UBC Theses and Dissertations

UBC Theses Logo

UBC Theses and Dissertations

Fontenelle et la sociologie moderne Agnew, William Noel 1938

Your browser doesn't seem to have a PDF viewer, please download the PDF to view this item.

Item Metadata

Download

Media
831-UBC_1938_A8 A3 F6.pdf [ 5.87MB ]
Metadata
JSON: 831-1.0098630.json
JSON-LD: 831-1.0098630-ld.json
RDF/XML (Pretty): 831-1.0098630-rdf.xml
RDF/JSON: 831-1.0098630-rdf.json
Turtle: 831-1.0098630-turtle.txt
N-Triples: 831-1.0098630-rdf-ntriples.txt
Original Record: 831-1.0098630-source.json
Full Text
831-1.0098630-fulltext.txt
Citation
831-1.0098630.ris

Full Text

P E 3 e 7 / f 3 «r r? &• FONTENELLE r ET LA SOCIOL0GIE .". MODERN E ' BY WILLIAM • NOEL AGNEW. A THESIS SUBMITTED FOR THE DEGREE OF 'MASTER OF ARTS IN THE DEPARTMENT OF 'FRENCH THE UNIVERSITY OF BRITISH COLUMBIA OCTOBER.1958. 1 GHAPITRE. I. INTRODUCTION. Au debut de sa carrier©, Fontenelle n'a pas eu de la chance chez les critiques. Pendant longtemps, l a boue que La Bruyere a lance'e est res-tee c o l l i e , au moins en partie. "C'est, en un mot, un compose de pedant et de pre'cieux, f a i t pour £tre admire'de la bourgeoisie et de la province, en qui neanmoins on n'apercoit rien de grand que l'opinion qu'il a de l u i -meme. C'est l a profonde ignorance qui inspire l e ten dagmatique."(1). Tel-l e etait 1'evaluation que La Bruyere et ses asds s'en faisaient. Vingt ans plus tard, J.B.Rousseau repeta l a meme idee:-"En verity caillettes ont raison } C'est le pedant le plus j o l i du monde." La Bruyere etait peu intelligent : i l publia l e caractere de Cydias dans l a huitieme edition des Caracteres qui apparut en 169^ s aup-aravant Pontenelle avait 4crit 1'Histoire des Oracles en 1637, lee Dialo-gues des Morts en 168J et sa Digression sur les Anciens et les Modernes en 1686, des oeuvres qui auraient du ec l a i r c i r La Bruyere quant au calibre de l'homme qu'il considerait comme un simple meuble de salon, ridiculeaent pre'tentieux. Plus de cent ans plus tard, Sainte-Beuve en rendant compte de la Vie de Pontenelle par M. Flourens n'est pas tout \ f a i t sans reproche. II (1) La Bruyere. Caracteres. Ed. Nelson.p.205. cit© le paragraph© bien connu de l a Bruyere, qui c o m m e n a e J — " A s e a g n e est sta-tuaire 8 et i l coamentes—" Ce portrait"de Fontenelle par La Bruyere est pour nous une grande leoon : i l nous montre comment un peintre habile, un critique penetrant, peut se trooper en disant vrai, male en ne disant pas tout, et en ne devlnant pas assez que, dans cette bizarre et complexe organ-isation hujaaine, un defaut, un travers et un ridicule des plus caracterises, n'est jamais incompatible avec une qualite superieure." ;.pt i l essaie de mettre 1*affaire en regie en s'imaginant deux Fontanelles •»-" II y a deux Fontenellea tres distincts " et plus loin :-" Fontenelle avait quarante ans f f f ''r':" * quand i l fut nomme Secretaire perpetuel des Sciences (169.?); i l avait publie tous les ouvrages qui l e distinguent sous sa premier© forme l i t t e r a i r e , et i l va durer soixante annees encore sous sa forme plus ©puree, plus contenue, plus serieuse'} l e grand esprit va desormais prendre l e pas sur l e bei esp-r i t ou du moins ne plus permettre qu'on l'en separe.".,....M.Piourens a pre-/ / • - •' sente en toute lucidite ce second et dernier Fontenelle.°(1). M.Faguet,, aeme, a manque de saisi r 1'importance; des oeuvres que j Fontenelle a ecrites avant de passer l a trentaine, quoiqu'il ne soit pas \ de sympathie avec l a critique de La Bruyere •»-" Et Cydias avec cette add-\ S . . - v resse a manier l a langue, a lancer l'epigramrae et surtout a l a retenir, n'est plus ce je ne sais quoi "immediatement au-desso.us de r i e n 8 q u f i l etait au temps de La Bruyere ...II avait , en effet, assez d'intellig-ence. B(2). M.Faguet se trompe sur l a valeur et l a porteV.de l'Origine des Fables loraqu'll dit:—"Sous couleur d'attaquer les erreurs de I'ant-iquite* paienne, i l f a i t deux petits traites, l'un sur l'Origine des Fab-les, l'autre sur les Oracles qui sont de petits chefs d'oeuvres de saal-(1) Sainte-Beuve. Causer!es du Lundi.p.244. (2) Faguet.F. Dix-Huitierae Siecle.p.4g. 5 ice tranquil1© et grave, et de scepticism© a l a fois discret et contagieux. II y iaisse timber comme par aegarde quelques gouttee d'une essence sub-t i l e qui, destine© a detruire les pre'juges antiques, doivent d'elles - a e i s e a se repandre dsns lea esprits a l a pert© de tout© croyance."(1). MJFaguet ne s'est pas apereu que Fontenelle dans l'Origine dee-Fables a le fond=-ateur de l a method© anthropologiqu© modern©. . ' Des ecrivains recents, M,Laborde-Milaa appuye sur son ouvrage comae vulgarieateur et en montre l'importance comme un l i e n qui enchain© la Method© de Descartes au pesitiviarae de Comte.(S). Un autre, M. Maigrori deplore son mauvais gout l i t t e r a i r e , mais i l accentue tout ce que Fontenelle a f a i t en se servant de l a methods earte*sienn© pour critiquer l a tradition et l'autorite". Ni l'un n i l'autre n'a rendu justice au contenu philoso-phique de see e^crits avant qu'il fut nomme''Secretaire de l'Acaderaie des Sciences.(J). U. Andrew Lang a mis au jour l e premier comhlen ¥4$.jLM6tt6 val-ai t Fontenelle comme un penseur original a son propre compte. II s'est f a i t I'opinion juat© que Fontenelle dans see speculations avait devance' son elecie de beaucoup. Lang d i t dans son "Introduction to Custom and Myth.(l884)B—* During some years o?f study of Greek, Indian and savage mythologies, I have been more and more impressed with a sense of the i n -adequacy of the prevalent method of comparative mythology. That method is based on the belief that myths are the result of a disease of lang-uage, as the pearl i s the result of the disease of the oyster."(4).Lang propoaait l'emploi de l a methode comparative et, apres l a publication de son l i v r e , i l trouva an appui inattendu, fortuitement, en lisant Fonten-(1) Paguet. Dix-huitieme Siecle.p.44. (2) Laborde-i§ilaa. Fontenelle. Paria.Hachette. ( 5 ) fclaigron. Fontenelle.L'homme, 1'oeuvre, l'influence. (4) Lang.A. Custom and Myth. p . 1 . eite. Dans un l i v r e subsequent, "Myth, Ritual and Religion," Lang signale l a justesse des vues de Fontenelle et i l conclut ainsi;;;ejv louant les ide'es que Fontenelle a mises a jour :-n On ne pouvait trouver un systeme de aythologie n i meilleur n i plus court } mais les My.Ca;saubon de ce monde l'ont neglige^ et, n?§iae aujoard'hui, i l passe leur, comprehension. * ( t ) . M.S.Reinach dans son Orpheus tient Fontenelle en grande-estime et i l le re&arde comme fort en av&nce sur son siecle '-"but how greatly Fontenelle was in advance of his age—-and indeed of the majority of nine-teenth century men of science when he recognised the spontaneity of ayt-hie creations and explained the analogies they show amongst the most rem-ote and various races by the very nature of the human; intelligences- f l On attribue ordinairement l'origine dee fables 1'imagination vive des Orien-taux, pour aoi, je I'attribue V 1'ignorance des premiers hommes. Mettez un peuple nouveau sous le Pol.e, ses premieres histoires seront des Fables, et, en effet, les anciennes histoires du Septentrion n'en. sont-elles pas toujours pleines ? Qe ne sont que g«*anta et magiciens. . Je ne dis pas qu'un so l e i l v i f et ardent ne puisse encore donner aux esprits une dern-iere coction , qui perfectionne l a disposition qu'ils ont a se reff&tre des Fables : mais tous les hommes ©nt pour cela des talents independans du s o l e i l . Aussi dans tout ce que je viens de dire, je n'ai suppos^ dans les hommes que ce qui leur est commun a tous, et ce qui:.doit avoir son effdt sous les Zones Glaciales comme sous l a T.orride." In these lines (1) Andrew Lang. Myth, Ritual and Religion. 1807. Appendix.'II. (3) Salomon Reinach. Orpheus. Histoire geWrale dee religions. Paris, Picard.1918. English Translation. F.Siamonds.Heinemann. p.11.. 5 we have the germ ©f the whole theory of modern anthropologists, who see in fables, just as in f l i n t and bone instruments, comparable products of civili s a t i o n s of various peoples at comparable periods; #f their evolution." Mais, an aus de 1 'anthropologic, Fontenelle.a .©to* reconnu coasae un pionnier dans un autre champ des connaissances. M.J.B.Bury dans son essai sur l'Ide"e du Progres indlque le role principal que Fontenelle a Joue'dans l e de'veloppeaent de l a Theorie du Progres — une des plus grandes id/es generales que 1'human!t/ait jamais concues :-° Fontenelle then was the f i r s t to formulate the idea of the progress of knowledge as a complete doctrine. At the moment the import and far-reaching effects of the idea were not realised, either by himself or by others, and his pamphlet which \ appeared in the company of a perverse theory of pastoral poetry, was acc-laimed merely as an able defence of the Moderns." Et encore :-" Fontenelle did- a good deal more then formulate the idea. He reinforced i t by showing that the prospect of a steady and rapid increase of knowledge in the future was certified."O)« Pour M.Bury, i i n'est pas l e 0 fade discoureur des salons" mais une " anima naturaliter moderna." M. Levy-Bruhl a signali I'interet et 1'importance dee vues de Fontenelle comme philosophe et sociologue dans son Histoire de l a Philos-ophie Modern© ( 2 ) et enfin en 1 9 5 $ , M.Carre'a devoue^ an grand volume a la philosophie de Fontenelle, ou i i l u i rend justice pleinement comme un penseur original, (j) La partie de l'oeuvre de Fontenelle qui est l e plus susceptible (1) J.B.Bury. The Idea ef Progress. Oh.V. (2) L.Levy-Bruhl. History of Modern Philosophy i n France. Chicago. Open Court Pub. Co. 1899. (5) J.R.Carre. La Philosophie de Fontenelle.Alean.Paris.195^. 6 d'endurer est ceile ou i l promulge ses idees sur les affaires, soeiolog-iques. Ses doctrines seat oontenues pour la piupart dans trois petits volumes'—-La .Digression des Anciens et dee Moderhes, L'Hijatoire des Orac-les et ltOrigine des Fables, taais on peut r e c u e i l l i r beaucoup de textes qui touchent ces sujets dans ses autres e'crits, surtout dans ses Dialo-guea des Marts et ses Efoiges des Academiciens. Sans doute, Fontenelle attendait de l a science une transformation des conditions mateVielles de la vie et i l avait confiance a l'esprit critique, qui 1'accompagne, pour ruiner dea superstitions qu'il trouvait ridicules. Jetant un regard retrospeetif, i l pouvait deviner ce que 1 •huaanite'avait ete' autrefois j ses fonctions comme Secretaire de l'Academie des Sciences l e mettaient a meme d'etre ferrd* sur toutes les de*couvertes ou les avances scientifiques de eon temps et a chaque avance enregistree, i i prenait p l a i s i r . Mais Fontenelle n'etait pas optimiste. II n'avait nulle croy-anoe en un'age d'or a 1'avenir : a cet egard, 11 ne s'est pas f a i t une assez bonne opinion dee hommes. II connaissait trop Men l e role jou©* par les passions et les sentiments a 1'exclusion de la raison. 0 Lee habits changeat, mais ce n'est pas a dire que l a figure des corps change aussi. La politesse ou l a groseierte,- l a science ou 1'ignorance, l e plus ou l e moins d'une certaine naVvete, l e genie serieux ou badin, ce ne sont la que les dehors de l'homme, et tout cela change ; mais l e coeur ne change point, et tout l'homme est dans l e coeur. On est ignorant dans un siecle mais l a mode d'etre scavant peut venir ; on est interesee^ mais l a mode d'etre de'sinte'resse* ne viendra point.°(0. f\% Fontenelle. Oeuvres. T.I.p.49. 7 GHAPITRE. II. FONTENELLE ET LA THEORIE Bof PROGRES. Le cartesianissae eonstata les deux f a i t s , l a souverainete'de i a raison et l a s t a b i l i t y de9 l o i s de l a nature. II se servit d'une nouvelle m e W » d e rigoureuse que l'on pouvait appliquer a 1'histoire autant qu'a l a physique. L'imnutabilite des proee^ela de l a nature se heiirta a. l a theorie d'une Providence bienfaisante et l a suprematie do l a raison denigra l'autorite^ et l a tradition qui avaient domine* 1' esprit humaine-Dans ce milieu, une theorie du progress p r i t naissance., — Cette idee ne pouvait pas paraitre pendant l a Renaissance; I i f a l l u t des conditions pre^liminaires qui n'etaient pas remplies avant le dix-septieme siecle. Tant que l'on croyait que les Orees et les Remains au comble de leur c i v i l i s a t i o n avaient atteint V un niveau intellectuel que l a posterite' ne pouvait atteindre, tant que l'autorite'de leurs ph&iosophes pasaait pour incontestable^, une theoriede degeneration regnait a 1.'exclusion de toute theorie de progres. Bacon et Descartes libererent l a science et l a philosophie du joug de cette autorite*. Pour constituer une theorie de progres, i l fut aussi necessaire de reconnaitre pleinement l a valeur supreme de l a vie humaine et de faire servir l a scienoe \ ses: besoins. L'esprit se'culaire de l a Renaissance avait pre-par/ les voiea a cette evaluation nouvelle qui s'est developple en u t i l -i tarian^ aoderne; En outre, on n'oserait pas affirmer qu'il y aurait un progrescontinu des connaissances avant que l a science fut mise sur dea fondements atables. Pour faire cela, i l f a l l u t admettre que les loi s de i a nature etaient constantes. S i l'on n'accepte pas cette hypothese 6 s i on pense possible que I'uniformite* de l a nature peut changer de temps en temps, on. n'a nul garant que l a science peut faire un progres inde'f-i n i . iia philosophie de Descartes etablit ce principe. Fontenelle etait un bon Carte's!en, II appre'ciait l a me*thode de Deacartes, quoiqu'il n'approuvtst pas toutee ses doctrines t entre autres i l ne croyait a 1'automatism© des animaux ou aux idees inneee. Gsrame i l d i t lu%-yfme :-" Avant M,Descartes on raisonnoit plus couaBOdeaent j les siecles passes sont bien heureux de n'avoir pas eu cet homme-la. C'est l u i , a ce qui rae aeiable, qui a amene^ cette nouvelle Kathode de raison-ner, besucoup plus estimable que sa Philosophie meW, dont une bonne partie se trouve fausse, ou fort incertaine, selon les propres regies qu'il noua a. apprisees,"(1). Et dens un autre l i e u , i i : l e regarde comme l'homme du a l l e l e Quelquefois un grand; homrae donne l e ton "a tout son siecle ; celui \ qui on pourroit l e plus l4*gitimement, accord er l a gloire d ravoir etabli un nouvel art de raisonner, e^tait un excellent geometre.H II voit les effete dane l a litterature J-b L'ordre, l a netteteV l a pre-cision, Ifexactitude qui regnent dans les bons livres depuis un certain temps, pourrpient bien avoir leur premiere source dans cetj^ esprit geometrique^O) Fontenelle, lui-me'me, avait cet esprit geotaetrique : i l e'tait un des Modernes. Dans les Dialogues dee Morts, qui parut en 1685, i l f a i t a l l -(1) Fontenelle. Oeuvres, T.IV.p.182, V (2) Fontenelle. Oeuvres. JJ.I.Prerace.p, 12. (5) Ibid. , / 9 uai.on a i a JQuerelle des Anciens et dee Mod ernes, qui eat le sujet d'un entretien entre Socrate et Montaigne. Socrate professe ironiquefflent un© opinion que tout le sonde devait $tre meilleur et plus sage qu'il n'e'tait de son temps * que les hoaoes auraient profite'de 1'experience de tant d^ann/es j e t que l e monde devrait avoir une veillesse plus sage et plus reglee que n'a e'te' sa jeuneBse. Montaigne 1'assure qu'il n'en est pas n , se A ainsi, °et qu i i ne trouve plus de cea ^taes vigoureuaes et roldea de i'antiquitev des Aristides, des Phoeions, Bea p/ricles, ni enfin des Socrates." A* cette revendication, Socrate oppose i a doctrine des forces de la nature } aucun de ses ouvrages n'a encore d^genere^ j * pourquoi n'y a u r a i t - i l que les hommes qui degenerassent ?" II continue plus tard t - n On met les anciens bien haut, pour abaiaser ses contemporains. Quand noua viviona, nous estimiona nos ancetres plus qu|iis ne merits oient i et a preaent, netre posterite nous estime plus que nous ne raer-i t one, zaaie nos an<Atres et nous et notre posterite^ tout cela est bien egal, et je crai que l e spectacle du monde aeroit bien onnuyeux pour qui l e regarderoit d'un certain o e i l , car c'est toujours l a meme chose." Mais Montaigne objeste J'aurois cru que tout Md$£446£& changeait et que les siecles diffeVens avoient leurs caracteres......Ne voit-on pas de alleles sqavanta, et d'autres qui sont ignorants ? N'en voit-on pas de na'i'fe, et d'autres qui aont plus rafines ? N'en voit-on pas de serieux et de badina, de polls et de groaslers ? II eat vrai * repoad Socrate, " mais ce ne sont l a que les dehors de 1'homme.,Tout cela change, aais l e coeur ne change point." et l e dialogue f i n i t :-" L'ord-re general de l a nature a I'air bien constant, "O ) • La st a b i l i t e des ( 1 ) . Fontenelle. Oeuvres.T.I.p.49. 10 l o i s de l a nature e'tait un atout de Fontenelle. En' 1&88, i l publia dea Poesiee pastorales et i l joignit a eon recueii un--.pisdo.ufs sur l a Nature de 1 'Eclogue, dont l a Digression aur les Anciens et les Modernes se presenta coame une dependance, C'e'tait son manifest© sur l e sujet. II avait pass/ en revue les auteurs dee podeies pastbrelles, les anciens et les modernes, et i i avait critique* toue deux pour j u s t i f i e r aa propre conception de 1'eclogue. Le dis-cours f i n i t t - n Je prie done que l'on me peraette de faire i c i une petite Digression qui sera saon apologle et une exposition naive du sentiment ou je suia sur les Anciens et les Modernes;., J'espere qu'on me l e peraettra plus faoilezaent que l e po^me de Perrauit a mia cette question fort a l a mode. Oomme i l se prepare a l e traiter plus ample-ment et plus a fond, je ne l a toucherai que fort legerefnent. B( 1). En effet, i l s'est charge^ d'indiquer qu'il n'y avait la, qu'un d©8 cSt/s de l a question du progrls. Dee les premiers mote de l a Digression, l e debat ee trans-forma et i i ne s'agit plus d'eloquence ou de poesie seulement, mais i l est devenu une question de Physique. Fontenelle coataenje par faire une autre proposition. tt Toute l a question de l a pr/eminenoe entre les Anciens et les Modernes, extant une fois bien entendue, se result a sjevoir s i les arbres qui etaient autrefois dans nos campagnes etaient plus, grands que ceux d'aujourd'hui. En cas q u 1 l i s I'ayent ete, Hoaere, Platon, DemoethSne ne peuvent etre egalee dans ces derniers siecles ; mais s i nos arbres sont aussi. grands, que ceux d'autre-fo i s , noua pouvons egaler Homere, Platon et DeraosthWie,''(2). Un (1)' Fontenelle. Oeuvree. T.IV.p.169. (g) Ibid. 11 phyaiclen ne pouvait travailler que s'ii adraettait la'epnetance des lois de l a nature : l a Constance du cerveau humain et i a constance iateilectuelle ne sont qu'un cas particulier. B 81.i^s;'jAncienS avaient plus d'esprit que nous, c'est done que les cerveaux de-fce temps-la etoient mieux disposes, forme's de fibres plus feraes^oufeplus delicate, remplis de plus d'esprits animaux ; mais en vertu de quoi, les cerveaux de ce temps-la auroieht-ils e t l mieux dispoa/s ? Les arbres auroient done ezi plus grands et plus beaux j car si l a Nature Itoit alors plus jeune et plus vigoureuse, les arbres aussi bien que les cerveaux des honuae3 auroient du se sentir de cette vigueur et de cette jeunesee. B(1). La ve'rlte', c'est que " l a nature a entre les mains une certaine pate qui est' toujours l a mCme, qu'elle tourne et retourne sans cesse en mille faeons et dont elle form©' les Hommes, les Animaux, les Plantea ;et cert-ainement el l e n'a point forme' Platon, Demosthene, n i Homere d'une arg-i l e plus fine nl mieux prepares que nos philosophes, nos orateurs et nos poetes d*aujourd'hui." (2). On pourrait objecter que nos esprits ne sont pas d.'uae nature materielle, mais l e cerveau est inaterfcel et i l s ont une liason avec l e cerveau qui produit toutes les differences qui sont entre eux. Pourtent on salt bien que, dans une meme espece, l a t a i l l e dea arbres varie avec le milieu. Lea cerveaux, pourquoi non ? Font-enelle admet q u ' i l peut etre une variation a cause de climat :-" I I est toujours 8u*f que, par l'enchainemerit et l a dependance re*ciproque, *" (1).Fontenelle. Oeuvrei .J.Iir.p. 170. (2) 8 B T.IV.p.171. 12 qui 'eat entre toutes les parties du monde m a t e r i e l , d i f f e r e n c e s de climat qui se font sentir dans les plantes doiven^gs^etendre jus-qu'aux cerveaux et y faire quelque effet." Mais l a culture periaet d'acclimater. parfoie des plantes, et de neutrsliser, feiativefflent, l a difference de climat j et B l ' a r t et l a culture peuvent: beaucoup plus sur les cerveaux que sur l a terre » nous n'aurions tPftS, tant de..-peine a prendre dans nos euvrages l e genie i t a l i e n qu'a ©leyer des ©rangers," Si done untour d'esprit peut "etre acquis plus faciieiiient que ne peut 'eire modifies l a variation impose© par l e climat a une pi ante, les variations "d'esprit ne sont pas du sfeae ordre d*importance, relativ©-ment aux ciimats, que celle des plantes. " La faciiite'qu'ont les esp-r i t s a se farmer les uns sur les autres f a i t que tous ies peuples ne conservent pas l'esprit original qu'ils tireroient de leur climat,"(1) et f i n a l e a e n t : - 8 II s'ensult que l a difference des ciimats ne d o i t ^ t r e eosaptee pour rien, pourvu que les esprits soient d'aiiieurs egalement cuitives."0). La grande question dee Anciens et dea Modernes: est maintenant "vuidee". Les siecles ne mettent aucune differencei entre les hommes.. Noue?ypilV done tous parfaitesent egaux, Anciens,; et Modernes, Grecs, Latins et Francais."(J) c'est a dire, i l s sont naturel1ement egaux, toutes differences de culture /tant par hypotneee e\iain/©s. Done Fontenelle infere que toutes les differences quellee qu'elles soient, doivent^tre cauaees par des circonstances etran-geres. B I c i , apres que l'on a reconnu I'egalite naturelle qui est (1J Fontenelle.Oeuvres.T.IV.p.17j. "' ; (2) « « " p.174. V (5) " B " P.179. entre lea Anciens ©t nous, i i ne reete aucune difficulte'. On voit clairement que toutes les differences, quelles qu'elleS soient, doi-vent 'etre causers par des circonstances etrangeres, telles que sont le temps, lea gouvernments, l'etat des affaires gen.£ra;i:e».B( t ) . La nature ne deg^nere pas avec l e temps, mais avec. lui: .1 es.;connaissances peuvent s'accumuier. Les differences de climat sont,eahs importance notable j mais sous differents gouvernments, en dee iieux divers et avec l a rarlete locale et temporelle de l'etat generalises affaires, les circonstances favorables aux travaux de l'esprit verient beaucoup. " Sans doute, i a Nature se souvient bien encore comment elle forma l a tete de Olceron et de Tit e l i v e . E l l e |>roduit dans tous les siecles des hommes propres xa *etre grands hosames, mais lea siecles ne leur permettent pas toujours d'exercer leurs talents. Des inondetians des barbnres, des gouv eminent s ou absolument oontrair.ee ou peu favor-ables aux Sciences et aux Arts, des prejugee et des fantaisies qui peuvent prendre une inf inite* de formes differentes, tel qu'estV l a ne Chine 1© respect des cadavrea, qui emp'eche qu'en fasse aucune anato-mie, dee guerres universelles ©tabiissent souvent et pour longtemps l'ignorance et l e mauveis gout. Joinez a1 tout cela toutes les div-erse?? dispositions des fortunes particulieres, et vous, verrez com-bien l a Nature seme en vain de Cicerone et de Virgiles dans l e monde, et combien 3.1 doit 'etre rare qu'il y en a i t quelques-uns, pour ainsi dire, qui viennent a bien."(g). Quand lea circonstances, gouvernsaent ot affaires generales sont aussi favorables pour ies aodernes qu'elles ( OPontenelle. Oeuvres.f .IY.p.l?6. (2) • fl T.IV.p.1S9. 14 A 1 ©nt pu I''etre pour ies anciens, i l s ont 1 avantage sur ces derniers de venir apres eux et de beWficier de leurs travaux. A ce point, Fontenelle developpe l a coaparaison, fameuae de 1 'humanite"a. un meme homae qui ne v e i l l i r a pas et apprendra toujours :-•* C'est-e-dire, pour quitter l'allegorie, que les homeiee ne degenereront jamais, et que les vues saines de tous les bons esprits, qui se suc-cederont, sVajouteront toujours les una aux autres.*(1). Prises a part, les generations humaines sont toutes egales a peu pres, mais, \ mesure qu'elles arrivent sur l a scene du monde, les dernieres venues profitant de tout lestravaii scientif ique, accuraule', et montant en quelque sorte sur les epaules des prececlentes, y voient mieux qu'elles et plus l o i n . Oette solldarit/dans lee efforts des generations est un des throes constants de 1'Histoire de l'Academie. des Sciences. Mais i l faut,aussi, concevoir l e progres cswe necessaire et certain. La theorie n© vaudrait pas beaucoup s i l'espoir de progres a 1'avenir etait subordonn/ a l a chanc© ou a l a discretion d'une volonte'externe. Fontenelle constate impli c i t omen t : l a certitude de progres loraqu'il d i t :-° Si l'on nous avoit mis en leur place, nous aurions invent/ ; s ' i l e e'toient en l a notre, i l s ajouteroient a ce qu'ils trouyeroient invent/ > i l n'y a pas l a aistere." (2) : c'est a dire, que les connaissances sont susceptibles de progreseer indep-endammont des indivldus particuliers. S i Deseartes n'etait pas ni, quelqu'un d'autre autait f a i t son travail ©t i l ne pourrait y avoir aucun Descartes avant l e dix-septieme siecle. " II y a un ordre qui (1) Fontenelle. Oeuvres.T.IV.p.192. (2) . " " T.IV.p.17?. 15 regie nos progrea. Chaque connaissance ne se developpe;,qu* apres qu'un certain nombre de connaissances pree eel en tes se sont developpe*es et quand son tour pour /clore est venu . " (1) . Fontenelle e'tait done l e premier a forrauler l-'id^e du progres des connaissahees comme une doctrine complete. Mais i l a f a i t plus. Dans 1'Histoire de l'Aoademie des Sciences avec ses Prefaces et ses tloges, i l a montre l e progres scientifique que l'on f a i s a i t . Dans l a Preface de 1'Histoire de I'Aeadeaaie des Sciences depuis: 1666 jusqu'en 1699» i l parle d'un ton a peu pres optimists s-° Ce n'est guere de ce sieele-ci que l'on peut compter l e renouvellement des matheWtiques et de l a physique. Descartes et d'eutres grands hommes y ont i r a v a i l l e avec tant deeueces que dans ce genre de litterature tout a change* de face. On a quitte une physique s t e r i l e , et qui depuis plusieurs siecles en e*tait toujours au meme point ; l e regne des ssota et des termes est passe, on veut des choses j on etablit des principes que l'on entend, on les suit ; et de l a vient qu'on avance. L'autorite* a cesse'd'avoir plus de poids que l a raison > ce qui etoit reeu sans contradiction, parce qu'il 1'etoit depuis longtemps, est presentment examine*, et souv-ent re jets' i et eoarae on s'est avise^ de consul ter sur lea choses natur-el lee l a nature elle-mtW, plutot que lea anelene, elle: se laisse plus aiselaent depouvrir } et assez souvent, preesee par ies nouvelleB exper-iences que i.'on f a i t pour l a eonder, e l l e accorde la connaissance de quel qu'un de ses secrets. D'un autre cStel lee math^matiques n'ont pas f a i t uri progres moins considerable. Oelles qui sont melees avec (1) Fontenelle. Preface des Elements de i a Geometrie de l ' I n f i n i . 16 aveo l a physique ont avance'avee e l l e , et les raatheWtiques sont aujourd'huijplus feeondee, plus unlverseiles, plue;v^ii|bl|k«0e, et, pour ainsi dire, plus intellectuelles qu'elles n'ont jaaaisViete. A mesure que ces sciences ont acquis plus d'etendue, ies methodee sont devenuee plus simples et plus f a e i l e s . n ( 1 ) ''-'ipZ Quelques pages plus l o i n , 11 affirm© sa confiance dans 1© developpement l l l i a i t e ^ d e i a science meeaniste de l a nature En un mot, s i toute l a nature consist© dans les eombinaisone, Innombrables des figures et des mouvements, l a gesaetrie qui seul© geut calculer dea asouvomenta et determiner des figures, devient indispensableraent necessaire a l a physique } et c'est ce qui parait visiblement dans i a chute acbeleree des corps pesants, dans les r / f l exions et les refractions de. l a lumiere, dans 1 *equilibre des liqueurs, dans Is mecaniquo des organes des animaux i enfin dans toutes les matiires de physique qui sont susceptible de precision. n{2). Fontenelle a eu l e premier l'heureuse idee de l a s o l i d a r i t y des sciences - — toutes les sciences se tiennent et se pinetrent, n'etant respectiveraent que ies cas particuliers d'une science unique. II d i t dans i^Eloge de M. Bernoulli© :-" Comme I'alliance de l a geoaetrie et de l a physique f a i t i a plus grande u t i l i t / d e l e geometric et toute l a solidite' de l a physique, 11 forma des aesemblees ©t une espece d'Acadeluie ovu i l f a i s a i t des experiences qui etaient ou le fondeaent pu l a preuve des ealculs geometriques et i l fut l e premier (1) . Fontenelle. Preface de 1'Histoire de 1'Acad©mi© des Sciences. 1?33« (2) . Ibid. 17 qui etablit dane l a v i l l e de Basle cette maniere de philosopher, l a seule rai3onable, et qui cependant a tant tardea paroltre. 1* (1). En 1?10, i l f i t l'Eloge do M. Gugliesaini et l e ioua.fortement parce qu'il avait f a i t passer l a geometrie a la chimi©:- " En un mot, ce n'est pas tant l a chiiaie qui domine dans ce Traits'que l a geometrie, et ce qui vaut oieux encore l'esprit geometrique.ff{2). Dans l a Prefec© sur 1'Ut-11 i t / d e s Maiheaatiques et de l a Physique, i l ecrivit a; propos du meme sujet s-"LlanatOEiie d'animaux nous devrait otre assez indifferente, i l n'y a que l e corps humain qu'il nous iaporte V connoitre. Mais t e l l e partie dont l a structure est, dans l e corps humain, s i delicate ou s i confuse qu'elle en est invisible, est sensible et manifest© dans l e corps d'un certain aniraal L'on d i t a i t pr©3queAla nature, a force de multiplier et de verier see ouv-rage©, ne peut s'efflpechor de trahir quelquefois son secret..-.. Amassons toujours des veritea de Mathematique et de Physique au hasard de ce qui en arrivera, ce n'est pas risquer beaucoup. II est certain qu'elles soront puisees dans un fonds d'ou i l en est d€ja sort! un grand nombre qui se sont trouvees u t i l e s . Nous pouyons presuraer avec raison que de ce m!eae fonds nous en t i r e r -ons plusieurs, brillantes des leur nslssance, dj'une utiiite'sens-ible et incontestable Toutes les Veritas deviennent plus lueaineuses ies unee par les autres."(f5. ( 1 ) . Fontenelle. Oeuvres.T.V.p.lCir*. (.3) . • " " T.V.p .?99. (5) " • T.V.Preface n.p. 13 Fontenelle etablit une theorie du pr^ogr^s des connaissances qui devait plus tard s'epanouir en une theorie de progres general qu'il a aidee beaucoup par sa vulgarisation de l a science. Male i l est de f a i t qu'il n'avait pas une f o i sans nuances au progres. II etait trop pessimist©. II n'avait form/ une tret* haute idee n i de l a con-dition huraaine n i de 1 'homme raeW. II voyait partout l a f o l i e ; dans les Dialogues des Morta, i l pouvait exprimer ses vues librement. Le premier dialogue, celui entre Alexandre et Phrine, demaeque l a f o l i e de 1'ambition :-ALE. Si j'avois a revivre, je voudrois etre encore un l l l u s t r e conquerant. PHR. Et aoi, une aimable conqueVante ...La Grece, ITAsie, la Perae, tout cela est un bei et^lage. dependant s i j© retranchois de votre gloire ee qui ne vous appartient pas, s i je donnais a voe soldats, \ vos dapitalnes, au hasard meme, l a part qui leur ©n est due, croyez-vous que vous ne perdissiez guere ? Mais une belle ne doit partager avec personne l'honneur de ses conquetes, elle ne doit rien qu'a elle-me,rae.( 1) -LB conduite de celui qui veut tout etreindre n'est pas cell© d'un sage sur tout ai c l l c l e raene, plut&t qu'il Is. dirige PHR D'autre €ote, s i vous n'eussiez f a i t que conquerir ia Grece, les isles voisines, et peut-etre quelque petite partie de l'Asie JiSineure, et vous en composer un etat, i l n'y avoit rien de mieux entendu, ni de plus raisonnable, { 1).Fontanel 1 e. Oeuvres.T. I .p. J'. '9 mais de courir toujours , sans scavoir ou, et de prendre toujours des villes, sans sjavoir pourquoi,d 1executer toujours sans avoir aucun dessein, c'est ce. qui n'a pas plu a beaucoup de pessonnes bien sensees. .-.>•-ALE. Que ces personnes bien sensees en disent tout/ce qui leur plaira. Si j'avois use"si sagement de me valour et de ma fortune, on n'auroit presque point parle de moi.(l). Charles-quint a eu comae Alexandre la folie de I'ambition : i i a cru se tailler sa destin/e et sa place dsns l'histoire, mais ^ ras-uie denonce la folie ef. 1 'illusion qui repose sur la aeconnaissance des vraies cau3es.(3). La vanite* est un vice eemblable. Auguste le discute avec Pierre Aretin :-P.AR. De quel front Firgile osait-il vous dire qu'on ignorait quel parti voue prendries parmi le6 dieux ?......... AUG. Ne aoyez paa ©'tonne' que Virgiie eut ce front-la. Quand on est lou/, on ne prend pas les louangea avec tant de rigueur Souvent oa croit laeriter des louanges qu'on ne re-coit pas, et comment croiroit-on ne meriter pas cel-les qu'on rec_oit ? De cette sorte de louanges-la, on en rab-afc quelque chose, pour les require a une mesure un peu plus raisonnable, mais, a la verite', on n'en rabat guere, et on se fait a soi-me*ae une bonne composition. Enfin de quelque maniere outrle qu'en soit lou©') on en tirera tou-(1) Fontenelle. Oeuvres.T.I.p.9. (8). • • 0 p.?6. 20 jours l e p r o f i t de croire qu'on eat au deasus de toutes les louanges ordinaires, et que par son meVite on;a re%uit ceux qui louoient a passer toutea les bornes. L a v a n i t e a bien des r e 3 s o u r c e s . B ( 1). . ";.';••'>• Les grands ont la f o l i e des grandeurs : l e peuple s. Is f o l i e du raerveilleux. II s'est toujours abandonne a I ' a t t r a i t . de 1'strange, de 1 ' i n i n t e l l i g i b i e et de 1'impossible j beaucoup qui ne s'en doutent sfeffle pas sont peuple en ce point. Horner e explique V Esope l a cause de i'nttrn.it de BOB reeits :-" Vous vous iaaginez que 1'esprit humain ne cherche que l e v r a i s detrompez-vous. L'esprit humain et l e faux eympatiHent extreraeiaent. S i vous avez l a v l r i t e * a d i r e , vous ferez f o r t bien de 1'envelopper dans las Fables : e l l e en p i a i r a beaucoup plus. S i vous voulez d i r e dee Fables, e l l e s pourront bien p l a i r e , sans conienir aucune verite*.- .Ainsi l e vr a i a besoin d'emprunter l a figure du faux potsr ^ t r e agreeabl ement ree^u dans l ' e s p r i t husiain j mais l e friux y entre bien sous SP. propre figure, car c'est l e l i e u de sa naissance, et de sa demeure ordinaire et l e vrai y est Granger."(2) La f o l i e de nos eeperanees et de noe crpintes vaines, de notre imag-ination deVeglee, nous tranaporte dans 1'avenir et nous empeche de jo u i r du present. Coonc Anselme dit''a Jeanne de'Naples :-" On ne se d/ssbueera jamais de tout ce qui regerde 1'avenir j i l a un chp.rme trop puissant. Les hommes, par exemple, e a c r i f -ient tout ce q u ' i l s ont a une esperance. ; et tout ce qu'ils avaient et tout ce qu'ils viennent d'acquerir, i l s l e s a c r i f -' <i \ k Pf°r»^ e\-r^Pe eWA- n oo,>l, :: • U (t£->) rfDjFowteneSljl'-a.--.OeuvresZP.£ii*»'£&> .• -nr l r a- ~t» r iv . i jvu: s 21 lent encore Y une autre experience i et II seraHe que ce eoit l \ i un ordre a a i i c i e u s dans l a nature, pour leur $ i e r toujours d'entre l e s mains cs q u ' i l s tiennent.°(1) / et s l a f i n du Dialogue "O'est un© piaisante condition que c e l l e de 1.'homme,si e l l e est t e l l e que. vous l e croyez. II est n / pour aspirer a tout et pour ne j o u l r de rien ; poor marcher toujours/ et pour n'arr-, iver nulle part. B{2)-Les sottises t e l l e s que l e prejuge', 1'ignorance, 1R super-s t i t i o n sont partout. Le dialogue de Paracel6e et de Moliere est piquant t-PA. J ' a i rendu c© nom aussi i l l u s t r e q u ' i l est beau. Lies ouv-rages aont d'un grand secours Y tous ceux qui. veulant entrer dans les secrets de l a nature, et surtout V oeux a u i s'elev-ent jusqu'a l a connaissance des Genies, et dea habitants elementaires. MO. Je congois aisemst que ce sont l a les vraies sciences. Con-noitre les hommes que l'on voit toua les jours, ce n est rien ; oais connoxtr© les Ge'nitfS que l ' o n ne voit point , c'est toute autre chose.(5). Et plus l o i n s-MO. St moi, j ' a i etudie lea sottises des homraes. PA. Voila une b e l l e etude. Se s|ait-on pea bien que los hommes sont aujets ^  f a i r e aaaaz de sottises ? a 30. On l e s^eit en gros ©tdconfusenient ; mais i i en faut venir (1).Fontenelle. Oeuvres. T.I.p.101.' (3) 0 0 " p.103. (5) B O P.155. 22 aux d e t a i l s , et aloes on eat surpria do l'e*tendu de cette science.(1) . Moiiere met f i n au dialogue en disant s- n Qui veut*peindre pour l'im-mortal ifce>' "doit peindre des Sots." (2). Dana ce rarelae dialogue, Molidre fond sur les superstitions popul-aires t - " La verite'^p'/^ se presents a l u i $ mais parce qu'elle est eiiaple, i l ne la, reconnect point, et i l prend des raisteres r i d i c u l e s pour e l l e , settlement parce que ce sont des raisteree. Je suis persuade* que s i l a piupart des gens voyoient I'ordre de 1'univers, t e l q u ' i l est comiae i l s n'y reraarqueroiant n i vertus desnorabres, n i proprietes des planefees, n i f a t a l i t e s attaehees a de certains terns, ou a de oertaines revolutions, i l s ne pourroient a'aapecher de d i r e sur cet ordre admir-able } QOOI& N'EST-CE QUE CELA ? ( . C'est l a voix d© Fontenelle. Ce ;eont les passions, sans doute, qui font l a s o t t i s e et l a f o l i e humaine, mais ce sont e l l e s aussi qui sont ce q u ' i l y a de plus fondamental dans 1'homme. E l l e s aenent toute l a machine ©t e l l e s changent l e moina aveo les teraps et le s l i e u x . tt Ce sont les passions qui font et defont tout. S i l a raison dominait sur l a terr e , i l ne s'y passerait r i e n . On d i t que les p i l o t s s craignent au dernier point ces aers pacifiques ou l'on ne peut pas naviguer, et qu'i l s veuient du vent au hazard d'avoir des tempetes. Les passions sont chez les hommes des vents qui sont necessaites, pour settre tout en (1) FontenelIe.Oeuvres.T.I.p.186. (2) fl • " p .190. (5) 9 n " p.135. 25 mouvement,, quoiqu'ils cnusent souvent des orages."(.1). Meme lee plus grandes choses se font par e l i e s . BAu fond, tous l e s devoirs se trou-vent remplie, quoiqu'on ne les reraplisse pas pnr l a vue du devoir » toutea lea grandes actions q&i doivent'etre f a i t e s per les hommes, se trouvent f a i t e s ; enfin I'ordre que l a nature a vouiu- e t a b l i r dans 1'univers, va toujours son teain ; ce q u ' i l y- o \ d i r e , c'est que ce que l a nature n'auroit pas obtenu de notre raison, e l l e I'obtient de notro f o l i e . " ( 2 ) . La rainon s a l t que l e secours des passions l u i est necessaire J-* La g l o i r e n'est fondee que sur 1'imagination, et e l l e est bien plus f o r t e . La raison, elle-raeme, n'approuveroit pas que les horamos ne se coii&uisissent que par e l l e : e l l e sgait trop que l e sec-ours de 1'imagination l u i est necessaire."(5). La raison est eabaxrassee par see propres incertitudes et l a natuse a s o l f de certitudes ; lorsqu'elle ne dispose pas de raiaone veritables qui l u i j u s t i f i e r a l e n t , i l faut bien qu'elle e'en donne 1'equivalent, ou en se forgeant en imagination des mirages ou en s'en tenant \ des p r l j u g l s , Citons l e dialogue de Straton et de Raphael d'Urbin :-PAP. Cela se peut parce que l a raison nous propose un trop p e t i t nombre de maximes certaines et que notre es p r i t est fg.it poor en croi r e davantage. A i n s i l e surplus de son i n c l i n a t i o n "a cro i r e va au p r o f i t dea; prd^uges et l e 9 fausses opinions achevent de l a r e a p l i r . (T) Pontonelle.Oauvrea. T.I.p.199. (?) . 0 " T.I.p.1??. (?) 8 0 T.I.p.1?6. 24 STR>. Et quel besoin de se jeter dans 1'erreur f Ne peut-on pas, dans les choses douteuses, suspendre son jugement ? La raison a'arrete quand e l l e ne s^ai t quel ohemin prendre. RAP. Vous dites v r a i , e l l e n'a point alors d'autre seoret pour ne point s'e^arer, que de ne pas f a i r e un seul pas ; mais cette s i t u a t i o n est un stat violent pour l ' e s p r i t humain ; i l est en mouvesent ; i l faut q u ' i l a i l l e . Tout l e monde ne s j a i t pas doutcr, on a besoin de luraier.ss pour y par-. venir, et de force de s'en t e n i r i k . B ' a i i i e u r s , l e doute est sans action, et 11 faut de 1'action parsi ies hommes.f1). La raison d'etruira les pre'juge's, mais e l l e ne saura pas que taettre en lour place J-RAP. Mais l a raison chaaaera de notre esprit toutes aee encien-nes opinions, et n'en set t r a pas d'autres dpns l a place. E l l e y causrara une espece de vuide. Et qui peut l f i sout-enir ? Won, non, five*-, assez peu de raison qu'en ont les hommes, i l leur faut autant de prejuges q u ' i l s sont accout-umes d'en avoir. Les prejuges sont l e supplement de i a raison. Tout ce qui nanque d'un cote, on l e trouve de l'autre.(2). Coraste 21.Carre" d i t La" est bien en effet l e v i f de l a question j les passions et toutes l e 9 duperies de 1'imagination et du pre'juge qui les (1) Fontenelle.Oeuvres. T.I.p.168. (9) • ' * " * p.1?0. 35 suivent, ont une u t i l i t s ' v i t a l e , tandiaque 1'intelligence impartiale est naturellement orient©'© a eontresens dee necessites vitales. n(1). Fontenelle avait cette conception de l'homme et de l'a l l i a g e que l a raison et les passions foment en l u i . Cela extant,, i l n'etait pas homme a constituer une theorie du progres a 1'in f i n i : i l n'etait pas assez optimiate ; peut-etre e t a i t - i l trop intellectuel. II a senti les d i f f i c u l t e s et ses idees sut l e progres ont gagne en nettete* et l u i ont interdit d'etre de l a religion de ceux qui l'ont suiv i . Rig-nan avait raison qui, parlant des partisans des Modernes et de leur chef de f i l e , l e denommait "le patriarche d'une secte dont i l n'etait pas." (2). Comparons l a f o i de Condorcet Les avantages reels qui doivent resulter des progres dont on vient de montrer une esperance presque certaine, ne peuvent avoir de term© que celui du perfection-ment me^ ie de l'espece humain." Et plus l o i n j - n Nous pourrions done conclure deja que l a p e r f e c t i b i l i t y de l'homme est inde*finfee, et cependant, jusqu'ici, nous ne l u i avons suppose7 que les metees facul-tes naturelles, l a meme organisation. Quelles seraient, done, l a certitude, l'e*tendue de ses esperances, s i l'on pouvait croire que ses facultes naturelles elles-memes, cette organisation, sont aussi susceptibles de s'amlliorer ?(5). Fontenelle n'aurait pas pu ecrire (1) J.R.Carre*. Fontenelle.p.57. (2) Fontenelliana, cite' par Carre.p.5Q7. %$) Condorcet. Esquisse historique des progres. (t?95). 26 ces mete l'a. Cependant on ne doutera pas que Fontenelle a i t attendu de l a science une transformation des conditions aat^rielles de l a vie, ni hon plus qu'il a i t f a i t confiance a l'esprit critique. Vis-ant ce but, i l a ecrit 1'Histoire des Oracles qui a sape rles super-stitions religieuses, et l'Origine dea Fables, qui a .montre*comment ces superstitions sont n4ea j au l i e u d'une utopie, i l a donne^sa conception du bonheur individuel. 27 CHAPITRE. III.. . FOFJTENELLE ET LES ORACLES. Dana sa Digression sur les Anciens et les Modernes, Fontenelle avait traite* l a chose en question en philosophe et en sociologue. II s'etait servi de deux principes en resolvent l e probleme. II avait pose l a doctrine de 1'egalite des esprits l a constance de 1'organisation •f • t • • t humaine etait son point fixe et i l avait explique l a difference entre les anciens et les modernes par l a succession necessaire des decouvertes. Mais ce raisonnement etait fonde sur l a constance des l o i s de l a nature et l a croyance aux miracles e'tait un reniement en pratique de cette constance. " Le miracle etait l'ennemi, avec sa fa^jon brutale de violer les l o i s de l a nature, et son prestige insolent. II seduis-ai t l a foule, les croyants, les gens qui priaient dans les eglises, les femmes, que les rationaux voulaient conquerir ; leur succes etait a ce prix." ( 1 ) . On ne pouvait attaquer l e miracle ouvertement, mais on pouv-ait parvenir a ses fins en attaquant les causes de. 1'erreur. L'aut-orite^ l e consentement et 1'habitude fondaient la croyance au miracle et l'on pouvait porter coup a 1'ennemi indirectementen montrant (1).Hazard. La Crise de l a Conscience Europeenne. T.I. p.206. , 26 comment elles etaient indignes de confiance,. . Bayle les avait deja attaques dans ses Pensees diverses a 1'occasion de la Comete.O), ou partant des innoeehtes eometes, i l aboutit a; i a glorification de 1*atheisms. Mais Bayie/etait en Holl-ands et Fontenelle en France. Celui-ci n'osait pas aj£ir de la mime facon j i l n'avait point encore oublie* les suites qu'avaient f a i l l i avoir sa fameuse Relation de l ' l e l e de Borneo. Cependant 11 entrevit une'occasion de faire quelque chose de ea part.. Un me^ecin hollohdais, Van Dale, avait Ifcrit deux longueB dissertations sur les oracles des paiens j dans l a premiere, i l ess-ayait de montrer que les oracles des paiens ne se sont pas tusV l a venue du Messie ; dans l a seconde, que les oracles n'etaient pas a aucun degre 1'oeuvre surnaturelle des demons, mais qu'ils etaient rendus par des hommes, qui dupaient des autres hommes, credules et superstitieux.( 2). Fontenelle lut l e volume et " i l me vint en pensee de le ( 1 ) . Bayle. Pensees diverses /crites a un docteur de Sor-bonne a l'occasion de l a Comete qui parut au mois de decembre, 1680. La Haye.168J. (2) . Antonii Van Dale M.D,. de Oraculie Ethnieorum dissert-ationes duae t quarura prior de; ipsorum duratione ac defectu,posterior de eorundem Auctoribus. Acc-edit et Schediasma de Consecrationibus Ethnicis. Amstelaedami apud Henricum et Viduam Theodori Boom. Anno;lDCLXXXIII. 29 traduire,-afin que lee femmes, et ceux qui ne l i s e n t s i volontiera du L a t i n , ne fussent point privez d'une lecture s i agreable et s i u t i l e . " Mais i l f a l l a i t user de precautions.( 1). La traduction e'tait anonyme j e l l e paraissaijt a Paris avec p r i v i l e g e d u f i o i . Fontenelle transposait et i l s i m p l i f i a i t l a matilre; i l l'egayait d'agrements Les Dames, et pour ne.Tien dissimuler, l a pluepart des hommes de ce P a i s - c i , sont bien aussi•sensibles a I agre-ment ou du tour , ou des expressions, ou des pensees, qu'a l a solide beaute des reoherches l e s plus exactes, ©u des discussions l e s plus profondes. Sur tout, corame on est f o r t paresseux, on veut de I'ordre dans un l i v r e , pour*etre d'autant moins oblige*^ 1'attention. Je n'ay done plus songe*^ traduire, et j ' a i cru q u ' i l v a l o i t mieux en conser-vant l e fond et l a matiere principal© de 1'Ouvrage l u i donner toute un© autre forme."(2). Apres tout, i l ne f a i s a i t que l a tetche d'un bon informateur et l e f a i t q u ' i l n'y mettait son nom montrait q u ' i l n'en t i r a i t pas g l o i r e . Fontenelle f i t plusieurs retrenchements. Les h i s t o i r e s mod-ernes et r e l a t i v e s aux pays catholiques disparurent. Quelle que f u t 1 'impartialite** c r i t i q u e de Van Dale, e l l e se bornait en effet a d i s -cuter selon l e s memes methodes toua l e s textes et tous l e s r e c i t s ver-se's au dabat ; mais on eut peut-etre pu y en verser d'autres. " Lors-qu'on a ferrae* son l i v r e , on conserve malgre* soi 1'impression qu© pour vine bonne part les catholiques en font les f r a i s . Fontenelle ne pouv-(1) .Fontenelle. H i s t o i r e des Oracles.Preface*p.I. (2) " " " " . " p.III. a i t ni ne voulait l e suivre dana cette voie ...les protestants se faisaient l a part trop belle, en s'imaginant que les seuls catholiques etaient idolatres et de mentalits' primitive .Si l e l i v r e gardait l a maniere polemique des reformateurs, i l perdait la moitie* de sa force car i l s'agissait de tuer toutes les religions revelees, l a pretendue reformee comme les autres.°(t). De plus, i l ne parlerait de rien qui touchat a la magie :-°pour moi, je declare que, sous le nom d'Oracles, je ne pretens point comprendre l a Magie, dont i l est indubitable que le Demon se m*ele ; aus3i n'est-elle nullement comprise dans ce que nous entendons ordin-airement par ce mot, non pas meme, selon l e sens des anciens Payens, qui d un cote regardoient les Oracles avec respect comme une partie de leur religion, et de 1'autre avoient l a Magie en horreur aussi-bien que nous. Aller consulter un tfecroraantien, ou quelqu'une de ces Sorcieres de Thessalie, pareille a l'Ericto de Lucain, cela ne s'app-e l l o i t a l l e r a l'Oracle ; et s ' i l faut marquer encore cette distinct-ion, mesme selon 1'opinion commune, on pretend que les Oracles ont cesse a l a venue de Jesus-Ohrist et cependant on ne peut pas pretendre que l a Magie a i t cesse. , ,(2). Le diable C h r e t i e n sera respecte ; i l f a i t partie integrante d'une conception du monde ou, sans l u i , l e mal serait inexplicable. Encore, pour comble de auVete, i l se met sous l'abri d'un Oratorien. , Le Pere Thomassin avait publie* l a Me^ thode d' etudier et (1) . Carre.J.R. Fontenelle.p.421. (2) |4?£Rfirvtenelle. Histoire des Oracles. Ed.Maigron.Preface.p.v% 5' d^enseigher chr/tieanement et solidement lee Lettres huraainea ou II a gete. 1'opinion'.que l e s oracles n'etaient ©ffeetlvement que des impostures.(1). Fontenelle pre'tend t r a i t e r l a question simplement dans toute son etendue naturelle et i l se p l a i n t avec une iron i e delicieuse que l e bon fere "avoit enieve a ce l i v r , e - c i 1 honneur de l a nouveaute du Paradox's'.'V J'avoue que j en a i ete un peu fache ; cependant je me suis console par l a lecture du Chap.XXI du Livre I I de cette Methode ou je n'ay trouve que dans 1'Article XIX, en assez peu de paroles, ce qui me pouvait etre commun avec luy. Voicy comme i l parle."(2). Et Fontenelle c i t e gaiment l e Reve'rend Pere : c'est l a seule c i t a t i o n q u ' i l f a i t de son ouvrage. B BLa veritable raison du silence impose' aux Oracles, e s t i o t que par 1'invocation du Verbe Divin l a Verite e c l a i r o i t l e Monde, et y repandoit une abondance de lumieres tout autres qu'auparavant . A i n s i on^detroapait des i l l u s i o n s des Augures, des Astrologues, des observations des e n t r a i l l e s des Bestea, et de l a plupart qui n'etoient effectivement que des impostures, ou les hommes se trorapoient les uns les autres par des parolee obscures, et a double sens. Enfin s ' i l y avoit des Oracles ou les Demons donnoient des reponaes, 1'avenement de l a Verite^ncarnee avoit condamne a un silence eternel l e Pere du mensonge. II est au moins bien certain qu'on consultoit les Demons lorsqueon avoit recours aux Enchantements et a l a Magie, comme Lucain l e rapporte du jeune Pompee, et ( 1 ) . Thomassin. La Methode d'etudier et d'enseigner chretien-ment et solideraent les Lettres humainesjpar rapport aux Lettres divines et aux Eeritures. A P a r i s , chez Frangois Muguet. MDCLXXXI. Avec approbation et Privilege. (2) .- Fontenelle. Oracles, Ed. Maigron.Preface.p.till. 32 comme I'Ecriture X'assure de Saul."(1). Fontenelle, done, recapitule 1'argument, I'hypothese que la plupart des oracles pourreient etre des impostures humaines, l a disparition des oracles ave&le progreB des lumieres dues a l a diffusion de 1'Evangile et l a distinction des ora-cles d'une part et des enchantements et de l a magie de l'autre. Tout cela est!dans l e P. Thomassin, mais "tres brieveaent" et Fontenelle ne f a i t que le remettre en grand. Ayant pris ces precautions, Fontenelle se mettait a sa i&che. II raodifia I'ordre des deux dissertations de son auteur. Van Dale parlait en premier l i e u de l a persistence de certains oracles apres la venue du Christ et puis i l discutait sur 1'intervention des demons dans les oracles. C'etait contre l e surnaturel que Fontenelle voulait diriger son attaque et i l voyait qu'il pouvait tourner les hypotheses d'interventions demoniaques en ridicule en montrant que les explications naturelles suffisaient. Done i i donnait une exposition historique dans l a seconde dissertation qui corroborait tout simplement ce qgi'av-a i t etabli l a premiere. Van Dale adopta l e plan de Fontenelle dans l a seconde edition qu'il donna de Bon ouvrage en 17*30.(2). Pour demolir les miracles, Fontenelle se servit de deux mlthodes. II appliquait le principe de l a constance des l o i s de l a nature ; les circonstances varient mais les l o i s ne varient pas. S i les circon-stances sont semblables ou partial1ement semblables, les memos effets sont Ii prevoir ; s i elles different, les differences ne seront pas i r -reliuctibles. S i nous connaissons les conditions i n i t i a l e s , nous pouv-ons prevoifc, pour le passe, ce qui se passerait s i les choses se pass-(1) .Thomassin. Me\hode L.II. Ch.XXI. (2) .Fontenelle. Oracles. Ed. Maigron. Preface.p.IV. 55 aient naturel1ement, et, s i elles se sont ainsi en effet passees, nous n'avons auoune raison de les expliquer surnaturel1ement. Mais s ' i l ne connaissait pas les conditions i n i t i a l e s , i l eaployait une autre method I I l l i a i n a i t tous les pritendus f a i t s qui n*avaient pas tres probable-ment eu l i e u : i l e'tait inutile de se donner l e ridicule de raisonner pour les appliquer. I I d i t dans l e donte de l a dent d'or J - 8 Je ne suis pas s i oonvaincu de noatre ignorance par les choses qui sont, et dont l a raison nous est inconnue, que par celles qui ne sont point, et dont nous trouvons l a r a i s o n . " ( 1 ) . Fontenelle commence l a premiere dissertation par l e gracieux aveu I I est constant qu'il y a des Demons, des denies malfaisans et condamnez a des tourments eternels." La Religion nous l'aprend, l a raison nous apprend ensuite que ces demons ont pu aniaer des Statues, et rendre dea Oracles, s i Dieu l e leur a parmis.* Mais, i l continue:-°il n'est question que de sijavoir s ' i l 3 ont receU de Dieu cette per-mission. Oe n'est done qu'un point de f a i t dont i l s'agit."(2) .et parce qu'il est une question de f a i t , 11 faut consulter les fai t s et notre raison. * L'Ecriture Sainte ne nous apprend en aucune maniere que les Oraoles ayent este rendue par des Demons," e'e'tait seulement 1'opinion des premiere Chretiens et on salt Men que l'antiquite' d'une opinion et sa verite* sont deux choses s-" Tout ce qu'ont d i t les Anc-iens, soit bon, soit mauvais, est sujet a estre bien repete^ et ce qu'ils n'ont pu eux-mesmes prouver par des raisons suffisantes, se ( 1 ) . Fontenelle. Histoire des Oracles, p.35* (2) " " " p.3. prouv.e a.prliaent par leur autorite* seule."( 1). Voyons quel lea furent • l e s raisons qu'avaieht lea premiers chrltiens de crpire que les ora-cles avaient .quelque chose de surnaturel; ^  puis; ce o^ ue yalent ces ral3ons^^n^e{£gfggo^8«i^i^e^en«Befi-S r©s''farsonsJrnous vervons .-eneuite: s i :eiles estoient assez solides."(S). . .,'^ r Les chapitres I . I I . I I I . de l a premiere dissertation pesent l a valeur,et etudient lea raisone des premiers Chretiens,. "LjAntiquite* est p l e i n e d e je ne scay combien d'Kistoires surprenantes, et d'Orac-le s qu'on c r o i t ne pouvoir.attribuer qu'a des Oenies" et 11 c i t e 1'his-t o i r e du p i l o t e Thamus et de 1'oracle rendu a Thulis et quelques autres "qui representeront tout l e r e s t e . " ( J ) . Oas h i s t o i r e s ne pouvaient pas etre des f i c t i o n s humaines. n S i ces autres Oracles eussent este ren-dus par, des Pretres Impoateurs ; qui obligeoit ces Pretres a se d^sred-i t e r eux-raesaes, et a pubiier l a cessation de leurs Oracles ? N ' e s t - i l pas v i s i b l e que c'estoient des Demons que Dieu mesrse forc^oit a rendre temoignage a l a v e r i t e ? De plus, pourquoy l e s OracleB cessoient-ils s ' i l s n'estoient jzdi/&* rendus que par des pretres ?n(4). Les demons existant pour l e s C h r e t i e n s , i l f a l l a i t leur donner l e plus d'empl-el qu'on pouvait. " Par i a , on se dispenSait d'entrer dans i a discution des f a i t s qui eust este longue et d i f f i c i l e , et tout ce q u ' i l s avoient de surprenant et d'extraordinaire, on I ' a t t r i b u o i t a ( 1 ) .Fontenelle. H i s t o i r e dee Oracles.p . 9 . (2) ' " • " * p.10. (5) B " " n P.41. (4) ' ' " " n P. 35 cea Demons que l'on avoit en main. II sembloit qu'en leur rapportant ces ©veneaehts, on confirmast leur existence, et l a Religion meme qui nous l a garantit."( 1). Leurs operations avant l a venue de Je^sus Christ et leur abaissement ^  l a venue s'adaptaient exactement au systeme de l a r e l i g i o n Chrlt&enne. D'ailleurs, l a philosophie de Platon e t a i t f o r t a l a mode pendant lee premiers siecles de l ' e g l i s e et dans Platon i l y a toute une deaionologie.(2). S ' i l ne reconnaissait pas de mauvais demons, d'autres Platoniciens comme Porphyre et Jamblique en reconnaissaient.(3) I l s leur a t t r i b u l r e n t beaucoup de fonctions } ,; et comme l a pluspart de cea choses sont vrayes, le9 §hretiena receurent l a tout avec joye, en y ajoutant mesme un peu de leur."(4). I l s aimaient admettre l e miracle dea paiens j i l a en etaient quittes pour leur en r e t i r e r l e benefice en disant s i l est du \ de mauvais demons :-"et cette voie e t o i t bien plus courte et plus aisee que c e l l e de contester l e mir-acle meeme par une longue suite de recherehes et de raisonnemen8."(5)» A ces fcrois raisons, i l faut joindre l e gout du merveilleux, raison " aussi bonne peut-etre que toutes les autres." I c i Fontenelle n'essaie.pas d'appuyer son argument : i l d i t simplement :-" s i l'on a un peu etudie l ' e s p r i t humain, on scait quelle force l e Merveilleux a sur luy. Mais je ne pretends pas m'entendre sur cette reflexion ^car • : « • . ; •. ; , „ ••• . „ i c r . - . i , (1).Fontenelle. H i s t o i r e de3 Oracles.p.18-9. (2).Van Dale f a i t une double c i t a t i o n de 1'Epinomis et du Cratyle. ( 3) .Fontenelle.Histoire dea Oracles.p.2s}. (A).Ibid. (5)-Fontenelle. H i s t o i r e des Oracles.p.26. 36 ceux qui ,y entreront n'en croiront bien, sans que je me mette en peine de l a prouver, et ceux qui n'y entreront pas, ne m'en croiroient pas peut-'etre apres toutes mes preuves."{ 1 ) . Les chapitres IV.V.VI. pesent l a valeur de .ces raisons. Les premiers Chretiens avaient desoin des demons pour expliquer l e s h i s t -oires surprenantes, mais l e premier point est de savoir s i ces h i s t -oires sont vraies Assurons-nous bien du f a i t , avant que de nous inqui/ter de l a cause." Fontenelle,done, raconte 1'histoire charmante de l a dent d'or. II l ' a trouvee a l a derniere page de l a Seconde Diss-ertation de Van Dale (2), mais i l a reconnu 1'importance de l a mettre en tete de son argument contre l a v e r i t e de ces h i s t o i r e s miraculeuses. En comparatiste, i l t i r e du present des legons applicables au paase*. Et i l y a ajoute* deux reflexions f e r t i l e s Je ne suis pas s i convsincu de nostre ignorance par les choses qui sont, et dont l a raison nous est incsnnue, que par c e l l e s qui ne sont point, et dont nous trouvons l a raison." Plus tard, i l d i t s-" De grands Phisiciena ont f o r t bien trouve pourquoy l e s l i e u x souterrains sont chauds en hyver, et froids en este : ae plus grands Phisiciena ont trouve depuis peu que cela n'estoit pas.°{5). Dans lea discussions historiques, on court, encore plus , l e risque d'erreurs de cette sorte :-" On raisonne sur ce qu'ont d i t les Historiens, mais ces Historiens n ' o n t - i l s eetcf ny Passionez, ny cre*d-( 1 ) .Fontenelle. Histoire des Oracles.p.29. (2) . " n a n ' ' p . j o . (note au bas de l a page ) (3) " " " P-55. 57 ulea, ny mal i n s t r u i t a , ny negligens ? II en faudrait trouver un qui eust este spectateur de toutes choses, i n d i f f e r e n t e t ; applique." (1). Surtout e i v ^ t i e r e de f a i t s qui paraissent favorahlves4; a l a r e l i g i o n , l a p a r t i a l i t e est presque toujours un e'eueii Quelques grans hommes de l ' E g l i s e ont eats' quelquefois trompez .I'ardeur avec laquelle i l s combatiJiient pour une s i bonne cause, ne leur l a i s s o i t pas toujours l a l i b e r t e de choi s i r aasezl' bien leurs armes." ( 2 ) . Par exemple, "1'his-t o i r e de Thamus est Payenne d'origine, mais Eusebe et d'autres grands Hommes luy ont f a i t 1'honneur de l a croire."(3). Cette h i s t o i r e est racontee par Plutarque dans son Dialogue des "Oracles qui ont desSe;" Cleombrote conte cette h i s t o i r e et d i t q u ' i l l a t i e n t d'Epitherses son Maitre de grammaire, qui est o i t dans l e vaisseau de Thamus lorsque l a chose arriva . " ( 4 ) . Thamus, au cours d'une navigation,reeut commande-raent d'une ment d'une voix mysterieuse d'annoncer que l e Grand Pan e'tait mort. Quand i l l,e f i t , on entendit de tous cote's des plaintes et des gemis-sements. Tibere assemble des gens savants dans l a theologie paienne pour apprendre qui e'tait ce grand Pan et i l f ut eonclu que c'etait l e f i l s de Mercure et Penelope. L'histoire a l e defaut d'etre dans un tr a i t s ' de Plutarque ou e l l e est suivie du conte r i d i c u l e de Demetrius, ce qui serai t assez pour l a decrediter entierement. " Mais de plus, e l l e ne peut pas recevoir un sens raisonnable."f"5). { 1).Fontenelle.Histoire dea Oracles.p.j4. ( ? ) . " " p.57. (3) " " p.53. (4) ». fl o ,. p. 12-14. (5) " fl » n p > ? 0 < 53 S i l e Grand Pan e t a i t un demon, les deraons dont on entendit l e s gelaissesients n'avaient pas besoin de ifintermediaire de.Thaaus pour se f a i r e savoir sa mort l e s uns aux autres. Pourquoi ont-iIs revele^ aux hommes leurs malheur9 et l a faiblesse de leur nature ? Dieu l e s y f o r c a i t ?•: Dieu avait done un dessein de desabuser l e s esprits du pagr-anisme, mais personne ne se desabuse du paganisme pour avoir appris l a mort du grand Pan. En e f f e t , on 1'entendit du f i l s de Meroure et Pene-lope, l e p e t i t Pan dont l a mort ne t i r a guere*a consequence. S i l e grand Pan e t a i t Jesus-Christ, pourquoi les demons ont-^ i l s annonce sa mort s i salutaire aux hommes ? Dieu les y contraignsit? Personne ne p r i t ce mot de Pan dans son v r a i sens et l a volonte7'de Dieu e'tait sans r e s u l t a t . " Plutarche v i v o i t dans l e second Siecle de l'Eg-l i s e , et cependant personne ne s'estoit avise* que Pan fust Jesus-Christ mort en Judee."(t). Fontenelle continue d'examiner d'autres oraeless-" L'histoire de Thulis est rapportee par Suldas, Auteur qui ramaase beaucoup de cho-ses, mais qui ne l e s c h o i s i t gue*res L 'Oracle rendu V Augusts sur 1'Enfant Hebreu n'est point du tout recevable. Oedrenus l e c i t e d'Eusr ebe et aujourd'hui i l ne s'y trouve point." II donne un exemple des hi s t o i r e s de Cedrenus, i t i l ajoute:-" Mais, quand: Eusebe dans quelque Ouvrage qui ne seroit pas venu jusqu'a nous, auroit effectivement parle de 1'Oracle d'Augusts, Eusebe luy-meme se trompoit quelquefois, et on en a des pneuves constantes."(3). Les oracles qu'Eusfebe a t i r e s de (1) . Fontenelle. H i s t o i r e des Oracles.p.41 (2) . " " " p .45. 59 Porphyre paraissent plus embarrassants que tous l e s autres. Pourquoi Porphyre a - t - i l fourni aux Chretiens des armes contre.1© Paganism© ? Fontenelle f a i t un© conjecture II se pourrait done bien fair© q u ' i l eust mis en Oracles tous les Mysteres de notre Religion expres, pour tacher a ies detruire, et pour l e s rendre suspects de faussete', parce qu ' i l s auroient ©ste* attestez par de faux temoins. Je scay bien que les Chretiens ne l e prenoient pas a i n s i j mais comment eussent-ils jamais prouve par raisonnement que les Demons estoient quelquefois forcez a dir e l a verite' ? A i a s i Porphyre demeuroit toujours en estat de se servir de ses Oracles contre eux....n et i l conclut:-" C'est a i n s i qu'en examinant un peu le s choses de pres, on trouve que les Oracles qui paroiasent s i aerveilieux, n'ont jamais esteV'O). Le chepitre cinq, " Que 1'opinion commune sur le s Oracles ne s'accorde pas s i bien qu'on pense avec l a Religion" est tout entier de Fontenelle. II commence assez innocearaent 8 - " Le silence de l'E*criture sur ces mauvais Demons que l'on pretend qui pre"sidoient aux Oracles, ne nous l a i s s e pas seulement en liberte^de n'en r i e n c r o i r e , mais i l nous port© a croire l e contraire." V o i l a un coup port^contre l a trad-i t i o n et I 'autorite^. Baltus, dans aa Reponse, s'en indigne :-" S i bien done Mr. que vous contez pour r i e n l a Tradition l a plus ancienne et l a plus constant© ; ©t qu'a moins que l'on ne vous montre tous l e s usages et tous l e s semtiments de l ' E g l i s e clairement exprimez dans l ' E c r i t u r e , vous vous croyez en liberte*'de n'en rie n c r o i r e , et mesme auffisamment autoris© pour les r e j e t e r . " ( 2 ) . ' (1) .Fontenelle. Histoire des Oracles.^.48. (2) .Baltus. Reponse a l ' H i s t o i r e des Oracles.p.61-63 40 S i l e s orfteles avaient ete rendus par de mauvais demons, Dieu nous l'eut apprls, pour noua erap&cher de croire q u ' i l : rendit lui-meme et q u ' i l y ©tit quelque chose de d i v i n dans l e s r e l i g i o n s fausees.(l). S i . l e s demons eussent eu non seulement 1'usage de i s parole, mais encore l a connaissance des choses futures, auroit-on tant de t o r t d'adorer ce qu'on croyait etre emime d'une vertu divine, ou tout au moins, d'une vertu plus qu'humaine ? Les hommes auraient 4te plus coupables, s ' i l s avaient persiste^dans leur aveuglement, alors que l a raison naturelle eut s u f f i l e u r devoiler lea fourberies de leurs pretres i - " C'est aux hommes a se precautionner contre les Erreura ou i l s peuvent estre jettez par d'autres hommes, mais i l s n'ont nul moyen de se preeautio-nner contre c e l l e s ou i l s seront j e t t e z par des Genies qui sont au-dessus d'eux. Mes lumieres suffisent pour examiner s i une Statue parle, ou ne parle pas, mais du moment qu'elle parle, r i e n ne me peut plus desabuBer de l a Divinite" que je l u i attribue.°(2). II y a des choses qui sont au dela de l a porte© de l a raison, mais "pour les autres, . c'est a ma raison a. f a i r e son devoir." Mais, s ' i l n'y avait eu que de fourberies de leurs pretres, l e s Chret iens auraient pu les de"raasquer et ©eraser le s paiens sous l e r i d i c u l e :-" S i toute l a Religion payenne n'avoit este" qu'une impost-ure des Prlltres, l e Christianisme p r o f i t o i t de l ' e x c e s du r i d i c u l e ou e l l e tomboit."(J). C'etait pourquoi Porphyre avouait s i volontiera que l e s oracles etaient 1'oeuvre des mauvais demons. A i n s i , i i rendit (1).Fontenelle. Histoire des Oracles.p.51. (5). " " " p.55. 41 A i n s i , 11 rendit i n u t i l e a et meme desavantageux a l a r e l i g i o n chretienne les oraol-es dont lea Chretiens etaient contentiset aussi pour ceux q u ' i l s censuraient, i l en mettait l a f o l i e et l a barbarie au compte des genies i^uvais. ;,HC'eat done attaquer Porphire jusque dans ses derniers retran-chemens,/^et_ c'est prendre les vrais intereta du Christianisse, que de soutenir .que le s Demons n'ont point este'ies auteura des Oracles."( 1). Fontanel l\e/.;oat l e defenseur f i d el e du Ch r i s t i a n ! sme. Les demons ne sont pas solidement etablis par l e Platonismej i l s sont passes dans l a philosophie de Platon des poeraes d'Homere et d'Hesiode. Homere confond l e plus souvent les dieux et le s demons j Heslode distingue quatre especes de nature raisonnabi.es, dieux, demons, demi-dieux ou heros, et hommes et se perd d&ne dans des reveries con-cernant l'age jusqu'auquel vivent l e s demons. Plutarque discute tres serieusement ce point, pour s'arreter a un nombre 91W, qui a "de cert-aines perfections Pithagoriciennes qui l e rendent tou t - a - f a i t digne de marquer l a duree de l a vie dea Demons; °( 2).. I c i Fontenelle se moque bien des Anciens t - n V o i l a l e s raisonnements de cette A n t i q u i t y s i vanteV-" , * Peut-*etre Platon, lui-meae, n'etait pas s i sur de 1'existence de ses demons que le s Paatoniciens l'ont ete depuis. S i l'on considere l a facon dont i l parle de l'amour dans sa fable (Le Banquet ), on peut juger du serieux avec lequel 11 peut e'er i r e des autres demons ':-"on ne seait plus ce que c'est que le s Demons, du moment que l'Araour en e^iJi&cSifS- C'est l a revelation seule qui nous assure de l ' e x i s -te-rurr. d-£lr).Ponteoelee.-Hi«t.oire.;des Orm c l a a s ^ O ^ i c ^ i i m c *~iAi,e <-ji} i L y a dr.a £ < 2 ) i F o n t e f t ^ l t o c H i ^ xl *tlcs,L paiui partis .rf'bnt«nel-t«iHlsioi^ae^OTao'^»r.p.6l4'-r - rTfl'L^rn j«—— tence des^nges et dee de'&ons ; nous savons par l'o'criture sainte q u ' i l y a des genies, ministres dea volontes de Dieu, mais i l n'est point perrais a ta raison humaine de nous en assurer. E l l e ne eomblera jamais l e vide i n f i n i qui est de D i e u l l l'homme j quelque multitude de creatures '6&H4li.l qu'elle y inte r c a l e , i l y aura toujours une distance i n f i n i e entre Dieu et quelque creature que ee s o i t . " Car de Dieu a quelque creature que ce s o i t , l a distance est infinie..........Lers que Dieu t r a i t e aoes l e s hommes par l e moyen des anges, ce n'est pas a d i r e que les Anges soient necessaires pour cette communication, a i n s i que Platon l e pre*ten-d o i t , Dieu l e s y employe pour des raisons que l a Philosophie ne pen-etrera jamais, et qui ne peufeent estre parfaitment connues que de l u i se u l . " ( J ) . Puis Fontenelle examine l'idee que donne l a comparalson de tri a n g l e s , Platon avait imagine*'les Demons, a f i n que de creature plus parfaite en creature plus parfait© on raon^at enfin jusqu'a Dieu. Mais ce qui les sieve l e s uns au dessus des autres, ne les approche pourtant pas d© Dieu,' " A i n s i a ne consul ter que l a raison humaine, on n'a point besoin de Demons, ny pour fair© passer 1'action d© Dieu jusqu'aux hommes ny pour mettre entre Dieu et nous quelque chose qui approche de luy, plus que nous ne pouvons en approcher."{2). : La raison seule ne s a i t r i e n des etres intermediaires ; l'Ec-r i t u r e Sainte ne parle pas de demons dans les oracles. Jusqu'ici Font-enelle n'a f a i t que repondr© aux raisons qui ont f a i t c r o i r e que les oracles ont quelque chose de surnaturel j maintenant i l va attaquer cette ( 1).Fontenelle.Histoire des Oracles.p.59.. (a). • • *• " . p.6q. *3 opinion par une demonstration directe des impostures des pretres. En fcroia chapitres, i l ramasse l e s raisone de f a i t que: l'on peut oppoaer a un pretendu consentement general a 1'egard de 1'opinion q u ' i l combat. 'De grandee aectes de philosophes paiens n'ont pas cru q u ' i l y eut quoi: que ce s o i t de surnaturel. dans l e s oracles..* l e s Platohiciens et l e s Stoiciens les estimalent s mais l e s CyniqueSf; l e s Peripateticiens e t l e s Epicuriens s!en moquaient. Fontenelle c i t e uh fragment d'Oen-omaus, p i e i n de l a liberte^ cynique e t i l comments Telle e s t o i t l a veneration que de grandes Sectes de Philosophes avoient pour l e s Oracles et pour lea Dieux-memes qu'on croyoit auteurs.. II n'y a point de Grec qui n ' a i l l e consulter l e s Oracles sur ses a f f a i r e s , mais eels n'empeche pas que dans les t r o i s grandes Ecoles de Philosophic, on ne t r a i t e hautement l e s Oracles d'impostures.(2). A Rome, c'etait i a meme chose :-" Mais i l est sans doute plus etonnant que l e s "omaine, et les plus haMles d'entre. les Romains, et ceux qui scavoient l e mieux combien l a r e l i g i o n tiroitV consequence pour l a P o l i t i q u e , ayent oee publier des Ouvrages, ou non Beule-ment ils mettoient leur Religion en question, mais meme l e tournoient entierement en r i d i c u l e . " ( 3 ) • Ciceron pouvait argumenter contre les Stoicfens et 1"haruspicine ; pourquoi ne l u i faasait-on pas son proces - t sur son impiete? "II y a l i e u de croire que chez les Payens l a Relig-ion n'estoit qu'une pratique, dont l a speculation e s t o i t indifferente. Faites comme les autres et croyez ce q u ' i l vous p l a i r a . B ( 3 ) • Toute l a (1) .Fontenelle. Histoire des Oracles.p.66-7. (2) . ' • • 8 • 0 p.68. (3) " " " P-69. 44 Religion paienne ne demandait que dee cere'monies, non pas de croyancea de coeur. " Apparement i l en es t o i t de mesme dee Oracles, y croyoit qui v o u l o i t , mais on ne l a i s s o i t pas de les consulter. La odutume a sur lea hommea une force qui n'a nullement besoin- d'estre appuyee de l a raison."(1 ) . Plus tard, i l modifie cette assertion concernant l a r e l i g i o n . "11 n'est paa trop aise^de d i r e comment le s peuples Payens regardoient leur Religion. Nous avons d i t q u ' i l s se contentoient que le s Philosop-hies se soumissent aux Ceremonies, cela n'est pas tou t - a - f a i t vray."(2), Les Atheniens condamnerent Socrate, respeetueux de l a pratique, et i l s admettaient les plaisanteries irrespectueuses d'Aristophane dans l e Plutus et les Oiaeaux. "II y a l a ce je ne sgay quoy d'inconcevable, qui se trouve s i souvent dans les a f f a i r e s d« sonde."(3), Le peuple pratiquait l e s ceremonies pour se d l l i v r e r d'inquietudes q u ' i l s u r a i t euea s ' i l ne l e f a i s a i t pas s cependant cela n'impliquait pas beaucoup de f o i . "Ainsi ce n'estoit peut-e"tre pss une chose s i eonstante, mesme parray l e Peuple que le s Oracles fussent rendue par des D i v i n i t e z . B ( 4 ) Fontenelle, done, raconte 1'episode de Papirius t i r e * de Tite-Live pour montrer comment les grands capitaines t r a i t a i e n t lea oracles et i l en conclut :-" que nous aurions grand t o r t de croire ny les Ausp-ices , ny l e s Oracles plus miranuleux que l e s Payens ne les croyoient eux-raesme8."(°>). Mais tous l e s Payens ne raeprisaient pas les oracles » (1) . Fontenelle. Histoire des Oracles.p.73. (2) " B " * p.74. (3) " " p.75. .. (4) "' " ' • " » p.75. (5) " B ' 0 P.76. 4 5 i l y en avait qui y croyaient. Bien sur, mais " pour qui t t e r one opin-ion commune, ou pour en recevoir une nouvelle, i l faut f a i r e quelque usage de sa raison, bon ou mauvais, mais i l n'est point besoin d'en f a i r e aucun pour r e j e t t e r une opinion nouvelle, ou pour en prendre une qui est commune. I i faut des foroes pour r e s i s t o r au torrent, mais i I n'en faut point pour l e s u i v r e . ° ( 1 ) . Les anciens Chretiens n'ont pas cru que lea oracles fussent rendus par les demons dans tous l e s cas. Clement d'Alexandria les app-e l l e "des impostures extravagantes 8 et Eusebe a deux opinions sur l e sujet, Origene ne l e s attribue aux demons que "pour s'accomoder au temps et a l'estat ou es t o i t alors cette grande dispute entre les Chre^ stiens et les Payens."(2). Fontenelle pretend qu'Origene est du meme avis que lui-meme quant a sa croyance aux oracles II paroist assez que naturellement Origene eust cru des Oracles ce que nous en croyons a3) mais pour gagner quelque chose sur l e s paiens, i l l u i f a l l a i t leur accorder l e surnaturel de leurs oracles, puis les attribuer aux demons pour ne pas y interesaer l a vraie d i v i n i t e . A i h s i , on rendait i n u t i l e s toutes l e s choses miraculeuses que lee paiens pouvaient jamais alleguer en faveur de leur faux culte : L e s Chretiens ne prenoient pas tant cette opinion a cause de i a v e r i t e q u ' i l s y trouvoient, qu'a cause de l a f a c i l i t e ' ' q u ' e l l e leur donnoit a combattre l e Paganisme, et s ' i l s renaissoient dans les Temps ou nous sommes, delivrez comme nous des raisons etrangeres qui l e s determinolent a ce party, je ne doute ( 1 ) .Fontenelle. Histoire des Oracles.p.79. ( 2 ) " n u n p < 6 5 > ( 3 ) . • " " " " p.33. 4 6 point q u ' i l s sulvissent presque tous l e nostre."{ V)... . Dans l e s neuf chapitres suivants(2), Fontenelle demasque l e s fourberies des pretres. II entame l a discussion par une phrase mor-dante :-n.0n corrompoit l e s Oracles avec une f a c i l i t e qui f a i s o i t bien voir qu'on avoit a f a i r e a des h o m m e s . I I s'ensuit une longue l i s t e d'oracles corrompus ; mais l e s oracles qu'on e t a b l i s s a i t quel-quefois de nouveau f a i s a i e n t autant de t o r t aux demons que les oracles corrojnpus. Fontenelle c i t e lea oracles d'Ephestion et d'Antinous et e t a b l i t un p a r a l l e l e entre lea nouveaux et l e s vieux Sans doute ces nouveaux Oraclea f a i s o l e n t f e i r e des reflexions a ceux qui est-oient l e moins du monde capables d'en f a i r e . N'y a v o i t - i l pas assez de sujet de croire q u ' i l s estoient ee l a meme nature que l e s Anciens, et pour juger de l ' o r i g i n e de ceux d'Amphiaraus, de Trophbnius, d'Or-pheV, d'Apollon mesme, ne s u f f i s o i t - i l pas de voir l ' o r i g i n e de ceux d'Antinous, B'Ephestion, et #'Auguste ?"(4). Done Fontenelle donne son explication de l' o r i g i n e d'oracles. "Quant aux Oracles, leur premier etablissement n'est pas non plus f o r t d i f f i c i l e a expliquer. Donnez-moi une demy douzaine de personnes, a qui je puisse persuader que ce n'est pas l e S o l e i l qui f a i t l e jour je ne desesperay pas que des Nations entieres n'erabrassent cette opin-ion. Quelque r i d i c u l e que aoit une pensee, i l ne faut que trouver moyen O). Fontenelle. H i s t o i r e des Oracles.p.35. ( a ) . 8 •• ' " " Ch.X-XVIII. (5). • " " " p . 8 6 . ( 4 ) . " " " B p.?3. 47 de l a maintenir pendant quelque temps, l a v o i l a qui devient ancienne, et ©lie est suffisamment prouvee.°(\). II donne pour exemple i'oracle De Delphes qui devait son origin© aux exhalaisons du sol qui fa i s a i e n t danser l e s chevres et qui entetaient au point de f a i r e parler dans un demi d e l i r e . Puis i l entee 0 dans l e d e t a i l des a r t i f i c e s que pratiquoient l e s prletres en examinant l e s l l e u x ou etaient rendua les oracles. Les pays montagneux, pays pleins d'antres et de cavernes, de popul-ations rustiques et d'esprit lourd, abondaient en oracles. Telle e t a i t l a Boetie s-M c'estoit - l a un ban Pays pour les Oracles, des Sots et dea Cavernes. n{2). II s u i t une observation rev e l a t r i c e qui marque Men l a d i f f e r -ence entre Fontenelle et l e s polemiates du XVIII© si e c l e Je ne ' • s eroy point que l e premier etablissement des Oracles a i t este une imposture meditee, mais l e peuple toaba dans quelque superstition qui y donna l i e u et dont quelques gens un peu plus r a f f i n e z p r o f i t -©rent. Car l e s sottises du peuple sont t e l l e s assez souvent, qu'elles n'ont pu estre prevenues, et quelquefois ceux qui l e trompent, ne ( 1). Fontenelle.Histoire des Oracles.p.96-7. et c f . P.obinson.J.H. The Mind i n the Making.p.89. 8 We are tremendously suggestible. Our mechanism i s much better adapted to credulity than to questioning. A l l of us bel -ieve nearly a l l the time. Few doubt and only now and then. The past exercises an almost i r r e s i s t i b l e fascination over us. (2) ) Fontenelle.Histoire des Oracles.p.'03. 43 songeoient a rien moins, et ont este avertis par lui-meme de l e tromper." Comme M.Carre'dit L'Histoire des Oracles est m^re de toute l a p o l -emique du XVIIIe s i e c l e contre l e s pretres, dont les fourberies ont dupe l'humanite* : e l l e d i t de tres bonne heure, et avec des detours savants ce que V o l t a i r e repetera plus vivement et plus brutalement, et e l l e pre-pare 1'erreur de tous ceux qui n'ont voulu voir dans l e s r e l i g i o n s que des impostures Mais cette erreur, s i Fontenelle a prepare d'aut-res a l a commettre, i l ne l a pas commise pour son compte. n(1). I c i Fontenelle parle en sociologue , pas en polemiste. L'oraele de Delphes pourrait servir comme modele pour les autres. I I e t a i t a mi-chemin de l a raontagne de Parnasse, environne de precipices qui l u i etaient autant de f o r t i f i c a t i o n s naturelles. La partie do l a montagne qui e t a i t au dessua e t a i t en forme de theatre et m u l t i p l i a i t lea Ichos.- II y avait l e s exhalaieons et les cavernes. S i l'on f i t d'autres a son i m i t a t i o n , on les rait dans des endroits aussi fayqrables, "parce que les Pretres en avoient reconnu l a com-modite.°(2). S ' i l n'y avait pas de cavernes naturelles, on en f a i s a i t d ' a r t i f i c i e l l e s , l es sanctuaires. On ne permettait au peuple d'en app-rocher ou de voir ce que se passait dana l e fond des -temples. De l a , l a diversite^ avec laquelle les anciens parlent de l a forme de leurs oracles. Par occasion, un prince qui avait interet a " f a i r e v a l o i r les oracles " y penetrait seul avec l e pretre, mais l a regie general e)atait l e secret ; toutes l e s machines des pretres Itaient cachees l a . (1) .CarrelJ^R. Fontenelle.p.1J9. (2) .Fontenelle. H i s t o i r e dea Oracles.p.10J. 49 Fontenelle a une autorite decisive a c i t e r L'Ecriture Sainte ne nous, apprend-elle pas comment Daniel decouvrit 1'imposture des Pret-res de Belus, qui scavoient bien rentrer secretement dans son Temple pour prendre des Viandes qu'on y avoit offertes On croyait que le s dieux -venaient manger les vietimes qu'on leur avait sacrifices; c'e'tait un des miracles du paganiame. "Et s i les Prletres mangeoient bien en l a place des Dieux, a plus forte raison pouvoient-ils parler aussi en leur place."(1) . L©s pretres consolidaient leur pouvoir en ne negligeant auc-une c ircon3tance qui plit leur etre p r o f i t a b l e , par exemple l'emploi de parfum. 0 C'eatoit 1'arrives du Dieu qui parfumoittout. Jugez s i des gens qui poussoient jusqu'a cea minuties i n u t i i e a 1'exactitude de leurs impostures, pouvoient r i e n negliger d'esaentiel."{2). I l s mar-quaient l e s joura ou i l n'etait pas permis de consulter 1'oracle. Cela avait un a i r de mystere, qui est toujours avantageux en p a r e i l cas, mais i l leur parmettait surtout de renvoyer l e s gens et de f a i r e leurs preparatifs dans 1 ' i n t e r v a l l e . I l s etabliasaient lea mysteres et les ceremoniea qui engageaient a un secret i n v i o l a b l e ceux qui y etaient in i t i o ' s . Les i n i t i e s donnaient dea assurances de leur discretion ; " i l s etaient obligees a f a i r e aux Pretres une confession de tout de q u ' i l y avoit de plus cache dans leur v i e , et c'estoit apres cela a ces pauvres i n i t i e z a p r i e r lea Pretres de leur garder l e secret."(3) . (1).Fontenelle. H i s t o i r e des Oracles.p.109. <2)V' * a t . . . p. 110. (3). " " " p.113. 50 SdLoja l e dialogue de Plutarque, tous les habitants de Deiphes etaient i n i t i o s aux myeterea - precaution superflue> car Deiphes e t a i t une v i l l e qui ri'avait pas d'autre revenu que cel u i de'spn t/emple et qui bien ne v i v a i t q«fe d'oracles^ " On eust ete^receu a. p a r l e r c o n t r e l e s Ora-cles dans une t e l l e v i l l e . " ( 1 ) . Fontenelle resume :-" Je voudrois bien qu'on me die t pourquoy les Demons ne pouvoient predire 1'avenir que dans les :;trou3, dans les Cavernes, et dans ces l i e u x obscurs, et pour quoy i l s ne s ' a v i s o i B n t jamais d ' a l l e r animer une Statue qui fust dans un Car refoutf expo see de toutes parts aux yeux de tout,* l e monde."C2). S i les.oracles se rendaient sur des b i l l e t s cachetes, les pretres n'etaient pas scrupuleux jusqu'au point de ne. pas oser l e s de'cacheter. Pour cela, i l s savaient quelques secrets* j on peut les voir dans Lucien, s i l'on est curieux d'apprendre les me*thodes <de les ouvrir sans l a i s a e r de traces. S ' i l n'osaient pas, i l s t&chaient de savoir adroitement ee qui amenait l e s gens V 1'oracle. Pendant les d e l -ais f a c t i c e s , lea pretres ou leurs suivanta pouvaient t i r e r les vers du nez au ..consultant ou \ ses domestiques. Les oracles rendus en songe sont plus merveilleux encore, mais i l s n'etaient pas trea d i f f i c i l e s dans l a pratique. Le plus celebre e'tait c e l u i de Trophonius en Beotie } Pausanias, qui e t a i t alle** l u i -meme l e consulter, en donne une description f o r t ample. Fontenelle en f a i t un resuae, puis montre tous l e s elements humains qui entraient en jeu dana cette a f f a i r e . " II ne nous est que trop aise^de f a i r e nos ( 1 ) .Fontenelle. H i s t o i r e des Oracles.p.113. (2) . " " " . " p.115. .51 reflexions sur tout cela. Quels l o i a i r s n'avoient pas les pretres pen-dant tous ces differents s a c r i f i c e s q u ' i l s vous f a i s o i e n t f a i r e , d'ex-aminer s i on e t a i t propre a etre envoye'dans. 1'Antr© .Combien toutes ces ablutions, et ces Expiations, et ces Voyages nocturnes, et ces Passages dans les Cavernes etroites et obscures, vous remplissoient e l l e s l ' e s p r i t de superstition, de frayeur et de craihte ? Combien de machines pouvoient jouer dans ces tenebres ? Quand on s'y sentoit entrains* par les pieds, on e s t o i t sans doute t i r e * par des cordes, et on n'avoit garde de s'en apercevoir en y portant les mains, puis qu'elles estoient embarassees de ces compositions de miel, q u ' i l ne f a l l o i t pas lecher."0)« Affole de parfums et d'odeurs, de spectacles et de bruits "on s o r t o i t de l a tout hors de soy, on d i s o i t ce qu'on avoit veu ou entendu a des gens, qui, p r o f i t a n t de ce desordre, l e r e c u e i l l o i e n t comme i l leur p l a i s o i t , y changeoient ce qu'i l s vouloient, ou enfin en estoient toujours l e s interpretes . * l ( 2 ) . Quand l a r e l i g i o n chretienne trioapha hautement du paganiame sous lea empereura Chretiens, on deruolit les temples. On trouva des statues creuses ou les pretres entraient par dea chemina cache's ; on mit It l a question dea pretres et des prophetes qui avouerent tout. °I1 n'est plus question de deviner les finesses des Pretres, par des moyens qui pourroient eux-memea paroiatre trop f i n s , un temps a este** qu'on l e s a decouvertes de toutes parts aux yeux de toute i a terre." ( 3 ) . Fontenelle est laa de d^couvrir les fourberies des pretres ( 1) ..Fontenelle. H i s t o i r e des Oracles.p.135. (2) . p n n « p.125. (3) . ' " " " " p.131. 5 2 paiens et i l est "persuade* aussi qu'on est l a s de a'en entendre parler", mais i l ajoute un ohapitre sur les sorts. l i s etaient l e plus souvent des especes de des sur lesquels Etaient grave's quelques caracteres ou quelques mots dont on a l l a i t chercher 1'explication dans des tables f a i t e s exprea. On l e s j e t a i t ou les f a i s a i t s o r t i t d'une urne ; les pretres savaient les manier ou s ' i l s ne voulaient pas se donner l a peine, i l s e*taient toujours "ma^tres de 1 ' e x p l i c a t i o n " . Dans l a Grece et l ' l t a l i e , l e s sorts etaient tire's des poetes celebres t e l e que Homere ou Euripide ou V i r g i l e jce qui se preaentait a 1'ouverture du l i v r e , e t a i t I'arret du c i e l . Cette sup-e r s t i t i o n p e r s i s t a i t parmi les Chretiens j i l y en a des exemples dans Saint Augustin et dans Gregoire de Tours qui nous apprend lui-meme quelle e'tait sa pratique, mais " l ' E g l i s e est enfin venue a bout d'ex-terminer cette superstition, mais i l l u i a f a l l u du temps. Du moment que 1'Erreur est en possession des e s p r i t s , c'est'une merveille s i e l l e ne s'y maintient t o u j o u r s . " ( 1 ) . Fontenelle ayant deruontre*'qu'il ne faut pas s'imaginer des interventions demoniaques pour expliquer l e s oraclea, donne maintenant 1 ' h i s t o i r e de leur decadence. " La plus grande d i f f i c u l t ! qui regarde l e s Oracles est aurmontee, depuis que nous avons reconnu que les Delnons n'ont point d6 y avoir de part. Les Oracles, estant a i n s i denenus indifferens a l a Religion Chrestienne, on ne s'lnteressera pluses l e s f a i r e f i n i r precisement a l a Venue de Jesus-Christ."(2). L'opinion qui affirme leur cessation apres l a venue de Je'sus-Christ est fondee (1) .Fontenelle. H i s t o i r e des Oracles.p.t4l. ( 2 ) . " " o n p.142. 55 aur de f a i b l e s raisons les oracles qui ont ete' rendue sur l e silence d des oracles et l'aveu dea paiens qui disent vers l e itemps de Jesus-Christ que ies oracles ont cesse. Fontenelle a deja montre'la faussete'' de ces pretendus oracles dans l e cinquieme chapitre. ; i l s sont dus au zele des Chretiens ou a leur credulite'. Quant a l'aveu des paiens,"un des Auteurs Payens qui a l e plus ser v i V f a i r e croire que les Oracles avoient cesse'a l a Venue de Jesus-Christ, c'est Plutarque."(1). II prouve l a cessation de quelques oracles et l a diminution de quelques autres, mais non pas l a cessption de tous les oracles. Les auteurs anciens de contredisent souvent sur l e temps de l a cessation des oracles. Cela s'explique facilement:au temps ou les auteurs ecrivaient, les oracles pouvaient ne plus *etre dans leur anc-ienne vogue sans 'etre tout a f a i t ruines. En comparaison de ce q u ' i l s avaient ete autrefois, i l s n'etaient plus r i e n , mais i l s etaient en-core quelque chose. De plus, " i l a r r i v o i t qu'un Oracles e s t o i t ruine pour un temps, et qu'ensuite i l ae r e l e v o i t , car lea Oracles estoient sujets \ diver8ea avantures."(2). Pour aoutenir son argument, Fontenelle noua raconte 1'histoire de l a duree de 1'oracle de Deiphes et de quelques autres oracles. II c i t e an© "avanture nqui est eishou^e a. ce l u i de Deiphes : Neron l e saccagea. "Que 1'Oracle apres une t e l l e avanture a i t este muet jusqu'au temps de Domitien, en sorte que Juv-enal a i t pu d i r e alors que Deiphes ne p a r l a i t plus, cela n'est pas merveilleux. ,'(3) II hasarde 1'opinion que l a f i n de l'oracle avait (\) .Fontenelle. H i s t o i r e deB Oracles.p. 14<5.. (2) . " » " " p.152. (3) . " •• « « « p. 156. ' 54 l i e u sous J u l i e n :-" sea dernieres parolee s'addresserent a ^ l 'Empereur J u l i e n , qui es to i t s i Z B I B pour l e Paganisme."(3). Msia "ce seroit une chose ennuleuse de f a i r e l ' H i a t o i r e de l a duree de, toua les autres Oracles depuis l a Naissance de Jesus-Christ; i l suff ir'a de marquer en quels teraps on trouve que quelquea uns des principaux ont parle* pour l a derniere f o i s , " et i l ajoute 1'avertiesement :-" aouvenez-vous touj-ours que ce n'est pas 'a d i r e q u ' i l s ayent eflfectiveiaent parle* pour l a derniere f o i s , dans l a derniere occasion ou lea Auteurs nous apprennent qu' i l s ayent parle*."(£) La cessation generale des oracles marchait de pair avec l a diss o l u t i o n lente du paganisae. "En general les Oracles n'ont cesse"* qu'avec l e Paganisae et l e Paganiame ne cessa pas a l a Venue de Jesue-0 h r i s t . " O ) . Fontenelle demerit l a fortune du paganiame BOUS lea emper^ eurs ; juaqu'a Theodose, l e Senat tenait encore pour l a v i e i l l e r e l i g -ion :-" Toujours par 1'usage et 1'experience, on avoit reconnu l e Pag-aniame pour une bonne Religion, et que s i l'on l e q u i t t o i t pour l e Chriatianiame, on ne scavoit ce qui en a r r i v e r o i t . " ( 4 ) . Lea oracles eSssent p r i s f i n tout de mehe, s i l e paganiame n'eut pas ete*aboil. On peut aasigner dea raisone p a r t i c u l i e r e s pour leur decadence. Les Remains devinrent maf'tres de toute l a Grece et les Grecs n'eurent plus de grands interests sur lesquels lea consulter ; i l s vivaient dans une profonde tranquil ite*. I c i Fontenelle avoue une d i f f -iculte*. "Das l e temps de Pirrhus, Apollon estoit reduit "a l a Prose, c'est a d i r e que l e s Oracles commencoient a dechoir, et cependant l e s domains (t).Fontenelle.Oracles, p.160. (3) . ... " B p.161. (3) " " p. 164. (4) . « " p.172. 55 ne furent Maistres de l a Grece que long-temps apres Pirrhus.°(1). L*ex-p l i c a t i o n que donne Plutarque n'est pas solide s- n II pretend avec plus d'app'arence que l e s vers prophetiques se decrierent par 1'usage qu'en faiaoient de certains Charlatans, que l e menu peuple consultoit, l e plus souvent dans les Carrefours. Les Pretres des Temples ne voulurent avoir r i e n de commun avec eux, parce q u ' i l s estoient des Charlatans plus nobles, et plus serieux, ce qui f a i t une grande difference dans ce metier-la."(S). La vraie explication parait'etre " q u ' i l se forma dans l a Grece de grandes sectes de Philosophie qui se moquaient des Oracles.......Elles durent leur f a i r e un t o r t plus essentiel, que cel u i de l e s reduire a l a Prose. II n'est pas possible q u ' i l s n'ouvrissent les yeux a une partie des gens raisonnables, et qu'a I'egard du Peuple mesme i l s ne rendisaent l a chose un peu moins certaine qu'elle n'estoit auparavant. Quand lea Oracles avaient eommence^a paroiatre dans l e monde, l a Philosophie n'y avoit point encore paru."(3). F i n a l ement les fourberies dea pr'etres •etaient l a ruine des oracles. I l s etaient devenus trop hardis et i l s manquaient de f a i r e prendre l e s precautions necessaites. " l i s eroyaient avoir mis les choses au point de n'avoir besoin d'aucuns menagemens.B(4). Par occ-asion, i l s'agissait de "chercher l a femme". "Les crimes des Pre"tres, leur insolence, divers eveneraents qui avoient f a i t paroiatre au jour leurs fourberies, l'obsc u r i t / , 1'incertitude et l a fausset/de leurs reponses, auroient done enfin &4cTe&wi les Oracles, et en auroient caus/ l a ruine entiere, quand mesme l e Paganiame n'auroit pas du f i n i r . Mais i l s'est j o i n t a: eela des causes etrangeres. D'abord de grandes Sectes de Philosophes Grecs qui se sont moquez des Oracles, ensuite ( 1).Oraeles.p. 190. (2).Ibid.p. 184. (J).Ibid.p. 19?"'. (4).Ibid.p. 194. 56 l e a Rqmains qui n'en f a i s o i e n t point d'usage, enfin l e s Chreatiens qui l e s d^testoient ©t qui les ont abolis avec l e Paganisme."(1). Fontenelle a donne'uBe explication des oracles,, fondee sur l e bons* sens cartesien, ou tout se passe par des ressorts humains. Mais pour l a bien comprendre, comme M. Levy-Rruhl a d i t f o r t justement, i l faut l i r e non point oracle mais miracle. " But what motive had Fonten-e l l e or his readers to foel i n t e r e s t i n the disappearance of oracles that had already been s i l e n t for f i f t e e n centuries ?. Instead of "oracles" read "mitacles" and the work of Fontenelle w i l l at once have a modern meaning, and at the same time seem singularly aggressive."(2) . Le miracle e t a i t l'ennemi supreme, mais i l y avait aussi des superstitions sans nombre q u ' i l f a l l a i t deblayer. B Dans de "sie c l e de l a raison" et parmi l e mepris de tant de prejuges, on n'a jamais cease d'etre super-a t i t i e u x avec del ices. Les l i v r e s de raagie, de s o r e e l l e r i e et d'alch-imie, les secrets pour evoquer l e diable et commander a la. nature sont encore mombreux. II y a bien deagens pour croi r e , comme M.d'AstaUac de l a R&tisaerie de l a Reine Pedauque, aux Ondines et aux Salamandres".(3) C e t a i t l a mission des r a t i o n a l i s t e s de detruire ces erreurs innombra-bles ; i l s devaientsWvanouir devant l a luaiere de l a raison dont l e "privilege e t a i t d'etablir des principes o l a i r s et veritables, pour arri v e r a des conclusions non moins c l a i r e s et non moins veritables. Son essence e t a i t d'examiner } et son premier t r a v a i l , de s'en prendre (1) .Fontenell©. His t o i r e des Oracles.p.197. (2) .Levy-Bruhl. History of Modern Philosophy i n France.p.131. (j).Mornet.D. La Pensee francaise au XVIIIe siecle.p.167. 57 au mysterieux, a 1'inexplique^ a 1'obscur, pour projeter fia lumiere sur l e monde. Le monde e'tait p l e i n d'erreurs, cr.eees par des puissan-ces trorapeuses de l'ame, garanties par des autorite*a'...non controlees, repandues a! l a faveur de l a c r e d u l i t / e t de l a paresse, accumuleea et f o r t i f i e e a par 1'oeuvre du temps jaussi d e v a i t - e l l e se lavrer a un immense deblayage.(1). Fontenelle i t un de ces rational i s tes, mais " rationalisme--a cette d a t e — ne veut pas d i r e intellectualisrae pur, abstraction, deduc-ti o n a p r i o r i . Ce mot designe un besoin d'idees c l a i r e s et coherentes, qui n'exclut pas, qui implique nfeme pour beaucoup 1'attention aux f a i t s et l a consideration de 1'experience. Car, avant tout, l e rationalisme est un engagement de ne pas ceder au preguge/, de ne pas s'incliner dev-ant l'autorite^, "un engagement d'examiner toujours l e s choaea par s o i -meW et d'employer aa raison de chercher l a v e r i t e . Or, s i dans certains domaines 1'Evidence s'obtient par l a decouverte d'une nlc e s s i t e lo^ique qui l i e l e s consequences aux principes, i l y en a d'autres ©"a l a . raiaon ne f a i t 8on oeuvre qu'en rec u e i l l a n t les donnees de l'experience. Les plus ferraes cartesiens n'hesitent pas alors a f a i r e les f a i t s juges deB prejuges et des tr a d i t i o n s : n'est-ce-pas a i n s i qu'on f i n i t alors avec l a f o i aux sorciera, \ l a magie, a l a possession ?"{.#). " Les deux textes lumineux, ou l a raiaon de l a f i n du X V I I e s i e c l e se reconnait, sont i a Conversation du Marechal d'Hocquincourt avec l e Pere Canaye, de Saint-Evremond, et 1 ' h i s t o i r e de l a dent d'or de Fontenelle." " Je me fe r a i s c r u c i f i e r pour l a r e l i g i o n , d i t l e marechal. C e (1).Hazard. La Criae de l a Conscience Europeenne. T . I . p . 1 5 8 . 56 n'esfcipas que j'y voia plus de raison ; au eontraire moins. que jamais. Mais je ne- aauraia que vous d i r e , j e me f e r a i s c r u c i f i e r sens savoir pourquoi !" " Done, en prenant l e contrepied de cette demonstration par 1'ab-surd©, l a raison veut, dans tout ce qu'on f a i t , savoir pourquoi. Mais avant d© savoir pourquoi, i l y a souvent autre chose a chercher : c'est l a morale du conte de l a dent d'or." 0 Assurons-nous bien du f a i t avant de nous inquieter de l a cause. ....Je ne suis pas s i convaincu de notre ignorance par les choses qui 3ont et dont l a raison nous est inconnue, que par celles qui ne sont point et dont nous trouvons l a raison. " ( 1 ) . Fontenelle a dorm/ un remede a l a superstition, mai6 i l y a ajoute un poison contre l a r e l i g i o n e'tablie. On est etonne*qu'il n'ait pa8 ete immediatenient derange . En f a i t , i l ne l e f u t que vingt ans plus tard, quand l e P. Baltus l'attaqua et f i t parattre tout l e venim each/ dans 1•Histoire des Oracles.(2) L'affaire eut pu tourner assez mal pour l e philoaophe, mais d'Argenson vint a 3a rescousse et l u i f i t de bons o f f i c e s dont Fontenelle ee souvens.it toujours. On peut y voir une a l l u s i o n dans 1'Eloge de d'Argenson i ~ M Autant par ses manieres et par ses bons o f f i c e s , i l savait se f a i r e aimer de ceux que l a crainte n© mene pas. Les persormes dont j'entends parler i c i sont en s i grand nombre et s i importantes, que j ' a f f o i b l i r o i a son eloge en y faisant (1) .Lanson. Etudes d'Histoire Litteraire.p.166-9. (2) .Baltus. Reponse a l ^ H i s t o i r e des Oracles de M. de Fontenelle. A Strasbourg chez Jean Renault Doulseeker.MDCCVII. 59 entrer l a reconnaissance que je l u i dole, et que je conserverai toujours pour sa memoire."( 1 ) . Fontenelle e'tait prudent 1 i l avait pas series homes et i l se retenait de publier un autre ouvrage qu'il avait ecrit vers le nfeme temps, l'Origine des Fables, qui etait encore plus aubversif pour l a religion etablie. II ne l e publis pas avant nj>4.. 60 CHAPITRE.IV. FONTENELLE ET L'ORIGINE DES FABLES. Dana I f H i s t o i r e des Oracles, Fontenelle montre comment des superstitions p a r t i c u l i l r e a s'etaient produitea : dans don Origine des Fables, i l a f a i t one oeuvre d'une portee plu8 etendue, ou i l a donn/ 1'explication dea contes aierveilleux qui nous ont iti transmis de 1 ' a n t i q u i t e ' l o i n -taine. Dans sa courte esquisse, i l a f a i t deux choses d'une valeur capitale : i l a fonde* l e compsratisme en matiere d'histoire des r e l i -gions et i l a donne^une etude du developpement de l ' e s p r i t humain :-"Etudions l ' e s p r i t humain dans une de sea plus etrangea productions; c'est l a bien souvent q u ' i l se donne l e mieux S^. conno^tre."( 1.). L'eaaai sur l'Origine dea Fables f u t p u b l i / en 1724, mais C*etait une publication retardee. Trublet en place l a composition entre 169S et t699 : M.J.R.Carre'croit pouvoir reporter l e date de c r i a t a l l i s a t i o n des idees a 1680, par 1'evidence du texte d'un frag-ment, Sur 1'Hiatoire, qui contient lea in<Wa ideea. "Trublet, dans 1 ' a r t i c l e "Fontenelle" du Moreri de 1759# s i g n a l e d l a date de 1?24 des oeuvres une nouvelle editionjdu philosophe, avec dea augmentations, dont les plua considerables sont : Sur 1'Existence de Dieu, Sur l e Bonheur,Sur l'Origine des Fablea ; i l ajoute;-" l e troiaieme n'eat qu'une partie d'un ouvrage plus considerable q u ' i l avait commence^ sur 1 ' h i s t o i r e . La date precise de l a composition de ces t r o i s e c r i t s est incertaine, ( 1 ) . Fontenelle. Oeuvres. T.III.p.271. 61 mais i l faut les placer entre 1691 et 1699.......Nous allons essayer de raontrer que Trublet peut avoir raison, et nous aussi, avec et contre l u i , en reportant l a date de crx s t f e l l i s a t i o n des idees de l'Origine des Fables a 1,680 au moins, et leur miae au point, s i l'on veut, ce qui n'a plus guere d'importance, \ l a date indiquee par Trublet.°(1). En tout cas, on peut regprder Fontenelle comme le premier thebrieien du comparatisme en Hi s t o i r e des Religions. II ne pouvait pas publier son systeme avant 1?15 -: les idees q u ' i l contenait Etaient trop dangereuses. .11 y avait l a B a s t i l l e et un sejour y manquait d'agreinent. Fontenelle commence son essei en posant un probleme. Les fab-les des Grecs sont tres etonnantes J notre culture g r l c o - l a t i n e nous masque leur e"trangete :-" On nous a s i f o r t aecouturala pendant notre enfance aux Fables des Greca, que quand nous aommes en etat de taisonner nous ne nous aviaons pas de le s trouver aussi etonnantes qu'elles l e sont."(2). E l l e s ont eonatitue^l'histoire des Grecs pour l e3 periodes lee plus reculees de leur pm.9Be : tnaintenant i l para'at irapoB8ible qu'on a i t pu vouloifc passer pour v r a i de p a r e i l l c s chosea. " Quel auroit ete* cet amour des hommes pour des faussetee manifestes et r i d i c u l e s , et pourquoi ne d u r e r o i t - i l plus ?"'3). Fontenelle repond que l e s homines p r i m i t i f s etaient dans un etat ou "1'ignorance et l a barbarie durent "etre a un excea que nous ne sommes plus en etat de nous representor" et que les fables grecquee nous aont venues de gens semblables. S i nous vou!on3 former une ide'e (1) .Carre. Fontenelle.p.115. (2) .Fontenelle. Oeuvres. T.III.p.2?0. O ) . " " T.III .p.2?1. 62 de l a mental i t / p r i m i t i v e , "figurona-noua les Cafres, les Lapons, ou le s Iroquois ; et meme prenons garde que ces Peuples ©tant deja anciens i l s ont d$ parvenir a quelque degre de cdnnoissahee:.'©t de politesse que les premiers hommes n'avoient pas."(1). Doncw l e nombre des pro-diges qu'on vo i t depend de 1'ignorance et du manque de 1'experience. "A mesure que l'on est plus ignorant, et que l'on a moins d'experience on voit plus de prodiges. Les premiers hommes en virent done beaucoup."2 Les peres racontent ce qu'i l s ont vu ou f a i t a leurs. enfants et nature-11ement ces r e c i t s sont plein3 de prodiges. I c i Fontenelle nous donne une observation mordant© sur 1'usage des contours ; i l y a deux raisons pourquoi l'on ne doit pas compter sur leur veracitel "Quand nous racontons quelque chose de surprenant notre imagination a'echauffe sur son objet, et se porte d'elle-nfeme a l'agrandir et a* y ajouter ce qui y manqueroit pour lea rendre tout-ale f a i t merveilleux, comme s i e l l e avoit regret de l a i s s e r une belle chose imparfaite . De plus, on est flatte^des sentiments de surprise et d'admiration que l'on cause a ses Auditeurs, et on est bien aise5*de les augmenter eneore, pasce q u ' i l semble q u ' i l en revient je ne scais quoi a notre vanite'."(J). Meine aujourd'hui on a besoin d'exercer sur aoi un control© pour eViter ces e f f e t s . Les r e c i t s <?taient aouvent faux en eux-memes "parce qu ' i l s etaient f a i t s par des gens sujeta a voir Men des choses qui n'etaient pas."(4), et i l s Etaient diVigurtfs par l e manque de ce controle. I l s (1) .Fontenelle.Oeuvres. T.III.p.271. (2) . " " " p.271. (3) . " " " p.272. 65 pa8saient de bouohe en bouche, et a. chaque transmission l e s memes causes d^fo.raantes agissent. " Chacun en ^ t e r a quelque p e t i t t r a i t de v r a i , et y en mettra quelqu'un de faux, et principaiement du faux Merveilleux qui est l e plus agreeable, et peut-'etrequ'apres un Siecle ou deux, non seulement i l n'y restera rien du pau de v r a i qui y e t o i t d'abord, mais nfSsme i l n'y restera guere de chose du premier f a u x . " ( l ) . V o i c i l a phase suivante : les hommes, meme l e s plus barbares, sont curieux et i l s demandent l e "pourquoi" des phenomenes II y a eu de i a Philosophie meme dans ces Siecles grossiers, et e l l e a beau-coup s e r v i a l a naissance des Fables."(2). Les contemplatifa de ce temps-la recherchaient dea causes :-" D'o'u peut venir cette r i v i e r e qui coule toujours ? C'etait "une Strange sorte de Philosophe, mais qui auroit p e u t ^ t r e ete un Descartes dans ce S i e c l e - c i . " Apres une lorigue deliberation, i l conclut q u ' i l y avait quelqu'un qui versait I'eau d'une cruche, mais qui l u i fo u r n i s s a i t cette eau ? Le contem-p l a t i f n'all.ait pas s i l o i n . II avait f a i t n a i t r e l e mythe d'une naiade et i l en resta l a . L'experience de l'homme p r i m i t i f l u i montrait que lea eff e t s Etaient produita par des causes pereonnelles comme l u i -meme. II en t i r a l a concluaion que toutes les causes cacheeB e*taient des personnes aussi. "Cette Philosophic dee premiers Sie'cles r o u l o i t sur un principe s i naturel qu'encore aujourd'hui notre Philosophie n'en point d'autre, c'est-'a - d i r e , que nous expliquons lee choses inconnues de l a Nature par celle s que nous avons devant les yeux, et (1) .Fontenelle.Oeuvres.T.III.p.t?5« (2) ;Ibid. 64 que nous transportpns a l a Physique les idees que 1'experience nous fournit.n(>1,),. Cette philosophie grossi^re a produit l e s dieux et les deesses capables de produire de grands e f f e t s , et les a engendressous figure humaine, car on ne voit pas quelle autre figure i l s auraient pu avoir, *!;Du.moment q u ' i l s sont de figure humaine, 1'imagination leur attribue naturel1ement tout ce qui est humain } les v o i l a hommes en toutes manieres, a cela pres q u ' i l s sont toujours un peu plus puissans que des hommes."(2). Mais c'est aux hommes p r i m i t i f s que ressemble 1'image qu'on s'est f a i t e de ces difites. La force du corps est estimee l a plus b e l l e qualite i done " i l s y ont f a i t dominer l'idee du pouvoir, et n'ont eu presque aucun egard n i a l a Sagesse n i a l a Jus t i c e , h i a tous les aut-res attribus qui suivent l a Nature Divine. Rien ne prouve mieux que ces Di v i n i t e s sont f o r t anciennes, et ne marque mieux l e chemin que 1'imagination a tenu en les formant."(J). D'ailleurs, l a sagesse et l a ju s t i c e n'ont pas de nom dans les langues anciennes, coram© e l l e s n'ont pas encore aujourd'hui chez l e s "Barbares d'Amerique". S4 l'on compare les dieux d'Homere et ceux de Ciceron, on peut voir qu© " a mesure que le s Hommes sont devenus plus p a r f a i t s , les Dieux l e sont devenus davan-tage v o i l a les Dieux du terns de Ciceron, et i l s valoient bien mieux que ceux du tems d'Homere, parce que de bien rikeilleurs Philosophes y avoient mis l a main."(4). I c i Fontenelle se resume : ignorance et grossier^e primitives, (1) .Fontenelle. Oeuvres. ?.III.p.2?4. (2) . " "- 5.III.2TS. ( 3 ) . " " T.III.p.2?6. (4) . " " T.III.p.279. 65 repetition et exageration du reci t , philosophie qui recherche lea causes ont conduit les hommes aux inventions extraordinaires "sans qu'il y a i t pour ainsi dire, de leur faute." "Mais nous aliens voir maintenant que sur ces fondemens les Hommes ont en quelque maniere pris p l a i s i r a se tromper eux-memes."(1). La philosophie des premiers, siecles se trouvait tout-a-#ait propre a s'al l i e r aux fa i t s veritables dans des cas comme eeux-ci. Un jeune homme est tombe dans l a riviere et son corps n'est pas retrouve*'. Selon l a philosophie du temps, ce sont les jeunes f i l l e s qui gouvernent l a riviere. L'explication par les causes formera l ' h i s t -oire } les jeunes f i l l e s ont enleve le jeune homme. De meme, un homme dont on ne connait pas l a naissance a quelque talent extraordinaire j done i l est f i l s d'un dieu qui a de qualites analogues. Si l'on con-sidere l a plupart des fables, " on trouvera qu'elles ne sont qu'un melange des f a i t s avec l a Philosophie du terns."( 2)..-... Ensuite, comme on avait donne un bon accueil^a ces histoires, "on commence a en forger sans aucun fondement, ou tout au moins on ne raconta plus les f a i t s un peu remarquables, sans les reve'tir des orne-mens que 1'on avait reconnu qui etoient propres a. plaire. Ces ornements etoient faux."(j). On comprendra cela en songeant aux historiens du siecle d'Auguste j i l s racontent des fa i t s et les embellissent de l'ad-jonction des motifs et des portraits des personnages. Ces adjonctions ne sont que de vraisemblable, mais "c'est a cause de cette rraisemblanee que ce melange de faux que nous reconnoissons qui peut etre dans nos histoires, ne nous les f a i t pas regarder comme des Fables."(4). Les (1) .Fontenelle. Oeuvres.T.Ill.p.279. (2) " " " p.230. (3) fl " 0 p.281. " '• » p. 28J. 66 h i s t o i r e s des Arabes sont remplies de prodiges et de miracles ; c'est une espece de convention, aujourd'hui encore, d'ecrire a i n s i . " Mais quand ces sortes d'Histoires passent ches d'autres Peuples qui ont l e gout de vouloir qu'on e^crive les f a i t s dans leur exact© verite*, ou e l l e s sontcrues au pied de l a . l e t t r e , ou du moins on se persuade qu'elles ont ete crues par ceux qui les ont publishes,, et par ceux qui les ont revues sans contradiction. M(1). Ge q u ' i l y avait de surprenant dans 1'histoire des f a i t s , on , r l' e x p i i q u a i t par une philosophie chimerique j ce qui appStenait \ l a philosophie, on l ' e x p i i q u a i t par des h i s t o i r e s de f a i t s imagines a p l a i s i r . Au c i e l l e s deux Curses ne se couchent pas, et on racontait 1'hiatoire de Junon qui a transform©*'une ma*itresse et un f i l s de Jup-i t e r en constellations et a prie* Ocean de ne pas les recevoir. Les mUres sont. rougea ', e l l e s ont ete teintes du sang d'un amant et d'une amante. De t e l l e s h i s t o i r e s ont leurs analogues dans celles que l'on conte dans nos jours. " Je n'ai jamaia oublie' que l'on m'a d i t dans mon enfanee que l e Sureau avait eu autrefois deo r a i s i n s d'aussi bon gdu*t que j.a Vigne, mais que l e t r a ^ t r e Judas s * extant pendu a cet arbre ces f r u i t s etoient devenues aussi mauvais q u ' i l s l e sont pre^sentement." Les h i s t o i r e s d'Ovide et les contes populaires modernes sont compatables les metamorphoses ne sont que l a physique des premiers temps, Ces h i s t -oires "ont l e double agrement, et de frapper l ' e s p r i t par quelque t r a i t merveilleux, et de s a t i s f a i r e l a c u r i o s i t / par i a reison apparente qu'elles rehdent de quelque e f f e t naturel et f o r t connu.n(2). (1) .Fontenelle. Oeuvres. T.III.p.283. (2) . n " " p.284. 6? Outre tous ces principes p a r t i c u l i e r s , i l y a deux autres plus gene^raux de l a production des fables. Le premier-, c'est l e d r o i t d' inventer. .des choses analogues a celle s qui sont acceptees ou d'acc<-ro^tre ce qui est admis en en t i r a n t les consequences. S i un dieu a e"te , dans, une h i s t o i r e , amoureux d'une femme, "toutes les h i s t o i r e s ne seont pleins que de Dieux amoufceux"; s i des dieus ont des enfants i l s l e s airaeront, i l s l e s aideront de leur puissance, "et v o i l a une source inepuisable de prodiges qu'on ne pourra t r a i t e r d'absurde."(1). Le second principe est l e respect aveugle de 1'antiquite'*/•»" Nos Peres l'ont cru, pre*tendrions-nous e*tre plus sages qu'eux ?" Ces deux principes j o i n t s ensemble font des merveilles : I'un^&end une sottise a l ' i n f i n i , " l'autre " l a conserve a. jamais." l i s expliquent l e haut degre d'absurdite' des fables et "ce qui l e s y a maintenues". Sans eux les hommes n'auraient jamais pu "tout d'un coup ehfenter de t e l l e s reveries, y ajouter f o i , et etre un f o r t long-terns a e'en desabuser."<£ ) Ces deux principes generaux, dont 1'action concertee produit des merveilles, sont bien generaux en ef f e t , car i l s ne valent pas seulement pour les epoques anciennes, mais aussi pour "les erreurs de ces S i e c l e s - c i " . Nous savons aussi bien que les Grecs, etendre et con-server hos erreurs » heureusement nous ne sommes pas p a r t i s de bases aussi abaurdes et nous sommes "eclaires des lumi^etes de l a vraye Rel-igi o n , et, \ ce que je cr o i s , de quelques rayons de l a vraye Philos-ophie. "{ 3). ( 1 ) .Fontenelle Oeuvres. T.III.p.285. (2) . • " • p.236. (-3). * " " p.287. 68 On ee trompe en attribuant 1'origine des f a b l e s \ "1'imagin-ation vlve. des Orientaux" ; e l l e s sont un produit naturel de l'ignor^-anee des premiers hommes t - " pour moi, je 1*attribute a 1'ignorance des premiers, hommes.n Un peuple "nouveau", meme "sous l e p1>le" aurs des fables pour premieres h i s t o i r e s : un s o l e i l v i f et ardent peut aecen-tuer l a disposition a se repal/tre de fables, mais i l ne l a cre'e pas. "Aussi dans tout ce que je viens de d i r e , je n'ai euppose^dans l e s hommes que ce qui leur est commun a t o u s . " ( l ) . Cette ignorance comm-une des populations primitives explique l a conformit/des fables des diffe r e h t s peuples et cette conformit<f signale des origines analogues. Pour preuve de cette theorie, Fontenelle comparalt les fables des Americains et celle s des Grecs j i l montre que 1'eloignement dans l'espace et l e temps ne les empe^chaient pas d'etre dans l e meme cadre. Lee Americains enyoient les ^ataes de ceux qui ont mai vecu dans "de certains lacs bourbeux et desagreables : les Grecs les conduisent sur les bords des r i v i e r e s de Styx et d'Acheron. Les Americains croient que l a cause de l a p l u i e est qu'une jeune f i l l e joue dans l e s nues avec son p e t i t f r e r e , qui l u i casse sa cruche rempiie d'eau # cela ressemble f o r t 'a "ces Nymphes de Fontaines, qui renversent iteau de dedans l e s Urnes." L'jfnca Maneo Guyma Capac, f i l s du S o l e i l , grace a. son eloquence, r e t i r e l e s habitants du pays du fond des foreta, ou i l s vivaient \ l a maniere des bttes t Orphee f a i t de meine et i l est aussi f i l s du S o l e i l :-" ce qui montre que le s Grecs furent pendant un tems (1).Fontenelle.Oeuvres .T.III.p.287. 69 des Sauvages aussi bien que lee Ameriquains et que les imagin-stions de, ces deux peuples s i eloignes se sont accord'ees V croire F i l s du S o l e i l ceux qui avoient des talents e x t r a o r d i n a i r e s . " ( 1 ) . , 1 1 con-clut que-les Americains seraient yenus,"a l a f i n , e penser aussi raison-nablement que les Grecs, " s i on leur en avoit l a i s s e . l e l o i s i r . " Comme les anciens Grecs, l e s anciens Chinois inventaient des des h i s t o i r e s pour rendre compte des choses naturelles. D'ou vient l e fl u x et l e reflux de l a mer ? l i s ne connaissaient l a theorie des tour-b i l l o n s , mais i l s inventaient une h i s t o i r e tres semblable a cells, des Metamorphoses d'Ovide, "tant i s est v r a i que l a merae ignorance a produit a peu prea l e s memes effets ches tous les Peuples."(2). "Hormis l e peuple e*lu", les h i s t o i r e s de tous l e s peuples com-mencent par des fables. Les hommes arrivent a penser quelque chose de, raisonnabl© avec une "prodigieuse lenteur", meW sur- les choses l e s plus simples. "Conserver l a memoire dee f a i t s t e l a q u ' i l s ont ete , ce n'est pas une grande merveille, cependant i l se passera plusieurs Siecfes avant que l'on s o i t capable de l e f a i r e , et jusque-la les f a i t s dont on gardera l e souvenir ne sont que des visions et des r e v e r i e s . " ( 5 ) . Les fables, une f o i s etablies, ae tournerent en r e l i g i o n chez l a plupart des peuples j chez l e s Grecs, e l l e s ae tournerent aussi en agrement. Jusqu'ici l e s principes d'explication ont ete "pris du fone de l a nature humaine". Ce sont l a les conditions universelles et domin-Fontenelle. Oeuvres. T . I l l .p.289. (2) . " " " p.290. (3) . " " " p.290. 70 antes de l a formation dee fablea. Mais i l faut y joindre "des choses etrangeres", des hasards historiquea passages de ifRbles d'un peuple a l'autre,, interpretations erronees du vocabulaire. Dee fables des Pheniciens et dea Egyptiena passerent chez lea Grecs et "se grossirent dans ce passage, et meW leurs histoires les plus vraies y devinrent des Fables.". Les mots equivoques ou mal compris amen^rent des "qui pro quo?. Lorsque l ' a r t d'e'crire fut invent^, i l a aervi beaucoup a repandre les fables de peuple a peuple et "a enrichir un Peuple de toutes lea aottisee d'un autre, mais l'araas des fables est demeure' "a peu pree dans l'Btat ou 1'invention de l'ecriture le trouva ."(1) . Enfin i l est venu un temps du de"clin de l a formation des fables: 1'ignorance a diminutf un peu ; on a vu moins de prodiges par consequent s on a f a i t moins de faux systemes de philosophie. Les histoires sont devenues moins fabuleuses, "car tout cela 8'enchaine."(2). On a vu qu'il pouvait etre u t i l e de garder l e souvenir des choses pasaees, "soit pour conserve? les choses dont les Nations se faisoient honneur, soit pour decider des differene qui pouvaient nalltre entre les Peuples, soit pour fournir dea exemples des vertus, et je croi que cet usage a ete' le dem-ier auquel on a i t penee, quoique ce soit celui dont on f a i t le plus de bruit(J). On commence done a ecrire l'histoire "d'une maniere plus raisonnable." Alors i l ne parait plus de nouvelles fables : on se contente de conserver les anciennes. Mais, "follement amoureux de 1 Antiquite , (1) . Fontenelle. Oeuvres. T.III.p.25>4. (2) . " " " p.295-(3) .' • " " n P.295. 71 on a cherche un sens cache, profond et raisonnable, aux fables absurdes. On y a voulu trouver "les secrets de l a Physique, et.de l a Morale". On a echange 1'arteienne f o l i e contre une nouvelle :-" Asaurement ceux qui ont f a i t l e s Fables n'etoient pas gens a sqavoir de l a Morale ou de l a Physiquei n i a trouver l ' A r t de le s deguiaer sous des images emprunt-ees.«{1). On ne doi t pas chercher sutre chose dans les fables que l ' h i s t -o i r e des erreurs de l ' e s p r i t humain. Ge n'est pas une science d'avoir l a te^te p i eine des "extravagances des Pheniciens et des Grecs", mais e'en est une "de scavoir ce qui a conduit l e s Pheniciens et l e s Grecs a ces extravagances" C'est l a science de l ' e s p r i t humain, car c'est l a science de aes erreurs et de sa liberationfde l'erreur. Fontenelle mit f i n a. son theme avec l e mot celebre Tous l e s hommes se ressemblent s i f o r t , q u ' i l n'y a point de Peuple dont l e s sottises ne nous doivent f a i r e trembler.'"(2). Lang a demontr/1'importance du texte de Fontenelle. Dans son l i v r e , Myth, Ritual and Religion, i l expose les d i f f e r e n t s systemes de mythologie anterieurs au sien . ( J ) . Dans son premier chapitre, i l s i g -nals toutes lee facons d'etudier et d'expliquer les mythes hormis celle s qui preparent directement les ide^es de lfecole anthropologique de Tylor et MacLennan a. laquelle i l se rattache. Dans son second, i l recapitule l e chapitre I et propose une nouvelle methode dont Fonten-e l l e a e t / l e precurseur.(^). Selon Lang, on a eprouve^le besoin de ( 1 ) . Fontenelle. Oeuvres.T.III.p.296. (2) . " " ' " p.296. O). Lang.A. Myth, Ritual and Religion .jSongmans, Green &Co.1887 (4). Lang.A. " " " " p.26. 72 c o n c i l i e r l a r e l i g i o n et l a morale avec les h i s t o i r e s des dieux ;de l a sont nees i e s hypotheses de Theagene et de Metradore, de Socrate et d'Ev-hemere, d'Aristote et de Plutarque. Celui qui a opere^la c o n c i l i a t i o n 1 l ' a fait.toujours en partant de ses propres idees et de l a philosophie du temps. Le physicien a cherch/ dans l e mythe une physique cachee ; 1•etyaolbgiste des confusions de mot3 ; l e p o l i t i q u e des inventions des le g i s l a t e u r s . Puis, l e s attaques des ehre*tiens sont venues et les p h i l -osophes paiens, plus ou moins impregnes de pantheisine o r i e n t a l , ont trouve'dans l e s mythes des symboles panthlfistes une revelation cachee de leur propre neoplatonisme. Apres l a chute du paganiame, l e s a n t i -quaires se sont intrigues a. 1'explication des mythes. Les chr/tiens lea expliquerent par une deformation de l a t r a d i t i o n conserve© dans les Lang.A. Myth, Ritual and Religion .p.26 n i t has been shown that the p r a c t i c a l need for a r e c o n c i l i a t i o n between r e l i g i o n and morality on the one aide, and the storiea about the gods on the other, produced the hypotheses of Theagenee and Metrodorua, of Socrates and Euemerus, of A r i s t o t l e and Plutarch. I t has been shown that i n each case the recon-c i l e r s argue on tne basis of their own ideas and of the philosophies of their time. The early p h y s i c i s t thought that myth concealed a physical philosophy ; the early etymologist saw i n i t a confusion of language! the early p o l i t i c a l speculator supposed that myth was an invention of l e g i s l a t o r s } the l i t e r a r y Euemerus found the secret of myths i n the course of an imaginary voyage to a fabled i s l a n d . Then came the moment of the Christian attacka and Pagan philoaophera , touched with Oriental pantheiam, recognized i n myths certain pantheistic symbols and a cryptic revelation of f h e i r own Neoplatonism. When the gods were dead and th e i r 73 l i v r e s sacres ©t trouverent l'arche de Noe sur chaque cime de Grece. Le XIXe s i e c l e aux habitudes critiques y regards de plus"pres. avec Ott f r i e d Muller et Lobeck et finalement, l a r suite des succesjje l a phi l o l o g i e comparee, 11 arri v a par hasard que l e s philologues a"annexerentile dom-aine des mythes. Toutes cee vues contlennent une parcelle de v e r i t / , mais toutes aont incapablea de reeoudre 1'ensemble du probleme. Seule 1'anthropologle comparee permet d'aborder l a question utiiement ; e l l e etudie l'homme dans l a tota l i t e ^ d e see oeuvres et de ses fa£Oris de penser, et dans l a t o t a l i t y de ses evolutions. Pour app-liq u e r l a methode anthrepologiques a l'etude dea mythes, 11 faut e^tudier en tous l i e u x , sur ce point 1'evolution des idees, de l ' e t a t sauvage a l'/tat barbare et a l ' / t a t c i v i l i s / . ? Fontenelle, au s i e c l e dernier, a / t a b l i , avec toute l a c l a r t / d e 1'intelligence francaise, l e systeme a l t a r s f a l l e n , then antiquaries brought t h e i r c u r i o s i t y to the prob-lem of explaining myth. Christiana recognized i n i t a depravation of the Jewish sacred writings, and found the ark on every mountain top of Greece. The c r i t i c a l nineteenth century brought in,with Ot t f r i e d Muller and Lubeck, a closer analysis jand f i n a l l y , i n the sudden r i s e of comparative philology, i t chanced that p h i l o l o g i s t s annexed the domain of myths. Each of these sjtstems had i t s own amount of truth, but each certainly f a i l e d to unravel the whole web of t r a d i t i o n and of f o o l i s h f a i t h . " 74 qui eat partiellement mis en oeuvre dans cet essai, l e systeme qui exp-lique l"element i r r a t i o n e l du mythe en y voyant un heritage de l ' e t a t de sauvagerie. L ' e c r i t de Fontenelle (Sur ( s i c ) l'Origine des lables) est court, s e n s e d s p i r i t u e l et ne manque tout juste que d'abondantes preuves pour ©Sire adequat a l a question. Mais i l s'est borne^a emettre l'idee, et l ' a abandonnee a l a negligence de ses auccesseurs.^ V). Plus tard, Lang f a i t mention de flette negligence encore :-" Dans ces dix dern-ieres annees sa decouverte a et& f a i t e a nouveau. Les d i s c i p l e s de Tylor, Mannhardt, Gaidoz et l e s autres n'ont pas l ' a i r de se douter qu' i l s ne font que reediter les opinions du neveu de 0 o r n e i l l e . B ( 2 ) Quent au manque de preuves abondantes pour e t a b l i r sa theorie Fontenelle ne se propose pas d'ecrire un t r a i t / pour l e s savants. On a (l).Lang. Myth, Ritual and Religion.p.28. " Fontenelle, i n the l a s t century stated with a l l the clearness of the French i n t e l l e e t , the s system which i a p a r t i a l l y worked out i n thia e s s a y — t h e system which explains the i r r a t i o n a l element i n myth as inherited from savagery. Fontenelle's paper (Sur l'Origine des Fables)is b r i e f , sensible and witty, and requires l i t t l e but copious evidence to make i t adequate. But he merely threw out the idea, and l e f t i t to be neglected." (2).Lang. Myth, Ritual and Religion. Vol.II.p.JBI. " Only within the l a s t ten years has Fontenelle's idea been rediscovered. The followers of Mr.E.B.Tylor, Mannhardt, Gaidoz and others?>.do not seem to be aware that they are only repeating the notions of the nephew of Corneille." 75 deja vu comment i l a adapte^l 'Histoire dea Oracles de Van Dale, outrage p l e i n d'erudition, mais bourr/'de c i t a t i o n s . Van Dalei rapporta un grand nombre de,^'Passages q u ' i l c i t e tres-fidelement" mais. fontenelle les omit } i l e c r i v a i t pour les honnettes gens.(l). Un l i v r e pouvait etre rebutant a cause de son a i r trop savant. En outre, Jonteneile n e t a i t pas un tacheron. Comme M.Hazard e'crit Une generation commencait a. poindre qui voulait de l'aisance, de l a le*gerete, et n'aimait r i e n qui n'eut un a i r f a c i l e . D'une part, les tacherons qui ecrivaient mel, qui chargeaient de references lea marges de leurs l i v r e s qui etaient lourds, qui etaient obscurs, condamnee' volontaires aux travaux sans g l o i r e . De l'autre, lea historiens, genies Sieves, de^iaignant de s'abaisser aux minuties, iai s s a n t aux esprits medlocres les recherches p o i n t i l l e u s e s , evitant l e s discussions qui auraient e t o u f f / l e feu qui les animait."(2), Lang note tree justement q u ' i l a manque a Fontenelle de sign-aler que l e s causes personnelles imaginaires, qui devenaient des dieux, ont lite ausai fabriquees a l a ressemblance dea animaux, que l'homme p r i m i t i f considerait comme ses egaux ou comme auperieurs la l u i s- n The sense of an absolute psychical d i s t i n c t i o n between man and beast, so prevalent i n the c i v i l i s e d world, i s hardly to be found among the lower races."(5). II est curieux que Fontenelle a'en a r i e n d i t car i l avait probablement l u l e P. l e Jeune qui a note I'animiame des iauvages au Fontenelle. Histoire des Oracles. Preface .p. MI. (2). Hazard. La Crise de l a Conscience Europe4nne.T.I.p.66. ( J ) . Tylor. Primitive Culture. Vol.2.p.46'?. 76 Canada t - " Lea sauvages se pereuadent que non seuleraent les hommes et les autres animaux, maia aussi que toutes l e s autres Choses sont, animees.......lis'tiennent l e s poisaons raisonnables, comme aussi lee c e r f s . n ( 1 ) . Parce q u ' i l ne c i t e pas ses textes et q u ' i l f i t une omission de cette sorte, on ne doit pas conclure precipitamment que Fontenelle n'etait pas trea inform/de tout ce qui se d i s a i t ou e c r i v a i t . Prob-ablement i l avait beaucoup plus d 1 information qu'on de c r o i r a i t V premiere vue. D'abord, l a methode comparative pr/suppose dea mater-iaux ; l'homme non i n s t r u i t n'aurait pas lee connaissances necessaires pour f a i r e les comparaisons. Fontenelle avait ete eleve des Jesuites de Rouen et son education gr/co-latine avait e t / so l i d e . On peut voir dans son Histoire dea Oraclea q u ' i l a l u lui-meme et de f o r t pres l e dialogue de Plutarque ; i l n '/ta i t pas content de traduire Van Dale aimplement.{2). II e'tait assez humaniate a toute f i n , mais i l ne f a i s a i t pas parade de son erudition. Quant aux peuples arrangers, i l y avait les relations deB missionnaires ou i l pouvait se reneeigner. Pendant toue sa v i e , i l avait de tres bons rapports avec de noabreux membres de l a Societe' de j/sus» Son ami, l e P.Tournemine, connaisaait bien les missionSc'des j / s u i t e s et Fontenelle n ' e u t - i l pas i u lui-meme toutes leurs r e l a t i o n s , devait etre au f a i t de ce qu'elles contenaient. Quand i l s'agit des hommes p r i m i t i f s Pigurons-noua lea Cafres, l e s Lapons ou les Iro-( P . l e Jeune. Relations de l a Nouvelle France. I656.p.l09. c i t e par Lang.Myth, Ritual and Religion.V.I.55* (S).Fontenelle. H i s t o i r e dea Oracles. Ed.Maigron.p.H6-7. quote," et meraera prenons garde que dea Peuples, etant deja anciens, i l a ont du parvenir a quelque degre de connaissnaces et de politesse que les premiers hommes n'avoient p a s . n ( l ) . C'est l e mot d'un homme qui a quelque connaissance des "sauvages". Les Iroquois etaient bien con-nus des Francais, depuis l e debut du XVIIe aieole. Surtout les r e l a t -ions de l a Nouvelle France renseignaient sur l e s sauvages americains de facon reguliere. Quant aux Cafres, i l y avait des missionaires j e s ^ uites qui accompagnalent l e s capitaines portugais dans leurs expeditions en Afrique et i l s ont renvoye*au general de i a Compagnie de Jesus dea l e t t r e s qui ont ete publiees.(2). Les Chinois aussi sont bien connus par l e s relations des missionnaires. Fontenelle compare les legendes des Peruviena avec c e l l e s qui rattachent au nom d'Orphee; II a pu l i r e l e s Commentarias RealeB de O a r c i l i s s o de l a Vega qui ont ete* traduits en franjaia.'j?) • L'auteur, f i l s d'un Inca, avait l'avantage de con-(1) . Fontenelle. Oeuvres T.III.p.2"?1. (2) . L'Hiatoire de ce qui e'eat passe" en Ethiopie, Malabar, B r a s i l et es Indes Orientales, tire's des l e t t r e s escrites es annees 1620 jusquea a 1624, adressees au R.P.Mutio V i t e l l e s c h i , general de l a Compagnie de Jesus. Traduit de 1'Italien en francais par un pere de l a irf&me Compagnie. A P a r i s , chez Sebastian Cramoisy. MDCXXVIII. (3) . Garcillaaso de l a Vega. Le Commentaire Royal ou l*&iatoire dea Yncas roya du Perou, contenant leur origine, depuia l e premier Ynca Manco Capac, leur etablisBement, leur i d o l a t r i e , leurs s a c r i f i c e s , leurs vies, leurs l o i s , leur gouvernement en paix et en,guerre ; les merveilles du temple du-Soleil......MDCXXXIII. 76 naitre l e Perou a fond et d 1avoir directement r e c u e i l l i de l a bouche des derniers Incas les t r a d i t i o n s , pieusement transmises, sur les o r i g -ines de l a c i v i l i s a t i o n peruvienne. Les anthropologues l e regardent encore comme une autorite** exceptionelle.( 1) Fontenelle 3avait bien u t i l i 3 e r toutes les sources d'inform-ation ; tel. e t a i t son e s p r i t . Tout 1'inter e sea it..de ce qui f a i t comyren-dre d'autres faeons de penser et de vivre que celles qui nous sont fam-r i l i e r e s . On peut l e voir dans son E*loge de Tournefort II ramassoit aussi des Habillemens, des Armes, des Instrumens de Nations eloignees, autres aortea de c u r i o s i t e s , qui quoiqu'elles ne soient pas sorties immediateaient dea mains de l a Nature, ne laisBent pas de devenir P h i l -osophiques pour qui s^ait philoaopher."(2). M.J.R.Carre' resume l e sujet de ses sources :-" II e t a i t , en to tout cas, auffisamment pourvu de f a i t s , meme e ' i l ne c i t a i t pas, pour s a i s i r lea analogies qui se cachent sous l e s fables les plus diverses. Son experience personnelle l u i l i v r a i t l e f o l k l o r e i Ovide et son Iduc-~ t r a d i t i o n ation greco-latine, 1'aboutiasement et lea survivancea d'une longue barbare chez des peuples tres cultives ; 3es lectures et sea convers-ations, tous lea echantillons de aauvagerie q u ' i l lux f a l l a i t , empruntes a! toutes les regions du globe.(3). Les ecole3 anthropologiques anglaises et americainea ont s u i v i l e sentier indique par Fontenelle. I l s ont accumule^une grande masse de (1) .c.f.Lang. Myth, Ritual and Religion.Vol.I.p . 7 4 - 6 . "In t h i s case, our best authority i s almost beyond suspicion " (2) . Fontenelle. Oeuvres. T.V.p.226. (3) . Carre. Fontenelle.p.175. 79 f a i t s en observateurs et en savants, qui vaut beaucoup en jetant de l a lumiere sur IOB origines de notre c i e i l i s a t i o n . " To establish a con-nection between what uncultured ancient men thought and did , and what cultured^modern men think and do , i s not a matter of, inapplicable theoretic; khowledge, f o r i t raises the issue, how far. are modern opt-ion and cpnduct based on the strong ground of soundest modern know-ledge, or how far only on such knowledge as was available in the e a r l -i e r and ruder stages of culture where t h e i r types were shaped."(1). Maia l'ecble francaise pense que leur oeuvre est gate's, cause d'un defaut radical . Les anthropologues francais maintiennent que l a mental\\£primitive a ses l o i s propres et qu'on ne peut pas expliquer l e s representations c o l l e c t i v e s par l e s l o i s ordinaires de 1'associa-t i o n des idees, par 1'usage naturel et i r r e s t i b l e du principe de causalite. I l s a f f i r a e n t que l e s "choses" sont d'un ordre special et qu'elles ont beaoin d'une methode p a r t i c u l i e r e d*explication. La mentalit/d'un homme p r i m i t i f est preiogique et mystique. M.Levy-Bruhl expose cette theorie dans son livre,Lee Fonctions Mentales (1). Tylor. Primitive Culture. VOL.H.p.^. C f . J.H.Robinson. The Mind i n the Making.p.59. " In general, those ideas which are s t i l l almost universally accepted i n regard to man's nature, his proper conduct, and his relations to God and his fellows are f a r more ancient and f a r less c r i t i c a l than those which have to do with the movement of the stars, the s t r a t i f i c a t i o n of the rocks, and the l i f e of plants and animals. Nothing i s more essential i n our attempt to escape from the bondage of consecrated ideas than to get a v i v i d notion of human achievement i n i t s proper h i s t o r i c a l perspective. " 60 dans les Sqcietes inferieures, ou i l d i t : - " The mental processes of "primitives" do not coincide with those which we are accustomed to des-cribe i n men of our own type.(l) (a) The i n s t i t u t i o n s , customs, and beliefs, of primitives imply a mentality which ie prelogical and mystic, oriented d i f f e r e n t l y from our own. (b).The c o l l e c t i v e repres-entations and interconnections which constitute such a mentality are governed by the law of p a r t i c i p a t i o n and and i n so f a r they take but l i t t l e account of the l o g i c a l law of contradiction, I t i s of the very essence of pa r t i c i p a t i o n that a l l idea of duality i s effaced and that, i n spite of the law of contradiction, the subject i s at the same time himself and the being i n whom he participates."(2). Mais M,Levy-Bruhl f a i t trop peu de cas de l a raison primitive de 1 un cote et, de l'autre, de l a deraison moderne. Les differences dans les con-clusions logiques sont dues aux connaissances assuraulees par les geti-orations precedentes.(5). ( 1 ) . Levy-Bruhl. Les Fonctions mentales dans les Soeietes inferieures. Translated by L.A.Clare. How Natives Think, p .14. (2) . Levy-Bruhl. How Natives Think.p.361. 584. (3) .C.f.Haddon. History of Anthropology.p.67. " I t must however be remembered that the pri m i t i v e peoples c l a s s i f y the facts of the universe i n categories d i f f e r e n t from our own, and have dif f e r e n t p r i n c i p l e s f o r the c l a s s i f i c a t i o n of soci a l i n s t i t u t i o n s , such as relationship and kinship, from those adapted by us. Grantingtheir premises, primitive men are uaually as l o g i c a l i n these as i n other matters of everyday l i f e , as a l l first-hand observers t e s t i f y . Levy-Bruhl makes far too l i t t l e of primitive r a t i o n a l i t y on the one hand 81 Fontenelle 8'e'tait e c a r t / de l a doctrine earteSienne de3 i d l e s innees. II ne croyait pas que l a raison fut quelque chose de d i v i n , imp-iantee par Dieu, une , egale et identique chez tous les hommes. II croy-a i t plutot q u ' i l y avait un developpement de l a raison :-" l ' a r t et l a culture peuvent beaucoup plus aux cerveaux que sur l a t e r r e . " 0 ) . C'est l e contenu des idees non innees qui f a i t l a difference :1'organisation humaine est constants, Ses vues s'accordent bien avec cell e s de nos modernes And there i s rio reason why we shoulfi not go on building up mind and elaborating i n t e l l i g e n c e without' expecting any inherent impro-vement i n our o r i g i n a l o u t f i t . That seems quite s u f f i c i e n t as i t i s . There i s no need, certainly l i t t l e hope of changing human nature."(2). On peut juger comment Fontenelle a r e g a r d / l e perfectionnement de l a raison, en l i a a n t son explication de l ' o r i g i n e des dieux anthro-pomorphes, ." Cette Philosophie des premiers Siecles. r o u l o i t sur un p r e -cipe s i naturel, qu'encore aujourd'h&i notre Philosophie n'en a point d'autre, c'eat-a - d i r e , que nous expliquons les choses ineonnuea de l a Nature par celles que noua avons davant les yeux, et que nous trans-portons a l a Physique lea idees que 1'experience nous f o u r n i t . Nous av-ons de^couvert par 1'usage, et non pas devine^ ce que peuvent les poids les ressorta, les l e v i e r s ; nous ne faiaone agir l a Nature que par des and of modern i r r a t i o n a l i t y on the other. The differences i n log-i c a l conclusions are due to the character of knowledge accumulated by preceding generations. (1) . Voir plus haut.p.12-13. (2) . Robinson. The Mind i n the Making.p.1J2. \ 82 l e y i e r s , des poids et des ,ressorts. Ces pauvres Sausages qui ont l e premier habite le monde, ou ne> connoissoient point iCes^ choses-la, ou • • . '• j.-'i n'y avoieftt f a i t aucune attention. I l s n'expliquoi^ntVdonc lea effets de l a Nature que par des choses plus grossieres et plus palpables qu'ils connoissoient. Qu'avons-nous f a i t lee uns et les autres ? Nous nous sommes toujours represente l'inconnu sous l a fi g u r e de ce qui nous e s t o i t connu."(1). Le f i n de l a matiere, c'est —"nousSavons de*couvert par 1'usage , et nonpas devine." Tout perfectionnement de l ' e s p r i t humain est l e resultat des connaissances accumulees } i l implique 1 attention aux f a i t s et l a consideration de I'experience. Celle des p r i m i t i f a est tres incomplete et instable car e l l e est a l a merci.de leur imag-ination deformante, E l l e se s a t i s f a i t des plus grossieres analogies : l'eau coule d'une cruche, quand on la verse ;• l a r i v i e r e coule on l a verse d'une cruche, Avec l e temps, 1'experience est devenue plua comp-l e t e et plua calme > on peut diseerner l e faux raisonnement. Mais l e progres est bien l e n t . Les f a i t s , aujourd'hui les plus averes, n'svaient ete' e t a b l i s qu'avec une prodigieuee lenteur : les raethodes qui constit-uent l a raiBon avaient mis a se constituer dea siecles Avec quelle prodigieuee lenteur les hommes arrivent a quelque chose de raisonnable quelque simple q u ' i l 8 0 i t . B { 2 ) . Mais les hommes y arrivent. En tout pays, i l s ont diS1 vivre aux epoques tres anciennes dans une extreme ignorance, une barbarie d i f f i c i l e m e n t imaginable. Fontenelle f a i t voir l a difference entre (1).Fontenelle. Oeuvres.T.Ill.p.27^. (:2)A " " • p.290. 63 les hommes modernes et les premiers hommes. II n'y aveit pae ete une Chute, mais un grand progres qui s'etait f a i t par la'.raison.' •i Fontenelle ne pouvait situer dans l e passe un "age d'or i l ne pouvait pas mettre 1 "age d'or dans I'avenir. La f i n de ce progres c'est plutot 1 amelioration materielle et l e bonheur pour de rares e s p r i t s . L'amelioration materielle due a I'avaneement des sciences aura l i e u , , grace aux eff o r t s du p e t i t nombre de gens qui pensent, car Fontenelle n'est pas democrate En general, Ie nombre des hommes qui pensent est p e t i t et 1'on pourrait d i r e que tout l e genre humain ressemble au corps humain, ou l e cerveau et apparemment une tres p e t i t e p a r t i e du cerveau est tout ce qui pense, tandis que toutes les autres parties, beaucoup plus considerable par leur masse, sont prive*es de cette noble fonction et n'agissent qu^aveuglement."(1). Quant au bonheur, l a raison seule ne s u f f i t pas \ l a f a i r e naltre : i l y faut l e concours d'un heureux naturel. Mais l e bonheur et 1'av-aneement des sciences sont l e but de Fontenelle. ( 1).Fontenelle. Eloge de Ressons. C f . Robinson. The Mind i n the Making.p,56. "The great mass of humanity has never had anything to do with the increase of intel l i g e n c e except to act as i t s med-ium of transmission and perpetuation. Creative intelligence i s confines to the very few, but the many can thoughtlessly: a v a i l themselves of the more obvious achievements of those who areo exceptionally highly endowed." 34 CHAPITRE.V. • • LES BUTS DE FONTENELLE.. Selon 1'Abb/Trublet, l e traite'du Bonheur a e t l feompoee^entre 1 6 9 1 et 1699, maia i l ne parut qu'en 1724. II n'aurait pas Cte*prudent de l e piibl i e r plus tSt . Les jansenistes avaient essay/de ramenefc l e sie'cie a l a morale chretienne, mais une autre morale se formait, dont on cher-chait les principes a i l i e u r s que dans l a r e l i g i o n . Les, pre*dicateurs avaient admis que l e bonheur est l a f i n de 1'activite*humaine et que l a vertu doit conduire au bonheur. Mais l e bonheur qu'ils promettaient n'etf.it pas de ce monde ; i l s l e promettaient dans l'autre. Les nou-veaux moralistea croyaient q u ' i l faut l e s a i e i r sur l a terre et se mettaient a l e chercher dans l e present." A toutes ces morales de ren-oncement, a l a morale ascetique du Christ, a l a morale sto'ique, a If ' i d -eal hometique ou romain de l a f r u g a l i t e ^ va succeeler une morale de bonheur, organisant l a poursuite et 1'adainistraion des p l a i s l r s . " ^ 1 ) . Fontenelle e c r i t pour lea honn&tes gens ; son opuscule est simple, flacile a. comprendre. C'est l a confidence d 'un homme heureux qui explique comment i l s'est f a i t et se maintient heureux. II com-mence :-" V o i c i une matiere l a plus interessante de toutes, dont tout l e monde parle, que les philosophes, surtout l e s anciens, ont t r a i t e avec beaucoup d'/tendue : mais quoique tres interessante, e l l e est dans ( 1 ) . Lanson. Etudes d'Histoire Litteraire.p.180. 65 l e fond ae3ez negligee } quoique tout l e monde en parle, peu de gens y pensent ; et quoique l e s philosophes 1'aient beaucoup traite*e, c'a It/, s i philoaophiquement, que les hommes n'en peuvent t i r e r gu^re de p r o f i t . " P-uis, i l d / f i n i t avec sa finesse ordinaire l e bonheur et les conditions du bonheur."Qn entend i c i par le mot de bonheur un etat, une s i t u a t i o n t e l l e qu'on en desirat l a duree sans changement J et en cela l e bonheur est d i f f e r e n t du p l a i s i r , qui n'est qu'un sentiment agreeable, mais court et passager,:et qui ne peut jamais ''etre un etat." Le p l a i s i r eat par nature passager : 1'homme qui a moins de p l a i s i r s les sent plus vivement, mais s i on considere, hon ces-instants de p l a i s i r , mais "les fond8 de vie raeSnes", les «&ats non les passagea, " l a compensation cesseentierement d'avoir l i e u " . C'est done " l ' / t a t qui f a i t l e bonheur, mais ceci est tres facheux pour i e genre humain." La plupart des hommes sont "exclus du bonheur" par leur situation ou par leur naturel. II ne leur reste pour ressource que des p l a i s i r s . ( 1 ) . "Celui qui voudrait f i x e r son / t a t , non pas l a crainte d'etre p i s , maie paBce q u ' i l s e r a i t content, meriterait l e nom d'heureux : on l e reconna^trait entre tous les autres hommes a une espece d'immobilit/ dans sa si t u a t i o n . "®2). On ne l e voit pas : on ne voit que "les malheur-eux qui s'agitent." On pourrait contester 1'existence de 1'homme heur-eux, maia admettons-la, pour noua donner des esperances agreeables et non pas tout a f a i t chimlriques. Une grande partie de notre bonheur ne depend pas de nous, en depit de ce que disent les Stoiciens. S i l'un d'eux est presae par ( 1 ) . Fontenelle. Oeuvres.T.III.p.24J-4. (2) . 8 " " p.24% 86 la goutte, i i nie une douleur tres vive et, en meme temps, i l l'avoue par 1''effort qu'il f a i t pour l a hier Je n'avouerai pouttant pas que tu sois un mal N'ajoutons pas a tous les maux que l a nature et l a fortune peuvent nous envoyer, l a ridicule et i n u t i l e vanit/ de nous croire invulnerable."(1)• . Presque tous les hommes sont absolument V l a merci du hasard. "Incapables, de diacernement et de choix, poussea par une impetuoaite^ aveugle, attired par dea objets qu'ils ne voient qu'au travers de mille nuages, entraines les uns par les autres sans savoir ou i l s vont, i l s camposent une multitude confuse et tumultueuse, qui semble n'avoir d'autre deesein que de s'agiter sans cesse."{2). Mais nous pouvonS quelque chose pour nous ; nous l e pouvons "par nos facons de penser"} dure condition, car l a plupart des gens n'ont pas I'habitude de penser. "Ainai, i l n'y a qu'une partie de notre bonheur qui puisse dependre de nous j et de cette petite partie, peu de gene en ont l a diapoaition ou en tirerent le pr o f i t . II faut que les earacterea, ou faibles ou paresseux, ou impe*tueux ou violenta, ou sombres et chagrins, y renon-cent tous."(J). Quelques istres, doux et modere^, peuvent travailler utiiement a se rendre heureux. " £coutons done l a philosophie, qui preche dans l e desert une petite troupe d'auditeurs qu'elle a choisie parce qu'ils savaient deja une bonne partie.de ce qu'elle peut leur apprendre."(4). (1) . Fontenelle. Oeuvres. T.III.p.246. (2) . " " " p.24?. (5) • " p.248. (4). tt n « p.249. 87 , I I faut analyser les maux et dissoudre a i n s i les* maux imagin-a i r e s , ceux qui t i t e n t leur .origins "de quelque facpnde penser, fausse ou du moins, probleraatique". Aux maux rebels, i l ne faut pas ajouter "des circonstances imaglmaires qui les aggravent" comme l a sin g u l a r i t e de l a maladie pu I'idee que nous serons inconsolables "dans les maux ou l a vanite' ne soutient point 1 ' a f f l i c t i o n et ou une douleur eternelle ne s e r a i t d'aucune merite." II faut prevoir les maux avant quails arrivent ; quand i l s arrivent, i l ne faut pas les augiaenter "en y app--uyant trop notre vue." Nous avons un certain amour pour i a douleur : l e premier pas vers l e bonheur se r a i t de s'en defaire, et de retran-cher a. notre imagination tous les talents maifaieants, ou du moins l a tenir pour f o r t suspects. II s u i t une proposition qui "ne l e cede guere en d i f f i c u l t e ' a l a pierre philosophale", c'est "de disposer eon imagination de sorte qu'elle separat les p l a i s i r s d'avec les chagrins en ne la i s s a n t passer que les p l a i s i r s . " La plupart des choses sont d'une nature tres douteuse > i l ne faut pas se presser ou de s ' a f f l i g e r ou de se r / j o u i r . "Un grand obstacle au bonheur , c'est de s'attendre a un trop grand bonheur." Sachons voir l a vie comme e l l e est : ne l u i demandons pas trop. Nous nous plaignons d'une condition meaiocre : mais supposons qu'avant notre naissance, on nous montre tous les accidents, toutes les A „ fl calamites .qui peuvent nous echoir en partage : ne serions-nous pas epou' vantes ? Et consid^rant ensuite a combien de p e r i l s nous echappons, ne tiendrons-nqus pas pour un bonheur prodigieux d'etre quittes a s i bon compte ? "Les esclaves, ceux qui n'ont pas de quoi vivre, ceux qui ne vivent qu'a,la sueur de leur fro n t , ceux qui languissent dans les mala-68 dies habitueiles, v o i l a une grande partie du genre humain, A quoi s - t - i l tenu que nous n'en fuesions ? Apprenons combien il. est dangereux d'etre hommes, et comptona les raalheurs dont nous sommes exempts pour autant de p e r i l s dont nous sommes echappes."{1). VT > , . • Une i n f i n i t u d e choses que nous avons et que nous ne sentons pas, feraient chacune l e supreme bonheur de quelqu'un : l e bonheur est en ef f e t bien plus rare que l'on ne pense, car chacun b r i l l e d'un faux eclat aux yeux ds quelqu'autre. On ne doit pes envier les grands, les princes, les r o i s . "Puisqu'il y e s i peu de biene, i l ne faudrait negliger aucun de ceux qui tombent dans notre partage....souvent on les abandonne pour courir apres ceux que l'on n'a pas. Nous tenons l e pres-ent dans nos mains \ mais 1'avenir est une espece de charlatan, qui en nous eblouissant les yeux, nous I ,escamote.,,(2). Nous ne pepriserons pas l e s p e t i t s p l a i s i r s . ,11 faut examiner, pour a i n s i d i r e , les t i t r e s de cd qui pretend ordonner de notre bonheur Quels seront les objets e x t i r i e -urs auxquels nous laisserons des droi t s sur nous ? ceux dont i l y aura plus a esperer qu'a craindre. II n'est question que de calculer, et l a sagesse doit toujours avoir les jetons a. l a main. Combien valent ces p l a i s i r s - c i , et combien valent les peines dont i l faudrait les acheter, ou qui les suivraient ? On ne saurait disconvenir que selon les differentes imaginations les p r i x ne changent, et qu'un meme mar-che'ne s o i t bon pour 1'un et mauvais pour l'autre. Cependant, i l y a (1) .Fontenelle. Oeuvres. T.III.p.255. (2) . n n fl p.258. 69 apeu pree, un p r i x commun pour ies chosea p r i n c i p a l i s } et de l'aveu de tout l e monde, par exemple, l'amour est un peu cher, |\ aussi ne se l a i s e e -t - i l pas evaluer."(1). C'est une formule ou l e Normand et l e mathemat-i c i e n vont de compagnie avec l e philosophe. I L faut revenir aux p l a i s i r s simples, "tele que l a tranquil ite'' de l a v i e , l a societe^, l a chasse, l a lecture, etc." , I l s paient mieux que les p l a i s i r s v i f s qui "n'ont que des instants, et des instants souvent funestes par un esces de vivaeite*, qui ne l a i s s e r i e n gotiter apres eux s au l i e u que les p l a i s i r e simples sont ordinairement de l a duree que l'on veut ; et ne gatent r i e n de ce qui les s u i t . " ( 2 ) . II ne faut pas craindre " 1 ' i n s i p i d i t / 1 d'un eWt t r a n q u i l l e . " Les gens accoutumes aux mouvements v i o l e n t 8 des passions, trouveront sans doute f o r t insipide tout l e bonheur que peuvent produire les p l a i s i r s simples. Ce qu ' i l s appellent i n s i p i d i t e ^ je 1'appelle tranquil-ite. " ( J ) . Un /tat t r a n q u i l l e , c'est meine l e mieux qui puisse a r r i v e r . II se peut qu'un homme fasse du bonheur une idee trop composed et trop compliquee: i l ne peut *etre heureux qu'a trop. grands f r a i s et certainement l a nature n'en fera pas l a depense. Gelui qui veut 'etre heureux se recluit et se resserre autant q u ' i l est possible. II faut eviter l e s situations en vue, 1'ambition, 1'eclat qui menacent l e voyage p a i s i b l e de notre humble barque. Mais °le plus grand secret pour l e bonheur, c'est d'etre bien (1) .Fontenelle. Oeuvres. T.III.p.261. (2) . " B " p,265. (5). " " " P.26J. 90 avec s o i . " On se f u i t et avec raisoa : i l n'y a que l e vertueux qui puisse se voir et se reconrmitre. 0 Mais comme on s'aime toujours assez i l s u f f i t d'y pouvoir rentrer sans honte pour y rentrer avec p l a i s i r . Une conscience sure de soi est notre meilleur a b r i . L'homme doit se croire heureux d'un bonheur "modeste et ignore dont l'etalage n'insultera personne." II ne doit pas oublier qu'apres tout, ce sage, ce vertueux, cet heureux est toujours un homme ; i l n'est point arrive" a un etat inebranlable que l a condition humaine ne comporte point j i l peut tout perdre et meme par sa faute."(2). Telles sont les pensees que Fontenelle a exprimees en aidant \ l a formation d'une morale toute moderne, l a morale des honnette gens. II parle en un temps ou l a Religion t r a d i t i o n e l l e ne fournit plus, a beaucoup d'esprits, une philosophie complete et indiscutee de l a vie. II est lui-meme de ceux qui acheminent leur s i e c l e a concevoir une organisation de l a vie i n d i v i d u e l l e et sociale, independante de l a * r e l i g i o n . II parle du bonheur d'ici-bas, i l ne parle pas d'une beati-tude posterieure a l a v i e . "L'avenir est une espece de charlatan." Fontenelle n'estime pas l ' a n t i q u i t e j i l ne reprend les moral-istes anciens pour guides, mais i l les a l u s . II songe a eux, l o r s q u ' i l ecarte leurs opinions, ou ne les r e t i e n t qu'avec de prudentes reserves. II est r i d i c u l e de pretendre, avec les Stoiciens, etre au-dessus de l a fortune, et que notre bonheur depend tout entier de n o u s . ( 3 ) . II est vr a i que, pour l a part ou i l depend de nous, i l depend de notre pensee .(*).• Fontenelle. Oeuvres.T.Ill,p,266. | 2 ) . " " " p.266. (3). Voir plus haut.p.85. 91 ce qui s'accorde avec leur a v i s . ( l ) . Le p l a i s i r d'Epicure ne f a i t pas l e bonheur, car l e p l a i s i r , comme p l a i s i r , n'est jamais u n e t a t , mais unpassage.(2). Le calcul des p l a i s i r s , l a necessite* d'une arithmelique des p l a i s i r s (J) et i a l i m i t a t i o n des desirs (4) sont un legs precieux s de l a sagesse Epicurienne. Fontenelle n'a pas exclus les passions. " S i l'on admet 1'usage des p l a i s i r s , c'est que les i n c l i n a t i o n s , les passions dont les p l a i s i r s sont l a s a t i s f a c t i o n , ne sont pas condaninables."( 5) • E l l e s sont les forces motrices des individus et l e ciment de l a societ/. Sans e l l e s , les hommes deviendraient inertes. Et ell e s sont ce q u ' i l y a de plus ne fondamental dans les hommes ; l e coeur^change point et tout l'homme est dans l e coeur."ifIS). Dans ses Dialogues des Korts, Fontenelle a deux assertions d'une importance capitale. Oitons :-B Les f o l i e s de tous les hommes, etant de meme nature, e l l e s se sont s i aisement ajus-tees ensemble qu'elles ont servi a f a i r e les plus f o r t s l i e n s de l a societe" humaine : temoin ce d ^ s i r d'immortal ite*, cette fausse g l o i r e et beaucoup d'autresvp^rincipes, sur quoi roule tout ce qui se f a i t dans l e monde. n{ 7). Voila 1 ' u t i l I t / sociale des passions ; l'autre maxime a eu beaucoup d'influence sur l a pensee pendant l e XVIIIe s i e c l e :-° Au fond tous l e s devoirs se trouvent remplis, quoiqu'on ne les remplisse pas par l a vue du devoir ; toutes les grandes actions qui doivent 'e'tre f a i t e s par les hommes se trouvent f a i t e s ;enfin I'ordre que l a Nature a voulu e^tablir dans 1'Univers, va toujours son (1). Voir plus haut.p.86. (2). Voir plus haut.p.8!>. O) " n p.33. (4). • » » » p.89. (5) . Lanson. iftudes d'Histoire Litteraire.p.162. (6) .Voir plus haut.p.22-24. ( 7).F.Oeuvres.T.I.p.89. 92 t r a i n ; ce q u ' i l y e a d i r e , c'est que ce que l a Nature n'auroit pas obtenu de notre raison, e l l e l'obtieivt de notre f o l i e . n ( i ) . Comme M. Lanson d i t Par dette r e h a b i l i t a t i o n des passions se prepare l a doctrine de l a bonte'naturelle de l'homme qui, priae au point de depart n'est pas un postulat a b s t r a i t et a r b i t r a i r e , mais simpiement l a neg-ation du dogme de l a chute et l a reconnaissance de l ' u t l l i t e * e ssentielle des passions.(2). Fontenelle f a i s a i t grand cas des p l a i s i r s simples :-" II faut en revenir aux p l a i s i r s simples, t e l s que l a tranquilite* de l a v i e , l a socie'te', l a lecture." II aimait a partager son temps entre l a lecture, l a composition et l e monde. II ne trouvait pas l a t r a n q u i l i t y " i n s i p i d e " Mais ce n'est pas un bonheur qui est a. l a portee de tout l e monde ; t e l l e sagesse superieure ne se trouve que chez un p e t i t nombre de gens. II y faut et l a raison et un heureux naturel t-" Le bonheur est comme l a sante'' > i l faut q u ' i l s o i t dens les hommes sans qu'ils l ' y mettent : et s ' i l y a un bonheur que l a raison produise, i l resaemble a ces santes qui ne se soutiennent qu'a force de remedes, et qui aont toujours tres f a i b l e s et t r e 3 incertaines."(3). M.Hazard a censure' Fontenelle parce q u ' i l a prech/ "une petite troupe d'auditeura" chois i s . II e c r i t :-" Avouons cependant qu'elle (c'est a d i r e , 1'attitude de joueur habile) n'est pas a l a portee de tout l e monde j qu'elle demande une int e l l i g e n c e exceptionellement l u c -ide et froide } qu'elle t r a i t e l e s passions comme s ' i l s u f f i s a i t de (1) . Fontenelle. Oeuvres. T.I.p.177. (2) . Lanson. £tudes d'Histoire Litteraire.p.182. (3) .Fontenelle.Oeuvres T.III.p.24^. S>3 raisonner pour le3 veinere, et 1'imagination comme une esclave docile; qu'elle suppose une condition aisee, de 1'independance, du l o i s i r . Bonheur egoiste."{l). Maia l e bonheur que Fontenelle a depeint, dont i l a donne 1'exemple dans sa v i e , p r o v i e n t - i l de l'egoisme ou de l a sagesse ? Oe n'est pas f a c i l e comme bonjour de tracer l a ligne qui les separe. Fontenelle a acquis l a reputation d'egoiste, ce dont teinoignent les mots t e l s comme I "histoire des asperges et les boutades t e l l e s que-? -" I i faut, pour etre heureux, avoir I'estomac bon et l e coeur mauvais." Mais, pour se f a i r e une opinion plus juste sur l'egoisme de Fontenelle, i l faut l i r e lea idees q u ' i l s'est forme5'de son devoir comme Secretaire de l'Academie dea Sciences. "II f s l l o i t a cette Compagnie" d i t - i l en parlant de son predecesBeui, Du Hamel, un Secretaire qui entendit et qui parlat bien toutes les differentes Langues de ces Scavans, c e l l e d'un Chimiste, par exemple, et eel l e d'un Astronome, qui f u t aupres du Public leur Interprete commun, qui piK donner a tant de matigres epin-euses et abstraiteB dee e^claircissements, un certain tour et nfe*me un agre^aent que l e s auteurs negligent quelquefois de leur donner et que cependant l a plupart des lecteurs demandent } enfin qui par son caract-ere fut exempt de p a r t i a l i t e et propre a rendre un compte deainteresse des contestations Academiquea."(2). Et Fontenelle f u t 1'ideal du secret-a i r e perp/tuei : cela n ' / t a i t pas 1'oeuvre d'un e^goiete. Et l e grand secret pour l e bonheur q u ' i l nous confie dans eon essai ne sent guere (1) .Hazard. La Crise de l a Conscience Europeenne.T.II.p.85. (2) .Fontenelle. Oeuvres.T.V.p.1^1. 9 4 l'egoisme :-" Le plus grand secret pour l e bonheur, c'est d'etre bien avec soi....Toute indulgence de l'amour propre n'empeche point qu'on ne se reproche du moins uen partie de ce qu'on a a. se reprocher... .On se f u i t et avec raison s i l n'y a que l e vertueux qui puisse se voir et se reconnaitre. II peut f o r t bien ar r i v e r que Is vertu ne con-duise n i a l a richesse n i k 1'elevation, et qu'au contraire e l l e en ex-c l u t Mais une recompense i n f a i l l i b l e pour e l l e , c'est l a s a t i s f a c t -ion interieure. Chaque devoir rempli en est paye dans l e moment."(1). Fontenelle peut "etre egoiste, mais d'une espece rare i i l est egoiste jusqu'au point ou i l l e faut e^tre pour defendre sa serenite i n t e l l e c t -u e l l e et son independence de jugement. Sa morale, 1'image et l a form-ula de sa v i e , est une morale du bonheur individuel et de l a prosper-ite*'sociale. Fontenelle empe\:hait sa t r a n q u i l i t e de devenir "insiddde" ; i l s'interessait trop au bien-e*tre social et i l f a i s a i t loyalement et consciencieusement son metier de secretaire de l'Academie des Sciences. II ne se melait pas dee theories d'etat, mais on peut voir combien l e Men public l u i tenait au coeur en l i s a n t son Eloge de De8 B i l l e t t e s Le bien public, I'ordre, ou plutot tous les differents etabliesementa p a r t i c u l i e r s d'ordre que l a societe* demande, toujours s a c r i f i c e sane scrupule, et meine violes par une mauvaise g l o i r e , et-aient pour l u i des objets d'une passion vive et d e l i c a t e . II l a portoit a t e l point....que quand i l passoit sur les marches du Pont-Neuf, i l en prenoit lee bouts qui etoient moins uses, a f i n que l e milieu qui l ' e s t toujours davantage ne devlht trop tot un g l a c i s . Mais une s i pet-i t e attention s'ennoblissoit par son principe ; et combien ne s e r o i t - i l ( 1 ) . Fontenelle. Oeuvres. T.III.p.266. 95 pas a souhaiter que l e bien public f u t toujours aime avec autant de superstition." ( 1 ) . Et dans l'Eloge de Vauban : - " l l devenoit l e debiteur p a r t i c u l i e r de quiconque avoit oblige^le Public En un mot, c'etoit un Roma i n q u ' i l semblott que notre Siecle eut derobe' aux plus heuteux terns de l a Republique."{2). Tout p o r t r a i t est l e p o r t r a i t de deux per-sonnes, peintre et modele ; tout en d/crivant l a vie des autres,Font-enelle en ses Eloges, nous f a i t conna'itre son propre caractere, ses in c l i n a t i o n s , ses idees. Fontenelle n'est pas reformateur p o l i t i q u e s i l est un homme d'ordre, car un i n t e l l e c t u e l comme l u i a besoin de l a paix ne*cessaire a ses meditations. II ne c r o i t pas que l'on puisse f a i r e confiance a l a moyenne des gens pour vivre raisonnablement, s ' i l ne se sentent sur-v e i l l e s . Lorsqu'il prononce l'E*loge de d'Argenson, i l parle en homme pratique, s a i s i d'admiration des travaux et i l ne para'it pas avoir des-approuve'la methode. "Les Citoyens d'une grande V i l l e bien policee jouissent de I'ordre qui y est e t a b l i , sans songer combien i l en coute de peines a ceux qui 1'etablissent, ou l e conserventy a peu pres comme tous les hommes jouissent de l a regularite des Mouvemens Celestes sans en avoir aucune connoissance s et meme plus I'ordre d'une Police res-semble par son un i f o r m i t / a1 c e l u i des Corps Celestes,- plus i l est i n -sensible, et par consequent i l est toujours d'autant; plus ignore, qu'il est plus p a r f a i t . Mais qui voudroit l e connoi"tre et 1'approfondir, en seroit effraye."(J). Et i l s u i t une l i s t e des devoirs d'un bon magia-(1). Fontenelle. Oeuvres.T.VI.p.1J9. (Hi • K ' " ' T.V. p. 167. 1^9. y r-0). « 0 T.Vl.p.146. 96 t r a t , comme plus tard i l expose, dans l'Eloge de Pierre l e Grand, ce qu' un monarque i n t e l l i g e n t et energique peut f a i r e pour l e bien de ses peu-ples. .Fontenelle se garde bien de ne pas oraettre l a reforme de l ' e g l i -se !-* Le ;Cuite des Saints avoit degener/ en une superstition honteuse, chacun avoit l e aien dans sa ma i s on pour en avoir l a protection part-r i c u l i e r e , et on pr e t o i t V son ami I s Saint Domestique dont on s ' e i o i t bien, trouve' s les miracles ne dependoient que de l a vol o n t / et de 1'av-arice des Pretres. Les Pasteurs qui ne scavoient r i e n , n'enseignoient r i e n , a leurs peuples, et l a corruption des moeurs-qui peut se main* te n i r jusqu'a un certain point malgre'1'instruction, / t o i t infiniment favorisee et accrue par 1'ignorance, Le Czar osa entreprendre l a r«?f-orme de tant d'abus, sa P o l i t i q u e meme y e t o i t intBresae*e."( O. ,. Dans l e meme Eioge, Fontenelle enonce un principe sociologique de grande valeur t * » n Pour porter l a puissance d'un E*tat aussi l o i n qw' e l l e puisse a l l e r , i l faudroit que l e Maitre etudiat son Pais, presque en Geographe et en Physicien, q u ' i l en connut parfaitement tous les avantages naturels, et q u ' i l eut l ' a r t de les f a i r e v a l o i r . n $ 2 ) . Sur ce sujet, on sent bien q u ' i l apprecie les efforts de Vauban :-" Quoique son Emploi ne l'engageat qu'a t r a v a i l l e r a l a surete^des Frontierea, son amour pour l e bien public l u i f a i s a i t porter ses vues aur les moy-ens d'augmenter l e bonheur du dedans du Royaume. -Dans tous ses Voy-ages i i avoit une certaine c u r i o s i t e dont ceux qui sont en place ne sont coramunement quf ,;§.rop exemts. II s'informait avec soin de l a v a l -eur des Torres, de ce qu'elles rapportoient, de l a maniere de les c u l -(1) . Fontenelle. Oeuvres. T.VI,p.24q. (2) . " " T.VI.P.2^0. c 97 t i v e r , des facultes des '/Palsans, de leur nombre, de ce qui f a i s o i t leur nourriture ordinaire, de oe que leur pouvoit v a l o i r en un jour l e t r a v a i l de leurs mains, d l t a i l s meprlsables et abjects en appar-ence, et qui appartiennent cependant au grand Art de :gouverner. n(1) . Mais i l ne nomme pas l a Dime Royale. , > Ce n ' e t a i t pas aux rois ou aux despotes que Fontenelle f a i s a i t l a guerre : c ' e t a i t a 1'ignorance, adversaire a tSte; d'iiydre, car "1'ignorance est quelque chose de bien propre a etre generalement re-pahdue." Fontenelle se proposait de repandre l a connaissance scient-i f i q u e , II crojtait que l a prosperite' sociale en re^sulterait. I l . f a l -l a i t gagher les honnllttes gens et surtout pouaser les femmes vers l a science. C'est ce q u ' i l a essay/dans son oeuvre de vulgarisation, les Entretiens sur l a Pluralite^des Mondes. "Sur tous l e s e s p r i t s , l a " v e r i t e agira comme une revelation. Les Entretiens sur l a plur-a l i t e ' des mondes, en \62>6, sont une preface, coquette et profonde, a. une nouvelle interpretation de 1 ,univera."(2). En six soirs ou s i x legons, i l espose dans ce l i v r e sous une forme attrayante et sommaire l e systeme du monde d'apres Gopernic. D'abord, 11 explique comment 1'antiquities'est abusee et les hommes se sont trompes parce q u ' i l s l'ont s u i v i e . L'explication est f o r t amusante s qu'on se represent© 1'Opera : Phaeton quitte l a terre, l e vent l'enleve* i l 8'envois vers l e c l e l : * " Representez-vous tous les sages a I'OpeVa, ces Pythagores, cea Platona, ces Aristotes, et tous (1) . Fontenelle. Oeuvres. T.V.p.166. (2) . Hazard. La Orise de l a Conscience Europeenne. T.II.p.102. 98 ces gens dont I e n o a f a i t aujourd'hui tant de b r u i t a nos o r e i l l e s [• supposons qu' i l s voyoient l e vol de Phaeton que l e s vents enlevent, q u ' i l s ne pouvoient point dlcouvrir les cordes et q u ' i l s rte savoient. point comment l e derriere du theatre l i t o i t dispose^- :L'un d'eux d i s o i t , n C'est une, vertu secrete qui enle've Phaeton.". L.'autre:-"Phaeton est compose de certains nombres qui l e font raonter". L'sjutre:-"Phaeton a une certaihe amitie*pour l e haut du theatre ; i l n'est pas V son aise quand i l n'y est pas." L'autre:-" Phaeton n'est pas f a i t pour voler raais.il airae mieux voler que de l a i s s e r l e haut du theatre vide." et cent autres reveries que je m'/tonne qui n'aient perdu de reputation toute 1'antiquite*. A l a f i n ^ Descartes et quelques autres modernes sont Venus, qui ont d i t : - " Phaeton monte, parce q u ' i l est tire * par des cordes, et qu'un poids plus pesant que l u i descend."(1). II faut l a connaissance s c i e n t i f i q u e . On s'est imagine*assez longtemps que l e S o l e i l tournait autour de l a terre :-" Figurez-vous uh Allemand, nomme Copernis.....saisi d'une noble fureur d'astronome; i l prend l a terre et l'envoie bien l o i n du centre de l'univers ou e l l e a 1 e t a i t placee, et dans ce centre i l y met l e s o l e i l , a qui cet honneur e*toit bien mieux du. Les planetes ne tournent plus autour de l a terre...."(2). Pendant les autres s o i r s , Fontenelle continue a exposer a sa marquise l e systeme de l'univers et l a theorie des t o u r b i l l o n s , q u ' i l egayait beaucoup par ses h i s t o i r e s et ses mots. II a toujours gout/ 1'astronomic ; c'e'tait une science propre a son des sein de remplacer (1) . Fontenelle. Entretiens sur l a P l u r a l i t / d e s Mondes. Premier Soir. (2) . I b i d . 99 l e faux merveilleux par l e merveilleux de l a nature. Et e l l e e t a i t u t i l e t-° Pour peu qu'on entende l e s principes de l a geographic et de l a navigation, on s a i t que depuis que ces quatre iunes de Jupiter sont connues, e l l e s nous ont 'ete' plus u t i l e s par rapport a^  ces sciences que l a notre elle-meme j qu'elles servent et 8erviron&..^ujours de plus en plua a f a i r e des cartes marines incomparablement plus, justes que les anciennes, et qui sauver ont apparemment l a vie a une inf i n i t e 5 ' de navi-gateurs."( 1). Cette idee de 1 ' u t i l i t e * est l'une de ce l l e s sur lesquelles t Fontenelle i n s i s t e , quel que s o i t l e sujet sur lequel i l fccrive. L'ut-i l e , v o i l a Men l a notion confuse et multiforme q u ' i l faut montrer aux hommes-, pour leur donner l e sefcaiment qu'ils voient avec l a ; derniere evidence ce qui est en question et qu'ils ont competence pour en juger. Le t i t r e de l a preface de son Hi s t o i r e de l'Academie des Sciences de-puis l e renouvellement de 1699 est tres a propos -"Preface sur 1 ' u t i l -i t e ' des Mathematiques et de l a Physique et sur les travaux de l'Acad-emie des Sciences." L ' u t i l i t e et l e s travaux sont etroitement l i e s . Fontenelle commence de sa maniere caracteristique :-"0n t r a i t e v o l o n t i e r s d ' i n u t i l e ce qu'on ne sc a i t point j c'est une espece de ven-geance i et comme le s mathematiques et l a physique sont assez generale-ment inconnuea, e l l e s passent assez generalement pour i n u t i l e s . " ( 1 ) . Mais " 1 ' u t i i i t e ^ d e s mathematiques et de l a physique, quoique a l a ver-ite*' assez obscure, n'en est pas moins reelle....La geometrie, et sur-tout l'algebre, sont l a c l e f de toutes les recherches que l'on peut $l).Fontenelle. Oeuvres.T.V.Preface.(non pagine). 100 f a i r e sur l a grandeur. Ces sciences, qui ne a'occupeht quelle rapports abstraits. et d'idees simples, peuvent para'S/tre infructueuses.......... mais l e s mathematiques mixtes qui descendent e. l a matiere, et qui con-siderent les mouvements des astres, 1'augmentation .des fordes mouv-antes, l e s differentes routes que tiennent l e s rayons de lumiere en diffe r e n t s milieux, les d i f f e r e n t s effets du son par les vibrations des cordes, en toutes l e s sciences qui de*couvrent des rapports part-i c u l i e r s de grandeurs sensibles, vont d'autant plus l o i n et plus sure-ment, que l ' a r t de de'couvrir des rapports en general est plus p a r f a i t . Sans mathematiques, i l n'y aurait pas d'optique : sans optique, pas d'astronomie, et sans astronomie, pas de cartes justes et de naviga-tions as8urees.(1). Quant a l a physique, i l y a les t r o i s branches qui ooncernent i a vie humaine, 1'anatomie, l a chimie et l a botanique. " L'anatomie... A. n'a pu devenir plus exacte sans rendre l a chirurgie beaucoup plus sure dans ses operations On voi t assez combien i l est important de connaitre l e oorps humain, et les remedes que l'on peut t i r e r deB min-er aux et des plantes.(2). Meme s i l a science apparemment ne servalt a rien , e l l e serv-i r a i t encore ; i l n'est pas i n d i f f e r e n t d'apprendre a penser avec just ,se esse, avec precision et de former l ' e s p r i t suivant l a rigueur de ses l o i s . " II est toujours u t i l e de penser juste, meme sur des^sujets i n u t i l e s . " Le jeu de l a pensee est d'une utilit/philosophique;"1'es p r i t a ses besoins, et peut-etre aussi etendus que ceux du corps." S i (.1) .Fontenelle. Oeuvres.T.V.Prer>ace.(non paging). 101 meme l e s mathematiques et l a physique ont des endroite qui ne sont que curieux, "cela leur est commun avec les connaissances l e s plus generaee-ment reconnues pour u t i l e s , t e l l e quaest l ' h i s t o i r e . " Et Fontenelle met l e s merveilles de 1'histoire et de l a physique en contraste. "Les t r a i t s de l ' h i s t o i r e les plus curieux auront peine a i'eHre plus que le s phosphores, les liqueurs froides qui, en se melant,produisent de l a flamme, les arbres d'argent, les jeux presque magiques de l'aimant, et une i n f i n i t e * de secrets que l ' a r t a trouves en observant de pres et en epiant l a nature. En un mot, i a physique s u i t et demele, autant q u ' i l est possible les traces de 1'intelligenee et de l a sagesse i n f i n i e qui a tout produit » au l i e u que l ' h i s t o i r e a pour objet les effets i r r e g -u l i e r s des passionsjet des caprices des hommes, et une suite d'evenements s i bizarres, que l'on a autrefois imagine* une d i v i n i t e aveugle et i n -senaee pour l u i en donner l a d i r e c t i o n . " ( 1 ) . Le merveilleux vrai du reel est plus vaste que toutes les imaginations, y compris l e s plus superstitieuses. " La veritable Physique s'eleve jusqu'a devenir une espece de thfologie." L'espoir d'une ame'lioration continue des conditions materielles n'est pas assez a contenter tous les e s p r i t s . Les jouissances dea sens ne sont pas t 0 l * t . L'ancien systeme des croyances, en meme temps que l a vie et le s conduites, organlsait les pensees. II f a l l a i t un subatitut a ces u t i l i t e s s p i r i t u e l l e s et Fontenelle, a l a f i n de ce couplet, en A & parait suggerer un — - Fontenelle qui avait tant f a i t pour miner les croyances t r a d i t i o n a l l e s . ( l ) . Fontenelle. Oeuvres.T.V.Preface. 102 • . • BIBLI00RAPHIE. Baltus.P. Repo*8e a I'Hiatoire des Oracles de M.; de Fontenelle. fA Strasbourg chez Jean Renault Doulssecker. MDCCVII. Brunetiere.F.E^udes critiques sur i * H i s t p i r e Litteraire francaise. • 5e Series. P a r i s . Hschette.18S>3. ; . f ; Carre'. J.R.. La Philosophie de Fontenelle. AI can . P a r i s . 19J2. Bury.J.B. History of the Idea of. Progress , London. 1921. Charma M.; Biographic de Fontenelle. Caen 1846.Hard e l . Faguet.E. Fontenelle. Textes choisis et commentle par E.Faguet, • Paris .Plon. s.d. " ::S.'--. Dix-huitieme Siecle.Paris. 1890. Flourens. Fontenelle ou de l a Philosophie moderne relatiyement aux sciences physiques.Paris.Paul in.1841 . Fontenelle Oeuvres. P a r i s , au P a l a i s . M.Brunet.Pere.MDCCXLII. FontenelllanaRecueil par C.d'Av...(Cousin d'Avallon). Paris . . Marchand.1301. Garcillaeso Le Commentaire Royale ou 1'Histoire dea Incas de l a Vega traduite par J.Baudoin. Paris chez A.Courbe.MDCXXXIII. Hazard.P. La Crise de l a Conscience Europe'enne. P a r i s . Boivin. 1933. Haddon.A.C. History of Anthropology. New Ed. London.19j4. Laborde-Milaa Fontenelle. P a r i s . Hachette.1905. La Bruyere. 6aracteres. Lang Andrew. Custom and Myth. London Longmans.1884. 8 " . Myth, Ritual and Religion. London. Longmans.1887 Lanson.Q. Etudes d His t o i r e L i t t e r a i r e . Champion.1929. 10? Levy-Bruhl, Maigron.L. Ma3son Mo met. D. Reinach.S. Robinson J.H. Sainte-Beuve. Trublet. Tylor.E.B. Van Dale. History of Modern Philosophy i n France. Chicago. The Open Court Publishing Co. 1899. Les Fonctions mentales dans l e s Societes inferieures. Translated by L.A.Clare. How Natives Think. 1926. Fontenelle, l'homme, 1'oeuvre, 1'influence. Paris.Plon. 1906. Fontenelle.Histoire des Oracles. Edition c r i t i q u e . P a r i s . Droz. 193^. Mme de Tencin. P a r i s . Hachette.19*0. La Pensee franca1Be au XVIIIe s i e c l e . Armand Colin.1926. Orpheus. Histoire gelierale des Religions. Picard. 1913. English Trans. F.Slmonds.Heineman. The Mind i n the Making. Sep. London. 193^. Lundis. T.III.Gamier. Memoires pour s e r v i r a l ' h i s t o i r e de l a vie et des ouv-ragea de M.de Fontenelle, par l'Abbe" Trublet. MDCCLXI. Prim i t i v e Culture. Fourth Edition London. J.Murray.1920 Antonii Van Bale. M.D. de Oraculis Ethnicorum d i s s e r t -ationes duae. Amstelaedami apud Henricum et Viduam Theodori Boom. Anno.MDCLXXXIII. io4 TABLE DES MATIERES. CHAPITRE. I . INTRODUCTION 1 * I I . FONTENELLE ET LA THE0RIE DU PROGRES .... .....? I l l . . FONTENELLE ET LES ORACLES. '. : 2? " IV. FONTENELLE ET L?OSIOI»E DES FABLES . . .60 " V. LES BUTS DE FONTENELLE. L.. 84 BIBLIOGRAPHIE 102 TABLE DISS0'MATIERES 104 

Cite

Citation Scheme:

        

Citations by CSL (citeproc-js)

Usage Statistics

Share

Embed

Customize your widget with the following options, then copy and paste the code below into the HTML of your page to embed this item in your website.
                        
                            <div id="ubcOpenCollectionsWidgetDisplay">
                            <script id="ubcOpenCollectionsWidget"
                            src="{[{embed.src}]}"
                            data-item="{[{embed.item}]}"
                            data-collection="{[{embed.collection}]}"
                            data-metadata="{[{embed.showMetadata}]}"
                            data-width="{[{embed.width}]}"
                            async >
                            </script>
                            </div>
                        
                    
IIIF logo Our image viewer uses the IIIF 2.0 standard. To load this item in other compatible viewers, use this url:
https://iiif.library.ubc.ca/presentation/dsp.831.1-0098630/manifest

Comment

Related Items