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L’impossible entreprise : une étude sur le pharmakos dans le théâtre de Molière Walker, Micheline

Abstract

Dano toute comédie, on voue à l'échec l'activité du personnage qui fait obstacle à la norme, c'est-à-dire a l'union traditionnelle de jeunes amoureux. Il s'agit là, en effet, du processus comique fondamental. Or, c'est en prenant comme point de départ les modalités, chez Molière, de ce processus archétypal que nous nous proposons d'élucider, dans cette thèse, le "Weltanschauung" du dramaturge. On découvre, entre autres choses, que le personnage-obstacle agit en vertu: d'un alliage de vanité et d'insécurité. Inquiet, il se juge lui-même inférieur au projet de domination qu'il caresse. Dandin, par exemple, doit essayer de mettre dans son tort une gentilhommerie devant laquelle on le voit ramper. Quant à Alceste, il s'écarte d'un monde qu'il fréquente pourtant avec une assiduité peu commune. Tout compte fait, le personnage-obstacle poursuit une impossible entreprise. Pris au piège de limitations personnelle il est incapable de ne pas s'engager dans une activité que réprouve la société et qu'en vertu de ces mêmes limitations il ne peut jamais mener à bien. Aussi le personnage-obstacle fait-il figure de bouc émissaire, de pharmakos. Le côté expiatoire de son rôle se trouve, en .fait, d'autant mieux mis en-relief qu'au fil des comédies étudiées dans cette thèse la société se révèle dede plus en plus viciée. Dans "Dom Juan", dans "Tartuffe" et dans l'"Avare", on laisse déjà soupçonner que le mal fait partie intégrante du monde moliéresque. La société de la comédie est incapable de se défaire du personnage qui la met en danger. Dieu foudroie Dom Juan. Dans "Tartuffe", l'intervention du Prince s'impose. Enfin, dans l'"Avare", c'est à l'arrivée fortuite d'un père bienveillant qu'on doit l'heureux dénouement. Tout ceci suggère une corruption inhérente à la société comique. Dans l'"Ecole des femmes", dans "George Dandin" et dans le "Misanthrope", c'est "l'honnête homme" lui-même qu'on dévalorise. Ainsi, Alceste habite un monde de fauves auquel il reproche des fautes dont il se rend lui-même coupable. Arnolphe, Dandin et Alceste ont beau invoquer la fidélité conjugale et la sincérité, ces beaux principes ils les mettent au service d'une vanité qui les avilit. La vision qui se dégage de la dramaturgie moliéresque rejoint donc le pessimisme du siècle. Dans l'univers de Poquelin, comme dans celui d'un La Rochefoucauld, tout est suspect. "L'honnête homme" n'y obéit, somme toute, qu'à l'intérêt. C'est l'amour-propre qui l'anime. Cette vision est d'autant plus pessimiste que les êtres qu'on fait défiler devant le spectateur sont prisonniers de leur nature corrompue. On pense ici à un Pascal. A partir d'un genre dont le dynamisme repose sur l'idée ' d'un état de choses toujours'menacé, mais sans cesse rétabli, Molière conclut donc à l'immanence et à la permanence du mal.

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