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Les anglais devant l'opinion francaise au dix-huitieme siecle Youds, Lilian Mary 1934

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I  1-4 R  C  1  1leSNa^^^l^^ LES ANGLAIS DEVAOT L'OPINION FHANCAISE AU 1)1 X-HUITIEME SIECLE  -  "by  -  L i l i a n Mary Youds  0 T h e s i s s u b m i t t e d f o r the Degree o f M a s t e r of A r t s In the Department o f Modern Languages  The U n i v e r s i t y of B r i t i s h Columbia A p r i l , 1934.  i  GHAPITRE I  L ' e v e i l de 1 i n t e r e t a l'egard des Anglais. 1  Pour les Francais du dix-septieme s i e c l e , l a Manche, avec ses brumes et ses eaux orageuses formait une insurmontable  barriere  entre leur pays charmant et e n s o l e i l l e et  cette i l e mysterieuse au nord, ou demeurait une race etrangere et formidable.  Ge n*est pas q u ' i l s f a i s a i e n t  grand cas de cette' b a r r i e r e .  Leurs yeux se tournaient  rarement vers le nord, et s i , par Hasard, cela se passait, apres un regard passager, l i s se detournaient avec un f r i s s o n de degout et tournaient encore une f o i s vers • l a cour de Louis le Grand, qui representait pour eux l e centre de l'univers,  Les rayons qui emanaient du trone  du r o i s o l e i l ne pouvaient pas penetrer les brumes de l a Manche et les i n s u l a i r e s farouches etaient done objets de p i t i e .  Gar les Francais du dix-septieme s i e c l e con-  sideraient leur pays comme 1 ' h e r i t i e r directe de l a lumiere et de l a douceur de^Grece.  Leur vie sociale  possedait tous les agrements possibles. Autour du r o i c i r c u l a i t une.foule de gens dont chacun j o u i s s a i t de son propre role dans ce spectacle, l a cour de Louis XIV. Le bijou le plus etincelant dans l a couronne que p o r t a i t  l a tete f i e r e du grand monarque, e'etait l a l i t t e r a t u r e francaise.  Pour l a plupart, adrairateurs ardents des  Anciens, l e s ecrivains francais les emulaient, les prenaient comme modeles, et produisaient des pieces sans tache, merveilles d'ordre et d eloquence. 1  Ceux qui  jugeaient leurs e'er i t s avaient les o r e i l l e s eultivees, et i l s condamnaient  tout ce qui montrait une trace  quelconque d * i r r e g u l a r i t e .  Le bon gout e t a i t leur idole,  et i l s voyaient qu'en comparaison avec les autres pays, l a Prance possedait l e bon gout au plus haut degre. Louis XIV avait ete pique pour un moment par l a c u r i o s i t e a l'egard de cette l i e septentrionale. 'II en a demande des re'nselgnements a son ambassadeur, et Comminges a repondu: "II semble que les arts et les sciences abandonnent quelquefois un pays pour en a l l e r honorer un autre a son tour. Presentement e l l e s ont passe en Prance."  1  Ce sont les mots d'un diplomate mais i l s r e f l e t e n t p a r f a i t e ment l a f i e r t e i n t e l l e c t u e l l e et exclusive des Francais du Grand Siecle* Pour l a plupart i l s ignoraient tout a f a i t l a nature de leurs v o i s i n s . les meprisaient,  Ceux qui en savaient un peu 1'histoire,  comme l e f a i s a i t l e Pere Coulon qui  I. Cite par Texte, "Rousseau et l e s origines du Gosmopolitisme L i t t e r a i r e " , p. 16.  d e c r i t a i u s i 'cette l i e abominable'; " E l l e a ete autrefois l e sejour des anges et des s a i n t s , et a present e l l e est l'enfer des demons et des p a r r i c i d e s . 1,1  "Ces gens brutaux et "enrages quoique stupides et tentriona^es"  1  s e p v r  avaient les mains teintes du sang de leur  Roi Charles I. Get attentat a v a i t rempli de degout l e s Francais et, ne sachant r i e n des circonstances, l i s l'ont regarde comme 1'expression des Anglais.  naturelle du caractere sauvage  Tout ce qu'on savait de leur h i s t o i r e de-  montrait ces memes qualites de b r u t a l i t e , d'inhumanite, et de fe'rocite.  Le degout fonde sur 1'histoire orageuse  des revolutions et du regicide avait ete augmente par l'aversion que ressent une nation catholique pour un pays protectant.  On lamentait l a chute de 1'eglise romaine  et l ' a t t r i b u a i t aussi au caractere barbare des heretiques. Ces prejuges etaient bien fondes dans 1'ignorance. Presque toute avenue de communication entre l e s deux pays e t a i t fermee.  Tres peu de gens avant le dix-huitieme  siecle connaissaient l a langue anglaise.  Partout dans  le monde c i v i l i s e on p a r l a i t francais, et d ' a i l l e u r s qui prendrait l a peine d'apprendre cette langue  barbare,  tache d i f f i c i l e dont l a recompense ne s e r a i t qu'une  1, Texte, op. c i t . p.5.  connaisance d'une troupe de regicides et d'heretiques. Convaincus de l a superiorite de leur pays et de leur langue les Francais etaient bien contents de rester dans leur ignorance profonde. 1*esprit vagabond. un proce'de insense'.  D ' a i l l e u r s i l s n'avaient pas,  I l s regardaient les voyages comme Le bon M. Coulon savait bien a qui  11 avait a f f a i r e l o r s q u ' i l e'crivait; "Je ne conseille pas a un voyageur de s'engager bien avant dans ce pays, que l a nature a mis sous un climat facheu^s et comme aux extreraites du monde, pour nous en fermer l'entree. II vaut mieux reprendre l a route de France." 1  Maigre ces preventions, beaucoup de monde pousse par l a c u r i o s i t e ou entraine par les circonstances dans cette i l e .  voyageait  Beaucoup d ' i l l u s i o n s etaient brisees  et beaucoup de prejuges  combattus.  Un de ces voyageurs  s'attendait a y rencontrer des chevaliers de l a table ronde errant* dans les bois; i l s'etonnait "de ne pas rencontrer  'un seul pont n i une seule barriere a defendre,  pas un seul chateau a f o r c e r , point de torts a redresser ni de f i l o u s a punir; enfin pas l e moindre p e t i t galant a combattre.  Hors quelques demoiselles en p a l e f r o i ,  que l'on rencontre de temps en temps, je n'aurais jamais cru etre dans l e royaume de l a Grande Bretagne, tant  1. Cite par Texte, "Rousseau et les origines du Gosmopolitisme L i t t e r a i r e " , p. 5.  j 'y trouve tout change depuls  l e regne du r o i A r t u s . ' "  1  Sana doute P a v i l i o n donnait l a bride a son imagination. Geux, plus prosaiques qui sont venus dans l'Angleterre sur des missions diplomatiques  out recu une surprise  agreable de se trouver tout a f a i t chez eux dans l a cour de Charles I I , P a v i l i o n lui-meme, desabuse de ses .re'ves chevaleresques  nous assure  que  "Quiconque par malheur ne peut etre francais Est i c i beaucoup mieux qu'en aucun l i e u du monde.  p  Les Francais f o u r m i l l a i e n t a l a cour et les Anglais les prenaient pour modeles dans toutes choses.  On ne pouvait  decouvrir que tres peu de l'Angleterre v e r i t a b l e dans cette cour francisee, et apres des sejours courts, lea diplomates partirent sans r i e n decouvrir du caractere easentiel du  peuple. Gependant, les exiles qui s'abritaient dans ce  domaine de l a l i b e r te ont pene'tre plus avant dans 1'esprit du peuple.  Saint-Evremond en est I'exemple le plus  i l l u s t r e , mais remarquons que cet homme c u l t i v e a passe' trente ans chez les Anglais sans apprendre l a langue. Cela nous parait incroyable, mais c'est une manifestation  1. Cite par Texte, op. c l t . p. 7. 2. Cite* par A s c o l i , "La Grande-Bretagne devant 1'opinion francaise au XVII s i e c l e " , Vol. 1, p. 270.  de 1 * e s p r i t conservateur des Francais du dix-septieme siecle.  Cependant, tout le monde cultive' p a r l a i t francais  et cet obstacle n'etait pa's insurmontable, et SaintEvremond e t a i t content de sa vie-passe'e dans ce pays 'dont les moeurs ressemblaient a, tout ce q u ' i l pouvait regretter en France.'  C'est de l u i , l e premier peut-etre,  que nous avons des louanges pour les Anglais, et des observations justes sur leur l i t t e r a t u r e .  Plus tard  venalt une foule de r e f u g i e s — les Huguenots.  Ceux-ci  etaient disposes a admirer un pays qui leur donnait la liberte.  L ' o e i l e v e i l l e i l s penetraient au-dessous  de l'ecorce qui cachait cette l i e aux voyageurs passagers. Mais les resultats de leur propagande enthousiaste au sujet de leur pays d'adoption se montre dans le s i e c l e suivant.  Autant, et plus que les diplomates, les gens  de metier contribuaient au dix-septieme s i e c l e , a e v e i l l e r de 1'interet a l'egard de 1'Angleterre.  Leurs contes  de "voyage servaient a former des l i e n s presque imperceptible mais neeghoins s i g n i f i a n t s entre les deux pays.  II y  avait un commerce soutenu entre les marchands des deux pays.  Surtout ce sont les gens de metier, les maitres  de danse, les c u i s i n i e r s , les t a i l l e u r s et a i n s i de suite qui venaient continuellement dans un pays ou on estimait  tant leur adresse.  On ne peut pas estimer avec p r e c i s i o n  1'influence de ses rapports, mais sans doute i l s c o n t r i buaient beaucoup a l a formation de 1'idee toujours plus c l a i r e des Anglais au cours du dix-septieme Tou3  barbare.  siecle.  sont d'accord dans leurs condaranations du cl.imat Le b r o u i l l a r d , 1'air fume, le vent d'est malsain  les rendaient tous miserables.  Hous pouvons pardonner  a l'ambassadeur de Louis XIV ses observations peu c h a r i t ables quand nous entendons que "M. de Comminges a un 1 rhume eternel " La perversite de ce climat ou p  "Le c i e l n'y pleut que sur les f o i n s , " a du exasperer les habitants d'un pays l i b r e de b r o u i l l a r d M. A s c o l i nous raconte unehistoire agreable a ce sujet: "Un ambassadeur d'Espagne .... ayant passe six mois a l a cour d'Angleterre sans v o i r le s o l e i l , cela l u i parut s i surprenant que quand 11 s'en retourna i l ne put s'empecher d'en temolgner quelque chose aux courtisans qui l u i disaient adieu. 'Je vous p r i e , leur d i t - i l , d'assurer l e r o i , votre mattre, de mes respects, et de saluer le s o l e i l de ma part, quand vous l e reverrez.'* Q,uoiqu'ils ressentissent un de'gout naturel pour ces brouillards et ces cieux g r i s , i l y en avai«at deja quelques uns qui goutaient les charmes des paysages anglais.  M. de Goulan a recommande a ses lecteurs de  1. Cite par A s c o l i , op. c i t . , Vol. 1, p. 295. 2. Saint-Amant, c i t e par A s c o l i , op. c i t . , Vol. 1, p.268. 3. A s c o l i , idem, p. 293.  rentrer dans leur pays natal aussi v i t e que possible, mai Sorbiere,  dans 1664, loue ces paysages verts.  II trouve  "l'herbe y a une plus belle eouleur q u ' a i l l e u r s . " s'extasie  II  sur ces pares "ou les daims se promenent a  grosses troupes, sur l'abondance des arbres et des haies qui sillonnent l a campagne. ^" tt  Peu de monde au dix-septieme s i e c l e avait l e gout pour les paysages rustiques;  ce sont les personnes qui  provoquaient une c u r i o s i t e vive.  Arrive a Londres, l e  voyageur francais e t a i t frappe tout de suite par l a singularite des Anglais.  Venu de Paris ou on pratiquait  les arts de l a societe plus qu•en aucun autre l i e u du monde, i l e t a i t choque par l a b i z a r r e r i e et le mepris des  bienseances q u ' i l pouvait trouver en Angleterre.  Ia demarche meme des i n s u l a i r e s l«=s etonnait.  Dans  St. James' Park, rendezvous du beau monde a Londres, les Francais  etaient "surpris de voir l a hate de tous  ces promeneurs:  point de belles nonchalantes i c i , et  de gentilhommes desoeuvress  on court a l a promenade  comme a un exercioe s a l u t a i r e . " ^  On remarquait partout  l a vigueur des Anglais, leur j o i e dans l ' a c t i v i t e du corps, leur penchant pour les jeux violents et souvent  1. Sorbiere, c i t e par Texte, op. c i t . , p. 27. 2. Cite par A s c o l i , op. c i t . , Vol. 1, p. 304.  dangereux.  On considerait ces combats ou on repandait  librement l e sang, comme une manifestation de plus de l a sauvagerie des Anglais.  Le Pere Rapin raconte que  "Les Anglais, nos voisins aiment l e sang dans leurs jeux* Par l a qualite de leur temperament ce sont des insulaires separes du reste des hommes. Nous sommes plus humaios. La galanterie est davantage dans nos moeurs." Vraiment, pour l a plupart des Prancais du dix-septieme s i e c l e les Anglais etaient de v e r i t a b l e s monstres, "plus 2 sauvages que leurs dogues." Mais une f o i s q u ' i l s se sont accoutumes a ces demonstrations v i o l e n t e s , et a l a brusquerie des Anglais, les voyageurs sympathiques et sans prejuges y ont decouvert certains t r a i t s qui e'veillaient de 1 •admiration.  La  violence des jeux demontra du moins que les Anglais ne manquaient pas du courage.  On se souvenait encore  vaguement de l a prouesse des Anglais dans les guerres du Moyen Age. stolcxsme  On voyait partout leur durete et leur  qui les menaient au mepris-de l a vie elle-meme.  Beaucoup de monde temoigneritdu grand nombre de suicides; plusieurs l ' a t t r i b u a i e n t a 1'influence du climat morne, mais quelquesuns l'estimaient comme une manifestation de leur mepris de l a mort.  D'un individualisme outre,  1. P. Rapin, "Reflexions sur l a po^tique", Ch. 20, p. 186, Ed. 1709 Amsterdam. 2. Saumaise, c i t e par Texte, op. c i t * , p. 3.  10 1 'Anglais se montrait aussi tre*s sensible aux d r o i t s des autres.  II y avait done de 1'independance et de  I'integrite' dans ses moeurs.  Tres f i e r s de leur pays,  ,  c e s  g e n s  et d'une i n s u l a r i t e arrogante, aVie se sont demontres assez modeste comme individus. que  Montesquieu remarque  " l a nation est insolente, et les p a r t i c u l i e r s modestes.  On a trouve q u ' i l s cachaient  sous leurs exterieurs f i e r s  et f r o i d s des coeurs sensibles et q u ' i l s etaient capables des sentiments les plus genereux. C'est surtout a l'egard des qualite's in t e l l e c t u e l l e s qu'on commencait a admirer les Anglais, et cette admiration a l l a i t a'accroitre et mener a 1 ' i n f i l t r a t i o n de l ' e s p r i t anglais dans l a Prance au s i e c l e  suivant.  On trouvait les i n s u l a i r e s aussi independants dans leurs opinions que dans leurs actions.  Chacun examinait l i b r e -  ment les questions de r e l i g i o n et de p o l i t i q u e . Les esprits l i b r e s des ann6es suivantea  a l l a i e n t louer  l'Angleterre comme une sorte de Paradis cette l i b e r t e de pensee.  terrestre pour  Mais l e l i b r e examen de ces  questions e t a i t defendu en Prance, et on ne peut pas attendre  trop d'admiration pour une heterodoxie s i  audacieuse.  II n'y avait pas de r e s t r i c t i o n s semblablea  dans l a philoaophie  pure; ceux qui cherchaient  a sonder  ces profondeurs exprimaient librement pour les philosophes anglais.  leur  admiration  Bayle d i t "Ce sont l e s  gens du monde qui ont l ' e s p r i t l e plus profond, et l e plus meditatif."  La Fontaine lui-meme, tout au m i l i e u  de l*a*ge d*or de l a l i t t e r a t u r e francaise d i t a l'egard. de leurs poursuites  intellectuelles:  .Peuple heureux, quand pourront l e s Francais se donner comme vous, entiers a ces emplois.'* Tout en meprisant leur manque de galanterie on eommencait done a louer leurs qualites incontestables d'esprit. Saint-Amant, en contrastant les Anglais avec les Francais exprime bien cette appreciation: "A l a v e r i t e , j e n'ai point vu de gens de meilleur entendement que les Francais qui considerent les choses avec attention, et les Anglais qui peuvent se detacher de leurs trop grandes meditations, pour revenir a l a f a c i l i t e du discours e t a certaine l i b e r t e d'esprit q u ' i l faut posse'der touj ours, s ' i l est possible. Les plus honn&tes gens du monde, ce sont les Francais qui pensent et lea Anglais qui parlent." 1  Les esprits f i n s commencaient a estimer leurs voisins intellectuels.  Gependant dans l e commun des hommes,  l ' i n t e g r i t e i n t e l l e c t u e l l e , l a philosophie et l e bon sens, comptaient pour tres peu dans leur estimation generale du caractere anglais.  On p r ^ t a i t tres volontiers  les o r e i l l e s aux contes des passetemps barbares des  1. Saint-Svremond, Oeuvres Choisies, p. 339.  12 etrangers, et dans I'estime generale du Francais au dix-septieme  s i e c l e , 1'Anglais e'tait un homme v i o l e n t  qui manifestait un manque deplorable de bon gout, Les voyageurs bavardaient dans les salons ou dans les boutiques, et de ces associations directes avec l'Angleterre resultaient une idee toujours plus c l a i r e des i n s u l a i r e s .  Mais l e s opinions les plus s i g n i f i a n t e s  etaient fondees sur les associations indirectes qu'ils formaient en l i s a n t et discutant.  "Les circonstances  historiques leur cachaient l a prodigieuse f l o r a i s o n de l a l i t t e r a t u r e anglaise au seizieme siecle"''", mais l e s idees abstraites echappaient au dela des barrieres, et les hommes doctes estimaient f o r t les idees philosophlque et scientifiques des Anglais.  Quelques grands noms de  philosopher etaient connus meme chez les courtisans de Louis XIV. Un t e l est l e chancelier Bacon dont on d i s a i t "Vous ressemblez aux anges; on entend parler d'eux sans cease; on les c r o i t superieures aux homraea, et on n'a jamais l a conaolation de les voir. ,,,ci  Le chancelier erudit exercait une fascination d'autant plus forte q u ' i l est s o r t i d'une race qu'on estimait s i barbare.  "Saint-Amant lui-meme, s i mal dispose pour  1. Texte, op. c i t . , p. 14. 2. D ' S f f i a t , c i t e par A s c o l i , op. c i t . , V o l . 2, p. 40.  13 les Anglais dans son Albion,daigne f a i r e en sa faveur une  exception: "Si parfois quelque homme rare Tel qu'un i l l u s t r e Bacon Halt en ce pays barbare'.."  Bayle l e nomme 'un des plus grands esprits de son s i e c l e ' . Le Journal des Savants en parle avec eloges; Gassendi et Pascal s'avouent redevables a l u i , et Descartes "a surtout apprecie dans Bacon 1'homme qui ne craignait 2 point pour se dresser centre A r i s t o t e . "  Les philosophes  francais 1'estimaient comme un maitre et son renom a du penetrer meme parmi les laiques.  On avouait librement  l a superiorite des Anglais dans les sciences n a t u r e l l e s . Le renom de Locke et de son d i s c i p l e Shaftesbury est passe en  Prance.  A present, c'est v r a i , on se  contentait d'accepter l e dicton de Bayle a l'egard de Locke.  "C'eta-i't un homme rare, un grand homme qui f a i s a i t  honneur a son s i e c l e , m a i s dans l e s i e c l e suivant on a l l a i t devorer ses oeuvres avec ardeur. Hors des t r a i t e s s c i e n t i f i q u e s , les l i v r e s qui exercaient 1'influence l a plus grande dans l a formation de l a conception du caractere anglais, etaient les t r a i t e s moraux.  On goutait les essais de Bacon, et les traces  1. A s c o l i , op. c i t . , Vol. 2, p. 37. 2. Idem, p. 38. 3. Gite par A s c o l i , op. s i t . , V o l . 2, p. 85.  14  -  de son influence se montrent dans La Rochefoucauld et La Bruyere.  Ceux-ci aussi sont debiteurs indirectes,  comme le montre M. A s c o l i , de 1'oeuvre de Joseph H a l l , •oeuvre pleine de philosophie  et de s o l i d i t e . *  On  commencait a attribuer aux Anglais ces qualites de philosophie  et de s o l i d i t e — e n bref, l e bon sens.  - On goutait non seulement les idees purement p h i l osophiques, mais aussi les doctrines  politiques qu'on  trouvait chez les ecrivains anglais.  Hous trouvons dans  Bayle des louanges pour les essais de Milton sur les questions de l a l i b e r t e ecclesiastique, domestique, et civile.  On l i s a i t deja avec un i n t e r e t croissant, les  oeuvres de Locke dans lesquelles on trouvait un appel constant a l a raison.  On commencait a voir dans les  Anglais les defenseurs de l a l i b e r t e r e l i g i e u s e et intellectuelle.  Hobbes en est le prototype et "le p o r t r a i t  que Bayle trace dans une note de son Dictionnaire une  est  premiere ebauche de ces figures de savants honnetes  gens qui au s i e c l e qui vient fourniraient comme un type ideal d'intelligence et d'honneur."  1  II n'y avait pas  encore un interet profond dans les questions de l a l i b e r t e , et peu de gens comprenaient l a portee des  1. A s c o l i , op. c i t . , Vol. 2, p. 110.  oeuvres anglaises, mais on entendait parler de leur erudition et on ne croyait plus qu'au-dela de l a Manche "c'est le desert et l a nuit." II y avait done parmi les hommes doctes un interet croissant dans les decouvertes  s c i e n t i f i q u e s et dans  l a philosophie de 1'Angleterre.  Mais on ne pouvait pas  encore comprendre. l a manifestation subtile de 1'esprit d'un  pays, qui se trouve dans l a l i t t e r a t u r e pure.  Ne  sachant r i e n de l a langue, on ne pouvait pas gouter en o r i g i n a l les oeuvres poetiques.  Les idees ont l a  mSme valeur dans chaque langue mais 1'•essence d'une oeuvre poetique s'evanouit lorsqu'on l a t r a d u i t .  Ne  sachant r i e n de l a poesie anglaise on t i r a i t une consequence fausse q u ' i l n'y en avait r i e n , et du Bos d i t : "II n'est s o r t ! de ces extremites du nord que des sauvages, des v e r s i f i c a t e u r s grossiers et de froids c o l o r i s t e s . "  poetes  De temps en temps on entend le nom de Milton; Gomminges a d i t a son souverain que s ' i l r e s t a i t quelques vestiges des arts en Angleterre "ce n'est que dans l a memoire de Bacon, de Morus, de Bucanan, et dans les derniers s i e c l e s , d'un  nomme Miltonus qui s'est rendu plus infame  par ses dangereux e c r i t s que les bourreaux et les assassins  1. Cite par A s c o l i . op. c i t . . p.  428.  16 de leur r o i . "  1  -  II n'y a aucun vestige d'appreciation  pour 1'epopee anglaise. l a Dictionnaire de Bayle.  Pour cela i l nous faut attendre Le manque des regies choquait  les P r a n c a i s . l i s goutaient l e poete Waller car, plus qu'aucun de ses contemporains, i l possedait les qualites francaises d'harmonie et d'ordre. est presque inconnu.  Le nom de Shakespeare  Saint-Evremond a a s s i s t e a quelques  unes de ses pieces, mais i l ne d i t r i e n de l'auteur. Cette lacune n'est pas surprenante  lorsque nous  considerons  l'attitude des Anglais de 1'age classique envers leur grand dramaturge.  l i s ressentaient sa grandeur, mais  presque autant que les Erancais leurs modeles, i l s deploraient chez l u i l e manque du bon gout.  Heanmoins  on commencait a sentir l a grandeur de l a tragedie anglaise. Le Pere Rapin se montre un c r i t i q u e f i n l o r s q u ' i l remarque que "Les peuples qui paraissent d'avoir plus de genie pour l a tragedie de tous nos voisins sont les Anglais.^ E t par 1'esprit de leur nation qui se p l a i t aux choses atroces et par l e caractere de leur langue qui est propre aux grandes expressions." Mais i l ajoute, "notre nation, qui s'est plus applique a ce genre d'ecrire que les autres, y a l e meilleur reussi."  1  C'est l a violence de l a tragedie anglaise  1. P. Rapin, op. c i t . , p. 193.  17  -  •  qui les choque autant que l e barbarisme des moeurs. Quant aux comedies anglaises, on pouvait les gouter plus facilement, car i l y a v a i t l a dedans beaucoup de 1 * influence francaise.  Saint-Evremond parle des 'belles  comedies' et les loue librement.  II a lui-me'me fonde  son " S i r Politick-Would-Ee", sur une piece de Ben Jonson, choix s i g n i f i a n t , car c'est dans Jonson que nous trouvons les qualites francaises de c l a r t e et d'ordre.  Plus  connus que les comedies, sont quelques romans anglais, precurseurs de ces grands romans sentimentaux qui a l l a i e n t f a i r e fureur au s i e c l e suivant.  Ge sont "L'Arcadie" de  S i r P h i l i p Sydney, "Pandosto" de Greene, et "The Man i n the Moon" de Godwin; c e l u i - c i a influe sur 1'oeuvre de Cyrano de Bergerac.  Mais les l i v r e s qui penetraient  dans l a Prance sont rares.  II n'y avait r i e n de comparable  avec l a discussion informee et penetrante de l a tragedie classique francaise que nous trouvons dans 1'oeuvre de Dryden, "The Essay of Dramatic Poetry".  Shakespeare,  Milton, Jonson et Spenser- sont seulement des noms pour les Francais, et parmi les qualites qu'on commence a attribuer aux Anglais on ne peut pas trouver encore c e l l e de grand e c r i v a i n . Alors ce n'est pas pour nous surprendre s ' i l y avait tant d'idees deVavorables au sujet des Anglais.  18 Tres peu de gens pouvaient  -  l i r e les t r a i t e s  philosophiques;  on peut dire que personne n'a pu attraper l'essence l a l i t t e r a t u r e anglaise.  de  II ne r e s t a i t que l a vie de  societe, qui n'etait a l a cour qu'un r e f l e t assez "bizarre de c e l l e des Francais.  ^uant a 1*habitude des Anglais  de se r e t i r e r dans l a campagne, d ' a l l e r a l a chasse avec un enthousiasme outre, les Francais ne pas le comprendre.  Cela demontrait  pouvaient  pour eux un manque  de bon gout et i l f a l l a i t cela avant tout.  On ne peut  pas done attendre du Francais du Grand S i e c l e , de 1 estime 1  pour une  nation tout a f a i t opposee a eux dans le caractere.  Ami du coherent, voire du conventionnel, i l trouva dans l'Angleterre un individualisme outre.  Accoutume' a l a  conversation b r i l l a n t e et vivace des salons, i l e t a i t f o r t degoute du silence morne des "coffee-houses" on buvait sans gaiete et p a r l a i t sans v i v a c i t e . les  ou Dans  salons francais regnaient les femmes belles et  s p i r i t u e l l e s ; les femmes ne contribuaient presque r i e n a l a conversation anglaise.  En les jugeant du point  de vue d'etres sociaux, les Francais condamnaient les insulaires au mepris.  II nous faut attendre un changement  dans le point de vue f r a n c a i s .  Lorsque cela arrive au  siecle suivant, on tournera les yeux des  singularites  19 des Anglais a leurs qualites d'esprit. protestants  Les exiles  avaient demontre c e l l e s - c i a leur eompatriotes.  La semence est f a i t e avec soin et l a moisson sera abondante.  GHAPITRE II  L'e'veil de 1'admiration pour les Anglais  L'Anglais se degageait lentement des brumes qui le cachaient aux yeux des Erancais. asaient,  Les prejuges s'evanoui-  et, des contes innombrables qu'on rapportait  de 1 • l i e du nord, on commencait a construire une assez exacte de. son caractere. sans le v o u l o i r .  opinion  Mais on l e f a i s a i t presque  On r e s t a i t encore i n d i f f e r e n t et un  peu dedaigneux, et on entendait les contes des voyageurs avec 1•interet detache qu'on donne aux contes des pays l o i n t a i n s et inaccessibles. inter§t eveiHe de pres.  -  II n'y a v a i t r i e n de cet  qu'on a dans un sujet qui nous touche  Les evenements historiques  de son v o i s i n avaient  de 1'interet pour l a Prance, parce que sa propre destinee en pourrait etre affectee, mais on ne s ' i n t e r e s s a i t pas encore aux moeurs et aux idees des Anglais.  On les  jugeait inferieures et on leur r e s t a i t i n d i f f e r e n t . Croyant a leur monopole des agrements et des lumieres du monde c i v i l i s e , i l s etaient aveugles aux qualite's de leurs v o i s i n s .  Assure de sa propre superiorite l e  Erancais du Grand Siecle e t a i t tente' de rester "dans 1'heureuse persuasion que tout ce qui n'etait pas francais  21 mangeait du f o i n et marchait a quatre p a t t e s . "  1  Au commencement du s i e c l e suivant, l a dorure de l a cour de Louis XIV se f l e t r i t un peu.  Les defaites dans  les guerres etrangeres inspirees par 1'ambition de Louis XIV diminuaient l a splendeur de l a Prance.  Nous voyons  un r e f l e t de cette diminution dans l a v i e s u p e r f i c i e l l e de l a cour.  II n'y avait plus cette gaiete et cette  j o i e de vivre qui rendaient l a cour du jeune Louis un endroit s i charmant. A t t r i s t e par l e s evenements de l a v i e , Louis mettait sur sa cour dans les dernieres annees, le cachet de sa propre melaneholie.  Sans le vernis de  gaiete on commencait a voir l e s fautes du systeme et a murmurer centre les contraintes qu'imposait l e r o i . Les esprits les plus hardis levaient leur voix centre l a tyrannie des" l e t t r e s de cachet, et nous entendons des plaintes bien d^guisees mais neanmoins r e e l l e s , contre un systeme dans lequel l e r o i possedait l e pouvoir absolu et a r b i t r a i r e , et ou l a vie n'etait qu'un melange de f l a t t e r i e , d'ambition, de s e r v i l i t e et de peur, ou les nobles haissaient leurs inferieurs et f l a t t a i e n t leurs superieurs, "se montrant pleins de morgue ou de dedain a l'egard de ceux qui sont au-dessous d'eux et prets a ceder humblement aux grands."* 1. Gite par Texte, op. c i t . , p. 16. 2. A s c o l i , op. c i t . , p. 442.  22  Aux penseurs cette tyrannie e t a i t encore plus i r r i t a n Pour e"tre approuve par le censeur, un l i v r e ne devait pas contenir le moindre soupcon de c r i t i q u e contre 1'ordre social.  Chaque idee nouvelle e t a i t supprimee meme dans  les sciences a b s t r a i t e s . Les pouvoirs sentaient i n s t i n c t ivement ce qui r e s u l t e r a i t une f o i s qu'on commencait a developper 1'esprit c r i t i q u e et 1'appliquer aux tutions de  insti-  1'etat.  Maigre les e f f o r t s pour supprimer les esprits interrogateurs, on v o i t s ' e v e i l l e r un sentiment nouveau caraeterise' par un i n t e r e t v i f dans l a science et par une hardiesse dans lea opinions.  Get e v e i l peut etre  compare a. c e l u i de l a Renaissance; alors on goutait ardemment les joies de v i v r e ; maintenant ce sont les j oies plus austeres de l ' a c t i v i t e i n t e l l e c t u e l l e qu'on estime.  A mesure que l a gaiete' d i s p a r a i s s a i t de l a  conversation, on commencait a discuter les questions serieuses; par exemple on v o i t Pontenelle qui d i s c u t a i t les mysteres de l'univers avec une grande dame du beau monde.  Entoures de preventions les esprits curieux  trouvaient un refuge dans La philosophie pure. leurs recherches  Dans  dans ce domaine i l s se construisaient  les o u t i l s dont i l s a l l a i e n t se s e r v i r contre les  23 conventions.  Meme en 1719, nous trouvons  de V o l t a i r e un discours sur l a f a i l l i b i l i t e  dansl'"Oedipe" des r o i s .  Oedipe nous est pre'sente comme un homme et non comme un etre d i v i n . "Un r o i pour ses sujets est un dieu qu'on revere, Pour Hercule et pour moi c'est un homme o r d i n a i r e .  1,1  Des pointes envenimees se cachent dans ce fourreau charmant, "Les Lettres Persanes" de Montesquieu. II est evident que ces ecrivains s'occupaient surtout a plaire.  Les fautes'de l a societe, leur donnent des  buts pour leur s a t i r e mordante et 1'occasion de demontrer leur e s p r i t ^ t i n c e l a n t . reformateur.  Mais i l n'y a pas encore de zele  l i s sont tous des hommes de leur s i e c l e ,  aristocrates et f i d e l e s , fondamentalement, aux i n s t i t u t i o n s qui  leur donnent un cadre dore pour leur vie aisee.  Avant  que l a c r i t i q u e put devenir vraiment revolutionnaire les  e'crivains devaient etre touches jusqu'au fond du  coeur.  Les hommes de l e t t r e s ne souffraient pas assez  pour se lever contre l a tyrannie d'un systeme qui, s ' i l mettalt des contraintes sur leur vie i n t e l l e c t u e l l e leur accordait des pensions pourvu q u ' i l s remplissent leur devoir d ' e t r e amusants. Ge n'est pas de l a noblesse que pourra s o r t i r une 1. Oedipe, Act 11, Scene 4.  24 reaction contre 1'ordre e t a b l i ,  l i s murmuraient contre  ses l i m i t a t i o n s mais i l s n'en desiraient pas l e bouleversement.  I l s acceptaient les choses comme i l s l e s  trouvaient et ne s•imaginaient pas q u ' i l existat dans le moride contemporain, des gens qui avaient secoue ces jougs.  Leur pays, 1'Angleterre, a t t i r a i t c e l u i qui ne  pouvait pas rester dans l a France.  Car i l y avaient  quelques uns d'entre eux qui s'opposaient a 1' oppression, non avec l e manque de chaleur des courtisans et des hommes de l e t t r e s , mais avec l'ardeur des gens dont l e s croyances  les plus profondes sont attaquees.  Les  Protestants de France n'avaient r i e n a f a i r e avec l e s compromis a r i s t o c r a t e s . profondes.  I I s'agit de leurs emotions  V o l t a i r e attaqua 1•eglise romaine a cause  du role politique qu'elle avait joue, mais pour les Protestants, c ' e t a i t une question de dogme.  Lesireux  de supprimer tout ce qui pouvait detruire l'unite de son royaume, Louis XIV revoqua l ' E d i t de ITantes en 1665. Pour les Protestants i l y avait un seul sentier a suivre, c e l u i de l a f u i t e .  La splendeur de l a cour de Louis,,  les agrements de l a vie sociale francaise ne comptaient pour r i e n contre leurs croyances  religieuses.  Le pays qui a t t i r a l a plupart des exiles protestants  F  25 e t a i t l'Angleterre.  La r e l i g i o n protestante y e t a i t  adoptee et on pouvait j o u i r l a de l a pleine l i b e r t e de conscience.  On a c c u e i l l i t les exiles avec sympathies .  et l i s y trouvaient une atmosphere tout a f a i t  opposee  a c e l l e qui regnait dans l a France. Arrivant d'un pays ou l a l i b e r t e n'etait encore qu'un nom,  i l s debarquerent  "dans un pays ou un regime nouveau f a i t a l a f o i s de l i b e r t e et de soumission a l a d i s c i p l i n e ,  d*independance  et de respect, commencait, apres quelques annees d'incertitude a porter ses f r u i t s . "  1  Au l i e u d'un r o i a r b i t -  r a i r e , l i s trouvaient un monarque qui "tout puissant pour f a i r e du bien a l e s mains l i e e s pour f a i r e l e mal, ou l e s seigneurs sont grands sans insolence et sans vassaux, et ou l e peuple partage l e gouvernement confusion."  sans  On s'emerveillait de trouver une t e l l e  l i b e r t e , et l o u a i t 1'independance et l a temerite qu'elle demontrait.  Muralt a d i t :  "Ce peuple n'a pas beaucoup d'egard pour les grands et n'est pas pret a leur ceder aussi facilement qu'on f a i t partout a i l l e u r s . ... ...Les petits tiennent peu aux grands; i l semble que personne n'ait pour eux cette crainte ni cette admiration s i ordinaire chez les autres peuples." 3  Une societe qui possedait ces t r a i t s a du a t t i r e r les hommes independants qui composaient les groupes de re'fugies 1. Schroeder "L'Abbe Prevost", p. 33. 2. V o l t a i r e , "Lettres Philosophiques", V o l . 1, p. 89. 3. Cite par Lanson, "Lettres Philosophiques", V o l . 2,p. 132 note. t  26 a Londres.  -  Par l a quality de leur caractere,  de l a sympathie pour les Anglais.  i l s avaient  Par les qualites  de  leur e s p r i t , leur c u r i o s i t e , leur s o i f pour le savoir , leur hardiesse dans les recherches, i l s etaient a f a i t propres a a g i r comme intermediaires et l a Prance.  tout  entre  l'Angleterre  Liberaux zeles, l i s desiraient ardemment  repandre dans l a Prance leurs deoouvertes de "1 ' l i e inconnuel Dans ce but,  i l s fondaient des journaux dans les pages  desquels on trouve une v e r i t a b l e mine de renseignements sur l a pense'e anglaise  de leur epoque.  "Par eux l a connaissance de l a constitution anglaise se repand en Europe. ...... Ce sont les gazettes de Hollande qui les premieres cherchent a propager ouvertement le lockisme en Prance et qui poursuivaient de leurs sarcasmes l a philosophie de Descartes. I l s repandaient non seulement les idees a b s t r a i t e s , mais aussi les oeuvres l i t t e r a i r e s de leur pays d'adoption. Apres avoir e v e i l l e de 1'interet par leur de l a philosophie  anglaise,  presentation  i l s a l l a i e n t plus l o i n et  donnaient a leurs compatriotes l a c l e f pour ce tresor cache, l a l i t t e r a t u r e anglaise. traductions  l i s produisaient  des  innombrables, et l o i n de s ' i s o l e r dans  "une  incomprehension superbe" i l s f a i s a i e n t leur possible pour i n s t r u i r e leurs compatriotes dans l a langue anglaise.  1* Texte, op. c i t . , p.  21.  1  27 Les exiles t r a v a i l l a i e n t incessamment a leur tache volontaire, et " l a propogande a c t i v e , incessante des refugies protestants en faveur d'un pays ou regnait l a l i b e r t e de penser et d'ecrire contribua pour une large part a nous le rendre sympathique. par le pouvoir a p a r t i r de 1688  Accueillis,  proteges  ce sont les refugies  qui nous apprennent a connaitre les philosophes, les savants, les politiques anglais, dont les opinions hardies nous etonnent et nous charment,"  1  Apres une generation de cette dissemination assidue des idees anglaises, le p o r t r a i t de 1'Anglais qui s'est imprime dans les esprits des Francais a du etre tres d i f f e r e n t de c e l u i que nous avons trouve au s i e c l e  precedent  Le respect pour les philosophes anglais provoqua du respect pour les habitants du pays.  On pardonnait beaucoup a  un peuple qui pouvait produire un Locke et un Newton. Le philosophe prenait l a place du lutteur qui ne s'occupait que du combat a coups de poing.  Le soupcon  s ' a c c r o i s s a i t qu'apres tout i l y avait des qualites incontestables dans le caractere anglais.  Muralt d i t :  "Parmi les Anglais i l y a des gens qui pensent plus fortment et qui ont de ces pens^es fortes en plus grand nombres que les gens d'esprit des autres nations. La plupart negligent les manieres et les agrements, mais i l s cultivent leur raison."^ 1. Schroeder, op. c i t i , p. 31, 2. Cite par Lanson, op. c i t . , p.  122.  28 La propagande des exiles donna une base solide a 1•admiration croissante pour les Anglais, exprimee dans ce passage.  En presentant  1'Anglais dans le  cadre que l u i fournirent son h i s t o i r e et son milieu i l s accentuaient  les qualites auxquelles  i l s etaient  sympathiques eux-memes. 1'independance. et l'amour de l a l i b e r t e .  Auparavant on avait remarque ces t r a i t s  dans les moeurs des i n s u l a i r e s , mais trop souvent on les prenait pour l a b i z a r r e r i e .  Lorsque, dans les journaux  protestants, on l i s a i t 1'histoire des Anglais et de leurs c o n s t i t u t i o n s on vonait a v o i r l a profondeur de leur amour de 1'independance. a comprendre  Be plus en plus on venait  les circonstances attenuantes qui excusaient  leur h i s t o i r e orageuse et leur temperament sombre.  Nous  trouvons une j u s t i f i c a t i o n de leur regicide dans Muralt: "Si 1'on veut dire q u i l s changent souvent de conduite a l'egard de leurs princes c'est peut-§tre qu'ils ont des princes qui, apres s'etre contenus dans les bornes reglees viennent a changer de conduite, et qui par l a l e 3 obligent a en changer a leur tour, de cette manidre, ce pourrait quelquefois §tre bon sens. "••'• 1  On commencait done a donner l e nom de bon sens a cette barbarie qui les avait pousses a tuer leur r o i . Dans le climat on trouvait encore une autre clef au mystere du caractere anglais.  Apres avoir ete' condamne's a vivre  sous les cieux pluvieux de l ' a l e brumeuse, les exile's 1. Muralt, l e t t r e 1, ed. H i t t e r , p. 20, cite par Lanson "Lettres Philosophiques", Vol. 1, p. 99.  29 excusaient les faiblesses de caractere, l a melancolie et l a froideur.  Comme l'exprime l'Abbe l e Blanc plus  tard, M  T i s to the fogs, with which their island i s generally overspread, that the E n g l i s h are indebted f o r the richness of their s o i l , and the melancholic d i s p o s i t i o n of their c o n s t i t utions ..... This same tendency to melancholy prevents their ever being content with their fate and equally renders them enemies to t r a n q u i l l i t y and friends to l i b e r t y . Thus in the very nature of the a i r they breathe, we f i n d the primary source of their inconstancy. "1  Ces influences contribuaient a provoquer de l a sympathie pour les Anglais.  Les exiles etaient tout  a f a i t entetes de leur pays d'adoption.  A t t i r e s dans  1'Angleterre par 1 'espoir de l a l i b e r t e i l s y trouvaient l a r e a l i s a t i o n de leur reve.  I l s trouvaient aussi que  l a l i b e r t e d'actions et de pensees avait rendu possible une f l o r a i s o n d'ide'es philosophiques et s c i e n t i f i q u e s et  i l s sentirent en eux-me"mes "1'elevation d'esprit"  que donnait cette l i b e r t e . "Je ne dois pas oublier de vous d i r e , d i t Muralt, que sur toutes sortes de sujets i l y a de bons ecrivains parmi eux. Cela ne me p a r a i t pas surprenant: i l s se sentent l i b r e s ; l i s sont a leur aise; i l s aiment a f a i r e usage de leur raison; i l s negligent cette politesse dans l e discours et cette attention aux manieres, qui dissipe et rend l ' e s p r i t p e t i t ; et enfin  1. Abbe l e Blanc, "Letters on the English and French Nations". Vol.  1. .p. 5. 6.  j -  30  ,  leur langue est riche et c l a i r e , d i f f i c i l e m e n t un r i e n y p a r a i t - i l quelque chose. Q,uoi q u ' i l en s o i t , i l s pretendent avoir devanceff les autres nations dans les sciences de pas moins d'un s i e c l e .....".1 G'etait cette superiorite dans l e s sciences naturelles qui i n s p i r a chez l e s Francais de l'admiration pour leurs v o i s i n s , dans l e domaine de l a penaee.  Une f o i s convaincus  de l a superiorite de l a pensee anglaise, i l s etaient e v e i l l e s de leur indifference envers les fautes du regime francais.  I l s voyaient maintenant dans les Anglais un  peuple heureux qui ne s o u f f r a i t pas-sous dea maux tels que les l e t t r e s de cachet, et l a censure de l a preaae. G e l l e - c i devenait surtout l e symbole de l a t y r a n n i c  On  pouvait l ' e v i t e r c'est v r a i , avec 1'aide de quelque personnage  important, comme c e l u i dont V o l t a i r e d i s a i t  q u ' i l "n'avait pas laisa£ de rendre service a 1 'esprit humain en donnant a l a presse plus de l i b e r t e qu'elle n'en a jamais eu. Nous etions deja a moitie chemin des Anglais."  Gette remarque est s i g n i f i c a t i v e du  changement dans l ' a t t i t u d e des Francais envers les Anglais. On commencait a, les regarder comme les defenaeurs de l a l i b e r t e , comme des pionniers dana un ordre nouveau.  1. MUralt, c i t e par V i a l et Denise, "Ideea et doctrinea l i t t e r a i r e s du XVIII s i e c l e " , p. 132. 2. Gite par Abry, "Histoire i l l u s t r e e de l a l i t t e r a t u r e francaiae", p. 137. e  31 Be plus en plus on pre'tait l e s o r e i l l e s aux mots de Descartes qui dans l e "Discours de l a Methode" avait d i t q u ' i l e t a i t "bon de savoir quelque chose des moeurs de divers peuples a f i n de juger des notres plus sainement et que nous ne pensions pas que tout ce qui est contre nos modes s o i t r i d i c u l e et contre raison a i n s i qu' ont coutume de f a i r e ceux qui n' ont r i e n v u .  1. Cite par A s c o l i , op. c i t . , V o l . 1, p. 263.  1,1  CHAPITRE III Les Interpretes de 1'Anglais dans son milieu p o l i t i q u e  En pre'sentant  l'Angleterre comme l ' a s i l e de l a l i b e r t e ,  les refugies protestants disposaient leur compatriotes a changer d'avis a 1'e'gard du caractere des Anglais.  L'admir-  ation pour les qualites d'independance et de l i b e r t e se repandait en France, e t , surtout parmi l e s e s p r i t s hardis et revolutionnaires, l e respect et 1'admiration augmentaient.  Mais i l y a v a i t encore beaucoup de contradictions  dans cette conception  nouvelle des Anglais.  Emportea par  leur enthousiasme les refugies donnaient dans leurs j ournaux des renseignements innombrables au sujet de 1'Angleterre.  II y avait presque un embarras de richesses.  Leur zele est en contraste frappant avec 1'indifference de leurs devanciers, mais i l n'etait pas e'gale par 1'interet de ceux a qui i l s s'adressaient.  II f a l l a l t un appetit  v i f , pour avaler l e s pages innombrables des journaux. Les j o u r n a l i s t e s avaient l ' e s p r i t encyclopediques, mais i l s n'avaient pas assez de talent l i t t e r a i r e . chant a d i s s i p e r l e s nuages qui couvraient i l s donnaient trop de d e t a i l s superflus.  En cher-  l'Angleterre, II f a l l a i t de  l a patience pour extraire de leurs pages un p o r t r a i t c l a i r des i n s u l a i r e s .  On commencait a apprecier l e s  -  33  -  qualites detachees, mais i l y a v a i t un manque de nettete et de coherence dans l e p o r t r a i t . l a i s s a i e n t trop au lecteur. capacite  de discerner  l a societe anglaise.  Les j o u r n a l i s t e s  II leur manquait aussi l a  les ressorts de l a constitution de Tout a f a i t a leur aise dans ce pays  l i b r e , i l s en admiraient les i n s t i t u t i o n s et i l s avaient du respect pour 1 independance et 1'integrite du caractere 1  des  i n s u l a i r e s , mais i l s n'etaient  pas competents a. montrer  l a l i a i s o n e'troite entre le caractere gouvernement de leur pays.  des anglais, et l e  Gette tache impor tante e t a i t  accomplie par des voyageurs i l l u s t r e s qui sej ournaient en Angleterre pendant l a premiere moitie du s i e c l e et dont les plus importants sont V o l t a i r e et Montesquieu. V o l t a i r e surtout remplissait admirablement l e rdle d intermeaiaire entre les deux pays. 1  picace,  Philosophe pers-  i l avait l a qualite importante qui manquait aux  j o u r n a l i s t e s , l e genie l i t t e r a i r e .  II e t a i t deja. tres  e'coute du public francais et i l e c r i v a i t d'une maniere s p i r i t u e l l e et provocative.  Les parques ont du v e i l l e r  sur les deux nations a ce moment, en donnant a l a Prance un e c r i v a i n qui, par son e s p r i t et son genie l i t t e r a i r e e t a i t tres propre a s e r v i r comme 1'intermedialre qui  -  34 -  e t a i t necessaire dans les relations entre les deux pays. La  plume de V o l t a i r e venait au secours des propagandistes  protestants. manquait, sujet.  E l l e possedait tout 1'entrain qui leur  De plus, V o l t a i r e e t a i t bien renseigne sur son  Predispose a admirer ce q u ' i l trouvait en Angle-  terre, i l se prepara bien pour son r o l e , en apprenant l a langue, et se documentant sur 1'histoire de ' l ' i l e orageuse'. Pour l a premiere f o i s dans ses oeuvres, les Anglais sont presentees non comme des individus bizarres dont l a divers i t e avait etonne l e s voyageurs auparavant, mais comme une nation, un peuple avec des t r a i t s caracteristiques d i s t i n c t s et bien d e f i n i s .  Q,uand nous nous souvenons que  V o l t a i r e e'crivait dans un style etincelant et provocatif, i l est evident qu'un homme est a r r i v e sur l a scene, qui e'tait bien prepare" pour presenter a l a Erance les citoyens de l ' i l e  septentrionale.  En e f f e t , V o l t a i r e e t a i t bien q u a l i f i e pour remplir ce.. r S l e s i g n i f i c a t i f .  Les circonstances de sa vie l u i  donuerent l'occasion necessaire.  A c c u e i l l i par la:.societe  et par l a cour, k cause de son e s p r i t et de ses talents litteraires, l e jeune poete s'est permis beaucoup de hardiesse dans ses critiques contre l a societe, car i l  -  35 -  savait bien qu'un bon mot pouvait apaiser 1 orgueil offense 1  Mais une f o i s i l est a l i e trop l o i n et i l v i t s'ecrouler 1'edifice de sa popularite'.  Provoque' par les sarcasmes  du poete, le Due de Rohan avait f a i t battre le parvenu. V o l t a i r e croyait que 1•insulte a son orgueil demandait du redressement et i l provoqua le Due au combat. bient&t que le merite d'un  I I trouva  homme de l e t t r e s eomptait pour  rien contre l a dignite d'un t i t r e de noblesse, et i l se trouva force de s'enfuir. 1'Angleterre  Naturellement i l c h o i s i t  pour son a s i l e .  Lord Bolingbroke  I I avait deja un ami anglais,  dont i l avait f a i t l a eonnaissance a La  Source, r e t r a i t e francaise du 'lord' e x i l e . avait entendu parler de 1'Angleterre hardi et independant.  Tout ce q u ' i l  interessa cet homme  En e f f e t i l a du etre content de  cette occasion pour f a i r e ses propres observations.  Du  moins, i l exprimait 1'intention de s'en s e r v i r bien. Son rSle s e r a i t c e l u i d'un " p a r t i c u l a r qui a u r a i t assez de l o i s i r et d'opiniatre te' pour apprendre a, parler l a langue anglaise, qui converserait librement avec les wigs et les t o r i s , qui d i n e r a i t avec un eveque, et qui souperait avec un quaker,'irait le samedi a l a synagogue et le dimanche a Saint-Paul, entendrait un sermon le matin et a s s i s t e r a i t  -  36 -  1'apres-diner a l a comedie, qui passerait de l a cour a l a bourse, et pardessus tout c e l a , ne se rebuterait point de l a f r o i d e u r , de 1'air dedaigneux et de glace que les dames anglaises mettent dans les commencements du commerce, et dont quelques-unes ne se defont jamais." que  1  On c r o i t bien  toutes les portes seraient ouvertes a ce Francais  f l a t t e u r et distingue. anglais.  I I e t a i t heureux dans ses amis  M. Falkner, l e bon commercant 1 ' a c c u e i l l i t a  Wandsworth et l u i donna une r e t r a i t e tranquille jusqu'a ce qu' i l a p p r i t l a langue anglaise.  II possedait des  l e t t r e s d * introduction aux hommes de l e t t r e s , et i l f i t l a connaissance  de Pope et de Swift.  II e t a i t 1'ami de  Walpole et aussi de son ennemi, Lord Bolingbroke.  Malgre  ses ac'tivites l i t t e r a i r e s , malgre les incommodites que l u i causait l e climat malsain, i l demontra un interet i n fatigable a tout ce qui 1'entourait.  II p a r l a i t avec les  hommes d'etat et les e'er iv a ins; i l l i s a i t les j ournaux; i l se promenait dans les rues, "1'oeil e'veille, 1 ' o r e i l l e au guet".  Cette e'poque de sa vie est d'une importance  supreme, car i l mit le r e s u l t a t de ses observations dans les fameuses "Lettres Philosophiques".  1. Lettres Philosophiques, Vol. 2, p. 257.  37  -  Ce r e c u e i l de l e t t r e s sur les Anglais est un commentaire s p i r i t u e l sur les moeurs et les caracteres Anglais.  des  En les ecrivant, V o l t a i r e e t a i t motive' dans une  large roe sure, par le desir de r i d i c u l i s e r les i n s t i t u t i o n s de l a France.  Le contraste frappant  entre les deux pays  l u i revela nettement les fautes de c e l u i - c i . i l ne s'occupait  Auparavant  qu 'a. s ' e t a b l i r dans l a societe; main-  tenant i l est devenu le c r i t i q u e acharne de cette societe. Son but e t a i t de' r e v e i l l e r les Francais de leur reve de superiorite, et naturellement, pour atteindre a. ce but, i l rendit le contraste aussi frappant  que possible.  II  accentua les g l o i r e s et diminua les fautes de ce pays modele.  Cependant, i l n'etait pas aveugle par son admira-  tion; i l e t a i t sympathique, mais pas partisan.  Son orgueil  personnel e t a i t g r a t i f i e par 1'accueil q u ' i l recevai t en Angleterre  et par les louanges qu'on donnait a son  "Henriade", mais maigre cela, i l e t a i t un  spectateur  i n t e l l i g e n t et informe. Tout en examinant les d e t a i l s du caractere anglais, i l se mit surtout a decouvrir  le fondement de l a l i b e r t e  et de 1'independance anglaises.  I I reconnut 1'importance  d'une connaissance du developpement de l a constitution  -  38  anglaise a f i n qu'on put avoir une idee comprehensive de l a nation.  I I d e s i r a i t renseigner les Francais sur ce  sujet, et i l donna une ebauche du developpement du vernement a n g l a i s .  gou-  I I demontra que " l a l i b e r t e est nee  en Angleterre des querelles des tirans", les Barons et le r o i , car dans le Magna Carta, les Barons donnaient  au  Peuple, c'est-a-dire "tout ce qui n'etait point t i r a n " , quelques concessions, "afin que dans 1'occasion e l l e se rangeat du p a r t i de ses pretendus  protecteurs".  1  Ainsi  commenca le developpement du pouvoir du peuple, qui devenait s i grand enfin, que les rois creaient plusieurs de ces nobles "qu'ils avaient tant craintsautrefois, pour les opposer a 1'ordre des Communes devenu trop redoutafcle.  1,1  A i n s i s'est developpe l a balance entre  les trois ordres, le r o i , 1 ' a r i s t o c r a t i e , et le peuple. "Aux murs de Westminster on v o i t paraitre ensemble Trois pouvoirs etonnes du noeud qui les rassemble, Les deputes du peuple, et les grands et le r o i , Divises d'interets, reunis par l a l o i ; Tous trois membres sacres de ce corps i n v i n c i b l e , Dangereux a lui-meme, a ses voisins t e r r i b l e ; Heureux, lorsque le peuple, i n s t r u i t dans son devoir Respecte, autant q u i l doit, le souverain pouvoir.' Plus heureux, lorsqu'un r o i , doux, juste et politique Respecte, autant q u ' i l doit, l a l i b e r t e publique.'" ?  1. "Lettres Philosophiques", \Jol, 1, Heuvieme Lettre. 2 . La Henriade, Chant i , cite" par J . Churton C o l l i n s , "Voltaire, Montesquieu and Rousseau in England".  -  39  V o l t a i r e apprecia l a l i b e r t e que donna l a soumission volontaire aux l o i s q u • i l s se donnaient eux-memes.  "La  Chambre des Pairs et c e l l e des Communes sont les arbitres de l a Nation, le Roi est l e sur-arbitre."**"  Les Francais  ne pouvaient pas r e c o n c i l i e r l e regicide de Charles I avec l a soumission au pouvoir du trone.  I l s s'emerveillaient  de voir cette Nation anglaise qui " l a seule de l a terre s o i t parvenue a regler l e pouvoir des Rois en leur r e s i s tant."  V o l t a i r e leur donna une explication perspicace  de ce paradoxe.  "Les Prancais pensent que le gouvernement  de cette l i e est plus orageux que l a mer qui 1 environne, 1  et cela est v r a i , mais c'est quand le Roi commence l a tempete, c'est quand i l veut se rendre le mattre du 3 vaisseau dont i l n'est que l e premier p i l o t e . "  Nous nous  demandons ce que Louis le Grand aurait pense de ce t i t r e , "le premier p i l o t e " . de 1 ' A n g l e t e r r e .  V o l t a i r e ne cache pas les troubles  "II en a coute sans doute pour e t a b l i r l a l i b e r t e en Angleterre; c'est dans des mers de sang qu'on noie 1 ' I d o l e du pouvoir despotique; mais les Anglais ne croient point avoir ache te trop cher de bonnes l o i x . Les autres Nations n'ont pas eu moins de troubles, n'ont pas verse moins de sang qu'eux; mais ce sang qu'elles ont repandu pour  1 . "Lettres Philosophiques", V o l . 1 , p. 89. 2. Idem. 3. Ibid, p . 9 1 .  -  40  -  l a cause de l e u r l i b e r t e n'a f a i t que c i m e n t e r leur servitude. h 1  I I defend a i n s i l e s A n g l a i s : "Ce q u on r e p r o c h e l e p l u s en France aux A n g l a i s , c ' e s t l e s u p p l i c e de C h a r l e s P r e m i e r , q u i f u t t r a i t e p a r ses v a i n q u e u r s comme i l l e s e u t t r a i t e s s ' i l e u t ete heureux, Apres t o u t r e g a r d e z d'un c o t e C h a r l e s P r e m i e r v a i n c u en b a t a i l l e rangee, p r i s o n n i e r j u g e , c o n damn^ dans W e s t m i n s t e r , e t de 1'autre 1'Empereur H e n r i "VII empoisonne p a r un Moine m i n i s t r e de l a rage de t o u t un P a r t i , t r e n t e a s s a s s i n a t e medites contre Henri IV, p l u s i e u r s executes, et l e dernier p r i v a n t e n f i n l a Prance de ce grand R o i , Pesez ces a t t e n t a t s e t j u g e z . " 2 1  Une d e c l a r a t i o n s i h a r d i e t s i r a i s o n n e a du f a i r e f u r e u r en F r a n c e , e t avec l a vague d ' i n d i g n a t i o n que s o u l e v a l e s " L e t t r e s P h i l o s o p h i q u e s " de n o u v e l l e s i d e e s s u r 1'Angleterre inonderent l a France, A i n s i V o l t a i r e demontra  comment d ' e f f o r t s en e f f o r t s ,  l e s A n g l a i s ont e t a b l i e n f i n l e u r gouvernement sage.  Tout  en a d m i r a n t l a c o n s t i t u t i o n a n g l a i s e , i l se moque un peu des membres du Pariernent a n g l a i s q u i a i m a i e n t a se comp a r e r aux Romains. "J'avoue, d i t - i l , que j e ne v o i s r i e n de commun e n t r e l a majeste du peuple a n g l a i s e t c e l l e du peuple r o m a i n , encore moins e n t r e l e u r s gouvernements, -- i l y a un Senat a Londres dont quelques membres sont soupconnes, q u o i qu'a t o r t sans 1. " L e t t r e s P h i l o s o p h i q u e s " , V o l . 1, p. 90. 2. I b i d , p. 92.  -  41  -  d o u t e , de vendre l e u r s v o i x dans 1 ' o c c a s i o n comme on f a i s a i t a, Rome. V o i l a t o u t e l a r e s semblance . »1 A c e t t e epoque, en e f f e t , i l y a v a i t beaucoup de c o r r u p t i o n dans l a v i e p o l i t i q u e a n g l a i s e .  Le Peuple a v a i t  combattu f o r t pour o b t e n i r l a r e p r e s e n t a t i o n mais i l s s e m b l a i e n t  parlementaire,  n e g l i g e r l e u r p r i v i l e g e , e t i l s ven-  da i e n t l e u r s v o i x sans s c r u p u l e .  Le systeme  parlementaire  a u q u e l l e s A n g l a i s d e v a i ^ l e u r l i b e r t e a v a i t des f a i b l e s s e s . I I i n s p i r a c e t t e "animosite  des p a r t i s  .. q u i d e s o r i e n t e  l e p l u s un Stranger", c a r " l a m o i t i e de l a n a t i o n e s t t o u j o u r s l'ennemi de 1 ' a u t r e . " " J ' a i trouve des gens, d i t V o l t a i r e , q u i m'ont a s s u r e que M i l o r d Malborough e'tait un p o l t r o n e t que M. Pope e t a i t un s o t . Dans tous le's rangs de l a s o c i e t e , l e s p e c t a t e u r cette aorimonie, questions  trouva  c e t t e h a i n e meme, que r e ' v e i l l e n t l e s  politiques.  Gependant i l s u i v a i t que pour a v o i r  des o p i n i o n s s i v i o l e n t e s , l e s A n g l a i s ont du s ' i n t e ' r e s s e r aux q u e s t i o n s  de 1 ' E t a t .  V o l t a i r e remarqua 1 ' i n t e r e t  g e n e r a l dans l e s a c t i o n s du gouvernement, e t i l d i t , " I n E n g l a n d everybody i s p u b l i k - s p i r i t e d ; in.Prance everybody i s concerned i n h i s own I n t e r e s t s , o n l y . An E n g l i s h ! m a n ) i s f u l l of itaughta ( s i c ) , French a l l i n miens, sweet vvords. " 3  1. I b i d , p. 88. 2. I b i d , V o l . 2, p. 138. 3. C i t e p a r N. L. T o r r e y , " V o l t a i r e ' s E n g l i s h Notebook", Modern P h i l o l o g y , V o l . 26, p. 312.  -  42  -  La c o n v e r s a t i o n e t l e s l e t t r e s montrent egalement 1 ' i n f l u e n c e de c e t i n t e r e t g e n e r a l r e s s e n t i par l e p e u p l e dans l e s a f f a i r e s de  l'etat.  "En A n g l e t e r r e communement on pease, e t l e s l e t t r e s y s o n t p l u s en honneur qu'en F r a n c e . Get avantage e s t une s u i t e n e c e s s a i r e de l a forme de l e u r gouvernement. I I y a a Londres e n v i r o n h u i t cent personnes q u i ont l e d r o i t de p a r l e r en p u b l i c , e t de s o u t e n i r l e s i n t e r e t s de l a N a t i o n : e n v i r o n c i n q ou s i x m i l l e pre tendent au meme honneur a l e u r t o u r , t o u t l e r e s t e s ' e r i g e en juge de c e u x - c i , e t chacun peut f a i r e imprimer ce q u ' i l pense sur l e s a f f a i r e s p u b l i q u e s ; a i n s i toute l a Nation e s t dans l a n e c e s s i t e de s ' i n s t r u i r e . 1 , 1  Les f a i b l e s s e s du systeme des p a r t i s sont  presentees,  mais i l e s t e v i d e n t que V o l t a i r e ne confond pas l e s abus avec l e systeme lui-meme.  I I approuve l e p a r t a g e  l e peuple des r e n e s du gouvernement. que  avec  I I est plus optimiste  1'Abbe l e B l a n c , q u i d i t : " T h e i r form of government seems d i c t a t e d by wisdom i t s e l f , but . . . i t i s but an i d e a l p r o j e c t not r e d u c i b l e to p r a c t i c e . L e t us a l l o w the E n g l i s h t h a t the p l a n of t h e i r p o l i t i c a l c o n s t i t u t i o n i s , of a l l o t h e r s known, the w i s e s t i n appearance, can they p r e t e n d t h a t i t i s r e a l l y so, i f impossi b l e to be put i n e x e c u t i o n ? I t has perhaps the g r e a t e s t of a l l d e f e c t s , t h a t i s , to suppose a degree of p e r f e c t i o n i n man w h i c h human nature i s not capable o f . "  Les s i ^ c l e s ont montre qu'a  l ' e g a r d de 1 ' A n g l e t e r r e  1. " L e t t r e s P h i l o s o p h i q u e s " , V o l . 2, p. 119. 2. Abbe l e B l a n c , op. c i t . , Vol. 1. p\ 4.  les  43  doutes du.bon Abbe n ' a v a i e n t pas de fondement, j u s q u ' a p r e s e n t , du moins.  Malgre' son s c e p t i c i s m e i l partage  avec V o l t a i r e I ' a d m i r a t i o n pour l e s r e s u l t a t s de c e t t e constitution 'trop i d e a l i s t e • , l a l i b e r t e du p a r l e r , e t l a p r o s p e r i t e du p e u p l e .  Depuis longtemps l e s P r a n p a i s  avaient... remarque 1 ' a f f l u e n c e r e l a t i v e du paysan a n g l a i s . Misson d i t : "Sous trouvons en a r r i v a n t i c i que chaque A n g l a i s e s t r o i chez s o i , e t t r a n q u i l l e p o s s e s s e u r de son b i e n . n l  Le p o r t r a i t que  nous donne M u r a l t du paysan a n g l a i s e s t  en c o n t r a s t e f r a p p a n t avec c e l u i de son p r o t o t y p e f r a n c a i s que  nous trouvons dans La B r u y e r e .  V o i l a l e p o r t r a i t de  Muralt, "Je ne connais l e s paysans que par un e n d r o i t : j e l e s v o i s tous a c h e v a l en j u s t e - a u - c o r p s de drap, e t en c u l o t t e s de p e l u c h e , b o t t e s e t eperonnes, e t t o u j o u r s au galop . . . Le peuple en g e n e r a l est i c i bien h a b i l l e . " ^ V o l t a i r e donne un p o r t r a i t s e m b l a b l e , sentiments  q u i s'adresse  h u r n a n i t a i r e s e t q u i montre l e s r e s u l t a t s  aux de  ce gouvernement sage. "Le P a l s a n n'a p o i n t l e s p i e d s m e u r t r i s par des s a b o t s , i l mange du p a i n b l a n c , i l e s t b i e n v e t u , i l ne c r a i n t p o i n t d'augmenter l e nombre de ses b e s t i a u x n i de c o u v r i r son t o i t de t u i l e s de peur  1. M i s s o n , a r t . ImpSts, p. 257, c i t e p a r Lanson, note p. " L e t t r e s P h i l o s o p h i q u e s " , V o l . 1. 2. I b i d , p. 118.  119  44  que 1'on ne hausse ses impots l'annee d'apres. I I y a i c i beaucoup de Pa'isans q u i ont e n v i r o n deux c e n t m i l l e f r a n c s de b i e n e t q u i ne dedaignent pas de c o n t i n u e r a. c u l t i v e r l a t e r r e q u i l e s a e n r i c h i s e t dans l a q u e l l e i l s v i v e n t l i b r e s . " I I v a p l u s l o i n , e t t r a c e c e t t e p r o s p e r i t e a sa source dans l e gouvernement democratique.  Surtout  i l remarque  sur l a d i s t r i b u t i o n egale des impots» "Un homme p a r c e q u ' i l e s t Noble ou parce q u ' i l e s t P r e t r e n'est p o i n t i c i exempt de j p a i e r c e r t a i n ^ s t a x e s , tous l e s impots sont r e g i e s p a r l a Chambre des Communes. . . . Q,uand l e B i l l e s t c o n f i r m e par l e s Lords e t aprouve par l e R o i , a l o r s t o u t l e monde p a l e , chacun donne non s e l o n sa' q u a l i t e (ce q u i e s t a b s u r d e ) , mais s e l o n son r e v e n u ; i l n'y a p o i n t de T a i l l e n i de C a p i t a t i o n a r b i t r a i r e , mais une Taxe r e e l l e s u r l e s t e r r e s . . . La Taxe s u b s i s t e t o u j o u r s l a me^me quoique l e s revenus des t e r r e s a i e n t augment!, a i n s i personne n'est f o u l e e t personne ne se p l a i n t . " I I demontre comment t o u t l e monde p a r t a g e l e en p l a c e des "maltotes  fardeau;  i n f i n i e s de notre malheureuse P r a n c e ,  i l y a des t a x e s e q u i t a b l e s par rnoyen d e s q u e l l e s grands du royaume en p o r t e n t l e u r p a r t  1,3  " les  proportionnellement  a l e u r s biens e t a leur- q u a l i t e . " ^ V o l t a i r e exprime a i n s i l e r o l e q u ' i l j o u a i t en e c r i v a n t ces L e t t r e s :  1. " L e t t r e s P h i l o s o p h i q u e s " , V o l . 1, p. 107. 2. I b i d , pp. 106,107. 3. M i s s i o n , a r t . Impots, p. 257. Cite' par Lanson op. c i t . p. 177. 4. Idem.  45  -  "Je j o i n s ma f a i b l e v o i x a t o u t e s l e s v o i x , . d ' A n g l e t e r r e pour f a i r e un peu s e n t i r l a d i f f e . rence q u ' i l y a e n t r e l e u r l i b e r t e ' et n o t r e e s o l a v a g e , e n t r e l e u r sage h a r d i e s s e e t notre f o l l e supersti tion. C e t t e ' f a i b l e v o i x ' a sonne l ' a l a r m e dans " l a g u e r r e f a i t e aux  i n s t i t u t i o n s p o l i tiques".  Des  "Lettres  s o p h i q u e s " date " c e t e s p r i t nouveau, dedaigneux 1  questions d'art, et p r a t i q u e , que  des  reformateur et raisonneur, b a t a i l l e u r  p l u s s o u c i e u x de p o l i t i q u e ou de  de poe'sie ou  Philo  science  d'eloquence.  "Cet ouvrage, a d i t C o n d o r c e t , f u t parmi nous .. 1'e'poque d'une r e ' v o l u t i o n ; i l comme nca ay f a i r e n a i t r e l e gout de l a p h i l o s o p h i e e t de l a l i t t e r a t u r e a n g l a i s e s , a 'nous i n t e r e s s e r aux moeurs, a l a p o l i t i q u e , aux c o n n a i s s a n c e s commerciales de ce p e u p l e , a repandre sa langue parmi nous."° Avec l u i , l ' a n g l o m a n i e e t a i t e n f i n e'tablie e t t o u t l e monde commenq/ait a c r o i r e avec V o l t a i r e  que  "Le s o l e i l des A n g l a i s , c ' e s t l e f e u du ge'nie C'est 1'amour de l a g l o i r e et de 1 '^humanite C e l u i de Is. pa t r i e et de l a l i b e r t e . " Le p o r t r a i t de 1 ' A n g l a i s que ses  donna V o l t a i r e dans  " L e t t r e s P h i l o s o p h i q u e s " e'tait un peu  l a propagande.  Dans l e s ouvrages d'un  colore  de ses  1. C i t e par Texte op. c i t . , p. 78. 2. I b i d , p. 68. 3. Idem. 4. C i t e par Churton C o l l i n s , op. c i t . , p.  116.  par  contem-  -  p o r a i n s nous trouvons plus desinteressee.  46  -  l e s r e s u l t a t s d'une o b s e r v a t i o n M o n t e s q u i e u , q u i demeurait en. A n g l e -  t e r r e de 1729 j u s q u ' a  1731 n ' a v a i t pas de p r e j u g e s a  l ' e g a r d des A n g l a i s .  I I a v a i t l ' e s p r i t tout a f a i t  s c i e n t i f i q u e , e t l a p a s s i o n de s a v i e e t a i t l'e'tude de 1'homme s u r t o u t dans s e s r e l a t i o n s s o c i a l e s e t p o l i t i q u e s . L ' e l o g e de C h e s t e r f i e l d ,  e'er i t apres s a mort mon t r e son  a b i l i t e pour i n t e r p r e t e r 1 ' A n g l e t e r r e  a son pays,  "His v i r t u e s d i d honour t o human n a t u r e ; h i s "writings j u s t i c e , A f r i e n d to mankind, he a.sserted t h e i r undoubted and i n a l i e n a b l e r i g h t s w i t h freedom, even i n h i s own c o u n t r y , whose p r e j u d i c e s i n m a t t e r s o f r e l i g i o n and government he had l o n g lamented, and endeavoured, n o t wi thout some success to remove. He w e l l knew and j u s t l y admired the happy c o n s t i t u t i o n o f t h i s c o u n t r y , where f i x e d and known laws e q u a l l y r e s t r a i n monarchy from t y r a n n y , and l i b e r t y from l i c e n t i o u s ness. H i s works w i l l i l l u s t r a t e h i s name and s u r v i v e him as l o n g as r i g h t r e a s o n , moral o b l i g a t i o n , and the t r u e s p i r i t of l a w s , s h a l l be u n d e r s t o o d , r e s p e c t e d , and m a i n t a i n e d . " Montesquieu e s t venu en A n g l e t e r r e pour se r e n s e i g n e r s u r l e s moeurs e t l e c a r a c t e r e des A n g l a i s , e t pour l e s comp a r e r avec l e u r s v o i s i n s . terre etaient  ouvertes  L e s p o r t e s des grands de 1'Angle-  pour l u i comme pour V o l t a i r e . I I  se serva.it de t o u t e s l e s o c c a s i o n s  pour observer  1. C i t e p a r C h u r t o n C o l l i n s , op. c i t . , p. 177.  l e s mani-  -  47  f e . s t a t i o n s de 1 e s p r i t des l o i s a n g l a i s e s . 1  II assistait  aux d i s c c u r s p a r l e m e n t a i r e s e t i l e t a i t t o u t a. f a i t choque' par  l e p e r s i f l a g e de ceux q u i se nommaient l e s d e f e n s e u r s  du d r o i t e t de l a d i g n i t e de Is. n a t i o n a n g l a i s e .  Plus  que V o l t a i r e , i l e t a i t degoute p a r l a c o r r u p t i o n q u i m i n a i t l e systeme de gouvernement  par p a r t i s .  Cependant, i l  a v a i t a s s e z de p e r s p i c a c i t e pour pe ne'trer au-dess ous1 • e x t e r i e u r orageux de l a v i e p o l i t i q u e .  de  II attribua les  tumultes au c l i m a t e t a l'humeur i m p a t i e n t e des A n g l a i s dont i l d i t que " l a s o u m i s s i o n e t 1'obeissance s o n t l e s v e r t u s dont i l s se p i q u e n t l e m o i n s . "  1  "To judge E n g l a n d " , lie s a y s , " by what appears i n the newspapers, one would e x p e c t a r e v o l u t i o n to-morrow, but a l l t h a t i s s i g n i f i e d i s t h a t the p e o p l e , l i k e the p e o p l e of e v e r y o t h e r c o u n t r y , grumble a t t h e i r g o v e r n o r s , and a r e f r e e to e x p r e s s what the p e o p l e i n o t h e r c o u n t r i e s a r e o n l y a l l o w e d to t h i n k . " ^ I I v i t l e fondement de bon sens au-dessous des c o n t r a d i c t i o n s e t des f o l i e s q u i r e ' s u l t a i e n t des combats ques.  politi-  Avant son sej our en A n g l e t e r r e i l s ' e s t montre  s c e p t i q u e de ce gouvernement  sage dont V o l t a i r e sonna l e s  l o u a n g e s , e t i l a d i t que c ' e t a i t i m p o s s i b l e de "gouverner de grands E t a t s avec l a s i m p l i c i t e d'une v i l l e grecque."  1. C i t e par Lanson, op. c i t . , V o l . 1, p. 94. 2. 0 h u r t o n C o l l i n s , op. c i t . , p. 141. 3. C i t e p a r A s c o l i , op. c i t . , V o l . 2, p. 104.  -  48  -  Mais apres a v o i r observe 1 ' A n g l e t e r r e de pre"s i l changea d'avis.  I I v i t que  l a m u l t i p l i c i t e ' des  l i b e r t e aux A n g l a i s coup sur son  Son  opinions assura l a  etude de ce pays i n f l u a beau-  ouvrage c a p i t a l , " L ' E s p r i t des  Lois"  car  " I t was here t h a t he saw i l l u s t r a t e d as i t were i n epitome and w i t h a l l the emphasis of g l a r i n g c o n t r a s t , the v i r t u e s , the v i c e s , the p o t e n t i a l i t i e s of good, the p o t e n t i a l i t i e s of e v i l , i n h e r e n t i n monarchy, i n a r i s t o c r a c y , i n the power of the p e o p l e . I t was here t h a t he p e r c e i v e d and u n d e r s t o o d what l i b e r t y meant, i n t e l l e c t u a l l y , m o r a l l y , p o l i t i c a l l y , s o c i a l l y . He saw i t i n i t s u g l i n e s s , he saw i t i n i t s beauty, p a t i e n t l y , s o b e r l y , w i t h o u t p r e j u d i c e , w i t h o u t h e a t , he i n v e s t i g a t e d , . a n a l y s e d , sifted, b a l a n c e d ; and on the c o n c l u s i o n s t h a t he drew were founded most of the g e n e r a l i s a t i o n s w h i c h . have made him i m m o r t a l . n l  V o l t a i r e a v a i t d e c r i t l e gouvernement c o n s t i t u t i o n n e l 1 ' A n g l e t e r r e ; Montesquieu en i n t e r p r e t a i t l e s L'influence  de ces  definie.  I l s i n s p i r e r e n t ces  1 ' h i s t o i r e de l a P r a n c e . pendant des  principes.  deux l i v r e s , l e s " L e t t r e s  s o p h i q u e s " , e t " L ' E s p r i t des  de  Lois", etait forte  Philoet.bien  idees nouvelles qui moulaient  Apres a v o i r i g n o r e l e u r s  voisins  s i e c l e s , l e s F r a n c a i s l e s p r e n a i e n t maintenant  comme modules.  Leur c o n s t i t u t i o n s y m b o l i s a i t  tout  ce  q u ' i l y a v a i t de j u s t e e t d'humanitaire dans l e gouvernement. Les  i n d i v i d u s p a r t a g e a i e n t l e s panegyriques qu'on d o n n a i t  1. Ghurton C o l l i n s , op.  c i t . , p.  178.  49  a, l e u r s l o i s , e t l e norn d ' A n g l a i s prophete e t p i o n n i e r . d'or  e t a i t l e synonyme pour  Tous ceux q u i r e v a i e n t a un age  de l i b e r t e e t de t o l e r a n c e se t o u r n a i e n t vers  terre.  L'admiration  e t a i t maintenant b i e n fondee.  e c r i v a i n s a v a i e n t r e v e l e l e s r e s s o r t s du c a r a c t e r e en demon t r a i l t l e s i n f l u e n c e s a u x q u e l l e s  l'AngleLes anglais  i l e t a i t soumis.  A l a f i n de l a p r e m i e r e moi t i e du d i x - h u i tieme s i e c l e , l e s p r e j u g e s e t a i e n t d i s s i p e s e t l'anglomanie e t a i t  etablie.  CH APT THE  IV  Les t r a i t s caracterlstiqu.es de 1'Anglais,  revel e's par  l e s i n s t i t u t i o n s de son pays.  La s u b t i l i t e et l a hard!esse etaient necessaires a. ceux qui voulaient depeindre 1'Anglais dans son milieu p o l i t i q u e , car une description des i n s t i t u t i o n s entrainait neeessairement une  consideration des principes dont e l l e s  sont 1'expression tangible.  Les pouvoirs de l a Prance se  mefiaient des rapports avec un pays ou regnaient des theories s i subversives.  Tous leurs i n s t i n c t s l e s poussaient  a  supprimer autant q u ' i l s l e pouvaient. l a dissemination ces idees dangereuses.  Les j ournaux protest ants e'taient  publies en Hollande, et malgre' l e s preparations de V o l t a i r e , ses "Lettres Philosophiques" au bucher.  de  soigneuses  etaient condamnees  Les actions semblables ont du soullgner pour  l e s Francais l e s qualites de l i b e r t e et de tole'rance chez les Anglais, et tout en regrettant. avec Prevost, que les matleres de p o l i t i q u e leur etaient i n t e r d i t e s , i l s en venaient  a v o i r que les Anglais avaient raison l o r s q u ' i l s  "se piquaient d'une s i n g u l a r i t y b r i l l a n t e " a cet egard. L' independance et 1'amour de l a liberte' se manlfes-  -  51  t a i e n t dans une m a t i e r e e'galement c o n t r o v e r s e e , l a r e l i g i o n . C'est a. cause, p e u t - e t r e de s e s o b s e r v a t i o n s s u r l e s o p i n i o n s r e l i g i e u s e s des A n g l a i s que l e l i v r e de V o l t a i r e e t a i t interdit.  En e f f e t tous l e s i n t e r m e d i a i r e s  du d i x - h u i tieme s i e c l e he s i t a i e n t a, d i s c u t e r  au commencement ce suj e t .  Mais  i l s en p a r l a i e n t a u t a n t q u ' i l s l e p o u v a i e n t , e t 1 ' a d m i r a t i o n pour l a c o n s t i t u t i o n a n g l a i s e  e'taient e g a l e e chez l e s e s p r i t s  h a r d i s p a r l e u r a d m i r a t i o n pour l a t o l e r a n c e , r e l i g i e u s e de 1 ' A n g l e t e r r e .  et l a l i b e r t e  Tous l e s voyageurs y remarquaient  l a d i v e r s i t e des s e c t e s , e t comme t o u j o u r s V o l t a i r e en p a r l e avec e s p r i t : "C'est i c i l e p a i s des S e c t e s . Un A n g l a i s comme homme l i b r e , va au C i e l p a r l e chemin q u i l u i plait. u l  Nous pouvons comprendre l a m e f i a n c e des autorite's pour son l i v r e , l o r s q u e nous l i s o n s p l u s  tard,  " S ' i 1 n'y a v a i t en A n g l e t e r r e qu'une r e l i g i o n , l e despotisme s e r a i t a. c r a i n d r e , s ' i l y en a v a i t deux, e l l e s se c o u p e r a i e n t l a gorge, mais i l y en a t r e n t e , e t e l l e s v i v e n t en p a i x heureuses."  p  On s ' e m e r v e i l l a . i t dissidents.  de v o i r c e t t e  i n d u l g e n c e envers l e s  Au s i e c l e p r e c e a e n t on a v a i t meprise l e s  A n g l a i s comme h e r e t i q u e s .  Avec l e d e c l i n de l'&ge  1. " L e t t r e s P h i l o s o p h i q u e s " , V o l . 1, p. 61. 2. I b i d , p. 74.  clas-sique,  -  52  -  l e s F r a n c a i s sont devenus de p l u s en p l u s s c e p t i q u e s l i b r e s penseurs.  et  Leur haine pour I ' h e r e s i e se changea en  r e s p e c t pour ce p e u p l e q u i , dans l e s mots de a v a i e n t "eerase 1'infame". dans l a d i v e r s i t y des  Voltaire,  En meme temps, i l s v o y a i e n t  s e c t e s , une  preuve de p l u s de l a  b i z a r r e r i e des A n g l a i s , e t de l e u r mepris pour l e s conventions.  I l s s•etonnaient  l i s admiraient  s u r t o u t au s u j e t des  l'honnetete,  Quakers,  l e courage, e t l a s i n c e r i te de  ces gens, mais i l s s o u r i a i e n t un peu en voyant l e u r s h a b i t s b i z a r r e s e t l e u r s coutumes e t r a n g e s .  Les F r a n c a i s  jamais  q u i se c r o y a i e n t  rencontre  des gens s e m b l a b l e s ,  n'avaient  egaux a t o u t l e monde, e t q u i p a r l a i e n t a i n s i a un r o i : "Nous venons te temoigner l a d o u l e u r que nous r e s s e n t o n s de l a mort de n o t r e bon ami C h a r l e s , e t l a j o i e que nous avons que t u s o i s devenu n o t r e gouverneur. Nous avons a p p r i s que tu n'es pas dans l e s sentiments de 1 ' E g l i s e angl i c a n e non p l u s que nous, c ' e s t pourquoi nous te demandohs l a mime l i b e r t e que t u prehds pour toi-meme." Ces gens b i z a r r e s q u i t u t o y a i e n t l e s r o i s e t se  laissaient  p e r s e c u t e r v o l o n t i e r s pour l e u r f o i , s y m b o l i s a i e n t pour l e s F r a n c a i s , 1'independance e t p e u t - e t r e a u s s i l ' o p i n i a t r e t e des A n g l a i s . car i l s a v a i t que  V o l t a i r e l e u r a v a i t oonsacre t r o i s L e t t r e s , ses l e c t e u r s s i n t e ' r e s s a i e n t s u r t o u t a 1  1. Mot's a d r e s s e s par l e s Quakers a Jacques I I , a son .avenement au tr&ne. C i t e par A s c o l i , op. c i t . , V o l . 2 , p . 416.  -53  -  cet'te s e c t e .  La sympathle e t a i t e v e i l l e e par l a s i n c e r i te  des Quakers.  Q,uant aux r e p r e s e n t a n t s de l ' e g l i s e  l e s F r a n c a i s l e s t r o u v a i e n t t r e s semblables catholiques. ram  a. l e u r s p r e t r e s  Sans d o u t e , i l s n ' e t a i e n t pas tous des  Shandy, mais a u s s i i l s n ' e t a i e n t pas des Doctor  rose.  TristPrim-  L'Abbe l e B l a n c d e p l o r e l e s moeurs du c l e r g e .  critique il  e'tablie,  de V o l t a i r e a c e t egard .n'etait pas  t r o u v a qu'a  p l u s r e g i e que  La  s i severe,  car  l egard des moeurs l e clerge" a n g l i c a n e t a i t 1  c e l u i de  Francet  "Les P r e t r e s vont q u e l q u e f o i s au c a b a r e t parce que 1 'usage l e l e u r permet, et s ' i l s s ? e n i v r e n t c ' e s t serieusement e t sans s c a n d a l e . " 1  Q,uant aux l a i q u e s o u t r e l e s s e c t e s d i s s i d e n t e s , i l s se s o u c i a i e n t peu de l a r e l i g i o n a. 1'e'poque ou nos  voyageurs  l e s o b s e r v a i e n t , c' es t - a - d i r e ' l a v e i l l e du mouvement vsesleyan.  Les F r a n c a i s t r o u v a i e n t l e u r s v o i s i n s presque a u s s i  i r r e l i g i e u x qu'eux-memes, e t Montesquieu remarqua: "Mais on e s t s i t i e d e a p r e s e n t s u r t o u t c e l a ( l a r e l i g i o n ) . P o i n t de r e l i g i o n en A n g l e t e r r e : qua t r e ou c i n q de l a Ghambre . des Communes v o n t a l a messe ou au-sermon de l a Ghambre. S i quelqu'un p a r l e de r e l i g i o n , t o u t l e monde se met a r i r e . La c o u r , l a v i l l e e t l a carnpagne, t o u t e s t r e m p l i d' i n c r e d u l e s . . .A p r e s e n t , l e s femmes, l e peuple meme se mele d ' i m i t e r l e s p h i l o s o p h e s . " ;  1. " L e t t r e s P h i l o s o p h i q u e s " , V o l . 1, p. 2. I b i d , ' n o t e p. 80.  63.  54  -  Les d i f f e r e n c e s de r e l i g i o n s e v a n o u i r e n t a l a bourse, -et 1  au p a r l e m e n t on m e t t a i t l e s q u e s t i o n s de p o l i t i q u e a v a n t c e l l e s de r e l i g i o n . "Ces maud i t s Wigs, d i t V o l t a i r e , se s o u c i e n t t r e s peu que l a s u c c e s s i o n E p i s c o p a l e a i t ete interrompue chez eux ou non . . . . i l s aiment mieux meme que l e s eveques t i r e n t l e u r a u t o r i t e du P a r l e m e n t pluto"t que des A p S t r e s . Le Lord B o l i n g b r o k e d i t que c e t t e idee de d r o i t d i v i n ne s e r v i r a i t qu'a f a i r e des t i r a n s en c a m a i l e t en r o c h e t , mais que l a L o i f a i t des G i t o i e n s . " Avec l a p e r v e r s i t e u s u e l l e aux A n g l a i s , i l s maint e n a i e n t l e s formes de l a r e l i g i o n en d e p i t de l e u r i n d i f f e r e n c e au f o n d .  Les dimanches a n g l a i s e t a i e n t a u s s i  ennuyeux pour l e voyageur f r a n c a i s a l o r s q u ' i l s l e sont aujourd'hui.  Ge meme calme de sabbat re'gnait dans l e s r u e s .  Entendons l a p l a i n t e d'un de ces  exile's:  " I I e s t defendu ce j o u r - l a de t r a v a i l l e r e t de se d i v e r t i r . . . p o i n t d'Opera, p o i n t de Comedie, p o i n t de Concert a Londres l e dimanche, l e s c a r t e s meme y sont s i e x p r e s sement de'f endues q u ' i l n'y a que l e s p e r sonnes de q u a l i t e e t eeux qu'on a p p e l l e l e s honnetes gens q u i j o u e n t ce j o u r - l a . " ^ V o l t a i r e a t t r i b u a c e t t e s a n c t i f i c a t i o n du dimanche aux P r e s b y t e r i a n s , ces " M e s s i e u r s " q u i " f i r e n t essuver a ce pauvre R o i ( C h a r l e s I I ) quatre sermons par j o u r . " 3  1. " L e t t r e s P h i l o s o p h i q u e s " , p. 63. 2. I b i d , p. 73. 3. I b i d , p. 72.  C etait  - 55  a. eux  -  a u s s i q u ' i l a t t r i b u a i t " l e s a i r s graves e t  q u ' i l t r o u v a i t a l a mode en ce pays.  Les dimanch.es s o l e n n e l s  ont du s y m b o l i s e r pour l e s E r a n c a i s l a g r a v i t e du anglais.  Ges  severes"  caractere  j o u r s - l a , s u r t o u t quand i l y a v a i t un  d ' e s t , l ' e x i l e a du r e g r e t t e r l a ga'ite g a u l o i s e .  vent  Ceux q u i  ont vu l e s A n g l a i s ehez eux e t a i e n t f r a p p e s par ces m a n i f e s t a t i o n s du c a r a c t e r e n a t i o n a l . l e u r s i d e e s des A n g l a i s des  Parmi ceux q u i  prenaient  l i v r e s e t des j o u r n a u x i l y  a v a i t un i n t e r e t c r o i s s a n t dans l e s t h e o r i e s n o u v e l l e s r e l i g i o n q u i se r e p a n d a i e n t n a t u r e l l e e t l e deisme. questions 1727  de  en A n g l e t e r r e , l a r e l i g i o n  I I y a p l u s i e u r s a l l u s i o n s a ces  de'l i c a t e s dans l e s ouvrages contemporains.  En  l e Mercure annonce l a t r a d u c t i o n de"1'Ebauche de l a  R e l i g i o n N a t u r e l l e " de Wools t o n . propre  Mais p e u t - e t r e pour sa  sur@te, " l e Mercure c i t e p l u s v o l o n t i e r s encore  p l u s i e u r s t r a i t e s a n g l a i s ou ces me^nes t h e o r i e s ont r e f u t e e s e t condamnees. e c r i v a i n q u i en 1699 genre d ' e r r e u r  A s c o l i nous c i t e l e s mots  ete d'un  a d i t a propos du deisme, "comme ce  e s t a u s s i inconnu a. l a Prance q u ' a u t r e f o i s  l e p a r r i c i d e a* S p a r t e , j e n ' a v a l s pas b e s o i n de nous mettre en defense c o n t r e des monstres que  nous ne p e n s e r i o n s  1. L o v e r i n g , " L ' A c t i v i t e I n t e l l e c t u e l l e  pas  de 1'Angleterre d*apres  1'Ancien"Mercure de France"(1672-1778 )" p.  68.  -  meW  56  -  d e v o i r n a i t r e dans une s o c i e t e d'hommes s i des e t a t s  v o i s i n s du n o t r e ne nous a p p r e n a i e n t  q u ' i l y en a " .  1  Ce-  pendant avec l e s p r e m i e r e s annees du d i x - h u i t i e m e i l y a v a i t un i n t e r e t c r o i s s a n t dans ces i d e e s , e t comme 1'ajoute A s c o l i "on s a i t que l e s l i b e r t i n s de France n ' a v a i e n t attendu  que l e s - ' f r e e t h i n k e r s ' d ' A n g l e t e r r e  point  leur fissent l a  l e c o n , mais ces d e r n i e r s p a r l e r e n t p e u t - e t r e p l u s v i te e t p l u s ,clair«.. " Depuis longtemps l e s A n g l a i s a v a i e n t gagne de l a reput a t i o n comme p h i l o s o p h e s .  Par m i l l e e n d r o i t s l e s idees  de Locke s o n t e n t r e e s dans l a P r a n c e .  Les penseurs du  ,  d i x - h u i t i e m e s i e c l e q u i se t o u r n a i e n t de l a metaphysique c a r t e s i e n n e s ' i n t e r e s s a i e n t de p l u s en p l u s au n a t u r a l i s m e lockien.  I l s commenqaient a a.ppliquer a t o u t e s choses,  meme a l a r e l i g i o n e t l a m o r a l e , l a l u e u r blanche de l a r a i s o n e t du sens commun. sur 1'experience. j/..developpait  Toute chose d e v a i t e t r e f o n d l e  L'honnete homme du d i x - h u i t i e m e  siecle  e t 1' i n f l u e n c e a n g l a i s e e s t t r e s importante  dans l a f o r m a t i o n de c e t i d e a l .  L o r d H a l i f a x , q u i "pour  c o n v a i n c r e ' l e s gens du monde de 1 ' e x c e l l e n c e  des v e r t u s  c h r e t i e n n e s demanderait au bon sens de j u s t i f i e r l e s  1. A s c o l i , op. c i t . , V o l . 2, p. 72. 2. Idem.  /  -  57  -  p r a t i q u e s imposes par l a f o i " , en e s t l e p r o t o t y p e . e s s a i s de S h a f t e s b u r y ,  Les  q u i " a p p l i q u e a l a morale l a rnethode  de'son m a i t r e Locke e t f a i t p a r t o u t a p p e l a. repand c e t t e i n f l u e n c e n o u v e l l e .  1'experience" , 2  De s o r t e que quand V o l -  t a i r e e t a i t i n t r o d u i t aux t h e o r i e s de Locke pendant son s e j our en A n g l e t e r r e , i l " s ' e m e r v e i l l a i t de d e c o u v r i r , e l a i r e m e n t exprime par Locke .ce q u ' i l s e n t a i t p l u s  confuse-  ment en lui-rneme, c ' e s t qu'en r e a l i t e l a pense'e de Locke s'e'tait d e j a i n f u s e e i n s e n s i b l e m e n t  chez nous.  sans l e s a v o i r , l a c o n n a i s s a i t d e j a . "  Voltaire,  I I consacre p l u s i e u r s  pages de son r e c u e i l au developpement des i d e e s  lockiennes.  E n c o r e une f o i s , V o l t a i r e r e f l e t e l e s i n t e r e t s du p u b l i c auquel i l s ' a d r e s s a i t .  Ge n ' e t a i t que chez l e s A n g l a i s  qu'on p o u v a i t t r o u v e r a. c e t t e epoque de t e l l e s i d e e s , e t en emulant l e u r r o l e de p h i l o s o p h e s , l e s E r a n c a i s  en  v e n a i e n t de p l u s en p l u s a l e s e s t l m e r , e t i l s l o u a i e n t , l e pays ou l a l i b e r t e donna un m i l i e u f a v o r a b l e pour l e developpement des e s p r i t s c u r i e u x .  Comme 1'exprime V o l -  taire, "Quand on c o n s i d e r e que Newton, Locke, C l a r k e , L e i b n i t z , a u r a i e n t e t e p e r s e c u t e s en F r a n c e , emprisonne's "a Rome, b r u l e s a L i s b o n n e , que  1. A s c o l i , op. c i t . , V o l . 2, p. 102. 2. Idem. 3. I b i d , p. 85,  58  • f a u t - i l penser de l a rais-on humaine? E l l e e s t nee dans ce s i e c l e en A n g l e t e r r e . n l  V o i l a 1'opinion  des A n g l a i s que p r o p a g a i e n t l e s e c r i -  v a i n s au m i l i e u du d i x - h u i t i e m e  siecle.  on l e s a v a i a s t es times comme p h i l o s o p h e s  Depuis longtemps et moralistes.  On commencait a u s s i a, a p p r e c i e r l e u r prouesse dans l e s s c i e n c e s n a t u r e l l e s . . . Tous l e s e c r i v a i n s se m i r e n t a desabuser l e u r s c o m p a t r l o t e s  de l ' o p i n i o n que Hewton n ' e t a i t  qu'un " f a i s e u r d ' e x p e r i e n c e s q u i s ' e t a i t t r o m p e . t a i r e sonna ses louanges avec enthousiasme.  Vol-  1,2  I l p r e f a c e ses  remarques avec des louanges pour ce pays ou "ce fameux Newton a vecu honore de ses c o m p a t r i o t e s  e t a ete enterre  comme un r o i q u i a u r a i t f a i t du b i e n a ses s u j e t s . "  3  s u j e t de Hewton lui-meme, i l d i t : " S i l a v r a i e grandeur c o n s i s t e a a v o i r requ du C i e l un p u i s s a n t g e n i e , e t a s'en e~tre s e r v i pour s ' e c l a i r e r soi-meme e t l e s a u t r e s , un homme comme M. Newton, t e l q u ' i l s'en trouve a peine en d i x s i e c l e s , e s t v e r i t a b l e m e n t l e grand homme, e t ces P o l i t i q u e s e t ces Conquer a n t s dont aucun s i e c l e n'a manque ne sont d ' o r d i n a i r e que d ' i l l u s t r e s merchants. C'est a c e l u i q u i domine s u r l e s e s p r i t s par l a f o r c e de l a v e r i t e , non a'ceux q u i f o n t des esclaves par l a v i o l e n c e , c'est a c e l u i q u i c o n n a i t l ' U n i v e r s , non a. ceux q u i l e d e f i g u r e n t , que nous devons nos r e s p e c t s . "  1. 2. 3. 4.  "Lettres Philosophiques", I b i d , V o l . 2, p. 74. I b i d , p. 2. I b i d , V o l . 1, p. 152.  V o l . 2, p. 76.  Au  59  ' I n t r o d u i t s avec des louanges. s e m b l a b l e s , e v i d e n t que  i l est bien  ce grand homme a du i n s p i r e r chez l e s F r a n p a i s  du r e s p e c t pour ses c o m p a t r i o t e s .  On p o u v a i t se r e n s e i g n e r  a son s u j e t dans l e s " L e t t r e s P h i l o s o p h i q u e s " e t a u s s i dans l e Mercure de c e t t e epoque. s e r i e d ' a r t i c l e s sur D e s c a r t e s  La nous trouvons  "une  e t New t o n , q u i f o n t v o i r  j u s q u ' a q u e l p o i n t l e s i d e e s a n g l a i s e s a v a i e n t penetre  en  France e t comment on commencait a se c o n v e r t i r au Newtonisme Le j o u r n a l s ' o c c u p a i t s u r t o u t des progres des A n g l a i s , e t nous voyons par la, que  scientifiques  "1'Angleterre a v a i t  a c q u i s l a r e p u t a t i o n d ' e t r e l e pays par e x c e l l e n c e ou  1'on  h o n o r a i t l a s c i e n c e e t ou l a s c i e n c e f a i s a i t p r o g r e s . " A  D e p u i s longtemps l e nom exerce une  du grand c h a n c e l i e r , Bacon, a v a i t  f a s c i n a t i o n sur l e s e s p r i t s des F r a n c a i s .  Vol-  t a i r e r e v e l a l a v r a i e grandeur de ce p i o n n i e r des A n g l a i s dans l e domaine de l a s c i e n c e en l e nommant " l e pdre de l a Philosophie experimentale."  I I montra que  "Bacon ne  c o n n a i s s a i t pas encore l a nature mais i l s a v a i t e t i n d i q u a i t tous l e s chemins q u i menent a e l l e temps a p r e s , l a Physique  experimentale  . . . Peu  de  commenca t o u t a  coup a e t r e c u l t i v e e a l a f o i s dans presque t o u t e s l e s  1. L o v e r i n g , op. c i t . , p. 29. 2. Idem. 3. " L e t t r e s P h i l o s o p h i q u e s " , V o l . 1, p.  155.  60 • -  p a r t i e s de 1'Europe.  C e t a i t un t r e s o r cache dont Bacon  s ' e t a i t doute e t que tous l e s P h i l o s o p h e s , e n c o u r a g e s par sa promesse, s ' e f f o r c e r e n t  de d e t e r r e r .  Le penchant pour l ' a c t u a l i t e q u i a v a i t detourne l e s Anglais  des r e v e r i e s c a r t e s i e n n e s  l o i n dans l e s s c i e n c e s  expe'rimentales, se m o n t r a i t dans  les a c t i v i t e s quotidiennes. notaient  e t l e s a v a i t menea b i e n  P l u s i e u r s des voyageurs  1'adresse des a r t i s a n s a n g l a i s .  On d e p l o r a i t  l e manque de gout q u i se t r o u v a i t chez l e s a r t i s a n s a u t a n t que  chez l e s e c r i v a i n s , mais t o u t l e mo.nde l o u a i t l e u r  competence e t l e u r bon t r a v a i l . ' On d e c o u v r i t  a u s s i que  c ' e t a i t a cause de l e u r e s p r i t i n t e r r o g a t i f q u ' i l s e x c e l l a i e n t dans l e s a r t s p r a t i q u e s .  I I y a une note s i g n i f x a n t e  dans 1 ' e d i t i o n du Mercure de j u i l l e t 1728: "On remarque que d e p u i s quelque temps l ' a r t de 1 ' a g r i c u l t u r e e t du j a r d i n a g e s o n t •extrernement c u l t - i v e s en A n g l e t e r r e . 1 , 2  C e'tait chez l e s b o t a n i s t e s  a n g l a i s qu'on c h e r c h a i t des  renseignements s u r l e s moeurs des i n s e c t e s . jardinage, qui avaient  on s ' e n t h o u s i a s m a i t de ces j a r d i n s succe'des aux p a r t e r r e s  Q,uant au "naturels",  conventionnels depeints  1. " L e t t r e s P h i l o s o p h i q u e s " , V o l . 1, p. 157. 2. L o v e r i n g , op. c i t . , p. 38.  -  61  -  par Pope, ou "No p l e a s i n g i n t r i c a c i e s i n t e r v e n e , Ifo a r t f u l Y*ildness to p e r p l e x the scene, Grove nods a t g r o v e , each a l l e y has a b r o t h e r And h a l f the p l a t f o r m j u s t r e f l e c t s the o t h e r . " " M o n t e s q u i e u e t a i t un des p l u s e n t h o u s i a s t e s  pour l e s " j a r d i n s  a n g l a i s " , e t i l l e s p r e n a i t comme modele pour ses p r o p r e s j a r d i n s a La B r e d e .  I I en p a r l e a i n s i dana une l e t t r e a  un de ses amis a n g l a i s : '"I l o n g to show you my v i l l a , as I have endeavoured to f o r m i t a c c o r d i n g to the E n g l i s h t a s t e , and to c u l t i v a t e and dress i t a f t e r the E n g l i s h manner." 2  A mesure que 1'anglomanie s ' a c c r o i s s a i t pendant l e s i e c l e , on s ' e n t e t a i t de p l u s en p l u s des j a r d i n s a n g l a i s .  G'est  dans l e decor d'un j a r d i n a n g l a i s que Rousseau m i t son h e r o i n e , J u l i e d'Etanges. L ' o r i g i n a l i t e et l a hardiesse  des A n g l a i s  p o s s i b l e s l e u r s reformes dans l a medecine.  On r e m a r q u a i t  avec i n t e r e t " l e c a r a c t e r e p r a t i q u e des methodes medecins a n g l a i s . "  3  rendirent  des  Meme en 1680, l e Mercure G a l a n t  "parle  d'un remede d'un me'decin a n g l a i s c o n t r e l e s f i e v r e s " . ' *  On  n 'he's i t ait pas a se s e r v i r de l a q u i n i n e , mais i l y a v a i t  1. 2. 3. 4.  C i t e par I b i d / p. Lovering, I b i d , p.  Ghurton C o l l i n s , op. c i t . , p. 172. 173. op. c i t . , p. 33. 13.  -  62  -  quelques procedes a u x q u e l s on ne p o u v a i t pas  consentir..  S u r t o u t on se m e f i a i t de 1 ' i n s e r t i o n de l a p e t i t e v e r o l e . A cause de c e t t e p r a t i q u e , "on d i t doucement dans 1 'Europe chretienne  que  l e s A n g l a i s sont des  V o l t a i r e , sociologue  fous et des  et humanitaire,  r  1  s ' i m p a t i e n t a i t contre  l e s c r a i n t e s e t l e s t i m i d i t e s des E r a n p a i s . t a i t ai s u i v r e l'exemple des  enrages."  I I l e s exhor-  Anglais.  "Quoi done? d i t - i l , e s t - c e que l e s E r a n q a i s n'aiment p o i n t l a v i e ? . . . l a beaute des femmes? . . . En v e r i t e nous sommes d' e t ' ranges gens. P e u t - e t r e dans d i x ans p r e n d r a t-on c e t t e methode a n g l a i s e s i l e s Cures e t l e s Medecins l e p e r m e t t e n t , ou b i e n l e s F r a n q a i s dans fees t r o i s mois se s e r v i r o n t de 1 i n o c u l a t i o n par f a n t a i s i e , s i l e s A n g l a i s s'en degoutent par i n c o n s t a n c e . "** 1  Cependant i l y a v a i t peu de Lady Wortley-Montague dans l a Erance e t 1 ' i n f i l t r a t i o n de l a me'decine a n g l a i s e dans l a Erance ne p r o g r e s s a i t que m o i t i e du d i x - h u i t i e m e Les avantages que  lentement pendant l a premiere  siecle. r e c e v a i e n t l e s A n g l a i s de l e u r decou-  v e r t e s m e d i c a l e s et s c i e n t i f i q u e s d e v e n a i e n t de p l u s plus evidents. frappant  S u r t o u t i l l e u r r e s u l t a i t un avantage  de l e u r developpement des  Comme l e d i t Le  en  instruments  Blanc,  1. " L e t t r e s P h i l o s o p h i q u e s " , 2. Idem.  V o l . 1, p.  135.  de  navigation,  -  63  "What people i s b e t t e r s k i l l e d i n the a r t o f n a v i g a t i o n , and more s e n s i b l y f e e l the e f f e c t s of i t by p l e n t y i n a l l t h i n g s , than the E n g l i s h . " Qn commencait a, v o i r que l a g l o i r e de 1 ' A n g l e t e r r e a v a i t des bases p l u s s o l i d e s que c e l l e s que donnaient quetes de g u e r r e . ciale.  E l l e r e s t a i t s u r l a suprematie  l e s concommer-  C'est chez V o l t a i r e encore une f o i s que nous  trouvons une e x p r e s s i o n de 1 ' a t t i t u d e n o u v e l l e envers l a p r e o c c u p a t i o n a n g l a i s e avec l e commerce. "Le Commerce q u i a e n r i c h i l e s G i t o y e n s en Angle t e r r e , a co n t r i b u e a. l e s . rendre l i b r e s , e t c e t t e l i b e r t e a etendu l e Commerce a son t o u r ; de l a s ' e s t formee l a grandeur de 1 ' E t a t . C'est l a Commerce q u i a e t a b l i peu a peu l e s f o r c e s navales, par q u i l e s A n g l a i s sont l e s m a I t r e s des m e r s . " 2  C e t a i t son ami l e commercant F a l k n e r q u i e t a i t l'ambassadeur a n g l a i s a C o n s t a n t i n o p l e .  Ce n ' e t a i t qu'en A n g l e t e r r e  qu'on a u r a i t pu t r o u v e r un n e g o c i a n t honore comme c a . Les m a r q u i s de l a cour de L o u i s Quatorze m e p r i s a i e n t c e t t e " n a t i o n de b o u t i q u i e r s " , mais dans l e s i e c l e s u i v a n t , ou on e x a m i n a i t  t o u t e s l e s i n s t i t u t i o n s dans ses r a p p o r t s  avec l e b i e n - e t r e g e n e r a l , i l s change r e n t d ' a v i s a. l ' e g a r d du commerce e t l e u r m e p r i s changea en a d m i r a t i o n pour l ' e n t r e p r i s e des n e g o c i a n t s a n g l a i s .  I l s ne s ' e c r i a i e n t  1. L'Abbe' l e B l a n c , op. c i t . , V o l . 1, p. 46. 2. " L e t t r e s P h i l o s o p h i q u e s " , V o l . 1 , p. 120.  64  -  p l u s c o n t r e ce pays ou " l e cadet d'un P a i r de Royaume ne . dedaigne p o i n t l e negoce", l a q u e s t i o n de V o l t a i r e  e'tai t  b i e n a propos l o r s q u ' i l demandait, " l e q u e l e s t l e p l u s u t i l e a un E t a t , ou un Seigneur  b i e n poudre, j o u a n t l e  r6"le d esc l a v e dans 1'antichambre d'un M i n i s t r e , ou un 1  N e g o c i a n t q u i e n r i c h i t son Pays, e t c o n t r i b u e au bonheur du monde?"  1  C'est des A n g l a i s que l e s E r a n c a i s  apprenaient  encore une f o i s "1'importance dans l a v i e de 1'etat des c o n s i d e r a t i o n s d'economie  politique."  Sans doute l e s E r a n c a i s a v a i e n t des secousses a s s e z . rudes dans l e u r s r a p p o r t s avec l e s A n g l a i s . des  Les t r a i t e s  l i b r e s penseurs c r e a i e n t "un beau vacarme", au commen-  cement du s i d c l e .  Les t e n t a t i v e s de V o l t a i r e d ' i n t r o d u i r e  dans l a Prance l e s i d e e s des i n s u l a i r e s s o u l e v a i e n t l e c o u r r o u x de ses contemporains en 1773.  Gomme i l l e d i t  lui-meme, "on regarde c e t t e e n t r e p r i s e comme un crime de haute t r a h i s o n e t comme une i m p i . e t e .  1,3  Mais "maigre c e t .  acharnement c o n t r e l a l i t t e r a t u r e e t l a p h i l o s o p h i e angl a i s e s e l l e s s ' a c c r e d i t e r e n t insensiblement  en Prance.  Dans l a p r e m i e r e moi tie' du s i e c l e , on a c c u e i l l i t s u r t o u t  -h^ 2. 3. 4.  " L e t t r e s p h i l o s o p h i q u e s " , , yol;., 1, p. 120. A s c o l i , ^ op. c i t . , V o l . 2, p. 114. V o l t a i r e , "oeuvres", V o l . 30, p. 351. I b i d , p. 352.  -  les idees philosophiques  65  et soientifiques anglaises.  Et  p a r c e que nous sommes dans un s i e c l e ou on " r e g a r d a i t l ' i n d i v i d u comme un p r o d u i t s o c i a l " ,  1  l e s qualite's d ' a l t -  ruisme e t d ' h a r d i e s s e me lee: a l a p i t i e s o c i a l e dont on t r o u v a i t une e x p r e s s i o n  dans l e s i n s t i t u t i o n s  e v o q u a i e n t de 1 ' a d m i r a t i o n .  Pour l e s E r a n p a i s de "ce  s i e c l e s i ge'nereux, s i e n t h o u s i a s t e , e t . s i facilement  anglaises,  s i ambi t i e u x d ' a c t i o n  emu des maux que c r e e , mais que. peut  g u e r r e a u s s i 1' i n s t i t u t i o n s o c i a l e " ,^ l e s A n g l a i s v r a i m e n t des p i o n n i e r s Dans l e s r e g i o n s  sociaux. de l a s o c i o l o g i e s de l a p h i l o s o p h i e  a b s t r a i t e e t des s c i e n c e s ,  i l n'y a v a i t pas de ces b a r r i e r e s  q u ' e r i g e n t l e s d i f f e r e n c e s de gout.  La l i t t e r a t u r e de  l ' A n g l e t e r r e r e s t a longtemps fermee aux E r a n c a i s de ces b a r r i e r e s .  e'taient  a cause  A i d e s p a r l a sympathie q u ' i n s p i r a i e n t  l e s i n s t i t u t i o n s e t l e s prouesses i n t e l l e c t u e l l e s des A n g l a i s , l e s E r a n q a i s f r a n c h i r e n t e n f i n ces o b s t a c l e s , et v e r s l a f i n du s i e c l e s • e n t h o u s i a s m a i e n t de l a l i t t e r a ture a n g l a i s e .  I l s t e n a i e n t maintenant l a c l e f l a p l u s  i m p o r t a n t e au c a r a c t e r e  des A n g l a i s .  1. M e r l a n t , "De Montaigne a Vauvenargues", p. 21.  CHAPITEE V  L ' A n g l a i s revele" p a r l a l i t t e r a t u r e .  Des  l e commencement du d i x - h u i t i e m e s i e c l e , l e s i n t e r -  m e d i a i r e s l e s p l u s i m p o r t a n t s dans l a f o r m a t i o n de .1'opinion f r a n c a i s e a l ' e g a r d des A n g l a i s a v a i e n t ete' l e s hommes de l e t t r e s .  Le r o l e q u ' i l s j o u a i e n t dans l a s o c i e t e f r a n -  c a i s e l e s r e n d a i t sympathiques envers  1'Angleterre.  Cetait  un r o l e t r e s d i f f e r e n t de c e l u i q u ' i l s a v a i e n t joue au s i e c l e precedent.  A l o r s l e s e c r i v a i n s , comme l e s marquis  q u i a s s i s t a i e n t au l e v e r de L o u i s l e Grand, d e v a i e n t se soumettre  a l ' a u t o r i t e du R o i .  Leur p r e s t i g e r e p o s a i t  s u r l a c o n t r i b u t i o n q u ' i l s pouva.ient f a i r e au renom de l a Erance.  Le r o i e t l a cour a c c e p t a i e n t l e u r s ouvrages  avec un g e s t e r o y a l .  Lorsqu'au s i e c l e s u i v a n t , l a g l o i r e  de l a cnur s ' e s t diminuee, caractere.  De c o u r t i s a n i l  1•homme de l e t t r e s changea de se changea en p h i l o s o p h e e t  en s o c i o l o g u e , e t i l s ' o c c u p a i t d.irectement  ou i n d i r e c -  tement de l a reforme de l a societe'. Les p r e o c c u p a t i o n s n o u v e l l e s des hommes de l e t t r e s l e s p o u s s a i e n t a t o u r n e r l e s yeux envers  1'Angleterre.  -  67  l a i l s t r o u v a i e n t que 1 o r g a n i s a t i o n de l a socie'te e'tait 1  en c o n t r a s t e f r a p p a n t avec c e l l e de l a France.  Tout  d'abord, i l s s 'enthousmaient de l a l i b e r t e ' qu'on a c c o r d a i t a l e u r s prototypes a n g l a i s .  Depuis longtemps l e s e s p r i t s  audacieux s ' e t a i e n t impatientes contre l e s subterfuges auxquels  i l s a v a i e n t e t e pousses a f i n d ' e v i t e r l a censure.  l e u r a d m i r a t i o n pour ' l ' A n g l e t e r r e e t a i t i n s p i r e e dans une l a r g e mesure p a r sa t o l e r a n c e envers tous ceux q u i v o u l a i e n t s'exprimer.  I l s 1 ' e s t i m a l e n t comme "un pays  ou l e s s c i e n c e s e t l e s a r t s f l e u r i s s e n t a u t a n t qu'en aucun l i e u du monde, i l s y s o n t c u l t i v e ' s dans l e s e i n de . . "i  la liberte."  En A n g l e t e r r e i l s t r o u v a i e n t que l a nob-  l e s s e d o n n a i t du r e s p e c t aux e c r i v a i n s a u t a n t que du p a t ronage. que  V o l t a i r e e t a i t s u r p r i s e t r e j o u i de t r o u v e r  l e s hommes de q u a l i t e " a n g l a i s ne d e d a i g n a i e n t pas  l e s l e t t r e s e t q u ' i l s "n'ont pas c r u deroger  en devenant  de t r e s - g r a n d s poetes e t d'illu«tres E c r i v a i n s .  Leurs  ouvrages l e u r f o n t p l u s d'honneur que l e u r nom.  I l s ont  c u l t i v e l e s l e t t r e s comme s ' i l s en eussent attendu fortune:  leur  i l s ont de p l u s rendu l e s a r t s r e s p e c t a b l e s  1. M i c h e l de l a Roche. p. 35.  C i t e p a r Texte, op. c i t . ,  -  aux yeux du p e u p l e . "  68  -  V o l t a i r e a'exprime avec enthou-  1  siasme a u s s i au s u j e t de 1'independance des hommes de lettres. semblables  Quelques u n s , c ' e s t v r a i , r e c e v a i e n t des pensions a, ceux que donnaie^.t L o u i s Q,uator&e. P a r  exemple - i l y a v a i t " l e poe~te du r o i , t i t r e q u i p a r a i t r i d i c u l e , mais q u i ne l a i a s e pas de donner m i l l e ecus de r e n t e e-t de heaux p r i v i l e g e s . " s i t i o n en A n g l e t e r r e .  G ' e t a i t un age de t r a n -  I I y avaie=»t des pensions  mais & l ' a u t r e c&te Pope a v a i t des r e n t e s de l a v e n t e de ses l i v r e s .  encore,  considerables  Ge qu'on a d m i r a i t en Angle-  t e r r e e ' e t a i t l e s recompenses moins t a n g i b l e s que l e s p e n s i o n s , l e r e s p e c t e t l a ve'neration. "Le m e r i t e 'trouve a l a v e r i t e en Angle t e r r e d ' a u t r e s recompenses p l u s honorables pour l a nation: t e l e s t l e r e s p e c t que ce peuple a pour l e s t a l e n t s , qu'un homme de m e r i t e y f a i t tnujours fortune . Ce q u i encourage l e p l u s l e s a r t s en A n g l e t e r r e c 'est l a cons i d e r a t i o n ou i l s s o n t . " Sociologues  p l u t o t que c r i t i q u e s l i t t e r a i r e s , l e s  voyageurs du premier  t i e r s du s i e c l e e s t i m a i e n t 1'Angle-  t e r r e parce q u ' e l l e p e r m e t t a i t l ' e x p r e s a i o n de ces i d l e s n o u v e l l e s dont l e u r s t§tes e t a i e n t r e m p l i e s .  Q,uant aux  1. V o l t a i r e , " L e t t r e s P h i l o s o p h i q u e s " , V o l . 2, p. 128. 2. I b i d , p. 109. 3 . I b i d , p. 157, 158.  69  ouvrages purement l i t t e r a i r e s , i l l e u r s e m b l a i t q u ' i l s etaient remplis  de f a u t e s  q u i r e ' s u l t a i e n t de c e t t e  licence  mSme q u i e t a i t s i f a v o r a b l e au developpement de l a s c i e n c e et de  la.philosophie  abstraite.  La t r a d i t i o n de l a l i t -  t e r a t u r e c l a s s i q u e e t a i t t r e s f o r t e et "1'on  croyait  encore qu'en dehors de l a noble l i t t e r a t u r e du s i e c l e , i l ne f a l l a i t pas par  l a grandeur des  des  colosses  p o u v a i e n t pas v i e r g e de roent,  dix-septieme  chercher l a p e r f e c t i o n .  Eblouis  1 , 1  a n c i e n s e t par l e s chefs-d'oeuvre  f r a n c a i s qui les avaient  i m i t e s , i l s ne  c r o i r e a 1 ' e x i s tence "d'une l i t t e r a t u r e  t o u t e c o n t a m i n a t i o n c l a s s i q u e , poussee spontane-  sans l e v a i n e t r a n g e r , en p l e i n s o l n a t i o n a l . " 2  Ainsi  pendant l e s p r e m i e r e s annees du s i e c l e i l s r e s t a i e n t encore dans une Ces  i g n o r a n c e profonde de l a l i t t e r a t u r e  gens meme q u i 1 ' i n t r o d u i s a i e n t  dans l a F r a n c e ,  damnaient l e s q u a l i t e s q u i s o n t e s s e n t i e l l e m e n t A d m i r a t e u r s a r d e n t s de l a p h i l o s o p h i e que  anglaise.  anglaises.  anglaise, i l s croyaient  l e s ouvrages l i t t e r a i r e s e t a i e n t g a t e s par une  pation  i n t e l l e c t u e l l e temoignee par l e s e ' c r i v a i n s .  Evremond a v a i t lamente a i n s i l e s t y l e l o u r d q u i  1. S c h r o e d e r , op. c i t . , p. 2. Texte, op. c i t . , p. 16.  34.  con-  preoccuSaint-  resultait  -  de c e t t e p r e o c c u p a t i o n : ils  70  -  "quand i l s possedent l e u r s u j e t ,  c r e u s e n t encore ou i l n'y a p l u s r i e n a t r o u v e r ,  et  p a s s e n t l a j u s t e e t n a t u r e l l e id£e q u ' i l f a u t a v o i r , par une  recherche profonde."  1  Tous l e s c r i t i q u e s p a r d o n n a i e n t a s s e z .aux  facilement  ouvrages a n g l a i s l e u r p r o f o n d e u r p h i l o s o p h i q u e ,  mais  i l s s o n t tous d'accord dans l e u r s r e g r e t s pour l e manque de gout q u i , a l e u r s yeux, e t a i t un d e f a u t  irremediable.  L'Abbs' l e B l a n c s'exprime d e c i s i v e m e n t sur c e t t e en d i s a n t " e v e r y t h i n g w h i c h comes w i t h i n the of t a s t e i s f o r e i g n to the i n h a b i t a n t s of t h i s  question  province isle."  Comme tous ses c o n t e m p o r a i n s , i l avoue l a s u p e r i o r i t e des A n g l a i s dans l a p h i l o s o p h i e , mais i l l e u r n i e a Lie urns p r e t e n t i o n au  gout.  " I t seems to me t h a t t a s t e and the e l e g a n t a r t s a r e as much behindhand i n England as p h i l o s o p h y and the a b s t r u s e s c i e n c e s have been improved there. The E n g l i s h i n s e v e r a l r e s p e c t s are not y e t a r r i v e d a t the p o i n t where we were two cent u r i e s ago."^ I I ne p o u v a i t  pas pardonner aux A n g l a i s l e u r mepris  biense'ances l i t t e r a i r e s .  C ' e s t d r o l e de l i i - e de l a  plume du bon Abbe, " W i t h a l i t t l e more prudence and  taste, Milton  1. "Oeuvres C h o i s i e s " , p. 339. 2. L'Abb£ l e B l a n c , op. c i t . , V o l . 1, p. 3. I b i d , p. 241.  161.  des  71  -  would have made a m a s t e r - p i e c e o f h i s Lost. 1 11  Ces gradues de l ' e c o l e de B o i l e a u v o u d r a i e n t  Paradise enseigner  a l e u r v o i s i n s i n f o r t u n e s l a n e c e s s i t e des r e g i e s . " I I f a u d r a , d i s e n t - i l s , que l e s A n g l a i s capt i v e n t un peu l e u r i m a g i n a t i o n fougueuse sous l e j o u g des r e g i e s . " L* exuberance de l a l i t t e r a t u r e a n g l a i s e l e s r e n d a i t i n q u i e t s , e l l e choquait et bien s o c i a l i s e e s .  leurs susceptibilites raffinees  I l s l a r e g a r d a i e n t avec l a meme  a v e r s i o n q u ' a v a i e n t r e s s e n t i e l e s gens du dix-septi&me s i e c l e envers l e s poetes de l a P l e i a d e .  I I se peut que  l'inter§t c r o i s s a n t dans l a l i t t e r a t u r e a n g l a i s e a v a i t ses s o u r c e s dans un d e s i r cache" pour un peu de c e t t e i v r e s s e l i t t e r a i r e q u i a v a i t e t e bannie de l a l i t t e r a t u r e f r a n c a i s e p a r l e s oenseurs s t r i c t e s , Malherbe e t B o i l e a u . Tout en de'plorant l e manque de gout dans l a l i t t e r a t u r e a n g l a i s e , i l s a p p r e c i a i e n t ces l u e u r s s^udaines qui l a sauvaient.  V o l t a i r e en p a r l e avec p e n e t r a t i o n .  "C'est dans ces morceaux detaches que l e s t r a g i q u e s a n g l a i s ont j u s q u ' i c i e x c e l l e ; l e u r s p i e c e s presque t o u t e s bar b a r e s , de'pourvues de biense'ance, d ' o r d r e , de v r a i s e m b l a n c e , ont des l u e u r s e'tonnantes au  1. I b i d , p. 242. 2. C i t e p a r L o v e r i n g , op. c i t . , p. 1 7 .  -  72  -  m i l i e u de c e t t e n u i t . Le s t y l e e s t t r o p ampoule", t r o p hors de l a n a t u r e , t r o p copie des e c r i v a i n s hebreux s i r e m p l i s de l ' e n f l u r e a s i a t i q u e , m a i s , a u s s i , i l f a u t avouer que l e s echasses du s t y l e f i g u r e , s u r ^ l e s q u e l l e s l a langue a n g l a i s e e s t g u i n d e e , e l e v e n t a u s s i 1 ' e s p r i t b i e n h a u t , quoique par une m a r c h e i r r e g u l i e r e . " - * • (  V o l t a i r e s ' e s t vantd.du r d l e q u ' i l j o u a i t en i n t r o d u i s a n t a, ses c o m p a t r i o t e s partagea^t il  l a litterature anglaise.  l a r e v e r e n c e de ses c o m p a t r i o t e s  se m o n t r a i t  Q,uoiqu'il pour l e s r e g i e  c r i t i q u e competent dans ses d i s c o u r s au  suj et de l a l i t t e r a t u r e a n g l a i s e .  Dans l e s i n s t i t u t i o n s  a n g l a i s e s i l c h e r c h a i t a prendre des modeles pour l'ame'l i o r a t i o n de l a s o c i e t e f r a n c a i s e , e t egalement i l  pensait  t r o u v e r dans une etude de l a l i t t e r a t u r e a n g l a i s e des suggestions  pour l a r e v i v i f i c a t i o n de l a l i t t e r a t u r e f r a n -  c a i s e dont i l s e n t a i t b i e n l a s t e r i l i t e . "Les A n g l a i s ont beaucoup p r o f i t e des ouvrages de n o t r e l a n g u e : nous d e v r i o n s a notre tour emprunter d'eux a p r e s l e u r a v o i r p r e t e . 1 , 2  E t i l montre son manque de p r e j u g e n a t i o n a l dans ce q u i suit: "nous ne sommes venus, l e s A n g l a i s e t nous qu'apres l e s I t a l i e n a q u i en t o u t ont e t e nos m a i t r e s e t que nous avons s u r p a s s e s en quelque chose. Je ne s a i s  1. " L e t t r e s P h i l o s o p h i q u e s " , 2. I b i d , p. 139.  v o l . 2, p. 84.  -  73  -  a l a q u e l l e des t r o i s n a t i o n s i l f a u d r a donner l a p r e f e r e n c e mais^heureux c e l u i q u i s a i t e n t i e r leurs differents merites. V o l t a i r e d i f f e r e des a u t r e s c r i t i q u e s dans ce q u ' i l v o y a i t que  l e s q u a l i t e s d ' i r r e g u l a r i t e e t de " b a r b a r i t e " e'taient  indigenes a l a l i t t e r a t u r e a n g l a i s e . "Le g e n i e p o e t i q u e des A n g l a i s ressemble j u s q u ' a p r e s e n t a un a r b r e t o u f f u p l a n t e par l a n a t u r e , j e t a n t au hasard m i l l e rameaux e t c r o i s s a n t i n e g a l e m e n t e t avec f o r c e . " lotez q u ' i l ajoute: " i l meurt, s i vous v o u l e z f o r c e r sa nature e t l e t a i l l e r en a r b r e s des j a r d i n s de M a r l y . " Quant a. l a l i a i s o n e n t r e l a l i t t e r a t u r e e t l e c a r a c t e r e a n g l a i s , tous sont d'accord  en a t t r i b u a n t l e s f a u t e s de  gout a 1'impatience c o n t r e l e s c o n t r a i n t e s , m a n i f e s t e d dans t n u t e s l e s a c t i o n s des A n g l a i s .  L ' A b b e l e Blanc  e s t peu c h a r i t a b l e l o r s q u ' i l remarque: " T h e i r l i t e r a t u r e p a r t a k e s of the hardness and s t i f f n e s s w h i c h i s p a r t of t h e i r c h a r a c t e r . " 3  Pour l a p l u p a r t , l e s F r a n c a i s r e g a r d a i e n t l e s f a u t e s comme un r e s u l t a t a s s e z malheureux de c e t t e independance d ' e s p r i t q u i a v a i t gagne pour l e s A n g l a i s l a l i b e r t e dans l a v i e  1. Idem. 2. I b i d , p. 87. 3. Abbe l e B l a n c , op. c i t , , V o l . 1, p.  246.  -  74  p o l i t i q u e e t dans l e s r e g i o n s de l a pense'e. Le degout pour l a b i z a r r e r i e de l a l i t t e r a t u r e d i s p a r a i s s a i t l e n t e m e n t pendant l e s i e c l e , et donna l i e u a 1'admiration. une  • Ge.qui p r o d u i s i t ce changement e ' e t a i t  f o u l e d'ouvrages q u i , a cause de I i n f l u e n c e f r a n c a i s e s  exercee  sur 1 ' A n g l e t e r r e pendant l'age pre'eedant, e t a i e n t  p l u t & t f r a n c a i s q u ' a n g l a i s dans l e u r s t r a i t s tiques.  caracteris-  I I n'y a v a i t ^ e u un manque d ' a d m i r a t i o n  pour  ces ouvrages q u i a v a i e n t l e s q u a l i t e s f r a n c a i s e s d'ordre e t de c l a r t e .  Le poete W a l l e r q u i l e premier a v a i t impose  une p r o s o d i e s t r i c t e sur l a v e r s i f i c a t i o n a n g l a i s e , e s t l e p r e m i e r de ces p o e t e s q u ' i l s c r o y a i e n t dignes compares a l e u r s grands e c r i v a i n s . comme l e p r e d e c e s s e u r  d'etre  I l s le regardaient  de Pope, dont i l s c h a n t a i e n t l e s  louanges e t dont V o l t a i r e a d i t , " c ' e s t , j e c r o i s , l e poete l e p l u s ele"gant, l e p l u s c o r r e c t , e t ce q u i e s t encore beaucoup, l e p l u s harrnonieux, q u ' a i t eu 1 ' A n g l e t e r r e . I I a r e d u i t l e s s i f f l e m e n t s a i g u s de l a tromp e t t e a n g l a i s e aux sons doux de l a f l u t e . " ! V o l t a i r e estime egalement l e s oeuvres de Dryden e t dans l e r e c u e i l q u ' i l f i t pendant son s e j o u r en A n g l e t e r r e ,  1. " L e t t r e s P h i l o s o p h i q u e s " , V o l . 2, p.  136.  -  75  l e s e x t r a i t s q u i r e m p l i r e n t l a m a j o r i t e des pages s o n t de ces deux p o e t e s .  Les F r a n c a i s t r o u v a i e n t a u s s i l a  q u a l i t e f r a n c h i s e de c l a r t e " dans l e prose d'Addison e t dans l e chef-d'oeuvre de Defoe, "Robinson Crusoe". en e f f e t un r e f l e t de l e u r s p r o p r e s t r a i t s q u ' i l s maient dans l a l i t t e r a t u r e c l a s s i q u e a n g l a i s e . les seuls  traits  esti-  Ce sont  q u ' i l s p o u v a i e n t g o u t e r a c e t t e epoque,  et i l s s o n t l e s t r a i t s a u s s i que l e s A n g l a i s eux-memes a l o r s .  C'est,  estimaient  En e f f e t , " l e s jugements de gout de  V o l t a i r e sur l e s A n g l a i s  ont l e u r s o u r c e dans sa c u l t u r e  es theticiue e t dans son attachement a l ' a r t f r a n c a i s .  Ce-  pendant i l s dependent a u s s i dans une l a r g e mesure des conversations  qu'il  a eues avec l e s A n g l a i s  litterateurs  e t "gentlemen", dont i l a v a i t f a i t l a c o n n a i s s a n c e . l e s r e s e r v e s du gout f r a n c a i s de V o l t a i r e ne s o n t souvent que l'e'cho des r e s e r v e s  de l a bonne compagnie a n g l a i s e du  premier t i e r s du d i x - h u i t i e m e  siecle.""''  La forme de c e t t e l i t t e r a t u r e l e u r e t a i t  agreable,  e t e l l e i n d i q u a i t que l e s A n g l a i s n'e'taient pas t o u t a f a i t depourvu de bon sens e t de s o b r i e t e .  1. I b i d , note p.' 88  De temps en  -  76  -  temps l e f o n d l e s c h a r m a i t a cause des elements g a u l o i s , l a moquerie e t l a s p i r i t u a l i t e .  Les s a t i r e s de Pope e t a i e n t  t r e s p o p u l a i r e s e t V o l t a i r e d i t de " H u ^ i b r a s " , " c ' e s t de tous l e s l i v r e s que j ' a i j a m a i s l u s , c e l u i ou j ' a i trouve" le plus d ' e s p r i t , "  1  C'est l ' i r l a n d a i s S w i f t , cependant  qui l e u r e s t l e plus cher.  I l s g o u t a i e n t f o r t son  style  n a r q u o i s e t un peu a p r e , mais e t i n c e l a n t e t p l e i n d ' e s p r i t . V o l t a i r e l e t r o u v a i t une ame  sympathique, e t i l  en d i t :  "Mr. S w i f t e s t R a b e l a i s dans son bon sens, e t v i v a n t en bonne compagnie, i l n'a pas, a, l a v e r i t e , l a g a i e t e du p r e m i e r , mais i l a t o u t e l a f i n e s s e , l a r a i s o n , l e c h o i x , l e bon gout q u i manque a notre ' Cure de Meudon. Ses v e r s sont d'un gout s i n g u l i e r e t presque i n i m i t a b l e , l a bonne p l a i s a n t e r i e son p a r t a g e en v e r s e t en prose."2 Apres a v o i r l u de t e l s ouvrages, l e u r s v o i s i n s de barbarisme  l e s F r a n c a i s n ' a c c u s a i e n t plu  litteraire.  I l s leur accor-  d a i e n t l a c a p a c i t e d ' a t t e i n d r e aux sommets du  Parnasse  pourvu q u ' i l s eussent un m i l i e u - f a v o r a b l e pour l ' a p p r i voisement  de l e u r P l g a s e fougueux.  Les s a t i r e s d'un  Pope e t l e s contes n a r q u o i s  d'un-  S w i f t e x p r i m a i e n t d'une maniere s u b t i l e mais i n d i r e c t e l e c a r a c t d r e des A n g l a i s .  1. I b i d , p. 2. I b i d , p.  134. 135.  Pour une p e i n t u r e v i v e e t c o l o r e e  -  des  77  -  i n d i v i d u s de c e t t e s o c i e t e i n t e r e s s a n t e , l e s  se t o u r n a i e n t v e r s l e drame.  Francais  I l s e'taient repousses d'abord  par l e melange des genres et par l a n e g l i g e n c e  des  regies.  Les dramaturges a n g l a i s s e m b l a i e n t n ' a v o i r jamais entendu p a r l e r des r e g i e s des  t r o i s unites et leurs pieces  b l a i e n t v r a i m e n t monstrueuses. que  sem-  I I f a u t se s o u v e n i r  encore,  l e s A n g l a i s eux-memes au commencement de c e t t e epoque  d e p l o r a i e n t c e t t e v i o l e n c e et e s t i m a i e n t peu shakespeariennes.  Quelques-uns des F r a n c a i s  l e s pieces goutaient  1.'animation.de l a scene a n g l a i s e et l a comparaient f a v o rablement a. l ' a c t i o n t r o p l a n g u i s s a n t e chises.  des p i e c e s f r a n -  M a i s 1 ' o p i n i o n . g e n e r a l e s e m b l a i t a v o i r ete  celle  de l e B l a n c , q u i d i t : "The E n g l i s h poets i n c o n f o r m i t y w i t h the g e n e r a l c h a r a c t e r of t h e i r n a t i o n cannot bear to be c a p t i v a t e d by any yoke. They r e c e i v e no r u l e s f o r the s t a g e but such as l e a v e them f u l l l i b e r t y . But y e t t h e i r Pegasus would seldomer run a s t r a y i f they h e l d t i g h t e r r e i n on him'. Like their h u n t e r s , he stands l e s s i n need of spurs to g i v e him s p i r i t , than of a curb to check h i s i m p e t u o s i t y . The E n g l i s h poets a f f e c t to s u p p o r t an e r r o r which i s f a v o r a b l e to t h e i r l a z i n e s s . " 1  Les F r a n c a i s anglais.  e t a i e n t choques a u s s i par l a l i c e n c e du theatre  Dans l e "Mercure" de 1722  nous trouvons  1. L'Abbe l e B l a n c , op. c i t . , V o l . l , p.  238.  une  -  78  -  note s u r l e l i b e r t i n a g e du t h e a t r e a n g l a i s , " l e l e c t e u r j u d i c i e u x e t r e g i e comparera sans d'oute avec p l a i s i r l a r e t e n u e e t l a m o d e s t i e de nos s p e c t a c l e s avec l a l i c e n c e condamnable  de ceux de nos v o i s i n s . "  1  Cependant au com-  mencement du s i e c l e p l u s i e u r s des e c r i v a i n s a n g l a i s se s o n t donnes l e r o l e de c e n s e u r s moraux, e t a, I'h^ure ou 1'anglomanie  s ' a c c r o i s s a i t l e libertinage diminuait  rapidement.  Le theatre d e v e n a i t p l u s b o u r g e o i s e t r e f l e t a i t  1'augmentation  du s e n t i m e n t m o r a l chez l e s A n g l a i s .  y a v a i t e'galement de 1 ' a m e l i o r a t i o n  II  du p o i n t de vue f r a n -  c a i s , dans l a forme des p i e c e s .  G'est au "Caton"'d'Addison  qu'on a t t r i b u a i t ce 6 hangement.  V o l t a i r e a propage  c e t t e o p i n i o n en l e nommant " l e p r e m i e r A n g l a i s q u i a i t f a i t une p i e c e r a i s o n n a b l e e t e c r i t e d'un bout a. I ' a u t r e avec e l e g a n c e . "  2  G e t t e m o d i f i c a t i o n du t h e a t r e a n g l a i s  l e r e n d a i t p l u s a g r e a b l e au gout f r a n c a i s .  Les voyageurs  e s t i m a i e n t f o r t " l e s b e l l e s comedies" comme c e l l e s de Gongreve dont V o l t a i r e a e c r i t d'une plume a i g u i s e e : " E l l e s s o n t p l e i n e s de c a r a c t e r e s nuances avec une extreme f i n e s s e , on n'y e s s u i e pas l a moindre mauvaise p l a i s a n t e r i e , vous y voyez p a r t o u t l e langage des honn§tes gens avec des a c t i o n s de f r i p o n ,  1. Cite" p a r L o v e r i n g , op. c i t . , p. 20. 2. " L e t t r e s P h i l o s o p h i q u e s " , V o l . 2, p. 84.  -  79  ce q u i prouve q u ' i l c o n n a i s s a i t b i e n son monde,e t q u ' i l v i v a i t dans ce qu'on a p p e l l e l a bonne compagnie."1 Au m i l i e u du s i e c l e l e s p i e c e s a n g l a i s e s d e v e n a i e n t remarquables pour l a d e s c r i p t i o n m i n u t i e u s e et l e s F r a n c a i s y pouvaient  des  caracteres  t r o u v e r des p o r t r a i t s v i f s  de  leurs voisins. En l e u r p a r l a n t des p i e c e s a s s e z re'gulieres Jonson ou d'un  d'un  Congreve, V o l t a i r e i n t r o d u i s a i t ses l e c t e u r s  l e n t e m e n t au drame a n g l a i s , i l l e s "amadouait" et. l e s p r e p a r a i t a, g o u t e r l e s p i e c e s de "ce fameux Shakespeare" dont l e s " e n ^ r o i t s f r a p p a n t s demandent grSce pour t u t e s n  les fautes".  Gomme nous 1'avons montre l e s F r a n c a i s l e  c o n n a i s s a i e n t mal a v a n t ce s i e c l e .  V o l t a i r e se montre  c r i t i q u e l i t t e r a i r e competent dans son a p p r e c i a t i o n du g e n i e de Shakespeare dont i l f u t f r a p p e pendant son en A n g l e t e r r e .  sejour  I I v o y a i t a u - d e l a des f a i b l e s s e s a, l a  s u b l i m i t ! e t i l en p a r l e avec enthousiasme. "Shakespeare q u i p a s s a i t pour l e G o r n e i l l e des Anglais . . . . c r e a l e t h e a t r e , i l a v a i t un g e n i e p l e i n de f o r c e e t de f e c o n d i t e , de n a t u r e l e t de s u b l i m e , sans l a moindre e t i n c e l l e de bon g o u t , e t sans l a moindre connaissance ^des r e g i e s . Le m e r i t e de c e t Auteur a perdu l e the'atre a n g l a i s ,  1. I b i d , p.  108.  -  80  -  i l y a de s i b e l l e s s c e n e s , des morceaux s i grands e t s i t e r r i b l e s repandus  dans ses F a r c e s monstrueuses  qu'on  a p p e l l e T r a g e d i e s , que ces p i e c e s ont t o u j o u r s e t e jouees avec un grand s u c c e s .  1 , 1  Les louanges de V o l t a i r e sont  melees de censure e t i l mon t r e q u ' i l y a v a i t dans Shakespeare beaucoup de c e t t e n e g l i g e n c e des r e g i e s qu'on a v a i t a t t r i b u t e a 1 ' i g n o r a n c e , a l a paresse ou au manque de gout l i t t e r a i r e chez l e s poetes a n g l a i s .  total  Voltaire  a v e r t i t ses l e c t e u r s c o n t r e c e t t e f a u t e , l e u r e x t a n t l'exemple h o r r i b l e de l a scene des f o s s o y e u r s dans Hamlet qui  " c r e u s e n t une f o s s e en buvant, en c h a n t a n t des vaude-  v i l l e s , en f a i s a n t s u r l e s t e t e s de mort q u ' i l s r e n c o n t r e n t des p l a i s a n t e r i e s convenables aux gens de l e u r m e t i e r . "* A u t a n t que ses contemporains a n g l a i s i l lamente l e c a r a c t e r e s a n g l a n t des p i e c e s , mais i l admire l e mouvement e t l a decoration scenique.  I I a cherche lui-meme a. i n t r o d u i r e  ces q u a l i t e s dans ses p r o p r e s p i e c e s e t nous l e s trouvons par exemple dans " Z a i r e .  S u r t o u t i l r e s s e n t i t l a sub-  l i m i t e " du langage s h a k e s p e r i e n e t i l en pa. r l e a i n s i , "C'est Shakespeare q u i , t o u t barbare qu • i l ^ e t a i t , m i t dans 1 ' a n g l a i s c e t t e f o r c e e t c e t t e e h e r g i e  1. I b i d , p. 79. 2. I b i d , p. 80.  -  81  -  qu'on n'a j a m a i s pu augmenter d e p u i s sans l ' o u t r e r e t p a r consequent sans 1'af f a i b l e r . 1 , 1  En 1733, l e s c r i t i q u e s l i t t e r a i r e s f r a n c a i s condamnaient s e s louanges de c e t e'crivain b a r b a r e .  Lentement  cepen^ant, l e s e n t i m e n t e t l e gout p e r s o n n e l r e m p l a c a i e n t l a r a i s o n comme bases de l a c r i t i q u e .  On o u b l i a i t l e s  b a r b a r i s m e s de Shakespeare e t s ' e n t h o u s i a s m a i t pour ses p e i n t u r e s v i v e s des p a s s i o n s e t des q u a l i t e s de coeur.  On  t r o u v a i t dans ses p i e c e s des p o r t r a i t s v i f s des hommes soumis au sort,, ou s'amusant dans l e s r a p p o r t s g a i s d'une comedie.  V o l t a i r e se montre sage dans son c h o i x de Shakes-  peare comme-representant des A n g l a i s , c a r dans ses p i e c e s il  se t r o u v e 1'epitome e t l ' e x p r e s s i o n l a p l u s haute du  genie a n g l a i s .  Shakespeare e t a i t e s s e n t i e l l e m e n t a n g l a i s  e t q u o i q u ' i l atfpenetre a u x t r a i t s u n i v e r s e l s q u i ne s a i e n t a aucune b a r r i e r e de pays n i d'epoque, i l  l e s V d e ' p e i n t s dans  un decor a n g l a i s e t p a r moyen des c a r a c t e r e s a n g l a i s . Pendant l e s i e c l e , o n p e u t s u i v r e l e developpement de 1 ' a d m i r a t i o n pour l e s A n g l a i s dans l e s changements  dans  1 ' o p i n i o n f r a n c a i s e a l ' e g a r d de Shakespeare. L ' a d m i r a t i o n s ' a c c r o i s s a i t l e n t e m e n t , e t en 1776, on 1. "Oeuvres", V o l . 2 3 , p. 210.  -  82  -  l e nomma " l e d i e u c r e a t e u r de l ' a r t sublime q u i r e c u t de ses mains 1 ' e x i s t e n c e  du t h e a t r e ,  et l a p e r f e c t i o n . "  1  A  c e t t e epoque V o l t a i r e lui-meme a v a i t change' d a v i s a l ' e g a r d f  de S h a k e s p e a r e , e t i l  c r o y a i t ces louanges t r o p emportees.  Q,uand i l v i t qu'on v o u l a i t donner comme modules a u x jeunes E c r i v a i n s f r a n c a i s , l e s p i d c e s de Shakespeare au - l i e u de c e l l e s de ses mai'tres r e v e r e s , C o r n e i l l e e t R a c i n e , l e v i e u x g u e r r i e r sonna l ' a t t a q u e , e t condamna vigoureusement foil  1 ' a d u l a t i o n a v e u g l e de c e l u i q u ' i l a d m i r a i t t a n t autreiss-B-t. G r i a n t , en a l l a n t a l a charge, "Vive* S a i n t - D e n i s - V o l t a i r e , e t meure George-Shakespeare", i l  1'attaqua du p o i n t de  vue p a t r i o t i q u e . "Je ne c o n s e n t i r a i j a m a i s que Shakespeare s o i t s i r e d o u t a b l e pour l a Prance qu'on l u i irnmole C o r n e i l l e e t Racine. Je' s.uis a s s e z comme ceux qu'on a p p e l l e l e s i n s u r g e n t s d'Amerique, j e ne veux p o i n t e t r e 1 ' e s c l a v e des A n g l a i s . Je n ' a i e c r i t a l'Academie c e t t e l e t t r $ . d o n t vous me f a i t e s 1'honneur de me p a r l e r que pour me j u s t i f i e r d ' a v o i r e t e l e premier p a n e g y r i s t e en Prance de l a l i t t e r a t u r e a n g l a i s e . Ce n'est pas ma f a u t e s i on a abuse des louanges que j ' a v a i s sonnies aux bons a u t e u r s de ce p a y s - l a , e t s i on a v o u l u me c a s s e r l a t e t e avec l ' e n c e n s o i r meme dont j e m'e'tais s e r v i pour l e s honorer. Ma l e t t r e e t a i t d'un bon F r a n c a i s q u i c o m b a t t a i t pour s a p a t r i e e t q u i ne v o u l a i t p o i n t que P a r i s f u t subjugue  1. I b i d , V o l . 30, p. 351. 2.  Lettre a I'AgSdemie F rancaise, 1776, . provoquee par l a traduction francaise par L etourneur des Oeuvres de S hakespeare.  =  par L o n d r e s .  83  -  m 1  Voltaire e t a i t ecrivain classique et i l  c r o y a i t avec a r d e u r  que l e bon gout e'tait e s s e n t i e l a l a beaute d'une p i e c e . I I s ' a d r e s s a done aux "cours de 1'Europe, academiciens de tous l e s p a y s , hommes b i e n e l e v e s , hommes de gout dans tous l e s e t a t s . I I  l e s a p p e l l e tous au secours des  j e u n e s e c r i v a i n s q u i s o n t en p e r i l a, cause de l'exemple p e r n i c i e u x de Shakespeare. "Qu'ils jugent, d i t - i l , s i l a nation qui a produit I p h i g e n i e e t A t h a l i e d ^ i t l e s abandonner, pour v o i r s u r l e t h e a t r e des hommes e t des femmes qu'on e t r a n g l e , des c r o c h e t e u r s , des s o r c i e r s , des b n u f f o n s , e t des pre"tres i v r e s , s i notre c o u r , s i longtemps renommee pour s a p o l i t e s s e e t pour son g o i i t , d o i t e t r e changee en un c a b a r e t de b i e r e e t de b r a n d e v i n . 1 , 3  Pour n o t r e e t u d e , 1 • i n t e r e t de oe combat l i t t e r a i r e , c ' e s t l a preuve q u ' e l l e donne du p r e s t i g e de Shakespeare. V o l t a i r e a v a i t a s s e z de combats e t i l n ' a u r a i t pas sonne l ' a t t a q u e s ' i l n'y a v a i t pas «*• un danger r e e l .  C'est  que v e r s l a f i n du s i e c l e , 1 ' a d m i r a t i o n pour Shakespeare e t pour l e s A n g l a i s e t a i t b i e n fondee.  Gn a v a i t o u b l i e  l e s b i z a r r e r i e s , l e s d e f a u t s de gout e t on e s t i m a i t f o r t l a gene'rosite' e t l a g r a n d e u r d'ame.  Au commencement du  s i e c l e l o r s q u e l e s F r a n c a i s e t a i e n t e n t e t e s de l a r a i s o n  1. I b i d , V o l . 50, p. 96. 2. I b i d , V o l . 30, p. 362. 3. I b i d , p. 368.  -  ils  84  -  n'accueilli=g=3aient que l e s t r a i t e s p h i l o s o p h i q u e s .  l i s e s t i n i a i e n t 1 ' A n g l a i s t o u t d'abord comme un p h i l o s o p h e sens! e t raisonnable e t i l s negligeaient les expressions e m o t i o n n e l l e s de son c a r a c t e r e . l e systeme d'examination  Le n a t u r a l i s m e de L o c k e  s  o b j e c t i v e a i n f l u e sur l e s F r a n c a i s .  H a t u r e l l e m e n t i l s o n t tourne c e t t e n o u v e l l e methode d'analyse  s u r l e u r p r o p r e s c a r a c t e r e s , e t de l a v i e n t  l a p r e o c c u p a t i o n Igo'iste e t l a f u r i e d'analyse  q u i menaient  l e s F r a n c a i s d r o i t au romantisme. Leur g u i d e dans ce s e n t i e r nouveau e t a i t  Richardson,  l e r o m a n c i e r a n g l a i s , dont l e s longs mmans bourgeois e t sentimentaux  f a i s a i e n t f u r e u r en France.  p r e n a i t - l a v i e f o r t au s e r i e u x .  Richardson  Les pages de ses romans  sont r e m p l i e s de p r e c e p t e s moraux, e t l e s l i b e r t i n s y sont a s s u j e t t i s a de longs sermons.  Le s e c r e t d u s u c c e s  e t de I ' i n f l u e n c e de R i c h a r d s o n c ' e s t son e x a l t a t i o n de la sensibility. minables  Dans une s u c c e s s i o n de l e t t r e s  inter-  i l a n a l y s e minutieusement l e s c">mplexi tes des  p a s s i o n s e t des s e n s a t i o n s .  Les s u j e t s de c e t t e v i v i -  s e c t i o n s e n t i m e n t a l e sont des b o u r g e o i s , repre'sentants de l a m a j o r i t e des A n g l a i s , e t i l  l e s p e i g n a i t avec une  85  fidelite infatigable.  Les F r a n c a i s p o u v a i e n t  dans ses pages l e type de 1 ' A n g l a i s ,  trouver  serieux et  sentimental,  a u s t e r e mais encore p a s s i o n n e , e t dont l e c a r a c t d r e un melange de p h i l o s o p h i e et de  etait  sensibilite'.  Ce s o n t l e s t r a i t s dominants des  types de  1'Anglais  q u i se t r o u v e n t dans l e s ouvrages f r a n c a i s de c e t t e e'poque. Tout d'abord l e s A n g l a i s dans l a l i t t e r a t u r e f r a n c a i s e ne s o n t que  des  i n t e r m e d i a i r e s pour 1'expression  des  idees.  Chez V o l t a i r e par exemple, nous trouvons un Quaker q u i represente  l a l i b e r t e r e l i g i e u s e de l ' A n g l e t e r r e , un nego-  c i a n t q u i montre 1 ' a t t i t u d e des A n g l a i s envers l e commerce, e t a i n s i de s u i t e . l e s pages des  Nous ne trouvons pas d ' i n d i v i d u s dans  "Lettres Philosophiques",  seulement  des  m a r i o n n e t t e s dont V o l t a i r e t e n a i t l e s f i l s e t avec q u i il  d i v e r t i s s a i t et e x h o r t a i t l e s Francais.  surtout sociologue  et propagandiste,  i d e e s p l u t o t que des  caracteres.  Voltaire etait  et i l s'occupait  Un roroancier de ses  temporains a v a i t l a s e n s i b i l i t e e t l ' i n t u i t i o n pour l a c r e a t i o n des personnages.  des con-  necessaires  C'est 1 •Abbe' P r e v o s t  q u i l u i a u s s i s ' e s t r e f u g i e en A n g l e t e r r e .  I I s'enthou-  s i a s m a i t au s u j e t de ce pays a u t a n t que V o l t a i r e e t i l  -  86  -  en' d o n n a i t un commentaire dans ses "Memoires d'un homme de qualite".  Dans " C l e v e l a n d " nous trouvons l e p o r t r a i t d'un  homme q u i p o s s e d a i t tous l e s m e r i t e s a n g l a i s . E l e v e p a r •une mere devouee i l r e c e v a i t une e d u c a t i o n dont " l e p r i n c i p a l obj e t .  .  . a v a i t ete l a P h i l o s o p h i e Morale."  "Je s a v a i s l i r e , d i t - i l , l o r s q u e l e commun des e n f a n t s commence a p a r l e r ; e t l a s o l i t u d e p e r p e t u e l l e dans l a q u e l l e j •e'tais r e t e n u me f i t prendre 1'habitude de penser e t de r e f l e ' c h i r .  1 , 1  I I e t a i t f o r t i f i e pour l a v i e avec t o u t e s l e s armes que p o u v a i t l u i donner l a p h i l o s o p h i e . est  sournis a une s e r i e d'aventures  jamais ^branlee.  Get homme m e r v e i l l e u x mais sa s e r e n i t e n'est  Ses p r o p r e s s e n s a t i o n s sont l e s s u j e t s  de s e s c o n t e m p l a t i o n s .  I I d i t fierement:  "La v e ' r i t e , l e courage, e t l a C o n s t a n c e i n a l t e r a b l e , que j ' a i f a i t p a r a i t r e dans t o u t e s mes d i s g r a c e s m'a me"rite l e nom de P h i l o s o p h e .  1 , 2  En e f f e t , dans C l e v e l a n d , P r e v o s t donna a l a Erance l e type de 1 ' A n g l a i s , p h i l o s o p h e mais s e n s i b l e , independant e t sage, qui  d o m i n a i t dans l a l i t t e ' r a t u r e pendant l e s i e c l e . L'auteur  les  de "Manon L e s c a u t " a du r e s s e n t i r vivement  charmes de R i c h a r d s o n e t P r e v o s t se h a t a k' t r a d u i r e  ses romans.  <  C'est l u i done q u i i n t r o d u i s i t dans l a Erance  ces exemples de v e r t u , S i r C h a r l e s G r a n d i s o n , Harlov/e e t Pamela.  Clarissa  Combien de coeurs e'taient se'rres au  1. P r e v o s t , " C l e v e l a n d " , V o l . 1, 2. I b i d , V o l . 2, p. 2.  -  87  -  d e l a de l a manche a. cause du s o r t de l a pauvre C l a r i s s a , v i c t i m e v e r t u e u s e du sce'lerat L o v e l a c e .  Pamela d e v e n a i t  un modele pour t o u t e s l e s j e u n e s f i l l e s f r a n c h i s e s .  Les  h a b i t a n t s de 1 ' i l e p a r t a g e a i e n t l a g l o i r e de ces person-, nages.  On a v a i t estime" l e s A n g l a i s pour l e u r independance  e t l e u r courage.  On commencait a l e s aimer pour l e u r s  coeurs s e n s i b l e s .  De tous ces A n g l a i s c r e e s p a r l e s  r o m a n c i e r s l e heros a n g l a i s de "La K o u v e l l e H e l o i e e " e s t l e p l u s fameux.  Son c r e a t e u r l u i donna un. coeur s e n s i b l e  aux charmes de J u l i e e t r e m p l i d'une ami t i e genereuse pour S a i n t Preux.  La s e n s i b i l i t e " extreme de c e t homrne  a d m i r a b l e e s t cache" sous un r n a i n t i e n severe e t g r a v e . I I e s t comme C l e v e l a n d dans ce que l a p a s s i o n ne l'emporte pas chez l u i e t i l  r e m p l i t l e r o l e de c o n s e i l l e r sage a:  son ami S a i n t Preux.  M i l o r d Edouard Bomston,  "ame grande,  ami s u b l i m e " , n ' e s t peut-§tre que " l a p l u s n a i v e , mais l a p l u s s i n c e r e e x p r e s s i o n de l'anglomanie de Jean-Jacques Rousseau"  1  mais i l  e s t neanmoins " l e personnage l e p l u s  sympathique du r e c i t . " ^ P a r t o u t dans l e s romans du s i e c l e ce s o n t l e s memes  1. T e x t e , op. c i t . , p. 131, 2. I b i d , p. 128.  -  t r a i t s qu'on de'couvre.  88  -  Touj ours c e t A n g l a i s  imagi n a i r e  e s t p h i l o s o p h e , son i n t e g r i t y e s t i n e b r a n l a b l e , son dehors e s t encore un peu f o r m i d a b l e mais c e l a rehausse son charme I I e s t de m^me  t a i l l e que ces A n g l a i s d e p e i n t s par PrevoKt-  q u i l e s c o m p a r a i t f a v o r a b l e m e n t avec l e u r s v o i s i n s  fran-  c a i s , "legers e t inconstants". "Quant aux A n g l a i s , d i t - i l , quoique l e u r e x t e r i e u r . s i m p l e e t modes te ne montre d'abord r i e n de b r i l l a n t , i l promet beaucoup a des yeux a t t e n t i f s , c ' e s t une e c o r c e s a i n e , sous l a q u e l l e l a premie"re chose qu'on e s t p o r t e a c r o i r e , c ' e s t q u ' i l ne s a u r a i t y a v o i r de p o u r r i t u r e cachee. L'ouvret-on? On n ' a p e r c o i t que des p a r t i e s s o l i d e s e t e n t i e r e s , q u i p l a i s e n t egalement a l a vue e t pour l ' u s a g e . P l u s on p e n e t r e , p l u s on e s t s a t i e f a i t d'y d e c o u v r i r de n o u v e l l e s b e a u t e s , q u i semblent s ' a c c r o i t r e e t se d e v e l o p p e r sans cesse„"l  1. S c h r o e d e r , op. c i t . , pp. 41, 42.  CONCLUSION  C e l u i q u i f e u i l l e t t e l e s memoires e t l e s r e c u e i l s de l e t t r e s f r a n c h i s e s du d i x - s e p t i e m e  siecle  trouve un  manque presque t o t a l d'interest au s u j e t des A n g l a i s . L o r squ'.il se tourne a l a l i t t e r a t u r e du s i e c l e s u i v a n t , i l p e u t t r o u v e r un amas de l i v r e s consacres "a l a d i s c u s s i o n de 1 ' A n g l e t e r r e  e t de ses habitants... Tout l e monde s'en-  t h o u s i a s m a i t a ce s u j e t .  Ceux q u i s ' i n t e r e s s a i e n t aux  q u e s t i o n s de gouvernement, t r o u v a i e n t en Ans-leterre t o u t ce q u ' i l s  r e g r e t t a i e n t en Prance.  par l a c u r i o s i t e paient a observer  Ceux q u i e t a i e n t pousses  a, pe'netrer dans " l ' i l e  inconnue", s'occu-  l e s moeurs e t l e c a r a c t e r e des A n g l a i s .  Les l i e n s e n t r e l e s deux pays d e v e n a i e n t de p l u s en p l u s Itroits.  Dans l a seconde m o i t i e du s i e c l e , meme pendant  l a Guerre de Sept Ans, l a noblesse L o n d r e s , B a t h , e t Tunbridge W e l l s .  francaise frequentait Beaucoup de ces voya-  g e u r s , s a c h a n t b i e n 1 ' i n t e r e t g e n e r a l dans ce pays, e c r i v a i e n t des me'moires e t des l e t t r e s , e t c e l u i q u i cherche a se r e n s e i g n e r s u r l e s r a p p o r t s e n t r e l e s deux n a t i o n s pendant l e d i x - h u i t i e m e s i e c l e  trouve q u ' i l y  -  90  -  presqu'un embarras de r i c h e s s e s . Les L e t t r e s de I'Abbe l e B l a n c , q u i demeurait en A n g l e t e r r e de 1734  a. 1744,  sont parmi l e s p l u s i n t e r e s s a n t s  de ces r e c u e i l s i n s p i r e s par l e s voyages en A n g l e t e r r e . On e s t tente" de c i t e r beaucoup de c e t t e mine de r e n s e i g nements.  I I s u f f i t de d i r e que l e bon Abbe y donne  p e i n t u r e d e ' t a i l l e e des A n g l a i s ,  une  I I l e s gronde pour l e u r  v a n i t e , l e u r s i n g u l a r i t e , l e u r manque de g a i e t e e t l e u r i v r e s s e ; i l l e s loue pour l e u r humanite, l e u r courage e t l a c o n s i d e r a t i o n manifestee petits.  par l e s grands envers l e s  Dans ses l e t t r e s nous voyons l e s dames a n g l a i s e s  qui buvaient  du the" incessamment, nous ecoutons l e s con-  v e r s a t i o n s l a c o n i q u e s e t mornes des hommes, nous a l l o n s a l a chasse e t avec I'Abbe lui-meme, nous sommes "as much taken up w i t h the h u n t e r s as w i t h the s t a g they p u r s u e . " Avec l u i nous gofitons l e s j o i e s de l a v i e de campagne, e t nous nous r e j o u i s s o n s de v o i r ces paysages r i a n t s e t verts. "On a l l s i d e s you see but l i t t l e h i l l s and r i s i n g grounds, the s l o p e of which i s as g e n t l e as the aspect i s agreeable. I f the f o r e s t s , w h i c h f o r m e r l y covered t h i s c o u n t r y , have almost d i s -  1. L'Abbe l e B l a n c , op. c i t . , p.  360.  1  -  91 -  appeared the copses and woods t h a t crown those l i t t l e h i l l s and t h e hedges t h a t encompass the meadows and f i e l d s , g i v e perhaps g r e a t e r p l e a s u r e to the s i g h t . " 1 Dans ce decor a g r e a b l e  l'Abbe' l e Blanc nous donne une  p e i n t u r e t r e s i n t e r e s s a n t e e t d e t a i l l e ' e des A n g l a i s . se s e r v i t b i e n des o c c a s i o n s  II  pour l e s observer mais i l  v o i t b i e n que, m§me apres sept ans,  i l ne l e s c o n n a i t pas  t o u t d f a i t e t i l en d i t : "There i s not perhaps a p e o p l e i n Europe, of whom i t i s more d i f f i c u l t to g i v e a g e n e r a l i d e a , than of those among whom I l i v e a t t h i s day. The E n g l i s h are as d i f f e r e n t from one a n o t h e r , as t h e i r n a t i o n i s from other n a t i o n s . " 1  2  M a i g r e l e u r c u r i o s i t e ' e t l e u r i n t e r e t sympathique, l e s ' E r a n c a i s ne p o u v a i e n t p r e c i s e r t o u t a f a i t l e c a r a c t e r e de l e u r v o i s i n s .  L ' o p i n i o n f r a n c a i s e se m o d i f i a i t c o n -  t i n u e l l e m e n t , mais avec chaque m o d i f i c a t i o n , 1 ' a d m i r a t i o n augmentait. ment v e r b a l e .  De p l u s , l e u r a d m i r a t i o n  n ' e t a i t pas s e u l e -  I I y a v a i t beaucoup de c e t t e f l a t t e r i e  reelle, 1'imitation.  En 1776,  V o l t a i r e remarqua q u ' i l s  "ont e r i g e a, P a r i s un v a u x h a l l , l i s se piquent a, l e u r s t a b l e s du r o s t - b e e f de mouton . . .  d'avoir L a cour  de L o u i s XIV a v a i t a u t r e f o i s p o l i c e l l e de C h a r l e s I I ,  1. I b i d , p. 178. 2. I b i d , p. 15.  -  aujourd'hui  92  Londres nous t i r e de l a b a r b a r i e . "  Les  1  moeurs parisienaes sont devenues un r e f l e t de cellas de Londres les  h a b i t s meSne s o n t a n g l i c i s e s e t dans sa r e t r a i t e  idyl-  l i q u e au P e t i t T r i a n o n * M a r i e A n t o i n e t t e p o r t a un chapeau de p a i l l e a n g l a i s , e m b e l l i de rubans de paysanne. les  Dans  s a l o n s I'urbanite' f r a n c a i s e s ' e s t remplacee par l e t o n  intellectnel  des r e u n i o n s a n g l a i s e s .  Les s a l o n n i e r e s  . d i s c u t a i e n t ardemment l e s t h e o r i e s de gouvernement e t les  d e c o u v e r t e s de l a s c i e n c e .  Gomme l e d i t Taine, "a  p h i l o s o p h e r w i t h a l l h i s b r a i n s i s as n e c e s s a r y i n a s a l o n 2 as a l u s t r e w i t h a l l i t s l i g h t s . "  Horace Walpole s'im-  p a t i e n t a i t o o n t r e ce c'hangement dans l a societe  parisienne  et lamentait a i n s i : " I I n'y a v a i t pas une a"me a P a r i s , r i e n que des p h i l o s o p h e s que j ' a u r a i s v o u l u v o i r au c i e l ou eux-mSmes ne d e ' s i r a i e n t pas e t r e . " 3  "Les d i s c u s s i o n s p o l i t i q u e s , p h i l o s o p h i q u e s f i q u e s enthousiasmaient l e s reunions  et s c i e n t i - .  des P a r i s i e n s p o l i s "  e t W a l p o l e , q u i "en s a q u a l i t e d ' A n g l a i s  e t de membre  de l a Chambre des Communes ou pendant de longues annexes i l a v a i t entendu l e s d i s c o u r s e t l e s de'bats des grands  1. V o l t a i r e , "Oeuvres Completes", V o l . 30, p. 351. 2. L o c k i t t , C H . , "The R e l a t i o n s of French and E n g l i s h S o c i e t y (1763-1793)", p. 62. 3. " L e t t r e s de Mme. du Deffand/a Horace Walpole", I n t r o d u c t i o n , p. I x x i i .  93  o r a t e u r s e t des grands p o l i t i q u e s q u i c r e a i e n t 1 ' h i s t o i r e de l e u r n a t i o n , e t e t a i t h a b i t u e " e c o u t a i t avec une  impatience  a l a politique pratique",  amusee ces o r a t e u r s de  i r r e s p o n s a b l e s dont l e s e s p r i t s a l e r t s se  salon  tournaient  vers une  nouveaute avec empressement, e t q u i d i s c u t a i e n t  avec une  t e l l e ardeur  des s u j e t s de l i t t e r a t u r e de gou-  vernement, de r e l i g i o n (ou comme l e d i t Walpole,' d'irre'l i g i o n ) s a n s se douter q u ' i l s t r a v a i l l a i e n t a  confectionner  des e x p l o s i f s dont i l s d e v a i e n t e t r e l e s premieres v i c t i m e s Hous voyons i c i 1'importance des r a p p o r t s e n t r e l e s deux pays.  A v e u g l e s par l e u r a d m i r a t i o n , l e s F r a n c a i s  ne v o y a i e n t pas q u ' i l s ne p o u v a i e n t  pas sans danger  a d o p t e r l e s moeurs e t l e s i n s t i t u t i o n s a n g l a i s e s . i m i t a n t l e s A n g l a i s , i l s a l l a i e n t trop l o i n . l e s ' i n s u l a i r e s phlegmatiques  1  En  Par exemple  l i s a i e n t avec ardeur  les  "Mysteres d'Udolphe", e t l e s oeuvres de Macpherson, mais 1'ardeur des F r a n c a i s pour l e vague de ces e c r i v a i n s e t a i t beaucoup p l u s grandeque c e l l e de l e u r s v o i s i n s moins s e n s i b l e s .  RichardsOa i n s p i r a beaucoup p l u s  p l e u r s en Prance qu'en Angleterre. qui s'exprimait  1.  I b i d , p.  ainsi:  lxix.  C ' e t a i t un  de  Francais  -  94  " I l o v e t h e t e r r o r w h i c h a gloomy f o r e s t , and those m o u r n f u l caves where naught but bones and tombs a r e t o be found, i n s p i r e s i n me. I l o v e the h o w l i n g of the winds, the p r e c u r s o r s of the storm, t h e r u m b l i n g and the c r a s h i n g of the thunder, and the t o r r e n t i a l r a i n . . . . In t h a t minute t h e r e i s f o r me a h o r r i d charm and u n d e f i n a b l e - d e l i g h t -- I t i s a need of the s o u l . " En e f f e t l e s F r a n c a i s • a d m i r a i e n t prenaient  l e mieux.  l e s t r a i t s q u ' i l s corn-  Leur c o n c e p t i o n  du c a r a c t e r e a n g l a i s  n'e'tait pas complete e t i l s y t r o u v a i e n t t o u j o u r s des contradictions.  I l s e s t i m a i e n t l e s A n g l a i s comme  philosophes  e t i l s ne p o u v a i e n t pas comprendre l a f e r v e u r i n s p i r e e chez une race sensee p a r un Wesley.  De p l u s i l y a v a i t  un element de danger dans ces idees i m p a r f a i t e s , s u r t o u t l o r s q u ' i l s cherchaient a i m i t e r leurs v o i s i n s . l a i e n t partager l a noblesse  l e s j o i e s de campagne tan't gout^es par  a n g l a i s e , mais l e s E r a n c a i s e l e v e s dans  mosphere a r t i f i c i e l l e desorientes  l i s vou-  1'at-  des s a l o n s E t a i e n t t o u t a f a i t  l o r s q u ' i l s r e n t r a i e n t dans l e u r s e'tats.  Pour  l a p l u p a r t , i l s y menaient une v i e paresseuse e t ne'gl i g e a i e n t ou o p p r i m a i e n t  l e u r s paysans.  Les jeunes nobles  f r a n c a i s v o u l a i e n t s'occuper au gouvernement de l e u r pays, comme l e f a i s a i e n t l e u r s v o i s i n s a n g l a i s , mais i l s E t a i e n t presqu'aussi  incompetents a. r e m p l i r c e t t e tache que l e s  -  95  grandes dames des Salons e t quand, a l a f i n du  siecle,  l ' o r d r e e t a b l i e'tait bouleverse', l e s nobles ne  pouvaient  r i e n c o n t r e l a f u r i e du t i e r s e'tat. I I s e r a i t f a , c i l e &d'exage"rer 1'importance des e n t r e l e s deux pays, mais i l e s t b i e n c l a i r que  rapports  l'opinion  des F r a n c a i s a l ' e g a r d de l e u r s v o i s i n s i n f l u a beaucoup sur 1 ' h i s t o i r e de l e u r pays. influence  E l l e e'tait en e f f e t  une  dominante dans l e developpement des idees e t des  evenements q u i m o u l a i e n t  1 ' h i s t o i r e de l a France.  BIBLIOGRAPHIE  A s c o l i , G.;  "La Grande-Bretagne devant 1 ' o p i n i o n f r a n c a i s e au X V I I s i d c l e " ; P a r i s , L i b r a i r i e U n i v e r s i t a i r e , J . Gamber E d i t e u r ; 1930. e  B a y l e , P. ; " D i e t i o n n a i r e h i s t o r i q u e e t c r i t i q u e " ; ed. Des Maizeaux, Amsterdam, Par l a Oompagnie des l i b r a i r e s j 1734. Chase, C.B.;  "The Young V o l t a i r e " ; and Co.; 1926.  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