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Dix ans sur la cote du Pacifique : par un missionnaire canadien, en faveur d'une bonne Œuvre Blanchet, François Xavier, 1835-1906 1873

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Array  çû^or Kim uiày levef Wave   &t   Vws- keade^ keed
(Tuienty boWeç, cl&d  i»\  tl&k or- reed
Of  flriçtotle *v\d   V\yÇ   plMloyobkye,
TkAnrobèç ricKe,°r fttkele, oy qay ^a\ltr*y
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ss       BUT DE CETTE BROCHURE. (1)
Je me propose, dans ce récit, d'écrire quelques
uns des souvenirs que m'ont fournis dix années
passées en Orégon, années qui embrassent une
période de la plus grande activité morale, politique et sociale de son peuple. J'ajouterai
quelques détails touchant mon voyage sur les
océans Atlantique et Pacifique, et sur mon
retour par le chemin de fer qui traverse le nouveau continent. L'auteur de ces pages, comme
missionnaire, sur les frontières de FOrégon et
de la Californie, a eu amplement occasion de
connaître ces doux "grands Etats et les traits
caractéristiques de leurs habitants. Quoique
cent récits aient été laits relativement aux
régions situées â l'ouest des Montagnes Rocheuses, néanmoins ces pages pourront servir à
suppléer bien des omissions faites par les touristes qui ont visité ces beaux et intéressants
pays et au sujet desquels ils ont raconté leurs
impressions. Un coup-d'œil jeté sur les traits
physiques et géologiques de cette plage lointaine ne sera pas hors de propos.
[1] L'auteur demande d'avance l'indulgence du lecteur, vu
qu'il a constamment parlé la langue anglaise depuis dix ans,
et qu'en outre, il n'a eu ni le temps ni l'habileté d» mettre
plus de perfection dans son œuvre.  X>X23:   A.3STS
SUR  LA
COTE DU PACIFIQUE.
GÉOGRAPHIE. CLIMAT ET PRODUCTIONS*
ÉTAT BELIGIBFX.
La vaste chaîne de montagnes, qui, dans le
Sud de r Amérique, porte le nom de Cordillières,
se prolonge en passant par rAmérique centrale
et le Mexique, jusqu'à la rivière McKenzie et la
mer glaciale. En entrant dans le continent de
F Amérique du Nord, cette vagte chaîne se partage en deux branches, renfermant une plaine
aride d'un immense étendue et d'une élévation
de 4000 pieds au-dessus du niveau de la mer.
La branche de l!Est s'appelle les Montagnes
Rocheuses de 10 à 12,000 pieds d'élévation.
Mille ruisseaux descendent de ses flancs et vont
grossir le Père des eaux, connu sous le nom
de Mississipi Le plateau à l'ouest des Montagnes Rocheuses, quoiqu'il puisse être en quelques endroits propre 3 l'agriculture et aux
pâturages, est, comme il a été dit en général,
stérile et d'çm triste aspect. Au centre se trouve
le grand Lac Salé, sur les bor&s duquel on
rémarque l'établissement   des   Mormons.     A l'exception du fleuve Colorado, aucun cours
d'eau important iie descend vers l'océan, à travers la barrière rocheuse de ce vaste plateau ;
les quelques rivières qui en arrosent la surface
vont se décharger dans le bassin du Lac Salé ou
disparaissent dans la poussière alcaline du sol.
A l'ouest de cette plaine apparaissent les pics
de la Sierra .Nevada, comme des pinacles, couverts de neiges éternelles ; ils forment une
muraille continue, variant de 10 à 15,000 pieds
de hauteur. Cet immense mur de granit—en
se prolongeant vers le Nord, porte le nom de
Cascades. Il présente aux regards du voyageur
une perspective d'une grandeur incomparable,
pendant qu'il renferme et forme par le versement de ses eaux du côté de l'Ouest, ce qu'on
appelle le jardin de l'Occident, à savoir : la
la Californie et l'Orégon.
Ces régions favorisées d'un ciel propice et
d'une fertile étonnante, s'étendant depuis le
SOème degré de latitude N. jusqu'au 47ème
(y compris-le territoire de Wasiungton), ont
une largeur 'approximative de 250 à 275 milles
Leur superficie, de 270,000 milles carrés, excède
celle de la G-rande Bretagne, avec l'Irlande,
l'Ecosse et d'autres petits états de FEurope. La
forme et l'apparence générale du pays représentent une immense crèche-, les montagnes
de la côte du Pacifique à l'ouest, et celles de la
Sierra — Nevada et des Cascades à l'Est en
forment les parois, et renferment dans leur sein
une série de plaines et de vallées d'une fécondité inottïe. Ces plaines étaient autrefois des
bassins d'eau douce  ou salée, mais à présent elles sont remplies par les éboulis des montagnes accumulés pendant des siècles. Des rivières innombrables, passant par des ravins et des
précipices, coiirent se jeter dans le Sacramento
et la Colombie, qui à leur tour vont se verser
dans l'Océan.
Quoique la Californie et FOrégon soient sur
les mêmes latitudes que les Etats de la Nouvelle
Angleterre et le Canada, le climat, surtout en
Californie, est presqu'aussi doux qu'aux Tropiques. Les deux tiers des mois de l'année sont
sans pluie ; la ieige et la glace sont presqu'in-
connues, excepté à une grande élévation.. Au
îBéA et au Midi de la Californie, il y a au moins
200 jours sereins dans l'année ; les rosiers fleurissent en toute saison, le raisin vient* en abondance même à la hauteur de 3,000 pieds
au-dessus du niveau du Pacifique ; les oranges,
les figues, les olives mûrissant comme des
plantes indigènes ; en un mot, toutes les productions et toas les fruits de la zone tempérée
et semi-tropicale y réussissent à merveille.
Au Sud de FOrégon, la distribution de la
chaleur et du-froid, du temps sec et du temps
pluvieux est presque la même jusqu'au M ord de
la Californie ; peut-être y a-t-il un peu plus de
pluie et de froid. Ordinairement les neiges
disparaissent, absorbées par l'as? ou par -la
porosité du s<fi, à mesure qu'elles tombent.
Plus on se dirige vers le Nord de cette contrée,
plus1 le climat devient humide, étant plus
exposé à la brise de la mer. L'I^st de FOrégon
a un froid assez rigoureux pendant la saison de
FMver.*   Il en est ainsi de l'Est du Territoire de Washington, tandis qu'à l'Ouest l'hiver est
assez cha^ud, quoique pluvieux.   •
La belle et grande vallée de la rivière Willamette, celles des Coquins, de FUmpqua et du
G-rand Rond, en Orégon, et la magnifique
plaine de la rivière Cowlitz, dans le teryito^e
de Washington, sont extrêmement fertiles. Le
blé, l'avoine, l'orge, le maïs, ^es pommes de
terre, le mil, tous les légumes des jardins y
viennent dans la. plus grande perfection. Le
blé produit de 20 à 40 boisseaux par acre;
l!avoine de 40 à 70 ; Forge et le m$ïs, surtout au
Sud, de 25 à 50. Jamais la moisson ne manque ;
jamais la sécheresse, la, rouille et les insectes ne
détruisent la récolte. Seulement, deux fbis en
30 ans, la pluie Fa endommagée. A San Francisco et en Angleterre, le blé de FOrégon se
vend à un prix supérieur. Tous les fruitgjs'y
recuei^ent en abondance, particulièrement au
Sud de FOrégon, où le raisin, la pêche, l'abricot
et la figue ne sont pas surpassés par ceux de la
Californie.
Les grandes vallées des rivières Sacramento
et de St. Joachim, et une^afinité d'autres petites
plaines à l'intérieur de la Californie, produisent
30, 35 et 40 minots de blé par aère. On a
même 60 à 80 boisseaux dans une terre neuve.
La fertilité du sol est cependant inférieure
à la richesse minérale cachée dans le sein de
la terre. On peut en dire autant de FQffégon,
quoique dans un. degré beaucoup moindre.
Car, pendant que FOrégon tirait de ses entrailles
îjyBL mjjjion de jjLastïes, la Californie en retirai^
dix ou quinze.    En ce moment les mines dimi- Çf —
nuent de part^ et d'autre considérablement, et
c'est ce qui eiîgage un grand nombre de chercheurs d'dr à s'occuper uniquement du sol pcftir
en tirer la seule et* véritable richesse. Yoilà
pour le climat, les production^, l'aspect phy^fque
et géologique de la Californie et de FOrégon.
Maintenant un mot conceriïèÈnt leur état reM^
gieiix. Commençons par la CaMfornîé. En 1849,
plusieurs milliers d'Irlandais, cherchant fortune
pour la plupart, avaient traversé les plaines et
s'étaient établis dans ce nouveau Paradis Terrestre. San Francisco, formé premièrement de
quelques rudes cabanes, sur des monticules de
sable, se vit bientôt le centre d'uiie popùlàftSoix
considérable, quoique flottante, et promettait
de devenir avant longtemps ttne ville riche1^
importante. Au fait de cette circonstance, le
Trèfe Saiiit Père, Pie IX, ne tarda pas à pourvoir anx besoins spirituels de ses enfants
du Pacifique. La ville de San Francisco fut de
suite érigée en Archevêché. Le présent titulaire, Farchevêque Alemani, transféré de Monterefy
monta sur le trône archiépiscopal de San Francisco. Le digne prélat appela à son secours un
bon nombre de prêtres d'Irlande, des Pères de
la société de Jésus, défe Frères de la doctrine
chrétienne et des Religieuses d^ plusieurs Ordres, et cofl&ne nfèus leJverrons p&â tard,
FEglise Catholique est devenue florissante dans
cette contrée, grâce au zèle &u vénérable apôtre et ait dévouement du clergé et des Rfelî-
giéfces.
La mission catholk^gé de FOrégon a été commencée par le G-rand Yicaire de la  cathédrale 10
de QuébeC, ié RéVd. Messire 3?. N* Blanchet,
aidé du Réifd; Messire Modeste Demers. Tous
deux partirent soas les ordres de l'Archevêque
de Québec, dont la juridiction, s'étendait alors
jusqu'à l'Océan Pacifique. Le second quitta le
Canada en 1837 pour la Rivière Rouge, le premier, Montréal, le 5 mai 1838. Le 10 juillet, ils
partirent ensemble de la Rivière Rouge, et, malgré des obstacles et des difficultés de tout genre,
ils arrivèrent en Orégon, au Fort Vancouver, le
24 novembre suivant. Le Révd. Père de Smet,
S. J., qui vient de recevoir la récompense de
ses travaux apostoliques, visita en 1840 la
tribu sauvage des Têtes Plates vers les Mon-
tagnes Rocheuses, et ayanjfc reconnu leurs
bonnes disposions, il .retourna au milieu d'eux
l'année suivante, accompagné de deux autres
Missionnaires. Telle fut la fondation des missions sauvages de l'Est de FOrégon, qui produisirent plus tard tant d'heureux résultats.
La mission catholique de FOrégon s'étend
depuis l'Océan Pacifique jusqu'aux Montagnes
Rcfcheuses, depuis le 42e degré de latitude
jusqu'à'la mer Glacée. Le Pape Grégoire
XVI, par un bref du 1er Décembre 1843
l'érigea en Vicariat Apostolique, lui donnant
pour chef spirituel le Très Révd. Messire
F. N. Blanchet, avec le titre d'évêque de Philadelphie,* in partifyus, lequel titre fut changé en
cek»i d'évêque de Drasa, aussi in parUbtis, le 4
mai 1844. Le Vicariat Apostolique de FOrégon
devint une Province Ecclésiastique, le 24 juillet .1846. Mgr F. N. Blanchet, le métropolitain,
siégeant à Orégon City, Mgr, Aug. A. Blanchet, — 11 —
évêque suffragaét, à Walla-Walla, et plus tard
à Nesqualy, dans le Territoire de Washington,
|e#-Mgr. ^MLodeste Demers, évêque suffragant,
dans l'Ile Wncouver. Depuis 1838, date de
l'arfivée des- missionaires CanadSè*pfe jusqu'en
1863, FÈgBse avait fait de grands progrès et
f>armries blanfcs et parmi lôs sauvages. Les
catholiques, tant en Orégon, que dans le Territoire de Washingfén et dans l'Ile Vancouver, ne
comptaient pas moins de 25,000 âmes. Déjà on
av*aS#tuie vingtaine d'Eglises ou Chapelles, desservies par autant de Prêtres dont le Canada et la
France avaient fourni un bon contingent. Déjà
en 1863, le G:rand Vicaire Brouillet, dané le
Territoire de Washington, et le Grand Vicaire
Delorme, ëh Orégon, qui avaient suivi de près
îêfe preifiiers pionniers, les Blanchet et les
Demer^commençaient à grisonner, au milieu
de leurs travaux apostoliques. Les jésuites, les
oblats, le clergé et les religieuses de divers
Ordres secondaient puissamment Nos Seigneurs
lés Evêques dans leurs œuvres de zèle. Telles
étaient la Californie et FOrégon,'au point de vue
religieux, lors de mon arrivée en juillet 1863.
VOYAGE SUR L ATLANTIQUE
PACIFIQUE
En 1856,Tffgr. l'archevêque Blanchet, lors de
sa visite au Canada, fit un chaleureux appel en
faveur des missions de FOrégon. J'oflxis alors
à Sa G-râce mes humbles services qui furent
acceptés. En conséquence le 5 juin 1863, après
a^bî¥ "chanté une Grand'Messe dans l'Eglise de
St. Charles, de Québec, pour obtenir un heureux — 12
•voyage, je serrai une dernière fois la main à
tous, parents et.amis, et montai, au son de l'Aû-
gelus de midi, sur le chemin de fer du Grand-
Tronc. Monsieur le curé, David. Martineau,
voulut bien m'escorter jusqu'à la rivière Chau:
dière, et là, il me souhaita, avec effusion de cœur,
une bonne traversée. Les divers préparatifs de
voyage à Québec et à Montréal étant finis, et
les sanctuaiies de la Très Sainte Vierge, dans
ces de*çix villes ayant été visités, je m'ejpibarquai
sur le bateau qui faisait la traverse entre Montréal et. St. (Î4ambert. Dans cette dernière viUe-
se trouvait toute la caravane qui cheminait vers
FOrégon : deux ecclésiastiques, MM. Richard
et Halde et vingt-neuf religieuses, dont treize
des J3S. NN. de Jésus et de Marie, et les seize
autres des communautés de la Providence et de
Ste. Anne. Il y avait aussi dans la compagnie
plusieurs canadiens qui allaient chercher fortune
en Californie. M. l'abbé Valois eut l'obligeance
d'accompagner les missionnaires jusqu'à .Nenp-<
York. Comme nous prenions les chars à St.
Lambert, on portait un cercueil ; cet aspect lugubre n'était point de nature* à diminuer la tristesse
du départ. Mais nous élevant sur les ailes de la
Foi, nous nous dîmes du fond du cœur : Celui
qui aime son père-, sa mère, ses frères et ses
sœurs plus que Jésus n'est pas digue de lui. A
ceux qui laissent tout pour le suivre, le centuple
est promis dans ce.monde et la vie éternelle est
assurée dans l'autre.
Le départ avait e,u lieu, le 11 juin, De 8
heures du matin à 5 heures du soir nous voyageâmes en chemin de fer jusqu'à Troy, ville de 6 —m
Ffctat à& New-York. La journée parut longue
et fatigante, enfermés que nous étions dans un
seul char, avec une chaleur exeeâsive. La ville
de St. Jean, de St. Albans, de Burlington et de
Rutland passèrent successivement, devant nos
yeux, comme un joli panofâma. A Troy, nous
échangeâmes le chemin de fer pour le bateau à
vapeur^ Les bateaux, Sur là rivière Hudson,
sont tout-à-fait somptueux, les cloisons et les
meubles sont aussi brillante et aussi; poHs que
des miroirs. Nous n'eûmes que le temps de
jeter un regard rapide sur les mille et une
lumières qui scintillaient au dessus de la grande
ville d'Albany, capitale de l'Etat de New-York.
Rien n'est comparable aux beautés naturelles et
artifidèftes des deux rives de FHudson ; et les
villes et les villages semblent surgir des deux
côtés comme par enchantement.
A midi, le lendemain, le majestueux bateau
fit son entrée dans le port de New-York. Il
faUftit voir les têtes s'allonger, les* yeux
s'agrandir pour admirer quelques-unes des
beautés de l'immense cité, à mesure que le
vapeur longeait les quais. Tout-à-coup, nous
aperçûmes le Grand-Vicaire Brouillet, le futur
guide de la caravane vers FOrégon,. assis sur un
barij de farine et prêt à nous recevoir au débarcadère. Il nous fit loger à l'hôtel du Pacifique.
Nous n'avions que vingt quatre heures d'arrêt à
New-York, avant de nous embarquer pour
l'isthme de Nicaragua ; aussi nous nous hâtâmes
de visiter les Eglises catholiques, les édifices
publiça et les hôtels construits pour la plupart
en marbre blanc, surtout ceux que l'on remarque m 14 —
sur la Grande Rue. Ce lut une agréable nouvelle pour nous d'apprendre qu'un tiers de la
population de la ville de New-York est cath&îi^
que et qu'il en est ainsi dans presque toutes les
villes des Etats'-Unis.
Le jour suivant, 13 juin, le vapeur ÂmxëVScàr
partait à l'heure de midi avec plusieurs centaines
de passagers de cabine et un plus grand nombre
de l'entrepont. Oh ! comme il était touchant
de voir le quai encombré de personnes, parents
et amis des voyageurs, mouvant lexirs têtes,
leurs mains et leus mouchoirs en signe d'adieu,
tandisquele Steamer ^éloignait rapidement. Il
va sahs dire, qu'aussitôt eu pleine mer, le mal
de mer commença à sîemparer de plusieurs
d'entre nous, et il leur fallut de suite s'exécuter,
ot payer le tribut ordCdaire à Neptune. Qiîand
l'estomac fut débarrassé du dîtter, les malades
se sentirent plus légers et moins mal à Faise.
Le temps était magnifique, l'Océan Atlantique
paraissait comme une glace, et le vapeur, avec
son précieux fardeau, vogûaifc avec -fapidite sur
la pleine liquide.
Le Dimanche nous eûmes la messe basse célébrée, sur le pont, par le grand vicaire Brouillet,
assisté-d'un prêtre qui veilla de près le ciaËëe
pour ne pas le laisser renverser pat les balancements de navire. Les ecclésiastiques et Ikë
religieuses formèrent un demi-cercle autour de
Fautel improvisé et eurent le bonheur de recevoir la sainte communion. Oh! comme la joie
la plus pure rayonnait sur toutes les figrtres, et
combien elles furent ferventes les prières faites
afin d'obtenir une heureuse traversée ! En même — 15
temps, parents, bienfaiteurs et amis n'étaient
point oubliés ; et chacun d'eux dut avoir un
pieux mémento
Toutes les fois que le temps était calme, les
sœurs rassemblées sur le pont, après un brillant
coucher du soleil, chantaient en commun des
hymnes et des cantiques ; et les passagers, pour
la plupart protestants, admiraient la douce harmonie de ces belles chansons, comme ils les
appelaient. Puis, chaque jour suivant, ils
demandaient avec empressement si les chants
auraient encore lieu, tant ils y prenaient intérêt.
Il faut avouer <[ue les Américains sont passionnés pour le chant et la musique.
Le voyage fut très agréable pendant une
semaine ; mais lorsque nous entrâmes dans la
mer des Caraïbes, les vagues s'amoncelaient et
s'élevaient comme des montagnes. Ce fut alors
que, durant quatre jours, ceux qui avaient tenu
bon contre le mal de mer se virent obligés de
rester clouas à leur lit, dans la cabine, faisant la
diète aux biscuits et à l'eau. Nous étions entre
les Iles Cuba et Jamaïque quand l'essieu principal se brisa, ce qui occasionna un retard de
quatre ou cinq heures. Les passagers qui n'avaient pas app^çjs à temps la cause de l'accident,
s'alarmèrent un instant, mais leurs craintes
furent bientôt dissipées lorsqu'ils surent que les
forgerons du bord terminaient déjà leur travail de réparation.
La guerre civile qui désolait le Nord et le
Sud des Etats-Unis était alors à son apogée.
On appréhendait beaucoup à bord qu'une croisière confédérée ne vint piller le trésor et la maffe/ et peut-être retarder notre course, ou
même causer du dommage au bateau. Il y eut
bien des conversations à ce sujet, et les prophètes de malheurs exagéraient beaucoup les suites
funestes de pareilles rencontres ; -mais nous en
fùtnes qtrittes pour la peur.
Combien de fois, pendant les longé jours de
la traversée, n'apercevant que le ciel et l'eau,
nous nous promenions d'un botît du pont à
l'autre en nous disante: Verrons-nous lap terre
encore une seule fois dans iiotre vie ? Revcr-
rons-nous notre cher Canada ? Et une sombre,
pensée s'élevait dans notre esprit en songeant
que peut-être jamàîs nous ne contemplerions
de nouveau les traits de nos chefe amis du
Canada. Oh! s'écriaît-on,> au ciel, du moins,
nous les reverrons, nosas les saluerons avec le
sourire sur les lèvres, et nous les aiméïons
mieux que jamais, purifiés, comme notis le
serons, par les flammes de l'amour divin !
Le 23, au matin, nous aperçûmes lefs côtes de
l'Isthme de Nicaragua, et bientôt après la petite
ville de St. Jean du Nord, baptiâée par* les
Amériëàins, G-rëytôwn. Elle était un peu relevée de ses ruines ; car en 1849, WalKêr, avec
ses flibustiers l'avaient réduite en cendres. Là,
nous James bien prêts d'être jetés 'surfe côte
par un véritable ëàragan. Pas une seule personne ne put rester sur le pont,- tant le vent y
soufflait avec violence, et tant il était inoiMé
par les vagues. Sans doute, ce fut grâce aux
bonnes prières de nos bien aimés parents ^
amis que nous échappâmes à une mort imminente.    Après six heures de ballottements et — 17
de périlleuses tentatives faites pour passer la
barre, nous entrâmes enfin daiis Fembouciàire
de la »vière St. Jeaàj à 130 milles, au iTord de
Panama et;4 on*?e degrés seulement de l'Equateur.
Là se termine la course de VAmerica. II doit
attendre les passagers de la Californie qijia^en
vont àNewnXork. Adieu donc,océan Atlantique,
sur les bords duquel repose notre beau Canada,
notre chère Patrie ! Adieu donc, tendres parents,
sœurs et frères bien-aimés, amis chéris ! iN'ôu-
h}iez point d'exhaler une prière pour les vôtres
qui eux: aussi se souviennent de vous !
Le 24, jour de la St. Jean-Baptiste, nous
wyage.âaaes sur la rivière de ce nom par une
température douce et agréable. Nous étions
portés par un petit bateau qui ne tirait pas plus
de trjois ou quatre pieds d'eau. Un second avait
à bord les malles et le bagage des passagers.
L'Içthme est le séjour ordinaire des crocodiles,
des sièges et des perroquets; Autant nous
rions devant les? jeux folâtres des^singès, autant
nous frémissons en présence d'énormes crocodiles, pour qui, le corps entier d'un homme
n'aurait pas fait mal à l'estomac. La rivière St.
Jean [longue d'environ 7éfcmilles] est magnifique»
quiàque bien tortueuse ; si elle était appelée
Serpent, elle aurait un nom qui lui conviendrait
mieux ; elle est très poissonneuse. Ses rives
sont ^charmantes ; on y rencoiitre ça et là de
fart beaux paysages. La végétation lors de notre
passage, était toui^&it luxuriante*!: Ce qu'il y
eût d'extraordinaire pour nous c'est que pendant
les-cinq ^jours de notre passage au travers de — 18 —
l'Isthme [qui a 200 milles de largeur] avec un
wlaiïibjallant, il plut toutes les après midi ;
c'était une bienfaisante ondée qui rafraîchissait
nos fronts. On imagine, sans peine, les débats
commis par les voyageurs, quand ils en avaient
la chance, parmi les oranges, les bananes, les
cocos, et le frait de l'arbre à pain. Malgré
toutes les'recommandatœns des aneiens voyageurs chacun voulait satisfaire son goût en cette
matière.
Les quelques Espagnols, que nous rencontrâmes au Fart Castillo, montrèrent beaucoup
de politesse et de respect envers les missionnaires. En reconnaissance de quelques dons de
croix et de médailles, une quête fut faite entré
eux et déposée entre les mains des Prêtres, qu'ils
baisèrent respectueusement, comme c'est leur
habitude ; puis ils souhaitèrent aux missiannâak
res toutes les bénédictions du ciel. 11 fallait
voir, en outre, ces pauvres inâ^ènes nous offrir
gratis, du pain, des gâteaux, et du café, lorsque
nous passions le long des tables qu'ils7 avaient
dressées pour les passagers.
Sur le lac Nicaragua [115 aiilies de longueur
sur 40 de largeur), plusieurs d'entre nous
eurent encore à souffrir. Il faisait utt grand
vent et les vagues s'élevaient comme sur l'Océan.
A l'extrémité d'une île, située au milieu du lac,
est un pic de 6,000 pieds de hauteur. A distance, il semble surgir de Feau et s'élever
comme une majestueuse pyramide. On dit que
c'est un ancien volcan aujourd'hui éteint.
Le, 4e jour de voyage sur l'Isthme nous trouve
à la baie de la Vierge ; c'est à grande peine que 19
nous débarquons du bateau pour descendre
dans une berge qui nous amène aux restes
àyim vieux quai en pierre que les vagues n'ont
pas emportés. Ici nous rencontrons lés passagers
de la Californie qui se rendent à New-York.
Comme nous, ne consultant que leur bourse, ils
ont pris la ligne de Nicaragua qui fait opposition
à celle de P&nama Cette dernière ne se montre
point aussi libérale que l'autre envers les missionnaires. Parmi les voyageurs, les uns ont
la joie peinte sur fe, figure, à la pensée qu'ils ont
fait fortune ; d'autres, moins heureux, retournent à l'Est, regrettant le vieu± foyer et se
promettant à l'avenir de ne plus prendre pour
de l'or tout ce qui brille ; d'autres enfin vont
voir-des parents et des amis chéris. Un voyageur à mine assez douteuse, apostropha soudainement l'une des religieuses et lui dit, en
l'apercevant vêtue avec des habits de couleur
dé deuil ; "La mort vous a-t-elle enlevé votre
mari ou quelqu'un de vos proches ? " Et l'impertinent passa outre, avec précipitation, sans
attendre de réponse. La bonne sœur s'estima
heureuse d'avoir à endurer une petite humiliation pour l'amour de son Divin Epoux. Dans
le petit village de la baie de la Vierge, nous
eûmes un diner qui consistait en pain frais et en
volaille à demi-cuite. Nous nous dépêchâmes,
car il fallait faire douze milles par terre cet
après-midi, pour arriver de l'autre côté de
l'Isthme, à St. Jean du Sud. Le trajet se fait
en wagons traînés par des bœufs, ou à dos de
mulets. Le tout est fourni par la compagnie
des Vapeurs,  et deux piastres et demie sont 20
m¥
. données à quiconque désire faire le chemin à
pied.
C'était le jour de la St. Pierre, le 29 juin.
Oh ! comme nous reportâmes nos pensées vers
notre cher Canadien ce jour solennel ! Les Religieuses ne voulant point passer ce saint jour,
sans en faire, au moins, une commémoraison,
toutes installées qu'elles étaient d ns les wagons
bizarres, elles entonnèrent les vêpres. Il se
passa bien des scènes drôles, durant le trajet
des douze milles par terre, surtout si l'on considère que les Sœurs se trouvaient ccmme claquemurées dans ces voitures, couvertes de peaux
toutes vermoulues. En ce pays, la saison des
pluies est l'hiver comme les naturels l'appellent,
et il n'y a point de crépuscule, de sorte qu'aussitôt le soleil couché, il fait nuit. Les éclats de
rire, les plaisanteries, les propos joyeux cessèrent bientôt au milieu des ténèbres épaisses et
surtout aussitôt qu'une pluie battante commença
à tomber pour durer bien avant dans la nuit.
Il fallait voir les mines piteuses des voyageurs
et des voyageuses, trempés jusqu'aux os, lorsque
nous arrivâmes au village, sur le bord de l'Q-
céan Pacifique. Pour comble de disgrâce, le
maître d'hôtel, qui avait promis au G-rand-Vicaire de loger la caravane, se dédit de sa parole,
et nous n'eûmes." pour tout, logement qu'aine
vieille masure qui menaçait de nous tomber sur
le dos. A l'exemple de Notre,Seigneur, n'ayant
qu'une pauvre étable à Bethléem, nous acceptâmes volontiers ces antiques lambris, tout en
nous réjouissant de souffrir quelque chose pour
son amour. 21
Après avoir pris un assez léger souper, longtemps attendu, la caravane partit pour le vapeur
sur l'invitation gracieuse de son bon capitaine.
Jugez de notre situation : une pluie torrentielle,
une obscurité complète et un demi-mille au
moins à parcourir, dans la boue, avant d'embarquer dans une berge qui devait nous conduke
au navire. Et là, quels dangers et quelles perplexités ! Comment escalader l'échelle sur le
côté du vaisseau ? Avec les longues lames, la
berge montait et descendait, s'approchait du
bateau et s'en éloignait avec fracas. Peu s'en
fallut que deux Sœurs, qui tentaient l'esealade
ne redescendissent dans la berge ou ne fussent
écrasées entre celle-ci et le vapeur.
Quand la compagnie fut à bord dans le grand
salon de première classe, tout le monde religieux
de s'écrier : Après les larmes, c'est la jo^e; après
les peines, c'est le bien êt^e. Compae le bon
Dieu sait entremêler- les consolations, l'amertume et le doux miel ! Après une bonne nuit de
sommeil qui nous reposa des fatigues et des
traverses du jour précédent, tous se levèrent
gaiement et remercièrent la Divine Providence
de ses bienfaits et de sa protection. Le reste
des passagers ayant pris leur place, de bon
matin, Fancre du Moses Taylor fut levée.
Nous voilà, en ce moment, sur l'Océan Pacifique ; qu'il mérite bien son nom! quel calme
dans cette immense étendue ! A peine, une
brise légère effleure la surface de l'eau ; à peine
une faible lame viefit frapper les flancs du vaisseau. Tous les malades sont debout, même les
deux Religieuses, que le mal de mer avait tant 22
m
:•'
affaiblies, pendant la première partie de notre
voyage. Le trajet sur l'Isthme, pendant cinq
jours, l'eau douce de la rivière S. Jean et du lac
Nicaragua, le pain bis, le jambon, etc. ; bref,
tout avait été favorable aux malades. Maintenant que nous voguons sur le doux Pacifique
personne ne trouve à redire aux légers ballottements du navire. Aussi tout le monde est
joyeux, tous se livrent à d'innpcentes récréations. C'est le chant, c'est la guitare, c'est le
piano, ce sont les agréables chuchottements-que
l'on entend de tous côtés. Les passagers sont
les mêmes ; on se connaît mieux, on se lie presque d'intimité. On parle d'une manière enjouée
des mésaventures du passé et des espérances
de l'avenir. Ici, je remarquerai que la chaleur est excessive, pour la bonne raison que le
soleil est vertical. Nous ne sommes qu'à onze
degrés dé Féquateur. Il faut des toiles au-dessus du navire, sans cela, nous fondrions, -et l'eau
est si chaude dans les réservoirs que, maintes
fois, plusieurs ont été tentés d'en casser les
verres de dépit. Sur l'Atlantique il y avait
ample provision de glace ; ici nous en avions
d'abord, mais maintenant elle est épuisée ou
fondue.
Les quatre jours qui nous séparent d'Aoa-
pulco, ville mexicaine, s'écoulèrent ragjdement.
Le 4 juillet, fête nationale des Amérie|ftns nous
trouva dans la jolie baie de ce nom; elle a une
forme ovale et elle offre un abri sûr à un nombre considérable de vaisseaux. La chaleur y
est insupportable ; c'est un vrai martyre que de
passer la nuit dans la cabine.   Pas un souffle 23
de vent, pas une brise pour nous rafraîchir.
Nous descendîmes à terre, pour aller entendre
la sainte messe, dite par un prêtre mexicain.
L'indigène qui la servait était en chemise et
nu-pieds ; pour imiter le diacre qui tient la
patène, pendant que le célébrant distribue la
communion, il nous sembla qu'il se servait d'un
vase ressemblant beaucoup à un porte-mouchet-
tes. Les ecclésiastiques et les'religieuses firent
retentir l'antique église de leur musique et de
leurs cantiques, air grand étonneînent des
naturels qui se pressaient aux portes pour examiner les visiteurs étrangers. Les oiseaux, de
leur côté, voltigeaient en fous sens dans les
vieille masure et semblaient par leurs doux
accents témoigner leur joie en voyant les nouveaux venus. Comme le Padre ou Curé n'avait
pas jugé à propos d'accorder aux prêtres l'autorisation de célébrer? pour des raisons connues
de lui seul, ils reçurent la sainte communion
avec les autres Ecclésiastiques et les Religieuses,
en formant un demi-cercle, au milieu de la nef
de l'église. Nous fumes grandement édifiés à
la vue des femmes mexicaines, qui, en entrant
dans la maison de Dieu, se prosternaient la face
contre terre, baisaient respectueusement le
pavé du temple et récitaient ensuite en commun le chapelet de la sainte Vierge.
Au sortir de l'église, c'était l'heure du marché ; le vaste espace qui se trouve en face était
couvert de denrées de toute espèce. Nous,
remarquâmes que les femmes étaient, toutes
sans exception, habillées modestement; la tète
couveïte d'un moucho:r,  avec des robes atta- - 24 —
P*
chées sous le menton et descendant gracieusement jusqu'à terre.    De jeunes demoiselles, bien
mises, portaient en leurs mains de magnifiques
agrafes ou de jolies épingles avec des têtes en
verre de diverses couleurs, et sans mot dire, en
mettaient une à votre boutonnière avec l'espérance que vous l'achèteriez pour un réal, douze
sous. S'apercevant au bout de quelques instants
que Vous n'en vouliez point,elles venaient bonnement la réclamer. Nous échangeâmes quelques
paroles, moitié latin, moitié espagnol,  avec les
habitants de la ville, et nous  allâmes ensuite
visiter l'autre sanctuaire, consacïé au culte du
vrai Dieu.  Cette église est supérieure à celle où
nous avions assisté au saint-sacrifice. L'autel en
est doré et sculpté, les peintures sur les murailles
p^aissent être l'œuvre de grands maîtres.    La
statue de la Sainte Vierge nous parut passable ;
ornée qu'elle était d'une couronne  enrichie de
pierres précieuses et couverte d'un manteau de
pourpre,   parsemé   d'étoiles   d'or.    Ces   deux
églises sont les seuls édifices religieux  d'Aca*
pulco et suffisent amplement pour la population
qui ne compte que 2 à 3,000 âmes. La caravane
prit le diner, en même temps que le cLéjeùner,
chez une dame française qui tient une maison
de pension.   On était à achever le repas, quand
un coup de canon annonça le signal du départ
prochain du vapeur, toutes les montagnes d'alentour en résonnèrent.    Nous nous hâtâmes j
de regagner le vaisseau. î
Là, nous fûmes étonnés de la souplesse, de
l'agilité et de l'habilité des petits nageurs mexicains ; vous n'aviez qu'à lancer, aussi loin que vos I [ forces vous le permettaient, unréal, qu'aussitôt,
prompts comme l'éclair, ils l'attrappaient et vous
le montraient dans leur bouche. Vous auriez dit
de. véritables poissons à les voir nager, plonger
et faire toutes sortes d'évolutions dans l'eau. Ce
qui semble périlleux pour les nageurs, c'est de
voir des requins à une petite distance d'eux.
On rapporte, néanmoins, que c'est très-rare qu'il
arrive des accidents, que les plongeurs ont le
talent de charmer ces animaux, ou de les effrayer, en les regardant fixement et am moyen de
certains signes,. A Acapulco, nous achetâmes
à pleins paniers, de l'écume de mer, des écailles,
des coquillages et toutes sortes d'objets de ce
genre, à très-bon marché. On peut en orner les
tables des parloirs et les tablettes de cheminée.
Lorsque la provision de charbon eut été
faite et l'ancre levée, nous dîmes adieu à Aça-
pulco ; puis,.ayant jeté un dernier regard sur
les beautés naturelles de l'endroit et sur les
quelques vaisseaux étrangers stationnés dans la
rade, nous reprîmes notre élan vers la haute
mer. Nous voguions à pleines voiles et à toute
vapeur, quand on vint nous annoncer qu'un
homme se mourait dans l'entrepont. C'était
un bon Irlandais qui avait reçu un coup de
soleil, lors du chargement du charbon. Il faisait pitié de voir cet homme, dans la force de
F âge, se débattre péniblement, étendu sur le
plancher et privé de sa raison. Sur la foi de
quelques connaissances, nous lui donnâmes les
consolations de la Religion et nous conjurâmes
Notre Seigneur de vouloir bien lui pardonner
ses péchés et d'avoir pitié de son âme.
HP
o Après -vingt-quatre heures de souffraàces et
de convulsions, il remit son âme entre les-médhs
de son Créateur. Dans l^ntérêt des passagetfÉç
on l'ensevelit immédiatement et on le plaça dans
un apartement jusqu'au coucher du soleil, heure
à laquelle il devait être laaicé à la mer. Le
soleil commençait à disparaître sous l'horizon,
quand un Prêtre alla trouver le Capitaine pour
le prier de vouloir bien modérer la course du
bateau et même l'arrêter si c'était possible. Il
fit la réponse suivante : " Ce n'est pas la pre-
" mière fois, Monsieur, qu'un hoinmè meurt à
" bord, et ce n'est pas notre habitude de modérer
" la course du Vapeur ; toutefois, vous aurez tout
" le temps nécessaire pour réciter les prières
" des défunts, suivant le rite de votre Eglise."
Alors les Ecclésiastiques et les Religieuses^avee
un grand nombre de passagers, se rassemblèrent
sur le pont, autour du cadavre, qui était enveloppé d'une forte toile à voile et recouvert du
drapeau étoile. Le libéra fut chanté en quatre
parties par les missionnaires. Le Ghant plaintif,
la gravité des assistants, la scène douloureuse
et triste que l'on avait sous les yeux, tout contribua à prêcher le néant de la vie et des choses
terrestres. L'aspersion de l'eau bénite et les
oraisons terminées, on enleva la bannière nationale, et on laissa glisser le cadavre sur une planche, aussi doucement que possible, dans la mer.
Durant cette pénible opération, il y eut un
silence parfait, et tout le monde religieux de
répéter: Que le bon Dieu ait compassion de
son âme ! Oh ! qu'il est triste de mourir loin de
ses proches et de n'avoir que l'océan pour tom- m:
beau ! Pas une larme jetée par des yeux amis !
Pas un soupir poussé par une bouché chérie !
Console-toi, étranger, ton corps est privé de la
sépulture chrétienne ; tu es même devenu, en
ce moment, la proie des animaux voraces de la
mer ; console-toi, il y a des prêtres et des religieuses à bord, ce sont tes frères, tes sœurs en
Jésus-Christ ; ils n'oublient point ta pauvre
âme devant le Seigneur ! Combien ont les soins
les plus empressés, pendant leur maladie, et les
funérailles les plus pompeuses, après la mort, et
cependant pas une prière n'est adressée au ciel
pour le repos de leur âme ! Cette cérémonie
funèbre rendit toutefois les passagers un peu
sérieux et les fit penser .à la vanité des choses
humaines ; de sorte que ce soir là, du inoins, il
n'y eut point de bal. ; Chacun se contenta de
converser avec ses amis et de se retirer tranquillement au lit.
Le trajet sur le Pacifique fut des plus heureux ; à peine deux ou trois de la compagnie
eurent-ils de temps à autre quelque peu le mal
de mer. Le temps était tranquille et le ciel
serein, Focéanuni comme une glace. Les baleines et les requins décrivaient autour de nous
toutes sortes de figures ; ils plongeaient pour
ne reparaître qu'à cent verges plus loin et faisaient jailir des volumes d'eau de leurs narines^
à trente ou quarante pieds de hauteur. Bien
souvent, on les voyait suivre le vaisseau, pour,
en attraper les restes d'aliments et les balayures,
ou seulement ils en agissaient ainsi quand ils
sentaient la fièvre à bord. Les vaches marines
ont ceci de remarquable : vous  les voyez près- 28
que toujours en bandes de vingt ou trente,
nageant à la file et en droite ligne jusqu'à ce
qu'elles disparaissent l'une après l'autre, en
commençant par celles qui sont en tête.
Le traitement des missionnaires à bord du
Moses Taylor était supérieur à celui qu'ils eurent
sur Y America. Ils avaient une table à part, et
les serviteurs leur témoignaient continuellement
beaucoup d'égards et de courtoisie. Mais tout
n'était pas rose dans l'entrepont. Au dire de
certains passagers, ils y mouraient de faim ;
quelques pommes de terre, de la viande à demi-
gâtée, des biscuits de matelots, et une espèce
très-inférieure de thé ou de café, voilà ce qui
constituait le support de la vie des certaines de
gens qui y étaient entassés; Un jour,- on appdfrte,
sur un immense plat en fer blanc, un jambon
tout entier, d'une odeur à soulever le cœur du
plus vigoureux. Un Américain, voyant que
personne n'osait s'en approcher, s'avance et
prenant le plat des deux mains lance hardiment
le contenant et le contenu à la mer, ajoutant
qu'il avait des doutes si les poissons voraces de
l'océan oseraient y toucher. Ainsi, il n'y a pas
lieu de s'étonner d'entendre bien des plaintes
et des malédictions, contre la compagnie, de la
part des gens du-fond de cale, surtout quand ils
viennent vous dire qu'on jette plus de pain et
de viande, qui restent sur les tables de la première classe, qu'il en faudrait pour nourrir
suffisamment tous les passagers de l'entrepont.
On exagérait, sans doute, mais leurs murmures
étaient passablement fondés.
Sur le Pacifique* aussi bien que sur FAtlanti- — 29 —
que, les Sœurs missionnaires eurent leurs exercices de piété en commun, sur le pont. Plus
d'une fois, des protestants, se tenant à une
distance respectueuse, ne cessaient de regarder,
d'examiner et de scruter leur conduite. Après
la réfection de l'âme, elles s'adonnaient à quelque travail manuel : les unes au tricot, d'autres
à la couture. * Ainsi, comme l'abeille qui butine
sans cesse, toutes celles que la maladie ne retenait point dans la cabine, étaient occupées
tantôt à une chose, tantôt à uijLe autre. Les
Sœurs» portaient leur cpÉt*ume complet et furent
habituellement l'objet de la politesse et des
prévenances.des Dames et des Messieurs qui
étaient à bord.
Huit jours s'étaient écoulés depuis Acapuleo,
quand, le 12 juillet, nous entrâmes par là Porte
d'Or, d'un mille de largeur sur cinq de longueur ;
nous passâmes sous les canons du Fort Point
et d'Alcatratz et entrâmes dans la baie de Sàn-
Franoisco, qui ressemble à une véritable nier ;
car elle se déroule devant, vous avec majesté
sur une longueur de cinquante milles. Le bateau décrivit un demi-cercle autour des hauteurs
romantiques, connues sous le nom de Russie et
de Télégraphe, et laissa, à la droite, une forêt
de mâts appartenant à des vaisseaux de toutes
les nations, pour venir accoster le.quai de la rue
Folsom. De là- on a en vue la belle ville dé
San Francisco, les collines pittoresques qui l'environnent et les plaines et les montagnes situées
à l'Est de son incomparable baie.
Quelle foule encombrait le quai ! Les uns rencontraient  un tendre père, une nière chérie ; 30 -
d'autres des amis, des proches.    Il était assez
difficile de se frayer un passage à travers cette
multitude.    LeRévd. Père King, prêtre de San
FraôTcisco, ' avait une diligence prête à conduire
les Religieuses aux  divers couvents de la ville.
Les Ecclésiastiques et quelques canadiens,   sur
la foi d'un misérable,  se rendirent-à un hôtel,
où il fallut jeûner   et dormir dans   des   lits
sales et couverts de toiles d'arraignée.    Le lendemain matin, nous  prîmes logement chez M.
Kelly, bon catholique irlandais.    Les Jésuites,
apprenant l'arrivée des Prêtres, se hâtèrent de
leur offrir une bienveillante hospitalité.    Cinq
jours nous restaient avant le départ du bateau
pour FOrégon.    Us furent employés à visiter
la grande ville avec ses nombreuses Eglises et
Institutions de charité.    La population qui,  en
1863, était de 90,000 est maintenant dé 174,223,
de toute nationalité, de toute couleur.    La Cathédrale de Ste. Marie, bâtie en brique,  s'élève
majestueusement sur le flanc d'une belle colline et domine une bonne partie de la ville et de
la baie.    Sa -tour "a  140 à 150<pieds de  hauteur.    On  estime  a   $150,000  le  prix  qu'elle
coûta, dans un temps où les matériaux et les
maçons recevaient les   plus hauts gages     Le
tableau de l'Immaculée   Conception que l'on
remarque dans  cette  église est d'une grande
beauté.    L'église de Si François d'Assize, aussi
en brique, est capable de contenir 3000 personnes. Ses flèches élancées montrent à une grande
qu'elles portent le signe du salut.    En entrant
dans le sanctuaire de Notre Dame des Victoires,
bien -fini et d'une très grande propreté, vous vous dites : ce doit être l'église des Français et
or
des Canadiens. Tout y rappelle, en effet, les
églises du Canada : la disposition des'bancs, le
jubé, la balustrade et la distribution des tableaux.
A côté de l'orphelinat catholique, noug"entrâmes
dans l'église St. Patrice, tout nous parut bien
modeste. Nous célébrâmes le saint sacrifice de
la messe dans la chapelle provisoire des Jésuites, qui occupe une aîl^ de leur beau collège en
brique. Ce dernier est une grande bâtisse à
trois étages et presque carrée, avec dés supports
ajustés aux murs extérieurs pour les soutenir
dans les tremblements de terre. Au milieu de
la cour du Collège, sur un haut échaffaudage,
est une cloche du poids de 15,000 livres, don
fait aux enfants de St. Ignace par des généreux
citoyens de la cité.
Je quittai mes Confrères, chez les Jésuites, et
j'aillai prendre le Dateau pour rendre visite à
des parents que j'avais à San José, ville située
à cinquante milles au sud de San Francisco, à
l'extrémité de la baie. J'en étais bien aise, car
la chaleur accablante avec une brume épaisse,
le matin, et l'après-midi, un vent qui vous
pénètre d'outre en outre, m*avaient fort dégoûté
• du climat soi-disant agréable de la grande
ville du Pacifique. De chaque côté de la rade,
vous apercevez des résidences princières avec
des parcs spacieux , c'est la retraite de l'aristocratie pendant la saison de l'été. Il y a des
personnes qui, après avoir traversé les plaines,
ont, à force d'énergie, de travail et d'intelligence,
amassé des fortunes colossales. Pour un petit
nombre, les rôles ont changé, les maîtres sont devenus valets, et les valets les maîtres. M. et
Mme Auzerais et Mme Lucier, mes parejLte, et
les familles Pinard, mes compatriotes, me ne^%-
rent à bras ouverts. J'eus le bonheur de célébrer
dans la vénérable égijse espagnole de St. Joseph ;
elle avait revêtu ses plus beaux atours à cause
du mariage du consul autrichien, qui eut lieu ce
jour là. La ville de San José, la 4ème de la
Californie, en étendue et^en importance, était et
est encore le rendez-vous de la richesse.%et du
luxe. • Sa population qui était alors de 5000 est
maintenant de 10,000 âmes. Des puits artésiens
de 100 à 200 pieds de profondeur fournissent
de l'eau pure en abondance pour tous les.
besoins de la cité. Les rues, éclairées par le
gaz, sont larges et macadémisées. L'hôtel de
ville a coûté un quart de million de piastres.
Les édifices d'une grande beauté sont en nombre assez considérable. Je nommerai, en particulier, l'immense et magnifique couvent des
Sœurs de Notre Daine, qui a coûté au moins* un
demi-million. Une visite que j'y fis fut pour
moi une agréable compensation de mes fatigues
passées. J'allai voir aussi, à San José, le plus
beau jardii; de la Californie : il y a des plantes
de tous les pays du monde et elles y croissent
comme si elles: étaient indigènes ; vous y voyez
des arbustes du Japon et de la Chine ; des
acaèias et des arbres à gomme de F Australie ;
des roses et des passeroses de l'Angleterre ; les
joncs et les épines noires de l'Irlande ; le vigoureux pin du Nord; le cactus, le palmier et
l'olivier du Sud ; tout y est en parfaite harmonie ; une bordure de rosiers, de toutes les cou- leurs et de toutes les espèces se remarque à
Fentour.
Ce fut à regret que je pris congé.des proches
et des amis. L'omnibus me conduisit, ^ntre une
double haie d'arbres à coton et de peupliers, à
* Santa  Clara,  village \ voisin,   distant   de   trois
milles.    Les bons pères Jésuites, me reçurent
avec leur cordialité  accoutumée.    Là, je rencontrai le vieux Père Louis, ancien missionnaire
de FOrégon ; il ne faut pas demander si nous
eûmes un long colloque sur les missions.    Ma
curiosité fut bien excitée, en entrant dans Fanti-
- que église; qui se distingue par ses nombreux
autels à l'ancienne mode, et ses peintures de
grands maîtres, presque toutes de l'école espagnole.    Les vastes salles du nouveau collège
des Jésuites, la grande bibliothèque, la salle
dramatique, le musée, le laboratoire chimique,
et principalement la galerie des portraits, tout
m'intéressa.vivement.    Les études y sont très-
fortes : le latin, le grec, la philosophie, etc., tout,
jusqu'à la télégraphie,  s'apprend dans   cette
maison. Près de la petite ville, il y a des'jardins
et des vergers d'une grande étendue.    Un jardinier de l'endroit, me dit-on, avait cette saison
là vendu des pêches pour la valeur de $4000.
Avant d'aller me reposer, je manifestai le désir
de célébrer, le  lendemain ; mais  le bon frère
oublia de  m'éveiller à  temps, et il me fallut
partir précipitamment pour San Francisco, car
la diligence m'attendait à la porte du collège.
Dans un an, ceux qui n'aiment ni le bateau, ni
la diligence, fergœt- le trajet entre San José et
San Francisco, en deux heures, par la voie du
chemin de fer qui se construit rapidement. Un seul jour restait avant le départ pour
FOrégon ; mes confrères et moi, nous l'employâmes bien en compagnie d'un bon Père de la
société de Jésus, nouvellement arrivé d'Italie.
d'où il en avait été chassé, ainsi que ses frères.
U» effet, la plupart des Jésuites, à San Francisco, viennent du beau ciel de l'Italie. A
l'exemple des Grecs, après la prise de Constan-
tinople, ces bons Pères emportèrent de riches
trésors, eii .Californie, bibliothèques, musées,
etc., et la science et les habitudes qui les placent
parmi les plus habiles professeurs de l'Univers.
Le 17 juillet nous dîmes adieu aux dignes
enfants de St. Ignace et nous embarquâmes sur
le vapeur Orégon. .Les Religieuses, qui avaient
reçu l'hospitalité des Sœurs de Charité et de la
Merci, étaient à leur poste. La caravane fut
encore mieux traitée sur ce bateau que sur les
autres : on passait le café à 5 heures du matin,
avant de sortir de la cabine, outre les trois repas
ordinaires au réfectoire. La mer devint bientôt
houleuse et la violence du vent faisait plonger le
vaisseau comme un canard. Un bon nombre
de voyageurs eurent encore le mal de mer, sans
recevoir de sympathie, de la part des autres
passagers, comme c'est l'habitude. * On allait
même jusqu'à rire d'eux en face Tous, néanmoins, étaient sur pied quand le 22 juillet, au
matin, nous abordions Esqûimalt, à trois ou
quatre milles de Victoria, dans l'Ile Vancouver.
C'était l'anniversaire de mon baptême. Ce
fut avec joie que je dis la sainte messe, dans la
jolie chapelle des bonnes sœurs de Ste. Anne.
L'allégresse fut au moins aussi grande pour les Religieuses de ce couvent, à la vue d'anciennes
compagnes qtri venaient leur aider à pofffèf le
fardeau de l'enseignement. Mgr. Demers, le
digne Evêque du diocèse, donna aux eeolésias-
que^unehospâtalité tout-à-faif i^wiadienne. Notfè
gâtâmes la cathédrale de St. André ^^le est
humble, mais bien finie et bien tenue. ' Cinq à
six cents personnes peuvent s'y assemble* pour
les offices. Victoria est une belle ville de 1500
à 2000 habitants. Il y a de beaux édifices
publics £ entre autres la Cathédrale anglicane
et de superbes magasins. Les principales rues
sont très-propres. Il y a un magnifique pont,
jeté sur un bras de mer, en dehors de la ville,
qui a dû coûter plusieurs mille louis; Le
seul jour de relais que nous eûmes à Victoria
fut rapidement passé, et le soir nous quittions
avec chagrin ceï endroit charmant. C'était notre
dernière étape avant d'arriver à Portland, en
Orégon, terme de notre long voyage. En deux
jours, nous étions à l'embouchure de la rivière
Colombie ; il fallut attendre la haute marée et
la lumière du jour avant de tenter de passer la
barre, l'affreuse et dangereuse barre, remplie de
rescifs. Je remarquerai ici, que les vapeurs de
la compagnie d'Orégon font un voyage de San
Francisco à Portland et à Victoria, et le suivant,
à Victoria d'abord, puis à Portland. Nous nous
trouvions par hazard, dans le bateau qui se
rendait à Victoria en premier lieu, c'est ce qui
explique pourquoi nous fîmes quatre cent milles
de trajet, hors la route ordinaire, Nous n'en
fûmes pas fâcfhés.
Nous   traversâmes  la bâifcre   heureusement, 36 —
puis> pendant une journée et une jiuit nous
remontâmes la Colombie, enchantés de la belle
verdure de ses rives. De temps à autre, de
jolis villages, perchés sur les flancs des montagnes, nous faisaient l'effet de nids d'oiseaux et
à treize milles de Portland, nous laissâmes le
fleuve et entrâmes dans la rivière Willamette,
sur la rive gauche de laquelle cette ville est
construite. A cinq heures du m#tin, le canon
annonça de «a voie puissante notre arrivée et
bientôt les Révds. Poulin et Piette étaient
rendus au débarcadère, Le trajet d'un mille
étant parcouru, nous arrivâmes au couvent des
Religieuses desSS. NN. de Jésus et de Marie.
Il va sans dire que la joie des Scçurs fut sans
bornes, en voyant des compagnes qui venaient
partager leurs travaux, et surtout en présence
des Révérendes Mères Thérèse et Véronique.
Après les félicitations de bienvenue, un salut
solennel fut chanté par Sa Grandeur, Mgr. Far-
chévêque Blanchet, pour remercier Dieu, des
grâces sans nombre, qu'il nous avait accordées,
pendant notre voyage de quarante jours et de
trois mille lieues. Partis en effet, de Montréal,
le 11 juin, nous ne faisions notre apparition à
Portland que le 25 juillet.
L'établissement des Religieuses à Portland
était assez convenable, quoique humble, excepté
la chapelle qui est un vrai bijou. Tout était
dans un ordre parfait, Le couvent couronne
une eminence qui lui donne une belle vue sur
la ville et la rivière à une bonne distance. Mgr.
l'archevêque était logé plus que modestement ;
le prêtre, le plus pauvre, à Québec et à Mont- — 37
réal, a un meilleur presbytère. A la vue de
l'Eglise Catholique, au centre de la ville, nous
nous dîmes ; voilà un temple qui parle peu en
faveur de la piété des fidèles. Mais étant peu
nombreux, ils sont peut être excusables.
. La ville de Portland est située sur un plateau,
qui s'élève graduellement à mesure qu'il s'éloi-
gue de la rivière. En arrière de la jeune cité
on a du sommet des collines, un i ^agnâfique
coup-d'œil dans la direction des monts Hood,
Ste Hélène, Rainier, et autres pics, de la longue
chaîne des Cascades, qui portent, dans toutes
les saisons, une. immense couronne de neige.
Portland. est un port de mer, parceque les vaisseaux de l'Océan peuvent y arriver, quoiqu'il se
trouve bien avant dans l'intérieur des terres.
Ce qui la rend la rivide de San Francisco pour
les affaires commerciales. La construction de
deux lignes de cheinin de fer, le long de la
Willamette, en fait l'entrepôt du commerce de
tout le pays au nord delà Californie. Sa population, qui n'était en 1863, qde d'environ 5,000
est en ce moment de lfr à 12,000 âmes. La
rivière avec ses nombreux bateaux lui donne
un aspect agréable et animé.
Les bonnes Sœurs de la Providence, destinées
à travailler dans le diocèse de. Nesqualy, partirent le même jour de Portland et se trouvaient
vers le soir, au Fort Vancouver, au milieu de
leurs anciennes compagnes, Vancouver n'est
qu'àvingt milles par eau de Portland. Ce joli village s'élève en amphithéâtre, sur la rive droite de
la Colombie ; c'est sans contredit, dans tout le
pays situé au nord de la Californie, l'endroit Je — 38 —
plus propice et le plus beau pour y bâtir une
ville grande et florissante. Vancouver est la
résidence épiscopale de FÉvêque du Territoire
de Washington. Là, je rencontrai un frère chéri
que je n'avais point vu depuis 1853.
sud del'orbgon.
Quiconque a entendu les récits de certains
voyageurs revenus de FOrégon et de 'la Californie, peut imaginer les idées qlue j'afvais du
caractère propre des gens avec lesquels je devais désormais avoir affaire. On les avait peints
comme grossier, sans frein, nomade, généreux]
tout en ayant l'œil à l'argent. G'est avec ces
impressions que je me-rendis de Portland (dis-f
tance de 100 lieues) au. sud de FOrégon, c'est-à-
dire au vaste champ de mes travaux futurs. Je
dois cependant à la vérité de déclarer que les
fisfcits ont été loin de corroborer mes prévisions. Pendant dix années passées en Orégon
et sur les confina de la Californie, j'afftoujours
trouvé les gens aussi civils et aussi sociales
que les habitants du Canada ; ils les surpassent en activité et les égalent au moins
en libéralité. Par exemple; le clergé et les
religieuses voyagent sûr les bateaux, sur les chemins de fer, ou dans la diligence, à moitié prix,
souvent même gratis. Partout, ils sont l'objet
de la courtoisie et de la j politesse des AméiaPl
caias, dont.un grand nombre estkans préjugés^
Je ne parle pas des bigots, parmi les sectaires ;
leur métier est d'être impoli et intolérant. Il y
en a deux fois plus de ces derniers en Orégon
qu'en Californie. C'était le 23 novembre 1863 que je prenais
possession de la mission de Jacksonville. La
chapelle était petite, ainsi que l'assemblée qui
s'y réunissait pour l'office public. La iMêfeion
du Sud de FOrégon comprend 200 milles de
longueur sur 150 de largeur. Comme on le
voit, cela ferait un vaste diocèse. On devine
aisément combien le missionnaire doit être
voyageur, lorsqu'il a ordinairement à parcourir
mille milles, dans l'espace d'une année, s'il veut
visiter deux fois ses brebis dispersées.
Dans une semaine, le missionnaire parcourait
une fois deux cent soixante-quatorze milles
pour aller administrer deux malades à la dernière extrémité.
Voici quelques détails sur la mission Jackson-
ville >la principale ville du Sud de FOrégon-est
incorporée ; elle est aussi le chef-lieu du comté
de Jackson ; elle est située sur les bords d'une
belle vallée et au centre d'un district riche en
mines, en bestiaux et en produits agricoles. Sa
population est de plus de 1,000 âme&, le reste
du comté en compte 6 ou 7,000. Il" y a deux
Eglises à Jacksonville, l'Eglise Catholique et le
temple protestant, et en outre, plusieurs écoles,
entre autre l'Aéadémie de Ste. Marie, pour les
filles, sous la direction de quatre religieuses.
des SS. NIN de Jésjis et de Marie. De riches
marchands, des avocats, des •uvriers même ont
des résidences et des boutiques très-belle&
Deux journaux se publient à Jacksonville, chacun suivant les couleurs politiques de son parti.
Il y a seize ans, il était bien peu fait mention
delà religion catholique dans ces parages : point 40 —
de Prêtre, point d'Eglise, mais seulement un
petit noyau de Catholiques. Quelques Prêtres
de FOrégon et de la Californie visitèrent'en
passant le jeune village de Jacksonville et. administrèrent les sacrements à ceux qui s'y trouvaient. Mgr. l'Archevêque Blanchet, en 1858
et 'en 1860, évangelisa aussi cette colonie en
qualité de simple missionnaire. En 1858, sous
la direction de Sa Grâce, les Très-Révd. Messire
Croke, maintenant Vicaire-G-énéral de San
Francisco, érigea la présente petite Eglise, sous
le vocable de St. Joseph. Quoique modeste,
elle est ténue dans une grande propreté. Les
jours de fête, quand elle revêt ses beaux habits,
elle est la gloire des Catholiques, et les protestants l'appellent un joli théâtre.
Le Révd. Messire Fierens, en ce moment,
G-rand-Vicaire et curé de Portland, administra la
paroisse de St. Joseph, tout près de deux ans et
tous les anciens paroissiens se rappellent son zèle
et sa piété,
Dans l'automne de 1863, j'en fus nommé le second pasteur. En 1864, à 70 milles, ausud-oû&É
de Jacksonvile, sur les confins de FOrégon et de
la Californie, quelques dizaines de colons érigèrent une chapelle en l'honneur de St. Patrice,
elle coûta 1400 piastres aux dévoués enfants de
la Verte Erin et du Canada. Le missionnaire
va visiter ces/bons colons quatre ou cinq fois
par an. Secondé des citoyens ^catholiques et
protestants, je fis venir de Mojatr^al, aux frais
de six cents piastres en or, quatre Sœurs des
SS. NN. de Jésus et de Marie, qui fondèrent à
Jacksonville, en 1865, l'académie des filles, danfs — 41 —
le plus beau site de la ville. En 1864, il n'y
avait que vingt-deux communions pascales à
Jacksonville, grâces aux bons exemples des
Religieuses et à leurs conseils édifiants ; à l'apostolat de la Prière et aux associés de la Propagation de la Foi ; encore, à la bibliothèque paroissiale, qui circule presqu'autant parmi les pro-
tants que parmi les catholiques ; enfin, à des
retraites, données de temps à autres, par des
Jésuites, éminents par leur science et leur zèle,
le nombre des Pâques monta en 1872 à 106. Il y
peu d'assemblées religieuses, même dans les pays
les plus catholiques, qui puissent surpasser en
véritable piété, les petits troupeaux des fidèles,
dispersés ci et là dans FOrégon. Leur conduite
effet si édifiante qu'elle ramèue graduellement les.
tièdes à la pratique de leurs devoirs. Cinquante
enfants environ fréquentent le catéchisme, tous
les Dimanches de l'année. Deux jolies feuilles
illustrées, publiées dans leurs intérêts, leur sont
distribuées deux fois le mois, et ne contribuent
pas peu à les attirer. Les archives donnent à
Jacksonville, depuis 1853, 33 mariages, 59 sépultures et au-delà de 300 baptêmes. Plus de
cinquante protestants sont devenus catholiques.
Les membres de l'Eglise, quoique généralement
peu favorisés de la fortune, sont d'une générosité admirable et font leurs efforts, pour adoucir
les misères du Pasteur. En 1867 et en 1872,
Mgr. l'Archevêque Blanchet visita de nouveau
la partie sud de son grand diocèse, pour y
donner la confirmation ; Sa G-randeur témoigné'
beaucoup de satisfaction et complimenta le missionnaire et le troupeau. - 42 ÎÊ
OKCGQN EN GÉNÉRAL
La population de FOrégon* suivant le recensement de 1870 était de 90,923. Aujourd'hui
elle est plus de 100,000- âmes eu égard à l'immigration des deux dernières, années. La population catholique compte pour un cinquième!
environ, composée d'Irlandais, d'Allemands,
d'Américains, de Canadiens, d'Espagnols et
d'Indiens, etc. Les Dissidents et les Juifs comprennent à peu près deux cinquièmes, les deux
autres cinquièmes fréquentent ni église, ni sy-1
nagogue ; leur Credo ue .renferme que deux
articles : l'or et la république. Parmi ceux-ci,
il s'en trouve qui montreraient les poings ou le
pistolet si ou parlait contre l'église catholique
ou contre les Sœurs de charité. D'autres jugeant
toutes les religions également bonnes, croient à
peine en une vie future, ont peu de préjugés et
désirent voir chacun vivre suivant sa croyance ;
ils vont écouter le premier venu. Comme les^
Américains sont naturellement curieux, un
prêtre instruit et éloquent gagne leur estime ;
puis, on leur distribue des livres de controverse,
et une fois convaincus, ils devienent de zélés
et fervents catholiques.
L'architecture sacrée n'est pas bien connue
en Orégon ; parmi les seize églises ou chapelles
de Farchidiocèse, trois seulement, à l'intérieur,
ont quelques pré tensions au style gothique : la
chapelle des Religieuses à Portland, l'Eglise dû
Sacré-Cœur de Jésus à Orégon City et l'Eglise
de St. Paul, sur la Willamette. Le besoin se
fait grandement sentir à Portland, de bâtir une — 43 —
belle église, digne d'être la cathédrale, digne de
la population catholique qui s'accroît tous les
jours. Espérons qu'avant peu les vœux d'un
chacun seront accomplis à cet égard. Une
bâtisse, élevée sur le terrain de l'église paroissiale, sert d'école pendant le jour, et le soir,
c'est le rendez-vous des différentes associations
religieuses ou civiques ; il y a ausssi un aparté-
ment pour la bibliothèque. Adjoignant l'Eglise
se trouve le logement actuel de Mgr. l'Archevêque, qui fait honneur à la paroisse.
On vote des sommes considérables, dans les
différents états de l'Union, pour le maintien des
écoles publiques. L'Orégon ne reste pas eîi
arrière en ce point : 25 ou 30,000 piastres sont
départies annuellement entre les divers comtés ;
puis," chaque comté prélève une taxe pour la
réparation dos maisons d'école et le support dés
écoles elles-mêmes ; de plus, les parents ont à
payer l'instituteur trois à quatre piastres, par
quartier, pour chaque enfant qu'ils1 envoient.
Les écoles communes, dans les villes, sont de
vrais palais^; il n'est pas rare d'en voir qui coû»
tent depuis quatre jusqu'à vingt mille piastres.
Les pupitres," les planches noires, les cartes de
géographie, les globes, etc„ sont en rapport
avec les bâtisses. Un excellent salaire est
alloué aux professeurs qualifiés. Il y a aussi
beaucoup d'institutrices. En 1872, les écoles
étaient fréquentées, en Orégon, par plus de
34,000 élèves. La discipline est remarquable
et l'instruction qu'on y donne, en arithmétique,
géographie, histoire moderne et grammaire est
parfaite,    On ne saurait donner trop d'éloges à ;   f
— 44 —
l'attention qu'on y apporte à la lecture. Voilà
tous les compliments qui peuvent être adressés!
aux écoles publiques. Les jeunes gens, des;
deux sexes, lorsqu'ils en sortent, n'ont pas la
plus légère teinte de la Religion. Ils sont remplis d'audace et d'indépendance, à tel point
qu'ils ne. respectent aucunement l'autorité
paternelle ; et leurs mœurs, pour le moins, sont
assez douteuses. ' Pour cette raison, les écoles
privées sont passablement bien fréquentées,
par les enfants des parents qui attachent du
prix à l'éducation morale et religieuse.
La condition de l'Eglise Catholique et des
Institutions Religieuses, en Orégon, est, suivant
mon opinion, tout à fait consolante. Les catholiques augmentent chaque jour ; sans doute, il
y aura encore bien des combats à soutenir; bien
des sacrifices à faire ; mais la victoire paraît
assurée pour l'avenir. Mgr. l'Archevêque Blanchet, sur ses vieux jours, doit voir ces beaux
fruits avec bonheur, lui qui a planté et arrosé
la tige qui les porte. Sa grâce est le type du
missionnaire, zélé et pieux; Il est humble
comme un enfant, vous croiriez voir en lui un
séminariste, tant il est rigide observateur de la
discipline ecclésiastique. Il honore véritablement sa haute dignité et commande le respect
et l'estime, non-seulement de ses co-réligionnai-
res, mais encore de toutes les dénominations
religieuses. A l'occasion de sa cinquantième
année de prêtrise, en 1870, la joie fut générale,
parmi les protestants comme parmi les catholiques. Lg clergé, fourni par la France, la
Belgique, le Canada et l'Irlande, est édifiant et 45
plein de l'esprit apostolique. Il seconde puissamment les efforts de son vénérable archevêque. C'est dû au zèle de Sa Grandeur, aidé
effectivement par Mgr. Bourget, le pieux et
vénéré évêque de Montréal, que FOrégon jouit
des bienfaits de l'éducation religieuse, donnée
avec tant de dévouement par les Sœurs des
SS. NN. de Jésus et de Marie. Ces dernières
sont au nombre de quarante six. En 1872, elles
comptaient au moins 700 filles dans leurs sept*
ou huit académies. La popularité des Religieuses est extraordinaire: plusieurs dissidents
préfèrent se faire chasser de leur église plutôt
que de ne point envoyer leurs enfants à l'école
des Sœurs.. De plus, les bazars, en faveur de
leurs œuvres, ont toujours du succès. Les garçons ont aussi l'avantage de recevoir une bonne
éducation,* au collège S. Michel, à Portland, sous
la direction de prêtres dévoués, et de professeurs laïcs, dans d'autres localités.
TEBE.IT0IE.E" DE WASHINGTON.
La populalion catholique est d'à peu près
11,000 âmes. Les quinze églises ou chapelles,
que ce territoire possède, sont desservies par
huit prêtres séculiers et six réguliers, remplis
de zèle et d'abnégation. Il y a deux beaux collèges, dans ce territoire : celui des Saints Anges,
à Vancouver, et celui de St. Patrice, à Walla-
Walla, qui sont fréquentés par un grand nombre
d'élèves. Le vénérable évêque Blanchet, qui a
célébré, en 1871, avec pompe et éclat, sa cinquantième année de prêtrise, porte bien encore 46 -
le poids des années et continue à recueillir dés
mérites. Sa santé paraît meilleure que parle
passé. Quand l'histoire de l'Eglise, en Orégon
et dans le diocèse de Nesqualy, sera écrite, conjointement avec les noms de Mgr. l'archevêque,
son frère, et de Mgr. Deniers, Evêque de l'Ile
Vancouver, le sien en occupera les pages les
plus éminentes. Il y a trente trois Sœurs de la
Providence, dans le diocèse de Nesqualy ; elles
dirigent dix académies pour les filles et prennent soin de l'hôpital de St. Joseph et d'uni
orphelinat. Ces Sœurs de Charité (c'est ainsi
que les Dissidents appellent toutes les Religieuses) font un bien immense, parmi les Protestants et les Catholiques relâchés, au moyen de
leur hôpital, de leurs visites et de leurs veilles
à domicile. Dieu seul et leurs anges gardiens \
connaissent tous les prodiges de conversion
opérés par leur intermédiaire ! En attendant
les récompenses célestes, ce doit-être avec satisfaction qu'elles voient leur dévouement couronné de succès. Disons en passant qu'elles ont
un bazar annuel toujours suivi des plus beaux
résultats. Avant de quitter ce. Territoire et
FOrégon, il est deux noms à mentionner, le
grand vicaire Brouillet, de Walla Walla, et le
grand vicaire Delorme, de la paroisse de St.
Paul, qui passeront à la postérité, associés à
ceux des Blanchet et des Demers ; ces pieux
ouvriers ont blanchi dans le champ du père de
famille.
DIOCESE DE L ILE VANCOUVER.
Ce diocèse a perdu, le 28 juillet 1871, son 47
vénérable évêque, Mgr. Deniers, qui a doucement succombé sous le poids de l'âge et des
infirmités ; et sa belle âme est allée recevoir le
prix de ses mérites dans un meilleur séjour.
Les travaux apostoliques de ce missionnaire
pionnier formeront une brillante page à l'histoire de l'Eglise du Nord-Ouest. Le grand
vicaire Seghers (qui vient d'être nommé et
sacré évêque) est chargé de l'administration
du troupeau. Il y a environ 3,500 catholiques.
Sept à huit prêtres pourvoient aux besoins
spirituels de la colonie. Les bonnes religieuses
de Ste. Anne dirigent les maisons d'éducation,
Ces excellentes, sœurs sont si populaires, qu'au
printemps dernier, lors de leur bazar, tous les
magasins de la ville de Victoria furent fermés,
afin de donner occasion aux habitants de le
visiter et de lui assurer par là un succès complet. Les Sœurs de Ste. Anne se dévouent là,
comme partout ailleurs, aux œuvres de charité,
avec un zèle admirable. Oh ! quelle belle couronne au ciel attend ces religieuses pour tous
leurs sacrifices, leurs fatigues et leurs privations,
bref,  pour leur vie d'abnégation continuelle !
LA  COLOMBIE  ANGLAISE,
Mgr. d'Herbomez, O. M. I. est le vicaire apostolique de ce diocèse, qui fut détaché de celui
de Vancouver en 1865. Dix Pères Oblats le
secondent effectivement dans l'œuvre de la
propagation de l'Evangile. Il y a sept ou huit
églises ou chapelles, plusieurs écoles pour les
garçons et les filles. Parmi les blancs, les catho- 48 —
liques sont par centaines ; parmi les sauvages,
on ne compte pas moins de 20,000 personnes ou
baptisées ou en voie de l'être.
fi
TERRITOIRE  D'IDAHO.
Mgr. Lootens, consacré Evêque en août 1868, I
est le vicaire apostolique des Territoires d'Idaho
et de Montana sur les deux versants des Mon^l
tagnes Rocheuses. Les Pères Jésuites, au nom-
brede dix, et quatre prêtres séculiers desservent
les douze églises du Diocèse avec zèle et avec
fruit
DIOCESE DE  SAN FRANCISCO.
La population totale  de la Californie  était
estimée, en 1872, à 600,000 âmes.    Environ un 1
quart de cette population appartient à l'Eglise
catholique.    Ce sont des Irlandais, des Espa- j
gnols,   des   Américains,  des  Allemands, ' desS
Français,, des.Canadiens, etc,    Il y a beaucoup
de Dissidents et de Juifs. Là, comme en Orégon,
un grand nombre de citoyens ne fréquentent!
aucune église, si ce n'est par curiosité ou passe-
temps.    Dans cette classe, on en rencontre qui
sont vraiment généreux, dénués de .préjugés et
très-favorables à   l'Eglise catholique.    Si l'on
fait un appel à leur libéralité, pour bâtir des
églises ou des couvents, il est presque toujours!
entendu..  Dans la ville de San Francisco seulement, il y  a quatre imposantes et spacieuses
églises : la Cathédrale de Ste. Marie, St. François  d'Assize, et les nouvelles églises de St.
Patrice  et de  S.  Ignace.    Les vastes rez-de-
chaussée de ces édifices, ainsi que ceux de huit 49 —
ou neuf autçps, dans la çj|é, servent pour les
écoles gratuites des pauvret ati&si bien que
pour les bibliothèques paroissiales, les chambres de discussion, et le rendez-vous des diverses
sociétés de* bienfaisance, attachées, à chaque
église. Les Jé^^^s avouent qu'il e^rar^de
trouver en Europe et en Amérique une assemblée aussi considérable, aussi pieuse et aussi
respectable que celle qtti se réiu^t dans leur
église, les dimanclii^ti^ les jours de fête.
Il y a encore de jolies églises dans les villes
d'Oakland, de Sacramento, de San José, de
Marysville, etc. A la tête du grand et riche
diocèse de San Francisco, est le digne archevêque Alemaiu, de l'ordre des Domtjgjx^lins^ C'est
un savant théologal, un prélat ren^rquable
par sa piété, &<mr^}ç et son huHp^ftté. Ses
lettres pastorales sont des ohefs-d'œuvre. Quarante huit prêtres réguliers et quiffj&ftte. six
séculiers offrent $uie cqf^ratifm psôs|»nte au
dévouement du *^ép^era^le archevê^pie^ *I)an8
ll'^chidiocèse de San Francisco, on eiônptai^i^n
1872, 83 églises, 24 chapelles, 4 collèges* 6 aca-
dénjâes, 33 écoles paroissiales,.<$ agiles etâ^ôpî-
taux. Les Pères àe la société, de Jégffts et les
Frères de la doctrine chrétienne sont à la tête
des grands eo^êge& Les §iœurs iter divers
P^res Religieux sont chargées de Itëduqftion
des filles, dans leurs couvents respectifs. Les
Religieuses de la Présen^t^Wï, eîllQs seules,
donnent à Sa^i Francisco ui£$. in$truftfcion religieuse et morale à pJ^iftde2000 filles. Les Sœurs
de la Merci prennent soin des orph§|îss de la
ville, de la maison de repentir, :aftnsi que d$s /
i«
50 —
M
isialades et des blessés dans les fiépitaux.    Eiii
1872, a San Francisco, dans neuf églises seulement, le catéchisme -était' fréquenté par 7?425
i enfants. *QÙU
Les' vingt et une missions établies, par les
Espagnols, le long de "la côte d£ la Californie,
sont encore le centre des opérations des missionnaires. Ceux qui appartiennent à ces paroisses sont des Espagnols, des;Mexicains et des
indigènes de la Californie;1' =LLeu*rs sombres
églises, couvertes de terre; tombent &ïê ruines.
La -condition des villes -à l'intérieur est différente. I - Un missionnaire est assigné' à châéune
ou- à plusieurs d'entre elles-; oh y bâtit unel
|église, puis une maison d'école, et ensuite vien-l
nent lé presbytère et la bibliothèque paroissiale.
Il y a peu de petites villes en Californie qui
n'aient pas les avantagés du culte;
Le Sud de la Californie est confié auj zèle
pastoral de Mgr. Amat, évêque- de Montéry ; le
Nord, à -celui de Mgr-. O'Goiinell, Evêque de
G-rass Valley. Ces deux prélats ôiit fait et-font!
encore beaucoup pour répandre les bienfaits de
la religion et- de l'éducation' religieuse parmi
les populations dispersées de leurs 'immenses
diocèses/*-
Dans le diocèse de Montéry, la population
catholique est d'environ 35,00-0-; il y a 26 églises, 9 chapelles, 24 curés, 11 autres prêtres
voués à F eus eignement, un hôpital, 150 orphelins, 22 institutions charitables ou académies.
Dans lé diocèse de G-rass Valley,  on compte
125 * prêtres séculiers, 35 églises, 70 stations, 8
académies, 2 asiles et une population catholi qu |
de 15,000 âmes.
-. — 51 —
.PEINES DES MISSIONNAIRES.
De quelle constance et de quelle force d'esprit,
le missionnaire n'a-fc-il pas à se munir; quand il
est question de recevoir des affronts et des
injures ! A mesure que te sol de FOrégon, ^ui a
été tant de fois arrosé par les sueurs de ses
preimers missionnaires, les Blanchet, les Deniers^
les Brouillet, les Belorme, etc.,, devient fécond
et fructueux, les hérétiques se montrent aussi
plus furieux ; il n'y a pas de calomnies- qu'Us
n'inventerrifau sujet de l'Eglise, des Prêtees et
des Religieuses. Dans leurs prédications, les
catholiques sont sans cesse représentés comme
des êtres; superstitieux, des ivrognes, des ignorants et des ennemis de la république. Ils répètent partout que l'Eglise cherche à détruire
les institutions du pays. Et lepeûple,dtgnorant
des prmcàpe*i-:de nc&re Ste. Mère l'Eglise, et
partant trop crédule, ajoute foi à ^ces calomnies
et se laisse aller à des transports de haine et de
rage. Les enfants mettent «cuvent en pratique
les faux principes, énoncés eiàèeùr présence.
Au sortir du temple protestant, ils lanceàt des
pierres ou de la boue dans les crosses de. l'Eglise,
donnent de mauvais noms au missionnaire,
appellent les enfants catholiques des bâtards ou
de peints purgatoires. D'autres, plus hardis,
vont frapper à la porte des couvents ou tkent
des coups d^pistolets à teavers les fenêtres.
Certains individus ont attaché des cordes, le
soir, à travers là voie publique, pour faire tomber les catholiques et les religieuses, qui venaient
de l'église après les vêpres.    Les bigots outra- 52
gent notre Ste. religion, non-seulement dans1
leurs églises, par leurs infâmes - dénonciations,
mats*encore dansles gazettes delà contrée. C'est
M quele monstre de l'h£iésieWmanffesteiiïans
toute sa difformité ; nos- saintes cérémonies
y sont-travesties,- nos pieux usages ridiculisés,
^nême les habits sacerdotaux y soîtfeainésdans
fksf&ngè. Oh ! qofildfofa&de patience au nriHeu
de tant de vexations, dimsultes et d'oiitrages !
La justifiée divine a puni sévèrement toit préji
dicant hérétique,  non loin   d'ici, pour  avoir
accusé  d*aduïtère  le  clergé catholique.    Car,
Dieu,£à'ayanMaÉssé. à ses propres forces e#aban|
donné-à-ses passions dépravées, il a commis lui-
même ï'adultèëe:; ; Tant il est vrcp qu'on  croit
toujours les;autres coupables des mêmes crimes!
dont on est soi-même l'esclave.    A la naissance •
de larprogénàture, le bruit de cette! abomination;
iatensrépandit à la vflie efe à la campagne, et da
plaintes et les murmnreg du peuple le dériïdè-
*ènt àts'expulser de l'endroit, i   C'était le  meil|
leur, parti à prendrejicar uneiexpulsion forcée!
aurait donné plus d'éclat à l'affaire.    En 186€,*
uike  femme protestante, remarquable par  son!
fanatisme religieux, faisait circuler toutes sortes
de rumeurs calomniatrices sur F église et sur les
  o
Religieuses. '.Toute/la ville était en : émoi à
cause de ces faux rapports. JElle n'alla pas loin
sans recevoir sa punition, i Un jour, commewelle
était occupée àtailler un habit, près de la cheminée,- sa robe prit feu en arrière sans qu'elle
s'en, aperçut. Elle continua à tailler et à découper jusqu'à ce qu'elle sentit la chaleur monter.
Bientôt, tous ses vêtements étaient en feu : elle se jette sur son lit, c'est inutile, elle ne peut
éteindre le feu qui dévore seshab^ ; elle court
dehors et crie a&x voisins, qui,r en apercevant
les flammes au-dessus de sa tête, accourent en
toùi§ hâjt%£ mais il étaiiat&op tard, ils la troujyè-
re©t^|qralemeB.t rôtie.    La pauvre infortunée
mourut après tisente heures d'une affreuse ago-
îne^jg^ne petite .protestante, âgée de six aq^i.
qui^ertrouvait alors à l'école des^ Sœurs, s'éeria
devant ses  compagnes.:   " Oh !   cette femme
n'ir% jamais au ciel, à cause de sa langue seau*-1
daleuse."     Plusieurs  austres personnes  dirent^
aussi qu'elle avait gisandement mérité ce châtia
ment ; qu'elle avait enduré les feux du purgatoire,  sur. »la terre,  elle  qui  en  avait tant ri
pendant sa vie.     C'était la même bigote qui,;
durant une visite faite à une voisine, s'étantmise
par m^garde un livre catholique contre la borai;
che, sur l'observation de son petit garçon de
sixg£u sept ang, le rejeta* promptementr&ur la
table, de peur d'en être sotullée.
JSaie secoïtde peine, qui affligosouvent le
cœrçrrdugnissLonnaire, c'est de voir tant d&hfi^
déhtés dans le mariage. Plût au ciel que^eet*
tains catholiques ne fussent pas entachés de
cette dépravation- criminelle ! Sur la côte. du
Pacifique, il.y a lin divorce sur douze ou quihze
mariages. .Que cela donnerfune pénible idée de
la moralité pufeliqué ! Quiupatft compter, cha>
que année, le nombre der» femmes et de maris
^par&s, ainsi que d'enfants dispersés et privés
de moyens d'existence ? On a vu. des cas, où
des femmes ef des :màrisj séparés le matin,
étaient remariés le soir.    Si l'on est fatigué de 54 —
sa femme ou de son mari, on trouve mille rai*
sons pour se quitter; et il faut avtfôèr que la loi
est grandement relâchée à ce STâ^et.    D'ailleurs,
comme ai y a peu de respeet'pour la justiee,*en
ce pays, urne certaine sommé* jxafesée au juge ou
aux avocats  rend l'issue de l'affaire presque
certaine dans; le sens du divorce.    Oh ! plût à
Dieu, que les'enfante de telles unions ne fussent
jamais nés ! Ils n'auraient pas à  traîner une
misérable .existenèe ici bas, "en attendant l'heure
de la: justice suprême ! On lit' dans  ceîîteâiis
journaux des annonces qui rapportent,qu'en une
telle ville, des avocats, gradués dans des universités américaines, obtiennent des divorces,
sans que i'uue des parties le sache. On raconte,
en effet, qu'un marchand, étant allé dans une
ville voiaae,-pour y faiue des achats, lut le lendemain, dans la gazette du jsttr, que sa femme
avait ojïtenu Son dirorce et était déjà remariée
à un autre homme ; tout cela avait lieu dans
l'espace de vingt quatre heures. Où doit arriver
une société: qui repose sur de tels fondements ?
Ne tomberait-elle pas en ruines avant longtemps?
Il n'y a que la doctrine catholique, touchant le
mari^^éy comme le  disaitoitout^ïêcemment et
avec raison, un joira-hal protestant^de l'Etat de
FHlinqésîaqpéBL: empêchera l'édifice de la société
dé crouler sans retour. |jp
r Exemple: à 70 milles.de Jacksonville, il M
avait une femmecde mauvsôfce rôe, qui en était
à son troisième ou quatrième mari, Quoique les
premiers fussent encore vivants? Comme un?]
exemple de la colère divine à l'égard de ceux
qui sviolent les commandements, cette femme a Où
été alitée pendant huit longues années ; elle
était toute difforme  et toute déoharfi.ée.    La
pauvre misérable se faisait -apporter ses repas
:raar soii'&t, ainsi que des feoissoHs enivrantes.
PhÉneta»'- fois  elte a   été trouvée itfre.   Ôh î
quelle vie ! Comme on est bien puni par où on
a péché î Au moment de sa moft, on m'a£|*&la
auprès de son chevet 'pjelle éfteit hôfribleméôt
tourmentée; > Je la pressai de faire sa confes-
sfaliçi^fcû montAi le ceasifix, et lui $aœlai de
Notre Seigneur tout prêt à pardo&ner au pécheur
repentant.    Non, 11011^ dit-elle,  demain ;i/âllè2-
| vous en, demain, demain.    Voyant qu'ell#£llait
bientôt expirer, je me j*$taï à genoux près de
son lit, et la conjurai' au nom de Dieu, de la
Très Sainte Vierge et de sa patronne, de ne
point ajourner davantage sa cotahrersioa; ' Enife,
touchée de la grâce, elle fit une confession de ses
fautes. • Après Favoir exhortée au repentir et à
se confier en la miséricorde de Dieu, je lui donnai l'absolution et Fonction sainte.    Comme la
bonté*da Notte Seigneur est infinie, j'ose espérer
qu'il aura eu pitié de cette malheureuse  à son
dernier soupir.
Il est une a*eriire source* d'affliction, pour le
pativre prétte, c'esfela vue de tant de mariages
mixtes* entre les catholiques 4et leshéritiques.
Dans certains quartiers, près du^tiers sont de ce
genre: Quelques uns ont été* célébrés, avec
répugnance, pâfc le missionnaire, beaucoup plus
Font^té devant ie prédieant ou l'officier civil.
Avec de si tristes-commencements, iluefau&pas
s'étonner des funestes résultats qui en sont la
suite.    Anfssi, on remarque avec douleur, que la — 56 —
M
I
patitie cathol^|ue,.eji bien des cas, abandonne la
foi, tourna le dos à l'église et renonce aux secou^
de ^a religion. Ain^îprivait à seize milles, de
Jacksonville, une pauvre femme catholique,
mariée à un protestant de la nouvelle secte des
spiritualités. On entendit plusieurs fbisi-la
pauvre créature dire ouvertement qu'elle ne
croyait point*» l'enfer ; son mari sans doute l'en
avait dissuadée. JSllè est motte -dernièrement
sans pirétre, sans sacrements, ^t les protestants
l'ont entçyjBée dans leur cimetière. " Dis-moi qui
tu hao3te% et je te dirai qui tu es." Les enfants
de semblable§ unions sont élevés «en pâaeiis ; ou
si les «parents* tiennent un peu à leurs crpyanees
respectives, les^enfants vont d'abord de l'une à
l'autre, et finissent ensuite par s'en dégoûter;
entièrement. Oh ! que l'Eglise est sage en
défendant au prêtre de béaadr de ipls mariages,
et qu'elle a grandement ration de les empêche?!
par toutes les voies possibles ! Oh ! quelle^
source de joie et de bonheur jaildit pouri^ceux
qui ne contractent que suivant les réglés de
notre Sainte Mèr&Si;
Une quatrième douleur, qui est non moins
poignante, pour le cœur du missionnaire, c'est
de voi$ l'éducattàpn religieuse des enfants, négligée,, non-seulement par les parents protestante* mais encore par les parents catholiques.
Il y en a qui sont sàopeu zélés à. cet égard,»
que les*. Religieuses et les Prêtres oajù.à
enseigner leg prières djôi<çiatin et du soir à
des enfants de huit, dix ou douze ans. Il arrivÀ
souvent que pendant le catéchisme du dimanche, eesifinfants jouent à la maison paternelle^. Wi
courdoât |>ar les voies piebliquegr se promènent
ou vont àb hjcchasse. Quelques-uns même se
fendent à ffifeôdlè protestante, le dimanche. Je
n'exagère- rien ici, car si le catéchisme est fréquents pair- cimpiaûte enfants, soixante et
quinze ftu inïdins y assisteraient si les^parents
remplissaient leurs devoirs. Qu'arrive-t-il ?
vous "toyez de giraiids entants incapables de
ferre leAsîgne de la^roix, ignorants de la lettre
du catéchisme et par conséquent indignes
îffttrie admis à la première commwmon. 2Ils
vwèiUr^insi, font leur cheiagn comme beauGOCtp
d'autres/sairs être instepits des rudiments de la
Religion. Quelle espèce de catholiques feront-
iïâïh Ils seroirt semblables I à leurs paiÊéln^
tièdes&tt relâchés, si toftitefoisuls ne deviennent
protestants ou mcrédiiles. Quoique les panent?
aieiiti, dans ce pays, la plusrgazande febi&té, powr
instruire leurs enfants, néanmoms que de négligences à leur sujet ! et pour la moindre pétiteân-
disposition, ils tes retiennent à la maison paternelle. f.Ms sont toute tendresse pour eux, et les
les enfante, s'apercevant bientôt!}de leur côté
f&ible, savent en profiter. Ils deviennentibardis,
grossiers et indépendante^ plis méprisent volon-
tteî^.ifaiiÉiorité et font à leur guise. Vous les
entendez appeler leur père, le ^rièux, et ho mère,
la vieillfeî) même quand ils ne sont arrivés qu?a
l'âge de douze ou quinze ans. D'ailleurs, avec
i$to/meilleur e: volonté du monde, comme le
prouve l'expérience que le missiciinaife a eue,
pèndantf de longues années, dans une dèntréè
comme cellerci^il est très-difficile d'élever uiie
famille chrétiennement,    Il v a de grands obs- 58 -
m
tacles : les enfants voient trop, entendent tiop^
lisent trop, courent trop, ont trop de liberté!
C'est après avoôr mfnxsaient réfléchi sur cette
matière, que je me suiar promis de ne jamais
conseiller aux canadiens de venir s'établi* soit
en Orégon, soit en Californie, d'ici à plusieurs
années.
L'ivrognerie et les jeux à l'argent offrent beaucoup de difficultés au pauvre pasteur. Les repaires defjeux sont nombreux ;et quoi qu'il existe
des loissévèresàcetégard, on sait les enfreindre
impunément? ;^ÎJn journal protestant publiait,
il y a quelqire temps, qu'il est mort aux Etats-
Unis,en huit ans, 300,000 individus des suites
de l'ivrognerie. Dans presque toutes les villes
de FOrégon et de la Californie, il y a une taverne
pour cent personnes. Voilà où vont s'engouffrer
les gages de la semaine, la foi catholique, l'honnêteté et toutes les veëctus civiles et chrétiennes.
En 1867^ <u* homme s'eadvsa là douze mâles de
Jacksonville, et en passant sur la rivière diës
Coquins, il perdit tféqudàifore et ftomba de la
hauteur de quatorze pieds,«ar les cailloux. Par
une providence spéciale, iè. se fit très peu de
mal. Tant il est vrair/que Dieu poursuit le
pécheur pour opérer sa conversion. îiéanmoins
la leçon ne fut pas assez forte. Veprs la fête de
Noël, de la même année, mon ivrogne fît la noce,
avec des compagnons de !spn calibre, et quand
il fat bien rempli, il lui prit fantaisie de préparer
le souper. Le feu allait à mefvèffle. Comme
il était à arranger la cafetière dans la cheminée^
il tomba dans le feu et se brûla tellement les
cuisses et les jambes qu'elles en furent toutes 9
rôties.   Il était trop ivre pour s'arracher du feu,
et ses compagnons, pour la même raison, étaient
incapables de lui rendre r*dcUn serVtee.    Aux
léris dtt malhcftffeux les vedsins répondirent et
JS^mprëèfièrent de le retirer delà cheminée et
de lui prodiguer tous les soins que néoesfeitait
«â conditibrf^ On mandéfie mœsionnâiiJe imria*é-
diatement £ôur lui doti1ft&*Mies seeottp#>de  la
rbHjgion, car il étfcit «atholiq%i&.k   Oh ! quel triste
spectacle Hièrue-1 iPoublierat jamais *de ma vie.
Au/ft>oubrde quatre jours, aprêS'«\roir^âit sajffcik:
wiVec Dieu, ^pauvre^tefortçfiê^xpirait au mMieti
de  crifelfés souffrances.    Aïkre exemple &u\\
homme  d'une tr entair^d'années i^èii. marié,
avait couru beaucoup de dangers lorsqtffl était
sous Wnft&enee de la boisson, et tous ces aver-
^issemeôife niavaient fait^MFftfio imprëftêlon sfe
lui.    Un jour,   étant allé, tottt ivre qu'il éteit,
cherchai un voyage de pe^èhes pour fah%deMla
clôturé, il tomba* du haut de sa charge et se
cassai© cou.    Il étai^aussi cathofiqfôe,    Sàpau-
»vre mère, âgée de 70 aiS, en est inc<$iisolâMe,
sét cettsi*lste mort de son fils-abrégera se^jcfôïs.
Les jurements et les blasphèiàes soht atts£i
une croilfc'bien douloureuse pour le miiâfetre du
Seignettt^i(2J'»èst un vkte très  oommlun dans
toutes les classés de la#Socîété ; efrque Fonjpot&ge
d^ffieilemeiitf< même après te#l#hâtiments (jui
parfois frappent les coupables.   Un ha&itaflit de
la campagne, en 1865, était adonna à la mauvaise habitude de Jfurer et de bteèphémerl; il
ne pouvait ouvrir la bouche sans prôœr-éf^de
mauvais serments.    En punition des péchés de
sa langue, un soir, il fat trouvé mort aux pieds 60 —
de son cheval. Di$u permit que l'animal le «tua,
parce que dans sa golè$$, il Fayait battu en
vomissant contre lui mj^e imprécations. En
1871, au mois d'août, un jpge du comt&de
Jackson, expirait après tjfeis ou quatre jours
seulement, d'une laaladitîj^ru^le. L'habitude
de maudire était si i&y^ftjï'ée chez^ui <|jae deux
heures avant de mourir il .proférait <jLes imprécations è: feâre dresser leg cheveux des assistants. Un incrédule qu^jéisfttrpréseA%ftne fit le
lendemain l'observation suivante : " Père, dit-il,
" la do^ferine catholique conce?na,ntle purgatoire
H sied Bien dans des cas si déçefi^éré^. Tel juge
" ne peut aller ^Lroit autâfthî;£>'il va en enfer,
fj il n'y a plus jàif^poir. En puj^atojre au
" ntpins, il y a encore.-'orange d'être sauvé."
Sans doute la remarque de l'incrédule porte à
taux, mais on vqftt bien ce qu'il veut dite. U»
homme qui tient auberge, à Jacksonville, depuis
plusieurs années, qyffrg&re fréquemnîei)t et qui
seî|iire bien des blasphèmes da|is sa maison a
dû 3fè#gnnaîtr£ une pfHiitipn dans le malheur
qui lui e?t arrivé. î^^ait u^c.soir cfcu mois de
septembre 1871 : on lui apporta le corps presjui-
nanijné de sa femme, quijf^ftftit d':ètrfei*eîwérsée
par le cfeeval qu'elle m^nteit. La pauvre cfeéa-
,tjtre en est inprte au but de quatre semaines
apr^f âvgir efyli|r4 de teyrible^ soi||Fr«aj|ces. Le
mari comprit; la. leçon et il est devenu plus
léfi$ry$ da&s son langage.
La isolation fréquente du sabbat p^ut être
considérée comme le septifîue gl§iv<e qui
transperse le cœur du missionnaire. Tous les
étés, il arrive de nombreux accidents, le dknan- 61 -
che, comme pour signifier que Dieu voit défavorablement la transgression de son saint joiur.
Des catholiques et des protestants vont passer
le dimanche à la campagne, soit à la pêche, soit
à la chasse; souvent le départ de certains
catholiques; a li$$i pendant le saint sacrifice de
la a*tèsse. Une fois, c'est une roue qui se bgise
à la voiture ; une autre foie, la .voiture elle-
même vole en pièces ; quelquefoisj^s chevaux
prennent ^épouvante et renversent le oèjitenft^t
jj|fcle contenu, jjci, il y a de sévères contusions,
$àr, un bras cassé, ailleurs une jambe déboitée.
Croàt->Qn que cela corrige ceux qui profanent le
isaint jour du'Sejgneur ? Posait du tout, on paie
pour les dommages -causés ; on règle avec le
médecin peur ses services, et si on revifïit en
bonne sanjbe, on reprend les pjsâneîiades, le
dimanche, comme si Dieu n'avait pas menacé.
En 1866, news avions un mécanicien tellement
fanatique, qu'il tournait ia tête poulie pas voir
^^missionnaire passer dans la rue, et puis il
i&isait circuler toutes sortes d'histoises, s^r son
compte, afin de nuise à sa réputation, xîjn jour
de ^manche, il perdit un œÛ, à la classe,. Soit
qu'il comprit la leçon ou non, toujours est-il
qu'ai est revenu à de meilleurs sentiments.
Députe, il est d'une politesse ésquise ; tous ses
ipr&Jugés sont tombés, c^tr il envoie ses filles à
l'école des religieuses, et leur permet même
quelquefois de chanter dans l'église. H^reux
<eènx qui profitent des leçons que Dieu envoie
pour leur propre amendement !
Une aiiére désolation pour wm prêtre, ehargjé
du soin des âmes, c'est la négligence coupable 62
d'un grand nombre concernant leur conversion!
Il en est qui passent 10,  20, 30 ans et même
davantage sans se confesser.    Les morts subites,
les accidents de tout genre, ne les émeuvent
point 5 Quelques uns ont le bonheur devoir un
prêtre pour les réconcilier avec Dieu avant de
mourir, mais combien paraissent au tribunal
suprême   sans préparation ! j Trois  semaines,
avant laféte de Noëfrde 186%je visitai, ai; une'
vingtaine de milles de JacksonTÎHe, un vieux
garçon, qui ne s-'était pas coniesséidepnis huit
longuei>aaéé8£f, i Je Rengageai à veniif au tri-j
bunal de la pénitence et remplir ses devoirs de
religion.    Il promit qu'à No&^il'se rendrait à
mé^înstanjpes;f Plein de confiance en sa promesse je mî'attendsà le voir se présenter qnand
la grande fête aura lieu.   Point de pénitent.
L#f}onr de i'an arrive et passe,  point de péni-
•»nt.    UuMSoiT, étant à lire le journal, un courrier m'annonce qu'un tel a été ^ouvé mort
mutilé et tué par son cheval.    C'était le même
homme qui avait promis de mettre ordre à sa
conscience aux fêtes de Noëh    II avait oublié
ces parole:   "Soyez prêt, je viendrai comme
un voleur au milieu de la nuit." Autçe exemple :
en 1870, un catholique refusa de faite la retraite
qui se donnait à Jacksonville par un Père Jésuite, quoiqu'il y eut plusieurs années qu'il ne
Jetait pas'ïapproché des sacrements. "Qn^est-îl
arrivé ? Au bout de six mois, son garçon de six
ans mourait après quelques jours de maladie
seulement. Un £eu plus tard, il permit les deux
plus beaux chevaux de son écurie. Quèkjues mois
après, le deuxième .et dernier garçon âgé de Oi
deux* ans expirait dans   une teriâble  agonie.
ÉEnfih, lors de fâncend|e du 3 avril dernier^jcet
homme vit «on étabie et ses dépendances dévo*
rées^par le feu en quelques infetants, ce qui lui
occasionna une perte de deux inilàe piastres.
Heureusement pour lié, il comprit Mxlèfën et-ii
■É-c rapprocha de  l'Eglise  et des  sacremeists !
Antrie exemple du délai de la conversion, c ïEn
1871,  un vipillard de  rsoixaftte-quatèiâe  anë,
mourut-subitement et je lui refusai la ^pulture
chrétienne, pour lek raisons suivantes : depuis
Itrois ou quatre ans, il venait à la messe peut-
fètre une ou deux fois par année,  quoiqu'il ne
demeurât qu'à deux milles de FBg4isevffide plus,
il ne fit pas ses Pâques pendant le même temps.
En outre, ce pé&cfeéur endurci, quoique pressé
parmi saint înissionnaire, qrà prêchait la retraite, avait refusé de rentrer en gràcç avec Dieu.
Lorsqu'on  stëLoigne de FtEîglise   et des sacrements, on tomb& dans toutes sortes d'iniquités :
la haine,  la vea^eance, les mauvâdà procès,  la
jalousie,  l'avarice,   on finit par boire 1-iniquifeé
comme l'eau.    Enfin, il disait que lire son lîvife
de prière à la maison était aussi bon que d'aller
à la messe ; d'ailleurs il n'avait pas d'argent à
"débourser pour le soutien/de FEgBse et du pasteur.    Ce vieillard était tellement aveuglé qu'il
ne fit point venéf le miifMoniiairfe, pour le réconcilier avee son Créateur, quoiqtftl eut le temps
de le faire. " Vous ne jsa^ez, dMtNotre-SèigïLeur,
ni le jour, ni l'heure erà le fils de l'homme viendra; soyez prêts, veillez et priez."
La neuvième croix au missionnaire, et qui n^e^t
pas la moindre, c'est la conduite des canadiens, 64
je-
sttr la côte du .Pacifique.    Au risque de mécontenter et d'attrister quelques lecteurs, je dirai à
èbienr sujet franchement ma penséeJl II en est
qui rougissent deJeur titre de canadiens, qu&ne^
veulent pas avouée leur dngine,' qui abandonnent la foi de leur pères et qui se font mêriê
protestante*   J'ai un canadien présent à l'esprit
qui renonça à sa religion jiour se faire anglican,
il devint plus tard méthodiste, puis baptiS6e;J
ensuite presbytérien. % Maintenant, difedl, j'aèirj
bonheur d'être inerédule." D'autres entrent daiis
des sociétés secrètes, afin de s'attirer les boniies
grâces des Américains ou encore poçr conclure
un mariage avantageux,  sous le rapporéfpécuniaire.    Soitidit en passant, que les Américains,
qui parlent si haut defla liberté, sont pour la plupart esclaves de pi^le et une sociétés secrètes.;!
Dans une petite ville comme Jacksonvilte,-^
y a quatre différentes associations   de   cette
espèce, qui enlacent dans leurs Kens tous ceux
qui veulent mener une vie indifférehte ennifeli-
gion.   L'ivrognerfe et les jeux à l'argent font
de terribles ravages parmi un certain nombre
de canadiens^ Ces passions les abaissent*}; lés
abrutissent, les tuent sur la terre et les damnent
pour l'éternité.    Il né faut donc pas s'étennér
d'en voir plusieurs, méprisables et méffcrisésreiij
conséquence.   Sur leerdix: ou douze imHe Canadiens, qui se trouent à l'Ouest* des Montagnes
Eocheuses, à peine mille ou deux miHes d'entre eux approchent des sacrements:   La plupauti
ne fréquentent-^amais l'Eglise, leurs enfante ne
vont presque jamais-àu catéchisme ou à l'école
catholique ; ils n'aident presque d'aucune ma- — 65
nière ni aux bâtisses, ni aux réparations ; ils ne
§e privent jamais d'un verre de rum pour en
donner le prix aux besoins du culte ; et néanmoins ils Grient plus fort que les autres quand
vient un bazar ou une collecte pour l'école ou
pour l'Eglise. Un des soins de nos Canadiens
émigrés est de traduire leur nom en langue
anglaise ou de l'américaniser en en changeant la
prononciation. Les traductions sont quelquefois
fibres et la chose tourne souvent au ridicule. Il
y en a qui ont l'habitude de ne s'entretenir
qu'en anglais. Je ne connais rien de plus mal
sonnant que d'entendre deux canadiens, converser dans une langue, que souvent ni l'un ni
l'autre ne comprend parfaitement. C'est si bien
le cas, que leurs enfants écorchent la langue
m^ernèXle lorsqu'ils s'en servent, mais parlent
l'anglais à la perfection. Nous devrions être
fiemide nous servir du langage de nos ancêtres,
celui avec lequel nos pasteurs nous ont enseigné
à aimer Dieu et celui que nous parlons habituellement quand nous demandons des grâces
au Père Eternel. -Sans doute, il y a encore des
Canadiens, dignes de ce nom, qui sont bons
catholiques, qui ne sont en arrière d'aucjane
nation, lorsqu'ils'agit d'aider à bâtir des égliseg,
à conskuirë des écoles, à élever un presbytère.
J'en connais de ceux-là au Sud, au Centre et au
Nord de FOi&gon, dans le territoire de Washington, en Californie^ même jusqu'à Idaho et
Montana. Du moment, que le prêtre parle
d'une réparation à faire, on s'y met de tout
cœur; le tout prospère et onaie s'aperçoit pas
qu'on a souffert dans  sa fortune  malgré  ces — 66 —
quelques sacrifices. Je le dis, avec plaisir, il y
en a de ces bons canadiens qui font FhonneuiH
du pays ou ils ont reçu le jour, qui s'attirent le
respect de tous ceux dont ils sont connus,, qui!
mènent une vie sans reproche et qui occupent!
des emplois distingués dans la société" : Puisse,
leur exemple avoir plus d'imitateurs î
CONSOLATIONS DU  MISSIONNAIRE
Il est bien juste qu'après avoir partagé le
calice et porté une portion de la croix de-Notre
Seigneur, le missionnaire aie. part aussi à sa
joie. Notre Seigneur dut souffrir et s'humilier
avant d'entrer dans sa gloire, de même, le missionnaire, après avoir été dans le mépris et la
confusion, aux prises avec les vexations, les eni-
barras et les peines, se réjouit, se ranime et
s'encourage à l'apparition d'Un rayon des délices
éternelles. Les - consolations sont nombreuses
dans les missions. Je ne parlerai que de quelques-unes. Une des principales est de voir les
nouveaux convertis mener une vie édifiante et
exemplaire.. Voici l'histoire d'une convertie |
qui plaira à tous les lecteurs. En 1866, Madame
GK ^appartenait à aucune religion ; elle, vivait
comme vivent des milliers d'américains, sans]
église, sans autel, sans pasteur, Qu'est-il donc
arrivé, pouar changer son cœur ? A la voir tous
les dimanches à la sainte messe et fréquemment
à la mainte table, on dirait qu'elle a été catholique toute sa vie. Le récit suivant va en faire
connaître la cause. Vers 1859, Madame GL,
alors jeune fille de dix-sept ans. était envoyée en) 67
(Californie, au couvent de Bénêcia, sous la direction des Sceôrs de S.  Dominique.    Douée de
talents et d'esprit,  elle fit* promptement des
progrès dans la science-et la vertu.   L'exemple,
la bonté et la mansuétude des Religieuses,  la
douceur de la règle  et l'aménité  des  élèves
catholiques, firent bientôt pencher la demoiselle
vers ht religion.    Comme elle l'a avoué, bien
des fois depuis, elle éprouvait alors, en répondant au chapelet, autant de joie et de ferveur
que ses  compagnes.    Les parents,  ayant ouï
dire que leur fille avait certaines tendances vers
l'église catholique, la mandèrent soudainement
à la maison paternelle.   La demoiselle,  comme
on l'imagine aisément,  quitta à regret cet asile
où ne  s'exhale que le plus pur parfum des
vertus \ mais, de même qu'rdie semence jetée
en bonne terre,  donne  des produits  en abondance,  de même  aussi les leçons de piété et
de sagesse qui avaient germé dans son cœur,
pendant   les quelques   mois  écoulés  au couvent, portèrent d'excellents fruits.    Après quelque   temps   passé   chez   ses   parents,    cette
demoiselle    épousa   un   colon   de   l'endroit,
riche  en biens terrestres, mais peu religieux.
Cinq années s'écoulèrent assez heureusement
au milieu des modes, des assemblées, des rendez-
vous.    Dieu n'ayant pas accordé d'enfants à
leur union, cela semblait favoriser encore cet
entraînement à une vie bruyante et mondaine.
Vers la fin de l'année 1866, Madame G% fit la
connaissance des Religieuses des SS. NN. de
Jésus et de Marie,  déjà établies depuis plus
d'un an à Jacksonville.   Ses visites réitérées ■    A
au   couvent   renouvelèrent  en   elle   le   désii* |
qu'elle  avait eu autrefois d'embrasser la religion.    Quels moyens prit-elle pour cacher son
grand projet aux yeux du monde,  du moins
pendant un certain temps  ?    Le voici* j£*$He
demanda auS Sœurs de vouloir bien lui don*oip|
des leçons  d'écriture  et de musique.    Cette
étude fit bientôt place  à celle  du petit catéchisme.    Pendant que madame G\  apprenait
les rudiments du christianisme, il ne faut pas
s'imaginer que tout allait à merveille : Oh non !
quels combats à l'intérieur ! non jamais, si je
ne l'avais vu si souvent, je n'aurais jamais crû.
qu'il en coûtât autant pour devenir catholiques, |
à ceux qui ont été élevés dans une atitre religion.  .En effet, on trouve partout des obstacles
à combattre : l'éducation première, les parents,
les amis et les préjugés nationaux.
Comme madame G-. n'avait jamais désobéi,
en rien d'important, à ses parents, elle écrivit
une lettre à sa mère, qui résidait alors à San
Francisco, la priant de vouloir bien lui permettre d'embrasser la religion catholique. La mère,
on ne peut plus désolée, ne prend pas le temps
d'écrire, mais envoie un télégramme à sa fille,
lui demandant en grâce de ne point passer
outre. Cette dépêche télégraphique ^rriva
justement la veille du baptême de madame Gr.
Vous pouvez juger de l'émotion qu'elle éprouva ;
mais aidé de la grâce d'en haut, elle reçut
néanmoins, le s^ànt baptême, le lendemain, en
présence d'un concours: nombreux et choisi.
C'était un dimanche, après la messe, et le 24 de
mars de l'année  1867,    Elle  étonna tous les - 69 -~-
'assistants, par sa fermeté et son courage, eii
lisant la Brof^Oii de Foi. Le 27 septembre
suivant, quand Mgr l'archevêque Blanchet, fit
m; visite" épiscopale, dans le Sud de FOrégon, la
nouvelle convertie reçut le sacrement de con-
firmation, et depuis lors," elle n'a cessé d'être
| une parfaite chrétienne et \ un véritable soldat
de Jésus-Christ.,
iQue dirai-je de ses vertus î Madame Gr. a
montré de l'héroïsme, à un haut degté, en
embrassant la- religion ; car, ses parents et ses
amis lui ont tourné le dos, quelques uns pendant six mois, quelques autres, durant une
année ; enfin, un petit nombre plus longtemps.
encore. Mais s'abritant sous Fêgide de Msftie,
sa patronne, elle n'a pas dévié d'une seule ligne
du vrai sentier. Et sa bonté et ses manières
gracieuses ont eu tant d'influence sur ses parents
et sur ses amis qu'ils F estiment autant en ce
moment, sinon plus, "qu'auparavant. Sa charité
I envers les pauvres est sans bornes ; la misère
et les.afflictions des malheureux ne'Tfoouvêbi
jamais s&porte fermée ni son cœur j insensible.
j Dans combien de demeures, ses bienfaits ne
j répandent-ils pas la joie ? Dans combien de
ménages troublés ses bons conseils ne ramènent-
ils pas l'amour et la paix ? Que de douleurs
dont elle est la confidente et la consolatrice ?
Que de bonnes œuvres elle sait accomplir ! Pour
I l'Eglise paroissiale et le couvent des Religieuses,
î elle ne se lasse jamais de déployer sa générosité.
On pourrait compter par douzaines les ornements, les décorations, les meubles et le linge
pour l'Eglise et le couvent qu'elle a procurés à !
I
._ 70 —
ses frais et dépens. Quelqu'un dira peut-être :
c'est bien facile à donner quand on est riche ;
soit, mais aussi combien de riches se montrent|
avares envers l'Eglise et les institutions [ de
charité !
Avec un grand amour pour Dieu, madame
Gr, possède la plus grande charité pour le prochain. Elle promit de ne jamais dire un
mot défavorable à qui que ce soit, et elle tient
fidèlement sa promesse. Jamais de railleries,!
de critiques, d'observations blessantes, jmais
toujours elle prend la part des absents. Si ses
bons exemples ont tant fait pour dissiper,_ en
grande partie, les préjugés de son mari, elle
peut aussi, après Dieu, se glorifier, d'avoir
procuré l'abjuration d'une sœur, également
éminente par ses qualités du cœur et celles de
l'esprit. Mentionnerai-je son humilité | La
remarque suivante suffira pour en donner une
idée. Il y a seulement quelques années, madame
Gr. était le pilier des modes, maintenant rien de
plus simples et de plus humbles que ses vêtements. Elle se croit toujours la moindre des
créatures, la plus grande pécheresse <Tu monde.
Oh ! combien de femmes chrétiennes devraient
apprendre de bonnes leçons de cette nouvelle
convertie ! Le Seigneur, pour réeompenser^ant
de dévouement et de vertu, à sfenalé sa bonté
envers cette pieuse dame et son mari d'ufte
manière assez remarquable. Jusqu'alors ils
étaient sans enfants , en ce moment ils ont deux
jolies petites filles qui font la joie et les délices
de leurs parents. Le mari, monsieur Gr. est
encore   protestant,   appartient même   à   une ?!
société secrète, mais quel changement en lui
depuis la conversion de sa femme.*; En toute
occasion, il défend les intérêts des/catholiques,
fait des dons au missionnaire et à l'église, et se
montre un ; véritable 'bienfaiteur à l'égard des
Religieuses.. ' S'il plait à Dieu de le convertir
un jour, il devra cette grâce atix prières et à la
conduite édifiante de sa pieuse épouse.
*xjne joie bien grande pour le missionnaire est"
de baptiser des Dissidents à l'heure de la mort,
les cas en sont assez fréquents. En voici deux
qui pourront intéresser. Le 1er Décembre 1868,
de bon mafin^ une lettre m'apprit qu'à soixante-
quinze milles, au nord de Jacksonville, un protestant, rendu an dernier degré de consomption,
était sur le point de mourir et demandait un
prêtre catholique. Je montai immédiatement
dans un wagon, ouvert à tout vent et courus au
secours du pauvre frère séparé. Il plut toute
la journée sur mon dos, de sorte que la couverture qui me servait de parapluie et de pardessus,
était toute imbibée: Durant la route, le ressort
du siège se brisa, et il fallut m'asseoir au fond
de là voiture sur la paille mouillée. Quand
nous arrivâmes à environ dix milles de l'endrdît
où nous nous rendions, nous eûmes une rivière
à traverser, et les \ eaux étaient si gonflées
qu'elles avaient emporté le pont. Le cocher
dut rebrousser chemin, pendant douze ou quinze
milles, avec voiture'et chevaux, pour se procurer des mulets habitués à traverser les rivières
à la nage. Imaginez ma situation, au milieu des
montagnes, en plein cœur de nuit, sur le bord
d'un torrent ; et la  couverture qui, naguère si ira
m
molle et si pesante, s'était raidie par la gelée.
Je crus un instant que ma dernière heure était
venue. En attendant le retour du cocher, je
pris tout l'exercice possible pour me réchauffer.
La traversée à la nage se fit assez heureusement,
quoi Qu'avec une certaine crainte de ma part ;
et il était grand jour, (c'étaif le 2 Décembre,
veille de la fêté de mon patron, S. F. Xavier)
lorsque j'arrivai près du lit du mourant. Oh !
que j'avais prié avec ferveur le long du chemin
pour que le pauvre malade eût un iii^tant de
vie, afin de recevoir" les consolations de la religion catholique ! Ma prière était exaucée, le
malade était encore en vie. Je n'ai aucun
doute que le Pater et Y Ave des associés de la
Propagation de la Foi y ait beaucoup contribué.
Il serait impossible de dire la joie qu'il éprouva
en apercevant le missionnaire. Le plaisir consolant que je ressentis moi-même fut si vif, que
j'oubliai à l'instant toutes les tribulations de la
veille et de la nuit. Je ^commençai de suite à
instruire le moribond des principales vérités de
notre sainte religion. Je. le baptisai ensuite, et
quand l'eau sainte coula sur son front, ridé par
les années, des larmes de joie coulèrent.de ses
yeux et des miens et se mêlèrent à-l'eau régénératrice. Ce voyage me coûtait vingt-six piastres et demie. Comme cet homme était pauvre,
je ne demandai rien ; j'étais amplement rétribué
en ayant gagné une âme à Dieu. Quelques jours '
après mon retour^-bn m'annonça que mon néophyte était mort en«prédestiné.
Le 29 septembre, 1872,  un protestant. vient
frapper à ma porte et m'apprend qu'un pauvre vieillard est mourant à l'hôpital et qu'il désire
me parler. En un instant, j'y volai et j'écoutai
l'histoire qui suit : " Père, dit-il, je suis malheureux, je suis abandonné de Dieu et des hommes ;
Dieu me laisse à mes sens réprouvés, à cause de
ma longue vie de dissipation^ je n'ai plus un
seul ami sur la terre, ma femme m'a chassé de.
la maison et de la compagnie.0de mes chers enfants. Vous seul me restez, car je sais que vous
êtes l'ami sincère des infortunés. Je vais bientôt mourir, pour expier les ivrogneries, les scandales et les désordres de ma vie. Qu'en gensez-
vous, puis-je encore sauver mon âme °- Est-il
encore temps ? Dieu me pardonnera-t-il ma longue carrière criminelle ?' u Oui, mon cher frère,
lui répondis-je, n'importe à quel temps le
pécheur revient et demande sincèrement pardon, le Seigneur est toujours prêt à lui pardonner. U dit lui-même dans la Sainte Ecriture,
venez vous tous qui êtes chargés, et ja vous
soulagerai. " Le pauvre moribond, crucjpx en
maius, fit une confession générale de toute sa
vie (il était âgé de 54 ans), avec les plus grands
sentiments de componction et de repentir. Plusieurs fois, il fallut donner un libre cours aux
larmes abondantes qu'il versai^ et interrompre
le long récit de ses désordres. Je l'instruisis
du mieux possible, dans *Aàà circonstances
présentes ; je le baptisai ensuite conditionnel-
mont, efelui donnai avec effusion de cœur, la
sainte absolution. Ses parents avaient appartenu à l'église anglicane et l'avaient élevé dans
cette croyance. Ce n'était plus le même homme,
au dire du médecin qui le traitait.    La   muit
4
I 74
suivante, il dormit profondément, ce qu'il
n'avait pas fait pendant dix ou douze jours; il
avait meilleur appéèit ; il ne cessait de répéter,
même en présence des dissidents, qu'il était
heureux, que la religion catholique était la
seule consolation des affligés, la seule Eglise qui
va au cœufc/1 Cependant, le nouveau converti,
miné par l'hydropisie et d'autres souffrances,
rendit doucement son âme à Dieu au bout d'une
semaine, et il pressa le crucifix sur ses lèvres
jusqu'à son dernier soupir. r Tant il est vrai
que lorsque Dieu semble le plus éloigné de
notis, il en est le plus près. Ceux qui Tom
travailler à la vigne du Seigneur, à •■%• dernière
heure, reçoivent la même récompense que les
ouvriers de la première. Néanmoins ici point
de présomption ; si le bon larron s'est converti,
à la droite du Sauveur crucïfié, il ne faut pas
oublier que le mauvais larron, à la gauche,
qûoiqu'arrosé de son sang précieux, est mort
impénitent.
La foi des fidèles est quelquefois vraiment
grande et ce n'est pas une. petite consolation
pour le cœur du pauvre pasteur. En 1865, à
Kirbyville, dans le comté de Joséphine, une
petite fille de huit ans avait un mal d'oreille
insupportable. Sa pauvre mère, après avoir
essayé toutes sortes de médicaments, s'écria
tontà coup: " de l'eau bénite, dé l'eau bénite,
1 c'est1 seul remède qui gnérirà ma1J fille." En
effet, après quelques lotions, aVëèTeau sanctifiée!
par la parole de Dieu et la prière, elle fut guérie.
Lors du grand incendie du 3 avril 1873, à
Jacksonville, comme le feu menaçait l'Eglise et 7ô
Fécole catholiques, en |absence du missionnaire, un vénérable vieillard, remarquable par
-sa foi et sa piété, se procura le ruban de St.
Amable et le lança dans le feu, tout en priant
ardemment le saint de sauver ces édifices si
chers à la petite colonie catholique. Sa foi et sa
prière furent exaucëes,^immédiatement le vent
se calma, et l'élément destructeur continua de
dévorer les bâtisses à demi-eonsumées etmfalla
pas plus loin. Chez certains enfants, cette
même foi, accompagnée de la piété la plus
vive, est extrêmement remarquable.. Au pria-
temps de. 1872 une petite fille de quatre ans
tomba malade dès fièvres. Pendant toute sa
maladie, qui dura trois ou quatre semaines, elle
ne cessa d'édifier tous les assistants. Une femme
protestante déclara solennellement qu'elle n'avait jamais entendu prier un adulte, en temps
de maladie, comme cettepetite fille pria une
nuit qu'elle là veillait. Elle répétait à chaque
instant : -Jésus, Marie et Joseph, priez pour
moi, ayez pitié de mon* âme. Quelquefois
la chère enfant, au milieu des peiues aiguës,
ajoutait  de petits  jurons   à   ces   invocations
ordinaires et s'écriait : Jésus, bonté divine,
Marie, tonnerre, St. Joseph, assistez-mcai; donc
^maintenant et àUheure de ma mort. Un soir,
je la visitai et lui dis : que veux-tu que je fasse
[ipour toi ? " Vous direz la messe demain pfrur
moi, " répondit-elle. Je me tournai vers sa
inère, elle me comprit : c'est de son chef qu'elle
parlé ainsi, difcelle. Cette enfant, au catéchisme,
depuisi, donne des*épouses extiaordinaires pour
son âge et qui étonnent les plus grands.    On ne 76 —
m
de  tant  de foi  et de piété
que  c'est la petite   fille de
sera pas surpris
lorsqu'on   saura
Madame Gr. dont il a été question précédemment.    Telle mère, telle enfant !
Dans les épidémies publiques, la grande moisson des âmes est encore une source d'allégresse
pour le cœur du missionnaire. Au milieu i du
mois de décembre, 1868, la petite vérole fit son
[apparition à Jacksonville. Dans l'espace de six
semaines, il y eut soixante quinze cas. La
frayeur et l'épouvante étaient peintes sur toutes
les figures. • On n'a pas d'idée en Canada de
l'horreur des Américains pour la petite vérole.
Il suffit d'ajouter que les parents abandonnent
leurs enfants, leurs amis, et préfèrent payer de
bonnes sommes à des étrangers pour qu'ilsi
en prennent soin. Dès le commencement de
l'épidémie, les Religieuses du couvent offrirent
leurs services, en faveur des pestiférées de Fhô-|
pital, aux membres de la corporation de la ville ;
ceux-ci remercièrent gracieusement les Sœurs
de Charité, et les invitèrent à aller au domicile
j de ceux que les parents retenaient chez eux.
L'humble missionnaire partagea autant que
possible leurs travaux et leurs fatigues. Gréné-
ralement, les missionnaires veillaient toutes les
nuits au chevet des malades et des moribonds.
Le reposa (fréquemment interrompu, se prenait
suî* les heures de la journée. On ne put trouver
qu'un seul homme, qui était italien, pour aiderl
le missionnaire à enterrer les morts. Qu'il était
triste et lugubre le cortège funéraire, paèsant,
au milieu de la nuit, entre deux rangs de feux
allumés sur les rues et se  dirigeant ^ers  le i i
cimetière ! là, on descendait le cercueil dans
^jijie fosse de six pieds de profondeur, puis.on
jetait par dessus les linges, les drajis et les
vêtements qui avaient servi au défunt pendant
sa cruelle maladie. A la pâle lueur d'un fanal,
les arbustes et les broussailles semblaient à une
certaine distance^^d'horribles fantômes, ce qg^
était de nature^à effrayer les plus hardis.
Cependant, il faut avouer que pendant tout ce
temps, les missionnaires avaient une force et
une vigueur plus qu'ordinaires. Car ils étaient
aidés sans doute de la grâce du ciel.
La moisson fut abondante : il y eut quatorze
baptêmes d'adultes et d'enfants, dont plus de la
moitié alla droit au ciel, ornée qu'elle était delà
robe baptismale, le reste est encore plein de vie
et mène une conduite édifiante.
L'église protestante resta fermée pendant six
ou sept semaines, tant on craignait de propager
la contagion. Au contraire, l'Église catholique
fut toujours ouverte au culte public, et l'assem-
blçe des-catholiques, au lieu de diminuer, était, j
au moins, aussi considérable qu'auparavant.,
Je prescrivis le jeune et la prière pendant cette
calamité publique, et je dis à tous les "assistants
que s'ils étaient fidèles à leurs devoirs religieux,
Dieu, dans sa bonté, les épargnerait. En effet,
un seul prit la maladie et en mourut. Voici
comment cela arriva : c'était un vieillard de
paxante et un an, un avocat américain, un nou-
veaai conyèrti. Quoique bon chrétie^jl ch&ta*
gela un peu ; il avait tarit peu^ d'être atteint par
la peste, qu'il resta chez lui, le Dimanche,
pendant les offices*    Néanmoins, malgré toutes *1
78
WM'¥
ses précautions, il tomba malade et au bout de
cinq jour5,j il expirait en me demandant unéi
dernière bénédiction.    Il fut enterré à minuit.
r*
Un dimanche, à deux heures et demie du matin,
il* me fallut déposer dans le cercueil, une petite!
fille de quatre ans, belle auparavant comme une (
rose, mais que la peste avait noircie comme la
cheminée ; elle n'était qu'une masse de corruption; je m'y pris en quatre ou cinq fois pour
clouer le couvercle de la bière, car il me fallait!
courir dehors un instant pour vomir et respirer
l'air frais.    Comme je devais célébrer la messe
à 10J heures, je dus m'abstenir même d'une!
goutte d'eau et pratiquer une petite mortification.    Arrivés au cimetière, la fosse n'était pas
achevée,  et le fossoyeur alarmé avait pris lai
fuite.    Mon italien et moi, nous finîmes la fosse,
au milieu des ténèbres, car. la chandelle  du
fanafcs'était éteinte. Quand la fosse fut creusée,
je la bénis, et le corps -de l'enfant fut descendu
dans sa dernière demeure, à côté de sa mère,
qui avait été baptisée et enterrée quelques jours
auparavant. rJTous les prédicants de la ville eu
des environs avaient pris la fuite, comme des
poltrons,  à .l'apparition de l'épidémie.    Pour
comble d'impudence,   du fond de leur retraite!
dans les coins les plus reculés  de la vallée, ils
envoyaient des pastorales, ordonnait et prescrivant,   à la   ville  pécheresse,  des jeûnes,   des
humiliations et des -prières, $fin  d'apaiser la
colère divine.    UnH^fès deux journaux protestants rrépliqua r Merci, messieurs, de vos conseils
et  de  vos   ordonnances ;   jusqu'ici,  aidés du
prêtre et des religieuses catholiques, nous nous; 79
sommes bien passés de vous ; nous pouvons
encore le faire à l'avenir. Merci de votre charité
à bon marché ; et il complimenta les catholf^
ques sur leur charité sans bornes et à toute
épreuve ; enfin, il ajouta : qpFû n'y a que la
vraie religion qui inspire tant d'héroïsme et de
vertus.
DISSIONS  SAUVAGES.
On compte plusieurs missions sauvages en
Orégon et dans le territoire de Washington ; je
ne dirai qu'un mot de l'une d'elles, ce sera
l'histoire des autres. Dans le comté de YamhHl,
au nord-ouest de FOrégon, est là réserve du
grand Rond. Le zélé et saint missionnaire
Croquet, depuis douze ans qu^fl est parmi les
sauvages qui l'habitent, a opéré de nombreuses
conversions. L'éducation»Séculière est donnée
par un professeur laïque, le bon Père est chargé
de leur éducation religieuse. Sous sa houlette
pastorale, '*out prospère; il y a là une jolie
chapelle, où les sauvages se réunissent pour les
offices divins ; ils y chantent leurs prières et
des hymnes en leur langue. C'est vraiment
édifiant de les voM' Ils forment un bon noyau
de chrétiens et tous les jours de nouveaux
néophytes se présentent ^pour se joindre au
troupeau du bon pasteur. Mgr. l'Archevêque
Blanchet disaityil n'y a pas longtemps : le Père
Croquet baptise presqu'autant d'adultes et d'enfante que tous les autores ptêtres del'Orégoô. -
LES CHINOIS.
A l'ouest des Montagnes Roëheuses, ffà population chinoise est estimée à plus de 125,000 ^
80:
individus,  et à   chaque   steamer-poste  de .1&
Chine^ en arrive un grand nombre. Il ne sera
pas hors de propos de donner quelques détails)
sur ieS habitudes  de  ce peuple.    Depuis   le
dignitaire jusqu'au journalier, tous portent le
même costume:  la calotte,  le collet, le long]
pardessus bleu, la ceinture, les pantalons bleus, |
les bas blancs, enfin les souliers d'étoffe bleue
montés sur des semelles de papier." Pour compléter ce costume, imaginez-vous une tête rasée,
sur laquelle il ne reste qu'un touffe de cheveux,
d'où tembe le long du dos jusqu'aux talons une
espèce de queue, maintenue par une tresse de
soie, et vous aurez une idée exacte de là manière
dont s'habillent les chinois, i Soit dit en passant- j
c'est une offense digne du pénitencier pour tout
américain de couper la tresse d'un chinois, la
raison en est que celui-ci ne peut plus rentrer
en Chine, pendant la vie, et qu'après la mort,
ses os ne peuvent être transportés dans la terré
du Céleste Empire.    L'étiquette chinoise ymiir
que Fou ait la tête couverte en compagnie.    La
calotte a ses pans  relevés  de broderies d'or,
quelquefois de pierreries  et ne manque pas
d'une certaine élégance, i Toutefois, les Chinois, I
pendant les dernières années, ont commencé à
porter  des bottes, puis des chapeaux, ensuite j
des pantalons à la façon moderne, i Le nombre
des femme_s chinoises est assez restreint par ici.
Elles s'habillent de la manière la plus simple
du   monde.    Au lieu  d'un  chapeau ou d'uni
bonnet, un petit bandeau de velours  ou un
petit mouchoir retient la chevelure, qui est bien
séparée au milieu, aussi lisse que du. satin, et m
toute rassemblée sur le derrière'de la tète. Une
aiguiHe d'argent la traverse ; comme ornement,
oh y fixe aussi une fleur*naturelle ou artificielle.
Le:paJrdessus des femmes n'est guère plus long
que eelrii desrhommes, efcl'étoffe est de coton
I invariablement teint en bleu.    Le pantalon des
femmes est. deux fois plus large que celui des
hommes:   Le complément indispensabl^de la
parure d'une chinoise est dans les petits pietk?.
Aussi leurs souliers, fabriqués par elles-mêmes,
ne coûtent pas plus de   15   à  20  sous.    Les
dépenses générales  pour  l'habillement d'une
femme  110 dépassent point 5 piastres par an.
| Mais quelle mode bizarre, dira-t-on; que cette
compression des7 pieds, faite, semble-t-il, pour
les empêcher  de marcher %   Il  est bieiudes
modes, autrement désastreuses, inventées par
le démon, pour ruiner les familles et perdre les
âmes ! .1
Un proverbe chinois dit, que les cérémonies
sont le parfum de F amitié. La plus vulgaire
de leurs -salutations consiste à dire : as-tu
mangé ton riz? Entre amis, s'échange le mot :
je vous salue, je vous salue. Un salut plus,
solennel consisté à s'incliner profondément.
Les chinois tout païens qu'ils soient ($en ai
rencontré cependant qui avaient - été baptisés
en Chine), ne peuvent imaginer comment le
respect peut se. concilier avec l'absence des
cérémonies. La plus solennelle de toutes les
salutations est de faiie trois génuflexions et de
| frapper neuf fois le sol avec la tête. Ce salut
se fait au cimetière, à l'enterrement des*-morts.
Les chinois ont trois repas pntoipaifcr comme 8-2
I
n&Ast le premier s'appelle le ria dit inatin, le
second, le riz du midi, et le troisième, le riz du
soir. A taMe, on n'a pas de cuillère, pas de
fourchettes, pas de couteau; tout cela est rem*
placé par deux bâtons d'ivoire ou de bamboï|||
pas de pain, pas de vin, pas de ladt, pas de
beurre. Le pain est remplacé par le riz, le vin
par le thé ou la bière deaâz, le lait et le beurre
par l'huile pour assaisonner les mets. Le repas
ordinaire consiste en riz ; deux ou trois grandes
tasses de riz font un léger dîner. Dès deux
bâtons réunis dans les doigts de la main droite
les chinois saisissent assez adroitement les légumes, le poisson et la viande coupée d'avaniee en
petits morceaux. Ils ajoutent de temps îèn temps
ces |tlimente au riz qui est leur principale nourriture.
La masse des Chinois, sur la côte du Pacifique,
se nourrit de cette manière. L'entretien d'un
homme ne dépasse guère la somme de 19 à 20
sous par jour ; ce n'est pas la moitié de la
dépense d'un blanc. Dans les repas solennels,
on varie un peu, mais le riz est toujours la battra]
indispensable de tout repas. On finit, ordinairement par les confitures. Alors on apporte
une serviette trempée dans de l'eau chaude
pour que les bonvives se lavent le visage ; puis,
si vous fumez, on/çous bourre une large pipe de
bambou et on vous l'allume, .quand vous avez
pris la tasse de thé qui vous a été présentée sur
un plateau vernis. Puis on cause jusqttfà ce
que les visiteurs se dispersent apfeès les cérémonies d'usage.
Quand un chinois meurt on lui Mt faiffe xux cercû&il selon.son ran& et il est enterré avec de
pomp^pes cé¥emonies.    A la téfe <L$ cortège
funéraîre,nfaichent plusieurs chinois qui laissent
tomber, sur leffrr j^àssage,  de  nombreux morceaux de papier de différentes couleurs (le fèune
et le roift'ge prédominent), sur lesquels sont des
inscriptions  en   caractère  de^leûr pays.    Le
terrain asèïgné à leur iriSum^lfOTif ' à Jackson-
viïïe,^st sur le penchant d'une colfine,  et iîfe
W&t un graïST soin de  placer  les  cada/vres;x^îa
tête vers la base. Ensuite, ils allument de petits
^MtOns de bambou, répandent un certain ïratiide
et brûlent autour de laîôsse tôàs les objets  qui
av&ieht appartenu au défunt ; autrefois,   on  les
laissait  sur ^îa tombe   ell&mème,   mais   ayant
f èBËarqué qu'ils étaient enlevés, ils les  brûlent
"tofijburs depuis. Alors il font troîff^miflexions
et touchent njfSif Ms le sol avec la tête, suivant
Pintêfprétafibn  des  blancs,   en signe  d'adieu.
35i quelquei^étiinois de la parenté  part pour  la
^6ïahe, envMte ou par affaire, on relève alofs lès
corps ; on en gratte les os j&îféitement, puis on
leè^&aSporte en Chine pour y  être  enterrés
%Méc  so3£  âtcfrement, disent les   chinois, .ï&s
âmes n'entreraient point en  Parpfiç.^ Dans  le
cours de l'année, il y a trois ou quatre fêtes  des
morts.    En c^iiséidracétice,  tous Tés  chinois qui
ont des parents  bu  des  amis,   donf/îes  restés
reposent  dans le  cimeftière,   louent   plusieurs
wagons, les montent et les chargent de pèftïts
eochons rôtis, en entier, de volailles, debiscâlts,
de gâteaux, de pefîjfe barils  de liqueur  et de
bâtons de bambou.    ArHv^s  éur le bord  des
fosses, toutes les 'éférémonîes de l'enterrement 84
se renouvellent : ils allument les bâtons et
versent le liquide ; puis ils s'$*gclihent profondément et frappent le sol du pied ou de la tête ;
ensuite, ils offrent aux moite toutes les provisions qu'ils déposent et brûlent sur les~;fosses, à
cause des blancs ou des sauvages qui autrement
viendraient les enlever. #g
Sur la côte du Pacifique, les chinois travaillent
pour la plupart dans les mines d'or, soit à leur
compte, soit à gages, ou bien encore sur Içs
chemins de fer. Un ne saurait dire tous les
millions de piastres^ [qui s'en ,jont en Chine,
chaque année. Car, jjout l'argent qu'ils gagnent
y est transporté : i|§ achètent leurs marchandises chinoises dans les grandes -jVillçB, où
un bon nombre d'entre eux ont d^ magasins.
Us en ont plus de mille à San Francisco seulement. Aujourd'hui, dans cette ville, on compte
des milliers de chinois employés dans Jep man**}-
factures, surtout dans celles de chaussures et de
tabac. Un nombre assez considérable a remplacé les servantes dans les familles, au grand
détriment de ces filles et de ceux qui emploient
les chinois : il est vrai que ceux-ç£ font bien la
cuisine, le lavage et le repassage ; qu'ils scient
et fendent je bois aussi, mais ils sont fins filous.
Comme ils couchât rarement là où ils travaillent, le soir, en.se rendant tippz eux, datif -un
coin écarté de la ville, ils emportent, tantôi^fine
chandelle, tantôt une poignée de sucre,
d'autre fois une pincée de café etc* En
général, l'émigration chinoise provient dos
bases clashs de la société ; on ries envoie
ici    comme     esclaves,     pour     amasser     de 85
jj$rgent afin de payer leurs dettes en Chine.
Beaucoup cependant savent lire et écrire ; ils
oaloulent d'une manière si expéditive qu^ils
laissent en arrière les plus habiles arithméticiens de lftioôte* et cela au moyen d'allumettes,
de petite bâtons, ou de certains signes tracés
sur du papier ou sur Tjne planche. Plusieurs
d'entre eux parlent l'anglais assez bien pour les
affaires ordinaires. J'ajouterai pour dernier
mot que l'on remarque dans la viHe de San
iÇyan^kco 50 à 60 ehinoàsjqui sont de très-zélés
et de très-fervents catholiques. Oh ! qu'un nïîs-
sionnaire dfevoué et qui parlerait leur langue
aurait UBïVapte champ àu&ultiSBr au milieu de
cette population si dégradée !
CURIOSITÉS NATURELLES EN ORÉGON.
Sur les frontières de FOrégon et de la Californie, il y a une magipâfique source de soude
(soda) ; c'est ijn excellent tonique au dire du
Dr. ColwelJ qui la possède. Les bords de la
fontaine sont couverts de rouille, uG'est le rendez-vous de tous les malades des environ^ L'air
'fff&&, le changement de diète, le repos, les perspectives les plus imposantes et les vues lès plus
pittoresques qu'offrent les montagnes d'alentour,
surtout l'eau de la source pétillante et claire
comme du cristal £ bre£ tout contribue à ramener lapante délabrégM lik
A 100 milles, à Best de Jacksonville, on rencontre beaucoup de sourses d'eau thermale ; la
. vapeur s'en é^ève à une grande hauteur. L'eau
estqtellement bouillante; à certains endroits,
qu'on ne peut y laisser les doigts qu'un instant. 86
Et ce/qui au fond est digne de remarque, c'est
que l'on aperçai! une espèce d'herbe aussi verte
4jj&e celle qni croît sur les bords des ruisseaux.
Ces. sources bouillantes paraissent confirmer!
Fopii&MJL de ceux qui disent qué4ïfttéiieur de
la terre est en état de fusion. Dansle voisinage
de ces sources chaudes, j'en ai vu qui fourfifoâè'ïit
une eau si glacée qu'une setale 6QiHêfée vous
Ji$it grincer les dents. |
Non loin delà, se tisonne le lac Mtûje$W._ Qfeab
une des merveilles du monde entier. Ce lac est
.sitfté siurle sommetedes Cascades, à unè&lkahci-
ten? de^5,-000 pieds au-dessus du niveau dé°ia
mer. Il est comme encaissé dan^la m^totagfîè, ]
et ses bords sont si perpendidalaires qtf il est extrêmement difficile d'y descendre. Un homme
au bord de l'eau ne paraît pas avoir plus de six
pouces de grandeur lorsqu'on le reganîe d'en
haut. Le lac aune formé-oblongue ; on estime
sa longueur à dix tailles et -sa largeur àt^eraq.
La profondeur du bassin jusque la- sftrfôree de
l'eau est au-moins de nfilîe 3)ièd3^£t d&§ê] au
fond du lac, elle est évaluée de ciôqàhuitcente.
Au nnlieiydu fec, se tfouve une petite^îlé, ayaait
toute lès* indications d'un volca^%$éi»t. Ce lac
ne paraît pas avoiîide débouché^ mais on se
rend compte de cçtte ''3^artM^lari€§^' qiiand oà
aperçoit, à la base de la montage, des feourcéè
d'eau froide comme la glace e&sp çon*Mé#aB$®5
qu'elles forment- i h 7wikÈ8taj& r ^mpotlantes
divièresr^
A Orégon-Citypèss chutes de la belle ri$i£rë»
Willamette tombent de trente1 ' pieds   p^pêât^
diculairemeTît ; dans Pt&pace d^ilfifdeâii-mtfîèpîà m
sâyière incline d^att înoiiis trente pieds encore.
Au moyen d'un canal, qui vient d'être terminé,
bateaux montent et descendent le courant,
comme s'il n'y avait aucun obstacle. Lesiehûtes
de la rivière des Coquins, au sud de FOrégon,
ont de de cinquante à soixante , pieds de hauteur ; le brait en est entendu de bien loin.
CURIOSITES  NJflCIJSELLBS  EN   CALIFORNIE.
Les arbres géants deCala^éras, au centre de
la Californie, ont un renom universel. U y a
sur une mohtagne, un gxèupe de cent trois
arbres gigantesques, dont quelques, uns excèdent trente pieds de diamètre, ce sont là les plus
majestueux modèles du règne végétal que la
terre ait jamais produite, il ne faut pas demander si les touriste&de Ffiurope et de F Amérique
jj vont lesjgusiter.
Au nord-ouest de la Californie, on remarque
une immense forêt de pins rouges ; les arbres
ont de deux à trois cents pieds d'élévation et
leur diamètre varie de quinze à vingt-deux
pieds. Sur le bord de là voie publique, le voyageur aperçoit une maison et une grange de
dimensions ordinaire^. Le tout fut, dit-on, bâti
avec le bois du même arbre ; et au moyen d'un
second, le fermier obtint assez de perches et de
piquets pour clôturer sa terre de 320 âcress* Je
donne ce fait tel qui m"a été rapporté, lors
d'une mission dans ces parages.
Dans le comté de Napa, les sources de souffre blanc et de seude (soda) ont des propriétés
médicinales reînarquablés.    Tout le   pays est 1
88
volcanique et indique dés feux intérieurs, comme le prouvent quantités de sources chaudes.
Près d'elles, il s'élève de jolis villages, et les
visiteurs et les invalides, durant la chaleur de
l'été, y .trouvent toutes sortes d'accommodations.
Au nord de la Californie, vers la côte, dans
les profondes gorges des montagnes de Ste. Hélène, on a une frappante image de Fenfer. Vous
y rencontrez de nombreuses sources minérales,
de toutes les couleurs, de toutes les températures, et des dépôts considérables de magnésie,
de souffre, etc. La chaudière des sorcières,
ainsi appelée, est d'eau noire et bouillante ;
elle imprègne l'air de ces gaz. sulfureux et!
épouvante les sens ; des volumes de vapeurs
s'élèvent à plusieurs centaines de pieds, dans
l'air, avec un bruit semblable à la-haute pression de la vapeur d'un bateau, ou aijx détona-,
tions d'un canon. C'est le phénomène le plus
intéressant de la nature sur la côte du Pacifique,
et peut-être dans le monde entier. Les chemins
quiiy conduisent sont très-fréquentés et offrent
aux yeux du voyageur les plus beaux points de
vue de la Californie.
Un mot sur l'histoire- du chemin de fer du
Pacifique.
On commença en février1863,1a construction!
de la partie ouest du chemin de fer du Pacifique. Les premiers huit milles à l'est de Sacxa-
mento coûtèrent an gouvernement $16,000 par
mille ; les cent cinquante milles suivants, à travers les montagnes de la Sierra Nevada #48,000
chacun : le reste du chemin à FOuest des mon- 89
tagpèsRocheuses, à raison de $32,000 pàà^hnlle.
Outre ce subside, le gouvernement accorda à la
compagnie 12,800 acres de terre, par mille,
alternativement de chaque côté de la route.
Cenfrolnq milles de chemin étaient complétée
de Saefcamento au sommet des Sierras, en juillet
186$/*i Trois cents mil|e(^ se construisirent en
1868. Le 15 avril 1869, la ligne était ouverte
jusqu*éu lac • Sjfté, à 669*inilles de Sacramento.
Enfin le 10 mai 1869, le chemin de fer était fini
jnsçfe'à Ogden, à la jonction de celui de l'Union,
venant de FEst. ^ïîîy a eu depuis loris une ligne
continue de FAtlanfèque aiiPacifiqtiè. Lorsque
vint le moment de placer les. deux derniers
clous, Fin en or et Vautre en argent, il y eut de
grandef^réjouissances. ©omme le gouverneur
de la Californie et lé président da la compagnie
enfonçaient, chacim tel des ôlôus, avec un marteau d'argent massif, les fils de télégraphe, qui
étaient attachés au marteau, annoncèrent 'l'événement remarquable.
y$ >t'** - > _ i
Voyage
chemin de Fer
:M TRAVERS LE CONTINENT AMERICAIN,
Le 30 avril, 1873, j'obtenais de Mgr, l'archevêque Blanchet quelques mois de délassement,
après dix années de jlravaux en Orégoia.> En
conséquence, le 6 jiïiUétr^»ivant, J£ partis de
Jâcbsor^iHe et me rendis à San Francisco en 90
deux iOjUrs et demi. La métropole du Pacifique
avait bien changé en dix ans. Sa population est
maintenant de 181,004*r âmes. Les édifices
publics peuvent être comparés avec ceux de
n'importe quelle ville de l'Union. On est en ce
moment à jeter les fondations de FH&tel-de-
Ville, de la douane et de l'Hôtel des monnaies ;
le premier coûtera cinq millions de piastfies ; le
second édifice un million et demi, et le troisième
près de deux millions. *lP$rmi les résidences
privées, il n'est pas>gare d'en voir qni valent un
quart de million. U est plusieurs hôtels en
marbre blanc, de très-grandes dimensions, et
d'un^ût presque fabuleux. Depuis 1867, la
ligne de bateaux à vapeur, établie entre la Chine
et la côte du Pacifique, une ou deux fois par
mois, contribue puissamment à àjagnjenter le
commerce déjà immense de la grande ville. On
publie 75 journaux à San Francisco, et on y
compte 60 églises de toutes les dénominations
religieuses. De somptueux chars urbains traversent en tous sens les plus belles rues. Comme
toutes les .grandes cités américaines, San Francisco a ses vastes parcs, ses monuments, ses
institutions et un grand cimetière dont elle est
fièrelewà bon droit. La reine du pacifique
néanmoins a passé par de terribles vicissitudes :
six foi* en 21 mois, la plus grande partie de la
ville était réduite en cendres; cette pert^esfc
estimée à 22 millions et demi de piastres. Les
teemblemente de terre l'ont aussi visité à plusieurs reprises, surtout en 1866 et en 1868.
Je fis ^naf, visite rapide&fBan José, appelé le
jardin de la Californie, à Oaklând,  en  face  de 91
San Francisco, et jetant un dernier regard sur
les pittoresques montagnes qui entourent l'industrieuse ville, le 14 juillet au matin, je pris le
chemin de fer pour Sacramento. Dans quelques heures, cette ville, cachée dans un bocage,
apparaissait à la vue. Il était midi ; et au cri,
à bord pour Chicago, nous étions à notre poste
et entrâmes dans le chars, qui, dans un instant
sont remplis de passagers. Comme le train
gravissait les montagnes de Sierra Nevada, la
ville d'Auburn, située au milieu de jolis bosquets s'offrit à nos regards. Le convoi en
montant ne fait que 22 milles à l'heure, tandis
qu'en descendant, il en fait de 35 à 40.
A 10 heures du soir,  au moment où je me
préparais à prendre mon repos, le train  était
arrivé au sommet des  Nevadas,  à 7,042 pieds
au-dessus de l'océan.    Quelquefois ici dans  les
gorges des montagnes, la neige  a de  50  à  60
pieds de profondeur.    Avant d'arriver au sommet, le long convoi, en passant d'une élévation.
à une autre faisait l'effet d'un S,  pendant que
l'œil apercevait de chaque  côté  des points- de
vue d'une incomparable  sublimité.    On passe
au-dessus d'abîmes affreux, dans des tunnels de
15  à  1600 pieds de longueur, sur la  cime  des
montagnes, sur la pointe  de  rochers  escarpés
dont la vue fait frémir ; quelquefois, nous sommes  à  des centaines de pieds  au-dessus d'une
rivière ;  d'autrefois sur des ponts de la longueur d'un mille ; enfin sur des hauteurs  d'où.
vous apercevez  des ravins et des précipices
à 1000 pieds de profondeur.   Audessus de vos
têtes, un nuage blanc est la seule tache au firma- —  &9, ~-
nient, et au-dessus de tout cela, les pics de la,
Sierra Nevada, comme des lances, 'envelopjrés
de neige, percent les nues. En arriéreront les
vallées et les plaines de la Californie et de
FOrégon, qui descendent jusqu'à l'océan ; ces
vallées sont sans rivales au point de vue de la
fertilité.
Dans la vallée d'une montagne, près du
sommet des ^Sierras, est le lac Donner, d'un
aspect pittoresque, mais de triste mémoire. Ce
fut là que le capitaine Donner et ses associés
furent^enneigés et périrent presque tous de faim
et.de misère dans l'hiver der1846. Le parti se
composait de 81 personnel ; quand ils -eurent
mangé le reste de leurs provisions_$ji le cuir de
leurs selles et de leurs harnais, ils furent réduits
à la nécessité de dévorer les restes de leurs
frères qui avaient péri de froid et de faim. Le
lac Donner paraît être à la distance, de 800 verges
de la terrace du chemin de fer. En ce moment,
nous étions dans la région des avalanches.
Dans le mois de juin, il y a quelque danger,
mais en juillet le voyageur en a peu à redouter.
Les américains, dans leur prévoyance, ont construit des abris très-forts, pour se .garantir des
avalanches. Souvent néanmoins, ils succombent
sous le fardeau. L'ensempïe de ces appentis
couvrirait 50 milles ; ces abris ont coûté deux
millions de piastres ; ils interceptent beaucoup
la vue du paysage.
A*la descente xies Sierras, nouâ^fimes halte à
l'entreprenante Hdlle de Truckee, Il y a ici un
digne missionnaire français, le Eévd. Père Me-
vifle, qui parle assez facilement l'anglais et qui est respecté de tout le monde. A la station de
Yerdi, toute apparence de civilisation1 disparut.
Le sable et les sauges du Nevada se présentent
maintenant, et en peu d'heures, le désert est
encore bien plus triste, c'est le grand district
- d'Utah, à 4200 pieds audessus de la mer. Cette
contrée, si renommée par sa poussière alcaline, a
une largeur de 400 milles, jusqu'au lac Salé.
On voit dans ce désert une quantité de sources
d'eau thermale ; Fea& est si chaude que les
voyageurs y cuisent des œufs. Le lac Salé a
environ 60 milles- de longueur sur 40 de largeur ; aucun poisson ii'a été vu dans ce bassin :
dernièrement on y en a introduit dans l'espoir
de les voir se multiplier,
A l'extréfiiité sud-est du lac et à{,45 milles de
la ligne du chemin de fer du Pacifique, est
située la ville des Mormons. Sa population est
dé 26,000 âmes. Les rues, larges et droites, sont
éclairées par le gaz et bordées d'une double
rangées d'arbres ; deux ruisseaux d'une eau
claire comme du cristal, parcourent toutes les
rues et, donnent une Sir frais à-la ville. Le Tabernacle ou temple des Mormons peut contenir
13,000 personnes ; l'orgue, qui coàte $40,000,
est très-puissant. Au dire des habitants de la
ville, c'est le second aux Etats-Unis, celui de
Boston en étant le premier.
Comme le train de l'Ouest arrête à Ogden.
les passagers ont le temps d'aller visiter la ville
du lac Salé, au moyen d'un petit embranche-
ment. Parmi les édifices publics, on remarque
la jolie église catholique de Ste. Marie- Madeleine, qui mi fréquentée par 5* ou 000  fidèles ; i
- 94 —
ce petit troupeau est sous la houlette pastorale,
du Eévd. Père Walsh. Lors de mon passage
au lac Salé, un événement fit sensation , ce fut
le départ précipité de 'madame Webb Young.
(La 7e des quarante femmes de Brigham Young).
Trois avocats éminents furent engagés immédiatement par la dame pour procurer son divorce
et obtenir de plus une pension alimentaire. Ce
procès va sans doute révéler bien des faits
extraordinaires relativement à la vie intime du
prophète. Les mormons, qui ont vécu en paix
jusqu'aujourd'hui, commencent à être dans le
désarroi. La civilisation a pénétré jusqu'au lac
Salé, et les gentils sont assez nombreux pour
faire exécuter les lois par les disciples aveugles
de Jos. Smith et de Brigham Young. La loi,
qui défend la polygamie, est en force dans
FUtah et Brigham Young parle d'aller s'enfoncer, avec 20,000 de ses disciples dans les
montagnes de F Arizona, loin du télégraphe et
de la civilisation.
Le pays au nord et à l'est du bassin salé
forme un agréable contraste avec la région
stérile et sablonneuse que nous venions de
traverser. La beauté des environs, les collines
qui semblent abriter la capitale des Mormons,
les petites vallées, comme des oasis, si bien
cultivées et si fertiles, tout réjouit la vue. Dans
la ville du lac Salé les Mormons sont si bien
composés à l'extérieur, que nous ne pûmes nous
empêcher de les comparer aux beaux dehors
d'une pomme vermeille, mais dont le cœur est
pourri. Au contraire, ceux que nous rencontrâmes dans le voisinage du bassin sont misérables et dégradés, à peine plus civilisés que les 95
chinois et les sauvages.    De ces derniers, nous
en vîmes le visage tatoué de diverses couleurs :
(il O 7
ils étaient accompagnés de leurs  sales sauva-
gesses et de leurs dégoûtants enfants.
La rivière verte, que l'on passe sur un pont
de piles de la longueur d'un mille, forme la
borne du Diocèse de G-rass Vallev, de Msfr.
O'Co^ell.
L'hiver est très-rude dans les plaines de
l'ouest, entre le Colorado et TVyoming d'une
part, et le Ivansas et le. Nébraska de l'autre.
Des trains ont été bloqués en 1871, 72 et 73, de
| sorte que les voyageurs de San Francisco n'ont
atteint Chicago qu'au bout de vingt'jours. La
neige poussée parle vent s'était amoncelée à de
grandes hauteurs et formait contre le 'versant
de certaines montagnes des murailles qui
avaient la solidité de la glace. Près de Sher-
man, sur les Montagnes Rocheuses, les trains ne
parcouraient pas plus de quatre milles en 24
heures. Dans ces cas, il y a 3, 5, 7 et même 8
locomotives, dont la 1ère est armée d'une charrue ou chasse-neige, haut de onze pieds, le tout
en chêne avec plaques en fer. Les centaines
de chars, chargés de marchandises, on le devine,
n'ont pas éte'plus heureux que ceux des passagers". Représentez-vous l'étonnement des voyageurs de la Chine et du Japon, par le steamer-
poste^du Pacifique, débarqués des'«pays du
soleil, et tombant tout-à-coup au milieu de
pareilles tempêtes de neige. Représentez-vous
l'agréable surprise pour le touriste, quand emporté par la vapeur, à peine sorti des glaces et
des neiges,   il se trouve soudain   transporte  au — 96 —
I
milieu des jardins et des prés verdoyants, tandis que les roues de la machine conservent
encore les flocons de neige amassés sur la route.
Le voyageur ouvre sa fenêtre, un air doux lui
souffle au visage, le chant des oiseaux frappe son
oreille ; bref, il a la splendeur du printemps.
A la station de Sherman, sur la crête des
Montagnes Rocheuses, nous sommes à 8,424
pieds au dessus de FO.céan. Nous en étions au
4e jour de marche depuis San Francisco. Deux
heures et demie plus tard, nous entrions dans
la région des prairies, après une descente de
5,000 pieds ; puis nous dirigeâmes notre course
à l'est environ 400 milles. Dans les vastes
plaines, qui couvrent les flancs des Montagnes
Rocheuses, nous rencontrâmes, en plusieurs
bandes, 18 à 20,000 bêtes à cornes, venant du
Texas ; ces animaux avaient été vendus à des
bouchers de la Californie à raison de 7 à $11 îa
la tête. Il faut voir sur cette route, les milliers
de bœufs sauvages, les buffles et les chevreuils.
Alors, à chaque repas, nous sommes sûrs d'avoir
toujours de la viande fraîche. Le voyageur
aperçoit aussi des milliers de chiens dits des
prairies ; tantôt, assis sur les pattes de derrière,
et tournés vers le convoi, ils poussent des hurlements ; tantôt, ils gambadent et font mille
soubresauts.
La Rivière Platte, à proximité, à notre droite,
est longée pendant une demi-journée ; puis
enfin nous arrivâmes à Omaha, la capitale du
Nébraska ; là, nous devions retrouver la vie
civilisée. Mgr. O'Grorman est FéVêque du diocèse de Nébraska.   Sa cathédrale est une magni- Of
îl'que église en brique/dont la flèche élancée va
^ Sire au loin qu'elle pori-e le signe du-salut.    La
ville' d'Omaha prospère rapidement, et sa population est en ce  moment de 22,000 habitants.
*ïœs Sœurs de la miséricorde ont soin de Fhôpi-
i tâï'et de  plusieurs académies:    A^Omé&â, on
traverse la rivière Missouri, sur un pd&t d'un
Mille  de   longueur ;   il est en fer   et  coûte,
dit-on, deux millions de masses, et à Council
iSiuffs, on prend les chars pour Chicago, qui
sont prêts à partir sans délai.
Dans l'éfât de Flowa, à Dfe'venport, vouç passez le Mississipi stjj un pont aussi en 1er, et vous
! x-tes surpris en voyant  ce fleuve' aussi large à
1500 milles de son - embouchure.    Je dirai ici
tuf" mot  des fatfîfêfax- chars-dortoirs,   sur"cette
i ligne ; ils sont aménagés de la "-façon la plus
: confortable, eliauflfès au moyen de tuyaux qui
passent sous chaque voitttre ;:ils sont munis" de
doubles fenêtres et la veïÀflation est excellente.
^ïe^phsteagefé" ont des lits   à ressort, de bons
mets et creS vins exqûis/cbmme dans les hôtels
de première   clâSafe^'^fi1 dort âussr-bien dans
les  chars  dortoirs : que: dans: sa* chambre ; les
œffêfe balanceifieiïts vot& invitent à im doux
sommeil.    Dans - ces chars-palaisf, on pousse la
prdpreté et les prévenances jusqu-à la rechercher Il y a m'êine des harmoniums,-de -sorte que
le chant et la? musique forment : pour de voyageur un agréable pâssetemps.    Oes chars splen-
dides,  que  l'on   peut  comparer  à  des hôtels
ambulants coûtent.de 15 à-'f 20.000 chacun.
Ters 4 heures'de l'après-midi, le: 6e jour de
j&arche, nous à-frivions -à "Chicago.    Un étrau- ÇR
ger qui arrive aujourd'hui, dans ^çette villes
peut à peine voiries vestiges de l'immense conflagration qui la dévorait, il y a deux aria: tm£
est grande l'énergie et l'activité du peuple
américain. Chicago a actuellement les pMs
grands hôtels et les plus magnifiques magasins
des Etats-Unis. Ici ce que l'on veut avant tout
pour un édifice, c'est la grandeur* le style, la
magnificence et Féléganee/ la question. d'argent n'est que secondaire, t II v a à pèuLe
30 ans, cette ville n'avait .point -d'existence ;
elle est à présent? la 4e de l'Union r ti^-population étant près de 400^0.00 âmes! Lamé-
tropole de lkniestest* un des : fameux centres
d'industrie aux Etats .Unis.
On y remarque des,'èlçyateîjrs capables? de
conteloir douze millions de boisseaux de "*bî& et
si bien ordonnés qu'on y charge les plus grands
vaisseaux en moins d'une heure ; on y voit des
.abattoirs dont chacun tue de* 1000 à 2000 porca!
en un jour ; un réseau de 17 chemins de fejiaui
communique, çjçf.c chaque^|^t ^ ®j;y% îidjniire
son tunnel de deux milles, 5^ous je lac Michigaii,
qui fournit une e-au pure cet iTaîche à., .«es
habitants ; ses machines pfinr -élever des
carrés entiers de maisons, afin dy ajouter' un cm
deux étages, sans cependant nuire aiix affaires
eU&u comfort de ses oc-cupà^ts. Chicago1est
sans contredit le centre dugq-ahead américain..
Le catholicisme y fait aussi de grands progrès,
sous la jurisdictioh de Mgr. .FoleyV qui est le
digne évêque du diocèse. Dans la' ville seulement, on y compte 27 églises catholiques,, -nmî
couvents et un grand nombre d'écoles parois- I
— M —
siales, dont la plupart sont -sous la direction des
Religieux^
On rencontre à dix-sept| milles de Çhicagç.
une ville assez considérable, dont les habitants
sont des bêtes à cornes, des cochons et &e£>
moutons. Ces animaux sont mieux traités que
des milliers de pauvres créatures humaine s
dans certains quartiers de ; New York.- Cette
ville des bêtes, comme les Américains l'appellent,
a des rues éclairées par le gaz, une feanque, «une
ofiice pour le télégraphe et pour la poste, un
journal, etc. 118,350 résidents y trouvent leur
comfort, à savoir : 21,000 bêtes a cornes, 75,000
cochons, 22,000 moutons et 350 chevaux, La
ville comprend 345 acres de terre. Deu$ puits
artésiens de 1190 et de 1032 pieds emplissent
deux étangs qui, au moyen de tuyaux, fournissent partout de l'eau en abondance. ,-175 à; 200
hommes y' sont .constamment employés. Cette
entreprise coûte deux millions de.piastres.. Au
moyen d'un chemin de fer, ■ les 'animaux sont
transpoités aux diverses hoiicheries ^eChic^o
et des villes voisines.  .
Le 8e jour du trajet,,les villes de Kingston, de
Brockviile et de Pmscott passèrent successive-
meut sous mes -yempet ivers midi, j'arrivais à
Montréal. Je foulais encore une fois làteçre
bénie du Bas-Canada. La ville de Marie m'ap-
paraissait deux fois plus joyeuse et plus prospère que je la laissais en 1863. Je fus étonné
à la vue des résidences princières et des magasins superbes qui y avaient été érigés. La
magnifique cathédrale qui se construit et le
Géra aux peintures si brillantes et si variées, "100
en un mot totis les édifices religieux proclament
[hautement F esprit de foi et de piété - des - catholiques de Montréal. L'antique et bonne ville
de Québec me sembla gaie et rajeunie: .en dix
'ans, elle a perdu beaucoup de son aspect
|guerrier. La presque totalité. des troupes et
beaucoup de munitions de guerre ont repris le]
chemin de la mère-rvatrie. ; des cinq portes
qu'elle- avaitpqxiatre ont disparu : des rues j ont
I été-élargi es et ornées de plantations ; bref, la-
cité de Ohamplain, tout en demeurant conservatrice par son amour pour la paix et par- ses
|anciennes traditions scientifiques et littéraires. ;
|syest déclaré en faveur dneprogrès par Fappari-
|tion des chars ! urbains et de nombreux édifices
à la moderne.
: Les voyageurs,-laprès avoir-traversé si rapide-
jmetit le Continent américain, quoique la distance soit de 3,300 milles, oublient bien vite le
i temps ouv l'on employait plusieurs .mois à |
-parcourir le même trajet^ \ comme le fit Mgr.
| l'archevêque Blanchet, qui partit de id-on-tréal
|le 5 niai. 1838, et n'arriva à sa mission que le 24
novembre suivante La distance nous est encore
marquée: d'une manière, plus sensible par la
| différence du temps ; ainsi î ..quand il est midi à
à Québec, il est huit heures et âemie du matin à;
Orésron-citv.
Fin.      

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