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Une etude des lazzi visuels et verbaux dans le theatre de Moliere Dickinson, Barbara Helen 1972

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UNE ETUDE DES LAZZI VISUELS ET VERBAUX DANS LE THEATRE DE MOLIERE by BARBARA HELEN DICKINSON B.A., University of British Columbia, 1969 A THESIS SUBMITTED IN PARTIAL FULFILMENT OF THE REQUIREMENTS FOR THE DEGREE OF MASTER OF ARTS in the Department of FRENCH We accept this thesis as conforming to the required standard THE UNIVERSITY OF BRITISH COLUMBIA April, 1972 In presenting t h i s t h e s i s i n p a r t i a l f u l f i l m e n t of the requirements f o r an advanced degree at the U n i v e r s i t y of B r i t i s h Columbia, I agree that the L i b r a r y s h a l l make i t f r e e l y a v a i l a b l e f o r reference and study. I f u r t h e r agree that permission f o r extensive copying of t h i s t h e s i s f o r s c h o l a r l y purposes may be granted by the Head of my Department or by h i s r e p r e s e n t a t i v e s . I t i s understood that copying or p u b l i c a t i o n of t h i s t h e s i s f o r f i n a n c i a l gain s h a l l not be allowed without my w r i t t e n permission. Department of /^Z/z^-^i^r^Aj The U n i v e r s i t y of B r i t i s h Columbia Vancouver 8, Canada RESUME La commedia dell'arte italienne eut une profonde influence sur Moliere a cause de son jeu- improvise, et cela en partie a cause des "la z z i . " II s'agit d'episodes fragmentaires, de "tours" comiques qui evoquent le rire d'une fagon visuelle ou verbale. En nous basant sur les canevas de Flaminio Scala, le manuscrit de Dominique Biancolelli, et l a collection des la z z i de P.D. Placido Adriani, nous faisons une etude systematique du role des laz z i dans le theatre molieresque. Nous etudions les pieces de Moliere qui incarnent le mieux cet aspect, celles composees d'un ou de trois actes, formes plus typiques de l a farce que de l a "grande" comedie. Nous commengons par ces bouffonneries physiques qui presentent quelques emotions primitives de l a comedie. Nous examinons ensuite les emotions humaines exprimees.selon les formules des ceremonies de l a politesse. Dans ces la z z i les personnages, soit oonsciemment, soit inc ons c i eminent, s'adaptent mal aux ceremonies prescrites par l a societe. Ensuite i l s'agit des "ceremonies" des medecins, les gestes et le jargon qui servent a exploiter l a credulite des clients. Nous examinons en plus de detail d'autres la z z i verbaux qui creent un effet comique a cause de l a maniere deformeeet outree dont le son de l a voix s'exprime: les sons inarticules des emotions, 1'imitation des sons purs, le patois ou tout autre "style" de parler, et l a repetition. On fa i t contraster l a lenteur et l a rapidite ou la . d i f f i c u l t e et l a f a c i l i t e avec. laquelle on parle. Nous revenons a. notre etude des la z z i visuels dans cette situation fondamentale ou un i i i personnage ne se rend pas compte de l a presence d'un autre. II y en a plusieurs variations mais i l s'agit toujours du rapport entre deux personnages sur l a scene, c'est-a-dire l e manque de conscience r e e l ou f e i n t de l a presence d'un autre. Enfin i l y a l e s jeux de scene, qui font r e s s o r t i r les deux aspects d'un personnage: l a realite?, et presque simultanement, l e deguisement. Moliere emprunte de toutes mains l e s l a z z i de l a commedia de l l ' a r t e en l e s employant sans honte mais en evitant leur vulgarite. Moliere associe l e s l a z z i aux personnages masques: les v i e i l l a r d s et les domestiques. Cependant, i l trace une ligne de demarcation entre l e s scenes de v r a i comique et l e s episodes sentimentaux. Les jeux de scene.comiques s'adaptent a l a structure des comedies molieresques qui ressemble a c e l l e de l a parade. Au debut des pieces l e l a z z i rend 1'exposition vivante, et au denouement i l illumine l a scene d'un dernier feu. Comme l e s Ital i e n s , Moliere veut evoquer l e r i r e , mais.sa grande o r i g i n a l i t e se manifeste dans cette fusion de l a parole et de l a mime qui V apporte une revelation morale du caractere d'un personnage. i v TABLE DES MATIERES Page INTRODUCTION 1 I. LES LAZZI DU DESIR, DE LA PEUR ET DE LA COLERE ... 8 II. LES LAZZI DES CEREMONIES DE LA POLITESSE 22 II I . LES LAZZI DE LA MEDECINE: GESTES ET JARGON 35 IV. LES LAZZI DE LA LANGUE PARLEE 49 V. LES LAZZI DE "NE PAS VOIR" 66 VI. LES LAZZI DU DEGUISEMENT 78 CONCLUSION , 93 BIBLIOGRAPHIE 105 INTRODUCTION Tout l e monde connait l e s "grandes comedies" en c i n q actes de Moliere. Cependant, une l e c t u r e des pieces t e l l e s que Le  Misanthrope. L'Avare et Le T a r t u f f e r i s q u e de dormer 1'impression que Moliere est essentiellement un e c r i v a i n r a f f i n e et serieux. C'est l ' e r r e u r commise au dix-huitieme et au dix-neuvieme s i e c l e s par un grand nombre de c r i t i q u e s qui e t a b l i r e n t toute une h i e r a r c h i e des pieces molieresques en dedaignant l e bas comique. De nos jours on se rend compte de l'enorme d i v e r s i t e de l'oeuvre de Moliere et on reconnait que l e but p r i n c i p a l de l'auteur est de f a i r e r i r e ses spectateurs. On s'interesse done p l u t 6 t aux pieces qui incarnent l e comique a l ' e t a t "pur", e'est-a-dire aux f a r c e s . Des qu'on va au-dela des "grandes comedies" on constate v i t e 1'importance des jeux de scene franchement comiques et a u s s i l a r e p e t i t i o n d'un c e r t a i n nombre de ces p l a i s a n t e r i e s . On pense, par exemple, aux nombreuses scenes de bastonnade, aux s a l u t a t i o n s exagerees ou aux c o n s u l t a t i o n s de " v r a i s " ou de faux medecins. I I est v r a i que l e texte imprime des pieces donne peu d ' i n d i c a t i o n s sceniques, mais en l i s a n t avec s o i n l e s pieces on peut trouver dans l e s paroles des personnages p l u s i e u r s a l l u s i o n s qui soulignent l e s jeux de scene exiges par Moliere. Les paroles que George Dandin adresse a Angelique p r e c i s e n t b i e n l e s gestes de l a femme: "Mon Dieu! l a i s s e z l a votre reverence; ce n'est pas de ces sortes de respect dont je vous p a r l e , et vous n'avez que f a i r e de vous moquer. ... I I ne faut pas l e v e r l e s epaules. et je ne d i s point de s o t t i s e s . . . . Oui, o u i , mal f a i t a. 2 vous; et vous n'avez que faire de h3cher l a tete, et de me faire l a grimace" (II, ii)."'" . II faut en somme suivre le conseil de l'auteur a propos de L'Amour m^decin; "II n'est pas necessaire de vous avertir qu'il y a beaucoup de choses qui dependent de 1'action: on sait bien que les comedies ne sont faites que pour etre jouees, et je ne conseille de l i r e c e l l e - c i qu'aux personnes qui ont des yeux pour 2 decouvrir dans l a lecture tout le jeu du theatre. . . . " Le r6le des jeux de scene comiques dans le theatre molieresque a son origine en partie tout au moins dans l a commedia dell'arte. La commedia dell'arte naquit en Italie a l'epoque de l a Renaissance et les troupes italiennes se repandirent vite en Europe. Des 1570 ces troupes commencent a affluer en faisant le tour des provinces en Prance. Entre 1645 et 1658 l a troupe de Moliere fa i t son apprentissage dans les provinces les plus frequemment visiters par les Italiens.^ Done pendant sa jeunesse Moliere acquiert une profonde connaissance de l a commedia dell'arte. A partir de 1658 Moliere partage l a salle du Petit Bourbon a Paris avec les Italiens et a partir de 1662 i l s partagent le Palais Royal. Tous les jours Moliere peut observer de pres leurs pieces et leurs techniques. La grande dette de Moliere envers l a commedia dell'arte ne f a i t pas de doute. Quelle esit cette commedia dell'arte a laquelle Moliere fut s i redevable? Basee sur 1'union des traditions populaires et li t t e r a i r e s , elle est avant tout un theatre de masques et d 1improvisation. Malgre des variations de troupe en troupe on peut parler d'un groupe fondamental de personnages. Parmi les 3 masques on compte Pulcinella, le Capitan, Pantalone, i l Dottore et les deux Zanni. II y a aussi les non-masques: les Amoureux, les prologuistes, les acrobates, les danseuses et les chanteuses..: Cependant, l a commedia dell'arte est surtout importante a cause de son jeu improvise. Chaque piece est precedee d'un argument qui contient des explications indispensables et qui indique le sujet de l a piece. Mais 1'instrument de travail est le canevas qui ne donne que le plan de l a piece. On attache le canevas au mur dans les coulisses et chaque acteur le consulte.avant d'entrer en scene. Dans un t e l th.6a.tre 1'action devient plus importante que les paroles surtout s i l'on joue en i t a l i e n comme le font ces troupes a. Paris jusqu'en 1668.^ La commedia dell'arte est done significative a cause de son jeu et cela en grande partie a cause de ce qu'on appelle les "laz z i . " L'etymologie de ce mot est incertaine. Moland suggere que c'est le mot lombard pour le mot tosean "l a c c i " qui veut 7 dire "les liens." Oreglia suggere comme source 1'expression 8 "far azzi" ou "azione," c 1est-a-dire, "l'action." En tout cas le terme sert a decrire 1'arsenal comique des techniques que l a commedia dell'arte emploie pour evoquer. le r i r e . Ces traits comiques sont fondes sur 1*aspect visuel du theatre mais i l s comprennent aussi le comique verbal. Les laz z i sont en somme des fragments comiques: des jeux de scene, des postures, de l a pantomime, des gestes, des jeux de physionomie, sans oublier des jeux de mots. Un lazzi peut etre un court episode ou i l peut remplir une scene entiere. Chez les Italiens on associe les personnages masques aux l a z z i . Dans l a commedia dell'arte le 4 la z z i ne se developpe pas ton jours a volonte.. Souvent on decide ou. l'on va employer un'lazzi et. on donne des recommandations precises sur son execution. Tout depend des capacites de l'acteur. Le l a z z i appartient en general au bas comique qui ne rejette pas l a vulgarite, et i l evoque le r i r e par 1'expression stylisee de ce comique d'une fa?on soit visuelle, soit verbale. Aujourd'hui s i l'on veut'apprendre quelque chose de l a nature de ces l a z z i qui ont une s i grande influence sur Moliere, on peut l i r e les collections de canevas des directeurs de troupes de l a commedia dell'arte. Le meilleur recueil sans doute est celui de Plaminio Scala, directeur de l a troupe.celebre, les 9 Gelosi. Son recueil de 1611 est le plus vieux qui. existe et decrit les l a z z i au l i e u de les designer par des termes qui ne veulent plus rien dire."^ On peut aussi consulter le manuscrit de Dominique Biancolelli, le fameux Arlequin,,.. qui .de.cr.it des scenes qui l u i etaient,.personnell.es dans des, pieces. de.,la commedia dell'arte. Le manuscrit est perdu mais i l en existe une analyse dans le livr e des Freres Parfaiet publie en 1755. L'Histoire de 1'ancien theatre i t a l i e n depuis son origine en France. jusqu'a sa suppression en l'annee 1697. Enfin, on peut puiser dans l a collection des l a z z i de Pulcinella que P.D. Placido Adriani publie en 1734 dans sa Zibaldone di concetti comici. De Moliere, i l n'existe aucun texte des premieres farces, mais i l est probable qu'elles furent improvisees et qu'elles eurent les memes personnages que l a commedia dell'arte."^ "Le comique enfin, en etait celui d e l a commedia dell'arte, tres mele, tres voisin de l a pitrerie, ou les coups, les chutes, les 5 'cabriole s tenaient grande place et qui n'evitaient n i l a grossierete, n i meme l'obscenite. Tout cela emprunte de toutes 12 . . . mains." Des son retour a Paris Moliere subit de nouveau 1'influence des I t a l i e n s en partageant l e meme theatre. Selon l e Boulanger de Chalussay, l'auteur d'Elomire hypcondre. Moliere recut des legons de pantomime de Scaramouche, c'est-a-dire de Tiberio E i o r ; e l l i , l e personnage l e plus important de l a troupe 13 des I t a l i e n s . J Cependant, Moliere va encore plus l o i n . Moliere est sans doute l e premier des ecrivains frangais h. comprendre l a commedia d e l l ' a r t e par l a base, c'est-a-dire a p a r t i r du jeu, a p a r t i r des l a z z i . L'acteur chez Moliere renseigne l ' a u t e u r . ^ Dans cette these je propose de f a i r e une etude systematique du role des l a z z i de l a commedia d e l l ' a r t e dans l e theatre molier-esque. En faisant cette etude j'examinerai l e s pieces qui incarnent l e mieux cet aspect de l a commedia d e l l ' a r t e . Done je n'etudierai pas les grandes comedies en cinq actes (bien qu'on y trouve bien sur quelques lazzi). 1 Je c h o i s i r a i plutot les pieces d'un acte qui appartiennent a. l a t r a d i t i o n de l a farce et c e l l e s de t r o i s actes, l a longueur normale des comedies italienn e s . Parmi les pieces d'un seul acte i l faut surtout tenir compte des suivantes: La Jalousie du Barbouille. Le Medecin volant. Les Precieuses r i d i c u l e s . Sganarelle, ou Le Cocu imaginaire, Le Mariage force et La Comtesse d'Escarbagnas. Parmi ce l l e s en t r o i s actes l e s plus s i g n i f i c a t i v e s sont: L'Ecole des  Maris. Les Facheux. L'Amour medecin, Le Medecin malgre l u i . George Dandin. ou Le Mari confondu. Monsieur de Pourceaugnac, Les Fourberies de Scapin et Le Malade imaginaire. Bien entendu 6 je n'hesiterai pas a c i t e r des,exemples des l a z z i qu'on trouve dans le s autres pieces molieresques composees d'un ou de t r o i s actes. J'essayerai de f a i r e r e s s o r t i r l a maniere dont Moliere se sert des l a z z i visuels et de ceux qui ont une base verbale. Nous commencerons par une etude des l a z z i qui servent a exprimer l e s emotions fortes d'une fa?on directe. Ensuite nous examinerons l e s sentiments de l'homme transposes dans l e s ceremonies de l a politesse et c e l l e s de l a medecine avec ses gestes et son jargon. Apres quoi nous etudierons en plus de d e t a i l l e s l a z z i verbaux. Enfin nous terminerons par une etude des l a z z i ou i l s'agit ouvertement de l a fourberie: c'est-a-dire l e s l a z z i de "ne pas v o i r " et du deguisement. NOTES Jean-Baptiste Poquelin Moliere, George Dandin dans Qeuvres completes, ed. Robert Jouanny (Paris: Editions Garnier Freres, 1962), II, 208. Ibid., "Au Lecteur", 1*Amour medecin, I, 781. ^ Gustave Attinger, L'Esprit de l a commedia dell'arte  dans le theatre francais (Paris: Librairie theatrale, 1950), p. 96. ^ Louis Moland, Moliere et l a comedie italienne, 2ieme ed. (Paris: Didier, 1867), p. 249. Pierre-Louis Duchartre, La Commedia dell'arte et ses enfants (Paris: Editions d'Art et Industrie, 1955), p. 22. 6 Ibid., p. 26. 7 Moland, pp. 28-29. Giacomo Oreglia, The Commedia dell'Arte, trans. Lovett F. Edwards (New York: Methuen and Co. Ltd., 1968), p. 11. q Duchartre, p. 85. 1 0 I.A. Schwartz, The Commedia dell'Arte and Its Influence  on French Comedy in the Seventeenth Century -(Paris: Librairie H. Samuel, 1953), p. 11. 1 1 Ibid., p. 82. Gustave Michaut, La Jeunesse de Moliere (Geneve: Slatkine Reprints, 1968), p. 217. 1 5 Moland, pp. 176-177. ^ Attinger, p. 9 . GHAPITRE I .;• -LES LAZZI DU DESIR,. DE,LA- PEUR ET DE LA COLERE Quand on.parle des laz z i on-pense d'abord aux bouffonneries physiques les plus outrees de l a commedia. dell.'arte qui sont souvent ihcarnees Chez-'les .zanni. On;pense aux la z z i , qui servent a presenter sous un aspect comique quelques-unes des emotions primitives de l a comedie.. Chez Moliere on trouve cesmemes lazz i du desir, de l a peur, et de l a colere; trois emotions a l a base de 1'experience humaine. Dans les comedies de Moliere i l y a des la z z i qui exprimeht le desir. physique d'un homme pour une femme.. Ces la z z i sont bases sur l a sorte de chose qui se trouve dans l a piece de Scala, La Fortunata Isabella. Arlecchino entre avec son maitre, apergoit Franceschina, et tout de suite tombe amoureux avec le lazz i de lacher brusquement sa valise et.de se precipiter brusquement sur l'hoteliiere. Le Capitan, d'une bourrade, ramene son valet a. plus de decence et c'est l a f i n de l ,acte.' L '. On voit dans cet exemple quelques aspects caracteristiques du laz z i du desir. On voit d'abord l a naissanee du desir qui. se. montre dans le regard. Dans Le Malade imaginaire Diafoirus et son f i l s viennent de parl'er du mariage d'Angelique. Cependant, pendant que Diafoirus et Argan discutent l a maladie de ce dernier, le jeune Thomas tombe en contemplation devant les genereux appas de Toinette (II, v i ) . Apres avoir regarde l'objet de son desir 1'homme essaie de s'approcher et de venir en contact avec l a femme.- Mais, comme Arlecchino, .1'homme est presque toujours frustre. Dans Sganarelle le heros par hasard se trouve seul 9 avec Celie, l a jeune f i l l e evanouie. II faut remarquer que Moliere reussit a associer l a parole et l a pantomime du l a z z i . Quand "Sganarelle se penche sur Celie evanouie, s'etonne, s'inquiete, l u i tate le sein avec une visible complaisance, p chacun de ses gestes possede une signification." Sganarelle joue le r 6 l e du medecin et i l semble dopier. libre cours a son desir. Mais voila l a suivante qui revient et voila l a f i n de son p l a i s i r . Quelquefois c'est l a femme elle-meme qui repousse l'homme. Dans George Dandin le paysan Lubin veut toucher Claudine, mais cette femme qui est aussi corrompue que sa maitresse veut retenir sa liberte et elle repousse les avances du paysan (II, i i ) . Cependant, le plus souvent c'est le pere ou le mari qui s'oppose aux intentions de l'homme amoureux. M. Diafoirus interrompt l a mimique de son f i l s qui tate le pouls a Toinette et d'un bras menagant l'oriente vers l a sortie exactement comme le Capitan ramena Arlecchino. Dans Le Medecin malgre l u i Sganarelle apergoit Jacqueline, l a nourrice de l a maison de G^ronte et veut l u i toucher les tetons. En profitant de sa position "medicale" le paysan Sganarelle porte l a main sur l e sein de Jacqueline, mais son mari Lucas 1'interrompt. Sganarelle cesse ses tentatives pendant un moment mais i l y revient plusieurs fois malgre les objections de plus en plus fortes de Lucas. Meme en presence de Geronte qui croit avoir affaire a un medecin celebre Sganarelle ne renonce pas a son desir: "C'est 1'office du medecin de voir les tetons des nourrices" (I, i i i ) . Done, dans cette piece i l y a toute une serie de la z z i du desir qui 10 font une partie importante de l'oeuvre. Ces la z z i font une partie de l a critique traditionnelle de l a medecine. l i s sont surtout necessaires pour faire ressortir le contraste entre Sganarelle le soi-disant medecin et Sganarelle le paysan, un contraste qui est a l a base de l'idee comique de l a piece. Dans Sganarelle le la z z i du desir dans l a scene entre Celie et Sganarelle a aussi une grande importance pour toute l a piece. Sganarelle se croit seul avec Celie mais sa femme les regarde par l a fenetre et croit voir un mari infidele. Voila le quiproquo original dans une piece ou. i l y en a une veritable cascade. On voit dans ces exemples du laz z i du desir des hommes qu'on peut comparer aux zanni de l a commedia dell'arte exprimer leur desir physique. Dans Monsieur de Pourceaugnac» Moliere nous donne une variation interessante du l a z z i . Contre l a volonte de son pere, Julie veut epouser Eraste. Pour reussir a. le faire elle f a i t semblant de s'etre amourachee de Monsieur de Pourceaugnac. Elle s'approche de l u i , "le regarde d'un air languissant, et l u i veut prendre l a main" ( I I , v i ) . ^ Pourceaugnac le vaniteux est ravi, mais le pere Oronte qui proposa le mariage, mais qui vient d'entendre parler de l a "maladie" et des "dettes" du provincial s'oppose a l a conduite de sa f i l l e . Oronte veut que Julie parte et elle se retire, mais bientot revient,. se retire, revient, etc. a mesure que son "desir" 1'e.mporte. Le cas de Monsieur de Pourceaugnac f a i t exception a l a tendance generale. Les amoureux, chez Moliere comme chez l a commedia dell'arte, expriment leur amour d'une maniere elevee et raffinee. Julie ne f a i t que jouer le r&le d'une femme pleine du desir. 11 En tout cas, l e s l a z z i du d e s i r appartiennent au monde des bouffons. Par opposition au d e s i r i l y a l a peur qui se manifeste chez beaucoup des personnages de Moliere. Ce sentiment est important dans l a commedia d e l l ' a r t e a u s s i . La peur peut meme devenir l e theme e s s e n t i e l d'une piece, en remplacant 1 ' i n t r i g u e , comme dans La Creduta Morta ou tout l e monde f u i t " 1 ' e s p r i t " de 5 F i a m i n i a , c e l l e qu'on c r o i t morte. Mais d'habitude on emploie l e s d i f f e r e n t s aspects de l a peur pour s u s c i t e r l e r i r e pendant quelques i n s t a n t s . A i n s i Dominique B i a n c o l e l l i , l e fameux A r l e q u i n , d e c r i t son r o l e dans I M o r t i v i v i . A r l e q u i n v i e n t de p a r l e r de l a mort de MarioJ "Alors Mario surv i e n t qui entend ce di s c o u r s , met son pied par d e r r i e r e entre l e s deux miens et ses deux mains a cSte des miennes. Je compte mes pieds, j'en trouve t r o i s ; mes mains, j 1 en trouve quatre. La frayeur me prend. Apres p l u s i e u r s l a z z i s Lsic3 de frayeur, j e l' a p e r g o i s ; je me sauve en c r i a n t au secours."" Quels sont ces l a z z i de frayeur? Essayons de l e s e t u d i e r en examinant quelques aspects de l a peur humaine. A son niveau l e plus simple l a peur n'est qu'une vague inquietude. On s'inquiete legerement au sujet du s a l u t d'une personne ou d'une chose. Dans Le Medecin malgre l u i Sganarelle veut surtout garder sa b o u t e i l l e hors du danger. Cet ivrogne v i e n t de chanter a l a b o u t e i l l e et i l est evident q u ' i l l'aime bien. En voyant approcher Lucas et Valere Sganarelle montre son inquietude dans l e l a z z i de l a b o u t e i l l e dont Moliere nous donne des d e t a i l s precieux: I c i i l pose sa b o u t e i l l e a t e r r e , et Valere se baissant pour l e sa l u e r , comme i l c r o i t que c'est a 12 dessein de l a prendre, i l l a met de 1'autre cote; ensuite de quoi, Lucas faisant l a meme chose, i l l a reprend et l a tient contre son estomac, avec divers gestes qui font un grand jeu de theatre (I, v).' A une etape plus intense l a peur se manifeste par des grimaces et des gestes plus forts. Dominique Biancolelli- continue sa description de l a comedie I Morti v i v i : "Dans cette derniere scene, le Docteur, Pantalon et Trivelin arrivent tous en tremblant sur l a scene; nous nous tenons tous par nos habits. Mario parait; notre frayeur redouble. Dans l a commedia dell'arte l a peur s'exprime surtout dans des laz z i a peu pres acrobatiques. Dans le canevas i t a l i e n Le Festin de Pierre selon l a version de Dominique Biancolelli Arlequin voit l a statue repondre a son salut par une inclinaison de tete et i l "tombe de frayeur." Quand i l est oblige de se mettre a table avec l a statue le pauvre Arlequin se couvre l a tete avec une nappe. Quand l a statue l u i jette un regard i l 9 f a i t "la culbute le verre a l a main." On peut facilement imaginer ces l a z z i dans le theatre de Moliere. Dans Le S i c i l i e n Dom Pedre entre, l'epee a l a main, et voila Hali qui se cache tout de suite dans un coin. Les la z z i de l a peur se montrent surtout chez les deux vieillards des Fourberies de Scapin. Devant les paroles feroces de Silvestre deguise qui f a i t semblant de chercher Argante pour le tuer, le pauvre v i e i l l a r d "pour n'etre point vu, se tient en tremblant couvert de Scapin."^ Apergu par Silvestre, Argante a tant peur qu'il perd l a parole. Silvestre parti, i l tremble encore et decide de donner 1'argent necessaire (II, v i ) . Quant a Geronte, i l a tant peur qu'il se cache volontiers dans le sac que l u i offre Scapin (III, i i ) . 13 Cependant, q u e l q u e f o i s i l ne s u f f i t pas de trembler, de tomber de f r a y e u r , ou de se cacher. A l o r s on f u i t l e danger. Dans une des p i e c e s de l a commedia d e l l ' a r t e A r l e q u i n , v o l e u r deguise en juge, ne peut calmer l e s p l a i g n a n t s . Son f a u t e u i l se change en un monstre a f f r e u x qui f a i t f u i r l e s complaignants.^" Le jeune Octave des F o u r b e r i e s de Scapin a peur de l ' a r r i v e e de son pere. Scapin e s s a i e de 1'aider a m a i t r i s e r c e t t e peur, mais v o i l a Argante q u i a r r i v e et Octave q u i f u i t t e r r o r i s e ( I , i i i ) . Ce d e r n i e r exemple d'un l a z z i de l a peur suggere., un. autre aspect de l a question. S i l e specta t e u r s'amuse h v o i r l a peur d'un homme, une peur de l a q u e l l e i l e st exempt pour l e moment, pourquoi ne pas t i r e r plus de p r o f i t de l a s i t u a t i o n ? S i l e spectat e u r v o y a i t toutes l e s t e n t a t i v e s d'un personnage de se l i b e r e r de ses peurs? Au ddbut d'Amphitryon Sosie se p l a i n t c a r i l a peur de marcher l a n u i t . Un b r u i t inconnu interrompt son monologue. Pour m a i t r i s e r sa peur Sosie p a r l e et chante, mais quand Mercure p a r l e sa v o i x s . ' a f f a i b l i t peu a peu et i l tremble de peur. Le cas de S g a n a r e l l e dans l a pie c e de ce t i t r e est plus i n t e r e s s a n t . Ce "cocu i m a g i n a i r e " veut se venger de L e l i e q u ' i l prend pour l'amant de sa femme. Malheureusement pour l u i S g a n a r e l l e est l a c h e . Dans une parodie des monologues c o r n e l i e n s i l e s s a i e de se dormer du courage. Ce debat entre sa l a c h e t e n a t u r e l l e et 1 ' i d e a l de l a vengeance des cocus est b i e n dans l a t r a d i t i o n de l a f a r c e du paysan ou bourgeois moque par 12 l e g u e r r i e r . Mais e n f i n S g a n a r e l l e se sent remue par l a c o l o r e 13 et avec un geste b i e n herolque, " l a main sur son estomac," i l annonce sa menace f a i t e a L d l i e ( x v i i ) . Quand S g a n a r e l l e entre !4 sur l a scene, arme pour le duel, Lelie n'a qu'alui poser des questions pour le mettre en terreur. Pendant que Lelie continue sa conversation avec iG&lie, Sganarelle essaie de maitriser sa peur en se dormant des coups de poing sur l'estomac et des soufflets. Enfin i l s'approche pour tuer Lelie. Mais celui-ci f a i t quelques pas sans.dessein et voila l a peur de Sganarelle qui le f a i t retourner (xxi). x x X x x x x On remarque que chez Moliere beaucoup de personnages comiques sont col^reux et que le laz z i de. l a colere est done important.' La colere peut se montrer d'abord sous un aspect assez "immobile" s i l'on veut. Un personnage de l a commedia dell'arte, (Sola, tir e son f u s i l mais quand l a "victime" n'est pas blesse i l se rend compte qu'il a oublie d'y mettre des boules et i l frappe du pied."*"^ Dans Le Malade imaginaire Purgon, enrage parce qu'Argan refusa de prendre le clystere, dechire l a donation du mariage et comme un dieu vengeur condamne Argan a l a mort par des etats successifs de l a maladie. Plus souvent l a colere se manifeste chez Moliere comme chez l a commedia dell'arte sous une forme plus dramatique et dynamique, e'est-a-dire dans le l a z z i de l a poursuite et le laz z i du baton. Bien entendu, d'autres emotions peuvent etre les causes des deux l a z z i . Cependant, ce sont des emotions fortes comme le desir et l a peur dont nous venons de parler aussi bien que l a colere qui sont a l a base de ces deux la z z i s i physiques et s i pleins du mouvement. 15 Parlons d'abord du laz z i de l a poursuite. On remarque l a soudainet^ avec laquelle l a poursuite commence et l a rapidite avec laquelle elle continue. '.Ces aspects du la z z i se manifestent meme dans une poursuite imaginaire telle qu'on trouve dans Les Precieuses ridicules. Mascarille est en train de reciter son impromptu quand tout a coup i l se leve pour poursuivre un voleur imaginaire. Quand Geronte apprend le tour que Scapin l u i a joue i l sort du sac pour poursuivre le fourbe. Argan en colere poursuit Toinette autour de l a chaise qui est le symbole de l a maladie du maitre. Le comique resulte "moins de l a poursuite de Toinette.par Argan que de l a maladresse de celui-ci, que sa colere egare, qui injurie sans repondre et qui trebuche contre les meubles, tandis que l a jeune servante, preste et souple, se 15 fa i t un jeu de l u i echapper." Jusqu'iciion.aexamin.e l a poursuite d'une personne par un autre. Une poursuite ou i l y a plusieurs personnages a aussi ses avantages. A l a f i n de La Creduta Morta on voit Isabella qui fu i t , Plaminia derriere. Grattiano, Pantalone et Laura de meme. Puis Arlecchino et Franceschina de meme."^  Les Facheux termine par un ballet ou des suisses chassent les masques et le premier intermede du Malade imaginaire nous montre Polichinelle poursuivi par les archers. • Cet aspect de l a "poursuite-ballet" est decrit en plus de details dans Monsieur de Pourceaugnac. A la f i n du premier acte le pauvre Pourceaugnac est suivi par 1'Apothicaire, les deux Musiciens et les Matassins "tous une 17 seringue a l a main" (I, x i ) . Quand on f a i t l a poursuite on est en plein mouvement. 16 Qu'est-ce qu'il y a de plus amusant qu'une f i n brusque et inattendue,mise a ce mouvement. ou a tout autre? Voila 1'importance du.lazzi de l a chute. Dans Le Medecin malgre l u i Sganarelle, deguise en medecin, donne des mots d'allure latine pour faire une impression favorable. Malheureusement i l se renverse selon l a tradition avec trop de desinvolture dans son fauteuil et fa i t IP •. l a chute. Ce l a z z i de l a chute fut tres a l a mode dans l a commedia dell'arte a l'epoque de Moliere. Dans son o.euvre composee en 1699, Dell'arte rappresentativa, premeditata ed all'improviso, Andrea Perrucci donne des renseignements interessants sur l a technique de l a chute: Elles s'executent de fagon que l a chute paraisse fortuite et non premeditee ou affectee, c'est-a-dire sans courber les £paules ou le dos, ou de toute autre fagon.qui provoque le r i r e . II. faut une grande habitude pour chuter d'un seul elan, de c&te, en arriere ou sur le visage; et 1 1 on a invente recemment pour les rSles de Furies ou de Demons une fagon de tomber sur l a bouche, tete baiss^e, en avant ou en arriere, chose magnifique a voir,, mais d'une execution fort perilleuse. Beaucoup en sont demeures estropies et quelques-uns y ont perdu l a vie. " La colere se manifeste aussi dans ce qu'on peut appeler 'le l a z z i du baton, bien qu'il y ait de nombreuses variations de cette sorte de contact physique. Dans l a commedia dell'arte le la z z i du baton fut tres important. Par exemple, Arlequin fut 20 connu par sa manipulation de sa batte. II nous reste des details pratiques sur 1'execution de ces l a z z i . Par exemple, on gonflait l a joue d'eau ou d'air pour rendre plus intense l'effet 21 d'un soufflet. Perrucci dit que les Italiens se battaient a 22 coups de baton en carton ou bien de pistolets en.bois. En tout cas le la z z i du baton donne beaucoup de pl a i s i r au 17 spectateur surtout d'apres l a these de Bergson qui soutient que les gestes et les mouvements sont comiques a mesure qu'ils ressemblent aux mouvements automatiques d'une machine au l i e u de ressembler aux mouvements d'un homme. Moliere se sert de beaucoup de variations du laz z i du baton. D'abord, ce laz z i peut etre l 1expression spontanee de l a colere. Quand Toinette met un oreiller sur l a tete d'Argan ce "malade imaginaire" se leve en colere et jette tous les oreillers a elle (I, v i ) . Argan ne reflechit pas, comme le jeune Leandre des Fourberies de Scapin qui, epee a l a main, veut punir son valet. Cependant, quand Carle arrive avec l a nouvelle que les Egyptiens vont enlever Zerbinette tout change. Leandre demande a. Scapin de 1'aider et le valet brave le danger: "Won, non, ne me pardonnez rien. Passez-moi votre epee au travers du corps. Je serai ravi que vous me tuiez ;L" (II, iv)^ Ce renversement de l a position de celui qui tient le baton et celui qui est battu se montre assez souvent chez Moliere. Un personnage peut exprimer sa colere dans un lazzi du baton. Un autre personnage peut se.servirsdu baton pour persuader a un homme de faire quelque chose contre sa volonte. Dans Amphitryon,Mercure joue avec le lache Sosie. Sous l a forme de Sosie Mercure donne des soufflets a Sosie, l'empeche de s'en aller et, surtout, le bat. Pour echapper au baton Sosie f i n i t par nier sa propre identite? (I, i i ) . Dans Le Mariage force Moliere rend l'effet de ce meme laz z i du baton encore plus comique par le contraste entre des paroles polies et une action feroce. Sganarelle veut.s'evader du mariage projete avec Dorimene mais le frere de cel l e - c i , Alcidas, s'y oppose. Alcidas parle toujours "d'un ton doucereux" 18 meme quand i l donne des coups de baton: "Au moins, Monsieur, vous n'avez pas l i e u de vous p l a i n d r e , et vous voyez que je f a i s l e s choses dans l ' o r d r e . Vous nous" manquez de pa r o l e , j e me veux b a t t r e contre vous; vous r e f u s e z de vous b a t t r e , je vous donne des coups de baton: tout c e l a est dans l e s formes; et vous etes trop hpnnete homme pour ne pas approuver mon procede."^? S g a n a r e l l e accepte e n f i n de se marier.. (ixX E n f i n , l e l a z z i du baton peut s'approcher d'une ceremonie ou d'un b a l l e t . On pense s u r t o u t aux coups de baton qui se trouvent a. l a f i n . d'.un.acte: Gorgibus q u i bat l e s V i o l o n s a l a f i n des Pr ^ c i e u s e s r i d i c u l e s ou l e s Archers danseurs qui donnent des coups de baton en.cadence a. P o l i e h i n e l l e au premier intermede du Malade i m a g i n a i r e C e monde i r r e e l des l a z z i du baton est l o i n de l a scene, de .la meme piece ou Argan se met a. f o u e t t e r sa petite- f i l l e . L o u i s on... Parmi toutes l e s p i e c e s de M o l i e r e Le Medecin malgre l u i est l a plus feconde en ce qui concerne l e l a z z i du baton et pour c e t t e r a i s o n e l l e merite une etude plus d e t a i l l e e . Les coups de baton q u i se trouvent dans l a premiere scene donnent l e ton a toute l a p i e c e . Lorsque S g a n a r e l l e bat Martine et qu'ellei.erie on r i t parce q u ' i l n'y a r i e n de r e a l i s t e dans ces coups de baton qui ne b l e s s e n t pas. S g a n a r e l l e q u i bat sa femme, c'est l e commencement d'une s u i t e de l a z z i . Les coups de baton .changent de forme et deviennent des coups de poing sur l a p o i t r i n e , des heurts de corps, des p i r o u e t t e s . Le coup de baton de l a premiere scene va d'un personnage a un autre comme une b a l l e q u i r e b o n d i t . S g a n a r e l l e bat Martine, l e s epoux b a t t e n t M. Robert, V a l e r e et Lucas b a t t e n t S g a n a r e l l e , S g a n a r e l l e bat Geronte, L u c a s . o b l i g e S g a n a r e l l e a f a i r e l a p i r o u e t t e et Ja c q u e l i n e o b l i g e son mari a 19 f a i r e l a p i r o u e t t e a u s s i . On aime bien ces scenes a renversement ou personne n'echappe au chatiment du l a z z i . Toutes ces actions v i o l e n t e s s'accumulent jusqu'a l a f i n de l a piece ou Lucas empeche Sganarelle d'echapper. Menace d'etre pendu i l c r i e , "HelasI c e l a ne se p e u t - i l point changer en quelques coups de 26 baton?" Parce que l e monde r e e l l e menace Sganarelle veut un retour rapide au monde b i z a r r e des l a z z i . Sauve par l e reto u r de Lucinde, l e paysan r e v i e n t au point de depart en parlant h sa femme de l ' o r i g i n e des l a z z i de l a piece, "Oui, c'est t o i qui 27 m'as procure je ne s a i s combien de coups de baton." ( I l l , x) On v o i t done que Moliere se s e r t de ces l a z z i t r a d i t i o n n e l s de l a commedia d e l l ' a r t e pour exprimer l e s emotions f o r t e s et exagerees du d e s i r , de l a peur, et de l a col e r e chez ses personnages comiques. La nature meme de c e s . l a z z i , surtout l e u r cote physique, p l e i n de mouvement, souligne_l.'aspect...franchement v i v a n t des comedies de Moliere. NOTES Flaminio Scala, Scenarios of the Commedia dell'Arte: Flaminio Scala's "II Teatro delle favole rappresentative," trans. Henry P. Salerno (New York: New York University Press, 1 9 6 7 ) , pp. 24-25. .• 2 Antoine Adam, Histoire de l a litterature francaise  au XVIIe siecle: Tome III: LJiApogee du siecle: Boileau -Moliere (Paris: del Duca, 1962;, p. 267. ^ Moliere, Oeuvres completes. II, 27. 4 Ibid.. p. 356. 5 Scala, pp. 55-59. ^ Attinger, L'Esprit de l a commedia dell'arte. p. 49. 7 Moliere, p. 15. Attinger, p. 49. Q J Loc. c i t . 1 0 Moliere, p. 623. 1 1 Duchartre, La Commedia dell'arte, p. 44. 1 2 Adam, p. 266. 1 5 Moliere, I, 241. 1 4 Allardyce Nicoll, The World of Harlequin: A C r i t i c a l  Study of the Commedia dell'Arte (Cambridge: Cambridge Univ. Press, 19637, p. 147. Jacques Arnavon, Le Malade imaginaire de Moliere (Paris: Librairie PIon, 19387, p. 123. 1 6 Scala, p. 59. 1 7 Moliere, II, 347. 1 ft note de Robert Jouanny, ed., Qeuvres completes  Moliere. II, 880. 19 Andrea Perrucci, Dell'arte rappresentativa, premeditata ed a l l 1 improwiso (Firenze: Edizioni Sansoni Antiquariato, 1961), p. 129. 2 0 Nicoll, p. 70. 21 Schwartz, The Commedia dell'Arte, p. 10. pp Perrucci, p. 268. 2 5 Moliere, II, 615. 2 4 Ibid., I, 571. 2 5 Ibid.. p. 573. 2 6 Ibid.. II, 47. 2 7 Iftid., "p. 48. CHAPITRE II LES LAZZI DES CEREMONIES DE LA POLITESSE Le siecle de Louis XIV dans lequel Moliere ecrivit et mit en scene ses comedies fut une societe assez rigide ou chaque homme avait son rang social et sa facon de se comporteu Dans une telle societe les formes de l a politesse sont tres importantes. Elles ont l a tendance a devenir presque des ceremonies comme "le petit lever" du ro i ou chacun tenait son role a. l u i . Ce monde offre une source feconde en laz z i pour Moliere comme pour l a commedia dell'arte car i l existe toujours des gens ridicules qui singent l a noblesse. Le f a i t que Placido Adriani parle d'un "lazzo della creanza""'", c'est-a-dire un laz z i du "savoir-vivre" ou des "bonnes manieres" indique 1'importance de ces l a z z i . Mais en effet i l y a de nombreux laz z i qui expriment les ceremonies de l a politesse d'ure facon burlesque. Dans ce chapitre je propose d'etudier nori pas les emotions humaines transformers tout de suite sans reflexion dans des actions comiques, mais les emotions exprimees selon les formules des ceremonies de l a societe. Quand deux hommes se rencontrent le code de l a politesse les oblige a se saluer. La salutation offre une occasion pour creer bien des l a z z i , surtout en employant l a repetition et l'exageration. Dans une piece de l a commedia dell'arte Pantalone, en-attendant a. l a porte de sa maison, voit l'un apres l'autre les gens quitter sa maison et entrer chez G-raziano. Chaque homme le salue en silence. En-fin Pantalone, seul, salue les 2 spectateurs et s'en va. Cet aspect absurde de l a salutation repetee se trouve au troisieme intermede du Malade imaginaire 23 ou tous les Chirurgiens et tous les Apothieaires viennent faire l a reverence en cadence a Argan, le Bachelierus. Dans Le S i c i l i e n Hali, habille en Ture, s'introduit en faisant plusieurs reverences chez Dom Pedre. Gelui-ci dit "Treve aux ceremonies" mais Hali continue ses "avec l a permission de l a Signore" pendant qu'il f a i t comprendre a, Isidore le dessein d'Adraste (I, v i i ) . Dans Les Precieuses ridicules le "marquis de Mascarille", ce valet de farce deguise en bel esprit, entre dans le salon de Magdelon et de Cathos... Le texte ne donne que les mots "apres avoir salue" mais on peut.facilement se figurer cette salutation exag^rde de Mascarille, sa premiere etape pour eblouir ces deux precieuses qu'il adresse pour l a premiere fois avec les paroles suivantes: "Mesdames, vous serez surprises, sans doute, de l'audace de ma visite; mais votre reputation vous attire cette mechante affaire, et le merite a pour moi des charmes s i puissants, que je cours partout apres l u i " (ix)-. 4 Si les regies de l a politesse de l a societe, exigent qu'on rende l a salutation, on peut creer des l a z z i par le refus comique d'une salutation. Dans La Qhasse Oratio salue Flaminia et l u i haise les mains par politesse. Isabella s'inquiete en observant ce manege. De 1'autre cote et sans voir Flaminia, Flavio f a i t une reverence a Isabella qui dit, "Grand bien vous fasse,, seigneur Oratio!" II se retourne, l a voit, et court lui. ;baiser les mains. Isabella l u i donne un soufflet et rentre. Quand Flavio voit Flaminia i l f a i t l a meme chose qu'Oratio, et 5 Flaminia l u i donne un soufflet et rentre. Au debut, des Facheux Eraste salue sa bien-aimee Orphise, qui est accompagnee d'un 24 homme inconnu, et elle, "en passant, detourne l a tete" (I, i i ) . ^ Ia rapidite de l'evenement et l a reaction d'Eraste qui veut tout de suite retrouver sa belle creent un lazz i qui est repetee au deuxieme acte. Dans Le Malade imaginaire Moliere se sert d'un laz z i ou l a salutation n'est n i tout a. f a i t refusee ni tout a fai t rendue. A 1'entree des Diafoirus, Argan, esclave de sa croyance aveugle en l a medecine, met "la main a son bonnet sans l'oter" et explique que M. Purgon l u i defend de l'Ster (II, v). Cette salutation deformee est aussi comique que celle de Mascarille. Dans L'Ecole des Maris Sganarelle ne rend pas l a salutation de Valere a cause de son aveuglement a. tout ce qui l'entoure. Valere et son valet essaient de montrer leur presence avec des salutations et des coups de chapeau (I, i i i ) . l i s doivent passer d'un c6te a un autre comme 1'on f a i t dans le canevas i t a l i e n II Convitato di nietra. Selon ce canevas pendant que le due et Dom Juan parlent "Arlequin se met a. cote de Pantalon et l u i f a i t une profonde reverence chaque fois qu'il tourne l a tete vers l u i . Pantalon va de 1'autre cote pour se derober a tant de politesses. 8 Arlequin le suit et recommence le l a z z i . " Devant l a presence d'une emotion plus forte, le code de l a politesse exige non pas une simple salutation, mais un embrassement. Mascarille f a i t remarquer son entree par ses salutations et 1'entree de Jodelet offre une occasion pour de nouveaux l a z z i . Le "vicomte de Jodelet" et le "marquis de Mascarille" "d'embrassent Q l'un et 1'autre" d'une maniere exageree qui r a i l l e l a haute societe et ses coutumes (xi). Cependant, 1'embrassement qui a un double sens s'approche plus des lazzi de l a commedia dell'arte 25 avec sa fourberie continuelle. On pense a ce que Placido Adriani appelle le "lazzo della creanza." Pulcinella demande a sa femme pourquoi un homme l a salue. Quand elle repond que c'est a cause de l a politesse son mari dit qu'une telle politesse est le temoinage du cocuage.^ II y a des l a z z i chez Moliere qui offrent ce meme temoinage. Dans Le Si c i l i e n Adraste, deguise en peintre, se presente chez Dom Pedre pour faire l e portrait d'Isidore. Adraste embrasse Isidore en l a saluant et explique ce geste a Dom Pedre eh disant que c'est l a coutume en Prance. Puis, dans un climat voluptueux ou. i l f a i t prendre l a pose a Isidore, Adraste f a i t sa declaration d'amour en presence de Dom Pedre (xi). Dans L'Ecole des Maris Isabelle f a i t semblant d'embrasser Sganarelle mais en meme temps elle donne sa main a. Valere, son bien-aime, qui l a baise en secret (II, ix ) . Ce la z z i f a i t echo aux mots a. double sens dont les amoureux se servent dans l a piece et souligne 1'aveuglement de Sganarelle et son infatuation de lui-meme. Jusqu'ici nous avons considere des embrassements qui reussissent, mais on peut aussi parler des la z z i de 1'embrassement manque. Cela peut arriver a cause de 1'intervention d'un troisieme personnage. Dans Le Medecin malgre l u i Sganarelle se croit seul avec Jacqueline. "Dans le temps que Sganarelle tend les bras pour embrasser Jacqueline, Lucas passe sa tete par-dessous, et se met entre eux deux. Sganarelle et Jacqueline regardent Lucas, et sortent chacun de leur c&te, mais l e medecin d'une maniere fort plaisante" (III, 3 ) . 1 1 Un embrassement ou un des personnages repousse les avances de 1'autre peut etre un 26 l a z z i . Par exemple, dans Les Pourberies de Scapin Leandre court embrasser son pere, mais G-eronte vient d*entendre les remarques d'Argante sur l a conduite de son f i l s et i l ne cesse de le repousser (II, i i ) . Dans Le Malade imaginaire Thomas Diafoirus et son pere viennent discuter le mariage projete avec Angelique. Thomas hesite un instant, demande l a permission d'embrasser Angelique, puis l'embrasse. Le la z z i montre bien l a betise du jeune homme. "II s'agit du baisemain, mais Diafoirus Thomas, d'un air niais et extasie, s'approche pour baiser Angelique au front. Angelique esquive le baiser par une soudaine reverence, 12 et le grand dadais pense en perdre 1 1equilibre" (II, v). Ces laz z i de 1'embrassement manque ont tous un certain aspect . . gymnastique dans les mouvements soudains et imprevus des gens opposes a 1'embrassement. Les salutations et les embrassements f i n i s , l a societe exige d'autres ceremonies avant qu' on commence l a conversation e l l e -meme. D'abord, c'est l a ceremonie de prendre une chaise, ou 13 comme Magdelon les appelle "les commodites de l a conversation." Meme le refus de s'asseoir peut devenir un la z z i qui est ridicule a mesure qu'il est oppose aux coutumes de l a societe et au sens commun. Dans L'Ecole des Maris Sganarelle, ce vieux Gaulois avec ses idees du temps de l a Ligue surtout a propos des regies de l a conduite, cherche Valere. Sganarelle est en colere, et sa colere est redoublee quand le valet de Valere le heurte. Valere fa i t des excuses, parle poliment, bien qu'ironiquement, selon les formules, mais Sganarelle se laisse emporter. II refuse opiniatrement d'entrer chez Valere et de prendre un siege dans 27 l a rue: "Je veux parler debout" (II, i i ) . Meme s i l'on suit l a ce>emonie des sieges i l y a bien des possibilites.. On n'a qu' a examiner l a scene du Malade imaginaire ou tout le monde discute le mariage d'Angelique. "Allons vite ma chaise, et des 15 sieges [sic] .a tout le monde. Mettez-vous l a , ma f i l l e " dit Argan (II, v). Selon Jouanny: II y a tout un jeu de scene bouffon avec les sieges. Diafoirus 'et Argan font assaut de c i v i l i t e s , et s'assoient ensemble. Thomas, qui a l l a i t s'asseoir sur un tabouret, se redresse a. un c r i que.pousse Toinette. Angelique occupe le tabouret. Thomas cherche un siege du regard. Toinette apporte une chaise d'enfant, ou Thomas a quelque peine a s'installer.1° Dans La Comtesse d1Escarbagnas cette petite snob de province qui veut faire l a grande dame doit appeler plusieurs fois avant de faire venir le laquais pour les sieges. Ensuite le spectateur assiste aux ceremonies de l a Comtesse et de Julie qui se font plusieurs reverences avant de s'asseoir ( i i ) . Malheureusement la Comtesse, comme les "precieuses ridicules," a peu de succes dans ses tentatives d'appartenir a l a haute societe. Elle se trouve entouree de gens ignorants. Sa suivante, Andree, ne sait pas ce que c'est qu'une soucoupe et son laquais, Criquet, casse un verre. On pense aux la z z i d 1Arlequin joue par Dominique Biancolelli dans sa version du canevas i t a l i e n Le Eestin de  Pierre: "Apres tous les l a z z i pour mettre le couvert, pour extorquer quelques morceaux de dessus l a table, celui de l a mouche que je veux tuer sur son visage, je derobe un morceau de dessus l a table, un des valets me l'arrache, je donne un soufflet a un autre que je crois etre mon escroc, j'essuie une assiette a mon derriere puis je l a presente a Don Juan....".1' 28 Un autre prelude a l a conversation elle-meme est cette cascade de compliments s i exageres qu'ils deviennent des l a z z i . Sbrigani offre d'enormes compliments a. Monsieur de Pourceaugnac et l'extase du provincial se traduit dans ces cris repetes "AhJ ah!" (I, i i i ) . C'est l a premiere etape de sa chute. Quelquefois un personnage se fa i t ses propres compliments. On pense a l a variation interessante de cette idee qui se trouve dans ce que Placido Adrian! appelle le "lazzo di honta di Pulcinella." Pulcinella entend parler des gens qui veulent le tuer. Cependant i l s ne connaissent pas leur victime. Voila Pulcinella qui loue cet homme en l u i faisant plusieurs compliment Le "marquis de Mascarille" qui fa i t semhlant d'appartenir au beau monde fai t toutes les actions d'un elegant en se peignant et en ajustant ses canons. Partout i l cherche les compliments, surtout en ce qui concerne son costume. II se vante en montrant sa "petite-oie," ses canons, ses gants et ses plumes aux deux precieuses. "Vous ne me dites rien de mes plumes: comment 20 les trouvez-vous?" (ix). A 1'entree de Jodelet Mascarille va plus l o i n encore. Grises par leur succes, les deux valets veulent montrer les hlessures recues dans l a guerre et Magdelon doit interrompre Mascarille qui met l a main sur le houton de son haut-de-chausses. On remarque l a progression dans ce que les precieuses acceptent comme digne d'un marquis. La question des vetements offre done des possibilites de creer des la z z i . Dans Les Facheux La Montagne essaie de vetir son maitre Eraste selon les regies de l a societe. Le valet a peu de succes et les ceremonies echouent. La Montagne ajuste 29 le rabat et etrangle son maitre, le peigne et l u i blesse l ' o r e i l l e d'un coup de dent, et laisse tomber le chapeau.qu 1il vient de frotter (I, i ) . Dans Les Precieuses ridicules on voit le contraire de ces tentatives burlesques de vetir un. homme. L'orgueil des valets est detruit tout a. coup, quand.. La Grange et Du Croisy les d^shabillent devant tout le.monde:. . II y a l a un jeu de scene qui n'est pas de tres-bon gout, mais qui est de tradition et dont l'origine semble remonter assez haut. On depouille Mascarille et Jodelet'de leurs habits d'emprunt: Jodelet, pour dissimuler sa maigreur, s'est couvert d'un grand nombre de gilets qu'on l u i ehleve successivement; i l parait enfin en chef de cuisine; apres avoir tire de sa ceinture un bonnet blanc dont i l se coiffe, i l s'agenouille respectueusement devant Cathos, qui le repousse avec horreur.21 La ceremonie des excuses faites a. un homme peut aussi devenir un la z z i a l a maniere de l a commedia dell'arte. Dans Le Medecin malgre l u i Sganarelle entre chez Geronte pour guerir sa f i l l e . Tout a. coup i l commence a. battre Geronte. Puis i l s'arrete et f a i t ses excuses d'une maniere extremement polie qui f a i t contraste avec les coups de baton (II, i i ) . Ce qui cree le l a z z i , c'est ce contraste soudain, inattendu, et deraisonnable. Dans Les Fourberies de Scapin on assiste au spectacle des excuses du maitre faites au valet. Leandre vient de menacer Scapin, mais maintenant i l a besoin de son aide. Scapin joue 1'innocent affronte bien qu'il vienne d'avouer plusieurs crimes, et Leandre f i n i t par se jeter a genoux et demander pardon a. Scapin qui ne'le merite pas. La reponse du valet souligne 1'aspect absurde du lazz i , "Levez-vous. Une 22 autre fois, ne soyez pas s i prompt" (II, i v ) . 30 Cependant, c'est dans La Jalousie du Barbouille et surtout dans George Dandin qu'on trouve les meilleurs exemples des laz z i des excuses chez Moliere. On pense" a l a f i n de La Fortunata Isabella de Scala. Franceschina est infidele a son mari Pedrolino. Quand i l essaie de l a tuer par vengeance ses amis l u i font croire qu'il se trompe et qu'il a du etre ivre. Ensuite Franceschina, l a coupable, oblige son mari a l u i faire 23 ses excuses. A l a f i n de La Jalousie du Barbouille le pere d'Angelique, une femme infidele, trouve son gendre le Barbouille en dehors de l a maison. Angelique ment en disant qu'il est soul et qu'il l a menace. Le Barbouille est done oblige de l u i demander pardon malgre son innocence. Moliere developpe cette idee de 1'innocent qui doit faire ses excuses au coupable dans George Dandin qui a pour sous-titre Le Mari confondu. Dandin, le riche paysan devenu "gentilhomme" a epouse Angelique, f i l l e de M. et Mine, de Sotenville. Dandin a gagne le t i t r e noble de "Monsieur de l a Dandiniere" et les Sotenville, de 1'argent. Cependant Angelique et ses parents ne cessent pas de considerer Dandin comme un paysan. Les Sotenville corrigent .ses mauvaises manieres sans cesse et Angelique l u i prefere son amoureux noble, Clitandre. Dandin veut humilier sa femme et les Sotenville et . i l doit rabaisser Angelique a son niveau social: a l u i . Le moyen, c'est de faire connaitre a tout le monde qu'elle l u i est infidele. Dans chaque acte Dandin apprend que Clitandre menace son honneur, i l va prevenir les Sotenville, mais au dernier instant Angelique retourne le coup contre l u i . Chaque fois le chatiment grandit. Au premier acte M. de Sotenville oblige Dandin a faire ses 31 excuses a. Glitandre. Pour M. de Sotenville 1'etiquette est importante.parce qu'elle marque les differences entre les classes sociales: "Votre bonnet a l a main, le premier: Monsieur est 24 gentilhomme, et vous ne 1'etes pas." Dandin doit repeter les formules requises et ces longues excuses font contraste avec l'echange court et dlegant entre Clitandre et M. de Sotenville qui sont du meme rang social ( I , v i ) . Au troisieme acte les Sotenville trouvent Dandin en dehors de sa maison. Angelique dit qu'il est soul et M. de Sotenville oblige son gendre a faire ses excuses a genoux, sa chandelle a. l a main (III, v i i ) . Auger voit dans ce la z z i une veritable amende honorable: "George Dandin est presque en chemise car ses soup§ons jaloux 1'ont"eveille au fort.de son. sommeil, et i l est sorti sans prendre le temps de s'habiller; l a chandelle qu'il tient a l a main, figure tres bien l a torche au poing; et enfin on exige qu'il demande pardon a~genoux. II n'y manque absolument que l a corde au cou. " ^ En tout cas cette scene reste une espece de la z z i ou. l'on parodie une ceremonie de l a politesse. l a piece est une comedie qui montre plus les ridicules du paysan parvenu et cocu que les souffranee du mari trompe. George Dandin est vaniteux, mais avant tout i l est ridicule. On voit done que cette societe hierarchique du dix-septieme siecle offre de nombreuses ceremonies de l a politesse que Moliere, aussi bien que l a commedia dell'arte, parodie dans des l a z z i , surtout dans les pieces ou. l'on singe les belles manieres. On peut creer des lazzi en regardant 1'homme qui salue ou embrasse quelqu'un, qui s'asseoit pour l a conversation, qui f a i t des compliments, et qui f a i t ses excuses. On s'apercoit b i e n v i t e de l a d i f f e r e n c e entre l a ceremonie t e l l e q u ' e l l e d o i t etre selon l e s re g i e s de l a s o c i e t e et l a ceremonie t e l l e q u ' e l l e est presentee dans l e l a z z i . Ce sont l e s personnages de l a comedie q u i , s o i t consciemment s o i t inconsciemment, s'adaptent mal aux ceremonies p r e s c r i t e s et qui creent a i n s i des l a z z i . NOTES P.D. P l a c i d o A d r i a n i , Zibaldone d i c o n c e t t i comici (1734), dans l a Commedia d e l l ' a r t e : S t o r i a e t e s t o , ed. V i t o P a n d o l f i (Firenze: E d i z i o n i Sansoni A n t i q u a r i a t o , 1958), p. 263. 2 N i c o l l , The World of Harlequin, p. 145. ^ Mo l i e r e , Oeuvres completes, I I , 97. 4 I b i d . , I , 203. ^ Scala, Scenarios, p. 278. 6 M o l i e r e , I , 374. 7 I b i d . . I I , 798. 8 Moland, Moliere. p. 194. 9 M o l i e r e , I , 212. 1 0 A d r i a n i , p. 263. 1 1 M o l i e r e , I I , 881. 1 2 note de Jouanny, ed., Oeuvres completes de Mol i e r e . I I , 937. 1 ^ Mo l i e r e , Les Precieuses r i d i c u l e s , I , 204. 1 4 I b i d - , I , 333. . 1 5 I b i d . , I I , 802. 1 6 Jouanny, I I , 938. 1 7 A t t i n g e r , L * E s p r i t de l a commedia d e l l ' a r t e , p. 51. 1 8 M o l i e r e , I I , 337. 1 9 A d r i a n i , p. 264. 34 2 0 Moliere, I, 211. 2 1 Eugene Despois, ed., Oeuvres de Moliere, 2ieme ed. (Paris: Hachette, 1909), II, 113. 22 Moliere, II, 616. 2 5 Scala, p. 30. 2 4 Moliere, II, 202. 2^ Auger, cite par Despois dans Oeuvres de Moliere, VI, CHAPITRE III LES LAZZI DE LA MEDECINE: GESTES ET JARGON La commedia dell'arte et Moliere se moquent tous les deux des medecins en soulignant leur impuissance a guerir les malades et leur adresse a exploiter l a credulite de leurs clients, car la peur de l a mort entraine une f o i aveugle dans l'art de guerir. Quelquefois i l s'agit de veritables medecins. Chez Moliere on trouve M. Purgon, M. Diafoirus et les cinq medecins de L'Amour medecin. Chez l a commedia dell'arte on voit i l Dottore qui tout en etant philosophe, astronome, homme de lettres, cabaliste, avocat, grammarien ou diplomate,"*" peut aussi quelquefois etre medecin car i l est toujours pedant, charlatan et doctrinaire. Quelquefois i l s'agit de gens deguises en medecin, souvent pour aider une jeune f i l l e a. echapper a l a volonte de son pere. Le paysan Sganarelle devient medecin dans Le Medecin malgre l u i et l'amoureux Oratio se deguise en medecin dans l a piece de Scala, L i duo Capitani s i m i l i . Pour souligner 1'aspect ridicule des medecins l a commedia dell'arte et Moliere se servent des lazzi bases sur les "ceremonies" de l a medecine, c'est-a-dire ces rites que les medecins suivent devant les malades. Traitees du point de vue burlesque, surtout quand i l s'agit de gens deguises en medecin, ces ceremonies deviennent des lazzis des gestes et du jargon medical. Si un homme devient malade, on appelle un medecin pour 1'examiner. Cette premiere ceremonie de l a visite medicale peut etre une occasion pour creer bien des l a z z i . Toinette, 36 deguisee en medecin, manie Argan comme un pantin: Elle l u i secoue le bras et le laisse retomber rudement; elle passe derriere le fauteuil, t i r e l a tete d'Argan a l a renverse, l a f a i t rouler pour examiner chaque oeil, l u i ouvre l a bouche, l u i f a i t t i r e r l a langue, l u i referme l a bouche d'une claque sous le menton, de sorte qu'Argan se mord l a langue. (le Malade imaginaire III, x)2 Le malade est vraiment a l a mere* de son medecin. Les la z z i de l a visite medicale se montrent surtout quand on.examine 1'urine du malade et l u i tate le pouls, deux procedes preferes des medecins du dix-septieme siecle. Quant a l a ceremonie de l'examen de 1'urine i l faut remarquer l a grande difference entre les pieces de l a commedia dell'arte et celles de Moliere. Chez l a commedia dell'arte i l y a de nombreux laz z i obscenes de cette sorte. On voit par, exemple une scene de l a consultation ou Isabelle ~et Arlequin, deguises en medecin, se trouvent devant Colombine qui est assise dans une chaise de commodite. Placido Adriani decrit le "Lazzo dell'orina fresca," le "Lazzo di polso, orina, ricetta" et les "Lazzi d'acqua."4 En comparaison, le theatre de Moliere f a i t preuve d'un manque etonnant d'obscenite. Cependant, dans une des premieres pieces qu'on attribue a Moliere, Le Medecin volant. on trouve des lazzi de cette sorte. Sganarelle, ce valet deguise en medecin, ce "lourdaud qui 5 gatera tout" selon son maitre, goute 1'urine de l a "malade:" " 'Voila de 1'urine qui marque grande chaleur, grande inflammation dans les intestins: elle n'est pas tant mauvaise pourtant1 " (iv). En presence de G-orgibus .Sganarelle avale ee qui est, espere-t-on, un verre du vin blanc. II faut se rappeler que 7 selon l'ancienne pratique on analysait 1'urine en l a goutant. 37 Mais Sganarelle, cet ivrogne, explique son action comme etant digne d'un grand medecin: "... les medecins, d 1ordinaire, se contentent de la regarder; mais moi, qui suis un medecin hors du commun, je l'avale, parce qu'avec le gout je discerne bien mieux l a cause et les suites de l a maladie. Mais, a vous dire l a verite, i l y en avait trop peu pour asseoir un bon jugement: qu'on l a fasse encore pisser.*8 Plus tard dans Le Medecin malgre l u i on trouve un autre exemple de ces laz z i dans les questions que Sganarelle, le paysan devenu "medecin," pose a Geronte au sujet de sa f i l l e : "Va-t-elle ou. vous savez? . . . Copieusement? . . . La matiere est-elle louable?' " (II, iv). 9 Moliere cree des lazzi surtout en ce qui concerne cette ceremonie de tater le pouls a un malade. Dans Le Medecin malgre l u i Sganarelle tate le pouls a Lucinde et tire une conclusion evidente en soi: "Voila. un pouls qui marque que votre f i l l e est muette" (II, i v ) . 1 ^ L ' i n u t i l i t e de cette ceremonie tel l e que les "medecins" l'emploient saute aux yeux dans un laz z i qu'on trouve dans Le Medecin volant et qui est repute dans L'Amour medecin (III, v). Dans l a premiere piece Sganarelle tate le pouls a. Gorgibus, non pas a. sa f i l l e qui est malade. Averti de son erreur, Sganarelle s'excuse en expliquant que "le sang du pere et de l a f i l l e ne sont qu'une meme chose; et par 1'alteration de celui du pere, je puis connoitre l a maladie de la f i l l e " ( i v ) . 1 1 Un autre la z z i que Moliere aime bien est celui ou deux homines ensemble tatent le pouls a. un autre. Ainsi cette ceremonie devient de plus en plus denuee de sens. Le pauvre Monsieur de Pourceaugnac s'assoit entre deux hommes qu'il 38 12 c r o i t etre des "domestiques bien lugubres" qui vont l e consulter sur l e menu du repas. Malheureusement, ce sont deux medecins qui croient avoir a f f a i r e a un fou et qui " l u i prennent 1^ 5 chacun une main, pour l u i tater l e pouls" ( I , v i i i ) . Dans Le Malade imaginaire M. Diafoirus et son f i l s prennent chacuri un bras et tatent l e pouls a Argan ( I I , v i ) . En tout cas, tater l e pouls deux f o i s est aussi i n u t i l e que de l a tater une seule f o i s . On n'apprend r i e n . Enfin l e medecin doit donner son diagnostic. De nouveau son ignorance saute aux yeux. Dans Le Medecin volant Sganarelle ne precise pas du tout l a maladie de L u c i l e . II ne d i t que ce qui est evident: "votre f i l l e est f o r t malade" (v)."*"4 Dans Le Medecin malgre l u i Sganarelle pour se f a i r e remarquer leve "son 15 bras depuis l e coude" avant de commencer son raisonnement base sur l a theorie absurde de l'humorisme (II, i v ) . De reste cette c r i t i q u e du formalisme et du raisonnement sur lesquels l e diagnostic est fonde se montre aussi dans Monsieur de Pourceaugnac ou les deux medecins raisonnent sur l ' e t a t de leur "malade" qui se t i e n t en bonne sante devant eux: "Vous avez s i bien discouru sur tous les signes, les symptomes et l e s causes de l a maladie de Monsieur; l e raisonnement que vous en avez f a i t est s i docte et s i beau, q u ' i l est impossible q u ' i l ne s o i t pas fou, et melancolique hypocondriaque; et quand i l ne l e seroit pas, i l faudroit q u ' i l l e devint, pour l a beaute des choses que vous avez dites, et l a justesse du raisonnement que vous avez f a i t ( I , viii)."-*-° Le comble de 1'ignorance des medecins se trouve dans Le Malade imaginaire ou les Diafoirus decident qu'Argan est malade de l a rate, diagnostic tout a. f a i t oppose a c e l u i de M. Purgon. Averti de leur erreur, M. Diafoirus n'hesite pas a. avouer que l a rate 39 et l a foie, ce sont l a meme chose (II, v i ) . Ce qui ajoute au comique, c'est que le "malade" est toujours quelqu'un qui se porte bien. Apres avoir decide de quoi souffre le malade, le medecin doit proposer le remede. Ainsi dans L e Medecin volant Sganarelle annonce qu'il veut faire une ordonnance. On l u i apporte une table, du papier, et de l'encre, mais ce "medecin" se rend compte tout de suite qu'il ne sait pas ecrire. II doit s'excuser en disant qu'il ne s'en souvient plus. II change le remede en quelque chose de plus simple et dit que Lucile doit prendre l ' a i r a l a campagne (v). Mais souvent-le remede propose detruit plus qu'il ne guerit. C'est le cas du remede suivant pour le mal de dents: "Prenez une pomme," repond Arlequin, "coupez-la en quatre parties egales: mettez un des quartiers dans votre bouche, et ensuite tenez-vous ainsi l a tete dans un four, jusqu'a ce que l a pomme soit cuite, et je reponds que votre mal de dents se trouvera gueri."-'-' Cet exemple tire de l a commedia dell'arte a son parallele dans les suggestions que Toinette fa i t a. Argan et qui choquent meme ce "malade imaginaire:" "Me couper un bras, et me crever un oeil, afin que 1'autre se porte mieux? . . . La belle operation de me rendre borgne et manchot!" ( I l l , x)l° Mais de telles choses arrivent. Dans une piece de Scala, II Cavadente, Arlequin, deguise en dentiste, arrache quatre des meilleures dents de Pantalone que tout le monde accuse a. tort 19 % d'avoir mauvaise haleine. Des remedes comme celui que Sganarelle propose pour rendre l a parole a. Lucinde sont des la z z i . Geronte doit donner a sa f i l l e "quantite de pain trempe dans du vin," chose qu'on donne aux perroquets pour leur apprendre a parler (II, i v ) . A l a f i n du premier acte de Monsieur de Pourceaugnac on poursuit ce pauvre homme pour l u i faire subir le clystere. Mais l a commedia dell'arte s'occupe surtout des remedes miraculeux. Dans l a Finta pazza i l s'agit d'un poison mysterieux. Si l'on hoit une partie du poison on 21 meurt. Si l'on en boit le reste on revient a l a vie. Dans Le Medecin malgre l u i quand les deux paysans credules consultent Sganarelle i l leur donne un morceau de fromage qui devient un remede presque magique. C'est du "formage fsic3 prepare, ou i l entre de l'or, du coral, et des perles, et quantite d'autres 22 choses precieuses" (III, i i i ) . Tous ces remedes sont inutiles surtout quand celui qu'on croit "malade" ne l'est pas. II faut penser comme Jacqueline qui dit a Geronte, " . . . votre f i l l e a besoin d'autre chose que de ribarbe et de sene, et qu'un mari 23 est une emplatre qui garit tous les maux des f i l l e s " (II, i ) . II ne reste qu'une derniere ceremonie du medecin, mais c'est une ceremonie tres importante. II s'agit de 1'argent qu'on donne au medecin. Dans Le Medecin malgre l u i Sganarelle souligne les avantages d'etre medecin: "Je trouve que c'est le metier le meilleur de tous; car, soit qu'on fasse bien ou soit qu'on fasse mal, on est toujours paye de meme sorte . . • 24. (III, i i ) . " Dans L1Amour medecin Sganarelle paie les quatre medecins avant qu'ils voient sa f i l l e malade et "chacun, en recevant 1'argent, f a i t un geste different" (II, i i ) . Cependant, Sganarelle doit les rappeler a, leur devoir. Pour cette raison, on paie le medecin d'ordinaire a l a f i n de toutes 41 les autres ceremonies. Dans Le Medecin volant Sganarelle est pret a partir quand Gorgibus l u i donne de l 1argent. Sganarelle 26 dit "Je n'en prendrai pas, je ne suis pas un homme mercenaire," " ensuite i l le prend ( v i i i ) . Moliere repete et developpe ee meme lazz i qui souligne l a cupidite des medecins dans Le Medecin  malgre l u i . Geronte rappelle Sganarelle pour l u i dormer 1'argent. Sganarelle, "tendant sa main derriere, par-dessous sa robe, tandis que Geronte ouvre sa bourse" refuse selon les formules, " 'Ce n'est pas 1'argent qui me fa i t agir 1." C'est une observa-tion ironique s i l'on pense aux coups de baton qui l'ont f a i t medecin. Mais apres avoir pris 1'argent malgre ses l a z z i de 1'hesitation, le "medecin" laisse apercevoir sa cupidite 27 naturelle: "Cela e s t - i l de poids?" ( I I , iv). Geronte parti}. Sganarelle n'hesite pas a chercher a gagner plus d 1argent. .11 essaie sans succes de rendre leandre malade. Ensuite ilre.ussit a gagner de 1'argent en promettant d'aider son stratageme. Enfin i l refuse d'ecouter les paysans Thibaut et Perrin jus.qu'a. ce qu'ils l u i donnent de 1'argent. On voit sur l a scene Sganarelle "tendant toujours l a main et l a branlant, comme.pour 28 signe :qu'il demande de 1'argent" ( I I I , i i ) . Ses tentatives de gagner de 1'argent suggerent des lazzi de l a commedia dell'arte. On pense au "lazzo dell'elemosina" decrit par Placido Adriani. Un homme mendie tantdt avec l a main droite, tantSt avec l a main gauche, et i l f a i t semblant d'etre d'abord espagnol, ensuite pq allemand, ensuite frangais. J Les postures de Sganarelle font penser aux lazzi de l a bourse qu'on trouve dans Les Fourberies 30 d  Scapin. Tout comme Ped olino dans l a piece II Capitano. 42 Scapin persuade au v i e i l l a r d de l u i dormer 1*argent pour "racheter" son f i l s du Turc. Cependant, c'est avec diffieulte que cet avare donne sa bourse a Scapin. D'abord i l " l u i presente sa bourse, qu'il ne laisse pourtant pas aller; et dans ses transports, i l f a i t aller son bras de cSte et d'autre, et 31 Scapin le sien pour avoir l a bourse." Ensuite Geronte remet l a bourse dans sa poche et s'en va. Scapin doit eourir apres l u i et l u i montrer ou se trouve l a bourse. Enfin Scapin obtient 1"argent necessaire (II, v i i ) . Ainsi Moliere se sert de nombreux la z z i bases sur ces gestes associes a l a profession medicale. II se sert aussi des la z z i du jargon medical. II est evident, bien sur, qu'il y a d'autres exemples du jargon chez Moliere que celui qu'emploient les medecins. Dans La Jalousie du Barbouille le Docteur parle le jargon scolastique pendant que le Barbouille essaie de 1'interrompre. Dans Le Mariage force i l y a Pancrace avec son jargon aristotelicien et Marphurius avec son galimatias pyrrhonien. Dans Les Precieuses ridicules i l s'agit du jargon de l a preciosite. Mais c'est surtout avec l a profession medicale que Moliere trouve le champ libre aux la z z i de cette sorte. Ce choix de paroles obscures et savantes qui mystifient le grand public se trouve chez tous les "medecins" de l a comedie. Les la z z i du jargon medical ont l i e u surtout quand on a affaire aux gens deguises en medecin. Au debut du Medecin volant Valere dit a Sganarelle que Gorgibus croira qu'il est medecin "pourvu que tu paries d'Hippocrate et 32 de Galien, et que tu sois un peu effronte" ( i i ) . Dans les premieres paroles qu'il adresse a Gorgibus, Sganarelle cree une citation tout a f a i t absurde: "Hippocrate dit, et Galien par vives raisons persuade qu'une personne ne se porte pas bien 33 quand elle est malade" (iv). Sganarelle n'a rien a dire, mais i l exprime ce non-sens d'une maniere qui ressemble a celie des medecins. Moliere emploie ce meme la z z i de nouveau dans le Medecin malgre l u i . Sganarelle commence avec une "citation" ridicule: "Hippocrate dit . . . que nous nous couvrions tous deux." Ce qu'il faut remarquer c'est 1'obeissance aveugle de Geronte qui croit au jargon: "Puisque Hippocrate le dit, i l le faut faire" (II, i i ) . 5 4 Cependant, les citations en frangais ne suffisent pas a. creer le mystere necessaire a l a profession medicale. II faut employer une langue tout a f a i t etrangere. Dans Le Medecin  volant Sganarelle f a i t suivre sa citation d'Hippocrate par des •• remarques ou. i l . enfile de l'arabe, un hemistiche celebre du Cid, de l ' i t a l i e n , de l'espagnol et du l a t i n liturgique: "Salamalec, salamalec. 'Rodrique, as-tu du coeur?' Signor s i ; segnor, non. Per omnia saecula saeculorum" (iv). Le plus souvent l'homme deguise en medecin se sert du "la t i n " pour eblouir ses clients. Dans sa forme l a plus primitive ce "la t i n " consiste en l a declinaison d'un substantif ou d'un adjectif. Ainsi selon une tradition du theatre Sganarelle decline le nom de Lucinde: "Lucindus, Lucinda, Lucindum" (II, i i ) . Toinette, apres avoir denonce M. Purgon comme "ignorant," decline "ignorantus, ignoranta, ignorantum" (III, x). Au debut du Medecin malgre l u i on apprend que Sganarelle a servi six ans un 44 medecin celebre et qu'il a su son rudiment par coeur. Deguise en medecin, Sganarelle profite de son education mais son assurance remplace plusieurs fois 1'exactitude. Des qu'il apprend que Geronte n'entend point le l a t i n i l cree un galimatias d'allure latine. Geronte, Jacqueline et Lucas qui ne comprennent rien expriment leur emerveillement: "Ah! que n'ai-je etudie?" "L'habile homme que vela!" "Oui, ca est s i biau, que je n'y entends goutte" (II, i v ) . Rassure, Sganarelle se lance dans une explication "medicale" de la maladie de Lucinde ou. i l confond des expressions imaginaires et des betises. Que ces paroles veuillent dire quelque chose ou non importe peu. II suffit qu'elles donnent un air d'autorite. lorsque Geronte souleve une objection timide a propos de l'endroit du foie et du coeur, Sganarelle f a i t une observation digne de l a profession medicale qui doit toujours avoir raison: \ 39 "mais nous avons change tout cela..." (II, i v ) . II y a done des gens credules qui croient que ces absurdites qu'ils ne comprennent pas sont merveilleuses. II y a aussi des gens qui croient entendre du scandale dans des paroles serieuses qu'ils ne comprennent pas en verite. On pense a ce que Placido Adrian! appelle le "lazzo - at iam gravi." Le docteur dit en lat i n "At Regina iam gravi dudum saucia crura," c'est-a-dire "mais l a reine troublee depuis longtemps de cet ennui terrible...." Polichinelle, qui ne comprend pas le l a t i n croit que le docteur dit "La Regina essendo gravida mangib due volte l a salsiccia cruda," c'est-a-dire "La reine etant enceinte a mange deux fois 45 de l a s a u c i s s e . C e t t e conversion d'une idee serieuse en quelque chose de vulgaire se trouve aussi dans La Comtesse d'Escarbagnas. La comtesse f a i t venir son f i l s pour reciter "une petite galanterie." Le jeune gargon commence sa regie de grammaire: "Omne viro s o l i quod conyenit esto v i r i l e . Omne v i r i . . . " ( v i i ) . ^ 1 Sa mere, qui ne comprend pas du tout le l a t i n , interrompt son f i l s car elle croit entendre des mots tout a fa i t choquants. Jusqu'ici on a examine des laz z i du jargon medical qui ne sont qu'une partie d'une scene. Dans Le Malade imaginaire Moliere se sert d'une espece de la z z i qui occupe toute l a scene. Au dernier intermede qui se rattache de facon naturelle a l a comedie i l s'agit c:d'une "ceremonie burlesque d'un homme qu'on 42 f a i t medecin en recit, chant, et danse." Tout 1'intermede est ecrit dans un la t i n farci de mots francais et de mots superficiellement latinises. Le nom de ce procede, le l a t i n "macaronique," f a i t ressortir ses origines chez l a commedia dell'arte. Moliere discredite;; par le ridicule l'emploi pedantesque d'une langue inconnue au vulgaire qui est destinee par son mystere a cacher beaucoup de sottises. Ce l a t i n de cuisine de 1'intermede tourne en ridicule surtout les trois grands remedes des medecins du dix-septieme siecle: Clysterium donare, Postea seignare, Ensuitta purgare.43 Moliere porte bien plus loin que l a commedia dell'arte l a critique de l a profession medicale. Cependant, i l emploie les memes laz z i que l a commedia dell'arte pour souligner 1'aspect 46 r i d i c u l e des medecins et surtout de ceux qui font semblant d'etre medecin. Nous avons etudie ces l a z z i bases sur les ceremonies de l a medecine: l a v i s i t e medicale, l e diagnostic, l e remede, et l a remuneration. Nous avons aussi vu des l a z z i bases sur ce jargon medical des cit a t i o n s opportunes et des mots savants et etrangers. A i n s i par ces l a z z i Moliere reproche aux medecins leur ignorance, leur pedantisme, leur charlatanisme, leur cupidite et leur impuissance a guerir. Mais l e public credule accepte comme medecin un imposteur comme Sganarelle dont l a conduite est egalement accompagnee d'une suite de l a z z i . Moliere suggere a i n s i que l e faux medecin vaut autant que l e v r a i . NOTES Duchartre, La Commedia dell'arte, p. 181. 2 note de Jouanny, ed., Oeuvres completes de Moliere, II, 941. •7. J Duchartre, p. 136. 4 Adriani, Zibaldone di concetti comici, p. 265. ^ Moliere, Oeuvres completes, I, 23. 6 Ibid., p. 26. ^ Charles Singer et E. Ashworth Underwood, A Short  History of Medecine (Oxford: Clarendon Press, 1962), p. 245. 8 Moliere, I, 26-27. 9 Ibid., II, 29-30. 1 0 Ibid., p. 30. 1 1 Ibid., I, 26. 1 2 Ibid., II, 340. 1 5 Ibid., p. 341. 1 4 £bid., I, 27. 1 5 Ibid., II, 31. 1 6 I^id., p. 343. 1 ^ cite par Louis Moland, Moliere, p. 286. 1 8 Moliere, II, 839. - 1 9 Scala, Scenarios, p. 88. 2 0 Moliere, Le Medecin malgre l u i . II, 32. 48 2 1 Scala, pp. 63-65. 2 2 M o l i e r e , I I , 39. 2 5 I b i d . . p. 22. 2 4 I b i d . , p. 37. 2 5 I b i d . , I , 793. 2^ I b i d . , p. 30. 2 7 I b i d . . I I , 34. 2 8 I b i d . , p". 38. ^ A d r i a n i , p. 271. v Scala, p. 80. 5 1 M o l i e r e , I I , 630. 5 2 I b i d . , I , 25. 5 5 I b i d . , p. 26. ' 5 4 I b i d . . I I , 24. 5 5 I b i d . . I , 26. I b i d . . Le Medecin malgre l u i . I I , 26. 37 I b i d . . Le Malade imaginaire. I I , 837, 3 8 I b i d . , I I , 51. 3 9 I b i d . . p. 52. 40 A d r i a n i , p. 271. 4 1 M o l i e r e , I I , 672. 4 2 I b i d . , p. 846. 4 5 I b i d . , p. 848. CHAPITRE IV LES LAZZI DE LA LANG-UE PARLEE Jusqu'ici, a 1'exception du jargon medical, nous avons etudie ces gestes, ces mouvements et ces situations comiques sur l a scene qu'on appelle des l a z z i . II est v r a i que les Italiens attachent peu d'importance aux paroles exactes et ecrites mais i l existe tout de meme plusieurs l a z z i e s s e n t i e l l e -ment verbaux> Moliere aussi se sert de ces l a z z i ou. on ne s'occupe pas tellement du sens des mots mais de l ' e f f e t comique de l a maniere deformee et outree dont i l s se prononcent. La vigueur et l a v i t a l i t e de 1'action physique des l a z z i de l a commedia de l l ' a r t e et de Moliere se transposent dans l e domaine de l a langue parlee. A l a base de tous ces l a z z i est l e son de l a voix humaine. A un niveau elementaire on peut creer des l a z z i en se moquant non pas des mots, mais des sons i n a r t i c u l e s que 1'homme emploie pour exprimer ses emotions, c'est-a-dire l e s sanglots et les r i r e s . Dans La Creduta Morta l a famille d'Isabella rentre des fun e r a i l l e s et on entend "des sanglots sur l e mode bouff on.""'" Le celebre " l a z z i des macaronis" est base aussi sur 1'exageration des signes exterieurs de l a douleur. Au premier acte de l a piece II Pedante Arlecchino entre avec un plat de macaronis q u ' i l offre a. Pedrolino de l a part du Capitan. Pedrolino, tout en. larmes, l e prend en disant q u ' i l pleure a cause d'un accident qui est arrive a. sa femme. Pleurant, i l commence a manger. Arlecchino se met aussi a pleurer et a manger. Burattino entre, 50 les voit manger leurs macaronis en pleurant, fond en larmes a son tour et partage leur repas. Quand i l s ont tout mange Pedrolino, toujours pleurant, dit a Arlecchino "Baisez de ma part les mains du Capitan," et i l sort. Burattino dit l a meme chose en pleurant et s* en va. Arlecchino, pleurant et lechant 2 le plat, se retire et c'est l a f i n de l'acte. Dans les pieces de Moliere que nous etudions i l n'est pas question de laz z i bases sur les sanglots mais Moliere se sert plusieurs fois du laz z i du fou r i r e . Ce laz z i a aussi ses origines dans l a maniere exageree dont on fai t face a une situation. Dans les Precieuses ridicules Jodelet vient d'entrer chez Magdelon et Cathos et les deux valets... plaisantent sur leur propre situation qui n'est pas sans p e r i l . Mascarille prolonge en eclat de rire l a derniere voyelle de sa remarque adressee a. Jodelet: " . . . mais non pas s i chaud qu'ici. Hai, hai, hai!" (xi)r Dans La Critique de l'Ecole des  Femmes le Marquis termine souvent ses phrases par un ri r e repete dont i l n'est pas le maitre et qui fa i t ressortir sa sottise: "Te voila done, Chevalier, le defenseur du parterre? Parbleu! je m'en rejouis, et je ne manquerai pas de 1'avertir que.tu es de ses amis. Hay, hay, hay, hay, hay, hay" (v). 4 Cependant, c'est surtout dans Les Fourberies de Scapin que Moliere se sert du la z z i du fou r i r e . Un des membres de sa troupe, Mile.. Beauval qui jouait Zerbinet.te, avait des dents splendides et une grande bouche. Moliere n'hesite pas a exploiter ces qualites. Zerbinette dit a Scapin, "J'ai l'humeur enjouee, et sans cesse je r i s . . . " ( I l l , i ) . Bientot l a voila qui raconte l a ruse de l'histoire de l a galere a. Geronte sans savoir a. qui elle parle. Ses rires interrompent plusieurs fois son recit pour produire un effet d'hysterie chez les spectateurs. Ce n'est qu'a l a f i n du recit qu'elle se rend compte de 1'attitude de Geronte qui a provoque le rire par son contraste avec l a sienne: "Mais i l me semble que vous ne riez point de mon conte" (III, i i i ) . 7 I'imitation non pas de l a voix humaine mais des sons purs est aussi une espece de la z z i . . Les Freres Parfaict parlent du comedien Gherardi-Flautin qui avait le "talent d'imiter avec sa g bouche beaucoup d 1 instruments a vent ...." Au premier intermede du Malade imaginaire Moliere se sert du meme la z z i . Polichinelle a un luth "dont i l ne joue que des levres et de l a langue, en disant: plin pan plan, etc." 9 Dans d'autres pieces de l a commedia dell'arte on imite les sons d'un homme qui marche et d'un mulet qui trotte."^ Tout au debut du Malade imaginaire Argan "sonne une sonnette pour faire vehir ses gens." Quand personne ne vient Argan cesse de sonner et se met a crier dans une imitation du son de l a sonnette qui indique sa fureur et son affolement: "Drelin, drelin, drelin: ah, mon Dieu! i l s me laisseront i c i mourir. Drelin, drelin, drelin" (I, i)."*"*" Tous les hommes parlent d'une maniere d i f f e r e n c e selon leurs origines et selon leurs sentiments du moment. II y a certaines facons de parler qui produisent un effet comique a cause de leur opposition a. l a maniere ordinaire par laquelle 1'homme s'exprime. Ces facons outrees de parler reproduites sur l a scene sont, en effet, des l a z z i . Au troisieme acte des Plaideurs, cette piece de Racine qui garde bien des aspects de l a commedia dell'arte, L'Intime parle de plusieurs manieres suceessives: "d'un ton finissant en fausset," "du beau ton," "d'un ton vehement" et 12 "d'un ton pesant." Mais, l'emploi du patois, qui est une facon difforme de parler, est un des lazzi preferes de l a commedia dell'arte. C'est surtout dans Monsieur de Pourceaugnac que Moliere se sert de ce l a z z i . Sbrigani, cet homme d'intrigue de Naples, se presente a Oronte en marchand flamand: "Montsir, avec le vostre permissions, je Suisse un trancher marchand Plamane, qui voudroit bienne vous trernantair un petit nouvel" 13 (II, i i i ) . Quelques scenes plus tard Lucette imite le languedocien: "Ah! tu es assy, et a l a fy yeu te trobi apres abe f a i t tant de passes. Podes-tu, scelerat, podes-tu sousteni ma bisto?" (II, v i i ) . 1 4 Ensuite Nerine entre et parle en Picard: "Ah! je n'en pis plus, je sis toute essoflee! Ah! finfaron, tu m'as bien fa i t eourir, tu ne m'ecaperas mie. Justice, justice! je boute empeschement au mariage. Ches mon mery, Monsieur, et 15 je veux faire pindre che bon. pindar-la. (II, v i i i ) . Enfin i l s'agit des deux Suisses qui font l a cour a Pourceaugnac deguise en femme, "Ah! pon chour, Mameselle" (III, i i i ) . 1 ^ Jouanny f a i t remarquer que Moliere n'est pas un linguiste scientifique. II cherche l'effet comique en creant un certain exotisme voulu mais 17 l a syntaxe et les injures restent frangaises. Cependant i l faut avouer sa virtuosite dans ce l a z z i ou souvent un seul personnage parle de differentes manieres. A un niveau plus subtil le l a z z i peut se manifester dans 1'imitation d'un certain style de parler. Moliere se sert de ce laz z i dans sa satire de l a declamation chez les Grands Comediens. 53 Dans L'Impromptu de Ve r s a i l l e s on voit une piece presentee a l ' i n t e r i e u r de l a piece pour creer chez l e spectateur 1 ' i l l u s i o n d'assister a une rep e t i t i o n de l a troupe de Moliere. Moliere s'attaque a 1'Hotel de Bourgogne en imitant l e style de declamation chez plusieurs de ses acteurs: Montfleury, Mile. Beauchateau, Beauchateau, Hauteroche et de V i l l i e r s ( i ) . Dans l e s chapitres precedents nous avons remarque que l a r e p e t i t i o n de gestes ou de situations aide souvent a creer des l a z z i . Quant au domaine de l a langue parlee l a meme chose arr i v e . Quelquefois i l ne s'agit que de l a r e p e t i t i o n de certaines parties d'une phrase. Dans Monsieur de Pourceaugnac 1'Apothicaire a une facon curieuse de parler: "Je sais ce que c'est, je sais ce que c'est, et j'etois avec l u i quand on l u i a parle de cette 18 a f f a i r e . Ma f o i , ma f o i ! " (I, v). Cette forme de begayement assez pittoresque n'existe que pour amuser l e spectateur. Dans Les Fourberies de Scapin l e l a z z i de l a r e p e t i t i o n des mots a un but de plus, l a peinture du caractere. Octave est tout trouble parce q u ' i l vient d'entendre que son" pere revient de son voyage. L'agitation du jeune homme se manifeste dans les questions q u ' i l pose a son valet S i l v e s t r e . Ce dernier, s o i t a. cause de l'affolement s o i t a cause de 1'indolence, ne f a i t que repeter les derniers mots des questions de son maitre (I, i ) . II y a aussi un l a z z i dans l a r e p e t i t i o n plusieurs f o i s au cours d'une conversation des memes mots ou plus souvent de l a meme phrase entiere. Jacques Scherer souligne l e f a i t que ces phrases sont comiques l a premiere f o i s qu'on les entend. "Leur r e p e t i t i o n ne f a i t que rappeler et renforcer leur e f f e t . 54 S i e l l e s n'avaient pas une valeur comique en elles-memes, on ne voi t pas comment el l e s en acquerraient une a force d'etre 19 repetees." Cependant l e mecanisme de l a re p e t i t i o n donne un sens symbolique aux paroles qui indiquent quelque chose du caractere des personnages. Dans La Fortunata Isabella Pantalone cherche un mari pour sa f i l l e , Flaminia. Mais e l l e a deja c h o i s i un mari et e l l e est soutenue par les autres personnages. Arlecchino d i t a. Pantalone "Les choses seront selon ma volonte," et i l s'en va. L'un apres l'autre Burattino, Flavio, Flaminia 20 et Pedrolino repetent l a meme phrase et s'envont.. .Dans. La Critique de l'Ecole des Femmes Dorante defend l a piece de. Moliere contre l e sot Marquis qui s'attaque a l a piece sans pouvoir expliquer son attitude. II ne peut que repeter illogiquement 21 "Tarte a. l a cremel" (vi). Dans Le Malade imaginaire l e medecin condamne Argan aux maladies successives qui menent a l a mort. L ' e f f r o i d 1Argan se manifeste dans ces or i s repetes ou i l 22 demande grace: "Monsieur Purgon" (III, v). Dans Les Fourberies de Scapin l e v i e i l l a r d Geronte a de l a peine, a. accepter l e f a i t q u ' i l doit payer de l'argent pour "racheter" son f i l s du Ture. Les l i m i t e s de son esprit borne se traduisent dans cette phrase celebre qui revient comme un r e f r a i n : "Mais que diable a l l a i t - i l 23 f a i r e a. cette galere?" (II, v i i ) . Done, ce l a z z i de l a r e p e t i t i o n des paroles par un seul personnage devient chez Moliere ce que 24 Moore appelle "the language of absorption," c 1 e s t - a - r d i r e , qui indique a quelle idee s'arrete 1'esprit d'un personnage. Cependant i l existe une autre v a r i a t i o n de cette sorte de l a z z i , ce que Scherer appelle justement l a "repetition molieresque" 55 puisqu'elle parait caracteristique du dramaturge. Ce lazzi, consiste en l a repetition des idees dans une diversite des mots. II en resulte plusieurs avantages: " . . . l a diversite des mots ne cacherait pas l'identite des attitudes de 1'esprit, mais 1'exprimerait au contraire avec une legerete qui attenuerait ce que le parallelisme des repetitions systematiques. peut avoir d'un 25 peu lassant s i l'on en abuse." R^duite a sa plus simple expression l a repetition molieresque ressemble a une l i s t e d.'idees paralleles. On songe au "lazzo della Lista" ou l.'hote. de l'auberge donne une longue l i s t e des dettes contractees parmi 26 les invites. Ainsi dans Le Mariage force Pancrace suggere plusieurs langues possibles: "Voulez-vous me parler italien?", "Espagnol?", "Allemand?", "Anglais?", "Latin?", "Grec?" etc. (iv), 2 7 Pareillement Argan donne a Toinette l a l i s t e des nourritures ordonnees par M. Purgon: "II m'ordonne du potage.", "De l a volaile," "Du veau," "Des bouillons" etc. ( I l l , x). Dans ces deux scenes i l y a de l a repetition normale qui f a i t echo a l a repetition molieresque. Sganarelle repond a toutes les suggestions de Pancrace en disant "Non" tandis que Toinette rencherit chaque fois en disant "Ignorant." La repetition molieresque se montre a un niveau plus subtil dans L'Impromptu de Versailles. A l a premiere scene Moliere appelle les acteurs de sa troupe. l i s l u i re"pondent tous de l a meme maniere mais en employant des expressions differentes: "Quoi?", "Qu'est-ce?", " P l a i t - i l ? " , "He bien?", "Qu'y a- t - i l ? ' \ "Que veut-on?", "Qu'est-ce que c'est?", "On y va." 2 9 Ensuite trois actrices posent l a meme question a Moliere mais chacune l'exprime d'une maniere differente. D'autres 56 membres de l a troupe se plaignent du f a i t qu'ils ne sont pas prets a jouer leur rSle. Enfin i l y a une conversation pleine de repetition molieresque entre Moliere et La Grange: "Ha, ha, ha, cela est drole." "Ha, ha, ha, cela est bouffon" ( i i i ) . II faut remarquer aussi le commencement de Melicerte ou les deux amoureux, Acante et Tyrene, s'adressent aux bergeres, Daphne et Eroxene. Les deux hommes, aussi bien que les deux femmes, expriment les memes idees. C'est de l a repetition molieresque transposee dans le domaine de l a poesie: "Ah! charmante Daphne!" "Trop aimable Eroxene." "Acante, laisse-moi." SI "Ne me suis point, Tyrene" ( I , i ) . Le. lazzi..continue .meme dans l a deuxieme scene ou...les bergeres expliquent leurs propres sentiments: "C'est le jeune Myrtil qui fa i t naitr'e mes feux." "C'est au jeune Myrtil que tendent tous 32 mes voeux." On s'apergoit facilement de toute l a gamme chez Moliere de ce la z z i de l a repetition. Nous avons deja parle du laz z i du begayement dans notre etude de l a repetition des mots. Cependant., on peut aussi considerer le begayement comme quelque chose qui ralentit le mouvement d'une phrase. Moliere se sert des l a z z i qui font ressortir le contraste entre l a lenteur et l a rapidite, l a diffi c u l t e et l a f a c i l i t e avec laquelle on parle. Ce qu'il veut souligner, c'est l a difference entre un homme qui boite et un homme qui court pendant que tout le monde marche. C'est l'idee a l a base de plusieurs l a z z i . 5 7 Dans L'Amour medecin S g a n a r e l l e se trouve avec l e s deux medecins, M. Macroton qui p a r l e "en al l o n g e a n t ses mots" et M. Bahys q u i p a r l e "toujours en b r e d o u i l l a n t " ( I I , v ) . S g a n a r e l l e 34 f a i t remarquer que "L'un va en t o r t u e , et l ' a u t r e c o u r t l a poste" et i l met f i n a. l a c o n v e r s a t i o n en i m i t a n t l e s deux manieres de . p a r l e r . Dans Monsieur de Pourceaugnac M o l i e r e emploie exactement l e m£me l a z z i dans un quasi-intermede musical. Deux avocats •55 musiciens "dont l ' u n p a r l e f o r t lentement, et l ' a u t r e f o r t v i t e " chantent a Monsieur de Pourceaugnac ( I I , x i ) . On peut f a c i l e m e n t transposer l ' i d e e d'un homme qui p a r l e lentement en l ' i d e e d'un homme qui r e f u s e de p a r l e r ou qui a de l a d i f f i c u l t y a. p a r l e r . Par exemple, que l q u e f o i s un personnage .pose des questions a un autre et ne r e c o i t que des reponses monosyllabes. C'est que ce d e r n i e r r e f u s e d ' e n t r e r dans l a co n v e r s a t i o n de l a maniere voulue par c e l u i qui pose l e s questions. Ce l a z z i de ne repondre que par monosyllabes est t r e s commun dans l a commedia d e l l ' a r t e . Dominique B i a n c o l e l l i d e c r i t un episode de sa v e r s i o n du canevas i t a l i e n Le F e s t i n de P i e r r e : "Quand j e s u i s a t a b l e et que je mange, j e ne reponds a. Dom Juan que par monosyllabes: De q u e l l e t a i l l e e s t - e l l e ? — Courte — Ou demeure-t-elle?- — Pres — Comment 1'appelle-t-on? — Anne — Tu dis. qu' e l l e m'aime? — Oui — Ou l ' a i - j e vu l a premiere f o i s ? — Au b a l — Quel age a - t - e l l e ? — Je monte cfeux f o i s mes mains pour marquer q u ' e l l e a v i n g t ans."3° Le meme jeu se trouve dans Le Malade im a g i n a i r e ou T o i n e t t e se moque un peu d'Angelique q u i p a r l e de son amour pour Cleante. Ahgelique pose des questions auxquelles T o i n e t t e repond par des monosyllabes ( I , i v ) . Le l a z z i du laconisme v o u l u se trouve a u s s i au debut des Fo u r b e r i e s de Scapin ou Octave raconte son 58 histoire en tous ses details pendant que les deux valets l'ecoutent. Silvestre f i n i t par dire, "Si vous n'abregez- ce recit, nous en voila pour jusqu'a demain. Laissez-le-moi f i n i r en deux mots." Mais ce sont surtout les observations laconiques de Scapin qui font contraste avec les paroles d'Octave: "Je sais cela." "Je sais cela encore." "Qu'est-ce que cela nous mene?" "Ah, ah!" "Je vois tout cela." "J'entends" (I, i i ) . 5 7 II y a aussi un laz z i quand quelqu'un refuse d'abord de parler, puis raconte tout malgre l u i . Au debut de Melicerte le bavard Lycarsis, disant qu'il ne dira rien, raconte tout. Ensuite i l d i t : Mais puisque sur le fi e r vous vous tenez s i bien, Je garde ma nouvelle, et ne veux dire rien. (I, i i i ) Mais c'est surtout dans George Dandin que Moliere exploite ce laz z i . Dandin voit Lubin, le domestique de Clitandre, sortir de sa maison. Lubin ne reconnait point Dandin et le conjure au silence puisque "Le mari, a ce qu'ils disent, est un jaloux qui ne veut pas qu'on fasse 1'amour a, sa femme, et i l feroit le diable a quatre s i cela venoit a. ses oreilles..." (I, i i ) . Quand Lubin rencontre Dandin pour l a deuxieme fois i l croit que cet homme inconnu a parle et i l refuse de l u i raconter les aventures de Clitandre. Mais, comme toujours, Lubin a cause de sa sottise f i n i t par tout dire, "Vous voudriez que je vous dise que Monsieur le Vicomte vient de donner de 1'argent a Claudine, et qu'elle l'a mene chez sa maitresse. Mais je ne suis pas s i bete" (II, v ) . 4 0 Quelques hommes ont une grande dif f i c u l t y a parler et n'y . 59 r e u s s i s s e n t que quand on l e s s o u f f l e . l i s f i n i s s e n t par repeter tout ce qu'on l e u r d i t , une s i t u a t i o n qui peut facilement mener aux l a z z i . P l a c i d o A d r i a n i p a r l e des " L a z z i i m p a s t i c c i a t i . " P u l c h i n e l l a demande a C o v i e l l o de se t e n i r d e r r i e r e l u i pendant q u ' i l p a r l e a sa bien-aimee et de l u i chuchoter des paroles amoureuses q u ' i l repetera a. l a dame. Malheureusement, C o v i e l l o p a r l e du non-sens que P u l c h i n e l l a repete a. l a dame a haute v o i x . 4 1 Dans Le Malade imaginaire Monsieur D i a f o i r u s a enseigne des "compliments" a son f i l s qui essaie de l e s repeter. Le pauvre Thomas D i a f o i r u s s'adresse d'abord a Argan dans une i m i t a t i o n d'une pensee de <3iceron pendant que son pere l'accompagne des l e v r e s , pret a, s o u f f l e r . F i n i , l e f i l s cherche 1'approbation, 42 "Cela a - t - i l bien ete, mon pere?" Ensuite Thomas s'adresse a. Angelique. Malheureusement, i l c r o i t q u ' i l p a r l e a B e l i n e et commence l e compliment de l a belle-mere. Interrompu, i l commence de nouveau en f a i s a n t c e t t e f o i s " l e compliment de Mademoiselle" qui montre l e s t y l e de l a generation de son pere. Quand B e l i n e entre a l a scene suivante Thomas D i a f o i r u s "commence un compliment q u ' i l a v o i t etudie, et l a memoire l u i manquant, i l ne peut l e continuer." Les paroles que B e l i n e l u i adresse l e j e t t e en confusion: "Puisque l'on v o i t sur votre visage ... puisque l'on v o i t sur votre visage ... Madame, vous m'avez interrompu dans l e m i l i e u de ma periode, et c e l a m'a trouble l e memoire" ( I I , v i ) . I I faut remarquer que pour souligner l a d i f f i c u l t e que Thomas D i a f o i r u s eprouve a. p a r l e r Moliere nous montre Cleante et Angelique qui chantent ensemble un p e t i t opera impromptu sous 1'impulsion du moment devant l a compagnie. C'est B e l i n e qui 60 coupe l a parole a Thomas Diafoirus et qui le reduit enfin au silence. II y a d'autres lazzi qui ont le meme resultat. les quatre medecins de L'Amour medecin veulent faire leur diagnostic mais i l s parlent "tous quatre ensemble" (II, i v ) . 4 4 Quelques annees plus tard Moliere se sert du meme la z z i . Quand Monsieur Diafoirus se presente chez Argan i l s "parlent tous deux en meme temps, s1interrompent et confondent" (II, v ) . 4 ^ Ni Argan ni Monsieur Diafoirus n'ont l 1intention consciente de couper l a parole a l'autre. C'est le hasard qui les f a i t parler au meme instant. Cependant, quelquefois un seul personnage interrompt un autre a plusieurs reprises. Dans le "Lazzo del tacere" Pulchinella interrompt son maitre qui est en train de parler et le maitre l u i dit de se taire. Cet incident se repete trois fois. Enfin quand le maitre appelle Pulchinella, celui-ci 46 renverse l'ordre et dit au maitre de se taire. Dans Les  Plaideurs on assiste au spectacle de l a Comtesse qui interrompt Chicanneau pendant qu'il essaie de l u i donner des suggestions (I, v i i ) . Le Marquis de La Critique de l'Ecole des Femmes demande a Dorante, "Reponds, reponds, reponds, reponds," puis . . 47 1'interrompt avant qu'il puisse prononcer son opinion (vi). Dans L'Ecole des Maris Sganarelle, cet egoiste qui est tellement ,sur de lui-meme, coupe l a parole tour a. tour a Lisette, Leonor, Ariste et meme Isabelle (I, i i ) . Ces gens dont nous venons de parler souffrent parce qu'ils ont une d i f f i c u l t y , soit interieure, soit exterieure, a parler. Cependant i l existe aussi des gens qui parlent s i longtemps 61 qu'on a beau les .arreter,. le fl o t de paroles est intarissable. Ces gens-ci ressemblent a 1'.homme qui parle tres vite, car i l s ont l a f a c i l i t e de l a parole.. Dans le Mariage force Sganarelle veut prendre conseil.de.Pancrace, ce pedant qui porte le nom meme d'un personnage de l a commedia dell'arte. Pancrace ne cesse de parler et enfin Sganarelle doit l u i dire, "Monsieur le Docteur, ecoutez un peu les gens. On vous parle une heure durant, et vous ne repondez point a ce qu'on vous dit" (iv). Mais c'est surtout dans l a Jalousie du Barbouille qu'on trouve le meilleur exemple de ce la z z i . Le Barbouille vient consulter le Docteur a propos de sa femme. Le Docteur, c'est-a-dire i l Dottore de l a commedia dell'arte, l u i coupe l a parole pour parler de lui-meme et de ses sujets scolastiques preferes. Un peu plus tard quand le Docteur sort pour apprendre l a source d'une querelle i l ne fa i t que parler un galimatias savant qui n'a rien a faire avec l a situation actuelle. Tour a. tour Gorgibus, Villebrequin, Angelique et le Barbouille essaient.de parler mais le Docteur est toujours le plus fort. Tout le monde f i n i t par parler ensemble et ce n'est que 1'action du Barbouille qui apporte une solution au probleme. Moliere precise soigneuse-ment les details du jeu de scene: ... le Barbouille attache le Docteur par le pied, et le f a i t tomber; le Docteur se doit laisser tomber sur le dos; le Barbouille i'entraine par l a corde qu'il l u i a attachee au pied, et, en 1'entraxnant., le Docteur doit toujours parler, et compter par ses doigts toutes ses raisons, comme s ' i l n'etait point a terre alors qu'il ne paroit plus (vi).^9 Dans ce chapitre nous avons etudie plusieurs l a z z i employes par l a commedia dell'arte et par Moliere ou on cree des effets 62 comiques en se servant du son de l a v o i x humaine. Les emotions, t r a i t e e s du point de vue burlesque, deviennent des sanglots bouffons et des fous r i r e s . Oette idee de l a deformation de l a v o i x humaine mene aux l a z z i ou i l est souvent question d ' i m i t a t i o n : l e s tons de l a v o i x , l e p a t o i s , l a declamation chez l e s acteurs, l e s sons musicaux. L'idee de l a r e p e t i t i o n , s i populaire en d'autres domaines de l a comedie, est l a source des l a z z i dans l e domaine de l a langue parlee, s o i t q u ' i l s'agisse de l a r e p e t i t i o n simple des mots, s o i t de l a " r e p e t i t i o n molieresque.". E n f i n l e s deux idees opposees de l a l e n t e u r et de l a r a p i d i t e de l a parole creent a u s s i des l a z z i . L'homme qui pa r l e lentement suggere l'homme qui a quelque d i f f i c u l t e k p a r l e r . Done on abo u t i t aux l a z z i des reponses par monosyllabes, des gens qui disen t tout malgre eux, et des gens qui repetent d'apres un s o u f f l e u r . Cela suggere a u s s i l e s gens q u i interromptent l e s autres. Par contraste, pour r e v e n i r a l ' i d e e de l a parole rapide et f a c i l e , on a l'homme qui pa r l e sans cesse. Ce q u ' i l faut remarquer c'est que chaque f o i s ce n'est pas ce que l'homme d i t qui incarne l e l a z z i , mais l a facon dont i l s'exprime. NOTES 1 Attinger, L'Esprit de l a commedia dell'arte, p. 18. 2 Seala, Scenarios, pp. 229-230. ^ Moliere, Oeuvres completes. I, 214. 4 Ibid., p. 494. ^ note de Jouanny dans Oeuvres completes de Moliere, II, 919. 6 Moliere, II, 633. 7 Ibid., p. 642. 8 Freres Parfaict, Histoire de l'Ancien Theatre Italien  depuis son origine en Prance jusqu'a sa suppression en l'armee 1697 (Paris: Lambert, 1753), p. 81. 9 Moliere, II, 789. 10 Oreglia, The Commedia dell'Arte, p. 67. 1 1 Moliere, II, 766. 1 2 Jean Racine, Les Plaideurs dans Theatre complet. ed. Maurice Rat (Paris: Editions Gamier Freres, I960),, pp. 220-223. 1 5 Moliere, II, 350. 1 4 Ibid., p. 358. 1 5 Ibid.. p. 360. 1 6 Ibid., p. 368. 17 note de Jouanny, II, 903. 1 8 Moliere, II, 336. 1 9 Jacques Scherer, La Dramaturgie classique en France (Paris: Nizet, 1959), p. 342. 2 0 Scala, p. 26. 2 1 Moliere, I, 501-02. 2 2 Ibid., II, 831. 2 5 Ibid., p. 629. 2 4 W.G. Moore, Moliere: A New Criticism (Oxford Clarendon Press, 1949), p. 62. 2 5 Scherer, p. 349. 26 Adriani, Zibaldone di concetti comici, p. 268 2 7 Moliere, I, 558-59. 2 8 Ibid., II, 837. 2 9 Ibid., I, 517. 5 0 Ibid., p. 529. 5 1 Ibid., II, 55. 5 2 Ibid., p. 57. 3 5 Ibid., I, 797. 34 Loc. c i t . 5 5 Ibid.. II, 364. 36 J Attinger, p. 50. 3 7 Moliere, II, 594-96. 3 8 Ibid., p. 60. 5 9 Ibid., p. 191. 4 0 Ibid., p. 213. 4 1 Adriani, p. 264. 4 2 Moliere, II, 800. 4 5 Ibid., p. 808. 4 4 Ibid., I, 795. 4 5 Ibid.. II, 799. 4 6 Adriani, p. 265. 4 7 Moliere, I, 509. 4 8 Ibid., p. 557. 4 9 Ibid., p. 15. CHAPITRE V LES LAZZI DE "NE PAS VOIR" Les scenarios de l a commedia dell'arte indiquent tres souvent des scenes ou un personnage ne se rend pas compte de l a presence d'un autre. Le spectateur jouit toujours de sa superiorite car i l voit tout ce qui se passe sur l a scene. Moliere aussi se sert de l'idee a. l a base de ce la z z i et en cree plusieurs variations. Dans ce chapitre je propose d'etudier tous ces la z z i employes par Moliere en remarquant surtout quels personnages y participent et pour quelles raisons. A l a base de tous ces la z z i est une situation fondamentale. Deux personnages se trouvent sur l a scene en meme temps mais chacun n'a pas conscience de l a presence de 1'autre. Au debut du Medecin malgre l u i on voit sur l a scene Martine qui essaie de penser a un moyen de se venger de son mari et Valere et Lucas qui parlent du medecin renomme qu'ils cherchent. Moliere nous indique que Martine parle "en revant, de sorte que ne prenant pas garde a ces deux hommes, elle les heurte en se retournant. . . .""^  Le comique d'une telle situation ou. personne ne voit c l a i r est exploite surtout dans ces scenes de l a nuit qui sont s i chores a, l a commedia dell'arte. Par exemple, 1'action de tous les trois actes de La Creduta Morta de Scala a l i e u l a nuit. Dans l'obscurite c'est 1'apparition de Flaminia que tout le monde croit morte et ces multiples changements de costume qui menent aux l a z z i des quiproquos. Sans cette "longue nuit italienne, 67 . pleine de mouvement, de cavalcades, d'esprits,. de travestis et p de lanternes" on perdrait le grand effet des l a z z i . Les Italiens jouaient ces scenes de nuit en pleine iumiere. C.'etait aux acteurs et aux lanternes qui etaient un accessoire neces.saire de creer 1'illusion de l a confusion de l'obscurite pour le spectateur qui devait tout voir pour se tenir compte du comique de telle ou telle situation. Du debut de sa carriere d'ecrivain jusqu'a sa f i n Moliere employa les la z z i des scenes de nuit. Tout le troisieme acte de L'Ecole des Maris se passe dans une . obscurite qui permet a Isabelle de se deguiser en Leonor et se marier en presence de Sganarelle. Au debut du S i c i l i e n Hali dit que "le c i e l s'est habille ce spir en Scaramouche."4 Un peu plus tard on voit Dom Pedre, cache dans les tenebres, epier Hali et son maitre qui se croient seuls. Dans le Prologue d'Amphitryon 5 Mercure demande a. l a Nuit de faire "la plus longue des nuits"_. et on assiste au spectacle des quiproquosa et des l a z z i de Sosie. Meme une partie de l a derniere piece de Moliere, Le Malade  imaginaire. a des la z z i qui se passent dans l'obscurite. Au premier intermede "Tout le Guet vient, qui cherche Polichinelle dans l a nuit."^ Cependant c'est surtout au troisieme acte de George Dandin que Moliere developpe ces la z z i de l a nuit, ces quiproquos et ces corps qui se heurtent. II est interessant de noter que 1'action de cet acte est basee sur celle de l a premiere piece qu'on attribue a. Moliere, La Jalousie du Barbouille. Dans cette farce le Barbouille refuse de laisser entrer sa femme infidele.. Par consequent elle f a i t semblant de se tuer. Quand le mari 68 s o r t avec une chandelle pour v o i r ce qui se passe l a femme entre dans l a maison et l u i ferme l a porte. Mais avant c e t evenement, r e p r i s dans l a v e r s i o n de George 1 Dandin. M o l i e r e presente une s u i t e de l a z z i bases sur l ' o b s c u r i t e profonde. Tout au debut de l ' a c t e C l i t a n d r e d i t , "La n u i t est avancee, et j ' a i peur 7 q u ' i l ne s o i t t r o p t a r d . Je ne v o l s p o i n t a me conduire." Au rendez-vous c l a n d e s t i n C l i t a n d r e prend Claudine pour Angelique et Lubin prend Angelique pour Claudine. E n f i n tout va bi e n et C l i t a n d r e , Angelique et Claudine vont s ' a s s e o i r au fond du th e a t r e . Dandin a r r i v e sur l a scene et l e pauvre Lu b i n c r o i t que c'est Claudine et l u i b a i s e l a main. Dandin " l a l u i pousse 8 rudement au v i s a g e " et a p p e l l e son v a l e t C o l i n ( I I I , i i i ) . Les deux hommes se cherchent dans l e s tenebres et f i n i s s e n t par se cogner et tomber a. t e r r e . C o l i n p a r t i a l a recherche des S o t e n v i l l e , Dandin ecoute l e s p a r o l e s amoureuses de C l i t a n d r e et d'Angelique qui se c r o i e n t s e u l s . En c o l e r e Dandin entre chez l u i et ferme l a porte a c l e f . E n s u i t e tout a r r i v e comme dans La  J a l o u s i e d u B a r b o u i l l e . Quand l e s S o t e n v i l l e a r r i v e n t c'est. Dandin q u i se trouve en dehors de sa maison. Malgre l a l a n t e r n e apportee par C o l i n qui donne de l a lumiere a l a scene,. George Dandin, l ' i n n o c e n t , mais s u r t o u t l e r i d i c u l e , e st puni comme l e coupable. . -Nous venons de p a r l e r des l a z z i q ui peuvent a r r i v e r s i chaque personnage sur l a scene ne se rend, pas compte des a u t r e s . Cependant, que l q u e f o i s l e s personnages, tout en etant c o n s c i e n t s de l a presence des autres sur l a scene, se conduisent comme s ' i l s e t a i e n t s e u l s . I I y a p l u s i e u r s sources de c e t t e fa?on de se comporter. Au debut d'une scene d'Amphitryon Cleanthis et son mari Sosie font semblant de ne pas se voir. Cleanthis est en colere parce que Mercure - Sosie s'en est alle tout de suite et Sosie a peur que Mercure - Sosie ne l ' a i t f a i t cocu (II, i i i ) . Dans Sganarelle Lelie et Sganarelle se trouvent ensemble. Chacun croit que l'autre a gagne 1'amour de sa bien-aimee. Ainsi, avant de commencer l a conversation i l s se regardent, se tournent le dos et parlent a part de leur sort. On voit i c i que ce la z z i T que nous discutons fa i t partie de l a convention beaucoup plus vaste des apartes. Ce la z z i ou. les gens se conduisent comme s ' i l s etaient seuls a une variation dans l a conversation ou. les personnages se parlent en effet a eux-memes. Dans une piece de l a commedia dell'arte "Scaramouche et Arlequin se prominent l a tete dans les mains, et vont_et viennent sans parler. De temps, a autre i l s Q se rapprochent et disent 'Ma f o i , je le tiens!' " Ils repetent ce jeu plusieurs fois. Ensuite les deux hommes partent sans s'expliquer de .quoi i l s'agit. A l a f i n du Si c i l i e n Dom Pedre se rend compte de l a fourberie d'Isidore et d'Adraste et i l va se plaindre au Senateur. Malheureusement pendant que Dom .Pedre parle de l a vengeance le Senateur ne cesse de parler d 1 "une mascarade l a plus belle du monde.""^ La scene f i n i t avec deux remarques paralleles qui montrent que chaque homme ne s'interesse qu'a lui-meme: "La peste soit du fou, avec sa mascarade!" "Diantre soit le facheux, avec son affaire!" (xix)l-1-Une autre variation du laz z i se montre quand- un. personnage participe tantot a une conversation, ,tant6t a. une autre. 70 C'est-a-dire qu'il ne tient aucun compte de la .presence d'un autre personnage, outre celui a qui i l est en train de parler. Dominique Biancolelli donne un exemple de ce lazz i dans sa description de sa version du canevas it a l i e n II Convitato di pietra. Au deuxieme acte Don Juan se met entre deux femmes. II adresse des mots de seducteur tantot a. une femme, tantSt a 12 1'autre. Moliere reproduit le meme jeu dans sa propre. piece, Pom Juan (II, i v ) . Dans Les Fourberies de Scapin Argante apercoit Silvestre, le valet de son f i l s Octave, se met en. colere et s'attaque a l u i comme responsable de l a conduite de son f i l s . Scapin interrompt le v i e i l l a r d a. plusieurs reprises pour le detourner de ses intentions de punir Silvestre. Argante doit repondre aux remarques polies de Scapin en meme temps qu'il exprime sa colere a Silvestre. Enfin Argante dit a. Scapin: "Laisse-moi un peu quereller en repos" (I, i v ) . Un autre l a z z i de l a commedia dell'arte est l a situation qui existe lorsque quelqu'un croit qu'il est seul mais, en effet, est observe. Isabella croit qu'elle est seule dans un jardin de statues. Cependant une d'elles eternue et toutes les statues descendent. Ce sont des acteurs enfarines.. 1 4 Au! deuxieme acte de La Fortunata Isabella Flavio et Flaminia se croient seuls.. Aux coins des rues Arlecchino, Pedrolino et Burattino ecoutent 15 en secret les amoureux. On se rend compte des "innombrables possibilites qu'offre le decor it a l i e n , compose d'une ou deux rues, de maisons et de fenetres et ou l'on peut voir sans etre vu." Dans Sganarelle ou Le Cocu imaginaire Sganarelle caresse .Celie envanouie pendant que sa femme les regarde par l a fenetre. Plus tard Sganarelle voit Lelie en train de parler a. sa femme a la porte de l a maison. Voila deux sources des quiproquos de l a piece. Dans Les Fourberies de Scapin Argante croit qu'il est seul et i l parle de ce mariage de son f i l s dont i l vient d'entendre parler. II se represente tous les projets de son f i l s et toutes les excuses qu'on l u i fera. Scapin et Silvestre l'epient et Scapin repond aux remarques du v i e i l l a r d . Enfin Argante apergoit Silvestre et s'attaque h l u i . Un homme peut croire qu'il est seul avec sa bien-aimee, mais s i elle parle en secret a son veritable amant c'est une autre variation du la z z i . Au premier acte de La Fortunata Isabella Flaminia a. l a fenetre f a i t semblant de parler .a. Oratio dans l a rue. Cependant elle parle en realite a. celui qu'elle aime veritablement, c'est-a-dire Flavio qui se tient debout derriere Oratio. Quand Pedrolino montre Flavio a Oratio les 17 deux hommes commencent a se battre. Ce la z z i d'un homme qui devient conscient qu'il n'est pas seul avec sa bien-aimee se ,trouve dans George Dandin. Dandin reproche a sa femme son infidelite et son manque de consideration en disant, "J'ai de meilleurs yeux qu'on ne pense, et votre galimatias ne m'a point A 18 tantot ebloui." Malheureusement, i l ne voit pas du tout ce qui arrive en ce moment. Clitandre entre au fond du theatre et l u i et Angelique echangent des gestes. George Dandin s'apercoit de ces gestes de sa femme qui f a i t des reverences repetees, qui leve les epaules, qui hoche l a tete et qui f a i t l a grimace. II ne s'apercoit point de l a presence de Clitandre. C'est seulement quand Clitandre se met derriere Angelique pour l u i parler que 72 Dandin l'apergoit. Tout le la z z i sert a faire ressortir l a vanite et 11aveuglement de Dandin. Clitandre, ce "galant sans moralite qui ment sans scrupule et qui seduit a froid une petite 19 sotte" f a i t une grande reverence ironique et moqueuse a George Dandin (II, i i ) . Quelquefois un personnage se rend compte d'un autre mais non pas de ses veritables intentions. II ne voit pas toute l a portee de l a situation. Dans le Burle d'Isabella Burattino entre avec un panier rempli de nourriture. Deux voleurs l e saluent et se tiennent debout, chacun a cSte de Burattino. Un des voleurs parle a. Burattino des aspects merveilleux d'un pays qu'il vient de vi s i t e r . Pendant que Burattino, tout ebloui, l'epoute, 1'autre voleur mange ce qu'il trouve dans le panier. Puis les deux voleurs changent de role. Enfin i l s disent au revoir a. Burattino qui reste l a a. penser aux choses merveilleuses qu'il vient d'entendre. Tout a coup i l regarde le panier, le trouve vide, et comprend ce qui est arrive. Ensuite i l se met a 20 pleurer. Chez Moliere 1'exemple le plus frappant de ce laz z i se trouve dans Le Malade imaginaire oti. Argan dans son fauteuil de malade ne voit pas clairement sa femme Beline et ce notaire au nom ironique, Monsieur de Bonnefoy. On fai t le testament d'Argan et Beline semble etre accablee de douleur. Cependant, derriere Argan elle f a i t signe au notaire des projets qu'elle approuve. Ses paroles trahissent ses vrais sentiments: "Non, non, je ne veux point de tout cela. Ah! combien dites - vous 21 qu'il y a dans votre alcove?" (I, v i i ) . II faut remarquer que ce n'est qu'a l a f i n du Malade imaginaire qu'Argan se rend compte 73 des i n t e n t i o n s de sa femme. Une d e r n i e r e v a r i a t i o n du l a z z i qu'on t r a i t e dans ce c h a p i t r e est l a s i t u a t i o n ou un personnage f a i t semblant de ne pas v o i r un a u t r e . Dans La Portuna d i F l a v i o F l a m i n i a p a r a i t a l a f e n e t r e pour ecouter en s e c r e t l ' h i s t o i r e d ' O r a t i o . Cependant, 22 i l l a v o i t et raconte seulement des p a r t i e s de son h i s t o i r e . Le l a z z i dans l a pie c e I I Marito est encore plus i n t e r e s s a n t . P e d r o l i n o se cache. C o r n e l i o l e v o l t mais i l continue a, se comporter comme s ' i l e t a i t s e u l . Devant P e d r o l i n o "cache" C o r n e l i o joue l e ja l o u x avec sa femme. C o r n e l i o se montre s i convaincant que quand P e d r o l i n o se trouve s e u l i l commence a 23 p l e u r e r . Dans George Dandin Angelique est en t r a i n de p a r l e r a son amant C l i t a n d r e quand son mari a r r i v e avec l e s S o t e n v i l l e pour l e u r montrer l ' i n f i d e l i t e de l e u r f i l l e . Malgre l e c o n s e i l de Dandin, "Approchons doucement par d e r r i e r e et tachons de 24 * n'etre p o i n t vus" Claudine a v e r t i t sa maitresse. Angelique, b i e n rusee, joue toute une scene devant ses parents et son mari. E l l e joue l e r 6 l e d'une "honnete" femme et termine l a scene en fe i g n a n t de b a t t r e C l i t a n d r e pendant q u ' e l l e bat son mari. E l l e f a i t semblant e n s u i t e de v o i r ses spectateurs pour l a premiere 25 f o i s : "Ah mon pere, vous etes l a ! " I I n'ysa que George Dandin qui ne se montre pas convaincu par ce l a z z i de 1'innocence de sa femme ( I I , v i i i ) . Ce l a z z i qu'on v o i t dans George Dandin suggere un autre du meme type que M o l i e r e emploie p l u s i e u r s f o i s au cours de sa c a r r i e r e . Le f o u r be, souvent un domestique, entre sur l a scene et f a i t semblant d'etre accable de quelque n o u v e l l e douloureuse 74 dont i l ne pr e c i s e pas l e s d e t a i l s . En meme temps i l f e i n t de chercher sa dupe, souvent son maitre, pour l u i raconter l a nouvelle. Naturellement c e l u i q u ' i l cherche est a cote de l u i sur l a scene, mais l e fourbe ne l e " v o i t " pas jusqu'a ce que ses lamentations a i e n t cause 1' e f f e t d e s i r e . Dans Les Fourberies de Scapin Scapin f a i t semblant de chercher Geronte pour l u i raconter l ' h i s t o i r e de l a galere ( I I , v i i ) . Dans Monsieur de Pourceaugnac S b r i g a n i cherche Oronte pour l u i d i r e que Pourceaugnac l u i enleve sa f i l l e ( I I I , v i ) . Dans L'Amour medecin L i s e t t e f e i n t de ne pas v o i r Sganarelle et donne l i b r e cours a sa "douleur" pendant que son maitre essaie de 1'interrompre pour s a v o i r de quoi i l s ' a g i t : "Ah! malheur! Ah! disgrace! Ah! pauvre seigneur Sganarelle! ou p o u r r a i - j e te rencontrer?" E n f i n L i s e t t e " v o i t " son maitre. E l l e ne d i t que deux mots, "Votre f i l l e , " et Sganarelle commence a pleurer d'une t e l l e maniere q u ' i l trouble l a g r a v i t e de l a suivante: "Monsieur, ne pleurez on done point comme c e l a ; car vous me f e r i e z r i r e " ( I , v i ) . Quelle d i f f e r e n c e entre ces deux scenes: Martine qui heurte Valere et Lucas, et L i s e t t e qui f a i t aemblant de ne pas v o i r Sganarelle! Cependant, ce sont des v a r i a t i o n s de l a meme idee a. l a base des l a z z i etudies dans ce ch a p i t r e . I I s ' a g i t toujours d'un rapport qui e x i s t e entre deux personnages sur l a scene, c ' e s t - a - d i r e , l e manque de conscience r e e l ou f e i n t de l a presence d'un autre. Au debut de ce chapi t r e nous avons propose d'etudier l e s personnages de Moliere qui p a r t i c i p e n t a ces l a z z i . Ces personnages semblent se d i v i s e r en deux grands groupes: ceux qui se conduisent sans mobile cache et ceux qui ont un dessein 75 p r e c i s . Dans l e premier groupe on trouve l e s personnages qui so u f f r e n t d'une obscu r i t e e x t e r i e u r e , t e l l e que l a n u i t . On y trouve a u s s i l e s gens qui so u f f r e n t d'une obscurite i n t e r i e u r e , d'un aveuglement moral qui se t r a d u i t dans l e l a z z i . Ces derniers peuvent etre l e s dupes du deuxieme groupe de personnages qui se compose des gens qui font semblant de ne pas v o i r l e s autres. Quant aux r e s u l t a t s des l a z z i , i l y en a p l u s i e u r s : l e s corps qui se heurtent, l e s quiproquos, et l a confusion de 1 ' i l l u s i o n avec l a v e r i t e . NOTES Moliere, Oeuvres completes, II, 12. p Attinger, L'Esprit de l a commedia dell'arte, p. 18. 5 Nicoll, The World of Harlequin, p. 137. 4 Moliere, II, 89. 5 Ibid.. p. 120. 6 Ibid., p. 790. 7 Ibid., p. 218. 8 Ibid., p. 221. 9 p. 230.  Duchartre, La Commedia dell'arte et ses enfants, p. 99. 1 0 Moliere, II, 109. -1 1 Ibid., p. 110. T O " Schwartz, The Commedia dell'Arte and Its Influence, 1 5 Moliere, II, 602. "*"4 Duchartre, p. 43. 15 Scala, Scenarios, p. 25. 1 6 Attinger, p. 24. 1 7 Scala, p. 24. 1 8 Moliere, II, 207. 1 9 Adam, Histoire de l a litterature francaise au XVIIe  siecle, p. 369. 20 Scala, p. 33. M o l i e r e , I I , 784 S c a l a , p. 1 5 . I b i d . , p. 68. M o l i e r e , I I , 215 I b i d . . p. 216. I b i d . . I , 789. I b i d . , p. 790. CHAPITRE VI LES LAZZI DU DEGUISEMENT L'action de l a commedia dell'arte, comme celie de l a farce, n'est souvent qu'une serie de mauvais tours qu'on joue a. un personnage ridicule. Souvent i l s'agit de se presenter autrement que t e l que l'on est en realite. Par consequent, un des themes preferes de l a commedia dell'arte est celui du deguisement ou. un personnage joue le role d'un autre. Dans La Creduta Morta de Scala, par exemple, presque tout le. monde s'haLille des vetements d'autres personnages. Moliere emploie le meme procede assez souvent: dans Les Precieuses ridicules Mascarille et Jodelet font semblant d'appartenir a. l a noblesse, dans Le Sic i l i e n Climene joue l a femme d'Adraste, et dans Le Medecin  malgre l u i Sganarelle se deguise en medecin et Leandre devient apothicaire. Ces deguisements ne sont pas des laz z i en eux-memes. Cependant, l'idee de jouer le role d'un autre personnage est.la source de plusieurs l a z z i . Ces laz z i ont li e u quand on fa i t ressortir sur l a scene les deux aspects du personnage, c'est-a-dire l a realite telle qu'elle existe et, presque simultanement, le deguisement. Moliere montre souvent quelqu'un qui est en train de se preparer a. jouer le role d'un autre. D'habitude on voit en meme temps sur l a scene le "professeur," celui qui enseigne le role a son compagnon. Ces scenes qui soulignent le dedoublement de la personnalite sont, en effet, des la z z i . Dans Les Fourberies  de Scapin ce fourbe essaie de preparer Octave a. rencontrer son 79 pere dont i l a peur. Le v a l e t martele comme un danseur l e s planches de l a scene et f a i t prendre l a pose a. Octave qui devient un objet entre ses mains: " A l l o n s . La mine resolue, l a te t e haute, l e s regards assures."''" Ensuite Scapin i m i t e l e pere qui est en colere parce q u ' i l v i e n t d'entendre p a r l e r du mariage de son f i l s . I I faut remarquer que Moliere qui j o u a i t l e r o l e de Scapin a v a i t l e don de 1 ' i m i t a t i o n , et en bon dramaturge i l n'hesite pas a 1 ' e x p l o i t e r . Octave c r o i t entendre son pere et garde l e s i l e n c e . Quand l e v e r i t a b l e pere a r r i v e quelques i n s t a n t s apres l e jeune homme s' e n f u i t tout de s u i t e car i l est incapable de jouer l e r&le propose par Scapin. ( I , i i i ) . Ce v a l e t enseigne a u s s i un r S l e a S i l v e s t r e , mais avec plus de succes: " T i e n s - t o i un peu. Enfonce ton bonnet en mechant garcon. Campe-toi sur un pied. Mets l a main au cote. P a i s l e s yeux furibonds. Marche un peu en r o i de theatre. Voila. qui est bien. Suis-moi. J ' a i des secrets pour deguiser ton visage et t a v o i x " ( I , v ) . On a s s i s t e done au spectacle de l a transformation par etapes d'un personnage en un autre. Dans Monsieur de Pourceaugnac c'est de nouveau 1'homme d ' i n t r i g u e , S b r i g a n i , q u i a g i t en metteur en scene devant Monsieur de Pourceaugnac deguise en femme: "Ca, voyons,,- un peu comme vous f e r e z " ( I I I , i i ) . Le spectacle d'un homme deguise en femme est cher a. l a commedia d e l l ' a r t e . Un dessin anonyme du regne de Louis XV montre Mezzetin surgissant hors d'un costume f e m i n i n . 4 D'autres pieces de l a commedia d e l l " a r t e montrent A r l e q u i n deguise en no u r r i c e et en courtisane, et Scaramouche en dame de q u a l i t e . ^ Dans La Creduta Morta Pedrolino s ' h a b i l l e des vetements 80 de Flaminia. Quand-.Ie Capitan> s 'approche de l u i Pedrolino A 6 feint de lui. etre sensible et redouble de tendresses. . Cependant, le plus souvent on ne voit pas ces preparatifs et on entre tout de suite dans l a fourberie. Au debut du Malade  imaginaire Argan est en colere parce qu'il vient de sonner plusieurs fois pour faire venir Toinette. Enfin elle arrive, et pour eviter l a colere de son maitre elle f a i t semblant de s'etre cogne l a tete et "pour 1'interrompre et l'empecher de crier, se plaint toujours en disant . . . " ( I , i i ) . Ainsi l a domestique diminue l'autorite du maitre. Une gravure d'Artolozzi d'apres G.D. Perretti montre Arlequin qui feint d'etre estropie Q pour apitoyer les passants. Ce qu'il faut remarquer c'est qu'il s'agit dans les deux cas d'un lazzi du deguisement car Toinette et Arlequin imposent des apparences qui ne correspondent pas a. l a realite. Ce l a z z i de feindre d'etre blesse suggere un des l a z z i preferes de l a commedia dell'arte, celui du faux mutisme. Dans l a piece de Scala, Flavio tradito, on en trouve un exemple celebre. Flavio voit Pedrolino et l'appelle traitre. Pedrolino ne parle pas mais l u i donne une lettre destinee a Gratiano et sans parler l u i f a i t signe de partir. Flavio s'en va et Pedrolino reste. Ensuite Arlecchino sort de l'auberge et demande a ce meme Pedrolino ou se trouve l a maison de Gratiano. Quand i l ne repond pas Arlecchino appelle 1*hotelier. Burattino sort et demande au faux muet s ' i l a donne l a lettre a Gratiano. Pedrolino ne repond pas et i l s se moquent de l u i . Ensuite on . appelle le Capitan qui demande a Pedrolino ce qu'il a f a i t de l a 81 l e t t r e . Cet homme ne repond pas et l e Capitan l e secoue. Comme s ' i l s ' e v e i l l a i t , Pedrolino pousse un c r i s i puissant q u ' i l e f f r a y e tout l e monde. l e s autres personnages entrent en o courant dans l'auberge et Pedrolino, possede, s'en ?a. Dans. L i dueifidi N o t a r i c'est l a jeune f i l l e I s a b e l l a qui contrefai.t l a muette. Le Capitan se deguise en medecin et Pedrolino l u i enseigne des gestes q u ' i l emploie pour " g u e r i r " sa bien-aimee. 1^ Moliere se se r t p l u s i e u r s f o i s des aspects d i f f e r e n t s de ce l a z z i . Dans L'Amour medecin Sganarelle i n t e r r o g e sa f i l l e pour apprendre l a cause de sa melaneolie. Lucinde ne l u i repond que par des gestes et des q u ' e l l e f a i t comprendre q u ' e l l e veut un mari son pere ne s'occupe plus d ' e l l e . Le meme jeu se repete dans l a scene suivante ou. l a domestique mene 1 ' i n t e r r o g a t o i r e de l a f i l l e "muette." On abo u t i t a l a meme conclusion: i l l u i f a u t un mari. De nouveau Sganarelle interrompt l a conversation: "Va, f i l l e i n g r a t e , je ne te veux plus p a r l e r , et j e te l a i s s e dans ton obsti n a t i o n " ( I , i i i ) . 1 1 Lucinde ouvre l a bouche et essaie sans succes de l u i p a r l e r . Moliere emploie l e . meme l a z z i dans Le Medecin malgre l u i mais i l souligne l e f a i t q u ' i l s ' a g i t seulement d'une maladie f e i n t e pour e v i t e r un mariage non voulu. Sganarelle, bon paysan franc deguise en medecin, d o i t apprendre l a cause de l a maladie de Lucinde. En essayant d'expliquer sa "maladie" Lucinde "repond par signes, en portant sa main a sa bouche, a sa te t e et sous son menton." Sganarelle q u i ne comprend pas de quoi i l s ' a g i t l a c o n t r e f a i t : "Han, h i , horn, han, ha: je ne vous entends po i n t . Quel d i a b l e de langage 12 est-ce l a ? " ( I I , i v ) . Done Moliere f a i t r e s s o r t i r l e r i d i c u l e 82 chez les medecins. Au troisieme acte le pere entend sa f i l l e parler a. son amoureux qui est deguise en apothicaire. le pere croit que sa f i l l e est guerie mais Lucinde s'oppose a. cette idee, "parlant d'un ton de voix a. etourdir" tout comme Pedrolino. II n'y a qu'un seul remede que Sganarelle n'hesite pas a proposer aux amoureux: "... une prise de fuite purgative, que vous melerez comme i l faut avec deux drachmes de matrimonium en pilules" (III, v i ) . i 5 Dans ces deux pieces que nous venons de discuter c'est l a jeune f i l l e qui f a i t semblant d'etre muette a. cause de 1'absence de communication entre elle et son pere. Cependant, dans Le  Malade imaginaire c'est l a suivante, Toinette, qui a recours a ce stratageme, mais c'est seulement pour braver un instant son maitre qui l u i dit, "Parle bas, pendarde: tu viens m'ebranler tout le cerveau, et tu ne songes pas qu'il ne faut point parler s i haut a. des malades." Pour se venger Toinette fa i t semblant de parler sans prononcer une seule syllabe. Argan croit qu'il est devenu subitement sourd et doit demander son aide. Toinette met f i n au la z z i en hurlant "Je dis que voila un homme qui veut parler a vous" (II, i i ) . " * " 4 Done de nouveau on se moque du soi-disant maitre. Si on contrefait l a maladie on peut facilement contrefaire l a mort aussi. L'argument de La Creduta Morta explique que Flaminia vient de boire un somnifere qui l a fa i t passer pour morte. Cette action est l'idee a base de l a piece mais ce n'est pas un lazzi car on ne fa i t pas ressortir sur l a scene devant les yeux du spectateur le grand contraste qui existe entre-83 1 ' i m m o b i l i t y de l a m o r t e t l a c h a i r v i v a n t e . A u c o n t r a i r e , u n l a g , z i e s t p l u t o t u n j e u de s c e n e comme c e l u i m o n t r e dans u n d e s s i n anonyme du r e g n e de L o u i s XV. Un r o i e x o t i q u e s e l a m e n t e s u r l e c a d a v r e d'une femme e t e n d u e s u r u n t r a i n e a u , m a i s l a 15 m o r t e a l ' a i r de r e s s u s c i t e r . On p e u t meme c r e e r d es l a z z i en f a i s a n t s e m b l a n t d ' e t r e en t r a i n de m o u r i r , c a r c ' e s t l ' e t a p e i n t e r m e d i a i r e e n t r e l a v i e e t l a m o r t . A r l e c c h i n o j o u e une s c e n e de d e s e s p o i r ou i l e s s a i e p l u s i e u r s f o i s de m o u r i r . I I f a i t l a p o s t u r e d u pendu. I I t i r e s o n c o u t e a u e t f e i n t de s e f r a p p e r . E n s u i t e i l s e bou c h e l e n e z e t l a bou c h e a v e c l e s d e u x m a i n s . A p r e s e t r e demeure q u e l q u e temps d a n s c e t t e p o s t u r e i l d i t q u ' i l v a m o u r i r de r i r e . I I s e c h a t o u i l l e , r i t e t tombe p a r t e r r e . E n f i n P a s q u a r i e l l o l e 16 t r o u v e e t i l s s o r t e n t e n s e m b l e . A l a f i n d e s F o u r b e r i e s de S c a p i n on a s s i s t s a u s p e c t a c l e de l a " m o r t " de S c a p i n . L e s p e c t a t e u r s ' a t t e n d a q u e l q u e f o u r b e r i e m a i s a v r a i d i r e S c a p i n p r e p a r e b i e n l a s c e n e . L e f o u r b e C a r l e a n n o n c e l ' a r r i v e e de S c a p i n , i l e n t r e " a p p o r t e p a r deu x hommes e t l a t e t e e n t o u r e e de 1 i n g e s , comme s ' i l a v a i t e t e b i e n b l e s s e , " e t i l p o u s s e d e s o r i s r e p e t e s de d o u l e u r . E n f i n A r g a n t e e t G e r o n t e l u i p a r d o n n e n t s a n s r e s e r v e . S c a p i n s a u t e s u r s e s p i e d s , e n l e v e s o n b a n d a g e , e t l e s p o r t e u r s l'emmenent en t r i o m p h e . C ' e s t l ' a p o t h e o s e d u meneur de j e u : " E t m o i , qu'on me p o r t e a u b o u t de l a t a b l e , en 17 a t t e n d a n t que j e meure" ( I I I , x i i ) . Dans L e M a l a d e i m a g i n a i r e i l e s t s o u v e n t q u e s t i o n de l a m o r t , d o n t A r g a n a t e l l e m e n t p e u r . En e f f e t , t r o i s f o i s dans l a p i e c e q u e l q u ' u n c o n t r e f a i t l a m o r t . D ' a b o r d c ' e s t l a p e t i t e L o u i s o n q u i e s s a i e a i n s i d ' e c h a p p e r a u f o u e t . Quand A r g a n s e 84 met a pleurer on se demande s ' i l croit vraiment que sa f i l l e est morte. Si ses emotions sont sinceres c'est une autre indication de sa maladie de 1'esprit. La plupart des critiques l i t t e r a i r e s preferent cette interpretation. Cependant, i l est plus probable (moins accepte pourtant1) qu*Argan ne f a i t qu'entrer dans le jeu de 1'enfant qui "revient a. l a vie" d'une facon soudaine selon l a tradition du l a z z i . A l a f i n de l a piece Moliere emploie de nouveau ce la z z i pour denouer l a comedie-. Argan decide de faire le mort pour eprouver 1'amour de sa femme. Pendant que Beralde se cache Toinette et Argan jouent une scene devant Beline malgre les hesitations du mari: "N'y a - t - i l point 18 quelque danger a. contrefaire le mort?" ( I l l , xi).. Enfin Beline laisse paraitre ses veritables sentiments. On assiste au spectacle du "mort" qui ressuscite et qui surprend et epouvante sa femme. A l a scene suivante Moliere repete le meme la z z i mais Angelique et Cleante font preuve d'une douleur veritable. Pour l a premiere fois Argan, cet hypocondre, est conscient qu'il joue un role. II sait qu'il n'est pas mort. Pour l a premiere fois i l decouvre les vrais sentiments de sa femme et de sa f i l l e . La realite commence a penetrer dans son esprit mais Argan ne se rend pas compte de sa sante. La piece termine avec l a ceremonie burlesque de l a reception d'un medecin dans l a Paculte. Argan reste un malade "imaginaire." Jusqu'ici nous avons etudie les lazzi qui arrivent s i un personnage se presente t e l qu'il paraitrait dans des circonstances differentes. Une variation de ce theme produit beaucoup d'autres 8 5 l a z z i . II s'agit du personnage qui joue le role d'un autre en meme temps qu'il joue lui-meme. Ainsi i l cree un effet de dedoublement qui est contraire a, l a realite. Une piece de l a commedia dell'arte montre Arlequin qui parait habille d'un cSte de l a scene en homme et de 1'autre en femme. On le voit aller rapidement de l a boutique d'un limonadier a. celie d'une lingere "pivotant sur lui-meme s i rapidement que Pascariel croit avoir affaire tantot a. l a lingere tantot au 19 limondier." Tout au debut de sa carriere Moliere emploie une bonne partie de sa piece Le Medecin volant pour montrer Sganarelle en train de jouer a l a fois le role du valet et celui du medecin. Quand le valet rencontre Gorgibus a qui i l vient de se presenter en medecin, i l n'y a qu'une solution a. proposer pour eviter les coups de baton: "Je suis son frere, monsieur; nous, sommes gemeaux; et comme nous nous ressemblons fort, on nous prend 20 \ quelquefois l'un pour•1'autre" (xi). On assiste ainsi a. une suite d'episodes ou Sganarelle se presente tantot en valet, tantot en medecin. Sganarelle arrive au comble de l a virtuosite en creant 1'illusion de s'embrasser lui-meme. "II embrasse son 21 chapeau et sa fraise qu'il a mis au bout de son coude" (xv). Ce n'est que l a decouverte de sa robe de medecin qui met f i n a l a fourberie de Sganarelle. II raconte son histoire, les amoureux rentrent, et Gorgibus en bon pere de comedie declare invraiseniTT blablement: "Je vous pardonne, et suis heureusement trompe\. par. Sganarelle, ayant un s i brave gendre. . Allons tous faire noc.es.,.,.. 22 et boire a l a sante de toute l a compagnie" (xvi). Dans sa derniere piece Moliere emploie le meme la z z i mais 86 i l prend beaucoup de soin pour le rendre aussi vraisemblable que possible. Dans Le Medecin volant Moliere se sert du laz z i seulement pour amuser le spectateur. Dans Le Malade imaginaire le meme lazz i sert a peindre des aspects du caractere dfArgan. Sri employant.le raisonnement Beralde essaie de. convaincre son frere de 1.'impuissance de-la medecine. . Il.n'y reussit pas et i l f i n i t par dire, "II faut vous avouer que vous etes.un homme d'une grande prevention, et que vous voyez les chos.es avec d'etranges yeux" (III, v i ) . Ainsi Moliere prepare son spectateur a. accepter l a naivete invraisemblable d'Argan qui ne reconnait pas Toinette deguisee.en medecin. Toinette veut aussi convaincre Argan de l ' i n u t i l i t e des medecins pour qu'il favorise le mariage d'Angelique et de Cleante. Elle n'a pas les memes raisons egolstes pour sa conduite que Sganarelle. Cependant elle aussi doit expliquer 1'existence de son double: "Je ne le connaisjpas; mais i l me ressemble comme deux gouttes d'eau, et s i je n'etais sure que ma mere etait honnete femme, je dirais que ce serait quelque petit frere qu'elle m'aurait donne depuis-le trepas de mon pere" (III, v i i i ) . 2 4 Toinette entre en medecin, t sort, et "quitte son habit de medecin s i pr.omptement qu'il est d i f f i c i l e de croire que ce soit elle qui a paru.en medecin" 25 (III, ix). Ensuite elle revient en medecin et joue l a grande scene avec Argan ou. elle f i n i t par *1'epouvanter. . le medecin part, Toinette revient, et c'est l a f i n d'un autre de ces episodes de fourberie qui compbsent l a structure de l a piece. Ce qu'il faut remarquer c'est que ces entrees et ces sorties semblent parfaitement vraisemblables a Argan qui souffre d'une maladie 87 d'esprit et qui n'est jamais conscient.de l a fourberie de Toinette. Dans le l a z z i que nous venons de discuter un seul personnage presente presque simultanement 1'existence physique de deux personhes. C'est une chose d i f f i c i l e a realiser pour des raisons bien pratiques. Dans Le Medecin volant Sganarelle le medecin a une conversation avec Sganarelle le valet (xv). C'est-a-dire qu'il cree 1'existence de deux personnes differentes non dans le domaine visuel, mais dans le domaine auditif. Moliere emploie ce dernier la z z i souvent pour profiter de son propre don d'imiter divers personnages. D'habitude celui qui parle est parfaitement conscient de tout ce qu'il f a i t . Au debut d'Amphitryon Sosie, qui rentre chez Alcmene dit: Pour jouer mon role sans peine, Je le veux un peu repasser. Voici l a chambre ou j'entre en courrier que l'on mene, Et cette lanterne est Alcmene, . A qui je me dois adresser (I, i ) . 2 ^ Ensuite Sosie cree devant nous toute une scene qui aura l i e u a l'avenir. II imite l a voix d'Alcmene et ses propres remarques a. elle, et i l f a i t aussi le commentaire de son propre role. A l a premiere scene du Malade imaginaire Moliere donne des indica-tions sceniques detaillees au sujet du personnage principal. "Argan, seul dans sa chambre assis, une table devant l u i , compte des parties d'apothicaire avec des jet ons.; i l f a i t , parlant a 27 lui-meme, les dialogues suivants." Quoiqu'il n'y ait qu'un personnage sur l a scene on participe a. .une exposition bien vivante car Argan joue une "conversation" imaginaire entre l u i et son apothicaire. Argan n'a devant l u i aucun objet tell que l a 88 lanterne de Sosie pour representer son interlocuteur. II imite bien M. Pleurant mais i l se donne le beau role en eoupant les sommes demandees par 1'apothicaire; "Ah! Monsieur Pleurant, tout doux, s ' i l vous plait; s i vous en usez comme cela, on ne 28 voudra plus etre malade: contentez-vous de quatre francs." Done Moliere donne des l a premiere scene une indication de l a maladie mentale d'Argan qui est tellement preoccupe de sa propre sante. Les personnages invoques par Sosie et par Argan existent pour eux seuls. Ge n'est pas le cas dans l a scene celebre des Pourberies de Scapin ou Scapin se venge de Geronte. C'est a propos de cette scene que Boileau ecrit dans 1'Art poetique Dans ce sac ridicule ou Scapin s'enveloppe, 29 Je ne reconnais plus l'auteur du Misanthrope. C'est une reaction de pedant qui refuse d'accepter le grand role que jouent les la z z i dans le theatre molieresque. En tout cas Antoine Adam decrit bien le debut du l a z z i : "Done, lorsque Moliere vetu en Scapin paraissait sur l a scene, i l portait sur l'epaule le fameux sac, i l en etait enveloppe. II est probable meme que les spectateurs croyaient qu'il s'agissait du manteau traditionnel. Puis Moliere l e deployait, a l'etonnement et a l a 30 grande joie du public, et proposait a. Geronte d'y entrer." Geronte, qui a grand peur de ces gens qui selon Scapin le cherchent de toutes parts pour le tuer, n'hesite pas a. se caCher dans le sac. Le vieillard ne peut rien voir et le fourbe cree tout de suite 1'existence d'un autre personnage. Scapin joue une scene imaginaire entre l u i et un spadassin gascon. On se 89 rappelle que Moliere aime bien employer le la z z i du patois. Scapin s'exprime done selon trois tons differents: d'abord le spadassin gascon, ensuite Scapin qui repond aux accusations du Gascon, et enfin Scapin qui s'adresse a Geronte "en secret." Le Gascon dit qu'il va battre Scapin et le valet donne plusieurs coups de baton sur le sac. Quand Geronte met l a tete hors du sac i l voit Scapin "se plaignant et remuant le dos, comme s ' i l avait recu les coups de baton" ( I I I , i i ) . On se souvient de Toinette qui f a i t semblant de s'etre cogne l a tete. Geronte se cache de nouveau et Scapin joue presque l a meme scene en prenant cette fois l ' 1 accent d'un spadassin Suisse. Le four-be f i n i t par donner encore des coups de baton sur le sac. Geronte met l a t£te hors du sac mais i l se cache bientot quand Scapin dui dit, "Prenez garde, voici une demi-douzaine de soldats tout ensemble." En realite i l n'y a que Scapin et le v i e i l l a r d sur l a scene. Mais Scapin contrefait "plusieurs personnes ensemble," ses reponses aux soldats imaginaires, et ses propres remarques a. Geronte. C'est le comble de l a tromperie creee par ce la z z i . Malheureusement le tour dure trop longtemps pour Scapin. "Geront met doucement l a tete hors du sac et apercoit l a fourberie de Scapin." 3 3 Geronte sort du sac et Scapin s'enfuit. Done on met fi n a. cette scene par un autre l a z z i , celui de l a poursuite. L'idee de se presenter autre qu'on est devient l a source de plusieurs la z z i dans l a commedia dell'arte et dans le theatre molieresque. Moliere montre quelquefois les preparatifs d'un personnage a jouer son role, mais plus souvent on entre tout de suite dans l a fourberie. Des r61es preferes sont ceux de 1'homme 90 malade, du mourant, et du mort. Quelquefois on. va plus l o i n et on a b o u t i t aux l a z z i du dedoublement de l a p e r s o n n a l i t e . En jouant p l u s i e u r s r o l e s presque ensemble l e fourbe eree, s o i t dans l e domaine v i s u e l , s o i t dans l e domaine a u d i t i f , 1 ' i l l u s i o n de l 1 e x i s t e n c e d'autres personnages imaginaires. Tous ces l a z z i ont done pour r e s u l t a t une deformation comique de l a r e a l i t e . NOTES 1 Moliere, Oeuvres completes, I I , 599. 2 I b i d . . p. 607. 5 I b i d . , p. 366. 4 Duchartre, l a Commedia d e l l ' a r t e et ses enfants, p. 45. 5 I b i d . , p. 42. Sca l a , Scenarios. p. 58. 7 M o l i e r e , I I , 767. Q Duchartre, p. 157. 9 S c a l a , p. 42. 1 0 I b i d . , pp. 146-147. 1 1 M o l i e r e , I , 786. 1 2 I b i d . , I I , 29. 1 5 I b i d . , p. 44. 1 4 I b i d . , p. 795. Duchartre, p. 185. -1 c O r e g l i a , The Commedia d e l l ' A r t e , pp. 67-70. 1 7 M o l i e r e , I I , 648-650. 1 8 I b i d . , p. 840. 19 Duchartre, pp. 41-42. 2 0 M o l i e r e , I , 51. 2 1 I b i d . , p. 35. 2 2 I b i d . , p. 56. 92 2 3 Moliere, II, 832. 2 4 Ibid., p. 833. 2 5 Ibid., p. 834. 2 6 Ibid., p. 122. 2 7 Ibid., p. 765. 2 8 Ibid., p. 766. 29 Nicolas Boileau - Depreaux,. L'Art poetique dans Oeuvres completes (Paris: Gallimard, 196677 p. 178. 30 Adam, Histoire de l a litterature francaise au XVIIe  siecle, p. 387. 3 1 Moliere, II, 637. 3 2 Ibid., p. 639. 3 3 Ibid., CONCLUSION Dans cette these nous avons f a i t une etude systematique des laz z i de l a commedia dell'arte que Moliere, le grand auteur comique du siecle de Louis XIV, emploie dans ses pieces composees d'un ou de trois actes. Les la z z i , ces fragments comiques,qui sont pleins de vigueur et de vivacite dans les domaines yerbaux et visuels, sont le temoignage de 1'intention primordiale de Moliere, c'est-a-dire de faire r i r e son public. Avant de terminer je propose d'abord de resumer les lazzi dont nous avons parle et ensuite d 1 en tirer quelques conclusions.plus generales sur l a maniere dont Moliere emploie ces procedes.de la.commedia dell'arte et sur leur rapport avec sa conception du comique. Nous avons commence notre etude en examinant.ces bouffonneries physiques et outrees qui servent a presenter.quelques emotions primitives de l a comedie. Moliere et l a commedia dell'arte se servent des la z z i qui expriment le desir physique d'un homme pour une femme: 1'arret soudain, le regard, et les tentatives d'entrer en contact avec l'objet du desir. Au desir s.'oppose l a peur qui est l a source de plusieurs jeux de scene qui marquent les etapes successives du sentiment. On voit des gens qui tremblent, qui tombent. de frayeur,. qui se cachent et qui fuient le danger. On assiste aussi au spectacle de l'homme qui essaie, sans y reussir, de se liberer de sa peur. II y a egalement plusieurs colereux. D1habitude l a colere se manifeste dans les l a z z i dynamiques de l a poursuite et de l a bastonnade. Moliere f a i t ressortir l a soudainete-avec laquelle l a poursuite commence, l a 94 r a p i d i t e avec l a q u e l l e e l l e continue, et e n f i n l a maniere brusque et inattendue dont e l l e termine. Quant aux l a z z i du baton i l y en a p l u s i e u r s v a r i a t i o n s . I I peut s ' a g i r de l ' e x p r e s -. s i o n spontanee de l a colere ou d'une methode de persuasion. Moliere rend 1 ' e f f e t du l a z z i du baton encore plus comique en renversant l a p o s i t i o n de c e l u i qui t i e n t l e baton et de c e l u i qui est b a t t u et en e t a b l i s s a n t un contraste entre des paroles p o l i e s et une a c t i o n feroce. E n f i n , a cause de 1 * e f f e t de l a s t y l i s a t i o n , l e l a z z i peut devenir presque une ceremonie ou un b a l l e t . I'aspect physique, p l e i n de mouvement, de ces manifesta- . t i o n s du d e s i r , de l a peur, et de l a c o l e r e souligne done l a v i t a l i t e des comedies de M o l i e r e . Au deuxieme ch a p i t r e i l ne s'agit plus des emotions humaines transposees tout de s u i t e sans r e f l e x i o n dans des jeux de scene comiques, mais des emotions exprimees selon l e s formules des ceremonies de l a s o c i e t e . Ces ceremonies de l a p o l i t e s s e exprimees d'une facon burlesque, souvent par des gens r i d i c u l e s qui singent l a noblesse, deviennent des l a z z i . La s a l u t a t i o n , s o i t donnee s o i t refusee, de deux hommes qui se rencontrent o f f r e une occasion pd-.e:- creer l e comique en employant l a r e p e t i t i o n et l' e x a g e r a t i o n . Une emotion plus f o r t e exige 1 *embrassement qui devient un l a z z i quand i l est exagdre ou manque et quand i l a un double sens. La s a l u t a t i o n et 1'embrassement f i n i s , l a s o c i e t e exige d'autres ceremonies. D'abord c'est c e l l e de prendre une chaise. S i l'on l a r a i l l e , c'est un l a z z i . Le refus de c e t t e ceremonie devient a u s s i un jeu de scene comique a mesure q u ' i l est oppose au sens commun. Un autre prelude a l a conversation 9$ est cree par c e t t e cascade de compliments exageres qui a souvent l i e u quand un personnage se complimente lui-m§me. La ceremonie de f a i r e des excuses devient un l a z z i quand on f a i t r e s s o r t i r l e co n t r a s t e entre l a ceremonie et des coups de baton, et quand on l a deforme en montrant l e s excuses du maitre f a i t e s au v a l e t ou c e l l e s de 1'innocent f a i t e s au coupable. Tous ces bouffonneries font r e s s o r t i r l a d i f f e r e n c e entre une ceremonie t e l l e q u ' e l l e d o i t etre selon l e s r e g i e s de l a s o c i e t e et l a ceremonie t e l l e q u ' e l l e est presentee par des personnages de l a comedie q u i , s o i t consciemment s o i t inconsciemment, s'adaptent mal aux ceremonies p r e s c r i t e s . Au troisieme c h a p i t r e nous avons etudie d'autres "ceremonies," c e l l e s des medecins. Le comique de l e u r s gestes et de l e u r jargon souligne 1'impuissance des medecins a g u e r i r et l e u r adresse a e x p l o i t e r l a c r e d u l i t e de l e u r s c l i e n t s . Quelquefois i l s ' a g i t de v e r i t a b l e s medecins, quelquefois de gens deguises en medecin. La premiere ceremonie de l a v i s i t e medicale peut etre une occasion pour l e s l a z z i d'examiner 1'urine et de t a t e r l e pouls. Ces ceremonies sont s u i v i e s par c e l l e s du d i a g n o s t i c et du remede r i d i c u l e s . E n f i n i l s ' a g i t du payement, une ceremonie qui souligne l a c u p i d i t e des medecins et l e u r h y p o c r i s i e en f a i s a n t semblant de ne r i e n d e s i r e r . Moliere se moque a u s s i du jargon medical qui cache beaucoup de s o t t i s e s . Ces paroles savantes et obscures deviennent des l a z z i quand on a a f f a i r e aux gens deguises en medecin. l i s essaient d'employer une langue etrangere pour creer l e mystere necessaire a l a p r o f e s s i o n medicale mais 1'assurance remplace 1'exactitude. Moliere peut developper ce l a z z i pour occuper une scene e n t i e r e comme a l a f i n du Malade imaginaire ou i l y a une ceremonie burlesque en l a t i n macaronique. Apres a v o i r etudie l e s e f f e t s comiques du jargon medical nous avons examine en plus de d e t a i l d'autres l a z z i verbaux qui transposent l a vigueur des l a z z i physiques dans l e domaine de l a langue parlee. On ne s'occupe pas tellement du sens des mots mais de 1'effet comique cree par l a maniere deformee et outree dont i l s se prononcent. A l a base de ces p l a i s a n t e r i e s est l e son de l a v o i x humaine. On peut se moquer des sons i n a r t i c u l e s que 1'homme emploie pour exprimer ses emotions, et a u s s i de 1 ' i m i t a t i o n des sons purs. I I y a des facons de p a r l e r qui rendent un e f f e t comique a cause de l e u r o p p o s i t i o n a l a maniere o r d i n a i r e par l a q u e l l e l'homme s'exprime; par exemple, l e pa t o i s ou 1 ' i m i t a t i o n d'un c e r t a i n s t y l e de p a r l e r comme l a declamation des acteurs. Comme a i l l e u r s , l a r e p e t i t i o n aide a creer des l a z z i dans l e domaine de l a langue parlee. I I s'agit de l a r e p e t i t i o n de mots ou de phrases ent i e r e s et a u s s i de l a r e p e t i t i o n "molieresque." Moliere f a i t r e s s o r t i r l e contraste comique entre l a l e n t e u r et l a r a p i d i t e ou entre l a d i f f l c u l t e et l a f a c i l i t e avec l a q u e l l e on p a r l e . On trouve done l e s l a z z i de c e l u i qui p a r l e v i t e pendant qu'un autre p a r l e lentement, de c e l u i qui repond par monosyllabes, de c e l u i qui refuse d'abord de p a r l e r , puis raconte tout malgre l u i , et de c e l u i qui repete tout ce qu'on l u i s o u f f l e sans y r e f l e c h i r . Des gens qui pa r l e n t ensemble, qui interrompent l e s autres et qui pa r l e n t sans cesse sont l a source d'autres e f f e t s comiques. Ce n'est pas, repetons-le,_ ce que l'homme d i t qui incarne l e l a z z i mais J_a fag on dont i l s'exprime. . . , Nous sommes revenus a notre etude des l a z z i v i s u e l s en examinant ces. scenes ou un personnage ne se rend pas compte de l a presence d'un autre. Dans l a s i t u a t i o n fondamentale deux personnages se trouvent sur l a scene en meme temps mais l'un n'a pas conscience de l a presence de l'^autre. C'est c e t t e s i t u a t i o n qu'on e x p l o i t e surtout dans des scenes de l a n u i t . Quelquefois chaque personnage est conscient de l a presence de 1'autre, mais i l s se conduisent comme s ' i l s e t a i e n t s e u l s . I I y a un l a z z i quand quelqu'un c r o i t q u ' i l est s e u l , mais en e f f e t est observe. Un personnage peut se rendre compte d'un autre, mais non pas de ses v e r i t a b l e s i n t e n t i o n s , ou i l peut f e i n d r e de ne pas v o i r un autre. I I s'agit toujours d'un rapport qui e x i s t e entre deux personnages sur l a scene, c ' e s t - a - d i r e l e manque de conscience r e e l ou f e i n t de l a presence d'un autre. Nous avons vu que dans p l u s i e u r s de ces jeux de scene i l est. question de l a fo u r b e r i e ear 1'action n'est souvent qu'une s e r i e de mauvais tours qu'on joue a un personnage r i d i c u l e . Les l a z z i du deguisement a r r i v e n t quand on f a i t r e s s o r t i r sur l a scene l e s deux aspects d'un personnage, l a r e a l i t e t e l l e q u ' e l l e e x i s t e et presque simultanement l e deguisement. Cette s i t u a t i o n a l i e u quand Moliere nous montre quelqu'un en t r a i n de se preparer a jouer l e r S l e d'un autre, ou quelqu'un qui f e i n t l e bles s e , l e muet, l e mourant ou l e mort. Dans ces scenes un personnage se presente t e l q u ' i l p a r a i t r a i t dans des circonstances d i f f e r e n t e s . Dans d'autres l a z z i un personnage joue l e r o l e d'un autre en meme temps.qu'il joue le sien pour creer un effet de dedoublement qui est contraire a. l a realite. On cree 1'existence de deux personnes differentes dans le domaine visuel et aussi dans le domaine auditif. On f i n i t par une deformation comique de l a realite. Le grand nombre de laz z i que nous avons observes dans le theatre molieresque prouve que Moliere est autre que l'auteur soucieux de bienseance et de delicatesse que prSnaient le dix-huitieme et le dix-neuvieme siecles. Moliere apprend a employer les l a z z i a partir du jeu des Italiens e t . i l . emprunte ce qu'il observe de toutes mains. Moliere n'hesite pas a reprendre des i jeux de scene qui avaient deja. reussi dans d'autres pieces. II se sert des la z z i sans honte en employant les moyens traditionnels du comique: l a repetition, 1'exageration, le contraste et l a stylisation. Bien que ses jeux de scene n'aient pas d1habitude cet element de vulgarite qu'on trouve dans.la commedia dell'arte, Moliere n'a pas une attitude dedaigneuse et moralisatrice envers les l a z z i comme celle que Racine montre dans l a preface aux Plaideurs: Ce n'est pas que j'attende un grand honneur d'avoir assez longtemps rejoui le monde; mais je me sais quelque gre de 1'avoir f a i t sans qu'il m'en ait coute une seule de ces sales equivoques et de ces malhonnetes plaisanteries qui coutent maintenant s i peu a l a plupart de nos ecrivains, et qui font retomber le theatre dans l a turpitude d'ou. quelques auteurs plus modestes 1'avaient t i r e . D'apres les scenarios de l a commedia dell'arte les la z z i sont associes aux personnages masques, c'est-a-dire aux domestiques comme Arlecchino, Pedrolino et Coviello et aux vieillards comme Pantalone, Gratiano et i l Dottore. La plupart 99 des l a z z i de Moliere sont 1'affaire de ces memes domestiques (Mascarille, Scapin et Toinette) et de ces memes vieillards (Gorgibus, Geronte et Sganarelle). En effet i l est probable qu'on joua les roles de quelques personnages de Moliere sous le masque. Rene Bray en suggere quelques-uns: les deux philosophes du Mariage force, les quatre medecins de L'Amour medecin. M. Bobinet de La Comtesse d'Escarbagnas. les deux vieillards des Pourberies de Scapin et les medecins du Malade imaginaire. En general Moliere trace une ligne de demarcation entre les scenes d'action et de vrai comique et les episodes sentimentaux.3 Comme dans l a commedia dell'arte quelquefois les amoureux et les amoureuses de Moliere participent aux la z z i , mais c'est presque toujours quand i l s sont en scene avec le domestique ou le v i e i l l a r d qui entraine l a bouffonnerie. On songe au jeune Octave devant Scapin, a Angelique en presence de George Dandin et aux jeunes f i l l e s qui feignent le mutisme en presence de leur pere. _. Le rSle diminue du romanesque Chez Moliere explique en grande partie l a difference entre ses comedies et celles de l a commedia dell'arte. Moliere emploie les l a z z i partout dans ses pieces. Antoine Adam a raison quand i l signale que l a structure des pieces molieresques ressemble a celie de l a parade ou a l a composition par une serie de sketches. 4 Les la z z i , qui sont des fragments comiques, s'adaptent naturellement a. cette maniere de composition. Un la z z i peut etre un court"incident ou une scene entiere et 1'intrigue de l a commedia dell'arte n'est souvent qu'une occasion donnee au jeu de s'exprimer dans ces bouffonneries. Moliere aime 100 rendre 1'exposition d'une piece bien vivante. Ainsi apres une courte scene d'explication Moliere introduit un l a z z i . Souvent on trouve ces bouffonneries tout au debut des pieces: les coups de baton du Medecin malgre l u i . le monologue de Sosie dans Amphitryon, et celui d'Argan dans le Malade imaginaire. On lance l a piece sur le chemin du comique. Au sujet du.theatre classique comique Scherer f a i t remarquer qu'il y a une tendance au crescendo qui se manifeste vers l a f i n de chaque acte. L'auteur doit bien faire r i r e pour dormer a. son spectateur l'envie de voir l'acte suivant. Ainsi l'auteur essaie de terminer les actes par des scenes particulierement amusantes.^ On trouve cette meme tendance dans les pieces de Moliere, surtout aux denouements. Comme dans l a commedia dell'arte les l a z z i de Moliere prennent f i n et" on rentre dans le calme. C'est le moment ou tout s'arrange et les "peres" pardonnent aux jeunes gens. Cette scene peut constituer le denouement de l a piece. Cependant, Moliere aime souvent illuminer l a scene d'un dernier feu, d'un grand la z z i f i n a l comme ceux des scenarios de Scala. A l a f i n des Fourberies de Scapin les peres consentent aux mariages des jeunes gens. Ensuite Scapin entre et presente le lazzi du "mourant." Ce grand la z z i f i n a l se transforme facilement dans un ballet. A l a f i n de L'Amour medecin des danseurs retiennent Sganarelle et veulent le faire danser de force. Au denouement des Facheux Damis consent au mariage d'Eraste et d'Orphise. Ensuite des masques entrent et des suisses les chassent dans un ballet. A l a f i n du Malade imaginaire c 1 est l a ceremonie - ballet d'un homme qu'on f a i t medecin. 101 "Le l a z z i pur, g r a t u i t , qui ne r e v e l e pas vraiment un caractere, q u i n'est qu'une espece d ' e x a l t a t i o n du comique, ne l'CMoliere] i n t e r e s s e pp,as."^ On peut trouver contestable une t e l l e d e c l a r a t i o n categorique, mais e l l e explique l a d i f f e r e n c e e s s e n t i e l l e entre l e s l a z z i de Moliere et ceux de l a commedia d e l l ' a r t e . Bien ehtendu Moliere se s e r t du l a z z i pour provoquer l e r i r e comme l a commedia d e l l ' a r t e , mais l e l a z z i chez l e s I t a l i e n s n'a souvent qu'une val e u r de spectacle. I I y a quelque chose de nouveau dans l e theatre molieresque dans c e t t e f u s i o n de l a parole et de l a mime pour apporter une r e v e l a t i o n morale. S i l e s I t a l i e n s emploient l e s l a z z i souvent sans autre but que 1'action elle-meme, Moliere l e s emploie avec r e f l e x i o n pour "r e v e l e r une preoccupation de 1 ' e s p r i t , un etat de l'ame, un sentiment, une passion; pour f a i r e e c l a t e r un caractere du premier 7 mot et du premier geste." Moliere emploie a u s s i l e s l a z z i pour communiquer ses i d e e s . L'aspect s a t i r i q u e de son theatre s 1 e c l a i r e a p a r t i r des l a z z i , surtout s i l'on songe a ceux de l a medecine. Dans notre etude des jeux de scene comiques du theatre molieresque nous avons observe une c e r t a i n e progression. Nous avons commence par un;.' examen des l a z z i ou i l s ' a g i t de l a transformation d i r e c t e et ouverte des emotions dans des jeux de scene. Ensuite nous avons observe l e r o l e c r o i s s a n t de 1 ' e s p r i t qui. c o n t r o l e l e s actions s o i t dans des ceremonies s o i t dans l a f o u r b e r i e . Les choses ne sont plus ce qu'elles semblent. Les actions, deviennent de plus en plus s t y l i s e e s et on s'approche du b a l l e t . 102 II y a deux sortes de personnages comiques.. D'abord i l y a les colereux qui parlent et agissent directement, d'une maniere spontanee. II y a aussi l e s fourbes qui essaient d'agir d'apres un but concu intellectuellement. Parmi les fourbes i l y a ceux qui agissent pour ies autres et ceux qui se conduisent pour des raisons egolstes. l e s l a z z i font r e s s o r t i r cette fourberie egofste a laquelle Moliere s'attaque: C'est cela q u ' i l n'a cesse de denoncer, c'est cette universelle t r i c h e r i e , c'est ce monde abandonne a. 1'intrigue et aux faux prestiges. La morale de Moliere n'est pas dans l e s maximes de ses r.ais.onneurs, e l l e est dans l e combat q u ' i l a mene contre l e mensonge. E l l e est une morale de 1'authenticity.^ Quels sont l e s resultats de l'emploi des l a z z i de l a commedia d e l l ' a r t e par Moliere? D'abord c'est. q u ' i l en resulte un theatre qui est remarquable pour son mouvement. Ce gout de 1'action et du mouvement que Moliere acteur apprend du jeu des Italiens est transpose par Moliere auteur dans des pieces qui revolutionnent l a scene francaise. Ce meme gout explique l a mefiance de Moliere du romanesque, sa haine du discours ennuyeux et son amour pour les tirades actives; et i l explique 1'existence des l a z z i meme dans les "grandes comedies." Les l a z z i employes par Moliere montrent l a suprematie du genie sur ses sources d'inspiration, l a grandeur de Moliere consiste a employer les l a z z i pour t r a i t e r l e s themes les plus profonds. Le l a z z i prend souvent une valeur presque symbolique pour souligner l a disposition d'esprit d'un personnage. II apporte quelquefois un element de fan t a i s i e qui f a i t r e s s o r t i r l a poesie du comique pur. Le l a z z i de l a commedia d e l l ' a r t e reste au centre du theatre de Moliere et l e rend encore vivant aujourd'hui: 103 C'est autour du jeu, en f o n c t i o n de l a represen-t a t i o n que s'organisera l e spectacle. Car, qu'on ne s'y trompe pas, c'est l e jeu qui determine l e s t y l e et l e s caracteres et 1 ' i n t r i g u e , et comme l a pensee s'exprime par l u i , c'est l u i qui l a moule, l a penetre s i profondement, q u ' i l en modifie meme l e s demarches.9 NOTES Racine, Theatre compJLet, pp. 177-78. 2 Rene Bray*. Moliere: Homme de theatre (Paris: Mercure de France, 1954), p. 96. 5 Attinger, L'Esprit de l a commedia dell'arte, p. 122. 4 Adam, L'Histoire de l a litterature francaise au XVIIe  siecle, p. 404. ^ Scherer, La Dramaturgic classique, pp. 200-208. 6 Attinger, p. 122. 7 Moland, Moliere, p. 542. 8 Adam, p. 408. Attinger, p. 114. 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