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L’échec du rêve américain : Volkswagen Blues, Une histoire américaine, On the Road et Detroit: An American… Cyr, Jason 2016

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L’ÉCHEC DU RÊVE AMÉRICAIN : VOLKSWAGEN BLUES, UNE HISTOIRE AMÉRICAINE, ON THE ROAD ET DETROIT: AN AMERICAN AUTOPSY by  Jason Cyr  B.A., The University of British Columbia, 2014  A THESIS SUBMITTED IN PARTIAL FULFILLMENT OF THE REQUIREMENTS FOR THE DEGREE OF  MASTER OF ARTS in THE FACULTY OF GRADUATE AND POSTDOCTORAL STUDIES (French)  THE UNIVERSITY OF BRITISH COLUMBIA (Vancouver)  April 2016  © Jason Cyr, 2016ii  Résumé   This thesis investigates the failure of the American Dream through historical contexts, in particular that pertaining to African-American history, as well as by way of a corpus comprised of four main books, two by Québécois authors and two by American authors.  These books include the following: Volkswagen Blues by Jacques Poulin, On the Road by Jack Kerouac, Une histoire américaine by Jacques Godbout and Detroit: An American Autopsy by Charlie LeDuff.  Throughout the analysis conducted within this thesis, the failure of the American Dream was the main focus of discussion, both within literature and historically.  The first part of the thesis is dedicated to the definition of the American Dream and who may achieve it.  In general, anyone may accomplish it, however, whites, both historically and contemporarily, tend to have a better chance of doing so.  The thesis then takes a historical look at the failure of the American Dream, specifically by way of the inequalities exemplified throughout African-American history from the 18th century to the present in comparison to the mistreatments of Québécois at the hands of Anglophone Canada.  The next part takes a look at the failure of the American Dream from a literary point of view, demonstrating how the United States may at first glance seem to exemplify the realization of the American Dream.  However, after further analysis, this American Dream turns out to be a failure due to many factors including government corruption, corporate greed and racial inequality.  It was concluded that whether someone will achieve the American Dream depends on who is asked as well as their cultural, racial, social, economic, and historical backgrounds among other factors. In the end, the question one must ask oneself is the following: Does the concept of the American Dream still exist today? iii  Préface    All the work presented henceforth is original, unpublished, independent work by the author, J. Cyr.                  iv  Table des matières  Résumé ........................................................................................................................................... ii Préface ........................................................................................................................................... iii Table des matières........................................................................................................................ iv Liste des abréviations .................................................................................................................. vi Remerciements ............................................................................................................................ vii Dédicace ...................................................................................................................................... viii Introduction : L'échec du rêve américain ...................................................................................1 Chapitre 1 : Le rêve américain .....................................................................................................4 1.1 L'échec du rêve américain : les inégalités historiques des Noirs aux États-Unis et celles connues par les Québécois ........................................................................................................ 10 Chapitre 2 : La définition de l'américanité selon Joseph Yvon Theriault, Jean Morency et Pierre-Yves Pétillon : le voyage, la route libre et l'automobile................................................37 2.1 Le portrait « positif » de l'américanité et du rêve américain dans On the Road et Volkswagen Blues : la route, le voyage et la liberté  ................................................................. 40 Chapitre 3 : La Beat Generation : une vue d'ensemble historique et les liens avec Volkswagen Blues et On the Road ...............................................................................................48 3.1 Le référendum de 1980 au Québec : une vue d'ensemble historique et les liens avec Une histoire américaine ............................................................................................................ 51 3.2 La dualité du rêve américain dans Volkswagen Blues et On the Road : pourquoi son idéal n'est-il pas comme prévu et s'avère plutôt un échec? ....................................................... 54  v  3.3 Le roman québécois et les années 80 au Québec : Volkswagen Blues, Une histoire américaine et le référendum de 1980 ........................................................................................ 60 Chapitre 4 : La manifestation de l'échec du rêve américain dans Une histoire américaine et Detroit: An American Autopsy .....................................................................................................65 4.1 L'échec du rêve américain en fonction de « l'effet de triangulation » entre le Québec, les États-Unis et l'Afrique ......................................................................................................... 73 Réflexions et conclusions : comment changer la société pour le mieux afin de réaliser l'utopie connue sous le nom de rêve américain? .......................................................................80 Bibliographie ................................................................................................................................85  vi  Liste des abréviations  CORE  Congress of Racial Equality EPI  Economic Policy Institute FBI  Federal Bureau of Investigation FEPC   Fair Employment Practices Commission FLQ  Front de libération du Québec IMF  International Monetary Fund KKK  Ku Klux Klan MFPD  Mississippi Freedom Democratic Party MIA  Montgomery Improvement Association NAACP National Association for the Advancement of Colored People SFR  San Francisco SNCC  Student Nonviolent Coordinating Committee  vii  Remerciements  J’offre ma plus grande reconnaissance à mes parents et à tous mes professeurs, de l’école élémentaire jusqu’à l’université, qui m’ont inspiré à poursuivre mes études en français et à enrichir mes connaissances dans cette langue.  J’aimerais avant toute chose remercier mon directeur de thèse, Dr. André Lamontagne, qui m’a soutenu tout au long du processus d’écriture, a répondu à toutes mes questions et a allégé toutes mes inquiétudes.   J’aimerais également remercier le Dr. Joël Castonguay-Bélanger et le Dr. Alain-Michel Rocheleau, tous deux membres de mon comité de thèse, pour leur importante contribution.   Dernièrement, j’aimerais remercier mes parents, Aimé et Colleen, de m’avoir soutenu pendant toutes mes études, financièrement et moralement, et dans toutes les décisions que j’ai prises dans ma vie.  Mes ancêtres québécois et français, y compris mes grands-parents québécois Antoine et Marie-Rose Cyr, seraient fiers de savoir que j’ai poursuivi mes études en français.          viii  Dédicace   J’aimerais dédier cette étude aux États-Unis d’Amérique.  En dépit de ses défauts, ce pays d’une beauté incontournable et sans pareil est le meilleur endroit au monde et fournit d’innombrables opportunités à toute personne. Malgré les exemples qu’on voit dans cette thèse, à mon avis, le rêve américain est encore réalisable de nos jours pour tous ceux qui sont prêts à travailler ardemment afin de l’accomplir.                 1  Introduction : L’échec du rêve américain  Le rêve américain est enraciné dans la mentalité de tout Américain sous forme de chansons folkloriques, d’histoire et de littérature.  Depuis les années 80 et, en particulier, depuis le rejet du « oui » au référendum de 1980 au Québec, ce rêve s’affirme également comme thème dans la littérature québécoise.  Des livres québécois illustrant l’influence des États-Unis au sein du Québec, comme Volkswagen Blues de Jacques Poulin, Une histoire américaine de Jacques Godbout, Copies conformes de Monique LaRue et Chercher le vent de Guillaume Vigneault, transforment l’imaginaire québécois sous l’influence de la tradition américaine, en particulier à travers la dimension du voyage et des aspects qui y sont associés comme l’automobile, la route et la liberté.  Une trentaine d’années plus tard, le thème de l’américanité est toujours aussi présent dans la littérature québécoise et sa popularité nous incite à l’étudier dans son rapport à la littérature étatsunienne.  Plus précisément, nous voulons comparer deux œuvres charnières de la littérature québécoise des années 80, Volkswagen Blues et Une histoire américaine, avec un classique de la littérature américaine, On the Road de Jack Kerouac, et un livre plus récent, Detroit: An American Autopsy du journaliste américain Charlie LeDuff.  D’où l’idée du rêve américain tire-t-elle son origine?  Comment et pour quelles raisons le concept du rêve américain est-il vu comme un échec?  Voici les questions clés que l’on doit prendre en considération dans l’analyse de notre corpus tout en comparant de quelles façons le rêve américain y est représenté.  En tenant compte surtout de ces quatre œuvres ainsi que de livres et d’articles historiques, critiques et théoriques, on verra que l’échec du rêve américain ne se présente pas toujours à première vue.  Pourtant, au fur et à mesure que l’on s’engage dans une lecture plus approfondie de ces textes, on s’aperçoit que deux de ces œuvres – Volkswagen Blues 2  de Jacques Poulin et On the Road de Jack Kerouac – illustrent l’échec du rêve américain plutôt que sa réussite à travers les aspects de la route, du voyage et de la liberté. On commencera ce travail de recherche en définissant le concept du rêve américain et en montrant de quelles manières il est aujourd’hui considéré comme un échec.  On examinera ensuite l’échec du rêve américain à travers les inégalités aux États-Unis et, en particulier, les divergences entre les Noirs et les Blancs dans l’histoire américaine du XIXe siècle jusqu’à présent.  On comparera ceci avec les inégalités entre les anglophones et les francophones au Québec selon les commentaires présentés par Pierre Vallières dans son livre intitulé Nègres blancs d’Amérique. On verra au deuxième chapitre les façons dont certains auteurs québécois définissent l’américanité, en prêtant surtout attention aux définitions de Joseph Yvon Thériault, de Jean Morency et de Pierre-Yves Pétillon.  En premier lieu, on se concentrera sur la notion du « vieux rêve de l’Amérique française1 » et sur la manière dont les voyages aux États-Unis évoquent des souvenirs nostalgiques pour certains Québécois selon les commentaires de Thériault.  Ensuite, on se focalisera sur l’automobile, sa parenté avec la route libre et en quoi elle sert d’outil incontournable afin de réussir un voyage d’après Morency.  Ces définitions de l’américanité produiront une vue d’ensemble des thèmes essentiels à la compréhension de l’américanité et de la manière dont l’idée du rêve américain est représentée positivement dans un premier temps au sein de On the Road de Jack Kerouac et de Volkswagen Blues de Jacques Poulin.   Au troisième chapitre nous donnerons un aperçu du référendum de 1980 au Québec et de la Beat Generation afin de présenter plus tard les idéologies dominantes dans les sociétés québécoise et américaine pendant les années 40, 50 et 80 respectivement et de contextualiser les                                                           1 Joseph Yvon Thériault, Critique de l’américanité.  Mémoire et démocratie au Québec (Montréal : Éditions Québec Amérique 2005), 70. 3  époques pendant lesquelles l’action se déroule dans trois des quatre livres du corpus.  On démontrera que ce rêve américain, dans On the Road et Volkswagen Blues, n’est pas ce qu’il semble être à première vue et se révèle plutôt, après mûre réflexion, un échec.  En même temps, pour reprendre le sujet du référendum de 1980 au Québec, on examinera quelques-unes des façons dont le roman québécois a changé entre le début du XXe siècle, avec l’apparition du roman de la terre, et les années 70 et 80, avec la parution du roman nomade et aventurier.  Dans ces romans québécois datant des années 70 et 80, l’intrigue se concentre souvent sur un voyage par la route vers la côte Ouest, souvent en Californie (la terre promise), où les personnages principaux sont en quête d’une nouvelle identité, comme dans Volkswagen Blues et Une histoire américaine, et ont pour but de retrouver les traces de l’histoire française, comme dans Volkswagen Blues.  En outre, on parlera de la façon dont l’échec du rêve américain est représenté dans Detroit: An American Autopsy de Charlie LeDuff et Une histoire américaine de Jacques Godbout à travers la corruption du gouvernement, la cupidité des entreprises, les crimes, la pauvreté, la violence, le racisme, la ségrégation, le consumérisme où le peuple est régi par l’argent entre autres inégalités sociales et économiques.  Au sein de ce premier chapitre, on abordera également l’échec du rêve américain à travers la perte d’emplois aux États-Unis aux mains des Chinois.  On verra aussi comment il y a un « effet de triangulation » entre le Québec, les États-Unis et l’Afrique (l’Éthiopie) en ce qui concerne l’idée de la colonisation/post-colonisation, la corruption gouvernementale, le racisme et la pauvreté et, pour ces raisons, comment ces trois « emplacements géographiques » représentent l’échec du rêve américain.   Enfin, on terminera le travail de recherche en offrant des suggestions, des pistes de réflexion sur la façon de réduire les inégalités dans le monde afin de mieux réaliser l’utopie envisagée pour les États-Unis et connue sous le nom de « rêve américain ». 4  Chapitre 1 : Le rêve américain   Des manuels d’histoire aux nouvelles diffusées à la télévision par les médias, le rêve américain est omniprésent aux États-Unis.  Je connais de nombreux Américains, certains d’entre eux sont mes meilleurs amis.  Lorsque je leur parle de leurs aspirations dans la vie, elles sont les mêmes que celles que le seizième président des États-Unis, Abraham Lincoln, a envisagées pour tout Américain : de se hisser à la force du poignet afin de passer de la pauvreté à la richesse.  Bien sûr mes amis ne sont pas « pauvres » comme les fermiers ou les esclaves vivant à l’époque de Lincoln, mais comme ces fermiers et ces esclaves, ils veulent réussir et gagner de l’argent afin d’améliorer leur mode de vie et de s’assurer une meilleure existence que celle que leurs parents leur ont fournie.  Cependant, cette idéologie ne s’applique pas à tout Américain.   Pour comprendre les origines et la signification du rêve américain, on peut tenter de répondre aux trois questions suivantes.  Premièrement, qu’est-ce que le rêve américain?  Deuxièmement, en prenant en considération les points de vue différents des Noirs américains et des Blancs américains, comment et pourquoi le rêve américain est-il considéré aujourd’hui comme un échec?  Et troisièmement, qui peut réaliser le rêve américain? Qu’est-ce que le rêve américain?  Pour répondre à cette question, j’utiliserai trois définitions différentes, la première venant de l’écrivain et l’historien James Truslow Adams datant des années 30, et les deux autres de l’écrivaine et l’historienne Jennifer Hochschild.  Selon Adams, le rêve américain est défini ainsi : « [A] dream of a land in which life should be better and richer and fuller for every man, with opportunity for each according to this ability or achievement.  […]  It is not a dream of motor cars and high wages merely, but a dream of social order in which each man and each woman shall be able to attain the fullest stature of which they are innately capable, 5  and be recognized by others for what they are, regardless of the fortuitous circumstances of birth or position.2  On verra maintenant deux définitions controversées du rêve américain selon Hochschild.  En voici la première : The first claim is that the American dream is and has been, for decades if not centuries, a central ideology of Americans.  By the American dream, I mean not merely the right to get rich, but rather the promise that all Americans have a reasonable chance to achieve success as they define it — material or otherwise — through their own efforts, and to attain virtue and fulfillment through success.  As an ideology it is a brilliant construction; as a guide for practice, its defects may match or even outweigh its virtues.  Not all Americans share it.  Certain categories of Americans have always shared it less than others; at certain periods of our history its preeminence has waxed or waned; its definition has varied, as have its competitors.  But since the era of Andrew Jackson, [that being the 1820s] (and perhaps before), the American dream has been a defining characteristic of American culture, aspirations, and — ostensibly, at least — institutions, against which all competitors must contend.3  Dans ces deux définitions ou plutôt affirmations proposées par Adams et Hochschild respectivement, on doit remarquer une chose clé qui les relie : la relativité du rêve américain.  Adams et Hochschild proposent des définitions différentes, mais le fait que le rêve américain peut être réalisé par tout Américain de façon différente selon ses besoins et ses aspirations est ce qui importe, car toute personne évalue son niveau de succès différemment.  Certaines personnes sont nées pauvres et certaines sont nées riches.  Par conséquent, l’argent n’est pas toujours forcément la condition incontournable afin de réaliser le rêve américain, mais il est souvent important.  La chose la plus importante à prendre en compte à l’égard de ces deux affirmations du rêve américain est de savoir que, quel que soit le taux de changement vis-à-vis du niveau de vie de vos ancêtres, le moindre changement positif, ou plutôt avancement, est souvent tout ce qui compte lorsqu’on évalue si le rêve américain se révèle une réussite ou un échec.                                                           2 James Truslow Adams, The Epic of America (Boston: Little, Brown, and Company, 1932), 404. 3 Jennifer L. Hochschild, préface à Facing Up to the American Dream: Race, Class, and the Soul of the Nation (Princeton, NJ: Princeton University Press, 1995), xi. 6  La deuxième affirmation, basée sur les divergences entre les races blanche et noire, mise de l’avant par Hochschild illustre l’échec potentiel du rêve américain : The second claim is that the ideology of the American dream faces a severe challenge.  The challenge is intricately entwined with race in two ways.  First, too often whites and blacks see a barrier, if not an enemy, when they look at each other.  Many middle-class African Americans see white placeholders denying them their earned and deserved success, or granting it only on uncomfortable, even humiliating, terms.  A few poor African Americans see white bodies and purses to be exploited, if not killed, and other poor blacks are finding it harder and harder to dispute this view.  Many whites see middle-class blacks making excessive demands and blaming their personal failures on a convenient but nonexistent enemy.  Even more see poor blacks as menacing, degraded strangers.4  En tenant compte de l’énoncé ci-dessus de Hochschild, on constate que ses points de vue du rêve américain vis-à-vis de la race et de la façon dont elle sert de barrière ne sont pas nouveaux.  Pourtant, ce qui a changé de nos jours, c’est qu’environ une quarantaine d’années après la fin du mouvement des droits civiques, il y a assez d’Afro-Américains faisant partie de toute classe sociale pour faire une différence politique et même pour inciter à la violence5. Dans ces conditions, si les Noirs américains et les Blancs américains continuent à soutenir ces opinions les uns des autres, une société basée sur la croyance au rêve américain est en péril6. Dernièrement, on verra quelques approches qui ont été tentées dans le but d’expliquer brièvement qui peut réaliser le rêve américain tel que l’on vient de le décrire.  Dans une phrase, l’ancien président William J. Clinton a saisi l’ensemble des principes, partagés et même présumés pour réussir, qui constituent l’idéologie du rêve américain, lorsqu’il a énoncé : « The American dream that we were all raised on is a simple but powerful one — if you work hard and play by the rules you should be given a chance to go as far as your God-given ability will take                                                           4 Hochschild, préface à Facing Up to the American Dream, xi. 5 Ibid. 6 Ibid. 7  you.7 »  Les propos de Clinton illustrent les principes du rêve américain et répondent, de façon sous-entendue, aux questions suivantes : qui peut poursuivre le rêve américain?  En quoi consiste la poursuite?  Comment peut-on poursuivre le rêve avec succès?  Pourquoi la poursuite vaut-elle notre plus profond engagement?8  Hochschild répond à chacune de ces questions plus directement en disant : The answer to “who” in the standard ideology is “everyone, regardless of ascriptive traits, family background, or personal history.”  The answer to “what” is “the reasonable anticipation, though not the promise, of success, however it is defined.”  The answer to “how” is “through actions and traits under one’s own control.”  The answer to “why” is “true success is associated with virtue.”9  Comme on vient de le voir, quelle que soit la signification du rêve américain, elle diffère d’après n’importe quel Américain.  Que ce soit les ancêtres, la richesse matérielle, le bonheur, ou la tolérance raciale, un élément clé afin d’atteindre le rêve américain est d’améliorer son niveau de vie relatif à un tel ou tel point de comparaison.  Cependant, la richesse n’est pas toujours nécessairement la chose la plus importante en ce qui concerne la réussite du rêve américain.  Le rêve américain peut varier selon la situation personnelle d’une personne, son enfance, sa race et, en général, ce qu’elle voit comme essentiel afin de progresser et d’avoir une meilleure vie que celle de ses parents et de ses ancêtres qui l’ont précédée.  En outre, le rêve américain se concentre sur la capacité et la volonté d’agir et ce sont ces choses-ci qui, en fin de compte, l’emportent sur toute autre chose.  Par conséquent, comme le dit Hochschild à cet égard :  [T]he American Dream is joyously liberating in its message that people may aspire to control their own destiny rather than merely acquiesce in the vagaries of fate or an overlord.  But it deceives as well as liberates when it teaches that people “do” control their own destiny rather than helping them to recognize limits that have nothing to do                                                           7 President Bill Clinton, speech to Democratic Leadership Council, 1993, cité dans Facing Up to the American Dream: Race, Class, and the Soul of the Nation, by Jennifer Hochschild (Princeton: NJ, Princeton University Press, 1995), 18. 8 Hochschild, Facing Up to the American Dream, 18. 9 Ibid. 8  with their own abilities or desires.  Thus for the poor as for the rich, the American dream encourages everyone to success but helps no one to fail.10  D’après Hochschild, chaque individu maîtrise donc son propre destin.  L’idéologie du rêve américain a ses limites qu’il s’agisse de sa réussite ou de son échec. À mon avis, l’idéologie du rêve américain ne peut pas simplement être rejetée ou ignorée puisqu’elle fait partie de l’histoire des États-Unis depuis trop longtemps et elle est, d’une façon ou d’une autre, enracinée dans l’esprit de tout Américain, vieux ou jeune.  De plus, selon mes recherches, les deux choix pour l’avenir du rêve américain sont soit le nationalisme afro-américain et d’autres groupes minoritaires, soit l’américanisme basé sur l’attribution de traits comme la classe sociale, l’appartenance ethnique, la religion entre autres caractéristiques héréditaires et indépendantes de la volonté de tel ou tel individu.  Ces traits ou caractéristiques attribués donnent à cette personne sa classe sociale et, pour cette raison, on a tendance à nommer ce terme ascriptive americanism en anglais.  On préférerait ne pas choisir une option plutôt que l’autre puisque, si cela se faisait, on entendrait des plaintes soit des Blancs américains soit des Noirs américains et d’autres groupes minoritaires, avec l’un des deux groupes raciaux finissant toujours par être mal loti.  D’un côté, les Blancs américains se plaindraient puisqu’ils pensent que dans leur pays ils sont censés être privilégiés par rapport aux autres groupes raciaux, car ils sont la race majoritaire aux États-Unis.  De l’autre côté, les Noirs américains et les autres minorités se plaindraient puisqu’ils croient devoir avoir accès aux mêmes droits que les Blancs américains.  Ces minorités renverraient la déclaration d’Indépendance, où l’on affirme que « all men are created equal11 », comme un cri de ralliement afin de justifier leur droit comme Américains d’être traités comme des égaux.  Hochschild continue à cet égard en disant :                                                           10 Hochschild, Facing Up to the American Dream, 252-53. 11 Declaration of Independence, 1776, cité dans Eric Nellis, The Long Road to Change: America’s Revolution, 1750-1820 (Toronto: University of Toronto Press, 2012), 283. 9  [Americans] seek to reconcile that belief with obvious disparities of life circumstances in several ways:  some inequalities are temporary but correctable anomalies in an otherwise well-functioning system; some are chosen by or the fault of the less fortunate themselves; some are mere differences.  However they explain away inequalities, no American believer in the dream can any longer query as a point of pride, “How much would it be “worth” to a young man entering upon the practice of law, to be regarded as a “white” man rather than a colored one? …  Indeed, is it [recognized as white] not the most valuable sort of property, being the master-key that unlocks the golden door of opportunity?”  Americans must not believe that the United States has immutable caste or class barriers; otherwise, the rest of the American dream is incoherent.12    Pour les raisons expliquées ci-dessus, le rêve américain sera toujours un dilemme cornélien, soit entre les classes sociales (riches et pauvres) soit entre les races (blanche et minoritaire). Les citations et les analyses ci-dessus serviront de base pour montrer la façon dont la race, la nationalité, la langue maternelle – traits attribués à l’hérédité et indépendants de la volonté (ascriptive), entre autres – jouent un rôle crucial dans la capacité de savoir si l’on pourra réussir ou non le rêve américain lors de l’analyse des livres du corpus, à savoir Volkswagen Blues de Jacques Poulin, Une histoire américaine de Jacques Godbout et On the Road de Jack Kerouac.  Dans le but de garder espoir pour un idéal du rêve américain et de terminer ce chapitre sur une note positive, je mets de l’avant la citation du romancier américain Thomas Wolfe qui illustre la façon dont le rêve américain devrait être représenté, mais qui ne serait présenté que de telle manière dans une société utopique : « So, then, to every man his chance—to every man, regardless of his birth, his shining, golden opportunity—to every man the right to live, to work, to be himself, and to become whatever thing his manhood and his vision can combine to make him — this, seeker, is the promise of America.13 »                                                           12 Charles A. Lofgren, The Plessy Case: A Legal-Historical Interpretation (New York: Oxford University Press, 1987), 154.  Hochschild, Facing Up to the American Dream, 256-57.  13 Thomas Wolfe, You Can’t Go Home Again (New York: Harper and Brothers, 1940), 508. 10  1.1 L’échec du rêve américain : les inégalités historiques des Noirs aux États-Unis et celles connues par les Québécois   De l’ère de Jim Crow où les Noirs ont été forcés de travailler pour les Blancs et ont été réduits à l’état d’esclavage à travers le métayage, aux années 60 où le président Lyndon Johnson a choisi de favoriser la guerre du Viêt Nam aux dépens des dépenses publiques pour l’avancement afro-américain – les Afro-Américains ont été oubliés en ce qui concerne l’éthos américain connu sous le nom de « rêve américain ».  En raison de l’importance historique de ces inégalités au détriment des Afro-Américains, il est impératif qu'on discute ici des façons dont les Afro-Américains ont été maltraités et considérés comme inférieurs aux Blancs, du XIXe siècle jusqu’à présent. On comparera ensuite les mauvais traitements des Noirs à ceux des Québécois par les anglophones au Québec selon Nègres blancs d’Amérique de Pierre Vallières.   Pour commencer, j’aimerais citer le discours de l’activiste afro-américain des droits civiques  Malcolm X qui a été prononcé à la Cory Methodist Church à Cleveland, en Ohio, le 3 avril 1964 et qui résume toutes les situations désespérées souffertes par les Afro-Américains au fil des années : No, I’m not an American.  I’m one of the 22 million black people who are the victims of Americanism.  One of the … victims of democracy, nothing but disguised hypocrisy.  So, I’m not standing here speaking to you as an American, or a patriot, or a flag-saluter, or a flag waver – no, not I!  I’m speaking as a victim of this American system.  And I see America through the eyes of the victim.  I don’t see any American dream; I see an American nightmare!14  Dans ce passage, Malcolm X s’identifie non pas comme un citoyen américain, mais plutôt comme une victime de la société américaine et un étranger vis-à-vis de son « pays natal ».                                                            14 James Cone, Martin and Malcolm and America: A Dream or a Nightmare? (Maryknoll: NY: Orbis Books, 1991), 1. 11  C’est-à-dire que les Afro-Américains, pour plusieurs raisons, étaient et sont encore considérés et traités comme des citoyens de deuxième classe au sein de la société américaine. La citation de Malcolm X peut être interprétée afin de décrire la totalité de l’histoire afro-américaine, dans le sens où du début du XVIIe siècle de l’Amérique coloniale jusqu’à aujourd’hui, les Noirs ont été assujettis à des inégalités et à des injustices sur la base de la couleur de leur peau.  Du moment où ces personnes d’ascendance africaine ont été enlevées de leur patrie en Afrique, elles étaient considérées comme inférieures à l’homme blanc à tous points de vue au sein du territoire connu aujourd’hui sous le nom des États-Unis d’Amérique.  Malheureusement, cette notion de l’infériorité de la race noire n’a pas encore disparu et perdure dans la société américaine contemporaine.  Qu’il s’agisse des offres d’emploi, des salaires, des droits politiques, des droits du mariage, etc., les Noirs ont toujours été mal lotis.  Avant de se lancer dans la comparaison des situations désespérées des Noirs avec celles des Québécois, on va essayer de donner un sens à cette histoire complexe, pleine de controverse, de violence, d’ambivalence et d’injustice, en illustrant l’histoire afro-américaine par l’entremise de cinq ères signifiantes qui sont impératives à sa compréhension.  On va commencer avec l’analyse de la période de Reconstruction (1862-1877), puis l’ère de Jim Crow (1877-1965) et au milieu de cela le Nadir (1890-1920).  Ensuite, on va aborder l’ère des droits civiques (1954-1970) et enfin l’ère post-droits civiques (1970-présent).  En examinant chacune de ces époques, on va tenter de justifier la citation de Malcolm X, au sens où l’histoire afro-américaine pendant ces époques était un échec et un « cauchemar ».  Contrairement à la citation de Malcolm X, l’accent sera mis sur les quelques moments inspirants dans l’histoire afro-américaine, entre la période de Reconstruction et aujourd’hui, qui ont engendré la confiance parmi les Noirs de telle sorte qu’ils croyaient pouvoir réaliser le rêve d’être traités d’égal à égal avec les Blancs 12  américains.  Il faut éviter un survol qui ne fait allusion qu’aux moments négatifs et déprimants de l’histoire afro-américaine et pour montrer que, dans une certaine mesure, le rêve américain était possible pour tout Américain, peu importe sa race et/ou classe sociale.   Bien que les réussites des Afro-Américains pendant la période de Reconstruction furent de courte durée, il y avait quelques « rayons de soleil » sous forme de droit de vote, d’occupation de charges gouvernementales et de propriété de terres.  Le dernier de ces trois exploits était la clé à la liberté afro-américaine selon le ministre baptiste afro-américain Garrison Frazier.  Frazier croyait que « blacks free and slave, possessed ‘sufficient intelligence’ to maintain themselves in freedom and enjoy the equal protection of the laws.15 »  En conséquence, Frazier croyait que les Noirs devraient avoir le droit aux fruits de leur travail, à l’accès à la terre et à l’égalité des droits vis-à-vis des citoyens blancs américains, tels que le droit de vote et le droit à une éducation afin d’assurer leurs libertés16.  Pourtant, selon Frazier « genuine economic freedom could be obtained only through ownership of land, for without land, blacks’ labor would continue to be exploited by their former owners.17 »  On peut donc voir à travers les mots de Frazier que les Noirs ont valorisé à la fois la liberté économique sous forme de propriété de terres et de la liberté politique quant à la possibilité de voter.  Toutefois, la forme économique de liberté par l’entremise de la propriété de terres était plus importante pour les esclaves affranchis, car ceci les a laissés récolter les fruits de leur dur labeur sans avoir un maître les forçant à exécuter des tâches.   Un exemple clé dépeignant la réussite de courte durée des Afro-Américains, la liberté économique et donc le « rêve américain » durant la période de Reconstruction était grâce à la propriété de terres.18  Par exemple, vers la fin de la Guerre civile, la rumeur que chaque famille                                                           15 Eric Foner, Forever Free: The Story of Emancipation & Reconstruction (New York: Vintage Books, 2006), 5. 16 Ibid. 17 Ibid., 91. 18 Reconstruction: The Second Civil War, PBS. 13  noire était censée recevoir 40 arpents de terre et une mule s’est répandue parmi toutes les personnes noires dans le sud des États-Unis.19  Cette rumeur était, dans une certaine mesure, vraie.  En 1865, la forme économique de la liberté noire a été imposée pendant le Savannah Colloquy par le général Tecumseh Sherman alors qu’il a ratifié son célèbre Special Field Orders No. 1520, lequel a alloué 40 arpents de terre sur les Sea Islands de la Caroline du Sud et sur la côte de la Géorgie et des mules inusitées de l’Armée de l’Union à chaque famille affranchie.21  Ces nouvelles ont enthousiasmé tous les gens récemment affranchis, car ils auraient enfin le droit de travailler la terre sur laquelle ils avaient trimé comme esclaves pendant de nombreuses années.22 Malheureusement, tout le battage était de courte durée parce que plus tard dans cette année, le Special Field Orders No. 15 a été révoqué par le président Andrew Johnson en raison des Blancs du sud « demanding the restoration of their property.23 »  En plus de ceci, l’expression de toutes les « libertés » des Noirs y compris le droit de vote, l’occupation de charges gouvernementales et la propriété de terres, étaient en cours d’être supprimées par les Blancs du sud.  Une expérience, le métayage, que les Noirs percevaient à première vue comme un avantage parce qu’ils avaient le droit de « posséder » et travailler leur propre terre, s’est avéré désavantageux pour les Noirs puisqu’ils en tiraient peu de profits.  Ils ont dû céder une partie des revenus tirés de leurs récoltes aux propriétaires de ces lopins de terre – ceux-ci étant souvent leur ancien maître  – et ils étaient forcés d’acheter leurs provisions du marchand blanc du coin à un prix élevé – celui-ci étant aussi habituellement leur ancien maître.  Ainsi, les Noirs ne tiraient                                                           19 Reconstruction: The Second Civil War, PBS. 20 Foner, Forever Free, 64. 21 Foner, op. cit., 64.  Reconstruction, PBS. 22 Reconstruction, PBS. 23 Alan Brinkley, « Reconstructing the Nation », dans American History: A Survey, by Richard N. Current et al., (New York: McGraw-Hill, 1991), 466. 14  aucun profit de ce système et étaient toujours endettés face à leur ancien maître.24  Ce système de métayage a entraîné les affranchis, qui n’étaient plus « en esclavage », à être le plus près de l’esclavage que possible par l’intermédiaire du renforcement blanc.25  Les Noirs, qui étaient en grande partie analphabètes, ont donné leur consentement à des contrats de métayage qui avaient pour but de les maintenir dans la pauvreté et de laisser les planteurs et les marchands blancs récolter la majorité des profits.26  Cependant, les Noirs se sont parfois sentis libres en « possédant », ou autrement dit, en étant capables de travailler leur « propre » terre.27  En outre, les planteurs blancs ont dit à leurs anciens esclaves qui leur faisaient du métayage qu’ils recevraient la protection d’autres Blancs.  Ceci a persuadé les Noirs de continuer de travailler pour leurs anciens maîtres. Le dernier évènement qui a marqué la fin de la période de Reconstruction et du renforcement des XIVe et XVe amendements à la Constitution des États-Unis afin de garantir la protection des droits des Noirs jusqu’au mouvement des droits civiques dans les années 50 et 60 était le compromis de 1877, aussi connu sous le nom de « la grande trahison ».  Dans ce compromis, les républicains et les démocrates ont négocié un accord en coulisses qui disait que si Rutherford B. Hayes devenait le président « he would recognize Democratic control of the entire South [by removing federal troops from the South] and refrain from further intervention in Southern affairs.28 »  En échange de ceci « Democrats promised not to dispute Hayes’s election and to respect the civil and political right of blacks.29 »  Comme prévu, les démocrates du sud n’ont jamais reconnu les Noirs comme des citoyens égaux dans le sens où ces premiers ont                                                           24 Reconstruction, PBS. 25 Ibid. 26 Ibid. 27 Ibid. 28 Foner, Forever Free, 198. 29 Ibid. 15  appliqué des lois, au cours de l’ère de Jim Crow, qui ont légalement ségrégué les Noirs des Blancs et les ont encore une fois placés dans une position d’infériorité vis-à-vis des Blancs.  En conséquence, les gouvernements du sud étaient maintenant libres d’exercer leur pouvoir politique comme bon leur semblait. Malheureusement, à part ces quelques accomplissements, les Afro-Américains ne pourront voir de changements véritables et significatifs vis-à-vis de leur avancement au sein de la société américaine jusqu’au mouvement des droits civiques dans les années 50 et 60, presque cent ans plus tard. Conséquemment, la période de Reconstruction a été la seule avant celle des droits civiques où l’explication de Malcolm X portant sur l’histoire afro-américaine peut être contestée, car c’est comme si les Afro-Américains durant cette époque avaient eu la capacité de s’élever du bas de l’échelle de la société américaine et travailler ardemment afin de se mettre au même statut socio-économique que les Blancs américains.  Cependant, la période de Reconstruction s’est achevée et l’ère de Jim Crow a commencé (1877-1965), avec la citation de Malcolm X décrivant l’histoire afro-américaine comme un « cauchemar américain » ayant encore l’air vrai. L’ère de Jim Crow (1877-1965) est une période pour les Afro-Américains qui peut être la mieux décrite par l’intermédiaire du Nadir (1890-1920) où la vie des Noirs aux États-Unis a touché le fond.  Par exemple, en 1896, le dossier de Plessy v. Feguson a été porté devant la Cour suprême.  Ce dossier concernait le demandeur Homer Plessy qui accusait l’État de la Louisiane.  Plessy a déclaré qu’en ne le laissant pas monter à bord d’un tramway marqué « Blancs seulement » et en imposant la ségrégation, on lui a nié ses droits soi-disant « protégés » par le XIVe amendement de la Constitution des États-Unis qui déclare que « all persons born or 16  naturalized in the United States were citizens of the United States30 » et que « no state could abridge the rights of citizens of the United States or deprive any person of life, liberty, or property without due process of law or deny to any person within its jurisdiction the equal protection of the laws.31 »  Peu importe la justification de Plessy dans cette affaire, la Cour suprême a décidé que les tramways ségrégués étaient acceptables pourvu que ceux utilisés par les Noirs et les Blancs soient « separate but equal32 ».  Par conséquent, cette décision prise par la Cour suprême a codifié l’apartheid à travers la notion de « separate but equal33 ». D’autres exemples des situations de détresse des Afro-Américains peuvent être illustrés par l’entremise de l’exécution des lois de Jim Crow.  Par exemple, à partir des années 1890 « every southern state enacted laws or constitutional provisions designed to eliminate the black vote entirely.34 »  Cependant, puisque le XVe amendement « prohibited the use of race as a qualification for suffrage, these new measures were ostensibly color-blind.35 »  Les systèmes les plus employés comprenaient « poll taxes, without payment of which a voter lost the franchise; literacy tests and requirements that a prospective voter demonstrate an ‘understanding’ of the state constitution; and stringent residency requirements.36 »  Ces systèmes imposés par les gouvernements du sud ont abouti à des changements si radicaux par rapport au nombre de votes qu’en Louisiane entre 1896 et 1900 « [b]lack voter registration plummeted 96 percent37 ». Enfin, afin d’empêcher les Noirs de s’inscrire sur la liste électorale dans le sud des États-Unis, des groupes d’autodéfense terroristes et blancs comme le Ku Klux Klan et le White League                                                           30 Brinkley, « Reconstructing the Nation », 457. 31 Ibid., 458. 32 Foner, Forever Free, 208. 33 Ibid. 34 Ibid., 206. 35 Ibid. 36 Ibid. 37 Harvard Sitkoff, The Struggle for Black Equality: 25th Anniversary Edition (New York: Hill & Wang, 2008), 5. 17  ont pris les choses en main en se lançant dans des actes de violence, notamment le lynchage.  Par exemple, dans les années 1890, il y avait une moyenne de 187 lynchages par année dans le sud des États-Unis38.  De plus : « [o]ver a thousand [blacks] were lynched between 1900 and 191539. »  Ces statistiques illustrent clairement l’opinion de Malcolm X des États-Unis comme un « cauchemar » pour les Afro-Américains. Jusqu’aux années 1920, 1930 et la Grande dépression, les frustrations des Afro-Américains ont continué de s’intensifier à cause de leur statut inférieur au sein de la société américaine.  Malheureusement : « [b]ecause of continuing white indifference and black impotency », les organisations comme la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP), ou en français, l’organisation de défense des droits civiques des Noirs, fondée en 1909 avec le but de « promot[ing] equality of rights and eradicat[ing] caste or race prejudice […] to advance the interests of colored citizens […] and complete equality before the law », étaient incapables de « affect the racial policies of Southern governments or […] compel the necessary corrective actions by the national government40. »  Néanmoins, la NAACP, à travers ses manifestations contre le racisme « slowly eroded the myth that Southern whites and black[s] […] had forged: that blacks were content […] with the status quo; that they did not consider the rights and duties of citizenship vital to black interests; and that they preferred the separation of the races to association with whites.41 » De la dissolution de ce mythe, qui a mis la suprématie blanche sur la défensive, est venue la Nouvelle Donne (New Deal), imposée par le président Franklin D. Roosevelt dans les années                                                           38 Michael O’Malley, « A Blood Red Record: the 1890s and American Apartheid », HIST 122, Spring 1999, https://chnm.gmu.edu/courses/122/empire/1890s.html. 39 Sitkoff, The Struggle for Black Equality, 5. 40 Ibid., 8. 41 Ibid., 9-10. 18  193042.  La Nouvelle Donne a aidé à saper le racisme par l’entremise de mesures comme l’Executive Order 8802, laquelle a établi la Fair Employment Practices Commission (FEPC) qui a « prohibited discriminatory employment practices by unions and companies with government contracts.43 »  Ces mesures, combinées à avec une pénurie de travail causée par la conscription et la fabrication en plein essor de produits pendant la Deuxième Guerre mondiale, ont aidé les Noirs à obtenir des emplois44.  En ce qui concerne les soldats afro-américains qui ont servi dans la Deuxième Guerre mondiale en unités ségréguées, ils ont pensé s’être montrés dignes d’obtenir l’égalité des droits vis-à-vis des Blancs après leur retour.  Cependant, à leur retour, les soldats afro-américains ont été encore traités comme des citoyens de deuxième classe puisque les gouvernements du sud ont refusé de changer leur attitude envers les Noirs45.  Ceci illustre encore une fois la vision de Malcolm X des États-Unis comme un « cauchemar » pour les Noirs. Même lorsque la situation semblait s’améliorer pour les Afro-Américains, à savoir au début du mouvement des droits civiques (1954-1970) avec le dossier de Brown v. Board of Education en 1954 où la Cour suprême a unanimement décrété que « in the field of public education the doctrine of ‘separate but equal’ has no place46 » puisqu’elle « deprived [people] of the equal protection of the laws guaranteed by the [14th] Amendment47 », les choses ont vite changé pour le pire.  Par exemple : « [j]ust [54] weeks after the Supreme Court had taken a giant stride toward the demise of Jim Crow with the upholding of the Brown v. Board of Education case, it stepped backward » en rejetant les plaidoyers de la NAACP afin d’ordonner la                                                           42 Sitkoff, The Struggle for Black Equality, 10. 43 Ibid., 11. 44 Ibid. 45 Eyes on the Prize: Awakenings, 1954-56, PBS. 46 Sitkoff, The Struggle for Black Equality, 22. 47 Ibid. 19  déségrégation immédiate et totale des écoles (dans le Sud) des États-Unis. 48  Au contraire, la Cour suprême a pris la décision de tenter une approche lente en mettant de l’avant des changements progressifs afin de réprimer la rébellion du sud49.  Pour cette raison, les intérêts et les demandes étaient, comme d’habitude, favorisés par le gouvernement fédéral aux dépens des Afro-Américains.    Comme l’espoir des Noirs pour l’égalité entre les races a été encore une fois brisé par le gouvernement fédéral, une femme afro-américaine connue sous le nom de Rosa Parks de Montgomery, en Alabama, allait mettre du baume à leur cœur.  En 1955, Parks a décidé de « résister à l’ordre » et a refusé de donner son siège à un passager blanc.  L’acte de défi de Parks « transmitted a surge of determination » au sein de la communauté afro-américaine de Montgomery, créant « a resolve to do something.50 »  Les Noirs se sont mobilisés après que Parks ait été arrêtée et se sont rendu compte qu’afin de faire progresser leurs droits civiques (déségrégation), ils devraient prendre les choses en main en organisant des manifestations de masse51.  Les Noirs de Montgomery ont pris les choses en mains en lançant un boycottage où ils ont refusé de prendre les autobus de la ville jusqu’à ce que leurs besoins soient satisfaits52.  Après 381 jours, les exigences des Noirs de Montgomery qui comprenaient « hir[ing] Negro bus drivers in black neighborhoods, insist[ing] that all bus drivers treat black patrons more courteously, and adopt[ing] a first-served seating system53 » ont été satisfaites.  De ce                                                           48 Sitkoff, The Struggle for Black Equality, 23. 49 Ibid., 43-4. 50 Ibid., 38. 51 Ibid., 39. 52 Ibid., 40. 53 Ibid. 20  boycottage est né un nouveau leader des droits civiques, Martin Luther King Jr., le président de la Montgomery Improvement Association (MIA), laquelle a coordonné le boycottage54. Martin Luther King Jr. était un fervent partisan de manifestations pacifiques afin d’obtenir des changements sociaux et pour que tout le monde, quelle que soit la couleur de leur peau, soit traité de la même manière55.  Ceci s’est démarqué des croyances d’un autre leader populaire du mouvement des droits civiques, Malcolm X, qui pensait que l’homme blanc était l’ennemi de l’homme noir et que « blacks must take control of their own livelihoods and culture by any means necessary56 », violents ou pacifiques.  Dès lors, Malcolm X était décrit par de nombreuses personnes comme radical et extrémiste57. Malcolm X et Martin Luther King Jr. ont séparé le mouvement des droits civiques en deux groupes différents selon leurs idéologies aux antipodes afin d’obtenir l’avancement pour les Noirs ainsi que le changement social.  Par ailleurs, à cause du fait que de nombreux Noirs devenaient impatients face à la philosophie pacifiste de King puisqu’elle n’entraînait aucun avancement pour les Noirs ni aucun changement social, de jeunes leaders afro-américains du mouvement des droits civiques comme Stokely Carmichael de la Student Nonviolent Coordinating Committee (littéralement « comité de coordination non violent des étudiants ») ou SNCC ont mis de l’avant les points de vue extrémistes de Malcolm X qui encourageaient l’avancement des Noirs à travers la notion de « Black Power »58.  Dave Dennis du Congress of Racial Equality (littéralement « Congrès pour l’égalité des races ») ou CORE a illustré les points de vue extrémistes de Malcolm X, lorsqu’il a déclaré : « I’m sick and tired of going to the funerals of black men who have been murdered by white men […]  We’ve defended our country.                                                            54 Sitkoff, The Struggle for Black Equality, 42. 55 Ibid., 52. 56 Ibid., 119. 57 Ibid. 58 Ibid., 197. 21  To do what?  To live like slaves? […] I’ve got vengeance in my heart tonight.59 »  Le discours de Dennis est venu après que le Mississippi Freedom Democratic Party (littéralement « le Parti démocratique de liberté du Mississippi ») ou MFPD ait organisé un « Freedom Summer » en 1964 dans le but de tenter de faire inscrire les Afro-Américains sur les listes électorales au Mississippi60 pendant lequel trois jeunes hommes, James Chaney, Andrew Goodman et Michael Schwerner, tous les trois travaillant pour la cause des droits civiques, ont été assassinés par le KKK au Mississippi61.  En réponse à cette tragédie, le président Lyndon B. Johnson a ordonné des recherches de grande envergure pour les trois jeunes hommes et une enquête menée par le FBI sur leur disparition62.  Six semaines plus tard, les agents fédéraux ont découvert les corps des trois hommes près de Philadelphia, au Mississippi63.  Personne ne s’est plaint de l’enquête menée par le président Lyndon Johnson.  Pourtant, ce qui a énervé de nombreux Afro-Américains, y compris Dennis, est que « the nation paid attention only when whites were killed, jailed, or beaten64 » et que si Chaney, le seul Afro-Américain parmi les trois hommes, avait été tué, aucune enquête n’aurait été ordonnée. Martin Luther King s’est rendu compte que la seule façon de concurrencer la promotion de la violence de Malcolm X, tout en utilisant sa doctrine pacifiste afin d’attirer l’attention du gouvernement fédéral, était de mettre en œuvre son « Project C ».  Ce projet comprenait des sit-in et des manifestations publiques dans le but de rendre public l’abus des Noirs partout aux États-Unis par l’entremise de la télévision65.  Le 3 mai 1963, King a décidé d’employer des enfants noirs comme manifestants en raison d’un manque de manifestants adultes et parce que « the                                                           59 Sitkoff, The Struggle for Black Equality, 164. 60 Ibid., 158. 61 Ibid., 160-62. 62 Ibid., 161. 63 Ibid. 64 Ibid., 165. 65 Ibid., 121-26. 22  news photographs of young girls and boys being hauled off to jail would dramatically stir the nation’s conscience.66 »  « Bull » Connor, le commissaire de la sécurité publique de la ville de Birmingham, en Alabama, qui en avait assez des manifestants, a ordonné à la police de les battre, de lâcher des chiens d’attaque qui ont mordu les manifestants enfants et a donné l’ordre aux pompiers d’utiliser leurs tuyaux d’incendie à haute pression sur les enfants afin de les abattre67.  « Graphic illustrations of clubbings, police dogs, and firehoses appeared on front pages of newspapers and on television sets throughout the country.68 »  Ces images bouleversantes, comme King l’avait espéré, ont éveillé la conscience des millions de Blancs qui étaient auparavant indifférents et insensibles à ce qui se passait pour les Noirs dans le sud du pays69.  « King suddenly had massive support.70 »  Le président John F. Kennedy a maintenant dû « resolve the conflict with the least possible political damage to himself.71 » En 1963, Kennedy a fait son discours qui met en application la promulgation d’un projet de loi de droits civils qui dit que les Afro-Américains « are not yet freed from the bonds of injustice; they are not freed from social and economic oppression.  And this nation, for all its hopes and all its boasts, will not be fully free until all its citizens are free.72 »  Kennedy a demandé au Congrès de « pass a civil rights law that included provisions for desegregating public accommodations » afin d’éviter des conflits raciaux et d’améliorer le statut économique des Noirs73.  Malheureusement, le 22 novembre 1963, le président Kennedy a été assassiné74.  Cependant, du côté positif, en 1964, le président nouvellement élu, Lyndon Johnson, a ratifié le                                                           66 Sitkoff, The Struggle for Black Equality, 127. 67 Ibid. 68 Ibid., 128. 69 Ibid. 70 Ibid. 71 Ibid. 72 Ibid., 146. 73 Ibid., 147. 74 Ibid., 153. 23  Civil Rights Act de 1964 en mémoire de Kennedy.  Cette loi « prohibited discrimination in most places of public accommodations, […] banned discrimination by employers and unions, […] and provided […] financial aid to communities desegregating their schools.75 »  De surcroît, en 1965, Johnson a ratifié le Voting Rights Act (« Loi sur les droits de vote ») qui a « authorized federal examiners to register qualified voters and suspended discriminatory devices like literacy tests76 ».  La ratification de ces lois semblait contribuer à élever le statut des Noirs au sein des États-Unis.  Toutefois, ces lois étaient infructueuses en raison du choix de Lyndon Johnson d’utiliser les fonds fédéraux pour la guerre du Viêt Nam, car ceci a pris le pas sur les problèmes intérieurs comme les droits civils pour les Noirs77.  En plus : « just [5] days after Johnson signed the voting-rights act of 1965, the most destructive race riot in more than two decades began in Watts, a Los Angeles ghetto78 ».  Sur ce, de nombreuses autres émeutes raciales se sont produites dans tous les ghettos du nord des États-Unis, y compris à Springfield, à Detroit, à Chicago, à Milwaukee, entre autres villes américaines79.  La raison de ces émeutes était de : Protest the pervasiveness and depth of white racism in the supposedly egalitarian North; […] to draw attention to […] the savagely oppressive behavior of the police in the ghetto; […] to smash the narrow view of the race problem as just a Southern phenomenon; […] to assert their unrequited plea for all the decencies and dignities possessed by other Americans; […] [and] to raise the economic questions which the civil rights movement had ignored80 ».    Les Noirs vivant dans le nord du pays « watched their brethren in the South gain concessions by creating disorder.81 »  En conséquence, les Noirs établis dans le nord du pays                                                           75 Sitkoff, The Struggle for Black Equality, 154. 76 Ibid., 182.  77 Ibid., 191. 78 Ibid., 185. 79 Ibid., 187. 80 Ibid., 192. 81 Ibid., 193. 24  croyaient qu’en adoptant la doctrine de la violence mise de l’avant par Malcolm X, ils pourraient réussir à progresser économiquement.  Pourtant, ceci n’a pas fini par se produire. Plutôt que de voir l’avancement des Noirs, après la fin du mouvement des droits civiques et l’élection de Richard Nixon comme président en 1969 (l’ère post-droits civiques : 1970 - présent), la vision de Malcolm X d’un « cauchemar américain » a refait surface.  Par exemple, en 1972, afin d’assurer sa réélection, Nixon a introduit sa « Southern Strategy » (« stratégie du Sud ») où il a mis en vigueur des lois dans le but de remettre à plus tard la déségrégation dans les écoles situées dans les États du sud, a rejeté la mise en application des lois interdisant la discrimination dans l’accès au logement et a accordé une prolongation du Voting Rights Act (« Loi sur le droit de vote ») de 196582.  De plus, Nixon « vetoed bills and impounded funds designed to assist blacks83 ».  La même tendance conservatrice devait continuer dans les années à venir, ensuite avec le président Gerald Ford à la fin des années 70.  Ford « shelved virtually every bill Congress passed that would have assisted the black poor » et a essentiellement poussé vers la « reségrégation84 ».  En général, les Blancs américains partageaient les mêmes points de vue que ces présidents parce qu’ils ne voyaient que les Noirs les plus vengeurs dépeints par les médias, comme les émeutiers dans les ghettos du nord et, par conséquent, ces Blancs ont passé de pro à anti-droits civiques noirs85. Le prochain espoir pour l’avancement des Noirs s’est présenté avec le président Jimmy Carter qui a promis de « alleviate the plight of blacks86 ».  Carter a fini par décider que les dépenses militaires étaient plus importantes que l’aide financière pour les Noirs87.                                                           82 Sitkoff, The Struggle for Black Equality, 212-13. 83 Ibid., 213. 84 Ibid., 214. 85 Ibid., 213. 86 Ibid., 214. 87 Ibid., 214-15. 25  Enfin, le président Ronald Reagan a été élu en 1980.  Reagan était « opposed to court-ordered busing and to the preferential treatment of minorities88 » et donc comme ses prédécesseurs conservateurs (Nixon et Ford), il promouvait la « reségrégation ». Cette politique conservatrice suivant le mouvement des droits civiques a servi à annuler le travail acharné et la détermination des leaders du mouvement des droits civiques comme Martin Luther King Jr. et a, en fin de compte, entraîné de plus en plus d’iniquités entre les Blancs américains et les Noirs américains.  Tristement, pour les Afro-Américains, cette tendance conservatrice dans la politique américaine perdurerait pendant les décennies à venir avec l’élection de Ronald Reagan et de George H. W. Bush dans les années 1980 et 1990. Le conservatisme des présidents américains suivant le mouvement des droits civiques démontre leurs « efforts to turn back the clock on racial matters89 » et que le racisme perdure et semble même s’intensifier au fur et à mesure que les années s’écoulent.  Par ailleurs, ce conservatisme montre que « the Second Reconstruction [(the Civil Rights Movement)], like the First Reconstruction a century earlier (1863-1877), had been overthrown by complacency, neglect, and resurgent racism.90 »  Tout ceci a déclenché « an era of hopeful promise [to appear] again to be superseded by an age of conservative “redemption.”91 »  De ce fait : « the United States [has] remained a racially divided and unequal society.92 »  Cependant : « the African-American struggle [has] indeed made a difference.  It [has] brought significant changes and achieved substantial advancements.  Yet the full promises of the movement [have] not been                                                           88 Sitkoff, The Struggle for Black Equality, 218. 89 Ibid. 90 Ibid., 219. 91 Ibid. 92 Ibid. 26  realized.  Prejudice and discrimination, both subtle and blatant, [continue] to poison race relations.93 » Bien qu’il y ait eu quelques lueurs d’espoir au cours de l’histoire afro-américaine, elles ont été malheureusement de courte durée, car le gouvernement fédéral des États-Unis favorisait et continue de favoriser les intérêts des Blancs aux dépens de l’avancement des minorités raciales.  Du compromis de 1877 où Hayes a reconnu « Democratic control of the entire South and [promised to] refrain from further intervention in Southern affairs94 », à l’investissement de Lyndon Johnson dans la guerre du Viêt Nam au détriment de l’avancement des Noirs, les Afro-Américains ont été encore et encore trahis et oubliés par le gouvernement fédéral qui est censé être leur protecteur, mais qui leur a plutôt servi d’ennemi.  Les iniquités provoquées par le favoritisme et le racisme « discutables » du gouvernement fédéral peuvent être illustrées par l’intermédiaire des statistiques comparant les Noirs américains et les Blancs américains.  Par exemple : « [i]n 1963, black families earned 55 cent for every dollar earned by whites.  In 2011, blacks earned 66 cents for every dollar earned by whites.95  En outre : « [t]he black poverty rate of 55.1 percent was just over three times the white rate in 1959 […]  In 2011, 27.6 percent of black households were in poverty – nearly triple the 9.8 percent white rate.96 »  Ces statistiques prouvent qu’il n’y a eu que très peu de changements entre la fin de l’ère de Jim Crow et aujourd’hui en ce qui concerne l’avancement des Noirs et leur égalité vis-à-vis des Blancs. Comme le professeur William Wilson l’a déjà dit : « Inequality is growing more rapidly in the black community than in the white community.  The Civil Rights movement benefited a                                                           93 Sitkoff, The Struggle for Black Equality, 219-20. 94 Foner, Forever Free, 198. 95 Michael A. Fletcher, « Fifty Years After March on Washington, Economic Gap between Blacks, Whites persists », Washington Post, August 27, 2013, www.washingtonpost.com/business/economy/50-years-after-the-march-the-economic-racial-gap-persists/2013/08/27/9081f012-0e66-11e3-8cdd-bcdc09410972_story.html. 96 Ibid. 27  relatively small percentage of middle-class, educated blacks.  Another segment, [the poor,] has been falling further and further behind because they have not been reached97 ».  Comme on peut le voir ici, il y a eu du progrès quant à l’avancement des Noirs.  Pourtant, cette progression est minime en raison de l’incapacité du gouvernement fédéral et des citoyens américains à assumer la responsabilité de leurs anciennes actions et d’avoir abandonné et oublié les Afro-Américains. À cause de cette négligence de la part des Américains blancs, les Afro-Américains n’ont aucune raison de viser le « rêve américain », car ils savent que sans l’intervention du gouvernement fédéral, lequel ne les aidera pas de toute façon, ils n’auront aucune chance d’améliorer leur statut au sein de la société américaine.  Comme on l’a vu pendant et après le mouvement des droits civiques dans les années 50 et 60, les gains politiques sont plus importants pour les leaders des États-Unis que les besoins de leur propre peuple, en particulier lorsque ces personnes font partie de minorités.  Par ailleurs, comme de nombreux Afro-Américains le disent de nos jours : « [T]he intertwined problems of black poverty, widespread unemployment, crime, failing schools, and family deterioration were the result of deliberate white disregard, of racist neglect; that if whites had been plagued by the same ills, the society would have acted decisively to cure the malady.98 »  Les citations comme celle-ci sont ce qui rend dérisoires les maximes américaines, comme celle figurant dans la déclaration d’Indépendance, qui dit que les États-Unis sont une démocratie où « all men are created equal99 ».  De telles citations servent nettement à expliquer la notion de Malcolm X d’un « cauchemar américain ». Pour terminer le portrait de l’échec du rêve américain selon la perspective des Noirs et les mauvais traitements auxquels ils sont et ont été assujettis, et avant de comparer leur situation désespérée avec celle à laquelle ont été assujettis les Québécois aux mains des anglophones,                                                           97 The Two Nations of Black America (Interview with William Wilson), PBS. 98 Sitkoff, The Struggle for Black Equality, 230. 99 Declaration of Independence, 1776, cité dans Eric Nellis, The Long Road to Change: America’s Revolution, 283. 28  j’aimerais citer les paroles de deux Afro-Américains, l’un des deux avec qui l’on s’est déjà familiarisé.  Ces deux Afro-Américains sont Dave Dennis du CORE et Richard Wright, homme né au Mississippi et à la recherche d’un pays avec la tolérance raciale où il serait traité d’égal à égal avec les Blancs.  Wright a été incapable de trouver cette tolérance, ni dans le nord ni dans le sud du pays. Comme l’a dit Dennis en 1964 après le meurtre de trois hommes travaillant pour l’avancement des droits civiques – James Chaney, Andrew Goodman et Michael Schwerner – par le KKK dans le Mississippi: « This [(America)] is our country too.  We didn’t ask to come here when they [(the white man)] brought us over here.100 »  Dans cette citation, Dennis explique que les Afro-Américains devraient être traités d’égal à égal avec les Blancs et que c’est injuste que les Noirs soient traités comme des citoyens de seconde classe.  Ceci est le cas parce que les Noirs n’ont jamais choisi de venir aux États-Unis : ils ont été forcés d’abandonner leur famille et de venir en Amérique du Nord. On voit la description des mauvais traitements qu’il a subis et, par conséquent, l’échec du rêve américain par l’entremise de ce qu’il nous raconte dans son livre intitulé Black Boy.  Au sein de Black Boy il y a de nombreux exemples illustrant la négligence de l’Amérique blanche face aux Afro-Américains, à savoir dans les quartiers pauvres et ruraux entourant le lieu de naissance de Wright, Natchez, au Mississippi, ainsi qu’à Memphis, à Chicago et à New York, les villes qu’il a habitées pendant sa vie.  Dans ces deux dernières villes au nord (Chicago et New York), Wright croyait qu’il allait trouver plus d’égalité entre les races (blanche et noire).  Cependant, Wright s’est rendu compte que peu importe sa position aux États-Unis, ce pays                                                           100 Eyes on the Prize: Awakenings, 1954-56.  PBS. 29  n’était pas la terre des Noirs101.  Comme Wright le dit dans Black Boy à l’égard de cette notion : « Negroes are told in a language they cannot possibly misunderstand that their native land is not their own; and when they, acting upon impulses which they share with whites, try to assert a claim to their birthright, whites retaliate with terror, never pausing to consider the consequences102 ».  Par ailleurs, Wright s’est aperçu que son désir ardent de découvrir une nouvelle façon de vivre au sein des États-Unis, ne serait jamais réalisé103.  Comme le déclare Wright dans Black Boy lorsqu’il exprime sa frustration de ne pouvoir trouver nulle part aux États-Unis la conviction que toutes les races devraient être traitées équitablement :  Well, what had I got out of living in the city?  What had I got out of living in the South?  What had I got out of living in America?  I paced the floor, knowing that all I possessed were words and dim knowledge that my country had shown me no examples of how to live a human life.  All my life I had been full of hunger for a new way to live[…]104   On peut voir ici que Wright croyait que c’était impossible pour l’Amérique blanche d’accepter les Noirs comme égaux vis-à-vis des Blancs et, pour cette raison, il percevait les Noirs comme étant traités comme des citoyens de deuxième classe et oubliés au sein de l’ensemble de la société américaine.  Ces deux citations ci-dessus, celles de Dennis et de Wright, ainsi que les innombrables autres auxquelles j’ai fait allusion dans ce chapitre, peuvent être employées afin de renforcer la preuve de l’existence de l’échec du rêve américain parmi les Afro-Américains tout au long de leur histoire.   Maintenant, je conclurai ce chapitre en offrant une brève vue d’ensemble de l’histoire des Québécois, les mauvais traitements auxquels ils ont été soumis aux mains des anglophones, et les                                                           101 Richard Wright, Black Boy (American Hunger): A Record of Childhood and Youth (New York: HarperCollins Publishers, 2005), 302. 102 Ibid. 103 Ibid., 383. 104 Ibid. 30  comparaisons entre les deux groupes soi-disant « marginalisés », les Afro-Américains et les Québécois, mis de l’avant par Pierre Vallières. Même si les recherches sur l’état des Québécois considérés comme assujettis ou colonisés aux mains des anglophones et comme minorités demeurant dans un pays de dominance anglophone sont approfondies, en ce qui concerne ce projet de thèse, on se focalisera avant tout sur les idées proposées par Pierre Vallières.  Comme nous allons le voir, les Québécois sont devenus un peuple soi-disant « colonisé » après la victoire des Anglais sur les Plaines d’Abraham, en Nouvelle-France, en 1759.  Par exemple, selon le professeur et l’historien Guy Frégault, cette conquête britannique, marquant la fin du régime français en Nouvelle-France, semble expliquer l’état colonisé actuel du Québec, lorsqu’il dit : En fait, un monde anglais s’est renfermé sur les Canadiens, sans pourtant qu’ils se fondent en lui, car il s’est créé contre eux et se développe sans eux.  Leurs générations se succèdent désormais dans un empire, dans un continent et dans un Etat britanniques.  Britanniques, les institutions politiques et les réalités économiques au milieu desquelles leur existence s’écoule.  Fatalement étrangères, les armatures sociales qui se forgent autour d’eux et au-dessus d’eux.  Et leur propre armature sociale ayant été tronquée en même temps que secouée sur ses bases, ils ne forment plus qu’un résidu humain, dépouillé de la direction et des moyens sans lesquelles ils ne sont pas à même de concevoir et de mettre en œuvre la politique et l’économie qu’il leur faut.  Les consolations qu’ils cherchent ne leur donnent pas ce qu’ils n’ont plus.  Leur condition ne résulte pas d’un choix qu’ils auraient fait : ils n’ont guère eu de choix; elle est la conséquence directe de la conquête qui a disloqué leur société, supprimé leurs cadres et affaibli leur dynamisme interne, si bien qu’elle s’achève en eux.105    Cependant, Vallières tente une approche plus radicale afin d’essayer d’expliquer les raisons pour lesquelles les Québécois sont encore considérés comme « colonisés ».  Avant de se lancer dans les justifications que propose Vallières vis-à-vis de cette « colonisation », on doit avant toute chose prendre en considération que le livre de Vallières, Nègres blancs d’Amérique, qui date des années 60, « est d’abord un acte politique » et est nécessairement partial envers le                                                           105 Guy Frégault, La Guerre de la Conquête (Montréal : Collection Fleur de Lys, 1955), 456-57. 31  FLQ qui était en faveur d’un Québec souverainiste106.  Pour ces raisons-ci, on doit prendre ce qui est dit par Vallières avec un grain de sel. Dans le but d’illustrer brièvement la façon dont Vallières dépeint les Québécois vis-à-vis des Noirs et les parallèles entre les deux groupes, je vais tirer une des nombreuses citations de son livre, Nègres blancs d’Amérique, exemplifiant l’histoire des Québécois comme un miroir de celle des Noirs.  Lorsqu’il tente de décrire les similarités entre les épreuves subies par les Québécois et les Noirs, Vallières déclare : La lutte de libération entreprise par les Noirs américains n’en suscite pas moins un intérêt croissant parmi la population canadienne-française, car les travailleurs du Québec ont conscience de leur condition de nègres, d’exploités, de citoyens de seconde classe.  Ne sont-ils pas, depuis l’établissement de la Nouvelle-France, au XVIIe siècle, les valets des impérialistes, les “nègres blancs d’Amérique”?  N’ont-ils pas, tout comme les Noirs américains, été importés pour servir de main-d’œuvre à bon marché dans le Nouveau Monde?  Ce qui les différencie : uniquement la couleur de la peau et le continent d’origine.  Après trois siècles, leur condition est demeurée la même [dans les années 1960].  Ils constituent toujours un réservoir de main-d’œuvre à bon marché que les détenteurs de capitaux ont toute liberté de faire travailler ou de réduire au chômage, au gré de leurs intérêts financiers, qu’ils ont toute liberté de mal payer, de maltraiter et de fouler aux pieds, qu’ils ont toute liberté, selon la loi, de faire matraquer par la police et emprisonner par les juges “dans l’intérêt public”, quand leurs profits semblent en danger.107  Comme on le voit dans cette citation et tout au long de son livre, Vallières présente les Québécois comme ayant subi des épreuves semblables, à des degrés divers, à celles vécues par les Noirs en ce qui concerne leurs souffrances et leur lutte pour le progrès après avoir été « forcés » de venir en Amérique du Nord – un continent de dominance anglophone où les Québécois, comme les Noirs, ont été soumis aux règlements des Anglais.  Cependant, ces futurs Québécois n’ont pas été astreints de quitter la France.  Ils sont partis parce qu’il n’y avait pas de travail et qu’ils n’étaient pas éduqués108.  Ainsi, on peut dire que les Français qui sont arrivés en                                                           106 Pierre Vallières, Nègres blancs d’Amérique (Montréal : Éditions Parti Pris, 1968), 12. 107 Ibid., 26. 108 Ibid., 27. 32  bateau en Amérique du Nord et, plus spécifiquement, sur le territoire connu aujourd’hui sous le nom du Québec ont été, dans une certaine mesure, condamnés à émigrer en raison de leur pauvreté109.  En quittant la France, ces Français avaient l’espoir de se créer une meilleure vie en Amérique du Nord110.  Pourtant, par rapport aux Noirs qui ont été également obligés de voyager en Amérique du Nord – sous peine de se faire tuer à bord du bateau qui les transportait – les émigrés provenant de France n’ont jamais connu les mêmes malheurs que les Noirs.  Oui, ces premiers ont été importés en Amérique du Nord, un lieu étranger qui a fini par être dominé par les Anglais, mais ils n’ont guère connu les misères qu’ont vécues les Noirs, y compris l’arrachement de leur pays natal, l’acte d’avoir été battu et violé tout simplement en raison de la couleur de leur peau.  Malgré cela, il y a néanmoins eu de la violence et de la discrimination, des maisons incendiées et quelques patriotes pendus dans le cas de la lutte des Québécois. En comparant ces deux groupes, l’historien Sean Mills constate bien la différence clé entre leurs situations historiques – servant à relativiser leur appel à être considérés comme des colonisés – lorsqu’il dit : « it became evident that the province [of Quebec] differed from most decolonizing nations in one crucial respect.111 »  Cet aspect, qui d’après certaines personnes y compris des théoriciens de la décolonisation, est le fait que les Canadiens français représentent les descendants de colons blancs, ayant eux-mêmes joué le rôle de colonisateurs auprès des autochtones. En bref, la conquête des Anglais de la ville de Québec lors de la Bataille des Plaines d’Abraham et la signature du Traité de Paris en 1763 ont signalé la cession de la grande majorité de ses terres à la Grande-Bretagne, y compris celles de la Nouvelle-France, laquelle comprend le                                                           109 Vallières, Nègres blancs d’Amérique, 27. 110 Ibid. 111 Sean Mills, The Empire Within: Postcolonial Thought and Political Activism in Sixties Montreal (Montreal: McGill-Queen’s University Press, 2010), 76. 33  Québec d’aujourd’hui.  En conséquence, on peut voir que d’après cette analyse il est important de préciser que du point de vue de Vallières, les émigrants français ont été exploités d’abord par la France lorsqu’ils ont dû la quitter pour le Nouveau Monde en raison de la pauvreté entraînée par un manque d’emplois, puis par l’Angleterre lors de la victoire des Anglais sur les Plaines d’Abraham.  Il y a également eu des soldats français qui ont déménagé au Nouveau Monde afin d’aider les Iroquois dans leur bataille contre les Anglais.  Parmi tous ces émigrés, les plus riches ont eu la tendance de retourner en France après la signature du Traité de Paris en 1763.  Les plus pauvres ont souvent été forcés de rester en Nouvelle-France afin de le peupler comme ils avaient peu d’options à part retourner à la pauvreté en France. Selon Vallières, ces iniquités ont continué dans les années 60, comme on l’a vu dans le cas des Noirs lors du mouvement des droits civiques.  Pourtant, les Québécois et, plus généralement, les francophones du Canada ont été traités comme une classe inférieure par rapport aux anglophones sous plusieurs aspects – les salaires, l’éducation, entre autres.  Par exemple, dans les années 60 dans le domaine de l’éducation, même si les francophones composaient 83 pour-cent de la population québécoise, trois des six universités étaient anglophones112.  Les anglophones constituaient 17 pour-cent de la population, mais composaient 42 pour-cent de l’inscription universitaire et recevaient 30 pour-cent des bourses d’étude gouvernementales113.   Un autre exemple de ces iniquités anglophones-francophones se retrouve en Ontario et au Manitoba à travers des exemples de l’injustice politique vis-à-vis de la langue française.  En 1912, en Ontario, le règlement 17 a été mis en application.  Cette loi avait pour objet de limiter l’usage de la langue française, comme langue d’enseignement et de communication, aux deux                                                           112 Hera Chan and Rachel Nam, « Who’s Afraid of a French McGill?  A History of the Opération McGill Movement of 1968-69 », McGill Daily, mars 2014, http://www.mcgilldaily.com/quebec/quebec-student-movement.php. 113 Ibid. 34  premières années de l’école élémentaire114.  Heureusement pour les Franco-Ontariens, cette loi a été modifiée en 1913 afin de permettre l’enseignement du français pendant une heure par jour aux élèves de tout âge115.  On peut donc constater que le but ultime du règlement 17 était d’assimiler les franco-ontariens avec aux anglo-ontariens. Un autre exemple de l’injustice politique est l’Acte du Manitoba de 1870 et les infortunes qu’il a entraînées.  Dans un premier temps, cet acte a établi un système double d’écoles catholiques romaines et protestantes116.  Cependant, les années 1870 et 1880 voient une arrivée massive d’anglo-protestants venant de l’Ontario, faisant ainsi diminuer rapidement la proportion de francophones et de catholiques romains par rapport à la population du Manitoba117.  En 1890, le gouvernement libéral du Manitoba abolit toutes les subventions aux écoles catholiques118.  Après des années de débats entre les membres du gouvernement fédéral, les lois anti-françaises et anti-catholiques seront maintenues jusqu’aux années 1970, le moment où l’on prend des mesures plus équitables vis-à-vis du français au Manitoba119.  Par conséquent, dans le Québec moderne, on considère la question des écoles du Manitoba comme l’atteinte la plus significative aux droits des catholiques et des francophones hors Québec120. Quant aux inégalités salariales entre anglophones et francophones au Canada, on les constate en particulier dans deux provinces, soit au « Québec, la seule province du Canada où les francophones forment la majorité de la population, et au Nouveau-Brunswick, la seule des neuf autres provinces de ce pays où, quoique minoritaires, ils constituent une part plus que                                                           114 Marilyn Barber and Paul-François Sylvestre, « La question des écoles de l’Ontario », Encyclopédie canadienne, le 7 février 2006, http://encyclopediecanadienne.ca/fr/article/la-question-des-ecoles-de-lontario/. 115 Ibid. 116 Paul E. Crunican, « Écoles du Manitoba, question des », Encyclopédie canadienne, le 7 février 2006, http://encyclopediecanadienne.ca/fr/article/ecoles-du-manitoba-question-des/. 117 Ibid. 118 Ibid. 119 Ibid. 120 Ibid. 35  substantielle des effectifs provinciaux.121 »  Selon l’étude réalisée par Nicolas Béland, Éric Forgues et Maurice Beaudoin dans leur article intitulé « Inégalités salariales et bilinguisme au Québec et au Nouveau-Brunswick, 1970 à 2000 », l’origine de ces inégalités est de nature sociopolitique où l’anglais exerce historiquement une domination « comme langue d’usage dans les segments secondaire et tertiaire du marché du travail au Québec et au Nouveau-Brunswick, et des anglophones, en tant que collectivité, dans leur économie.122 »  Comme je vais le montrer sans trop me lancer dans les chiffres, les causes et les conséquences de ce phénomène sont multiples.  Par exemple, selon les études effectuées dans l’article de Béland et coll., une distribution idéaltypique des revenus de travail entre francophones et anglophones, par rapport à la période comprise entre 1970 et 2000, se présenterait, en gros, comme suit : 1) les personnes d’origine ethnolinguistique anglaise, prises collectivement, ne parlant que l’anglais, ont les revenus de travail moyens les plus élevés ; 2) les personnes d’origine ethnolinguistique anglaise, prises collectivement, capables de parler le français et l’anglais, n’ont pas des revenus de travail moyens supérieurs aux premiers, la valeur du français sur le marché du travail étant supposée nulle pour ces personnes ; 3) les personnes d’origine ethnolinguistique française capables de parler l’anglais et le français ont des revenus de travail moyens inférieurs à ceux des deux premiers groupes ; 4) les personnes d’origine ethnolinguistique française ne parlant que le français ont les revenus de travail moyens les plus faibles des quatre groupes étudiés ici.123  Par conséquent, ces quatre déclarations factuelles nous indiquent qu’entre les années 1970 et 2000, pour obtenir un emploi sur le marché du travail de sa province de résidence – dans le cas de cette étude, au Québec et au Nouveau-Brunswick : 1) pour les personnes d’origine ethnolinguistique française, la connaissance de l’anglais est une nécessité pour l’accès à des emplois mieux rémunérés ; 2) ces mêmes personnes, une fois ces emplois occupés, subissent un sort salarial différent de celui de leurs                                                           121 Nicolas Béland, Éric Forgues et Maurice Beaudoin, « Inégalités salariales et bilinguisme au Québec et au Nouveau-Brunswick, 1970 à 2000 », Recherches sociographiques 51, no. 1-2 (2010) : 75. 122 Ibid., 77. 123 Ibid. 36  collègues anglophones. Elles gagnent moins, et certaines causes de ce traitement différentiel peuvent être associées à de la discrimination.124  Heureusement : « ce lien historique disparaît graduellement de 1970 à 1995, et en 1995, pour la première fois, nous observons que les salariés bilingues sont mieux rémunérés que les salariés unilingues au Québec et également mieux rémunérés, qu’ils soient issus de la communauté francophone ou anglophone.125 » D’après de nombreuses statistiques, on a vu que cette tendance d’inégalité entre les races, noires et blanches, ne cesse malheureusement pas de perdurer, même de nos jours.  On a également constaté, en fonction de statistiques, que cette tendance d’inégalité existe aussi, dans une moindre mesure, entre les groupes linguistiques anglophones et francophones, mais c’est en grande partie réglé de nos jours.  Ce sont pour ces raisons que Vallières a pris l’initiative de suivre les pensées plutôt radicales, extrémistes et militaristes de Malcolm X dans le but de mettre fin à l’oppression subie par les Québécois aux mains des anglophones126.  Vallières voyait cette « oppression » comme étant en parallèle avec celle subie par les Noirs, à savoir dans les années 50 et 60 pendant le mouvement des droits civiques127.                                                                124 Béland, Forgues et Beaudoin, « Inégalités salariales et bilinguisme au Québec et au Nouveau-Brunswick, 1970 à 2000 », 77. 125 Ibid., 76. 126 Mills, The Empire Within, 74, 76. 127 Ibid. 37  Chapitre 2 : La définition de l’américanité selon Joseph Yvon Thériault, Jean Morency et Pierre-Yves Pétillon : le voyage, la route libre et l’automobile  On sait déjà qu’il y a de nombreuses façons de définir l’américanité.  Dans le cadre de ce travail, je vais me limiter à celles mises de l’avant par deux Québécois, Jean Morency et Joseph Yvon Thériault, et un Français, Pierre-Yves Pétillon, tout en me concentrant sur les définitions que proposent les deux premiers qui insistent particulièrement sur le voyage, la route (libre) et l’automobile.  Ces définitions vont servir de base afin de montrer la manière dont l’idée du rêve américain est exprimée « positivement » et « négativement » au sein de On the Road et Volkswagen Blues. Tout d’abord, dans son sens le plus général, l’américanité est définie selon le dictionnaire numérique Antidote comme tout ce qui a à voir avec le « caractère américain [ou] l’identité américaine128 ».  Pour sa part, Jean Morency définit en ces termes l’américanité dans son rapport avec le Québec : « [L]’étude des liens qui unissent la collectivité québécoise, telle qu’elle peut être perçue dans ses comportements sociaux et ses productions symboliques, à la société étatsunienne de même qu’aux autres “collectivités neuves du continent”129 ». Selon Morency, l’américanité se présente dans les littératures québécoise et américaine à travers l’automobile, laquelle sert « d’élaboration d’une territorialité québécoise130 ».  De façon tautologique, le thème de l’automobile est lié à celui de la route, car on a besoin d’un moyen de transport afin de faire des voyages par la route et pour franchir de nouveaux territoires.  La littérature québécoise a emprunté l’imaginaire de l’automobile au road book et au road movie                                                           128 « Américanité », dictionnaire Antidote 8 v3. 129 Jean Morency, La littérature québécoise dans le contexte américain (Québec : Éditions Nota bene, 2012), 9. 130 Thériault, Critique de l’américanité, 81. 38  américains131 où elle est la particularité qui forme le noyau de toute l’histoire.  L’automobile sert d’objet incontournable dans plusieurs livres qui représentent l’expérience américaine parce que sans elle l’histoire ne se déroulerait pas : elle est une sorte de « véhicule-maison » à l’intérieur duquel se passe la majorité de l’intrigue. De surcroît, le road book et le road movie sont fondés sur « l’opposition des corps en mouvement (vitesse) et des corps en repos (immobilité)132 ».  C’est en conduisant l’automobile que l’intrigue se déroule et puisque l’on est en mouvement, on franchit de nouveaux territoires et l’on raconte de nouvelles histoires. Le thème de l’automobile représente un « saut inaugural hors de l’espace clos de la coutume vers l’espace ouvert de la diversité, cherchant dans le grand livre du monde ce qu’il cherche en lui-même133 » où « [l]a conquête de l’espace coïncide avec la reconquête […] de l’origine perdue et enfouie.134 »  Ces citations font allusion à l’idée du rêve d’une Amérique française, à l’idée que les Québécois voyagent afin de réfléchir à ce que serait l’Amérique du Nord si elle avait été majoritairement française et de trouver une nouvelle identité à l’intérieur d’eux-mêmes vis-à-vis de l’Amérique du Nord anglophone.   Le phénomène du roman de la route semble illustrer le processus d’américanisation de la société québécoise.135  Pourtant, selon Morency : Les romanciers québécois, tributaires d’une tradition et d’une condition caractérisées par le nomadisme et par l’expérience de l’espace, étaient naturellement disposés à recevoir les road books et les road movies américains, eux-mêmes tributaires d’une tradition de mobilité géographique.  Ils ont donc emprunté de manière ouverte et délibérée […] à des formes d’expression véhiculées par l’appareil culturel étatsunien.136                                                             131 Morency, La littérature québécoise dans le contexte américain, 53. 132 Ibid. 133 Pierre-Yves Pétillon, La grand-route : Espace et écriture en Amérique (Paris : Éditions du Seuil, 1979), 21. 134 Ibid. 135 Morency, La littérature québécoise dans le contexte américain, 66. 136 Ibid. 39  En conséquence, on pourrait dire que la littérature québécoise, dans une certaine mesure, se calque sur l’américaine.  Mais, ce faisant, ces romanciers québécois ont adapté ces formes à leur sensibilité particulière et sont ainsi parvenus à conjuguer, en un sens, leur propre américanité et leur québécitude.137 La deuxième définition proposée par Thériault porte sur la notion du « vieux rêve de l’Amérique française ».  Cette notion est liée au voyage, à la route et à l’automobile, car ce n’est qu’en voyageant par la route sur la côte Ouest des États-Unis ou du Canada, que les Québécois peuvent remonter dans le temps afin d’idéaliser la concrétisation de ce vieux rêve de l’Amérique française.  En même temps, ils peuvent réfléchir à la vie de leurs ancêtres en ce qui concerne la composition langagière nord-américaine si les Français avaient pu garder le continent nord-américain en leur possession; c’est-à-dire la nostalgie.  Comme le dit l’écrivain québécois Jean Larose dans son livre La petite noirceur : « [L]es Québécois regardent la Prairie, les Rocheuses, les rivages du Pacifique comme des territoires à eux.  Ne sait-on que, au Référendum de 1980, la crainte de “perdre les montagnes Rocheuses” a poussé bien des gens à voter non138? »  Cette citation démontre que les Québécois qui ne militent pas pour l’indépendantisme et le souverainisme ne veulent pas renoncer à habiter le reste du Canada, car il représente le vieux rêve de l’Amérique française que certains Québécois pensent encore possible aujourd’hui.  Toutes ces pensées représentent l’idéalisation d’un passé glorieux et d’une autre histoire qui « aurait pu » s’écrire.  En raison de ce fait historique, on voit que le vieux rêve de l’Amérique française s’est révélé un échec : « [l]a route de l’américanité ne conduit pas à l’Amérique française, mais [plutôt] à sa perte dans la descente continentale139 ».                                                           137 Morency, La littérature québécoise dans le contexte américain, 66. 138 Jean Larose, La petite noirceur (Montréal : Boréal, 1987), 89, cité dans Joseph Yvon Thériault, Critique de l’américanité.  Mémoire et démocratie au Québec (Montréal : Éditions Québec Amérique inc., 2005), 70. 139 Thériault, Critique de l’américanité, 70.  40  2.1 Le portrait « positif » de l’américanité et du rêve américain dans On the Road et Volkswagen Blues : la route, le voyage et la liberté  Dans ce sous-chapitre, nous allons voir les manières dont l’américanité et, par extension, le rêve américain, sont représentés de façon « positive » dans On the Road de Jack Kerouac et de Volkswagen Blues de Jacques Poulin en mettant de l’avant quelques exemples liés aux thèmes du voyage, de la route, de l’automobile et des passages tirés de ces œuvres dépeignant la beauté des États-Unis.  On the Road,  un livre quasi autobiographique du Franco-Américain Jack Kerouac, qui prend ici le nom de Sal Paradise comme pseudonyme, personnifie l’américanité et le rêve américain.  Dans On the Road, on voit souvent le lien entre la route, la liberté et la joie, car c’est en conduisant sur la route ouverte et libre que l’on éprouve un sentiment de liberté.  Par exemple, lors du dernier voyage des deux personnages principaux de l’œuvre, Sal Paradise et Dean Moriarty, autour des États-Unis et au Mexique dans la troisième partie du livre, Sal dit : « Dean was happy again.  All he needed was a wheel in his hand and four on the road.140 »  Plus tard dans l’histoire, on voit encore la représentation de la route, mais cette fois-ci comme quelque chose à quoi on ne peut pas échapper et qui en même temps devient une partie du corps et de l’âme de Moriarty et de Paradise lorsque le premier annonce au dernier : « Yes!  You and I, Sal, we’d dig the whole world with a car like this because, man, the road must eventually lead to the whole world.  Ain’t nowhere else it can go — right?141 »  Dans cette même scène, Paradise déclare:   […] now I could feel the road some twenty inches beneath me, unfurling an flying and hissing at incredible speeds across the groaning continent with that mad [Moriarty] at                                                           140 Jack Kerouac, On the Road: With an Introduction by Ann Charters (New York: Penguin Classics, 2003), 210-11. 141 Ibid., 231.  41  the wheel.  When I closed my eyes all I could see was the road unwinding into me.  When I opened them I saw flashing shadows of trees vibrating on the floor of the car.  There was no escaping it.  I resigned myself to all.142  Ces deux citations servent à montrer également la façon dont nous sommes à la merci de la route au sens où c’est elle, en collaboration avec l’automobile, qui décide si l’on pourra continuer à rouler.  Toutefois, peu importe la « vraie » signification de la route dans On the Road, une idée l’emporte sur toute autre dans cette œuvre : « the road is life.143 »  La beauté du paysage étatsunien comme complément ou symbole indirects et sous-entendus illustre le rêve américain et la liberté en voyageant par la route, car le paysage sert d’outil qui peut rendre le voyage soit plus agréable, soit moins agréable.  Pour cette raison, le paysage est incontournable lorsqu’on parle de la réalisation et/ou de l’échec du rêve américain. Les deux descriptions suivantes tirées de On the Road illustrent cette beauté telle qu’elle est définie ci-dessus.  Le premier passage présente la beauté du paysage de la côte Ouest de la Californie, à savoir San Francisco, en faisant référence quelquefois à la couleur blanche qui pourrait représenter l’idée de Dieu, du ciel, des nuages et, par extension, le paradis, un nouveau départ, une société utopique et la réalisation du rêve américain : « […]  It was a Sunday.  A great heat wave descended; it was a beautiful day, the sun turned red at three.  [Paradise] started up the mountain and got up to the top at four.  All those California cottonwoods and eucalypti brooded on all sides.  Near the peak there were no more trees, just rocks and grass.  Cattle were grazing on the top of the coast.  There was the Pacific, a few more foothills away, blue and vast and with a great wall of white advancing from the legendary potato patch where Frisco fogs are born.  Another hour it would come streaming through the Golden Gate to shroud the romantic city in white, and a young man would hold his girl by the hand and climb slowly up a long white sidewalk with a bottle of Tokay in his pocket.  That was Frisco; and beautiful women standing in white doorways, waiting for their men; and Coit Tower, and the Embarcadero, and Market Street, and the eleven teeming hills.144 »                                                            142 Kerouac, On the Road, 235-36. 143 Ibid., 212.  144 Ibid., 78. 42  Le deuxième passage nous offre un portrait de la beauté d’une grande partie des États-Unis, de la côte Est à l’état du Montana et tout ce qui se trouve entre les deux : « [Paradise] took the Washington bus; wasted some time there wandering around; went out of [his] way to see Blue Ridge, heard the bird of Shenandoah and visited Stonewall Jackson’s grave; at dusk stood expectoration in the Kanawha River and walked the hillbilly night of Charleston, West Virginia; at midnight Ashland, Kentucky, and a lonely girl under the marquee of a closed-up show.  The dark and mysterious Ohio, and Cincinnati at dawn.  Then Indiana fields again, and St. Louis as ever in its great valley clouds of afternoon.  The muddy cobbles and the Montana logs, the broken steamboats, the ancient signs, the grass and the ropes by the river.  The endless poem.  By night Missouri, Kansas fields, Kansas night-cows in the secret wides, crackerbox towns with a sea for the end of every street; dawn in Abilene.  East Kansas grasses become West Kansas rangelands that climb up to the hill of the Western night.145  Cette beauté du paysage étatsunien peut se concrétiser si nous réussissons à réaliser le rêve américain.  Que ce soit la somptuosité de la côte Ouest et, plus spécifiquement, de San Francisco et du Golden Gate Bridge présentée dans la première citation, ou la splendeur du reste du pays, des plaines jusqu’à la côte Est, dépeintes dans la deuxième citation, toute beauté soi-disant utopique est possible en réalisant le rêve américain.  La matérialisation de ce rêve nous laisse admirer et apprécier la beauté des États-Unis, contrairement à ce que nous allons observer plus tard au moment où nous allons aborder les aspects soi-disant « négatifs » du rêve américain et, par extension, la morosité de son paysage, tous deux liés à son échec. En ce qui concerne le vieux rêve de l’Amérique française en tant que représentation « positive » du rêve américain dans Volkswagen Blues, on le voit dans la scène où les deux personnages principaux de cette œuvre, Jack et la Grande Sauterelle, lisent le livre The Oregon Trail Revisited qui fait allusion à la Piste de l’Oregon – connue comme le « Grand Rêve de l’Amérique146 » pour les émigrants qui ont émigré vers l’Ouest afin de trouver des terres vastes                                                           145 Kerouac, On the Road, 255-56. 146 Jacques Poulin, Volkswagen Blues (Montréal : Éditions Québec/Amérique, 1984), 101. 43  et fertiles en vue de recommencer leur vie, libres et heureux147.  Pour Jack, probablement comme pour les émigrants sur la Piste de l’Oregon, ce « Grand Rêve de l’Amérique » signifiait que « la découverte de l’Amérique avait été la réalisation d’un vieux rêve148 » et, en particulier pour Jack, la réalisation du vieux rêve d’une Amérique française.  Par exemple, Jack prétend que : [D]epuis le commencement du monde, les gens étaient malheureux parce qu’ils n’arrivaient pas à retrouver le paradis terrestre.  Ils avaient gardé dans leur tête l’image d’un pays idéal et ils le cherchaient partout.  Et lorsqu’ils avaient trouvé l’Amérique, pour eux c’était le vieux rêve qui se réalisait et ils allaient être libres et heureux.  Ils allaient éviter les erreurs du passé.  Ils allaient tout recommencer à neuf.149    Cette notion d’émigrer vers l’Ouest en Amérique se rapporte à Jack et à la Grande Sauterelle qui essaient de se découvrir en voyageant le long des États-Unis (de l’Est vers l’Ouest) et, dans une certaine mesure, tentent de recommencer leur vie, comme les émigrants l’ont fait autrefois.  Pareils aux émigrés avant eux, Jack et la Grande Sauterelle ont aussi déménagé vers l’Ouest pour chercher le bonheur150.  Comme le dit Joseph Yvon Thériault dans son livre intitulé La critique de l’américanité.  Mémoire et démocratie au Québec : « [L]es personnages du roman Volkswagen Blues de Jacques Poulin tentent de retrouver dans le voyage qui les mènera de Gaspé à San Francisco […] la vieille route de l’Amérique française qui guide le parcours initiatique d’accès à l’américanité.151 »  Pourtant, nous verrons plus loin que ce rêve américain, en fonction du vieux rêve de l’Amérique française dans Volkswagen Blues, peut également être représenté de façon « négative ». Pour ce qui est de l’automobile entrevue comme une représentation « positive » du rêve américain dans Volkswagen Blues, elle est présentée, selon Thériault, comme un moyen servant à                                                           147 Poulin, Volkswagen Blues, 101, 122. 148 Ibid., 101. 149 Ibid. 150 Ibid., 179. 151 Thériault, Critique de l’américanité, 70. 44  « [l’]élaboration d’une territorialité québécoise152 ».  Dans ce livre, l’automobile est considérée comme le noyau de l’histoire.  En plus d’être un moyen de transport, l’automobile, dans Volkswagen Blues, sert aussi de « véhicule-maison » à l’intérieur duquel se passe la majorité de l’intrigue.  Le récit prend place pendant que Jack et la Grande Sauterelle sont en train de conduire (en mouvement) sur la route et même au moment où ils s’arrêtent de bouger, le récit continue, d’habitude sous la forme d’histoires faisant allusion au vieux rêve de l’Amérique française. Cependant, le minibus que conduisent Jack et la Grande Sauterelle sert aussi d’endroit de sécurité et de réconfort, car c’est un endroit où Jack et la Grande Sauterelle peuvent se parler en français librement dans un continent où l’anglais est la langue dominante.  Dès lors, le minibus comme lieu de sécurité et de réconfort peut aussi se rapporter à l’idée présentée ci-dessus du vieux rêve de l’Amérique française, car d’un côté, c’est en parlant français à l’intérieur du minibus que Jack et la Grande Sauterelle peuvent à la fois tenter de garder l’espoir de cet idéal et d’entretenir leur culture française dans un continent anglophone – même si parler français aujourd’hui ne signifie pas que l’on ait cet idéal.   La volonté de maintenir cet idéal est illustrée à travers une scène en particulier, lorsque Jack et la Grande Sauterelle passent par Detroit et discutent de la murale de l’artiste Diego Rivera153.  Ils s’étendent « sur l’idée que l’auto rouge [est] le symbole du bonheur et que Rivera avait voulu dire une chose très simple : le bonheur est rare et pour l’obtenir il faut beaucoup d’efforts, de peines et de fatigues154 » de la même manière qu’il est difficile de réaliser le rêve américain.                                                           152 Thériault, Critique de l’américanité, 81. 153 Poulin, Volkswagen Blues, 97. 154 Ibid., 97-8. 45  Ce passage a un lien avec Detroit: An American Autopsy de Charlie LeDuff, l’une des œuvres de notre corpus, dans le sens où les deux œuvres montrent la façon dont le rêve américain est tombé en ruine : dans Volkswagen Blues de manière plutôt nostalgique, à travers la disparition de la langue française au sein des États-Unis et, dans l’œuvre de LeDuff, de façon pragmatique avec le récit de la crise économique. Volkswagen Blues tente donc d’idéaliser le rêve américain par l’entremise d’une murale à Detroit.  Cette représentation de la réalisation du rêve américain à travers l’automobile est ironique dans le sens où, comme nous allons l’observer dans le livre de LeDuff, l’effondrement de l’industrie automobile est l’une des conséquences de la crise économique aux États-Unis.  Les emplois manufacturiers constituaient l’épine dorsale de l’économie américaine et l’essor de l’industrie automobile dans la première moitié du XXe siècle a grandement contribué à l’imaginaire de la route et du rêve américain.  Par rapport à Detroit: An American Autopsy, Volkswagen Blues nous laisse avec une lueur d’espoir. Bien que la plupart du temps Jack et la Grande Sauterelle ne parlent le français que dans le minibus, ce qui fait d’eux des marginaux et des étrangers vis-à-vis de la société étatsunienne de dominance anglophone, nous observons à travers quelques autres personnages secondaires qu’il existe encore des traces du vieux rêve de l’Amérique française dans l’œuvre de Poulin.  Par exemple, lorsque Jack et la Grande Sauterelle sont en route vers Kansas City, ils prennent la décision de dormir à Independence Overnight Trailer Park à Independence, au Missouri.  Ici, ils rencontrent le journaliste Ernest Burke « qui parlait très bien le français155 » et dont le nom était « à son avis une déformation de Bourque156 ».  Cette escale à Independence s’avère la première fois dans le livre que Jack et la Grande Sauterelle parlent français en dehors du minibus avec                                                           155 Poulin, Volkswagen Blues, 138. 156 Ibid. 46  quelqu’un d’autre qu’eux-mêmes.  De façon ironique, le nom Independence fait allusion au vieux rêve de l’Amérique française dans le sens où nous observons qu’il existe encore des traces de celui-ci aux États-Unis et, par extension, des lieux où le français peut exister « librement » ou « indépendamment » de la dominance anglophone nord-américaine tout en retrouvant sa gloire d’antan – c’est-à-dire avant la vente du territoire de la Louisiane au XVIIIe siècle et, par conséquent, l’échec de toute possibilité de fonder un continent français. Un autre exemple de la trace de l’existence du vieux rêve de l’Amérique française se trouve vers la fin du livre, au moment où Jack et la Grande Sauterelle rencontrent un vagabond qui se prend pour Ernest Hemingway, mais qui parle également lui-même le français157. La façon dont l’automobile est représentée dans ces deux œuvres se rapporte également à la notion de territorialité.  Cette notion peut être définie au sens le plus large comme tout  « ce qui fait partie du territoire d’un État158 » afin de s’identifier à un territoire particulier.  Dans Volkswagen Blues, on fait référence à des Québécois qui s’identifient à leur terre natale, celle du Québec.  Ce n’est qu’à travers l’automobile que les personnages principaux de cette œuvre peuvent faire un « saut inaugural hors de l’espace clos de la coutume vers l’espace ouvert de la diversité, cherchant dans le grand livre du monde ce qu’il cherche en lui-même159 » où « [l]a conquête de l’espace coïncide avec la reconquête […] de l’origine perdue et enfouie.160 »  Ces citations ci-dessus illustrent également le fait que même si de nombreux francophones ont perdu l’usage de leur langue maternelle dans la plupart des provinces du Canada et aux États-Unis (sauf la Louisiane et la Nouvelle-Angleterre), ils ont encore l’occasion de franchir ces territoires qui sont maintenant presque tous anglophones afin de se remémorer leur ancienne histoire                                                           157 Poulin, Volkswagen Blues, 227. 158 « Territorialité »,  dictionnaire Antidote 8 v3. 159 Pétillon, La grand-route, 21. 160 Ibid. 47  française qui était jadis florissante, mais qui est à peine présente ces jours-ci.  En outre, bien que la France ait vendu le territoire de la Louisiane aux États-Unis il y a environ deux siècles, de nos jours, les francophones habitant l’Amérique du Nord peuvent encore visiter ces anciens territoires français et voir les monuments historiques afin d’évoquer des souvenirs faisant allusion à l’ancien empire français au sein des États-Unis.  On voit ceci à travers les nombreux épisodes historiques racontés dans Volkswagen Blues.  Dès lors, cette idée de remémoration du passé peut être interprétée soit de façon positive, en la voyant comme la nostalgie de l’épanouissement français au sein du continent nord-américain, soit de manière négative en l’observant comme une réflexion sur le fait d’avoir perdu une grande partie d’un continent autrefois français aux mains des Américains, avec la vente du territoire de la Louisiane en 1803. Dans Volkswagen Blues, la beauté des États-Unis est illustrée lorsque Jack offre une description du Golden Gate Bridge, en disant qu’il « est fait moitié en acier et moitié en rêve, […] quand j’étais petit, je pensais qu’il était en or.  J’étais sûr qu’il avait été construit avec l’or qu’on a découvert en Californie.161 » Ce passage dépeint à la fois la beauté de San Francisco et l’émerveillement des voyageurs en provenance de l’Est du continent et, dans ce cas-ci, d’un Québécois devant la côte Ouest, représentée comme la terre promise.  De plus, cet extrait nous montre dans quelle mesure le Golden Gate Bridge symbolise, dans l’imaginaire national américain, la porte du Pacifique et la réalisation d’un défi architectural avec la construction de ce pont.  Ces portraits plutôt positifs de l’américanité, dans On the Road et Volkswagen Blues, peuvent toutefois cacher des illusions.                                                           161 Poulin, Volkswagen Blues, 255. 48  Chapitre 3 : La Beat Generation : une vue d’ensemble historique et les liens avec Volkswagen Blues et On the Road  D’où la Beat Generation et le mot « beat » tirent-ils leurs origines?  En quoi consistait un beatnik?  En quoi la Beat Generation a-t-elle des liens avec Volkswagen Blues et On the Road?  Voilà les questions auxquelles je vais tenter de répondre afin de contextualiser l’intrigue, de mieux comprendre l’époque dans laquelle s’inscrivent les œuvres de Godbout et de Kerouac et d’établir des liens entre la Beat Generation et ces deux œuvres.  Les origines du mot « beat » sont bien et brièvement décrites par l’auteur Steven Watson, dans son livre intitulé Birth of the Beat Generation: Visionaries, Rebels, and Hipsters, 1944-1960, lorsqu’il dit : The word “beat” originally derived from circus and carnival argot, reflecting the straitened circumstances of nomadic carnies.  In the drug world, “beat” meant “robbed” or “cheated” (as in “a beat deal”).  Herbert Huncke picked up the word from his show business friends on the Near North Side of Chicago, and in the fall of 1945 he introduced the word to William Borroughs, Allen Ginsberg, and Jack Kerouac.162  Pour ce qui est de la Beat Generation, cette époque était connue, selon le livre de Cornelis A. Van Minnen et al. intitulé Beat Culture: The 1950s and Beyond, comme un « post-World War II Bohemian culture in the United States and […] a countercultural movement that opposed “square,” bourgeois culture »163.  En ce qui concerne leurs quartiers les plus fréquentés, il y avait trois enclaves qui sont devenues bien connues pour les populations Beat :                                                           162 Steven Watson, Birth of the Beat Generation: Visonaries, Rebels, and Hipsters, 1944-1960 (New York: Pantheon Books, 1995), 3.   163 Cornelis A. Van Minnen, Jaap Van Der Bent, and Mel Van Elteren, eds., Beat Culture: The 1950s and Beyond (Amsterdam: VU University Press, 1999), 2. 49  Greenwich Village, à New York; North Beach, à San Francisco; et Venice West, en banlieue de Los Angeles164. Ceux qui ont marqué la Beat Generation comme Allen Ginsberg, Jack Kerouac et leur premier mentor, William S. Burroughs, employaient leur art ou, plus spécifiquement, leur style d’écriture – qui consistait en récits hautement idiosyncrasiques semblant parfois avoir été dictés par une conscience non censurée – et leur mode de vie comme un reflet des changements historiques survenus aux États-Unis durant la période suivant la Deuxième Guerre mondiale165.  Ces hommes ont découvert le mot « beat » à Times Square, au milieu des années 1940, à l’aide d’Herbert Huncke, un drogué et, plus tard, un écrivain « beat » lui-même166.  Ginsberg, Kerouac et Burroughs ont tous les trois interprété le mot « beat » de manière différente – Ginsberg et Kerouac ont indiqué que ce terme voulait dire « exhausted, poor, beatific, while Burroughs, a master ironist, used it as a verb, meaning to steal or con.167 »  Pourtant, pour tous ces hommes, le mot « beat » signifiait « a revolution in manners, one that made hitchhiking, jazz, gender-bending, left-wing attitude and high-style low life “de rigueur” for anyone aspiring to hipster status.168 » Comme on peut le voir, les beatniks comprenaient des individus qui pourraient être décrits, dans une certaine mesure, comme les hippies des années 60, qui doivent eux-mêmes beaucoup au mouvement « beat », ou comme un mélange de vagabonds, de bohémiens et de hipsters visibles de nos jours.  Pourtant, ils étaient plus nomades, car ils voyageaient en train à travers les États-Unis lors des années 40 et 50, dans le but de s’opposer au mode de vie                                                           164 Van Minnen, Van Der Bent, Van Elteren, Beat Culture: The 1950s and Beyond, 3. 165 Watson, Birth of the Beat Generation, 5.  Dennis McNally, préface à Desolate Angel: Jack Kerouac, the Beat Generation, and America (New York: Random House, 1979), ix. 166 Holly George-Warren, The Rolling Stone Book of Beats: The Beat Generation and the American Culture (New York: Hyperion, 1999), 5-6. 167 Ibid., 6. 168 Ibid. 50  traditionnel de la société américaine.  Ils s’opposaient à la guerre, soutenaient la libération de la censure de la parole, des œuvres littéraires et de la sexualité, entre autres choses.  La Beat Generation était : […] une génération de “hipsters” fous, illuminés, qui se lèverait soudain et parcourait l’Amérique, sérieuse, curieuse, vagabonde, […] une style nouveau […] complètement détaché des influences européennes (pas comme la Génération perdue), une incantation nouvelle169 », une génération « trop vivante, trop intense, trop infatigable, trop curieuse pour plaire à ses aînés.  […]  Partout la beat génération semble fiévreusement occupée à poser des questions, les unes terrifiantes, les autres insignifiantes, pour en arriver à une seule : comment vivrons-nous170? »  On comprend que ceux qui faisaient partie de la Beat Generation vivaient en marge de la société américaine, mais que ceci leur convenait comme mode de vie. Pour conclure, nous allons répondre à la question suivante : quels sont les rapports entre la Beat Generation et les œuvres Volkswagen Blues et On the Road?  En premier lieu, les liens entre la Beat Generation et le livre de Poulin sont exemplifiés à travers les références à de nombreuses figures provenant de ce mouvement.  Par exemple, vers la fin de Volkswagen Blues, lorsque Jack et la Grande Sauterelle se trouvent à la librairie City Lights, ils reconnaissent une photo dans un livre intitulé Beat Angels sur laquelle figure le « noyau » des beatniks y compris Jack Kerouac, Allen Ginsberg, Neal Cassidy, William S. Borroughs et l’homme « non-identifié » qui pourrait être Théo171.  À City Lights, ils remarquent aussi qu’il y a des recueils en vitrine d’autres célébrités de la Beat Generation y compris Howl and Other Poems d’Allen Ginsberg, The Electric Kool-Aid Acid Test de Tom Wolfe et Clean Asshole Poems de Peter Orlovsky172.  De plus, la Grande Sauterelle a en mains un exemplaire de On the Road de Jack Kerouac qu’elle                                                           169 Jack Kerouac, « Aftermath: The Philosophy of the Beat Generation”, Esquire, mars 1958, cité par Jacqueline Starer, Les écrivains Beats et le voyage, Paris, Didier, coll. « Études anglaises », 1977, 20. 170 John Clellon Holmes, « The Philosophy of the Beat Generation », Nothing More to Declare, cité par Jacqueline Starer, op. cit., 24. 171 Poulin, Volkswagen Blues, 265. 172 Ibid., 269. 51  porte avec elle au cours du voyage à travers l’Amérique avec Jack Waterman173.  Dans cette scène, Waterman et la Grande Sauterelle arrivent à Washington Square, dans le quartier North Beach, que fréquentaient souvent les beatniks, à savoir Jack Kerouac174.  Ce passage nous montre dans quelle mesure le voyage transcontinental effectué par Waterman et la Grande Sauterelle a des liens avec celui fait par Kerouac dans sa vraie vie et celui de Paradise dans On the Road.  De manière plus générale, ces deux scènes nous montrent dans quelle mesure la Beat Generation sert de référent dans Volkswagen Blues. Pour ce qui est de On the Road, son rapport avec la Beat Generation vient du simple fait que l’intrigue de ce livre prend place pendant les années 40 et 50, le cœur de la Beat Generation, et est écrit par Jack Kerouac, le soi-disant fondateur de ce mouvement.   3.1 Le référendum de 1980 au Québec : une vue d’ensemble historique et les liens avec Une histoire américaine  En quoi consistait le référendum de 1980 au Québec?  Pour quelles raisons s’est-il soldé par la victoire du non?  En quoi ce plébiscite a-t-il des liens avec Une histoire américaine?  La campagne référendaire de 1980 au Québec était un débat entre le Québec et le reste du Canada, le premier voulant se séparer du reste du pays.  Ce mouvement indépendantiste et souverainiste, proposé par René Lévesque qui était le leader du Parti Québécois en ce temps-là, est très bien décrit par Édouard Cloutier, dans l’avant-propos du livre intitulé Québec, un pays incertain : Réflexions sur le Québec post-référendaire, lorsqu’il dit : Le peuple du Québec s’est vu offrir, à l’occasion du référendum de mai 1980, un choix entre deux façons bien distinctes de prendre part au Canada : la souveraineté-association                                                           173 Poulin, Volkswagen Blues, 258. 174 Ibid., 258-59. 52  ou le fédéralisme.  La première faisait du Canada une entité essentiellement économique à laquelle le Québec aurait adhéré par la voie d’une association volontaire et révocable entre partenaires souverains.  La seconde maintenait le Canada comme une entité politique souveraine au sein de laquelle les provinces, dont le Québec, exerceraient certains pouvoirs limités.  Dans la première, le Québec aurait été souverain et le Canada, complémentaire; dans la seconde, le Canada est souverain et le Québec, complémentaire.  Il s’agissait donc en fait d’un choix entre deux pays : le Québec ou le Canada.175  On voit ici que le Québec et ses citoyens avaient une décision assez critique à prendre en ce qui concernait leur avenir.  Vers quel côté les Québécois ont-ils décidé de s’orienter?  Quels ont été les résultats du scrutin? Les résultats du référendum ne se sont pas du tout avérés comme le camp du « Oui » l’avait prévu et espéré.  Lors de l’élection, la tâche la plus lourde du Parti Québécois et du gouvernement Lévesque « était d’essayer de convaincre plus de 60 p. 100 des Québécois francophones de voter oui pour compenser une quasi-unanimité de non chez les anglophones et les allophones, qui représent[aient] environ 18 p. 100 de la population.  Sans compter les autochtones.176 »   Lorsque tous les votes ont eu fini d’être comptés le soir du 20 mai : « le verdict tomba dru : 59,6 p. 100 de Non contre 40,4 p. 100 de Oui, et seulement 48 p. 100 de francophones pour le « Oui », ce qui était en soi un désastre.177 »  Malheureusement, Lévesque et son gouvernement n’ont pas eu le résultat voulu.  Ils s’attendaient à « un résultat final de près de 45 p. 100 […] en faveur du « Oui », ce qui aurait constitué une victoire morale puisqu’une majorité de francophones aurait ainsi dégagée178.  C’était une défaite écrasante pour Lévesque et tous les partisans du souverainisme et de l’indépendantisme québécois. Pour quelles raisons le référendum a-t-il fini par échouer?  Tout d’abord, parce que « les dirigeants du « Oui » [appartenant au parti de Lévesque] furent peu enclins à en expliquer les                                                           175 Québec, un pays incertain : Réflexions sur le Québec post-référendaire (Montréal : Québec/Amérique, 1980), 13. 176 Claude-V. Marsolais, Le référendum confisqué : histoire du référendum québécois du 20 mai 1980 (Montréal : VLB éditeur, 1992), 133.  177 Ibid., 154. 178 Ibid. 53  diverses facettes et les avantages.179 »  Ces faiblesses ont été vite exploitées par les adversaires du Parti Québécois, les fédéralistes180.  Un exemple primordial des problèmes qu’a subis le Parti Québécois, face aux avantages proposés par le côté soutenant le « Non », est relevé dans la citation suivante tirée du livre de Claude-V. Marsolais, intitulé Le référendum confisqué : histoire du référendum québécois du 20 mai 1980, lorsqu’il dit : Dans leur campagne pour inciter les Québécois à voter « non » à la question référendaire qui sollicitait un appui au mandat de négocier la souveraineté-association, les tenants du fédéralisme ont d’ailleurs rabattu les oreilles des Québécois avec des arguments économiques, invoquant ce qu’ils pouvaient perdre tels les paiements de péréquation, les subventions au pétrole, les pensions de vieillesse, les allocations familiales […], [les allocations de l’aide sociale, etc., et ils devraient payer plus d’impôts]181.  On soulevait donc des craintes de nature économique.182  Comme on le voit, pas assez de Québécois, francophones, anglophones et allophones, étaient prêts à changer leur mode de vie et à perdre les innombrables avantages auxquels ils avaient droit en faisant partie du Canada.  Ce sont pour ces raisons-ci que les Québécois, venant d’horizons différents, ont en fin de compte pris la décision de voter « Non » au référendum de 1980 et, par conséquent, ont continué de faire partie du Canada. Pour terminer, nous allons brièvement examiner dans quelle mesure le scrutin de 1980 au Québec est en rapport avec Une histoire américaine.  L’œuvre de Godbout aborde de manière sous-entendue la campagne référendaire de 1980 dans le sens où elle met en scène le personnage principal, Gregory, qui travaille pour le mouvement souverainiste au Québec, mais qui prend la décision de partir du Québec pour la Californie en raison de sa déception causée par la situation politique précaire et instable au Québec juste après le rejet du « Oui » au référendum183.                                                           179 Ibid., 151.  180 Ibid., 158. 181 Ibid., 15, 150. 182 Ibid., 15.  183 Jacques Godbout, Une histoire américaine (Paris : Éditions du Seuil, 1986), 17-9. 54  3.2 La dualité du rêve américain dans Volkswagen Blues et On the Road : pourquoi son idéal n’est-il pas comme prévu et s’avère plutôt un échec?   On a vu dans le chapitre 2 dans quelle mesure les thèmes de l’américanité, y compris le voyage, la route et l’automobile, représentaient « positivement » le rêve américain.  Une lecture plus approfondie de On the Road soulève de nombreux exemples de l’échec du rêve américain et ces exemples soi-disant « négatifs » l’emportent sur ceux soi-disant « positifs ».  Tout au long de l’histoire, Paradise et Moriarty, entre autres, semblent avoir besoin de l’alcool et de drogues pour être heureux.  Par exemple, dans la scène où Paradise et sa petite amie hispanique, Terry, ne peuvent pas trouver d’emploi en cueillant des fruits à Bakersfield, en Californie, ils prennent la décision de faire du pouce afin de retourner à la ville natale de Terry pour habiter dans le garage de son frère184.  Ils ont acheté du vin et l’ont bu avant d’être ramassés par un homme conduisant un vieux camion.  Comme l’écrit Kerouac : « We found a place where hobos had drawn up crates to sit over fires.  We sat there and drank the wine.  […] and right off a truck stopped and we jumped for it […] I had finished the wine while Terry slept, and I was proper stoned.185 »  En plus, à plusieurs reprises, Paradise et ses amis, surtout Moriarty, prennent de la benzédrine (une amphétamine) ou des bennies, pour employer le mot qui les désigne dans On the Road.  Voici une description de Moriarty, alors sous l’emprise de cette drogue : He had become absolutely mad in his movements; he seemed to be doing everything at the same time.  It was a shaking of the head, up and down, sideways; jerky, vigorous hands; quick walking, sitting, crossing the legs, uncrossing, getting up, rubbing the hands, rubbing his fly, hitching his pants, looking up and saying “Am,” and sudden slitting of the eyes to see everywhere; and all the time he was grabbing [Paradise] by the ribs and talking, talking.186                                                            184 Kerouac, On the Road, 90-1. 185 Ibid. 186 Ibid., 114. 55  Ces deux citations illustrent le simple fait que les beatniks avaient besoin d’alcool et de drogues afin de « vivre » ou plutôt « survivre ».  Selon moi, cet abus d’alcool et de drogues représente l’échec du rêve américain dans le sens où si l’on dépend de substances nocives pour être heureux, on ne peut pas être satisfait de notre mode de vie et l’on devrait le changer afin de pouvoir mener une vie libre de drogues et où l’on ne touche plus à l’alcool.  Par conséquent, je propose deux questions de réflexion afin de discerner si les beatniks aimaient la vie ou non et s’ils abusaient de l’alcool et des drogues parce qu’ils n’aimaient pas la vie et la société telles qu’elles étaient à leur époque.  En premier lieu, est-ce que les beatniks étaient vraiment heureux tout en menant une vie subalterne, de vagabond, de soi-disant « beat »?  Et deuxièmement, est-ce que cet abus constant d’alcool et de drogues est simplement caractéristique de l’ère des beatniks?  Dans On the Road, on voit également la présence de l’échec du rêve américain en ce qui concerne le paysage des États-Unis.  Contrairement à ce qui a été décrit dans le sous-chapitre 2.1, quant à la beauté de la Californie et, en particulier, de San Francisco, dans le but de dépeindre le rêve américain, on voit également, à plusieurs reprises, l’exemplification de l’échec du rêve américain en fonction du paysage plutôt sombre et macabre de la Californie et, en particulier les quartiers noirs et hispaniques de Los Angeles.  Par exemple, dans la scène où Paradise et sa petite amie Terry sont en train de chercher un emploi en raison d’un manque d’argent, avant de faire de l’autostop dans le but de parcourir les États-Unis, de Los Angeles à New York, on remarque la pauvreté des quartiers noirs et hispaniques de Los Angeles, l’échec de ne pas pouvoir gagner sa vie à Hollywood et, par conséquent, l’échec du rêve américain.  Comme le décrit Kerouac : People ate lugubrious meals around the waterfalls, their faces green with marine sorrow.  All the cops in LA looked like handsome gigolos; obviously they’d come to LA to make the movies.  Everybody had come to make the movies, even [Paradise].  Terry and I were finally reduced to trying to get jobs on South Main Street among the beat countermen and 56  dishgirls who made no bones about their beatness, and even there it was no go.  We still had ten dollars.187  À travers ces deux scènes, on voit le contraste entre la beauté et la lugubrité de la Californie, car dans ces scènes on constate que la Californie, comme la plupart des places du monde, peut prendre une « double identité » : un endroit à la fois entouré de beaux paysages, mais en même temps frappé par la pauvreté et, par extension, l’échec du rêve américain. Dans Volkswagen Blues, on note également de nombreux exemples illustrant l’échec du rêve américain à travers des récits historiques comme celui de Buffalo Bill, un chasseur blanc qui, pour des raisons financières, a tué plusieurs bisons188 ou celui abordant l’explorateur français, Étienne Brûlé, qui a vécu parmi les Hurons, lesquels l’ont mis à mort pour avoir contrarié leurs mœurs.189  Ces exemples démontrent le fait que les États-Unis ont été fondés sur la violence.  Pourtant, cet échec du rêve américain se dévoile surtout à la toute fin du texte lorsque Jack et la Grande Sauterelle voient le frère de Jack, Théo, qui vit à San Francisco.  Tout au long de leur voyage vers l’Ouest, Jack raconte à la Grande Sauterelle comment Théo est intelligent, en bonne santé et plein de vigueur, celui-ci représentant, en fin de compte, la réussite du rêve américain.  Pourtant, au moment où Jack et la Grande Sauterelle le voient en chair et en os, Jack se rend compte de quelque chose.  Il apprend que son frère se déplace en fauteuil roulant et ne comprend plus le français190.  Jack appelle son frère paralytique par son nom, en lui demandant : « Théo? » : Les yeux de son frère étaient fixés sur lui et il y avait une sorte d’interrogation muette dans son regard, mais le reste du visage était dénué de toute expression.  Il lui toucha la main.  Théo n’eut aucune réaction.  Il avait les cheveux gris et une barbe plus blanche que grise […]                                                           187 Kerouac, On the Road, 88. 188 Poulin, Volkswagen Blues, 173. 189 Ibid., 76-7. 190 Ibid., 284-85. 57  — I don’t know you, dit-il.191   Comme le dit l’écrivain québécois Pierre Nepveu, dans son livre intitulé Intérieurs du Nouveau Monde : Essais sur les littératures du Québec et des Amériques : L’authenticité du symbole est indéniable, sans doute parce que celui-ci rassemble un certain nombre de thèmes que cette fraternité brutalement détruite rend bouleversants : fin dramatique de l’époque beat et hippie; échec possible de tout voyageur américain, reconduit finalement à la pire des sédentarités et à une vieillesse inattendue; rupture de cette totalité idéale que le Québec appelle trop naïvement l’« américanité », dans ce « I don’t know you » qui dit l’anglicité et la méconnaissance.  […]  Le frère de Jack Waterman paraissait confirmer une crainte terrible : que tout voyage et toute écriture, en ce Nouveau Monde, conduisent à un déracinement insurmontable et à une étrangeté mortelle.192  Ce passage, à travers le personnage de Théo, sert à illustrer l’échec du rêve américain en ce qui concerne le fait de se sentir comme un étranger aux États-Unis ou, selon Nepveu, « ce Nouveau Monde193 ».  Il démontre de même l’échec de cette vision américaine à travers la sédentarité, le fait de ne plus pouvoir faire de voyages par la route en dehors du Québec et, par extension, la rupture de l’américanité québécoise et du vieil idéal de l’Amérique française. Le récit continue avec le travailleur social de Théo qui explique à Jack et à la Grande Sauterelle que Théo souffrait d’une paralysie connue sous le nom de creeping paralysis, qui « était progressive et que personne n’y pouvait rien. Sa mémoire était atteinte et il ne savait plus très bien qui [était Jack]194 ».  Ces deux faits révèlent les échecs de la fantaisie américaine et du vieux rêve de l’Amérique française – le premier au sens où Théo incarne cette utopie américaine car il habite la Californie, la soi-disant terre promise et, le dernier, dans le sens où Jack et la Grande Sauterelle sont incapables de trouver la présence française au sein des États-Unis après les avoir parcourus d’une côte à l’autre.  De plus, cette perte de mémoire de Théo révèle                                                           191 Poulin, Volkswagen Blues, 284-85. 192 Pierre Nepveu, Intérieurs du Nouveau Monde : Essais sur les littératures du Québec et des Amériques (Montréal : Boréal, 1998), 25-6. 193 Ibid., 26. 194 Poulin, Volkswagen Blues, 285-86, 288. 58  également l’échec du vieux rêve de l’Amérique française dans le sens où les Français ont fini par être « assimilés » à la culture nord-américaine à dominance anglophone. Le personnage de Théo a non seulement un rapport avec l’échec du rêve américain, mais également avec la Beat Generation.  Le rapprochement de Théo avec la Beat Generation se fait vers la fin du livre, au moment où Jack et la Grande Sauterelle se trouvent à la librairie City Lights, propriété de Lawrence Ferlinghetti, et qui a accueilli des écrivains « beats » comme Kerouac, Ginsberg, Burroughs, entre autres.  C’est à City Lights où Jack et la Grande Sauterelle reconnaissent une photo dans le livre intitulé Beat Angels, de Diana Church, dans laquelle figure Théo, entouré d’écrivains « beats »195.  Le fait que Théo est identifié, dans cette photo, comme « [u]n homme sans identité196 » veut signaler qu’il est un homme oublié parmi le reste des grands écrivains « beats » et, par extension, oublié quant à la réalisation du rêve américain.  Il n’est pas non plus identifié comme francophone et se retrouve perdu entre deux identités. Un autre exemple de l’échec de l’idéal américain dans Volkswagen Blues est illustré en reprenant de nouveau la notion de la vieille légende de l’Amérique française, laquelle est liée à la notion du « Grand Rêve de l’Amérique » présentée dans cette œuvre.  En ce qui concerne cette notion, celle-ci établit aussi une corrélation entre ce que les Français ont voulu accomplir avec leur possession de la Louisiane et ce que les Américains ont pu accomplir à travers leur acquisition de ce territoire.  Cela est le cas parce que les Américains ont enlevé ce que les Français avaient pour but d’accomplir, en fondant un empire francophone, et l’ont changé en leur faveur, en instituant un empire anglophone.  Ils ont fait ceci en s’assurant que l’anglais serait la langue dominante et que leurs croyances, leur culture et leurs coutumes, comme celles de la destinée manifeste et de l’expansion américaine représentant conséquemment la liberté ultime,                                                           195 Poulin, Volkswagen Blues, 265-66. 196 Ibid., 267. 59  seraient répandues partout aux États-Unis afin de réaliser le concept du « rêve américain » que l’on définit aujourd’hui comme étant l’ancien éthos de ce pays.  Ainsi, les Américains ont réussi à transformer le vieux rêve de l’Amérique française en un autre rêve de l’Amérique (les États-Unis).  Pourtant, du côté des Français, en vendant le territoire de la Louisiane, leur espoir de fonder un empire français nord-américain a disparu. Un dernier exemple de cet insuccès dans Volkswagen Blues est mentionné dans l’article de René Labonté intitulé « Québec-Californie : la Californie à travers la fiction littéraire québécoise ».  Selon cet article, San Francisco revêt une signification particulière si on l’envisage comme l’aboutissement du voyage de Jack, voyage de triple démystification, ou plutôt un triple échec pour les trois raisons suivantes : Démystification de Théo, le frère aîné – dont le nom signifie Dieu – qui était son compagnon de jeux, voire même son plus grand héros, et qu’il découvre avoir été un “bum” et un criminel avant de perdre jusqu’au sens de son identité.  Démystification également du héros de son frère, Étienne Brûlé197, [que l’on a déjà rencontré et] qui avait été lui aussi un “bum”; “Don’t talk to me about heroes!198”, dit Jack, juste au moment où on lui annonce que son frère est enfin là.  Démystification enfin du “Grand Rêve de l’Amérique” : à la suite de ses recherches, de ses lectures et de la vision amérindienne de l’Histoire par la Grande Sauterelle, Jack doit constater que tout l’Amérique a été construite sur la violence.  SFR constitue donc l’étape ultime de la prise de conscience de Jack, la minute de vérité à laquelle in ne peut se soustraire et qui ne laisse aucune place à l’illusion.199  À travers ces exemples mettant en exergue la représentation de l’échec du rêve américain, on observe premièrement que même si la beauté du paysage d’une ville semble être la chose la plus irrésistible et à couper le souffle, il y a derrière toute cette splendeur une Amérique noire, sombre et lugubre.  En deuxième lieu, on note que même si « la réussite » du rêve américain se                                                           197 Étienne Brûlé est un explorateur qui a vécu chez les Amérindiens en adoptant leurs mœurs.  “Interprète en langue huronne, probablement le premier Blanc à avoir pénétré en Huronie, en Pennsylvanie et à avoir vu les lacs des Hurons, Ontario, Supérieur et Erie, né vers 1592 vraisemblablement à Champigny-sur-Marne (près de Paris) assassiné par les Hurons vers juin 1633.”  (Dictionnaire biographique du Canada.  Québec : Presses de l’Université Laval, 1 : 134). 198 Poulin, Volkswagen Blues, 279. 199 René Labonté, « Québec-Californie : la Californie à travers la fiction littéraire québécoise », The French Review  62, no. 5 (Apr., 1989) : 809. 60  révèle dans un premier temps, des aspects négatifs vont l’emporter sur sa soi-disant réussite afin de le rendre nul.  En outre, on constate, en ce qui concerne les analyses textuelles et historiques faites dans ce chapitre et le dernier, que la définition du rêve américain diffère entre les Québécois et les Américains.    3.3 Le roman québécois et les années 80 au Québec : Volkswagen Blues, Une histoire américaine et le référendum de 1980  Les années 80 au Québec ont constitué une décennie clé quant à son histoire récente, car cette décennie a marqué le premier référendum ouvrant la possibilité pour l’État québécois de devenir souverain et indépendant du reste du Canada et a, par conséquent, divisé la province fondamentalement en deux.  Dans ce sous-chapitre, nous allons voir de quelles façons et dans quelle mesure le référendum de 1980 a influencé les Québécois qui étaient contre l’indépendance et ont voulu partir de la province pour aller ailleurs – y compris les personnages principaux de Volkswagen Blues et d’Une histoire américaine, toutes deux étant des œuvres publiées dans les années 80.  Par ailleurs, nous allons aussi examiner de quelles manières ces déménagements sur la côte Ouest s’avèrent des échecs et, par extension, représentent l’échec du rêve américain.  Nous allons commencer par illustrer ces idées en analysant brièvement Volkswagen Blues et nous allons terminer en faisant de même pour Une histoire américaine.  Au sein de tout cela, nous allons faire un survol des façons dont le roman québécois a changé de thèmes, du roman du terroir plutôt sédentaire, datant du début du XXe siècle jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, aux livres plutôt aventuristes et nomades datant des années 70 et 80. 61  Dans un article intitulé « Le récit de voyage en quête de l’Amérique », Anne Marie Miraglia étudie la façon dont la littérature québécoise des années 80 représente les Amériques et, en particulier, les États-Unis sous un angle nostalgique, avec le fantasme des Québécois de remonter dans le temps à l’époque où le continent nord-américain était à dominance française et, en même temps, de trouver leur place au sein de ce continent, à dominance anglophone aujourd’hui.  Par conséquent, comme l’évoque cet article, cette nostalgie « incite le protagoniste à se modeler sur lui et à traverser l’Amérique en quête de son américanité », d’où l’évocation du soi-disant « créateur » du road book, Jack Kerouac, qui est sans aucun doute très fréquente200. En outre, Miraglia révèle dans son article intitulé « Le récit de voyage en quête de l’Amérique », les liens entre Jack Kerouac et Jack Waterman dans l’œuvre de Poulin, lorsqu’elle dit : « L’évocation de Kerouac, dans Volkswagen Blues, est centrale [comme elle] attire l’attention sur l’aventurier moderne, sur un type d’homme dont l’identité est ancrée dans le tellurisme américain201. »  On the Road devient donc « la référence privilégiée d’un parcours à travers les États-Unis qui calque celui des pionniers du grand rêve américain202. »  Par ailleurs, les rapports entre les deux Jack sont poursuivis plus profondément selon le professeur et l’écrivain Jean-François Chassay, lorsqu’il cite :  L’ombre de Kerouac plane en permanence sur le roman, même si son nom n’est mentionné laconiquement qu’à quelques reprises.  L’écrivain au centre de Volkswagen Blues publie sous le nom de Jack Waterman, prénom qui renvoie explicitement à Kerouac alors que le patronyme est, au sens littéral, un nom de plume203.                                                            200 Anne Marie Miraglia, « Le récit de voyage en quête de l’Amérique », Dalhousie French Studies 23, Le récit québécois depuis 1980 (Fall-Winter 1992) : 30. 201 Anne Marie Miraglia, « L’Amérique et l’américanité chez Jacques Poulin », Urgences 34, Mythes et Romans de l’Amérique (1991) : 45. 202 Jean-Francois Chassay, L’ambiguïté américaine.  Le roman québécois face aux États-Unis (Montréal : XYZ, 1995), 79. 203 Ibid., 77. 62  Nous constatons en fonction de toutes ces citations que Jack Kerouac, malgré la faible présence de son nom dans Volkswagen Blues, influence les caractéristiques de Jack Waterman comme personnage qui mène une vie tellurique, aventurière et, par conséquent, semblable à celle de Jack Kerouac. De plus, ce premier article de Miraglia parle du fait que « parcourir l’Amérique [– dans ce contexte-ci, les États-Unis –] c’est souvent fuir les déceptions et la monotonie vécues au Québec » afin de récolter les fruits d’un pays ayant une richesse économique, l’idéal de la liberté tout en proximité géographique204.  Ces déceptions, selon moi, viennent simplement du fait que les Québécois sont curieux d’explorer les lieux en dehors du Québec et de tenter eux-mêmes de réaliser ce rêve étatsunien dont parlent tant d’Américains.  C’est pour cette raison que l’on a vu une croissance dans le nombre de livres québécois portant sur le voyage vers la côte Ouest, au cours des années 80.  En outre, c’est également pendant cette décennie que l’on observe la dichotomie sédentarité/nomadisme dans la littérature québécoise, car c’est à partir des années 60 que l’on voit vraiment la rupture entre le roman de la terre québécois, datant du début du XXe siècle jusqu’à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, où les personnages principaux sont plutôt sédentaires, vivent et restent à la campagne, car la ville et les étrangers sont associés à l’aliénation et au péché.  En opposition à ces œuvres québécoises datant de la période d’avant-guerre, comme par exemple Le Survenant de Germaine Guèvremont, reconnu comme un des derniers romans de la terre, les personnages présentés dans les textes des années 80 ne sont plus sédentaires dans le Québec d’alors, mais sont plutôt nomades en voyageant par la route à travers les États-Unis – ceci « brisant le moule du conformisme pour se donner à l’aventure205 ».                                                            204 Miraglia, « Le récit de voyage en quête de l’Amérique », 30. 205 Ibid., 30-1. 63  Miraglia décrit bien la situation à l’égard du changement de thèmes dans la littérature québécoise, du sédentarisme vers le nomadisme, lorsqu’elle écrit : […] tout en contestant vivement l’américanisation du Québécois, le texte [québécois des années 80] réclame de plus en plus la réintégration de l’Amérique (usurpée par les États-Unis) et la fin de l’immobilisme et de l’isolement traditionnels du québécois.  Aussi Volkswagen Blues (1984) de Jacques Poulin, Le voyageur distrait (1981) de Gilles Archambault, Une histoire américaine (1986) de Jacques Godbout, La première personne (1980) de Pierre Turgeon suggèrent-ils que la question identitaire au Québec ne saurait se résoudre que par la récupération de l’aventurier et par la réappropriation de l’Amérique.  Si le roman des années 70, notamment L’élan d’Amérique (1972) d’André Langevin et Oh Miami Miami Miami (1973) de Victor-Lévy Beaulieu, déplore la disparition du coureur de bois [et de la sédentarité présentée dans le roman de la terre], le récit de voyage des années 80 nourrit à son propos une nostalgie incitant [– comme on l’a vu ci-dessus –] le protagoniste à se modeler sur lui et à traverser l’Amérique en quête de son américanité.   […] Dans le récit de voyage des années 80, le Québécois […] brise le moule du conformisme pour se donner à l’aventure.  Il imite ainsi son ancêtre aventurier et cherche à se renouveler, à se régénérer à travers la réappropriation du continent nord-américain.206     Quelles que soient ces « déceptions » des Québécois, ce rêve américain qu’ils espèrent ou tentent de réaliser finira par échouer.  Pour ce qui est d’Une histoire américaine, on voit la représentation de l’échec du rêve américain vis-à-vis du référendum de 1980 au Québec lorsque le protagoniste, Gregory, prend la décision de partir du Québec pour la Californie en raison de la déception causée par la situation politique au Québec, par le changement dans l’état économique québécois étant devenu consumériste et par le fait qu’il s’est séparé de sa femme207.  Il décrit la situation politique au Québec qui vient d’avoir lieu juste après le rejet du « Oui » au référendum comme précaire et instable.  Au début d’Une histoire américaine, où Gregory raconte pour quelles raisons il se trouve détenu en Californie après avoir été soupçonné d’avoir violé une fille de 19 ans, Cheryll Wilson, d’avoir incendié un des pavillons du Centre de recherches en physique nucléaire à                                                           206 Miraglia, « Le récit de voyage en quête de l’Amérique », 30. 207 Godbout, Une histoire américaine, 17-9. 64  Berkeley et de s’être engagé dans le trafic d’étrangers indésirables,208 on comprend, d’après ses paroles, les raisons pour lesquelles il a choisi de quitter le Québec, lorsqu’il dit :  Depuis quelques automnes le pays, me faut-il l’avouer? était, au plan des projets de société, plutôt pénible à vivre.  J’avais embrassé la cause du peuple comme s’il était agi d’une vaste campagne de promotion publicitaire.  Les clients ne répondaient plus. Pendant des mois la terre entière s’était passionnée pour l’idée d’indépendance, les caméras électroniques poussaient au coin des rues, au détour des corridors, dans des forêts de micros. Il n’y avait qu’un seul sujet de conversation.  Mais on ne peut pas passer sa vie en érection nationaliste, vivre de promesses, de futurs qui n’arrivent jamais.  […] Nous nous étions, encore une fois, contentés d’ébaucher en chantant du brouillon utopique.  Il devint évident que nous ne mettrions jamais l’indépendance au propre.  C’était un rêve à l’hélium, sans désir profond.  Tout s’est ensuite effiloché, brin par brin, comme se défait une ficelle pourrie.  […] de nombreux couples, après ce référendum, se sont aussi séparés parce qu’ils n’avaient plus rien à faire ensemble.  C’était la misère, la grisaille. Quelques mois plus tard, je quittais le parti.  Les militants étaient devenus irascibles et grincheux comme des chauffeurs de taxi parisiens.  […]  La question nationale n’intéressait plus que les vieux partisans [du Parti Québécois] 209.  Ces quelques passages servent à expliquer les raisons principales pour lesquelles Gregory a sans doute pris la décision de partir du Québec autour du moment du référendum de 1980, même s’il a lui-même milité pour la cause.  Selon Gregory, c’était un temps misérable dans la belle province.  Voilà l’exemple d’une tentative visant à échapper à ce que Miraglia appelle les « déceptions » du Québec dans le but de déménager sur la côte Ouest et, en particulier, la Californie afin de réaliser le rêve américain210.  Pourtant, comme on l’observe ci-dessus, bien que Gregory ait trouvé l’amour, son séjour en Californie et, par extension, le rêve américain, se sont avérés des échecs.  Si Gregory a été faussement accusé de deux crimes – le viol et l’incendie – il en a « commis » un autre – son engagement dans le trafic d’étrangers indésirables – et sera expulsé du territoire américain.                                                           208 Ibid., 12-3, 176. 209 Godbout, Une histoire américaine, 17-8. 210 Miraglia, « Le récit de voyage en quête de l’Amérique », 30-1. 65  Chapitre 4 : La manifestation de l’échec du rêve américain dans Une histoire américaine et Detroit: An American Autopsy   Le livre de Detroit: An American Autopsy documente les reportages du journaliste américain Charlie LeDuff sur sa ville natale.  Il explique les raisons pour lesquelles Detroit s’est effondré au fil des années par l’entremise de récits illustrant la réalité de la vie aujourd’hui dans la capitale de l’industrie automobile et l’échec du rêve américain.  Je vais en aborder quelques-unes, y compris la Chine et son lien avec la perte d’emplois et, par conséquent, le chômage aux États-Unis.  Ensuite, je vais parler des thèmes de la cupidité des entreprises, de la corruption politique, de la pauvreté, du crime, du racisme, de la ségrégation entre autres inégalités.  Dans Detroit: An American Autopsy, on observe les effets néfastes qu’a eus la délocalisation d’emplois étatsuniens en Chine.  Par exemple, le frère de LeDuff, qui s’appelle Billy, travaillait avant la crise bancaire, financière et hypothécaire de l’automne 2008 comme courtier hypothécaire et gagnait plus de 70,000$ par an211.  Aujourd’hui Billy travaille malheureusement dans une usine de vis en banlieue de Detroit, où il ne ramasse que 8,50$ l’heure et a de la difficulté à joindre les deux bouts212.  Il a dû accepter cet emploi parce qu’il n’y en avait aucun autre disponible213.  Le frère de LeDuff connaît aussi la raison principale pour laquelle il ne peut pas trouver d’emploi à Detroit : la Chine.  Comme le décrit LeDuff lorsqu’il discute des problèmes que pose la Chine vis-à-vis du secteur manufacturier à Detroit, laquelle aboutit à la délocalisation, à un manque d’emplois et, par conséquent, au chômage : My brother was standing at his workbench in sagging pants and the oily ball cap, where he aired out screw nipples made in China with a hose, cleaning them and repackaging                                                           211 Charlie LeDuff, Detroit: An American Autopsy (New York: Penguin Books, 2014), 86-8. 212 Ibid., 87. 213 Ibid. 66  them for American customers who don’t want to know they’re made in China, only that they come cheap.  […]  He absentmindedly stapled another box, even though he was on break.  The box had a stamping that read: PARTS MAY BE MADE IN UNITED STATES, CHINA OR TAIWAN.214  On peut voir à travers ces deux passages que Detroit, comme le reste des États-Unis et, en fait, tous les pays de l’Occident, souffre de délocalisation, car dans les pays comme la Chine, l’Inde, le Mexique, entres autres, les entreprises trouvent des employés qui travailleront dans des conditions médiocres et pour un très bas salaire.  Par conséquent, les travailleurs dans ces pays industrialisés ne cessent de grogner. À l’égard du Mexique, le livre de LeDuff fait également référence à ce pays comme une des autres raisons pour l’échec du rêve américain.  Par exemple, le 1er juin 2009, General Motors a déposé son bilan et, par conséquent, plus de 300,000 personnes au Michigan ont perdu leur emploi215.  Dans l’une des usines, American Axle, qui manufacturait les essieux pour les camionnettes heavy duty de GM, on a mis terme au syndicat des travailleurs après une grève échouée et après que leurs salaires ont été coupés en deux de 28$ à 14$ l’heure.  En revanche, Dick Dauch, PDG et président d’American Axle a reçu une prime de 8,5 millions de dollars de son conseil d’administration et il a promis aux travailleurs que la production des essieux resterait au Michigan.  Ceci était un mensonge, car peu de temps après cette annonce de Dauch, les emplois manufacturiers d’American Axle ont été mutés au Texas et au Mexique.  Comme l’écrit LeDuff au sujet de la fermeture des usines d’American Axle : And so [Bill Alford, the former president of the union] was left with the humiliating task of having to pack up his workplace and load crates of tools and machinery onto a truck bound for Texas and Mexico.                                                           214 LeDuff, Detroit, 89-90. 215 Ibid., 171. 67   “They don’t want a middle class,” Alford told me as we stood in the rain outside the plant […].  “I see that in the future people will have to move to Mexico for a job.  This is a dark day for the American laborer.”216  Les passages suivants mettent de l’avant quelques-uns des fonctionnaires dans Detroit: An American Autopsy : Kwame Kilpatrick [the former mayor of Detroit from 2002-2008] wasn’t the first Detroit politician to milk the city.  It had been going on for a hundred years.  And it wasn’t just the politicians.  It was union bosses and contractors and industrialists and receptionists who were nieces of the connected.  Everybody got their piece and that was all right when Detroit was rolling in money.  There were always enough paychecks to paper over the maggots.  But now there isn’t.  At the time of this printing [2014] finds itself in the midst of a bankruptcy and under the control of an unelected emergency manager.  It is the largest Chapter 9 filing in U.S. history.  With no ability to borrow, the Motor City is unable to pay its pension obligations or honor its health care promises to its retirees and current employees.  In order to make basic payroll in Detroit, ambulances are allowed to break down, hydraulic fire trucks are grounded because they have never been inspected, and police have no working radios when they enter buildings.    In the meantime, places like [Chicago, New York, and] Los Angeles are in the same predicament, ten-fold.  Like I said: Detroit was the first up, first down, but never alone.  Kilpatrick was convicted on twenty-four counts ranging from extortion to racketeering to bribery.  He ran a mob-style enterprise that stole from the poorest people in America and then tried to play it off with the old Eight Mile217 race card—even though some of his biggest backers were the rich white industrialists who profited from the confusion.  […].  He was sentenced [in 2013] to twenty-eight years in prison, the longest sentence for public corruption in the history of the country.  Monica Conyers [a former Detroit City Council member] was sent to Camp Cupcake [formally known as Federal Prison Camp, Alderson].  The time there is easy.  [Conyers] served five months for lying to the FBI […].  […]  She was eventually paroled and worked for a time at an automobile repair shop.   […]  In the meantime, Detroit continues to struggle.  A quarter million people fled the city in the first decade of the twenty-first century, bringing its population to less than 700,000—a hundred-year low.218                                                            216 LeDuff, Detroit, 173. 217 The name of a street in Detroit that serves as a dividing line between the wealthier, predominantly white northern suburbs of Detroit and the poorer, increasingly black city.  (LeDuff, Detroit, 44-5). 218 LeDuff, Detroit, 281-83. 68  Voilà des exemples visant à offrir une vue d’ensemble des malheurs et des épreuves à Detroit et qui illustrent clairement l’échec du rêve américain.  On dirait que Detroit ne pourra jamais se tirer de la crise dans laquelle elle s’est engagée, ou du moins, pas dans l’avenir proche.  Comme l’écrit LeDuff dans son livre : « […] after the collapse of the car industry and the implosion of the real estate bubble, there is little else Detroit has to export except its misery.219 »  Cependant, on ne peut pas se moquer de Detroit, car il y a des villes à travers les États-Unis qui souffrent des mêmes épreuves économiques et sociales, y compris Los Angeles, Chicago et New York.  Comme le dit LeDuff : Detroit can no longer be ignored, because what happened here is happening out there.  Neighborhoods from Phoenix to Los Angeles to Miami are blighted with empty houses and people with idle hands.  Americans are swimming in debt, and the prospects of servicing the debt grow slimmer by the day as good-paying jobs continue to evaporate or relocate to foreign lands.  Economists talk about the inevitable turnaround.  But standing here in Michigan, it seems to me that the fundamentals are no longer there to make the good life.  Go ahead and laugh at Detroit.  Because you are laughing at yourself [as it most likely represents the future of the United-States]. […]  At the end of the day, the Detroiter may be the most important American there is because no one knows better than he that we’re all standing at the edge of the shaft.220   Pour conclure cette section, j’aimerais mettre de l’avant une citation provenant de On the Road de Jack Kerouac qui dépeint très bien l’échec du rêve américain à travers le paysage lugubre et pauvre de Detroit: An American Autopsy et ses citoyens miséreux, indigents et souffrants – bien qu’elle date des années 40/50 – qui perdure malheureusement aujourd’hui : For thirty-five cents each we went into the beat-up old movie [in Detroit] and sat down in the balcony till morning, when we were shooed downstairs.  The people who were in that all-night movie were the end.  Beat Negroes who’d come up from Alabama to work in car factories on a rumor; old white bums; young longhaired hipsters who’d reached the end of the road and were drinking wine; whores, ordinary couples, and housewives with                                                           219 LeDuff, Detroit, 283. 220 Ibid., 5, 7. 69  nothing to do, nowhere to go, nobody to believe in.  If you sifted all Detroit in a wire basket the beater solid core of dregs couldn’t be better gathered.221  Cette citation nous montre que Detroit était une ville prometteuse pour de nombreux Afro-Américains qui espéraient réaliser le rêve américain en travaillant dans les usines automobiles après la Seconde Grande Migration dans la période suivant la Deuxième Guerre mondiale.  Toutefois, ce rêve ne s’est pas matérialisé pour un grand nombre de ces sudistes, particulièrement en raison du racisme qui, même dans le Nord des États-Unis, a mené au refus d’embaucher les Noirs.  Comme nous l’observons aussi dans l’œuvre de LeDuff, la Chine a sans doute été un des facteurs principaux de la disparition d’emplois en usine et de l’effondrement de l’industrie manufacturière et automobile étatsuniennes en raison de la délocalisation d’emplois.  La Chine n’a pourtant pas été la raison de la pauvreté et de la lugubrité de Detroit telle qu’elle est illustrée dans On the Road, dont l’intrigue se déroule dans les années 40 et 50, car le phénomène de la Chine comme illustration de l’échec du rêve américain en fonction des secteurs manufacturier et automobile est récent et ne remonte qu’aux années 2000. En ce qui concerne Une histoire américaine, j’ai pour but dans ce chapitre d’exemplifier l’échec du rêve américain à travers les descriptions de la Californie entrevue comme une société consumériste dans laquelle l’argent règle tout et où, comme dans Detroit, il y a beaucoup de crimes, de violence, de corruption politique et gouvernementale, entre autres inégalités.  Dans Une histoire américaine, le personnage principal, Gregory, déménage en Californie après avoir accepté une offre d’emploi pour travailler sur un projet de recherche à Berkeley, juste en dehors de San Francisco222.  Arrivé en Californie, une place où il ne connaissait que « les images mythiques, surf-boys et limousines, vins de Napa et séquoias millénaires223 », Gregory se                                                           221 Kerouac, On the Road, 245. 222 Godbout, Une histoire américaine, 19. 223 Ibid., 20. 70  retrouve dans une quête identitaire personnelle et collective – semblable à celle que l’on a vue avec Jack et de la Grande Sauterelle – au sein de la Californie, connue historiquement comme la terre promise.  Comme nous l’avons observé dans Volkswagen Blues et On the Road, cet idéal représenté par la Californie s’avère un échec.  Dans Une histoire américaine, à cause du fait que Gregory a été faussement accusé de deux crimes : le viol sauvage d’une certaine Cheryll Wilson et l’incendie d’un des pavillons du Centre de recherches en physique nucléaire à Berkeley, et a commis un crime – le trafic d’étrangers indésirables – il s’est trouvé derrière les barreaux224.  En outre, bien que les États-Unis soient connus historiquement et aujourd’hui comme un creuset où se rassemblent les immigrants venant de tous les coins du monde, selon les paroles de Gregory et les évènements ayant lieu dans Une histoire américaine, nous constatons que le rêve californien ou, dans un sens plus large, étatsunien, n’est qu’une illusion, au moins pour les immigrants.  En ce qui concerne les sociétés consuméristes où le peuple est réglé par l’argent comme en Californie et, par extension, aux États-Unis, Une histoire américaine nous en offre de nombreuses représentations.  Par exemple, Gregory, connaissant les États-Unis comme « ce pays excessif225 », déclare que la Californie est constituée de délires comme : « l’assassinat à la mitraillette des clients innocents et affamés d’un MacDonald, les lames de rasoir introduites dans les fruits frais d’un supermarché, les bonbons à la strychnine, le goût du sang, l’envie de devenir millionnaire et tout-puissant ne s’attrapent pas en arrivant à l’aéroport comme se respirent des virus […]226. » Gregory voit la Californie et, en général, les États-Unis comme une société consumériste avec de la nourriture et des marchandises qui sont nuisibles au peuple.  Pourvu que l’on engendre                                                           224 Godbout, Une histoire américaine, 12, 176. 225 Ibid., 24. 226 Ibid., 16. 71  des bénéfices sur ces objets de consommation, quels que soient les effets sur les consommateurs, c’est l’essentiel. Une autre citation, celle-ci provenant de la jeune Californienne Mary Ann Wong, missionnaire des Adventistes du Septième Jour et membre du mouvement Sanctuaire, illustre encore cette société consumériste où l’argent est incontournable et règle tout, lorsqu’elle dit à Gregory : Comment pouvez-vous ne pas voir […] qu’il n’y a ici aucune épaisseur humaine ni surtout aucune culture?  De l’agro-business, oui, du show-business, oui, des larmes et des laboratoires, mais aucun sens profond de la continuité, de l’aventure civilisatrice!  On ne recherche en Californie que le plaisir solitaire de la réussite, en affaires comme en relations humaines!227  Dans ce passage, on va un peu plus loin que dans le précédent en évoquant le fait qu’en plus d’être une société consumériste où l’argent est indispensable pour être heureux, la Californie et, par extension, les États-Unis n’ont pas de culture et témoignent d’une étroitesse d’esprit. De plus, dans une lettre à son ex-femme Suzanne, Gregory lui raconte qu’il y a « trois viols par jour à Berkeley, jusque sur les sentiers du campus.  Les assaillants sont connus.  Ils récidivent.  On les relâche parce qu’il n’y a plus une seule place en prison […]228 ».  Gregory continue sa lettre à Suzanne, en lui écrivant : Tu ne peux pas savoir, Suzanne, comme la violence en Californie est démente, gratuite, imprévisible, illogique, ainsi qu’une énergie qui circulerait dans les rues.  Les lunatiques de tous les pays se sont-ils donné rendez-vous pour gâcher les rêves paradisiaques?  Les riches s’enferment derrière des grilles, s’entourent de gardiens en uniforme, mettent sept verrous à la moindre porte.  Leur argent leur emprisonne.  D’autres se suicident parce qu’ils ne peuvent atteindre le niveau de puissance financière qu’ils s’étaient fixé.  Il n’y a pas de classes sociales en Californie, il y a des échelles de salaire et des barreaux qui manquent.  Je crois d’ailleurs qu’ils paient le prix de leur niveau de vie.  Les milliards du Pentagone, investis dans la recherche spatiale et militaire, dans les ordinateurs, la technique nucléaire et l’océan, sont des dollars de mort.  Chaque billet de banque, quand il passe du gousset d’un ingénieur à celui d’un épicier, à la caisse d’un marchand de vin,                                                           227 Godbout, Une histoire américaine, 63. 228 Ibid., 58. 72  au profit d’un vendeur autorisé de voitures Ford, est un dollar militaire qui a tué ou tuera.  Ce n’est pas le sang et l’argent qui circulent ici, c’est la loi du plus fort.  La force est avec vous!  Les races s’affrontent aussi, je sens partout, dans les transports en commun surtout, une haine aussi épaisse qu’une écorce de pruche dans laquelle chacun veut jouer du couteau.229  Pour ce qui est des crimes, de la violence et de la corruption politique, gouvernementale et financière, et du racisme en Californie – même si les États-Unis sont connus comme un melting-pot ou un « creuset racial » – ces thèmes sont apparents dans Une histoire américaine.  Par exemple, Gregory offre au lecteur quelques statistiques afin d’illustrer l’échec du rêve américain à la lumière du racisme, lorsqu’il déclare :  Je me suis d’ailleurs promené dans la bibliothèque de l’institution, ce midi, qui déborde de renseignements pertinents : depuis que la peine de mort a été à nouveau proclamée, ai-je lu dans une revue de criminologie, l’on a électrocuté, gazé ou pendu, au choix des États dont le menu varie, cinquante détenus dont trente-cinq Noirs.  Pour chaque cent mille de population américaine, les statistiques révèlent que l’on trouve en prison cinq cent soixante-quatorze (574) Noirs et seulement soixante-cinq (65) Blancs.230  Toutes ces citations servent à démontrer que le rêve américain et, par extension, la société américaine, constituent une désillusion.  Que ce soit à travers la corruption du gouvernement américain qui dépense l’argent excessivement pour la guerre ou par l’entremise de la violence et des crimes aux États-Unis, le rêve américain est un désenchantement et se révèle être un échec.  Comme le dit René Labonté dans son article intitulé « Québec-Californie : la Californie à travers la fiction littéraire québécoise » : En définitive, Une histoire américaine présente une Californie qui est terre d'aventures et de mésaventures.  Ce roman exprime également la grande désillusion provoquée par le constat d'un certain contexte social américain: faillite du rêve d'une société à saveur sociétale et présence d'un vide idéologique qui favorise [la race blanche en ce qui concerne] l'hégémonie des pouvoirs [gouvernemental, financier,] politique et policier.231                                                           229 Godbout, Une histoire américaine, 58-9. 230 Ibid., 40-1. 231 Labonté, « Québec-Amérique », 812. 73  4.1 L’échec du rêve américain en fonction de « l’effet de triangulation » entre le Québec, les États-Unis et l’Afrique  Nous allons maintenant aborder de quelle manière il y a un « effet de triangulation » entre le Québec, les États-Unis et l’Afrique (l’Éthiopie) dans le roman de Godbout.  Ici, la question que l’on doit se poser est la suivante : comment le Québec, les États-Unis et l’Afrique sont-ils en parallèle les uns avec les autres vis-à-vis de l’échec du rêve américain? Pour ce faire, je vais premièrement souligner les façons dont la corruption est illustrée en Afrique.  Ensuite, je vais parler de l’échec du rêve américain, mais cette fois-ci, par rapport au racisme et à la manière dont les personnages dans cette œuvre sont traités de marginaux.  En troisième lieu, je vais mettre de l’avant l’idée de la colonisation/post-colonisation qui est évoquée dans le texte de Godbout.  Finalement, je vais discuter de la manière dont l’échec du rêve américain est illustré en Afrique par rapport au mésusage des dons charitables ramassés par les associations caritatives aux États-Unis.  En premier lieu, on voit la corruption africaine lorsqu’on lit les mots de Terounech, une immigrante d’origine éthiopienne qui a survécu à la révolution de 1974232.  Celle-ci a aidé à renverser le gouvernement monarchique de l’Éthiopie et à le remplacer par le Dergue, une forme de gouvernement militaire qui a succédé à l’empereur Haile Selassie après son déboulonnement233.  Le Dergue était censé être un système de gouvernement socialiste, mais s’est avéré un échec parce qu’il emprisonnait et exécutait ceux qui y opposaient, sans droit à un procès234.                                                           232 Godbout, Une histoire américaine, 129-30.  Teum Teklehaimanot, « The Derg (1974-1991) », Ethiopian Treasures, 1 juillet 2015, http://www.ethiopiantreasures.co.uk/pages/dergue.htm. 233 Godbout, op. cit., 129-30, 152.  Teklehaimanot, op. cit. 234 Ibid. 74  En ce qui concerne l’échec du rêve américain par rapport au racisme et à la façon dont les personnages dans Une histoire américaine sont traités comme des marginaux, les personnages principaux dans cette œuvre, Gregory et Terounech, tentent de trouver leur place au sein de la société américaine, mais pour ces derniers, ceci s’avère un échec.  Gregory et Terounech ont tous les deux quitté leur propre pays, le Canada (le Québec) et l’Éthiopie respectivement, afin d’essayer de réaliser le soi-disant rêve américain sur la terre promise, les États-Unis et, plus spécifiquement, la Californie.  Même s’il y a de nombreux exemples illustrant le racisme dans l’œuvre de Godbout, on se concentrera ici sur ceux relatifs à Gregory et à Terounech.  Un exemple de racisme et de profilage racial se manifeste lorsque Terounech a été, pour la première fois, « […] interceptée par la police dans la rue, près de l’université, par un policier en voiture qui l’amena au poste de police municipal.  On se contenta de vérifier ses visas et son compte de banque, mais l’Éthiopienne tremblait encore quand elle rentra à la maison.235 » La fois suivante, lors de laquelle la police se mêle des affaires de Gregory et de Terounech est quand : Des enfants blancs vinrent parader, au coucher du soleil, sur des motos rutilantes et bruyantes qu’ils faisaient grogner, lançant des bouteilles vides vers la maison et dans la cour.  Ils peignirent à la bombe des graffiti obscènes sur les bardeaux marron [de la maison] avant de partir en pétardant.  Le lendemain, au moment de sortir, Terounech et Gregory trouvèrent sur le pas de la porte Lucifer [le chat de Gregory], la gorge tranchée.236  Ces enfants blancs ont-ils également tué Lucifer, le chat de Gregory? Après cet incident, le FBI est arrivé sur place et a posé des questions à Gregory et à Terounech, non pas sur la profanation de la maison que loue Gregory et sur ceux qui en étaient les coupables, mais plutôt sur les raisons pour lesquelles les deux individus et, en particulier, Terounech sont venus aux États-Unis, encore un exemple de profilage racial.  Comme le déclare                                                           235 Godbout, Une histoire américaine, 149. 236 Ibid., 151. 75  Gregory : « Quelqu’un abusait de la couleur locale!237 » – ce à quoi Terounech répond : « Comment peut-on se défendre?238 » On peut constater ici que Gregory et Terounech sont traités comme des marginaux et font face à de nombreuses inégalités parce qu’ils sont des immigrants et non pas de « vrais » Américains – et, par conséquent, ni capables de trouver leur place au sein de la société américaine ni capables de réaliser le soi-disant rêve américain.  Quant au paradigme de la colonisation/post-colonisation à l’aune du rêve américain, on le voit surtout en ce qui concerne le Québec et l’Éthiopie – le lien de cette dernière à la Californie sera abordé dans les paragraphes suivants.  Le Québec a été « colonisé » par la Grande-Bretagne en 1759 après la victoire des Anglais contre les Français sur les Plaines d’Abraham.  Depuis ce temps-là, on débat à savoir si le Québec est passé d’un « lieu » colonisé à un « lieu » postcolonial et, tout d’abord, s’il peut même être considéré comme ayant déjà été colonisé.  Comme le dit le professeur, écrivain et militant québécois André D’Allemagne, dans son livre intitulé Le colonialisme au Québec : « le colonialisme au Québec, plus qu’ailleurs, est essentiellement un phénomène psychologique. »  En conséquence, les Canadiens français représentent les descendants de colons blancs et ceci sert de base pour marginaliser les affirmations des Québécois d’être un peuple colonisé par des théoriciens anticoloniaux, entre autres. Pour ce qui est de l’Éthiopie et de son lien à la Californie, on note, dans Une histoire américaine, deux pays africains à ne pas avoir été colonisés par des pays européens, l’autre étant le Libéria – bien qu’il y ait eu des tentatives par l’Italie de coloniser l’Éthiopie.  Comme on l’a vu, toutes les deux exemplifient des pays pleins de corruption gouvernementale.  À l’égard de l’Éthiopie, on observe de quelle manière elle représente l’échec du rêve américain par rapport à                                                           237 Godbout, Une histoire américaine, 151. 238 Ibid., 152. 76  sa corruption selon les mots de Terounech.  Par exemple, elle démontre qu’il y a eu des périodes difficiles en Éthiopie lorsqu’elle parle de son père et du fait qu’il « était soldat.  Officier de la garde.  Il a été tué dans une escarmouche à la frontière somalienne.  Ma mère était enceinte de moi.  […] Je n’ai même pas une photo de lui.  C’est comme s’il n’avait jamais existé.239 »  Terounech continue, en disant : « J’arrive d’un pays […] qui n’existe plus.  […]  Mais, croyez-moi, il en coûte cher au peuple pour [renverser le gouvernement corrompu éthiopien] […].  Dans son cerveau se précipitaient des fantômes qu’elle ne voulait pas revoir, des amis morts écartelés, des carnages inutiles.240 »  Celle-ci continue à raconter plus tard que « la révolution [l’]avait rendue malade, [qu’elle a] perdu une sœur et un cousin dans les massacres, et [qu’elle] ne voulai[t] pas plus jamais avoir à me rappeler les cadavres des enfants dans les villages.241 »  À travers ces passages, on constate que l’Éthiopie est un pays violent, dangereux et corrompu.  De ce fait, elle a un rapport avec l’échec du rêve américain dans le sens où l’on ne peut pas réussir dans ce pays en raison de la corruption.  Pourtant, la corruption dépeinte en Éthiopie qui liée à la violence causée par le Dergue, le système de gouvernement éthiopien gouverné par l’empereur éthiopien, Haile Selassie, et le coup d’état qui a renversé ce gouvernement en 1974, est différente de celle illustrée en Californie vécue par Gregory qui est plutôt liée à l’argent et au consumérisme.  De plus, on voit la corrélation entre l’Éthiopie et les États-Unis puisque tous les deux dépeignent l’échec du rêve américain par l’entremise de la corruption et, par extension, la violence.  Enfin, pour ce qui est de l’Afrique, on voit la représentation de son échec vis-à-vis des États-Unis et du Québec dans Une histoire américaine lorsque Gregory, un Québécois qui avait vécu auparavant en Éthiopie, prend la décision de se joindre à un réseau d’immigration, le                                                           239 Godbout, Une histoire américaine, 131. 240 Ibid., 134. 241 Ibid., 152. 77  mouvement Sanctuaire, dont le but ultime est de faciliter le processus d’immigration pour les immigrés voulant déménager aux États-Unis242.  Comme le dit le professeur Allan Hunger : « Si Washington joue les gendarmes dans le monde, mon devoir est d’ouvrir le pays aux immigrants que l’on refoule.  […]  Ce sont des amis que nous avons choisis un peu partout sur la planète.  Je suis pour la suppression des frontières.243 »  Hunger – malgré l’ironie attribuée à son nom de famille dans le sens où il tente de lutter contre la famine en Afrique – et d’autres membres du mouvement Sanctuaire qui recueillent de l’argent pour la cause – quelle que soit la légalité de leur collecte de fonds – ne parlent pas d’où va l’argent que les associations caritatives et, non seulement la leur, ramassent pour les pays africains à part le fait qu’il est utilisé pour fonder les missions religieuses combattant la famine comme celles des Adventistes du Septième Jour244.  C’est pour cette raison portant sur l’ultime destination de l’argent que j’aimerais parler de la réalité de ce qui se passe, en général, avec les dons charitables qui se dirigent vers l’Afrique tout en incorporant quelques faits.  Bien entendu, il y a de nombreuses raisons pour lesquelles l’Afrique ne peut pas régler ses dettes, mais l’élément-clef est l’argent venant des FMI (Fonds monétaire international) qui finit par se retrouver entre les mains des leaders corrompus plutôt qu’entre celles du peuple nécessiteux.  Comme le dit l’économiste et l’écrivaine Dambisa Moyo dans son article intitulé « Why Foreign Aid is Hurting Africa » à cet égard : Over the past 60 years at least $1 trillion of development-related aid has been transferred from rich countries to Africa. Yet real per-capita income today is lower than it was in the 1970s, and more than 50% of the population -- over 350 million people -- live on less than a dollar a day, a figure that has nearly doubled in two decades. Even after the very aggressive debt-relief campaigns in the 1990s, African countries still pay close to $20 billion in debt repayments per annum, a stark reminder that aid is not free. In order to keep the system going, debt is repaid at the expense of African education and health care. Well-meaning calls to cancel debt mean little when                                                           242 Godbout, Une histoire américaine, 120. 243 Ibid. 244 Ibid., 53, 65, 106. 78  the cancellation is met with the fresh infusion of aid, and the vicious cycle starts up once again. In 2005, just weeks ahead of a G8 conference that had Africa at the top of its agenda, the International Monetary Fund published a report entitled "Aid Will Not Lift Growth in Africa." The report cautioned that governments, donors and campaigners should be more modest in their claims that increased aid will solve Africa's problems. Despite such comments, no serious efforts have been made to wean Africa off this debilitating drug. The most obvious criticism of aid is its links to rampant corruption. Aid flows destined to help the average African end up supporting bloated bureaucracies in the form of the poor-country governments and donor-funded non-governmental organizations. In a hearing before the U.S. Senate Committee on Foreign Relations in May 2004, Jeffrey Winters, a professor at Northwestern University, argued that the World Bank had participated in the corruption of roughly $100 billion of its loan funds intended for development. As recently as 2002, the African Union, an organization of African nations, estimated that corruption was costing the continent $150 billion a year, as international donors were apparently turning a blind eye to the simple fact that aid money was inadvertently fueling graft. With few or no strings attached, it has been all too easy for the funds to be used for anything, save the developmental purpose for which they were intended.245  Pour compléter ces faits, voici un exemple parmi plusieurs d’un leader africain qui a abusé de fonds ramassés par des gouvernements de pays développés et des œuvres charitables pour l’aide internationale : In Zaire – known today as the Democratic Republic of Congo – Irwin Blumenthal (whom the IMF [(International Monetary Fund)] had appointed to a post in the country's central bank) warned in 1978 that the system was so corrupt that there was "no (repeat, no) prospect for Zaire's creditors to get their money back."  Still, the IMF soon gave the country the largest loan it had ever given an African nation. According to corruption watchdog agency Transparency International, Mobutu Sese Seko, Zaire's president from 1965 to 1997, is reputed to have stolen at least $5 billion from the country.246  Comme on peut le voir, une grande partie de l’argent ramassé par l’aide internationale ne va pas au peuple africain, mais est plutôt interceptée par les chefs politiques corrompus de ces pays africains.  Pour cette raison, l’aide internationale par l’entremise de dons charitables n’aidera pas les pays africains du tiers monde à se sortir de la pauvreté, mais en causera plus.  Il                                                           245 Dambisa Moyo, « Why Foreign Aid is Hurting Africa », The Wall Street Journal, 21 mars 2009, http://www.wsj.com/articles/SB123758895999200083. 246 Ibid. 79  n’y a qu’une seule fois dans Une histoire américaine que l’on constate que les étudiants, faisant partie du mouvement Sanctuaire, sont conscients de ce qui se passe en Afrique.  Ceci est au moment où ils « scandaient des slogans rythmés contre l’apartheid, réclamant que l’université retire ses fonds de l’Afrique du Sud247 » parce que ces fonds ramassés allaient aux leaders corrompus africains et, par conséquent, ne servaient qu’à renforcer l’apartheid dans ce pays. Comme idée générale, on voit que Gregory et Terounech sont venus aux États-Unis et, spécifiquement, en Californie, à la recherche du rêve américain qui comprend l’espoir d’une meilleure vie, mais ont fini par échouer.  Comme le dit Gregory : « […] [Q]ue peut-[on] espérer vraiment dans ce pays?  Je devrai lui expliquer que nous ne ferions jamais partie, ni elle ni moi, des troupes de la nation la plus riche du monde.248 »  On dirait que les États-Unis ne s’avèrent pas la terre promise après tout.                                                                      247 Godbout, Une histoire américaine, 79. 248 Ibid., 161. 80  Réflexions et conclusions : comment changer la société pour le mieux afin de réaliser l’utopie connue sous le nom de rêve américain?   Tel que nous l’avons vu, le rêve américain peut être perçu de nombreuses façons, mais il y a deux citations primordiales à l’égard de ce soi-disant rêve qui, à mon avis, illustrent le mieux en quoi consiste vraiment le rêve américain.  La première citation vient de Volkswagen Blues, où Poulin écrit : « Avec le temps, le « Grand Rêve de l’Amérique » [se brise] en miettes comme tous les rêves, mais il rena[ît] de temps à autre comme un feu qui couv[e] sous la cendre.249 »  Ici, on constate que le rêve américain va et vient.  Il semble être présent à un moment donné et, puis, il disparaît.  Le rêve américain est caché dans les ombres; parfois il existe, parfois il n’existe pas.  Pourtant, cette existence s’avère souvent une illusion.  La deuxième citation exprimant très bien en quoi consiste véritablement le rêve américain provient du professeur Jean-François Chassay, lorsqu’il décrit le rêve américain comme « une vision naïve du monde américain, les États-Unis devenant une terre de liberté où chacun peut trouver sa place sans problème.250 »  Selon les preuves avancées dans cette thèse, cette description est indubitablement fausse. Les minorités et, en particulier, les Noirs font toujours l’objet de violence, d’inégalités et sont mal lotis.  En conséquence, maintenant que l’on a tiré des conclusions de ce que c’est effectivement le rêve américain, la question que l’on doit se poser est la suivante : comment les Blancs américains peuvent-ils inverser cette tendance d’infériorité afro-américaine et, en général, de minorités?  L’écrivain américain Charles DeMott a jadis écrit que la première étape pour inverser cette tendance est au travers de « realistic engagement with facts of caste » et, par                                                           249 Poulin, Volkswagen Blues, 101. 250 Chassay, L’ambiguïté américaine.  Le roman québécois face aux États-Unis, 90. 81  conséquent, les Blancs doivent être, dans une certaine mesure, tenus responsables de la pauvreté et de la négligence envers les Noirs au sein des États-Unis251.  DeMott continue en énumérant quatre raisons « réalistes » expliquant pourquoi les Noirs ont été et continuent d’être oubliés au sein de la société étatsunienne (« black distance ») et ce que les Noirs nécessitent de la société américaine afin de progresser dans tous les aspects de la vie (« black need »).  Les trois premières raisons ont à faire avec la tradition de négligence de l’Amérique blanche vis-à-vis des Afro-américains et la quatrième est liée à ce que les Noirs requièrent des Blancs afin de progresser.  DeMott déclare que l’indifférence aux Afro-américains est causée par (1) « black-white differences » et (2) « caste history » menant à (3) les Blancs devant supporter la « heavy responsibility for the deficits stemming from these differences252 ».  DeMott continue en déclarant que pour que les Afro-américains puissent progresser au sein de la société américaine, il faut que l’Amérique blanche institue (4) « broadscale programs of development, [or else] black advance will not continue, and the gap both within the African American caste itself and between whites and blacks generally will only worsen.253 »  Dans cette dernière déclaration, DeMott illustre clairement ce qui s’est passé et continue à se passer au sein de la société américaine dans le sens où l’écart de la richesse entre les communautés américaines blanches et noires se creuse.  Malheureusement, comme nous l’avons démontré en fonction de preuves statistiques, la tendance de l’augmentation de richesse des Blancs américains continue à être considérablement plus grande que celle des Afro-américains.  Ceci est le cas en raison de l’avarice du gouvernement fédéral des États-Unis qui choisit de continuer à refuser « to [admit]                                                           251 Benjamin DeMott, The Trouble with Friendship: Why Americans Can’t Think Straight About Race (Yale University Press, 1995), 188-89. 252 Ibid., 188. 253 Ibid. 82  truths of white responsibility » pour la pauvreté des Noirs et continue à maintenir que le fantasme de la « black-white sameness254 » existe au sein de la société américaine contemporaine. Ces propos mis de l’avant par DeMott où il suggère des façons pour régler les problèmes d’inégalité aux États-Unis, afin de changer la société américaine pour le mieux et, par conséquent, de mieux réaliser l’utopie envisagée pour les États-Unis connue sous le nom de rêve américain, peuvent s’appliquer à tout Américain peu importe sa culture, ses coutumes, sa race, son ethnicité, sa classe sociale, sa langue maternelle, entre autres facteurs.  Ces propos devraient être exécutés si l’on veut progresser en ce qui concerne la tolérance raciale et, en général, l’égalité entre tout être humain.  Comme l’a dit Martin Luther King Jr. lors de son discours « I Have a Dream » (en français : « J’ai un rêve ») présenté à Washington D.C. à l’appui des partisans de « la Marche sur Washington pour l’emploi et la liberté » ou plus simplement « la marche pour les droits civiques » : I have a dream that one day this nation will rise up and live out the true meaning of its creed, “We hold these truths to be self-evident, that all men are created equal.”  I have a dream that one day . . .  sons of former slave owners will be able to sit down together at the table of brotherhood.  . . .  This is our hope.  . . .   With this faith we will be able to work together, to pray together, to struggle together, to go to jail together, to stand up for freedom together, knowing that we will be free one day.  . . .  This will be the day when all God’s children will be able to sing with new meaning, “My country ‘tis of thee, sweet land of liberty, of thee I sing.”255  Les paroles de King Jr. sont celles que les Américains et, en général, toute personne devraient s’efforcer d’imiter parce qu’elles illustrent l’utopie que le rêve américain devrait arriver à représenter.  Le discours de King Jr. sert à montrer le besoin, le désir et la lutte pour l’égalité entre tous les êtres humains, peu importe la couleur de leur peau ou leur classe sociale.                                                           254 DeMott, The Trouble with Friendship, 188. 255 Martin L. King Jr.,  “I Have a Dream,” speech, Lincoln Memorial, Washington, D.C. 28 Aug. 1963, cité dans Cone, Martin and Malcolm and America, 1. 83  Malgré cet espoir et cette positivité mis de l’avant par King Jr. dans son discours, il y a quand même des questions auxquelles on doit réfléchir comme : comment peut-on, comme êtres humains, changer la société pour le mieux en prenant en considération ce qui a été déjà dit dans les chapitres précédents à propos de l’échec du rêve américain?  Comment peut-on réduire les inégalités dans la société américaine, et, plus généralement, dans le monde?  Comment peut-on mieux réaliser l’utopie envisagée pour les États-Unis connue sous le nom de rêve américain?  Et finalement, je vous laisse avec la question suivante qui rassemble les idées proposées dans les questions ci-dessus : devrait-on garder espoir pour l’avenir vis-à-vis d’un rêve américain réalisable pour tout Américain quelles que soient sa race, son ethnicité, sa classe sociale entre autres facteurs?  Seul l’avenir nous le dira. Malgré toutes ces questions, au final, celle que l’on doit vraiment se poser est la suivante : le concept du rêve américain existe-t-il encore aujourd’hui?  La réponse à cette question dépend surtout de la personne à qui on la pose ainsi que de sa culture, sa race, son statut social et économique et son histoire.  Cependant, plus souvent qu’autrement, les Blancs américains ont tendance à avoir le dessus, à la fois historiquement et contemporainement.  Comme le présentent les résultats du sondage mené en 2014 par la Public Religion Research Institute intitulé Economic insecurity, rising inequality, and doubts about the Future : « 55% des personnes sondées disent ne pas croire au “rêve américain”.  44% admettent par ailleurs y avoir cru dans le passé [en particulier avant la crise économique de 2008], mais ne plus trouver, désormais, que cette conception de l’accomplissement de soi est encore valable [aux États-84  Unis]256 ».  En plus, les données démographiques ont récemment changé vis-à-vis de l’appui au rêve américain.  Par exemple : « [e]n 2012, plus de la moitié des Américains (53%) avaient encore foi en ce rêve.257 » On peut donc conclure de l’étude effectuée dans ce projet de thèse ainsi que dans le sondage ci-dessus que le rêve américain est difficile à atteindre et perd ses partisans.  C’est-à-dire que même si tout le monde a sa propre vision en quoi consiste la réussite du rêve américain, nous constatons qu’en plus des inégalités face à la race et à la pauvreté, son échec est causé aujourd’hui par le système économique aux États-Unis qui a été gravement affecté par les riches et, plus spécifiquement, ceux de Wall Street et d’autres grandes entreprises corrompues.  Ce sont pour ces raisons que le rêve américain a été volé aux Américains ne faisant pas partie de l’élite, autrement dit le 1% de la population.  C’est sans doute pour cela que la vision plutôt naïve des États-Unis comme une terre promise où tout le monde peut trouver sa place ne se réalise que rarement.  Après tout ce qui s’est dit à l’endroit du rêve américain, croyez-vous encore qu’il existe?                                                                256 Fabien Deglise, « Le “rêve américain” s’évanouit », Le Devoir, 4 juillet 2015, www.ledevoir.com/international/etats-unis/419823/le-reve-americain-s-evanouit.  Robert P. Jones, Daniel Cox, and Johem Navarro-Rivera, « Economic Insecurity, Rising Inequality, and Doubts about the Future: Findings from the 2014 American Value Survey », Public Religion Research Institute, 23 septembre 2014, publicreligion.org/site/wp-content/uploads/2014/09/AVS-web.pdf.  Andrew Ross Sorkin and Megan Thee-Brenan, « Many Feel the American Dream is Out of Reach, Poll Shows », New York Times, 10 décembre 2014, dealbook.nytimes.com/2014/12/10/many-feel-the-american-dream-is-out-of-reach-poll-shows/?_r=0. 257 Deglise, « Le “rêve américain” s’évanouit ». 85  Bibliographie  « Américanité ».  Dictionnaire Antidote 8 v3. Adams, James Truslow.  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