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Le roman comique de Paul Scarron : les techniques comiques et leur fonction satirique De Bruyn, Sally Elizabeth 1988

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Le Roman comiaue de Paul Scarron: les techniques comiques et leurfonction satirique by Sally Elizabeth de Bruyn B.A., University of Victoria, 1979 Dip. Ed., McGill University, 1982 M.A., Universite de Montreal, 1985 A THESIS SUBMITTED IN PARTIAL FULFILLMENT OF THE REQUIREMENTS FOR THE DEGREE OF MASTER OF ARTS in THE FACULTY OF GRADUATE STUDIES Department of French We accept this thesis as conforming to the required standard THE UNIVERSITY OF BRITISH COLUMBIA October 1988 © Sally Elizabeth de Bruyn, 1988 In presenting this thesis in partial fulfilment of the requirements for an advanced degree at the University of British Columbia, I agree that the Library shall make it freely available for reference and study. I further agree that permission for extensive copying of this thesis for scholarly purposes may be granted by the head of my department or by his or her representatives. It is understood that copying or publication of this thesis for financial gain shall not be allowed without my written permission. Department of pYt/woi/\ The University of British Columbia Vancouver, Canada Date 2_v^oL Qc/bObtr \M% • DE-6 (2/88) ii Sommaire Le Roman comiaue de Paul Scarron a paru a l'apogee de la popularity des romans comiques au dix-septieme siecle. Ce memoire a pour but une analyse des deux premieres parties du Roman comiaue (un roman inacheve) a la lumiere des elements comiques parsemes tout le long du roman. On trouve que l'aspect parodique apporte par le burlesque joue un role important dans le type de sa t i re—la satire menippee—que Ton voit dans Le Roman comioue. iii Table des matieres Sommaire.. ii Table des matieres ii i Remerciements iv Introduction 1 Chapitre I 2 Un apercu biographique 2 Chapitre II 6 I. Le roman en France au dix-septieme siecle ....6 II. Les romans ou histoires comiques 10 Chapitre III .14 I. Le comique 14 II. Le burlesque ...29 Chapitre IV 46 I. La satire sociale 49 II. La satire litteraire 61 Chapitre V 78 Bibliographie 81 iv Remerciements Je tiens a exprimer ma vive gratitude a mon directeur de recherche, Monsieur Richard Hodgson, professeur au Departement de francais, pour tous ses conseils. Je dois aussi beaucoup de remerciements aux assistants au Open Access Computer Laboratory de the University of C a l i f o r n i a -Santa Barbara. Et, bien sur, je n'aurais jamais pu terminer ce memoire sans le constant appui moral de mon mari, John. 1 Introduction Des nombreux ecrivains en France au dix-septieme siecle, Paul Scarron en etait un des plus celebres, et son chef-d'oeuvre, ecrit en deux parties (dont la premiere a ete publiee en 1651 et la deuxieme en 1657) etait Le Roman comiaue. roman inacheve. 1 Ne d'une reaction contre les romans sentimentaux et hero'iques et faisant partie des romans dits <<comiques>>, Le Roman comiaue est de la litterature a la fois plaisante et satirique. Cette etude a pour objet une analyse des elements comiques des deux premieres parties du Roman comiaue afin de mieux comprendre la fonction satirique du roman. Ce memoire est divise en cinq chapitres. Le Chapitre I est une introduction a la vie de Paul Scarron et situe Le Roman comioue dans son contexte histor ico- l i t tera ire. Au Chapitre II on expose les grandes lignes du developpement du roman en France au dix-septieme siecle, et on presente une discussion des romans comiques. Apres une description de quelques techniques comiques, le Chapitre III continue avec plusieurs exemples de ces techniques tires du Roman  comioue. Au Chapitre IV on examine la satire dans Le Roman  comiaue a la lumiere des techniques comiques. Dans la derniere section, Chapitre V, on recapitule les conclusions afin d'eclaircir la fonction satirique du Roman comiaue. Jpaul Scarron, Le Roman comiaue (Paris: Edit ions Gallimard, 1985). Toute autre reference a cette edition est faite dans le corps du texte, en citant la partie, le chapitre et la page. 2 Chapitre I Un apercu biographioueJ Des sa naissance a Paris le 4 juillet 1610, Paul Scarron n'etait pas destine a mener une vie heureuse, malgre le fait que son pere, appele T<<Ap6tre>>, etait Conseiller au Parlement de Paris. Quand Scarron n'avait que trois ans, sa mere est morte, et en 1617 son pere s'est remarie. Malheureusement, suivant la meilleure tradition l i t tera i re , sa bel le-mere n'aimait pas les enfants du premier manage, et ainsi Scarron est alle vivre chez un parent a Charleville. II est revenu a Paris en 1624 afin de poursuivre ses etudes. En 1629 Scarron s'est voue a la carriere ecclesiastique et a pris le <<petit collet>>. Ceci ne l'a pas empeche de mener une vie mondaine, depourvue d'austehte grace a une allocation de son pere. II a profite de sa situation pour aller au theatre et pour frequenter les salons, surtout celui de Marion de Lorme. Mais sa belle-mere, avare et dominante, n'etait pas contente de voir tant d'argent donne a un f i ls <<debauche>> du premier manage. El 1 e a insiste pour qu'on lui trouvat un emploi. Scarron, qui ne voulait pas quitter la gaTete et la vie i n t e l l e c t u e l l e . d e Paris, est alle t rava i l ler pour Charles de ^ n ne presente ici qu'une breve introduction a la vie de Paul Scarron. Pour un expose plus detail 1 e, voir, entre autres: Naomi Phelps, The Queen's Invalid (Baltimore: The Johns Hopkins Press, 1951); Paul Morillot, Scarron. Etude biographiaue et l i t tera i re (Geneve: Slatkine Reprints, 1970); Emile Magne. Scarron et son  mil ieu (Paris: Emile-Paul Freres, 1924) et Frederick A. de Armas, Paul Scarron (New York: Twayne Publishers, Inc., 1972). 3 Beaumanoir de Lavardin, eveque du Mans. Apres un court sejour a Rome ou il avait accompagne son maitre en 1635, Scarron est revenu au Mans. En 1638 il est devenu chanoine et a ete pourvu d'une prebende. Cette prebende est devenue contentieuse et le proces qui a suivi n'e ete termine qu'en 1640, ou Scarron enfin l"a recue. Mais entre-temps, en 1638, il a ete atteint du mal qui a l la i t completement changer sa vie. Paralyse de ce que les medecins appellent aujourd'hui une <<polyarthrite chronique evo1utive>>, Scarron etait encore attaque par les vicissitudes de la vie.2 En 1640 Scarron a du quitter Le Mans pour aller a Paris, soit par l'espoir d'une guerison de sa maladie, soit pour plaidoyer de la part de son pere, exile de Paris a cause de son opposition a des mesures de Richelieu. Scarron poursuivait des cures l'annee suivante a Bourbon-l'Archambault et y est retourne prendre les eaux encore en 1642. Bien que les bains ne Taient pas gueri, S.carron a ete bien accueil l i par la belle societe qui y venait. De plus, il y a compose Les Deux Legendes de Bourbon au sujet de Gaston d'Orleans. Ces ouvrages eteient des lettres en vers a Marie^de Hautefort qu'il avait deja rencontree exilee au Mans en 1639 et qui lui etait gentille et amicale. Le succes des Legendes a encourage Scarron, qui 2L.S. Koritz. Scarron satirique (Paris: Klincksieck, 1977), p.20. II ecrit que cette maladie est aussi definie comme <<rhumatisme deformant en ankylosant>> (p.20, note 1 1). D'autres diagnostics ont ete offerts, par exemple, <<rhumatisme articulaire qui se compliqua de myelite>> (Morillot, p.25), mais Phelps explique que ce debat de diagnostic vient du developpement de la terminologie medicale (Phelps, pp.55-56). Tout cela veut dire, neanmoins, que Scarron souffrait interminablement et devait passer la plupart du reste de sa vie perclus progressivement de ses membres. 4 voulait obtenir alors le succes financier afin de continuer ses remedes. Marie de Hautefort, en faveur alors, a presente Scarron a la reine-mere, Anne d'Autriche, de qui il a recu une pension. En 1646 Scarron est retourne au Mans afin de proteger sa prebende. Batissant sur ses succes, Scarron a continue d'ecrire, et pendant les annees 1640 a 1651, sa popularity est venue de ses oeuvres burlesques. Entre autres, il a ecrit le.Recueil de auelaues  vers burlesques (1643), Suite des oeuvres burlesques de Mr Scarron (1644) et Typhon ou la Gigantomachie (1644), un <<poeme burlesque dedie a Mgr L'Eminentissime Cardinal Mazarin>>. Sa premiere tentative au theatre a paru en 1645, Jodelet ou le Mattre valet. Cette oeuvre, comme d'autres comedies, etait dans le style <<espagnol>> si populaire a cette epoque, bien qu'elle n'ait pas ete adaptee directement des pieces de theatre espagnoles. En 1648 ont paru les deux premiers livres du Virgile travesty en vers burlesques  de Monsieur Scarron. et l'annee suivante le troisieme et le quatrieme livres. Pendant ce temps, Scarron a participe dans la Fronde. Sa Mazarinade. ecrite en 1649, n"a ete publiee qu'en 1651. En cette meme annee a ete publiee la premiere partie du Roman  comiaue. Ce roman marque une transformation graduelle du poete burlesque, qui n'ecrivait que pour gagner de l'argent, a 1'ecrivain serieux, dont ce roman temoigne la reussite. C"est a travers une lecture des oeuvres espagnoles de l'Age d'Or que Scarron a laisse tomber le burlesque et la farce purs. II a du trouver un equilibre entre la preciosite et le burlesque, deux extremes, et c'etait le romanesque qui l'a aide a le faire. 5 L'annee suivante, en 1652, Scarron s'est marie avec la belle et jeune Franpoise d'Aubigne. (Plus tard, apres la mort de Scarron, elle est devenue Madame de Maintenon, maitresse de Louis XIV.) Ne pouvant rester a Paris car, la Fronde finie, Mazarin y est revenu, pret a prendre revanche, Scarron et sa femme ont fa i l l i emigrer en Amerique. Ayant (litteralement) manque le bateau, ils ont demenage en Touraine, mais ne pouvant pas y tolerer la vie, ils sont revenus a la capitale en 1653. Ils etaient bien acceptes et en fait leur salon est devenu fort a la mode, et une societe brillante et spirituelle s'y reunissait, y compris la plupart des ecrivains celebres du temps. En 1654 Scarron a ecrit L'Ecolier de Salamanoue ou les Ennemis  qenereux. t rag i -comedie. suivi en 1655 des Nouvelles t r a g i - comiQues (une oeuvre basee sur les Novel as E iemplares de Cervantes), en 1656 de Leandre et Hero. Ode burlesque a Mgr  Foucouet (Foucquet etait alors son patron) et en 1 657 de la deuxieme partie du Roman comique. Pendant les dernieres annees de sa vie, Scarron a trouve en Foucquet un veritable protecteur-bienfaiteur car il avait souvent besoin d'argent. Scarron s'est lance dans des affaires de commerce et de finance, notamment la societe de dechargeurs, et, de plus, il faisait des experiences alchimiques. Scarron est mort le 7 octobre 1660, son Roman comioue inacheve. 6 Chapitre II I. Le roman en France au dix-septieme siecle. 1 Bien que le dix-septieme siecle bri l le quand on pense au theatre et aux dramaturges--Cornei l le, Racine, Moliere, par exemple—c'etait deja au debut du siecle que le roman s'affirmait comme genre litteraire. Adam ecrit que <<dans la premiere decade plus de soixante romans ont ete publies et ce nombre agrandissait pendant les decades suivantes>>.2 Leur popularity etait due en partie aux lecteurs--et aux lectrices--de la riche noblesse, de la cour et de la grande bourgeoisie. On sait aussi que Boileau, La Fontaine, Madame de Sevigne, La Rochefoucauld et Racine etaient entre ceux qui lisaient les romans avidement. Riche de son heritage medieval, le roman de chevalerie a bati un pont entre le XVIe et le XV11e siecles, bien que ce genre fut deja en declin a la fin du XVIe siecle. Cette periode guerriere avait son parallele dans la l itterature; les romans decrivaient des combats, des tournois, des batailles et des jo.utes ayec beaucoup de sang et de morts. Mais, en reaction contre toute cette rudesse et cette brutalite, et appuyee par l'influence croissante des femmes, de la Ice n'est pas le but de ce chapitre d'examiner ce sujet en grand detail mais plutot d'exposer les grandes lignes afin de situer Le Roman comiaue dans son contexte historico-l itteraire. A ce sujet, voir: Antoine Adam, Histoire de la l itterature francaise au XV11 e -siecle (Paris: Domat, 1949-1956), 5 vol.; Henri Coulet. Le Roman  jusau'a la Revolution (Paris: A. Colin, 1967), 2 vol. et Maurice Lever, Le Roman francais au XVIIe s i eel e (Par is : Presses Universitaires de France, 1981). ^Antoine Adam, ed., Romanciers du XVIIe s iecle (Par i s : Gallimard, Bibliotheque de la Pleiade, 1958), p.9. 7 vie de salon et d'un respect pour les bienseances, la matiere du roman a change. Le theme dominant est devenu l'amour. Le roman sentimental avait d'habitude peu de personnages et une intrigue pas tenement compliquee: une tendre histoire d'amour entre deux amants parfaits qui, en depit des obstacles sociaux ou des parents, restent amoureux et fideles jusqu'a la fin, meme apres de nombreuses separations, des naufrages, des deguisements et des reconnaissances. L'amour chaste, fidele et platonique etait exalte. Quelques exemples sont Les Amours de Pistion (1601) d'Antoine du Perier, Le Miroir qui reoresente la f idelite (1603) de Faure, et L£ Portrait de la vraie amante (1604) de Jean d'lntras. Le developpement de la vie de salon, commence pendant le regne d'Henri IV, a donne une autre dimension au roman sentimental--l'analyse de la nature de l'amour. Le langage se caracterisait par l 'ostentation: une accumulation de metaphores, de pointes, 'd'hyperboles et de periphrases d'une maniere incongrue. Ceci, qui rappelle des ceuvres de l'antiquite, se voyait dans L'Astree (qui a paru de 1607 a 1627). Cette oeuvre de d'Urfe faisait partie de la f ic t ion pastorale qui se rattachait a la f ic t ion sentimentale. L'Astree. avec ses origines dans la litterature pastorale espagnole et dans les romans d'aventures chevaleresques presentait un ideal precieux et mondain. Les extravagances et les irreal ites etaient toujours presentes, meme si el les etaient camouflees par la delicatesse des images. Des 1630 des changements politiques, economiques et sociaux ont montre leur effet sur la litterature. Des conflits interieurs, la guerre de Trente ans et le gouvernement conspiratoire de Richelieu 8 ont fait renaTtre l'esprit ad'agression. C'etait le roman heroTque qui exprimait ces sentiments. Le roman heroTque ou epique recouvrait un grand champ, y compris le roman d'aventures et le roman <<pseudo-historique>>.3 Le roman d'aventures — le nom de Gomberville est souvent associe a ce genre—se caracterisait par les exploits et les vertus du chevalier qui donnaient au roman la finesse, l ' ingeniosite et l'elegance aristocratique. L'extravagance se voyait partout. Mais le public voulait plus de verite et ainsi les ecrivains ont eu recours a l'histoire. lis ont juxtapose les aventures sur un arriere-fond qui venait de l 'histoire--de l'antiquite, de l'Orient, de l'Espagne, de la Gaule et de la France medievale. C'etait un compromis entre l'histoire et le roman, et etait souvent appele le roman <<epique>>. Domine par Madeleine de Scudery (Le Grand Cyrus et Clelie). ce genre comprenait, entre autres auteurs, La Calprenede (Cassandre et Cleopatre). Jean Regnault de Segrais (Berenice) et Francois Hotman (L'Histoire celtiaue). On note aussi que le roman a vraiment grandi pendant cette periode et a battu les records de longueur--dix volumes pour Cassandre et douze pour Cleooatre. par exemple. II faut remarquer que plusieurs de ces developpements , par exemple Taventure epique, 1 'ideal chevaleresque et l 'histoire, etaient deja presents dans L'Astree. Mais en depit du realisme fourni par l'histoire veritable, il y a eu une reaction contre l'invraisemblance inherente et le langage galant et fleuri. Cette reaction a ete menee par les ecrivains qui 3 Lever, p. 104. 9 voulaient decrire le monde <<tel qu'il est>>.4 En le faisant, les ecrivains ont aussi pu ridicul iser et sat ir iser les romans qui ont precede les leurs. Comme on explique plus tard dans ce chapitre, ce realisme (qui n'etait pas celui du XVIIIe siecle) et le ridicule ont forme la base des romans comiques qui ont connu alors leur apogee. II est a souligner que pendant le dernier tiers du siecle le roman a subi des changements de structure, de longueur et de theme. Une action lineaire a remplace le debut in medias res. Le theme dominant etait toujours l'amour, mais il y avait moins d'histoires intercalees et le nombre de pages a diminue considerablement—le roman-fleuve n'etait plus en vogue et la plupart des romans ont paru en un seul volume. Au lieu de Theroisme epique ou se trouvait Tinconscient collectif, l'individu etait represents dans le moment de ses sent iments et de ses pensees. Plus d ' int imite et d' interiorisation etaient l'ordre du jour, et on remarquait des changements dans la philosophie et dans le systeme moral. A la fin du siecle le roman etait plus qu'une histoire d'aventures ou d'amants. 11 faisait partie du mouvement des idees ou la philosophie et la politique dominaient et ou l'amour etait analyse afin de voir a l ' interieur meme du coeur des amants. Le roman souvent cite dans ce contexte est La Princesse de Cleves (1678) de Madame de Lafayette. N'oubliant pas que le roman a evolue dans un continuum plutot que dans des cadres chronologiques rigides, il est evident qu'a travers le siecle il a subi plusieurs changements et a ete renouvelle 4 Lever, p.147. 10 a plusieurs reprises, en refletant les grandes lignes de la sensibilite et de la culture des gens francais. II. Les romans ou histoires comiques. Le roman (ou l'histoire) comique est ne d'une reaction contre les romans ideal istes des auteurs tels que d'Urfe (L 'As t ree) . Mademoiselle de Scudery (Le Grand Cyrus) et La Calprenede (Cassandre). Cette reaction ne veut pas dire que le roman comique est ainsi un roman realiste dans le sens du roman du dix-huitieme siecle—dans ce contexte le mot est un anachronisme. C'etait plutot une force negative qui a neutralise les changements dans le genre et ainsi a permis a un renouveau du genre. Son dessein n'etait pas de donner un tableau exact de la vie au dix-septieme siecle. Selon Coulet, le roman comique etait plutot <<l'aboutissement de toutes les tentatives de real isme au XVIIe siecle>>. 5 Sorel, dans l ' «Adver t i s sement>> de Polyandre. explique que le roman comique <<ne doit estrequ'une peinture naive de toutes les diverses humeurs des hommes, avec des censures vives de la plupart de leurs deffaux, sous la simple apparence de choses joyeuses>>.6 En evitant les extremes du romanesque baroque plein d' invraisemblance et d'aventures super-heroTques, le romancier a pu faire approcher le roman de la nature de Thomme. 5 Coulet, p. 191. 6 Sorel. cite par Adam. Romanciers du XVIIe siecle. p. 17. 11 La litterature de l'antiquite et celle de l'Espagne ont exerce une influence sur le developpement du roman comique. La premiere semblait ne pas se conformer totalement aux conventions (el 1 e incluait des episodes scandaleux et des paroles scabreuses) et pouvait preparer l'arrivee d'un nouveau genre ou les aspects de la societe etaient depeints d'une facon comique. Le roman picaresque de TEspagne ne racontait pas les aventures d'un chevalier errant, mais celles d'un picaro (un vagabond). Ces romans montraient au lecteur comment observer la vie et la societe comme faisait le heros. II n'y avait pas de place dans le monde du picaro pour l'esprit chevaleresque ni pour les bienseances. Le lecteur devait rire des betises et interpreter le roman picaresque comme etant comique et meme satirique. Serroy, dans Roman et realite. Les histoires comioues au XVIle  siecle. divise le developpement du roman comique en trois periodes: la formation (1612-1626), l 'af f i rmation (1627-1657) et la deformation (1 658-1 697). 7 Chaque section s'organise autour d'un des trois chefs-d'oeuvre du genre: L'Histoire comioue de Francion par Charles Sorel, Le Roman comiaue par Paul Scarron et Le Roman  bourgeois par Antoine Furetiere. Le roman comique (ou histoire, nouvelle, aventure, ouvrage app.ele aussi plaisant, facetieux, divertissant, satirique) a tire ses origines de la tradition des fabliaux et des farces. Du Souhait, qui peut etre considere l ' initiateur du genre, a pris ses idees des conteurs du XVIe siecle (qui imitaient avec emulation Boccaccio) et 7 J e a n Serroy, Roman et realite. Les histoires comiaues au  XV11 e siecle (Paris: Librairie Minard, 1981). 12 a donne a son ceuvre plagiee au molns un titre original, Les Histoires  comiques. La popularity de Du Souhait et de ses oeuvres n'a pas dure longtemps et Du Souhait n'a guere influence ses successeurs. Neanmoins, il a fraye le chemin pour eux. Sorel, en s'ecartant des conventions et des contraintes du roman de son epoque, a pose le roman comique en contradiction directe aux romans au gout du jour. II s'est eloigne de la complexity et de l ' imagination invraisemblable des romans de f i c t ion sentimentale et a represente le naturel et la verite. En departant d'une base traditionnelle, il s'est libere et a permis au roman de f ranchir le seuil de la verite d'observation et du naturel d'expression. Libere ainsi des conventions, le roman comique pouvait continuer a etre enrichi et developpe par la suite. Le rapprochement du «roman>> et du <<comique» caracterise Taffirmation du genre, d'autant plus, peut-etre, puisque c'etait Le  Roman comioue qui a domine cette periode. En melant le comique au romanesque et meme au sentimental, et en ajoutant des elements aussi divers que les nouvelles espagnoles et la farce pure, Scarron a fait du roman un genre unique, a part: le roman comique. Pour Taccomplir, il fal lait <<concilier les libertes de la f iction et les contraintes de la r e a l i t e » . 8 Scarron a decrit la realite complexe de la vie tout en gardant les elements romanesques necessaires pour le faire. Pendant sa troisieme etape, eel 1 e de la deformation, le roman comique n'a pas assez evolue pour repondre aux developpements de la 8 Serroy, p.521. 13 societe, et a echoue. Dans Le Roman bourgeois (1666), en parodiant le roman hero'ique, Furetiere a attaque un genre qui n'etait plus en vogue. L'epoque de cette sorte de roman etait passee et ainsi Tattaquer n'avait aucune valeur. Ce roman, en termes du roman comique, est arrive <<trop tard>>,9 mais peut-etre aussi trop tot? La societe a change et le roman a evolue. L'ascension de la bourgeoisie allait etre representee dans la l itterature. Ainsi Le  Roman bourgeois, demode en termes des romans comiques; a annonce, en s'attachant a la realite et au bourgeois, l'arrivee du heros bourgeois et ainsi a prepare le chemin pour un nouveau type de heros au dix-huitieme s iec le—celu i , par exemple, du Paysan parvenu. Le Roman comiaue a ainsi paru au sommet de la popularity des romans comiques. II a marque une etape essentielle dans Thistoire de la formation du genre romanesque et son succes a temoigne du gout du public contemporain pour les romans comiques. 9 Gustave Reynier, Le Roman realiste au XVIIe siecle (Paris: Hachette, 1914), p.313. 14 Chapitre III I. Le comiaue. Faire rire n'est pas toujours facile. Mais Scarron reussit a le faire. Comment? Quels sont les procedes comiques qu'il emploie avec de si bons resultats? Dans ce chapitre, apres une courte discussion generale du rire, on examinera d'abord de nombreux procedes comiques et les i l lustrera avec des exemples puises dans Le Roman comioue. Ensuite, dans la seconde partie du chapitre, on examinera le roman a la lumiere du burlesque, un genre avec lequel Scarron est associe et par lequel il est devenu celebre. Pourquoi rit-on? On rit de tout ce qui prouve qu'un individu est inferieur a Timage ideale de l'homme, de tout ce qui nous dispense a son egard du respect que Ton doit a un etre humain. On rit d"une reponse absurde, de celui qui bafouille ou qui titube, qui s'assied par megarde dans une assiette de confiture. On r i t surtout de l'automatisme dans les gestes et dans les pensees. Cet automat'isme est specialement souligne chez Bergson.1 Bergson n'est pas le seul auteur, bien sur, a avoir ecrit sur le rire, mais il est un des mieux connus. Ainsi on analysera Le Roman comiaue selon une approche bergsonienne. Les procedes comiques. II y a plusieurs procedes comiques. Chaque categorie contient plusieurs possibil ites et il y a meme de l'empietement entre les 1 Henri Bergson, Le Rire (Paris: Presses Universitaires de France, 1947). 15 categories. Ainsi, comme on verra, un exemple d"un procede comique pourrait se trouver dans plusieurs categories. A. I^ e comiaue de geste et de mouvement. Cette categorie comprend, par exemple, les chutes, les coups, les grimaces et les poursuites. <<Les att itudes, gestes et mouvements du corps humain sont risibles dans l'exacte mesure ou ce corps nous fait penser a une simple mecanique>>, ecrit Bergson.2 Cette mecanique qui fonctionne automatiquement ne represente plus la vie; <<c'est de Vautomatisme installe dans la vie et imitant la vie. C'est du comique>>.3 Limitat ion des gestes est aussi risible car la repetition ne devrait pas faire partie de la vie. Nos gestes ne se repeteraient pas s'ils suivaient nos mouvements interieurs. Ainsi on devient imitable quand on cesse d'etre soi-meme. Quand on imite quelqu'un on degage la partie d'automatisme qu'il a laissee s'incorporer dans sa personne. L'automatisme est deja comique et en l'imitant et le repetant, le geste fait rire. II y a plusieurs exemples du comique de geste dans Le Roman  comiaue. Tout au debut: La conversation finit par quelques coups de poing et jurements de Dieu que Ton entendait au devant de la charrette. C'etait le valet du tripot qui avait battu le charretier sans dire gare, parce que ses boeufs et sa jument usaient trop librement d'un amas de foin qui etait devant la porte. (1:1,39) 2Bergson, pp.22-23. 3Bergson, p.25. 16 Une reaction mecanique du valet apporte le comique. L'episode du livre apporte encore des coups de poing et le rire: Le livre ayant deja convole en troisieme main, il passa de la meme facon en cinq ou six mains di f ferentes, auxquelles Ragotin ne put atteindre parce qu'il etait le plus petit de la compagnie. Enfin, s'etant allonge cinq ou six fois inutilement...le pauvre Ragotin, qui vit que tout le monde s'eclatait de rire a ses depens, se jeta tout furieux sur le premier auteur de sa confusion et lui donna quelques coups de poing dans le ventre et dans les cuisses, ne pouvant pas aller plus haut. (I:X,78) Ragotin reagit par frustration--le fait qu'il ne peut pas frapper plus haut provoque le rire aussi bien que les coups mecaniques. Les coups de fouet ont le meme effet: Ragotin n'attendit pas une seconde decharge; il s'enfuit comme un chien qu'on fouette; et le cocher, qui n'etait pas satisfait d'un seul coup de fouet, le hata d'aller de plusieurs autres qui tous tirerent le sang de la peau du fustige. Giflot, quoique essouffle d'avoir couru, ne se lassait pas de crier: Fouettez, fouettez! de toute sa force; et le cocher de toute la sienne redoublait ses coups sur Ragotin.... (II:XVI,300) Un groupe de gens qui font la chasse—le chasse nu, le chasseur encourage par un abbe--est risible. 17 B. Le comiaue de situation. Lie au comique de geste, le comique de situation a comme procedes de base la repetition, Tinversion et In ter ference des series, tous les trois empruntes au vaudeville. 4 La repetition d'une serie d'evenements (et non pas seulement d'un mot ou d'une phrase) amene le rire. La scene pourrait etre repetee par les memes personnages, dans des milieux probablement differents, ou bien par des groupes de personnages differents. Meme une seule action repetee—quelqu'un jai l l i ssant d'une malle, sans succes—est comique. Un excellent exemple de la repetition dans le comique de situation est fourni par l'episode des brancards (l:VII). L'accident cause par la Baguenodiere peut aussi se ranger dans le comique de situation repetee: II se voulut reculer et i l tomba a la renverse sur un homme qui etait derriere lui et le renversa, lui et son siege, sur le malheureux Ragotin, qui fut renverse sur un autre, qui fut renverse sur un autre, qui fut renverse sur un autre, et ainsi de meme jusqu'ou f inissaient les sieges, dont une file entiere fut renversee comme des quilles. (I l:XVI 1,305) L'inversion est le comique de contraste ou de revirement. La dame riche qui, ayant tout perdu, devient une bonne, ou l'etudiant qui fait la lecon a son professeur, voici deux exemples d'une situation renversee. C'est inattendu, et ce n'est pas toujours necessaire de montrer la scene <<normale>> ou attendue. II ne suffit alors que d"y penser. Le dupeur dupe ou le trompeur trompe sont des exemples de 4Bergson, p.68. 18 l'inversion des roles (plutot que des situations) ou la situation se retourne contre celui qui la cree. La nouvelle espagnole <<A trompeur, trompeur et demi>> (1 :XX11) donne un bon exemple du comique de revirement. Victoria de Portocarrero, trompee par dom Fernand, decide de le tromper en revanche. De plus, apres avoir entendu Inezilla raconter la nouvelle, l'Etoile <<lui dit qu'au lieu de lui faire des excuses de l'avoir tant fait parler, el 1 e attendait des remerciements d'elle pour lui avoir donne moyen de faire Voir qu'elle avait beaucoup d'esprit>> (l:XXI 11,188). C"est d'habitude le contraire que Ton attend. L'interference des series est, selon Bergson, diff ic i le a definirl Neanmoins, il la compare a un auiproouo et la definit ainsi: <<Une situation est toujours comique quand el le appartient en meme temps a deux series d'evenements absolument independantes, et qu'elle peut s'interpreter a la fois dans deux sens tout dif f erents>>.5 La coincidence entre deux evenements independents (la meprise) peut rendre une scene comique. Le Roman comioue fournit plusieurs scenes qui presentent en meme temps deux sens differents. C'est la meprise de la Rappiniere qui, ivre, prend une chevre pour sa femme adultere, confondant ses poils avec la chevelure de son epouse, et prenant ses cornes pour un poignard (l:IV,46). Le cure de Domfront (dont des kidnappeurs meprennent sa niece pour l'Etoile) continue de croire que c'est de Laune (contre qui il a un proces) qui a envoye les malfaiteurs (l:XIV,109-1 14). Dans l'episode final des <<Deux freres rivaux>> (Il:XIX,332-333) plusieurs meprises sont resolues. Et il ne 5Bergson, pp.73-74. 19 faut pas oublier la Caverne et l'Etoile qui prennent un levrier pour le fantome d'Angelique (11:111,21 1-212), et le belier qui prend Ragotin pour un animal de son espece'O l:XX,334-335). Le comique de situation peut aussi comprendre les scenes ridicules. Dans l'episode ou Ragotin saute sur son cheval, le petit homme finit, apres quelques actions comiques, <<le pommeau entre les fesses>> (l:XIX, 161 -162). Quand on trouve le Destin <<couche sur un matelas, un corbillon dans la tete, qui lui servait de couronne, se frottant un peu les yeux comme un homme qui s'eveille et recitant du ton de Mondory le role d'Herode>> (1:11,41), il faut rire de cette situation ridicule. C. Le comioue de mots. Dans cette categorie—on verra plus tard dans ce chapitre la l ia ison entre cette categorie de comique et la categorie correspondante du burlesque—se trouvent plusieurs sous-categories. Bergson les reunit sous les trois rubriques deja* mentionnees, qui forment, pour lui, la base de toutes les techniques comiques: la repetition, l'inversion et Tinterference. En voici quelques exemples: les mots mal prononces, les mots employes a contre sens, les calembours, les mots vulgaires, les mots absurdes, la l itote, l'hyperbole, 1'euphemisme, la metaphore, les proverbes, l'invention verbale, la juxtaposition des mots ou des idees contradictoires, la syntaxe et le choix ou Vemploi des mots (les termes techniques, les mots erudits ou le jargon, surtout employes hors de contexte). 1. Les calembours: Les noms des comediens sont plus que des noms de theatre. L'Etoile qui recitait les premiers roles etait une vraie etoile de comedienne. La Rancune n'etait pas de tres bonne humeur 20 et ne r ieit jamais (l:V,47). Le destin n'etait pas tres genereux envers le Destin—et on soupconne qu'ici il s'agit d'une substitution d'enfants. Le pere Giflot qui voulait faire fouetter Ragotin est bien nomme—si Ton considere les mots <<gifler>> et <<la gifle>>. Ragotin est le diminutif de «ragot>>, un animal court et gros. Des autres calembours sont: <<...mademoiselle de l'Etoile, qui fut alors pour lui une etoile errante>> (l:XVI,141); <<La Rappiniere lui f it cent questions sur la comedie, et, de fi l en aiguille (il me semble que le proverbe est ici fort bien eppliquee)...>> (l:V,48) (on fait l'applique avec une aiguille); <<Elle mourut pourtant du mal de mere>> (l:XVI,143); <<La-dessus, i l lui voulut parler des bonnes qualites de son cure et lui conter de quelle facon il avait eu sa cure...» (11:11,199). 2. Les mots vulgaires: <<elle en fut devoye>> (l:IV,45); <<apres quelques soulevements de son estomac trop charge, qui fit ensuite parfaitement son devoir>> (ll:XVI,295); <<le fit al ler choir sur le, c u l » (l:X,78). 3. La 1 itote: <<Combat a coups de poing. Mort de l'hote et autres choses memorables>> (ll:VI,219). 4. L'hijDerbole: <<Mademoiselle de la Caverne fit des merveilles dans les roles de Marianne et de S a l o m e » (1:11,41); <<...par mille coups de poing, autant de soufflets, un nombre effroyable de coups de pied, des jurements qui ne se peuvent compter...>> (1:11,41); <<le plus mechant homme du monde>> (l:XIX,158); <<d'une force d'Hercule>> (ll:VII,231); « d e s merveilles de la b ru ta l i t e» (Il:XI 1,249). 5. L 'euphemisme: <<d'aller ou les rois ne peuvent al ler qu'en personne>> (l:IV,45); <<Ragotin avoua a la Rancune que, s'il dif feral t 21 plus longtemps a le mettre bien dans l'esprit de l'Etoile, la France allait etre sans Ragotin>> (11:XV 11,303). 6. La metaphore: <<Ces petits elephants ai les, pourvus de proboscides et armes d'aiguillons, s'acharnerent sur ce petit corps nu... Le meunier retire Ragotin d'entre les glaives pointus et venimeux de ces ennemis volants...>> (11:XV 1,300). 7. Les proverbes et les tournures de phrase: <<Ausssit6t dit, aussitot fait>> (1:11,41); <<doux comme un agneau>> (l:V,47w48); <<ce qui reluit n'est pas or>> (l:V,48); « l a nuit tous les chats sont g r i s » (l:XV, 1 23). 8. L'invention verbale: <<ces gracieuzeux>> (I I:V111,58); <<se marquise>> (l:IX,65); <<malevole>> (ll:IX,239). 9a. La juxtaposition des mots, y comoris les oxymores: <<en moins d'un demi-quart d'heure>> (1:11,41); <<la mauvaise gloire>> (|:IV,44); <<le plus grand petit f o u » (l:VI 11,59); <<cette double incivi l i te fut cause d'une incommodite triple>> (1:XV11,144); <<Monsieur, rentrons dedans; je crains que vous tombiez;/ Vous n'etes pas trop bien assure sur vos jambes>> (11:11l,206);.<<cette grosse petite f e m m e » (ll:VI,220). 9b. La juxtaposition des idees contradictoires: <<Le deplorable succes qu'eut la comedie>> (1:111,41); « s a noble ambition d'avoir une paire de bottes neuves aux depens d 'autru i» (11:11,198). 10. Le choix des mots: <<apres une retrogradation>> (l:X,78), un terme de 1'astronomie hors de contexte; <<Je lui viens appliquer un cataplasme anodin et resolutif sur une tumeur livide qu'il a sur les vertebres du col et je lui ai panse une grande plaie qu'on lui a faite a 22 l'occiput>> (11:17,213), des termes techniques de la medecine; <<non plus ultra>> (l:XII,87) et <<un m a g i s t e r » (ll:VI,219), des mots latins. D. Le comiaue de caractere. Ce procede devient souvent le comique de caricature, ou la drolerie inherente au personnage lui-meme, a ses gouts et a ses manies, est revelee au lecteur, souvent par Texageration des caracteristiques. Les habitudes personnelles du personnage, ses obsessions et ses idees fixes deviennent la cible de- Tattaque comique. L'ecrivain trouve un vice ou un defaut reconnu chez les hommes de son epoque et en fait une caricature comique. Plusieurs exemples sautent aux yeux; ironiquement, pour la presente etude, les plus evidents sont du dix-septieme siecle. Quelques pieces de Moliere prennent comme titre le nom de la personne-type (ou du personnage) qui est ridiculise dans la comedie: Tartuffe. le portrait d'un hypocrite religieux; Le Bourgeois Gentilhomme. la description d'un roturier qui se veut le gentilhomme parfa i t ; Le Malade  Imaginaire. la personne-type de Thypocondre, et Les Caracteres de La Bruyere, qui caracterisent les <<stereotypes>> en les ridiculisant. Bergson explique qu'il y a trois conditions pour que le rire se manifeste: l'objet de notre ridicule doit etre humain ou doit avoir une association avec l'humain; paradoxalement, le sujet ne peut pas etre trop humain parce que s'il y a de l'identification emotive avec lui, le rire cesse immediatement; et le rire doit etre une activite sociale du groupe.6 6Bergson, pp.2-7. 23 La transformation en automate d'une figure comique hantee par une obsession se rend enfin a la dimension ideologique quand la figure s'emploie au nom de la societe a eliminer un comportement juge par le groupe a etre menacant. Ainsi les trois conditions de Bergson sont remplies. Dans Le Roman comiaue. Ragotin est le personnage autour de qui est bati le comique de caractere. II represente l'anti-heros, et toutes ses actions refletent ce que Ton n'attend pas rj'un heros. Ragotin, obsede par les manies hero'iques, est maladroit et dit et fait toujours ce qu'il croit etre noble et heroTque mais qui finit toujours mal. Comme on verra au chapitre suivant, le heros romanesque ( sa t i r i se par Scarron en Ragotin) fournit le comportement qui menace la societe. Ragotin remplit les conditions de Bergson-- i l est humain, mais pas trop, le <<demi-homme>> (II:V11,230) et <<tout le monde s'eclatait de rire a ses depens>> 1 (l:X,78). heme dans les pires disgraces le lecteur ne compatit pas a Ragotin. Madame Bouvillon est un autre personnage caricature. El 1 e essaie de seduire le Destin mais parce qu'elle est si grosse, la scene est comique. Elle n'est pas une belle petite nymphe et elle ne reussit pas a attraper le Destin. Pour ses efforts elle recoit une bosse au front. La scene est comique car la Bouvillon (son nom veut dire un jeune bovin) est une grosse exageration d'une seductrice a cause de son obesite, de ses vetements et de ses actions. 24 E. Les procedes non-bergsoniens. Sous cette rubrique sont groupes les procedes que Bergson ne decrit pas. 1. Le comioue de surprise: Une histoire drole suppose une issue qui, tout en etant prevue, surprend. C'est un jeu d'attente et de surprise. La surprise a souvent besoin d'une preparation cachee afin de s'achever. L'emploi de la recurrence ou de la repetition rend plus drole la surprise annoncee. Jacques Scherer remarque que <<ce n'est pas la repetition en elle-meme qui est comique. Ces phrases...sont comiques des la premiere fois ou elles sont prononcees. Leur repetition ne fait que rappeler ou renforcer leur effet. Si elles n'avaient pas une valeur comique en elles-memes, on ne voit pas comment elles en acquerraient une a force d'etre repetees>>.7 Ainsi le procede de la repetition se greffe a celui de la surprise, qui est le comique de l'inattendu ou d'un choc humoristique. C'est aussi la presentation de l'insolite comme etant absolument naturel. II y a ici une liaison avec le comique de mots ou on emploie les mots a contre-sens ou hors de contexte (ce qui est inattendu). Aussi bien que des exemples linguistiques, Le Roman comioue offre d'autres exemples du comique de surprise. On n'attend pas les interventions du narrateur. Ses commentaires sont souvent sarcastiques: <<On a voulu dire qu'il jura Dieu, mais je ne puis croire cela d'un cure du bas Maine>> (l:XIV, 11 1), et <<Je ne m'amuserai point 7 Jacques Scherer, cite par Jean Sareil, L'ecriture comioue (Paris: Presses Universitaires de France, 1984), p. 144. 25 a vous dire les caresses que les jeunes amants se firent; dom Fernand qui frappe a la porte ne me donne pas le temps>> (l:XXI1,185). L'element de surprise dans ces exemples a aussi un but—le premier exemple satirise les gens de religion et leur haute moralite et le second satirise les details des romans hero'iques qui ne sont pas realistes. Les digressions explicatives sont aussi inattendues, par exemple, quand le narrateur explique que Ton <<profane les eglises en ce pays-la aussi bien qu'en la notre...» (I:1X,60) et quand il explique ce que c*est qu'une <<duegna>> (l:XXII,172). Ces digressions donnent une spontaneite a la narrative et la rendent plus realiste. Les commentaires dans le roman lui-meme sur les chapitres sont surprenantes: <<...cependant que ses betes mangerent, l'auteur se reposa quelque temps et se mit a songer a ce qu'il dirait dans le second chapitre>> (1:1,39), et <<...une grande rumeur...fit descendre le Destin dans la cuisine de l'hotellerie, ou se passait ce que vous allez voir dans le suivant c h a p i t r e » (ll:V,219). Le comique de surprise dans Le Roman comiaue n'apporte pas le gros rire, mais c'est neanmoins amusant. 2. Le comiaue d'intrigue: Ce procede provoque le rire quand l'ecrivain enchaine a travers son oeuvre des meprises, des rencontres et des reconnaissances. La meprise est souvent accompagnee d'un deguisement, un element du comique de costume. Une rencontre ou une"reconnaissance n'est pas toujours logique, et ainsi il y a un lien entre ce procede et celui de l'inattendu. Dans Le Roman comiaue. les histoires de l'Etoile, du Destin, de la Caverne et.de Leandre sont dramatiques plutot que comiques. Le 26 rapport entre la mort de Doguin (le valet de la Rappiniere) et la perte de la boTte de diamants du Destin n'est pas comique non plus. Cependant, des scenes comiques sont quelquefois melees a Tintrigue serieuse. L'episode des brancards, qui se lie a l'enlevement de l'Etoile, est comique a cause de 1'accumulation et de la repetition (l:VII). De plus, le cure de Domfront, qui croit que c'est de Laune qui veut l'assassiner, se rend ridicule par sa meprise, comme le font ses valets, qui s'enfuient (l:XIV). 3. Le comioue de costume: Le procede le plus important pour le r idicule, le comique de costume a ses liens avec le comique d'intrigue (les meprises), celui de surprise (un costume inattendu ou impropre), et celui de caractere (1'exageration des vetements pour la caricature). L'arrivee des comediens au Mans est comique a cause de leurs vetements. Bien sur, un comedien au dix-septieme siecle n'etait pas riche et ne pouvait pas s'habiller a la mode. Neanmoins, ce que portaient les comediens tout au debut du Roman comiaue etait plus bizarre que d'habitude: Au lieu de chapeau, il n'avait qu'un bonnet de nuit, entortille de jarretieres de differentes couleurs, et cet habillement de tete etait une maniere de turban qui n'etait encore qu'ebauche et auquel on n'avait pas encore donne la derniere main.... 11 portait des chausses troussees a bas d'attaches, comme celles des comediens quand ils representent un heros de Tantiquite, et il avait, au lieu de souliers, des brodequins a Tantique que les boues avaient gates jusqu'a la cheville du pied. (1:1,38) 27 Le Destin, plus tard, a cause de la faute du tailleur, <<avec tant de pourpoints et si peu de haut-de-chausses, se trouvait reduit a garder la chambre ou a faire courir les enfants apres lui, comme il avait deja fait avec son habit comique>> (l:V,49). L'image de Ragotin dans son habit <<trop etroit de plus de quatre doigts>> (ll:IX,238) est comique. Ragotin est deja petit, et avec des vetements raccourcis (grace a TOlive qui lui joue un tour), il devrait avoir Vair ridicule. 4. La farce: La farce, et en particulier, la farce rabelaisienne, est un procede qui fait rire assez facilement. Elle comprend des elements comiques de base et reussit principalement par le comique visuel et surtout par le geste. La farce reunit des sous-procedes (qui ne sont pas toujours de bon gout) qu"on a deja c lass i f ies dans des autres categories. a. La Dlaisanterie grossiere: Discute sous la rubrique du comique de mots (les mots vulgaires qui choquent), ce procede est de mauvais gout. b. L'exageration: Bien que le comique tende vers le bas, ce procede semble prendre la direction contraire. Ce procede, dont le resultat est la distortion du recit, n'est pas l imite a la farce; on l*a deja associe au comique de mots et a celui de geste. c. L'enumeration et Taccumulation: Liee a Vexageration, Tabondance exageree d'objets ou de faits devient ridicule. L'accumulation de mots, ou Texuberance verbale, nee de 1'invention verbale, est comique (comme explique sous al rubrique du comique de mots). d. La repet i t ion: Ce procede, qui se trouve dans plusieurs categories, fait rire a cause de ce qui est repete et non pas a cause de la repetition en elle-meme. 28 e. La surprise: II est evident que ce procede se lie au comique de surprise, et il est une des fondations du comique. Dans Le Roman  comioue. le valet envoye par le Destin a mademoiselle de Saldaghe doit se cacher dans une garde-robe (l:XV,124). Ceci est inattendu et comique, bien que l'episode soit a l'interieur de l'histoire serieuse du Destin. 5. Les figures de rhetorioue: Plusieurs figures de rhetorique sont employees afin de provoquer le rire. Puisque le chapitre suivant traitera de ces procedes en plus grand detail, on n'en fait mention ici qu'en passant. La question de la definition de ces figures peut toujours etre discutable. Koritz offre une analyse de ces termes (et d'autres), s'appuyant sur les definitions de Fowler. 8 a. L'ironie: Se moquer de quelqu'un ou de quelquechose n'est pas toujours comique, mais on peut employer cette technique dans le but de faire rire. b. Le sarcasme: On se sert du sarcasme pour se moquer des autres, mais, a la difference de l'ironie, a laquelle il est d'ailleurs lie, le ton est plutot amer et insultant. c. La parodie: Imiter une oeuvre serieuse peut etre le seul but d'un ecrivain quand il parodie. Le resultat pourrait aussi etre comique ou moqueur. d. La satire: Si une parodie lance une attaque raillarite contre quelquechose ou quelqu'un, le resultat en est la satire. Le Roman  comiaue utilise la parodie afin de satiriser des aspects sociaux et 8 Kor i tz , pp.29-32. 29 1 itteraires du dix-septieme siecle, un but dont on traitera au cours du chapitre suivant. Apres cette analyse des procedes comiques employes par Scarron dans Le Roman comiaue. il est evident que les categories ne sont pas absolument separees les unes des autres, et elles se chevauchent les unes les autres. Le procede d'exageration, par exemple, est associe au comique de mots, au comique de geste et a la farce; celui de revirement est associe au comique de situation et egalement a celui de mots. Selon Bergson, la repetition, l'inversion et Tinterference jouent des roles importants dans tous les procedes comiques, le tout etant souligne par la mecanisation (de gestes ou de mots, par exemple). Ce chevauchement entre les procedes comiques se verra aussi entre le comique et la technique bien connue au dix-septieme siecle et fortement associee a Scarron—le burlesque. II. Le burlesque. Selon Bar et Morillot, il est dif f ic i le de bien definir le terme <<burlesque>>.9 Pour cette raison, on presente d'abord une eetymologie du mot <<burlesque>> et ensuite des definit ions proposees par p lus ieurs ecr iva ins , af in d"aboutir a une comprehension du genre. Le mot <<burlesque>> et ce qu'il signifie ont ete empruntes a T i t a l i e n <<burlesco>>, forme sur <<burla>> qui veut dire ^Francis Bar, Le Genre burlesque en France au XVIIe siecle.  Etude de style (Paris: Editions d'Artrey, 1960), p.XXIII et Morillot, p. 137. 30 <<plaisanterie>>.10 Agrippa d'Aubigne s'en est servi dans sa Vie au XVIe siecle. Les ecrivains francais ont imite aussi bien que les burlesques ital iens les burlesques espagnols. Scarron a uti l ise comme modele des sonnets des Espagnols Lope de Vega et Gongora. L'influence italienne etait plus importante pour le developpement du genre burlesque en France, d'ailleurs, les modeles etant, entre autres, Tassoni, Mauro, Capitoli, Bracciolini, Berni et Lalli. Pendant la premiere moit ie du XVIIe siecle- le mot <<bur1esque>> etait fort peu employe; on avait tendance a uti l iser ce que Ton considerait alors des synonymes, par exemple, <<bouffon>>, <<grotesque>> ou <<comique>>. Mais au milieu du siecle le burlesque lui-meme est devenu tres populaire. Que voulait dire ce mot pour les contemporains? Morillot ecrit que <<Balzac nous dira que c'est la meme chose que le genre naif et enjoue qui fait rire les honnetes gens, mais qu'il peut degenerer en plaisanteries meprisables, et Boileau, au contraire, le traitera d'effronte. de plat, d'extravagant. genre fait de pointes bouffonnes et de mauvaises plaisanteries>>. 1 1 II est ainsi d i f f ic i le a les concilier, surtout quand on comprend que <<de 1648 a 1652, et meme a 1655, par un etrange abus de la langue, on appela burlesoues a peu pres toutes les ceuvres qui parurent, faites ou non dans le gout de celles de Scarron; il suffisait qu'elles fussent ecrites dans le style grotesque si fort a la mode, et qu'on y trouvat des pointes et des plaisanteries ridicules>>. 1 2 II devient 1 0 Bar , p.XI. 1 1 Morillot, p. 136-137. ^Mor i l lot , p.137. 31 presque impossible de donner un sens exacte a un mot avec des possibilites tant repandues. La France etait alors preparee pour le developpement du burlesque. A la fin du XVIe siecle et au debut du XVIIe siecle deux grandes ecoles l itteraires luttaient l'une contre l'autre. Celle de la Pleiade ins istait sur Timitation du grec et du latin. Celle de Malherbe, qui se plaignait de l'appauvrissement du vocabulaire, insistait sur un systeme rigoureux de regies pour la poesie. Le public en avait eu assez, et de Tune et de l'autre. Le burlesque, par reaction, pouvait apporter la t r iv ia l i ty vulgaire a des sujets n'appartenant pas a Tantiquite greque et romaine, et protester contre l'ordre poetique. De plus, le burlesque a reagi contre la preciosite qui, a cause de son exageration ridicule des bienseances, a mis en branle l'expansion du burlesque. Sainte-Beuve a ecrit: <<A tout le precieux qui rentourait, Scarron opposait le burlesque comme antidote>>.i3 Pour opposer les phrases discretes et raffinees, le burlesque criait des mots que l'on ne devait jamais prononcer dans la bonne societe. Ainsi prepare, le burlesque pouvait continuer a s'accroTtre grace a la Fronde (1649-53). Le monde politique, comme le monde l itteraire, etait en revolte. Mazarin, entre autres, par sa caractere et par sa personne, provoquait une explosion de raillerie. Pendant la Fronde c'etait Scarron qui a publie le plus d'ceuvres burlesques, y compris son Virai le travesty, ses Stances a M. Dupin. les Eoitres a  Mme la comtesse de Fiesaue et sa Mazarinade. (Sa Gazette n'a paru 1 3 Sainte-Beuve, cite par Morillot, p.145. 32 qu'en 1655 et l'ode Hero et Leandre en 1656.) Le burlesque etait un moyen par lequel les pamphletaires pouvaient ut i l iser un comique particulier afin d'atteindre le public. Le succes du burlesque, du en partie a la Fronde, s'est termine une fois la Fronde finie. Le burlesque n'avait plus de raison d'etre. II ne faut pas negliger l'influence des moeurs et de la l itterature. Scarron a meme observe que la chute etait imminente et a proteste contre le mauvais burlesque que Ton produisait alors, bienqu'il n'ait pas pu completement laisser a cote ce genre d'ou il a rapporte ses succes. Bar offre plusieurs definitions du burlesque: <<un precieux qui se moque de lui-meme>>;i4<<la forme plaisante du prec ieux»; 1 5 <<ie contraste choquant et ridicule des oppositions, les rapprochements extravagants entre des choses tout a fait opposees, le grand rapetisse et le sublime transforme en vulgarite>>; 1 6 <<bas et plaisant, non pas naturellement, mais par affectation et gentillesse d 'esprit>>. 1 7 Selon Fournel, le burlesque consiste <<dans un travestissement; il s'attaque a de hauts personnages qu'il fait agir ou parler bassement>>.18 II est plus qu'une degradation des pensees serieuses et des sentiments eleves. II <<rabaisse toutes les nobles idees et tous les grands sentiments, uniquement pour le plaisir de faire rire>>.19 I^Faguet, cite par Bar, p.XXVIII. 1 5 Lanson, cite par Bar, p.XXVII. 1 6 To ldo , cite par Bar, p.XXI. 1 7 Naude, cite par Bar, p.XXV. 1 8 Fournel , cite par Morillot, p.137. 1 9 Marmontel, cite par Morillot, p.141. 33 Cette deformation consiste a <<preter a ce qui est venerable un aspect plaisant et a ce qui est plaisant un aspect venerable. Le contraste et l'opposition produisent le choc burlesque>>.20 Perrault l'explique de cette maniere: <<Le burlesque, qui est une espece (sic) de ridicule, consiste dans la disconvenance de 1 'idee qu'on donne d'une chose avec son idee veritable.... Or cette disconvenance se fait en deux manieres, Tune en parlant bassement des choses les plus relevees, et l'autre en parlant magnifiquement des choses les plus b a s s e s » . 2 1 Comme le montre ce grand choix de definitions, le burlesque est un genre specifique. C'est un aspect du comique, car c'est le comique qui fait rire. Le comique est de tous les temps et de tous les pays, et se definit par son <<objectivite>>.22 Par contre, la satire (comme on verra) se definit par sa <<subjecti vite>>.2 3 Le burlesque se trouve entre les deux et peut etre objectif ou subjectif. Le comique fait rire seulement de ce qui est-risible; il reproduit le ridicule des sujets naturellement r is ib les; il est naturel. Le burlesque peut fait rire de n'importe quoi, et surtout des sujets serieux. 20charles Dedeyan, Le <<Roman comiaue>> de Scarron (Paris: Sedes, 1983), p.342. 2 1 Perrault, cite par Bar, p.XXIV. 22Koritz, p.34. 23|<oMtz, p.34. 34 Les procedes burlesques. Dans l'analyse des elements burlesques dans Le Roman comioue on suit (avec quelques modifications) Tordre adopte par Bar. Les mots et les phrases cites ont ete verif ies pour leur contenu burlesque dans Bar et dans le Lexioue de la langue des oeuvres  burlesques de Scarron. 2 4 A. Les mots familiers ou pooulaires. tripot: <<Elle passa devant le tripot de la Biche...>>. (1:1,38) devergondee: <<Ce n'est pas qu'elle fut devergondee>>. (I:VIII,58) rimdilJeur: <<...car d'ordinaire les rimailleurs...commencent a incommoder les honnetes g e n s » . (I:XI,82) se guinder: <<ll se guinda pourtant vaillamment sur retrier...>>. (I:XIX,162) rire leur soul: « L e s cochers en arreterent leurs chevaux pour rire leur soul...». (I:XX,164) s'entre-harper: <<...mon frere et lui, tous deux aussi brutaux run que l'autre, s'etaient entre-harpes...>>. (II:VI,223) s'ebouffer: <<...ce que la jeune mariee trouva si plaisant que, s'ebouffant de rire en commencant de boire, elle couvrit le visage de sa belle-mere...». (II:VIII,235) ecdcher: <<...elle en eut le nez ecache...>>. (II:X,243) mort-ivre: <<...et tous ses efforts, qui eussent eveille Ragotin s'il n'eut ete mort-ivre, comme on dit...>>. (II:XVI,296) 2 4 L e 0 n a r d T. Richardson. Lexioue de la langue des oeuvres  burlesques de Scarron (Hildesheim et New York: Georg Olms, 1976). 35 L'emploi de l 'article devant un nom propre etait usuel sans aucune intention blessante dans le parler des paysans et en parlant des comediens. Ainsi on a TOlive, le Destin, la Caverne, l'Etoile et la Bouvillon, par exemple. B. Les mots bas. Ce vocabulaire ne contient pas de vraies outrances, mais les e f fe t s sont deja assez gros et les mots souvent et intentionnellement detonnent dans le contexte. museau: <<Les museaux sanglants furent laves d'eau fra?che>>. (1:111,43) emplatre: <<ll avait un grand emplatre sur le visage...>>. (1:1,37) teton: <<La grosse sensuelle...etala aux yeux du Destn...dix livres de tetons pour le moins>>. (II:X,243) bouquin: <<[Ragotin] se serait donne corps et ame a celle que la Rancune aurait nomme, tant le bouquin avait la conscience troublee». (I:XII,84) C. Les termes brutaux. Ce sont des termes depreciatifs mais dont l'emploi est moins pour plaisanter mais plutot pour insulter et pour inciter une reaction vive. Bref, ces termes sont des obscenites d'une bassesse veritable. fils de chienne: <<[L]e plus colere des deux, s'adressant au valet du tripot: Fils de chienne, lui dit-il...>>. (1:111,42) cocu: <<Et qui done, barbe de cocu?>>. (1:111,42) pisser: « [ l l ] fut deux fois plus longtemps a ne point pisser>>. (I:VI,52) cul: «[Ceci]...le fit aller choir sur le cul...». (I:X,78) 36 ecorche-cul: <<...et tous ses efforts...ne firent autre effet que de le trainer a ecorche-cul la longueur de sept ou huit pas>>. (II:XVI,296) D. Les proverbes et les expressions proverbiales. Au dix-septieme siecle on entendait aussi par <<proverbes>> <<les facons de parler triviales et communes qui sont en la bouche de toutes sortes de personnes>>.25 Proverbialement, <<se faire blanc de son e p e e » (l:X,78) se disait pour <<se vanter excessivement de son credit>>. 2 6 <<De Turc a More>> (1:111,42) veut dire <<en ennemis jures>>. Une comparaison devenue proverbiale et stereotypee lui donne un ton de bassesse. De la locution courante <<glorieux comme un barbier>>, Scarron ecrit: <<La Rappiniere, qui avait de la mauvaise gloire autant que barbier de la ville...>> (I:IV,44). E. Les mots techniques. 1. La costume et la mode: cornette: <<[Elle] se recoiffa et...se f it une co rne t te» (ll:X,240). Ce mot ne se disait alors <<en langage ordinaire que pour des coiffes ou linges que les femmes mettent la nuit sur leurs tetes, et quand elles sont en deshabille>>. 2 7 Bien sur, Madame Bouvillon peut etre en deshabille quand elle recoit le Destin pour le seduire, mais ce n'est pas ce que Ton attend. turban: <<Au lieu de chapeau, il n'avait qu'un bonnet de nuit...et cet habillement de tete etait une maniere de turban...>>. (1:1,38) 2 5 B a r , p.92, note 8. 2 6 Dict ionnaire de l'Academie francaise. cite dans les notes du Roman comioue. p.391, note 68. 2 7 F u r e t i e r e . Dictionnaire universe!, cite dans les notes du Roman comioue. p.403, note 209. 37 tapabor: <<...et Tun et l'autre ensemble auraient ete pris de loin pour un tapabor d 'ecar late». (IT.X,243) 2. La medecine: La haute litterature ignorait le vocabulaire de la medecine. cholera morbus: <<Madame Bouvillon avait ete malade d'un furieux cholera morbus » . (II:XIII,257) repletion: <<Roquebrune en pensa mourir de repletion d"amour>>. (II:XVII,303) 3. La medecine veterinaire: enclouure: <<...et lors tout le monde vit ou etait l'enclouure...>> (11:711,231). Le terme est comiquement applique au pied de Ragotin. 4. La science—1'astronomie: retrogradation: <<...le f it aller choir...apres une retrogradation fort precipitee>>. (I:X,78) 5. L'art mi l i ta i re—le vocabulaire de la tactiaue: queue, investi, diversion: <<La Rappiniere le prit en queue.... Ce parent fut investi par un ami de la Rappiniere pour faire une diversion...>>. (1:111,42-43) 6. L'exercice physique—Tescrime: parer, en venir aux prises, en tenir, passer sur: <<Je ne fis que parer quelque temps, resolu d'essayer d'en venir aux prises.... Enfin...il me cria...que j'en tenais.... Je passai si heureusement sur lui que je pus saisir la garde de son epee>>. (I:XV,136) 7. L'eouitation: croupe, croupade: <<Le cheval en sauta, ce qui fit franchir au cul du patient toute 1'etendue de la selle et le mit sur la croupe.... Le cheval...fit une croupade qui remit Ragotin en selle>>. (I:XIX,162) 38 8. Le commerce: achalander: <<...et le temple de Dieu sert de rendez-vous aux godelureaux et aux coquettes, a la honte de ceux qui ont la maudite ambition d'achalander leurs eglises...>> (l:IX,60-61). Ceci se dit en parlant des pretres qui s'efforcent d'attirer les fideles comme font les commercants leurs clients. 9. L'heraldioue: proboscide <<...ces petits elephants ailes pourvus de proboscides et armes d'aiguillons...>> (I l:XVI,300). Ainsi sont presentees les mouches de miel. F. Les mots etrangers au francais. 1. Les mots latins: non plus ultra: «...Thotel de Bourgogne ou de Marais, qui sont et 1'un et l'autre le non plus ultra des comediens>>. (I:XII,87) Exaudiat: <<Cependant YExaudiat avancait toujours chemin...>>. (I:XV, 1 39) -magister: <<Le vetu de noir, magister du village, etait frere du cure...». (II:VI,219) 2. Les mots pris aux langues vivantes: a. de Tallemand: bourgmestres: <<...tous ces honorables bourgmestres jeterent les yeux sur nos inconnus>>. (1:1,38) b. de I'espagnol: duegna <<...les dames en Espagne ont des duegnas aupres d'elles...». (I:XXII,172) 39 alguazil: <<Santi11ane, de plus, avertit dom Pedro de ne venir point sans un alguazil, que nous appelons a Paris un commissaire>>. (I:XXII,185) c. de Vitalien: estafier: <<...il vit arriver le petit Ragotin, botte jusqu'a la ceinture, monte sur un petit mulet et ayant a ses etriers, comme deux estaf iers, La Rancune d'un cote et TOlive de l"autre>>. (II:VM,224) G. Les mots archaToues et a la signification surannee. faquin (sens: portefaix): <<Un tas de faquins...se jeterent a la foule dans notre cabane». (I:XVI 11,1 51-152) H. Les mots Dittoresoues. Dans cette categorie Bar groupe <<des mots et des expressions (car souvent il s'agit de facons de s'exprimer plutot que des mots isoles) d'ordre different, mais qui ont en commun un trait: c'est de montrer la recherche d'un effet>>.2 8 Plusieurs de ces expressions, bien sur, relevent du ton <<bas>>, bien que le but soit plutot d'amuser que de vulgariser. I. Les comoaraisons <<alPhabetioues>>: mascarade: <<Les quatre mascarades descendirent du carrosse avec dom Carlos...». (I:IX,68) godenot: «...Ragotin; c'etait le nom du godenot>>. (I:VII,60) 28Bar, p.236. 40 2. L'emploi force des mots et des transpositions: renverser: <<[l]1 s'egara si bien dans la chambre qu'apres en avoir renverse tous les meubles et s'etre renverse lui-meme plusieurs fois sans pouvoir trouver son lit, enfin il trouva celui de la Rancune et 1'eveilla en le decouvrant>> (l:XI,85). (Une extension du verbe.) circonstance: <<[S]on valet...se fut jete sur l'agresseur en lui donnant dans le beau milieu du visage un coup de poing avec toutes ses circonstances...>> (1:111,42). (L"emploi d'une expression abstraite associee a un terme concret.) convoler: <<Le livre ayant deja convole en troisieme main, il passa de la meme facon en cinq ou six mains diff erentes>>. (I:X,78) 3. Les titres appliques plaisamment: <<Mademoiselle de la Rappiniere>> (i:iv , 44 ) , pour designer la femme du lieutenant prevot. La formule <<mademoiselle>> etait alors reservee aux dames de la petite noblesse. <<Le seigneur Ferdinando Ferdinandi, gentilhomme venitien, natif de Caen en Normandie>> (l:XIX,158), pour designer l 'operateur pretentieux. I. Les mots forges. 1. Les formes de feminin inventees: taverniere: (substantif pris comme adjectif): « L e visage de cette nymphe taverniere etait le plus petit, et son ventre etait le plus gros du Maine>>. (II:VI,220) filoutiere (de l'argot, donne un adjectif feminin): <<ll...faisait entrer dans la composition de son merite quelque bravoure...un peu f i l ou t i e re» . (II:XIX,318) 41 2. Les derives par suffixes divers: Ragotin: (I:V11,60) Scarron a forge le nom du personnage sur l'adjectif <<ragot>> qui designe un animal court et gros. Une autre etymologie renvoie au limousin <<ragot» qui represente une grosse rave. 3. Les suffixes exoressifs: -ade (pour designer un nom d'action avec nuance pejorative, les actions deplaisantes ou bien faites a la legere): <<...les quatre malheureux mots qui lui attirerent cette grele de souffletades>>. (II:XVII,306) 4. Les diminutifs forges: Bohemillons (enfants du boheme): <<0n y entama un pate de lievre, dont la croute fut mange par quatre ou cinq Bohemillons>>. (II:XVI,294) 5. Les mots forges oeudo-savants: se marquiser (sens: se faire marquise): <<...je voudrais le moins jurer, en un temps ou tout le monde se marquise de soi-meme, je veux dire de son chef>>. (I:IX,65) 6., Les composes forges: de-,de$- (sens: un changement brusque): <<...qui se decramponnerent d'elles-memes aussitot que la lumiere parut>>. (!:XII,90) demi- (sens: tout petit): «Cependant le demi-homme fut tire de sa chausse-trape>>. (II:VII,230) 7. Les composes parodiaues: rheche-laurier: <<[La Rancune], bien loin d'avoir bonne opinion de ce mache-laurier, s'etait instruit amplement de ce qui 1 etait...>> (I:XIX,159). Scarron fait allusion ici aux mauvais poetes. 42 8. Les composes sur le modele de la Pleiade: chasse-: <<[0]n y devrait donner ordre et etablir des chasse-godelureaux et des chasse-coquettes dans les eglises, comme des chasse-chiens et des chasse-chiennes>>. (I:IX,61) J. La syntaxe. 1. L'article dans un emoloi oarticulier: Quand l 'article s'emploie comme un demonstratif devant un participe passe, le groupe tient lieu d'un nom. <<Le vetu de noir, magister du village, etait frere du cure et le vetu de gris, sergent du meme village, etait frere de l'hote>>. (II:VI,219) K. La rhetorioue du burlesque. 1. Les calembours: emplir (l:XI,84): au sens propre et de <<s"enivrer>>. mere (l:XVI,143): au sens propre et de <<matrice>>. fumee (Il:XVI,295): aux sens propre et figure. 2. La repetition: «Je ne dis pas cela» (ll:X,242)—trois fois. grand (Il:XVI,294)—quatre fois. parler (ll:X241)—dix fois enrager (LXVII,146)—cinq fois. rire (11:111,206-207)—dix-huit fois. crier (l:XIV,1 1 1-1 12)—quatre fois. chant (l:XV,138-139)—douze fois. petit: <<ll y avait entre autres un petit homme veuf, avocat de profession, qui avait une petite charge dans une petite juridiction voisine. Depuis la mort de sa petite femme, il avait menace les femmes de la ville.... C'etait le plus grand petit fou...depuis Roland>> 43 (l:VII 1,59). Apres, l 'adjectif <<petit>> est toujours associe a Ragotin, par exemple <<le petit h o m m e » (l:XVII,145 et 11 :X V1,293), et « l e petit R a g o t i n » (II:V11,224). La repetition sert a rendre expressive une antithese: <<Le concert etait ainsi deconcerte...>> (l:XV,139) ou a exprimer de facon bouffonne l'embarras d'un personnage: <<...un pied accroche par son eperon a la selle, et l'autre pied et le reste du corps attendant le riecrochement de ce pied accroche pour donner en terre>> (l:XX, 163-164)29 3. 1 es effets de surprise: Madame Bouvillon est tres <<succulente>>. (I I:V111,234) 4. La precision analutioue et la fausse precision: Ce procede est une technique rabelaisiennne employee par Scarron qui ne veut pas que le lecteur comprenne que ce n'est qu'un jeu. <<...mais par mille coups de poing, autant de soufflets, un nombre effroyable de coups de pied, des jurements qui ne se peuvent compter...>>. (1:11,41) <<...l'hotesse recut un coup de poing dans son petit ceil qui lui fit voir mil le chandelles (c'est un nombre certain pour un incertain)...>>. (II:VII,229) <<...ses hyperboles quotidiennes, qui pouvaient bien monter chaque semaine a la somme de mille ou douze cents impertinences sans y comprendre les menteries>>. (I:XVI, 143) 2 9 Dans cette section 2, et dans les sections 3,4 et 7, c'est nous qui soulignons. 44 5. L'emohase et Thyoerbole: Cette technique se definit par ""utilisation d'une epithete ou d'une qualification. <<...un homme qui se cachait le nez dans son manteau. Cet homme etait le veritable Raaot in». (1:XV.159-140) <<...outre que madame Bouvillon...etait une des plus grosses femmes de France, quoique des plus courtes; et...elle portait d'ordinaire sur elle, bon an mal an, trente quintaux de chair...>>. (I I:V111,234) 6. La deformation d'exoressions recues: <<...un bourbier ou la Rancune pensa se repandre...>> (l:VII,56). Un <<bourbier>> ne s'applique d'habitude qu'a un liquide ou a un recipient. 7. La periphrase: Les galants sont <<des tyrans des coeurs>>. (I:IX,60) Les duegnes espagnoles sont <<des animaux rigides et facheux>>. (I:XXII,173) Roquebrune est <<le nourrisson des Muses>> (l:XVI,142) et <<le citoyen de P a r n a s s e » . (I:XX,164) 8. La comparaison et la metaphore: La comparaison est souvent ut i l i see dans 1'intention de parodier et dans Le Roman comiaue son emploi est comique. Ragotin <<dormait, ronflant comme une pedale d'orgue>>. (Il:XVI,295) <<Ragotin...but comme une eponge>>. (II:XVI,295) Ragotin est <<presse de son amour comme d'un mal de ventre>>. (I:XIX,159) Ragotin est meme compare a Phaeton (l:XX, 163). Cette metaphore met un accent incongru de noblesse (ou meme de divinite, Phaeton etant f i ls d'Apollon) dans le langage. Ragotin est 45 attaque par des <<petits elephants ailes>> et est pique par les <<glaives pointus et venimeux de ces ennemis volants>>. (II:XVI,300) Comme on peut comprendre apres cet apercu, le burlesque a plusieurs techniques en commun avec le comique, en particulier au niveau de la rhetorique: les calembours, les mots bas ou vulgaires, l'hyperbole, la metaphore et la comparaison, les mots inventes, la syntaxe, les procedes souvent associes a Rabelais (Taccumulation, l'enumeration et l'exageration) et les effets de surprise (de situation ou de mots). Le comique et le burlesque ont le meme but— de faire r i r e—et ils y reussissent. Le comique arrive a ses fins en employant une grande variete de moyens pour faire rire de tout ce qui est risible. Le burlesque, par contre, est plus specifique et prend un chemin plus raillant en se moquant des personnages-types et des sujets. Le cote moqueur du burlesque (et des procedes comiques en general) sera explore dans le chapitre suivant qui discute de l'emploi de ces techniques dans la satire. 46 Chapitre IV Pourquoi Scarron a-t - i l employe tant de procedes comiques et burlesques? Si le but etait de satir iser, quelles en etaient les cibles? Dans ce chapitre on examinera le theme de la satire dans Le  Roman comioue. Apres l'avoir discute, on analysera les c ib les scarroniennes a la lumiere des techniques comiques. La satire ne se conforme pas a une seule definition precise. En fait, i l y a plusieurs types de sa t i re - - le satire juvenalienne, horatienne et menippee, par exemple. Paulson explique que la distinction entre la satire horatienne et juvenalienne se trouve dans le but de chaque type de satire et since most subsequent satire derives from one or the other, they should be clearly distinguished. Horace gives his attention almost exclusively to fools.... Punishment, the most frequent consequence of action in his satires, turns crime into fol ly, apparent knaves into fools. Anyone (says Horace) is a fool who fails to see his own best course of action, who mistakes a false for a real good.1 Plus tard, Paulson continue: <<For Juvenal evil is a potent and destructive force, and it lacks the comic element that accompanies impotence. He is much more concerned with the effect of aggressive behavior than with its repercussions on the foolish agent>>.2 Ni 1 Ronald Paulson, The Fictions of Satire (Baltimore: The Johns Hopkins Press, 1967), p.21. 2Paulson, p.23. 47 l'une ni Tautre de ces definitions ne s'applique bien au Roman comiaue—ni la satire moqueuse mais legere d'Horace, ni la satire cruelle de Juvenal. Par contre, en essayant de c lass i f ier cette oeuvre (qu'elle trouve diff ic i le a c lass i f ier comme <<roman>>) dans une tradition l i t teraire du roman, DeJean a recours a la satire menippee.3 DeJean ecrit que Frye et Bakhtine ont bien explique la satire menippee et bien qu'ils aient travaille independamment, l&urs idees s'accordent bien. Pour eux, la satire menippee consiste en: <<violent dislocations in the customary logic of narrative>>;4 <<an important emphasis on the creation of a dialogue form>>5 (un critere elabore par Bahktine afin de comprendre sa theorie de <<double-voiced discourse>>), et <<stylized characterizations. 6 Mais la question fondamentale est; quel type de satire est inherent dans une satire menippee? L'element satirique dans une satire menippee se concerne avec des attitudes mentales—la cible est un pedant plutot qu'un phenpmene social. Comment Le Roman  comiaue correspond-t-i l au genre? Si on considere que le pedant represente Tetablissement l itteraire et leurs oeuvres, la cible est bien placee. Mais ce n'est pas la seule cible, et de plus, DeJean ne considere pas que Le Roman comiaue ait l'intention de sa t i r i se r— el 1 e croit que la stylisation des perspnnages (par exemple, le cure de 3 Joan DeJean, Scarron's <<Roman comiaue>>: A Comedy of the  Novel. A Novel of Comedu (Bern: Peter Lang, 1977), p.94. 4Northrop Frye, cite par DeJean, A Comedy of the Novel, p.95, note 4. 5peJean. A Comedy of the Novel, p.95. 6DeJean, A Comedy of the Novel, p.96. 48 Domfront ou le prevot la Rappiniere) n'est la que pour faire rire, pure et simple. D'ailleurs, elle ne voit pas que les attaques contre la rhetorique d'une tradition l itteraire soient satiriques. Ce qu'elle avoue, par contre, est que la parodie, et surtout la parodie de soi, permet ce lien entre Le Roman comioue et la satire menippee. L'importance de la satire menippee pour Bakhtine est son facteur motivant: un desir de tout parodier, n'importe quoi. 7 Ceci est l 'essentiel de sa <<carnavalisation de la litterature>> dont Tesprit trouve que rien n'est sacre et que tout a son double comique.8 C'est ainsi possible de Tier Le Roman comioue a la tradition de la satire menippee. A cette litterature carnavalisee s'attache le burlesque, motive aussi (selon DeJean) par 1 idee de la parodie (la force motivante derriere la litterature carnavalisee), car le but du burlesque, selon la definition de Sorel, est de <<faire rai l lerie de tout>>.9 L'aspect parodique du Roman comioue est discute plus tard dans ce chapitre. Bien que DeJean veuille c lass i f ier Le Roman comique a part, l'ceuvre se conforme-t-elle, du point de vue de la satire, aux autres romans comiques contemporains? Serroy ecrit qu'au debut, les histoires comiques n'etaient ni critiques ni parodiques. 1 0 L'aspect critique etait alors secondaire, et ce n'etait que petit a petit que les romanciers comiques sont arrives a critiquer et a parodier dans leurs oeuvres. Vers les annees trente, d'ailleurs, le genre etait deja 7Bakhtine. cite par DeJean. A Comedy of the Novel, p.97. 8DeJean, A Comedy of the Novel. p.97. 9 Sore l . cite par DeJean. A Comedy of the Novel, p.97. 1 0 Serroy, p.292. 49 sur le chemin vers la satire, par exemple, Le Berger extravagant de Sorel (1627-28). Scarron a penche pour le burlesque, mais avec plusieurs observations satiriques aussi, tandis que Furetiere a plante des remarques moqueuses presque partout. II raille beaucoup et souvent lourdement, et c'est le cote satirique qui domine dans Le  Roman bourgeois. Mais Le Roman comiaue <<tombe par endroits dans la satire>>.11 Cette touche plus legere a aide Scarron a mieux reussir avec son ceuvre. On examine maintenant la sa t i re—ses cibles et ses techniques. On suit la meme approche que Koritz en divisant les cibles en deux categories majeures, la satire sociale et la satire litteraire. I. La satire sociale. A. Les Manceaux. Bien que Scarron ecrivit la satire sans rancune ni amertume personnelle d'une facon evidente envers des personnes qu ' i l decrivait, Henri Chardon a trouve que Le Roman comiaue est un roman a c l e f s . 1 2 Mais ce n'etait pas necessaire d'avoir telle ou telle personne en tete pour satir iser les gens de province en general, et les Manceaux en particulier. Scarron a cree, a partir de la realite, des personnages qu'il <<a pris pour types, car il a brode sur la realite comme sur un canevas commode, au gre de son imagination burlesque>>. 1 3 A travers des techniques comiques et burlesques, 1 1 Foumel, cite par Koritz, p.232. 1 2 H e n r i Chardon, Scarron inconnu. 2 vol. (Paris: Champion, 1904). ^chardon, II, p.29. 50 Scarron a pu discrediter les Manceaux en les satirisant d'une facon plaisante. B. Les provinciaux. La satire des Manceaux peut etre generalisee afin d'inclure tous les provinciaux. On sait que Scarron preferait la vie a Paris a la vie au Mans--une maniere de se consoler etait peut-etre de decrire ses voisins en se moquant d'eux. Un aspect des provinciaux que Scarron ne pouvait pas tolerer etait leur pretention, leur manie de se faire importants. Ceci s'adapte facilement a la satire. Un homme de condition fait venir a la chasse plusieurs gens de province, la plupart avec leurs femmes qui furent ravies de voir des dames de la cour pour en pouvoir parier le reste de leurs jours aupres de leur feu. Ce n'est pas une petite ambition aux provinciaux que de pouvoir dire quelquefois qui'i 1 s ont vu en tel lieu et en tel temps des gens de la cour dont i ls prononcent toujours le nom tout sec, comme, par exemple: Je perdis mon argent contre Roquelaure; Crequi a tant gagne; Coatquin courre le cerf enTouraine. (I l:XVI 1,302-303) Plus tard, quand les comediens ouvrent leur theatre, <<les dames de la vil le et de la province etaient ravies d'y voir tous les jours des dames de la cour, de qui elles apprirent a se bien habiller, au moins mieux qu'elles ne faisaient>> (ll:XVII,303). Ceux qui feignent la connaissance intime des grands sont s a t i r i s e s— i l s veulent tout imiter, malgre le fait que tout arrive tres tard en province, quand il est deja demode en ville et a la cour. 51 Neanmoins, Mademoiselle de l'Etoile, dont la chambre a ete envahie par des <<plus echauffes godelureaux de la ville...[qui] parlaient tous ensemble de la comedie, de bons vers, des auteurs et des romans>>, etait <<environnee de quatre ou cinq des plus doucereux, etourdie de quantite d'equivoques qu'on appelle pointes dans les provinces>> CI:V111,58-59). 11 faut remarquer que ces <<pointes>>, ou mots d'esprit, etaient deja passees de mode a Paris. Scarron decrit d'autres habitudes affectes par les provinciaux: <<Les mains d'Angelique etaient quelquefois serrees ou baisees, car les provinciaux sont fort endemenes et patineurs>> (I:V11,58). <<Endemenes et patineurs>> veut dire <<echauffes et importuns>>.14 Plus tard, Ragotin <<commenca a traiter les comediens de haut en bas et, s'approchant des comediennes, leur prit les mains sans leur consentement, voulut un peu patiner, galanterie provinciale qui tient plus du satyre que de l'honnete h o m m e » (l:X,77). II faut remarquer ici le ton de sarcasme et de dedain. Ragotin se voit comme un gentilhomme civi l de la vi l le en ramenant la Caverne et Angelique (l:XVII). Malheureusement, il n'a pas reussi et enfin tous les trois tombent. L'aspect visuel de cette scene la met dans le comique de situation et celui de geste. Une conception gonflee de leur propre importance est un autre aspect du caractere du provincial que Scarron satirise. II emploie la parodie que Bakhtine considere <<un element inherent a la satire 1 4 L e s notes du Roman comioue. p.389, note 42. 52 menippee>>.15 Ragotin donne un exemple de ce desir d'impressionner quand i l : conta toutes ses perfections et ses richesses, dit a la Rancune qu'il avait un neveu commis d'un financier; que ce neveu avait fait grande amitie avec le partisan la Ralliere...et voulut faire esperer a la Rancune de lui faire donner une pension pareille a celle des comediens du roi par le credit de ce neveu. II lui dit encore que, s'il avait des parents qui eussent des enfants, il leur ferait donner des benefices parce que la niece avait epouse le frere d'une femme qui etait entretenue du maTtre d'hotel d'un abbe de la province qui avait de bons benefices a sa collation. (I:XI,84) Que cet enchainement de relations est impressionnant—mais aussi comique, cette technique faisant partie de la categorie du comique de mots (Taccumulation). Ragotin encore qui veut impressionner le Destin avec son histoire dit que sa mere <<etait.filleule du poete Garnier; et moi, qui vous parle, j'ai encore chez moi son ecritoire>> (l:X,80). Ou bien il veut impressionner par sa parente, ou bien parce qu'il posssede l'ecritoire d'un grand ecrivain et il se considere grand poete lui-meme. II <<menaca les Bohemiens du prevot du Mans dont 11.se dit allie a cause qu'il avait epouse une Portail>> (Il:XVI,293). Pour impressionner en faisant ce qu'elle croit qu'il faut faire, la veuve de l'hote avare <<s'avisa de hurler et le f it avec beaucoup d'ostentation et de vanite>> (ll:VI,221). Ou bien elle ne regrette pas la mort de son mari, ou bien elle veut impressionner le cure avec ses 1 5 Mikha i l Bakhtine. Problemes de la poetioue de DostoTevski (Lausanne: Editions de l'Age d'homme, 1970), p.149. 53 larmes. Scarron n'etait pas impressionne par cette faussete et satirise par son sarcasme. D'autres aspects des provinciaux sont attaques, par exemple, leur aspect physique: <<Le visage de cette nymphe taverniere etait le plus petit et son ventre le plus grand du Maine, quoique cette province abonde en personnes ventrues>> (ll:VI,220). Au sarcasme de cette phrase s'ajoutent le burlesque du mot forge <<taverniere>> et 1'effet de surprise ou de choc apporte par la juxtaposition de <<nymphe>> et <<taverniere>>. Scarron decrit le manque de gout l i tteraire de cette facon: <<La farce divertit encore plus que la comedie, comme il arrive d'ordinaire partout ailleurs hors de Paris>> (11:111,207). Cette declaration, de la bouche de la Caverne qui ne peut pas etre consideree le porte-parole de Scarron, exprime subtilement les pensees de Scarron a propos des provinciaux. De plus, <<la mattresse du tripot, qui aimait la comedie plus que sermon ni vepres...>> (1:1,39) renforce ce mauvais gout. En plus du gout irreverent, la comparaison inattendue provoque le rire. Les provinciaux sont aussi peu civils: <<La Rappiniere recut son compliment avec un faste de prevot provincial et ne lui rendit pas la dixieme partie des civi l ites qu'il recut>> (l:V,48). La Rancune, bien qu'il fut « u n peu plus que demi-ivre>> a remercie le marchand de son offre de la moitie de son l it <<autant que sa secheresse de civi l i te le put permettre>> (l:VI,50). Bien que tous les provinciaux presentes jusqu'ici aient ete satirises, il y en a deux, neanmoins, qui n'appartienhent pas au meme groupe. La Garouffiere, le conseiller au parlement de Rennes qui a 54 term avec le Destin <<une des plus belles conversations qui se soient jamais faites dans une hotellerie du bas Maine>> (I l:VI 11,236), ne se croyait point homme de province en nulle maniere, venant d'ordinaire, hors de son semestre, manger quelque argent dans les auberges de Paris et prenant le deuil quand la Cour le prenait; ce qui, bien ver i f ie et enregis.tre, devrait etre une lettre, non pas de noblesse, tout a fait, mais de non-bourgeoisie, si j'ose ainsi parler. (II:VIII,233) II etait <<fort honnete homme et qui se connaissait bien en honnetes gens>> (I I:V111,237). C'est lui qui discute de la l itterature avec Roquebrune (l:XXI). II est, peut-etre, le porte-parole de Scarron qui ne satirise pas tous les provinciaux afin d'en laisser un qui peut parler serieusement de la l itterature. Si tous les provinciaux etaient satirises, on ne pourrait pas croire a ce qu'ils disent. Ainsi la Garouffiere et le marquis d'Orse, qui att irait au Mans <<des personnes de condition...et meme quelques beaux esprits de Paris, entre lesquels il se trouvait des poetes du premier ordre>> (Il:XVi 1,302)—on note ici une autre attaque contre les mauvais poetes—apportent la vie mondaine en province tout en evitant le ridicule provincial. C. Les personnes-types. 1. L'avare: Un personnage qui se prete facilement a la satire est l'avare. Dans Le Roman comiaue. Scarron decrit deux avares, le pere du Destin et l'hote mort. Le Destin, en fait, avait tous les deux parents avares: <<ll suffit qu'elle [ma mere] etait plus avare que mon pere, 55 et mon pere plus avare qu'elle>> (l:XIII,92). Son pere <<a 1'honneur d'avoir le premier retenu son haleine en se faisant prendre la mesure d'un habit, afin qu'il y entrat moins d'etoffe>> (l:XI 11,92).16 Quand il a perdu beaucoup d'argent, <<il fut si possede de desespoir et si abandonne de Dieu qu'il se voulut pendre>>. A une voisine qui l'a sauve, il a fait payer la corde. De pire, <<il se mit en la tete qu'elle [sa femme] avait assez de lait pour nourrir son fi ls et pour le nourrir lui-meme aussi, et espera que, tetant sa femme, il epargnerait du pain et se nourrirait d'un aliment aise a digerer>> (l:XIII,93). Et la mere a fait de meme! L'autre avare, l'hote, de qui son cure a raconte <<cent contes plaisantes de l'avarice du defunt>> (ll:VI,221) etait au retour d'un voyage quand son cheval a perdu deux de ses fers. II est alle les chercher, mais en vain--et nu pied afin de ne pas user ses chaussures. Sa femme et lui ont du revenir chez eux de la meme facon. Il a meme marchande avec le cure le jour ou celui -c i l'a confesse au sujet de son enterrement, et deux heures avant sa mort il a ordonne a sa femme <<de l'ensevelir dans un certain vieil drap de sa connaissance qui avait plus de cent trous>> (11:V1,222). 2. Le pedant: Roquebrune est le personne-type du pedant-- le mauvais <<mache-laurier>> (l:XIX,159) pretentieux envers qui Scarron dirige son sarcasme. Ce poete etait <<plutot un auteur, car toutes les 1 6 L a variante de 1651 decrit un homme aussi avare: <<Mon pere a 1'honneur d'avoir invente le morceau de chair attache a une corde, qui tient a l'anse du pot pour le ret irer quand il a assez bouilli, afin qu'il serve plusieurs fois a faire du potage>> (les notes du Roman comiaue. p.393, note 89). 56 boutiques d'epicers du royaume etaient pleines de ses oeuvres tant en vers qu'en p r o s e » (l:VIII,57). De plus, il <<menacait les comediens de quantite de pieces; mais il leur avait fait grace jusqu'a l'heure>> (l:VIII,58). Roquebrune etait amoureux de 1'operatrice, la Rancune aussi, et ainsi il a <<pour ses peches et pour l'expiation des livres reprouves qu'il avait mis en lumiere>> (l:XIX,158), comme rival, le plus mechant homme du monde. Scarron continue dans la meme veine quand il ecrit qire <<ce qui restait de la nuit se passa fort paisiblement dans 1 'hotel 1 erie, le poete par bonheur n'ayant point enfante de nouvelles stances>> (l:XI 11,1 09). Ce mot burlesque <<enfante>> (comme <<mache-laurier>>) est assez brusque et insultant. Ragotin aussi est <<presomptueux et opiniatre comme un pedant et assez mauvais poete pour etre etouffe s'il y avait de la police dans le royaume>> (l:VIII,59). Encore du sarcasme pour satir iser les pedants et les mauvais poetes. Dans son anti-heros, Scarron a reuni presque tous les defauts du provincial. 3. Le misanthrope: La Rancune, par son nom et par sa nature, <<etait de ces misanthropes qui ha'issent tout le monde, et qui ne s'aiment pas eux-memes>> (l:V,47). A part sa <<misanthropie>> (l:XIX,158), il <<avait fonde une vanite insupportable, laquelle etait jointe a une raillerie continuelle, une medisance qui ne s'epuisait point et une humeur querelleuse>> (l:V,47). 4. Les prudes: Scarron satirise un autre groupe, les prudes. II y a les fausses et les veritables prudes, et dans ce deuxieme groupe il y en a celles 57 devenues prudes au cours des annees. On trouve leur portrait dans <<Les deux freres rivaux>>: Quelques dames tristes, de celles qui sont toujours en peine de la conduite des autres et fort en repos de la leur, qui se font elles-memes arbitres du mal et du bien, quoiqu'on puisse faire des gageures sur leur vertu comme sur tout ce qui n'est pas avere, et qui croient qu'avec un peu de rudesse brutale et de grimace devote elles ont de 1'honneur a revendre, quoique l'enjouement de leur jeunesse ait ete plus scandaleux que le chagrin de leurs rides n'a ete de bon exemple.... (II:XIX,313) Ces dames reformees sont maintenant, faute d'un autre choix, des prudes, malgre leurs actions contraires d'autrefois. Par contre, Scarron satir ise la coquette dans la scene de seduction entre. Madame Bouvillon et le Destin. Les actions et les vetements de cette vieille dame obese sont ridicules, une veritable caricature d'une vraie scene de seduction. 5. Les bourgeois: La bourgeoisie presentait une cible ideale pour la satire. Elle ne benefic iait pas de la protection o f f i c ie l le (comme fa isa i t l'entourage du roi et les groupes priviligies) et les satiriques, ayant peur de ra i l ler ceux qui sont pres de la Cour, ont trouve les bourgeois. La grossierete ou la vulgarite de Tabsence du gout ou le mauvais gout de ceux qui essaient de se cult iver est souvent satirisee. On a deja vu que les provinciaux preferaient la farce a la comedie. Plus tard, Voltaire a ecrit a l 'article <<gout>> dans son 58 Dict ionnaire phi 1osoohioue: <<ll est inconnu aux fami l ies bourgeoises>>.17 Le procureur appartient du type bourgeois et se voit dans les personnages de Ragotin, l'avocat, et de la Rappiniere, le lieutenant prevot. Quant a la vie privee des bourgeois, les vetements sont satirises dans Le Roman comioue. On denonce et on r id icu l i se—les dames du Mans qui veulent regarder ce que portent les dames de la Cour, pour les c o p i e r , et le s <<tres mechant s danseurs...[qui]...danserent en bas de drap de Hollande ou d'Usseau et en souliers cires>> (II:XV11,303). II fallait porter les chaussures en marocain ou en castor et les bas les plus a la mode. Malgre son manque de gout, le bourgeois essaie de se cultiver a sa facon. La Rappiniere veut devenir le rieur du Mans, et ainsi il assiste a tous les banquets, participe aux farces et se trouve au tripot en mauvaise compagnie. Et comme on a deja note, Ragotin et Roquebrune ont tous les deux des pretentions litteraires. D. Les metiers. 1. Les barbiers: Certains metiers sont attaques par la satire scarronienne. Quand Scarron decrit Ragotin comme <<plus glorieux lui seul que tous les barbiers du royaume>> (l:X,78), il n'est pas tres flatteur. Cette attaque est repetee contre la Rappiniere qui avait <<de la mauvaise gloire autant que barbier de la ville>> (l:IV,44). 17Voltaire, cite par Jean V. Alter, L'Esorit antibouraeois sous  l'ancien regime vol. II des Origines de la satire antibourgeois en  France (Geneve: Librairie Droz, 1970), p.98. 59 2. Les medecins: Au sujet des medecins, on attend de Scarron paralyse une attaque feroce. 11 se contente, pourtant, de s'en moquer et de rail ler leur jargon. Le cure de Domfront <<fit consulter sa gravelle par les medecins du Mans qui lui dirent, en latin fort elegant, qu'il avait la gravelle (ce que le pauvre homme ne savait que trop)>> (l:XIV,1 10). Un chirurgien rencontre par le Destin explique qu'il vient <<appliquer un cataplasme anodin et resolutif sur une tumeur livide-qu'il [son patient] a sur les vertebres du col>> et qu'il a <<panse une grande plaie qu'on lui a faite a l'occiput>> (ll:IV,213). II <<prenait tant de plaisir a debiter les termes de son art>> (ll:IV,213) qu'il a continue de parler meme quand il n'y avait personne a l'ecouter. Quand les autres comediens jouent un tour a Ragotin en raccourcissant ses vetements, le petit homme croit qu'il a une maladie etrange et va chez le chirurgien qui <<discourut de la cause et de l'effet de son mal, qu'il connaissait aussi peu que l'algebre, et lui parla un quart d'heure durant en termes de son art, qui n'etait non plus a propos au sujet que s i 1 lui eut parle du pretre Jean>> (ll:X,238). En decrivant le treaitement des maladies, Scarron se moque des remedes contemporains trop employes—une saignee et des ventouses. Les medecins parlent trop et agissent trop peu. De plus, il y avait des medecins qui n'etaient pas de la Faculte, comme l'operateur Ferdinando Ferdinandi. II etait <<medecin spagirique de profession et, pour dire franchement ce qu'il etait, grand charlatan et encore plus grand fourbe>> (ll:XVI11,307). 60 3. Les cures: La condition de I'Eglise n'echappe pas a la satire de Scarron. Le cure qui a fait des prieres sur Thote mort <<les fit bonnes, car il les f it courtes>> (ll:VI,221). <<0n a voulu dire qu'il jura Dieu>>, ecrit Scarron du cure de Domfront, <<mais je ne puis croire cela d'un cure du bas M a i n e » (l:XIV,11 1). L'episode ou Ragotin tout nu est chasse par le pere Giflot qui ne cesse pas de cr ier <<Fouettez, fouettez! de toute sa force>> (Il:XVI,300) montre un cote hypocrite et cruel de Thomme de I'Eglise. On attend un peu plus de compassion de la part du cure, mais neanmoins la situation est comique parce qu'elle est inattendue. Scarron attaque I'Eglise assez violemment dans le passage suivant: On profane les eglises en ce pays-la aussi bien qu'au notre, et le temple de Dieu sert de rendez-vous aux godelureaux et a leurs coquettes, a la honte de ceux qui ont la mauvaise ambition d'achalander leurs eglises et de s'oter la pratique les uns aux autres; on y devrait donner ordre et etablir des chasse-godelureaux et des chasse-coquettes comme des chasse-chiens et des chasse-chiennes. (I:IX,60-61) Son ton devient plus leger vers la fin mais non sans avoir critique les pretres mondains et ambitieux. 4. Les valets: Meme les valets sont satirises dans Le Roman comioue. mais moins severement que les autres gens. Scarron ut i l i se les comparaisons (de la technique du comique de mots), et Ragotin est 61 ainsi <<menteur comme un valet>> (I:V11,59). En discutant les laquais, les pages et les valets, Koritz ecrit que <<tous ces suivants peu utiles des nobles et des riches commencent par Vespieglerie et finissent par le meutre>>.18 Le pere du Destin, ne pauvre, <<ferrait peut-etre la mule>> (l:XIII,92), qui se dit des valets et des servantes. 1 9 Le Destin se deguise en domestique, et fait partie d'une conversation de valets, <<car peu de suivants se rencontrent ensemble sans se dire tout ce qu'ils savent de leur maitre et sans trouver a redire au peu de soin qu'ils font de faire leur fortune et celle de leurs gens>> (l:XV, 122). Mais la suivante avec qui il parle (qui est en effet la sceur de l'amante de Verville) repond de cette facon: <<Je te conjure, esprit muet, de me confesser si tu es valet, et, si tu es valet, par quelle vertu admirable tu t'es empeche jusqu'a cette heure de me dire du mal de ton mattre>> (l:XV, 122). Scarron ainsi satirise les valets d'une facon subtile. II. La satire litteraire. A. L'aspect social. Contre les pedants Scarron lance une attaque verbale. Neanmoins, il ne semble pas etre trop severe quand il repond a son critique imaginaire apres avoir decrit l 'arrivee au Mans de la Rancune: 1 8 K o r i t z , p.137. 1 gLes notes du Roman comioue. p.393, note 88. 62 II portait sur ses epaules une basse de viole et, parce qu'il se courbait un peu en marchant, on l'eut pris de loin pour une grosse tortue qui marchait sur les jambes de derriere. Quelque critique murmera de la comparaison, a cause du peu de proportion qu'il y a d'une tortue a un homme; mais j'entends parler des grandes tortues qui se trouvent dans les Indes et, de plus, je m'en sers de ma seule autorite. (1:1,38) Cette intervention du narrateur, inattendue et comique, sert a satiriser les comparaisons trop evidentes des romans contemporains et a ne pas laisser le lecteur oublier la presence de 1'auteur. Tout comme le pedant, la fausse precieuse est une cible satirique scarronienne. La feussete et la pretention dans le manierisme du langage sont a proscrire. Koritz cite une lettre de Scarron ou celui-ci explique qu'il a 1'intention de faire honneur aux precieuses au debut de la troisieme partie du Roman comioue: II faut que je vous dise de quelle maniere commence le volume de mon roman comique: <<ll n'y avait point encore eu de precieuses dans le monde, et ces Jansenistes d'amour n'avaient point commence a mepriser le genre humain. On n'avait point encore ouT parler du trait des traits, du dernier doux, et du premier desobligeant, quand le petit Ragotin, e t c . » 2 0 Cette intention de parodier apporte le comique en se moquant des caracteristiques des precieuses. 2 0 K o r i t z , p. 174. 63 B. Les interventions. On a deja vu que Tintervention de l'auteur dans sa conversation avec le critique imaginaire apporte le comique a travers la satire. En commentant, Scarron (en tant que narrateur) digresse mais ensuite continue son histoire en s'excusant. De plus, il ajoute des impressions personnelles, par exemple, <<lls se dirent mille choses si tendres que j'en ai les larmes aux yeyx toutes les fois que j'y pense>> (l:IX,75). La satire, comme dit Koritz, <<est partout i m p l i c i t e » . 2 1 La satire inherente dans les interventions de l'auteur se voit aussi dans les en-tetes des chapitres, par exemple: <<Qui ne contient pas grand-chose>> (l:V); <<Qui contient ce que vous verrez, si vous prenez la peine de le 1 ire>> (l:XI); <<Qui peut-etre ne sera pas trouve fort divertissant>> (l:XXI) et <<Des.moins divertissants du present volume>> (ll:XI). II ne faut pas nier Tinfluence espagnole, et surtbut de Cervantes, dans cette, approche. C. La satire des formes litteraires. 1. Le theatre: Scarron satir ise le theatre contemporain et se sert de la Garouffiere comme porte-parole: Ce jeune conseil ler dit entre autres choses que les sujets connus, dont on pouvait fa ire des pieces regulieres, avaient tous ete mis en oeuvre; que l'histoire etait epuisee et que Ton serait reduit a la fin de se dispenser de la regie de vingt-quatre heures; que le peuple et la plus grande moitie du monde ne savaient point a quoi etaient bonnes les regies severes du theatre; 2 1 K o r i t z , p.191. 64 que Ton prenait plus de piais ir a voir representer les choses qu'a ou'ir des recits ; et cela etant, que Ton pourrait faire des pieces qui seraient fort bien recues sans tomber dans les extravagances des Espagnols et sans se gehenner par la rigueur des regies d'Aristote. (I:XXI,165) Une attaque contre les pieces espagnoles se voit aussi dans la citation suivante. Ragotin a Tidee d'adapter pour le theatre la nouvelle <<L"Amante inv i s ib les (qu'il vient de raconter). Le Destin voit un probleme avec les regies, la bienseance et le jugement. Neanmoins, Ragotin n'est pas decourage: Un homme comme moi peut faire des regies quand il voudra, dit Ragotin. Considerez, je vous prie, ajouta-t-i l , si ce ne serait pas une chose nouvelle et magnifique tout ensemble, de voir un grand portail d'eglise au milieu d'un theatre, devant lequel une vingtaine de cavaliers, tant plus que moins, avec autant de demoiselles, feraient milles galanteries; cela ravirait tout le monde. Je suis de votre avis, cont inua-t - i l , qu'il ne faut rien faire contre la bienseance ou les bonnes mceurs, et c'est pour cela que je ne voudrais pas faire parler mes acteurs au dedans de l'eglise. (I:X,80) 2. Le roman: La satire du roman se trouve partout dans Le Roman comique. et son aspect parodique est d'une importance supreme. Comme il est souvent remarque, le premier paragraphe de cheque partie parodie le style f leur i du roman heroTque conventionnel: 65 Le soleil avait acheve plus de la moitie de sa course et son char, ayant attrape le penchant du monde, roulait plus vite qu'il ne voulait. Si les chevaux eussent voulu profiter de la pente du chemin, ils eussent acheve ce qui restait du jour en moins d'un demi-quart d'heure.... Pour parler plus humainement et plus intelligiblement, il etait entre cinq et six quand une charrette entra dans les Halles du Mans. (1:1,37) et <<Le soleil donnait a plomb sur nos antipodes et ne pretait a sa sceur qu'autant de lumiere qu'il lui en fallait pour se conduire dans une nuit fort obscure>> (11:1,195). Scarron veut montrer comment il est ridicule d'employer une rhetorique si fleurie. On remarque que d'habitude c'est le lever et non pas le coucher du soleil que Ton trouvait dans les romans de Tepoque. De plus, on note que Scarron reussit a ce qu'il veut faire—parodier—sans faire mention du texte parodie. Ainsi cette sorte de rhetorique (la periphrase) etait bien reconnue comme etant du langage trop utilise. La periphrase se trouve rarement a l'interieur du roman. Un exemple, pourtant, est la description de Ragotin qui <<vola a son cheval sur les ailes de son amour, une grande epee a son cote et une carabine en bandouliere>> (l:XIX,161). Le burlesque joue un role ici car Ragotin, l'anti-heros, se trouve dans une situation comique. A la fin du chapitre il a « l e pommeau entre les fesses>>, et la rhetorique noble de la periphrase semble incongrue associee a ce demi-homme. Selon DeJean, il faut restreindre les dimensions d'une parodie pour qu'elle reste amusante, et il faut faire une distinction entre les deux styles de discours afin d'y reuss i r . 2 2 Quand il y a une figure de 2 2 DeJean , A Comedy of the Novel. p.39. 66 rhetorique du style eleve, la voix du narrateur demontre tout de suite comment c'est ridicule en la traduisant en termes simples. Ainsi le narrateur discredite la citation precedante en intervenant en remarquant <<il n*a jamais voulu declarer pourquoi il allait a une noce avec une si grande munition d'armes offensives>> (l:XIX,161). Scarron lui-meme explique quelle sorte de roman est son Roman comioue. En le prenant comme anti-roman, I'antithese du roman heroTque, il la i sse <<parler des romans>> (I:XX 1,165) Roquebrune et la Garouffiere, afin de presenter dans les paroles du conseiller ses propres pensees et de montrer le gout contemporain a travers le poete. Scarron, en tant que narrateur, decrit Le Roman  comioue comme <<ces tres veritables et tres peu hero'iques aventures>> (l:XII,87), le contraire des romans de l'epoque. Ce commentaire de l'auteur est ironique. Scarron continue a satiriser le roman heroTque en parodiant le recit de bataille: <<Les cris recommencerent; les soufflets et les coups de poing sonnerent de plus belle et la melee s'echauffa encore plus qu'elle n'avait fait>> (l:XII,90). Les coups d'epee du roman heroTque sont ici remplaces par les coups de poing. Dans Le Roman  comioue. la belle organisation des batailles hero'iques trouve son parallele dans les bagarres de tripot: <<Ce hideux chaos de tant de personnes et de sieges meles les uns dans les autres fut longtemps a se debrouiller>> (Il:XVI 1,306). La scene d'amour entre le Destin et Madame Bouvillon est une autre parodie d'une scene du roman contemporain. Madame Bouvillon 67 envoya sa servante au Destin le prier de venir diner avec elle et, en attendant le diner, se recoi f fa, f r i sa et poudra, se mit un tablier et un peignoir a dentelle et, d'un collet de point de Genes de son f i ls, se fit une cornette. Elle tira d'une cassette une des jupes de noces de sa bru et s'en para, enfin elle se transforma en petite nymphe replete. (I l:X,240-241) C'est le comique de costume--ce que Madame Bouvillon porte ne sied pas a une personne de son age, mais c'est ainsi qu'elle espere seduire le pauvre Destin. Le mot <<nymphe>> est comique applique a Madame Bouvil lon, que Scarron decrit a i l leurs comme une <<grosse sensuelle>> (ll:X,243) et <<tres succulente>> (ll:X,243), des descriptions amusantes. La scene finit mal et Madame Bouvillon echoue dans son intention, et pour ses efforts elle recoit une bosse au front. Une combinaison des techniques d'action, de gestes et de situation fait rire le lecteur. Une autre scene comique mais parodique est la serenade de Ragotin. C'est une interruption cacophonique de l'histoire du Destin et de l'Etoile par les <<mechantes voix>> qui font <<hurler tous les chiens du pays>> (l:XV,138). Ragotin veut chanter une serenade a Mademoiselle de l'Etoile, mais tout ce qu'il reussit a faire est de mal chanter, de faire hurler la chienne en rut, de cesser les orgues qu'il a pretees, et de reveiller l'hote. Ragotin, qui represente le pedant provincial, est aussi l 'anti-heros par excellence. II est <<le plus grand petit fou qui ait couru les champs depuis Roland>> (I:VI11,59), pas d'adjectifs pour un vrai heros. II faut remarquer le ton satirique et parodique de cette phrase (une reference a Orlando furioso d'Ariosto, qui servait comme 68 modele pour tous les grands romans de la l itterature francaise du dix-septieme siecle). Un autre qual i f icatif pour lui qui revient constamment est «pet i t>>. II aime le vin et la debauche--il est un <<fanfaron de taverne>> (11:711,224)—et est souvent compare a un animal: il <<hurlait cependant comme un taureau>> (l:X,78); il faisait « d e s hurlements...que fait un porceau qu'on egorge>> (11:711,230); on le compare a un <<roquet qui aboie>> (II:XV11,304), et il est un <<bouquin>> (l:XI,84). Cheque disgrace de Ragotin est une parodie des exploits du heros conventionnel d'un roman heroTque. Par exemple, quand Ragotin entend que le carrosse portant sa bien-aimee arrive, il saute sur son cheval afin de l'eccompegner. Melheureusement, n'etant pas bon ecuyer, Ragotin <<se guinda pourtant vaillamment sur Tetr ier et porta la jambe droite de l'autre cote de le selle, meis les sengles, qui etaient un peu laches, nuisaient beaucoup au petit homme, car la selle tourna sur le cheval quand il pense monter dessus>> (l:XIX,162). II va sans dire qu'au lieu de bien arriver dans la selle, Ragotin se trouve sur le cheval, le pommeau entre ses fesses, completement au contraire d'un heros veritable. C'est le comique de situation, la comedie bouffonne, ou tout va mal et au lieu d'impressionner, Ragotin, tout encombre des armes, se trouve dans une situation risible. Au chapitre XVI de la seconde partie Ragotin se trouve encore dans une situation anti-heroi'que. Apres evoir trop bu--le heros perfait, fera i t - i l de meme?—i l s'endort au milieu du chemin. Un fou nu le voit et prend tous ses vetements. Ragotin, nu maintenent a son tour, et pique par des mouches, a ses mains et ses 69 pieds l ies par un groupe de paysans qui se trompent de victime. A cause de son ivresse, Ragotin ne peut rien expliquer mais apres etre tombe dans de la boue, il s'echappe, apres que des autres paysans defassent les cordes. Dans cet etat affreux, Ragotin passe devant un pretre et des religieuses. II pousse le pretre dans l'eau et est chasse. II est fouette et, s'abritent dans un moulin, il renverse des ruches et est pique encore. Ragotin est panse enfin mais ce ne sont pas des blessures nobles, recues dans une batail le contre les adversaires de bon. Cette disgrace parodie le grand heros et ses exploits. La parodie discredite ce type de heros en mettant Ragotin, 1'anti-heros, dans des situations plutot comiques que heroTques--encore le comique de situation et celui de geste apportent le rire. Le contraste entre ce que Ton attend d'un vrai heros et ce que Von recoit avec Ragotin est aussi comique. La satire est ainsi apportee a travers la parodie, une technique comique. Au chapitre XXI, la Garouffiere et Roquebrune parlent de la litterature. La Garouffiere semble etre le porte-parole de Scarron tandis que Roquebrune prend une position qui defend les oeuvres tradit ionnelles. En faisant ceci , Scarron ra i l le la tradition. Roquebrune dit <<fort absolument qu'il n'y avait point de plais ir a lire des romans s'ils n'etaient composes d'aventures de princes, et encore de grands princes>> (l:XXI,166). Pour lui, Don Quichotte (qui a influence Scarron), <<est le plus sot livre [qu'il ait] jamais vu>> (l:XXI,166). Bien que le noble heros traditionnel soit toujours doue de toutes les perfections <<du monde>> (l:V,48), Scarron choisit ses heros, par contre, dans la bourgeoisie, le peuple, les comediens, pas 70 dans la noblesse. (Le Destin, de qui on devine un substitution d'enfants, est en realite de condition noble et ainsi a toutes les qualites d'un heros noble tout en eyant vecu une vie depourvue pour la plupart des biens qui y sont associes.) Les aventures des heros de Scarron ne respectent pas non plus les bienseances et meme uti l isent des situations dont revocation est interdite dans les romans hero'iques: une histoire des <<bottes>>, les aventures de nuit et du pot de chambre plein d'urine, le corps <<succulent>> de Madame Bouvillon. La prose de Scarron est moins idealiste, plus truculente. Scarron parodie aussi l'amour pur et chaste des heros trop passionnes. II souligne la conduite ridicule des provinciaux, par exemple, la galanterie de Ragotin qui veut se faire ecuyer a la Caveme et a Angelique (I.XVII), une action qui finit mal. La longueur interminable des romans de l'epoque est aussi ridiculisee par Scarron. Roquebrune, pour impressionner, explique qu'il a un projet <<de faire un roman en cinq parties, chacune de dix volumes, qui effacerait le Cassandre. Cleopatre. Polexandre et Curus. quoique ce dernier ait le surnom de g r a n d » (l:XXI,166). Scarron critique aussi la preponderance de details (et ainsi la longueur) des romans contemporains: Je ne vous dirai point exactement s'il avait soupe, et s'il se coucha sans manger, comme font quelques faiseurs de romans qui reglent toutes les heures du jour de leurs heros, les font lever de bon matin, conter leur histoire jusqu'a l'heure du diner, diner fort legerement et apres diner reprendre leur histoire ou s'enfoncer dans un bois pour y parler tout seuls, si ce n'est quand ils ont quelque chose a dire aux arbres et aux rochers; a l'heure de souper, se trouver a point nomme dans le lieu ou Ton 71 mange, ou ils soupirent et revent au lieu de manger.... (I:IX,64) II continue de commenter a Tabsurde. Apres avoir explique que dom Carlos a dine, Scarron ecrit <<J'oubliais a vous dire que je crois qu'il se lava la bouche, car j'ai su qu'il avait grand soin de ses dents>> (l:IX<69). Apres avoir raconte la nouvelle <<Les deux freres rivaux>>, Inezilla <<fit regretter a tous ses auditeurs qu'elle [la nouvelle] n'etait pas plus longue>> (ll:XX,334). C'etait de vingt-quatre pages (seulement la nouvelle <<Le juge de sa propre cause>> est plus longue). > Scarron, comme narrateur, explique deux fois un silence en donnant des details superflus: <<le silence regnait dans l'hotellerie; les chiens dormaient puisqu'ils n'aboyaient point>> (II:V11,225), et <<le silence regnait sur toute la terre, si ce n'etait dans les lieux ou se rencontraient des gri l ions, des hiboux et des donneurs de serenades>> (11:1,194). II parodie le superflu de details en expliquant la logique au lecteur. -D'autres exemples de la parodie de la longueur sont : <<[J]'en pourrais dire cent choses rares, que je laisse de peur d'etre trop long>> (I:|V,44); <<ll n'arriva rien de remarquable pendant la repet i t ions (l:XVI,143), qui veut dire que l'auteur n'invente rien dans le seul but d'allonger le livre, et Je ne vous dirai point si les flambeaux que tenaient les demoiselles etaient d'argent; c'est pour le moins: i ls etaient plutot de vermeil dore cisele, et la salle etait la plus magnifique du monde, et, si vous voulez, aussi bien meublee que quelques appartements de nos romans, 72 comme le vaisseau de Zelmandre dans le Polexandre. le palais d'lbrahim dans Tlllustre Bassa. ou la chambre ou le roi d'Assyrie reput Mendane, dans le Cyrus, qui est sans doute, aussi bien que les autres nommes, le l ivre du monde le mieux meuble. (l:IX,68-69) II faut remarquer Tusage de Texpression <<du monde>>, la critique de details, la promesse d"une absence de detail a propos des flambeaux, mais une description assez detainee tout de meme. Ce passage parodie aussi les palais magnifiques ou vivent les heros romanesques. Dans la meme nouvelle se trouvent plusieurs expressions te l les que <<megnifique>> et qui emploient la superlative: <<ce superbe eppartement», <<Tout en fut magnifique>>, <<la dame s'etant assise sur je ne sais combien de riches carreaux>>, et <<la plus riche estrade que Ton ait jamais vue depuis qu'il y a des e s t r a d e s » (l:IX,69-70). Scarron parodie les combats trop bien ordonnes. Dans les romans hero'iques, des mi l l i e r s et des m i l l i e r s de soldats, commandes par des heros tenement courageux, se battent pendant plusieurs pages. Scarron, par contre, place la plupart de ses combats dans une taverne, un lieu peu heroTque et surtout pas noble, entre les gens de basses classes, avec des animaux souvent y meles. Au chapitre XII de la premiere partie, intitule <<Combat de nuit>>, les femmes et les hommes s'entre-battent avec des coups de poing et des souff lets—des ermes primitives. La Rappiniere, ivre, croit se jeter sur sa femme qu'il croit inf idele—en effet, c'est une chevre (l:IV). Dans ce combat, le Destin arrive <<l'epee a la main>> pour aider (l:IV.,46)--une action noble faite avec une arme noble. Au 73 dernier chapitre de la seconde partie, Ragotin se bat avec un belier qui croit que la tete bercante du sommeillant petit homme est un signe pour attaquer. Quand il decrit les luttes entre les gens de qualite (par exemple, dans l'histoire du Destin), Scarron emploie les armes nobles et souvent les termes techniques de rescrime--<<d'en venir aux prises>>, <<j'en tenais>> et <<je passai si heureusement sur lui>> (l:XV,136). Mais les termes de tactique sont aussi appliques aux luttes des paysans afin de les relever. II faut remarquer que Scarron emploie les bagarres entre les personnages vulgaires pour couper les histoires serieuses des comediens principaux. Au lieu d'arriver a un grand evenement, le lecteur se trouve dans une bagarre entre personnages de basse qualite. Enfin, la parodie du style des romans admires a Tepoque complete les cibles parodiques scarroniennes. En parodiant le style metaphorique, il ecrit: <<Porcia y parut plus belle, je vous ai tantot dit, que la Cytheree: il n'y a point d'inconvenient de dire ic i , pour d ivers i f ies plus belle que le jour ou que l'aurore>> (NX,73); « E l l e lui sauta aux yeux, furieuse comme une lionne a qui on a ravi ses petits (j'ai peur que la comparaisonne soit ici trop magnif ique)>> (ll:VII,228), et <<Le pot de chambre du cure, qui etait de cuivre jaune reluisant comme Tor...>> (l:XIV,110). Dans les deux premiers exemples Scarron intervient et ajoute des mots qui rappellent au lecteur que Scarron parodie, qu'il en est conscient et qu'il n'est pas serieux. II n'y a pas d'intervention autorielle dans ce troisieme exemple, mais Scarron applique le style metaphorique a un objet qui ne le merite pas--l 'emploi, par definition, du burlesque. 74 Scarron parodie le style eleve du haut romanesque dans son but de sat ir i ser le roman treditionnel: <<Ce jour- la dom Carlos s'habilla le mieux qu'il put et se trouva avec quantite d'autres tyrans de cceurs dans l'eglise de la galanterie>> (l:IX,60); <<j'employais toute mon eloquence pour consoler les belles affligees>> (l:XV,135), et <<Le Destin et l'Etoile, Leandre et Angelique, deux couples de beaux et parfaits amants>> (Il:XVI 1,30 1). II faut remerquer que ces exemples ne sont pas associes aux personnages vulgaires. Neanmoins, puisque le theme general d'anti-roman n'accepte pas ce style, on peut voir le cote parodique et ainsi satirique dans son emploi. En parodiant les romans hero'iques, Scarron prend le contre-pied des oeuvres lues avec enthousiasme a 1'epoque. II refuse de suivre les conventions du genre romanesque en employant le burlesque (le vocabulaire et les situations) et les comiques de geste et de situation dans son but de parodier les romans qu'il veut satiriser. Ce n'est pas d i f f ic i le a voir que la parodie joue un role important dans la satire dans Le Roman comioue. Selon DeJean, meme le titre du roman est parodique. 2 3 Elle le considere comme une annonce des intentions de Scarron, la destruction (ou la parodie) de la fiction plutot que la creation. DeJean insiste sur la nature dialogique de la parodie ou il y a la voix imitative et la voix imitee. II faut d'abord reconnattre une 2 3 J o a n DeJean, <<Scarron's Roman comioue: The Other Side of Parody>>, Papers on French Seventeenth Century Literature. 10 (1978-79), 51-63. 75 similarity entre les deux voix, et puis remarquer une distance entre elles. C'est cette distance (ou distanciation) qu'utilise la deuxieme voix afin de r id icul i ser la premiere, l i n e faut pas la isser la distance detruire l imitat ion, mais le texte original doit toujours etre a Tesprit. Pour DeJean, Le Roman comiaue presente une diff iculty parce que Scarron n'identifie pas son texte modele et n'a aucun texte specifique comme c ib le—son intention de parodier un style ou une tradition est plus vague. Puisque Le Roman comiaue se trouvait dans une lignee de romans au dix-septieme siecle qui parodiait la tradition heroTque, la parodie etait deja vue comme une technique trop employee en e l le -meme. Mais Scarron fait des changements et dans Le Roman comiaue on a une imitation—ou une parodie—d'une parodie. Ces changements servent a i l lustrer une perte de controle et de sens. Le Roman  comique devient ainsi conscient de sa propre existence et dans les passages ou il y a la parodie pure, le roman n'a aucune signification sauf la denonciation de sa propre fictionalite. Wine se fait l'echo des idees de DeJean quand elle ecrit que Scarron evite les subtil ites de la parodie en faveur d'une attaque overte contre le style et le contenu du genre heroTque.2 4 L'intrusion du narrateur (qui est conscient de lui-meme) detruit 1'illusion de la realite et concentre l'attention sur un expose de l'art du romancier. Le narrateur demontre la faussete de 1'idee que les personnages 2 4 K a t h l e e n Wine, <<Self-Parody in the Roman comiaue>>. Papers on French Seventeenth Century Literature. 10 (1978-79), 65-77. 76 racontent l 'histoire--i l rappelle au lecteur que l'auteur est la source de tout dans le roman. De plus, Wine cite Tocanne qui explique que le roman se dedouble dans 1'histoire de son elaboration avec la parodie des actions du narrateur real isees par les autres personnages. 2 5 L'Etoile, par exemple, interrompt le recit a la premiere personne de la Caverne (11:111,207), tout comme fait le narrateur original a plusieurs reprises (par exemple, l:XVI,144). Ce dedoublement encourage la parodie de soi, dont il y a deux t y p e s . 2 6 Le premier compare le texte a un modele specifie par l'auteur. Les exemples deja donnes dans ce chapitre de la parodie des oeuvres de l'epoque et de la parodie des interventions de l'auteur sont de ce type. Le second type explore la possibility des episodes de commenter ironiquement sur leur propre contenu. La repetition de certains episodes (une technique comique en soi) suggere que ces episodes sont du langage suremploye meme a Tinterieur du roman, et que la fiction est moins une imitation de la realite que d'elle-meme. Le lecteur prevoit 1'intrigue qui se developpe, par exemple, quand l'Olive raccourcit les vetements de Ragotin (Il:IX,237-239). II lui est revele les matieres premieres de Ti l lusion theatrale ou comique. Tout de meme, il n'entre pas dans cette illusion a cause de la destruction des illusions par l'auteur qui manipule la rhetorique pour atteindre son but. 2 5 Tocanne, cite par wine, p.68. 2 6 W i n e , p.73. 77 DeJean discute cette manipulation de la rhetorique dans un autre article ou elle demontre le rapport entre la parodie dans Le  Roman comiaue et le burlesque. 2 7 Elle ecrit que <<burlesque is rooted in the notion of extended textual parody>> et explique que Scarron utilise la rhetorique afin d'attirer Tattention sur Texistence du mot suremploye. 2 8 Dans 1'intention de parodier il emploie la periphrase (ou la c irconlocut ion), la personni f icat ion, les metaphores et les comparaisons, un vocabulaire deforme et le burlesque (l'hyperbole, le langage, la precision analytique et la fausse precis ion, les expressions proverbiales, la repetit ion, Tantonomase, l'euphemisme et la repetition formulee). Au chapitre III de la presente etude on a analyse et donne des exemples de ces procedes. On comprend done que c'est la fonction parodique des procedes comiques qui est de la premiere importance plutot que leur fonction satirique, bien qu'a travers la parodie on arrive a la satire. C'est-a-dire qu'en parodiant, Scarron reussit a satir iser (sur le plan secondaire, bien sur) plusieurs institutions et habitudes sociales aussi bien que (d'une facon beaucoup plus evidente) la tradition litteraire du dix-septieme siecle. 27joan DeJean, <<Opaqueness in the Age of Clarity: Remarks on the Rhetoric of the Burlesques, Language and Style. XIV (1981), 92-106. 2 8 DeJean, <<Opaqueness in the Age of Clarity>>, p.94. 78 Chapitre V Dans le but de determiner la fonction satirique du Roman  comique on a analyse les cibles de la satire a la lumiere des procedes comiques employes par Scarron. On a vu que Scarron a utilise plusieurs techniques afin de provoquer le rire: le comique de geste, de situation, de mots, de caractere, de surprise, d'intrigue et de costume; la farce; la parodie; la satire; l'ironie; le sarcasme; et le burlesque: les mots famil iers ou populaires; les mots bas; les termes brutaux; les proverbes et les expressions proverbiales; les mots techniques, etrangers, archaTques, pittoresques et forges, et la syntaxe et la rhetorique burlesques. Ce repertoire riche de techniques est employe dans Le Roman  comique dans le but de satiriser. Les cibles de cette satire scarronienne sont tirees des cotes social et l itteraire de la vie: les provinciaux, quelques personnes-types et quelques metiers dans le premier cas et le theatre et les romans contemporains dans le second. On a demontre queles procedes comiques et burlesques sont intimement lies au procede de la sat i re—c 'es t -a -d i re que Scarron utilise le comique et le burlesque afin de mettre en. relief ce qu'il veut satiriser. II critique ainsi en divertissant. La satire employee est la sat ire menippee. La sat ire juvenalienne, par exemple, n'a pas d'element comique et ainsi ne peut 79 pas s'appliquer du tout au Roman comioue. Bien que Ragotin soit souvent au centre des aventures du roman, il y a aussi le Destin, l 'Etoile et Angelique qui partagent la scene. Ainsi la satire horatienne, qui met en relief l'aspect fou d'un personnage principal, n'est pas non plus ce que Ton trouve dans Le Roman comiaue. La satire menippee, definie par les arrets violents dans la sequence du narratif (les disgraces de Ragotin ou les bagarres de tripot qui interrompent les histoires des comediens principaux), l'insistance sur une formule dialogique (soulignee par les interventions du narrateur) et une caracterisation stylisee (moins evidente dans Le  Roman comiaue mais presente dans les personnes-types et dans Ragotin) se voit plus facilement dans Le Roman comiaue. Si Ton considere la cible l i tteraire comme etant plus importante que la cible sociale (bien que toutes les deux soient representees dans Le  Roman comiaue). la satire menippee ne s'applique pes moins au roman. De plus, l'intention de tout parodier est l'element important de la satire menippee. Puisque le but du burlesque est aussi de tout perodier, on voit une liaison etroite entre la parodie et la satire, une liaison soulignee dans Le Roman comiaue. La parodie--du romen heroTque (sa longueur et ses details), du style metaphorique, du heros romentique et de ses exploits, des grendes bete i l les - -et surtout le perodie de soi (d'une facon consciente) menent e une setire (le setire menippee) qui carnavalise la l ittereture, ou rien 80 n'est sacre et ou tout peut avoir son double comique. II n'est pas a nier que le burlesque discredite et rabaisse. Ceci se lie avec le fait qu'il est enracine dans le parodie textuelle prolongee. Cette satire rabeisse ses cibles; c'est ainsi qu'elle s'en moque. Ains i , dans Le Roman comioue il y a la sat i re—un rire de correction, dirige sur des cibles specifiques, un rire subject i f—et aussi le burlesque, un rire subjectif et objectif, car Scarron fait ra i l ler ie de presque tout mais ejoute aussi ses observations personnelles. Mais la satire et le burlesque font partie tous les deux du comique, qui fait un rire object i f—et on rit en lisant Le Roman  comioue. un roman vraiment comique. 81 Bibliographie Source primaire: Scarron, Paul. Le Roman comioue. Paris: Editions Gallimard, 1985. Etudes scarroniennes: Bornecque, Pierre. <<Le comique et le burlesque dans Le Roman  comioue de Scarron>>. Dix-seotieme siecle. 110-111, no 25 (1976), 25-43. Chardon, Henri. Scarron inconnu. 2 vol. Paris: Champion, 1904. de Armas, Frederick A. The Four Interpolated Stories in the <<Roman  comioue>>: Their Sources and Unifying Function. Chapel Hill: University of North Carolina Press, 1971. Paul Scarron. New York: Twayne Publishers, Inc., 1972; Dedeyan, Charles. Le <<Roman comioue>> de Scarron. Paris: Sedes, 1983. DeJean, Joan. Scarron's <<Roman comioue>>: A Comedy of the Novel.  A Novel of Comedy. Bern: Peter Lang, 1977. «Sca r ron ' s Roman comioue: The Other Side of Parody>>. 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