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L'Orégon et les côtes de l'Océan Pacifique du Nord. Aperçu géographique, statistique & politique, avec… Fédix, [P. A.] 1846

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1846.   IK
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L'OREGON
ET LES COTES
DE L'OGEAN PACIFIQUE DU  NORD.
?s  « Rendos & C6sar ee qui appartieifl, & C&sai*.»
f>
he fond de cette brochure se compose
de trois elemens principaux : ge'ographie,
histoire, diplomatic
Je dois a M. Wild, geographe de la
reine et de Famiraute anglaise, les docu-
mens les plus re'cens obtenus sur I'Ore'-
gon, sur la ge'ographie inte'rieure de ce
pays, ses habitans, etc., ainsi que la sta-
tistique des principaux etablissemens qui
1
i
i is
y ont ete formes pour le commerce des
fourrures.
La carte a e'te dessinee d'apres les der-
nieres qu'il a publiees sur ce sujet.
Pour les documens historiques, je n'ai
eu que Fembarras du choix. II existe de
trop nombreuses relations des voyages
entrepris sur ces cdtes depuis Fernand
Cortes et Drake, jasqu'a Cock, Lapey-
rouseetDumont d'Urville, pour que j'aie
eprouved'autre difficulty que celle d'abre-
ger par un expose sec et precis leurs
longs et interessans recits.
Quant a la diplomatic, elle embrasse
deux periodes bien distinctes : l'une, &n-
terieure a -1790^ commence aux premieres
contestations entre l'Angleterre, l'Espa-
gne et la Russie, et continue jusqu'k la
reprise des negociations dans ces derniers
temps; la seconde embrasse ces negociations jusqu'a ce jour.
Pour la premiere, j'ai emprunte beau-
coup au memoire redige par M. Greenhow p&ur le ^ouverftemetit americaiii, et je
driis dire a sa louange q«e j'y ai trouve'
un expose des faits dont Texactitud^ et
I'impartialite m'ont edifie. II ecrivait eft
\ 84<k A»jourd'hui$ pent-etre^iilki ^erait
difficile de se maintenir dans la meme
ligne.
Pour la seconde partie, les documens
ae m'ont pas manque 5 il m'a suffi de paf-
courir les journaui anglais et ame'ri-
cains pour n avoir encore qu£ rfembarras
du choix. Cependant jW eua megarder
de I'esprit de partialiCl qui y regne ; cela
se con^it: ils sont Anglais et Americains.
Pour nous, qui sommes Franks et qui
assistons etai quelque sorte corame Simples
spectateurs au debat, j'ai pense qu'il su£-
firait d'exposer les faits avec le moins d?e
Aommentaires possibles. Je mse suis sul*-
tout attache a donner textuellement les
-documens officiels dans tout ce qui s'y
rapporte a la question en litige, afin que,
si je me suis trompe dans mes appiffeia-
«s$ m
£%
• • •
Vllj
tions, le lecteur soit a meme de les rectii-
fier et de se faireune opinion personnelle.
J'ai du beaucoup aussi aux articles sur
l'Oregon, publie's il y a quelques semaines
par le Courrier francais; j'y ai vu avec
plaisir qu'il partageait ma pensee sur l'ave-
nir de ce vaste territoire, et sur la possibility d'une transaction honorable entre
les deux puissances pour lesquelles il est
devenu un objet de litige. Si cette transaction, dictee par des sentimens tout fran-
gais, avait lieu, ce serait au Courrier que
nous devrions de Fa voir proclame le premier parmi nous.
Merci done a euxtous; merci sur tout a
M.Wild que j'ai l'honneur de compter
parmi mes amis, bien que mon opinion
differe quelquefois de la sienne dans
Tappreciation de certains faits relatifs a
sa nation ; je disais tout-a-1'heure ils sont
Anglais et Americains, j'ajoute mainte-
nant: il est Anglais je suis Frangais.
Quand done sera venue pour l'huma-
► IX
nite cette heureuse periode predite par
Beranger, ou toutes ces barrieres qu'on
appelle frontieres seront effacees de la
surface du globe, et ou nous pourrons
chanter avec le poete:
Peuples, formons une sainte alliance
Et donnons-nous la main.
Un Musulman repondrait : Dieu est
grand ! et les destinees de l'humanite doi-
vent s'accomplir.
Moi, je me contente de dire : Espe-
rons!!!
i/Auteuiu
Paris, 20 mars 1846. i DE LOREGON
W? DES €0T&$
DE L'OCEAIV PACIFIQIJE gU NORD*
APERCU
GfiOGRAFHIQQB, BISTORIQUE ET STATISTIQW,
INTRODUCTION.
II- s'est passe du temps depuis cette epoque
ou 1'Espagne et le Portugal se partageaient le
monde, et ou un pape (Alexandre VI) leur en
donnait Finvestiture. Alors la civilisation euro-
p6enne etait loin de se douter des interGts qui
s'agiteraient plus tard pour elle dans ces immen-
ses continens dont peu d'annees auparavant elle
ne soup^onnait pas m6me Fexistence. Des trois
pufesanees preponderantes de FEurope actuelle,
Fune (fe Russie) etait encore barbare; une autra
"wrti i t M
(FAngleterre) usait ses forces et son 6nergie dans
ses luttes intestines et ses guerres de famille ;
le souverain de la troisieme (la France), seul
alors enetatde protester contre Fenvahissement
espagnol, se contentait de demander quel etait
Farticle du testament d'Adam qui avait con-
fere la propriete du Nouveau-Monde a son frere
le roi catholique; car alors les empires s'acque-
raient, non par les nations, mais par les princes
et au nom des princes.
Cependant la domination espagnole devait
durer peu. Fondee sur la violence et le pillage,
elle devait avoir le sort qu'ont tous les despotis-
mes, c'est a dire se devorer elle-meme.
Puis les pouvoirs europeens ne tarderent pas
a protester de fait contre la possession exclusive
quevoulait s'attribuer FEspagne, en prenant
leur part de ces nouvelles con trees et en y en-
voyant des colonies.
C'est qu'une nation aura beau, lorsqu'uiule
ses navires aura ete jete sur une c6te par le Ba-
sard ou par une tempe* te, planter un poteau sur
cette cote et en prendre possession au nom de
son souverain ; ses geographes auront beau figu-
rer sur leurs cartes ces possessions nouvelles
paysde piagaiflques lignes bjeuess rouges pu ver^ — 13 —
tes, il est un droit plus puissant que celui de*ri-
vant d'un poteau plante ou d'une ligne coloriee,
c'est le droit qu'a chaque peuple, suivant son
activite et son intelligence, au partage de tous les
biens que contient Funivers; c'est le besoin
d'equilibre indispensable dans la force et dans
Fetendue des nations, besoin qui derive pour
elles de Finstinct naturel de leur propre conservation. L'Angleterre fait maintenant dans les
mers du Sud ce que faisaitiFEspagne a la fin du
quinraeme siecle sur le continent americain, et,
comme FEspagne, elle sera obligee de livrjer un
jour au commerce du monde ces monies pays
dont elle cherche a exclure les autres nations
europeennes. Chaque peuple a sa mission provi-
dentielle qu'il accomplit sans s'en douter dans le
grand oeuvre de la civilisation; celle de FAngleterre, en ce moment, est d'ouvrir de nouvelles
voies a Factivite et au commerce de FUnivers.
Avant que les colonies anglaises n'y eussent
conquis leur independance, FAmerique du Nord
se partageait entre FAngleterre, la France, FEspagne et la Russie. Plus tard, Findependance
des Etats Unis et la perte de ses colonies par la
France vinrent changer J'economie politique
4e*<?epays?  . ... . ..vh:§ . :#i ■ — 14 —
L'Espagne j qui possedait presque tous les
affluent du golfe du Mexique et les immenswr
c6tes haignees par FOceaa Paeifique, s'est vue
resserr^e successivement vers ces c6tes par les
adhesions de ses provinces al'Union americaine;
la republique du Mexique, formee par Femamei-r
patkp des colonies espagnoles , a eu le m&me
sort ? le Texas vient encore d'augmenter a son
detriment F&endue des domaines de ses vok*
sins, et il est probable qu'obeissant aux m&mes
tendances, elle finira par faire par tie, elle aussi,
de FUnion americaine; en seyte qu'il n'y aura
plu& dans la partie dnrilisee de FAmerique d«i
Nord, qu'une vaste et immense republique, sou*
mise aux mtoesprincipes, aux m6mes lois, participant aux m&mes avantages et »'ayant qu'nn
mtoe int&r£t.
Les Etats-Unis se sont agramdis* successivement
de tout oe que perdaient FAngleterre et FEspa-
gne. La republique de Washington occupe au-
jourd'hui la plus* belle, la plus rfehe et la plus
vaste par tie db continent americain, e'est a dire
du e&te de fo mer presque tout le littoral cfe
FOcean Atlantique et une grande partie du golfe
du Jfexkpue, efcdans lestejrres, elle s'6tend jus-
qu'aux sources de ces fleuves gigantesquas qui arrosent et qui fertilisent les immenses val&es
dont sont formes ses domaines.
L'Angleterre possede au nord des Etats-Unis
Fancien Canada francais, etles terres que baigne
la baie de Hudson jusqu'au detroit de Baffin.
La Russie, qui voulait avoir un pied sur le
continent amerieain, a pris les terres les plus
rapprochees de ses possessions asiatiques, cf^st
a dire la Peninsule qui se trouve au dela du de*
troit de Bering, en trel'Gcean Paeifique etla mer
de Kamschatka. Si Fon en excepte les fourrures,
ce pays, &pre etmontagaeux, est sans importance
eomme production. Ce n'est qu'une station con**
merciale, un point de refuge pour la marine et
pour les p&cheuFs russes.
D'apres ces dispositions, les cdtes de FQcean
Paeifique du nord sembleraien* appartenirexclu-
sivement au Mexique et a la Russie, car elles sont
separees naturellement des possessions &§ FAngleterre et de celles des Etats-Unis par la grande
chaine des montagnes Rocheuses qui forme 1%
continuation des CordiHi&tes dans FAmerique
septentrionale. Mais ces deux dernieres puissances avaient un inter£t considerable a se p?oeu~
rerune entree dans FOcean Paeifique pour leur
communication avec FInde et le nord de FAsie.
fa 1
— 16 —
Aussi se sont-elles efforcees, chacune de son
c6te, de separer les frontieres de FEspagne (au-
jourd'hui le Mexique), de celles de la Russie, afin
de se menager unintervalle libre entreles deux.
Cet inter6t s'est encore augmente pour FAngleterre depuis ses nouvelles eonqu£tes dans FAus-
tralie et dans la Polynesie. C'est ainsi qu'elles
sont parvenues a faire fixer les frontieres du
Mexique au 42e degre de latitude et celles de la
Russie au 54e degre 40 minutes, c'est a dire
a 12 degres 40 minutes plus au nord.
C'est cet espace de 12 degres 40 minutes,
c'est a dire plus de 300 lieues le long des cdtes
de FOcean Paeifique entre les possessions du Mexique et celles de la Russie, que les Anglais et les
Etats-Unis se disputent depuis un demi-siecle,
et pour le partage duquel ils ne peuvent pas s'ac-
corder.
Ce pays est arrose par deux beaux fleuves, le
Fraserset la Colombie, et est designepar les geo-
graphes sous le nom d'Oregon. fph
Le grand inters t qui domine dans la querelle
actuelle est mpins dans l'importance du pays en
lui-meme, bien qu'il soit riche et fertile , que
dans la conservation d'une route pour Fexpor*
tetion de? pyoduits des deux potions voismes,r — 17 —
Pour FAngleterre surtout la position est capi-
tale. To be or not to be, §treou ne pas 6tre, telle
est la question pour ses possessions dans le nord
de FAmerique; car ses possessions deviennent
a peu pres inutiles entre ses mains, si elle n'a
pas la possibility de les rallier aux autres possessions bien autrement importantes qu'elle a
dans les mers du Sud et sur le continent asiati-
que; or, cette possibilite elle la per^d si le che-
min de FOregon ne lui reste pas ouvert.
C'est aussi ce qu'a compris le president actuel
de la republique des Etats-Unis. La politique
americaine doit 6tre, ainsi qu'il Fa exprime dans
son dernier message au congres, de repousser
autant que possible les etablissemens europeens
loin du continent du Nouveau Monde; or, en
voulant fermer la Colombie aux navires anglais,
il est consequent aveccette politique; c'est reel-
lement repousser les Anglais du continent
americain et les condamner a y abandonner
t6t ou tard les etablissemens qu'ils y posse-
dent.
Voici done deux inter&ts bien etablis, bien
prononces, et comme Finteret est la mesure des
actions, il est probable que la lutte sera longue
et ardente; car ni Fune ni Fautre des deux
i
■*
rsam m
pui§§anefes ft§ ?oudr& cider tfiap§u®§ du fefffcufc
qu'elle #oit tui Ippartcfel^
II y a eft Aflgieterre uft parti de Gallophobes
qui ^tie Pdtfe chaque M^qull entenfl prononcer
tehom de la France. Derailment, da#s une$#*
pice die socle^S parlante, ma&geante et dahs&r$^
appelee le BfWi&efo and foreing intitute, M. V^r-
§orM di&ait que les co¥respondances angtMses
$taient viblees et pill£es par le gouvernemsfit
frangais, et toute Fassistance de crier bravo
et d^pplaudir!
Nous avons Regalement nos Anglophobeil £ft
France qui, atant toiit exainen, et systematiqti&-
ment, donnent tort a ¥Angleterre dans tdiUfci
les questions ou son inter^t se trouve m&le. Ces
txagerations de part et d'autre ne sont pas seu-
fttnent inconsfcquentes, elles sont dangereuses
en ce'kqu'elles faussentle jugement, et surtouten
ce qu'elles entretiennent parmi les habitans des
deux pays un esprit de suspicion, des fermens
de jalousie et dehaiile qui reagisssent jusque
sur leurs relations commerciales.
Quant a nous qui, bien que tres bons Francis, pensons que la France et FAngleterre peu-
vent egalement trouver place au soleil, nous
avons appreci& la question avec impartiality ex-
fc« — 19 —
posant les faits, en indiquant les consequences,
et laissant a ceux qui voudront bien nous lire la
liberte de les juger de leur point de vue, en sui-
vant leurs affections et leurs predilections per-
sonnelles. m 21
PREMIERE PARTIE.
GEOlGRAPHIE   ET  STATISTIQUE.
GEOGRAPHIE DE L'OREGON,
LIMITES,
La plupart des geographes pensent que le nom
d'Oregon servait aux Indiens pour designer le
bras principal de la Colombie; quand le fieuve
eut perdu son nom pour prendre celui du vais-
seau que montait le capitaine Gray en 1789 lors-
qu'il y penetra pour la premiere fois, Fancien
nom de la riviere fut donne aux pays qu'elle ar-
rosait.
iifflk — 22 —
En etendant ee nom h tout le temteire dont
FAngleterre et les Etats-Unis se disputent au-
jourd'hui la possession, FOregon a pour li-
mites:
Au Nord, les possessions russes fixees au 54e
degre 40 minutes de latitude par le traite de
1824 entre les Etats-Unis et la Russie, et par
celui de 1825 entre la Russie et le gouverne-
ment britannique.
Au Midi, la Californie superieure apparte-
nant au Mexique. Le traite de la Floride, con-
clu en 1819 entre les Et$ts-Unis d'une part, et
FEspagne, alors proprietaire du Mexique, d'au-
tre part, a fixe les limites des deux Etatp au 42e
degre de latitude en suivant cette ligne depuis
la mer jusqu'aux montagnes Rocheuses. Le
Mexique, devenu independant de FEspagne, a
accepte les m&mes frontieres.
it i'Esty la grande chaine des montagnes Rocheuses qui le separent des Etats-Unis jusqu'au
49e de latitude nord, et des possessions anglaises
au nord du 49e de latitude, conformemcnt au
traite de 1807 et a celui de 1818 entre FAngleterre et les Etats-Unis.
Au Midi, FOcean Paeifique du Nord.
Les geographes anglais ne font commencer le
<>a — 23 —
territoire de FOre*gon qu'au d6troit de Fuca;
toute la partie superieure baign^e par le Fra-
sers ou g'^tendanl le long de la mer jusqu'ala
frontiere russe, est designee sur leurs cartes
par les noms anglais du nouveau Cornouailles,
nouveau Hanovre, nouvelle Caledonie. Cepen-
dant, eomme les pretentions des Etats-Unis s'e-
tendent jusqu'ala frontiere russe; comme (fun
autre c6te, dans le langage de la politique on
est convenu d'appeler Oregon tout Fobjet du
litige, j'ai cru devoir me conformer a cette der-
niere pensee, laissant a la diplomatic ou a la
guerre le soin de decider laquelle de ces deux
geographies sera la veritable.
Ces Kinites n'ont pas ete determinees seule-
ment par les caprices et la volonte des homines; la nature semble avoir pris soin de les
tracer elle-m&ne pour les faire servir de defense a un centre de civilisation puissant et
nombreux; car d'un c6te c'est la mer, et des
trois autres c6les ce sont des montagnes presque infranchissables qui entourent et qui abri-
tent de toutes parts un nombre considerable de
vallees fertilisers par les nombreux affluens
des deux grands fleuves qui serpen tent le pays
dans tous les sens, le Frasers et la Colombie.
« — 24 =~
L'interieur de FOregon a ete peu explore^: il
n'y a de veritablement connus que le littoral de
lamer et les bords des deux rivieres jusqu'aune
certaine distance dans les terres. C'est la seule-
ment qu'ont ete formes quelques etablissemens
coloniaux et qu'ont ete etablies les stations des
compagnies commerciales qui viennent depuis
un demi-siecle s'y approvisionner de fourrures.
^%y
LITTORAL.
Tout pres de la frontiere russe, entre les 54
et 52e paralleles, est une grande He triangulaire
separee de la terre ferme par une distance
moyenne de 50 lieues. Elle est appelee par les
Americains ile de Washington, par les Anglais
ile de la reine Charlotte.
Suivant les Espagnols, cette ile aurait ete de-
couverte par eux en 1774; suivant les Anglais,
ce serait le capitaine Dixon de Londres qui, le
premier, en aurait determine la position en
1787 et lui aurait donne le nom de son vaisseau
la Heine Charlotte; enfin, suivant les Americains, le capitaine Gray, commandant le sloop
le Washington de Boston, en aurait fait le pre- — 25 —
mier la circumnavigation et Faurait appelee Ile
de Washington. C'etait la station favorite des
marchands de fourrures americains.
Entre cette lie et la terre est Farchipel de
Pitt, dans lequel la compagnie de la baie de
Hudson a un comptoir; la terre, situee en face,
est sillonnee par un grand nombre de canaux
formes par la mer, et qui lui donnent une phy-
sionomie a peu pres semblable a celle de la
Hollande.
Plus loin, au sud, apartir du 51 jusqu'au 48
lr2 parallele, se trouve une autre grande ile
longeant les terres sur une etendue de 200 mil-
les. Le detroit de Fuca et le golfe de Georgie la
separent du continent; Quadra et Vancouver lui
ont donne leur nom. Le point le plus important
de cette ile est le golfe de Nootka, vers le 49°
34 minutes parallele, et dont la vaste baie of-
fre une rade sure pour les vaisseaux. C'etait la
le principal rendez-vous des marchands de fourrures et le lieu ou se sont passes presque tous
les evenemens un peu importans dont ces parages ont ete les temoins. ^
Tout tend a faire de Nootka Fun des points
les plus avantageux des cdtes occidentales de
FAmerique du Nord; outre sa baie qui, ainsi
* — 26 —
que nous venons de le dire, oflre un abri frur
pour les navires de tous les tonnages, son climat
est tempere comparativement a ceux des autres
pays situes sur la me*me latitude; le sol envi-
ronnant est fertile et donne en abondance des
grains^ des fruits et des legumes. La volaille et
les quadrupedes de nos contrees s'y acclima-
tent parfaitement; il est couvert d'arbres ma-
gnifiques; ses eaux sont abondamment pouiS^
vues de poissons; les fourrures qu'on y recueille
sont des plus recherchees; enfin Fon a decou-
vert dans son voisinage des gisemens de houille
considerables.
Le bras de mer qui separe File Quadra-Vancouver de la terre ferme presente les mouillages
les plus surs de toutes ces c6tes. La baie de Pu-
get, autour de laquelle les Anglais ont commence
dans ces derniers temps un systeme regulier de
colonisation, est situee a l'extremite d'un canal, faisant suite au detroit de Fuca et s'avan-
$ant dans les terres, vers le Sud, jusqu'a une
distance de quelques lieues seulement de la
Colombie. S
Le Frasers, Fune des deux grandes rivieres du
territoire del'Oregon, vient se jeter en face de
File de Vancouver, dans le golfe de Georgie; tl H
— 27 —
a sa source dans le Nord-Est, a quelquesUeues
au dela des frontieres russes.
Depuis le cap Flattery, au sud du detroit d£
Fuca, jusqu'k la frontiere mexicaine, la terra
est baignee par FOcean Paeifique.
Le littoral de FOregon se divise done en deux
parties distinctes : Fune, a partir de la frontiere
ru^e jusqu'au cap Flattery, est bordee par des
ties; Fautre, qui commence au cap Flattery et
s'e&nd jusqu'a la frontitee mexicaine, donne
sur la grande mer de FOcean Paeifique.
La premiere renferme un nombre considerable de ports et de baies pour les vaisseaux de
tous les tonnages; la seconde, au contraire$
n'oflxe aux marins que deux refuges, Fun a
Fembouchure de la Colombie, a quelques milles
de la mer, dans la baie de Gray, encore ne peut*
il recevoir que les navires de petit tonnage ; c&
pendant, d'apres Vancouver, il serait facile d'y
corriger, par des travaux d'art, les imperfections de la nature, et consequemment d'y former un bon port; le second, plus au Sud, esjtre
la Colombie et la frontiere mexicaine, a Fembouchure d'une petite riviere, la Umqua, dans
laquelle peuvent s'abriter les vaisseaux qui ne
prennent pas plus de huit pieds d'eau. La cdm-
e
t
IIP"
ip
£2&. — 28 —
pagnie de la baie de Hudson y a un comptoir.
II faut ne point oublier cette difference dans
les mouillages entre la partie du littoral placee
au sud de la Colombie et celle placee au nord
de la m&me riviere; car FOregon pourra deve-
nir dans la suite une province habitee et culti-
vee : cela est possible, probable m&me. Mais
jusqu'a present son importance s'est reduite a
celle d'une station de p&che et d'un entrepot
commercial pour les fourrures apportees de Fin-
terieur par les Indiens. Sous ce dernier rapport,
la partie des c6tes placee au sud de la Colombie n'offre que peu de ressources au commerce;
son importance est consequemment beaucoup
moins grande que celle de la partie superieure
que protegent de grandes lies, et dans laquelle
se rencontrent des mouillages surs et nombreux;
c'est la precisement la partie que voudraient
s'attribuer les Anglais, ne laissantaux Etats-
Unis que des cotes inabordables, placees entre
Fembouchure de la Colombie et la Californie
superieure.
INTERIEUR  DES  TERRES.
La principale physionomie de FOregon con- — 29 ~
siste en une succession continuelle de montagnes et de vallees qu'interrompent seulement
quelques plaines de peu d'etendue. Outre les
montagnes Rocheuses qui forment sa frontiere a
FEst, il est parcouru du Sud au Nord par deux
autres chaines qui courent parallelement entre
elles.
II en resulte une division naturelle du pays
en trois grandes regions qui different essentiel-
lement de climat, de sol et de produits.
La premiere de ces regions, qu'on appelle ha-
bituellement le Pays-Bas, longe les cdtes et
s'etend jusqu'a la premiere chaine de montagnes ; elle a une largeur qui varie de soixante a
cent milles anglais (quarante lieues). La seconde
occupe le terrain situe entre la premiere et la
seconde chaine de montagnes: on Fappelle le
Pays-Moyen.
Enlin, la troisieme, ou Haut-Pays, occupe le
surplus du territoire jusqu'aux montagnes Rocheuses.
Toutes ces divisions sont parcourues et arro-
sees par la Colombie et ses nombreux affluens,
lesquels decoulent dans toutes les directions des
montagnes Rocheuses , resolvent dans leur
course un nombre considerable de pe(iites rivie- m
.
— Bores et se reunissent dans la region du Milieu ou
ils forment le principal bras du fleuve.
La chaine de montagnes la plus rapprochee
de FOcean Paeifique, celle qui sert de limite a la
premiere region, a re^u divers noms sans qu'au-
cun d'eux n'ait ete adopte d'une maniere gene-
rale. Les uns Font appelee montagnes de la Ca-
lifornie, d'autres monts Klamets, montagnes de
la Cascade; enfin, un citoyen americain, M^
Kelly, a propose de l'appeler la chaine du President, et de donner aux sept principales poin-
tes qui s'elancent de leurs sommets comnie sept
ddmes majestueux, le nom des chefs qui se sont
succede dans le gouvernement des Etats-Unis
depuis Washington jusqu'au president Jackson.
Gependant le nom de montagnes de la Cascade
parait avoir prevalu; il est justifie par les chutes que forme la Colombie en les traversant.
Cette chaine sett a rattacher entr'eux le mont
Saint-Elias au Nord et les montagnes de la Ga-
lifornie au Sud; ses principaux sommets sont
ceuverts de neiges perpetuelles.
PAYS-BAS.
La contree de FOregon designee par les ha- — SI —
Jbitans sous le nom de Pays-Bas, est d'une lar-
geur qui varie, ainsi que nous Favons dit dejk,
de soixante a cent milles a partir de la mer et
s'etend tout le long du littoral jusqu'a la valine
de Frasers; elle est semee de petites collines
couvertes d'arbres magnifiques et qui renfer-
ment entre elles des vallees riches et fertiles.
Le climat y est tempere et plus favorable pour
Fagriculture que celui d'aucune autre partie de
FOregon.
Les etes y sont chauds et sees; d'avril a octo-
bre, quand soufflent les vents de FOuest, il y
pleut rarement. Pendant les autres mois, au
contraire, les vents du Sud y sont a peu pr&s
continuels, et alors les pluies y sont incessan-
tes, dans la basse region surtout. Cependant, a
inesure qu'on s'eloigne de Focean, les pluies de-
viennent moins frequentes et moins abondantefc.
Ainsi, dans le voisinage des montagnes Rocheuses elles se reduisent a peu de chose et ne ton\-
bent qu'au printemps.
La neige est fort rare dans les vallees de la
basse region, et il n'y gele presque jamais, §e
qui permet d'y labourer les champs dans toutes
les saisons.
Ce pays, dit un negotiant americain qui Fa — 32 —
habite, M. Wyeth, peut se prater avantageuse-
ment a la culture du froment, de Forge, de Fa-
voine, du seigle, des pois, des pommes de terre
et de toutes les ratines cultivees dans le nord
des Etats-Unis. Les races chevaline et bovine y
reussissent assez bien; les hivers n'etant pas ri-
goureux, elles peu vent trouver leur nourriture
dans les champs, meme pendant cette saison;
les pores y vivent et y multiplient, mais n'y e^r
graissent pas.
Cependant Fagriculture doit y souffrir de la
secheresse des etes, surtout pour ceux de ses
produits quine murissentque vers la fin de la
saison.
M. Wyeth ne parle pas de la vigne; il est probable que sa culture y reussirait, car les bords
de la Colombie sont parfois encombres de plants
de vigne sauvage, d'une vegetation tellement
vigoureuse, que s'enlacant entre eux, ils ont
fini par rendre la riviere inabordable dans cer-
taines de ses parties. La secheresse me4me du
climat pendant Fete, qui peut £tre defavorable
a d'autres produits, y favoriserait au contraire
la maturite du raisin.
En somme, le sol y est riche, m£me dans les
parties elevees; mais il y aura des frais conside- — 33 —
rabies a faire pour le mettre en etat de culture,
enbrulantle gazon, et en le debarrassant des
6normes troncs d'arbres qui Fencombrent.
Les prairies ne manquent pas non plus a cette
region, sur tout dans le voisinage des rivieres ou
elles sont excessivement fertiles et a Fabri des
inondations.
Suivant les rapports de tous les voyageurs,
les forests y sont magnifiques. Ross-Cox dit
avoir rencontre pres d'Astoria, a environ huit
milles de la mer, un sapin qui, a dix pieds du
sol, mesurait quarante-six pieds anglais de circonference, s'elevait a cent cinquante-trois
pieds avant de laisser echapper aucune branche,
et n'avait pas moins de trois cents pieds de hauteur to tale. II cite un autre arbre de la m6me
espece,situe sur lebord de FUmqua, dontle
tronc a cinquante-sept pieds de circonference et
ne s'eleve pas a moins de deux cent seize pieds
avant la naissance des branches. Enfin, ajoute
Cox, les pins de deux cents a deux cent quatre-
vingts pieds de haut et de vingt a quarante pieds
de circonference n'y sont pas rares.
v 34 —
DEUX1EME REGION, REGION DU MILIEU
Les montagnes Bleues qui forment la limite
entre la seconde et la troisigme region, courent
du Nord au Sud entre la chaine des Cascades et
ceUie des montagnes Roqheuses; cependant elles
sont moins regulieres que ces deux derniere^
et leurs sommets s'abaissent sur plusieurs points
pour former des vallees, qui sont wJinees taftp
t6t vers les montagnes Rocheuses, tan tot vers
la mer; les montagnes Bleues suivent en partie
le 118e degre* de longitude de Greenwich etpar-
tagent le territoire de la Colombie en deux moi*
ties a peu pres egales. Elles sont escarpe$s,
roeheuses, volcaniques, couvertes a leurs sommets d'une neige perpetuelle.
La generality de la region du Milieu est plus
elevee, plus aride et moins fertile que le Ba#*
Pays; elle consiste principalement en plaines
entourees de montagnes dont le sol forme d'ar-
gile jaune est couvert de gazon et d'abrisseaux
rabougris. Les arbres de construction y sont
tres rares ; ceux qu'on peut y voir sont presque
tous d'essence de bois blanc, tels que le saule — £5 —
et le eetonnier; encore ne les trouve-t-on que
dans le Viisinage des rivieres.
Neanmoins, pendant Fete le climat y est sa-
lubre et agreable; les pluies s'y font moins sen-
tir que dans la premiere region. Quelques essais
de culture y ont ete tentes; mais ils n'ont pas
donne les resultats qu'on en attendait; aussi
Wyett pense-t-il qu'elle doit se borner pr&sen-
tement aux besoins d'une population de bergers,
et seulement au pied des montagnes et sur le
bord des rivieres, sauf a §tre etendue et augmented au moyen des irrigations si les ae-
eroissemens de la population venaient a Fexi-
ger.
S'il est peu propre a la culture des cer^ales,
ce pays offre en compensation les meilleurs
p&turages peut-^tre du monde. A quelques
milles de la Colomhie sont d'immenses prairies
couvertes d'herbages excessivement nutritifs et
qui ont Favantage de se conserver verts pendant toutes les parties de Fannee. La vallee qui
les renferme a plus de 150 milles d'etendue, et
le pcitre peut y donner a ses troupeaux des pa-
turages toujours frais en les rapprochant gra-
duellement des montagnes a mesure que les
chaleuF^se font sen*ir.
b m
i
— 36 —
C'est dans cette vallee que les marchands de
Finterieur et les Indiens viennent s'approvision-
ner de chevaux; il n'est pas rare de voir un
seul de ces Indiens en emmener des centaines a
la fois.
Unjuge competent, M. Greenhow, auquel
j'ai emprunle la plus grande partie des docu-
mens quiformentcet aper^u, pense qu'on pour-
rait en retirer des viandes salees, des suifs et
des cuirs qui ne le cederaient pour la qualite k
ceux d'aucune autre partie de FAmerique du
Nord. II n'y a pas dedoute, continue le m£me
auteur, que dans un pays ou le climat est tempore, ou il tombe peu deneige et ou il n'y a presque pas de gelees, l'education des moutons ne
soit susceptible d'obtenir un developpement
considerable. — Quelques essais tentes dans ces
derniers temps sont venus justifier pleinement
cette opinion.
C'est, en outre, un des plus sains de tous les
pays connus, en raison probablement de ce que
la vegetation y etant limitee, il y a peu de corps
organiques en decomposition; puis de ce que le
sol etant generalement decouvert, les vents y
circulent librementet emportent tous les mias^
mes deleteres a mesure qu'ils s'y forment.
I ' Ai — 37
TROISIEME REGION (HAUT-PAYS).
Les montagnes Bleues a FOuest et les montagnes Rocheuses a FEst ferment les limites de la
troisieme region. Sa partie meridionale n'est
qu'un vaste desert; sa partie septentrionale
n'est guere plus avantageuse. Les montagnes y
sont escarpees, les vallees profondes et etroites,
ce qui leur a fait donner le nom de Trous par
les marchands de fourrures. Les plaines sont
depourvues de vegetation, couvertes de sable et
d'un gravier volcanique qui les rend a peu
pres steriles et incapables des lors de nourrir
une population tant soit peu importante. L'im-
mense variation de la temperature entre les
jours et les nuits s'y opposeraitdu reste; ;car il
n'est pas rare, dit M. Wyett, de la voir varier de
40 degres d'un soleil a Fautre. Nous avons deja
dit qu'il y pleut rarement, excepte au printemps,
Le sol y est melange d'une grande quantite de ma-
tieres salines qui y paralysent toute vegetation.
Ce pays, neanmoins, est arrose par les prin-
cipaux affluens de la Colombie; il renferme aussi
plusieurs lacs dont quelques uns sont sans issue. Le plus eiendu de ces lacs est celui que — isles Indiens appellent Youta; il est place en par-
tie sur le tetfitoire mexidain dans une vallee
formee par les montagnes Rocheuses et les montagnes de Neige. On sait que cette derniere
chaine, perpendieulaire aux montagnes Rocheuses jusqu'a la mer, sert de frontiere a FOregon
et au Mexique.
Cependant, vers le nord, preside la riviere de
Clarke, les vallees sont plus etendues, le £$.
moins sterile; il y pleut plus souvent,et par
consequent les sels qui ailleurs s'opposent a la
vegetation sont entraines par les eaux dans les
eowraiis qui traversent le pays.
De Fautre c6te des montagnes Rocheuses, sur
le territoire des Etats-Unis, le terrain est aussi
sterile et aussi peu susceptible de nourrir des
habitans que dans la partie de FOregon, excepte
toutefois sur le bord des rivieres qui de la
grahde chaine coulent dans le Mississipi.
Ce desert, de plusieurs centaines de millesi^
place de chaque c6te par la nature entre les vallees si fertiles du Mississipi d'une part, et celles
de FOregon de Fautre, doit necessairement in-
fluer sur les destinees politiques du dernier de
ces deux pays, et retarder pour long-temps peut-
§tre Fepoque de sa colonisation. 39 —
§IL
COURS DE LA COLOMBIE.
II est bon de rappeler au lecteur que c'est k
la Colombie que les Anglais voudraient fixer le
portage de FOregon. Le cours du fleuve serait
commun; ils auraient la rive droite , et la rive
gauche appartiendrait aux Etats-Unis.
La population connue des rives de la Colombie et de ses affluens, dans toute Fetendue des
vallees qu'ils arrosent, se compose de quelques
tribus indiennes, des comptoirs des marchands
de fourrures anglais et americains, des missions
catholiques, anglicanes et methodistes qui s'y
sont repandues, et enfin de quelques colons,
la plupart Fran§ais-Canadiens, qui commenceiit
k s'y fixer.
Douze tribus occupent les diverses vallees de
la rive droite et y forment une population d'en-
viron trente-trors mille indrvidus.
La rive gauche est habitee par quinze tribus
qui y forment un effectif d'environ trente mille
individus.
Ces Indiens sont encore a Fetat de sauvages
i
.mm — 40 —
et denues k peu pres de toute espece de civilisation, sauf toutefois ceux qui se sont mis au service de la compagnie de la baie de Hudson et
qui resident dans ses etablissemens.
Outre la population indienne, il y a sur le
territoire de FOregon environ cinq a six mille
Francais-Canadiens, deux a trois mille Ameri-
cains et cent Anglais; ces derniers formentl'etat-
major de la compagnie de la baie de Hudson^et
ne doivent rester la qu'un temps limite; quant
aux autres, ils ont presque tous epouse des
femmes indiennes et forment deja un premier
novau de colonisation.
Pendant un espace de vingt-cinq milles, k
partir'de la mer, la largeur de la riviere varie
de un a sept milles; alors elle ressemble plut6t
aun detroit qu'a un fleuve. Cependant ses
eaux sont douces et potables presque jusqu'a
son entree dans FOcean. On peut la remonter
dans Finterieur sur une etendue d'environ huit
cents milles a partir de son embouchure, sauf
une interruption de quelques milles a la chute
des cascades.
Elle se jette dans la mer entre deux promon-
toires, dont Fun, situe au nord vers le 46e degre 18 minutes de latitude, est appele cap De-
i
i>.? — 41 —
sappointement, et Fautre, situe sept milles plus
au sud, est appele Pointe-Adam. Entre ces deux
caps sont des bancs de sable mouvant contre
lesquels viennent se heurter continuellement
les vagues de FOcean et les eaux rapides de la
riviere, ce qui y produit une ligne d'ecueils
formidables qui en rendent F entree dangereuse
en temps ordinaire et tout-a-fait impraticable
par les gros temps. La navigation a vapeur pour-
ra seule franchir en toute saison cette passe
difficile que deja plus d'un naufrage a rendue
celebre (1).
(i) Qu'on se figure, en effet, une ligne immense de brisans
de huit a neuf milles d'elendue, dessinant devant la bouche
du fleuve une espece de croissant. Au moment ou descend
la maree, et surtout a l'epoque de la fonte des neiges, le cou-
rant dela riviere, qui alors acquiert une rapidile de plus de
deux lieues a 1'heure, enlraine avec lui des debris de terrains inondes, des arbres £normes et des pans de bois lout
enliers. Lorsque les vents de la mer poussent les eaux vers
rembouchure, leur choc enfante d'enormes montagnes de
vagues hautes de plus de soixante pieds, et pour qui se trouve
a l'ancre dans rinlerieurdu fleuve qu'entoure une luxurieuse
vegetation, c'est un effrayant et poetique tableau que celui
de la barre avec le bruit de sesflotsqu'onentend de plusicurs
lieues, les lames qui voilent en deferlant, 1'horizon de la mer
et des bandes de cormorans et d'albalros planant au dessus
de leurs creles ecumeuses,
( db Mofras. ) 1
ft
— 42 —
t
La profondeur moyenne de la Colombie est
de 30 pieds; cependant Firregularite du canal
ne permet pas aux navires qui prennent plus
de 14 pieds d'eau d'y penetrer.
Comme la plupart des rivieres du nord de
FAmerique, la Colombie abonde en poisson,
surtout en saumon, ce qui forme la principale
ressource dessauvagesqui habitent sur ses rivefc.
En remontant la riviere, on rencontre un
promontdire aigu et rocheux, en face duquel
est une baie profonde, la baie de Gray. C'fcst
dans ces parages, a huit milles de la mer, qtfa
ete batie Astoria.
De ce point jusqu'a environ soixante-dix milles au dessus, la riviere prend sa direction vers
le Sud-Est. Ses rives sontparfois elevees et bor-
dees de rochers; mais alors elles ont a leurs
pieds des iles basses et marecageuses couvertes
de pins et d'autres arbres gigantesques avec
lesquels les naturels construisent leurs pirogues.
Un peu plus haut commence la grande vallee :
elle a soixante milles de large et s'etend au loin
versle Sud-Sud-Est, entre deux lignes paralleled
de montagnes. Au centre de cette vallee coule
un large courant appele le Wallamot. La situation en est delicieuse; plusieurs tribus indi-
» — 43 —
genes y ont fixe leurs huttes. Les missions [ca-
tholiques et protestantes s'en disputent la pos*
session. C'est le point que les quelques Americains, etablis jusqu'a ce jour dans FOregon,
semblent avoir prefere pour leurs essais de
colonisation.
Yient ensuite, toujours en suivant la riviere
et a environ cent milles d'Astoria, la pointe de
Vancouver, nom qui lui fut donne par Brouhgton,
le lieutenant de Vancouver, lorsqu'en 1792 il
explora la Colombie. La maree cesse de se ftire
sentir a ce point, cependant les vaisseaux de 2
a 300 tonneaux peuvent y remonter.
De la pointe de Vancouver la riviere tourafc
vers le Nord-Est; ses rives alors deviennent plus
rapprochees et son courant plus rapide; cependant ce n'est que trente milles plus haut et a
cent trente-tinq milles de son embouchure que
se trouvent les montagnes des Cascades, au tra-
vers desquelles elle se precipite en plusieurs
chutes. Le passage des Cascades a une etendue
de qua trek cinq milles ; la riviere alors cesse
d'etre navigable; ses eaux tourbillonnent de
rochers en rochers, franchissant les obstacles par
des chutes successives, dont quelques unes ont
jusqu'a vingt pieds de profondeur, et renouvel-
. t .: — 44 —
lent ainsi ces spectacles grandioses que Fon rencontre parfois dans les fleuves americains*
C'est dans le voisinage des Cascades que se
trouve la meilieure position de la Colombie pour
la p6che du saumon; au printemps surtout, lors^
que les eaux sont hautes, il y remonte la riviere
en nombre incroyable; alors les Indiens, debout
sur des pointes de rochers ou sur des troncs
d'arbres prqjetes de la rive, les attrapent ajL
passage dans de legers filets en cerceaux qu'ils
emmanchent au bout de longues perches. Aussi-
t6t pris, les s a unions sont nettoyes, seches et
emballes par paquets de 90 a 100 livres; puis,
ainsi disposes, ils se conservent pendant des
annees.
Le village de Wishram, qui est dans le voisinage, re^oit en entrep6t tous ces produits de la
p^che indienne et sert de marche pour leur
^change contre d'autres poissons des cdtes,
contre des baies ou des ratines amenees dans
leurs pirogues par les naturels des autres con-
trees, ou bien encore contre les marchandises
grossieres et les colifichets qui sontapportes par
les navires etrangers qui visitent la riviere.
La aussi les tribus des montagnes viennent
vendre des chevaux, des graisses d'ours et les — 45 —
autres productions de leurs pays. Les marchands
depoisson de Wishram servent d'intermediaires
et de facteurs pour ces diverses transactions
commerciales.
Vers le 48° latitude, a environ 150 metres de
la chute des cascades, pres du point ou l'OKana-
gan se jette dans la Colombie, se trouvent d'im-
menses prairies qu'arrosent et qu'entretien-
nent ces deux rivieres dans un etat d'abondante
vegetation. Leclimat y est salubre, le sol fertile,
les eaux poissonneuses et les naturels sociables.
C'est une situation parfaite pour un comptoir.
Le fort OKanagan est entre les confluens des
deux rivieres, sur la rive droite de la Colombie.
De ce dernier point jusqu'au fort Colville,
place a environ quatre-vingts milles au dessus,
la Colombie a son cours a travers les montagnes
Bleues, puis apres les avoir franchies elle suit
leur versant oriental sans les quitter jusqu'a leur
jonction avec le mont Brown, dans le voisinage
duquel elle a sa source.
Le mont Brown est le point le plus eleve des
montagnes Bocheuses. II a 16,000 pieds au
dessus du niveau de la mer et est situe entre les
52 et 53me degres paralleles, sur la limite des
possessions anglaises. — 46 —
§HL
AFFLUENS DE LA COLOMBIE.
1
m
i
Les principales rivieres qui se jettent dans la
Colombie sont en descendant son cours :
StJfe Canoe, qui en est le bras le plus septentrional et prend sa source vers le 53e degre 4e
latitude. Leurpointde jonction estappeleChamp
du Bateau par les marchands de fourrures.
Environ deux cents milles plus bas est le Flat-
Baw que M. Greenhow appelle Mac-GiUivray;
puis ensuite la riviere de Clarke. Tous deux
coulent des montagnes Bocheuses de FEst a
FOuest. Lorsqu'il se jette dans la Colombie, le
Clarke est presque aussi considerable qu'elle. II
a sa source a peu de distance de celle du Missouri qui coule sur le versant oppose des montagnes Bocheuses et vase jeter dans le Mississipi.
C'est au moment ou elle va traverser les montagnes Bleues que le Clarke joint ses eaux
a celles de la Colombie. Tout pres de ce point
est le fort Colville, Fun des principaux etablissemens de la compagnie de la baie de Hudson.
La Colombie se dirige ensuite vers FOuest et — 47 —
re§oitdans sa course le Spokan, petite riviere
du Sud-Est. Cent milles plus bas est le confluent
de FOKanagan, courant considerable qui a sa
source vers le Nord. La compagnie de la baie de
Hudson possede sur ce point un autre fort, au~
quel elle a donne le nom le fort OKanagan.
# Cette position etait occupee precedemment
par la compagnie americaine des marchands de
fourrures de la mer Paeifique, fondee en 1811 ,
et dont Fetablissement principal etait Astoria.|fe
De ce point, la Colombie coule vers le Sud
jusqu'aux environs du 46e parallele ou eHe recti t le Lewis.
Le Lewis est pour le moins aussi considerable
que la Colombie; il a recu son nom de M. Lewis,
voyageur americain qui, en 1805, remonta le
Missouri jusqu'a sa source, franchit les mon«
tagnes Rocheuses, penetra dans la vallee du
Lewis, et descendit la Colombie jusqu'a son fea-
bouchure. La riviere Platte, Fun des bras du
Missouri, a sa source pres de celle du Lewis. Ce
serait en suivant les vallees de ces deux rivieres
que devrait 6tre etablie la ligne de communication la plus naturelle entre les Etats-Unis et le
territoire de FOregon.
Le Lewis a sa sourcfe a Fouesl des montagnes as
— 48 —
Rocheuses, coule d'abord vers le Sud jusque
pres des frontieres de la Callifornie; reprend
ensuite sa course vers le Nord-Ouest et vers
FOuest jusqu'a sa jonction avec la Colombie; il
recti t les eaux d'un grand nombre de rivieres et
sert de centre a l'immense vallee qui est situee
entre les montagnes Bleues et les montagnes
Rocheuses.
Au dessous du confluent du Lewis, la Colony
bie re$oit le Walla-Walla, le Umotella, le John-
Day et la riviere des Chutes qui, toutes les
quatre, ont leur source vers le Sud. La compagnie de la baie de Hudson a un fort a Fembou-
chure du Walla-Walla. La riviere des Chutes
n'est navigable que dans les hautes eaux.
Trente-six milles plus bas sont les Cascades
pres desquelles a ete Mti, ainsi que nous Favons
deja dit, le fort de Vancouver. C'est a quelques
milles au dessous de ce dernier point qu'est
Fembouchure de la Wallamet. Cette riviere a sa
source dans la chaine des Cascades, et apres une
course de quelques milles de FEst a FOuest elle
se dirige vers le Nord et coule presque parallele-
ment aux cdtes de FOcean.
La vallee qu'elle arrose est delicieuse. En
J$35, le capitaine Wyett y fonda une factorerje; — 49 —
plusieurs missions s'y sont installees; la compagnie de la baie de Hudson y a un etaHisse-
ment. En 1839, un corps considerable d'emir
grans americains par tit de New-York pour s'y
fixer; d'autres emigrations ont eu lieu depuis
pour le m&me point; c'est la que doit n&turelle-
ment commencer la colonisation de FOregon.
La Wallamet est la derniere riviere impor-
tante que receive la Colombie avant de se j&ter
dans FOcean.
|§iv.   ~ :,
COURS DU FRASERS.   J
Le Frasers a rec, u son nom de Simon Frasers,
Fun des associes dela compagnie duNord-Ouest,
qui, en 1806, explora ses rives et fonda un
comptoir, vers le 54c parallele, sur les bords du
lac ou il a sa source. II arrose la partie du ter-
ritoire conteste a laquelle les Anglais ont donne
le nom de Nouvelle-Caledonie.
Ce pays ressemble en tout au nord de l'Ecosse
dont il porte le nom. II en a les montagnes es-
carpees, les lacs profonds et le sol sterile.
Les principaux de ses lacs sont: au Nord, le 1
— so —
lac Babine, le lac Frasers et les lacs Stuarts; ils
sont tons situes entre les 54° et 56° paralleles sur
les limites de la frontiere russe; dans Finte-
rieur, le lac Quesnells, le lac Shouswap, le lac
Kamloops.
Le lac Babine est entierement situ6 sur le ter-
ritoire russe ; ii communique avec Focean Paeifique par un large cotfrant, appele riviere de
Simpson, qui a seulement son embouchure su#
la c6te de FOregon.
Le Frasers est forme par la jonction de plu-
sieurs rivieres qui viennent se reunir a quelques
lieues au sud de la frontiere russe. Quelques
geographes le font sortir du lac de Frasers;
d'autres au contraire, et M. Wilkes est du
nombre, ont donne son nom au bras qui a sa
source pres du mont Brown, et qui, coulant vers
le Nord-Ouest, va se reunir vers le 54e degre
de latitude aux courans qui descendent des
lacs.
Le fort George est Mti a leur confluent.
Du 54° au 48e paralleles il se dirige vers le Sud
et recoit dans sa course un nombre considerable
de rivieres qui arrosent avec lui Fimmense con-
tree qu'ii parcourt. Les plus considerables de ces
affluens sont le Chillcoaten sur sa rive droite et
U — §1 —
le Thompson sur sa rive gauche. Cette dernhkfe
riviere a re$u iuparavant un grand nombre d'af-
fluens et traverse plusieurs lacs. Le fort Thompson a ete bad sur ses rives.
De la le Fraserfclonge pendant un degre envk
ron, toujours du Nord au Sud, les monts Gas-
cades qu'il franchit vers le 49° degre paralWle,
puis il se jette dans le golfe George en face de
la pointe sud de File de Vancouver.
L'embouchure du Frasers se trouve a peu pres
sur le point ou arriverait, si elle etait conti-
nuee jusqu'a la mer, la prolongation de la ligne
qui sert de limite aux possessions anglaises et
americaines, entre le lac des Bois et les montagnes Rocheuses, conformement au traite de
Londres, signe en 1818 par les plenipotentiaires
des deux nations. Ensorte que si cette ligne etait
prise pour limite, le Frasers et les vallees qu'il
arrose appartiendraient en en tier a FAngleterre.
Excepte dans sa partie meridionale, ou il se
rapproche un peu par sa nature de celui du nord
de la Colombie, le sol, traverse par le Frasers et
ses affluens, est a peu pres sterile; tres peu de
ses parties sont susceptibles de culture.
Le cliniat, bien que generalement plus doux
que celui des autres contrees de FAmerique — 52 —
du Nord placees dans les m&mes latitudes,
est neanmoins trop severe pour la maturite des
legumes et des c^reales.
En revanche, le pays abonde en fourrures; la
compagnie de la baie de Hudson y a plusieurs
etablissemens, dont les plus considerables sont
le fort Alexandrie sur le Frasers, a environ trois
cents milles de FOcean, et le fort FAnglais sur
la m£me riviere, a quelques milles au dessus S§
son embouchure. — 55
DEUXIEME PARTIE.
VOYAGES   ET   DECOUVERTE8
VOYAGES ET DtiCOUVERTES SUR LES COTES OCCIDEN-
TALES  DE   L'AMfiRlQUE   DU NORD.
Lorsqu'en 1541 les Espagnols penetrerent
pour la premiere fois sur les c6tes de Focean
Paeifique, vers le 43e degre de latitude nord, les
habitans leur raconterent qu'ils etaient visites
de temps en temps par des vaisseaux charges de
riches marchandises et ornes d'images dorees :
e'etaient des Japonais. Deux fois depuis 1814
des navires de la me\me nation ont ete rencontres
dans les m6mes parages.
Ceci explique comment les habitans de Fan
cien continent ont pu aller peupler le Nouveau
4
'.M
I — 54 —
Monde, et tranche en m^me temps la question
de priorite d'occupation invoquee tour a tour
par les nations europeennes qui se sont partage
FAmerique pendant les trois derniers siecles.
Tandis que les navigateurs espagnols cher-
chaient le long des c6tes du Mexique une route
directe pour aller dans les Indes, Magellan, capitaine portugais au service de FEspagne, dou-
blait le detroit qui porte son nom et indiquait
un chemin pour la circumnavigation du gloEe.
Cependant cette route etait dangereuse et lon-
gue; elle ne pouvait entrer en concurrence avec
celle que les Portugais avaient decouverte ^u
dela ducap deBonne-Esperance. Heureusement
pour FEspagne, les richesses du Nouveau-Monde
vinrent Findemniser de la perte du commerce
du Levant qu'elle etait forcee d'abandonner aux
Portugais en vertu de la fameuse ligne tiree par
Alexandre VI sur la carte du monde connu alors,
et qui leur interdisait de naviguer au dela du
c6te de FOrient.
Fernand Cortes fut un des plus actifs a explorer ces nouvelles con trees qu'il avait aide a
decouvrir; il franchit le detroit de Magellan,
et, longeant la cote occidentale du continent
americain, il penetradans le golfe deCalifornie. — 55 —
Quatre ans plus tard, en 173§ % U|loa explo-
rait la partie occide^tale des c6tes de.l^ C^ifor-
nie jusqu'au 306 degre de latitude.
Enfin, pendant les annees 1540, 1541? 1542
et J&43, Cabrillon, un autre des lieutenans de
l^&jtes, remontpt les m6mes c6tes jusqu'au 43e
parallele.
Cependant ce ne fut que vers Fannee 1554
que les Espagnols commencerent a etablir des
relation^ commerciales entre l'Inde et leurs colonies de la cote occidentale de FAmerique.
Appreciant des lors tous les avantages qu'ils
pourraient tirer de ce commerce, ils cherche-
rent a se le reserver d'une maniere exclusive ,
en prenant les mesures les plus rigoureuses
contre les navires des autres nations qui tou-
gjhaient a leurs possessions.
Francis Drake fut peu epouvante de ces mfp
pres suscitees par la jalousie soupgonneuse de
FEspagne. Tout le monde connait l'histoire de
4on expedition, Fune des plus hardies et des
plus heureuses qu'ait jamais ose tenter Faudace
d'un seulhomme. En decembre 1577, il sortit
de Plymouth a la t&te de cinq petits navires qu'il
avait equipes et armes a ses propres frais ou avec
Faide de ses amis. C'est avec cette faible flotte W'
— 56 —
qu'il allait se mesurer contre les forces colossa-
les que FEspagne entretenait alors sur les c6tes
de FAmerique.
La reine Elisabeth encouragea de tout son
pouvoir Fexpedition de Drake, bien que pour-
tant FAngleterre fut alors en paix avec la monarchic espagnole. Le gouvernement britanni-
que n'a que trop fidelement suivi depuis les traditions de la reine Elisabeth.
Quelques mois plus tard , Drake parcourait
FAtlantique , capturant tous les vaisseaux qui
s'offraient sur son passage; puis, apres une re-
l&che sur les c6tes orientales de la Patagonie
pour le radoub de sa flotte, il franchissait le detroit de Magellan et conduisait dans Foeean Paeifique les trois vaisseaux qui lui restaient. Sur-
pris alors par une tempe'te, il en perdit encore
deux et resta avec un seul schooner d'environ
cent tonneaux et un equipage de soixante homines.
Malgre' ce malheur, Drake poursuivit coura-
geusement sa guerre de pirate contre les Espa-
gnols, surprenant leurs colonies, brulant leurs
vaisseaux et signalant partout sa presence par
des desastres.
Lorsqu'il fallut songer a la retraite, il n'osa — 57 —
Foperer par le detroit de Magellan, se doutant
bien que ses ennemis Fattendraient au passage,
etil chercha hardiment son chemin vers FOuest,
a travers une mer inconnue, pour rentrer dans
sa patrie. C'est ainsi que fut accomplie la pre
miere circumnavigation du globe.
Cependant, pour qu'ils pussent supporter ce
long voyage, ses vaisseaux avaient besoin d'etre
radoubes; Drake remonta les cdtes vers le nord
pour chercher un abri, etil arriva ainsi jusqu'au
42° de latitude ; mais n'y trouvant pas une baie
assez sure , il redescendit jusqu'au 38°, ou il
sejourna pendant trente-cinq jours. Les relations
anglaises lui font suivre les cdtes jusqu'aux 48e
parallele, en sorte que le pays decouvert par lui
se trouverait situe entre ce dernier point et le
cap Mendocino qu'elles posent comme etant les
colonnes d'Hercule des navigateurs espagnols
sur ces parages.
Suivant la relation de son voyage, les naturels
Faccueillirent avec bonte et lui offrirent de le
reconnaitre pour roi; niais, en sujet fidele, Drake
n'accepta la royaute que pour la transmettre a sa
souveraine, au nom de laquelle il prit possession
de ce pays qu'il appela Nouvelle-Albion.
Dirigeant ensuite sa route a travers Focean — 58 —
Paeifique, il doubla le cap de Boime-Esp6rane&
et arriva en Angle terre charge de butin , envi*
ron deux ans apres son depart.
J'ai voulu exposer F expedition de Drake avec
ses principales circonstances, parce que les pu-
blicistes anglais invoquent son voyage comme
Fun des principaux litres de leur nation a la possession de cette partie des c6tes de FAmerique
du Nord que, suivant eux, il aurait visitees le
premier, et qui forment le commencement dl
territoire de FOregon.
J'ai deja eu occasion de faire remarquer que
si le pays devait appartenir au premier occupan^
les Japonais avaient devance FAngleterre de
plusieurs siecles. Heureusement its n'ont pas
encore eu la pensee d'intervenir dans le debat et
de faire valoir leurs droits, i
II est peu probable aussi que les Espagnols
qui, depuis douze ans , faisaient un commerce
regulier avec l'Inde, et dont les vaisseaux sillon-
naient Focean Paeifique, n'aient pas ete tentes
d'aborder sur ces c6tes, ou n'y aient ete jetes
par quelque tempete.
A ce titre alors ce serait encore a eux qu'ap-
paitiendrait cette partie du Nouveau-Monde, 3P 59 —
•c|uand bien mfone une bulle du pape ne leu? ell
aurait pas donne la propriete.
Dix ans plus tard , un autre marin anglais ,
Cavendish, suivait les traces de Drake et accom-
plissait la seconde circumnavigation du globe.
Vers la fin du seizieme siecle et le comihen-
centeUt du dix-septieme, les chercheurs de nou-
veaux mondes changerent de direction et portfe-
rent leurs efforts du Sud vers le Nord. Suivant
une opinion generalement admise, un Portugaii,
Gaspard de Cortereal, avait, des 1500 , decou-
vert dans le nord de FAmerique un detroit qiii
Favait conduit de Focean Atlantique dans Focean
Paeifique. C'eut ete pour l'Europe septentrio-
nale, pour FAngleterre surtout, abreger des
trois quarts la route de FInde et Fentree de Fd-
cean Ptftifique. Aussi FEspagne prit-elle serieu-
sement Falarme, tremblant de perdre les avan-
tages qu'elle tirait de sa position geographiqtie
potir le commerce du Nouveau-Monde et la defense de ses colonies.
Malheureusement le pretendu detroit d'Anian,
dont la decouverte etait attribute a Cortereal,
demeura introuvable pour les navigateurs de
toutes nations qui le cbercherent sur ses traces.
Vainement le parlement i&glais « offrit il, en
e
ilfc. — 60
I
J
1669, une recompense de 20,000 livres sterl.
(un demi-million de francs) a ceux des sujets de
S. M. qui trouveraient un passage aux navires
pour alter de la baie de Hudson dans Focean Paeifique. » Le passage n'a pu &tre trouve. Plus
tard, Fexperience a demontre que ce passage n'a
jamais existe , non plus que celui indique par
Jean de Fuca.
L'un avait pris la baie de Hudson pour Focean
Paeifique, el Fautre pour un continent les lies
qui longent Fextremite de la cote occidentale de
FAmerique du Nord.
Cependant un pretendant jusqu'alors inconnu
allait apparaitre sur la scene et demander sa part
dans le partage du Nouveau-Monde. Pierre-le-
Grand poursuivait sans relache Forganisation de
son immense empire. II comprit qu'en s'assu-
rant la possession du continent nord-est de FA-
sie, il prendrait une position avantageuse pour
le commerce avec la Chine, et que peut-£tre il
lui serait possible d'arriver par cette voie jusqu'au continent americain. Les colonies qu'y
avaient alors les Andais, les Espagnols et les
Francois, excitaient considerablement sa jalousie. II faisait, en consequence, les dispositions
necessaires pour envoyer des navigateurs a la — 61 —
reconnaissance de ces parages, quand malheu-
reusement la mort vint le surprendre au milieu
de ses projets de conqu&tes.
L'imperatrice Catherine avait herite du genie
de son epoux; elle considera comme un devoir
d'achever Faccomplissement de ses desseins.
Aussi, en 1728, un petit vaisseau sorti du port
de Kamtschatka, portait-ii Bering a la decouverte
du detroit auquel Cook a depuis donne son nom.
Douze ans plus tard, Bering allait reconnaltre
les c6tes de ce continent qu'il n'avait fait qu'in-
diquer dans son premier voyage, et il en pre-
nait possession au nom de sa souveraine en y
laissant son tombeau.
La position generate des c6tes occidentales du
continent americain se trouva alors determinee
en entier. Cook et LaPerouse devaient, quelques annees plus lard, les explorer en detail.
Tout le monde connait les relations des voyages de ces deux navigateurs.
Bien d'autres voyages entrepris par diverses
nations et principalement par FEspagne, avaient
eu lieu pendant ou entre ceux que nous venons
de mentionner, mais sans rien produire d'im-
portant relativement a la question qui nous occupe. Nous devons cependant mentionner Fen- — 62 —
Reprise executee d'apres les ordres dtl vi8e-rdi
duMexiqufe, par Bruno Heceta, en 1775, parce
qu'il resulte de la relation de son voyage que, le
14 aout de la m&me annee, il rencontra sur le
46e degre 16 minutes, un cap et une baie qui \m
sembla, dit-il, Aire Fembouchure d'une riviere.
Cette riviere a laquelle leS anciennes cartes esf>a-
gnoles donneftt le nom de Rio de San-Roque
(riviere de Saitit-Roch, du jour titt Heceta^h
avait fait la decouverte), se troiff^ §tre lamfone
que la Colombie.
C'est la premiere mention reposant sur des
flocumens certains qui soit faite de cette riviere
par les navigateurs europeens; car le voyage de
Drake laisse trop d'incertitude pour qu'on puisse
affirmer que c'est la le point dans lequel il avait
radoube ses vaisseaux lors de son expedition
del578.    ^ -§- ■ 4* &'■'     §?' #
Nous demons egalement, et toujours pour le
m&me motif, dire un mot des voyages succes-
Mfs dans Ie*s environs de la Colombie et dans la
Colonibieme'me, executes en 1787 par Barkeley,
en 1788 par John Meares, et en 1792 par Vancouver, d'une part, et par le capitaine Gray, de
Fautre.
Pendant F$t£ de 1787, le capitaine Mtrkeley, — 63 —
commandant le navire autrichien VAigle-Inifie-
rial d'Ostende , explorait les c6tes situees ttt
sud de Nootka , lorsqu'il rencontra eritre les 48
et 49° paralleles, un bras de mer qu'il reconnut
bientdt pour £tre celui dont la decouverte a ete
attribuee a Jean de Fuca, et auquel il donna^ \k
nom de detroit de Fuca. II paralt que Barkeley
s'en tint la de son exploration, let ne penetra
pas plus avant dans le detroit.
Meares , Gray et Vancouver devaient chacun
de son c6te confirmer et completer la decouverte
edmmencee par lui.
Voila done FAutriche , qui, elle aussi, se
trouve avoir des droits a une partie de FOregon.
Parti de Macao, dans le moisde juillet, Meares
avait pour but principal de decouvrir sur 16s
c6tes de FOregon un point convena&le potfr y
etablir un comptoir, et quelque riviere qui lili
facilit&t Fentree de'fe terres pour que ses ager&
pussent y aller a la recherche des fou¥rure*s. Lds
anciennes cartes espagnoles ifidiquaient ¥k& le
46° de latitude nord une rade dune rivfee tfti*-
quelles elles donnaient les noms divers d'entree
d'Heceta, d'entree de FAscension, et enfin par-
fois de riviere de Saiht-Roeh; il <§tait n&turel
ji -y.-v I
— 64 —
qu'il dirige&t ses reeherches principalement sur
ce point.
En effet, Meares explora tous les environs de
cette latitude; il doubla le cap situe au nord de
la Colombie, il entra m£me dans la baie formee
par Fembouchure de cette riviere, mais sans
pouvoir parvenir a la reconnaitre, et, en raison
de sa deconvenue , il donna au cap le nom de
cap Desappointement et a la baie celui de baie
Deception.
« Nous donnames , dit-il, au promontoire le
» nom de cap Desappointement et a la baie celui
» de baie Deception. Par une observation approxi-
» mative, nous reconnumes que nous etions alors
» vers le 46e degre 10 minutes de latitude nord,
» et vers le 235e degre 34 minutes de longitude
» est. Nous pumes en consequence assurer avec
» certitude la non existence de la pretendue ri-
» viere de St-Roch que Von voit sur les cartes
» des Espagnols. » [Voyagede Meares, imprime
» a Londres en 1790, page 167.) (1).
C'est sur de semblables titres que les publi-
cistes anglais attribuent a Meares la decouverte
(1) We can now with safety assert that there is no such river as that of St-Roe, as laid down in the Spanish carts. — 65 —
de la Colombie. II est bien vrai qu'il a affirme*
que la riviere n'existait pas, mais il a decouvert
un cap dans son voisinage; done il a decouvert
la riviere. (Raisonnemens a Fusage de la probi-
te et de la bonne foi britanniques.)
La mdme bonne foi se fait remarquer en ce
qui concerne le voyage de Vancouver.
II resulte de son journal que, vers le milieu
d'avril 1792, il arriva pres des c6tes en vue du
cap Mendocino; que de la, se dirigeant vers le
Nord, il observa avec soin (carefully observed)
les environs du 43e degre de latitude, ou Martin
de Aguilardit avoir trouve une large riviere en
i 603, et ceux du 46% ou les cartes espagnoles
placent la baie de Saint-Roch ou de Heceta; que
sous le 42% 52 minutes parallele, il rencontra
un cap (le cap Blanc, decouvert par Aguilar)
auquel il donna le nom de cap Oxford; que la il
ne put pas decouvrir la riviere (le Umqua) dont
parle Torquemada, d'ou il conclut que Fe rapport de ce navigateur etait evidemment er-
rone.
Vancouver ajoute, volume le% page 209 de
son rapport, a propos de ses reeherches de la
riviere de Saint-Roch, que le 27 avril, a midi,
ils se trouverent en vue d'une pointe de terre
'•I
$ — 66  ~=
assez eley^fi', qu'au §ud de fie promonfaire ils
apercurent comme une r?ide ou F embouchure
4'une petite riv^re; quj$ la disposition des tg$-'
j$$ elle ne leur parut pas trgs etendue, et q\*e
dans tous les cas elle n'etait pas accessing poujf
des navires de leur tonnage; que, se refggant
alors au voyage de Meares, et prenant leur lai^-
tude, ils reconnurent qu'ils etaient en face du
cap Desappointement et de la baie Decepf|oj|;
que cependant la couleur de Feau annongait une
riviere qui probahlement tombait dans la baie
ou s'y rend^dt du Nord a travers les basses terres ; mais ne considerant pas son entree digne a]e
plus d'attention, ils continuerent leur route
vers le Nord.
Le surlendemain, dans l'apres-midi, Vancour
Vfjr rencontra a Fentree du detroit de Fuca le
vaisseau americain la Colombie, qui venait de
passer l'hiver dans la baie de Cloyoquot, pres de
Nootka-Sound. Le capitaine Gray, qui le com-
mandait, apprit aux Anglais que vers le §4e 1|2
de latitude il etait entre dans un detroit qu'il
avait suivi jusqu'au 46e degre 10 minutes sans
en rencontrer la fin. II ajouta qu'il avait prece-
demment penetre dans une riviere situee dans
le 46e degre 10 minutes, et dont Fentree etait — ^7 —
tgjlf^jiejrt djfjjf^ile, qu'il pait &t& #euf jq\|p§
avant de pouvoir la franchir.
f< C'etait apparemment, continue Vancouver ^
Fentree que nous avons aperci^e, dans l'^pr&j-
mididu 27, et qu^jnous aparu inaccessible, n,Q$
point a cause du courant, mais ||ien $ £&H§e 40s
hrifans dont elle est semee. »
De tout le reste du journal de Vancouver, il
psulte parfaitement qu'il n'avajt pas cru a
l'existence de la Colombie, etque, m6me apres
}g rapport $e Gray, il y ajoutaft peu de croyance.
Ce n'est que plus tard que, se ravisant, il envoys
son lieutenant Broughton pour en faire J^ reconnaissance, alors que Gray Favait visitee pour la
deuxieme fois et lui avait donne le nom de son
Mtiment, qu'elle a conserve jusqu'a ce jour.
s «•
DEXOOTERTES ET VOYAGES PAR TERRE SE RATTA-
CHANT A L'OREGON.
Une fois en possession des c6tes orientales de
FAmerique, les Espagnols chercherent a recon-
naltre Finterieur du pays. Des 1513, Nunez de
Balbao, gouverneur de la colonie de Darien (de m
ft
— 68 —
Panama), franchit les montagnes dont est form6
cet isthme, et arriva en vue de la c6te opposed. II
ne douta point que la mer qu*il venait de de*cou-
vrir ne fut la meme que celle qu'il avait quittee
peu de jours auparavant. La petite distance qui
Fen separait ne pouvait permettre une autre
supposition. Aussi les navigateurs espagnols s'ef-
forcerent-ils sur ses indications de trouver,dans
le golfe duMexique et lesmers environnantes* le
passage qui y conduisait.
Nous avons raconte comment six ans plus tard
Magellan, toujours a la recherche de ce passage,
indiquait le seul chemin par lequel il fut possible d'arriver a la c6te opposee.
De 1527 a 1536, une troupe d'aventuriers espagnols, ayant a sa t§te un chef designe sous le
nom de Cabesa Vaca (T6te de Vache), partait de
la Floride orientale, et apres avoir erre pendant
pres de dix annees dans Finterieur des terres,
arrivait au golfe de Californie. Sur leur rapport,
qu'un peu plus au Nordse trouvait un vaste empire riche et civilise, dont la capitale s'appelait
Cibola, le vice-roi envoya un corps de troupes
pour en faire la conqu£te sous la conduite de
Francisco Vasquez de Coronado.
Ce corps quitta Culiacan le 22 avril 1540, et — 69 —
apres avoir cherche' en vain le grand empire
qu'on Favait Charge de conquerir, il remonta k
travers les montagnes de neige jusqu'au 40e degre de latitude nord. Le puissant empire de Cibola n'etait qu'une tribu d'indigenes reunis
dans un village d'environ deux cents huttes.
Vers les annees 1766 a 1769, Samuel Hearne,
Anglais, d'une part, et Jonathan Carver, Ame-
ricain, de Fautre, partaient presque en m&me
temps, le premier, des bords de la baie de Hudson, et le second, de Boston, afin d'explorer Fin-
terieur des terres du nord-ouest de FAmerique.
Le voyage de Hearne avait surtout pour objet
de s'assurer s'il n'existait pas quelque passage
pareau entre la baie de Hudson et FOcean Paeifique. En consequence de ses instructions, il se
dirigea d'abord vers leSud-Ouest ouil decouvrit
le grand lac des Esclaves dont il explora le voi-
sinage; puis, remontant vers le Nord, il marcha
dans cette direction jusqu'a la riviere des Mines
de cuivre (le Copper mine). Ayant acquis alors
la certitude de la non existence du passage qu'il
cherchait, il retourna sur ses pas et regagna le
point d'ou il etait parti.
Carver quitta Boston dans le mois de juin
1766; il passa les deux annees suivantes a ex- 1
1
— TO —
3plo~fer 14 haut Mssissipfcet ieistc Superieur dans
tequel il prend sa source. Le surrHus de la rela-
^on de son voyage offre peu de confiance, et
m&lgre le ton emphatique avec lequei?jl deterit
les sources des*quatre grandes rivieres qui sor-
tent, dit-il, a quelques iMeues Fune de Fautre
4u centre du grand continent, savoir : la riviere
de Bourbon (rivikfe Rouge), qui verse sesfeaux
dans la baie de Hudson, le Saint-Laurent^Jie
-Slississipi et la riviere de FOregon ou riviere de
-FOuest, qui tombe dans FOcean Paeifique, et le
detroit   dAriian   decouvert  par   sir Francis
Drake, il est peu probable que Carver ait pene-
fr£ jusque dans les pays dont il donne la description.
Parmi ces voyages, nous devons une mention
a celui de John Ledy art, du Connecticut. Parti de
de Paris en 1788^fl avait promis de traverser la
Siberie et de gagner le continent americain par
le detroit de Bering. Deja il avait atteint le nord
de la Russie et il poursuivait courageusement
sa route, lorsqu'il fut arr6te par ordre de Fim-
peratrice et reconduit, sans pouvoir s'arr&ter,
jusqu'aux frontieres de la Pologne, ou seule-
ment la liberte lui fut rendue. Ledyart mourut
au Caire Fannee suivante, au moment ou il — n —
*allait partir po&r visiter les sources du Ml.
Nous voyons qu'aucun des voyageurs qui precedent n'avait franchi les monts Rocheux, et
ja'avait consequemment penetre dans la vallee
de FOregon. Deux de leurs imitateurs, partis
encore cette fois, Fundu Nord, Fautre du Sud,
Fun Anglais, Fautre citoyen de FUnion, de-
vaient atteindre ce but presque en m6me temps.
En 1789, Alexandre Mackensie partait des
environs de la baie d'Hudson; suivant a peu pres
la m6me route que Hearne, il poursuivait en-
jsuite jusqu'a la riviere qui porte aujourd'hui son
nom (le Mackensie) et qui, coulant presque pa-
rallelement a la riviere des Mines de cuivre, se
jette comme elle dans FOcean Glacial. Macken-
s0ie se dirigeait apres cela vers FOuest, etil pe-
netrait au delk des monts Rocheux, ou il ren-
contraitun vastecourant, leTacoutchee, auquel
Frasers a depuis donne son nom, suivait son
cours pendant quelque temps, puis, apres une
marche assez longue vers FOuest, il arrivait le
22 juillet 1793 sur les bords de FOcean Paeifique, a la hauteur du 52e degre 20 minutes de
latitude nord, en face du detroit forme par File
la Princesse-Royale.
Bien long- temps avant Mackensie, les Ffan-
l!
i
• i
— 72 ' —
$ais du Canada avaient franchi les montagnes
Rocheuses; la Colombie, qu'ils appelaient la
grande riviere de FOuest, leur etait parfaite-
ment cbnnue, et il est probable que c'est sur
leurs indications, assez defectueuses du reste,
que les anciens geographes fran^ais en avaient
trace le cours sur leurs cartes.
Pendant que Mackensie decouvrait ainsi le
Frasers et la vallee qu'il arrose, Julien Rodman
partait a la t£te d'une troupe d'Americains, et
explorait la partie superieure du Missouri jusqu'a sa source. On a peu de details sur son
voyage ; seulement il est dit dans les relations
qui en ont ete faites, qu'il traversales regionssi-
tuees a Fouest des montagnes Rocheuses. Quelques critiques ont mis en doute cette partie du
voyage de Rodman.
Lewis et Clarke devaient laisser moins d'in-
certitude et moins de vague dans la relation de
leurs decouvertes. Charges par le gouvernement
des Etats-Unis d'explorer les sources du Missouri et de chercher, disaient leurs instructions ,
« quelque riviere, la Colombie, I Oregon, le Co-
» lorado, ou touie autre qui puisse de la con-
» duire dans I Ocean Paeifique, » ils traverse-
rent le Mississipi le 14 mai 1804, etentrerent — 73 —
dans le Missouri qn'ils remonterentau moyen de
petits bateaux. Pendant Fete 1805, ils franchi-
rent les monts Rocheux. Alors ils rencontrerent
plusieurs courans d'eaucoulant vers FOuest. Ils
s'embarquerentle 7 octobre sur Fun d'eux, qui
les transportadaris une grande riviere a laquelle
ils donnerent le nom de Lewis et qu'ils recon-
nurent bientot pour 6tre Fun des principaux
bras de la Colombie. Peu apres le Lewis recut
une autre riviere qu'ils nommerent le Clarke (1).
Ils continuerent a descendre le Lewis jusqu'a
son entree dans la Colombie, et cette derniere
jusqu'a son embouchure dans la mer; enfin, le
15 novembre suivant, ils prenaient terre pres
du cap Desappointement.
L'annee suivante, ils remonterent la Colombie jusqu'aux Cascades, puis ils continuerent
leurs explorations par terre jusqu'au dela des
monts Rocheux.
A peu pres vers la m6me epoque, un peu plus
tard neanmoins, en 1806, Fun des employes de
la compagnie anglaise du Nord-Ouest, Simon
Frasers, fondait le premier etablissement que
(I) Clarke a encore donne son nom a Tun des affluens de
la Colombie. (Page46.) ¥
— 7U —
les Angkis aient eu au dela des monts Rocheuxy
vers le 54e parallele, sur les bords du lac qui, a
cause de cela, a recu son nom.
L'expedition de Frasers, ainsi que celles quf
vent saivre, ayant ete fasites en vue d'etablir des
stations et des comptoirs pour le commerce des
fourrures, nous allons en parler avec plus de
details dans le chapitre suivant, qui traite spe-
tialement de ce commerce.
§ HI.
fi
VOYAGES  MARITIMES  POUR  LE  COMMERCE  DES
FOURRURES.
Les seuls produits que le commerce ait tires
jusqu'a ce jour de FOregon, se sont bornes aux
fourrures dont il abonde, ainsi que tout le nord
de FAmerique. Les Anglais, les Russes, les
Americains so sont a peu pres partage ce commerce d'une maniere exclusive, et c'est seule-
ment pour s'y approvisionner de ses produits*
qu'ils ont penetre dans les vallees du Frasers et
de la Colombie. Excepte dans ces dernieres
annees, aucuns autres etablissemens colo-
niaux n'y ont ete formes; aucunes tentatives — 75 —
de civilisation n'y ont ete faites, si ce n'est
par quelques missionnaires anglais, et l'on salfc
que les marchands de la cite de Londres choi-
sissent de preference leurs agens et leurs coh&?,
mis parmi les membres des missions. Le titre de
missionnaires les fait respecter davantage, po*te
moins.d'ombrage aux suseeptibiMtes des nations,
rivales, et l'on peut parfaitement pr&cher la B&v.
ble et recueillir des fourrures.
C'est ainsi que FAngleterre met en pratique^
les unes apres les autres, les traditions desje-
suites des derniers siecles; car rien n'est sacre
pour ce peuple de marchands; il profane toulr,
m6me ses croyances religieuses, des qu'ellest
peuvent 6tre dans ses mains un instrument
utile a quelque chose.
Pendant que Cook explorait les cotes octi**
dentale^ de FAmerique du Nord, les hommes
de son equipage echangerent leurs vieux v6te«^
mens et d'autres semblables objets, contre des
fourrures que leur apportaient les naturels; ils
n'en connaissaient alors ni la valeur ni les deV
bouches, et ce n'est qu'a leur arrivee a Canton
qu'ils apprirent les prix eleves auxquels il etait
possible de s'en defaire.
Telle es$ la 3aani&i>e dont fureniia^ortees en — 76 —
Chine, par lavoie de FOcean Paeifique, les pre-
mieres fourrures de FAmerique du Nord.
Jusqu'a cette epoque, qui allait lui imprimer
une direction nouvelle, le commerce des fourrures avait ete partage d'une maniere a peu
pres exclusive entre les Russes et les Anglais.
Les Russes s'en approvisionnaient principale-
ment dans le nord de leur empire; puis apres
avoir fourni leurs propres marches, ils expoi^
taient le surplus en Chine par la voie de terre.
Quant aux Anglais, c'etait seulement dans le
Canada et dans les terres avoisinant la baie de
Hudson qu'ils pouvaient s'en procurer, et leur
principal debouche etait encore la Russie qui,
ainsi que nous Favons dit, les faisait ensuite
diriger sur la Chine. Cook ne leur avait pas encore enseigne le chemin de FOcean Paeifique.
Les benefices considerables realises par Fe-
quipage de Cook, frappa Fattention des nego-
cians anglais qui se trouvaient alors a Canton;
ils y entrevirent la possibilite d'un commerce
avantageux, et chacun s'efibrca d'arriver le premier afin de profiter de Fignorance dans la-
quelle etaient les Indiens de la valeur des fourrures.
James Hanna, Anglais, devan^a tous les au- — 77 —
tres. Parti de Canton, en avril 1785, sur un petit brick charge d'objets d'echange, il arriva
dans le golfe de Nootka pendant le mois d'aout
suivant. Son voyage fut fructueux; avant la fin
de Fannee il etait de retour a Canton, rappor-
tant une riche cargaison de fourrures qui ne lui
avait coiite que quelques morceaux de vieux
fers et quelques tissus grossiers distribues en
echange aux sauvages.
La m§me annee, il se formait a Londres une
compagnie pour Fexploitation, sur une vaste
echelle, de ce m6me commerce. Elle s'appelait
King George's sound company, compagnie du
detroit du roi George.
Par suite d'arrangemens pris avec la compagnie des Mers du Sud, elle avait une autorisa-
tion exclusive d'envoyer ses vaisseaux directe-
ment d'Angleterre sur les c6tes occidentales de
FAmerique du nord, pour y charger des fourrures qu'ils devaient alter revendre a Canton; puis,
en vertu d'autres arrangemens pris avec la compagnie des Indes-Orientales et d'une permission
speciale qu'elle en avait obtenue, ses vaisseaux
devaient prendre des chargemens de the a Canton, et de la s'en retourner a Londres par la voie
du cap de Bonne-Esperance. m
fi
— w —
On volt que ^ des cette epoque, les marchands
de Londres aspiraient a ie partager le commerce
du monde, leurs compagnies exer^aient le&unes
a l'egard des mitres les memes principes d'ex-
ctasion que leur gouvernement s'effor^ait de
fture prevaloir dans sa politique avec les autres
peuples. Heureusement les principes de la liber te du commerce des mers ont pr&valte, et
leur application fait justice chaque jour de quel-
qu'une des prerogatives de FAngleterre et de
ses compagnies de marchands.
En execution des arrangemens que nous ve-
nons de mentionner, la compagnie du Detroit
du roi George mit en mer deux vaisseaux, la
Reine Chaviotte, sous les ordres du capitaine
Dixon, et le Roi George, sous ceux du capitaine
Poitfack. Toils deux voyagerent de conserve et
arriverent ensemble, en juillet 1786, sur les
bords de File k laquelle Dixon donna le nom de
son navfire.
Pendant la meme annee et les deux annees
qui survirent, plusieurs autres navires vinrent
a la recherche des fourrures sur les cdtes de
FOcean Paeifique. Les uns, envoyesde Calcutta
et de Bombay par la compagnie des Indes-Orien-
tales; d'autres, partis de Macao et de Canton, — 79 —
appartenant a des marchands portugais ou anglais. II n'y a pas, jusqu'a la compagnie des Pays-
Bas des Indes-Orientales qui en fit partir un
d'Ostende sous le pavilion autrichien. Nous
avons mentionne en son lieu le voyage du capitaine Berkeley.
La France seule semblait ne pas vouloir prendre part au mouvement general; le premier na-
vire portant son pavilion qui alia charger des
fourrures dans ces parages, n'yparut qu'en 1790;
cependant le gouvernement franc, ais n'avait pas
entendu y renoncer; car, des 1785, Louis XVI
donnaitpour instruction a La Peyrouse « d'ex-
plorer les c6tes du Nord-Ouest de FAmerique
et d'y recueillir tous les documens relatifs au
commerce des fourrures. » Les evenemens dont
la France devint le theatre quelques annees
plus tard, et les guerres continentales qu'elle
eut k soutenir pendant un quart de siecle en-
suite, rendirent impossibles toutes explorations
maritimes de sa part.
Le gouvernement espagnol chercha a tirer
parti des avantages qu'il trouvait dans sa position sur ces c6tes pour amener a sa marine la
plus grande partie du commerce des fourrures
qui s'y faisait; mais il s'y prit trop tard; quand
J
M- Ji
MS
*£» 80 —
les chargemens de ses nationaux arrivdrent k
Canton, le marche de cette place etait encom-
bre, et les fourrures s'y vendaient presque
meilleur marche que surlesc6tes del'Amerique.
II ne parait pas, du reste, que les agens espagnols
soient alles en recueillir au dela des limites de
la Californie.
Pendant ce m&ne temps, les Russes eten-
daient leurs possessions sur les c6tes americaines
et y fondaient divers etablissemens. Une association avait ete formee a cet eflet entre lesprin-
cipaux marchands de la Russie orientale, afin
d'operer avec plus d'ensemble et de rendre
leurs affaires plus productives. Plusieurs vaisseaux furent charges de transporter les produits de ce commerce.
Alors seulement apparurent dans FOcean Paeifique les citoyens des Etats-Unis, reclamant
leur part dans les avantages qu'y recueillaient
les autres nations.
II parait cependant que leurs premieres ten-
tatives furent moins avantageuses qu'ils ne Fa-
vaient espere d'abord, en raison de l'impossibi-
lite ou l'on etait de penetrer dans Finterieur de
la Chine. Ainsi, pendant que le marche de Canton en etait encombre, les fourrures se ven- — 81 —
daient tres bien dans le nord de Fempire, que
les Russes continuaient d'approvisionner par
terre comme par le passe.
Les premiers vaisseaux des Etats-Unis qui
visiterent les c6tes Nord-Ouest de FAmerique,
furent la Colombie et le Washington, sous les
ordres de Robert Gray et de John Kendrick.
Ils appartenaient a une societe de Boston. Le
Washington prit terre a Nootka, le 17 septem-
bre 1788. Nootka etait le rendez-vous a peu
pres general de tous les Mtimens qui visitaient
ces parages. La Colombie, qui avait eu a souf-
frir d'une temp£te, Fy rejoignit quelques jours
plus tard. Nous avons raconte precedemment
les decouvertes du capitaine Gray dans cette
partie du littoral de FAmerique du Nord.
A partir de 1796 et pendant les trente ans
qui suivirent, FAngleterre et FEspagne etant
continuellement en guerre, tout le commerce
des fourrures entre la c6te Nord-Ouest de FAmerique et Canton fut fait par les Etats-Unis et
sous leur pavilion; car la France alors s'adon-
nait peu au commerce maritime, et les ports de
la Chine etaient fermes aux batimens russes.
Cependant, jusqu'en 1811, les Americains ne
formerent aucuns etablissemens fixes sur le con- — 82 —
tinent de FOregon. Ils se contenterent d'y$n-
voyer leurs vaisseaux, soit des ports des Etats-
Unis, soit directement d'Europe. Ils y impor-
taient des esprits, du sucre, du tabac, des ar-
mes a feu, de la poudre a canon, du fer et des
tissus grossiers de toutes sortes pour echanger
contre des fourrures, soit avec les indigenes,
soit avec les etablissemens russes. Quelque-
fois aussi les capitaines de navires americgjns
louaient des agens russes, pour la saison, un
certain nombre de chasseurs et de p&cheurs avec
leurs bateaux et leurs instrumens de chasse et
de p£che; puis ils allaient avec eux dans Finte-
rieur des terres a la recherche de leur cargaison.
Ainsi recueillies, les fourrures etaient trans-
portees a bord des navires et emmenees a Canton, ou elles etaient echangees contre du the,
de la porcelaine, des soieries et du nankin, dont
etaient approvisionnes de la sorte, non seule-
mentles Etats-Unis, mais aussi les divers marches europeens.
Lorsqu'ils ne pouvaient se procurer des char-
gemens complets en fourrures, ils les rempla-
§aient par du bois de sandal, ou des coquillages
a perles et des ecailles de tortues qu'ils ramas-
k|gaient a peu de frais dans le voisinage des lies
mi — 83 —
sSandwiek et dont ils *etkaient parfois unprk
eleve4 Canton. Ces voyages, du reste, n'etaient
.pas toujours sans dangers; plus d'une fois la
l^dousie soupcohneuse des sauvages forca les
Equipages des navires qui les frequentaient a se
tenir sur une prudente defensive. Les Indiens
de 4a Colombie ont plus d'un point de ressem-
blance avec ceux des iles Sandwick^ xpar les-
^quels l'illustre Cook fut traltreusement assas-
-sine; aussi les stations commerciales des Anglais sur Be territoire de FOregon, sont-elles
fpour la plupart de veritables forteresses avec
tdes bastions pour les proteger et de Fartillerie
juries defendre; elles justifient ainsi le nom
4e forts qu'on leur a donne.
§ IV.
&FABLISSEMENT DES ANGLAIS SUR LE TERRITOIRE DE
L' OREGON.
C'est par le Nord-Est, vers la baie de Hudson, que les Anglais ont commence a mettre le
pied sur le continent americain. Ce n'etaient
d'abord que de simples stations de chasse pour
l'approvisionnement des fourrures.  Cependant — 84 —
une compagnie de marchands de Londres se
forma pour Fexploitation de ce commerce, sous
le nom de Compagnie de la baie de Hudson.
Par lettres-patentes de 1669, le roi Charles H
lui accorda le privilege exclusif de chasse et de
commerce dans ces parages.
La decouverte de la baie de Hudson laissait,
ainsi que nous Favons d£ja vu, entrevoir la possibi-
lit6 d'une communication directe entre cette^aer
et FOcean Paeifique; toutes les nations commer-
§antes jalouses de FEspagne, et FAngleterre par
dessus toutes les autres, s'effor$aient de decouvrir
ce passage. Nous avons relate Facte du parlement
de 1745, qui promettait une recompense de
vingt mille livres sterlings, a ceux des sujets de
SaMajeste britannique qui le trouveraient. C'est
par des navires envoyes a sa recherche qu'ont eu
lieu les principales decouvertes maritimes qui
ont ete faites dans Fextremite nord du continent americain. C'est aussi en le cherchant a
travers les terres, que les agens de la compagnie de la baie de Hudson se sont etendus peu
a peu vers le Sud et vers FOuest, et ont enfin
firii par penetrer jusqu'au dela de FOregon.
Nous avons dit un mot des voyages successifs
de Hearne, de Mackensie et de Frasers. /£.
t-rr 85 —
Cependant, ce dernier seulement devait en
quelque sorte prendre une possession reguliere
du pays en y formant un etablissement durable.
Frasers n'appartenait point a la compagnie de la
baie de Hudson. II etait Fassocie d'une autre
compagnie qui, en 1787, s'etait formee en concurrence de celle-ci sous le nom de compagnie
du Nord-Ouest, et avec laquelle la compagnie de
la baie de Hudson devait avoir des demties d'in-
ter&ts qui finirent par degenerer en une guerre
ouverte. Nous Favonsdit deja, si les compagnies
anglaises sont exclusives vis-a-vis des etrangers,
elles le sont encore davantageentr'elles. L'intere't
est leur seul mobile, et toutes considerations autres cedent devant celle-ci. Unproprietaire ecos-
sais avait voulu etablir une colonie de Highlands
sur lesbords de la riviereBouge; la compagnie de
la baie de Hudson lui avait concede un territoire
a cet effet. La compagnie du Nord-Ouest pre-
tendit que ce territoire etait dans ses limites et
voulut en expulser les Ecossais; de la guerre
ouverte, combats, sieges, batailles. A la fin,
les Ecossais succomberent, et leur gouverneur,
M. Semple, resta sur le champ de bataille avec
dix-sept des siens. Les vaincus porterent leurs
plaintes au gouvernement anglais ; le parlement
6
■
I ■a
— 86 —
intervint, et pour empecEer tout pretexte a des
holtlMes*fte1rvelles, 1§I deux i@onr^&gnies nirent
contraihtes de se   fondre ensemble* pour n'en
*K>rmer plus qu'une seule.
En 1806, Frasers franchit les monts Rocheux,
et fl fottda une station de ehasse a peu &% distance au dela, vers le 54fe parallele, dans le v\X-
klii&ge du lac et pres des sources du fleuve qui
portent atfjourd'hui son nom. Les Anglais %nt
$onne alfre pays le nom de Nouvelle-CSledonrei
Les Russes avaient precede les Ailglais dans
ces terres, les Americains ne devaient pas tarder
•Hies y suivre.
Cependant la nouvelle compagnie de la baie de
Hudson, une fois debarrassee de la concurrence
que lui faisait celle du Nord-Ouest, se h&ta d'oc-
cuper les positions les plus avantageuses de FOre-
gori': elle y aaujourd'hui, outre unefactorerfe ge-
TfSfede qui estle fort Vancouver, quinze ou vingt
etablissemens prihcipaux dans les terres, plus
un certain nombre d'agences ou stations secon-
^JSIres, et enfindeuxpostes detinquantehdthmes
etfacun pour \6§expeditions. La navigation inte-
rl^ure estfaite au moyen d'un bateau a vapeuFet
~ae Cinq vaisseaux a voile d'un tonnage de 100 a 300
tdnneiux, td^f&ffaitement armes et ecMipB. — 87 —
Le fort de Vancouver est en quelque sorte le
*siege de Fadministration, le centre des affaires
ae la compagnie dans le territoire de FOregon,
ll est situe sur la rive droite de la Colombie, a
tO milles environ de la mer; c'est le gouverneur
Simpson quierijeta les fondemens en 1824. II
copsiste en un certain nombre de maisons en
bois destineesaservir de comptoirs, a habitation
apx employes , d arsenal, de magasms et d ateliers. Tout autour sont d'autres habitations beau-
coup pluspetites, pour loger les ouvriers de la
station. II y a aussi une scierie mecanique et un
moulin a ble. Sa population est d'environ 800
individus presque tous Indiens ou de race croisee.
Des terres cultivees tout autour y produisent
du grain, des pommes de terre, des pois, etc. ,
au dela des besoins de la population, qui trouve
encore dans les prairies environnantes des boeufs
eh abondance.
La compagnie de la baie de Hudson possede
Sgalement le fort d'Astoria, situe a sept milles
ae Fembouchure de la Colombie. Mais depuis
TStablissement du fort Vancouver, Astoria ne
se compose plus que d'un seul b^time^nt pour
Fagent qui y reside.
C'est au fort Vancouver, centre general des fe?js4ffltaejfi6
■*      ^ w
— 88 —
operations, que sont envoyees toutes les fourrures recueillies dans les autres stations ; de la,
ces fourrures sont chargees pour Londres, sur
des navires qui en sont expedies chaque annee
avec des articles d'eehange pour donner aux
Indiens contre  les produits de  leur chasse.
On sait que la compagnie de la baie de Hudson possede dans le Nord-Est deux autres facto-
reries semblables au fort Vancouver: la factor^ie
d'York sur la baie de Hudson et celle de Montreal sur le fleuve Saint-Laurent; et de me*me
que le fort Vancouver, chacune d'elles sert de
centre a un certain nombre de districts.
Les autres forts que possede la compagnie de la
baie de Hudson sur le territoire de FOregon, ne
consistent le plus souvent qu'en unMtiment car-
re, entoure de palissades pour les mettre a Fabri
d'un coup de main de la part des naturels; quelques uns cependant ont, ainsi que nous Favons
deja dit, une espece de bastion et du canon. Les
principaux sont sur le bord de la mer : Astoria,
Nasqually pres de la baie du Puget, le fort Lan-
glais pres de Fembouchure du Frasers; le Mac
Loughlinpres du golfe de Mill Banck; le fort
Simpson en face du golfe de Dixon et pres de la
frontiere russe; dans les terres : le fort Frasers, /Sk
— 89 —
lefort^aint-James, le fort Georges, tous trois si-
tues sur les hautes eaux de la riviere du Frasers;
en descendant cette riviere, le fort Alexandrie,
le Chillcoaten, le fort Babine et le Bear's-lake;
le fort Thomson sur Fun des affluens du Frasers;
les forts des Nez perces, d'Okanagan et de Col-
ville dans la haute Colombie; le Flathead et le
Koctania entre la Colombie et le Lewis pres des
monts Bocheux; le fort Hall et le fort Boise sur
le Lewis j le fort Umqua a Fembouchure de la
riviere de Umqua.
Bien que FOregon puisse fournir a Importation, des bois, des poissons sales, des suifs et
des cuirs de boeufs, en attendant que Fagricul-
ture y cree d'autres produits, on n'en a tire
jusqu'a ce jour que des fourrures, et la compagnie de la baie de Hudson est parvenue a acca-
parerapeu pres tout ce commerce. Le chiffre
annuel de ses exportations s'est eleve. pendant
les six annees de 1827 a 1833 a environ un
million de dollars. La sixieme partie de cette
valeur a pu provenir du territoire de FOregon.
M. Wyeth pense qu'en 1836 ce chiffre a pu
moiiter, pour FOregon seulement, a 138,000
dollars, pour lesquels la compagnie avait donne
environ 20,000 dollars de marchandises d'e- — 90 —
change. Nous pensons, nous, que ces chiffres
sont Jqin d'etre exacts, et que, fidele a son sys-
teme, la compagnie de la ba|e de Hudsqh 3
diminue* l'importanceapparente de sesbeneficef
aiin de ne pas exciter la concurrence des nations rivales.
§V.
»
&TABLISSEMENT DES AMERICAINS SUR LE TERRITOIRE
DE l'oR^GON.
Les premieres tentatives cF^tablissenjent fix^
essayees par les Etats-Unis, furent faites p#tr les
agens d'une compagnie forp^ee a Saint-Louis ej*
1808, sousle nom de Compagnie des fourrures
du Missouri. Plusieurs stations furent etablies.
en consequence sur le haut Missouri pendan^
les deux annees suivantes; l'une de ces stations
fut placee au dela des monts Rocheux, pres d§|
sources du Lewis; mais les difficujtes qu'oppa^
serent les naturels et leurs refus d'etablir des
relations d'echange avec les Americains, for-
. f
cerent ces deririers a abandonner cette position
des 1810.*
Une autre compagnie fut formee a New-Yo?^
en 1810, sousle nom de Compagnie desfour-
P&3 — 91 — iii
rures de FOcean Paeifique. Elle avait pour ftuv
dateur un marc-hand allemand nonrpae Jean-Jac^h
Astgr, qui ay$tit ete long-temps l^un des prif^
cip^ux ageft^s de la compagnie du Nord-Ouest
et avai| recueilli ain§| toutes les connaissances
necessaip|i pour mener a bien4jeette sortie de
commerce. II avait la ha\}te majn dans Jes affaires de*l,a compagn^ , et quoiqu'elle eut dej
actionnaires en apparen,£%fla plus grpide partie
du capital social etait a lui
II s'adjoignit et interessa dans les benjfice^j
un certain nombre d'autres agens de la compel
gnie du Nord-Ouest, presque tous Ecossais, php
un^fjain nonibre (JeCanadiens et d'Americains
qu'il savait parfai dement au courant du commerce des fourru?es.
Des le m&me ete il fital)lit plupieuijs stations
dans Finterieur du territoire de FOregon «, la
principale fut placed au confluent de l'Okauagan
dans la Colombie, h 400 ngjlles envigen dfl point
ou cette. dernjer^L riviere se jette dans la mer.
Astofjii fut egalement fondee par la compagnie de FOcean Paeifique, qui lui donna le nom
de son chef. Elle devint bientot le centre de son
co|imer£e.
Tous ces etablissemens prosperaient.   Mai- — 92 —
heureusement la guerre fut de nouveau declaree
par FAngleterre aux Etats-Unis. La nouvelle de
cette guerre, qui y parvint en Janvier 1813, jeta le
trouble dans les factoreries de la compagnie de
FOcean Paeifique, et ce n'etait pas sans raison.
Des Fannee suivante, le capitaine Black, de
la marine anglaise, arriva a Astoria avec des
forces imposantes; et, apres avoir pris possession du comptoir americain aunom de S. M. bri^f
tannique, il lui donna le nom de Fort-Georges.
Des lors, le commerce des fourrures cessa
sur ce point.
Depuis Foccupation d'Astoria par les Anglais,
jusque vers la fin de 1822, les marchands ame-*
ricains attacherent peu d'importance a l'exploi-
tation des contrees situees au dela des monts
Rocheux. M. Astor se remit a la tele d'une nouvelle compagnie, la compagnie Americaine; mais
il borna ses operations au voisinage des grands
lacs et aux sources du Mississipi.
En 1822, une compagnie fut fondee sous le
nom de compagnie de la Colombie ; cependant
elle parait n'avoir pas depasse les rives du Missouri et celles de la Yellowstone sur le versant
oriental des montagnes Rocheuses.
En 1823, M.Ashley, de Saint-Louis, qui avait — 93 —
precedemment etabli une station sur la Yellowstone, mit sur pied une expedition de chasse,
et l'on estime que, pendant les trois annees
qu'elle dura, il recueillit pour 180,000 dollars
de fourrures.
En 1826, MM. Smith Jackson et Subleth de
Saint-Louis acheterent les etablissemens de
M: Ashley et formerent un commerce regulier
avec les pays de la Colombie et ceux du Colorado dans la California superieure, sous le nom
de compagnie des montagnes Rocheuses.
M. Nathaniel Wyeth de Massachussets, s'ef-
forca, en 1834, d'etablir des rapports directs et
reguliers entre les Etats-Unis et FOregon, au
moyen de vaisseaux americains; en consequence
de ce plan, il fonda deux stations, Fune appelee
Fort-Hall, pres de la jonctiondu Port-Neuf avec
le Lewis, dans la partie meridionale de FOregon; Fautre dans File de Wappatoo, a 60 milles
de FOcean. Cependant il dut renoncer peu
a pres a ses tentatives, par suite des contrarietes
que lui opposa la compagnie de la baie de Hud-
soti, qui le voyait avec jalousie s'etablir en concurrence avec elle dans des parages dont, depuis plus de vingt ans, elle avait l'exploiialion
exclusive. — 94
fiJ^JsJhJ
|Jn somin^^J^^y^r^aj/if ontjprme pgii
d'etablissemens au dbala des monts Rocheux^jeij
aucun de ees etablissemens n'a atteint des deye-
loppemens considerables. II est a rep^quer
qu'aussitot qujjls les ont eg; abandonnes^^a
compagnie de la baiede IJu^son j£en;j}gt iH&&
p^e. Astojfji^ Ok|jpagfgj, Fort-Hall sont au-
jour^uidans^es mains.
jQu|intau commerc^^es foupjures, il va^L
declinant ^pjiaqge jour dans tous lag pays, f|
notamment daj}§ FOfEegoi), par suite de lajar^i
tojnours croissante jles animaux quJL.le§ produL,
sent; el^uiwird'huij^ compagnie de la liaie d^
Hudson fonde ses printipales esperapces suites
CQpJrees placees $ l'Est des monts Rocheux,
dont son privilege lui assure F exploitation ex-
clusivej
JEn ec^ige^l'Oregon pourra donner au com?
merjce du)fnaonde des produits heaucoup plus
utjies e|plus ayjjplageux, des qu'une population
intelligence et lahqrieuse aura pu s'y fixer; gses
immenses vallees, couveftes de fertiles prairies^,
sont appelees a nourrjjr d'autres animaux que
des loutres et des renards. — 95
TRQISI&ME PARTIE.
HOSTILITES ET  OIPfcOJUATIE
A PROPOS DE L'OREGON,
DEPj&JS il^RIGINE JUSQU'4 33&10UR.
§ P — 1788.     lig "^
ENTRE l'eSBAGNE ET LA RUSSIE.
L'E|p$gne n'|pit jamais gfsse de^gjcj^ef
les Q6j,e£ nord-ouest de FAmerique con^g^jg
pronriete exclusive; gn;sgrte qu'a ses yeux te^j£.
occmpajion, m6nie temporjjre, de qes c^Je^
n'eteU rien inoins qu/uj} envahissement jle sg}|
propra.territoire. Aussi nejyoyait-glle qu'ayjq
un sentiment de jalaps je profign^ej^gjEftj^^^
des navires de toute^.nations qu'y-i^jljent.jg,
commerce de|s foujrjirejrejt J%^tajjlij^gn^jg§
qui en etaient la consequence.
;l^m — 96 —
En 1788, le vice-roi du Mexique voulut con-
naitre Fetat reel des choses, et il envoya sur
les lieux le commandant Estevan Jose Martinez, a la t6te de deux vaisseaux de guerre, la
Princessa etle San-Carlos. Martinez avail pour
instruction d'explorer la cdle nord-ouest du
continent, et de s'assurer autant que possible
des projefs'des Russes et des autres puissances
sur ces parages. II fit voile directement pourle
golfe du prince William, ou il arriva vers la fin
de mai. Les directeurs de la compagnie russe
qui en etait en possession, le re^urent avecpo-
litesse, et il passa Fete a visiter les differens
comptoirs et les differens forts de cette compagnie, tant sur le continent que dans les iles en-
vironnantes. A la fin, lescorbuts'etanl mis dans
ses equipages, il regagna le Mexique avant d'a-
voir pu visiter aucune autre partie des cotes.
Suivant le rapport de Martinez, les Russes
possedaient quatre etablissemens en Ame'ri-
que, et leur population totale, y compris les
soldats et les chasseurs, pouvait s'elever a quatre cents hommes. Mais ce qui etait beaucoup
plus menacant, c'est qu'il avait appris que des
forces considerables s'appr&aient a Kamts-
chatka, sur la cdte d'Asie, pour aller prendre — 97 —
possession de Nootka au nom de Fimperatrice.
A la nouvelle de cette invasion prochaine,
le vice-roi se hftta de prevenir les Russes, en
faisant occuper Nootka pour le compte de son
propre souverain. En consequence, Martinez
regulun renfort considerable de soldals et des
munitions en abondance; puis il parlit pour
Nootka, qu'il eut ordre de defendre comme faisant partie des domaines de Sa Majeste Calho-
lique. II y arriva le 6 mai suivant (1789).
D'un autre cdte, la cour de Madrid, prevenue
par le vice-roi des projetsdes Russes sur Nootka, crut devoir adresser, par sonambassadeur,
une reclamation a cet egard au cabinet de Saint-
Petersbourg, et un memoire lui fut remis a
l'appui, dans lequel les droits et les titres de
FEspagne etaient longuement exposes et defen-
dus*  '-     4-   sijpi'-. v :Wt
Sans vouloir aborder la question du droit de
propriete, qui eut pu entrainer alors a sa
suite d'interminables discussions , Fimperatrice fit repondre d'une maniere generale,
qu'elle avait toujours recommande a ses su-
jets de respecter les territoires des autres
nations; que si ces recommandations n[jt-
voient pas ete observees a Fegard des posses- 1
— 98 —
sions espagnoles, elle esnerait que Sa Majeste
tSalpoinjiie sauraif reprimer les usurjmiens
dont elle se plaignait, Sans qu'il en resultat au-
ciihcnangementdans les relations amicales des
deux pdissances.^    -^^ z.
Cette reporise etait plus tSourtoise que sincere, plus specieuse c(ue spedifl(|ue5 cependant
%. cour d'Espagne 's en declare satisfaite, L expedition des Russes sur Nootka n'eut pas lieu ;
inais lis n'en continuerent pas moins a s^avan-
cer vers le Sud chaque fois qu'ils en eurent
Toccasion, et m6me au dela de Nootka; car ils
penetrerent jusqu'au 38e parallele, dans la j&r-
Ijedes c6tes atlribuees depuis au Mexique. Ils
y possedent encore aujourd nui une p&ehefie et
un village qu'ils s'obstinent a couserver inalgre
les traifes\
1789-90.— entre l'espagne et l'angletMre.
%es Ford^g que Martinez iifvait condtfHes
&n$ootka contre les Russes, les ciM6ns$fjf(5es
firent qu'elles fureiit employee's par lur^bntre
Kjs AnglaiSiij
*$es instructions ftortaient: que, datfis le^feus
%fl d& vaiss^fi^Wi^es &h anglais se pre^iKie-
rCkP'Jl — 99 —
raient a Nootka, H Ids trait&t avec politesse et
*Smitf£; mais qu'eri fiie^Iffe'fafpsMf feifffiform&t
de Ffitalblissenieht de Fautorite" dspagtlole sur
'tfes^arages.
En arrivant, il y rencontra d'aboM lG viife-
seau americain la Colombie, sous les drc!rW3u
%pitaine Gray, et Ylphigenie, doiit no^fs allons
^parler un peu plus bas; il vifcita leurs papnfe,
3§t les ayant trouves en regie il les laissa circular et sojourner en liberte. II s'occupa eftMfte
de debarquer son artillerie et d'elever un petit
fort d&Wlin Hot place a Fentree de la baie.
Ulphigenie faisait partie de F expedition de
Meares dont nous avons deja parl#. II 'r'esultait
de ses papiers, ainsi que de ceux des autres
Mtimens appartenant a la mdmc entrepWffe,
tjtfelle venait de Macao et que son pfoprietaire
%iait Jean Cavalo, marchand portugais. Cepen-
3ant, une fois hors des mers de la Chine, Ces
Mtimens j& disaient anglais et naviguaient sous
pavilion britannique.
Meares pretendit encore plus tard avoir
a^fiete d'iin, fchef de sauvages, noriitiie Maquita,
ffii vaste terrain pres de Nootka, dansfe^uel il
avait elabli une factorerie def&ndue j&V flfi Wvt
Sous la protection du pavilion anglais.
f — 100 —
II resulta des enqueues faites a ce sujet, que
ces vastes terrains avaient ete payes par une
paire de pistolets donnes en eehangea Maquita,
et que la factorerie et le fort n'avaient jamais
existe qu'en projet.
Cependant d'autres Mtimens anglais appar-
tenant a la compagnie du golfe du roi Georges,
vinrent peu apres. se joindre a ceux de Meares,
avec lesquels il parait qu'ils se mirent en^pm-
munaute d'interSt. Ils etaient commandes par
un lieutenant a demi-solde dela marine anglaise,
James Colnett.
Quand Martinez lui demanda a visiter ses
papiers, Colnett repondit qu'il etait chez lui,
que la baie appartenait a FAngleterre, et que
Meares, son associe, Favait charge d'en prendre
possession au nom de leur souverain commun.
L'altercation lut vive entre les deux officiers;
il parait m^me que Colnett alia jusqu'a tirer son
6pee contre Martinez. Quoi qu'il en soit, FEspa-
gnol, pousse a bout, retint Colnett prisonnier
sur son bord, fit mettre la main sur ses vaisseaux et les conduisit avec leurs equipages jusqu'au port de San-Rlas. Colnett alors obtint la
liberie d'aller a Mexico faire valoir ses droits
aupres des autorites espagnoles. It]
—~ ,«r -
— 101 —
Le vice-roi, tout en reconnaissant que Martinez avait suivi a la lettre ses instructions et
agi conformement aux anciennes lois de FEspagne, qui declarent de bonne prise tous navires
Strangers qui toiichent a ses colonies, ordonna
que les Mtimens anglais fussent rendus a leurs
proprietaires et les equipages mis en liberty,
par le motif que Colnett, lors de son entree
dans la baie de Nootka, ignorait que Fautorite'
espagnole eut ete etablie dans cos parages.
Cette decision fu t loin de satisfaire les officiers
anglais; Meares, en sa qualite de representant
principal de la compagnie a laquelle apparte-
naient les vaisseaux saisis, adressa au parlement
un long memoire dans lequel il s'efforca de
prouver qu'anterieurementa l'arrivee des Espa-
gnols, il avait pris possession, lui, au nom de
la Grande-Rretagne, du golfe et des pays envi-
ronnans; il demandait en consequence que le
pays lui fut rendu et qu'une large indemnite*
lui fut payee, tant pour le pretendu fort qu'il
disait y avoir eleve que pour la perte occasionnee
par la saisie de ses vaisseaux. Le parlement
prit Faffaire au serieux; bien des notes furent
echangees de part et d'autre; bien des menaces
furent proferees; enfin les choses en vinrent a ce A       <"--»
—A&m
— 102 —
point qu*ori ctiit a une guerre imminente entre
les deux puissances. L'Angleterre fit des arme-
mens considerables, et FEspagne, invoquant
Fancien pacte de famille, .demanda aide et
protection a la France. Malheureusement,
Louis XVI n'elait plus roi que de nom, et
FAssemblee Constiluante ne jugea pas a propog,
pduf soutenir les droits de FEspagne a Fautre
extremite du monde, de depenser des forces et
des ressources dont ellepressentait qu'elle allait
avoir besoin bient6t pour la defense de ses proves frontieres. gig
On comineneait a comprendre que la guerre,
quand elle devient une necessite, ne doit plus
6tre faite pour flatter Forgueil ou les caprices
des souverains, mais alors seulement qu'elle est
exigee imperieusement par les intere1 ts des peu-
ples. Or, comme la France n'avait aucun interest
a executer le pacte de famille, aux engagemens
duquel elle n'avait pas concouru, FAssemblee
decida que la marine francaise serait mise sur
un pied respectable, mais qu'elle resterait dans
un etat de heutralite parfaite entre les deux
parties belligerantes.
Abandonnee a elle-mfone, FEspagne capi tula;
cepehdant Fattitude menacante prise par FAs- am
— m —
j&inblee nationSle donna k reflechir k FAngltf*
terre etn^fcontribua pas peu a luFMre raMlW
de ses pretentions contre sa rivale.
Nous avons eu, dans ces derniers ter&ps, une
repetition de Faffaire du golfe de Nootka danfc
delle de Taiti. Seulement, au lieu du rtil Maquila,
c'est la reine PoinarS qui a 6le mise eil $dene.
Au lieu du lieutenant Meares, le fnissionnaire
Pritchard; quant au resultat il a ete le niGme :
ce fcont les baltus qui ont paye Famende.
Le traite entre FEspagrlB et FAngleterre fut
ftign&i FEscurial le 28 octobre 1790 et raiifhi
k Londres le 2$du mois suivant.
II est ainsi eonc,u :
« Art. ler. Les Mtimens ou terrains situ^s
tor la c6te nord-ouest du continent de FAmerique du nord ou dans les ties adjifcentes, d&P
quels ont ete depossedes des sujets de Sa MajestS
iiritannique par un officier espagnol, pendant
le mois d'avril 1789, seront rendus auxdlts
iiijets de S. M. britannique.
» Art. 2. Une juste reparation sera accorded,
suivant la nature du cas, pour tous actes de
violence ou toutes hostilites qui auraient pu
toe commis a la suite du mois d'avril 1789 pat
les sujets de 1'une des parties corrWactantes, — 104 —
contre ceux de Fautre. Dans le cas ou lesdits
sujets respectifs auraient ete, a partir de la
m&ne epoque, depossedes par force de leurs
terres, Mtimens, vaisseaux, marchandises ou
autres proprietes quelles qu'elles soient, sur
ledit continent ou dans les mers et lies adjacen-
tes, ils en seront remis en possession ou rece-
vront une juste indemnite pour les pertes qu'ils
auront eprouvees. ^
» Art. 3. Afin de resserrer les liens d'amitie"
et de conserver pour Favenir la parfaite har-
monie et la bonne entente entre les deux parties
contractantes, il est convenu que leurs sujets
respectifs ne seront point troubles ni molestes
dans leur droit de naviguer et de pec her dans
l'Ocean Paeifique et dans les mers du Sud, non
plus que dans celui d'aborder sur les parties
non dejd occupies des cotes baignees par ces
mers, afin, soit d'y commercer avec les naturels,
soit d'y former des etablissemens, sauf toulefois
les exceptions exprimees dans les trois articles
suivans.
» Art. 4. Sa Majeste brifannique s'engage a
■prendre les mesuresles plus efficaces pour em-
p&cher que la navigation etles p^cheries de ses
sujets dans l'Ocean Paeifique et dans les mers
1 — 105 —
tfuSud, ne deviennentl'occasion d'un commerce
prohibe avec les etablissemens espagnols; a cet
eflet, il est expressement stipule que les sujets
anglais ne devront ni naviguer, ni pScher daris
lesdiles mers, a moins d'un espace de dix lieues
de tous les points deja occupes par les Espagnols sur ces c6les.
» Art. 5. Soit dans les places qui doivent
£tre restituees aux sujets anglais, en vertu de
Fart. ler, soit dans toute autre partie des c6tes
nord-ouest de FAmerique du Nord ou des iles
adjacentes, situeeau nord de la partie desdiles
c6tes deja occupees par FEspagne, les etablissemens formes par les sujets de Fune des deux
puissances contractantes, a partir du mois
d'avril 1789, ou qui pourront y 3tre formes
dans la suite, seront d'un libre acces pour les
sujets de Fautre puissance, lesquels auront le
droit d'y commercer sans aucun trouble ni em-
p&chement.
» Art. 6. Quant aux cdtes orientates et occidentals de FAmerique du Sud et a celles des
iles adjacentes placees au sud de la partie deja
occupee par FEspagne, il n'y pourra 6lre forme
d'etablissemens par les sujets d'aucune des deux
puissances; seulement ils auront le droit d'a-
1  1
I J
~«  ,1
i3 *      *^-W
mm
I
— 10ft —
bgr^gf sur ces c6tes et d'y elever des huttc^,^
autres habitations provisoires pgur leurs pe'che-
ries.
» Art. 7. En $as de pl^nte ou d'infractio^
des artjfjeg de la^.presente convention, les offi-*
ciers d'aucu|ie des deux parties ne devront se
permettre des actes de force ni de violence;
mai$ ils devront faire un rapport exact de 1 affaire avec toutes ses cir con stances a leur cnur
respective, laquejjle termi^era tous differends
a Famiable.
» Art. 8. La presente convention sera ra^
fiee, etc. »
J'^i donne une copie entiere de ce traite, parce
qu'il prouve clairement qu'a Fepoque ou il fut
f*ignet pas plus J'JEspagne que FAngleterre ng
secroyaientun droit exclusifa la possession de§
territoiresqui fon^aujourd'hui Fobjet dulitjge;
et que tout ce qu'elles demandaient, c'etait la
faculte d'y aborder et d'y commercer librement,
fa^ulte qu'elle^ ne songeaient pas encore a dis-
puter aux autres nations f}e F|lurope.
EnAngleterre surtout, les amis de Pitt, qui
etait alors a la teHe du ministere, le reprasen^-
terentaux yeux du parlement copine exce^si-
vement avanjtegeux pgpr la jp&rinje ^nglais^ % — 107 —
laquelle, disaient-ils, ilouvrait desormais Jali-
bre navigation de FOcean Paeifique et la possi-
bilite d'etablir des p6cheries dans ces immen*
ses parages. L'opposition, comme toujours,
contesta les avantages d'un traite qu'elle n'avait pas fait. Fox pretendit qu'il accordait a
FAngleterre moins qu'elle ne possedait aupa-
ravant; car il disait, de par le droit des gens,
nous pouvions nous etablir partout ou ne se
trouvait pas deja une nation civilisee, tandis
que de par le traite nous devons nous tenir a
dix lieues des etablissemens del'Espagne. Maisf
dans toutle cours de la discussion, qui fut lon-
gue et orageuse, il ne fut pas dit un mot de
Drake ni des autres navigateurs dont on a plus
tard invoque les deeouvertes,
En vertu du traite sus relate, les frontier^
de FEspagne eussent du 6tre fixees au port %p-
Francisco, vers le 37e degre 49 minuses de latitude,—car c'etait le point de ces p6tes |e
plus au nord daps lequel les Espagnols eus$$$$
eudes etablissemens avant 1790 — Cependant
les traites posterieurs, notamment celui deja1
Floride , ont recule ces frontieres jusqu'au 42'
parallele.
Peu de temps apres, Vancouver fut envoys $ s
— 108 —
Nootka par le gouvernement anglais, pour faire
regler l'indemnite due a Meares, en vertu de
Particle premier du traite du 28 octobre. —
L'amiral Quadra y fut 6galementenvoyepar la
cour d'Espagne; mais il fut difficile aux deux
commissaires d'apprecier des dommages reclames pour des objets dont Fexistence elle-m6-
me etait mise en doule. lis crurent, en consequence, devoir en refereraleursgouvernen%ns
respectifs, et, en attendant la reponse,ils s'oc-
cuperent tant6t ensemble, tantdt separement,
de nouvelles explorations sur les c6tes. Ilsdon-
nerent le nom de Quadra et Vancouver a Fune
des principales iles pour y perpetuer le souvenir de leur rencontre; puis, Fhiver etant venu,
ils allerent prendre leurs quartiers chacun
de son c6le, et ne se retrouverent plus ensemble.
Ainsi fut terminee la grande affaire du golfe
de Nootka. L'Espagne et FAngleterre avaient
failli mettre le monde a feu et a sang pour ce
petit coin de terre ; puis, quand il fallut en
prendre possession, leurs amiraux ne jugerent
pas m£me qu'il valut la peine d'attendre les
nouvelles instructions de leurs gouvernemens.
Quelques annees plus tard, FEspagne declara la guerre k la Grande-Rretagne, et, pendant
pres de vingt ans que dura cette nouvelle que-
relle, toutes deux abandonnerent aux Americains et aux Russes la partie du continent qu'el-
les s'etaient disputee avec tant d'acharnement.
1812. — entre i/espagne et la ri&sie.
Jusqu'en 1812, les Russes n'avaient pas d6-
passe Sitka ou le Nouvel-Arkangel, c'est a dire
le 57e parallele. A cette epoque, ils desirerent
former un etablissement dans le nord de la Ca-
lifornie. Dans ce but, l'agent general de la
compagnie Russe-Americaine, obtint du gou-
verneur deMonterey la permission d'elever quelques habitations et de laisser quelques homines sur les bords de la petite baie de Rodega,
pres du port San-Francisco, afin de s'y procurer et d'y saler, pour les approvisionnemens de
Sitka, des viandes de bufflequi abondent dans
ces parages.
L'agent espagnol acceda a cette demande.
Cependant, deux ou trois ans plus tard, les
quelques hommes etaient devenus une population nombreuse, et les habitations provisoires
■ te*M 1
— 110, —
avaient pris la physionomie d'une forteresse
imposante. Alors le gouverneur espagnol
comprit qu'il avait ete joue. II fit des observations; les Russes n'y repondirent pas. II leur
signifia Fordre de quitter le territoire; ils n'y
firent pas davanlage attention ; il invoqua les
droits de FEspagne et menaca de les faire valoir
par la farae; alors, pousse a bout, l'agent russe
lui declara que le pays etant inhabite lorsqu'il
Favait occupe, ni FEspagne, ni aucun autre
peuple ne sauraient y avoir des droits.
Le gouverneur de Monterey n'etait pas le
plus fort; FEspagne commencait a sentir le
Nouveau-Monde lui glisser des mains. II lais^aj
les Russes en possession de leur conqueie et ils
y sont encore. Depuis, ils ont change le nom
de Rodega contre celui de Romanzoff, et ils ont
ajoute plusieurs succursales a leur etablisse-
ment principal.
Cependant les traites de 1824 et 1S25 avaient
fixe Jes limites de la Russie au nord du 54e parallele ; mais le Mexique est faible et sa rivale
puissante; dans des circonstances semblables les
traites sont rarement respectes. m -
EffTRE l'aNGLETERRE ET LES £TATS-UNI$, to 1<P
£tats-ihnis et l'espagne , — l^ES £TATS-UNIS ,
L'ANGLETERRE ET LA RUSSIE.
A Fepoque ou Gray diecouvril la Colombia,
lqs Etats-IJnis etaient loin de penser que leijr
gouvernement devrait un jour se prevaloir de
#ette decouverte au proftt de sa politique. Cegi
explique le peu de precautions que prit Gray
pour s'assurer la priorite dans la possession £u
pays.
C'est qu'alors le territoire des Etats-Uni^ v$
depassait pas : au nord les possessions anglais#$,
4$t k Fouest les rives du Mississipi: il etait done
peu probable que leurs fronjieres dussqnJt jamais 6tre reculees jusqu'aux terres arrosee,s p&r
JfcFiviere dont uftde leurs citoyens venait de
reconnaitre Fembouchure.
Au dela du Missi^pi se trouvait la Loujsisne.
G$$e province, originairement franchise, avait
4He?e$lee a FEspagne en 1762, puis relrocedqe
a la France en 1800. Ce ne fut que plus tar$,
en 1803, que le gouvernement francos en Jit
Fabandon aux Etats-Uflis.
Pevenu ainsi tout- a-coup, par cet abandon, et *^     *^!w
1
fi
— 115 —
a F6poque ou il devait Fesperer le moins, pos-
sesseur de Fimmense vallee du Missouri, le gouvernement de FUnion comprit de quelle importance il serai I pour la republique d'avoir un
debouche sur FOcean Paeifique, dont ses frontieres nouvelles approchaient de si pres. Le
territoire de FOregon n'etait pas encore occupe ; la Russie, FAngleterre et FEspagne s'en
disputaient tour a tour la possession; la Fr<ance
aussi pouvait y avoir des droits, et ces droits
avaient ete cedes aux Etats-Unis par le trait6
de 1803. C'est en s'appuyant sur les titres de
la France, et subsidiairement sur ceux resultant
du voisinage et de la priorite dans les decou-
vertes, que le gouvernement de Washington se
posa comme qualrieme pretendant a la pro-
priete de FOregon.
Son principal argument etait qu'au temps de
Louis XIV, les frontieres de la Louisiane s'eten-
daient a Fouest des montagnes Rocheuses, et
comprenaient plusieurs rivieres qui de la vont
se jeter dans FOcean Paeifique. Or, suivant ce
principe du droit international qui veut que la
decouverte de Fembouchure ou de la source
d'une riviere donne droit a la propriele de
toutes les terres traverses par cette riviere, la
&
m      hi — 113 —
France devait &tre, avant la cession, propri6-
taire exclusive du cours de la Colombie et de
celui de ses affluens.
11 est de fait que les limites nord-ouest de
la Louisiane ont toujours ete tres peu claire-
ment definies. Lorsqu'il fut question de redi-
ger le traite de 1803 entre la France et les
Etats-Unis, M. Barbe de Marbois, Fun des ne-
gociateurs, se plaignit au premier consul de
Fincertitude et du manque de documens posi-
tifs dans lesquels on etait a cet egard, ce qui le
forcerait, disait-il, de laisser de Fambiguite
dans la redaction de la partie du traite a la-
quelle se rattachait la delimitation des frontieres. — Si cette ambiguite-la n'existait pas,
repondit le premier consul, il serait peut-6tre
d'une bonne politique de Fy mettre.
II prevoyait deja qu'en cedant la Louisiane
aux Etats-Unis, il jetait entre eux et FAngleterre une pomme de discorde pour Favenir.
Le document le plus ancien que l'on ait sur
les limites de la Louisiane, se trouve consigned
dans les lettres-patentes donnees en 1712 par
Louis XIV au financier Crozat, et par les-
quelles le commerce exclusif de ce pays lui
etait assure. i
— ii'fe —
11 y est dit i t{ue le tef ritotte concede est
borne^ par le Nouteau-Mexique etpar les tepite&!
des Anglais dans la Caroline, depuis la mer
jusqu'au pays des Illinois; que ce territoire et
celui situe au dela du pays des Illinois, seronf
re'unis au gouvernement general! de la Nouvelle-
France, et qu'enfin le roi se reserve le privilege
d'augmenter Fetendue de la Louisiane, atitant
qu'il le jugera convenable. ^
Tout cela estpassablement vague, et il etait
difficile qu'il en fut autrement; les corHtfees
dont il y est parl6 Etaient a peine contfues
alorg.
En 1717, Crozat renonga a son privilege; la
compagnie de Law lui succeda, et le pays des
Illinois fut ajoute1 a la Louisiane ainsi qu'une
partie de la Nouvelle-France, conformement k
h reserve stipulee par Louis XIV dans les let-
tres patentes de 1712.
Mais jusqu'ou s'etendaient ces nouvelles con*
trees? De me'me que Louis XIV, le regent et
Law eussent ete fort embarrasses pour le defi-
riir. Tout ce que Fon sait a cet egard, c'est que
les cartes de l'epoque representent, dans les
limites de la France, plusieurs rivieres qui cou-
lent vers Fouestdans FOcean Paeifique; niMs, MM
— 115 —
outre que la position de ces rivieres n'est nul-
lement exacte, les cartes espagnoles de la mdme
epoque insc*tvaient les m£mes contrees dans
les limites du Nouveau-Mexique, pendant que
de leur c6te les geographes anglais en faisaient
une dependance de leur nouvelle Albion.
Cependant FAngleterre et la France sentaient
la necessite de faire cesser le vague qui existait
dans la delimitation de leurs frontieres. L'ar-
ticle 10 du traite de paix signe a Utrecht en
1713, porte que des commissaires nommes de
part et d'autre, determineront dans Fannee la
ligne de separation entre les possessions de la
Prance et celles de la compagnie de la baie de
Hudson.
Les commissaires furent nommes en effet;
mais il parait qu'ils ne purent pas s'entendre et
que, dans la craintede faire surgir de nouvelles
complications dans la politique des deux Etats,
ils ne pousserent pas plus avant la negotiation. -0
Cependant, a en croire les publicistes americains, l'article 10 de la paix d'Utrecht aurait
recu son execution etles commissaires auraient
assigne pour limites aux possessions anglaises
une ligne qui, partant d'un promontoire situi
fJ^M 1
»
— 116 —
sur FOcean Atlantique au58e degre 31 minutes
de latitude nord, inclinait vers le Sud-Ouest
jusques au 49' des m&mes paralleles, elsuivait
ce dernier parallele indefinimenl.
Ceci n'est qu'une simple allegation qui ne
repose sur aucun titre authentique.
Cependant la France allait disparaltre du
litige ; par le traite de 1762, elle avait cede k
FEspagne « tout le pays connu sous le nom
» de Louisiane, ainsi que la Nouvelle-Orleans
» et File dans laquelle cette ville est situee. »
L'annee suivante, elle ceda a FAngleterre le
surplus de ses possessions dans FAmerique du
Nord. Le Mississipi fut pris pour limite du par-
tage; mais, dans aucun des deux traites qui precedent, il ne fut parle des pays situes au nord
ou au nord-ouest de cette riviere; rien n'y fut
dit, consequemment, qui put se rapporter a
FOregon.
Le traite de retrocession de la Louisiane,
consenti par FEspagne au profit de la France,
porte que ce pays est retrocede tel qu'il avait
e* te possede anterieurement par la France.
La ni^me clause se trouve egalement dans le
traite de 1803, consenti par la France en fa-
veur des Etats-Unis.
• Les droits de la France, que represente au-
jourd'hui la republique de FUnion, seraient
done demeures tels qu'ils se trouvaient £tre
avant les traites, si FEspagne, qui les possedait
alors, n'y eut deroge par le traite de 1790.
En 1807, quelque temps apres F expedition
de Clarke et de Lewis, les Etats-Unis et FAngleterre essayerent de fixer les frontieres de
celles de leurs possessions qui se trouvaient li-
milrophes. Par Far tide 7 d'une convention
negociee a Londres etaccepteede part etd'au-
tre, ilfut stipule qu'une ligne serait tiree vers
le Nord ou vers le Sud, suivant le cas, a partir
de l'extremite nord-ouest du lac des Rois, jusqu'a sa rencontre avec le 49e degre de latitude;
que de la ellesuivrait ce parallele vers FOuest,
aussi loin que s'etendaient, dans ces parages,
les territoires respectifs des deux fitats. Mais
il fut expressement convenu que cette ligne
s'arr6terait aux frontieres de FOregon, et il
fut, en consequence, ajoule dans le traite pro-
jete Fexception suivante : « Pourvu que rien,
» dans cet article, ne puisse s'appliquer aux
» territoires appartenant aux contractans ou
» reclames par euxle long des c6tes nord-ouest
» de FAmerique, et dans la partie de ce conti- i
ft
rlM^Sittre^ eMre|ce& c6tes ert, fe^SWktagries
j^ de Pierre. » C*est qu'k cette epoque FEspagne et la Russie efeivafent aussi d§Sip#tefttio«$>
'^ur le teiMtoire de FOregon, et qulil e*ut el$
dangereax pout* FAngleterre et les EfMfc-Unfe
des'en faire l#partage k Fexclusion des deux
ate&es ptfissafeces.
La r$dadfion de cet article re*$8t Fappro-
bation des deux gouvernemens. Cependant
M. Jefferson, president de la republique^ lle-
manda que la reserve relative aux cdtes n'y f&$
pag marMtenue, ne voulant pas, disait-il^ exci-
tfer les Susceptibility de I'Espagne etf hli fai-
sant connaitre la pretention d$& Etafe-Bnis k
£&&tidfre jfequ'a l'Ocean Paeifique.
La diplomatic anglaise s'est depuis &££ar£e
de la note du president Jefferson eten artait un
sft*gume1it en Sa faveur.
Le traite de 1807 ne fut pas conclu, et les
frontieres demeurerent en litigejusqu'enl814,
que le tratte de Gand e'&saya deles regler.
Nous avons deja* dit un mot de la guerre quit
$?Mta dans lfintervalle entre FAngleterre et le#
Efet&Bhis, 6t dela prise d-'Astoria qui en fu*
E#:t$8t$* dfe1 Gand-ne fiicpie realist tes eon* /k.
—■ 1/19 —
veiftions arr^tees en 180$; c$n sequeminent, il
laissa indetefminee la question relative?aux
territoires situes au dela des montagnes Rocheuses. Plusieurs fois les pleaipotentiaires
la mirent en discussion, mais ce fut toujours
sans postibilite de s-'entendre.
En? verto de Fartiele premie du traite de
Gand, chaciine des deux parties contractantes
devait restituer a Fautre les territoires, places
e# possessions dont elle s'etait emparee pendant
la guerre;' la restitution d'Astoria donna li&u a
d'asseK longues discussions. Pourtant FAngleterre finit par s'exeeuter, et le fort retourna a
sesanciens possesseurs. Mais, en m6me temps,
lord Castlereagh faisait declarer a Washington,
par le miinastee britannique, qirfen rendant ce
point aux Etats-Unisv le gouvernement anglais
avait bien voulu donner un gage de son bon
voulbir pour le maintien de la paix; mais qu'il
ntentendaifcaucunement reconnaitre par la le&
droits does Etats-Unis a la propriete A'aucune
partie du territoire conteste.
Par suite des negotiations auxquelles elle
donna lieu, la restitution^ d'Astoria ne fut effective qu'en 1818.#u   .. .- ;»§,• -,$%0
A la m£me epoque. omrepreaiait a Londres la tiu
m
m
— 120 iM,
negotiation relative a la fixation de la partie des
frontieres rested indetermin^e par le trait6 de
Gand.
Les pienipotentiaires des Etats-Unis r6cla-
merent pour limites le 49e parallele jusqu'a
la mer, sans prejudicier enrien, dirent-ils, aux
droits ni aux reclamations des autres puissances, c'est a dire probablement de la Russie et
de FEspagne. ^
Les commissaires anglais ne voulurent ad-
mettre, comme precedemment, le 49e parallele
que jusqu'aux monts Rocheux ; puis, a partir
des monts Rocheux, ils demanderent une ligne
droite jusqu'au point le plus rapproehe de
la Colombie, et de cette riviere, dont la naviK
gation devait £tre libre aux navires des deux
nations, jusqu'a son embouchure.
Les Anglais reclamerent en outre, pour leur
commerce, la navigation du Mississipi, se fondant sur ce que ce fleuve prenant sa source dans
les possessions britanniques, il est un principe
du droit international qui accorde la navigation
d'uncours d'eau jusqu'a son embouchure a tous
les Etalsdont il traverse lesdomaines.
Chacune des parlies ayant ainsi formule son
ultimatum, il fut evident pour tout le monde — 121 —
qu'il devenait impossible de s'entendre. Alors
les plenipotentiaires firent ce compromis de
dix ans dont on a tant parle, portant: « Que
tous les territoires reclames par les Etats-Unis
et par FAngleterre entre les monts Rocheux et
FOcean Paeifique, y compris leurs ports, baies
et rivieres, seraienl libres et ouverts pendant
dix ans aux vaisseaux, sujets et citoyens des
deux nations ; etant bien entendu, y futil
ajoute, que ce compromis ne saurait nuire aux
droits ni aux reclamations d'aucune des deux
parties, non plus qua ceux des autres puissances, sur quelque portion que ce fut desdits
territoires. »
Des la m&me annee, les Etats-Unis nego-
ciaient avec FEspagne pour le m£me objet, et
le 22 fevrier 1819 fut signe entre les deux ca-
hinets le traite de la Floride, par lequel les
frontieres des possessions espagnoles furent
fixees vers le Nord au 42e parallele.
Ce traite contient en outre la clause suivante:
« Les deux hautes parties contractantes renon-
cent a tous droits, reclamations et pretentions
sur les territoires decrils par ladite ligne (le42e
parallele), c'est a dire que les Etats-Unis renon-
cent a tous droits, reclamations et pretentions — 122 —
strWe#territoires places a Fouest et au suddela-
ditem&me ligne, et retiproquement sa Majesty
Catholique cede auxdits Etats-Unis, tous «es
droits, reclamations et pretentions sur les teiv
ritoires places au nord de la m§me ligne, et
pour elle, ses heritiers et ses sucfcesseufS, re-
nonce a rien reclamer jamais desdtts territo*-
res. »
Armes de ce traite, les Etats-Unis qui, aupa-
ravant, contestaient les droits de FEspagne sur
FOregon, firent valoir ces me^nes droits a leu*
profit contre FAngleterre. Its n'avaient invoq*j6
jusquela que les decouvertes deGtfay, celles de
Lewis et Clarke, et les titres excessivement vagues que leur avait transmis la France; desor-
mais ils parlerent des decouvertes beaucoup
plus anciennes de FEspagne, et firent valoir ses
pretentions a la possession exclusive de toutes
ces c6les, dans lesquelies, suivant eux, ses navi-
gateurs etaient inconteslablement arrives lets
premiers. Alors les noms de Drake d'une part,
de Jean de Fuca, d?Heceta de Fautre, furent
remis sur le tapis par les plenipotentiaires des
deux nations.
L'Angleferre opposa au traite de la Floriife*
^iStti beaucoup plus ancien de 1790, entre eWe ^123 —
,et FEspagne, par lequej les deu^ ,p$issanc,es
^'etaient reciproquement concede la lifers np$|-
-gstiion de ces i&ers. et le droit^e p^cher, de^$-
Jb&frqjier, de commercer sur ifs c6tes envirgp-
;#$Q>t§$ dans tous 4#s p§jnts non QtyfiQrfi occupes.
>f)es iars JiEspagne &e pouvaji ceder, fp$r ^
fltoW.de la Floride, que les droftts^qu'iejyie a##ft
4$epoque4e ice traite, c'est a dir$ ceux d'une
exploitation eo#wn#ne pour la negation,, >Ja
pficheet le commerce... done... done.
II a ete eehange jcenit volumes de note^et $e
pr^ftoeoles sur>$e sujet; le lectqgrme sau#£g*fe
de ne pas les lui donner.
Le traite de la Floride n'eut pa&ete*f|l$£|>t
ratifie, qu'en decembre 1820 M. Floyd, depute
dela Virginia,i^emanida au-pongr&s qu'u^ei^i-
quete fut faite sur la situation des etablissemens formes dans la partie dej^eeam Pa£§ft<§ue
dont il yes,t parle, et series moyens le$ pj#s
prompts d'o-ceujpser Ja Colomb&e. Un cowjft&:fyt
charge &etaiHer.;fla questjbn , >e&j>eu de temps
apres, M. FlopL qui e$ ^fta^^aembre^^ftt $ui
long rapport, duquel il res&ltaij; qu'frjp^lgjj du
41e deg*e de latitiftjle jjis^ujau 53% sipon j$j-
qu'au 60%.^es cotes de l'Ocean ^ajQiflqjug^pfir-
tenaient de droit aux Etats-Unis, tant en ver^u +■       *-"»'
— 124 —
des decouvertes qu'en vertu des trails, et que,
pour s'en assurer la possession, il suffirait d'e-
tablir quelques postes armes aux sources nord-
ouest du Missouri et a Fembouchure de la Colombie; puis de favoriser les emigrations dans
ce pays, non seulement des Etats de FUnion,
mais encore de la Chine. Le comite formula
ensuite un bill « pour Foccupation de la Colombie et la regularisation du commerce jpec
les Indiens dans cette partie du territoire des
Etats-Unis. » Ce rapport et la proposition quiy
faisait suite, etaient une violation flagrante du
traite de 1818, d'apres lequel les ports contested devaient dfre libres et ouverts pendant dix
ans aux vaisseaux, sujets et citoyens des deux
nations (FAngleterre et FUnion).
La chambre des representans ne donna pas
suite a cette proposition. L'annee suivante elle
fut renouvelee devant le congres, et il fut de-
mande au ministere de la marine Fetat des
depenses qu'occasionnerait la mise en etat de
defense du cours de la Colombie.
Ce fut la derniere manifestation hostile de la
part du congres, et la legislature arriva a sa fin
sans qu'il fut question de nouveau des mesures
quelle semblait devoirprovoquer. — 125 —
Pendant le m&ne temps, le gouvernement
anglais et le gouvernement russe faisaient cha-
cun de son cote leurs dispositions pour resister
aux enlreprises des Etats-Unis et pour affermir
leur autorite dans le pays dont ces derniers
prelendaientles expulser.
L'Angleterre renouvelait le privilege de la
compagnie de la baie de Hudson, tout en stipu-
lant neanmoins des reserves pour les Etats-Unis
dans FOregon.
Le gouvernement de Saint-Petersbourg en
faisait autant pour la compagnie Russo-Americaine. Un ukase de l'empereur Alexandre, dale*
du 4 septembre 1821, declarait americaine
toute la partie des c6tes situee au nord du 51'
parallele, et en prohibait Fentree aux sujets
etrangers sous les peines les plus severes, excepte dans des cas de detresse et d'extr6me
necessite. Et pour prouver que la Russie enten-
dait bien executer cet ukase, un brick ameri-
cain, la Perle de Roston, qui, nonobstant la
defense, s'etait rendu a Sitka, fut retenu par
lesautorites russes.
Lorsqu'il eut connaissance dece nouvel ukase,
le gouvernement des Etats - Unis reclama.
M. Adam, secretaire d'Etat de FUnion, deman- 126 —
da&u nom du president de la republique, &$'en-
voye russe resident a Washington, ssur quai
son gouvernement se fondait pour appuyeriies
pretentions semblables.
L'envoye repondit par Fexhibition d'un long
memoire, dans lequel la Russie s'attribuait
la decouverte de la plus grande partie ides e6tes;
puis il ajoutait que le continent oppose appar>-
tenanta son souverain^a possession seule^jsu^-
firait pour lui donner droit a celle de toutes "fes
terries baignees par la m^rne mer, quand bien
m4me il ne Faurait pas deja a d'autres titres.
iLa pretention etait exorbitante ; FOcean
Paeifique est c*in peu trop etendu pout.pe>uvoir
£ire considers comme une mer close.
:>Pe son cdfee, le secretaire des Etats-Unis
is»voquaIe premier article de la charte octroyee
spar Padl Ier a4a compagnie Russo-Americaine
le 8 juiilet d799, dans lequel il etait dit:
« Qu'en vedtu des decouvertes operees par les
navigateurs russes de la partie des cotes de
'&'(Ameriq<ue conomeaiQant au 55* degre de latitude, etc., la Russie avait acquis le droit de
propriete de ces terres>; que ladite compagnie
etait autorisee a jouir de tous les avantages,
industrie et commerce  sur lesdites c6tes, -a — 127 —
partir du 55e degre de latitude jusqu'au detroit
delkhring. »
M. Adam ajouta que depui£ sl'jannee ou cette
; char te avast ete octroy&e, la Russie n'avait last
aucunes decouvertes nouvelles sur les c6tes;
que -ties lors elle devait s'en tenir aux limites
deja fkees par elle-m&me.
jEnfin, il se resuma en dec4ar»ant que les «i-
toyens americains avaient toujours jouidela
-Kberjte du commerce sur ces mers, et <pe<teur
jgo»uvernement ne snuflrirait ipas ifu'ils y fus-
sent molestes par aucune autre nation.
iLe debat et toutes les pieces s'y rattacha&ft
furent deferes au congtfes pendant ila session
4e 11822. L'annee suivante la negotiation tfut
reprised Saint-Peteasbourg.
L'Angle terre aussi avait proteste contr^l^r
&ase d'Alexandre, et une negotiation semblafete
-se poursuivait au congres de Vserene entre^les
plenipotentiaares des deux nations.
Justement akrmes, et craignant ^que ff&&~
^leterre etla Russie ne traitassentjsans eux,4e$
Etats-Unis essayerent d'intervenir dans la n%
gotiataon, et leurs ministres firent en m<kne
i&mps, a Londres et a Sakit-^itersbourg, des
propositions tendantfnfce que pendant les dix £1
V
— 128 —
ans qui allaient suivre, les Russes ne pussent
former aucun etablissement au midi du 55* parallele, les Etats-Unis au nord du 51*, et
enfin FAngleterre au midi du 51e et au nord
du 55e.
C'etait renfermer les droits de FAngleterre
entre le51*et le55eparalleles, et encore chacun
des deux gouvernemens rivaux restait-il en position pour lui disputer cet intervalle de ^degres, dont on voulait bien lui laisser la jouis-
nsance en commun. — II est plus que probable
qu'elle n'eutpasaccepte; mais un evenement im-
prevu mi t fin a la negotiation, avant quele cabinet de Londres n'etit fait connaitre sa reponse.
En 1823, le president Monroe declara dans
son message annuel au congres : « Qu'il devait
profiler des discussions relatives aux cdtes
*Nord-Ouest, pour proclamer qu'en principeles
droits et les interets des Etats-Unis s'oppo-
saient a ce qu'aucune partie du continent ame-
ricain put 6tre consideree desormais comme un
point de colonisation par aucun pouvoir euro-
peen.»
Ces principes, auxquels ni la Russie ni FAngleterre ne pouvaient acceder, et qu'il eut ete
peut-elre plus politique, dit Greenhow, de con- — 129 —
server in petto que de les proclamer ainsi so-
lennellement, mirent du froid entre les pleni-
potentiaires. Alors les ministres americains
penserent qu'ils viendraient plus facilement a
bout de leurs competiteurs en negotiant avec
chacun d'eux separement, et ils agirent en
consequence.
D'un autre c6te, un comite semblable a celui
nomme en 1820, lors de la proposition de
M. Floyd, s'organisa immediatement apres le
message du president, pour aviser aux moyens
d'occuper Fembouchure de la Colombie. Ce
comite consulta le quartier-maitre general de
Farmee, general Jesup. — Le general declara
que le moyen le plus efficace, suivant lui, d'ar-
river a Foccupation militaire de la Colombie et
en mfone temps a assurer la protection des
frontieres de la republique dans le haut Missouri, etait d'envoyer immediatement un corps
de deux cents hommes a travers le continent
jusqu'a Fembouchure de la Colombie; qu'en
m£me temps, deux vaisseaux marchands leur
transporteraient des canons, des munitions et
les materiaux necessaires pour y former un
premier etablissement; qu'ensuite, entre ce
point et la partie du haufejMissouri occupee par ^^^^^^^^^^r^^^^
—t'iSO- —
le^BtafeUnis^ it serai^ formfc quatre ou etnq?
stations intermecfiaire^ domme aidant d'&*
cbekms de 1# ligne de^ communication a
etablir entre FOcean Paeifique et les autres
Etats de forepublique.
Par cemoyen,ajoute la lettre, « vous assusd*-
rez une protection efficace a vos commercans* et
forfeque le privilege de dix ans accorde aux
Anglais, de naviguer et de commercer su%° la
Colombie §era expire, il vous sera facile deles
chasser completement du territoire. »
Ce rapport et la proposition*qui y avait donne*
lieu, eurent to memo sort que ceux de 1820>p
te lettre du general Jesup fut envoyee a lal
chambre des representans, et il n'en fut plus*
Question de h. session.
Les journaux, cependant, en rendirent compte
et la portei4nt a la connafesanori du gouvernen
ment anglais. —4es negotiations pougia de&n
mitatio® des frontieres n'avaient pas et^tiaier-
rompues d'une maniere officielle; les ininistres
brtfenniques, MM. Hu&kisson et Stratfort 08H*
ning s'etonnerent avec raison de ce que pendant? que des plenipotettttakes etaient charges
de regler amiablement la question, le gouvernement de FUnion prenait des mesures pour —c 131 —
exgulssir de fdfSe fes sujetsr anglais to terli-
toire en litige.
II est de fait que la politique americaipe sjq
prenaifDmal pour arrdver^ai une solution amiable? aussi* des ce momeiitv les negotiations &&*
i?eflt-e)Ies sinon interrompues, du moiris i»emee£
sans espoir d'arriver a une solution; M. Rush,
ministre amdricain? renouvela la proposition
faite Fannee precedente, d'une jouissance com-
niune pendant dix ans du territoire place au
dessus du 51e parallele, il consentaifc m£mei k-
reculer jusqu'au 49e.
MM. Huskisson et Canning lui r£pondirent
par une contre-propetfition tendant a ce que le
litigefiit juge definitivement, et ils proposeren4^
comme par le passe, la ligne de la Goloakbie
pour limite. Quelques netes furent encore
exchangees, puis la discussion fut indefiniment
aJGurnee.—Ceci se passait au milieu de Fann6e
1824; la negotiation ne devait plus 6tre reprise qu'en novembre 1826.
Pendant que leurs confreres echouaient avee*
FAngleterre, les plenipotentiaiues americains
etaient plus heureux avec la Russia 1m 17
avr*ll824, une convention fufc$gn6e entre left
deux puissances * 1
 132 —
De m&ne que le traite* de 1790 entre FAngleterre et FEspagne, cette convention porte en
principe i
«Que dans toutes les parties du grand Ocean,
communement appele Ocean Paeifique ou mer
du Sud, les citoyens ou sujets respectifs des
deux hautes puissances contractantes, ne pour-
ront &tre troubles ni limites dans la navigation,
le droit de peche et la frequentation des c&tes
pour le commerce avec les naturels, partout ou
elles ne seront pas deja occupees. »
L'article 2 porte : « Qu'afin d'emp&cher que
ce droit de navigation ne serve de pretexte a
un commerce defendu, les navires d'aucune
des deux nations ne pourront £tre admis dans
les etablissemens de Fautre sans la permission
des autorites qui y resident. »
Par l'article 3 : « les Etats-Unis s'interdisent
de former aucun etablissement sur les c6tes
nord-ouest de FAmerique au dessus du 54e degre 40 minutes de latitude, et reciproquement
la Russie s'interdit d'en former aucun dans le
sud de la meme ligne. »
Comme consequence de ce traite, le brick
americain la Perle fut restitue a ses pro-
prietaires, qui reeurent en outre une indemnite. 01
— 133 —
Ainsi fut annule, quant aux Etats-Unis, Fu-
kasede 1821.
L'Angleterre negociait de son c6te; mais
elle ne pouvait admettre une delimitation des
frontieres aussi vague que celle resultant du
traite precedent; elle sentait qu'en definitive
ce serait a elle qu'appartiendrait le voisinage
de la Russie, et elle voulait couper court a toute
cause de contestation future avec cette puissance; elle avait de plus a regler les frontieres
de ses possessions du Nord, restees indetermi-
nees jusqu'a ce jour.
La convention fut signee le 16 fevrier 1825.
Elle reproduit les articles 1 et 2 du traite"
des Etats-Unis concernant la navigation, les
pdcheries et la frequentation des cdtes pour le
commerce avec les naturels.
L'article 3, qui fixe les frontieres, porte que
« la ligne de demarcation entre les possessions
des hautes parties contractantes sur les cdtes
du continent et dans les lies du nord-ouest de
FAmerique, sera tracee de la maniere suivante:
elle partira du point le plus meridional de File
du Prince-de-Galles (que Farticle 4 atlribue a
la Russie), lequel point est place sous le 54* degre 40 minutes de latitude nord et entre les 131
fc* uJ
i V
— m —
et 133* de longitude occidentale, meridien de
Greenwich; que de la, elle remontera vers le
nord en suivant le canal de Portland jusques au
point du continent place sous le 56* parallele;
que die ce dernier point, elle suivra le sommet
des montagnes paratlelement aux cdtes, jusqu'a:
leur intersection avec le 141* degre de longJ^
tude, et enfin ce m£me meridien jusqu'a la mer
Glaciate.»
II est bien entendu, dit Fartiele 4,« que si la
partie des frontieres qui doit longer les cdtes
entre le 56e parallele et le 141* de longitude
occidentale, s'eloignait des cdtes de FOcean de
plu$ de dix lieues maritimes, cette distance de
dix lieues Efcaritimes seraitprise pour frontiere.*
Suivent sept articles, reglant les conditions
de la navigation et du commerce des deux nations dans ces parages.
Ces traites, que le de&ir de mettre en regard
Fun de Fautre nous a forces d'antieiper sur les
ivenemens intermedial res, avaient eu pour re-
suliat d'eloigner Fun des trois pretendans du
eonflit; mais le litige n'en devenait que plus
ardent entre les deux autres. Moins que jamais
PAngteterre et les Etets-Unis semblaient disposes & s'entendre. «
Le president Monroe renouvela dans son tiles-
sage de 1824 sa demonstration de Fann&e pr3-
eedente, et proposa au congres Fetablissement
immediat d'une force mililaire suffisante pour
garder Fembouchure de la Colombie, en Fap-
puyant de Fenvoi d'une fregale qui resterait en
croisiere sur les cdtes voisines pour y proteger
les interests de ses nationaux. L'annee suivanle,
f aiseien ministre, M. Adam, qui avait ete eleve
& la president, crut devoir faire une proposition semblable; celte fois encode, un comite fut
nomme afin d'examiner la question, et, comme
ceux des comites pfecedens, son rapport de-
meura enfoui d£ns les archives du congres.
Les chambfes amerieaines semblaient alors
vouloir jouer, a propos de FOregon, la comedie
que jouent depuis treize ou quatorze ans nos
honorables deputes a propos de la Pologne,
« dont la nationalite, disent-ils, ne perira
pas. » |I|
Cependant, les dix ans pendant lesquels la
question avait ete ajournee par la convention de
1818 etaient pres d'expirer; il etait urgent ou
d'ea terminer par un traite definitif, ou de pro-
longer le statu quo dans lequel on etait reste
j^qu'&Sejour, i
3
v
— 136 —
En consequence, les negotiations furent reprises en 1836. M. Gallatin avait rem place
M. Rush comme plenipotentiaire du gouvernement de FUnion; M. Huskisson, qui avait suivi
les negotiations precedentes pour FAngleterre,
continua d'dtre charge de ses interdts; M. Ad-
dington lui fut adjoint en remplacement de
M. Stratfort Canning.
Mais, depuis dix ans, les circonstances ef%
position respective des parties sur le territoire
conleste n'etaient plus les mdmes. L'Angleterre
avait profite de cet intervalle pour y prendre
une attitude puissante par Foccupation des
points les plus avantageux du pays, nolam-
ment dans la partie placee au nordde la Colombie.
« La reunion des deux compagnies rivales
operee en 1821, ditM. Greenhow, dans son me-
moire, et Felablissement d'une juridiction civile et criminelle dans cette partie de FAmerique qui leur avait ete coneedee,produisirent
pour la Grande-Bretagne les effets les plus avantageux, tant sous le rapport politique que sous
le rapport commercial. Des ce moment, la compagnie^ de la baie Hudson devintun corps puissant; ses ressource* ne furent plus gaspillees ■• \
— 137 —
en pure perte pour resister a la concurrence
d'une association rivale; elle regularisa ses
operations, qui furent conduites avec ordre et
securile, assuree que Fhonneur de son gouvernement etait engage aladefendre. Presque tous
ses comptoirs furent fortifies, abondamment
pourvus d'armes et de munitions, et mis en
etat de resister a ceux qui seraient tentes de
les attaquer. C'est ainsi que peu d'annees suf-
firent pour occuper militairement, bien que
pourlant pas un seul soldat de Farmeeanglaise
n'y eut mis le pied, la vaste etendue de pays
situee entre FOcean Paeifique et la baie de
Hudson.
» De leur cdte, les Etats-Unis n'avaient pas
cent de leurs citoyens au dela des monts Rocheux ; ils n'y possedaient plus d'etablisse-
mens et ils n'y exer^aient ni autorite ni juri-
diction. »
C'est ainsi que s'exprimait M. Green how en
1840. Depuis cette epoque, il y a eu un commencement d'emigration dans FOregon de la
part des citoyens de la Republique-Unie; mais
la grande majorite des habitans civilises appar-
tient encore a la compagnie anglaise et se compose desesserviteurs et de ses agens, presque
i 1
— 138 =•
tous Fran^ais-Cana^iens ou de race melange©.
Les plenipotentiaires anglais commencerent
par declarer que leur gouvernement etait prdt a
reporter la question sur le mdme pied qu'ea
1824, et ils offrirent consequemment les limites de la Colombie.
M. Gallatin repondit que lui aussi s'en re-
ferait a la proposition faite par son predeces-
seur en 1824, et reclama le 49e degre parallele.
La partie des cdtes de FOregon abandonnee
aux Etats-Unis par la proposition des plenipotentiaires anglais, manquait de mouillages ,
ainsi que nous Favons fait observer deja; car
on ne saurait considerer comme telle Fembouchure de la Colombie, dont Fentree est excessi-
vemenl dangereuse, et qui, du reste, d'apres la
proposition des negociateurs anglais, eut et«
commune aux deux nations. Cette considera^-
tion pouvait dtre un motif serieux et fonde pour
le gouvernement de FUnion de refuser la ligne
proposee par ses adversaires.
II existe au nord de la Colombie, a partir de
Fentree du detroit de Fuca jusqu'a la frontiere russe, une suite de baies et de ports capa-
bles d'abriter les vaisseaux du plus fori ton-
H — *89 —
nage; FAngleterre en s'attribuant fa propria
absolue de ces parages, semblait vouloir ex-
irijire les Etats-Unis du commerce de FOeiean
PacifiquiB
Le$ pieni potentiates anglais le comprirent,
et ils proposerent d'abandonner au gouvernement americain la presqu'Ue formee par la Colombie et le rivage meridional du detroit de
Fuca. De cette maniere, les Etats-Unis aur^lent
#u, outre une partie assez considerable\de te*v
rain bien boise et tre& fertile sur le Lord de la
mer, un mouillage sur dans la rade de Bul-
finch et le port de Discovery.
M. Gallatin repondit que se$ instructions
etaient positives et qu'il ne pouvait aociepte/r
aucunes propositions quelles qu'elies fussent,
des qu'eMesn'avaient pas pour objet F admission
pure et simple du 49* d®gf& p&jcallele comtaae
frontiere.
Voyant encore une fois 1'impossibilite 4ie
s'entendre, quant au reglement definitif d&s limites, les negociateurs en revinrent a l'occupa-
tion commune : ce moyen aVuit deja reussi,
parce qu'il ajournait la question tout en con-
servant leurs droits aux parties; c'etait gagner
du temps et reculer ainsi le conflit qui tot on
'M J
i
tea
— 140 —
tard arrivera si aucune d'elles ne veut rabattre
de ses pretentions.
En consequence, les Anglais proposerent que
la convention de 1818 fut prorogee de 15 ans.
Le ministre americain demanda d'en referer a
son gouvernement, et la negotiation fut ajour-
nee a Fannee suivante pour attendre la reponse.
Enfin, le20 aout 1827, il futsigne une nou-
velle convention, portant prorogation indefinie
de l'article 3 du traite d'octobre 1818; mais
avec faculte reciproque d'en demander Fannu-
lalion apres l'expiration de la premiere annee,
en se prevenant douze mois d'avance.
Chacune des deux puissances pro testa, en
meme temps, contre toute interpretation des
propositions diverses faites ou agreees par elle
pendant le cours des negotiations, tendant a
les faire considerer dans la suite comme une
renonciation implicite de sa part a aucune par-
tie du territoire conteste.
Cette convention fut soumise au congres par
le president de la republique, et le senat Fayant
approuvee, M. Adam la ratifia.
Pendant la session de 1829, la question de
Foccupalion mi li la ire de Fembouchure de la
Colombie fut encore une fois reprise dans la — 141 —
chambre des representans, et il futpresente un
bill tendant a autoriserle gouvernement a faire
elever des forts au dela des montagnes Rocheuses, eta yelablir une juridiction pour juger ceux
des citoyens de la republique qui y residaient-
Les debats furent longs et agites; mais en definitive le bill fut rejele.
En 1831, le president Jackson dut encore
presenter aux chambres un rapport redige a
leur demande par le ministre de la guerre, sur
Fetat du territoire de FOregon, sur les etablissemens des Anglais dans le voisinage de la Colombie, sur le commerce des fourrures, etc.;
mais aucune discussion ni aucune determination ne fit suite a ce rapport; et pendant plu-
sieurs annees il ne fut plus question, dans les
chambres americaines, de la Colombie ni des
contestations auxquelles elle avait donne lieu.
Avant de continuer Fexpose de ces discussions qui se sont continuees jusqu'a nos jours,
et dont nous sommes loin de prevoir la duree ni
Fissue, nous devons dire un mot d'une nou-
velie contestation surgie en 1834 entre la Russie el les Etats-Unis d'une part, et entre la Russie et FAngleterre de Fautre, a propos de Fexe-
cution des traites de 1824 et de 1825. I
B
On se rappelle qu'il avait ete stipule dans
ces deux conventions, une elause portant que,
pendant les dix annees qui suivraient leur $jr
gnature, les sujets ou citoyens de ehacune des
puissances coatractantes auraient le droit r&-
*ciproqu« de frequenter les mers inteHeures,
golfes, rades et ports appartenant a l'autr&,
tant pour la pdche que pour le commerce avec
les naturels. Cette clause fut executee par la
Russie pendant le temps fixe; mais aussitdt son
expiration arrivee, le baron de Wrangel, gouverneur d<e la eolonie russe, signifia aux vaisseaux anglais et americains qui se presente-
rent au dessus du 54e degre 40 minutes parallele, la defense d'y sojourner. En mdme temps,
le ministre russe residant a Washington, in-
forma le gouvernement de FUnion de lintel*-
tion ok etait la Russie de s'opposer a ce qu'au-
^un navire etranger ne put commercer dans la
partie du continent americain qui lui avait ete
attrlbuee par les tr&ites precedemmenl men-
tionn^s.
L'envoye americain residant a Saint-Peters-
bourg sollieita une prolongation de la clause: il
lui But repondu par un refus. Alors le gouvernement de FUnion pretendit qu'il avait le droit m m —
de frequenter les cdtes pour p4&her et pour
commercer avec les naturels dans tous les points
non occupes par la Russie; car, disait-il, par fe|
traite de 1824, nous nous sommes jnterdits de
former des etablissemens au dessus du 54e de-^
gre* 40 minutes; mais nous ne vous avons pas
reconnu, par ce fait, la souveraineM du pays
place* au dessus de cette ligne, pas plus que
vous ne nous avez reconnu, vous, la souver&ir
nete de oelui place* au dessous; et la preutr©
de ce dernier fait, c'est que presque simul-
tanement vous faisiez avec FAngleterre ua
traitd semblable; or, c'eut ete de votre p&rt
reeonnaitre a deux puissances differentes la
souverainete d*un mdme pays.
A cette reclamation, le ministre russe repon-
dit^vec raison que Fautorite de son souverain
ne saurait dtre limitee dans un pays auquel on
avait renonce et sur lequel on ne s'etait fait qu«
des resoles temporaries, lorsque le temps de
ces reserves etait expire; que quani a la double souverainete de FAngleterre et des Etats-
Unis sur des pays places au dela des frontieres
russes, il n'avait entendu garantir les pretea^
tions ni des uns ni des autres; que tout ce
qu'il avait pu et entendu faire, avait ete de ees-
m
i — 144 —
ser d'y prdtendre lui-mdme, laissant aux deux
autres gouvernemens le droit de regler leur
differend comme ils Fentendraient.
Pendant que les Etats-Unis faisaient de la diplomatic FAngleterre agissait : la compagnie
de la baie de Hudson avait prepare une expedition pour aller former une station et cons-
truire un fort a Fembouchure de la Stikine,
pres du 57e degre parallele. Le baron de Wran-
gel en fut prevenu; il se Mta aussitdt de faire
elever un blocaus a Fembouchure de la riviere,
et y pla§a en station un batiment de guerre
prdt a repousser les vaisseaux anglais s'ils ten-
taient de forcer le passage. Ceux-ci eurent
beau s'en referer aux traites, ce fut vainement;
le gouverneur russe tint ferme et la compagnie
d'Hudson dut renoncer a son projet, bien que,
dit-on, elle etit depense deja cinq cent mille
francs en preparatifs.
En presence de cette altitude prise par le
gouvernement de Saint-Petersbourg vis-a-vis
de FAngleterre, les Etats-Unis comprirent que
leur diplomatic n'aboutirait a rien, et ils y re-
noncerent. Depuis cette epoque, la Russie a
joui 4>aisiblement et sans conteste des parages
auxquels lui donnaient droit les traites que nous — 145 —
avons mentionnes. Avis aux pays qui ne savent
pas dtre les maitres chez eux (I).
Revenons au debat, beaucoup moins facile k
regler, entre FAngleterre et les Etats-Unis.
Pendant les cinq ou six ans qui suivirent,
les habitans de FUnion renouvelerent plusieurs
fois leurs pretentions a la possession exclusive
des contrees dont la jouissance leur avait ete
garantie concurremment avec FAngleterre par
(1) Dans son message du 4decembre 1858, le president
du gouvernement americain rendit compte au congres de la
negotiation, en ces termes : « Vous verrez par la correspon-
dance que je fais metlre sous vos yeux, que le gouvernement
russe a refuse de renouveler le quatrieme article de la convention de 4824... La raison assignee par le gouvernement
russe pour ne pas renouveler les dispositions de cet article,
est que le seul usage que nos citoyens ont fait du privilege
qu'il leur conferait, a ete de fournir aux Indiens des liqueurs
spiritueuses, des munitions et des armes a feu; que ce commerce a e"te interdit aux negoeians russes, et que, comme
les articles fournis par les Etats-Unis causent le plus grand
prejudice aux etablissemens russes sur la cote Nord-Ouest,
et sont de nature a exciter des plainles entre les deux gou-
vernesiens, sa majeste Pempereur croit qu'il est de Tinieret
des deux pays de ne pas adherer a la proposition qui lui a
ete faite par le gouvernement americain de renouveler l'article ci-dessus menlionne  Le capital et le tonnage employes par nos concitoyens dans leur commerce avec la cote
nord-ouest de l'Amerique sont de si peu d'importance qu'ils
ne doiventpas attirer long-temps voire attention: mais sous
d'autres point de vue, cet article merite d'etre pris engrande
consideration par le congres. » i
fi
te trait4 de 182-7. Suivant une des clauses $e
ce traite, il suffisait de Se> preveffir douze mois
iFivance pour faire cesser le compromis ei re-
plaeer ehae»n des deux peuples dans la plenitude de ses droits. Plu$feiirs petitions dans ce
Sens ftffent presentees aus chambres legislatives ; plusieurs motions y furent faites, tendant,
eomme les preee'dentes, a Foccupation mift-
f&ire du pays en liHge; mais aucunes ne liferent
prisesserieusement en consideration, et le gouvernement americain, desireux de maintsnlr la
paix, prolongea le statu quo aussi long-temps
fu'il le put. Pendant ce temps, les frontieres
de FEst se reglaient par un arbitrage amiable-
ment consenti par les deux puissances, et cha-
cune d'elles evitait de remettre en question
eelles de FOuest, pour lesquelles elles pre-
voyaient qu'un arrangement definitif donnerait
lieu a des difficultes phis grandes.
Cependant, un evenement imprevu faillit
tout-a-eoup rompre cette bonne intelligence
conservee avec tant de peine et de soins retft-
proques.
Pendant que la Grande-Rretagne luttait centra Papineau dans le Canada revolte, un grand
nombre d'Americains, entraines par leurs sym- pathies pour les Canadiens aufant que par leu?
haine instinctive conire leur ancienne metro*
pole, passerent les frontieres et allerent au sete
eours des insurges. L'Angleterre s'enplaignit
au gouvernement de Washington, et le president, M. Van Bur en, declara dans son message
au congres, que ces Americains avaient petdu
leurs droits a la protection de la republique.
loirt e'tait done pour le mieux, et le cabinet
britannique devait dtre satisfait quand un nou-
toI incident vint compliquer la position.
Une troupe de Canadien&j refoulee jusques
mx frontieres atm^rieaines, avait ete obligee de
eherche? un refuge sur le territoire de la repu^
blique et s'etait retranchee dans une ile duNia-
gara. La, elle tenait en echec toutes les forces
envoyees contre elle par le gouverneur de la
province. M. Mac-Leod, commandant des miii-
ces, ne pouvant les forcer dans leur aslle,
»*£tait contente de les y tenir bloques, esperaat
ainsi les reduire, avec le temps* par le manque de vivres et de munitions. Mais un schooner americain, la Cajoline, etait parvenu plu-
sienrs fois a tromper sa surveillance et leur
avait porfce les approvisiennemens dont ils
avaient besoin. A la fin pourtant, M. Mac-Leod,
-
mm — 148 —
qui le guettait, finit par s'emparer du schooner, et, dans l'impossibilite de Femmener, y
fit mettre le feu en pleine riviere.
Le cabinet de Washington reclama: le schooner etait americain, disait-il, dans des eaux
americaines, et rien ne pouvait autoriser un of-
ficier anglais a s'en emparer, encore moins a y
mettre le feu. A Londres, il fut repondu que la
Caroli?ie avait ete frelee par les insurges^ que
des lors elle avait perdu tout droit a la protection de la republique; que du moment ou ses
proprietaires Favaient livree aux ennemis de
FAngleterre, ils avaient du s'attendre ace qu'elle
fut traitee par ses soldats comme une propriete
ennemie, et qu'en Fincendiant, le commandant Mac-Leod n'avait fait qu'user du droit que
toujours les lois de la guerre ont donne au vain-
queur sur le vaincu.
Tandis que les deux cabinets discutaient Faf-
faire, M. Mac-Leod, surpris sur le territoire de
la republique, fut arrSte sous la prevention
d'incendie dune propriete americaine et defere
au jury de la province de New-York.
L'Angleterre reclama a son tour : des interpellations a ce sujet furent adressees aux minis tres dans les deux chambres. Lord Palmers- — 149 —
ton etait alors aux affaires etrangeres; il assura
au parlement que des qu'il avait su que la vie
d'un sujet anglais 6tait menaeee, le gouvernement n'avait pas fait attendre son intervention.
Cette intervention, cependant, n'eut pas les ef-
fets qu'il en esperait: le president de FUnion
declara qu'il regrettait les faits qui y avaient
donne lieu; mais que la justice etait saisie et
qu'elle devait avoir son cours, la constitution
interdisant fennellement au gouvernement d'in-
tervenir dans les affaires judicial res, des qu'elles
avaient 6te deferees au tribunal qui devait en
connaitre.
En effet, Mac-Leod fut juge et acquitte. It
est probable que le gouvernement americain,
qui n'avait pas voulu intervenir officiellement
pour faire mettre en liberte le prevenu, inter-
vint secretement pour le faire acquitter. C'etait
sauver les principes, tout en donnant satisfaction a FAngleterre quant au fait.
Cependant les relations de bonne entente
entre les deux cabinets en souffrirent: lesan-
ciens fermens de rivalite el de haine furent
ranimes parmi les masses; Feternelle question
desc6tes du Nord-Ouest et des territoires situes
au dela des montagnes Rocheuses fut agitee de
10
i — 150 —
nouveau. C'etait le commencement de la crise
qui dure encore.
Le president John Tyler lui-m£me dut subir
ces influences; dans son message de 1841, on
lit le passage suivant:
« Le rapport du secretaire d'etat de la guerre
et les autres rapports qui Faccompagnent, vous
feront connaitre les progres faits dans les Justifications destinees a proteger nos principales
villes, nos routes et nos frontieres, pendant
Fanneequi vient de s'ecouler... Je recommande
particulierement avotre attention la partie du
rapport qui propose d'etablir une chaine de
postes militaires depuis Council-Bluff (dans le
haut Missouri) jusqu'a quelque point sur FOcean Paeifique, dans nos limites. Les avantages
que tireront de la nos citoyens faisant le commerce des fourrures dans ces regions incultes,
et Fimportance qu'il y a pour nous d'entrete-
nir des relations d'amitie avec les tribus sauva-
ges qui habitent ce territoire, le besoin de proteger nos etablissemens des frontieres et d'assurer les communications entre les etablissemens americains de Fembouchure de la riviere
j|e Colombie et ceux situes de Fautre c6te des
monjs Rocheux, toutes ces considerations de- — 151 —
vront vous faire adopter les recommandations
proposees dans ce rapport »
C'est ainsi qu'a chaque discussion survenue
entre FAngleterre et les Etats-Unis, ces der-
niers ont toujours renouvele leur pretention a
la possession exclusive de FOregon, et s'en sont
servis comme d'une menace pour tenir leur
rivale en echec.
L'affairede Mac-Leod etait a peine terminee,
qu'un nouveau sujet de recriminations surgit
entre les deux Etits. La Creole, b&timent americain, transportait des negres d'un port de
FUnion dans un autre, le long des cdtes de la
republique, quand les esclaves se revolterent,
et s'Stant rendus maftres de l'equipage, dirige-
rent le navire sur une c6te anglaise. En appre-
nant le crime dont les negres s'etaient rendus
coupables, le consul americain reclama Fassis-
tance des autorites locales, afin de les faire
reconduire sur le territoire de la republique
pour qu'ils y fussent rendus a leurs maltres,
puis juges etpunis.
Au lieu de se prater a cette demande, les
autorites anglaises firent evader les revoltes,
pujis declarerent au consul que les lois de leur
nation proclamaient libre tout esclave qui avait
r& % 152 —
mis le pied sur le sol britannique; qu'en consequence, loin de faire arr&ter et de livrer les
negres de la Creole, leur devoir etait de les
proteger et de les defendre si une puissance
6lrangere venait les poursuivre jusque sur le
territoire de la Grande-Brelagne.
De la rapport du consul, reclamation du cabinet de Washington, interpellations du congres, replique, negotiation, diplomatic
Geci n'empe'chait pourtant pas que la question des frontieres du Nord et de FEst ne se
reglat amiablement entre les deux Etats; le
traite de Gand avait laisse plusieurs points de
detail indetermines, les plenipotentiaries man-
quant alors de renseignemens geographiques
indispensables pour cela. Depuis cette epoque,
des commissaires avaient ete nommes pour
examiner contradictoirement les lieux et fixer
deflnitivement la delimitation des deux frontieres. Lord Ashburton negociait pour FAngleterre, M. Webster pour les Etats-Unis, et, le
9 aoul 1842, un traite definitif fut signe a
Washington.
La ligne de demarcation fixee par ce traite
s'arreHe aux montagnes Rocheuses, et il est a — 153 —
remarqtier que pas un mot n'y est dit des regions placees au dela.
Le presidenjde FUnion n'observa pas la m&-
me reserve dans son message au congres le 8
decembre suivant. Apres y avoir rendu compte
et s'&tre felicite du dernier traite avec FAngleterre, il ajouta : « II eut ete plus heureux
encore que le traite etit embrasse tous les ob-
jets qui seraient de nature a amener dans Fa-
venir une rupture entre les deux pays : le territoire des Etats-Unis, appele FOregon, dont
la Grande-Bretagne reclame une partie, commence a attirer I'attention de nos concitoyens,
etla population americaine est sur le point de
se repandre dans les vastes districts qui s'eten-
dent des montagnes Rocheuses a FOcean Paeifique. Dans ces circonstances, une sage politique exige que les deux gouvernemens ne negligent rien pour fixer leurs droits respectifs.
» Des le debut des dernieres negotiations,
on s'etait apercu que toute tentative pour re-
soudre la difficulte aurait amene de longues
disunions... Cette difficulte, il estvrai, ne menace pas de compromettre la paix entre les
deuxEtats pendant plusieurs annees encore?
neanmoins je recommanderai au gouvernement
m 1
i
— 154 —
britannique de resoudre la question le plus t6t
possible. »
Le discours du president John Tyler au congres de la session suivante, fut encore plus ex-
plicite :
«Le traite conclu dernierement avec la Gran-
de-Bretagne , dit il, a fortifie entre les deux
Etats la bonne intelligence que la reciprocity
des intere'ts cimentera. ^
» Cependant il reste encore une impor-
tante question a regler; les limites du terri-
ioire de FOregon ne sont pas encore fixees.
» Les Etats-Unis regretteraient de s'agran-
dir aux depens de toute autre nation, mais si
les principes de l'honneur qui doivent regir les
nations comme les particuliers, les emp^chent
de reclamer un territoire qui ne leur appar-
tient pas, ils ne consentiront pas, d'un autre
c6te, a faire un abandon de leurs droits. Apres
un examen approfondi, les Etats-Unis ont tou-
jours soutenu qu'ils ont droit a toute la region
situee sur les bords dela mer Paeifique et comprise entre les 42e et 54e degres 40 minutes de
latitude nord.
» Cette reclamation ay ant ete contestee par
la Grande-Bretagne, ceux qui nous ont prece- — 155 —
dedans le pouvoir executif des Etats Unis,
animes du desir de regler Faffaire a Famiable,
oiit fait au gouvernement britannique des
propositions que toutefois ce gouvernement n'a
pas juge k propos d'accepter.
» Notre ambassadeur a Londres a de nouveau soumis Faffaire au gouvernement britannique, en vertu d'instructions qu'il a regues et
tout en veillant sur les droits et sur Fhonneur
des Etats Unis. On fera tous les efforts imagina-
bles pour ramener la negotiation qui va §lre
reprise, a uneprompt§et satisfaisante issue.
» Remarquez, d'ailleurs, que beaucoupdenos
concitoyens sont deja etablis sur le territoire
de FOregon ; que d'autres sont sur le point de
s'y etablir, et, a cette occasion, je rappellerai 06
que j'ai deja recomrnande, a savoir : Fetablis-
sement de ports militaires sur les points de la
route a parcourir. »
J'aicru devoir citer tout au long ces passages des deux derniers messages, afin de bien
faire comprendrela limite des pretentions des
Etats-Unis et Fesprit qui a toujours anime leur
gouvernement relativement a la question en li-
tige, m6me avant que la negotiation n'eut pris
ce caractere d'exclusion et d'aigreur qui y do- • — 156 —
mine en ce moment. La diplomatic, du reste,
marchait lentement, et de part et d'autre on
n'avait pas Fair de s'en preoccuper beaucoup.
Dans les gouvernemens representatifs, la
presse , les chambres, Fopinion publique ont
besoin de leur aliment quotidien ; il faut qu'il
y aitconstammenl a Fordre du jour quelqu'une
de ces questions qui captivent les masses et
les tiennent en emoi. Sans cela, Fintere't celse
et la machine se detend. L'habilete d'un ministre constitutionnel consiste principalement
a savoir occuper les chambres pendant cinq ou
six mois chaque annee, de maniere a leur procurer la satisfaction deparler surtout, mais en
ne les laissant s'accorder sur rien.
II semblerait que le gouvernement de FUnion
tient la question de FOregon en reserve pour les
instans ou il n'a pas autre chose a offrir en p&ture
a la loquacite du congres et a la polemique des
journaux americains. Pendant les annees qui
viennent de s'ecouler, plusieurs sujets impor-
tans ont occupe Fattention publique. Le droit
de visite d'abord et la traite des negres; un peu
plus tard Foccupation des iles Sandwich par
les Anglais et les interpellations auxquelles
elle a donne lieu; enfin? dans ces derniers temps, — 157 —
Fannexation du Texas a la republique am6-
ricaine.
Aujourd'hui, ces questions sont epuisees et
Fattention publique s'est reportee de nouveau
sur FOregon.
L'annee 1844 n'avait presente aucun fait
plus caracteristique que les deux precedentes.
Comme dans les autres messages, le president
avait parle de Fopportunite d'etablir une ligne
de forts et une juridiction americaine sur le
territoire conteste; le ministre de la guerre,
apres avoir rendu compte de Fetat de defense
de FUnion, avait ajoute a la fin de son rapport : « Le temps n'est pas loin ou tous ces
etablissemens nous donneront la position qui
nous est due sur l'Ocean Paeifique; c'est pour-
quoi je demande une allocation de 160,000
dollars pour Ferection de ports militaires depuis la riviere Missouri jusqu'aux montagnes
Rocheuses. »
Mais aucune suite n'avait ete donnee a
ces propositions, et FAngleterre, accoutumee
depuis trente ans a les entendre renouveler pe-
riodiquement , ne s'en preoccupait pas et con-
tinuait comme par le passe a jouir deFobjet du
litige d'une maniere a peu pres exclusive, — 158 —
Pendant la session de 1845, Faffaire mena-
§ait de prendre un caractere de gravite qu'elle
n'avait pas eu encore, et cette fois tout annon-
gait qu'elle etait a la veille d'une solution, sous
peine d'entrainer les deux parties dans les
complications les plus grandes.
,Des le commencement de la session, une ma-
jorite de 129 voix contre 53 avait pris en consideration dans la chambre des representans et
renvoye au comite des territoires, un bill qui
avait pour objet d'etendre la juridiction americaine sur le territoire de FOregon.
Dans les provinces, Fopinion publique ne se
manifestait pas moins vivement: le 8 Janvier,
une petition pour le m6me objet avait ete adres-
see par les habitans de la Pensylvanie $ les deux
chambres de FOhio avaient adopte peu de temps
apres des resolutions semblables. Le dernier
succes obtenu sur FAngleterre et unpeu sur la
France dans Faffaire du Texas, semblait avoir
tourne toutes les t6tes; on eut dit que le gouvernement de FUnion n'avait qu'a signifier ses vo-
lonles a FAngleterre pour la voir a ses pieds
disposee a accepter aussit6t les conditions qu'il
ynudcait bien lui accorder.
La nomination de M. Polk a la presidence
m — 159 ~
n'avait pas ete* un des faits les moins significa-
tifs des sentimens qui animaient et qui animent
encore la majorite dans le gouvernement de la
republique.
Cependant la diplomatic continuait a nego-
cier de part et d'autre; Fambassadeur britan-
nique, M. Pakenham, essayait, malgre ces demonstrations belliqueuses, d'obtenir une solution paeifique du cabinet de Washington. II
faisait comme les temoins dans un duel, qui
cherchenta regler la querelle pendant que les
parties se preparent au combat. Ordinairement
on va jusque sur le terrain; mais la on s'em-
brasse, et combattans et temoins vont dejeuner
ensemble. Aurons-nous la meme solution dans
le debat actuel? Favenir nous l'apprendra.
En attendant, les chambres de Washington
etaient plus que jamais a la guerre: tout oil rien,
tel etait le mot d'ordre de la politique americaine. Le bill sur la juridiction de FOregon
6tait retourne a la chambre des representans,
et le 3 fevrier il y etait adoptepar 140 voix
contre 54.
On y remarquait les dispositions suivantes :
«  Dans le cas ou un sujet anglais residant ou commercant dans le pays, serait arrdte
mi
'.M — 160 —
et accuse de quelque mefait, il sera livre au
tribunal anglais le plus rapproche. Cette clause
ne sera pas applicable un an apres qu'avis aura
ete donne d'un tel fait par les Etats-Unis, comme le porte l'article 3 de la convention exis-
tante entre les deux pays relativement audit
territoire. »
« Le president des Etats-Unis est auto-
rise et requis de faire construire en lieux con-
venables, unelignede forts et de blockaus dont
le nombre ne pourra depasser cinq, d'un point
quelconque du Missouri jusqu'au passage le plus
praticable des monts Rocheux. »
« Le president est autorise et requis de faire
construire des fortifications sur la riviere Colombie ou dans les environs.»
« Le president est requis de faire noti-
fier au gouvernement anglais Fintention du
gouvernement des Etats-Unis, d'annuler etd'a-
broger la convention conclue avec la Grande-
Bretagne relativement au territoire du Nord-
Ouest de la c6te d'Amerique, en date du 6 aout
1827, et selon les termes de l'article 2 de cette
convention. »
Cebill equivalait a une declaration de guerre;
il ne lui manquait plus que Fadoplion du se- — 161 —
nat; Fopinion publique en Angleterre s'en emut,
et le minislere dut repondre a des interpellations qui lui furent adressees a ce sujet dans la
seance des communes, du 3 mars suivant. Sir
Robert Peel, sans vouloirdonner d'explications
sur le fond de la question, se contenta de repondre qu'il nenegociait point avec la chambre
des representans, mais bien avec le gouvernement de FUnion; et que tant que ce gouverne-
meut n'aurait pas adopte les allures hostiles de
la chambre, il ne croyait pas avoir de mesures
k prendre ni d'observations a adresser,
II ne devait pas tarder d'avoir cette satisfaction, ainsi que nous allons le voir.
Le bill futrejete; mais a une majorite de
deux voix seulement, 23 contre 21.
Si Fon compare cette majorite a celle qu'a-
vait obtenue Fadoption du bill dans la Chambre
des representans, quelques jours auparavant, on
verra combien est puissante et nombreuse, non
seulement parmi le peuple, mais encore dans
le gouvernement, Fopinion qui repousse toute
transaction, m&me en ayant la guerre pour perspective.
Au moment de prendre possession du pou-
voir, le nouveau president, M. Polk, adressa a
feJ
d ^ — 162 —
la nation le manifeste d'usage, dans lequel il
exposait ses intentions et ses vues sur les prin-
cipaux objetsde la polemique acluelle. Son lan-
gage sur FOregon fut plus explicite que celui
4'aucun de ses predecesseurs.
« Ce sera surtout mon devoir, dit-il, d'affer-
mir et desoutenir par les moyens constitulion-
nels, le droit des Etats-Unis a cette parjj^ du
territoire qui est situee au dela des montagnes
Rocheuses; nos droits au territoire d'Oregon
sont clairs et incontestables.»
Lorsque cette declaration, que rien n'avait
provoquee, fut connue a Londres, elle y pro-
duisit une impression penible; tousles jour-
naux la commenterent, chacun suivant sa ma-
niere de voir: Fopposition voulait que le mi-
nistere y repondit par des mesures energiques.
C'etait provoquer la guerre, et le gouvernement
britannique a besoin dela paix; aussi le langage
4es minis tres, tout en conservant cette dignite
qui convient aux mandataires d'une grande nation, tout en proclamant m6me leur ferme vo-
lonte de faire respecter ses droits, fut-il aussi
calme, aussi mesure que celui de leur adversaire
avait ete brusque et peremptoire.
Le 4 avril, lord John Russel porta la question — 163 —
tlevant la chambre des communes; « Un nou-
vel incident, dit-il, vient de surgir dans Faffaire de FOregon, le nouveau president des
Etats-Unis a proclame des pretentions insoHtes
et exclusives sur le territoire en litige; il est
impossible que le gouvernement anglais ne
cherche pas a obtenir une prompte solution de
cette question: nous ne devons pas ceder ni nous
soumettre a une declaration bruyante des Etats-
Unis. »
Robert Peel, qui assistaitalaseance, repondit
qu'il regrettait que le nouveau president eut,
contre Fusage, tenu unsemblablelangage. « Le
ton et la nature de Fadresse sont regrettables,
ajouta-t-il en terminant; cependant j'espere encore, malgrecelangageinsolite, que les negotiations seront suiviesd'un resultat favorable. Mais
FAngleterre a des droits, et si ces droits sont
violes, le gouvernement est bien decide et prepare a les soutenir. »
Dans le m&me temps, lord Aberdeen disait k
la chambre des lords:
« Je repete que tous nos efforts seront faits
pour terminer Faffaire d'une maniere satisfai-
sante ; mais, s'il en etait autrement, nous avons
des droits^parfaitement definis, et aveclapro- — 164 —
tection du ciel et Fappui de vos seigneuries,
nous sommes bien decides a defendre ces
droits.»
Cependant, malgr6 ces provocations et ces
menaces de guerre, la negotiation etait reprise
a Washington, et, le 26 aout, le plenipotenliaire
anglais renouvelait la proposition faite en 1826
par MM.  Huskisson et Addington, d'accepter
pour limite le 49e parallele jusqu'a son intersection avec la Colombie; puis, de ce point, le
cours de la riviere jusqu'a son embouchure dans
FOcean Paeifique; il yajoutait Fangle de terre
situe entre la Colombie et le detroit de Fuca, et
enfin Fouverture aux vaisseaux de FUnion de
tous les ports places au sud du 49e parallele,
tant sur les c6tes du continent que sur celles
de File Quadra-Vancouver.
Le ministre americain renouvela ses reponses
habituelles et declara qu'il ne pouvait accepter
d'autre limite que le 49* parallele. M. Rush et
M. Gallatin avaient successivementadmis,dans
les negotiations anterieures la libre navigation
de la Colombie; M. Buchanan refusa d'y ac-
quiescer, et proposa pour compensation un port
dans File de Quadra-Vancouver.
C'etait reculer et offrir a FAngleterre moins _j-- 165 —
que ce qu'elle avait dejk refuse k plusieurs reprises ; aussi refusa-t-elle encore une fois.
Ainsi qu'on le voit, les parties etaient loin de
s'entendre, et pourtant elles semblaient Fune
et Fautre avoir signifie leur ultimatum; mal-
heureusement elles ne pouvaient plus, comme
en 1827, ajgurner la question. II fallait desor-
mais ou que Fune des deux ced&t, ce qui
eut ete une l&chele apres le langage tenu ante-
rieurement, ou que la difficulte fut trarichee
par la guerre.
Acculee dans cette alternative, la diplomatic
anglaise essaya d'un moyen terme, et proposa
Farbitrage d'une puissance amie. On sait que
M. Guizot, a Finstigalion du cabinet de Londres,
offrit Fintervention du gouvernement francais.
M. Buchanan semblait dispose a accepter cette
derniere proposition; mais M. Polk, qui n'avait
pas oublie la conduite de M. Guizot dans Faffaire du Texas, refusaen donnantpour prelexte
que les patriotes des provinces de FOuest ne
seraient pas satisfaits de cette maniere de regler la question.
Telle etait la situation des choses a la fin de
Fannee 1845. Cependant Fouverture du congres
approchait; les dispositions du president etaient
14 3
1
I
IS
— 466 —
cenftues, et Fon s'attendait k une demonstration energique de sti part. If %e sentalt tFallleufs
appuye par les masses, pr£s desquelles loule
proposition de guerre sera toujours accueillie
avec enftiousiasme , des qu'elle aura FAngleterre pour objet; car les provinces de Ffffiton
se souviennent encore de la domination anglai-
$e. La guerre acharnee qui presida a leur
emancipation est sans cesse presents MeirFme-
moire, et elles en ont conserve un eternel et
profond ressentiment.
Le message de M. Polk au congres a depasse
les esperances m^me les plus exage?ees ; c'est
un defi formel, un gantelet de guerre jete au
fisage du gouvernement britannique. Ce gouvernement ne Fa pas encore releve. II faut de
deuxchosesFune : ou qu'il ait bien peur dela
guerre ; ou bien, et cette derniere supposition
est plus honorable pour lui, il sentl'immense
responsabilile qui pes© sur ceux qui provoquent
ou m&me qui n'empechent pas, si c'est en leur
pouvoir, Feffusion du sang humain 5 $t les homines d'incontestable merite qui gouvernent
FAngleterre en ce moment, confians dans
la puissance de leur nation, montrent une
longanimite et une resignation que, de la part
= d'autres hommes et avec un autre peuple, on
qualiflerait autrement dans certains pays.
Le laagage du president est trop absolu, trop
significatifpourque nous nous contentions dfune
simple analyse; nos lecteurs nous sauront gre
de leur donner, bien qu'elle soit un peu tongue, la partie entfere de son message qui se rat-
tache au sujet qui nous occupe. Cette simple
citation fera beaucoup mieux que tous les
eommentaires, appretier la question sous son
veritable point de vue.
Apres avoir expose rapidement les diverses
phases de la negotiation pendante entre les
deux cabinets, M. Polk ajoute :
«.... Malgre ma profonde conviction, que les
pretentions de FAngleterre relatives a la possession d'une portion quelconque du territoire
de FOregon ne sont fondees sur aucun principe
du droit public reconnu par les nations, cependant, par deference pour ce qui avait ete fait
par mes predecesseurs, et surtout en consideration de ce que deux administrations ameri-
caines avaient par trois fois fait des propositions de transaction pour terminer la question
en prenant la limite du 49e parallele; en consideration de ce que, dans deux de ces propo-
M.- — 168 —
sitions, la libre navigation de la Colombie avait
dejk ete concedee k la Grande-Bretagne, et en-
fin, en consideration de ce que les negotiations
alors pendantes avaient ete commencees sur la
base d'une transaction, je crus que je ne de-
vais pas les rompre brusquement.
» En consequence, une proposition fut faite
par le gouvernement americain et rejetee par
le pienipotentiaire anglais.
».... Les demandes extraordinaires el abso-
lument inadmissibles du gouvernement britan-
nique, et le rejet d'une proposition qui n'avait
pourtant ete soumise par mon administration
que par deference pour ce qui avait ete fait par
mes predecesseurs et par la necessite ou je me
suis trouve de ne pas desavouer leurs actes,
prouvent d'une maniere evidente qu'il n'est
pas possible d'esperer une transaction acceptable par les Etats-Unis. Dans cette conviction,
j'ai du retirer la proposition de transaction que
j'avais faite et qui avait ete rejetee, et j'ai eta-
bli, par des faits et desargumens irrefragables,
le titre des Etats-Unis a la possession du territoire de FOregon tout entier. Tout le monde
civilise reconnaitra que les Etats-Unis ont agi,
dans toute cette contestation, avecun veritable — 169 f§«
esprit de concorde , et personne ne fera peser
sur eux la responsabilite des evenemens qui
peuvent resulter de nos insucces pour terminer
le differend.
» Toutes les tentatives de transaction ayant
exhoue, c'est au congres a voir quelles mesu-
res il sera convenable de prendre pour prote-
ger ceux denos concitoyens qui sont elablis ou
qui pourrontplus tard s'elablir sur le territoire
de FOregon, et pour maintenir nos droits legitimes a la possession de cepays. Mais, en adop-
lant ces mesures, il faudra avoir soin de ne
rien faire en violation des stipulations de la
convention de 1827 qui est encore en vigueur.
Les Etats-Unis ont toujours observe et, je Fes-
pere, observeront toujours scrupuleusement la
foi des traites dans leur lettre et dans leur esprit. D'apres cette convention, c'est seulement
une annee apres la denonciation de Fune des
deux parties que Foccupation permise devra
cesser, et jusqu'a cette epoque ni Fune ni Fautre des deux parties ne peut legitimement pre-
tendre a exercer une juridiction exclusive sur
une portion quelconque de ce territoire. II est
convenable, k mon avis, de denoncer ce»t,>convention, et je demande qu'un acte de la legis-
i w 170 —
tature me permette de le faire et de mettre de
cette  fagen un  terme   a   la convention de
1827. » ilmrm    tmd
Le message propose ensuite d'etablir immediatement une^ridiction americaine sur le territoire de FOregon^ a Fexemple de celle qu'y a
etablie le gouvernement britannique.
L'etablissement d'une agence indienne, pour
regler les rapports des Americains avec les indiens.
Et enfin, celui de ports militaires sur la ligne de communication entre le haut Missouri
et FOregon.
Puis il ajoute:
« II faut plusieurs mois pour se rendre par
mer, des Etats que baigne l'Ocean Allantique
dans le territoire de FOregon, et quoique nous
ayons un grand nombre de navires bareiniers
dans l'Ocean Paeifique, il nous arrive rarement
de pouvoir communiquer r#pidement avecceu*
de nos etablissemens qui sont situes dans cette
region eloigned On regarde comme impratica^
ble letablissement d'une malle-poste par terre $
cependant il est tellement important de pou*
voir corresponds avec nos eoncitoyens de
1 Oregon j au moins une fois p&r mois* qu'un
1 — Iff —
prfget special k cet effet sera soumis aux deliberations du congres.
»   A Fexpiration du delai fixe par la
denonciation de la convention de 1827, dans le
cas, bien entendu, ou le congres approuverait
cette proposition d'annuler la convention sus-
dite, nojas serons arrives a une epoque ou il
faudra prendre un parti, abandonner les droits
des Etats-Unis sur FOregon ou les maintenir
avec fermete. Quant a les abandonne^, sans
sacrifier a la fois Fhonneur et les interels du
pays, c'est une chose evidemment impossible.
L'Oregon est une partie du continent de FAmerique du Nord a la possession de laquelle nul
gouvernement, on peutl'affirmer en toute sure-
te, n'a des titres egaux a ceux des Etats-Unis.
»  La proposition de transaction avancee
par le pienipotentiaire anglais, qui ferait de la
Colombie la ligne sud du 49" degre, en nous
offrant la concession insignifiante d'un territoire
detache au nord de ce fleuve, et laisserait a
FAngleterre les deux tiers du territoire de
FOregon, y compris la libre navigation de la
Colombie et tous les ports avanlageux de
FOcean Paeifique, ne saurait etre un sent instant mise en deliberation par les Etats-Unis^
i £T3
— 172 —
sans abandonner leurs droits legitimes et in-
contestables a la possession de ce territoire,
sans manquer a leur dignite et sans sacrifier
Fhonneur national.
»  Dernierement, certaines puissances
europeennes (1) ont imagine une doctrine
dequilibre politique applicable a ce continent-
ci., dans le but d'arr6ter notre marche ascen-
dante. Les Etats-Unis desirent sineereme^ft
conserver des rapports de bonne intelligence
avec tous les peuples; mais ils ne peuvent, sans
rompre le silence, permettre a une puissance
europeenne, quelle qu'elle soit, d'intervenir
dans les affaires du continent de FAmerique du
Nord; et si jamais une semblable tentative etait
faite, les Etats-Unis seraient pr&ts a la repousser sans s'inquieter des dangers et des chances
delalutte (2).
» Le peuple americain et tous les peuples
savenl bien que le gouvernement americain n'a
jamais fait acte d'intervention dans les relations
subsistant entre les autres gouvernemens. Nous
nenous sommes jamais associes a leurs guerres
(1) La France et FAngleterre, a propos du Texas.
(2) Avis a M, Guizot.
W — 173 —
ni a leurs alliances; nous n'avons pas recherche des territoires par la conquete; nous n'avons
embrasse la cause d'aucun parti dans leurs
luttes interieures. Croyant notre forme de gouvernement la meilleure, nous n'avons jamais
essaye de la propager par Fintrigue, la diplomatic ou la force. Les nations de FAmerique
sont aussi souveraines et aussi independantes
que celles de FEurope; elles possedent les
memes droits (independamment de toute intervention etrangere) de faire la guerre, de con-
clure la paix et de regler leurs affaires interieures.
»  II y a pres d'un quart de siecle, le
principe fut proclame solennellement par un de
mes predecesseurs dans son message annuel:
que les sujets americains, par la libre et inde-
pendante condition dans laquelle ils se sont
places et qu'ils se maintiennent, ne sauraient
etre a Favenir considers comme sujets a colonisation de la part d'aucune puissance euro-
peenne. Ce principe recevrait une nouvelle et
plus forte application, si quelque puissance
europeenne essayait d'etablir de nouvelle colonies dans FAmerique du Nord. Dans la situation
actuelle du monde, nous devons reiterer et i
— 17% —
raffermir te principe professe par M. le pr£si*
dent Monroe, et je dois y donner mon concours
cordial....*. II est bon d'annoncer hautement
au monde comment notre politique bien arrdtee
est qu'aucune colonie et qu'aucun Etat europeen
ne soit a I'avenir, avet notre consentement9 for*
mi ni etabli dans aucune partie du continent dm
I'Amerimjue du nord. *
On Id voit, ce Ian gage e»t fofmel et peremp*
toire; il n'y a pas de double interpretation
possible; la diplomatic est forceede laccepter
tel qu'il est, c'est a dire comme un ultimatum
contre lequel toutes les resistances doivent
venir se brker.
Le gouvernement americain a acquis, dit-il*
1st conviction qu'il n'est pas possible d'esperer
une transaction acceptable par les Etats-Unis;
en consequence il a fait retirer toutes les pro*
poslHdris faites frfitefffeiifement.
Apr£s cette declaration soleunelle* le prest*
dent propose une sdpfe de mesurefc qui ne sorife
rien moins qu'un acheminement aux hostililes>
et qui, en presence de ce qui precede et de de
qui suit, potfrfaient etrefecilementconsiderees
comme un3 }>re1Ai4re deelafatkm de guerre.
Puis vient cet avis k certaines puissances qui n
— 175 —
voudratent intervenirdans la polttittue du ttdfd
de FAmerique, atfis qui a du parvenir directs
ment a son adresse*
II faut en convenir, le president Polk a ete
beau dans son message. Pour1 oser tenir un
semblable langage, il faut, ou, commeNapoleon,
avoir soils sa main un demi-million de soldfcts
accoutumesafaire trembler lemonde^ou, comme
le president Polk, parler au nom d'un peuple
libre dont on n'est que Finterprete et le representing
Voyons maintenant comment lui a repondu
le gouvernement britannique.
Le 22 Janvier, dans son discours d'ouverture
du parlement, la reine s'est oofttentee de dire:
a Je regrette que le conflit des pretentions de
FAngleterre et des Etats^UniSj au sujet du territoire sur la cotfe^nord-ouest de FAmerlquOj
bien qu'il ait ete deja Fobjet de negotiations
repetees, deiaieure encore sans solution.
» Vous pouvez etre assures qu'aucun effoH
compatible avec Fhonneur national ne fera de-
faut de ma part pour amener cette question h
une solution prompte et paeifique* »
En ejitendant ce paragraphe de son discours
Couverture, on serait ten to de croire que 1& — iTtr —
reine d'Angleterre ignorait encore le message
du president de FUnion, tant la moderation de
Fun differe de la brutalite affectce de Fautre.
II faut se sentir puissant et fort, comme le gouvernement anglais, pour oser repondre ainsi
aux provocations d'un ennemi.
Le premier ministre est alie plus loin encore, si c'est possible; ayant a repondre a des
interpellations qui lui etaient adressees dates la
Chambre des communes, le 23 Janvier, preti-
sement en raison de cette difference que nous
signalons dans le langage officiel des deux cabinets, sir Robert Peel a formuie la declaration
suivante:
« Nous n'hesitons pas a proclamer notre de-
sir sincere, pour Finteret de FAngleterre, pour
Finteret des Etats-Unis et pour Finteret du
mondeentier, de perseverer dans nos efforts,
tant qu'ils seront compatibles avec Fhonneur
national, pour terminer a Famiable ces diffe-
rends.
» Ce serait, suivant moi, un immense
malheur si une contestation au sujet de FOregon entre deux puissances telles que FAngleterre et les Etats-Unis, ne pouvait pas, gr&ce k
la moderation et au bon sens, etre amenee a ftifc^k
— 177 —
une solution parfaitement honorable et satis-
faisante. »
On le voit, plus les Etats-Unis avancent, plus
FAngleterre recule; il semblerait, a entendre
le ministre anglais, que toute la querelle se
resume desormais en une question d'amour-
propre et d'honneur national.
Que le cabinet de Londres y fasse attention
pourtant, il est certaines gens, et le gouvernement americain semble etre du nombre, dont
les pretentions augmentent en proportion di-
recte des concessions qu'on leur accorde.
D'un autre c6te, nous Favons dit deja, le
gouvernement britanniqueestun gouvernement
puissant et fort, et son premier ministre actuel
est un homme d'Etat remarquable autant par
son genie politique que par son devoument aux
interets de la nationxru'il gouverne; cependant
la moderation et la patience ont leurs limites,
et ce n'est pas quand on a pour adversaire une
puissance telle que les Etats-Unis, qu'on peut
accepter ses menaces sans qu'on ne se sente un
peu derougeur monter au front.
Dela part du puissant vis-a-vis du faible,
Findifference peut s'appeler de la generosite;
mais entre deux Elats egalement puissans et
i — us —
forts, on serait parfois tente de lui donner un
autre nom.
L'attitude menacante prise par le president
Polk dans son message a ete parfaitement con-
servee dans le congres.
jte president du comite des territoires, M.
Douglas, a commence par deposer une proposition tendant, comme les preeedentes, a Feta-
bli$sement de lajuridiction americaine suM'O-
regon, i la construction depostes mililairessur
1ft ligne qui doit y conduire, et en (in, ce qui est
beaucoup plus significatif, a la levee de deux regimens de cavalerie specialement affectes a la
garde et a la defense de son territoire.
A c6tn de cette proposition, il faut placer
celle dont le general Cass ademande aveeener-
gie l'adoption, proposition tendant, entre autres mesures, ace que les miiices soient orga-
#isees immediatement, afin d'etre pret, a-t il
&U>, a resister a toute invasion etrangere.
On remarque dans la motion faite le 17 d^-
§embredans le senat par le general Cass, a Fap-
pui de sa proposition, les phrases suivantes:
fc RecuieronsTnous ? Resterons-npus tran-
quiUes?/Qu bien marcherons^nous en avant?...
Reculer est impossible; notre destinee est d'al- ieren avant.... Denon^ons la convention de 1827
etpreparons-nous a Falternative qui sepresen-
teradans douze mois.... Dans un an, si FAngleterre persiste, nousauronsinevitablement la
guerre, et ce sera une guerre dans laquelle
les deux nations emploieront toutes leurs
forces.»
Parlant de FAngleterre? « Cette petite ile,
a-t-il dit, situee a la limite occidentalede FEu-
rope, a etendu sa domination sur 153 millions
d'hommes, presque le cinquieme de 1a population du globe; elle a soumis a ses lois un territoire de 3,812,000 milles caries, le huitieme
de la terre habitable. »
Tout cela sent un peu la declamation; mais
c'est en declamant ainsi qu'on excite les masses
et qu'on les pousse aux mesures extremes,
Du reste, les opinions belliqueuses du general Cass etaient connues; leur manifestation n'a
done du etonner personne. Mais ce qui s'est
passe a la seance du 2 Janvier eta celles des
jours suivans,aprofondement attrisie tous ceux
qui sont partisans de la paix.
L'ordre du jour appelait la discussion du
bill, presente par M. Douglas pour la levee de
deux regimens de cavalerie. A propos de ce — 180 —
bill Fancien president, M. Adam, s'estleve et
a prononce un discours qui a d'autant plus
etonne, que son experience et son grand &ge
Favaient fait j usque la classer au nombre des
moderes.
« Je nepense pas que la guerre ait lieu, a-t-il
dit; cependant je suis pr£t a declarer a la Gran-
de-Bretagne que nous voulons mettre fin au
traite qui existe entre les deux pays, et litres
l'expiralion du deiai de douze mois, je suis pret
a prendre possession du territoire. II faut no-
tifier notre resolution sans plus de delai, au-
jourd'hui meme si c'est possible.
» Si nous  avons la guerre,  elle sera
promptement terminee, et lerminee de fa§on a
degouter a jamais FAngleterre d*intervenirdans
les affaires des Etats-Unis. »
Dans la seance du3, M. Winthrop s'estpro-
nonce pour le maintien du statu quo.
«L'occupation combinee, a-l-il dit, a dure 30
ans sans iiiconveniens ; il fautypersister; sous
Fempire de la convention qui existe entre les
deux puissances, les Americains vont dans FOregon, le peuplent, et avec le temps ils y re-
presenteront une force suffisante pour resister
a toute agression; alors FOregon pourra s'unir — 181 —
k nous otf former une nation independante, ainsi que Font dej& dit MM. Benton et Webster. »
D'autres orateurs, au contraire, et dans le
nombre M. Gidding, ont demande Foccupation
immediate sans declaration prealable; laisser
un an a FAngleterre, c'est suivant eux lui don-
ner le temps de se fortifier dans le pays et d'y
concentrer des forces capables d'eterniser la
lutte; tandis qu'en agissant de suite, onpourra
la chasser non seulement de FOregon, mais pro-
bablementdu Canada et du surplus du continent americain.
Le 6, la discussion durait encore; alors les
partisans de la paix, n'osant courir le risque
d'un vote immediat sur la question de denon-
ciation, ont demande l'ajournement de la discussion au premier lundi defevrier; cet ajour-
nement a ete prononce par 102 voix contre 82.
La discussion a du etre reprise au jour fixe.
Quel aura ete le resultat? Nous l'apprendrons
bienl6t.
En attendant, la plusgrande agitation regno
dans les Etats americains; encore ces jours der-
niers, le president del'Etat de New-York a declare,  dans  son message, que M. Polk, en
fixant le 49e degre parallele comme ultimatum,
12
■ — IP m
avait agi dans les inlerets veri tables de la repu-?
blique, et tout le monde pense que les efforts
de M. Calhoun, pour le mainlien de la paix,seront inu tiles s'il n'adopte pas cette ligne pour
4erniere limjie.
%o\it eniierependant ce tempsalarevolutiQn;
qui s'accomplit au milieu d'eile, FAnglelerr%
%emble ne se preoccuper sp^cunement de cequi
se nasande Fautre c6te d[e l'Atlantique. Acegf^sf
ter^b^lle Fultimatum qui lui a ete §^gnifie? C%
strait, je le repete, pas^r sous les fourchea
caudines, et le gouvernement anglais n?'g ps^
sjgGxmtume le monde a le voir.(jure aus§j bon
marche de sa dignity et de son honneur.
Cependant $n journal annon^ait le§ jours
passes que lord Aberdeen avait envoye des ins^
tructions a Fambassadeur britannique a Wajfe
hington pour Facceplgtion du 49e de latitude;
mais avec la condition que toutes les eaux, baies,
ports, fleuves, rivieres situes au sud de ce parallele seraient libres et ouverts aux vai§§eau^
de FAngletepre. Si cela estvrai, lord Aberdeen
aura inutilement.J'ait une concession nouvelle,
car le cabinet americain a deql^re qu'il voulai^
le 49e sans oondition, et ce ne sera pas en lai|^
sant percer un desir immodere de la paix, que
— — 183 —
le ministre anglais obtiendra que sa rivale ra-
batte quelque chose de ses pretentions ; d'ail-
leurs le gouvernement de FUnion se repent
tropd'avoir concede la navigation du Mississipi,
pour qu'il concede encore celle de la Colombie.
No^s avons esquisse rapidement la geographic de FOregon et donne Fhistorique des prin-
eipaux evenemens qui s'y sont accomplis, des
voyages qui y ont ete fails et des negotiations
diplomatiques dont il a ete Fobjet. Restemain-
tenant a apprecier les droits que peut avoig
a sa possession entiere ou partielle, chacun des
deux Etats pour lesquels il est devenu un objet
de litige; apres celaet comme conclusion, nous
exprimeron&nptre pensee sur Favenir de ce
pays et sur la destination, seule rationnelle suivant nous, que devrait luWpnner *a politique
europeenne.
DROITS DE i/ANGLETERRE.
Commencens par discuter les droits de FAngleterre :
Ces druitti sont de deux sortes: 1° ceux re-
i I
— 184 —
sultant des decouvertes; ceux resultant des traites.     .   -       ;,.   ■        •    —
Les principaux voyages sur lesquels s'appuie
FAngleterre sont: par mer, ceux de Drake, de
Cook, de Meares, de Vancouver et de Brough-
ton; et par terre, ceux de Carver, de Hearne,
de Mackensie et de Frasers.
Nous avons raconte en leur lieu les principa-
les circonstances qui ont accompagne chdMm
de ces voyages; nous allons en appretier la valeur
comme litres a la possession du pays sur lequel
ils ont ete accomplis.
Mais auparavant, il est indispensable de poser les principes du droit des gens relatifs a la
decouverte et a la possession des contrees jus-
qu'alors inconnues.
Pour qu'une nation puisse s'attribuer la propriete de pays nouvellement decouverts par ses
nationaux, il faut:
1° Que ces pays n'aient ete visites anierieu-
rement par aucun peuple civilise;
2° Que la decouverte ait ete faite sous pavilion national, par des officiers commissionnes
par le gouvernement.
3° Que la prise de possession soit officielle-
ment annoncee, afin que les nations qui pour- — 185 —
raient avoir des pretentions sur ces pays puis-
sent les faire valoir avant toute occupation.
4° Que Toccupation reelle suive de tres pres
la prise de possession.
Ces principes poses, voyons si les voyages
invoques par la diplomatic anglaise en remplis-
sent les conditions.
1° Drake. — Avant Drake, les Espagnols
d'une part, les Japonais de Fautre, fr6quen-
taient regulierement les cdtes de FOcean Paeifique ; les premiers y possedaient des etablissemens importans et depuis douze ans sillonnaient
cette mer par leurs nombreux vaisseaux pour
leur commerce avec la Chine. Ce serait done
aux Japonais d'abord, aux Espagnols ensuile,
qu'appartiendrait cette immense etendue de
c6tes, si lapriorite de la decouverte devait etre
un titre de possession exclusif.
Drake n'etait revetu d'aucun caractere offi-
ciel; ce n'etait qu'un audacieux forban qu'au
lieu de recompenser a son retour, la reine Elisabeth eut du faire pendre au grand m&t de son
navire, si elle eut eu le moindre respect pour
la justice et pour le droit des gens.
Rien de vague et d'incertain comme les docu-
jaens laisses par Pra&e, e) il £st tout-Mu) 1
ft
— 186 —
impossible de determiner la partie des t6tes
sur laquelle a ete effectuee sa reliche.
Le voyage du pirate angl&isa eu lieii de 1578
a 1581; ce n'est qu'en 1788i ^40 ans plus tard,
que la premiere tentative de prise de possession
a ete faite par des sujets anglais pres du golfe
de Nootka, et encore en ont-ils ete expulses
par les Espagnols airiSi que nous F&vons ra-
conte.
Les droits resultant du voyage de Drake au
profit de FAngleterre>sse reduasent^ ainsi qu'on
le voit, a bien peu de chose.
2° Cook.— Le capitaine Cook a explore les
mers du Sud avec infiniment de savoir; il a
rendu d'immenses services aux sciences natu-
relles et a la navigation dans ces parages; il a
done d'autres litres a la reconnaissance de si
nation que de lui avoir decouvert un pays que
frequentaient depuis deux siecles des navires de
toutes les parties de FEurope, et sur lequel
Fuca, Heceta, Behring et tant d'autres avaient
dega inscrit leurs noms. Le seui tifere pouvant
resulter de F expedition de Cook est d'avoir efl^
seigne la route de la Chine pour le marche des
fourrures; mais on a vu a la fois 'et presque
aussiteiis<$r ta&te route, non settlement des An- — Wf
glai§,ti8$'&hiericains et des Rullel, d^ Pot*-
tugiiifc et des Espagnols, mais encore des FriSfif-
§ais, et, ce qui est plus extraordinaire, d8&
Autrichiens.
Voila bien des nations auxquelles person
ne contestait, a la findu dernier siecle, le droit
d'aborder et de doinmercer librement dans
l*wegon, et si rien, depuis cette epoque, n'a ete
change a leurs droits, les Etats-Unis et FAngleterre se trouveront avoir plus d'un concurrent
pour leur disputer le partage exclusif de ce
territoire.
3° Meares. — Meares est encore venu apre%
Cook; c'etait de beaucoup trop tard. Les An-
glafft^pretendent qu'il a decouvert Fembouchure
dela Colombie; nous avons demontre ailleurs,
qu'au contraire il affirme dans son journal que
cette riviere, decouverte douze ans auparavant,
par Heceta, n'existe pas. II est vrai qu'il a fait
la premiere tentative d'etablissement fixe sur
ces cdtes; mais on sait qu'il a base ses droits a
la propriete du territoire dans lequel il avait
l'intention de se fixer, non pas sur les anciens
titres de FAngleterre, mais bien sur une pre^
tendue cession obtenue d'un chef de sauvagei
hcfttoielSiciuifA. D'ailleurs Meares, bien ipi'An- 0
i
K
— 188 —
glais et ancien lieutenant de la marine royale,
etait alors au service d'un marchand portugais
de Macao; il naviguait sous pavilion portugais;
or, c'est le pavilion qui etablit la nationalite,
et s'il devait resulter de son voyage des titres
au profit de quelqu'un, ces titres appartien-
draient necessairement au Portugal.
4° Vancouver et Rroughton. — Nous mettons
ces deux la ensemble, parce qu'ils fais&ient
partie de la meme expedition. Vancouver fut
envoye par le gouvernement anglais pour rece-
voirla restitution des etablissemens dont Meares
pretendait que les Espagnols s'etaicnt empares
a son prejudice et qui devaient lui etre rendus
en vertu d'une stipulation du traite de 1790.
Nous avons raconte les principales circonstances
de son voyage, sa rencontre avec Gray, qui lui
indiqua en passant Fembouchure de la Colombie et Fentree du detroit de Fuca, sa cooperation avec Famiral espagnol Quadra pour determiner plusieurs points de ces cotes et notam-
mcnt de File qui porte leurs noms, et enfin
Fenvoi de son lieutenant Broughton dans la
Colombie alors que Gray Favait explore pour
la deuxieme fois.
II §Sl i§ fait que le voyage de Yaipjppuver a gj 189 —
ete utile a la navigation sur ces c6tes, et qu'il
en a fait, pendant pres d'une annee, une exploration reguliere et suivie; mais en doit-il
resulter un droit quelconque de souverainete
au profit de FAngleterre, alors que le traite de
1790 declare le pays libre et commun pour la
navigation et le commerce entre elle et FEspagne? pas plus qu'il ne resulterait un droit de
souverainete au profit de la France sur les c6tes
de FIrlande, si un navigateur francais y decou-
vrait quelque rade ou quelque banc de terre
inconnus jusqu'a ce jour. Pour que la decouverte
implique des droits, il faut, nous Favons dit en
commencant, que les pays sur lesquels elle est
faite, n'aient ete visites auparavant par aucune
nation civilisee.
Voici pour les voyages de mer; examinons
main tenant les explorations par terre.
1° Carver* — Carver etait du Connecticut, et
consequemment sujet de la Grande-Bretagne. A
cela, les Etats-Unis repondent : oui; mais le
Connecticut est devenu americain, et si Carver
etait, de par vos lois de domination oppressive,
sujet de FAngleterre, il etait en mdme temps,
de par les lois beaucoup plus respectables de la
nature, ci^pven de FAmerique, Qe sont beau- 1
1
&r*
— *M> — 'I
cotfj) de ni6i§ fjbiir ^u <fe*£hosfc. C3¥v#1rSt
|fas dfepasse fe vallee du MistSssipi: il *f a loSk
de la a celle ae l&tolomme. Pttlfehs.
2° Hearne.— Hearne, parti de % bMfe db
Hudson, n'a pas, meme d'apres les Anglais, d&-
passe le Coppermine.
3° Mackensie. — Celui-ci afrWnchi lfe mdirtt
nocheux , a longe pendant queltjlie letups le
Frasers, puis est ialle en ligne directe ju%i|tfl la
mer. Ici, il faut en convenir, il y a eu une exploration reelle, serieuse , faite dans un buft
d'occlipation prochaine; car Mackensie appar^
tenait a Fune des compagnies qui se disputaient
Mors le territoire de la baie de Hudstfb, etleur§
ageh's h*e^t)loraient que dans le but d'exploitef
a leur profit les contrees dans ttsquelles ite
eMent kssez heureux pour arriver les premiers.
Seulement, Fexploration &fe Mackensre s'est
bornee a la valree du Frasers, et cette rlrilre
est tdut entiefe au Surd du 49e pafertlele, ligfti
redamee par les Etats-Uhts pour leur frontiere.
4° Frasers. — II a fearchfe sur les pas de
Mackensie et est 'vfcnu ocftSbeV fen qulfflcftie
iorte les pdrf% qu% &&h TOvafifci$itrait dleott- v&ftMj ih d!&ltftifl%ffit fmiSieUife f9rfs ']tf$$'lU&
sources dela riViere^qui^orteaujbifM'hui §dh
ifen¥| thais, yh meme temps, Gray Americain,
Quadra Espagnol, Vancouver Anglais, en indi-
quaient Fembouchure. Auquel dorlhera-t-on la
preference?
Du reste, Frasers, pas plus que Mackensie,
n'etait revStu d'un caractere offidel de la part
de Son gouverneMeMt; ils n'agissaient l'un et
FautrS que comme agens d'une cotopagftie £ftfi
n'avait aucun droit hors des limited de ^n privilege. Leur titre de premier occupant ne s&ti-
BWIi done consequemment eteridre leurs drdift
0. dela des points veritablefoent occupes flff
eux, meme dans les talieefc de la riviere sur fa*
quelle ils avaient pris position.
Ces principes sont ceux en ve^Ki desquelslgl
Russes se sont eihblis et se mkifrtiennent encore aujourd'hui dans la baie de San-Franciscr>,
vers le 48e parallele, bien que pourtatft ils aielft
accepte le 54,40 pour leursrTr#iflieres, % lofif
de ces cdtes; et cela est ralionnel: il ne suffit
pas qu'une nation se fasse adjuger d'iifif&ense^
territoires, il faut encore qu'elle F^s occupfe*^
hi fertilise; aufretnent ces terrfto'ifet§§#treHt
dans le domairie ^iliUMahllSj^W appart^nfl
I ^1
— 192 —
au premier qui saura les faire servir au bien-
etre general et a la civilisation du monde.
Or, FAngleterre n'a rien fait encore pour la
colonisation de FOregon, non plus que pour la
civilisation des tribus indiennes qui Fhabitent.
L'action de son gouvernement ne s'y est fait
sentir que pour en eloigner et en repousser les
autres peuples. Elle en a abandonne Fexploi-
tation absolue a Fune de ses compagnier de
marchands, qui s'est efforcee d'en retirer le
plus, en y apportant le moins possible. Ne
pouvant, a Texemple des Espagnols, chercher
de Fargent et de For, elle a cherche des fourrures, et elle n'a plus eu d'autre but que de
traquer des animaux dans ces belles vallees
qu'elle eutdu livrer a F agriculture et fertiliser par des travaux utiles. Craignant de les voir
s'emanciper trop t6t, elle a maintenu les natu-
rels dans leur etat de barbarie primitive, et,
loin de grandir et d'augmenter sous sa main,
la population n'a fait que s'aMtardir et que de~
croitre. En presence de ces faits, FAngleterre
ne saurait done pretendre avoir serieusement
occupe le pays de FOregon; car toute occupation suppose necessairement la culture des terres et la civilisation des habitans. Or, F Angle- terre n'a ni cultive ni civilise; elle s'est con-
tentee d'enlever du territoire tout ce qu'elle en
a pu retirer, parce qu'elle a compris qu'aus-
sit6t que des habitans libres s'y seraient fixes
en nombre suffisant pour se constituer en corps
de nation, le temps de sa puissance y serait
passe pour toujours.
Nous venons d'exposer les droits de FAngleterre resultant des decouvertes; il nous reste
a exposer ceux resultant des traites.
Le premier traite invoque par la diplomatic
anglaise est celui du 2S octobre 1790, entre le
cabinet de Londres et celui de Madrid. Nous
avons expose longuement les circonstances qui
ont preside a ce traite, dont nous avons donne
une traduction litterale, parce qu'il en resulte
queni FAngleterre ni FEspagne ne pretendaient
alors avoir un droit exclusif a la propriete de
FOregon, non plus qu'a celle des mers qui Fa-
voisinent; et qu'en declarant ce pays libre a
leurs vaisseaux et a leurs marchans dans tous
les points non encore occupes, elles ne pour-
raient en exclure ni les vaisseaux ni les marchands des autres nations.
L'Espagne seule pretendait a une souverainete imaginaire dont elle s'est departie tant 1
UF     *   '
par le traite de 1790 que par celui de 1819, en*
tre elle et les Etats-Unis.
I/^gleterre s'e^l prevalue de la vente du
CQmptoir d'Astoria, consenlie par les agens de
M. Astorg en 1813, au profit de la Compagnie du
3Sprd-ouQ$t; m^s M. Astorg ni ses agens n?sb
vaient droit a la souverainete d'nucune partie de
FOregop; ils ne pouvaient vendre que leurs
H$r-£handises et les constructions qui les ?&i-
taient; c'est ce qu'ils pnt fait, n'osantesperer de
les conserver pendant la guerre qui ven^it d'e-
^aler eqtre les Etats-Uni&et la GrandeJBreta-
gne. Du reste, FAngleterre, apres la paix de
Gand, a re^litue Astoria a ses anciens posses-
seurs. Nous avons eu occasion d'expliquer tou-
l$s les diffiQultes, les protocoles et les reserves
auxquels a donne lieu Fexecution de cette par-
tie du traite de Gajid.
L'Angleterre invoque encore le traite de 1825
avec la Russie. Mais, en 1824, un traite sem-
;]$#ble avait ete consenti au profit des Etats-
Ji%is, et s'il y avait quelque induction favo-
rable a en tirer, Fun evidemment devait com-
penser Fautre.
II est done, quant $ FAngleterre, par fakement etabli, suivant nous, que ses droits sur
s»s *'A
I'Qr^gfi^jjfi sont S$tre$ que^geuif(Fune oeguja-
tion commune et d'un cqnimerce li]>re auxqueis
nof^guj^einenyes iJjals-rUnis, pais encore lej^
pri^cij^les n^t^nj. de FEurope, o^t les meo|ej|
droits qu'elle. Et cette assertion n'est point (h^
notre part une de ces suppositions gratujtes qui
ne reposent sur aucun titre, ses propres pie-
nipotenliaires, MM. Huskisson et Addington,
dedaraient en 1827: « Que les pretentions de
leujr gouvernement se,{)ornaient, quant a present, a une occupation commune ajiec les autres
etats (u$th oXfier slgteg), laisant en suspensl$s
question <}$ domination exclusive, et qu'il se
contenlait de maintgnir ses propres droits
cpntre les pretentions exclusives des Etats-Unis.
■ Que les droits de la Grande-Bretagne avaient
ett(|regies et definis par la convention de 1790;
qu'ils comprenaient ceux de naviguer dans les
eaux, de s'etablir sur les terres et de com-
mercer avec les habitans; que ces droits, elle
leSj avait exerces en paix depuis l'epoque de
la convention susdite, c'est a dire depuis prqs
de quarante ans Qu'ils ng contejtaient pas
aux J^t§-Unis des droij^ sembla^les ^ mais
qu'ils ne salient leur ej^ recojjnai^ 3UQU|L
audela. »
i I
— 196 —
Voila ce que disaient les ministres anglais en
1827, voiik ce que nous disons aujourd'hui,
voila ce que devraient dire tous les cabinets
de FEurope s'ils avaient quelque souci de Fa-
venir.
Passons aux Etats-Unis!
DROITS  DES  tfTATS-UNISi
yy>;
Comme ceux de FAngleterre, les droits in-
voques par les Etats-Unis resultent ou de la
priorite dans les decouvertes ou des traites.
A Fepoque ou les pavilions de tous les peuples
europeens se croisaient sur les cOtes de FAmerique, cherehanta y decouvrir quelques terres
inconnuessur lesquelles ils pussent asseoir leur
nationalite, les Etats-Unis n'existaient pas encore. II n'y a done pas de reproches a leur
adresser, si leurs navigateurs ne sont pas venus
se placer en concurrence avec ceux de la Russie,
de FAngleterre et de FEspagne, dans les parages de FOregon.
Les seuls voyages qu'invoque a son profit le
cabinet de Washington, sont ceux de Gray par
mer, et de Lewis et Clarke par terre.
Pour le premier, FAngleterre repond, etnous — 197 —
sommes de son avis, que Gray etait un simple
capitaine de vaisseau marchand, sans droit ni
qualite pour agir au nom de son gouvernement;
que sa decouverte n'avait ete suivie d'aucune
prise de possession; qu'au contraire les Anglais
s'etaient etablis sur les lieux explores par lui,
presque sous ses yeux, tant il etait loin alors
de venir a la pensee de personne que les Etats-
Unis pussent etendre un jour leurs pretentions
jusques au dela des montagnes Rocheuses.
Quant au voyage de Lewis et de Clarke, la diplomatic anglaise est forceede reconnaftre qu'il
a ete fait officiellement etd'apres les ordres du
gouvernement de FUnion. Aussitdt que la cession de la Louisiane eut ete consommee, le presi-
dent Jefferson adressa au congres un message
confidentiel par lequel il lui proposaitjes moyens
qu'il jugeait convenabled'employer, afind'exer-
cer les droits et les pretentions de la France
sur le territoire de FOregon, et c'est a la suite
de ce message que deux officiers de Farmee
americaine, MM. Lewis et Clarke, furent charges d'explorer les pays situes au dela des montagnes Rocheuses. Mais si les Etats-Unis con-
testenl4es droits de FAngleterre sur la vallee
du Frasers, FAngleterre a les memes litres a
43
i LI
m
— ids —
eontester les droits de FUnion sur la Colombie;
car la position est tout-^-fait la m§me, et le
cabinet de Washington ne saurait intequer k
son profit cet usage, recn dans le droit des gens^
^ui attribue tout le cours d'une riviere a la nation qui la premiere en a decouvert la source ou
Fembouchure, sans que le meme usage ne soil
hivoque contre elle. Or, Fembouchure d|Lla
Colombie a ete decouverte par Heceta bien lofig-
temps avant le voyage de Gray. Quanta ses eUtix
superieures dont les Anglais et les Americains
se dispulent la decouverte, invoquant tour k
tour les noms de Lewis et Clarke d'une part,
et celui de Tompson de Fautre, il est certain
encore que ni les uns ni les autres n'y sont
arrives les premiers, et que bien long-temps
avant eux les Francais du Canada en avaient
tuivi et explore le cours.
Voici pour les voyages, voyons maintenant
pour les traites.
Le premier traite invoque par les Etats-Unis
est celui de 1803, par lequel la France leur a
cede la Louisiane, telle, y est-il dit, qu'elkf
etait avant que la France ne Feut cedee a FEspagne. Or, Fancienne Louisiane franchise s'e-
tendait jusqu'k la mer Paeifique ;  done la — 499 —
Louisiane des Etats-Unis doit s'etendre jus-
que la.
Nous avons explique ce que nous pensons
de ces pretendues frontieres de la Louisiane.
Sans s'embarrasser de cette question de frontieres, FAngleterre repond avec beaucoup de
raison : A lepoquedu traite de 1790, FEspagne
etait proprietaire de la Louisiane; en nous re*
connaissant le droit d'occupation commune,
die nous a reconnu ce droit concurremment
avec tous les siens, soit qu'ils derivassent de la
France, soit qu'ils derivassent d'elle-meme.
Mais, dites-vous, FEspagne, en retrocedant la
Louisiane a la France, Fa retrocedee telle
qu'elle Favait rec^ue; cela peut etre tres bien
entre la France et FEspagne, mais nous, tiers,
qui n'avons pas assiste au traite de retrocession, ce traite nepeut nous obliger en rien, et
encore moins nous enlever des droits qui nous
apparliennent en vertu d'un autre traite an-
terieur de dix ans a celui que vous invo-
quez.
Ceci parait assez logique. II y aurait peut-
dtre bien quelque chose a dire au point de vue
de la probite et de la bonne foi dans Pinterpre-
tation des traites invoques de part et d'autre \
w"'wajj»
^ 3
5
— 200 —
mais entre diplomates on n'y regarde pas d aussi
pres.
Vient apres cela le traite de Gand et la restitution d'Astoria qui en fut la consequence.
En vertu de ce traite, disent les Etats-Unis
a FAngleterre, vous nous avez rendu Astoria
qui domine Fembouchure de la Colombie; done,
vous avez reconnu notre souverainete sur cette
riviere.
L'angleterre repond: Nous vous avons rendu
Astoria, parce que nous n'avons pas voulu
avoir de constestations nouvelles avec vous
pour cette miserable bicoque; mais en meme
temps nous vous avons fait declarer officielle-.
ment, par notre ambassadeur pres de votre
gouvernement, que nous n'entendions point
que vous pussiez, dans la suite, vous prevaloir
de cet acte de condescendance de notre part.
Done...
L'angleterre eut pu ajouter: En 1790, FEspagne nous a restitue le fort de Nootka, et
cependant nous n'avons pas conteste a FEspagne
le droit de frequenter ce point librement avec
nous, ainsi que File dans laquelle il est situe.
C'est la propriete de nos nationaux que nous
leur avons fait restituer en 1790, de meme — 201 —
que nous avons restitue nous-memes celle des
vdtresen 1818. Mais onne peut retirer de Ik
aucune induction quant a la question de souverainete.
|| Vient le traite de la Floride en 1819.
Ici les diplomates americains triomphent;
ils sont montes sur leurs grands chevaux, et les
argumens dont ils se servent leur semblent
inexpugnables:
Par le traite du 22 fevrier, disent-iis, le roi
d'Espagne a cede aux Etats-Unis tous ses droits,
reclamations et pretentions sur tous territoires
situes a Vest ou au nord du 42e parallele, et re-
nonce pour lui, ses heritiers et ses successeurs,
a rien reclamer desdits territoires. Ce sont les
termes du traite.
A eel a il y a a repondre:
L'Espagne a cede non pas les territoires situes
au nord du 42° parallele, car ces territoires ne
lui appartenaient pas plus qu'ils n'appartenaient
alors et qu'ils n'appartiennent encore aujour-
d'hui a aucune nation spetialement; mais elle
a cede ses reclamations, droits et pretentions
sur ces territoires. — Or, quels pouvaient etre
en 1819 les droits et pretentions de FEspagne?
Evidemmentles memes qu'en 1790, ceux regies
i
sa^gsfiB&i 8
— 202 —
par le traite du 28 octobre entre eHe -%t la
Grande-Bretagne, c'est a dire la faculte d'oe-
cuper le pays, d'y naviguer et d'y commercer
concurremment avec FAngleterre, et bien en*
tendu avec toutes les autres nations pour les-
quelles la libre frequentation de ses c6tes etait
devenue un droit acquis.
Cette reponse est peremptoire: FEspagneyie
pouvait ceder que les droits qu'elle avait, et les
Etats-Unis, en interpretant ces droits dans le
sens d'une souverainete absolue, ne sauraient
meme invoquer leur bonne foi; car le traite de
1790 etait trop connu: les cireoftstanees au
milieu desquelles il fut signe avaient eu trop
de retentissement dans le monde pour qu'ils
pussent pretendre en avoir ignore les dispositions.
Conclusion: Pas plus les Etats-Unis que FAngleterre n'ont des droits exclusifs kla possession
de FOregon (1).
(1) Nous extrayons des Debats, du 17 mars, l'arlicle qui
suit :
« D jiis ces derniers temp«, un homme au nom duquel s'at-
lache nne gmide auiorite, le venerable M. Gallatin, dans uti
4&it bien reuiuiquable el qui a produil beaucoup de sensa- — 203
DROITS lUSSULTAJST DU V01SINA6E.
II gst une troi^iepae sorte de titres que neui
n'avons pas discutes, ce sont ceux resultant du
voisinage.
Quant un territoire non encore occupe se
trouve enclave dans les possessions d'une nation, ce territoire appartient naturellement a
la nation dont les frontieres Fenvironnent. Si0
au lieu d'une seule, plusieurs nations le tir-
eonscrivent, l'application du principe pose ci-
dessus semble indiquer un partage. Or, des
qualre puissances dont les possessions touchent
a FOregon, deux se sont retirees; la Russie et
le Mexique, en acceptant leurs frontieres ac-
tuelles, ont renonce aux territoires enfermes
entre ces frontieres ; restent done pour le par*-
tage du surplus FAngleterre et les Elats-Unte.
Cela serait parfaitement logique, si FOregon
i
Son, a indique un nouveau plan de partage de FOregon qui
semble fait pour concilier tous les suffrages.
» Cet ecrit, au moment ot| il a paru, £lait une action cou-
rageuse en meme temps qu'une oeuvre diplomatique leMfc
qu'on pouvait raitendre d'un esprit aussi eminent, d'un ni — 204 —
etait situe aux sources du Mississipi ou sur les
bords du lac des Bois; alors personne ne son-
gerait a en contester la propriete exclusive a la
Grande-Brelagne et aux Etats-Unis; mais la
gociateur aussi experimente. Au moment ou FAmerique du
Nord venait d'entendre de la bouche du premier magistral
du pays, Fassertion formelle que le territoire de l'Oregon%ul
enlier appartenait aux Etats-Unis, sans la moindre reserve
pour FAngleterre, et ou la democratic americaine venait
d'applaudir avec transport a celle declaration ambitieuse et
hautaine, il fallait du courage pour dire a cette democratic
qu'on Fabusait et qu'elle s'abusait elle-meme sur ses droits.
M. Gallatin n'a pas craint de sortir de sa paisible retraite,
au dernier lerme de la vie, afin de faire un derrtier effort
pour la tranquillite de sa patrie et pour le repos du monde.
M. Gallatin possede le sujet mieux que personne; il Fa traite en qualite de plenipotenliaire pendant de longues annees,
et sur tous les points de l'histoire de FAmerique il a, de
l'aveu de tout le monde, une erudition que personne n'e-
gale.
» La discussion a laquelle il se livre est fort instructive,
et elle est surtout concluante. Y a-t-il une puissance au
monde qui soit fondce a reclamer la tolalilc de FOregon?
Est-ce FUnion-Americaine, est-cc FAngleterre? Ce n'est
personne. L'obscurite la plus complete regne sur ce sujet; il
n'y a pas de tilre certain, ni meme a demi valable.
)> On disait aux citoyens de FUnion que celle portion du
littoral de FOcean Paeifique leur appartenait, parce qu'ils
etaient les heriliers de FEspagne, qui, en leur abandonnant — 205 —
situation n'est pas la meme. L'Oregon est bai-
gne par une mer immense qui le met en rap-
port direct non seulement avec la Chine et le
surplus de FAsie, mais encore avec la Polynesie,
la Floride, leur a transfer^ tous ses droits sur le continent
de FAmerique du Nord au dela des provinces mexicaines.
M. Gallatin a ete ainsi conduit a examiner les droits qu'au-
rait FEspagne a revendiquer FAmerique entre le 42e degre
et le 54e degre 40 minutes de latitude septentrionale, car
c'est la que gtt loute la question. Ces droits, il le dil el le
prouve, n'ont aucune certitude. L'Espagne pretendait etre
proprietaire de toute FAmerique du Nord, quoiqu'elle n'eut
pas d'etablissement au dela de la Floride sur FOcean
Atlantique et de la Californie sur l'Ocean Paeifique; mais ce
ne fut jamais qu'une pretention vaine. L'Europe en tint si
peudecompte, des Forigine, en dehors du golfe du Mexique,
qu'on vit toutes les nations se precipiter aussilol sur le nouveau continent, du cote de FAtlantique, pour y fonder des
colonies. II y eut sur le littoral de FAtlantique des colonies
anglaises, franchises, hollandaises, suedoises; el en ce qui
concerne ce versant de FAmerique, FEspagne elle-meme
abandonna bienlot, pour tout ce qui est au dela de la Floride, les droits dont elle se disait inveslic. Pour Fautre versant, elle eut plus de persistance. Mais les autres nations eu^
ropcennes, peu soucieuses pourtant de ces regions qui sont
dans la partie du monde la plus eloignee d'elles, ne recon-
nurent jamais le droit que s'arrogeait le cabinet de Madrid.
Ainsi les rois d'Angletcrre, des le xvie et le xvn° siecle,
quand ils concedaient a leurs sujets des provinces du Nou-
■m
II'    '!■ — 206 —
avee F Afrique, et enfin avec FEurope par le Cap
de Bonne-Esperance; son territoire estabrite
du cote des terres par une chaine de pq$nlagnes
presque infrancfcissables que la nature lui &
Kg
veau-Monde , inseraient dans les cbartes de concession que
les terrains abandonnes a ces entrepreneurs de civilisation,
s'elendraient jusqu'a FOcean Paeifique, sauf le cas ou quelque autre nation de FEurope aurait fait de ce cole des etablissemens. Mais FEspagne n'avait pas une ville, pas un fort,
pas un posle, pas une mission au dela de la Californie, qui
s'arrete au 42e degre. Les Etats-Unis eux-memes, avant
d'etre substilues a la couronne d'Espagne par le traite de
4819, refusaient leur assentiment aux pretentions du cabinet
espagnol. Dans les negotiations qui conduisirent a la convention de 1818 avec FAngleterre, ils revendiquerent le littoral du versant occidental de FAmerique, c'est a dire de
FOregon, jusqu'a la latitude du 49e degre, preuve palpable
qu'ils ne reconnaissaient pas le droit de FEspagne. Ainsi,
de Faveu meme du gouvernement de Washington, le titre
espagnol est sans valeur; et au fait, comme le ditM. Gallatin, pour le trouver valable, il n'y a qu'un moyen, c'est
d'admeltre comme piece de conviction, comme un argument
sans replique, labulie par laquelle le pape Alexandre VI, en
Fan 1493, partagea le nouveau continent entre les rois d'Espagne et de Portugal.
» II n'y a de meme pour personne aucun droit formel reV
sultant de la decouverte; le hasard a conduit ties tard, dans
la derniere naoilie du xvnr3 siecle, des navigateurs de differens pays dans les parages de FOregon. Ils y ont mouille, y donnees pour frontieres, et comme si elle eut
voulu rendre plus trainee encore sa separation d'avec les conjtrees placees au dela de ces
montagnes, elle a fait des deserts deohacun^l
ont pris de Feau; ils ont dresse des commencemens de cartes; ils ont fail des reconnaissances partielles, mais ils n'ont
pas songe a s'y etablir. Ils n'y ont rien conslruit; ils n'y ont
pas laisse un homme. Sans contredit, la decouverte premiere de ces regions est due a desnavigateurs espagnols. Les
expeditions espagnoles commandees par Perez, par Heceta,
par Bodega y Quadra , en 1774 et 1775; Cook, a sou troi-
sieme voyage, en 1778; plus tard , les navigateurs anglais
Meares et Vancouver; et enfin le capitaine marchand Gray,
de Boston, ont plus ou moins sommairement explore le littoral, pariiculierement du 45* au 48e degre. Ce dernier eut
l'honneur, en 1792, de naviguer dans les eaux de la Colombia. Mais de ces reconnaissances il n'y a rien a conclure pour
personne , parce que, a Fepoque de ces explorations succes-
sives, rien ne fut positivement admis par les puissances. Les
Espagnols se disaient les mailres; mais, sans s'arreter a ce
dire, les Anglais, un peu apres le troisieme voyage de Cook,
jugerenl a propos de faire un elablissement dans File de
Noutka, siluee sur le littoral de FOregon, et d'organiser la
fraile sur tout le littoral avec les naturels. L'Espagne en prit
ombrage, et fit detruire tout ce que FAngleterre avait bati;
FAngleterre aussjt^t reclama, noti^a que c'etail w« cas de
guerre, et alors sufvint la convention de Noutka, qui laissa
File 4e ce nom a FAngleterre, et Jui recoonut le droit fie Iff*
fiquer avec les naturels partout au dela des limites dela Cali-
roast — 208 —
leurs versans; en sorte, qu'autant la nature
semble avoir voulu rendre faciles les communications de FOregon avec les autres continens,
autant elle a pris soin de Fisoler du surplus de
fornie, sans rien regler quant au droit de souverainete qui
demeura indecis.
)> Une des circonstances d'ou l'on peut soutenir que derive
un droit,est la contiguite du territoire. A ce point de vue,
les Etats-Uuis petrvent revendiquer FOregon, car ils le tou-
chent par les montagnes Rocheuses; mais FAngleterre peut
aussi bien elever des pretentions, puisque ses possessions
americaines du Canada comprennent par dela le parallele du
54° 40' un territoire qui s'appuie a Fouest sur la lisiere aban-
donnee a la Russie tout le long de la mer, et au midi sur
FOregon lui-meme.
| Que si c'est d'apres la possession de fail que doit se determiner la valeur du litre, les deux nations y ont droit pa-
reillement, puisque les sujets anglais et les citoyens de
FAmerique sont les uns et les autres dans FOregon a peu
pres epars sur toute Fetendue de ce territoire, quelque clair-
semes qu'ils y soient.
» Ainsi rien de precis, rien de clair dans les droits respectifs des deux puissances, et surtout rien d'absolu et d'exclu-
sif. Telle est la conclusion de l'expose detaille qu'a fait
M. Gallatin avec Fautorite qui lui appartient. Qu'en faut-il
conclure en toute rigueur? Le partage. Mais quelles devront
en etre les bases? C'est d'apres un ensemble de convenances
reciproques, et en ayant egard aux idees qui, dans les nego-
ciations anterieures, ont paru avoir le plus de chances de m
A
.— 209 —
celui duquel il appartient. Ses anciens habitans
eux-memes different de ceux des autres parties
de FAmerique du Nord; ils sont d'origine asia-
tique, Japonais ou Chinois. Pense-t-on qu'en
succes, qu'il faudrait proceder a la repartition. Des lors les
Elais-Unis auraient le midi du territoire, les Anglais en au-
raienlle nord. Mais comment tracerait-on la ligne de demarcation entre le nord et le midi? Suivrait-on le cours de la
Colombia qu'a propose FAngleterre autrefois ? Prendrait-on
le parallele du 49° de latitude que recommandaient a la meme
epoque les negociateurs americains ?
Si, comme les Anglais Font voulu lors des prec^dentes
negotiations, c'etait le thalweg de la riviere Colombia qui
dut servir de limite, les Etais-Unis auraient de beaucoup la
majeure parlie du territoire; mais ils n'auraient pas de port
a eux, et c'est ce qu'ils ne sauraient admettre. La ligne du
cercle du 49e degre de latitude est une ligne trop ideale, ne
repondant a rien, n'ayant aucun de ces caracteres^qui constituent les limites naturelles; elle coupe de la plus etrange fa-
con la grande ile de Quadra et Vancouver, les cours d'eau et
detroits. C'est done a un autre trace qu'il faut recourir, et
M. Gallatin en propose un : « La seule ligne naturelle, con-
» forme a requite et admissible dans la pratique , dit-il, que
» j'apercoive sur la carte, est celle qui suivrait le milieu du
» detroit du Fuca (detroit compris entre le continent et la
» pointe meridionale de File de Quadra et Vancouver), et
» irait ainsi rejoindre le continent a la rive meridionale de la
» riviere de Frasers. A parlir de ce point, qui est par le 48e
» degre et demi de latitude, on menerait une ligne ideale
M — mo =*
pre##iH5e d*une situation semblable, FAngltM
terre otr les fitatsMUnis puissent raisonnablement
invoquer le voisifiagede leurs frontieres comme
titres a la possession d'une partie quelconque
de FOregon ?
» suivant le cercle de latitude. » L'Amerique aurait alors,
avec la plus grande partie du terriloire, les mouillages de la
baie du Puget et du canal de FAmiraute. L'Angleterre pos-
sederait la totalite de File de Quadra et Vancouver, el la meil-
leure region pour le commerce des pelleteries qui lui im-
porte particulieremenl. Tout le monde devrait etre salisfait.
M. Gallatin pense que le mieux serait de constituer un Elal
independant dans ce territoire qui resierail alors indivis;
mais si FUnion et FAngleterre ne veulent ni Fune ni Fautre
se dessaisir de FOregon, c'est ainsi qu'il faut effectuer le partage. »
J'ai cru devoir citer cet article, parce que j'ai trouve dans
Fecrit de M. Gallatin Fapplication principale des idees que
j'ai emises moi-meme dans la premiere edition de cette notice publiee par le Courrier francais; seulement je ne con-
clus pas comme M. Gallatin; et de ce qu'il est constant que
ni FAngleterre ni les Etats-Unis n'ont un droit exclusif sur
FOregon, je ne dis pas que FOregon doive etre partage entre
eux au detriment des autres nations du monde.
Cecf ne vous appartient pas; — ni a vous non plus: —
done il faut nous le partager. II .faut convenir que la diplomatic a parfois d'eiranges facons de raisonner.
{tfote de VAuteur.) — in —
t'iH^ETERRBJ NI LES ttATS-IWIS NE PEUVfiNT
COLONISER L'OR^GON.
Maintenant, supposons que FAngleterre et
t$s Etats-Unis parviennent a s'entendre stir les
conditions d'un partage, qu'en adviendra-t-il?
Que ce vaste et riche territoire que la nature
semble avoir cree expres pour le faire servir de
foyer k une population nombreuse et puissante,
fompu dans son unite, mutile par la politique,
verra reculer ainsi les brillantes destinees aux-
quelles il semble appele, et dont tout lui pro-
met une realisation prochaine. Renfermer dans
un meme bassin, sans frontieres qui les sepa-
rent, deux nalionalites rivales, c'est vouloir
eternfser la guerre entre elles. C'est creer dans
l*Oregon une situation semblable a celle qu'oc-
cupent entre eux les Druses et les Maronitesdu
Liban. L'Angleterre et les Etats-Unis ne peu-
venl vivre en paix alors que des montagnes in-
franebissables les separent; espere-t-on qu'ils
s'aceetderont mieux lorsque leurs populations
pourront se heurter a chaque heore du jour ?
A-t-on oublie les haines profondes, les rivalries, les jalousies qtff fermentent depuig tiii d&-
i — 212 —
mi-siecle entre les deux peuples? La metropole
n'a pu oublier que ses rivaux aujourd'hui fti-
rent ses sujets jadis, sujets revoltes qui se sont
separes d'elle par la guerre*, de son cdte, la colonic se souvient des sublimes efforts que lui
couta son affranchissement, de la lutte acjiar-
nee qu'elle eut a soutenir contre ses anciens
maitres : dela cette opposition constanle, sys-
tematique de la politique americaine a la politique anglaise ; car il ne faut pas s'y mepren-
dre, c'est moins pour avoir le territoire en li->
tige que pour Fenlever a FAngleterre que le cabinet de Washington se monlre si ardent et si
obstine. Ce qu'il veut, c'est expulser FAngleterre du continent americain : il commence par
FOregon, il finira par le Canada.
Mais nous avons eu tort de supposer que pas
plus FAngleterre que les Etats-Unis colonise-
raient un jour FOregon.
L'Angleterre a beaucoup plus de colonies
qu'elle n'en peut garder; l'Inde el le Canada la
preoccupent infiniment plus que FOregon. Ce
qu'il lui faut desormais, et elle commence a le
com prendre, ce son^ moins des colonies nouvelles qui coutent a creer, et qui echappent
quand on leur a  donne assez de forces pour — 213 —
qu'elles puissent aspirer a prendre rang parmi
les nations, que des peuples libresqui ouvrent
leurs ports a ses navires, leurs marches a ses
produits; la politique anglaise ne doit avoir
desormais qu'un seul but : mainlenir Factivile
parmi ses travailleurs en leur procurant sans
cesse des debouches nouveaux. Elle ne coloni-
sera done pas plus FOregon qu'elle ne Fa colonise depuis un demi-siecle qu'elle y regne en
dominatrice souveraine; elle y chassera comme
par le passe les loutres et les renards; elleap-
portera aux naturels de la verroterie et des cou-
teaux de fer en echange de fourrures precieu-
ses qu'ils lui procureront. Mais quant a y
amener une population intelligenle et labo-
rieuse, elle s'en gardera bien; elle ira plus
loin; elle s'opposera au developpement de celle
population si elle etait tentee d'y venir d'ail-
leurs : car sous sa main et par son contact, les
sauvages se civiliseraient, et alors FAngleterre
ne pourrail plus continuerle commerce de dupes qu'elle fait depuis si long-temps avec eux.
Afin de bien comprendre le sens et la portee
dece que nous venons de dire, il ne faut pas
perdre de vue que le gouvernement anglais n'a
rien a faire dans FOregon; qu'il n'y a ni un of-
14
1
mrs^m wf    *-
fi
— 21* —•
fieier ni un solda*^ il se saurait done etre res-
ponsable de ee qui s'y passe. Le foi Cbarles II
a coBcede a une compagnie le droit d'occupa-
tion exclusive d'une certaine etendue de territoire. D'usurpations en usurpations, cette compagnie est arrivee jusqu'a FOcean Paeifique, et
elle a fait sur les terres quebaignest les eaux
de cet ocean, ce qu'elle a fait sur celles que
baignela baiede Hudson; elle en a retire le
plus, et elle y a apporte le moins possible;cela
se eoncoit, du reste; la compagnie d'Hudson n'a
jamais eu pour but de coloniser; sa mission
unique a ete de faire traquer des betes fauves
et d'en emporter les fourrures. Cette mission,
elle Fa accomplie. Un des plus beaux pays de
la terre est demeure sauvage et inculte, il est
vrai; mais ses agens se sont enrichis et ses ac-
tionnaires ont tooche de gros dividendes. Que
saurait-on lui demander de plus?
On reproehe cbaque jour au gouvernemest
anglais ses tendances a envahir les domaines
d'autrui, et sa promptitude a s'emparer de tous
les points propres a faciliter de nouvelles stations a sa marine, de nouveaux debouches k
son commerce. Ce reproehe, fonde dans le
fOttd, s'adresse m^ins a la nation angiai se qu'a
a — US —
ses compagnies de marchands dWt let innom-
brables navires sillonnent les mers et prome-
neat son pavilion sur les points les plus recu-
les du globe* Par suite des chartes et des prin
alleges que le gouvernement leur a accorde%
il a fait de chacune d'elles une puissance k
part qui a ses territoires, ses ports, ses flottes
et ses armees. L'une domine sur FAsie, Fautre
sur FAmerique, sur FAMque,sur FGeeanie* Les
officiers qui commandent leurs vaisseaux, bleu
querevetusordinairemeBtdutitre d'officiers; de
la marine royale, n'appartiennent plus ou n'ont
meme, la plupart du temps, jamais appartenu
a cette marine \ mais, en revanche, ils sont ba-
bituellement interesses dans les affaires de la
compagnie au service de laquelle ils se sont
mis et participent aux benefices de ses operations. De la Fesprit d'animosite qu'ils appor-
tent dans leurs relations avec les marines etran-
geres, lorsque celles-ci osentleur faire concurrence sur des marches qu'ils ont, il faut ledire
pour etre juste, et^souvent les premiers a ou-
vrir aux nations europeennes, par leurs exp&*
ditions hardies, leur audace et leur perseve*
ranee; ils agissent alors comme agirait un mar-
chand vis-a-vis d'un autre marchand qui vien* I
fi
A
— 216 —
drait ouvrir une boutique en face de la sienne,
dans un quartier qu'il s'etait accoutume a con-
siderer comme son domaine exclusif. C'est que
Fin^ret prive est naturellement rapace et
egoiste, c'est qu^il est ennemi de toute idee ge-
nereuse, incompatible avec toute application
large des principes internationaux et du droit
des gens. ^
C'est ainsi que dans les conflits si frequens
de la marine anglaise avec les autres marines
commercantes du monde, Finitiative des que-
relles a ete presque toujours prise par les offi-
ciers des vaisseaux des compagnies; quand en-
suite leconflit est defere au gouvernement, la
publicite s'en est deja emparee, les passions
tetuvaises ont ete excitees de part et d'autre ;
une question de commerce le plus ordinaire-
ment sans importance, a pris les dimensions
d'une question de nationalite, et le gouvernement est entratne malgre lui dans une voie dans
laquelle il eut desire ne jamais entrer. Puis,
n'agil-il pas aussi vigoureusement que le de -
mandent les auteurs du eonflit, les compagnies
fnteressees? qui sont puissantes, qui ont des
organes dans la presse et des orateurs dans les
chambres, agitent et remuent Fopinion publi-
i — 211» —
que et entrainent tres souvent leur gouvernement dans des injustices qu'il lui repugne de
commettre.
Et il faut bien qu'on le sache, les grandes questions de diplomatic Internationale, celles des-
quelles doit dependre quelquefois la paix ou la
guerre, ne sont pas toujours resolues dans les
bureaux du foreing-office ou dans ceux de Fa-
mi raute. A c6te de cette puissance officielle, il
en est une autre qui reside dans les bureaux
des compagnies marjchandes de la cite et dont
les decisions Femportent souvent sur celles du
gouvernement lui-meme.
Revenons a notre sujet :
Les Etats-Unis ne coloniseront pas FOregon
davantage que FAngleterre. Dans le moment
actuel, Fepinion publique est en emoi; tous
les regards sont fixes sur cette partie de FAmerique, et quelques aventuriers hardis ont fran-
chi la distance qui les en separait; mais ils n'y
ont apporte ni capitaux, ni instrumens de travail. Ne pouvant etre agricuiteurs, le plus grand
nombre se sont mis chasseurs et ont continue
ainsi le systeme pratique par les Anglais* II
s'esi forme k Boston et dans quelques autres,
yiltes das projets de colomsaMoa i mais ee n'e* tait, k him prendre, que des demonstrations
eetitrfei'Aii'gleterf&,%t aucun deces projets n'&t
sorti des cartons dans lesquels les ont enfouis
le$f§ auteurs* Tienue frne solute du frtigc, il
nil $era plus ^pie^tto& #e FOregon dans les
Etats-Unis.
Et Fell comprend qull en soit&insi.
C'Oregoti e§t 4 trois mois de navigation de
Washington; la distance f&r terre est de plusHe
mille lieues, et Fon n'a pas oublie ce qt'a dit le
f&$£kletit Polk daus son Vernier message : quHl
avait ete recorma impraticable d'y etabitr une
route postale. Est-il naturel que pour aller coloniser un pays place pour elle en quelque sorte
a FexTr&infie du monde, qui a d'autres meffc,
d'autres climats, d'autres habilans^ue lessiens,
la repftMique de I'Uniftn taisse facultes et inha-
bitees les vastes platees du Texas, le plus beaFtt
pays de la terre, a dit Barbe de Marbois dans
son Histoilre de la Louisiane ? Puis, si elle veat
un det)ouche sur FOcean Paeifique, n'a-t-elle
pas sous la main, et tout a c6te d'elle, les riches et fertifeS contrees de la California? La
republique du Mexique elle-memene lui ouvre-
tnelle pas fes bras, et n'est-il pas dans ses ten*-
dances comme dans ses destinees de faire tftt — 219 —
ou tard partie de la grande confederation americaine?
Non, nous le rep&tons, les fitats-Unasne veu-
lent pas , ne peuvent pas coloniser F Oregon.
S'ils Favaient voulu, ils Fauraient fait pendant
les ciiiquante annees d'occupMima libre qui
viennent de s'eco&ler ; c'etait le bon moyen
d'en expulser leur rivale, que de prendre position sur les principaux points du territrodre, en
y plantant une population capable de se faire
respecter et au besoin de se 4efendre. lis ne
Font pas fait, parce qutls ne le pouvaientpas,
et ils ne le feront pas daus la suite, paree qu'ils
le pourront moins encore.
conclusion. Sfe;
Que faire done de FOregon, s'il ne doit Mm
ni anglais ni americain ? Nous allons fe dire, <©f
enledisant nous n'exprimerons pas une opinion
qui n'appartienne qua nous seul: feMormng-
Chronicle a Londres, le Courrier frangaisk Paris, et dans le congres americain MM. Benton,
Webster et Winthrop, sFauront exprimee avimt
«©us.
i — 220 —
Nous voulons que FOregon ne soit ni anglais,
ni americain, ni russe, ni francais; nous voulons qu'ils soit FOregon, comme FAngleterre
est FAngleterre, comme la France est la France;
et, qu'on ne s'y trompe pas, les efforts de la
politique seront toujours impuissans a fausser
les lois de la nature. Pendant plusieurs siecles,
la France a depense des millions d'hommes ct
d'argent pour asseoir sa domination au dela de$^
Alpes, et les pays d'oulre-Alpes n'ont jamais
pu devenir Francais. Si l'on avait besoin
d'exemples plus recens, nous citerions cette
meme Italie dans les mains de FAulriche; nous
citerions encore la Pologne, qui se debat en ce
moment par un dernier et sublime effort contre
les lois egoistes et rapaces de la politique eu-
ropeenne. Nouslerepetons, Fhistoire du monde
a la main, quand elle a cree les limites et les
frontieres des empires; quand elle a voulu que
ces limites servissent de refuge a une partie de
la grande famille humaine, la nature, endon-
nant a chaque nation Fasile qu'elle avait pris
soin elle-meme de tracer et de defendre, lui a
interdit de se repandre au dela.
En attendant le moment, et il n'est pas eloigned ou une population laborieuse et intelli- — 221 —
gente seserafixee dans FOregon en assez grand
nombre pour s'y constituer en corps de nation,
que FAngleterre y protege les nationaux, que
les Etats-Unis y protegent les leurs, rien de
mieux; mais que cette protection ne prenne
point un caractere d'exclusion ; que la France,
que FEspagne aient le meme droit, et que des
terres qui ne sont la propriete de personne,
que Dieu a donnees en heritage aux enfans
d'Adam sans distinction de race ni de nation,
puissent appartenir au premier, quel qu'il soil,
Anglais, Russe ou Francais, qui viendra les
fertiliser par son travail et les faire servir au
bien~etre general; n'est-ce pas veritablement
un crime, pendant que certains pays de FEurope, Flrlande notamment, ne peuvent plus
nourrir leurs habitans, que des vallees immenses
dont le climat est sain* la zone temperee, la
vegetation d'une force et d'une puissance sans
exemple, soienl frappees d'interdit de par la
politique, et qu'au lieu d'etre livrees a l'activite
humaine, elles ne servent a abriter que des
betes fauves et quelques tribus de sauvages?
Dans un temps donne, et il depend de la
poli tique europeenne de le rendre plus ou moins
^approche, FOregon deviendra Fun des pointy *
— 3H2 —
tes ptak fcoinmer^ans du Pfeuveam - Honde.
Regardez, en effet, sa situation : Place sur la
meme latitude que la France, ilWre unelimat
deiicttfux pour le^s^opulatioltil} europeemies qui
n'y trouverolit plus les memes dangers ni les
memes souffrances, que dans la zone torrfde
que pourtant elles sont aliees feconder. II de-
bouche dans une etendue de 300 lieues sur une
mer immense, et si l'on en excepte le gourde
Californie, les golfes, abrites par ses iles, sont
a peu pres les setrls ports de toute la c6te nord-
ouest de FAmerique dans lesquels les vaisseaux
puissent trouver un abri sur contre les orages
et les tempetes si frequentes dans ces parages.
Par cette mer il se trouve en communication
directe :
1° Avec toutes les cdtes ouest du Nouveau-
Monde et avec 1'isthme de Panama, au miffen
duquel, t6t ou tard, il lui sera ouvert un che-
miripour le golfe du Mexique, et pour FEurope
a travers FOcean Atlantique ;
2° Avec les iles Marquises, sur lesquelles la
France vient d'asseoir sa puissance;
3° Avec la Nouvelle-Zelande;
4° Avec les iles Sandwich et les iles innomr
Iwables dont est semfeela mer duSud; m>
HAfX
J
— 223*-
5°Al*ee TAusfifttte, ce continent immense
dont FAngleterre reclame la possession exclusive %
6° Avec le cap de Bonne-Esperance et toute
la c6tfe d'Afrique;
7° Avec l'Inde, la Perse, FArabie;
#° Avec la Oiine, dont les ports viennent &%
s'otfvrir au commerce $u monde;
9° Avec le Japon,qui t6t ou tafrd^era entraine
par l'exemple de la Chine;
10° Eniin, avec la Russie asiatiquepar Eamts-
chatka et Behring.
La situation de Venise sut 1'Adriatique a
suffi pour en faire la ville la plus riche et k
plus florissante des siecles passes : qu'est
cette situation en presence *de celle de FOregon
sur FOcean Paeifique?
Et comme si \k nature avait prevu queta navigation a vapeur viendrait encore rapprocber
de FOregon ces differens points, elle a place
dans ses terres des gisemens 'Ae houilles considerables.
Maintenant, anticipons un peu sur Favenir,
et supposonsFOregon, des aujourd'hui, tebqu'il
sera un peu plus tard, c'est a dilpe hll&e, peuple, eiittrve.
i M
fi
— 224 —
Qu'adviendra-t-il dans notre hypothese ?
Que le peuple y etant independant et maitre
de lui-meme, il formera a son gre ses traites
et ses alliances; que toutes les nations du
monde concourront librement et au meme titre
a Fechange de leurs produits contre les siens;
que ses ports seront ou verts a tous sans distinction de pays ni de race, parce qu'il y aura
profit pour lui a commercer avec tous. Qu|nt
aux peuples divers qui frequenteront alors les
mers du Sud, ils trouveront la une terre neutre
en quelque sorte,dont les ports seront toujours
ouverts a leurs marins et a leurs marchands,
et dans lesquels ils pourront chercher un asile
contre les dangers de ces cotes les plus inhos-
pitalieres du monde, au dire de tous les navi-
gateurs.
Admettons au contraire FOregon moitie anglais, moitie americain.
Vousaurez la, nous Favons dit deja, deux
populations hostiles et rivaies: des lors toujours
la guerre ou l'apprehension de la guerre; la
securite dans Favenir manquera, et ni les homines ni les capitaux ne viendront s'y fixer; voila
pour le pays en lui-meme. Quant aux nations
comniergantes du monde, elles en seront k peu — 225 —
pres exclues; car le pays sera anglais et americain, et tout ce qui ne sera ni Fun ni Fautre
ne pourra y aborder que sous le bon vouloir de
FAmerique et de FAngleterre. Cela est ration-
nel; chacun doit etre mattre chez soi. L'Europe
aura done abandonne sans aucuns titres a FAngleterre et aux Etats-Unis les ports uniques
qui se presentent sur ces c6tes dans une eten-
due de plus de 1,000 lieues. L'accaparement
une fois consomme, la Californiedevenue partie
de FUnion, ce qui doit arriver dans un avenir
tres prochain, les vaisseaux commer$ans du
mondeseront livres aubon vouloir des autorites
anglaises et americaines dans la plus grande par-
tie de FOcean Paeifique. Nous ne parlons pas des
pecheries, qui prennent un developpement toujours croissant a mesureque les bancs de Terre-
Neuve se degarnissent et se depeuplent.
II est vrai que l'humanite fait t6t ou tard
justice des arrangemens dela politique, qu'on
ne saurait pas plus retenir les nationalites hors
de leurs limites naturelles qu'on ne saurait y
retenir les vagues de la mer, et que FAngleterre
et les Etats-Unis auront beau se partager un
pays dont la situation geographique exclut tout
partage, Funite nationale finira par briser les
i 1
— 226 —
entraves qu'on avait voulu Ink imposer; tout
cela devra arrihrer necessaiiement, fatalement
Mais pourquoi preparer ainsi d'avairce a ee
peuple qui n'existe pas encore, les horreurs
d'une guerre interieure, les convulsions irto-
lentes d'une reeonstitution politique ? Pourquoi
ne pas, des au|ourd'bui, proclamer sa natiosa-
lite et son independance? Au lieu de Fopprtper
avant qu'il ne soit ne, aidez a sa n&issance,
protegezson berceau; puis, quand il sera comme
vous grand et fort, demandez-lui qu'en edange
de vos soins il vous ouvre ses ports, ses bares
et ses rivieres; stipulez meme d'avance vos
garanties : ce sera de la prudence, mais ce sera
inutile. Les nations ne sont pas comme les
particuliers, elles n'oublient pas les bienfaits;
quel que soit jamais le gouvernement de la
France, il ne fera pas qu'un Fran^ais ne soit
accueilli comme un frere par la majorite du
peuple des Etats-Unis, parce que ce peuple
n'oubtiera jamais que des Francaiscombattaient
pour lui, a ses cdtes, au jour de la lutte et du
danger.
Ce serait un beau rdle pour le cabinet fran-
§ais que de prendre Finitiative et, au lieu de
proposer de se faire Finstrument d'un partage — 221 —
Qoutre nature autant qulmpolitique^de sepro*
clamer le protecteur et le patron d'une national ite nouvelle.
Ce r61e serait-il done si difficile, et ne pour-
rait-on pas amener pacifiquement les deux
pretendans a echanger et a modifier la nature
de leurs pretentions ?
Que veut FAngleterre? Coloniser?... Non,
nous Favons dit deja, et c'est pour ce motif
qu'elle a toujours cherche a prolonger autant
que possible Foccupation commune. Ce qu'elle
veut, c'est, dans le present, conserver a sa
compagnie de la baie d'Hudson la jouissance
des etablissemens dont elle a couvert le territoire de FOregon pour Fexploitation du commerce des fourrures ; c'est donner a cette compagnie les moyens de continuer son commerce
aussi long-temps qu'il y aura dans le territoire
des animaux a chasser et a traquer ; c'est dans
Favenir, la libre entree, pour sa marine, des
ports, des cdtes et des rivieres de Finterieur.
Accordez cela a FAngleterre, stipulez pour elle
des garanties certaines, positives, et vous la
verrez entrer pleinement dans vos vues. Si elle
resiste aujourd'hui, c'est moins pour avoir une
plus grande etendue de terres, que pour empe>
i Jl
i
— 228 —
cher ces terres d'appartenir aux Etats-Unis,
parce qu'elle sait bien que les Etats-Unis sont,
par instinct autant que par position, ses ennemis
naturels; que leur politique, et ils le proclament
hautement, estde Fexpulserdu continent americain, et que plus elle leur fera des concessions, plus elle leur donnera d'armes pour la
battre. Mais, au lieu des Etats-Unis, planfez la
une nation independante dont la neutralite soit
assuree d'avance, et, nous le repetons, vous
verrez FAngleterre eatrer pleinement dans vos
vues.
Mais les Etats-Unis se laisseront-ils ainsi
depouiller d'un pays sur lequel ils proclament
leurs titres d'une maniere peremptoire et exclusive?
Ce que nous avons (lit de FAngleterre peut
s'appliquer presque en entier aux Etats-Unis: eux
aussi ils veulent beaucoup afin de laisser peu
a leur rivale. Qu'au lieu de faire de FOregon
une colonie anglaise vous en fassiez un pays
neutre, les Etats-Unis y trouveront tout ce
qu'ils y cherchent dans ce moment : une en-
trave aux developpemens de FAngleterre, un
debouche sur l'Ocean Paeifique pour les produits
de leurs populations de FOuest, et des points — 229 —
de refuge sur les cdtes pour leurs pecheurs et
pour leur marine marchande. Quant a leurs
colons , pourquoi iraient-ils a mille lieues de
leurs foyers, au dela de montagnes proclamees
infranchissables, lorsqu'ils ont a leur porte le
Texas qui leur appartient, et la Californie qui,
t6t ou tard, Feur appartiendra ?
Mais FAngleterre et les Etats-Unis en etant
exclus, qui done viendra peupler FOregon?
D'abord, nousn'entendons en exclure personne,
encore moins les Anglais et les Americains qui
y ont des proprietes pour lesquelles nous de-
mandons au contraire conservation et respect.
Malgre cela, pourtant, la grande masse des
colons viendra d'ailleurs. A-t-onoublie que tout
presde FOregon, sur le versant oppose des montagnes Rocheuses, commence un pays dont la
population, presque toute francaise, n'est main-
tenue que par la violence et par la force sous le
joug de FAngleterre? Ne sont-ce pas les Fran-
cais qui, les premiers de tous les Europeens,
ont penetre sur les rives de la Colombie? N'est-
ce pas eux encore aujourd'hui qui en forment
la population principale? Proclamez FOregon
libre, et vous verrez les Frangais du Canada ar-
river par milliers dans ses riches vallees, lesfer-
45       % tiliser par leur travail etj apporter la ci^lisa^
tion par leurs alliances avec les naturels. My a
dans FOregon 6,000 Francois canadiens; pres-
aue tous ont epouse des femmes indiennes, et
les premiers germes de civilisation qu'on rencontre parmi les najurels, leur ont ete communiques par eux.
Les naturels sympatniseht avec les Canadiens,
parce que comme eux les Canadiens sounfenj
de l'exploitation anglaise; la similitude des positions a rendu les interests communs; il s'est
forme entr'euxnaturellement, sans effort, cette
s^inte ligue qui existera toujours et partout eii-
tre les exploits contre les exploiteurs.
Auss% malgre des depenses considerables e$
des efforts per|everans, les missions protestan-
tes ont-elles edioue dans toutes leurs tentatives
Je proselytisme, tandis qu'il a suffi de quelques
j&uvres pretres abandonnes a eux-memes pour
amener au catholicTfeine un nombre d'Indien£
considerable, et cela uniquement parce que la
religion de ces pretres etait celle des Canadiens.
Ecoutons un ecrivain qui vient de passer deux
annees dans ces parages, et qui a sur nous
Fimmense avantage d'avoirvude ses propres
yeux^ '   '§- ' — 231 —
«la pluralite des habitans de FOregon let de
C6ux qui s'y etablissent tous les jours sont des
Canadiens de race francaise. N'est-il pas presumable en outre que dans le cas d'une guerre generate, FAngleterreperdra un jour le Canada et
ses possessions continentales en Amerique, comme elle a perdu les Etats-Unis, comme FEspagne
avuses vice-royautes se separerd'elle ?Ge n'esi
que grace en effetaun formidable deploiemenjde
forces que FAngleterre se maintient dans notre
ancienne colonie. Malgre de longues annees de
possession, les deux races ne se sont pas melees. On nous enleva FAcadie en 1713, ce qui
n'empecha pas qu'eihf1745, apres 32 ans de domination, trois mille Francais., fuyantla tyran-
nie anglaise, allerent se refugier dans File^aint-
Jean, qui nous appartenait alors. Or, les Canadiens aujourd'hui sont aussi Francais qu'aux
temps des Duquesneet desBeauharnais..
» Dans le reglement des frontieres de FOregon , il ne s'agit done pas seulement de FAngleterre et des Etats-Unis : un troisieme peuple
est en jeu. On pose en ce moment les limites
de la nation franco-canadienne; et que nos
descendans, le jour ou ils secoueront lej^ug clg.
FAngleterre, Voublient pas qu'en vertu des
i
■ — 232 —
droits de decouverte et de possession par leurs
ancetres, leur territoire devra s'etendredu fleuve
Saint Laurent a FOcean Paeifique. L'hypothese
tres realisable de son independanceune fois ad-
mise, on peut affirmer que le Canada n'entre-
rait point dans Funion federale, et que, sans se
ranger sous notre drapeau, il formerait du
moins un Etat souverain , fidele a ses syn^pa-
thies et a son origine. On conceit aisement de
quelle importance il serait pour la France, pour
ses domaines de FAmerique et son expansion
future dans FOceanie, d'avoir a proximite de
ses etablissemens une nation a laquelle la rat-
tacheraienl les liens du sang, de la religion, du
langage, et combien nous devons desirer de voir
le Canada, devenu libre, reconstituer enfin une
nouvelle France americaine. »
C'est ainsi que s'exprime M. de Mofras dans
le numero du 15 fevrier de la Revue Nouvelle;
nous sommes heureux de partager ses sympathies pour nos freres du Canada; mais nous
pensons qu'en attendant le jour de leur deli-
vrance, on peut leur offrir dans FOregon une
patrie plus fertile, plus temperee que la leur,
et surtout d'une possession plus immediate. Ce
serait constituer un nouveau Canada francais , — 233 —
sans appeler la guerre civile et la revolte dans
Fancien Canada de FAngleterre.
, Nous venons de dire ce qu'il conviendrait de
faire: dire ce qu'on fera n'est pas aussi facile,
bien que pourtant on puisse des aujourd'hui le
pressentir. Le passe et le present dans Fancien
monde doivent suffire pour faire apprecier les
tendances de la politique contemporaine dans
le nouveau. Ce qui se passe en Europe peut
donner la mesure de ce qui se passera en Ame-
rique.
De quelque c6te que se tournent les regards,
on ne voit par tout que peuples froisses, que na-
tionalites brisees. C'est l'Irlande et l'Ecosse
devenues anglaises, bien plus par la violence
et la conquete, que par les alliances et les traites;
Venise Autrichienne; la Norwege enchainee a
la Suede; FAllemagne muliiee, tronquee par
les congres; la Russie, FAuiriche, la Prusse,
formees des troneens de vingt nationaiites qui
tendent sans cesse a se rejoindre; plus loin,
FEgypte et le Liban devenus Turcs, le Caucase
devenu Russe, Flnde et la Chine devenant de
plus en plus Anglaises ; il n'y a pas jusqu'a la
Barbaric et au Desert, que nous nous efforc^ns
vaiuement de faire devenir Francais. ft
— 234 —
Si telle est la situation que la politique,
Fambltion' et la conquete ont faite a Fancien
Monde, il est peu probable qu'elles reservent
au nouveau un sort meilleur: deja la souverainete anglais* y pese sur des populations toutes
franchises ; les anciens marches des rois qui
echangeaient entr'eux ou se vendaient des nations et des peuples, y recoiventleur execution.
Le Canada, vendu par Louis XV a FAngleteiSe,
est aujourd'hui Anglais; la Louisiane, vendue
par Napoleon aux Etats-Unis, est une des provinces de FUnion. Pourquoi oserait-on esperer
un sort meilleur pour les vallees du Frasers et
de FOregon ?
L'Oregon sera done partag4 £ntre FAngleterre et les Etats-Unis au detriment des autres
peuples du monde ejt sans que les cabinets de
FEurope eleventleurs voix contre cette violation,
nouvelle des lois de la nature.
Mais quelle sera la limite de ce partage?
A etf Juger par les pretentions des deux parties au litige, ce sera ou le 4&P.'$e latitude, ou
le Talwed de la Colombie.
Et pourtant ni Fun ni Fautre ne repond aux.
conditions d'un partage equitable et bien entendu. — 235 —
La ligne de la Colombie ne laisserait aux
Eiats-unis ni ports ni refuges pour leur marine,
et, nous Favons dit, c'est surtout comme puissance maritime que doivent marquer dans Fa-
venir les populations futures de FOregon.
Le49e parallele est une ligne purement ideale
et qui ne s'appuie sur rien; ajires avoir coupe
a son extremite meridionale File de QuadfK-
Vancouver, elle traverse le golfe de Georgie et
remontele long des terres jusquaux montagnes
Rocheuses, en coupant la Colombie etplusieurs
de ses affluens d'une maniere tout-a-fait irre-
guliere.
En supposant que FAngleterre consenlit a
rabattre de ses pretentions au point de se lais-
ser rapprocher de ceWe ligne, il faudrait du
moins, dans Finteret futur des deux peuples,
chercher dans son voislnage quelqfres dispositions de la nature sur/le^quelles on pftt Fap-
puyer comme frontieres. Ce serait alors le cas
A'appliquer Ficfife emise par M. Gallatin dans
la brochure que nous avons citee ci-dessus,
laquelle laissant aux Anglais File de Quadra-
Vancouver en entier, partagerait en deux le
detroit de Fuca jusqu'a Fembouchure'Au Frasers, et de la remmiterait les terres en suivant
i Jl
MS
— 236 —
cette riviere jusqu'aux montagnes des Cascades,
joindrait FOkanagan, et le suivrait jusqu'a son
affluent dans la Colombie; remonterait cette
derniere riviere j usqu'a sa jonction avec le Flat-
Bow, et enfin longerait celui-ci jusqu'a son
point le plus rapproche de Fintersection des
montagnes Rocheuses parle49e parallele, pour
continuer sur cette ligne les frontieres fix^es
par les traites de 1814 et de 1842.
La ligne de la Colombie une fois rejetee, ce
mode de partage parait le seul equitable: il
laisse a FAngleterre la partie du territoire sur
laquelle ont ete fondes les premiers etablissemens de ses nationaux, y compris meme le
point si conteste du golfe de Nootka, etil donne
aux Elats-Unis, avec la Colombie tout entiere,
les meilleurs mouillages de cette partie des
cotes de FOcean Paeifique du nord.
Si FAngleterre se resignait a des concessions
semblables, nous pensons que les Etats-Unis
finiraient par rentrer dans les voies d'une paeifique transaction; mais FAngleterre s'y re-
signera-t-elle? pour notre compte, nous pen-
sons qu'elle ne le fera pas. Non point qu'elle
attache une grande importance au territoire
conteste; nous avons deja dit que, suivant — 237 —
nous, cette importance etait fort minime;
mais parce que ce serait une deuxieme fois re-
cuier devant les menaces du gouvernement
americain, et qu'elle ne lepeut pas, sous peine
de perdre une partie de son influence, et de sa
force comme puissance maritime. Ce serait
montrer au monde que cette jactance dont
son gouvernements'est fait si souvent un epou-
vantail vis-a-vis des autres nations, n'etait
qu'une fanfaronnade sans consistance, et qu'il
eut suffi de parler plus haut et plus in-
solemment encore que lui, pour le reduire immediatement au silence.
D'un autre c6te, quand bien meme sa dignite
nationale ne lui ferait pas une loi et un devoir
de persister dans Fultimatum qu'elle a pose,
son interet materiel lui en imposerait Fobliga-
tion ; car, nous Favons deja dit plusieurs fois.
ce n'est pas FOregon que veulen ties Etats-Unis,
c'est l'expulsion de FAngleterre hors du continent americain; que si elle cede aujour-
d'hui, demain la question se portera sur un
autre point,Jet le Canada deviendra l'objet
de nouvelles intrigues, peut-etre le theatre
d'hostilites serieu^es. Transiger, n'est done pas
pour elle aneantir les causes de la querelle,
ta
p» i -j ft
fi
— 238 —
c'est seulement la reporter sur un terrain plus
dangerettx.
Robert Peel adit que ce serait un tres grand
malheur, si deux puissances tellesque FAngleterre et les Etats-Unis ne parvenaient pas a s'en-
tendre sans se faire la guerre, sur une discussion qui a FOregon pour objet. Certes FOregon, tel qu'il est aujourd'hui,nevautpas, meme
pour, le vainqueur, ce que lui feraft perdre ul8
guerre enlreprise pour sa conservation oupour
sa conquete; sous ce rapport, les paroles du
premier ministre de FAngleterre sont vraies;
mais Robert^Peel connaittrop bien la politique
exterieure pour penser que le fond du litige
soit la.
Les Etats-Unis parlent beaucoup et agissent
peu: c'est le mainour des gouvernemens republicans; la ou il ft'existe pas un pouvoir &&
cutif qtfi puisse agir spontanenfent et sous sa
responsabilite personhSHfe, un temps precieux
sera toujours perdu eh vaines discussions de tribune^ et souvent lei questions les plus graves
tourneroiSt au grotesqueHet a la faniarorfhade;
c'est ce que iftbus voyons en ce moment a
Wasfrrngton.
Pendai^*c6 temps au cotftBfre FAngleteire 239
/i**P'
arme en silence et s,e prepare vigoureuseiAent
a la lutte; peu a peu elle concentre ses forces
dans les mers du Sud; d\eja son eseadre dans
les parages de FOregon est de beaucoup superieure a celle des Etats Unis ; nous serions done
fort peu etonnes d'apprendre un beau matin
que, par un acte de vigueur, ses amiraux out
tranche la question; ce ne serait pas la premiere fois que FAngleterre aurait, avant toute
declaration de guerre prealable, pris Finitiative
des hostilites, etsans remonter bien haut d^ns
son. histoire ou fourmillent des faits de ce genre^
on en trouve un recent exemple dans le bom-
bardement de Copenhague. Les menaces du
president Polk et les discussions du congres
IjmeJicain sembleraient presque cette fois jus-
tflier sa conduite.
Ce quvijous etonne, nous le repetons encode
une fois, c'est la longanimite du cabinet bri-
tannique, c'est sa patience a supporter les pros
vocations, les menaces, nous dirions presque
Fes injures du gouvernement de FUnion ; poujc
nous, qui avons fait une longue etude de la politique anglaise aux diverses epoques de soq
Bistoire, nous ne lui trouvons d'explicafion
possible que dans m meditation secrete, la leiue
i
'u
■*m li
— 240 —
preparation d'actes capables de lui donner une
edatante revanche.
Alors meme qu'elle est reconnue indispensable, Fhabilete dans une guerre consiste surtout a choisir le moment opportun de Fentre-
prendre; et nul plus que le gouvernement
anglais n'a su jamais choisir cette opportunite
du moment. Le cabinet de Robert Peel et^je
lord Aberdeen a maintenant de nombreuses
difficultes sur les bras; outre sa grande affaire
de la reforme commerciale et de sa lutte contre
la plus puissante aristocratie du monde, il a
d'un c6te l'Irlande qui se debat dans les convulsions de la faim et de la misere ; de Fautre,
une guerre meurtriere dans FInde; enfin,
comme si sa position devait se compliquer de
tous les cdtes a la fois, de nouveaux embarras
viennent encore de lui surgir en Chine. On
conceit qu'avantd'entreprendre contre les Etats-
Unis une guerre qui peut etre serieuse et en-
trainer apres elle les plus graves consequences,
il desire mettre fin a celles qu'il a deja a sou-
tenir. II temporisera clone dans FOregon aussi
long-temps qu'il le pourra tout en y conservant sa
position acquise et en y entretenant des forces
capables d'y faire respecter |es inlerets de ses — 241 —
nationaux. Mais viennent sa position et les
circonstances telles qu'il les desire; laissez-le
une fois s'affranchir des preoccupations que lui
donnent sa reforme interieure et ses guerres au
dehors, et vous le verrez reprendre vis-a-vis
des Etats-Unis son attitude d'autrefois.
On cite pour exemple sa conduite a propos du
Texas. L'Angleterre, dit-on, a cede une premiere fois devant les demonstrations energiques
de sa rivale, pourquoi ne cederait-elle pas une
deuxieme ? Ici il y a une difference tres grander
dans Faffaire du Texas FAngleterre n'avait pour
elle ni le droit ni les faits.
Le Texas s'etait affranchi du Mexique; FAngleterre, de meme que la France, Favait
reconnu comme nation; plus tard, le gouvernement du Texas a compris qu'il etait trop
faible pour rester isole, et il a demande a faire
partie de la grande confederation de FUnion.
L'Angleterre, et a son instigation la France,
ont voulu s'y opposer. Mais quel droit avaient-
elles de le faire? Comme Elat independant, le
Texas s'appartenait et etait libre des-lors de
disposer de lui a son gre. La France aurait-elle
le droit de faire la guerre a la Prusse et a la
Belgique parce que le gouvernement beige
i — 242 M
s'ftssocierait %ii ioftyerem? TNecessalrement
■§i—S3?T?f6*
non.
' Ptus^une guerre a propos du Texas et Hans
IeT*exa£, offrait des' airacultes qu'elle n'offrtra
pals quand son theatre sera transporte dans FOregon; en effet, il etait impossible d'envaliir le
rerritorre du Texas; il y avait la une population
quiljomfcence a devenir'nombreuse^jet qurS
conserve des restes de Fenergie et du courage!
par lesquels elle sut naguere conquerir son in-
dependance. 11 y a du danger toujours a s'alta-
quer aux riationalites nouvelles; nulle part ^
sentiment de patriotisme n'est aussi puissant,
aussi energiquement developpe, et ce sentiment
fut'foujours>le mobile des plus grands actes de
bravoure. N'a-l-on pas vu en 1836 cent quarante
Texiens, enfermes dans le fort d'Alamo, resister pendant treize jours a Farmee eritfere de
Sifnta-Anna, causer a cette derniere une perte
de 1,500 hommes, et mourir sur la breche jusqu'au dernier? En sorte, dit un historien, que
lorsque le vainqueur penetra dans la place, tous
ses defenseurs etaient morts; une femme seule
restait pour raconter aivec Faccent de Fenthou-
iiasme, qu'elfe avait vu le dernier Texien faire
f$i sur le^l  assau&ns et tomner edible ae — 243 —
balles, apres avoir refuse de se rendre a \xm
armee.
JLe dernier des soldats de Leonidas ne fit pas
aussi bien, Fhistoire raconte qu'il surve$ut a
sa defaite et alia porter a Sparte la nouvelle de
la mottde ses compagnons.
L'entnpiisiasme d'une liberte naissante peut
Seul produire cette abnegation complete de soif-
meme, ce devoument sans borne§.a fe ,patfie.
Et c'est contre ce peuple que FAngletarre
euTeju a lutter dans le Texas, si elle lui eut faii
la guerre pourempecher son annexation.
Dans FOregon, au contraire, la plus grande
partie de la population est anglaise ou sotfcmise
a FAngleterre; cette derniere y occupe les meil-
leures positions, soit pour Fattaque, soit pour
la defense ; elle y a un materiel de guerre considerable ; les principaux moyens de communication et de transport sont en son pouvoir;
elle connait parfaitement la topographie du
pays; elle a pu de longue main en apprecjer les
difficultes comme les ressources; en un mot,
FAngleterre est la chez elle, et si elle y avait la
guerre elle aurait Favantage de la faire sur soil
projpre terrain*. ^
^un autre cdte, place au centre du golfe du
i p
1
1
in
— 244 —
Mexique, le Texas se trouve a la portee des
Etats-Unis dont il touche les provinces les plus
populeuses et les plus riches; rien n'eut done
ete facile en cas de guerre comme d'y faire
parvenir des forces imposantes tant par terre
que par mer. On concoit des-lors tout ce qu'une
situation semblable avait de desavantageux
pour FAngleterre, qui se fut trouvee a deux nylle
lieues du theatre des hostilites.
Pour FOregon, rien de semblable.
Par terre, il touche aux possessions britanni-
ques comme il touche a celles des Etats-Unis,
et si de ce c6te il y avait un avantage, il serait
certainement en faveur de FAngleterre dont
les agens et les chasseurs sont depuis long-
temps accoutumes a franchir les montagnes
Rocheuses, tandisque du cote des Etats Unis
ces montagnes ont ete rarement franchies;
non point qu'elles soient plus difficiles que
dans la partie qui touche aux possessions anglaises, mais en raison de la grande distance
qui les separe de la partie peuplee du territoire
de FUnion.
Par mer, la position est a peu pres la meme;
FAngleterre a dans Flnde , dans la Polyne-
sie, dans les mers de la Chine des stations ma- .
— 245 —
ritimes qui se trouvent beaucoup plus rappro-
chees de Fembouchure de la Colombie, quen'en
sont les ports des Etats-Unis sur le golfe du
Mexique; Calcutta en est pratiquement moins
eioigne que New-Yorck et que Boston; car de
ces derniers points on ne peut y arriver que par
le detroit de Magellan el en faisant le tour du
continent americain presque en entier.
Ainsi, pour se rendre du golfe du Mexique
dans la Colombie, on compte trois mois de
navigation, tandis qu'elle n'est qu'a quatorze
journees des iles Sandwick, a quarante-cinq de
la nouvelle Zeiande, a cinquante de FAustralie,
et a environ deux mois de Calcutta.
On voit, par Fexpose de ce tableau, que soit
du cote de la terre, soit du c6te de la mer, Fa-
vantage de la position est tout entier en faveur
de FAngleterre, et qu une guerre sur quelque
coin de FAsie ou de FAfrique serait aussi a la
portee des Etats-Unis qu'une guerre sur FOregon.
Mais si elle a lieu, la guerre entre les Etats-
Unis et FAngleterre sera une guerre longue et
generale. L'Oregon en sera le pretexle sans en
etre le principal theatre. La question du Texas
sera necessairement reprise, et alors le Mexique,
46 qui aujourd'hui se resigne parce qu'il est isole
et faible, interviendra dans la lutte, alors qu'il
pourra compter sur Fassistance de FAngleter*e.
De leur cote, les Etats-Unis chercberont des
allies parmi les populations du Canada qu'ils
testteront de faire insurger de nouveau^ Voilk
done les deux principaux points sur lesquels
se concentreront les efforts des parties beSig%*
rantes, le Canada et le Texas, les grands lacs et
le golfe du Mexique.
Main tenant quel en sera le resultat ? II serait
difficile de le dire; on sait comment on commence une guerre, on ne sail jamais comment
onlafinira; c'est un grand ediiquier sur lequel
leschances dela partie sont le plus souvent aban-
donnees au hasard, et ou les evenemens impress exercent plus d'influence que toutes les
precautions et toute Fhabilete des joueurs. Cependant, quel qu'en soit le resultat, vainqueurs
et vaincus y perdront egalement. La guerre ne
se fait plus maintenant qu'en remuant des masses d'hommes et d'argent.
Aussi pense-t-on que deux peuples aussi bons
calculateurs que FAngleterre et les Etats4Fitfg
y regarderont a deux Ms avant de se jetep
dans les dangers et les depenses d'une nouvelle Tl
— 247 —
luttej et ceU devrait etre, si un froid calful
presidait toujours aux grandes determinations^
des gouvernemens; mais a c6te de la raisoa
qui calcule, il y a, la surtout, les passions
populaires qui excitent etqui entrainent. Nous*
avons deja fait connattre Fanimosit^ instiB$#v#
des populations americatoes contra tout ce qui
porte le nom anglais.
II y a aussi ces hautes considerations de resr
pect de soi-meme et de dignite nationale dont
nous avons egalement expose les principes*
et nul plus que le gouvernement de la GFande-
Brelagne neles a severement observees, dans
ces derniers temps surtout.
C'est ce qui nous fait penser qu'entrer les
Etats-Unis qui bravent, et qui bifavent d'une
maniere d'autant plus outrageante qu'ils Font
fait impunement jusqu'a ce jour, et FAngleterre
molestee et bravee, une guerre devient des plus
en plus inevitable; nous ne voyons pas, en
presence d'une situation semblable, de calr
cqbquipuissent arreter la marche des evene-
mens.
Dela part des Etats-Unis, la guerre sesstJfe
fait des passions mauvaises que le gpiftveKae-
ment, apres les avoir dechainees, n'aura plus
i T
- 248*—
eu la force de contenir; de la part de FAngleterre elle sera le resultat d'une necessite im-
perieuse dans laquelle Faura entrainee sa ri-
vale; c'est done sur le peuple americain que
devra retomber toute la responsabilite de cette
guerre quelles qu'en soient les consequences;
car si l'on repousse notre premiere pensee, qui
veut que pas plus FAngleterre que les Etefts-
Unis n'aient un droit exclusif a la propriete de
FOregon; qui demande que ce pays soit inde-
pendant et serve d'asile a une nationalite nouvelle sous le patronage et sous la protection de
tous les Etats civilises du monde; si l'on ad-
met le partage entre les deux parties litigeran-
tes, il est impossible a toute personne desinte-
ressee et de bonne foi de ne pas mettre du c6te
de FAngleterre, sinon le droit, du moins le me-
rite du calme et de Fobservation des convenances. II semblerait que le cabinet britannique
laisse accumuler les mauvais procedes du gouvernement de FUnion, affecte une longanimite
et une patience qui ne sont, nous Favons deja
dit, ni dans ses habitudes ni dans sori caractere,
afin d'y trouver le droit d'infliger une severe
le^on au parti democratique americain.
Telle serait notre pensee, si nous ne savions 9*
— 249 —
que FAngleterre a beaucoup plus k perdre que
les Etats-Unis dans une guerre americaine; en
cas d'echec, elle apporte le Canada et la baie
de Hudson pour enjeu, tandis que Fannexation
du Texas est aujourd'hui un fait accompli, et
que, quels que soient les evenemens, il sera
difficile de detacher de FUnion americaine des
populations qui desirent en faire partie. Nous
avanccns rapidement vers une epoque ou il sera de principe eiementaire en droit public, d'e-
couter le vceu des populations pour le choix de
leur nationality.
L'Angleterre aura done contre elle les habitans du Texas, tandis que ceux du Canada s'em-
presseront de faire ligue commune avec qui-
conque leur promettra de les affranchir de la
domination anglaise. lj|
Cette difference dans la position, le cabinet
de St-James la comprend parfaitement, etil est
probable qu'elle a exerce sa part d'influence
dans la ligne de conduite qu'il a tenue jusqu'a
ce jour, dans le desir presque immodere qu'il
a montre d'amener la question a une solution
paeifique.
Ifl parti americain qui penclie vers la paix,
fl npi imp \q 4ir§i %fit le w\\ 1# fj|f $»
i   V
i — $50 —
ge, Stvait espere dans ces derniers temps que
les reformes deuanieres proposees par sir
Robert Peel rameneraient vers FAngleterre les
sympathies du peuple de FUnion; la premiere
nouvelle de ces reformes a ete regue en effet
de Fautre c6te de FAtlantique avec autant d'in-
teret que de surprise; les Etats producteurs de
bies y ont trouve un nouveau motif pour le main-
tien de la paix; mais ces reformes, qui sont loin
d'etre accomplies encore, ne seront-elles pas
mutilees, tronquees, sinon tout-a-fait arretees
par le parti territorial de FAngleterre? Au milieu de tousles obstacles qu'on leur oppose, ar-
riveront-elles assez tot pour que leurs premiers
effets se fassent sentir aux populations de FUnion avant que la querelle de FOregon n'ait
abouti a un commencement d'hosliiile? Cela
est peu probable. Deja la bonne impression que
leur nouvelle avait produite a Washington, est
effacee ou a peu.pres, et dans ce moment ony
discute, non point si Fon accordera telles ou
telles limites a FAngleterre, mais bien si l'on
ne proclamera pas les droits des Etats-Unis a
Finiegralite du territoire conteste; si Fon ne
s'emparera pas brutalement de ce territoire,
ou bien si Fon  consentira  a r'ouvrir  avec — :S§1 —
FAngMerre   des  negoclMofi§ a   koh sujet.
Les Etats-Unis et le congres sont a la paix,
dit-on; mais cette paix, FAngleterre ne peut
pas en vouloir et n'en voudra ^pas. Sans aucfin
dotrte, les negotiations seront reprises, mais s&r
quel pied, et a quelle condition? Toutes les
difficultesanciennes seront reMses en presence
de part et d'aiitre : FAngleterre mainliefcdra
ses pretentions; les Etats-Unis ne voudront
rien rab&itre des leurs. Ils croiront avoir fait
d'assez grandes concessions a la paix efc ay&ftt
voulu ajourner la guerre, et si le cabinet de
Londres n'acceple pas leurs conditions d'tttie
maniere absolue, un nouveau message du
president declarera Fannee prochaine au coft-
§¥es que les pretentions de FAngleterre
sont inadmissibles, et que l^bftfai^rr autant
que Finteret des Etats-Unis leur font un devoir de les repousser.
Et alors les representans et le senat drscute-
ront de nouveau Ferectioii de ports militaireB
Sur lehaut Missouri et sur la Colombie, Forga-
nisalion des milices, la levee de quelques regimens de cavalerie pour garder FOregon, et
autres projets vingt fois rappeies etdiscute&,<dt
toujours Testes dans les cartons du congres I
ft
i
— 252 —
americain ; pendant ce temps, FAngleterre
compietera ses armemens, elle terminera sa
guerre de FInde et pacifiera l'Irlande; puis,
libre des embarras qui la preoccupent dans ce
moment, tout entiere a sa querelle avec les
Etats-Unis, elle reprendra dans FOregon Fat-
titude qui lui convient.
Ainsi pour avoir ete recuiee, la guerre ne sera
que plus certaine; seulement le cabinet de
Washington aura laisse echapper le moment
ou il pouvait la faire avec opportunite.
Telle sera done, suivant nous, la marche future des evenemens:
Le congres americain, tout en exaltant la
conduite du president de la republique, et en
partageant Fattitude guerriere d'un certain nombre de ses membres, repoussera neanmoins les
mesures extremes, et ordonnera au pouvoir
executif la reprise des negotiations.
Les negotiations seront reprises, mais, pas
plus que les precedentes, elles n'aboutiront a
une solution paeifique, parce que ni Fune ni
Fautre des deux puissances ne voudra modi-
difier asses ses pretentions pour qu'une trarj^
IHStlli! soil possible?
il ilifi ii ftiin h\m m Mh«! iw p!h if? — 253 —
plomatiques, aux menaces de tribune succS-
deront les coups de canon. Quant au resultat
de la guerre, Dieu seul en a le secret.
Si Felat de statu quo actuel se prolongeait
encore un peu long-temps, la marche des
cboses donnerait peut-etre a Faffaire une solution tout-a-fait imprevue: en Fabsence d'auto-
rite superieure, les colons du Waliamet se
sont choisi un chef parmi eux; ce chef, ecossais
d'origine et Fun des principaux agens de la
Compagnie de la baie d'Hudson, commande a
quelques milliers d'Americains, d'Anglais et
de Canadiens reunis dans la vallee; de plus, il
a epouse la fille d'un chef indigene, ce qui lui
donne une influence considerable sur les populations indiennes de la contree.
Son autorite est la plus legitime de toutes,
car elle n'a eu pour principe que son merite
personnel et la libre election de ses con-
citoyens.
Peu a peu la colonie du Waliamet s'eten-
dra; elle gagnera en nombre et son chef en
puissance. N'est-ce pas ainsi qu'ont commence
toutes les societes n^issantes, et sans reinenter
3i!$ fils de Nop4 cette origins n/est-elle pas m}\$
im principal!* fitatii de i'AmtiFtyva mtmlk f
i —i^S4 —
LoYsqu'ii J a dix ans a peine, Stephea Austin
parcourait les vallees du Texas, proclamani la
necessite de s'affranchir de ISbppression du
Mexiqufc* le Texas etait-il dans uile position
bien plus avancee que n'est FOregon en ce
moment?
Pourtant le Texas de Stepheft Austin etait,
deux ans plus tard, Nation independable^.tst
^%ant peu d'atmeesilformera Fun des plus riches et des plus populeux Etats de FUnioa.
C'est ^ue les populations croifcsent vite, fe
ou la tetfre appartiettt au premier qui la feeondp;
la, ou les gouvernemens paternels de notre so-
!&ete eunopeenne n'ont pas importe encore
tturs lofis de propriete et d'impots, ou cha-
cun peut mafiger le ble qu'fc-a fak crttfire,
f^lptref :¥ti&f et s'asseoir au soleil sass piiyer
la place qu'il occupe.
•Ce qtie Stephen Austin a fait pour le Texas,
pourquoi done le docteur Mac Loughlin ne te
fer^rit-il pas pour FOregon ? L'Angleterre ne
%^ft pas la guerre; %lie ne Facceptera que
^&mmeuneabsolue> toe dure necessite $ c'est
^ten hon-neur, son amour-propre national bien
plaSqaJe fces interets mafosrlels qui sent en jeu
dans la question 4e FOregon; elle ae demande — £55 —
if&'^Ai biais honorable pour sortir de Fim-
passe dans Jaquelle la diplomatic Fa placee, et
^lle se precipitera dans ce biais de quelque
part qu'il lui soit offert.
Ce serait lui en offrir un parfait que de pro-
clamer dans FOregon un   gouvernement na
tional independant et d'elle et des Etats-Unis;
la premiere, nous n'en doutons pas, elle re-
connaitrait ce gouvernement des qu'il lui offri-
rait des garanties suffisantes pour la conservation des interets qu'elle a dans le pays; son
exemple serait necessairement suivi par les
principales puissances marilimes du monde, et
les Etats-Unis, forces de reconnaitre ce qui serait desormaisun fait accompli, s'yresigneraient
avec d'autant plus de facilite qu'en definitive
ils auraient atteint leur but principal, en enle-
vant FOregon a FAngleterre.
Ce fait, qui t6t ou tard s'accomplira, ilsuffi-
rait d'une simple initiative de quelque part
qu'elle vint pour le rendre immediat; c'est en
politique surtout, que les plus petites causes
produisent quelquefois les plus grands effets.
Alors serait realise pour FOregon notre premier voeu, notre premiere pensee : ce beau
pays  ne serait ni americain, ni anglais, il
rtsam — 256 —
s'appartiendrait k lui-meme, et il aurait Fave-
nir devant lui pour accomplir les brillanles
destinees qui resultent de sa position et que
nous lui avons souhaitees.
FIN.
»
r — 257 —
TABLE DES MATIERES.
Introduction  11
Geographic de FOregon  21
Cours de la Colombie  39
Affluens de la Colombie  46
Cours du Frasers  -49
Voyages et decouvertes par mer  53
Voyages et decouvertes par terre  67
Voyages maritimes pour le commerce des fourrures.. 74
£tablissement des Anglais sur le territoire de FOregon. 85
fitablissement des Americains sur le territoire de FOregon  90
Hostilites et diplomatic a propos de FOregon, 1° entre
FEspagne et la Russie  9o
Entre FEspagne et FAngleterre  98
Entre FEspagne et la Russie  109
Entre FAngleterre et les Etats-Unis; les Etats-Unis et
FEspagne; les Etats-Unis, FAngleterre et la Russie.. 114
Resume. — Droits de FAngleterre  183
EH
*3E5 — 2sa —
Droits resultant du voisinage  203
L'Angleterre ni les, Etajs-Unisne pej|yent coloniser FOregon  211
Conclusion  219
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FIN DB LA, TABLE.
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IHPRIMERIE-B*. PROUXETC", RUE KEBVB-OTS-BONS-ENFAW^J^
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1  

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