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La recherche d'un humanisme chez quelques romanciers canadiens contemporains Gauthier, Jocelyn 1960

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IA RECHERCHE D'UN HUMAN I SHE CHEZ QUELQUES ROMANO IERS CANADIENS CONTEMPORAINS. by JOCELYN GAUTHIER B.A., Univ e r s i t y of B r i t i s h Columbia, 1960 A THESIS SUBMITTED IN PARTIAL FULFILMENT OF THE REQUIREMENTS FOR THE DEGREE OF MASTER OF ARTS i n the Department of ROMANCE STUDIES We accept t h i s t h e s i s as conforming to the required standard THE UNIVERSITY OF BRITISH COLUMBIA October, 1960 In presenting t h i s t h e s i s i n p a r t i a l f u l f i l m e n t of the requirements f o r an advanced degree at the U n i v e r s i t y of B r i t i s h Columbia, I agree th a t the L i b r a r y s h a l l make i t f r e e l y a v a i l a b l e f o r reference and study. I f u r t h e r agree that permission f o r extensive copying of t h i s t h e s i s f o r s c h o l a r l y purposes may be granted by the Head of my Department or by h i s r e p r e s e n t a t i v e s . I t i s understood tha t copying or p u b l i c a t i o n of t h i s t h e s i s f o r f i n a n c i a l g a i n s h a l l not be allowed without my w r i t t e n permission. Department of Q_ The U n i v e r s i t y of B r i t i s h Columbia, Vancouver 8 , Canada. PREFACE Depuis l a deuxieme guerre mondiale le roman oaradien francais temoigne d'un dynamisme etonnarrt. Dans ce travail nous nous proposons d'examiner certains de oes romans ecrits entre les annles 1947 et 1957 a f i n de mettre en r e l i e f quelques tr a i t s de leur dlveloppement. L'intere*t des intellectuels pour 1'effet de 1*evolution sociale de l a Province de Quebec sur l a mentalite de l'individu se manifeste libremaat dans le roman. L'auteur n'est nullement retenu par les regies qu'impose^ un document historique. Cette liberte l u i permet d'arriver $L l a meme f i n que l'historien ou le sociologue, d'une facon plus realiste, done plus attrayante, pour un plus grand nombre de gens. Litterature encore dans son enfance, l a litterature canadienne ne j u s t i f i e r a enoore aucun jugement d e f i n i t i f d*en-semble. Toutefois i l faut signaler un aspect s i g n i f i c a t i f du roman canadien francais: 1'interreaotion des forces sooiales et de l a personnalite collective et individuelle. Cette these ne se borne pas a signaler les simples esquisses de moeurs. E l l e a plutot 1'intention de dSgager des romans un type d'homme representatif de cette societe en evolution. - II -INTRODUCTIOM Quelques-uns des remans canadiens fran c a i s foroent l e leoteur a prendre conscience de l'univers du Canada f r a n c a i s . G a b r i e l l e Roy et Roger Lemelin en decrivent l a charpente s o c i a l e avec ses supports p o l i t i q u e s , r e l i g i e u x , i n d u s t r i e l s et a g r i c o l e s . Ce souci de realisme externe s'attlnue l o r s q u ' i l s'attache au developpement des caracteres. Les romanciers deviennent al o r s psychologues ou hommes de science dans leurs analyses. C'est en etudiant a fond l e s reactions de ses personnages que l'auteur souligne l e developpement des habitants de l a Province de Quebec. En un sens quelques-uns des romanciers contemporains produisent des romans de moeurs. Le terme 'moeurs' indique l e s usages p a r t i c u l i e r s , l§s ooutumes, l a maniere de v i v r e d'une societe. La d e s c r i p t i o n des moeurs du Canada francais se trouve par exemple chez Roger Lemelin, Au pied de l a pente douce, ou l e lecteur dScouvre l a vie urbaine des ouvriers, ou enoore ohez G a b r i e l l e Roy, Bonheur d'occasion, qui prlsente un p o r t r a i t plus sentimental de l a classe ouvriere de Montreal. Les romanciers t r a i t e n t l a d e s c r i p t i o n des moeurs d'une fagon r a t i o n e l l e . l i s observent l e s e f f e t s des forces s o c i a l e s sur l ' i n d i v i d u . L'ensemble prend l a forme d'une c r i t i q u e s o c i a l e . Un exemple de oes e f f e t s , p a r f o i s inattendus, se trouve dans Aarron d'Yves Theriault ou l'auteur souligne 1*intolerance du Canadien f r a n c a i s . Cette c r i t i q u e est meme invo l o n t a i r e puisque le but p r i n c i p a l de l'auteur est d'expliquer par l a s i t u a t i o n analogue d'une f a m i l l e j u i v e , l e s problemes des Canadiens francais parmi des etrangers, e'est-a-dire l e s Ang l a i s . On a u r a i t done t o r t de conclure, parce que l a o r i t i q u e s o c i a l e est l'un des elements frappants des romans canadiens f r a n c a i s , que ceux-oi - I l l sont nlcessairement didaotiques. La connaissance l a plus superfioielle des romans canadiens francais ne manquera pas de laisser au lecteur la certitude qu'il existe une mentalite" canadienne francaise. Cette mentalite de base ne partage n i l a perspective des Anglo-saxons, qui constituent l a grande majorite de la population canadienne, ni l a perspective d'un Francais, malgre que la France soit la mere-patrie de Quebec et qu'elle l u i a i t legue sa langue. La litterature canadienne francaise est impregnee de la mentalitl de son peuple; l a comprehension de c e l l e - c i importe beaucoup a la comprehen-sion de 1'evolution de ses attitudes. Malheureusement elle ne s'explique pas facilement; e l l e est complexe et variee, intimement liee a 1*Evolution historique de l a province. Sous le regime francais (1608 a" 1760) les fondements de l a colonie etaient la religion, l a famille et le systeme rural. L'importance de l a religion est indiquee historiquement par le seul f a i t qu'on n'acceptait comma habitants que des catholiques. Cette ligne de conduite etait conforme au f a i t que le but de l a fondation de la Nouvelle France etait l a conversion des sauvages. Le nombre d'habitants de l a petite colonie n'augmentait pas vite. Trente ans apres l a fondation de Quebec i l n'y avait que deux cents Francais dans 1'ensemble du pays. C e t a i t alors pour sa survivance meme, que l a famille a pris une place de premier ordre dans ce pays neuf. Le commerce des fourrures etait l ' a c t i v i t e economique principale. Malgre ce f a i t le systeme rural ou seigneurial l'emportait, car de l u i dependait directement la survivance du peuple. Ce sont done les dures conditions materielles qui ont donne naissance aux bases ideologiques du Canada francais. L'un des effets de l a 'conquete' fut le renforcement de l a position de l'eglise et de ses representants au Bas-Canada. La colonie - IV se trouvait dSs lors dltaohle de facon permanente de la France et de ses avantages Iconomiques, politiques et culturels. Presque tous les intellectuels et gens bien places, sauf les religieux quittSrent le pays. Le petit peuple delaisse se referma eur lui-meme, se vouant It la preservation de sa langue, de sa religion et de sa solidarity. Ce peuple 'conquis', jusqu'a l'avenement de 1*Industrie au vingtieme siecle, se distinguait uniquement par son caractere rural, francais et catholique. Son systeme rural tournait autour de la relation Itablie entre la famille et la terre: de grandes families pour travailler la terre; en meme temps la coutume ordonnait qu'un seul f i l s heritait du bien paternel. Les autres enfants pouvaient envisager comme carriere, le sacerdoce, le Droit, ou la medecine. S ' i l s n'ltaient pas instruits i l ne leur restait que 1'emigration aux Etats-Unis, ou plus tard, le travail oomme ouvriers dans les nouvelles industries qui s'Itablissaient dans les v i l les . La paroisse formait le noyau de ce monde et sauvegardait sa solidarite oontre tout empiltement. Le cure1 Itait non seulement le gardien des reglements de l ' l g l i s e , mais aussi le conseiller familial . Ce mode de vie etait naturel, et accept! par le Canadien francais, qui depuis la conquete considerait son cure comme le defenseur de ses droits dans un monde dir ig l par des etrangers. Une telle vie paroissiale avait pris les proportions d'un ideal, et c'est cet ideal que les Canadiens emporteront aveo eux & la vi l le lorsqu'ils deviendront citadins. Tant que les Qulbecois demeuraient dans le cadre ferme d'une vie rurale indlpendante, une ideologie catholique et basSe sur l 'histoire coloniale leur suffisait. Depuis 1'urbanisation de soixante-dix pour cent du peuple canadien francais on se rend oompte du disaccord profond entre cette ideologie nationale et la situation contemporainej on voit que ce dlcalage va en s'aceentuant• L'ideologic canadienne francaise s'appelle 'Notre doctrine nationale'.. et sa conscience historique a 4tl particularisle par le 1 nationalisme. Le chef du nouveau mouvement nationaliste qui a pris naissance vers 1917 Itait le chanoine Groulx, premier professeur d'histoire du Canada & l'universite de Laval t, Montreal. Le chanoine Groulx, lloquent orateur et historien, dans son livre d'histoire du Canada int i tul l Notre maitre le pass!, concoit les eVInements comme une lutte ent re deux races: les 'Canadiens' et les 'Anglais*. De son point de vue les Canadiens sont ou martyrs ou deracinas. La grande importance de cette oeuvre et des principes qu'elle postule c'est que par eux, l 'historien a fourni une legende historique digne d'un peuple f ier . L'attention exolusive que son histoire et ses discours portent sur le pass!, etablit le passe comme principe d'action pour le present et pour l'avenir. A cause de sa forte personnalit! et de son talent, le chanoine Groulx a rendu 1'histoire vibrante et cbargee d'emotion et a converti beaucoup de jeunes universitaires et eleves de colliges classiques. Les membres de son loole etaient d'abord peu nombreux mais leurs voix portaient considSrablement dans un milieu ou l 1instruction supSrieure n'Itait rSservSe qu'& une eli te . Le mythe des 'groulxistes' est compose d'elements traditionalistes et conservateurs: la terre, une civilisation rurale, la famille. Le tout est profondement impregne de valeurs religieuses. Le processus d'industri-alisation ne parait avoir eu que peu de fondements dans la situation de la nouvelle bourgeoisie capitaliste canadienne francaise. Le Canada francais reclame un nouveau nationalisme qui placera & cote de son histoire nationale une histoire sociale d'ouvriers, de paysans et de bourgeois. La premiere guerre mondiale a s u s c i t e au Canada f r a n c a i s un developpement i n d u s t r i e l q u i a i b r a n l ! l a base a g r i c o l e d*un mode de v i e e t a b l i depuis l e s o r i g i n e s de l a c o l o n i e . Pendant l a periode de l ' a p r e s -guerre 1 ' i n d u s t r i a l i s a t i o n n'a f a i t que c r o i t r e , entretenue par des capitaux amerioains et anglo-saxons. Le maximum de ce developpement anglo-americain f u t a t t e i n t en 1934 ou l e t i e r s des capitaux i n d u s t r i e l s de Quebec v e n a i t des Etats-Unis. Les e f f e t s de ce developpement furent d i v e r s . L ' i n d u s t r i a l i s a t i o n de l a province a modifie l a v i e a g r i c o l e , l a v i e f a m i l i a l e , l e systeme s c o l a i r e , l e r o l e du p r e t r e dans l a communaute, en somme toutes l e s v a l e u r s c o n s e r v a t r i c e s et t r a d i t i o n n e l l e s du pays. Les f o r c e s dynamiques du progres se preparaient a depasser e t a remplacer l e s fo r c e s desuetes du passe. Un des premiers e f f e t s de c e t t e e v o l u t i o n economique s'est mani-f e s t ! dans l e sentiment n a t i o n a l i s t e ; sentiment q u i ne pouvait que n u i r e a l a s i t u a t i o n du Canadien u r b a i n . Son rang s o c i a l e t a i t plus que jamais i n f e r i e u r a c e l u i des commercants 'etrangers' q u i dominaient t o u j o u r s l a p l u p a r t des i n d u s t r i e s de Quebec. Le Canadien f r a n c a i s ne pouvait manquer de se rendre compte de sa p o s i t i o n d ' i n f e r i o r i t e . La c r i s e Iconomique de 1929 q u i a severement a t t e i n t l ' i n d u s t r i e de l a province et q u i a dure jusqu'en 1939 a accompli l a tache d'enseigner l e 'realisme* aux Canadiens f r a n g a i s . Dans l e domaine l i t t e r a i r e l e commencement de c e t t e r e a c t i o n r e a l i s t e se f a i t s e n t i r dans l e roman i n t i t u l l , Trente arpents ou Ringuet r e n i e 1 ' i d e a l i s a t i o n romantique de l a v i e r u r a l e . Cette premiere r e a c t i o n inaugura une longue s e r i e de romans r e a l i s t e s . La v i e i l l e c o n v i c t i o n que l a c o n d i t i o n i n f l r i e u r e du peuple canadien f r a n g a i s e t a i t due au d l s i r de domination de l a p a r t des Anglais, d i s p a r a i s s a i t a l o r s devant des raisons plus, v a l a b l e s i l e s nombreuses - V I I i n s u f f i s a n c e s s c o l a i r e s et c u l t u r e l l e s du Canadien f r a n c a i s . A l a s u i t e de c e t t e d l c o u v e r t e s'est m a n i f e s t ! un t r e s grand e f f o r t vers une reforme q u i r ! p o n d r a i t aux exigences des nouv e l l e s c o n d i t i o n s techniques et s c i e n t i f i q u e s • Depuis 1939 l e Canada f r a n c a i s s'est trouve constamment en rapport avec l e monde e x t e r i e u r q u ' i l ne pouvait plus f e i n d r e de ne pas v o i r . Le t r a i t dominant de l a nouvelle generation c'est l e s o u c i du present q u i absorbe l ' i n d i v i d u presque entierement. C'est de ce p o i n t de vue que l e s soc i o l o g u e s , plus d l s i n t l r e s s e s que d'autres, cherchent a examiner et a evaluer l a c o n d i t i o n a c t u e l l e du Canadien f r a n c a i s . Le romancier contemporain r e m p l i t l u i a u s s i , une f o n c t i o n importante en servant d ' i n t e r p r e t e a c e t t e n o u v e l l e s o c i o l o g i e du Canada f r a n c a i s . I I ! t u d i e objectivement l e s problemes a c t u e l s de l ' i n d i v i d u . I I f a u t s i g n a l e r que, quoique l e sentiment n a t i o n a l i s t e a i t subi de grands changements, 1'influence du c a t h o l i c i s m e e s t tou j o u r s t r e s ! v i d e n t e . A l'heure a c t u e l l e e l l e se f a i t s e n t i r dans l ' a t t i t u d e de l a p l u p a r t des e c r i v a i n s , et dans l e u r maniere de t r a i t e r l e probleme de l ' e x i s t e n c e de l'homme ou i l s se montrent o p t i m i s t e s ; e l l e se manifeste a u s s i dans l 1 i m p o r t a n c e q u ' i l s accordent aux personnages r e l i g i e u x dans l e u r s romans. La deuxieme guerre mondiale a f o u r n i 1*occasion d'un r e n o u v e l l e -ment d ' i n t e r e t en tout ce qui concernait l a France. A p r l s l a d ! f a i t e de ce pays beaucoup d ' i n t e l l e c t u e l s f r a n c a i s ont pass! quelque temps k Quebec. Un i n t l r e t c r o i s s a n t dans l e s l i v r e s f r a n $ a i s a f a i t de l a v i l l e de Montreal un centre d 1 e d i t i o n s f r a n c a i s e s . Par des mesures o f f i c i e l l e s l e s d r o i t s d'auteur f u r e n t mis de cote pour paiement plus t a r d aux auteurs et aux ed i t e u r s f r a n c a i s . Le r e s u l t a t pour l e Canada f r a n c a i s f u t un choix - VIII -l i t t l r a i r e plus etendu que jamais auparavant. Les rlimpressions furent augmentees de nouveaux livres ecrits par des e x i l l s et des Canadiens frangais. Pour l a premiere fois oes derniers ont trouv! un march! Stendu pour leurs l i v r e s . Depuis des annles l a seule s o c i l t ! l i t t l r a i r e d'importance au Canada I t a i t l a , 'Royal Society of Canada'. Cette s o c i l t ! comptait parmi ses membres des Canadiens frangais tres respectls. En 1945, une Academe canadienne frangaise fut Itablie par l a nouvelle generation d 1intellectuels. E l l e prenait modele sur I'Academie frangaise et mettait en evidence le desir toujours present du Canadien frangais d'etablir une culture indlpendante. De plus elle ne tardait pas a adopter cet esprit nouveau qui, dSs lors n'accepterait plus les traditionalistes et les conservateurs comme les vrais representants de l a pensee canadienne frangaise. Introduction: Notes. Marcel Rioux, "Ideologie et crise de conscience du Canada francais", Cite Libre, no. 14 (decembre 1955), pp. 1 - 29. CHAPITRE 1 De l temprise sooiale a l a liberation de 1'individu. La litterature canadienne francaise d'aujourd'hui est done une l i t t l r a t u r e jeune, sans longue tradition l i t t l r a i r e qui puisse servir de models a ses romanciers d'aujourd'hui. Jusqu'au debut du vingtieme siecle 1'ambiance culturelle etait assez pauvre et ne pouvait compter que quelques oeuvres de valeur a cote d'une quantite d'autres bien inferieures. On ne reconnaissait a l'etranger que Maria Chapdelaine (1916), de Louis Hemon et Trente arpents (1938), de Ringuet. Le premier de ces romans, roman paysan, g l o r i f i e l a vie isolee des agriculteurs qui n'a change que sous l 1 influence de l 1 i n d u s t r i a l i s a t i o n de la province. Le but de Hemon etait de donner un tableau representatif de cette vie paysanne de la region du Lao Saint Jean. Le succes de ce roman semble avoir prouve aux romanciers eventuels, que leur sujet principal devrait etre l a vie quotidienne de leur rlgion. Le second, Trente arpents, contredit l a thlse de Maria Chapdelaine et des nationalistes qui maintient qu'au pays de Quebec rien ne change. A travers les experiences d'Euchariste Moisan qui, de oultivateur prospere deviant a l a f i n de sa vie gardien de nuit d'un garage aux Etats-TJnis, se ressentent les premiers prSsages de changements d'un mode de vie apparamment inebranlable. La terre ne pouvant plus entretenir un peuple entier, un long pSlerinage vers les grandes v i l l e s commence. Au debut, l a cause de eet abandon de la terre c'est la necessite Iconomique seule, mais st mesure que le volume de la migration s'aocroxt, l ' a t t r a i t i r r e s i s t i b l e - 2 -et prometteur des centres urbains supplante cette premiere cause. Le nombre croissant de citadins qulblcois est certainement la cause principale, sinon l a premiere, chronologiquement parlant, d'une rupture avec le genre du roman paysan. La premiere guerre mondiale, alors meme qu'elle a contribul a 1'elargissement de la mentalit! canadienne francaise, n'a pas atteint le domaine du roman. II a f a l l u encore une trentaine d'annlespour qu'un changement d e f i n i t i f apparaisse. L'une des qualites de base d'une l i t t l r a t u r e c'est sa capacite de comprendre et d'exprimer l'ame d'un peuple. Louis Hemon et Ringuet ont parfait erne nt rlpondu a cette exigence. L'ame qu'ils ont dlpeinte etait celle d'un peuple paysan; leurs imitateurs furent relativement nombreux et presque toujours mediocres. Leur Ipoque l i t t l r a i r e se nomine 'rSgne du te r r o i r ' . Nos romanciers d'aujourd'hui, tout en essayant eux aussi de comprendre et d'exprimer l'ame du peuple, se sont heureusement gardls 1 d'imiter servilement le genre Ipuisl du roman paysan canadien. Leurs 2 oeuvres peuvent etre classles en catlgories, mais si part ce point de ressemblance assez terne, elles sont distinctes l'une de l'autre et refletent les optiques individuelles de leurs auteurs. Une t e l l e diversite est un signe encourageant de sant! et qui indique l a prlsenoe d'une nouvelle Itape de maturation culturelle. Jusqu'a l a f i n du siecle dernier, les families rurales comptaient pres de quatre-vingt-dix pour cent de l a population totale du Qulbec. Le f a i t qu'en 1944 l a population agricole I t a i t tomble a moins de trente pour cent indique au romancier a. la recherche d'un type canadien contemporain dans quelle direction i l doit diriger ses pas. La v i l l e de Montreal, v i l l e mltropole du Canada et du Qulbec est composle d'une olasse - 3 -preponderance de Franco-canadiens. E l l e est done tres representative du peuple canadien avec ses quartiers d'ouvriers, de bourgeois et d'in-dustriels prosperes. Au risque de nous repeter, soulignons une fois de plus l a difference essentielle entre le nouveau Canadien citadin et son cousin rural. Inhabitant d'aujourd'hui partage toujours les sentiments traditi o -nalistes du dix-neuvieme sieele. Conscient des liens I t r o i t s du passe i l croit fermement que, "Le present perd immediatement de sa valeur s i nous l'isolons de tout ce qui fut avant nous, de ce qui nous aida i. devenir oe que nous sommes.".* S i , par contre, le nouveau citadin partage l a philosophie ancestrale i l le f a i t avec certaines reserves. 4c * 1. Gabrielle Roy, La conscience collective Le meilleur exemple de cette diminution dfune f o i aveugle en l a puissance d'un nationalisme historique se trouve dans Bonheur d'occasion de Gabrielle Roy, La famille Lacasse met en r e l i e f les t r a i t s typiques de 1*indigence de l a classe ouvriere montrlalaise vers 1939, Aux prises avec l a pauvrete, l a maladie, les dlmlnagements, l a sous-alimentation, les Lacasse illustrent l a separation avec les moeurs du passe. Sans etre didactique le moins du monde, la romanciere montre l'insuffisance des valeurs du passe comme solution des problemes du citadin contemporain. Rose Anna n'est pas consciente de cette insuffisance quoique sa vie a i t Ite remplie d'efforts continuels pour l a combattre, Elle est seulement sensible aux effets de l a misere: Toute sa vie e l l e qui connaissait s i bien le prix des aliments, elle qui avait appris a composer des repas solides et peu couteux, avait gard! une repugnance de paysanne a. payer dans les restaurants, pour une nourriture qu'elle aurait pu preparer... a un prix tellement plus modique,^ Un sentiment de sacrifice total de s o i , compagnon constant du souci interminable de pourvoir aux besoins essentiels de sa famille se degage de ce passage. Mais c'est le sentiment de f i e r t ! innlequi prldomine, prouvant que malgr! tous les revers, Rose Anna n'a jamais eu honte de sa condition, Sa marche plnible a travers l a vie ne semble l u i avoir enseignl que la necessit! de donner glnlreusement, Enfouie dans le coeur de Rose Anna se trouve l a certitude que le bonheur terrestre existe. La ferme paternelle est le symbole de ce rayon d'espoir, A l'occasion d'un retour a Saint Denis elle comprend combien - 5 -i r r ! e l l e etait oette lueur d'espoir. La, assise k cote de sa v i e i l l e mire, e l l e comprend avec une l u c i d i t ! penetrante, l'apparentes!v!rite de Mme. Laplante. C'etait l a manifestation d'un regret; regret de ne pas savoir comment proteger ses enfants de l a souffrance~problSme universel de toutes les meres. C'est l a deuxieme g!n!ration qui subit l'assaut des influences du quartier ouvrier, car elle ne peut concevoir de vie differente de la sienne. Meme les parents des petits Lacasse ne se rendent pas compte jusqu'fi quel point le champ de vision de leurs enfants est li m i t ! . Pendant leur voyage en camion de Montr!al £ Saint Denis i l s longent l a riviere Richelieu. Azarius, transport! par ses souvenirs, essaye de faire revivre son bonheur pour ses enfants en leur parlant des promenades en chaloupe qu'il avait faites autrefois avec leur mere. Le lecteur est brusquement ramene a l a r ! a l i t ! par l a question que pose le petit Daniel, maladif, ag! de six ans: 'Qu'est-ce qu'une chaloupe Papa?1 Le quartier que peuplent les personnages de Gabrielle Roy n'est nullement attrayant. C'est un endroit l a i d , i s o l ! du reste de l a v i l l e , ou tous les r!sidents pris dans les f i l e t s de l a pauvret!, sont assourdis par le grondement des trains de marchandises et !touff!s par l a suie des chemin!es d'usines. Personne n'y habite volontairement: tous y ont ! t ! rel!gu!s par l a misere. La quete, chaque printemps, d'un logis au loyer moins couteux d!voile le cot! irr!m!diable de leur condition. Le comportement des personnages tsmoigne !loquemment de 1'influence constante de cette condition sociale sur leur mentalit!. Azarius s'en echappe a travers de grands reves impossibles. L'intimit! familiale comble par contre Rose Anna de - 6 -compensations intangibles et illimitee s . Mais c'est 1'adolescence qui souffre le plus intensement. Le present etant pour elle insupportable, une confiance absolue en un avenir riche de promesses devient nlcessaire. L'egofsme supreme de Jean Llvesque, tendu vers le succes et dlvor! d'ambition, l u i sert de defense et d'arme de combat. Florentine croit que sa jeunesse pimpanta l u i assurera un jour le luxe et le confort qu'elle considere comme le but supreme. Pour cette jeunesse nouvelle le pass! est un facteur inconnu. Seules les moeurs actuelles peuvent avoir de 1'importance dans la formation de ses principes de bases. Effrayee par ce spectacle de l a pauvret!, elle le f u i t en faisant converger tous ses espoirs sur ce qu'elle n'a jamais possldl, le bien mat!riel. Comme nous l'avons d!ja f a i t remarquer, oe n'est pas a l'aide d'un style didactique que Gabrielle Roy f a i t ressortir cet effet fondamental de l a vie urbaine. Elle y reussit plus effectivement par I'analyse sympathique mais realists de ses caracteres. Ayant expos! l a situation, l'auteur se retire prudemment sans tenter d'offrir une solution. Le personnage d'Emmanuel est peut-etre celui qui se rapproche le plus du point de vue de l'auteur: Comme tous les jeunes Canadiens frangais l l e v l s dans des colleges de traditions et de bonne volont!, sinon de pur gout frangais i l avait entretenu bien des idles conservatrices, survivances de la race, f i d l l i t ! aux traditions ancestrales, culte de la fete nationale, expressions figles qui n'avaient rien songeait-il, pour Ichauffer ni nourrir les jeunes imaginations, n i meme exalter vraiment le oourage.^ Jeune homme de bonne volont!, i l part pour l a guerre, perplexe, ne trouvant pas de solutions au probleme de la condition humaine de ses compatriotes de Saint-Henri. - 7 -Bonheur d'occasion., n'est pas un roman de reforme sociale. L'interet principal reside dans 1'analyse des caracteres malgre que son succls i n i t i a l soit du k sa valeur documentairej le Canada francais y a vu en effet au debut un expose scandaleux de ses imperfections sociales, qu'il aurait mieux valu garder dans l ' i n t i m i t ! de la famille canadienne-francaise. Mais pour l'auteur ces incidences sociales ne sont qu'accidentelles; leur fonction principale est d'aider au developpement des caracteres, ou k 1'augmentation de 1*illusion de la r e a l i t e . Cette premiere tentative l i t t e r a i r e de Gabrielle Roy n'etait done pas inspiree par des sentiments patriotiques ou reformateurs, mais plus profondlment, par un amour sincdre et sympathique pour le genre humain qui est peut-etre a l'origine de 1'amour maternel dont elle a dote Rose-Anna. II l u i est aussi impossible de proteger de l a souffrance les personnages qu'elle cree, qu'il l'est k Rose-Anna d'en proteger ses propres enfants. Sur le plan l i t t e r a i r e , l ' i n t l r e t que la romanciere temoigne k l'lgard des problemes des habitants d'un quartier ouvrier marque le dlbut d'une nouvelle source d'inspiration dans 1*evolution de l a pensle des lorivains contemporains. * * * 2. Roger Lemelin ..... Andre Giroux Eveil de l a conscience individuelle Sous l a plume de Roger Lemelin le tableau du quartier ouvrier quebecois surgit dans une multitude de details et une abondance de vivacite. C'est le peuple des faubourgs dont i l cherche a brosser l a fresque, qui retient son attention, plutot que le desir d'approfondir des portraits individuals. Carieaturiste, l a trempe gavroche de son temperament se manifesto surtout dans son genre de satire; f i l s du peuple, Lemelin donne la caricature de l a vie paroissiale du quartier Saint-Joseph de Quebec qui f a i t ressortir le sens d'humour frondeur de sa jeunesse. Grace a ce procede carioatural, base sur une observation meticuleuse des moeurs et le grossissement deliber! du t r a i t ridicule, le portrait de l a condition sociale qu'il presente devient plus frappant. L*entrain et l a verve sans malice qui animent ses sequences descriptives servent a augmenter la veracite du tableau. C'est justement 1*esprit r a i l l e u r avec lequel i l examine quelques aspects de l a vie sociale qui f a i t ressortir davantage les cotes deroutants sinon tragiques de l a vie. Les demoiselles Latruche sont franchement ridicules, mais le gaspillage de leurs vies etroites n'en est pas moins tragique. Au pied de la pente douoe est essentiellement un roman de jeunesse. Les activites paroissiales, les evenements grands et petits, enfin 1'aspect humain du quartier, sont generalement vus a travers les experiences d'un groupe d'adolescents. Denis Boucher, chef de l a bande en raison de son esprit dynamique, lutte constamment af i n de franchir les bornes de son milieu. II ressemble beaueoup a Jean Levesque dans Bonheur - 9 -d'ocoasion. Tous deux, pousses par un d l s i r d'evasion, symbolisent l'accession s o c i a l e . Pour Jean seulement une s e r i e de promotions, basees sur son propre rendement, et suivies ultimement d'un dlmenagement hors de son m i l i e u pourront s a t i s f a i r e a son ambition. Denis Boucher, adolescent, indique le commencement de cette o r i e n t a t i o n vers l'evasion, causee par l a rencontre choquante des enfants du prlsent avec l'ordre e t a b l i : Denis se retourna et contempla l e q u a r t i e r . . II se degageait des habitations tassees une v i e tenace, r e t i v e au progres; et tout c e l a malgre sa honte, r e f u s a i t avec obstination tout changement parce que tout changement est opere par les autres • Seuls l e s pretres y etaient ecoutes. C'est vers eux que l e s yeux se tournaient.^ La r l f l e x i o n constitue un element important du developpement du caractere de Denis. Son evolution procede graduellement, indlpendamment de son m i l i e u , par une p r i s e de conscience. Les d e t a i l s exterieurs de sa v i l l e natale sont pour l u i un rappel muet des principes fondamentaux des habitants de c e l l e - c i , dont l e refus du progres est l a sauvegarde l a plus e f f i c a c e . C'est a ce point que Denis Boucher et Jean Levesque d i f f e r e n t . Ce dernier, endurci par son egoisme, ne ressent aucune sympathie pour ses concitoyens. Denis, l u i , est incapable de l e s bannir entierement de son e s p r i t comme indignes de consideration. Un t e l dltachement l u i est impossible justement parce q u ' i l est r e p r e s e n t a t i f de l'homme moyen tandis que Jean Levesque est r e p r e s e n t a t i f de l'homme conscient sur l e plan personnel: Parce que l e s hommes extraordinaires repugnent & l a societe et q u ' i l n'y a plus d'ordre ou apparait l e genie, Boucher, qui n 1 e t a i t pas un genie, mais ne l ' a c c e p t a i t pas se r e f u g i a i t dans une l u t t e acharnee centre l ' o r d r e . Par ses etrangetes, ses faux bonds, i l r e t a r d a i t l'echeanee qu'on paie toujoursj 1'absorp-t i o n par l a s o c i e t e . ^ - 10 -Cette citation ainsi que celle qui precede souligne l a grande d i f f i c u l t ! qui existe au coeur de la population franco-canadienne. La paroisse en raison de son double role de centre religieux et d'unite sociale, apparait comme un obstacle a 1*evolution du peuple, et par ce fa i t prolonge son etat de refoulement. Constatant l a fonction sociale de la paroisse, Denis conclut qu'elle trahit ses habitants par cette espece de s!questration, Proc!dant du g!neral au particulier i l voit que les !l!ments nuisibles 'resident chez l'individu qui ne devient que trop facilement victime de la somnolence malheureuse.•* Voila le cot! s!rieux de Lemelin carieaturiste, qui se montre soucieux et inquiet de 1'avenir de ce peuple qui est le sien. Sa critique des valeurs traditionnelles, r!tives au progres, est constructive en tant qu'elle souligne le danger constant de l'indifflrence qui menace l'homme moyen sous forme d'absorption in!vitable par l a soci!t!. Dans Pierre le magnif ique-^, Denis Boucher 1*adolescent est devenu homme mur, Sa revolte acharn!e oontre 1'ordre ! t a b l i se prolonge dans son refus 'de se ranger dans le troupeau sous l'!tendard d'une profession et dans un but de r!ussite m a t ! r i e l l e , * ^ n n i a p a s succombe a l a somnolence, mais son attitude negative le rend aussi inutile que ceux dont 1'indifference provient de la m!diocrit!. Loin d'etre un g!nie, i l a cependant ses devoirs a remplir envers la soci!te; son niveau d'intelligence exige de l u i une contribution relative meme s i ce n'est que pour maintenir son amour-propre, Voila pourquoi son propre !chec est accompagne d'un sentiment de culpabilite. Peu dispose et s'avouer coupable i l se rlfugie dans une revolte rancuniere et vaine contre 1'ordre social. - 11 -La presence du caractere de Denis Boucher dans P i e r r e l e magnifique, est l e se u l l i e n entre l e s deux romans. Dans ce dernier Lemelin s'e f f o r c e de peindre l e p o r t r a i t psychologique d'un jeune homme qui cherche & posseder son m i l i e u ; P i e r r e B o i s j o l i personnifie tous le s stades d'evolution de l a jeunesse (dont Denis Boucher n'est qu'un aspect) jusqu'a sa maturite. Chemin faisant i l se heurte aux forces dominantes de l a societe: l e s prejuges, l e p r i v i l e g e , l a r e l i g i o n , l a p o l i t i q u e et l ' i n d u s t r i e , P i e r r e t y p i f i e l'homme moyen par ses origines pauvres et modestes, l'homme exceptionnel par -son i n t e l l i g e n c e et son ambition. A f i n de maxtriser sa destinee et son m i l i e u i l doit refuser l e s voies normales de formation r e l i g i e u s e en faveur de l a f o r e t vierge de 1'expSrience personnelle qui l u i permettra de formuler ses propres valeurs: "Chaque minute qui s'ecoulait r e s s e r r a i t davantage son engagement dans l a destinee qu'une force mysterieuse l ' i n c i t a i t a, p o u r s u i v r e . " ^ Cette force mysterieuse l e mene vers de nouvelles connaissances d'une nature d i f f e r e n t e de c e l l e s q u ' i l a u r a i t rencontrees s ' i l a vait passe directement par l e seminaire. Par ce f a i t meme i l parvient k mieux comprendre l e cadre s o c i a l de l a population q u ' i l s e r v i r a plus tard comma pr e t r e . Le cure Loupret a v a i t compris l e caractere changeant des besoins de sa province des l e debut: Quarante ans auparavant, l e clerge du Quebec semblait considerer que l'apostolat de ses pretres devait s'exercer et s'orienter en fonction de l'av e n i r a g r i c o l e qu'on envisageait pour l a Province... Le jeune abbe Loupret av a i t ete l'un des premiers a denoncer l a faussete de cette o r i e n t a t i o n et a comprendre que l'apostolat l e plus important devait se poursuivre dans l e s v i l l e s vers l e s q u e l l e s a f f l u a i e n t deja une grande p a r t i e de l a classe a g r i c o l e . - 12 -Mais les premieresvoix qui s'elevent en faveur d'un changement, meme necessaire, sont rarement bien recues. En recompense de son i n i t i a t i v e , "on 1'avait nornm! administrateur, c'est-a-dire cure d'une grande paroisse de Quebec."1*' Etablir un contact entre le pretre et l a classe ouvriere est toujours un probleme d'actualite. De plus i l y a les effets reciproques entre l a politique et les autres puissances. Voila. le monstre indique par l'abbe Lippe s'adressant a Pierre: "Tu as l'ame d'un Thesee, tu as entendu l'appel du Minotaure et rien ne pourra t'empecher d'aller combattre le monstre." Pierre rencontre ce monstre des maux sociaux sous ses formes diverses. II y a le Procureur, un homme de haute stature qui incarna 1'image de l a justice humaine; i l reprlsente une puissance presque sans borness i l peut se servir du droit d'une reserve forestiSre comme gage de surete, ou i l peut incarcerer un pretre dans une clinique > * 17 a son gre. Cependant la corruption et la greffe politique sont des maux constatables qui ne choquent pas demesurement l a mentalit! canadienne parce qu'ils sont transitoires et leurs effets sur la population limites a quelques personnages. Ce genre de monstre est done assujetti a ses propres controles et Pierre ne se"fatigue pas en efforts inutiles pour le vaincre. Le vrai mal a combattre est une condition interieure "au sein du Catholicisme meme, i l le ronge comme un immense cancer, i l s'appelle la tiedeur, l a mldiocrite." Cette atmosphere de tiedeur dans l a sphere religieuse a son prolongement ineluctable dans l'inertie sociale. Par son accession a un catholicisme adulte et reflechi, Pierre symbolise un des moyens d'effectuer un renouvellement dans une culture ou le - 13 -oatholioisme i r r ! f l ! c h i pr!domine. * * * Les deux romans d'Andr! Giroux analysent l 1 i n t e r r e a c t i o n des * 19 conventions dominantes chez d i v e r s types sociaux. Au dela des visages se rapporte particulierement a l'aspect s o c i a l et Le gouffre a toujours  s o i f , a l'aspect moral. Le probleme fondamental t r a i t ! par l e romancier est c e l u i de l a r e s p o n s a b i l i t e reciproque de l ' i n d i v i d u et de l a s o c i e t e . II penetre l e mensonge du conformisme en f a i s a n t l'examen de conscience d'une c i v i l i s a t i o n . Ce qui l e meut n'est pas une ardeur chauvine; c'est une conscience du probleme authentique auquel l'homme l i b r e doit f a i r e face en cherchant a c r o i r e a des valeurs s p i r i t u e l l e s . Au dela des visages ne f a i t pas l e proces de Jacques Langlet qui a t u ! une femme a l ' h o t e l C a r t i e r , mais c e l u i de ses concitoyens, q u i , a cause de leur egojtsme mediocre ne meriteront jamais l a d i s t i n c t i o n i n s o l i t e d'etre accuses par l ' e t a t . Le heros est present! a travers le s r e f l e x i o n s des temoins qui renseignent l e lecteur sur leurs propres a t t i t u d e s . Le chapitre i n t i t u l e "A l'heure du bridge" peint un tableau cinglant des matrones de l a haute bourgeoisie, reunies au salon de Mme-Huard. L'une d ' e l l e s est l a femme d'un professeur et l a f a c u l t e de medecine, 1«autre c e l l e d'un juge. Toutes sont bouffies d'orgueil a cause des rangs sociaux de leurs maris. La nouvelle scandaleuse concernant l e f i l s de l'un de leurs membres suscite un i n t l r e t r ! e l dans l e u r s vies desoeuvrles. L'absence marqu!e d'aucun sentiment c h a r i t a b l e souligne - 14 -a gros t r a i t s l a c o r r u p t i o n de l e u r nature et l a c r u a u t ! de l e u r h y p o c r i s i e . Mises en c o n t r a s t s avec l ' i n c r e d u l i t ! de l a femme de peine, l e u r s v a l e u r s f o n t v i s i b l e m e n t defaut. Une c r i t i q u e plus d i r e c t e de ce manque de c h a r i t e se trouve dans l a r i p o s t e de Jean S i c o t t e au c e r o l e des bons amis: Quant a vous mesdames, votre a t t i t u d e est inconcevable! On p o u r r a i t esperer un peu plus de comprehension ou de p i t i e de votre p a r t r La r e a c t i o n premiere de l'avocat et de sa femme en apprenant qu'on l u i a v a i t c o n f i e l a defense de L a n g l e t , est de songer a l a renommee, l a fortune et l a g l o i r e que c e l l e - o i l u i a t t i r e r a i t . L'avocat cependant s'absout de c e t t e f a i b l e s s e k mesure q u ' i l considers l e cas au point de vue de l a j u s t i c e e t du "sacerdoce" de l ' a v o c a t : Pour l a premiere f o i s i l t o u c h a i t k l a reaiit© concrete de l a r e s p o n s a b i l i t ! humaine: l a j u s t i c e e t l'homme. L'homme ne v i t pas s e u l j directement ou indirectement i l i n f l u e n c e un grand nombre de v i e s , i l l e s modele k son exemple.^ Ses r e f l e x i o n s le menent involontairement a l a decouverte que 1*absence de 1'amour Chretien e s t l a cause non pas de l a f a i l l i t e du c h r i s t i a n i s m e 24 mais de l a f a i l l i t e des hommes q u i l ' o n t t r a h i . I I se trouve soudain dans un pays inconnu ou aucun visage ne l u i est f a m i l i e r parce que sans s'en a p e r c e v o i r i l a f r a n c h i l a b a r r i e r e des conventions s o c i a l e s dans l a d i r e c t i o n de l a v e r i t e . Cette decouverte n ' e v e i l l e n i l e desespoir n i l e sens du tragique chez l ' a v o c a t . La formation l l g a l e de son temperament, 1 'experience du fonctionnement de l a j u s t i c e , l ' o n t t r o p habitue k v o i r l e r l e l e t l e concret l'emporter sur des a s p i r a t i o n s i l l u s o i r e s k l a p e r f e c t i o n humaine. Son malaise passager se perd en une s o l u t i o n t h e o r i q u e ; a f i n d'lchapper 15 k toute possibilite d'erreur, l'homme devrait se retenir de juger son prochain et devrait uniquement l'aimer. Impr&gnS d'un manque de oonfiance en la bonte naturelle de l'homme, l'avocat est incapable de transposer ces bons principes en action, et par ce fait i l retourne a son ancien etat d'indifference mediocre, Langlet, jeune homme de vingt ans, ne possede pas cette meme sagesse mediocre que donne 1*experience. Sa philosophie etait entierement faconnee par son milieu et son education. Ce milieu l u i a prSsente l'ambigui'te malfaisante des bienseances conditionnees qui favorisent la corruption des plus beaux sentiments. D'un caractere extremement sensible Langlet se sent seul parmi ses connaissances, ne partageant en rien leurs sentiments bases sur le mensonge du conformisme. Malgre tout i l a une confiance inebranlable dans le bonheur vrai . "II croyait au bonheur mais i l voyait la souffranee, contre laquelle i l se dressait en fixant toujours l'avenir avec l'espoir secret de decouvrir une raison j . ti 2 6 de vavre. La voie d e l a connaissance subjective lui apparait comme l'unique solution au dilemme auquel i l fait face. Le pere B r i l l a r t est le seul, parmi tous les temoins, a. comprendre vraiment le drame de 1'engagement du jeune homme, et i l l'explique dans une lettre a la mere de Jacques: Jacques a peche par la chair, i l a tue ! . . . Victime de l'eternelle soif du bien et du mal, Jacques a voulu s a v o i r . . . i l decouvrit dans une illumination soudaine, ce qu'est la purete. II la connut dans sa plus grande splendour alors qu ' i l l'obscurcissait dans sa chair.^^ Paradoxalement, le geste criminel de Langlet le liblre completement de 1'influence de la sociSte dont i l etait victime, et en meme temps affirme son sens de solidarit! fraternelle avec elle . Au niveau personnel son - 16 -drame a l e s p r o p o r t i o n s d'une v i o t o i r e e c l a t a n t e . Au niveau s o c i a l c'est une terne d e f a i t e pour l e s i n d i v i d u s qui ne savent f a i r e autre chose que juger et condamner, uniquement i n t e r e s s l s a garder i n t a c t ' l e vase de plomb de l e u r i n f e c t e s o c i e t ! . ' Les s o c i e t e s contemporaines ou l'accent tombe de facon marquee sur l e materialisme e v e i l l e n t l e gout du luxe et du c o n f o r t chez l e u r s membres. En de t e l l e s c i r c o n s t a n c e s , l e c r i t e r e du succes se me sure aux manifestations e x t e r i e u r e s de l a r i c h e s s e . L'etablissement de c e r t a i n e s l o i s sauvegarde l e s d r o i t s de l'honnete homme contre l e s methodes que c e r t a i n s ambitieux n ' h e s i t e r a i e n t pas a employer, s i e l l e s pouvaient l e u r e t r e u t i l e s dans l ' a c c e s s i o n s o c i a l e , p o l i t i q u e ou economique. A p a r t l e s a c t i o n s s p e c i f i q u e s , p r o s c r i t e s par l e code c r i m i n e l , i l e x i s t e d'autres i n j u s t i c e s q ui rendent l e u r auteur moralement condamnable. La ou l a m l d i o c r i t e , 1 * i n d i f f e r e n c e et l e conformisme regnent comme ultimos l S g i s l a t e u r s des usages, l e l a i q u e c o n s c i e n t i e u x , passionn! de purete et de v i e i n t e r i e u r e f a i t mine d ' i n t r u s , car inevitablement ses p r i n c i p e s entreront en c o n f l i t avec l a r e g i e geneVale a l a q u e l l e i l f a i t e x c eption. Le personnage p r i n c i p a l du Gouffre a toujours s o i f i l l u s t r e l a s i t u a t i o n d i f f i c i l e de l ' i n d i v i d u determine a a f f i r m e r sa p r o b i t e p e r s o n n e l l e . Les protagonistes ideologiques qui se l i v r e n t b a t a i l l e , dans ce deuxieme roman d'AndrS Giroux, sont l e s i n t l r e t s bourgeois q u i ne veulent pas admettre l e s d r o i t s de l ' i n d i v i d u , et c e t t e f o r c e i n t e r i e u r e dont l'homme es t doue, q u i l e pousse a. f a i r e r e c o n n a i t r e sa d i g n i t e humaine a f i n de maintenir l e r e s p e c t de s o i . Jean S i r o i s c o n s c i e n t i e u x et scrupuleusement honnete, est l a - 17 victime d'une machine sociale qui ne montre de l a partialite que pour les etres complaisants, disposes el se faire engloutir par ses conventions. Fidlle a ses principes i l est d'un caractere irreprochable. II se rend au bureau a l'heure, quoique la coutume permette que les employes arrivent invariablement un peu en retard. On se f i e a 1*exactitude de son travail qui est excellent. Malgre ses capacites superieures, i l ne detient pas le t i t r e d'ingenieur et n'a pas le droit de signer les plans. Trois ingenieurs en v i l l e , l u i confient l a preparation de plans. Au debut, i l s examinaient soigneusement ses travaux avant d'y apposer leur signature. Aujourd'hui i l s signaient les yeux fermes. Mais cette.signature qui n'a l ' a i r de rien, les autorise a garder tous les . honoraires. Tout de meme i l ne veut pas se plaindre. Son humilit! est sincere et son sens de la justice n'est pas disproportion^. Mais cela n'empeche pas chez l u i un sentiment d'inferiorite qui est accentue par le refus oppose par le chef de personnel a sa demande legitime d'une augmentation de salaire. Cette recompense qui l u i etait due depuis longtemps l'aurait sauvl de l'anonymat intolerable auquel son etat le releguait. Poirier represente le pouvoir des interets bourgeois. C'est unhomme d'un calibre bien inferieur a celui de Sirois malgre sa situation. Poirier regarde Sirois et se demande pourquoi cet homme l u i est s i antipathique. S ' i l s'y attardait, meme brievement, peut-etre.serait-il oblige de s'avouer qu'il est un etre mediocre, un individu.sans force, sans personnalite, un insignifiant qui dispose de l'autorite et, bute, force de 1'avant. 3 0 Sirois est tout ce qu'il devrait, et inconsciemment voudrait etre. II ne peut souffrir sa presence et sans coup f e r i r i l f a i t perdre SL Sirois - 18 -tout espoir et confiance en l a justice humaine, en menacant de le mettre a l a retraite s ' i l s 1absente encore du bureau. S t u p l f i l , Sirois proteste inutilement. Mais j ' a i Ite malade deux mois, monsieur! Vous ne pouvez.pas parler de retraiteI Deux mois que je vous dis ! Je travaille i c i depuis quinze ans, je ne me suis jamais absent! un seul jour! Les trois dernieres annees, je n'ai meme pas pris mes vacances, i l y avait trop de t r a v a i l . ^ 1 L'avis du chef du personnel demunit Sirois de sa volont! et sa f i e r t ! . Sans ces dlfenses essentielles a l a vie i l ne pourra plus y tenir et i l devra s'en r e t i r e r . Poirier continuera sa vie de "chr!tien", inconscient du meurtre qu'il vient de commettre. Sa qualit! de malade isole Sirois des inconslquences et des contradictions de la vie qu'il n'a pu surmonter. A l i t e , i l se sent prot!g! du monde, et i l se met a mediter sur les v!rit ! s essentielles entrevues par sa nature introspective: l ' i n i q u i t ! du monde et l a puret! de 1'amour divin. L'intransigeance de son jugement est due a l'enseignement religieux a tendance janseniste qu'il a recu dans sa jeunesse, ajout! & sa nature scrupuleuse. Dans sa vie personnelle i l a toujours essay! d'agir strictement d'apres le code moral. Durant sa maladie, l a conscience de Sirois devient le tribunal intime de son milieu, qu'il met en jugement dans ses principes. Son missel qui est a port!e de sa vue le f a i t penser a Poirier: ... qui promene ostensiblement son gros missel a tranche rouge dans l a case ouverte de sa petite voiture. L'exhibitionisme l'indigne.. II halt ces tartufes demi-conscients qui ajoutent a leurs poids celui de leur paroissien r e l i ! pour mieux Icraser ceux qui se gaussent de leur comldie.^^ - 19 -II apprlcie l a vale TIT de l 1 inoonscience des hommes en examinant les motifs de ses intimes qui cherchent a l u i cacher la gravit! de sa maladie: D'accord, l a p i t i l les inspire quand i l s simulent l'espoir mais l'egol'sme aussi. Ils n'auraient pas le courage de supporter l a panique qui se l i r a i t peut-etre dans ses yeux... Ils pretendent le menager. Et dans leur inoonscience, i l s nomment oharite leur faiblesse. Mais 1*inoonscience sauve les hommes. La sensibilite de Sirois laisse f i l t r e r dans son esprit une comprlhension approfondie de la faiblesse de l a nature humaine, qu'il juge sans vouloir l a condamner. Cette lucidite n'a qu'une importance secondaire dans le processus de prise de conscience qui l u i assure graduellement l a possession intime de ce milieu qui, en apparence, l'a battu. La proximite de la mort 1*oblige a fixer son regard sur l a verite essentielle et f a i t disparaitre l a necessite d'une liaison avec son prochain. La preoccupation dominante de Sirois c'est de se rassurer de la droiture de ses propres relations aveo Dieu. L'improbit! continuelle qui l'entoure le hante a un t e l point, qu'il en vient meme a douter que Dieu puisse discerner le vrai du faux: Mais je ne trompe pas Dieu, je ne Lui joue jamais la com£die. Peut-etre.est-Il sensible EL une certaine forme d'honnetete? 3 4 Ce doute intolerable, qui seul pourrait l u i enlever tout espoir, montre combien profondement l'homme de f o i peut etre atteint par le milieu auquel i l resiste. C'est le pere Etienne, en confesseur fraternel et comprehensif, qui l'aide a trouver une solution chretienne & son dlsarroi s p i r i t u a l . Les personnages principaux des deux romans de Giroux professent une solution chretienne au probleme de l a raison d'etre de l'homme. - 20 -Leur confiance en Dieu apaise l a confusion d ' e s p r i t causle par l'inconstance qui compose 1'humaine c o n d i t i o n . Cette f o i r e d u i t au minimum l a f u t i l i t e apparente de l a l u t t e contre 1 ' i n j u s t i c e des c i r c o n s t a n c e s a c t u e l l e s . Jean S i r o i s a f a i l l i perdre c e t t e p e r s p e c t i v e . En 1'aidant a r e t r o u v e r sa confiance en l a j u s t i c e d i v i n e , l e pere Etienne ramene S i r o i s & un c l i m a t d'optimisme s p i r i t u e l . La pente n a t u r e l l e de ses doutes l ' a u r a i t oonduit & l'abandon de sa croyance t r a d i t i o n n e l l e en Dieu et de l a c h a r i t e du c h r e t i e n . B i e n que S i r o i s meure, et dans son d e l i r e c r i e sa haine de l'humanit!, l e pere Etienne assure sa femme scandalisee q u ' i l n'est p o i n t responsable de ce d e r n i e r geste de r e v o l t e . En r e f u s a n t d'y attacher aucune importance, l e p r e t r e attaque l a v a l i d i t e d'une pensee p e s s i m i s t e , b a s i s sur l a negation des p r i n c i p e s du c h r i s t i a n i s m e . I I represente l a pensle orthodoxe de l ' a u t e u r , q u i , tout en constatant l e s causes p o s s i b l e s de r e v o l t e , n'en est pas touch! personnellement. Tous l e s I c r i v a i n s , sauf Andr! Langevin, acceptent volontairement l ' a u t o r i t e de l ' e g l i s e c a t h o l i q u e , et ne mettent p o i n t en question l e p r i n c i p e de base de ses valeurs morales l o r s q u ' i l s en r e l e v a n t l e s aspects c o n t r a d i o t o i r e s q u i se manifestent constamment. - 21 -Chapitre I t Notes. 1. Nous faisons exception i c i de Germaine Guevremont qui tout en traitant le theme paysan n'est ni nationaliste n i imitatrice, et ne ressemble guere aux romanciers du Terroir. Comme Ringuet, elle peint.. "tous les paysans du monde ... E l l e est un ecrivain dont on entrevoit aussi les ressources d'une langue riche et chaude, deja maitre de son style et de ses moyens. Elle a s a i s i touts l a beaute de l a terre, eompris oet amour que l u i voue partout, la race paysanne." Dostaler O'Leary, Le roman oanadien francais, Montreal, L'Imprimerie Saint Joseph, 1954, p. 63. 2. Romans de moeurs & incidences sociales, Gabrielle Roy, Roger Lemelin. Romans d'analyses, Andre Giroux. Romans de l'homme, Andre Langevin, Robert E l i e . 3. Le terme 'Canadien' laissera entendre Canadien francais. Par rapport & l a date d'arrivee de leurs ancetres, 1608, comparee avec l'arriv&e des Anglais, 1760, et d'autres groupes ethniques plus tard, les Quebecois se oonsiderent les seuls vrais Canadiens. 4. Harry Bernard, Essais critiques, Montreal, Librairie d'action canadienne francaise, 1929, p. 54. 5. Gabrielle Roy, Bonheur d'occasion, Montreal, Editions Pascal, 1945, p. 160. 6. Ibid., p. 142. 7. Roger Lemelin, Au pied de l a pente douce, Montreal, Editions de L'arbre, 1944. 8. Ibid., p. 331. 9. Ibid., p. 335. 10. Ibid., p. 301. 11. Roger Lemelin, Pierre le magnifique, Paris, Flammarion, 1953. 12. Ibid., p. 71. 13. Ibid., p. 31. 14. Ibid., p. 40. 15. Ibid., p. 40. 16. Ibid., p. 60. 22 -Chapitre 1: Notes. 17. 18. 19. 20. 21. 22. 23. 24. 25. 26. 27. 28. 29. 30. 31. 32. 33. 34. Ibid., p. 156. Ibid., p. 60. Andre Giroux, Au dela des visages, Montreal, Editions Variltes, 1948. Andre Giroux, Le |ouffre a toujours soif, Quebec, Institut l i t t e r a i r e de. Quebec, 1953. Au dela des visages, Chapitre 7. Ibid Au dela des visages, p. 123. Ibid., p. 110. , p. 114. p. 141. p. 143. p. 165. Ibid., p. 162. Ibid Ibid Ibid Ibid Ibid Ibid Ibid Ibid Andre Giroux, Le gouffre a toujours soif, p. 63. , p. 11. , p. 12. , p. 85. , p. 61. , p. 87. - 23 -CHAPITRE 2  Solitaire ou solidaire. Andre Langevin, Robert E l i e . Nous avons vu que Roy, Lemelin et Giroux ne questionnent point les principes de base des valeurs morales de l'eglise catholique. Ce n'est pas le cas d'Andre Langevin. Ses personnages semblent vouloir indiquer dans quelle mesure le point de vue traditionaliste f a i t defaut. l i s soutiennent que l a premiere consideration du progres moral, sl l ' e v e i l de l'homme 'conscient', c'est de reconnaitre l a faussete des valeurs pre-etablies et d'y renoncer. Les principaux personnages de ses trois romans1 sont des orphelins qui par manque d'assurance se trouvent confrontes par le besoin de disposer de leur propre sort. l i s rejettent les fausses certitudes du rationalisme optimiste, et au dela. du desespoir cherchent le courage. Le probleme qui en resulte, celui de l a souffrance, est etudil par 1'examen de trois moyens d'evasion. 2 Jean Cherteffe , a l'orphelinat se sentait moins seul que ses camarades parce que, l u i , avait un pere. Sans le connaitre, i l 1*avait doue de grandes qualites qui en faisaient un i d l a l de perfection. Peu de temps aprls son depart de l'orphelinat, le jeune homme apprend l a mort de ce pere qu'il n'a jamais vuj par devoir i l se rend au salon funeraire. La, sa rencontre avec l a r e a l i t e , l u i porte un coup Icrasant. E l l e 3 presente a son regard un 'visage d'ivrognerie precocement v i e i l l i ' . A 1'instant-meme son erreur l u i est revelee et i l se trouve sans defense. Dans une lettre a son frere i l explique ainsi ses sentiments: - 24 -Depuis que j ' a i vu notre pere, je me cherche et ne me trouve pas. C'est & dire que mon assurance m'a quitte, que de volont! je suis devenu instrument. La decouverte de l a mort l u i a revel! son impuissance & batir son propre destin. II aurait voulu se suffire a lui-meme, mais le my stare de l a mort d!route sa volont!. II sera des lors, incapable de regarder la mort en face. Sa reaction el oet aveu fore! de faiblesse est toute n!gative. Jean se refugie dans un d!gout total de l'existence en se liberant de tout interet pour l'humanite en g!n!ral. Mais son temp!rament naturellement aggressif ne peut tolerer longtemps cet o i s i f repliement. C'est alors que sa conscience se c r i s t a l l i s e autour du concept de l a l i b e r t ! d'autrui comme l'unique moyen de s'assurer de l a sienne. II en vient a consid!rer l'homme comme un projet; i l voit en son proohain la p o s s i b i l i t ! de se procurer une existence nouvelle. Sans impliquer son propre sort, i l met ce nouveau rayon d'espoir a l'!preuve. Le sujet de sa premiere experience sera un ancien poete qui a f u i un monde hostile et s'est r l f u g i ! dans l' a l c o o l . Son but sera de rendre a Benoit sa d i g n i t l . La manifestation exterieure du retour de l a dignit! chez Benoit serait l a rupture avec sa vie d!soeuvr!e. Mais l 1 e f f e t le plus important serait le retour du respect de soi et avec ce dernier, le pouvoir de pratiquer a nouveau sa vocation de poete. Jean n'agit pas parcequ'il s'interesse au destin de Benoit, mais afin de se l i b l r e r lui-meme: Sur ce compagnon miraculeusement choisi dans une foule sans grace, i l a l l a i t miser sa rlvolte et peut-etre, grace a l u i se l i b l r e r d'un passe qu'il n'avait pas ! l u . ^ Sa tentative de controle du sort d'autrui echoue avec le suicide du sujet qui ne consent pas a laisser assujettir sa volont!. De nouveau Cherteffe se trouve depouill! de son assurance. - 25 -Cette fois i l n'a pas le courage de regagner sa solitude et se trouve dans une situation sans issue. Malgr! l a rlpugnance que cette faiblesse l u i inspire, i l accepte l a voie que l u i ouvre 1'amour de Micheline Giraud. De cette facon sa defaite ne l'empeche pas de poursuivre son premier aveu que 'l'autrui' est un element necessaire §. son destin. Cette incertitude n'existe pas pour l'homme de f o i , qui peut trouver une solution a l'enigme de 1'existence dans 1*amour divin. Pour l'homme sans f o i l'amour humain parait supplier a l'absolu qui l u i est inaccessible. Au dlbut du roman, en veillant le corps de son p&re, Jean 1*avait jug! comme un ivrogne, incapable d'accepter aucune responsabilit! dans l a vie. En bon fataliste i l conclut qu'il est l ' h l r i t i e r llgitime de ces memes traits de caractere. Le sentiment de sa propre insecurit! le f a i t hlsiter a rlpondre & l ' i n t l r e t que la jeune f i l l e manifesto a son Igard. Sa timidite, une fois vaincue, l u i permet de dlcouvrir un sens a leur destin commun. Le role de l'amour dans la vie est expliqul par l'un des caracteres secondaires, un Icrivain nomm! Parckelli Dans chacun de mes l i v r e s , je me suis efforc! de vivre un amour absolu. L'amour est 1'expression la plus sensible de cette tentative de communication dont nous sommes tous victimes... J'ai d l s i r ! tellement crier un amour qui 1sublimiserait' l a vie et l u i donnerait valeur d'eternit! que chacun de mes livres a I t ! pour moi un Ichlc plus cruel qu'une rupture. Dans sa vie personnelle Cherteffe a f a i t de ce principe une reussite. La tendresse de l'amour de Micheline f a i t de leur relation une sorte de purification qui les conduit a 1'exaltation qu'il cherche. Les qualitls de Micheline l u i donnent un bonheur qu'il ne saurait trouver dans un monde r l g l ! par les lois de la morale. Evadl de la nuit ressemble a une explrience de chimie ou i l - 26 -faut separer les elements d'une substance dans le but d'en dlcouvrir l'essence. Transposant cette experience sur le plan l i t t e r a i r e , le romanoier met en pieces le caractere d'un homme et en fa i t un drame de l'ame rapiecee et trouee. Les personnages seoondaires (Benoit, Micheline) ne sont pas des etres complets. Ils symbolisent plutot certains aspects de la personnalite parfaite que cherche le heros. Logiquement alors, les personnages ne communiquent pas oralementj au dela. des mots i l s se proposent des theses et les discutent. L'atmosphere du roman est celle d'un milieu social abstrait, t e l que 1'envisage Langevin. Pour l u i ce milieu est peuplS de gens depourvus d'espoirs parce que l'ame collective autant qu'individuelle est emprisonnee et aveuglee par leur etroitesse d'esprit; etroitesse qui condamne l1amour parce qu'il reprlsente, dans certains cas, 1»unique voie d'acces au bonheur absolu. Le renversement des valeurs de la societe assure l a liberte des personnages; par ce meme fa i t leur sens de superiorite sert aussi si souligner les maux sociaux et en meme temps fournit l a cause neoessaire & une revolte. Le mal, ou l'element demoniaque, est personnifie par le juge Giraud qui se considers comme le defenseur du bien et de la justice. Le bien, ou l a vertu, est personnifie par Micheline la f i l l e du peche. Le theme reaotionnaire de la liberte au delil des valeurs traditionnelles est developpe plus profondement dans le personnage de Madeleine, dans le deuxieme roman de Langevin, Poussiere sur l a v i l l e . Madeleine incarne la l i b e r t ! absolue, depourvue d'aucun sens de peche ou de revolte. E l l e est l'esprit l i b r e , dltache, incapable meme de sa i s i r la portee des convenances. A cause de sa nature a la fois turbulente et insouciante, i l l u i est naturel de reagir contre l a monotonie de l a vie conventionnelle de la petite v i l l e de Macklin. E l l e ignore le f a i t que sa conduite peut entraver l a carriere de son epoux, le docteur Alain Dubois, dont le succes ou la f a i l l i t e dlpendra de 1'impression qu'il fera sur les habitants. Les personnages principaux d*Evade de la nuit, quoiq.u' agissant contre les convenances, eohappent par leurs morts subites £ 1'action punitive du monde qu'ils ont defie. Poussiere sur la v i l l e examine 1'effet de oette punition inevitable et met en scene le second aspect du probleme de l a souffrance accompagne d'un autre moyen d 1evasion. La partieessentielle de l'oeuvre traite de la reaction complexe du medecin en apprenant l ' i n f i d e l i t ! de sa femme. Alain lutte contre ses emotions, son amour-propre bless!, sa jalousie, en oherchant une solution a son dilemme. Sa quete est comme un pelerinage de souffrance par lequel i l est purifie, et qui aboutit a l a comprehension parfaite de l a conduite de Madeleine. II ne voit que deux verites; 1'inconsequence de l'acte, et sa responsabilite envers son epouse: Pour la premiere fois je ressens une responsabilite tres lourde. Je suis engage envers e l l e , sans possibilite de recul. Cet engagement-lk ne m'a ete dicte par aucune l o i , n i par aucune religion... II decide done de 1*aider a atteindre son but et de l a sauvegarder contre la justice divine; i l devient alors son complice. Aux yeux de l a v i l l e , Madeleine restera l a pecheresse, mais Alain sera toujours le plus coupable £ cause de sa laohete apparente. Si l 1intervention des forces morales de la v i l l e d l t r u i t le bonheur de Madeleine, son chatiment et sa mort permettent la juxtaposition - 28 -de deux concepts de justice. Le premier base sur des principes traditionnels et religieux, le deuxieme base sur l a croyance que l a charite est essentielle a conserver la solidarity des humains...s le cure: Personne n'est libre de scandaliser. La liberte ne consiste pas a se soustraire aux loi s naturelles et divines. Dubois: Pour moi l a liberte c'est de pouvoir se rendre au bout de son bonheur.^. l i s representent deux pointsde vue opposes. Ni l'un n i l'autre ne peut elder de terrain et cependant, i l s ont un doute commun que le docteur comprend.. Je suis tortur! de l a meme angoisse que mon ami le vieux pretre. Je ne.sais pas et n'ai aucun moyen de savoir si.l'ame dont je me suis charge sera sauvee. La mort de Madeleine transforme son dilemme personnel en dilemme social. II se resigne a ne pouvoir decouvrir le vrai sens de la l i b e r t ! ou de la justice et i l remplace ces inquietudes par 1'acceptation et le desir de maintenir sa nouvelle perception de la souffrance humaine. II imitera le vieux docteur Lafleur: Au chevet du malade, je n'accepte jamais, je lutte aussi dans l a vie chaque fois qu'il m'est possible. Je suis toujours battu.. Mais je continuerai jusqu'a. la mort. Ma f o i ne m'empeche pas d'aimer assez.les hommes pour les soustraire quand je peux a ce que vous considerez comme 1*injustice divine. 0 Poussiere sur la v i l l e souligne le moyen de s'adapter k 1 'injustice, tandis que le roman suivant isole le probleme--meme de 1 *injustice. Les deux premiers romans de Langevin ont represent! l a r!volte de l'homme contre sa condition humaine, impos!e par les loi s temporelles autant que spirituelles. Le temps des hommes expose la - 29 -perte du desir de puret! absolue ohez le jeune pretre. C'est le p e r i l que Pierre Boisjoli"'""'' evite, en se r!voltant avant d'entrer au seminaire. En remplissant les fonctions de son ministere Pierre Dupas se trouve au chevet d'un enfant malade. Malgr! ses prieres ferventes, 1'enfant meurt. Le jeune pretre voit cette souffranco comme une mani-festation d'injustice divine contre laquelle i l doit se revolter. En niant a i n s i la redemption, i l trahit son sacerdoce: J'ai n i ! l a redemption. J'ai d i t i. Dieu:. les souffrancos de 1'enfant sont inutiles, i l est pur et Vous le torturez en vain. Je ne crois plus en la redemption, je crois a l 1 i n j u s t i c e . Guerissez-le.^ Non seulement se re v o l t e - t - i l contre l'absolu mais i l essaye d'imposer son jugement d'homme: C e t a i t me mettre a Sa place, guerir a Sa place, decider pour Lui du juste et de 1'injustice.^ Ayant quitte son etat privilegie de pretre,Dupas rejoint l'homme et tente de repartir au niveau le plus humble, pour a l l e r vers Dieu. Mais pendant les dix annees qu'il passe a t r a v a i l l e r oomme bucheron, loin de la c i v i l i s a t i o n , i l reste inactif par lachete. En avouant sa trahison a Laurier, un compagnon de tra v a i l qui vient de commettre un meurtre, Dupas devient son a l i i ! . Laurier comprend ceci et i l se sert du cure pour mieux etablir une oomplicite entre eux a f i n d'abolir l a pire consequence de son acte, l a solitude morale. Leur complicity offre une autre espece d'avantage au cure. II est l i b e r ! de sa peur, 'De 1'enfant & Laurier l a boucle se ferme'. 1 4 Par leur nouvelle fraternite i l retrouve son u t i l i t ! . Ce nouveau sentiment d'espoir n'est que d'une courte dur!e et disparait avec l a mort de l'etre fraternel. 'Un lien venait d'etre - 30 -coupe entre l a vie et lui 1 . " * " 5 La marque ineffasable du sacerdoce sur son ame ne l u i permet pas d'etablir un contact fraternel avec l'humanit!. Pour l'etre p r i v i l ! g i ! i l n'y a pas d'evasion hors des voies prescrites, pas de projets d'une nouvelle existence, Les trois romans de Langevin offrent deux solutions £ l'individu a la recherche des valeurs essentielles qui seules pourraient donner un sens a la vie. L'amour ne se montre qu'un recours passager. Cherteffe s'lvade de la nuit de son existence dans l'amour, mais des que ce dernier vierrt £ l u i manquer, i l se tourne vers l a mort. La deuxieme voie, le sens de l a solidarity humaine qui vient en travaillant pour l a fraternit! universelle ne reussit £ convaincre l'auteur que momentanlment. L*!chec de Pierre Dupas, qui n'arrive pas £ s'affirmer comme membre de la frater-n i t ! , signals le mlcontentement de l'auteur. L'idle de la s o l i d a r i t ! frater-nelle ne l u i s u f f i t pas puisque sa premiere exp!rience dans Le temps des  hommes souligne son cote exclusif plutot qu'universel. Pour Langevin le probleme de 1'existence demeure encore une enigme dont i l devra continuer £ chercher le mot. * * * Suivant l'lvolution de la pensee des ecrivains qui cherchent une solution a l'inqui!tude de l'homme £ l*!gard du sens de son existence, Robert E l i e doit compl!ter Langevin. Comme Giroux, Elie est guid! par une croyance orthodoxe, mais dans sa doctrine de fraternisation i l f a i t une distinction entre 1'influence d'origine religieuse et celle d'origins laique. - 31 -La confiance que respirent ses oeuvres 1^ o f f r e un contraste marque k la consternation de Langevin. Aveo lucidite E l i e remonte aux sources de 1' inquiltude bouleversante de ce dernier et l a p lneVtre pas k pas. La f i n des songes comme l'indique le t i t r e , r l u s s i t k trouver le mot de 1*enigma dans le terme 'avenir'. II su f f i t d'un j o u r , eorit apres sept ans de reflexion, reaffirme la confiance en son reve de frater-nisation. Comme Langevin, E l i e debute par le drame de l'epuisement inter ieur ehez l'homme intensement introspect i f et,. par extension celui de 1'extrovert. Le premier de oes types 1? d'une extreme s e n s i b i l i t l , est mal equip! pour affronter l a vie. Son grand mainour est d'etre seul et de se refuser k toute communication exterieure. En contemplant son enfant £g!e de huit ans, Marcel recommit en elle les memes tendances ainsi que leurs dangers J E l l e accueille avec joie 1'instant qui vient mais d!j£ i l recommit en elle une insondable r!signation et i l craint qu'au premier refus elle ne renonce pour toujours k ce que l a vie l u i d o i t . 1 8 C'est la prediction de sa propre !ch!ance mais sa l u c i d i t ! , ironiquement# n'a de valeur que pour les autres. Marcel est l'homme inactif, n'ayant jamais ressenti d'assurance, toujours angoiss! et sans espoir. II cherchera un sens a l a vie, mais l'incapacit! de soutenir ses droits fera de l u i l ' l t e r n e l i nsatisfait qui attire l a p i t i ! , mais avec qui l'amiti! ne peut survivre. Son ami Bernard est sa contre-partie fortun!e a qui 'toute a c t i v i t ! apportait du p l a i s i r ' 1 ^ et qui aux yeux de Marcel ne connaissait jamais l'inquiltude. Selon Bernard, sa vie se composait d'une serie d*!v!nements - 32 -qu'il devait ehercher si dominer. Et le meme monde qui effarait Marcel jusqu'a l'i n a c t i v i t e l u i s i g n i f i a i t , 'La pate humaine... II s'agit d'apprendre & l a p l t r i r , car elle offre parfois des consolations I , 2 < ^ Ces deux personnages de temperaments s i dissemblables font l'explrience de l'angoisse. Pour Marcel ce n'est que 1*amplification d'un f a i t de sa connaissance qui depuis longtemps monte lentement vers son point culminant. L'lpreuve arrache Bernard a son train habituel et le detourne de l'habitude de ehercher a tout propos son p l a i s i r : Je m'apercois que je me laisse conduire par les circonstances et je m'en inquiete au point de ehercher un sens a l a vie.21 II reagit a l a maniere de l'homme d'action, sans epouvante mais avec l a determination de deeouvrir ce qui l u i manquait auparavant. Les causes de son inquietude sont exterieures et quand elles parviennent a le degouter, i l se detourne et dirige ses energies vers d'autres interets plus dignes de son attention. De nouveau, et avec satisfaction, en retrouvant sa confiance i l se prouve qu'il est l'homme fort, capable de dompter les eVenements dans 1'action et dans le concret. Tandis que Bernard trouve que 'la vie parait belle justement parce qu'il ne sait pas ou i l va', 2 2 Marcel s'est toujours senti battu par cet element d'incertitude dans l a vie. L'amitie de Bernard l'a soutenu durant leur jeunesse. Pendant l a guerre quand i l du perdre le soutien que la compagnie de Bernard l u i procurait, Marcel s'est marie 'avec un peu d'espoir mais aussi par lassitude et par crainte de se retrouver seul.* 2^ La f i n de la guerre marque le retour du seul ami qu'il a i t jamais eu, mais non le retour des liens de leur amitie. Solitaire, Marcel se retire en lui-meme et se refugie dans ses songes. Son journal est un - 33 -monologue interieur ou i l disoute les problemes qui le tourmentent: Je dois toujours m'appuyer sur le r l e l , ne proceder par 1*experience, n'esperer de lumiere que par des contacts avec d'autres etres surtout ceux qui m'entourent.^4 Me*me l a confrontation interieure de ses soucis l'epuise physiquement de sorte que, quand le moment arrive de mettre ses principes el l'epreuve, i l se heurte a l a peur qui est plus forte que ses intentions: La realite me f a i t done toujours peur quand elle me rejoint au bout de mes songes.^5 Une seule f o i s , r e u s s i t - i l el surmonter cette peur. II considlre Louise comme le moyen de remplir sa destinee d'un seul coup. Le mepris de l a jeune f i l l e sonne le glas de son espoir. Marcel se retrouve irremediable-ment seul, parce qu'il n'y a pas de mesure commune entre l'amertume de l a jeune f i l l e et son angoisse. Cette derniere fois la vie l u i f a i t comprendre l ' i n u t i l i t e de ses efforts pour s'evader. Se trouvant sans reves, sans projets, i l ne peut s'accepter et i l n'a plus d'autre desir que de terminer sa vie par un suicide. La f i n des songes revele trois attitudes diffSrentes en face de 1'avenir. L'idee de Bernard est irreflechie car e l l e ne signifie que le prolongement de sa vie quotodienne et n'inclut pas de vie future. Pour Louis, ami commun de Bernard et Marcel, la vie est intimement l i l e au concept d»immortalite de l'ame et de providence divine: Je ne sais qu'une chose, l a vie serait impossible sans la presence de Dieu, et comme je vi s , je ne puis pas ne pas croire en Dieu.^ Sa f o i tout simplement rend 1'incertitude ou l a mefiance en 1'avenir inconcevable. - 34 L'intelligence de Marcel, qui doit a l l e r au fond des choses, le contraint a examiner les deux attributs de l'avenir. Son explrienee de la vie suff i t a l u i demontrer le non-sens d'une confiance aveugle dans la qualite de l'avenir terrestre. Le corollaire de cette deception est la negation de 1'existence de Dieu et par suite, d'un avenir immortel: On ne rejoint la vie, on ne l a possede que si on en prend conscience, mais s i el l e nous echappe au premier moment de reflexion, n'est-ce pas le signe qu'elle a moins de reali t e qu'on ne croit et que Dieu n'exists pas? 2 7 Cette refutation n'est certainement pas irreflechie. Par consequent la tragedie de Marcel s'explique par le f a i t que, perdu dans la fondriere de ses reflexions,touts esperance l u i echappe. De son vivant, i l n'a pu ni dissiper n i communiquer ses tourments. Mais sa mort violente en est le temoin eloquent et ineffacable. E l l e demontre a ses intimes l a necessite de combattre l'inertie de l'egoisme en faveur d'une identification avec les membres d'une societe. Cette verite est comprise par Bernard a l a suite de sa lecture du journal de Marcel et i l profite de la lecons II serait s i f a c i l e de s'abandonner a ces voix consolatrices qui enseignent la pi t i e de soi-meme et de se dire que l'angoisse des autres n'est . qu'une i l l u s i o n , une malheureuse i l l u s i o n certes, mais qu'il ne faut tout de meme pas prendre pour une realite.2® Danger auquel i l ne succombera plus car l a nouvelle de la mort de Marcel l'a arrache definitivement a lui-meme pour l u i permettre de rejoindre les autres. La f i n des songes, avec ces dernieres reflexions de Bernard, se termine sur un ton encourageant. C'est une declaration de f o i dans les chances de succes qu'offre l a fraternite. C'est surtout dans ce role fraternel que l'homme d'action reussira dans l a plus grande mesure, - 3 5 -a u t i l i s e r ses pouvoirs latents pour faire le bien. Quoique.. II s u f f i t d'un jour reaffirme l a confiance de Robert Elie en l a fraternisation, l'ardeur du premier enthousiasme se montre un peu temperee. Tout en demontrant les difficulties inherentes a son applica-tion, Elie montre que l a necessite de pratiquer l a fraternit! affirme son autorite. Les evenements se deroulent a Saint Theodore, 'village de proprietaires, paroisse de possedants' ,^». le monde en miniature. Trois personnages s'y meuvent, mal integres a ce milieu ou dans 1'ensemble la mediocrite des etres l'emporte. II y a le jeune cure qui cherche el comprendre ses nouveaux paroissiens afin de pouvoir leur venir en aide; Elisabeth qui s'efforce intuitivement d'echapper au mensonge de son milieu; Charlie, vieux rentier a i g r i , qui s'en tienta part en raison de la place d*observateur qu'il a choisie. Les deux premiers seulement auront l a perseverance de proceder jusqu'au bout et de suivre l a voie qui leur est indiquee par leurs convictions. Cependant, meme derriere le regard incredule de Charlie, i l y a aussi de l'anxiete dans l'interet du rentier pour ce qui se passe, •comme s i des reactions aussi spontanees l u i eussent permis pour la premiere fois de mesurer la portee de ses observations.' 3 0 Tout ce que le vieux retraite demande a sa perspicacite c'est le p l a i s i r de regarder vivre les autres et de se trouver au centre de toutes les vilenies. II a reus s i £ se convaincre qu'une part active dans l a vie l'aurait abaisse au niveau des autres, quand en verite c'est la lachete qui 1'empeche d'y participer. Son sang-froid s'ecroule lorsqu'il se trouve involontairement. compromis dans un complot de meurtre. Ses voisins, qui jusque-la avaient admire son intrepidit! maligne, regarde sa frayeur sans p i t i e . Pour Charlie la vie est morte et, ' i l oomprit qu'il ne trouvera pas en lui-meme 31 le peu qu'il faudrait pour alimenter son avare passion de voyeur.* Les villageois le rayent des cadres de leur societ! parcequ'ils ont enfin reconnu combien peu i l leur ressemble. Le village se mefie aussi du nouveau cure. N© d'une famille ouvriere, i l ne sait pas travailler de ses mains et n'a pas le sens de la propriete; on le traite done en etranger. Soutenu par un sens profond de la solidarite humaine et chretienne, Pierre, le cure, en vient a acquerir une vue exacte de sa mission malgre 1'attitude respectueuse mais soupconneuse de ses paroissiens. II suivra le conseil de son predecesseur ... i l ne s'agit pas de se demander ce qu'on doit faire,_mais de faire de son mieux, au jour le jour, et de s'arranger avec le caractere que Dieu nous a donne.^2 Cette voie ne l u i promet que de nouvelles d i f f i c u l t 6 s , car i l l u i faudra se heurter a des hommes comme Justin, le marguillier, 'le maitre absolu du necessaire.' Le projet d'obtenir une salle paroissiale sera surement contrecarre par Justin qui le considere comme superflu, alors qu'aux yeux du cure i l represente un moyen de c r i s t a l l i s e r la vie de l a communaute. Malgre tous les obstacles possibles le cure n'hesitera plus. A. son avis l a fraternite est aussi un moyen de sanctification, qui peut etre r i a l i s l e non seulement par l a priere en commun mais aussi par la joie partagee. Sa confiance est tiree de l a parole de l'evangile qu'il choisit comme theme d'un sermon: 'Quand vous serez reunis, Je serai parmi vous." Elisabeth devra trouver les bienfaits de la fraternite en dehors de cette paroisse qui ne l u i a montre que mensonge et sentiments equivoques. En l u i cachant les faits de sa naissance le medecin et sa 37 soeur croyaient agir pour le mieux, mais l a jeune f i l l e f i n i t par se re volter contre leur faiblesse: El l e venait d'apprendre qu'il f a l l a i t k tout prix sortir du mensonge et al l e r au devant de l a v i e . 3 5 E l l e se rend compte que le premier pas est le plus d i f f i c i l e . Meme s i son village ne 1'attire pas sentimentalernent, i l a tout de meme rempli les fonctions de pays natal, service unique et irremplacable. Sa fuite l u i enleverait le droit de sentir qu'elle en f a i t partie. Momentanement la pleine portle de sa decision l'accable. Elle n'envisage que l'isolement de sa position et un avenir vague, menacant done. Instinctivement, Elisabeth a recours au cure, sachant que sa maniere de penser n'est pas conforme k celle du village. II ranime son courage avec le conseil que, "Ce n'est pas l a 36 vie qui est terrible mais l'orgueil des hommes." Elisabeth est trop jeune pour sais i r toute l a pensee du cure, mais son attitude sympathique s u f f i t pour l a remettre sur la bonne voie. Elle accepte le mot d'ordre du cure, et elle recommit l a necessite d'avancer et de faire face a la vie. Pour le cure c'est l a seule facon d'arriver a aimer son prochain, pour l a jeune f i l l e ce n'est qu'un moyen opportun d'evasion. Toutefois, l a comprehension instinctive qui s'est etablie entre ces etres, laisse entendre qu'ils sont des ames soeurs, et qu'avec le temps Elisabeth aussi cherchera k atteindre 1*ideal fraternel. En soulignant de nouveau cet ideal de fraternite annonce dej£ dans La f i n  des songes, Elie examine son effet bienfaisant avec circonspection. En tout premier l i e u , l ' S c r i v a i n semble vouloir distinguer entre l'amour fraternel laique, dont Bernard 3 7 et Elisabeth 3 8 sont les champions, et - 38 -un amour f r a t e r n e l au sens r e l i g i e u x , q u i s e r a i t l a c h a r i t e c h r e t i e n n e . En e f f e t l a d i s t i n c t i o n n'est pas nettement e t a b l i e puisqu'on sent que l e second d o i t inevitablement mener au premier. L'impression generale qui se degage d ' l l s u f f i t d'un j o u r o'est que seulement quelques elus parviendront a. l'amour f r a t e r n e l , e t que l e s etre s mediocres n'y a r r i v e r o n t jamais. Le cure et E l i s a b e t h y r e u s s i s s e n t parce que ce sont des e t r e s a. p a r t , q u i n'appartiennent pas au m i l i e u dans l e q u e l i l s v i v e n t , E l i s a b e t h par sa naissance i l l e g i t i m e , l e c u r l par sa vo c a t i o n . - 39 -Chapitre 2: Notes. 1. Andre Langevin, Evade de l a nuit, Ottawa, Le Cercle du Livre de France, 1951. Andr! Langevin, Poussiere sur l a v i l l e , Ottawa, Le Cercle du Livre de France, 1953. Andre Langevin, Le temps des hommes, Ottawa, Le Cercle du Livre de France, 1956. 2. Andre Langevin, Evade de la nuit, Ottawa, Le Cercle du Livre de France, 1951. 3. Ibid., p. 19. 4. Ibid., p. 32. 5. Ibid., p. 148. 6. Ibid., p. 186. 7. Andre Langevin, Poussiere sur l a v i l l e , Ottawa, Le Cercle du Livre de France, 1953, p. 73. 8. Ibid., p. 162. 9. Ibid., p. 175. 10. Ibid., p. 127. 11. Roger Lemelin, Pierre le magnifique, Paris, Flammarion, 1953. 12. Andre Langevin, Le temps des hommes, Ottawa, Le Cercle du Livre de France, 1956, p. 146. 13. Ibid., p. 147. 14. Ibid., p. 158. 15. Ibid., p. 230. 16. Robert E l i e , La f i n des songes, Montreal, Editions Beauchemin, 1950. Robert E l i e , II s u f f i t d'un jour, Montreal, Editions Beauchemin, 1957. 17. La f i n des songes. 18. Ibid., p. 12. 40 Chapitre 2: Notes. 19. Ibid., p. 108. 20. Ibid., p. 79. 21. Ibid., p. 107. 22. Ibid., p. 75. 23. Ibid., p. 61. 24. Ibid., p. 151. 25. Ibid., p. 196. 26. Ibid., p. 187. 27. Ibid., p. 188. 28. Ibid., p. 253. 29. Robert E l i e , II suffit d'un jour, Montreal, Editions Beauohemin, 1957, p. 50.. 30. Ibid., p. 20. 31. Ibid., p. 185. 32. Ibid., p. 142. 33. Ibid., p. 101. 34. Ibid., p. 102. 35. Ibid., p. 152. 36. Ibid., p. 163. 37. La f i n des songes. 38. II su f f i t d'un .jour. - 41 -CHAPITRE 3  Vue d'ensemble et conclusion Au Congres des ecrivains canadiens d'aout 1959, l'un des membres du groupe deplorait le caractere disorient! des oeuvres l i t t e r a i r e s du Canada anglais. Cette personne, elle-meme de langue anglaise, affirma que le deplorable etat du roman anglais est du en grande partie au f a i t que les ecrivains n'ont pas d'ennemis contre lesquels lutter. De plus, elle affirma qui'elle aurait prefer! etre elle-meme Canadienne francaise afin de donner a ses oeuvres un caractere plus riche d 1emotivit!. Cela signifie vraisemblablement qu'elle aurait aim! etre catholique pour pouvoir devenir anti-catholique! 1 Cette critique qui visait plus particulierement les defauts des ecrits du Canada anglais, pose simultanement l a question de l'attitude des ecrivains canadiens francais. Aux yeux de leurs confreres non-queb!cois i l s sont coupables de ne pas a l l e r jusqu'au bout en refusant de se declarer anti-catholiques. Par une t e l l e dlclaration l ' l c r i v a i n tomberait sans doute sur un theme riche en valeur emotive mais qui serait vite epuise. D'ailleurs i l est douteux que le secret du g!nie l i t t ! r a i r e doive n!cessairement se trouver dans 1*anti-religion. II est meme possible qu'en se qualifiant d'anti-catholique, l ' l c r i v a i n canadien francais trahisse son droit de comprendre et d'exprimer l'ame de son peuple. En outre, £ cette epoque de la litterature canadienne francaise i l est de l'avantage de ses !crivains de maintenir leurs qualites nationales: la langue francaise et la religion catholique. Tout comme autrefois ces deux armes ont assur! l a survivance des habitants francais au Canada; aujourd'hui elles peuvent prot!ger sa - 42 -litterature naissante de 1'engloutissement dans le grand creuset americain ou frangais. Loin de se laisser l i e r par le besoin pratique de soutenir la f o i des ancetres, les ecrivains canadiens frangais reussissent a signaler leur mecontentement par divers moyens. l i s se revoltent, sans etre revolutionnaires, en cherchant a effectuer pas a pas une evolution humaine. A cette f i n i l s ne s'orientent pas vers l a condamnation du catho-licisme dans sa t o t a l i t e , mais plutot vers celle de ses aspects trop solide-ment temporalises. Ils sont sensibles au f a i t navrant du passage de l'etat de croyanoe du peuple a un etat de consentement conformiste. Parce que ce conformisme religieux est intimement l i e aux aspirations sociales du pays, les derniers romans decrivent ses effets sur l a personnalite' collective autant qu'individuelle. L'ennemi a. detruire est done la machine sociale, 1*invasion massive d'une culture materialiste et les vices et les abus qui se deguisent sous le masque des prejuges sociaux. Les oeuvres examinees au long de cet essai ont $t$ choisies parce quelles sont representatives du progres de la nouvelle orientation de 1'esprit des romanciers d'apres guerre. Bonheur d'occasion de Gabrielle Roy met en scene le drame de la rencontre de nouvelles forces sociales a l'origine de 1'industrialisation. Deja dans ce cadre ouvrier la souffrance et 1*inquietude naissent et bouleversent le regno paisible de l 1 u n i t e familiale. Ces intrus insinuent l'idee que le bien materiel et l'accession sociale doivent etre places au-dessus de toutes les autres valeurs, dans l'esprit des habitants du quartier. II s'ensuit que par necessite, ce desir apparait comme un esprit de conformisme. Les details du milieu exterieur se multiplient dans les romans - 43 -de Roger Lemelin q u i examine en meme temps d'une maniere plus approfondie l e s e f f e t s du m i l i e u ohez l ' i n d i v i d u . Au pied de l a pente douce a p p e l l e l a m e diocrite une somnolence malheureuse, et marque l e p o i n t d S c i s i f dans l e t r a i t e m e n t l i t t e r a i r e de 1'influence s o c i a l e . Le drame passe i n e v i t a b l e -ment de l ' e x t e r i e u r a 1 ' i n t e r i e u r de l'homme. P i e r r e l e magnifique developpe l e theme de 1'esprit de r e v o l t e chez l e jeune homme qui cherche a posseder son m i l i e u par l a v o i e de 1*ex-perience p e r s o n n e l l e . Le personnage p r i n c i p a l refuse de se l a i s s e r guider par l e s normes acceptees sans l e s a v o i r mises a l ' l p r e u v e . L o r s q u ' i l en a r r i v e r a a l e s accepter ce ne sera pas d'une maniere i r r e f l e c h i e mais en p l e i n e conscience. En somme, Lemelin p l a i d e pour l ' e v e i l de l ' i n d i v i d u , e t en p a r t i c u l i e r pour c e l u i des membres du c l e r g e a f i n q u ' i l s puissent mieux s e r v i r l e s i n t e r e t s du peuple. L'auteur e n t r e v o i t non une c r i s e de f o i mais une c r i s e d ' a u t o r i t e et de l i b e r t ! dont l e remede p r e v e n t i f sera une conduite S c l a i r e e . Lemelin et Roy se ti e n n e n t tous deux t o u t pres d'une force o u v r i e r e dont l a v i e e s t invariablement r e g l e e par l a p a u v r e t l . Andr! Giroux s ' i n t e r e s s e aux r e a c t i o n s d'un niveau plus eleve de l a s o c i e t l , c e l u i de l a b o u r g e o i s i e . Au d e l a des visages p l n e t r e l e s masques de l a convention pour mieux juger de l'etendue du conformisme mediocre e t ses e f f e t s m a l f a i s a n t s . Des l o r s l ' i n t e r e t psychologique entre en j e u elevant l e probleme de 1'inquietude sur l e p l a n u n i v e r s e l . I I ne s ' a g i t p l u s des con d i t i o n s s o c i a l e s au Canada f r a n $ a i s uniquement. Le drame se deroule maintenant dans l e personnage e t p o u r r a i t s'appliquer a t o u t e s l e s s o c i e t e s en t r a i n de s u b i r une e v o l u t i o n i n d u s t r i e l l e . Pour l a premiere f o i s , avec Giroux, l a v i s i o n de l a s o l i d a r i t e - 44 -f r a t e r n e l l e e st i n t r o d u i t e comme reponse ci 1'inquietude de l ' i n d i v i d u q u i cherche a a f f i r m e r l e respect de s o i . D ' i n s p i r a t i o n e s s e n t i e l l e m e n t c a t h o l i q u e , l e s deux romans de Giroux degagent un e s p r i t d'optimisme. I I oppose un es p o i r en l ' a v e n i r , sinon t e r r e s t r e du moins s p i r i t u e l , el l a souffrance et a l a f a i b l e s s e humaine. I I temoigne de 1'effet b i e n -f a i s a n t d'une f o i authentique. Dans l e s romans de Langevin l e probleme de 1*inquietude de l'homme ressemble a c e l u i expose par Giroux dans ses grandes l i g n e s , mais 1'element f o i e s t absent. De tous l e s e c r i v a i n s canadiens f r a n g a i s contemporains Langevin merite l e plu s l e t i t r e de r e v o l t e , c a r i l n'est pas de ceux qui se co n t e n t e r a i e n t d'une reforme i n t e r i e u r e des moeurs. I I f a i t t a b l e rase en renversant l e s v a l e u r s p r e - e t a b l i e s de l a j u s t i c e et de b i e n et de mal, L i v r e a. lui-meme des sa p r i s e de conscience, l ' i n d i v i d u se d i r i g e d'une maniere a c t i v e dans l a d i r e c t i o n de c e t t e l i b e r t e absolue tant d e s i r e e . Le t o n est p a r t i c u l i e r e m e n t a g g r e s s i f dans Evade de l a n u i t et ne se r a d o u c i t qu'avec l a sagesse acquise par 1*experience dans Poussiere sur l a v i l l e et Le temps des hommes. Partant d'un besoin farouche de l i b e r t e - e t de d i g n i t ! p e r s o n n e l l e , l a neoessite de maintenir un l i e n de communication aveo l e grand t o u t de 1'humanitS en a r r i v e & s'imposer non comme l ' u l t i m e s o l u t i o n mais comme l a plus appropriee. La decouverte de l ' e x i s t e n c e d'une f r a t e r n i t e humaine, donne aux personnages une impression d'etre u t i l e s q u i l e s arrache provisoirement au des e s p o i r . Cependant, malgre 1*evolution apparente de l a pensee de Langevin l e probleme de l ' e x i s t e n c e de l'homme est l o i n d'etre r e s o l u pour l u i . L * e v o l u t i o n de l a do c t r i n e de l a f r a t e r n i t e s'affirme davantage - 45 -dans La f i n des songes de Robert Elie par un retour & l'optimisme. L1importance du role de l'homme d'action y est accentuee. II est le maitre de sa destinee parce qu l l ne se laisse pas conduire beatement par les circonstances. En l u i , reside l'espoir du succes d'une fraternite militante a laquelle l'homme faible ou indecis ne peut etre que nuisible. A cet egard, le suicide de Marcel dans La f i n des songes a une valeur toute symbolique; c'est a la fois un echec au niveau personnel et un echec sur le plan social, resultat de la mediocrite. A vrai dire, malgr! sa confiance en 1'avenir et en la fraternisation, Giroux est impitoyable lorsqu'il s'agit de mediocrite ou de lachete. A mesure que l'idee de I'entr'aide fraternelle se raffine dans ses details, certaines conditions requises se manifestent dans son applica-tion. Theoriquement elle demeure universelle,.du moins dans ses effets potentiels salutaires. Pratiquement, ce ne sont que les eius qui seront suffisamment I c l a i r e s pour en profiter. II su f f i t d'un jour souligne ce f a i t et indiqiie en meme temps l'amoindrissement de la confiance sans bornes ressentie par Eli e dans son premier roman. Le theme qui unifie les romanciers contemporains est l'interet qu'ils portent au sort de l'individu trouble par les influences de son milieu. Dans le traitement de ce sujet, les diverses attitudes de ces ecrivains convergent, d'un commun accord, vers l a solution d'une fraternit! active, qui aura toujours en vue le bien-etre commun comme premiere consideration. Mais cette solution est evidemment ideale, et ne pourra pas etre mise en pratique sans qu'on fasse quelques reserves. L'ideal de la fraternite est universel dans son application, tandis que son aspect pratique, qui est l a fraternisation, doit etre 46 -plus exclusif et ne peut admettre at. I 1 administration de son cercle que les individus 'conscients.' Sur le plan religieux ces individus responsables comprennent les pretres dont certains possedent la qualite de confesseur fraternel. D'autres, comme le cure de Poussiere sur la v i l l e d'Andre Langevin, sont malgre leur sacerdoce.. f i l s du peuple avant tout, done exclus du cercle: II n'a pas pi t i e et ne comprend pas la p i t i e parce qu'il est de leur race a eux, dur, courageux et cruel pour les faibles,^ De meme Pierre Dupas dans Le temps des hommes, se voit interdire du cercle fraternel parce qu'il a brise les l o i s sacrees du sacerdoce. Mais alors, meme Langevin, bien qu'il se revolte contre l'ordre etabli dans ses romans, en depouillant Pierre Dupas de l'espoir d'etre utile dans une fraternite laique, tlmoigne de sa f o i en la necessite de maintenir intactes les regies de l'eglise. Andre Giroux f a i t du pretre un individu naturellement doue des qualites de comprehension sympathique. Dans Le gouffre a toujours  soif i l est surtout le confesseur, tandis que le pere B r i l l a r t dans Au dela des visages, est avant tout celui qui comprend l a conduite de Langlet. Son omniscience invraisemblable interprete cette conduite comme un desir d'absolue purete ou, autrement d i t , de sanctification. Giroux mis a part, tous les romanciers ont ramene le pretre au niveau des autres personnages. Ce f a i t est particulierement evident dans II su f f i t d'un jour de Robert E l i e , ou le cure sert a rapprocher les deux niveaux du cote pratique de 1'ideal de fraternisation. Le cure et Elisabeth se reconnaissent intuitivement. Ils demontrent par l£ qu'il y a un lien commun au delei d'une distinction religieuse-laique des membres - 47 -qui dirigent cette f r a t e r n i t l . Sur le plan laique les ecrivains mettent en scene des types varies qui sont aussi importamts dans 1*evolution de l 1 i d e a l fraternel que le type religieux. Pendant que le personnage du pretre 'conscient' demeure statique, celui du laique temoigne d'une evolution parallele a 1'evolution de l a pensee des romanciers. Avec le personnage d'Emmanuel dans Bonheur d'occasion de Gabrielle Roy, l'homme 'conscient' parait pour l a premiere f o i s . Le champ de sa vision est encore limite aux effets tangibles de l a misere sur le mode de vie des habitants d'un quartier ouvrier. Cependant, son nom meme indique symboliquement, que l a solidarite sera atteinte par une attitude semblable a la sienne. Opposes k Emmanuel, qui est avant tout un 'penseur' conscient, se trouvent 'les hommes d'actions' conscients* Jean Levesque dans Bonheur d foccasion, Denis Boucher dans Pierre le magnifique de Lemelin, Jean Cherteffe dans Evade de la nuit de Langevin. Tous trois choisissent 1'evasion comme suite naturelle a l' e v e i l de leur 'conscience.' Le cas de Jean Levesque nous montre 1'evasion du milieu; celui de Denis Boucher, 1'evasion du milieu et de soi-meme; celui de Jean Cherteffe nous instruit tres particulierement sur la negation du milieu en faveur d'une voie personnelle. Des lors le probleme devient celui de l'homme 'conscient' et se deroule totalement a l'interieur de son esprit. Quels que soient leurs modes d'evasion, i l s ne les mlnent pas a bien. Seul, le personnage de Bernard, dans La f i n des songes de Robert E l i e trouve une solution satisfaisante et rationelle au probleme de l'existence de l'homme. Lui aussi est un homme d'action; i l ne devient homme 'conscient' qu'apres avoir lu le journal de Marcel. Done son evolution n'est pas 48 -naturelle, car c'est 1'impact de cette lecture qui l u i f a i t voir l a necessite de s'efforcer de mettre en pratique les principes de la fraternite, Le personnage de l'avocat dans Au dela des visages de Giroux, est interessant parce qu'il represente une classe de professionnel qui devrait logiquement se trouver a 1'avant garde d'un mouvement de fraternisation. Mais malheureusement, en presence d'une justice souvent faussee, le cote faible et coupable de sa nature, annule.. a la longue ses tendances a la sympathie, Voila pourquoi l'avocat ne se laisse pas entrainer hors de sa perspective habituelle lorsqu'il considere le cas de Langlet. Les membres de la profession medicale, par la nature meme de leur t r a v a i l , sont les mieux situes pour temoigner d'un interet au genre humain. Pour eux, 1'injustice prend la forme de la souffranco qui accompagne toujours la maladie. L'attitude du vieux docteur Lafleur dans Poussiere sur la v i l l e , reflete l a sagesse de son experience. Sa determination de ne jamais ralentir son combat contre la souffrance, malgre son impuissance devant les cas extremement graves, sert d1exemple au docteur Dubois. Comme son collegue, Dubois ne se preoccupera plus de la question de 1'injustice. II se devouera entierement a. combattre la maladie et l a souffrance. Par la. i l reussit a ecarter ses propres inquietudes et en meme temps i l se f a i t membre laique de l a fraternite. D'ailleurs, a mesure que ses principes evoluent et s'etendent a un plus grand nombre de gens, la distinction religieuse-laique s'attenue. L'ideal devient alors vraiment universel. L'accent n'est plus sur le pretre 'conscient' ou sur le laique 'conscient'; leurs qualites superieures se rassemblent dans le potentiel de l'homme. - 49 -Les e c r i v a i n s de notre epoque ont done c h o i s i l a f r a t e r n i t e comme reponse ei 1 'inquietude et au conformisme etouffant qui les entourent. Ce theme, meme s ' i l signale l ' e f f e t possible d'une influence l i t t e r a i r e europeenne, n'en est pas unesimple i m i t a t i o n . Contrairement & leurs collegues europeens, l e s e c r i v a i n s canadiens viennent d'un m i l i e u riche en t r a d i t i o n r e l i g i e u s e , et v o i l a l a raison pour l a q u e l l e l e concept de l a f r a t e r n i t e , t e l q u ' i l evolue dans le s romans canadiens f r a n c a i s , est nuance de confiance. Cette confiance donne a l a l i t t e r a t u r e canadienne une q u a l i t e qui l u i est propre, et rend ses oeuvres reellement c a r a c t e r i s t i q u e s du peuple. Ce n'est pas neanmoins. une confiance naivement aveugle. A tout moment, l e s e c r i v a i n s mettent en scene l e cote imparfait des moeurs. Aussi, en portant leur a t t e n t i o n sur les pensees les plus intimes de l ' i n d i v i d u , f o n t - i l s prendre £ leurs compatriotes une conscience plus exacte de leur o r i g i n a l i t e et de leur p o t e n t i e l humain. I l s exaltent ce sentiment nouveau et par ce f a i t leurs romans sont symptomatiques d'une transformation s u b t i l e des moeurs, en meme temps que teinoins eloquents de l a maturation i n t e l l e c t u e l l e de l a pensee du Canada de langue francaise. 50 Chapitre 5; Notes. 1. Sam Abramovitch, "Les ecrivains et leurs attitudes," Situations, no. 9 (novembre 1959), p. 27. (Traduit de 1'anglais par Suzanne Me1o che•) 2. Andre Langevin, Poussiere sur la v i l l e , Ottawa, Le Cercle du Livre de France, 1953, p. 165. - 51 -" BIBLIOGRAPHIE 1. ROMANS CITES E l i e , Robert. La f i n des songes. 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