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L’element feminin au dix-septieme siecle en France Dallas, Dorothy Frances 1925

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L'ELEMENT FEMININ AU DIX-SEPTIEME SIECLE ENF FRANCE BY DOROTHY FRANCES DALLAS saemmsamjmmaammeiammitivft n i u*s.c LIBRARY CAT. •». ixE*&J2i£it£i^^ ssaeamemm L'BLKMEKT gBMIHIff AU DIX-SBPTIBME SI3CLE IL; ' ' HI . r • • . - . . | •••—. —- —.. — .._- -. M—.. - . EH FRA1TCE DOROTHY FEAICES DALLAS, A Thesis submitted for the Degree of Master of Arts in the Department of French. fhe University of British Columbia. April, 1925. 1. L'Slement ffeminin au Dix-Septieme Sieole* f t ^"lorsque dans une sooiete, dans une litterature, 1'element feminin vient "a dominer ou seulementva^balancer 1'element masoulin, 11 y a arret dans cette societe7 et oette litterature et bientot, decadence." (Prudhon - De la Justice dans la Revolution, iv.2.) Pour l'etudiant du dix-septieme sieole en France, qui a ete frappe par la contribution des femmes a la vie sociale et litteraire, la pretention de Prudhon est, pour ainsi dire, une declaration de guerre. Voyons si 1'element feminin balance et le plus souvent domine 1'element masoulin dans une epoque designee dans l'histoire comme le Grand Sieole ou L'Age d'Or de la litterature francaise. Pourquoi dorme-t-on de tela noms a cette periode? En grande partie a cause de 1'influence bienfaisante des femmes - ce que nous voudrions faire voir dans cette petite esqulsse. Mais pour avoir une idee exacte d'une periode, il faut Jeter t > ' un coup d'oeil sur les annees precedentes - ce qui nous four-nit ua fond pour notre petit tableau et nous aide a apprecier Justement les innovations qui vont se voir. Au seizieme sieole nous nous trouvons au declin du moyen age et comme "a l'aube des temps modernes". La Renais sance se fait encore sentir car les auteurs se piquent de savoir plus ou molns le latin, leurs livres ont mille allusions olassiques et suivant 1'idee pal'enne ils insistent d'une faeon particuliere aur oe qui touohe l'individu. Cela ae manifesto partout dana la liberte et la franohlae da la langue at la hardiesse dana la pensee at lea actions. On est las de la oontralnte et la dlsolplina et pour oette raison on s'laole dana aon chateau pour faire la lol a sea domeatiques et la guerre a aes voisins. Boua remarquona qufll n'y a pas d'ordre - ohacun en appella a la force pour revendiquer sea droits et triompher sur ses rivaux. On ae bat dans les guerres civiles et religieuses et pendant la palz on ae rulne en fslsant des preparations pour de nouvelles insurrections. Les oathollques et les protestants dans leurs complots et leurs attaques sont d'accord en croyant qu'll faut detruire tous les heretiques, jusqu(a oe que Henri IV.chef du parti protestant mais heritier legitime du trone se f V / fait roi at reuasit a concilier les deux sections en se declar ant oatholique et en donnant aux "reformes" la liberte'par 1V1&1t de lantes. La roi voyalt qu'll pouv&it gagner plus de ooeurs par la taot et la conciliation que par la force. En memo temps use reaction contre les exces du eiecle commengait a se faire sentlr et l*unite politique est un fait accompli qui prepare la scene pour la paix et l'ordre. Cependant il ne faut pas crolre que l'essimilation etait complete. II y aralt quelquefois de petites revoltes et meme quand Henri IV, se trouva mattre de la Prance en 1614, les habitants du 3 Languedoc lui dirent: "Sire, nous sommes vos sujets, mais area nos privileges*" Mais corame a dit M# Hanotaux: "Lea principaux traits de 1'unite nationale sont fixes; le plis de la civilisation francaise est pris. Bile evolue decide-ment dans le sens de la civilisation." '1' Henri IV. tenait a se faire roi absolu de la France et il est interessant de voir comment il s'y mettait. Quant aux petites principautes, le roi leur promit sa protection si elles renonceraient a leurs titres d'inde-pendance. La noblesse appauvri par les guerres, quitterent leurs chateaux de la campegne pour venir a Paris le grand oentre du royaume, et jouir des privileges et l'exemption des A / / impota. Henri pouvait compter egalement sur la loyaute du clerge en leur dormant des benefices eoclesiastiques, et oelle de la bourgeoisie de robe a qui il vendit des privileges hereditairea, des postes lucratifs dans I'armee et beaucoup. de titres nobles. II reste a mentionnner les non privilegies - le peuple des villes et les paysans qui ne possedaient pas les cent mills livres qu'il fallait payer pour les grandes charges, mais qui voulaient un roi puissant. lis restaient dans une ignorance effroyable et leur vie semblait se composer de travail et de mi sere. Mais, malgre tous lea abus, il paralt que tout le monde cherchat la protection royale. Ecoutons parler un homme qui ne veut pas revoir les terreurs de ^insurrection: (1) Hanotaux. G. la Prance en 1614. p. 133. 4. "Bene sommes d'arle par trop d'experiencea et de dommagee que le aauvais gouveraement d'un Btat, quelque deprave' qu'il puisse etret ne peut apporter tant de maux en un sieole qu'une guerre olvile en un mois. Car, eutant il y a de chefs en loelle et de oapitaines, meme de soldata, autent il y a de petite tyranneaux. II est plus tolerable de vivre sous la (1) tyrannie de plusieurs." ' / A Henri IV. etait raaitre de la Pranoe et sa cour etait le centre de la Tie sociale ou les nobles et les bourgeois riches ne perdaient pas de temps a apprendre les manieres de parler et de s'amuser alors en vogue. Mais le roi at ses eompagnons restaient toujours soldats et gradual-lament oette sorte de vie et de conversation ennuyait quelques fammes de la haute soclete qu'on pourrait appeler les fonda-trices du mouvement qui nous interesse. Sxaminons un peu en quoi oes femmes ont contribue / _ / a la Tie sociale, en commencant par 1'education, element fort important dans la societe. 0 A , La jeune fille, qui joiie un role considerable aujourd'hui, n'avait pas de place veritable au dix-septieme sieole, mais oela n'est pas etonnant quand on se rappelle la condition inferieure de la femme et le principe qui donnait aux pores l'autorite absolue sur leurs enfants. (1) Advls sur l'Etat et les affaires de ce temps, d'apres Hanotaux, La France en 1614. p. 471. / / La tendresse paternelle et maternelle etait une qualite rem-placee generaiement par l'orgueil et la vanite; surtout quand il e'agissait des quaiites exterieures, oar on ne faisait grand cas que de la beaute des enfants. Les meres et les peres de oe sieoie auraient de la difficulte a comprendre I'attitude des parents d'aujourd' hui qui se passent voiontiers des objets de luxe ou meme de necessite pour donner a leurs enfants une eduoation solide, oar la ooutume etait de reieguer les enfants aox soins des domestiques ou des gouvernantes ignorantes, Jusqu'a oe qu'ils fussent oapables de oontribuer a la vie sooiaie par leur conversation. fiooutons ce que dit Fenelon sur I'instruction a la mode: "La plus grande faute" dit-il, "c'est de chif-foner son tablier, d'y mettre de I'encre — La plus habile •at eelle qui salt quatre petite vers bien sots --- qu'elle fftit dire en toute occasion et qu'on recite oomme on petit perroquet. Tout le monde dit: La jolie enfant. -• la joiie mignonne. La gouvernante est transportee de joie, et e'en tient la."*1* II n'est pas etonnant que les jeunes fillee soient restees ignorantes. Quelques unes ne savaient lire et beaueoup ne savaient epeier correctement les mots, A tantot ee guidant par ie son et le plus souvent en faisant V dee mots tres curieox. Cependant.on trouve des personnes, / /  / generaiement des preoepteurs de la noblesse, qui s'interes-11/ Fenelon* Avis a une dame de qualite pour 1'education de sa fille; d'apres Rousselot. Hist, de 1'Education des Femmes, I. p.291. saient vraiment a I'education et devancaient de beauooup leur epoque. II e8t doomage que nous ne sachions pas davantage de Poullain de La Barre» C'etait un homme remarquabie qui nous a Laisse des ouvrages interessants touohant bien des aspects de L'education et de l'egalite des sexes - sujet bien nouveau a oette periods. II faut mentionner au moins ses oeuvres De L'egalite des deux sexes, Disooars physique et moral, ou i*on voit l1importance de se defaire des Prejuges, et puis De i'excellence des hommes contre L'egalite des sexes, avec une dissertation qui sert de reponse aux objections tires de I'JScriture Sainte contre le sentiment do l'&galite. Bans ie premier I'auteur pretend qu'on a tort de dire que lea femmes sont inferieures aux hommes et qu'on doit dormer Aux femmes une instruction solide. he second, malgre son titre, a'est qu'une affirmation indirect© de l'JSgalite des deux sexes* Ce sont vraiment des ouvrages curieux qui, outre ieur valeur pedagogique, sont d'un grand interet a cause de La ressembLance frappante de queiques passages aux idees de Rousseau. Ioi, se trouvent Le meme degout de La vie frivoLe et legere et La meme admiration pour i*independence absoLue et La vie rustique* La Barre avait des confreres comme Grenailies qui dit franche-ment qu'un "beau visage qui couvre un grand defaut d'intel ligence est un palais qu'on a baty pour un grand Roy, et qui ne loge que des rats," II y avait auesi "le doux, l'aimable Fenelon", oe psychologue qui connaissait si bien 1'esprit feminin en lui reeommandant toujours le naturel, la douceur, l'interet dans le travail. Bans son Traite de 1687, il serable etre l'apotre de la raison, la sensibilite et 1'harmonie, en basant ses raisons sur la dignite de la jeune fills et de la femme. Sous avouons volontiers que ces hommes ont ete lee preeurseurs de i'education moderne en France, mail ils se rendirent compte eux-memes que les femmes ont naturelie-men t le don d'instruire et que le pouvoir des meres sur leurs enfants est presque sans bo roes, "A qui peut-on mieux attribuer 1'instruction de l'honneste fille", dit Grenailles, $a'a l'Industrie de l'honneste fernine?"*^ Le veritable role des femmes est celui d'educatrice. Bien des noma du dix-septieme sieole, oomme lime, de Lambert, line. Guizot. connues par leurs livres pour la jeuneese, comme line, de Sevigne, Mme. de Sable, Mine, de Maintenon et Mile, de Scudery le prouvent. II est bien difficile de dire exaotement oe qu'a (1) Grenallles. L'Honneste Fille, preface, d'apres Bousselot, l'Histoire de 1'Education des Femmes, I. p. 262. (£) id. v 8. fait Mile, de Soudery dans I'edueation. iSn tout oas, 1'instruction est an sujet souvent disoute dans le Grand Cyrus et L'auteur donna des oonseils tres senses* Cartes, alls ne suivait pas toutes ses doctrines dans la vie resile, mais oelles-ci valant la peine d'etre examinees a cause de la grande vogue qu'elles avaient dans le beau monde de la eapltale et ausai dans les provinces parmi les pre'oieuses qui s'empressaient d'imiter les gens de qualite. A notre avis, c'est eurtout a la oampagne que oes discussions sur I'edueation auraient una bonne influence sur oeux qui ne oonnaissaient pas L'auteur et qui prenaiant au serieux tout oe que disait Mile. de Soudery dansleur sele d'imiter la societe de iferis. On trouve que Idle, de Soudery appelle les pereonnes qui voulent que la famme raste ignoranta "Les ennemls declares du bon sens et de la beauta pour demeurer dane una erreur si grossiere"*l' Puis alia ajoute que oe n'est pas logique d'interdire a la famme 1'etude das lattres sans lui defendre en mama temps de parlar ou d'apprendre, "car si elle (la femma) doit eorira at parlar, il faut qu'on lui persette toutes les choses qui peuvent lui eclairer 1'esprit, lui former le jugement at lui apprendre a bien parlar et a biea eerire." Una chose curiause qui etonnera peut-etre oeux (1) Mile, de Soudery, Le Grand Cyrus, d'apres RousseLot, l'Histoire de l'jfiduoation des Femmes. I. p. 224. qui ne oonnaissent guere Mile, de Soudery, o'est qu'elle est s tree emphatique en voulant qu'une femme trouve le Juste milieu entre lee deux extremes de la preoiosite et l'ignoranoe, qu'elle ne merite pas le "terrible nom" de savante et qu'elle saohe "eacher adroitement" oe qu'elle a appris. L'auteur se plait aussl a ridiouliser 1'absurd!te de itemophile, la fausse preoieuse, qui "parle en style de livre — et oherohe meme aveo an soin etrange a faire connaftre tout oe qu'elle sait ou tout oe qu'elle oroit savoir, des la premiere A fois qu'on la voit; il y a aussi tant de choses faoheuses, inoommodes et desagreables en D&mophlle, qu'on peut assurer que oomme il n'y a rien de plus aimable, ni de plus oharmant qu'une femme qui a'est donne la peine d'orner son esprit de milie agreables oonn&issanoes, quand elle en sait bien user, il n'y ft rien aussi de si ridicule et de si ennuyeux qu'une femme sottement savante," '*-' Si la romanciere n'enseigne pas dans le sens exaote du mot, see "conversations" et see protraits, oomme modeles de gout auraient du avoir une influence enorme sur 1'esprit de oeux qui disoutaient 1'education dans les salons. Passons maintenant a une des lectrlces, la oharmante Mme. de Sevigne, qui exprimait ses opinions sensees sur l'enseignement dans ses lettres a ses ohers "pichons" , (1) Kile* de Soudery, Le Grand Cyrus, d'apres Rousselot, l'Histoire de l'jflduoation des Femmes. I. p.230. oomme alia appaUit las patite Grignan. Toioi L'apotre da I'harmonic, da la douoaur, at da 1'amour maternal, qui con-sailla a sa filla da raisonner avco sas enfants at da leur "parler raison", sans colore, sans las gronder, "oar oela revolte". Oui, o'est la oa qua la plupart das oontamporains ne oomprenaient pas. L'affection da line, da Grignan avait besoin d'etre stiraulee, d'apree las exhortations da la grand'mare, qui eoriyait sur oa ton* "aimee, aimez, Pauline; donne>vous oat amusement -ffitei, tetes un pan da I'amour matarnel*" * ' Slle dit qmfaYee la douoaur, 1'esprit at la dasir da plaire on paut tout fairs at alia conseille a sa fills da traiter son enfant "oomme ua choral qui a la bouohe delicate."*2) La raieon at la bon sans ds la marquise sa manifes-taat dans sa correspondence sur las romans, ou elle ne daeapprouve point certains qui plaisent a Pauline: "II y a AM examples des boas effets et dee mauvais effete de oes sortes Ae leetares", ecrit-elle, "je les aimeis, Je n'al pas trap mal eouru ma oarriere; tout est sain aux sains - -quend on a I'esprit bien fait, on n'est pas aisee a gater. lane. Ae La Payette est encore un exemple." '3' Tandis que l'aimable marquise s'oocupait des petite (1) Lettre de Ifaie. de Se'vigne'du 21 juillet, 1677. (8) " " " " " " 3 juillet, 1677. (3) »'••«•• » » l6 novembre, 1689. u* Grignan il y avait an mouvement feminists qui se montrait dans l'etablissement des congregations enseignantes. Les fondatriees de oes sooietes, generalement de grandes dames, se oonsacraient auz oeuvres charitables et surtout a 1'education des jeunes filles pauvres* fin 1598 nous "trouvons l'institut des Ursulines et les Soeurs de Botre Dame de Inobservance; puis, en 1600 les Augustines, en 1610 La Visitation fondee par Ste* Jeanne de Chantal, en 1630 La Providence et en 1635 Les Filles de la Gharite. Mais oes femmes n'avaient pas grand suoces dans leur oeuvre a cause do la distance qui separait les couvents, la difficulte do la communication, la pauvrete, les dissensions locales ot des abus qui oxistaient dans tant de couvents* Une autre raison asses forte etait la misore qui se trouvait en France pendant de longues annees soas la forme de pestes, famines, invasions et tout© sorte de fleaux. Quant auz oouvents qui s'occupaient a 1'education des Jeunes filles riches, lis ne souffraient pas autant de ce mainour do 1'epoque* Quelques mots suffiront sur l'abbaye de Port-Royal, reformee depuis 1609 par la mere Angelique et centre du mouvement janseniste. Ici se reunissaient des "converties" illustres comme Jacqueline Pascal qui insistaient sur une education raisonnable, le travail des mains, la sincerite absolue dans la religion, le respect des choses saintes et de la personne humaine dans 1'enfant et I'economie ohretienne pour onseigner comment il faut conduire los affairos do la nelson* On dirait quo l'instruotion est austere et la discipline severe mais les oloves montraient un grand attachement et une reoonnaissanoe touchante envers les reiigieuses, qui otaient souvent doe femmes merveilleases, dont l'enseigne-ment off rait do I'inspiration aux elevos. Mais il semble que "pea a peu, l'anoien esprit monastique prevaut eur l'esprit pedagogique, l'institution inolina a redevonir oe qu'olle avait ete si longtemps, un oouvent aveo une eoole, au lieu d'etre une eooio aveo un oouvent." ^' D'un autre oote, los oboses allaient do pire en pire, a cause du grand nombre de vocations equivoques, des jalousies dans les abbayos, des quereiles, et la vie mondaine et quslquefois licenoieuso qui existait dans certains monas-teres* Hous voyons aussi des reiigieuses qui, en declarant que toutes les ames otaient egaies devant Dieu, preforaient lee riches aux pauvres et lour aocordaient des privileges extraordinairea• lime, de Main tenon l'affinne tree franohement dans sa oorrespondanoe, et c'est pourquoi eile a fonde aveo I"assistance de Louis XIV. une ecoie pour les jeunes fiilos sane fortune de la noblesse* -St voiol une contribution / / / veritable au deveioppement de 1'education en Prance. (I) Rousselot, Histoire do 1'Education des Femmes* I* p* 375* 13. La foadatrloe avait 1'habitude de visiter la Maison de Saint-Cyr plusieurs fois par semaine pour y falre des conferences aux eleves, qui aveo leurs etudes elassiques et philosophlques, le deasein et le maintien, apprenaient toutes les ohoses utiles a la tenue d'une maison. Outre oes femmes dont nous avons parle a l'egard de 1Teducation, on pourrait nommer bien d'autres comme, par example, lime, de Sable qui dans son Education des Enfants insiste sur la reflexion et la oonnaissance d'eux-memes pour arrlverNa une vraie etude de l'histoire, male oes noms suf-firont pour donner une Idee de la contribution des femmes a 1'education. Hoe chose importente, c'est que 1*instruction mailleure que reoevaient las Jeunes filles, avait une influence marquee sur leur earaetere socials, ce qui peut se A A voir quand on considere la femme du moyen age et meme celle du dix-septleme aiecle, et qu'on la compare a sa soeur moderne• •/ Nous entendens bien des merveilles sur l'epoque de la chevalerie, des tournois, des chevaliers qui allaient se laisser tuer, ou tout au moins blesser, pour leurs dames. C'est ainsi qu'on represente aotuellement au cinema les "bon vieux temps" et 11 faut avouer que cette idee conventionelle A V nous plait beaueoup, C'est tres joli et nous aimons par-ticulierement ce "pittoresque" qui oontraste tent aveo la 14. Tie telle que noue la connaiaaona. ED effet, 11 noua eemble itre tranaporte8 pendant deux ou trois beurea dana un monde tout a fait different - oe qui eat blen agreable. La aeule ohose c'eat laraqu'on examine un peu l'eaprit reel du aeizieme siecle, ou trouve que Bonaard at lea poetea de la Pleiade ne conaiderent que dee charmea exterieures. Laura vera sont charmantB mala quleonque lea a lua meme d'une faqon auperfloielle ne laisae paa d'aperoevoir de tempa a autre que lea quaiitea dont l'auteur eat eprla ne aont paa oellesdu ooeur ou de l'eaprit - oe qui montre qu'on n'eetim-alt paa beaucoup la femme de oette apoque. Mais grace au mouvement qui a fait voir BOB qualitee intelleotuellefl et morales, en allait lui temoignar plua de reapeot. A partir de ee moment las hommea so sont rendua oompte que blen dea femmea qui n'eteient pas fort bailee poureient etre attray-antea par las dons at lea taienta de l'eaprit et que oea quaiitea leur donnaient une peraonnalite complete, leur permettant de mener une vie a ellee avec independance, d'avoir laura proprea ideea at leure proprea lnollnationa qu'il fallait respecter. Outre oes ohangementa operes dans la oondltlon aooiala de la femme qui lui donnaiant une plua granda dignita, d'autrea se laiaaent apercevoir dana la vie dea hommea et aurtout dea eorivaina. C'atalt un groupe generalement attache a dea granda en faiaant parti de leura ooura. 15. L'honneur etait certainement grand d'avoir une place comme oelle-ci mais les ecrivains n'avaient pas d'independance, et A A / on ne peut s'empecher de remarquer que, grace aux reunions des salons, ils s'etaient degages peu a peu des liens personnels en ehoississant leurs patrons, et leurs ouvrages devenaient de plus en plus ceux des auteurs eux-memes. II est difficile pour nous, au vingtieme siecle, d'avoir un idee exacte de la condition sociale des ecrivains dans l'avis des personnes comme Mile, de Scudery qui declare d'un air emphatique que "des qu'on se tire de la multitude par les lumieres de son esprit, et qu'on aoquiert de la reputation d'en avoir plus qu'aucun autre, et d'ecrire assez Men en vers et en prose pour pouvoir faire des livres, on perd la moitie de sa noblesse, si on en a, et qu'on n'est A A point ce qu'est un autre de la meme maison ou du meme sang qui ne se melera pas d'ecrire. Sn effet", ajoute-elle naivement,w6n vous traite tout autrement." '1' Se consacrera faire des livres serait "au-dessoua de sa condition", comme nous dit Mascarille dans Les Precieuses Ridicules, mais on pouvait toujours ecrire de jolis vers pour s'amuaer si on le faisait avec beauooup de discretion et en caohant son propre nom. C'est comme il fallait se con-duire quand l'auteur se piquait d'avoir "quelque naissance" #•••»•'*••• ' x II) Mile, de Scudery, le Grand Cyrus, d'apres Cousin, La 3ociete/ Francaise du Dix-Septieme Siecle. II. p. 152. 16. / / / / \ et si son rang dans la societe est plus eleve a la fin du sieole, nous savons que 1"influence des dames en est la plus grande cause. Comme c'etait un honneur de contribuer a 1'amuse ment des salons par les vers et les portraits qu'on y faisait lire, ou par les conversations sur toute sorte de sujets, il est devenu la mode parmi le beau monde de develop-per l'esprit, de oultiver la delicatesse dans la pensee et l1expression - en un mot, de se vanter de ces qualitea intelleotuelles qui n'avaient pas existe ohez les hommes depuis des annees. Car a la guerre les soldats n'avaient ni l'oocasion ni le desir de s'in^eresser a la vie intel-lectuelle et nous en voyons les resultats dans leur grande ignorance et leur manque de politease. Mais le golit des choses litteraires se fait sentir graduellement chez les grands soldats, comme Montausier qui a pour amis intimes Chapelain et Conrart, et le Baron de la Baume dont la grande bravoure n'empecha pas de s'interesser a des choses que les hommes militaires du siecle precedent / ; auraient mepriseesabsolument. on sait aussi que ce ne sont pas des cas isoles, car dans un petit tableau de 1'Hotel de Bambouillet, le salon par excellence et modele des autres, Mile, de Scudery nous donne des renseignements interessants, -"11 y a je ne sals quel esprit de politesse qui regne dans cette cour," ecrit-elle, "qui la rend fort agreable, et qui fait qu'on y trouve un nombre incroyable d'hommes accomplis. 17. / Bt ea qui lea rand tela est que las gens de qualite — ne A N feat pas profession d'etre dans une ignorance grossiere de toute sorte de science comme on en voit en quelques autres oours, ou on s*imagine qu'un homme qui sait se servir d'une epee doit ignorer toutes les autres; au contraire, il n'y a presque pas un homme de condition a notre cour qui ne / f 1) sache juger asses delicatement des beaux ouvrages* Ce raffiniment opere dans 1'esprit a eu ses effets sur les moeurs de la periode qui ont profite de la bonne influence dee "precieuses." La lecture d'une grande quautite d'ouvrages sur . la dix-septieme sieole nous donne une fausse idee de l'epoque an nous rapreaentant las dames des salons livrees a discuter v tree gravament das aujets morales and philosophiques, et J'avoue que selon cette idea conventionneile des reunions A / da 1'Hotel de Bambouillet - je ne suis pas attristee de n'avoir pas au l'oocasion de les frequenter* La verlte, c'est que la marquise et les dames de sa societe, ennuyees at un peu degoutees des plaisirs grossiers de la cour, at voulant toujours quelque chose de nouveau, trouv-aient du divertissement dans le cercle de Mine, de Hambouillet. lei, on danaait, on assistait aux pieces, aux concerts, aux Jeux de societe, et si on touchait quelquefois aux choses moins frivoles, 11 faut nous rappeler que l'idee de s'amuser (1) Mile* de Soudery. Le Grand Cyrus, d'apres Cousin, La Societe du Dix-Septierne Sieole, I. p. £66. 18. as etait toujours la but. L'hotesse at sea amies na dedaign-A aient pas da Jouer mama das tours qui nous semblent aujour-A / d'hul da mauvais gout. Bile s'amuse das accentrioites de qualques membres mais o'est une femme dont la vertu irrepro-ohable est louae par das personnes oomme Talismant des Beaux qui n'etalent pas trop bien disposes envers les membres de sa aoclete* Nous possedons aussi le temoignage de Menage, de Voiture at da Segrais, qui nous dit qu'elle Havait 1'esprit droit at juste; o'ast elle qui a oorrige les meohantes ooutumes qu'll y avait avant elle. Elle a enaeigne la politesse a tous oeux de son temps qui l'ont frequentee."1 '* Mile, de Montpensier qui n'etait pas preoieuse nous assure qua la marquise atait "reverse, adoree; c'etait un modele d'honnetete, de savoir, de sagesse, de douceur." I'Hotel de Rambouillet avait commence oomme centre A de bon gout pour quelques personnes seulement qui s'ennuyaient das trivialites de la oourt mais petit a petit les habitues du Louvre, meme oauz qui se moquaient de l'illustre hotesse, prenaient le chemin de 1'Hotel d'abord peut-etre pour suivre la mode at puis pour prendre une place intlme aux reunions. Et volci un point qui n'est pas touJours mentionne - que la bienseance et les moeurs plus reglees devenaient la mode dans la aoclete polie avant l'epoque vers la fin du siecle ou I'on / sa falsait devot. 1 III II *^—^^M^^^ • I ' (1) Segrais - d'apres Hoederer. L'Histoire de la Soolete Folia, p. 47. (2) mie.sde Montpensier, La Prinoesse de Paphiagonie, d'apres Hoederer. p. 47. 19. L'influence bienfaisante das famines n'est pas bornaa a la •la soolala - alia se montre tras c la ire merit dans la lit-terature at nous ailons parler plus tard de oe qu*elles ont fait a l'egard du drame, la poesie, la lengue, fto, Mais revenons aux moaurs at nous trouverona les vraies praoieuses oonnues partout pour laur honnetete, oar on avait baaucoup d'estlme pour las rapresentantas du mouvement, oomma Mme. da Bambouillet, Mae. de La Fayette et la spirltuelle Mine, da Sevigne* II faut dire quelque chose maintenant sur una famine qui a au bien das ennemls et des critiques - je veux dire Mme. scarron, devenue plus tard Mme. de Malntenon. I* oaractere da cette femme nous offra una vraie enigma. Las una dieent qu'elle atait la personnifloation de la vertu, les autrea qu'elle atait la plus grande hypocrite qu'on a jamais •ue. II est difficile pour sous, trois sieoles plus tard, da la / Juger, oar nous ne SSTOUS pas combien des desapprobations etaient causeee par la jalousie de ses ennemls. Quoi qu'll as soit, Mme. da Maintenon n'avait pas una disposition angageante et alia noue semble asses prude et austere. Mais sa via n'etait pas heureuse at si una autre femme exercait la mama puissance qu'elle avait sur un rol comma Louis XIV. nous nous demandons s'il aurait eta ramene a ses devoirs de marl. A notre avis. 11 est difficile d'exagerer 1*Importance da 1'influence de 20. Mme. de Maintenon sur la conduits de Louis XIV. et ses critiques ne peuvent ignorer les grands changements operes dans la vie du monarche et le fait qu'elle ramenait le roi a ses devoirs aupres de la reine. / t Mme. de Sevigne qui se moque un peu des visites de Louis XIV. * A a lime, de Maintenon ajoute: "Elle lui fait connaitre un pays tout nouveau -— il en para^t charme."1 ' Naturellement la oour qui imitait le roi commenpait a son tour d'explorer ce "pays tout nouveau" et se voyait suivie du beau monde. Avant de terminer oes remarques sur 1*influence des preoleuses sur les moeurs de la Pranoe, il faut dire quelques mots sur l^amour platonique et -1'influence italienne. La galanterie du dix-septieme sieole ne prenait pas.son origins dans les salons des preoleuses, comme nous disent quelques livres, mais dans les "tenzons" et les "Joc-partits", les "courts d'amour" et les "questions" de Provence pendant A le moyen-age. Ces divertissements dans la vie socials avaient ,i > un peu plus tard une vogue inouie en Italie ou lis ont it / developpe sous la forme de dialogues, et d'enigmes sur l'amour platonique, 1"amitie, la jalousie. Les noms d'auteurs qui traitent ces sujets, comme Bimbo, Boccaccio, Tasso, Barberino, Gastigliano, Giovanni della Casa, Guazzo, montrent la grande vogue de ces discussions sur l'amour et l'amitle. Nous savons que les francais combattirent les italiens au \ v \ A quinzieme sieole et qu'lls apporterent en franco le gout des / . ft (1) Lettre de Mme. de Sevigne du 9 juin, 1679. choaea italiennes. Ajoutez a cela le fait que beaueoup des / / ouvragea etaient imites ou traduits en francais et puis l'influenoe des Medeci, des personnes de la haute societe, comme Catherine de Vivonne, dea auteura comme Marguerite de ETavarre, Antoine Hervet, Jacques Yver, Btienne Pasquier, Sorel, Sarasin e£ enfin Mile, de Scudery et on ne s'etonne pas que pour etre du beau monde, il fallait s'interesaer a la belle galanterie des "converaations. " Naturellement les femmes, douees par l'enthousiasme, 1"imagination, la delicatesse des sentiments, brillaient dans l'art de la conversation et en devenaient les arbitres. Done il est difficile d'exagerer l'influenoe sur les manieres et les moeurs franchises du desir de plaire et le besoin de charmer qui, avec l'ordre, la clarte, la precision, font le pirns grand attrait du style franpais. Apres avoir mentionne quelques aspects de la vie sociaie en France, voyons ce que les femmes ont fait pour la litterature franeaise et commongons par les lettres que les precieuses se plalsaient a appeler "la presence dea abaents." ^'expression convient parfaitement a ces communications charmantes et m'a fait penser que e'est toujours cette familiarite et oet abandon qui constituent l'attrait de oelles que nous reoevons. C'est un genre qui devient de plus en plus rare a cause des inventions nombreuses de nos jours. En effet la / / \ v vie etait si differente au dix-septieme siecle que nous 82. pouvonB a peine nous la figurer. Fas de telegraphe, pas da radio, pas de telephone, pas de poste comme nous 1'avons aujourd'hui - enfin pas de journal quotldien aveo toutes les nouvelles du monde. Comme on salt que les femmes eta lent les premieres a oontriDuer a 1'ert de la conversation par les dona de 1*imagination, de la senslbillte et de la spontaneite, il n'est pas difficile de comprendre leur attitude a l'egard das lettres et le plaisir qu'elles eprouvaient a s'exprimer agreablement et a raconter en detail tous les evenements. II y a data sortes de lettres - celies qui ont un but absolument litteraire et drns lesquelles l'auteur se eouvlent qu'll faut travailler soigneusement a la perfection da see lettres qui seront publiees et d'autres encore qu'on n'ecrit que pour ses amis intimea et ou l'on s'exprime exactement comme on parle. Celles de la premiere oategorie sont representees particuliere-ment par Chapelain, Balsao et Toiture qui en ont cree le type v \ am dix-eeptleme Steele. Les lettres de Balzac, par exemple, nous semblent graves et travaiilees, mais ses pages soignees plalsalent a sea contemporains du oeau monde et ont eu une influenoe bienfalsante sur le style francais a une epoque ou l'aii commeneait seulement a s'y occuper serieuaement. Godeau, Conrart et Voiture sont aussl parmi les rangs d'eplstollers qui avaient une vogue, mais leurs lettres ne :'"-• . 23. nous interessent malntenant que oomme modeles de la lettre travalllee ou sources d*Information historique. Ce n*eat pas que oes homines n'ecrivent jamais dans le ton famlller et badin - male lis ont tous, et Volture surtout, oette tendance a la pretention et a 1'eloquence qui donne 1*impression d'une etude assidue* A I D'un autre cote, il semble que les femmes aoient superieures aux hommes dans oe qu'on entend generalement par das lettree. Nous savons au moins qu'elles ecrivent pout le plaisir d'eerire, qu'elles possedent d'une manlere partiouli-ere 1'Imagination, l'enthousiasme, la gaiete, la vivacite, la delicatesae de la pensee, enfin toutes les qualltee essentiel-les de la oauserie. Ajoutez a oela le souol de bien dire, aspect d'une preoloslte legere, qui se cache agreablement dans les lettres des femmes A / qui ae piquant meme de leur simplicite. Celui qui n'a lu que quelques lettres de Mtoe. de .La Fayette volt que malgre sa ralson, elle aime a jouer aveo de jolies tournures et lime, de Sevigne aveo tout son abandon de sentiments ne dedalgne pas a faire etalage de son talent de traiter gentiment des ohoses de la vie de tous les jours ou a faire d'une bagatelle une anecdote oharmante et pleine / A V d'interet pour nous, trois siecles plus tard. TTne des causes de la popularite de l'almable marquise se trouve dans les qualltee humaines de see pages ou elle ne laisse pas de montrer ses petites jalousies, son • £4. ironie malicieuee a rira tout baa at aon exageration daa cir-oonatances qu'elle est an train da depelndre. la Bruyare nous parla da ces oaraotarlstiques dans son chapitre, Daa Ouvrages da l'Eeprit ou 11 pretend qua las femmes sont superlauraa aux homraes dans la domains das lettres: "Ce sexe ya plus loin que le notra dans la genre d'eorire," dit-il, "aliastrouvent sous laur plumes daa toura at das expressions qui souvent en nous ne sont 1'effet qua d'un long travail at d*une penible recherche." ^ Puis nous A / trouTons dans la meme passage: "31 les femmes et&ient toujoura correctes, j'oserais dire que les lettres de quel-quBB unas d'antra allaa saraiant peut-etre ca qua noua avona dans notra langue da mieux eorit." Mais ramarquons qua "mieux acrit" na dit pas toujours "agreable* dont noua v070ns lea preuves an llsant las lettres moins frequentes mala plus oorrectes da Mme. de Maintenon, qui offrant un eontrasta frappant a eelles de la marquise de Sevlgne. La premiere ecrit bien das lettres mais a 1'exception de tras peu, eiies sont comme l'autaur - retenues, exaotes, concisea - "devotes", pour ainsl dire, domlnees par la raiaon, la caution at l*esprit positif da l'aorivain. II faut nous rappeler que Mme. de Msintenon est moraliste. Blla sa met naturallament a sermoniser et par consequent aaa lattraa brieves et pleines de raison ont un oaraotere lourd (1) La Bruyare. Les Car&oteres, d'apres De Broc. Les Femmes Auteurs. p. 2£. 25 et ennuyeux. Peut-etre sa correspondance aurait-elle plus de legerete si la veuve de Scarron avait mene une vie plus gaie. Elle etait certainement une exception a la regie generale et nous regrettons de ne pas pouvoir citer des lettres d'autres femmes de la haute societe comme Mme. de Ram'bouillet et ses filles, Mine, de La Fayette, Mme. de Sable pour montrer que le gout epistolier etait ranime en France par les femmes. In tout oas, que les lettres soient charmantes ou ennuyeuses, elles ont une valeur historique qufon ne peut nier. Qui ne prend plaisir a lire les pensees de ceux qui ont vecu a une autre epoque? IT* est ce pas connaitre mieux Q% av^e plus d'interet une periode que de s'appuyer seulement sur les livres d*}iistoire? Ces lettres que les etudiants de l'histoire sociale cherchent si avidement font penser a la grande valeur des memoires et comme nous sommes tres redevables aux femmes pour leurs causeries ecrites qui fournissent de petits details et des points de vue curieux. Elles nTexcellent pas a ecrire l^istoxre &fapres un plan conventionnel et methodique, mais elles ont le gout et le loisir d"ecrire agreablement leurs observations fines. Au sujet de la cour de Louis XIV. combien de recits intimes nous aident a connaitre a fond la vie a Versailles! ««• Parmi laa femmea, 11 y i oallat da toe. da MotteTllle, grande amle d'Aane d'Autrlohe, qui donne aaa eouvenira peraonnela da la reine at raoonte daa Matoirea qu'elle a ontendu da la bouohe da aa maitreaee on daa Tiatuc homroea da la cour. Puis MM, da Caylua, la nieoo da toe. da Main tenon none parle daae aaa Souvenlra d'un ton f&roilier Bur la regno flu Grand Monarqua. II 7 a auaai too. da La Fayette qui. dana aaa Memoirea eurj* Cour da Franoa at aa Via d*Henrlette d1Angleterre, none dapalnt d'un atyle meaure' ot pleina d'lronle laa peraonnagea las pina important8 a la cour. Daa prlnoaaaea comma La Grands Mademolaelle a'ooonpaient a * / daa memoirea auaai bion que les femmea de eondition ordinaire comma Mm©, da Steal de Launay • mala toutea, aolt qm'ellea appartlennent a la plua haute aoclete ou a la bourgeoele lnatruito, montrent laa memea qualitea femininea aaaa pretention at aana ambition at o*aat pourquol lea hietoriene at laa hommea de lettrea lea conaultent de plua aa plua pour avoir una connalaaenoe lntlme de l'epoque. / Quittona maintenant lea memoirea pour un autre v genre ou l1Imagination a une place plua lmportante. II aemble qua laa femmea aoient entralneea aaturellement vera la roman comma lectricee et comme autours. Sa parlant des lettrea nous avons remarque que la concision a'et&it pas un trait aalllant daa femmea en general • alors ll eat faoiie de comprendre pourquol ellea trourent le roman a lour gout. Iol ellea peuvent ae n 27. livrer a e'imaginer les evenaments. La contralnte qu*impose / /A la poesle n'existe pas et l'imprevu leur plait beaucoup, auBsi bien que 1*analyse des differentes nuances dans l'amour. Dans cette courte esquisse de 1"influence des famines, il faut nous borner aux deux romancieres les plus connues de notre epoque - c'est-a-dire Mile, de Scudery et lline. de La Fayette. Quand on mentionne le roman du dix-septieme sieole, beaucoup de personnes pensent immediatement aux ouvrages de dix volumes des Scudery, mais nous allons tacher de faire voir la raison que La Princesse de Cleves ne oesse pas de nos 3ours d'etre edite et traduite. Les romans interminables pleins d1intrigues romancees, d(amours Idealises, etaient deja en vogue quand Mile, de Scudery sous le nom de son frer© commencait a ecrite et a suivr© le plan conventional dans ses ouvrages - Le Grand Cyrus et La Clelie. L'Astree de d'XJrfe, publie en 1610, est un bon example des romans de ce genre, et il contient les aventures de i'auteur idealisees. Ce livre avait un succes enorme. Mile, de Scudery travaillait justement a oe type d'histoire, mais elle l'a change beaucoup en introduisant un grand nombre de conversations charmantes dans lesquelles elle brillait et voyait brillor les autres. Ces causeries et les portraits constituent la meilleure partie de ses romans. 26. Inaction propremest dite, y eat extremement oom-pllquee aveo tout© sort© d'hiatoires sans rapport i»une a l'autre at sans auoun interet. Cast Tallemant des Reaux qui a bien dit: "II n© faut charchar dans la Cyrus que 1© oaraotero d©a personnes, leurs actions n'y sont pas* (1) Boas avons deja fait quelques remarques sur l'art de la con versation - il reste a dire que les causeries qu'on renoontre Bi aouvent dans les roznans de Mile* de Scudery sont fort semblables a oelles dans la vie reelle, si quelques unes n'en etaient pas de vraiea reproductions* En tout oas elles sont tr©8 curieuses a lire and nous donnent une bonne idee des conversations preoieuses de l'epoque. Les portraits, dont nous allons parler un peu plus loin. Boat l'autre element du charme. lie sont bien interes-sants oorame litterature, oar Mile, de Soudery se montre psychologue dans l'analyse et le developpement des sentiments, at aussi a oauae de leur haute valeur historique, malgre le fait que la belle romanciere donne des descriptions trop flatteuses de ses amis et semble a'abandonner frequemment a son imagination aotive. C'est la precisement son plus grand defaut - elle trouve impossible d"observer aucune regie d'ordre* L'exoes de preciosite commence a ennuyer le lecteur qui Be demande en meme temps si toutes les dames possedaient eette "merveilleuse beaute" et ce "tour d'esprit admirable" (1) Tallemant des Beaux d'anres Cousin I. p.17 La Societe' du Disc-Septieme Siecle. E9. que Mile, de Soude'ry ne se lasse pas de deorire. Mais ses ouvrages seront lus toujours a oause des renaeignements / / A f curieux fournis sur une sooiete extremement preoieuse. Stt longs volumes nous evtrtissent aussi du grand role que let intrigues galantes et amoureuses allaient Jouer dans le roman francais, oar soit qu'on traite les passions de i'amour en Carte de Tendre ou d'une fa^on plus ordinaire, ce aont les meaes sujets qui ont interesse les lecteurs de romans en France. OB rolt l'amour traite autrement par une femme plat raisonnable - nous voulons dire Mme. de La Fayette, Celle-oi n'ignorait pas ses limitations et finalement o'etait a cause d'elles qu'elle a pu donner un modele du typt olaesique. Elle savait qu'elle ne pouvait Jamais ecrire At romans dt dlx volumes. Ses talents et ses gouts 1*entrain-a rent vers des ciioses plus concises et c'est pourquol elle tt ait a preparer petit a petit son chef d'oeuvre. La Comtesse de Tende, La Prinoesse de Montpensier tt Zalde n'etaient que des debuts qui aiderent l'auteur de perfectionner son idee d'un roman fonde sur un aveu. Certes, tt n,ttait pas un sujet tout a fsit nouveau et Jtma . de La Fayette n'est pas la creatrice du rom&n psychologique, car il y to avait un au seizieme siecle par Helisenne de Crenne appele Les Angoisses douleureuses qui procedent de 1'amour. Bile n'etait pas non plus le seul eorivain a l'epoque de publier un roman connu pour sa brievete. Mais 30* la chose important© c'est qu'on peut dire que toe. a© La Fayette donna une nouvelle place a la psychologie en basant sur un seul incident tout le charme ©t 1'excellence de son roman. L'areu est oertainement l'idee principal© du livre et o'est aveo eette pensee que lTauteur prepare si soign-eusement la scene et qu'elle ne mentionne pas le nom de Dieu. L'Herolne ne peut se fier meme a sa mere au temps de l'areu et comae les caracteres de Corneille, elle est forcee a lutter seul© contre son inclination. Impossible ici de traiter en detail l'qeuvre d© Mme. de La Payette, mais nous allons faire mention de quelques qualite's de la romanciere qui nous ont frappe^par leur nouveaute. Dans La Princesse de Cleves, le3 heros ne sont pas dee rois puissants ou de grands guerriers - mais au contraire, les personnages principaux sont des membres de la societe polie et les incidents sont tires de la vie ordinaire du beau monde. Les personnages semblent plus reels, parcequ'ile agissent avec un "naturel" merveilleux qui donne encore des preuves de la fine psychologie de l'auteur. Celle-ci sait employer mieux par exemple les silences qu'aucun ecrivain de lTepoque, - "lis demeurerent" dit-elle en parlant de M. et Mme. de Cleves, "quelque temps sans se rien dire, et se separerent sans avoir la force de se parler. 'Un autre trait bien moderne se voit quar&l'auteur dit que (1) Itoe. de La Fayette. La Princesse de Cleves. p. 154. 31. Mme. de Onartres pria sa fille "non pas coinme sa mere raais oomme son amie de lui faire confidence" fcc.^1) La nature est deorite dans une ou deux passages, ce quTon ne pourrait dire de la plupart des livres de l*epoque et si Mme. de La Fayette n'en parle pas souvent c'est parce qu'elle est plus interessee dans les caracteres des personnes et I'analyse de leurs actions. Quant au vocabulaire, c'est tres limite et on ne A / peut s'empecher d'admirer i'haMlete d'une feinme qui sait resumer en peu de mots toute une situation. Citons une phrase qui donne un tableau de la cour de Louis UV. t "L'ambition et la galanterie etaient I'ame de cette cour et occupaient egalement les homines et les femmes." (2) Elle ©oatijme dans ce passage de decrire la vie a la cour, mais la situation generale est donnee dans les premieres lignes. On admire aussi ce style reserve, sans aucune affectation, ful nous fait dire qu'une dame n'est pas "hale" et que le marechal de Saint-Andre avait Hune grande delicatesse pour sa table et pour ses meubles.'* (5) Donner d'autres details serait ecrire tout a fait en bourgeois. / / Le livre marque une vraie etape dans 1'evolution 4u roman franeais par 1*analyse fine et approfondie des (1) lime, de La Fayette. La Princesse de Cleves. p.El. (2) • • " w " " " " p.19. (S) tt • « " " ww p.1052. sentiments en general, et en partieulier de la fierte et la jalousie dans 1*amour, et enfin par le "naturel" que l'auteur introduit dans sa petite histoire. La popularite de la Princesse de Cleves s*est montree du vivant de Mine, de La Fayette jusqu'a nos Jours par le nombre d*editions et traductions qui apparaissent. Mais il faut quitter malgre nous la charmante romanciere pour examiner un peu les portraits. Ce sont des esquisses qui ressemblent aux "pen-portraits" des anglais, mais les franqais du dix-septieme siecle qui en etaient fous, ont donne au genre des traits essentielle-ment francais et une vogue inouie. lous savons que 1'aristocratic qui avait du leisir, s'amusait a faire des portraits. Les galants en eomposaient pour les dames et celles-ci les faisaient aux petits $evx ou l'on demandait quelquefois des portraits oomme gages. Dire qu'ile circulaient dans les salons est una preuve que les dames s'y melaient et se plaisaient \ les endourager. C*etait un passetemps qui amusait toujours la societe des salons et les femmes en partieulier, qui aimaient a decrire leurs amis, a faire passer ces descriptions a d'autres membres de leurs salons et de se peindre elles-memes en prenant des noms fictifs. Voici quelques auteurs qui nous ont laisse des portraits: Mile, de Scudery, Mile, de Montpeneier, Mme. de La Fayette, La Comtesse de Bregy, la Comtesse de Fresque, 33. la Comtesse de Maure, la Duchesse de la Tremoille et l'abbesse de Fontevrault. Ajoutez a celles-oi d'autres femmes dont nous ne possedons pas les essais et un plus grand nombre qui ont du oertainement avoir une influence sur le genre par les critiques et lfencouragement qurelles offraient avant la publication des esquisses. La Duchesse de Montpensier est bien connue dans la litterature pour ses Divers Portraits et sa Princesse de Papnlagonie qui, malgre son titre de roman, renferme des portraits de differentes sortes. A ses reunions au Luxem bourg on oommenoa la composition de ces petites esquisses ©Offline passe-temps, mais peu a peu elles devinrent des moteles litteraires et en 1659. Segrais les publia sous le nom de "Elvers Portraits". Le succes etait instantane. Plusieurs editions se suivant en peu de temps, la collection senrlt d.1 appal au nouveau genre et le mit plus en vogue. La Princesse de Paphlagonie, imprimee aussi dans la meme annee, a quelques elements du roman allegorique, des memolres et des portraits. Son sujet est les intrigues et les moeurs de la oour de Mile, de Montpensier et le petit livre nous donne des details curieux sur Mme. de Sable et son amie la Comtesse de Maure, racontes dans un style souvent burlesque. Mais la femme qui a fait la plus grande quantite de portraits est Mile, de Scudery et il serait peut-^tre in-teressant de voir ce qu'elle apporta a cette nouvelle forme 34. litteraire. Certes, nous en trouvons partout dans ses longues histoires et c'est souvent la raison pour laquelle / / / A le lecteur, ennuye des recits qui n»ont pas d'interet, et sur le point de quitter le livre, continue a le parcourir. Uous pourrons facilement nous imaginer le plaisir qu'eprouv-aient les modeles a se reconnaitre eux-memes et a deviner leurs amis sous des noma fictifs. II est certain aussi que les bourgeois de la capitale et les "peeques provinciales" aohetaient avidement les romans de Mile, de Scudery pour A avoir une connaissance in time des moeurs et des coutumes du oeau monde. Mais l'etudiant qui oonsulte ces portraits dans le but de connaitre les modeles doit prendre garde de ne pas croire attz sens literale lorsqu'il s'agit des descriptions tres flatteuses. On remarque que M. Cousin dit que les portraits dans le Cyrus sont "un peu emoeiiis". Apres la lecture de quelques-uns ,OB serait tente de dire qu'ils sont "extremement embellis" selon la facon dont la romanciere glisse sur les defauts ou n'en fait pas mention. Cela diminue la valeur historique des romans, mais quant a l'aspect litteraire, on risquerait A / / manquer de politesse et de bon gout si on etait trop realiste. II est amusant de voir comment Mile, de Scudery deguise sa laideur en disant qu'elle est "de taille mediocre, mais si noble et si bien faite qu'on ne peut y rien desirer", alors tout un passage sur ses yeux vifs et attrayants et puis 36. aoufl trouvons qu'elle a "le visage ovale, la bouche petite •t incarnate et lea mains 9i admirables que ce sont en effet dee mains a prendre des coeurs#" *1' Bile ne se traita pas trop severement pour une femme a laquelle la beaute manquait: On ne peut nier que lfexageration soit un defaut, mais defaut tres naturel apres tout, car bien des personnea en se peignant, aimeralent se falre plus belles que dans la vie reelle, et malgre lea fautes de ce genre, les portraits de Mile, de Scudery sont d'une grande valeur pour 1'etudiant de la vie sociale au dix-septieme siecle en France. lis meritent partioulierement son attention depuia la decouverte de la clef - guide auquel on ne doit se fier entlerement mais fai a ete d'uae assistance enorme a placer les personnages dans la soolets de Prance. Les portraits dans le Cyrus sont beaucoup mieux que oeux t v \ \ dans la Clelie ou la scene est a Borne et ou des homrr.es comme Brutus et SPullie sont forces a agir en francais de l'age de Louis XIV. Mais examinons un peu la methods employee par Mile. / A ^ de Scudery. C'est presque touJours la meme - elle oonsidere premierement les qualltes physiques, puis les qualites Intel-leotuelles et finalement les qualites morales. Voioi le portrait en abrege de Mile* de Tandy, sous le nom A (1) Idle, de Scudery, Le Grand Cyprus, d'apres Cousin, La Socie'te du Dix-Septieme Siecle, II. p. 125. 36. de Telagene: "Bile etait de taille mediocre, mais bien faite; elle avait les yeux grands et bleus elle avait le teint uni et vif, le visage en oval et les cheveux d*un chatain si clair et si beau qu'on eut pu les dire blonds," Ensuite allusion aux qualites intellectueiles: "Bile n'avait pas seulement beaucoup de beaute, beaucoup de douceur et beauooup d'esprit, elle avait encore la memoire rempli de tout ce qu'on avait ecrit d'agreable dans toute la Greoe; et depuis Hesiode jusqu'a Sapho — rien n'avait eohappe a sa curiosite de tout ce que les Muses avaient produit d'excellent," Puis on loue sa grande lecture, sa facilite de bien ecrire, sa douce conversation et on finit l'esquisse en ajoutant: "mais ce qui etait encore fort estimable en Telagene o'est qu'elle avait l'ame infiniment tendre a l'amitie, et toutes les inclinations si nobles et si portees a la veritable vertu, qa'elle etait incapable de faire jamais rien qui l'en put tant soit peu eloigner."* ' En pareourant l'ouvrage, le lecteur remarque que quelquea portraits sont beauooup plus vagues que les autres. On trouve, par exemple, que la belle dame dont il s'agit est "d'une beaute eclatante" - "elle a les cheveux blonds", les yens bleus et son teint est "d'une blancheur merveilleuse" ce qui ne nous donne pas une idee tres claire de sa personne. L'explioation de oes descriptions vagues se trouve dans le / A fait que l'auteur est en train de decrire des etres imagin-(1) Mile, de Soudery, Le Grand Cyrus, d'apres Cousin. La Socie'te'du Dix-Septixeme Sievole, I. p. 209. 3f. aires qui existent seulement pour exprlmer des ideas* Quant au style des portraits de Mile, de Soudery, o'eat un tras bon exemple du style raffine et extremement ' v \ A praelaux da la dernlere partie du siecle et roeme celui qui sa moque da 1'affectation est force a admirer l'artiste qui salt peindre si delioatement une multitude de nuences que la grande majorite des personnes ne remarqueraient pas ou ne pourr&ient distlnguer que lourdement. On est frappe aussi par la diversite des portraits qui nous decrivent non seule-A \ ment lea grandea dames, las honnetes homines, ies poetes, les abbes, lea religieuses, mais plusleurs bourgeoises de province dont Idle, de Soudery avait fait la connaissance dana aea voyages avec son frere. Mais, outre la valeur propre de oea petitea aaquisaaa da Mile* da Soudery et aea amis, on doit ae rap-paler qu'allea aervaient de modelss et donnalent de 1"inspira tion aux plus grands eorivalna comme Saint Simon et La Bruyere qui out apporte au genre des elements nouveaux et l'ont perfectionne Juaqu'a ce que les portraits recussent leur forme generalises sous le nom dea "Garacteres" de La Bruyere. Lea moralistes et les auteurs de romans n'etaient pas lea seals a faire dea portraits. Boileau dans sa satire afflrme qu'on peut en trouver dans lea aermons de8 predicateurs. "louveau predicateur, aujourd'bui, Je l'avoue, Boolier on plutot singe da Bourdaiona. Je ma plala a remplir mas sermon a da portraits," Cas eaquiaaes das hommas da l'spoque ae montrent frequemaent dana la predication, Bourdaloue surtout avalt du talent pour oela at lima* da Sevigne an parla dana una allusion a la / conver8ion da Treville: "L*autre jour 11 {Bourdaloue) fit j troia points de la ratraita da Treville; 11 n'y manquait qua la nom; mail 11 n'en etait pas besoin."*1) On n'avait pas de la diffioulte a reoonnaitre lea peraonnalites an ohaire, partioulierement quand les pradioataurs araiont l'habitude de farmer les ysux pour parler tree franohement et os pas voir les fronoements de souroils de oeuz qu'ila peignaient. L'eloquence da la ohaire arait, au dix-aeptieme eieole una vogue pour le beau monda dona l'ldee du aalut das amas n'^tait pas touJours la cause. Bn effet, lea ssrmons dereoaient das chefs-d*oeuvre de litterature et o'eat grace, an grande partie, a 1"influence des femmes que la forme de la predication fut portee a un al haut dagre da perfection. Celles-ci etalent certainement oapables de Juger da oes fines descriptions, oes penaees delioatas et emouvantea, at ellea s'y mettaient a juger toua les sermons qu'elles allaient entendre - aoit a JSiotre Dame, a Saint-Sulpice ou dans n*imports petite eglise ds osmpagne - partout ou elles ss (1) Lettre de Mme. de Sevigne du jour de Hoel, 1671* trouvaient le dimanche et les grandes fetes. Les femmes avaient 1'esprit critique et railleur et ne se faisaient pas de sorupules de ridiculiser les sermons me'diocres - mais d'un autre cote si elles les trouvaient bons <- il n'y a pas de limite aux louanges. Voici comment parle Mine, de SeVigne7, qui ne peut trouver pour le moment des mots pour exprimer ce quTelle pens© d'un sermon - "Le Pere Bourdaloue pr&che: bon Dieul tout est au-dessous des louanges qu*il merite.™ ' Pour ©lie c'etait le Grand Pan - le predicateur qui lui plait le plus. Heme avant la fin du siecle, ou le beau monde, en se faisant devot, allait entendre les sermons, on y assistait pour eprouver un plaisir melange' base sur l'artistique et I'estfletlque, 1*emotion et le grand souci de la forme dans les expressions. Laissons parler l'aimable Mme. de Sevigne, digne representante des femmes qui ont du avoir una influence indirect© mais puissante sur 1*eloquence de la chaire. Au su^et de l'oraison funebre de Mme. de Longueville, elle e'orlt: "K. d'Autun (son ami, le per© Gabriel de Roquette) fit aux Carmelites l'oraison funebre de Mme. de Longueville ^ /A morte a Port Royale, avec toute la capacite, toute la grace et tout© l'habilite dont un homme puisse ©tre capable C'etait un prelat de consequence, prechant avec dignite, et parcourant tout© la vie de cette princess© avec une adresse (1) Lettre de Mme. de Sevigne du 11 mars, 1671. 40. ineroyable, passant tous les endroits delicats, disant at ne pas disant tout ce qufil fallait dire ou taire." Quant a 1* emotion, nous en trouvons Men des references dans sa correspondance. A propos de lloraison funebre de M. de 0?urenne par Mascaron, elle dit, par exemple: "II y a des endroits qui doivent avoir fait pleurer tous les (2) assistants."1 ' Une autre fois le Marechal de (Jrammont a ete si "transporte" de la beaute d*un sermon qu*il sfecria tout a coup: "Mordieu* 11 a raisonl" et l*epistoliere ajoute, concernant les pre dicateurs de eampagne qu'entendent les Grignans; "Je ne crois pas de la facon dont vous me depeignez vos predicateurs (rx) que si vous les interrompez, oe soit pour les admirations."1 ' V Elle plaint sa fille qui n*a pas ^occasion a entendre Bourda-loue et Mascaron et elle dit ironiquement: "Comment peut-on aimer Meu, quand on n1entend jamais bien parler? II vous faut des graces plus particulieres qufaux autres."1 ' abusons des citations, mais nous voulons / encore en donner une ou l'auteur sent quelle n'a pas profite de la matiere d'un sermon: "Si nous Savons pas Men fait A x nos Paques, ce n*est vraiment pas la faute du Pere Bourdaloue jamais son zele n'a eclate d'une maniere plus triomphante; j*en suis charmee, jfen suis enlevee et cependant je sens que (1) Lettre de Mme. de Sevigne du 12 avril, 1680. (2) «* • • " " du 27 decembre, 1675. (3) A" " * " " du 1 avril, 1671. (4} Meme lettre. 41. mon ooeur n'en est plus echauffe et que toutes les lumieres dont il a eolaire mon esprit ne sont point capables d"operer mon salut. Tant pis pour moil Cet etat me fait beaucoup de frayeur." »^' II faut nommer seulement d'autres grands predicateurs comme Maecaron, Bossuet, dont les oraisons funebres sont des chefs-d'oeuvre d*eloquence et de rhetorique, l'abbe' Anselme, le pere Soanem, le pere Gaillard, le pere la Rue, le pere Archange et Fleohier. Oe dernier montrait plus de preoiosite que les autrea et on a dit que o'etait une preuve de 1'influence de l'hotel de Rembouillet, mais comment cela se fait-il, puis-que Flechler n'avait frequente l1hotel que vers la fin du sieole quand la Marquise etalt vieille et souffrante? Les manieres et lee expressions pre'cieuses qui se montrent si frequemment dans l'oeuvre de Flechler etalent apprises dans la jeunesse da predicateur quand 11 assistait aux oours d'un homme ridicule qui s'appelait Le Sieur de Riche-Source. Celui-cl etalt un charlatan qui s'inte'ressant surtout a la bourse de see eleves, tenait son "Academic des Orateurs* (il ne voulait pas le nom d'ecole) pour instruire les jeunes gens dans toutes les finesses de la predication. Riche-Source nous fait penser aux "Correspondence Schools" de nos jours qui promettent de nous enseigner tant de choses en si peu de temps. II avait aussi "une methode courte et facile" pour (1) Lettr© de Mme. de Sevigne du 20 avril, 1683. enseigner la logique, la metaphysique, la physique et la morale a eeux qui etaient assez betes *de venir le voir et de le oonsulter aveo assiduite." Sous savons aussi que Pleohier etait grand ami de Conrart et des habitues des reunions de Mile, de Scudery, qui explique son gout pour les petites affectations, mais la chose curieuse, c'est qu'en depit de oes influences il est reste un des plus grands orateurs du siecle. Passons main-tenant de la chaire au domaine de la philosophic pour voir si les femes s'interessaient en quelque faoon as ce sujet. Dans une societe ou parmi beaueoup de choses frivoles on touchait de temps a autre aux idees philosophiques et morales, 11 it*est pas etonnant de trouver des femmes eritiquant ee genre de la litterature. On en voit qui se melatent elles-aemes d*ecrire des Maximes et un plus grand nombre qui, ont exerce une influence indireote mais tres resile par 1'encouragement des auteurs et par la critique desinte'ressee des ouvrages, C'est a Port^Royal qu*on trouve nn petit groupe de personnes frequentant le salon de Mme. de Sable et ohangeant toute l'histoire des Maximes. II y a tou^ours eu des hommes comme Montaigne ajii nous ont donne leurs reflexions sur la vie, mais grace aax femmes les Maximes ont pris une importance nouvelle dans la litterature francaise et une vogue remarquable dans la societe. Prenons le cas de La Rochefoucauld, Est-ce qufil (1) Hi one-Source, extrait des Disc ours Acad emi que s, d"apres Pabre. La Jeuneese de Pleohier, I. p.30. W' 43. serait aussi satisfait de ses "sentences" si elles n'avaient pas passe sous les yeux critiques des femmes? On sait 1"influence qu*a du avoir sur lui Mme. de La Fayette et on lit qu'on se reunissait souvent chez Mme. de SaMe' dans son appartment a Port-Royal. Ici elle invitait ses amis du "beau monde, ou s1ensevelissait quand elle voulait dans la solitude pour faire ses devotions jansenistes en donnant des ordres de ne pas laisser entrer meme ses amis intimes. Mais la jansen-iste, Men qu'elle fut Men devote, ne pouvait pas s'empecher de se souvenir des jours ensoleiles de sa jeunesse et elle trouvait du plaisir a voir ses anciens amis se reunir chez elle pour sramuser et donner leurs opinions sur mille aspects de la vie d'apres leurs experiences a eux. L'hotesse avait du talent pour le genre des Pensees - son esprit raisonnaMe et poli l'aida a penser clairement et exactement et puis de donner a ses idees une forme precise. Outre ses Maximes, Mme. de SaMe nous a laisse BL"education des Enfants" et w3)e l'-Amitie". Le dernier ©uvrage est une vraie serie de reflexions et de pensees dans lesquelles elle defend lfamitie contre son ami La Rochefou-oauld qui pretend que l'interet est toujours la "base de 1*amitie. Pour prouver que les Maximes de La Rochefoucauld etaient composes sous les yeux, pour ainsi dire, de Mme. de Sable et ses amis, nous n'avons qu*a consulter ses lettres et celles du due de la Rochefoucauld. Dans une lettre qui f "*<± • n'a pas de date, le grand moraliste demande a son ami Esprit de montrer ses "dernieres sentences" a Mme. de Sable. ^' Une autre fois il dit a Mme. de Sable: "Yoila encore une maxime que je vous envoie pour joindre aux autres. Je vous suplie de me mander vostre sentiment des dernieres que je vous ay envoiees. Vous ne les pouvez pas desaprouvez touttes, car il y en a beaucoup de vous."*2' II lui demande meme une fois: "je vous suplie tres humblement de me mander ce^qu'il faut changer a ce que je vous envoie." Et puis, on trouve a la fin de cette lettre une liste de quinse maximes que son amie va oritiquer un peu plus tard. * ' Aux reunions du salon de Mme. de Sable, nous trouvons aussi 1'abbe d'Ailly dont les maximes sont assez medicares, mais qui ne perdait pas de temps a publier celles de son hotesse apres sa mort. II y avait Esprit qui nous a donner des maximes en prose et en vers et qui etait beaucoup respect© par La Rochefoucauld. Nous y trouvons aussi l'aus-tere Domat qui met ses opinions dans ses Pensees et d*autres homines plus grands, comme Pascal, Perier, licole et Arnaud dont nous ne possederions pas les ouvrages si les femmes n'avaient pas donne l'essor a ce genre litteraire. Ces hommes ecrivaient pour plaire aux femmes. Oela se voit clairement dans le Discours sur les passions d'amour de Pascal qui nous fait penser a la belle galanterie (1) lettre de La Rochefoucauld d*apres Cousin. Mme. de Sable, p. 505. (2) • * tt » . •:• « p# 519# (3) « w * v w * p. 512, 4G« du oerele de Mme. de Sable et, quant aux Pense'es, nous sarons que de 1668 a 166S pendant que 1'auteur etalt en train de lea eerire, lui et ses amis frequentaient le salon de Mme. de Sable• Au sujet des famines, on peut dire qu'ellea / V N . V etaient tres sinceres dans ce qu'elles avaient a dire sur les pages soumises a leurs yeux. La comtesse de Maure con-damne les reflexions de La Rochefoucauld et la princesse de Guymene Anne de Rohan, envoya une censure si severe a Itoe. de Sable ooncemant l'oeuvre de La Rochefouoauld qufelle veut l,avolr encore pour 1'adoucir et oter quelques passages dans la erainte que Mme. de Sable la communique a son ami* D'autres membres de cette aimable compagnie sont la Duchesse de Liancourt, i.e. Jeanne de Schomberg, Marie d'Hautefort et Marie Bleonore de Rohan, abbesses . La Rochefouoauld envoyait ses maximes a cette religieuse et elle loue sa penetration et f . K i sa delicatesse mais ne laisse pas de s'opposer a son idee que le temperament des femmes fait toute leur vertu. Enfin le grand moralists etait fort redevable a son amie Mme. de La Fayette pour son encouragement, mais celle-ci nfapprouve pas le systeme de La Eochefoucauld en disant que "toutes les personnes de bon sens ne sont pas si persuadees de la corruption generale que l'est M. de la Rochefoucauld."*1' Quant a I'hotesse elle-meme, qui trouvait du plaisir a encourager et a donner une forme plus exquise aux (1) Lettre de Mme. de La Fayette, d'apres Cousin. Mme, de Sable', p. 158. 46. Pensees, 11 vaut la peine de jeter un coup dToeil sur ce qu'elle a ecrit. II faut avouer que malgre tout ce qu'elle a fait pour les Maximes en general, la plupart des siennes sont mediocres, mais on en rencontre quelques-unes qui sont "bien frappantes comme celles-ci: "Etre trop mecontent de soi est une faiblesse; etre trop content de soi est une sottise." "Le 'comment fait la meilleure partie des choses." Le vrai titre a la gloire de Mme. de Sable consiste dans son influence bienfaisante en groupant autour d'elle et ses charmantes amies des hommes comme La Rochefoucauld et Saint-Bvremond et d*avoir donne l*essor a ce genre de reflexions. II faut admettre que le style de La Rochefoucauld, malgre l1influence de ses amies, est vraiment a lui et que l'ecrivain avait le gout pour polir et vrepolir son travail mais il n'oubljait pas de passer ses Btaximes a Madame de Sable, qui a son tour les repassait aux autres membres de sa societe. Mais nous ne sommes pas tentes a eroire que les belles dames passaient trop de temps a moralise? et a discuter des idees philosophiques car il va sans dire que la plupart d'entre elles preferaient lTharmonie des vers et la delicatesse des sentiments qui se trouvent dans la poesie. Tout le monde sait que les femmes du dix-septieme siecle ont brille dans les lettres, les memoires, le roman et les portraits - qu*elles nous en ont laisse des modeles. Mais en considerant dfune maniere superficielle le drame et la j A poesie on se demanderait peut-etre ce qu1elles ont fait ici, 47. oar les noma auxquels on pens© immediatement eont Coraeille, Racine, Boileau, Moliare, La Fontaine, Chapelain, Conrart et Toitnre. La reponse se trouve dans la question: "H'est-ce pas aroir de 1*influence sur les chefs-d^euvre en les inspirant?" Le talent du plus grand poete ne lui sert a rien si 1»inspiration n*exists pas et la meme chose e'ap-pllque egalement a l'egard de l'art dramatlque. Une autre ehose o'est qu*il est impossible de ne pas croire a la col laboration reelle et continue des femmes pendant le temps de la composition des ouvrages si on examine un peu^a Tie des eerivainB. Coraeille, par exemple, etait un des habitues de lfHotel d© Rambouillet. II y lit toutes ses pieces avant de les publier ©t quand le Cid reeevait une critique severe de Seorge 4© Scudery, l1 Hotel se declara ouvertement du cote d© Comeille. Eais les reunions de Madame de Rambouillet en representent bien d'autres qui servaient de rendez-vous aux pootes et les aidaient a gagner la faveur du roi. La Bocheese d© Bouillon n'aurait pu inspirer des oouvres tres morales mais ell© aida La Fontaine, Haoine et Boileau a se A f v fair© connaitr© en les presentant a ses soeurs la duchesse 4© Mazarin et la comtesse de Soissons, qui a leur tour les / \ \ prasenterent a Varistocratie de Paris. Moliere subit 1*influence des vraies precieuses dans plusieurs pieces qui n'ont pas la grossierete des prem-ieres farces, et quant a Racine, celebre surtout pour la 48. V / peinture des oaracteres feminins, les dames lui ont oertaine -ment servi de modeles, et dfinspiratrices. Prenons encore le oas des deux drames, Esther et Athalie - l'auteur ne nous les aurait donnes sans la demande de Mme. de Maintenon et ses amies de Port-Royal. En regardant la question ge'ne'rale de lfinfluence des femmes sur le drame, il est assez difficile de dire exaetement oe qufelles ont fait mais leur influence existe toujours dans lfinspiration des pieces, I'assistance mater-ielle et intelleotuelle fournie aux auteurs et le ton no"ble et eleve des grands drames de I'epoque. Comme arbitres du gout, les femmes insistaient sur la peinture des qualites morales et ideales. On dit souyent qu'elles le faisaient trop an se mettant a eritiquer Polyeucte a cause des person-nages sacree qui se trouvent sur la scene, et quelques earaoteres de Baeine pareequ'on voit ohez eux le devoir ceder V A f a la passion. Peut-etre les dames etaient-elles un peu trop severes a l*egard du theatre, mais les grands dramatistes v avaient soin de soumettre leurs pieces avant de les publier, aux critiques feminines, sachant bien que si leurs oeuvres reoevaient les louanges de leurs charmantes amies, elles ne pouvaient etre mediocres. Dans le domaine de la poesie nous voyons La Fontaine prenant des sujets pour ses tables d*une femme du treizieme sieole, Marie de Prance, et esperant plaire a l'imagination feminine de la haute societe par ses contes 49. peuples d'animaux. Hous trouvons aussi la poesie legere cultivee dans les reunions de Mile, de Scudery par Conrart et Chapelain les fondateurs de l'Academie, et par des hommes comme Voiture, Godeau, Menage, George de Scudery, Pellisson, Sarasin, Isara, Raincy et Men d'autres qui s^ccupaient tous de madrigaux, sonnets et petits vers "badins. Dans cette compagnie il y a nul grand poete - cependant lew membres en ecrivant ces poesies legeres pour plaire a leurs hotesses ou pour s'amuser eux-memes, contribuaient certainement au developpement et a la perfection de la forme poetique. L*influence des salons sur la poesie francaise est indirecte comme nous l'avons vu a l'egard du drame, sauf dans les cas de quelques femmes comme Madame Deshoulieres et la Comtesse de Suze, dont les poesies meritent notre atten-\ f A tlon. la premiere, habitue©de l1Hotel de Rambouillet et amie des deux Corneille, eerivait des vers qui nous font penser a l'epoque avant le regne de Louis XIV. et quelques-uns sont encore cites en proverbes, comme par exemple ses lignes sur le jeu: "On commence par etre dupe, On finit par etre fripon." I1' Madame de Suze avait du succes aupres des critiques, car Boileau est force de louer ses elegies et Voltaire la nomme comme une des personnes celebres du Grand Siecle. Mais ces (1) Mme. Deshoulieres, Reflexions Diverses, d'apres De Broc. Les Femmes Auteurs. p.83. 60, deux ferames sont des exceptions dans une societe/ qui so pique de sa grande contribution aux vers francais par 1»inspiration, 1* encouragement et la critique, Bassons raaintenant a la question de la langue pour voir les changements qui avaient lieu au dlx-septierae siecle. Au temps de Montaigne et la Pleiade, les auteurs montrent encore 1*influence de la Renaissance. Dans leurs ouvrages 11 y a beaucoup dfallusions classiques et nous sentons que la Renaissance est assez proche. Kous y trouvons aussi des tournures curleuses et un grand nombre de mots etoarmants comae "livreeque" et •feoldatesque" qui n1 existent pas de nos Jours, et quand on compare cette maniere de parler a la notre, on est frappe Immediatement par un style tout-a-f*lt different* II est evident alors que le langage a beaucoup change. Mais si nous regrettons 1'absence de quel-ques vleux mots que nous avons admires ches Montaigne, 11 faut nous rappeler que la langue du seizleme siecle avec tt i toute sa force et sa varlete avalt grand besoin de la preois-loa, la clarte et la delicatesee. Plus tard, au temps de la paix, quand les membres de la haute soclete eurent beaucoup 4e loisir, nous trouvons Madame de Rambouillet et see amis insistant sur la bienseance et la delicatesse du langage. Certes, nous ne voulans pas donner 1*impression que les habituees de l1 Hotel se sont propose la reforms de toute la langue francaise, mais la conversation des reunions prenait graduellement un ton plus poll que oelle de la cour 51. et en meme temps on commencait a s^xprimer avec plus de precision. Cependant il ne faut pas croire que la marquise et ses amis passaient trop de temps a discuter la valeur des mots. Hon pas1, car nous savons qu'elles voulaient de l'amusement, soit en jouant des tours aux autres membres, soit en dansant ou en discutant toute sorte de choses. II y a des personnes qui disent que ces con-versations ou 1'on se plaisait a critiquer les mots sont encore une preuve de 1*affectation des salons, mais ils oublient que ce n'etait pas seulement le passe-temps de Mile. de Scudery et un petit nombre de precieux.mais de toute la societe polie qui avait du loisir et du gout pour les choses de 1"esprit. Par exemple, des hommes qui nTetaient point precieux, comme le marechal de Beauvau et le chevalier de Boufflers, ne permettaient jamais dans leur presence une faut© centre la langue. De l1emulation et le desir de plaire des femmes comme Madame de Rambouillet on peut tracer la fondation de l'Academie franchise et la grande fierte que temoignent tous les francais quand il s'agit de leur langue. I»es auteurs se moquent generalement de l'Academie dans leur; jeunesse mais plus tard leur grande ambition est de se trouver dans l*auguste assemblee. L*influence des femmes se voit certainement dans I'etablissement en 1625 de l'Academie par des hommes comme Conrart, Ghapelain et Godeau, tous habitues des salons, qui se donnerent comme hut la purete de la langue. Et quant aux 5ft. ehangements operas dans 1© style de Holier© et Voiture * un exaaen rapide du developpement de letirs outrages stiff it pour montrer qu'ils ont appris a laisser de cote beaucoup des grossieretes qui se montraient sous le nom de naivete. Mais, outre la fondation de l^oademie et la defense de la erudite', nous sommes redevables aux femmes pour Men dTautres ehoses a l'egard de la langue francaise et nous devons nous souvenir toujours que Koliere, Boileau et Racine n'ont fait que continuer depuration du langage comnencee dans la premiere partie du siecle par Jtae. de Sevigne, Mme. de Barabouillet, Corneille, Pascal et leurs amis. Jetons un coup d'oeil sur d'autres aspects de ' > it 1*influence des precieuses en general, car vraies ou fausses, olios ont ete la cause dfinnovations blenfalsantes dans la langue. fious los voyons introduire des mots nouveaux comme •farionoement", "terriolement" qui viennent d1Italic, ou employer souvent de vieux mots francais comme ^amusement", •onjoue", qui nous font penser a Montaigne. Quelques femmes, salon Soaaize, travaillent a la simplification et a l'unifor-alte de 1'orthographe en epelant les mots selon leur son, par example "teste** devient "tete" comme do nos Jours, "hostel" "hotel", "goust" "gout", Le desir de plaire et 1'emulation &a s'exprimer gentiment, dont nous avons deja parle, inspir-aient les femmes, les poussaient a se oorriger continuellemant at lour donnaient le courage de hasarder de nouveaux mots et das aetaphores originales. 63, Sout le monde sait que les precieuses montraient eouvent tant de zele dans l'oeuvre de purifier la langue que V tuelfues-unes arrivaient a ne pouvoir parler que dfune maniere extremement affectee, mais on a tort de dire que oette faeon compliquee de s'exprimer est reproduite par Moliere dans Les Precieuses Ridicules, car le grand drama-tiste obtient ses resultats tres comiques en exagerant les niaiseries des precieuses. Quelques exemples suffiront pour aontrer comme il est difficile de o'uger la langue des pre-cieuseB dTapres le dialogue de la piece. Prenez 1'expres sion "donner dans" et y ajoutez "le vrai de la chose" et vous avez une expression doublement precieuse. Les termes ohaagent en valeur dans la "Douche de Cathos et de Magdelon, / A / / l«e plus indiff©rentes peuvent etre comiques et la repetition dea mote comme "tour" "tournure^ les rend ridicules. Les aetaphores, los periphrases et les images dont les precieuses sont folles sont exageres aussi dans la piece. La verite est fue les dames des salons parlaient "quasi une langue particu-v (1) Here". On ne peut pas le nier. Dans quelques endroits elles montraient plus d1affectation que dans les autres, mais grace aux precieuses en general, le style figure avec sa gran&e vogue dans la societe du dix-3eptieme siecle a eu une influence "bienfaisante sur la langue. Quel etudiant de l'epoque ne peut citer "le conseiller des graces", "les commodites de la conversation" &cf Si ces expressions nous amusent nous devons en meme (l)Expression tiree du Recueil de Mile, de Montpensier d'apres Hoy - Sorel. p. £75. 54. temps nous rappeler qu'elles etaient necessaires pour en-richir la langue et que petit a petit les meilleures ont pris 1"ascendant. Outre les tournures et les mots absolu-ment comiques, beaucoup n*avaient rien de ridicule excepte' leur nouveaute et nous en voyons la preuve dans leur emploi frequent aujourd'hui. En effet, c*est lfusage qui consacre les nouveautes, particulierement dans le domaine de la langue ou les femmes sont les vraies arbitres. L'Academie avec son A aoin jaloux des mots est puissante, mais meme les grammair-iens se rendent Men compte que "dans les doutes de la langue, (1) il vaut mieux pour 1*ordinaire consulter les femmes.w Maiatenant, avant de quitter ces charmantes amies dTune autre period© que la notre, il faut penser encore pour un moment aux lignes de Prudhomme eitees au commencement de cette petit© esquisse. lous ne sommes pas d1accord avec le savant auteur de La Justice dans la Revolution, car les femmes, dont > i x le pouvoir n'a jamais ete plus grand qu'au dix-septieme Steele, ont eu une "bonne influence &ur la vie sociale et litteraire de l,epoque, quelquefois sous une forme directe et plus souvent sous une forme indirecte qui est gssez difficile a decrire. Ce que nous avons dit dTune facon fort Danale a ete traite bien des fois par des personnes plus capables de le faire. On pourrait passer des annees a developper les differents aspects de l'influence des femmes 55. mais eette esquisse incomplete servira peut-etre a montrer .premierement que les femmes ont joue un tres grand role dans A l'age lie Louie XIV. et puis que leur influence apporta non pas tuae decadence dans la societe et la litterature, mais un teyeloppement et ua progres extraordinaire qui font la gloire 4e L'Age 4"Or de la France. S'il est vrai que la Revolution Francaise oommence a une epoque ou les femmes dominent l'etat, nous ne devrfans outlier qu'apres les horreurs de cette periode, o'etalt dans les salons du dix-neuvieme siecle que la societe polie se reunissait de nouveau pour s'interesser a la litterature. BIBLIOG&APHIE Aahton. H. Mme. de La Payette - Sa Tie et Ses Oeuvres. Cambridge, 1922. Bertaut. J. La Litterature i'eminine d'Aujourd^ui. Paris, S.D. Bertaut. J. La Jeune Fille dans la Litterature Franoaise. Paris, S.D, Brunetiere. F. 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