. Toutefois le ton-
nerre ne se fait entendre que tres-rarement; phe-
nomene que nous avons signale deja en parlant
de la Californie. Les vents regnants soufflent
alors de Fest au sud jusqu'a Fouest; mais si le
nord vient a s'etablir, c'est avec une telle violence
qu'il deracine des arbres enormes et fait courir
de grands dangers aux navires qui se trouvent
au mouillage. Ajoutons que ces observations
peuvent s'appliquer a l'ile entiere de Quadra et
Van Couver. Le nom de cette ile lui a ete donne,
d'un commun accord, par les deux commandants
espagnol et anglais; toutefois il est juste de faire
observer que Van Couver n'arriva a Noutka qu'en
1792, c'est-a-dire dix-sept ans apres Don Juan
de la Rodega y Quadra, qui avait deja explore la
cote nord-ouest et donne son nom au port de la
Bodega, sur la cote de Californie.
Par suite de quelques fausses interpretations
du traite du 28 octobre 1790, les Espagnols ne
remirent point immediatement Noutka aux Anglais, et ce ne fut qu'en mars 1795 que le commandant espagnol opera cette cession entre les
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146 LES ANGLAIS N'OCCUPENT PAS NOUTKA.
mains du lieutenant Pierce, de Finfanterie de
marine anglaise, venu tout expres de Londres
par le Mexique, pour hater F execution du traite
del'Escurial. En avril 1796, le capitaine Rrough-
ton, qui avait ete depeche d'Angleterre dans te
meme but, arriva a Noutka, oil il ne trouva aucun Europeen, et oil il apprit que les Espagnols
avaient fait la remise du port, parunelettre lais-
see pour lui aux mains du chef indien Maquina,
par le lieutenant Pierce'1.
On doit remarquer, toutefois, que les Anglais
n'ont jamais occupe l'ile de Noutka , ni le port
de Nunez Gaona, a l'entree meridionale du detroit de Juan de Fuca, ni le point nomme port
Cox, situe a dix-sept lieues au sud de Noutka,
dans Farchipel de Claoutcouat, qui leur etait
cede par le meme traite; mais le fait de cette non
occupation ne leur enleve en rien le droit de s'etablir conformement au texte et al'esprit de leur
convention avec FEspagne.
En quittant l'entree nord du detroit de Juan
Fuca, et en remontant la cote, on rencontre le
cap Circonspection, au dela duquel apparaissent
au large les rochers de la Vierge, petits ilots fort
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1 Rroughton : Voyage of discovery to the north Pacific Ocean,
pag. 50.
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I FORT MAC LOUGHLIN. 147
dangereux. Au nord de ces ilots, se trouve l'ile
Calvert, la plus sud de Farchipel de la Princesse
Royale. Le fort anglais de Mac Loughlin, ainsi
nomme en l'honneur du surintendant, fonde en
1833, est situe dans Fanse de la Loutre, sur l'ile
immediatement au-dessus de celle de Calvert : il
est arme de quatre canons de 8 et est le centre
d'un tres-grand commerce de pelleteries et four-
rures avec les Indiens. La station anglaise de In-
chlows se trouve sur la grande ile de la Princesse
Royale dans le canal de Laredo, en face de l'ile
Aristazabal. A lest, mille canauxdecoupent la terre
ferme, et Fon rencontre la riviere du Saumon, au
bord de laquelle campa Sir Alexandre Mackenzie.
D'autres stations de la Compagnie sont etablies
sur la grande ile de la Reine Charlotte, qui occupe
plus de deux degres en latitude, et possede des
mines de houille et plusieurs bons mouillages,
entre autres la baie de Lujan, au sud-est, celle de
Clonard, au nord-ouest, vers 53 degres 40 minutes, et les ports de Estrada et Mazarredo au nord,
entre le cap Sainte-Marguerite et la Pointe invisible. L'ile de la Reine Charlotte est separee de la
cote par un bras de mer de vingt-cinq a trente
lieues de large, oiise trouvent Farchipel de Pitt et
File de la Calamite, entre lesquels sont situes le canal du Princeet la station anglaise du Port George.
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mmm 148 ENTREE DE PEREZ.
En se dirigeant vers le nord-est, on rencontre
a la cote un bras de mer, anciennement designe
sous le nom de detroit de FAmiral Fonte que,
vers la fin du siecle dernier, on supposait com-
muniquer avec l'Ocean Atlantique. L'expedition
de la fregate Aranzazu, commandee par le capitaine Caamaiio, qui explora la cote avec le plus
grand soin pendant Fete de 1792, demontra la
faussete de cette supposition, comme celle du
savant Malaspina avait, Fannee precedente, etabli la non-existence du passage de Maldonado
vers le soixantieme parallele.
L'entree de Perez, improprement nominee par
les Anglais de Dixon , est situee entre File de la
Reine Charlotte et Farchipel du Prince de Galles.
Le cap Chacon ou pointe Wales, a l'extremite
sud-est de cet archipel, par 54 degres 40 minutes , forme la limite meridionale de FAmerique
Russe, qu'il separe par consequent du Territoire
enlitige entre FAngleterre et les Etats-Unis. Ainsi
que nous Favons deja dit, la ligne de demarcation,
partant du cap Chacon, court de Fouest a Fest
jusqu'a l'entree sur la cote, oil elle rencontre le
canal de Portland dont elle longe la rive droite;
arrivee a la terminaison de ce canal, la ligne se
continue vers le nord-ouest, en suivant les cimes
de la chaine de montagnes paralleles a lamer, et NOUVELLE CALEDON1E. 149
en se tenant eloignee de la cote a une distance de
dix lieues marines ou d'un demi-degre, jusqu'k
ce qu'elle rencontre le mont Saint-Elias; de la
elle se prolonge jusqu'a la Mer Arctique en suivant le meridien du sommet de cette montagne.
II est vrai qu'en vertu d'une convention pu-
rement commerciale, la Compagnie Anglaise
exploite depuis 1839 une partie du territoire
russe, et y a meme fonde des comptoirs et des
forts; mais cette occupation temporaire, qui doit
finir en 1850, ne porte aucune atteinte a la sou-
verainete du Czar. Nous parlerons de ces etablissements, assez peu nombreux d'ailleurs, en traitant
de FAmerique Russe et de la Compagnie Imperiale Russo-Araericaine.
NOUVELLE CALEDONIE.
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La partie interieure de la cote, que nous ve-
nons de decrire, forme ce que les Anglais
appellent la Nouvelle Caledonie. Ce pays est
montagneux et tres-boise; il renferme un grand
nombre de lacs et de rivieres. Les plus hautes
montagnes, couvertes de neiges eternelles, sont
situees vers le lac Stewart et le lac Rabine, dont
elles ont pris le nom. Presque toutes les rivieres mJ W
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150 NOUVELLE CALEDONIE.
se jettent au sud dans la riviere Fraser, ou dans
la riviere Simpson vers le nord.
La Nouvelle Caledonie est bornee, au nord,
par FAmerique Russe et la Mer Arctique; au
sud, par le territoire qu'arrosent les affluents
du Rio Colombia, vers le quarante-neuvieme
degre environ; a Fest, par les Montagnes Rocheuses, et a Fouest, par la mer. A quelques
lieues du rivage court une chaine de montagnes
qui forme la continuation de celle a laquelle
appartiennent les monts Saint-Elias, du Reau-
Temps, et qui, en descendant vers le sud, va re-
joindre les montagnes de la Californie. Cette
chaine separe les tribus de la cote de celles de
Finterieur, qui visitent les forts de la Compagnie Anglaise pendant la belle saison.
Le climat de la Nouvelle Caledonie est assez
doux d'avril a septembre. La neige commence a
tomber au mois de novembre, et couvre la terre
jusqu'a la fin d'avril. Dans lenord, sonepaisseur
est souvent de six pieds, et bien qu'il y ait des
parties de terre fertiles, surtout le long des
rivieres, les gelees du printemps deviennent pre-
judiciables a l'agriculture.
Comme dans toutes les parties occidentales des
continents, la Nouvelle Caledonie et toute la
cote nord-ouest de FAmerique jouissent d'une mmw.
P||j|;I
CLIMATOLOGIE. 151
temperature beaucoup plus elevee que les provinces comprises dans la meme zone, et baignees
par l'Ocean Atlantique. Les causes du froid sur
la cote est pro viennent du prolongement du Continent vers le pole, et du courant oceanique qui
entraine au sud d'enormes quantites de glace;
sur la cote ouest, au contraire^la temperature
superieure doit etrex attribute a F elevation des
Montagnes Rocheuses, qui protege le Territoire
contre les vents du nord et de Fest, et a la projection de la presqu'ile d'Alaska et de la masse
de FAmerique Russe qui defend la cote situee au-
dessous, contre la glace polaire, qui pourrait ar-
river de la Mer Arctique par le detroit de
Rehring; en outre, si les vents de Fete sont du
nord-ouest, il faut dire que ceux de l'hiver soufflent toujours du sud et du sud-est1.
G'est pour cette raison que les forets s'etendent
bien plus au nord, pres du pole arctique, sur la
cote ouest que sur celle de Fest de FAmerique et
la cote orientate de FAsie. Aussi le savant pro-
fesseur Baer a-t-il demontre qu'en Siberie, au
57e degre de latitude, la temperature moyenne
de Fannee etait inferieure de huit degres a celle
1 The Climate of the United States by D. Forry. 1 vol. New-
York, 1842.
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152 FORTS SEPTENTRIONAUX.
des points de la cote nord-ouest de FAmerique,
situes sur le meme parallele. Dans la Nouvelle
Caledonie, au fort Alexandria, par 52 degres
58 minutes, au fort George sur le lac Fraser, au
fort Saint-James sur le lac Stuart, par 54 degres
30 minutes, les cereales, quoiqu'elles aient a re-
douter les gelees du printemps, viennent bien;
mais elles ont besoin de quatre mois pour arriver
a leur complete maturite !.
En 1828, on obtint du bte parfait au fort aux
Liards par 62 degres 5 minutes de latitude. Au
fort Norman, par 64 degres 41 minutes, Forge
etl'avoine murissent completement en trois mois;
et au fort de Bonne-Esperance, par 67 degres
28 minutes, on rencontre quelques plantes po-
tageres, telles que des navets. Tous ces forts dela
Compagnie sont situes a Fest des Montagnes Rocheuses \
On trouve dans tous les etablissements des
bceufs et des chevaux. Tout le pays, al'exception
de la contree environnant le fort Alexandria, est
couvert de bois epais, ou croissent des pins, des
frenes, des sautes, des peupliers etdes erables.
a*
1 Journal of the Royal Geogr. Society of London, v. 24, p. 245.
2 On the Cultivation of Cerealia in the high latitudes of North
America : by M. Dease, from the Edinburgh new phiios. Journal.
January 1841. wis®
TKAINEAUX. — RAQUETTES. 153
L'ete, les voyages se font a cheval et en canots,
et pendant Fhiver dans des traineaux que des
chiens conduisent; trois de ces animaux suffisent
pour trainer unpoids de deux cents livres. Lorsque la neige n'est pas assez solide, on est oblige
de voyager a pied avecdes raquettes, chaussures
faites de planchettes en sapin, tres-minces , lon-
gues de deux metres et larges de dix-huit pouces; des extremites et du centre partent diverses
lanieres qui viennent se rattacher au coude-pied
et au bas de la jambe. Les Francais Canadiens,
qui sont habitues a marcher avec cet appareil,
font dix et douze lieues par jour en portant des
poids de cinquante et soixante kilogrammes. On
nesaurait d'ailleursimaginer les atroces douleurs
qu'occasionne, aux personnes qui commencent a
s'en servir, Faffection eonnue sous le nom de
mal des raquettes. Le frottement enflamme et
finit par mettre a nud les tendons extenseurs du
pied , qui s'excorient et se gangrenent si le froid
est tres-intense. II pourrait arriver cependant,
malgre Fenorme superficie des raquettes, que par
un abaissement subit de temperature, la neige en
se ramollissant par trop, vint a engloutir levoya-
geur imprudent qui n'aurait pas tenu compte de
ces indices de danger.
Les productions de la Nouvelle Caledonie se
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154 PRODUITS DE LA NOUVELLE CALEDONIE.
sont bornees jusqu'a present aux fourrures et
aux pelleteries, que les Indiens vont echanger
aux comptoirs de la Compagnie d'Hudson contre
des marchandises europeennes. Plus tard, les
bois de construction et les produits de l'agriculture, dans les parties du sud principalement,
donneront des benefices certains a la nation a
laquelle cette contree sera devolue.
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'       •'  1 CHAPITRE V.
Population du Territoire de l'Oregon. — Histoire, organisation
et importance de la Compagnie de la baie d'Hudson. — Description de ses Territoires. — Anciennes Compagnies francaises du
Canada. — Abandon de la Nouvelle-France.
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Le Territoire en litige est habite par deux
cents Americains environ, groupes sur la riviere
Ouallamet, et par les Anglais et Francais Canadiens. Quelques-uns, au service de la Compagnie
Anglaise, mais la plupart ses anciens servi-
teurs, se sont partage des terres qu'ils cultivent
mmi 156 F0NDATI0N DE LA COMPAGNIE
pour leur compte. Quelques families sont meme
venues du Canada et de l'etablissement de la
Riviere Rouge. Depuis notre depart, c'est-a-dire,
dans les derniers mois de 1842, il parait qu'un
assez grand nombre de colons americains sont
arrives des Etats-Unis : parmi eux se trouvaient
trois missionnaires Jesuites, Francais et Beiges,
diriges par le courageux abbe de Smet. II n'y a
point dans le pays de colon anglais independant.
Les individus de cette nation appartiennent tous
a la Compagnie; leur nombre ne depasse pas
cent, tandis que celui des Francais Canadiens, en
y comprenant leurs families, forme une population de trois mille personnes, dont le tiers seulement appartient a la classe des engages.
COMPAGNIE DE LA BAIE D'HUDSON.
II importe maintenant de donner quelques
details sur la puissante Compagnie de la Baie
d'Hudson, qui possede depuis longtemps le privilege exclusif de l'exploitation de tous les ter-
ritoires situes au nord et a Fouest du Canada.
Cette Compagnie fut institute en vertu d'une
charte a perpetuite, octroyee le 2 mai 1669, par
le roi Charles II, sous ce titre : « Le Gouverneur
« et la Compagnie des Aventuriers d'Angleterre *s#»H
mgflm
DE LA RAIE D'HUDSON. 157
cc trafiquant dans la Baie d'Hudson. (The Go-
« vernor and Company of Adventurers of En-
cc gland trading into Hudson's Ray1.) »
Le premier gouverneur futle prince Rupert,
comte palatin du Rhin, due de Baviere et de
Cumberland. La Compagnie, creee en partie par
les marchands de fourrures de la cite de Lon-
dres, obtint le privilege d'exploiter tousles pays
baignes par la baie d'Hudson , et les regions que
ses agents pourraient decouvrir. Les fondateurs
furent seulement au nombre de dix-huit. Parmi
eux figuraient le due d'Albemarle, le comte de
Craven, et les lords Arlington et Ashley. Le soin
des affaires fut confie a un gouverneur, assiste
(Fun comite de sept membres, et les actions
furent fixees a cent livres sterling, somme enorme,
vu la valeur de Fargent a cette epoque. C'est a la
sage administration de ses createurs que cette
societe dut Fimportance qu'elle acquit rapide-
ment, et qui n'a cesse de s'accroitre jusqu'a nos
jours. La Compagnie devait executer a ses frais
1 A.n Account of the Countries adjoining to Hudson's Ray in the
northwest part of America, by Arthur Dobbs, 1 vol. London, 1744.
The Claims to the Oregon Territory considered : by Adam Thorn.
in-8°. London, 1844.
History of the Oregon Territory, by John Dunn of the Hudson's
Ray Company. London, 1844. 1 vol. pag. 8. ituif
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158   LIMITES INCERTAINES DE LA RAIE D'HUDSON
des voyages de decouvertes, et ses actions etaient
transmissibles par droit de succession aux heri-
tiersdes fondateurs. Independammentde ses privileges commerciaux, la Compagnie en obtint
de politiques, fort considerables- Elle eut le droit
de fonder des villes et points fortifies, de faire
des lois pour maintenir Fordre dans ses territoi-
res (pourvu que ees lois ne fussent point en opposition avec celles d'Angleterre), de saisir et de
transporter dans la Grande Bretagne tout Anglais
surpris trafiquant dans son domaine, et, de plus,
les amiraux et officiers de la couronne eurent
Fordre d'assister la Compagnie dans F execution
et le maintien de ses privileges.
Les limites incertaines de ses Territoires ne
tarderent pas a causer des differends entre les
Anglais et les habitants de la Nouvelle France.
En effet, la frontiere de ces regions fut supposee
determinee par les chaines de montagnes for-
mant la division des eaux qui se jettent dans la
baie d'Hudson d'un cote, et de Fautre dans les
grands lacs, tels que le lac Superieur. II fut
convenu, a la paix de 1713, et par le traite
d'Utrecht, que des commissaires se reuniraient
pour tracer exactement, au nord et a Fouest, les
limites entre la baie d'Hudson et la Nouvelle
France , et, au sud, entre cette province et les ET DE LA NOUVELLE FRANCE. 159
possessions anglaises. Toutefois, il n'existe ni
dans les conventions ecrites, ni dans les cartes,
aucun document constatant que ces frontieres
aient ete definitivement arretees; « et, en 1722,
« toutes negociations a ce sujet furent abandonee nees, afin , dit le Pere Charlevoix, de ne point
cc donner lemoindre pretexte de rompre la bonne
« intelligence qu'il avait ete si difficile de reta-
« blir entre les deux couronnes . » Les archives
des Affaires Etrangeres ni celles de la Marine ne
renferment aucune carte ni memoires annexes
au traite d'Utrecht, pour ces frontieres, ce qui
confirme pleinementl'assertion duP. Charlevoix |
Par une clause de son privilege, il etait parti-
culierement recommande a la Compagnie de
rechercher le passage du Nord-Ouest; mais dans
la crainte de faire profiter de ses explorations
les marchands francais de Montreal, ainsi que les
maisons de commerce de la Nouvelle Angleterre,
elle se garda bien d'en laisser connaitre le re-
1 Le P. Charlevoix : Histoire de la Nouvelle France, vol. 4
p. 124.
Voir encore a ce sujet : les Memoires manuscrits du P. Charlevoix, du 19 octobre 1720, et deux autres du P. Robe, Jesuite, de
1719 et 1720, et un travail de M. de Cadillac, gouverneur du Mis-
sissipi. Aux Archives du Ministere de la Marine , Documents sur
la Nouvelle France, 1720. w
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160 ANCIENNES COMPAGNIES FRANCAISES.
sultat exact. Aussi, des 1744, Dobbs, auteur
anglais, s'elevait-il contre le monopole et Fava-
rice de cette societe, qu'il accuse de fournir de
faux renseignements sur ses territoires, en les
depeignant plus mauvais qu'ils nesont, afin d'en
eloigner ceux qui seraient tentes d'entrer en
concurrence avec elle.
Par un edit royal, rendu en 1628, le cardinal
de Richelieu avait cree la Compagnie de la Nouvelle France, dans laquelle il etait lui-meme
entre comme actionnaire. Le privilege de cette
societe expira en 1663, apres que tous ses membres se furent enrichis dans le commerce des
fourrures, et cette association ne fut pas reconstitute; mais en 1664 Louis XIV crea, avec un
privilege de quarante ans, la Compagnie des Indes Occidentales, qui fut dissoute en 1668, pour
n'avoir pas rempli les engagements stipules dans
son privilege. Depuis ce moment, le commerce
cessa d'etre un monopole, et les marchands de
pelleteries francais, etablis dans les villes, ainsi
que les traitants, qui trafiquaient avec les Indiens,
realiserent d'immenses benefices\
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J.   ■ .Ir i^m
Compagnie de la Nouvelle France. Articles constitutifs et re-
glementaires du 7 mai 1627. —Arret du Conseil d'fitat et privilege
du Roi du 6 mai 1628. (Archives du Ministere de la Marine.)
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14   "-*'"?>'■-*»■'* ARANDON DE LA NOUVELLE FRANCE. 161
Vers cette epoque, la jalousie et Fesprit d'en-
vahissement du Gouvernement Rritanniqueet des
habitants de la Nouvelle Angleterre commence-
rent a paraitre. En 1690, ces derniers attaquerent
sans succes Montreal et Quebec; en 1697, par te
traite de Ryswick, nous perdimes la plus grande
partie de File de Terre JNeuve; le traite d'Utrecht,
en 1713, donna aux Anglais nos etablissements
de Terre Neuve, de la baie d'Hudson et FAcadie
entiere, en meme temps qu'en Europe la Grande
Bretagne devenait maitresse de Minorque et de
Gibraltar; dans Fannee 1745, les habitants de
Boston resolurent de s'emparer de la Nouvelle
France, et, favorises secretement par le gouvernement anglais, ils firent seuls les frais d'une
expedition qui fut infructueuse.
Enfin, apres avoir laisse le valeureux marquis
de Montcalm etses troupes succomber heroique-
ment faute de secours, le gouvernement de
Louis XV fit a FAngleterre, par le traite de la
paix honteuse 9 du 10 fevrier 1763, le lache
abandon de la Nouvelle France, la plus belle
c6lonie que nous ayons jamais eue, et dont la
population de race francaise s'eleve aujourd'hui
a plus de six cent mille habitants !        >#>j
La Compagnie de la baie d'Hudson se trouvant
sans rivale, par la ruine du marche  francais
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162 COMPAGNIE DU NORD OUEST.
acquit des ce moment une puissance enorme;
elle s'occupa activement de decouvrir le passage
du Nord-Ouest, et fit a cet effet executer, de
1769 a 1772, des voyages d'exploration par Samuel Hearne, Fun de ses agents les plus actifs.
En 1771, ce dernier arriva jusqu'a la Mer Arctique, a l'embouchure de la riviere des Mines de
Cuivre, pres du 68e degre de latitude, et prenant
cette mer pour l'Ocean Pacifique, il crut avoir
trouve te passage tant desire. Rien que le resul-
tat de ces decouvertes fut des lors communique
par les directeurs de la Compagnie a Famiraute
anglaise, le public n'en eut connaissance qu'en
1784, dans Fintroduction du dernier voyage de
Cook, et les journaux^et les cartes de Hearne ne
furent publies qu'apres sa mort en 1795.
sue
COMPAGNIE DD NORD-OUEST.
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La Compagnie de la baie d'Hudson conserva
sa grande prosperite jusqu'en 1783. A cette
epoque, une association fut formee a Montreal
sous la denomination de Compagnie du Nord-
Ouest (North West Company); cette Compagnie
s'etablit avec le privilege d'exploiter les regions
inconriues du continent americain, baignees par
1 a mer a Fouest, et qui n'etaient pas comprises
lilt!
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R1VALIT& DES DEUX COMPAGNIES. 163
dans la charte de la Compagnie d'Hudson. En
1785, une autre association s'organisa a Londres,
sous le nom de Compagnie de la baie du Roi
George (King George's Sound Company), qui ex-
pedia Fannee suivante deux navires dans l'Ocean
Pacifique, aux ordres des capitaines Dixon et
Portlock ; mais cette societe n'eut qu'une courte
duree, et ne put lutter contre la Compagnie des
Indes Orientates et celle des Mers du Sud (South
Seas Company). En 1789, la Compagnie du Nord-
Ouest avait deja etabli des forts pres du lac
Atabasca, un peu au-dessous du cinquante-neu-
vieme parallele. Un de ses partners, Sir Alexandre Mackenzie, fit la meme annee un premier
voyage dans la Mer Polaire, decouvrit la riviere qui porte son nom, et, en 1792, repartit
pour sa seconde expedition. II pensait qu'en
remontant la riviere Saskatchaouan, et apres
avoir traverse les Montagnes Rocheuses, il trou-
verait a Fouest les hautes eaux du Rio Colombia,
et pourrait descendre jusqu'a la mer. Nous avons
deja vu qu'il arriva au bordde l'Ocean Pacifique
en juillet 1793x.
La Compagnie du Nord-Ouest dirigea parti-
Voir : Sir Alexander Mackenzie's travels, vol. 2, pag. 388.
London, 1802.
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164 COLONIE DE LA RIVIERE ROUGE.
culierement ses entreprises vers cette partie de la
Nouvelle Caledonie, ou, des 1804, elle fonda
des etablissements; et ce fut elle qui, le 16 octobre 1813, acheta aux Americains, au prix de
quarante mille piastres, l'etablissement d'Astoria
situe a l'embouchure de la Colombie1.
La rivalite entre les deux Compagnies anglaises
qui exploitaient les memes contrees, ne fit que
s'accroitre, et, apres les differ ends les plus graves,
une guerre ouverte eclata en 1814 sur le territoire de la Riviere Rouge j et sur la limite de la
frontiere des Etats-Unis ou le comte de Selkirk,
lord ecossais, avait fonde une colonie avec des
highlanders ses compatriotes, sur un terrain que
la Compagnie lui avait concede en 1812. Lord
Selkirk avait confie au capitaine Mac Donnel le
soin du premier etablissement, situe au sud du
lac Ouinipeg, pres de la jonction des rivieres
Rouge et Assiniboine, dans la contree occupee
aujourd'hui par les Missions de FEveque de Ju-
liopolis. Le commerce des pelleteries etait inter-
dit aux colons, qui devaient exclusivement se
livrer a l'agriculture.
Mais les agents, commandant les postes voi-
1 Voir : American State Papers, vol. 2, p. 104. (Miscellaneous.)
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I|§: REUNION DES COMPAGNIES. 165
sins, appartenant a la Compagnie du Nord-Ouest,
eraignirent un tel voisinage, et refuserent de
reconnaitre la validite de la concession de terrain.
Les colons et les employes des deux camps en vin-
rent aux mains, et apres dessucces balances, des
etablissements brutes , pris et repris, les Ecossais
furent battus le 19 juin 1816, au Portage des
prairies, sur la riviere Qui appelle, et le gouverneur des Territoires de la Compagnie d'Hudson ,
M. Semple, tue avec dix-sept de ses compagnons |
L'HONORARLE COMPAGNIE DE LA BAIE D'HUDSON.
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Le parlement anglais eut connaissance de ces
deplorables collisions, et, par Fentremisedu Departement des Colonies, les deux Compagnies
rivales furent reunies en une seule, sous le nom
de FHonorable Compagnie de la baie d'Hudson
(Honourable Hudson's Ray Company.) L'acte
d'incorporation rendu en 1821 par le parlement, accord a pour vingt et un ans a la Compagnie  le privilege  exclusif de trafiquer dans
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' Voir : Lord Selkirk's Sketch of the Rritish Fur Trade in North
America. London, 1816. — Narrative of the Occurences in the
Indian Countries of America, published by the Norlh West Company. London, 1817.
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166 ACTES DU PARLEMENT.
tous les territoires indiens possedes ou reclames par la Grande Bretagne dans FAmerique
du Nord, cc en faisant observer cependant que le
cc privilege de commerce exclusif donne pour la
<e partie de FAmerique a Fouest des Montagnes
cc Rocheuses, qui, en vertu de la convention de
cc 1818 entre FAngleterre et les Etats-Unis , doit
cc rester libre et ouverte aux citoyens ou aux su-
« jets des deux nations, ne saurait etre exerce
« au prejudice ou a l'exclusion des citoyens des
« Etats-Unis, et en outre, qu'aucun sujet britan-
« nique ne pourrait commercer dans lesdits ter-
« ritoires a Fouest des Montagnes Rocheuses, sans
<c une autorisation delivree par le roi. »
De plus, cet acte venant a Fappui de celui
rendu en 1803 par le parlement, sous le titre de
Canadian Juridiction Act, confirme aux cours
de justice etablies dans leHaut Canada, ccle droit
« de connaitre de toutes les causes dans les par-
cc ties ci-dessus decrites de FAmerique, ainsi que
« dans les Territoires appartenant a la Compagnie
<c de la baie d'Hudson; des juges de paix ou des
« personnes commissionnees ad hoc, doivent etre
«. nommes pour determiner les cas et executer les
«jugements desdites cours dans les differentes
« parties de ces regions. Ces fonctionnaires sont
« aussi autorises a faire garder par d'autres per-
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CAPITAL DE LA COMPAGNIE. 167
« sonnes et a accompagner dans leHaut Canada,
« pour y etre juge, tout individu refusantd^obeir
cc aux ordres et jugements susdits. Les juges de
<c paix peuvent sieger dans les territoires indiens
cc pour le jugement des simples delits et des causes
a civiles dans lesquelles la matiere en litige n'ex-
« cede pas le montant de deux cents livres sterling.»
II est inutile d'ajouter qu'aucun sujet anglais
n'a obtenu la permission de commercer ou de
s'etablir dans les Territoires concedes a la Compagnie, et que les agents de cette derniere sont
seuls investis de tous pouvoirs; et qu'enfin cette
puissante corporation, qui compte, de l'Ocean
Atlantique a la Mer Pacifique, pres de douze
mille individus, non compris les Indiens, relevant
d'elle directement ou indirectement, constitue
une sorte d'imperium i& imperio au milieu de
FAmerique anglaise.
Le capital de la Compagnie s'eleve a huit cent
mille livres sterling , soit vingt millions de francs.
Les actions dont la valeur nominate est, comme
dans Forigine, de cent livres, valent aujourd'hui
de deux cent quarante a deux cent cinquante livres sterling; pendant les collisions des deux
Compagnies, elles etaient tombees a quarante
pour cent au-dessous du pair; aujourd'hui les
porteurs de coupons touchent dix pour cent d'in-
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168 GOUVERNEUR ET COMITE.
teret, et les benefices de la Compagnie s'elevent
annuellement a six millions deux cent cinquante
mille francs , ou deux cent cinquante mille livres
sterling. Une partie des profits est mise en reserve
chaque annee pour faire face aux depenses
imprevues et aux frais des annees oil les pelle-
teries sont peu abondantes.
Les employes de la Compagnie ne peuvent pas
posseder d'actions en propre; chacune d'elles
donne droit a une voix dans les reunions d'ac-
tionnaires qui ont lieu a Londres annuellement
au siege de la societe, et oil sont verifies les
comptes rendus des agents, et debattus les pro-
jets de nouveaux etablissements, et toute chose,
en un mot, qui interesse la corporation. Aux ter-
mes des statuts et reglements, tout employe, quel
que soit son grade, peut etre exclu par les actionnaires s'il remplit mal ses fonctions. La direction supreme des affaires de la societe est
confiee a un Comite d'actionnaires residant a
Londres, et preside par le Gouverneur de la
Compagnie, qui ne re^oit que deux cent cinquante livres sterling par an, ses fonctions etant
pour ainsi dire honorifiques, puisqu'elles durent
a peine huit jours, et se bornent a l'apurement
annuel des comptes. Le gouverneur actuel est
l'honorable Sir John Pelly. >M
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311
HIERARCH1E DES AGENTS. 169
L'administration etl'inspection des Territoires
de la Compagnie sont confieesa un autre gouverneur, Sir George Simpson (Governor in and over
the Territories), dont les appointements s'ele-
vent, y compris les frais de route, a trois mille
livres sterling. II est tenu de visiter chaque annee
certains postes et forts de la Compagnie, dont les
trois chefs-lieux ou centres principaux sont : au
Canada| a Montreal; dans la baie d'Hudson, a la
factorerie d'York, notre ancien fort Rourbon ,
et a Fouest des Montagnes Rocheuses , au fort
Van Couver, sur le Rio Colombia. Ces trois points
sont les lieux d'arrivee et de depart des navires,
et c'est par eux que la Compagnie entretient des
relations directes avec Londres. Les trois agents
speciaux, residant dans ces differents chefs-lieux,
reccnvent deux mille livres sterling; au-dessous
d'eux, dans la hierarchie, se trouvent vingt-trois
surintendants de districts ou chefs facteurs (chiefs
factors), qui n'ont pas de traitement fixe, mais
bien une part dans les benefices; cette part s'eleve
d'ordinaire a mille livres sterling. Au-dessous des
facteurs en chef, on compte trente-cinq commis
principaux (chiefs traders), aux appointements
de cinq cents livres. Les officiers de sante (surgeons) percjoivent cent vingt-cinq livres, et les
commis (clerks) cent livres sterling; les apprentis
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170 ENGAGES FRANCAIS CANADIENS.
commis, lies pour cinq annees a la Compagnie ,
touchent vingt-cinq livres pendant les deux premieres annees, et soixante-quinze livres pendant
les trois autres; le nombre de ces trois dernieres
classes est subordonne aux besoins du service.
La hierarchie y est observee rigoureusement,
et Favancement accorde selon les merites et avec
une grande justice.
Apres vingt-cinq ans de service, les agents, en se
retirant, ne recjoivent point de pensions viageres,
mais ils jouissent pendant deux annees de leur trai-|
tement en entier, et pendant cinq ans de lademi-
solde; la Compagnie leur fournit en outre des|
rations de the, de vin , de sucre, de rhum et de
vivres de toute espece. Parmi ces employes, cent
au plus sont Europeens, la plupart Ecossais; tous,
les autres, nes dans les forts, sont fils des agents
et generalement de femmes indiennes.
On confond sous le nom general d'engages
tous les travailleurs de la Compagnie, les ouvriers
forgerons , charpentiers, tonneliers, les trap-
peurs de castors, chasseurs, bateliers, et meme
les fermiers; seuls, les matelots anglais des navires ne sont pas compris dans cette categoridj
Les engages charges de parcourir le pays en ca-
nots pour le transport des marchandises, sont
designes plusspecialement sous le nom de voya-
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•vjvv VOYAGEURS. — METIS. 171
geurs. Ces engages sont des Francais Canadiens,
parmi lesquels on trouve quelques hommes de
sang mele appeles bois brules, et des Iroquois
Metis. La langue francaise est la seule en usage
parmi eux; ils professent la religion catholique ,
et nourrissent pour les Anglais une antipathie
tres-marquee. Leurs appointements varient de
dix-sept a trente louis ou livres sterling par an;
independamment des rations de vivres auxquelles
ils ont droit, tous les engages peres de famille
re^oivent individuellement par semaine, dans
l'hiver, huit saumons sates et huit mesures de
pommes de terre; et dans Fete, de la graisse et
des legumes; on ne leur distribue de farine qu'au
fort Van Couver et a Nesqually, et ne recevant
pas de viande de la Compagnie, ils sont obliges
de suppleer a Finsuffisance de ces vivres par le
produit de la chasse. La Compagnie realise en
outre un benefice de vingt-cinq pour cent sur les
appointements des engages dans le Territoire du
Rio Colombia, en comptant au taux de cinq
schellings au lieu de quatre, valeur reelle , les
piastres espagnoles etles dollars qui sont la monnaie courante du pays.
Les Francais Canadiens sont engages pour trois
ans, a la condition de ne point se marier pendant
la duree de leur contrat; mais les agents anglais
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172 NOMS DES FORTS ET POSTES.
ne se font pas scrupule de les retenir plus long-
temps, en ajournant le payement de leurs comptes, et en leur refusant les movens de retourner
au Canada. Ce sont ces engages devenus fibres
qui constituent la population independante eta-
blie a la baie de Puget, et surtout sur les bords
du Ouallamet, pres des Missions francaises de
M. Fabbe Rlanchet, recemment nomme Vicaire
apostolique du Saint Pere.
La Compagnie d'Hudson a en outre des etablissements a Honoloulou, capitate des iles Sandwich , et en Californie, aux ports de MonteRey et
de San Francisco. Dans son organisation politico-
commerciale, la Compagnie designe le Territoire
en litige situe a Fouest des Montagnes Rocheuses,
sous le nom de Departement du Rio Colombia
(Colombia Department), dont le chef-lieu est le
fort Van Couver. Ce fort a pour succursalele fort
Saint James, oil reside le surintendant de la Nouvelle Caledonie.
Les etablissements de la Compagnie sur ce territoire sont, en allant du nord au sud, les forts
Trace ou fort Drew, Connolly, les deux forts
Rabine, les forts Mac Leod, Simpson, Fraser,
Saint James, les stations de Nasse, de Stella, les
forts George, MacLoughlin, Chilcotin, Alexandria , le Campement des Rarges , les forts Thom- MAR INE DE LA COMPAGNIE. 17 3
pson et Langley, la Maison des Lacs, les forts
Koutanis, Colville, Okanagam, les forts Nesqually et Kaoulis, les stations des Tetes Plates et
des Coeurs d'alene, le Repos des Voyageurs, te
fort des Nez Perces et Van Couver, le fort George (ancien Astoria), la station a la chute du Oual-
lamet, le fort Umqua, sur la riviere de ce nom,
et les forts Rourse et Hall, sur la riviere des Serpents, branche sud du Rio Colombia. Nous ne
citons que pour completer cette nomenclature,
les forts Tako, Stikine et Highfield, situes sur
le Territoire russe. On doit remarquer aussi
que les quatre premiers forts du nord , les forts
Trace, Connolly, Rabine et MacLeod, sont situes
au dela de 54 degres 40 minutes de latitude , et
par consequent ne sont point soumis a contestation I
La Compagnie emploie pour son commerce de
la cote Nord-Ouest cinq corvettes marchandes de
trois cent soixante tonneaux, commandees par
des officiers experimentes, et ayant a bord de dix-
huit a vingt hommes d'equipage. Ces navires ,
construits avec le plus grand soin, et tous sur le
meme modele, afin que les agres et autres objets
de rechange puissent leur servir indistinctement,
* Voir dans l'Atlas la grande carte genera le n° 1.
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ill 174 EPOQUE DES EXPEDITIONS.
ont un tirant d'eau de quatre metres et demi. Ils
sont armes de six caronades de seize, et pour-
vus de munitions, de fusils, de lances et de haches
d'abordage. Independamment du pavilion anglais qui flotte a Farriere, ils portent au mat de
beau pre , le pavilion de FUnion des trois royau-
mes (Union Jack), et au grand mat, un guidon
qui doit servir a les faire reconnaitre constam-
ment. Ces guidons consistent en un champ bleu,
sur lequel se detachent en blanc les trois lettres
H. R. C. Ces navires ont les noms de Colombia,
Cowlitz, Van Couver, Albert et Victoria. La
Compagnie possede encore deux goelettes et un
pyroscaphe, te Reaver (le Castor), de cent cinquante tonneaux, pourvu de deux machines,
chacune de la force de trente-cinq chevaux, destine specialement a trafiquer dans le detroit de
Juan de Fuca, et dans les nombreux archipels de
la cote oil les batiments a voiles auraient de la peine
a penetrer. Les grands navires partent genera-
lement de Londres a la fin d'avril et de decembre, arriventau Rio Colombia en quatre mois et
demi environ, y laissent une partie de leur car-
gaison, prennent de la farine, du saumon, des
madriers et des planches qu'ils transportent aux
iles Sandwich, et reviennent avant la mauvaise
saison au fort Langley, a la baie de Puget et alu libit
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INSPECTION DES TERRITOIRES. 175
fort Van Couver, oil ils completent leur chargement pour FEurope.
Nous avons vu, en decembre 1841, le navire
Colombia se mettre en route pour Londres avec
une cargaison de fourrures et de pelleteries eva-
lueea cinquante mille livres sterling, c'est-a-dire
a pres de treize cent mille francs. Generalement,
il part annuellement quatre navires , soit d'Angleterre, soit de la cote Nord-Ouest; ces navires
se rendent depuis peu d'annees de Sandwich, ou
du fort Van Couver, en Californie, oil ils echan-
gent des marchandises contre des piastres, du
bie et des cuirs de bceuf. Rien que nous nous
soyons trouves en plein hiver dans la Colombie
avec deux batiments anglais, il est extremement
rare que la Compagnie les fasse entrer ou sortir
a cette epoque; s'ils doivent hiverner sur la cote,
on les envoie a la baie de Puget.
Tousles ans, les chefs des districts se reunissent
dans un lieu indique a Favance pour traiter des
affaires dela Compagnie, rendre compte de leur
gestion, proposer les ameliorations a introduire
et les nouveaux postes a creer. Si Fon remarque
que dans quelques cantons le nombre des castors
diminue, on cesse de faire trapper, afin que F espece puisse se reproduire. Certaines tribus pu-
nissent meme de mort les individus qui tuent les
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176 EXPRES DE MONTREAL.
animaux pendant le printemps et Fete. Tous les
trois ans a peu pres, le Gouverneur des Terri*
toires, Sir George Simpson, traverse le continent
de FAmerique, examine tous les forts, et revient
a Londres rendre compte au Comite superieur
de la situation des affaires.
En 1842, le gouverneur Simpson, apres avoir
inspectetous les etablissements des Territoires de
la Compagnie, ceux de Californie et de Sandwich , s'est rendu dans FAmerique russe, et est
retourne en Europe par le Kamschatka et la
Siberie. La Compagnie imperiale de Saint-Petersbourg a eu la courtoisie, pour ne pas dire Fim-
prudence, de laisser visiter ses comptoirs et de
faciliter tous les moyens de transport a ce chef
intelligent d'une Compagnie rivale.
Independamment de la visite du gouverneur
et des arrivages, afin que les rapports des etablissements entre eux soient fixes d'une maniere
periodique, on expedie chaque annee de Montreal , au mois de mai, un expres, accompagne
d'une brigade de porteurs, de bateliers, d'enga-
ges et de nouveaux agents qui se rendent dans les
postes. Nous croyons utile, pourdonner une idee
de la navigation interieure, d'indiquer ici l'iti-
neraire que suit cette caravane (itineraire trace
sur notre carte generate), et qui permet de relier
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par une ligne non interrompue de lacs et de rivieres FAtlantique a la Mer Pacifique, de fran-
chir les dix-huit cents lieues qui separent ces
deux Oceans , et d'aller enfin par eau, de Londres ou de Paris , a la mer du Sud, en traversant
le Continent americain , sans interrompre la navigation autrement que par un trajet de quelques
jours a cheval 1
De Montreal on remonte le fleuve Saint Laurent , et, par les grands lacs, on arrive au Lac
Superieur. On gagne de la, par de petites rivieres, le lac de la Pluie et le lac des Rois; puis,
au fond de ce lac, la riviere Ouinipeg, qui conduit au lac du meme nom; dans sa partie sud se
jette la Riviere Rouge, sur les bords de laquelle
est etablie la colonie oil reside Mgr- Provencher,
Eveque de Juliopolis. La distance de Montreal
a la Riviere Rouge est de sept cents lieues, et
peut etre parcourue en trente-trois jours environ.
En remontant le lac Ouinipeg, on arrive, apres
une navigation de sept jours, a la station de
Norwege, situee a cent quarante-quatre lieues
cle la Riviere Rouge. On s'embarque sur la ri-
[viere Saskatchaouan, et Fon atteint en dix jours
| Voir le Rapport sur les Missions du diocese de Quebec, par
|M. l'abbe Rlauchet. N° 2, p. 12. Quebec, 1840.
Voir dans l'Atlas la Carte generate n° 1.
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178 SOMMET DES MONTS ROCHEUX.
le fort Constant, a quatre-vingt-treize lieues plus
loin, sur la rive droite. Du fort Constant au fort
Cumberland, on compte trente-six lieues qu'on
franchit en deux jours. II  en  faut douze pout
arriver a la station Carlton, a quatre-vingt-dix-
huit lieues du precedent: Fon parvient ensuite, en
h uit jours, au fort Pitt, separe de Carlston par
quatre-vingt-sept lieues; puis, en douze jours, en
passant devant le fort Georges a la station Edmonton, situee au milieu des tribus redoutables des
Indiens Pieds Noirs et eloignee de cent lieues du
fort Pitt. On a, comme on voit, suivi pendant
six semaines environ le cours sinueux de la riviere Saskatchaouan; a la station Edmonton cette
riviere cesse d'etre navigable; il faut gagner a
cheval le fort Assiniboine, sur la riviere la Riche
ou Atabasca. La distance n'est que de trente-qua-
tre lieues; mais comme la route est tres-escarpee,
on ne met pas moins de cinq jours a faire le tra-
jet. Du fort Assiniboine a la station Jasper, situee
a quatre lieues en dedans des Montagnes Rocheuses, on lutte en canot contre le cours deln
riviere, et Fon emploie quinze a dix-huit jours
pour franchir la distance de quatre-vingt-douze
lieues qui separe le fort de la station. La, on prend
des chevaux, et apres avoir passe la station Henry,
on arrive a la gorge nominee le Roi de Punch.
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On se trouve alors a sept cents lieues de la
Riviere Rouge et a mille quatre cents de Montreal.
Au milieu duRol de Punch, au centre de la vallee, il existe un petit lac circulaire de soixante
pieds de diametre, donnant issue a deux petits
ruisseaux, Fun a Fest, qui forme une branche de
FAtabasca, et Fautre a Fouest, qui est une des
sources du Rio Colombia. La route se continue
dans une gorge large d'une demi-lieue, au nord
de laquelle apparaissent les pics des monts
Browne et Hooker, eleves de pres de cinq mille
metres; c'est le point culminant jusqu'a present
mesure des Montagnes Rocheuses |
La pente du defile, d'ailleurs assez rapide ,
offre des rochers difficiles a gravir, et des petites
rivieres qu'il faut traverser jusqu'a vingt-cinq
fois dans un jour. D'enormes masses granitiques,
surplombant dans la vallee, se detachent quelquefois et s'abiment au fond des precipices, ba-
layant tout ce qu'elles rencontrent sur leur passage. En sortant de la passe , le plan s'inclinevers
Fouest, et en cotoyant la branche du milieu de la
Colombie, on arrive a la station du-Campement
des Rarges, oil le fleuve commence a etre navigable. Bien que la distance de cette station a celle
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1 Le mont Rrowne a 4,864 metres, et le mont Hooker 4,773.
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180 RAPIDES ET CASCADES.
des Montagnes Rocheuses nesoit que de quarante
lieues , il faut huit jours pour la franchhya cause
des difficultes de la route. On est oblige de faire
passer les rivieres a la nage par les chevaux, et de
construire a la hate des radeaux pour le transport
des bagages et des voyageurs.
Au Campement des Rarges se reunissent les trois
branches superieures du Rio Colombia; la plus
grande vient du sud, et a une largeur de soixante
metres environ; la Riviere des Canots, qui vient
du nord \ n'en a pas plus de quarante, et la
branche du milieu trente seulement. Lorsqu'on
a atteint ce campement, on s'embarque sur des
canots; le fleuve est extremement rapide, plein
de remous et de courants; on saute la Dalle superieure, puis la terrible Dalle des Morts, fameuse
par ses naufrages, et dont la largeur estde vingt
metres a peine, et Fon gagne en deux jours la
Maison des Lacs, eloignee de cinquante-cinq
lieues. De ce point au fort Colville, la distance
est de soixante-douze lieues, que Fon parcourt
en trois jours; trois autres sont necessaires pour
joindre te fort Okanagam, situe a soixante-quatre
lieues a Fouest, et cinq pour franchir une distance
egale qui separe ce dernier point du fort des
Indiens Nez Perces, oil la branche sud du Rio
Colombia s'unit a la branche nord. Les bords du
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FATIGUES DU VOYAGE. 181
fleuve offrent les paysages les plus pittoresques,
mais la navigation est difficile; apres avoir passe
la cascade superieure, on arrive au Grand Rapide,
ou premiere chute, a quatorze lieues au-dessus
du fort Van Couver. La riviere , en cet endroit,
coule dans un canal etroit, qui n'a que cent
soixante metres de large, et dont la longueur estde
deux milles; il est forme de murailles basaltiques,
et son cours est obstrue d'enormes rochers et de
petites iles. La hauteur verticale de la chute est
de quarante-cinq metres ; apres un portage, on
descend le fleuve dont le cours devient magni-
fique, et la distance de quatre-vingts lieues qui
separe le fort des Nez Perces du fort Van Couver
est aisement parcourue en six journees; enfin, du
fort Van Couver a la mer, on ne compte pas plus
de trente lieues qui se font en deux jours.
Ainsi, le parcours total de Montreal jusqu'a la
Mer Pacifique a l'embouchure du Rio Colombia
est exactement de dix-huit cents lieues, et la
duree du voyage de quatre mois et demi. Pendant
ce voyage on est oblige de franchir a cheval
soixante-quinze lieues, ce qui exige treize jours
environ, et le reste se fait en bateau. Nous n'avons point calcule les journees de halte pour le
repos, et celles consacrees aux affaires dans les
differentes stations; le retard qu'elles occasion
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182 DUREE DU PARCOURS.
nent est quelquefois si long j que la brigade qui
part de Montreal au commencement de mai, n'at-
teint le fort Van Couver que dans le courant
d'octobre; elle repart du fort a la fin de mars, et
arrive a Montreal dans les derniers jours de septembre ; mais on doit remarquer que cette cara-
vane est composee de soixante a quatre-vingts per-
sonnes, et de dix ou douze canots portant souvent
des bagages et des marchandises. Si Fon veut alter
a la legere, comme le font Ie gouverneur Simpson
et les courriers que la Compagnie expedie de
temps en temps, on peut se rendre du Rio Colombia au fleuve Saint Laurent en moins de trois
mois.
Mais on ne saurait se faire en Europe une juste
idee des fatigues et des perils qu'entraine cette
maniere de voyager; il faut passer des jours, et
souvent des nuits entieres, accroupi dans les barges , essuyer les coups de vent, la neige et des
torrents de pluie, sauter des rapides et des cascades sans nombre; faire a pied de longs portages, en s'ouvrant parfois, la hache a la main ,
un passage a travers les bois, les rochers et les
marecages; camper en plein air, Fhiver, dans des
lieux froids et humides, et Fete au bord desrivie-
res, oil Fon rencontre des serpents venimeux, et oil
Fatmosphere est infestee de moustiques ; se nour- Mm
VIEILLES CHANSONS FRANCAISES. 183
a
rir enfin d'aliments sinon insuffisants , toujours
mal accommodes; et enfin avoir quelquefois a
defendre sa vie contre les attaques d'Indiens
h ostites.
Dans les canots, si le courant est difficile , on
va a la perche et a la ligne; mais lorsque le temps
est favorable, on hisse les voiles des barges et on
les fait avancer a Faviron. C'est alors que pour
ramer en mesure les Canadiens font retentir ces
solitudes de leurs vieilles chansons francaises.
Plusieurs fois, parcourant en canot le Rio Colombia, notre cceur a battu en entendaht, meme
au milieu du vent et de la pluie, nos rameurs
entonner des airs qui nous rappelaient lapatrie,
et en retrouvant sur ces rivages eloignes, chez ces
fils de la Nouvelle France, te courage et la gaiete
de notre ancien caractere national!
La Compagnie de la baie d'Hudson, tout en
poussant ses etablissements a Fouest et au sud,
au dela des Montagnes Rocheuses, ne manque pas
d'etendre ses reconnaissances geographiques au
nord sur l'Ocean Pacifique, et vers la mer Po-
laire. Des 1834, le facteur en chef John MacLeod
avait decouvert la riviere Stikine oil les Indiens
Nahanis trafiquaient avec les Moscovites, et fonde
le fort aux Liards. Trois ans plus tard, son sue-
cesseur, M. Robert Campbell,jeune Ecossais, pour-
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184 MM. DEASE ET SIMPSON.
suivit ses decouvertes dans Finterieur de FAmerique russe , et amena en quelque sorte, par ses
rapports au comite de Londres, la conclusion de
la convention commercialede 1839, entre la Compagnie imperiale de Saint-Petersbourg et celle
de la baie d'Hudson.
Les expeditions des capitaines Parry, Franklin,
Reechey, Rack et Ross, n'avaient point resolu la
question du passage du Nord-Ouest. En 1839,
deux officiers de la Compagnie , MM. Dease et
Simpson, neveu du gouverneur, mirent un terme
aux doutes, en rendant presque certaine l'exis-
tence de la communication d'une mer a Fautre,
demontrant ainsi que FAmerique n'est qu'une
grande ile separee des Terres A rctiques, et qu'il est
possible de penetrer de la baie d'Hudson dans la
Mer Pacifique par le detroit de Rehring. Rien que
cette decouverte n'ait pour le moment qu'une
valeur pureiiient scientifique, on ne saurait don-
ner trop d'eloges aux hard is voyageurs qui af-
fronterent dans ce but, pendant quatre annees,
des perils si terribles, que Fun d'eux, M. Simpson, paya sa decouverte de la perte de sa raison
et de sa vie. Notre Societe royale de geographie a
decerne recemment a M. Dease sa grande medaille
d'or, le recompensant ainsi de son zele et de son
devouement pour la science. TERRITOIRES DE LA COMPAGNIE.
185
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TABLEAU GENERAL
DES  TERRITOIRES  DE  LA  COMPAGNIE   DE  LA  BAIE D'HUDSON,
DAKS  I.E   HORD   BE   l'AMERIQUE ,
A l'est et a l'ouest des montagnes rocheuses.
NOMS.
Labrador	
Riviere Rupert..«
Lac Abitibi	
Riviere Moose	
Albany	
Severn	
Riviere Churchill..
Lac de la Pluie...
Riviere Rouge ...
Lac Ouinipeg	
Norwege.. 	
Islande	
Riviere Nelson	
Riviere duCygne..
Cumberland	
Sascatchaouan	
Petitlacdel'Escl..
Riviere Anglaise..
York	
Atabasca	
Lac de l'Esclave..
Riviere de Paix...
Riviere Mackenzie.
Total
Departement
duRio Colombia
et de la Nouvelle
Caledonie	
Total general.
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POSITIONS.
A l'Est des Montagnes
Rocheuses.
9,000
3,000
12,000
150,000
A l'Ouest des Montagnes
50,0001        Rocheuses.
Total general des
200,000 T   .t.
Territoires.
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186 RESUME DES TERRITOIRES.
Pour completer nos renseignements sur l'Ho-
norable Compagnie de la baie d'Hudson, nous
venons de donner Fenumeration de ceux de ses
Territoires situes a l'Est des Montagnes Rocheuses, et dont les limites ont ete fixees par le traite
de 1818 entre FAngleterre et les Etats-Unis, ainsi
que le nombre des etablissements de toute espece
compris entre les versants occidentaux de ces
montagnes et l'Ocean Atlantique. En resume,
cette puissante corporation possede, dans ses im-
menses provinces de FAmerique septentrionale,
deux cents forts ou stations , douze mille habitants de race blanche, dont les dix-neuf vingtie-
mes sont Francais Canadiens, et deux cent mille
Indiens1.
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1 Voir: Narrative of the Discoveries on the North Coast of
America; effected by the Officiers of the Hudson's Ray Company
during the years 1836-1839. By Thomas Simpson. 1 vol. London, 1843.
."vi:--r.^---; CHAPITRE VII.
Forts de la Compagnie de la baie d'Hudson.—Fort Van Couver.
— Le Docteur Mac Loughlin, surintendant. — Le Gouverneur Sir
George Simpson.—Marine et commerce de la Compagnie Colonic de Francais-Canadiens.—Compagnie d'Agriculture de la baie
de Puget. — Missionnaires francais dans l'Oregon.
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Tous les forts de la Compagnie sont a peu pres
construits sur le meme plan; ils ont la forme d'un
quadrilatere de cent ou cent cinquante metres de
front, et sont entoures par une palissade de six
metres de haut, formee avec des troncs d'arbres;
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188 POPULATION DES FORTS.
dans quelques-uns il regne tout autourunegale-
rie superieure; les quatre angles sont flanques
de bastions armes avec quatre ou huit pieces en
fer, de petit calibre. Ces fortifications grossieres
suffisent pour tenir les Indiens en respect, et au
besoin, pour repousser leurs attaques. II n'existe
pas dans les Territoires de la Compagnie un
seul sold at anglais; mais dans les endroits oil les
tribus peuvent etre a craindre, les engages sont
soumis a une sorte de service militaire. Dans
tous ces forts, excepte a Van Couver et Nesqually , la population ne se compose que de
Fagent anglais qui tient le comptoir, d'un petit
nombre de Francais-Canadiens engages, voya-
geurs, porteurs et bateliers, et de quelques Indiens et Rois brules ou Metis.
FORT VAN COUVER,
Le chef-lieu et le plus important des etablisse-
ment anglais est celui fonde, en 1824, par le
docteur John Mac Loughlin, et qu'il nomma
fort Van Couver. 11 est situe sur la rive droite et
septentrionale du Rio Colombia, a trente lieues
de son embouchure, dans une petite plaine large
d'un mille et s'etendant pendant deux lieues le
longdu fleuve. Le terrain s'el eve graduellement;
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la partie inferieure est formee par une prairie,
et la colline couronnee de bois superbes. La situation est extremement pittoresque : devant le fort
se deroulent au loin d'immenses plaines couvertes de verdure; sur le premier plan, les eaux
limpides du fleuve, ombragees d'arbres gigantes-
que, et, au sud-est, le mont Hood, dont la neige
eternelle contraste avec la couleur sombre des
forets de pins qui Fentourent.
Le fort est eloigne de trois cents metres du
rivage, la palissade qui regarde le sud a un de-
veloppement de deux cent quarante sur cent
trente metres de profondeur. II n'y a ni fosses,
niarmementd'aucune espece; on apercoit seulement au milieu de la cour deux vieux canons de
fer encloues. L'enceinte renferme trente batiments divers : logements du gouverneur, du
surintendant, et des autres employes de la Com-?
pagnie et de leurs families, les ateliers de char-
pente, de serrurerie et de tonnellerie, les forges,
les magasins de pelleteries, le depot des marchandises europeennes, la pharmacie, et une chapelle
catholique servant d'ecole. Tous ces batiments
sont constants en bois, excepte le magasin a
poudre qui est en briques et isole. Un grand
jardin potager, rempli d'arbres fruitiers, est
attenant au fort, autour duquel on ensemence
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190 USINES ET MOULINS.
annuellement six cents hectares. Sur la plage
se trouvent des hangars et un chantier pour les
barges etles chaloupes, et a quelques centaines
de pas du fort, les maisonnettes des engages. II y
a aussi a peu de distance une mauvaise baraque
servant d'hopital, des granges, deux bergeries,
une laiterie, des e tables, des greniers et une
machine a battre le bte p
A deux kilometres au-dessus du fort et sur un
petit ruisseau qui ne se tarit jamais et se jette
dans la Colombie, on a construit un moulin a
farine, et une scierie mecanique qui peut debiter
jusqu'a trois mille pieds de bois par jour. Cette
usine emploie une vingtaine d'ouvriers, tous
Sandwichois, et un nornbre proportionne de
chevaux, de paires de bceufs et de charrettes.
Non loin des maisons, mais de Fautre cote du
fleuve, s'elevent une trentaine de loges d'Indiens
Tetes Plates, qui apportent au fort les produits
de leur peche et de leur chasse. La population
totale du fort Van Couver se compose de sept
cents individus, dont vingt-cinq Anglais et cent
1 Voir dans 1'Atlas la carten° 17.
Latitude Nord : 45° 35' 53".
Longitude Ouest: 124° 40' 34".
Distance du cap Desappointement, 82 milles.
Fort Van Couver : POPULATION DE VAN COUVER.
191
Engages francais-canadiens avec leurs families.
Ces blancs, qui pour la plupart sont maries a
des femmes indiennes, ne parlent que la langue franchise. Quant aux Indiens Tchinouks,
dont les huttes avoisinent Van Couver, ils se
servent d'un jargon forme de mots indiens metes
de mots francais et de quelques expressions
anglaises.
Comme tous les autres Indiens de ce Territoire,
les Tchinouks distinguent fort bien a premiere vue
les differentes nations de blancs; ils designent les
Espagnols de la Californie par le nom de Spa-
gnols, et les Anglais par celui deKinjor (corruption des mots King George), comme etant sujets
du roi George; ils appellentles Americains Ros-
ton, sans doute parce qu'ils viennent presque tous
de cette ville, et les Francais-Canadiens Franse
ou Pasayouk, c'est-a-dire visages blancs, les
Francais etant incontestablement les premiers
blancs qui aient traverse les Montagnes Rocheuses. C'est avec ces derniers que les Indiens en-
tretiennent les rapports les plus familiers.
Le mouvement commercial est assez considerable au fort Van Couver, car c'est le point oil
arrivent generalement les produits des autres
forts du Territoire, et c'est aussi de la que partent
les caravanes et les brigades de porteurs qui
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192 SALON DES CELIRATAIRES.
vont distribuer les marchandises dans les stations
de Finterieur. 11 en resulte que te fort Van
Couver qui, a l'exterieur, ressemble a une grande
ferme entouree de batiments d'exploitation agri-
cole, n'est en realite, au dedans, qu'une boutique et un comptoir de la cite de Londres. One
quinzaine de commis sont employes aux echanges
avec les Indiens, a la vente et aux ecritures; ils
se reunissent dans leurs bureaux au son de la
cloche, des sept heures du matin et y travaillent
jusqu'a neuf heures du soir, sauf les moments
necessites pour les repas, qui se font en commun
et sont presides par Fagent superieur.
Le soir les jeunes commis se reunissent, pour
fumer, dans une chambre nominee le salon des
celibataires, Rachelor's Hall; chacun raconteses
voyages, ses aventures, ses combats avec les Indiens : Fun s'est vu force de manger ses mocassins;
Fautre est si sur de sa carabine qu'il ne vise les
ours que dans la bouche pour ne pas endomma-
ger la peau; et quelquefois enfin les melodies
ecossaises se melant aux chansons canadiennes,
Fon voit la gaiete francaise animer les robustes
highlanders. Les habitations sont des especes de
casernes oil rien ne rappelle le comfort anglais.
Le mobilier consiste en une petite table, une
chaise ou un banc , et un lit de camp en plan-
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m VIE A VAN COUVER. 193
ches, crible d'insectes, avec deux couvertures de
laine. II faut avouer cependant que ce modeste
ameublement parait superbe, pour qui a passe
deux annees dormant en plein air, et des semai-
nes entieres a explorer des fleuves en canots
decouverts, au milieu de pluies incessantes et
glaciates.
Le dimanche, la salle a manger se convertit
enoratoire; et Fun des employes lit les prieres
de la liturgie protestante. La Compagnie avait
fait venir de Londres, en 1837, un ministre an-
glican; mais au bout de deux, ans, il fut oblige
de se retirer a cause des discussions qui ne ces-
saient de s'elever entre lui et les Ecossais pres-
byteriens. Quant aux Francais, ils se reunissent
a la chapelle pour y faire des lectures pieuses,
assister aux offices et chanter des cantiques en
l-absence des pretres. II y a maintenant un Mis-
sionnaire a Van Couver. Avant son arrivee, encore toute recente, ceux du Ouallamet ou du
Nesqually y venaient une fois par mois.
Le fort est la residence du docteur Mac Lou-
ghlin, autrefois Fun des membres les plus actifs
de la Compagnie du Nord-Ouest et aujourd'hui
Agent special et surintendant de la Compagnie
d'Hudson pour tout le Territoire a Fouest des
Montagnes Rocheuses. Ce personnage, fervent ca-
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194 LE DOCTEUR MAC LOUGHLIN.
tholique, est ne a Montreal d'un pere ecossais et
d'une mere francaise. II est venu plusieurs fois
a Paris oil reside son frere, Fun de nos medecins
les plus distingues, et il professe les plus hono-
rables sympathies pour la France. C'est a M. Mac
Loughlin que la Compagnie doit l'extension que
ses etablissements ont prise sur le territoire bai-
gne par la Mer Pacifique. Des son arrivee,sa haute
taille, sa figure majestueuse et sa force athletique
imposerent aux Indiens; il epousa la fille de Con-
comely, un des principaux chefs, et acquit par
la sur toutes les tribus de la Colombie Finfluence
la plus favorable a ses plans colonisateurs. En
1824, il fonda Van Couver, et depuis lors il n'a
cesse de donner ses soins au developpement
agricole. II favorise de tout son pouvoir l'immi-
gration de nouvelles families du Canada, et l'etablissement des Francais liberes du service de la
Compagnie. Le docteur Mac Loughlin vient de
tracer, dans la vallee du Ouallamet, le plan
d'une ville a laquelle il a donne le nom d'Ore-
gon, et d'un commun accord les colons anglais,
americains et francais lui ont offert provisoire-
ment le gouvernement de tout le Territoire. II est
aide dans ses fonctions par un chef facteur ecossais , M. James Douglas, homme jeune et extre-
mement intelligent, qui s'occupe plus speciale- LE GOUVERNEUR SIMPSON. 195
ment de la partie active et mercantile des affaires. A la suite de quelques voyages en Californie,
ce dernier, ayant parfaitement compris tous les
avantages que la Compagnie pourrait retirer
d'un etablissement dans cette province, y fonda
un eomptoir, en 1841, en meme temps qu'il fai-
sait etablir celui aux iles de Sandwich.
Nous arrivames au fort Van Couver a bord
d'un navire de la Compagnie, venant de Californie, etmuni delettres de recommandation et de
credit delivrees par M. William Rae, gendre de
M. Mac Loughlin et agent de la Compagnie au
port de San Francisco. Le docteur nous accueillit
avec empressement; mais, il faut Favouer, le
gouverneur Sir George Simpson, qui se trouvait
au fort depuis quelques jours, fut tout d'abord
surpris de notre voyage.
Le soir meme, nous eiimes Fexplication de
l'inquietude que notre presence avait paru causer au gouverneur Simpson. II y avait au fort
un membre de Fexpedition scientifique des Etats-
Unis, M. Hale, qui avait ete laisseaVan Couver
dans le but apparent d'etudier les langues indiennes, mais en realite pour suivre les mouve-
ments de la Compagnie et en rendre plus tard
compte a son gouvernement. Nous comprimes,
M. Hale et moi, que notre presence pouvait n'etre
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196 LES ANGLAIS ET LES RUSSES.
rien moins qu'agreable aux agents de  la Compagnie, qui, monopolisant les notions de toute
espece sur le Territoire en litige, ne devaient
voir qu'avec un certain deplaisir, le pays explore
par deux Envoyes des gouvernements francais et
americain. Le docteur Mac Loughlin nous donna
un logement dans le fort, et fut plein de prevenances pour nous, et des Finstant oil les agents
de la Compagnie virent qu'ils n'avaient a redou-
ter de ma part aucune concurrence mercantile,
et que je ne m'occupais point d'affaires de commerce , leur inquietude cessa, et ils me traiterent
comme de parfaits gentlemen. Sir George Simpson se defendit d'accepter le prix de mon passage
a bord d'un des navires; mais je n'eus garde d'accepter, et j'acquittai integralement a  Londres
toutes les depenses a terre et a bord. Toutefois je
ne pus m'empecher  de comparer la reception
froide et roide de ces marchands anglais, a Fac-
cueil franc, empresse et, je le repete, vraiment
imperial que j'avais recu des officiers russes au
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port de la Rodega.
Le seul evenement qui nous interessa pendant
notre sejour a Van Couver, fut une secousse de
tremblement deterre, arrivee le 2 decembre 1841,
a quatre heures du soir. Nous eprouvames trois
oscillations d'une seconde au plus, et dans la di- FORT NESQUALLY. 197
rection nord et sud. La Compagnie d'Hudson
possede, a quelques journees du fort de Van Couver, deux etablissements agricoles importants; ce
sont les forts Nesqually et Kaoulis. Le fort Nesqually est situe sur la petite riviere de ce nom,
laquelle prend sa source au pied du mont Rainier,
et se jette au fond de la baie de Puget. La distance
du fort de Van Couver a Nesqually est de soixante
lieues ou six jours de marche. Pour eviter de
sortir de la Colombie et de rentrer dans te detroit
de Fuca, on descend le fleuve jusqu'a l'embouchure de la Kaoulis que Fon remonte en canots
pendant quelque temps, puis Fon gagne a cheval
les bords de la mer.
Le fort, construit comme ceux dont nous
avons deja donne la description, et arme de quelques pieces de canon, renferme des logements
etdes magasins. II s'eleve a une demi-lieue de
la mer, dont un bois et un pli de terrain lui
derobent la vue. Aux alentours, on a defriche
environ deux cents hectares pour le compte de
la Compagnie. La riviere Nesqually n'a pas plus
de soixante pieds de large. Ses rives sont bordees
de cedres et de pins enormes; elle n'est navigable que pour des chaloupes; dans la belle saison
et a quelques lieues de la mer, on peut la passer
a gue. Cette riviere coule au milieu d'une grande
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198 FORT KAOUtlS.
prairie noramee la prairie des Ruttes, qui, sur
un espace de plusieurs lieues, est couverte de
petites elevations de forme conique, d'une hauteur de deux a trois metres, et dont la formation
est due sans doute a des eruptions volcaniques.
La largeur de la baie de Puget est d'une demi-
lieue; ses bords, ainsi que tous les environs du
fort, presentent Faspect d'une longue suite de
prairies semees de bouquets de bois et coupees
par des ruisseaux; et Fillustre Van Couver avait
raison de dire avant nous qu'il laissait a la plume
exercee d'un ecrivain habile, le soin de decrire
cette magnifique contree.
Le fort Kaoulis ou Cowlitz est situe sur la
riviere de ce nom, au centre d'une plaine longue
de six milles el large de deux environ; cette riviere , sur les bords de laquelle se trouvent des
couches de houille et de lignite, prend, comme
celle de Nesqually, naissance dans les flanes du
mont Rainier, et va se jeter sur la rive droite du
Rio Colombia, a quelques lieues au-dessus de son
embouchure. Son lit, navigable seulement pour
des barges, est extremement sinueux; les arbres
tombes, les rochers et les rapides qui Fencom-
brent, en rendent le parcours dangereux. Dans
plusieurs endroits, ses bords sont ta ill es a pic, et
ces grandes masses granitiques chargees d'epaisses
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RIVIERE OUALLAMET. 199
forets impriment a la contree un caractere somT
bre et sauvage; toutefois, des que le sol s'abaisse,
on voit apparaitre des prairies couvertes d'excel-
lents paturages. Le nombre d'hectares mis en
culture par les soins de la Compagnie est de
cent environ.
La Societe de la Rate d'Hudson ne possede
d'autre etablissement sur le Ouallamet qu'une
petite maison en bois gardee par un seul homme,
et situee a la chute de cette riviere qui prend sa
source au sud-est dans la Sierra Nevada, et de-
bouche dans la Colombie a six milles au-dessous
et en face du fort Van Couver. Entre ses deux
bras, se trouve l'ile Ouapatou ou Multonomah,
maintenant inhabitee. Jusqu'a douze lieues de
son embouchure, le cours du Ouallamet est
parfaitement navigable pour des navires de deux
cents tonneaux. On rencontre a cette distance
une chute verticale de quarante pieds, formee
par des assises de basalte qui occupent toute la
riviere, dont la largeur en cet endroit est
de quatre cents metres environ. Les navires
peuvent venir s'amarrer sous la chute; le fond a
droite est de cinq a six brasses. Pendant Fete,
lorsque les eaux sont basses, on apercoit trois
cascades distinctes, et la division des eaux est
formee par une ile et quelques rochers places
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200 RECOLTES DE LA COMPAGNIE.
au milieu du fleuve; mais, durant la saison des
pluies et la fonte des neiges, les trois canaux se
reunissent, et la nappe tombante des eaux em-
brasse toute la riviere. II est evident que ces
chutes, dont la Compagnie s'est deja assure la
possession, acquerront plus tard de Fimpor-
tance; a Faide de petites rigoles et en ramifiant
les cours d'eau, on pourra mettre en mouvement un tres-grand nombre dusines, moulins et
scieries mecaniques deja usitees dans le pays.
Lorsqu'on arrive aux chutes du Ouallamet, on
est oblige de faire un portage de deux cents pas
environ; on peut ensuite remonter la riviere
pendant pres de quarante lieues. Les petits affluents qu'elle recoit sont aussi navigables pour
des canots.
La- Compagnie d'Hudson s'etant engagee a
fournir annuellement aux comptoirs de FAmerique Russe cinq mille fanegues de bie (deux mille
huit cent quinze hectolitres), et voyant, d'un autre
cote, le nombre des animaux a fourrures dimi-
nuer tous les ans, a du fixer son attention sur
l'agriculture. Elle recolte pour son compte, a Van
Couver, Nesqually et Kaoulis, a peu pres quatre
mille hectolitres de bte, deux mille d'orge, deux
mille d'avoine, quatre mille de pois, et quinze
cents hectolitres de pommes de terre. Comme les
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M ARRRES GIGANTESQUES. 201
colons n'ont d'autre debouche, pour la vente de
leurs produits, que les forts de la Compagnie,
on concent que celle-ci leur impose arbitraire-
ment les prix qu'elle juge convenables. Ainsi elle
ne paye le bte qu'a raison de deux piastres et
demie ou trois piastres Fhectolitre, et encore ne
prend-elle les grains qu'en echange de marchandises venues d'Angleterre, sur lesquelles elle
realise deja un benefice considerable. La Compagnie possede dans ses forts six mille moutons,
sept mille betes a cornes et deux mille chevaux;
elle vend des bestiaux aux colons moyennant
quarante piastres par tete de bceuf ou de cheval,
et lorsqu'elle leur prete du betail, elle partage
avec eux les produits.     |§§
Les bois faconnes et equarris, qu'elle envoie aux
iles Sandwich, ne laissent pas qued'offrir, malgre
leur qualite mediocre, une valeur assez grande,
eu egard a la penurie des lieux oil on les exporte.
La dimension des arbres est enorme. Tous les
voyageurs s'accordent sur les mesures de quelques pins, eleves de trois cents pieds et ayant
un diametre de quinze et dix-huit pieds; mais ces
arbres, poussant au milieu d'une atmosphere
constamment humide, presentent generalement
un grain spongieux et trop gros; en ete, ils se
dessechent aisement et deviennent tres-legers,
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202 COMMERCE DE LA COMPAGNIE.
tandis qu'en hiver leur poids s'augmente et leur
flexibilite diminue, a cause de la quantite d'eau
qui reste dans leurs pores. 11 faut reconnaitre
cependant que les chenes de diverses especes,
les frenes, les bouleaux, les aunes, les trembles,
les melezes, les erables, les sapins et les lauriers
royaux, qui tous atteignent de grandes dimensions, sont beaucoup moins permeables, plus
Hants et plus faciles a travailler. II serait du reste
tres-aise d'ameliorer la qualite de ces bois, enleur
faisant absorber des liquides salins ou alcalins,
d'apres les savants procedes du docteur Rouche-
rie; decouverte qui, une fois repandue, doit
amener un abaissement favorable dans le prix
des bois, et donner par la une grande extension
aux constructions civiles et navales.
ARTICLES  D EXPORTATION.
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Tous les ans la Compagnie exporte aux iles
Sandwich eta Londres six cents barils de saumon
environ. Telle est Fabondance de ce poisson
dans le Rio Colombia, et par suite la modicite de
son prix, que les salaisons peuvent soutenir la
concurrence avec les qualites de saumons frais
provenant d'Ecosse, et qu'on consomme dans la
Grande-Rretagne. Les os et Fhuile de baleine, les rin'jf
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ORJETS D'EXPORTATION. 203
langues fumees de buffle et de chevreuil, les
bosses de bison, le castoreum, les plumes et le
duvet de cygne, les dents d'etephants marins, et
la colle de poisson, forment des articles d'exportation qui ont assez d'importance.
La valeur des pelleteries et des fourrures que
la Compagnie d'Hudson exporte du territoire en
litige, ne saurait etre evaluee a moins de soixante-
quinze ou quatre-vingt mille livres sterling, environ deux millions de francs; mais ce chiffre
diminue tous les ans. D'un autre cote, te cout
primitif des marchandises europeennes donnees
en echange aux Indiens ne depasse pas huit ou
dix mille livres (deuxcent cinquante mille francs).
Les peaux de castor qui, dans Finterieur du pays,
servent en quelque sorte de monnaie, sont esti-
mees, en moyenne, a trois piastres la piece; elles se
vendent a Londres de vingt a vingt-cinq schellings. Les peaux d'ours valent d'une a deux livres
Sterling; celles de daim et de cerf, trois schellings;
le loup cervier, de sept a dix schellings; le rat
musque, un demi-schelling; les renards bleus et
argentes, de dix a douze schellings; le veau ma-
fin a un poil (hair seal), quatre schellings; le veau
marin a deux poils (fur seal), vingt-cinq a trente
schellings ; les loutres d'eau douce, trente schellings , et celles de mer huit et dix livres sterling.
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204 PELLETERIES ET FOURRURES-
On estime les fourrures exportees d'Amerique
en Europe et provenant des Territoires de la
Compagnie d'Hudson, a plus de cinq millions de
francs, soit deux cent mille livres sterling annee
commune1.
Pour donner une idee de cet immense commerce, bornons-nous a donner, d'apres les rele-
ves officiels, la quantite de marchandises princi-
pales qu'elle a vendues aux encherespubliques le
20 decembre et le 17 Janvier derniers:
Peaux de rat musque  528,000
Peaux de castor  22,000
Peaux d'ours noir et bran  4,000
Peaux de renard argente, rouge, noir et blanc  7,000
Peaux de loup et loup cervier  10,000
Peaux de linx (  7,000
Peaux d'hermine  18,000
Peaux demarte  60,000
Peaux de blaireau  1,000
Peaux de loutre  5,000
Rosses et langues de bison et de daim.  6,000
Huile de baleine ►  (tonneaux) 50
Castoreum (kilogrammes) 700
Collede poisson        Id. 3,000
Duvet        Id. 600.
Dents de cheval marin.  1,000
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\ Voir: Mac Culloch's Dictionary of Commerce; et le Journal
deSilliman : On the Fur Trade; vol. 25, pag. 34.
Importations by the Hudson's Ray Company. London, 1843,1844.
il 205
ARTICLES D'IMPORTATION.
Nous croyons inutile de mentionner les autres
articles en qualites inferieures : dans cette enumeration , les peaux de castor et de loutre constituent une valeur extremement considerable.
IMPORTATIONS.
Les articles importes d'Angleterre par la Compagnie , en general d'une qualite inferieure,
consistent principalement en etoffes grossieres,
objets d'habillement, toiles ordinaires, draps,
indiennes, faience, verrerie, ustensiles de menage , coutellerie commune, verroterie , orne«-
ments en cuivre pour les Indiens, outils de
charpente et de menuiserie. Ajoutons que si la
Compagnie a eu le tort de vendre aux Indiens
des armes a feu et de la poudre, elle a, du moins
jusqu'a present, evite derepandre parmi eux Fu-
sage des liqueurs spiritueuses.
COMPAGNIE D'AGRICULTURE DE LA BAIE DE PUGET.
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Le privilege de la Compagnie d'Hudson, expire en 1842, a ete renoiivele et etendu meme
par le Gouvernement britannique, sans attendre
le resultat des negociations pendantes avec le
cabinet de Washington pour la demarcation des
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206 COMPAGNIE  D'AGRICULTURE
frontieres de l'Ouest. Cependant, des agents re-
sidant en Amerique, etqui, comme nous Favons
dit, ne sont point actionnaires, voyant la diminution progressive des animaux a fourrures,
et craignant que le gouvernement anglais n'a-
bandonne la rive gauche de la Colombie , ont
forme entre eux, il y a trois ans , une societe
sous le titre de Compagnie d'agriculture de la
baie de Puget (Puget's Sound agricultural Comr
party). Ils ont choisi d'avance la partie la plus fertile du Territoire situee autour de la baie de
Puget et de ses excellents mouilla.ges, et y ont
reuni et confie a des colons libres cinq mille betes
a cornes et chevaux et huit mille moutons. Cette
association est tout a fait independante de 1$
Compagnie d'Hudson; son capital s'eleve a cent
mille livres sterling (deux millions cinq cent
mille francs). Les chefs facteurs ont donne mille
livres chacun, les commis principaux, cinq cents,
et les clercs, de cent a deux cents livres. Le docteur Mac Loughlin a contribue pour cinquante
mille francs; il est le directeur de Fassociation,
et recoit en cette qualite cinq cents louis par an.
Les chefs facteurs, en constituant cette association , ont agi avec une grande habilete , puisque,
quels que soient les evenements ulterieurs, ils se
trouvent maitres des portions les plus riches du
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DE LA RAIE DE PUGET. 207
Territoire et de son meilleur port, ils ont des a
present a leur disposition des terrains excel]ents
qu'ils peuvent ceder, ou des bestiaux qu'ils peuvent vendre aux nouveaux colons, et, comme le
dit fort bien un auteur, officier de la Compagnie
d'Hudson : « L'etablissement anglais sur les bords
« de la baie de Puget est le noyau d'un futur
« empire dans l'Ouest : (The Nucleus of a fu-
% ture empire in the far fVest1.)
Dans Fespoir de retirer de grands benefices de
Feleve des moutons, la societe en a achete six mille
en Californie, et a fait venir d'Ecosse des belters
de race superieure. Aucun pays, en effet, n'est
plus propre a la propagation et Feleve des betes
a laine; la douceur de temperature de la baie de
Puget permet de laisser hiverner les troupeaux ,
qui trouvent une nourriture abondante dans des
prairies couvertes en toutes saisons d'une herbe
epaisse. Le docteur Mac Loughlin, qui est un
agronome fort distingue, espere obtenir avant
peu d'annees des laines d'une qualite egale a
celles de Saxe et d'Ecosse. Les manufacturers
anglais, effrayes de la redoutable concurrence qui
s'eleve en France, en Suisse et aux Etats-Unis
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1 Narrative of the Discoveries on the North Coast of America, etc.
Ry Thomas Simpson, vol. 1, p. 18.
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208 LES FRANCAIS DU CANADA.
meme, pour la filature et le tissage des etoffes de
coton, se sont adonnes depuis quelques annees
avec un soin special a la fabrication des tissus de
laine. La consommation de cette matiere premiere s'est lellement accrue, que les quantites
fournies par les marches europeens sont deve-
nues insuffisantes; aussi les colons de la Nouvelle Hollande et du cap de fionne-Esperance
qui se livrent a cette branche de commerce,
ont-ils profite de cette penurie pour envoyer
leurs produits en Europe, et realiser d'immen-
ses benefices. Or, la Californie et la baie de Puget
ne se trouvent pas dans des conditions moins fa-
vorables pour placer avantageusement en Europe
les laines que leurs troupeaux, une foisameliores,
pourront produire.
La partie la plus interessante de la population
blanche dans le territoire en litige, se compose de
colons canadiens-francais, anciens engages de la
Compagnie, et qui, comme nous Favons dit, ont
choisi des terres qu'ils exploitent pour leur
compte. Les trois points principaux qu'ils occu-
pent sont les environs de la baie de Puget, pres
du fort Nesqually, les bords de la riviere Kaoulis,
non loin du fort de ce nom, et les plaines qui s'e-
tendent sur les rives du Ouallamet, au-dessus des
chutes. A la baie de Puget, comme au fort Van
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mm LES FRANCAIS DE FRANCE. 209
Couver, on compte une population de six a sept
cents ames, dont plus des trois quarts sont des colons libres; a Kaoulis, six cents individus, dont
cinq cents colons libres et quarante families d'en-
gages; dans les plaines au bord du Ouallamet,
deux mille personnes environ, tous colons libres.
Chaque annee, il vient du Canada un certain nombre de families qui ne sont point engagees. A la fin
de 1841, il en est arrive trente de la colonie de la
Riviere Rouge; pres de la moitie s'est etablie au
Ouallamet; la Compagnie ne fait point cultiver
de terrains par ses engages dans cette partie du
territoire. Les Francais sont fixes au Ouallamet
depuis 1831; s'ils n'ont point, comme ceux de Nesqually, Favantage d'etre a proximite d'un port,
ils possedent,en compensation, un terrain pi us fertile; ils jouissent d'une temperature plus douce,
et surtout ils ont de plus que ces derniers la fa-
cilite precieuse de pouvoir alter aisement en
Californie chercher des bestiaux de toute espece.
Dans la belle saison, ce voyage peut s'effectuer
parfaitement bien en trois mois : il n'y a pas
quatre cents lieues a faire, alter et retour.
Ayant visite avec le plus grand soin cette
vallee, nous avons remarque , non sans plaisir,
Fempressement que mettaient les Francais du
Canada a venir, quelquefois de plusieurs lieues,
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210 COLONS FRANCAIS CANADIENS.
pour voir un Francais de France, comme ils
nous appellent. L'un nous disait que sa famille
etait venue de Normandie au Canada avec le
marquis de Reauharnais, Fautre que son grand-
pere avait servi au regiment de la Reine; ils nous
faisaient mille questions sur la France, et nous
exprimaient vivement leur desir de se reunir a
elle et, en attendant, de la savoir forte et heu-
reuse. Quand nous nous arretions dans leurs
fermes, nous etions surs d'y trouver la plus franche hospitalite, ils nous pretaient leurs meilleurs
chevaux et nous servaient de guides dans nos
explorations. Deux Francais europeens resident
au Ouallamet; ce sont MM. Haiguet de Saint-
Malo, et Jacquet du Havre, hommes d'une tren-
taine d'annees, et anciens matelots, qui nous ont
fourni d'utiles renseignements.
Nous allons donner les noms des principaux
Canadiens libres etablis sur les rives du Ouallamet, aux environs dun debarcadere nomme le
Campement de Sable. La plupart des habitations
sont situees entre les rivieres Jamil, Camayou et
la riviere des Souris, qui se jettent a gauche dans
le Ouallamet; cependant, quelques colons sont
fixes sur la rive droite, entre la riviere Chantiam
et celle du Roudin.Tous ces cours d'eau sont favo-
rables a l'etablissement de moulins et de scieries.
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NOMS.
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J. R. Desportes..
Joseph Gervais..
J. R. Perrault...
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Etienne Luciat..
Xavier Lacoste..
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Jh. Deloze	
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Xavier Dudevant
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Louis Fourrier..
Charles Plante..
Charles Rondeau
Andre Picord j..
Georges Gay	
Charles Roy	
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M. l'abbe Rlanchet.
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PRINCIPAUX COLONS FRANCAIS-CANADIENS \
ETABLIS SUR LA RIVIERE OUALLAMET.
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des fitats-Unis, et dont nous parlerons plus loin.
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212 LANGUE FRANCAISE.
Au commencement de 1843, les colons francais du Ouallamet possedaient trois mille bceufs,
dix-huit cents chevaux, trois mille cochons, etcinq
cents moutons; ils avaient recolte dans Fannee
dix mille hectolitres de bie, et trois mille de legumineuses et autres grains, tels qu'avoine, pois,
feves et haricots. Le rendement des grains donne
une moyenne de douze pour un, et le sol produit au moins huit hectolitres par hectare. Ces
colons vendent leurs recoltes a la Compagnie
d'Hudson, qui leur donne en echange des marchandises europeennes, du fer et des instruments aratoires. Quelques-uns ont etabli des mou-
lins et des scieries mecaniques sur les nombreux
cours d'eau qui arrosent la vallee. D'autres, et
particulierement Stanislas Jacquet, vont presque
tous les ans en Californie acheter des bceufs et
des chevaux. Dans la saison favorable, ils trap-
pent le petit nombre de castors qui restent encore , et preparent des fourrures et des pellete-
ries; mais leur occupation principale consiste
dans l'agriculture.
Rien que la grande majorite des colons aient
epouse des femmes indiennes, la langue franchise
est la seule en usage dans la colonic Les rapides, les cascades , les mauvais pas portent tous
des noms francais : la Porte de Fenfer, la Course mm
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213
LA V1EILLE FRANCE.
de Satan, le Passage du Diable, les Cornes du
Demon, et autres gentillesses puisees dans le vo-
cabulaire des chasseurs canadiens. Durant la vi-
site que nous fimes au Ouallamet avec le gouverneur Simpson, nous ne pumes nous empecher de
remarquer la penible impression qu'eprouvaient
les Canadiens en se voyant gouvernes par une
personne d'une race et dune religion differente
de la leur, et qui ne parlait meme pas leur langue. Plusieurs fermiers, en effet, repondaient
a Sir George qui leur disait en anglais: Ronjour,
mesamis, comment vous portez-vous? — Nous
ne parlous pas anglais, nous autres; nous som-
mes tous Francais ici.
Les Canadiens, au reste , sont habitues a ne
considerer comme veritablement superieur que
ce qui vient de France : ils laissent percer cette
prevention favorable dans les moindres choses ;
c'est ainsi qu'ils appellent la plus belle race de
canards domestiques, des canards de France;
lessouliersde cuir anglais, des souliers francais,
les livres sterling, des louis; FEurope, la France,
et tousles blancs, des Francais. Les Indiens eux-
memes poussent si loin cette ancienne croyance,
qu'un vieux guide, un Metis iroquois, auquel on
demandait oil avait ete confectionne un fort beau
fusil qu'il portait sur l'epaule, repondit qu'il ve-
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214 FONDS ENVOYES DE FRANCE.
nait de la vieille France de Londres. Le nom de
Napoleon lui-meme ne leur est pas inconnu;
plusieurs d'entre eux le donnent a leurs enfants.
Toutes les maisons des colons sont construites en
bois, et les terres labourables entourees de lege-
res palissades et de haies. Sur chacun des points
occupes par la population blanche, il existe une
Mission, qui sert en quelque sorte de centre aux
Francais Canadiens.
Jusqu'en 1838, les agents protestants de la
Compagnie d'Hudson empecherent nos pretres
de traverser les Montagnes Rocheuses; mais a
cette epoque, et sur les instances de FEveque de
Juliopolis, Mgr Provencher, residant a la colonie
de la Riviere Rouge, la Compagnie d'Hudson
consentit a accorder le passage sur ses canots,
avec la brigade de Fexpres annuel , depuis
Montreal jusqu'au Rio Colombia, a M. Rlanchet,
vicaire general de Feveche de Quebec, ainsi qu'a
M. Fabbe Demers1. Les fonds necessaires a l'etablissement de ces deux Missionnaires ont ete
fournis par FAssociation pour la propagation de
la Foi, etablie en France, et qui, tous les ans,
expedie a Mgr Provencher vingt mille francs pour
1 Voir : Annales dela Propagation de la Foi. 1842, n° 82, p. 171. m
MISSION DE SAINT LOUIS. 215
les Missions de la baie d'Hudson. Ce prelat donne
sur cette somme huit mille francs pour les Missionnaires de la riviere Colombie. Onn'appren-
dra pas sans interet qu'on envoie de France, chaque annee, des sommes considerables pour les
Missions de FAmerique anglaise, et particuliere-
ment pour nos anciennes provinces de FAcadie
et de la Nouvelle France. Les fonds recueillis
pendant ces dernieres annees pour les seules possessions britanniques de FAmerique, sesont eleves a pres de deux cent mille francs par an |
MM. Rlanchet et Demers, partis de Montreal
en mai 1838, arriverent au fort Van Couver a la
fin de novembre de la meme annee. Ils s'occu-
perent activement de fonder des Missions au milieu des naturels, et de retablir Fordre parmi les
Francais Canadiens livres a eux-memes. Ces deux
ecctesiastiques possedent maintenant cinq Missions : une a la baie de Puget, pres du fort Nesqually ; la Mission de Saint Francois Xavier, sur
la riviere Kaoulis; Sainte Marie, pour les Indiens Tchinouks du fort Van Couver; Saint Louis
Roi de France, aux chutes du Ouallamet, et
Saint-Paul, sur la rive gauche de cette riviere,
1 Voir le Rapport de l'Association  de la Propagande. Montreal, 1841, pag. 58.
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216 M. L'ABRE RLANCHET.
au milieu des fermes des Francais Canadiens.
Dans les excursions que je fis avec le digne abbe
Rlanchet aux chutes du Ouallamet, il me demanda
sous quelle invocation il devait placer cette Mission. Je crus ne pouvoir lui' indiquer de nom
plus glorieux pour la France que celui de notre
saint Roi Louis.
Dans les trois Missions de Nesqually, Saint
Francois Xavier et Saint Paul, des terrains ont
ete reserves specialement pour Faccroissement des
Missions. Dans les deux premieres on a conserve
trois cents hectares, et a Saint Paul on a choisi
un magnifique vallon de quinze hectares de front
sur soixante-dix de profondeur, melange de bois
et de prairies, et possedant plusieurs cours d'eau
oil Fon peut etablir des moulins. Des fermiers a
gages cultivent ces terrains, dont le produit est
affecte au soulagement des veuves et des orphe-
lins, et a la fondation des ecoles et des ateliers
d'apprentissage pour les adultes.
Les secouTs que MM. Rlanchet et Demers recevaient de France, ne suffisantpas a la creation de
ces etablissements, le diocese de Quebec y a sup-
plee, en envoyant, pendant ces dernieres annees,
un secours annuel de cent louis. M. le docteur
Mac Loughlin a fourni genereusement une somme
egale sur ses deniers prives. Pour aider les Mis-
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MM LES RORES NOIRES. 217
sionnaires, deux pretres francais, MM. Langlois
et Rolduc, se sont rendus, il y a un an, par mer,
au Rio Colombia. Ces ecclesiastiques sont en rapport avec les Franciscains espagnols de la Californie , les Jesuites francais etablis sur les hautes
eaux du Missouri, au pied des Montagnes Rocheuses, et notre Mission des iles Sandwich. L'in-
fluence que les Missionnaires exercent sur les
Indiens est considerable. II n'est pas rare de voir
des naturels franchir des espaces de cent cinquante a deux cents lieues pour connaitre les Robes noires, les grands chefs des Francais, ainsi
qu'ils nomment nos Missionnaires. Quant aux
Canadiens libres, places a la proximite des Missions, on doit dire a leur louange, qu'en Fabsence
d'autorite civile ils acceptent volontairement celle
toute paternelle des pretres frangais. Ceux-ci
instruisent leurs enfants, reglent leurs differends
et font le partage des terres.
Nous avons ete temoin, pendant notre sejour
a Saint Paul du Ouallamet, d'un exemple assez
touchant de cette justice patriarcale. Un Fran-
cais-Canadien fut accuse d'avoir vole un cheval
a un Americain, et avoua sa faute. Le conseil des
peres de famille, preside par Fabbe Rlanchet, le
condamna a restituer le cheval a son proprietaire,
etde plus, a rester trois mois a la porte de Feglise
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218 JUSTICE PATERNELLE.
pendant les offices, sans qu'on lui permit d'y entrer. Cet homme s'etant soumis docilement a cette
epreuve, des le second dimanche Fabbe Rlanchet, apres une courte allocution, alia le chercher,
Famena dans l'eglise, Fembrassa les larmes aux
yeux, et le fit asseoir parmi les autres colons. II
est au moins douteux que le chatiment inflige
en pareille circonstance par un juge civil, eut
produit un effet aussi efficace ; outre que cette
correction toute paternelle avait te grand avan-
tage de ne laisser subsister aucune fletrissure sur
Findividu qu'elle avait atteint.
MISSION DE SAINT PAUL.
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Si au fort Van Couver on nous avait recu en
etranger, a la Mission de Saint Paul Fabbe Rlanchet nous accueillit en compatriote et en frere ;
et nous ressentimes une vive joie en retrouvant
sur ces rivages eloignes, dans une contree sur la-
quelle la France s'est laisse enlever tous ses
droits, un presbytere et des villages qui nous rap-
pelaient ceux de nos provinces. Mais nous devons
avouer l'impression penible que nous eprouvames
lorsque, le dimanche, dans l'eglise oil six cents
Canadiens etaient rassembles , nous entendimes
un pretre francais, dire en francais, a une popu- MISSION DE SAINT PAUL. 219
lation toute francaise : «. Prions Dieu pour notre
Saint Pere le Pape etpour notre bien-aimee Reine
Victoria ! » Apres la messe, nous demandames
a M. Rlanchet la raison de cette etrange priere;
il nous repondit qu'il etait enjoint aux pretres
de la faire une fois par mois publiquement, sous
peine de destitution.
La Compagnie d'Hudson ne voit pas sans de
vives apprehensions l'etablissement de nouvelles
families francaises libres au Ouallamet. Elle vou-
drait que le developpement de colonisation s'o-
perat sur la rive droite de la Colombie. La Compagnie craint que la population libre etablie sur
le Ouallamet ne lui echappe un jour, surtout
depuis qu'au moisde mars 1838, et a Finstigation
de M. Lee, chef des Methodistes americains, une
petition signee par vingt-sept Americains etneuf
des principaux colons francais-canadiens, a ete
adressee au congres de Washington pour recla-
mer la protection du gouvernement des Etats-
Unis, et Finviter a prendre possession du territoire I Les neuf colons francais, signataires de
cette petition, sont les plus anciens et les plus
riches, et il ne parait  pas  douteux que leur
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1  Documents du vingt - cinquieme   Congres de   Washington,
n°101,pag. 4.
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220 SUPERIORITE DE LA CALIFORNIE.
exemple n'entraine les autres a se soustraire a
Fautorite anglaise et au monopole de la Compagnie. II faut dire aussi que la plupart des colons
du Ouallamet ont trappe longtemps les castors
en Californie, dans la vallee du Sacramento et a
la baie de San Francisco; ils savent tous que ce
pays est preferable a celui qu'ils habitent pour
la fertilite, qu'il se trouve exempt des fievres
tremblantes qui deciment quelquefois la population du Ouallamet, et la majeure partie d'entre
eux ne demanderaient qu'a s'y rendre et a s'y
fixer, s'ils etaient siirs d'y trouver une protection
efficace.
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CHAPITRE VIII.
Cession de la Louisiane par la France aux Etats-Unis. — Expeditions de decouvertes et commerciales des Americains. — Fonda-
tion, vente, prise et restitution d'Astoria. — Explorations officielles
du Territoire par ordre du Gouvernement. — Direction de l'emi-
gration des Etats-Unis. — Population americaine de l'Oregon.
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Les Americains, aussi bien que les Anglais, ont
compris de bonne heure l'utilite de fonder des
etablissements sur la cote Nord-Ouest; et avant
d'aborder la question diplomatique , nous allons
decrire rapidement ceux qu'ils possedent dans
ces parages, et en donner Fhistorique.
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222 VENTE DEPLORARLE
Depuis longtemps la communication des deux
rivages de FAmerique avait occupe nos gouverneur s de la Nouvelle France et du Mississipi.
En 1674, le comte de Frontenac, pensant que le
Mississipi se dechargeait dans te golfe de Californie, avait donne ordre a Joliet de l'explorer. Ce
fut la realisation de cette meme idee qui dicta les
voyages du Pere Hennepin et de Lassalle. Dans
un de ses voyages a la baie d'Hudson , vers 1699,
d'lberville se trouvant au fort Rourbon, pensait
qu'en se dirigeant a Foccident on pourrait gagner
la Mer de l'Ouest, envoya a cet effet un de ses
officiers nomme Renaudon; mais il fut arrete par
les glaces et revint au fort Rourbon |
Meme avant les negociations entamees avec la
France pour la vente de la Louisiane, le president Jefferson songea a faire examiner les hautes
eaux duMissouri, afin de s'assurer s'il etait possible d'arriver a la Mer Pacifique, soit par le Rio
Colombia, soit par le Rio Colorado, et d'etablir
une communication directe et praticable dans un
but commercial ir travers le continent de FAmerique. Dans son message du 18 Janvier 1803, le
President designait au choix du Congres les capitaines Lewis et Clarke, comme les plus aptes a
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1 Archives de la Marine. — Documents de la Nouvelle France.
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5*' DE LA LOUISIANE. 223
remplir cette mission, et il n'est pas inutile de re-
marquer que le traite d'achat de la Louisiane ne
fut signe que le 30 avril de la meme annee1.
Cette vente, a jamais deplorable, eut lieu en
vertu d'un decret du Premier Consul, du 3 avril,
moyennant la somme de soixante-quinze millions
de francs , payables par les Etats-Unis. Sur cet
argent, pres de trente millions furent employes
a indemniser des citoyens de FUnion qui avaient
contre nous des reclamations a exercer pour la
prise de plusieurs navires neutres dans les guerres
precedentes. Le reste fut verse en especes entre
les mains des commissaires francais, et le 23 decembre 1803, le prefet de la Nouvelle Orleans
M. de Laussat, fit cession officielle de la Louisiane
entiere au gouverneur americain, M. Claiborne. Si
le cabinet francais commit une faute irreparable,
celui de Washington fit preuve de la plus sage
prevoyance; il s'empressa de terminer une affaire aussi avantageuse, et contracta sans delai un
emprunt a six pour cent pour s'acquitterenvers
nous. Ainsi, pour une miserable somme de neuf
millions de piastres, la France perdit sa derniere
possession sur le Nouveau Continent, cette province qui lafaisait commander, au sud et a Fouest
Voir Greerihow, Mem. hist, and polit., op. eit., p. 152. ■If*1
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22 i VOYAGE DE LEWIS ET CLARKE.
le golfe du Mexique et la vice-royaute espagnole,
tandis qu'au nord, par les hautes eaux du Mississipi , elle atteignait le Canada, et pouvait, en
cas de guerre , sinon le reunir encore a la Mere
Patrie, du moins Faider a se delivrer de la domination abhorree des Anglais!
Les officiers americains penetrerent dans le
Missouri le 14 mai 1804, traverserent les Montagnes Rocheuses, et le 15 novembre 1805, arri-
verent au cap Desappointement, a l'embouchure
du Rio Colombia, apres avoir parcouru la branche sud du fleuve. Ils eleverent, pres de la petite baie de Young, une maison en bois qu'ils
appelerent le fort de Klatsop. L'expedition ame-
ricaine tout entiere repartit pour les Etats-Unis
le 4 mars 1806 . Cette meme annee, les mar-
chands de fourrures des Etats-Unis ayant songe
a profiter des avantages que semblait leur pro-
mettre le voyage de Lewis et Clarke, etabli-
rent a Saint Louis, sous la direction de Don Manuel Lisa, negociant espagnol, une Societe sous
le titre de Compagnie des fourrures du Missouri
1 Journal of the Expedition across the Rocky Mountains, by
Lewisand Clarke. Philadelphia, 1814. Voir aussi l'excellent ouvrage
du major Poussin : « De la puissance americaine des Etats-Unis.»
Paris, 1843, vol. 1, pag. 280.
J COMPAGNIE DU MISSOURI. 225
(Missouri Fur Company). Les agents de cette
association explorerent le Haut Missouri, et par-
vinrent meme, au dela des Montagnes Rocheuses,'
a Fune des petites rivieres formant les sources de
la riviere des Serpents, branche sud du Rio
Colombia. M. Henry, le chef de Fexpedition,
avait fonde un poste sur Fune de ces rivieres;
mais les attaques reiterees des Indiens et le
manque de vivres le forcerent a Fabandonner
en 1810.    f       't; ' J
Dans le cours de cette meme annee , M. Jacob
Astor, negociant allemand, etabli a New-York,
institua la Societe connue sous le nom de Compagnie des Fourrures de l'Ocean Pacifique (Pacific
Fur Company). Le but de cette association etait
de commercer directement avec la Chine, etd'en-
lever aux Compagnies de Londres le monopole
des fourrures. Le plan admirable de M. Astor
etait digne d'un meilleur succes. M. Washington
Irving, dans son agreable ouvrage, a rendu trop
populaire parmi nous le recit des deux expeditions de terre et de mer, pour qu'il soit necessaire
de le reproduire ici. Le navire le Tonquin, expedie par M. Astor, arriva dans le Rio Colombia
a la fin de mars 1811 , et Fexpedition eleva sur
la rive gauche du fleuve, a peu de distance
de la maison ou MM. Lewis et Clarke avaient
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226 VENTE D'ASTORIA.
hiverne, un fort ou factorerie nomme Astoria,
en l'honneur du chef de l'entreprise |
En 1813, la guerre eclata entre FAngleterre et
les Etats-Unis, et le 16 octobre de la meme annee l'etablissement d'Astoria , avec les fourrures
et les marchandises qu'il renfermait, fut vendu,
par Fagent de M. Astor, aux envoyes de la Compagnie anglaise du Nord-Ouest, qui avaient aussi
eleve des forts le long de la Colombie. Le ler decembre , la corvette de guerre le Racoon entra
dans le fleuve , et le 12 le capitaine Rlack, de la
marine britannique, prit solennellement possession d'Astoria debaptise, et qui s'appela desor-
mais le fort George. Cet evenement n'etait point
connu des Americains lorsqu'ils signerent avec
FAngleterre le traite de Gand, du 24 decembre
1814.    I   :.-.-'■   '   I   1-
Le fort George etait alors forme par un paral-
lelogramme de quarante-cinq metres sur soixante-
quinze, entoure d'une palissade en bois. La factorerie renfermait divers batiments et soixante-cinq
personnes de toutes nations et de toutes couleurs,
dont vingt-six Sandwichois. Le fort etait defendu
1 Voir : Astoria or anecdotes of an Enterprise beyond the Rocky
Mountains. New-York, 1834.
Voir Greenhow, Memoir hist.,op. eit., pag. 156.
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m. COMPAGNIES AMERICAINES. 227
par deux pieces de 18, deux canons courts de 6
et sept pierriers. Ni les agents du gouvernement
americain, ni ceux de M. Astor ne firent occuper
le fort George qui leur fut rendu deux ans plus
tard, etla Compagnie de la Mer Pacifique cessa
d'exister |
En 1822, M. Astor fonda une nouvelle Societe
sous le titre de Compagnie-nord americaine
(North-American Company). Cette Societe born a
d'abord ses operations au voisinage des grands
lacs et auxhautes eaux du Mississipi; elle les eten-
dit jusqu'a la riviere Pierre Jaune , et finit par se
reunir avec une autre association nommee Compagnie des Fourrures du Rio Colombia (Columbia Fur Company). M. Ashley de Saint-Louis
du Missouri , qui avait etabli un poste sur la
riviere Pierre Jaune en 1823, envoya un parti
detrappeurs d'environ cent hommes au dela
des Montagnes Rocheuses, pres des hautes eaux
du Rio Colorado, vers le quarante - deuxieme
degre de latitude. Rien que ces employes eus-
sent des differends avec ceux de la Compagnie
dela baie d'Hudson , M. Ashley recueillit, dans
Fespace de trois ans, pour cent quatre-vingt mille
1 Voir Greenhow : Memoir hist, and polit. op. eit., pag. 168.
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228     COMPAGNIE DES MONTAGNES ROCHEUSES.
piastres de fourrures. En 1827, il expedia, dans
la direction des Montagnes Rocheuses, soixante
homines armes, avec une piece de canon, et des
chariots tralnes par des mules. Ces heureux aven-
turiers decouvrirent alors la passe du Sud, situee
entre les hautes eaux de la Riviere Plate, a Fest,
et celle du Rio Colorado a Fouest, et vinrent
etablir un poste au bord du lac Timpanogosdes
Espagnols (lac Sale des Indiens Youtas), en plein
territoire mexicain.
A la meme epoque , MM. Sublette, Smith et
Jackson de Saint-Louis de Missouri, devinrent
acquereurs des etablissements et des interets Ashley, et creerent la Compagnie des Fourrures des
Montagnes Rocheuses (Rocky Mountains Fur Company), destinee a etablir un trafic regulier avec
les pays arroses par la Colombie et le Rio Colorado. Les demarches actives des marchands de
fourrures de Saint-Louis donnerent une nouvelle
impulsion aux entreprises de la Compagnie nord-
americaine, qui etendait aussi ses operations au
dela des Montagnes Rocheuses, ainsi que quelques partis independants d'aventuriers. Au mois
de fevrier 1829, M. Green, envoye par le comite
protestant de Roston , eut la mission speciale
d'examiner la cote Nord-Ouest depuis Sitka jus-
qu'en Californie, et il proposa l'etablissement,
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T MM. R0NNEV1LLE ET TOWNSEND. 229
dans le Rio Colombia, de ministres methodistes'.
De 1832 a 1834, le capitaine Ronneville, de
Farmee des Etats - Unis, reunit une troupe de
plus de cent hommes, et avec vingt wagons et
un grand nombre de mules et de chevaux charges de marchandises, il trafiqua pendant deux
ans dans les hautes eaux du Missouri et de la
branche sud du Rio Colombia2. En 1834 , plu-
sieurs individus de New-York et de Roston fon-
derent la Compagnie de peche et de commerce
du Rio Colombia (the Colombia River Fishing
and Trading Company). Le capitaine Wyeth prit
le commandement de Fexpedition parterre, pendant qu'on dirigeait un navire par mer dans la
Colombie. II etait accompagne de cinq ministres
methodistes avec leurs femmes, sous les ordres
deM. Lee, d'un savant naturaliste, M. Townsend,
et d'un botaniste distingue, M. Nuttal3. Le capitaine Wyeth passa par le fort Hall, erige peu
de temps auparavant par la Compagnie nord-
1 History of the American Roard of Commissioners, etc.; by
J.Tracy, 1 vol. in-8°, Roston, 1840, pag. 25.
2 Washington Irving : The Rocky Mountains from the Journal
of cap. Ronneville, 2 vol. New-York, 1836.
3 Voir : Narrative of a Journey across the Rocky Mountains to
the Columbia River, etc.; by J. Townsend. Philadelphia. 1839, l vol.
in-8°, pag. 176.
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230 MISSION DE M. SLACUM;
americaine sur la riviere Port Neuf, Fun des hauts
affluents de la branche sud dela Colombie. Arrive
au Rio Colombia, il choisit entre les deux branches du Ouallamet, dans l'ile Multonomah, un
terrain oil il fonda, en novembre 1834, unefac-
torerie en bois, qu'il nomma Fort William; mais
il se vit bientot contraint d'abandonner ces points,
ne pouvant soutenir la concurrence de la Compagnie de la baie d'Hudson. Le fort William
n'existe plus, et le fort Hall est occupe par la
Compagnie d'Hudson, qui Fa achete aux Americains |
M. Lee et les methodistes se fixerent en partie
sur divers points du Ouallamet et de la Colombie.
En 1835, MM. Parker et Whitman, ministres
anabaptistes, furent depeches par le comite sie-
geant a Roston, pour fonder des etablissements
au dela des Montagnes Rocheuses. M. Parker
arriva au Rio Colombia en octobre 1835, explora
le pays, et retourna aux Etats-Unis rendre compte
de sa mission .
Le 11 novembre 1835, M. Forsyth, ministre
des Affaires Etrangeres a Washington, chargea
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1 Voir : « Memoire du capitaine Wyeth dans les documents du
Congres de Washington. » N° 1 $ pag. 6,16 fevrier 1839.
a Journal of an Exploring tour beyond the Rocky Mountains, etc.,
by S. Parker. Ithaca (New-York), 1838,1 vol. in-8°.
m SOCIETE DE L'OREGON. 231
M. Slacum , de la marine des Etats-Unis, de se
rendre dans le territoire de FOregon, et d'exa-
miner Fetat des etablissements existants , leur
population, les sentiments des habitants a Fegard
des Etats-Unis, de la Russie et de FAngleterre;
de recueillir enfin tous les renseignements poli-
tiques, statistiques et geographiques qui parai-
traient de nature a interesser le gouvernement.
M. Slacum partit de San Rlas le 10 octobre 1836,
et arriva dans le Rio Colombia le 22 decembre.
Le 26 mars suivant il adressa son rapport au cabinet de Washington. Le voyage de M. Slacum
s'accomplit aux frais du gouvernement, et couta
trente mille francst.
En 1838, une Compagnie de Saint-Louis du
Missouri envoya au Rio Colombia MM. Johnson
et Giger pour explorer le territoire de FOregon,
et examiner les entreprises commerciales qu'on
pourrait y faire. Au mois d'aout de la meme
annee, une societe se forma a Roston sous le
titre de Societe Provisoire d'Emigration pour
FOregon (Oregon Provisional Emigration Society); elle publie encore aujourd'hui un recueil
periodique intitule VOregonian. Son but n'est
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1 Voir : Senate documentn° 24, 18 decembre 1837, et le n° 101
du vingt-cinquieme Congres des Etats-Unis.
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232 LETTRE DE M. POINSETT,
pas seulement d'instruire les Indiens, et de leur
apprendre l'agriculture et les arts mecaniques,
mais bien de favoriser Temigration et l'etablissement des families des Etats-Unis sur le territoire
en litige, de se livrer au labourage, a la peche du
saumon, a l'exploitation de la soie, a la culture
du chanvre, du lin, et au commerce des bois et
des fourrures. Toutes les depenses de la Societe
sont repartiesegalement entre tous ses membres;
mais la cotisation annuelle ne doit point depasser
trois dollars. En 1839, M. Kelley entreprit un
voyage dans le meme but, par ordre du comite
methodiste de Roston. Enfin, le 5 Janvier 1839,
M. Poinsett, Ministre de la Guerre, fit a M. Cu-
shing la reponse suivante aux questions qui lui
avaient ete posees par le comite du Congres pour
les Relations Exterieures:
«  DEPARTEMENT  DE LA  GUERRE.
« Washington, 5 Janvier 1839.
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« Monsieur, en reponse aux questions du Co-
« mite des affaires etrangeres, contenues dans
« votre lettre du 26 du mois dernier, j'ai l'honneur
cc de vous faire connaitre que, dans mon opinion,
cc on ne saurait envoyer moins d'un bataillon, MINISTRE DE LA GUERRE. 233
cc compose de quatre ou cinq compagnies, pour le
cc service dont il est question dans le bill soumis
a au Comite. Les troupes, en arrivant a leur des-
cc tination, n'auraient rien pour se mettre a cou-
cc vert, et pourraient etre exposees aux attaques
cc des Indiens du voisinage, avant qu'elles pus-
cc sent meme elever des ouvrages de campagne
« pour se proteger elles-memes. Elles devraient
cc done etre en nombre suffisant pour fournir des
« gardes et prendre les mesures necessaires de
« defense, pendant que Fon s'occuperait d'eriger
<c un fort et des logements pour les troupes. La
cc depense d'enrolement et d'entretien d'un ba-
cc taillon supplementaire pour un an s'eleverait
era quatre-vingt-dix-huit mille neuf cent cin-
cc quante-deux dollars. Je dis te bataillon supple-
« mentaire, parce que, dans Fetat actuel du pays,
« enlever a Farmee une si grande quantite d'hom-
cc mes, ce serait augmenter d'une maniere immi-
« nente le danger d'une guerre de frontiere,
cc alors que Fon fait de plusieurs points des de-
cc mandes de troupes regulieres, et que nos
« limites, exposees a etre attaquees, sont gardees
cc d'une maniere si insuffisante. Avec le peu d'in-
cc formations que nous possedons sur la contree ,
« il est difficile, sinon impossible, d'etablir une
I estimation juste des depenses qii'occasionnerait
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234 PLAN EVENTUEL
« la construction d'un fort capable de proteger
cc les troupes en temps de paix, et de resister
cc aux attaques si une guerre venait a eclater. Un
cc officier experimente du genie devrait faire
« partie de Fexpedition, et il faudrait consacrer
cc cinquante mille piastres a Ferection du fort.
cc Les troupes devraient etre pourvues de vivres
« pour un an, et je recommanderais qu'on joi-
cc gnit a Fexpedition environ trente laboureurs et
cc un surveillant charge de diriger l'agriculture,
cc afin de se procurer dans cette region fertile, et
cc avec Faide des soldats eux-memes, le betail
cc et le grain suffisants pour l'approvisionnement
cc ulterieur des troupes. Ces laboureurs pour-
cc raient vraisemblablement etre engages, moyen-
cc nant vingt piastres par mois, et Fintendant
<c moyennant quatre-vingt-cinq piastres, qui force meraient ensemble un total de huit mille deux
cc cent vingt dollars par an pour les travaux agri-
cc coles. II faut ajouter a cette somme dix-huit
cc cents piastres pour objets et instruments ara-
cc toires, et deux mille pour le betail, faisant en-
cc semble douze mille vingt dollars pour la pre-
cc miere annee et par la suite huit mille deux cent
cc vingt, ou en nombre rond neuf mille piastres,
<c y compris les depenses imprevues pour obtenir
cc les vivres necessaires des hommes pour un an.
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mn D'OCCUPATION DE L'OREGON. 235
cc Soit que les forces qui seraient envoyees,
cc consistassent en troupes supplementaires, soit
<c qu'on les prit dans Farmee de ligne, elles de-
cc vraient etre formees de nouvelles recrues choice sies a cet effet, pour eviter de les relever plus
« d'une fois tous les quatre ans \ economiser les
cc frais de transport, et afin d'enroler le plus
■ grand nombre d'ouvriers possible. II pourra
« etre avantageux d'offrir aux laboureurs et aux
cc recrues un lot de terre dans FOregon, comme
<jc recompense de quatre annees de fidele service
cc dans ce territoire.
cc La legere augmentation de deux navires
cc d'un faible tirant d'eau, dans notre station de
« la Mer Pacifique, suffirait, a mon avis, a la coo-
cc peration des forces de terre, et offrirait toute
«la protection desirable aux etablissements, tels
cc que ceux qui pourraient etre formes d'ici a
« quelque temps sur les bords ou pres du Rio
cc Colombia.
cc Je vous transmets ci-jointe une evaluation
cc des depenses de Fexpedition, et des frais d'en-
« tretien pour une annee, et
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« J'ai Fhonneur d'etre, etc.
cc Signe : Poinsett. |
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DEPENSES presumees.
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DEPENSES PRESUMEES POUR L ETABLISSEMENT D UN POSTE MILITAIRE SUR LE RIO COLOMBIA, ET COUT ANNUEL POUR L'EN-
TRETENIR AVEC UNE FORCE COMPOSEE DE CINQ COMPAGNIES
FORTES DE  375 HOMMES.
Frais d'enrolement de 355 hommes	
Leur solde pour un an	
Leur nourriture pour un an	
Leur habillement pour un an	
Solde et entretien de 21 officiers commissionnes, pour
un an	
Un intendant aux appointements annuels de ...
Trente cultivateurs a 240 piastres chacun par an....
Objets et instruments d'agriculture c	
Retail a acheter .	
"Frais d'erection d'un fort	
Armes, equipements et munitions	
Equipage de camp	
Transport des troupes a Chagres, de la par terre a
Panama, et de ce point par mer au Rio Colombia..
Transport par mer des approvisionnements par le cap
Horn au Rio Colombia  	
Pour la premiere annee: Total general	
Dollars
3,905
32,760
25,915
11,006
19,987
1,020
7,200
1,800
2,000
50,000
17,690
1,184
25,000
25,000
224,467
cc Si les troupes et approvisionnements etaient
cc transporter de Panama au Rio Colombia par £4
RUDGET APPROXIMATE. 237
cc les navires du Gouvernement, les frais s'ele-
cc veraient a pres de vingt mille piastres de moins,
« et si elles etaient envoyees sur des batiments de
cc transport des Etats-Unis en doublant le cap
cc Horn au Rio Colombia, les frais entiers force meraientla somme de quarante-trois mille dol-
cc lars environ.
cc Apres la premiere annee, la depense an-
cc nuelle d'entretien du poste serait comme suit:
Solde annuelle de 355 hommes	
Habillement annuel	
Solde et entretien de 21 officiers, par an	
Supplement annuel de munitions	
Depenses imprevues (y compris la solde et l'entretien
de l'intendant et des trente laboureurs), au lieu de
25,915 piastres	
Pour les annees suivantes : Total. /	
cc A l'honorable M. Cushing, membre du Co-
cc mite des Affaires Etrangeres, a la Chambre des
cc RepresentantsI. »
1 Documents du vingt-cinquieme Congres de Washington, n° 101.
Appendice K, pag. 22. Du 16 fevrier 1839.
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238 OPINION DE M. PAULDING,
Independamment de la lettre du Ministre de
la guerre, M. Gushing en recut une autre, le 7
Janvier, de M. Paulding, Ministre de la Marine,
auquel il avait adresse les memes questions.
M. Paulding exprime aussi cette opinion, que la
meilleure protection a donner aux citoyens des
Etats-Unis du Territoire de FOregon, consiste-
rait dans l'etablissement permanent dun poste
militaire, occupe par une force de cinq ou six
cents hommes; il ajoute qu'il a donne Fordre au
lieutenant Wilkes, commandant Fexpedition
d'exploration, de visiter avec soin le littoral de
la cote Nord-Ouest, le detroit de Juan de Fuca,
le Rio Colombia, la cote comprise entre ce fleuve
et la Californie, et tres-specialement le port de
San Francisco que Von represente comme Vun des
plus beaux du monde. II dit encore qu'il a or-
donne au commodore de la station de la Mer
Pacifique, d'employer une corvette de guerre
pour faire relever le detroit de Juan de Fuca qui
renferme un port (la baie de Puget), dont il pense
Voccupation tres-importante, afin de le convertir
en une station pour les batiments de guerre, vu
les dangers que presentent ces cotes pour les
navires de toute espece. M. Paulding pense aussi
que Faddition des deux corvettes, ayant pour
but de renforcer Fescadre de la Mer Pacifique,
A MINISTRE DE LA MARINE. 289
pourrait concourir efficacement a la defense du
Territoire de FOregon, et mettre le commandant
de Fescadre a meme de remplir completement
les instructions qui lui sont deja donnees relati-
vement au golfe de Californie et a la cote JNord-
Ouest de FAmerique. Le Ministre termine en
disant que la somme de cent cinquante mille
dollars lui parait suffisante pour le but propose1.
En 1840, un avocat americain, M. Farnham ,
se rendit par terre au Rio Colombia avec une
mission semi-officielle de son gouvernement; il
engagea les colons americains et francais-cana-
diens du Ouallamet a demander au congres la
protection des Etats-Unis, et recueillit des ren-
seignements interessants sur le pays2. Au mois
de juin 1841 , Fescadrille americaine visita presque tout le territoire , et, au mois de septembre,
laissa au fort de Van Couver M. Hale dont nous
avons parte. L'annee derniere, le lieutenant
Fromont3, qui avait deja accompli, par ordre du
1 Documents du Congres de Washington , n° 101. Appendice,
pag. 24 et suivantes. Fevrier 1839.
2 Farnham's Travels in the great Western prairies, the Rocky
Mountains and in the Oregon Territory. 2 vol. London, 1843.
3 Journal of travels on the Plate and Yellow Stone Rivers by
L* Fromont; published by order of the U. S. Senate. Documents of
ihe American Congress, 1843. wk
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240 EXPEDITIONS COMMERCIALES
Senat, une mission exploratrice a Fest des Montagnes Rocheuses, est reparti avec une troupe
d'emigrants se rendant aux bords de la Colombie. Depuis le 12 mai 1792, jour oil le capitaine
Gray de Roston entra le premier dans le Rio
Colombia, tres-peu de batiments americains du
commerce ont visite ce fleuve. Apres les expeditions infructueuses de M. Astor, il ne reste guere
a citer que celle du capitaine Dominis qui,
en 1829, put, malgre Fopposition de la Compagnie d'Hudson, recueillir pour plus de quatre-
vingt mille piastres de fourrures a bord des
bricks Owyhee et Convoy. Des fievres terribles
decimaient les populations indiennes, et les Americains pretendent que la Compagnie fit courir
le bruit, parmi les naturels, que c'etaient leurs
navires qui avaient apporte la maladie. En 1834,
le brick americain May Dacre, capitaine Lambert, appartenant a M. Wyeth, qui etait venu
par terre, essaya de se procurer un chargement
de saumon; mais il ne put en rassembler que
quelques barils a cause de Fopposition de la Compagnie anglaise, et bien qu'il eut promis a ses
agents de ne pas acheter de fourrures aux Indiens. Le brick Loriot qui, en 1837, portait
M. Slacum, envoye par le gouvernement de Washington, ne fit point de commerce. II trans-
fe ' fefefe DES AMERICAINS DANS LOREGON. 241
porta seulement en Californie quelques Americains qui allaient y acheter des bestiaux, et
entre autres MM. Young et Carmichael qui
avaient etabli une distillerie dans la vallee du
Ouallamet; mais la Compagnie d'Hudson et les
principaux colons francais et americains ayant
senti combien la fabrication de spiritueux serait
nuisible non-seulement aux Indiens, mais aux
blancs eux-memes, parvinrent au moyen d'une
indemnite a determiner les deux fabricants a
renoncer a leur funeste commerce.
En 1840, les navires americains Lausanne et
Marylandentrerent dans la Colombie pour charger du saumon et des pelleteries; mais leur
operation ne fut pas plus heureuse que celle du
brick Perkins, qui, dans Fete de Fannee suivante,
entra dans le fleuve avec Fintention de trafiquer
avec les Indigenes, et fut achete, arme en guerre
et nomme Oregon, parM. Wilkes, commandant
de Fexpedition americaine, afin de transporter
l'equipage de la corvette Peacock qui s'etait
perdue sur la barre. En outre, a la fin de septembre 1842, un brick de commerce americain
put obtehir cependant des Indiens une assez
forte cargaison de saumon sate; il repartit pour
les iles Sandwich, emmenant sept methodistes et
leurs families.
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242 FORT COLVILLE.
Ici se termine la serie des expeditions terres-
tres et maritimes dirigees vers le Territoire en
litige, soit par Fordre du gouvernement des
Etats-Unis, soit par des compagnies ou de simples particuliers. Les documents officiels que nous
avons cites, prouvent assez Fimportance que le
cabinet de Washington attache a la possession de
ces vastes contrees. M. Jason Lee, chef des methodistes americains, et son frere Daniel Lee furent
les premiers qui se fixerent, durant Fautomne de
1834, dans les plaines du Ouallamet, ou ils ne tar-
derent pas a etre rejoints par huit de leurs confreres,MM. Abernethy, Whitman, Leslie, Perkins,
Frost,fChun, Gray et White, qui s'etablirent^les
uns a Clatsop, pres la pointe Adams, a l'embouchure de la Colombie et aux chutes du Ouallamet, les autres a Nesqually, au fort des Nez
Perces et au fort Colville.
Cette derniere station est fort importante pour
la Compagnie Anglaise; elle est situee sur la rive
gauche du Rio Colombia, a trois journees au-
dessus de la riviere des Tetes Plates. Le fort
Colville s'eleve au milieu dune plaine de quinze
cents hectares de superficie, qui constitue la seule
terre cultivable au bord de la Colombie, au-dessus de Van Couver. La Compagnie y possede
deux fermes, une forge, un moulin , cent bceufs
iv'fei'feifi METHODISTES. — ANARAPTJSTES. 243
et des chevaux; elle y recolte environ douze cents
hectolitres de bte , d'orge, de pois et d'avoine, et
beaucoup de pommes de terre. C'est ce point
qui fournit la plus grande partie de leurs vivres
aux forts du nord et de Fouest.
La plupart des ministres methodistes et ana-
baptistes sont maries; ils habitent de petites maisonnettes en bois; mais ils reunissaient autour
d'eux un si petit nombre d'Indiens, qu'a la fin
de 1842 ils sont presque tous partis pour les iles
Sandwich, a bord d'un navire anglais et d'un
americain, jugeant leur presence inutile dans
FOregon. Disons en passant, que la Compagnie
de la Rate d'Hudson et ses agents a Sandwich
accordent toujours avec empressement et a titre
gratuit le passage sur ses batiments aux methodistes , a leur suite, et en general a tous les Americains qui se ren dent soit du Rio Colombia aux
iles, soit de Sandwich a la cote Nord-Ouest.
Les navires anglais ne refusent meme pas de transporter sans frais des caisses de marchandises ap-
partenant aux methodistes. On concoit que cette
generosite apparenten'ad'autrebut que d'eviter,
a tout prix, la presence des navires des Etats-
Unis dans la Colombie, dont la Compagnie pretend garder le monopole.
L'etablissement principal  des Americains est
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244 PETITION AU CONGRES
celui du Ouallamet, oil resident, avec MM. Lee,
MM. Abernetlry et Whitman. Ces messieurs ont
fonde un hopital et une ecole; ils se livrent a
l'agriculture, et possedent deux moulinsa farine
et a scie, diriges par M. Reers, charpentier. La
liberte illimitee qui regne aux Etats-Unis, est
trop connue pour qu'on puisse supposer que le
caractere des methodistes soit purement religieux.
Plusieurs d'entre eux n'ont ete amenes dans
FOregon que par des affaires commerciales ou
agricoles. Ils percoivent presque tous uneindem.
nite allouee par le comite de Roston.
M. Lee a etabli une ferme assez considerable,
oil il possede environ quatre-vingts hectares de
terres closes, et ou il recolte deux cents hectolitres de bie, et autantde graines legumineuses etde
pommes de terre. Nous avons vu dans son ecole
une vingtaine d'enfants de toute espece, auxquels
on apprend Fanglais, et que Fon applique aux
travaux de l'agriculture et aux soins de la ferme.
M. Lee est le personnage le plus important de
tous les Americains residant dans le territoire de
FOregon; c'est lui qui, en 1839, adressa au congres de Washington la petition dont nous avons
parte, demandant un magistrat civil ou un gouverneur, afin de proteger les citoyens des fitats-
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Unis, qui forment, dit-il, le germe dun grand
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M. Lee est en rapports suivis avec son conipa-
triote M. Ringham, chef des methodistes des iles
Sandwich, connu en France par Fodieuse persecution qu'il fit exercer contre nos missionnaires, les abbes Rachelot, Short et Maigret. II en-
tretient aussi quelques relations avec les negociants americains des iles; mais tous les autres
citoyens des Etats-Unis n'ont de rapports com-
merciaux qu'avec la Compagnie d'Hudson. Cependant, en Janvier 1842, quatre charpentiers
americains, occupant pres de l'embouchure du
fleuve une baraque en bois laissee par Fescadrille
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des Etats-Unis, parvinrent a construire une petite goelette de vingt tonneaux, qu'ils nommerent
le Young Oregon, et avec laquelle ils esperaient
faire quelque trafic avec la Californie. II est douteux qu'un aussi faible navire resiste a la mer, et
quant aux expeditions mercantiles isolees des
Americains, on peut hesiter a croire qu'elles
puissent, avec leurs moyens bornes, faire une
concurrence serieuse a la Compagnie anglaise,
dont la puissance est affermie par des capitaux
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Documents du vingt-cinquieme Congres de Washington, troi-
sieme Session. Appendice H, pag. 3, n° 101.
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246       POPULATION AMERICAINE DE L'OREGON.
considerables et une excel!ente organisation.
C'est sur la rive gauche du Ouallamet, pres de
la station de M. Lee, que sont concentres les
colons americains; ils constituaient dans les der-
niers mois de 1842 une reunion de cent cinquante individus, qui, jointe a celle attachee
specialement aux methodistes, forme un total
de deux cents ames pour toute la population
americaine dansle Territoire en litige, tandis que
la population franco-anglaise, soumise en partie
a la Compagnie d'Hudson, s'elevait a la meme
epoqueau moins a trois mille personnes. Presque
tous les Americains appartiennent a la classe
hardie des back settlers des comtes de Fouest des
r
Etats-Unis; ils sont arrives dans le Rio Colombia
par terre, n'ayant la plupart pour tout bien
que leur carabine, et ont epouse des femmes
indiennes. Ce sont des hommes courageux et patients, ils sont plus aptes a la chasse, aux coupes
de bois et a la charpente qu'a l'agriculture.
Quelques families sont cependant venues des
Etats-Unis avec des wagons par la passe du Sud;
et Fon s'attend, dansle Territoire et aux Etats-
Unis, a voir, avant peu d'annees, le flot de la po-
pulati on emigrante se porter au dela des Montagnes Rocheuses; mais, jusqu'a present, ainsi qu'on
a pu s'en convaincre dans le cours de cet ou-
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POPULATION FRANCO-ANGLAISE. 247
vrage, c'est plutot vers les anciennes provinces
espagnoles du Texas, du Nouveau Mexique et
de la Haute Californie que ce mouvement s'est
opere.
Les Americains n'ignorent pas que ces provinces du midi sont de beaucoup superieures aux
regions septentrionales de FOregon, et qu'inde-
pendamment d'un climat plus doux, d'un sol plus
fertile, elles possedentd'inepuisables tresors me-
talliques. Neanmoins on voit, d'apres ce qui precede, que dans ces territoires contestes, les Americains sont encore bien loin de posseder les
memes elements de population, de marine, de
commerce et d'agriculture, qui font la force de
la Compagnie d'Hudson, representante des in-
terets anglais.
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fe' ,. fe';: CHAPITRE IX.
Exameit des pretentions de l'Angleterre et des Etats-Unis. —
Priorite des decouvertes. — Esprit des traites avec la France et
l'Espagne.—Historique des negociations. — Actes du Congres de
Washington. — Dernier Message du President relatif au Territoire
de l'Oregon. — Interet de la France dans la question. — Resume.
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Tachons d'etablir maintenant, par l'examen des
traites, quelle est celle des deux nations rivales
qui possede les droits les plus reels a la domination de cette contree. Chacune d'elles fonde ses
pretentions,  1° sur la priorite des decouvertes
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250 RASES DES PRETENTIONS.
faites par ses nationaux ; 2° sur les achats de terrains faits aux naturels; 3° et sur leurs traites
respectifs avec la France et FEspagne.
La premiere de ces pretentions est pour nous
sans aucune valeur, car il n'est presque pas de
point de la cote nord-ouest de FAmerique que les
Anglais et les Americains pretendent avoir re-
connu les premiers, qui n'eut ete explore long-
temps avant eux par les Espagnols. Ainsi, FAngleterre a voulu tirer avantage de ce que, suivant
elle, sir Francis Drake a decouvert la Nouvelle
Californie, que ses geographes ne craignent pas
d'appeler Nouvelle Albion; mais nous avons deja
prouve dans notre historique, que le pirate anglais n'arriva sur la cote que dans Fete de 1579,
et par consequent trente-sept ans apres Cabrillo
et Ferrelo qui Favaient exploreeen 1542 et 1543.
Drake ne songeait guere d'ailleurs a faire des decouvertes , il etait parti dans Funique but de piM
ler les Espagnols. cc Drake went only with design
cc to plunder the Spaniards | »
Quant a la soi-disant decouverte du Rio Co-
Mil
1 Dobbs : Abstracts of all the discoveries in the great Western
Ocean, pag. 136.
Voir Navarrete : op. eit., pag. xxxv de llntroduction.
Lives and voyages of Drake, etc. Edinburgh. 1831, pag. 48,
1 vol. in-8°.
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 f PRIORITE DES DECOUVERTES. 251
lombia par les navigateurs anglais Meares et
Rroughton, Fun des lieutenants de Van Couver
en 1792, et par F Americain Gray de Roston dans
la meme annee, il a ete deja etabli dans cet ou-
vrage, que des le 15 aout 1775, le capitaine espagnol Don Rruno de Heceta avait reconnu le cap
San Roque ou Desappointement,et l'embouchure
du fleuve auquel il donna le nom de Rio San
Roque, appele plus tard Rio Colombia \
Les Americains et les Anglais arguent aussi des
decouvertes faites par les capitaines des batiments
de leur marine marchande qui trafiquaient a la
cote Nord-Ouest a la fin du siecle dern|ei^ tels
que Portlock et Dixon , envoy es de Londres par
la societe des marchands de fourrures, et les capitaines marchands de Roston, Kindrick, Hancock,
Ingraham , etc. A eel a, il est facile de repondre
que Fon vit alors dans ces parages, independam-
ment des batiments espagnols, plusieurs navires
appartenant a d'autres nations, des Portugais,
des Russes, un Autrichien meme, et les deux batiments francais, le Solide, capitaine Marchand, et
j Voir Navarrete : Introduccion al viage de las Goletas,  etc.,
pag. xcv. ||l
Meares's account of his voyage. London, 1790. pag. 167.
Greenhow, Memoir hist, and polit. op. eit., pag. 125.
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252 ACHATS DE TERRAINS AUX INDIENS.
/« Flavie , de cinq cents tonneaux, capitaine Ma-
gon. C'est a cette epoque que Fillustre la Pey-
rouse decouvrit le port des Francais \
Quant aux achats de terrains faits aux indigenes,
et dont les deux parties esperent tirer un argument favorable a leurs pretentions, on sait fort
bien qu'il n'est pas de chef indien qui ne vende
dix fois son territoire a des capitaines europeens
pour quelques livres de tabac ou quelques bou-
teilles d'eau-de-vie.
Dans le traite de reconnaissance de Findepen-
r
dance des Etats-Unis fait par FAngleterre le
30 novembre 1782, dans ceux des 20 Janvier et
30 septembre 1783, et ceux des 19 novembre
1794 et 28 octobre 1795, entre FAngleterre et
les Etats-Unis, il n est pas question, h Farticle
des frontieres, des territoires situes a Fouest des
Montagnes Rocheuses. L'article 3 du dernier de
ces traites stipule seulement que les territoires de
la Compagnie de la baie d'Hudson ne seront pas
ml/
J Voir le voyage de Marchand, avec Pin traduction de Fleurieu.
M. l'Amiral Roussin, Ministre de la marine, a accorde au nom
du Roi une recompense honorifique a M. E. Raux, un des ar-
mateurs du Solide. (Moniteur du 25 mai 1843.)
Greenhow, Memoir hist, and polit. op. eit., pag. 87 et 89.
Navarrete, op. eit., pag. 20, pour la presence de la Flavie •&
Noutka, le 26 mai 1792. Sill
teVfe   fe
RORNES DE LA NOUVELLE FRANCE. 253
accessibles aux citoyens des Etats-Unis. Or, si,
comme nous Favons dejaprouve, les limites entre
la Nouvelle France et les contrees dont le mono-
pole etait reserve a la Compagnie anglaise, n'ont
pas ete determinees clairement, meme apres le
traite d'Utrecht, il est incontestable que, ou la
Nouvelle France, ou les territoires de la Compagnie d'Hudson s'etendaient jusqu'a la Mer Pacifique , et que si les Espagnols ont reconnu la
cote nord-ouest de FAmerique, les Francais ont
decouvert Finterieur du continent en allant de
Fest a Fouest. En effet, toutes les anciennes cartes et les auteurs les plus dignes de foi portent
les limites des possessions francaises du Canada
jusqu'a la mer du Sud.
L'Escarbot dit textuellement : « Ainsi, nostre
« Nouvelle France a pour limites du cote d'ouest
« LES TERRES JUSQu'a LA MER DITE PACIFIQUE, EN DECA
« du tropique du cancer , au midi les isles de la
cc Mer Atlantique, du cote de Cube et de Fisle Hes-
« pagnole : au levant, la Mer du Nord qui baigne
« la Nouvelle France, et au septentrion cette terre
« qui est dite inconnue vers la Mer Glacee jus-
cc qu'au Pole arctique. » Champlain, en traitant
des pretentions reciproques de la France et de
FAngleterre, s'exprime ainsi : cc Or, le commun
« consentement de toute FEurope est de depein-
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254 EXAMEN ATTENTIF
cc dre la JNouvelle France comme s'etendant au
cc moins au 35e et 36e degre de latitude, ainsi
cc qu'il appert par les mappemondes imprimees
en Espagne, Italie, Hollande, Flandre, Allema-
gne et Angleterre meme fe »
Une grande carte espagnole manuscrite cons-
truite a Florence, en 1606, et dediee au roi d'Espagne Philippe III, par le savant cosmographe
Neroni, porte les limites de la Nouvelle France
a Fouest sur la Mer Pacifique, environ jusqu'au
cap Rlanco d'Aguilar, vers le 42e degre de latitude2. La carte hollandaise tracee a Edam, en
1610, par Harmen Joannes et Marten Janssens,
donne a la Nouvelle France les memes limites
que la carte espagnole. Une carte anglaise de
Henry Ellis, gravee en 1747, donne a Fouest
de la Nouvelle France le pays voisin du cap
Rlanco3*  Enfin,   la carte qui accompagne les
MH'&?
1 Histoire de la Nouvelle France par Marc I'Escarbot, 1 vol.
in-8°. Paris, 1617, pag. 30.
Les voyages de la Nouvelle France occidentale, dicte Canada,
faits par le sieurde Champlain, etc. ln-4°, Paris, 1632, avec cartes.
a La carte de Neroni, marquee P n° 3, est a la Ribliotheque
royale, salle du XVlle siecle, ainsi que la carte hollandaise
R n° 884.
3 Archives des Affaires etrangeres, n° 8,562 du Depot des cartes
et plans. iff!*'
255
DES ANCIENNES CARTES.
« Memoires des commissaires du roi et de ceux
de Sa Majeste Rritannique en Amerique, » gra-
vee en 1757, demon treegalem en t que la Nouvelle
France s'etendait jusqu'a la Mer Pacifique. L'on
va voir plus bas, qu'il n'est pas surprenant de
trouversur ce plan, au45e degre de latitude, sur
la Cote Ouest de FAmerique, une grande riviere
dont la direction est exactement celle du Rio
Colombia. L'embouchure du fleuve est signalee
comme tres-considerable, et il existe a peine un
degre d'erreur en latitude entre la position indi-
quee sur la carte et celle mieux determinee de
nos jours; erreur qui paraitra peu de chose, si
l'on se rep