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Les traditions du roman psychologique en France Meadows, Lyman Everest 1937

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LES TRADITIONS^  DU ROMAN PSYCHOLOGIQUE M . FRANCE ' v . Lyman Everest Meadows 0O0 A thesis submitted for the degree of MASTEE OP ARTS IN THE DEPARTMENT OF REICH 0O0 I^^JL ffsyJ THE UNIVERSITY OF BRITISH COLUMBIA April, 1 9 3 7 -LES TRADITIONS DU ROMAN PSYCHOLOGIQUE EN 'FRANCE xi INTRODUCTION LE ROMAN . PSYCHOLOGIQUE "Tant de choses en deux mots" —-Le Bourgeois Gentilh omme. De tons les genres litteraires en France,c'est le roman psychologique qui est le plus riche en traditions;nul autre genre n'a mieuz preserve ses traditions a travers les annees sucOessives des- la grande pe'riode classique le XT/TI e siecle.Nous n'entendons pas par cette assertion que le roman psychologique soit ou ?Je"'plus fecond on. le plus populaire de tous les genres.Ce que nous visons a indiquer c'est que la, veritable tradition francjaise est celle du roman psychologique. Memorise par les classiques, comme vehicule indigne et incapable d'accomplir l a haute fonction qu'achevaient la poesie e t l a scene,le roman se trouva l e seul genre auquel le classicisme n'eut pas impose' ses lois;le seul qui put se developper librement • Pfdfitant de soH heureuse disgrace,le roman a tra.Tai.lIff a, reali: son hut de peindre l a vie .L'objet special du roman psychologique a e'te de nous rendre sensible I'ame humaine en scrutant l a vie interieure:les roimges de 1'esprit, l e coeur humain. iser-xx i • Vn ces buts ambitietuc, ne pourrait-on raisonner qu' i l n'y a aucun roman qui ne soit tout a fait depouille' de psychologie? Que I'oeuvpe soit roman d 'histoire, d'aventures, de moeurg, d 'a-nalyse etc qu'elle soit ide'aliste on realiste, elle nous pre'sente une image, un reflet de quelques aspects de la vie-Comment se peut-il que cette image passe des pages ecrites a, la connaissance du lecteur?C'est que l'auteur a pu nous donner la, m§me image qu'il a eue lui-«ieme dans son espritoPeut-etre cette image n'est-elle pas une vraie peinture de la vie reelle .IT 'oxiblions pas que celle-la. n 'arrive dans le roman qu'a travers 1'esprit et 1'imagination de 1' e'eri vain-Un artiste de talent sait Men que le vrai peut etre souvent moins inte'ressant que le vraisemMaMe.En d'au'tres termes,il fa.it du roman une me'taphysique de 1'intelligence.11 est capable de nous emouvoir,de nous i n s t r u i r e — en somme,de nous iiite'resser »Et pourquoi inte'res sons-nous a ces peintuffes de l a vie—pourquoi souvent plus qu'a l a vie reelle?C'est que nous y reconna-issons quel que chose de nous-m ernes ou que le romancier a pu nous seconder dans la connaissance de certaines parties obscures de notre vie.Les choses dans la vie exterieure ne nous deviennent reelies qu'apres qu'elles sont entrees dans notre connaissance • Ainsi l a vie exterieure est-elle essentiellement rapproche'e de la vie interleure .Or c 'est dans la vie inte'rieure que se montrent certains traits familiaux des etres humains de toute epoque;nos instincts et nos emotions sont foncierement semblables;les miseres et les grandeurs, les vietoires et les defaites du coeur Iromain er.citent un inte'ret e'ternel et uni vers e l . Qui e'tudie I'ame e'tudie x i i i tout.L'etude de 1 'ame, c 'est-a-dire l a psychologic, >doit ne'cessa,irement le fond de toute oeuvre rornanes que-C'est la psychologie qui l i e dans 1 'unite de traditions certaines oeuvres romanesques dans la litteratxrre franQaise;romans qui peignent des nuances de 1'ame romans psychologiques.Notre dessein est d'etudier quelques-uns des plus importants de ces romans et d'indiquer comment ont ete preservers les traditions psychologiques. Avant d'aborder cette tache assez ambitieuse,il faut faire des observations ge'neraleo sur la"metaphysique de 1'intelligence"« Comment 1 'auteur peut-il capter la vie?; surtout la vie inte'rieure? On ne peut decomposer un organisme mental.N'est-ce pas que'le romancier ne fa i t que projeter hors de lu i un monde moral qu'il a conf^u dans son propre espritTMais ce monde moral ne t i r e - t - i l pas son origine du monde reel?La narration d'un fait exte'rieur ne peut jamais etre que la copie de 1 'impression que nous produit ce fait exterieur.Comment 1'auteur pourra-t-il peindre les emotions de ses personnages a moins qu'i1 n'ait ressenti en lui-meme de pareilles emotions ou du. moins observe, de premiere .main, les redactions mentales de ses semblables?Le bon e'crivain, done, devra etre doue' d'une puissance d'introspection, d'observation, d 'imagination, d'e'vocation et de composition• Yoila,done, les dons qui justiflent les deux procedes de la genese du roman; lanaly se et.la syn these -Nous avons de'ja indique' le domaine de 1'analyse du psychologue:1'ame humaine.Parfois le roman, en s'arretant a. la phase de 1'analyse ne nous livre qu'une serie xiv. d''obserrations personnelles de 1 *auteur-Parfois 1'.analyse se pro.jette dans l a synthese.A-ce point de vue 1'analyse,au sens large,n'est jamais achevee.Le "bon auteur 1'emploie en menant a. "bonne f i n la synthese de son roman» La synthese d'un "bon roman doit etre un organisme qui se developpe et non nn plan froidement exe'cute.Au l i e u de regarder cette poussee vivante par germination de cellules,, le mauvais ecrivain disseque les membres d'un cadavre .C est-a-dire, au lieu de laisser les ide'es prendre force en resultant naturellement"de la vie des personnages, au lieu de laisser viyre vraiment les personnages,, i l les a inventes ou fausses pour soutenir ses propres theories* Comment l'auteur passe de 1'analyse a la synthese,c'est le secret de son genie-Dans soiVEssai sur le Roman",(I ) M. Georges Duhamel a indique cinq "etats" de la synthese du recit et trois fa^ons de traiter ce recit• La premiere forme,la plus simple,la plus elementaire,est la narration, aussi fidele que possible, a la ve'rite • L *auteur raconte ce qu'il sai t,ce qu'il a vu ou entendu, sans y rien ajouter ou rien retrancher.il est evident que ce proce'de" comportera le mo ins d'art et d'artifice. Pas sons au second - degre' du re'cit .L'auteur s'en tient toujours a la stricte verity mais i l omet volontairement certains episodes qu'il juge e't rangers au fond de son histoire ou de nature a encombrer sa narration.Ici 1'art est plus sensible.En eliminant M. Georges Duhamel—Essai sur le Eoman:M. Les age— Paris, 1 ?2 5 • quelques aspects du modele51'auteur laisse agir son esprit;le choix intervient et liraite la ptire imitation. Le troisieme degre- marque une heureuse operation' de synthese. Le romancier, en racontant une anecdote, ne rompt avec les re'alite's mais i l introduit des episodes qui proviennent d'une toute autre histo C'est-a-dire, i l prend des liberte's avec le temps et 1 'espace • Dans l a quatrieme forme du recit^l'art se,manifests d'autant plus fort qu'il associe 1'imagination au choix-Outre le choix des re'al 1'ecrivain projette dans sa narration certains elements qu'il puise dans le monde de ses reYes.Ces reves.bien ehtendu,ne sont que des reflets de quelques aspects du monde reel-Mais 1'imagination humaine, en travaillant sxir ces elements emprunte's a la vie exte'rieur, parvient a les modifier,a. l e s transformer tellement qu'ils nous paraissent des recre'ations -II nous reste le cas ou 1'auteur s'en tient a la seule imagination-La,tout est invente et la respite" ne fournit "qu'une poussiere de materiaux dont I'art s'applique a, faire un tableau neuf, equilibre'." II est d'ailleurs possible de varier la technique du- re'cit construit sur les bases que j e vi ens d'ebaucher. Tantot le roman est en forme d'autobiographie-Tout se passe a la premiere personne du singulier-C'est la maniere la, plus simple, la plus naturelle;celle qui est employe'e tous les jours dans la XVI conversation.Tels les romans psychologiques:Adolphe,Manon I>escaut, tfertlier, Domini que • TantSt le romancier f a i t parler ua personaage fictif„aussi a l a premiere personne du singalier-Entre les mains d'un auteur de talent, ce personnage ne demeure pas mi temoin neutre et impartial,mais sert a infliger une • transformation1 aux eve'nements,a j jeter un jour tout nouveau. Enfin,le romancier peut se servir de la forme oh jective,historique .La, le narrateur s enable un temoin occulte qui, en ne prenant aucune part a 1'affaire,raconte seulement ce'qu'il salt, ce -qu'il a vu ou devlne.Heureux ecrivain celui qui peut s'effacer et qui laisse ses' personnages s expliquer par leurs paroles et par leurs actions• Peut-etre semble~t~il au lecteur que nous sortons de notre domaine, 1' etude du roman psychologique ^Nous venons de discuter des elements que comportent toutes les variete*s du roman—-y compris le-roman psychologique«L' interet d'un roman provient de sa. conception, du traitement du recit et de la composition.C'est dans ces proce'de's que se manifesteront les traditions du roman psychologique. Pour voir comment le roman psychologique est dans la veritable tradition franQaise,il faut comprendre les caracteres de l a race qui ont forme' cette tradition; les traits pennanents de 1'esprit fraaaQaig • (1) "Notre nation, dit M« Lanson,ce me sernble, est moins sensible que sensuelle et moins sensuelle qu' intellectuelle.. ,. "curieuse surtont de notions intelligibles, logic!enne, constructive et generalisatrice,peu metaphysicienne ni mystique,mais positive et re'aliste jus que dans les plus vifs e'lans de la foi et dans les aventureuses courses de l a pensee .Elle poursuit l a pre'cision jusqu'a la secheresse, et pre'fere la clarte* a l a prof ondeur .Parce que le "moi" est l a re'alite l a plus imnie'di&tement saisissable, La plus nettement determine (en apparence du moins )non par vanite' seulement,.elle. s 'y attache,elle s'y replie,et dans ce qrratteint sa pensee,elle tend naiurellement a chercher surtout les relations et les manifestations du "moi" : Race de bon senssparce que 1' intelligence, les ide'es Is, menent,elle eat inconstante et legere,pa.rce qu'elle n'a guere de passions dont le hasard de ses raisonnements ne change 1'orientation,elle parait aventureuse et folle,quand ses deductions et ses gene'ralisations l a heurtent a, 1'implacable re'alite' des inte'rets et des circonstances-Race plus raisonnable que morale,parce qu'elle est gouvsrne'e par l a notion du vrai plutSt que du bien,plus facile a. persuader par la justice que par l a charite*." (i).Histoire de la Litterature JranQaiseiG.Lansonsp.8.(Hachette) x v i i i ( 0 "Snfin, la forme grave et supe*rieure de notre Intelligence,c'est 1 !esprit d'analyse,subtil et fort,et l a logique, aiguS et sex^reesle don de representor par une simplification lumineuse les elements essentiels de l a real its', et celui de suivre a 1 1 i n f i n i sans 1'embrouiller ni le rompre jamais le f i l des raisonne-ments abstraits;c'est le genie de 1'invention psychologique et de l a construction mathematique•Yoila les ressources et les dispositions principales que 1'esprit franVais apporte pour faire sa litte'rature, sans parler des autres caracteres qui se rapportent moins directement a cet ohjet!voila les traits principalis et permanents qu'il a de'gage's pendant dix siecles d'intense production litteraire«" Lie.a ce trait d'Intellectualisme ou, plutot, re'sultat nature 1 de la. tendance intellectuelle,nous voyons le second des plus grands caracteres de l a race franQaise:c Jest~a-dire , la sociabillte* 1'idee de l a dependance des individus I'un de 1'autre,et de la sympathie plus large pour l a souffranco humaine* L* intellectual! sme du peuple franQais a fait produire une litterature ou sont conside'res (2)"les etres et les persomies sous 1'aspect qui les rend le plus saisissables a 1' intelligence; or, on peut dire que c'est avant tout 1'aspect (1 ) .Histoire de la Litterature FranQaise: G-.Lansonrp-9 «(Hachette) (2).Alfred FouilleeiPsychologie du Peuple franeais•(Le caractere fran^ais et l a litterature, pages 21 3-21 4) (cite' dans I'lme Fran^aiseil/IacDonald Clark et Leclercq.:p • 77 • (Kelson) . xi: conscient,celui oh I'etre existe pour soi et,deverra transparent a liii-Tiiesie, le devient aussi aax autres«0e que nos e'crivains met tent .en relief, ce sont toutes les passions et idees qui arrivent a la connaissance de sci»"Nous avons indique' plus haut comment les passions et les idees arrivent a, la. connaissance de l'auteur psychologue?c'est-a-dire, par 1'introspection et par 1'observation de la vie exterieure •Maintenant, examinoiis un peu ce que M. Lanson a dit " l a forme grave et superieure" de 1'intelligence:1 !esprit d'analyse « Les premiers romans franCais montrent deja une tendance psychologique .Dans ses romans court bis, Chretien de Troyes psint des personnages selon les principes de la- clisvalerie du moyen age •Mais, tout parfaits qu'ils soient comme types chevaleresques ces personnages ne sont pas moins Fran^ais.Ce Champenois de Troyes, ce "Bourget du Xlle siecle", comme le Eourget du XIXe siec'le, aime a moraliser,a raisonner et a analyseriDans sa peinture du "high-life" de son temps, i l y ava.it des images qui devaient guider ses lecteurs; i l y avait un vrai sentiment de la. vie reelle/one evidence du bon sens bourgeois qui sait a, merveille ce qui se passe dans l'esprit humain« On vcit germer, a. un degre assez reniarquable, le caractere Intellectuel de la litte'rature du moyen age dans le XX < Soman de la Bose de Jean de IVIeung. Cette oeuvre expose la philosorfcie de l a soiiverainete de l a nature et de la ralson:!' ide'e que l'lntelli£ plutot que les distinctions sociales devro.it marquer des inegalites d'liommes, que " l a seule noblesse, c'est la vertu" *Et la vertu c'est l a raison,c est suivre l a nature-Jean de Meung est le premier partisan de cette ph.iloso.phie qui • relie-,dans la grande tradition litt e r a i r e , Ea'belais,SIontaigne,MoHex,e,Toltaire et,a certafcns egards, Boileau. Cependant, la rich.esse intellectuelle du moyen age serable perdue a. l a fin du ZYe siecle.Elle parait engloutie dans la masse morte d'une litterature qui reflete l a pauvrete* d'idees de l a vie feodale et le dogme desseche de l !Eglise> C'est la Eenaissance italienne qui ranime les forces intellectuelles du XVI e siecle.D'ltalie arrive 1 * idee de 1'art dans l a litteVatureJfeis ce qui est plus important>les Fran<5ais,en apprenan* cette idee,ten 1'adaptant a leur esprit, reprennent confiance en l a nature hnmaine et en la raison, guide's par l a verite scientifique plutot que par le dogme. L' influence de 1'antiquite* se manifesto hien clairement dans les oeuvres- de Eahelais *Sa philosophie, comme celle de Jean de Meung,veut "fonder en raison son amour immense et irresistible de l a vie"/ "legitimer l a soiiveralne exigence de son temperament" »N'est-ce pas la- Tine eVidence du culte du "moi!,:le culte qui,etant l e fond de toute oeuvre psychologique,doit faire naitre, plus tard,le roman psychologique? Pour Eabelais l e but de l a T i e "c'estVl'exercice des fonctlons,la-satisfaction des besoins,partant 1'action,et l e bonheur par 1 'action action est la. mesure de la vie" .L' ehergie et Is. re'alite valent mieux que l a "beaute* et l e -dogme.Cette doctrine ne sent-elle pas celle de Stendhal?-!'est-ce pas une doctrine-caracteristiquernent franQais en ce qu'elle manifesto un-melange -de 1'esprit gaulois,de bon sens bourgeois et de l a philosophie intellectue'lle? Montaigne,aussi,exprime l a philosophie,qu'il emprante aux anciens,de l a T e r i t e fondee sur l a nature et,par l a , sur l a raison.Tout individuelle et egoiste que soit l'oeuvre de Montaigne, elle montre un element profonde'ment objectif*Car Montaigne sait M e n qu'en se regardant i l regarde 1 'homme, qu' i l ne se connaftrait mieux qu'en regardant son voisin.Sa raison et son experience personnelles le menent a. croire que '"chaque homme porte l a forme entiere de I'humaine'condition "«Yoila, chez Montaigne, les deux traits, — l a souverainete de l a raison et 1'oojectivisme—-qui ont fourni les principaux res sorts de l ' esprit class ique franQais xxi i • et qui sent restes dans l a grande tradition de la litterature francais traits qui servent a -lier la tradition du roman psychologique a *celle de Ijkie franQaise. II est vrai que Montaigne termine le XVIe• siecle et annonce le classic!sine du XVIIe siecle «Mais i l ne faut pas quitter le regne de Henri IV sans en considerer les re'sultats generaux«(l )"Apres le vigoureux elan des human!stes pour s'e'lever -a l a hauteur des oeuvres anciennes,apres les convulsions politiques et religieuses qui ont remue* les ames jusqu'au fond, la litterature, comme la Prance, se repose .L'edifice social,politique, religieux, moral est reconstruit—un grand besoin dtordre et de paix s'est a la longue eveilie, surtout dans le peuple et dans l a bourgeoisie: on'se refugie dans la monarchie absolue,a qui I'on demande le salut de l'Etat et l a protection des interets prives"• La restauration de la religion catholique e'veilla une ehergie morale qui superposa le Christianisme a l a philosophie des anciens; qui pre'para la doctrine cartesienne de l a vol ent e et la doctrine corne'lienne de 1 'he'roi'sme« La grande epoque classique naquit. (l) .Histoire de. la Litterature PranQaise:G-«Lanson:p-34-7 »(Hacliette) x x i i i • Enrichi par 11 influence de 1 1 an tx quite*, 1'intellectualisrae franQsfis grandit au XYIIe siecle.Les- genres- greco-romains remplacent 'les vieux genres franQais» La forme tragi que se- definit dans le Cid de Coraeille. Le principe fondaraental de I'oeuvre cornelienne,ce qui 1'a mise dans l a vraie tradition franQaise, c'est la. psyehologie:la peinture de la rai son omnipotente, une peinture vraie de l a vie* (I) "ikifin la volenti,' qui ne supprime pas les passions,les arrete,en supprime les signes, ne laisse passer que les actes qu'elle approuve.Comment done s soutenir 1'action morale? Par 1 action exterieure:en fournissant a la volonte toujours de nouveaux obstacles,toujour3 de nouveaux efforts; et nous sommes ainsi ramenes a l a structure de 1'intrigue indiquee plus haut"»Qn pent se demander si cette peinture de la volonte' toute-puissaute est -dramatique .Certes, ce qui fait l a vraie "beaute* dramatique cliez Cornellle (2)"ce sont les de'faites ou les demi~succbs, ou les lentes et couteuses vietoires de la volonte*, ce sont les incessants combats...-.»»... .e'est ce qui se mele de l a passion auxiliaire ou adversaire,a l a volonte' des heros"« 3i Corneille a peint des exaltfe, i l les a faits toujours des passionals intellecttiels-Il exprime l a vraie nature iranQaise: "une nature intellectuelle et volontaire,consciente et active". ( 1) .Histoire de la Litterature FranQaise: G-*Lanson:p • 438 (Hacliette) • (2).Idem?p.439« XXI v » Saciae conserve,pom- l a plupart, les p r i n c i p e s de la tragedie qu'avait e'tablis Corneille-.Mais i l coule dans son oeuvre un esprit nouveau.Ii substitue l a t r a g e d i e de p a s s i o n a la tragedie de earactere qu'avait piatiquee Corneille»(1)"Racine produit toujours ses caracteres en travail,jamais en un etat purement s e n t i m e n t a l : i l samble que ce soit une necessity dans le theatre franQais de ne rien montrer qui ne solt action*Racine con(Joit toutes les emotions,tons les etats passifs comme mobiles, et principes d'activite'; II les exprime justment sous 1 aspect ou leur force d impulsion ou d inhibition se decouvre le plus fortementJl'objet est toujours une resolution a prendre,qui est prise,rejetee,reprise,autant de fois que s'exercent 1'impulsion bu l'inhibition,jusqu'a ce qu'une secousse plus forte amene,!'action definitive" .Chaque passion(2)"est eValue*(e) comme q u a n t i t e d'ehergie,produisant un certain travail,pour eloigner ou appro oner tour a tour le personnage d'une action i rreparaT) lement bonne ou mauvaise"• • " Chez Racine,c est toujours la passion qui triomphe sur l a volonte»Et voila ce qui f a i t sembler plus p r e s de nous lea persomnages de Racine que ceux de Corneille.Comme le theatre de Corneille est viril:une peinture d'efforts surhumains de la volonte*, (1) .Histoire de l a Litterature EranQaise:G.L.anson:p «542«(Hachette) • (2) .Idem:p«54-3 • XXV ' le theatre de Baclne est f eiiiinin • A 1'egard de 1'influence feminine sur l a litte'rature, i l est notable que,pendant cette grande epoque classique,la vie intellectuelle fut dirige'e par des femmes rfemmes du monde .Organise*e a l a fin du regne de Henri IV par Catherine de Vlvonne et plus tard par Madame de Rambouillet,.la vie niondaine (1) "eut pour principe une chose excellente, la sociaMlite des intelligences;et c'est par la qu'elle represente quelque chose de profond et 1'un des caracteres constitutifs de l a race»0n peut croire qu'elle fut vraiment,apres 1' l'excitation de l a Renaissance,une forme necessaire de I'esprit fran ^'a is:car,des que 1'apaisement des troubles c i v i l s et religieux, donne le l o i s i r et l a securite.la litterature et l a society se precipitent ensemble de ce coife*" • Ce fut a une femme des niondaines,Madame de La Fayette, de fournir le chef-d'oeuvre" de la seconde partie du XVIIe siecle. Dans l a vraie tradition classique elle re"sout un conflit psychologique mais,ce qui est plus signif iant, elle choisit, comrne venlcule de son art,le roman—genre peu employe en ce temps-lasH'oublions pas que tout enrichie qu'avait ete l a litterature franQaise par 1'introduction des formes antiques, ce fut le roman qui av8.it etabli au moyen age certaines traditions permanentes du peuple francais-Il y avait quelque chose du moyen age dans les- peinture de 1'amour ideal de l'Astree,de (1) .Histoire de la Litterature FranQaise: G-«Lanson: pages 372,373 * Cyrus et de Clelie.Mais c'est dans La Princess e de CI eves qu'on Toit s'nnir- les Y i e i l l e s traditions fi'an<?aises a celles du classicisme . I l est a noter que c'est le roman qui doit continuer les belles traditions posees par le theatre classique 'Corneille, lui-raeme,avait t senti 1' insuffisance, dramatique de 1'action inte'rieure et i l avait cliercae une compensation a cette insuf fisance par 1 'action exte'rienre extraordinaire»En se servant du roman pour traiter de 1'action morale,M_e• de La Fayette etablit une tradition que continuerent les ^crivains psychologues a sa suite. La, convenance du roman comme cadre de situations •psychologiques e s t Men attestee chez les romantiqnes -IT'est-il pas s i g n i f i a n t que le roraantisme,e*cole dont le principe fondainental est le subjectivisme, l e culte du "moi",n'a produit aueun drarne psychologique? Certes,la forme de la l i t e r a t u r e psychologique s'est blen deflnie dans ^ -'a, Prlncesse de Cleves. A partir de ce chef-d'oeuvre de Mrne • de La Fayette, ce sera surtout dans le roman psychologique qu'on pourra tracer les. grands mouvements intellectuels•II n'y a rien de p l u s logique que cela—un genre dont le domain© est particulieresnent la vie interieure ne peut qu'exprimsr les idees qui dominent l a vie exteriewo ou qui en ressortent. Alors,regardons un pen. les cinq autres outrages xxvii . que nous aliens etuclier« > Jvlanon Lescaut est l a pelnture de deux esprlts ,fs.ibles que la. passion et une socie'te corrornpue re'usslssent a de'grader* L'expiation finale de leurs pecae*s que font les heros complete l a leQon du recits-la raison triomphe. Dans Adolphe,Constant nous donne son aut oh io graph! e psychologique.'il depeint la passion en lutte avec son intelligence. C'est son intelligence qui triomphe* La belle ideologue de Stendhal repre'sente le heros du Bouge et du Noir co-nme un ambitieirx qui fait de la passion une philosophic de la vie June philosophic qui 1'amine a 1' e*chaf e.ud» La raison triomphe. Madame Bovary raontre l a chute tragi que de 1 'heroine qui veut conformer sa vie a ses reves roraantiques .Et encore c'est Is. raison qui triomphe. La donnee du Disciple ressemble,en* quelque part, a celle du Bouge et du Noir.Robert Greslou,le disciple du savant Adrien Sixte,essaie de mettre en pratique la leQon de son raaitre de eonsiderer les ames "comme des experiences institutes par la. nature". En montrant les consequences pitoyahles qu'engendre une telle philosophic, Bourget attaque la doctrine positiviste des naturalistes et exprime bien pre'eisemenf l a responsabilite* morale des intellectuels. Et enfin c'est l a raison,1 5intelligence qui triomphe« xxviii « Malgre' leurs differences i n d i v i d u e l l e s , 1©3 six romans psychologiques,que nous avons cite's.manifestent un tra i t permanent de 1'intelligence fran£aise:c'est~a-dire,la tendance a. fonder la verite stir la, raison.Ce trait est evident d'autant plus que tons ces romans sont des oeuvres morales.A cet egard,M. Lanson d i t : (1 ) "La conscience franQaise, entre toutes les lois morales, che'rit celles qui se pretent le mieux a etre conQues comme des idees de l a raison •.'..« (2) Toila pourquoi notre litte'rature morale est sur tout une litteratore psychologique.............. ( 3 ) Notre moralite* prend l a forme de la raison .Le bien et le mal 3''expriment pour nous en termes rationnels,dans leur rapport au yrai et au faux" .N'est-ce pas ce caractere ratioualiste de 1'intelligence qui marque une tradition commune du roman psychologique et de la race franQaise? Le second tr a i t du peuple franQais,que nous avons indique plus haut,c'est l a sociaMlite. (4) "Presque personne en France, dit M. Bruuetiere,n'a e c r i t qu'en vue de l a sSeiete,sans jamais separer (1) .G. LansonsL'Esprit fran^-ais • (La Civilisation franchise, 2e ame'e no-., 5 .(cite* dans I'Sme FranQaise:MacDonald Clark et Leclercq.sp.11 8. (2) ;Idem:p.120. ( 3) .Idem:p'. 1 i 9« (4) .Ferdinand Brunetiere.Etudes critiques sur 1'Histoire de la litte'rature 1 ran^aise - {'ye se'rie,Le caractere essentiel de l a litte'rature franQaise,passim) (cite' dans 1'Aine EranQaise{MacDonald Clark et Leslercqjp- 72« (Eelson) 1'expression de sa pensee de la consideration du public auquel i l s'adressait,ni par eonse'quent 1'art d*e*crire de celui de plaire„de persuader et de convaiacre" .Chaque e'crivain veut (I) "ou penser avec tout le monde ou fair's penser tout le monde avec soi"«Certes, 1'aspect social et sociable des oeuvres que nous aliens e'tu&ier les liei . -a cette tradition* Madame de La. Fayette e'er i t pour plaire a la socie'te qui 1' entoure .Elle d<|peint le vrai et elle re's out un problem*? psychologique,amis elle n'oublie jamais de faire des concessions an. gout de ses lecteurs en eliminant la, grossierete' de la pelnture de l a cour des Talois »Elle a si bien manic-le traitement de son tJx%me qu'elle a reussi a inte*resser,non seulement sa socie'^mais toutes les socit'tes des siecles successifs jusqu'a nos jours »Voila l a vraie epreuve d'une oeuvre litteraire.Car s ' i l n'y avait pas une socie'te* de lecteurs,il n'y aurait pas de litte'rature .Alors, si un -roman plait conslstamment a l a -socie'te* de toutes les epoques, 5.1 est naturel de supposer que cette socie'te veut l i r e un t e l owrage. II en ira de merae pour Manon Lescaut-Dans son "beau petit livre, 1 'abbe* PreVost presente la, lutte pitoyable de la passit contre les lois de-la socie'te*. Toute l a psychologie de la passion (1) *5istoire de l a Litterature FranQaise: G-« Lanson:p • 9 • (Hachette) d'aniour et de ses effets moraus:.Selon la. vraie t r a d i t i o n franQaise, Manon Lescaut donne une leQonTelle depeint la degradation morale des heros qui poursuivent leur passion en s'opposant anx conventions sociales*Enfin,les deux jeunes amants expient leurs vedh.es en subissant les lois i r r e s i s t i b l e s de l a societe* Toute personnelle que soit la donne'e de son roman Adolphe, Constant recommit Men la puissance des lois sociales et des circonstajices.il etale son "moi",son individualisme,son i n t e l l e c t u a l ! sme, en redigeant • son • autoMograpMe psychologique. II fait des reproch.es a l a miserable moralite' de l a societe' • cont emporaine,mais i l f i n i t par avouer que l a societe' est plus forte que la volonte des hommes et qu'on doit, en f i n de compte,e"couter la raison* Certes,dans Le Houge et le Noir,Stendhal jette un defi a l^a-tonie de la societe' de l a Sestauration;a l a noblesse oisive et degene're'e.Son got- ue l'energie et de 1 action provient de son mepris de l a v i e mondaine qui avait de'truit le ressort de l ' a c t i o n de l a societe aristocratique «C e'tait 1'e'nergie du. peuple qui avait j u s t i f i e ' la revolution et c'est le manque de v i t a l i to* de Is,-noblesse qui condamne l a Sestauration»AInsi,Stendhal peint son heros Julien S o r e l , f i l s d'un charpentier,un ge'ant d'energie qui suit sa passion jusqu'a l a mort. (1) "Aj out0113 que Stendhal a saisi quelques-uns des caracteres eternels de la France,vrais en 18j50,rrais a toutes les " epoques:1a plrysionomie de l a province,avec sa tyraiiuie de 1 'opinion,' son'attachment a 1'argent,sa mefianee,ses c a l c u l s j e t aussi,avec l a force permanente de ses caracteres individuels,incomparablement moins effaces et moins polls qu'ils ne le sont dans l a capitals; plus vigoureux et plus naturels »Et la physionom&e de Paris,la v i l l e du monde ou. l a presence du voisin se fait le'moins 3entir,on les gouvernements despotiques eux-niemes n'arrivent pa,s a etouffer 1'in dependan ce des esprits". Comme Stendhal, Flaubert aussi montre dans son oeuvre une reaction contre des caracteres de l a socie'te' contemporaine;une reaction contre le gout pour l a litterature persomielle«La seule preoccupation de Flaubert,dans -Madame Bovary,se rattache a son desir de s 'arraclier au romantisme de rediger une oeuvre toute impsrsonnelle et reelleV Sa haine de 1'esprit bourgeois se montre dans l a peinture intenslveme'nt reelle de personnages bourgeois-he realisme de Flaubert pro v i ent de sa. profession- de foi de ne faire que dei!representer" .Pour l u i , la vie n'est qu'une serie d*images: images de l a vie e\rbe*rieure qui font des reflets dans la vie (1) rLe Rouge et 1 e Hoir: Stendhal:pages, xxi'i, xsiIi • (S crIbner' s) i xxxii . inte'rieure* '» Mnsi, l a psychologie de Madame Bovary se manifest© dans les aspects exterieurs, dans les aspects sociaux,plutot que dsns des analyses d'e*tats d'ames.Flaubert nous represents l a vie exterieure,la societe*,,les circonstances,agissant sur I'esprit des personnages.il nous donne l a leQon de son recit en montrant la chute morale d'Enraa Bo vary qui est si bete, si desequilibrae par ses reves romantiques qu'elle ne peut souffrir les conditions que l u i imposent l a vie et la societe'. Le Disciple montre plus clairement que ses autres romans le role qu* adopt© M. Paul Sour get .Bans ce bel ouvrage, l'auteur se montre,avec un grand courage,le defenseur de 1'ordre social .11 attaque, coram© cause principal© da "mal du sieele",la philosophie positiviste des natural!stes »C'est cette philosophie--1'ahus de l'esprit d'analyse—qui tue l a foi et la morale de Eobert Greslon, le disciple .ELI '"ahdiquant • les consequences des doctrines du philosophe Adrien Sixte,maitre de Greslou,Bourget marque hi eh precis ement l a responsabilite* des intellectuels qui jet tent," comme des "verites",leurs philosophies dans le raondei En sornme,les six romans, que nous venous de parcourir,etant des oeuvres psychologiques,partant morales,sont essentiellement des oeuvres sociales:en pro'sentant des problem.es morauz/ils radntrent les conditions imposees par l a socie'te' et coiame»t I'individu doit s'y adapter.-La litterature d'une nation doit depeindre les idees et l a vie de Is, societe.C'est particulierement,nou2 sesaMe-t-il le roman psycaologique qui- sert bien de miroir ou sent refletes les traits traditionels du peuple franQais» Ashton,11 i,M.A•, D.Litt. :Madarne .de La D'ayette, sa vie et ses o'euvres, Cambridge, 1 922 » (University press) Ashton, H .,M.A., D .Li11' s The French Hovel:3rnest Benn Ltd, London, 1 928 • Beyle,Henri:(v.Stendhal) Bourget,Paul:Le Disciple:Plon~Nourrit et Cie,Paris • Bourget,Paul:3ssais de Psychologie Contemporaine:Tome Premier:Plon-Hourrit et Cie,Paris,I 91b« Bruaetiere,Ferdinand:Nouvelles Questions de Critique:Calmann-Le'vy, Paris. 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LA PRINCESSE DE CLEVES par Madame de La Fayette. "Un roman:c'est mi miroir qu'on promene le long d'un- chemin." • * Saint-Real. La Princesse de Cleves,le premier roman ou I'interet psychologique est plus important que les aventures et que les actions exterioures,a etabli des traditions du roman psychologique qui ont sillonne' les annees successives jusqu'a, nos jours. En faisant cet ouvrage,Mme. de La Fayette &, pu traiter un prohleme psychologique d'une telle maniere que son oeuvre a excite' un interest encore v l f . Comment explique-t-on un interet actuel dans un prohleme de quelques arnes du XVI e siecle? II nous semble que la seule explication logique en est que nous autres lecteure ont vu,dans le roman, des situations humaines hien pres de nous;dans la peinture de la, vie interieure des personnages nous reconnaissons des aspects pareils a ceirx de nos propres ames .Mais un prohleme psychologique n'est pas assez pour soutenir 1 interet d'un roman.II faut,en outre,un traitement raisonnahle de ce prohleme .C* est par la. que Mine, de La Fayette a pu nous donner un roman qui ne peut jamais etre englouti dans la masse de litte'rature moderne• (I).La Princesse de Cleves:Madame de La Fayette. Edited hy H. Ashton M.A. D. Litt-Cambridge:at the University press:1925» Comme la plupart des romanciers psych.ologu.es,lfoie • de La Fayette presence un probierne qui s'est fort imprime' dans son esprit. II n'y pas de doute possible que 1'his to ire de la Princes se de Cle-ves n 'evolue naturellement et li b rem ent des experiences personnelles de 1'auteur«Elle avait plusieurs occasions de s'apercevoir des affaires de coeur ou une femme aimee est amoureuse d'un homme autre que son mari : le"triangle e'ternel" de 1'amour.Toila, done, la donnee de son histoire• Sa propre vie aurait pu fournir une source a. son roman. Apres un mariage rapide, arrange",Mme. de La Fayette accompagna son mari,plus age de quelques annees que sa femme,a un petit village d'Auvergne.Au bout d'un an d'une vie campagnarde ennuyeuse, elle avoua "ime belle sympathie" pour le due de la Rochefoucauld. Evldemment ce sentiment ne devint pas plus que cela:"une belle sympathie."Avec si peii d'evidence on ne peut justement dire que la Prlncesse de Cleves ne soit qtt'une. autobiogra/phie • Une source beaucoup plus probable du theme de son roman a du etre suggere'e a Mme. de La Fayette pendant les annees qu'elle etait dame d'Henriette,fille de Charles Ier • d'Angleterre et la femme du due d'Orleans,frere de Louis XIT.Henriette etait malheureuse et quelquefois indiscrete .Mme .' de la Fayette a du observer les efforts que faisait le Comte de Guiche pour gagner les affections de Madame .Elle a du connaitre les querelles domestiques qui causerent l ' e x i l du Comte de Guiche en ]665.Bientot apres 1665 elle exit 1'occasion de connattre mieux les affaires de Madame .Celle~ci demanda a lime, de 17a Fayette d'ecrire son histoire d'apres des renseignements fournis par Madame elle-meme .Cette Histoire intitule'© •"Histoire de Madame Henriette d'Angleterre" parut apres la mort de Mme» de La Fayette -Une autre version du meme prohleme se presenta un pen plus tard d'une maniere frapp ante .Franchise de SeVigne', f Ille de 1' ami e la plus intime de Mine, de La Fayette,avalte epxrnse en l669,a 1'age de 22 ans, le Comte de Grignan a,g£ de 40 ans •FranQoise etait la troisieme femme du Comte.De Grignan avait un frere cadet;le chevalier de Grignan, type du. he'ros galant des romans du XVIIe siecle. Franchise etait une dame des plus belles de son temps et naturellement le chevalier etait bien attire* par la be ante' de sa nouvelle belie-so eur .De meme que 1 'a.ccident de M. de Nemours au tournol fait decouvrir' 1'amour de la Princesse de Cleves, la chute du chevalier de son cheval f i t evanouir FranQoise.Le Chevalier de Brignan mourut en 1672 et la Princesse de Cleves parut en 1678.11 est probable que , les affaire de PranQoise de Se'vigne aient du faire ressortir, de nouveau dans 1'esprit de Mme. de la Fayette le meme prohleme qu'elle manie si bien dans son grand roman. Enfin i l nous semble que l'auteur de la Princesse de Cleves, au l i e u de se donner la tache de re'duire les limites du 4. roman contemporain, am. lieu d'e'crire une nouvelle, traita un probleme qui faisait depuis iongtemps une Impression forte dans son esprit. t>-ySa maniere de presenter son oeuvre exerQa une profonde influence sur les ecrivains de ses jours et sur d'autres qui devaient lui succe*der • En bonne classique du XVIIe siecle,Mme• de La Eayette . e*crivait pour amuser ses semblables et elle clioisit un sujet qui excite toujours 1'interet: le coeur humain• C !e'tait le meme sujet qui e'tait le ressort principal des tragedies des grands poetes cla-ssiques Corneille et Racine«Chez celui-la se trouvent des situations complique'es, des heros doues de qualite's surhumaines dont la volonte' triomphe toujours sur les passions.! 1 'inverse de Corneille, Racine"veut une action simple et claire ou le- mouvement des passions • fournit 1'interet principal;un interet plus proche de la nature et de l a verite humaine.Maitres de la science encore inconnue, de la psychologie,Racine et Corneille ont su peindre la vie inte'rieure de leurs personnages.Leurs oeuvres- fournissaient une mine pre'cieuse de psychologie dont profitaient les romanciers du XVIIe siecle • Les longs romans herol'ques, 1 'Astree,Le Grand Cyrus et Cle'lie presentent non seulement des peintures de personnages mais a.ussi de profondes analyses psychologiques.Ces peintures ne sont que des portraits de la socie'te contemporaine franchise <dans un cadre 5-tantot classique,tantot idealiste .Cependant, les lecteurs de ces romans ne se trompaient pas sur les originaux des portraits,grScc a ia-'peinture soigneuse des caracteres des personnages;grace a une analyse psychologique assez remarquable. Mme. de l a Fayette,comme la plupart des litterairos de ce temps, avait l u ces "romans interminables", elle s'etait pene'tre'e des conceptions de Corneille et de Eacine.En partant du genre hero5que, et en met tant au premier plan la psychologie dans son roman, elle achemina le roman vers la ve'rite, du moins vers la vx-aiseiriblance • he gout des lecteurs y poussait.C ''est ce hesoin qui determine la vogue des "maximes" et des "caracteres" de la seconde moitie* du XVII e siecle «0n se lassait des grandes aventures et des interminable discussions de romanciers tels que La Calprenede, de Comberville et de Mme» de Scudery.Le gout du temps porte plutot a 1'analyse des sentiments«A' cette epoque le roman disparait presque entierement Chose remarquable qu'a cette epoque se pre'sente un ouvrage qui s'etablit comme chef-d'oeuvre dans la litte'rature franqaise«D'ou provient l'inte*ret eternel de cet ouvrage,La Princesse de Cleves ? II n'y a pas de doute possible que c'eat de l'analyse psychologique, des sitxiations morales qui font recormaitre au lecteur des emotions foncierement semblables aux siennes. • Mae., de l a Fayette ne fait qu'observer ce qui se passe -dans l a societe autour d'elle.Dans La Princesse de Cleves,elle "s-le decrit avec "one finesse d'observation psychologique.C'est encore une demi-verite qu'on nous offre.Elle croyait ecrire un roman historique, et par suite se documenta soigneusement en consultant les oeuvres historiques de son temps .Si elle ante-date les eveiiements de son recit jusqu'aux regnes de Henri II et de Charles IX,si elle ne depeint pas la grosslerete* du XVIIe siecle, c'est qu'elle f a i t des concessions au gout de son monde et de son art.31 elle ne veut pas presenter le vrai pur, elle salt bien nous dormer ce qui est .bien souvent plus essentiel a. 1' inte'ret d' une lecture, le vralsemblable« En tout eas, sa tache unique est de resoudre un probleme psychologique et elle le fait avec une consistarice remarquable .Malgre' le cadre, a, peu pres indefiiii,malgre les quatre episodes insere's dans les deux premieres parties du roman,il y a une unite,une harmonie que 1'on remarque avant toutc chose a. travers toutes les pages de La Princesse de Cleves»Son auteur est essentiellement raisonnable; en effet, elle est pres que "rationaliste ° La Princesse de Cleves, herol'ne du roman, est une jeune femme de l a cour: (1) "1'ambition et la galanterie e'toit I'ame de cette cour'Minsi se rapproche le cadre de la vie de 1'herorhe de celui de la vie de 1'auteur.On nous informe,cependant, que la Princesse a fait un mari age qui n'avait pas etc* arrange* par ses parents .Avant le mariage.le Prince de Cleves e*tait passionnement (1) La Princesse de Cleves: p. 15•(Cambridge)• 7-araoureux de sa fiancee.Pourtant, i l n'etait pas tout a, fait content car "II voyoit~avec beaucoup de peine que les sentiments de mademo 1*3elle de Chartres(sa fiancee) ne passoient pas ceux de 1' estime et de l a reconnoissanee." Dans le portrait de M. de Cleves,l'auteur nons dorme une excellente analyse psychologiqueEn nous peignant le type d'honnete homme du XYIIe siecle, elle demontre le caractere du vrai heros de la piece;elle indique les traits de ce caractere qui resteront constants jusqu'a la fin de l'histoire et qui aideront, enfin, a dehouer 1'intrigue.Ce heros perspicace ne sent que trop fort la raison que sa • fiancee ne 1'aime pas ardemment:c'est qu'elle,jeune femme peu cperimentee, ne comprenait pas encore ce que c'est que 1' amour .Marie*e, l i e ne change pas de sentiment envers lui,ce qui inquiete beaucoup son esprit .Cependant, "la jalousie n'avoit point de part a. ce trouble; jamais mari n'a ete si loin d' en prendre, et jamais femme n'a ete' si loin d'en dormer "en effet elle menait une conduite si exacte selon les conseils de sa mere qu'elle paraissait "une personne ou 1'on ne pouvoit atteindre"• Yoici,nous semble-t-il,une preparation du drame moral-On nous presente un mari passionne'ment amoureux d'une femme jeune,belle, honnete.mais qui n'avait point encore eprouve la passion de 1'amour* Pour completer le triangle d'ames, on nous donne le portrait de M. de IvTeniours.il est a "noter qu'a, 1'encontre de Erant6me,Mme • de' la Fayette ne le peint pas comme libertin-File n'eut pas 4\£ e2i e 8 . raisonnable de faire tomber son he'rolne amoureuse d'un roue*.II est illogique de s'imaginer qu'une femme de perspicacite*,telle qu'e'tait la Priacesse de Cleves, ait pu se tromper au sujet d'un libertin.dont la reputation aurait ete" bien connue chez les habitue's de la cour; i l est d i f f i c i l e de songer qu'elle ait pu mime admirer un tel homme .Hon, Ifcte. de lia Fayette est trop bonne travailleuse de la psychologie pour pousser au dela des 'limites de la raison,1'oeuvre de son imagination* Elle s'efface dans son roman,en laissant aux actions de M. de Hemours nous indiquer son vrai caractere.Cependant,au debut de 1'histoire, c'est un jeune galant,bel homme du monde,favorI des dames,que ce de Nemours.Quo! de plus raisonnable que la-jeune Princesse,si fidele qu'elle soit,ne soit "touches de la vue de ce prince" charmant ? On peut raisonner que 1'e'ducation de sa f i l l e , qu'avait faite Mme. de Chartres, aurait du empecher cette f i l l e de s'inte'resser a ITemours *'( i) "Madame de Chartres. * .faisoit souvent a sa f i l l e des peintures de 1'amour" en l u i montrant les malheurs qui proviennent des engagements,des infidelites des hommes et d'un 'autre cote*,(2)"le bortheur d'une femme, qui est d* aimer son mari et d'en etre aimeV'« Dans ses notes sur ce passage,^. Ashton nous fa i t remarquer deux faits signifiants :premierement, qu'une telle education e'tait chose rare au XVIIe siecle et secondement,la manque d'un aspect (1) . La Princesse de Cleves: p. iO. (Caffisivldge)- • • (2) . Idem: p.11 * roligieux dans cette morale. On ne pent guere que douter que lime, de la Fayette n'ait insere ce passage pour affirmer la situation corneltlnne qui a l l ait s'elever ou 1'on teraoignera la lutte entre le devoir de la Princesse envers son mari,et son amour pom- M. de Hemours• De plus, i l nous'semble que ce fond d 1 e'ducation sert a mettre en liaut™ reli e f l a passion de JSme» de Cleves;d'ou provient la situation racinienne •Pourquoi une telle femme ainsi e'levee, poiu-rait-elle se laisser devenir amoureuse d'un homme autre que son mari ? Yoila le problems psychologique du roman» Eevenons au recit»La premiere rencontre de la Princesse et de M. de Nemours a lie u an Dal royal,le soir du jour des fIanQailies du due de Lorraine et de .Madame Claude de France«0n nous dit que toute la. soiree M. de Nemours "ne peut admirer que madame de Cleves" et que la Princesse n'etait sans etre "touchee de la vue de ce prince." En affectant de ne pas deviner le nom de M. de Nemours aved qui elle vient • de' danser,Mne. de Cleves se trompe, car la reine dauphine peine tre cette ([•) ruse,ce qui laisse "un peu embarasseV'notre Princesse.Non settlement 'la dauphine mais le Chevalier de Guise, qui assiste aussi au bal, se rend compte de ce qui s'y passe-La jalousie aiguise sa perspicacite' car,lui aussi, i l est amoureux de Mme. de Cleves; (1)"il prit comme un presage que la fortune destinoit M. de Nemours a etre amoureux de madame de Cleves-" (1) -La Princesse de Cleves. p - 2 7 - (rJarahridge:)) . 10. Notez combien les paroles de la reine daupiiine et la jalousie du Chevalier de Guise jettent une lumiere sur I'etat mental des deux heros.L/auteur n'interrompt pas sa narration pour informer ses lecteurs de telle ou telle situation psychologique-Dans maint endroit on remarquera ce procede d'employer les personnages eux-memes en analysant les actions et les pensees les uns des autres• Apres le bal,etant rentree chez elle,Mae. de Cleves raconte 0 ) • ' a sa mere ce qui s'est passe" au bal; "elle lui loua M. de Nemours avec un certain air qui donna a madame de Chartres la menie pense*e qu'avoit eue le chevalier de Guise." Encore semD1e-1-i1,1eS autres personnages ne s'attardent a soupQonner que les sentiments de la Princesse. C'est le Prince de Cleves qui se rendra compte le dernier de ces sentiments, ce qui mettra au comhle le drame moral. Les jours suivants Mme. de Cleves avait heaucoup d'occasions de voir M. de Nemours et (i ) " e l l e le vit toujours surpasser de si loin tous les autres«qu'il fit,en peu de temps une grande impression dans son coeur."Evidemment de Nemours s'efforce de plaire a, Mme• de Cleves• A mesure que sa passion pour la Princesse devient f o r t e , i l cherche des pre*textes pour romp re avec ses autres maitresses .Mais i l de*gui s e ses sentiments et devient secret.En habile homme du monde,(2)"il prit une conduite si sage et s'observa avec tant de soin que personne ne le (1) . La Princesse de Cleves. p. 2 8 . Cambridge:);.. ( 2 ) . Idem• p« 3 7 » 11. soupQonna d'etre amoureux de madame de Cleves, que le chevalier de Guis et elle auroit eu peine a s'en apercevoir elle-meme, si 1 Inclination qu elle avoit pour l u i ne l u i eut donne une attention particuliere pour ses actions,qui ne l u i permit pas d'en douter." Les amants deviennent secrets.Pour de Nemours,homme de cour experimente', ces sentiments ne sont pas nouveaux. II veut les deguiser de peur de menacer le sueces de ses efforts d'atteindre la Princesse. Par centre, c' est eVidemment la premiere fois que i&ie. de Cleves ait ressenti de tels sentiments et elle veut les cacher pour les analyser; De plus,1* hienseance,le devoir lui dependent d'en parier .Slle n'en parle plus a. sa mere;cependant,celle~ci ne voit que trop le penchant de sa f i l l e ppur M. de Nemours • Enfin le moment arrive ou Mme • de Cleves ne peut cacher ses sentiments ni a elle-meme ni a autrui.En faisant un inventaire mental, proce'de habitue 1 de 1 'heroSne, elle arrive a comprendre que les sentiments qu'elle avait pour de Nemours e'taient ceux que son mari lui avait tant demande*s; enfin 1•'amour n* est plus "au-dessns de ses connoissances".Elle a honte d'etre amoureuse d'un autre que son mari, et en proie a ses remords,elle resout de tout dire a sa mere.La maladie qui s'empare de Mme. de Chartres preVient cet a.veu.Se sentant mourir, la mere exhorte sa f i l l e a. la fidelite que meYite son mari (1) Des a present on peut tracer le cycle psychologique qui se produit dans 1' espritdde l a Princesse: la rue de M. de Nemours e'veille (13.La Princesse de Cleves. p.46. {Samhridge), . • ; 1 2 . . sa passion;son devoir l ' o b l i g e a s ' a n a l y s e r ; e l l e ressent du remords et decide de ne jamais r e v o i r l e P r i n c e de Nemours .Mais,en jeune. femme passionnement amoureuse, e l l e rompt sa r e s o l u t i o n ; l e cycle recommence et se repcte p l u s i e u r s f o i s pendant l a n a r r a t i o n -Dans le, seconde p a r t i e du roman, ou de Cleves raconte I'hist&oire de lime, de Tournon, aimee de Sancerre et de E s t o u t e v i l l e , on nous doruie l e s ide'es du P r i n c e de Cleves a propos de l a since'rite' (l)«Ici p a r l e 1 'honnete homme, l e heros du roman. I I est e'vident que.1'auteur nous prepare pour 1'aveu de l a P r i n c e s s e - V o i c i 1'homme,son propre mari, a,iipres de qui e l l e ch.ercb.era un appiii contre son amour pour M« de Nemours. Hevenue a Paris,Mme. do Cleves r e Q o i t en v i s i t e , p a r m i d'autres, M« de Horaours qui f a i t une d e c l a r a t i o n v o i l e e de son amour .Le de'sa.rroi p r o d u i t dans 1 ' e s p r i t de Mme. de C l e v e s , l u i f a i t garder l e s i l e n c e . Dans cette scene,1'auteur montre de l a bonne psychologie en se servant habilement du langage muet de 1'amour:silences,rougissements,coups d'oeil.On ne peut que soupQonner que M. de Nemours se rend compte du proverbe "qui ne d i t rien/co'isent." Et l a passion gr&ndit en s i l e n c e . S e u l e dans sa ehambre,la P r i n c e s s e s'avoue q u ' e l l e aime de Bemours«En vain e l l e re'soi.vfc de l ' e v i t e r mais,malgre e l l e - i T i g m e , e l l e l e v o l t - E l l e se r e t i r e toujours . de l a chanibre de Ivi. de Cleves quand de Nemours y v i e n t .Enf i n , son mari, s'apercevant de l a conduite de sa femme,lui en parle-Encore e l l e est sur l e p o i n t de l u i d i r e tout,mais l a f o r c e l u i manque.Voici,encore une f o i s un avertissement de 1'aveu que £era l a P r i n c e s s e . ( l ) . L a P r i n c e s s e de Cleves:p-53•(Cambridge). 1 3 -On ne peut s'empecher de plaindre la Princesse en lisant I'e'pisode du portrait.Ici se presente une des meilieures etudes psychologiques du roman.L'herorne voit de Nemours de'rober le portrait,mais elle n'a pas le courage de le re'damer, car le demander ou publiquernent ou en parti culler, c'est avouer son amour pour de Nemours .Elle cede le terrain,pas a pas *A mesure qu'elle perd sa force,Nemours s' enhardit. On nous de'couvre i c i des traits du yraicaaractere de Nemours:(1 )"1I aimoit l a plus aimahle personne de la cour et i l s'en faisoit aimer malgre elle." La, Princesse, sails appui, songe encore a demander conseil a son mari;elle ne salt quel parti prendre. Un incident fortuit 1'y determine»Cest I'e'pisode de la lettre d'amour «Mme» de Cleves, en proie a, l a jalousie, se repent de n*avoir pas tout dit a, son mari et se reproche de se croire aimee d'un amant qui ne peut aimer que "par un sentiment d'orgueil et de vanite"". Evidemment la Princesse elle-meme commence a, se rendre corapte du vrai caractere de Nemours.Elle s'en souviendra jusqu'a, la f i n de la narration• Cependant,en apprenant 1'Innocence de M. de Nemours,la joie qu'elle eprouve l u i montre la profondeur de sa passion.Mais la volonte 1'emporte sur la passion.Le drame moral a la cornelienne franchit une autre etape« La crise psychologique n'est pas longue a arriver. S'etant refugiee dans ses terres a, Coulommiers, et se sentant au bout de ses forces morales,elle confesse a son mari sa lutte interieure-Les coeurs mortelleraent bT'ise's', to as los deux savent bien que la (1 )La Princesse de Cleves • p• 75t^ asab'ridge.)"» 14 . joie sera de'sormais inorte pour eux.Ne'anmoins, i l s s'estiment davantage.M. de Cleves se montre d'une confiance absolue dans I'honnetete' de sa .Terame, en l u i laissant toute liberte'.Mais, en raari essentiellemcnt "nuraain, i l brule d'apprendre le nom de celui dont sa femme est amoureuse • On sait Men. le resultat tragi que de son stratagem© par lequel i l decouvre que son rival est de Nemours • II expire apres que sa femme eut adouci son agonie en l u i re've'lant la verite' et en dissipant,mais trop 'tard,la meprise dont i l meurt. Mne/« de Cleves s'aceuse d'avoir tue' son mari —reaction toute naturelle.Elle souffre pendant quelques mols d'une violente a f f l i c t i o n et se cache dans un couvent.A ce moment-la,elle vient voir de Nemours «La vue de son ancien amant reveille son amour.Sa lutte interieure recommence.Maintenant tous les ohstacles a sa passion lui semhlent enleves.Mais sa, raison,aux prises avec sa passion, lui interdit d'epouser I'homme .qui avait ete' la cause de la mort de son mari.Quelle victoire pour sa raison et,pour son coeur, quelle amertume .Le drame moral a la cornelienne s "aclieve. On nous montre une seconde raison pourquoi Mme. de Cleves ne peut se marier avec M. de Nemours;une raison qui se rapproche de la tradition racinienne, et par la, est plus pres de nos propres • sentiments.La Princesse sait bien que de Eemours a "des dispositions pour l a galanterie." Elle se rend compte de son vrai caractere; elle ne peut s'ernpecher de 1'aimer raais elle sait Men qu'il est indigne d' elle .Son opinion de Nemours est justifies car, avec les anne'es,la passion*de son amant s'eteint.Sa volonte" rest© triomphante sur sa passion .Bile passe la rests de sa vie, detache'e de plus en plus du monde, dans une maison religieuse l'hiver et dans ses terres l'ete*. On a dit que l a conception de Mme. de La Fayette est "trop haute, trop belle,trop au-desaus de nos forces,a la faQon des conceptions de Corneille qui ne ,croit pas a 1' irremediable bassesse humaine". On a traite d'extravagants 1'aveu de la Princesse et la belle profession de fol cornelienne de Mme. de Cleves.On ne doit pas oublier que Mme• de La Fayette ne fait que d^crire la societe* qui 1' entoure et que la donnee de son histoire ressort de ses propres experiences -.File ne redige pas une autobiographic»Elle fait une oeuvre d!imagination dont 1'heroxiie est l e seul personnage f i c t i f«C ependant,pour donner a sa fiction un fond de verite*, elle se documente avec un soin extreme, en . consultant tons les ouvrages principalis qui puissent la renseigner sur l a cour de Yalois«Etant,elle-menie,femme de la cour,quoi de plus raisonnable qu'elle fasse des concessions au gout de son temps en pre'sentant quelques aspects dans sa narration?Quoi de plus natxxrel que des situations comeliennes se trouvent dans 1' ouvrage d'un auteur qui avait ete* en chant ee, nour r i e, et penotro'e des chefs-d' oeuvres du grand Corneille. Mais on exagere,nous semble-t-il,la conception cornelienne dans l a Princesse de Cleves.On a laissc' a cette conception jeter dans 1'ombre 1'aspect racinien du drame moral.Outre le devoir serait-ce sa forte passion qui ait pousse l a Princesse a faire des aveux a son mari? C'est cette passion qui 1'avait mene'e au bout de ses forces .Elle ne salt qt%e faire,En femme toute humaine,elle veut cb.erch.er le repos et le bonheurjle seul moyen par lequel elle puisse y paryenir,c'est d'apprendre tout a. son mari et par la d'enleycr a son esprit le trouble qui y pese.Elle reste toujours raisonnable;elle ne se laisse pas se*duire par son amant.Elle a trop d'intelligence et de perspicacity aussi bien que de biense'ance pour Ignorer le vrai caractere de M. de Hemours.En meme temps qu'elle s'avoue sa passion pour ce prince,elle se rend compte qu'elle ne pourrait jaraais trouver le bonheur en 1'epousant. Bref,'ia Princesse n'est pas un personnage surhumain f i c t i f . En la poignant, 1'auteur a mis au premier plan l a volonte* toute puissante, mais malgre* cela, i l ne l*a pas' faite non moins humaine. En faisant sa narration,Mae. de lia Payette s' efface • jusqu'a intituler son ouvrage des '"Memoires",et a employer le prete-nom de Segrais*' Bien des•romanciers imitaient ce type de* narration qu'elle avait mis a. l a mode. En se servant de l a forme historique, en eliminant quel que s aspects de la striate ve'rite', elle laissa agir son esprit et ses personnages s'expliquer par leurs paroles et par leurs actions •( 1) "En maint endroit de ce qui est pas se* par rapport a elle, elle refait de 1'avenir par rapport a. ses personnages,et elle en met dans leur tete les raisons et les intentions,'animant. ainsi 1 'histoire-, replaQant les pensees et les vol ante's sous les faits,montrant les choses (1)Chamard et Eudler :Revue du Seizieme Siecle,1917-18/ p•11• 1 7 . dans leur devenir. Cette creation de pensee et de raison s'appuie,comme toute la psychologie du siecle, sur l a croyance en 1'identity de 1 'homme a. travers les ages; elle ne suppose pas un instant une singular!te* d*&ne,de caracteres ou de passions,propre au XVI e siecle»0n s'en convainc.encore mieux en examinant les reactions du gout de Mme. de la Fayette contre le detail du recit de ses auteurs•" ($)"Certes,la Princesse de Cleves garde,elle aussi,1'empreinte de son temps.Mais au bout de sa plume delicate,Mme» de l a Fayette y a parfois touche' le fond meme, le fond eternellement douloureux de 1 'ame humaine .Par la,, son oeuvre est demeuree vivante au milieu d'une ne'er op ole de bouquins-Si change ant que- soit le decor de l a v i e , i l y reste toujours ce qu'y a vu Mme» de La Fayette:des passions en lutte avec des devoirs,c'est-a-dire,en fin de compte,la souffrance." ( I),Le Lreton-Le Roman au XVIIe S i e c l e , p . 3 2 2 . CHAPITEE II. tl) MAS OS LESCAUT. par I s abbe* Provost. 1 8 , * Che lutte e*ternelle,en tout temps, en tout lieu, Se livre sur la terre en presence de Dieu, Entre la bonte* d'Horame et l a ruse de Femme. — -Colere de Samson• A quoi tient le charme de Manon Lescaut,roman de 1'abbe* Provost, ou"le Heros est un escroc,!'he*roine une catin?". D'ou vient que des trois romans de Prevost, les Me'moires d'un Homme de qualite*, Cleveland et Manon Lescaut, c' est ce dernier soul qui est res to* chef-d'oeuvre d'un appel universel?Ces trois romans expriment tous les memes idees, offrent les mernes caracteres,cependant i l y a quelque chose dans Manon Lescaut qui le met a, part, qui I'irnprime d'une qualite' de perfection* En faisant ce petit ouvrage,Provost se sert de sa vive imagination sans l a laisser devenir excessive; i l pr^sente le pathe'tique sans melodrame.En peignant le portrait d'un jeune amant,passionne*, violent,tendre,il interdit a 11aventure de 1'emporter sur la psychologie des personnages* (2) "Nous sentons bien que 1'abbe* Provost,plus profondement que les modalite's passageres, a saisi et fixe quelques-uns des traits les plus profonds du caractere humaiii. (1) .Histoire du Chevalier Des Grieux et de Manon Lescaut—(Scribner's) (2) .Etudes Critiques sur Manon Lescaut, par Paul Hazard. The University of Chicago Press. Chicago,111., 1920. 19* Sur ces personnages,dans lesquels les lecteurs, a quelque epoque qu'lls appartiennent,reconnaissent leur propre condition,il a projete' des lumieres diverses; des reflets nuance's et moins alternes que fondus", Man on Lescaut-n'est point une autobiographie,mais, en rnaint endroit dans ce roman,on peut reconnaitre des aspects qui se rapprochent de tres pres de l a vie de i'auteur .Le lecteur s a i s i t une qualite' d'ame que Prevost n'a pas pu s'empecher de transmettre aux herds'de sa f i c t i o n • La passion est l e ressort principal du re'cit .Des Grieux est entralne* irresistiblement vers 1'amour et vers l a souffranee des sa premiere rencontre de Manon»L'amour,comme un i n s t i n c t plus fort que le raisonnement, que la, volonlfe' Individuelle, le domine .Heme trornpe* et ba'foue*,-il ne peut s'empecher d'adorer Manon, son idole-Ici on nous donne un theme vieux comme le monde,mais dans une forme nouvelle-II y a.,pour reprendre 1'expression de Pre'vost lui-merne, quelque chose d'"ambigu" dans le caractfere de Les Grieux.On y troxrye "un melange de vertus et de vices,un comhat perpeuuiel de hons sentiments et d'actions mauvaises" -Le re'sultat' de la lutte entre le hien et le mal est decide* a 1'avanoe,car i l se l a i s s e g l i s s e r vers le choix le moins honorable,vers la solution louche.II ne peut que faire ce choix car, en subissant sa passion, i l s'est mis au ban de l a socie'te' dont i l vent tourner les lois.A chaque etape de l a degradation de sa vole n t i , i l doit s'adapter a. ses.malheureuses circonstances»toujours II montre -une predilection pour les ajustements louches. 20, Ne recomiais sons-nous pas Men 1'arne de 1'abbe' Provost en (D-regardant agir le Chevalier des Grieux; et 1'un et 1'autre "etsat ardent, passiqsme^peu embarrass e* par les scrupules;en des moments de crise 'oublieux de ses serments;la crise passe'e,pret a, se justifier par des arguments trop faciles;d'une indulgence'infinie pour lui-meme;tout, a. fait aimable et tant soit peu fripon." Des Grieux,ce jeune homme bien eleve, etudiant brillant du College d'Amiens,estime de tous les honnStes gens de sa ville,n'est pas long a, s'e'garer dans les Toies tortueuses ou le conduit sa passion. Infatue de l a irue de l a belle Manon, i l s'efforce de tromper son ami Tiberge qui avait assists a l a rencontre de Manon et quisle souptjonnant de nourrir quelque dessein, menace de le ddnoncer.Toutes mesures prises, les deux amants fuient a. Paris.Des Grieux s'exprime ainsi:"Nos projets de mari age fur en t oub lie's a Saint-Denis ;uous fraudames les droits de 1' Eglise, et nous nous trouvames epoux sans y avoir fait re'flexion •" Toici les deux heros qui entrent dans Paris, dans l a societe' corrompue de l a Segence, de meme que 1'avait fait le jeune Pre'vost • ge dernier s'e'tait plonge clans les plaisirs de cette societe* gpres avoir quitte 1'arme'e.He pelnt-il pas une Manon qu'il y eut connue de sa propre experience?L' auteur, a v a i t - i l etc* trompe* par quel que maitresse infidele qui,'comme Manon avait trouve* un ge'ne'rc-ux M. de B• ? Du moins,' Pre'vost a su inciter notre pitie" chaque fois que "le petit chevalier (1) .Etudes Critiques stir Manon Lescaut :P .IIasard:p • 1 2 • (2) .Histoire du Chevalier Des Grieux et de Manon Lescaut: 1'abbe' Pre'vost -r>' 22. 21 . de'couvre 1' infidel i t e de aon idole; que le lecteur est sensible a. la •.: douleur du heros et qu'il le plaint dans ses chutes. Mais ses rne'chancetes ne serai ent-ell es pas plus facilement excusables s i l ne semhlait pas transiger avec la honte qui le confond? Avouer l a faute,c'est en quelque maniere 1'ahsoudre • (1)"Je dois le confesser a ma honte:le louai a. Saint Lasare un personnage d'hypocrite. • • Toujours prompt a s' excu.ser, i l dit, (2)"Q,uoiqu'a mes yeux cette action fut une veritable friponnerie,ce n*etait pas l a plus' injuste -que je crusse avoir a me reprocher •" Ne voit-on pas daias ces raisonnements la conscience singulierement elastique de 1' auteur lui-meme? . Eevenons au recit • Abat tu, De s Grieux est ramene* clies son pere .11 trouve clans I 1etude des auteurs classiques,un divertissement des souvenirs,de 1'espoir;ainsi qu'il nous dit: (3)"Les lumieres, que je devais a, 1*amour,me firent trouver de la clarte dans quantite' d'endroits d'Horace et de Yirgile qui m'avalent paru obscurs auparavant .Je f i s un commentaire amoureux sur le quatrieme livre de 1'Inside." H'oublions pas que les Je'suites,premiers mai'tres de Prevost, e*taient de bons latinistes .Aussi, Des Grieux, en bon humaniste,ne cesse jamais d'etre fier de ses succes au college,de sa culture,de son (1) , Manon Lescaut: x>'% -(Scribner's) • (2) .Idem:p.72. (3) »Idem:p«35» 22. eloquence .Un moment, le bien pre'domine, grace a 111nfluence de ses lectus; et aux conseils de Tiberge. Les deu>: jeunes amis conviennent d'entrer au seminal re de Saint-Sulpice« L 5esprit irresolu et chancelant de Pre'vost se montre par la maniere dont son heros quitte le se'minaire »En un c l i n d'oeil,toutes ses bonnes r©'solutions religieuses sont rejetees .La passion 1' emporte sur la raison;les plaisirs de 1'amour remplacent Is pais religieuse du seminaire. Suit l a rapide degradation de sa volonto.il ne s'oppose pas a. ce que Manon et ltd vivent des soixante mi l i e francs reQus de M. de B . 5 e ; s ' i l s' in qui ete, c' est par prudence et non par moralite'. La perte de 1'argent dans leur maison brule'e le met dans un etat dtfsespert', car i l sait bien le .penchant de sa mal'tresse pour le luxe .Ainsi entre-t-il dans l a Ligue des Confede'ses a 1'Hotel de Transylvanie ou,il nous dit, (1 )!*j 'acquis surtout beaucoup d'haMlete* a faire une Tol$e-face,a f i l e r la carte,et,m'aidant fort bien d'une longue paire de manchettes, j 'escamotais assez legerement pour tromper les yeux des plus habiles et miner sans affectation quantite d'honnetes joueurs." Procurer ainsi de 1'argent dont on a besain,on en ecrivant quelques mots au-dessus de l a signature d'un autre sur une lettre- — y a - t - i l une difference essentiell,e?Hous savons que (1)Manon Lescaut :p .58.(Scribner's). "figure sur le registre de la prison de Gatehouse a Westminster,en qualite de detenu sur l a forte pre'somption d'avoir crirninellement fait un faux b i l l e t a ordre pour la somme de cinquante livres, signe" "Francis Syles,payable a M. Provost " Trompeur, voleur,Des Grieux sonde l a profondeur de ses bassesses en se faisant meurtrier.Embrouille' dans I'affaire de Manon et du vieux M. G.M., i l se trouve emprisonne' a. Saint-Lazare • Nous avons deja, vu comment i l a avoue sa conduite hypocrite aupres du Superieur.En jouant 1'hypocrite envers son ami Tiberge,il arrange un stratageme qui l u i rend l a l i b erte* .Mais en echappant a l a prison, i l est arrets par un domestique qu'il tue.Se rassurant que ses pe'che's sont vehiels, i l les porte le*gerement et continue a en commettre d'aiitres,resolument;voire i l considere 1'issue probable de 3on infamie: (1) "II etait clair qu'il n'y avait rien d'e,bsolument criminel dans mon. affaire;et supposant merne, que le dessein de notre vol fut prouve par la deposition de Marcel,je savais fort bien qu'on ne punit point les simples volonte*s • •.»" Le chevalier devient fort Eloquent dans 1'apologie qu'il fai t a. son pere en invoquant I'exemple d'aiitunii; pro cede* peu convenable au caractere d'un homme d'honneur.Cependant,le f i l s salt bien capter l a bienveillance du pere.Ici encore,nous retrouvons un reflet de Dom Prevost dont le pere s'est montre indulgent aux faiblesses d'un f i l s .Voici un Episode de la partie e'ccle'siastique (1)Etudes Critiques sur Manon Lescaut—Paul Hazard, p. 1 5 1 • 24, qui provient d'une experience directe .Nous nous rappel on a que l'auteur n'a quitte les Jesuites que pour entrer chez les Be'ne'd.ictins . Le sentiment religieux,sentiment qui manque dans la •Princesse de Cleves, se mele estrangement a l a volupte'.Des Grieux nous informe: (1 )"Je n'etais pas non plus de ces libertine outre's, qui font gloire d'ajouter I'irreligion a l a depravation des moeurs.L'amour et l a jeunesse avaient cause tous nos desordres".Comment peut-il he'siter entre le/oonheur de l a vie eternelle et celui d'unamour lascif?Les piaisirs de 1'amour sont delectables;rnais(2)"plug elles sont douces et charmantes,plus le Ciel sera magnifique a recompenser un si .grand sacrifice"^Ainsi raisonne Des Grieux emprisonne h Saint-Lazare au moment ou Tiberge est venu 1'y visiter.Alors le chevalier avoue sa misere;il voit le bien;11 veut le suivre,mais 1'action n'est pas en son pouvoirell faudrait une intervention surhumaine pour dissiper les prestiges de sa passion .Ainsi c'est par l a doctrine janseniste que Des Grieux essaie de j u s t i f i e r 1'abolition da sa volonte.II est Chretien sans grace et,par s u i t e , i l ne peut que se laisser aller a son penchant all se sent domine par"l'ascendant de sa destinee";des sa premiere rencontre avec Ivlanon, son sort est fixt'.Touj ours a - t - i l sur les levres le moffatalite"; fatal sa misere et 1'aveuglement de son amour .Mais l a fatalite dont i l s'excuse est celle de l a predestination—autre donne'e janseniste .Que Prevost connait bien les (1) Manon Lescaut:p* 180.(Scribner's) (2) ldem:p.86. sentiments de son hetos pris ent re deux "detections"; 1'tine qui le ramenerait vers l a religion, 1' autre qui 1'emporte vers l a volupte" Mais Des Grieux n'cub li e jamais que la Providence est une puissance superieure qui regie et dirige les affaires humaineSJ tantot le Ciel est favorable et le tire d'embarras en l u i inspirant de suivre le bon parti;tantot la Providence le chatie,comme le jour ou M* G.M« f a i t enfermer Manon au Petit-Cliatelet «Le Ciel menace et gronde par la voix de Tiberge,type d'honnete homme,qui,par ses frequentes visites et ses sermons,sollxcite sans cesse le chevalier vers la religion qui est le seul frein qui retienne Des Grieux,qui le retarde un moment dans sa chute,qui fasse surgij? le remords et qui, enfin,.le ramenera dans le chemin du salut quand ses yeux se dessilleront.li est-ce pas qu'il y a encore un sentiment janseniste dans cette idee de beaucoup de craintes,de 1 espoir et d'une justice immanente?Cette grace des Jansehistes,si longtemps refused, devait ,enfin,venir.Des Grieux et Manon veulent ennoblir leur amour en legitimant leur mari age par les serments que la religion i autorise.Enfin,le mal cede le terrain au bien.Cependant,c'est le moment que Dieu choisit pour accabler Des Grieux:Manon meurt.Les chatiments de la Providence pesent lourdement sur le pauvre chevalier Cette note d sexpiation,sur laquelle s'acheve le roman,est un element qui manque dans le drame moral de la Princesse de Cleves.II est a noter qu'elle reparaftra plus tard dans 1!oeuvre du grand moraliste du ZIXe siecle,M. Paul Dourget. Maintenaht,regardons mi peu Manon.Quoiqu'elle soit toujours an. premier plan du roman,elle n'arrive pas a nous intdresser autant que Des Grieux. Toujours nous sen ton a le chevalier victime des inf ide'lite's de Manon, et par. la,nous le plaignons en l a condamnant.Pourtant,il ne faut pas oublier qu'elle n'a jamais cesse* d'aimer vraiment son chevalier .Tantot les excuses de Manon pour ses inf i del life's nous semblent faihles et peut-etre trompeuses .Mais,hon gre*,raal gre*,nous ne pouvons que croire qu'elle est sincere;c ?est pour Des Grieux,autant que pour elle-meme,qu'elle veut gagner de 1'argent.Autant que lu i , e l l e aussi,elle est une proie a une passion i r r e s i s t i b l e . Le penchant de Manon pour le luxe motive le recit«Les chutes de Des 'Grieux,voulues par la logique du roman,n'aiu-aient pu s'achever si le heros ne s' ctait pas efforce' de pourvoir a ce penchant pour ne pas perdre son idoleildole dont les pieds sont en boue,peut-on dire ? II faut avouer qu'elle est toute humaine:produit naturelle de la societe* ou elle se trouvejune societe avide de gain, corrompue, cherchant le p l a i s i r et le luxe.Voila la mise en scene de la narration: l a societe de l a Regence«Nous' ne pouvons qu'admettre le raisonnement de Balzac, en convenant que les circonstances ont aide* a former le caractere de notre he*ro5fiiB.Comme Balzac,passe'-maitre d'Evocation, Prevost, aussi,a du observer> sur le vif^ ses personnages. Que nous savons peu de Manon outre ce que Des Grieux nous en dit-Pas de description physique de cette heroine.Elle est belle et dxarmante.'Tlus experimente'e" que Les Grieux,elle salt s!adapter a, ses mainours, pro cede d'ou viennent toutes les douleurs de son amant. Quelque peu d'ame qu'elle ait,quelque coquette qu'elle soit,sachons-l -bien,Manon"n' avait jamais ete une f i l l e impie... ."Elle se rend compte de la grandeur du sacrifice que fait Des Grieux en 1'accompagnant en Amerique .(1 3 "Son ame s ' ouvre alors; la douleur y pe'netre, et la religion*" Nous avons montre combien 1'auteur se montre dans le roman.On trouve,comme fond du reclt,un nombre de faits appartenant a la, biographie de Prevost; donnees rapides qui nous aident a, mieux comprendre 1'oeusre »Dom Prevost connaissait bien la IIormandie.il y situe l a narration qui prepare le recit proprement dit.La rencontre de Manon et de Des Grieux se place a Amiens,non loin de Hes din,oft. est ne 1'auteur»L'Hotel de Transylvanle, ou iiotre he'ros exerce ses talents est une maison qui a re'ellement existe*. Les mo eur s, les milieux sociaux, comme nous 1'avons de'ja, indique', sent non moins fidelement pre'sentes:fermiers geiieraux, gardes,police,prostituees.Prevost a du connaitre,de premiere main, la socie'te' qu'il peint. Ge qu'il y a de nouveau pour le roman psychologiqxie , chez Pre'vost, c'est le traitement de la passion d'amour .La psychologie est dans l a pelnture de l a passion et de ses effets moraux,plutot que dans la pelnture des caracteres .Mme . de La Fayette nous a donne* ( I) -.Etudes Critiques sur Manon Lescaut—Paul Hazard, p.54-28, la passion glorifiee, selon les idees de 1'amour qu'ava'ient les habitue's des salons de ses jours; 1'amour courtois et he'rol'que qui doit enfin subir une volonte' toute puissante.Ches Pre'vost,la passion n'est pas 'ainsi influe'e par 1' intellectualismetau oontraire, elle prend un caracte qui l a rapproche de l'absolu.Des Grieux se rend compte,de temps a autre,de sa degradation,mais i l sait aussi qu'il est trop faible pour s'opposer a l a force de sa passion.Souvent i l arrete sa narration pour laisser s'annoncer 1'approche de pires disgraces .Mais, sans nous laisser le temps de rcf le'chir, i l nous montre, d'une maniere dramatique, les reactions a, ses analyses qui se manifestent en de nouvelles c situations et de nouvelles actions .'Dans la Princesse de Cleves, • l'herofne se fait,a, chaque crise,un inventaire mental qui sert a affermir sa volonte*.On sait d'avance,grace aux portraits que nous donne l'auteur,les caracteres qui vont influer sur l a volonte* de la Princesse;mais aussi salt-on d'avance, ses re'aotions psychb 1 ogiques a ces Influences »C est par l a qu'il manque a, l a Princesse de Cleves quelque chose de dramatique,ce qui fait en grande partie le charme de Manon Lescaut. Tons deux,Mme. de 15a Fayette et 1'abbe* Pre'vost, sont des moralistes: i l s scrutent le coeur humain.Si le premier nous pre'sente une peinture d'une ge'ante de volonte* qui a eprouve' l a belle passion de 1' amour purifie*, ce dernier nous peint un etre humain dont la volonte* ne peut rien opposer a. une passion irrc'sistible; une passion • . 29. capable de le pousser au dela. d'une conduite raisonne*e jiisqukux bassesses les plus re°prenensibles .Ces auteurs ont su faire des chefs-d'oeuvres d' imagination; et par-dessus tout l i s ont su y inte'resser leurs lecteurs de toutes ppoques »He semble-t-il pas que l a t&che qu'a accompli 1 'abbe Preurost ait ete* plus d i f f i c i l e ; i l est arrive* a faire un ouvrage artistiqUe en traitant des situations louches, sans ni fatiguer ni offenser ses lecteurs.Comment y e s t - i l parvenu? H'est-ce pas en mettant avant tout dans son roman,1'analyse;en mettant,comme nous avons deja dit,la psychologie dsns la peinture de la passion plutot que dans l a peinture des caracteres? En poignant le reel^Pfe'vtts'* nous a donne' un roman re'aliste, mais non pas re'aliste dans le sens scientifique des Goncourts et de Zola.En evitant de presenter un rcfalisme grossier °l'abbe* ne fait que ce qu'a fait Mme. de l a Fayettesil faisait des concessions au gout de ses lecteurs et a son art.Pourtant,on peut voir,dans les touches reulistes de son roman,Prcfvost se montrer pre'curseur des romanciers re'allstes SI l'abbe' a presente des bassesses pitoyables de deux etres humains, c'est qu'il croit,en le faisant, re'dtger un trait 6* morale. II ne cherche ni a excuser ni a expllquer les chutes de ses heros; simplement,il laisse au lecteur en tirer ses propres conclusions. Prevost ne fait autrement que tons les romanciers classiques, si par moraliste on entend un auteur qui se propose d'etudier le coeur humain. JO. Ainsi,nous trouvons, dans le chef-d'oeuvre de I'ebbe*, des traces qui le lient a ses ancetres clsissiques et d'autres marques qui predisent de nouvelles traditions du roman psychologique;traditions qui vont surgir chez les romanciers des siecles successifs•(1)"Au classiclsme i l a demande' le secret de faire pre'dominer l a vie de l'ame sur les contingences,et de 1'ordonner suivant les lois les plus s u r e s et les plus logiques de 1*esprit«Au r e a l i s m e , i l a demande' 1'attrait de l a curiosite, le p i q u a n t du d e * t a i l , e t ce fond de tableau qui est ne*cessaire pour mettre les personnages en rel i e f .Au romantisme i l a demande', diseretoment, sensibilite, tendresse,pathe'tique." (1) .Etudes Critiques sur Minion Lescaut—Paul Hazard* p.46. CHAFITKE. III. j u (j) ADOLPHE par Benjamin- Constant. 'Ma vie a*est au fond nulle part qu'en moi-meme" -Journal Intime de B» Constant. Adolphe est rue autobiographic psychologique. lous avons vu que Mme. de la' F a y e t t e et 1'abbe' Prevost ont laisse' glisser.dans leurs romans des experiences personnelles;tout le theme d'Adolphe est la vie inte'rieure de Benjamin Constant .En composant Adolphe, le hut de Constant est de s'expliquer avec- lui-mgme, crier sa souffranee, se convaincre de la ne'eessite' de romp re avec .Mne. de 8ta81 •preparer cette rupture, et encore l a j u s t i f i e r aux yeux de la socie'te'. Mais le suhjectivisme de cette oeuvre personnelle ne 1'emporte,tout a fait,sur un aspect d'objectivisme;en se peignant lui-meme,Constant ne peut que peindre 1'homme.Quant a. cela,tout romancier psychologue, qu'il se livre a, 1'Introspection,ou qu'il analyse les actions de ses semblables, tache de pe'netrer 1 'ame humaine .Be plus, comment peut-il presenter l a vie inte'rieure de ses personnages, si non en laissant entrer dans son oeuvre des reflets de sa propre ame et des experiences personnelles? Le re'eit d'Adolphe ne provient pas d'une seule experience de 1'auteur,mais nous presente une serie de tableaux de sa vie Inte'rieure;un minimum d'action donne libre essor aux (1).Adolphe:Benjamin Constant E d i t i o n Historique et Critique par Gustave Eudler:ManChester, 1 5'1 / • pZ. analyses des personnages* Begardons agir le principal du roman;en faisant cela, nous arriverons a, mieux connaftre l'auteur car Adolphe c'est Constant; ce dernier, lui-meme,nous renseigne.en annonQant Adolphe vers le debut de 1307,ainsi qu'il suit:"Je vais commencer un roman qui sera mon histoire«" Adolphe commence son recit personnel en nous racontant des incidents de sa jeunesse:sa mere etant morte, c'est son pere qui I'elevenDe meme,Constant passait sa premiere jeunesse,tantSt en accompagnant son pere en Hoilande,tantot chez sa grand'mere et ch&z sa tante,lesquelles le gataient outre mesure.Du role qu'avait joue Son pere, acette epoque, Constant nous dit, dans Adolphe, quelles lecjons d'ironie,de scepticism© et d'immoralite* i l en avait reQuea.De plus, tous deux,pere et f i l s , eprouvent dans l a societe* de 1 'un et de 1'autre une reticence penible«Ainsi le jeune homme prend 1'hahitude de cacher ses pensees:(1)"II en resuita un. desir ardent d'independance,une grande impatience des liens dont j ' etais envirnnne*", dit AdoIphe;une indifference sur tout qui va le conduire a s'interesser a l u i sev.1, Tout jeune,il se met a songer a la mort,a la brievete de la vie humaine.il cause souvent sur ce sujet douloureux avec une v i e i l l e dame de ses voisins .Sans doute c est lime, de Charriere qui figure i c i • On peut attribuer a 1'influence de cette femme,dont Constant avait fait la connaissance en 1787 a son entree dans la vie,son pessimism© juvenile;elle arrive a detruire ce qui peut l u i rester,soit en morale, (1),Adolphe:E,Constant:G.Eudlerfp>3• (Manchester). 33* soit en philosophie, de convictions et de certitude; elle l u i inspire (1)nime. insurmontable aversion pour toutes les maximes communes et pour toutes les formules dogmatiques«" Voici le jeune Adolphe qui,doutant de tout.meme de son coeur, va entrer dans l a vie (2)"le coeur gros de tendresse qui n'ose s'e'panouir et qui peu a peu se fle'trit sous le froid regard de son esprit'! Un jour II se croit amoureux.II a remarque* une femme polonaise dans l a petite v i l l e . allemande oil i l demeure.11 sent le besoin d'aimer et d'etre aime; sentiment qui pro vi ent, sans doute, de sa vanite*.II se hate de nous assurer (3)qu'"il n'y avait pas uniquement de la vanite". II y en avait peut-etre moins que je ne le croyais moi-meme". Cependant, i l sait qu'il n'aime pas; i l est alle' chez elle pousse* par l a vanite,par le de'sir de faire une conquete»N* est-ce pas que nous trouvons i c i Constant,1'enfant gat4,qui,de son vivant.a maintes fois excite 1'affection d'une maitresse;plutot,disons 1'instinct maternel de cette rnaitresse, car plus d'une de ses amies intimes e*taient plus agees que lui?II en est avec Ellenore,la Polonaise;elle est plus age*e qu'Adolphe de dix ans .En le voyant malheureux,elle cede a la pit'i'e; elle saerifie tout, situation, enfants, fortune,honheur, pour se devouer a l u i « Mais des le moment qu'Ellenore n'est plus pour Adolphe "-on-hut", elle devient un chaine qui le resserre.qui le prive de toute sa liberte,et qu'il ne peut jamais de sa propre force, casser. (1) . Adolphe:?.Constant:<j.Budlerjp.6•(Manchester). (j5). Idem:p• . . . \ (2) .Le Eoman Francis au XIXe Siecle.Le Breton:p-207 • (Boivin e-„ 0iej Ses luttes centre cette vie en chain ee, ses efforts a rompre ces liens, les plaintes qu'il pousse a sa faiblesse,voici la donnee du roman. Premiere eecousse de ses chatnesiil supplie Ellenore de l u i permettre d!interrompre ses visites chez son protecteur le Comte de P • •. II l u i represents 1'inte'ret de sa reputation, de sa fortune, de ses enfants.il n'hesite pas a, montrer a Ellenore la lettre qu'il avait reQue de son pere qui 1'ordonne de rentrer chez lui.Par toutes ses actions,il fait des efforts indecis pour rompre avec Ellenore. Mais quel dddouhlement de 1'esprit ne montre-t-il pas?:Ellenore fond en larmes; Adolphe rejette tous ses projets de se rendre lihre et assure ardemment sa maltresse de son amour .On voit hien i c i , comme a travers toutes les pages du roman,le caractere contradictoire et paradoxal de Constant:c'est une grande intelligence et un caractere f a i h l e ; i l a le gout dTindependence,mais. i l ne sait jamais vivre l i h r e ; i l ne veut pas affliger autrui et i l torture celles dont i 1 est aime; cette faculty de de'doublement est le trait essentiel de son caractere,le seul qui en constitute 1'unite*,ce qui constitue son "moI". De meme,la vie d'Adolphe se partage entre des affections contraires.Plus i l cherche d'excuses pour s'arracher a Ellenore, plus 11 trouve de raisons qui 1'empecheront de le faire. II est toujours connaissant des sacrifices que fait sa maltresse pour l u i -'11 sent bien que sa volonte' doit lutter centre vine autre mieux arm/» "je n'e'tais qu'uh homme faible, re connaissant et doming.Je n'etais soutenu par aucune impulsion qui part .St du coeur"% Et Constant et Adolphe n'ont rien de 1'e'nergie que 1' intellectuelle; toute leur volonte est dans l^intelligence• Alors, qu' est-ce que 1'unite'ld'explication de ce roman, car tout roman psychologique en comporte une? IT'est-ce pas qu'on trouve ce lien dans la sensibillte'? N !est-ce pas que le. sentiment intervient pour r e n d r e les actes contradictoires a 1'intelligence? Bappeloas-nous ces affections contraires:gout d'independence,pitie*;-volonte de ne pas faire souffrir,mouvements inverses de lassitude et de reconnaissance impulsions d'egoJsme et retours d'amour,besoin ae verite dans les sentiments et dissimulation sympathique. L'Int e1le ctuali sme de Constant peut expliquer les tendance de son art; et les circonstances et son tact 1 obligent a. e'viter leg precis ions,'par la, i l a manque* de cette faculte* cre'atrice des classiques franQais qui etalent arrive's a. fonder des types.Cette abstraction et generalisation constituent l a me'thode des ide'ologues du XYIIIe siecle qui avaient influence sa jeunesse. Toute la donne'e du roman sent 1' intelligence de l'auteur. La passion d'Adolphe provienf d'une ide'e,et par la,elle devient xme construction factice de vanite* et d' irnagination.il ne veut pas (1)Adolphe:B. Constant:G. Hudler. p.42.(Manchester) • 3 6 . laisser croire que l a passion l ' a i t emporte"' sur son intelligence. II s'imagine tout autre qu'il n'est;que tout faible qu'il soit, i l est capable de sacrifices efficaces.il s'attendrit sur le reve idc-al d'une femme qu'il aurait choisle selon les convenances; i l regrette une telle vie paisible ou. ses fa elite's auraient trouve'• un emploi brillant.11 f a i t tout pour qu'on soupQonne sa noblesse native: i l dit: (1) "je n'ai jamais agi par calctil, et. • j 'ai toujours ete' dirige par des sentiments vrais et natureIs• " II nous assure qu'il avait ( 2 ) " p l u t o t un coeur naturel qu'un esprit mechant Si Constant etale ses fautes et ses remords,il en prend presuue tout le blame .11 ne pre'sente que de'licatement les torts d'Ellenore «S' i l l a peint violente,il n'hesite pa,s a 1'attribuer a l'execs de sa tendresse .K'oublions pas qu'on a publie' Adolphe avant l a mort de Time • de Sta'dlCi) . En homme d'honneur/Constant ne peut, en redigeant une confession aussi scabreuse,que prendre la culpabilite sur l u i » A mainte page Adolphe se plaint, s 'e'eorche, s' empare de remords: (3) "En relevant ainsi les de'fauts d'Ellenore, c'est moi (1) .Adolphe:B. Constant; G. Eudler:p-78.(Manchester). ( 2 ) .Idem:p-7' ( 3 ) .Idem:p.75• (4) .Mme. de Stag! est morte en 18l7-Adolphe a paru en 1 8 1 6 . que j'accuse et que je condemned et encore, plus tard: (1 )"c'e'tait moi que 1'opinion condamnait"; "notre vie ne fut plus qu'un perpe'tuel orage".Ce de'doublement du caractere d'Adolphe,ne sent-il pas, mi peu, celui du Chevalier Ses Grieux? Nous avons deja dit que Constant,en e*crivant Adolphe, a voulu s'expliquer avec lui-mesne plutot que de se justifier aux ' yeux de ses contemporains JTeanmoinsJ tout s on "mo i','son in t e 11 e ctual i sine, son individual!sme, le poussait a faire des reproches a l a socie'te*. (2)"Les sots font de leur moral une masse compacte et indivisible, pour qu'elle, se rnele le moins possible avec leurs actions,et les laisse libres dans tous les details".Constant a la certitude qu'il n'a a, reporidre qu'a, lui-irieme de son caractere.S'II s'est fait une mauvaise reputation, c'est pax 1'horreur de la miserable mo r a i l to* de ses p a r e i l s . i l a un coeur,non pas insensible,mais erispe', que la vue de l a me'diocrite' uni vers elle a decourage'.Le courage' d'avance, i l s'exprime ainsi qu'il suits(3)"On lutte quelque temps contre sa destinee,mais on f i n i t par ceder.Les lois de l a socie'te' sont plus fortes que les volonte's des hommes .Les sentiments les plus impe'rieux se brisent contre l a fatalite* des circonstances *En vain I s on s'obstine (1 ).Adolphe%3. Constant:G. Eudler:p.79•(Manchester) * (2) .Idem:p«b. (>) .Idem:p «55 •• 38, a, ne consulter que son coeur:on est condamne' t8t ou tard a e*couter l a raison".Et encore, comme Eousseau,il dit: (1 )"Ce n'est pas le plaisir,ce n'est pas l a nature,ce ne sont pas les sens qui sont corrupteurs; ce sont les calculs auxquels l a socie*te* nous accoutume, et les reflexions que 1'experience fait naitre".En homme d'un intellectualisme sur,d'un individual! sme fort i l constate;(2)"Je ne veux point me justifier.J.'ai renonce depnis longtepps a cet usage frivole et facile d'un esprit sans experience.Je veux simplement dire, et cela pour d'autres que pour nioi qui suis maintenant a 1 'a"bri du monde, qu'il faut du temps pour s'accoutumer a 1'espece humaine, telle que 1' inte'ret, 1 'affectation, la vanite*, la peur,nous 1* ont faite *la societe pese tell©meat sur nous,son influence gourde est tellement puissante,qu'elle ne tarde pas a nous faqonner d'apres le moule universe!". Est-ce i c i un romantique^.aalade du "mal du siecle", qui parle ainsi ?ffe di rait-on plutot avec M. G-.Eudler que c'est un homme qui(3)"souffre d'une maladie eternelle;la maladie des ames seches,qui perQoivent leur secheresse,qui en souffrent,qui s'eioignent eperdument et y retomhent promptement,incapables du sentiment frais, spontane et durable apres lequel elles soupirent"? Tout le roman consiste dans le recit du martyr qui veut se deprendre du despotisme d'une femme.C'est l a vraie histoire (1) .Adolphe;B.Constant:C'Eudler.p-30• (2) .Idem:p.7« ( 3 ) .Idem:p.xlvii.Introduction. de l a vie de Constant;toute sa vie passiomielle se passe sous la tyrannie feminine-Ses lettres sont pleines de projets matrimoniaux. Au moment qu'il ecrivait Adolphe, i l e*ta4t en train de mettre en execution un ancient projet;il pensait depuis 1796 au mariage pour elever entre Mme. do S t a g l et l u i un obstacle infranchissable.En" epousant Charlotte de Hardenberg,il tachait de se faire un r e f u g e contre l a tyrannie de ses maitresses;de se defendre contre sa faiblesse Mais a-peine f u t - i l marie", qu'il revait de divorce pour echapper a la • tutelle de 1'epouse»Dans son Journal i l pfese et repese les qualites et les de'fauts de femmes a, qui i l avait "one fois pense*, et qu'il salt bien ne pas devoir epouser;ce penchant de Constant pour les femmes, c'etait une-veritable manie .Cependant, au fond de toutes ses amities on trouve la, soif de pal;-:, de liberte cause's par i ' impe*rieuse violence de Mme. de Stae"l.Nous avons vu Adolphe qui interrorapt son re'cit maintes fois pour crier pi toyab lenient "je me sentais charge* de nouvelles chaines".Enfin,apres l a morte d'Ellenore,il se plaint:(1) "Je sentis le dernier lien se rompre, Combien elle me pesait, cette l i b e r t e * que j'avals t a n t regretteVi" Cependant,un an apres Adolphe,en l 8 l l,parut le "Cahier Rouge" de Constant; ouvrage aussi (1) .Adolphe:B.Constant:G.Rudler.p•% . 40. jeune et spirituel qu'Adolphe est grave et tragi que,Cest l'annee meme que Constant a ecrit:"Je me rnets a relire mon roman.Comme les impressions passent quand les situations changentf Je ne saurais plus 1'e'er ire aujourd'hui" .Avec la liberty Constant retrouve le ressort de son esprit.(1)"Quand i l n'aurait du a Mme. de StaSl que I'ame qui a conQu Adolphe, son tourment serait paye' au centuple". Maintenant, regardons un pexx Ellenore .En l a pre*sentant, Constant ne peint pas un personnage dont le modele est uno seule femme de ses amies«Cest la somme de 1'experience sentimentale de l'auteur-;elle est quatre ou cinq femmes-M. G-.Eudler a donne* une analyse hien poussee des traits essentiels de ce personnage composi line. Lindsay fournit l a situation sociale;Mme. Trevor, la se'duction; Julie Talma,le denouement;Mine» de Charriere et "ffilhelmine de Cramm (premiere epouse de Constant) et Mme. de StaSl peuvent donner la peinture de la violence et de Is, tyrannie d'Ellenore.Cependant,nous semble-t-il, le heros est pris entre deux femmes dont lesmhumeurs s'opposent:la douceur ou la coquetterie de la, seconde attire le heros rebut e* par la violence de la premiere.EvMemment l a douceur s'applique a Charlotte de Hardenberg,la violence a Mme. de StaSl«-"La part de Mme. de StaeM doit roster pre'dominante.On sait que ( 0 .AdoIphe:B.Constant:G.Eudler.p-xlviii(introduction 41 . Constant a ecrlt "sous son regne a elle, en liaine de son joug, et pour se purger I'ame de sa souffrance". Mais II fait tout pour detoiirner d'elle la curiosite'.Bn pratiquant un systems de contamination,de transpositions et d'anachronismes,il essaie de donner le change au lecteur* En donnant vingt-trois ans a. Ellenore, 11 trans forme les conditions vraies;Mme. de Stael e'tait plus age'e, d'un an que Constant.II semhle que cet intervaile de dix ans a ete" choisi pour banaliser la donnee du roman;pour expliquer l a lassitude d'Adolphe et son desir de rupture. ( 0 Adolphe nous Informe qu' "Ellenore n'avait qu'ttn esprit ordinaire".Ici Constant ne nous eloigne pas de Mme« de Stael autant que 1'on le-supposerait.Cependant,tant soit peu a l a hate,il continue son portrait. (2) "Ellenore, en un mot,e'tait en lutte constante avec sa destinee.......... .elle e'tait fort malheureuse". H'est-ce pas de la merne raison qu'e'tait'malheureuse Emma Bovary? La convenance de 1'esprit,par laquelle se reprenaient Constant et Mme. de Sta81,fait place a un rapport tout sentimental d'Adolphe et d'Ellenore. L ! indifference d'Ellenore poiu- son pere et pour ses (^  3 -Adolphes-B.-Constant?G-.Badlerrp. 1 2. (Manchester) . (2) .Idem:p. 13 « enfants contredit 1'adoration de Line, de StaSl pour les siens. Dependant, on pent discorner un paralle'lisme entre la vie'iaes personnages re'els et celle des personnages du roman;la separation d'Adolphe et dJElle'nore peut repre'senter les nomhreuses separations'de Constant et de Mme. de Stael;le depart pre'cipite'. des heros doit signifier 1'expulsion de 1803 ou Constant suit sa maitresse dans l'exil,se sentant de nouveau rive' a elle;le duel d'Addlphe pent ,re*pondre a, celui de Constant avec Bertin de Yaux, ce qui avait plongeMme. de Stall dans une grande frayeur• Plusieurs de ces rapprochements,dont on peut allonger l a l i s t e , doivent rester conjecturaux, tant l'auteur a de'flgure' les cho ses • Quoi que Constant ait voulu eloigner le portra.it d'Ellenore de toute resemblance'a Sine, de Stae'l, qu'il ait change' pour elle, patrie,condition,et e s p r i t , i l a laisse rester a, elle la position d'Ellenore,son caractere et ses sentiments;en un mot,1'essence pure du roman« Adolphe reste le seul caractere du roman« Ellenore est un personnage composite;une force,"un hel orage"* Les autres, le pere,le Baron,le Comte,ne sont que des esquisses-Bans ces personnages on peut trouver des rapports entre l a fiction et l a re'alite'iMals on ne peut expliquer tout le roman par un systeme de symholes qui puissent montrer l'origine de toua les sentiments,de tons les faits,car pour ---depister le lecteur, Constant a pulse' dans sa vie inte'rieure et nous a donne* une synthese philosophique;la somme d'une experience sentimentale.Ses belles analyses stippleent a son manque de faculte a creer d'autres personnages.Peut-etre n'est-ce pas tme heureuse habilete' qui, en mettant en haut-relief 1*analyse,a reus si a faire un chef-d'oeuvre de son roman psychologique? Sous- ne pouvons quitter Adolphe sans en indiquer •quelques sources litteralres qui aient pu y influer.Tout personnel que soit le caractere du r e c i t , i l se peut que des souvenirs livresques s'y soient a Route's • Les romans de lime, de 3tae*l, Corinne et Delphine auraient le plus d* occasion d*avoir inf lue* Adolphe .Constant et Mme • de Stab*! aval ent si longtemps mele' leurs vies qu' l i s aval ent e'tahli un fonds commun de philosophic, de sentiment et d*experience »Aussi est-i l d i f f i c i l e de dire lequel est redevahle a. I 1 autre dans la genese de leurs romans .Constant avait eu le temps,de 1807 a aout iSlO^de tirer parti de Corinne; cette lecture a pu lu i donne r 1'idee d* e'er ire son auohiographie. L'intrigue de Corinne et celle d'Adolphe se ressemblent,mais l a vie de Constant a fourni le meme sujet;la vie sentimentale d'un amant qui passe d'un amour a. un autre .Cependant, I1atmosphere de ces deux romans different distinctement.Corinne garde toujours une -ardeur de sentiment qu'Adolphe n'a jamais connu 44. Corimie se stir charge d*incidents r oman es que s; Adolphe va tout droit son chemin. Certes,il n'y a rien chez Oswald, he'ros de Corinne, sauf 'tin "melange de timidite* et de fierte', de sensibility et d" inde'cision" qui ait pu provoquer Constant a faire une apologie dans Adolphe.En e f f e t , i l vaudrait mieux se faire une idee de Constant par Oswald que par Adolphe. On cite toujours Eenee comme source litte'raire d1Adolphe. Peut-etre en trouve-t-on quelques reflets dans le personnage de Const-ant .Comme Chateaubriand, Constant aussi se detache de son oeuvre pour l a j tiger dans la lettre et la reponse qui suivent Adolphe. II n'est pas probable que Constant qui,comme tons les philosophes, pens ait peu de bien de Chateaubriand, ait ete beattcoup infltte" par Eene'e. Constant pratiqttait beattcoup E 0 u 3 s e a u.Il a, sans doute, puise chez Eousseau la philosophie antisociale commune a toute 1'ecole de l a sensibilite'.Mais n'otiblions pas que Constant avait une vaste experience"du monde,surtout des femmes,Quant a La ITouvelle EIo5se,ni 1' intrigue,ni l a tonalite* generale n'a influe sur Adolphe. (1)"En somme,cette comparison d'Adolphe avec les grandes oeuvres de l a litte'rature1 personnelle about i t a des re'stiltats ne'gatifs, (1).AdoIphe:B.Constant:G•Eudler.Introdue t i on: p •1i x• 45-et dement re 1'originality profonde de B . Constant". A-t-on remarque* combien Constant a montre' des traits * * elassiques franQalsTIl a donne une interpre'tation definitive de quel que chose d'essentiel selon-la me'thode et dans un style tout class!que.II a mis 1'analyse psychologique au-dessus de tout-En • etalant son "moi",il est roman11 que mais dans son sub jectivisme i l y a un objectivisme qui ne peut s'effa c e r ; i l observe sa vie inte'rieure mais seulement pour dormer vine interpre'tation d'un aspect essentiellement humain-En observateur du coeur humain,il peut a, peine s'empecher de devenir rnoraliste et par l a classique. Toute la donnee du roman sent le scrupule:(1)"La grande question dans la vie, d i t - i l , c' est la douleur que 1'on cause, et l a me'taphysique la plus ingenieuse ne j u s t i f i e 1'homme qui a de'ehire' le coeur qui 1 'aimait" • C'est le scrupule intellectuel qui pousse Constant a juger sans pitie;son scrupule sentimental 1'empeche d'agir ou le pousse a des actes contradictoifces a sa vol ont e* .Le scrupule engendre 1'hesitation qui amene une action encore contradictoire.Aussi,ce qui marque l a seconde partie de la metaphysique,il met au-dessus de tout un trait qui l u i manque:c'est-a-dire, la Constance de l a conduite (2)"Get esprit dont on est si fier,ne sert ni a trouver du bonheur, ni a en dormer .Le caractere, la f ermete', la f ide'lite, l a honte,sont les dons qu'il faut demander au Ciel". (1) 'AdoIphesB.Constant:G.Paidler :p • 102.(Manchester). (2) •Idem:p.l02. : 4& « Si Adolphe se c on damn e, ce n'est pas qu'il re'prouve les sentiments qui le ramenent vers Ellenorejnon,ce qu'il re'prouve en lui-meme c'est son incapacite d'aimer,son inconstance.En publiant son r e c i t , i l ne veut. pas moraliser vainement,mais,comme un classique presenter :,une peinture assez vraie". Tous class iques axis si sont: 1' ernploi de maximesjle proce'de' de nous pre'seater des portraits de ses semblables; le manque de vulgar its' dans la peinture des situations louche s;le manque de descriptions; 1'unite' et l a tonal ite* ar is to crate de tout le roman. Alors, qu'est-ce qui reste de romantique dans le caractere de Constant? C'est son intellectxxalisme,son individualisme son egoJsraejen un mot son culte du "moi".Hous avons montre' comment i l a etale' son "moi" dans Adolphe»¥oila Constant romantique «Ses tendances romantiques se revelent dans toutes ses plaintes;ce sont les plaintes d'un enfant gate,d'un "enfant du siecle". Tout subjectif que soit l a donne'e d'Adolphe, Constant a su traiter un theme essentiellement humain,d'xxne maniere toute objective,toute classique.Son defaut d'imagination qui 1'empeche de c'reer des personnages, trouve sa contre-partie dans une supe'piorito' dTanalyse psychologique qui servira de models aux romanciers qui le suivront.Loin d'appartenir ou au romantisme ou au classicisms,il appartient au parti de I'idenlogie franqaise. CHAPITES. 17. (l) LE EOUGE ET LE IOIR. Par Stendhal. " A i n s i l a mort,la vie,1'eternite,choses fort simples pou qui aurait les organes assea vastes pour les concevoir. " ' —Le Eouge et le Hoir:p»5T9 "Cette, energie sublime qui fait faire les choses extraordinaires" . —Le Eouge et le xToir:p.8l 8 . Dans Le Eouge et le Noir,Stendhal e*tale son "moi" conQu comme principe de vie.L 1energie est pour l u i la seule foree qui Taut dans l a vie;aussi admire~t-il 1'e'nergie dans toutes ses tentativos,m§me impuissantes;cette admiration va jusqu'a 1'enthousiasme quand i l voit agir des monstres d'e'nergie tels 'que Dan ton et Napoleon .Or, la passion d amour qui provient de 1'e'nergie qui comporte le plus &'energie,peut compter puisque seule,elle oriente l a vie,puisqu--' elle est l a premiere des joulosances.Alors selon la morale de Stendhal, 1'amour est un devoir et rneme le plus grand devoir de 1'homme.Voila a quoi tient,en grande partie,ce que I'on trouve.de nouyeau pour le roman psychologique,dans Le Rouge e~ le NoirJfoe. de l a Payette nous a pre'sente' 1'amour subissant la volonte.L'abbe Prevost peint un "horrible example":victime d'une (t) . L e Rouge et le Noir:by Stendhal (Scrib)ier' s) . With an introduction by Paul Hazard and notes by Louis Landre. passion a, laquelle la raison ne pent resister^Constant raconte sa T i e en nous moat rani; I 1 amour propre qui entoure sa vietime tie chaines qu'elle est trop faible pour briser.Et maintenant,dans Le Rouge et le Hoir, on nous donne la peinture d'un ge'ant d'e'nergie ;un monstre de passion,Julien Sorel.C'est un caractere tou.t estimable aux yeux de l'auteur,car i l a fait ce qu'aurait voulu faire Stendhal;il a reus a poursuivre son plus grand devoir, c'est~a-dire, la passion. Cette philosophie,en quoi differe-t-elle du culte du "moi^ de 1'individualisme de ses semblables romantiques ? Stendlial est tout romantique en ce qu'il c'tale son ''moi", qu'il tend a la liberte,mais i l ne s'adonne pas a une introspection mme'lancolique, a des plaintes pitoyables «Au contraire, en e'cor chant, d'une Ironie frolde, la socie'te" et toutes ses convenances, i l formule des principes de vie Jprincipes, peut-etre practicables pour une-elite capable d'embrasser cette philosophie,mais condamnees d'avance comme impracticables pour 1'individu normal.Ainsi,s'il est misanthrope, i l est aussi ambitieux.C'est du second que provient,en grande partie, le premier .La societe', s' opposera-t-elle a ses efforts d'ambitieux ? II defiera les convenances de la socie'te' pour laisser lihre essor a son individualisme.C'est ainsi que s'explique les actions de Julien Sorel, car le Eer.os est l'auteur sous bien des rapports; ce sont les actions d'unrjeune ambitieux, d'un "s.truggle~ior~lif er" qui suit sa propre passion.A-t-on oublie' la re'ponse de Mile, de Chartres au Prince de Cleves qui vient de lui reprocher son manque de passion?: "II me semble que la bienseance ne permet pas que j ' en fasse davantag La Princesse de Cleves,ne s'e'tonnerait-elle pas des excuses que fait le Chevalier Des Grieux en violant les lois de la socie'te' ?Adolphe, aussi devait se rendre compte de l a puissance ,de ces lois .Par contre, •Allien toujours en ambitieux energique, poursuit jusqu'a la rnort sa pas s ion-devoir .Quoi d' etonnant qu'"one donne'e telle que cello- du Eouge et du Noir ait empecher l a generation de Stendhal de rendre justice et a l'auteur et a son oeuvre. On retrouve 1'auteur et ses souvenirs a toutes les pages II se sert de son oeuvre,de son art,pour exprimer la partie la. plus profonde de son etre que la vie reelle avait limite'e -On connait a 1'avance le penchant de Stendhal pour- 1' ideologic .C est pour lui un ravissement que de regarder 1'ame humaine,de voir les facultes se developper, d'etudier leur mecanisme et les lois de leur developpement L'lmmanite est comme un livre multiple;on est capable de saisir toutes les nuances de l a colore, de 1''ambition ou de 1' amour .De plus, et ce qui vaut mieux, qui connait les modalite's suivant lesquelles les passions nai a sent, peut les provoquer a, son gre'. Cette doctrine d' ide'o 1 ogie,n* exp 1 iqu.o-t-elie pas la psychologie des personnages du roman ?Ils veulent voir clair en eux-mgmes,se r e g a r d e r v i v r e . D e meme i l s regardent leurs compagnons de scene;ils s'appliquent a faire de 1'analyse 1'instrument de 1'action,non seulement pour determiner leurs p r o p r e s actions,mais aussi pour dominer celles de leurs v o l s i n s Stendhal a prete a. Julien cette maitrise des coeurs qui lui avait manque'; 11 aime a voir sa vie revenue par son f i l s spiriiruel; i l ; satisfait,en pense,mainte de ses aspirations comprimees- pendant sa jeunesse. L'intrigue du roman,malgre' sa singularite,malgre' ses touches romanesques,n'est point imaginaire.Elle provient des experiences personnelles de 1 s,uteur;de ses lectures, de ses e'tndes psychologiques .Stendlial recueillit, selon le sous-titre du livre, une "chronique du XIXe s i e c l e " ; i l s'adonne,selon son hahitude,au p l a i s i r d' etudier,-dans 1'aventure t r a g i que, les mouvements du coeur humain«G'est "la source" du roman,la cause criminelle, qui peut expliquer hien des invraisemh1ances apparentes;elle seule permet d ' a l l e r jusqu'au hout des Intentions de l ' a u t e u r . C ' e s t le malheureux sort du jeune Berthet, seminariste, qui avait tant frappe' -Stendhal qu'il resolut presque aussitot d'en faire un roman. Bornons-aous a etudier ce qui doit g t r e l ' e s s e n t i e l de cet e s s a i , l a psychologie amoureuse du heros q u i ressemble de si pres et a Berthet et a son createur,Stendhal.Nous ne pouvons t r a i t e r ses opinions politiques et sociales qti'en tant qu'elles ont sa philosophie de la passion. Comme Berthet, Julien a deux intrigues successives; -' ' 1'attitude de Julien est identique,en effet c'est eelle de Stendhal a vingt ans,du temps ou II poursuivait Adele ou Louason.il veut etre alme,mais i l est timide par orgueil.il cherche sa maitresse au-dessus de sa condition pour satisfaire cet orgueil•D'abord,il n'est point amoureux, 11 n'agit que par devoir:il se demande: (1 )"n'ai-je manque' a rien de ce que je do is a, raoi-meme?Ai-j e hi en joue* mon role?" Toila, la question qu'il va toujotsrs so poser .En "plebeien re volte' "f i l se rend compte de la necesslte de jouer un r8le,souvent hypocrite,pour atteindre son hut;c'est-a-dire,potir eprouver le honheur,les plus grandes jouissances de la vie,can- i l n est que f i l s de charpontier,me*prise' par la haute socie'te' nohle et riche.S'il reste paysan, i l vegetera,; ce n'est pas vivre«Mais,au cohtraire,qu'il conquiere le pouvoir,la fortune,1'amour,alors i l connaitra toutes les jouissances .Se penetrant des idc'es du he'roisme milltaire de son he'ros .Napoleon, i l se plait a regarder la vie comme une bataille.et a vouloir compter parmi les vainqueurs .Ainsi e s t - i l pret a considerer ses compagnons de scene,et ceux qu'il aime et ceux (l).Le Eouge et le IToir: Stendhal :p. 101 , (Scrihner' s) . 52. qu'il deteste, comme des adversaires dont i l faut pene*trer le secret/ pour les dominer et pour profIter d'eux.Pour faire des eonquetes. tous les moyens sont bons;a quoi bon obe'ir a la contrainte d'une , socie'te ou les hommes ne font que chercher leur inte'ret personnel, bassement et hypocritement;puisqu»on n'acquiert rien sans hypocrisie, que 1'hypocrisie soit employee;point de scrupule: quel fficheux procode que de s'acquerir des merites qui v a i l l e n t pour le futur quisque 1'on ne petit rien savoir d'une autre vie.Des l o r s , l a meilleure faQon de se preparer a. jouer son role dans cette societe* qui fait obstacle a ses ambitions,c'est de d e v e l o p p e r intense'ment son etre. Son plus grand p l a i s i r sera de se considerer dans son de%eloppement psychologique,de se regarder comme une oeuvre d ' a r t qui,peu a peu, se perfectionnera elle-mSme.S'il y trouve des fautes,il les corrigera. C'est a ce plan qu'il se conforme; i l se cree suivant sa propre volonte', tout conscient de remplir intense'ment sa vie. N' e s t - i l pas le plebe'ien re'volte', un e t r e de calcul dont 1.' intellectualisme ou la volonte* devrait le rnettre sur ses gardes centre l a passion comme un danger capable de compromettre les effets de sa tactique ? Hon pas l II est,au contraire, e s s e n t i e l l e m e n t un etre' de pas sion.Les plus grandes jouissances qu'il trouve dans l a vie ne sont atteintes que par l a passion:passion de l a bravoure,du de'fi, de I'amitie* on de 1 'amour .Celle-ei est sup eti euro a. toutes les autres 5?-parce qu'elle seule petit rempltir I'&ae de ricliesses que leg esprits froids ne sauraient soupgonner;elle -transporte,elle exalte 1'ame qui en es*t posse'de', Ainsi, Julien, se'ducteur par volonte'.par devoir, par orgueil e s t - i i enfin pris au jeu.Sa volonte* ne peut plus reirener sa passion'.II aime deux fois,mais en mourant, c'est a l a femme qui • 'represents l a passion pure, sans egoi!smef qu'il s'attache;a. Sine . de Renal plutot qu'a Matailde. Voici,alors,la philosophie du jeune pre'eepteur qui se mit a seduireela femme de son protecteur.Get homme est le maire de l a ville,un de ces bourgeois riches.He serait-ce pas une vraie conquite, pour le timide f i l s de charpentier,de le faire cocu ?De plus,il se doit d'etre. I5amant de cette femme d'autant plus que si jama-is i l fai fortune et quelqu'un l u i reproche le has emploi-de pre'eepteur, i l pourra faire entendre que 1'amour 1 'avait jete' a. cette pla.ee-Par suite, i l l u i faut jouer le r6le d'amant passionne.il est a noter que qu'il s'agisse de.Mme. de Renal ou de Mile-, de l a Mole,c'est la femme comme i l arrivait a Stendhal, comme i l 1 'aurait toujours souhaite*,' qui fai t les premiers pas;ainsi provoque',Julien met en pratique l a strategie amoureuse que Stendhal avait puise'e dans ses livres d'ideologue et dans ses propres experiences;il feint la froideur au moment voulu,ou Men i l se donne 1'air fe faire la cour. a une r i v a l . (l)"La femme aimee,il vaudrait mieuz dire »l'adversaire",:car i l s'agi (1)Stendhal:P »Hartiao:p .206 . (Oudin et Cic,Paris, 1914.) d'une Writable lutte, deviant comme un clavier a qui i l faut savoir faire rendre. en tout temps la note voulue...li .Mais le sentiment intervient;sentiment plus fort que eelui qu'eprouvait Stendhal chez qui i l n'etait qu'une aimable sensibility libertine "tres XTIIIe siecle": sa belle tactique se disorganise; saisi d'un amour veritable/ Julien perd son adresse raisonrfeeCependant, i l se de*prend tres vite des qu'il a re*ussi a fairs une conquete;par l a i l ressemble a Stendha qui n'aimait longtemps qu.'une femme qu'il n'eut point, "Me'tilde." Ainsi l a domination,telle que l a con^oit Stendhal,est une jouissance par elle-menie«Mais aussi est-elle un moyen de jouissance .Le bonheur consiste dans le p l a i s i r actuel et doit, etre le seul mobile admissibl de nos actions .Ainsi compris,le p l a i s i r devient un veritable devoir * Cette soif de domination cornporte non seuleraent de grands projets ambitieux,mais aussi une vraie, "mile energie" qui servira a mettre en oeuvreees ambitions«0ertes,Julien a de grandes ambitions; i l veut de coeur parvenir a de hautes fonctions eccle*siastiques et militaires .Or, cette ambition netessite des sacrifices.c'est pour cela qu'on a besoin de tant d'energie.Toute T sa vie Julien s out lent une lutte perpetuelle pour atteindre son but. Son malheureux sort l'a fait paysan;son propre pere le h a i t ; i l n'est que pre'cepteur;puis,plus tard, seminar!ste meprise* par ses oollegues jaloux et par les habitue's de 1'hotel de la Mole. Pour affronter tons ces obstacles,la hravoure est netessaire aux ambitieux .Nous savoas que Stendhal ne craigaait pas la mort.Julien aussirne la craint pas-non plus, mais' l a regarde sans frayeur;la •: d o u l e u r morale,Toila l a chose a redouteriCe n'est pas la perspective de 1'execution qui t e r r i f l e Julien mais l»ide*e qu'il sera pour toujours separe de BTme.' de Penal» Outre la hravoure,un element bien frappant du( 1) . beylisme c'est l a vengeance.Dans ses luttes,Julien ne respecte pas la vie de ses ennerais*Il n'eprouve guere meme de l a gratitude. • Le Rouge et le Noir est plein de vengeances :Mme . de Renal, inf luencee par son conf esseur, ecrit tine lettre au Marquis de la MSle pour trahir l a mauvaise conduite de Julien.Celui-ci,sentant son avenir compromis, part pour Terrieres et tire un coup de pistolet sur son ancienne maitresse .Aussi,'c'est pour venger le discours offensant de Julien, que le president du Jury I'envoie a 1'echafaud. II est vrai que cette vengeance s'est exercee a tort pour Julien comme pour BerthetiMais accepter la mort avec une parfaite tranquillite' de courage, c'est ce qui est,apres 1'assassinat, la seule preuve d' "energie",11 ne faut pas oublier que Stendhal avait admire Berthet, le se"minariste assassin,non settlement a, cause de 1»energie de son caractece.mais aussi a cause de son crime rnSrne, Volci un bel assassinat;un crime commis par passion,par plalsir; c'est,a son sens,une belle preuve d'"eliergie" .Mile. de la M6le, (l)La doctrine de Henri Beyle(Stendhal). 56* belle ame-que Stendhal aime e*viderament,pense de meme:elle dit a Julien: (i)"Ce que tu a p p e l l e s ton c r i m e n'est qu'une noble vengeance St < qui me montre toute l a hauteur du coeur qui bat dans cette p o i t r i n e " . Ainsi, S t e n d h a l a tant smraele' sa p r o p r e vie et celle de Julien Sorel,c'est-a-dire d'Antoine Berthet,qu'il est d i f f i c i l e de separer 1 'histoire,1'autobiograph!e et l a f i c t i o n . C ' e s t surtout dans l a seconde partie du roman qu'on reconnai't plusieurs c i r c o n s t a n c e s de l a v i e de S t e n d h a l et celles de 1'existence qu'il aurait voulu m e n e r . i l s'y est substitue a Julien,et par s u i t e , i l ,a. transports' l a deuxierne a v e n t u r e de Julien a Paris dans -an milieu:' qu'il peut de'crire avec sa propre' e x p e r i e n c e . .Mais Mathilde de l a Mole n'est pas de ce milieu social de 1825;elle est une des heroines d ' a u t r e f o i s . O n nous dit par l a (2) bouche de Julien q u ' e l l e etait " f a i t e pour v i v r e avec l e s heros du moyen age" .loble, riche, s p i r i t u e l l e , elle est lasse de la banalite' des hommages qui l u i sont hahituellement readus w l l faut l a surprise,la cohere, la h u m i l i a t i o n , l a brutalite' pour la conduire a des sentiments plus t c a d r e s . C ' e s t dans l a tendresse que s'epanouit 1'energie de Mme. de SSnal .Mathilde cherche 1'energie dans son intelligence et dans son i a q u i e ' t u d e ; l e sentiment, chez elle,n'est que la manifestation d'une (•^Le Eouge et le Noir: Stendhal :p .475 • (Scriaaer's) (2)ldem;p.464, 57. grandeur d'ame instinctive a l a b i l e pesent les conditions de la vie moderae.Aussi elle veut se compromettre pour affirmer son independence; elle fai t des avances vers -Julien; elle l u i donne un rendez-vous perilleux dans sa chambre .Encore reprend-elle sa fierte* . de'daigneuse des que Julien avoue son amour pour elle .Son vainqueur doit non seulement la conque'rir,mais l a dompter.Alors i l devient son mal'tre,elle,elle devient un esclave,mais un esclave capable de violence.Elle est contente qu'un jour Julien fasse le mouvement de l a tuer( 1) "cette Idee la transp'ortait dans les plus beaux temps du siecle de Charles IX et de Henri III." Ainsi les deux amants,Julien et Mathilde, qui eprouvaient tous deux d'abord un "amour de tete", un "amour de devoir",sont pris, a. l a fin , par un amour de passion .Les circonstances de la, eonquete de Mathilde par Julien ne sont pas les memes que chez Mme.-de Renal, mais le terrne est pare.il. Ce devoir accompli,pourquoi Julien ris que-t-11 de demolir "son e'chafaudage savant" en exerQant sa vengeance contre Mime, de Renal?Sur de 1'amour de Mathilde,he devrait-il pas reparer Is dommage par son haMlete* et compter sur le temps pour arriver a ses fins? Sa conduit e, semble-t-elle illftgique? Stendh;al,ne f a i t - i l que revenir a l'histoire de Berthet,1'assassin,pour f i n i r son recit? (l)Le Rouge et le Hoir;Stendhal:p.(Scribner's). Peut-etre .Mais i l nous parait que Julien joue toujours son role. L'impulsion qui le pousse a cette vengeance peut s'expliquer p a r l a logique de sa psyclaologie.il rnesure la valeur de l a vie,non pas •a. sa duree,mais a son intensite'; l a vengeance est'une preuve d ' e n e r g i e * I l ne veut pas le suicide, car i l le considere comme une de'sertion;. Dans sa prison i l declare; (1 )"...-... .j 'ai tue", je merite la mort, mais vol l a t o u t • J e meurs' apres avoir•solde mon compto envers 1 'humanite*. Je ne laisse aucune obligation non remplie"'• Aussitot apres le proces,Julien a, cette aureole de l a condemnation a, mort qu'admire tant Mathllde de l a Mole.Elle ne cesse jamais de se rendre compte de sa propre g l o i r e ; i l l u i faut temoigner a tons de l a noblesse de sa passion;elle s'oblige a b a i s e r au front la tete coupe'e de Julien pour s'affirmer ainsi l'igale de l a reine de N a v a r r e ; e l l e organise un enterrement d'une maniere melodramatique; elle eleve une tombe somptueuse» Nous avons vu jusqu'isi comment la psycbologie de la passion a regie logiquement l a conduite de Julien et de Mathilde. Eegardons un peu Mme de Renal.Sa vengeance a c c o m p l i e , e l l e ne songe plus qu'a l'amant qu'elle va perdresqu'importe l a prison,le s c a n d a l e des visites,le m a r i .Elle est la passion toute pure, sans igoi'sme.A Yerrteres, elle avait ete* sensible a l a jeunesse de Julien et a ses (t).Le Rouge et le Noir:Stendhal:p.465•(Scribner's)* 59. larmes .Enfin, elle "est prise d'une vraie passion d'amour. L'ide'e quelle sera "adultere", l e scrupifj.e, l a religion contrebalancent, chez e l l e , l a puissance de sa passion.Mais c'est en T a i n qu'elle croit se 'reprendre:le lien est trop fort;elle meurt de l a mort de son amant. Elle aussi,elle n'avait pas pu re'sister a. l a passion; elle arrive a ne pas vouloir y re'sister. Pour quo i Julien c on damn e, r e vi en t - i 1 a, Mme • de Renal, cause do sa mort?A quoi tient l a logique de cette action?Provient~ elle d'amour?On n'y peut croire ..Selon la psychologie de Julien, i l est d'une plus belle ame d*aimer celle qui vous perd que celle qui vous sauve-Mathilde peut l e sa.uver.Par suite 11 doit aimer Mme. de Eenal; ce devoir suffit a, cre^er 1'illusion d' amour .Peut-etre avons-nous tort.Julien a pu ressentir un vrai sentiment pour Mme. de R8nal.Il declare: (1]'lime, de Renal avait ete* pour moi comme une mere".Julien, se souvient-il de sa. propre mere qu'il avait aime'e tendrement?Quii sa.it. II est d i f f i c i l e de croire qu'il fait autrement que jouer son role, " qu'accomplir un devoir. Dans Le Rouge et le Noir tout est subordonne" au point de vue essentiel que je viens d' e*tablir: c' est-a-dire,a l a psychologie de la passion .La socie'te contemporaine, socie'te' de l a Restauration,n'est peinte qu'en tant qu'elle est vue par Julien; c'est-&-dire,par Stendhal,en tant qu'elle est un obstacle a son ambitioniLa peinture de la Prance vers 1825 n'est faite que de ses opinions politiques,de ses haines,de ses deceptions »Comme Julien, i l avait vu, dans l a socicte' ,1a passion d'argent, 1' influence du (l).Le Rouge et le NoirsStendhal:p.497* pretre, des intrigues a propos de tout«(I) avait communis* d'espoir avec "les deux rallies Julien Sorel",avides de retrouver I'activite' que la'Hevolution et IJSmpire leur avaient permise, de*sircux de se t a i l l e r une place dans, l a societe*" .La pain tore de la socie'te n'est qu'une serie d'impressions.Ici,comme dans les autres parties du roman i l faut ramener tout a l'auteur.Ce point de vue,e*troi tement individuel,n'est jamais absndonne dans son oeuvre«Par suite,on ne peut guere considerer Le Eougo et le Noir comme un document historique.il est,toutefois.une grande date dsns le developpement des traditions du roman psychologique. Comme les auteurs que nous avons de'ja e'tudie's, Stendhal est moraliste.Mais par sa, maniere de moraliser,il a su faire entrer dans le roman psychologique un aspect nouveaujun e*lc*ment de didactique.Son ouvrage n'est au fond qu'une these.11 a fait a, ses personnages se poser ces questions:quel est le hut de la vie? Comment y parvenir?Comment tirer du present la plus grande jouissanee Le prohleme pose,Stendhal va le re*soudre d'apres ses propreg idees. Ses personnages ne sont que des copies de lui-meme ou de son type ideal.II les interrompt,de temps en temps,pour prendre la parole. II nous expliqtte les mobiles de leurs actions;il juge leurs actes, nous montrant,d'une faQon evidente,son opinion qu'il nous invite (1). StendhalsP.Martinosp.218.(Oudin et Cie.,Paris.1?14.) a pax-1agei-.Llais Stendhal n*avait jamais pense que ses propres conceptions fussent destinees a regir la masse des hommes.Tous ses horos,comme ceux de Corneille,sont a des degres,plus ou moins el eves des St res supe'rieurs .C'est par lauque l a morale de Stendhal est essehtiellement aristocrat!que.Quoi d'etonnant que son oeuvre ne fut pas* chaudement accueilli par ses semhlahles» A quoi tient son inte'ret actuel?N' est-ce pas a l a helle psychologie de l a passion qu'il a peinte?;n'est-ce pas a son romantisme qu'il a su laisser passer dans la realite des choses? H'est-ce pas qu'il appartient,comme demolisseur de traditions,a l a plus constante tradition de la France, celle qti'ont representee Rabelais,Moliere,Yoltaire,Taine,Anatole France?. "Je mets tin "billet a une loterie dont le gros lot se re*duit a ceci:etre l u en 1 9 3 5 Stendhal • CHAPITEE» Y, 62. (1). MADAME BOYAEY par Gustave F l a u b e r t -"Uhv.TQsianJ.Cesft un m i r o i r qu'on promene le l o n g d'un chemin — S a i n t Real. C e r t e s , dans Madame Bovary, F l a u b e r t a promene' un miroir le long d'un chemfc de la T i e provincial© sous le Second Empire.Que les tableaux qu'il p r e s e n t e soient incomplets, vu qu'il ne nous donne que des personnages ignorants et s t u p i d e s . i l s s o n t , t o u t e f o i s , tous reels «0n a du remarquer que c e . c h a p i t r e pOrte le meme entete que celui ou nous avons discute* l a Princesse de Cleves «Mme. de l a Fayette peint la, vie-de l a cour .Tout au c o n t r a i r e , F l a u b e r t nous pre'sente l a vie monotone du bourgeois provincial ihjxi ni 1'autre n'a oublie que son roman n'est qu'un miroir qui doit laisser g%j rifletisr l a vie des personnages .Tous les deux se sont efforce's de pcindre l a vie r e e l l e . L a tache de Flaubert,nous s e m b l e - t - i l , a dii e t r e l a plus d i f f i c i l e .D'un temperament essentlellement romantique,'il a re'ussi a faire un chef-d'oeuvre re'alistc.En e'crivant Madame Bo v a r y , F l a u b e r t cherche a m e t t r e en pratique une idee qu'il a cent fois re'pite'e: (2) " L ' a r t i s t e doit s'arranger de faCon a faire croir.e a l a p o s t e r i t y (1).Madame Bovary by Gustave Flaubert:introduction and notes by C h r i s t i a n Gauss•(Scribner's)• (2 ).i852:Correspondance avec George Sand. 6 3 . ( 1 ) -qu'il n'a pas vecu" .C'est en 1 852 qu'il e'er i t a George Sand: "Bovary aura eiS un tout de force inouS,dont moi seul jamais aurai conscience: •sujet'i'personnages, effet etc«, tout est hors de rao'i • ce que vous • faites n'sst pas pour vous,ma.is pour les autres; 1'art n'a rien a demeler avec 1'artiste" .Chez Flaubert, la litte'rature doit etre imperson nelle, c'est-s--dire, 1'auteur ne doit jamais se montrer dans son oeuvre, jamais y faire entendre' ses propres cosvictions ou e'tats d'ame. On salt bien qu'il y avait,dans 1 '.ame de Flaubert, une dualite' de tendane.es j i l e'tait romantique et re'aliste,autant l'un que 1'autre .Alors d'ou vient qu'il petit exiger 1' impersonnalite', principe absolument opposeau romantisme?Selon 1'opinion de M. Faguet, c'est que Flaubert avait tout le rornantisme excepte* le fond meme du romantisme, c'est-l~dife la sensiMlite* personnelle.il aimait les jeux d' imagination, le romanesque, la rhe'torique, le style romantique. Settlement,11 avait le gout de ce que les romantiques avalent l'horreur: le reel .Ses deux penchants se "balancent au cours de sa vie litte'raire:. une oeuvre romantique sttccede a. une oeuvre. re'aliste et ainsi de suite?c'est Salammbo apres Madame Bovary;c'est 1'Education Sentimentale apres SalammbS, etc • En e'erivant tin livre re'aliste, i l (1 }\1852:Correspondence avec George Sand. songe au livre romantique qu'il ecrira snsuite .Toujours, semble-t-il que l a tendance de sa jeunesse,tendance toute romantique,soit la plus forte,-"soit le fond meme de son caractere -Certes, c est le penchant romantique qui a ameiie Flaubert a. faireode Madame Bovary un roman d'analyse .Mais, en wulant s'arracher au roraantisme,Flaubert a donhe* lihre essor au realisme; a, un real!sine frappant qui anticipe le natural! de Zola et des de Goncoxxrt. C'est dans le realisme de Flauhert qu'on trouve des aspects nouFeaux pour le roman psychologique.Les quatre romanciers que nous avons etudies jusqu' i c i , ont de'crit le reel en repre*seiitant des ames reagissant contre des circonstances .Flauhert,ax?, contraire, represente das ©tenements agissant sur des ames»Le re'alisme de ses predecesseurs,des les classiques,est toujours le realisme mele d'autres elements :de satire, de gaite*, de romantisme, de romanesque»Ce proce'de. de faire un melange est une ressource qui divertit le lecteur en jetant de la, variety dans l'oxxvrage.mais qui allege certainement la tache -de ifecrivain.C'est Flauhert qui se rend cornpte le premier qu'il • faut dans xin roman realiste,etre realiste inte"gralement «I1 pretend, quand i l est realiste,!'etre absolument,sans melange .En s'imposant cette loi,en s'ohligeant a. 1'immense difficulte ' de l'art realiste, 11 donne au realisme une signification toute nouvelle .Bref,Kadame Bovary a vraiment f o n d e le re*alisme en France. ' File vint a son heure .Excede' de l a litterature iff d*imagination,on t e n d a i t v e r s l a litterature re'aliste.-action et reaction essentiellement humaines,qui font sueceder une mode oppose'e a l a mode prece'dente - Or,.en 1 850 le romantisme e ' t a i t fa.de .Balzac, Stendhal e t . Me'rlme*e aval ent e V e i l l e le gout du reallsme sans en a v o i r rempli l*idee.(J 1 etait a Flauhert de re'veler pleinement ce que c*e'tait ITul auteur ne potirsuiva.it plus consciencieusement sa tache de perfectionner son art que Flauhert.Pour representor vraiment ses personnages et ses mises e n scenes,il se documenta.it. minutieusement .Pour trouver d e s renseignements p r e ' c i s , i l fre'quentait pendant d e s semaines, d e s bibliotheques;il interrogea.lt d e s hommes competents.S'agit-il d'une description d'un lieu, i l y "allait vivre. (1) "On peut dire','dit M.Faguet, " q u e 1' imagination etait s a muse et la realite sa conscience"«Cest de sa conscience,de son desir ardent -de perfection, que provient l a probite lit t e r a i r e de ses oeuvres . • JJ'ou. vi ent I ' i n t e r S t de Madame Bovary,dont 1'auteur s enable ne vouloir r i e n devoir a son imagination? 11 nous presente, au contraire,une-.-o.euvre juste, complete,definitive, avec un minimum (l).Flaubert:M.Faguet:p.66.(Eachette et C i e . , P a r i s , 1 9 1 3 ) • 66, d'intrigue JT 'est-ce pas que 1'art prodigieux de Flaubert l'a fait reussir a peindre vrairaent l a vie exterieure et ses effets naturels dans la T i e inte'rieure de ses personnages?t 1)"Toute 1'oeuvre,d'ai 1 leurs jusqu'aux moindres incidents,a un interet poignant,un intlret IQuveau,inconnu jusqu'a ce livre, 1 'interet du reel,du drame coudoye' tous les jours«Cela TOUS prend aux entrailles avec une ptiissance invincible,comme un spectacle vu,une action qui se passe mat e'ri e l l ce -ment sous nos yeux.Les faits,vous y avez assists vingt foid;les personnages, i l s sont dans vos connaissances•Vous etes chez vous, dans cette oeuvre,et tout ce qui se passe e s t une dependence meme du milieu qui vous entoure.De l a 1'emotion profonde".Dans Madame Bovary,Flaubert a fortement pratique* sa profession de foi:"repressenter, nous ne faisons que reprisenter". Le recit de Madame Bovary se deroule en une serie de tableaux, comme un cinematographe -Dans chauue tableau, dans chaque mise en scene,nous pouvons pre5que voir les choses materielles et certainement nous pouvons ressentir les memes emotions qu'e'prouvent les personnages en riagissant centre les circonstances de la vie. Tout l e roman donne 1'expression de l a vie,car la description des lieux, du decor se mele a celle des personnesVles entours" se (1 ) .Les Romanciers Natural!stes:E.Zola:p.i41(Fasquelle, Paris, 1914) presentent a nos yeux en mSme temps qu'ils se presentent aux yeux des personnages .Hous habiterons les lieux avec les personnages. Flaubert veut nous faire voir Charles Bovary pendant sa premiere journe'e a, 1' ecoIe,Emma au Couvent,la premiere visite de Charles a, la, ferme de Renault, la fete de mari age, le bal a, Yaubyessard, la • cornice agricole,les rencontres de Eodolphe,1'operation au pied d' Hippolyte,!'opera a Rouen,les trajets a tracers les rues de Rouen avec Le'onjetla mort d'Emma. Cette technique de repre'senter montre l a conception de psychologie de Flaubert«Selon son opinion,nous vivons dans des images,notre vie inte'rieure n'est que le reflet de notre vie extdrieure -.La conduite- humaine est motive'e, pas autant par les Amotions, qiie par les images concretes qui se pre'sentent a 1'esprit du personns.ge.De la. s'explique l a chute d'Emma.Elle veut se faire enlever par Eodolphe non pas a cause d'un de'sir irresistible d'echapper a, l a vie ennuyeuse chez Charles,mais parce qu'elle se volt, dans son imagina.t ion, dans une voiture avec Rodolphe qui l a conduit a travers un pay sage i t a l i en>. Flaubert salt bien ce qu'il decrit,car le probleme d'Emma avait ete le sien.Elle,aussl,pendant sa. jeunesse au couvent,avait des illusions romantiques,avait l u des oeuvres romaaesques et puis elle etait o b l i g e e a l a vie prosalque d'une feme dans l a Hormandie .Flaubert, qui avait de bonne lieure des Jendances romantiques,s'e'tait contraint a s'adapter a 1'eunui de l a vie a Groisset.il avait amerement conc-lu que le bonheur et la franchise n'etaient que des r8ves:choses impossibles a atteindre. II est, selon son avis,le destia de tout le monde d'etre ainsi enchaine'. Madame Bovary cherchait a rompre les chaines en alinant, comme Flaubert f*avait fai t en ecrivant-C'est le meme-problems fundamental .Le de'faut de.Madame Bovary est essentiellement' humain.Elle souffre de la vengeance que tire le monde dure ame• qui demande a la vie des choses outre r.aesure,et qui f a i l l i t de s'adapter aux circonstances de-' sa vie. Yivre au dela de I'horizon,c'est Emma Bovary»A mesure qu'elle avance dans la vie, I'horizon se re'tre'cit .Mais elle continue a rever.Elle rivalt a celui qui l'emmenera loin de la ferine. Charles est le premier venu et elle 1'aceueillit.Elle n'est pas lorrgue a, decouvrir que ses reves se hrisent sur l u i ; qu'il vit dsns le present quand elle vit dans 1 'a.venir; qu'il est ce qu'elle deteste le plus, c'est~a-dire,le re'el • Alors Leon se presence.Emma s'inte*resse a ce jeune homme parce qu'elle trouve,dans son esprit,*une ressemblanoe au s i e n i Dsns cet e'tat d'amitie' sentimentale, i l J avait sympathie, confidence, point d'amour. * Mais Leon part de Yonville et 1'ennui et la monotonte de la realite* re'doublent pour Emma. (1) "Elle est prete pour la faute. L'auteur pourrait rameiier Le'on • II ne l'a pas fait et cela est .d'une sur ete* psychologique tres remarquable- Certes,Madame Bovary est sur le bord de la faute;certes,si Lion revenait,-c'est avec lui,en un temps donne*, que l a faute serait ,commise#Mais Leon est le pareil de Mme-Bovary,avec cette seule difference qu'il est plus faible encore de caractere qu'elle ne 1'est.La premiere fois que Mme. Bovary doit tomber i l n'est pas vraisemblable que ce soit avec lui;mals avec quel-qu'un qui ne sera pas son pareil et qui feindra de l'etre, qui aura, par consequent,cette superiority sur elle dans 1'attaque qu' i l sera froid,jouant un role,et qu'il aura,toute sa tete,elle la perdant". Ainsi la liaison d'Enma avec Eodolphe est le resultat naturel de son besoin de rompre la. monotonie de sa vie* M. Faguet indique que c'est bien de 1'amour plus que de Bodolphe qu'elle est amoureuse et qu'elle est heureuse parce que son imagination a encore lihre esspr«(2) "Eodolphe est comme le vase,agr eVble du reste (1) .Flaubert:E. Faguet:p.94.(Hachette et CieParis,191?)-(2) .Idem:p. 96» 7 0 . a regarder et a caresser, ou elle verse le romantisme qui rempllssait son lae e$ qui en debordait". C'est ainsi,qu'en perdant Eodolphe,elle perd son Ideal romantique;rupture si serieuse que peu s'en est f a l l u qu'elle n'en meure. , • Mais elle continue a nourrir son esprit romantique en jouant le r6le de la jeune malade et en essayant de l a religion* Malgre l a perte de son ideal, quel que s instincts rornantiques sont restes«Ceci,M. Faguet le dit, est une periode de transition* Puis l a degradation commence .File retrouve Leon. Maintenant elle est plus age*e et elle sent le besoin,non pas d'amour raais d'unetre qui 1'adorera et qu'elle dominera^Ses tendances romane ont baisse*;la courtis'ane va commencer.Emma qui revait toujours de pays lointains et exotiques,qui vivait au dela de 1'horizon,trouve que l a terre promise n'est que Rouen et la chambre de Leon. Fiidettee, elle voit s'approcher une vie de prostitution .Cependant, elle n'y entre pas. Flaubert a montre* i c i de la bonne psychologie.Emma' n 5est pas de nature une courtisane,elle es* toute romanesque et romantique.Par consequent,elle se de*tourne de la vole de prostitution parce qu'elle voit que tout element romantique 71. j cede le champ a l a realite* froide. .» (1 )"C'est a, l a re'alite' que Mme - lovary n'a jamais voulti consentir.........Quand le romanesque a ete tue' par les ne'cessitds du reel, c'est Emma tout eatiere qui meurt. Sa raison de vivre a,cette fois,completement dispa.ru.Oesuicide n'est pas celui du remords,n'est pas pre'ci semen t celui du de'sespoir; c'est celui des reves longtemps froiss^s, longtemps diminue's, de**Qus enfin jusqu'a sentir qu'ils ne pourront renaftre jamais. •.•..A ce propos c'est un trait de talent d'ayoir mis dans la yie d'Emma une circonstance qui aurait pu l a sauver et qui ne la sauye point .Flauhert lui a donne 1 * enfant, "1' enfant s.auveur",et 1'enfant ne 1'a point sauvee.il a voulti montrer par l a que 1'instinct romanesque est s i fort et que 1' imagination enfie'vre'e est si dominante,qu'lis peuvent etouffer meme le sentiment matemel chez un etre qui,cependant,n*est pas un monstre,et qui est plutot desequilihre* que mauvais" • Le portrait,ou plutot l a biographie d'Emma, montre la leQon du roman:c'est le portrait.d'une romanesque provinciale qui a, un penchant pour une vie a laquelle elle ne, pourrait jamais s'adapter«L'espace nous manque pour traiter les autres portraits dans (1).Flauhert:E. Faguet:p.101,102,103.(Hachette et C i e P a r i s , 1 ? 1 3 ) • 72. le recit.Flaubert les peint,,comme i l a peint Emma,des etres qui sont* ce qu'ils sont de nature et ensuite ce que les circonstHaces ont fait d'eujc Enfin,c'est l a nature scientifique de 1'oeuvre de Flaubert, l a peinture scrupuleuse du reel et de•ses effets psychologiques qui est quelque chose de nouveau pour le roman psychologique et qui etablit une nouvelle tradition;une tradition que suivront les ronianciers naturalistes • CHAPITEE. Tl- 7j. ( l ) . L E DISCIPLE par Pan! Lota-get • ( 2 ) . "Bans notre temps de mat^rialisme,dans notre s l i d e .ou le commerce absorbe chacun,ou les sciences si saines et si grandes de'ja, rendent • 1 'homme orgueilleux et lui font otthlier le savant supreme, le polte a une mission sainte: montrer a toute heure,en tout lieu,1'ame h ceux qui ne • pensent qu'au corps, et Dieu a, ceux dont la science a tue*'. l a f o i " • —-—-Zola. (j) nLe Disciple est une date dans 1'histoire Intellectuelle et morale de l a Prance du dernier siecle".Dans ce roman,M« Bourget lance un defi sot naturalisme, a l a doctrine posltiviste qui tendait a re*duire l a psychologie a 1'analyse des instincts, des gppe'tits, des impressions-En attaquant cette philosophie, en demontrant les consequences qui en ddcouleront, i l marque le Premier l a responsabilite' morale des e*crivains et des savants. (4)"Un poete,un auteur drs,matique,un romancier surtout(qu'on l i t et (1) «Le DisciplesPaul Bourget:Plon-ETotu-rit et Cie'^Paris* (5.) .Les maitres de 1 ••heure:M. Victor Giraud:p .277(0Ite' dans La Litte*rature FranQaise au XIZe Siecle: III .Romanciers :P .Halflants 3 p . 2 2 6 . ) (g)Lettre d'Eaile Zola a. Bailie, 1Oaout, 1 8 6 0 : Correspondence, I, p . 1 27 '"(Cite dans Romanciers par S.Halflants,p-1 2) (4) .ITouvelles' Questions de Critique par Ferdinand Erunetiere:p • 74. 'qu*on relit),un pMlosophe,un savant meme,ne doivent-ils pas se regarder comme_ ay ant un peu charge d'ames?Les'Veritas" qu'ils proclanient,-qui ne sont trop souvent que les e r r e u r s de la v e i l l e ou les pre'juges du lendemain, - p e u v e n t - i l s les mettre a si haut p r i x que de n'avoir e*gard,en les r e p a n d a n t , n i au s c a n d a l e q u ' e l l e s s o u l e v e r o n t , n i a ce qu'elles ebranlent d'autres "verite's" neut-etre, ni aux consequences qui en sortiront? Ils n'e'erivent, disent-ils, que pour eux-memes .et pour quelques lecteurs trie's • . . K a i s / 'a travers 1'espace et le temps,si leurs doctrines,une fois jetees dans le monde,y v i v e n t , s * y d e v e l o p p e n t , f o n t . e n f i n des disciples parmi cette foule ohscure a laquelle, quoiqu'ils en disent, i l s dernandent au moins 1'hommage de son admiration,n'en seront-ils pas tenus a "bon droit pour c o m p t a b l e s , r e s p o n s a b l e s , e t au besoin coupables? Leur sera~t-il permis alors de plaider 1'innocence de leurs intentions? Les laisserons-nous dire qu'on les a mal compris en suivant leurs lemons; qu'ils ne les ont donne'es que pour n'etre pas a p p l i q u e e s ; et qu'en demontrant,par exemple, que nous ne pouvons rien sur nous ni centre nos passions,cela signifiait en leur langue qu'il y faut resister tout de meme?....... .Telles sont les belles et grandes questions que M. Paul Bourget s'est proposers daiis son Disciple" 75-"La maniere, dont i l a decide' ces questions,montre ,une intelligence murie^ intentions si s i n c e r e s et consciencieuses que meme ceux qui n'acceptaient pas ses doctrines ne doutaient pas de 1'lionnetete' de son desseiir. Le Disciple v i n t a, son heure .Ce fut surtout sur l a generation de 1889 qu'il exerqa sa plus grande influence. B o u r g e t sentait le b e s o i n , q u ' a v a i e n t les jeunes Sranqais vaincus apres 1871, d'une discipline mentale et morale et ainsi dans la p r e f a c e du;Disciple II leur adresse un c o n s e i l • q u i est sa propre profession de f o i : (1)"II n'est pas d'honnete iiomme de' l e t t r e s , si chetlf s o i t - i l , q u i ne d o i v e trembler de responsabilite'.......... .. 'He. sois ni le positiviste brutal qui abuse du monde sensuel,ni le sopaiste dedaigneuz et pre'cocement gate*, qui abuse du monde intellectuel et sentimental«Que ni 1'orgueil de l a vie,ni celui de 1'Intelligence ne fassent de toi un cynique et un jongleur d'idees". Y o i c i les pensees cni.'&vaient engendre' la donne'e du Disciple-.Bourget indique dans la preface qu' i l s 'applique ses idee s a l u i -meme -.Mai s, ce qui marque, comme unique, sa belle action, c'est qu'(2)"a toute une jeunesse qui nourrie de Benan et de Taine (1) Le Disciple:P. Bour get :p «5 • (Plon-Kourr i t , Paris) • (2) .Les Maitres de 1'HeuresVictor Gii-aud:p.283 . (cite* dans Komanciers par P. Half!ants:p.229.) (comme i l 1'etait lui-mime) et qui,melant le stoi'cisme de 1 'un et l'epicurisme de 1'autre, s'orientait,sans Men le savoir,vers un dangereux dilettantisrne, i l a fait entendre un Menfaisant cri d'alarme;il l u i a revere le sGrieux de la pensefe,le prix de 1'action, le sens infiniment grave de la vie". Les, doctrines de'terministes que critique ICEourget avaient evoliie' comme une reaction extreme aux ide'es Individualistes des romantiques.Notez que nous avons dit "une reaction extreme". Le realism© etait la reaction logique de l a sensibilite* romantique. C'est que les naturalistes ont pousse" outre mesure cette reaction: i l s ont etale settlement les aspects repoussants du rc'alisme, ce qui a souleve des critiques telles que celle dit Disciple-Les pensees, • qu''ezprime M. Bourget dans ce roman,ne sont-elles pas pareilles aux idees de M. Rene Bazin dans son etude sur le "Roman Populaire" (1)"Si j'avals a juger l'ecole naturaliste franvaise,non dans sa formule,ou i l entre beauooup.de ve'rite^non pas meme dans 1*oeuvre de t e l ou tel auteur,mais dans 1*ensemble des livres qui se reel anient du naturalisme, je dirais que son principal de'faut lit t e r a i r e a ete' de meconnaitre l a realite*;je montrerais ce qu'il (1 Questions litte*raires et sociales :p .84. (cite' dans Romanciers par P.Halflants:p • 11•) 77 » y a de coiitraire aux regies de 1'observation et de l a sincerite*, dans le pro cede' qui consists a. ne peindre de 1 'homme que les instincts a supprimer les Smes.a expliquer le monde moral par des causes illegal es aux effets, a rnurer toutes les fenetres que 1 'homme,accable* tant qu'on le voudra par l a misere,le travail,la maladie,!'influence du milieu,continue et continuera d'ouvrir sur le ciel.Gar i l y aura toujours de ces fenStres-la,par ou, l a priere monte et l'esperance descend"• Ainsi Le Disciple nous fait entendre "la voix de celui qui crie dans le desert":1a voix d'un penseur qui cherche a ramener l a societe* a l a foi traditionnelle et qui rappelle a ses voisins litteraires la parole d'Evangile qu'"il faut juger 1'arbre par ses fruits*" Flaubert.a pu croire a la verite de cette parole, mais i l prend garde de cacher dans ses oeuvres ses propres sentiments.il cherche seulement a "repre'senter" ses impressions de la vie .Mais comment "repre'senter" la vie sans que l*on si y mele,vive et agisse?Selon les idees de Bourget,1'artiste n'est plus seulement "le pur miroir", "le pur sujet connaissant",car i l est etre humain qui tient aux autres St res dans la socie'te* par des liens trop forts pour qu'il puisse les couper a sa guise.Ce sont 78, les liens q u i lui permettent de v i v r e et,par suite,de "repre*senter". I l jie peut s'empSeaer de juger I'oojet de sa contemplation,de prendre parti dans le spectacle •(1)"Eos actions ne sont plus settlement un spectacle,un objet de contemplation pour "le pur sujet connaissant";elles sont en sol,bonnes ou mauvaises .11 depend de nous de c r e e r du bien ou du m a l ; l ' i d e e de responsabilite apparalt Le point de me de Flaubert se complete par celui de Bourget". v Les pensees qu'exprirne Bourget,nous semDle-t-il, Jettent en plelne lumiere 1'illoglcite" des theories des natural!stes A - l r a p p u i des Idees de M. Bourget,M. Brunetiere dit:(2)"En tout et partout,dans l a morale comme dans la science et comme dans l ' a r t , on a pretendu ramener 1 'homme a Is. nature, 1& j miller ou l'y . confondre, sans faire attention qtt'en art,comme en science et comme en morale,il n'est homme qu'autant qu'il se distingue,qu'il se s e p a r e , e t qu'il s'excepte de l a nature•En voulez"vous la preuveQ•••• I l est aaturel que l a l o i du plus fort ou du plus habile regne souverainement dans l e monde a n i m a l ; -mais, pre'cl semen t cela n'est pas humain ........ Cj5) .11 est nature! que chaque generation,parmi les animaux, etrangere a, celle qui 1'a prece'dee dans l a v i e , l e soit egalement a, celle qui la suivra:-(1) .Louis Bertrand:Revue des Deux Mondes,!5 dec•,1920.p.741• (2) .Houvelles Questions de Critique: F. Brunetiere:p «34"5 (?).Idem:p.?44. 79. mais,pi'^cls'emeHt c e l a n ' e s t pas humain (1 ) i l s e r a i t ternus de ^ qprnprendre que retourner a la n a t u r e ce serait r e t o u m e r a I'animalite*..........Mais heureusement que tout en nous s'y onpose et nous 1' interdit.Vivre dans le present comme s ' i l n ' e x i s t a i t pas, c ' e s t - S - d i r e comme s ' i l n ' e t a i t que la continuation du passe' et l a preparation de 1'avenir,voila ce qui est humain:-et i l n'y a rien de moins naturel.Par l a justice et par l a pitie,compenser ce que la nature, i m p a r f a i t e m e n t vaincue,laisse encore s u b s i s t e r d'ine'galite* parmi les hommes,voila ce qui est humain:-et i l n'y a rien de moins naturel Sans essayer de detruire les passions,leur apprendre a se mode'rer, et au b e s o i n les y obliger,voila ce qui e s t humain ;-et i l n'y a rien de moins .naturel.Et sur les r u i n e s e n f i n du culte superstitieux et lache de l a f o r c e , etablir, si nous le pouvons, la, souverainete* de l a justice, v o i l a ce qui est humain: - a t , plus que j a m a i s , v o i l a ce qui n'est pas naturel• ......... (2)8i l a l o i du determinisme e'tait universelle, l a societe ne suhsisterait p a s , e l l e se desagregerait, les morceaux meraes ne s'en p o u r r a i e n t r e j o i n d r e . p a s plus que la vie ne saurait renaitre dans un organisrae,ou les forces physico-chiiniques ont rocouvre* leur empire sur le pouvoir m y s t e r i e u x qui les tenait en echec«H'est-ce pas une epreuve q u e , s i le determinisme est l a l o i (1) .Houvelles Questions de C r i t i q u e : P . Brunetiere:p.346. (2) .Idem:p.34-7, 348. 8 0 . de l a nature, i l n'est pas celle de- 1 8 human ite'? Que 1 'homme Ixxi-ffifsme, q_uoi qu'on en puisse dire,n'est pas compris sous l a definition St de 1-*animal?Que si l'on peut Men faire de son animalite' la "base physique de sa nature, son human ite* ne commence gu'au point pre'cis ou qnelque chose de difs&rentiel et d'unique s'ajoute a cette animalite' pour en changer le caractere?" En abordant ces questions,Bourget- se montre le grand defenseur de l a socie'te, le champion du traditionalisme qui croit,comme Voltaire,que "les hommes insociables corrompent 1'instinct de l a nature humaine-" H'est-il pas remarquable que Bourget ait choisi le roman psychologique comme le venieule ou i l donnera sa leQon morale?Et pourtant n*est-ce pas par la qu'il donne a c e t t e leQon plus d'efficaeite*«Il veut montrer les effets moraux de 1'ahus de 1'esprit d'analyse que faisaient les philosophes positivistes» Comment pourrait-il t i r e r des conclusions morales s ' i l ne comprenait pas, lui-meme, l a T i e ? En pariant de 1'art d'e'crivain, Flaubert dit: "Vivre n'est point notre affaire"-B'opinion de Bourget exige le contraire de cette pense*e.Pour representer ver I tab lenient l a vie, Bourget l e d i t , i l faut comprendre la vie.C'est pour mieux comprendre I'honime qu'il analyse les passions huraaines • Tout l'iuteret du Disciple pro vi ent de la subtilite' des analyses psychologiques>Le principal personnage,Robert Greslou,jeune homme intelligent mais vaniteux et malade,nourri de l a doctrine positivist d'Adrien SIxte(le savant auteur,de l a Psychologie de Dieu, de la The'orle des Passions et de 1 'Anatoraie de la Volonte), cherche a mettre en pratique les leQons de son maxtre .Devcnu. pre'eepteur dans la f ami l i e de Jus sat-Ran don, i l decide de se'duire l a jeune f i l l e Charlotte.il est persuade',apres avoir lu les oeuvres d'Adrien Sixte, que "toutes les ames dolvent etre considere'es par le savant comme des experiences•institutes par l a nature." II veut analyser les ttat de son ame et celle de Charlotte;(1)"essayer,a la fois,sur elle une etude physiopsychologique du me'canisme de 1'amour et,sur l u i -meme,la justesse de ses theories" Mais les instincts naturels 1'emportent sur ses theories'La passion prcvoque une crise qui aboutit a ce qu'ils forment le projet de s'empoisonner-Cependant,!'esprit de philosophe • se fortifiaat en Greslou en face de ce froid projet,Charlotte seule se suicide gares avoir tout raconfe' dans une lettre qu'elle e'erit a son frere-Greslou est arrlte* mais,"'saohant que M. Jus sat connait {I).louvelles Questions de Critiques F. Brunetieretp.???. 8 2 , son innocence II ne se defend pas de 1'accusation d'assassinat. II Se neglige pas, toutefois d'adresser une longue confession a son "iilustre maitre" Adrien Sixte .Celui-ci,accable' des consequences de ses doctrines, rtussit a decider le frere de Charlotte de Jus sat a annoncer 1'innocence de Greslou.C'est ce f r e r e " q u i yenge de sa main la honte et l a mort de sa soeur en executant Bohert Greslou d'uri coup de pistolet". Malgre son crime,le heros du Disciple reste une figure syrnpathique .3edu.it par les doctrines du de'terrninisme de son mattre,X'esprit d'analyse l'emporte sur son intelligence et sur sa, morale.M. Brunetiere le fait observer dans ses Kouve'lles Questions de Critique;(!)"II y a,en effet,deux etres en li.rl, 1' ita qui pense et l'autre qui vit,l'un qui agit et l'autre qui 1'observe, 1'un pour qui Charlotte n'est qu'un sujet d'experience et 1 'autre qui 1'adore;et,-pour en faire en passant l a remarque,-s i l peut bien proceder du Julien de Stendhal et du Raskolnikof de Dostoievsky c'est par l a qu'il cesse de leur ressembler«Sauf sur un ou deux points,ou. I'on dirait que les f i l s s'embrouillent ,M. Paul Bourget n'a nulle part fait preuve de plus de dexterite que dans la composition de ce rare caractere«Et encore,la ou. les f i l s (1) .Bouyelles Questions de Critique:F- Brunetiere:p > 3 3 ? , 3 ' * - ° • 8?. s1erabrouillent,ii'oserais""je assurer que ce ne soit exprls «Si pei*3picaces qu'on les suppose.n'y a " t - i l pas, en effet,des moments oil les Robert Greslou ne voient plus clair en eux-mimesTEt quels sont ces moments,sinon justement ceux ou leur personnage a r t i f i c i e l et le personnage naturel qu'en depit de tout i l s sont demeure's par-dessuus, se penetrant 1'un 1'autre, se r appro client, se me lent se confondent en un tout indivisible• Quelle est maintenant la part d'Adrien 3ixte,la theoricien de Is, volonte des passions, dans le crime de son eleve? Car, en fait de crimes, et pour n'etre ps.s justiciable des lois, on en imaginers.it malaisement de plus odieux de tous les crimes,-i l y a longtemps que Kant a dit quelque chose de semblable,-ce sont ceux qui,d'une f i n qu'elle est pour elle-meme,transforment I'ame humaine en moyen pour la satisfaction de l a perversive d'autrui". Yainement done Adrien Sixte se debat contre 1'e'vidence. "Kejeter sur une doctrine l a responsabilite de 1'interpretation absurde qu'un cerveau raal equilibre donne a cette doctrine,c'est a peu pres comme si on reprochait au chimiste qui a decouvert la, dynamite les attentats auxqueis cette substance est employee.C'est 84. un argument qui ne compte pas". Ainsi re'poud-il au juge d'instruct!or qui 1*'interroge sur l a nature de ses'rapports avec Robert Greslou. Mais quand i l a l u l a "confession" da miserable,, i l est - bien efforce' de s'avouer que "ce caractere deja dangereux par nature a rencontre* dans ses d o c t r i n e s , a lui,comme un terrain ou se d e v e l o p p e r dans le sens de ses pires instincts".St enfin quand son disciple est mort, "1'implacable et puissant maitre",(1)"pour la premiere fois,sentant sa pensee impuissante a, le soutenir,cet analyste pre3que inhumain a force de log!que s 'humiliait, s' inclinait, s ' a b i m a i t devant le mystere impenetrable de l a destinee .Les mots de la seule oraison qu'il se r a p p e l a t de sa lointaine enfance: "Notre Pere qui etes aux cloux......." l u i revenalent au coeur.Certes,il ne les prononQait pas.Peut-etre ne les prononcerait-il jamais.Mais s ' i l existe,ce Pere Celeste, vers lequel grands et petits se toument aux heures affreuses comme vers le seul secours,n'est-ce pas la plus touchante des prilres que ce besoin de prier? Et, si ce Pere Celeste n" exista.it pas,aurions-nous cette faim et cette soif de l u i dans ces heures-la? ........"Tu ne me chercherais•pas si tune m' aval s pas trotive"' -(1) .Le D i s c i p l e : ? . Bourget:p.J>69 • ( P l o n - N o u r r i t et Cie . , P a r i s ) Le Disciple s'aeheve sur cette phrase cie Pascal. Bourget l a dit admirable et e l l e ( l ) " 1'est do lib lenient pui qu'elle expriiue 'a l a fois qu'aux convaincus tout est sujet de conviction, et que ceux-la qui n'ont rien trouve* encore ne se mettent pas en route pour chercher .Ef fraye* lui-meme des consequences ou pouvait entrai'ner le positivisme qu'il avait de*crit-et partiellement imagine'—Bourget ne voit de secours certain que dans le retour a l a religion chretienne qu'il associe de'ja aux idees d'ordre et de Merarcaie*" II retourne a la v i e i l l e idee de 1'opposition de la nature et de la grace.C'est le caristi&nisrae seul qui fournira 1'accord entre ces deux forces-Outre sa philosophie,Bourget laisse glisser, dans son recit,heaucoup de souvenirs personnels.Les doctrines de Sixte sont .hien a pea pres celles de Taine et de Ribot. Comme Bourget lud^nerne, Robert Greslou se montre toujours' instruit de ces doctrines»(2)"A comparer les souvenirs d'enfance que Robert Greslou consigne dans son memoire aved ce' que Bourget nous reVele, fa et lit, de sa jeunesse on constate de bien frappantes analogies (3) • D'ailleurs, 1 '.analyse des sentiments d'un enfant pre'coce et incompris, qui f i n i t par se renfermer dans son isolement,est trop bien rendue(4) (1) «Histoire de la Litte'rature FranQaise Contemporaine:E. Lalou: p«107 »(Ores et Ci'e-»,Paris) ( 2 ) .Homanciers:P.Half lants :p . 2 3 0 . ( L i b r a i r i e Giraudon,Paris) (j<).Greslou est ne' a Clermont, dont Bourget frequenta, comme l u i , le lyce'e.Son pere etait mathematicien comme celui de Bourget. (4).Le Disciple:P» Bourget:p <i19 pour ne pas etre le re'sultat d'une experience personnelle * St les milieux,tels l a rue Guy-de-la-Brosse,le quart! er du Jar din des Pjantes, des pa.ysa.ges d' Auvergne, tous sont ildelement decrits, tous secondent le drame moral qui s % de"roule • On avait critique' la complaisance de Bourget pour les milieux aris$>ocratiques comme une tendance peu convenable a, ses doctrines contre-revolutionnaires-Cette critique,nous semble~t il,n'est pas applicable au Disciple-Bans cet ouvrage,Bourget montre une conception bien plus large qu'auparavant et une fa.culte°l intellectuelle de de'cider de grandes questions morales et sociales-Le Disciple M# Brunetiere le d i t , ( i ) " n'est pas seulement 1'un des meilleurs romans de M. Paul Bourget:c'est aussi 1'une de ses bonnes et de ses meilleures actions"-Des ide'es,qui avalent ete preponddrantes dens son esprit depuig vingfc ans,se resument dans ce roman.II avait critique l a ph.ilosoph.ie positiviste de ses contemporains parce qu'il croya.it sin cerement qu' (2) "avant d'etre faits pour penser,avant de 1'etre pour rever,avant presque de d'etre pour v'ivre,nous somsaes faits,1'homme est fait pour vivre en (1) .ITouvelles Questions de Critique;?. Bruneti¥re:p«J3 1 . (2) .Idem:p.342 87. socie'te'", et que "Toutes les fois qu'une doctrine aboutira par vole de consequence log!que a mettre en question les principes sur l e s q u e ] la socie'te repose, elle sera fausse.............. .et 1'erreur en aura pour mesure de son enormlte* l a gravite" du mal meme qu'elle sera capable de causer a l a socie'te" •Persuade' que les doctrines deteraiinistes et aient capables de causer des maux a l a societe', i l pousse un cri d'alarme dans Le Disciple.Par l a i l revendique le titre de "def enseur de l a socie'te' et du traditionalisme" . L 'honne-tete de son dessein est a t t e s t e d par ses propres paroles: !tMa conviction est qu'un ecrivain digne de tenir une plume a pour premiere et d e r n i e r e l o i d'etre moraliste". Les traditions du roman psychologique que nous venous de tracer chez les cinq auteurs precedents,ne sont-elles pas e'videntes dans Le Disciple? Quoi de plus classique que 1'objectivity, l a conception,la. philosophle et quoi de plus romantique que 1'aspect personnel, 1'esprit d'analyse de ce drame moral ? IT'y a - t - i l pas au fond de toutes ces traditions les plus grandes traditions de la r a c e ' f r a n Q a i s e : l e c a r a c t e r e intellectuel qui veut tout fonder sur l a raison et l a complaisance pour analyser le "moi"comme moyen 88. de s'adapter a l a socie'te *C'est stir ce dernier trait que M. Bourg* a reus si a jeter une nouvelle lumiere .Dans Be Disciple i l s'adress aux penseurs .11 y. marque Is, responsabilite' des intellectuels dont les idees doivent naturel 1 ement exercer forcelnent une influence sur l a socie'te'.Par la i l a continue' la plus grande tradition du roman psychologique et un trait permanent du peuple franQais:c'est-a-dire, 1'ideal classique—1'idie d'humanite*. CCirCLUSIGF 8?, Hons avons e'tudie si;; romans psychologiques vo'xr observer les traditions de cette partie de la litte'rature franQaise »Ce genre litteraire,nous 1'avons de'ja dit, n'est ni le plus fe'cond ni le plus interessant male i l peut revendiquer,nous semble-t-il, une tradition qui est la veritable tradition franQaise,-Un roman d'analyse,d'une periode quelconque,traite une srise dans la vie interieure de ses personnages-Et les personnages du roman, si Hauteur a su --raiment les peindre.ne sont que des etres humains de telle ou telle generation qui agissent dans les mises en scenes conyues dans 1'imagination de 1'artiste. Notts avons montre, dans 1' introduction de cet essai, que l a peinture d'un fait ezterieur qui emane de 1'imagination de l'auteur, n'est que le reflet de 1'impression qu'a produit ce fait dans son esprit «Si I'e'crivain a l a facuite' d'observation liee h celle d'imagination et d' evocation, ses oeuvres seront interessantes, parce qu'elles auront le vrai sens de la vie. Mais si le roman presente un aspect de la vie interieure,la tache de 1'artiste,nous paralt-il,comportera plus de difficulte,plus d'art.11 est impossible de de'eomposer 1'horlogerie mentals, et par la 1'analyse psychologique depend en^iorement de l a faeulte de 1'autetir de cre*er,dans son esprit,un monde moral.Comment peut-il analyser les stats d'ame de ses personnages si l u i , i l n'a pas eprouve de pareils etats de son propre esprit ou s ' i l n'a pas observe*,de premiere main,les effets psychologiques de telles situations sur ses semblables?Le vrai criterium de son genie est son habilete* a transmettre son image mentale dans son oeuvre imaginative* ITous avons cite M. Dohamel potu* montrer les different3 aspects de cette technique du synthase du roman.Soit-il en forme d'autobiographie,ou s o i t - i l en forme purement objective, le roman psychologique doit comporter des fonds vrais et re'els,car son objet special est de nous rendre sensible I'Sme humaine.Si les six romans que nous avons etudles nous ont interesses,c'est qu'ils ont traite des crises psychologiques qui ont pu etre vrais, que nous autres lecteurs pouvons comprendre parce que nous reconnaissons quelque chose de nous-memes dans 1'oeuvre fi c t i v e . Tous les ouvrages(que nous avons observes^traitent la passion de 1'amour, qui, e"tant la plus forte des passions humaines, doit etre naturellement le fond d'une oeuvre d'analyse psychologique. Chacun des romans presente une crise produite par la passion de 1'amour.Dans La Princesse de C l e v e s , c ' e s t ' la conception classique d'une volonte" toute puissante q u i dompte l a passion pure .Manon Lescaut nous peint la passion irresistible qui de's e qui l i b re tout l e sens moral du heros.Adolphe est une a u t o b i o g r a p h i c p s y c h o l o g i q u e ou Constant cherche a, s ' e x p l i q u e r sa passion et ses effets.Le Rouge et le I'Toir p r e s e n t e l a p a s s i o n comme un principe de l a v i e — u n e ' chose g l o r i f i e e qui guide le " s t r u g g l e - f o r - l i f e r " .Madame Bovary montre la passion,non pas comme une force maitresse,mais,tout au contraire, comme I ' e s c l a v e des circonstances de l a vie.Bourget depeint la passion qui se souinet a l a doctrine de positivisme• Tout different que soit son traitement de : ". situations psych0l9giqu.es,malgre* les evidences de caracterlstiqu.es individuelles de personnages de telle ou telle epoquie qu'elle de'peint, une oeuvre d ' a n a l y s e etudie une chose dont les traits sont fondamentalement universels et constants,c'est-a-dire, 1'ame humaine* Uh genre litteraire,dont le pur ohjet est d*observer la vie interieure, ne peut que montrer le caractere des homines qui ont fourni les originaux des personnages fictlfs-Alors,les six romans, que nous venons d !etudier,presentent,non seulement une serie de reflets de 1'esprit franQais depuis le XVI l e siecle,mais bien plus que c e l a l i s nous montrent des traits constants et permanents du caractere franQais:!' intellectualisme et l a sociabilite"* A propos du caracteristique intellectuel de 1'esprit fran<Jais,M. Lanson le fait remarquer: {1 )"La Prance a le coeur intelligent Nous nous gouvernons comme tous les homines,par le sentiment, 1'amour, la f o i ; m a i s nous re'duisons nos sentiments en ide*es, et nous pretendons ne donner notre amour ou notre foi qu'a des verite's universelles «13"ous rationalisons notre vie affective, et, avec plus ou moins d' illusion,nous ne ce'dons a 1'appetit, a, l a passion, a 1'interet que lorsque nous leur avons donne l a clarte* d'une ideologue,et l a beauts' d'un Ide'alisme. La conscience franQaise,entre toutes les lois morales,cherit celles qui se pretent le mieux a etre concjues comme des Idees de l a raison.C'est d'abord la l o i d'e'galite',la plus Intellectuelle,abstraite,geonie'trique des notions morales:un homme = un hommejiaoiw toi» lui-"Par l a 1c PranQais n'est jamais individuals a moins que sa grandeur individuelle ne so i t d'utilite* s o c i a l e . C'est l'ideal' classique auquel, depuis longtemps,la Prance s attaches un ideal qu'a 'soutenu la. religion e a t h o l S q u e : c ' e s t - l s - d i r e , 1 1 i d e a l de parvenir a vine realisation large et haute de 1 'humanite*• (1).G.LansonrL'Esprit "franQais•(La Civilisation franqaise,2e armte, A no-, 5) Cite* dans L ' Jkne FranQaise par M-E. MaeLonald Clark et Raoul LeclercqJp • 11 8 . (llelson) Voila les traits natlonaux qui ont fourni les principaux ressorts de la litte'rature franQaise et cetix,particulie merit, du genre que nous avons e'budie"-C' est par la,nous seiable-t~il, que les traditions du roman psycholcgique doivent etre les vraies traditions de l a race franQaise. Pages• Introduction ......... . x i - — z x z v T l * Cliapitre I .La Princesse de Cleves par Mme. de La Fayette... I—17 C'hapitre II .Manon Lescaut par I'aVbe* Pre'vost.............. 1 8—30 Chap i t re III .Adolphe par Benjamin Constant............... . 3 1 —46 Chapitre IV.Le Rouge et le ITcir par Stendhal.............47— -6i Chapitre V.Madame Bovary par Gustave Flauhert,. ..........6 2-—72 Chapitre YI .Le Disciple par Paul Bourget 73 —-88 Conclusion'....... ........ . .89—93 

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