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Une polemique sur l'authenticite des Bka' -than au 17 siecle Blondeau, Anne-Marie 1987

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 THOUGHT
  Une polemique sur l'authenticite des Bka'-than
au 17e siecle*
ANNE-MARIE BLONDEAU
L'interet d'Alexander Csoma de Koros ne semble pas s'etre porte sur
Padmasambhava, ni sur les ouvrages relatant sa vie. II ne le cite
qu'occasionnellement, par exemple dans sa traduction du bstan-rtsis du
Vaidurya dkar-po,x et les quelques explications qu'il fournit en note sur le
personnage ne sont que le reflet de l'opinion tibetaine traditionnelle.2 II parait
meme ne pas avoir etabli le lien entre les Thah-yig ou Bka'-than et Padmasambhava puisque, dans l'analyse sommaire qu'il fait de la litterature
tibetaine, ces textes sont signales avec la seule explication: "written advice or
instruction".3
Cette lacune dans l'oeuvre de Csoma de Koros s'explique aisement car,
pour longtemps encore, l'ecole Rnih-ma-pa devait etre negligee par la tibeto-
logie au profit des Gsar-ma-pa et notamment des Dge-lugs-pa. Quant a la
biographie de Padmasambhava, elle n'apparaissait representee que par les
deux Bka'-than du quatorzieme siecle, Gser-phreh et surtout Sel-brag-ma,
faute de connaitre l'ensemble de la litterature biographique et polemique
consacree a Padmasambhava.
J'ai pari 6 ailleurs4 de la classification tibetaine des biographies de Padmasambhava en mhal-skyes, naissance ordinaire par la matrice, caracteristique
de la tradition des bka'-ma, et brdzus-skyes, naissance miraculeuse, propre a
la tradition des gter-ma. Ce sont ces dernieres biographies, qui portent le nom
generique de thah-yig ou bka'-than, qui ont souleve doutes ou questions chez
les Gsar-ma-pa, entrainant de la part des Rnih-ma-pa des reponses en defense
de leur tradition. Questions et reponses s'inscrivent dans le schema classique
des textes successifs d'attaque (dgag-pa) ou de questions (dris-pa) et de
reponses aux attaques (dgag-lan), aux controverses (rtsod-lan), aux questions
(dris-lari). C'est l'une de ces reponses polemiques qui sera presentee ici, le
Bka'-than dris-lan, Reponse aux questions sur les Bka'-than, de Rtse-le
Rgod-tshah-pa sna-tshogs ran-grol, alias Rtse-le rig-'dzin, qui figure dans le
Gsuh-'bum de cet auteur.5 Malheureusement le texte des attaques (qui peut-
etre n'existait que sous forme manuscrite, voir plus loin) auxquelles il repond
* Je veux exprimer ma reconnaissance a mes maitres et amis Dge-lugs-pa, Dvags-po
Rinpoche, Yontan Gyatso, Ngawang Dakpa, qui m'ont fait partager leur tradition orale et m'ont
aidee a eclaircir bien des points du texte.
 126 THOUGHT
ne nous est pas parvenu et, comme c'est souvent le cas, on doit se contenter
de le reconstituer approximativement d'apres les citations qu'en fait Rtse-le
rig-'dzin.
1. Les protagonistes.
Le premier volume du Gsuh-bum renferme une autobiographic de Rtse-le
rig-'dzin6 ecrite a l'age de soixante-dix ans, ainsi qu'une Histoire des trois
monasteres de Rtse-le (dans le Dvags-po) qui etaient sous sa juridiction.'
Page 198 de son Autobiographic, Rtse-le rig-'dzin renvoie pour plus de
details a un Rnam-thar chen-mo ecrit par Rje-btsun mchog-sprul chen-po
bzah-po'i zabs, mais cette biographie reste inconnue pour l'instant.
II est ne en 1608, a Dul, pres de l'endroit ou avait ete cache le Bla-ma
dgohs-'dus, a la limite du Kori-po et du Dvags-po. D'apres une revelation
ulterieure de 'Ja'-tshon snih-po, l'un de ses maitres principaux, il etait la reincarnation successivement de Thon-mi sambhota, Ananda, Vairocana, Sa-skya
pandita, Khyuh-po rnal-'byor, Rdo-rje glih-pa, Sprul-sku Mchog-ldan mgon-
po, Kun-skyoh gliri-pa, et enfin, dans sa vie immediatement anterieure,
Mtshuhs-med bstan-'dzin rdo-rje (1533-1604), un precedent Abbe de Rtse-le
a qui le dpon-chen du Dvags-po, Bsam-'phel don-grub, avait offert Thari-
'brog qui resta ensuite sous la juridiction des abbes de Rtse-le. Sa biographie
forme le chapitre 1 de VAutobiographic de Rtse-le rig-'dzin.
Celui-ci, des son enfance, a des visions de sa vie anterieure et il n'est
interesse que par la vie religieuse. Malgre la resistance de ses parents qui
n'avaient pas d'autre enfant, il entre dans les ordres a six ans a Thah-'brog:
c'est le troisieme Dpa'o sprul-sku, Gtsug-lag rgya-mtsho dga'-ba'i dbyahs
(1567-1633), de passage dans ce monastere, qui accomplit la ceremonie
d'offrande de ses cheveux, lui donne des enseignements et le nom de Karma
rig-'dzin rnam-par rgyal-ba.
Jusqu'a onze ans, il recoit des enseignements de maitres varies, dont le
gter-ston Rig-'dzin rtsal qui reconnait en lui une reincarnation de Vairocana.
II a aussi plusieurs visions, y compris de Zahs-mdog dpal-ri. Mais a onze ans,
en 1618, le precedent abbe de Rtse-le meurt et, parce que Ton a reconnu en
l'enfant la reincarnation de Mtshuhs-med bstan-'dzin rdo-rje, le nom de Lama
et la responsabilite des monasteres lui echoient: il doit renoncer a la vie contemplative a laquelle il se destinait pour se consacrer aux devoirs de sa charge.
II s'en plaint amerement tout au long de son Autobiographic; vers trente ans,
il abandonnera meme ses charges, decourage parce que ses moines ne veulent
pas renoncer a l'usage du chah, et jusqu'a la fin de sa vie il fera de longs
sejours dans des ermitages. Mais ses maitres l'exhortent a reprendre ses
activites pour le bien des etres, et sa vie s'ecoule entre monasteres et
ermitages.
 ANNE-MARIE BLONDEAU 127
Plus jeune, il s'etait beaucoup deplace pour rencontrer ses maitres ou aller
en pelerinage: au Lho-brag, au Dbus, notamment a Bsam-yas. Le chapitre 4
de l'Autobiographie est consacre aux enseignements qu'il a recus; la liste de
ses maitres est considerable, et eclectique: Fun de ses maitres principaux est
sans conteste 'Ja'-tshon snih-po (1585-1656) qui, outre ses propres gter-ma,
lui transmet ceux d'un grand nombre de gter-ston anterieurs dont Nah-ral ni-
ma 'od-zer, Gu-ru chos-dbah, Rdo-rje glih-pa, O-rgyan glih-pa, Sahs-rgyas
glih-pa, Ratna glih-pa, Padma glih-pa etc., ainsi qui le Rhih-ma'i rgyud-
'bum. Ses autre maitres lui transmettent en complement d'autres
enseignements rnih-ma-pa, dont le Bka'-'bum de Sog-bzlog-pa (1552-?) et
quelques enseignements bon-po. Parallelement, il est le depositaire
d'enseignements gsar-ma-pa: Sa-skya-pa, Bka'-gdams-pa, mais surtout des
differentes ecoles Bka'-brgyud-pa, avec les maitres desquelles il entretient
des liens reciproques de maitre a disciple. C'est l'un d'eux, Mi-pham Chos-
kyi dbah-phyug, reincarnation de Sgam-po-pa, qui l'a incite a ecrire 1'histoire
des monasteres de Rtse-le. II raconte d'ailleurs (Autobiographic, chap. 5) que
dans son enfance, ses heros etaient Milarepa, Rgod-tshah-pa Mgon-po rdo-
rje, etc. A ce propos, bien que le nom de Rgod-tshah-pa sna-tshogs raii-grol
donne a Rtse-le rig-'dzin ne soit explique nulle part, il semble provenir d'une
grotte ou Rgod-tshah-pa Mgon-po rdo-rje avait medite, nommee de ce fait
Rgod-tshah bder-gsegs tshe-yi phug-pa, et qui etait l'ermitage favori de Rtse-
le rig-'dzin, ou il est reste vingt-quatre ans.8
L'autobiographie s'arrete a l'age de soixante-dix ans (1677), et Ton ne sait
pas a quelle date Rtse-le rig-'dzin est mort. D'ores et deja, on peut constater
qu'il est le contemporain du Cinquieme Dalai Lama (1617-1682) qui le tenait
en haute estime.9 On va voir que c'est le Cinquieme Dalai Lama qui, en fait,
se trouve au coeur de la polemique entre Rtse-le rig-'dzin et son adversaire.
Celui-ci n'est nomme dans le Bka'-than dris-lan que sous le sobriquet de
Lama Rme-ru-ba, ou Rme-ru-ba chen-po. Les Dge-lugs-pa de nos jours
s'accordent pour reconnaitre sous ce sobriquet Brag-sgo rab-'byams-pa Phun-
tshogs rgyal-mtshan, contemporain et disciple du Cinquieme Dalai Lama avec
qui il etait tres lie. Mais c'etait un Dge-lugs-pa de stricte obedience, qui
n'avait que mefiance a l'egard des Rnih-ma-pa et surtout des gter-ma. II
entretenait de ce fait des rapports ambigus avec le Dalai Lama; la tradition
orale a garde le souvenir de railleries et de piaisanteries echangees a ce sujet
entre Brag-sgo rab-'byams-pa et le Dalai Lama.10 Celui-ci le qualifie a plusi-
eurs reprises dans ses ecrits de rtog-ge-pa, "intellectuel", avec la connotation
pejorative que Ton sait.'' Dans sa liste des ouvrages polemiques sur les tantra
(gsah-shags sun-'byin), Klon-rdol bla-ma inclut deux textes de Brag-sgo rab-
'byams-pa diriges contre les Rhih-ma-pa, dont l'un est consacre aux interpolations que Ton trouve dans le Mani bka'-'bum.12 Bien que la controverse
 128 THOUGHT
avec Rtse-le rig-'dzin ne soit pas expressement mentionnee par Klon-rdol bla-
ma, il est sur neanmoins que Brag-sgo rab-'byams-pa en est l'instigateur:
outre la tradition orale Dge-lugs-pa qui affirme meme qu'il a redige ses
attaques en partie contre le Cinquieme Dalai Lama,13 on en trouve une preuve
dans la biographie de Tsoh-kha-pa ecrite par Rgyal-dbah chos-rje.14 Dans un
assez long passage ou il refute les proprieties contre Tsori-kha-pa attribuees a
Padmasambhava15 (mais apocryphes pour lui), Rgyal-dbah chos-rje cite a
plusieurs reprises les ouvrages polemiques de Brag-sgo rab-'byams-pa, et en
particulier "les questions et reponses polemiques entre le savant Brag-sgo
rab-'byams-pa et Sna-tshogs rah-grol", ou ce dernier a lui-meme reconnu
qu'il y avait eu beaucoup d'interpolations dans les Bka-than depuis la date de
leur decouverte. On verra que c'est effectivement un point que Rtse-le rig-
'dzin concede a son adversaire. En preambule a sa refutation, Rgyal-dbah
chos-rje expose longuement les raisons qui l'ont incite a repondre aux
attaques contre Tsoh-kha-pa, qui pourtant ne meriteraient que le silence du
mepris. L'une d'elles est que, bien que Brag-sgo rab-'byams-pa ait deja refut6
ces attaques (dans une biographie de Tsoh-kha-pa qu'il a ecrite),16 son oeuvre
est restee manuscrite et n'est done pas connue du grand nombre. On peut
supposer par consequent que ses "Questions sur les Bka'-than" n'ont pas fait
l'objet non plus d'une edition xylographique, ce qui expliquerait que le texte
ne nous soit pas parvenu.
On peut se faire une idee de son contenu a travers le resume qu'en donne
Sum-pa mkhan-po,17 ou Ton retrouve la plupart des questions traitees par
Rtse-le rig-'dzin, parfois dans un ordre different. Ce resume permet de
constater que Rtse-le rig-'dzin a esquive certaines attaques embarrassantes par
leur precision. Mais Sum-pa mkhan-po introduit un element nouveau: il
conclut ce passage en indiquant que ces attaques contre les Bka'-than ont ete
portees par Rgya-ma rab-'byams-pa et Brag-sgo rab-'byams-pa. Si l'identite
de l'adversaire de Rtse-le rig-'dzin trouve ainsi une confirmation sup-
plementaire, il apparait qu'un autre texte du meme type, et probablement tres
proche, existait. On va y revenir.
En ce qui concerne le titre ou sobriquet: Bla-ma Rme-ru-ba, donne par
Rtse-le rig-'dzin a Brag-sgo rab-'byams-pa, je n'en ai pas trouve l'explica-
tion. II est probable qu'a l'epoque de la polemique, Brag-sgo rab-'byams-pa
avait en charge le monastere de Rme-ru qui etait devenu Dge-lugs-pa sous le
troisieme Dalai Lama.18
2. Le contexte de la polemique.
Elle s'incrit dans la longue tradition des attaques contre les Rnih-ma-pa
depuis le onzieme siecle, dont la liste dressee par Klon-rdol bla-ma, ou les citations qu'en fait Sum-pa mkhan-po, fournissent un bon echantillon. Les cri-
 ANNE-MARIE BLONDEAU 129
tiques s'adressent le plus souvent, on le sait, aux tantra rfiih-ma-pa et surtout
au Rdzogs-chen. Les doutes emis sur la personne de Padmasambhava sont
moins frequents; ils portent essentiellement sur la duree de son sejour au Tibet, les contradicteurs des Rnih-ma-pa s'appuyant sur les donnees du Sba-
bzed pour se demander comment, si Padmasambhava n'est reste que trois ans
(ou quelques mois) au Tibet, il aurait pu accomplir tous les exploits que lui
attribuent ses fideles. Dans les textes rnih-ma-pa eux-memes, les contradictions entre les versions bka-'ma et gter-ma de la biographie de Padmasambhava sont relevees. C'est ainsi par exemple, que Taranatha explique
clairement qu'il prefere s'en tenir a la version bka'-ma confirmee par le Sba-
bzed.19 Mais, jusqu'a Brag-sgo rab-'byams-pa et Rtse-le rig-'dzin, il ne
semblait pas y avoir eu d'analyse critique detaillee des Bka'-than. Pourtant, le
passage du Dpag-bsam Ijon-bzah cite plus haut indique tres nettement qu'il
existait au moins deux textes critiquant les Bka'-than, celui d'un Rgya-ma
rab-'byams-pa et celui de Brag-sgo rab-'byams-pa, la formulation meme de
Sum-pa mkhan-po laissant supposer que leur contenu etait presque identique,
celui de Rgya-ma rab-'byams-pa ayant probablement servi de base a Brag-sgo
rab-'byams-pa.20
Cette hypothese est pleinement confirmee par un passage de
1'Autobiographic du Cinquieme Dalai Lama, le Dukula'i gos-bzah, qui en
meme temps jette une lumiere nouvelle sur la controverse.21 Ce passage se
situe entre les annees 1672 (chu-byi) et 1674: "J'avais deja vu autrefois un
morceau d'attaques portees contre les Bka'-than par le dge-bses de Gser-
mdog-can,22 Rgya-ma Btsod-gtun roh-pa'i rab-'byams-pa, qui rassemblait les
contradictions relevees sur la chronologie (de Padmasambhava), et ou etaient
citees beaucoup de fautes textuelles, selon la comprehension d'un intellectuel
(qui etait la sienne). Mais il n'y avait ni ouvrage ni auteur qui y aient
reellement repondu. Parce que Rmi-ru (sic) bla-ma, comme un enfant qui
repete apres un vieillard, a ecrit un texte manuscrit qui le condensait, certains
comme Rdo-rje-brag sprul-sku Rin-po-che23 ont ecrit une reponse, et
quelques-uns se preparent encore a le faire. Mais, du fait qu'ils n'ont etabli
aucune concordance entre les chronologies des Thah-yig, quelques fautes se
sont glissees (dans leurs reponses) et, bien qu'ils aient reellement repondu,
cela ne va pas loin. Quant a ce que Rtse-le sprul-sku appelle "reponse
polemique", plutot que de donner ainsi raison (a son adversaire), il aurait
probablement mieux valu qu'il dise: 'Nous les Rnih-ma-pa, nous sommes
heretiques'!"[A] Le Cinquieme Dalai Lama entreprend alors de fournir sa
propre refutation: reprenant l'un des arguments de Rtse-le rig-'dzin, il note
1'existence de nombreuses discordances dans les textes relatant la vie du
Buddha, selon qu'ils appartiennent au Mahayana ou au Hinaydna. Puis il
releve dans la litterature canonique et dans les traditions gsar-ma-pa des
exemples d'incongruite, ou des contradictions, que tous acceptent cependant
 130 THOUGHT
sans discussion. II conclut en invitant ironiquement les Rniri-ma-pa a
s'adonner a la construction des mdos, sans gaspiller davantage l'encre et le
papier, puisqu'aussi bien ils ne sont pas seuls en cause, les attaques de Brag-
sgo rab-'byams-pa portant aussi sur la statue du Jo-bo et le Bka'-gdams glegs-
bam, unanimement tenus pour authentiques par les Dge-lugs-pa, les Sa-skya-
pa, et les Bka'-brgyud-pa.
Le jugement porte par le Cinquieme Dalai Lama sur la Reponse de Rtse-le
rig-'dzin parait bien severe a nos yeux; curieusement, c'est Rtse-le rig'-dzin
qui fait figure de Rnih-ma-pa "eclaire", a cote de l'obstination du Dalai
Lama a justifier meme les points contestables de cette tradition. Par ailleurs, il
n'explique pas la raison de cette soudaine floraison de reponses aux critiques
de Brag-sgo rab-'byams-pa. Or, dans le colophon de sa Reponse, Rtse-le rig-
'dzin, avec les protestations d'incompetence et d'ignorance usuelles, declare
qu'il n'a ecrit cette replique aux attaques du Bla-ma Rme-ru-ba que pour ne
pas desobeir a I'ordre du "Guide excellent. . . du gouvernement religieux et
politique auspicieux et vertueux",24 periphrase qui ne peut designer que le
Cinquieme Dalai Lama. On est ainsi en mesure, semble-t-il, de reconstituer
1'histoire de la polemique: Brag-sgo rabs-'byams-pa, irrite par la predilection
du Dalai Lama pour les Rnih-ma-pa, a utilise l'attaque anterieure contre les
Bka'-than ecrite par Rgya-ma rab-'byams-pa, pour composer un nouveau
texte dont il a probablement soumis le manuscrit au Dalai Lama. Celui-ci, a
son tour, a du demander aux maitres rnih-ma-pa qu'il respectait, dont Rtse-le
rig-'dzin, d'y repondre. C'est probablement au fait que cette controverse s'est
deroulee sous le patronage du Dalai Lama et parmi ses proches, que Ton doit
le ton courtois et plein de consideration pour l'adversaire employe par Rtse-le
rig-'dzin, ton assez inhabituel dans ce genre de polemique.
Une chose est surprenante alors, c'est que Rtse-le rig-'dzin ne souffle pas
mot du Cinquieme Dalai Lama dans son Autobiographic Peut-etre rangeait-il
leurs relations dans le domaine intellectuel et non dans le domaine spirituel
qui, on l'a dit, etait le seul qui l'interessait? On peut relever qu'au long de son
autobiographic, il ne parte pas de ses propres ecrits; il mentionne seulement
ceux qu'il a composes a la demande de 'Ja'-tshon snih-po pour defendre ou
elucider des gter-ma liturgiques.25
3. Le Bka'-than dris-lan.
C'est un texte de 37 folio, qui porte comme titre complet: "Reponse aux
questions posees au sujet du Rnam-thar chen-mo du precieux maitre Padma,
appelee Eclaircissement du sens ultime".26 II est divise en dix-huit questions
qui, souvent, se subdivisent en plusieurs sujets. Selon le schema habituel de
ce genre litteraire, Rtse-le rig-'dzin cite d'abord les paroles de son opposant,
puis il les refute: en les discutant d'abord pour en montrer l'absence de
 ANNE-MARIE BLONDEAU 131
fondement, puis en concluant parfois par un raisonnement par l'absurde ou
une plaisanterie qui ridiculisent son adversaire.27 L'auteur explique les
criteres qui ont guide le choix qu'il a opere parmi les critiques presentees, et la
methode qu'il a suivie:28 bien que les questions du Bla-ma Rme-ru-ba portent
de maniere dispersee sur de nombreux sujets, il a rassemble sous une seule
rubrique les questions qui relevaient d'un meme sujet; il a neglige celles qui
provenaient d'une lecture erronee, ainsi que celles qui portaient sur des passages falsifies des Bka'-than. (Ceci n'est pas tout a fait exact car il en discute
plusieurs). Quant aux questions argumentees de citations du Tripitaka et
notamment du 'Dul-luh sde-bzi etc., il ne peut qu'en prendre acte en se rejou-
issant de la science de son adversaire!
Dans le corps meme du texte, Rtse-le rig-'dzin note a plusieurs reprises
qu'il condense les questions, car il est vieux et ecrire le fatigue. Ainsi, comme
le laissait supposer le resume de Sum-pa mkhan-po, le texte de Brag-sgo rab-
'byams-pa devait etre beaucoup plus developpe. En outre, en bon polemiste,
Rtse-le rig-'dzin n'en a sans doute extrait que les passages qu'il pouvait
refuter aisement. En un cas au moins (question n° 6, quatrieme citation), il se
iuv..'"' A* mauvaise foi, en confondant son adversaire par la juxtaposition de
deux citations ^ 4;"toires qui devaient se trouver, dans l'original, placees
dans des contextes dirit,*..
Comme il apparait vite a la ^ !es Bka'-than critiques par Brag-sgo
rab-'byams-pa sont les deux gter-ma du * ^e: Sel-brag-ma decouvert par
O-rgyan glih-pa, et Gser-phreh decouvert par aahs-rgyas glih-pa. Sur plusieurs points Rtse-le rig-'dzin donne raison a son adversaire, en reconnaissant
que les passages incrimines sont des interpolations apocryphes introduites
dans ces Bka'-than, qui restent pour lui parole veridique de Padmasambhava,
apres leur decouverte. Mais il reproche a son adversaire comme a ses contem-
porains rhih-ma-pa de s'appuyer sur ces textes douteux plut6t que sur le seul
Bka'-than indubitablement authentique, le Zahs-glih-ma de Nah-ral Ni-ma
'od-zer (1124 ou 1136-1192), dont lui-meme a examine le manuscrit original
et qui n'a subi aucun remaniement.29
L'ordre des questions du Bla-ma Rme-ru-ba suit plus ou moins celui de la
lecture des deux Bka'-than d'O-rgyan glih-pa et Sahs-rgyas glih-pa dont, on
le sait, le deroulement des chapitres est etroitement parallele.30 Parfois, tout
en refutant la critique, Rtse-le rig-'dzin avoue ne pas avoir retrouve dans ces
ouvrages le passage incrimine: je n'ai pas eu plus de chance que lui en ces cas.
Le fait de suivre de maniere cursive la lecture des Bka'-than entraine une
certaine dispersion des questions. On peut les regrouper en quatre themes
d'inegale importance:
1. La personne de Padmasambhava, sa biographie et sa chronologie
(preambule, questions 1, 2, 6, 11, 13, 14, 15, 16, 17).
 132 THOUGHT
2. La doctrine (questions 3, 4, 5, 6, 10, 18: debut).
3. Des histoires inserees dans les Bka'-than (du 14e siecle, mais qui ne
se trouvent pas dans le Zahs-glih-ma: questions 7, 8, 9, 12).
4. Les proprieties d'ordre historique mettant en cause les Sa-skya-pa,
et celles concernant l'apparition des gter-ston (question 18: deu-
xieme et troisieme parties).
Le texte n'est pas date mais Rtse-le rig-'dzin a du l'ecrire vers la fin de sa
vie puisqu'il se decrit comme un vieillard aux cheveux blancs, presque
aveugle, et Ton a vu qu'il arguait de sa fatigue et de son grand age pour eluder
ou resumer certaines questions. II a sans doute ete compose aux environs de
1672-1673, date a laquelle le Cinquieme Dalai Lama fait etat de la
controverse et le mentionne.
En dehors meme des circonstances historiques de sa redaction, le Bka'-than
dris-lan presente un interet certain. Rtse-le rig-'dzin n'est pas le premier a
vouloir rehabiliter l'ensemble des traditions rnih-ma-pa concernant la
biographie de Padmasambhava. Avant lui, Sog-bzlog-pa en particulier les
avait rassemblees dans sa Biographie du Maitre,31 et avait repondu en partie
aux critiques emises ou aux doutes souleves. Sur plusieurs points: la duree du
sejour de Padmasambhava au Tibet, etc., l'argumentation ne fait que
reprendre celle de Sog-bzlog-pa dont, on Fa vu plus haut, Rtse-le rig-'dzin
avait recu la transmission des oeuvres completes. Cette argumentation renvoie
le plus souvent les incredules a la nature omnisciente et toute-puissante de
Padmasambhava en tant que buddha. Pour un expose global des contradictions relevees dans les differentes versions de la vie de Padmasambhava, la
biographie ecrite par Sog-bzlog-pa est bien superieure au Bka'-than dris-lan;
mais l'interet de celui-ci est ailleurs: Rtse-le rig-'dzin se trouve confronte a
des questions precises sur des phrases et des episodes tires des Bka'-than;
meme si sa reponse ultime est souvent celle de la foi, il accepte au prealable
de discuter le point de vue de son adversaire, etayant frdquemment ses arguments d'exemples et de citations irrefutables pris chez les Gsar-ma-pa.
L'analyse reste certes incomplete et parfois decevante, mais ce texte, unique
survivant peut-etre de la polemique qui a agite la cour du Cinquieme Dalai
Lama, fournit la seule etude critique relativement detaillee des Bka'-than que
je connaisse a ce jour.
A travers ce texte, la personnalite tres attachante de Rtse-le rig-'dzin se
revele egalement. C'est un homme pieux et sincere, savant dans les diverses
traditions du bouddhisme tibetain et rompu a la dialectique, critique a l'egard
de sa propre ecole qui, selon lui, charrie nombre d'erreurs dues a l'ignorance,
au manque d'instruction de ses adeptes, ou a un desir forcene d'exalter
Padmasambhava et ses enseignements. D'une humilite non-feinte, il est en
 ANNE-MARIE BLONDEAU 133
meme temps plein d'humour, comme la lecture du resume ci-apres permettra
peut-etre d'en juger.
4. Traduction resumee du Bka'than dris-lan32
Preambule. Au debut de son texte, le Lama Rme-ru-ba cite correctement
une stance de louange adressee a Padmasambhava par Rdo-rje gdan-pa
l'Ancien, alors qu'il se trouvait au charnier Bsil-ba-tshal.33 Mais il dit que
cette stance est adressee au siddha Pravakara. Sans doute avait-il un texte
fautif car il faut lire Padmakara. Or akara en Sanskrit est l'equivalent de
'byuh-gnas et done Padmakara, avec le sandhi, est rendu en tibetain Padma
'byuh-gnas.
Question 1. On dit de Padmasambhava qu'il est ne de la matrice (mhal-
skyes), et aussi qu'il est ne miraculeusement (brdzus-skyes): ily a done divergence. On dit aussi, au moment ou il a rejete le monde (rab-tu byuh-ba), que
son nom est Padma 'byuh-gnas; puis que son nom secret est Padma-sam-bha-
va et son nom de moine (rab-byuh) Sakya seh-ge: il y a done aussi divergence.
La naissance la plus connue et la plus couramment admise est la naissance
miraculeuse. Mais s'il s'agissait seulement de cela, il n'y aurait rien
d'extraordinaire car cette naissance entre dans les quatre genres de naissance
des etres. La naissance miraculeuse de Padmasambhava est particulierement
sainte parce qu'elle resulte d'un rayon lumineux issu de la compassion de tous
les buddha, dont 'Od-dpag-med, rayon qui s'est concentre au coeur d'un lotus
au centre du lac de Dhanakosa. Ceci n'est pas reconnu seulement par les vieux
Rnih-ma-pa stupides qui font des louanges pleines de parti-pris, mais c'est
prophetise par le Buddha lui-meme dans tous les sutra et tantra. On trouve
ces proprieties en dehors meme des tantra rnih-ma-pa, par exemple dans le
Lha-mo Dri-ma med-pa'i mdo, le Gsah-ba bsam-gyis mi-khyab-pa'i mdo, le
Gtum-po las rgya-mtsho'i rgyud. (Citations de ces textes, annoncant la venue
de Padmasambhava a Kosa en Oddiyana).34
Par ailleurs, pour les etres qu'il ne pouvait convertir par une naissance
miraculeuse, il a manifeste une naissance par la matrice: il naquit comme fils
du roi d'Oddiyana Manusita, et il fut appele Dhana-raksita.35 Ses parents ne
voulant pas qu'il se consacre a la religion, il decida d'employer des moyens
terribles: il tua le fils d'un ministre et fut expulse. Ordonne par l'Abbe
Sakyabodhi, il fut appele Sakya seh-ge.
Bref, Padmasambhava n'etant pas un etre ordinaire, il faut accepter qu'il ait
manifeste toutes les sortes de transformations necessaires pour convertir les
etres. Si on le considere comme un individu ordinaire, on ne pourra jamais
voir l'etendue de ses vertus: c'est exactement comme pour les buddha. Quant
a ses noms, il n'y a que ceux-ci: Padma 'byuh-gnas, en Sanskrit Padmakara,
 134 THOUGHT
nom qui lui a ete donne par Indrabhuti parce qu'un lotus naissait a chacun de
ses pas;36 son nom d'entree dans les ordres, Sakya seh-ge; son nom au Zahor
quand il fut le chef de cinq cents pandits, Padma sam-bha-va, c'est-a-dire
Padma-las skyes, ce nom se referant a sa naissance.
Question 2. On trouve toutes sortes de recits contradictoires sur la duree
du sejour de Padmasambhava au Tibet: cent-vingt ans ou, parce que Khri-
sroh Ide-btsan a ete oblige de lui demander de partir a cause des calomnies
des ministres, six ans ou trois ans, ou dix-huit mois, ou trois mois. Comment
serais-je capable d'examiner ce qui est juste ou nonl
Ce que vous dites est vrai, certes, mais il faut rappeler ce qui a ete dit
precedemment: il est impossible a un individu ordinaire de prendre la mesure
des actes des buddha. Par exemple, autrefois, la duree pendant laquelle le
Buddha a expose le Dam-chos Pad-dkar, qui etait d'une matinee, est apparue,
par ses capacites miraculeuses, comme etant de cinquante kalpa intermedi-
aires. Ainsi, comment pourrions-nous apprehender la benediction
parfaitement pure des buddha, qui fait d'une seconde un kalpa, et d'un kalpa
une seconde?
Aux yeux de la majorite des gens, Padmasambhava etant venu au Tibet, il a
execute le rite de soumission du sol (sa-'dul) a Bsam-yas, et il a accompli
deux fois le homa destine a soumettre les lha-srin. Mais les ministres
pecheurs ayant mis obstacle a la troisieme fois, il a seulement donne ses
enseignements a chacun de quelques disciples predestines, dont le roi. II a
aussi ete empeche par les ministres pecheurs de transformer les marecages du
Tibet en pres, etc. Ne prenant qu'une poignee d'or parmi les richesses que lui
offrait le roi, il partit escorte de deux ministres jusqu'au col de Guh-thah. En
route, il petrifia d'un regard les meurtriers envoyes par les mauvais ministres
et, s'envolant de Guh-thah la-thog, il partit vers le Sud-ouest. Tout cela, c'est
ce que Ton trouve uniquement dans les Sba-bzed, developpe et resume.37
Mais les Sba-bzed n'ont ete composes par le roi et les ministres que selon la
verite relative (kun-rdzob) et non en sens ultime (hes-dag). De la meme facon,
les douze actes du Buddha sont considered de maniere differente par les
Hinayanistes et les Mahayanistes, qui seuls ont acces au sens ultime. Pour les
Hinayanistes, ils ne voient le Buddha que comme un etre a convertir
ordinaire: (il doit passer par des myriades de renaissances, etc.).
Ici aussi, il faut s'appuyer sur les paroles authentiques de Padmasambhava
que Ton trouve dans les gter-ma qui n'ont pas ete remanies. Selon eux,
Padmasambhava est reste au Tibet cent onze ans, et on ne trouve rien d'autre.
Cependant, en Inde, une annee correspond a six mois tibetains; done, si Ton
compte a la tibetaine, cela fait cinquante-six ans. Si Ton accepte la version du
Sba-bzed selon laquelle il ne serait reste que quelques mois, on se demande
comment il aurait pu parcourir tout le Tibet, benissant les lieux de realisation
 ANNE-MARIE BLONDEAU 135
et cachant des tresors. En realite, les Tibetains ordinaires ne l'ont pas vu, mais
il est reste au Tibet (dans ces lieux de meditation) et, finalement, il a
renouvele la consecration des temples, etc. Puis, accompagne jusqu'a Guh-
thah par le roi, les ministres, les sujets, il leur a donne proprieties et
enseignements; le dixieme jour du mois du singe, il s'est envole vers Rria-yab
glih, accompagne par les dpa'-bo et dakini. Cela meme est la version comprise en sens ultime.38
Question 3. Vous dites: "Si dans ce paradis Sukhdvati, le nom meme de
l' element espace est inconnu, a plus forte raison cela englobe toute materi-
alite", et "Si Ton doit y renaitre miraculeusement d'un lotus, c'est contra-
dictoire avec V affirmation que le nom meme de naissance et de mort y est
inconnu", et "Je me demande s'ily a une maniere de mourir par la force de
la compassion et du voeu, et s'il y a une mort soumise au temps (dans ce
paradis)!", et "Des expressions telles que: 'dans ce paradis ne resident que
des Arya', et 'c'est un champ de buddha uniquement', c'est inconcevablel"
Vous etes tres savant en sutra et tantra, et vous connaissez le Bde-ba-can
zih-bkod-kyi mdo, etc. dans leBka'-'gyur. De plus, ce sujet traite au debut des
Bka'-than39 se retrouve exactement identique au debut du Lo-rgyus (chen-
mo) du Testament du Dharmaraja Sroh-btsan, mieux connu de nos jours sous
le nom de Mani bka'-'bum. Si vous n'ajoutez pas foi aux recits des Rhih-ma-
pa, il vous est impossible de ne pas croire le Sroh-btsan bka'-'bum. Bien que
vos paroles ne soient destinees qu'a mettre a l'epreuve les vieux rnih-ma-pa
decrepis, je vous repondrai comme je le comprends.
Quand vous dites: "Si dans ce paradis il n'y a pas d'espace, a plus forte
raison toute materialite": d'une maniere generate, on enumere les paradis des
cinq Jina, a l'Est Mhon-dga', au Sud Dpal-ldan, a l'Ouest Bde-ba-can, au
Nord Las-rab grub-pa, au Centre Stug-mo bkod-pa. Mais les paradis sont
expliques comme "champs du sambhogakdya qui brillent d'eux-memes" ou
comme "champs d'emanation de la compassion (des buddha)." Les premiers
sont des champs tout a fait purs, ou brillent spontanement les cinq jhdna;
done, en dehors des bodhisattva ayant atteint la dixieme Terre, et de ceux qui
maitrisent totalement les deux stages de la meditation (bskyed-rim et rdzogs-
rim), nul ne peut eh avoir l'experience. Quant aux seconds, ils sont le produit
de la conjonction de la compassion des Jina avec l'enchainement predestine
des causes et des effets pour les etres soumis aux cinq poisons. En reality, il
n'existe rien, monde cree, samsara et nirvana, qui ne soit dans les champs
des trois corps de Buddha. Bde-ba-can etant un paradis pur, quand les Bka'-
thah disent qu'en dehors du dharmadhatu, le nom d'espace y est inconnu,
cela signifie que les cinq elements, dont l'espace, et les elements internes:
chair, sang, chaleur, souffle etc., y sont inconnus. Quant a "espace", cela
signifie celui de soleil, lune etc., qui n'existe qu'en fonction de la production
 136 THOUGHT
des causes et des effets. Votre citation de VAnuttaratantra (sur la non-existence des elements) est juste, mais elle ne s'applique pas a ce paradis.
(Suite de la demonstration, avec d'autres elements de la description de
SukhavatI: oiseaux qui y chantent, etc. II ne s'agit pas d'elements appartenant
au monde phenomenal; il faut transposer, ce ne sont que des emanations de la
compassion des buddha du plan transcendant: ye-ses thugs-rje'i sprul-pa).
Sur les contradicitions entre "vie et mort y sont inconnues" et "on y renait
sur un lotus", et "il n'y a dans ce paradis que des Arya" et "il n'y a que des
buddha", Rtse-le rig-'dzin renvoie son adversaire a une citation du Bde-ba-
can smon-lam, enonce par Avalokitesvara: "Dans ce champ excellent, il
n'existe meme pas le nom de mauvaises renaissances, etres vivants, asura et
yama. La, il n'existe pas de femmes ordinaires. II n'existe pas de gestation
dans la matrice. II n'y a que des especes qui naissent miraculeusement de
fleurs padma en joyaux." Et aussi: "Tous les etres qui resident dans ce
champ n'eprouvent aucune souffrance telle que maladie, etc."
Ainsi, puisque les etres dont les souillures du karma et des klesa ne sont pas
purifies, et dont le murissement des fruits des deux accumulations (tshogs-
ghis) et du voeu n'est pas parfait, ne peuvent voir ce paradis, pourquoi ceux
qui sont des savants et des saints accomplis (sous-entendu le Lama Rme-ru-
ba) ne peuvent-ils concevoir ce qui est enonce par les buddha!
Question 4. II est dit que le cakravartin Bzah-po mchog a ete emane pour
soumettre les etres tres orgueilleux. Affirmer que dans ce paradis il n'y a pas
d etres souilles par les klesa est contradictoire avec le fait qu'il y ait des
orgueilleux. Et aussi, il est dit que le roi Bzah-po mchog regnait sur les
quatre continents: je n' ai jamais vu de rapport de similitude entre SukhavatI
et Uttarakuru, etc.!
Les Bka'-than disent exactement cela40: Amitabha a emane Bzah-po
mchog pour soumettre les esprits orgueilleux et violents des rois etc. dans le
monde ('jig-rten khams), mais ils ne disent pas qu'il y avait a SukhavatI des
etres orgueilleux et violents. Quant aux quatre continents, les mondes qui sont
les champs de conversion des trois Corps de Buddha sont innombrables, dans
les dix directions et les quatre temps: ils subissent sans fin apparition, existence, destruction, vide (dus-bzi); il n'y a aucune certitude done, sur le fait
que les quatre continents du roi Bzah-po mchog etaient les memes que ceux de
notre monde actuel. Le Buddha dit que dans chaque atome de poussiere d'un
paradis, il y a un nombre infini d'autres paradis: sauf pour ceux qui sont
munis de l'oeil de Connaissance (ye-ses), notre esprit enfantin ne peut en
prendre la mesure. En outre, Bzah-po mchog est une emanation; nous
sommes incapables de concevoir les actes d'une emanation.
Question 5. Les affirmations selon lesquelles le Buddha Sakyamuni est
venu en ce monde quand la duree de vie humaine etait de quatre-vingts ans, et
 ANNE-MARIE BLONDEAU 137
les buddha des trois temps sont passes par la porte de la matrice, et
Katyayana a ete le disciple-serviteur (he-gnas) du Buddha, seraient-elles
dues a des fautes de scribe!
En dehors de l'affirmation selon laquelle Sakyamuni a vecu quatre-vingts
ans, je n'ai vu dans aucun ecrit rnih-ma-pa qu'il est venu en ce monde quand
la duree de vie etait de quatre-vingts ans. Je n'ai pas entendu parler non plus
de recit selon lequel Katyayana aurait ete le disciple-serviteur du Buddha. II
est vrai que, parfois, son nom apparait comme disciple-serviteur, mais la contradiction n'est pas grande.
Quant a la phrase: "Les buddha des trois temps sont passes par la porte de
la matrice; pendant des kalpa incalculables ils ont amasse 1'accumulation de
merites, etc.", Padmasambhava l'a prononcee dans le chant qu'il adressait a
Khri-sroh lde-btsan, et il etait probablement mecontent de l'attitude orgueil-
leuse du roi qui ne voulait pas le saluer (en premier).41 Et (il est vrai que) les
buddha des trois temps, bien qu'ils aient atteint la bodhi dans un passe infini,
ont montre la maniere de prendre toutes sortes de naissances . . . ; c'est la
facon d'enseigner le Dharma de tous les buddha: veuillez vous referer aux
jataka de notre Maitre. Dans ce cas precis, il ne vous est pas agreable
d'entendre Padmasambhava dire qu'il est un buddha; mais pour ses disciples,
de nombreuses paroles du Buddha l'affirment, et attestent qu'il est un Refuge
justifie.
Dans cette meme question, vous dites que par la suite, les Bka'-than
divisent en cinq les quatre qualites incommensurables: amour, etc. (tshad-
med-pa bzi).
Je n'ai pas cherche dans quelle partie cela se trouvait mais, de la meme
facon, on cite six paramita et dix paramita, et dans le Mdo bskal-bzah le
Buddha enonce cent vingt paramita. Mais la-dessus, en dehors de ceux qui
sont tres familiarises avec le Bka'-'gyur, il est difficile de trancher.
Question 6. Si Ton considere les propheties du Dbus-'gyur luh-bstan-gyi
mdo, et du Bla-med don-rdzogs 'dus-pa'i rgyud, Padmasambhava est ne huit
ans apres le nirvana du Buddha; (selon les Bka'-than), il est reste sur letrone
cinq ans et a Bsil-ba tshal cinq ans, ce qui fait dix ans; ensuite, etant alle en
presence d'Ananda, il a ete ordonne. Saufsi il n'a pas respecte les regies du
Vinaya, je me demande si il est possible qu'il ait ete ordonne sans avoir I'dge
requis!
II existe des donnees differentes sur le nombre d'annees enonce par les
propheties pour la venue de Padmasambhava. II y a certes quelques propheties
disant: "Apres que je sois passe dans le nirvana, lorsque deux fois quatre ans
se seront ecoulees", mais la plupart s'accordent et annoncent seulement
douze ans. Citations du Mya-han 'das-kyi mdo et du Dbus-'gyur luh-bstan gyi
mdo annoncant la naissance de Padmasambhava en Oddiyana douze ans apres
 138 THOUGHT
le nirvana du Buddha: tous les gter-ma authentiques et non remanies disent la
meme chose. II y a dans les Paroles du Buddha (bka') et les sastra beaucoup
d'affirmations divergentes sur l'annee de la naissance du Buddha et celle de
son nirvana; mais pour la majorite des recits rnih-ma-pa, le Buddha est passe
dans le nirvana en l'annee feu-coq (me-bya) et, en l'annee terre-singe (sa-
sprel), Padmasambhava est ne: je pense que c'est le sens meme des douze ans
dont parle le Buddha.42
Vous dites: Les histoires que Von trouve dans les Bka'-than racontant que
Padmasambhava est entre dans les ordres aupres d'Ananda, qu'il a rencontre
TArhat Madhyantika, que celui qui lui a rase la tite est Kasyapa TAncien, et
qua cette occasion il a questionne Ananda sur les sutra, sur 1'histoire etc .,43
ces histoires ne se trouvent pas dans les autre gter-ma qui sont des sources
fiables et non falsifiees.
Ces histoires, je les ai entendues raconter par beaucoup de savants et saints
gsar-ma-pa et rnih-ma-pa. Mais moi, vieillard stupide, j'ai regarde beaucoup
de rnam-thar developpes et resumes de Padmasambhava. En particulier, bien
que j'ai examine tres soigneusement le manuscrit meme du gter-ma de Mha'-
bdag Myah, appele Rnam-thar Zahs-glih-ma, je n'y ai trouve seulement que
le recit suivant: a l'epoque ou il est entre dans les ordres, il avait passe cinq
ans sur le trone, cinq ans a Bsil-ba tshal, longtemps dans les charniers de
Dga'-ba'i tshal et So-sa-glih etc., ou les jhana-ddkint \ui ont confere des initiations, et ou il a lie par serment toutes les dakini du plan karmique et
mondain. Ensuite, bien que tous les domaines du savoir aient brille
spontanement dans son esprit, pour provoquer la confiance des etres a
convertir ordinaires, il montra la maniere d'apprendre les ecritures, les calculs
astrologiques, la medecine, la rhetorique et la dialectique, les arts. Puis, dans
la grotte de Danda au Zahor, il entra dans les ordres aupres de Ydcdrya
Prabhahasti, tres connu sous le nom de Sakyabodhi, et il recut le nom de
Sakya seh-ge. Comme son crane rase etait plus brillant qu'un diademe, pour
empecher que les etres ordinaires, ne pouvant concevoir ce phenomene, aient
des pensees erronees, il se fabriqua un chapeau jaune safran (hur-smig-gi dbu-
zva). Et aussi, aux trois disciples du nom de Sakya: (lui-meme) plus
Sakyamaitri (et Sakya bses-gnen), Prabhahasti confera enseignements et initiations du rnal-'byor yo-ga.44
Ce recit est absolument sur. Mais, bien que les enseignements des tantra
anciennement traduits soient merveilleusement profonds, la plupart des
individus ne les meditent pas et ne les pratiquent pas, la tete tournee par des
rituels de circonstance pour assurer leur subsistance, et une infinite de rituels
mineurs. Demeurant dans l'etat de maitres de maison (religieux maries), ils
n'approchent pas tant soit peu des sutra et des tantra, nuisant ainsi a la doctrine rnih-ma-pa. De ce fait, nombre de Gsar-ma-pa, savants et stupides,
rejettent les enseignements rhih-ma-pa et ceux qui les pratiquent hors de la
 ANNE-MARIE BLONDEAU 139
doctrine du Buddha. Les raisons de ceci, c'est qu'on a trafique par des fabrications personnelles, en amalgamant, deformant, reduisant, augmentant, la
parole excellente et sans souillure du deuxieme Buddha, Padmasambhava.
C'est comme de la poudre d'or jetee a l'eau, ou du santal vendu comme
charbon de bois! Ainsi, de nos jours, il ne se trouve personne pour enseigner
et ecouter les gter-ma anciens depourvus de falsifications ulterieures, tandis
que les hommes stupides et pleins de credulite detruisent la Doctrine en
suivant des gter-ma nouveaux, des gter-ma qui n'en sont pas, des semblants
de gter-ma, qui eclosent comme champignons sur un pre! Devant cela, je ne
peux que verser des larmes et me taire, faute de moyen pour l'empecher.
Pour revenir au coeur de notre propos: ce qui, de nos jours, est tres connu
sous le nom de Padma bka'-than, ce sont les gter-ma d'O-rgyan glih-pa et de
Sahs-rgyas glih-pa, l'un en vers, l'autre en prose. Bien qu'a l'origine, ils
soient sans conteste les paroles memes de Padmasambhava, il est sur que dans
l'intervalle, des impudents stupides y ont ajoute des "paroles de village"
(langage vulgaire, groh-tshig), et des melanges et falsifications fabriques par
eux-memes. De la meme facon, bien que le Bka'-than sde-lha soit un gter-ma
authentique d'O-rgyan glih-pa, quand on examine tout le sens des mots, il ne
ressemble pas a un gter-ma digne de foi. On y trouve que le Precieux Acarya a
eu un fils, que celui-ci etait hostile au Dharma, que Ydcdrya Dpal-dbyahs
etait le fils du Guru, etc., toutes histoires qui ne figurent pas dans les instructions de Padmasambhava. On y trouve aussi beaucoup d'incompatibilites,
telles que les histoires de gens posterieurs a l'epoque, par exemple Skor-thuh
ses-rab(?). C'est pourquoi, moi et d'autres, nous ne le tenons pas pour vrai.
Ainsi, bien que les benedictions dispensees par ces paroles de Padmasambhava existent, malgre leur falsification, il est difficile de tenir les histoires
qu'elles racontent pour des sources fiables.45 C'est pourquoi il est inutile de
r6pondre en detail sur cette question d'Ananda. Cependant, puisque Padmasambhava a ecoute a ce moment-la l'enseignement de nombreux maitres, il ne
serait pas impossible qu'il ait recu celui d'Ananda; mais je n'ai pas vu d'autre
source la-dessus. De meme pour Kasyapa et Madhyantika. Mais il ne faut pas
non plus s'arreter a ce qui nous apparait comme un anachronisme, car nous ne
pouvons pas prendre la mesure des actes des buddha et des siddha, puisqu'ils
ont tout pouvoir sur le temps, et la capacite de produire des emanations en
nombre inconcevable.
En outre certains, selon leurs capacites et leur destin propre, voient les
memes paroles et les memes actes du Buddha de maniere differente. Par
exemple, lorsque le Buddha manifesta le grand miracle de Sravasti (cho-
'phrul chen-po), aux yeux des Hinayanistes cela dura un jour, aux yeux des
Mahayanistes un demi-mois; et tandis que les individus ordinaires virent le
Buddha ne pr6cher que les trois Roues de la Loi ('khor-lo gsum), pour les
etres exceptionnels il exposa YAvatamsaka, le Kalacakra, et une multitude
 140 THOUGHT
d'autres. Les differences entre le Mahayana et le Hinaydna sont d'ailleurs tres
grandes. Par exemple, apres que 1' Arya Mahjusri ait passe la retraite d'ete a la
cour de l'epouse du roi Prasenajit, Mahakasyapa lui dit: "Etre pecheur, ne
reste pas dans la communaute des moines", et il frappa le gandi pour
l'expulser. Mais le Maitre ordonna a Mahjusri de manifester sa puissance.
Alors, par la puissance de Mahjusri, Kasyapa vit dans tous les Champs des
dix directions un Mahjusri se tenant devant le Maitre, et un Kasyapa frappant
le gandi pour l'expulser. Le Maitre demanda: "Toi Kasyapa, veux-tu
expulser tous ces Mahjusri, ou seulement celui-ci?" Kasyapa, plein de
repentir, voulut cesser de frapper le gandi, mais il ne le put pas et le son ne
s'interrompait pas. Lorsqu'il demanda au Maitre de lui pardonner, celui-ci
dit: "Demande a Mahjusri lui-meme de te pardonner".46 Ainsi, si meme un
grand Arhat comme Kasyapa ne connait pas la pensee d'autrui, comment
nous, individus ordinaires, le pourrions-nous? C'est pourquoi ce qui est
essentiel, c'est de ne pas accumuler de souillures.
Pour revenir au sujet, 1'histoire de Padmasambhava demandant des explications sur le Vinaya a Ananda: il s'agit sans conteste d'un melange entre les
Paroles propres du Buddha et les sastra ulterieurs, melange qui manifeste
l'erreur de ceux qui l'ont commise. C'est, par exemple, comme ceux qui
ecrivent Mgo-sa 'dul-ba'i mdo,41 ne sachant pas que le Sanskrit ghosa est
l'equivalent de "melodie" (dbyahs): c'est seulement un signe de stupidite.
Mais a quoi bon examiner les alterations introduites par des sots! Ainsi qu'il
est dit: "Les chemins de l'erreur sont sans limite; c'est pourquoi on ne
poursuivra pas plus avant ici".48 Par ailleurs, il y a beaucoup de traditions
differentes sur la maniere d'envisager les quatre-vingt quatre mille dharma-
skandha et, encore plus que les Vehicules ordinaires, les tantra innombrables,
qui peut les mesurer?
Vous dites: On lit dans les Bka' -than que, les paroles du Buddha ayant ete
mi ses par ecrit, cela representait cinq cents charges de I' elephant Rab-brtan.
Cela est beaucoup, ou cela est peu; c' est pourquoi je pense que ce ne sont pas
les paroles de I'Acarya (Padmasambhava).
Que, a partir du troisieme concile, les paroles du Buddha aient existe sous
forme ecrite, c'est 1'opinion courante partagee par les Gsar-ma-pa et les Rhih-
ma-pa. Mais pour quelques textes particuliers, il n'y a pas de certitude (sur
leur date. Exemples prouvant qu'au temps du Buddha meme, des parties de
son enseignement existaient deja sous forme ecrite).
(Vous dites:) En ce qui concerne Vexplication (des Rnih-ma-pa) selon
laquelle toutes les paroles du Buddha (qui n'ont pas ete revelees) restent sous
forme de ' 'tresors'': en dehors de celles qui ont ete laissees comme support de
lafoi dans les divers domaines des etres a convertir (dieux,etc), il n'y a rien
qui ressemble a la cache de "mines de tresors" (gter-kha) comme chez les
Rnih-ma-pa. De toute maniere, si le Buddha a laisse des siitra (non preches
 ANNE-MARIE BLONDEAU 141
par lui de son vivant), ils ont tous ete diffuses depuis. Et aussi: // n'est pas
question non plus (dans les ecrits canoniques) de chose semblable a la necessity de gter-ston differents pour chaque texte. Et encore: Toutes les paroles du
Buddha n'existent pas au complet, non seulement au Tibet, mais en Inde
meme. Par exemple la Prajhdpdramitd qui, en cent fois dix millions de sloka
se trouve au pays des gandharva, en cent fois cent mille au ciel des Trente-
trois, et dont un peu de la fin de celle en cent mille est reste au pays des naga.
Ainsi, laplupart des sutra traduits en tibetain ne representent qu'un morceau.
Ce que vous dites est tout a fait vrai.49
Vous dites: Quelle est cette facon de parler d'Abhidharma anterieur et
posterieur (goh 'og), en divisant VAbhidharma en trois!
II apparait que c'est une maniere de parler tres repandue de nos jours, qui
considere comme premier Abhidharma les paroles memes du Buddha; comme
Abhidharma median les oeuvres des Arhats; et comme Abhidharma posterieur
les oeuvres de Vasubandhu et de son frere (Asahga).
Vous dites: Quelle est cette expression qui dit: "Trois fois I'ennemi (s'est
/eve) contre VAbhidharma"!
Recit (identique a celui de Bu-ston)50 des trois attaques Tirthika contre les
monasteres et de la destruction des textes par le feu. Alors que la doctrine
A'Abhidharma etait sur le point de disparaitre, a la suite de son voeu de
restaurer la doctrine, la bhiksum Prasanna-slla mit au monde Vasubandhu et
Asahga.
Vous dites aussi: (selon les Bka'-than), lorsqu'on veut reconnoitre un texte
de TAbhidharma-pitaka, on le reconnait a Thommage du traducteur a
Mahjusri.
Cela, je ne l'ai absolument pas vu (dans les Bka'-than). (Suit une explication sur le fait que, en dehors de la classification classique en trois pitaka, on
en trouve de tres sophistiquees, avec siitra du Vinaya, vinaya du Vinaya,
abhidharma du Vinaya, etc., la meme subdivision se retrouvant pour chaque
pitaka. Allusion aux discussions des maitres tibetains sur le contenu des
pitaka). Mais l'important est que chacun de ces textes, par la compassion du
Buddha, purifie, convertit, et fait murir les etres. Et nous, plutot que de nous
torturer l'esprit a faire des distinctions subtiles, il vaut mieux nous contenter
de celles qui ont ete etablies par les grands maitres d'autrefois: il est plus important de mettre les textes en pratique.
Question 7. Dans les chapitres des Bka'-than sur le Zahor, il y a des histoires contradictoires, telles celle de Mandarava qui, ne voulant pas obeir a
V ordre de son pere de se marier, est enfermee par lui avec cinq cents
suivantes menacees de mort si elle s'echappe ou se suicide. Mais la suite
raconte que, n'ayant pas de viande pour le roi, on Tenvoie seule au marche
pour en acheter: le debut et la fin de 1'histoire ne s'accordent pas. Et quand
 142 THOUGHT
on explique que le roi regnait sur tout le Zahor, qu'il avait cinq cents
epouses, sept cent vingt ministres de Vinterieur et de V exterieur, il est improbable qu on n'ait pas trouve de viande pour lui; improbable aussi,
puisqu'elle avait tant de suivantes, qu'on ait envoye seule une princesse
cherie en acheter. Alors, qu'est-ce que ca veut dire!51
En general, les grands rois indiens etaient certes extremement riches mais,
chaque nuit, ils avaient l'habitude de se rendre chez l'une de leurs epouses, a
tour de role, ou ils prenaient leur repas; cela inclut probablement de la viande.
Dans le cas present, Mandarava ne se trouvait pas parmi ses cinq cents
suivantes, mais chez sa mere. Celle-ci, manquant de viande, ne se fia pas a un
serviteur mais envoya sa fille. Cela, c'est le sens general. Mais la signification cachee, c'est de montrer, puisque seul un etre predestine peut obtenir la
chair d'un brahmane sept-fois-ne (comme brahmane), l'enchainement des
causes et des effets qui a amene la recontre de la chair du brahmane sept-fois-
•>6 avec le roi muni d'un bon karma et predestine, et Mandarava qui est une
jhdnu Mkini. En dehors de cela, a quoi bon se demander a quel moment cela
s'est passe: Ce fut au moment necessaire.
Question 8. Lo, -"ue Mandarava demanda a VAcarya: "Dans ses vies
anterieures, ou monpe,. iquit-il!" Padmasambhava repondit que son pere,
etant ne comme fils de bran. ~,e et entre dans les ordres, tua beaucoup de
soldats tirthika pour protegei " vihara. A cause de ce karma ou se
melangeaient la vertu d'avoir protege - vihara et Timpiete d'avoir tue les
soldats tirthika, ilprit naissance dans les . ^estinees. Done, alors qu'il est
dit que meme le Buddha ne connait pas le no. * des renaissances dans le
samsara qui riapas de commencement, vous autrt^ ' racontez qu'ily a des
naissances originates (ex nihilo) pour les etres, soute. ez-vous aussi que le
samsara a un debut et une fin!
A cette occasion, Padmasambhava ne raconte pas la totalite des renaissances du roi Gtsug-lag-'dzin dans le samsara qui est sans commencement,
mais seulement celles qu'il prit dans les diverses destinees depuis qu'il etait
ne comme fils de brahmane. Que, en general, il y ait ou non des naissances ex
nihilo pour les etres, comme je ne suis pas doue de prescience, je n'en ai rien
a dire; je vous prie d'en discuter avec ceux qui soutiennent qu'il y a de telles
naissances. Bien que les autres etres ne puissent savoir le nombre des renaissances dans le samsara qui n'a pas de commencement, (si on dit que le
Buddha ne le sait pas non plus), cela ne revient-il pas a dire que le Buddha
n'est pas omniscient? Nous ne soutenons pas que le samsara a un debut et une
fin; cependant, pour ceux qui ont atteint la bodhi, le samsara n'est-il pas fini?
Question 9. II y a cette legende (gtam-brgyud) de I'homme affame qui avait
perdu sa vache, et du Bon-po qui avait perdu son gong, quand Padmasambhava residait dans le charnier Bde-chen-gdan. Mais, en dehors de la doc-
 ANNE-MARIE BLONDEAU 143
trine inventee des Bon-po qui est d'implantation recente au Tibet, il
n'apparait dans aucun recit ou ecrit canonique qu'il y avait des Bon-po en
Inde.
Cette histoire ne se trouve, en dehors des Bka'-than,52 dans aucune autre
histoire des Rhih-ma-pa; et sur la maniere dont les Bka'-than ont ete falsifies,
j'ai parle plus haut. Cependant, bien que tous soient d'accord pour reconnaitre
qu'il n'y avait pas de gens appeles Bon-po en Inde, l'origine du Bon est le
Zah-zuh: Zah-zuh et Cachemire etant l'un a cote de l'autre, de ce fait, bien
qu'il n'y en eflt pas a l'origine (au Cachemire), il n'est pas sur que les Bon-po
ne s'y soient pas repandus par la suite. De la meme facon, bien que
generalement on ne reconnaisse pas l'existence de Bon-po au Nepal, il existe
des histoires comme celle de G.yu-thog Yon-tan mgon-po oblige de rivaliser
de magie avec un Bon-po nepalais. Je me demande si de telles histoires n'ont
pas pu arriver en Inde meme?53
Quant a ce que vous dites sur la nouveaute du Bon au Tibet, avant que la
doctrine du Buddha n'apparaisse au Tibet, le pays tout entier etait sous
l'emprise du Bon. Son origine, c'est Ston-pa Gsen-rab qui est ne a 'Or-mo
luh-rih (sic) au Zah-zuh et qui, a part la taille et la couleur d'or, avait toutes
les marques d'un buddha. A la Grande montagne du Bon (Bon-ri chen-po) du
Koh-po, dans les quatre directions, il a manifeste des actes semblables aux
douze actes du Buddha, et il y a laisse de nombreuses empreintes de ses pieds
de la taille d'une coudee, il a fait jaillir des sources dans le bas des vallees,
etc. Dans le Bon, il y a le Bon exoterique (phyi) et le Bon esoterique (nan). Le
Bon exoterique, ce sont de nos jours les Bon-po de village qui pratiquent le
Vehicule du Gsen des apparences (snah-gsen), et qui propitient les lha-'dre de
ce monde: c'est pourquoi il faut le rejeter lorsqu'on embrasse Refuge et voeux
bouddhistes. Au Tibet autrefois, comme les Tirthika en Inde, ils faisaient des
sacrifices de cerfs, de yaks, de moutons. Au temps de Khri-sroh lde-btsan,
Santaraksita et Padmasambhava, ils ont ete supprimes. Seuls ont ete conserves les rituels qui ecartent les apparitions trompeuses de ce monde, pour
lesquels on a substitue l'usage de fabriquer ces animaux en pate et en argile.
Quant au Bon veritable des causes et des fruits (rgyu-'bras), bien qu'il s'y
trouve de nombreux traits des doctrines et realisations pures des siitra et
tantra bouddhiques, la plupart des traditions gsar-ma-pa refusent d'inclure
Bon et Rhih-ma dans la doctrine du Buddha. II y aurait beaucoup a dire sur les
causes de cela, mais je ne ferais que me fatiguer et gacher encre et papier si je
poursuivais, (car vous ne voudriez pas entendre mes raisons)!
Question 10. II est explique que, lorsqu'un buddha vient en ce monde, une
flew d'udumbara nait. A cette occasion, il est dit que si il nait dans la caste
des ksatriya, la flew est blanche; si c'est dans la caste des brahmanes, la
flew est rouge; dans la caste des vaisya, la flew est jaune; dans celle des
 144 THOUGHT
sudra, la flew est bleue; et que Padmasambhava etant de caste brahma-
nique, la fleur etait rouge. Alors que dans toutes les Paroles du Buddha et
dans tous les sastra, il n'est jamais question d'autres castes que celles de
ksatriya et brahmane pour la naissance d'un buddha, vous devez avoir
(d'autres) sources canoniques pour cette tradition qui est la votre!
Si vous racontez de telles histoires qui ne se trouvent pas dans les recits
rhih-ma-pa connus, est-ce parce que vous etes doue de prescience? Ou,
comme dans la vision pure des reves, etes-vous alle a Rha-yab glih ou vous
avez entendu l'enseignement de Y Acarya! Selon nos propres recits, un
buddha ne nait que dans les castes des ksatriya et des brahmanes. En signe de
l'extreme rarete de la venue d'un buddha dans le monde, une fleur
d'udumbara apparait au moment de la naissance de ce buddha, qui se fane
quand il approche du nirvana: cette facon de dire est identique chez les Gsar-
ma-pa et les Rhih-ma-pa. (Quant a sa couleur), on peut la deduire d'apres la
tradition orale (gtam-brgyud) sur le parivrdjaka Subhadra54 dans laquelle, si il
n'est pas question de la couleur de la fleur, si Ton prend en consideration la
traduction de udumbara par dmar-mchog (rouge excellent), elle devait etre
rouge. Quant a Padmasambhava qui serait ne dans la caste des brahmanes
alors qu'il s'agit de sa naissance miraculeuse (brdzus-skyes), qui le dit? Dans
les recits rhih-ma-pa, il est dit qu'un udumbara naquit dans le lac de Dhana-
kosa, mais il n'est pas precise que la naissance de Padmasambhava eut lieu
sur un udumbara55; et bien qu'il soit dit qu'il y avait dans ce lac des lotus de
toutes sortes de couleurs, il n'est pas precise non plus si celui sur lequel il est
ne etait rouge. Particulierement, je n'ai entendu dire que par vous que c'etait
une fleur rouge parce que Padmasambhava etait de caste brahmanique.
Dans les recits rhih-ma-pa, il est dit que lorsqu'un gter-ston nait, une fleur
d'udumbara nait, et que selon leur caste la couleur est differente. A cela aussi
quelques savants gsar-ma-pa tardifs ont fait objection en disant: "Si, en
dehors des buddha, un udumbara devait naitre pour des gens comme les gter-
ston, pourquoi ne naitrait-il pas pour tous les sravaka, pratyekabuddha, bodhisattva et grands saints? Ce ne sont encore que des recits mensongers des
Rnih-ma-pa!" Ce n'est pas que les gter-ston soient plus eminents que les
autres; mais les gter-ston authentiques provoquent la fin du samsara pour
beaucoup d'etres predestines, au moyen des textes profonds du Vajrayana
qu'ils extraient, textes qui font atteindre l'etat de buddha en une seule vie. En
signe que leur venue est comparable a celle d'un buddha en ce monde, une
fleur d'udumbara apparait. Mais il n'est pas dit que cette fleur nait dans le
pays des gter-ston: elle nait dans des endroits tels que le lac de Dhanakosa,
etc., si bien que les etres ordinaires ne peuvent en avoir connaissance.
Question 11. Vous faites beaucoup d'objections aux paroles de Padmasambhava: "Je ne suis pas un buddha seulement de nom, je suis un buddha qui a
 ANNE-MARIE BLONDEAU 145
obtenu les quatre fruits d'un sramana (dge-sbyoh)", parce que leur sens ne
vous plait pas.
D'une maniere generate, comme je vous l'ai deja dit, il y a beaucoup de
falsifications dans les Bka'-than, et affirmer que Padmasambhava a obtenu en
realite les fruits de srdvaka, d'arhat, ou non, je ne le ferai pas: Dans notre tradition, nous sommes surs que le precieux Guru est un nirmdnakdya qui,
rassemblant en lui seul la compassion de tous les Jina de toutes les directions
et de tous les temps, soumet les etres de l'epoque de degenerescence de la
Doctrine. Ce n'est pas le fait de notre entetement stupide dans nos propres
desirs, mais ce sont les propheties du Buddha lui-meme. II s'en suit qu'il n'y a
pas a soupeser si il a parcouru la voie graduelle des etres ordinaires, en obtenant
ou non de maniere patente les fruits de srdvaka, pratyekabuddha . . .
Question 12. 11 est dit: "Gah-chuh vola les flews divines. Elle contrevint
aux regies parfaitement pares du Vinaya des dieux." Alors que les dieux
n'ont pas de regies du Vinaya, cela revient a dire qu'ils en ont. Et si V on fait
du simple rejet des vices la regie du Vinaya, c'est vraiment exagerel
II s'agit de 1'histoire des vies anterieures et des voeux de Santaraksita,
Padmasambhava et Khri-sroh lde-btsan, manifestee devant les disciples
ordinaires.56 Si, dans cette histoire, on n'appelle pas "regie du Vinaya" le
rejet des vices, comment nommera-t-on la regie (tshul-khrims) du voeu de
rejet des conduites mauvaises (hes-spyod sdom-pa)! Bien que les dieux ne
possedent pas au complet les enseignements de pratimoksa, Indra demeurant
comme guide des dieux-bodhisattva, Brahma et Indra etant les servants des
mille buddha du Bhadrakalpa, ne donnent-ils pas a leurs propres disciples les
conseils qui les ecartent de la voie de l'erreur, et ne leur montrent-ils pas la
voie de la vertu? Les recits rhih-ma-pa relatent aussi la maniere dont les six
Muni (thub drug) font le bien des etres dans les six gati51 mais, comme il est
difficile pour vous autres de le concevoir, je n'en parlerai pas. En outre, si le
Mahd-sthavira Panthaka, avec un entourage de neuf cents Arhats, reside au
ciel des Trente-trois pour proteger la doctrine du Buddha, est-ce que sa compassion ne l'entraine pas a enseigner aux dieux ce qui est la Voie et ce qui ne
Test pas?
Question 13. Vous n'etes pas content de l'explication selon laquelle
Padmasambhava est plus saint que le Buddha par cinq caracteristiques; et non
seulement vous, mais la plupart des savants gsar-ma-pa. Vous dites tous
d'une seule voix: "Alors que dans le Lokadhdtu les buddha n'ont pas d'egal,
et qu'il est impossible que quelqu'un les surpasse, les Rhih-ma-pa sont
vraiment vantards et impudents!"
Ce n'est que le plaisir de quereller avec des paroles injurieuses les malheu-
reux Rhih-ma-pa parce que, autrement, (vous Gsar-ma-pa, vous dites):
"Corps qui est la reunion de tous les buddha, nature en-soi detentrice du
 146 THOUGHT
vajra, etc.58"; et aussi: "Le Lama est le Buddha, le Lama est le Dharma, le
Lama est le Sahgha, le createur de tout est le Lama"; et encore: "Les buddha
de mille kalpa et les Lamas sont le support"59, etc. Des citations comme
celles-la, il y en a des multitudes, vous le savez bien, et chaque ecole
manifeste sa foi envers ses maitres comme les Rhih-ma-pa le font envers
Padmasambhava. En outre, le Buddha lui-meme a exalte Padmasambhava en
disant qu'il surpassait les buddha par cinq caracteristiques, et ce ne sont pas
des fabrications rhih-ma-pa. Dans le Mya-han 'das-kyi mdo il est dit: "...
Cette Emanation de moi est plus sainte que les autres emanations, dans les
trois temps: sans connaitre vieillesse ni decrepitude, elk a l'apparence d'un
jeune homme . . . ; elle vainc d'elle-meme, sans obstacle, les quatre Mara
. . . ; elle soumet tout le Jambudvlpa . . . Cet etre fortune ne connaitra ni
naissance ni mort . . . Pourquoi? C'est parce qu'il est Amitabha lui-meme."
A cette occasion avez-vous regarde un texte fautif, ou vos humeurs vous
sont-elles montees a la tete? Vous pensez que tshe-gcig sahs-rgyas theg-chen
ston60 veut dire que Padmasambhava a obtenu l'etat de buddha en une vie,
mais ce n'est pas cela: il est particulierement saint parce qu'il enseigne les
profonds tantra qui font devenir buddha en une seule vie et un seul corps.
Vous dites aussi: L Acarya, par rapport aux buddha, etant devenu buddha
en une seule vie, ce qui fait sa superiorite c'est qu'il est Mgon-po 'Od mi-
'gyur-ba Tshe-dpag-tu med-pa en personne. Ne comprenant pas le lien qui
existe dans cette citation authentique, vous dites: Puisqu'il est Tshe-dpag-med
en personne, il n'est pas capable de surpasser les autres nirmdnakaya: ceux
qui suivent la carriere progressive des bhiksu ne deviennent pas buddha en
une seule vie.
Bien que vous opposiez de la sorte de nombreuses refutations, en fait, vous
ne connaissez pas la distinction entre Mgon-po 'od mi-'gyur-ba et Tshe-dpag-
med. En ce qui concerne Tshe-dpag-med, vous avez l'air de penser qu'il est
un buddha qui a parcouru la voie graduelle des etres ordinaires. N'est-ce pas
un peu le rabaisser? Dans la tradition rhih-ma-pa, Mgon-po 'od mi-'gyur-ba
est le Dharmakaya Kun-tu bzah-po 'od mi-'gyur-ba, grand ancetre (spyi-mes
chen-po) de tous les buddha, pensee de tous les buddha des trois temps, Corps
du plan noumenal (ye-ses-kyi sku) qui couvre tout, infini d'ou est issue la nature en-soi (gnas-lugs) pure depuis les origines de phenomenes illusoires,
Grande Felicite immuable. De sa propre splendeur, il emane Rdo-rje 'chah et
tous les buddha, tels que les sambhogakdya des cinq Families, etc. Tous les
mandala des Jina des dix directions, et la succession des mille buddha du
Bhadrakalpa venus dans le monde des hommes, ne font qu'un avec le
Dharmadhdtu du plan noumenal. De ces buddha, on expose seulement la
maniere dont ils ont produit des emanations conformes aux circonstances, aux
pays, aux epoques, des etres qu'ils devaient convertir, mais on ne soutient pas
qu'ils ont suivi la voie graduelle vers l'Eveil des individus ordinaires. Et si
 ANNE-MARIE BLONDEAU 147
vous demandez: "Que veut dire ce qui est repete dans un nombre infini de
siitra: 'D'abord, il produisit la pensee de bodhi; au milieu, pendant trois kalpa
incalculables, il accumula des merites; a la fin, il atteignit l'etat de buddha au
moyen de ses douze actes'?" Ceci est a comprendre au sens relatif (drah-
don), pour montrer aux etres a convertir ordinaires: "si vous faites ceci, il
arrivera cela"; par exemple, cela s'applique a notre Maitre Sakyamuni seul.
Comme le Buddha primordial, le Dharmakdya Kun-tu bzah-po, couvre tout
sans exception: les paradis des dix directions, le samsara et le nirvana, il
couvre de ses emanations tous les paradis du monde cree (snah-srid-kyi zih-
khams); en particulier, il emane de la spendeur meme de sa Connaissance
Rnam-par snari-mdzad garis-chen mtsho, et de sa compassion, le
nirmdnakdya Sakyamuni, faisant ainsi te bien des etres du Petit et du Grand
Vehicules, selon leurs capacites. Ainsi qu'il est dit: "Sans bouger du
Dharmakdya, il a manifeste toutes sortes d'emanations et de naissances; il a
transmigre du ciel Tusita . . . 61" Bien qu'il y ait de semblables citations, en
nombre incalculable, montrant les manieres d'agir infinies de tous les
buddha, il est inutile que de pauvres abrutis comme nous fassent des citations
a un dge-bses comme vous! Et le vieil homme que je suis ne pourrait pas supporter la fatigue de les ecrire; c'est pourquoi je ne poursuis pas.
Pour ces raisons, alors que Padmasambhava est, comme le Buddha
Sakyamuni, l'un des buddha venus convertir les etres dans les temps de
degenerescence, ceux qui disputent sur sa naissance de la matrice et sa
naissance miraculeuse, qui ne sont qu'apparences pour l'ocean de foi de ses
disciples, ceux qui objectent qu'il n'a pas obtenu les fruits de l'Arhat, qui
demandent si il est devenu buddha en une vie ou non, et ceux qui affirment
tout cela, sont comme un enfant qui veut contester l'etendue de l'espace. Et
aussi bien ceux qui s'y opposent que ceux qui soutiennent jusqu'a
l'epuisement le sens contenu dans les mots des Bka'-than falsifies, se
fatiguent sans raison. Ce qu'il faut considerer comme l'essentiel d'une certitude, ce sont les paroles du Buddha: "Ne vous basez pas sur le sens relatif,
basez-vous sur le sens ultime", et: "Ne vous basez pas sur ce qui est muni de
dharma, basez-vous sur le Dharmatd", et: "Ne vous basez pas sur les mots,
basez-vous sur le sens."62 Voila ce qui est important.
Question 14. II est dit (dans les Bka'-than): "Lorsque le Guru Padma
rgyal-po se rendit au Pare de plaisance (skyed-mo tshal), les quatre Grands
Rois furent ses serviteurs; les lha et les klu lui presenterent des offrandes, a
commencer par les sept joy aux royaux (rgyal-srid sna-bdun): la roue d'or a
mille rayons, etc."63 Cela n'est pas vrai, parce que ce sont les joy aux d'un
cakravartin, et il n'y a pas de cakravartin a Tepoque Rtsod-ldan. Cela
apparait encore comme des louanges excessives et inconvenantes proferees
par des sots.
 148 THOUGHT
Vous avez raison: dans le kalpa Rtsod-ldan un cakravartin n'apparait pas,
et quand Padmasambhava est venu pour enseigner les tantra, il n'y avait pas
de cakravartin. Mais ici, il s'agit d'un geste d'hommage, au moyen de toutes
sortes de choses particulierement saintes offertes par les lha, klu, etc. qui
gouvernent le monde, envers les etres excellents, emanations des buddha et
bodhisattva. Pour les Grands Etres ulterieurs aussi, au moment de leur
naissance, de leur mort, de leur atteinte de la siddhi, de leur predication, les
lha, klu, dpa'-bo, dakini, qui gouvernent le monde, produisent toutes sortes
de miracles: pluies de fleurs, arcs-en-ciel etc., mais nous ne voyons pas les
lha, klu etc., de nos yeux qui ne supportent pas leur eclat. Comment le
pourrions-nous? II y a encore un autre argument: pour convertir les etres, les
buddha prennent la forme de cakravartin comme, par exemple, lorsque le
Buddha invite avec son entourage par Sumagadha dans la ville de
Pundravardhana, arriva avec des apparitions miraculeuses variees, et que
YArya Rahula vint sous l'apparence d'un cakravartin.64 En outre, puisqu'il
n'apparait pas de cakravartin dans l'epoque Rtsod-ldan, et qu'il n'est pas
convenable meme d'offrir les rgyal-srid sna-bdun, etes-vous mecontent de ce
que, dans toutes les ecoles, lorsqu'on offre le mandala on offre les rgyal-srid
sna-bdun! Veuillez y penser!
Question 15. II est dit qu'apres avoir abandonne le trone, VAcarya alia
d'abord a Bkd-skyoh brag-phug en Inde oil, ayant pratique pendant sept
jours la realisation du Vajradhdtu, il obtint la realisation.65 Et ensuite, quand
il demanda a Prabhahasti les enseignements du rnal-'byor yo-ga, celui-ci dit:
"Sans avoir regu T initiation, on n'est pas un recipient convenable pour I'explication des tantra."66 Si Padmasambhava demande alors Tinitiation, a qui
l'a-t-il demandee pour la precedente realisation! Et aussi, si il a obtenu la
siddhi apres avoir pratique la realisation a Bsil-ba-tshal etc., qu'avait-il
besoin de realiser la siddhi de longue vie dans la grotte Maratika!61 Bref, des
histoires incompatibles comme celles-la, il y en a beaucoupl
II faut vous rappeler une fois de plus que le Guru n'est pas un etre ordinaire.
D'abord, quand il est ne sur te lotus, tous les Jina s'etant rassembles lui ont
confere initiation et benediction, ce qui etait une initiation bien suffisante. Si
vous ne pouvez concevoir qu'il ait atteint la realisation en sept jours a Bka'-
skyoh brag-phug, dans les rnam-thar de nombreux saints de l'lnde et du Tibet
il y a des recits similaires: que dire alors de YAcarya qui est un nirmdnakdyal
De nos jours, la plupart des individus, Gsar-ma-pa et Rhih-ma-pa, propitient
en reclusion pendant vingt-et-un jours, etc., leurs yi-dam particuliers. Les
signes de realisation qui leur apparaissent ne sont-ils pas autant de signes de la
propitiation de ces dieux? Quant aux paroles de Prabhahasti, elles ne
s'adressaient pas a Padmasambhava seul, mais aussi aux deux autres bhiksu
du nom de Sakya. Ce n'est d'ailleurs pas a cette seule occasion du rnal-'byor
 ANNE-MARIE BLONDEAU 149
yo-ga que Padmasambhava a montre la maniere d'ecouter l'enseignement des
tantra et commentaires, mais en de nombreux autres lieux et circonstances, et
aupres de nombreux maitres (enumeration); et ce n'etait pas seulement pour le
rnal-'byor rgyud-kyi yo-ga, mais pour un nombre infini d'enseignements des
trois yogatantra.
De meme pour l'obtention de la siddhi de longue vie: bien que le Guru,
etant libere de vie et mort, n'ait pas eu besoin de pratiquer cette realisation, il
a montre la maniere de le faire, pour le benefice des etres a venir, et il a
demande au Mgon-po Tshe-dpag-med en personne les tantra, sadhana et instructions de la longue vie. II n'etait pas seul: Mandarava a obtenu aussi un
corps immortel et, sous le nom de Ma-cig Grub-pa'i rgyal-mo, elle est une
grande bienfaitrice pour les etres, y compris les Gsar-ma-pa chez qui elle est
connue comme Tshe-sgrub Grub-rgyal-ma.68
Vous pensez par ailleurs: "Apres avoir fini d'obtenir la Realisation, qu'est-
il besoin de faire la realisation de longue vie?" Dans la tradition rhih-ma-pa,
il y a des categories differentes de siddhi: phyag-rgya chen-po, tshe-la dbah-
ba, Ihun-gyis sgrub-pa, mam-par smin-pa . . . , mais comme ce sont des
appellations particulieres aux Rhih-ma-pa, votre oreille serait trop petite pour
les entendre (vous ne voudriez pas ecouter), et je ne poursuis pas.
Question 16. II est dit que Sakyamuni etant alle en Chine, il precha
l'enseignement des causes et des fruits des vertus et des peches, mais
personne ne Tecouta et, meprise, triste, il revint a Grdhrakuta; et il est dit
aussi que Padmasambhava lui-meme, regardant depuis Grdhrakuta ou etait
son champ de conversion, le vit clairement, comme une image dans un
miroir.69 Cela encore veut signifier que Padmasambhava depasse le Buddha;
et faire un tel recit ou la capacite de sa compassion est epuisee, et ou il ne
connait pas le domaine des etres qu'il doit convertir, c'est grandement
mepriser le Buddhal
Certes, Padmasambhava connaissait le domaine et le temps des etres a
convertir par lui, mais personne, en dehors des Tirthika, ne dit que le Buddha
ne connaissait pas te domaine et l'£poque des siens. Parce qu'il savait que le
temps de les convertir n'etait pas venu, il dit precisement: "Profond, calme,
depourvu d'activite, lumineux, incompose . . . "™; et aussi, pour detourner
les moines d'une conduite soumise aux tentations, il montra la maniere
d'entrer en reclusion a 'Bar-ba'i phug.71 Ainsi, il n'y a rien que le Buddha ne
couvre de sa connaissance.
En ce qui concerne ce qui etait ou n'etait pas dans son domaine de conversion: en dehors de ses paroles a Avalokitesvara lui assignant te Tibet, et a
Mahjusri lui assignant la Chine, le Muni allant lui-meme en personne en
Chine, cette histoire ne se trouve dans aucune parole du Buddha, ni dans
 150 THOUGHT
acucun sastra. Ce recit des Bka'-than, il faut le considerer comme n'etant pas
les paroles authentiques de Padmasambhava.
Question 17. Vous examinez de maniere tres minutieuse le moment ou
Khri-sroh lde-btsan a invite YAcarya, l'epoque de la construction de Bsam-
yas, etc. L'essentiel de vos objections est: Le roi etant mort a cinquante-six
ans, est-il dit reellement que Padmasambhava a regne pendant douze ans, ou
non! Au temps du prince heritier (lha-sras), est-il reste au Tibet longtemps ou
peu de temps! Quand on a construit Skar-chuh Rdor-dbyihs lha-khah, en a-t-
il fait la consecration, ou non! Lorsqu'est survenue la controverse entre
subitistes et gradualistes, que faisait-il! Etc.
Bien que toutes vos questions soient liees et developpees, comme je suis un
vieillard qui doit ecrire avec des yeux qui deviennent aveugles, je compte mes
mots et je ne suis capable que de resumer le sens de vos objections. Voici ma
reponse:
Sur ces sujets, les desaccords sont tres nombreux dans les rgyal-rabs, chos-
'byuh, et autres ecrits reputes de ce genre; je ne sais pas quelle est la tradition
digne de foi. Dans les Bka'-than eux-memes, il est difficile de distinguer ce
qui est authentique de ce qui est interpole. Cependant, si l'on prend en
consideration les gter-ma dignes de foi, non falsifies, la plupart relatent ceci:
Khri-sroh lde-btsan naquit l'annee du cheval (rta-lo); a dix-sept ans, la pensee
du Dharma naquit en son esprit; il invita 1'Abbe Santaraksita qui commenca la
fondation de Bsam-yas, mais les lha-dre nuisibles s'y opposerent. Selon la
prophetie de l'Abbe, Padmasambhava fut alors invite. II arriva au debut de
l'annee du tigre (stag-lo) et il fit le rite de soumission du terrain (sa-'dul); la
construction commencee en l'annee du lievre (yos-lo) fut achevee en cinq ans.
Les fetes de consecration durerent pendant douze ans. L'Acarya lui-meme
resida pendant dix ans a Bsam-yas et a Mchims-phu ou il traduisit les textes,
amena a la delivrance les etres qui en etaient dignes, et, pour le reste il resida
dans les lieux de meditation (sgrub-gnas) du Tibet. Done, au moment ou
survint la controverse, YAcarya n'etait pas la. Celui qui devait eclaircir la
doctrine des subitistes et des gradualistes etait, selon la prophetie de
Santaraksita, Kamalaslla. Invite, celui-ci soumit le Hva-sah et reimplanta la
Doctrine telle qu'elle etait auparavant. A cause des ministres, Padmasambhava ne put donner au roi 1'initiation qui devait affermir sa vie comme soleil
et lune, ni l'eau de longue vie. Le roi s'etant repenti, Padmasambhava
allongea sa vie de treize ans: au lieu de mourir a cinquante-six ans, il mourut a
soixante-neuf. L'aine de ses trois fils, Mu-ne btsan-po, monta sur le trone; il
accomplit des actes remarquables tels que 1'institution du Mdo-sde mchod-pa
et l'egalisation des biens entre les riches et les pauvres, mais la Reine-mere,
tres mauvaise, l'empoisonna. Le deuxieme fils, Mu-tig btsad-po, connu aussi
comme Mu-ri btsan-po, Zu-tse btsan-po etc., appele par le Guru: Legs-pa'i
 ANNE-MARIE BLONDEAU 151
blo-gros, etant jeune, on ne savait pas si il serait apte ou non a etre roi. On
s'accorda sur le fait que, si on le mettait a l'epreuve, ce serait bien (sad-nas
legs-pa); et comme il se tenait la tete redressee, il fut connu comme Sad-na
legs 'jih-yon. II monta sur le trone a treize ans. II construisit Skar-chuh dgu-
thog Rdor-dbyihs-kyi lha-khah, et son epouse Nah-chuh-ma construisit Yar-
luh Btsan-thah-gi gtsug-lag-khah72: YAcarya fit la consecration des deux. Le
dernier fils, Mu-rum btsan-po, alias Lha-sras Dge-mgon, appele par
YAcarya: Lha-sras Dam-'dzin, 6tant d'un grand courage, partit comme chef
des armees pour soumettre les ennemis des quatre frontieres; il les reduisit
tous a son pouvoir mais, finalement, comme punition pour avoir tue te fils
d'un ministre, il fut expulse pendant neuf ans au pays de Koh-roh (ou
maintenant encore il y a des toponymes l'evoquant). II y construisit des
citadelles et des temples, organisant ainsi les presages qui en feraient les
sieges de sa future renaissance, Sahs-rgyas glih-pa. Lorsqu'il revint d'exil, les
Sna-nam-pa qui le hai'ssaient des avant, effrayerent son cheval et il mourut
d'une made.
Mu-tig btsan-po dtant tres jeune, il demanda a YAcarya en qui il avait une
foi vive, d'innombrables conseils sur ce qu'il devait faire: en cela seulement,
et en exagerant, on peut dire que YAcarya a gouverne.73 Sous le regne de ce
prince, il est reste trois ans environ au Tibet. Des cinq fils de 'Jih-yon, l'aine
Rgyal-sras lha-rje, a qui Padmasambhava a donne propheties et
enseignements, et Lhun-grub, moururent jeunes. Le prince Gtsah-ma entra
dans les ordres. Comme Glah-dar-ma ne convenait pas comme roi, Khri Ral-
pa-can fut mis sur le trone: tout cela s'accorde avec la plupart des autres
histoires et de toute facon, quand te prince Mu-tig etait jeune, YAcarya partit
au Sud-ouest.
Question 18. Au moment de la conversation entre Khri-sroh lde-btsan et
Padmasambhava, celui-ci parle de ya-thog rih-mo et de ma-thog rih-mo,
mais il dit ma-thog thuh-hu, ce qui n'est pas conforme a Vexpression
usuelle.74
Ce que vous dites ne peut venir que d'un texte fautif. Mais si ce n'est pas
une erreur textuelle, la pensee de Padmasambhava est, probablement, que
pendant le ya-thog rih-mo, la taille, la longevite, les merites des etres
augmentant, on appelle cette periode "longue" (rih-mo); tandis que dans la
periode de declin, tout diminue, d'ou l'expression "courte" (thuh-hu). A part
cela, il n'y a pas discordance avec l'expression classique de l'augmentation et
de la diminution de la longevite.
Dans la suite de cette question, vous dites aussi: Si Ton se fie aux
propheties suivantes: "II n'est pas alle en Inde, le nomme Kun-shih lo-ca",
et: "Tous les savants moines du Tibet seront transporters aux frontieres", et:
Noir a I'interieur, blanc a Texteriew, comme une barbe d'orge (she-ma) et
 152 THOUGHT
une conque blanche", et plus loin: "Une loi nouvelle apparaitra, liee aux
Hor comme patrons et a leur chapelain'' ,75 il s'agit de mauvaises propheties
designant Sa-skya pan-chen. Comment est-ce possible!
Cela, c'est du a des erreurs textuelles dans les Bka'-than, que quelques
imbeciles ont commentees de travers. Pourquoi cela: Le seul nom de Sa-pan
est Kun-dga' rgyal-mtshan, il n'est pas appele Kun-dga' shih-po; quant a Sa-
chen Kun-dga' shih-po, il n'est pas connu comme lotsava. En ce qui concerne
la prophetie: "Les savants moines du Tibet seront transportes aux frontieres":
a l'epoque ou les Sa-skya-pa et les Mongols etaient lies, en dehors des propres
lamas de Sa-skya qui se rendirent successivement chez les Mongols puis en
Chine comme chapelains, de quelle maniere tous les autres savants moines du
Tibet y sont-ils alles? Bref, quand on trouve dans les autres gter-ma propheti-
ques les mots prononces (par Padmasambhava) a cette occasion, ils sont ainsi:
"lis n'iront pas en Inde, mais tous se diront lotsa(va). Tous les savants
moines du Tibet vagabonderont aux frontieres." C'est une prophetie qui
annonce que beaucoup de moines savants du Tibet prendront le nom de
lotsava sans pratiquer leur propre religion, et que beaucoup, sans alter en
Inde, vagabonderont dans les pays frontaliers comme le Nepal, et en tireront
leur renommee.
Comme les gens du Tibet auront une apparence exterieure paisible et qu'ils
montreront un semblant de religion, mais qu'a I'interieur leurs pensees ne
seront pas bonnes, la prophetie dit: "ceux qui sont blancs a l'exterieur, noirs a
I'interieur", et elle prend comme metaphore la suie (du-kha'i she-ma) sur le
fond d'un pot; il ne s'agit pas des trois hierarques Sa-skya-pa. Et quel sens y
aurait-il a rapprocher les mots "conque blanche" et "barbe d'orge"? De tels
contresens, qui sont nombreux, entrainent beaucoup de gaspillage dans les
enseignements religieux.
II y a cependant beaucoup d'autres propheties annoncant, comme en cette
occasion: "Dans six a sept generations royales, parce que tous les Tibetains
voudront etre reputes comme lotsava, ils courront en Inde et au Nepal,
comme la chaine du metier a tisser (sans interruption). Tous, cherchant leur
propre gloire, auront en eux haine et esprit de rivalite tourbillonnant comme le
vent. Les pandits indiens, avides d'or, fabriqueront des enseignements selon
le desir de chaque Tibetain. Tous le tantra et textes doctrinaux reputes, tels le
Tripitaka, ont ete completement traduits a present. Quant aux tantra et instructions particuliers, ils demeurent dans les tresors secrets des dakini, en
Oddiyana etc.; seuls des etres saints, des siddha, en sortiront quelques-uns.
La doctrine veritable ne restera implantee que peu de temps a Bodhgaya: se
repandant comme l'eau a l'Est de l'lnde, au Cachemire, au Nepal, on fabri-
quera des tantra apocryphes a partir de chaque traduction, et jusqu'a la
moindre petite instruction sera contrefaite; on citera ces faux selon son bon
plaisir. Comme les Tibetains stupides aiment la nouveaute, ils ne compren-
 ANNE-MARIE BLONDEAU 153
dront pas l'enseignement des causes et des caracteristiques (rgyu mtshan-hid);
ils se montreront partisans et partiaux envers les lotsava de leur propre tradition. Bref, pour une seule et meme doctrine, il y aura beaucoup de chefs."76
Quant a cette prophetie disant: "(Les Sa-skya-pa) se feront les guides,
l'armee mongole viendra au Tibet",77 elle ne se trouve pas seulement dans les
Bka'-than, mais egalement dans beaucoup d'autres propheties des gter-ma.
Lorsque le Guru lui-meme, en route vers le Sud-ouest, arriva en face de la
montagne Glari-ru du Gtsang, il dit: "En cet endroit, dans l'avenir, un
monastere appele Sa et une lignee de sept incarnations de Mahjusri apparaitront,
qui diffuseront la doctrine du Buddha. Mais, parce qu'ils se feront les guides
des Mongols destructeurs, ils ne seront pas de grands bienfaiteurs pour tout le
Tibet."78 Cette facon de parler, on la trouve dans la plupart des biographies
de Padmasambhava.
Toutes les propheties qui existent ne peuvent pas etre authentifiees avec
certitude comme etant les paroles de Padmasambhava; mais si, en s'appuyant
sur les erreurs que Ton releve dans de faux gter-ma, on concoit des vues
fausses et du mepris pour tous les gter-ma veritables et pour les paroles
authentiques de Padmasambhava, il faut savoir que cela entrainera un rejet
general de la Doctrine.
(Vous objectez aussi): Dans les Bka'-than, il est dit: "De mime, deux gter-
ston n' apparaitront pas au mime moment"; et, pour etayer cette affirmation:
"Comme roi des betes de proie, une seule lionne des glaciers; comme roi des
oiseaux, un seul grand garuda planant dans V espace; comme roi des flews,
un seul udumbara."19
Des affirmations comme celle-la, on en trouve beaucoup, mais il ne faut
pas les prendre pour des paroles de Padmasambhava. Parce que, non
seulement deux gter-ston peuvent apparaitre en meme temps, mais il est
meme arrive qu'il en apparaisse quatre ou cinq a la fois. Ceux-ci, parfois, se
rendaient mutuellement service et avaient des liens karmiques qui les
unissaient. Mais il y en eut aussi quelques-uns qui, n'etant pas d'accord,
avaient de la haine les uns pour les autres; il est probable que ce sont certains
de ceux-ci qui ont fabrique de telles propheties. Les Rhih-ma-pa non plus, ne
peuvent se satisfaire de ce qui est pure stupidite!
En resume, tous les kalyanamitra des autres ecoles, orgueilleux de leur tradition, tiennent pour non-Dharma tous les tantra rhih-ma-pa et les textes du
Rdzogs-chen, et ils meprisent tout ce qui porte le nom de gter-ma. Quant aux
Rhih-ma-pa, meme les philosophes ne fondent pas fermement la comprehension de leur propre doctrine. (Les autres), sans avoir la capacite mentale de
pratiquer le stage d'evocation et celui de resorption (bskyed-rim et rdzogs-
rim), ils declarent "nous sommes des tantristes." S'adonnant toute leur vie a
la viande, au chah, aux femmes, aux rituels de village, ils se vantent
 154 THOUGHT
d'appartenir a la tradition rhih-ma-pa et a la lignee de Padmasambhava! Tout
ce que je vois chez les autres et chez nous, me confirme que nous sommes
bien dans le temps du declin de la Doctrine; cela me fend le coeur, mais je n'ai
pas d'autre ressource que de me taire.
Vous dites textuellement: Pour venir a I'aide de ce que je n'avais pas
compris (dans les Bka'-than), et de ce que je ne savais pas, je n'ai trouve de
preuve dans aucun autre rnam-thar (de Padmasambhava).
Vous lancez ainsi beaucoup d'accusations d'imposture mais, d'une facon
generate, un individu ordinaire pourrait-il mesurer les vertus contenues dans
un seul pore de la peau d'un buddha! C'est inconcevable. Dans ce cas precis,
a quoi bon vouloir uniformiser des rnam-thar qui apparaissent differents selon
le destin des disciples a qui ils s'adressent? (Exemples de manifestations
differentes des Buddha, y compris Sakyamuni, selon leurs interlocuteurs).
Padmasambhava etant un nirmdnakdya, qui accorde ses methodes aux etres a
convertir, disputer a perdre haleine sur les differentes opinions concernant ses
naissances, de la matrice et miraculeuse, sur les concordances et discordances
au sujet de ses noms et actes en Inde, sur la duree plus ou moins longue de son
sejour au Tibet, ce n'est qu'une cause de fatigue et un signe de sottise. II faut
se mettre dans l'esprit que les lieux qu'il a parcourus et les apparences qu'il a
prises sont en nombre inconcevable. L'essentiel a ete dit par le grand Acarya
lui-meme dans le Zal-chems rin-chen gser-'phreh:80 "Moi, Padmasambhava,
je suis venu pour le bien du Tibet. Au moyen de transformations j'ai soumis
tous les etres nuisibles, sans exception. J'ai etabli sur la voie de la delivrance
beaucoup d'etres qui etaient munis d'un bon karma. Par mes profonds tresors,
le Tibet sera rempli de siddha. J'ai rempli cols, vallees, montagnes, rochers,
sol, de l'empreinte des sabots de mon cheval; j'ai beni tous les lieux de
meditation, sans exception. J'ai organise les moyens et les presages, pour que
le Tibet soit heureux longtemps. Par des emanations ininterrompues, je
protegerai les etres. Mais, bien que je sois un grand bienfaiteur des Tibetains,
ils ne se souviendront pas des mes bienfaits." Et: "Dans l'avenir, quelques
hommes aux vues fausses et perverses, sans reflexion mais orgueilleux de leur
science apprise, se glorifiant eux-memes et meprisant les autres, diront que
moi, Padmasambhava, je ne suis pas reste longtemps au Tibet. Certains diront
un mois, d'autres un demi-mois, ou encore dix jours. D'autres encore: TI a
fonde Gser-gyi rdzohs (?) et est retourne en Oddiyaha.' Ce n'est pas vrai: je
suis reste cent onze ans. II n'y a pas un arpent du Tibet, aux frontieres, au centre, vallees, ravins, que je n'ai foule de mes pieds. Si j'ai protege pendant
longtemps, ou non, le Tibet par ma compassion, si vous avez l'esprit
conscient, ayez confiance!" Et: "Dans l'avenir, quelques idiots arrogants
diront: 'Padmasambhava le jeune (chuh-ba) est venu au Tibet; Padmasam-
 ANNE-MARIE BLONDEAU 155
bhava l'aine n'est pas venu au Tibet.' Mais il n'y a pas d'aine et de cadet: il
n'y a que moi-meme ..." Ces paroles, nous y croyons de tout notre coeur.
Colophon. Ainsi, bien qu'il y ait beaucoup de sujets abordes dans vos questions, ceux qui revenaient sans cesse sur eux-memes, je les ai resumes en un
seul. Certaines questions portaient sur des textes fautifs, et certaines sur des
falsifications introduites par des imbeciles dans les Bka'-than; celles-la,
comme elles ne meritaient ni reponse ni publicite, je les ai laissees. J'ai
repondu franchement, selon ce que je comprenais etre la verite. Quant aux
questions ou vous exposiez en detail la nature veritable du Tripitaka, et en
particulier du 'Dul-luh sde-bzi, en prenant a temoin les paroles du Buddha et
les sastra authentiques, celles-la, en dehors de vous offrir mon admiration,
que dire?
Je vous demande de bien vouloir supporter les plaisanteries que, miserable
poussiere, j'ai faites parfois pour vous amuser. Surtout, moi qui suis un
homme des confins barbares, je n'ai jamais recu, approfondi, etudie, les
textes canoniques, et j'ai parte stupidement, comme cela me venait; c'est
pourquoi je demande pardon du fond du coeur aux saints et savants
kalyanamitra tels que vous, pour toutes les erreurs que vous pourriez trouver,
dues a une incomprehension ou une mauvaise comprehension de ma part.
Certains aussi, parmi les Rhih-ma-pa, penseront: "Alors que l'on adresse
des critiques aux Bka'-than, faire soi-meme chorus avec ceux qui les
meprisent, en disant qu'il y a des falsifications dedans, a quoi cela rime-t-il?"
Je leur repondrai: tromper autrui au moyen de mensonges et d'erreurs, d'une
maniere generate ce n'est pas correct. En particulier, enseigner ce qui n'est
pas le Dharma, mais un mensonge des Lamas et une contrefacon de la Loi
sainte, est cause de destruction pour les enseignements anciens et posteneurs.
Moi-meme, ce que je ne savais pas, je l'ai laisse de cote; pour ce que je
savais, et comme je te comprenais, j'ai dit franchement que ce qui etait, etait,
et ce qui n'etait pas, n'etait pas. Si, au lieu de cela, on parte de maniere
fausse, on accumule une grande masse de peches. Tandis que, si Ton dit les
choses comme elles sont, on se fait le serviteur du Dharma. Et, de meme que
le Cintdmani plonge dans un marecage perd toutes ses vertus, mais lave, place
au sommet de la banniere, honore d'offrandes et de prieres, accorde la realisation de tous les desirs, ainsi ai-je compose ce texte en langue vulgaire ('bel-
gtam) qui purifie la religion d'ajouts et souillures impures.
Je ne me flatte que d'avoir presente une faible reponse a vos questions,
pour purifier d'ajouts apocryphes la parole sans souillure du pur Buddha
Padma rgyal-po; mais mon intelligence et mes connaissances sont limitees.
Qui espererait un beau discours qui rejouisse les savants, de la part d'un vieil
homme stupide dont les forces sont epuisees? Moi-meme je suis epuise de la
fatigue seule d'ecrire! Depuis l'enfance, a cause du mauvais nom de "reincar-
 156 THOUGHT
nation" qui m'a ete attache, Je n'ai pu que produire des paroles de voeu et de
transfert des merites, des rituels pour procurer richesses et nourriture, mais je
n'ai pas eu la chance de pratiquer d'autres actes. Ma vie est pres de s'achever,
comme le soleil declinant derriere les montagnes de l'Ouest. Je n'ai plus de
dents, et ma tete est plus blanche que conque. Alors que la force de mes cinq
sens est epuisee, qu'interieurement jc n'apprehende pas le sens ultime,
pourquoi ecrire ce lent discours semblable a la trace d'un vers? J'ai cependant
pris sur mon sinciput le bon fardeau qu'est l'ordre du guide excellent (rnam-
'dren mchog) des grands monasteres qui affermissent la prosperite du
gouvernement religieux et politique (chos-srid), et j'ai ecrit ce texte.
(Voeux pour que les merites qui peuvent exister dans cet ecrit, s'unissant a
tous ceux qui ont ete accumules depuis le commencement des temps, soient
transformes en une masse pure et parfaite; et pour que lui-meme, renaissant
toujours en un lieu ou se developpent sutra et tantra, fasse le bien des etres).
Cette reponse aux questions du Lama Rme-ru-ba chen-po a ete ecrite par le
vieux moine rhih-ma-pa appele Padma legs-grub,81 dans l'ermitage de Sgrub-
sna qui se trouve a cote du coude vers la droite de la riviere Gser-ldan.
NOTES
1. A Grammar of the Tibetan language in English, Calcutta 1834, reed. Altai Press, New
York, sans date, p. 182: 2563 ans se sont ecoules depuis la naissance de Padmasambhava; p. 183
Padmasambhava est arrive au Tibet 938 ans, et en est parti 883 ans, avant la redaction du
Vaidurya dkar-po.
2. Ibid., p. 193 note 5: "This is the first record of Padma Sambhava's incarnation, who, in
the 8th century after Christ, was again born, in a miraculous manner, out of a lotus or water-lily,
at O'dheyana, in the western part of India, as a celebrated Guru. Upon an invitation by Khrisrong
dehu tsan, the king of Tibet, and a great patron of Buddhism, he visited that country in the beginning of the 9th century, and remained there for many years; he wrote several works, that are still
extant under his name. His memory is greatly respected in the present day by the Tibetans, who
call him Urgyen Rinpocche, and the most ancient religious sect in Tibet, after his name, is called
Urgyenpa, followers of Urgyen."
3. Ibid., p. 180, n° 18.
4. ' 'Analysis of the biographies of Padmasambhava according to Tibetan tradition: classification of sources", in Tibetan Studies in honour of Hugh Richardson, Warminster 1980, pp. 45-52.
5. Le Gsuh-'bum a et€ publie deux fois: par Sanji Dorji en 5 volumes, Delhi 1974; a
Gangtok, 1979, en 8 volumes, cette derniere edition etant beaucoup plus complete. Dans les deux
editions, le Bka'-than dris-lan se trouve au volume 3, pp. 397-491 ed. de Gangtok, pp. 271-343
ed. de Delhi que Ton suivra ici.
6. Ed. Gangtok, pp. 1-200.
7. Rtse-le goh 'og Grva-tshah dgon gsum-po rnams-kyi bstan-pa ji-ltar btsugs-pa'i lo-rgyus,
ed. Gangtok, vol. 1, pp. 313-383. Ce texte a ete ecrit a la demande de Chos-rje Mi-pham mgon-
po. Rtse-le a ete fonde par Bla-ma Chos-sku 'od-zer, disciple de Rgyal-sras Sman-luh-pa chen-
po, lui-meme disciple de Guru Chos-dban. Cela place la fondation au 14e siecle. Mais avec le
temps, le monastere decline et se transforme en monastere de religieux maries (ser-khyim-pa,
 ANNE-MARIE BLONDEAU 157
laics). Au debut du 16e siecle, Rig-'dzin chen-po Bsod-nams rnam-par rgyal-ba, disciple du 8e
Zva-nag, Mi-bskyod rdo-rje (1507-1554), de Dpa'o Gtsug-lag phren-ba (1503-1563), etc., fonde
a nouveau le monastere. Mais reconnu comme une reincarnation de Guru Chos-dbah, il est oblige
de se marier (sur le modele de son predecesseur). Deux de ses fils, puis leurs reincarnations,
occuperont le trone abbatial. Vers 1560, le Grva-tshah est fonde grace a l'appui de Dpa'o Gtsug-
lag phreh-ba. Le dpon-chen du Dvags-po offre a la precedente incarnation de Rtse-le rig-'dzin,
Mtshuhs-med Bstan-'dzin rdo-rje dpal bzah-po (1533-1604) le monastere de Thari-'brog qui etait
un monastere "pur" (gtsah-dgon) ou residaient de nombreux moines gsar-ma et rhih-ma. Plus
tard, dans le Lon-po, les villageois proprietaires lui offrent un monastere de religieux maries
(dbon-dgon) qui avait ete fonde par Bsam-gtan bde-chen glih-pa. II accepte a condition de le
transformer en monastere "pur", et il fonde Loh-po Bde-chen dgon-gyi grva-tshah.
Ce texte, ainsi que 1'Autobiographie de Rtse-le rig'dzin, m^riterait une etude plus approfondie.
Ils fournissent nombre de renseignements inedits sur 1'histoire politique et religieuse du Kori-po et
du Dvags-po du 15e au 17e siecle, sur l'organisation des monasteres et les liens qu'ils entreti-
ennent avec les laics, sur la volonte de reforme qui se fait jour chez les Rnih-ma-pa au 16e seecle,
et sur la profonde symbiose qui existait entre Rnih-ma et Bka'-brgyud, au moins dans ces
provinces.
8. Rah-rnam, p. 162.
9. Information orale de Dvags-po Rinpoche, d'apres les oeuvres du Ve Dalai Lama.
10. Par exemple, Yontan Gyatso rapporte qu'un jour, Brag-sgo rab-'byams-pa vint en
presence du Dalai Lama, un baton passe dans sa ceinture (en derision du phur-bu que portait le
Dalai Lama). A la question de celui-ci il repondit: "II semble qu'il faille porter cela pour jouir de
vos faveurs!" Une autre fois, controversant avec le Dalai Lama sur l'authenticite des gter-ma, il
lui declara qu'il n'etait vraiment pas difficile d'etre un gter-ston. Le Dalai Lama le mettant au
defi, il lui annonca qu'a telle date, il decouvrirait un tresor. Derobant en cachette une statuette
appartenant au Dalai Lama, il 1'enterTa et, au jour dit, la remit au jour.
11. Information de Dvags-po Rinpoche, d'apres les notes au Bslab-bya versifie du Ve Dalai
Lama.
12. Bka'-gdams gsar-rhih gsuh-'bum mtshan-tho, in Lokesh Chandra, Materials for a History
of Tibetan Literature, vol. Ill, pp. 673-674. Je remercie E. Gene Smith qui a attire mon attention
sur cette reference. V. aussi n. 23.
13. Information de Dvags-po Rinpoche.
14. Blo-bzan 'phrin-las rnam-rgyal; v. A.I. Vostrikov, Tibetan Historical Literature, Calcutta
1970, p. 191, note 561 n° 5. Sa biographie de Tsoh-kha-pa a ete ecrite entre 1843 et 1845. Elle est
consideree par les Dge-lugs-pa comme tres authentique, et la plus complete de toutes (information de Yontan Gyatso). J'ai utilise 1'edition de Sarnath, 1967.
15. Ed. de Sarnath, pp. 341 sq.
16. Rje'i rnam-thar ho-mtshar luh-bstan-gyi rol-mo, citee sous ce titre pp. 355-357 de la
biographie de Tsoh-kha-pa par Rgyal-dbah chos-rje.
17. Dpag-bsam Ijon-bzah, ed. S. Ch. Das, Calcutta 1908, pp. 394-395. A la suite, Sum-pa
mkhan-po resume les critiques de Brag-sgo rab-'byams-pa contre le Mani bka'-'bum.
18. A. Ferrari, Mk'yen brtse's Guide to the Holy Places of Central Tibet, Roma 1958, pp. 94-
95, n. 70.
19. Slob-dpon Padma'i rnam-thar Rgya-gar lugs, in Gro-lod bka'-than sogs, Tibetan Nying-
mapa Monastery, Tezu (A.P.), 1973, pp. 409-411.
20. Cf. n. 17. Sum-pa mkhan-po conclut son resume des critiques (p. 395): de-la Rgya-ma
rabs-'byams-pa dan Brag-sgo rab-'byams-pa sogs-kyis dgag-pa cuh-zad byas-pa. Si sogs n'est
pas ici une figure de style, cela voudrait dire qu'il existait d'autres textes similaires?
 158 THOUGHT
21 Partie du Dukula'i gos-bzah reproduite dans 'Phags-pa ' Jig-rten dbah-phyug-gi rnam-sprul
rim-byon-gyi'khruhs-rabs Deb-ther nor-bu'i 'phreh-ba, Sarnath, sans date, vol. 2, pp. 488-490.
Je dois la connaissance de ce passage a Dvags-po Rinpoche.
22. Thub-bstan Gser-mdog-can, V. A. Ferrari, op. cit., p. 70 et notes 625, 626. Je n'ai pas
trouve de renseignements, actuellement, sur ce Rgya-ma rab-'byams-pa.
23. Rdo-rje brag rig-'dzin Padma phrin-las (1641-1717). C'est peut-etre cette reponse meme
qu'a retenue Klon-rdol bla-ma (v. n. 12) quand il cite "le texte polemique de Brag-sgo Phun-
tshogs rgyal-mtshan et la reponse de Rdo-brag-pa Padma 'phrin-las", auxquels il ajoute des notes
(mchan) r£digees par Phur-bu lcogs Byams-pa, le tout comportant 84 folio. Dans les ouvrages de
Padma phrin-las publics a ce jour, je n'ai pas trouve trace de cette reponse.
24. F. 36b: bkra-sis dge-legs chos-srid-kyi . . . rnam-'dren mchog.
25. Rah-rnam, pp. 184-187.
26. Slob-dpon rin-po-che Padma'i rnam-thar chen-mo-las brtsams-te dri-ba'i Ian hes-don
gsal-byed ces bya-ba.
27. Le Pr. Christopher Beckwith m'a fait remarquer que ce plan etait celui-la meme que
suivaient les yig-cha, soulignant ainsi la parente de mdthode dans l'apprentissage de la dialec-
tique, comme dans les controverses ecrites et orales.
28. Colophon, f. 35a-35b.
29. Cependant les passages qu'il en cite revelent une version partiellement differente de celle
editee par KoA-sprul. Cela confirme l'existence de deux versions du Zahs-glih-ma, datant du
temps meme de Nari-ral selon les Tibetains. V. A. M. Blondeau, op. cit., p. 50 n. 2 et 52 n. 24.
30. V. F.A. Bischoff, "La grande legende de Padmasambhava (notes bibliographiques)", in
Mongolian Studies, Wiesbaden (1974?), pp. 25-39.
31. Slob-dpon sahs-rgyas ghis-pa Padma 'byuh-gnas-kyi rnam-par thar-pa Yid-kyi mun-sel
zes bya-ba, pothi, sans lieu ni date d'edition.
32. Dans ce resume, les citations textuelles de Brag-sgo rab-'byams-pa apparaitront en itali-
ques. Retrouver les references exactes des passages des textes cites par Rtse-le rig-'dzin aurait
exige des recherches approfondies qu'il ne m'a pas ete loisible de mener; on voudra bien m'en
excuser.
33. Dans le Grub-thob brgyad-cu rtsa-bzi'i gsol-'debs, Bstan-'gyur, €i. Suzuki n° 4578. V.
G. Tucci, Tibetan Painted Scrolls, I, p. 227; pour la traduction de la stance adressee a Padmakara: T. Schmid, The Eighty-five Siddhas, Stockholm 1958, p. 89.
34. Les propheties tirees de ces textes et de quelques autres, (v. par exemple question 6),
forment le "stock" oil puisent les Rnin-ma-pa depuis le 14e siecle au moins, pour prouver que le
Buddha avait annonce la venue de Padmasambhava. Elles sont liees aux propheties sur Avalo-
kitesvara. Mais quelques recherches preliminaires dans le Bka'-'gyur ne m'ont pas encore permis
de localiser ces prophecies, ni de retrouver tous les textes cites. Ces propheties sont rassemblees,
pour la plupart, dans le chapitre 11 des Bka'-than Sel-brag-ma et Gser-phreh.
35. Rtse-le rig-'dzin suit ici une source differente des Sel-brag-ma et Gser-phreh (chap. 9), ou
le nom du roi est Gtsug-phud rigs-bzari, celui de son fils Santaraksita ou RakSantara.
36. V. Sog-bzlog-pa, op. cit., p. 38. Sur les noms de Padmasambhava, p. 6, 37 sq.
37. Cf. R. A. Stein, Une chronique ancienne de bSam-yas: sBa-bzed, Paris 1961, pp. 24-27;
Sog-bzlog-pa, op. cit., pp. 104-106.
38. V. Sog-bzlog-pa, op. cit., p. 110.
39. Les questions concernent le premier chapitre des Bka'-thah Sel-brag-ma et Gser-phreh:
description de SukhavatI. Sur ce chapitre et la recherche de ses sources, voir A. M. Blondeau,
Annuaire de I'EPHE Ve section, tome 86 (1977-1978), pp. 86-87.
40. Chapitre 2 des Sel-brag-ma et Gser-phreh.
41. C'est le debut du chant fameux: ha che na btsan, que Padmasambhava entonne pour
convaincre le roi de le saluer le premier; Sel-brag-ma, chap. 61; Gser-phreh, chap. 57.
 ANNE-MARIE BLONDEAU 159
42. Parce qu'il y a douze ans entre ces deux annees. L'intention de Rtse-le rig-'dzin n'est pas
claire: veut-il suggerer qu'un laps de temps plus long s'est peut-etre ecoule entre le nirvana du
Buddha et la naissance de Padmasambhava?
43. Sel-brag-ma, chap. 26 a 28; Gser-phreh, chap. 22 a 24.
44. Rtse-le rig-'dzin resume ici le deuxieme chapitre du Zahs-glih-ma. L'edition de Koh-sprul
presente une variante sur le nom de la grotte: Brag-dmar bya-khyun, situee en Inde; et Pepisode
du chapeau n'y figure pas.
45. La meme argumentation est deja developpee par Dpa'o Gtsug-lag phreri-ba, v. A. M.
Blondeau, "Analysis of the biographies . . .", p. 50 n.2.
46. Je n'ai pas trouve la source de cette histoire.
47. Non identified
48. Dharmaklrti, Tshad-ma rnam-'grel. (Information de N.Dakpa).
49. De toute evidence, Rtse-le rig-'dzin a malicieusement rapproche ici deux passages contra-
dictoires du texte de Brag-sgo rab-'byams-pa.
50. Bu-ston, Chos-'byuh, eU Obermiller, II, pp. 136-137.
51. Sel-brag-ma, chap. 38; Gser-phreh, chap. 34. Cette histoire ne se trouve pas dans le Zahs-
glih-ma.
52. Sel-brag-ma, chap. 43; Gser-phreh, chap. 39.
53. En realite, cette histoire ne se trouve que dans le Sel-brag-ma, intercalee a fin du chapitre
30 (correspondant dans le Gser-phreh au chapitre 26). L'explication de Rtse-le rig-'dzin, pour
interessante qu'elle soit, semble temoigner d'une connaissance superficielle du Bon: 1'histoire, de
style populaire, me parait devoir Stre rattachee aux affirmations bon-po sur l'existence d'un Bon
indien. Si son exposd du Bon reste conventionnel, en revanche Rtse-le rig-'dzin manifeste un
jugement sans parti-pris sur les Vehicules superieurs du Bon, risultat sans doute des
enseignements bon-po qu'il avait recus et de la lignee de reincarnations a laquelle il'etait rattache.
54. Religieux hindouiste qui a ete le dernier converti du Buddha sur son lit de mort. Ne
pouvant supporter la mort du Buddha, il lui demande de passer dans le nirvana avant lui.
55. Bien que Vudumbara soit un figuier, les textes tibetains le prennent tres souvent pour une
espece de lotus.
56. C'est le recit d'origine du stiipa Bya-ruii kha-sor (Bodnath), a partir de deux larmes
d'Avalokitesvara transformees en deux deesses: Sel-brag-ma, chap. 35; Gser-phreh, chap. 31.
57. Sel-brag-ma et Gser-phreh chap. 3. C'est un transfer! sur Padmasambhava des actes
d'Avalokitesvara decrits dans le Kdrandavyuha-siitra et repris dans le Mani bka'-'bum; v. A. M.
Blondeau, Annuaire .... tome 87 (1978-1979), p. 104.
58. sahs-rgyas thams-cad 'dus-pa'i sku I rdo-rje 'dzin-pa'i ho-bo-hid. Yontan Gyatso
m'indique que c'est le debut d'une celebre priere dge-lugs-pa qui se poursuit: dkon-mchog gsum-
gyi rtsa-ba I bla-ma rnams-la gus phyag-'tshal.
59. Cette citation et probablement la precedente sont tirees du Mgur-'bum de Milarepa. (Information de Yontan Gyatso).
60. Toute cette discussion s'appuie sur le chapitre 11 des Sel-brag-ma et Gser-phreh, consacre'
aux prophecies annon§ant la venue de Padmasambhava.
61. Citation du Rgyud bla-ma. (Information de Yontan Gyatso).
62. Citation des paroles du Buddha enoncant les quatre points d'appui stirs, et les quatre a
rejeter (rton-pa bii dan mi-rton-pa bit), dans le Mdo-sde dgohs-'grel (bKa'-'gyur, ed. Suzuki, n°
774), chap. 7. (Information de Yontan Gyatso).
63. Episode qui se trouve au debut du chap. 21 du Sel-brag-ma, 17 dans le Gser-phreh.
64. V. G. Tucci, Tibetan Painted Scrolls, Roma 1949, II, p. 526: histoire 93 de
1 'Avaddnakalpalatd.
65. Sel-brag-ma, chap. 22; Gser-phreh, chap. 18: prologue du sejour de Padmasambhava a
Bsil-ba tshal.
 160 THOUGHT
66. Sel-brag-ma, chap. 26; Gser-phreh, chap. 22.
67. Sel-brag-ma, chap. 44; Gser-phreh, chap. 40.
68. Tres connue chez les Dge-lugs-pa, elle est la divinite principale d'un rituel de longue vie,
tshe-dbah. (Information de Yontan Gyatso). Grub-pa'i rgyal-mo semble etre le nom qu'elle porte
chez les Bka'-brgyud-pa: v. G. Tucci, op. cit., II, p. 366, oil elle figure dans une peinture dont
Zan Rinpoche est le personnage central.
69. Debut du chap. 35 dans le Sel-brag-ma, 31 dans le Gser-phreh.
70. C'est le debut des paroles du Buddha en atteignant l'Eveil: zab zi spros-bral 'od-gsal 'dus
ma-byas, qui se poursuivent: bdud-rtsi Ita-bu'i chos iig kho-bos rhed. Etc.
71. Je n'ai pas trouve la source de cet episode.
72. A. Ferrari, op. cit., p. 51: Mkhyen-brtse attribue la fondation de Btsan-thah g.yu-yi lha-
kharl a la reine Nan-tshul byan-chub, mere de Khri-sron lde-btsan, erreur corrigee en note 279.
73. Pourtant, le Sel-brag-ma et le Gser-phreh disent clairement que, a la mort de Khri-sroii
lde-btsan, "VAcarya Padma garda celle-ci secrete pendant quatorze ans et gouvema"; (slob-dpon
Padmas lo bcu-bzi'i bar-du gsah-nas rgyal-srid bzuh, Gser-phreh, chap. 94, p. 611).
74. Je n'ai pas retrouve ce passage qui devrait se situer aux chapitres 96 du Sel-brag-ma et 93
du Gser-phreh: Expose sur le developpement et le declin de la Doctrine.
75. II s'agit de la prophetie annoncant Ra-mo sel-sman, dans le chapitre des propheties sur les
gter-ston: Sel-brag-ma, chap. 92; Gser-phreh, chap. 89, oil le texte correspond a la version
donnee par Rtse-le rig-'dzin.
76. Je n'ai pas localise cette prophetie.
77. Ibid., prophetie concernant Guru Chos-dban.
78. Cette prophetie ne semble pa's provenir des Bka'-than Sel-brag-ma et Gser-phreh.
19. Aux chapitres 94 du Sel-brag-ma et 91 du Gser-phreh, qui developpent longuement cette
affirmation, en l'etayant de citations de textes canoniques.
80. Je n'ai pas identifie ce texte. La demiere prophetie se retrouve sous forme abregee a la fin
des chapitres ci-dessus (n. 79).
81. Nom de Rtse-le rig-'dzin.
 [A] 161
^ NO S3
 

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