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Le pacte avec le diable - dans le roman anglais et francais. Peck, Kathleen Margaret 1922

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"LE PACTE AVEC LE DIABLE--DANS IS ROMAN ANGLAIS ET FRANCAIS" BY Kathleen Margaret Peck. A A Thesis submitted for the Degree of Master of Arts in the Department of Modern Languages THE UNIVERSITY OF BRITISH COLUMBIA APRIL, 1922. LE PACTE AVEC LE DIABLE* CHAPITRE I. IKïKCrUCTIOIT. • • I H » — I M ^ — — M ' É — I l F L'humanité,consciente toujours de l'immensité et du mystère de l'univers,fut amenée de bonne heure a l'idée de l'existence d'un monde surnaturel«Cette croyance devint nécessaire des le début,pour expliquer les phénomènes de la nature qui terrorisaient ces âmes naives•Comment justifier autrement le mythe universel de la grande inondation—mythe qui persiste dans les livres saintes de l'orierttfen même temps que dans les croyances populaires des Indiens de la Colombie Britannique* Avec le temps,en entoura de légendes les héros traditionnels dont las prouesses furent glorifiées par l'invention de combats avec des géants et avec des monstres, AAinsi,nous avons des histoires commecelle de David et Goliath,d'Ulysse et Polypheme,et de Beowulf et Grendel. Des personnages tels que l'Amant Démon et l'Epoux Cannibale,dupe a la fin par les artifices d'une de ses femmes,tiennent une belle place dans les traditions de bien des pays.Des démons,des sorcières,et des lutins se mêlent d'une façon grotesque a la multitude de belles princesses et de reines vêtues de robes etincelantes. 2, A travers chaque pays glissent des fantômes inquiets qui soupirent après la vengeance» Sans ees laides figures,les contes de fées perdraient bientôt leur charme.L'addition,a l'histoire,du sentiment de la terreur ne fait qu*en augmenter 1*intérêt,La curiosité qui amena la femme de Barbe Bleue a pénétrer dans la chambre défendu,attire l'humanité,et la nature humaine a toujours de la sympathie pour le jeune homme qui ne savait frissonner,et qui voulait en acquérir le don. La sorcellerie et la demonolegie qui charmaient Scott et "Monk" Lewis,n'avaient presque rien de nouveau.On peut même les suivre en remontant jusqu'à l'invocation des âmes des morts par Ulysse,ou a la visite de Saul a la pythonisse d'Endor—cette visite que Byron regardait comme la meilleure histoire de revenants de tous les temps. Cet intérêt fantastique,qui se trouvait dans des contes des temps passes,est toujours,dans une certaine mesure, indispensable.Le droit d'invoquer le principe de la terreur s'est maintenu depuis a travers toutes les variétés de l'imagination,depuis les fantaisies gracieuses d*Ondine"jusqu'aux horreurs entassées de"Dracula".L'homme éprouve un désir instinctif de laisser errer sa fantaisie 3. au-delà des bornes du monde réel qu'il ne connaît que trop bien, La raison véritable pour laquelle le surnaturel dol t être garde dans la littérature est que,sans celui-ci, l'art ne peut exprimer complètement ni l'homme ni la nature.Car sans quelques lueurs du merveilleux,l'homme n'est pas complet et la nature se rétrécit aux limites de l'intelligence humaine. Il y a plus.A mesure qu'on représente le monde visible, qu'en en fixe les dimensions,11 semble que nous éprouvions le besoin de croire a un monde invisible qui ne soit pas trop eleigne de nous.Même si l'on n'ose plus espérer l'Intervention des habitants de ce monde,la croyance dans leur existence nous reconferte et nous soulage. Le surnaturel,comme nous avons déjà indique,suit deux tendances bien définitives,—vers le beau ou le grotesque;—c'est-a-dire,vers le conte de fee ou le conte fantastique* Comme tout le surnaturel renferme un élément religieux, le conte de fee semblerait naître dans les esprits soumis a une religion.Comme résultat,ces contes sont gracieux et romanesques dans leur sulet et dans le traitement de celui-ci. En France,il se mêle a l'imagination et au rêve une espèce de réalisme que l'on ne retrouve pas ailleurs,et 4». qui se montre dans un trait fort important.l.es fées sont des êtres qui "do not happenH ,comme dit Saintsbury./mais les plus féeriques des fées sont mille fois plus naturelles que,par exemple,les personnages de Scudery.il se peut que les animaux ne parlent pas,mais les animaux de Perrault et même de Madame d'Aulnoy parlent divinement, et,qui plus est,d'une façon bien autrement vraisemblable et intéressante»(i) Ge fait a son importance.On verra par la suite que le point de vue anglais,a l*egard du surnaturel,est le plus souvent mystique,tandis que celui des Français est plus souvent réaliste,et fonde sur la raison» L'autre type du surnaturel--le fantastique—semblerait prendre naissance dans des âmes révoltées,car il manifeste une lutte continuelle contre les puissances supérieure, en s'alliant a d'autres forces surnaturelles,le plus souvent mauvaises» Sous cette classification générale du fantastique on trouve le sujet de la thèse qui suit--le développement et l'emploi dans la littérature français et anglais,de l'idée d'un pacte avec le diable. (I) Saintsbury—"Hiitery of the Prench Novel".2 vols» Toronto,-Macmillan and Ce. 1917. 5. En étudiant un genre spécial de la littérature,11 n'y a que trop de danger d'être porte a lui accorder une place beaucoup plus considérable qu'eiie il ne mérite* Hous ne voudrions pas y attacher une importance démesurée,mals il faut admettre que cette Idée dâun pacte avec le démon a eu de la valeur dans la littérature, au point de vue de l'Intérêt qu'il a excite,de l'originalité dent en s'est servi en la traitant,et aussi a cause des suites Imprévues qui apparaîtront de temps en temps• Souvent les écrivains qui ont le plus travaille dans eette direction ne sont pas de premier ordre.Et cependant il leur reste un certain mérite,et on doit reconnaître leurs efforts pour predulre ce qui est nouveau et orlglnal. Blen qu'ils soient de second rang,ils ont évite la banallte,et ne se sont pas laisses aller a copier • servilement leurs prédécesseurs.Que d'imitations lugubres de l'Iliade,que de Divines Comédies impossibles n'a-t'-on pas écrits pour noue épouvanter,sans faire autre chose que de nous ennuyer» Mais ces expérimentateurs de second ordre,ces hommes hardis en quête de ce qu'ils ne savaient guère eux-memeo, frayèrent des sentiers que d'autres agrandirent,Jetèrent 6. des semences a tous les vents pour que d'autres récoltent, et esquissèrent des desseins que peuvent compléter ceux qui leur succèdent. Bienque des conditions qui ont une influence sur cette thèse aient rendu nécessaire l'omission de plusieurs livres concernant ce sujet,nous anons essaye de présenter, dans les limites de nos forces,les grandes lignes de 1*évolution de cette idée a travers les deux lirreratures qui nous intéressent,Notre but n'a pas ete de traiter d'une façon complète chaque écrivain qui a contribue au genre,Mais,dans les bornes qui nous sont permises, nous avons choisi seulement ceux qui ont apporte une contribution importante au développement de l'idée : fondamentale. 7. CHAPITRE II. LA LEGENDE DE FAUST. 8. CHAPITRE II LA LEGENDE DE FAUST. L*imagination populaire fut frappée de bonne heure par la possibilité d'un pacte avec le diable.Les conditions de ce marche variaient avec l'expérience des croyants, avec les coutumes du pays,avec la ferce de leur imagiaation.L'histoire de Faust ramasse tout ce que l'on avait rêve a ce sujet et en fait un récit suivi et logique. TM hemme,heureusèment doue,qui lutte magnifiquement, mais qui est entraine par la recherche de la vérité et aussi par les plaisirs du monde,essaye d'acquérir une puissance magique,devient infidèle au service du bon Dieu,invoque le diable et lui livre son ame qui doit appartenir pour 1*éternité a l'enfer.Dans l'intervalle il &ouit d'ine vie impie et débauchée. Cette fable contient,même dans sa forme la plus rudimentaire,des pensées importantes sur la lutte entre le bien et le mal dans le coeur de l'homme,et sur les motifs du crime et de l'abandon de tout espoir de bonheur dans l'autre monde.Il faut toujours se souvenir que la religion du moyen-age avait une disposition a voir de l'inspiration infernale dans t 9. toute entreprise extraordinaire. Mais toute la légende de Faust n'était pas un simple effort de l'imagination. Il y*avait,au seizième siècle,un certain thaumaturge qui s'appelait Faust.Sous l*influen«e des idées religieuses et philosophiques de cette époque,la légende s'empara de bonne heure de ce personnage,et ejg. fit le hères d'aventures merveilleuses. La première version que nous avens de eette hisdtoire se trouve dans un "LivrePopulaire" anonyme,paru a Francfort-sur~te-Mein en 1587,et intitule^L'Histoire du Docteur Faust,le Fameux Sorcier et Magicien," Dans ce livre Faust,assoiffé de science autant que de plaisir,vend son ame au démon en échange des services de celui-ci pendant vingt-cing ans.Le démon lui donne toutes sortes de voluptés et aussi d'idées diverses sur âee l'alchemie,la sotcellerie et sur des sujets analogues.Faust finit par périr misérablement. Ce livre pepupaire eut de nombreuses éditions et fut l'objet de divers remaniements.il faut remarquer que tous ces récits ont le caractère commun de viser a l'édification dm lecteur. En 1588 la légende fut portée en Angleterre par le dramaturge Christophe Marlowe.En faisant ce choix de sujet Marlowe fit preuve d'une originalité peu 10. ordinaire .Tandis- que Shakespeare trouvait du plaisir ••••• a se srevlr d'histoires déjà connues par ses contemporains,s*exposant ainsi a lÂaccusation de plagiat, Marlowe prit son parti d'être l'auteur audacieux d'histoires nouvelles. Paustus,en 1592,n'était pas bien connu en Angleterre, Mais après son introduction par Marlowe(l),il eut un succès extraordinaire.Son seul nom devint un dicton, un prototype de l'Allemand.Plus d'une douzaine d'années plus tard,l'aubergiste dans "The Merry Wives of Windsor" put faire allusion aux "horse-steallng Dr.Paustuses"(2) avec la certitude d'être compris. Cette histoire a plusieurs faces,en apparence si simple dans ses éléments,fit une impression immédiate sur l'imagination de toutes les classes.Faust était le trompeur incomparable,le sorcier dont l'art pouvait obtenir les services du diable,et le malheureux savant au sort tragique. Faust n'est pas dans cette pièce,comme dans celle (I)Bullen—"Works of Christopher Marlowe",Vol.I.-"Doctor Faustus". London, J.C.Nimmo. 1885, ($)Shakespeare--"The Merry Wivea of Windsor", Act Scène I I . de Goethe,un vieillard fatigue de tout,et qui a recours au diable pour raviver son goût blase;au contraire il est représente comme un jeune homme qui jouit de tous les plaisirs achetés au prix de sen ame,Mephlsto,de plus,est représente comme une créature humaine pour qui,comme pour le Satan de Hilton,le regret du ciel est a la fois une bénédiction et une malédiction. Mais l'attrait principal et la signification suprême du sujet dans le drame anglais se trouve dans le rapport singulier qui existe entre Faust et le diable.Ce rapport,comme nous verrons par la suite,ressemble au pouvoir de l'esclave romain pendant les saturnalles,qui ne sert qu'a mieux démontrer son assujettissement complet* Il faut remarquer que dans son pacte avec l'ange déchu,Faustn*est nullement influence par une femme.Au contraire,aucune figure féminine ne traverse l'action. Il est vrai qu'il évoque Hélène de Troie,mais elle représente la-peree plutôt la beauté antique qu'une femme en chair et en os. Le pacte de "Paust nait,chez Marlowe,de l'ambition démesurée du héros qui est la personnification de la volonté dont il est si fier,et de la curiosite.Ces dasux traits de son caractère l'alevent au-dessus de la peur et du remords.Le Paust de Marlowe n'est pas anime,comme 12. celui de la légende,par la soif des plaisirs du monde, ni,comme celui de Goethe,par la vanité du savoi^aC'sst la puissance sans bornes qu'il desire-WA world of profit and delight, Of power,of honour and omnipotence,n Il est entraîne,et,pour ainsi dire,dévore par un désir immesure de pousser sa science jusqu'aux limites extrêmes de î* na**sr© ••> <i« ^ art.^ut oori lui donne une sensibilité qui manque complètement au Faust plus complexe,plus sceptique et plus changeant de Goethe. Pour satisfaire a ses ambitions,11 met de cote toute conséquence morale et se lie avec le diable après avoir signe le pacte de son propre ^arg.Apres un rêve éphémère Ce bonheur suprême **t. de force déréglée, il plonge dans un abime de ténèbres et de perdition, Ce drame anglais(I)eut des influences en France, témoin les traductions par Victor Hugo en 1858;par F.Rabbe dans sonHTheatre de Marlowe" en 1889,et par (l)Le succès du Faust allemand produisit un désir ardent pour des Faustuses anglais.Pour satisfaire a cette demande,Greene se décida a écrire un drame avec le personnage traditionnel de Friar Bacon cpmme herosa Mais l'horreur tragique qui s'attachait a Faust manquait dans le drame"Friar Bacon and Friar Bungay". Comme Faust,Bacon menait une vie étroitement liée aux démons de l'enfer,mais il n'avait pas de pacte définitif aY£Ç le dlable.et il trouvait l'occasion de se repentir. L histoire de Bacon est l'histoire de Faust,dépouillée de son intensité sombre.Elle ne se termine pas par des anathemes mais par des reflections philosophiques au sujet de la vanité du savoir humaine. 13. C.Stryiens et François de Nion qui ont fait jouer leur traduction en 1892, L'opéra,"Faust",représente au Théâtre Lyrique en 1859, au point de vue théâtral est une des oeuvres capitales de la musique dramatique française au dix-neuvieuo siècle.Mais ce n'est pas de la musique qu'il est question loi» Les librettistes,Michel Carre et Jules Barbier,ont pris pour sujet le Faust de Goethe,Faust est ici un vieillard,dégoûte de tout,Il appelle^ a lui le démon qui lui montre Marguerite a son rouet,qui chante en filant. Faust est charme et vend son ace au diable qui le transforme et rajeunit tout a coup. Mais la chose la plu3 frappante en est que Faust est 1*idéaliste,comme Mephisto est le réaliste du dlx-huitieme siècle,et non du moyen-age.Faust aspire a la nature et a la liberté comme un disciple de Jean Jacques Rousseau,Mephisto parle comme un étudiant dégrade de Voltaire qui a perdu la foi positiva de son maitre dans la raison humaine,Faust s'embarque sur son carrière comme un être qui soupire après un retour a la nature. Il est coupable,mais 11 n'est ni cynique ni egoiste. Ses crimes sont ceux d'un homme dont le coeur peu sage et l'imagination ininstruite le trompent» 14. CHAPITRE III, "LE TERRIFIANT" EN ANGLETERRE AVANT DE HORACE WALPOLE. 15. CHAPITRE III. " LE TERRIFIANT" EN. ANGLETERRE AgANT DE HORACE WALPOLE. -La vitalité exubérante du temps de la reine Elisabeth était cause qu'on allait faire des levées dans tous les Pays du sud de l*r"ii*©ipe et ©u'on plaçait ses idées, vêtues de magnifiques dépouilles européennes,devant le trône de la reine.Les grands poètes parlaient en accents enthousiastes et avec une cadence sublime, bien que souvent déréglée. Leurs disciples,incapables de parvenir a la grandeur de leurs maîtres,en exagéraient les irrégularités jusqu'à un dérèglement efft3re. Cette décadence rapide de la littérature imaginative, qui,en effet,était en train de se transformer complètement partout en Europe,fut hatee par le déclin de l'ardeur de la Renaissance. Au moment ou le besoin d'un renouvellement ne devenait que trop évident,il fut manifeste également que le progrès ne serait pe.* vers le spontané et le fantastique. Puisquêon avait atteint et même dépasse les limites ex extrêmes de la Renaissance,la reaction marqua une forte tendance vers la régularité «lassique des grands écrivains du quatorzième siècle,plutôt que 16. vers les audaces exquises de ceux de la fin du slezieme. Le changement,donc,se fit voir dans l'abandon de l'irrégularité et de la licence et un mouvement vers la repression et la discipline.Une régularité de forme, une modération de pensée furent le but des écrivains, en même temps qu'un emploi plus discret de l'ornement. . La littérature qui en résulta ne possédait plus les beautés désordonnées de l'époque qui avait précède ni les grâces limpides de celle qui suivit. Elle devint calme et intellectuelle mais aussi non-Imaginative et neutre. Et cependant,toute cette discipline avait une certaine valeur.Avec l'abandon des phrases interminables et de l'emploi excessif des figures de rhétorique, l'anglais cultive se mit a se servir de sa langue nationale a peu près comme nous nous en servons aujourd'hui. Mais le résultat le plus important pour la littérature anglaise de dix-huitieme siècle fut la création du roman moderne. Le dix-septieme siècle avait dessine,avec les romans pastoraux du temps d'Elisabeth,un certain mouvement vers la fiction en prose.Il existait les 17, romans héroïques de d'Urfe et de la Calprenede traduits et imites par les anglais des 1647.Le "Francion" de Sorel et le "Roman Bourgeois" de Puretlere préparaient la voie pour un effet oppose au roman héroïque—»le roman réaliste de la vie de tous les jours. Mais,bien qu'elle possédât de grandes satires et de grands romans,la première partie du dix-hultieme siècle s'écoula sans produire aucun maître dans l'art de décrire la vie contemporaine. Dans l'intervalle,la décadence du drame préparait un public domestique qui cherchait de quoi lire.Une nouvelle brise commençait a souffler du pays du rêve. Les paysages de Thomson et l'imagination audacieuse de Swift éveillaient l'intérêt du public,et,a mesure que crut la gloire de Richardson,le roman anglais pfcit de la vigueur et fleurit considérablement de 1740 a 1766. Des romans tels que Pamela,Jonathon Wild,Tom Jones se distinguèrent par l'étude de phénomènes moraux et intellectuels. Dans le roman anglais de cette époque,les revenants n'osaient pas se montrer.La hardiesse leur manquait pour paraître devant des groupes tels que le célèbre "Martinus Scriblerus Club"—établi par Pope,Swift et Arbuthnot avec l'intention de satiriser largement 18. toute incompétence littéraire. Et cependant,bien que l'attitude des lettres de cet âge de raison fufi ostensiblement incrédule et supérieure il y a des preuves abondantes que le peuple du dix-huitieme siècle était extrêmement crédule. Ainsi,Sir Roger de Coverley avoue franchement sa croyance aux sorcières.Dans le "Spectator" (Number I2),Addison constate qu'il avait écoute un groupe de jeunes filles qui racontait des histoires de "Revenants pales comme des cendres,qui se tenaient au pied du lit"(l)jtandis que CollinSjdans un poème posthume entitule"Popular Superstitions",ecrit;-"Yet fréquent now,at midnightfs solemn hour, The rifted mounds their yearning cells unfold, And forth the monarchs stalk with sovereign power, In pageant robes and wreathed with sheeny gold, And on their teilight tombs aerial councll hold(2$ Néanmoins,comme nous avons dit,11 y avait dans la littérature une tendance a regarder de travers le surnaturel comme quelquechose de sauvage et de barbare. (l)"Ghosts as pale as ashes that had stood at the feet of a bed." Addison—"The Spectator".No.12. London.Edited by J.J.Chidley. 1847. (2)"An Ode on the Popular Superstitions of the Highlande of Scotland.""Poems of William Collins." idited by Walter C.Bronson.Boston. Ginn and Co. Î898. 19. Les rares revenants qui prenaient la liberté de se glisser dans la littérature étaient étonnamment dociles,même élégants dans leur discours et dans leur tenue,Les fantômes devaient vraiment redouter d'apparaître dans un siècle ou èïyavaifc il y avait plus de probabilité qu'ils fussent reçus avec raillerie qu'avec horreur. Dr,Johnson exprime l'attitude de son siècle quand, en faisant allusion au poème de Gray,"The Bard",il fait la remarque-"Choisir, un événement étrange et l'amener a des proportions gigantesques par des accessoires fabuleux de spectres et de prédictions,tout cela offre très peu de difficulté,car celui qui abandonne le probable peut toujours trouver le merveilleux.Mais celui-ci a très peu de valeur.M(x) Néanmoins,le surnaturel qui persistait toujours dans les légendes transmises de père en fils n'avait (l)nTo sélect a singular event,and swell it to a giant's bulk by fabulous appendages of spectres and prédictions,has little difficultyjfor he that forsakes the probable may always find the marvellous.Ànd it has little value." Samuel Johnson—"Lives of the Most Eminent English Poets." Vol.III. Page 415. London. John Murray. 1854. 20. pas perdu son pouvoir d'alarmer et de faire tressaillir et ne manquait qu'une occasion pour pénétrer dans la 1 littérature* Cette accasion ne tarda pas a se présenter. 21. CHAPITRE IV. "LE SURNATUREL EXPLIQUE? EN ANGLETERRE. 22a CHAPITRE IV» "LE SURNATUREL EXPLIQUE" EN ANGLETERRE. Le public de l'angleterre,comme nous avons explique, s'intéressait beaucoup aux revenants.On était accoutume a écouter,le coeur battant,des contes de spectres qui se lamentaient par les terres incultes,ou encore de noirs cimetières hantes a la Toussaint,par les ombres des morts. Dans un siècle ou l'on écoutait avec respect des histoires authentiques d'apparitions horribles,la publ publication en 1764 du "Castle of Otranto" de Horace Walpole(l) n'était pas une entrepeise aussi hasardeuse que l'auteur avait l'air de croire.L'époque était opportune pour la réception du merveilleux. , C'est a Walpole,alors,qu'appartient l'homneur d'avoir introduit et rendu célèbre le type de roman qu'on appelle "le gothique".Il faut se souvenir que ce mot "gothique",maintenant une epithete elogieuse,était au dix-h4itleme siècle,l'équivalent de "Barbare", comme était aussi tout ce qui avait le saveur du (I)Horace Walpole—"The Castle of Otranto". . Bondon,-Chatto and Windus. 1907. 23, moyen-age. Mais pour Walpole,la pompe et l'éclat du passe offrirent un adoucissement a la lourdeur prosaïque jfde l'époque contemporaine."De vieux châteaux,de veilles peintures,de veilles histoires,et le bavardage des veilles gens,"écrivit-il dans une lettre du 5 Janvier,1766,"me font revivre dans les siècles qui ne peuvent tromper." 0*4 intérêt pour l'antiquité ne servait qu'a augmenter son idée qu'on avait tari les sources de la fantaisie en prêtant trop d'attention a la vie de tous les jours* Le roman gothique,avee sa mise-en-acene du moyen-age n'avait la prétention ni de refléter la vie réelle ni d'esquisser des personnages vivants.Plein de sensiblerie-a cet égard le descendant légitime de l'école de Richardson,-ce roman avait comme but d'éveiller la pitié et la peur.Les lecteurs pouvaient ainsi satisfaire a un désir humain d'éprouver des émotions et des sensations nouvelles sans courir aucun danger. Pour apprécier cet état d'esprit il faut se souvenir que ce genre de roman avait une action uniforme. Celle-ci consistait en sauvetages merveilleux et en intrigues diaboliques tramées dans un château au bord d'un précipice.Ces desseins -sont toujours 24. conçus par un scélérat audacieux et, hardi dans ses - projets et dont la victime est une heroins sensible et angelique qui souffre des supplices peu nécessaires et immérités.Au dénouement elle est sauve et ramenée au bonheur par un héros pale et assez mélancolique qui.est assez malheureux dans la vie pour éveiller la sympathie de la jeune fille et des lecteurs. Lfauteur de ce type de conte ne préparait jasais ses lecteurs par de vagues horreurs habilement graduées,ni par des demi-teintes qui pouvaient rehausser le mystérieux.On était plonge au beau milieu des terreurs de toute sorte—un squelette en capuchon de moine,-l'apparition soudaine et inattendue de pièces massives d'armure,-un portrait qui descend de son cadre,-un casque gigantesque avec d'énormes panaches agites par le vent et qui arrive d'une façon mystérieuse. L'intérêt ne manquait pas dans ce genre d'histoire. néanmoins beaucoup de critiques sont de l'avis que le "Castle of Otranto",le cfcef-Ki*oeuvre de l'école de la terreur,a très peu de valeur intrinsique consae littérature.Quoi qu'il en soit,le livre possède une signification définitive a cause de son influence sur l'évolution du roman anglais,et il restera 25. dans l'histoire littéraire comme l'ancêtre d'une race florissante de romans. Il y a plus.Outre les persènnages typiques dont nous avons fait mention,Walpole légua a ceux qui prirent sa suite,une collection remarquable d'accessoires utiles—des corridors souterrains,des portes mal-ajustées avec des gonds rouilles,des lampes facilement éteintes et des trappes qui ont une inclination étrange a se fermer aux moments embarrassants. Le disciple le plus important de Walpole fut Clara Reeve(l) qui mérite très peu d'attention ici,parce que son livre,"The Old English Baron" ne contient ni le surnaturel ni le soi-disant surnaturel,a l'exception d'un seul spectre,et celui-ci fut manie d'une façon si peu convaincante qu'il ne réussit pas a produire le moindre frisson. Et pourtant,l'enthousiasme abondant de l'accueil fait aux horreurs de Walpole,même au revenant soigneuse-ment manie de Madame Reeve,indiquait un désir ardent de la part du public anglais,de quelque chose de (I)Clara Reeve—"The Old English Baron". London,-Cassell*s National Library. 1888, 26. nouveau dans le roman,ou le connu et l'ordinaire seraient remplaces par l'étrange et le surnaturel. Ce fut dans l'exécution de ce désir populaire qu'Anne Radcliffe parvint a sa grande popularité, Bienqua Madame Radcliffe(l) n'essayât pas de representerles êtres vivantes qui l'entouraient, ses personnages n'étaient pas étrangers aux lecteurs. Comme dit Miss Birkhead dans son livre,"The Taie of Terror -"Elle n*a fait que dAdapter quelques figures des romans anciens.Montoni,le gardien d'Emily dans "The Hystéries of Udolpho" peut bien être le descendant du méchant oncle traditionnel,La cruelle marâtre prend le deguissement de la marquise arrogante et intrigante du QSicilian Romance",tandis que l'ogre des légendes laisse tomber sa massue,prend un vernis de politesse et compte sur son poignard pour arriver a ses fins".(2) (i)Anne.Radcliffe--The Castles of Athlin and Dunbayne. --A Sicilian Romance. —The Romance of the Porest. —The My3teries of Udolpho. London, Routledge. 1903. —The Italian,or the Confession of the Black Pénitents. London. Routledge.1884, (2)She adopted somo of the familiar figures of old story. Emily's guardian,Montoni in "The Mysteries of Udolphef may well hâve been descended from the wicked uncle of . the folk-tale.The cruel stepmother is disguised as a haughty,scheming marchionesse in"Vhe Sicilian Romance^ The ogre drops his club,assumes a veneer of polite rSf £ngragnt% ènd^rfiies™on""hismdaSSer f o r gaining his endsj Edith Birkhead-*The Taie of Terror-astudy of tfie Gothic Romance" London, Constable and Co.Ltd, 1915. 27. Quant a l'intrigue chez Madame Radcliffe,elle ne diffère guère de celle du roraan gothique,mais s'occupe des persécutions d'urte heroine qui finit par y échapper.Comme cette règle est uniforme,le nom "Roman d'incertitude",qui lui est souvent donne, est une fausse appellation.il n'y a pas de véritable incertitude puisque le dénouement est inévitable. L'autre nom donne a ce type de roman^-"le surnaturel expllque"--est plus juste«Mais,tandisque rien de surnaturel ne se présente vraiment,l'auteur réussit d'ordinaire a persuader au lecteur que quelque-chose de totalement Inexpliquable est sur le point d'arriver ou vient de s'offrir.Ce procède littéraire,maintenu d'une manière régulière,produit un effet plus frappant que celui produit par des épisodes de véritable terreur sépares par des incidents de la vie réelle. Pour beaucoup de lecteurs anglais,"le surnaturel explique",ce"Beaucoup de bruit pour rien",manque absolument de charme.On n'aime pas a trembler devant l'apparence du surnaturel pour se retrouver ensuite victime d'un effet de l'imagination jouant avec un incident de la vie de tous les jours. Comme un critique anglais a dit quelque-part,on peut croire aux sorcières de "Macbeth" ou trembler a s 28. leurs enchantements.Mais si l'on savait que ce ne sont que trois domestiques de sa femme,déguisees pour duper la crédulité du thane,cela ajouterait peu a la vraisemblance de l'intrigue,et la priverait entièrement de son intérêt. Le même principe s'applique aux contes de Madame Radcllffe. Tout au contraire,le"surnaturel explique" plaisait en gênerai au goût français,et ce qui attirait si frequement sur l'auteur de très sévères reproches de la part des critiques anglais,était souvent regarde comme un des plus grands mérites poprlbles ra? l'esprit rationaliste des Français. "Délivrer des esprits crédules du besoin de croire aux prodiges est un but très philosophique."dit M.J.Chenier,(I) Lfinfluence de cette esnece de roman en France sera le sujet d'un chapitre ultérieur. Dans l'intervalle,il faut se souvenir qu'Anne Radcllffe avait une grande importance en Angleterre parcs que c'était elle qui entretenait la flamme de (I)M.J.Chenier--"Tableau Historique de l'Etat et du "Progrès de la Littérature Française depuis 1789* Paris. 1815. 29. la fantaisie beaucoup mieux qur. l<*s lampes qui figuraient dans ses rom--rî.Gar celles-ci furent toujours éteintes par le vent nocturnal qui gemièsait a travers des corridors obscurs de châteaux hantes. Il est vrai que les mérites de Madame Radcliffe, selon Sir Walter Scott?paraissent moins Evidents a une génération pour laquelle ses inventions ne sont plus nouvelles.Cependant,avec ses ouvrages l'école romantique arrive tout de suite a la maturité. Sous un certain rapport,on peut décrire le mouvement romantique comme l'incursion de la poésie dans le royaume de la prosejet a cet égard il n'y a pas d'incursion plus audacieusedepuis le commencement jusqu'à la fin,que celle dont elle trace le plan et qu'elle accomplit."(I) (l)Sir Walter- Raietgh--"The En?l ish Novel" Pape 22 8 London. John Murray 1907. 30, CHAPITRE V. MATHEW GREGORY LEWIS. 31. CHAPITRE V. MATHEW GREGORY LEWIS. Mathew Gregory Lewis naquit a Londres en 17758C'était un enfant précoce,doue d'un tempérament fort Imaginatif et sensible qui l'amena,même enfant,a chercher le merveilleux et l'effrayant dans les ouvrages d'imagination» A l'âge de dix-neuf ans Lewis alla a la Haye comme attache a l'ambassade anglaise.La,il fit mention d'un roman qu'il était en train dêecrire,sous l'influence des "Mysterie.3 of Udolpho"0 En 1795 parut la première édition de ce roman, "The Monk",et le jeune romancier parvint tout de suite a une célébrité rapide et étendue.L'auteur fut attaque pour l'immoralité et le manque d'originalité de son livre.Mais tout le monde le lisait. Le thème en est donne par le diable dans la dernière scène du roman,(Quoi de plus extraordinaire qu'un diable moralisateur?) "J'ai vu,"dit le démon,"que vous étiez vertueux a cause de la vanité,et non a cause des principes,et j'ai saisi le moment propice pour vous séduire."(i) (i)Mathew Gregory Lewis—"The Monk", London(Routledge's Library of English Noveliste.1907. Le per- Ambrosio,alors,supérieur d'un couvent de Madrid,est victime de son orgueil.Il se fie a sa vertu qui ne s'appuie sur aucun principe moral,Si l'on se souvient bien de ce fait,le développement^© l'histoire devient fort interessant^.Le but du tentateur est de conduire le moine,plein de confiance en lui/meme, de crime en crime jusqu'à sa damnation sans espérance. En effet,Ambrosio va de pire en pire--du parjure a l'inceste et de rapt a l'assassinat,et finit par se^donner au diable. L'intrigue se déroule d'une façon assez ingénieuse et les caractères même les moins importants sont bien esquisses.La Nonne Sanglante par exemple,saisit l'iaa^ination.C'est une realite vivante,et non pas un pale fantôme qui reparait de temps en temps dans la litterature.Q Quant aux idées dont Lewis se sert,il en emprunte sciemment a ses contemporains.La persécution de la malheureuse Agnes doit peut-être quelque-chose a "La Religieuse" de Diderot,mais plus,probablement, l'auteur s'est inspire des"Victimes Cloitrees"(1791) de Monvel dont il parle dans un lettre de 1792.11 doit aussi beaucoup au "Petit Pierre de Spiess,publie a Leipzig en T79I." 33. "le même thème de tentations diaboliques constitue le fond des deux récits,Il y a chez les deux auteurs le même pacte avec Satan,qui amené également la même amere déception,suivie d'une punition terrible.La fin effrayante d'ambrosio rappelle en quelque sorte la mort du coupable dans"Petit Pierre", (i) Il faut citer aussi "Le Sorcier" de Wiet Weber, dont Lewis a copie presque mot pour mot des passages entiers.Cette resemblance est plus frappante dans la première édition du "Monk".Dans les éditions postérieures les souffrances dfAmbrosio sont sensiblement modérées. Il se peut que Lewis ait oublie ces sources de son roman--en tout cas,il ne les a pas citées dans la liste d'influences et de sources qui se trouve dans la préface de "The Monk" .Mais comma beaucoup de ses idées reflètent les tendances de l'époque,il serait difficile de les attribuer a une source précise. Mais il ne faut pas penseB que Lewis manque d'originalité.Une de3 indications les plus remarquables de sos habilite se trouve dans le fait qu'il voyait l'incompatabilite d'un dénouement heureux pour un conte d'horreur.En même temps,le manque du sens de la (i)Alice M.Killen—"Le Roman Terrifiant ou Roman Noir". Paris. Georges Cres et Cie. 1915» 34 c mesure l'amenait a l'autre extrême et faisait du livre une galerie de crime,de parjure,d'inceste et d'assassinat. L'autre grande faute que possède ce roman se trouve dans les longues digressions,notamment celle qui décrit 1'intrique entre Raymond de las Cisternas et l'infortunée Agnes. "Mai3 il y avait assurément dans cette histoire du Père Ambrosio",comme dit M.Baldensperger, "assez dêhorreur de mystères,de souterrains et de ruines pour satisfaire les prédilections d'une clientèle que l'accoutumance des scènes sanglantes de la Révolution parait avoir rendue assez friande de terreurs romanesques,"(i) Comme nous avons dit,tout le monde lisait ce roman— même ceux qu'il révoltait."The Monk" avait ce succès parce qulil faisait appel a tous—a l'imagination du lettre et aussi a celle du peuple. En jugeant l'oeuvre de Lewis,il faut tenir compte de l'époque ou il écrivait et ou le romantisme n'était encore qu'une pale lueur.De tous les écrivains de romans de terreur,Lewis est celui qui reflète le mieux les tendances si diverses de l'époque.Il réunissait en lui-même tout ce qu'il y avait de plus frénétique (i)Pernant Baldensperger—"Le Moine de Lewié dans la Littérature Française." Journal of Comparative Llterature. 1903. 35.. et de plus cosmopolite dans le pré-romantisme,en y ajoutant en même temps sa prppre originalité et les effets de son imagination a lui. Ce livre avait beaucoup d'admirateurs parmi les romantiques,mais moins peut-être en Angleterre qu'en France.Il fut adapte a la scène en 1798 par Cammaille Saint-Aubin dans la comédie "Le Moine".Mais ce dramaturge en changeait le dénouement—-il faisait arriver le fiance d'antonia a temps pour la sauver,et précisément a cette instant,Satan venait reclamer sa proie.Le moine tombait dans l'enfer et était dévore par un tourbillon de flammes. Cette comédie n'eut pas de grand succès,et,de plus, servit de modèle a beaucoup d'horribles mélodrames tires du même livre—par exemple,"C'est le Diable,ou la Bohémienne"(1798) par Cuvelier,"Le Moine,eu la Victime de l'Orgueil"(1798) et"La Foret de Sicile", tous les deux par PiXerecourt et "Marguerite ou les Voleurs"(1799)par Cammaille Saint Aubin et qui décrit la scène dans la foret. A partir de 1799,les simples adaptations de l'oeuvre de Lewis devinrent de plus en plus rares.Nous en trouvons deux en I800-"Le Jacobin Espagnol" de Prevot,et "Ambrosio",drame ananyme en cinq actes. Mais les dramaturges semblent pour le moment,avoir 36. épuise cette veine abondante,et commencent déjà a chercher B*autres inspirations et lAautres modèles. Le filon denThe Monk" se retrouve vingt-cinq ans plus tard dans lewMBlmoth" de Maturin. 37. CHAPITRE VI. CHARLES ROBERT MATURIN» 3è. CHAPITRE VI. CHARLES ROBERT MATURIN. Charles Robert Maturin naquit a Dublin en 1882 d'une famille exilée de la France et venue en Irlande après la revocation de l'Edit de Nantes.Et pourtant quand il denint homme,Maturin répudia ces ancêtres protestants si respectes en faveur d'une généalogie plus romanesque et qui s'accordait mieux avec son caractère excentrique et original,Il se disait le descendant d'un enfant trouve dans la Rue des Mathurins, a Paris,par une dame de la cour.Les vêtements riches et resplendissants de cet enfant indiquaient un rang considérable.La bienfaitrice lui donna le nom de Mathurin,en souvenir de la rue ou elle l'avait trouve. Mais cet enfant se croyait vraiment le fils de sa protectrice.Charles Robert Maturin se disait le descendant,comme nous avàns dit,de cet enfant trouve, Quelleque soit la source ou l'autorité de ce conte,il marque la prédilection de Maturin pour l'élément histrionique dans la vie.En effet,"on ferait un volume des singularités de Maturin.Beau danseur et romancier funèbre,écrivant a traits de 39. plume ses imaginations extraordinaires;raourant de faim et fréquentant les balsjhouuuc du mande et homme des coulisses;fat ,fier,et amoureux de quadrilles,de la table de jeu,de la pèchejnous l'avons rencontre en octobre sur les bords d'un lac,arme d'une ligne immense, •Win <*trnm» twi ot»6.n dan«eiiT» rie Lçvrïres o\ de Dublin, on escarpins et en bas de soie a jour," (I) A l'âge de quinze ans,Maturin est aile a Trinity Collège,Dublin ou il a pris son Baccalauréat es Arts. Immédiatement après,il se :narla,et,pour gagner sa vie,est entre dans les ordres.Le manque d'argent,accompagne par de trop grosses dettes,l'entraîna iaiio la littérature. Tout iaturellement,ses travaux littéraires contrariaient sa position ecclesiastique.il faur se souvenir des préjuges d'une époque qui regardait le théologie avec de grande défiance quand celle-ci était accompagne,d'une façon quelconque,d'imagination» Maturin montre son but littéraire dans son premier roman—"The Fatal Revenge,or,The Family of Montorio", qu'il publia en 1804,a ses propres fraie,sous le pseudonyme de Dennis Jaspar Murphy. "Je me suis permis,"dit—il,"de Meer l'intérêt de (I)La Revue des Deux Mondes, Vol.IV. Série I. nover^re, 1853, 40. . mon roman entêerement sur la passion de le. terreur surnaturelle."(l)La raison qu'il donne de cette affirmation est qiie la terreur est universelle, tandis que l'amour,par exemple,n'est vraiment l'expérience que de pei ^ e gens. Sous le même pseudonyme de Dennis Jaspar Murphy, Maturln publia "The Wild Irish Boy"(1808) et "The Milesian Chiaf"(1812). En 1813 il se to irna ''ers le théâtre,et "Bertram, or The Castl* of St.Aldobrand" ,tragédie,fut représente avec beaucoup de succès,sous l'influence de Sir Walter Scott."Manuel","F~edolfp",et "Osmyn" ne jouirent t>as d-î même succès. Avec "Womenjor Pour et Contre",(1818) il revint au roman.Dans ce genre nous trouvons son chef d'oeuvre-"Melmoth" qui exerça en France comme en Angleterre, une influence qui montra la persistance du goût pour le surnaturel. Il n'existe de livre plus maj construit.C'est un véritable noeud de contes dans les bornes d'autres contes.11 y a de pathétique qui tombe fréquemment a la sensiblerie des disciples de Rousseau;de la terreur (i)Alice Killen—"Le Roman Terrifiant" Page 93« 41. qui en arrive souvent a la carieature mélodramatique, quelque fois de Lewis,presque toujours de ses imitateurs. Son langaga est souvent (''•une extravagance boursoufflée, ses incidents d'une invraisemblance déréglée,et ses intrigues incohérentes. Mais il se distingue de la horde incapable des romanciers que condamnait Scott par l'éloquence puissante de son style et par son pouvoir d'analyser les émotions, d'écrire comme s'il resentait lui-même ce qu'il decrivait,Melmoth,le héros,avec ses yeux pénétrants que l'on voudrait n'avoir jamais vus,et qu'il est impossible d'oublier,produit fréquemment l'effet juste,et la jeune fille hlspano~indienne,Isidora ou Immalee,réussit aussi bien mais d'une façon différente. Bref,Maturin possédait un génie merveilleuse le talent de bien esquisser ses personnages,une facilite frappante de description,et en même £emps,une ignorance totale des règles les plus élémentaires de la composition. Il y a de la vérité dans le paradoxe dAmedee Pichot-"Si Maturin n'eut ete le plus extravagant des auteurs, il serait le plus grand génie de la littérature anglaise. "Melmoth" est vraiment le dernier effort du conte noir. Bienque les horreurs de la yerreur surnaturelle 42. persistassent toujours dans le roman,elle avait cesse de tenir une place dominante, A l'époque ou Maturin commençait a écrire,les romans terrifiants n'étaient plus a la mode,En arrêtant sa de décadence pendant quelque temps il a accompli beaucoup plus que s'il l'avait resuscite après une mort prolongée.Et qui plus est,il a produit,pendant sa décadence,un travail plus fini et plus vigoureux que toute cette école n'avait produit pendant sa floraisson. On ne remarque l'influence de Walpole ni d'Anne Radcliffe quw dans "Montorio",Il y a des scènes dans "Melmoth" qui suggèrent l'influence du"FaustM de Goethe ou de Marlowe,et qui suggèrent aussi "The Monk" de Lewis.Et Melmoth,quand il devient l'amuureux d'ïmmalee,semble presque l'incarnation du "Diable Amoureux"(I) de Cazotte, Il est vrai que Maturin empruntait fréquemment des scènes et des incidents d'autres écrivains,mais ses idées et ses personnages étaient tout a fait a lui. Mais l'emprunt des matériaux de ses prédécesseurs n'explique pas entièrement la familiarité avec (i)Cazotte—"Le Diable Amoureux", Paris, E.Dentu. 1892. 43. plusieurs de ses scènes qui frappe les lecteurs d'aujourd'hui.Bes écrivains qui l'ont suivi lui doinent beaucoup«Tous sesromans sont remplis d'idées,de scènes,dont on peut se servir sans risquer d'être decouvert.On ne doit jamais supposer,par exemple,que Scott l'avait sciemment imite,mais il faut admettre que "The Milesian Chief" était écrit quelques années avant de "The Bride of Lammermoor". Mais ce qui marque surtout l'originalité du livre, c'est l'idée de l'ancien pacte avec le diable, retouchée et individualisée par la conception que ce pacte soit transférable.Cette conception promet beaucoup. "Je suis maitre du secret de ma destinée," dit Melmoth."Nul n'a pu participer a ma destinée que de son consentissent,et nul n'a consenti.C'est moi qui subirai ma peine.Personne n'a jamais voulu changer son sort contre celui de Melmoth ,l'homme errant,J'ai traverse le monde dans mes recherches,je n'ai trouve personne qui pour gagner ce mond£,ait voulu perdre son ame."(l) (l)"The secret of my destiny rests with myself.None can participate in my destiny but with his own consent. None hâve consented.I alone must sustain the penaljy. No one has ever exchanged destlnies wijfch MBlmoth the Wanderer.i hâve traversed the world in the search,and no one,to gain that world,would lose his own soûl.S Charles Robert Maturin—"Melmoth the Wanderer." (Vol.III.Page 327) London. Richard Bentley and Son. 1892. 44, Matirin avait en Angleterre une certain inflnence. Rossett4,par exemple,trouvait une joie suprême dans le roman"Melmoth" qui pouvait lui figer le sang dans les veines,et Thackeray venait sous l'influence de ce livre étrange,(I)(3) Mais comme nul n'est prophète dans son propre pays, ce n'est ni en Angleterre ni en Irlande qu'il parvint au plus grand succès,mais en France ou il était,dans une certaine mesure,le fondateur de cette école pre-romantique dont Madame Tastu était le poète.Apres la mort de Maturin,Alaric Watts trouvait que son amitié avec "le triste et terrible Maturin" lui servait de passe-port dans les salons principaux de cette école» Chacune des oeuvres de l'irlandais fut,a son apparition, rapidement traduite en français.Melmoth a ete deux fols retraduit depuis lor3-par le Baron Taylor et aussi par Charles Nodier qui,de plus,a adapte "Bertram" pour le théâtre français,tandis que Gustave Planche a écrit la critique des oeuvres de Maturin la plus (i)W.M.Rossette--Preface to the Collected Works of D.G.Rossetti.London. 1886. (2)W.M.Thackeray--"Goethe in his old âge." 45. plus judicieuse et en même temps,la plus sympathique que nous ayons.(I) Baudelaire,dansnDe l'Essence de Rire" se trouve sous l'inflaence du "célèbre voyageur Melmoth,la grande création satanlque du révérend Maturin.Quoi de plus grand,quoi de plus; puissant relativement a la pauvre humanité que ce pale et ennuie Melmoth.H(2) De plus,on peut regarder Maturin comme un précurseur du vrai romantisme.Son influence est bien évidente dans les premiers essais de Victor Hugo.Dans "Han d'Islande", par exemple,il y a six épigraphes qui sont des citations de "Bertram". Mais l'admirateur de Maturin le plus ardent et aussi le plus eminent,c'est Balzac.Personne qui lit du Balzac ne peut manquer de remarquer avec quel enthousiasme et quelle fréquence il en fait mention. Mais 11 nous faut admettre que Maturin n'a rien perdu dan3 les traductions.Au contraire,ses idées splendides font beaucoup d'impression,tandis que l'oreille n'est pas froissée par la crudité et la faiblesse de forme. (l)"Melmoth the Wanderer" Vol.I.Introduction,Page L. (2) Charles Baudelaire—"De l'Bssence de Rire." "Curiosités Esthétiques." Paris Calmann-Levy. 46. CHAPITRE VII. LES PRE-ROttANTIQUBS EN FRANCE. 47. CHAPITRE VII. LES PRE-ROMANTIiflJES EN FRANCE. Au moment de son apparition,"The Castle of Otranto", le premier roman noir,ne fit pas beaucoup de bruit en France»Il est vrai qu'en 1792,une comédie par Loaisel-Treogate—"Le Château du Diable",—fut produite en imitation visible du roman de Walpolejot q qu'un roman de Madame de Genlis—"Les Chevaliers du Cygne"(1798) avait une mise en scène médiévale qui doit,lui aussi,quelque chose a Walpole. Quoi qu'il en soit,deux ans plus tard,c'est-a-dire en 1797,le roman terrifiant dans toute sa frénésie, fit une violente irruption en France,et y eut un succès immoderee.Des traductions d'"Udolpho" et de "The Monk" de Lewis furent dévorées par un public prépare par les horreurs de la Révolution,a recevoir n'importe quoi d'horrible»le"Melmoth" de Maturin mit le comble a cette débauche d'horreur dont la première vogue dura de 1797 a 1802 ou 1803. Mais les romanciers français ne se contentaient pas de traduire.Ils composèrent des oeuvres qui 48. surpassaient même en terreur celles de leurs maîtres, (l) De plus,leurs efforts furent remarquables par une absence presque complète de valeur littéraire. Il serait,par conséquent,impossible de faire l'histoire du roman écrit a la fin du dix-huitieme siècle.Il y avait,a cette époque,une foule d'écrivains qui sont tout a fait oublies de nos jours et qui inondaient les maisons d'éditeur de leurs gémissements de terreur et de mort. Parmi eux on peut citer Madame Guenard de Mère, (2) romancière très féconde qui captivait le public avec ses histoires terrifiantes.Les titres des romans de cette bonne femme indiquent suffisamment la nature des sujets populaires. (I)En France le premier conte fantastique,proprement dit,fut "Le Diable Amoureux" de Cazotte.(Paris. E.Dentu 1892). Dans ce livre,écrit en 1772,pour la première fois dans le roman,1'intrigue se lie effectivement et définitivement avec les forces d'un autre monde. L'auteur savait bien mêler le surnaturel a la vie reelle.Mais l'influence directe de ce livre fut très petit en France. (2)Mme.Guenard de Mere:--Les Capucins,ou,le Secret do Cabinet Noir(l80l)o -Les Forges Mystérieuses,ou,l'Amour Alchemiste.(1801). -L'Enfant de la Prieure.ou,La Chanoinesse de Metz$I802). -Les Trois Moines.(1805) feLe Château de Vauvert,ou,Le9-Ave»fcui«efl Le Chariot de Feu de la Rue d'Enfer,(1812). -La Tour Infernale,ou,Les Aventures de Grégoire de Montnegre.(1819). -Elma,ou,La Morte Vivante(1820). "La Meunière du Puy-de-Dôme,ou,l'Infortune et le Crime(l822). -Albano,ou,Les Horreurs de l'Abime.(1824). 49. Car le publique français ne pouvait pas se rassasier d'horreurs et d'atrocités.De plus,le roman de ce genre naquit juste au moment ou les Français pouvaient le mieux l'accueillir.La Révolution,qui les avait accoutumes,comme nous l'avons dit,aux débordements d'extravagances,et en leur montrant des scènes sanglantes de la vie réelle,éveilla chez eux un désir pour des scènes semblables dans la fiction.Les romans fades de sentiment et d3 sensiblerie avaient perdu leur emprise sur des âmes que rien n'étonnait plus. liais ce n'est pas tout.La Révolution qui venait de libérer le peuple avait lebere aussi les esprits qui se mirent de bonne heure a ressentir le besoin de la nouveauté. Le roman terrifiant d'angleterre pouvait leur donner quelqeu chose que les terreurs de la Révolution ne pouvaient leur fournir—c1est-a-dire de vagues frissons d'horreur pas toujours bien consciente, des pèlerinages dans des réglons inconnues,des appels aux superstitions cachées dans l'aine. "C'est que le livre le plus extravagantest précisément le plus lu,"déclare le Mercure de France en 1799.(1) (i)Mercure de France. Le 10 pluviôse.1799. Page 16. 50. La première grande vogue du terrifiant en gênerai, et d'Anne Radcllffe en particulier dura de 1797 a 1799. Lorsque son "Romance of tho Porest" parut en 1800 aous le titre de "la Foret,ou,L'Abbaye de Saint Clair",11 éveilla peu d'attention. Ensuite le goût populaire se transforma complètement et ce changement se reflète dans des oeuvres comme •La Nuit Anglaise"(l),publiée en 1799 par Bellln laLiborliere.Le sous-titre qui suit peut servir d'analyse de ce roman;-"La Nuit Anglaise,-ou,aventures jadis un peu e extraordinaires mais aujourd'hui toutes simples et tre3 communes de M.Dabaud,marchand de la Rue Saint Honore a Paris,roman comme 11 y en a trop,traduit de l'arabe en iroquois.de l'iroquols on samoyede,du sa samoyede en hottentot,du hottentot en lapon,et du lapon en Japon et en francais;parle R.S.Spectro Ruinl moine italien,avec ces épigraphes; "Voila pourtant comme de rien Un romancier fait quelque-chose !" Vaudev.des Petits Savoyards. "Aimez-vous des espritsTOn en a mis partout" Bolleau. m ( I ) B e l l i n la Laborliere—"Le îTAAt Ang la i se / Par i s . 1799. / "Les esprits dont on nous fait peur Sont les meilleurs gens du monde." Zemir et Agar. Il est question dans ce roman,d'un certain M.Dabaud qui raffole des romans anglais terrifiants«Quelques-uns de ses amis le portent pendant qu'il dort,dans un château soigneusement prépare selon la mise en scène traditionnelle des romans de terreur. Pour échapper de cette habitation terrible,le prisonnier tout égare,est oblige de signer un contrat avec le diable,dans lequel il promet de ne toucher de sa vie "aucun roman anglais excepte ceux de Ricbardson,de Fielding,de Miss Bennett et des autres auteurs qui vou voudront les imiter11 (I) Pendant quelque temps M. Dabaud hésite a signer,mais en fin,a bout de force et plein d'horreur a l'approche de la mort,il signe le contrat,en renonçant a "tous ces romans passes,présents et futurs,ou il y aura des spectres,des ruines,de vieux châteaux,des bandits,de petites portes cachées, des poignards taches de sang,des armoires secrètes,et surtout une tour portant le nom de quelque ce puisse être des quatre points cardinaux."(2) Cette parodie eut un grand succès chez les détracteurs (l)et(2)Alice Killen-HLe Roman Terrifiant" Page 120, 52. comme chez les amateurs du roman noir,Elle montre,qui plus est,le changement dans le goût du public.Le roman de terreur ne faisait que de se trainer d'une façon languissante a travers lepperiode de 1800 jusqu'à 1816, en attendant l'heure ou le romantisme remettra en faveur les émotions violentes. Pendant cette période de déclin il y avait assez de critiques pour nous assurer que les terreurs n'avaient pas quitte la littérature,et,comme nous avons dit, c'est la satire qui dominait. Vers 1814 les revenants commencèrent de nouveau a se glisser dans la littérature,mais ce n'est qu'en 1819 que nous voyons éclater le nouvel engouement pour le rpman d'horreur qui persistait d'une façon plus ou moins évidente pendant toute l'eooque romantique. Le désir de se servir du mystère devint de plus en plus une recherche pour des ressorts d'émotion plus actifs que ceux qu'offrait le classicisme ou même le pseudo-classicisme.Il y avait,outre cela,un effort pour "styliser" pour ainsi dire,les frissons de terreur et pour faire du terrifiant plus qu'un simple décor de convention. Alors,maigre un certain amoindrissement du goût pour les romans de terreur des écrivains anglais,le genre r 53. se mit a prendre sur la littérature de la France une prise plus forte qu'il n'avait eue même au sommet de son triomphe,Car la terreur 3t le mystère parvinrent a influencer des écrivains d'un ordre beaucoup plus relevé que ceux qui en sentaient le puissance a l'apparition du genre--c,est~^-dire a influencer les romantiques. 54. CHAPITRE VIII. LES ROMANTIQUES—-EN FRANCE. . 55. CHAPITRE VIII. LES ROMANTIQUES--EN KRANCE. Le roman terrifiant jouait un grand rôle dans le développement de beaucoup des écrivains romantiques dont l'oeuvre porte les traces de ce qu'ils avaient lu pendant leur jeunesse,car c'était dans la période de l'adolescence que les jeunes écrivains lisaient avec avidité les contes de ce genre,Ils y trouvaient,d'un cote le gothique,orne de tous les ch: armes du moyen-age avec ses splendeurs et sa chevalerie;de l'autre cote, le surnaturel du mouvement parlait aux âmes en révolte contre l'esprit rationalists de la période précédente. On voulait sortir du monde réel avec son entourage prosaïque pour s'aventurer dans quelque pays fantastique. Les écrivains d'un goût classique ne regardait qu'avec défaveur cette tendance trop bien marquée des jeunes générations,et de 1814 a 1820 il y'avait une guerre entre les classiques et les romantiques ou le fantastique occupait le premier plan. Ainsi,au sujet du roman contemporain,Terrasson écrit dans "L'Almanache des Muses" en 1823, "Aujourd'hui tout aspire au spectre romantique, 56. L'obscutite,voila le grand secret de l'art Et la niit qui s'allume et le jour qui s'éteint Et le spectre sanglant qui menace et se plaint Et l'antique donjon,et la lugubre orfraie, Et l'éternel secret qu'on n'a pu vous ravir Et l'enfer au besoin tout prêt a vous servir." Çl). Mais,maigre les satires des écrivains classiques,le nsintisme persistait,le romantisme qui est,selon Brunetiere,"le triomphe de l'individualisme,ou l'émancipation entière et absolue du 'moi'." (2). Nodier seul reconnaissait la vérité sous cette lutte, "Il n'y a,"dit-il,Mni classiques,ni romantiques,mai3 des hommes supérieurs qui s'agitent dans les ténèbres pour arriver au point invariable ou est place le beau." (3). Et cependant,a travers toute agitation,les Français ont toujours garde le sens classique.Ils estiment trop l'esprit d'ordre pour se laisser égarer aveuglement dans 1* horrible.LaFrance n'a jamais voulu être un cimetière,éclaire d'un trists rayon de lune et hante de lune et hante par des spectres. (i).Terrasson--L,Almanache des Muses.1823. PageS^  98. (8).Nodier—La Quotidienne,le 22 décembre,1825. (2).Brunetlere—Manuel de l'Histoire de la Littérature Française,--ParisDelagrave,1898.— Page 421. 57 . A cause de ce rationalisme.ee n'était que dans les oeuvres de jeunesse des romantiques que le conte d'horreur se laissait aller a tous les écarts de l'imagination. Avec la maturite,1'esprit romantique abandonnait ses thèmes dérègles. De plus,comme ce n est que du pacte avec le diable que cette thèse s*occupe,nous ne faisons quêeffleurer,sinon laisser entièrement de cote,bieh des choses intéressantes a l'egafcddu surnaturel, La plus grande influence individuelle sur le roman terrifiant en France était le "Monk" de Lewis,quiL,a partir de 1830,jouissait d'une grande popularité.Alors il nous teste des livres tels que le drame de L.M.Fontan,*Le Moine" (1831), qui traite de l'incident principal de Lewis—la vente de l'ame du moine au demon.Fontan insiste surtout sur la punition finale,et finit par montrer Satan qui emporte sa victime aux borde de l'enfer d'où surgissent des démons.Ce travail n'est qu'une simple adaptation et qui rend le dénouement un peu ridicule,puisque le drame est trop étroit pour contenir un tel ouvrage de géant. La Ballade d'Alonzo et Imogene,tirée du roman de Lewis, avait saisi l'imagination des romantiques.L'idée en revient de temps eh temps—cette idée d'un anneau donne comme 58. preuve de fidélité,et de l'amante morte qui vient rappeler la foi promise a 1"infidèle. (I). Ce thème de l'amour qui persiste au delà de la mort, occupe une grande place dans le romantique.Il y entre souvent une certaine nouance de vampirisme,dont rïl-y-eHtpe-ae-nous traiterons plus tard. Un romancier qui a apporte au conte d'horreur une contribution digne d'être notée est HONORE DE BALZAC. Ses lecteurs de jeunesse étaient choisies parmi tout ce qu'il y avait de plus extraordinaire dans la littérature française ou anglaise.Il affectionnait les romans de Mme.Radcliffe,de Lewis et de Maturin.En 1822 il écrivit son premier roman dans leur genre—"Le Centenaire,ou Les Deux Beringheld",reimprime plus tard sous le titre du "Sorcier".Ce n'est qu'une imitation de Melmoth. Le centenaire Beringheld était un sorcier,ne au quinzième siècle,qui pouvait vivre éternellement a condition (i)Sous ce rapport nous citons;-Nodier-~Le Rendez-Vous de la Trépassée L'Anneau L'Almanache des Muses,1813. Victor Hugo—Ballade de la Nonne La Promesse Conjugale " " n 1820. Emile Deschamps—La Noce d'Elmance--Mercure de France, le 3 janvier 1818. —La Noce de Leonor-qui se trouve dans l'édition de ses Poésies Complètes. Théophile Gautier—La Comédie de la Mort—1858. 59 „ de trouver toujpurs de nouvelles qui se vendrait a lui, chair et ame.Comme Melmoth il cherchait ses victimes parmi les malheureux du monde,et comme lui il n'avait jamais de succès.Il fut enfin condamne a mourir. Ce livre montre beaucoup plus de matérialisme que celui de Maturin,Melmoth desirait seulement l'ame de sa victime et voulait se sauver de la damnation éternelle; le sorcier,au contraire,demandait le dernier goutte de sang et se vendait pour jouir d'une vie terrestre sans fin,Il est évident qu'il entre dans ce livre de Balzac, outre les idées matérialistes,ce dont Melmoth manque complètement,c'est-a-dire le vampirisme, "Melmoth ReconciliejI825),une des études philosophiques de Balzac,par le titre seul,dénonce son origine et son sujet,Ici l'auteur se figure Melmoth qui peut tout avoir, le paradis excepte,Puisque la foi lui est refusée,il ne soupire qu'après ellejexile de ce qu'on nomme le ciel, il ne pense qu&au ciel. Le livre est,comme nous 1' avons dit,une étude psycho psychologique,qui veut démontrer que la puissance qui n'est pas fondée sur la foi est un malheur des plus terribles. 61. L'auteur de Han d'Islande(I823) est tout autre.Parmi les oeuvres si variées de VICTOR HUGO,cette effort de la jeunesse arrête un instant notre attention.Ce livre,issue du roman noir,traite étt d'une sorte de monstre a la Melmoth,qui,comme un vampire,boit le sang de ses victimes.Pour en augmenter l'horreur,il se sert d'un crâne hulain comme coupe. Hugo n'écrivit plus de livres dans le genre d'Han d'Islande. Mais on peut remarquer que Claude Prollo de "Notre Dame de Paris"(l)porte une ressemblance avecle moine Ambrosio. C onme lui,il est prêtre austère et mystérieux,et en proie a la même tentation.Il y a aussi un rapport entre la situation d'Agnes dans les caveaux de son couvent, et celle d'esmerelda dans son cachot. Bien que Hugo Quittait de bonne heure toute croyance aux mystères surhumains,GERARD DE NERVAL était un de ces hommes rares qui croient "toutes les histoires de nécromancie et d'enchantement.Le monde invlwible et surnaturel le comptait au nombre de ses plus fervents adeptes."(2), Dans sa jeunesse il avait traduit l'histoire de Faust, (I)Victor Hugo—"Notre Dame de Paris". Ginn and eo.,Boston, 1902. (2$Georges Bell--"Etudes Contemporaines-Gérard de Nerval." Paris..Leçon. Page II. 62. et telle en fut l'influence qu'il écrivit un roman qui eut des rapports avec ce sujet.Ce roman-"La Main Enchantée", se passe au temps d'Henri IV,au dix-septieme siècle,ou les relations avec le diable et les puissances de l'au-delà semblaient naturelles et attendues.il s'agit dans ce roman d'une main qui n'obéit pas a son propre corps,mais a celui auquel elle avait ete vendue. Mais ce roman est plus un tableau historique qu'un conte fantastique, NODIER,le pivot du nouveau mouvement,était un des premiers a avouer son amour pour le fantastique.Mais il voulait toujours distinguer la différence entre les idées ingénieuses de sa propre école et les cauchemars des membres de ce qu'il nommait,"L'école frénétique". Nodier était entièrement français.Les idées qui lui nenaient a cause de ses voyages étaient toujours filtres dans son esprit et sa langue,qui étaient latines.Ses écrits n'étaient jamais horrifiants,Il évitait des eepi cris discordants et des grincements de dents. Alors,ce qui l'inspirait dans le "Monk" de Lewis n'e n'était pas l'épisode du pacte avec le diable,mais la légende de la Nonne Sanglante,dont il se servait dans Inès de Las Sierras(l837), Il a bien montre l'attitude du Français cultive en face 63. du frénétique qpand 11 disait;"Je me suis aperçu qu'une histoire fantastique manquait de la meilleure partie de son charme quand elle se bornait a égayer l'esprit,comme un feu d'artifice,de quelques passagères- émotions passagwres sans rien laisser au coeur.......Je consens a être étonne n mais je ne veux pas que l'on se moque de ma crédulité,$1). FREDERIC SOULIE avec ses"Memoires du Diable" (1837) revient au sujet du pacte avec une puissance infernale. La donnée du roman rappelle en quelque façon,celle de Lewis,de Melmoth ou de Goethe. Le commencement de ce livre marque quelquechose d'original.Le château de Ronquerolles,aux Pyrénées,n'est pas d'une construction ordinaire.De temps en temps,de nouvelles chambres et de nouvelles fenêtres ont fait leur apparition.On apprend que chaque pièce fut autrefois la scène d'un pacte avec le Prince des démons et fut ajoutree au château quand le propriétaire alla régler ses comptes. Le pacte,lui aussi,est doue d'une nouvelle proposition-celle d'une rédemption possible.Si la victime était heureuse elle pouvait échapper.Mais elle ne vend son au.e ni pour l'amour,ni pour la jeunesse,ni pour les plaisirs du monde, mais,—idée bizarre,--pour tout savoir sur les hommes (l)Nodier--"Au lecteur qui lit les Préfaces". 64. de ce monde. Mais ce n'est pas tout.Il y a aussi une préposition que si le diable est jamais de trop,le héros du roman ne peut sien débarrasser qu'au prix d'un mois de sa vie.A cet égard cette histoire de Soulie est liée a la "Peau de Chagrin" de Balzac. A la fin,le Baron Luizzi,qui a joui d'une puissance i infernale,se perd.L'heure fatale sonne,et,maigre l'amour de trois Gretchen,le château et son maître disparaissent dans un abime. Ce roman qui expose les bassesses du coeur humain, est un des "romans feuilletons"~-genre qui venait de naître vers 1840 et qui était très propre a perpétuer les traditions du roman terrifiant. Dans cette catégorie on peut citer aussi les romans d'Eugène Sue,qui se sert des ressorts de l'école radcliflenne, et aussi quelques romans de Duma»,notamment "Les Mille et un Fahtomes"(l849) qui contient des récits de morts animes de vampires,de spectres et de crimes atroces.Il y a aussi "L'Ile de Feu" (1870) qui reproduit la thèse du "Melmoth" de Maturin. MERIMEE a très peu de rapport avec cette thèse."La Venus d'ille" (1842) doit peut-ctre quelquechose a l'épisode de la Nonne Sanglante du "Monk" de Lewis.Dans le roman de Mérimée il est question dêune statue de fer 65. qui reçoit d'un jeune homme une bague de fiançailles. La nuit du mariage de celui-ci la statue vient l'étrangler. Ce qu'il y a de nouveau c'est la façon dont l'histoire est traitée. Nodier avait insiste sur ce point,qu'il y a deux conditions pour le succès d'un roman fantastique—que l'autenr eut la foi er que le publique croie.Mérimée ne satisfaisait a ni l'un ni l'autre.Il semblait considérer son histoire comme un épisode étrange et qui manque d*importance.il croyait qu'avec le raisonnement on peut arriver a tout.Alors il choisissait toujours un sujet très curieux et le développait d'une manière précise» On ne peut pas,il est vrai,lui appliquer la règle de Nodler.Mais Mwrimee était un artiste incomparable.De plus il avait du génie,et comme tel,était au-dessus des règles. La contribution de GAUTIER diffère beaucoup de celle de Mérimée.Son chef dfoeuvre dans la fantastique est "La Morte AmoureuseM,écrit en 1858. Le récit,ou il entre aussi du vampirisme,est l'histoire du prêtre amoureux ajoutée a celle de l'amante morte qui revient,sous la forme d'un vampire,sur la terre. Au moment de prononcer ses voeux,le prêtre Serapion voit la belle Clarimonde.Elle meurt peu après mais 66. ressuscite un moment pour assurer au prêtre qu'elle l'aime.Qui plus est,elle revient chaque nuit et l'entraine vers toutes les voluptés possibles.L'abbe est sauve de la vie double qu'il mené avec son amant par un vieux prêtre qui lui persuade que Clarimonde est vampire, queelle vit de son sang et qu'il lui faut renoncer a elle.Les deux pretrex vont a la tombe et aspergent d'eau bénite le corps qui est d'une beauté qui n'est pas de ce monde.Elle tombe en poussière. Gautier a très bien réussi a maintenir l'intérêt et a décrire ses personnages.Clarimonde morte est plus vivante que bien des femmes encore en vie. Il est a remarquer que l'auteur n'anathemise l'abbe comme aurait fait certainement Le^is.Il ne s'attache fixement au cote fantastique;il est content de décrire. Peintre,faute d'une bonne vue,Gautier s'amuse a décrire, et semble croire tout ce qu'il decrit-pendant qu'il le-ée-e*?i% l'écrit.En sa qualité de peintre il montre successivement des tableaux exquis mais inouis. En adaptant le merveilleux il a montre le chemin a ceux qui prirent sa suite.Il n'a rien invente de nouveau dans le genre dont il se sert,mais il en est le continuateur de premier ordre. 67. CHAPITRE IX. EN ANGLETERRE. 6ft. CHAPITRE IX, EN ANGLETERRE. Quand SIR WALTER SCOTT commença a écrire ses "Waverley Novels",la vogue du sentimental et de l'horrible persistait encofce.Au premier chapitre de "Waverley" il fait passer en revue les tendances prédominantes du roman populaire--Ie gothique,l'imitation a la façon germanique avec des capuchons noirs et des trappes,et le sentimental avec une heroine languissante qui est la victime d'aHentures terribles et imméritées. Et cependant lui-même il s'était déjà aventure par les sentiers battus du roman populaire et avait écrit un roman du genre du "Castle of Otranto",qu'il appelait "Thomas the Rhymer".Ctétait en autre un des admirateurs les plus ardents des romans de Madame Radcliffe,et il avait lu avec avidité les contes de Lewis,Il écrivait des drames de lutins (i) aussi terribles dans leur intention si non dans leur exécution,que le "Bertram" de Maturin, (l),"The House of Aspen",1799 (Keepsake,I830) "Doone of Devorgail"' 1817 (Keepsake,I830), 69. Il augmentait constamment ses connaissances du bizarre et de l'extraordinaire par les traditions populaires et par des livres tels que le"Pandemonium, or The Devil's Cloyster Opened" de Bovet. Le surnaturel avait tellement d'attrait pour lui que dans ses "Lives of the Novelists" (I) il établit des règles très sensées pour la gouverne de ceux qui manipulent des revenants."Les revenants ne doinent pas apparaître trop tôt",dit-il,"Ml devenir trop bavards.Etre tant soit peu ennuyeux est le moyen secret de s'assurer d'un degré nécessaire de crédulité de la part de ceux qui écoutent un conte de revenants. La corée q4i vibre et resonne au moindre choc reste dans un tension silencieux sous une pression continue."(I). Il eat évident qu'il n'y avait rien de malsain dans l'attitude de Scott envers le monde spectral.De plus, ses vastes connaissances de l'étrange lui eâàient d'une grande utilité quand il écrivait se3 "Lotters on Demonology and Witchcraft"(l830)et aussi lui étaient utiles pour orner ses poèmes et ses romans. (l)Scott--MBrose Works". New York,P.P.Collier and Son. Vol.III. "G-hosts should not appear too soon nor become too chatty...To be somewhat prosy is the secret mode of securing a necessary degree of crednlity from the hearers ofl a ghost story...The chord which vibrâtes and sounds at a 4<buch remains in silent tension under continued pressure."Page 70. Sa contribution la plus importante au genre est "Wandering Willie's Taie",(I) un chef d'oeuvre de la terreur surnaturelle. Sir Robert et son singe,l'étrange cavalier,les convives farouches dans l'enferqa* qui avaient vendu leur ame au diable--tous sont esquisses avec une vivacité frappante. . La force du conte dépend surtout de Wandering Willfe et de son pouvoir extraordinaire de conteur.Il choisit les détails qui font apparaitre devant les yeux ce qu'il décrit.Il commence d'une façon assez calme,mais la terreur se met a augmenter jusqu'à la mort de Sir Robert.L'incident du sifflet d'argent qui sonne dans la chambre du mort est amené d'une façon parfaite. Mais cette espèce de "bogle-work" n'était pour Scott qu'un devertissement,et jamais le principe essentiel de ses oeuvres.Dans "The Fortunes of Nigel" il renonçai définitivement au mystérieux et a la magie.Néanmoins il ne pouvait si facilement bannir les spectres de son imagination.Des fantômes telsque l'ombre dans "The Legend of Montrose",d'un highlander dans une cocarde blanche,apparaissaient de temps en (i)Scott—"Wanerley Novels".New York, P.F.Collier and Son. Vol.XVIII,(Redgauntlet)Pages 126-145. 71. temps.Le scélérat imposant de Marmion est curieusement bien connu avec ses yeux etincelants et sa figure ridée de ses passions. Tout le désir de faire frémir tombe dans l'insignifiance devant la foule d*etres vivants qui abondent dans ses romans.On n'associe plus chez lui a des moines méchants et menaçants,a des démons dont la présence semble naturelle,ou a des beaux pères tyranniques.On rencontre des personnages de la vie quotidienne,des soldats, des bergers des étudiants,des mendiantssChez lui on quitte l'air humide et moisi des cachots souterrains pour la vent vif et fortifiant des bruyères.Des relations avec l'Invisible ne jouent que des rôles inférieurs dans le grand drame de la vie réelle qu'il représente. Le conte d'horreur avait une certaine importance avant la publication des "Waverley Novels".Meme après Sir Walter Scott il jouissait d'une vogue plus secrète et il y avait toujours une inclination vers le roman qui comme le "fat boy"desnPickwick Papers" ,*'Besire vous donner chair de poule",et des contes a faire frémir tels que ceux qui forçaient les dames de "Cranford" a commander aux porteurs de leurs chaises de se presser 72. n'avaient pas perdu leur pouvoir. Sous 1a main deBULWER LYTTON le roman de terreur se transforma completement.il 1*éleva a un point presque méconnaissable. La prédilection de Bulwer Lytton pour le surnaturel n'était pas une pose en conformité avec la tradition populaire.Elle pouvait bien être un héritage de son ancêtre le docte savant,le Docteur Lytton,qui se mêlait a l'astrologie et a l'art noir.De son enfance,Bulwer Lytton s'intéressait beaucoup a toutes les manifestations du surnaturel. Mais quand l'heure arriva ou il écrivit un roman surnaturel il se dispensa du gothique et prit s«bn essor a travers des régions élevées qui peuvent inspirer le respect mêle de terreur plutôt que la terreur pure. le "Dweller of the Threshold" de "Zanoni" (i) n'est aucunement un être démoniaque qui fait penser au pied fourchu et qui surgit d'une trappe avec un coup de tonnerre retentissant,mais une ombre colossalle et inabordable. Le roman "Zanoni" est fonde sur une esquisse antérieure nommenZicciB(l842).Le livre est l'adaptation d'une (i)Bulwer Lytton-"ZanoniM. London,Routledge. 1875. 73. théorie formulée après avoir lu quelques thèses du moyen-âge sur l'occulte. D'après cette theofcie,l'air se pemple de certaines "Intelligences" dont les unes sont propices,et les autres hostiles a l'humanité.De plus,il existe sur la terre des plantes dont l'emploi peut arrêter l'affaiblissement des cellules du corps humain.Quand un homme a fortifie de cette façon les facultés de son corps et de son esprit,èl est en position d'entrer en relation avec ses êtres célestes» Il n'y a que deux hommes au monde qui se sont rendu maitres de ce savoir peu ordinaire,-Mejnour,initie aux mystères pendant sa vieillesse,et Zanoni,initie dans la jeunesse,il y a quelque cinq mille ans avant le commencement de l'histoire.L'initiation implique l'abandon de toutes les émotions violentes et la rencontre avec le terriblement mystérieux Dweller of the Threshold. Zanoni,c'est ainsi que dit l'histoire,devient amoureux de la belle chanteuse Viola et l'épouse.Par la il perd son contact avec la belle Intelligence Adon-ai.Pour samver la vie de sa femme il renonce toute communication avec les puissances célestes.Mais quand Viola est condamnée une seconde fois a mort,le courage de Zanoni réussit a regagner l'aide d'Adon-ai qui rend 74. possible que Zanoni meure a la place de sa femme. Le lien entre Zanone et ïhe Dweller of the Threshold est celui de la vieille légende,usée par le temps,d'un pacte avec les êtres d'un autre monde,mais transformée au point d*etre méconnaissable,Zanoni n'est plus un et criminel qui cherche,gracs a des pouvoirs illégitimes,a obtenir une puissance dont il peut se servir dans l'intérêt du mal.Ce qu'il a acquis a ete gagne par l'empifce sur lui-même et la conquête rigide de la chair, etè il sacrifie volontiers pour l'amour de sa femme tout ce qu'il a obtenu. Jusqu'à un certain point,Lytton est sans doute redevable aux écrivains des contes d'horreur,mais l'esprit du livre est entièrement nouveau et original. Le roman porte,il est vrai,quelque peu trace d'effort, mais probablement il faut attribuée ceci au fait que l'auteur commençait par s'imaginer ses théories et alors il développait ses personnages p.our personnifier ces théories. Dans les mains de Lytton le caractère barbare du roman qui traite de notre sujet a ete effacée et il est devenu poli est eleve jusqu'à un point incroyable. On nous dit que,quandROBERT LOUIS STEVENSON était étudiant il créait une fois dans ses rêves une histoire 75. qui continuait de nuit en nuit.Ces idées sub-conscientes persistaient a un tel point que le jeune homme menait, pour ainsi dire,une vie double et commençait a tomber dans une confusion d'esprit.(i) En se souvenant de cette anecdote,on comprend mieux comment Stevenson pouvait écrire un livre tel. que "Dr. Jekyll and Mr.Hyde."qui produit lui aussi l'effet d'une histoire de rêve et qui traite d'une caractère double. Stevenson s'intéressait énormément aux divers hommes qui se trouvent dans un seul individu,Son idée a cet égard était qu'il y a dans chaque créature deux êtres, un qui est mauvais,un qui est bon.Ceux-ci trouvent avantageux de jouer deux rôles entièrement différents. Aussi longtemps qu'on peut séparer les deux,on est sauf.Mais si on les développe tous les deux,le bon ne devient qu'un bouclier pour le mauvais.Dans "Markheim" l'auteur montre le triomphe du meilleur dans le caractère."Dr.Jekyll and Mr.Hyde" traite de l'autre extrême,-d'un homme qui vend le bon de son ame au pouvoir du mal. Cette conception est maniée d'une façon extraordinaire dans un livre fort poignant,Même avant que le lecteur ne divine la relation entre le docteur Jekyll et M.Hyde, (l)Richard A.Rice.."Stevenson,How to Know Him". Indianapolis, Bobbs-Merill Co. 1916. 76. il sent que celui-là est,a un certain degré,sous la domination de 1*autre. Dans la plupart des contes horribles,le dénouement apporte un soulagement défini en donnant a la terrour une cause raisonnable.Ici,au contraire,l'explication augmente la terreurjelle met en relief des détails a demi-oublies.On est force de contempler l'histoire de nouveau avec encore plus d'etonnement et de respect. Il vaut la peine de mettre ce roman en contraste avec celui du surnaturel explique,ou l'explication des mystères empêche le lecteur de relire le roman. Ici,si l'on sait la vérité de tout ce qui se passe ou non,il y a des passages qui ne peuvent manquer de produire de vrais tressaillements.ïïous citons a cet égard la question de Poole a l'extérieur de la porte fermée,-"Monsieur,est-ce que c'était la,la voix de mon maitre?" ou la scène ou le docteur Jekyll parle de sa fenêtre a ses anciens amis,M.Enfield et M.Utterson.— "A peine eut-il prononce ces mots que le sourire fut arrache a sa figure et remplace par l'expression d'une terreur et d'un desespoir si extrême qu'elle figea dans les veines le sang des deux messieurs en bas.Ils ne purent que l'entrevoir car on ferma tout de suite la fenêtre.Mais ce qu'ils avaient vu leur suffisait,et ils 77. seretournèrent et quittèrent la cour sans dire un mot....Enfin M.Utterson se retourna et regarda son compagnon.Tous deux étaient pales»Il y avaient la même horreur dans les yeux de tous deux.n(I), Aussi habile dans son développement est l'histoire de "Thrawn JanetM,une historiette écrite dans un dialecte ecossaiset ou le diable habite le corps de la vieille domestique d'un pasteur mais enfin il est force de s'en aller. Dans "The Bottle Imp" il y a des traces de deux livres que nous avons déjà discutes,-leuMelmoth de M&turin et "La Peau de Chagrin" de Balzac. "The Bottle Imp" est l'histoire d'un certain Klawe qui, avec sa femme Kokua,devient le propriétaire d'une bouteille merveilleuse.Cette bouteille contient un petit esprit qui peut donner a sa maître toutes les richesses du monde.Si celui-ci veut vendre cet objet étrange il peut le faire,(le pacte est transférable), mais a la seule condition qu'il le vende moins cher qu'il (l)"But the words were hardly uttered before the smile was struck out of his face and succeeded by an expressio: of such abject terror and despair,as froze the very blood of the two gentlemen below.They saw it but for a glimpse,for the window was instantly shut downjbut that glimpse had been sufficient,and they turned and left the court without a word,,..Mr.Utterson at last turned and looked at his companion.They were both cale; and there was an answering horror in their eyes." Stevenson—"Dr.Jekyll and Mr.Hyde". Chatto and Wendles I9II. Page_262. 780 ne l'avait acheté.Celui qui meurt avec la bouteille en sa possession perd son salutaTant que le prix en est grand,tout marche bien.Mais l'heure vient ou il est impossible de vendre la misérable bouteille.Avec la diminution du prix,comme avec la contraction de la peau de chagrin,vient une diminution de l'espoir de redemption.Enfin-"C'est une différence avec le genre habituel,—Keawe et Kokua sont libères de la malédiction qui pesait tant sur eux. Le seul roman d'OSCAR WILDE,-"The Picture ofi Dorian Gray",(l) écrit comme résultat d'un pari,montre un développement moderno de l'ancien»» thème de notre étude. Lihistoire traite d'un jeune homme extrêmement beau, qui s'appelle Dorian Gray.En voyant un portrait remarquable de lui-même, il s'écrie, "Si c'était moi quii devais être toujours jeune et si c'était la peinture qui devait vieillirïPour cela—-pour cela—je donnerais tout.Oui, il n'y a rien au monde que je ne donnerais. ,? >, Je donnerais mon ame pour cela."(2). Dieu lui exauce son souhait© Dorian se plonge dans (i)Oscar Wilde "The Picture of Dorian Gray"..Paris. Charles Carrington, 1909. ($$"If it were I who was to be always young,and the picture that was to grow old,For that--for that—-I would give everythingÎYes,there is nothing in the world I would not giveîl would give my aoul for that." Page 40, 79. des excès tels qu'on n'en a jamais rêve et cependant retient son aspect d'innocence parfaite et de pureté d'enfant,tandis que le porterait reflète fidèlement son ame repoussante.Une jeunesse sans fin,des passions sans limites,des plaisirs subtiles et secrets devaient être sa part.La peinture devait supporter le fardeau de sa honte» Sir Henry Wotten avec ses epigrammes vraisemblables, joue le rôle du séducteur qui égare Dorian Gray.il agît ainsi sans se soucier aucunement de sa victime en la-quelle il ne voit que le sujet intéressant pour ses expériences» "Le corps pèche et en a fini avec le pèche,"dit-il, "car l'action est une façon de purification.Rien ne reste alors,excepte le souvenir d'un plaisir ou le luxe d'un regret.(i) "On découvre quand il est trop tard que les seules choses qu'on ne regrette pas sont ses erreurs»n(2). "En vieillissant nous nous dégénérons en marionettes hideuses,hantées de la mémoire des passions dont nous avions trop peur,et des tentations esquises auxquelles (l)"The body sins and has done with its sin,for action is a mode of purifieation.Nothing remains then but the recollection of a pleasure or the luxury of a regret." "The Picture of Dorian Gray" .Page 30. (2).wWe discover when it is too late that the only things one never regrets are one's mistaxes." Page 60, 80. nous n'avions pas le courage de coder.n(l) Ces idées et d'autres de la sorte,fendues chatoyaotes par fantaisie et paradoxe,entraînaient leur victime de plus en plu3 prête a la destruction définitive de son ame. Le livro jouit d'une certaine vogue qui doit quelque-chose sans doute,aux suggestions succulentes qui plaisent a certains des lecteurs et en choque d'autres.Et encore ce3 suggestions sont intellectuelles si on les compare a celles que pratiquent Sterne ou Maupassant. , £ïhe Portrait de Dorian Gray" est bien éloigne de 1* histoire simple de Faust.Mais chacune traite la même thèse et lui donne la couleur de son propre siècle. LES AMERICAINS. NATHANIEL HATfTHORNS s'approche un peu de notre sujet avec "Dr.Rappaccini's Daughter" qui reproduit l'ancienne légende de la •poison-malden'.Mais c'est le corps de la jeune fille qui est vendu au mal,et jamais son ame, Ce qui est d'intérêt dans ce livre(l)est sa façon de manier le surnaturel.Hawthorne le traite d'une manière demi-credule.Il n'en donne ni une négation ni une (l)*In âge we dégénérate into hideous puppets,haunted by the memorles of the passions of which we weretoo much afraid,and the exqulsite temptations that w» had not the courage to yAeld to." The Picture of Dorian Gray. Page 36, (2)Hawthorne."Dr,Rappaccini's Daughter". ^ oston-Haughton and Mifflin 1886. 81. affirmation.il semble hésiter.Ceci éveille chez le lecteur un désir de croire.Pour wn fournir exemple,songer a la scène ou Giovanni offre des fleurs a Béatrice qui est sur le point d'entrer dans la maison.Il semble au jeune amant que les fleurs se fanent."C'est une pensée vaine",dit Hawthorne."Il ne serait pas possible de distinguer entre une fleur fanée et une fleure fraiche a cette distance." Et l'on voit tomber les petals morts comme des feuilles en automne quand elle traverse le seuil. Tandis que Nathaniel Hawthorne jouait tristement avec des idées sombres,EDGAR ALLAN POE pénétrait intrépidement dans les régions inexplorées de la terreur.Il cherchait infatigablement des situations peu communes et lugubres a l'excès et en faisait le point de départ pour des excursions dans l'anormal. Mais,bien que Poe nous donne des contes d'horreur de presque toute sorte,il laisse échapper une idée terrible-celle d'un pacte avec le diable. IL y a un auteur de plus parmi les Américains qui entre dans notre analyse,-HENRY JAMES. Dans"The Turn of the Screw"(l) il met le comble a la Cl)Henry James, "The Turn of the Screw". New York. Charles Scribner'ë Sons. 1907. 82. terreur quand il montre deux enfants d'une beauté exquise qui se donnent au pouvoir du mal. L'histoire est racontée par une jeune fille qui est gouvernante de deux enfants beaux,intelligents et charmants a un degré qui dépasse 1'ordinaire.Mais elle découvre peu a peu que leur charme n'est qu'un artifice de ruse prématurée.Ils sont étroitement lies aux âmes de deux scélérats,Miss Jessel,la première gouvernente de3 enfants,et Peter Quint fu le valet de chambre de leur oncle.Les deux spectres ont la faculté d'apparaitre aux enfants a l'insu du reste du monde.Mais toujours les enfanta gardent leur air d'innocence complète. "Leur beauté céleste,leur probité absolue et contraire a la nature sont une tromperie arrangée.Ils ne sont pas sagesjils ne sont qu'absents.Il est facile de vivre avec eux,parce qu'ils ne mènent qu'une vie de leur propre façon.Ils ne sont pas a moi,ils ne sont pas a HQKS nous...Ils sont a Quint et a cette femme.Ils veulent parvenir a ces êtres comme résultat de l'amour de tout ce qui est mauvais que le couple leur inculquait a cette époque terrilble.Maintenir ce travail de demon-voila ce qui ramené les autres."(1$ (l)"Their more than earthly beauty,their absolute, unnatural goodness are a policy and a fraud.They 83. Au commencement les enfants ne voient Quint et Miss Jessel "que,pour ainsi dire,a travers et par-delà,dans des endroits étranges ou élevés.Mais il y a un projet fixe de la part de tous,c'est de diminuer la distance et de surmonter l'obstacle.Ainsi le succès des tentateurs n'est qu'une question de temps.Ils n'ont qu'a continuer leurs suggestions de danger.Enfin les enfants viendront et—périront dans la tentative." (i) On ne sait pas exactement le sort de la petite fille, bien qu'on soit presque persuade qu'elle est perdue. Hais les forces du Sien triomphent chez le petit et l'ame de Peter Quint est confondue.Apres une lutte terrible la gouvernante sait que l'enfant est a couvert et, "Nous étions seuls avec le jour tranquille.Mais son petit coeur délivre s'était arrête. (2) haven't been good--theyÇve only been absent.It has been easy to live with them because they're simply leading a life of their own.They're not mine...they're not ours.. They're Quint's and that wornan's.They want to get to them for the love of ail the evilthat in those dreadful days the pair put into them.To keep up the work of démons is what brings the others back." Turn of the Screw Page 237. Cl)"They're seen only across,as it were,and beyond,In strange places and in high places...But there's a deep design on either side to shorten the distance and overcome the obstacle.So the success of the tempter is only a question of time.They've only to keep to their suggestions of danger for the children to corne and—perish in the attempt Turn of the Screw.. Page 238. (2)rtWe were alone with the quiet day,and his little heart, Bispossessed,had stopped." Last paragraph. i 84 . CHAPITRE X, CONCLUSION. 85e CHAPITRE X. CONCLUSION. La croyance au surnaturel,comme nous lfavons explique,est aussi vieille que l'humanité elle-même,, Au dxi-septieme siècle cet intérêt indispensable a l'homme se tournait beaucoup vers le caractère du diable00n croyait a une personnalité définitive qui pouvait entrer en relations avec l'homme et faire des contrats indissolubles avec lui# On s'y intéressait notamment plus en Angleterre qu'en France,probablement a cause de la religion,,Car en Hrance,qui est pour la plus grande partie catholique, c'est l'église qui est toute puissante,qui peut sauver ou condamner,tandis que dans un pays protestant comme l'angleterre,chaque homme est maitre de son salut et le diable est,pour ainsi dire,une espèce d'agent de police moral. Ainsi la religion catholique admet très peu de mysticisme,ce qui s'accorde bien avec l'esprit latin. Tandis que les races teutoniques inclinent naturellement vers le mystère,les Français,avec leur instruction classique et précise,n'admettent pas d'hallucinations. 86. Les contes de fées de Perrault serviront en exemple, Perrault a fait ce qu'un Anglais ne ferait jamais—l'esprit rationaliste du Français ne pouvait quitter l'histoire sans en detrouire les illusions.Son mysticisme a toujours un cote malicieux. Il n'en était pas de même pour l'angleterre» Les dramaturges du temps d'elisabeth étaient ravis par les terreurs du monde invisible et se plaisaient a en faire entrer dans leurs drames.Ainsi Marlowe se servait de l'histoire dePFaust,ce qui donne le sujet de notre these--le pacte avec le diable. Son idée fondamentalle est celle d'un homme richement doue par la nature,mais qui,entraine par ses ambitions, réussit a acquérir une puissance magique en vendant son ame au Malin. Mais dans l'époque qui succéda a celle d'Elisabeth tout se changea.C'était un siècle de raison et le désir du merveilleux se contentait de livres tels que la traduction de Gallande des "Mille et Une Nuits",les "Contes de Ma Mère Oie" de Perrault et des "Chap-Books" qui perpétuaient des histoires du moyen~age. Vers la seconde moitié du siècle le surnaturel se remit a s'enfiltrer dans la littérature,premièrement dans la poésie,sous 1'influence de Gray,de Collins 87. et de Burns.Le public se révoltait contre le réalisme dominant,et,il y avait un désir ardent de sensatifens nouvelles. Ce fut a cette époque que 1*esprit du romantisme na naquit."The Castle of Otranto" donna le branle au nouveau mouvement.Suivant le sentier qu'avait trace Walpole, Mme.Radcliffe,avec son contemporain Mathew Gregory Lewis,éveilla la frénésie qui,pendant quelque trente ans s*empara tant de romanciers et les forçait a inonder la France et l'Angleterre de leurs gémissements. C'était le moment propice pour l'introduction du thème d'un pacte avec le démon,et c'est Lewis qui s'en servit dans,"The Monk". Ce livre emploie l'idée habituelle mais la rend beaucoup plus terrible par les incidents qui y sont ajoutes.C'est un moine qui se vend--un de ceux pour qui une action de la sorte doit être impossible.Le pacte ne vient pas au commencement du Hure,mais a la fin.Dans 1'intervalle,le diable s'occupe toujours de sa victime,en le plongeant de plus en plus profondement dans l'embarras.A la fin du troisième volume il fait un pacte avec le moine et même alors il le dupe. Mais,bien qu'il n'y ait pas de contrat,on sait toujours que le misérable prêtre est sur de se damner. 88. Et ce n'est pas pour satisfaire a ses ambitions de puissance ou de savoir qu'il se perd,mais pour qcquerir la satisfaction de ses passions.Cette idée est infiniment plus baise que celle de Marlowe dans son "Faust". Ce roman de Lewis eut une grande influence en Angleterre et en France.Des le commencement du dlx-huitleme siècle les échanges littéraires devinrent de plus en filus a la mode dans le domaine du drame,de la poésie et du roman.Le goût pour la littérature sombre et frénétique qui s'était empare du public anglais commença de bonne heure a s'enfiltrer en France ou wThe Monk",imite© en Angleterre servit de modèle a nombre de mélodrames terrifiants. Mai3 le roman d'herreur qui avait eu tant de succès tomba entre les mains d'écrivains qui ne savait pas écrire et il ne devint qu'un chaos de terreurs.Les sottises de ses auteurs jetèrent le discrédit sur les idées dont ils se servaient.L'école qu'ils représentaient finit avec le "Melmoth" de Maturin. Encore une foie c'est l'ancienne idée d'un pacte, mais retouehee et individualisée par la conception que ce pacte puisse être transférable.Melmothpouvait se debarasser de 3on malheur a condition de trouver quelqu'uà qui le remplacerait volontairement.il avait traverse 89. le monde pendant des siècles,mais personne,pour gagner ce mande,ne voulait perdre son âme, L'influence de ce livre est évidente parmi les écrivains de mérite et parmi ceux qui en manquent en Angleterre et en particulier en France, Mais le surnaturel n'a jamais joue depuis lors le rôle orincipal qu'il avait a cette époque,Les auteurs romantiques rendent temoinage a la puissance des idées bizarres,mais principalement dans leurs livres de jeunesse,L'éducation classique et la logique des Français les empêche de trop s'absorber dans des sujets déraisonnables, Balzac apporte la lpus grande contribution au genre avec"Melmoth Réconcilie" et "La Peau de Chagrin".Mais touted les deux sont des études philosophiques;celle-là veut démontrer qu'il faut toujours que la piâà* puissance soit fondée sur la foi, celle-ci que c'est la loi du destin qu'il faut payer inévitablement chaque satisfaction extraordinaire aux désirs du coeur. Soulie,avec ses"Memoires du Diable" apporte quelque-chose de nouveau.Il ajoute une préposition qu'une rédemption esjt possible si la victime est heureux.Il a aussi l'idée de Ealzac d'une diminution p«,3 3ibl« du .«^s donne pour jouir d'une puissance extraordinaire. 90. En Angle terre,Bulwer Lytton fait du pacte l'idée essentielle de "Zanoni",mais il la transforme énormément. Le héros n'est plus un criminel qui désire despriveleges illegitimeà,mais un homme instruit et juste qui parvient a des qualités plus que terrestres par la conquête rigide de lui-même.Chez Lytton ce qu'il y a de barbare dans le roman est entièrement afface. L'ancien 4âee désir de sortir du monde de tous les jours inspire les auteurs d'aujourd'hui.Cependant,ce ne sont plus les manifestations du surnaturel qui sont de premier importance,mais des études scientifiques et psychologiques.On trouve le rBesultat de ce genre d'étude dans "The Turn of the Screw" de Henry James, "The Portrait of Dorian Gray" de Oscar Wilde,et "Dr. Jekyll and Mr.Hyde" de Stevenson qui tracent la psychologie du pèche. Avec le développement de l'étude de la psychologie et les découvertes faites par la science,il est fort difficile de prédire quelles sensations subtiles le roman futur cherchera a éveiller,Les possibilités de romans qui traitent d'un pacte entre l'homme et les forces du mal—cette histoire qui persiste depuis des siècles—-sont toujours inépuisables. 9 1 . BIBLIOGRAPHIE. fc.tïrv*~"-••~~ ..-~-;-r^r:?ïï;"-*-^^iJ:".,*-i 92. BIBLIOGRAPHIE. Addison(Joseph),-The Spectator.'rLondon,J.J.Chidley,1847. 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Wilde(Oscar) .-The Picture of Dorian G-rayi-Faris,Charles Carrlngton,I909, Williams(Harold).-Modem English Writers.-London,Sidgwick and Jackson,1919. 97. TABLE DES MATIERES. Introduction I. La Légende de Faust 7. LeTerrtriant en Angleterre avant de Horace Walpole 14. Le Surnaturel Explique en angleterre..21. Mathew Oregory Lewis 30. Charles Robert Maturln 37. Les Pré-Romantiques en France 46. Les Romantiques en France 54. En Angleterre • .67, Conclusion. 84. Bibliographie 91, L E <-' • * $ ' " ' i ' / af 

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