Open Collections

UBC Theses and Dissertations

UBC Theses Logo

UBC Theses and Dissertations

Les anglais devant l'opinion francaise au dix-huitieme siecle Youds, Lilian Mary 1934

Your browser doesn't seem to have a PDF viewer, please download the PDF to view this item.

Item Metadata

Download

Media
831-UBC_1934_A8_Y6_A5.pdf [ 10.67MB ]
Metadata
JSON: 831-1.0105504.json
JSON-LD: 831-1.0105504-ld.json
RDF/XML (Pretty): 831-1.0105504-rdf.xml
RDF/JSON: 831-1.0105504-rdf.json
Turtle: 831-1.0105504-turtle.txt
N-Triples: 831-1.0105504-rdf-ntriples.txt
Original Record: 831-1.0105504-source.json
Full Text
831-1.0105504-fulltext.txt
Citation
831-1.0105504.ris

Full Text

I 1-4 R C 1 1 l e S N a ^ ^ ^ l ^ ^ i LES ANGLAIS DEVAOT L'OPINION FHANCAISE AU 1)1 X-HUITIEME SIECLE - "by -L i l i a n Mary Youds 0 Thesis submitted f o r the Degree of Master of A r t s In the Department of Modern Languages The U n i v e r s i t y of B r i t i s h Columbia A p r i l , 1934. GHAPITRE I L'eveil de 1 1interet a l'egard des Anglais. Pour les Francais du dix-septieme siecle, l a Manche, avec ses brumes et ses eaux orageuses formait une barriere insurmontable entre leur pays charmant et ensoleille et cette i l e mysterieuse au nord, ou demeurait une race etrangere et formidable. Ge n*est pas qu'ils faisaient grand cas de cette' barriere. Leurs yeux se tournaient rarement vers le nord, et s i , par Hasard, cela se passait, apres un regard passager, l i s se detournaient avec un frisson de degout et tournaient encore une fois vers • la cour de Louis le Grand, qui representait pour eux le centre de l'univers, Les rayons qui emanaient du trone du roi s o l e i l ne pouvaient pas penetrer les brumes de l a Manche et les insulaires farouches etaient done objets de p i t i e . Gar les Francais du dix-septieme siecle con-sideraient leur pays comme 1'heritier directe de l a lumiere et de la douceur de^Grece. Leur vie sociale possedait tous les agrements possibles. Autour du roi ci r c u l a i t une.foule de gens dont chacun jouissait de son propre role dans ce spectacle, l a cour de Louis XIV. Le bijou le plus etincelant dans la couronne que portait l a tete fiere du grand monarque, e'etait l a litterature francaise. Pour l a plupart, adrairateurs ardents des Anciens, les ecrivains francais les emulaient, les prenaient comme modeles, et produisaient des pieces sans tache, merveilles d'ordre et d1eloquence. Ceux qui jugeaient leurs e'er its avaient les oreilles eultivees, et i l s condamnaient tout ce qui montrait une trace quelconque d*irregularite. Le bon gout etait leur idole, et i l s voyaient qu'en comparaison avec les autres pays, l a Prance possedait le bon gout au plus haut degre. Louis XIV avait ete pique pour un moment par l a curiosite a l'egard de cette l i e septentrionale. 'II en a demande des re'nselgnements a son ambassadeur, et Comminges a repondu: "II semble que les arts et les sciences abandonnent quelquefois un pays pour en a l l e r honorer un autre a son tour. Presentement elles ont passe en Prance." 1 Ce sont les mots d'un diplomate mais i l s refletent parfaite ment la fierte intellectuelle et exclusive des Francais du Grand Siecle* Pour l a plupart i l s ignoraient tout a f a i t la nature de leurs voisins. Ceux qui en savaient un peu 1'histoire, les meprisaient, comme le fa i s a i t le Pere Coulon qui I. Cite par Texte, "Rousseau et les origines du Gosmopolitisme Litteraire", p. 16. decrit aiusi 'cette l i e abominable'; "Elle a ete autrefois le sejour des anges et des saints, et a present elle est l'enfer des demons et des parricides. 1 , 1 "Ces gens brutaux et "enrages quoique stupides et s e p v r tentriona^es" 1 avaient les mains teintes du sang de leur Roi Charles I. Get attentat avait rempli de degout les Francais et, ne sachant rien des circonstances, l i s l'ont regarde comme 1'expression naturelle du caractere sauvage des Anglais. Tout ce qu'on savait de leur histoire de-montrait ces memes qualites de brutalite, d'inhumanite, et de fe'rocite. Le degout fonde sur 1'histoire orageuse des revolutions et du regicide avait ete augmente par l'aversion que ressent une nation catholique pour un pays protectant. On lamentait la chute de 1'eglise romaine et l'attribuait aussi au caractere barbare des heretiques. Ces prejuges etaient bien fondes dans 1'ignorance. Presque toute avenue de communication entre les deux pays etait fermee. Tres peu de gens avant le dix-huitieme siecle connaissaient la langue anglaise. Partout dans le monde c i v i l i s e on parlait francais, et d'ailleurs qui prendrait l a peine d'apprendre cette langue barbare, tache d i f f i c i l e dont la recompense ne serait qu'une 1, Texte, op. c i t . p.5. connaisance d'une troupe de regicides et d'heretiques. Convaincus de l a superiorite de leur pays et de leur langue les Francais etaient bien contents de rester dans leur ignorance profonde. D'ailleurs i l s n'avaient pas, 1*esprit vagabond. Ils regardaient les voyages comme un proce'de insense'. Le bon M. Coulon savait bien a qui 11 avait affaire lorsqu'il e'crivait; "Je ne conseille pas a un voyageur de s'engager bien avant dans ce pays, que l a nature a mis sous un climat facheu^s et comme aux extreraites du monde, pour nous en fermer l'entree. II vaut mieux reprendre la route de France." 1 Maigre ces preventions, beaucoup de monde pousse par la curiosite ou entraine par les circonstances voyageait dans cette i l e . Beaucoup d'illusions etaient brisees et beaucoup de prejuges combattus. Un de ces voyageurs s'attendait a y rencontrer des chevaliers de l a table ronde errant* dans les bois; i l s'etonnait "de ne pas rencontrer 'un seul pont n i une seule barriere a defendre, pas un seul chateau a forcer, point de torts a redresser ni de filous a punir; enfin pas le moindre petit galant a combattre. Hors quelques demoiselles en palefroi, que l'on rencontre de temps en temps, je n'aurais jamais cru etre dans le royaume de l a Grande Bretagne, tant 1. Cite par Texte, "Rousseau et les origines du Gosmopolitisme Litteraire", p. 5. j 'y trouve tout change depuls le regne du roi Artus.'" 1 Sana doute Pavilion donnait la bride a son imagination. Geux, plus prosaiques qui sont venus dans l'Angleterre sur des missions diplomatiques out recu une surprise agreable de se trouver tout a f a i t chez eux dans la cour de Charles II, Pavilion lui-meme, desabuse de ses .re'ves chevaleresques nous assure que "Quiconque par malheur ne peut etre francais p Est i c i beaucoup mieux qu'en aucun lieu du monde. Les Francais fourmillaient a l a cour et les Anglais les prenaient pour modeles dans toutes choses. On ne pouvait decouvrir que tres peu de l'Angleterre veritable dans cette cour francisee, et apres des sejours courts, lea diplomates partirent sans rien decouvrir du caractere easentiel du peuple. Gependant, les exiles qui s'abritaient dans ce domaine de la liber te ont pene'tre plus avant dans 1'esprit du peuple. Saint-Evremond en est I'exemple le plus i l l u s t r e , mais remarquons que cet homme cultive a passe' trente ans chez les Anglais sans apprendre la langue. Cela nous parait incroyable, mais c'est une manifestation 1. Cite par Texte, op. c l t . p. 7. 2. Cite* par Ascoli, "La Grande-Bretagne devant 1'opinion francaise au XVII siecle", Vol. 1, p. 270. de 1 *esprit conservateur des Francais du dix-septieme siecle. Cependant, tout le monde cultive' parlait francais et cet obstacle n'etait pa's insurmontable, et Saint-Evremond etait content de sa vie-passe'e dans ce pays 'dont les moeurs ressemblaient a, tout ce qu'il pouvait regretter en France.' C'est de l u i , le premier peut-etre, que nous avons des louanges pour les Anglais, et des observations justes sur leur litterature. Plus tard venalt une foule de refugies— les Huguenots. Ceux-ci etaient disposes a admirer un pays qui leur donnait la liberte. L'oeil eveille i l s penetraient au-dessous de l'ecorce qui cachait cette l i e aux voyageurs passagers. Mais les resultats de leur propagande enthousiaste au sujet de leur pays d'adoption se montre dans le siecle suivant. Autant, et plus que les diplomates, les gens de metier contribuaient au dix-septieme siecle, a eveiller de 1'interet a l'egard de 1'Angleterre. Leurs contes de "voyage servaient a former des liens presque imperceptible mais neeghoins signifiants entre les deux pays. II y avait un commerce soutenu entre les marchands des deux pays. Surtout ce sont les gens de metier, les maitres de danse, les cuisiniers, les tailleurs et ainsi de suite qui venaient continuellement dans un pays ou on estimait tant leur adresse. On ne peut pas estimer avec precision 1'influence de ses rapports, mais sans doute i l s contri-buaient beaucoup a l a formation de 1'idee toujours plus claire des Anglais au cours du dix-septieme siecle. Tou3 sont d'accord dans leurs condaranations du cl.imat barbare. Le brouillard, 1'air fume, le vent d'est malsain les rendaient tous miserables. Hous pouvons pardonner a l'ambassadeur de Louis XIV ses observations peu charit-ables quand nous entendons que "M. de Comminges a un 1 rhume eternel " La perversite de ce climat ou p "Le c i e l n'y pleut que sur les foins," a du exasperer les habitants d'un pays libre de brouillard M. Ascoli nous raconte unehistoire agreable a ce sujet: "Un ambassadeur d'Espagne .... ayant passe six mois a l a cour d'Angleterre sans voir le s o l e i l , cela l u i parut s i surprenant que quand 11 s'en retourna i l ne put s'empecher d'en temolgner quelque chose aux courtisans qui l u i disaient adieu. 'Je vous prie, leur d i t - i l , d'assurer le r o i , votre mattre, de mes respects, et de saluer le s o l e i l de ma part, quand vous le reverrez.'* Q,uoiqu'ils ressentissent un de'gout naturel pour ces brouillards et ces cieux gris, i l y en avai«at deja quelques uns qui goutaient les charmes des paysages anglais. M. de Goulan a recommande a ses lecteurs de 1. Cite par Ascoli, op. c i t . , Vol. 1, p. 295. 2. Saint-Amant, cite par Ascoli, op. c i t . , Vol. 1, p.268. 3. Ascoli, idem, p. 293. rentrer dans leur pays natal aussi vite que possible, mai Sorbiere, dans 1664, loue ces paysages verts. II trouve "l'herbe y a une plus belle eouleur qu'ailleurs." II s'extasie sur ces pares "ou les daims se promenent a grosses troupes, sur l'abondance des arbres et des haies qui sillonnent l a campagne.tt^" Peu de monde au dix-septieme siecle avait le gout pour les paysages rustiques; ce sont les personnes qui provoquaient une curiosite vive. Arrive a Londres, le voyageur francais etait frappe tout de suite par la singularite des Anglais. Venu de Paris ou on pratiquait les arts de la societe plus qu•en aucun autre lieu du monde, i l etait choque par la bizarrerie et le mepris des bienseances qu'il pouvait trouver en Angleterre. Ia demarche meme des insulaires l«=s etonnait. Dans St. James' Park, rendezvous du beau monde a Londres, les Francais etaient "surpris de voir la hate de tous ces promeneurs: point de belles nonchalantes i c i , et de gentilhommes desoeuvress on court a l a promenade comme a un exercioe salutaire."^ On remarquait partout la vigueur des Anglais, leur joie dans l'activite du corps, leur penchant pour les jeux violents et souvent 1. Sorbiere, cite par Texte, op. c i t . , p. 27. 2. Cite par Ascoli, op. c i t . , Vol. 1, p. 304. dangereux. On considerait ces combats ou on repandait librement le sang, comme une manifestation de plus de la sauvagerie des Anglais. Le Pere Rapin raconte que "Les Anglais, nos voisins aiment le sang dans leurs jeux* Par l a qualite de leur temperament ce sont des insulaires separes du reste des hommes. Nous sommes plus humaios. La galanterie est davantage dans nos moeurs." Vraiment, pour l a plupart des Prancais du dix-septieme siecle les Anglais etaient de veritables monstres, "plus 2 sauvages que leurs dogues." Mais une fois qu'ils se sont accoutumes a ces demonstrations violentes, et a l a brusquerie des Anglais, les voyageurs sympathiques et sans prejuges y ont decouvert certains traits qui e'veillaient de 1 •admiration. La violence des jeux demontra du moins que les Anglais ne manquaient pas du courage. On se souvenait encore vaguement de la prouesse des Anglais dans les guerres du Moyen Age. On voyait partout leur durete et leur stolcxsme qui les menaient au mepris-de la vie elle-meme. Beaucoup de monde temoigneritdu grand nombre de suicides; plusieurs l'attribuaient a 1'influence du climat morne, mais quelquesuns l'estimaient comme une manifestation de leur mepris de la mort. D'un individualisme outre, 1. P. Rapin, "Reflexions sur l a po^tique", Ch. 20, p. 186, Ed. 1709 Amsterdam. 2. Saumaise, cite par Texte, op. c i t * , p. 3. 10 1 'Anglais se montrait aussi tre*s sensible aux droits des autres. II y avait done de 1'independance et de I'integrite' dans ses moeurs. Tres fiers de leur pays, , c e s g e n s et d'une insularite arrogante, aVie se sont demontres assez modeste comme individus. Montesquieu remarque que "la nation est insolente, et les particuliers modestes. On a trouve qu'ils cachaient sous leurs exterieurs fiers et froids des coeurs sensibles et qu'ils etaient capables des sentiments les plus genereux. C'est surtout a l'egard des qualite's in telle ctuelles qu'on commencait a admirer les Anglais, et cette admiration a l l a i t a'accroitre et mener a 1'infiltration de l'esprit anglais dans la Prance au siecle suivant. On trouvait les insulaires aussi independants dans leurs opinions que dans leurs actions. Chacun examinait l i b r e -ment les questions de religion et de politique. Les esprits libres des ann6es suivantea allaient louer l'Angleterre comme une sorte de Paradis terrestre pour cette liberte de pensee. Mais le libre examen de ces questions etait defendu en Prance, et on ne peut pas attendre trop d'admiration pour une heterodoxie s i audacieuse. II n'y avait pas de restrictions semblablea dans la philoaophie pure; ceux qui cherchaient a sonder ces profondeurs exprimaient librement leur admiration pour les philosophes anglais. Bayle dit "Ce sont les gens du monde qui ont l'esprit le plus profond, et le plus meditatif." La Fontaine lui-meme, tout au milieu de l*a*ge d*or de la litterature francaise dit a l'egard. de leurs poursuites intellectuelles: .Peuple heureux, quand pourront les Francais se donner comme vous, entiers a ces emplois.'* Tout en meprisant leur manque de galanterie on eommencait done a louer leurs qualites incontestables d'esprit. Saint-Amant, en contrastant les Anglais avec les Francais exprime bien cette appreciation: "A la verite, je n'ai point vu de gens de meilleur entendement que les Francais qui considerent les choses avec attention, et les Anglais qui peuvent se detacher de leurs trop grandes meditations, pour revenir a la f a c i l i t e du discours et a certaine liberte d'esprit qu'il faut posse'der touj ours, s ' i l est possible. Les plus honn&tes gens du monde, ce sont les Francais qui pensent et lea Anglais qui parlent." 1 Les esprits fins commencaient a estimer leurs voisins intellectuels. Gependant dans le commun des hommes, l'integrite intellectuelle, la philosophie et le bon sens, comptaient pour tres peu dans leur estimation generale du caractere anglais. On pr^tait tres volontiers les oreilles aux contes des passetemps barbares des 1. Saint-Svremond, Oeuvres Choisies, p. 339. 12 etrangers, et dans I'estime generale du Francais au dix-septieme siecle, 1'Anglais e'tait un homme violent qui manifestait un manque deplorable de bon gout, Les voyageurs bavardaient dans les salons ou dans les boutiques, et de ces associations directes avec l'Angleterre resultaient une idee toujours plus claire des insulaires. Mais les opinions les plus signifiantes etaient fondees sur les associations indirectes qu'ils formaient en lisant et discutant. "Les circonstances historiques leur cachaient la prodigieuse floraison de la litterature anglaise au seizieme siecle"''", mais les idees abstraites echappaient au dela des barrieres, et les hommes doctes estimaient fort les idees philosophlque et scientifiques des Anglais. Quelques grands noms de philosopher etaient connus meme chez les courtisans de Louis XIV. Un tel est le chancelier Bacon dont on disait "Vous ressemblez aux anges; on entend parler d'eux sans cease; on les croit superieures aux homraea, et on n'a jamais l a conaolation de les voir. , , , c i Le chancelier erudit exercait une fascination d'autant plus forte qu'il est sorti d'une race qu'on estimait s i barbare. "Saint-Amant lui-meme, s i mal dispose pour 1. Texte, op. c i t . , p. 14. 2. D'Sffiat, cite par Ascoli, op. c i t . , Vol. 2, p. 40. 13 les Anglais dans son Albion,daigne faire en sa faveur une exception: "Si parfois quelque homme rare Tel qu'un i l l u s t r e Bacon Halt en ce pays barbare'.." Bayle le nomme 'un des plus grands esprits de son siecle'. Le Journal des Savants en parle avec eloges; Gassendi et Pascal s'avouent redevables a l u i , et Descartes "a surtout apprecie dans Bacon 1'homme qui ne craignait 2 point pour se dresser centre Aristote." Les philosophes francais 1'estimaient comme un maitre et son renom a du penetrer meme parmi les laiques. On avouait librement la superiorite des Anglais dans les sciences naturelles. Le renom de Locke et de son disciple Shaftesbury est passe en Prance. A present, c'est vrai, on se contentait d'accepter le dicton de Bayle a l'egard de Locke. "C'eta-i't un homme rare, un grand homme qui f a i s a i t honneur a son s i e c l e , m a i s dans le siecle suivant on a l l a i t devorer ses oeuvres avec ardeur. Hors des traites scientifiques, les livres qui exercaient 1'influence l a plus grande dans la formation de la conception du caractere anglais, etaient les traites moraux. On goutait les essais de Bacon, et les traces 1. Ascoli, op. c i t . , Vol. 2, p. 37. 2. Idem, p. 38. 3. Gite par Ascoli, op. s i t . , Vol. 2, p. 85. 14 -de son influence se montrent dans La Rochefoucauld et La Bruyere. Ceux-ci aussi sont debiteurs indirectes, comme le montre M. Ascoli, de 1'oeuvre de Joseph Hall, •oeuvre pleine de philosophie et de solidite.* On commencait a attribuer aux Anglais ces qualites de philosophie et de s o l i d i t e — e n bref, le bon sens. - On goutait non seulement les idees purement p h i l -osophiques, mais aussi les doctrines politiques qu'on trouvait chez les ecrivains anglais. Hous trouvons dans Bayle des louanges pour les essais de Milton sur les questions de l a liberte ecclesiastique, domestique, et c i v i l e . On l i s a i t deja avec un interet croissant, les oeuvres de Locke dans lesquelles on trouvait un appel constant a la raison. On commencait a voir dans les Anglais les defenseurs de l a liberte religieuse et intellectuelle. Hobbes en est le prototype et "le portrait que Bayle trace dans une note de son Dictionnaire est une premiere ebauche de ces figures de savants honnetes gens qui au siecle qui vient fourniraient comme un type ideal d'intelligence et d'honneur."1 II n'y avait pas encore un interet profond dans les questions de la liberte, et peu de gens comprenaient la portee des 1. Ascoli, op. c i t . , Vol. 2, p. 110. oeuvres anglaises, mais on entendait parler de leur erudition et on ne croyait plus qu'au-dela de l a Manche "c'est le desert et la nuit." II y avait done parmi les hommes doctes un interet croissant dans les decouvertes scientifiques et dans la philosophie de 1'Angleterre. Mais on ne pouvait pas encore comprendre. la manifestation subtile de 1'esprit d'un pays, qui se trouve dans la litterature pure. Ne sachant rien de l a langue, on ne pouvait pas gouter en original les oeuvres poetiques. Les idees ont l a mSme valeur dans chaque langue mais 1'•essence d'une oeuvre poetique s'evanouit lorsqu'on l a traduit. Ne sachant rien de l a poesie anglaise on t i r a i t une consequence fausse qu'il n'y en avait rien, et du Bos dit: "II n'est sort! de ces extremites du nord que des poetes sauvages, des versificateurs grossiers et de froids coloristes." De temps en temps on entend le nom de Milton; Gomminges a dit a son souverain que s ' i l restait quelques vestiges des arts en Angleterre "ce n'est que dans la memoire de Bacon, de Morus, de Bucanan, et dans les derniers siecles, d'un nomme Miltonus qui s'est rendu plus infame par ses dangereux ecrits que les bourreaux et les assassins 1. Cite par Ascoli. op. c i t . . p. 428. 16 -de leur r o i . " 1 II n'y a aucun vestige d'appreciation pour 1'epopee anglaise. Pour cela i l nous faut attendre la Dictionnaire de Bayle. Le manque des regies choquait les Prancais.lis goutaient le poete Waller car, plus qu'aucun de ses contemporains, i l possedait les qualites francaises d'harmonie et d'ordre. Le nom de Shakespeare est presque inconnu. Saint-Evremond a assiste a quelques unes de ses pieces, mais i l ne dit rien de l'auteur. Cette lacune n'est pas surprenante lorsque nous considerons l'attitude des Anglais de 1'age classique envers leur grand dramaturge. l i s ressentaient sa grandeur, mais presque autant que les Erancais leurs modeles, i l s deploraient chez l u i le manque du bon gout. Heanmoins on commencait a sentir l a grandeur de l a tragedie anglaise. Le Pere Rapin se montre un critique f i n lorsqu'il remarque que "Les peuples qui paraissent d'avoir plus de genie pour l a tragedie de tous nos voisins sont les Anglais.^ Et par 1'esprit de leur nation qui se pl a i t aux choses atroces et par le caractere de leur langue qui est propre aux grandes expressions." Mais i l ajoute, "notre nation, qui s'est plus applique a ce genre d'ecrire que les autres, y a le meilleur reussi." 1 C'est la violence de la tragedie anglaise 1. P. Rapin, op. c i t . , p. 193. 17 - • qui les choque autant que le barbarisme des moeurs. Quant aux comedies anglaises, on pouvait les gouter plus facilement, car i l y avait l a dedans beaucoup de 1 * influence francaise. Saint-Evremond parle des 'belles comedies' et les loue librement. II a lui-me'me fonde son "Sir Politick-Would-Ee", sur une piece de Ben Jonson, choix signifiant, car c'est dans Jonson que nous trouvons les qualites francaises de clarte et d'ordre. Plus connus que les comedies, sont quelques romans anglais, precurseurs de ces grands romans sentimentaux qui allaient faire fureur au siecle suivant. Ge sont "L'Arcadie" de Sir Philip Sydney, "Pandosto" de Greene, et "The Man in the Moon" de Godwin; celui-ci a influe sur 1'oeuvre de Cyrano de Bergerac. Mais les livres qui penetraient dans la Prance sont rares. II n'y avait rien de comparable avec la discussion informee et penetrante de la tragedie classique francaise que nous trouvons dans 1'oeuvre de Dryden, "The Essay of Dramatic Poetry". Shakespeare, Milton, Jonson et Spenser- sont seulement des noms pour les Francais, et parmi les qualites qu'on commence a attribuer aux Anglais on ne peut pas trouver encore celle de grand ecrivain. Alors ce n'est pas pour nous surprendre s ' i l y avait tant d'idees deVavorables au sujet des Anglais. 18 -Tres peu de gens pouvaient l i r e les traites philosophiques; on peut dire que personne n'a pu attraper l'essence de la litterature anglaise. II ne restait que la vie de societe, qui n'etait a l a cour qu'un re f l e t assez "bizarre de celle des Francais. ^uant a 1*habitude des Anglais de se retirer dans la campagne, d'aller a la chasse avec un enthousiasme outre, les Francais ne pouvaient pas le comprendre. Cela demontrait pour eux un manque de bon gout et i l f a l l a i t cela avant tout. On ne peut pas done attendre du Francais du Grand Siecle, de 11estime pour une nation tout a f a i t opposee a eux dans le caractere. Ami du coherent, voire du conventionnel, i l trouva dans l'Angleterre un individualisme outre. Accoutume' a la conversation brillante et vivace des salons, i l etait fort degoute du silence morne des "coffee-houses" ou on buvait sans gaiete et parlait sans vivacite. Dans les salons francais regnaient les femmes belles et spirituelles; les femmes ne contribuaient presque rien a la conversation anglaise. En les jugeant du point de vue d'etres sociaux, les Francais condamnaient les insulaires au mepris. II nous faut attendre un changement dans le point de vue francais. Lorsque cela arrive au siecle suivant, on tournera les yeux des singularites 19 des Anglais a leurs qualites d'esprit. Les exiles protestants avaient demontre celles-ci a leur eompatriotes. La semence est faite avec soin et l a moisson sera abondante. GHAPITRE II L'e'veil de 1'admiration pour les Anglais L'Anglais se degageait lentement des brumes qui le cachaient aux yeux des Erancais. Les prejuges s'evanoui-asaient, et, des contes innombrables qu'on rapportait de 1•lie du nord, on commencait a construire une opinion assez exacte de. son caractere. Mais on le f a i s a i t presque sans le vouloir. On restait encore indifferent et un peu dedaigneux, et on entendait les contes des voyageurs avec 1•interet detache qu'on donne aux contes des pays lointains et inaccessibles. II n'y avait rien de cet inter§t eveiHe - qu'on a dans un sujet qui nous touche de pres. Les evenements historiques de son voisin avaient de 1'interet pour la Prance, parce que sa propre destinee en pourrait etre affectee, mais on ne s'interessait pas encore aux moeurs et aux idees des Anglais. On les jugeait inferieures et on leur restait indifferent. Croyant a leur monopole des agrements et des lumieres du monde c i v i l i s e , i l s etaient aveugles aux qualite's de leurs voisins. Assure de sa propre superiorite le Erancais du Grand Siecle etait tente' de rester "dans 1'heureuse persuasion que tout ce qui n'etait pas francais 21 mangeait du foin et marchait a quatre pattes." 1 Au commencement du siecle suivant, la dorure de l a cour de Louis XIV se f l e t r i t un peu. Les defaites dans les guerres etrangeres inspirees par 1'ambition de Louis XIV diminuaient la splendeur de la Prance. Nous voyons un reflet de cette diminution dans la vie superficielle de l a cour. II n'y avait plus cette gaiete et cette joie de vivre qui rendaient l a cour du jeune Louis un endroit s i charmant. Attriste par les evenements de l a vie, Louis mettait sur sa cour dans les dernieres annees, le cachet de sa propre melaneholie. Sans le vernis de gaiete on commencait a voir les fautes du systeme et a murmurer centre les contraintes qu'imposait le r o i . Les esprits les plus hardis levaient leur voix centre la tyrannie des" lettres de cachet, et nous entendons des plaintes bien d^guisees mais neanmoins reelles, contre un systeme dans lequel le roi possedait le pouvoir absolu et arbitraire, et ou la vie n'etait qu'un melange de f l a t t e r i e , d'ambition, de se r v i l i t e et de peur, ou les nobles haissaient leurs inferieurs et flattaient leurs superieurs, "se montrant pleins de morgue ou de dedain a l'egard de ceux qui sont au-dessous d'eux et prets a ceder humblement aux grands."* 1. Gite par Texte, op. c i t . , p. 16. 2. Ascoli, op. c i t . , p. 442. 22 Aux penseurs cette tyrannie etait encore plus i r r i t a n Pour e"tre approuve par le censeur, un livre ne devait pas contenir le moindre soupcon de critique contre 1'ordre social. Chaque idee nouvelle etait supprimee meme dans les sciences abstraites. Les pouvoirs sentaient instinct-ivement ce qui resulterait une fois qu'on commencait a developper 1'esprit critique et 1'appliquer aux i n s t i -tutions de 1'etat. Maigre les efforts pour supprimer les esprits interrogateurs, on voit s'eveiller un sentiment nouveau caraeterise' par un interet v i f dans la science et par une hardiesse dans lea opinions. Get eveil peut etre compare a. celui de l a Renaissance; alors on goutait ardemment les joies de vivre; maintenant ce sont les j oies plus austeres de l'activite intellectuelle qu'on estime. A mesure que l a gaiete' disparaissait de la conversation, on commencait a discuter les questions serieuses; par exemple on voit Pontenelle qui discutait les mysteres de l'univers avec une grande dame du beau monde. Entoures de preventions les esprits curieux trouvaient un refuge dans La philosophie pure. Dans leurs recherches dans ce domaine i l s se construisaient les outils dont i l s allaient se servir contre les 23 conventions. Meme en 1719, nous trouvons dansl'"Oedipe" de Voltaire un discours sur l a f a i l l i b i l i t e des rois. Oedipe nous est pre'sente comme un homme et non comme un etre divin. "Un roi pour ses sujets est un dieu qu'on revere, Pour Hercule et pour moi c'est un homme ordinaire. 1 , 1 Des pointes envenimees se cachent dans ce fourreau charmant, "Les Lettres Persanes" de Montesquieu. II est evident que ces ecrivains s'occupaient surtout a plaire. Les fautes'de l a societe, leur donnent des buts pour leur satire mordante et 1'occasion de demontrer leur esprit ^tincelant. Mais i l n'y a pas encore de zele reformateur. l i s sont tous des hommes de leur siecle, aristocrates et fideles, fondamentalement, aux institutions qui leur donnent un cadre dore pour leur vie aisee. Avant que la critique put devenir vraiment revolutionnaire les e'crivains devaient etre touches jusqu'au fond du coeur. Les hommes de lettres ne souffraient pas assez pour se lever contre l a tyrannie d'un systeme qui, s ' i l mettalt des contraintes sur leur vie intellectuelle leur accordait des pensions pourvu qu'ils remplissent leur devoir d'etre amusants. Ge n'est pas de l a noblesse que pourra sortir une 1. Oedipe, Act 11, Scene 4. 24 reaction contre 1'ordre etabli, l i s murmuraient contre ses limitations mais i l s n'en desiraient pas le boulev-ersement. Ils acceptaient les choses comme i l s les trouvaient et ne s•imaginaient pas qu'il existat dans le moride contemporain, des gens qui avaient secoue ces jougs. Leur pays, 1'Angleterre, a t t i r a i t celui qui ne pouvait pas rester dans l a France. Car i l y avaient quelques uns d'entre eux qui s'opposaient a 1' oppression, non avec le manque de chaleur des courtisans et des hommes de lettres, mais avec l'ardeur des gens dont les croyances les plus profondes sont attaquees. Les Protestants de France n'avaient rien a faire avec les compromis aristocrates. II s'agit de leurs emotions profondes. Voltaire attaqua 1•eglise romaine a cause du role politique qu'elle avait joue, mais pour les Protestants, c'etait une question de dogme. Lesireux de supprimer tout ce qui pouvait detruire l'unite de son royaume, Louis XIV revoqua l'Edit de ITantes en 1665. Pour les Protestants i l y avait un seul sentier a suivre, celui de l a fuit e . La splendeur de l a cour de Louis,, les agrements de la vie sociale francaise ne comptaient pour rien contre leurs croyances religieuses. Le pays qui a t t i r a la plupart des exiles protestants F 25 etait l'Angleterre. La religion protestante y etait adoptee et on pouvait jouir l a de l a pleine liberte de conscience. On a c c u e i l l i t les exiles avec sympathies . et l i s y trouvaient une atmosphere tout a f a i t opposee a celle qui regnait dans l a France. Arrivant d'un pays ou la liberte n'etait encore qu'un nom, i l s debarquerent "dans un pays ou un regime nouveau f a i t a l a fois de liberte et de soumission a l a discipline, d*independance et de respect, commencait, apres quelques annees d'in-certitude a porter ses f r u i t s . " 1 Au lieu d'un roi arbit-raire, l i s trouvaient un monarque qui "tout puissant pour faire du bien a les mains liees pour faire le mal, ou les seigneurs sont grands sans insolence et sans vassaux, et ou le peuple partage le gouvernement sans confusion." On s'emerveillait de trouver une telle liberte, et louait 1'independance et l a temerite qu'elle demontrait. Muralt a d i t : "Ce peuple n'a pas beaucoup d'egard pour les grands et n'est pas pret a leur ceder aussi facilement qu'on f a i t partout a i l l e u r s . ... ...Les petits tiennent peu aux grands; i l semble que personne n'ait pour eux cette crainte ni cette admiration s i ordinaire chez les autres peuples." 3 Une societe qui possedait ces traits a du attirer les hommes independants qui composaient les groupes de re'fugies 1. Schroedert "L'Abbe Prevost", p. 33. 2. Voltaire, "Lettres Philosophiques", Vol. 1, p. 89. 3. Cite par Lanson, "Lettres Philosophiques", Vol. 2,p. 132 note. 26 -a Londres. Par la quality de leur caractere, i l s avaient de la sympathie pour les Anglais. Par les qualites de leur esprit, leur curiosite, leur soif pour le savoir , leur hardiesse dans les recherches, i l s etaient tout a f a i t propres a agir comme intermediaires entre l'Angleterre et la Prance. Liberaux zeles, l i s desiraient ardemment repandre dans la Prance leurs deoouvertes de "1 ' l i e inconnuel1 Dans ce but, i l s fondaient des journaux dans les pages desquels on trouve une veritable mine de renseignements sur l a pense'e anglaise de leur epoque. "Par eux la connaissance de l a constitution anglaise se repand en Europe. ...... Ce sont les gazettes de Hollande qui les premieres cherchent a propager ouvertement le lockisme en Prance et qui poursuivaient de leurs sarcasmes l a philosophie de Descartes. Ils repandaient non seulement les idees abstraites, mais aussi les oeuvres l i t t e r a i r e s de leur pays d'adoption. Apres avoir eveille de 1'interet par leur presentation de l a philosophie anglaise, i l s allaient plus loin et donnaient a leurs compatriotes la clef pour ce tresor cache, la litterature anglaise. l i s produisaient des traductions innombrables, et loin de s'isoler dans "une incomprehension superbe" i l s faisaient leur possible pour instruire leurs compatriotes dans la langue anglaise. 1* Texte, op. c i t . , p. 21. 27 Les exiles travaillaient incessamment a leur tache volontaire, et "la propogande active, incessante des refugies protestants en faveur d'un pays ou regnait la liberte de penser et d'ecrire contribua pour une large part a nous le rendre sympathique. Accueillis, proteges par le pouvoir a partir de 1688 ce sont les refugies qui nous apprennent a connaitre les philosophes, les savants, les politiques anglais, dont les opinions hardies nous etonnent et nous charment,"1 Apres une generation de cette dissemination assidue des idees anglaises, le portrait de 1'Anglais qui s'est imprime dans les esprits des Francais a du etre tres different de celui que nous avons trouve au siecle precedent Le respect pour les philosophes anglais provoqua du respect pour les habitants du pays. On pardonnait beaucoup a un peuple qui pouvait produire un Locke et un Newton. Le philosophe prenait l a place du lutteur qui ne s'occupait que du combat a coups de poing. Le soupcon s'accroissait qu'apres tout i l y avait des qualites incontestables dans le caractere anglais. Muralt dit: "Parmi les Anglais i l y a des gens qui pensent plus fortment et qui ont de ces pens^es fortes en plus grand nombres que les gens d'esprit des autres nations. La plupart negligent les manieres et les agrements, mais i l s cultivent leur raison."^ 1. Schroeder, op. c i t i , p. 31, 2. Cite par Lanson, op. c i t . , p. 122. 28 La propagande des exiles donna une base solide a 1•admiration croissante pour les Anglais, exprimee dans ce passage. En presentant 1'Anglais dans le cadre que l u i fournirent son histoire et son milieu i l s accentuaient les qualites auxquelles i l s etaient sympathiques eux-memes. 1'independance. et l'amour de la liberte. Auparavant on avait remarque ces traits dans les moeurs des insulaires, mais trop souvent on les prenait pour la bizarrerie. Lorsque, dans les journaux protestants, on l i s a i t 1'histoire des Anglais et de leurs constitutions on vonait a voir la profondeur de leur amour de 1'independance. Be plus en plus on venait a comprendre les circonstances attenuantes qui excusaient leur histoire orageuse et leur temperament sombre. Nous trouvons une ju s t i f i c a t i o n de leur regicide dans Muralt: "Si 1'on veut dire q u 1 i l s changent souvent de conduite a l'egard de leurs princes c'est peut-§tre qu'ils ont des princes qui, apres s'etre contenus dans les bornes reglees viennent a changer de conduite, et qui par la l e 3 obligent a en changer a leur tour, de cette manidre, ce pourrait quelquefois §tre bon sens. "••'• On commencait done a donner le nom de bon sens a cette barbarie qui les avait pousses a tuer leur r o i . Dans le climat on trouvait encore une autre clef au mystere du caractere anglais. Apres avoir ete' condamne's a vivre sous les cieux pluvieux de l'ale brumeuse, les exile's 1. Muralt, lettre 1, ed. Hitter, p. 20, cite par Lanson "Lettres Philosophiques", Vol. 1, p. 99. 29 excusaient les faiblesses de caractere, la melancolie et la froideur. Comme l'exprime l'Abbe le Blanc plus tard, M Tis to the fogs, with which their island is generally overspread, that the English are indebted for the richness of their s o i l , and the melancholic disposition of their constit-utions ..... This same tendency to melancholy prevents their ever being content with their fate and equally renders them enemies to tranquillity and friends to liberty. Thus in the very nature of the air they breathe, we find the primary source of their incon-stancy. "1 Ces influences contribuaient a provoquer de l a sympathie pour les Anglais. Les exiles etaient tout a f a i t entetes de leur pays d'adoption. Attires dans 1'Angleterre par 1 'espoir de l a liberte i l s y trouvaient la realisation de leur reve. Ils trouvaient aussi que la liberte d'actions et de pensees avait rendu possible une floraison d'ide'es philosophiques et scientifiques et i l s sentirent en eux-me"mes "1'elevation d'esprit" que donnait cette liberte. "Je ne dois pas oublier de vous dire, dit Muralt, que sur toutes sortes de sujets i l y a de bons ecrivains parmi eux. Cela ne me parait pas surprenant: i l s se sentent libres; l i s sont a leur aise; i l s aiment a faire usage de leur raison; i l s negligent cette politesse dans le discours et cette attention aux manieres, qui dissipe et rend l'esprit petit; et enfin 1. Abbe le Blanc, "Letters on the English and French Nations". Vol. 1. .p. 5. 6. j - 30 , leur langue est riche et claire, difficilement un rien y p a r a i t - i l quelque chose. Q,uoi qu'il en soit, i l s pretendent avoir devanceff les autres nations dans les sciences de pas moins d'un siecle .....".1 G'etait cette superiorite dans les sciences naturelles qui inspira chez les Francais de l'admiration pour leurs voisins, dans le domaine de la penaee. Une fois convaincus de l a superiorite de l a pensee anglaise, i l s etaient eveilles de leur indifference envers les fautes du regime francais. Ils voyaient maintenant dans les Anglais un peuple heureux qui ne souffrait pas-sous dea maux tels que les lettres de cachet, et l a censure de l a preaae. Gelle-ci devenait surtout le symbole de la tyrannic On pouvait l'eviter c'est vrai, avec 1'aide de quelque personnage important, comme celui dont Voltaire disait qu'il "n'avait pas laisa£ de rendre service a 1 'esprit humain en donnant a l a presse plus de liberte qu'elle n'en a jamais eu. Nous etions deja a moitie chemin des Anglais." Gette remarque est significative du changement dans l'attitude des Francais envers les Anglais. On commencait a, les regarder comme les defenaeurs de l a liberte, comme des pionniers dana un ordre nouveau. 1. MUralt, cite par Vial et Denise, "Ideea et doctrinea l i t t e r a i r e s du XVIII e siecle", p. 132. 2. Gite par Abry, "Histoire illustree de l a litterature francaiae", p. 137. 31 Be plus en plus on pre'tait les oreilles aux mots de Descartes qui dans le "Discours de l a Methode" avait dit qu'il etait "bon de savoir quelque chose des moeurs de divers peuples afin de juger des notres plus saine-ment et que nous ne pensions pas que tout ce qui est contre nos modes soit ridicule et contre raison ainsi qu' ont coutume de faire ceux qui n' ont rien vu. 1 , 1 1. Cite par Ascoli, op. c i t . , Vol. 1, p. 263. CHAPITRE III Les Interpretes de 1'Anglais dans son milieu politique En pre'sentant l'Angleterre comme l'asile de l a liberte, les refugies protestants disposaient leur compatriotes a changer d'avis a 1'e'gard du caractere des Anglais. L'admir-ation pour les qualites d'independance et de liberte se repandait en France, et, surtout parmi les esprits hardis et revolutionnaires, le respect et 1'admiration augmen-taient. Mais i l y avait encore beaucoup de contradictions dans cette conception nouvelle des Anglais. Emportea par leur enthousiasme les refugies donnaient dans leurs j ournaux des renseignements innombrables au sujet de 1'Angleterre. II y avait presque un embarras de richesses. Leur zele est en contraste frappant avec 1'indifference de leurs devanciers, mais i l n'etait pas e'gale par 1'interet de ceux a qui i l s s'adressaient. II f a l l a l t un appetit v i f , pour avaler les pages innombrables des journaux. Les journalistes avaient l'esprit encyclopediques, mais i l s n'avaient pas assez de talent l i t t e r a i r e . En cher-chant a dissiper les nuages qui couvraient l'Angleterre, i l s donnaient trop de details superflus. II f a l l a i t de la patience pour extraire de leurs pages un portrait c l a i r des insulaires. On commencait a apprecier les - 33 -qualites detachees, mais i l y avait un manque de nettete et de coherence dans le portrait. Les journalistes laissaient trop au lecteur. II leur manquait aussi la capacite de discerner les ressorts de la constitution de la societe anglaise. Tout a f a i t a leur aise dans ce pays libre, i l s en admiraient les institutions et i l s avaient du respect pour 11independance et 1'integrite du caractere des insulaires, mais i l s n'etaient pas competents a. montrer la liaison e'troite entre le caractere des anglais, et le gouvernement de leur pays. Gette tache impor tante etait accomplie par des voyageurs illustres qui sej ournaient en Angleterre pendant l a premiere moitie du siecle et dont les plus importants sont Voltaire et Montesquieu. Voltaire surtout remplissait admirablement le rdle d 1intermeaiaire entre les deux pays. Philosophe pers-picace, i l avait la qualite importante qui manquait aux journalistes, le genie l i t t e r a i r e . II etait deja. tres e'coute du public francais et i l ecrivait d'une maniere spirituelle et provocative. Les parques ont du v e i l l e r sur les deux nations a ce moment, en donnant a la Prance un ecrivain qui, par son esprit et son genie l i t t e r a i r e etait tres propre a servir comme 1'intermedialre qui - 34 -etait necessaire dans les relations entre les deux pays. La plume de Voltaire venait au secours des propagandistes protestants. E l l e possedait tout 1'entrain qui leur manquait, De plus, Voltaire etait bien renseigne sur son sujet. Predispose a admirer ce qu'il trouvait en Angle-terre, i l se prepara bien pour son role, en apprenant la langue, et se documentant sur 1'histoire de ' l ' i l e orageuse'. Pour l a premiere fois dans ses oeuvres, les Anglais sont presentees non comme des individus bizarres dont l a diver-site avait etonne les voyageurs auparavant, mais comme une nation, un peuple avec des traits caracteristiques distincts et bien definis. Q,uand nous nous souvenons que Voltaire e'crivait dans un style etincelant et provocatif, i l est evident qu'un homme est arrive sur l a scene, qui e'tait bien prepare" pour presenter a l a Erance les citoyens de l ' i l e septentrionale. En effet, Voltaire etait bien qualifie pour remplir ce.. r S l e s i g n i f i c a t i f . Les circonstances de sa vie l u i donuerent l'occasion necessaire. Accueilli par la:.societe et par l a cour, k cause de son esprit et de ses talents litteraires, le jeune poete s'est permis beaucoup de hardiesse dans ses critiques contre la societe, car i l - 35 -savait bien qu'un bon mot pouvait apaiser 11 orgueil offense Mais une fois i l est a l i e trop loin et i l v i t s'ecrouler 1'edifice de sa popularite'. Provoque' par les sarcasmes du poete, le Due de Rohan avait f a i t battre le parvenu. Voltaire croyait que 1•insulte a son orgueil demandait du redressement et i l provoqua le Due au combat. I I trouva bient&t que le merite d'un homme de lettres eomptait pour rien contre l a dignite d'un titr e de noblesse, et i l se trouva force de s'enfuir. Naturellement i l choisit 1'Angleterre pour son asile. I I avait deja un ami anglais, Lord Bolingbroke dont i l avait f a i t la eonnaissance a La Source, retraite francaise du 'lord' exile. Tout ce qu'il avait entendu parler de 1'Angleterre interessa cet homme hardi et independant. En effet i l a du etre content de cette occasion pour faire ses propres observations. Du moins, i l exprimait 1'intention de s'en servir bien. Son rSle serait celui d'un "particular qui aurait assez de l o i s i r et d'opiniatre te' pour apprendre a, parler l a langue anglaise, qui converserait librement avec les wigs et les toris, qui dinerait avec un eveque, et qui souperait avec un quaker,'irait le samedi a la synagogue et le dimanche a Saint-Paul, entendrait un sermon le matin et assisterait - 36 -1'apres-diner a la comedie, qui passerait de la cour a l a bourse, et pardessus tout cela, ne se rebuterait point de la froideur, de 1'air dedaigneux et de glace que les dames anglaises mettent dans les commencements du commerce, et dont quelques-unes ne se defont jamais." 1 On croit bien que toutes les portes seraient ouvertes a ce Francais flatteur et distingue. II etait heureux dans ses amis anglais. M. Falkner, le bon commercant 1'accueilli t a Wandsworth et l u i donna une retraite tranquille jusqu'a ce qu' i l apprit la langue anglaise. II possedait des lettres d * introduction aux hommes de lettres, et i l f i t l a connaissance de Pope et de Swift. II etait 1'ami de Walpole et aussi de son ennemi, Lord Bolingbroke. Malgre ses ac'tivites l i t t e r a i r e s , malgre les incommodites que l u i causait le climat malsain, i l demontra un interet in-fatigable a tout ce qui 1'entourait. II parlait avec les hommes d'etat et les e'er iv a ins; i l l i s a i t les j ournaux; i l se promenait dans les rues, "1'oeil e'veille, 1'oreille au guet". Cette e'poque de sa vie est d'une importance supreme, car i l mit le resultat de ses observations dans les fameuses "Lettres Philosophiques". 1. Lettres Philosophiques, Vol. 2, p. 257. 37 -Ce recueil de lettres sur les Anglais est un commen-taire spirituel sur les moeurs et les caracteres des Anglais. En les ecrivant, Voltaire etait motive' dans une large roe sure, par le desir de r i d i c u l i s e r les institutions de l a France. Le contraste frappant entre les deux pays l u i revela nettement les fautes de c e l u i - c i . Auparavant i l ne s'occupait qu 'a. s'etablir dans la societe; main-tenant i l est devenu le critique acharne de cette societe. Son but etait de' reveiller les Francais de leur reve de superiorite, et naturellement, pour atteindre a. ce but, i l rendit le contraste aussi frappant que possible. I I accentua les gloires et diminua les fautes de ce pays modele. Cependant, i l n'etait pas aveugle par son admira-tion; i l etait sympathique, mais pas partisan. Son orgueil personnel etait gratifie par 1'accueil qu'il recevai t en Angleterre et par les louanges qu'on donnait a son "Henriade", mais maigre cela, i l etait un spectateur intelligent et informe. Tout en examinant les details du caractere anglais, i l se mit surtout a decouvrir le fondement de l a liberte et de 1'independance anglaises. I I reconnut 1'importance d'une connaissance du developpement de la constitution - 38 anglaise afin qu'on put avoir une idee comprehensive de la nation. I I desirait renseigner les Francais sur ce sujet, et i l donna une ebauche du developpement du gou-vernement anglais. I I demontra que "la liberte est nee en Angleterre des querelles des tirans", les Barons et le r o i , car dans le Magna Carta, les Barons donnaient au Peuple, c'est-a-dire "tout ce qui n'etait point tiran", quelques concessions, "afin que dans 1'occasion elle se rangeat du parti de ses pretendus protecteurs". 1 Ainsi commenca le developpement du pouvoir du peuple, qui devenait s i grand enfin, que les rois creaient plusieurs de ces nobles "qu'ils avaient tant craintsautrefois, pour les opposer a 1'ordre des Communes devenu trop redoutafcle. 1 , 1 Ainsi s'est developpe la balance entre les trois ordres, le r o i , 1'aristocratie, et le peuple. "Aux murs de Westminster on voit paraitre ensemble Trois pouvoirs etonnes du noeud qui les rassemble, Les deputes du peuple, et les grands et le r o i , Divises d'interets, reunis par la l o i ; Tous trois membres sacres de ce corps invincible, Dangereux a lui-meme, a ses voisins terrible; Heureux, lorsque le peuple, instruit dans son devoir Respecte, autant q u ? i l doit, le souverain pouvoir.' Plus heureux, lorsqu'un r o i , doux, juste et politique Respecte, autant qu'il doit, la liberte publique.'" 1. "Lettres Philosophiques", \Jol, 1, Heuvieme Lettre. 2. La Henriade, Chant i , cite" par J. Churton Collins, "Voltaire, Montesquieu and Rousseau in England". - 39 Voltaire apprecia la liberte que donna la soumission volontaire aux lois qu•ils se donnaient eux-memes. "La Chambre des Pairs et celle des Communes sont les arbitres de la Nation, le Roi est le sur-arbitre."**" Les Francais ne pouvaient pas reconcilier le regicide de Charles I avec la soumission au pouvoir du trone. Ils s'emerveillaient de voir cette Nation anglaise qui "la seule de la terre soit parvenue a regler le pouvoir des Rois en leur resis-tant." Voltaire leur donna une explication perspicace de ce paradoxe. "Les Prancais pensent que le gouvernement de cette l i e est plus orageux que l a mer qui 1 1environne, et cela est vrai, mais c'est quand le Roi commence l a tempete, c'est quand i l veut se rendre le mattre du 3 vaisseau dont i l n'est que le premier pilote." Nous nous demandons ce que Louis le Grand aurait pense de ce t i t r e , "le premier pilote". Voltaire ne cache pas les troubles de 1'Angleterre. "II en a coute sans doute pour etablir la liberte en Angleterre; c'est dans des mers de sang qu'on noie 1'Idole du pouvoir despotique; mais les Anglais ne croient point avoir ache te trop cher de bonnes loix. Les autres Nations n'ont pas eu moins de troubles, n'ont pas verse moins de sang qu'eux; mais ce sang qu'elles ont repandu pour 1 . "Lettres Philosophiques", Vol. 1 , p. 89. 2. Idem. 3. Ibid, p . 9 1 . - 40 -l a cause de l e u r l i b e r t e n'a f a i t que cimenter l e u r s e r v i t u d e . h 1 I I defend a i n s i l e s A n g l a i s : "Ce qu 1 on reproche l e plus en France aux A n g l a i s , c'est l e s u p p l i c e de Charles Premier, qui f u t t r a i t e par ses vainqueurs comme i l l e s eut t r a i t e s s ' i l eut ete heureux, Apres tout regardez d'un cote Charles Premier vaincu en b a t a i l l e rangee, p r i s o n n i e r juge, con-damn^ dans Westminster, et de 1'autre 1'Empereur Henri "VII empoisonne par un Moine minis t r e de l a rage de tout un P a r t i , t r e n t e a s s a s s i n a t e medites contre Henri IV, p l u s i e u r s executes, et l e de r n i e r p r i v a n t e n f i n l a Prance de ce grand R o i , Pesez ces a t t e n t a t s et jugez."2 Une d e c l a r a t i o n s i h a r d i et s i raisonne a du f a i r e fureur en France, et avec l a vague d ' i n d i g n a t i o n que souleva l e s " L e t t r e s Philosophiques" de nouvelles idees sur 1'Angle-t e r r e inonderent l a France, A i n s i V o l t a i r e demontra comment d ' e f f o r t s en e f f o r t s , l e s A n g l a i s ont e t a b l i e n f i n l e u r gouvernement sage. Tout en admirant l a c o n s t i t u t i o n a n g l a i s e , i l se moque un peu des membres du Pariernent a n g l a i s qui aimaient a se com-parer aux Romains. "J'avoue, d i t - i l , que j e ne v o i s r i e n de commun entre l a majeste du peuple a n g l a i s et c e l l e du peuple romain, encore moins entre l e u r s gouver-nements, -- i l y a un Senat a Londres dont quelques membres sont soupconnes, quoi qu'a t o r t sans 1. " L e t t r e s Philosophiques", V o l . 1, p. 90. 2. I b i d , p. 92. - 41 -doute, de vendre l e u r s v o i x dans 1'occasion comme on f a i s a i t a, Rome. V o i l a toute l a r e s -semblance . »1 A c e t t e epoque, en e f f e t , i l y a v a i t beaucoup de corrup-t i o n dans l a v i e p o l i t i q u e a n g l a i s e . Le Peuple a v a i t combattu f o r t pour o b t e n i r l a r e p r e s e n t a t i o n parlementaire, mais i l s semblaient n e g l i g e r l e u r p r i v i l e g e , et i l s ven-da i e n t l e u r s v o i x sans scrupule. Le systeme parlementaire auquel l e s A n g l a i s d e v a i ^ l e u r l i b e r t e a v a i t des f a i b l e s s e s . I I i n s p i r a c e t t e "animosite des p a r t i s .. qui desoriente l e plus un Stranger", car " l a m o i t i e de l a nation est toujours l'ennemi de 1'autre." " J ' a i trouve des gens, d i t V o l t a i r e , qui m'ont assure que M i l o r d Malborough e'tait un p o l t r o n et que M. Pope e t a i t un sot. Dans tous le's rangs de l a s o c i e t e , l e spectateur trouva ce t t e aorimonie, c e t t e haine meme, que r e ' v e i l l e n t l e s questions p o l i t i q u e s . Gependant i l s u i v a i t que pour a v o i r des opinions s i v i o l e n t e s , l e s A n g l a i s ont du s ' inte'resser aux questions de 1'Etat. V o l t a i r e remarqua 1 ' i n t e r e t general dans l e s a c t i o n s du gouvernement, et i l d i t , "In England everybody i s p u b l i k - s p i r i t e d ; in.Prance everybody i s concerned i n h i s own I n t e r e s t s , only. An English!man) i s f u l l of itaughta (sic), French a l l i n miens, sweet vvords. " 3 1. I b i d , p. 88. 2. I b i d , V o l . 2, p. 138. 3. C i t e par N. L. Torrey, " V o l t a i r e ' s E n g l i s h Notebook", Modern P h i l o l o g y , V o l . 26, p. 312. - 42 -La conversation et l e s l e t t r e s montrent egalement 1'in-f l u e n c e de cet i n t e r e t general r e s s e n t i par l e peuple dans le s a f f a i r e s de l ' e t a t . "En A n g l e t e r r e communement on pease, et l e s l e t t r e s y sont plus en honneur qu'en France. Get avantage est une s u i t e necessaire de l a forme de l e u r gouver-nement. I I y a a Londres environ hui t cent personnes qui ont l e d r o i t de p a r l e r en p u b l i c , et de s o u t e n i r l e s i n t e r e t s de l a Nation: environ c i n q ou s i x m i l l e pre tendent au meme honneur a l e u r tour, tout l e r e s t e s'erige en juge de c e u x - c i , et chacun peut f a i r e imprimer ce q u ' i l pense sur l e s a f f a i r e s publiques; a i n s i toute l a Nation est dans l a necessite de s ' i n s t r u i r e . 1 , 1 Les f a i b l e s s e s du systeme des p a r t i s sont presentees, mais i l est evident que V o l t a i r e ne confond pas l e s abus avec l e systeme lui-meme. I I approuve l e partage avec l e peuple des renes du gouvernement. I I est plus optimiste que 1'Abbe l e Blanc, qui d i t : "Their form of government seems d i c t a t e d by wisdom i t s e l f , but . . . i t i s but an i d e a l p r o j e c t not r e d u c i b l e to p r a c t i c e . Let us a l l o w the E n g l i s h that the p l a n of t h e i r p o l i t i c a l c o n s t i t u t i o n i s , of a l l others known, the w i s e s t i n appearance, can they pretend that i t i s r e a l l y so, i f imposs-i b l e to be put i n execution? I t has perhaps the g r e a t e s t of a l l d e f e c t s , that i s , to suppose a degree of p e r f e c t i o n i n man which human nature i s not capable of." Les s i ^ c l e s ont montre qu'a l'egard de 1'Angleterre l e s 1. " L e t t r e s Philosophiques", V o l . 2, p. 119. 2. Abbe l e B l a n c , op. c i t . , Vol. 1. p\ 4. 43 doutes du.bon Abbe n'avaient pas de fondement, jusqu'a present, du moins. Malgre' son scepticisme i l partage avec V o l t a i r e I'admiration pour l e s r e s u l t a t s de c e t t e constitution 'trop i d e a l i s t e • , l a l i b e r t e du p a r l e r , et l a p r o s p e r i t e du peuple. Depuis longtemps l e s Pranpais avaient... remarque 1'affluence r e l a t i v e du paysan a n g l a i s . Misson d i t : "Sous trouvons en a r r i v a n t i c i que chaque A n g l a i s es t r o i chez s o i , et t r a n q u i l l e possesseur de son b i e n . n l Le p o r t r a i t que nous donne Muralt du paysan a n g l a i s est en contraste frappant avec c e l u i de son prototype f r a n c a i s que nous trouvons dans La Bruyere. V o i l a l e p o r t r a i t de M u r a l t , "Je ne connais l e s paysans que par un e n d r o i t : j e l e s v o i s tous a cheval en juste-au-corps de drap, et en c u l o t t e s de peluche, bottes et eperonnes, et toujours au galop . . . Le peuple en general est i c i bien h a b i l l e . " ^ V o l t a i r e donne un p o r t r a i t semblable, qui s'adresse aux sentiments hurnanitaires et q u i montre l e s r e s u l t a t s de ce gouvernement sage. "Le Palsan n'a p o i n t l e s pieds meurtris par des sabots, i l mange du pain blanc, i l est bien vetu, i l ne c r a i n t p o i n t d'augmenter l e nombre de ses bestiaux n i de c o u v r i r son t o i t de t u i l e s de peur 1. Misson, a r t . ImpSts, p. 257, c i t e par Lanson, note p. 119 " L e t t r e s Philosophiques", V o l . 1. 2. I b i d , p. 118. 44 que 1'on ne hausse ses impots l'annee d'apres. I I y a i c i beaucoup de Pa'isans qui ont environ deux cent m i l l e f r a n c s de bien et qui ne dedaig-nent pas de continuer a. c u l t i v e r l a t e r r e qui l e s a e n r i c h i s et dans l a q u e l l e i l s v i v e n t l i b r e s . " I I va plus l o i n , et trace c e t t e p r o s p e r i t e a sa source dans l e gouvernement democratique. Surtout i l remarque sur l a d i s t r i b u t i o n egale des impots» "Un homme parce q u ' i l est Noble ou parce q u ' i l e st P r e t r e n'est p o i n t i c i exempt de jpaier c e r -t a i n ^ s taxes, tous l e s impots sont regies par l a Chambre des Communes. . . . Q,uand l e B i l l est confirme par l e s Lords et aprouve par l e R o i , a l o r s tout l e monde p a l e , chacun donne non s e l o n sa' q u a l i t e (ce qui est absurde), mais selon son revenu; i l n'y a p o i n t de T a i l l e n i de C a p i t a t i o n a r b i t r a i r e , mais une Taxe r e e l l e sur l e s t e r r e s . . . La Taxe su b s i s t e toujours l a me^ me quoique l e s revenus des te r r e s a i e n t augment!, a i n s i personne n'est f o u l e et personne ne se p l a i n t . " I I demontre comment tout l e monde partage l e fardeau; en place des "maltotes i n f i n i e s de notre malheureuse Prance, 1 , 3 i l y a des taxes equitables par rnoyen desquelles " l e s grands du royaume en portent l e u r p a r t proportionnellement a l e u r s biens et a leur- q u a l i t e . " ^ V o l t a i r e exprime a i n s i l e r o l e q u ' i l j o u a i t en e c r i v a n t ces L e t t r e s : 1. " L e t t r e s Philosophiques", V o l . 1, p. 107. 2. I b i d , pp. 106,107. 3. M i s s i o n , a r t . Impots, p. 257. Cite' par Lanson op. c i t . p. 177. 4. Idem. 45 -"Je j o i n s ma f a i b l e v o i x a toutes l e s v o i x , . d'Angleterre pour f a i r e un peu s e n t i r l a d i f f e -. rence q u ' i l y a entre l e u r l i b e r t e ' et notre esolavage, entre l e u r sage hardiesse et notre f o l l e s u p e r s t i t i o n . Cette ' f a i b l e v o i x ' a sonne l'alarme dans " l a guerre f a i t e aux i n s t i t u t i o n s p o l i t i q u e s " . Des " L e t t r e s P h i l o sophiques" date " c e t 1 e s p r i t nouveau, dedaigneux des questions d ' a r t , reformateur et raisonneur, b a t a i l l e u r et p r a t i q u e , plus soucieux de p o l i t i q u e ou de science que de poe'sie ou d'eloquence. "Cet ouvrage, a d i t Condorcet, f u t parmi nous .. 1'e'poque d'une re'volution; i l comme nca a y f a i r e n a i t r e l e gout de l a p h i l o s o p h i e et de l a l i t t e r a t u r e a n g l a i s e s , a 'nous i n t e r e s s e r aux moeurs, a l a p o l i t i q u e , aux connaissances commerciales de ce peuple, a repandre sa langue parmi nous."° Avec l u i , l'anglomanie e t a i t e n f i n e'tablie et tout l e monde commenq/ait a c r o i r e avec V o l t a i r e que "Le s o l e i l des A n g l a i s , c'est l e feu du ge'nie C'est 1'amour de l a g l o i r e et de 1 '^humanite C e l u i de Is. pa t r i e et de l a l i b e r t e . " Le p o r t r a i t de 1'Anglais que donna V o l t a i r e dans ses " L e t t r e s Philosophiques" e'tait un peu colore par l a propagande. Dans l e s ouvrages d'un de ses contem-1. C i t e par Texte op. c i t . , p. 78. 2. I b i d , p. 68. 3. Idem. 4. C i t e par Churton C o l l i n s , op. c i t . , p. 116. - 46 -porains nous trouvons l e s r e s u l t a t s d'une observation p l u s d e s i n t e r e s s e e . Montesquieu, qui demeurait en. Angle-t e r r e de 1729 jusqu'a 1731 n'avait pas de prejuges a l'egard des A n g l a i s . I I a v a i t l ' e s p r i t tout a f a i t s c i e n t i f i q u e , et l a passion de sa v i e e t a i t l'e'tude de 1'homme su r t o u t dans ses r e l a t i o n s s o c i a l e s et p o l i t i q u e s . L'eloge de C h e s t e r f i e l d , e'er i t apres sa mort mon tre son a b i l i t e pour i n t e r p r e t e r 1'Angleterre a son pays, "His v i r t u e s d i d honour to human nature; h i s "writings j u s t i c e , A f r i e n d to mankind, he a.sserted t h e i r undoubted and i n a l i e n a b l e r i g h t s w i t h freedom, even i n h i s own country, whose p r e j u d i c e s i n matters of r e l i g i o n and government he had long lamented, and endeav-oured, not wi thout some success to remove. He w e l l knew and j u s t l y admired the happy c o n s t i t u t i o n of t h i s country, where f i x e d and known laws e q u a l l y r e s t r a i n monarchy from tyranny, and l i b e r t y from l i c e n t i o u s -ness. His works w i l l i l l u s t r a t e h i s name and s u r v i v e him as long as r i g h t reason, moral o b l i g a t i o n , and the true s p i r i t of laws, s h a l l be understood, respected, and maintained." Montesquieu est venu en Angl e t e r r e pour se renseigner sur l e s moeurs et l e caractere des A n g l a i s , et pour les com-parer avec l e u r s v o i s i n s . Les portes des grands de 1'Angle-t e r r e e t a i e n t ouvertes pour l u i comme pour V o l t a i r e . I I se serva.it de toutes l e s occasions pour observer l e s mani-1. C i t e par Churton C o l l i n s , op. c i t . , p. 177. - 47 fe.stations de 1 1 e s p r i t des l o i s a n g l a i s e s . I I a s s i s t a i t aux d i s c c u r s parlementaires et i l e t a i t tout a. f a i t choque' par l e p e r s i f l a g e de ceux qui se nommaient l e s defenseurs du d r o i t et de l a d i g n i t e de Is. n a t i on a n g l a i s e . Plus que V o l t a i r e , i l e t a i t degoute par l a c o r r u p t i o n qui m i n a i t l e systeme de gouvernement par p a r t i s . Cependant, i l a v a i t assez de p e r s p i c a c i t e pour pe ne'trer au-dess ous- de 1•e x t e r i e u r orageux de l a v i e p o l i t i q u e . I I a t t r i b u a l e s tumultes au c l i m a t et a l'humeur impatiente des A n g l a i s dont i l d i t que " l a soumission et 1'obeissance sont l e s vertus dont i l s se piquent l e moins." 1 "To judge England", lie says, " by what appears i n the newspapers, one would expect a r e v o l u t i o n to-morrow, but a l l that i s s i g n i f i e d i s that the people, l i k e the people of every other country, grumble a t t h e i r governors, and are f r e e to express what the people i n other countries are only allowed to t h i n k . " ^ I I v i t l e fondement de bon sens au-dessous des con t r a -d i c t i o n s et des f o l i e s qui re'sultaient des combats p o l i t i -ques. Avant son sej our en A n g l e t e r r e i l s'est montre sceptique de ce gouvernement sage dont V o l t a i r e sonna l e s louanges, et i l a d i t que c ' e t a i t impossible de "gouverner de grands E t a t s avec l a s i m p l i c i t e d'une v i l l e grecque." 1. C i t e par Lanson, op. c i t . , V o l . 1, p. 94. 2. 0hurton C o l l i n s , op. c i t . , p. 141. 3. C i t e par A s c o l i , op. c i t . , V o l . 2, p. 104. - 48 -Mais apres a v o i r observe 1'Angleterre de pre"s i l changea d' a v i s . I I v i t que l a m u l t i p l i c i t e ' des opinions assura l a l i b e r t e aux A n g l a i s - Son etude de ce pays i n f l u a beau-coup sur son ouvrage c a p i t a l , " L ' E s p r i t des L o i s " car " I t was here that he saw i l l u s t r a t e d as i t were i n epitome and w i t h a l l the emphasis of g l a r i n g c o n t r a s t , the v i r t u e s , the v i c e s , the p o t e n t i a l i t i e s of good, the p o t e n t i a l i t i e s of e v i l , inherent i n monarchy, i n a r i s t o c r a c y , i n the power of the people. I t was here th a t he perceived and understood what l i b e r t y meant, i n t e l l e c t u a l l y , m o r a l l y , p o l i t i c a l l y , s o c i a l l y . He saw i t i n i t s u g l i n e s s , he saw i t i n i t s beauty, p a t i e n t l y , s o b e r l y , without p r e j u d i c e , without heat, he i n v e s t i g a t e d , . a n a l y s e d , s i f t e d , balanced; and on the conclusions that he drew were founded most of the g e n e r a l i s a t i o n s which . have made him i m m o r t a l . n l V o l t a i r e a v a i t d e c r i t l e gouvernement c o n s t i t u t i o n n e l de 1'Angleterre; Montesquieu en i n t e r p r e t a i t l e s p r i n c i p e s . L ' i n f l u e n c e de ces deux l i v r e s , l e s " Lettres P h i l o -sophiques", et " L ' E s p r i t des L o i s " , e t a i t f o r t e e t . b i e n d e f i n i e . I l s i n s p i r e r e n t ces idees nouvelles qui moulaient 1 ' h i s t o i r e de l a Prance. Apres a v o i r ignore l e u r s v o i s i n s pendant des s i e c l e s , l e s Francais l e s prenaient maintenant comme modules. Leur c o n s t i t u t i o n s y m b o l i s a i t tout ce q u ' i l y a v a i t de j u s t e et d'humanitaire dans l e gouvernement. Les i n d i v i d u s partageaient l e s panegyriques qu'on donnait 1. Ghurton C o l l i n s , op. c i t . , p. 178. 49 a, l e u r s l o i s , et l e norn d'Anglais e t a i t l e synonyme pour prophete et p i o n n i e r . Tous ceux qui r e v a i e n t a un age d'or de l i b e r t e et de tolerance se tournaient vers l ' A n g l e -t e r r e . L'admiration e t a i t maintenant bien fondee. Les e c r i v a i n s avaient r e v e l e l e s r e s s o r t s du caractere a n g l a i s en demon t r a i l t l e s i n f l u e n c e s auxquelles i l e t a i t soumis. A l a f i n de l a premiere moi t i e du d i x - h u i tieme s i e c l e , l e s prejuges e t a i e n t d i s s i p e s et l'anglomanie e t a i t e t a b l i e . CH APT THE IV Les traits caracterlstiqu.es de 1'Anglais, revel e's par les institutions de son pays. La subtilite et l a hard!esse etaient necessaires a. ceux qui voulaient depeindre 1'Anglais dans son milieu politique, car une description des institutions entrainait neeessairement une consideration des principes dont elles sont 1'expression tangible. Les pouvoirs de l a Prance se mefiaient des rapports avec un pays ou regnaient des theories s i subversives. Tous leurs instincts les poussaient a supprimer autant qu'ils le pouvaient. l a dissemination de ces idees dangereuses. Les j ournaux protest ants e'taient publies en Hollande, et malgre' les preparations soigneuses de Voltaire, ses "Lettres Philosophiques" etaient condamnees au bucher. Les actions semblables ont du soullgner pour les Francais les qualites de liberte et de tole'rance chez les Anglais, et tout en regrettant. avec Prevost, que les matleres de politique leur etaient interdites, i l s en venaient a voir que les Anglais avaient raison lorsqu'ils "se piquaient d'une singularity brillante" a cet egard. L' independance et 1'amour de la liberte' se manlfes-- 51 t a i e n t dans une matiere e'galement controversee, l a r e l i g i o n . C'est a. cause, peut-etre de ses observations sur l e s opinions r e l i g i e u s e s des A n g l a i s que l e l i v r e de V o l t a i r e e t a i t i n t e r d i t . En e f f e t tous l e s in t e r m e d i a i r e s au commencement du d i x - h u i tieme s i e c l e he s i t a i e n t a, d i s c u t e r ce suj e t . Mais i l s en p a r l a i e n t autant q u ' i l s l e pouvaient, et 1'admiration pour l a c o n s t i t u t i o n a n g l a i s e e'taient egalee chez l e s e s p r i t s h a r d i s par l e u r admiration pour l a to l e r a n c e , et l a l i b e r t e r e l i g i e u s e de 1'Angleterre. Tous l e s voyageurs y remarquaient l a d i v e r s i t e des s e c t e s , et comme toujours V o l t a i r e en parle avec e s p r i t : "C'est i c i l e pais des Sectes. Un An g l a i s comme homme l i b r e , va au C i e l par l e chemin qui l u i p l a i t . u l Nous pouvons comprendre l a mefiance des autorite's pour son l i v r e , lorsque nous l i s o n s plus t a r d , "S'i1 n'y a v a i t en An g l e t e r r e qu'une r e l i g i o n , l e despotisme s e r a i t a. c r a i n d r e , s ' i l y en a v a i t deux, e l l e s se couperaient l a gorge, mais i l p y en a t r e n t e , et e l l e s v i v e n t en paix heureuses." On s'emerveilla.it de v o i r c e t t e indulgence envers l e s d i s s i d e n t s . Au s i e c l e preceaent on a v a i t meprise l e s A n g l a i s comme here t i q u e s . Avec l e d e c l i n de l'&ge clas-sique, 1. " L e t t r e s Philosophiques", V o l . 1, p. 61. 2. I b i d , p. 74. - 52 -l e s F r a n c a i s sont devenus de plus en plus sceptiques et l i b r e s penseurs. Leur haine pour I'heresie se changea en respect pour ce peuple q u i , dans l e s mots de V o l t a i r e , a v aient "eerase 1'infame". En meme temps, i l s voyaient dans l a d i v e r s i t y des sectes, une preuve de plus de l a b i z a r r e r i e des A n g l a i s , et de l e u r mepris pour l e s conven-t i o n s . I l s s•etonnaient s u r t o u t au s u j e t des Quakers, l i s admiraient l'honnetete, l e courage, et l a s i n c e r i te de ces gens, mais i l s s o u r i a i e n t un peu en voyant l e u r s h a b i t s b i z a r r e s et l e u r s coutumes etranges. Les Francais n'avaient jamais rencontre des gens semblables, qui se c r o y a i e n t egaux a tout l e monde, et qui p a r l a i e n t a i n s i a un r o i : "Nous venons te temoigner l a douleur que nous ressentons de l a mort de notre bon ami Charles, et l a j o i e que nous avons que tu s o i s devenu notre gouverneur. Nous avons ap p r i s que tu n'es pas dans l e s sentiments de 1'Eglise ang-l i c a n e non plus que nous, c'est pourquoi nous te demandohs l a mime l i b e r t e que tu prehds pour toi-meme." Ces gens b i z a r r e s q u i t u t o y a i e n t l e s r o i s et se l a i s s a i e n t persecuter v o l o n t i e r s pour l e u r f o i , symbolisaient pour l e s F r a n c a i s , 1'independance et peut-etre a u s s i l ' o p i n i a t -r e t e des A n g l a i s . V o l t a i r e l e u r a v a i t oonsacre t r o i s L e t t r e s , car i l s a v a i t que ses l e c t e u r s s 1 inte'ressaient surtout a 1. Mot's adresses par l e s Quakers a Jacques I I , a son .avene-ment au tr&ne. C i t e par A s c o l i , op. c i t . , Vol.2, p . 416. - 5 3 -cet'te secte. La sympathle e t a i t e v e i l l e e par l a s i n c e r i te des Quakers. Q,uant aux representants de l ' e g l i s e e'tablie, l e s F r a n c a i s l e s trouvaient tres semblables a. l e u r s pretres c a t h o l i q u e s . Sans doute, i l s n'etaient pas tous des T r i s t -ram Shandy, mais a u s s i i l s n'etaient pas des Doctor Prim-rose. L'Abbe l e Blanc deplore l e s moeurs du c l e r g e . La c r i t i q u e de V o l t a i r e a cet egard .n'etait pas s i severe, car i l trouva qu'a l 1 egard des moeurs l e clerge" a n g l i c a n e t a i t plus r e g i e que c e l u i de Francet "Les P r e t r e s vont quelquefois au cabaret parce que 1 'usage l e l e u r permet, et s ' i l s s ?enivrent c'est serieusement et sans sc a n d a l e . " 1 Q,uant aux l a i q u e s outre l e s sectes d i s s i d e n t e s , i l s se s o u c i a i e n t peu de l a r e l i g i o n a. 1'e'poque ou nos voyageurs l e s observaient, c' es t- a - d i r e ' l a v e i l l e du mouvement vses-leyan. Les F r a n c a i s t r o u v a i e n t l e u r s v o i s i n s presque a u s s i i r r e l i g i e u x qu'eux-memes, et Montesquieu remarqua: "Mais on est s i tiede a present sur tout c e l a ( l a r e l i g i o n ) . P o i n t de r e l i g i o n en Angle-t e r r e : qua tre ou c i n q de l a Ghambre;. des Communes vont a l a messe ou au-sermon de l a Ghambre. S i quelqu'un p a r l e de r e l i g i o n , tout l e monde se met a r i r e . La cour, l a v i l l e et l a carnpagne, tout est rempli d' i n c r e d u l e s . . .A present, l e s femmes, l e peuple meme se mele d ' i m i t e r l e s philosophes." 1. " L e t t r e s Philosophiques", V o l . 1, p. 63. 2. Ibid,'note p. 80. 54 -Les d i f f e r e n c e s de r e l i g i o n s 1 evanouirent a l a bourse, -et au parlement on m e t t a i t l e s questions de p o l i t i q u e avant c e l l e s de r e l i g i o n . "Ces maud i t s Wigs, d i t V o l t a i r e , se soucient t r e s peu que l a succession Episcopale a i t ete interrompue chez eux ou non . . . . i l s aiment mieux meme que l e s eveques t i r e n t l e u r a u t o r i t e du Parlement pluto"t que des ApStres. Le Lord Bolingbroke d i t que cette idee de d r o i t d i v i n ne s e r v i r a i t qu'a f a i r e des t i r a n s en camail et en rochet, mais que l a L o i f a i t des G i t o i e n s . " Avec l a p e r v e r s i t e u s u e l l e aux A n g l a i s , i l s main-tenaient l e s formes de l a r e l i g i o n en de p i t de l e u r i n -d i f f e r e n c e au fond. Les dimanches a n g l a i s e t a i e n t a u s s i ennuyeux pour l e voyageur f r a n c a i s a l o r s q u ' i l s l e sont a u j o u r d ' h u i . Ge meme calme de sabbat re'gnait dans l e s rues. Entendons l a p l a i n t e d'un de ces exile's: " I I est defendu ce j o u r - l a de t r a v a i l l e r et de se d i v e r t i r . . . point d'Opera, p o i n t de Comedie, point de Concert a Londres l e dimanche, l e s cartes meme y sont s i expres-sement de'f endues q u ' i l n'y a que l e s per-sonnes de q u a l i t e et eeux qu'on ap p e l l e l e s honnetes gens qui jouent ce j o u r - l a . " ^ V o l t a i r e a t t r i b u a c e t t e s a n c t i f i c a t i o n du dimanche aux Pr e s b y t e r i a n s , ces "Messieurs" qui " f i r e n t essuver a ce pauvre Roi (Charles I I ) quatre sermons par jour."3 C e t a i t 1. " L e t t r e s Philosophiques", p. 63. 2. I b i d , p. 73. 3. I b i d , p. 72. - 55 -a. eux a u s s i q u ' i l a t t r i b u a i t " l e s a i r s graves et severes" q u ' i l t r o u v a i t a l a mode en ce pays. Les dimanch.es solennels ont du symboliser pour l e s Erancais l a g r a v i t e du caractere a n g l a i s . Ges j o u r s - l a , s urtout quand i l y a v a i t un vent d'est, l ' e x i l e a du r e g r e t t e r l a ga'ite g a u l o i s e . Ceux qui ont vu l e s A n g l a i s ehez eux e t a i e n t frappes par ces manifes-t a t i o n s du caractere n a t i o n a l . Parmi ceux qui prenaient l e u r s idees des A n g l a i s des l i v r e s et des journaux i l y a v a i t un i n t e r e t c r o i s s a n t dans l e s t h e o r i e s nouvelles de r e l i g i o n qui se repandaient en A n g l e t e r r e , l a r e l i g i o n n a t u r e l l e et l e deisme. I I y a p l u s i e u r s a l l u s i o n s a ces questions de'l i c a t e s dans l e s ouvrages contemporains. En 1727 l e Mercure annonce l a t r a d u c t i o n de"1'Ebauche de l a R e l i g i o n N a t u r e l l e " de Wools ton. Mais peut-etre pour sa propre sur@te, " l e Mercure c i t e plus v o l o n t i e r s encore p l u s i e u r s t r a i t e s a n g l a i s ou ces me^ nes theories ont ete refutees et condamnees. A s c o l i nous c i t e l e s mots d'un e c r i v a i n qui en 1699 a d i t a propos du deisme, "comme ce genre d'erreur est a u s s i inconnu a. l a Prance qu'autrefois l e p a r r i c i d e a* Sparte, j e n'avals pas besoin de nous mettre en defense contre des monstres que nous ne penserions pas 1. L o v e r i n g , " L ' A c t i v i t e Intellectuelle de 1'Angleterre d*apres 1'Ancien"Mercure de France"(1672-1778 )" p. 68. - 56 -meW devoir n a i t r e dans une s o c i e t e d'hommes s i des etat s v o i s i n s du notre ne nous apprenaient q u ' i l y en a". 1 Ce-pendant avec l e s premieres annees du dix-huitieme i l y a v a i t un i n t e r e t c r o i s s a n t dans ces idees, et comme 1'ajoute A s c o l i "on s a i t que l e s l i b e r t i n s de France n'avaient p o i n t attendu que l e s - ' f r e e t h i n k e r s ' d'Angleterre l e u r f i s s e n t l a lec o n , mais ces d e r n i e r s p a r l e r e n t peut-etre plus v i te et plus ,clair«.. " Depuis longtemps l e s A n g l a i s avaient gagne de l a repu-t a t i o n comme philosophes. Par m i l l e e n d r o i t s l e s idees de Locke sont entrees dans l a Prance. Les penseurs du , dix-huitieme s i e c l e qui se tournaient de l a metaphysique cartesienne s ' i n t e r e s s a i e n t de plus en plus au naturalisme l o c k i e n . I l s commenqaient a a.ppliquer a toutes choses, meme a l a r e l i g i o n et l a morale, l a lueur blanche de l a r a i s o n et du sens commun. Toute chose d e v a i t etre fondle sur 1'experience. L'honnete homme du dix-huitieme s i e c l e j/..developpait et 1' i n f l u e n c e a n g l a i s e est tres importante / dans l a formation de cet i d e a l . Lord H a l i f a x , qui "pour convaincre'les gens du monde de 1'excellence des vertus chretiennes demanderait au bon sens de j u s t i f i e r l e s 1. A s c o l i , op. c i t . , V o l . 2, p. 72. 2. Idem. - 57 -pratiques imposes par l a f o i " , en e s t l e prototype. Les es s a i s de Shaftesbury, qui "applique a l a morale l a rnethode de'son maitre Locke et f a i t partout appel a. 1'experience" 2, repand c e t t e i n f l u e n c e n o u v e l l e . De sorte que quand V o l -t a i r e e t a i t i n t r o d u i t aux t h e o r i e s de Locke pendant son sej our en A n g l e t e r r e , i l " s ' e m e r v e i l l a i t de d e c o u v r i r , elairement exprime par Locke .ce q u ' i l s e n t a i t plus confuse-ment en lui-rneme, c'est qu'en r e a l i t e l a pense'e de Locke s'e'tait deja infusee insensiblement chez nous. V o l t a i r e , sans l e s a v o i r , l a c o n n a i s s a i t deja." I I consacre p l u s i e u r s pages de son r e c u e i l au developpement des idees lockiennes. Encore une f o i s , V o l t a i r e r e f l e t e l e s i n t e r e t s du p u b l i c auquel i l s ' a d r e s s a i t . Ge n ' e t a i t que chez l e s A n g l a i s qu'on pouvait trouver a. cett e epoque de t e l l e s idees, et en emulant l e u r r o l e de philosophes, l e s Erancais en venaient de plus en plus a l e s estlmer, et i l s l o u a i e n t , l e pays ou l a l i b e r t e donna un m i l i e u favorable pour l e developpement des e s p r i t s c u r i e u x . Comme 1'exprime V o l -t a i r e , "Quand on considere que Newton, Locke, Clarke, L e i b n i t z , a u r a i e n t ete persecutes en France, emprisonne's "a Rome, brules a Lisbonne, que 1. A s c o l i , op. c i t . , V o l . 2, p. 102. 2. Idem. 3. I b i d , p. 85, 58 • f a u t - i l penser de l a rais-on humaine? E l l e est nee dans ce s i e c l e en A n g l e t e r r e . n l V o i l a 1'opinion des A n g l a i s que propagaient l e s e c r i -vains au m i l i e u du dix-huitieme s i e c l e . Depuis longtemps on l e s a v a i a s t es times comme philosophes et m o r a l i s t e s . On commencait a u s s i a, a p p r e c i e r l e u r prouesse dans l e s sciences naturelles... Tous l e s e c r i v a i n s se mirent a desa-buser l e u r s compatrlotes de l ' o p i n i o n que Hewton n ' e t a i t qu'un " f a i s e u r d'experiences qui s ' e t a i t trompe. 1 , 2 V o l -t a i r e sonna ses louanges avec enthousiasme. I l preface ses remarques avec des louanges pour ce pays ou "ce fameux Newton a vecu honore de ses compatriotes et a ete enterre comme un r o i qui a u r a i t f a i t du bien a ses s u j e t s . " 3 Au su j e t de Hewton lui-meme, i l d i t : " S i l a v r a i e grandeur c o n s i s t e a a v o i r requ du C i e l un pui s s a n t genie, et a s'en e~tre s e r v i pour s ' e c l a i r e r soi-meme et les a u t r e s , un homme comme M. Newton, t e l q u ' i l s'en trouve a peine en d i x s i e c l e s , e s t veritablement l e grand homme, et ces P o l i t i q u e s et ces Conque-rants dont aucun s i e c l e n'a manque ne sont d ' o r d i n a i r e que d ' i l l u s tres merchants. C'est a c e l u i qui domine sur l e s e s p r i t s par l a for c e de l a v e r i t e , non a'ceux qui f o n t des esclaves par l a v i o l e n c e , c'est a c e l u i qui connait l ' U n i v e r s , non a. ceux qui l e de f i g u r e n t , que nous devons nos respects." 1. " L e t t r e s Philosophiques", V o l . 2, p. 76. 2. I b i d , V o l . 2, p. 74. 3. I b i d , p. 2. 4. I b i d , V o l . 1, p. 152. 59 ' I n t r o d u i t s avec des louanges. semblables, i l est bien evident que ce grand homme a du i n s p i r e r chez l e s Franpais du respect pour ses compatriotes. On pouvait se renseigner a son s u j e t dans l e s " L e t t r e s Philosophiques" et a u s s i dans l e Mercure de c e t t e epoque. La nous trouvons "une s e r i e d ' a r t i c l e s sur Descartes et New ton, qui f o n t v o i r jusqu'a quel p o i n t l e s idees a n g l a i s e s avaient penetre en France et comment on commencait a se c o n v e r t i r au Newtonisme Le j o u r n a l s'occupait surtout des progres s c i e n t i f i q u e s des A n g l a i s , et nous voyons par la, que "1'Angleterre a v a i t acquis l a r e p u t a t i o n d'etre l e pays par excellence ou 1'on h o n o r a i t l a science et ou l a science f a i s a i t A p r o g r e s . " Depuis longtemps l e nom du grand c h a n c e l i e r , Bacon, a v a i t exerce une f a s c i n a t i o n sur l e s e s p r i t s des F r a n c a i s . V o l -t a i r e r e v e l a l a v r a i e grandeur de ce p i o n n i e r des Anglais dans l e domaine de l a science en l e nommant " l e pdre de l a P h i l o s o p h i e experimentale." I I montra que "Bacon ne c o n n a i s s a i t pas encore l a nature mais i l s a v a i t et i n -d i q u a i t tous l e s chemins qui menent a e l l e . . . Peu de temps apres, l a Physique experimentale commenca tout a coup a e t r e c u l t i v e e a l a f o i s dans presque toutes l e s 1. Lovering, op. c i t . , p. 29. 2. Idem. 3. " L e t t r e s Philosophiques", V o l . 1, p. 155. 60 • -p a r t i e s de 1'Europe. C e t a i t un t r e s o r cache dont Bacon s ' e t a i t doute et que tous l e s Philosophes,encourages par sa promesse, s ' e f f o r c e r e n t de d e t e r r e r . Le penchant pour l ' a c t u a l i t e qui a v a i t detourne l e s A n g l a i s des r e v e r i e s cartesiennes et l e s a v a i t menea bien l o i n dans l e s sciences expe'rimentales, se montrait dans l e s a c t i v i t e s quotidiennes. P l u s i e u r s des voyageurs n o t a i e n t 1'adresse des a r t i s a n s a n g l a i s . On d e p l o r a i t l e manque de gout qui se t r o u v a i t chez l e s a r t i s a n s autant que chez l e s e c r i v a i n s , mais tout l e mo.nde l o u a i t l e u r competence et l e u r bon t r a v a i l . ' On decou v r i t a u s s i que c ' e t a i t a cause de l e u r e s p r i t i n t e r r o g a t i f q u ' i l s e x c e l -l a i e n t dans l e s a r t s p r a t i q u e s . I I y a une note s i g n i f x a n t e dans 1 ' e d i t i o n du Mercure de j u i l l e t 1728: "On remarque que depuis quelque temps l ' a r t de 1 ' a g r i c u l t u r e et du jardinage sont •extrernement cult-ives en A n g l e t e r r e . 1 , 2 C e'tait chez l e s botanistes a n g l a i s qu'on cher c h a i t des renseignements sur l e s moeurs des i n s e c t e s . Q,uant au ja r d i n a g e , on s'enthousiasmait de ces j a r d i n s " n a t u r e l s " , qui avaient succe'des aux p a r t e r r e s conventionnels depeints 1. " L e t t r e s Philosophiques", V o l . 1, p. 157. 2. Love r i n g , op. c i t . , p. 38. - 61 -par Pope, ou "No p l e a s i n g i n t r i c a c i e s i ntervene, Ifo a r t f u l Y*ildness to perplex the scene, Grove nods a t grove, each a l l e y has a brother And h a l f the p l a t f o r m j u s t r e f l e c t s the other."" Montesquieu e t a i t un des plus enthousiastes pour l e s " j a r d i n s a n g l a i s " , et i l l e s p r e n a i t comme modele pour ses propres j a r d i n s a La Brede. I I en p a r l e a i n s i dana une l e t t r e a un de ses amis a n g l a i s : '"I long to show you my v i l l a , as I have endeavoured to form i t according to the E n g l i s h t a s t e , and to c u l t i v a t e and dress i t a f t e r the E n g l i s h manner." 2 A mesure que 1'anglomanie s ' a c c r o i s s a i t pendant l e s i e c l e , on s ' e n t e t a i t de plus en plus des j a r d i n s a n g l a i s . G'est dans l e decor d'un j a r d i n a n g l a i s que Rousseau mit son heroine, J u l i e d'Etanges. L ' o r i g i n a l i t e et l a hardiesse des Anglais r e n d i r e n t p o s s i b l e s l e u r s reformes dans l a medecine. On remarquait avec i n t e r e t " l e caractere pratique des methodes des medecins a n g l a i s . " 3 Meme en 1680, l e Mercure Galant "parle d'un remede d'un me'decin a n g l a i s contre l e s fi e v r e s " . ' * On n 'he's i t ait pas a se s e r v i r de l a quinine, mais i l y a v a i t 1. C i t e par Ghurton C o l l i n s , op. c i t . , p. 172. 2. I b i d / p. 173. 3. Lovering, op. c i t . , p. 33. 4. I b i d , p. 13. - 62 -quelques procedes auxquels on ne pouvait pas consentir.. Surtout on se m e f i a i t de 1 ' i n s e r t i o n de l a p e t i t e v e r o l e . A cause de c e t t e p r a t i q u e , "on d i t doucement dans 1 'Europe chretienne que l e s A n g l a i s sont des fous et des enrages." 1 V o l t a i r e , sociologue et humanitaire, s ' i m p a t i e n t a i t contre l e s c r a i n t e s et l e s t i m i d i t e s des Eranpais. I I l e s exhor-t a i t rai s u i v r e l'exemple des A n g l a i s . "Quoi done? d i t - i l , est-ce que l e s Eranqais n'aiment p o i n t l a v i e ? . . . l a beaute des femmes? . . . En v e r i t e nous sommes d' e t -' ranges gens. Peut-etre dans d i x ans prendra-t-on c e t t e methode a n g l a i s e s i l e s Cures et l e s Medecins l e permettent, ou bien l e s Franqais dans fees t r o i s mois se s e r v i r o n t de 1 1 inocu-l a t i o n par f a n t a i s i e , s i l e s A n g l a i s s'en degoutent par inconstance. "** Cependant i l y a v a i t peu de Lady Wortley-Montague dans l a Erance e t 1 ' i n f i l t r a t i o n de l a me'decine a n g l a i s e dans l a Erance ne p r o g r e s s a i t que lentement pendant l a premiere m o i t i e du dix-huitieme s i e c l e . Les avantages que recevaient l e s Anglais de l e u r decou-vertes medicales et s c i e n t i f i q u e s devenaient de plus en plus evidents. Surtout i l l e u r r e s u l t a i t un avantage frappant de l e u r developpement des instruments de navigation, Comme l e d i t Le Blanc, 1. " L e t t r e s Philosophiques", V o l . 1, p. 135. 2. Idem. - 63 "What people i s b e t t e r s k i l l e d i n the a r t of n a v i g a t i o n , and more s e n s i b l y f e e l the e f f e c t s of i t by ple n t y i n a l l t h i n g s , than the E n g l i s h . " Qn commencait a, v o i r que l a g l o i r e de 1'Angleterre a v a i t des bases plus s o l i d e s que c e l l e s que donnaient l e s con-quetes de guerre. E l l e r e s t a i t sur l a suprematie commer-c i a l e . C'est chez V o l t a i r e encore une f o i s que nous trouvons une expression de 1' a t t i t u d e nouvelle envers l a preoccupation a n g l a i s e avec l e commerce. "Le Commerce qui a e n r i c h i l e s Gitoyens en Angle t e r r e , a co ntribue a. les. rendre l i b r e s , et c e t t e l i b e r t e a etendu l e Commerce a son tour; de l a s'est formee l a grandeur de 1'Etat. C'est l a Commerce qui a e t a b l i peu a peu l e s forces navales, par qui l e s Anglais sont l e s maItres des mers." 2 C e t a i t son ami l e commercant Falkner qui e t a i t l'ambassa-deur a n g l a i s a Constantinople. Ce n ' e t a i t qu'en Angleterre qu'on a u r a i t pu trouver un negociant honore comme ca. Les marquis de l a cour de Louis Quatorze meprisaient c e t t e "nation de b o u t i q u i e r s " , mais dans l e s i e c l e s uivant, ou on examinait toutes l e s i n s t i t u t i o n s dans ses rapports avec l e bien-etre g e n e r a l , i l s change rent d'avis a. l'egard du commerce et l e u r mepris changea en admiration pour l ' e n t r e p r i s e des negociants a n g l a i s . I l s ne s ' e c r i a i e n t 1. L'Abbe' l e Blanc, op. c i t . , V o l . 1, p. 46. 2. " L e t t r e s Philosophiques", V o l . 1 , p. 120. 64 -plus contre ce pays ou " l e cadet d'un P a i r de Royaume ne . dedaigne p o i n t l e negoce", l a question de V o l t a i r e e'tai t bien a propos l o r s q u ' i l demandait, " l e q u e l est l e plus u t i l e a un E ta t , ou un Seigneur bien poudre, jouant l e r6"le d 1 esc lave dans 1'antichambre d'un Mi n i s t r e , ou un Negociant qui e n r i c h i t son Pays, et contribue au bonheur du monde?" 1 C'est des A n g l a i s que l e s Erancais apprenaient encore une f o i s "1'importance dans l a v i e de 1'etat des con s i d e r a t i o n s d'economie p o l i t i q u e . " Sans doute l e s Erancais avaient des secousses assez . rudes dans l e u r s rapports avec l e s A n g l a i s . Les t r a i t e s des l i b r e s penseurs c r e a i e n t "un beau vacarme", au commen-cement du s i d c l e . Les t e n t a t i v e s de V o l t a i r e d ' i n t r o d u i r e dans l a Prance l e s idees des i n s u l a i r e s soulevaient l e courroux de ses contemporains en 1773. Gomme i l l e d i t lui-meme, "on regarde cette e n t r e p r i s e comme un crime de haute t r a h i s o n et comme une impi.ete. 1 , 3 Mais "maigre cet . acharnement contre l a l i t t e r a t u r e et l a philosophie ang-l a i s e s e l l e s s ' a c c r e d i t e r e n t insensiblement en Prance. Dans l a premiere moi tie' du s i e c l e , on a c c u e i l l i t surtout -h^  " L e t t r e s philosophiques",, yol;., 1, p. 120. 2. A s c o l i , ^ op. c i t . , V o l . 2, p. 114. 3. V o l t a i r e , "oeuvres", V o l . 30, p. 351. 4. I b i d , p. 352. - 65 l e s idees philosophiques et s o i e n t i f i q u e s a n g l a i s e s . E t parce que nous sommes dans un s i e c l e ou on "r e g a r d a i t l ' i n d i v i d u comme un pr o d u i t s o c i a l " , 1 l e s qualite's d ' a l t -ruisme et d'hardiesse me lee: a l a p i t i e s o c i a l e dont on t r o u v a i t une expression dans l e s i n s t i t u t i o n s a n g l a i s e s , evoquaient de 1'admiration. Pour l e s Eranpais de "ce s i e c l e s i ge'nereux, s i enthousiaste, s i ambi t i e u x d 'action e t . s i f a c i l e m e n t emu des maux que cree, mais que. peut guerre a u s s i 1' ins t i t u t i o n s o c i a l e " ,^ l e s Anglais e'taient vraiment des p i o n n i e r s sociaux. Dans l e s regions de l a s o c i o l o g i e s de l a philosophie a b s t r a i t e et des scie n c e s , i l n'y a v a i t pas de ces b a r r i e r e s qu'erigent l e s d i f f e r e n c e s de gout. La l i t t e r a t u r e de l ' A n g l e t e r r e r e s t a longtemps fermee aux Erancais a cause de ces b a r r i e r e s . Aides par l a sympathie q u ' i n s p i r a i e n t l e s i n s t i t u t i o n s et l e s prouesses i n t e l l e c t u e l l e s des A n g l a i s , l e s Eranqais f r a n c h i r e n t e n f i n ces obsta c l e s , et vers l a f i n du s i e c l e s•enthousiasmaient de l a l i t t e r a -ture a n g l a i s e . I l s tenaient maintenant l a c l e f l a plus importante au caractere des A n g l a i s . 1. M erlant, "De Montaigne a Vauvenargues", p. 21. CHAPITEE V L'Anglais revele" par l a l i t t e r a t u r e . Des l e commencement du dix-huitieme s i e c l e , l e s i n t e r -mediaires l e s plus importants dans l a formation de .1'opinion f r a n c a i s e a l'egard des An g l a i s avaient ete' l e s hommes de l e t t r e s . Le r o l e q u ' i l s j o u a i e n t dans l a societe f r a n -caise l e s r e n d a i t sympathiques envers 1'Angleterre. C e t a i t un r o l e t r e s d i f f e r e n t de c e l u i q u ' i l s avaient joue au s i e c l e precedent. A l o r s l e s e c r i v a i n s , comme l e s marquis qui a s s i s t a i e n t au l e v e r de Louis l e Grand, devaient se soumettre a l ' a u t o r i t e du R o i . Leur p r e s t i g e r e p o s a i t sur l a c o n t r i b u t i o n q u ' i l s pouva.ient f a i r e au renom de l a Erance. Le r o i et l a cour acceptaient l e u r s ouvrages avec un geste r o y a l . Lorsqu'au s i e c l e s u i v a n t , l a g l o i r e de l a cnur s'est diminuee, 1•homme de l e t t r e s changea de car a c t e r e . De c o u r t i s a n i l se changea en philosophe et en sociologue, et i l s'occupait d.irectement ou i n d i r e c -tement de l a reforme de l a societe'. Les preoccupations nouvelles des hommes de l e t t r e s l e s poussaient a tourner l e s yeux envers 1'Angleterre. - 67 l a i l s t r o u v a i e n t que 1 1 o r g a n i s a t i o n de l a socie'te e'tait en contraste frappant avec c e l l e de l a France. Tout d'abord, i l s s 'enthousmaient de l a l i b e r t e ' qu'on accordai t a l e u r s prototypes a n g l a i s . Depuis longtemps l e s e s p r i t s audacieux s ' e t a i e n t impatientes contre l e s subterfuges auxquels i l s a v a i e n t ete pousses a f i n d ' e v i t e r l a censure. l e u r admiration pour 'l'Angleterre e t a i t i n s p i r e e dans une la r g e mesure par sa tolerance envers tous ceux qui v o u l a i e n t s'exprimer. I l s 1'estimalent comme "un pays ou l e s sciences et l e s a r t s f l e u r i s s e n t autant qu'en aucun l i e u du monde, i l s y sont cultive's dans l e s e i n de . . "i l a l i b e r t e . " En A n g l e t e r r e i l s t r o u v a i e n t que l a nob-le s s e donnait du respect aux e c r i v a i n s autant que du pat-ronage. V o l t a i r e e t a i t s u r p r i s et r e j o u i de trouver que l e s hommes de qualite" a n g l a i s ne dedaignaient pas l e s l e t t r e s et q u ' i l s "n'ont pas cru deroger en devenant de tres-grands poetes et d'illu«tres E c r i v a i n s . Leurs ouvrages l e u r f o n t plus d'honneur que l e u r nom. I l s ont c u l t i v e l e s l e t t r e s comme s ' i l s en eussent attendu l e u r f o r t u n e : i l s ont de plus rendu l e s a r t s respectables 1. M i c h e l de l a Roche. C i t e par Texte, op. c i t . , p. 35. - 68 -aux yeux du peuple." 1 V o l t a i r e a'exprime avec enthou-siasme a u s s i au s u j e t de 1'independance des hommes de l e t t r e s . Quelques uns, c'est v r a i , r ecevaient des pensions semblables a, ceux que donnaie^.t Louis Q,uator&e. Par exemple - i l y a v a i t " l e poe~te du r o i , t i t r e qui p a r a i t r i d i c u l e , mais qui ne l a i a s e pas de donner m i l l e ecus de rente e-t de heaux p r i v i l e g e s . " G ' e t a i t un age de t r a n -s i t i o n en A n g l e t e r r e . I I y avaie=»t des pensions encore, mais & l ' a u t r e c&te Pope a v a i t des rentes considerables de l a vente de ses l i v r e s . Ge qu'on a d m i r a i t en Angle-t e r r e e ' e t a i t l e s recompenses moins t a n g i b l e s que l e s pensions,le respect et l a ve'neration. "Le merite 'trouve a l a v e r i t e en Angle t e r r e d'autres recompenses plus honorables pour l a nation: t e l est l e respect que ce peuple a pour l e s t a l e n t s , qu'un homme de merite y f a i t tnujours fortune . Ce qui encourage l e plus l e s a r t s en Ang l e t e r r e c 'est l a con-s i d e r a t i o n ou i l s sont." Sociologues p l u t o t que c r i t i q u e s l i t t e r a i r e s , l e s voyageurs du premier t i e r s du s i e c l e estimaient 1'Angle-t e r r e parce q u ' e l l e permettait l'expresaion de ces i d l e s nouvelles dont l e u r s t§tes e t a i e n t remplies. Q,uant aux 1. V o l t a i r e , " L e t t r e s Philosophiques", V o l . 2, p. 128. 2. I b i d , p. 109. 3. I b i d , p. 157, 158. 69 ouvrages purement l i t t e r a i r e s , i l l e u r semblait q u ' i l s e t a i e n t remplis de fautes qui re'sultaient de c e t t e l i c e n c e mSme qui e t a i t s i f a v o r a b l e au developpement de l a science et de l a . p h i l o s o p h i e a b s t r a i t e . La t r a d i t i o n de l a l i t -t e r a t u r e c l a s s i q u e e t a i t t res f o r t e et "1'on c r o y a i t encore qu'en dehors de l a noble l i t t e r a t u r e du dix-septieme s i e c l e , i l ne f a l l a i t pas chercher l a p e r f e c t i o n . 1 , 1 E b l o u i s par l a grandeur des anciens et par l e s chefs-d'oeuvre des colosses f r a n c a i s qui l e s a v a i e n t i m i t e s , i l s ne pouvaient pas c r o i r e a 1'exis tence "d'une l i t t e r a t u r e v i e r g e de toute contamination c l a s s i q u e , poussee spontane-roent, sans l e v a i n etranger, en p l e i n s o l national."2 A i n s i pendant l e s premieres annees du s i e c l e i l s r e s t a i e n t encore dans une ignorance profonde de l a l i t t e r a t u r e a n g l a i s e . Ces gens meme qui 1 ' i n t r o d u i s a i e n t dans l a France, con-damnaient l e s q u a l i t e s qui sont essentiellement a n g l a i s e s . Admirateurs ardents de l a p h i l o s o p h i e a n g l a i s e , i l s croyaient que l e s ouvrages l i t t e r a i r e s e t a i e n t gates par une preoccu-pati o n i n t e l l e c t u e l l e temoignee par l e s e'crivains. S a i n t -Evremond a v a i t lamente a i n s i l e s t y l e l o u r d qui r e s u l t a i t 1. Schroeder, op. c i t . , p. 34. 2. Texte, op. c i t . , p. 16. - 70 -de c e t t e preoccupation: "quand i l s possedent l e u r s u j e t , i l s creusent encore ou i l n'y a plus r i e n a trouver, et passent l a j u s t e et n a t u r e l l e id£e q u ' i l f a u t a v o i r , par une recherche profonde." 1 Tous l e s c r i t i q u e s pardonnaient assez facilement .aux ouvrages a n g l a i s l e u r profondeur philosophique, mais i l s sont tous d'accord dans l e u r s r e g r e t s pour l e manque de gout q u i , a l e u r s yeux, e t a i t un defaut irremediable. L'Abbs' l e Blanc s'exprime decisivement sur c e t t e question en d i s a n t " everything which comes w i t h i n the province of t a s t e i s f o r e i g n to the i n h a b i t a n t s of t h i s i s l e . " Comme tous ses contemporains, i l avoue l a s u p e r i o r i t e des A n g l a i s dans l a p h i l o s o p h i e , mais i l l e u r nie a Lie urns p r e t e n t i o n au gout. " I t seems to me that t a s t e and the elegant a r t s are as much behindhand i n England as philosophy and the abstruse sciences have been improved there. The E n g l i s h i n s e v e r a l respects are not yet a r r i v e d a t the p o i n t where we were two cen-t u r i e s ago."^ I I ne pouvait pas pardonner aux Anglais l e u r mepris des biense'ances l i t t e r a i r e s . C'est drole de l i i - e de l a plume du bon Abbe, " With a l i t t l e more prudence and t a s t e , M i l t o n 1. "Oeuvres C h o i s i e s " , p. 339. 2. L'Abb£ l e Blanc, op. c i t . , V o l . 1, p. 161. 3. I b i d , p. 241. 71 -would have made a master-piece of h i s Paradise Lost. 111 Ces gradues de l ' e c o l e de B o i l e a u voudraient enseigner a l e u r v o i s i n s i n f o r t u n e s l a necessite des r e g i e s . " I I faudra , d i s e n t - i l s , que l e s A n g l a i s cap-t i v e n t un peu l e u r imagination fougueuse sous l e joug des r e g i e s . " L* exuberance de l a l i t t e r a t u r e a n g l a i s e l e s r e n d a i t i n q u i e t s , e l l e choquait l e u r s s u s c e p t i b i l i t e s r a f f i n e e s et b i e n s o c i a l i s e e s . I l s l a regardaient avec l a meme av e r s i o n qu'avaient r e s s e n t i e l e s gens du dix-septi&me s i e c l e envers l e s poetes de l a P l e i a d e . I I se peut que l'inter§t c r o i s s a n t dans l a l i t t e r a t u r e a n g l a i s e a v a i t ses sources dans un d e s i r cache" pour un peu de c e t t e i v r e s s e l i t t e r a i r e qui a v a i t ete bannie de l a l i t t e r a t u r e f r a n c a i s e par l e s oenseurs s t r i c t e s , Malherbe et Boileau. Tout en de'plorant l e manque de gout dans l a l i t -t e r a t u r e a n g l a i s e , i l s a p p r e c i a i e n t ces lueurs s^udaines qui l a sauvaient. V o l t a i r e en p a r l e avec penetration. "C'est dans ces morceaux detaches que l e s tragiques a n g l a i s ont j u s q u ' i c i e x c e l l e ; l e u r s pieces presque toutes bar bares, de'pourvues de biense'ance, d'ordre, de vraisemblance, ont des lueurs e'tonnantes au 1 . I b i d , p. 242. 2. C i t e par Lovering, op. c i t . , p. 17 . - 72 -m i l i e u de cette n u i t . Le s t y l e est trop ampoule", trop hors de l a nature, trop copie des e c r i v a i n s hebreux s i remplis de l ' e n f l u r e a s i a t i q u e , mais, a u s s i , i l f a u t avouer que l e s echasses du s t y l e f i g u r e , s u r ^ l e s q u e l l e s l a langue a n g l a i s e est guindee, elevent a u s s i 1 ' e s p r i t bien haut, quoique par une marche (irreguliere."-*• V o l t a i r e s'est vantd.du r d l e q u ' i l j o u a i t en i n t r o d u i s a n t a, ses compatriotes l a l i t t e r a t u r e a n g l a i s e . Q,uoiqu'il partagea^t l a reverence de ses compatriotes pour l e s r e g i e i l se montrait c r i t i q u e competent dans ses discours au suj et de l a l i t t e r a t u r e a n g l a i s e . Dans l e s i n s t i t u t i o n s a n g l a i s e s i l c h e r c h a i t a prendre des modeles pour l'ame'-l i o r a t i o n de l a s o c i e t e f r a n c a i s e , et egalement i l p ensait trouver dans une etude de l a l i t t e r a t u r e a n g l a i s e des suggestions pour l a r e v i v i f i c a t i o n de l a l i t t e r a t u r e f r a n -c a i s e dont i l s e n t a i t bien l a s t e r i l i t e . "Les A n g l a i s ont beaucoup p r o f i t e des ouvrages de notre langue: nous devrions a notre tour emprunter d'eux apres l e u r a v o i r p r e t e . 1 , 2 E t i l montre son manque de prejuge n a t i o n a l dans ce qui s u i t : "nous ne sommes venus, l e s Anglais et nous qu'apres l e s I t a l i e n a qui en tout ont ete nos maitres et que nous avons surpasses en quelque chose. Je ne s a i s 1. " L e t t r e s Philosophiques", v o l . 2, p. 84. 2. I b i d , p. 139. - 73 -a l a q u e l l e des t r o i s nations i l faudra donner l a preference mais^heureux c e l u i qui s a i t e n t i e r l e u r s d i f f e r e n t s merites. V o l t a i r e d i f f e r e des autres c r i t i q u e s dans ce q u ' i l v o y a i t que l e s q u a l i t e s d ' i r r e g u l a r i t e et de " b a r b a r i t e " e'taient indigenes a l a l i t t e r a t u r e a n g l a i s e . "Le genie poetique des A n g l a i s ressemble jusqu'a present a un arbre t o u f f u plante par l a nature, j e t a n t au hasard m i l l e rameaux et c r o i s s a n t inegalement et avec f o r c e . " l o t e z q u ' i l a j o u t e : " i l meurt, s i vous voulez f o r c e r sa nature et l e t a i l l e r en arbres des j a r d i n s de Marly." Quant a. l a l i a i s o n entre l a l i t t e r a t u r e et l e caractere a n g l a i s , tous sont d'accord en a t t r i b u a n t l e s fautes de gout a 1'impatience contre l e s c o n t r a i n t e s , manifested dans tnutes l e s a c t i o n s des A n g l a i s . L ' A b b e l e Blanc e s t peu c h a r i t a b l e l o r s q u ' i l remarque: "Their l i t e r a t u r e partakes of the hardness and s t i f f n e s s which i s part of t h e i r c h a r a c t e r . " 3 Pour l a p l u p a r t , l e s Francais regardaient l e s fautes comme un r e s u l t a t assez malheureux de c e t t e independance d ' e s p r i t qui a v a i t gagne pour l e s A n g l a i s l a l i b e r t e dans l a v i e 1. Idem. 2. I b i d , p. 87. 3. Abbe l e Blanc, op. c i t , , V o l . 1, p. 246. - 74 p o l i t i q u e et dans l e s regions de l a pense'e. Le degout pour l a b i z a r r e r i e de l a l i t t e r a t u r e d i s -p a r a i s s a i t lentement pendant l e s i e c l e , et donna l i e u a 1'admiration. • Ge.qui p r o d u i s i t ce changement e ' e t a i t une f o u l e d'ouvrages q u i , a cause de I s i n f l u e n c e f r a n c a i s e exercee sur 1'Angleterre pendant l'age pre'eedant, e t a i e n t p l u t & t f r a n c a i s qu'anglais dans l e u r s t r a i t s c a r a c t e r i s -t i q u e s . I I n'y a v a i t ^ e u un manque d'admiration pour ces ouvrages qui a v a i e n t l e s q u a l i t e s f r a n c a i s e s d'ordre et de c l a r t e . Le poete Waller qui l e premier a v a i t impose une prosodie s t r i c t e sur l a v e r s i f i c a t i o n a n g l a i s e , est l e premier de ces poetes q u ' i l s c r o y a i e n t dignes d'etre compares a l e u r s grands e c r i v a i n s . I l s l e regardaient comme l e predecesseur de Pope, dont i l s chantaient l e s louanges et dont V o l t a i r e a d i t , " c ' e s t , j e c r o i s , l e poete l e plus ele"gant, l e plus c o r r e c t , et ce qui est encore beaucoup, l e plus harrnonieux, q u ' a i t eu 1'Angleterre. I I a r e d u i t l e s s i f f l e m e n t s aigus de l a trom-p e t t e a n g l a i s e aux sons doux de l a f l u t e . " ! V o l t a i r e estime egalement l e s oeuvres de Dryden et dans l e r e c u e i l q u ' i l f i t pendant son sejour en A n g l e t e r r e , 1. " L e t t r e s Philosophiques", V o l . 2, p. 136. - 75 l e s e x t r a i t s qui r e m p l i r e n t l a m a j o r i t e des pages sont de ces deux poetes. Les Francais trouvaient a u s s i l a q u a l i t e f r a n c h i s e de clarte" dans l e prose d'Addison et dans l e chef-d'oeuvre de Defoe, "Robinson Crusoe". C'est, en e f f e t un r e f l e t de l e u r s propres t r a i t s q u ' i l s e s t i -maient dans l a l i t t e r a t u r e c l a s s i q u e a n g l a i s e . Ce sont l e s s e u l s t r a i t s q u ' i l s pouvaient gouter a c e t t e epoque, et i l s sont l e s t r a i t s a u s s i que l e s A n g l a i s estimaient eux-memes a l o r s . En e f f e t , " l e s jugements de gout de V o l t a i r e sur l e s A n g l a i s ont l e u r source dans sa c u l t u r e es theticiue et dans son attachement a l ' a r t f r a n c a i s . Ce-pendant i l s dependent a u s s i dans une large mesure des conversations q u ' i l a eues avec l e s A n g l a i s l i t t e r a t e u r s et "gentlemen", dont i l a v a i t f a i t l a connaissance. l e s reserves du gout f r a n c a i s de V o l t a i r e ne sont souvent que l'e'cho des reserves de l a bonne compagnie ang l a i s e du premier t i e r s du dix-huitieme siecle.""'' La forme de c e t t e l i t t e r a t u r e l e u r e t a i t agreable, et e l l e i n d i q u a i t que l e s A n g l a i s n'e'taient pas tout a f a i t depourvu de bon sens et de s o b r i e t e . De temps en 1. I b i d , note p.' 88 - 76 -temps l e fond l e s charmait a cause des elements g a u l o i s , l a moquerie et l a s p i r i t u a l i t e . Les s a t i r e s de Pope e t a i e n t t r e s p o p u l a i r e s et V o l t a i r e d i t de "Hu^ibras", "c'est de tous l e s l i v r e s que j ' a i jamais l u s , c e l u i ou j ' a i trouve" l e plus d ' e s p r i t , " 1 C'est l ' i r l a n d a i s S w i f t , cependant qui l e u r e s t l e plus cher. I l s goutaient f o r t son s t y l e narquois et un peu apre, mais e t i n c e l a n t et p l e i n d ' e s p r i t . V o l t a i r e l e t r o u v a i t une ame sympathique, et i l en d i t : "Mr. S w i f t est Rabelais dans son bon sens, et v i v a n t en bonne compagnie, i l n'a pas, a, l a v e r i t e , l a g a i e t e du premier, mais i l a toute l a f i n e s s e , l a r a i s o n , l e choix, l e bon gout qui manque a notre ' Cure de Meudon. Ses vers sont d'un gout s i n g u l i e r et presque i n i m i t a b l e , l a bonne p l a i s a n t e r i e son partage en vers et en prose."2 Apres a v o i r l u de t e l s ouvrages, l e s Francais n'accusaient plu l e u r s v o i s i n s de barbarisme l i t t e r a i r e . I l s l e u r accor-daient l a capacite d'atteindre aux sommets du Parnasse pourvu q u ' i l s eussent un m i l i e u - f a v o r a b l e pour l ' a p p r i -voisement de l e u r Plgase fougueux. Les s a t i r e s d'un Pope et l e s contes narquois d'un-S w i f t exprimaient d'une maniere s u b t i l e mais i n d i r e c t e l e caractdre des A n g l a i s . Pour une peinture v i v e et coloree 1. I b i d , p. 134. 2. I b i d , p. 135. - 77 -des i n d i v i d u s de c e t t e s o c i e t e i n t e r e s s a n t e , l e s Francais se tournaient vers l e drame. I l s e'taient repousses d'abord par l e melange des genres et par l a negligence des r e g i e s . Les dramaturges a n g l a i s semblaient n'avoir jamais entendu p a r l e r des r e g i e s des t r o i s u n i t e s et l e u r s pieces sem-b l a i e n t vraiment monstrueuses. I I f a u t se souvenir encore, que l e s A n g l a i s eux-memes au commencement de cette epoque d e p l o r a i e n t c e t t e v i o l e n c e et estimaient peu l e s pieces shakespeariennes. Quelques-uns des Francais goutaient 1.'animation.de l a scene a n g l a i s e et l a comparaient favo-rablement a. l ' a c t i o n trop languissante des pieces f r a n -c h i s e s . Mais 1'opinion.generale semblait a v o i r ete c e l l e de l e Blanc, qui d i t : "The E n g l i s h poets i n conformity w i t h the general character of t h e i r nation cannot bear to be c a p t i v a t e d by any yoke. They receive no r u l e s f o r the stage but such as leave them f u l l l i b e r t y . But yet t h e i r Pegasus would seldomer run a s t r a y i f they held t i g h t e r r e i n on him'. L i k e t h e i r hunters, he stands l e s s i n need of spurs to give him s p i r i t , than of a curb to check his impetuosity. The E n g l i s h poets a f f e c t to support an e r r o r which i s f a v orable to t h e i r l a z i n e s s . " 1 Les Francais e t a i e n t choques a u s s i par l a l i c e n c e du theatre a n g l a i s . Dans l e "Mercure" de 1722 nous trouvons une 1. L'Abbe l e Blanc, op. c i t . , V o l . l , p. 238. - 78 -note sur l e l i b e r t i n a g e du theatre a n g l a i s , " l e l e c t e u r j u d i c i e u x et r e g i e comparera sans d'oute avec p l a i s i r l a retenue et l a modestie de nos spectacles avec l a l i c e n c e condamnable de ceux de nos v o i s i n s . " 1 Cependant au com-mencement du s i e c l e p l u s i e u r s des e c r i v a i n s a n g l a i s se sont donnes l e r o l e de censeurs moraux, et a, I'h^ure ou 1'anglomanie s ' a c c r o i s s a i t l e l i b e r t i n a g e diminuait rapidement. Le theatre devenait plus bourgeois et r e f l e t a i t 1'augmentation du sentiment moral chez l e s A n g l a i s . I I y a v a i t e'galement de 1'amelioration du poi n t de vue f r a n -c a i s , dans l a forme des pieces. G'est au "Caton"'d'Addison qu'on a t t r i b u a i t ce 6 hangement. V o l t a i r e a propage ce t t e opinion en l e nommant " l e premier A n g l a i s qui a i t f a i t une piece raisonnable e t e c r i t e d'un bout a. I'autre avec elegance." 2 Gette m o d i f i c a t i o n du theatre a n g l a i s l e r e n d a i t p l u s agreable au gout f r a n c a i s . Les voyageurs est i m a i e n t f o r t " l e s b e l l e s comedies" comme c e l l e s de Gongreve dont V o l t a i r e a e c r i t d'une plume a i g u i s e e : " E l l e s sont p l e i n e s de caracteres nuances avec une extreme f i n e s s e , on n'y essuie pas l a moindre mauvaise p l a i s a n t e r i e , vous y voyez partout l e langage des honn§tes gens avec des a c t i o n s de f r i p o n , 1. Cite" par Love r i n g , op. c i t . , p. 20. 2. " L e t t r e s Philosophiques", V o l . 2, p. 84. - 79 ce qui prouve q u ' i l c o n n a i s s a i t bien son monde,-et q u ' i l v i v a i t dans ce qu'on appelle l a bonne compagnie."1 Au m i l i e u du s i e c l e l e s pieces anglaises devenaient remarquables pour l a d e s c r i p t i o n minutieuse des caracteres et l e s Francais y pouvaient trouver des p o r t r a i t s v i f s de l e u r s v o i s i n s . En l e u r p a r l a n t des pieces assez re'gulieres d'un Jonson ou d'un Congreve, V o l t a i r e i n t r o d u i s a i t ses l e c t e u r s lentement au drame a n g l a i s , i l l e s "amadouait" et. l e s p r e p a r a i t a, gouter l e s pieces de "ce fameux Shakespeare" dont l e s " e n ^ r o i t s frappants demandent grSce pour t n u t e s l e s f a u t e s " . Gomme nous 1'avons montre l e s Francais l e c o n n a i s s a i e n t mal avant ce s i e c l e . V o l t a i r e se montre c r i t i q u e l i t t e r a i r e competent dans son a p p r e c i a t i o n du genie de Shakespeare dont i l f u t frappe pendant son sejour en A n g l e t e r r e . I I v o y a i t au-dela des f a i b l e s s e s a, l a s u b l i m i t ! et i l en p a r l e avec enthousiasme. "Shakespeare qui p a s s a i t pour l e G o r n e i l l e des A n g l a i s . . . . crea l e theatre, i l a v a i t un genie p l e i n de f o r c e et de f e c o n d i t e , de n a t u r e l et de sublime, sans l a moindre e t i n c e l l e de bon gout, et sans l a moindre connaissance ^des r e g i e s . Le merite de cet Auteur a perdu l e the'atre a n g l a i s , 1. I b i d , p. 108. - 80 -i l y a de s i b e l l e s scenes, des morceaux s i grands et s i t e r r i b l e s repandus dans ses Farces monstrueuses qu'on ap p e l l e Tragedies, que ces pieces ont toujours ete jouees avec un grand s u c c e s . 1 , 1 Les louanges de V o l t a i r e sont melees de censure et i l mon tre q u ' i l y a v a i t dans Shak-espeare beaucoup de cette negligence des regies qu'on a v a i t a t t r i b u t e a 1'ignorance, a l a paresse ou au manque t o t a l de gout l i t t e r a i r e chez l e s poetes a n g l a i s . V o l t a i r e a v e r t i t ses l e c t e u r s contre cett e f a u t e , l e u r extant l'exemple h o r r i b l e de l a scene des fossoyeurs dans Hamlet qui "creusent une fosse en buvant, en chantant des vaude-v i l l e s , en f a i s a n t sur l e s tetes de mort q u ' i l s rencontrent des p l a i s a n t e r i e s convenables aux gens de l e u r metier. "* Autant que ses contemporains a n g l a i s i l lamente l e caractere sanglant des p i e c e s , mais i l admire l e mouvement et l a de c o r a t i o n scenique. I I a cherche lui-meme a. i n t r o d u i r e ces q u a l i t e s dans ses propres pieces et nous l e s trouvons par exemple dans " Z a i r e . Surtout i l r e s s e n t i t l a sub-limite" du langage shakesperien et i l en pa. r l e a i n s i , "C'est Shakespeare q u i , tout barbare qu • i l ^ e t a i t , mit dans 1'anglais c e t t e force et cette ehergie 1. I b i d , p. 79. 2. I b i d , p. 80. - 81 -qu'on n'a jamais pu augmenter depuis sans l ' o u t r e r et par consequent sans 1'af f a i b l e r . 1 , 1 En 1733, l e s c r i t i q u e s l i t t e r a i r e s f r a n c a i s con-damnaient ses louanges de cet e'crivain barbare. Lentement cepen^ant, l e sentiment et l e gout personnel remplacaient l a r a i s o n comme bases de l a c r i t i q u e . On o u b l i a i t l e s barbarismes de Shakespeare et s'enthousiasmait pour ses peintu r e s v i v e s des passions et des q u a l i t e s de coeur. On t r o u v a i t dans ses pieces des p o r t r a i t s v i f s des hommes soumis au sort,, ou s'amusant dans l e s rapports gais d'une comedie. V o l t a i r e se montre sage dans son choix de Shakes-peare comme-representant des A n g l a i s , car dans ses pieces i l se trouve 1'epitome et l' e x p r e s s i o n l a plus haute du genie a n g l a i s . Shakespeare e t a i t essentiellement a n g l a i s et q u o i q u ' i l atfpenetre aux t r a i t s u n i v e r s e l s qui ne sa i e n t a aucune b a r r i e r e de pays n i d'epoque, i l lesVde'peints dans un decor a n g l a i s et par moyen des caracteres a n g l a i s . Pendant l e s i e c l e , o n peut s u i v r e l e developpement de 1'admiration pour l e s A n g l a i s dans l e s changements dans 1'opinion f r a n c a i s e a l'egard de Shakespeare. L'admiration s ' a c c r o i s s a i t lentement, et en 1776, on 1. "Oeuvres", V o l . 23, p. 210. - 82 -l e nomma " l e dieu createur de l ' a r t sublime du theatre, qui r e c u t de ses mains 1'existence et l a p e r f e c t i o n . " 1 A cet t e epoque V o l t a i r e lui-meme a v a i t change' d f a v i s a l'egard de Shakespeare, et i l c r o y a i t ces louanges trop emportees. Q,uand i l v i t qu'on v o u l a i t donner comme modules aux jeunes E c r i v a i n s f r a n c a i s , l e s pidces de Shakespeare au -l i e u de c e l l e s de ses mai'tres reveres, C o r n e i l l e et Racine, l e vieux g u e r r i e r sonna l' a t t a q u e , et condamna vigoureusement f o i l 1'adulation aveugle de c e l u i q u ' i l a d mirait tant autreiss-B-t. G r i a n t , en a l l a n t a l a charge, "Vive* S a i n t - D e n i s - V o l t a i r e , et meure George-Shakespeare", i l 1'attaqua du point de vue p a t r i o t i q u e . "Je ne c o n s e n t i r a i jamais que Shakespeare s o i t s i redoutable pour l a Prance qu'on l u i irnmole Cor-n e i l l e et Racine. Je' s.uis assez comme ceux qu'on a p p e l l e l e s insurgents d'Amerique, j e ne veux poin t e t r e 1'esclave des A n g l a i s . Je n'ai e c r i t a l'Academie cett e l e t t r $ . d o n t vous me f a i t e s 1'honneur de me p a r l e r que pour me j u s t i f i e r d'avoir ete l e premier panegyriste en Prance de l a l i t t e r a t u r e a n g l a i s e . Ce n'est pas ma faute s i on a abuse des louanges que j ' a v a i s sonnies aux bons auteurs de ce pays- l a , et s i on a voulu me casser l a t e t e avec l'e n c e n s o i r meme dont j e m'e'tais s e r v i pour l e s honorer. Ma l e t t r e e t a i t d'un bon Fran c a i s qui combattait pour sa p a t r i e e t qui ne v o u l a i t p o i n t que P a r i s f u t subjugue 1. I b i d , V o l . 30, p. 351. 2. Lettre a I'AgSdemie F rancaise, 1776, . provoquee par l a traduction francaise par L etourneur des Oeuvres de S hakespeare. = 83 -par L o n d r e s . m 1 V o l t a i r e e t a i t e c r i v a i n c l a s s i q u e et i l c r o y a i t avec ardeur que l e bon gout e'tait e s s e n t i e l a l a beaute d'une piece. I I s'adressa done aux "cours de 1'Europe, academiciens de tous l e s pays, hommes bien eleves, hommes de gout dans tous l e s e t a t s . I I l e s ap p e l l e tous au secours des jeunes e c r i v a i n s qui sont en p e r i l a, cause de l'exemple p e r n i c i e u x de Shakespeare. "Qu'ils jugent, d i t - i l , s i l a nation qui a produit Iphigenie et A t h a l i e d ^ i t l e s abandonner, pour v o i r sur l e theatre des hommes et des femmes qu'on e t r a n g l e , des crocheteurs, des s o r c i e r s , des bnuffons, et des pre"tres i v r e s , s i notre cour, s i longtemps renommee pour sa p o l i t e s s e et pour son goiit, d o i t e t r e changee en un cabaret de bier e et de brandevin. 1 , 3 Pour notre etude, 1 • i n t e r e t de oe combat l i t t e r a i r e , c'est l a preuve q u ' e l l e donne du p r e s t i g e de Shakespeare. V o l t a i r e a v a i t assez de combats et i l n ' a u r a i t pas sonne l'attaque s ' i l n'y a v a i t pas «*• un danger r e e l . C'est que vers l a f i n du s i e c l e , 1'admiration pour Shakespeare et pour l e s A n g l a i s e t a i t bien fondee. Gn a v a i t oublie l e s b i z a r r e r i e s , l e s defauts de gout et on e s t i m a i t f o r t l a gene'rosite' et l a grandeur d'ame. Au commencement du s i e c l e lorsque l e s Francais e t a i e n t entetes de l a r a i s o n 1. I b i d , V o l . 50, p. 96. 2. I b i d , V o l . 30, p. 362. 3. I b i d , p. 368. - 84 -i l s n'accueilli=g=3aient que l e s t r a i t e s philosophiques . l i s e s t i n i a i e n t 1'Anglais tout d'abord comme un philosophe sens! et raisonnable et i l s n e g l i g e a i e n t l e s expressions emotionnelles de son cara c t e r e . Le naturalisme de Locke s l e systeme d'examination o b j e c t i v e a i n f l u e sur l e s Francais. Haturellement i l s ont tourne c e t t e nouvelle methode d'analyse sur l e u r propres c a r a c t e r e s , et de l a v i e n t l a preoccupation Igo'iste e t l a f u r i e d'analyse qui menaient l e s F rancais d r o i t au romantisme. Leur guide dans ce s e n t i e r nouveau e t a i t Richardson, l e romancier a n g l a i s , dont l e s longs mmans bourgeois et sentimentaux f a i s a i e n t f u r e u r en France. Richardson p r e n a i t - l a v i e f o r t au serieux. Les pages de ses romans sont remplies de preceptes moraux, et l e s l i b e r t i n s y sont a s s u j e t t i s a de longs sermons. Le secret dusucces et de I ' i n f l u e n c e de Richardson c'est son e x a l t a t i o n de l a s e n s i b i l i t y . Dans une succession de l e t t r e s i n t e r -minables i l analyse minutieusement l e s c">mplexi tes des passions et des sensations. Les s u j e t s de cette v i v i -s e c t i o n sentimentale sont des bourgeois, repre'sentants de l a m a j o r i t e des A n g l a i s , et i l l e s p e i g n a i t avec une 85 f i d e l i t e i n f a t i g a b l e . Les Francais pouvaient trouver dans ses pages l e type de 1'Anglais, s e r i e u x et sentimental, austere mais encore passionne, et dont l e caractdre e t a i t un melange de p h i l o s o p h i e et de s e n s i b i l i t e ' . Ce sont l e s t r a i t s dominants des types de 1'Anglais qui se trouvent dans l e s ouvrages f r a n c a i s de cette e'poque. Tout d'abord l e s A n g l a i s dans l a l i t t e r a t u r e f r a n c a i s e ne sont que des i n t e r m e d i a i r e s pour 1'expression des idees. Chez V o l t a i r e par exemple, nous trouvons un Quaker qui represente l a l i b e r t e r e l i g i e u s e de l ' A n g l e t e r r e , un nego-c i a n t qui montre 1 ' a t t i t u d e des A n g l a i s envers l e commerce, et a i n s i de s u i t e . Nous ne trouvons pas d ' i n d i v i d u s dans l e s pages des " L e t t r e s Philosophiques", seulement des marionnettes dont V o l t a i r e t e n a i t l e s f i l s et avec qui i l d i v e r t i s s a i t et e x h o r t a i t l e s F r a n c a i s . V o l t a i r e e t a i t s u r t o u t sociologue et propagandiste, et i l s'occupait des idees p l u t o t que des caracteres. Un roroancier de ses con-temporains a v a i t l a s e n s i b i l i t e et l ' i n t u i t i o n n e c e ssaires pour l a c r e a t i o n des personnages. C'est 1 •Abbe' Prevost qui l u i a u s s i s'est r e f u g i e en A n g l e t e r r e . I I s'enthou-s i a s m a i t au s u j e t de ce pays autant que V o l t a i r e et i l - 86 -en' donnait un commentaire dans ses "Memoires d'un homme de q u a l i t e " . Dans "Cleveland" nous trouvons l e p o r t r a i t d'un homme qui possedait tous l e s merites a n g l a i s . Eleve par •une mere devouee i l r e c e v a i t une education dont " l e p r i n -c i p a l obj et . . . a v a i t ete l a Philosophie Morale." "Je savais l i r e , d i t - i l , lorsque l e commun des enfants commence a p a r l e r ; et l a s o l i t u d e per-p e t u e l l e dans l a q u e l l e j •e'tais retenu me f i t prendre 1'habitude de penser et de r e f l e ' c h i r . 1 , 1 I I e t a i t f o r t i f i e pour l a v i e avec toutes l e s armes que pouvait l u i donner l a p h i l o s o p h i e . Get homme mer v e i l l e u x est sournis a une s e r i e d'aventures mais sa ser e n i t e n'est jamais ^branlee. Ses propres sensations sont l e s s u j e t s de ses contemplations. I I d i t fierement: "La ve'rite, l e courage, et l a Constance i n a l -t e r a b l e , que j ' a i f a i t p a r a i t r e dans toutes mes disgraces m'a me"rite l e nom de Phil o s o p h e . 1 , 2 En e f f e t , dans Cleveland, Prevost donna a l a Erance l e type de 1'Anglais, philosophe mais s e n s i b l e , independant et sage, qui dominait dans l a l i t t e ' r a t u r e pendant l e s i e c l e . L'auteur de "Manon Lescaut" a du r e s s e n t i r vivement l e s charmes de Richardson et Prevost se hata <k' t r a d u i r e ses romans. C'est l u i done qui i n t r o d u i s i t dans l a Erance ces exemples de v e r t u , S i r Charles Grandison, C l a r i s s a Harlov/e et Pamela. Combien de coeurs e'taient se'rres au 1. Prevost, "Cleveland", V o l . 1, 2. I b i d , V o l . 2, p. 2. - 87 -del a de l a manche a. cause du s o r t de l a pauvre C l a r i s s a , v i c t i m e vertueuse du sce'lerat Lovelace. Pamela devenait un modele pour toutes l e s jeunes f i l l e s f r a n c h i s e s . Les habi t a n t s de 1 ' i l e partageaient l a g l o i r e de ces person-, nages. On a v a i t estime" l e s Anglais pour l e u r independance et l e u r courage. On commencait a l e s aimer pour l e u r s coeurs s e n s i b l e s . De tous ces A n g l a i s crees par l e s romanciers l e heros a n g l a i s de "La Kouvelle Heloiee" est l e plus fameux. Son createur l u i donna un. coeur s e n s i b l e aux charmes de J u l i e et rempli d'une ami t i e genereuse pour S a i n t Preux. La s e n s i b i l i t e " extreme de cet homrne admirable est cache" sous un rnaintien severe et grave. I I est comme Cleveland dans ce que l a passion ne l'emporte pas chez l u i et i l r e m p l i t l e r o l e de c o n s e i l l e r sage a: son ami S a i n t Preux. M i l o r d Edouard Bomston, "ame grande, ami sublime", n'est peut-§tre que " l a plus naive, mais l a plus s i n c e r e expression de l'anglomanie de Jean-Jacques Rousseau" 1 mais i l est neanmoins " l e personnage l e plus sympathique du r e c i t . " ^ P a r t o ut dans l e s romans du s i e c l e ce sont l e s memes 1. Texte, op. c i t . , p. 131, 2. I b i d , p. 128. - 88 -t r a i t s qu'on de'couvre. Touj ours cet A n g l a i s imagi naire e s t philosophe, son i n t e g r i t y e st i n e b r a n l a b l e , son dehors est encore un peu formidable mais c e l a rehausse son charme I I e s t de m^ me t a i l l e que ces A n g l a i s depeints par PrevoKt-qui l e s comparait favorablement avec l e u r s v o i s i n s f r a n -c a i s , "legers e t inc o n s t a n t s " . "Quant aux A n g l a i s , d i t - i l , quoique l e u r exterieur. simple et modes te ne montre d'abord r i e n de b r i l l a n t , i l promet beaucoup a des yeux a t t e n t i f s , c'est une ecorce s a i n e , sous l a q u e l l e l a premie"re chose qu'on e s t porte a c r o i r e , c'est q u ' i l ne s a u r a i t y a v o i r de p o u r r i t u r e cachee. L'ouvre-t-on? On n'apercoit que des p a r t i e s s o l i d e s et e n t i e r e s , qui p l a i s e n t egalement a l a vue et pour l'usage. Plus on penetre, plus on est s a t i e f a i t d'y decouvrir de nouvelles beautes, qui semblent s ' a c c r o i t r e et se developper sans cesse„"l 1. Schroeder, op. c i t . , pp. 41, 42. CONCLUSION C e l u i qui f e u i l l e t t e l e s memoires et l e s r e c u e i l s de l e t t r e s f r a n c h i s e s du dix-septieme s i e c l e trouve un manque presque t o t a l d'interest au s u j e t des A n g l a i s . Lor-squ'.il se tourne a l a l i t t e r a t u r e du s i e c l e s u i v a n t , i l peut trouver un amas de l i v r e s consacres "a l a d i s c u s s i o n de 1'Angleterre et de ses habitants... Tout l e monde s'en-thousiasmait a ce s u j e t . Ceux qui s ' i n t e r e s s a i e n t aux questions de gouvernement, trouvaient en Ans-leterre tout ce q u ' i l s r e g r e t t a i e n t en Prance. Ceux qui etaient pousses par l a c u r i o s i t e a, pe'netrer dans " l ' i l e inconnue", s'occu-paient a observer l e s moeurs et l e caractere des A n g l a i s . Les l i e n s entre l e s deux pays devenaient de plus en plus I t r o i t s . Dans l a seconde m o i t i e du s i e c l e , meme pendant l a Guerre de Sept Ans, l a noblesse f r a n c a i s e f r e q u e n t a i t Londres, Bath, et Tunbridge Wells. Beaucoup de ces voya-geurs, sachant bien 1 ' i n t e r e t general dans ce pays, e c r i v a i e n t des me'moires et des l e t t r e s , et c e l u i qui cherche a se renseigner sur l e s rapports entre l e s deux nations pendant l e dix-huitieme s i e c l e trouve q u ' i l y - 90 -presqu'un embarras de r i c h e s s e s . Les L e t t r e s de I'Abbe l e Blanc, qui demeurait en A n g l e t e r r e de 1734 a. 1744, sont parmi l e s plus i n t e r e s s a n t s de ces r e c u e i l s i n s p i r e s par l e s voyages en Angleterre. On e s t tente" de c i t e r beaucoup de cette mine de r e n s e i g -nements. I I s u f f i t de d i r e que l e bon Abbe y donne une peinture de'taillee des A n g l a i s , I I l e s gronde pour l e u r v a n i t e , l e u r s i n g u l a r i t e , l e u r manque de gaiete et l e u r i v r e s s e ; i l l e s loue pour l e u r humanite, l e u r courage et l a c o n s i d e r a t i o n manifestee par l e s grands envers l e s p e t i t s . Dans ses l e t t r e s nous voyons l e s dames anglaises qui buvaient du the" incessamment, nous ecoutons les con-v e r s a t i o n s laconiques et mornes des hommes, nous a l l o n s a l a chasse et avec I'Abbe lui-meme, nous sommes "as much taken up w i t h the hunters as w i t h the stag they pursue." 1 Avec l u i nous gofitons l e s j o i e s de l a v i e de campagne, et nous nous r e j o u i s s o n s de v o i r ces paysages r i a n t s et v e r t s . "On a l l sides you see but l i t t l e h i l l s and r i s i n g grounds, the slope of which i s as gentle as the aspect i s agreeable. I f the f o r e s t s , which formerly covered t h i s country, have almost d i s -1. L'Abbe l e Blanc, op. c i t . , p. 360. - 91 -appeared the copses and woods that crown those l i t t l e h i l l s and the hedges that encompass the meadows and f i e l d s , give perhaps greater pleasure to the s i g h t . " 1 Dans ce decor agreable l'Abbe' l e Blanc nous donne une peinture t r e s i n t e r e s s a n t e et detaille'e des A n g l a i s . I I se s e r v i t bien des occasions pour l e s observer mais i l v o i t bien que, m§me apres sept ans, i l ne l e s connait pas tout d f a i t et i l en d i t : "There i s not perhaps a 1people i n Europe, of whom i t i s more d i f f i c u l t to give a general idea, than of those among whom I l i v e a t t h i s day. The E n g l i s h are as d i f f e r e n t from one another, as t h e i r nation i s from other n a t i o n s . " 2 Maigre l e u r c u r i o s i t e ' et l e u r i n t e r e t sympathique, les' Erancais ne pouvaient p r e c i s e r tout a f a i t l e caractere de l e u r v o i s i n s . L'opinion f r a n c a i s e se m o d i f i a i t con-tin u e l l e m e n t , mais avec chaque m o d i f i c a t i o n , 1'admiration augmentait. De p l u s , l e u r admiration n ' e t a i t pas seule-ment v e r b a l e . I I y a v a i t beaucoup de cette f l a t t e r i e r e e l l e , 1 ' i m i t a t i o n . En 1776, V o l t a i r e remarqua q u ' i l s "ont e r i g e a, P a r i s un vaux h a l l , l i s se piquent d'avoir a, l e u r s tables du rost-beef de mouton . . . La cour de Louis XIV a v a i t a u t r e f o i s p o l i c e l l e de Charles I I , 1. I b i d , p. 178. 2. I b i d , p. 15. - 92 aujourd'hui Londres nous t i r e de l a b a r b a r i e . " 1 Les moeurs parisienaes sont devenues un r e f l e t de cellas de Londres l e s h a b i t s meSne sont a n g l i c i s e s et dans sa r e t r a i t e i d y l -l i q u e au P e t i t Trianon*Marie Antoinette porta un chapeau de p a i l l e a n g l a i s , e m b e l l i de rubans de paysanne. Dans l e s salons I'urbanite' f r a n c a i s e s'est remplacee par l e ton i n t e l l e c t n e l des reunions a n g l a i s e s . Les salonnieres . d i s c u t a i e n t ardemment l e s theories de gouvernement et le s decouvertes de l a science. Gomme l e d i t Taine, "a philosopher w i t h a l l h i s brains i s as necessary i n a salon 2 as a l u s t r e w i t h a l l i t s l i g h t s . " Horace Walpole s'im-p a t i e n t a i t oontre ce c'hangement dans l a societe parisienne et lamentait a i n s i : " I I n'y a v a i t pas une a"me a P a r i s , r i e n que des philosophes que j ' a u r a i s voulu v o i r au c i e l ou eux-mSmes ne de'siraient pas e t r e . " 3 "Les d i s c u s s i o n s p o l i t i q u e s , philosophiques et s c i e n t i - . fiq u e s enthousiasmaient l e s reunions des P a r i s i e n s p o l i s " et Walpole, qui "en sa q u a l i t e d'Anglais et de membre de l a Chambre des Communes ou pendant de longues annexes i l a v a i t entendu l e s discours et l e s de'bats des grands 1. V o l t a i r e , "Oeuvres Completes", V o l . 30, p. 351. 2. L o c k i t t , C H . , "The Re l a t i o n s of French and E n g l i s h S o c i e t y (1763-1793)", p. 62. 3. " L e t t r e s de Mme. du Deffand/a Horace Walpole", I n t r o -d u c t i o n , p. I x x i i . 93 orateurs et des grands p o l i t i q u e s qui c r e a i e n t 1 ' h i s t o i r e de l e u r n a t i o n , et e t a i t habitue a l a p o l i t i q u e p r a t i q u e " , " e c o u t a i t avec une impatience amusee ces orateurs de salon i r r e s p o n s a b l e s dont l e s e s p r i t s a l e r t s se tournaient vers une nouveaute avec empressement, et qui d i s c u t a i e n t avec une t e l l e ardeur des s u j e t s de l i t t e r a t u r e de gou-vernement, de r e l i g i o n (ou comme l e d i t Walpole,' d'irre'-l i g i o n ) s a n s se douter q u ' i l s t r a v a i l l a i e n t a confectionner des e x p l o s i f s dont i l s devaient etre l e s premieres vi c t i m e s Hous voyons i c i 1'importance des rapports entre l e s deux pays. Aveugles par l e u r admiration, l e s Francais ne voyaient pas q u ' i l s ne pouvaient pas sans danger adopter l e s moeurs et l e s i n s t i t u t i o n s a n g l a i s e s . En i m i t a n t l e s A n g l a i s , i l s a l l a i e n t trop l o i n . Par exemple l e s ' i n s u l a i r e s phlegmatiques 1 l i s a i e n t avec ardeur les "Mysteres d'Udolphe", et l e s oeuvres de Macpherson, mais 1'ardeur des Francais pour l e vague de ces e c r i v a i n s e t a i t beaucoup plus grandeque c e l l e de l e u r s v o i s i n s moins s e n s i b l e s . RichardsOa i n s p i r a beaucoup plus de p l e u r s en Prance qu'en Angleterre. C ' e t a i t un Francais qui s'exprimait a i n s i : 1. I b i d , p. l x i x . - 94 " I love the t e r r o r which a gloomy f o r e s t , and those mournful caves where naught but bones and tombs are to be found, i n s p i r e s i n me. I love the howling of the winds, the precursors of the storm, the rumbling and the crashing of the thunder, and the t o r r e n t i a l r a i n . . . . In that minute there i s f o r me a h o r r i d charm and un d e f i n a b l e - d e l i g h t -- I t i s a need of the s o u l . " En e f f e t l e s Francais•admiraient l e s t r a i t s q u ' i l s corn-prenaient l e mieux. Leur conception du caractere a n g l a i s n'e'tait pas complete et i l s y trouvaient toujours des con-t r a d i c t i o n s . I l s estimaient l e s Anglais comme philosophes et i l s ne pouvaient pas comprendre l a ferveur i n s p i r e e chez une race sensee par un Wesley. De plus i l y a v a i t un element de danger dans ces idees i m p a r f a i t e s , surtout l o r s q u ' i l s cherchaient a i m i t e r l e u r s v o i s i n s . l i s vou-l a i e n t partager les j o i e s de campagne tan't gout^es par l a noblesse a n g l a i s e , mais l e s Erancais eleves dans 1'at-mosphere a r t i f i c i e l l e des salons E t a i e n t tout a f a i t d esorientes l o r s q u ' i l s r e n t r a i e n t dans l e u r s e'tats. Pour l a p l u p a r t , i l s y menaient une v i e paresseuse et ne'g-l i g e a i e n t ou opprimaient l e u r s paysans. Les jeunes nobles f r a n c a i s v o u l a i e n t s'occuper au gouvernement de l e u r pays, comme l e f a i s a i e n t l e u r s v o i s i n s a n g l a i s , mais i l s E t a i e n t presqu'aussi incompetents a. r e m p l i r cette tache que l e s - 95 grandes dames des Salons et quand, a l a f i n du s i e c l e , l ' o r d r e e t a b l i e'tait bouleverse', l e s nobles ne pouvaient r i e n contre l a f u r i e du t i e r s e'tat. I I s e r a i t fa,cile &d'exage"rer 1'importance des rapports entre l e s deux pays, mais i l est bien c l a i r que l ' o p i n i o n des F r a n c a i s a l'egard de l e u r s v o i s i n s i n f l u a beaucoup sur 1 ' h i s t o i r e de l e u r pays. E l l e e'tait en e f f e t une i n f l u e n c e dominante dans l e developpement des idees et des evenements qui moulaient 1 ' h i s t o i r e de l a France. BIBLIOGRAPHIE A s c o l i , G.; "La Grande-Bretagne devant 1'opinion f r a n c a i s e au X V I I e s i d c l e " ; P a r i s , L i b r a i r i e U n i v e r s i -t a i r e , J . Gamber E d i t e u r ; 1930. Bayle, P. ; " D i e t i o n n a i r e h i s t o r i q u e et c r i t i q u e " ; ed. Des Maizeaux, Amsterdam, Par l a Oompagnie des l i b r a i r e s j 1734. Chase, C.B.; "The Young V o l t a i r e " ; London, Longmans, Green and Co.; 1926. Churton C o l l i n s , J . ; " V o l t a i r e , Montesquieu and Rousseau i n England"; London; E v e l e i g h Nash, Pawside House; 1908. Havens, G.R.; "The Abbe Provost and E n g l i s h l i t e r a t u r e " , P r i n c e t o n N. J . , Princeton U n i v e r s i t y Press, E. Champion; 1921. L'Abbe" l e Blanc; " L e t t e r s on the E n g l i s h and Erench Nations, London; 1747. L o c k i t t , C H . ; "The R e l a t i o n s of Erench and E n g l i s h Society (1763-1793); London, Longmans, Green and Co.; 1920. Lovering, S.; " L ' a c t i v i t e i n t e l l e c t u e l l e de l ' A n g l e t e r r e d'apr&s 1'ancien 'Mercure de Erance'"; P a r i s ; E. de Boccard E d i t e u r ; 1930. Montesquieu, C.L. de S.; "Oeuvres"; Ed. pub. par L. P a r r e l l e ; P a r i s , Lefevre; 1826. Mrs. Paget Toynbee; "L e t t r e s de l a Marquise du Deffand a Horace Y7alpole" (1766-1780); London, Methuen; 1912. - 97 Prevost, A.P.; "Le philosophe a n g l a i s , ou, H i s t o i r e de Monsieur Cleveland"; Nouv. ed. Amsterdam et L e i p z i g , Arks tee Merkus, 1744. Rapin, Pere; "Reflexions sur l a poetique"; Amsterdam; 1709. Rousseau, J . J . ; " J u l i e , ou, La Houvelle Helo'ise"; P a r i s , G a m i e r f r e r e s , 188-. Sai nt-Evremond, C. de M. de S a i n t Denis; "Oeuvres Me"!e'es de Saint-Evremond, P a r i s , J . Leon Techener; 1865. Schroeder, V. ; "L'Abbe Prevost"; P a r i s , L i b r a i r i e Hachette et G i e; 1898. Texte, J . ; "Jean-Jacques Rousseau et l e s o r i g i n e s du Cosmopolitism© L i t t e r a i r e " ; P a r i s , L i b r a i r i e Hachette et C l e; 1895. V o l t a i r e , E. M. A. de ; "Oeuvres Completes"; Nouv. ed. Ed i t e d by Louis Mbland; P a r i s , Garnier f r e r e s , 1877-1885. —' "Le t t r e s Philosophiques"; E d i t i o n C r i t i q u e par Gustave Lanson; P a r i s , L i b r a i r i e Hachette et C i e; 1915. # # # # Torrey, H.L.; " V o l t a i r e ' s E n g l i s h Notebook"; Modern P h i l o l o g y ; P. 1929; Chicago, The U. of C. Press. TABLE DES M.TIERE3 # # # # # CHAPITRE I L ' e v e i l de 1' i n t e r S t a l'egard des A n g l a i s . . . . . . CHAPITRE I I L'eveil de 1'admiration pour l e s A n g l a i s . . . . . CHAPITRE I I I Les i n t e r p r e t e s de 1'Anglais dans son m i l i e u p o l i t i q u e . - . CHAPITRE IV Les t r a i t s caracte'ristiques de 1'Ang-l a i s r e v eles par l e s i n s t i t u t i o n s de son pays . . . . CHAPITRE . V L'Anglais re'vele par l a l i t t e r a t u r e CONCLUSION 

Cite

Citation Scheme:

        

Citations by CSL (citeproc-js)

Usage Statistics

Share

Embed

Customize your widget with the following options, then copy and paste the code below into the HTML of your page to embed this item in your website.
                        
                            <div id="ubcOpenCollectionsWidgetDisplay">
                            <script id="ubcOpenCollectionsWidget"
                            src="{[{embed.src}]}"
                            data-item="{[{embed.item}]}"
                            data-collection="{[{embed.collection}]}"
                            data-metadata="{[{embed.showMetadata}]}"
                            data-width="{[{embed.width}]}"
                            async >
                            </script>
                            </div>
                        
                    
IIIF logo Our image viewer uses the IIIF 2.0 standard. To load this item in other compatible viewers, use this url:
http://iiif.library.ubc.ca/presentation/dsp.831.1-0105504/manifest

Comment

Related Items