Open Collections

UBC Theses and Dissertations

UBC Theses Logo

UBC Theses and Dissertations

La societe francaise au xviie siecle, d'apres la comedie en dehors de Moliere, et d'apres les romans Portsmouth, Madge 1928

Your browser doesn't seem to have a PDF viewer, please download the PDF to view this item.

Item Metadata

Download

Media
831-ubc_1928_A8_P6_S6.pdf [ 39.72MB ]
Metadata
JSON: 831-1.0097756.json
JSON-LD: 831-1.0097756-ld.json
RDF/XML (Pretty): 831-1.0097756-rdf.xml
RDF/JSON: 831-1.0097756-rdf.json
Turtle: 831-1.0097756-turtle.txt
N-Triples: 831-1.0097756-rdf-ntriples.txt
Original Record: 831-1.0097756-source.json
Full Text
831-1.0097756-fulltext.txt
Citation
831-1.0097756.ris

Full Text

LA  SOCIETE AU  XVIIE  F R A N C A I S SIECLE  D'APRES LA COMEDIE EN DEHORS DE MOLIERE, ET D'APRES LES ROMANS BURLESQUES  par MADGE Portsmouth.  Thèse présentée pour le grade de MASTER OF ARTS au département des LAngues  MODERNS.  THE UNIVERSITY OF BRITISH COLUMBIA. APRIL, 1928.  AVANT PBOPOS. Dans eet essai nous employons le not "société" dans le sens le plus général: social."*  "état des hommes vivant sous des lois communes;  le corps  Cependant, nous aurons quelquefois l'occasion de 1*employer  dans le sens plxui étroit du "grand monde"; en ce cas» le contexte ne laissera aucun doute sur la signification du terme. "Dans un grand siècle, tout est grand" a dit Victor Cousin. Quand on considère la littérature du dix-septième siècle, le sentiment national, et le développement d'une civilisation raffinée et mondaine, on convient de sa grandeur incontestable.  Là, tout est grand, vraiment»  Et cette gloire devient plus éclatante encore par contraste avec l'aspect social de l'époque.  ''lus on lit les pièces, les sermons, les mémoires,  les romans, les lettres et les journaux intimes du grand siècle, plus on se rend compte qu'à bien des égards il ressemble au tempa présent : il n'est ni pire ni meilleur. Du côté de la vie sociale, en effet, le coup d'oeil est moins flatteur que de celui des idées, de l'art, et de la cultivation d'esprit. Ici, tout n'est pas grand.  On y voit la misère et l'oppression d'un  côté, un luxe insensé de l'autre, les injustices, les abus, l'exploitation des faibles par les forts, - enfin tout ce qui se montre encore dans le monde actuel,de méchant et de sot.  Somme toute, les memas sottises,  les mêmes méchancetés existent aujourd'hui.  ïta fait de morale privée,  nous ne sommes gu£re plus avancés qu'il y a trois cents ans; pour la  1.  Dictionnaire Xarousse.  morale publique, noua avons fait peut-être un peu de progrès.  C'est,  pourtant, en matière de confort, de communications, de liberté de l'individu, et de la propreté personnelles que nous avons, il me semble, le plus de sujet de nous louer aujourd'hui, en comparant le vingtième avec le dix-septième siècle* Néanmoins, il ne faut pas oublier que nos renseignements sur la vie de cette époque sont puisés pour la plupart dans les comédies, les romans, les sermons, et les mémoires.  Car, l'affaire d'un comédien est  de réprésenter les travers et les ridicules du temps en les chargeant quelque peu, en leur donnant du piquant et de la valeur dramatique* C'est ce que font Dancourt, Boursault, Quirsault et tant d'autres, sans parler de Molière, qui est hors de sujet dans cette thèse.  C'est le  cas aussi pour les romanciers, puisqu'il n'existe pas encore â cette époque le roman naturaliste comme nous l'entendons.  Scarron, Sorel,  Furetière, peignent la vie dans ses aspects vulgaires, banals, même Scabreux; leurs personnages  ressemblent d'ordinaire à ceux de la comédie,  un peu plus développés seulement*  Sans doate, en passant, ils nous  donnent des vignettes de la société piquées sur le vif, et l'on peut y voir de m i s caractères de la vie d'alors.  Cependant, en lisant les  romans et les pièces comiques, il faut prendre garde de se créer une idée exagérée des vices et des abus du siècle.  La vie paisible et  modeste de la plupart des Français d'alors se tenait à part, et ne se reflétait que par moments dans le grand fleuve de la littérature contemporaine.  Dans la vie comme elle est vécue par ces milliers  -c» dfindividus gui composant la nation proprement dite, il y a bien des cotés pleins d'intérêt pour l'histoeien, mais qui ne se prêtent point S la comédie ni au roman burlesque.  Ces aspects intimes et essentiels de  la vie quotidienne n'avaient pas encore trouvé leur Balzac ott leur Flaubert pour les immortaliser. Les grands prédicateurs, eux aussi, font un tableau un feu trop sombre des abus de leur époque.  Cela se comprend d'ailleurs:  l'affaire  d'un prêtre n'est pas de nous bercer par la louange de aos vertus, mais de nous indiquer nos vices et le moyen d'en guérir,  Evidemment pour  mieux se faire écouter il e3t bon de faire une peinture aussi noire que possible des manx du siècle.  C'était pour le salut de ses ouailles  que parlait Sourdaltme, et non pour renseigner les historiens de l'avenir. Aussi, se faire une idée des moeurs contemporaines selon ce9 discours ecclésiastiques serait se trooper autant qu'un historien futur qui prendrait au sérieux les dénonciations de notre Bourdaloue actuel,  Sean Inge?  lais les laideurs morales, les forfaits, la douleur, ne doivent pas obscurcir les dévouements sublimes; pêchent pas d'en admirer les splendeurs.  les misères d'un règne n'emSi j'ai insisté peu dans cet  essai sur le beau coté de la société du grand siècle, c'est qu'elle ne parait pas dans son plus bel aspect dans le théâtre comique et dans les romans satiriques dont nous nous occupons principalement ici.  Là COUR. VUE GMSRA.LE, Tout essai sur la société du dix-septiéme siècle doit prendre la Tie de cour comme point de départ,  C'est elle qui fut le centre et  la raison d'etre de la vie mondaine de 1'époque, et en quelque sorte elle influençait sur l'état général de la société en France* la politique de centralisation, en grande partie l'invention de Richelieu, et qu'il poussait â outrance, arriva, comme on sait, à son comble sous Louis XIV*  Un train de vie magnifique fut de grand poids  COKE© instrument de gouvernement, et ni Richelieu ni son maître. Louis Xlll ne tardèrent à s'en servir*  Les dépenses de la cour forent  énormes, même pendant la première moitié du sièc&e.  Le roi, la reine,  le reine-mère, et Richelieu avaient chacun un ménage à part, où ils entretenaient une foule de courtisans et de domestiques. A la splendeur un peu morne de l'établissement de Louis Xlll succéda l'éclat incomparable de celui de son fils.  Louis XI?, qui se  souvenait sans doute des ennuis de son enfance, de ces voyages nocturnes et incommodes de Paris à Saint-Germain, pendant La Fronde, se résolut de rogner les ailes aux nobles en leur ôtant toute indépendance.  Ils  furent obligés de passer leurs journées et de dépenser leur argent à la cour.  A force d'y vivre continuellement ils en vinrent â croire que  vivre ailleurs serait une impossibilité ou bien one bêtise.  Au lieu de  vivre dans leurs terres et de veiller eux-mêmes à l'administration de leurs domaines, les nobles campagnards s'en allèrent s'établir à Versailles, où ils furent contraints de mener un train de vie qui man-  -2geaifc leurs fonds.  Bientôt le manque d'argent les formait de chercher la  protection du roi ou de quelque'un de ses favoris, qui emploierait son influence £ obtenir pour eux oH pour leur fils quelque poste à la cour* De cette façon, de ses admirateurs le roi faisait autant d'esclaves, et nourrissait ainsi son prestige au dépens de la liberté de ceux-ci.  §n  se figure Versailles un peu comme une inmense toile d'azaignée* étincelant e et dorée, d'où les mouches qui s'y hasardèrent, ou par ambition, ou par curiosité, ne sortirent jaraais. VIS D'UN COUBTISAK. La vie gue menait un courtisan ne fut pas des plus reposantes. Bien ^p'il fût habillé avec magnificence et que sa mise remplît d'envie tous ceux qui le voyaient dans les rues, il ne laissa fas souvent d'être ereinté de fatigue.  Les vastes salons de Versailles ne contenaient pas  une seule chaise pour 1 B foule des courtisans, même des princesses se contestaient de tabourets, bien souvent les dames s'asseyaient par terre. Il fallait non seulement une force physique hors du commun, mais un effort intellectuel sans relâche par se tenir toujours sur le qui-vive, pour trouver le mot flatteur qui convenait a l'occasion, ou bien la parole qui cachait le mieux son sentiment.  Le devoir d'un courtisan se résume  dans ce conseil d'un vieil habitué de la cour: "Vous n'avez qu'à vous rappeler trois choses: Dites* "du bien de tout le monda, demandez tout ce qui vaquera, "et asseyez-vous quand vous le pourrez.*' Boursault décrit ainsi les inconvénients de la vie de cour (Les Babies d'Esope, Acte ii, Sc.6.)  -3"II Wieat point là d'amis dont cm ne se défie; On n'y boit point de vin que l'ou ne falsifie; Quelque pressant besoin qu'on ait d'etre repu, Ou n'y sauroit manger sans être interrompu, ft quand de lassitude en soi-même on sosaœeille, Quelque peins qu'on souffre» il faut souvent qu'on veille."' L'on attendait quelquefois dix ans, vingt ans à la cour avant d'obtenir la moindre marque de la faveur du roi.  S'il arriva à un cour-  tisan d'etre envoye comme gouverneur en province ou comme ambassadeur à l'étranger, il se ruina en dépenses pour soutenir son prestige et partant celui du roi.  U se crut donc le droit de solliciter sans verge gîte les  bienfaits de son souverain qu'il avait servi sans réserve et à qui il aurait sacrifié en cas de besoin ses parents les plus proches. EXPLOITATION DES BOURGEOIS.  en  Puisque c'est la cour qui dicte la mode /toutes choses, morales, mondaines, intellectuelles, c'est elle surtout qui se reflete dans l'art du siècle.  En lisant le théâtre, les mémoires, les lettres de cette  époque, ou trouve maint endroit qui met en lumière quelque aspect de la vie des courtisans»  Les comédies de B&ncourt s'inspirent souvent des  ruses qu'emploient les seigneurs appauvris pour exploiter la vanité de quelque riche bourgeois  et pour lui prendre son argent.  extrait des "Bourgeoises de Qualité,'1  Voici un  Acte iii, Sc.l.  Le Comte. Charmante Angélique, je vous adore. Angélique 5t vous croyez me le persuader, en devenant le mari de ma tante? Le Comte Fais, que voulez-vous que je fasse? Vous êtes sans bien, je n'ai ni emploi ni revenu? un procès que je viens de perdre, achève de me ruiner absolument ; 1.  Répertoire du Théâtre Francis, Tome 55.  ma naissance et ma qualité me sont même a charge dans la situation où je me trouve *«• Ce n*est pas votre tante, c'est son tien que j'epouse pour le partager avec vous." Ce ton cynique se change plus tard dans un réalisme plus serieux; Dancourt fait allusion & l»achat des titres de noblesse par de riches roturiers, et il semble prendre le parti des nobles ainsi deshérités qui se Jettent dans les affaires: L M & quart : Un homme de votre qualité dans les affaires? Le Comté: Pourquoi non? Les gens d'affaires achètent nos terres, ils usurpent nos titres et nos noms mêmes^ quel inconvénient de faire leur métier pour etre quelque jour en état de rentrer dans nos misons et dans nos charges? Ilalheureusement, si un noble ruiné suivait ce conseil et qu'il se mêlât du commerce, non seulement il entra en concurrence avec des horzanes beaucoup plus fins et plus expérimentés que lui, mais il se trouva dans l'impossibilité d'assister fréquemment aux cérémonies de la cour.  Ainsi  il perdit s la fois son prestige et sa faveur auprès du roi, et il risqua fort de perdre tout son argent dans des entreprises commerciales auxquelles il ne se connaissait pas. LIS MHSS DE LA. COUB* Si les courtisans menaient une vie dure, les souffrances des dames d'honneur, voire des maîtresses du roi, n'etaient«pas moins vives. Voici le témoignage de Saint-Sinons1 "ïHrai tous ces amours, Louis XIV n'aima jamais que soy; "il falloit que ses maîtresses, incommodées, grosses, "touttes nouvellement accouchées, fussent en grand habit "de touttes les festes, de tous les repas, et y rangeassent 1*  Saint-Simon: Parallèle des Trois Rois.  "et veillassent gayes et comae en pleine santé* "Il ne fit pas plus de grace à Madame de lia intenon. "Je l»ay veue aller & Fontainebleau qu'il y avait â "parier qu'elle n'y arriveroit pas en vie, avec une "grosse fièvre et un mal de tête insupportable. " CULTE DE GRAKDEPB. Cette entière soumission de toutes les volontés particulières à celle du monarque fut le fruit de ce culte qu'il imposait non seulement à tout son entourage, mais en quelque sorte à lui-meme.  On peut  dire qu'il était prêt à tomber en extase devant l'image de sa propre grandeur.  Scoutes encore Saint-Simon, qui vient de célébrer les vertus  de Louis Xlll» "Quelle distance entre cette modestie, ce detachement, cette solide et majestueuse humilité, et les profusions de vers, de harangues, d'inscriptions, de tableaux, de médailles, de tapisseries, de prologues^ d'opéra, de touttes sortes de pièces, des statues, et de leurs dédicaces qui ont irrité les nations, et de ces fastueuses merveilles sous lesquelles tant de marbre et de bronae ont gémi sous toutte la durée du règue de Louis X1VJ II faut avouer que ce prince ne fut jamais à l'épreuve des louanges les plus outrées, les plus fades, les plus journalières, qu'il s'épanouissait à touttes [Il] en garde contre l'esprit, l'instruction, surtout contre le nerf et contre tout homme qui se sentoit, écarta tout mérité" et ne put souffrir que d'humbles adorateurs qui, l'encensoir la main, demeurassent dans un morne silence on cherchassent dans ses yeux ce qu'ils avaient à dire."1  1.  Parallèle des Trois Hois.  BàSSESSBS HT IKTBIGUSS DE LA COUR. Même La Bruyère, qui voyait cependant si clairement les tristes effets de ce culte du Roi « Soleil, - La Bruyère même subissait un peu de cet impérieux ascendant, auquel un homme du XVIle siècle* fut-il le plus indépendant des philosophes, ne pouvait entière pent se soustraire.  Tout  le tableau tumultueux de cette burlesque mêlée d'appétits, de vices, et de ridicules se peint dans deux phrases qu'on trouve dans le chapitre sur la cour: "Le reproche en un sens le plus honorable qu'on puisse faire à un homme, c'est de lui dire qu'il ne sait pas sa cour: il n'y a sorte de vertus qu'on ne ressemble en lui par ce seul mot." "Un esprit sain puise à la cour le gout de la solitude et de la retraite." Bourde loue, aussi, ne ménage pas l'amour-propre de ses nobles auditeurs: "Qu'est-ce conanunément ce qui s'appelle gens de cour? Gens sans charité et sans amitié, malgré les apparences des plus spécieuses et les plus belles démonstrations; gens obligés, d'être toujours sur la réserve, toujours dans la défiance, toujours en garde, parce que, chacun jugeant des autres par soi-merae, ils se connaissent tous, et qu'aucun n'ignore cette maxime générale que, dans le train de la cour, il y a sans cesse quelque mauvais coup à craindre, et de nouvelles attaques ou à livrer ou à repousser." Naturellement, les moralistes et les prédicateurs s'accordaient à voir dans la vie de cour le triomphe de la bassesse, de la fausseté, de l'intérêt, sur la nobilité des sentiments, la droiture, le désintéressement. en noirj  De tous temps les réformateurs ont peint leur siècle  on aurait tort de se fier entièrement à ces portraits si peu  flatteurs.  Buis l'on trouve minte saillie dans les pièces comiques de  1 époque: en Prance le rire a toujours été un correctif plus efficace que le plus beau sermon qui fût jamais. ages de Dane our t.  Yoici un mot d'un des personn-  Il s'agit d'un parti qui s'est présenté pour la main  d'une jeune fille* et qui est refusé par le tuteur de celle-ci, potd» la raison quft voici: "Ce marquis est trop honnata homme. EL est franc, généreux, bon ami, sincère. C'est un courtisan qui ne sait pas son métier." 1 APOLOGIE DE LA TIB DE COUR. Il faut se rendre, sans doute» â tant de témoignages si dignes de foi. de mensonge.  la cour fat donc une école d'intrigue, de flatterie, Soit!  Mais * voyons un peu les arguments en sa défence.  D'abord, dans une société où l'ambition fournit la clef de presque tous les caractères et de tous les procédés, comment ces effets ne se produiraient-ils pas?  Il fallait bien s'avancer on mourir.  Si l'on  piétinait sur place, vité quelque autre le bousculait et le dévançalt. D'ailleurs, en choses d'art, au moins, cette cour, maudite par les moralistes et enviée oar les bourgeois, se connaissait fort bien.  Si ses moeurs furent corrompus; son gout ne le fut pas.  Molière, attaquant les calomniateurs de la cour, fait dire à un de ses 2 personnages:  1.  Dancourt. Le Tuteur»  2.  Clitandre dans d^s Femmes Savantes.  «8« Vous en voulez beaucoup â cette pauvre cour, Et son malheur est grand de voir que chaque jour Vous autres beaux esprits vous déclamiez contre elle «•«  ...  .« •  •+*  »••  #*».  .»»  •»•  •*»  Pense ttez-moi, Monsieur Irissotin, de vous dire * * *  i • ., «  Qu'a le bien prendre, au fond, elle n'est pas si bête Que vous autres Messieurs vous vous mettes en tête Qu'elle a du sens common pour se connoitre à tout Que chez elle on se peut former quelque hem goût." Dans ce dernier vers ï'olière, avec sa justesse accoutumée, indique ce qui est une des justifications principales de cette vie mondaine.  Elle forma  le gout; elle servit de point d'appui â la société,  elle rassembla toutes les forces cachées et disparates de l'esprit français; elle lui fournit un principe, un but, un idéal; elle unifia toutes les tendances, toutes les aspirations héterogènes de l'époque.  Les intelli-  gences se décrottèrent, les esprits se radoucirent, â force de se frotter ensemble;  les moeurs s'épurèrent, et l'art de la conversation, qui est  la fine fleur de la civilisation, s'épanouit dans ces assemblées aristocratiques. CABACTHRB PB LOUIS XIV. Et celui qui fut le centre, le soleil qui entretenait de sa chaleur et de la lumière tout cet univers brillant, quel genre d'homme était-ce?  IO»s avons dit des choses désobligeantes sur sa vanité^sa  puérilité, son égoïsme, sa susceptibilité à la flatterie;  il n'est que  juste maintenant de parler un peu des qualités de Louis XIV. aimait, l'ordre et la régie;  Il  il travaillait huit heures par jour,  -9veillant lui-même aux affaires d'etat.  Il était modéré, discret,  toujours maître de lui-même, cédant rarement à ses passions} dit jamais mot à la légère;  il ne  il avait le sentiment de sa dignité comme  le représentant de la Fiance qu'il aimait d'ailleurs avec passion. "Ses discours", dit Saint-Simon,1 (qui ne l'aimait cependant pas) ''ses discours les plus communs it' n'étaient jamais dépourvus d'une naturelle et sensible majesté ••• Prince heureux, et heureusement foué, s'il en fut jamais •+• d'une fermeté d'âme incroyable dans ses revers de 1708-1710 •>• espérant contre toute espérance, et cela par courage, sagesse, par confiance dans son peuple et dans son droit, et non par aveuglement, et ramenant à lui tous les coeurs par l'attrait de l'admiration, de la constance, de la grandeur; méritant alors le nom de Grand qu'on lui avait donné trop tot."  DIYERTISSMEKTS BE LA COUR. Louis XIV aima passionnément les ballets. dans ceux de Lull! et de Molière; jouait bien des roles.  Il figura en personne  il débita des vers, il dansait et  Il faisait donner trois représentations par  semaine de son ballet favori.  Ces représentations avaient lieu dans  le theatre de Bourbon, voisin du Louvre.  Beaucoup de poètes nécessi-  teux y venaient présenter des vers et des chansons convenables à ce divertissement.  Si l'on réussissait à faire accepter ses poèmes on  pouvait espérer de grands avantages de la faveur du roi. Furetiére recommande aux auteurs de hanter la cour et de s'insinuer dans ses bonnes grâces: "le meilleur seroit qu'il eust assez de crédit pour faire les vers d'un ballet du roy." - {Roman Bourgeois). 1.  îaralléle des Trois Rois.  -10Sorel1 décrit arec beaucoup de verre la scène dans les antichambres les jours de ballet*  Il y avait toujours une foule énorme : tous ceux qui  apportaient quelque chose qui servît au ballet - vers* masques, robes etc. furent admis sans difficulté. suit* de quelque noble*  On ouvrit aussi à ceux qui étaient de la  Quant aux autres - je laisse la parole & Sorel -  "la foule était si grande pour y entrer que je" "m* imagine is que l'on nous eut mis tous en un "pressoir pour en tirer la quintessence. Toute"fois nous parvînmes tout entiers jusqu'à la salle "du ballet, où je trouvai toutes les places prises; "si bien que je ne scavois de quel coté me tourner." Vers 1670 Louis XIV cessa de paraître sur la scène2 m i s il ne renonça pas au theatre, où il alla comme spectateur. aux courses, aux carnaval s;  Il s'adonnait aussi  il aimait a se déguiser pour assister à ceux-ci,  et à se dispenser de toute étiquette.  Il aimait beaucoup la chasse;  il se promenait souvent à pied, en carrosse, ou â cheval, suivi de sa cour*  Il fhisait organiser des collations pour les dames (les "cadeaux"  si fort en faveur en ce tempo-là ), ou â dîner dans ses appartements.  Quelquefois il leur donnait à souper En public il mangeait seul; son  frère, cependant, eut quelquefois l'honneur de s'asseoir à sa table. A Versailles, pendant l'hiver, il y avait tous les soirs, ou un bal, ou une comédie, ou un opéra, ou un appartement. la réunion de toute la cour dans plusieurs grands salons* la musique, puis on jouait â toutes sortes de jeux;  Ce dernier fut Il y eut de  souvent la soirée  se terminait par la danse* 1*  Histoire Comique de Franc ion.  2.  On dit que son abstention était causée par un passage dans le Britannicus de Bacine, où celui-ci écrit des vers ironiques sur les prétensions ridicules de Nércm â jouer des rôles.  *  -11LE J5tJ. La manie de jouer aux cartes, et pour de grosses sommes d'argent, était fort répandue parmi les gens de cour et la haute bourgeoisie* 1 Tristan l'Hermits', dans le Page Disgracié  fait un portrait en détail des  habitudes de ces enragés^ qui passaient leurs journées entières et une grande partie de la nuit à jouer le gros jeu. "Ce fut [un autre page] qui m'apprit le premier l'visage des des et des cartes] et qui se servant de mon Innocence pour s'emparer du peu d'argent qijfî j'avois, me fit follement piquer du désir de réparer mes pertes ••• A quelque temps de 12 l'on ne me pouvoit guère surprendre sans avoir des des dans mon écritoire, et des cartes parmi mes livres; et mesme ce dérèglement alla si loin, que je me défaisois souvent pour jouer, des choses qui m'étoient nécessaires pour apprendre, et que de tous les livres que j'avois accoustumé de feuilleter, il ne me restoit plus ri»n que des cartes." On gagnait parfois de grosses fortunes, et nécessairement on en perdait également ; d'où vient qu'on s'y ruinait encore plus vite que par les dépenses de la vie de cour,,  naturellement, cette mode engen-  drait une nouvelle espèce d'aventuriers, ceux dont le métier était de g tricher au jeu.  Madame de Sévigné mande à sa fille la nouvelle de la  découverte d'un de ces tricheurs: "Le Roi a commandé à M. de Cessac de se défaire" de sa charge, et tout de suite de sortir de Baris. Savea-vous pourquoi? Pour avoir trompé au jeu et avoir gagné cinq cent mille écus avec des cartes^ ajustées. Le Cartier fut interrogé par le Roi même: il nia d'abord; enfin, le Roi lui promettant son 1. Bib. EL sévir. 2.  Lettres: 18 mars 1671.  "pardon, et longtençs, car 11 y a ces bonnes  avoua qu'il faisoit ce métier depuis etraemecela se çspandra plus loin, plusieurs maisons ou il fournisse!t de cartes rangées." 1  Quatre ans plus tard,  . 211e recommande a sa fille de s'abstenir  de cette manie de jouer aux cartes; évidemment elle s'était enracinée encore plus avant dans les moeurs de la cour: "On Joue des sommes immenses à Versailles 1* hoca est défendu a Paris, sur peine de la vie, et oin le joue chez le Sol; cinq mille $&toles en un matin, ce n'est rien. C'est un coupe-gorge: chassez-le bien de chez vous." Les femmes étaient tout aussi éprises que les hommes de ce passetemps hasardeux.  Leur entêtement dormait naissance à bien des  scènes spirituelles dans les comédies d'alors. était le lansquenet;  tta des jeux favoris  il faisait tellement fureur, que presque tout le  monde en devenait fou, et finalement on promulgua une défense d'y jouer. La comédie de la Desolation des Joueuses, de Bancourt s'inspire du désespoir causé par cette ordonnancé parmi les adorateurs de ce jeu. ai voici un extrait fort amusant: Clitandre: Hé, oui* Madame, on a défendu le lansquenet. La Comtesse Vous vous moquez, Clitandre, cela ne se peut pas; et c'est comme si l'on défendait de dormir. Clitandre: Pour moi, j'aimerois autant qu'on m'eut défendu le boire et le manger. Doriméne: Il est vrai qu'il vaut autant mourir Après s'être bien lamenté^ tout le monde se met â discuter les moyens d'échapper a ce règlement inouï.  L'un d'entre eux suggère de  jouer dans le grenier, un autre recommande la cave, un autre encore parle  1. Lettres: 9 oct, 1675.  —13— d'une vieille meure abandonnée ou, dit-Il, on serait à l'abri de toute découverte.  Sais c'est Lisette, la servante,^qui trouve le bon moyen de  tromper les autorités. Lisette: lii bateau serait bien meilleur L'Indendante: Ufo bateau? Lisette; Oui, Bftdaae, un bateau. On prend un bateau au î^ont-Rouge, et l'ou va jouant jusqu'au SaintCloud, ^et si vous n'avez pas regagné votre argent, et que le coeur vous en dise, vous pourrez descendre jusqu'à Rouen. Eegnard, grand joueur toute sa vie, connaissait mieux que personne les ravissements et les désespoirs du jeu. pendant tout le régne de Louis XIT.  La manie dura  Le Joueur, une de ses comédies qui  fait pendant â La Destctefc ion des Joueuses, de Dane our t, fut présenté en 1696:  Toutabas, tricheur de métier, fait la louange des cartes dans  les termes suivants: ; " ' "Le jeu fait vivre à l'aise Nombre d'honnetes gens, fiacres, porteurs de chaise; Mille usuriers fournis de ces obscurs brillants Qui vont de doigts en doigts tous les jours circulants; Des Gascons I souper dans les brelans fidèles;, Des chevaliers sans ordre; et tant de demoiselles Qui, sans le lansquenet et son produit caché De leur faible vertu feraient fort ton marché , Et dont tous les hivers la cuisine 3e fonde Sur l'impôt établi d'une infaillible ronde." Apologie assez ingenieuse d'une pratique qui menaçait de devenir un vice.»  la manie du jeu pouvait avoir ses beaux cotes  pour ceux qui en t,iraient profit; aux yeux d'un moraliste de l'époque, cependant, ilJ- parait dans toute sa laideur.  1.  Voici un portrait  Voyez, a l'é^rd de la franchise des domestiques, p.36.  -14des joueurs» pris sur le •if , de Le Bruyère "Une tenue d'Etats» ou les chambres assemblées pour taie affairestiés capitale, n'offrent point aux yeux rien de si grave et de si sérieux qu'une table de gens qui jouent au grand jeu; une triste sévérité règne sur leurs visage; implacables l'un pour l'autre, et irréconciliables ennemis pendant que la séance dure, ils ne reconnaissent plus ni liaisons, ni alliance, ni naissance, ni distinctions; le hasard seul, aveugle et farouche divinité, préside au cercle, et y décide souverainement; ils l'honorent tous par un silence profond, et par une attention dont ils sont partout ailleurs fort incapables» toutes les passions, ceusse suspendues, codent a une seule; le courtisan alors n'est ni doux, ni flatteur, ni complaisant» ni même dévot." Quelle peinture vivante de cette preoccupation intense et nerveuse qui exclut tout rapport extérieur, toute considération personelle qui ne touche directement au grand culteî  Le joueur redevient  pour l'instant l'homme primitif, sauvage, acharné a la poursuite de sa proie, renfermé dans l'affreuse sèlitude de son égoisme primordial. Plus de piti^f plus de galanterie, plus d'égards pour les femmes, qu'on traitait de plain-pied avec les hommes dans la république du jeu. Ses règles sacrées  furent observées à la rigueur» même aux dépens de cette  flatterie qu'on accordait en toute autre chose au souverain.  Un jour  Louis XIV appela Gramont pour juger un coup contesté î- "Sire", dit le comte sur-le-champ, vous avez perdu. — Comment, s'écrie le roi. — Vous ne saves rien encore2 - ïîtf ne voyez-vous pas, Sire, qui si le coup eût été seulement douteux, ces Messieurs n'auraient pas manqué de vous donner gain de cause?"  •  Caractères:  Ch.VI.  -15On us jouait pas settlement avec de l'argent : on gageait souvent des chateaux, des terres, des manoirs, des maisons, des meubles, des bijoux, même des vêtements.  Le luxe des habits était tel qu'un col  de dentelle coûtait parfois deux mille francs; mettre en gage de tels objets n'était donc pas une bagatelle.  On pouvait aussi jouer des  "discrétions*1 — des choses qu'on gage sans mar.qser précisément ce que c'est.  Furetière1 écrit d'une fille bourgeoise: "Elle n'estoit vêtue que des bonnes fortune du jeu ou de la sottise de ses amans. Le bas de soye qu'elle avoit aux jambes estoit une discrétion; sa cravatte de point de Games, autre discrétion; son collier et mesma sa juppe, encore autre discrétion; enfin depuis les pieds jusqu'à la teste, ce n'estoit que discrétion."  qpBSJioais m protocole. Dans les assemblées d'une cour si magnifique et si cérémonieuse, où les nobles de souche ancienne furent obligés de se mêjer à une foule de personnes nouvellement anoblies, il est naturel que les questions de préséance et de protocole soient des plus importantes.  Ce fut le  seul moyen dont la vieille noblesse put conserver quelque distinction au milieu du fleuve envahissant des nouveaux titres.  Ce ne fut pas  pourtant la naissance seulement qui conférait le droit de préséance; /  souvent en effet elle dut céder devant les prétensions de quelque parvenu qui jouit d'un poste honorable auprès du roi.  Ces derniers étaient  fort jaloux de leurs privilèges, et non sans sujet, car un menu service habilement rendu valait parfois un avancement très rapide à la cour 1.  Roman Bourgeois, Garnier, 1883. p.38.  Il f&llait observer le protocole auasi dans les ruelles, c'est à dire dans les chambres & coucher des grandes dames lorsqu'elles recevaient leurs amis intimes. 1 incident de ce genre:  J*me. 4e Sévigné raconte assez plaisantent un  "Je vis hier une^chose chez lademoiselle qui me fit plaisir. La Gevres arrive, belle, charmnte, et de bonne grâce; Stae. d'Arpajou était au-dessus de moi. Je pense qu'elle s'attendolt que je lui. dusse offrir ma place; ma foi, je lui en devais de l'autre jour» je lui payai comptant, et ne branlai gas. Mademoiselle était au lit; elle [tee. de Gevres] fut donc contrainte de se mettre au bas de l'estrade; cela est fâcheux. On apporte â boire à ademoiselle, il faut donner la serviette. Je vois ISae. de Gevres qui dégante sa main maigre; je pousse lime. d'Arpajon; elle m'entend et se dégante, et d'une très bonne grace, elle avance un pas, coupe la Gevres, et prend, et donne la serviette. La Gevresin a toute la honte, et est demeurée toute penaude. Elle étoit montée sur : * l'estrade, elle a voit ôté ses gants, et tout cela pour voir donner la serviette de plus près par Vins. d'Arpajon • •• k-tfon jamais m accourir Jcur oter â Tàd&me d'Arpajon, qui est da s la ruelle, un petit honneur qui lui vient tout naturellement ? ... Mademoiselle n'osoit lever les yeux, et moi j'avois une mine qui ne valoit rien." SOIN DE L'HQSinam P8BSCM1SL. lundis que les femmes se disputent ainsi entre elles l'honneur de servir les princes du sang, ce meioe soin de l'honneur chez les hommes tourne parfois au tragique.  Fadarae de Sévigné raconte (26 avril, 1671)  la mort de Tfatel, intendant du grand Condé.  Il avait envoyé chercher  du poisson pour le lendemain; deux charges deraaréearrivent; ne suffisent pas;  1.  Lettres:  elles  11 attend quelque temps, et enfin au désespoir et  13 mars, 1671.  croyant son honneur perdu, il se jette sur son épée. du sublime et du ridicule,  C'est le comble  Cet incident, pourtant, fournit un vif  commentaire sur ce mélange étonnant du grandiose et du trivial qu' était la vie de cour.  PB3S3AKCS mus LA BPS. la question de préséance dans la rue menait souvent a des débats acharnas de part et d'autre.  L'étroitesse des rues de Paris rendait  impossible le passage de deux carrosses a la fois:  si deux grands per-  sonnages se rencontrèrent ainsi, il fallait que le moins important des deux fit place à l'autre.  De la virait qu'on disputait quelquefois pen-  dant des heures, ni l'un ni l'autre ne voulant céder.  Tto exemple de  ces sortes de querelles se raconte & propos de Tadame d'SLboeuf et sa fille, la Princesse de ïântuus, d'une part, et Monsieur et Madame de Kontbazon, d'autre part.  Après quelques minutes de débat assez courtois  entre les maîtres, les laquais en venaient presque aux mains, quand Kadarad d» SI boeuf ordonna de s'avancer.  le duc de l'ont baz on fit de meme  et voici que les deux carrosses s'avancent simultanément, aux dépens des petites boutiques de chaque coté, et peu s'en faut qu'ils n'écrasent les malheureux piéton g qui passant en ce moment.1 naturellement la comédie de l'époque ne manque pas de tourner en raillerie ces incidents.  Yoici à ce propos un extrait du  "Chevalier a la Iode" de Dane our t. Li fait qu'un des disputants est une riche bourgeoise entichée de noblesse rend le récit d'autant plus 1.  Social Life in France in the 17th Century.  (Hugon.)  -18•tronmat Fuie. Patin. Quelle violence! se manquer de respect*  Sa pleine rue, an vient de  Lisette: Coassent donc, madame, manquer de respect à une dame comme vous? Madame Bat in, la veuve d'un honnête partisan qui a gagné deux millions de hi en au service du roi? Hft qui sont ces lasolents-lA, s'il vous plait? Bas Patin; Ttee marquise de je ne î s consent» qui a en 1'audace de faire prendre le haut du pavé à son carrosse, et qui a fait reculer le mien de plus de vingt pas. Lisette: Voilà une marquise bien impertinente. Quoi! votre pars craie qui'est toute de clinquant, votre grand carrosse doré qui roule pour la première fois, deux gros chevaux gris pommelés a longues queues?* un ebcher & barbe retroussé, six grands laquais ••• tout cela n'a point imprimé de respect I votre marquise? jfodame P, Point du tout, c'est du fond d'un vieux carrosse, 'traîné; par deux chevaux étiques, que cette gueuse de marquise, m'a fait insulter par des laquais tout déguenillés *«* ffe l'ai pris sur un ton proportionné â mon équipage; mais elle, avec un "Saisez-vous, bourgeoise!? m'a pensé faire tomber de mon haut. Lisette: Bourgeoise* bourgeoise! Dana un carrosse de velours cramoisi à six poils, entouré d'une crépine d'or! tvme. Satin: J*avone qu'à cette injure assommant^ je n'ai pas e u T a force de répondre, j'ai dit à mon cocher de tourner, et de s'amener ici a toute bride. Ensuite parait un des laquais de la bourgeoise, en grand désarroi, se plaignant d'avoir été malmené par les valets de la marquise. telles scènes furent sans donte assez conetimes dans les rues.  De  -19Chapitre il. LSS SALONS Aucun essai sur la société du XVIIe siècle ne serait complet sand un chapitre sur les salons, qui sont en euxnaèmes un des traits les plus caractéristiques de cette époque*  Nous n'allons pas entre-  prendre ici le récit de leur origine et de leur développement;  on a  trop écrit sur ce sujet pour que cela soit nécessaire. LBUB INFLUENCE SUR LA LANGU5. <  t On sait que 1 «Hôtel de Rambouillet démit son établissement au déplaisir - disons même, aux dégoûts les moeurs d  la cour.  qu'excitaient chez sa foudatrice  Son but fut d'abord de se créer un milieu  "comme une cour choisie moins nombreuse et plus exquise que celle du Louvre", Ou l'on trouvât tous les agréments et aucune des contraires de la cour royale*  Les incertitudes des luttes religieuses avaient fait  place à un désir ardent de romanesque, de littérature, et d'art.  Ces  lieux ou se mêlaient des femmes intelligentes et cultivées avec les ho&aass distingués de l'époque, c'était 1& où on venait chercher dans les joies délicates l'oubli d'un passé agité et éprouver des sensations nouvelles.  La purification de la langue qui s'y faisait entraîna  dans Sa suite d'autres effets peut-être plus importants, dont ne se doutaient guère les premiers fréquenteur3 de ce petit monde choisi. D'après les critiques du dix-neuvième siècle, on s'est repréflenté l'hôtel de Rambouillet comme une sorte de temple où l'ou consacrait à un culte solennel et prétentieux de l'épurement de la langue.  Certes, cet épurement s'est accompli a la fin, grâce à  80  -201*influence da salon de Bamboulllet, m i s la grande affaire de cette société était de s'amuser plutôt que de se perfectionner l'esprit et les »  r  *  maniérés.  Seulement, on trouvait que de certaines grossièretés de  parole et de conduite nuisaient au plaisir de la belle conversation;  ou  les évitaient donc instinctivement, et ainsi le raffinement du langage se faisait presque inconsciemment. Cet épurement des mots et des phrases de la conversation en nécessairement le ton, en élargissait la portés, lui donnait de de l'esprit, de la pénétration, de la verve.  Toute  cette belle langue du XVIIe siècle, nette, claire, simple, pleine de sève et de pittoresque, qui demeure la langue classique française par excellence, c'est en grande partie a l'hôtel de Bambouillet qu'on la doit. C'est dans ce salon que s'accomplit cet oeuvre d'élagage qui devient nécessaire périodiquement dans la vie d'une langue comme dans celle d'un arbre.  La société précieuse fut la serpe qui tailla les branches super-  flues et qui débarrassait ainsi la langue de la surabondance touffue qui caractérise le parler de Eabelais. Il est vrai qui'on a reproché & la langue ainsi nettoyée des Imperfections qui 1'alourdissaient, d'être trop pure et corme étiolée, exsangue, ayant perdu quelquechose de sa force et de sa couleur. se peut; encore est-ce un point discutable.  Cela  Quel écrivain a plus de  force, de pittoresque, et de mouvement que lia dame de Sévign;., qui était une précieuse? 1. Voyez à ce propos Madame de la Fayette: par H.Ashton. p.31*32.  sa vie et ses oeuvres,  -21LA PHBCIOSITS. Qa dirait, peut-être au premier abord, que la précoslté est en dehors de notre sujet; qu'elle se rapporte plutôt k la littérature qu'aux moeurs de l'époque.  Pourtant, il faut se rappeler que cette  manière affectée de parler et d'écrire était en quelque sorte le reflet de cette coquetterie en matière de vêtement s de cet effort constant de se distinguer de la foule. grandeur;  C'est le doté littéraire du culte de la  c'est le sentiment aristocratique manifesté dans le royaume  des lettres.  Ceux et celles qui n'étalent pas en état d'assister au  petit lever au Louvre, ni d'être reçus à la cour, se dédommageaient en façonnant leur discours sur celui des beaux esprits de l'époque, la préciosité donc  devait la naissance premièrement axa circonstances  de la vie sociale, dans la sens le plus étroit du mot.  Au commencement  elle représentait la réaction contre la grossière te de la cour de Henri IV et plus tard le développement du cadre social sous Louis XIV déterminait plus nettement ses formes et ses tendances.  Dans son pire aspect, la  préciosité est un snobisme littéraire: dans ses meilleures manifestations c'est la détestâtion du médiocre et l'aspiration vers le beau et le vrai. LBS H E DATEURS, ;  Je n'ai pas besoin  'ici d'insister sur ce qu'était la vraie  /  préciosité: elle représentait tout ce qu'il y avait de mieux dans la société de l'hotel de Rambouillet.  Le succès de celui-ci fut si  éclatant, et dans un siècle où tous les bourgeois les plus riches et  -2les moins sensés s'efforçaient d'imiter la noblesse en toutes choses, que ce n'est guère étonnant de voir "une foule de petits salons qui s'établissaient & l'instar du cénacle choisi de la rue SaInt-Thomas-duLouvre.  Ce fut dans ces salons secondaires qu'on inventait ce jargon  absurde et maniéré que Roi 1ère a si bien parodie et dont se moquent Furet le re et Sorel à leur tour.  La Bruyère aussi ne manque pas de  flétrir cette afféteries "Ils ne suivent, en parlant, ni la raison, ni l'usage, mais leur bizarre génie, que l'envie de toujours plaisanter et peut-être de briller, tourne insensiblement à un jargon qui leur est propre et qui devient leur idiome naturel." Il n'est pas besoin de citer les passages nombreux où Molière raille ces absurdités de faux go&t;  ils sont trop bien connus.  Tous ces  moqueurs, cependant, dirigent leurs traits, non â 1'hotel de Bamboulllet, qui décline d'ailleurs à partir de 1645 longtemps avant la présentation des Précieuses Ridicules, mais à ses imitateurs bourgeois et provinciaux. Les affectations de ceux-ci discréditèrent le mouvement précieux, et le tournèrent en risée; mais la bonne oeuvre fut déjà accor plie, et r «, leB vrais précieux riaient de bon coeur de ces travestis des minauderies de leurs imitateurs. m  SALOtl BOURGEOIS. Furetiére dépeint spirituellement une de ces "Académies  -23bourgeoises"1.  Osa y discourait de prose et de vers, ou jugeait tous  les ouvrages qui paraissaient.  La plupart des habitués voulaient être  connus pour "illustres", et en effet ils avaient chacun quelquechose de singulier dans le caractère. Angélique:  la reine de cette société s'appelait  "elle avolt appris quelques langues et leu toutes sortes de  bons livres; mais elle s'en cachoit comme d'un cric»."  Cto mettait  son honneur alors à ne pas trop montrer son savoir; toute pédanterie était tenue, en horreur.  Aussi semble-t-11 que cette dame était de  beaucoup supérieure aux autres membres de son cercle.  Parmi ceux-ci  était une fille d'un receveur des rentes de 1'Hotel de Ville;  elle  s'appelait Hyppolite, anagramme de Philippote, son vrai nom, car de telles affectations étalent fort à la mode.  Cette fille était pédante à faire  peur; un de ces ayants lui enseignait le latin, un autre l'italien, un autre la chiromancie, un autre à faire des vers. auteur Charroselles*  Il y avait aussi un  qui, ne pouvant trouver d'editeur pour ces livres,  ennuyait tout le monde en leur lisant ses oeuvres.  iDnfin il y avait  toutes sortes de personnes, des gens honnêtes, des provinciaux, des fenxnes savantes, des coquettes et bien d'autres.  "Quelquefois, on y traittoit  des questions curieuses; d'autrefois on y faisoit des conversations galantes, et on tachoit d'imiter tout cequi se pratique dans les belles ruelles par les prétieuses du premier ordre."  1.  Roman Bourgeois, p.116.  2.  Anagrantae»  sans aucun  loute, de Charles Sorel.  -24Cette imitation même n'est pas sans valeur pour l'historien des moeurs.  111e témoigne non seulement au snobisme de d'époque mais  aussi â la naissance d'un intérêt assez général dans les procédés de la pensée et de la langue.  311e fut le fruit d'un effort réel de  s'émanciper des aspects routiniers et vulgaires de la vie.  Elle fut  gauche, sans doute» et puérile; le snobisme y était pour grand'chose, il faut en convenir,  rais cependant cette recherche du raffiné dans  le sentiment et dans la parole provenait, il me semble, de ce sentiment de grandeur, d'élévation, que s'était infiltré jusque dans l'âme bourgeoise de ce siècle. IMPORTANCE SOCIALE PES S f M S . Ce phénomène a, d'ailleurs, une importance sociale aussi bien que littéraire.  Bans les salons de premier, comme dans ceux de second  ordre, ou trouve de simples roturiers, fils de marchands, comme toiture, par exemple, qui frayent avec les plus nobles personnages.  On exige  d'eux d'avoir de l'esprit, ce qui leur tient lien de naissance et de lettres do noblesse.  C'est â leurs talents que des hommes tels que  Corneille, dont les manières sentaient parfois la province, devaient leur entrée dans ce monde aristocrâtioue.  Il fallait pardonner beaucoup à  l'homme1 qui sut dire, â propos du premier sermon du jeune Bossuet dans le salon de îâadame de Bambou! 1 let a minuits prêcher ni si tôt ni si tardS"  1.  Voiture.  Je n'ai jamais entendu  -25Le critérium de valeur humaine qu'adopta cette société ne fut donc pas la naissance m i s l'intelligence; c'est pourquoi elle a eu une double influence, aux deux points de vie littéraire et social. Ses rapports littéraires ne nous concernent pas ici.  Au point de vue  social, cette réunion de tout ce qu'il y avait de meilleur dans l'aristot rat le et la roture a eu pour effet la dissémination de la culture mondaine et intellectuelle, parmi la bourgeoisie, et la perfection du goût. Elle a eu aussi une postérité importante au siècle suivant; les salons brillants de la Duchesse du raine, de l'a dame du Deffand, de l&dame Delaunay, pour en nommer quelques uns seulement, 09. se mêlaient nobles, femmes du beau monde, gens de lettres, personnes distinguées de tout rang, ces assemblages continuèrent les traditions des salons du siècle précédent, et en développèrent les tendances. Ceux qui voudraient assister à la création d'un aalon mondain de nos jours trouveront bien des renseignements (tons Du côté de chez Swans, de Proust, le Saint-Simon du vingtième siècle. Dans ce portrait subtil d'une coteriebourgeoise1 désireuse de s'élever au niveau du Faubourg St. Germain, on rencontre les intrigues, le snobisme, les trahisons, les ménagements des grands, les mépris^ des petits, les compliments, les médisances, les rivalités mesquines, la préoccupation, vraie ou apparente, des choses de 1'esprit - enfin, tous les phénomènes qu'on aurait remarqués il y a trois centsans.  1, Le salon Verdurin.  -26-  Chapitre ill LA Tig PHira, LTOS VSTffifEOTS. • nun, mmmDIS » **mmmmm mmum  rntmmmmm  >  Au commencement de ce siècle Henri 1? avait imposé & sa cour des réformes de costumes;  il fut d'avis que les bijoux ne seraient  qu'aux femmes et aux comédiens.  Toutefois, le costume des grandes  dames d'alors fut même plus riche que celui que porteront les femmes sous Louis XI?.  Constellées de perles et de diamants, ces robes  empêchaient presque tout mouvement. dépenses de toilette.  La cour se surpassa en folles  Louis Xlll avait beau prêcher d'exemple: les  gentilshommes de sa co r mettaient sur leurs épaules tout l'argent qu'ils recevaient de la vente de leurs terres. La suprême élégance exigeait qu'on change tous les jours d'habits et de parures. "Il faisoit grande dépense" dit Furetiére, en décrivant un jeune marquis1, "et changeoit tous les jours d'fcabits, de plumes, et de garnitures.  C'est la marque la plus ordinaire â quoy oft connoist dans  ïb-rls les gens de qualité, bien que cette marque soit fort trompeuse * Les bourgeois désireux de faire concurrence avec ces élégants, furent obligés de placer de3 espions k la cour, qui les avertissaient au fur et â mesure des changements qui s'y faisaient; £ autrement ils couraient risque de passer pour provincial Les cols en  Roman Bourgeois, p.39. 2.  Ibid.  p.55  -27dentelle, les gants, les rubans, les souliers, étaient fort luxueux; seigneurs et dames couvraient de bijoux leurs vêtements.  En effet,  les chevaliers â la mode surpassaient quelquefois les dames en luxe. Souvent ils n'avaient pour tout mérite que leurs beaux habits* - Bcoutez ftérine dans "Le Joueur" de Begnards - ^orbleuj He verrai-je jamais les femmes détrompées De ces colifichets, de ces fades poupées, Qui n'ont pour imposer qu'un grand air débraillé. Un nez de tous côtés de tabac barbouillé. Une lèvre qu'on mord pour rendre plus vermeille, Un chapeau chiffonné qui tombe sur l'oreille Vas longue stein-kerque 1 replis torttieux Un haut-de-chaussea bas, prêt à tomber sous eux; Qui, faisant le gros dos, la main dans la ceinture. Tiennent, pour tout mérite, étaler leur figure?" [11 serait inutile et fastidieux de décrire ici le costume du siècle en détail; nous renvoyons donc au tome 3 de La Société au 17e siècle, par Victor Du Bled.] Les nobles s'habillaient avec luxe par convenancç. on peut même dire par une sorte de nécessité sociale, ou par amour naïf et enfantin de la parure et du faste.  Bien des bourgeois suivaient  l'exemple de la noblesse par snobisme, par un désir acharné de se distinguer d'avec la foule de classe moyenne.  Une fille bourgeoise, un des  personnages du Soman Bourgeois, dont les vêtements avaient été salis par la boue de la rue, "revint peu après avec d'autre linge, et ce ne fut pas a, sujet de petité vanité pour une personne de sa sorte de montrer qu'elle avoit plusieurs paires d'habits et de rapporter en si peu de tempe un poinct de Sedan qui eut pu faire honte & un point de Gennes qu'elle venoit de quitter."  -28On appréciait un hcrune selon sa mise;  d'où vient que maint  haut-de-chausses de satin couvrait un ventre affamé. "L'homme qui n'a qu'un manteau de taffetas simple; dit Furet 1ère, "est moins estimé que qui en a un de deux taffetas • •• Entre les ffflifflss9 il y a M e n d'autres nivetteriesj j'entends entre les bourgeoises; celles qui ont la chaîne sur la robe sont estimées davantage que les autres, qui ne sont pas ainsi parées." â en croire les écrivains d'alors, les étoffes indiquaient a peu près 1'hiérarchie sociale: "•••• on donne aujourd'hui presque partout aux hommes le rang selon leur habit: on met eeluy qui est vestu de so je au dessus de celuy qui n'est vestu que de camelot, et celuy qui est vestu de camelot au dessus de celuy qui n'est vestu que de serge."1 De nos jours encore ce principe ne manque pas de croyants; mais aujourd'hui au moins on suit des indications un peu plus subtiles* Encore ferait-on de grosses bévues si l'on se fiait toujours à une classification si naïve. EPIES CŒTTHS LE LUXE DES PBKORES. Louis XIV signait des ordonnances contre le luxe, qu'il encourageait pourtant par des fêtes ruineuses.  Molière, dans l'Ecole  des *&ris, fait allusion à un édlt contre les galons et les dentelles: Ghl trois et quatre Par qui des vêtements Les peines des maris Et les femmes auront  fois W n i soit cet édlt le luxe est interdit, ne seront plus si grandes. un frein à leurs demandes.  Fais la manie du luxe était trop générale et trop intense pour que ces édits passent la modérer.  1. Furetiére.  Le roi saeme n'y pouvait rien; quand il  Soman Bourgeois.  -29défendit aux dames de porter des coiffures hautes a la fontange, elles ne les rabaissèrent point.  Cependant» une dame anglaise parait h la  cour avec une coiffure très basse, et aussitôt les dame? françaises l'approuvent, et elles suivent désormais la mode nouvelle.  C'est un  exemple frappant de l'impuissance du grand roi sur certains points. Le gout de l'ostentation se reflétait aussi dans les autres accessoires de la vie:  dans les meubles, les repas, la tenue de la  maison, l'hospitalité etc.  Madame de Fiesque vend son domine, peu  riche d'ailleurs, pour acheter un môroir.  Madame de Sévigné s'inquiète  des énormes frais de ménage de sa fille, IJadame de Grignam, à qui elle conseille toujours de réduire son train de vie.  Bien des nobles vendent  le dernier manoir qui leur reste pour acheter un carrosse . L.SS S0IH3 m  LA ?0ILS?TE.  Les idées du dix septième siècle sur la propreté d'être les nôtres*  sent loin  L'eglise â cette époque garduit encore là-dessus  les notions du moyen âge: on considérait les soins de la toilette comme un effet du culte païen du corps et partant comme impie et sensuel. Bans les monastères et les convents, donc, on se louait d'une pieuse malpropreté;  la crasse et la sainteté, contraire au proverbe anglais1,  étaient deux vertus presque égales.  On se permettait bien un bain  deux fois l'an, â îïo§l et à Bagues.  Ces deux bains leur étaient d'autant  plus nécessaires /j  1. ' la propreté est voisine de la piété.  -30qu'alors ils n'a voient point de linge ... Couchant tout vêtus et changeant peu d'habits de laine qu'ils portaient sur la chair, ils contraetoient beaucoup de crasse par la sueur et le travail, ce qui était non seulement très incommode aux particulars pour leur personne, mais aussi étoit à charge aux autres à cause de la mauvaise odeur nwjde la malpropreté,1 En dehors de l'Eglise, ou veillait assez soigneusement â la propreté.  On établissait des étuves, des bains publics, dont le  souvenir se conserve encore aujourd'hui dans les ; noms de quelques rues o de Earie.  On y prenait d'ordinaire un bain de vapeur; le bain d'eau  chaude s'offrait aussi, à un prix plus élevé. les dimanches et les jours de fête.  Les étuves se fermaient  Les grandes familles avaient souvent  des étuves et des salles de bain dans leur hôtel.  Il y eu avait égale-  ment ou Louvre; Sauvai les décrit dans ses Antiquités de Taris.  Les  Loix de la Galanterie, publié vers 1640, recommandait d'aller quelquefois chez les baigneurs "... pour avoir le corps net. Tous les jours l'ou prendra la peine de se laver les mains. Il faut aussi se faire laver le visage presque aussi souvent, et se faire razer le poil des joues et quelquefois se faire laver la teste." Un nanuel des bienséances du 18e siècle déconseille 1'emploi de l'eau pour la toilette, à cause disait-il, que ce traitement rend la peau plus sensible aux rigueurs de l'hiver et au hâle en été!  Aussi  les gens à la mode se contentaient-ils souvent d'essuyer le visage le matin avec un tampon de coton trempé dans de l'alcoSl aromatisé.  1. 2.  Dora Calmet: Commentaire surla régie de Saint Benoit Franklin, Vie Privée d'Autrefois, 2 e série, p.4. Ibid.  3. Franklin, ibid.  3  cité par  -31Les reeomraandat iona de ce manuel (et celles d'autres du même genre) en disent long sur les moeurs de ce temps.  C& trouve d'ailleurs  sainte allusion dans Furet 1ère et Sorel» mais qui ne sont guère propres & citer ici. Voici, dependant, un passage d'une comédie de Scarron [Jodelet, Acte ii, Sc.i.j Beatris parle â sa œaltresse d'un jeune s&igneur qu'elle a aidé à se cachers "Tot après j'entendis cracher sur le degré Votre père Pernand; vous savez bien qu'il crache Plus fort qu'aucun qui soit dans Madrid que je sache, Au bruit de ce crachat. Pom Louis se sauva." Il ne faut pas oublier que c'est un noble qui "ca&che sur lie degré." Eh lisant les mémoires de la période on trouve bien des allusions k des usages communs en cette société, usages presque incroyables et qui font un contraste étonnant avec la splendeur des habits et le faste des cérémonies.  Apparemment ce monde courtisan, dont le  savoir-vivre et la perfection de la tenue et de la conversation servaient de modèle à un royaume, à l'Surope même, se conduisait en de certaines choses d'une fa^on qui ferait honte aux habitants anthropophages des îles de l'Oceanie.  Il n'est pas besoin de citer les passages qui nous  donnent des détails si surprenants: on les connaît trop.  Naturellement,  les moeurs de la bourgeoisie et des classes inférieures étaient, à cet égard, aussi crues que celles de la cour.  Sa d'autres choses, nécess-  airement, elles étaient mime plus libres encore.  Sorel raconte  -32complaisamment bien des histoires scabreuses ou il s'agit des procédés de la bourgeoisie et du peuples  mais c'est tax auteur burlesque, et sans  doute, il ne faut pas trop s'y fier.  Furetiére, pourtant, n'a pas l'air  de se laisser aller a l'invention de fantaisies indécentes; et cependant il y a des passages dans son Horaan Bourgeois qui montrent que tout n'est pas exagération chez Sorel et chez Scarron. LES BARBIERS CHIRURGISfS. Une circonstance qui dut menacer la santé publique venait de ce que les barbiers, au commencement du siècle, faisaient l'office de Chirurgiens:  non seulement ils rasaient les visages nais ils pansaient  les plaies et opéraient stir les malades en cas de besoin.  *3tant donné  la négligence d'alors pour tout ce qui se rapporte à la propreté, les dangers de cette double fonction sont évidents.  Beu à peu, on s'en  rendait compte, et une classe distincte de barbiers s'établissait, qui ne pratiquaient point la chirurgie, et qui s'appelaient des barbiers barbants.  Les Loix de la Galanterie, en 1640, recommande de se servir  fd'un barbier qui n'ait autre fonction, et non pas de ceux qui panaient les playes et les ulcères, et qui sentent toujours le puz et l'ouguent. Outre l'incommodité que vous en recevez, il y a danger mesme que venant de panser quelque mauvais mal, ils ne vous le communiquent; tellement que voua ne les appellerez que quand vous serez malades. Sfc en ce qui est de vous accommoder le poil, vous aurez recours à leurs compétiteurs, qui sont barbiers-barbans."  -33%  -.LB MlAffi* A la cour un grand seigneur n'était qu'un serviteur.  Chez  lui, au contraire, il était maître, et son ménage reproduisait en petit l'hiérarchie de la cour.  Ici le seigneur était roi et ses domestiques  remplissaient auprès de lui le role des courtisans*  Monsieur et madame  avaient chacun une suite d'appartements et de domestiques;^" ils recevaient séparément leurs amis et en présence de leurs gens ils gardaient une grande formalité l'un envers l'autre. •s  Il y avait toujours  grande foule dans les salons et dans les antichambres: hommes de lettres, artistes, fournisseurs, enfin tous ceux qui cherchaient la protection ou la faveur de la famille, les attendaient patiemment pendant des heures.  Plus il y avait de monde, plus la dignité de la maison était  augmentée. Il est vrai qu'on fut mal servi â cause de cette foule constante et de ce va et vient continuel, mais le prestige de la famille en fut soutenu j et ce fut l'essentiel.  naturellement, la vie intime  du foyer, comme nous l'entendons aujourd'hui, n'existait point à cette époque, au moins chez les grands.  On croyait mener une vie de confort;  le luxe moderne leur étant inconnu, ils s'en passaient le mieux du monde.  1*  Il est question ici de ceux d'entre les nobles qui ne fUrent pas logés à Versailles, mais qui demeurèrent en ville.  -34LBS DKPSS3BS W K15SACB CffSS PH KOHLS. Les dépenses d'un tel ménage forent énormes.  "La liaison  Réglée" écrit par Auâiger1, un chef d'office, vers la fin du siècle, nous fournit un mémoire détaillé de la manière dont fût composée et conduite une maison de qualité*  Selon lui, la maison d'un grand seigneur  devait être composée: "D'un infendant, d'un aunonier, d'un secrétaire, d'un écuyer, de deux valets de chaçhre, d'un conclèrge,un tapissier, d'un maître de hotel, d'un officier d'office, d'un cuisinier, d'un garçon d'office, de deux garçons de cuisine, d'une servante de cuisine, de deux pages, de six ou quatre laquais, de doux cochers, de deux postillons, de deux gardons de carrosse, de quatre palefreniers, d'un suisse ou portier." Total, trente-trois domestiques} et "il peut y avoir" i• dit Audiger "encore plusieurs autres" et il fait mention de cinq valets de plus. ïïous n'entrerons pas dans le détail des appointements de tous ces serviteurs; dix livres.  il suffit de (tonner le total par an;  Les livrées n'y sont pas comprise®.  domestiques il fallait  quatre mille  Pour la nourriture des  aelon Audiger, neuf mille cinq cents livres par  an; pour la table du seigneur, presque douze mille livres; pour l'écurie, dix mille cinq cents livresj  Le chiffre total, donc, fut  environ trente-six mille livres par an, ce qui représente â peu près sept mille deux cents dollars (échange d'avant-guerre).  Fais il faut  se rappeler qu'un franc du temps de Louis XI7 achetait quatre ou cinq 1. Franklin: Vie Privée d'Autrefois, 2® série.  -35fols la valeur des marchandises qu'il n'achetait en 1914. SU encore les sus-dités dépenses annuaires sont loin de représenter tous les frais d'un tel train de maison, surtout si le seigneur est marié.  3kl ce cas, les dépenses sont au moins doublées:  "Quand un grand seigneur se marie ... sa maison est augmentée en équipages, et voici comment et de qui celui d'une dame doit être composé»** Suit une liste de seise domestiques, dont le nombre est augmenté, quand 11 y a des enfants, jusqu'à vingt-trois»  Autiger ne  donne pas le chiffre des dépenses du ménage de Madame, mais en comparaison avec celui du seigneur, ce ne peut être moins de vingt mille livres par arç, ou quatre mille dollars. Et cependant Auiiger ne tient pas compte ici de l'entretien des jardins, ni des grosses dépenses nécessitées par l'hospitalité, les cadeaux, les fêtes, les soupers etc.  Les costumes, la parure, les  livrées, ne s'y trouvent pas non plus:  11 faudrait tout un volume pour  en traiter.  LSS D0MSSTIQUS3. Il ne faut pas quitter le chapitre du ménage sans rien dire des domestiques.  Cocme c'est le cas aujourd'hui, ils présentèrent  un problème assez difficile.  La direction d'un grand établissement fut  une tache malaisée, et on ne s'étonne pas de ce que de jeunes filles mariées à l'âge de quinze ans fussent incapables de le gouverner comme il fallait ou de savoir bion choisir leurs serviteurs.  On prenait  -36les domestiques souvent au hasard;  tout le monde en voulait, de sorte  qu'on ne pouvait êîre trop difficile en les choisissant.  On leur donnait  très peu comme gages; par conséquent, ils volaient tout ce qu'ils pouvaient; puis, chassés par le maître, ils cherchaient un emploi ailleurs. Ils étaient fidèles «a général an maître qu'ils servaient pour le moment, nais ils l'abandonnaient pour un rien. Ils se permettaient, en parlant 1 leurs supérieurs, une licence qui no-us semble inouïe.  Ils donnaient leur avis sur toutes les  affaires de la famille, surtout si elle était bourgeoise; et ai les traitait d'ordimire corne des éqaux.  On remarque cette franchise chez  bien des servantes dans les comédies.  Dorine, dans tartuffe, s'indigo, e  contre Orgon qui annonce son intention de marier sa fille a Sartuffe; elle va jusqu'à dire qu'elle ne permettra pas ce mariageI i  Voyez aussi  "La Coquette et la Fausse Prude" de Baron: larthon, la servante, prend le parti de sa jeune maîtresse grondée par son oncle : "Quoil des emportements, des menacesl tous les crimes imaginables?  toujours  Ne dirait-on pas que nous commettons Car enfin qui parle a madame, parle a  moi, qui la querelle, m'offense.  [Acte i, Se. i.]  Et l'oncle, quoique fâché, ne s'en étonne paaJ Voyez aussi la première scène de "Jodelet, ou le Kaître Valetn de Scarron, où le valet et son maître se disent des injures comme d'égal à égal. 1 Les domestiques passaient leur temps libre dans la rue, o^. ils »'assemblaient par bandes, et prenaient part volontiers aux rixes; 1. Autre exemple:  Dancourt:  Renaud et Armide, Sc.ii.  ils  étalent les ennemis déclarés du guet.  Ils s'amusaient souvent à  injurier les valets d'autres seigneurs; quelquefois même ils osaient «'attaquer â un gentilhomme s'il était seul.  Cyrano de Bergerac, se  promenant sur le Font-Heuf, se trouva soudain l'objet des risées d'une foule de valets.  11 tira son épée et fit si va il larasentqu'il blessa  quelques uns et le reste de cette canaille prit la fuite.  -38Chapitre iv. LA BOOBGBOISIS. Au dix-septième siècle, la cour ne domine pas settlement la politique, les moeurs, et la mode: plan du tableau de la société*  elle remplit entièrement le premier  nécessairement, donc, la littérature  reflète cette domination aristocratique;  si elle parle de la bourgeoisie  ou du peuple, c'est presque toujours par rapport â la noblesse, et simplement en passant*  [Il faudrait en excepter Molière et d'autres  auteurs dramatiques, et aussi les romanciers burlesques; nous en parlerons plus tard]  Les mémoires, les lettres, le théâtre tragique,  les romans chevaleresques, ne s'occupent pas des classes inférieures: on ne les estime pas dignes d'etre prises  au sérieux comme sujet  d'analyse; elles n'étaient bonnes que pour la farce. SON ROLE PAHS LA LIPTEB&TTBS. On peut, je crois, distinguer deux roles principaux que jouait la bourgeoisie dans la littérature de ce temps.  Chez Scarron,  Sorel, et Puretière, la peinture des moeurs bourgeoises vise le roman pastoral; c'est une protestation contre le romanesque et les ridicules de ce genre artificiel et mondain*  Comme toute réaction, celle-ci  arbore un réalisme un peu cru, et une bouffonnerie souvent dégoûtante; cependant, ces romans représentent la plus riche source de renseignements précis que nous ayons sur la bourgeoisie de ce siècle.  -59LES BCKAHS BOHLSSQSBS. Furetière, surtout, fait défiler devant nos yeux bien des types de la Tille qu'il a du bien connaître.  Dans les pages de son Roman  Bourgeois il nous présente des avocats, des procureurs, des coquettes et leurs amants;  il dépeint un intérieur bourgeois {celui de Tollichon),  il raille les prétensions de ces bourgeoises qui veulent se créer des salons sur le modèle de ceux du beau monde; et il décrit avec un réalisme cynique les ruses d'une fille déshonorée pour cacher s a honte. i dans le Roman Comique  Scarron,  dépeint les moeurs des comédiens errante; leur  arrivée dans une ville de province, l'accueil qu'on leur fait, leur jeu au tripot de la ville, leurs costumes, leurs discours, leurs querelles, leurs amours, leurs jalousies;  tout cela entrecoupé, comme c'était la  mode tons les remans chevaleresques, d'histoire*? longues et invraisemblables, à la mode espagnoleqou italienne, comme par exemple "L'Histoire de 3 l'Amante Invisible'"0, et "Le Juge de sa propre Cause" , qui remplissent des vingtaines de pages sans pourtant avoir aucun rapport avec l'histoire principale. Quant â l'Histoire Comique de Francion,4 regardée par quelques critiques comme une source précieuse de la peinture des moeurs bourgeoises 1.  Oeuvres, Amsterdam, 1737  2.  Ibid. p.41  3.  Ibid. p. 379 et seq.  4.  Sorel  et seq.  tome il.  -40et populaires lu siècle, il nie semble que ce roman est en grande partie un mélange du fantasque, du scabreux, et du faux romanesque.  Hors quelques  passages d'un intérêt special à l'égard de 1'etude de la société', cette suite d'aventures amoureuses et bouffonnes est ennuyeuse à faire peur. Le langage est aussi grossier que celui de B&belais, 3ans avoir pourtant cette verve, cet élan,cette naïve joie de vivre qui distinguent l'oeuvre de celui-ci et qui la rachètent de la simple vulgarité. De ces trois romanciers Furetière, à mon avis, fournit le plus de renseignements précis sur la société bourgeoise.  Il faut convenir  que son canevas est un peu étroit en comparaison avec celui de Sorel, nais Furetière donne moins dans le burlesque que celui-ci; 1 sa peinture, qui a donc plus de retenue et de vérité.  il charge moins Aussi est-il  le plus intéressant à lire, et le plue proche de nos romanciers realistes du dix-»euvième siècle. LA CŒSSDIE DE MOTOS. Tournons maintenant aux auteurs dramatiques de cette epoque dont, pour ce qui régarde le tableau détaillé des moeurs bourgeoises, Dancourt est de premier ordre. différent.  1.  Chez lui, la bourgeoisie joue un $ole  Ici ce n'est pas pour corriger le mauvais gout littéraire  Il faut en excepter la secondé partie du Boman Bourgeois, où les portraits de Charrosellea et de Collantine sont chargés a outrance ; c'est du pur burlesque.  -41qu'on les met en scène;  Dancourt s'Intéresse a son sujet en lui-même;  il aime ces bourgeois tout ai les disséquant et eu lea ridiculisant. LF> MCAJHE m  jMHCOURT. 1  "î&ncourt", dit a&rthéleay, bourgeoisie.  est le Saint-Simon de la  Tous deux ont vécu à la même époque et chacun 1 'a étudié»  l'un seos la forme du récit, l'autre sous celle du dialogue. de peindre les personnages et les choses agir, et se révéler eux-mêmes.  Au lieu  Janeourt les laisse parler,  On dirait peut-être que si Dancourt  nous présente un tableau vivant des moeurs de son siècle, Molière, ce profond observateur, le fait encore mieux.  Molière, cependant, s'efforçait  à observer et a peindre l'homme plutôt que les hommes; donc ses comédies ne fournissent pas des détails particuliers, bien nettement tranchés, qui éclairent les moeurs, et les usages d'une époque.  Molière est à  l'histoire de son siècle ce que la grande satire est à l'humanité entière; les petits-maîtres, tels que Dancourt, nous font mieux connaître quelquefois les traits particuliers de la classe dont il s'occupe spécialement, c'est à dire, de la bourgeoisie. Les types de ï'oliere, tartuffe, l'Avare, le Misanthrope, Dom Juan, M.Jourdain sont plus humains  que nationaux.  Hé en 1661, Dancourt écrivant ses pièces vers la fin du siècle: c'est donc la société de la seconde moitié qu'il peint dans ses comédies. La société tendait alors vers 1.  La Comédie de Dancourt, 1882.  -42"une plus grande liberté, une plus grande aisance dans le commerce, un mélange plus facile des deux sexes; le luxe commençait à confondre les rangs et les conditions *•• les mésalliances rétablissaient la fortune des grands seigneurs; les roturiers riches achetaient des terres seigneuriales et titrées, dont ils osaient porter le nom: tout se préparait, en un mot, dès l'an 1700, pour le grand bouleversement qui devait marquer la fin du siècle ... Bancourt s'attachait surtout aux travers du jour, aux folies «L la mode; 11 représentait la société telle qu'il la voyait de son temps; et il faut bien que ses tableaux ne fussent pas tout & fait infidèles, puisque la bonne compagnie s'en amusait, Bans l'espace de trente ans Bancourt donna au théâtre français plus de cinquante comédies.  Si dans cette multitude de pièces  on remarque les mêmes ressorts et les meutes combinaisons, si la gaieté devient quelquefois la trivialité, ou ne peut pas cependant s'empêcher d'être frappé par le fond inépuisable de comique que possèdent ces pièces.  L'auteur n'approfondit point comme Kolièfce, mais il parcourt  les objets avec une rapidité extraordinaire;  l'esquisse de ses portraits,  la suite des incidents, la vérité et l'animation de son dialogue, ne laissent pas s'ennuyer un moment ses lecteurs. Nul dramaturge n'a mieux peint que lui la sotte vanité des bourgeois entichés de noblesse; le gout des bourgeoises pour ces aventuriers brillants qui les éblouissaient par leur faste et leurs affectations.  Ses paysans, aussi, sont conçus avec un réalisme qui  provient d'une observation malicieuse. On reproche à Bancourt le ton licencieux de beaucoup de ses comédies.  1.  Pendant l'ascendant de Molière, le gout de celui-ci  Geoffroy: Cours de littérature dramatique, tome il, cité par Barthélémy.  -43s'unisisgpt avec la présence d'une ccur raffinée, épura la scène des bouffonneries indécentes du coincement du siècle.  lui s â l'époque  au Eancourt travailla» le roi n'allait plus que rarement au theatre, qui cessait peu â peu de sentir l'influence de la cour»  Alors le  public revint â ses anciens penchants, et I&neourt, en leur satisfaisant, obéissait simplement aux exigences do son milieu,  Kalgré sa peinture  hardie et franche des moeurs dépravées, Dancourt ne les rend Jamais séduisantes*  Les personnages vicieux se voient traités d'égal à  égal par leurs domestiques: par exemple, la comtesse dans le boulin de Jarel, à qui un coeher ivre ose dire: "Vous autres et nous autres, nous ne saurions nous passer les uns des autres»" Rousseau se permit de dire que Dancourt n'était bon qud pour amuser les libertins et les femmes perdues:  il reste â savoir, pour-  tant, si ces comédies ne sont pas pour le moins aussi saines que la Nouvelle Hélolse. Dancourt est un réaliste, sans amertume et sans prétention, comme dit Gustave Lanson1 "Paysans de la banlieue rusés et cupides, escrocs de tous les mondes, notaires dignes des galères, procureurs Âpres, joueurs et joueuses, bourgeois enrichis et avides de s'anoblir, gentilshommes ruinés, avides de se refaire, chevaliers entretenus, comtes â vendre aux veuves •** bals, tripots, foires, lisux de rencontre et de plaisir, tous les endroits â la mode •••« voila ce que donne Dancourt dans ses pièces anecdotiques.  1*  Hist* de la Littérature Française, Hachette, 1322*  p.533.  D XL PBIHT DBS TYPES PLOTO? QUE D3S PHBSOMES. lâa. lisant le théâtre de Danecurt, Baron, Montfleury, Quinault, l Thomas Corneille , Boursault et les autres, on se rend compte cependant que, malgré la profusion apparente de personnages de tout rang, c'est somme toute un assemblage de types peu variés»  Chacun représente, à  quelques exceptions près2, moins une personne vivante qu'un vice, un travers, ou un trait ridicule.  Ce ne sont souvent que des abstrabtion?,  et pourtant chargées quelque peu, ou au moins généralisées.  Tel mar-  chand, tel financier, telle greffilre ambitieuse, telle feme intrigante, ne sont pas des citoyens ordinaires qu'on voyait tous les jours, car ceux-ci ne se prêtent pas bien 9 la comédie, n'étant pas assez corrompus ni assez ridicules* L'EXAGERATION S5T EXIGEE PAR LA CC&3DI3+ La comédie de moeurs, et encore plus la facce, veulent une certaine exagération} c'est pourquoi une tranchée de vie réelle, quoique bonne pour le roman de moeurs, ne vaut rien sur la ae&ne. D'après les comédies d'alor3 on ne peut guère reconstruire la vie journalière, les réactions intellectuelles et sentimentales, les mouvements psychologiques de la société qui y est représentée; ou n'est guère plus près de la comprendre dans ce qu'elle a d'intime et d'essentiel. Tout ce qu'eu peut faire c'est de distinguer quelques tendances, quelques  1*  Le Baron d'Albikrac.  2.  Ou ferait exception pour La î'ère Coquette, de Quinault, qui est finement observée.  -45caractères généraux qui, se trouvant partout dans les pièces de 1'époque, doivent  refléter des conditions qui existaient réellement.  lone si  l'histoire ne nous renseignait pas sur l'extrême centralisation de la vie nationale sous Louis XIV, [ce qui résulta en une recherche acharnée d'avancement et de titres, convoitise partagée non seulement par la noblesse mais par la haute bourgeoisie et même les classes moyennes], même si ou ne savait pas tout cela, ou le devinerait en voyant défiler sur la scène tous ces "hommes à bonnes fortunes", ces chevaliers â la mode qui exploitent les riches bourgeoises désireuses de faire entrée dans le beau monde; ces joueurs et ces joueuses qui passent la journée et une bonne partie de la nuit au jeu, ceux-ci par besoin d'argent, ceux-lâ par snobisme.  On y voit aussi le veuf ou la veuve qui veut se marier mal â  propos avec quelque jeune personne, tout en donnant à sa fille un vieux parti qui ne convient guère â son âge. maintes fois1; apparesnant*  Tous ces ressorts sont employés  c'est à n'en plus finir, mais on ne s'en lassait point, Cependant 11 faut croire que ces espèces de sottises étaient  moins fréquentes dans la vie qui sur la scène: espérons-le du moins* LA B0DBG50ISIE R5FLBTS LES TRAITS NATIONAUX. Le theatre^ donc, alors comme aujourd'hui, hors celui des grands comédiens comme Molière, montre un tableau un peu dénaturé des moeurs du temps.  La vraie bourgeoisie au dix-septième siècle résumait  1. Voyez Le Baron d'Albikrae, (Corneille) F&dame Artus, la Parisienne Les Ponds Perdue, Les trois Cousines, Colin-Maillard (Dancourt) La Famille Kxtr4vagant$J. {Le Grand) etc.  -46en elle, plus que toute autre classe, les caractères de la nation. en montrait tous les défauts et toutes les vertus.  Elle  Admettons que le  bourgeois do cette époque était vaniteux^ prétentieux, avide d'honneurs et de titres, trop prêt  â singer les gens de cour, facilement mis en émeute  par le souffle révolutionnaire.  Dans les affaires, cependant il était  prudent, travailleur, rigoureusement juste, plein de bon sens.  Chez lui  il était bon mari et bon maître, charitable envers les malheureux;  gar-  dant toujours le souci de sa dignité personnelle, il n'oublait jamais celle des autres.  Ce fut en lui que reposait les vraies forces de la  nation. gCHELLSS SOCIALES PS LA 30UKG30ISIS. La bourgeoisie de Paris composait une société a part, dont les rangs successifs se distinguaient nettement.  La classe la plus  haute consistait en juges, magistrats, professeurs de la Sorbonne, personnes qui remplissaient les plus hauts postes du gouvernement, hommes d'affaires importantes, intendants des finances, présidents, conseillers au parlement.  Sa seconde classe se trouvaient les marchands, chefs de  corps municipal, chefs d'as ociations ouvrieres, apothécaires, médecins, avocats, procureurs en parlement, notaires, greffiers, secrétaires, tuteurs, maîtres d'école etc.  Au-dessous de ceux-ci ou trouvait les  ouvriers, petits boutiquiers, artisans, petits commis de tous genres, t domestiques, revendeurs, charlatans, porteurs etc.  î&turellement, cette  hiérarchie n'était pas partout bien arrêtée; toutefois elle l'était plus qu'aujourd'hui;  si bien qu'on pouvait en général juger du rang  -47social de tel homme d'après ses vêtements. Il est vrai que le prestige de la noblesse était tel que la haute bourgeoisie s'efforçait de l'imiter en toutes choses: ou voulait s'habiller, parler, manger, être servi, comme les nobles, et tenir le même train de maison, ou â peu près, que les grands.  Si l'on était  financier ou fermier-général, et partant riche, ou en venait â bout; si ses ressources étaient plus modestes, 11 fallait se contenter de moins. Quelques uns des bourgeois, entêtés d'imiter les nobles, et n' a^ant pas la bourse assez bien garnie, se donnaient en pâture aux risées de leurs confrères.  Bien des comédies de l'épOque mettent en scène ce trait  ridicule, qui réjouissait le gros bon sens national. LES— — Gms m LETTRES.  des  la littérature, qui est voue/ gloires principales du X1/lle siècle, fut une maîtresse assez dure envers ses serviteurs, qui menait une vie affamée et précaire. établis, ni meme  reconnusi  Les droits des auteurs n'étaient pas 'on leur volait les fruits de leur travail;  ils étalent â la merci de tout éditeur malhonnête, et s'ils avaient des ennemis ou des rivaux(te qui arrivait presque toujours.,) ils avaient aussi %  1  a lutter contre une cabale plus ou moins puissante, qui décriaitleurs écrits ou qui faisait tomber leur pièces de théâtre. Sorel fait une peinture vivante d'un groupe d'auteurs, qui se rencontraient presque tous les jours ches un libraire honnête( 1. Voyez Roman Bourgeois, p.122  -48(car il y en avait» même alors}}»  Cet homme était assez bon pour leur  prêter des livres, qu'ils ne pouvaient acheter, et que d'ordinaire ils ne lui rendaient pas.  "Je les leur prête" dit-il, "je suis contraint d'en  faire ainsi â un tas d'écrivains qui se trouvent tous les jours dans ma boutique."  73n revanche, les écrivains donnaiariquelquefois de la copie  à faire imprimer ce qui ajoutait a la renommée de sa boutique.  Beaucoup  de monde alors se mêlait de l'art d'écrire: des maîtres d'école, las de faire de la pédagogie;  jeunes gens nouvellement sortds de collège et  ne sachant que faire pour gagner la vie, fort persuadés, d'ailleurs qu'il ne tenait qu'à eux de créer une poésie nouvelle; et une foule de €  gens qui venaient d'on ne sait ou, la plupart de la province, essayer leurs fortunes en s'accrochant â quelque seigneur qui voulût les prendre â son service. Très souvent, les gens de lettres vivaient des gages de quelqu'un de noble, dont ils n'étaient vraiment que des domestiques; ou bien lews protecteurs leur faisaient recevoir une pension du roi; mais ce cas était plutôt rare. n'avaient pas de génie; plupart ne  naturellement, tous ces littérateurs  il s'en fallait de beaucoup.  A vrai dire la  faisaient que traduire des livres, "ce qui" dit Sorel, "est  une chose très-facile".  Ou ne saurait être de son avis là-dessus;  nais il faut rappeller qu'on n'était peut-être pas très difficile à cet égard du temps de Sorel, et que ces traductions laissaient sans doute beaucoup â désirer. Il était d'usage qu'un écrivain fît parler de son ouvrage longtemps avant qu'il fut fini, de sorte que tout le monde, en ayant  entendu parler, fût déjà Impatient de le lire.  Chapelain, par exemple,  mit trente ans à engendrer la "Pucelle", étant entretenu pendant ce temps par le duc de Longuevil le, son patron. "Qui plus est", dit Sorel, "nos auteurs sont si vains qu'ils font eux-mêmes des préfaces et des lettres de recommandât ion qui leur donnent des louanges si excessives qu'apreâ^x*on ne sçait plus ce que l'ou donner oit a des divinités, et les font imprimer sous le nom de quelqu'un de leurs amis, qui, encore qu'il soit bien éloquent n'en pourroient pas parler assez suffisamment a leur gré." Souvent un auteur écrivait lui-même une préface, signéë par un autre, ou il se lota it en termes fort exagères. ruse, Furet 1ère fait dire à un auteur:  A propos de cette  "Je puis dire icy entre nous  que je l'a y pratiqué avec assez de succès, et que sous un nom emprunté de commentateur de mon propre ouvrage je me suis donné l'encens tout mon soul." A part ces ridicules et quelques petitesses d'ésprit, ces gens de lettres furent du reste, d'assez braves gens, pleins de bonhomie, aimant rire, bavant et mangeant largement quand ils en avaient moyen, et faisant alors bonne chère â leurs amis; jeûnant sans se plaindre quand il le fallait; libres de moeurs, point avares, peu atteints du snobisme de l'époque;  sensibles, cependant, à, la flatterie, d'une naïveté  extraordinaire et d'une Inconstance étonnante; prompts â se courro.xcer, prompts â pardonner: ce furent de grands enfants qui fanfaronnaient, se battaient, se jetaient des injures, mais qui, au fond, s'amusaient bien ensemble.  Tel, au moins, est le portrait que fait Sorel des gens de  lettres de son temps, lui qui en fut et qui dut les connaître comme personne.  Il semble, pourtant, que leurs vices l'emportèrent sur  -50leurs vertus, aux yeux de Sorel, qui fat surtout dégoûté par leur vantardise et leur manque de talent.  "Depuis ils me furent si odieux,  que je tâchai d'éviter leur rencontre, avec plus de diligence qu'un pilote n'essaye de s'éloigner des syrtes." LES osas m  bqbb. Une grande partie de la bourgeoisie se composait de gens  de robe; juges, avocats, procureurs, notaires, greffiers, et toutes sortes de petits commis qui gagnaient une vie incertaine à dresser et à copier des procès.  Ce fut un siècle d'humeur litigieuse^si l'on peut se fier  aux romans et au théâtre comique de 1'époque.  Après les guerres civiles  et religieuses du siècle précédent^les moeurs de la société s'étalent adoucies; ceux qui, autrefois, auraient réglé leurs querelles en se battant en pleine rue, faisaient appel maintenant à la justice.  [Ce  n'est pas a dire, pourtant, que mainte dispute n'aboutît a un appel à la forcet  au contraire*.] la fréquence des procès donnait à gagner â  une foule de personnes, foule qui croissait d'année en année, et qui profitait de l'ignorance ou de l'inexpérience de leurs clients, en faisant de la chicane. ISaturellement, dans ces conditions la justice œuffrait quelquefois par les mains de ceux mêmes qui prétendaient la protéger et l'administrer.  Il était d'usage, si l'ou avait quelque procès, de faire  secrètement un cadeau au juge qui y présiderait, dans l'espoir legitime d'influncer son arret.  L'adversaire faisait de même: c'était à qui  saurait mieux s'insinuer dans les bonnes grâces du magistrat.  Il y a  -51raaint témoignage â cette contume dans la littérature de l'époque: voyez 2 ce sujet Sorel;1  et cet extrait des "Plaideurs" de Bacine, où il s'agit  d'un plaideur Chicanneau qui veut obtenir la faveur d'un juge, Baudin. Chicanneau: Baudin: (Mcanneau: Baudin: Chicanneau: Daudln: Chicanneau: D>ud'ih:' Ctiïcanneau: Baudin:  Monsieur voulez-vous bien Tous me rompes la téte. Monsieur, j'ai commandé laisez-vous, vous dit-on. Que l'on portât ehez vous Qu'on le même en prison S Certain cartant de vin Hé, je m'en ai que faire. C'est de très bon muscat Redites votre affaire.  Pourtant ce n'est pas seulement dans les romans satiriques et le théâtre conique qu'on trouve de belles allusions; douter l'authenticité en ce cas.  on pourrait en  Molière, dans le Misanthrope, une de  ses pièces les plus sérieuses, en fait mention: Philinte: Alceste: Philinte :  Aucun juge pas vous ne sera visité? Non. 3st-ce que ma cause est injuste ou douteuse? J'en demeure d'accord; mais la brigue est fâcheuse.  Bals les Alceste de ce siècle avaient beau déplorer ces moeurs dépravées:  c'était une contume tellement générale que .Viae de  Sévigné l'avoue sans honte, et tout au plus avec une nuance légère d'ironie:3  1. Prancion, Gamier, 190S. p.106 et seq 2. Le Misanthrope, Acte i, Sc,i. S. Lettres:  tome 3, p.509.10.  -52"Hous avons gagné notre petit procès Ventadour, nous en avons fiait lesraarioimettesd'un grand; car nous l'avons sollicité*  les prin-  cesses de Tingry étaient à l'entrée des jugea et moi aussi, et nous avons été remercier, " Dancourt, qui sait tirer d'une situation tout ce qu'elle a d'ironie^âe comique, donne un tour très amusant aux reproches que fiait une bourgeoise S un conseiller {honnête, celui-ci) qu'elle a prié de favoriser une de sej amies:1 H.Migaud;  Cela ne dépend pas de moi seulement; et la justice f»me Bat In: La justice! la justice! Vraiment si la justice était pour elle on aurait bien à faire de vous solliciter! Quelle obligation prétendriez vous que je vous eusse? ... 8n vérité, monsieur, je ne vois pas la raison qui vous oblige, lorsque je vous en prie, de vouloir refuser de donner un bon tour à une méchante affaire. Eh fi J monsieur, il semble que vous ayez encore la pudeur d'un jeune conseiller." Si l'on ne connaissait pas personnellement le juge, on  pourrait s'approcher de lui par un moyen indirect, par exemple, en gagnant les bonnes grâces d'un conseiller, d'un secrétaire, ou même d'un parent de ceux-ci. "îia belle-soeur" dit un des personnages du Roman Bourgeois, "a tenu un enfant du fils aîné de la nourrice de celuy-là, chez lequel elle est cuisinière;  je puis luy faire tenir un placet par cette voye."  Voilà une route tan peu tortueuse! Ces traits sont peut-être exagérés, mais meme au théâtre on  1.  Le Chevalier à la Mode.  -53ne se permet pas impunément de telles plaisanteries dans un temps où 3a magistrature est amine est respectable. LA CBISaffE. Les officiers inférieurs ne se tardaient pas non plus de tirer profit du malheureux litigant.  Ils multiplaient les documents,  et partant les frais du procès, en lui faisant croire que telle nouvelle dépense ou tel délai était nécessaire.  Ils n'hesitaient même  pas quelquefois à Introduire dans une requête, pour l'allonger, des matières tout à fait étrangères au sujet.  Ils ne perdaient pas leur  temps, puisque ces documents étaient payés a la ligne* "D'un autre côté" dit Sorel, "l'avocat faisait des écritures il ne mettoit que deux mots en une ligne, pour gagner davantage, et afin de les enfler très-bien, son clerc usoit d'une certaine orthographe où il se trouvait m e infinité de lettres inutiles." VESTE DES CHARGES En ce qui regarde l'administration de la justice, les abus provenaient, non seulement des moeurs corrompus, des magistrats, et de la chicane des petits fonctionnaires, nais aussi de ce que les charges furent achetées et exécutées souvent par des jeunes gens qui n'avaient ni l'âge ni 1 'experience ni le savoir qu'exigeait leur tache. "Vous en'êtes tous les jours témoins" dit Bourdaloue "c'est qu'un enfant, à qui l'on n'aurait pas voulu confier la moindre importante affaire d'une maison particulière, a toutefois dans ses mains les affaires de toute une province et les intérêts publics. On en souffre, on en gémit; le bon droit est vendu, toute la justice est renversée; c'est ce qui importe peu à un père, pourvu qu'il n'en ressente point de dommage, et que ce fils soit établi."1 1.  3ourdaloue, Oeuvres, tome 5, p.48.  Gauthier, 1823.  -54$aint fils de fermier général, d'artisan, voire de payssm, s'étant enrichi s'éleva ainsi au-dessus de sa naiaaance, car une charge les axmoblissaient. ;  •  '  /  Les gens de robe, en général, conduisaient si bien leurs affaires, qu'ils avaient souvent de quoi contrefaire les grands seigneurs et faire leur entrée dans la vie de cour.  Ainsi on voyait tel jeune  avocat, tel conseiller cossu, après avoir pratiqué son métier pendant la journée, sortir â cheval, vetu en chevalier, l'épée â côté, et suivi de laquais.1 UN FOYER 30tJBE30IS. la vie que menaient les femmes bourgeoises, (j'entends celles qui n'étaient pas atteintes de la manie d'imiter les grandes dames), était heureuse et paisible, ne différant pas essentiellement de la vie d'une femme de la bourgeoisie weyewae d'aujourd'hui.  Elles s'occupaient des  soins du ménage, surveillaient leurs servantes, (souvent elles n'en avaient qu'une), allaient elleséaêmes au marché acheter les provisions, faisaient des visites dans leur quartier et en recevaient.  Si elles avaient des  enfhnts, elles ne les confiaient point â des domestiques, mais elles veillaient en personne â leur conduite, S. leur première éducation, â ïaur santé.  Enfin elles étaient en général, comme les femmes de la  bourgeoisie française, très dignes, pleines de sens pratique, d'humeur amicale; aimant un bout de causerie avec une voisine.  Les repas  bourgeois étaient simples, copieux, et bien cuits; car des bonnes  1.  cf. Roman Bourgeois,  p.13.  -55mémgèses se connaissaient en cuisine, alors comme aujourd'hui. Les jeunes filles sortaient peu et toujours acecmpBgneîes par leur mère ou quelque autre parent plus âgé qu'elles.  Elle^aidaient leur  mères dans le ménage, apprenaient comment il fallait le conduire s'occupaient des enfants.  Le soir elles faisaient de la cc&tare ou de  la dentelle, sous la direction aaternelle; ou elles lisaient des livres approuvés par leurs parents; elles se couchaient, eomme toute la famille, de bonne heure.  Quand elles eurent atteint l'âge de seize  ou dix-sept ans, il fallait songer â les marier.  Le soin de trouver  un mari convenable occupait autant la mère que le père; quelquefois ils ne tombaient pas d'accord sur cette question, et alors ce fut la guerre. On ne demandait pas l'avis de la j®une fille; ou aurait été bien étonné qu'elle se crut le droit de se mêler de ce qui n'était pas son affàireJ Mainte comédie de l'époque s'inspire d^ la lutte entre le père, la mère, et la fille (ou le fils) dont chacun a choisi le parti qui lui plaît. Il est vrai que le tort de cette manière de disposer de la main des jeunes gens sans leur consentiment, commençait déjà de se faire sentir; bien des passages dans Molière, Ûsmcourt, Quinault et d'autres exponent l'idée révolutionnaire que les jeunes personnes à marier daivent avoir quelque part en choisissant leurs partenaires pour la vie. fiais c'était encore une idée trop avancée pour être reconnue généralement, et parmi les bourgeois au moins les mariages se faisaient a la vieille mode. îiême quand un jeune homme avait été agre^ comme gendre futur, il n'était pas permis aux fiancés de se voir seuls, ni de faire  -56des promenades sans chaperon.  Ou observait, avant le mariage, les plus  strictes convenances & cet égard, surtout dans les classes bourgeoises. Furetiere nous éclaire sur les obstacles qui empêchaient un amant de voir sa maîtresse: "La difficulté était d'avoir entrée $uns la maison, car personne n'y estolt receu s'il n'y avoit bien à faire, encore n'entroit li que dans l'étude du procureur; car si quelqurun fust renne pour rendre visite â Javotte, le mere seroit venue sur la porte luy demander: Qu'est-ce que vous avez à dire à, m fille?"  UBC Scanned by UBC Library  1  I  -57Chapltre a. IA S0BLBSS5 PS CAlffiAGHS. Eh lisant le littérature et l'histoire da temps de Louis xiv, ou se représente eette époque surtout dans les deux aspects qui ont le plus d'importance a l'égard de l'influence du dix-septième siècle sur le siècle suivant : c'est & dire, le luxe insensé de la cour d'un cote, et les misères du peuple de l'autre. ai abondonnant les campagnes, la noblesse française les avait livrées â de grands désordres.  Ce mal de l'absentéisme avait été  inconnu avant le XVIIe siècle.  Sous Henri IV le noble vivait â la  campagne, où il veillait en personne aux travaux des champs, et, de temps en temps, apaisait les querelles des paysans.  L'émigration â Paris des  grandes familles campagnardes, commencée du temps de Richelieu, fut accélérée sous le régime de Louis XI?.  On sait trop ce qua devint alors  la vie de cour, et l'appauvrissement de l'agriculture qu'elle amena â sa suite.  Il était inévitable que les maîtres de la terre, éloignés des  choses rurales> en perdissent le souci.  Leurs intendants les volaient,  les paysans étaient mal logés, ou n'écoutait pas les plaintes des fermiers; tout allait à da dérive. tout eu oubliant  Les nobles réclamaient leurs droits féodaux  leurs devoirs envers leurs inférieurs.  lais heureuse-  ment La France entière n'était pas â Versailles, ni meme à Paris, et tout le monde des aristocrates ne se conduisaient pas comme l'adame de Grignan, grondée par sa mère à cause de ses folles dépenses, ni comme Madame de Fiesque, qui vendit ses terres pour en acheter un miroir (Mme de Sevigné,  -6820 Juillet, 1689),  Loin de la cour, en province, l'aristocratie n'était  point légère ni frivole*  il s'y trouvait des femmes qui, averties du  péril qui menaçait leurs familles, faisaient des efforts surhumains pour sauver leurs biens pour leurs enfants* Le journal de Madeleine des Po rcellets1, comtesse de Eocihefort, nous fournit une peinture détaillée de la vie des nobles de caispagne. Il y avait des rapports très étroits entre 3» maison seigneuriale  et  les travaux agricoles de lettre dépendants: les fermiers et les paysans. Ceux-ci apportaient d'ordinaire les matières premières, la laine, le lin» et le chauvre, au château ou on les convertissait en livrée, en tapisseries, en corde etc.  vêtements, en  selon les besoins de la famille.  moulin â bras transformait en farine le blé entassé dans le grenier, et on en faisait du pain dans la boulangerie. le vin qu'on vendangeait dans le domaine* château*  Les celliers contenaient  Les lessives se faisaient au  Bu un mot, les produits des terres suffisaient d'habitude aux  besoins quotidiens de la famille et de son entourage. Il fallait beaucoup de domestiques â ces grandes maisons, et partant une grande dépense pour les livrées. "Le 14 juin," raconte la comtesse de Hochefort, "j'envoyai prendre le sieur Patron, passementier, afin de savoir combien de galons il faudroit pour ma livrée. Il me dit qu'il falloit 80 cannes { 60 métrésî et 30 cannes des petits." La châtelaine était terne de veiller à tous ces soins du ménage,  1. Ribbe: Une grande dame dans son ménage d'après le journal de la Comtesse de Rochefort, 1689.  -59tandis que le mari s'occupait de ceux du dehors.  Cependant, il arriva  fort souvent que le seigneur fut appelé auprès du roi faire la guerre quelque parti  pendant son absence, donc, il fallut que sa femme sur-  veillât toute l'administration du domaine.  Elle veillait au tissage  de soie, de laine, et de lin, aux vendanges, â la lessive, â la cuisine même; puis elle s'en allait aux fermes donner ses ordres â ses ouvriers. "L'oeil du maître engraisse la terre", dit un ancien proverbe. Non seulement il l'engraissa à cette époque, mais il l'arracha aux griffes des intendants, qui sauf de rares exceptions, s'enrichirent aux dépens de leurs maîtres.  time de Sévigné, qui ne négligeait point cependant de  visiter ses terres, écrit en 1672s  "On est au désespoir, on n'a pas  le sou, on ne trouve rien & emprunter, les fermiers ne paient point." Pourtant, il ne suffit pas de Shire des visites: sur ses terres si l'on vent en tirer tous lea revenus?;  il faut vivre ce dont la  pauvre dame se rend compte parfaitement plus tard, en écrivant à BussyBabutin: "Je ne sais comment vous vous trouvez de vos éérres. Pour moi, ma terre de Bourbilly est quasi devenue à rien, par le rabais et le pau de débit des blés et autres grains. Il n'y a que d'y vivre qui put nous tirer de la misère, mais quand on est engagé ailleurs, il est comme imposable de transporter ses revenue." Les chfitelains, pressés de tous cotés par leurs créanciers, sont obligés pourtant de faire grâce aux fermiers qui se plaignent des mauvaises récoltes et qui demandent la diminution des rentes.  Dresser  les baux, percevoir des rentes, régler des comptes, veiller aux réparations nécessaires dans les métairies: voilà les devoirs d'un châtelain.  -60voire d'une chatelaine, da dix-septième siècle*  Quelques extraits du  journal de la comtesse suffiront 4 montrer que les propriétaires d'un château ne menaient pas une vie paresseuse: "J'ay été voir l'écurie, et j'ay remarqué qu'il étoit tout â fiait nécessaire de faire accommoder le couvert ••« "Sur le soir, étant allée â la Béguda, j'ay fait le tour de mes moissons, et je les ay trouvées fort holies «•• "J'ay commencé aujourd'hui de tenir les cardeurs, pour travailler un quintal de laine lavée • •« "Le 11 juillet, je suis allée au Eaaet, dès l'aube du jour, pour achever de faire fouler mes gerbes le soir le blé fut mesuré devant moy, et le trouva y qu'il y avoit le moitié moins que l'année dernière." LES H0BL5S CAMPAGNARDS EXERCENT L^S ?S3CTI0ÏÏS PS JUQ3. Ce que l'Angleterre a développé chez elle dans l'institution des "magistrates", la vieille Prance le possédait dans la tradition des familles rurales de souche ancienne.  Le maître du chateau décidaient  les cas de dispute entre les fermiers ou les paysans, imposaient l'amende en cas de besoin, ét maintenaient la paix.  Be prince de Conti, dans ses  gouvernements de Guyenne et <3e Languedoc et aussi dans ses terres, donnait audience deux fols par semaine, â tous jusqu'aux plus pauvres, et rendait justice gratuitement, le mieux qu'il pouvait.  Pénelon, dans son traité  "De l'éducation des filles", rectsamand^*qu'elles soient instruites des devoirs des seigneurs dans leurs domines.  ^ voici que la comtesse de  Rochefort met en pratique ce conseil: "... j'ay trouvé au logis Jean Lagier de Sainte-Hilaire, lequel m'a porté plainte contres mes officie?' de Rochefort, de ce qu'ils sont taxés excessivement dans un inventaire de quelques effets appartenant aux neveux dudit Lagier. Sur ce, l'ay écrit â Redon [lieutenant de juge] de surseoir â toutes poursuites et de m'instruira de quoy il s'agit, afin de le fia ire régler par personnes intelligentes."  (  -61St autre part elle fait mention qu'un nouveau rentier d'un de sea domaines a'eat plaint "que l'ancien rentier *•• a par malice laissé croître jusqu'à maturité la civade fère[folle avoine] afin que les terres en restassent ensemencées."  Et elle d'envoyer sur-le-champ quelqu'un pour s'assurer  que la plainte fut juste.  On voit qu'il fallait une patience, taie  connaissance des choses rurales, et un désintéressement hors du aossxm pour bien administrer toutes ces menées affaires.  Si tous les grands  seigneurs du temps s'étaient conduits ccrame la comtesse, au lieu de mener une vie fastueuse à Versailles, peut-être auraient-ils aidé leur pays à se réformer d'une façon moins sanglante que par le moyen de la Révolution. Il conviendrait d'achever ces remarques sur la vie des nobles de campagne par oui mot sur l'éducation de leurs fils.  Ils avaient, en  bien des cas, une famille nombreuse, et ils se trouvaient obligés â des dépenses au delà de leurs revenus.  Ils commençaient d'ordinaire par  prendre chez eux un précepteur; quelquefois, pourtant, le père lui-même se faisait le premier instituteur de ses enfants.  Ensuite on les envoy-  ait â une de ces établissements de province, moitié école, moitié pension qui recevaient les enfants de bonne famille.  Si on avait les moyens, on  les mettait dans quelque collège de Baris,comme celui par exemple que décrit Sorel dans son Histoire Comique d  Frafccion, et qui paraît avoir  été assez mal administré. ï&is la plupart des garçons de quatorze ou de quinze ans, s'ennuyant au collège, s'éprenaient de la gloire militaire, et tourmentaient leurs pères de les envoyer dans une des écoles de cadets créées  -62-  par Louvols et qui faisaient tourner toutes les jeunes têtes de la France»  Cette demande nécessita de nouvelles dépenses encore plus grandes,  car le train de vie militaire était alors d'un faste ruineux que déplorait Louvois quoiqu'il ne pût y mettre ordre.  Il fallait que les jeunes gens  apprissent à se servir des armes, à monter & cheval, et même "à danser, et & dessiner", selon le mot d'un père de l'époque, qui cherchait de faire entrer son fils dans une "des compagnies de jeunes gentilshommes, depuis l'âge de quinze ans jusque s â vingt-quatre."  Il se lamente sur les  sommes énormes qu'il lui a fallu dépenser pour y établir son fils de façon convenable: "Mon fils m'a dépensé en habillemens sans compter les nippes de la maison que nous lui avons données. 28C livres 19 s cas, plus la nourriture de son valet et de ses chevaux. Je dois presque toute cette somme, a laquelle il faut satisfaire, quoique je sois sans argent." Si les enfants n'étaient pas attirés en bas âge vers le métier de soldat, il leur arrivait fort souvent d'être recherchés. 1 l'âge de dix-sept ou dix-huit ans, par les intendants des provinces, qui furent chargés de recruter tous ceux qui étaient en âge de servir et qui n'étaient pas dans le service.  Alors il fallait trouver, pour eux  aussi, les habillements, les chevaux, et tout le reste; et de plus, venir en aide quelquefois quand ces jeunes?ens 3'embarrassaient de dettes contractées au jeu.  -•  —63— Chapitre vi. LSS PAYSANS. La littérature du grand siècle se tait, en général, sur la  TÎe du peuple.  Pour les gens de cour le peuple n'existait pas, sinon  comme le dernier plan du décor du drame mondain.  Quant à la bour-  geoisie» plus proche de cette multitude d'êtres obscurs qui soutenaient le poids de 1'edifice social, elle s'en détournait, en tendant de toutes sea forces vers l'émulation des grands on vers la recherche de la fortune.  Les classes les plus humbles de la bourgeoisie ne se  distinguaient guore  du peuple de la ville:  petits boutiquiers, petits  ouvriers, commis, domestiques etc., tous vivaient tant bien que mal des fruits de leur travail.  Certes, ils ne connaissaient point le luxe,  ni peut-être même le confort, cocme nous l'entendons aujourd'hui; mais ils ne mouraient pas de faim.  Ils avaient un ^it®, si pauvre  soit-il, et de quoi s'habiller. Quand on parle du contraste frappant en ce siècle entre la vie  fastueuse de la noblesse de Paris et la misère du peuple, on pense moins an peuple de Paris qu'à celui de la campagne.  Ici encore la littérature  contémporaine nous fournit très peu de renseignements.  î/olière, il  est vrai, rompit avec la tradition classique en introduisant sur la scène des types bourgeois; et l'on trouve chez Furetière et chez les successeurs de ?,olière une étude plus détaillée des moeurs bourgeoises. Cet élargissement du champ de la littérature constituait déjà une  -64conquete assez considérable au crédit da sièclei  il fallait encore  du temps pour que les moeurs populaires fussent acceptées comme sujet légitime de la littérature proprement dite.  Il y a chez Kolière  de jolies esquisses de paysans, prises sur le vif; pourtant l'entrée de ces gens est toujours l'indice d'une scène de farce [e.g. Bon Juan, Acte ii, Sc.i]  Leurs joies, leurs douleurs, leurs inquiétudes, leurs  amours, enfin toutes leurs émotions sont choses qu'il ne f&ut pas prendre au sérieux; elles évoquent non la sympathie mais la risée.  LIS KI5TSRES PS LÀ CAKPAGIîS. La Bruyère seul se rend compte en quelque sorte do cette réalité cachée, qui éclate cependant aux yeux de celui qui sait voir. Kais La Bruyère était en avance sur son temps, et chez Daneourt nous sommes bien loin de 'ces animaux farouches, maies et femelles, répandus dans la cair^pagne'', dont parle le fameux moraliste.  Ce passage  dans les Caractères est trop bien connu pour qu'on le cite ici. ce n'est pas la seule fois que l'auteur en parle; deux ou trois fois.  Et  il revient au sujet  Il nous présente "ce garçon si frais, si fleuri,  et d'une si belle santé", qui a six vingt mille livres de revenu, et puis l'antithèse choquante*1  "six vingts familles indigentes qui ne se  chauffent point pendant l'hiver, et qui n'ont point d'habits pour se couvrir et qui souvent manquent de pain".  voici qu'il revient  à la charge, et cette fois ses paroles sont remplies d'une pitié  1«  Caractères:  Chap.v.  -65profonde qui TO jusqu'à l'éloquence: qui saisissent le coeur»  "Il y a des misères sur la terre  Il manque à quelques uns jusqu'aux aliments: 1  ils redoutent l'hiver, ils appréhendent de vivre". liacine, apâtro d'un art si raffiné, si hautement civilisé, si aristocratique de sentiment, - Racine même, ému par le spectacle de la sourde misère des campagnes, écrit un mémoire la-dessus, à l'invitation de Madame de ï,m intenon.  Ce document tomba dit-on, entre les  mains de Louis xiv, et déplut si fort â ce monarque qu'il punit l'auteur en lui retirant sa faveur.  Il est probable que ce ne soit pas vrai;  mais ce qui est certain c'est que ce mémoire est perdu.  C'est dorasage,  car 11 aurait été d'un grand intérêt. Qi connaît la Lettre de Fénelon au roi à ce sujet; avec quelle hardiesse et avec quelle éloquence il lui reproche sa négligence, de sas devoirs envers ces misérables? ^Cependant vos peuples, que vous devriez aimer comme vos enfants, et qui ont été jusqu'ici si passionnés pour vous, meurent de faim. La culture des terres est presque abandonnée; les villes et la campagne se dépenpleut; tous les métiers languissent et ne nourrissent plus les ouvriers ... Au lien de tirer de l'argent de ce pauvre peuple, il faudrait lui faire l'aumône et le nourrir. La Prance entière n'est plus qu'un grand hôpital, désolé, et 3ans provision". 2 Vauban fit aussi un portrait peu flatteur des abus du temps» dans son Projet de dîne royal, qui lui valut sa disgrâce auprès du grand monarque.  1.  Il écrit en 1696:  Caractères:  2. Fénelon:  Chap.v.  Oeuvres, Vol.3,  Didot, i^ria, 1845.  -66"Tout^ce qui s'appelle has peuple ne vit que S© pain d'orge et d'avoine mêlés dont ils n'ôtent w è m pas le son, ce qui fait qu'il y a tel pain qu'on peut lever par lea gailles d'avoine dont il eat vêlé .... Les trois quarts ne sont vêtus, hiver et été. que de toile à çoitlé pourrie et desséchée, et chaussés de sabots dans lesquels ils ont le pied nu toute l'année «... Ils ne possèdent pas un pouce de t»rre.n 1. Selon Vauban, la dixième partie de la nation fut réduite â la mendicité "et mendie effectivement*.  Cette phrase seule suffit à  montrer 1'affreuse condition du royaume.  imis il ajoute que "des  neuf autres parties, 11 y en a cinq qui ne sont pas en état de faire 1'aumône à celle-là";  en voilà 2e comble»  Donc, sur cent personnes  quarante seulement avaient quelque chose de plus que les similes nécessités de la vie.  LA VIS P à Y S M m SUR LA SCMB ET BISS ISS BOMBS BOBLKSQUBS. C'est un soulagement de quitter ces mornes  peintures des moral-  istes et des historiens, et de chercher le témoignage du théâtre et des romans.  SI le naturalisas avait été à la mode alors, quels sujets  tragiques, effrayants et douloureux auraient pu trouver les romanciers et les dramaturges?  rais on n'avait pas encore developpé le réalisme  grave, intense, pour ainsi dire idéaliste, qu'il aurait fallu pour traiter de telle matière.  Le réalisme du dix-septième siècle  se trouve que dans la comédie et dans les romans burlesques:  1. 2.  ne  c'est  économistes Financiers du xviii siècle. Vol.1, Quilldumin, Paris, 1843. Hous exceptons Bacine, qui a le réalisme, tout autre d'ailleurs, du psychologue.  -67un réalisme bouffon, cynique, généralement superficiel»  Scarron et  Sorel présentent les cotés naïfs, grossiers, on niais du peuple:  ce  sont des sujets de rire, tout simplement, comme les tours amusants des singes.  <puencore on s'en sert pour les besoins de l'intrigue, comme  dans les pièces de Dancourt et alors les paysans se ressemblent, ils ont les mêmes caractères, les mêmes tics. Ce sont des paysans de la banlieue, qui connaissent bien leur monde, qui exploitent sans vergogne le3 citadins et les bourgeoises qui viennent se divertir â la campagne.  Ces habitants de la banlieue  trouvent leur compte en servant les caprices d'une société corrompue; ils s'en moquent et ils s'en méfient, en opposant leur ruse caupaguarde a la finesse parisienne.  Les paysans de î'olière, quoiqu'ils soient  esquissés en peu de lignes, sont de vrais paysans, naïfs, simples, sentant les champs: ceux de Sancourt, cependant, â force de se frotter contre l'esprit urbain, sont déjà déniaisés.  Ils ont l'intelligence  éveillée, ils savent bien saisir leur avantage; pendue et l'on n'en vient pas facilement â bout. sentent la banlieue.  ils ont la langue bien Si un mot, ils  Il est digne d'être remarqué, d'ailleurs,  dans ces comédies, que les rires se mettent d'ordinaire du côté du paysan au dépens du citadin.  Le parler provincial, avec ses solécisnes  et ses voyelles champêtres, fait ressortir d'autant plus vivement la finesse d'observation de ces gens de la campagne.  Voici Colin* qui  prévient son oncle contre des gentilshommes qui, dit-il, veulent  1*  L'Opéra de Village, Dancourt.  Sc.l.  -68séduire la fille de celui-ci: Colin: "Je sais fort ? u e c e P®tit Monsieur Bouvillon qui fait tant le grand Seigneur, avec son factotum, Monsieur Galoche, en voulont à quelque fille; et comme ma cousine est la plus gentille du Bourg • •• Tenez, mon oncle, je me donne au diable, il ne faut point s'affier à ces gens-là, Thibaut :  "l'orqué que tu es défiant, Colin, Tu as peur de ton ombre.  Colin: Mfcis aussi, que faisont-ils ici? Au lien d'aller où ils a vont affaire, ils demur ont dans notre Tillage à manger bian de l'argent au cabaret. la peste m'étouffe, il y a là-dessous queuque manigance." Ces paysans, tout en profitant des caprices des gens de la ville et voyant d'un oeil narquois leurs moeurs légères, ne veulent pas cependant que leurs femmes ag saent comme les Parisiennes. Ainsi Bertrand, hôtelier, reproche â sa fense d'aimer trop la compagnie des garçons: "Oh ne te fâche donc pis, Jeanne, je sais bian d'où, ça viant, et c'est ce qui fait que je te le pardonne» Parce que tu vois ici des î'adaraes qui courcmt après des I onsieux, tu t'imagines qu'il faut faire de même; raye ça de tes papiers» Ailes sont de ïfcris, ces ï'adar.Tes-là, c'est à elles à faire; et quoique je soyons dans la Bauliene je prétends qu'il y ait de la différence." Bvideaauent, le commerce avec les Parisiens n'a pas oorroupu le bon sens de ce brave Bertrand. quelques autres de son espèce*  Fais il n'en est pas de meme ches  Voici, par exemple, Lucas dans le  Galant Jardinier, qui a ramassé un papier tombé de la poche d'un valet. Se sachant pas lire, il croit que c'est une lettre de change et que aa fortune est faite:  -69"Que de gens fâchés dans le village quand ils verront Sàathurine et Lucas dans un b^.su-carrosse. Si j'ai une fois de l'argent, cr»c, je me boute dans les affaires» je me fais Partisan, tu seras Dartisanne? j'achèterons queuque charge de Noblesse, et pis, et pis on oublira ce que l'avons été; je ne nous en souviendrons morgué peut-être pas nous—sternes • fcathurine: Je deviendrons Nobles, Lucas? J'aurions carrosse? Lucas: Pourquoi non? Je ne sommes pas les premiers paysans qui auriônt fait fortune. Cependant, la plupart des paysans de Dancourt sont bien sensés; ils sont très rarement atteints par la manie de se faire noble, laissant toutes ces folies aux bourgeois»  H i a leurs filles sont naturellement  plus susceptibles â cette passion, et c'est en faisant jouer ce ressort que les jeunes seigneurs réussissent souvent dans ces comédies à séduire les jolies paysannes. Ces comédies manquent quelquefois d'intention è. l'égard de l'intrigue; les situations se répètent bien souvent.  îdais le  dialogue ne laisse pas d'être vif, amusant, plein de reparties plus ou moins divertissantes»  Sri effet, on trouve parfois des traits un  peu trop spirituels pour être dans la bouche de ces rustres, même de la banliene.  Dans Les Vendanges  L'argot reproche à son mari  Lucas sa faiblesse pour le vin: elle est mécontente de ce qu'il paye l'écot de ses amis aussi bien que le sien:  Lucas de répondre:  "C'est pour qu'ils m'almiont davantage. Ils venont me chercher pour entretenir connoissance, moi, je paie pour entretenir l'amitié; n'esi'ii pas juste? ' ^coro un exenple: Lucas, dans le Galant Jardinier, a pénétré le déguisement du jeune héros, et on lui a donné de l'argent  pour qu'il se taise»  /«lais voici que, d'un autre côté, ou lui offre  damnt&ge pour dévoiler le secret.  Alors il "se fait des scrupules",  et il s'explique avec une subtilité peu rustique: "Je ne saurois sarvir sti-ci sans tromper sti-la, voyez-vous, dans l'imagination que ce seroit blesser m conscience, si je ne sarvois pas sti qui promet le plus, au préjudice de sti qui baille le moins." Ces traits, pourtant, vrais on mon, ne laissent pas d'être fort amusants, et nous serions bien ingrats de préférer la vraisemblance au divertissement. Beaucoup de ces comédies de Dancourt finissent par une espèce de ballet, exécuté souvent par des paysans et des paysannes, ou par des bourgeois habillés en paysan.*  Ce ne sont, sans doute, que des  divertissements de théâtre, suivant la tradition italienne ou espagnole, et dont la raison d'être était qu'ils plaisaient fort au goût de l'assistance.  Cependant, le théâtre de Dancourt est assez  réaliste  pour qu'on puisse en conclure que la vie campagnarde, nalgré la misère de l'époque, n'était pas sans avoir ses cotés joyeux. Voici à cet égard le Temoiguage de Sorel qui a de vives peintures de la vie provinciale.  Deux jeunes gentilshommes dont l'un  est Francion, le héros de son "Histoire Comique", se déguisent en paysans afin d'assister â une noce campagnarde.  Le père de la mariée  a déjà retenu un ménétrier qui se chargerait de fournir les violons  1. Voir La Fête de Village, Le Charivari, Le Retour des Officiers, Les Aurieux de Compiêgne, Colin-4.aillard, l'Amour Charlatan, et bien d'autres.  pour la danse.  Pourtant» Franc ion et son compagnon se présentent et  s'offrent à faire de la musique & moindre frais, ajoutant qu'ils feront la cuisine par surcroît , sans rien demander de plus.  Le premier  musicien veut insister sur ses droits, nais la finesse des deux galants, jointe â l'esprit économe du père, finit par en triompher: "Nous nous «ânes à travailler à la cuisine, et Clérante qui quelquefois vouloit devoir de ne* gens c<ombien l'on accommodoit toutes les entrées de ses répas, eut fait de très-bonnes sauces s'il eût eij je l'étoffe pour en faire: nous noua contentâmes d'apprêter tout à la grosse mode, selon le conseil d'un surintendant qui venoit nous voir de fois à l'autre. Chacun étant revenu de la messe, la table fut couverte, et l'on s'assit pour dîner. ... Le repas étant }i fini, le marié et la mariée se mirent devant une table chargée d'un beau bas3in de cuivre; à chaque pièce qu'on leur apportoit, corane en offrande, ils faisoient une belle révérence pour reœercîment, en j penchant la tête de coté. Ceux qui donnoient deux pièces d'argent étoient si convoiteux de gloire, qu'afin qu'on le vît ils les faisoient, tomber l'une après l'autre. La bourgeoise présenta une couple de fourchettes d'argent, une certaine femme de village en présenta de fer! â tirer la chair du pot, oîi il y avoit m e cuiller au bout; une autre, des pincettes et des tenailles ... ïl [le marié] fut là avec son épouse un quart d'heure, après qu'on lui eut fait tous les dons, pour attendre s'il n'y en avoit point encore à faire. S'étant retirés, ils comptèrent ce qu'ils avoient dépensé; et, vojant qu'ils perdoient beaucoup à leur noce, ils se mirent à pleurer si démesurément que moi, qui étois auprès d'eux, je fus contraint d'essayer de les consoler.1* Sur ces entrefaites, ou vient leur dire que le séîgneur du j  •  village permet à tout ce nonde de venir danser au château; et voi$i : 'H que les deux époux oublient vite leurs douleurs en exécutant des br&nles •'rV et des gaillardes. Pendant que les jeunes gens s'amusent ainsi, le's> J VA veilles femmes causent entre elles, font des comparaisons avec d'à it /pas A fêtes de même espèce, et se plaignent peut-être qu'on ne leur fait i Sj f d'assez bonne chère.  Les jeunes villageois font leur cour à leur  i^  manière aux servantes du château; ou échange les grosses plaisanteries  -72et de part/d'autre.  Ces badinages rustiques constituent, dit Sorel,  "tout un autre art d'aimer que celui que nous a déerit le gentil Ovide." Sorel se montre un habile peintre des moeurs populaires:  il  est donsnage que tant d'histoires bouffonnes, peu amusants d'ailleurs à notre goût, viennent gâter plus d'une page d'pbservaticn vraie et fine. Il donne trop dans le scabreux, il y prend trop de complaisance, pour être un fidèle historien des moeurs de n'importe quelle classe.  Il  s'occupe de préférence des bas-fonds de la société, et il en prête volontiers les traits a ses caractères, soit nobles, bourgeois, ou paysans.  Chez lui, les hoœanes m pensent qu'à séduire et les femmes  sont toutes d'une facilité étonnante, pour ne pas dire davantage. Ici il faut laisser le chapitre des paysans. A part quelques pages de Sorel, leur vie privée nous reste obscure: ou ne pent que deviner quelques traits.  Nous avons cherché les renseignements dans  la comédie, et ce que nous y trouvons ce sont pour la plupart des caractères généralisés et répétés à l'infini.  Ou dirait des clichés  d'opéra-comique, maie ce serait injuste, car il y a chez Dane our t bien des choses finement observées, quoique peu profondes.  Il faut  toujours se rappeler que ce n'était pas alors la mode de sonder les profondeurs de ces âmes du peuple: ou ne les dessinait que de dehors. Plus tard l'école romanti ue du dix-neuvieme sûècle nous apprendra à reconnaître tout ce qu'il y a de sombre, de primitif, d'âpre, et même de profondément tragique dans la vie du peuple et surtout du peuple campagnard.  BIBLIOGRAPHIE. Audiger  La raison Réglée (dans La Vie Privée d'Autrefois  Beurdalew, L Dancourt  Oeuvres.  par Franklin.  ïferis, 1687-1902.  Gauthier, 1823.  Fénelon  fhéatre. Paris, 1760. Lettre au Roi, 4 mai 1693. Didot, Paris, 1845.  Foret1ère  Roman Bourgeois.  La Bruyère  Caractères.  L'Hermite, Tristan  Le Page Disgracié, Bibliothèque Slsevirienne  Oeuvres.  Garni er, 1883.  B&ris, Hachette, 1913.  Répertoire du Théâtre Français, contenant diverses pièces de Boursault, Baron, Quinault, Thomas Corneille, Kontfleury, Legrand et d'autres. Saint-Simon  mémoires.  Paris, G.R.F. 1879-1920.  Scarron  Oeuvres.  Amsterdam, 1737.  Sorel  Histoire Comique de Francion.  Sôgivné, î:me. de  Lettres.  Ed. G.E.F.  Gamier, 1909.  Hachette, 1862-68.  Sources indirectes. Ashton, H  t&daae de Iafayette: sa vie et ses oeuvres. Cambridge tlniversity Press, 1922.  Barthélémy  La Comédie de Dancourt.  Dalre, B  Economistes Financiers du xviii siècle. Guillaumin, Bar is, 1843.  Franklin  Vie Privée d'Autrefois.  Lanson, 6  Hist, de la Licterefcure Française.  Kugon, C  Social life in the Seventeenth Century. Methuen, London, 1911.  Kibbe, Cardinal de  Une grande dame dans son ménage ...  Volta ire  Le Siècle de Louis xiv. fiamier, 1877-85.  Charpentier, 1882.  Pion Nourrit. 1886-1902 Hachettç 1922.  1889.  TÀ3LS M S  Avant Propos  . . . . . . . . . . . .  a  . . . . . . . . . . . . . . .  1  Chapitre i.  La Cour.  Chapitre ii.  Les Salons. , , *  19  Chapitre iii.  La Vie Privée . . . . . . . . . . . . .  26  Chapitre iv.  La Bourgeoisie  58  Chapitre v.  la Rohlease de Campagne  Chapitre vi.  Les Paysans  Bibliographie  * .  . . . . . . . . . . . .  57 63 i  

Cite

Citation Scheme:

        

Citations by CSL (citeproc-js)

Usage Statistics

Share

Embed

Customize your widget with the following options, then copy and paste the code below into the HTML of your page to embed this item in your website.
                        
                            <div id="ubcOpenCollectionsWidgetDisplay">
                            <script id="ubcOpenCollectionsWidget"
                            src="{[{embed.src}]}"
                            data-item="{[{embed.item}]}"
                            data-collection="{[{embed.collection}]}"
                            data-metadata="{[{embed.showMetadata}]}"
                            data-width="{[{embed.width}]}"
                            async >
                            </script>
                            </div>
                        
                    
IIIF logo Our image viewer uses the IIIF 2.0 standard. To load this item in other compatible viewers, use this url:
http://iiif.library.ubc.ca/presentation/dsp.831.1-0097756/manifest

Comment

Related Items