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Romain Rolland par Joy Gertrude Palmer Wilson Wilson, Joy Gertrude Palmer 1941

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- ROMAIN HOLLMD -par Joy Gertrude Palmer Wilson A, Thesis Submitted for the Degree of MASTER Off ARTS In the Department of THE unVEBSITT OF. BEITISH COLUMBIA SEPTEMBER - 1941 Modern Languages - TABLE m M&TIERES -•I. BTIEODUCaJau Page 1. I I . TIE >' 4. III. OEUYEES « 20. IV. P H U J O S O P E H " « 39. V. CONCLUSION " 48 BIELIOGRAPHIE a-b-o-d-e-I. INTRODUCTION". Les Espagnols ont un proverbe "Todo prin c i p i o es d i f i c i l " — et apres;une ^ tude, neanmoins s u p a r f i c i e l l e , des oeuvres de Romaln Rolland, je sens vivement l a verite profonde de ce morceau de sagesse coneentree. Vraiment, tout commencement est d i f f i c i l e et i l n'est r i e n de plus c l a i r dans 3es oeuvres de Holland que l e f a i t de son appre-ci a t i o n del*importance du commencement de sa carriere. Son mot " l a l u t t e " est expressif de tout ce q u ' i l y a de d i f f i c u l t e et de resistance q u ' i l aborda dans sa propre vi e . I I nous montre au moyen de ses e'erits une maturite extraordinaire d'&ie et une se n s i b i l i t e ' aux courants sociaux, economiques et psyeologiques autour de l u i . Sa jeunesse, grise, pres du s o l , sans l o i s i r pour l e developpement des amenites de l a c i v i l i s a t i o n , e t a i t accablee par l e pessimisme d'une bourgeoisie moribonde. La l u t t e cnez l u i ressembla a une b a t a i l l e vivement exageree par l a force de son imagination et rendue penible par sa se n s i b i l i t e extreme. I I fut inevitable que sa philosophie, formee comme e l l e e t a i t , parmi ;les influences contradictoires de l a vie moderne, fut e l l e -meme contradictoire, inachevee, enigmatique, Sa f o i en 1'esprit d'amitie, et en le pouvoir qu*a cet esprit d'unii? les nations, d'eteindre l a flamme de l a haine, seduit tous les Stres de bonne volonte - mais i l ne manque pas ceux qui trouvent cette f o i non seulment impraticable ; mais que Holland lui-meme est trop doux et g e n t i l et que ses qualites ne sont pas celles qui feront respecter l a justice. Les premiers cinquante ans de l a vie de Remain Holland se passerent en une obscurite presque complete. I I y a guere un a r t i s t e de nos jours qui t r a v a i l l a i t dans un t e l isolement ou qui recut s i peu de reconnaissance. Son t r a v a i l pendant ces annees fut, neanmoins, enorme et les ecrits de cette periode constatent sur leurs pages, sa lut t e avec les forces interieures qui dechiraient son ame. Apres son succes, b r i l l a n t et incontestable, ses idees fondamentales fomentaient beaucoup de polemique, bien qu'elles ne se fissent conna"itre qu'au monde en armes dirige vers sa destruction. , De dire que sa vie fut tragique est peuiretre banal, quoique l a tragedie n'exista*t pas en les choses exterieures mais dans un esprit peniblement sensible au moindre cas d*injustice ou d'oppression. Son industrie incroyable, pendant les annees d'obscurite, l o i n d'etre perdue, ba t i t une fondation, qui, grace a son energie morale, r e s i s t a aux tempetes de l a guerre qui ravagea l'Europe. Sur cette fondation on eleve un monument "au-dessus de l a 3. melee" auquel les esprits l i b r e s peuvent se tourner parmi l e tumulte du monde. * . Depuis l ' e c r i t cite" plus haut, l a seconde guerre mondiale eclata; neanmoins, je ne erois pas q u ' i l soit necessaire de changer un mot. I I nous faut, pourtant, esperer que l a melee actuelle produira encore des plumes aussi puissantes que cel l e de Romain Rolland. I I . VIE. I I est f a i t mention par Lucien Price que dans une conver-sation avec Romain Rolland, ce dernier d i t , a propos de sa jeunesse, "Chez nous, nous eumes de lamuslque, et excepte cela, peu de nourriture pour l'ame. Poesie; pas du tout. La politique; oui, mais e l l e ne donne pas de sat i s f a c t i o n . La peinture; rien. Ce que nous eumes, ce f u t un amour pour l a Terre, tres sain et salutaire. Pas seulement parcequ'elle fut l a maniere de gagner l a v i e , mais cet amour fut aussi un sentiment, meme humoristique. L'art ne peut pas s'accrcatre que de l p i s i r . La culture francaise n*est pas le produit des universites, mais d'une e l i t e des salons. Dans ma jeunesse cette culture fut impregnee de pessimisme - une "bourgeoisie moribonde" ^ Les premieres annees de sa jeunesse se passerent dans l'ombre de l a defaite de 1870 et i l n'est pas d i f f i c i l e d'imaginer le pessimisme de ce temps-la. La v i l l e de sa naissance fut Clamecy. I I fut ne le vingt-neuf janvier 1866, l'an de l a b a t a i l l e de Sadowa j dans (1) Price, L . , "Romain Rolland Converses", A l t a n t i c , Mo. V.156, p.728. 5. le volume "Antoinette" i l nous montra l a vie d'une t e l l e v i l l e . La maison, tres v i e i l l e , fut situee sur l a r i v e d'un canal. Ses parents, de l a bourgeoisie,.tres respectes, ne montrerent pas rien de remarquable dans leurs caracteres. Son pere, avocat, fut un des notables de l a v i l l e , et sa mere, femme pieuse et serieuse, se devoua a ses deux enfants, Romain, garc^on delicat, et sa soeur, Madeleine plus jeune que l u i . L1atmosphere de l a vie quotidienne fut calme et t r a n q u i l l e , mais chez les parents i l y exista les contrastes s p i r i t u a l s ayant leurs racines dans l ' h i s t o i r e de l a Prance. Des contrastes pas encore com-pl^tement reconciling. Du cote du pere, les ancetres de Rolland furent les champions de l a Convention Rationale, partisans fervents de l a Revolution, et pour leur f o i quelques uns d'entre eux donnerent leur v i e . Du cote de sa mere i l h e r i t a 1*esprit Janseniste, l e temperament d'investigation de Port R o y a l . ^ A i n s i , par ses deux parents, i l fut doue des tendances vers une f o i vive en ideals contradictoires. En Irance cette rupture ehtre l a f o i religieuse et l a passion pour l a l i b e r t e est entrelacee dans son h i s t o i r e depuis des siecles. L'union de ces deux forces produit l , A r t i s t e . Tres t o t , i l d^couvrit l a musique. Sa mere l u i enseigna l e piano et ce langage, sans paroles, f u t , pour l u i , l e moyen de depasser les bornes imposdes par l a nationalite. La musique fut sa premiere priere aux forces primitives'de l a vie. I I ne fut pas longtemps avant q u * i l eut trouve 7 Beethoven. L'autre saint de sa jeunesse - Shakespeare -(2) Zweig, 5. "Romain Rolland", p. 4. appartint aussi a tin pays etranger. Avec ses premiers amours, a son insu, l e gareon enjamba deja les limites de l a nationalite'. Comme i l arrive souvent, nous voyons une grande vie bourgeonnante avec de grands A reves. Ayant appris l e plus possible du college dans l a v i l l e de sa naissance, ses parents ne voulurent pas l'envoyer seul a Paris; et avec une abnegation herofque, i l s deeidlrent de s a c r i f i e r leur propre tran-q u i l l i t e . Le pere re*signa gt sa position, independante et lucrative, comme notaire (laquelle f i t de l u i un personnage dans l e monde de Clamecy), pour etre un des employes nombreux d'une banque parisienne; l a maison familie*re, l a vie patriarcale, furent jetes de cote pour que les Hollands pussent s u r v e i l l e r 1*education de leur cher f i l s dans l a grande c i t e . Toute l a famille s'interessa aux interets de Romain, et a i n s i , 11 apprit de bonne heure ce que beaucoup d'autres n'apprennent pas avant leur maturite' - l a responsabilite'. ^ Ses etudes, commencees au college de Clamecy, souffrirent peu d'interruption. I I les continua a Pa r i s , au lycee Louis-le-Grand, ou i l eut pour camarade Paul Claudel, auteur futur de "Annonce f a i t e \ Marie". Tous les deux romantiques, wagneriens, revoltes contre les conventions bourgeoises, Rolland et Claudel dWient intimement lie's. Au sortir de l a classe i l prenaient le cheroin des ecoliers, en perorant interminable-ment sur l a poesie et sur l a musique. Rolland voulut suivre l a carriers musicale et sur ce sujet i l e c r i t - "Cependant, je concevais toujours (3) Zweig, op. c i t . p.6 l'union des formes d'art; i l est bien possible que je serais revemi a l a " ' - • ' ' (4) poesie par le-drame musical." . Son pere l e destina a I'Ecole polytechnique. On p r i t un trimestre moyen et on decida en favour de I'Ecole Normale, ou i l fut recu en 1886. Maurel (un anti-Holland), dans l e Mercure de France J exprima 1*opinion que Rolland est un produit typique de I'Ecole Uormale et de'clara que I'Allemagne regnait supreme sur l a haute education francaise et produisit son t y p e . ^ Ce critique e t a i t tres amer en 1917, sans doute a cause de l a position saine et juste prisepar Rolland. Pendant les t r o i s decades passees, les deux compagnons suivirent les chemins de f o i et d'esprit tres differents, et i l s c u l t i -verent les ideals divergents. Les pas de Claude1 avaient ete diriges vers l a cathedrale mystique d'un catholicisme passe. Rolland progressa a" travers l a France et plus l o i n que cela, vers 1*ideal d'une Europe .., (6) l i b r e . L'etoile des reves de ces deux jeunes ames fut Richard Wagner qui, en ce temps-lsi, enchantait Vesprit de l a jeunesse francaise. Quant a Rolland, ce ne fut pas simplement Wagner l ' a r t i s t e qui e t a i t l'auteur de cette magie, mais Wagner l a personalite poetique et universelle. Les jours au lycee passerent tres v i t e et sans beaucoup de p l a i s i r . Le changement de l a t r a n q u i l l i t e romantique de Clamecy a Paris, l a v i l l e aigrement r e a l i s t e , fut trop brusque. Au garcon, tres impres-sionable, l a v i l l e put seulement l u i montrer ses dents, etaler son indifference, temoigner l a ferocite' de son rhythme. Ces qualites f i r e n t (4) Seippel, "Homain Rolland", p. 23. (5) Mercure de France, v. 123, p. 5, 1917. (6) Zweig, op. c i t . p.9. 8. monter dans son esprit un sentiment qui approcha a l a crainte. Son refuge contre ses peurs fut l a musique, et une joie rare pour l u i fut d'etre present, l e dimanche, au concert populaire quand l a musique exerca sa magie sur son esprit. Avec quel cliarme nous f i t - i l comprendre cette magie dans Antoinette. Shakespeare aussi r e t i n t son pouvoir sur le jeune homme puisque ces caraeteres se montraient sur l a scene et jouaient sur ses emotions. I I donna au dramatiste toute son ame, mais i l paya ses joies. "T'etais comme ivre pendant un ou deux ans, comme l a terre devient sursaturee apres une inondation." I I f i t f a i l l i t e de ses examens d»entree deux f o i s , grace a sa preoccupation avec Shakespeare et avec l a musique. Ensuite i l trouva un troisieme maitre, Spinoza, liberateur de sa f o i . I I l e rencontra un soir passe seul a l'ecole. La lumiere g e n t i l l e de cet i n t e l l e c t u e l influenca l'ame de Rolland pendant toute sa v i e . Ce rapport avec Spinoza ar r i v a pendant une periode de tempete d'arne, une crise lintelleetuelle. et intense, douleureuse durant cinq annees, de 1883 a 1888. Ce n'etait pas pour l u i simple jeu d'esprit,mais necessite v i t a l e . I I e t a i t a l a recherche d'une certitude sur laquelle i l put fonder sa vie et i l ne trouva pas cette certitude. Apres avoir passe', pendant sa premiere annee d'Ecole Hbrmale, par un etat de mysticisme quasi bouddhique, a l a f o i s tres lucide et tres intense, i l e c r i v i t en 1888 une sorte de confession philosophique i n t i t u l e s "Credo Quia Verum." S i cet e'crit est un jour publie', i l donnera peut-etre l a c l e f des idees fondamentales de Remain Rolland, (7) Zweig, op. c i t . , p.9. lesquelles demeurent, pour nous, du moins, un peu enigmatiques encore. A propos de cette oeuvre, Zweig ec r i t "Ceci est un document remarquable, un testament s p i r i t u e l , une confession morale et philosoph-ique." E l l e reste inedite, mais, un des amis de Rolland qui l a v i t , nous assure qu'ellB contient les elements essentiels de sa perspective du monde. Concue dans 1'esprit de Spinoza, basee, pas sur "Cogito Ergo Sum," mais sur "Oogito Ergo Est," Rolland bat le monde et y et a b l i t son Dieu. Qjuoique, pendant ses annees a I'Ecole Normale, l' i n t e r e t p r i n c i p a l de Rolland fut dirige"'vers l a pb.ilosoph.ie, quoiqu'il fut un e^budiant diligent des philosophes pre^-Socratiques de l'ancienne Grece, des Cartesians, et de Spinoza; neanmoins, i l choisit pendant l a seconde annee de son cours (ou bien on l e guida sagement pour fair e ce choix), l ' h i s t o i r e et l a geographie comme ses sujets principaux. Le choix fut heureux et dec i s i f pour le developpement de sa vie arti s t i q u e . I c i i l apprit a envisager l ' h i s t o i r e universelle comme un flux et un reflux etemel des epoques, dans lesquelles hier, aujourd'hui et demain ne forment qu'une seule entite^vive. I I apprit a prendre un point de vue l i b e r a l et i l acquit sa capacite*preeminente de donner de l a vie a l ' h i s t o i r e . " I I n'y a pas un ecrivain createur de nos temps qui possede une fondation de savoir s i solide, vraie et methodique dans tous les damaines." v ' I I fut a cette periode q u ' i l subit une autre influence au contraire de cell e de pre^-Socratiques et de Spinoza. Avec quelques-uns de ses camarades, i l l i s a i t avec passion les oeuvres du grand s o l i t a i r e (8) Seippel, P. "Remain Rolland", p.26. (9) Zweig, op. c i t . p*13. 10. d'lasnaia Poliana que l e l i v r e de MelcMor de Yogue, "Le Roman Russe" venait de reveler a l a France." "Dans notre petit groupe," d i t Rolland, "ou se trouvaient reunis des esprits re a l i s t e s et ironiques comme le pnilosophe Georges Dumas, des poetes tous brulants de 1*amour de l a renaissance italienne,comme Suares, des fideles de l a t r a d i t i o n des Stendhaliens et des Wagneriens, des athe'es et des mystiques, i l * elevait bien des discussions, i l y avait bien des disaccords; mais, pendant quelques mois, l'amour de Tolstoi nous reunit presque tous. Cnacun l*aimait sans doute pour des raisons differentes, car chacun s'y retrouvait soi-meme; et, pour tous, c'etait une porte qui s'ouvrait sur 1*immense univers, une revelation de l a v i e . " L'influence de Tolstoi fut enorme sur Romain Rolland, sur ses idees morales et esthetiques, sur toute sa conception de l a v i e . Nous en trouvons un temoignage dans 1*etude f o u i l l e e , profonde et vraie jusqu'au fond, q u ' i l consacra au grand ecrivain russe. Les jours de l a classe furent f i n i s . Le vieux problems a l'egard du cnoix d'une profession se presenta encore - un sujet de dis-cussion. Quoique Rolland fut a t t i r e vers l a science, e l l e n'eut pas realise'' les reves cheris du jeune a r t i s t e . Plus que jamais ses desirs se tournerent vers l a litte'rature creatrice et vers l a musique. Rolland resta i n d e c i s i f a l'embrancnement des routes. Alors i l y vint de l o i n un message de l a main adoree de Leon T o l s t o i . Toute l a generation honora l e Russe comme un guide, i l s mi rent leur espoir en l u i comme le symbole incarne"de l a v e r i t e . Durant (10) Rolland, "Tie de To l s t o i " , c i t e par Seippel, p. 29. (11) Seippel, op*' c i t . p. 50., 11. cette aon.ee fut publiee l a brochure de To l s t o i , "Que Faut-il-Faire?", qui mit en accusation l'Art ... avec mepris, i l b r i s a (en pieces?) tout ce qui fut plus cher a. Rolland. Beethoven, a qui le jeune franpais adressa journellement une priere fervente, fut nomme'seducteur sensuel. Shakespeare fut poe"te du .quatrieme rang - un bon a r i e n . Le monde entier de l ' a r t moderne fut de'clare de rebut. Le "Sanctum sanctorum" fut mis au rancart. Aux yeux de Tolstoi l ' a r t moderne n'est qu'uri sepulcre blanchi, - tout en l u i est faussete. Ce qu'on appelle dans notre monde un immense "humbug" (plus tard dans "La Foire sur l a Place", Romain Rolland denonca ce "humbug"). La teiche de l' a r t est de decouvrir et de manifester l a conscience religieuse de l'epoque. L'artiste doit etre done un prophete, et i l n'est digne de l'e*tre que s ' i l est entierement de'sinteresse'', que s ' i l ne recherche pas dans son art son avaritage per-sonnel, que s ' i l est exclusivement un serviteur de l a v e r i t e . Son jugement general sur l ' a r t ne fut pas moins pour Rolland qu'une verite absolue. Oet opuscule de Tolstoi qui sonna partout dans l'Europe put 'etre ecarte' et envoye'" d'un sourire par ceux d'une generation plus ainee,* mais, pour les jeunes gens auxquels Tolstoi fut l a seule esperance dans une epoque lache et menteuse, ces paroles de leur marfcre se dechainerent dans leur conscience comme un ouragan. Ecrivant de cette heure, Rolland d i t . . "La bonte', l a s i n c e r i t e ^ l a franchise absolue de cet homme le font pour moi un guide i n f a i l l i b l e dans l'anarchie morale actuelle. MaiB, en meme temps, j'aimai passionnement l ' a r t . La musique surtout f a i s a i t 12. ma nourriture quotidienne. Je n'exagere pas quand je dis qu'elle me fut aussi necessaire que le pain." ( 1 2) Cette musique, pourtant, fut s t i g -matisee par To l s t o i , l e ma^tre aime' comme un p l a i s i r qui tente les. hommes de negliger leur devoir. Que faire? Dans cet etat de lutte mentale, l'etudiant forma une resolution extraordinaire. Un s o i r , dans sa mansarde, i l e c r i v i t une l e t t r e a Tolstoi dans laquelle i l l u i de'crivit ses doutes et ses soucis. I I e c r i v i t comme on prie a Dieu, sans esperance de reponse . . . Des semaines passerent et Rolland oublia son elan depuis longtemps, mais un soir , en revenant a sa chambre, i l trouva sur sa table un pe t i t paquet. I I fut l a reponse de Tolstoi a son correspondant inconnu; trente-huit pages ecrites en fran^ais, un tr a i t e ' entier. Cette l e t t r e du quatorze octobre 1887 (publiee ensuite par Pe'guy comme numero quatre de l a troisieme serie de "Cahiers de l a Quin-zaine"), commenca avec les mots affectione's "Cher Frere, j ' a i repu votre premiers l e t t r e , e l l e m'a touche l e coeur; Je I'ai lue les larmes aux „ (13) yeux." Tol s t o i continua d'exposer ses vues sur l ' a r t - cel u i seul est de valeur qui l i e l es hommes ensemble. I I faut que l a pre-condition de n'importe quelle vocation ne soit pas l'amour pour l ' a r t , mais l'amour pour l a humaniteV Le seul a r t i s t e qui est considere est celui qui (se) f a i t s a c r i f i c e a ses convictions. Seulement ceux qui sont remplis d'un t e l amour peuvent esperer "Stre capables comme a r t i s t e s , f a i r e quelque chose qui merite d'etre f a i t e . Par ces mots Rolland fut influence'decisivement. Mais l e dogme resume'' au-dessue fut exprime' par Tolstoi' assez souvent et plus (12) Zweig, op. c i t . p»18. (13) Copie d'une photographie de l a premiere page de l a l e t t r e de Tol s t o i , reproduite par Zweig, p. 20. 15. clairement. Ce qui emut le jeune hamme surtout fut l'epreuve de l a bonne volonte du sage de dormer promptement de I'assistance humaine. Touche'comme i l fut par ces paroles, Rolland s'emut, meme plus fortement, par I'action bienveillante de Tolstoi*. Cet homme, celebre partout dans l e monde, eut repondu a un jeune inconnu, un etudiant dans une rue detourne'e de Paris. Xmmediatement i l eut mis de cote son propre t r a v a i l et donna un jour entier ou, meme. deux jours, a l a tache de repondre au frere trouble*'pour le consoler. Ceci fut une experience v i t a l e , profonde et creatrice pour Rolland. Jusqu'a present, i l devint lui-meme le grand aide, l e conseiller f r a t e r n e l . Tout son t r a v a i l , son autorite humaine trouverent i c i un commencement. Dorena-vant, l a poe'sie fut une charge sacree. De l a l e t t r e de Tolstoi furent no's des Rollands innombrables qui porteraient I'aide et le conseil pendant toutes les anne'es. L ^ i s t o i r e rend rarement d'une maniere s i splendide un temoignage a l a verite" que, dans l a sphere morale pas moins que dans l a sphere physique l a force ne se perd jamais. Les paroles de Tolstoi se sont renees dans m i l l e l e t t r e s de Rolland a mi l l e inconnus. De tous cotes les voix l'appelerent; l a Patrie, l a musique allemande, 1'exhortation de T o l s t o i , l'appel de Shakespeare, le vouloir vers 1 Tart, et l a necessite affreuse de gagner l a v i e . Pendant que Rolland hesita encore, le hasard f i t pour l u i une decision. Ayant pr i s en 1889 son agregation d'histoire i l fut admis a l'ecole franchise'a Rome. Chaque annee l , E c o l e Kormale fournit une bourse de voyage pour quelques-uns de ses meilleurs etudiants. Rolland ne de'sira fortement une t e l l e 14. ... mission. ' I I fut empresse de rencontrer les r e a l i t e s de l a vie. Mais son sort l e p r i t par l a main. Deux de ses camarades eurent refuse l a bourse romaine et on ehoisit Holland, presque contre sa volonte, pour ' remplir l a vacance. A son inexperience Rome ne l u i apparut qu'un passe mort. I I p a r t i t , sans beaucoup d'esperanee, pour l a ci t e eternelle. Le devoir impose a l u i fut d'arranger les documents dans le Palais Farmese, de r e c u e i l l i r l ' h i s t o i r e des registres et des l i v r e s . Pendant un temps assez bref i l t r a v a i l l a bien s i non avec enthousiasme, et dans les archives du Vatican i l compila un memoire sur le "nuncio Salviate" et le saccagement de Rome.^^ Mais, des son arrivee, i l fut frappe d'un "coup de foudre", et conquis a jamais par l a v i l l e eternelle. Gabriel Monod 1'avait re commando a Malwida von Meysenbug, cette femme remarquable qui avait ete l i e e d'abord avec les revolution-naires de 1848 - Kossuth, Mazzini, Louis Blanc, Herzen, et puis, avec quelques-uns des plus hauts esprits du siecle tels que Vfagner, L i s z t , Ibsen et Nietzsche. Une intimite charmante s'etablit avec cette septuagenaire, dont l a f o i i d e a l i s t e n'avait pas e'te brisee par une vie d i f f i c i l e . L a formation de cette amitie fut de l a derniere importance pour l e jeune homme. Rolland ne chercha jamais les amies. Par essence i l fut un s o l i t a i r e , un homme qui aima mieux vivre au milieu de ses l i v r e s . Cependant, c'est un t r a i t caracteristique de sa biographie que, dans chaque epoque de sa jeunesse, i l fut mis en rapport avec une des personnalites principales du temps. Shakespeare, Beethoven, Mozart furent les etoiles de son enfance - Suares et Olaudel plus tard, et en etudiant, (14) Zweig, Op. c i t . , p. S4. (15) Seippel, Op. c i t . , p. 30 et seq. 15. dans un temps ou i l eut besoin de l'aide de l a sagesse, i l s u i v i t Eenan. Spinoza libe*ra'son ame et de l o i n Tint le salut de Tolstoi. ^ 1 6^ Malfrvida von Meyseabug pendant toute sa Tie eut ete une contemplatrice du passe hero'ique. E l l e e t a i t une personnalite' r e l i -gieuse afrancnie de tout dogme p o s i t i f . Gabriel Monod nous d i t qu*elle professait un "monisme idelaliste". E l l e avait f o i en l'Esprit un et eternel, seule r e a l i t e vivante, dont l e monde n'est qu'un manifestation. I I semble que Rolland, d'une nature foncierement religieuse, professe un "Credo" analogue auquel i l a r riva spontanementS"^^ Pour l'ame l i b r e de cette femme les barrieres de l a nationalite et de langue n'existaient pas. D'en naut de ses soixante-dix ans e l l e regardait le passe, sereine et sage. Une richesse de savoir rayonnait de son intelligence a celle de l'eleve. Rolland apprit d'elle une appreciation juste et affectueuse du genie du present. Surtout ce que sa nouvelle amie l u i apprit fut ce q u ' i l eut deja appris, a son insu, de son for interieur, q u ' i l y a de hautes regions de pensee et de s e n s i b i l i t e ou les nations et langages s'unissent dans l a langue universelle de l ' a r t . ^ 1 8 ^ Merreilleuse fut l'amitie' entre l a v i e i l l e allemande et le francais de vingt ans. Tres tot i l "etait d i f f i c i l e de dire ce que l'un dut a l'autre. Romain dut tant a MaliTida, instinctivement e l l e l'eut assists'a former d'opinions de ses grands contemporains; pendant que MaliTida evalua Romain parce que dans ce jeune a r t i s t e e l l e discerna de nouvelles p o s s i b i l i t e s de grandeur. Ces deux £tres furent animes du meme idealisme, prouva et clla'tie' dans le cas de l a femme de biens des (16) Zweig,op. c i t . , p. 25. (17) Seippel, op. c i t . , p. 34. (18) Zweig, op. c i t . , p. 26. 16. . hi.vers - fougeux et impetueux chez l e jeune homme. I I joua pour e l l e sur l e piano les oeuvres de ses wa&txes favoris; en retour e l l e l ' i n t r o -d u i s i t a" l'e'lite de Rome. Dans son essai "A l'Antigone Immortelle", Rolland nous d i t que ce fut a deux femmes q u ' i l dut son r e v e i l a l a vraie s i g n i f i c a t i o n de i ' a r t et de l a v i e , - sa mere, une chretienne sincere,-et Mme.-von-Meysenbug, une idea l i s t e pure. Cette derniere, ecrivant dans "Der Lebens Abend einer I d e a l i s t i n " un quart d'un sieele avant que Rolland eut achev/ le renam, exprima sa croyance ferme en l u i comme celebnte de 1'avenir. Done, une vingtaine d'annees avant que le monde entend'it parler de l u i , sa vie eut p r i s son cours sur les chemins hero'iques. ^ Les deux annees. en I t a l i e furent f i n l e s et i l l u i vint un appel de l'Ecole ou i l fut etudiant, d'y retourner comme maTtre. Le depart fut p l e i n de t r i s t e s s e , et apres une courte v i s i t e "a. Beyrouth avec son amie pour adorer a 1'autel de.Wagner, i l s allerent au nord a Pari s . Pendant les annees suivantes (jusqu'a l a f i n de sa v i e ) , Rolland o c r i t a. MalMda; une fo i s par semaine. Tandis q u ' i l fut a l l e ' a Rome pour etudier un passe'mort, i l eut trouve' une Allemagne vivante. Une f o i s pour toutes, Rolland eut acquis 1'esprit europe'en. Avant d'ecrire un mot de "Jean Christophe" cette grande epopee v i v a i t deja dans son'etre. Suivant l e succes de son these, "Les Origines du Theatre lyrique moderne," Rolland devint professeur d'histoire de l a musique, -d'abord a l'Ecole Normale, et apres 1903 a l a Sorbonne. Un grand pouvoir (19) Zweig, op. c i t . , p. 27. 17. de comprendre les autres l i e ' de sa faculte d Tecrire lucidement, f i r e n t de son enseignement une chose vivante. "L'histoire doit prendre comme son but l'unite' vivante de 1*esprit humain. Par conse'quent, l ' h i s t o i r e est forcee de maintenir l e l i e n entre toutes les pensees de 1*esprit W n , n „(-20) C'etait a ce temps que Rolland e c r i v i t bien de ses biogra-phies hero'iques, et pendant ces annees comme instructeur, i l apprit beaucoup de l a v i e . I I se maria avec l a f i l l e de Michael Breal et chez son beau-pere Rolland f i t l a connaissanee des personnes de toutes les strates de l a vie humaine. I I voyagea de temps en temps en Allemagne, en Suisse, en I t a l i e , et obtint des opportunites de comparaison et de nouveau savoir, Comme historien i l eut appris que l'epoque l a plus import ante pour les gens du monde fu"t le present. Rolland fut maintenant homme de trente ans, p l e i n d'energie creatrice. Mais i l v i v a i t au milieu d*uri pays dont l*atmosphere etait encore gatee par l a defaite de 1870. Mais, tout a coup l a France fut dechiree a part par l ' a f f a i r e Dreyfus. Chaque Francois dut f a i r e face a un probleme de conscience, fut force'' de f a i r e une decision entre la. patrie et l a just i c e . Rolland appartint a ceux, peu considerable, qui crurent que Dreyfus fut innocent. Dans sa piece de theatre "Les Loups", sous l e nam de plume de Saint-juste, i l demontra une situation comparable, et presenta ses arguments en favour de l a ju s t i c e . "Dans cette a f f a i r e , comme dans bien des autres, i l fut champion s o l i t a i r e dans un moment his t o r i q u e . " ( 2 1 ) (20) Zweig, op. c i t . , p.33. (21) Zweig, op. c i t . , p.39. is. , Pendant ces quinze annees, les "Cahiers de l a Quinzaine" parurent. Ces "cahiers" continrent les vies hero'iques et bien des pieces de theatre de Rolland. Sa vie a ce temps fut tragique dans l a sphere et l i t t e r a i r e et domestique. Ses pieces de theatre furent ruinees par l a jalousie et son mariage se fut termine'en une fac_on desastreuse. Rolland r e t i r a , avec son idealisme, du monde de l'enseignement et du theatre, dans une solitude qui dura dix ans et pendant laquelle i l d'oeuvre ^ e c r i v i t son chef/"Jean Christophe." Jusqu'a 1913, l'annee dans l a -quelle i l re<|ut le P r i x Nobel, et qui marqua le commencement de son renom, Rolland resta entoure'de mystere. "L'an 1914 termine l a Tie prive'e de Remain Rolland. Desor-mais sa carriers appartient au monde; sa biographie devient une partie de l ' h i s t o i r e ; ses experiences personnelles ne peuvent plus se detacher z (22) de ses a c t i v i t e s publiques. I I est devenu l a conscience du monde;" En 1927 Rolland demeurait sur une montagne a. peu pres t r o i s mi l i e s de Montreux et un m i l l e de Chateau de Chillon. I I avait deux maisons, - V i l l a Olga, ou i l demeurait en hiver avec sa soeur, - et V i l l a Lionnette, ou i l demeurait seul en ete . ^ 2 3 ^ "Avec ses yeux g r i s bleus, 1*ovale allonge''de sa figure, sa moustache blonde, son abord reserve et distant, sa sobriete &es:gestes et des paroles, i l f a i t songer a un homme ,(24) du Ford." Quand Lucien Price f i t v i s i t e a. Rolland, i l d i t "Les annees pleines de persecution avaient laisse leur marque sur cet homme ennobli (22) Zweig, op. c i t . , p. 52. (23) Price, L. V i l l a Olga, Tale Review, v. 20, p. 273 (24) Seippel, op. c i t . , p. 79. 19. de .souffrance et de t r i s t e s s e ; mais i l n'y avait pas une seule signe de (25) l'amertume'. Selon cet auteur, Holland se tenait au courant des af f a i r e s du monde et i l recevait des v i s i t e s des personnes representa-tives de tous les pays. I I reste encore l e croise / de l a pensee car i l d i t : " I I y a tant a f a i r e et j * a i s i peu de temps et de force. I I y a bien des oeuvres que je dois ecrire; de l a biographie, de l * h i s t o i r e , des pieces de theatre, des remans; i l y a mon t r a v a i l en faveur de l a paix... j'espere seulement que je pourrai vivre assez longtemps pour en f a i r e une partie." A i n s i nous quittons Romain Rolland, toujours l e savant, mais ne perdant jamais son amour de l'numanite n i de l a cause l a plus noble. (25) Price, L., op.cit., p. 479. (26) Price, L., op.cit., p. 291. 20. I I I . . OEUTRES. les oeuvres de R. Rolland ne peuvent pas 'etre compris sans eomprendre l'epoque. L'ombre de 1870 etait jete' a tracers l a Jeunesse francaise. Apres tine de'faite comme celle-la", soufferte par une nation c i v i l i s e e comme l e sont les Francais, i l y a une perte de toutes les valeurs - l'exfease, 1'enthousiasme sont subitement remplaces par un epuisement lourd. Nous constatames deja- q u ' i l fut soumis profondement a'1'influence de I'atmosphere de l a France de sa jeunesse; e t , i l est evident de ses oeuvres, que cette t r i s t e s s e , cette emotion tragique qui se repandit dans toutes les classes de l a communaute, pesait sur son espr i t . T e l l e fut l a condition de l a France pendant une quinzaine d'annees apres 1870; l e pays fut fatigue*', lesr meilleurs a r t i s t e s createurs ne purent pas l'aider, i l s eurent besoin de toutes leurs forces pour se maintenir. i l l s n'eurent pas de surplus d'energie pour aider l a nation. De eeux qui f i r e n t un essai, les plus clameux prey-'s, s cherent l a baine et l a revancne. L'autre type d'idealiste, comme Rolland, regarda pour se consoler, dans une direction contraire. I l s 21. se tournerent, non pas vers 1'avenir immediat, mais vers l'eternite. Leur philosophie fut que l a force n'est jamais un. argument pour 1*esprit, que les dehors du success ne donnent pas un criterium pour l'ame. Je ne peux pas register 1*interjection a ce point qu'au moment de cet e c r i t l a France se tord sous l e talon d'un vainqueur plus cruel que jamais dans 1'histoire. Nous esperons que Romain Rolland est encore vivant et q u ' i l peut v o i r l a debacle de tous ses ideals* Pour le moment i l semble que l a force f a i t le dro i t . Quelle grande angoisse pour cet homme noble dans l'hiver de sa v i e . I I est interessant en considera-tion de l a condition actuelle de l'Europe de c i t e r i c i l a remarque d'un de ses critiques pendant l a guerre de 1914-1918; i l d i t , "Que le courage moral de Rolland ne pouvait pas etre plus grand. La lecon interessante - (27) est dans l a chute complete de tant de force morale!" Nous passerons un peu rapidement l a periode de son isolement qui dura une quinzaine d'annees. Son entiree dans l e monde du theatre ne fut pas un sueces, come le succes est j u g / dans le monde d'affaires. Beaucoup de ses pieces de theatre n'avaient jamais ete n i publies n i joue's. Telles sent, par exemple, "Tragedies de l a Foi", et "Theatre de l a Revolution". Ne'a.nmoins, i l montra son pouvoir comme a r t i s t e dans ce moyen d'expression. .11 fut incapable de toucher les ames vulgaires, de descendre "a. leur niveau. Pour l u i , le theatre doit etre 1'expression imperieuse d'une societe nouvelle, sa pensee et sa voix - un art nouveau (28) pour un monde nouveau. I I est: possible que l a technique du theatre imposa des re s t r i c t i o n s "a. cet a r t i s t e independent q u ' i l trouva (27) Sanborn - Literary Digest, v. 53, p.1408. (28) B i l l y , - La L i t t . Francaise Oontemporaine, p* 165. 22. tres d i f f i c i l e s a" surmonter et finalement q u ' i l voulut ignorer. Un critique de "Le Jeu de 1'Amour et de l a Mort" d i t que Rolland voulut interpreter dans cette piece les philosophies fondamentales de l a revolu-t i o n . I I l a i s s a ses personnages dans l a position des argumentateurs dont les opinions furent deja formees et qui agitent conformement a ces opinions. De 1'autre cote, i l eut 1'intention d'ecrire un veritable drame et i c i et l a i l reussit. L'amour de l a v i e , devant nos yeux, devint plus fort que l*amour de l a femme. "Le Jeu de IT Amour et de l a Mort" nous l a i s s a avec l e sentiment qu'elle put £tre une grande piece de theatre. Ses meilleurs moments parvinrent un haut degre d'effet / (29) dramatique mais, en sommej 1'attention divisee l'engourdit. '. Dans "Le Theatre du Peuple" i l denonce les i l l u s i o n s des entrepreneurs de theatres populaires et conclut en moraliste: pour un theatre nouveau i l nous faut un peuple nouveau, un peuple d'esprits l i b r e s . Sa derniere phrase est le mot de .Goethe; au commencement etait 1'Action." I I mit done "la scene au service de convictions agissantes: les t r o i s "Tragedies de l a Foi" et les t r o i s drames du "Theatre de l a Revolution" eurent une valeur surtout comme une lecon d'enthousiasme. Or s l e talent de Rolland ne fut point de ceux qui dissimulerent l ' a r b i t r a i r e d'un p a r e i l p a r t i p r i s . I I essaya cependant et mela a. l a peinture de saint Louis, heros de "1'exaltation religieuse" que l u i rendit cher, leur commune haine du scepticisme, un insupportable melodrame, ou l a psycho-logie maladroite tomba dans l e conventionnel, ou le style o s c i l l a entre l e vers blanc et l a forme l a plus prosa'ique. Double ecueil du theatre (29) Commonweal - v. 11, p. 172. 23. purement ideologique; ou bien les personnages seront, comme dans "le Triomphe de l a Raison", les symboles prives de Tie personnelle; ou bien le de'sir d'interesser son public deformera l a conception originale d' "Aert" et ce drame de "1'exaltation nationale", de l'energie v i r i l e , aboutira a nous presenter sur les planches une jeune femme en traTesti perdue dans une mesquine intrigue amoureuse."^ Les biographies ('Tie des Hommes Il l u s t r e s ' ) furent concues sur un plan etendu mais el l e s restent incompletes. Dans cette branche de l a l i t t e r a t u r e Rolland prouTa encore son pouvoir par sa "Tie de To l s t o i " et sa "Tie de Beethoven" et des autres musiciens. I I n'est pas tout a f a i t impossible de discerner dans l a vie de Beethoven une sorte d'ouverture a "lean Ohristophe". Sur La couverture de "Tie de Beethoven" - l a premiere des biographies - fut une annonce qu?il para£brait un nombre de t e l l e s vies des personnalites hero'iques - Mazzini, le'General Hochi, Thomas Paine. Le premier projet y comprit les vies de beaucoup d'autres heros s p i r i t u e l s . Plusieurs de ces biographies furent esquissees dans 1*esprit de l'auteur. Surtout dans ses anne'es plus mures, Rolland eut l'intention de peindre un tableau du monde paisible ou v i v a i t Goethe; de payer, le t r i b u t de reconnaissance a Shakespeare et d'acquitter une dette d'amitie a une, peu connue par l e monde, ::Malwida von Meysenbug. Ces oeuvres resterent inachevees. (31) Les annees entre 1886 et 1901 furent les annees d'enthousiasme et de desillusions. Le rere de sa jeunesse fut d'eveiller une generation (30) Labou - op. cit.,pp. 337-8. (31) Zweig - op. c i t . , p. 150 24. vaincue, fatiguee et vaeillante; a stimuler sa f o i , a porter le salut au monde au moyen de l'enthousiasme. I c i , je ne peux pas r e s i s t e r a l a tentation de faire une comparaison entre Rolland et H i t l e r (quoique l a juxtaposition de ces deux noms me fasse frissoner d'horreur). Le but de chacun est par essence l e meme .... d'eveiller leur nation a l a f o i •• • . l a f o i en quoi? .11 n'importe. Une f o i en Dieu, en soi-meme! Mais l e moyen de I'achever - quelle difference! L'un, avec les instruments modernes, f a i t appel a l a foule, aux passions les plus basses. Sans genie l i t t e r a i r e , et d'une manie"re repugnante a nos ideals, i l reussit a e v e i l l e r un fanatisme national cbez les Allemands qui se manifeste comme une force s i n i s t r e et dangereuse. Rolland, suivant le chemin i n t e l l e c t u e l f i t appel aux hautes intelligences et son influence sur l a foule fut n e g l i -geable. La f o i inspires dans les allemands est, sans doute, une force vivante, et tout a f a i t contraire a l a force morale de Rolland. Nous sommes spectateurs et participants a un c o n f l i t entre ces deux moralite's. Les annees entre l ^ g e de vingt et trente ans furent les anne'es de l u t t e . Pendant une periode assez breve le public de Paris fut f a m i l i a r avec l e nom de Romain Rolland comme critique de l a musique et comme un dramatiste qui donna des esperances - et puis, i l disparut de vue; car le c a p i t a l de l a Irance posseda une faculte inouie d'oublier (52) impitoyablement. • . Meme dans les cercles l i t t e r a i r e s on ne parla plus de l u i . Dans les revues et les anthologies de cette periode on ne put pas trouver un mot de I'homme qui eut deja e c r i t une douzaine de pieces de theatre, (52) Zweig. - Op. c i t . , p. 45. 25. compose des biographies vraiment merveilleuses, et, en outre, eut publie s i x volumes de "Jean Christophe." Les "cahiers de l a Quinzaine" furent en meme temps le l i e u natal et le tombeau de ses e c r i t s . A l'age de quarante ans i l n'eut gagne n i renom n i re'compense pecuniaire. I I ne sembla posse'der aucune influence; i l ne fut pas une force vivante. I I resta me'connu au moment q u ' i l fut au comble de ses pouvoirs createurs. Dans sa propre personne i l sentit le sort q u ' i l eut depeint, en termes s i emouvantes, l a trageaie de l'idealisme f r a n c a i s . ^ 5 3 ^ Jusqu'a l'anrfee 1912 i l fut encore me'connu; en 1914 i l eut une reputation vaste. Au moment dec i s i f i l eut le pouvoir et l a voix pour parler a l'Europe. I I tacha de renouveler l'ancien c r i intrepide - "Earth s h a l l be f a i r and a l l her people one." L'essai "Au-Dessus de la M&le'e" fut le premier coup de hache dans l a foret de l a haine trop converte. Sur quoi un echo mugissant s'eieva de tous c^tes. Holland sans etre consterue par ces bruits continua a donner des coups pour deblayer une voie dans l a foret par l a -quelle les rayons de l a raison purent r e l u i r e 1'atmosphere lugubre et suffocante. Ce fut par l a publication de "Inter Arma Caxafcas" (Dec. 1914), "Notre Pro chain Ennemi" (mars 1915), et "Le Meurtre des E l i t e s " (Juin 1915) q u ' i l ta*cha d'achever cet objet. I I voudrait donner une voix aux ames silencieuses. "Aidons les victimes", c r i a - t - i l . " I l est v r a i que noiis ne pouvons pas en f a i r e beaucoup. Dans l a lutte perpetuelle entre le bien et le mal les pljateaux de l a balance ne sont pas egaux. I I nous (33) Zweig - op. c i t . , p. 43. 86. rant un siecle pour rebatir ce qui.se detruit dans un jour.^*^' "Au-dessus de l a Melee" parut en septembre 1914. Ce fut une veritable declaration de guerre contre l a haine. Le t i t r e devint en meme temps une consigne et une phrase abusive; mais parmi les querelles discordantes des factions, l'essai fut l a premiere parole "a sonner un accent c l a i s de justice imperturbable. Anime^ par une emotion etrange et tragique, cet e c r i t est l'epanchement d'un coeur fendu, l e coeur de celui qui voudrait bien emouvoir des autres, un coeur p l e i n d'une determination heroique et prSt a combattre a outrance avec un monde devenu l a proie de l a fureur. J'aborde l e "chef-d'oeuvre" de Rolland avec un peu de timidite*. Je n'espere pas montrer beaucoup d'originalite' dans mes s i reflexions sur "Jean Christophe" ei/ je repete les remarques d'autres ecrivains c'est parceque leurs louanges expriment, de meilleure facon les emotions que j'eprouvai en le l i s a n t . Pendant l'annee 1895 l'oeuvre fut esquisse"e. En 1897, dans un v i l l a g e eloigne en Suisse, les premiers chapitres furent rediges; ceux dont l a musique semble commencer spontanement. Le premier volume "L'Aube", parut dans "les .Cahiers de l a Quinzaine", et le dernier numero se mit en ci r c u l a t i o n le vingt octobre 1912. Quand le cinquieme volume parut (La Foire sur l a Place) on eut trouve un e'diteur, Ollendorff, qui voulut mettre le roman entier au jour. Les "Vies des Hommes I l l u s t r e s " etaient des recreations passionne*es; Rolland entreprit en meme temps une creation originale. "II choisit l e sujet ou ses connaissances de critique pouvaient le mieux nourir ses inventions; i l imagina l a vie d'un grand (34) Zweig - op. c i t . , p. 297. 27. musicien: en huit ans i l publia dix volumes de 'Jean Christophe' qui mene son heros depuis l a naissance dans tine v i l l e d'Allemagne rhenane jusqu'a sa mort dans 1'evocation du fleuve aime qui l u i murmure 'Hosanna a l a v i e l Hosanna a l a mort!' L'auteur decrit pas a pas ce chemin ou se succedent les revolfces, les chutes, et les reprises d'energie, ou des amities, des amours, des querelles de cenacles, des preoccupations sociales interrompent une carriere que le genie f i n i t pourtant par magni-f i e r et qui trouve sa recompense dans un noble apaisement. "Jean Christophe" est done un monument du roman francais con-s temporain; i l ressemble un peu a ces eriormes constructions de Strauss ou Mahler dont Rolland lui-meme signala l a faiblesse. Deja les parties de l'oeuvre s ' e f f r i t e n t , t e l l e s que l a "Poire sur l a Place" ou l a polemique n'avait qu'un interet d'actualite et les descriptions des mouvements ouvriers dans le "Buisson Ardent" qui donnent au r e c i t un facheux tour meiodramatique. De plus, cette h i s t o i r e de Jean-Christophe Krafft est alourdie de digressions: tout le livxe i n t i t u l e Antoinette est un hors d'oeuvre. I I y a beaucoup trop de femmeseiansla vie de K r a f f t , depuis Sabine et Ada jusqu'a Anna et Grazia: e l l e s encombrent d'autant plus l e roman que Romain Rolland n'a jamais su dessiner un caractere feminin: i l l u i manque precisement pour cela les qualites delicates de l a France racinienne et debussyste. Dans le "Dialogue de l'Auteur avec son Ombre" i l revendique l e droit de f a i r e juger l a France par un musicien allemand; i l n'en a pas moins senti l a d i f f i c u l t e de ce point de vue, et pour y obvier, a place'pres de Jean Christophe un Frangais, son ami O l i v i e r Jeannin. Mais a cote du vigoureux K r a f f t , O l i v i e r appara'tt pale et 28. theorique; l e contraste accuse irrefutablement l a pente naturelle du talent de Rolland; une f o i s encore i l va au representaht de "l'action heroi'que." Dernier reproche et le plus grave: dans les moments ou nul sentiment passionne ne l u i inspire ces formules vibrantes qui sont les reussites du moraliste enthousiaste, "Jean-Christophe" contient des pages entieres d'une e'criture informe, de ce que Gourmont appelait "son style p l & t r e u x . " ( S 5 ) Je ne me sens pas tres capable de rebuter cette critique de Rene* Lalou, bien que je ne m'en trouve pas d» accord. Le volume "Antoinette" est peut-atre un "hors d'oeuvre" mais quel goutl Je le trouvai p l e i n de se n s i b i l i t e ' e t de tendresse et s i le caractere d'Antoin-ette elle-ideme n'est pas vraiment feminin et bien decrit, i l me faut considerer de nouveau ma position comme l e c t r i c e , car ce volume me frappa comme un temoignage a l a perspicacite de Rolland cbez le naturel feminin. I I est possib3.e, sans doute, que son mariage infortune l u i donna une blessure d'ame qui causa un miasme psychologique, et. q u ' i l regarda " l a Femme" a travers ce br o u i l l a r d . Quand meme, i l y a i c i et l a dans ses oeuvres une appreciation delicate du naturel feminin, s i n*de l a femme comme un etre en chair et en os. Par example, en "Pierre et Luce", i l d i t : "Naguere, i l tachait de l i r e dans le coeur du petit et le l u i expliquait avec des menagements; car, bien que plus robuste, i l e t ait comme l u i , de cette pate fine qui, chez les meilleurs hommes, garde un (36) peu de l a femme, et qui n'en rougit pas." Cette c i t a t i o n constate-.; peut-"etre q u ' i l savait. bien son propre naturel, et q u ' i l contenait une (35) Lalou, op. c i t . , p. 340. (36) Pierre et Luce" - Romain Rolland, p. 17. 29. partie considerable de feminite qui s'exprime en douceur et que l a plupart de son oeuvre en atteste. En preuve de sa comprehension du naturel feminin, je ci t e encore de l a meme oeuvre. "Comme l a plupart des femmes, e l l e n'eprou-vait pas pour certaines laideurs de l a vie les degou^s physiques et moraux qui bouHerersaient le jeune garcon. E l l e n'avait r i e n d»une re'volte. En des circonstances pires e l l e eut pu, sans repugnance -accepter des taches repugnantes, et en s o r t i r toute calme et proprette (37} sans une salissure."* ' De parler du style de Rolland est presque impossible car, meme comme narrateur simple i l ne possede pas ce que nous appelons du style - mais i l me semble qu'un adjectif comme "platreux" n'est pas un mot d e s c r i p t i f de sa maniere d'eerire. Je suppose que ce mot "platreux" est employe^par Gourmont pour s i g o i f i e r une turgescence, un style tres nebuleux. I I est possible que l a c i t a t i o n donne'e par Lalou (de "Jean-Christophe") peut-etre appele' un style peu c l a i r .. "La Eamille apres avoir mis vainement son veto, se ferma tout entiere a celui qui me'connaissait son autorite' sacrosainte. La v i l l e , tous ceux qui comptaient, se montrant, comme d'habitude, solidaires pour ce qui touchait a l a dignite'morale de l a communaute, prirent partie en masse contre l e couple imprudent," La phraseologie de ce morceau est, je l'admets, un peu lourde, mais "platreuse" .. jamais. De ma part, je ne trouvai que rarement dans les oeuvres les clauses comme c e l l e s - l a . Rolland u'e'crit pas un fran|ais classique, ses phrases ne montrent pas une architectonique constante; e l l e s n'ont pas de rhythme d e f i n i , mais (37) Gp. c i t . , p. 112. 30. e l l e s sont assez fortes pour impressionner l e lectaur. I I ne faut jamais oublier que l e f i l qui s'entrelace dans les lignes de "Jean-Chris tophe" est c e l u i de l a musique. Cette oeuvre est un "Saga Symphonique", et e'est probable qu»elle fut le commencement d'une grande idee. E l l e est eertainement l e dernier testament de l'epoque qui p e r i t l e deux aout, 1914.^ 3 8^ I c i sont les pages qui furent ecrites, aux yeux ouverts, les prunelles peut-etre un peu dilatees, les facultes i n t e l l e c t u e l l e s bien tendues, mais tout en possession du "non-moi". La musique, done, s'introduit dans l a matiere de l a l i t t e r a t u r e , mais pas encore dans l a maniere. Dans l e co-developpement de l a musique et de l a l i t t e r a t u r e (39) demeure un accroissement naturel et organique de l'avenir. I I est par 1'esprit de l a musique que l a faeon "tonale" de MJean-Christophe" peut se comprendre. La force effective des caracteres, quelque plastique que soit leur elaboration, se montre seulement au fur et a mesure quTel"ie est i n t e r l i e e comme theme dans l a maree resonnante des modulations de l a v i e . En conversation avec Lucien Price, Rolland d i t - "Helas, je suis un compositeur detourne, un peintre aux bras coupes, force de t r a v a i l l e r avec les pieds. La composition se f a i t naitre, i l est v r a i , mais elle e t a i t forcee de trouver une autre voix pour son expression. Accorde encore une v i e , j ' e c r i r a i s l a musique. I I me semble que les paroles sont une forme d'art insuffisant. Mais tous les arts sont limites; i l s manquent l e pouvoir d'exprimer ce qui demeure dans l*ame -(38) A t l a n t i c , v. 137, p.79. (39) A t l a n t i c , v. 137, p.80. (40) Zweig, - op. c i t . , p. 179. 31. je pense, d'abord en termes de musique, ensuite en mots ... seulement parce que je ne sais pas ecrire l a musique.^ 1) "Par temperament i l aime l ' a r t , i l est musicien de coeur et i l aspire a l a beaute". I I constate qu'au commencement du vingtieme s i e c l e , l e public indifferent, mais que aime l i r e , v oir et entendre, s'abandonne a des artistes qui f l a t t e n t son gout moyen, l'amusent, en laissant sa conscience en repos, l u i plaisent et le detournent des vrais et purs a r t i s t e s . " ^ 2 ~ a ^ "Chez ces gens, tout a l l a i t a l a jouissance s t e r i l e . S t e r i l e . S t e r i l e . G'etait le mot de l'enigme. Une debauche infeconde de l a pensee et des sens. Un art b r i l l a n t , p l e i n d'esprit, d'habilete - une belle forme, certes, une t r a d i t i o n de l a beaute qui se maintient indes-t r u c t i b l e , en depit des alluvions e'trangeres - un theatre qui e t a i t du theatre, un style qui e t a i t du s t y l e , des auteurs qui savaient leur metier, des e'crivains qui savaient e'crire, l e squelette assez beau d'un ar t , d'une pensee, qui avaient ete puissants. Mais un s q u e l e t t e . " ^ 2 ^ Etant donne, done, cette force createuse, engendree par l a musique, et, en consideration de sa lutte perpetuelle contre l a faussete s i fortement repandue, nous ne sentons aucune surprise en rencontrant Jean Christophe a un concert au "Stadische Tonhalle" ou " i l est brusque-ment frappe^de l a goinfrerie musicale d'un public qui, tout en buvant de l a biere et en mangeant des soucisses, avale coup sur coup, et sans s o u r c i l l e r , les morceaux de musique les plus hereroclites, de Beethoven, de Mendelssohn, de N i c o l a i , de Meyerbeer. Lorsqu'a l a f i n l e "Choeur des hommes de l'Allemagne du Sud" vient chanter, en susurrant, l'aveu (41-) 7 A t l a n t i c , v. 156. Romain Rolland Converses - Lucien Price, p. 721. (42-a) Retinger, "Histoire de l a L i t t . Francaise," p. 312. (42-b) Rolland - "La Eoire sur l a Place" p. 132. 32. d'amour d'une jeune f i l l e rougissante, i l n'y tient plus, i l eclate de (43) r i r e et f a i t un t e l seandale qu'on l'expulse. En ces mots Seippel explique l a revelation a Jean Christophe du "mensonge allemand est done, selon Bomain Holland, une affectation de sensiblerie, un idealisme truque et pleuralcheur, qui se v i t partout en musique, en poesie, dans l a vie quotidienne; un attendrissement hete qui s'etale avec complais-r anee et noie l a pensee sous les nappes grisatres d'une glaise huird.de et uniforme. Ce qui est plus oppressant pour Jean Christophe, ce n'est pas l'h o s t i l i t e ' d e s gens qui l'entourent, e'est leur nature inconsistante ... I I ne trouve devant l u i que des hommes qui n'ont l a force n i d'aimer, n i de h a i r , n i de croire, n i de ne pas croire - en re l i g i o n , en a r t , en polit i q u e , dans l a vie journaliere - et dont l a vigour se depense a A . ' (4.4.) tacher de concilier 1'inconciliable. ' Ges caracteristiques ne sont pas propres seulement aux A l l e -roands; l e peuple de n'importe quel pays ©n montre au moins quelques uns. "Toute race, tout art a son hypocrisie; le monde se nourrit de mensonges - l a verite'est l a meme chea tous; mais chaque peuple a son mensonge y (45) q u ' i l nomme son idealisme. Nous par lames du f i l de musique qui est entremele avec le dessin de "Jean Christophe". I l y a encore un f i l dans le t i s s u - les Juife. Seippel semble les ignorer, mais Zweig, ecrivant plus tard en 1921 l i v r e a era un chapitre entier. "La Question Juive" n'existait pas en l a forme qu'elle prend a present et i l me semble q u ' i l vaudrait l a peine d'examiner un peu les pensees de Holland de ce sujet. Peut-etre (43) Seippel, op. cit.,pp. 176-7. (44) Seippel, op. c i t . , p. 179. (45) Rolland, c i t e par Seippel, p. 175. 33. nous recuei l l i r o n s quelques evidences du sentiment de l'Europe qui fournira une explication des evenements qui h o r r i f i e l e monde depuis 1933. "Remarques-tu", d i t Christophe a O l i v i e r , "que nous avons toujours affaire aux J u i f s , uniquement aux Juifs? . . On d i r a i t que nous les attirons. U s sont pattout sur notre chemin, ennemis ou a l l i e s . " "C'est qu'ils sont plus i n t e l l i g e n t s que les autres," d i t O l i v i e r . "Les J u i f s sont presque les seuls chez nous avec qui un homme l i b r e peut causer des choses neuves, des choses vivantes. Les autres s'immobilisent dans le passe' les choses mortes. Par malheur, ce passe n'existe pour les J u i f s , vu du moins i l n'est pas l e meme que pour nous. Avec B O X, nous ne pouvons nous entretenir que d'aujourd'hui, avec ceux de notre race que d'hier. Voir l ' a c t i v i t e juive dans tous les ordres de choses: commerce, Industrie, enseignement, science, oeuvres de bien-faisance, oeuvres d'art ... Je ne dis pas ce qu'ils font me soit toujours sympathique: c'est meme odieux souvent. Du moins, i l s vivent et i l s savent comprehdre:. ceux qui vivent. Les J u i f s sont dans l'Europe d'aujourd'hui les agents les plus vivaces de tout ce q u ' i l y a de bien -r ' (46) et de mal. l i s transportent au hasard l e pollen de l a pensee." D'abord Christophe eut un sentiment d'hostilite". Bien q u ' i l fut trop bien dispose'a entretenir une emotion de haine vers les J u i f s , i l eut imbibe" de sa mere pieuse une certaine aversion; et quoiqu'il admft leur clarte'de pense'e et de v i s i o n , i l questionna leur capacity de com-prendre reellement son oeuvre. Cependant, maintes f o i s i l l u i devint (46) "Dans l a Maison" - Rolland, p. 134 et seq. 34. c l a i r qu'ils furent les seules personnes dans son entourage qui se concernerent de son oeuvre, les seules qui estimerent 1'innovation pour elle-irfeme. O l i v i e r tacha d'expliquer a Christophe que les J u i f s , coupe's des traditions, furent, a leur insu, les pionniers qui attaquer-ent l a t r a d i t i o n . Quant a l a question ... Que faire? ... 1'opinion d'Olivier est fe'conde en s i g n i f i c a t i o n pour nous aujourd'hui. I I y a ceux qui vivront pour voir s i les paroles ne sont pas prophetiques. "N'allons pas mutiler notre c i v i l i s a t i o n deja malade, en pre^tendant l'ebrancher de quelques-uns de ses rameaux les plus vivaces. S i l e malheur voulait que les J u i f s fussent chasses d'Europe, e l l e en resterait appauvrie d'intelligence et d'action, jusqu'au risque de l a f a i l l i t e complete. Chez nous particulierement, dans l'etat actuel de l a v i t a l i t e ' f r a n c h i s e , leur expulsion ser a i t pour l a nation une saignee plus meurtriere encore que 1'expulsion des protestants du dix-septieme s i e c l e . Sans doute, l i s tiennent, en ce^moment, une place sans propor-tion avec leur valeur re'elle. I l s abusent de l'anarchie politique et morale d'aujourd'hui, qu'ils ne contribuent pas peu a accrd^tre, par A (47) gout natural, et parce qu'ils se trouvent bien." Qui v i v r a , verra, et i l para^t que les evenements en Europe donneront une occasion de juger l a verite''de ce dogate de Rolland. "Nous pouvons c r i t i q u e r , r a i l l i r , maudire les J u i f s . Nous ne pouvohs pas nous ,,(48) passer d'eux." On discerne une influence secrete de crainte en cette pole^-mique au sujet des J u i f s . E l l e apparent a toutes epoques - l a crainte (47) "Dans l a Maison" - p. 136. (48) "Dans l a Maison" - p. 137. 35. d'une race i n t e l l i g e n t e et v i r i l e en contacte avee un peuple e'galement i n t e l l i g e n t et c i v i l i s e d Cette crainte est implicite en les paroles suivantes . . . "Les meilleurs (Juifs) ont l e tort d'identifier tres sincerement les destinees de l a France avec leurs reVes j u i f s qui nous souvent sont plus dangereux qu'utiles. Mais on ne peut pas leur en vouloir de ce qu'ils veulent f a i r e l a France a leur image: c'est qu'ils l'aiment. S i leur amour eat redoutable, nous n'avons qu'anous defendre et a*, les t e n i r a. leur rang, qui est ehez nous, l e second. Hon que je croie leur race inferieure a l a notre - (toutes ces questions de suprematie de race sont niaises et degoutantes) - mais i l est inadmis-sible qu'une race ^trangere qui ne s'est pas encore fondue avec l a notre, a i t l a pretention de connaitre mieux ce qui nous convient que nous-memes." Finalement O l i v i e r delivre ce jugement - "Ces "etres hyper-nerveux, agites et incertains, ont besoin d'une l o i qui les tienne et d'un ma'itre sans faiblesse, mais juste, qui les mate. Les J u i f s sont comme les femmes: excellentes, quand on les ti e n t en bride; mais leur domination, a c e l l s s - c i et a ceux-la, est execrable; et ceux qui s'y soumettent donnent un spectacle r i d i c u l e . " ' Ce dictum de Holland est caracteristique du naturel masculin. D'y comprendre 3a femme est une supposition gratuite, meme s ' i l est v r a i . Nous ne savons pas asse'z du regime de l a femme pour en former une opinion. Cette attitude vers les femmes est traditionnelle, mais nous voyons le commencement d'une large l i b e r t e jouie des femmes, surtout sur ce continent, et leur "domination" p a r t i e l l e est presqu'en vue. I I est (49) "Dans l a Mai son" - p. 137. (50) "Dans l a Maison" - p. 138. 36. possible de constater que l a domination d'un groupe quelconque est "execrable" mais un dogme comme celu i de Rolland ne tend pas a m'en convaincre. Ecrivant vers 1930, i l paral"trait que Rolland changea d'opinion, ou bien i l se resigna a l a domination "execrable". E s t - i l possible q u ' i l eut l'espoir que l a domination serait une co-domination? Gar, dans "L'Ame Enchantee", l ' i n s t i t u t r i c e , parlante aux eleves d i t : -"Mes gargons, vous perdez votre peine. Vous voulez m'intimider, parce que je suis femme. Vous retardez de quelques siecles. Les femmes ont part aujourd'hui aux travaux des hommes. El l e s 3es remplacent a l a peine. La vie des hommes est leur vie. E l l e s ne baissent pas les yeux (51) devant." S i cette c i t a t i o n exprime les sentiments de Rolland en 1930, e l l e est une veritable retractation de sa position de 1910. J'en sui t sure car son oeuvre "L'Ame Enchantee" depeint tre~s clairement un tableau sympathique de l a lutte d'une femme qui eut l e courage de defier les coutumes sociales et morales de son epoque. I I y a deux autres romans de Rolland encore a examiner. Le premier est "Colas Breugnon", publie* en 1919. L'auteur, lui-meme, d i t dans sa preface,-"Cette oeuvre est une reaction contre l a contrainte de dix ans dans l'armure de Jean Christophe, qui d'abord f a i t e a ma mesure, avait f i n i par me devenir trop e t r o i t e . " ^ 5 2 ^ Zweig d i t que ce p e t i t l i v r e e*tait le pre'curseur d'un nouveau jour et q u ' i l fut e c r i t pour res t i t u e r l a f o i en humanite. Rolland d i t "que les lecteurs prennent du moins ce l i v r e comme i l est, tout franc, tout rond, sans pretention de transformer le monde, n i de l'expliquer, sans politique, sans meta-physique, un l i v r e a l a "bonne francoise", qui r i t de l a v i e , parce q u ' i l (51) "L'Ame Enchantee" (Mere et E i l s ) , Rolland, p. 97. (52) "Colas Breugnon" - Preface. 37. (53) l a trouve bonne, et q u ' i l se porte bien." "En contant cette h i s t o i r e d'un Nivernais bavard du temps de Louis X I I I , Rolland voulut d i v e r t i r ses contemporains; i l ne semble ^ (54) point y avoir reussi." Cette-oeuvre n'est n i aussi l i b r e n i aussi divertissante que "Jean Christophe" et peut-'etre c'etait Rolland, l u i -mehne, qui en t i r e l e plus grand contentement. Mais "Clerambault", publie en 1920, est seIon l'auteur " l a /v. (55) confession d'une ame au milieu de l a tourmente." Cette hi s t o i r e d'une conscience l i b r e pendant l a guerre est un ouvrage compact. Bien (56) que Rolland d i t "qu'on n'y cherche rien d'autobiograpbique", on croit que ce p a c i f i s t e qui prefere s o u f f r i r tout en aimant sa patrie que de soumettre a l a haine, ressemble beaucoup a Romain Rolland, "Aujourd'hui les i (57) le monde a besoin d'une seule chose -  ames l i b r e s . **0sez~vous arracher du commun qui vous entra$ne." Mais des pages eloquentes ne/forment pas une oeuvre a r t i s -tiquement vivante." Clerambault n'est qu'une ide'e d'hommej Jean Christophe e t a i t un homme v i v a n t . " ^ 8 ^ Neanmoins, Cle*rambault, dans sa mission de rompre l a l o i de guerre e'ternelle, d'eteindre l a haine par l a f o i en 1'homme l i b r e , l aisse une empreinte vive a 1'esprit du lecteur sympathique. Uh des caracteristiques de 1'homme c i v i l i s e est assurement un "sense of humour". (Curieusement, i l n'y a pas en francais une s equivalence exacte pour ce terme anglais. Le mot "esprit" ne porte pas l a mime signification.) Dans les oeuvres de Rolland, au moins a mon avis, (53) "Colas Breugnon" -Preface. (54) Lalou, op. c i t . , p. 343. (55) Clerambault - Preface. (56) Clerambault - Preface. (57) Zweig, op. c i t . , cite' dans "The Living Age", y. 309, p. 16. (58) Lalou,op. c i t . , p. 347. 38. ce sentiment se manque. Je n'eus pas 1*occasion de faire une otude assez e^endue de ses oeuvres pour constater q u ' i l en manque • absdluanent, mais je suis frappee par 1'absence de cette qualite" dans les oeuvres que je pouvais obtenir. J'aborde cette critique avec beaucoup d'bumilite, car j*admire l a grandeur de cet ecrivain et comme l i t t e r a t e u r et comme homme, et je voudrais cbereber une explication de cette lacune qui me parent s i c l a i r e . Hon pas que je l a considers comme un defaut, mais, puisqu'il nous montre tant de qualites, on a le droit de demander pourquoi ce sentiment ne se montre pas, ou bien se montre peu, dans ses oeuvres. Gar l e "sense of humour" est "a l a derniere analyse, r i e n qu'un sens de valeurs, developpe'' & un degre'tres haut."^ 5 9^ , On ne peut pas accuser Rolland d'une manque de qualite''parce q u ' i l y a, i c i et l a , de petites signes qui indiquent que ce sentiment, parfois, fut obscurci par une emotion plus forte. La juxtaposition de l a Femme et les J u i f s , cite"au-dessus, est un example a l'appui. Rolland fut un revolutionnaire qui se p r i t au serieux et ses ecr i t s demontrent tout a f a i t l a gravite avec laquelle i l s a i s i t sa plume pour c r i s t a l l i s e r ses pensees. L'etude des caracteres revolutionnaires nous f a i t croire que l a plupart d'entre eux manquent ce "sense of humour". I l est possible que l a violence de leurs emotions arre^ta le developpement d'une qualite'' de'ja peu nourrie. Dans l a vie et dans les oeuvres de Rolland, i l y eut peu de place pour un t e l sentiment. (59) " C i v i l i z a t i o n " by Olive B e l l - Penguin Series, p. 102. 39. 17. PHILOSOPHIE. , A ( 6 ° ) " I I n'y a r i e n de plus beau au monde qu'un honnete homme" . . . Avec ces mots, fecunds d'une philosophie parfaite, Diogehe allume sa lanterne et nous conduit sur un ehemin long et ardu parmi ses pensees, ses r*eves» Romain Rolland n'est pas un philosophe me'thodique, n i un moraliste qui formule un systeme complete. A v r a i dire l a philosophie de Rolland est aussi insaisissable que l a vie. . E l l e est nullement un systeme organise; e l l e reside dans un volonte de tout aimer et de tout comprendre. "Sans doute, ne conduit-elle pas l a conscience qu'a une plus vaste inquietude, mais s i cette conscience s'est elle-meme, chemin faisant, elargie, i l faut avouer que l e resultat v a l a i t de se mettre en route."^ 6 1^ On peut apercevoir partout dans ses ec r i t s certains principes fondamentaux mais les moyens de les mettre en pratique i l laisse souvent obscurs. Oeci donne au lecteur une impression enigmatique, itfeme (60) "Jean-Christophe" -"L'Aube" - p.6. (61) B i l l y - "La L i t t . Fr. Cont." - p. 162. 40. . n. ., . (62) . contradictoire. La sienne n'est pas une philosophie qu'on doit suiyre ayeuglement - plutot e l l e elaauche un hut ideal pour etre retenu devant s o i . Sa haine de l a violence, sa croyance en une force morale s'expriment partout dans ses oeuvres et nulle part s i simplement que dans son chef d'oeuvre par l a bouche du grand-pere de Christophe. "Mieux vaut douceur (63) que violence." Derriere cette phrase i l y a une croyance ferme en un force morale qui surmontera l a force physique. I I n'est pas tout a f a i t c l a i r comment on doit appliquer cette force - l a i l est vague et comme Tolstoi' (son influence fut grande sur Rolland^ 6 4^) . . . i l nous ,j l a i s s e avec un cadre ide a l et philosophique dont on ne peut se se r v i r a moins que tout l e monde s'en servent. Force's, comme nous sommes, de conside'rer l a doctrine de "non-violence" pendant l a lecture des oeuvres de Rolland, notre attention est inevitablement tire'e verslinterprete de l a meme doctrine - Mahatma Gandhi- et nous ne sentons aucune surprise en trouvant que Romain Rolland e c r i v i t un t r a i t e biographique, critique et surtout sympathique, sur l a vie de cet homme remarquable. I I est evident que dans l e royaume d'idees ces deux etres marchent par des chemins paralleles. I I n'est pas meme d i f f i c i l e d'imaginer Rolland comme un Gandhi de l'ouest car sa sympathie avec les Prophetes de l'Inde est tres marquee - et trea belle. I I nous f a i t t r e s s a i l l i r avec p l a i s i r par ses interpretations de leur philosophie s i etrange a nos idees occidentales, et en outre, s i familiere en essence. Sous l a magie de sa plume, dirigee par un esprit qui touche (62) Seippel - p. 26. (63) "L'Aube"- p. 40. (64) S e i p p e l - p. 30. 41. les altitudes sublimes, i l nous f a i t voir les dieux et les deesses des Indes en leurs aspects philosophiques - on peut meme dire , cosmiques -depouilles de toutes les horreurs dont l'ouest (et l'ignorance) les vetissent. En l i s a n t ses pbrases elogieuses sur l a philosophie de Gandbi, on est force*'a l a conclusion que Holland y exprime ses propres idees; au moins q u ' i l s o i t en rapport avec les idees q u ' i l interprets. Par exemple, "Ce que Gandhi apprit en 1392," l a passivite heroique", s ' i l est possible de joindre ces deux mots, l'elan passions de l'ame qui resiste aumal, non par le mal, mais par 1'amour." Puis, en discutant l'idee de Gandhi d'un retour a l a simpl i c i t s antique, Rolland s*crit - "Ceci est l e fond de sa pense*e; et c'est grave. E l l e suppose l a negation du progres, et presque de l a science de l'Europe . . . Cette f o i medievale.risque done de ss hsurter a l a poussee volcanique de l ' e s p r i t humain et d'etre mis en pieces. Mais d'abord i l serait prudent ds di r e , non pas "de l ' e s p r i t humain",mais "d'un esprit humain", car, s i on peut croire - (et je crois) a l'unite' symphonique de l ' e s p r i t universel, elle est f a i t de bien des voix diverses, qui suivent chacune sa partie; et notre jeune Occident ne songe pas assez que 2a l o i du progres est sujet a e l l i p s e s , a mouvements contraires et a recommencements, que l ' h i s t o i r e de ($6) l a c i v i l i s a t i o n humaine est plus exactement l ' h i s t o i r e des c i v i l i s a t i o n s . " Cette expression "l'unite''de l ' e s p r i t universel", feconde en s i g n i f i c a t i o n , est l a c l e f de sa philosophie laquelle est t e l l e qu'on (65) Mahatma Gandhi, p. 16. (66) Op. c i t . p. 49. 42. peut 1'appeler Universalisme, et 1'etude de ses oeuvres sur les religions et l a philosophie de l'est constate cet universalisme d'une maniere incontestable et nous assiste a mesurer en quelque sort ses propres croyances fondamentales. I I e c r i v i t a Seippel l e 9 fevrier 1909 -"Entre ames religieuses on se comprend a demi-mot; et je le suis extreraement. S i je suis naturaliste comme vous dites, c'est que je sens Dieu partout. Mon intelligence y est pour peu de chose. E l l e est fort l i b r e . Ma f o i est un i n s t i n c t i r r e s i s t i b l e et avec les anne'es, l a v i e , au l i e u de s'emousser, 1'aiguise davantage. Get in s t i n c t m'a toujours soutenu et me soutient encore, parmi tant de fatigues et de decouragements, qui ne m'ont pas 4te epargues non plus qu'aux autres. Rien ne me donne plus de.joie, de paix et de force que de sentir combien i l y a dans le monde d'ames vraiment religieuses, vraiment vivantes. Je ne 1'aurais pas cru autrefois. J'en decouvre, chaque jour davantage. Nous ne sommes pas isole"s. Nous sommes?des m i l l i e r s de freres. Mais l a plupart ne s'en doutent pas, et i l s se decouragent. Tout notre I an \ e f f o r t doit etre de les unit," Dans sa preface a ses lecteurs de l'ouest, sentant, sans doute l a necessite de f a i r e une declaration de sa f o i - une esquisse de sa r e l i g i o n - i l . e c r i v i t q u ' i l ne croyais pas en un dieu personnel et point du tout en un seul dieu de douleur. I I croit que dans tout ce q u ' i l y a qui existe: l a j o i e , l a douleur et avec eux toutes formes de l a v i e , l e seul dieu est Lui qui est une naissance perpetuelle. La cre'ation se f a i t a chaque instant, e l l e est un procede incessant, l e (67) Seippel - Op. c i t . , p . 99. 43. l e vouloir de se debattre, l'epanchement d'une source jamais un etang (68) stagnant. La, nous avons une declaration lucide de sa croyance. Cette publication f a i t en 1930 est probablement l a forme fi n a l e des bases de sa philosophie. Anterieurement i l d i t , "Je sens, done I I est" - et de ce noyau central i l f a i s a i t s o r t i r tout le reste: une conception de Dieu et du monde exterieur une explication de l a liberte', enfin des regies morales et e s t h e t i q u e s . " ^ " J ' a i touche MA certitude" i l se d i t - et cette certitude, i l nous est evident, etait une certitude pour l u i seul car "ne demandons pas a Romain Rolland ce q u ' i l ne veut pas nous donner, une certitude (70) acquise une f o i pour toutes." Pour l u i , " i l ne s'agit pas d'acquerir, coute que coute, d'impossible certitudes, i l ne sfagit de ne pas "etre dupe et e'est pourquoi ce reveur, ce mystique, cet i d e a l i s t e , ce poete pouvait se reclamer sans se contredire lui-meme, de l ' i n t e l l i -gence et du realisme." L'universalisme de Rolland n'est pas celui d'une fonrmiliere. I I est, au contraire, le preux champion de l a dignite de 1'individu. I I i n s i s t e , neanmoins, sur l a dependance reciproque des fractions de l a societe humaine. Cette insistanee est toujours au premier rang. I I est guere necessaire a. repeter sa phrase "l'unite symphonique de l ' e s p r i t universel," citee au-dessus pour constater que l e genre de son i n d i -vidualisme est non seulement compatible avec un universalisme, mais que (68) Prophets of the New India, p. x i x . (69) Seippel, op. c i t . , p. 27. (70j Op. c i t . , p. 237. (71) B i l l y , op. c i t . , p. 162. 44.. l e dernier est presque synonyme a 1'universalisme Chretien, ou Men a tout ce q u t i l y est imp l i c i t e dans-3a" philosophie chretienne. Pour l u i , un &tre humain est un frere - l a question de race n'y entre pas. Un t e l universalisme dif f e r e de celui du moyen'age et, meme plus forte-ment, du nationalisme moderne - l e totalitarianisme." "A mon sens, Gandhi est aussi universaliste que Tagore, mais d'une autre faeon. I l l'est par l a conscience morale: Tagore par 1'intelligence . . . Gandhi est un universaliste medieval. Tout en ' s (72) le venerant, nous sommes avec Tagore." Nous pouvons dire done que 1'universalisme de Holland est un produit de 1'intelligence et non pas de I'emotion. Dans un monde, d i v i s / p a r de t e l l e s ide'es comme l' i n d i v i d u a l -isme et le !totalitarianisme sa defense du premier devint obligatoire pour l a satisfaction de son'ame; et malgre l'opposition, meme le denigrement et l a diffamation q u ' i l rencontra, i l persista a precher l a saintete de l'i n d i v i d u jusqu'aux homes de sa propre surete. "Assure-ment, i l n'a pas l'ambition de resoudre l e probleme de I'ordre et de l a vie en societeV I I ne cro i t pas que le moment s o i t venu de donner a ce probleme une solution d e f i n i t i v e et parfaite. Individualiste, f i l s du x v i i i s i e cle et de l a revolution, pour laquelle i l nourrit un culte, i l n'envisage 1'avenir humain que sous 1'angle du perfectionnement ind i v i d u e l , mais cet avenir le pre'occupe a un haut degre', c'est un individualiste de'termine', mais un individualiste humanitaire et par-(73) dessus tout, ennemi de l a violence." (72) Mahatma Gandhi, p. 137. (Au bas de l a page) (73) B i l l y , Op. c i t . , p. 162. ( 45. De cette idee centrale y decoule certains implications tres importantes, desquelles, l a plus importante est l a liberte*" - et nous ne somrnes point surpris que sur l a question de l a l i b e r t e Rolland est presque fanatique. Deja a l'lsge de vingt ans, dans une conversation avec Renan, i l l'entendit dire que 1'essence du progres est l a liberte', que l'lage de dogme est p a r t i J 7 4 ^ I l est certain que ces paroles de cet 'etre g e n t i l et doux eurent une influence d e f i n i t i v e sur l e jeune homme. Etant donne 1*importance de l a l i b e r t e , les autres necessites de I'individu sont c l a i r e s . I I compte parmi ses ennemis tous les actes ' ' *s (75) d'injustice. Ou l a l i b e r t e est violee, l a est son pays. La l i b e r t / e s t toujours menaeee par l a guerre, dans tous les pays et dans toutes les epoques. Cette menace"a tout ce q u ' i l se tenait cher provoqua chez Rolland un e*clat contre l a sottise de l a guerre en gene*rale et contre c e l l s de 1914 en pa r t i c u l i e r e . Ses exhortations l u i gagnerent et l a louange et le blame; ce dernier est d'autant moins aujourd'hui que pendant les annees d*enthousiasme p a t r i -otique. L'attaque directe sur l a guerre est i n u t i l e . La raison est faible devant les forces elementalres, mais Rolland croit que son devoir predetermine' est de combattre meme pendant l a guerre tout ce que les passions des hommes se forcent a f a i r e pour l faugmentation deliberee de l'horreur - de combattre avec l e poison s p i r i t u e l de l a guerre. Rolland, done, n'attaqua pas l a guerre, i l attaque (74) Century. Y. 109, p. 437. (75) "Le Temps Yiendra" - Century, Y. 86, p. 24. 46. I'ideologie ae l a guerre, l'apotheose a r t i f i c i e l l e de l a brut a l i t e . " Dans 1'atmosphere de l a guerre actuelle i l n'est pas d i f f i c i l e de com-prendre que cette difference manquait d'etre compris par des individus excites* par l e danger imtae'diat, et surcharges d'un pat r i o t isme bien s. sincere. Bien que sa philosophie s o i t vague en d e t a i l , ca et l a dans ses e c n t s on rencontre une lueur tres c l a i r et plus au moins determinee. Une t e l l e revelation se trouve dans 1Bs paroles de Gandhi citees par Rolland dans son oeuvre sur l e Mahatma. La sympathie que Rolland manifests pour l a philosophie de Gandhi nous f a i t croire que les sentiments de Rolland, s i non synonyme, au moins vont parallelement a ceux du Prophete Hindou. ' "Notre l u t t e , " declare Gandhi, "a pour f i n 1' emitia avec le'monde entier - l a non-violence est l'annonciatrice de l a paix du monde . . . l a paix du monde est l o i n . Nous n'avons pas d'illusions - les Realpolitiker de l a violence (revolutionnaire ou reactionnaire) se r a i l l e n t de cette f o i ; et l i s montrent ain s i leur ignorance des r e a l i t e s profondes. Qu'ils se r a i l l e n t J J'ai cette f o i l " (Est-ce Gandhi ou Rolland qui parle??) Je l a vois bafouee our persecuted en Europe; et dans mon propre pays nous sommes une poignee -Sommes-nous meme une poignee? Mais quand je serais seul a croire, que m'importe? Le propre de l a f o i est, l o i n de naer l ' h o s t i l i t e du monde, de l a v o i r et de croire contre e l l e ; c'est encore mieuxl Gar l a f o i est un combatj l e chemin de l a Paix n'est pas celui de l a faiblesse. Rien ne vaut sans l a force; n i le mal n i l e bien. Et mieux vaux l e (76) Zweig - Op. c i t . , p. S98. 47. mal entier que le bien emascule'. Le pacifisme grognant est mortel a l a paix; i l est une lacnete et un manque de f o i . Que ceux qui ne croient pas, ou qui craignent se retirentJ L e chemin de l a paix est (77) l e s a c r i f i c e de s o i . " (77) Mahatma Gandhi, Op. c i t . , p. 185 et seq. 48. Y. CONCLUSION. Cette conclusion, ecrite pendant l a "Bata i l l e de Bretagne" et apres l a debacle de l a France, est, peut-*etre, coloree en queique mesure, par 1" emotion excitee par ces evenementsj et les extraits que je c i t a i deja auront l'apparence des propheties. Je me demands'ils ne sont pas propheties, car, meme dans l e volume de ^ean Christophe -"La Foire sur l a Place" - les causes de l a debacle de l a France sont, au moins, ebauchees. Dans ce volume et dans celui i n t i t u l e * " L a Revolte" nous discernons, parmi les violences de ces oeuvres, un appel a l a jeunesse de renoncer a 1*adoration des dieux faux . . . "En renversant les idoles du jour, Romain Rolland voulut, aux cotes de quelques-uns de v • ^ (78) ces freres en pensee, t r a v a i l l e r a restaurer l e temple du vrai Dieu." Romain Rolland, au sein de l a melee en Europe, l'homme qui du temps de l a paix, osait montrer"a l'Europe sa faiblesse, continuait avec Constance de supporter les memes.ideals auxquels nous t^ntnes tous avant que l'emotion remplacat l a raison et l a justice. (78) Seippel, Op. c i t . , pp. 206-7. (79) Bowler - "The Nation" V. 102, p.6. 49. Ce s o l i t a i r e courageux, qui pouvait mepriser les triomphes vulgaires et en .meme temps garder sa f o i en l a puissance d'idees, t r a v a i l l a i t d'annee en annee avec t r o i s bons camarades ~ l e silence, l a solitude et 1'obscurite. Cet homme, seul, dans sa re t r a i t e en Suisse, continuait a s ' i n q u i r e r de 1'Europe. Tout le monde tournaient contre l u i . I I fut devenu l e custode de l a conscience de 1'Europe, Epie' soupconne' i l continua ses oeuvres nobles. Le Prix "Nobel" accorda a l u i par I'Academie Sue*de avait 1'effet de combler encore de mepris sur l u i ; quand i l eut donne 1*argent aux victimes de l a guerre, meme cet acte fut mal interprete. H. Jean Einot, editeur de l a Revue, e c r i v i t a propos de cet acte " q u ' i l ne s u f f i t pas d'etre vertueux, i l faut aussi agir vertueuse-ment.« { 8 1 ) Rolland est un 'etre vertueux et ses actions suivent logique-ment sans egard aux opinions du monde. Dans toutes ses oeuvres, et artistiques et polemiques, l e probleme fondamental de Rolland reste l e meme: l e probleme de l'homme l i b r e qui ti e n t fortement a sa personnalite' auxcroyances gagnees par ses propres e f f o r t s , par opposition au monde, au v. \ . /(82) siecle et a l'humanite. Les hommes de toute epoque sont d s accord au moins, sur un d e t a i l - l'amour platonique qu'ils professent pour l a verite - et l a crainte, tres r e e l l e , qu'ils sentent pour e l l e . Cette crainte i l s (80) "Atlantic" (81) Le " D i a l " , (82) Op c i t . - V. 137. p. 79. - V. 60, p. 445. 50. constatent en montrant un desir de ne pas reconnaitre l a ve'rite et en etalant leur ingratitude vers ceux qui l'indiquent. Beaucoup d'"intellectuels" manquent l e courage de braver l a ve'rite. L'homme ne supporte pas volontairement l a censure universelle; l a v i s i o n , tres sincere, qui deprecie l e monde ou i l demeure. Au fond i l n'aime pas celui qui l'empeche de s'assoupir sur l ' o r e i l l e r d * i l l u s i o n s . ^ 8 3 ^ Pour 'etre accepted par l'bumanite'', i l faut que l a verite'se fournisse d'un masque, d'un symbole ou d'un paradoxe... " i l faut, en effet , que l a s s s 184) yerite se presente comme un mensonge avant que le monde l'accepte." ' Cette ame, cet amant de l a verite', reste supreme parmi les S • S s v pygmees de notre.epoque. En 1905 i l e c r i v i t que "1'atmosphere fut lourde autpur de nous. Les vieux pays de 1'Europe s'etoufferent dans s. / une atmosphere dense et corrompue. Un materialisms, sans grandeur, accabla l a pensee et empscha 1'action du gouvsrnement et de l'individu. Le monde mourait d'asphyxie dans un egoi'sme qui fut meprisable aussi bien que prudent, - i l s'engorgea. Ouvrons nos fene"tres. Laissons-nous y (85) fa i r e entrer l ' a i r f r a i s . Respirons. l ' a i r qui donne l a vie aux heros." "N'est-ce pas que ces paroles furent prophetiques? Mais ces ames qui, au milieu de l a l u t t e de l a v i e , au milieu de l'ordre s o c i a l actuel, restent intrepidement fideles a leur v i s i o n , a leurs paroles et a leurs actes, combien de c e l l e s - c i voit-on dans un s i s c l s ? (83) Ls " D i a l " - V. 69, p. 110. (84) " L i l u l i " - dans l s " D i a l " , V. 69, p. 111. (85) Le "D i a l " - V. 60, "Critique sur Romain Rolland" par Hale. a. BIBUOGRAPHIE Arnoux, Alexandre: Atlantic Monthly: Baker, John Baldensperger, A. Barbusse, Henri Bei'swanger, G-.W. B i l l y , A, Blaclwoods Magazine: Bowler, Marion E. Bookman, The Braunsching, M. Century, The Ghurch, Henry Y/ard Commonweal, The Current History Conversation c i t e par A. Lang dans son "Voyage au Zig Zag dans l a Republique des Lettres". P h i l l i p s Simpson & Co., Boston, Mass. "Jean Christophe" - A r t i c l e i n The Spectator, v.110, 1913, p. 656. "L'atmosphere de Jean Christophe". A r t i c l e dans l a Revue de Litterature Comparee, v. 3., p.288. 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